Fichier
Nom du fichier
1710, 05
Taille
54.00 Mo
Format
Nombre de pages
315
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
MAY, 1 7 10.
A PARIS,
l, Chez MICHEL BRUNET, grande Salle du
Palais, au
MercureGalant.
cOmmeilest
impossibledansla ceaJ
joncture presente de ne pas
gross
le Mercure,ce qui en augmente considi
rablement les frais, on ne peut se difpe
fer d'en augmenter aussi le prix. Ainsi1
volumes qui feront reliez en veaufeverq
dront doresnavant38. sols. Quann
aux volumes qui feront reliez en parcheo
min, on n'en payera que trente-cia.
Les Relations sevendront autant qifl
les Mercures. 1
ChezMICHEL BRUNET, grands
Salle du Palais, au Mercure
Galant.
M.DCCX.
Aveç Privilege du Soy.
AU LECTEUR.
ILyiailieu de croire qu'on n â ne lit plus i jivis qui a
esté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure, fUi.(
que malgréles prieres réiterées
qu'onafaitesd'écrire en
caracteres lisibles les Noms
propres quise trouvent dans
les Memoires
pourestre employez,, on néglige
de le faire
9 ce qui est
cIJufè qu'il y en a quantité
de défigurezjetantimpossible
de devinerle nom d'uneTm
re, ou d'une Famille
,
s'ià
n'ejf bien écrit. On prie dù
nouveau ceux qui en envoyent
dj prendre garde
s'ils veulent que les nomi\
propres soientcorrects. 0/s
avertitencore qu'on neprenez
aucunargent pour ces Ain
moires,&quel'onemployera
J^is{esbons Ouvrages à le14À
four,pourvuqu'ils ne défi
obligent personne, & qui%
ceux qui les envoyeront ll\'
affranchirent le port.
1I-fAERCVRE
C4A-LAMY
MAT, 1710. DEPUIS que le Roy a
commence a gouverner
par luy mesme, quoyque son
occupation ait esté grande,
soit en paix, foien guerre, ses
premiers soins ont toûjours
regardé l'a.ccrolffcmciit3li pureté,
& le culce de la véritable
Religion, pour laquelle il à
toujours tout sacrifié. 'Sel
Edits sur ce sujet sont sans
nombre. Il a contribuédans
une infinité d'endroits de fom
Royaume à l'établissement des)
Temples;il a fait construire
celuy du Val-de Grâce qui est
une des Merveilles du Monde,
& celuy des Invalides dont roifl
les Etrangers qui lont vû onn
esté charmez. Il n'a point consideré
ce que la suppression de
l'Edit de Nantes coûteroit àa
son Erat
,
& il a cru qu'il gagneroit
beaucoup en donnant
j lieu à tous ses Su jets Prote stans
de sortir du Royaume. Monsieur
le Chancelier leTellierJ
qui signa la Revocation de cet
Edit,s'écriaaprèsl'avoirsignée,
comme le bon homme Simeon
,
Nunc dimittis servum
tuum in pace. Paroles que le
Roy repeta souvent, en disant
qu'après la revocation de cet
Edit
y
il mourroit content, en
quelque temps qu'il plût à
Dieu de l'appeller. Il a banni
de son Royaume,non seulement
les Protestans ; mars il a
auili obligé les Jansenistes à
reconnoistre leur erreur, &les
Quietistes à renoncer à la leur,
en sorte que l'on connoist à
present à peine dans son
Royaume, les noms de Protestans
,
de Jansenistes, & de
Quietistes. On ne doit pas s'étonner
après routes ces choses,
de la grande dépense qu'il a
faite pour la nouvelle Chapelle
de Versaillesàlaquelle on
travaille depuis un grand nombre
d'années. Rien ne lui a
coûté pour la construction &
pour les riches ornemens de
cette Chapelle,& plus elle luy
a coûté dans un temps si difficile,
plus il s'est acquis de merite
auprès de Dieu. On doit
dédièr-éettt Chapelle,& y celebrer
la Messe, le jour de la
Pentecôte, & il y a lieu de
croire que le Ciel continuera
de répandre ses bénédictions
sur le Roy, à qui il n'a fait
sentir quelques adversitez, que
pour mieux faire connoistre à
toute la Terre, la grandeur de
son ame, & que dans tous les
états ouceMonarque s'e st
trouvé, il a toûjours rendu des
graces à Dieu, comme dans sa
plus grande prosperité.
Jï passe aux Discours prononcez
dans l'Academie des
Inscriptions, & dans celle des
Sciences, le jour de l'ouverture
de ces deux Academies Royales
à leur rentrée d'après Pâques.
L'Académie des Inferiprions
s'ouvrit le Mardy zg.
du mois dernier par Mr de
Boze qui en est Secretaire per- J
petuel, qui fait toûjours l'Eloge
des Académiciens morts j
dans le cours de l'année, & il
s'attira de grands applaudisse- j
mens en faisant celuy de feu
Mr de Corneille ; Eloge d'autant
plusdifficile à faire, que
j'avois fort étendu cette Matiere
>
& que Mr de la Motte j
en avoit fait un
très- beau le
jour desa reception à l'Academie
Françoise. Mr de Boze dit
d'abord que Thomas Corneille
étoit né à Roüen le 20e
d'Aoust 162 5. de Pierre Corneille
Avocat du Roy à la Table
de Mar bre
,
& de Marthe
le Pesant fille d'un Maistre des
Comptes, de qui estoientaussi
descendus Mrs le Pesant de
Bois Guilbert, donc l'un estoit
Conseiller en la Grand'Chambre
du Parlement de Roüen,
& l'autre Lieutenant General
& Prcfident au Presidial de la
; même Ville; que le jeune Mr
de Corneille avoit fait fcs
Classes aux Jesuites, & qu'il y
avoit apparence qu'il les fit
bien; que ce que l'on sçavoit
de plus particulier estoit, qu'étant
en Rhetorique il avoit
composé en Vers Latins une
Piece que son Regent avoit
trouvée si fort à son gré qu'il
l'avoitadoptée, & qu'ill'avoit
substituée à celle qu'il devoit
faire representer à ses Ecoliers
pour la distribution du Prix de
l'année,& que lors qu'il eut
fini ses Etudes, il estoit venu à
Paris
,
où l'exem ple de Pierre
Corneille son aîné), l'avoit
tourné du côté du Theatre,
1
exemple, quipour eflrc suivy,
*demandoit une affinité de gcnie
que les liaisons du fang ne
donnoient point, & que l'on
ne comptoir gueres, entre les
Titres de famille.
f
Il parla ensuite de tous ses
Ouvrages, tant de Poësie que
de Prose, & quoy que l'on eût
déjà parlé à fond de tous ces
;
Ouvrages, on peut dire que Mr
* de Boze y donna un tour nouveau,
qui fit autant de plaisir
à ses Auditeurs que si la Matie-
| re eut elle nouvelle.
1 Mr l'Abbé Massieu, Professeur
Royal en Langue Grecque,
qui à l'Assemblée publique
du mois de Novembre avoit
lû une Dissertation sur les
Sermens, dont je vous donnai
alors une Analyse, lût cette
fois.cy un Discours, dont le
sujetestoit, Paralelle d'Homere
&dePlaton. Il commença par
s'cxcufer sur ce qu'il entreprenoir
de comparer deux grands
lionimes,qu'on avoit courume
de concevoir sous des idées
fort différentes, & dit: Que si
au premier coup d'oeil, l'opinion
qu'il alloit avancer paroifloïcifnguliere,
du moins
elle n'estoit pas nouvelle. En
effet, elle a, dit-il, eu d'illustres
Défenseurs dans l'Antiquité,
Ciceron, Denisd'Halicarnasse,
Quintilien, HeraclidedePont,
Longin, &c. Mais ces excellens
Critiques se sont contentez
de nous apprendre qu'ils
trouvoient une grande conformité
entre Homere &Platon
;& ne nous ont point laissé
les raisons sur lesquelles ils se
fondoient. Mr l'Abbé Massieu
tâcha de suppléer à leur silence,
& representa que s'il ne
parvenoit pas à bienétablirce
qu'ils avoient crû, on ne devroit
point en tirer de consequence
desavantageuse contre
le sentiment, qui est d'eux;
mais seulement contre les preuves
qui étoient de luy.
Ensuite venant au détail, il
remarqua que deux Ecrivains
peuvent principalement seressembler
par trois endroits;par
le fonds de la doctrine, par la
maniere d'enseigner, & par le
style.
Pour ce qui regarde ladoctrine,
il fit voir que les principas
d'Homere & de Platon
estoientà peu prés les mêmes.
1. Sur la Religion, 2. Sur la
Politique. 3. Sur TOcconomie
& sur les autres parties de
la Morale.
Quant à la maniere d'enseigner,
ils s'estoient,dit-il, proL
posezl'un&l'autre dinstruire
en divertissant, & de cacher le
precepte fous l'appas du plaisir.
Et parce qu'entre tous les
genres d'écrire ,iln'yen avoie
point de plus propre adonner
du plaisir aux Lecteurs, que
celuy où il entroit le plus &
d'imitation & de fixion; c'eil
à celui-là, poursuivit-il
,
qu'ils
s'estoient principalement atiachez.
Homere & Platon étoient,
continua-til, premierement
les deux plus grands
Peintres qu'ait euë l'antiquité:
& en second lieu, les deux
Ecrivains qui dans leurs Ouvrages
avoient le plus frequemment
& avec le plus de succés
employé les fyrnboles & les allégories.
Enfin pour ce qui concernoit
le style. 1. Platon cite continuellement
Homere. 2. Il
ne se contentoit pas de le citer,
il tâchoit de transformer son
style en celuy de ce Poëte, empruntant
de luy des expressions
qu'il enchassoit dans les
siennes propres y de telle forte
que les unes & les autres ne
faisoient plus ensemble qu'un
mefmc tiuu. 3. Dans les endroits
où il ne citoit ny necopioit
Homere, son style ne
laissoit pas d'estre tout poétique.
On sçait, dit-il, que ce
qui faisoit l'essence de la Poësie,
n'estoit pas precisement la mesure,
ny un certain arrangement
de mots; que c'estoit
principalement la pompe de
l'expression, la hardiesse des
figures, la vivacité des defcri-
< 3 ptions,& sur toutje ne fçp.is
quelle chaleur heureuse qui se
répandoit dans tout le discours
&quil'animoit.Ortoutesces
qualitez Ce trouvoient dans
Platon au souverain degré.
Mr l'Abbé Massieufinit par
rassembler les traits principaux
qui formoient une vraye ressemblance
entre Homere &
Platon, & par dire que de ces
deux Ecrivains presque égaux
en tout, le premier n'avoic
peut-estre sur le second d'autre
avantage, que celuy que tout
1 Original avoic necessairement
sur sa Copie.
Je dois a joûter icy, que
Mr l'Abbé Massieu, possede
parfaitement trois Langues, 6c
qu'il sçait dans ses Ecrits, joindre
l'Atticisme des Grecs,
l'Urbanité des Romains,& la
politesse des François.
Mr l'Abbé de Tilladet parla
aprés Mr l'Abbé Massieu, &
fit une Dissertationdans laquelle
après avoirexpliqué la
prééminence du Souverain
Pontificat des anciens Romains,
il en tira un avantage
pour prouver que les premiers
Empereurs Chrestiens avoient
pris, & avoient Ineflne dû
prendre la qualité de Souverain
Pontife; de forte que la
premiere partie de sonconcours
forma une espece de preuve
&de prejugé en faveur de la
seconde partie,qu'on pouvoit
regarder pour cette raison
comme une consequence de la
- premiere. Car s'il est vrJY dit il, ainsiqu'on le démontre,
par les Medailles, par une foule
de passages d'excellens Auteurs
, que le grand Sacerdoce
ait toûjours esté une dignité
éminente; que chez les Grecs
&chez les Latins elleait sifort
approché de la Royauté, qu'on
les y ait souvent confonduës
ensemble; qu'à Rome durant
la Republique le grand Pontife
quiestoit perpetuel ait esté
constamment superieur aux
principaux Magistrats, parmy
lesquels il y avoit une continuelle
revolution; que cette
puissance si distinguées'étendit,
selonFestus, sur toutes
les choses divines & humaines;
s'il eftvray que par là le grand
Pontife se fut acquisun souverain
empire sur les Citoyens,
non pas à la vérité en toutes
occasions,& à touségards ;unempire
absolu qu'il pût exercer
immédiatement; mais un
empire indirect,qui par le
mélange de la Religion avec la
Politique, par la liaison des affaires,
la correspondance des
personnes
,
la subordination
des Charges. & la combinaison
des évenemens, ramenoit
la Republique entiere aux vûës
& aux fins du Ch\.f de la Religion;
s'il est vray que Cesar
n'eut tant ambitionné le souverain
Pontificar, qu'à cause
que cettedignitéestoit seule
propre à couvrir son usurpation,
&à rendre moins odieux:
l'exercice d'une autorité sans
bornes; que de tous les titres '1
de ce premier Empereur Romain.:
main, celuy cy fut l'unique
qui luyeût conservé les honneurs
de la scpulture, & du
respect à sa memoire immédiatement
après sa mort: s'il
est vray enfin que ses successeurs
ne l'eussent esté qua la
faveur du Titre de grand Pontife,
auquel étoit attachée principalement
la souveraine puissance,
il s'ensuivoit que les
Empereurs Chrétiens n avoient
pû s'assurer le droit inconte
stable de régner, qu'en
acceptant cetre mesme qualité
de ceux qui la leur conferoient,
comme une qualité indispensable
en les élevant à l'Empire.
Ce fut ce que Mr l'Abbé
de Tilladet rendit plus sensible
par deux exemples. Le
premier fut de Macrin, qui
qupyque déja ëlù & proclamé
Empereur, ne fut neanmoins
avoüé pour tel qu'après que le
Sénat l'eut declaré & salué Souverain,
Pontife, voulant que
cette formalité;que cette nouvelle
reconnoissance futconsiderée
comme une condition
essentielle, & comme une espece
d'investirure; en forte
que de mesme qu'aujourd'huy
la qualité de Roy des Romains
doic necessairement preceder la
dignité Impériale, le Souverain
Pontificat ne dût pas moins
accompagner alors la Majesté
des Empereurs.
Le second exemple fut pris
de Gratien,qui refusa la Robe
Pontificale que luy presentaleColege
des Pontifes,estimant
ce refus convenable à sa
qualité de ChreHien. Il méprisele
grand Ponnficat, dit le
plus distingué d'entre les Prêtres
,
dans peu un autre pourroit
bien devenir en sa place
Souverain Pontise; il vouloit
dire aussi, & par conlequent
Empereur:Si Princeps nonvult
appellari Pontifex, admodum bre-
Ui Pontifex Maximusfiet. Expreluon
ambiguë & équivoque
, jeu de paroles ingenieux,
qui faisoit allusion au Tyran
Maxime, dont le nom répond
au terme qui exprime en Latin
le suprême Pontificat; maniéré
de menace audacieuse,quoy
qu'envdopée, espece de prédJébon
énigmatique, qui fut
bien rôt suivie de l'évenemenr;
car peu de temps après Maxime
ayant fait tuer Grarien,
usurpa 1 Empire&apparemment
ne fut il si entreprenant
& si hardy qu'à cause qu'il se
sentitappuyédesPayens,& sur
tout de la factiondes Pontifes
indignez, qui sçavoient bien
que ce nouvel Empereurne
refuseroit pas d'eux, comme
avoit fait Gratien, les signes
éclatans du Souverain Pontificat.
A ces motifspressans qu'avoient
les premiers Empereurs
Chrestiens d'accepter pour se
maintenir, le Titre de Souverain
Pontife, Mr l'Abbé de
Tilladct joignit d'autres preuves
plus positives, tirées des
Auteurs & des Monumens. Il
cira Zozime, L. 4. p. 761. Au.
sone dans son Action de graces
a Gratien, un Edit de Valentinicn
& de Marcien, Edit
inseré dans la troisiémeSession
du Concile de Calcédoine. Il
raporra les acclamations d'Empereur
Pontise, faites pour
Theodose dansle Concile de
Constantinople, fous le Patriarche
Flavien; il fit venir à
son secours le PapeGregoire,
qui reprochant à l'Empereur
Leon Iconomaque, de s'estre
renommé Pontife, ne l'en reprit
qu'en ce qu'il n'en soûtenoie
pas assez dignementle
caractëre. Vous avez écrit,
luy dit-il, je fuis Empereur&
Pontife. Ce sont vos predecesseurs,
ajoûta le saint Pere, qui
avoient prouvé par leurs paroles&
par leurs actions qu'ils
estoient appeliez Pontifes à
juste titre.Tels estoientle
grand Constantin, le grand
Theodose & le grand Valentinien,
dignes Empereurs &
Pontifes, parce qu'ils gouvernoient
l'Empire religieusement,
& qu'ils avoient foin
desEglises.
Sur ce qu'on objeéte que
Zozimeestsuspect, parce qu'il
haïssoit les Chrerstiens, Mr
l'Abbé de Tilladet entrant
dans le détail des circonstances
du témoignage de cet Auteur
,fit voir l'espece d'impossibilité
morale qu'il y avoir,
que Zozime eût Ole, ny me..
me voulu entreprendre d'imposer
au public; & ce qui rendit
encore à Mr l'Abbé de
Tilladetletémoignage de ce
Payen plus digne defoy, ce
fut qu'il avoit esté suivy en
dernier lieu par Baronius, qui
l'avoit dû examiner d'autant
plus exactement avant que de
l'adopter, qu'il n'avoir pas
craint de lè traiter de calomnie
dans CeS" Notes sur le Martyrologeau
22. dAousta& que
depuis, mieux insiruitilnous
declare dans ses Annales 312.
qu'il n'a pas honte d'avouer
qu'en soûcenant que les Empereurs
Chrestiensn'avoient
pas esté nommez Souverains
Pontifes, il estoit tombé dans
une erreur grossiere parlaforte
envie d'épurer trop scrupaleusement
leur Religion, &
faute ou d'avoir vu les Monumens
qu'il avoit recouvrez
depuis, ou d'avoir fait assèz
d'attention à ceux qu'il avoie
eus autrefois entre les mains.
Ce fut de ces mêmes Monumens
,de ces Inscriptions ou
les premiers Empereurs Chrétiens
font nommez Souverains
Pontises, que Mr l'Abbé de
Tîlladettira une nouvelle preuve
, & quand on luydit ou que
ces Monumens avoiencesté
érigez par des Gentils, ou
qu'ayanr esté faits d'abord
pour des Empereurs payens,
ils avoient esté ensuite, au
moyen de quelque ch angement
appliquez & transferez
à leurs Successeurs il répond
qu'il suffit que les Empereurs
CChhrréétiteienns snn''aayyeennitppuûig~nnoorreerr
que ces Inscriptions où ils
estoient appeliez Souverains
Pontises, paroissoientpubliquemenr
à leur gloire, Se
qu'ayant pû l'empêcher, ils
r ayent toutefois permis qu'elles
subsistassent, & qu'elles passas-
I sent à laposterité.
-
Si par la difficulté deresister
à de si fortes preuves, on se
t retranche à s'écrier que les prcmiers
Empereurs Chrétiens
n'estoient
pas vrayement Ponsises
,
& qu'ilsn'ont esté ap-
[ pellez tels qu'abusivement, que
par Métaphore & par allusion
à des vertus, ou à des pouvoirs
convenables à ceux qui
portoient dignement cette
qualité, Mr l Abbé de Tillader
se contenta qu'on luy abandonnât
le titre, duquel seul il
s'agissoit
,
déclarant qu'il ne
prétendoit pas non plus que
Baronius, que Constantin, Valentinien,
Valens, Gratien, &c.
eussent esté Pontifeseneffet,
de qu'afin de se faire consacrer
tels, ils fussent descendus dans
une fosse pour y répandre en
sacrifice le fang des Taureaux,
pour en boire, s'en faire arroFer,
& y observEr les autres
ceremoniesdécrites sur ce suet
par Prudence dans une de
ses Hymnes. Mais il persevera
"a soutenir qu'ils avoient porté
le nom de Pontife, & qu'ils
avoient pu l'accepter sans prévarication;
du moins par là,
reprit il, n'eussent ils pas ren-
Mu leur foy suspecte, fous les
auspicesdecette même dignité,
n'eussentils pas autorisé la
Religion payenne ,
à laquelle
cette même dignité devoit son
établissement o ? oüy, poursuivitil,
siles Empereurs Chrétiens
appeliez Pontifes, n'eussent pas
fait ouvertement profession
authentique d'une Religion
contraire qui profcrivoit les
faux Dieux, & renversoit les
Idoles? Mais ils avoient,ajouta
t-il, besoin du titre pour se
conserver la souveraine puissance
qui yavoit toûjours esté
attachée,&sur tout pour pallier
sagement certaines Canai..
tutions propres à reprimer les
libertez du Paganisme qu'ils
estoient obligez de tolcrer encore
,
& lequel par cette souveraineautoritépalliée
du titre
de Pontife ils ne laissoient
pas de trouver moyen de rui;
ocr insensiblement. Les Princes
comme les autres hommes,
ajouraà ce propos Mr l Abbé
ide Tilladet, doivent user de
icondefcendance & de ménagement
; par l'attention & la
longanimitéils viennent à
bout des plus difficiles entreprises
: au lieu qu'un zele indifcret
& une conduite précipitée,
gâtent les meilleures affaires,
& les plus faintes oeuvres.
