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MERCURE
LYON
GALANTREQUE
1.200
UNI
NIN
A
PARIS ,
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
+
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Du F **
Mois
de Septembre & Octobre
1710.
**
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais.
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguſtins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la rue
du Foin , du côté de la ruc
Saint Jacques,
MERCUR
GALANT.
OTH.QUE
ᎠᎬ;
DELA VILLE
LYON
Ln'y a gueres de mor
plus équivoque que le
mot de Reüffir , les Auteurs
l'expliquent d'une
1893
façon , le Public d'une
autre. Je ne diray done
point que mon premier
volume ait reüffis je dis
A ij.
4 MERCURE
ray feulement qu'il a efté
promptement debité
beaucoup lû , bien reçu
& bien critiqué
.
D
J'ay reçu avec docilité
plufieurs avis fur la for
me qu'on fouhaiteroit
à
un Journal , & dans ces
differens avis on m'en
donne des idées auffi dif
ferentes que celles du
Dieu Mercure le font
dans la Fable. Il faudroit
que mon Mercure fut un
Prothées non pour écha
A
CALANT .
per aux prifes de la cri
tique , cela ne fe peut 3
mais pour prendre entre
les mains de chaque Lec
teur une forme convena
ble à l'idée qu'il s'en eſt
faite.
S'il s'agiffoit icy d'un
Poëme dont les regles
autorifées ne
peuvent
plus eftre arbitraires , on
pouroit me juger , & je
pourois me deffendre en
citant Ariftote ; mais
Ariftote n'a point donné
A
iij
✔ MERCURE
de Regles pour le Mer
cure Galant , & comme
de il n'y a point là deffus
Regles generalement reçues
, chacun en fait à fa
fantaiſie , & chacun croit
que le Mercure doit eftre
tel qu'il voudroit qu'il
fût.
Si on ne fuivoit les cons
feils de perfonne , on écriroit
fort mal ; mais en
fuivant les confeils de
tout le monde , on feroit
réduit à n'écrire point du
GALANT. 7
tout. C'eft la Fable de
l'Afne , où le Meufnier
& fon fils fuivent les a
vis de tous les paffans. Le
pere le doit céder au fils ;
le fils doit le céder au pere
: tous deux deffus
c'eſt le furcharger. Il ne
faut point aller à pied
quand on a um Afne , ni
monter deffus de peur de
le fatiguer ; le
fur fes épaules
, c'eſt
une folie ; je concluërois
de là qu'il ne faut
porter
A iiij
8 MERCURE
point avoir d'Afne.
J'ay confulté le Public
dans mon premier Volume
, & je profiteray dans
le fecond
des avis que je
me fuis attirez en les demandant
fincerement
. Je
profiteray même dequelques
- uns où j'ay entrevu
un peu de malignité : Par
exemple, j'abregeray cette
espece de Preface pour
contenter celuy dont la
Lettre anonime contient
fept ou huit pages à peu,
GALANT.
prés dans ce ftile.
Vous nousfatiguez par
vos digreffionsfrequentess
vous n'y parlez que
voftre Livre & de vous
&c.
de
11 s'eft trop preffé de
blâmer un ftile de Prefa
ce dans un premier Vo
lume que j'ay déclaré
moy-même , n'eftre que
la Preface des autres ; il
devoit attendre je ferois
peut eſtre tombé une ſe10
MERCURE
conde fois dans le même
deffaut , & il auroit eu
le plaifir de le condamner
avec raiſon : depeur
d'avoir tort moy , je vais
finir cette digreffion , &
je ne parleray plus de
mon Livre , ni de moy,
que quand j'en auray
bien envie.
On m'a donné un autre
confeil ; mais celuylà
eft un confeil d'amy ;
je le fuivray avec plaifir,
c'eft d'imiter autant que
GALANT. **
je pouray
l'ancien
Mercure
; c'est - à - dire l'an- 3
cien tres ancien du --
و
temps d'Henry IV. qui
avoit pour titre Mercure
François , l'on y trou
voit toutes fortes d'Actes
publics , des Arreſts,
des Edits, des Plaidoyers ;
en un mot.les Extraits
des piéces les plus authentiques.
Ce Mercure
qui cftoit
peu eftimé
ily à cent ans , a nean,
moins fourny des mefz
MERCURE
moires aux meilleurs Hif
toriens de noftre fiécle ,
je l'uniteray pour; eſtre
utile aux Hiſtoriens qui
écriront dans les fiécles
fuivants.boll
*******
EXTRAIT
D'un Procés quife pour
.fuit au Confeil.
Roman, Gondol , & Lati ,
tous trois Officiers Mariniers
du Département de
Toulon , s'embarquerent à
GALANT. Ø
Marſeille fur un Vaiffeau
Marchand.
y
kuch
En faisant route vers le
Havre de Grace ils fureng
arraquez & pris par un Vaif
feau de Guerre Anglois qui
les conduifit à Bafton ; ils
refterent quelque temps
gardez à vuëning
Le zo. Decembre 1709!
on les embarqua dans un
aurre Vaiffeau Marchand
qui partoit pour Londres ,
ou bien il s'y embarquérent
de leur bon gré , car c'eſt
là l'un des points que des
Avocats fe difputent . Le fait
&
14 MERCURE
dont ils conviennent tous
c'eft qu'il y avoit fur le Vaiffeau
dont il s'agit huit Anglois
, fçavoir le Capitaine
un Capitaine paffager , un
Pilote & cinq Matelots .
Nos trois prifonniers
confpirerent la mort des
deux Capitaines & du Pilote
, chacun deux fe
chargea detuer fon homme ;
tous trois réüffirent , & les
cinq Matelors voyant leurs
Chefs morts , fe foumirent
à nos trois François qui fe
trouverent enfin maitres
du Vaiffeau Anglois.
GALANT. ïƒ
Avant que d'achever
* le recit du fait on pouroit
faire une premiere quef
tion curieufe fur l'action
de ces trois François
Eft -elle louable ou bla
mable ?
S'ils avoient cité pri
fonniers fur leur parole,
leur action feroit fans
doute un crime énorme.
S'ils font prifonniers
forcez & mal-traitez ,
l'action change de na
ture celuy qui traite
16 MERCURE
cruellement un prifon .
nier le met en droit de
tenter jufqu'aux voyes
cruelles pour ſe délivrer.
On leur allegue qu'ils
n'étoient point du tout
prifonniers en cette occafion
, s'eftant engagez &
embarquez de bonne,
volonté , & qu'étant à la
folde & même à la table
du Capitaine , leur
entrepriſe a efté une tráhifon.
... Ils prétendent que tel
GALANT. 17
les
circonftances peuvent
fe rencontrer
dans
pareille entrepriſe
, quelle
ne feroit pas indigne
d'un Heros. La queſtion
eft donc de fçavoir fi
l'action eft heroïque ou
criminelle .
J'appuye beaucoup fur
cette premiere queſtion ,
car il me paroift que c'eſt
le principal fondement
de celle que je vais expli
quer en continuant le
recit du fait.
B
18 MERGURE
Ce fut le 10. de Janvier
1710 , que ces trois François
fe rendirent maîtres duVaiffeau.
Ils faifoient route vers
la France lors qu'ils rencontrerent
à la hauteur des Sorlingues
un Armateur de
Rofcoff, Armateur François
, qui voyant un Vaif .
feau de la Fabrique Angloife
, s'en réjouit comme
d'une capture qu'il pouvoit
faire.
Nos François de leur
cofté fe réjouirent à l'aſpect
du Vaiffcau François , dont
ils efperoient du fecours , &
GALANT. 19
fe laiffant aborder , fe declarerent
François & amis de
l'Armateur. Mais L'Armateur
voulut toujours qu'ils
fuſſent ennemis & Anglois
comme leur Vaiffeau qu'il
vouloit gagner ; en un mot
il s'en empara &jetta à terre
les François qui s'en étoient
emparez fur les Anglois.
La grande queftion c'eſt
de fçavoir à qui doit appartenir
ce Vaiffeau . On a déja
jugé par provifion qu'il
n'appartenoit a pas un
d'eux , parce que l'Armateur
n'ayant pas droit de con-
Bij
20 MERCURE
querir fur les François , fa
Commiffion d'Armateur
cft nulle à leur égard , & que
les François n'ayant point
du tout de Commiffion.
n'ont pû le conquerir fur
les Anglois.
C'est pour revenir contre
ce Jugement de l'Amirauté
que les trois François ont
prefenté Requefte , au Confeil.
Ils prétendent que le
Vaiffeau leur apartient par
le droit des gens comme le prix
d'une action legitime & glorieufe.
Ainfi , felon euxmeſmes
la queſtion ſe réduit
GALANT. 20
à fçavoir s'ils ont tué &
conquis de bonne guerre ,
car mauvaiſe guerre ne peut
jamais établir qu'un mauvais
droit .
*****
NOUVELLES.
Lettre de Lerida du 26 .
Aouft.
Fene doute e ne doute pas , Monfieur
que vous n'ayez vû quelque
Relation da combat donné le 20
de ce mois entre l'Armée du
Roy celle de l'Archiduc ;
mais je doute que vous en ayez
22 MERCURE
vû de plus veritable & mieux
circonftanciée que celle
que
je
me
donne
l'honneur
de
vous
envoyer.
Le 19 l'Armée du Roy
étant campéeprés de Saragoffe,
& celle des ennemis en deça
de la Chartreuse, Monfieur le
Marquis de Bay alla les reconnoitre
pendant que Sa Majefté
fit avancer toute l'Armée
qui paffa la nuit en bataille ,
ainfi que celle des ennnemis.
Le combat commença le lendemain
matin par une canonade
qui dura depuis fix heures jufqu'à
présde midyque les troupes
GALANT. 23
vinrent aux mains.
Les ennemis ayant renforcé
leur aile gauche de la plus
grandepartie de leur Cavalerie,
voulurent d'abord prendre en
flanc la droite de l'Armée du
Roy , qui eftoit commandée par
Meffieurs de Amezaga &
Mahoni. Mais les Gardes du
Corps & les Dragons les chargerent
avec tant de vigueur ,
qu'ils en firent un grand carnage
& poufferent le restejuſqu'à
l'Ebre , où il s'en noya un grand
nombre.
Le reste de la Cavalerie de
la droite aprés avoir achevé de
24 MERCURE
défaire la premiere ligne des
Ennemis , fut arreftée & mife
en defordre par leur feconde
ligne , fans que Monfieur le
Marquis de Bay , qui s'y porpromptement,
puft la rallier
à caufe qu'elle fut mal fouftenue
par l'Infanterie dont la
plupart des Soldats eftoient
nouvellement levez.
ta
Ce General envoya en mê
me temps ordre à Don Jofeph
de Armendariz & à Don Pedro
Ronquillo qui commandoient
la gauche de la premiere
Ligne de le venirfoindre avec
toute leur Cavalerie, à la reſer-.
ve
GALANT. 25
ve de huit
Efcadrons , & à
Monfieur
le Comte de Merode
& à
Monfieur le
Marquis .
de
Lançarotte , qui
commandoient
la
feconde Ligne , de prendre
les Poftes de
Meffieurs de
Armendariz
Ronquillo .
Dés qu'ils furent
arrivez ils
chargerent fi
vigoureusement
les
Ennemis qu'ils les firent
plier ; mais le defordre de noftre
feconde
Ligne de la droite
eftoit fi grand qu'ils ne purent
faire une feconde
charge.
Monfieur
le Comte de Merode
&
Monfieur le
Marquis
de
Lançarotte
s'avancerent
avec
C
26 MERCURE
lafeconde Ligne de la gauche
qu'ils commandoient ; mais
s'eftant apperçus que les Ennemis
avoient détaché de leur
droite trois Bataillons pour
prendre enflanc les GardesWa-
Tonnes qui estoient à la tefte de
la premiere Ligne de la gauche,
Monfieur le Marquis de Langarotte
marcha à eux avec deux
Efcadrons , & les défit entie-
• rement.
Il alla enfuite rejoindre le
refte de la Cavalerie & trois
Bataillons , marcha avec
Monfieur le Comte de Merode
pour charger une feconde fois
GALANT . 27
7
mais les Ennemis ayant détaché
dix Efcadrons plufieurs
Bataillons pour les enveloper ,
ils furent obligez de fe retirer
en couvrant deux Bataillons
des Gardes Walonnes qui fe
pofterent fur les hauteurs de la
Guerba
La Brigade de Rupelmonde
arrefta les Ennemis , &ne fit
fa retraite qu'à la fin de la Bataille
, apréslaquelle elle fe retira
fans eftre poursuivie , non
plus que le reste de l'Armée ,
dont la plus grande partie
raffembla à Tudela avec Monfieur
le Marquis de Bay , &
Cij
28 MERCURE
unepartie à Daroca avec Monfieur
le Duc de Pratameno.
Les Ennemis font demeurez
maiftres du Champ de Bataille,
mais cette Victoire leur a coûté
a
cher ; leur
Infanterie ayant
d'abord efté fort mal- traitée par
le canon; leur aîle gauche ayant
" efté deffaite , & à laquelle on
a pris cing Etendarts , & enfuite
plufieurs autres Bataillens
aufquels on a enlevé qua
tre Drapeaux.
On n'a encore pû fçavoir le
nombre des morts de l'Armée
du Roy, parce qu'ilrevient tous
les jours des gens qu'on avoit·
GALANT , 29
cru tuez ou faits Prifonniers.
On n'a perdu d'Officiers de confideration
que Monfieur le Duc
d'Havre, quifut tué d'un coup
de canon avant que l'actionfus
tout àfait engagée.
Les Habitans de Saragoſſe
ont donné des marques de leur
zele au Roy en fourniſſant à
Son Armée du pain , du vin ,
៩ de la viande pendant trois
jours.
Noftre Garnifon a enlevé aux
Ennemis un Convoy de cinquante
Chariots de vivres &
de munitions ; & quarante mil
écus en efpeces qui eftoient def-
C iij
30 MERCURE
tinez pour payer leurs Trous
pes . Fefuis , &c.
Les Ennemis commence.
rent à inveſtir Bethune le Is
Juillet , ce qui fut achevé le
18 au foir.
le
La tranchée fut ouverte la
nuit du 23. au 24. , les Bateries
commencerent à tirer
30. Le 28 Aouft les Affiegez
battirent la Chamade,
& la capitulation fut reglée
le 29. en 28. articles conforme
à celle de Douay.
Le 31. la Garnifon fortit
au nombre de 1500. hom
GALANT. 31
mes , outre 700. malades &
bleffez , & fut conduite à S.
Omer.
Mr le Juge , l'un des Fermiers
Generaux de fa Ma-
. Aouft.
jefté , mourut le 15.
Meffire Robert Aubery,
Seigneur d'Andilly , qui avoit
efté reçu Maistre des
Comptes en 16.55 . mourut
le 23. Aouft. Il eftoit honoraire.
Mre Louis Anne Aubéry,
Docteur de Sorbonne Prieur
Delcampe , & de S. Sauveur
de Lomine , mourut le lendemain
, il eftoit de la mê
C iiij
32 MERCURE
me famille que le precedent.
Dame Charlotte de Befançon
eft morte dans fes
Terres prés de Verneuil
âgée de 44. ans . Elle eſtoit
fille de Mre Charles de Befançon
, Seigneur de Courcelles
, Baron de Bazoche ,
Vicomte de Neuf- Chaftel
& c. & de Jeanne de Vanboringar
, elle avoit époufé
Mre Gabriel de Laval la Faigne
, Seigneur de Montigny
, &c. neveu de François
de Laval , mort Evêque de
Quebec, de la branche aînée
de Laval Bois - Dauphin .
GALANT. 31
Il ne reste plus du nom
de Besançon que M˚ la Prin-
.ceffe de Courtenay , fille de
Mre Bernard Befançon du
Pleffis Befançon , Lieutenant
General des Armées du Roy
& Gouverneur d'Auffonne,
& Ambaffadeur de S. M. à
Venife . Il eftoit frere de Mre
Charles de Befançon , Seigneur
de Courcelles , Lieutenant
& Commiffaire General
des Armées du Roy,
Intendant en Touraine & en
Champagne .
De luy font forties Da
me Elizabeth Jacqueline de
34 MERCURE
Befançon , & Dame Anne
Marguerite de Befançon qui
a époufé Mre Gabriel du
Mont , Chevalier Seigneur
& Baron de Blaignac , ancien
Officier de la Marine. "
Mre René de Brizay,Marquis
de Denouville , Sous-
Gouverneur des Enfans de
France , eft mort âgée de 73
ans. Il eftoit frere de Mr
l'Evefque de Comminges le
dernier mort .'
Mre Jules Adrien , Comte
de Noailles , l'un des fils de
feu Monfieur le Maréchal
Duc de Noailles , cft mort à
GALANT. 35
*
Perpignan. Il avoit eſté deftiné
pour l'Eglife , mais fa
Famille voyant en luy toutes
les difpofitions qui peuvent
promettre un excellent fujer
pour la Guerre , confentit
qu'il embraffat la profeffion
des Armes . Il eft mort à 20'
ans Lieutenant General de
la Province d'Auvergne
, &
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Noailles .
Mre Nicolas de Blanpi
gnon , qui eftoit Curé , &
Chefcier de S. Mederic depuis
40 ans , eft mort le 27.
Septembre âgé de 68, ans.
3 MERCURE
•
Il eftoit Doyen de tous les
Curez de Paris , & Docteur
en Theologie de la Maiſon
de Navarre .
Mr l'Abbé Anfelme qui
avoit efté nommé à cette
Cure , a remis fa nomination
au Collateur qui l'a
donné à Monfieur deVivant
Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , & Chanoine
de Noftre Dame , au
quel Monfieur le Cardinal
de Noailles a donné fon agrément
. Il en prit poffeffion
le 7. Octobre , & il a
donné fon Canonicat à
GALANT . 37
Mr l'Abbé d'Antin .
Le Chevalier Guillaume
Godolfin , cy- devant Grand
Treforier d'Angleterre
mourut d'apoplexie le 7.
Septembre âgé de prés de
80 ans. Il eftoit frere aifné
de Milord Godolfin , & beau
frere de Jean Churchill
Mylord. Duc de Marlbo
rough .
Mr d'Albergothi , Prélat
du S. Siege , & Gouverneur
de Macerata pour Sa Sainteté
, eft mort à fon Gouvernement.
Il eftoit frere de Mr
d'Albergothi , Lieutenant
38 MERCURE
General , Chevalier des Or
dres du Roy.
Mre Pierre François Gorge
d'Antraigues , époufa le
22. Septembre Damoiſelle
Louife Madelaine Therele
de Brichanteau , fille de Mre
Louis Faufte de Brichanteau,
Marquis de Nangis , & de
Marie Henriette d'Aloigny
Rochefort.
La nouvelle époufe eft
foeur de Mr le Marquis & de.
Mr le Chevalier de Nangis .
Le nouvel époux fera prefentement
appellé Comte da
Meillant, du nom d'une Ter
1
GALANT. 39
fa
re qui eft dans le Berry ,
mere eftoit de la Maifon d'Etampes
Valancey , niéce de
feu Mr le Maréchal , Duc
de Luxembourg , & de M
la Princeffe de Mekelbourg;
& fa foeur a époufé Mr. le
Marquis de Bethune , petic
fils de Mr le Duc de Bethune.
;
Mr de Senneterre , a époufé
Mademoiſelle d'Ortans
niece de Mr de la Poëpe
Vertrieu , Evefque de Poi .
tiers , & qui eftoit Chanoine
& Comte de S. Jean de
Lion. Elle cft aufli ptocho
40 MERCURE
parente de Madame la Du
cheffe d'Angoulefme
, belle
fille du Roy Charles IX.
Elle eft retirée au Convent
des filles de fainte Elifabeth
du Marais .
Mre Pierre Delpech , Avode
Cour
des
cat General de la Cour des
Aides , & frere de Mr Del,
pech , Confeiller au Parlement
, époufa le 20. Octobre
Elifabeth le Févre de
Caumartin de S. Port , Dame
de Cailly , niece du Com ,
mandeur de Caumartin.
Saint Venant fut inveſtile
5. Septembre, & la tranchée
GALANT . 41
fut ouverte la nuit du 16.
au 17. les innondations qui
en faifoient la plus grande
force ayant efté faignées , la
Garnifon fut obligée de capituler
le 29. au foir , Elle
fortit le 2. Octobre avec armes
& bagages , deux pieces
de canon , & toutes les autres
marques d'honneur , &
fut conduite à Arras. Cette
Garnifon eftoit au nombre
de deux mil hommes.
Les Ennemis ont eu à ce
Siege prés de mil hommes
tucz ou bleffez.
Nous n'y avons perdu au
D
42 MERCURE
cun Officier de confideration
que Mr le Comte de
Berenger du Gua , Colonel
du Regiment de Bugey , qui
fut tué le 24. Septembre. II
avoit entrepris une fortie où
il ne fut fuivi que d'une treataine
de Grenadiers ; la planche
fur laquelle tout fon détachement
devoit paffer s'étant
rompuë , il ne laiffa pas
de fe jetter dans la tranchée
& de culbuter les Ennemis.
Il faifoit enfuite fa retraite
avec toute la conduite & la
valeur poffible ; lors qu'il
receu un coup dans la tefte
GALANT. 43
dont il mourut .
Il fervoit depuis fa plus
grande jeuneffe , & il ne s'étoit
point paffé de Campagne
qu'il ne fe fût diftingué.
La derniere année il enleva
le pofte confiderable de la
Tuyle , dans la Val - d'Aoft .
Il fit la même année cette
belle retraite à Conflans , ou
il arrefta les Ennemis , & fc
retira avec les deux feuls Bataillons
de fon Regiment.
Il eftoit fils de Mt le Comté
du Gua , Maréchal de
Camp , qui a ferviavec diltinction
depuis 1670 & pen
Dij
44 MERCURE
dant la derniere Guerre d'Italie
, où il a eſté eſtropié
d'un bras ; & de Damoifelle
N ... de Symiane , foeur
de Mr le Marquis de Symiane
, Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. A. R.
Monfieut le Duc d'Orleans .
Tout le monde connoift
l'illuftre Maifon de Berenger
en Dauphiné , & la Genealogie
en a efté imprimée exactement
par feu Mr Chorier
, Hiſtorien de cette Province.
Mr le Comte du Gua avoit
trois fils , dont l'aîné cft
GALANT . 45
enterré à Aire , le fecond à
S. Venant , & le Roy a donné
au troifieme le Regiment
de
Bugey.
Mr le Marquis de Lifte
nay , Maréchal de Camp ,
eftant mort dans une fortie
faite à Aire le 24. Septem.
bre ,le Roy a donné fon Regiment
à ſon frere ; fa Gharge
dans la Gendarmerie à fa
fille pour la vendre , & fa
penfion de fix mil livres à fa
Veuve.
Mr de Liftenay eftoit l'aî
né de l'illuftre Maifon do
46 MERCURE
Beauffremont
de Bourgogne.
,
au Comtéx
Le Roy a donné à Mr de
Langez , Capitaine de Cavalerie
, un Guidon de Gendarmerie
, avec permiffion
de vendre la Compagnie
.
CALANT. 47
*****************
APOLLON
ET
L'AMOUR.
Par M ROY.
DIALOGUE.
APOLLON.
Si matin au
Parnaffe ,
Amour , quy viens◄
tufaire ?
L'AMOUR.
Fyviens cueillir un Boùquet
pour Cloris.-
48 MERCURE
APOLLON.
Un BouquetpourCloris!
ehj'en fais mon affaire
Va va , retourne vers
Cypris ,
Les fleurs entre mes
mains deviennent immortelles
,
A Dans les tiennes , Α.
mour , qu'ont - elles à
durer ?
Seulje fray façonner les
Guirlandes nouvelles
Dont les Heros ont droit
de fe
parer ,
Est- ce
GALANT . 49
Eft-ce à d'autres qu'à
moy de couronner les
Belles ?
L'AMOUR.
Ma Mere ne va pointfe
parer de vosfleurs ,
Je fers Cloris comme mą
Mere.
APOLLON.
SiVenus connoift mal le
prix demesfaveurs
Clorisfait mieux, Cloris
Al Amourmeprefere.
E
So MERCURE
L'AMOUR.
Et Cloris me doit l'art de
plaire.
APOLLON.
A toy ! Quoy donc, l'air
gracieux,
Le fourire plein defineffe,
Le badinage ingenieux
Art où Cloris eft fi maitreffe.
Tout cela ne vient pas
du plus brillant des
Dieux ?
Quel autre , s'il vous
GALANT. s*
f
plaift , auroit mis dans
fes
yeux
Cette prompte vertu de
guerir la trifteffe ?
Mais tu l'entenschanter,
parle de bonnefoy,
En admirant fes fons ;
cette aimable cadence ,
Seroit- ce pas luy faire of
fense
Que de croire qu'elle eût.
d'autre Maitre que
moy ?
Songe à l'Hiver paſſe .
qu'unmoment te rapelle
E ij
52 MERCURE
Le Bal avec tousfes ap- •
pas ,
Cloris danfoit , fa danfe
teplut- elle ?
Je luy montray les premiers
pas
.
Enfin c'eft moyfeul qu'elle
aime.
Veux- tu la voir dans un
Feftin
Je luy mets le verre en
main ,
Bacchus en convient luymême.
GALANT $
L'AMOUR .
C'est donc de mes fuccés
que tu tefais honneur ?
Tuparles de fa voix &
tu m'en dis merveille ,
Mais j'y donne un charme
vainqueur ,
Par toyles Chants neflat
tent que l'oreille
Et c'est par moy qu'ils
vont aucoeur.
Que fais-tu dans un Bal,
tuprepares les Feftes ,
Moy jy regne , j'yfuis'
Gloris fans la quitter
,
E iij
14 MERCURE
Je luy fers chaque jour à
faire des Conqueftes ,
Et tu n'és bon qu'à les
chanter.
Les repas font groffiers
avec le Dieu des Treilles
,
Ils fontferieux avec toy ,
Cloris à tes propos s'en_
dormiroitfans moy.
Et renvoyroit bien des
Bouteilles.
APOLLON.
Fen ay trop dit , tu veux
me piquer à ton tour,
GALANT.
Faifons mieux , fouffre
unpartage;
Mêle ton nom au mien
faifons-luy noftre cour,
Qu'elle reçoive l'homma
ge,
D'Apollon
& de l'Amour.
?
****
REPONSE
de Cloris aux quatre derniers
Vers du Bouquet.
Fe reçois d'Apollon le
Bouquet & l'hommage,
E iiij
16 MERCURE
Mais qu' Amour porte "
ailleurs le fien ;
Un prefent d'Apollon à
quelques Vers m'engage
;
Les voila bien- toftfaits ;
ils ne me coûtent rien ,
Mais l'Amour voudroit
davantage.
C'est un Tyran , je lë
Içay bien.
GALANT. $7
CONSEIL
Qu'on me donne dans
une des Lettre Critiques
qui ont couru
fur mon Mercure.
Je confeille à l' Autour de
fe défaire au plutoft d'un
certain air de gayeté &
de plaifanterie dont fon
ftile eft infecté. Il aréjouy
d'abord ; mais à coupfeur"
il déplaira dans la fuite:
le Public fe laffe bien-soft
deplaifanterie , &c.
MERGURE
1
Cette critique eft tresfenfée
, car on fe laffe de
tout. Ainfi dés que je m'apercevray
qu'on fe laffera
de mon ftile, j'en changeray
promptement ; &
au lieu que je ne fuis ferieux
que dans les endroits
où il le faut eftre ,
je le feray par tout ; je
prendray un ftilefi ferieu
fement uniforme qu'il
m'ennuyra moy-même ,
& j'en feray bien fâché.
Plût au Ciel que je fuſſe
GALANT. 59
toûjours en humeur de
me réjouir , car il faut être
réjouy le premier pour
pouvoir réjouir les autres.
Ouy,je fouhaiterois
pouvoir
joindre à mon ſtile
celuy des Lettres Provinciales
, de Rablais , de Moliere.
En un mot je fou
haite de réjouir tout le
monde, excepté ceux qui
font malignement chaque
les au grins de voir
tres fe réjouiffent
..
La plupart
de ces cri
to MERCURE
tiques atrabilaires ne jugent
de la folidité d'un
ouvrage que par le degré
de ferieux qu'ils y trouvent
, dés qu'une maxime
folide eft plaifament
traveftie , ils la mécon
noiffent , mais qu'une ma
xime petite ou faufſe ſe
prefente pour ainfi dire
en habit ferieux , ils la ref
pectent. Tout ferieux
leur paroift grand ; tout
badinage leur paroift petit
: ils n'y fçavent autre
GALANT. 61
chofe. Cen'eft point à ces
Meffieurs là que je veux
plaire , un Livre tel qu'ils
Je veulent neplairoit qu'à
eux feuls , & je veux plaire
à la meilleure partie ,
ne pouvant plaire à tout
le monde.
Ces Critiques aufteres
veulent être plus fages
que la Nature qui atache
prefque toujours un goût
agreable aux
nourritures
les plus folides
qu'elles produit pour les
62 MERCURE
hommes. Je veux nourrir
les efprits le plus agréablement
que je pourray.
Le ferieux inftruit ,
j'en conviens ; mais le
badinage peut inftruire
& réjouir je le prefere ,
& je ne prétens pas
mefme m'abstenir abfolument
de cette elpece
de plaifanterie qui ne fait
que réjouir ſans inſtruire
; n'eft-ce donc rien
que de réjouir-
Ceux qui tâchent de
GALANT . 63
fufpendre par leurgayeté
les ennuis & les chagrins
dont l'efprit humain eſt
accablé , ne font - ils
pas
plus utiles à la focieté
que ces Pleureurs deprofeffion
qui vous entretiennent
dans la trifteffe,
en yous reprefentant vos
maux encore plus grands
qu'ils ne font
Examinons férieufement
combien il eft utile
de répandre la joye dans
de Public; voyez ce qu'en
64 MERCURE
a dit là- deffus feu M'de
Peliſſon , l'un des plus
beaux efprits de noftre
fiecle .
Les plus grands Legiflateurs
en fondant des Republiques ,
ont eu pour but general que
les Citoyens puffent vivre
enfemble vertueuſement , paifiblement
, agreablement .
Ces trois chofes font donc
neceffaires , & tout ce qui
contribue à la derniere fans
nuire aux deux autres , bien
loin de s'écarter de l'utilitépublique
,y vaquelquefois par le
GALANT. 65.
bien
chemin le plus droit le plus
court. Par exemple les écrits
d'un celebre Furifconfulte font
utiles , qui le peut nier ? Ils
inftruisent l'Avocat pour
diffendre fa caufe ; l'Avocat
bien inftruit fait que le Juge
prononce justement ; lefuge en
rendant juftice met les Citoyens
en repos. Mais on voit fouvent
que les differentes mains
de tant de divers Artifans détournent
l'Art de fon intention
naturelle , il en arrive &
comme de ces Machines belles
bien inventées en apparence,
qui pour eftre compofées de trop
F
66 MERCURE
depieces, dont quelqu'une vient
toujours à manquer, s'arrêtent à
toute heure, & renverſent quelquefois
ce qu'elles devoientporter.
Au contraire ces autres écrits
qu'on traite communement de
Bagatelles , quand ils ne ferviroientpas
àregler les moeurs ,
ou à éclairer l'efprit , comme ils
peuvent , comme ils le doi
vent , comme ilsfont d'ordinaire
directement ou indirectement;
pour le moinsfans avoir befoin
que d'eux mêmes , ils plaifent ,
ils divertißent, ilsfement& ils
répandent par tout la joye , qui
eft aprés la vertu le plus grand
de tous les biens.-
•
GALANT. 67
**********
CHAPITRE .
oùje voudrois bien
réjouir.
Ce feroit un trefor qu
un Chapitre comique
qui
fufpendroit à coup
feur le chagrin , comme
le Quinquina fufpend la
fiévre. Je vous compoſeray
pour le mois prochain
une prife de ce Quinquina
pour les chagrins , mais
afin qu'il puiffe faire effet
Fij
68 MERCURE
fur tous les
temperamens,
il faut faire entrer dans
cette compoſition
toutes
fortes de drogues. Ilyentrera
des boufonneries
,
des équivoques ; des jeux
de mots ; & peut- être du
bas Comique
; du Burlefque
; des Trivelinades
; des Arlequinades.
Il faut de tout cela quelques-
fois pour épanouir.
la Rate , & le bon comique
ne fait rire
prit.
que l'ef
GALANT. G
Le premier Chapitre
de bas comique que je
vous donneray fera peuteftre
extrait des plus ferieux
Auteurs Grecs &
Latins ; on m'en a promis
bon nombre de traits
& j'en ay déja quelques
uns.
Ceux d'entre ces Auteurs
anciens qui ont deliberé
des jeux de mots
dans leurs
ouvrages , në
dédaignoient pas appa˝
remment
d'en rire.
MERCURE
Socrate rioit quelquefois
des plaifantes injures
que fa femme vomiffoit
contre luy , & j'ay connu
un Socrate moderne , qui
par maniere de recreation
eftimoit fa femme
jufqu'à l'irriter , parce
qu'elle avoit la colere comique
, comme certains
yvrognes ont le coeur
gay.
Aprés avoir fait l'Apologie
du bas comique , je
devrois vous en donner
GALANT. 77
icy tout du meilleur ;
mais je n'ay rien à prefent
dans ce genre-là , fi ce
n'eft une Lettre de jeux
de mots que je n'euffe jamais
ofé placer dans un
Livre auffi grave qu'on
prétend que doit eftre - le
Mercure Galant ; mais
je puis tout mettre dans
ce Chapitre-cy , car il eſt
privilegié j'y proteſte
contre la Critique.
:
Pour autorifer le ftile
de la Lettre qui fuit , ci2
MERCURE
tons icy un jeu de mots
Grec traduit d'un Auteur
grave. Voicy la traduction
dans ces quatre
Vers .
L'Efcamoteur Docles ;
unjourjetta la vûë
Str une Coupe d'or qu'avoit
Lifimacus
,
Auffi - toft que
L'eut vûë ,
Docles
Lifimacus ne la vitplus.·
LETTRE
1
GALANT. 7
********************
LETTRE CRITIQUE
d'un Maistre de Paulme ,
furmonpremier Mercure.
MONSIEUR ,
Vous avez affez bien peloté
en attendant partie ;
mais on dit que voftre Jeu
cft trop vif, & qu'au lieu
d'atendre la Balle au bond ,
vous prenez tout de Voléc
En effet , avec vous la Balle`
ne tombe pas
à terre . Les
bons Critiques vous pro-
G
74 MERCURE
menent de coin en coin : ne
relevez point leurs coups :
remarquez
les chaffes &
vous les gagnerez en jouant
bien. A l'égard des petits
Joueurs qui font fâchez de
2
vous voir la Balle à la main ,
forcez au dedans ; ils craignent
la Balle : ils baifferont
la tefte & perdront quinze.
Il y en a d'autres , qui faute
de fçavoir juger la Balle ,
prennent vos coups coupez
entre bond & volée , & leurs
raifonnements fe perdent ·
dans les filets. Défiez- vous
de ceux qui vous fervent fur
GALANT. 75
les deux toits ; ils feignent
leur jeu en flattant le coup :
mais ils vous attaqueront
par bricole, & prendront le
défaut, car vous ne pouvez
pas être par tour . On dit
que quelques enfants de la
Balle prennent l'avantage
fur vous quand il y a faute ;
mais attendez qu'ils ayent lai
Raquette à la main , ils
mettront deffous , & vous
ferez à deux de Jeu , quoy
qu'ils ayent pris leur Bifque.
Enfin Monfieur , fi l'on
vous chicane trop , faites
demander fous la Gallerie
Gij
76 MERCURE
à ceux qui ont bien vû le
coup , ils jugeront tous que
voftre Mercure a porté , &
que vous avez gagné une
chaffe au premier ; mais
tirez droit au ſecond fi vous
voulez gagner la partie.
Nous mettrons tous argent
Lous corde , & le public
payera
les frais.
GALANT. 77
SIEGE D'AIRE.
Aire fut invefti le cinquiéme
Septembre , & la
tranchée fut ouverte la nuit
du 12. au 13.
Mr le Maréchal de Vil-
Fars fit avancer l'Armée prés
de Hefdin , la gauche à Auchy
fur le Ternois , la droite
à Valiere , le Centre à
Eftruval ayant la Canche
derriere ; le 2 4. il partit pour
aller aux eaux , & Mr le Maréchal
d'Harcour arriva le
Giij
78 MERCURE
25. pour commander
l'Armée
en fa place.
Le 19. au matin les Ennemis
commencerent
de tirer
avec 3 3. piéces de canon
à l'ataque gauche , & avec
44. à l'ataque droite.
La nuit du 20. au 21. ils
avancerent jufqu'auFoffé de
la Redoute de la Laquete ,
mais ils furent obligez d'abandonner
leur tranchée
parce que les Affiegez ayant
fait une ouverture à la Digue
la remplirent d'eau .
Le lendemain ils travaille
GALANT. 79
rent à la faigner pour faire
écouler les eaux .
Le 22. ils avancerent
jufqu'à la Redoute qu'ils emporterent
aprés avoir perdu
trois cent hommes.
Le lendemain les Affiegez
firent une fortie pour
la reprendre ; mais ils furent
repouffez aprés un rude
combat ; voicy ce qu'en a
mandé un Officier de l'Armée
Ennemic.
Mr d'Audencourt , Cadet,
de. Mr le Comte de la Motte
Colonel de Loraine " , ayant demandé
200. Grenadiers pour
Giiij
80 MERCURE
reprendre la Redoute
que
nous
avions enlevée , il nous eft ve
nu ataquer. Il y a eu une
grande tuerie de part & d'au
tre ; il a eu la cuiffe caffée.
Nous travailllons
à prefent
à nous rendre Maistres du
Chauffoir , qui eft encore un
ouvrage avancé , aprés quoy
nous travaillerons à faigner
l'innondation ; nous efperons
eftre les Maistres de la Place
à la Touffaints.
AUTRE LETTRE
du même Officier.
GALANT . SY
DU CAMP
devant Aire le 25 Septembre
Le 22. Monfieur le Comte
d'Efteing , Lieutenant General
Commandant à S. Omer
fit un détachement de 900.
Chevaux commandé par Mrs
de Mortagny es d'Eftagnol
Brigadiers ; Mrs du Palais
de S. Sernin & d'Houdetot
Colonels
Neufchaftel &
Montvert Lieutenants - Colo
nels ; ils paſſerent l'Aa , &
fe pofterent dans des fonds de
Fautre cofté , & au delà des
32 MERCURE
hauteurs qui font à une lieuë
ع و ن
demie de S. Omer. Ils envoyerent
de vant eux trois cens
Chevaux , en deux corps
fous les ordres de Mrs d'Houdetot
de Montvert , du
cofté du Village d'Heuderin
ghem , avec ordre de recevoir
le fieurHergenfi & 30.Houf,
fards , qui avec Is . Dragons
poufferentjufques dans le quartier
du Comte de Naffan Weil
bourg à S. Auguftin , où ils
fabrerent. Une Garde de 60.
Cuiraffiers y eftant accouruë
fut battue & renvefée ; mais
tous nos Houffards eftant allez
GALANT . 83
"
au fecours avec 300. Maîtres
qui fe trouvoient commandez ,
poufferent vos Houffards. Mr
de Montvert , au lieu de les
attendre & de ſe rejoindre à
Mrd'Houdetot,marcha à eux,
fut renverfé , & ces trois cents
Chevauxfurent repouſſez vi
vement jufqu'à ce que Mr de'
Mortani nous ayant à fon tour'
envelopé , il ne s'enfauva que'
ce qui put penetrer au travers
de vos Troupes. On nous en
tua beaucoup , & nous eûmes
68. Cavaliers de pris.
Mr de Mortani aprés s'eftre'
remis en bataille , voyant que
84 MERCURE
tout noftre piquet alloit au fer
cours repaffa la petite rivi‹rè
d'Aa ou quelques uns de nos
gens le fuivirent , & tombé
rent dans une embuscade de
Grenadiers que l'on avoit poftez
dans le Village de Blan
decque.
Les François perdirent Mr
de Montvert Lieutenant - Colom
nel , deux Lieutenants avec
commiffion de Capitaine, deux
autres , trois Cornettes , Sept
Maréchauxdes Logis , & une
quarantaine deDragons on Ca
valiers .
GALANT. 85
Nous avons perdu en tout
trois cents hommes,
La nuit du 22. au 2 3. les
Ennemis poufferent une paralelle
, mais les afficgez ayant
fait une fortie à une heure
aprés minuit ruinerent
une partie de leurs travaux .
Le foir du 23. Mr le
Marquis de Flavacourt avec
quatre cents Grenadiers &
trois cents Travailleurs tuerent
prefque tout ce qui fe
trouva dans la tranchée &
ruinerent tous les travaux
des Ennemis , Mr de Flavacourt
y fut bleffé.
86 MERCURE
RELATION
de l'Affaire de Vive
Saint - Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence , Capitaine
de Galere , arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuit . Mr l'Intendant
ayant donné avis
Mr de Ravignan , Maréchal
de Camp , que les ennemis
faifoient remonter un gros
Convoy par la Lys , il partitle
18. à dix heures du foir
avec Mrs d'Houk, & de JarGALANT.
87
nac Brigadiers , Mrs de Valence
, de Noailles , de Nogaret,
de Louvigny , d'Angennes
, & de Monteffon
Colonels , 19. Compagnies
de Grenadiers
, 1500. Fu
feliers , & le Regiment de:
Dragons de S. Chaumont .
II marcha toute la nuiti
dans les Bois , prés de Vive
S. Eloy , paffa à la veuë de
Menin , & à la demi portée
du canon de Courtray , à
trois lieues de Deins en deça
de Gand , & arriva à deux
heures aprés midi à Oucghem
fur le bord de la Lys.
A
A
38 MERCURE
.
Trente Houffards qu'il
avoit envoyez à la decouverte
, vinrent avertir que
les Ennemis fe mettoient en
bataille à Vive S. Eloy fur
le bord de la riviere , & qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux ; il preffa la
marche de fes Troupes , &
ayant paffé le Village , pendant
que l'Infanterie fe
mettoit en bataille , il alla
reconnoitre les Ennemis .
Mr le Comte d'Athlo
ne , qui commandoit l'Efcorte
du Convoy , avoit
1300. hommes d'Infan
"
GALANT. 89
ferie & 600. Chevaux . Il
avoit appuyé fa gauche à un
Marais impratiquable joignant
la Lys . Son front qui
éroit fort étroit , fe trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois foffez , & une
levée de terre ; il avoit pofté
fa Cavalerie , à la droite
qui n'eftoit point retranchée.
Mr de Ravignan prit le
meilleur party qui cftoit de
fe pofter de maniere qu'enallongeant
fa gauche , il y
poſtaſt Mr de Jarnac , Mr
de Louvigny , Mr de Mon
90 MERCURE
teffon avec 600. Fufeliers
à coſté d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont , avec 30. Houf.
farts qui faifoient face à la
Cavalerie ennemie . Monfieur
d'Houk Brigadier, Mrs
de Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
, Mrs d'Angennes &
de Noailles Colonels , avec
le furplus des Fufeliers occupoient
la droite jufqu'au
Marais.
Comme on avoit obfervé
que la Cavalerie ennemie
pouvoit penetrer par un che
GALANT. 91
min & tomber fur la gauche
de l'Infanterie , on poſta à
l'entrée de ce chemin 60 .
Fuſeliers. Au ſignal , qui é.
toit de battre aux champs ,
les Fufeliers de la droite fi .
rent féu fur les ennemis pour
les occuper . En même temps
tous les grenadiers pafferent
les trois foffez fans tirer , &
tomberent fur les ennemis
la bayonnette au bout du
fufil , fe mêlerent & culbu
terent les premiers rangs ,
firent un grand carnage , &
poufferent fivivement les ennemis
, qu'ils n'eurent pas le
Hij
92 MERCURE
temps de fe jetter dans deux
vieilles Redoutes ruinées .
Nos Dragons cependant
chargerent fi à props & fi
brufquement
la Cavalerie
ennemie , qu'ils la défirent
en tres peu
Houffards qui eftoient à la
teſte des Dragons fabrerens
avec tant de fureur , qu'elle
fut renversée
. Mr de Jarnac
fe replia fur la droite , &
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui eftoit déja prefque
tout à fait renversée par
les Grenadiers ..
de temps. Les
Des 1.300 . hommes d'InGALANT.
93
fanterie , tout fut tué ou
noyé à l'exception de 609.
qui furent conduits à Ipres ,
& d'une trentaine de bleſſez
à mort , qu'on laiffa dans
les Villages . On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit eſté tuez ou noyez , le
refte s'eftant fauvé du coltá
de Deins . Le Comte d'Ath
lone qui commandoit l'efcorte
, fut fait prifonnier
avec un Lieutenant Colonel ,
un Major & 36. autres Offi
ciers . On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers &
tous ceux qui remontoient
94 MERCURE
}
A
les Belandres fur lesquelles
les foldats fe chargerent de
Butin dix furent choifis
pour mettre le feu aux poudres
avec précaution , ils le
firent , & fe coucherent enfuite
à terre aprés s'eftre
bouché les oreilles , ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent eftouffez . Le bruit
fut fi furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
, & que la terre fut ébranlée
jufques à Valenciennes
, & S. Quentin où
les vitres en furent caffées ;
la Lys fut feparée en deux
GALANT. 95
bras au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez . Il y avoit treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre , de l'Artillerie , &
une grande quantité de boulets
, de bombes chargées ,
de carcaffes , de grenades,
de vinaigre & d'eau de vie .
Aprés cette expedition
qui ne coûta que so.
mes tuez ou bleffez , Mr de
Ravignan , marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
fes Troupes eftant fort fatiguées
, à caufe qu'elles éhom96
MERCURE
·
toient chargées , & embaraf
fées de prifonniers. Il y reçût
avis que les ennemis envoyoient
pluſieurs détachemens
pour le couper. En
effet une heure aprés 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie , &
attaquerent un poſte à la
portée de fufil de Rouſſelar.
Mr du Bois , Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou
tenus de quelques Grenadiers
, commandez par Mr
de Valence . Les ennemis fe
retirerent avec precipitation .
Monfieur
4
GALANT. 97
Mr Dubois les pourſuivit ,
leur tua 15. hommes , pric
un Officier avec 10. Chevaux
; enfuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres , où il arriva
le 20 au foir.
Le 24. Septembre leCha
pitre de l'Eglife Metropolitaine
de Treves , élut le
Prince Charles de Lorraine,
Evêque d'Ofnabruck , &
d'Olmuts , Coadjuteur de
l'Evefque & Electeur de
Treves. On depécha auffitôt
un Courier pour en porter
la nouvelle à S. A. R
I
"
98 MERCURE
Monfieur le Duc de Lorraine
, qui la reçut le Vendredy
26. elle luy fut confirmée
par MonfieurSchmit
tbourg neveu de l'Electeur
de Tréves , qui vint la
complimenter de la part de
fon oncle. Peu de temps
aprés S. A. R. envoya ordre
au Chapitre de l'Eglife
primatiale de Nancy pour
le Te Deum ; Elle l'avoit fait
chanter d'abord à Luneville
fans a cune Ceremonie.
Mais le foir elle le fit chanter
en muſique , jetter de
l'argent au Peuple , couler
BE
BIBLIOTERE
LYON
1893
LLVILLE
THRONE
TELA
VILLE
LYON
87893#
GALANT
des Fontaines de vin.
cut des illuminattons pendant
trois jours, un feu d'artifice
, un grand repas & un
grand bal . Monfieur le Duc
de Lorraine pour faire honneur
à Mrde Schmittbourg
lui donna à fouper chez Mr
le Marquis de Lenoncourt
fon grand Chambellan
avec S. A. R. Madame la
Ducheffe de Lorraine . S. A.
R.fit prefent àMr deSchmittbourg
de fon Portrait
enrichi de diamants.
Lij
Too
MERCURE
On m'a averti fur l'article
d'Aglaé dans mon premier
Mercure , que l'Intendant
de cette Dame Romaine
ne s'appelloit pas Bonaventure
; mais Boniface ; on
a cu raiſon , & j'ai tort de
n'avoir pas verifié les Mémoires
où j'ay pris auffi les
foixante Intendans que j'ay
donnez àAglaé Loin d'eftre
fâché qu'on me reprenne de
pareilles fautes , j'en ferois
exprés fi j'eftois feur que
chacune m'attirât une Lettre
auffi pleine d'érudition que
celle de Mr.l'Abbé H *** :
*
Voicies remarquesqu 'rait
fur les foixante Intendants
d'Aglaé, Dame Romaine.
Les Intendans eftoient une
forte d'Esclaves . On les
nommoit Actores fervi ; les
Economes des familles , des
mailons , des biens.
Il y avoit autant d'Eſclaves
que d'occupations dans
les maifons des Grands ; on
en comptoit jufqu'à cinquante.
Actor fervus , l'Intendant
d'une Maiſon.
Atrienfis fervus , Concierge
; c'eftoit le plus conſide-
I iij
rable des Esclaves ; il avoit
tout en garde.
Procuratorfervus , qui vacquoit
aux affaires pour les
Procés.
Negociatorfervus , qui negocioit
pour fon Maiftre.
Libripens fervus , Treforier.
Difpenfator fervus , qui
achetoit & payoit.
Capfarius fervus , qui donnoit
l'argent à intereſt , un
efpece d'Agioteur , d'Ulu
rier.
Calculator fervus , qui calculoit
& fupputoit .
GALANT. 103
Servus ab Epiftolis , qui
écrivoit les Lettres.
Librarius fervus , qui écrivoit
des Livres par notes
abregées , dont on le fervoit
avant l'Imprimerie..
Servus ab Ephemeridé, qui
avertiffoit des Calendes , des
Nones & des Ides , des Fêtes
& des autres jours du
mois , fur tout de celui que
les Romains nommoient
dies Ater,ledeuxièmeJanvier ,
& de celui du Parricide,le 15 .
Mars, mort de Cefar .
Cubiculariusfervus , Valet
de Chambre ou Camerier.
I
iiij
104 MERCURE
Vertipicus Servus , Valet
de Garderobbe.
Unctor fervus, qui frotoit
le corps d'huile de fenteur, &
le parfumoit aux Bains .
Balneator fervus , Bai
•
gneur.
Fornacator fervus , qui
allumoit le fourneau des
Bains.
cin.
Medicus Servus , Mede-
Admiffionalis fervus , Introducteur
pour admettre
aux Audiences particulieres
ou publiques.
Silentiarius fervus, qui faiGALANT.
10
foit faire filence dans la
Chambre ou dans les Salles.
Procope dit qu'ils eftoient
établis pour tenir les Affif
tans dans le reſpect.
Ante ambulo fervus , qui
marchoit devant pour faire
faire place.
Salutigerulus fervus , qui
portoit le bon jour.
Nutritiusfervus,qui avoit
foin d'élever les enfans, Precepteur
, Inftructeur.
Structor fervus , Maiſtre
d'Hoftel.
Pocillatorfervus,Echanfon.
Cellarius fervus , qui gar
Yo MERCURE
doit les vins , d'où le Cele
rier eft venu .
Præguftator fervus , qui
faifoit l'effay du vin avant
qu'on le prefentât à boire.
Obcoenator fervus , qui
achetoit les vivres.
Vocator fervus , qui alloit
convier àmanger .
Diatariusfervus , qui avoit
foin d'orner la Salle des Fef
tins .
Analecta fervus , qui ramaffoit
les reftes des tables,
Efclave d'oeconomie .
Paniculus fervus, qui netGALANT.
107
toyoit les tables avec une éponge.
Curfor fervus , qui portoit
des nouvelles verbales .
Tabellarius fervus , Porteur
de lettres .
Calator fervus , ui con
voquoit les Affemblées.
Nomenclator fervus , qui '
nommoit ceux qui briguoient
les Charges de la
Republique. Il falloir 25.
ans pour cftre Quæſteur
30. pour eftre Tribun , 37%
pour eftre Edile , 39. pour
eftre Præteur , & 43. pour
>
408 MEROUN?
eftre Conful , felon Julte-
Lipfe.
Villicus ferous , qui avoit
foin des biens de la Campagne.
Viridarius fervus , Jardinier.
Topiariusfervus , qui tondoit
les Parterres & les Arbuffes.
Venator Servus, Chaffeur.
Salvarius fervus , Garde
de bois .
Paftor Servus , Berger.
Piftor fervus , qui battoit
le bled pour en tirer la faGALANT
. 109
rine avant l'ufage des Moulins.
Oftiarius fervus , Portier .
Servus à pedibus , Valet
de pied , Laquais .
Aquariusfervus , Porteur
d'eau.
Scoparius fervus , qui balayoit
les maisons.
Lecticarius fervus, Porteur
de chaifes.
Polinctor fervus , qui lavoit
les corps , & les embaumoit
aprés le deceds .
Defignatorfervus , Maître
des Ceremonies , & l'Or
donnateur des Pompes fu10
MERCURE
nebres. Ulpien raporte que
fa fonction eftoit confiderable.
Il marchoit accompagné
de deux Lieteurs ;
Horace & Tertulien en font
mention.
Emiffariusfervus, Intrigant
pour les plaifirs de fon Maitre.
On s'eft plaint que mesNouvelles
eftoientfeiches & avortées,
quo'n les vouloit étoffées,
nourries &c. J'ay déja profité
de cet avis , & dans la
fuite je les nourriray encore
plus de détails & de circonftances
; mais jamais de re-
1
GALANT. 111
flexions ni de raifonnemens
politiques. Un particulier
qui ne voit que le dehors de
la machine politique fans en
connoiftre les refforts cachez,
ne peut jamais raiſon.
ner folidement .
On s'eft plaint auffi de
ma Chanfon contre lePays
Normand, dont j'ai dit :
N'en attendez ni bon vin
ni franchife.
Je fais reparation d'honneur
aux Normands ; ils excellent
en prudence & en
force d'efprit, & s'ils pêchent
un peu en fincerité , c'eft
112 MERCURE
un pêché originel qui eft
commun à toutes les
Nations. Ainfi dés qu'on
aura planté des vignes en
Normandie , je feray volontiers
Normand , & je mc
dédiray de tout ce que j'ay
dit dans ma Chanfon .
Je me dédis auffi par avance
des chofes les plus innocentes
que je pouray dire,
& dont quelqu'un ſe choquera
par malice.
Tout homme qui jectera
une pierre en l'air dans
les rues de Paris ne peur
pas jurer qu'elle ne bleffera
GALANT . 113
perfonne , par exemple tous
les Amants inconftants doivent
eftre choquez de la
Chanfon qui fuit.
**** *****
CHANSON
Anacreontique
furt Air , Reveillez vous
Belle endormie.
Philis
plus
avare
que
tendre ,
Ne gagnant rien à
refufer ,
K
114 MERCURE
Un jour exigea de Li-
(andre
Trente Moutonspourun
baifer.
Le lendemain feconde
affaire ,
Pour le Berger le trocfut
bon ,
Il exigea de la Bergere
Trente baifers pour un
Mouton.
GALANT. 115
·Le lendemain Philis plus
·tendre ,
Craignantde moinsplaire
au Berger,
Fut trop heureuse de luy
rendre
Tous les
Moutons pour
un baifer.
Le
lendemain Philis peu
Sage
Voulut donner Moutons
& Chien
Pour un baifer que le
volage
Kij
116 MERCURE
A Lizette donna pour
rien.
SUITE
Des Nouvelles d'Ef
pagne depuis la Ba
taille de Saragoffe.
Le 24. Aouſt le Roy
d'Eſpagne arriva à Madrid,
où aprés avoir donné les ordres
neceffaires pour groffir
fon Armée par de nouvelles
Troupes , & la bien faire
fournir d'argent , de vivres,
d'artillerie, & de munitions,
GALANT. 117
il jugea à propos de conduire
la Reine & le Prince
des Afturies à Valladolid ,
où les anciens Rois de Caltille
faifoient leur fejour or
dinaire. Sa Majefté Catholique
fit declarer à tous fes
Confeils , qu'elle ne prétendoit
contraindre perfonne
à s'y rendre , mais cette difpenfe
ne fervit qu'à redoubler
le zele de tous les Tribunaux
, de tous les Grands,
& des autres perfonnes les
plus confiderables qui fuivirent
leurs Majeftez Catholiques
à Valladolid , où
18 MERCURE
elles arriverent le 16. Sep
tembre. L'Armée des Ennemis
eftoit alors à Ariza
fur le Xalon en Arragon ,
au delà de Calatayud .
Cette Ville du temps des
Romains , s'appelloit Bilbilis
c'eftoit la Patrie du Poëte
Martial.
Monfieur le Marquis
de Bay eftoit campé du
cofté d'Aranda de Duero ,
fur le grand chemin de Burgos
à Madrid , où les Troupes
qu'il attendoit devoient
aller le joindre, pendant que
Don Juan Antonio de AmeGALANT
119
zaga eftoit avec un corps.
de Cavalerie aux environs
de Madrid , pour empêcher
les courfes des partis Ennemis.
EXTRAIT
d'une Lettre de Lerida
, du 18. Septembre.
Mrle Comte de Louvignies,
qui commande icy , ayant efté"
averty que les Ennemis faifoient
conduire à Barcelone cinq
cent Officiers ou Soldats ,qu'ils
avoient faits prifonniers à la
bataille de Sarragoffe , eftant´
forti avec une partie de noftre
Garnifon pour tacher de les de
118 MERCURE
livrer , areuffi dans fon deffein.
Il a battu l'Efcorte & ramené
les Prifonniers.
Plufieurs Regiments François
font arrivez à S. Jean de
piedde Port , où ils attendent.
les ordres pour entrer en Navarre.
LesMiquelets s'eftoient emparez
du paffage de Canfranc
dans les Pyrenées ; mais ils
en ont bientoft eftéchaffez,
le paffage eft à prefent libre entre
cette Ville , Monçon &Jaca
qui font les plusfortes Places,
d'Aragon , & quifont bien
pourvues de toutes les chofes neceffaires
GALANT 125
ceffaires , en cas de Siege ; mais
on ne croit pas les Ennemis en
eftat d'en entreprendre aucun,
Mr le Duc de Noailles eft
arrivé à Valladolid le même
jourque leursMajeftez Catholiques
qui y arriverent avant
hier , & Mr de Vendôme
devoit arriver hier.
و
Les dernieres nouvelles que
nons avons reçeuës de l'Armée
des
Ennemis , portent que le.
Comte de Starrenberg
avoit
fait cuire une grande
quantité
de bifcuit , & qu'on lui avoir
écrit que fa prefence
eftoit ne
ceffaire en Catalogne
,, parce
L
122 MERCURE
qu'on attendoit un grand corps
de Troupes Françoifes dans le
Rouffillon nous ne croyonspas
que ce Generalrifque defe laiffer
enfermer avec l'Archiduc
fon Armée, qui eft baucoup
diminuée à caufe des grandes
fatigues qu'elle a effuyées.
SUITE
des nouvelles d'Espagne.
Le 18. Septembre les Grands
d'Efpagne , en continuant
leur zele pour la jufte cauſe
de leur Roy legitime, lui demanderent
permiffion d'éGALANT.
123
crire une Lettre à Sa MajeftéTres
Chrétienne ; cette
Lettre eft écrite dans les
termes les plus forts , les plus
touchants & les plus refpectueux.
Ils y proteftent au
nom de toute la Nobleffe &
des Peuples d'Espagne qu'ils
facrifieront leurs biens &
leur vie pour faire paffer
à la poſterité un nouvel
exemple de l'amour & de la
fidelité de la Nation Eſpagnole
pour leur Souverain.
Dés que le Courier fut arrivé
, S. E. Monfieur le Duc
tour malade qu'il d'Albe
Lij
124 MERCURE
eftoit partit pour porter
cette Lettre au Roy , & il
renvoya le même Courrier
aux Grands avec une réponfe
telle qu'ils pouvoient la
fouhaitter.
DE VALLADOLID
le
Le 23. Septembre.
Le Roy arriva icy le 16 avec
la Reine , le Prince des
Afturies , les Tribunaux , les
Grands , & toutes les perfonnes
les plus diftinguées
de Madrid , excepté Mr le
Duc de Veraguas qui eſtoit
GALANT. 125
à l'extremité lors du départ
de leurs Majeftez Catholi
ques . Mr leDuc de Noailles
yarriva le même jour, & Mr
de Vendôme le lendemain.
Aprésfon arrivée on tint un
grand Confeil où tous les
Generaux affifterent , & aptés
lequel le Roy declara qu'il
fe mettroit à la tefte de l'Armée
avec Mr de Vendôme,
& que Mr le Comte d'A
guilar , Mr le Duc de Popo-
11 , Mr le Conte de Las Torres
, &Mrs les Marquis de
Val de Cañas , d'Aitona
& de Thouy , ferviroient
Liij
126 MERCURE
en qualité de Capitaines Generaux
; que Mr le Marquis
de Bay retourneroit en Eftremadure
, & que la Reine,
le Prince des Afturies , &
tous les Confeils iroient à
Vittoria.
Les Gouverneurs de Lerida,
deMonçon, & de Jaca ,
font continuellement des
courfes. Celuy de Lerida a
⚫delivré soo. Prifonniers que
les Ennemis conduifoient à
Barcelone : un parti a arrêté
un Courrier de l'Archiduc
qui mandoit à l'Archiducheffe
que fon Armée
GALANT. 127
avoit manqué de vivres pendant
plufieurs jours , qu'on
le conduifoit à Madrid malgré
luy , & contre l'avis du
Comte de Staremberg , que
·les Generaux des Alliez n'avoient
pas voulu écouter
& que les Peuples eſtoient
affectionnez à Philippes V.
qu'il n'y avoit pas lieu d'eſperer
de tirer d'autres avantages
de la victoire que quel
ques contributions pour
payer les Troupes .
Le 19 l'Armée Ennemie
arriva à Alcala , d'où l'Archiduc
alla à Madrid avec ,
Liiij
1
128 MERCURE
un détachement . A fon approche
Mr de Amezaga s'étoit
retiré avec fon corps de
Cavalerie.
EXTRAIT
d'une Lettre de Lerida
du 29. Septembre.
Noftre Commandant a efté
dans un mouvement continuel
depuis laBataille de Sarragoße.
Il ne s'eftpas contenté d'avoir
delivré la plusgrande partie des
Prifonniers
que les Ennemis y
avoient faits , & qu'ils faiGALANT.
125
foient conduire à Barcelone . Il
meditoit de puis long- temps un
moyen defurprendre Balaguer,
pofte important , que les Ennemis
avoient fortifié, & à la
faveur duquel ilsfefont maintenus
fi long-temps dans noftre
Voifinage. L'ocafion s'eft prefentée
, il en a profité. "Sur
&
l'avis qu'il avoit receu que
Ennemis y conduifoient un
Convoy , il fortit avec une
partie de noftre Garnifon , & fe
pofta de maniere que ce Convoy
venant àpaffer dansfonembufcade
, l'Eſcorte fe trouva envelopée.
Il lafut toute prifonniere,
les
30 MERCURE
•
à la referve de quelques Soldats
quifurent tuez. Enfuite Il
fit marcher le Convoy , à la tête
duquel il mit des Soldats qui
fçavoientparlerAllemand ; qui
ayant dit à laporte qu'ils eftoient
de l'Eſcorte qui amenoit le
Convoy entrerent dans la Ville
fans aucune refiftance . La Garnifon
qui eftoit de 800. hommės
, aprés avoir reconnu la
Surprise fe mit en defense; mais
ellefut contrainte de ceder aprés
en avoir eu plus de trois cents
de tuez. Ceux qui reftoientfurent
faits prifonniers avec le
Gouverneur. Onfir enfuitefau
GALANT . 131
ter les fortifications , & on a
amené icy
icy tous les Prifonniers,
douze piéces de canon , quatre'
mortiers & quantité de vivres
de munitions.
Le 19. Septembre l'Armée
ennemie arriva à Alcala ,d'où
le General Stanhope s'avança
avec un détachement de
1500. Chevaux . Mais l'Archiduc
n'y eftoit pas encore
entré le 23. La Ville de Tolede
fe fortifioit , & avoir
pris les armes. Les Ennemis
ayant envoyé deux Regi
ments de Cavalerie pour la
fommer de prêter ferments
,
132 MERCURE
à l'Archiduc , les Habitans
les obligerent de fe retirer.
Le Village de Vallejas ,qui'
fourniffoit une grande partie
du pain qui fe confommoit
à Madrid , a efté bruſlé par
les ordres du General Stanhope,
parce que les Habitans
avoient refufé d'en fournir à
fes Troupes. Mr le Duc de
Veraguas
Prefident du
Confeil des Ordres , qui eftoit
à l'extremité lors du départ
du Roy d'Espagne pour
Valladolid , mourut le lendemain
, & Mr le Marquis
de Jamaïca fon fils , aprés
GALANT. 133
lui avoir rendu les derniers
devoirs , fuivit Sa Majesté
Catholique.
Tous les Grands & les
autres perfonnes les plus
diftinguées , ont offert tous
leurs biens au Roy d'Ef
pagne.
La Reine & le Prince des
Afturies , arriverent le premier
Octobre à Vittoria,
avec un grand nombre de
perfonnes de diftinction, outre
tous les Officiers des Confeils.
L'Armée Espagnole ,forte
d'environ 14000. hommes,
34 MERCURE
eftoit campée à Peñafiel
fur le Duero . Elle devoit de
là continuer fa marche vers
Valladolid où le Roy d'Ef
pagne l'attendoit pour fe
mettre à la tefte avec Mr de
Vendôme , & marcher du
cofté de Salamanque
.
Suite du Siége d' Aire.
La nuit du 27. au 28.
Septembre les Affiegez brulerent
tous les Ponts des
Affiegeants , & la nuit du
28. au 29. ils firent une forgic
de 1500. hommes qui
GALANT. 135
ruinerentune partie des travaux
& renverferent tout
ce qui fe prefenta devant
eux, & ne fe retirerent qu'aprés
que le General Gromkau
y eut conduit deux Régiments
quifurent auffi fort
maltraitez .
Le 3. Octobre les Ennemis
attaquerent la Redoute
qui eft fur la Chauffée de
Bethune ; mais ils furent repouffez
avec beaucoup de
perte , & le lendemain ils y
donnerent un nouvel affaut
où ils furent repouffez auffi
vivement qu'au premier . Ils
36 MERCURE
l'emporterent enfin le 5 .
mais comme elle est ouver
te du cofté de la Place ils
perdirent plus de 300 hom
mes en s'y logeant , tant par
le Canon , que par la Mouf
queterie des Affiegez , du
nombre defquels eftoient
plufieurs Officiers . Le General
Efferen y fut bleffé ,
& le Comte de Dhona cur
la tefte emportée par un
boulet.
Le7. les Ennemis ayant
fait un logement du coſté
de l'avant foffé à l'attaque
gauche , les Affiegez firent
GALANT . 137
une fortie & le ruinerent . La
nuit fuivante les Affiegeans
travaillent à le rétablir ; mais
le lendemain les Affiegez
ý jetterent une fi grande
quantité de Bombes qu'ils
le ruinerent de nouveau.
La nuit du 9. au ro . les
tranchées de l'attaque gau
che furent inondées , quoy
que les Ennemis euffent fait
des ouvertures pour faire écouler
l'eau de l'avant foffe
Le 1o . les Ennemis travaillerent
encore à faire écouler
les eaux , ce qui n'empêcha
pas que la nuit leurs tran-
M
138 MERCURE
chées & même une Barterie
furent inondées de nouveau
, mais les jours fuivants
ayant encore fait écouler
des eaux , ils poufferent leurs
ouvrages jufqu'à l'avant foſſé
& jetterent des Ponts pour
attaquer le Glacis de la Contrefcarpe.
1
Le 16. ils y donnerent
l'Affaut , & ils fe rendirent
Maistres d'une partie du
chemin couvert aprés un
combat fort opiniâtré . Mais
le lendemain ils en furent :
chaffez avec une perte conGALANT.
139
fiderable. Les jours fuivants,
jufqu'au 24. ils y donnerent
plufieurs affauts inutilement
ayant toûjours efté repoulfez
avec beaucoup
de perte;
mais enfin aprés l'avoir encore
attaqué plufieurs fois ,
ils en demeurerent les Maîtres
le 27 à l'exception
d'une Place d'Armes.
La nuit du 28. au 29 .
les Ennemis attaquerent cette
derniere place d'Armesqu'il
leur reftoit àprendre , & s'en
emparerent
aprés une vigoureuſe
reſiſtance.
Les pluyes eftant furves-
Mij
140 MERCURE
nuës ont fi fort incommodé
les Ennemis à l'attaque de
la Porte d'Arras , que leurs
Troupes avoient de l'eau
jufqu'à l'eftomach , en forte
qu'ils furent obligez d'abandonner
cette attaque où
il y avoit trois batteries
qu'ils ne purent retirer des
bouës, Ils avoient déja abandonné
une autre attaque
& il n'y avoit plus que celle
d'entre la Porte de Noftre-
Dame & cellle d'Arras,d'où
l'on battoit la Place.
Le 29. Mr le Comte
d'Efting , qui cftoit campé
GALANT. 147
derriere la Colm entre Bergues
& S. Omer , alla camper
avec les Troupes fous
le canon de la Citadelle d'I
pres , où Mr le Comte de
Villars qui doit commander
dans cette Place , étoit ar
rivé avec trois Régiments .
Les Ennemis avoient un
Camp de 8000. hommes le
long de la Lis pour favorifer
un Convoy de 300. bat
reaux chargez de toutes for
tes de munitions de Guerre:
& de bouche qui devoit leur
venir de Gand ; mais aprés
en eſtre forti & rentré de uz
142 MERCURE
fois , ils refolurent de le faire
eſcorter par quinze mille
hommes , fur ce qu'ils avoient
efté informez que
nous en avions dix mille du
cofté d'Ipres qui devoient
l'attaquer.
Le 30. au foir un party
enleva cent Chevaux aux
Ennemis prés de Lille.
Un de leur Régiments de
Dragons qu'ils envoyoient
en garnifon à Mons
à caufe du mauvais eftat où
il cftoit, fut attaqué prés de
Tournay par le Partifan Ja
cob qui en tua cinquante ·
GALANT. 1431
& en fit plufieurs Priſonniers.
COMBAT.
de l'Amour & du refpect
à Madame de R***
par Mr L. B.
Lr Amour eftoit danss
l'Esclavage ,
Le refpect le tenoitjous de
Leveres Loix.
Iln'oZoit desyeux même
emprunter le langage ,
Le refpect étoufoitfesfoupirs
&favoix ,
Las de voir trop long
144 MERCURE
temps fa puiſſance
affervie ,
L'Amour enfin s'eft revolié.
Il combat pourfa liberté;
Venez lefecourir , ilyva
de ma vie ,
Faites le triompher enfaifant
monbonheur,
Vous mettrez le comble
à fa gloire ;
Vous eftie l'objet du
Vainqueur,
Soyez le prix de fa Victoire.
GALANT 145
BOUTS RIMEZ
DONNEZ
DANS LE MERCURE
PRECEDENT
REMPLIS PAR
MR DUPUIS.
DEUX JOUEURS DE PIQUET.
PREMIER JOUEUR .
b ma foy j'ay beau jeu , deux
Quintes me font
.
trente
Quand ton point feroit bon je
feray mes quarente
Car j'aygarde à mon Roy , zu
n'as pasgarde au
N
tien.
146 MERCURE
Mais voyonsfi ton point eft meil.
Leur que le mien,
SECOND JOUEUR.
F'avois quatre-vingt points , &
c'est en cent cinquante
Fay fixième & le point , jefe-
Tu croyois tonjeu bon , chacun
ray
le
foixante,
fien
Avante lex
Tes Quintes , tu le vois , te fervent
de
rien
.T PREMIER JOUEUR.
Je ne le vois que trop , tu feras
tes
feptante .
Une Carte de plus , j'aurois fait
le nonante
bien.
Mais mon neuf écarté me fait
perdre mon
· Pour écarter fon point il faut
eftre un grand
chien.
GALANT. 147
Je tafcheray de donner
tous les mois quelque
Hiftoriette ou
Françoife ou Efpagnole
, ou mefme quelque
Conte Arabe. On m'a
promis des Memoires
pour tout cela , outre
les Avantures
du temps
que je prefereray tou
jours aux autres ; en
voicy une .
7
Dans le mois dernier
un Agioteur a eſté
Nij
148 MERCURE
trompé par des Filoux.
J'ay voulu m'afſurer exactement
des circonftances
en me faifant
raconter le fait par plufieurs
perfonnes . Il
m'eft
arrivé ce qui arrive
toûjours en cas paf
reil. Une chofe fe paffe
en prefence de plufieurs
, & cependant
elle eft racontée diffe
remment par chacun
des fpectateurs .
GALANT. 149
KADKADRAD RADRAD RADKAS RAS
* * *
TVD GODEGADE SVE SVE SIDE SVE SVE
L'AGIOTEUR
DUPE.
de
ceux
Un de ces Juifs Parifiens
,
non pas
qui dans la Synagogue
des Halles fçavent fairé
d'un vieux Manteau
deux Juſtaucorps
neufs ; mais de ceux
*
qui achetant , reven-
Niij
10 MERCURE
dant & rachetant le
mefme papier plufieurs
fois en un jour , engagnent
la valeur en
moins d'un mois . Un
de ces Juifs , dis-je ,
qu'on nomme depuis
peu Agioteurs , des plus
rafinez , des plus avides
& des plus défiants
calculoit un jour fur le
midy le gain de ſa ma→
tinée en attendant pratique
nouvelle.
GALANT 151
Arrive un Picard ,
franc Gaulois par la
mine , homme groffier
en apparence
, & foy
diſfant preffé de faire de
T'argent d'un Billet de
Change pour s'en retourner
à Amiens . L'Agioteur
luy dit qu'il a
de l'argent à ſon ſervice
; mais que depuis
deux jours les Billets
font à trente- cinq pour
cent. Le bonPicard fait
Niiij
152 MERCURE
l'étonné , luy affurant
qu'hier encore
Franchard n'avoit pris
Mr
de luy que trente pour
cent. Cela ne ſe peut
luy dit l'Agioteur ;
mais qui eft donc Mr
Franchard ? Si je n'étois
pas ſi preſſé de parfi
tir , continua naïvement
le Picard , je ferois
retourné à luy ;
mais il loge bien loin
d'icy ça Monfieur
GALANT. 193
voyons vifte fi vous me
voulez faire auffi bon
marché que luy. Je
m'en garderay bien , dit
l'Agioteur ; en le pref
fant de luy dire qui eftoit
cet homme fi defintereffé.
Le bon Picard
en s'en allant
comme un homme
preffé , expoſe
la franchife
& le defintereffement
de Mr Franchard
avec des circonstances
194 MERCURE
à faire apétit au plus
degouſté Agioteur d'agioter
avec Monfieur
Franchard. Il lâche enfuite
comme par abondance
de coeur & de
verbiage les tenants
les aboutiffants , la ruë
& le logis de Monfieur
Franchard, difant qu'il
va au plus vifte recevoir
fon argent, & laiffe
noftre Agioteur dans
les reflexions & dans
GALANT . 155
l'impatience
de lier
commerce avec un
homme fi bon & fi
T
facile. I prend dans
fon Bureau pour quinze
mille francs de papier
, pour aller faire
conoiffance avec Monfieur
Franchard . Pen--
dant que noftre Agioteur
va chercher fortu
ne, il faut vous inftruire
qu'elles eftoient les
bonnes gens avec qui
16 MERCURE
il alloit negocier .
Monfieur Franchard
& le Picard preſsé de
partir eftoient chefs de
cinq ou fix Filoux de la
haute volée , de ceux
qui par un long apprentiffage
dans l'exercice
des petits vols acquierent
l'habileté &
les moyens d'en faire
de plus grands .
Il y avoit autrefois
à Paris un grand nomCALANT.
157
bre de ces Filoux ; mais
à prefent la Police y
met bon ordre, & ceux
cy ne porteront pas
loin le tour qu'ils ont
fait à noftre Agioteur,
Monfieur Franchard
avoit loué depuis quelques
mois un grand
Cabinet garni d'Armoires
avec des Cloifons
à barreaux , en y
joignant quelques Ta
bles , de vieux Cofres
# 58 MERCURE
forts , & des Balances
, il en avoit fait
un Bureau en forme. Il
avoit affemblé force
Registres vieux & nouveaux
& force facs bien
ronds , bien numerotez
& de riche
apparence.
Ces Regiſtres & ces
facs arrangez dans ces
Armoires formoient
une Bibliotheque de
Financier des mieux
affortie. Avec cet eftaGALANT
152
lage & le fecours de fes
Compagnons
qui fe
deguifoient
tantoft en
gens d'affaires , tantoſt
en porteurs
d'argent
pour achalander
le Bureau
, il avoit eſtably
fon credit chez fon hof
teffe & dans fon voifinage
, ce qui luy pro
duifoit de petits gains
courants d'Agiotage
qui payoient leurs dépens
; mais ils atten60
MERCURE
doient du hazard quelques
bonnes ocafions :
celle cy en fut une.
Comme noftre Agioteur
eftoit tres défiant
, il demanda lelogis
de Monfieur Franchard
a toutes les Boutiques
du voisinage
pour avoir occafion de
s'informer finement
quel homme c'eftoit ;
mais plus il s'informa
& plus il fuft trompé ,
car
GALANT 161
car tous les voifins
eſtoient prévenus pour
luy . Il arrive au logis
de Monfieur Franchard
dont il reconut l'hotef
fe; elle avoit esté autrefois
de fes amies . Il
avoit grande confiance
en elle , & elle en avoit
tant en fon hofte qu'elle
ne pouvoit s'en taire .
Il luy avoit fait mille
plaifirs; c'étoit un hofte.
charmant. Il n'y avoit
162 MERGURE
qu'une incommodité
avec luy , c'eft qu'eftant
logée directement
fous fon Bureau elle
avoit la tefte rompuë
de la quantité d'argent
qu'on y remuoit à la
pelle. En effet , il avoit
deux ou trois facs de
quoy
bon argent blanc avec
il faifoit le plus
de bruit qu'il pouvoit;
paffons la converfation
de l'hofteffe & de l'AGALANT.
163
gioteur. Elle court le
preſenter à ſon hoſte
qui promet tout à fa
confideration
elle les
laiffe parler d'affaire ,
& s'en va. Monfieur
,
Franchard l'amuſa par
des difcours vagues fur
le courant de l'Agiotage
& l'amufoit à
deffein , car il ne pou
voit faire fon coup
qu'il n'entendit pour
fignal un Caroffe arri
O ij
164 MERCURE
ver à grand bruit à fa
porte. Pendant que
Monfieur Franchard
étale en verbiage fa
probité & la Franchife
, l'Agioteur le confidere
de la teſte aux
pieds ; il eft charmé de
faphifionomie. C'eſtoit
un de ces vifages
pleins , unis , faits de
façon qu'on croit les
connoistre
de vuë parce
qu'on en voit fou
GALANT . 16
vent de femblables ; fa
taille étoit courte &
ronde , des épaules , du
ventre , jambes renforcées
, jarrets bas , bras
courts , & main large;
main à compter les
écus dix à dix , vray
moule de Caiffier ; enfin
, homme devant lequel
vous vous mettricz
à
genoux pour
luy faire prendre
voftre
argent
la veille
O iij
166 MERCURE
d'un décri .
Voici un Caroffe qui
arrive; c'eftoit le fignal:
dit
venons au fait ,
Franchard
. Le fait eft ,
répond l'Agioteur
, que
j'ay là pour quinze
mille francs de Billets ,
& fur ce qu'un Marchand
d'Amiens
m'a
dit que vous en aviez
pris à trente pour cent .
Qu'est- ce à dire ?
interrompit l'autre ,
GALANT. 167
avec un air de franchife
brufque , vous mocquez-
vous ils font à
trente cinq , tout ce
que je puis faire en faveur
de mon hoſteſſe
c'eſt de perdre un pour
cent.
Ils en eftoient là
quand un petit Filou
qui eſtoit venu dans le
Caroffe vint faire le
perfonnage d'un jeune
Ecolier en Droit à qui
68 MERCURE
fa Mere achete une
Charge de Confeiller
en Province . C'eftoit
un petit Blondin à
voix grefle , graffoyant
un peu & ricanant
beaucoup. Il entre étourdiement
fans fe faite
annoncer & d'un
›
air évaporé court embraffer
Franchard en
luy criant avec joye
qu'il avoit conclu le
marché de fa Charge.
Il
GALANT . 169
·
Il me faudra luy ditil
, vingt mille francs
deBillets de Monnoye.
Je les prendray de vous.
fur le pied que vous
voudrez , je vous ay
tant d'obligations d'ailleurs
autres embraffades
, mais ce n'eft pas
le tout , il faut dans le
moment quatre facs de
mille francs à ma mere
pour m'acheter un Caroffe
. Monfieur Fran-
P
170 MERCURE
chard ne répond qu'en
tirant quatre facs d'u
ne Armoire comme un
homme qui les donnoit
auffi facilement que
l'autre donnoit des em
braffades. Il en ouvre
un , & le répand ſur ſa
table pour le compter
;
Vous vous mocquez
de moy , s'écrie le petit
Confeiller , a - t'on ja
mais compté aprés Mr
Donnez- Franchard
CALANT. 178
moy une plume que je
vous faſſe mon Billet .
Voftre mere m'en fera
un tantoft , dit froidement
Franchard , vous
eſtes trop jeune pour
figner , emportez toujours
, nous fouperons
ce foir enſemble . Deux
grands Laquais s'avancent
, prennent les facs,
& le jeune homme s'en
va courant & cabriolant
comme il cftoit
entré .
Pij
172 MERCURE
Je ne reconduis point
les jeunes étourdis , s'é
crie Franchard , je n'ay
pas affez de jambes
pour les fuivre. Enſuite
ſe tournant vers l'Agioteur
, l'occafion
eſt
heureuſe
pour vous
luy dit-il , je luy feray.
prendre vos Billets de
Monnoye à trentedeux
pour cent ; c'eſt
trois de gain pour
vous, Je veux bien faiGALANT.
173
rece plaiſir à mon hofteffe
aux dépens d'un
jeune fol qui jette l'argent
par les feneftres ;
ça voyons vos Billets .
Pendant que l'Agioteur
les tire de fa poche
en faiſant mille remerciements
, Franchard
arrange plufieurs
facs fur une autre
table , en prend un
qu'il renverfe fur le
comptoir. Comptez ,
P
iij
174 MERGURE
dit-il , à
l'Agioteur , je
vais examiner vos Billets
.
L'Agioteur compte,
& Franchard prend
la liaſſe.
Pendant qu'il
la feüilletoit fans la delier
, noftre jeune eftourdy
rentre avec une
Dame venerable qu'il
tenoit fur le poing , &
riant de toute fa force ,
conte àFranchard comme
une choſe fort plaifante
que fa mere qui
GALANT . 175
n'avoit pas voulu monter
la premiere fois de
peur de le déranger, venoit
par excez d'exactitude
luy faire fon Billet
. Franchard
court au
devant d'elle, fe fafche
de cette exactitude of
fençante pour luy, jure
qu'il ne recevra le Billet
qu'en luy donnant à
fouper. La Dame venerable
cede de peur de
le faſcher , &
regagne
Piiij
176. MERCURE
fon Caroffe , où Fram
chard , plus ceremonieux
avec les Dames
qu'avec les jeunes eftourdis
, voulut abfolument
la reconduire.
Il la fuit , tenant toutjours
à la main la liaffe
de Billets , & l'Agio
teur refte fans fe defier
de rien . Il compte toujours
fon fac pour gagner
du temps
; mais
il
n'ofa pas toucher aux
GALANT. 177
autres qu'en prefence
de Franchard tresfafché
mefme d'avoir
trouvé deux Ecus de
manque
dans le fac ,
car l'ayant compté fans
témoins, il prenoit déja
la refolution de perdre
deux Ecus par politeffe.
Il s'affit , & attendit
fort tranquilement pen
dant un quart d'heure;
c'eft le moins que puiffent
durer les Com#
78 MERCURE
pliments d'une femme
à qui on prefte de l'argent
.
Voyons cependant fi
nos Filoux munis des
quinze mille francs en
Billets font montez en
Caroffe. Non, ils s'exe
quivent plus finement;
ils laiffent le Caroffe de
& louage à la porte ,
Franchard
feignant
d'accompagner
la Dame
jufques chez un
GALANT . 179
Notaire voifin , la fuit
à pied juſques dans une
rue tournante où un
autre Caroffe les attendoit,
& touche Cocher
, voila les quinze
mille francs partis.
Imaginez vous l'impatience
inquiete de
l'Agioteur & de l'hôteffe
qui le fut rejoin-
8
dre au Bureau pour
voir s'il étoit content
de fon hofte. Leur con180
MERCURE
fiance étoit fi bien eftablie
que les foupçons
ne leur vinrent que
par degrez ; mais il fal
lut enfin en venir aux
craintes , aux éclaircif
fements , aux alarmes ,
l'Agioteur veut emporter
quinze
facs , ;
l'hofteffe s'y oppoſe , il
faut des formalitez . Je
paffe fous filence l'arrivée
du Commiſſaire
,
l'ouverture
des facs ;.
GALANT. 181
3
remplis de cailloux &
de ronds d'ardoife . Je
ne vous diray point"
quels furent à cet afpect
les fremiffements
& les mines de l'Agioteur
dupé ; vous imaginerez
le dénouement
de tout cela plus plaifamment
que je ne
pourrois
vous le décrire.
Le mot d'Agioteur
vient du mot Italien
182 MERCURE
Adgio Supplement ou
Ajuftement. Adjiuftamento
, Ajuſtement ou
Convention d'intereſt
entre les Agents de
Change ou Banquiers,
Quel vantaggio chefi da
o riceve per adjouftamento
della valuta d'una moneta
aquella d'un altra.
GALANT . 183 *
BOUTS RIMEZ
DONNE Z
DANS LE MERCURE
PRECEDENT
REMPLIS PAR
MR. D. F. ***
LĘ MARY FIDELE .
MA
femme
avoit
quinze
ans l'orfque
j'en avois
trente
Elle en a donc vingt- cinqpuifquarente
quej en ay
Tout va bien jufques là , fon
gracieux main tien
184 MERCURE
Etfon ail encor vifplaifent
encore au mien
Mais dans dix ans , helas !
quandj'en auray cinquante
Ma femme à trente-cinq m'en
paroiftra .. foixante
Mon age alors fera moins
convenable
au. fien
Vieux Chat , jeune Souris , un
bien
Ancien ditfort
L'Epoux fera conftant pour
feptante
peutne commencer
à l'aifemme
de .
S'il
mer qu'à
nonante
Dans ces folides coeurs les ans
ne changent
rien-
Il n'eft fidelité feure que de
1
vieux
chien .
GALANT. +85
勤
SUR LES MESMES
BOUTS RIMEZ.
Par M² l'Abbé L **
QVoyqu'en ait decidé le
Concile de . Trente
Entre les gras Abbez , j'en
Sçayplus de .