On sçait,poursuivit-il, ce que
des gens de ce dernier caraéèc.
re ont tant de fois couté à l'E-
-
glise, & ce qu'ils peuvent luy
coûter encore.
Falloit-il donc, continua t il,
que les premiers Empereurs
Chrétiens abjurant par une
outrée delicatesse de Religion
mal-entendue
5
cette dignité
devenuë si indifférente en ellemêmeàl'égard
du culte, mis
-
sent en danger tout à la fois,
& leur Empire, & l'Empire de
Jesus-Christ?Mr l'Abbé de
Tilladet parcourut les inconvénients
qui en feroient arrivez,
& qu'il feroit trop long
de rapporter icy. Il parcourut
demême les avantages qui revenoient
au Christianisme, de
l'acceptation du titre desouverain
Pontife par les Empereurs
Chrétiens, &ilfinit par
montrer évidemment que le
grand Pontificat s'étant trouvé
dés le commencement de
l'Empire dégagé dans les Em-
: pereurs de toutes fonctions sacrées,
il ne leur estoit resté de
cette dignité suprême que le
nom, accompagné du souverain
pouvoir, encore moins
aux Empereurs Chrétiens, qui
par leur profession du Christianisme
inseparable. du renoncementàl'Idolâtrie,
declaroient
à toute la terre que le
titre de souverain Pontife nétoit
pas davantage en eux, un
titre de superstition
, que le
Titre de Roy de Pologne a esté
depuis un titre de Domination
sur les Polonois dans Henry
IIIeaprès qu'il eut renoncé au
Royaume de Pologne. De là
Mr l'Abbé de Tilladet conclut
que si la Minerve & le Pantlicon,
deux Temples des faux
Dieux, avoient pû avec leur
nom) leurs matériaux
,
leur
:
forme, & une partie de leurs
ornements, retenir leur ancienne
magnificence, sans conserver
pourtant le caratfterc
d'idolâtrie, dont par là ils fembloient
encore porter les traits,
toute tâche& tout soupçon,
en ayant esté effacez par leur
publique translation & con secration
à la vraye divinité, il
fautreconnoître demême que
les idées ayant varié suivant la
diversité des temps &des circonstances,
que le titre de souverain
Pontife ayantchangé
de nature & de signification erspassant
aux Empereurs, bien
davantage en passant à des Empereurs
Chrétiens avoit pû le
conserver sur leurs têtes avec
toute sa splendeur &toute son
autorité sans aucun reste de
superstition, attendu le nouvel
usage qu'ilsfaisoient de cette
souveraine puissance, le besoin
qu'ils en avoient, & le devoüement
public de leur perron..
ne & de toute leur grandeur,
à la Religion Chrétienne. La
prudence demandoit qu'ilsattendirent
à cesser d'estre nommez
Pontifes que les Romains
presquetous convertisen dussent
estre moins allarmez, que
la foy ne fut plus si exposée
aux mauvais effets des Révolutions
humaines, & que de
tous les grands titres, celuy
qui estoit le plus ancien & le
puis reveré dans Rome payenne
, devint dans Rome chrétienne
par une nouvelle application,
le nom du monde le
plus venerable & le plus saint.
Mr Henrion lut ensuite un -
Discours qui regardoit lesInscriptions
sepulchrales Antiques
dont il avoit déjà parlé
dans une autre Assemblée, &
fit connoistre que les sujetsqui
avoient quelque rapport effentiel
à quelque partie de la Jurisprudence)&
les Inscriptions
sepulchrales, comme les nommel'Empereur
Alexandre donnant
un très- grand jour à nos
Titres tant Civils que Canoniques
, devoient avoir le plus
d'attraits & de charmes pour
luy.
Il ajouta que personne ne
s'étonneroit sans doute qu'il
eust choisi une matiere convenable
aux deux Compagnies
dont il avoit l'honneur d'estre
Membre
,
& que peut -
estre
même ce choix paroîtroit d'autant
plus sage qu'ayant déja
deux sçavantes Introductions
à la Sciences des Medailles, l'un
des deux objets qui avoient
donné leurs noms à cette
Compagnie, l'autre objet de
la même Compagnie, ou les
Inscriptions devoient ce semble
d'aurant moins estre négligées,
qu'elles estoient, s'il osoit
le dire, d'une plus vaste étendue
& d'une plus grande utilité que
les Médaillesmêmes, comme
il feroit aisé d'en juger par la
feule espece dInscriptions antiques
dont il entreprenoie de
parler, en attendant qu'une
plus habile main se chargeait
d'un Corps d'ouvrage entier
sur les Inscriptions antiques
en general.
Il dit ensuite, que le but
qu'il s'estoit proposé dans cette
tentative se reduisoit à deux
points ; que dans le premier il
avoir entrepris dedécouvrir,
quel avoir esté l'esprit des anciens
Grecs & Romains dans
l'apposition des Inscriptions
sepulchrales
,
& d'examiner
avec foin en quoy consistoit
chez eux le droir d'Inscriptions
sepulchrales ; que le second
consistoit à développer quel
estoie chez les anciens Grecs
& Romains l'artifice des Inscriptions
sepulchrales, & à
reduire en Art, la Doctrine &
la Composition decesInscriptions
; qu'il avoit reduit dans
une
une Dissertation precedente
loue ce qui regardoit le droit
des Inscriptions sepulchrales,
& l'esprit des Anciens dans
leur position aux sept chefs
suivans. Aux différents motifs
quiavoient donné la naissance
aux Inscriptions Sepulchrales;
à l'antiquité & à l'usage universes
des Inscriptions Sepulchrales
chez tous les Peuples
Je la terreun peu civilisez; aux
personnes qui avoient droit
d'Inscriptions Sepulchrales ; à
celles à qui appartenoit le foin
de les faire & de les poser aux
lieux où elles avoient coutûme
d êcre placées;aux matieres sur
lesquelles elles étoient gravées;
& enfin aux caracteres, par la
beauté,la grandeur& la profondeur
desquels on tâchoit
d'en rendre la durée éternelle.
Et qu'ainsi il ne luy restoit
qu'àdéveloper à la Compa.
gnie l'ingenieux artifice avec
lequel les anciens Grecs & Romains
composoient leurs Epitaphcs;
a rassembler dans un
Corps la Doctrine de ces pretieux
Monumens, & à tâcher
de réduire en Art uneconnoifsance
dont les Recüeils de Gruter
& les autres choses ne nous
presentoient les principes & les
réglés que par lambeaux,&
par exemples détachez; que
c'estoit de lïnduébon générale
de ces exemples, qu'à force de
meditation & d'observations,
il avoit levé le plan qu'il alloit
avoir l'honneur de proposer à
la Compagnie sur la Science
des Inscriptions sepulchrales.
Il ajouta qu'il examineroit
d'abord, ce qu'on devoit entendre
par Inscriptionsepulchrale;
quelle estoit la simplicité
des Inscriptions sepulchrales
dans leur naissance; la prodigieuse
multitude de branches
qui pullulerent de certe ancienne
simplicité;le point de plenitude&
de perfection où l'Art
& l'Invention avoient amené
la composition des Epitaphes,
& enfin l'elocution des Epitaphes
& les divers avantages
que l'on pouvoit en tirer pour
tous les divers genres d'Arts
& de Sciences; que s'il estoit
échapé quelque chose d'cdcntiel
à sa premiere vûe
,
il esperoit
qu'on luy seroit grâce en
faveur de la nouveauté de son
d.flein, & que s'il ne faisoit
qu'indiquer en courant c
hacune
des parties de cet Art, il
seroitaisé de s'en prendre à la
briéveté du temps qui ne permettoit
que de donner une
idée generale& legcre de tout
ce qui regardent cette Science.
Mr Henrion tint parole, & fit
le détail de tout ce qu'il avoit
promis, & finit en disant, qu'il
Lissoit à quelque Spanheim futur
à donner un Traité sur ce
sujet,& qu'en attendant illuy
fust permis de se plaindre des
injures du temps impitoyable
qui nous avoit enlevé la plus
grande partie de ces Monumens
precieux; mais plus encore
des injures des hommes
qui sans respect pour la Religion
des Tombeaux, pour leur
propre instruction & pour la
nostre, avoient souvent employé
les Tables des Inscriptions
sepulchrales à l'indigne
usage de faire de la Chaux;
que peut estremême le zele du
Christianisme nous avoir encoreplus
enlevé que le temps
& l'ignorance ; mais que du
moins il en estoit assezresté
pour essayer d'en tirer une Introduction
à la Science des
Inscriprions fcpulchrales
, &
qu'il avoüoit que ce seroit la
faute non des Matériaux, mais
de l'Ouvrier, si dans la Diifcr.
tation qu'il avoit déja donnée
sur cette matiere, il n'avoir pas
assez bien développé quel estoit
l'esprit des anciens Grecs &
Romains dans t'appotnion des
Inscriptions sepulchrales ,ou
si danscelle qu'il donnoit alors
il n'avoit pas montré dans tout
son jour, l'ingenieux artifice
avec lequel les anciens Grecs
& Romains composoient leurs
Epitaphes, les deux seuls points
où il avoit réduit l'Art & la
Doctrine des Inscriptions sepulchrales.
Mr Foucaulr, Conseiller d'Etat,
& l'un des Presidens honotaires
de cette Academie
ayant pris la parole après que
chaque Académicien eut parlé,
resumaleurs Discours d'une
manière rout à faitingenieuse,
&qui fit beaucoup de plaisir
à toute l'Assemblée.
Le lendemain 30e. l'Academie
Royale des Sciences ayant
tenu aussi sa premiere Assemblée
publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle
Secretaire perpetuel de
la Compagnie,qui estant eagagé
par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens morts, fit celuy -
deM de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé
à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant.
des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes,
&c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler
fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers
contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier;
que c'estoit par cet endroit
que la Botanique devenoit
une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein
ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant
curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant
avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes
ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvellesPlantes,&
çeluy de mettre
à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion
dominante desBotanstes
qu'ils y avoient mesme si heureusement
réüssi, qu'on pouvoir
dire que jamais le nombre
des Plantes connuës n'avoit
eite si grand, ny la matiere
Medecinale plus abondance;
qu'on pourrtoit cependant
dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà
la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle
en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction
de la plûpart des nouvelles
Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir
trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode
si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic
particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc
di sparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
, soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez
du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge,
dont il entretint ensuite
la Compagnie:ildit toutes
les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus.
Ilparla de plusieurs experiences
d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge
de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées
avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette
noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens
dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable,
de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny
beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte.
Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés , lévenement avoir furpnffe
son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant
l'Automne il y eut beaucoup
de Malades; que la plûpart
n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere
; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles
tierces, qui estoient souvent
accompagnées de dévoyemenr;
que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux,
ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne
qui preparoit les remedes
donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede
ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit
point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique
guery ,
d'avoir esté resserré
pendant trois jours,& d'avoir
rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,
ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux
avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda
ce que l'on avoir donné
à ce malade;qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise
qui luydécouvrit un nouveau
remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer
le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion
que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque
liqueur,& qu'il s'y rencontre
quelque acide, ou partie
serrugineuse,ils ne manquoient
point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné,
ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
: Et il ajoüca, quel'experience
répondit à souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede
qui coutoit si peu, s'épargnerent
ladépense du Kinkina
dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant
en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes.
Il nomma deux autres
Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle;que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur
comme quelques-uns
l'assurent ; qu'il falloit une certaine
quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion
que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente
des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
, que
les vices de la digestion pouvoient
venir tantôt de la disposition
de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à ces fiévres un caractere
& des accidents différents
qui servoient alesdistinguer,
& montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,
quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses
princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement
tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé
& rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre,ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient
leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement
qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité
que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&
untenesme si l'onvouloit
, ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion;de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit
toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît
ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
iHnterlmtietenrtem. ncore- ..-
Il dit encore plusieurs choses
pour prouver que le nouveau
febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
, que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner
les occasions dans lesquclles
on devoir employer le nouveau
febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina
,auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité
que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique
des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique
parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie
de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pouvoit
observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes
; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons ; 3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance
que l'on avoit des
animaux , pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent
vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante
que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha ; qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton ; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair a du rapport a celle des Ecrevisses
de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a del'herbe autour
de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsi seche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a experimenté que si
on l'arrache, il nepeutplussubso.
Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit
à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux
>il estoit attesté par plusieurs
Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon
qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes
accidens. Il fit voir que
cestoit à ces derniers temps que
l'on devoit la découverte des
oeufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance
d'un oeuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres
qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux.
Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux
plus ou moins tardifs à
produire,&qu'en general routes
les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes
des Plantes & des Animaux
,& il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes,
& il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces.
Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua
ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal
avoit son temperamment.
Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses
necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à tous les Animaux
,&que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y pouvoir
remedier&qu'on pouvoit même
les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Animaux
depuis leur origine juLqu'à
leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
oeufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds,
& dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter
, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux
pour tirer quelques consequences
touchant les Plantes)
ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'il s'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit
encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens,
& il finit par cet endroit,
qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année
1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent.
La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours
sur les MatieresSulphureu
ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre
en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
- Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc
Sulpbureuse ou Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit,
& qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere
de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à aucunes
des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe
s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme
font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement
dans une matièreaqueuse,
& qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion
qu'elle se tiroit d'une partie
animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre
princi pe, ainsi devenu maticre
sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement
Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites
, & alors redevenir fimplement
Matière de la lumiere;
mais aussi qu'il pouvoir encore
en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece
de soufre en une autre espece
, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse
; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales
, que l'on pouvoit faire rentrer
dans les matieres minérales
dessechées par la calcination
au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à ces Minéraux ainsi détruits,
ils reprenoient dans un
moment au grand feu, la même
forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant
; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit
à la place de la matiere huileuse
ou sulpbureuse du Mine-
- rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce qui
fevoyoit dans toutes les chaux
4 des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses
en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tres sensibles par
un grand nombre d'experiences
qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur
àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveau Baromètre fort
sensible qu'il a inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit
sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable
aux autres pour plusieurs
raisons, n'estant pas sujet
à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent
il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées
par les différentes pesanteurs
de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles
; que par exemple, d'environ
40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant
droit & vertical, les rendroit
toûjours incommodes,
& souvent intraitables
, au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit
rien de cet embaras, ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres
Barometres pour y marquer
ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation
qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître
que son Barometre étoit
si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli,
& porté à telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit
si simple, qu'il estoit étonné
que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
: Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques
) devroits'étendre
en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
, ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle
demeure toûjours perpendiculaire
à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser
à ce Barometre. Il fit enfuite
une Description tres-senlîble
de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation,
la raresaction & la condenfation
des liqueurs par le -
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement
moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre
pourroit aisément être
rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.
»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours
de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a à l'entendre en cette occasion;
qu'il releve d'une maniére
si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y fait voir de nouvelles
beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer
dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit
n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance
dans laquelle il a parlé.
Mlle de Noailles, fille de
Me la Maréchale de ce non1,
& niéce de Mrl'Archevêque
- de Paris, a fait Profession aux
Filles de la Visitation de Sainte
Marie de la ruë du Bacq. S. E.
a fait la Ceremonie, & le Pere
Gaillard Jesuite, a prêché, & il
a rcçû les applaudissemens qui
luy sont ordinaires, & tout s'est
passé dans cette Ceremonie avec
beaucoup d'édification, &
un grand zele delanouvelle
Religieuse. L'Assembléeaesté
nombreuse
,
& Mc la Maréchale
de Noailles a donné un
grand Repas à toute la Communauté.
1 iiij
Mrle Duc de Noailles son
fils a ob tenu du Roy un Bree
de retenuë de cent mille écus
sur sa Charge de premier Capitaine.
des Gardes du Corps.
Jamais Seigneur n'estentré si
jeune dans le Service, & tout
cequ'il a fait en Catalogne dans
un âge tres- peu avancé, a donné
des preuves éclatantes de
cette vérité. Elleest connuë de
tout le monde. Ainsi je n'entrerai
dans aucun détail, car
quoy qu'il ne soit pas encore
fort avancé en âge
,
j'aurois
trop de choses à vous en dire,
sijevouloism'étendre sur toutes
ses actions, -
Voicy une Epithalame que
Mr Hervieux donna à S. A S.
Mademoiselle d'Enguien peu
avant son Mariage.
EPITHALAME.
Parmy les voeux publics qu'on)
fait pour Vôtre Alt ffe,
Permettez aujourd'huy
J
tres-illustre
Princesse,
Qu'aupied de nos Autels le zele
de mon coeur
Offre pourvôtreHymensapriere
au Seigneur,
Afin que d'un Heros, par d'heureux
sacrifices,
Vous soyez pour long-temps l'amour
cm les delices.
*
Des Peuples réjoüis les acclamatIons
, Attireront sur vous les benedictions
;
De rares qualitéz le Ciel ornant
vôtre amey
Veut d'un Epoux parfait recompenfr
la flâme.
Vôtre merite acquis est digne du
haut rang ,
Que vous donne à la Cour l'honneur
de vôtre Sang,
Au milieu des grandeurs vôtre
bontéprofonde;
Attire avec raisonlesyeux de
tout le monde;
Vôtre aimable douceur, &vôtre
pieté,
Accompagnent les foins de vôtre
charité;
Le noeud de vos grands coeurs faisant
nôtre esperance,
Promet à nos neveux unsoûtien
pour la France.
Vendôme aux Ennemisimprime
de l'effroy,
Son bras plus d'une fois leura
donné la loj ;
Ce Heros invincible aux travaux
de la guerre,
Quittant pour quelque temps
Mars avecson tonnerre,
Prend plaisirà se rendre aux doucours
de l'Amour,
Qui du victorieuxtriomphent à
leurtour. -
Vëuilleàjamais le cielcouronnant
sa viBoire>
Ala finde vos jours vous com- bler desa gloire.
Je vous envoye de nouvelles
Expéditions de Mer. J'espere
vous en envoyer encore de
nouvelles avant defermer m.
Letttre.
A Nantes le premier May.
Mr Paul Laurens de Dutv
kerque, Capitaine du Navire
nommé le Duc de Baviere, de
180.tonneaux & de 11. canons,
étant à la hauteur de 11.
1à 23. degrez latitude Nord à
20. lieües deVigo, a rencontré
-
un Brigantin venant de
Montbay - en Angleterre
,
du
port de 24. tonneaux chargé
de 50. Barriques deSardines
& de quelques Saumons de
Plomb dont il s'est saisi.
-
Le 22.dumême mois étant
dans le même parage, il arencontré
un Paquebot d'Angleterre
armé de dix canons avec 1
son lest, & 45. Matelots &
Soldats,& sixOfficiers Anglois
venant de Lisbonne pour aller
en Angleterre, qu'il a aussi pris,
& l'a conduit dans la Riviere
de Nantes.
Mr de la Moincrie- Miniac
commandant le Vaisseau du
Roy le Superbe, a pris une Frcgatte
Angloise de 8. canons,
qui alloit en Terre-Neuve.
Le IIe de ce mois on fie
dans l'Eglise Royale de Saint
Quentin avec beaucoup de
pompe ,
la Benediction des
Etcndarts des Compagnies des
Gardes du Corps de Villeroy
& de Boufflers. Mr l'Abbé
Despagne,Chancelier& Chanoine
de cette Eglise qui fit la
Ceremonie, fit le Dscours suivant
à Mrs les Commandans
de la Maison du Roy, Officiers
& Gardes du Corps de Sa Majessé.