A Benefice double, ayant dou-
·
quarante
tien
ble
entre .
Qui
non
contens
des
leur
prendroient
encor
le...
mien
Un Difciple de Pierre environ
l'an
cinquante
186 MERCURE
Prédit qu'en milfept cens dix
ou trente ou foixante
Maint Apoftreferoit plus riche
que le . fien
Qui de fon fuperflu ne refor
meroit rien
Parlons par Parabole à l'inſeptante
ftar des
Combien de bons Paſteurs
voit-on entre . nonante
Peut eftre dix ; ceux -là ne
veulent d'autre bien
Que leur petit Tronpean , leur
boulette & leur . chien
GALANT 182
SUR LES MESMES
BOUTS RIMEZ:
Par M. Dam. ***
Damon à fon Amy."
JE pardonne l'amour , à vingt
trenté
On peut fecrettement aimer
ans jufqu'à :
jufqu'à .
folide entre .
quarentè
Mais pour lors d'un amy
le
tien
Doit faire les plaifirs de ton
coeur & du . mien
Q ij
188 MERGURE
Tafchons d'avoir acquis environ
vers
cinquante
>
fien
Des amis , des honneurs &
des biens pour . foixante
Car on ne doit compter pour
lors que fur le
Afoixante ans , d'autruy je
n'espere plus .
Gardes-toy d'avarice , à foixante
a .
·
rien
ſeptante
Onpeut eftre chery mefmejuf
qu'à .
nonante
Lorfque l'on fait gayement
faire partdefon .
bien
Manger feul en grondant ,
c'eft vivre comme un chien
GALANT. 189
LISTE
DES TROUPES
envoyées en Rouffillon .
Jee vous donne cette
Lifte en attendant
l'Article des nouvelles
d'Eſpagne dont j'attends
des Relations.
190 MERCURE
Mr Dillon , Lieutenant
General de Dauphiné .
CAVALERIE .
ESCADRONS .
Dauphin.
3
Anjou. 3
Parabelle. 2
Putange.
2
Fléche .
Germinon . 2
Valgran.
DRAGONS.
La Lande.
Chaffelas . •
3
3
GALANT. 191
Sommeri.
Foix.
3
3
Total des Efcadrons.
28.
INFANTERIE.
BATAILLONS.
Normandie.
3
La Couronne.
3
Auvergne.
La Marche.
Flandre.
Oleron.
Vermandois .
Soiffonnois ,
2
22
192 MERCURE
Tierache.
Baujollois.
2
Forez .
Egrigni.
Damas .
Vivarez .
Perigord.
Labaune
2
2
2
I
I
Villeneuve. I
Valouze.
Champigni.
I
I
Leon. I
Seve . F
Total des Bataillons .
36.
CALANT. 193
Meffieurs de Treyoux
doivent mettre
dans leur Journal du
mois prochain une
Differtation en forme
de Lettre dont je vais
yous donner l'extrait ,
fur la foy que j'ay du
bon choix qu'ils fçavent
faire des Pieces ,
car je n'ay par moy
mefme nulle érudition
fur les Monuments , &
fur les Infcriptions anti-
R
94 MERCURE
Cette Lettre eft
ques.
du P. I'E . J.
1 Fay veu , Monfieur , les
Monuments d'antiquité de la
capitale des Leuquois , qu'on a
trouvez prés de Leucey dans
le pays des anciens Leucois ou
Leuciens ; & à ce nom de
Leucey , je vous avonë que
jay cru avoir trouvé la capitale
de ce peuple Gaulois qu'on
cherche encore aujourd'huy ..
Pour rendre mon fyflême
probable , aprés avoir
avoüé Toul étoit la preque
miere Ville de Leuciens du
:
GALANT . 95
temps de Ptolemée ,je montre
rois qu'elle n'eft devenue leur
capitale que par la ruine d'une
Ville plus ancienne qui portoit
leur
nom.
N'est-ce pas ainfi que nous
prouvons que Treves étoit la
capitale du pays Trevois ?
Merz , de celuy qu'on nom
Mediomatrices moit
>
Reims , des Remois , Soif
fons des Sucffonnois
Amiens des Ambianois ,
Chartres , des Carnutes , Le
Mans , des Cenomans , Pa
ris , des Parifiens , Sens , des
Senonois , & Langres , des
Rij
196 MERCURE
Lingonois ? Toutes les capi»
"tales , difons-nous , ont pris le
nom de leurs Peuples , excepté
celles de la Province Romaine
& les Villes voisines dont les
Romains avoientfixé ou changé
le nom , comme Aquæ
Sextia , Lugdunum , Vefontio
, Auguftodunum.
Puis donc que nous trouvons
au milieu du Peuple appellé
anciennement Leuci , un lieu
nommé Leucey , ne devonsnous
doncpas croire que le Lieu
quiporte le nom du Peuple qui
l'environne , en eft la capitale
?
GALANT. 197
Le P. l'E . refute enfuite
l'opinion de feu
Mr l'Abbé Riquet.
Il avoit donné, dit- il , aux
Leuquois une Capitale qui
n'étoit pas mefme de leur Pays,
car fi nous fuivons la divifion
des anciens Diocefes qui a esté
faite...... Sur la divifion .
des anciens Peuples de l'Empire
, Gran devoit eftre du
Pays de Langres , parce qu'-
elle a efté long-temps du mefme
Diocefe .
Gardez- vous bien de croire
n: nmoins , Monfieur , que je
Riij
198 MERCURE
donne dans cette illuſion ; outtre
que les Capitales n'ont pris
le nom de leurs Peuples que
quand leurs Tyrans leur ont
ofte le leur propre, & en un
temps où elles ne pouvoient
eftre ni connues aux Geogra
phes , ni mefme aux Geogra
phes du bas Empire , puifqu'elles
ont gardé leur nom
jufqu'à ce temps - là.
L'Auteur foutient
enfuite le caractere
d'un veritable Sçavant
, qui ne refute
point l'opinion
des auTHEQUE
VILIO
THE
GALANTE
tres par l'envie
l'envie
blir les fiennes ,
DE
LA VILKE
Fe
Je n'aime point , dit- il ,
à changer les bornes que nos
peres ont posées ; & puifque
Toul a toujours efté la Capita
te des Loucois , je ne luy difputeray
point ce nom......
conviendray que ma regle n'eft
pasgenerale , & que les Mandubiens
, les Nerviens , les
Menapiens , & plufieurs autres
Peuples avoient des Capitales
à qui ils n'ont pas laiſſe
leur nom ; que l'Analogie du
nom est une preuve legere l'orf-
R
iiij
100 MERCURE
qu'elle n'eft pas appuyée d'ail
leurs ; & qu'enfin quand on
auroit trouvé à Lucey mefme
les Monuments d'antiquité
qu'on atrouvez aux environs,
je ne prétendrojs point me fis
gnaler par une nouvelle opinion
capable de m'attirer tous
les Antiquaires fur les bras. ·
Le P. l'E . propoſe
fans opiniaftreté
une
opinion nouvelle ; c'eft
ce qui la rend plus
probable. Un Sçavant
qui n'eft point aveuglé
GALANT : 201
par fes préventions
voit plus clair qu'un
autre..
Il raffure enfuite un
de fes Amis fur un
doute qu'il a.
certai
Vous craignez fort , luy
dit- il , que les Monuments
qu'on a trouvez chez vous ne
Joient pas antiques , parce qu'il '
ne vous paroift pas que
nes Lettres qu'on voitfur une
petite Urne lachrymale qui
fait une partie de ces Monuments
,foient de la beauté qus
font ordinairement les Lettres
202 MERCURE
Romaines dans les Infcriptions
antiques. Penfez- vous
qu'il n'y puiffe avoir d'Infcription
antique fi elle n'est bien
écrite ?
Fe vous avoueray que j'ay
efte moy- mefme en cette erreur
La premierefois que je visfur
tes Medailles d' Albin des A.
qui n'avoient pas la fimplicité
ordinaire aux Lettres Romaines
, j'enfusfurpris. A la vûë
d'une Infcription fur Bronze
pour la Déeffe du Peuple Bibractin
, laquelle eft confervée
dans le Cabinet de Mr Moreau
de Mautour , où je reGALANT,
203
marquay
de pareilles Lettres
Je doutay de l'antiquité
de
l'Infcription
; mais lorsquej'eus
pris garde que nous avions plufieurs
Medailles
Confulaires
dont les Legendes
n'eftoient
pas
fi bien écrites que celles des
Medailles
du baut Empire
,
je compris qu'une Infcription
pouvoit eftre antique & mal
écrite tout enfemble
, & que
fouvent mefme la difformité
de
ces Lettres
étoit une marque
d'une plus grande antiquité
.
Mais lorsque je vis les
Tombeaux
des Soldats de la
buitiéme
Legion qui furent
204 MERCURE
trouvez à Strasbourg en 16 63.
dont Bebel fait la deſcription
, je connus qu'une Infcription
pouvoit eftre mal écrite
& avoir efté faite dans le
haut Empire , c'est-à- dire , au
temps qui nous a laiffé les plus
belles Infcriptions , car enfin
voilà les Epitaphes dont il s'agit.
On lit fur les trois
premiers Tombeaux .
LEG. VIII. AVG.
Sur le quatriéme
Tombeau.
LEG . VIII. AG
GALANT. 205
L'Impreffion n'a pû
imiter icy les Caracteres
malformez de ces
Infcriptions.Je fuis fafché
de diminuer en cela
le plaifir des Curieux
, plaifir que j'ap-
5
prouve , puifque la curiofité
antique eft une
efpece de joüiffance du
temps paffé . Si quelqu'un
de ces Sçavants
à citationsGrecques &
Latines , blafme l'in206
MERCURE
certitude qu'on voit
chez les Antiquaires .
je luy répondrois volontiers
:
Des Livres Grecs origi
naux
Vous croyez, concevoir les
obfcures pensées ;
Mais fouvent elles font
encorplus effacées
Que les Infcriptonsqu'on
trouve aux vieux Tombeaux.
GALANT. 107
L'Auteur
prouve enfuite
que ces Infcriptions
, quoyque mat
écrites , font neanmoins
du temps de la
plus belle Antiquité ..
Premierement , dit - il
elles ne fontpointdu bas Empire
, car il n'y avoit en ce
temps la que deux Legions
d'Auguſte , l'une en Thrace
l'autre dans l'Ilirie , encore
portoit- elle le nom de Pretorienne
, & d'Etrangere ,
nom que celle- cy ne porte pas.
208 MERCURE
Elles font donc du bau-
Empire , mefme du comt
mencement de l'Empire , car ce
n'eftoit qu'en ce temps- là qu'il
y avoit une huitieme Legion
qui porta le nom d'Augufte.
Nous la voyons en quartier
fur le bord du Rhin dans le
Pays des Vangions , & des
Tribocces pendant l'Empire
de Tibere , & nous l'y voyons
"encore fous l'Empire d'Antonin
au rapport de Ptolemée ,
aprés que l'histoire n'en parle
plus.
>
Les Soldats de cette Legion
furent donc enterrez à Stras
bourg ,
GALANT. 209
bourg , où fous l'Empire de
Tibere oufous l'Empire d'Antonin.
De fçavoir preciſement
Je temps de leur fepulture , je
crois que ce n'eft pas une chofe
aisée .
qu'au
Les Infcriptions de la Republique
ancienne ou du bas
Empirefont mal écrites , parce
au temps de Republique l'écriture
Romaine n'avoit pas
encorefa perfection , & qu'au
temps du bas Empire , elle l'avoit
perdue ...... C'est ainsi
que les Medailles d'Albinfrapées
dans les Gaules , ont des
A. Gaulois : que l'Infcription
S
210 MERGURE
عوق
de la Déeffe de Bibracté ,
des R. & des T. Gaulois ,
que lesEpitaphes de Strasbourg
dont nous venons de parler ,
ont des Lettres toutes Gauloi
fes. Ne voyons- nous pas encore
aujourd'huy que les Allemands
qui ont retenu quelques- unes
des manieresGauloifes nefçauroientformer
une Lettre Romainefans
en alterer lafimplicité.
Ils nepeuvent fe refoudre
àfaireun I. qui eft laplusfim.
ple de toutes les Lettres ,fans
y ajouter quelque ornement.
Je fuis , Monfieur , voftre ,
GALANT . an
Le 14. Septembre
Me de Belzunce , Abbeſſe .
de l'Abbaye Royale d'Angers
, dite du Ronceray , fut
benite dans fon Eglife Collegiale
de la Trinité , par
Mr l'Evefque de Marſeille,
fon frere
*
& affiftée par
deux autres Abbelles , tou
tes deux fes Tantes . La Trinité
eft immediatement
dépendante de l'Abbelfe
Dés que le Prélat cur
pris fes ornements Pontificaux
, il alla chercher la
eut
nouvelle Abbeffe dans le
Choeur , d'où il vint en
Sij
212 MERCURE
proceffion. Les Chanoines
en Chapes , les Chapelains
& autres Ecclefiaftiques
au nombre de trente , en
Dalmatiques , précedoient
l'Abbeffe qui étoit ſuivie
de toute fa Communauté
,
marchant deux à deux,
Elle avoit à fon cofté droit,
Me de Lauzun Abbeffe de
Saintes , & à fon cofté
gauche
, Me de Lauzun , ancienne
Abbeffe de la mefme
Abbaye du Ronceṛay ,
dont elle s'eft démiſe en
faveur de fa Niéce, Dans
cet ordre la Proceffion for
GALANT. 253
tit du Choeur , traverfa
l'Eglife Abbatiale ; & fe
rendit dans celle de la Trinité
qui la joint , au fon
des Cloches des deux Eglifes.
Aprés la Meffe , la proceffion
fe rendit dans le
Choeur du Ronceray , ou
le Prélat ayant intronisé
l'Abbeffe , il entonna le
Te Deum qui fut chanté en
Mufique par les Religieufes
. Cette nouvelle Abbeffe
eft de la Maiſon de Belzunce
dont on a parlé lorfque
fon frere fut nommé Evef
214 MERCURE
que
e de Marfeille .
L'Abbaye Royale du
Ronceray d'Angers , eft fi
ancienne que l'on ignore
fa premiere fondation . On
fçait feulement qu'avant
que le Roy de Sicile Duc
d'Anjou l'eut rétablie dans
fon premier luftre , & luy
euft fait prendre la Regle
de Saint Benoit , c'eftoit
une Abbaye de Chanoinef
fes , dont les Religieufes
ont gardé quelque chofe de
Phabit , & quelques ufages
particuliers pour les ceremonies
, fur tout à leur
GALANT. 2
Profeffion , aprés laquelle
on fait la Benediction des
Vierges comme elle eſt
marquée dans le Pontifical
Romain. On croit que les
feules Religieufes du Ron .
ceray , & les Chartreufes
ont confervé cet uſage.
Les Dames Religieufes
du Ronceray ne font reçûës
qu'après avoir fait les
mefmes preuves que l'on
éxige à Malche pour les
Chevaliers . Il ya huie
Pricurez que l'Abbeffe
donne à des Religieufes
qui en font Titulaires , &
116 MERCURE
les peuvent refigner .
Cette Abbaye a de grands
droits. L'Abbeffe eft Dame
d'une grande partie de la
Ville d'Angers , ce qui eft
caute qu'elle s'appelloit
Dame d'Angers , jufqu'à ce
qu'une Statue miraculeufe
de la Sainte Vierge , trouvée
dans des Ronces , euft
fait donner le nom du
Ronceray à l'Abbaye où
l'on conferve avec beaucoup
de veneration cette
Image dans une Chapelle
tres . ancienne qui eft fous
d'où ilfort une Rongerre
,
ce,
GALANT. 217
ce , qui eft verte en tout
temps.
Il y a eu des Abbeffes
du Ronceray des Maiſons
de Vantadour , de Champagne
, de Rohan , & de la
Tremoille . Les dernieres
font Mesdames Simonnel
& Ivonne de Maillé Brezé ;
Antoinette du Puy , Charlotte
de Grammont
qui vit
encore , & qui s'eſt démife
. Elle eft Tante de Me de
Belzunce
du cofté de pere
& de mere , Françoiſe de
Caumont de Lauzun qui
demeure avec fa Niéce , en
T
218 MERCURE
IO .
faveur de qui elle s'eft demiſe
; & enfin Anne- Marie
- Loüife de Belzunce qui
vient d'eſtre benite. Elle a
efté Grande- Prieure de
l'Abbaye de Saintes, Coadjutrice
du Ronceray
le
Février 1708. & Abbeffe le
19. Mars de l'année fuivante.
Elle eft foeur de Mr
le Marquis de Caftel- Moron
, Brigadier
des Armées
du Roy , Capitaine
des
Gendarmes
de Monfeile
Duc de Bourgogneur
gne , & commandant actuellement
la Gendarme- .
rie.
GALANT 219
CHANSONS.
J'avois prévû que
quelqu'un
me chicaneroit
fur l'ancienneté
de mes Chanfons
, fans
me fçavoir gré des
Nouvelles que j'y
joins ; mais le gouſt de
quelques particuliers
quine cherchent dans
les Ouvrages que la
nouveauté feule ›, ne
l'emportera pas fur le
gouft du Public. Il y a
Tij
220 MERCURE
long- temps qu'on s'at-
>
tend à voir un Recueil
de mes Chanfons cara-
Aterifeż comme l'Opera
, le Tabac , les Cloches
, les Siflets , & c . Je
les donneray toutes en
détail à deux par mois .
Je prie ceux qui les
fouhaitteroient
toutes
à la fois , de prendre
patience
ceux qui
n'en voudroient
point
du tout prendront >
GALANT . 227
patience auffi , car j'en
ay provifion pour deux
années.
CHANSON
A SIFLE R.
Prés de la jeune Iris , un
Marquis fcelerat
Aprés mille ferments qui
valloient un Contrat
Avoit tant preßé l'Avanture
,
Tilj
222 MERGURE'
Que la Belle a fon tour
preffoit la fignature.
€3
Un jour avec empreſſement
Elle conjuroit cet Amant
De bafter l'hymenée ,
Et luy fans s'émouvoir
fifloit nonchalemment :
LE
MARQUIS , Siffe. ”
น ú น u u u
Iris d'abordfut allarmée,
GALANT. 223'
Ellefremitpleurant amerement
Mais le Marquis touché
fifla plus tendrement.
Il fifle.
u U u u u
Et mefme par pitié pour
L'aimable affligée
Sifla l'Echo plaintif de
Jes triftes accens.
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo du Chant précedent.
u Su 11 u uu
>
Tiiij
224 MERCURE
IRIS .
Parlez- moy donc , ditelle
, belas !
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo
u u u u
IR IS.
uน
'M'auriez- vous abusée
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo .:
u u u u u u
GALANT. 22.5
IRIS.
Fay compté fur vos fer
ments.
LE
MARQUis
Sifle l'Echo.
I u น u u
IR IS.
Il est temps de montrerque
vous m'avez aimée .
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo .
W u uu uu LI
1 226 MERCURE
IR I S.
Il est temps definir.
LE MARQUIS
Je veux finir auffi ,
il Sifle.
u u
IRIS.
Π
Mes Parents font d'ac
cord , le Notaire
eft icy
Termine , tout eft preſt.
GALANT. 227
LE
MARQUIS.
Je fuis toutpreft auffi :
il Siffe une Boutade .
u u u u u W
IRIS.
Allons donc , tout eft prefte
LE
MARQUIS!
Je fuis tout preft auffi.
il Sifle le mefme Chant,
IR IS .
Mafamille affemblée ……..
128 MERCURE
LE MARQUIS.
Je Suis tout preft ;
il Siffle.
u
n n n n
Tout preft ;
il Siffe.
n n
น
n
ปี
Toutpreft ;
il Sifle.
nnn nn
GALANT. 229
Je Suis tout preft a partir
pour l'Armée.
On n'a pas pû mettre
dans la Mufique la
Baffe continue comme
on la mettra dans la
fuite dans toutes les
Chanfons que je donneray
, parce que cette
Baffe a relation avec
une Cantate de Flutes
que Mr. De la Barre a
faite fur cetteChanfon.
230 MERCURE
Cette Cantate de Flutes
fe vend chez Mr.
Foucault , ruë S. Honoré
à la Regle d'Or ,
vis - à - vis la rue des
Bourdonnois.
GALANT. 235
PARODIE
NOUVELLE
Sur le mefme Air du
Marquis fcelerat.
Prés d'un
Chaffeur de
Cour , l'autre jour
un Auteur ,
Auteur en meſme temps
beroïque & flateur ,
Le flatant briguoit fon
Suffrages.
232 MERCURE
Etpour eftre flaté luylifoitfon
Ouvrage.
Pendant que
l'Auteur
déclamoit
,
Et que luy mefme il fe
charmoit
De fa propre Eloquence
LeChaffeur
attentiffifloit
nonchalemment.
LE
CHASSEUR Life .
u u u u u u
L'Auteur
GALANT. 233
L'Auteur picqué luy recommence
Le bel endroit avec des
tons nouveaux ,
Dont le Chaffeur fiflant
imite les plus beaux.
11 u
I fifle.
u u u u
L'Auteur croit que fes
Vers par leur vive
·cadence ,
Du Sifleur déclamant
excite les Echos.
V
234 MERCURE
LE
CHASSEUR
Sifle l'Echo du Chant précedent.
nn ,n n
u
n
L'AUTEUR .
Voicy un des beaux traits
LE
CHASSEUR
Sifle l'Echo .
u u
n n nn n
L'AUTEUR.
·Suivez vous la pensée ?
LE
CHASSEUR,
Sifle l'Echo.
uu uu
n n .
GALANT . 235
L'AUTEUR.
De la
Strophe que
voicy .
LE
CHASS EUR
Sifle l'Echo .
u u u u u u u
L'AUTEUR.
Elle eft en
mefme
temps
poëtique
& fensée.
LE
CHASSEUR
Sifle l'Echo.
u u u uu u u
L'AUTEUR.
Je fuis tousjours aufait.
V ij
236 MERCURE
LE CHASSEUR.
Jefuis aufait auffi,
il Sifle
น u u- u u
L'AUTEUR.
u
Tous les autres Auteurs
n'expriment point
ainfi.
Je fens ce queje dis..
LE CHASSEUR .
Et moy je fens auffi.
il' Sifle une Boutade.
1. น uu u u
B.
GALANT. 237]
L'AUTEUR.
Fentends le fin.....
LE
CHASSEUR
Et moyj'entends auffi,
il Sifle le meſme Chant.
u u u u u
L'AUTEUR.
Ecoutez-moy degrace ?
LE CHASSEUR.
F'entends , j'entends ;
il Sifle.
u u u uน u u
238 MERCURE
Fentends la voix des
Chiens qui m'appellent
à la
Chaffe
n
n n
n n n n 21
F'entends ;
il Sifle.
n n n n
Fentends,
il Siffe.
1
GALANT . 230
RECEPTION
DE .
ME. LE LIEUTENANT CIVIL
Le
e Samedy 4. Octobre ,
Mr d'Argouges de Rannes
fut inftalé dans la Charge
de Lieutenant CivilparMr
™
Godard Confeiller de la
Grand- Chambre.
1
Mr Godard le condui
fit d'abord au Parc Civil
où préfidoit pour lors Mr
Pafquier Lieutenant Particulier
avec plufieurs Com
E40 MERCURE
feillers . Là MrGodard pric
la place du Préfident , &
mitMr le Lieutenant Civil
à fa droite , ou l'Avocat du
Roy luy fit un Difcours .
Enfuite Mr Godard, que
Mr le Lieutenant Civil
avoit prié de bonne foy de
ne luy point compofer d'Eloge
, ne luy dit que quelques
mots fans préparation
fur le choix du Roy. Ce
choix , dit il , d'un Roy fi
jufte & fiéclairé , est un gage
fes peuples des lumieres
de l'équité du Juge qu'il leur
donne.
GALANT. 24*
Il luy propofa enfuite
pour modelle dans fa Famille
mefme , Mrsle Pelletier
, qui rempliffent fi
dignement les premieres
places de l'Etat
joignent , continua -t'il¸à
tant de vertus , celle qui les
, & qui
releve toutes ; c'est cette modefie
, vertufirare dans l'élevation
, furtout avec les qualitez
brillantes que vous poffedez
; mais cette modeftie que je
loue en vous m'impofe filence.
Mr
Godard
prononça enfuite
les mots
effentiels au
Ceremonial
de l'inftala-
X
242
MERCURE
tion ; c'eft icy , dit- il , que
vous rendrez juftice aux Sujets
du Roy.
La mefme
modeftie
qui fait craindre
les
éloges
à Mr le Lieutenant
Civil , luy fit prononcer
fa réponſe
ſi
bas , que peu de gens
l'entendirent
. Comme
j'eftois affez prés pour
entendre,je hazarday
à
la faveur du fens que
j'ay retenu de faire tort
au tour & aux expreſGALANT.
243
fions qui peuvent m'eftre
échapées.
Perfuadé que jefuis , Mon
fieur , de l'importance de mes
devoirs , je reffens combien il
m'eft difficile de les remplir.
L'illuftre Magiftrat auquel je
fuccede , eft un de ceux dont
l'exemple eft toûjours refpectable
, & toujours redoutable à
fes fucceffeurs. Ce Tribunal
eft encore tout pleindes grandes
idées de juftice qui estoient le
principe & la regle de fes
jugements. Son image eft gravée
dans vos coeurs , dit- il aux
X ij
244 MERCURE
Confeillers je ne viens
point l'effacer. Heureux fi je
puis la retracer foiblement.
Vous m'y aiderez , Meffieurs
, & en entrant icy je
compte fur les lumieres d'une
Compagnie fi accoustumée à
connoiftre la justice , & à la
rendre.
Le jour qu'on inftale un
Lieutenant Civil , on plaide
une Caufe devant le
Confeiller de la Grand'-
Chambre dont le prononcé
eft un Arreft quoyqu'au
Chaftelet
, parce qu'il reprefente
la le Parlement .
GALANT. 245
Cette Audiance finie
le Confeiller , c'est - à- dire ,
Parlement , va inftaler
le Lieutenant Civil à la
Chambre Civile , & de là
à la Chambre du Confeil ,
où font le Lieutenant Criminel
& le Lieutenant Particulier
qui vont au devant
du Parlement juſqu'à la
porte , & c'est à la Chambre
du Confeil que le Lieurenant
Civil commence fes
fonctions.
Feu Mr le Camus a efté
Lieutenant Civil prés de
quarante ans. Il fut nom-
X iij
246 MERCURE
mé pour remplir cette pla
ce au mois de Juillet 1671 ..
J'attendois les Memoires
fuivants pour parler de
la mort de Dame Marie-
Magdelaine Seguier , née
le 10. Aouft 16 8. & âgée
de 92. ans & 20. jours ;
elle fut enterrée le 1. Septembre
aux Urfulines du
Fauxbourg Saint Jacques.
Elle étoit veuve en fecondes
nôces de Mr Guy
de Laval Boisdaufin , dit le
Marquis de Laval , Lieutenant
General des Arméesdu
Roy , qui mourut la
GALANT . 247
nuit du 17. au 18. Octobre
1646. en la 24° année , d'un
coup de feu qu'il reçut à la
teſte devant Dunkerque
,
laiffant une fille unique ,
Magdelaine de Laval mariée
le 30. Avril 1662. à
Henry- Louis d'Aloigny
Marquis de Rochefort
Maréchal de France , Capitaine
des Gardes du
Corps , & Gouverneur
de
Lorraine , qui a laiffé pofterité
.
Marie Seguier étoit veuve
en premieres nôces de
Pierre- Cefar du Cambout
Y
iiij
248 MERCURE
Marquis de Coiflin , Lieu
tenant General , & Colo
nel General des Suiffes &
Grifons , qu'elle avoit épousé
le 5. Fevrier 1634 &
qui mourut le 10. Juillet.
1641. âgé de 28. ans d'une
bleffure qu'il reçut au fiege
d'Aire ; elle eut de ce premier
mariage.
Pierre du Cambout ( né
en 1639. ) Cardinal de
Coiffin , Evefque d'Orleans
, Grand- Aumofnier
de France , Commandeur
de l'Ordre du Saint- Esprit,
inort à Verſailles le s , Fé
vrier 1706
GALANT. 249
Charles Cefar du Cambout
Chevalier de Malthe,
mort le 13. Fevrier 1699. âgé
de 59. ans .
Armand du Cambout
Duc de Coiflin , Pair de
France , Chevalier des Ordres
du Roy , né le 1. Septembre
1635. mort le 16.
Septembre 1702. âgé de
67. ans 15 jours . Il avoit
épousé Magdelaine du
Halgoët morte le 9. Septeinbre
1705. laillant entr
autres enfants ,
Pierre du Cambout Duc
de Coiflin , Pair de France,
250 MERCURE
mort fans pofterité le 6.
May 1710. de Loüife d'Alegre
qu'il avoit épousée le
6. May 1683. morte en Septembre
1692 .
Magdelaine
- Armande
·
du Cambout , ( dont Mr
Evefque de Metz eſt l'aiſné
) mariée le 18. Avril
1689. avec Maximilien-
Pierre François - Nicolas
de Bethune, Duc de Sully,
Pair de France , dont il n'a
point d'enfants.
Henry-Charles du Cambout
, Evefque de Metz
Commandeur de l'ordre
و ن
GALANT . 251
Ily
du Saint - Efprit , & premier
Aumofnier
de Sa
Majefté , qui vient d'eſtre
reçu à l'Académie
Françoiſe
à la place de feu Mr
le Duc de Coiflin fon frere.
Il y vint prendre feance
le Jeudy 25. Septembre
, &
prononça
un Difcours
dont j'ay choifi quelques
endroits , non comme les
plus beaux. Les autres ne le
font pas moins ; mais ceuxey
marquent
les obligations
de l'Académie
Françoiſe
envers M™ de Coiflin
dont il eft queftion dans
* MERCURE
eet Article. Mr de Metz
commença ainſi ſon Dif
cours.
Meffieurs , en m'accordant
cette place , à laquelle je n'aurois
osépretendre de moy -mesme
ne craignez- vous point
qu'onpuiffe vous accufer d'a
vir trop écouté les grands
noms qui vous parlent en ma
faveur ? Ne vous reprocherat'on
pas que vous avez voulu
me faire un merite de celuy de
mes An êtres , & que vous
avez confideré comme un de→
voir à leur égard , ce qui n'eftoit
qu'un excés d'indulgence'
Hour moy.....
GALANT: 253
Graces à vos bontez , j'oc
cupe une place dans cette Affemblée
où refide l'efprit d'Armand
mon grand oncle : de ce
Cardinal , quifous le plus jufte
des Rois , medita voſtre inftitution
, regla vos Statuts
dirigea vos Exercices , fonda
ce Tribunal où l'Eloquence &
la Poëfie doivent couronner
jamais les Sages , les Sçavants,
les Heros. Projet digne
d'un tel Miniftre , moins pour
fa propregloire que pour celle
de fon Roy & de fa patrie ;
moinspour le regnefous lequel
il a vefcu , que pour tous les
254 MERCURE
F
regnes
à venir.
Mr de Metz parla enfuite
du Chancelier Seguier
fon Ayeul , & du
Duc de Coiflin fon pere .
Monfrere, continua- t'il ,
leur a fuccedé , je fuccede à
mon frere. Unefigrande proximité
, le fouvenir douloureux
defaperte , m'empefchent
de fuivre l'ufage qui m'obli
à louer mon predeceffeur.
Vous le loüez vous-mesme
, Meffieurs , &fon éloge
fied mieux dans votre bouche
que dans la mienne.
geroit
Cela donna lieu à Mr
GALANT. 255
l'Abbé de Choifi de rendre
juftice à Mrs de Coiflin
dans la réponſe qu'il fit enfuite
comme Directeur. Il
peignit le caractere des
deux Neveux dans le Cardinal
de Coiflin leur oncle
, dont la dignité éminente ,
dit-il , n'avoit point changé
la fituation naturelle , & dont
la vertu toûjours aimable
toûjours pure , toûjours dans
l'innocence
, n'avoit pû eftre
alterée
par la contagion du
monde ni par les charmes de la
Cour. On y remarquera particulierement
le caractere des
96 MERCURE
Coiflins , hautsfans orguëil ,
polisfans baffeffe , auffi attentifs
à ce qu'ils devoient aux
autres qu'à ce qu'ils fe dewoient
à eux -mefmes .
Achevons de marquer
le caractere des
Coiflins par ce zele
pour le Roy qui leur
eft naturel , & qui anime
icy le Difcours de
Mr de Metz ; c'est donc
Mr de Metz qui va
parler.
Comblé des bienfaits du
Roy ,
GALANT. 257
Roy , attaché fans ceffe auprés
d'un fi grand Maiftre , jay
toujours offert à mongloire les
plus parfaites idées de gloire
de grandeur, de Religion , de
bonté , defageffe , & depietés
mais où mon zele prendra- t'ib
des couleurs qui destraits
puiffent le reprefenter.
Ovous Richelieu , ô vous
Seguier , dont je vois les Images
auprés de celle de ce grand
Roy , vous qui avez ouvert
cette Carriere immortelle on
fes vertus doivent estre à jamais
celebrées , quand voftre
prefence anime icy mon coura-
Y
258 MERCURE
Elt
ge , que ne m'infpirez- vous
au
suffi voftre genie ? Seray-je
reduit à de fimples voeux , &
peut-on en faire pour luy qui
ne foient en mefme temps pour
tousfesfujets , & formezpar
tous fes Sujets ,
Finiflons cet Article
, par un trait qui
finit le Difcours de Mr
l'Abbé de Choify.
que Faffe le Ciel , dit-il ,
nous puissions bientoft employer
nos talents à celebrer une bebeu
reuſepaix , que ce grand Prin
se noftre Pere auffi - bien que
GALANT. 259
noftre Roy , defire avec tant
d'ardeur, non pour une gloire
mondaine dont il a esté raffafié
tant defois ; mais uniquement
pour noftre bonheur ,&pour
la tranquilité univerfelle.
A la fin de la feance
on pria Mr de la Motte
de faire part à l'Aſſemblée
de quelqu'un de
fes Ouvrages. Il recita
l'un des Livres de l'Iliade
qu'il a depuis peu
traduite en Vers , fi
pourtant on peut ap-
Y ij
260 MERCURE
peller Traduction un
Ouvrage où il a beaucoup
mis du fien .
Il a rendu plus vifs
les endroits où bonus
dormitat Homerus , &
abregé les endroits où
Homere ne dort point ,
mais où les digreffions
allongeés pourroier t
endormir ceux qui ne
fe piquent point d'eftre
fçavants.
L'Aſſemblée ne fut
GALANT. 265
pas toute , fi contente
de Monfieur de la Mot
te qu'elle le parut , car
quelques- uns murmurerent
tout bas de l'audace
d'un Moderne qui
ofe changer toute l'oe
conomie d'un Bouclier
dont la
deſcription
tient tant de place dans
le chef- d'oeuvré du
Prince des Poëtes . En
effet c'eſt une temerité
inoüie ; Mr de la Motte
262 MERCURE
l'a euë pourtant. Il n'a
pas laiffé dans fes defcriptions
nouvelles une
feule Figure de la gra
Veure Grecque.
Voilà donc un Bou
elier moderne tout dif
ferent de l'ancien . Faifons
en peu de mots le
paralelle de ces deux
Boucliers , & chacun
en jugera felon qu'il
fera plus ou moins prévenu
ou pour les AnGALANT.
263
ciens ou pour les Modernes
.
Le Poëte ancien fait
graver par un Dieu fur
le Bouclier
d'un guerrier
terrible
& irrité ,
des Dances
de Villageois
& de Villageoifes
; des Avocats qui
plaident , & cent autres
fujets auffi peut
convenables à l'action
prefente , & au cara-
&ere du Heros.
264 MERCURE
Le Poëte moderne
a fupposé que Vulcain
forgeant un Bouclier
exprés pour Achille &
pour la guerre de
Troyes , devoit y gra
ver des ſujets qui cuffent
rapport à cette
guerre,
Les nôces de Thetis
& de Pelée troublées
par la Difcorde qui
tient en main la Pomme
d'Or..
Le
CALANT. 265
Le Jugement de Pâris
qui attire la colere
de Junon fur les
Troyens
· L'Enlevement d'He
lene par Pâris qui fut fi
fatal à Troye.
Noftre Poëte moderne
s'eft contenté de
faire parler les expref-
.fions & les attitudes
des Figures gravées
dans le Bouclier d'Achille.
Ꮓ
266 MERCURE
Homere y met des
Figures vrayement
parlantes . Il rapporte
leurs converfations en
Dialogue , & cela fuppofe
qu'on voyoit fortir
de la bouche de chaque
Figure gravée de
longs Rouleaux de papier
où leurs converfations
eftoient écrites .
comme on voit dans
nos Tapifleries Gothiques
.
ALANT. 267
Homere fait plus ,
il nous peint
jufqu'au
fon des voix & des
Harpes . La
graveure
des
Anciens
reprefentoit
donc les fons ; c'eſt
dommage
qu'un fibeau
fecret fe foit perdu .
Une chofe m'eftonne
encore dans le Bouclier
ancien. J'ay calculé à
peu prés combien pouvoient
tenir de place
toutes les Figures dont
小
Z ij
468 MERCURE
Homere compole fes
Groupes . En donnant
à fes Figures feulement
un pouce de hauteur, ce
Bouclier devoit avoir
plus de trois toiſes de
largeur .
Le Bouclier de Mr
de la Mothe eft moins
chargé d'ouvrage , &
les Figures n'y changent
point de place ni
d'attitude comme dans
Homere , qui fait du
GALANT. 269
Bouclier d'Achille un
Tableau
changeant
comme
ceux qu'on
montre à la Foire.
NoftrePoëte n'a mis
dans fa
defcription que
ce qui pouvoit vrayfemblablement
eftre
gravé fur un Bouclier,
en ſuppoſant même les
Figures affez grandes ,
pour eftre veuës par les
Compagnonsd'Achille
; que la reprefenta-
Z
iij
170 MERCURE
tion ( par exemple ) de
l'enlevement d'Helene
devoit exciter à la ven
geance,
De tous les Vers que
Mr de la Motte recita
je n'ay pu retenir exactement
que les fix derniers
.
Par cet Ouvrage ainfi Vul
cainfait éclater
Lagrandeur du Heros qui le
devoit porters
De fa gloire prochaine il luy
donne l'angure
GALANT 271
Et preffe la vengeance en retrançant
l'injure d'a
C'eut eftépeu pour luy de fürprendre
lesyeux ;
Le beau s'il n'eft utile , eft
indigne des Dieux.
Usi
Jean - Baptifte Voile ,
Sieur de la Garde , Confeiller
du Roy en fes Confeils
, Maiftre des Requeftes
, & Secretaire des Commandements
de S. A. R.
Madame , eft mort le
5.
Octobre.
René Roland le Vayer,
Seigneur de Boutigny
Z iiij
272 MERCURE
Confeiller au Parlement ,
eft mort à la
la campagne. II
eftoit de la mefme Race
dont eftoit le celebre La
Motte le Vayer.
Florent de Creil Bournefeau
, fils de feu Mr de
Creil Maitre des Requeftes
, eft mort le 24.
Octobre . Mr d'Argouges ,
Lieutenant Civil , a épou
sé fa foeur.
Anne - Françoife- Marc
de la Ferté , veuve d'Ale
xandre Tarteron, Seigneur
de Montiers , & c. Prefident
au Grand - Confeil, eft
GALANT. 273
morte le 27. du mefme
mois.
Marie- Camille Palavi
cini , qui avoit épousé le
12. Janvier 1670. Jean-
Baptifte Rofpigliofi , Duc
de Zagarolo , Neveu du
Pape Clement IX. mourut
à Rome le 4. Septembre.
Elle laiffe deux Fils , dont
l'un aura le Palais de Rof
pigliofi , & l'autre le Pala
tia. Elle a donné quarante
mille écus pour l'établiſſe
ment de fix Chapelains
en faveur de fix Eftudiants,
On a déja appris par les
$
174 MERCURE
nouvelles publiques fa
mort du Cardinal Vincent
Grimani Vice - Roy de Naples
depuis la derniere re
volution . Il mourut le 26.
Septembre d'une retention
d'urine , âgé de 58. ans.
Il avoit efté fait Cardinal
le 22. Juillet 1697.à la nomination
de l'Empereur
.
Perfonne n'ignore qu'il avoit
encouru les Cenfures
dont il a efté abfous à l'occafion
defa mort .
Dés qu'un Vice- Roy de
Naples eft mort , on fait
une élection pour remplir
GALANT. 275
la place per interim. On a
éleu le Comte Borromée
de Milan.
On a obmis dans le
Mercure dernier que Mr
Defchiens de la Neuville ,
Maistre des Requeſtes
, a
efté nommé Intendant de
Pau , par la mort de Mr le
Camus de la Grange , &
Mr du Fenoil , auffi Maiftre
des Requeftes , a eſté
nommé Premier Prefident
de ce Parlement.
Pierre Cardin le Bret ,
auffi Maitre des Requeftes
, & Intendant de Pro176
MERCURE
vence , a efté nommé Premier
Prefident du Parle
ment d'Aix , par la mort
de Pierre Cardin le Bret ,
fon
pere.
Comme l'émulation des
Bouts-rimez a cfté grande,
& que j'en ay reçu beaucoup
, j'ay efté obligé de
les diftribuer en plufieurs
endroits , & d'en obmettre
plufieurs de bons , auſquels
j'ay preferé les autres , ſeulement
parce qu'on avoit
augmenté ou diminué des
Rimes contre les regles.
GALANT, 177
* *
tapatapo kina kira KA KOD SVA the
BOUTS RIMEZ
DONNEZ
DANS LE MERCURE
PRECEDENT.
LES AGES.
Nos jeunes Débauchez à
vingt ans en ont . .trente
Ilsfont vieux à trente ans, &
caducs à
quarente
Jefuis Garçon , mon âge étant
tien
égal au
Toy marié , ton âge eft le double
du
mien
278 MERCURE
L'ambitieux guerrier vieillig
cinquante
avant
L'Imbecille & le Folfont jeunesà.
foixante
L'Esprit vieillit le corps
fien
Pafcal ufa le ..
Penfant trop, dormant peu , ne
mangeantpresque
rien
Qui penfe , mange & dort,
peutpaffer les feptante
Un Campagnard oififpaffera
les
nonante
Sifans trop raifonner il ſçait
reglerfon!
bien
Ses répas ,fes défirs , & l'ardeur
defon .
.chien.
GALANT. 279
.COM.GOAY.COM
SUR LES MESMES
BOUTS RIMEZ
PAR MR De N ***.
Semper homo ftultus.
L'Homme à tout âge eftfol ,
quinze ans comme à trente
Autrement fol pourtant à
and
vingt
quarente
Et mon âge en folie eft different
du
tien
Quoyque ton âgefoit auſſifol
}
quele mien.
190 MERCURE
Semper homo juvenis .
L'homme à tout âge est jeune ,
à quinze ans à cinquante
Tousjours jeunes défirs , il
medite a foixante
Pour un fiecle futur qu'il s'imagine
fien
Des projets reculez dont il ne
verra rien.
Semper homo vetulus .
L'homme à tout âge eft vieux ,
Leptante àsept ans à
Tousjours prés de la mort à
neufcomme à . nonante
On radote enfuivant les plaifirs
& le bien
On radote enun mot quand on
vit comme un chien.
GALANT 281
XCOMICON FOOT FOX FOOT
STANCE S
BOUTS RIMEZ.
C Tourterelle
7 Mouton
A a
Haneton
Hirondelle
Peroquet
Linotte
Marmote
Roquer
282 MERCURE
Guenuche
Vaux
Chevaux
Peruche
C
Chat
Gelinotes
Barbotes
Rat
Geniſſe
Poulet
Mulet
Ecreviffe
GALANT. 283
Becaffine
Pigeon
Efturgeon
Sardine .