L'hommage
,
MefFeurs
, que
'Vous faites de vos Etendarts au
Dieu des Armées, en les déposant
sur nos Autels, pour ensuite les
<
recevoir de la main de tEglzfe)
cft sans doute de vôtre part une
reconnoissance publique, & un
aveu solemnel que la valeur &
la force sans la protection du Ciel
ne sontrien; queDieu tientdans
le seinde sa Providence toutes les
ressources de la guerre, & que
luy seul donne la victoire. Ces
justes sentimens que vôtre foy &
vostrepieté vous donnent de la
puissance du Tres-haut, produisent
en vous la sainte e noble
confiance avec laquelle vous entrez
en campagne.
La France, Messieurs,vous
regarde comme son principal ap..
puy, & les Troupes de Sa Aiajestétrouventenvousleurs
Anges
tutelaires; vous devene^ l'ame
des Armées où ton vousvoitparcîtrcivousfaites
tout à la fois
leur beauté c, leurforce eéucs
doiventordinairementleursgrands
succés au mouvement que vous
leur donnez.On vous connoît
moins à vos armes & 4 vos habits
qu'à la valeur, à l'honneur
& à la politisse qui vous distinguent.
La reputation de vojlre
Corps a toujours estéinalterable,
malgré lecaprice & la diversité
des évenemens; Ë7 quelqu'issuë
qu'ayent eu pour vous les Combats
,vosactions n'ont jamais
rien perdu du prodige. Puis en
s'adressant à Mr le Comte de
Montesson, Gouverneur de
S. Quentin, Commandant la
Maison du Roy, il dit: susi
tien au monde ne peut encherir
sur la gloire de commander,comme
vous faites,Monsieur, un
Corps si auguste &siredoutable,
que de joindre à cet honneur la
garde de la Personne sacrée. du
Roy, & d'avoirJçu luy plaire.
Le Commandement desa Massion
ne pouvoit se refuser à vos longs
services, ny à vostre ancienneté.
Si le chemin d'arriver à cet Employ
n'avoitestéfait, vostre bravoure&
vostre intrépiditédans le
Combat de l'année derniere,suffisoientseules
pour l'abreger;mais
l'endroit leplusbrillant& leplus
solide de vostre gloire, efl devous
trouverselon lecoeur dupiussage
& du plus grand Prince du monde,
par l'assemblage de toutes les
vertus qui font trouver un parfait
Chrestien dans le Haros.
PuifFe={-'VouJ, Monsieur, jouïr
long-temps de ce bonheur;fasse le
Ciel, Messieurs, qu'une Paix
prochaine couronne vos travaux,
& que cet amas de gloire qui
vous revient de tant de Guerres
longues & penibles se répande
sur vostrevieillisse, Com la rende
respectable jusqu'au tombeau.
Puissent Us larmes Ci les gemissemens
de l'Eglise S'éleverjusqu'aDieu,
~(7 en obtenirle soulagement
de son Peuple, & la
réunion desesEnfans;puissent
ces Etendarts benis & confaetez
que ÏEgliJe vous met en main
J n'estrejamais soüillez du fang
Cbrestien, ~&seconserver tous
entiers par une Paix aussi durable
que le siecle.
Comme vous aimez la diversité
des matieres, & que
vous avez oüyJ ditesvous,
parler il y a long-temps d'un
Tableau de l'Albane, qui cft
dans le Cabinet du Roy, &
que vous souhaitez d'en avoirs
une Description qui est fort
curicuse, & que les plus grands
Peintres & les Curieux ont pris
foin de rechercher, je vous en
envoye une dont la tecturc
vous fera sans doute beaucoup
de plaisir.
j
Le conseil éternel de Dieuayant
resolu le Mystere de l'Incarnation
du Verbe, les Personnes de
la Sainte Trinité l'accomplirent
dans la plenitude des temps. Le
Pere Eternel envoyal'Ange Gabriel
à la Vierge Marie pour luyN
en porter la nouvelle. C'est le moJ*
ment où illuy donne cet ordre que-..-
FrançoisAlbano l'un des plus
sçavans & des plus agreables
Peintres d'Italie, egrand oncle
duPape, a voulu exprimer dans
l'excellent Tableau connu par la
gloire de l'Albane, çy* qui estdans
le Cabinrt du Roy.
Il est dans un ovale couchée,
au haut de laquelle se voit le Ciel
ouvert ,
brillant d'une lumiere
douce,répanduësurles Choeurs des
Anges, qui paroissent dans le respect
& l'admiration de ce quise
pass. C'est ce qui a donné au
Tableau le nom de la Gloire.
Le Pere Eternely efl representéau
milieu avec toute sa Majesté
ajjti sur les Cherubins, CM
sur les Trônes
3
tenant sous pt
droite un globed'azur
,
symbole
du Monde, dont il veut la reparation,
étendant la gauche pour
donnerses ordres à l'Archange,
qui paroît au dessous dans le milieu
des airs avec une grace &
une legeretéadmirable. Plus bas
est un Ange d'un Ordre inférieur,
qui tient une branche de lis pour
marquer la pureté de la personne
qui doit avoir part au mystere,
(7 qui estdel'invention du Peintre.
Elle est admirable dans les quatre
figures de Femmes, dont il a
placé deux de chaque côté du
Tableau , &qui font posées fûtdes
nuages. Les deuxdu cote droit
représentent laJustice& la Paix,
&* celles du cotégauchela Nhfericordee
la Vérité, felon le paf
sage de David au Pfaumc84:
y. 11.qui ditque la misericorde
& la verité se sont rencontrées
, & que ln Justice & la
Paix se font embrassées. On
sçait que le Prophete parloit alors
de l'Incarnation,Cque c.efi dans
ce grandMystere que ces attributs
divins
,
qui sembloient oppose
sefont réünis pour le salut des
hommes, dont la Justice (;f la
Vérité demandaient la punition,
pendant
pendant que la misericorde & la
paix sollicitoient leur reconciliation.
Rien riefl plus heureusement
represente
3
puisque c'estl'accomplissement
du Conseil éternel, que
toutes les parties de ce belouvrage
concourent a exprimer; aussi le
Peintre qui en connoissoit bien le
merite, disoit quil devoit estre à
une teste couronnée. E per una
testa coronata.
L'Original de ce Tableaufut
apporté de Boulogne.
On a soûtenu le16e de ce
mois au grand Convent des
Augustins de cette Ville
, une
These dont je ne dois pas oublier
de vous parler; ce qui
s'est passe à cet Acte étant
digne de la curiosité du public.
Le Pere Picoté Religieux de
ce Convent, & Licentié en
Theologie de la Faculté de
Paris, eut l'honneur de dédier
cette These à Messieurs de
l'Assemblée Generale du Clergé
de France; l'Estampe de la
These convenait cres bien aux
Affaires du temps ; elle representoit
Moyse sur la Montagne
, priant Dieu Icî mains &
les bras levez vers le Ciel, &
soûtenus des deux costez par
Aaron son frere, & Hur, tandis
que Josué combattoit contre
les Amalecites.
Cette These qu'on appelle
Vesperie, & qui efl; le dernier
Acte que l'on fait pour prendre
le Bonnet de Dodteur, fut
soûtenuë l'aprés-midy dans la
Salle des Actes du Convent,
qui estoit magnisquement ornée.
Sur les cinq heures S. E.
Monsieur le Cardinal de Noailles,
President de l'Assemblée
générale du Clergé de France,
s'y rendit avec Messieurs
les Archevêques, Evêques, &
Abbez; les Prclats étoient tous
cn Rochet & Camail, & les
Abbcz Deputez du second
Ordre en Manteau long. Ils
marcherent deux à deux depuis
la grande Salle de leur
Assemblée, jusques à celle où
serépondoit laThcfc; le Porte-
Croix de S. E. & les Suisses
du Roy quisont destinez pour
leur Garde avec leurs Hallebardes
lesprécedoient &marchoient
devant eux: le Prieur
du Convent à la telle de sa
Communauté les reçût à la
porte de la Salle. A peine furent-
ils tous entrez & placez,
queMonsieur le Cardinal d'Estréesarriva
;Monsieur le Cardinal
de Noailles luy ceda la
premiere place comme plusancien
Cardinal. Il y eut encore
d'autres Evêques qui n'estoient
pas de l'AssembléeduClergé
qui s'y trouverent, &plusieurs
Abbez de qualité, outreun
grand nombre de personnes dt
distinction & de Lettre; en
forte que la Salle estoit toute
pleine.
Alors le Pere Picotéayant
salué profondément cette auguste
Compagnie, expliqua ses
sentimens avec toute la netteté
& la solidité possible sur les
grandes difficultez que le Pere
Orceau Docteur de Sorbonne
luy proposa touchant le voeu
de Jephté : l'argument estant
fini le R. Pere le Torr Docteur
de Sor bonne, ancien Prieur du
grand Convent, & Professeur
en Theologie qui presidoit en
qualité de grand Maître, fit
un tres beau,très-sçavant, &
tres éloquent Discours en Latin
sur les qualitez necessaires
pour remplir dignement les
devoirs d'un parfait Docteur.
Il fit entrer en peu de mots
l'éloge de son Eminence Monsieur
le Cardinal de Noailles,
& de tous les Prelats qui composent
l'Assembléegenerale du
Clergé;mais avec un tour aussi
naturel, qu'il estoit propre &
convenable à son sujet. Il dit
entre autres choses en parlant
du Clergé, que Tout l'éclat e
la majesté des vertus paroissoient
avoir établi leur demeure &fixé
leur Siege dans cette auguste.Af
semblée; que non seulement la
Ville Capitale du Royaume, mais
la France& toute la Terre regardoient
avec admiration cm tejpeél
leur '{fie ardent 0* infatigable
pourl'accroissement de la Religion,
la défense du Royaume
3 &l'entiere
extirpation des Heresies, &
des Nouveautez de quelque nature
quellesfussent,cju'ilsefloient
les vrais Dépositaires de la Foy,
Ausquels le Seigneur avoitconfié
la Regle de la ine&de la doctrine
pour infsltrruiirree les PPuuiissaanncceess de
savolonté, &pour apprendreà
leurs Sujets l'observance exacte de
ses Commandemens. Qu'enfin la
memoire des grands services qu'ils
venoient de rendre à l'Etat,& à
rEglifi) neseperdroitjamais,&
que lagloire de leur nom feroit
rappellée degénération en generation.
Lors qu'il s'adressa aMon-,
sieurleCardinal de Noailles,
il dit, que laprefence de sonEminence
luy donnoit de nouvelles
forces pour representervivement
l'étroite& indispensableunion de
la pieté avec la science
,
particulierement
dans un Docteur : quU
le l'encourageoit d'autant plus de
s'estendre principalement sur ces
deux qualitcz quisçavoit,&
que personnen'ignoroit que rien
au monde n'estoitpluscher à son
Eminence que ces deux vertus, &pourparlervéritablement,que
rien n'avoitplus de rapport ede
liaison avec les loüanges quiluy
estoientsijustementdûës,car, ditil,
qui est-ce qui peut aimer&
s'attacher avec plus d'ardeur Ëe
d'assiduité que son Eminence 31
une pieté plus sincere &plussolide
, & à une doctrineplussaine
&plus pure,cc. Il fit voir cDfuite
que toute fciencc
-
estoit
prophane, que ce n'étoit qu'un
arbre sec, &un feu solet,sielle
n'estoit pas soûtenuë,& assaisonnée
des divines douceurs de
la pieté; mais que la pieté estoit
aussïtrès inutile,&que même
elle estoit pernicieuse, si elle
ne se trouvoit pas éclairée par
le flambeau de la science.
Vers la fin du Discours, aprés
avoir élevé la vigilance, le merite
& la capacité du répondant,
il finit par ces belles pa- -
roles, HOCUNUM VELIM,
MERITISSIME LICENTIATE
IN ORE ATQUE IN MENTE
SEMPER HABEAS, PARUM
ESSE ARDERE, LUCERE VA- -- NUM; ARDERE VERO ET LUCEM
PERFECTUM;qui veulent
dire,Je vous prie mon très-digne
Licentié,d'avoir continuellement
dans la bouche & dans l'esprit,
Xjue c'estpeu dechose à un Docteur
d'avoirseulementdelapieté,que
lascienceestabsolument necessaire
; mais que quelque brillante
qu'elle foit> elle est vainesans la
pieté; & qu'ainsi pour estreun
parfaitDocteur,ilfautavoir ensemble
l'une (y l'autre vertu. --
Tout le Discours fut universellement
approuvé & applaudy,
tant à cause de la clarté,
de la finesse & de l'affinité,
que d'un grand nombre de
pcnfées choisies& bienappliquées
tirées del'Ecriture &des
Saints Peres.
Je patTe à plusieurs Articles
de Morts, sur la plûpart desquels
je ne m'étendray point,
l'ouverture des deux Academies
Royales, d'après Pâques,
m'ayant mené trop loin.
Mr le Brun de Villeneuve,
Cadet dans le Regiment des
Galliotes a esté blesse à la désense
de Mortagne. Il est mort
de ses blessures. Il n'avoit encore
fait que deux Campagnes,
& n'estoitâgé que de 20. ans.
Ilestoit fils de Mr le Brun Auditeur
des Comptes, petit neveu
de feu l'illustre Mr le Brun
premier Peintre du Roy,&
petit-fils defeu Mr~Quinaut
Auditeur des Comptes,&l'un
des quarante de l'Académie
Françoise. Il y a lieu de croire
qu'il auroit pouffé loin lardeur
de son courage, s'il n'estoit
pas mort dans un âge si peu
avancé.
Dame Anne de Villers, epouse
de Mre Loüis Girard de la
Cour des Bois, Chevalier Marquis
du Tilhay, Doyen des
Maistres des Requestes, & auparavant
Veuve de Mre Pierre
Girardin Conseiller & Secretaire
du Roy, est morte âgée
de 86. ans.
Mre NicolasEdouard Olier,
Chevalier Seigneur de Maisons,
Verneül
)
&c. Doyen des
Conseillers au grand Canseil.
*
Mre Charles Comte du Liscoëc,
Chevalier Seigneur de la
Planche, Capiraine des Cent-
Suisses de S. A. R Monsieur le
Duc d'Orleans,est aussi decedé.
Cette Charge a esté donnée à
Mr le MarqDuis de Nancré:
Dame Catherine Amelot,
Soeur de Mr le President Amelot,&
Veuve de Mre Louis de
Haussonville, Comte deVaubecourt.,
& Lieutenant General
desArméesdu Roy.
jf Dame Marguerite de Marescot
)
épouse de Mre François
de Baussan
, mourut le
F 22.. Avril aulïi chrestiennement
qu'elle avoir vêcu. Elle
estoit fille de Mre Michel de
Marescot, Chevalier Seigneur
de Thoiry & autres lieux,
Conseiller d'Etat & Maistre
des Requestes
,
& de Dame
Adrienne de Maupeou d'Ablege,.
parente de MelaChanceliere.
M' de Baussan son époux
a servi long temps avec
honneur, & ne s'estretiré qu'à
cause de l'incommodité de ses
blessures. Il est frère puisné de
feu Mr de BaussanMaistre des
Requestes,& de Mr l'Abbé de
Baussan
, tous fils de Mr de
Baussan Conseiller d'Etat, &
mort Intendant d'AICice'Coufin
germain de feu Mr le Chancelier
le Tellier;j de son allianceavec
la deffuntesontnésMr
r
de BaussanConseiller de,la
Quatrième des Enquestes fort
distingué dans sa Chambre,
& Mr de Baussan Ecuyer du
Roy. La famille de cette Da-
; me est originaire d'Italie,étai
bhc en France depuis long-
temps, & une branche de celle
, du Cardinal Marescotti si recommandable
dans le Sacré
ô College; elle est alliée aussi bien rque celle de Baussan à plusieurs
autres de la Robe des plus,illultres
; elle laisse trois freres,
dont l'aîné est Mr de Marescot
, Chevalier Seigneur de
Toiry & Maréchal des Logis
general de la Cavalerie de France
& Chevalier de S. Louis, &
Mrs les Abbez de Marescot,
dont la vie ca exemplaire.
Mrc Louis de Lestrade, Chevalier
Seigneur dudit lieu,
Lieutenant général des Armées
du Roy, Lieurenanr des Gardes
du Corps de S. M. Gouverneur
de Landrecies,& Chevalier
de S. Louis.
Je ne puis m'empêcher de
m'étendre davantage sur les
deux Articles suivans.
Mre N. de Chapuys-lar-
Fay
,
Prestre Docteur de la
Maison & Societé de Sorbonne,
estmortàNevers dansun
âge peu avancé.Ilestoit fils de
feu Mr de Chapuis de la Fay,
Conseiller au Prcfidial de Lyon
& frere de Mr de la Fay, qui.
a la même Charge à la Cour
des Monnoyes, de Mr de Vaudragon,
quia long temps servi
en qualité de Capitaine de
Dragons, & de Me la ComteLTe
de Souvigny,& proche
-
parent de Mr de Fenoil Maître
de$Requcftçs. Mrl'Abbéde
la Fay avoir cite pendant huit
ou neu f ans Obeancierde S.
Just
,
c'est à dire Chef de la
premiere Collégiale de Lyon,
& en cette qualité Orateur de
l'Eglise de la même Ville. Il
avoit succedé à Mr Jeannon,
& il eut pour successeur Mr
l'Abbé Rambaut Champrenard
Grand
-
Vicaire de Nevers,
Mr l'Abbé de la Fay luy
ayant remis cette dignité pour
un Prieuré aux Portes de Nevers,
où ila passé le reste de sa.
vie. Mr de la Fay avoir eilé
Prieur de Sorbonne pendant
la Licence, & il avoit même
emporte le Priorat sur Mr
Maigrot aujourd'huy Eveque
de Conon
,
& qui faisoit sa
Licence avecluy, & que l'on
proposoit pour cette Charge.
Mr Philippe Verhcyen de
Verrebroucq Docteur en Medecine
,
Professeur Royal en
Anatomie & en Chirurgie,est
, mort à Louvain à la 62année
f
de son âge.Saréputation étoit
celebre dans tous les Pays ou
l'on cultive les Lettres. Aprés
I avoir étudié pendant deux an-
;
nées les Humanitez dans le
College de la Sainte Trinité à
Louvain, il étudia laPhilosoph,
ic d-an-s l-e -fa-m-eu-x-C-ollege
de Lille, où il fit de si grands
progrés, qu'il emporta le premier
Lieu en 1677. dans l'examen
général qui sesit des quatre
célébrés Collèges de cette
Université. Il avoir projette de
s'attacher ensuite à la Theologie
; mais la Providence qui
avoir resolu de faire rendre à
l'étude de la Medecine l'hon-
, neur qui luy estdû, luy inCpiaj
ra le dessein de s'yattacher. Car
au commencement de ses études
Theologiques, une grande
inflammation sur l'os de la
jambe qui fut suivie de la gangrene
, ayant mis les Chirurgiens
dans la necessité de la
£«uper, il se vit par là moins
propre pour l'état Ecclesiastique,
ce qui luy fit tourner ses
veuës vers la Medecine, où il
fitbientôt de si rapides progrés,
quelorsqu'il en discouroit
avec les autres, il sembloit
plûtost leur Maistre que leur
Confrere ; enfin aprés avoir
passé par toutes les épreuves
necessaires, & subi les plus rigoureux
examens ausquels,
ainsi que disent les Actes de la
Faculté
J
il répondit merveilleusement
bien,ilpritledegré
de Licentié en l'année 1681.
ce nouveau titre futpourJIi.i
unaiguillonpour avancer dans
la connoissance de son Art, &
pour n'oublier rien afinde s'yj
perfectionner ; & lpfeu Roy
d'Espagne informé de fou merite&
de son érudition, jc|
fie Professeur d'Anatomie en
1.688.&yajoûtaen1692.une!
ProfessiondeChirurgie; itmeritoicbien
cec emptoy,
ritoit biencetemploy,ppuuMisqquuee
l'année suivante (1693.) il donna
au public l'ouvrage si estimé,
& qui a pour titre dnatar
m'a corporis humani. Il a décrit
avec tant de précision dans ce
- Livre
Livre toutes les parues du corps
humain, & il en a si bien expliqué
toutes les fonctions, que
toutes les Facultez de Medecine
répanduës dans l'Europe,
luy enécrivirent des Lettres de
felicitation, & l'ouvrage a esté
si estimé
,
qu'on l'a traduit en
Langue Allemande en plusieurs
Cours d'llemagne; &pour
donner enfin plus de poidsau
nouveau Professeur, on luy
; confera en iCle Grade de
Docteur. Alors s'appliquant
uniquement à sa profession, &
negligeant mesme toutes ses
autres affaires, il s'attacha si
fort aux dlff-câions Anatomiques
pour se rendre utile
au public, que les siennes ont
toujours eu sur beaucoup d'autres,
l'avantage d'une grande
exactitude, soit dans la dissection,
soit dans l'adresse à la
faire, soit dms la clarté avec
laquelle il expliquoit chaque
partie dissequée
,
& il est mort
dans le temps qu'il se preparoit
à donner au public un second
tome, ou un supplement à son
Anatomie du corps humain;
& cet ouvrage dont la composition
a fort contribué à
abreger ses jours, paroîcra
bien tôt. Les ouvrages d'Anatomie,
ne sont pas les seuls
dont il ait enrichi la Republique
des Lettres dans ses heures
de loisir, il a publié divers traitez
pleins d'érudition. Au commencement
qu'il s'attacha à la
Medecine, il publia un traité
des Fiévres, ensuite un Abregé
de Theorie
- pratique, & tout
nouvellement un traité sur le
moyen de conserver la fanté,
qui paroîtra bien-tôt. Il y parle
avec solidité de l'usage ou
de l'abus des choses non naturelles.
Mr Verheyen n'estoit
I
pas seulement sçavant Medecin;
il estoit aussiungrand serviteur
de Dieu Il ne manquoit
jamais les Fêtes & Dimanches
d'assister à rous les Offices de
sa Paroisse d'une manicre édisiante.
Il prévenoitrout le monde
par des offices d'amitié, il
avoic de tres bas sentimens de
soy-même; & il s'estoit si fort
rempli du mépris du monde,
& du neant & de la vanité de
tout ce qu'il contient, que
pour tout testament il n'a
laisséque ces paroles écrites de
sa main en Latin: Philippe Verbeyen
Docteur fjr Professeur en
Medecine, a voulu que lapartie
matertelle de sa perjonne fut cachée
dans ce cimetiere
i
de crainte
que ses cendresnecontribuassentà
la profanation de l'Eglise. La Fa.
cu l te de Medecine a fait a joûter
à cette humble& modeste
Epitaphe, celle ci : Cygît Mr
Verheyen l'honneur dela Medecine
,
& par sa mort toute la
Medecine est éplorée:Jacet
Verheyen bonor Medicinæ
,
ipso
jaccnte tristantur Medici.Toutes
les Facultez de Medecine des
Pays Bas, ont fait faire pour
luy des Services magnifiques.
a, Je ne puis m'empêcher de
vous parler encore des Morrs
suivantes, N iij
LeR.P.enDieu N.Petit,
Abbé de la Ferté, & en cette
qualité General d'une Congregation
particuliere de l'Ordre
deCîteaux, & qui a fous sa
dépendance plusieurs Maisons
&Abbayes de l'Ordre,est mort
dans son Abbayeâgé de prés
de90. ans. Il estoit de Dijon,
& d'une ancienne famille, dont
estoit déja sorti feu Mr Petit
Abbé & General de Cîteaux,
avant Mr l'Archer qui l'est à
present. La memoire de Mr
l'Abbé de la Ferté y fera longtemps
en benediction; il a fait
des biens considerables à cette
Maison,tant par l'état où il\'$
mi se, quepar les acquifitiçyns
qu'il y a faites: en effet
)
la Maison
est une des plus belles Maisons
Religieuses qu'on puiffc
voir. Il y a surtout une court
que l'Abbé, dont je vous apprens
la mort y a faitfaire,
qui est tres- belle, tant à cau se
de son étenduë
,
qu'à cause de
l'étenduë de pays qu'elle dé-.^
couvre. M. Petit succeda en
cette Abbaye à Mr Bouchu,
frerede Mr le PremierPresident
de Dijon
,
qui fut élû
Abbé de Clervaux, & qui quit.Iita
la Ferté, quoy que premiere,
Fille de Cîteaux, & par consequent
d'un rang superieur i
pour l'Abbaye de Clervaux.
Depuis ce temps là
, ce digne
Abbé a fait presque toûjours
une residence continuelle dans
son Abbaye, & il n'en sortoit
jamais que pour des affaires indispensables
,
& qui demandoient
absolument sa presence.
Son assiduité au Choeur, &
à tous les exercices de sa Regle,
quoy que chargé d'un grand
nombre d'affaires par rapport
aux Maisons qui dépendoient
de luy
,
estoit édisiante, ses
moeurs étoient douces, & polies,
ses manieres simples&
sans faste & sa vie des plus
communes;car quoyquel'Abbé
delaFerté air pour sa Mmse
particuliere 15. mille livres
de revenu,& qu'ordinairement
ces Mrs mangent en leur particulier,
celuy dont je vousapprens
la mort, n'a jamais voulu
user d'aucune distinction ,
& mangeoit ordinairement an
Refectoir à la teste de sa Cornmunauté.
Il disoit souvent qu'il
touchoit au terme de sa vie,
& depuis une tres grande ma'!'
ladie qu'il eut, il n'y a pas encore
un an, & dont on ne
croyoit pas qu u put revenir,
il disoittoujours qu'il avoit
reçûResponsum mortis
3
quoy
qu'ilparût assez rétabli de cette
premiere maladie. Il a esté
véritablement pleuré dans son
Abbaye, tous les Religieux le
regardoient comme leur véritable
pere, & il y en avoit peu
à qui il n'eut donné le saint
Habit de son Ordre. Il estoit
luy-mesmeProfex de sa Maison,
& en avoit eu les principaux
emplois avant giie d'y
estre élevé sur le trône Abbatial.
Il y avoit reçu Dom de
Montjournal,qui eut l'Abbaye
de S. Sulpice il y a deux ans,
& qui vient de luy succeder;
&ily avoit aussireçu Dom
Languet à qui le Roy vient de
donner l'Abbaye de S. Sulpice
, vacante par réleétion de Dom
de Montjournal à celle de la
Ferté, & il l'avoit fait Prieur ,
1 de la Fertédepuis quelques années.
L'Abbaye de la Fertéest
dans le Diocese de Châlons en
Bourgogne - de mesme que
celle de Cîteaux
,
dont elle c11
premiere Fille.
MreArmand Marqui,s de
Vassé
,
Baron de la Rochemabile,
Seigneur de Balon, Vida- *
me du Mans, Gouverneur du
Chasteau Royal du Plessis lez
Tours, Colonel d'un Regiment
de Dragons,&Brigidier
des Armées du Roy, est more
à la fin du mois d'Avril âgé de
16. ans & dix mois, laissant
posterité de Dame N. de
Beringhen. A
Dame Marie Herbin, épouse
de Mre Jean-BaptisteChevatier,
Conseiller de la Grand'-
Chambre.
<*-
j
-
Mre Pierre du Cambout,
Duc deCoislin, Pair de France,
est mort sans laisserposterité
de feuë Dame N. d'Alegre
1
A
âgé d'environ 56. ans. Il a cltc
inhumé aux Nouvelles Catholiques.
Il estoit de l' Académie
Françoise. Mr de Metz est son
heritier. Il donne deux cens
mille francs qu'ilprétendoit
avoir de Me la Duchesse de
Sully, qu'elle avoit eus de trop
à son Mariage
3
& il les lubtlituë
aux petits cnfans de Me la
Maréchale de Rochefort.
Mre Bernard Pinon, Seigneur
de Monhucher, Corseiller
de la Grand' Chambre
est aussi decedé. Cette mort a
fait monter MrdeCastagneres
de Chasteauneuf à la Grand'-
Chambre.
Dame Marie de Paris, épou
le de Mre Hierôme le Feron
Seigneur d'Orville & de Louvres
en Parisis
,
Conseiller de
la Grand'Chambre, est aull
decedée.
Dame Marie-Anne Fermé,
épouse de Mre Louis,Chevalier
Seigneur de Montgeroust,
&c. President en la seconde
Chambre des Enquestes du
Parlement, est morte âgée de
24.ans.
Mre Charles de la Boutiere
Chevalier Seigneur de Chagny,
l'Esperviere, Maistre de
Requestes, est mort sans poste
rité de feuë Dame N.le
Maître.
Dame Marie de Cosse,Veuve
de MreCharles de la Porte
Duc de la Meilleraye, Pair,
Maréchal,& Grand- Maître de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General pour S. M. de
la Haute & Basse Bretagne, &
Gouverneur des Villes de Nantes
&deBrest,estmorteen sa
89année, sans laisser de posterité.
Son Corps a esté inhumé
auxCelestins dans la Chapelle
d'Orleans.
-
DileMarie-Loiïife-Gabriellc
deChoiseul fille de feu Mre
Cesar-Auguste Duc de Choiseul
,
Pair de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, & de
Loüise-Gabrielle de la Baume
le Blanc de la Valliere, sa premiere
femme, cft morte sans
al lianceâgt)ée de 2.7. ans. Je passe à l' Article des Benefices
donnez par le Roy dans la
derniere Promotion, & je
commence à l'ordinaire par
vous marquer ce que ceux qui
en ontelle pourvusont merité
ducosté de l'Eglise; car, ainj
que je vous ay (OU;O\.lrs marque
, ce n'est ny aux services
ny à la naissance que le Roy
donne les Benefices; mais cela
ne m'empêche pas de vous parler
ensuire de lanaissance&des
services de ceux qui sont distinguez
par quelques endroits,
quoy que ce ne soit pas à ces
services & àcettenaissanceque
le Roy ait donné ces Benefices.
** S. M. a donné l'Abbaye
de S. Sulpice, Ordre de Cifteaux
,
Diocese de Bellay, &
dépendante de Pontigny, à
Dom Languet Prieur de la Fer.
té, & frere de Mr le Comte de
RochefortConseiller au Parlemenf
de Bourgogne; de Mr
le Comte de Gergy
,
Gentilhomme
ordinaire de Sa Majesté,
& son Envoyé Extraordinaire
prés du Grand Duc de
Toscane, & qui a esté ci devant
en la mêmequalité prés
des Ducs de Mantouë
,
de
Parme, de Wirtemberg
,
& de
plusieurs autres Princes & Etats
de l'Empire en Allemagne. Il
est aussï frere de Mr le Baron
de Montigny, Colonel de Cuirassiersau
service de Monsieur
l'Eleveur de Baviere ; de Mr
l'AbbéLanguet, Vicaire de
la Paroisse de S. Sulpice, & de
Mr l'Abbé de Coetmaloin
Aumônier de Madame la Duchesse
de Bourgogne, & grand
Vicaire de l'Evêché d'Autun,
actuellement à Moulins.
Dom Languet est Docteur
de Sorbonne. Il est très- confideré,
& aimé dans son Ordre.
Le feu Abbé de laFertéen faisoit
tant de cas qu'il le fie
Prieur de cette Abbaye, & il
a dit plusieurs fois qu'il desiroit
fort qu'il luy fuccedaft.
Cet Abbé estant mort il y a
environ cinq mois, on a procedé
à l'élection, & de vingtdeux
voix Dom Lai)cyuctcii.,,,i
eu dix pour luy, & celuy qui
estoit Abbé de Saint Sulpice
en a eu douze, & par consequent
estant élu Abbé de la
Ferré, l'Abbaye de S. Sulpice
qu'ilpossedoit & qui est à la
nomination du Roy, estant
vacante, Sa Majesté y a nommé
Dom Languet.
Languer Hubert,- Ministred'Etat
d'AugusteDuc deSaxe,
naquit en Bourgogne en ij18,
à Viteaux
,
dont estoit GDUverneurson
pere Germain Languet,
Gentilhomme d'une an- -
cienne famille de l'Autunnois.
Le desir de voyager l'engagea
dés sa jeunesse à passer en Allemagne
,
où il s'attacha à sa
personne & aux sentimens de
Melancthon ; Auguste ayant
èonnu (on esprit & son habileté
pour les négociations se fit
un plaisir de les mettre enoeuvre
; il l'envoya deux fois en
France auprès de Charles IX.
& le fit son Plenipotentiaire à
la Paix de Stetin
,
lorsque cet
Electeur eut esté choisi avec
d'autres Princes pour Médiateur
entre les Suédois & les
Moscovites ; enfin il le retint
en son Conseil pour estlre plus
à portée de le consulter ; Languet
donna dans toutes ces occassons
des preuves de son habileté;
mais dans la suite mécontent
de ce qu'on le foupçonnoit
d'avoir voulu répandre
en Saxe la doctrine de
Zuingle
,
il se retira de cette
Cour en 1577.le célébré Guillaume
Prince d'Orange l'attira
prés de luy, & te servir utilement
des conseils de Languer,
qui mourut entre les bras de ce
Prince en 1581. à Anvers ou
il sur enterré. Il avoit eu deux
freres
,
l'un Claude Languet
Seigneur de Saint COrine, qui
s'attacha à lu Cour de la Reine
Catherine de Medicis, & l'autre
Guy Languet qui fut Chancelier
de Savoye. La famille du
premier subsiste encore en
Bourgogne avec distinction,
dans les enfans de Denys Languer
Seigneur de Rochefort,
Baron de Saffres & Gergy, &c..
Procureur General au Parlement
de Dijon. La vie d'Hubert
Languet a esté imprimée
à Hall en Saxe, en 1700. L'on
y a imprime en mesme temps
un Recueil de Lettres Secrettes
qui regardent ses négociations;
on a aussi de luy un volume
des Lettres Latines à Camerarius,
imprime pour la dernière
fois a Leipsic, un autre des Let.
tres au Chevalier Sydney fils
du Viceroy d'Irlande,imprime
en 1646.chez Elzewir, une
Relation de l'expedirion d'Augustede
Saxe contre Guillaume
Grumbach, & les Revolrez de
cette Province; une Harangue
Françoise à Charles 1 X. Outre
l'ouvrage intitulé, Vindicia contra
Ty annos 3
fous le nom de
Stephanusjunius Brutus, Libelle
fameux dont l'Auteur a esté si
long temps inconnu, & un
Discours des Etats de l'Empire
qui n'a jamais esté imprinlé:
on
on luy attribuë aussi une Apologie
pour, Guillaume Prince
d'Orange contre leBan& Edit
du Roy d' Espigne. Joach.Cetmerarius
in njitd ph. Aîelanctbonis
; Jacq. Auguste de Thou,
L. 74- de son Histoire. Dupleffis
Mornay
,
Préfacé de l edir.
latinc du Livre dela Véritable
Religion: Bodinus Dærnon. l. z.
t. C.Jian. VolsPresace des Annales
de GuaguinEdit.lar. Gerard
Jean Vossius dans la Vie
de Fabien Burgrave de DonaJ
&c. Mr Biyle,Dissertacion sur
le Livre de Stephanus Junïus
I Brurus.
Sa Majesté ayant esté inforlnée
que Dom Perdu Religieux
Profex de l'Abbayedu Gard,
Ordre de Cîceaux, Diocese
d'Ârokns,& Prieurde l'Abbaye
de la RIVOUX, de la £lia—
tionde Clevaux depuis qu'il
aembrassé la vie. Monastique,
, y a toûjours vécu avec beaucoup
de pieré ,-de respict 5C
de sourmssion aux vo docez de
ses Supérieurs
,
d'humilité & 1
de tendresse pour ses Confreres
,
d'amour Se de douceur
envers ceux donc la conduire
luya esté confiée,qu'il a passé j
par toutes les chai gc5 deson
Ordre, dans l'exercice dequelles
il a pendant vingt années,
donné des preuves d'une bonne
conduite
, en ayant remply
les devoirs avec toute l'édification,
la modesselavigilance,
l'exactitude
,
& la modération
possibles, & convenables à son
état
,
qu'il s'est acquis l'estime
&la consideration de tous ceux
dont il estoit connu, & qu'il
estoit tres capable de remplir
les premieres dignitez de ton
Ordre,l'Abbaye de la Grace-
Dieu du mesme Ordre au
Diocese de Bezançon en Franche-
Comté, étant venue à vaquer
par la mort de Dom Claude
François Jou ff oy de Noütllard
dernier Abbé, le Roy a
honoré de son choix Dom
Louis Perdu. & l'a nommé à
cette Abbaye. Il estfilsdeMre
Augustin Perdu, & de Dame
Funçoise Lagrené des plusanciennes
familles de la Ville d'Amiens,&
alliées aux Maisons
les r'u, con fiderables de lamême
Ville.
Du costé de son pere, il cft
petit - neveu de Mis Perdu
Avocats d-ilin-Tuez par leur
merice , qui oac excellé dans
leur profession & se [ont,ftCquis
l'estime & la consideration
de toute la Province.
Il est cousin germain deMr
PerduAvocat de la Ville d Amiens,
l'un des plus beaux
genies de son temps, qui s'est
ddhngué par son éloquence
& par sa grande érudition, ÔC
qui Lit mort à la stur de sort
l 1 - âge, regrettéde tous ceux qui
l'ontconnu.
Il elt aussi cousin de Mr Perdu
Tresorier de France de la
même Ville, qui estoit fils de
Mr Perdu Bailly d'Eu.
* Du costé de Me sa mere il
estpetit-neveu de DameMadelainePezé,
qui estoitundes
plus beaux génies de son sexe,
& de son siecle, laquelle après
avoir mis la Reforme dans
l'Abbaye de Maubuisson Ordre
de Cisteaux, & dans rrois
autres Maisons du même Ordrea
esté nommée par feu
Giston Duc d'Orléans en
1640. à l'Abbaye de Voysins
pré, de cette Ville,& y est morte
en 1644 en très-bonne
odeur,ayant par savie & par ses
moeursédifiénon feulement les
encore toute la Province, &.
mérité les regrets de tous ceux
donc elleestoit connue. îfljr
<
Il cil arriere petit neveu dcÏ
Mre Francis Rose, qui fut
d'abord Licencié en Droit Canon
& Civil, en suite Doyen
de la Cat hédrale. d' Amiens
,, d'où il estoit natifs,&Official
de l'Evêque du même heu, ôc.
qui fut enfin par son rare merite,
& par sa pieté profonde
nommé par HenryIV. à l'E.
vêch-é d Orléans en ifyj. &;
qui mourut peu de temps après
regrettéde son Prince qui I 1-ior
noroit de ses bontez, ez de plufleurspersonnes
de distinction,
Il a eu aussi pour grand 011-:
cle Mre Nicôlas Lagrené
,
qui*
futélûen1513.Abbédel'Ab-
baye de Saint Jean d'Amiens, i
Ordre des Chanoines Regu-
liers de Premonstré
,
& fut
nommé en 1510. par François
I.à l'Evêché d'Ebron
,
& fait i
Suffragant de Mre François de -j
Halleuvin Evêque d'Amiens,
ilfut encore en 1522. élû Abj
bé du Mont Saint Martin, &
mourut le premier Juin1540.
Sa memoire a esté si recommandable
, qu'on a mis son
corps au milieu de la Nef de J
l'Eglise de ladite Abbaye de
Saint Jean, fous une tombe de
marbre blanc, soutenuë pn fjx
lions, sur laquelle il est en relief
couché accompagné de
quatre Anges aux quatre coins; à l'entour de cette tombe sont
gravez ces mots:Nicolans Lagrene
1540. afifivabat domum
miam , & atria m~,atipsum
elegi mibi in filium. 1. Paral. i t
Ila aussi pour parens, dans
I,E"I!cc) dans l'Epée,& dans
la Robbe
, un grand nombre
de per sonnes de nlerite, &
d honneur.
L'AbbayedeS.Sigismonds
a estédonnée à Me de la Lande,
fort estimée dans son Ordre,
quoy que Jeune, ce qui
luy a fait meriter
9
la nominanon
du Roy Elle est proche
parente de Mr de la Lande,
ci-devant Colonel de Dra-
gons ,
& Lieurenant général] opour le Roy dans rOtleanois>
Employqu'ilaeu aprèsla morc^
de Mr le Marquis de la Lan ic
son pere. Le pere <5c le fils DAtl
îous- deux esté honorez du mrcj
de Lieutenans généraux des
Armées du Roy.
Me Carher a eu
l'Abbaye]
de Blandecque Elle ^exercé
ks principales Charges de sa
Communauté, & toûjours au
gré & à la satisfactionde celles
quiluy estoient (eûmifcs. Elle
porte un nom respéctable dans
l'Eglise, de grands Serviteurs
de Dieu l'ayant porté dans les
deux derniers siecles. L'Abbaye
de Blandecque est de l'Ordre
de Cisteaux dans le Diocese
de S Orner** r Cellede Mouchy a esté donnée
à Me de Monbel de la Menardiere.
Cette Dame joint à
une naifrlnce tres distinguée
une vertu qui luy a souvent
attiré des éloges de ses Superieurs
& qui luy a procuré une
grande consideration dans son
0 dre. Elle a eu coûtes lesprincipales
Charges de sa Communauté&
elle les a toujours exercées
avec beaucoupde prudence.