J'ay choifi exprés
des Stances pour Bouts
rimez , afin que ceux
qui n'ont pas beaucoup
de temps à donner à la
Poëfie , puiffent en détacher
à leur fantaific',
deux , trois ou
quatre
Stances plus ou moins,
felon la durée de la ver
ve qui les prendra .
A a ij
284 MERCURE
QUESTION BADINE.
On a demandé
pourquoy
l'on aimoit mieux la
maison que celle de fon
voifin , quoyque l'on trouvaftfa
femme defon voifin
plus aimable
que la
fienne.
Comme cette Queftion
n'a efté faite que
pour donner lieu à des
jeux d'efprit , il ne la
faut pas prendre à la
lettre comme generale
GALANT. 285.
ment vraye , car il y a
des Maris qui aiment
mieux leurs Femmes
que celles d'autruy , &
qui ne trouvent point
de pire maifon que la
leur.
Ces fortes de Que
ftions , pour donner
>
lieu au badinage qu'on
y cherche , doivent ef
tre plus captieufes que
folides , ainfi on a eu
raifon d'y répondre fur
le mefme ton .
286 MERCURE
RESPONSES.
Par le Philofophe marié.
Ne
feroit - ce
point
par Amour
propre qu'on aime
mieux fa Maifon
que
La Femme
. On a ordinairement
fait ou choifi
fa
Maifon. On nous loue en
loüant la magnificence
, la
propreté
, le gouft de noftre
Maifon
. Elle eſt donc
une occafion
aux autres de
flater noftre vanité ou noftre
gouft . Nous l'aimons
pour cela . Ma Femme
au
GALANT . 207
contraire donne fouvent
aux autres de me blafmer
ou de me méprifer , &
pour cela je ne l'aime
point . Ce mefme Amour
propre eſt toûjours plus flatté
par la femme d'autruy
que par la noſtre , car une
femme donne moins de
louanges à fon Mary qu'à
celuy de fa voifine.
AUTRE .
Par le Perroquet de M
la D ***
Si on fe laffe de fa fem
288 MERCURE
me pluftoft que de fa Mai
fon , c'eft qu'on a épousé fa
femme , & qu'on n'a pas
épousé fa Maiſon.
AUTRE .
Par Mr de Gi ***
Cher voifi j'aime mieux
Fer
ma Maifon que la tienne
en connois tout le bon ,
cela je m'y plaiſt.
pour
Si la femme d'autruy me plaiſt
plus que la mienne
C'est que je connois moins ce
qu'elle a de mauvais.
AUTRE.
GALANT. 289
AUTRE.
Par L. C. D. M.
Conc
celle
de
gens
Tout le monde s'apperçoit
bien que c'eſt par
inconftance
trouve fa
femme moins aimable que
du voifin. Mais peu
peut- être ont fait reflexion
que c'est par inconſtance
auffi qu'on aime mieux fa
Maifon que celle d'autruy.
Cela eft pourtant vray. On
aime une Maiſon dont on
eſt le maiſtre , parce qu'on
peut y contenter fon in-
Bb
190 MERCURE
conſtance en la changeant
de cent façons . On s'y plaiſt
à deranger aujourd'huy ce
qu'on y arrangeoit hier¸ne
fulle qu'en changeant un
fiege de place ou un Tableau.
Ne voit-on pas de
ces inconftants qui s'ennuyent
dans leurs Maifons
& dans leurs Jardins dès
qu'ils les ont mis à leur degré
de perfection.
Peut - être que fi l'on
pouvoit changer tous les
jours quelque chofe à la
beauté ou à l'humeur de fa
femme on l'aimeroit
>
GALANT 191.
mieux que celle d'un autre
; mais par malheur on
accomode la Maifon comme
on veut , & l'on ne
tourne pas comme on voudroit
latefte de fa femme.
AUTRE .
Par Mr le M. de **
*
LA femme du Voifin
eft toûjours mieux arrangée
pour nous que pour
luy. C'eft pour nous qu'elle
fe pare , & non pour fon
Mary ; c'eft pour nous
qu'elle eft de belle hu-
Bb ij
£92 MERCURE
meur , qu'elle arrange fon
efprit & fon éloquence. La
Maifon d'autruy , au contraire
, n'eſt jamais a noſ
tre gouft fi bien rangée que
la noftre.
Dans la chambre d'autruy je
fuismal à mon aife ,
Damon place la Table où je
voudrois la Chaife ;
Oùje veux avoir chaud¸ il a
voulu de l'air,
Et bouche une Croisée où je
voudrois voir clair.
Fenfuis bleffé , quelle injuſtice
!
GALANT. 293
Mais ce qui fait mon grand
chagrin ,
Ma femme , en fuivant fon
caprice ,
Eft à peu prés pour moy la
Maifon du Voifin.
AUTRE.
Par le Mary libertin.
On
trouve la
liberté
en rentrant dans fa Maifon
.
On perd fa liberté en
retrouvant fa femme.
Bb iij
294 MERCURE
AUTRE .
Par M la Comteffe
de ***
UN maiftre de maiſon
fait tout ce qu'il peut pour
la rendre gaye , gracieuſe ,
aimable , un mary fait tout
ce qu'il faut pour rendre fa
femme de mauyaife humeur
; S'il devenoit complaifant
pour fa femme &
qu'il laiffat deperir ſa maifon
, le contraire de la
queſtion feroit veritable.
Je conviens avec Mª
GALANT . 295
la C. que les Maris ont
grande part à tous les
torts qu'on donne aux
femmes .
AUTRE.
Par Mr de S. P ***
ON ne fe contraint
point dans fa maiſon ; cela
fait qu'on l'aime .
On ne fe contraint point
avec fa femme , cela fait
qu'on ne peut pas l'aimer
long- temps , car en ne nous
contraignant point nous
Bb iiij
196 MERCURE
laiffons voir nos défauts
ceux qui les voyent nous
mepriſent , & nous haïſfons
bien- toft ceux qui
nous mepriſent.
Voilà tout ce qu'on
m'a envoyé fur la premiere
queftion proposée.
On n'a rien répon
du fur la feconde ; mais
on ne pouvoit pas manquer
de faire attention
fur la troifiéme.
GALANT . 297
QUESTION
POETIQUE.
On
In a demandéfous
quellefigure Dianeparoift
plus aimable , ou lorsque
fous un habit d'Amafone
elle chaße avec fes Nymphes
dans les bois de
Marly , ou lorfque là
baut au milieu des étoiles
elle reçoit quelques rayons
du Soleil dont elle prend
plaifir à gratifier les bumains
?
29 MERGURE
Une des
Nymphes
de cette Diane , qui a
reçu d'elle depuis peu
quelquegrace , m'a envoyé
ce Remerciement
en Vers.
REMERCIEMENT
A DIAN E.
Par Me D ***
Diane m'a fait une grace
la
D'un air fi gracieux , que
grace ilfurpaffe.
Tres- humbles graces je luy
rends :
STREGUE
VALLE
GALANTEN
Toutes fes graces je reffen 183
Et toutesfes graces j'admire.
Grace enfon air majestueux
Grace à prendre part
・Feux.
à
nos
Grace à penfer & grace
dire
Ce qu'avec tant de grace on ne
pourroit écrire
Graces brillantes dans fes
yeux
Graces qui vont au coeur des
Dieux
Grace à fe faire aimer , grace
àfe faire craindre
Graces à comparer puiſqu'on
peut peindre
ne les
306 MERCURE
Des trois Graces , foeurs des
Amours
Je compofe une Grace & ce
tout luy reffemble.
Par fes graces enfin l'on peut
compterfes jours.
Grace au Ciel d'avoir mis tant
de graces enfemble.
NOUVELLE
QUESTION.
En quoy font differentes
la jaloufie d'un
Mary , & la jaloufie
d'un Amant
.
GALANT. 301
le
Je ne donne qu'une
Question ce mois- cy , parse
qu'on n'auroit
pas
loifir d'y répondre avant
le premier Mercure que je
donneray au commencement
du mois de Decembre.
Si quelqu'un a composé
quelque chofefur les
Questions precedentes , je
le recevray encore avec
plaifir, car pour donner le
temps de faire de petits
Ouvrages fur les Que-.
302 MERCURE
stions , j'en repeteray toû
jours quelques-unes du
mois precedent pour joindre
à celles du mois prefent,
par exemple , ce que
jay deja fur la Queſtion
fuivante , je le joindray
à ce qu'on m'envoyera
pourle mois fuivant.
QUESTION MORALE,
On demande fi la
belle Galanterie , c'eſtà-
dire celle qui a un
but legitime , eft plus
GALANT. 30%
utile que nuifible aux
loix de la focieté civile
.
Le 15. Septembre Mr
leMarquis d'Argence prefta
ferment entre les mains
du Roy pour la Charge
de Lieutenant de Roy de
Bourgogne au departe .
ment de l'Auxois , Autunois
, & Auxerrois , vaćante
par le déceds de Mr de
Creancé fon Beau-pere .
La Maiſon d'Argence
eft tres ancienne , Hugues
Tifon d'Argence fit en
304 MERCURE
1226. une échange
de la
Terre de Dirac , qui eſt
encore dans cette Famille
, avec une Ducheffe
de
Guienne, &Conteſſe d'Angoumois
qui fut depuis
Reine d'Angleterre
. Cette
Princeffe
donna la Terre
de Dirac en échange du
Chafteau
de Toulure
&
fes dependances
dont les
Comtes d'Angoumois
firent
depuis leur lieu de
plaiſance, Paſquier dans ſa
recherche
de la France
dit que la Riviere qui
prend fa fource dans cette.
Terre
GALANT. 305
>
Terre , & qui porte auffi
le nom de Toulure eft
couverte de Signes , pavéc
de Truites , bordée d'Ecreviffes
, & lardée d'Anguilles.
François Watel , cinquiéme
General de la Miffion
de S. Lazare , mourut
le 3. Octobre âgé de 63 .
ans.
Le Pere Nicolas Sarrebource,
Bibliothequaire de
l'Abbaye de Ste . Genevieve
du Mont , mourut le 9 .
Octobre âgé de 63. ans .
Mr Phelyppeaux , fils
Cc
306 MERCURE
de Mr Phelyppeaux Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Intendant de Paris , a épousé
Mlle Voifin de S.
Paul fille de Mr Voifin de
S. Paul , Prefident au Parlement
de Roüen . Le nouvel
Epoux eft Neveu de
Monfieur le Chancelier .
Helene Gillot , Veuve
de Pierre , Ferand , Seigneur
ce Janvry Confeiller
au Parlement , mourut
le 23. Octobre âgée de
83. ans. Elle eftoit Mere
d'Helene Ferrand qui épouſa
en 1677 .
Louis FouGALANT
. 307
cault , Marquis de S. Germain
Beaupré , Gouver
neur & Lieutenant General
de la Province de la
Marche.
Mr Bontemps , premier
Valet de Chambre du
Roy , eut le zo . Octobre
l'agrement de la Charge
de Capitaine des Chaffes
de la Garenne du Louvre ,
avec un Brevet de retenue
de vingt mille Ecus,
Je ne
manqueray pas
dans la fuite de donner
les Noms de ceux qui
Cc ij
308 MERCURE
t
auront deviné les Enigmes
; mais tout le monde
a deviné celle- cy .
J'en aurois trop à mettre
, & j'ay meſme un
pretexte pour m'en difpenfer.
Car quoyque
tout le monde ait deviné
le mot qui eft la
Langue , perfonne n'a
deviné l'Enigme toute
entiere ; j'avois mis
pour ainsi dire , une
Enigme dans l'EnigGALANT.
309
me. C'eſt aprés ce Vers,
De Calvin enpublic j'ay
foutenu l'erreur.
que j'ay placé exprés
pour obfcurcir les fuivants
; car on a pris
le fçavant Compofiteur
pour un Herefiarque ,
& ce n'eft qu'un Cuifinier.
Lorfqu'unfçavant Compofiteur
Du feu d'Enfer bravant
larage
10 MERCURE
A faitpour me flater un
dangereux ouvrage
F'en fuisfuge décifif,
Monfentiment primitif
N'eft point fujet à diſpute.
ENIGME .
ON peut en
plaifantant
m'appeller
une
Ville.
Fouons donc fur ce mot
puifque plus de cent
mille ,
GALANT. ***
Hommes , Femmes , Garçons
, Filles , Vieillards ,
Enfants ,
"
Pendant le cours d'un an
fe font mes habitants.
Chez moy bravoure ni
Nobleffe ,
Vertus, ni talents ni richef
fe
5
Ne donnent point la primauté.
Le plus ancien Bourgeois
la prend d'autorité.
Hors de mes murs , & par
prudence
Biz MERCURE
Mon Gouverneur tient
Safeance,
Et foumis à tous mes
Bourgeois ,
Aux beftes feulement il
peut donner des loix.
Beftes qu'on met dehors
poureftreplus utiles ,
Hommes en
mouvement ,
& pourtant immobiles
,
Changeant de lieufans en
changer ,
N'y demandent qu'à deloger.
Et
GALANT . 313
Et fortant la nuit par
Cohortes ,
Ils vont dormir hors de
mes
portes ,
Et
viennent le jour plufieurs
fois
Se mettre à couvert fous
mes toits.
Mais me dira bientoft un
Devineur habile
L'Enigme à deviner me
paroift tropfacile.
Voicy le mot , je l'ay trouvé
,
Dd
314 MERCURE
Cette Ville , c'est un Caffé.
Peut- eftre ; dans Paris il
en eft bien plus d'une ,
On y prend enpublic une
liqueur commune.
Les Habitants y font oififs,
Grands Difputeurs &
décififs;
Mais hors de la difpute ,
ilsfont humains ,
affables ,
Et s'ils debitoient moins
defables
GALANT. 315
Ils feroient grands Hiftoriens
.
C'est un Caffé fans doute,
à ce motje reviens ,
Et depeurqu'on ne le devine
,
Je le disfranchement , cette
franchife eft fine ;
Carqui peut me croire af-
Sezfot
Pour dire en mefme temps
5 l'Enigme & le mot.
Autre Enigme courte
& facile pour ceux
Dd ij
16 MERCURE
1
qui n'ont pas le loifir
de lire ni de deviner .
JE contiens celuy qui
porte
Celle quicontient celuy
Dont la ftructurepeuforte
Porte pourtant des aujourd'
buy
Celle qui contient celuy
Qui portera plus loin
qu'aucun Moufquet
ne porte.
GALANT. 317
Extrait d'une Lettre d'Aranda
du 31. Septembre .
Dom Jofeph Vallejo ,
Colonel de Cavalerie , qui
avoit efté détaché pour incormoder
les Ennemis , ayant esté
informé que le General Wetzel
, qui commande les Troupes
de l'Electeur Palatinmar..
choit vers l'Aragon avec un
Colonel une escorte de
le
deux cens Chevaux , marcha
30. dans le deffein de les
combattre. Il les joignit à Vaidés
à deux lieues d'icy , où il
Dd iij
318 MERCURE
les attaqua fi vivement que
malgré la grande refiftance
qu'ils firent , ils furent entierement
défaits. Plus de cinquante
furent tuez , &foixante
faits prifonniers avec
un Capitaine & un autre
Officier , & onprit tous les
Equipages du General dans
efquels on trouva plus de trois
mille Piftoles en or , & beaucoup
de Vaiffelle d'Argent ;
le toutfut pillé. Ce General
&le Colonel avec le reste de
leurs Cavaliers , fe fauverent
à Siguença où les Enzemis
avoient 200. Fantaffins
GALANT. 319
mais ne s'y croyant pas en
feureté , par la crainte qu'ils
avoient des habitans , demanderent
à capituler. On leur
accorda un paffeport qu'ils demanderent
pour
quatorze pera
fonnes. Aprés cette action qui
ne coufta que quelques Cavaliers
à Mr de Vallejo , il envoya
icy les prifonniers , &
marcha le lendemain à Guadalara
afin de pouvoir obferver
les Ennemis de plus prés.
LE trois Octobre le
Roy d'Espagne , & Monfleur
de Vendofme arrive-
Dd iiij
220 MERCURE
rent à Tordesillas fur le
Duero
pour
aller fe metire
à la tefte de l'Armée
qui eſtoit à Salamanque ,
& qui devoit eftre jointe
par les Garnifons de Pampelune
, de Jaca en Aragon
, de Fontarabie , de S.
Sebaſtien & du Paſſage ,
ces Garniſons devant eftre
relevées par d'autres Troupes
, fçavoircelles de Pampelune
& de Jaca , par trois
Regiments tirez de Bayone
, & celles de S. Sebaftien
, de Fontarabie & du
Paffage par de nouvelles
GALANT . 22x
Troupes que les Eftats de
Biſcaye , d'Alava & de
Guipufcoa doivent lever
& entretenir à leurs dépens.
Des Lettres deMadrid du
4. portent que l'Archiduc
n'y eftoit entré que le 28 .
Septembre.qu'il eftoit precedé
par
le Regiment de
Cavalerie de Galvés , &
accompagné de fes Gardes
; qu'il entra par la ruë
d'Alcala & qu'il continua
fa marche par la Grande
ruë jufqu'à la Porte de
Guadalaxara , qu'il alla à
322 MERGURE
•
l'Eglife de Noftre- Dame
d'Atocha où il entendit la
Meffe ; qu'il alla enfuite ,
fans entrer au Palais ; à la
Maiſon de
Campagne de
Mr le Comte d'Aguilar &
de-là au Pardo où il eftoit
encore le 4. qu'une partic
eftoit dans le Voifinage
& l'autre le long de la Riviere
de Xarama ; qu'elle
n'eftoit
composée que de
14000. hommes de Troupes
reglées & d'environ
2500. Miquelefts
ou Bandits
qui faifoient de grands
defordres , ayant pillé pluGALANT.
323
fieurs Villages aux environs
du Pardo , & commis
plufieurs Sacrileges dans
les Eglifes en emportant
les Vafes Sacrez & en jettant
les hofties confacrées
par terre ; que les Curez
qui avoient efté en demander
juftice au Comte de
Staremberg avoient eu
pour reponfe, qu'il ne pouvoit
empefcher ces defordres
, faute d'argent dequoy
payer les Troupes ;
que la Ville de Madrid
n'eftoit gouvernée que par
les Alcaldes; que les Gene-
;
324 MERCURE
raux avoient reglé la con
tribution à quarente deux
mille Ecus par mois , &
qu'on en avoit fait le premier
payement d'un Magafin
de farine que la Reine
avoit ordonné de jetter
parce quelle eftoit gaſtée ,
& de laquelle neanmoins
les Ennemis faifoient faire
du pain pour leurs Troupes
; qu'ils tiroient des contributions
en grains des
autres lieux , ce qui n'empefchoit
pas que le pain ne
fuft beaucoup plus cher à
Madrid qu'à l'ordinaire.
GALANT. 325
que
Voicy ce que porte uneletre
de Madrid. Malgrécette
cherté du pain le peuple n'a
point voulu ramaffer l'Argent
l'Archiduc
a fait jetter
dans les rues,& ce mefmepeuple
ordinairement amateur des
Spectaclesfe renferma dans le
temps des Illuminations , &
affomma quelques Comediens
qui avoient joué dans un des
Fauxbourgs un Prologue de
rejoüiffance , & mefme que le
Poëte qui l'avoit composé
avoit auffi efte trouve mort le
lendemain dansla ruë.
326 MERGURE
.1
LE Roy
d'Eſpagne
arriva à Salamanque le 5.
avec Monfieur
de Vendofme
, où ils ne demeurerent
qu'un jour parce que l'Ar
mée continuoit
de marcher
vers
Placentia quoy
que toutes les Troupes
n'euffentat pas encore joint.
Elle trouvoit par tout une
grande abondance de vivres
& de fourages , & il
arrivoit ous les jours des
Recrues & des Corps de
Troupes tirées de divers
endroits.
GALANT. 32
Les Regiments de Caltille
& de Madrid pafferent
le 15. en revûë devant
fa Majesté Catholique qui
les trouva complets & en
tres bon eftat . On a diftribué
des Officiers François
qui eftoient fans employ ,
dans les Regiments où il
en manquoit. L'Eſtramadure
a donné des Chevaux
de remonte pour la Cavalerie,
& il y avoit quarente
pieces de Canon en eſtat
de marcher.
On a mis la Cavalerie
en quartier de rafraichif
318 MERCURE
fement en attendant la
jonction du rfte des
Troupes , à l'exception de
neufcens Chevaux qui ont
efté detachez vers Talavera
de la Reyna,pour mieux
obferver les mouvements
des Ennemis.Les Dragons,
commandez par Mr le
Comte Mahoni font allez
à Oropeza en deça de Talavera
; toute l'Infanterie
partit le 17 , pour aller camper
à Caſa Tejada à huic
lieues de Placentia.
Un détachement de la
Garniſon de Pampelune,
joint
GALANT . 329
joint par un bon nombre
d'habitans
armez ayant
paffé l'Ebre s'eft emparé
de la Ville de Corellà où
les Ennemis avoient des
Troupes , entre Calahorra
& Tudela , & a fait la
Garnifon prifonniere.Plufieurs
Maifons de mal intentionnez
ont efté pillées,
entr'autres
celle du nommé
Ferrer qui a eſté auffi
rasée parce que fon Fils
eftoit à tefte de la Garnifon
.
Ee
330 MERCURE
Copie d'une Lettre écrite
de Vittoria du 21 .
Octobre.
JE reçois une lettre de
D. Henriquez de Cavaillas
Capitaine au Regiment
de Tolede qui n'a point
quitté le Roy depuis ſa
fortie de Madrid. Il me
marque que depuis l'arrivée
de S. M. C. à Placen
tia les Troupes eftoient
campées entreCoria & Almara
; que Mr de Vendofme
eftant entré dans cette
GALANT. 331
derniere Place avec un
gros detachement en avoit
fait rompre le Pont le 14..
& que ceGeneral ayant enfuite
marché le long du
Tage pour reconnoiftre la
difpofition de l'Armée de
l'Archiduc dans la Caſtille
, il s'avança juſquà une
lieuë d'Oropeſa où il fut
attaqué par soo. Cavaliers
Alemans embufquez qui
le prirent par derriere &
crurent pouvoir l'enveloper
. Son detachement n'ede
260. Cavatoit
que
liers
avec
lefquels
il fit une
Ee ij .
332 MERCURE
fi vigoureuſe deffenſe qu'il
mit les ennemis en fuite ,
en tua ou bleffa plus de
100. & en prit 42. qui ont
eſté amenez hier icy. Il dit
que
l'Archiduc ne paroiſt
plus avoir le deffein de faire
la jonction des Troupes
de Portugal depuis que
8000. hommes de fes troupes
qui s'eftoient avancez
vers Albuquerque avoient
retourné fur leurs pas à l'aproche
de l'Armée Efpagnole.
Mr de Vendofme
alla encore hier reconnoiftre
l'Amée Ennemie qui a
GALANT. 333
remonté le Tage . Mr le
Marquis de Bay tient les
Portugais dans le refpect.
On amena hier au Camp
22. Miquelets qui couroient
les
Montagnes de
Tolede dont
quelques-uns
affurent que l'Archiduc
meditoit la retraitte dans
l'Arragon. Nous attendons
le refte de l'Artillerie avec
les munitions & les provifions
de bouchepours.jours
qui feront preftes au plus
tard le 18. aprés quoy nous
marcherons aux Ennemis
qui defolent la Caftille par
334 MERCURE
leurs vexations . On nous
écrit icy de la frontiere de
Navarre que les Ennemis
retirent les petites garnifons
qui font fur la Frontiere
d'Arragon dont ils
forment un Corps à Saragoffe
avec lequel ils prétendent
affurer le paffage
de cette Province par la
Caftille .
Extrait d'une autre
Lettre de Vittoria ,
LE Roy
d'Espagne a
devancé
huit mille
Portugais
"
GALANT. 335
de 24. heures , & s'eft emparé
du Pont d'Almaraz. On
croyoit qu'il eftoit impoffible de
les prevenir & on a admiré
la diligence quefa M. C. &
Mr de Vendofme ont fait
ainfi que Mr le Marquis de
Bay qui les a enfuite con
traints de fe retirer. L'Archidac
eftfort embarraffé pour fe
retirer n'ayant que quinze
mille hommes dont trois mille
font malades. Il ravage les
Maifons & Chateaux des
Grands & brufle beaucoup
de Villages aux environs de
Madrid. On a furpris une
336 MERCURE
lettre de l'Archiducheffe à
Madamefa Mere par laquelle
elle luy mande que les affaires
du Roy fon Mary ,
vont fi mal que fi cela continue
elle apprehende que
les Catalans ne prennent
des refolutions violentes .
L'Armée Espagnole eft
prefentement de vingt deux
mille hommes effectifs. Le
Roy cherche à donner Bataille
; mais Monfieur de Vendofme
le retient , le fuppliant
de temporifer en attendant Mr
le Duc de Noailles . La Ville
de Cadiz a vingt quatre Bataillons
,
GALANT . 337
taillons , & a offert au Roy
d'Espagne de luy en envoyer ce
qu'illuy plairoit. Sa Majeſtë
a temoignéqu'il
Amecel
re qu'ils reptaffent, & qu'elle
eftoit trés fatisfaite d'ailleurs
de leur bonne volonté.
A
Vittoria le 23.
Octobre.
L'Armée du
Roy
d'Efpagne
eft
prefentement
composée
de douze
mille
hommes
de pied &
de fept mille
chevaux
; &
ce nombre
eft effectif
; le
Ff
38 MERCURE
Roy attend encore deux
mille chevaux dans peu de
jours , de forte qu'il fera
bien plus fort en Cavalerie
que fes Ennemis . l'Argent
n'a point manqué jufqu'à
prefent, & l'on ne fçauroit
pouffer plus loin la fidelité
que le font tous les
peuples d'Espagne. Le
Royaume de Murcie a pris
les Armes dans la refolution
de fe bien deffendre fi
les Ennemis viennent l'attaquer
, celuy de Valence
en a fait autant. Il court
un bruit depuis hier midy
GALANT . 339
que les Ennemis feignant
d'envoyer un detachement
à Tolede fe retirent
veritablement ce qui eft
fort naturel à croire s'il eft
vray que les Portugais fe
foient retirez comme on
le public. La Province de
Biſcaye vient de donner
fooo. piftoles à la Reine ;
Il vient de tems en tems de
pareils petits fecours icy
auffi bien qu'à l'Armée du
Roy d'Espagne.
Quelques traitres avoient
tramé une confpiration à
Tortofe ; mais elle a efté
Ff ij
340 MERCURE
decouverte , & les auteurs
ont été pris & arreſtez . Un
autre traitre avoit livré aux
Ennemis la Ville de Xerés
de los Cavalleros vers
la Frontiere de l'Alentejo,
mais il n'en ont pas profité
s'en eftant retirez aprés
avoir neanmoins fait fauter
quelques fortifications
& bruflé quelques munitions
. On vient de recevoir
nouvelle que les Ennemis
marchent à S. Pozuelo qui
eft fur le chemin de Tolede
; c'eft auffi celuy d'Aragon
& de Valence. On ne
GALANT. 341
fçait point lequel ils pren-
*
dront. La tefte de l Armée
du Roy d'Espagne eſt à
Talavera de la Reina à 22 .
lieues de Madrid . On dit
mefme que le Colonel Vallejo
eft à Alcala . Nous
fommes icy dans un tresvilain
pays entouré de
montagnes ; mais qui eſt
bon pour la feureté de la
Reine.
A Vittoria le 30.Octobre.
L'Etat des
affaires d' Ef
pgne n'est pas auffi mauvais
Ff iij
342 MERCURE
que vous l'avez pu cr‹irë.
Les Ennemis font toujours
campez aux environs de Madrid.
L'Archiduc eft au Pardo.
Les Villagesfontpillez &
bruſlez jusqu'aux Eglifes où
les Anglois les Holandois
font des impietez & des fa- .
crileges abominables . Les Maifons
de tous lesFrançois & de
tous ceux qui ont fuivi la
Cour ont eftépillées à Madrid,
& la noftre par confequent
eft du nombre. Les François
ont eu ordre de fortir de cette
Ville dans 24. heures fous
peine de la vie , & les Dames
GALANT . 343
qui font restées à Madrid ;
ordre d'aller à Tolede ; la plus
part ont déja obey , & les autres
fe difpofent à le faire.
Ellesfont prés de 60. dans le
cas. On ne fait quelle peut
eftre l'intention de l'Archiduc,
à moins qu'il ne croye engager
par-là les Maris qui ſont aus
prés du Roy & de la Reine
d'aller trouver leurs femmes :
Ony a ordonné encore à tous
ceux qui ont des Armes , de
les porter àla Caza delCampo
; on craint que ce ne foit
dans la vue de faire un pillage
general en fortant de cette ·
Ff iiij
•
344 MERCURE
Capitale. Mrle Marquis de
Manfera , qui ayant prés de
cent ans , n'avoit pas pufuiare
le Roy, quelque bonne en
vie qu'il en euft , eftant restéà
Madrid , le General Stanhope
lalla voir pour l'exhorter
d'aller fe mettre aux pieds du
Roy Carlos tercero. Il luy
répondit qu'il pouvoit le
mettre aux pieds de l'Archiduc
d'Autriche , terme
dontfe fervent les Espagnols
pour dire affurer de leurs refpects;
qu'il l'honoroit comme
un grand Prince ; qu'il
pouvoit luy dire de fa part,
3
GALANT. 349
qu'il n'avoit qu'un Dieu ,
une Loy & un Roy ; que
fon Dieu & fa Loy luy
eftoient connus ; qué pour
fon Roy , s'il ignoroit qui
il eftoit , il luy apprenoit
que c'eftoit Philippe V. de
Bourbon legitime Roy
d'Espagne , a qui il avoit
prefté le ferment de fidelilé
; qu'il ne vouloit pas que
le peu de jours qu'il avoit
à vivre , fuffent tachez
de l'infamie de luy eſtre
parjure ; que c'eftoit là tout
ce qu'il pouvoit dire de ſa
part à l'Archiduc . Il finit
346 MERCURE
fon difcours , en difant qu'il
eftoit las d'eftre debout ,
qu'il s'alloit coucher.
De-la le General Stanhope
fut chez Mr le Marquis de
Frezno , qui luy répondit en
fubftance la mefme choſe, ajouſtant
que l'Archiduc eftoit
maiftre de le traitter comme
prifonnier ; mais qué
fans fon grand âge & fes
infirmitez qui l'avoient
mis hors d'eltat de fuivre
fon Roy , il ne l'auroit pas
trouvé à Madrid .
Monfieur de Vendofme eft
charmé de la fidelité des peuGALANT
. 34 %
ples. Elle va delà de tout ce
que l'on enpeut dire .Je ne vous
en citeray qu'un exemple qui
vous fera juger du refte . Les
Ennemis ayant
#
ordonné dans
un Village prés de Madril
qu'on criaft vivat Carles tercero
, les habitants crierent
vivat Felippé Quinto. On
les menaça dufeu , ils crierent
encore plus fort; on mit lefeu
à leurs Maifons ; ils s'affemblerent
, & danferent autour
desflames jufqu'à ce que tout
fuft reduit en cendres , difane
que c'eftoient leurs illumina
tions & leurs feux de joye
348 MERCURE
.
qu'ils faifoient par avance
pour le retour de leur Roy à
Madrid. Ce détail , & les
réponſes de Mr de Manfera
& de Mr de Frezno au
General Stanhope ont eſté envoyées
à la Reine dans ces
mefmes termes.
Le Roy eft tousjoursdepuis
le 19. à Cafa Tejada , fon
Armée en quartier , qui ſe
peut affembler en deux jours à
trois lieues de-là. Mr de Vallejo
eft avec un détachement
entre Segovie & Madrid ;
Mr de Bragamonte avec 500 .
Chevaux , à Torre Lodana
GALANT . 349
prés l'Efcurial ; Mr Mahoni,
avec les Dragons de l'Armée
à Calçada d'Oropeza ", ن ي ت&
Mr Lanceroti avec un autre
détachement , à Talavera de
la Reyna. On eft
informé par
ces Officiers
Generaux , de
tout ce que font les Ennemis
les payfans ayant un grand
foin de les en inftruire , & les
Ennemisfont fi peu
informez,
de ce qui nous regarde , que
dans des lettres qu'on leur a
furpris ces derniers jours, leurs
Generaux
demandoient s'il
eftoit vray que Mr de Vendofme
cuft joint
Philippe V.
350 MERCURE
On prend la plupart de leurs
Courriers, ce qui nous eft tresutile
pour fçavoir l'eftat où ils
font , & qu'elles font leurs
intentions : le filence des payfans
à leur égard , & le рец
d'avis qu'on leur donne , ont
fait dire icy , que le fecours
de France qui vient joindre
Mrde Noailles en Catalogne ,
aura joint avant qu'ils fçachent
qu'ilfoit party de Dauphiné.
IL y d'autres Lettres
qui portent queMr deVendofme
avoit détaché 4000.
GALANT. 357
Chevaux fur les ailes de
l'Armée de l'Archiduc
qu'il avoit plus de feize
cens prifonners ; que les
Ennemis ayant fait une
defcente fur les Coftes du
Royaume de Valence , Mr
Gaetano les avoit repouffez
avec les Troupes de
Murcie, & qu'il y en avoit
eu quatre cens de pris ou
de tuez .
352 MERCURE
. Suite du fiege d'Aire.
Au Camp devant Aire
les. Novembre.
la
LE Prince
Eugene &
Mylord Duc croyoient que
Place ne dureroit quejuſqu'au
1. Novembre
, & fe plaignentfort
de l'attaque
du P.
D. qui nous fait perdre bien
du monde. Les Affiegez
nous
ont donné deux fois de l'eau
dans nos Logements
, que nous
avons dans le chemin couvert
.
La premiere
fois nous avons
en
GALANT. 353
eul 160. Grenadiers noyez &.
la feconde 40. Nous avions
eru nous pouvoir paffer de la
Demi-Lune ; mais nous trouvons
que nous fommes obligez
de la prendre ce qui demande
encore bien du temps.Cette attaque
vafi malque nous allons
continuer celle de la gauche
que nous avions abandonnée.
Nous fommes maiſtres du
chemin couvert depuis deux
jours que nous avons gagné à
lafappe ; nous n'avons pas une
piece de Canon qui tire ,
les Affiegez au contraire ont
mis 20. pieces en batterie , s
4
Gg
354 MERCURE
nous ont en une matinée
rasé
noftre Tranchée
de la droite
qui n'eftoit que de fafcines
parce
qu'on ne peut lever de terre
à caufe des eaux . Nous fommes
obligez
d'aller tout à decouvert
en cet endroit
où l'on
nous tue beaucoup
de monde.
On ne fait plus quand nous.
ferons maiftres
de cette place ;
les uns difent le 12. les autres
be
15.
voila une rude Campagne.
Deux cens Maiftres ont
efté hier pour marquer un
Camp de 1200. hommes à
Haubourdin à deux lienës
GALANT. 355
de Lille. Quatre de vos Partis
en ayant efté informez ,
fefont joints enfemble & les
ont efté attaquer. Ils en ont tué
foixante , & un Lieutenant
Colonel qui commandoit le detachement.
Du Camp devant Aire
le 3. Novembre.
LE 31. Octobre à l'ataque
de la droite , nous
donnafmes un affaut à la
Demi - Lune où nous entrafmes
, & d'où nous fufmes
repouffez avec perte de
Gij
356
MERCURE
3.
4. à 5oo . hommes. La nuit
du 1. au 2 , nous l'attaquaf
mes de nouveau , & nous
y entrafmes encore mais
les François ayant fait ſemblant
de s'enfuir , rebroufferent
en mefme temps
chemin , & tomberent fur
nous avec fept Bataillons
& nous
ont chaffe la
Bayonnette
au bout du
Fufil , ainfi que la premiere
fois . Vous jugez bien
que tout cela ne fe fait pas
fans une groffe perte de
noftre
part
.
Les fentiments font pre
GALANT. 357
fentement bien differents
de ceux que l'on tenoit il y
a quelque temps , puiſque
l'on apprehende que nous
ne foyons obligez de refter
encore tout ce mois devant
cette Place. Il fait un temps
affreux , & l'on a ordonné
de faire de nouveaux chemins
jufqu'à Merville , au
travers des Jardins.
AVIS.
Vous n'aurez point
de
Supplement , parce
que le Mercure de No$
58 MERCURE
vembre que je donneray
au premier Decembre
, fuivra de fi prés
ccluy-cy qu'il pourra
luy fervir de Supplement.
J'y ay rejetté
tout ce que j'avois de
trop pour remplir
les
vuides qu'il y auroit
eu dans ce Volume impromptu
que je feray
en dix ou douze jours,
pour pouvoir
eftablir
un jour fixe pour mes
GALANT. 359
Mercures que je donneray
regulierement le
premier jour de cha- .
que mois .
SAD
THEQUE
LYON
FIN.3 *
DEL
ERRATA.
Page6 age 69. ligne 12. deliberé,
lifez mis.
Page 70. ligne 7.eftimoit ,
lifez obftinoit.
Page 200. ligne 3. Lucey
lifez Leucey.
29
Page 204.derniere ligne AG.
lifez AUG.
Page 238. ligne 8. appel-
Tent , lifez appelle.
Page 257.ligne 3.mon gloire
, lifez mon Efprit.
* *
TABLE
Preface , Conte de l'Afne. 3
Extrait d'un Procez quifepourfuit
au Confeil.
Nouvelles.
12
2 I
Siege de Bethune.
30
Morts , Mariages , &c. 31
Siege de S. Venant. 40
Apollon , & l'Amour , Dialo-,
gue.
Réponse de Cloris.
47
55
Confeil qu'on donne à l'Autheur.
57
Chapitre où l'Autheur voudroit
67
bien réjouir.
Lettre critique d'un Maifire de
de Paulme:
73
77
Relation de l'Affaire de vive
Siege d' Airs.
S. Eloy.
86
Le Prince Charles de Lorraine
elleu Coadjuteur de Treves.
97
Avis donné à l'Autheur , &c.
100
Chanfon Anacreontique. 113
Suite des Nouvelles d'Espagne.
116
Suite du fiege d' Aire. 134
Combat de l'Amour & du Refpelt.
Bouts Rimcz
L'Agioteur dupé:
Bouts Rimez
·143
145
147
183
Lifte des Troupes qui ont paſſe
en Rouillon. 189
Lettre du P. E. J. 194
Me de Belzunce , benite Abbeffe
du
Ronceray.
Chanfons.
Reception de Mr le Lieutenant.
Civil.
Mort.
2II
219
239
246
Mr l'Evefque de Metz prend
feance à l'Académie Françoife.
Nouveau Bouclier.
Morts , &c.
Bouts Rimez:
251
259
271
277
Nouveaux Bouts Rimez, Stances.
281
Questions & Réponses.
284
Nouvelle Queftion. 300
Preftation de Serment . 303
Morts , &c.
305
Enigmes. 307 .
Suite des Nouvelles d'Espagne,
317
Suite dufege d'Aire.
Avis ,
352
357
i
PRÍVILEGE DU ROY.
LOUI
grace
de Dieu , de
Roy
la
par
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers les gens tenants nos
Cours de Parlements , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil ,
Prevôt de Paris , Baillifs , Sénéchaux , leurs
Lieutenants Civils , & autres nos Jufticiers
& Officiers qu'il appartiendra , SALUT,
Ayant choifi Nôtre tres- cher , & bien amé
CHARLES DU FRESNY , Sieur de
Riviere , Nôtre Valet de Chambre ordinaire
; pour continuer de faire le Recueil
de plufieurs nouvelles , Relations , & Hif
toires ; & le faire imprimer fous le titre
de Mercure Galant ; il Nous a trés-humblement
fait fupplier de lui vouloir accorder
nosLettres de Privilege fur ce néceffaires.
A CES CAUSES Nous lui avons permis & permettons
, par ces Prefentes , de faire Imprimer
le Livre intitulé LE MERCURE
GALANT
, Contenantplufieurs Nouvel
les , Relations , Hiftoires , generalement
tout ce qui dépend dudit Livre , & qu'on
a coutume d'y mettre depuis trente ans
en telle forme , tharge , caractere , & autant
de fois que bon lui femblera , par tel Im
meur & Libraire qu'il voudra choisir
"
& de le faire vendre & débiter par tout
nôtre Royaume , pendant le temps de trois
années confecutives à compter du jour de
la datte des Prefentes ; Faifons défenſes à
toutes fortes de perfonnes de quelque quaité
& condition qu'elles foient d'en introduire
d'Impreffions Etrangeres en aucun lieu
de nôtre obéiflance , & à tous Imprimeurs ,
Libraires , & Colporteurs , & tous autres
de faire Imprimer , vendre , & débiter , &
contrefaire ledit Livre , ni Graver aucunes
Planches fervant à l'ornement d'icelui,
-ni même de le donner à lire pendant ledit
temps fous quelque pretexte que ce foit,
fans la permiffion expreffe , & par écrit
dudit Expofant ou de ceux qui auront
droit de lui , à peine de confifcation des
Exemplaires contrefaits ; de fix mil livres
d'amende contre chacun des contrevenants ,
dont un tiers à l'Hôtel Dieu de Paris , un
tiers au Dénonciateur , & l'autre tiers audit
Expofant , & de tous dépens dommages &
interefts à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiftre
de la Communauté des Imprimeurs
& Libraires de Paris , & ce dans trois mois
du jour & datte d'icelles ; que l'impreffion
dud Livre fera faite dans nôtre Royaume,
& non ailleurs , & ce conformément aux
Reglemens de la Librairie ; & qu'avant de
l'expofer en vente, il en fera mis deux Exem
>
plaires dans
notre
Bibliotheque
publique ,"
undans celle de
nôtre
Château du
Louvre ,
& un dans celle de nôtre trés- cher & féal
Chevalier
Chancelier de
France , le Siene
PHELIPPE
AUX ,
Comte de
Pontchartrain
,
Commandeur de nos
Ordres , le tout
à peine de
nullité
defdites
Prefentes ,
contenu
defquelles , Vous
MANDONS , &du
enjoignons
de faire jouir & ufer ledit fieur
Expofant , ou fes ayant caufe ,
pleinement
&
paifiblement
fans
fouffrir qu'il leur ſoit
caufé
aucun
trouble
Voulons
qu'à la copie des
Prefentes qui fe- ou
empêchement.
ra
Imprimée au
commencement
fin dudit
Livre , foit
tenue pour bien , ou àla
duement
fignifiée , &
qu'aux
Copies collationnées
par
l'un de nos amez & feaux
Confeillers &
Secretaires foy foit
ajoûtéc
comme à
l'original .
Commandons
au Pre-
રે
mier nôtre
Huiffier ou
Sergent de faire
l'execution des
Prefentes tous Actes
requis , pour
&
neceffaires fans
autres
permiffions , nonobftant
Clameur de Haro ,
Chartre
Normande
&
Lettres à ce
contraires : CAR
tel eft nôtre
plaifir.
DON NE' à
Verfailles
le
trenteuniéme
jour
d'Août , l'an de grace
milfept cent dix , & de nôtre
Regne le foixante
huit. Par le Roy en fon
Confeil. Signé,
DEVA
NOLLES.
>
&
Regiftré fur le,
Regiftre num. 3. de la
Communauté des
Imprimeurs &
Libraires
de Paris , page 63. num. 36. conformément
aux Reglements , notamment à l'Ar
reft du 13. Août 1703. A Paris , ce 2. Septembre
1710. Signé , P. DE LAUNAY,
Syndic
LYON
GALANTREQUE
1.200
UNI
NIN
A
PARIS ,
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
+
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Du F **
Mois
de Septembre & Octobre
1710.