Elle a un genie superieur
& propre pour les plus grande>
affaires. On affure qu'elle
a fait des progrés surprenans
dans l étude des saintes Lettres.
Cette Abbaye est très ancimJ
ne, & edea eu depuis plusieurs
siecles une alliance de Confraternité
avec celle de la Fcrfe,
Diocese de Nismes, & cellede
Goriau, Diocese de Lodeve.
Celle de laBuffiereàMcSei"
u deVillerault, qui a estéélevée
dans la Religion depuis sa
plus grande jiuncflè ; de maniere
qu'elle en a prisde bonne
heure l'espnt 6c les ITj;¡xi-,
mes Cette Abbayeestde Ordre
de Cisteaux
,
dans le Docese
de Bou gcs. Elle est fort
ancienne.
I Celle de Sainte Claire de
Sisteron
,
à laquelle le Prieuré
de S. Pierre de Souribe
, autrefois
Abbaye,Diocese de Gap,
est uni, à Me de Salamarre de
Revis. L'Abbaye de Sainte
Claire est la trosiéme de ce
Diocese. Celles de Lure & de
~Croiiis sont les deux premieres,
& cette derniere est unie
à lEvêché. MrThomassinEvêque
de Sisteron
, un des plus
dignes Prelats du Royaume,
avoit beaucoup d'rlhnle pour
feuë ~Me l'Abbesse de Sainte
Claire, & c'est sur son témoignage
que le R>y a nommé
celle-cy
,
qui joint à une naissance
distinguée un merite &
une vertu connuë de toute la
Provence. Ellea iurrourbeau.
coc p d habileté dans le goUJ
veiûemcnt Ecclesiastique,&il
y a peu de personnes qui s'y
ÍOltllt autant appliquees.
Le Prieuré de Saint Louis de
Rouen à Me de Pommerval , Religieuse du même Convent.
Savertu & son merite la distinguent
beaucoup. Ellea~lOÛ"
jours accompli avec une fidelité
bien édifiante les devoirs
Je son état depuis qu'elle est
dans la Religion; & elle y a
toûjours menéunevietrèspe-
~nitente & tres -
retirée. On la
consulte de bien des endroits
sur les matieres de spiritualité ;
parcequ'onsçaitqu'elle a sur
cela de grandes lumieres, &
une expérience de pl ufieursannées.
Mrl'Archevêque dcT
Rouen l'estime beaucoup
,
&
c'est le témoignageque cePrélat
a rendu au Royen sa faveur
qui a déterminéce Prince
qui ne cherche dans les choix
qu'ilfait pour l'Eglise, que la
Vertu & lemerile,à luy dpn-
~Der cette ~Digniré. Elle ixfilla
quelquetempsàl' honneur que
SaMajestéluy faisoit,maisenfin
des ordres absolus l'ontdeterminée
à se charger d un fardeau
qu'on a jugé depuis longtemps
n'estre pas rrop pesant
pour elle. Le Prieuré de Saint
Louis d. Rouen est tres - ancien.
Il està peu pté§ de lamême
ancienneté que l'Abbaye
de S. Amand qui ell dans la
même Ville, & que celle de
Gomerfontaine. Il a une affinité
particuliereavecl'Abbaye
de Filles de Montiers Villiers
qui est dans le même Diocese.
C'est un usage de l'Antiquité
& des premiers Siecles de 1 Ordre
Monastique que ces fortes.
de Confraternitez
:
elles formoientune
union tres-étroite,
& les Monasteres ainsi liez se
fournissoient reciproquement
les secours spirituels & lestemporels
; ils s'armoient même
quelquefois po-ur la ~dtffenfe
les unsdes autres; mais c'est sur
tout les Suffrages & les Prieres
que ces sortes d'unions avoient
pour objet principal, comme
le remarque le sçavant Pere
Mabillon, quia fait de si grandes
recherches sur l'ordre Monastique.
Le Roy a donnédepuis quelque
temps un Canonicar qui
vacquoit dans l'Eglis Royale
& Collegiale de Nostre Dame
de Ville-neuve lez Avignon,à
Mr l'Abbé Ycard, Ecclesiastiqu.
e d'un grand merite, &qui
a toûjours fait une exacte profcOEoa
des vertus & des devoirs
de son e(hc. Il est proche pirent
du R. Pere Dom ~Variel
,
Prieur de la ChartreusedeVille
neuve, & un des plus grands
sujets de son Ordre. Cet Abbé
est un grand Theologien,&il
estpeud'~Eccltsiftiques mieux
instruits que luy des Principes
de la Morale chrestienne. Il a.
d'autres talens qui luy font
auni beaucoup d'honneur.
Dom N.Vernois de Montjournal
Abbé nommé de Saint
Sulpice en Bugey &,quin,âvilt
pas encore reçu la ~B-nedi& on
Abbatiale, a lnéélûdet'uis
quelque tempsAbbé de la
Ferté. Mr Pinon Intendant
de Bourgogne prcfida à cette
élection & c'est la dernierc
fonction qu'il ait faite de son
employ en Bourgogne. Dom
de Montjournal estoit Abbé
de Saint Sulpice depuis environ
deux années. Il y en a Gx ou
sept que le Roy luy donna
une Abbaye de l'Etroite Obfervance
de Cîteaux, mais sur
ce qu'on representa à S. M.
que ce Religieux n'estoit pas
de la Reforme, ce Prince
dont la justice regle toutes les
avions craignant qu'un Abbé
qui n'estoit pas Reformé ne
pût pas compatir avec des
Religieux quil'estoient revoqua
ta grace qu'il luy avoir
faite, maisen luy laissantl'esperancede
le dédommager
bien tost ; en effet Mrs de
Guenegaud,à la famille desquels
ce Religieux estoit fore
attaché
3
ayant fait ressouvenir
S. M. de la grace qu'il avoir
promis à Dom deMontjournal
, il luy donna il y a
environ deux annéesl'Abbaye
de Saint Sulpice qui vaquoit
par la mort de Mr de Montholon
frere du feu premief
President de Rouen. Il estoit
alors Professeur en Théologie:
auCollege des Bernardins de
Paris, & il n'y avoit que très,
peu de temps qu'il avoit pris le
Bonner de Docteur de~Soi- bon:
ne ,
la Licence dont ,il eiloicj
avec feu Mr 1 Abbé d'Heudi-^
court nommé Evêque dE^
vreux
,
n'ayant fini qu'avec
l'année1703. Il n'avoit pasencore
esté beni Abbé, de S.
Sulpice lors qu'ilaestée|uj
Abbé de la Ferté. Il a eu pour
concurrent Dom Languet
Prieur de laFerté sur lequc.i,.i-il
ne l'a emportéque de deux
voix, & le même Dom Lan-J
J
guet a en fuite esté son successeur
en l'Abbaye de Saint Sulpice
qui est trcs ancienne &
qui a eud'illustres Abbez qui
luy ont fait de grands biens ;
tels sont les Moyna, & les
Ecrevieu, Abbez de S. Sulpice
dont on voit encore les Armes
dans une belle Crosse & dans
le Choeur de cette ancienne
Abbaye. Dom de Montjournal
a un frere Chanoine de
Noyonqui y est fort estimé,
&que feu Mr de Tonnerre y
attira;il ena unautre Conseiller
au Presidial de Moulins. Ils.
font de cette Ville-là & d'une
ï
ancienne famille de Bourbonnois.
Le nouvel Abbé a elle
fort regretté à Saint Sulpice ;
ila quitté ce lieu au bruit que
répandoient dans toute 1Abbaye
les pleurs & les gem.Hemens
de ses Religieux, de ses
Domestiques & de tous les
Paysans des Villages dépendant
de Saint Sulpice qui
estoient accourus pour recevoir
ses derniers adieux & sa
Bénédiction & qui fondoient
tous en larm-s en voyanr qu'il
s'élolgnoit d'eux pour ne les
plus revoir.Jamaisspectacle
ne fut plus couchant,les manic..
res
[CS de cet Abbé avoient cité
si gracieuses
,
si douces, & si
prévenantes qu'on ne doit pas
estre surpris des regrets que
son départ acaufez dans toute
la Province du Bugey. La
Noblesse qui le cherissoit a
aulh pris part à l'affliction
publique; un grand nombre
de Gentilshommes & d'Ecclesiastiques
du voisinagevinrent
luy rendre leurs hommages
pourla derniere fois presque
tous fondant en larmes. La
maniere dont cet Abbé avoit
Ivlcu avec eux les avoir charmez.
SaMaisonestoit ouverte
a tous les honnestes gens qui
y estoientreçus avec une politesse
& une sage profusion qui
faisoient beaucoup d'honneur
à cet Abbé. Les pauvres y
ont le plus perdu: aussi leurs
'04 regrets le fontils faits remar- quer. |
Le Chapitre Provincial des
Augustins s'est tenu depuis
quelque temps dans leur grand
Convent de Lyon. Le Pçjc de
Morillon de Poyle Docteur de>
Sorbonne & de la Ville de
Beziers, ayant fini son temps
de Provincial, on luy a donné
pour successeur le P. de Cohade
de la Province d'Auvergne,
& qui a déjà pasle par les
charges principales de l'Ordre.
Le P. le Blanc Docteur de Sorbonne
& d'un merite generalement
reconnu a esté fait Definiteur.
Selon l'usage ordinaire
il y eut des Theses de Theologie
dans le cours de ce Chapitre
Le P. de Courcclles Saint
Julien d'une Maison très qualissée
de FrancheComté, Pretre
de cct Ordre, en soutint le
Lundy il. du mois de May
dans l'Eglise. Elles estoient sur
la Penitence. Mr de Cohadc
Docteur de la Maison & So-*
cieté de Sorbonne, Custode de
l'Eglise Paroissiale de Sainte-
Croix, & un des Vicaires Généraux
de Mr l'Archevêque de
Lyon en fit l'ouverture par une l, tres-belle Harangue à la gloire,
du Soûtenantqu'ilfelicita sur
le retour de sa santo'-( lePere dcl
Saint Julien avoit c:fié:plaladc à
Cremieuoùil demeure) &dans
laquelleil donna des loüanges
àl'Ordre des Augustins,&aux
grands hommes qui en font
fortis.Gilles de Rome,&un
grand nombre d'autres n'ysu
lent pas oubliez. Il argument
ensuite sur i'Amicion;& il ifJ
r
puya beaucoup sur un Décret
de laFaculté de Paris, qui semble
favoriser l'opinion de ceux
qui disent quel'amour de Dieu
commence n'est pas absolumenc
necessaire dans ce Sacrement.
Un jeune Docteur de
Sorbonne argumenta ensuite
sur l'inutilité de la Penitence
pour la justification(vous sçavez
sans doute, que dans la
dispute celuy qui argumente
prend toûjours le mauvais parti
> ôc attaquede frontlesveritez
les mieux établies, & que
ce ne font que des combats
feints) ce jeune Docteur s'appuya
de l'autorité de quantité
de Conciles, & de celle de la
Confession d'Aufbourg,& sur
tout cela il étala une grande
érudition. Le P. Rolin Jacobin
Bachelier de Sorbonne &grand
Predicateur, argumenta enfuite
sur l'Attrition
,
& unPcre
Carme qui prit enfuitc la These
argumenta fort solidement
sur la necessité de se confesser
&de recourir à la Penitence,
dés qu'on estoit tombé dans le
péchémortel, sous peine d'en
commettre de nouveau chaque
fois qu'on diffère de recourir
au remede. Enfin le Perc
Valant Jesuite & un des Professeurs
de Theologie dans le
grand College, fit laclôture;
il commença par une Harangue
qui fut tres belle,& d'une
latinité très pure; illoü
1
fort le
Soutenant,&il parla de la noblesse
de son origine d'une maniere
très -
avantageuse. Il s'étendit
ensuite sur l'affinitéqu'il
y avoit toujours euë entre l'Ordre
des Augustins & la Compagnie
de Jesus. Illoüa fort les
grands hommes sortis du premier
de ces Or dres, & à cette
occasion il parla de Mr l'Evêque
d'Ascalonquiest à la Chine,
&,qui a esté Augustin, Ce
Prélat dans les. questionsagîtées
en ce Pays-là, apris hautcment
le parti desPP. Jesuites,
sur cela le Pere Valant fit une
belle& touchante peinture île
ItCâf ou est à present la'ç-hrftienté
en la Chine;& en parlant
de leurs adversairesqu'il
traita de Scioli, il eniît desportraits
qui plurent fort. Son argument
fut court à cause de
l'heure qui sonna. Le Soutenant
fit ensuite son Harangue,
qui fut tres belle&biendéclamée,,
Elleestoità laloüangedu
Chapitre Provincial. Le Perc
Rousset Docteur en Theologie
presidoit.
-
Le i,oc May, Mr le Marquis
de Monc-rond chef de la
Maison Saint Germain d'Apchon,
épousa à Lyon Mlle de
Corgenon fille du Baron dece
nom, Gentilhomme de Bresse.
Ce Marquis descend d'une
soeur du Maréchal de S. André,
tué à la Bataille de Dreux,
& S. André belle Terre, est
dans leur Maison depuis ce
temps-là.
En 1302. l'un des Ancêtres
du nouvel Epoux fit une transaction
avec le Comte de Fores,
dans laquelle il prenoit la ^sa-ilire
de haut ôc puissant Seigneur
qui dans ces tempsne se
d onnoit qu'aux perfonne^tresillustrées
, ou par l'ancienneté
de leur Noblesse ou par, 1élévation
de leur dignnité. Ces
nouveaux Epoux font universellement
estimez
,
le jeune
Cavalier ayant beaucoup de
poliressfe & de sage conduite,
/>{. la Dlle ayant tous les agremens
du corps& dePcfprit,<5c
une régularité qui la fait prttposer
pour exemple dans ces
Provinces. La lecture de tous
les ouvragesd'esprit dit tcinps,
n'afaitquecultiver k. sien sans
le faflcr comme il arriveà
quelques personnes de son
sexe. On ne connoist point
qu'elle soit remplie de cette
lecture, que lorsque la corrtptaitanccia
force d'en faire
part aux autres.
Mr le Baron de Corgenon
pere de la Dlle a esté longtempsSyndic
de la Noblesse de
Srcfle. Il estde l'ancienne Mai-
- sondes Chappuis,originaires
de Çoindrieu,& qui jounToient
de le qualité de Nobles dés le
•14°fiect, comme on le justifie -
par Le contrat, de Mariagede
1
Noble Loüis de Chappuis, fils
de Noble Pierre de Chappuls,
en datte du 14. Janvier 1395"
d'eux sortirent diverses branches)
celle de Mr le Baron de-
Corgenon établie en Bresse,
celle de Mr de la Foy, &celle
de Mrde Magniola. Il y en a
une autre en Dauphiné, d'où
Mrs de Bionas, dePassins,de
Bienaffis & de Pommier font
sortis. Thomas de Chappuis
laissa par [Qn Testament fait en
Jfl7. des pensions viagèresà
deux de ses filles Religieuses à
Montfleury prés de Grenoble
où il n'entre que des Demoiselles.
Pierre de Chappuisde
Bionas épousaen 1606. Marguerite
de Difimieu, fille de
haut & puissant Seigneur Ccsar,
Chevalier Seigneur de Difilnicl:
1, &c. Gouverneur de
Vienne. Une autre branche de
cette Maison s'etf établie à
Toulouse.Le Commandant
de la Citadelle de Perpignan,
un des plus honnêtes hommes
du Royaume en est sorti.
Mr le Comte de Gaffé, fils
de Mr le Maréchal de Matignon,
a épousé Mlle de Château
renault fille du Maréchal
de ce nom. Mr de Matignon a
prié le Roy de trouver bon
qu'il donnast au Marquis de
Gaffé son fils, le Gouvernement
qu'il avoir dans le Pays
,
d'Artois. Sa Majesté l'a agréé,
& luy a confirmé le même
Brevet de retenuë qu'il avoit
defliis.
L'Amour & lc~Vin s'accommodent
bien ensemble, puisque
l'on dit ordinairement,
fine Bacchofriget Venus. C'est
pourquoy je crois ne pouvoir
mieux placer qu'icy la Chan-
-
son suivante.
*
AIR NOUVEAU.
Ne craignons plus pour le Jus de
la Tonne,
La Vendange fera bonne:
Etparuneinsignefaveur
Nousn'enaurons que lapeur.
1
Je passe à un Article dont
depuis quelques annéesj'ayaccoûtumé
de vous faire part,
& qui fait plaisir au Public, &
particulièrement aux personnes
de Lettres. C'est de la distribution
des Prix des Jeux
Floraux qui aestefaite à Toulouse
le 3ede May. Jamais, selon
ce qu'on écrit de cette
Ville, on n'a vu tant & de 1i
beaux ouvrages, cequi a estê
cause de la difficulté que l'on a
trouvée à juger les Prix;de maniéré
que les Juges se font trouvez
embarassez presque jusques
au dernier jour.
r Le Prix de l'Ode a esté
adjugé à une Piece intitulée
le Sisteme de Descartes
3
de la
composition d'un Pere de la
Doctrine Chrestienne. Celuy
du Poëme, a esté donné à Mr.
l'Abbé Asselin qui avoit. déja
remporté plusieurs autres Prix
dans la même Academie. Il
est de Vire en Basse- Normandie.
Le sujet de ce Poemc
estoit la Verité. Le troisiéme
Prix qui estceluy de l'Eglogue
a esté remporté par Me la -
Presidente Dreütllet. A l'égard
du quatriéme qui est
celuy de l'Eloquence, les
Académiciens ayant trouvé
que l'on s'estoit écarté du
sujet,ils ont donné ce Prix à
une Ode intitulée larcblteélure,
dont Mr Roy est crû l'Auteur.
Lors que j'en feray
mieux éclaircy
,
je vous en
feray part, & j'espere que je
vous enverray ) comme j'ay
fait en plusieurs occasions ,
quelques unes de ces Pieces ,
pour donner lieu aux Sçavans
d'étudier le tour que l'on
peuc donner à ces forces de
Pieces.
L'Article qui suit doit vous
paroître assez curieux. Vous,
icavez que les Etats de Bourgognesetiennenttousles
trois
ans, & que l'année qui suit la
tenue des Etats Mrs les Elûs apw
portent les Cahiers à leur Gouverneur
;&alors on choisit une
DeviCe dont on fait frapper
pluficurs Bourses de cent Jettons
chacune. Ces Bourses
se délivrent aprés ce Voyage,
( qu'on appelle Voyabe d'honneur
) entre ceux qui travaillent
aux Affaires des Etats:
Voicy la Devisequi a esté choisie
cette année, & qui convient
à la perte que la Province de
Bourgogne a faire de Leurs
Altesses Serenissimes Monsieur
le Prince, & Monsieur le Duc
son fils, ses Gouverneurs.
Non déficit alter.
Personne n'ignore la Fable
du Rameau d'or, & pour en
ra ppeller la mémoire il fùffic
de lire les deux Vers de Virgile
qui suivent.
Primo avulso non deficit alter,
Aureus, &similifrondescit virga
metallo.
La Province de Bourgogne
a eu l'avantage depuis prés
d'un siecle d'estregouvernée
par les Princes de l'Auguste
Maison de Condé, en sorte
qu'avec le Titre de la premiere
Pairie du Royaume, cette Province
ose se flatter de la prerogative
de n'avoir des GouVerneurs
que de la Tige des
premiers Princes du Sang.
La mort ayantenlevé en
moins d'un an Leurs Altesses
Serenissimes Monsieur le Prince
& Monsieur le Duc, les Peuples
de cette Province n'ont
trouvé de consolation dans
leurs malheurs que celle d'apprendre
que S. M. avoit confié
le Gouvernement à S. A. S.
Monsieur le Duc, qui ayant
herité des Titres & de la Grandeur
de ses Ayeulshéritera aussi
de leurs vertus : C'est ce qui a
fait choisir pour le Corps de
:
la Devise des Jettons de cette
année le Rameau d'or, avec
ces paroles : Non déficit alter.
La Province a perdu un
puissant Protecteur en la personne
de S. A S. Monsieur le
Duc, mais Dieu qui a pitié de
son peup le, la châtié sans vouloir
l'accabler, & après luy
avoir ôté un DcH:n(eur il luy
en a donné un autre du même
Sang & qui aura la même bonté
que celuy qui luy a esté ôté,
Non déficit alter.
L'on s'efi: contenté de ces
trois mots, & l'on a crûqu'il
n'estoit pas besoin d'y ajourer
Primo avulso
, parce que ces
mots rappelleroient des idées
trop fâcheuses & qui ne conviendroient
nullement àune
Devise faite à la gloire du jeune
Prince qui vient d'estre donné
à cette Province.