**
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais.
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguſtins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la rue
du Foin , du côté de la ruc
Saint Jacques,
MERCUR
GALANT.
OTH.QUE
ᎠᎬ;
DELA VILLE
LYON
Ln'y a gueres de mor
plus équivoque que le
mot de Reüffir , les Auteurs
l'expliquent d'une
1893
façon , le Public d'une
autre. Je ne diray done
point que mon premier
volume ait reüffis je dis
A ij.
4 MERCURE
ray feulement qu'il a efté
promptement debité
beaucoup lû , bien reçu
& bien critiqué
.
D
J'ay reçu avec docilité
plufieurs avis fur la for
me qu'on fouhaiteroit
à
un Journal , & dans ces
differens avis on m'en
donne des idées auffi dif
ferentes que celles du
Dieu Mercure le font
dans la Fable. Il faudroit
que mon Mercure fut un
Prothées non pour écha
A
CALANT .
per aux prifes de la cri
tique , cela ne fe peut 3
mais pour prendre entre
les mains de chaque Lec
teur une forme convena
ble à l'idée qu'il s'en eſt
faite.
S'il s'agiffoit icy d'un
Poëme dont les regles
autorifées ne
peuvent
plus eftre arbitraires , on
pouroit me juger , & je
pourois me deffendre en
citant Ariftote ; mais
Ariftote n'a point donné
A
iij
✔ MERCURE
de Regles pour le Mer
cure Galant , & comme
de il n'y a point là deffus
Regles generalement reçues
, chacun en fait à fa
fantaiſie , & chacun croit
que le Mercure doit eftre
tel qu'il voudroit qu'il
fût.
Si on ne fuivoit les cons
feils de perfonne , on écriroit
fort mal ; mais en
fuivant les confeils de
tout le monde , on feroit
réduit à n'écrire point du
GALANT. 7
tout. C'eft la Fable de
l'Afne , où le Meufnier
& fon fils fuivent les a
vis de tous les paffans. Le
pere le doit céder au fils ;
le fils doit le céder au pere
: tous deux deffus
c'eſt le furcharger. Il ne
faut point aller à pied
quand on a um Afne , ni
monter deffus de peur de
le fatiguer ; le
fur fes épaules
, c'eſt
une folie ; je concluërois
de là qu'il ne faut
porter
A iiij
8 MERCURE
point avoir d'Afne.
J'ay confulté le Public
dans mon premier Volume
, & je profiteray dans
le fecond
des avis que je
me fuis attirez en les demandant
fincerement
. Je
profiteray même dequelques
- uns où j'ay entrevu
un peu de malignité : Par
exemple, j'abregeray cette
espece de Preface pour
contenter celuy dont la
Lettre anonime contient
fept ou huit pages à peu,
GALANT.
prés dans ce ftile.
Vous nousfatiguez par
vos digreffionsfrequentess
vous n'y parlez que
voftre Livre & de vous
&c.
de
11 s'eft trop preffé de
blâmer un ftile de Prefa
ce dans un premier Vo
lume que j'ay déclaré
moy-même , n'eftre que
la Preface des autres ; il
devoit attendre je ferois
peut eſtre tombé une ſe10
MERCURE
conde fois dans le même
deffaut , & il auroit eu
le plaifir de le condamner
avec raiſon : depeur
d'avoir tort moy , je vais
finir cette digreffion , &
je ne parleray plus de
mon Livre , ni de moy,
que quand j'en auray
bien envie.
On m'a donné un autre
confeil ; mais celuylà
eft un confeil d'amy ;
je le fuivray avec plaifir,
c'eft d'imiter autant que
GALANT. **
je pouray
l'ancien
Mercure
; c'est - à - dire l'an- 3
cien tres ancien du --
و
temps d'Henry IV. qui
avoit pour titre Mercure
François , l'on y trou
voit toutes fortes d'Actes
publics , des Arreſts,
des Edits, des Plaidoyers ;
en un mot.les Extraits
des piéces les plus authentiques.
Ce Mercure
qui cftoit
peu eftimé
ily à cent ans , a nean,
moins fourny des mefz
MERCURE
moires aux meilleurs Hif
toriens de noftre fiécle ,
je l'uniteray pour; eſtre
utile aux Hiſtoriens qui
écriront dans les fiécles
fuivants.boll
*******
EXTRAIT
D'un Procés quife pour
.fuit au Confeil.
Roman, Gondol , & Lati ,
tous trois Officiers Mariniers
du Département de
Toulon , s'embarquerent à
GALANT. Ø
Marſeille fur un Vaiffeau
Marchand.
y
kuch
En faisant route vers le
Havre de Grace ils fureng
arraquez & pris par un Vaif
feau de Guerre Anglois qui
les conduifit à Bafton ; ils
refterent quelque temps
gardez à vuëning
Le zo. Decembre 1709!
on les embarqua dans un
aurre Vaiffeau Marchand
qui partoit pour Londres ,
ou bien il s'y embarquérent
de leur bon gré , car c'eſt
là l'un des points que des
Avocats fe difputent . Le fait
&
14 MERCURE
dont ils conviennent tous
c'eft qu'il y avoit fur le Vaiffeau
dont il s'agit huit Anglois
, fçavoir le Capitaine
un Capitaine paffager , un
Pilote & cinq Matelots .
Nos trois prifonniers
confpirerent la mort des
deux Capitaines & du Pilote
, chacun deux fe
chargea detuer fon homme ;
tous trois réüffirent , & les
cinq Matelors voyant leurs
Chefs morts , fe foumirent
à nos trois François qui fe
trouverent enfin maitres
du Vaiffeau Anglois.
GALANT. ïƒ
Avant que d'achever
* le recit du fait on pouroit
faire une premiere quef
tion curieufe fur l'action
de ces trois François
Eft -elle louable ou bla
mable ?
S'ils avoient cité pri
fonniers fur leur parole,
leur action feroit fans
doute un crime énorme.
S'ils font prifonniers
forcez & mal-traitez ,
l'action change de na
ture celuy qui traite
16 MERCURE
cruellement un prifon .
nier le met en droit de
tenter jufqu'aux voyes
cruelles pour ſe délivrer.
On leur allegue qu'ils
n'étoient point du tout
prifonniers en cette occafion
, s'eftant engagez &
embarquez de bonne,
volonté , & qu'étant à la
folde & même à la table
du Capitaine , leur
entrepriſe a efté une tráhifon.
... Ils prétendent que tel
GALANT. 17
les
circonftances peuvent
fe rencontrer
dans
pareille entrepriſe
, quelle
ne feroit pas indigne
d'un Heros. La queſtion
eft donc de fçavoir fi
l'action eft heroïque ou
criminelle .
J'appuye beaucoup fur
cette premiere queſtion ,
car il me paroift que c'eſt
le principal fondement
de celle que je vais expli
quer en continuant le
recit du fait.
B
18 MERGURE
Ce fut le 10. de Janvier
1710 , que ces trois François
fe rendirent maîtres duVaiffeau.
Ils faifoient route vers
la France lors qu'ils rencontrerent
à la hauteur des Sorlingues
un Armateur de
Rofcoff, Armateur François
, qui voyant un Vaif .
feau de la Fabrique Angloife
, s'en réjouit comme
d'une capture qu'il pouvoit
faire.
Nos François de leur
cofté fe réjouirent à l'aſpect
du Vaiffcau François , dont
ils efperoient du fecours , &
GALANT. 19
fe laiffant aborder , fe declarerent
François & amis de
l'Armateur. Mais L'Armateur
voulut toujours qu'ils
fuſſent ennemis & Anglois
comme leur Vaiffeau qu'il
vouloit gagner ; en un mot
il s'en empara &jetta à terre
les François qui s'en étoient
emparez fur les Anglois.
La grande queftion c'eſt
de fçavoir à qui doit appartenir
ce Vaiffeau . On a déja
jugé par provifion qu'il
n'appartenoit a pas un
d'eux , parce que l'Armateur
n'ayant pas droit de con-
Bij
20 MERCURE
querir fur les François , fa
Commiffion d'Armateur
cft nulle à leur égard , & que
les François n'ayant point
du tout de Commiffion.
n'ont pû le conquerir fur
les Anglois.
C'est pour revenir contre
ce Jugement de l'Amirauté
que les trois François ont
prefenté Requefte , au Confeil.
Ils prétendent que le
Vaiffeau leur apartient par
le droit des gens comme le prix
d'une action legitime & glorieufe.
Ainfi , felon euxmeſmes
la queſtion ſe réduit
GALANT. 20
à fçavoir s'ils ont tué &
conquis de bonne guerre ,
car mauvaiſe guerre ne peut
jamais établir qu'un mauvais
droit .
*****
NOUVELLES.
Lettre de Lerida du 26 .
Aouft.
Fene doute e ne doute pas , Monfieur
que vous n'ayez vû quelque
Relation da combat donné le 20
de ce mois entre l'Armée du
Roy celle de l'Archiduc ;
mais je doute que vous en ayez
22 MERCURE
vû de plus veritable & mieux
circonftanciée que celle
que
je
me
donne
l'honneur
de
vous
envoyer.
Le 19 l'Armée du Roy
étant campéeprés de Saragoffe,
& celle des ennemis en deça
de la Chartreuse, Monfieur le
Marquis de Bay alla les reconnoitre
pendant que Sa Majefté
fit avancer toute l'Armée
qui paffa la nuit en bataille ,
ainfi que celle des ennnemis.
Le combat commença le lendemain
matin par une canonade
qui dura depuis fix heures jufqu'à
présde midyque les troupes
GALANT. 23
vinrent aux mains.
Les ennemis ayant renforcé
leur aile gauche de la plus
grandepartie de leur Cavalerie,
voulurent d'abord prendre en
flanc la droite de l'Armée du
Roy , qui eftoit commandée par
Meffieurs de Amezaga &
Mahoni. Mais les Gardes du
Corps & les Dragons les chargerent
avec tant de vigueur ,
qu'ils en firent un grand carnage
& poufferent le restejuſqu'à
l'Ebre , où il s'en noya un grand
nombre.
Le reste de la Cavalerie de
la droite aprés avoir achevé de
24 MERCURE
défaire la premiere ligne des
Ennemis , fut arreftée & mife
en defordre par leur feconde
ligne , fans que Monfieur le
Marquis de Bay , qui s'y porpromptement,
puft la rallier
à caufe qu'elle fut mal fouftenue
par l'Infanterie dont la
plupart des Soldats eftoient
nouvellement levez.
ta
Ce General envoya en mê
me temps ordre à Don Jofeph
de Armendariz & à Don Pedro
Ronquillo qui commandoient
la gauche de la premiere
Ligne de le venirfoindre avec
toute leur Cavalerie, à la reſer-.
ve
GALANT. 25
ve de huit
Efcadrons , & à
Monfieur
le Comte de Merode
& à
Monfieur le
Marquis .
de
Lançarotte , qui
commandoient
la
feconde Ligne , de prendre
les Poftes de
Meffieurs de
Armendariz
Ronquillo .
Dés qu'ils furent
arrivez ils
chargerent fi
vigoureusement
les
Ennemis qu'ils les firent
plier ; mais le defordre de noftre
feconde
Ligne de la droite
eftoit fi grand qu'ils ne purent
faire une feconde
charge.
Monfieur
le Comte de Merode
&
Monfieur le
Marquis
de
Lançarotte
s'avancerent
avec
C
26 MERCURE
lafeconde Ligne de la gauche
qu'ils commandoient ; mais
s'eftant apperçus que les Ennemis
avoient détaché de leur
droite trois Bataillons pour
prendre enflanc les GardesWa-
Tonnes qui estoient à la tefte de
la premiere Ligne de la gauche,
Monfieur le Marquis de Langarotte
marcha à eux avec deux
Efcadrons , & les défit entie-
• rement.
Il alla enfuite rejoindre le
refte de la Cavalerie & trois
Bataillons , marcha avec
Monfieur le Comte de Merode
pour charger une feconde fois
GALANT . 27
7
mais les Ennemis ayant détaché
dix Efcadrons plufieurs
Bataillons pour les enveloper ,
ils furent obligez de fe retirer
en couvrant deux Bataillons
des Gardes Walonnes qui fe
pofterent fur les hauteurs de la
Guerba
La Brigade de Rupelmonde
arrefta les Ennemis , &ne fit
fa retraite qu'à la fin de la Bataille
, apréslaquelle elle fe retira
fans eftre poursuivie , non
plus que le reste de l'Armée ,
dont la plus grande partie
raffembla à Tudela avec Monfieur
le Marquis de Bay , &
Cij
28 MERCURE
unepartie à Daroca avec Monfieur
le Duc de Pratameno.
Les Ennemis font demeurez
maiftres du Champ de Bataille,
mais cette Victoire leur a coûté
a
cher ; leur
Infanterie ayant
d'abord efté fort mal- traitée par
le canon; leur aîle gauche ayant
" efté deffaite , & à laquelle on
a pris cing Etendarts , & enfuite
plufieurs autres Bataillens
aufquels on a enlevé qua
tre Drapeaux.
On n'a encore pû fçavoir le
nombre des morts de l'Armée
du Roy, parce qu'ilrevient tous
les jours des gens qu'on avoit·
GALANT , 29
cru tuez ou faits Prifonniers.
On n'a perdu d'Officiers de confideration
que Monfieur le Duc
d'Havre, quifut tué d'un coup
de canon avant que l'actionfus
tout àfait engagée.
Les Habitans de Saragoſſe
ont donné des marques de leur
zele au Roy en fourniſſant à
Son Armée du pain , du vin ,
៩ de la viande pendant trois
jours.
Noftre Garnifon a enlevé aux
Ennemis un Convoy de cinquante
Chariots de vivres &
de munitions ; & quarante mil
écus en efpeces qui eftoient def-
C iij
30 MERCURE
tinez pour payer leurs Trous
pes . Fefuis , &c.
Les Ennemis commence.
rent à inveſtir Bethune le Is
Juillet , ce qui fut achevé le
18 au foir.
le
La tranchée fut ouverte la
nuit du 23. au 24. , les Bateries
commencerent à tirer
30. Le 28 Aouft les Affiegez
battirent la Chamade,
& la capitulation fut reglée
le 29. en 28. articles conforme
à celle de Douay.
Le 31. la Garnifon fortit
au nombre de 1500. hom
GALANT. 31
mes , outre 700. malades &
bleffez , & fut conduite à S.
Omer.
Mr le Juge , l'un des Fermiers
Generaux de fa Ma-
. Aouft.
jefté , mourut le 15.
Meffire Robert Aubery,
Seigneur d'Andilly , qui avoit
efté reçu Maistre des
Comptes en 16.55 . mourut
le 23. Aouft. Il eftoit honoraire.
Mre Louis Anne Aubéry,
Docteur de Sorbonne Prieur
Delcampe , & de S. Sauveur
de Lomine , mourut le lendemain
, il eftoit de la mê
C iiij
32 MERCURE
me famille que le precedent.
Dame Charlotte de Befançon
eft morte dans fes
Terres prés de Verneuil
âgée de 44. ans . Elle eſtoit
fille de Mre Charles de Befançon
, Seigneur de Courcelles
, Baron de Bazoche ,
Vicomte de Neuf- Chaftel
& c. & de Jeanne de Vanboringar
, elle avoit époufé
Mre Gabriel de Laval la Faigne
, Seigneur de Montigny
, &c. neveu de François
de Laval , mort Evêque de
Quebec, de la branche aînée
de Laval Bois - Dauphin .
GALANT. 31
Il ne reste plus du nom
de Besançon que M˚ la Prin-
.ceffe de Courtenay , fille de
Mre Bernard Befançon du
Pleffis Befançon , Lieutenant
General des Armées du Roy
& Gouverneur d'Auffonne,
& Ambaffadeur de S. M. à
Venife . Il eftoit frere de Mre
Charles de Befançon , Seigneur
de Courcelles , Lieutenant
& Commiffaire General
des Armées du Roy,
Intendant en Touraine & en
Champagne .
De luy font forties Da
me Elizabeth Jacqueline de
34 MERCURE
Befançon , & Dame Anne
Marguerite de Befançon qui
a époufé Mre Gabriel du
Mont , Chevalier Seigneur
& Baron de Blaignac , ancien
Officier de la Marine. "
Mre René de Brizay,Marquis
de Denouville , Sous-
Gouverneur des Enfans de
France , eft mort âgée de 73
ans. Il eftoit frere de Mr
l'Evefque de Comminges le
dernier mort .'
Mre Jules Adrien , Comte
de Noailles , l'un des fils de
feu Monfieur le Maréchal
Duc de Noailles , cft mort à
GALANT. 35
*
Perpignan. Il avoit eſté deftiné
pour l'Eglife , mais fa
Famille voyant en luy toutes
les difpofitions qui peuvent
promettre un excellent fujer
pour la Guerre , confentit
qu'il embraffat la profeffion
des Armes . Il eft mort à 20'
ans Lieutenant General de
la Province d'Auvergne
, &
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Noailles .
Mre Nicolas de Blanpi
gnon , qui eftoit Curé , &
Chefcier de S. Mederic depuis
40 ans , eft mort le 27.
Septembre âgé de 68, ans.
3 MERCURE
•
Il eftoit Doyen de tous les
Curez de Paris , & Docteur
en Theologie de la Maiſon
de Navarre .
Mr l'Abbé Anfelme qui
avoit efté nommé à cette
Cure , a remis fa nomination
au Collateur qui l'a
donné à Monfieur deVivant
Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , & Chanoine
de Noftre Dame , au
quel Monfieur le Cardinal
de Noailles a donné fon agrément
. Il en prit poffeffion
le 7. Octobre , & il a
donné fon Canonicat à
GALANT . 37
Mr l'Abbé d'Antin .
Le Chevalier Guillaume
Godolfin , cy- devant Grand
Treforier d'Angleterre
mourut d'apoplexie le 7.
Septembre âgé de prés de
80 ans. Il eftoit frere aifné
de Milord Godolfin , & beau
frere de Jean Churchill
Mylord. Duc de Marlbo
rough .
Mr d'Albergothi , Prélat
du S. Siege , & Gouverneur
de Macerata pour Sa Sainteté
, eft mort à fon Gouvernement.
Il eftoit frere de Mr
d'Albergothi , Lieutenant
38 MERCURE
General , Chevalier des Or
dres du Roy.
Mre Pierre François Gorge
d'Antraigues , époufa le
22. Septembre Damoiſelle
Louife Madelaine Therele
de Brichanteau , fille de Mre
Louis Faufte de Brichanteau,
Marquis de Nangis , & de
Marie Henriette d'Aloigny
Rochefort.
La nouvelle époufe eft
foeur de Mr le Marquis & de.
Mr le Chevalier de Nangis .
Le nouvel époux fera prefentement
appellé Comte da
Meillant, du nom d'une Ter
1
GALANT. 39
fa
re qui eft dans le Berry ,
mere eftoit de la Maifon d'Etampes
Valancey , niéce de
feu Mr le Maréchal , Duc
de Luxembourg , & de M
la Princeffe de Mekelbourg;
& fa foeur a époufé Mr. le
Marquis de Bethune , petic
fils de Mr le Duc de Bethune.
;
Mr de Senneterre , a époufé
Mademoiſelle d'Ortans
niece de Mr de la Poëpe
Vertrieu , Evefque de Poi .
tiers , & qui eftoit Chanoine
& Comte de S. Jean de
Lion. Elle cft aufli ptocho
40 MERCURE
parente de Madame la Du
cheffe d'Angoulefme
, belle
fille du Roy Charles IX.
Elle eft retirée au Convent
des filles de fainte Elifabeth
du Marais .
Mre Pierre Delpech , Avode
Cour
des
cat General de la Cour des
Aides , & frere de Mr Del,
pech , Confeiller au Parlement
, époufa le 20. Octobre
Elifabeth le Févre de
Caumartin de S. Port , Dame
de Cailly , niece du Com ,
mandeur de Caumartin.
Saint Venant fut inveſtile
5. Septembre, & la tranchée
GALANT . 41
fut ouverte la nuit du 16.
au 17. les innondations qui
en faifoient la plus grande
force ayant efté faignées , la
Garnifon fut obligée de capituler
le 29. au foir , Elle
fortit le 2. Octobre avec armes
& bagages , deux pieces
de canon , & toutes les autres
marques d'honneur , &
fut conduite à Arras. Cette
Garnifon eftoit au nombre
de deux mil hommes.
Les Ennemis ont eu à ce
Siege prés de mil hommes
tucz ou bleffez.
Nous n'y avons perdu au
D
42 MERCURE
cun Officier de confideration
que Mr le Comte de
Berenger du Gua , Colonel
du Regiment de Bugey , qui
fut tué le 24. Septembre. II
avoit entrepris une fortie où
il ne fut fuivi que d'une treataine
de Grenadiers ; la planche
fur laquelle tout fon détachement
devoit paffer s'étant
rompuë , il ne laiffa pas
de fe jetter dans la tranchée
& de culbuter les Ennemis.
Il faifoit enfuite fa retraite
avec toute la conduite & la
valeur poffible ; lors qu'il
receu un coup dans la tefte
GALANT. 43
dont il mourut .
Il fervoit depuis fa plus
grande jeuneffe , & il ne s'étoit
point paffé de Campagne
qu'il ne fe fût diftingué.
La derniere année il enleva
le pofte confiderable de la
Tuyle , dans la Val - d'Aoft .
Il fit la même année cette
belle retraite à Conflans , ou
il arrefta les Ennemis , & fc
retira avec les deux feuls Bataillons
de fon Regiment.
Il eftoit fils de Mt le Comté
du Gua , Maréchal de
Camp , qui a ferviavec diltinction
depuis 1670 & pen
Dij
44 MERCURE
dant la derniere Guerre d'Italie
, où il a eſté eſtropié
d'un bras ; & de Damoifelle
N ... de Symiane , foeur
de Mr le Marquis de Symiane
, Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. A. R.
Monfieut le Duc d'Orleans .
Tout le monde connoift
l'illuftre Maifon de Berenger
en Dauphiné , & la Genealogie
en a efté imprimée exactement
par feu Mr Chorier
, Hiſtorien de cette Province.
Mr le Comte du Gua avoit
trois fils , dont l'aîné cft
GALANT . 45
enterré à Aire , le fecond à
S. Venant , & le Roy a donné
au troifieme le Regiment
de
Bugey.
Mr le Marquis de Lifte
nay , Maréchal de Camp ,
eftant mort dans une fortie
faite à Aire le 24. Septem.
bre ,le Roy a donné fon Regiment
à ſon frere ; fa Gharge
dans la Gendarmerie à fa
fille pour la vendre , & fa
penfion de fix mil livres à fa
Veuve.
Mr de Liftenay eftoit l'aî
né de l'illuftre Maifon do
46 MERCURE
Beauffremont
de Bourgogne.
,
au Comtéx
Le Roy a donné à Mr de
Langez , Capitaine de Cavalerie
, un Guidon de Gendarmerie
, avec permiffion
de vendre la Compagnie
.
CALANT. 47
*****************
APOLLON
ET
L'AMOUR.
Par M ROY.
DIALOGUE.
APOLLON.
Si matin au
Parnaffe ,
Amour , quy viens◄
tufaire ?
L'AMOUR.
Fyviens cueillir un Boùquet
pour Cloris.-
48 MERCURE
APOLLON.
Un BouquetpourCloris!
ehj'en fais mon affaire
Va va , retourne vers
Cypris ,
Les fleurs entre mes
mains deviennent immortelles
,
A Dans les tiennes , Α.
mour , qu'ont - elles à
durer ?
Seulje fray façonner les
Guirlandes nouvelles
Dont les Heros ont droit
de fe
parer ,
Est- ce
GALANT . 49
Eft-ce à d'autres qu'à
moy de couronner les
Belles ?
L'AMOUR.
Ma Mere ne va pointfe
parer de vosfleurs ,
Je fers Cloris comme mą
Mere.
APOLLON.
SiVenus connoift mal le
prix demesfaveurs
Clorisfait mieux, Cloris
Al Amourmeprefere.
E
So MERCURE
L'AMOUR.
Et Cloris me doit l'art de
plaire.
APOLLON.
A toy ! Quoy donc, l'air
gracieux,
Le fourire plein defineffe,
Le badinage ingenieux
Art où Cloris eft fi maitreffe.
Tout cela ne vient pas
du plus brillant des
Dieux ?
Quel autre , s'il vous
GALANT. s*
f
plaift , auroit mis dans
fes
yeux
Cette prompte vertu de
guerir la trifteffe ?
Mais tu l'entenschanter,
parle de bonnefoy,
En admirant fes fons ;
cette aimable cadence ,
Seroit- ce pas luy faire of
fense
Que de croire qu'elle eût.
d'autre Maitre que
moy ?
Songe à l'Hiver paſſe .
qu'unmoment te rapelle
E ij
52 MERCURE
Le Bal avec tousfes ap- •
pas ,
Cloris danfoit , fa danfe
teplut- elle ?
Je luy montray les premiers
pas
.
Enfin c'eft moyfeul qu'elle
aime.
Veux- tu la voir dans un
Feftin
Je luy mets le verre en
main ,
Bacchus en convient luymême.
GALANT $
L'AMOUR .
C'est donc de mes fuccés
que tu tefais honneur ?
Tuparles de fa voix &
tu m'en dis merveille ,
Mais j'y donne un charme
vainqueur ,
Par toyles Chants neflat
tent que l'oreille
Et c'est par moy qu'ils
vont aucoeur.
Que fais-tu dans un Bal,
tuprepares les Feftes ,
Moy jy regne , j'yfuis'
Gloris fans la quitter
,
E iij
14 MERCURE
Je luy fers chaque jour à
faire des Conqueftes ,
Et tu n'és bon qu'à les
chanter.
Les repas font groffiers
avec le Dieu des Treilles
,
Ils fontferieux avec toy ,
Cloris à tes propos s'en_
dormiroitfans moy.
Et renvoyroit bien des
Bouteilles.
APOLLON.
Fen ay trop dit , tu veux
me piquer à ton tour,
GALANT.
Faifons mieux , fouffre
unpartage;
Mêle ton nom au mien
faifons-luy noftre cour,
Qu'elle reçoive l'homma
ge,
D'Apollon
& de l'Amour.
?
****
REPONSE
de Cloris aux quatre derniers
Vers du Bouquet.
Fe reçois d'Apollon le
Bouquet & l'hommage,
E iiij
16 MERCURE
Mais qu' Amour porte "
ailleurs le fien ;
Un prefent d'Apollon à
quelques Vers m'engage
;
Les voila bien- toftfaits ;
ils ne me coûtent rien ,
Mais l'Amour voudroit
davantage.
C'est un Tyran , je lë
Içay bien.
GALANT. $7
CONSEIL
Qu'on me donne dans
une des Lettre Critiques
qui ont couru
fur mon Mercure.
Je confeille à l' Autour de
fe défaire au plutoft d'un
certain air de gayeté &
de plaifanterie dont fon
ftile eft infecté. Il aréjouy
d'abord ; mais à coupfeur"
il déplaira dans la fuite:
le Public fe laffe bien-soft
deplaifanterie , &c.
MERGURE
1
Cette critique eft tresfenfée
, car on fe laffe de
tout. Ainfi dés que je m'apercevray
qu'on fe laffera
de mon ftile, j'en changeray
promptement ; &
au lieu que je ne fuis ferieux
que dans les endroits
où il le faut eftre ,
je le feray par tout ; je
prendray un ftilefi ferieu
fement uniforme qu'il
m'ennuyra moy-même ,
& j'en feray bien fâché.
Plût au Ciel que je fuſſe
GALANT. 59
toûjours en humeur de
me réjouir , car il faut être
réjouy le premier pour
pouvoir réjouir les autres.
Ouy,je fouhaiterois
pouvoir
joindre à mon ſtile
celuy des Lettres Provinciales
, de Rablais , de Moliere.
En un mot je fou
haite de réjouir tout le
monde, excepté ceux qui
font malignement chaque
les au grins de voir
tres fe réjouiffent
..
La plupart
de ces cri
to MERCURE
tiques atrabilaires ne jugent
de la folidité d'un
ouvrage que par le degré
de ferieux qu'ils y trouvent
, dés qu'une maxime
folide eft plaifament
traveftie , ils la mécon
noiffent , mais qu'une ma
xime petite ou faufſe ſe
prefente pour ainfi dire
en habit ferieux , ils la ref
pectent. Tout ferieux
leur paroift grand ; tout
badinage leur paroift petit
: ils n'y fçavent autre
GALANT. 61
chofe. Cen'eft point à ces
Meffieurs là que je veux
plaire , un Livre tel qu'ils
Je veulent neplairoit qu'à
eux feuls , & je veux plaire
à la meilleure partie ,
ne pouvant plaire à tout
le monde.
Ces Critiques aufteres
veulent être plus fages
que la Nature qui atache
prefque toujours un goût
agreable aux
nourritures
les plus folides
qu'elles produit pour les
62 MERCURE
hommes. Je veux nourrir
les efprits le plus agréablement
que je pourray.
Le ferieux inftruit ,
j'en conviens ; mais le
badinage peut inftruire
& réjouir je le prefere ,
& je ne prétens pas
mefme m'abstenir abfolument
de cette elpece
de plaifanterie qui ne fait
que réjouir ſans inſtruire
; n'eft-ce donc rien
que de réjouir-
Ceux qui tâchent de
GALANT . 63
fufpendre par leurgayeté
les ennuis & les chagrins
dont l'efprit humain eſt
accablé , ne font - ils
pas
plus utiles à la focieté
que ces Pleureurs deprofeffion
qui vous entretiennent
dans la trifteffe,
en yous reprefentant vos
maux encore plus grands
qu'ils ne font
Examinons férieufement
combien il eft utile
de répandre la joye dans
de Public; voyez ce qu'en
64 MERCURE
a dit là- deffus feu M'de
Peliſſon , l'un des plus
beaux efprits de noftre
fiecle .
Les plus grands Legiflateurs
en fondant des Republiques ,
ont eu pour but general que
les Citoyens puffent vivre
enfemble vertueuſement , paifiblement
, agreablement .
Ces trois chofes font donc
neceffaires , & tout ce qui
contribue à la derniere fans
nuire aux deux autres , bien
loin de s'écarter de l'utilitépublique
,y vaquelquefois par le
GALANT. 65.
bien
chemin le plus droit le plus
court. Par exemple les écrits
d'un celebre Furifconfulte font
utiles , qui le peut nier ? Ils
inftruisent l'Avocat pour
diffendre fa caufe ; l'Avocat
bien inftruit fait que le Juge
prononce justement ; lefuge en
rendant juftice met les Citoyens
en repos. Mais on voit fouvent
que les differentes mains
de tant de divers Artifans détournent
l'Art de fon intention
naturelle , il en arrive &
comme de ces Machines belles
bien inventées en apparence,
qui pour eftre compofées de trop
F
66 MERCURE
depieces, dont quelqu'une vient
toujours à manquer, s'arrêtent à
toute heure, & renverſent quelquefois
ce qu'elles devoientporter.
Au contraire ces autres écrits
qu'on traite communement de
Bagatelles , quand ils ne ferviroientpas
àregler les moeurs ,
ou à éclairer l'efprit , comme ils
peuvent , comme ils le doi
vent , comme ilsfont d'ordinaire
directement ou indirectement;
pour le moinsfans avoir befoin
que d'eux mêmes , ils plaifent ,
ils divertißent, ilsfement& ils
répandent par tout la joye , qui
eft aprés la vertu le plus grand
de tous les biens.-
•
GALANT. 67
**********
CHAPITRE .
oùje voudrois bien
réjouir.
Ce feroit un trefor qu
un Chapitre comique
qui
fufpendroit à coup
feur le chagrin , comme
le Quinquina fufpend la
fiévre. Je vous compoſeray
pour le mois prochain
une prife de ce Quinquina
pour les chagrins , mais
afin qu'il puiffe faire effet
Fij
68 MERCURE
fur tous les
temperamens,
il faut faire entrer dans
cette compoſition
toutes
fortes de drogues. Ilyentrera
des boufonneries
,
des équivoques ; des jeux
de mots ; & peut- être du
bas Comique
; du Burlefque
; des Trivelinades
; des Arlequinades.
Il faut de tout cela quelques-
fois pour épanouir.
la Rate , & le bon comique
ne fait rire
prit.
que l'ef
GALANT. G
Le premier Chapitre
de bas comique que je
vous donneray fera peuteftre
extrait des plus ferieux
Auteurs Grecs &
Latins ; on m'en a promis
bon nombre de traits
& j'en ay déja quelques
uns.
Ceux d'entre ces Auteurs
anciens qui ont deliberé
des jeux de mots
dans leurs
ouvrages , në
dédaignoient pas appa˝
remment
d'en rire.
MERCURE
Socrate rioit quelquefois
des plaifantes injures
que fa femme vomiffoit
contre luy , & j'ay connu
un Socrate moderne , qui
par maniere de recreation
eftimoit fa femme
jufqu'à l'irriter , parce
qu'elle avoit la colere comique
, comme certains
yvrognes ont le coeur
gay.
Aprés avoir fait l'Apologie
du bas comique , je
devrois vous en donner
GALANT. 77
icy tout du meilleur ;
mais je n'ay rien à prefent
dans ce genre-là , fi ce
n'eft une Lettre de jeux
de mots que je n'euffe jamais
ofé placer dans un
Livre auffi grave qu'on
prétend que doit eftre - le
Mercure Galant ; mais
je puis tout mettre dans
ce Chapitre-cy , car il eſt
privilegié j'y proteſte
contre la Critique.
:
Pour autorifer le ftile
de la Lettre qui fuit , ci2
MERCURE
tons icy un jeu de mots
Grec traduit d'un Auteur
grave. Voicy la traduction
dans ces quatre
Vers .
L'Efcamoteur Docles ;
unjourjetta la vûë
Str une Coupe d'or qu'avoit
Lifimacus
,
Auffi - toft que
L'eut vûë ,
Docles
Lifimacus ne la vitplus.·
LETTRE
1
GALANT. 7
********************
LETTRE CRITIQUE
d'un Maistre de Paulme ,
furmonpremier Mercure.
MONSIEUR ,
Vous avez affez bien peloté
en attendant partie ;
mais on dit que voftre Jeu
cft trop vif, & qu'au lieu
d'atendre la Balle au bond ,
vous prenez tout de Voléc
En effet , avec vous la Balle`
ne tombe pas
à terre . Les
bons Critiques vous pro-
G
74 MERCURE
menent de coin en coin : ne
relevez point leurs coups :
remarquez
les chaffes &
vous les gagnerez en jouant
bien. A l'égard des petits
Joueurs qui font fâchez de
2
vous voir la Balle à la main ,
forcez au dedans ; ils craignent
la Balle : ils baifferont
la tefte & perdront quinze.
Il y en a d'autres , qui faute
de fçavoir juger la Balle ,
prennent vos coups coupez
entre bond & volée , & leurs
raifonnements fe perdent ·
dans les filets. Défiez- vous
de ceux qui vous fervent fur
GALANT. 75
les deux toits ; ils feignent
leur jeu en flattant le coup :
mais ils vous attaqueront
par bricole, & prendront le
défaut, car vous ne pouvez
pas être par tour . On dit
que quelques enfants de la
Balle prennent l'avantage
fur vous quand il y a faute ;
mais attendez qu'ils ayent lai
Raquette à la main , ils
mettront deffous , & vous
ferez à deux de Jeu , quoy
qu'ils ayent pris leur Bifque.
Enfin Monfieur , fi l'on
vous chicane trop , faites
demander fous la Gallerie
Gij
76 MERCURE
à ceux qui ont bien vû le
coup , ils jugeront tous que
voftre Mercure a porté , &
que vous avez gagné une
chaffe au premier ; mais
tirez droit au ſecond fi vous
voulez gagner la partie.
Nous mettrons tous argent
Lous corde , & le public
payera
les frais.
GALANT. 77
SIEGE D'AIRE.
Aire fut invefti le cinquiéme
Septembre , & la
tranchée fut ouverte la nuit
du 12. au 13.
Mr le Maréchal de Vil-
Fars fit avancer l'Armée prés
de Hefdin , la gauche à Auchy
fur le Ternois , la droite
à Valiere , le Centre à
Eftruval ayant la Canche
derriere ; le 2 4. il partit pour
aller aux eaux , & Mr le Maréchal
d'Harcour arriva le
Giij
78 MERCURE
25. pour commander
l'Armée
en fa place.
Le 19. au matin les Ennemis
commencerent
de tirer
avec 3 3. piéces de canon
à l'ataque gauche , & avec
44. à l'ataque droite.
La nuit du 20. au 21. ils
avancerent jufqu'auFoffé de
la Redoute de la Laquete ,
mais ils furent obligez d'abandonner
leur tranchée
parce que les Affiegez ayant
fait une ouverture à la Digue
la remplirent d'eau .
Le lendemain ils travaille
GALANT. 79
rent à la faigner pour faire
écouler les eaux .
Le 22. ils avancerent
jufqu'à la Redoute qu'ils emporterent
aprés avoir perdu
trois cent hommes.
Le lendemain les Affiegez
firent une fortie pour
la reprendre ; mais ils furent
repouffez aprés un rude
combat ; voicy ce qu'en a
mandé un Officier de l'Armée
Ennemic.
Mr d'Audencourt , Cadet,
de. Mr le Comte de la Motte
Colonel de Loraine " , ayant demandé
200. Grenadiers pour
Giiij
80 MERCURE
reprendre la Redoute
que
nous
avions enlevée , il nous eft ve
nu ataquer. Il y a eu une
grande tuerie de part & d'au
tre ; il a eu la cuiffe caffée.
Nous travailllons
à prefent
à nous rendre Maistres du
Chauffoir , qui eft encore un
ouvrage avancé , aprés quoy
nous travaillerons à faigner
l'innondation ; nous efperons
eftre les Maistres de la Place
à la Touffaints.
AUTRE LETTRE
du même Officier.
GALANT . SY
DU CAMP
devant Aire le 25 Septembre
Le 22. Monfieur le Comte
d'Efteing , Lieutenant General
Commandant à S. Omer
fit un détachement de 900.
Chevaux commandé par Mrs
de Mortagny es d'Eftagnol
Brigadiers ; Mrs du Palais
de S. Sernin & d'Houdetot
Colonels
Neufchaftel &
Montvert Lieutenants - Colo
nels ; ils paſſerent l'Aa , &
fe pofterent dans des fonds de
Fautre cofté , & au delà des
32 MERCURE
hauteurs qui font à une lieuë
ع و ن
demie de S. Omer. Ils envoyerent
de vant eux trois cens
Chevaux , en deux corps
fous les ordres de Mrs d'Houdetot
de Montvert , du
cofté du Village d'Heuderin
ghem , avec ordre de recevoir
le fieurHergenfi & 30.Houf,
fards , qui avec Is . Dragons
poufferentjufques dans le quartier
du Comte de Naffan Weil
bourg à S. Auguftin , où ils
fabrerent. Une Garde de 60.
Cuiraffiers y eftant accouruë
fut battue & renvefée ; mais
tous nos Houffards eftant allez
GALANT . 83
"
au fecours avec 300. Maîtres
qui fe trouvoient commandez ,
poufferent vos Houffards. Mr
de Montvert , au lieu de les
attendre & de ſe rejoindre à
Mrd'Houdetot,marcha à eux,
fut renverfé , & ces trois cents
Chevauxfurent repouſſez vi
vement jufqu'à ce que Mr de'
Mortani nous ayant à fon tour'
envelopé , il ne s'enfauva que'
ce qui put penetrer au travers
de vos Troupes. On nous en
tua beaucoup , & nous eûmes
68. Cavaliers de pris.
Mr de Mortani aprés s'eftre'
remis en bataille , voyant que
84 MERCURE
tout noftre piquet alloit au fer
cours repaffa la petite rivi‹rè
d'Aa ou quelques uns de nos
gens le fuivirent , & tombé
rent dans une embuscade de
Grenadiers que l'on avoit poftez
dans le Village de Blan
decque.
Les François perdirent Mr
de Montvert Lieutenant - Colom
nel , deux Lieutenants avec
commiffion de Capitaine, deux
autres , trois Cornettes , Sept
Maréchauxdes Logis , & une
quarantaine deDragons on Ca
valiers .
GALANT. 85
Nous avons perdu en tout
trois cents hommes,
La nuit du 22. au 2 3. les
Ennemis poufferent une paralelle
, mais les afficgez ayant
fait une fortie à une heure
aprés minuit ruinerent
une partie de leurs travaux .
Le foir du 23. Mr le
Marquis de Flavacourt avec
quatre cents Grenadiers &
trois cents Travailleurs tuerent
prefque tout ce qui fe
trouva dans la tranchée &
ruinerent tous les travaux
des Ennemis , Mr de Flavacourt
y fut bleffé.
86 MERCURE
RELATION
de l'Affaire de Vive
Saint - Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence , Capitaine
de Galere , arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuit . Mr l'Intendant
ayant donné avis
Mr de Ravignan , Maréchal
de Camp , que les ennemis
faifoient remonter un gros
Convoy par la Lys , il partitle
18. à dix heures du foir
avec Mrs d'Houk, & de JarGALANT.
87
nac Brigadiers , Mrs de Valence
, de Noailles , de Nogaret,
de Louvigny , d'Angennes
, & de Monteffon
Colonels , 19. Compagnies
de Grenadiers
, 1500. Fu
feliers , & le Regiment de:
Dragons de S. Chaumont .
II marcha toute la nuiti
dans les Bois , prés de Vive
S. Eloy , paffa à la veuë de
Menin , & à la demi portée
du canon de Courtray , à
trois lieues de Deins en deça
de Gand , & arriva à deux
heures aprés midi à Oucghem
fur le bord de la Lys.
A
A
38 MERCURE
.
Trente Houffards qu'il
avoit envoyez à la decouverte
, vinrent avertir que
les Ennemis fe mettoient en
bataille à Vive S. Eloy fur
le bord de la riviere , & qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux ; il preffa la
marche de fes Troupes , &
ayant paffé le Village , pendant
que l'Infanterie fe
mettoit en bataille , il alla
reconnoitre les Ennemis .
Mr le Comte d'Athlo
ne , qui commandoit l'Efcorte
du Convoy , avoit
1300. hommes d'Infan
"
GALANT. 89
ferie & 600. Chevaux . Il
avoit appuyé fa gauche à un
Marais impratiquable joignant
la Lys . Son front qui
éroit fort étroit , fe trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois foffez , & une
levée de terre ; il avoit pofté
fa Cavalerie , à la droite
qui n'eftoit point retranchée.
Mr de Ravignan prit le
meilleur party qui cftoit de
fe pofter de maniere qu'enallongeant
fa gauche , il y
poſtaſt Mr de Jarnac , Mr
de Louvigny , Mr de Mon
90 MERCURE
teffon avec 600. Fufeliers
à coſté d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont , avec 30. Houf.
farts qui faifoient face à la
Cavalerie ennemie . Monfieur
d'Houk Brigadier, Mrs
de Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
, Mrs d'Angennes &
de Noailles Colonels , avec
le furplus des Fufeliers occupoient
la droite jufqu'au
Marais.
Comme on avoit obfervé
que la Cavalerie ennemie
pouvoit penetrer par un che
GALANT. 91
min & tomber fur la gauche
de l'Infanterie , on poſta à
l'entrée de ce chemin 60 .