On a aussiretranché le mot
aureus, comme absolument
inutile, & ne portant pas un
sens assez noble pour le sujet
dont il s'agit.
Non deficitalter,en ditassez,
& tous les Auteurs qui ont
écrit de l'Art des Devises, ont
eu pour Principes qu'il falloit
laisser quelque chose à deviner
& s'expliquer en peu de pa- role
Primo avulso non deficit alter,
Aureus &ifmihfirondejcitvifga
metallo.
TRADUCTION.
Un Rameau d'or arraché, on
en trouve un autre à l'instant,
& il sort aussitost de la fouchc
- un rejetton semblable tout
couvert d'or.
Je vous ay déja marqué en
vous parlant des nouveaux
Brigadiers, qu'il n'estoit pas
impossible que je ne me fùfTc
trompe
trompé à l'égard de quelquesuns,
ce qui est arrivé touchant
Mr deMargeret, dont le pere
n'a jamaisestéaux Isles.Jedois
ajoûter aussi que celuy dont
j'ay parlé ne s'est point trouvé
à la Bataille de Malplaquet.
Mrde Margeret Capitaine
au Regiment des Gardes Françoises,
Chevalier de S. Louis,
«
cH: fils de Pierre de Margeret,
S' Grand Audiancier de France,
Seigneur de Pontaut qui estoit
petit-neveu du Capitaine Mari
geret, qui ayant fait plusieurs
voyages dans les Pays les plus
)
éloignez, son fort voulut qu'-
aprés qu'il eut servi le Prince
de Transilvanie, ensuite l'Empereur
en Hongrie, puis le
Roy de Pologne, en qualité
de Capitaine d'uneCompagnie
de gens de pied, & estre parvenu
au service de Boris Empereur
de Ruffie il eut le Com-
• mandement d'une Compagnie
deCavalerie. Demetriusayant
fucccdé à Boris, cet Empereur
l'honora dela Charge de la premiere
Compagnie de ses Gardes;
mais lesaffairesdecet Empereur
ayant esté extrêmement
bouleversées, ce Capitaine fut
obligé de revenir en France,
où il fut tres- bien reçû du Roy
Henry IV. qui l'honora de
son affection, & qui luy ordonna
de donner au Public un
Recit des Moeurs, & de beaucoup
de particularitez de l'Etat
de Russie.
Il reste encore plusieurs en- sans de Pierre Margeret grand
Audiencier;voicy une circonstance
qui regarde l'aîné, & qui àcause de sasingulariré, merite
de vous estre rapportée. Dés
sa naissance il sur mis chez un
Maistre de Pension qui avoit
chez luy des Nourrices qui ne
partoient que Latin; en sorte
les Enfans que l'on y mettoit
suçoient cette Langue en suçantle
lair. Dés qu'il eut) la
langue déliée il parut uns si
grand prodige qu'il fut presenté
au Roy devant quise
trouverent des gens tres habiles
qui furent étonnez de voir
un enfant de deux ans parler
Latin comme il auroit pû faire
à quarante. Depuis cetemps-là
son pere luy fit apprendre p!usieurs
Langues, & sur tout la
Grecque, où il réüssitparfairemenr.
Il le fit étudier ensuite
enTheologie & en Droit où i ilserendit fort habile;mais il
l
changea les Portefeüilles. en
une épée, & il monta par dcgrcz
à la Charge de Capitaine
aux Gardes.
J'aurois beaucoup de ebofes
à vous dire de Mr l'Abbé de
Margeret, si le temps ne me
manquoit pas; il a beaucoup
contribué à l'avancement de
ses freres, dansle service.
Feuë leur mere avoir un
vray & singulier merite. Elle
estoit si remplie de bonnes
qualitez
,
qu'un tres - grand
nombre de Princesses & de
Duchesses l'estimoient beaucoup.
Madame Royale luy faisoit
tres souvent l'honneur de
luy écrire,aussi bien que la
Reine de Portugal;& Mrs de
Margeret conservent encore
jeurs Lettres, comme des déposts
considerables, & capables
de faire honneur à la memoire
d'une si digne mere & à
ses enfans.
Voicy un Article qui vous
paroistra des plus curieux, Se
qui vous donnera des marques
de l'attachement que les François
ont pour le Roy & de
leur zelepour ce qui regarde
la Religion.
La Compagnie des Gardes
du Corps commandée par Mr
le Duc de Villeroy
,
s'éstant ap.
semblée à Soissons le 29.Avril
pour aller en Flandre le premier
de May, Mr de la Boulaye,
qui estoit alors seul Chef
deBrigade, accepta l'offre que
les Peres Feüillans de cette Ville
vinrent luy faire de dire le
premier jour de May, jour du
départ, & Feste de S. Jacques
& S. Philippes, la Messe à cinq
heures du matin, pour la santé
du Roy, & pour la prosperité
de ses Armes. Mrde la Boulaye
s'y rendit avec la Compagnie,
qui reçut à la fin de la
Messe, la Benediction du tres-
Saint Sacrement. Mrs de la
Boulaye
,
de Grillet, du Clos,
de la Faye, Beauchamps, Croisillac
Officiers superieurs,avec
tous les Brigadiers, Sous- Brigadiers
,
Porte Etendarts, & plusieurs
anciens Gardes reçurent
aussi en forme de Scapulaire un
S. Suaire, sur lequel le P. Dom
Jacques de Saint Dominique,
avoit tous les jours en disant
la Messe, fait repofcr la sainte
Hostie. Le petit S. Suaire est
cacheté dans du papier, & enveloppé
dans une petite Bourses
avec l'Inscripcion desEtendam
du grand Constantin;
quand al triompha des enne-
Tais2c Dieu& del' Eglise. In
àocsignovinces.
w Rienn'est plus édifiant, tant
du cofté des Officiers, que de
celuy des Peres Feüillans de
Soissons.
- Jepasse à un des plus grands
Mariages qui se soient faits
depuis long temps, puisqu'il
s'agit de celuy de Mademoiselle
d'Enguien, fille de feuë - o S. A. S. Monsieurle Prince, &
d'Anne de Baviere
,
fille d'Edoüard
de Baviere, Comte PalatinduRhin,
Duc de Baviere,
& de Madame Annede Gonzaçnieo
de Cleves, Princesse de
Mantouë, avec Monsieur de
Vendotme.
Ce Prince arriva à Seaux où estoit , certe Prince sse
,
le
Mercredy 14. de May l'apresdinée.
Il y eur le soir avant soupé
un grand Concert de Voix
&d'instrumens dansl'Appartement
de MadamelaDuchesse
du Maine, & dont Mr de Malezieu,
de l'Académie Françoise,
avoit fait les Vers, ausquels
on trouva le tour d'esprit
qui luy est ordinaire, qui
plurent beaucoup à l'A(Temblée,&
qui reçurent de grands
applaudissemens. Ces Vers étoient
à la loüange de Macfemoiselle
d'Enguien & de Monsieur
de Vendosme, & ils
avoient esté mis en Air par un
des Musiciens de S. A. S. Monsieur
le Duc du Maine. Il y eut
ensuite un grand soupé, duquel
estoient les familles de Condé
& de Conry, & Monsieur le
Comte de Toulouse.
Le lendemain,vers le Midy,
on signa le Contrat de Mariage
dans l'A ppartement de Madame
la Duchesse du Maine.
De là ils allerent à la Chapelle
où ils turent mariez par
Mr l'Archevêque d'A IX ,
assisté
du Curé de Scaux,& de
l'Aumônier de Monsieur le
Duc du Maine; cet Archevêque
dit la Mené. Toute l'Assemblée
fut ensuite traitée à
dîné par Monsieur le Duc du
Meine, & Mr l'Archevêque
d'A'x sur de ce repas. Il y eut
le soir un grand Concert, après
lequelil veutungrand soupé.
Le Vendredy il y eut un
grand dîné après lequel on
joüa,& sur le soir il y eut Concert
qui fut composé de Mr
Buterne Organise du Roy,
qui accompagnoit du Clavecin
; de Mr Forcroy, qui
jouoit de la Baffe de Viole, "tic
Mr des Costeaux qui joüoit de
la Flute Allemande,& de Mr
Visée,quijoüoit du Theor be.
Mr de Canipistron, de l'Academie
Françoise, & attaché
à Monsieur de Vendosme
donna après le Mariage leVi-)
relay suivant.
Je veux parler je ne puis plus me
taire,
Enfin deux Coeurs l'un pour l'au-
,.
tre formez
Sont de leurs feux également
charmez
Ah le beau coup que ïAmour
vient defaire!
Parcentvertusd'un brillant caractere
On njojoit bien ces Coeursse ressembler;
Mais cejloit, peu comment les
assembler
C'est l'heureux coup quel'Hymen
vient defaire.
Ce Dieufolâtre a conduit ce mystere
En Dieusensécar il a biensenty
Qu'ilfalloit mettre Hymen deson
party
C'est, ~c
jnj(]ua ce jourinsensible,severe,
ENGUIEN avoitdédaignétous les
'VOEUX,
L'Hymen pourtant l'enchaîne de
ses noeuds, -
C'est, &C.
VENDÔMEen proye ason ardeur
guerrière
3 Nourri de Gloire, affamé de Com- -
bats
Bravoit l'Hymen çy ne s'attendoit
pas.
A l'heureux coup que l*Amour
vient de faire.
Il me souvient d'une semblable
affaire
Et quand DU MAINE obtint
l'objet charmant
De ses desirs chacun dit hautement
Ah le beau coup, &c.
Prince D'ANETfcyez donc bien.
tôt Pere D'jeune Mars,d'unfils digne
devous
Afin qu'alors nous chantions encor
tous
Ah le beau coup 3 &c.
Le Samedi Monsieur de Vcndôme
partit sur les 5. ou 6.
heures pour Versaillesoùétoit
le Roy, & le Dimanche il revint
coucher à Seaux.
Il feroit à souhaiter que la
Princesse qui vient d'estre mariée,
vécutaussi long-temps
que la nommée Repaufe, qui
cil: morte le 5e de May âgée de
cent quinze ans dans la Paroisse
de Coufinal
,
Diocesè de La-
Vaur en Languedoc. Elle avoit
confervé sonD bon sens, & agi
ju squ'au dernier moment de
sa vie. Elle n'avoit jamais elle
malade
,
& elle est morte de
foiblesse. Elle estoit née dans le
lieu ou elle est morte. On a
verifié le Registre pour ne pas
exposer une fausseté au public.
:
Il faut que leclimatoùelleest
decedée soit bien propre pour
la santé
,
puis qu'il s'y trouve
encore plusieurs personnes qui
approchent du mêmeâge.
Vous attendez peut-estre
que je vous parle de l'ouverture
d'après Pâques du Parlement
; mais il y a déja plusieurs
années que Mr le Premier President
de Harlay, a supprimé
ces sortes d'ouvertures, qui ne
se font plus qu'après la Saint
Martin. Il a seulement conlervé
les Mercuriales, qui ne se
font qu'à buis clos. Elles ont
esté faites cette année par Mr
Jolly de Fleury Avocat General
,
dont Meissieurs ont cilé
tres-satisfaits. Rien n'estplus
profitable que ces fortes de
Discours lors qu'on s'en acquitte
aussi bien qu'a fait cet
Avocat General, qui a parlé
avec autant d'éloquence que de
bon sens.
Dans la derniere Promotion
des Benefices faire par le Roy
lePrieuré de Raveau enAn-y
goumoisà 3. lieuës d'Angoulesme,
qui vaquoit depuis quelque
temps ,
avoir esté oublié.
Mais Sa Majesté en signant la
feüille l'a donné à Dom de la
GueriniereReligieux de Grandmont,
dont le mérité est generalement
reconnu. Ce Religieux
n'a que trente ans. Cependant
, quoy qu'il foit encore
dans un âge si peu avancé,
il a déjà Professé la Philophie
& la Theologie dans l'Abbaye
de Grandmont, qui est le
Chef de l'Ordre, avec l'ap.
plaudissement de Mr FAbbe
de Grandmont son General,
qui a la réputation de sçavoir
parfaitement juger du vray
merite.
Dom de la Gueriniere est
d'une tres-bonne Maison du
Maine. Il en ennemi de toutes
les nouveautez. Il défend &
soûtient la saine Doctrine avec
d'autant plus d'ardeur qu'il a
toûjours fait voir une inclination
naturelle pour l'amourde
la vérité. Il joint à un profond
sçavoir une vertu solide. La
sincerité en son caractere ; Se
enfin il est d'une modestie singuliere
qui se trouve rarement.
dans les personnes qui peuvent
véritablement se flatter
d'avoir d'aussi beaux & d'aussi
heureux talens que ce digne
Religieux. >.,ss
••
En vous parlant des personnes
de pieté, je ne dois pasoublier
de vous marquer que Paris
en est remply
,
& que plus
les temps sont difficiles, plus
elles donnent de marques
1
de
leur pieté &de leurcharité,&
que les Aumônes de ceux mêmes
qui ne sont pas trop accommodées
vont au de-là de
leur pouvoir. Cela se connoist
dans toutes les Paroisses de Paris
& même dans la pluspart
des Communautez , ceux qui
n'ont point d'argentdonnant
la pluspart de leurs effets pour
secourir les Pauvres, en sorte
qu'avec des Billers qui ne coûtent
que dix sols, ils peuvent
tous les jours faire des gains
considerables, & qui les tirent
de la misere. A peine a-t on
tiré une de ces Lotteries qu'on
en recommence une autre, Be
il y a plusieurs Paroissesdans
lesquelles on a déja tiré beaucoup
de ces Lotteries. Enfin
tous les Pauvres honteux des
Paroisses sont assistez; quoy
qu'il soit très-difficile de suffre
aux fonds qui sont necessaires
pour cette Charité; mais le
zele des Ames charitables cft
si grand qu'elles trouvent le
moyen de faire l'impossible.
Aussi assure-t-on qu'il n'y a
point de Ville dans le monde
oul'on fasse tant de charitez
qu'à Paris, & dans lequel on
peut dire que la main droite ne
sçait pas ce que fait la gauche,
ce qui marque que ces Charte
tez se font sans ostentation j
&que ceux quilesfont se contentent
de la satisfaction ime-I
rieure qu'ils ont de bien faire,
& d'esperer que le Ciel les recompensera
un jour,& répandra
dra ses grâces sur toute leur
posterité. Il seroit à souhaiter
que de pareils exemples fussent
connus, afin de donner lieu aux
coeurs endurcis de les imiter.
Je ne vous ay point encore
dit que le Roy avoit créé Duc
&Pair de France, Mr le Maréchal
Duc de Berwick. J'attendois
qu'il fût reçu au Parlement
pour vous en parler
, ce que
l'on avoit laissé en suspens, u
on laissoit mesme répandre le
bruit que cette Recc ption se
feroit avant qu'il partit pour
aller commander l'Armée de
Dauphiné;maistout cela n'étoit
qu'une adresse pour empêcher
les Alliez de croire qu'il
irait servir cette Campagne en
Flandre. Aussi, jamais na t-on
parlé si diversement d'un départ,
& le jour mêmequ'il est
party, personne ne pouvoit
assurer qu'il partiroic. Ceux qui
connoissent parfaitement ce
Maréchal font charmez de sa
conduite, & sur tout ceux qui
se sont trouvez à la Bataille
d'Almanza. Jamais General n'a
gardé plus de sens froid dans
lesCombats. Il s'esttrouvé par
tout dans cette fameuse Batail-
Ici il a tout examiné par luyniernie
; il a donné ordre à
tout, & il s'yest acquisune
estime générale. Ceux qui l'ont
vu commander en Dauphiné,
ne sont pas moins charmez de
sa conduite & de sa fermeté,
& disent que voyant tout par
luy mesme, il est impossible de
le surprendre en la moindre
chose.
Voicy un Article qui regarde
une autre prestation de serment.
Mr le Bret Intendant de
Provence, dont j'ay souvent
eu occasion de vous parler, &
dont le mérité & les services
sontgeneralement reconnus,
vient de recevoir des marques
que le Roy a de la satisfaction
de ses services, & vient de
prester ferment entre les mains
de Sa Majesté, de la Charge de
Premier Président du Parlement
d'Aix. Comme la Provence
a toûjours elle satisfaite
de ses maniérés d'agir dans
D
toutes les choses où il a esté
employé par le Roy, il n'y a
pas lieu de douter qu'elle n'aie
beaucoup de joye de le voir élevé
à la teste d'un Parlement
où il pourra tous les jours faire
connoître aux Provençaux
l'amour qu'il a pour eux en
les servant,& en leurrendant
justice en tout ce qu'il pourra.
Ji Je vous parlay l'année derniere
de la tenue des Etats de
Bourgogne. Vous sçavez, que
cette Province qui en des plus
zélées du Royaume pour le
bien de l'Etar
, tant à cause
de sa fidélité pour le Roy qui
luy est naturelle, que par les
exemples que luy en ont donné
les Princes du Sang qui en
ont esté Gouverneurs, s'est
toûjourssurpassée lors qu'il a
esté question des Dons gratuits
qu'elle est obligée de faire
tous les trois ans, ainsi que
font tous les autres Païs d'Etats.
Je vous envoyai alors un détail
des genereux efforts qu'elle fie
en cette occasion
,
& je vous
fis voir en mesme temps ce que
feuë S. A. S. Monsieur le Duc
fit en cette occasion pour le
bien de l'Etat, & pour soulager
la Province, en forte que
malgré la difficulté du temps,
tout se passa au gré du Roy,
& à la satisfactionduPeriple.
Il est vray que ce Prince fit des
choses surprenantes, & qu'il
sacrifia beaucoup de droits qui
lui appartenoient.
Les Deputez de ces mesmes
Etats, qui sont Mr l'Abbé de
Druys pour le Clergé; Mr lc)
Comte d'Epinac pour la Noblesse)
& Mr le Meullier, Maire
de la Ville de Semur, pour le
Tiers Etat, viennent de presenter
à Sa Majesté les Cahiers
de la Province, & ils ont esté
conduits à la maniéré accoûtumée,
ayant esté presentez par
Mr le Marquis de la Vrilliere
Secretaire d'Etat, & conduits
par Mr des Granges, Maître
des Ceremonies; & ils ont eu
Audiance de toute la Maison
Royale. S. A. S. Monsieur le
Duc, auroit tenu le premier
rang à cette fonction, sans son
départ pour l'Armée.Vous
scavez la grande impatience
de ce jeune Prince-pour courir
à la gloire, & qu'il seroit party
beaucoup plûtôt qui n'a
fait, si des- ordres particuliers
di* Roy ne l'eussent arresté ;
qu'il est presentement à la telle
du Regiment de Condé Cavalerie
où il espere faire connoître
qu'il estdu même Sang,
& qu'il ressent la mesme ardeur
donr tous ses Ayeuls ont
esté animez,
- Les Princes ne peuvent acquérir
la naissance que leur
AugusteSang leur donne;mais
ils peuvent faire voir qu'ils en
sont nez dignes par les grandes
avions & les vertus qui font
distinguer la plûpart de ceux à
qui la nature a donné cette
naissance. Mais il se trouve de
simples particuliers qui n'étant
point favorisez de leur naissance
,
parviennent que lques
-
fois jusques au premier poste
du Monde, & mesmejusqu'a
la premiere dignité. Rienne le
prouve mieux que ce qui cil:
souvent arrivé à plusieurs Avocats
,& ce qui peut encore leur
arriver tous les jours comme
l'on a pu voir par le Discours
que Monsieur Euffroy Avocat,
& ancien Bastonnier de sa
Compagnie a fait depuis quelques
jours, en sortant d'exercice
,
dans lequel il a fait connoître
que plusieurs grands;
hommes, & mesmeduClergé,
ont esté tirez de ce Corps,duquel
on en a souvent tiré pour
remplir les places de Chanccliers,
de Gardes des Sceaux, de
Premiers Prefidcns, de Cardinaux,&
même de Papes. 1
, Mr Euffroy a fait voir dans
ce Discours qui s'estattiré les
applaudissemens & l'attention
de toute rAucmblec, que Guy
Foucault, François de Nation,
après avoir cité long-temps
Avocat au Parlement, s'estant
fait d'Eglise avoit esté premierement
Evesque du Puy,enfuite
Archevêque de Narbonne,
Cardinal, & ensuite créé
Pape fous le nom de Clement
IV. le 5eFévrier1625. d'un
consentement unanime de tous
les Cardinaux,quoy qu'il fût
absent
Qu'en1383. Pierre deFessigny,
sans avoir passé dans aucune
dignité Ecclesiastique,
étant Avocat, c'est-à-dire, en
en faisant les fonctions, tu
élevé au Cardinalat,
Qu'en1308. Guillaume d
Nogarer
Qeu'en*1389. Arnaud de
Corbie,
Qu'en1418.Robert le
Masson,
Q^'en1538. Guillaume
Poyet,
Qu'en 1371. Guillaume de
Dormans,
Er qu'en 154r. François
Olivieravoientesté élevez à la
dignité de Chancelier de France.
Qu'en 1J4L. &en 1588.
Mrs de MontholonAvocats au
Parlement de Paris furent faits
Gardes des Sceaux de France,
sans compter les Premiers Presidens
& autres grands Officiers
de Justice qui ont esté tirez
de ce Corps.
|Mr de la Marliere, ancien
Avocat, a esté élu à la place
ne Mr Euffroy. Il a tout le
mérité necessaire pour luy fuc- *
seder. t Vous devez avouer qu'il y Jong- temps que vous n'avez
jû d'Articles aussi curieux, &
aussi singuliers dans mes Lettres
y
& peut-estre même que
vous n'y en ayez jamais vû.
Ainsi l'on ne peut dire que c
soient des Articlesrépétés,&
qui ressemblent en rien 4 au
cun de ceux dont je vous ay,
jusqu'icy fait part.
Je vais vous parler d'un fait
qui est assez singulier
, quo
qu'il ne soit pas si étonnant
que ceux que vous ycnèz-d
>
lire, puisqu'il s'agit deMOlt
& que tous les hommes son
nez pour mourir, & qu'il cij
meure tous les jours. Cepen-
-
dant je ne laisseray pas de vous
surprendre en vous apprenant
que dans le même tempsijui
Mr Daquin, Evêque de Seczest
decedé, il est mort cinq Chanoines
de son Eglise, ce qui a
jette beaucoup de frayeur dans
tout le Chapitre & dans tous
les coeurs des Habitans de cette
Ville là où il regne beau-
[coup de maladies dont on
meurt presqueaussi-tost qu'on
est tombé malade.
! Mr l'Evêque de Seez est
l mort âgé feulement de 43.
* ans, fort estimé & fort cheri
dans son Evêché où il n'édifioit
pas moins par ses vertus
1* & par son exemple que par
toutes les fondions Pastorales
qu'il y exerçoit avec une tresgrande
régularité, & par les
bons ordres qu'il y donnoic ;
& ce qui marque que l'amour&
l'estime de tout le Diocese de
Seez pour cet Evêque, ne sont
pas sans un fondement solide,
est qu'il a laisse generalement
tout son bien aux Pauvres de
son Evêché, ce qui attire à sa
mémoire mille louanges de
tous ses Diocesains, & de tous
1.'(, Pauvres.
Quoy que les Nouvelles publiques
vous ayent appris plufleurs
Expéditions de Mer,je
vous en envoyc un Memoire
beaucoup plus ample que celuy
que vous avez déja vû. Je
ne laisseray pas de vous repeter
ce que porte celuy qui a
déjaesté rendu public, où il se
trouve même quelques circonstances
dffirenrcs. --.t
* >• *
DeS.Ma!olep.Mayi7io,
*" +. Les Vaisseaux le Curieux &,
le Diligent venant de Moka
dans la Mer rouge sont arrivez.
En faisant leur route pour
1
se rendre à Moka ils prirent
vers les 23. degrez 50. minutes
Sud, après cinq heures
de combat le VaitTeauleVainqueurdeMiddelbourg
de trente-
six Canons montez, de
205 hommes d'équipage, &
de 800. tonneaux qui alloit
à Batavia. Il estoit chargé de
50. milleducatons, de 30. mille
piastres en or, & de 1jo/
milleflorins en marchandises.
Ils arriverent à Moka au mois
de Janvier 170.9. ils furent tresbien
reçus par le Roy & par
les Peuples de ce Pays; ayant
eu la permission de traiter à
trois pour cent de droits, quoy
que les autres Nations en
payent plus de lix. Aprés leur
départ de Moka ils prirent le
Vaisseau Hollandois nommé
le Quismy, de 24. canons & de
800. tonneaux sorti de Batavia
pour Surate chargé de deux
cens douze mille cinq cens livres
de poivre, de cinq cens soixante
dix-huit mille huit cens
quatre-vingt sept livresde fucrc
en poudre, de cent huit mille livres
de sucre candy, de dixhuit
mille cent soixante & dixsept
livres de dents d'Eléphant,
de trenteneufmille cent vingtcinq
livres de cuivre du Japon,
de quarante mille livres d'alun,
& de cinquante milliers de fer
en petites barres.LeVaisseau le
Diligent est chargé de 1700.
balles de Caffé pesant deux
cent cinquante livres chacune,
& le Curieux de deux mille
trois cens aussi de deux cens
cinquante livres chacune.
La Couronne Corsaire de S.
Malo y a amené un Vaisseau
d'Amsterdam de six-vingt tonneaux
venant de Curasso, chargé
de cacao, de sucre, de tabac,
de cuirs, & de bois de
Campesche, estimé trentemille
écus. Ce Bastiment estoit
parti de Curasso avec une Flu- t.
te de trois cens tonneaux, qui
a aussi esté prisele iy Avril
par deux Vaisseaux de Saint
Malo.
Le Corsaire le S. Jan de Rot:
cofde 6. canons a pris sur les
Sorlingues le 16.le Navire les
cinq Soeurs de Middelbourg,
Interlope Hollandois, qui venoit
de la Coste de la Mine. Il
s'y esttrouvé250. marcs de
poudre d'or, dix milliers de
morfil & quelques autres marchandises
de Traitte. Le Capitaine
François a esté dangereusement
blessé
)
& le Capitaine
Hollandoistué. Les Ar..
mateurs auront prés de quinze
pour un de profit.
La Fregate du Roy la Nymphe
venant de la Martinique estarrivée à la Rochelle. Mr,
du Gué qui la commande a
pris un Corsaire Anglois forti
d'Antigue.
UnVaisseau de h même
Nation,chargé de planches
& de merrcin.
Un autrevenantde Nieves,
chargé de sucre
,
& un autre
qui vient de la Barbade aussi
chargé de sucre.
La Fregate de S. Malo l4
Reine el'EsPagne, cil arrivée à
laRochelle, venant del'Amerique
richement chargée.
Mr Porée commandant la
Fregate laBecasse a pris &conduit
au Port-Louis un Corsairedc
Gersé.
Je crois que vous apprendrez
toutes ces Prises avec
beaucoup de plaisir, tant à
cause de l'honneur qu'elles
font à la Marine de France „
que des avantages que la Nation
en retire.
Je passe à l'Article ordinaire
,
qui bien que peu considerable
ne laisse pas de faire plaisir
à beaucoup d'honnestes.
gens, & de les divertir;&l'on
peut dire que cer Article est
K
des plus amusans,&qu'il occupetous
ceux quille lisent.
Vous devinez bien sans doute
que je veux parler de celuy des
Enigmes que vouschçiçhmez
avec soin quand mêmejen'y
mettrois aucun Preludepour
vous en avertir.
Voici une Explication en
Vers du mot del'Enigme du
mois dernier.
iC.-e Visagetrompeur qui CMÎUses
-
défauts - -
J^orfouildbotdetoutlemondey
Bien
Bien loin d'avoir une bonté profonde
N'estqu'unfrancsceleratqui cause
bien des maux.
D'abord cet hypocrite excite en
nous la joye
Mais lors qu'on le connoistil cause
du chagrin
Et même pourson pere il devient
inhumain:
Tel cft le triste effet de la [au/fi
Afonnoje.
Les autres qui ont trouvé le
même mot font: Mrs d'Arzillemont
:
le Baron de Feneste,
de ll£b Nôtre Dame:le Mathamore,
du Marais: le Poëtc
Nouvelliste: le Conrent d'avoir
racheté saPaulette:l'Homme
à la mode, du Fauxbourg
S. Germain: le tendre Amant M.de la charmante veuve
Bragieves : les deux Amans rivaux
de Mlle M. du QiJay
des Augustins: le petit Maître
Procureur
,
Amant de Mlle
l'Ap. l'Heureux Blondin, de
l'Head des Ursins : l'agreable
Libertindumême quartier: le
Poëte sans fard justement irrité
,
& les Satyriques aussi du
même quartier. Mles Geneviéve
Jollain : la jeune Muse
renaissanceG.O: les deux soeurs
de la ruë Geoffroy- l'Asnier:
la charmante veuve Bragieves
& sa bonne Amie: la jeune
Nourrice, de la ruë S. Antoine,
la Dlle aux yeux bleux &
sa soeur aux yeux noirs, de la
même ruë: la Blanche & Brune
, de la ruë des Bernardins:
la belleLibrairesse,du quartier
de l'Université: la jeune fille à
la grande Tabatierela charmante
Veuve, du Pavillon de
Fontenay:les deux soeurs de la
ruë percée, proche S. André
des Arcs: la nouvelle Marquifc
1 du quartier de l'Hostel des Ursins,&
ses anciennes voisines,
à la DeviseCequi est différén'est
pas perdu: la Spirituelle, de la
ruë des Mamouzets, à la Devise
l'Esperance est d'ungrandsecours
: la gracieuse Soeur, à la
Devise BontépasseBeauté,&la
Brune du même quartier,à la
Devise Je prends le temps comme
il vient.
nouvelle du Pere Arrange
, dont je vous en aydéja envoyé
d'autres, ainsi que plusieurs
Articles qui vous ont paru dignes
de vostre curiosité.
ENIGME.
Tout le monde est en peine, &
chacun veut sçavoir
Si je fuis un esprit
, ou bien un
corps sans ame,
Rien ne peut égaler maforce &
mon pouvoir,
Et ce qui vient de moysurprend
l'homme Cm lafemme.
De tout ce que jefais & dontje
fuis l'auteur
Je n'en ay cependant aucune connoissance
;
Aujourd'huy je menace & faits
trembler de peur,
Et demain je console & remplis
d'esperance.
Sans jamaisme lasserjecours tout
l'Univers,
Je vais cr je reviens de l'un à
l'autre Pole,
L'on connoist sans me voir mes
mouvemens divers
Et , le bruit que je faits me tient
lieu de parole.
Je vous envoye une Chanson
nouvelle.
AIR NOUVEAU.
Que la Recoltesera bcue
Etque nous devons à Cybelle,,
Qui nous préparéavecprofusion
Toutcequepeutproduire une ricin
Moisson.
; 1
Tiv
Comme ma Lettre estsusceptible
de toutes fortes de
matieres, je vous envoye un
Discours fait à Mr de Beauharnois
dont je vous ay déja entretenu
des grands Emplois.
Vous sçavez qu'il est presentement
Intendant de la Generalité
de la Rochelle & de la Marine,
au Port de Rochefort.
Ce Discours fut prononcé le
16e May par Mr HervéPresident
au Siege Royal de Rochefort.
MONSEIGNEUR,
Ce n'estpasfeulement legenie
superieur, mais c'est aussi la majestéde
nostre Souverain,qui brille
dans le choixqu'ilfait des Sujetspropres
pour remplir lesCharges
considerables, & les principaux
Emplois deson Etat. En
effetrienn'estpluscapablededonner
une haute idée desesperfections
,
e-rd'wfyirer desfnlimens
respectueux pour sa suprême Dignité,
quelorsque les premiers
Ministres de ses volontez expliquent
les ordres de Sa Majesté.
Llinfinous reverrons tous ceux qui
ont l'honneur d'estrechargez
de l'execution de ses ordres, CT
nous reverrons en vous [on zele
pour la Religion,son amour pour,
la Justice,&fin attention singuliere
au bien & au soulagement
desesSujets. Vousavezdéjafait
admirer dans le nouveau Monde
toutes les Vertus Royales de
LOUIS LE GRAND. Mais
ceferoit peu que de les avoir exposées
à la seule veneration des
Peuples qui habitent au de-là des
mers; (;7 de n'avoir soûtenu 14
gloire de son regne que dans les
froids climatsd'une partie de i.Amerique
,
si vous ne faijte% pas
aujjt respecterson nom dans rEurope.
Il ne manquoit à V. G.pour
unsiloüabledessin
3 que le Poste
important dont il asçurecompenser
en dernier lieu vos services
p1[p%* present que semblable
àl'Ange dont nous parleS.Jean,
vous avez un piedsur la terre,
&l'autresur la mer, vous vous
trouve^ en place &dans unesituation
à faire redouter sur ces
deux Elemens les forces de la
France. Il est vray que diversement
occupé par vos differentes
jonctions vos regards seront necefairementpartar'ieK
comme l'étoientceux
de Janus. Maissans
rien perdre de vûë vous les porterezd'un
costésur les détails de la
Marine,&d'un autresur les affaires
de la Generalité. Vousy
eetssetseesnetnretré,Monseigneur, sous les
,,
Monseigneur, fous favorables auspices d'une paix
prochaine, qu'en devons-nous augurer
que lebiende l'Etat, &la
félicité publique? Heureuse donc
la destinée des Provinces de Xaintonge
& d'Aunis; & heureux
en particulier le fort devos treshumbles
& tres-obeeansferviteurs.
AUTRE DISCOURS
Fait par le même pour l'Hôtel
de Ville.
MONSEIGNEUR,
La perte que nous avons faite
ne pouvoit fifre reparée que par un
des premiers hommes du siecle.
Maissipoursoûtenir le titre glorieux
d'Intendant deJustice, Police,
Finances, &Marine, il est
necessaire d'avoir d'éminentes qualitck
qui répondent à ces differentes
fonctions. La Renomméeapris
le soin de publier par tout qu'à
l'exemple du Sage vousfaites toûjours
presiderl'équité dans HJOSJu.
gemens«Quavec la salutaire pré-
1voyance de Joseph
, vous aue;C
faitgoûter les fruits d'une bonne
Police au Peuple que Sa Majesxtiauoitfournis
à vos ordres. Qie
,Jans l'oeconomie des Finances du
Prince vous ave% mérité les éloges
que l'Esprit de véritédonneau
serviteur prudent &fidele ; &
qu'enfin vostre habileté dans les
mdjfaires maritimes surpasse celle
des Officiers qui fous le regne du
plus puissant Roy d'Israèlleservnierentsi
utilement dans laMariqu'ils
procurerent a ses Etats
uneprodigieuse abondance des cho-
Jes mêmeles plus rares, & les
plus precieuses. Fasse le Ciel que
de tant de vertus réünies dans V.
G. la France en retire à jamais
tous les grands avantages qu'elle
en doit esperer;&quesous votre
favorable &puissante protection
cette Ville na,antejouee de ses
Privileges, prenne d'heureux accroissemens,
&soitdélivrée pour
toûjours de l'estat déplorable où le
malheur des temps l'aréduite. Ce
font les souhaits, Monseigneur,
de vos tres-humbles &tres-obéïssansserviteurs.
1 Aprés vous avoir parlé d'un
illustre Vivant, je dois vous
apprendre la mort de MrBulteau,
Doyen des Secretaires
du Roy, âgé de quatre-vingtquatre
ans. Il laisse unetresbelle
Bibliotheque, dont tous
les Livres ont estéchoisis avec
foin, & qui fera sans doute
fJ>elnacifir aux Curieux qui travailtous
les jours àformer de
grandes Bibliotheques.Mr Bulteau
joüissoit d'une grande reputation.
Il passoit pour un
tres-honneste homme, & il
estoit generalement estimédes
Sçavans.
- En vous parlant deceuxqui
ont remporté cette année les
Prix des Jeux Floraux de T-oulouse,
je vous ay parlé iccc-'
luy qui regarde la Vérité, composé
par Mr l'Abbé Asselin.
On assure generalement guti
tousceuxqui ont travatiHcccc-1
te année pour ces Prix ont fait
de si beaux Ouvrages, qu'il a'
esté difficile d'adjuger les Prix,
ce qui doit augmenter lajlwre
Mr l'Abbé AtfcliIL
1
POEME
Qui a remporté le Prix, par Le
Jugement de l'Academie des
Jeux Floraux, sur la Vérité.
L'Homme est-il insensible à l'éclat
de tes traits,
Ou bien, loin de ses yeux tU-tu
fuipour jamais,
Verité,qu'à mes voeux dérobent
mille obstacles?
Toûjours avec lefaux je confonds
tes Oracles.
Pour fuir en te cherchant les
écueils que je crains,
Sers deguide toi-mêmeàmespas
incertains.
May 1 7 10. Aa
rar nos préjuge.-< seuls gouver.
nez dans l'enfance
L'erreuren , , nos espritsprévient
la connoissance.
Que fert de réfléchir dans une autresaison
t
Le joug de l'habitude asservit la
raifort,
Toujours loin du droitsens entraine:
t par les AHtres,
Sur leurs fauxjugemens s'assermissent
les nôtres;
Et de l'opinionesclaves malheureux
, Nous vivons, nouspartons, &
nous pensons comme eux.
Loin du peupleséduitpar devaines
images,
Chercherons-nous levraisuries
traces des Sages t
Jouets d'un faux éclatqui nous
éblouit tous,
Par des sentiers divers ils errent
comme nous.
Philosophes en proyeàvotre incertitude
Quel estpouyr votre espritlefruit
de votre étude ?
De quelqueconnoissance ose-t-il
seflatter? , Toujours plus incertain il riapprend
qu'à douter.
Maisquoi?son impuissance irrite
son audace:
Dans ses vastesprojets il rieflrien
qu'il riembrajjc. , Aa.ij
Prétendant tout connoître, en sa
témérité
Par les bornes du monde il n'est
point arrêté.
Il veut d'un premier Etre appro.
fondir l'EjJence,
Il sondesesDecrets, mesure sa
Puielaance.
Aveugle!aquel excès porte-t-il
son orgueil!
Desa foible raison un atome efi
l'écueil.
Lassé sans s'arrêter & vaincu
sans se rendre,
C'estenvain qu'il s'obstine à voit"
loir le comprendre ;
Rencontrant l'infini dans un corps
limité.
Il conçoit d-autant moins qu'il 4
plusmédité.
Grand Dieu, dans Fembarrdf
qui confondsa foiblesse , Quel est de tes desseins la profonde
fag,,ff! - Les objetsqu'àsesjeux tu fçtts
envelope,
Rempliroientunesprit que tu dois
occuper.
Lorsqu'il jouit des biens que ta
main lui dispense,
Que lui sert d'en chercher l'originâ
& l'essence ?
Pardessoins assidus qui confumeni
ses jours
Que luisert d'observer les Aftril
dans leurcours;
D'examiner si l'air, lefeu, la
terre Cm l'onde
Sont autant d'élemens qui composent
lemonde:
Ousi, sans l'achon de leur concours
divers,
Un principe plus simple a forme
l'Univers !
Ilsçait à l'infini diviser des espaces,
Comparer des côtez, mesurer des
surfaces :
Des angles differens que forment
tous les corps,
Ilsçait approfondir les dijfrens
rapports.
Inutilestravaux! frivole connoissance!
Quel avantage a-t-il sur une
humble ignorance?
Pour s'occuper ainsi trop avaredu
temps,
Le vrai Sage ensçait mieux menager
les instans.
Pourquoi j'embarrasserd'unevaine
chimere?
Il est icipour l'homme un point,
seul necessaire.
Il doit, peu curieux etun sterile
sçavoir,
Chercher les vérité% quifondent
son devoir.
Les chercher.! ah! bien loin que
ce foin l'interesse,
C'est a les eviter qu'il s'applique
sans cesse.
La Nature enson coeur avoitfiû
les tracer;
Que ne tente.t-il pointpourles
en effacer!
Il a fallu pour lui fous l'attrait
d'un vain songe
Couvrir ces vérité^ du voile du
mensonge:
Et par des fictionsoccupant son
loisiir,
Cacher l'utilité fous l'appas dtt
plaisir.
Allais ennemi du vraidont il
craint de s'instruire,
Jusquesàl'ignorer a-t-il pû si
seduïre ?
Envain,pour s'endormir ausi;"
despassions, Son
Son esprit se dérobe à ses reflexions:
Dans quelque Aveuglement qu'il
s'efforce de vivre,
La lumiere qu'il fuit vient par
tout lepoursuivre :
Eclairé malgré lui par un instinct
divin,
Il connoît un principe, il redoute
une fin.
Dans les remords pressans que le
crime fait naître,
Il tremble fous la main dont il a
reçu*l'ê/> t1re:
Et contraint en secret d'adorerson
pouvoir,
Il sent la écrite qu'il n'a pas
voulu voir.