Fuſeliers. Au ſignal , qui é.
toit de battre aux champs ,
les Fufeliers de la droite fi .
rent féu fur les ennemis pour
les occuper . En même temps
tous les grenadiers pafferent
les trois foffez fans tirer , &
tomberent fur les ennemis
la bayonnette au bout du
fufil , fe mêlerent & culbu
terent les premiers rangs ,
firent un grand carnage , &
poufferent fivivement les ennemis
, qu'ils n'eurent pas le
Hij
92 MERCURE
temps de fe jetter dans deux
vieilles Redoutes ruinées .
Nos Dragons cependant
chargerent fi à props & fi
brufquement
la Cavalerie
ennemie , qu'ils la défirent
en tres peu
Houffards qui eftoient à la
teſte des Dragons fabrerens
avec tant de fureur , qu'elle
fut renversée
. Mr de Jarnac
fe replia fur la droite , &
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui eftoit déja prefque
tout à fait renversée par
les Grenadiers ..
de temps. Les
Des 1.300 . hommes d'InGALANT.
93
fanterie , tout fut tué ou
noyé à l'exception de 609.
qui furent conduits à Ipres ,
& d'une trentaine de bleſſez
à mort , qu'on laiffa dans
les Villages . On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit eſté tuez ou noyez , le
refte s'eftant fauvé du coltá
de Deins . Le Comte d'Ath
lone qui commandoit l'efcorte
, fut fait prifonnier
avec un Lieutenant Colonel ,
un Major & 36. autres Offi
ciers . On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers &
tous ceux qui remontoient
94 MERCURE
}
A
les Belandres fur lesquelles
les foldats fe chargerent de
Butin dix furent choifis
pour mettre le feu aux poudres
avec précaution , ils le
firent , & fe coucherent enfuite
à terre aprés s'eftre
bouché les oreilles , ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent eftouffez . Le bruit
fut fi furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
, & que la terre fut ébranlée
jufques à Valenciennes
, & S. Quentin où
les vitres en furent caffées ;
la Lys fut feparée en deux
GALANT. 95
bras au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez . Il y avoit treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre , de l'Artillerie , &
une grande quantité de boulets
, de bombes chargées ,
de carcaffes , de grenades,
de vinaigre & d'eau de vie .
Aprés cette expedition
qui ne coûta que so.
mes tuez ou bleffez , Mr de
Ravignan , marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
fes Troupes eftant fort fatiguées
, à caufe qu'elles éhom96
MERCURE
·
toient chargées , & embaraf
fées de prifonniers. Il y reçût
avis que les ennemis envoyoient
pluſieurs détachemens
pour le couper. En
effet une heure aprés 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie , &
attaquerent un poſte à la
portée de fufil de Rouſſelar.
Mr du Bois , Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou
tenus de quelques Grenadiers
, commandez par Mr
de Valence . Les ennemis fe
retirerent avec precipitation .
Monfieur
4
GALANT. 97
Mr Dubois les pourſuivit ,
leur tua 15. hommes , pric
un Officier avec 10. Chevaux
; enfuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres , où il arriva
le 20 au foir.
Le 24. Septembre leCha
pitre de l'Eglife Metropolitaine
de Treves , élut le
Prince Charles de Lorraine,
Evêque d'Ofnabruck , &
d'Olmuts , Coadjuteur de
l'Evefque & Electeur de
Treves. On depécha auffitôt
un Courier pour en porter
la nouvelle à S. A. R
I
"
98 MERCURE
Monfieur le Duc de Lorraine
, qui la reçut le Vendredy
26. elle luy fut confirmée
par MonfieurSchmit
tbourg neveu de l'Electeur
de Tréves , qui vint la
complimenter de la part de
fon oncle. Peu de temps
aprés S. A. R. envoya ordre
au Chapitre de l'Eglife
primatiale de Nancy pour
le Te Deum ; Elle l'avoit fait
chanter d'abord à Luneville
fans a cune Ceremonie.
Mais le foir elle le fit chanter
en muſique , jetter de
l'argent au Peuple , couler
BE
BIBLIOTERE
LYON
1893
LLVILLE
THRONE
TELA
VILLE
LYON
87893#
GALANT
des Fontaines de vin.
cut des illuminattons pendant
trois jours, un feu d'artifice
, un grand repas & un
grand bal . Monfieur le Duc
de Lorraine pour faire honneur
à Mrde Schmittbourg
lui donna à fouper chez Mr
le Marquis de Lenoncourt
fon grand Chambellan
avec S. A. R. Madame la
Ducheffe de Lorraine . S. A.
R.fit prefent àMr deSchmittbourg
de fon Portrait
enrichi de diamants.
Lij
Too
MERCURE
On m'a averti fur l'article
d'Aglaé dans mon premier
Mercure , que l'Intendant
de cette Dame Romaine
ne s'appelloit pas Bonaventure
; mais Boniface ; on
a cu raiſon , & j'ai tort de
n'avoir pas verifié les Mémoires
où j'ay pris auffi les
foixante Intendans que j'ay
donnez àAglaé Loin d'eftre
fâché qu'on me reprenne de
pareilles fautes , j'en ferois
exprés fi j'eftois feur que
chacune m'attirât une Lettre
auffi pleine d'érudition que
celle de Mr.l'Abbé H *** :
*
Voicies remarquesqu 'rait
fur les foixante Intendants
d'Aglaé, Dame Romaine.
Les Intendans eftoient une
forte d'Esclaves . On les
nommoit Actores fervi ; les
Economes des familles , des
mailons , des biens.
Il y avoit autant d'Eſclaves
que d'occupations dans
les maifons des Grands ; on
en comptoit jufqu'à cinquante.
Actor fervus , l'Intendant
d'une Maiſon.
Atrienfis fervus , Concierge
; c'eftoit le plus conſide-
I iij
rable des Esclaves ; il avoit
tout en garde.
Procuratorfervus , qui vacquoit
aux affaires pour les
Procés.
Negociatorfervus , qui negocioit
pour fon Maiftre.
Libripens fervus , Treforier.
Difpenfator fervus , qui
achetoit & payoit.
Capfarius fervus , qui donnoit
l'argent à intereſt , un
efpece d'Agioteur , d'Ulu
rier.
Calculator fervus , qui calculoit
& fupputoit .
GALANT. 103
Servus ab Epiftolis , qui
écrivoit les Lettres.
Librarius fervus , qui écrivoit
des Livres par notes
abregées , dont on le fervoit
avant l'Imprimerie..
Servus ab Ephemeridé, qui
avertiffoit des Calendes , des
Nones & des Ides , des Fêtes
& des autres jours du
mois , fur tout de celui que
les Romains nommoient
dies Ater,ledeuxièmeJanvier ,
& de celui du Parricide,le 15 .
Mars, mort de Cefar .
Cubiculariusfervus , Valet
de Chambre ou Camerier.
I
iiij
104 MERCURE
Vertipicus Servus , Valet
de Garderobbe.
Unctor fervus, qui frotoit
le corps d'huile de fenteur, &
le parfumoit aux Bains .
Balneator fervus , Bai
•
gneur.
Fornacator fervus , qui
allumoit le fourneau des
Bains.
cin.
Medicus Servus , Mede-
Admiffionalis fervus , Introducteur
pour admettre
aux Audiences particulieres
ou publiques.
Silentiarius fervus, qui faiGALANT.
10
foit faire filence dans la
Chambre ou dans les Salles.
Procope dit qu'ils eftoient
établis pour tenir les Affif
tans dans le reſpect.
Ante ambulo fervus , qui
marchoit devant pour faire
faire place.
Salutigerulus fervus , qui
portoit le bon jour.
Nutritiusfervus,qui avoit
foin d'élever les enfans, Precepteur
, Inftructeur.
Structor fervus , Maiſtre
d'Hoftel.
Pocillatorfervus,Echanfon.
Cellarius fervus , qui gar
Yo MERCURE
doit les vins , d'où le Cele
rier eft venu .
Præguftator fervus , qui
faifoit l'effay du vin avant
qu'on le prefentât à boire.
Obcoenator fervus , qui
achetoit les vivres.
Vocator fervus , qui alloit
convier àmanger .
Diatariusfervus , qui avoit
foin d'orner la Salle des Fef
tins .
Analecta fervus , qui ramaffoit
les reftes des tables,
Efclave d'oeconomie .
Paniculus fervus, qui netGALANT.
107
toyoit les tables avec une éponge.
Curfor fervus , qui portoit
des nouvelles verbales .
Tabellarius fervus , Porteur
de lettres .
Calator fervus , ui con
voquoit les Affemblées.
Nomenclator fervus , qui '
nommoit ceux qui briguoient
les Charges de la
Republique. Il falloir 25.
ans pour cftre Quæſteur
30. pour eftre Tribun , 37%
pour eftre Edile , 39. pour
eftre Præteur , & 43. pour
>
408 MEROUN?
eftre Conful , felon Julte-
Lipfe.
Villicus ferous , qui avoit
foin des biens de la Campagne.
Viridarius fervus , Jardinier.
Topiariusfervus , qui tondoit
les Parterres & les Arbuffes.
Venator Servus, Chaffeur.
Salvarius fervus , Garde
de bois .
Paftor Servus , Berger.
Piftor fervus , qui battoit
le bled pour en tirer la faGALANT
. 109
rine avant l'ufage des Moulins.
Oftiarius fervus , Portier .
Servus à pedibus , Valet
de pied , Laquais .
Aquariusfervus , Porteur
d'eau.
Scoparius fervus , qui balayoit
les maisons.
Lecticarius fervus, Porteur
de chaifes.
Polinctor fervus , qui lavoit
les corps , & les embaumoit
aprés le deceds .
Defignatorfervus , Maître
des Ceremonies , & l'Or
donnateur des Pompes fu10
MERCURE
nebres. Ulpien raporte que
fa fonction eftoit confiderable.
Il marchoit accompagné
de deux Lieteurs ;
Horace & Tertulien en font
mention.
Emiffariusfervus, Intrigant
pour les plaifirs de fon Maitre.
On s'eft plaint que mesNouvelles
eftoientfeiches & avortées,
quo'n les vouloit étoffées,
nourries &c. J'ay déja profité
de cet avis , & dans la
fuite je les nourriray encore
plus de détails & de circonftances
; mais jamais de re-
1
GALANT. 111
flexions ni de raifonnemens
politiques. Un particulier
qui ne voit que le dehors de
la machine politique fans en
connoiftre les refforts cachez,
ne peut jamais raiſon.
ner folidement .
On s'eft plaint auffi de
ma Chanfon contre lePays
Normand, dont j'ai dit :
N'en attendez ni bon vin
ni franchife.
Je fais reparation d'honneur
aux Normands ; ils excellent
en prudence & en
force d'efprit, & s'ils pêchent
un peu en fincerité , c'eft
112 MERCURE
un pêché originel qui eft
commun à toutes les
Nations. Ainfi dés qu'on
aura planté des vignes en
Normandie , je feray volontiers
Normand , & je mc
dédiray de tout ce que j'ay
dit dans ma Chanfon .
Je me dédis auffi par avance
des chofes les plus innocentes
que je pouray dire,
& dont quelqu'un ſe choquera
par malice.
Tout homme qui jectera
une pierre en l'air dans
les rues de Paris ne peur
pas jurer qu'elle ne bleffera
GALANT . 113
perfonne , par exemple tous
les Amants inconftants doivent
eftre choquez de la
Chanfon qui fuit.
**** *****
CHANSON
Anacreontique
furt Air , Reveillez vous
Belle endormie.
Philis
plus
avare
que
tendre ,
Ne gagnant rien à
refufer ,
K
114 MERCURE
Un jour exigea de Li-
(andre
Trente Moutonspourun
baifer.
Le lendemain feconde
affaire ,
Pour le Berger le trocfut
bon ,
Il exigea de la Bergere
Trente baifers pour un
Mouton.
GALANT. 115
·Le lendemain Philis plus
·tendre ,
Craignantde moinsplaire
au Berger,
Fut trop heureuse de luy
rendre
Tous les
Moutons pour
un baifer.
Le
lendemain Philis peu
Sage
Voulut donner Moutons
& Chien
Pour un baifer que le
volage
Kij
116 MERCURE
A Lizette donna pour
rien.
SUITE
Des Nouvelles d'Ef
pagne depuis la Ba
taille de Saragoffe.
Le 24. Aouſt le Roy
d'Eſpagne arriva à Madrid,
où aprés avoir donné les ordres
neceffaires pour groffir
fon Armée par de nouvelles
Troupes , & la bien faire
fournir d'argent , de vivres,
d'artillerie, & de munitions,
GALANT. 117
il jugea à propos de conduire
la Reine & le Prince
des Afturies à Valladolid ,
où les anciens Rois de Caltille
faifoient leur fejour or
dinaire. Sa Majefté Catholique
fit declarer à tous fes
Confeils , qu'elle ne prétendoit
contraindre perfonne
à s'y rendre , mais cette difpenfe
ne fervit qu'à redoubler
le zele de tous les Tribunaux
, de tous les Grands,
& des autres perfonnes les
plus confiderables qui fuivirent
leurs Majeftez Catholiques
à Valladolid , où
18 MERCURE
elles arriverent le 16. Sep
tembre. L'Armée des Ennemis
eftoit alors à Ariza
fur le Xalon en Arragon ,
au delà de Calatayud .
Cette Ville du temps des
Romains , s'appelloit Bilbilis
c'eftoit la Patrie du Poëte
Martial.
Monfieur le Marquis
de Bay eftoit campé du
cofté d'Aranda de Duero ,
fur le grand chemin de Burgos
à Madrid , où les Troupes
qu'il attendoit devoient
aller le joindre, pendant que
Don Juan Antonio de AmeGALANT
119
zaga eftoit avec un corps.
de Cavalerie aux environs
de Madrid , pour empêcher
les courfes des partis Ennemis.
EXTRAIT
d'une Lettre de Lerida
, du 18. Septembre.
Mrle Comte de Louvignies,
qui commande icy , ayant efté"
averty que les Ennemis faifoient
conduire à Barcelone cinq
cent Officiers ou Soldats ,qu'ils
avoient faits prifonniers à la
bataille de Sarragoffe , eftant´
forti avec une partie de noftre
Garnifon pour tacher de les de
118 MERCURE
livrer , areuffi dans fon deffein.
Il a battu l'Efcorte & ramené
les Prifonniers.
Plufieurs Regiments François
font arrivez à S. Jean de
piedde Port , où ils attendent.
les ordres pour entrer en Navarre.
LesMiquelets s'eftoient emparez
du paffage de Canfranc
dans les Pyrenées ; mais ils
en ont bientoft eftéchaffez,
le paffage eft à prefent libre entre
cette Ville , Monçon &Jaca
qui font les plusfortes Places,
d'Aragon , & quifont bien
pourvues de toutes les chofes neceffaires
GALANT 125
ceffaires , en cas de Siege ; mais
on ne croit pas les Ennemis en
eftat d'en entreprendre aucun,
Mr le Duc de Noailles eft
arrivé à Valladolid le même
jourque leursMajeftez Catholiques
qui y arriverent avant
hier , & Mr de Vendôme
devoit arriver hier.
و
Les dernieres nouvelles que
nons avons reçeuës de l'Armée
des
Ennemis , portent que le.
Comte de Starrenberg
avoit
fait cuire une grande
quantité
de bifcuit , & qu'on lui avoir
écrit que fa prefence
eftoit ne
ceffaire en Catalogne
,, parce
L
122 MERCURE
qu'on attendoit un grand corps
de Troupes Françoifes dans le
Rouffillon nous ne croyonspas
que ce Generalrifque defe laiffer
enfermer avec l'Archiduc
fon Armée, qui eft baucoup
diminuée à caufe des grandes
fatigues qu'elle a effuyées.
SUITE
des nouvelles d'Espagne.
Le 18. Septembre les Grands
d'Efpagne , en continuant
leur zele pour la jufte cauſe
de leur Roy legitime, lui demanderent
permiffion d'éGALANT.
123
crire une Lettre à Sa MajeftéTres
Chrétienne ; cette
Lettre eft écrite dans les
termes les plus forts , les plus
touchants & les plus refpectueux.
Ils y proteftent au
nom de toute la Nobleffe &
des Peuples d'Espagne qu'ils
facrifieront leurs biens &
leur vie pour faire paffer
à la poſterité un nouvel
exemple de l'amour & de la
fidelité de la Nation Eſpagnole
pour leur Souverain.
Dés que le Courier fut arrivé
, S. E. Monfieur le Duc
tour malade qu'il d'Albe
Lij
124 MERCURE
eftoit partit pour porter
cette Lettre au Roy , & il
renvoya le même Courrier
aux Grands avec une réponfe
telle qu'ils pouvoient la
fouhaitter.
DE VALLADOLID
le
Le 23. Septembre.
Le Roy arriva icy le 16 avec
la Reine , le Prince des
Afturies , les Tribunaux , les
Grands , & toutes les perfonnes
les plus diftinguées
de Madrid , excepté Mr le
Duc de Veraguas qui eſtoit
GALANT. 125
à l'extremité lors du départ
de leurs Majeftez Catholi
ques . Mr leDuc de Noailles
yarriva le même jour, & Mr
de Vendôme le lendemain.
Aprésfon arrivée on tint un
grand Confeil où tous les
Generaux affifterent , & aptés
lequel le Roy declara qu'il
fe mettroit à la tefte de l'Armée
avec Mr de Vendôme,
& que Mr le Comte d'A
guilar , Mr le Duc de Popo-
11 , Mr le Conte de Las Torres
, &Mrs les Marquis de
Val de Cañas , d'Aitona
& de Thouy , ferviroient
Liij
126 MERCURE
en qualité de Capitaines Generaux
; que Mr le Marquis
de Bay retourneroit en Eftremadure
, & que la Reine,
le Prince des Afturies , &
tous les Confeils iroient à
Vittoria.
Les Gouverneurs de Lerida,
deMonçon, & de Jaca ,
font continuellement des
courfes. Celuy de Lerida a
⚫delivré soo. Prifonniers que
les Ennemis conduifoient à
Barcelone : un parti a arrêté
un Courrier de l'Archiduc
qui mandoit à l'Archiducheffe
que fon Armée
GALANT. 127
avoit manqué de vivres pendant
plufieurs jours , qu'on
le conduifoit à Madrid malgré
luy , & contre l'avis du
Comte de Staremberg , que
·les Generaux des Alliez n'avoient
pas voulu écouter
& que les Peuples eſtoient
affectionnez à Philippes V.
qu'il n'y avoit pas lieu d'eſperer
de tirer d'autres avantages
de la victoire que quel
ques contributions pour
payer les Troupes .
Le 19 l'Armée Ennemie
arriva à Alcala , d'où l'Archiduc
alla à Madrid avec ,
Liiij
1
128 MERCURE
un détachement . A fon approche
Mr de Amezaga s'étoit
retiré avec fon corps de
Cavalerie.
EXTRAIT
d'une Lettre de Lerida
du 29. Septembre.
Noftre Commandant a efté
dans un mouvement continuel
depuis laBataille de Sarragoße.
Il ne s'eftpas contenté d'avoir
delivré la plusgrande partie des
Prifonniers
que les Ennemis y
avoient faits , & qu'ils faiGALANT.
125
foient conduire à Barcelone . Il
meditoit de puis long- temps un
moyen defurprendre Balaguer,
pofte important , que les Ennemis
avoient fortifié, & à la
faveur duquel ilsfefont maintenus
fi long-temps dans noftre
Voifinage. L'ocafion s'eft prefentée
, il en a profité. "Sur
&
l'avis qu'il avoit receu que
Ennemis y conduifoient un
Convoy , il fortit avec une
partie de noftre Garnifon , & fe
pofta de maniere que ce Convoy
venant àpaffer dansfonembufcade
, l'Eſcorte fe trouva envelopée.
Il lafut toute prifonniere,
les
30 MERCURE
•
à la referve de quelques Soldats
quifurent tuez. Enfuite Il
fit marcher le Convoy , à la tête
duquel il mit des Soldats qui
fçavoientparlerAllemand ; qui
ayant dit à laporte qu'ils eftoient
de l'Eſcorte qui amenoit le
Convoy entrerent dans la Ville
fans aucune refiftance . La Garnifon
qui eftoit de 800. hommės
, aprés avoir reconnu la
Surprise fe mit en defense; mais
ellefut contrainte de ceder aprés
en avoir eu plus de trois cents
de tuez. Ceux qui reftoientfurent
faits prifonniers avec le
Gouverneur. Onfir enfuitefau
GALANT . 131
ter les fortifications , & on a
amené icy
icy tous les Prifonniers,
douze piéces de canon , quatre'
mortiers & quantité de vivres
de munitions.
Le 19. Septembre l'Armée
ennemie arriva à Alcala ,d'où
le General Stanhope s'avança
avec un détachement de
1500. Chevaux . Mais l'Archiduc
n'y eftoit pas encore
entré le 23. La Ville de Tolede
fe fortifioit , & avoir
pris les armes. Les Ennemis
ayant envoyé deux Regi
ments de Cavalerie pour la
fommer de prêter ferments
,
132 MERCURE
à l'Archiduc , les Habitans
les obligerent de fe retirer.
Le Village de Vallejas ,qui'
fourniffoit une grande partie
du pain qui fe confommoit
à Madrid , a efté bruſlé par
les ordres du General Stanhope,
parce que les Habitans
avoient refufé d'en fournir à
fes Troupes. Mr le Duc de
Veraguas
Prefident du
Confeil des Ordres , qui eftoit
à l'extremité lors du départ
du Roy d'Espagne pour
Valladolid , mourut le lendemain
, & Mr le Marquis
de Jamaïca fon fils , aprés
GALANT. 133
lui avoir rendu les derniers
devoirs , fuivit Sa Majesté
Catholique.
Tous les Grands & les
autres perfonnes les plus
diftinguées , ont offert tous
leurs biens au Roy d'Ef
pagne.
La Reine & le Prince des
Afturies , arriverent le premier
Octobre à Vittoria,
avec un grand nombre de
perfonnes de diftinction, outre
tous les Officiers des Confeils.
L'Armée Espagnole ,forte
d'environ 14000. hommes,
34 MERCURE
eftoit campée à Peñafiel
fur le Duero . Elle devoit de
là continuer fa marche vers
Valladolid où le Roy d'Ef
pagne l'attendoit pour fe
mettre à la tefte avec Mr de
Vendôme , & marcher du
cofté de Salamanque
.
Suite du Siége d' Aire.
La nuit du 27. au 28.
Septembre les Affiegez brulerent
tous les Ponts des
Affiegeants , & la nuit du
28. au 29. ils firent une forgic
de 1500. hommes qui
GALANT. 135
ruinerentune partie des travaux
& renverferent tout
ce qui fe prefenta devant
eux, & ne fe retirerent qu'aprés
que le General Gromkau
y eut conduit deux Régiments
quifurent auffi fort
maltraitez .
Le 3. Octobre les Ennemis
attaquerent la Redoute
qui eft fur la Chauffée de
Bethune ; mais ils furent repouffez
avec beaucoup de
perte , & le lendemain ils y
donnerent un nouvel affaut
où ils furent repouffez auffi
vivement qu'au premier . Ils
36 MERCURE
l'emporterent enfin le 5 .
mais comme elle est ouver
te du cofté de la Place ils
perdirent plus de 300 hom
mes en s'y logeant , tant par
le Canon , que par la Mouf
queterie des Affiegez , du
nombre defquels eftoient
plufieurs Officiers . Le General
Efferen y fut bleffé ,
& le Comte de Dhona cur
la tefte emportée par un
boulet.
Le7. les Ennemis ayant
fait un logement du coſté
de l'avant foffé à l'attaque
gauche , les Affiegez firent
GALANT . 137
une fortie & le ruinerent . La
nuit fuivante les Affiegeans
travaillent à le rétablir ; mais
le lendemain les Affiegez
ý jetterent une fi grande
quantité de Bombes qu'ils
le ruinerent de nouveau.
La nuit du 9. au ro . les
tranchées de l'attaque gau
che furent inondées , quoy
que les Ennemis euffent fait
des ouvertures pour faire écouler
l'eau de l'avant foffe
Le 1o . les Ennemis travaillerent
encore à faire écouler
les eaux , ce qui n'empêcha
pas que la nuit leurs tran-
M
138 MERCURE
chées & même une Barterie
furent inondées de nouveau
, mais les jours fuivants
ayant encore fait écouler
des eaux , ils poufferent leurs
ouvrages jufqu'à l'avant foſſé
& jetterent des Ponts pour
attaquer le Glacis de la Contrefcarpe.
1
Le 16. ils y donnerent
l'Affaut , & ils fe rendirent
Maistres d'une partie du
chemin couvert aprés un
combat fort opiniâtré . Mais
le lendemain ils en furent :
chaffez avec une perte conGALANT.
139
fiderable. Les jours fuivants,
jufqu'au 24. ils y donnerent
plufieurs affauts inutilement
ayant toûjours efté repoulfez
avec beaucoup
de perte;
mais enfin aprés l'avoir encore
attaqué plufieurs fois ,
ils en demeurerent les Maîtres
le 27 à l'exception
d'une Place d'Armes.
La nuit du 28. au 29 .
les Ennemis attaquerent cette
derniere place d'Armesqu'il
leur reftoit àprendre , & s'en
emparerent
aprés une vigoureuſe
reſiſtance.
Les pluyes eftant furves-
Mij
140 MERCURE
nuës ont fi fort incommodé
les Ennemis à l'attaque de
la Porte d'Arras , que leurs
Troupes avoient de l'eau
jufqu'à l'eftomach , en forte
qu'ils furent obligez d'abandonner
cette attaque où
il y avoit trois batteries
qu'ils ne purent retirer des
bouës, Ils avoient déja abandonné
une autre attaque
& il n'y avoit plus que celle
d'entre la Porte de Noftre-
Dame & cellle d'Arras,d'où
l'on battoit la Place.
Le 29. Mr le Comte
d'Efting , qui cftoit campé
GALANT. 147
derriere la Colm entre Bergues
& S. Omer , alla camper
avec les Troupes fous
le canon de la Citadelle d'I
pres , où Mr le Comte de
Villars qui doit commander
dans cette Place , étoit ar
rivé avec trois Régiments .
Les Ennemis avoient un
Camp de 8000. hommes le
long de la Lis pour favorifer
un Convoy de 300. bat
reaux chargez de toutes for
tes de munitions de Guerre:
& de bouche qui devoit leur
venir de Gand ; mais aprés
en eſtre forti & rentré de uz
142 MERCURE
fois , ils refolurent de le faire
eſcorter par quinze mille
hommes , fur ce qu'ils avoient
efté informez que
nous en avions dix mille du
cofté d'Ipres qui devoient
l'attaquer.
Le 30. au foir un party
enleva cent Chevaux aux
Ennemis prés de Lille.
Un de leur Régiments de
Dragons qu'ils envoyoient
en garnifon à Mons
à caufe du mauvais eftat où
il cftoit, fut attaqué prés de
Tournay par le Partifan Ja
cob qui en tua cinquante ·
GALANT. 1431
& en fit plufieurs Priſonniers.
COMBAT.
de l'Amour & du refpect
à Madame de R***
par Mr L. B.
Lr Amour eftoit danss
l'Esclavage ,
Le refpect le tenoitjous de
Leveres Loix.
Iln'oZoit desyeux même
emprunter le langage ,
Le refpect étoufoitfesfoupirs
&favoix ,
Las de voir trop long
144 MERCURE
temps fa puiſſance
affervie ,
L'Amour enfin s'eft revolié.
Il combat pourfa liberté;
Venez lefecourir , ilyva
de ma vie ,
Faites le triompher enfaifant
monbonheur,
Vous mettrez le comble
à fa gloire ;
Vous eftie l'objet du
Vainqueur,
Soyez le prix de fa Victoire.
GALANT 145
BOUTS RIMEZ
DONNEZ
DANS LE MERCURE
PRECEDENT
REMPLIS PAR
MR DUPUIS.
DEUX JOUEURS DE PIQUET.
PREMIER JOUEUR .
b ma foy j'ay beau jeu , deux
Quintes me font
.
trente
Quand ton point feroit bon je
feray mes quarente
Car j'aygarde à mon Roy , zu
n'as pasgarde au
N
tien.
146 MERCURE
Mais voyonsfi ton point eft meil.
Leur que le mien,
SECOND JOUEUR.
F'avois quatre-vingt points , &
c'est en cent cinquante
Fay fixième & le point , jefe-
Tu croyois tonjeu bon , chacun
ray
le
foixante,
fien
Avante lex
Tes Quintes , tu le vois , te fervent
de
rien
.T PREMIER JOUEUR.
Je ne le vois que trop , tu feras
tes
feptante .
Une Carte de plus , j'aurois fait
le nonante
bien.
Mais mon neuf écarté me fait
perdre mon
· Pour écarter fon point il faut
eftre un grand
chien.
GALANT. 147
Je tafcheray de donner
tous les mois quelque
Hiftoriette ou
Françoife ou Efpagnole
, ou mefme quelque
Conte Arabe. On m'a
promis des Memoires
pour tout cela , outre
les Avantures
du temps
que je prefereray tou
jours aux autres ; en
voicy une .
7
Dans le mois dernier
un Agioteur a eſté
Nij
148 MERCURE
trompé par des Filoux.
J'ay voulu m'afſurer exactement
des circonftances
en me faifant
raconter le fait par plufieurs
perfonnes . Il
m'eft
arrivé ce qui arrive
toûjours en cas paf
reil. Une chofe fe paffe
en prefence de plufieurs
, & cependant
elle eft racontée diffe
remment par chacun
des fpectateurs .
GALANT. 149
KADKADRAD RADRAD RADKAS RAS
* * *
TVD GODEGADE SVE SVE SIDE SVE SVE
L'AGIOTEUR
DUPE.
de
ceux
Un de ces Juifs Parifiens
,
non pas
qui dans la Synagogue
des Halles fçavent fairé
d'un vieux Manteau
deux Juſtaucorps
neufs ; mais de ceux
*
qui achetant , reven-
Niij
10 MERCURE
dant & rachetant le
mefme papier plufieurs
fois en un jour , engagnent
la valeur en
moins d'un mois . Un
de ces Juifs , dis-je ,
qu'on nomme depuis
peu Agioteurs , des plus
rafinez , des plus avides
& des plus défiants
calculoit un jour fur le
midy le gain de ſa ma→
tinée en attendant pratique
nouvelle.
GALANT 151
Arrive un Picard ,
franc Gaulois par la
mine , homme groffier
en apparence
, & foy
diſfant preffé de faire de
T'argent d'un Billet de
Change pour s'en retourner
à Amiens . L'Agioteur
luy dit qu'il a
de l'argent à ſon ſervice
; mais que depuis
deux jours les Billets
font à trente- cinq pour
cent. Le bonPicard fait
Niiij
152 MERCURE
l'étonné , luy affurant
qu'hier encore
Franchard n'avoit pris
Mr
de luy que trente pour
cent. Cela ne ſe peut
luy dit l'Agioteur ;
mais qui eft donc Mr
Franchard ? Si je n'étois
pas ſi preſſé de parfi
tir , continua naïvement
le Picard , je ferois
retourné à luy ;
mais il loge bien loin
d'icy ça Monfieur
GALANT. 193
voyons vifte fi vous me
voulez faire auffi bon
marché que luy. Je
m'en garderay bien , dit
l'Agioteur ; en le pref
fant de luy dire qui eftoit
cet homme fi defintereffé.
Le bon Picard
en s'en allant
comme un homme
preffé , expoſe
la franchife
& le defintereffement
de Mr Franchard
avec des circonstances
194 MERCURE
à faire apétit au plus
degouſté Agioteur d'agioter
avec Monfieur
Franchard. Il lâche enfuite
comme par abondance
de coeur & de
verbiage les tenants
les aboutiffants , la ruë
& le logis de Monfieur
Franchard, difant qu'il
va au plus vifte recevoir
fon argent, & laiffe
noftre Agioteur dans
les reflexions & dans
GALANT . 155
l'impatience
de lier
commerce avec un
homme fi bon & fi
T
facile. I prend dans
fon Bureau pour quinze
mille francs de papier
, pour aller faire
conoiffance avec Monfieur
Franchard . Pen--
dant que noftre Agioteur
va chercher fortu
ne, il faut vous inftruire
qu'elles eftoient les
bonnes gens avec qui
16 MERCURE
il alloit negocier .
Monfieur Franchard
& le Picard preſsé de
partir eftoient chefs de
cinq ou fix Filoux de la
haute volée , de ceux
qui par un long apprentiffage
dans l'exercice
des petits vols acquierent
l'habileté &
les moyens d'en faire
de plus grands .
Il y avoit autrefois
à Paris un grand nomCALANT.
157
bre de ces Filoux ; mais
à prefent la Police y
met bon ordre, & ceux
cy ne porteront pas
loin le tour qu'ils ont
fait à noftre Agioteur,
Monfieur Franchard
avoit loué depuis quelques
mois un grand
Cabinet garni d'Armoires
avec des Cloifons
à barreaux , en y
joignant quelques Ta
bles , de vieux Cofres
# 58 MERCURE
forts , & des Balances
, il en avoit fait
un Bureau en forme. Il
avoit affemblé force
Registres vieux & nouveaux
& force facs bien
ronds , bien numerotez
& de riche
apparence.
Ces Regiſtres & ces
facs arrangez dans ces
Armoires formoient
une Bibliotheque de
Financier des mieux
affortie. Avec cet eftaGALANT
152
lage & le fecours de fes
Compagnons
qui fe
deguifoient
tantoft en
gens d'affaires , tantoſt
en porteurs
d'argent
pour achalander
le Bureau
, il avoit eſtably
fon credit chez fon hof
teffe & dans fon voifinage
, ce qui luy pro
duifoit de petits gains
courants d'Agiotage
qui payoient leurs dépens
; mais ils atten60
MERCURE
doient du hazard quelques
bonnes ocafions :
celle cy en fut une.
Comme noftre Agioteur
eftoit tres défiant
, il demanda lelogis
de Monfieur Franchard
a toutes les Boutiques
du voisinage
pour avoir occafion de
s'informer finement
quel homme c'eftoit ;
mais plus il s'informa
& plus il fuft trompé ,
car
GALANT 161
car tous les voifins
eſtoient prévenus pour
luy . Il arrive au logis
de Monfieur Franchard
dont il reconut l'hotef
fe; elle avoit esté autrefois
de fes amies . Il
avoit grande confiance
en elle , & elle en avoit
tant en fon hofte qu'elle
ne pouvoit s'en taire .
Il luy avoit fait mille
plaifirs; c'étoit un hofte.
charmant. Il n'y avoit
162 MERGURE
qu'une incommodité
avec luy , c'eft qu'eftant
logée directement
fous fon Bureau elle
avoit la tefte rompuë
de la quantité d'argent
qu'on y remuoit à la
pelle. En effet , il avoit
deux ou trois facs de
quoy
bon argent blanc avec
il faifoit le plus
de bruit qu'il pouvoit;
paffons la converfation
de l'hofteffe & de l'AGALANT.
163
gioteur. Elle court le
preſenter à ſon hoſte
qui promet tout à fa
confideration
elle les
laiffe parler d'affaire ,
& s'en va. Monfieur
,
Franchard l'amuſa par
des difcours vagues fur
le courant de l'Agiotage
& l'amufoit à
deffein , car il ne pou
voit faire fon coup
qu'il n'entendit pour
fignal un Caroffe arri
O ij
164 MERCURE
ver à grand bruit à fa
porte. Pendant que
Monfieur Franchard
étale en verbiage fa
probité & la Franchife
, l'Agioteur le confidere
de la teſte aux
pieds ; il eft charmé de
faphifionomie. C'eſtoit
un de ces vifages
pleins , unis , faits de
façon qu'on croit les
connoistre
de vuë parce
qu'on en voit fou
GALANT . 16
vent de femblables ; fa
taille étoit courte &
ronde , des épaules , du
ventre , jambes renforcées
, jarrets bas , bras
courts , & main large;
main à compter les
écus dix à dix , vray
moule de Caiffier ; enfin
, homme devant lequel
vous vous mettricz
à
genoux pour
luy faire prendre
voftre
argent
la veille
O iij
166 MERCURE
d'un décri .
Voici un Caroffe qui
arrive; c'eftoit le fignal:
dit
venons au fait ,
Franchard
. Le fait eft ,
répond l'Agioteur
, que
j'ay là pour quinze
mille francs de Billets ,
& fur ce qu'un Marchand
d'Amiens
m'a
dit que vous en aviez
pris à trente pour cent .
Qu'est- ce à dire ?
interrompit l'autre ,
GALANT. 167
avec un air de franchife
brufque , vous mocquez-
vous ils font à
trente cinq , tout ce
que je puis faire en faveur
de mon hoſteſſe
c'eſt de perdre un pour
cent.
Ils en eftoient là
quand un petit Filou
qui eſtoit venu dans le
Caroffe vint faire le
perfonnage d'un jeune
Ecolier en Droit à qui
68 MERCURE
fa Mere achete une
Charge de Confeiller
en Province . C'eftoit
un petit Blondin à
voix grefle , graffoyant
un peu & ricanant
beaucoup. Il entre étourdiement
fans fe faite
annoncer & d'un
›
air évaporé court embraffer
Franchard en
luy criant avec joye
qu'il avoit conclu le
marché de fa Charge.
Il
GALANT . 169
·
Il me faudra luy ditil
, vingt mille francs
deBillets de Monnoye.
Je les prendray de vous.
fur le pied que vous
voudrez , je vous ay
tant d'obligations d'ailleurs
autres embraffades
, mais ce n'eft pas
le tout , il faut dans le
moment quatre facs de
mille francs à ma mere
pour m'acheter un Caroffe
. Monfieur Fran-
P
170 MERCURE
chard ne répond qu'en
tirant quatre facs d'u
ne Armoire comme un
homme qui les donnoit
auffi facilement que
l'autre donnoit des em
braffades. Il en ouvre
un , & le répand ſur ſa
table pour le compter
;
Vous vous mocquez
de moy , s'écrie le petit
Confeiller , a - t'on ja
mais compté aprés Mr
Donnez- Franchard
CALANT. 178
moy une plume que je
vous faſſe mon Billet .
Voftre mere m'en fera
un tantoft , dit froidement
Franchard , vous
eſtes trop jeune pour
figner , emportez toujours
, nous fouperons
ce foir enſemble . Deux
grands Laquais s'avancent
, prennent les facs,
& le jeune homme s'en
va courant & cabriolant
comme il cftoit
entré .
Pij
172 MERCURE
Je ne reconduis point
les jeunes étourdis , s'é
crie Franchard , je n'ay
pas affez de jambes
pour les fuivre. Enſuite
ſe tournant vers l'Agioteur
, l'occafion
eſt
heureuſe
pour vous
luy dit-il , je luy feray.
prendre vos Billets de
Monnoye à trentedeux
pour cent ; c'eſt
trois de gain pour
vous, Je veux bien faiGALANT.
173
rece plaiſir à mon hofteffe
aux dépens d'un
jeune fol qui jette l'argent
par les feneftres ;
ça voyons vos Billets .
Pendant que l'Agioteur
les tire de fa poche
en faiſant mille remerciements
, Franchard
arrange plufieurs
facs fur une autre
table , en prend un
qu'il renverfe fur le
comptoir. Comptez ,
P
iij
174 MERGURE
dit-il , à
l'Agioteur , je
vais examiner vos Billets
.
L'Agioteur compte,
& Franchard prend
la liaſſe.
Pendant qu'il
la feüilletoit fans la delier
, noftre jeune eftourdy
rentre avec une
Dame venerable qu'il
tenoit fur le poing , &
riant de toute fa force ,
conte àFranchard comme
une choſe fort plaifante
que fa mere qui
GALANT . 175
n'avoit pas voulu monter
la premiere fois de
peur de le déranger, venoit
par excez d'exactitude
luy faire fon Billet
. Franchard
court au
devant d'elle, fe fafche
de cette exactitude of
fençante pour luy, jure
qu'il ne recevra le Billet
qu'en luy donnant à
fouper. La Dame venerable
cede de peur de
le faſcher , &
regagne
Piiij
176. MERCURE
fon Caroffe , où Fram
chard , plus ceremonieux
avec les Dames
qu'avec les jeunes eftourdis
, voulut abfolument
la reconduire.
Il la fuit , tenant toutjours
à la main la liaffe
de Billets , & l'Agio
teur refte fans fe defier
de rien . Il compte toujours
fon fac pour gagner
du temps
; mais
il
n'ofa pas toucher aux
GALANT. 177
autres qu'en prefence
de Franchard tresfafché
mefme d'avoir
trouvé deux Ecus de
manque
dans le fac ,
car l'ayant compté fans
témoins, il prenoit déja
la refolution de perdre
deux Ecus par politeffe.
Il s'affit , & attendit
fort tranquilement pen
dant un quart d'heure;
c'eft le moins que puiffent
durer les Com#
78 MERCURE
pliments d'une femme
à qui on prefte de l'argent
.
Voyons cependant fi
nos Filoux munis des
quinze mille francs en
Billets font montez en
Caroffe. Non, ils s'exe
quivent plus finement;
ils laiffent le Caroffe de
& louage à la porte ,
Franchard
feignant
d'accompagner
la Dame
jufques chez un
GALANT . 179
Notaire voifin , la fuit
à pied juſques dans une
rue tournante où un
autre Caroffe les attendoit,
& touche Cocher
, voila les quinze
mille francs partis.
Imaginez vous l'impatience
inquiete de
l'Agioteur & de l'hôteffe
qui le fut rejoin-
8
dre au Bureau pour
voir s'il étoit content
de fon hofte. Leur con180
MERCURE
fiance étoit fi bien eftablie
que les foupçons
ne leur vinrent que
par degrez ; mais il fal
lut enfin en venir aux
craintes , aux éclaircif
fements , aux alarmes ,
l'Agioteur veut emporter
quinze
facs , ;
l'hofteffe s'y oppoſe , il
faut des formalitez . Je
paffe fous filence l'arrivée
du Commiſſaire
,
l'ouverture
des facs ;.
GALANT. 181
3
remplis de cailloux &
de ronds d'ardoife . Je
ne vous diray point"
quels furent à cet afpect
les fremiffements
& les mines de l'Agioteur
dupé ; vous imaginerez
le dénouement
de tout cela plus plaifamment
que je ne
pourrois
vous le décrire.
Le mot d'Agioteur
vient du mot Italien
182 MERCURE
Adgio Supplement ou
Ajuftement. Adjiuftamento
, Ajuſtement ou
Convention d'intereſt
entre les Agents de
Change ou Banquiers,
Quel vantaggio chefi da
o riceve per adjouftamento
della valuta d'una moneta
aquella d'un altra.
GALANT . 183 *
BOUTS RIMEZ
DONNE Z
DANS LE MERCURE
PRECEDENT
REMPLIS PAR
MR. D. F. ***
LĘ MARY FIDELE .
MA
femme
avoit
quinze
ans l'orfque
j'en avois
trente
Elle en a donc vingt- cinqpuifquarente
quej en ay
Tout va bien jufques là , fon
gracieux main tien
184 MERCURE
Etfon ail encor vifplaifent
encore au mien
Mais dans dix ans , helas !
quandj'en auray cinquante
Ma femme à trente-cinq m'en
paroiftra .. foixante
Mon age alors fera moins
convenable
au. fien
Vieux Chat , jeune Souris , un
bien
Ancien ditfort
L'Epoux fera conftant pour
feptante
peutne commencer
à l'aifemme
de .
S'il
mer qu'à
nonante
Dans ces folides coeurs les ans
ne changent
rien-
Il n'eft fidelité feure que de
1
vieux
chien .
GALANT. +85
勤
SUR LES MESMES
BOUTS RIMEZ.
Par M² l'Abbé L **
QVoyqu'en ait decidé le
Concile de . Trente
Entre les gras Abbez , j'en
Sçayplus de .
A Benefice double, ayant dou-
·
quarante
tien
ble
entre .
Qui
non
contens
des
leur
prendroient
encor
le...
mien
Un Difciple de Pierre environ
l'an
cinquante
186 MERCURE
Prédit qu'en milfept cens dix
ou trente ou foixante
Maint Apoftreferoit plus riche
que le . fien
Qui de fon fuperflu ne refor
meroit rien
Parlons par Parabole à l'inſeptante
ftar des
Combien de bons Paſteurs
voit-on entre . nonante
Peut eftre dix ; ceux -là ne
veulent d'autre bien
Que leur petit Tronpean , leur
boulette & leur . chien
GALANT 182
SUR LES MESMES
BOUTS RIMEZ:
Par M. Dam. ***
Damon à fon Amy."
JE pardonne l'amour , à vingt
trenté
On peut fecrettement aimer
ans jufqu'à :
jufqu'à .
folide entre .
quarentè
Mais pour lors d'un amy
le
tien
Doit faire les plaifirs de ton
coeur & du . mien
Q ij
188 MERGURE
Tafchons d'avoir acquis environ
vers
cinquante
>
fien
Des amis , des honneurs &
des biens pour . foixante
Car on ne doit compter pour
lors que fur le
Afoixante ans , d'autruy je
n'espere plus .
Gardes-toy d'avarice , à foixante
a .
·
rien
ſeptante
Onpeut eftre chery mefmejuf
qu'à .
nonante
Lorfque l'on fait gayement
faire partdefon .
bien
Manger feul en grondant ,
c'eft vivre comme un chien
GALANT. 189
LISTE
DES TROUPES
envoyées en Rouffillon .
Jee vous donne cette
Lifte en attendant
l'Article des nouvelles
d'Eſpagne dont j'attends
des Relations.
190 MERCURE
Mr Dillon , Lieutenant
General de Dauphiné .
CAVALERIE .
ESCADRONS .
Dauphin.
3
Anjou. 3
Parabelle. 2
Putange.
2
Fléche .
Germinon . 2
Valgran.
DRAGONS.
La Lande.
Chaffelas . •
3
3
GALANT. 191
Sommeri.
Foix.
3
3
Total des Efcadrons.
28.
INFANTERIE.
BATAILLONS.
Normandie.
3
La Couronne.
3
Auvergne.
La Marche.
Flandre.
Oleron.
Vermandois .
Soiffonnois ,
2
22
192 MERCURE
Tierache.
Baujollois.
2
Forez .
Egrigni.
Damas .
Vivarez .
Perigord.
Labaune
2
2
2
I
I
Villeneuve. I
Valouze.
Champigni.
I
I
Leon. I
Seve . F
Total des Bataillons .
36.
CALANT. 193
Meffieurs de Treyoux
doivent mettre
dans leur Journal du
mois prochain une
Differtation en forme
de Lettre dont je vais
yous donner l'extrait ,
fur la foy que j'ay du
bon choix qu'ils fçavent
faire des Pieces ,
car je n'ay par moy
mefme nulle érudition
fur les Monuments , &
fur les Infcriptions anti-
R
94 MERCURE
Cette Lettre eft
ques.
du P. I'E . J.
1 Fay veu , Monfieur , les
Monuments d'antiquité de la
capitale des Leuquois , qu'on a
trouvez prés de Leucey dans
le pays des anciens Leucois ou
Leuciens ; & à ce nom de
Leucey , je vous avonë que
jay cru avoir trouvé la capitale
de ce peuple Gaulois qu'on
cherche encore aujourd'huy ..
Pour rendre mon fyflême
probable , aprés avoir
avoüé Toul étoit la preque
miere Ville de Leuciens du
:
GALANT . 95
temps de Ptolemée ,je montre
rois qu'elle n'eft devenue leur
capitale que par la ruine d'une
Ville plus ancienne qui portoit
leur
nom.
N'est-ce pas ainfi que nous
prouvons que Treves étoit la
capitale du pays Trevois ?
Merz , de celuy qu'on nom
Mediomatrices moit
>
Reims , des Remois , Soif
fons des Sucffonnois
Amiens des Ambianois ,
Chartres , des Carnutes , Le
Mans , des Cenomans , Pa
ris , des Parifiens , Sens , des
Senonois , & Langres , des
Rij
196 MERCURE
Lingonois ? Toutes les capi»
"tales , difons-nous , ont pris le
nom de leurs Peuples , excepté
celles de la Province Romaine
& les Villes voisines dont les
Romains avoientfixé ou changé
le nom , comme Aquæ
Sextia , Lugdunum , Vefontio
, Auguftodunum.
Puis donc que nous trouvons
au milieu du Peuple appellé
anciennement Leuci , un lieu
nommé Leucey , ne devonsnous
doncpas croire que le Lieu
quiporte le nom du Peuple qui
l'environne , en eft la capitale
?
GALANT. 197
Le P. l'E . refute enfuite
l'opinion de feu
Mr l'Abbé Riquet.
Il avoit donné, dit- il , aux
Leuquois une Capitale qui
n'étoit pas mefme de leur Pays,
car fi nous fuivons la divifion
des anciens Diocefes qui a esté
faite...... Sur la divifion .
des anciens Peuples de l'Empire
, Gran devoit eftre du
Pays de Langres , parce qu'-
elle a efté long-temps du mefme
Diocefe .
Gardez- vous bien de croire
n: nmoins , Monfieur , que je
Riij
198 MERCURE
donne dans cette illuſion ; outtre
que les Capitales n'ont pris
le nom de leurs Peuples que
quand leurs Tyrans leur ont
ofte le leur propre, & en un
temps où elles ne pouvoient
eftre ni connues aux Geogra
phes , ni mefme aux Geogra
phes du bas Empire , puifqu'elles
ont gardé leur nom
jufqu'à ce temps - là.
L'Auteur foutient
enfuite le caractere
d'un veritable Sçavant
, qui ne refute
point l'opinion
des auTHEQUE
VILIO
THE
GALANTE
tres par l'envie
l'envie
blir les fiennes ,
DE
LA VILKE
Fe
Je n'aime point , dit- il ,
à changer les bornes que nos
peres ont posées ; & puifque
Toul a toujours efté la Capita
te des Loucois , je ne luy difputeray
point ce nom......
conviendray que ma regle n'eft
pasgenerale , & que les Mandubiens
, les Nerviens , les
Menapiens , & plufieurs autres
Peuples avoient des Capitales
à qui ils n'ont pas laiſſe
leur nom ; que l'Analogie du
nom est une preuve legere l'orf-
R
iiij
100 MERCURE
qu'elle n'eft pas appuyée d'ail
leurs ; & qu'enfin quand on
auroit trouvé à Lucey mefme
les Monuments d'antiquité
qu'on atrouvez aux environs,
je ne prétendrojs point me fis
gnaler par une nouvelle opinion
capable de m'attirer tous
les Antiquaires fur les bras. ·
Le P. l'E . propoſe
fans opiniaftreté
une
opinion nouvelle ; c'eft
ce qui la rend plus
probable. Un Sçavant
qui n'eft point aveuglé
GALANT : 201
par fes préventions
voit plus clair qu'un
autre..
Il raffure enfuite un
de fes Amis fur un
doute qu'il a.
certai
Vous craignez fort , luy
dit- il , que les Monuments
qu'on a trouvez chez vous ne
Joient pas antiques , parce qu'il '
ne vous paroift pas que
nes Lettres qu'on voitfur une
petite Urne lachrymale qui
fait une partie de ces Monuments
,foient de la beauté qus
font ordinairement les Lettres
202 MERCURE
Romaines dans les Infcriptions
antiques. Penfez- vous
qu'il n'y puiffe avoir d'Infcription
antique fi elle n'est bien
écrite ?
Fe vous avoueray que j'ay
efte moy- mefme en cette erreur
La premierefois que je visfur
tes Medailles d' Albin des A.
qui n'avoient pas la fimplicité
ordinaire aux Lettres Romaines
, j'enfusfurpris. A la vûë
d'une Infcription fur Bronze
pour la Déeffe du Peuple Bibractin
, laquelle eft confervée
dans le Cabinet de Mr Moreau
de Mautour , où je reGALANT,
203
marquay
de pareilles Lettres
Je doutay de l'antiquité
de
l'Infcription
; mais lorsquej'eus
pris garde que nous avions plufieurs
Medailles
Confulaires
dont les Legendes
n'eftoient
pas
fi bien écrites que celles des
Medailles
du baut Empire
,
je compris qu'une Infcription
pouvoit eftre antique & mal
écrite tout enfemble
, & que
fouvent mefme la difformité
de
ces Lettres
étoit une marque
d'une plus grande antiquité
.
Mais lorsque je vis les
Tombeaux
des Soldats de la
buitiéme
Legion qui furent
204 MERCURE
trouvez à Strasbourg en 16 63.
dont Bebel fait la deſcription
, je connus qu'une Infcription
pouvoit eftre mal écrite
& avoir efté faite dans le
haut Empire , c'est-à- dire , au
temps qui nous a laiffé les plus
belles Infcriptions , car enfin
voilà les Epitaphes dont il s'agit.
On lit fur les trois
premiers Tombeaux .
LEG. VIII. AVG.
Sur le quatriéme
Tombeau.
LEG . VIII. AG
GALANT. 205
L'Impreffion n'a pû
imiter icy les Caracteres
malformez de ces
Infcriptions.Je fuis fafché
de diminuer en cela
le plaifir des Curieux
, plaifir que j'ap-
5
prouve , puifque la curiofité
antique eft une
efpece de joüiffance du
temps paffé . Si quelqu'un
de ces Sçavants
à citationsGrecques &
Latines , blafme l'in206
MERCURE
certitude qu'on voit
chez les Antiquaires .
je luy répondrois volontiers
:
Des Livres Grecs origi
naux
Vous croyez, concevoir les
obfcures pensées ;
Mais fouvent elles font
encorplus effacées
Que les Infcriptonsqu'on
trouve aux vieux Tombeaux.
GALANT. 107
L'Auteur
prouve enfuite
que ces Infcriptions
, quoyque mat
écrites , font neanmoins
du temps de la
plus belle Antiquité ..
Premierement , dit - il
elles ne fontpointdu bas Empire
, car il n'y avoit en ce
temps la que deux Legions
d'Auguſte , l'une en Thrace
l'autre dans l'Ilirie , encore
portoit- elle le nom de Pretorienne
, & d'Etrangere ,
nom que celle- cy ne porte pas.
208 MERCURE
Elles font donc du bau-
Empire , mefme du comt
mencement de l'Empire , car ce
n'eftoit qu'en ce temps- là qu'il
y avoit une huitieme Legion
qui porta le nom d'Augufte.
Nous la voyons en quartier
fur le bord du Rhin dans le
Pays des Vangions , & des
Tribocces pendant l'Empire
de Tibere , & nous l'y voyons
"encore fous l'Empire d'Antonin
au rapport de Ptolemée ,
aprés que l'histoire n'en parle
plus.
>
Les Soldats de cette Legion
furent donc enterrez à Stras
bourg ,
GALANT. 209
bourg , où fous l'Empire de
Tibere oufous l'Empire d'Antonin.
De fçavoir preciſement
Je temps de leur fepulture , je
crois que ce n'eft pas une chofe
aisée .
qu'au
Les Infcriptions de la Republique
ancienne ou du bas
Empirefont mal écrites , parce
au temps de Republique l'écriture
Romaine n'avoit pas
encorefa perfection , & qu'au
temps du bas Empire , elle l'avoit
perdue ...... C'est ainsi
que les Medailles d'Albinfrapées
dans les Gaules , ont des
A. Gaulois : que l'Infcription
S
210 MERGURE
عوق
de la Déeffe de Bibracté ,
des R. & des T. Gaulois ,
que lesEpitaphes de Strasbourg
dont nous venons de parler ,
ont des Lettres toutes Gauloi
fes. Ne voyons- nous pas encore
aujourd'huy que les Allemands
qui ont retenu quelques- unes
des manieresGauloifes nefçauroientformer
une Lettre Romainefans
en alterer lafimplicité.
Ils nepeuvent fe refoudre
àfaireun I. qui eft laplusfim.
ple de toutes les Lettres ,fans
y ajouter quelque ornement.
Je fuis , Monfieur , voftre ,
GALANT . an
Le 14. Septembre
Me de Belzunce , Abbeſſe .
de l'Abbaye Royale d'Angers
, dite du Ronceray , fut
benite dans fon Eglife Collegiale
de la Trinité , par
Mr l'Evefque de Marſeille,
fon frere
*
& affiftée par
deux autres Abbelles , tou
tes deux fes Tantes . La Trinité
eft immediatement
dépendante de l'Abbelfe
Dés que le Prélat cur
pris fes ornements Pontificaux
, il alla chercher la
eut
nouvelle Abbeffe dans le
Choeur , d'où il vint en
Sij
212 MERCURE
proceffion. Les Chanoines
en Chapes , les Chapelains
& autres Ecclefiaftiques
au nombre de trente , en
Dalmatiques , précedoient
l'Abbeffe qui étoit ſuivie
de toute fa Communauté
,
marchant deux à deux,
Elle avoit à fon cofté droit,
Me de Lauzun Abbeffe de
Saintes , & à fon cofté
gauche
, Me de Lauzun , ancienne
Abbeffe de la mefme
Abbaye du Ronceṛay ,
dont elle s'eft démiſe en
faveur de fa Niéce, Dans
cet ordre la Proceffion for
GALANT. 253
tit du Choeur , traverfa
l'Eglife Abbatiale ; & fe
rendit dans celle de la Trinité
qui la joint , au fon
des Cloches des deux Eglifes.
Aprés la Meffe , la proceffion
fe rendit dans le
Choeur du Ronceray , ou
le Prélat ayant intronisé
l'Abbeffe , il entonna le
Te Deum qui fut chanté en
Mufique par les Religieufes
. Cette nouvelle Abbeffe
eft de la Maiſon de Belzunce
dont on a parlé lorfque
fon frere fut nommé Evef
214 MERCURE
que
e de Marfeille .
L'Abbaye Royale du
Ronceray d'Angers , eft fi
ancienne que l'on ignore
fa premiere fondation . On
fçait feulement qu'avant
que le Roy de Sicile Duc
d'Anjou l'eut rétablie dans
fon premier luftre , & luy
euft fait prendre la Regle
de Saint Benoit , c'eftoit
une Abbaye de Chanoinef
fes , dont les Religieufes
ont gardé quelque chofe de
Phabit , & quelques ufages
particuliers pour les ceremonies
, fur tout à leur
GALANT. 2
Profeffion , aprés laquelle
on fait la Benediction des
Vierges comme elle eſt
marquée dans le Pontifical
Romain. On croit que les
feules Religieufes du Ron .
ceray , & les Chartreufes
ont confervé cet uſage.
Les Dames Religieufes
du Ronceray ne font reçûës
qu'après avoir fait les
mefmes preuves que l'on
éxige à Malche pour les
Chevaliers . Il ya huie
Pricurez que l'Abbeffe
donne à des Religieufes
qui en font Titulaires , &
116 MERCURE
les peuvent refigner .
Cette Abbaye a de grands
droits. L'Abbeffe eft Dame
d'une grande partie de la
Ville d'Angers , ce qui eft
caute qu'elle s'appelloit
Dame d'Angers , jufqu'à ce
qu'une Statue miraculeufe
de la Sainte Vierge , trouvée
dans des Ronces , euft
fait donner le nom du
Ronceray à l'Abbaye où
l'on conferve avec beaucoup
de veneration cette
Image dans une Chapelle
tres . ancienne qui eft fous
d'où ilfort une Rongerre
,
ce,
GALANT. 217
ce , qui eft verte en tout
temps.
Il y a eu des Abbeffes
du Ronceray des Maiſons
de Vantadour , de Champagne
, de Rohan , & de la
Tremoille . Les dernieres
font Mesdames Simonnel
& Ivonne de Maillé Brezé ;
Antoinette du Puy , Charlotte
de Grammont
qui vit
encore , & qui s'eſt démife
. Elle eft Tante de Me de
Belzunce
du cofté de pere
& de mere , Françoiſe de
Caumont de Lauzun qui
demeure avec fa Niéce , en
T
218 MERCURE
IO .
faveur de qui elle s'eft demiſe
; & enfin Anne- Marie
- Loüife de Belzunce qui
vient d'eſtre benite. Elle a
efté Grande- Prieure de
l'Abbaye de Saintes, Coadjutrice
du Ronceray
le
Février 1708. & Abbeffe le
19. Mars de l'année fuivante.
Elle eft foeur de Mr
le Marquis de Caftel- Moron
, Brigadier
des Armées
du Roy , Capitaine
des
Gendarmes
de Monfeile
Duc de Bourgogneur
gne , & commandant actuellement
la Gendarme- .
rie.
GALANT 219
CHANSONS.
J'avois prévû que
quelqu'un
me chicaneroit
fur l'ancienneté
de mes Chanfons
, fans
me fçavoir gré des
Nouvelles que j'y
joins ; mais le gouſt de
quelques particuliers
quine cherchent dans
les Ouvrages que la
nouveauté feule ›, ne
l'emportera pas fur le
gouft du Public. Il y a
Tij
220 MERCURE
long- temps qu'on s'at-
>
tend à voir un Recueil
de mes Chanfons cara-
Aterifeż comme l'Opera
, le Tabac , les Cloches
, les Siflets , & c . Je
les donneray toutes en
détail à deux par mois .
Je prie ceux qui les
fouhaitteroient
toutes
à la fois , de prendre
patience
ceux qui
n'en voudroient
point
du tout prendront >
GALANT . 227
patience auffi , car j'en
ay provifion pour deux
années.
CHANSON
A SIFLE R.
Prés de la jeune Iris , un
Marquis fcelerat
Aprés mille ferments qui
valloient un Contrat
Avoit tant preßé l'Avanture
,
Tilj
222 MERGURE'
Que la Belle a fon tour
preffoit la fignature.
€3
Un jour avec empreſſement
Elle conjuroit cet Amant
De bafter l'hymenée ,
Et luy fans s'émouvoir
fifloit nonchalemment :
LE
MARQUIS , Siffe. ”
น ú น u u u
Iris d'abordfut allarmée,
GALANT. 223'
Ellefremitpleurant amerement
Mais le Marquis touché
fifla plus tendrement.
Il fifle.
u U u u u
Et mefme par pitié pour
L'aimable affligée
Sifla l'Echo plaintif de
Jes triftes accens.
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo du Chant précedent.
u Su 11 u uu
>
Tiiij
224 MERCURE
IRIS .
Parlez- moy donc , ditelle
, belas !
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo
u u u u
IR IS.
uน
'M'auriez- vous abusée
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo .:
u u u u u u
GALANT. 22.5
IRIS.
Fay compté fur vos fer
ments.
LE
MARQUis
Sifle l'Echo.
I u น u u
IR IS.
Il est temps de montrerque
vous m'avez aimée .
LE
MARQUIS
Sifle l'Echo .
W u uu uu LI
1 226 MERCURE
IR I S.
Il est temps definir.
LE MARQUIS
Je veux finir auffi ,
il Sifle.
u u
IRIS.
Π
Mes Parents font d'ac
cord , le Notaire
eft icy
Termine , tout eft preſt.
GALANT. 227
LE
MARQUIS.
Je fuis toutpreft auffi :
il Siffe une Boutade .
u u u u u W
IRIS.
Allons donc , tout eft prefte
LE
MARQUIS!
Je fuis tout preft auffi.
il Sifle le mefme Chant,
IR IS .
Mafamille affemblée ……..
128 MERCURE
LE MARQUIS.
Je Suis tout preft ;
il Siffle.
u
n n n n
Tout preft ;
il Siffe.
n n
น
n
ปี
Toutpreft ;
il Sifle.
nnn nn
GALANT. 229
Je Suis tout preft a partir
pour l'Armée.
On n'a pas pû mettre
dans la Mufique la
Baffe continue comme
on la mettra dans la
fuite dans toutes les
Chanfons que je donneray
, parce que cette
Baffe a relation avec
une Cantate de Flutes
que Mr. De la Barre a
faite fur cetteChanfon.
230 MERCURE
Cette Cantate de Flutes
fe vend chez Mr.
Foucault , ruë S. Honoré
à la Regle d'Or ,
vis - à - vis la rue des
Bourdonnois.
GALANT. 235
PARODIE
NOUVELLE
Sur le mefme Air du
Marquis fcelerat.
Prés d'un
Chaffeur de
Cour , l'autre jour
un Auteur ,
Auteur en meſme temps
beroïque & flateur ,
Le flatant briguoit fon
Suffrages.
232 MERCURE
Etpour eftre flaté luylifoitfon
Ouvrage.
Pendant que
l'Auteur
déclamoit
,
Et que luy mefme il fe
charmoit
De fa propre Eloquence
LeChaffeur
attentiffifloit
nonchalemment.
LE
CHASSEUR Life .
u u u u u u
L'Auteur
GALANT. 233
L'Auteur picqué luy recommence
Le bel endroit avec des
tons nouveaux ,
Dont le Chaffeur fiflant
imite les plus beaux.
11 u
I fifle.
u u u u
L'Auteur croit que fes
Vers par leur vive
·cadence ,
Du Sifleur déclamant
excite les Echos.
V
234 MERCURE
LE
CHASSEUR
Sifle l'Echo du Chant précedent.
nn ,n n
u
n
L'AUTEUR .
Voicy un des beaux traits
LE
CHASSEUR
Sifle l'Echo .
u u
n n nn n
L'AUTEUR.
·Suivez vous la pensée ?
LE
CHASSEUR,
Sifle l'Echo.
uu uu
n n .
GALANT . 235
L'AUTEUR.
De la
Strophe que
voicy .
LE
CHASS EUR
Sifle l'Echo .
u u u u u u u
L'AUTEUR.
Elle eft en
mefme
temps
poëtique
& fensée.
LE
CHASSEUR
Sifle l'Echo.
u u u uu u u
L'AUTEUR.
Je fuis tousjours aufait.
V ij
236 MERCURE
LE CHASSEUR.
Jefuis aufait auffi,
il Sifle
น u u- u u
L'AUTEUR.
u
Tous les autres Auteurs
n'expriment point
ainfi.
Je fens ce queje dis..
LE CHASSEUR .
Et moy je fens auffi.
il' Sifle une Boutade.
1. น uu u u
B.
GALANT. 237]
L'AUTEUR.
Fentends le fin.....
LE
CHASSEUR
Et moyj'entends auffi,
il Sifle le meſme Chant.
u u u u u
L'AUTEUR.
Ecoutez-moy degrace ?
LE CHASSEUR.
F'entends , j'entends ;
il Sifle.
u u u uน u u
238 MERCURE
Fentends la voix des
Chiens qui m'appellent
à la
Chaffe
n
n n
n n n n 21
F'entends ;
il Sifle.
n n n n
Fentends,
il Siffe.
1
GALANT . 230
RECEPTION
DE .
ME. LE LIEUTENANT CIVIL
Le
e Samedy 4. Octobre ,
Mr d'Argouges de Rannes
fut inftalé dans la Charge
de Lieutenant CivilparMr
™
Godard Confeiller de la
Grand- Chambre.
1
Mr Godard le condui
fit d'abord au Parc Civil
où préfidoit pour lors Mr
Pafquier Lieutenant Particulier
avec plufieurs Com
E40 MERCURE
feillers . Là MrGodard pric
la place du Préfident , &
mitMr le Lieutenant Civil
à fa droite , ou l'Avocat du
Roy luy fit un Difcours .
Enfuite Mr Godard, que
Mr le Lieutenant Civil
avoit prié de bonne foy de
ne luy point compofer d'Eloge
, ne luy dit que quelques
mots fans préparation
fur le choix du Roy. Ce
choix , dit il , d'un Roy fi
jufte & fiéclairé , est un gage
fes peuples des lumieres
de l'équité du Juge qu'il leur
donne.
GALANT. 24*
Il luy propofa enfuite
pour modelle dans fa Famille
mefme , Mrsle Pelletier
, qui rempliffent fi
dignement les premieres
places de l'Etat
joignent , continua -t'il¸à
tant de vertus , celle qui les
, & qui
releve toutes ; c'est cette modefie
, vertufirare dans l'élevation
, furtout avec les qualitez
brillantes que vous poffedez
; mais cette modeftie que je
loue en vous m'impofe filence.
Mr
Godard
prononça enfuite
les mots
effentiels au
Ceremonial
de l'inftala-
X
242
MERCURE
tion ; c'eft icy , dit- il , que
vous rendrez juftice aux Sujets
du Roy.
La mefme
modeftie
qui fait craindre
les
éloges
à Mr le Lieutenant
Civil , luy fit prononcer
fa réponſe
ſi
bas , que peu de gens
l'entendirent
. Comme
j'eftois affez prés pour
entendre,je hazarday
à
la faveur du fens que
j'ay retenu de faire tort
au tour & aux expreſGALANT.
243
fions qui peuvent m'eftre
échapées.
Perfuadé que jefuis , Mon
fieur , de l'importance de mes
devoirs , je reffens combien il
m'eft difficile de les remplir.
L'illuftre Magiftrat auquel je
fuccede , eft un de ceux dont
l'exemple eft toûjours refpectable
, & toujours redoutable à
fes fucceffeurs. Ce Tribunal
eft encore tout pleindes grandes
idées de juftice qui estoient le
principe & la regle de fes
jugements. Son image eft gravée
dans vos coeurs , dit- il aux
X ij
244 MERCURE
Confeillers je ne viens
point l'effacer. Heureux fi je
puis la retracer foiblement.
Vous m'y aiderez , Meffieurs
, & en entrant icy je
compte fur les lumieres d'une
Compagnie fi accoustumée à
connoiftre la justice , & à la
rendre.
Le jour qu'on inftale un
Lieutenant Civil , on plaide
une Caufe devant le
Confeiller de la Grand'-
Chambre dont le prononcé
eft un Arreft quoyqu'au
Chaftelet
, parce qu'il reprefente
la le Parlement .
GALANT. 245
Cette Audiance finie
le Confeiller , c'est - à- dire ,
Parlement , va inftaler
le Lieutenant Civil à la
Chambre Civile , & de là
à la Chambre du Confeil ,
où font le Lieutenant Criminel
& le Lieutenant Particulier
qui vont au devant
du Parlement juſqu'à la
porte , & c'est à la Chambre
du Confeil que le Lieurenant
Civil commence fes
fonctions.
Feu Mr le Camus a efté
Lieutenant Civil prés de
quarante ans. Il fut nom-
X iij
246 MERCURE
mé pour remplir cette pla
ce au mois de Juillet 1671 ..
J'attendois les Memoires
fuivants pour parler de
la mort de Dame Marie-
Magdelaine Seguier , née
le 10. Aouft 16 8. & âgée
de 92. ans & 20. jours ;
elle fut enterrée le 1. Septembre
aux Urfulines du
Fauxbourg Saint Jacques.
Elle étoit veuve en fecondes
nôces de Mr Guy
de Laval Boisdaufin , dit le
Marquis de Laval , Lieutenant
General des Arméesdu
Roy , qui mourut la
GALANT . 247
nuit du 17. au 18. Octobre
1646. en la 24° année , d'un
coup de feu qu'il reçut à la
teſte devant Dunkerque
,
laiffant une fille unique ,
Magdelaine de Laval mariée
le 30. Avril 1662. à
Henry- Louis d'Aloigny
Marquis de Rochefort
Maréchal de France , Capitaine
des Gardes du
Corps , & Gouverneur
de
Lorraine , qui a laiffé pofterité
.
Marie Seguier étoit veuve
en premieres nôces de
Pierre- Cefar du Cambout
Y
iiij
248 MERCURE
Marquis de Coiflin , Lieu
tenant General , & Colo
nel General des Suiffes &
Grifons , qu'elle avoit épousé
le 5. Fevrier 1634 &
qui mourut le 10. Juillet.
1641. âgé de 28. ans d'une
bleffure qu'il reçut au fiege
d'Aire ; elle eut de ce premier
mariage.
Pierre du Cambout ( né
en 1639. ) Cardinal de
Coiffin , Evefque d'Orleans
, Grand- Aumofnier
de France , Commandeur
de l'Ordre du Saint- Esprit,
inort à Verſailles le s , Fé
vrier 1706
GALANT. 249
Charles Cefar du Cambout
Chevalier de Malthe,
mort le 13. Fevrier 1699. âgé
de 59. ans .
Armand du Cambout
Duc de Coiflin , Pair de
France , Chevalier des Ordres
du Roy , né le 1. Septembre
1635. mort le 16.
Septembre 1702. âgé de
67. ans 15 jours . Il avoit
épousé Magdelaine du
Halgoët morte le 9. Septeinbre
1705. laillant entr
autres enfants ,
Pierre du Cambout Duc
de Coiflin , Pair de France,
250 MERCURE
mort fans pofterité le 6.
May 1710. de Loüife d'Alegre
qu'il avoit épousée le
6. May 1683. morte en Septembre
1692 .
Magdelaine
- Armande
·
du Cambout , ( dont Mr
Evefque de Metz eſt l'aiſné
) mariée le 18. Avril
1689. avec Maximilien-
Pierre François - Nicolas
de Bethune, Duc de Sully,
Pair de France , dont il n'a
point d'enfants.
Henry-Charles du Cambout
, Evefque de Metz
Commandeur de l'ordre
و ن
GALANT . 251
Ily
du Saint - Efprit , & premier
Aumofnier
de Sa
Majefté , qui vient d'eſtre
reçu à l'Académie
Françoiſe
à la place de feu Mr
le Duc de Coiflin fon frere.
Il y vint prendre feance
le Jeudy 25. Septembre
, &
prononça
un Difcours
dont j'ay choifi quelques
endroits , non comme les
plus beaux. Les autres ne le
font pas moins ; mais ceuxey
marquent
les obligations
de l'Académie
Françoiſe
envers M™ de Coiflin
dont il eft queftion dans
* MERCURE
eet Article. Mr de Metz
commença ainſi ſon Dif
cours.
Meffieurs , en m'accordant
cette place , à laquelle je n'aurois
osépretendre de moy -mesme
ne craignez- vous point
qu'onpuiffe vous accufer d'a
vir trop écouté les grands
noms qui vous parlent en ma
faveur ? Ne vous reprocherat'on
pas que vous avez voulu
me faire un merite de celuy de
mes An êtres , & que vous
avez confideré comme un de→
voir à leur égard , ce qui n'eftoit
qu'un excés d'indulgence'
Hour moy.....
GALANT: 253
Graces à vos bontez , j'oc
cupe une place dans cette Affemblée
où refide l'efprit d'Armand
mon grand oncle : de ce
Cardinal , quifous le plus jufte
des Rois , medita voſtre inftitution
, regla vos Statuts
dirigea vos Exercices , fonda
ce Tribunal où l'Eloquence &
la Poëfie doivent couronner
jamais les Sages , les Sçavants,
les Heros. Projet digne
d'un tel Miniftre , moins pour
fa propregloire que pour celle
de fon Roy & de fa patrie ;
moinspour le regnefous lequel
il a vefcu , que pour tous les
254 MERCURE
F
regnes
à venir.
Mr de Metz parla enfuite
du Chancelier Seguier
fon Ayeul , & du
Duc de Coiflin fon pere .
Monfrere, continua- t'il ,
leur a fuccedé , je fuccede à
mon frere. Unefigrande proximité
, le fouvenir douloureux
defaperte , m'empefchent
de fuivre l'ufage qui m'obli
à louer mon predeceffeur.
Vous le loüez vous-mesme
, Meffieurs , &fon éloge
fied mieux dans votre bouche
que dans la mienne.
geroit
Cela donna lieu à Mr
GALANT. 255
l'Abbé de Choifi de rendre
juftice à Mrs de Coiflin
dans la réponſe qu'il fit enfuite
comme Directeur. Il
peignit le caractere des
deux Neveux dans le Cardinal
de Coiflin leur oncle
, dont la dignité éminente ,
dit-il , n'avoit point changé
la fituation naturelle , & dont
la vertu toûjours aimable
toûjours pure , toûjours dans
l'innocence
, n'avoit pû eftre
alterée
par la contagion du
monde ni par les charmes de la
Cour. On y remarquera particulierement
le caractere des
96 MERCURE
Coiflins , hautsfans orguëil ,
polisfans baffeffe , auffi attentifs
à ce qu'ils devoient aux
autres qu'à ce qu'ils fe dewoient
à eux -mefmes .
Achevons de marquer
le caractere des
Coiflins par ce zele
pour le Roy qui leur
eft naturel , & qui anime
icy le Difcours de
Mr de Metz ; c'est donc
Mr de Metz qui va
parler.
Comblé des bienfaits du
Roy ,
GALANT. 257
Roy , attaché fans ceffe auprés
d'un fi grand Maiftre , jay
toujours offert à mongloire les
plus parfaites idées de gloire
de grandeur, de Religion , de
bonté , defageffe , & depietés
mais où mon zele prendra- t'ib
des couleurs qui destraits
puiffent le reprefenter.
Ovous Richelieu , ô vous
Seguier , dont je vois les Images
auprés de celle de ce grand
Roy , vous qui avez ouvert
cette Carriere immortelle on
fes vertus doivent estre à jamais
celebrées , quand voftre
prefence anime icy mon coura-
Y
258 MERCURE
Elt
ge , que ne m'infpirez- vous
au
suffi voftre genie ? Seray-je
reduit à de fimples voeux , &
peut-on en faire pour luy qui
ne foient en mefme temps pour
tousfesfujets , & formezpar
tous fes Sujets ,
Finiflons cet Article
, par un trait qui
finit le Difcours de Mr
l'Abbé de Choify.
que Faffe le Ciel , dit-il ,
nous puissions bientoft employer
nos talents à celebrer une bebeu
reuſepaix , que ce grand Prin
se noftre Pere auffi - bien que
GALANT. 259
noftre Roy , defire avec tant
d'ardeur, non pour une gloire
mondaine dont il a esté raffafié
tant defois ; mais uniquement
pour noftre bonheur ,&pour
la tranquilité univerfelle.
A la fin de la feance
on pria Mr de la Motte
de faire part à l'Aſſemblée
de quelqu'un de
fes Ouvrages. Il recita
l'un des Livres de l'Iliade
qu'il a depuis peu
traduite en Vers , fi
pourtant on peut ap-
Y ij
260 MERCURE
peller Traduction un
Ouvrage où il a beaucoup
mis du fien .
Il a rendu plus vifs
les endroits où bonus
dormitat Homerus , &
abregé les endroits où
Homere ne dort point ,
mais où les digreffions
allongeés pourroier t
endormir ceux qui ne
fe piquent point d'eftre
fçavants.
L'Aſſemblée ne fut
GALANT. 265
pas toute , fi contente
de Monfieur de la Mot
te qu'elle le parut , car
quelques- uns murmurerent
tout bas de l'audace
d'un Moderne qui
ofe changer toute l'oe
conomie d'un Bouclier
dont la
deſcription
tient tant de place dans
le chef- d'oeuvré du
Prince des Poëtes . En
effet c'eſt une temerité
inoüie ; Mr de la Motte
262 MERCURE
l'a euë pourtant. Il n'a
pas laiffé dans fes defcriptions
nouvelles une
feule Figure de la gra
Veure Grecque.
Voilà donc un Bou
elier moderne tout dif
ferent de l'ancien . Faifons
en peu de mots le
paralelle de ces deux
Boucliers , & chacun
en jugera felon qu'il
fera plus ou moins prévenu
ou pour les AnGALANT.
263
ciens ou pour les Modernes
.
Le Poëte ancien fait
graver par un Dieu fur
le Bouclier
d'un guerrier
terrible
& irrité ,
des Dances
de Villageois
& de Villageoifes
; des Avocats qui
plaident , & cent autres
fujets auffi peut
convenables à l'action
prefente , & au cara-
&ere du Heros.
264 MERCURE
Le Poëte moderne
a fupposé que Vulcain
forgeant un Bouclier
exprés pour Achille &
pour la guerre de
Troyes , devoit y gra
ver des ſujets qui cuffent
rapport à cette
guerre,
Les nôces de Thetis
& de Pelée troublées
par la Difcorde qui
tient en main la Pomme
d'Or..
Le
CALANT. 265
Le Jugement de Pâris
qui attire la colere
de Junon fur les
Troyens
· L'Enlevement d'He
lene par Pâris qui fut fi
fatal à Troye.
Noftre Poëte moderne
s'eft contenté de
faire parler les expref-
.fions & les attitudes
des Figures gravées
dans le Bouclier d'Achille.
Ꮓ
266 MERCURE
Homere y met des
Figures vrayement
parlantes . Il rapporte
leurs converfations en
Dialogue , & cela fuppofe
qu'on voyoit fortir
de la bouche de chaque
Figure gravée de
longs Rouleaux de papier
où leurs converfations
eftoient écrites .
comme on voit dans
nos Tapifleries Gothiques
.
ALANT. 267
Homere fait plus ,
il nous peint
jufqu'au
fon des voix & des
Harpes . La
graveure
des
Anciens
reprefentoit
donc les fons ; c'eſt
dommage
qu'un fibeau
fecret fe foit perdu .
Une chofe m'eftonne
encore dans le Bouclier
ancien. J'ay calculé à
peu prés combien pouvoient
tenir de place
toutes les Figures dont
小
Z ij
468 MERCURE
Homere compole fes
Groupes . En donnant
à fes Figures feulement
un pouce de hauteur, ce
Bouclier devoit avoir
plus de trois toiſes de
largeur .
Le Bouclier de Mr
de la Mothe eft moins
chargé d'ouvrage , &
les Figures n'y changent
point de place ni
d'attitude comme dans
Homere , qui fait du
GALANT. 269
Bouclier d'Achille un
Tableau
changeant
comme
ceux qu'on
montre à la Foire.
NoftrePoëte n'a mis
dans fa
defcription que
ce qui pouvoit vrayfemblablement
eftre
gravé fur un Bouclier,
en ſuppoſant même les
Figures affez grandes ,
pour eftre veuës par les
Compagnonsd'Achille
; que la reprefenta-
Z
iij
170 MERCURE
tion ( par exemple ) de
l'enlevement d'Helene
devoit exciter à la ven
geance,
De tous les Vers que
Mr de la Motte recita
je n'ay pu retenir exactement
que les fix derniers
.
Par cet Ouvrage ainfi Vul
cainfait éclater
Lagrandeur du Heros qui le
devoit porters
De fa gloire prochaine il luy
donne l'angure
GALANT 271
Et preffe la vengeance en retrançant
l'injure d'a
C'eut eftépeu pour luy de fürprendre
lesyeux ;
Le beau s'il n'eft utile , eft
indigne des Dieux.
Usi
Jean - Baptifte Voile ,
Sieur de la Garde , Confeiller
du Roy en fes Confeils
, Maiftre des Requeftes
, & Secretaire des Commandements
de S. A. R.
Madame , eft mort le
5.
Octobre.
René Roland le Vayer,
Seigneur de Boutigny
Z iiij
272 MERCURE
Confeiller au Parlement ,
eft mort à la
la campagne. II
eftoit de la mefme Race
dont eftoit le celebre La
Motte le Vayer.
Florent de Creil Bournefeau
, fils de feu Mr de
Creil Maitre des Requeftes
, eft mort le 24.
Octobre . Mr d'Argouges ,
Lieutenant Civil , a épou
sé fa foeur.
Anne - Françoife- Marc
de la Ferté , veuve d'Ale
xandre Tarteron, Seigneur
de Montiers , & c. Prefident
au Grand - Confeil, eft
GALANT. 273
morte le 27. du mefme
mois.
Marie- Camille Palavi
cini , qui avoit épousé le
12. Janvier 1670. Jean-
Baptifte Rofpigliofi , Duc
de Zagarolo , Neveu du
Pape Clement IX. mourut
à Rome le 4. Septembre.
Elle laiffe deux Fils , dont
l'un aura le Palais de Rof
pigliofi , & l'autre le Pala
tia. Elle a donné quarante
mille écus pour l'établiſſe
ment de fix Chapelains
en faveur de fix Eftudiants,
On a déja appris par les
$
174 MERCURE
nouvelles publiques fa
mort du Cardinal Vincent
Grimani Vice - Roy de Naples
depuis la derniere re
volution . Il mourut le 26.
Septembre d'une retention
d'urine , âgé de 58. ans.
Il avoit efté fait Cardinal
le 22. Juillet 1697.à la nomination
de l'Empereur
.
Perfonne n'ignore qu'il avoit
encouru les Cenfures
dont il a efté abfous à l'occafion
defa mort .
Dés qu'un Vice- Roy de
Naples eft mort , on fait
une élection pour remplir
GALANT. 275
la place per interim. On a
éleu le Comte Borromée
de Milan.
On a obmis dans le
Mercure dernier que Mr
Defchiens de la Neuville ,
Maistre des Requeſtes
, a
efté nommé Intendant de
Pau , par la mort de Mr le
Camus de la Grange , &
Mr du Fenoil , auffi Maiftre
des Requeftes , a eſté
nommé Premier Prefident
de ce Parlement.
Pierre Cardin le Bret ,
auffi Maitre des Requeftes
, & Intendant de Pro176
MERCURE
vence , a efté nommé Premier
Prefident du Parle
ment d'Aix , par la mort
de Pierre Cardin le Bret ,
fon
pere.
Comme l'émulation des
Bouts-rimez a cfté grande,
& que j'en ay reçu beaucoup
, j'ay efté obligé de
les diftribuer en plufieurs
endroits , & d'en obmettre
plufieurs de bons , auſquels
j'ay preferé les autres , ſeulement
parce qu'on avoit
augmenté ou diminué des
Rimes contre les regles.
GALANT, 177
* *
tapatapo kina kira KA KOD SVA the
BOUTS RIMEZ
DONNEZ
DANS LE MERCURE
PRECEDENT.
LES AGES.
Nos jeunes Débauchez à
vingt ans en ont . .trente
Ilsfont vieux à trente ans, &
caducs à
quarente
Jefuis Garçon , mon âge étant
tien
égal au
Toy marié , ton âge eft le double
du
mien
278 MERCURE
L'ambitieux guerrier vieillig
cinquante
avant
L'Imbecille & le Folfont jeunesà.
foixante
L'Esprit vieillit le corps
fien
Pafcal ufa le ..
Penfant trop, dormant peu , ne
mangeantpresque
rien
Qui penfe , mange & dort,
peutpaffer les feptante
Un Campagnard oififpaffera
les
nonante
Sifans trop raifonner il ſçait
reglerfon!
bien
Ses répas ,fes défirs , & l'ardeur
defon .
.chien.
GALANT. 279
.COM.GOAY.COM
SUR LES MESMES
BOUTS RIMEZ
PAR MR De N ***.
Semper homo ftultus.
L'Homme à tout âge eftfol ,
quinze ans comme à trente
Autrement fol pourtant à
and
vingt
quarente
Et mon âge en folie eft different
du
tien
Quoyque ton âgefoit auſſifol
}
quele mien.
190 MERCURE
Semper homo juvenis .
L'homme à tout âge est jeune ,
à quinze ans à cinquante
Tousjours jeunes défirs , il
medite a foixante
Pour un fiecle futur qu'il s'imagine
fien
Des projets reculez dont il ne
verra rien.
Semper homo vetulus .
L'homme à tout âge eft vieux ,
Leptante àsept ans à
Tousjours prés de la mort à
neufcomme à . nonante
On radote enfuivant les plaifirs
& le bien
On radote enun mot quand on
vit comme un chien.
GALANT 281
XCOMICON FOOT FOX FOOT
STANCE S
BOUTS RIMEZ.
C Tourterelle
7 Mouton
A a
Haneton
Hirondelle
Peroquet
Linotte
Marmote
Roquer
282 MERCURE
Guenuche
Vaux
Chevaux
Peruche
C
Chat
Gelinotes
Barbotes
Rat
Geniſſe
Poulet
Mulet
Ecreviffe
GALANT. 283
Becaffine
Pigeon
Efturgeon
Sardine .
J'ay choifi exprés
des Stances pour Bouts
rimez , afin que ceux
qui n'ont pas beaucoup
de temps à donner à la
Poëfie , puiffent en détacher
à leur fantaific',
deux , trois ou
quatre
Stances plus ou moins,
felon la durée de la ver
ve qui les prendra .
A a ij
284 MERCURE
QUESTION BADINE.
On a demandé
pourquoy
l'on aimoit mieux la
maison que celle de fon
voifin , quoyque l'on trouvaftfa
femme defon voifin
plus aimable
que la
fienne.
Comme cette Queftion
n'a efté faite que
pour donner lieu à des
jeux d'efprit , il ne la
faut pas prendre à la
lettre comme generale
GALANT. 285.
ment vraye , car il y a
des Maris qui aiment
mieux leurs Femmes
que celles d'autruy , &
qui ne trouvent point
de pire maifon que la
leur.
Ces fortes de Que
ftions , pour donner
>
lieu au badinage qu'on
y cherche , doivent ef
tre plus captieufes que
folides , ainfi on a eu
raifon d'y répondre fur
le mefme ton .
286 MERCURE
RESPONSES.
Par le Philofophe marié.
Ne
feroit - ce
point
par Amour
propre qu'on aime
mieux fa Maifon
que
La Femme
. On a ordinairement
fait ou choifi
fa
Maifon. On nous loue en
loüant la magnificence
, la
propreté
, le gouft de noftre
Maifon
. Elle eſt donc
une occafion
aux autres de
flater noftre vanité ou noftre
gouft . Nous l'aimons
pour cela . Ma Femme
au
GALANT . 207
contraire donne fouvent
aux autres de me blafmer
ou de me méprifer , &
pour cela je ne l'aime
point . Ce mefme Amour
propre eſt toûjours plus flatté
par la femme d'autruy
que par la noſtre , car une
femme donne moins de
louanges à fon Mary qu'à
celuy de fa voifine.
AUTRE .
Par le Perroquet de M
la D ***
Si on fe laffe de fa fem
288 MERCURE
me pluftoft que de fa Mai
fon , c'eft qu'on a épousé fa
femme , & qu'on n'a pas
épousé fa Maiſon.
AUTRE .
Par Mr de Gi ***
Cher voifi j'aime mieux
Fer
ma Maifon que la tienne
en connois tout le bon ,
cela je m'y plaiſt.
pour
Si la femme d'autruy me plaiſt
plus que la mienne
C'est que je connois moins ce
qu'elle a de mauvais.
AUTRE.
GALANT. 289
AUTRE.
Par L. C. D. M.
Conc
celle
de
gens
Tout le monde s'apperçoit
bien que c'eſt par
inconftance
trouve fa
femme moins aimable que
du voifin. Mais peu
peut- être ont fait reflexion
que c'est par inconſtance
auffi qu'on aime mieux fa
Maifon que celle d'autruy.
Cela eft pourtant vray. On
aime une Maiſon dont on
eſt le maiſtre , parce qu'on
peut y contenter fon in-
Bb
190 MERCURE
conſtance en la changeant
de cent façons . On s'y plaiſt
à deranger aujourd'huy ce
qu'on y arrangeoit hier¸ne
fulle qu'en changeant un
fiege de place ou un Tableau.
Ne voit-on pas de
ces inconftants qui s'ennuyent
dans leurs Maifons
& dans leurs Jardins dès
qu'ils les ont mis à leur degré
de perfection.
Peut - être que fi l'on
pouvoit changer tous les
jours quelque chofe à la
beauté ou à l'humeur de fa
femme on l'aimeroit
>
GALANT 191.
mieux que celle d'un autre
; mais par malheur on
accomode la Maifon comme
on veut , & l'on ne
tourne pas comme on voudroit
latefte de fa femme.
AUTRE .
Par Mr le M. de **
*
LA femme du Voifin
eft toûjours mieux arrangée
pour nous que pour
luy. C'eft pour nous qu'elle
fe pare , & non pour fon
Mary ; c'eft pour nous
qu'elle eft de belle hu-
Bb ij
£92 MERCURE
meur , qu'elle arrange fon
efprit & fon éloquence. La
Maifon d'autruy , au contraire
, n'eſt jamais a noſ
tre gouft fi bien rangée que
la noftre.
Dans la chambre d'autruy je
fuismal à mon aife ,
Damon place la Table où je
voudrois la Chaife ;
Oùje veux avoir chaud¸ il a
voulu de l'air,
Et bouche une Croisée où je
voudrois voir clair.
Fenfuis bleffé , quelle injuſtice
!
GALANT. 293
Mais ce qui fait mon grand
chagrin ,
Ma femme , en fuivant fon
caprice ,
Eft à peu prés pour moy la
Maifon du Voifin.
AUTRE.
Par le Mary libertin.
On
trouve la
liberté
en rentrant dans fa Maifon
.
On perd fa liberté en
retrouvant fa femme.
Bb iij
294 MERCURE
AUTRE .
Par M la Comteffe
de ***
UN maiftre de maiſon
fait tout ce qu'il peut pour
la rendre gaye , gracieuſe ,
aimable , un mary fait tout
ce qu'il faut pour rendre fa
femme de mauyaife humeur
; S'il devenoit complaifant
pour fa femme &
qu'il laiffat deperir ſa maifon
, le contraire de la
queſtion feroit veritable.
Je conviens avec Mª
GALANT . 295
la C. que les Maris ont
grande part à tous les
torts qu'on donne aux
femmes .
AUTRE.
Par Mr de S. P ***
ON ne fe contraint
point dans fa maiſon ; cela
fait qu'on l'aime .
On ne fe contraint point
avec fa femme , cela fait
qu'on ne peut pas l'aimer
long- temps , car en ne nous
contraignant point nous
Bb iiij
196 MERCURE
laiffons voir nos défauts
ceux qui les voyent nous
mepriſent , & nous haïſfons
bien- toft ceux qui
nous mepriſent.
Voilà tout ce qu'on
m'a envoyé fur la premiere
queftion proposée.
On n'a rien répon
du fur la feconde ; mais
on ne pouvoit pas manquer
de faire attention
fur la troifiéme.
GALANT . 297
QUESTION
POETIQUE.
On
In a demandéfous
quellefigure Dianeparoift
plus aimable , ou lorsque
fous un habit d'Amafone
elle chaße avec fes Nymphes
dans les bois de
Marly , ou lorfque là
baut au milieu des étoiles
elle reçoit quelques rayons
du Soleil dont elle prend
plaifir à gratifier les bumains
?
29 MERGURE
Une des
Nymphes
de cette Diane , qui a
reçu d'elle depuis peu
quelquegrace , m'a envoyé
ce Remerciement
en Vers.
REMERCIEMENT
A DIAN E.
Par Me D ***
Diane m'a fait une grace
la
D'un air fi gracieux , que
grace ilfurpaffe.
Tres- humbles graces je luy
rends :
STREGUE
VALLE
GALANTEN
Toutes fes graces je reffen 183
Et toutesfes graces j'admire.
Grace enfon air majestueux
Grace à prendre part
・Feux.
à
nos
Grace à penfer & grace
dire
Ce qu'avec tant de grace on ne
pourroit écrire
Graces brillantes dans fes
yeux
Graces qui vont au coeur des
Dieux
Grace à fe faire aimer , grace
àfe faire craindre
Graces à comparer puiſqu'on
peut peindre
ne les
306 MERCURE
Des trois Graces , foeurs des
Amours
Je compofe une Grace & ce
tout luy reffemble.
Par fes graces enfin l'on peut
compterfes jours.
Grace au Ciel d'avoir mis tant
de graces enfemble.
NOUVELLE
QUESTION.
En quoy font differentes
la jaloufie d'un
Mary , & la jaloufie
d'un Amant
.
GALANT. 301
le
Je ne donne qu'une
Question ce mois- cy , parse
qu'on n'auroit
pas
loifir d'y répondre avant
le premier Mercure que je
donneray au commencement
du mois de Decembre.
Si quelqu'un a composé
quelque chofefur les
Questions precedentes , je
le recevray encore avec
plaifir, car pour donner le
temps de faire de petits
Ouvrages fur les Que-.
302 MERCURE
stions , j'en repeteray toû
jours quelques-unes du
mois precedent pour joindre
à celles du mois prefent,
par exemple , ce que
jay deja fur la Queſtion
fuivante , je le joindray
à ce qu'on m'envoyera
pourle mois fuivant.
QUESTION MORALE,
On demande fi la
belle Galanterie , c'eſtà-
dire celle qui a un
but legitime , eft plus
GALANT. 30%
utile que nuifible aux
loix de la focieté civile
.
Le 15. Septembre Mr
leMarquis d'Argence prefta
ferment entre les mains
du Roy pour la Charge
de Lieutenant de Roy de
Bourgogne au departe .
ment de l'Auxois , Autunois
, & Auxerrois , vaćante
par le déceds de Mr de
Creancé fon Beau-pere .
La Maiſon d'Argence
eft tres ancienne , Hugues
Tifon d'Argence fit en
304 MERCURE
1226. une échange
de la
Terre de Dirac , qui eſt
encore dans cette Famille
, avec une Ducheffe
de
Guienne, &Conteſſe d'Angoumois
qui fut depuis
Reine d'Angleterre
. Cette
Princeffe
donna la Terre
de Dirac en échange du
Chafteau
de Toulure
&
fes dependances
dont les
Comtes d'Angoumois
firent
depuis leur lieu de
plaiſance, Paſquier dans ſa
recherche
de la France
dit que la Riviere qui
prend fa fource dans cette.
Terre
GALANT. 305
>
Terre , & qui porte auffi
le nom de Toulure eft
couverte de Signes , pavéc
de Truites , bordée d'Ecreviffes
, & lardée d'Anguilles.
François Watel , cinquiéme
General de la Miffion
de S. Lazare , mourut
le 3. Octobre âgé de 63 .
ans.
Le Pere Nicolas Sarrebource,
Bibliothequaire de
l'Abbaye de Ste . Genevieve
du Mont , mourut le 9 .
Octobre âgé de 63. ans .
Mr Phelyppeaux , fils
Cc
306 MERCURE
de Mr Phelyppeaux Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Intendant de Paris , a épousé
Mlle Voifin de S.
Paul fille de Mr Voifin de
S. Paul , Prefident au Parlement
de Roüen . Le nouvel
Epoux eft Neveu de
Monfieur le Chancelier .
Helene Gillot , Veuve
de Pierre , Ferand , Seigneur
ce Janvry Confeiller
au Parlement , mourut
le 23. Octobre âgée de
83. ans. Elle eftoit Mere
d'Helene Ferrand qui épouſa
en 1677 .
Louis FouGALANT
. 307
cault , Marquis de S. Germain
Beaupré , Gouver
neur & Lieutenant General
de la Province de la
Marche.
Mr Bontemps , premier
Valet de Chambre du
Roy , eut le zo . Octobre
l'agrement de la Charge
de Capitaine des Chaffes
de la Garenne du Louvre ,
avec un Brevet de retenue
de vingt mille Ecus,
Je ne
manqueray pas
dans la fuite de donner
les Noms de ceux qui
Cc ij
308 MERCURE
t
auront deviné les Enigmes
; mais tout le monde
a deviné celle- cy .
J'en aurois trop à mettre
, & j'ay meſme un
pretexte pour m'en difpenfer.
Car quoyque
tout le monde ait deviné
le mot qui eft la
Langue , perfonne n'a
deviné l'Enigme toute
entiere ; j'avois mis
pour ainsi dire , une
Enigme dans l'EnigGALANT.
309
me. C'eſt aprés ce Vers,
De Calvin enpublic j'ay
foutenu l'erreur.
que j'ay placé exprés
pour obfcurcir les fuivants
; car on a pris
le fçavant Compofiteur
pour un Herefiarque ,
& ce n'eft qu'un Cuifinier.
Lorfqu'unfçavant Compofiteur
Du feu d'Enfer bravant
larage
10 MERCURE
A faitpour me flater un
dangereux ouvrage
F'en fuisfuge décifif,
Monfentiment primitif
N'eft point fujet à diſpute.
ENIGME .
ON peut en
plaifantant
m'appeller
une
Ville.
Fouons donc fur ce mot
puifque plus de cent
mille ,
GALANT. ***
Hommes , Femmes , Garçons
, Filles , Vieillards ,
Enfants ,
"
Pendant le cours d'un an
fe font mes habitants.
Chez moy bravoure ni
Nobleffe ,
Vertus, ni talents ni richef
fe
5
Ne donnent point la primauté.
Le plus ancien Bourgeois
la prend d'autorité.
Hors de mes murs , & par
prudence
Biz MERCURE
Mon Gouverneur tient
Safeance,
Et foumis à tous mes
Bourgeois ,
Aux beftes feulement il
peut donner des loix.
Beftes qu'on met dehors
poureftreplus utiles ,
Hommes en
mouvement ,
& pourtant immobiles
,
Changeant de lieufans en
changer ,
N'y demandent qu'à deloger.
Et
GALANT . 313
Et fortant la nuit par
Cohortes ,
Ils vont dormir hors de
mes
portes ,
Et
viennent le jour plufieurs
fois
Se mettre à couvert fous
mes toits.
Mais me dira bientoft un
Devineur habile
L'Enigme à deviner me
paroift tropfacile.
Voicy le mot , je l'ay trouvé
,
Dd
314 MERCURE
Cette Ville , c'est un Caffé.
Peut- eftre ; dans Paris il
en eft bien plus d'une ,
On y prend enpublic une
liqueur commune.
Les Habitants y font oififs,
Grands Difputeurs &
décififs;
Mais hors de la difpute ,
ilsfont humains ,
affables ,
Et s'ils debitoient moins
defables
GALANT. 315
Ils feroient grands Hiftoriens
.
C'est un Caffé fans doute,
à ce motje reviens ,
Et depeurqu'on ne le devine
,
Je le disfranchement , cette
franchife eft fine ;
Carqui peut me croire af-
Sezfot
Pour dire en mefme temps
5 l'Enigme & le mot.
Autre Enigme courte
& facile pour ceux
Dd ij
16 MERCURE
1
qui n'ont pas le loifir
de lire ni de deviner .
JE contiens celuy qui
porte
Celle quicontient celuy
Dont la ftructurepeuforte
Porte pourtant des aujourd'
buy
Celle qui contient celuy
Qui portera plus loin
qu'aucun Moufquet
ne porte.
GALANT. 317
Extrait d'une Lettre d'Aranda
du 31. Septembre .
Dom Jofeph Vallejo ,
Colonel de Cavalerie , qui
avoit efté détaché pour incormoder
les Ennemis , ayant esté
informé que le General Wetzel
, qui commande les Troupes
de l'Electeur Palatinmar..
choit vers l'Aragon avec un
Colonel une escorte de
le
deux cens Chevaux , marcha
30. dans le deffein de les
combattre. Il les joignit à Vaidés
à deux lieues d'icy , où il
Dd iij
318 MERCURE
les attaqua fi vivement que
malgré la grande refiftance
qu'ils firent , ils furent entierement
défaits. Plus de cinquante
furent tuez , &foixante
faits prifonniers avec
un Capitaine & un autre
Officier , & onprit tous les
Equipages du General dans
efquels on trouva plus de trois
mille Piftoles en or , & beaucoup
de Vaiffelle d'Argent ;
le toutfut pillé. Ce General
&le Colonel avec le reste de
leurs Cavaliers , fe fauverent
à Siguença où les Enzemis
avoient 200. Fantaffins
GALANT. 319
mais ne s'y croyant pas en
feureté , par la crainte qu'ils
avoient des habitans , demanderent
à capituler. On leur
accorda un paffeport qu'ils demanderent
pour
quatorze pera
fonnes. Aprés cette action qui
ne coufta que quelques Cavaliers
à Mr de Vallejo , il envoya
icy les prifonniers , &
marcha le lendemain à Guadalara
afin de pouvoir obferver
les Ennemis de plus prés.
LE trois Octobre le
Roy d'Espagne , & Monfleur
de Vendofme arrive-
Dd iiij
220 MERCURE
rent à Tordesillas fur le
Duero
pour
aller fe metire
à la tefte de l'Armée
qui eſtoit à Salamanque ,
& qui devoit eftre jointe
par les Garnifons de Pampelune
, de Jaca en Aragon
, de Fontarabie , de S.
Sebaſtien & du Paſſage ,
ces Garniſons devant eftre
relevées par d'autres Troupes
, fçavoircelles de Pampelune
& de Jaca , par trois
Regiments tirez de Bayone
, & celles de S. Sebaftien
, de Fontarabie & du
Paffage par de nouvelles
GALANT . 22x
Troupes que les Eftats de
Biſcaye , d'Alava & de
Guipufcoa doivent lever
& entretenir à leurs dépens.
Des Lettres deMadrid du
4. portent que l'Archiduc
n'y eftoit entré que le 28 .
Septembre.qu'il eftoit precedé
par
le Regiment de
Cavalerie de Galvés , &
accompagné de fes Gardes
; qu'il entra par la ruë
d'Alcala & qu'il continua
fa marche par la Grande
ruë jufqu'à la Porte de
Guadalaxara , qu'il alla à
322 MERGURE
•
l'Eglife de Noftre- Dame
d'Atocha où il entendit la
Meffe ; qu'il alla enfuite ,
fans entrer au Palais ; à la
Maiſon de
Campagne de
Mr le Comte d'Aguilar &
de-là au Pardo où il eftoit
encore le 4. qu'une partic
eftoit dans le Voifinage
& l'autre le long de la Riviere
de Xarama ; qu'elle
n'eftoit
composée que de
14000. hommes de Troupes
reglées & d'environ
2500. Miquelefts
ou Bandits
qui faifoient de grands
defordres , ayant pillé pluGALANT.
323
fieurs Villages aux environs
du Pardo , & commis
plufieurs Sacrileges dans
les Eglifes en emportant
les Vafes Sacrez & en jettant
les hofties confacrées
par terre ; que les Curez
qui avoient efté en demander
juftice au Comte de
Staremberg avoient eu
pour reponfe, qu'il ne pouvoit
empefcher ces defordres
, faute d'argent dequoy
payer les Troupes ;
que la Ville de Madrid
n'eftoit gouvernée que par
les Alcaldes; que les Gene-
;
324 MERCURE
raux avoient reglé la con
tribution à quarente deux
mille Ecus par mois , &
qu'on en avoit fait le premier
payement d'un Magafin
de farine que la Reine
avoit ordonné de jetter
parce quelle eftoit gaſtée ,
& de laquelle neanmoins
les Ennemis faifoient faire
du pain pour leurs Troupes
; qu'ils tiroient des contributions
en grains des
autres lieux , ce qui n'empefchoit
pas que le pain ne
fuft beaucoup plus cher à
Madrid qu'à l'ordinaire.
GALANT. 325
que
Voicy ce que porte uneletre
de Madrid. Malgrécette
cherté du pain le peuple n'a
point voulu ramaffer l'Argent
l'Archiduc
a fait jetter
dans les rues,& ce mefmepeuple
ordinairement amateur des
Spectaclesfe renferma dans le
temps des Illuminations , &
affomma quelques Comediens
qui avoient joué dans un des
Fauxbourgs un Prologue de
rejoüiffance , & mefme que le
Poëte qui l'avoit composé
avoit auffi efte trouve mort le
lendemain dansla ruë.
326 MERGURE
.1
LE Roy
d'Eſpagne
arriva à Salamanque le 5.
avec Monfieur
de Vendofme
, où ils ne demeurerent
qu'un jour parce que l'Ar
mée continuoit
de marcher
vers
Placentia quoy
que toutes les Troupes
n'euffentat pas encore joint.
Elle trouvoit par tout une
grande abondance de vivres
& de fourages , & il
arrivoit ous les jours des
Recrues & des Corps de
Troupes tirées de divers
endroits.
GALANT. 32
Les Regiments de Caltille
& de Madrid pafferent
le 15. en revûë devant
fa Majesté Catholique qui
les trouva complets & en
tres bon eftat . On a diftribué
des Officiers François
qui eftoient fans employ ,
dans les Regiments où il
en manquoit. L'Eſtramadure
a donné des Chevaux
de remonte pour la Cavalerie,
& il y avoit quarente
pieces de Canon en eſtat
de marcher.
On a mis la Cavalerie
en quartier de rafraichif
318 MERCURE
fement en attendant la
jonction du rfte des
Troupes , à l'exception de
neufcens Chevaux qui ont
efté detachez vers Talavera
de la Reyna,pour mieux
obferver les mouvements
des Ennemis.Les Dragons,
commandez par Mr le
Comte Mahoni font allez
à Oropeza en deça de Talavera
; toute l'Infanterie
partit le 17 , pour aller camper
à Caſa Tejada à huic
lieues de Placentia.
Un détachement de la
Garniſon de Pampelune,
joint
GALANT . 329
joint par un bon nombre
d'habitans
armez ayant
paffé l'Ebre s'eft emparé
de la Ville de Corellà où
les Ennemis avoient des
Troupes , entre Calahorra
& Tudela , & a fait la
Garnifon prifonniere.Plufieurs
Maifons de mal intentionnez
ont efté pillées,
entr'autres
celle du nommé
Ferrer qui a eſté auffi
rasée parce que fon Fils
eftoit à tefte de la Garnifon
.
Ee
330 MERCURE
Copie d'une Lettre écrite
de Vittoria du 21 .
Octobre.
JE reçois une lettre de
D. Henriquez de Cavaillas
Capitaine au Regiment
de Tolede qui n'a point
quitté le Roy depuis ſa
fortie de Madrid. Il me
marque que depuis l'arrivée
de S. M. C. à Placen
tia les Troupes eftoient
campées entreCoria & Almara
; que Mr de Vendofme
eftant entré dans cette
GALANT. 331
derniere Place avec un
gros detachement en avoit
fait rompre le Pont le 14..
& que ceGeneral ayant enfuite
marché le long du
Tage pour reconnoiftre la
difpofition de l'Armée de
l'Archiduc dans la Caſtille
, il s'avança juſquà une
lieuë d'Oropeſa où il fut
attaqué par soo. Cavaliers
Alemans embufquez qui
le prirent par derriere &
crurent pouvoir l'enveloper
. Son detachement n'ede
260. Cavatoit
que
liers
avec
lefquels
il fit une
Ee ij .
332 MERCURE
fi vigoureuſe deffenſe qu'il
mit les ennemis en fuite ,
en tua ou bleffa plus de
100. & en prit 42. qui ont
eſté amenez hier icy. Il dit
que
l'Archiduc ne paroiſt
plus avoir le deffein de faire
la jonction des Troupes
de Portugal depuis que
8000. hommes de fes troupes
qui s'eftoient avancez
vers Albuquerque avoient
retourné fur leurs pas à l'aproche
de l'Armée Efpagnole.
Mr de Vendofme
alla encore hier reconnoiftre
l'Amée Ennemie qui a
GALANT. 333
remonté le Tage . Mr le
Marquis de Bay tient les
Portugais dans le refpect.
On amena hier au Camp
22. Miquelets qui couroient
les
Montagnes de
Tolede dont
quelques-uns
affurent que l'Archiduc
meditoit la retraitte dans
l'Arragon. Nous attendons
le refte de l'Artillerie avec
les munitions & les provifions
de bouchepours.jours
qui feront preftes au plus
tard le 18. aprés quoy nous
marcherons aux Ennemis
qui defolent la Caftille par
334 MERCURE
leurs vexations . On nous
écrit icy de la frontiere de
Navarre que les Ennemis
retirent les petites garnifons
qui font fur la Frontiere
d'Arragon dont ils
forment un Corps à Saragoffe
avec lequel ils prétendent
affurer le paffage
de cette Province par la
Caftille .
Extrait d'une autre
Lettre de Vittoria ,
LE Roy
d'Espagne a
devancé
huit mille
Portugais
"
GALANT. 335
de 24. heures , & s'eft emparé
du Pont d'Almaraz. On
croyoit qu'il eftoit impoffible de
les prevenir & on a admiré
la diligence quefa M. C. &
Mr de Vendofme ont fait
ainfi que Mr le Marquis de
Bay qui les a enfuite con
traints de fe retirer. L'Archidac
eftfort embarraffé pour fe
retirer n'ayant que quinze
mille hommes dont trois mille
font malades. Il ravage les
Maifons & Chateaux des
Grands & brufle beaucoup
de Villages aux environs de
Madrid. On a furpris une
336 MERCURE
lettre de l'Archiducheffe à
Madamefa Mere par laquelle
elle luy mande que les affaires
du Roy fon Mary ,
vont fi mal que fi cela continue
elle apprehende que
les Catalans ne prennent
des refolutions violentes .
L'Armée Espagnole eft
prefentement de vingt deux
mille hommes effectifs. Le
Roy cherche à donner Bataille
; mais Monfieur de Vendofme
le retient , le fuppliant
de temporifer en attendant Mr
le Duc de Noailles . La Ville
de Cadiz a vingt quatre Bataillons
,
GALANT . 337
taillons , & a offert au Roy
d'Espagne de luy en envoyer ce
qu'illuy plairoit. Sa Majeſtë
a temoignéqu'il
Amecel
re qu'ils reptaffent, & qu'elle
eftoit trés fatisfaite d'ailleurs
de leur bonne volonté.
A
Vittoria le 23.
Octobre.
L'Armée du
Roy
d'Efpagne
eft
prefentement
composée
de douze
mille
hommes
de pied &
de fept mille
chevaux
; &
ce nombre
eft effectif
; le
Ff
38 MERCURE
Roy attend encore deux
mille chevaux dans peu de
jours , de forte qu'il fera
bien plus fort en Cavalerie
que fes Ennemis . l'Argent
n'a point manqué jufqu'à
prefent, & l'on ne fçauroit
pouffer plus loin la fidelité
que le font tous les
peuples d'Espagne. Le
Royaume de Murcie a pris
les Armes dans la refolution
de fe bien deffendre fi
les Ennemis viennent l'attaquer
, celuy de Valence
en a fait autant. Il court
un bruit depuis hier midy
GALANT . 339
que les Ennemis feignant
d'envoyer un detachement
à Tolede fe retirent
veritablement ce qui eft
fort naturel à croire s'il eft
vray que les Portugais fe
foient retirez comme on
le public. La Province de
Biſcaye vient de donner
fooo. piftoles à la Reine ;
Il vient de tems en tems de
pareils petits fecours icy
auffi bien qu'à l'Armée du
Roy d'Espagne.
Quelques traitres avoient
tramé une confpiration à
Tortofe ; mais elle a efté
Ff ij
340 MERCURE
decouverte , & les auteurs
ont été pris & arreſtez . Un
autre traitre avoit livré aux
Ennemis la Ville de Xerés
de los Cavalleros vers
la Frontiere de l'Alentejo,
mais il n'en ont pas profité
s'en eftant retirez aprés
avoir neanmoins fait fauter
quelques fortifications
& bruflé quelques munitions
. On vient de recevoir
nouvelle que les Ennemis
marchent à S. Pozuelo qui
eft fur le chemin de Tolede
; c'eft auffi celuy d'Aragon
& de Valence. On ne
GALANT. 341
fçait point lequel ils pren-
*
dront. La tefte de l Armée
du Roy d'Espagne eſt à
Talavera de la Reina à 22 .
lieues de Madrid . On dit
mefme que le Colonel Vallejo
eft à Alcala . Nous
fommes icy dans un tresvilain
pays entouré de
montagnes ; mais qui eſt
bon pour la feureté de la
Reine.
A Vittoria le 30.Octobre.
L'Etat des
affaires d' Ef
pgne n'est pas auffi mauvais
Ff iij
342 MERCURE
que vous l'avez pu cr‹irë.
Les Ennemis font toujours
campez aux environs de Madrid.
L'Archiduc eft au Pardo.
Les Villagesfontpillez &
bruſlez jusqu'aux Eglifes où
les Anglois les Holandois
font des impietez & des fa- .
crileges abominables . Les Maifons
de tous lesFrançois & de
tous ceux qui ont fuivi la
Cour ont eftépillées à Madrid,
& la noftre par confequent
eft du nombre. Les François
ont eu ordre de fortir de cette
Ville dans 24. heures fous
peine de la vie , & les Dames
GALANT . 343
qui font restées à Madrid ;
ordre d'aller à Tolede ; la plus
part ont déja obey , & les autres
fe difpofent à le faire.
Ellesfont prés de 60. dans le
cas. On ne fait quelle peut
eftre l'intention de l'Archiduc,
à moins qu'il ne croye engager
par-là les Maris qui ſont aus
prés du Roy & de la Reine
d'aller trouver leurs femmes :
Ony a ordonné encore à tous
ceux qui ont des Armes , de
les porter àla Caza delCampo
; on craint que ce ne foit
dans la vue de faire un pillage
general en fortant de cette ·
Ff iiij
•
344 MERCURE
Capitale. Mrle Marquis de
Manfera , qui ayant prés de
cent ans , n'avoit pas pufuiare
le Roy, quelque bonne en
vie qu'il en euft , eftant restéà
Madrid , le General Stanhope
lalla voir pour l'exhorter
d'aller fe mettre aux pieds du
Roy Carlos tercero. Il luy
répondit qu'il pouvoit le
mettre aux pieds de l'Archiduc
d'Autriche , terme
dontfe fervent les Espagnols
pour dire affurer de leurs refpects;
qu'il l'honoroit comme
un grand Prince ; qu'il
pouvoit luy dire de fa part,
3
GALANT. 349
qu'il n'avoit qu'un Dieu ,
une Loy & un Roy ; que
fon Dieu & fa Loy luy
eftoient connus ; qué pour
fon Roy , s'il ignoroit qui
il eftoit , il luy apprenoit
que c'eftoit Philippe V. de
Bourbon legitime Roy
d'Espagne , a qui il avoit
prefté le ferment de fidelilé
; qu'il ne vouloit pas que
le peu de jours qu'il avoit
à vivre , fuffent tachez
de l'infamie de luy eſtre
parjure ; que c'eftoit là tout
ce qu'il pouvoit dire de ſa
part à l'Archiduc . Il finit
346 MERCURE
fon difcours , en difant qu'il
eftoit las d'eftre debout ,
qu'il s'alloit coucher.
De-la le General Stanhope
fut chez Mr le Marquis de
Frezno , qui luy répondit en
fubftance la mefme choſe, ajouſtant
que l'Archiduc eftoit
maiftre de le traitter comme
prifonnier ; mais qué
fans fon grand âge & fes
infirmitez qui l'avoient
mis hors d'eltat de fuivre
fon Roy , il ne l'auroit pas
trouvé à Madrid .
Monfieur de Vendofme eft
charmé de la fidelité des peuGALANT
. 34 %
ples. Elle va delà de tout ce
que l'on enpeut dire .Je ne vous
en citeray qu'un exemple qui
vous fera juger du refte . Les
Ennemis ayant
#
ordonné dans
un Village prés de Madril
qu'on criaft vivat Carles tercero
, les habitants crierent
vivat Felippé Quinto. On
les menaça dufeu , ils crierent
encore plus fort; on mit lefeu
à leurs Maifons ; ils s'affemblerent
, & danferent autour
desflames jufqu'à ce que tout
fuft reduit en cendres , difane
que c'eftoient leurs illumina
tions & leurs feux de joye
348 MERCURE
.
qu'ils faifoient par avance
pour le retour de leur Roy à
Madrid. Ce détail , & les
réponſes de Mr de Manfera
& de Mr de Frezno au
General Stanhope ont eſté envoyées
à la Reine dans ces
mefmes termes.
Le Roy eft tousjoursdepuis
le 19. à Cafa Tejada , fon
Armée en quartier , qui ſe
peut affembler en deux jours à
trois lieues de-là. Mr de Vallejo
eft avec un détachement
entre Segovie & Madrid ;
Mr de Bragamonte avec 500 .
Chevaux , à Torre Lodana
GALANT . 349
prés l'Efcurial ; Mr Mahoni,
avec les Dragons de l'Armée
à Calçada d'Oropeza ", ن ي ت&
Mr Lanceroti avec un autre
détachement , à Talavera de
la Reyna. On eft
informé par
ces Officiers
Generaux , de
tout ce que font les Ennemis
les payfans ayant un grand
foin de les en inftruire , & les
Ennemisfont fi peu
informez,
de ce qui nous regarde , que
dans des lettres qu'on leur a
furpris ces derniers jours, leurs
Generaux
demandoient s'il
eftoit vray que Mr de Vendofme
cuft joint
Philippe V.
350 MERCURE
On prend la plupart de leurs
Courriers, ce qui nous eft tresutile
pour fçavoir l'eftat où ils
font , & qu'elles font leurs
intentions : le filence des payfans
à leur égard , & le рец
d'avis qu'on leur donne , ont
fait dire icy , que le fecours
de France qui vient joindre
Mrde Noailles en Catalogne ,
aura joint avant qu'ils fçachent
qu'ilfoit party de Dauphiné.
IL y d'autres Lettres
qui portent queMr deVendofme
avoit détaché 4000.
GALANT. 357
Chevaux fur les ailes de
l'Armée de l'Archiduc
qu'il avoit plus de feize
cens prifonners ; que les
Ennemis ayant fait une
defcente fur les Coftes du
Royaume de Valence , Mr
Gaetano les avoit repouffez
avec les Troupes de
Murcie, & qu'il y en avoit
eu quatre cens de pris ou
de tuez .
352 MERCURE
. Suite du fiege d'Aire.
Au Camp devant Aire
les. Novembre.
la
LE Prince
Eugene &
Mylord Duc croyoient que
Place ne dureroit quejuſqu'au
1. Novembre
, & fe plaignentfort
de l'attaque
du P.
D. qui nous fait perdre bien
du monde. Les Affiegez
nous
ont donné deux fois de l'eau
dans nos Logements
, que nous
avons dans le chemin couvert
.
La premiere
fois nous avons
en
GALANT. 353
eul 160. Grenadiers noyez &.
la feconde 40. Nous avions
eru nous pouvoir paffer de la
Demi-Lune ; mais nous trouvons
que nous fommes obligez
de la prendre ce qui demande
encore bien du temps.Cette attaque
vafi malque nous allons
continuer celle de la gauche
que nous avions abandonnée.
Nous fommes maiſtres du
chemin couvert depuis deux
jours que nous avons gagné à
lafappe ; nous n'avons pas une
piece de Canon qui tire ,
les Affiegez au contraire ont
mis 20. pieces en batterie , s
4
Gg
354 MERCURE
nous ont en une matinée
rasé
noftre Tranchée
de la droite
qui n'eftoit que de fafcines
parce
qu'on ne peut lever de terre
à caufe des eaux . Nous fommes
obligez
d'aller tout à decouvert
en cet endroit
où l'on
nous tue beaucoup
de monde.
On ne fait plus quand nous.
ferons maiftres
de cette place ;
les uns difent le 12. les autres
be
15.
voila une rude Campagne.
Deux cens Maiftres ont
efté hier pour marquer un
Camp de 1200. hommes à
Haubourdin à deux lienës
GALANT. 355
de Lille. Quatre de vos Partis
en ayant efté informez ,
fefont joints enfemble & les
ont efté attaquer. Ils en ont tué
foixante , & un Lieutenant
Colonel qui commandoit le detachement.
Du Camp devant Aire
le 3. Novembre.
LE 31. Octobre à l'ataque
de la droite , nous
donnafmes un affaut à la
Demi - Lune où nous entrafmes
, & d'où nous fufmes
repouffez avec perte de
Gij
356
MERCURE
3.
4. à 5oo . hommes. La nuit
du 1. au 2 , nous l'attaquaf
mes de nouveau , & nous
y entrafmes encore mais
les François ayant fait ſemblant
de s'enfuir , rebroufferent
en mefme temps
chemin , & tomberent fur
nous avec fept Bataillons
& nous
ont chaffe la
Bayonnette
au bout du
Fufil , ainfi que la premiere
fois . Vous jugez bien
que tout cela ne fe fait pas
fans une groffe perte de
noftre
part
.
Les fentiments font pre
GALANT. 357
fentement bien differents
de ceux que l'on tenoit il y
a quelque temps , puiſque
l'on apprehende que nous
ne foyons obligez de refter
encore tout ce mois devant
cette Place. Il fait un temps
affreux , & l'on a ordonné
de faire de nouveaux chemins
jufqu'à Merville , au
travers des Jardins.
AVIS.
Vous n'aurez point
de
Supplement , parce
que le Mercure de No$
58 MERCURE
vembre que je donneray
au premier Decembre
, fuivra de fi prés
ccluy-cy qu'il pourra
luy fervir de Supplement.
J'y ay rejetté
tout ce que j'avois de
trop pour remplir
les
vuides qu'il y auroit
eu dans ce Volume impromptu
que je feray
en dix ou douze jours,
pour pouvoir
eftablir
un jour fixe pour mes
GALANT. 359
Mercures que je donneray
regulierement le
premier jour de cha- .
que mois .
SAD
THEQUE
LYON
FIN.3 *
DEL
ERRATA.
Page6 age 69. ligne 12. deliberé,
lifez mis.
Page 70. ligne 7.eftimoit ,
lifez obftinoit.
Page 200. ligne 3. Lucey
lifez Leucey.
29
Page 204.derniere ligne AG.
lifez AUG.
Page 238. ligne 8. appel-
Tent , lifez appelle.
Page 257.ligne 3.mon gloire
, lifez mon Efprit.
* *
TABLE
Preface , Conte de l'Afne. 3
Extrait d'un Procez quifepourfuit
au Confeil.
Nouvelles.
12
2 I
Siege de Bethune.
30
Morts , Mariages , &c. 31
Siege de S. Venant. 40
Apollon , & l'Amour , Dialo-,
gue.
Réponse de Cloris.
47
55
Confeil qu'on donne à l'Autheur.
57
Chapitre où l'Autheur voudroit
67
bien réjouir.
Lettre critique d'un Maifire de
de Paulme:
73
77
Relation de l'Affaire de vive
Siege d' Airs.
S. Eloy.
86
Le Prince Charles de Lorraine
elleu Coadjuteur de Treves.
97
Avis donné à l'Autheur , &c.
100
Chanfon Anacreontique. 113
Suite des Nouvelles d'Espagne.
116
Suite du fiege d' Aire. 134
Combat de l'Amour & du Refpelt.
Bouts Rimcz
L'Agioteur dupé:
Bouts Rimez
·143
145
147
183
Lifte des Troupes qui ont paſſe
en Rouillon. 189
Lettre du P. E. J. 194
Me de Belzunce , benite Abbeffe
du
Ronceray.
Chanfons.
Reception de Mr le Lieutenant.
Civil.
Mort.
2II
219
239
246
Mr l'Evefque de Metz prend
feance à l'Académie Françoife.
Nouveau Bouclier.
Morts , &c.
Bouts Rimez:
251
259
271
277
Nouveaux Bouts Rimez, Stances.
281
Questions & Réponses.
284
Nouvelle Queftion. 300
Preftation de Serment . 303
Morts , &c.
305
Enigmes. 307 .
Suite des Nouvelles d'Espagne,
317
Suite dufege d'Aire.
Avis ,
352
357
i
PRÍVILEGE DU ROY.
LOUI
grace
de Dieu , de
Roy
la
par
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers les gens tenants nos
Cours de Parlements , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil ,
Prevôt de Paris , Baillifs , Sénéchaux , leurs
Lieutenants Civils , & autres nos Jufticiers
& Officiers qu'il appartiendra , SALUT,
Ayant choifi Nôtre tres- cher , & bien amé
CHARLES DU FRESNY , Sieur de
Riviere , Nôtre Valet de Chambre ordinaire
; pour continuer de faire le Recueil
de plufieurs nouvelles , Relations , & Hif
toires ; & le faire imprimer fous le titre
de Mercure Galant ; il Nous a trés-humblement
fait fupplier de lui vouloir accorder
nosLettres de Privilege fur ce néceffaires.
A CES CAUSES Nous lui avons permis & permettons
, par ces Prefentes , de faire Imprimer
le Livre intitulé LE MERCURE
GALANT
, Contenantplufieurs Nouvel
les , Relations , Hiftoires , generalement
tout ce qui dépend dudit Livre , & qu'on
a coutume d'y mettre depuis trente ans
en telle forme , tharge , caractere , & autant
de fois que bon lui femblera , par tel Im
meur & Libraire qu'il voudra choisir
"
& de le faire vendre & débiter par tout
nôtre Royaume , pendant le temps de trois
années confecutives à compter du jour de
la datte des Prefentes ; Faifons défenſes à
toutes fortes de perfonnes de quelque quaité
& condition qu'elles foient d'en introduire
d'Impreffions Etrangeres en aucun lieu
de nôtre obéiflance , & à tous Imprimeurs ,
Libraires , & Colporteurs , & tous autres
de faire Imprimer , vendre , & débiter , &
contrefaire ledit Livre , ni Graver aucunes
Planches fervant à l'ornement d'icelui,
-ni même de le donner à lire pendant ledit
temps fous quelque pretexte que ce foit,
fans la permiffion expreffe , & par écrit
dudit Expofant ou de ceux qui auront
droit de lui , à peine de confifcation des
Exemplaires contrefaits ; de fix mil livres
d'amende contre chacun des contrevenants ,
dont un tiers à l'Hôtel Dieu de Paris , un
tiers au Dénonciateur , & l'autre tiers audit
Expofant , & de tous dépens dommages &
interefts à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiftre
de la Communauté des Imprimeurs
& Libraires de Paris , & ce dans trois mois
du jour & datte d'icelles ; que l'impreffion
dud Livre fera faite dans nôtre Royaume,
& non ailleurs , & ce conformément aux
Reglemens de la Librairie ; & qu'avant de
l'expofer en vente, il en fera mis deux Exem
>
plaires dans
notre
Bibliotheque
publique ,"
undans celle de
nôtre
Château du
Louvre ,
& un dans celle de nôtre trés- cher & féal
Chevalier
Chancelier de
France , le Siene
PHELIPPE
AUX ,
Comte de
Pontchartrain
,
Commandeur de nos
Ordres , le tout
à peine de
nullité
defdites
Prefentes ,
contenu
defquelles , Vous
MANDONS , &du
enjoignons
de faire jouir & ufer ledit fieur
Expofant , ou fes ayant caufe ,
pleinement
&
paifiblement
fans
fouffrir qu'il leur ſoit
caufé
aucun
trouble
Voulons
qu'à la copie des
Prefentes qui fe- ou
empêchement.
ra
Imprimée au
commencement
fin dudit
Livre , foit
tenue pour bien , ou àla
duement
fignifiée , &
qu'aux
Copies collationnées
par
l'un de nos amez & feaux
Confeillers &
Secretaires foy foit
ajoûtéc
comme à
l'original .
Commandons
au Pre-
રે
mier nôtre
Huiffier ou
Sergent de faire
l'execution des
Prefentes tous Actes
requis , pour
&
neceffaires fans
autres
permiffions , nonobftant
Clameur de Haro ,
Chartre
Normande
&
Lettres à ce
contraires : CAR
tel eft nôtre
plaifir.
DON NE' à
Verfailles
le
trenteuniéme
jour
d'Août , l'an de grace
milfept cent dix , & de nôtre
Regne le foixante
huit. Par le Roy en fon
Confeil. Signé,
DEVA
NOLLES.
>
&
Regiftré fur le,
Regiftre num. 3. de la
Communauté des
Imprimeurs &
Libraires
de Paris , page 63. num. 36. conformément
aux Reglements , notamment à l'Ar
reft du 13. Août 1703. A Paris , ce 2. Septembre
1710. Signé , P. DE LAUNAY,
Syndic
Qualité de la reconnaissance optique de caractères