Madame de Vendosmealla
il y a quelques jours voir le
Grand Prieuré. Les Jardiniers
luy presenterent un Bouquct
qu'elle reçut fort gracieufement
; mais comme il estoit
accompagné d'un Concert, el-j
lelefitaussitôtcesser ,& donna
quatre ou cinq Louis aux
Jardiniers pour boire à sa
santé.
Il eil: arrivé depuis quelques
jours une avanture tres fâcheuse
à Mr de Castelas, Lieutenant
General Suisse. Estant
:proche de Monsieur le Duc,
le Cheval de ce Prince estanc
un peu fougueux, donna trois
ou quatre ruades à Mr de Cafcetas,
qui luy caffcrcnt une
jambe en trois endroits.
J Nous apprenons, par les
Anglôis mesmes, puisque c'est
par 1unVaisseau arriveen 29.
jours de la Jamaïque à Bristol,
que quatre Vaisseaux de guerre
François avoient pris l'Heureux
retour, Brigantin, & quatre autres
Navires sur la Coste de
Guinée, & que sur l'un de derniers ces il y avoit 500. Negres.
Je ne vous dis rien des Affaires
d'Espagne, selontoutes
les apparences, elles ne peuvent
aller mieux, & l'amour
des Espagnols fcmblc tous leaJ
jours augmenter pour leur legitime
Roy, quoy qu'il ait
pa-j
ru depuis long-tempsqu'il rïC;
pouvoit aller plus loin. Il s'est
rendu maistre de Balaguer, &
les Aragonoisfontvoir pour
ce Prince une ardeur, & une
fidelité incroyables. On ne
peut voir d'Armée mieux regtée
sans superflu,parce que
lesuperflu retranchémet rou-1
tes choses dans l'abondance.
i
A l'égard des Affaires de
Flandre,je me trouve obligé
de finir ma Lettre sans pouvoir
dire à quoy elles aboutiront.
Dés que les Ennemis ont
vu que l'on marchoit à eux,
la peur les a saisîs;ils se sont
retirez dans leurs retranchemens
dont ils estoient sortis
pour marc her vers nous;ils
ont fait venir une partie des
Troupes qui font le Siege de
Douay, & Mr d'Albergotti
s'etf servy à propos de cette
occasion pour faire une sortie
qui a comblé tous leurs travaux;
de maniere que le Siege
de cette Place pourra durer encore
plus long-temps qu'il n'a
fait jusqu'à present. Je fuis,
le liront, r
5
Discours pTllonce, à l'ouverture de
l'AcadémieRoyale des IlJjèrlptions,
d'aprésPasques, 9
Discoursprononcez le lendemain a
l'ouverture de celle des Sciences,
S6
Professionfaite par Mlle de TJoailles
>silie de Me la Maréchale de
ce nom, 103
Mr le Duc de Noailles a obtenu
du Roy un Brevet de retenue de
cent mille ècus sursa Charge de
premier Capitaine des Gardes
duCorps, 104
Êpithalame touchant le Mariage
de Mademoiselled'Enguien, 105
Expéditionsde Mer, 108
BenedictiondesEtendars des Compagnies
des Gardes du Corps de
Villeroy&de Bouflers ,avec les
Discours faits a cette occasion,
0 110
Description d'un Tableau de l'Albane,
116
Tbefe/obtenue au grand Convent
des Augustins devant Messîeurs
de l'Assemblée du Clergé,121
Premier Article des Morts, 73^
Beneficesdonnezdans la derniere
Promotion , 160
Election de Dom de jMontjcûrnal
à 1* dignité d'Abbé de la Ferlé)
187
Ce qui s'est passé au chapitre Provïncial
des grands Augustins,
tenu dans leurgrand Convent de
Lyon, 194
Mariages, 201
Disrtribautioun desxPrix2des0Jeux7Flom Jettons qui se font en Bourgogne -
dins le temps du Voyage appelle
Voyaged'honneur,210
Article touchant un obmission faite
dans celuy des nouveaux Brigadiers
y
ZI6
Cérémonie aussi dévote que carieuse
faite à Soissons, a laquelle a
ajjîjiè la Compagnie des Gardes
du Corps commandée par Mr le
Ducde Villeroy, 213
Mariage de Mademoiselled'Enguien,~&
tout ce qui j'eflfait à
cetteoccasion, 215 Mortd"unefemme âgée centquinze
ansy 233
Celq'uia esié fait au Parlement a occasion des Mercuriales, 54 Nomination à un Prieuré qui avoit
esté oubliédans la derniere Promotion,
GrandesChantezfaitespar 135 les Pa- rijfenJ) 138 Zfr le Maréchal Duc de Bervick,
tfl nommé Pair de France, 241 Serment prejlé entre les mains du
Roy par Mr le Bret, pour la
Charge de Premier President du
Parlementd'Aix, Cahiers 243 des Etats de Bourgogne
presentez au Roy, 245
Article des plus curieux queje vous
aye encore envoyé, & dont je ne
fuis vous faire part sans vous
l'envoyer entier, 248
Mort de Mr d'AquinEvéque de
Séez, &en mesme temps de cinq
de ses Chanoines,254
Nouvelles Expéditions de Mer,257
Articledes Enigmes, 263
Discours faits par Mr Hervé à
MrdeBeauharnois, Intendant
de la Rochelle, & de la Marine
au port de Rochefort,271
Second Article des Morts, 279
Poëme qui a remporté le Prix par
le jugement de l'Academie des
Jeux Floraux, sur la Verité,
18(
Madame de Vendosme va voir le
Grand Prieuté, 190
Accident arrivéà Mr de Castelas,
Lieutenant General, 290
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par,
Ne craignonsplus, doit regarder
la page 2.0C.
MAY, 1 7 10.
A PARIS,
l, Chez MICHEL BRUNET, grande Salle du
Palais, au
MercureGalant.
cOmmeilest
impossibledansla ceaJ
joncture presente de ne pas
gross
le Mercure,ce qui en augmente considi
rablement les frais, on ne peut se difpe
fer d'en augmenter aussi le prix. Ainsi1
volumes qui feront reliez en veaufeverq
dront doresnavant38. sols. Quann
aux volumes qui feront reliez en parcheo
min, on n'en payera que trente-cia.
Les Relations sevendront autant qifl
les Mercures. 1
ChezMICHEL BRUNET, grands
Salle du Palais, au Mercure
Galant.
M.DCCX.
Aveç Privilege du Soy.
AU LECTEUR.
ILyiailieu de croire qu'on n â ne lit plus i jivis qui a
esté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure, fUi.(
que malgréles prieres réiterées
qu'onafaitesd'écrire en
caracteres lisibles les Noms
propres quise trouvent dans
les Memoires
pourestre employez,, on néglige
de le faire
9 ce qui est
cIJufè qu'il y en a quantité
de défigurezjetantimpossible
de devinerle nom d'uneTm
re, ou d'une Famille
,
s'ià
n'ejf bien écrit. On prie dù
nouveau ceux qui en envoyent
dj prendre garde
s'ils veulent que les nomi\
propres soientcorrects. 0/s
avertitencore qu'on neprenez
aucunargent pour ces Ain
moires,&quel'onemployera
J^is{esbons Ouvrages à le14À
four,pourvuqu'ils ne défi
obligent personne, & qui%
ceux qui les envoyeront ll\'
affranchirent le port.
1I-fAERCVRE
C4A-LAMY
MAT, 1710. DEPUIS que le Roy a
commence a gouverner
par luy mesme, quoyque son
occupation ait esté grande,
soit en paix, foien guerre, ses
premiers soins ont toûjours
regardé l'a.ccrolffcmciit3li pureté,
& le culce de la véritable
Religion, pour laquelle il à
toujours tout sacrifié. 'Sel
Edits sur ce sujet sont sans
nombre. Il a contribuédans
une infinité d'endroits de fom
Royaume à l'établissement des)
Temples;il a fait construire
celuy du Val-de Grâce qui est
une des Merveilles du Monde,
& celuy des Invalides dont roifl
les Etrangers qui lont vû onn
esté charmez. Il n'a point consideré
ce que la suppression de
l'Edit de Nantes coûteroit àa
son Erat
,
& il a cru qu'il gagneroit
beaucoup en donnant
j lieu à tous ses Su jets Prote stans
de sortir du Royaume. Monsieur
le Chancelier leTellierJ
qui signa la Revocation de cet
Edit,s'écriaaprèsl'avoirsignée,
comme le bon homme Simeon
,
Nunc dimittis servum
tuum in pace. Paroles que le
Roy repeta souvent, en disant
qu'après la revocation de cet
Edit
y
il mourroit content, en
quelque temps qu'il plût à
Dieu de l'appeller. Il a banni
de son Royaume,non seulement
les Protestans ; mars il a
auili obligé les Jansenistes à
reconnoistre leur erreur, &les
Quietistes à renoncer à la leur,
en sorte que l'on connoist à
present à peine dans son
Royaume, les noms de Protestans
,
de Jansenistes, & de
Quietistes. On ne doit pas s'étonner
après routes ces choses,
de la grande dépense qu'il a
faite pour la nouvelle Chapelle
de Versaillesàlaquelle on
travaille depuis un grand nombre
d'années. Rien ne lui a
coûté pour la construction &
pour les riches ornemens de
cette Chapelle,& plus elle luy
a coûté dans un temps si difficile,
plus il s'est acquis de merite
auprès de Dieu. On doit
dédièr-éettt Chapelle,& y celebrer
la Messe, le jour de la
Pentecôte, & il y a lieu de
croire que le Ciel continuera
de répandre ses bénédictions
sur le Roy, à qui il n'a fait
sentir quelques adversitez, que
pour mieux faire connoistre à
toute la Terre, la grandeur de
son ame, & que dans tous les
états ouceMonarque s'e st
trouvé, il a toûjours rendu des
graces à Dieu, comme dans sa
plus grande prosperité.
Jï passe aux Discours prononcez
dans l'Academie des
Inscriptions, & dans celle des
Sciences, le jour de l'ouverture
de ces deux Academies Royales
à leur rentrée d'après Pâques.
L'Académie des Inferiprions
s'ouvrit le Mardy zg.
du mois dernier par Mr de
Boze qui en est Secretaire per- J
petuel, qui fait toûjours l'Eloge
des Académiciens morts j
dans le cours de l'année, & il
s'attira de grands applaudisse- j
mens en faisant celuy de feu
Mr de Corneille ; Eloge d'autant
plusdifficile à faire, que
j'avois fort étendu cette Matiere
>
& que Mr de la Motte j
en avoit fait un
très- beau le
jour desa reception à l'Academie
Françoise. Mr de Boze dit
d'abord que Thomas Corneille
étoit né à Roüen le 20e
d'Aoust 162 5. de Pierre Corneille
Avocat du Roy à la Table
de Mar bre
,
& de Marthe
le Pesant fille d'un Maistre des
Comptes, de qui estoientaussi
descendus Mrs le Pesant de
Bois Guilbert, donc l'un estoit
Conseiller en la Grand'Chambre
du Parlement de Roüen,
& l'autre Lieutenant General
& Prcfident au Presidial de la
; même Ville; que le jeune Mr
de Corneille avoit fait fcs
Classes aux Jesuites, & qu'il y
avoit apparence qu'il les fit
bien; que ce que l'on sçavoit
de plus particulier estoit, qu'étant
en Rhetorique il avoit
composé en Vers Latins une
Piece que son Regent avoit
trouvée si fort à son gré qu'il
l'avoitadoptée, & qu'ill'avoit
substituée à celle qu'il devoit
faire representer à ses Ecoliers
pour la distribution du Prix de
l'année,& que lors qu'il eut
fini ses Etudes, il estoit venu à
Paris
,
où l'exem ple de Pierre
Corneille son aîné), l'avoit
tourné du côté du Theatre,
1
exemple, quipour eflrc suivy,
*demandoit une affinité de gcnie
que les liaisons du fang ne
donnoient point, & que l'on
ne comptoir gueres, entre les
Titres de famille.
f
Il parla ensuite de tous ses
Ouvrages, tant de Poësie que
de Prose, & quoy que l'on eût
déjà parlé à fond de tous ces
;
Ouvrages, on peut dire que Mr
* de Boze y donna un tour nouveau,
qui fit autant de plaisir
à ses Auditeurs que si la Matie-
| re eut elle nouvelle.
1 Mr l'Abbé Massieu, Professeur
Royal en Langue Grecque,
qui à l'Assemblée publique
du mois de Novembre avoit
lû une Dissertation sur les
Sermens, dont je vous donnai
alors une Analyse, lût cette
fois.cy un Discours, dont le
sujetestoit, Paralelle d'Homere
&dePlaton. Il commença par
s'cxcufer sur ce qu'il entreprenoir
de comparer deux grands
lionimes,qu'on avoit courume
de concevoir sous des idées
fort différentes, & dit: Que si
au premier coup d'oeil, l'opinion
qu'il alloit avancer paroifloïcifnguliere,
du moins
elle n'estoit pas nouvelle. En
effet, elle a, dit-il, eu d'illustres
Défenseurs dans l'Antiquité,
Ciceron, Denisd'Halicarnasse,
Quintilien, HeraclidedePont,
Longin, &c. Mais ces excellens
Critiques se sont contentez
de nous apprendre qu'ils
trouvoient une grande conformité
entre Homere &Platon
;& ne nous ont point laissé
les raisons sur lesquelles ils se
fondoient. Mr l'Abbé Massieu
tâcha de suppléer à leur silence,
& representa que s'il ne
parvenoit pas à bienétablirce
qu'ils avoient crû, on ne devroit
point en tirer de consequence
desavantageuse contre
le sentiment, qui est d'eux;
mais seulement contre les preuves
qui étoient de luy.
Ensuite venant au détail, il
remarqua que deux Ecrivains
peuvent principalement seressembler
par trois endroits;par
le fonds de la doctrine, par la
maniere d'enseigner, & par le
style.
Pour ce qui regarde ladoctrine,
il fit voir que les principas
d'Homere & de Platon
estoientà peu prés les mêmes.
1. Sur la Religion, 2. Sur la
Politique. 3. Sur TOcconomie
& sur les autres parties de
la Morale.
Quant à la maniere d'enseigner,
ils s'estoient,dit-il, proL
posezl'un&l'autre dinstruire
en divertissant, & de cacher le
precepte fous l'appas du plaisir.
Et parce qu'entre tous les
genres d'écrire ,iln'yen avoie
point de plus propre adonner
du plaisir aux Lecteurs, que
celuy où il entroit le plus &
d'imitation & de fixion; c'eil
à celui-là, poursuivit-il
,
qu'ils
s'estoient principalement atiachez.
Homere & Platon étoient,
continua-til, premierement
les deux plus grands
Peintres qu'ait euë l'antiquité:
& en second lieu, les deux
Ecrivains qui dans leurs Ouvrages
avoient le plus frequemment
& avec le plus de succés
employé les fyrnboles & les allégories.
Enfin pour ce qui concernoit
le style. 1. Platon cite continuellement
Homere. 2. Il
ne se contentoit pas de le citer,
il tâchoit de transformer son
style en celuy de ce Poëte, empruntant
de luy des expressions
qu'il enchassoit dans les
siennes propres y de telle forte
que les unes & les autres ne
faisoient plus ensemble qu'un
mefmc tiuu. 3. Dans les endroits
où il ne citoit ny necopioit
Homere, son style ne
laissoit pas d'estre tout poétique.
On sçait, dit-il, que ce
qui faisoit l'essence de la Poësie,
n'estoit pas precisement la mesure,
ny un certain arrangement
de mots; que c'estoit
principalement la pompe de
l'expression, la hardiesse des
figures, la vivacité des defcri-
< 3 ptions,& sur toutje ne fçp.is
quelle chaleur heureuse qui se
répandoit dans tout le discours
&quil'animoit.Ortoutesces
qualitez Ce trouvoient dans
Platon au souverain degré.
Mr l'Abbé Massieufinit par
rassembler les traits principaux
qui formoient une vraye ressemblance
entre Homere &
Platon, & par dire que de ces
deux Ecrivains presque égaux
en tout, le premier n'avoic
peut-estre sur le second d'autre
avantage, que celuy que tout
1 Original avoic necessairement
sur sa Copie.
Je dois a joûter icy, que
Mr l'Abbé Massieu, possede
parfaitement trois Langues, 6c
qu'il sçait dans ses Ecrits, joindre
l'Atticisme des Grecs,
l'Urbanité des Romains,& la
politesse des François.
Mr l'Abbé de Tilladet parla
aprés Mr l'Abbé Massieu, &
fit une Dissertationdans laquelle
après avoirexpliqué la
prééminence du Souverain
Pontificat des anciens Romains,
il en tira un avantage
pour prouver que les premiers
Empereurs Chrestiens avoient
pris, & avoient Ineflne dû
prendre la qualité de Souverain
Pontife; de forte que la
premiere partie de sonconcours
forma une espece de preuve
&de prejugé en faveur de la
seconde partie,qu'on pouvoit
regarder pour cette raison
comme une consequence de la
- premiere. Car s'il est vrJY dit il, ainsiqu'on le démontre,
par les Medailles, par une foule
de passages d'excellens Auteurs
, que le grand Sacerdoce
ait toûjours esté une dignité
éminente; que chez les Grecs
&chez les Latins elleait sifort
approché de la Royauté, qu'on
les y ait souvent confonduës
ensemble; qu'à Rome durant
la Republique le grand Pontife
quiestoit perpetuel ait esté
constamment superieur aux
principaux Magistrats, parmy
lesquels il y avoit une continuelle
revolution; que cette
puissance si distinguées'étendit,
selonFestus, sur toutes
les choses divines & humaines;
s'il eftvray que par là le grand
Pontife se fut acquisun souverain
empire sur les Citoyens,
non pas à la vérité en toutes
occasions,& à touségards ;unempire
absolu qu'il pût exercer
immédiatement; mais un
empire indirect,qui par le
mélange de la Religion avec la
Politique, par la liaison des affaires,
la correspondance des
personnes
,
la subordination
des Charges. & la combinaison
des évenemens, ramenoit
la Republique entiere aux vûës
& aux fins du Ch\.f de la Religion;
s'il est vray que Cesar
n'eut tant ambitionné le souverain
Pontificar, qu'à cause
que cettedignitéestoit seule
propre à couvrir son usurpation,
&à rendre moins odieux:
l'exercice d'une autorité sans
bornes; que de tous les titres '1
de ce premier Empereur Romain.:
main, celuy cy fut l'unique
qui luyeût conservé les honneurs
de la scpulture, & du
respect à sa memoire immédiatement
après sa mort: s'il
est vray enfin que ses successeurs
ne l'eussent esté qua la
faveur du Titre de grand Pontife,
auquel étoit attachée principalement
la souveraine puissance,
il s'ensuivoit que les
Empereurs Chrétiens n avoient
pû s'assurer le droit inconte
stable de régner, qu'en
acceptant cetre mesme qualité
de ceux qui la leur conferoient,
comme une qualité indispensable
en les élevant à l'Empire.
Ce fut ce que Mr l'Abbé
de Tilladet rendit plus sensible
par deux exemples. Le
premier fut de Macrin, qui
qupyque déja ëlù & proclamé
Empereur, ne fut neanmoins
avoüé pour tel qu'après que le
Sénat l'eut declaré & salué Souverain,
Pontife, voulant que
cette formalité;que cette nouvelle
reconnoissance futconsiderée
comme une condition
essentielle, & comme une espece
d'investirure; en forte
que de mesme qu'aujourd'huy
la qualité de Roy des Romains
doic necessairement preceder la
dignité Impériale, le Souverain
Pontificat ne dût pas moins
accompagner alors la Majesté
des Empereurs.
Le second exemple fut pris
de Gratien,qui refusa la Robe
Pontificale que luy presentaleColege
des Pontifes,estimant
ce refus convenable à sa
qualité de ChreHien. Il méprisele
grand Ponnficat, dit le
plus distingué d'entre les Prêtres
,
dans peu un autre pourroit
bien devenir en sa place
Souverain Pontise; il vouloit
dire aussi, & par conlequent
Empereur:Si Princeps nonvult
appellari Pontifex, admodum bre-
Ui Pontifex Maximusfiet. Expreluon
ambiguë & équivoque
, jeu de paroles ingenieux,
qui faisoit allusion au Tyran
Maxime, dont le nom répond
au terme qui exprime en Latin
le suprême Pontificat; maniéré
de menace audacieuse,quoy
qu'envdopée, espece de prédJébon
énigmatique, qui fut
bien rôt suivie de l'évenemenr;
car peu de temps après Maxime
ayant fait tuer Grarien,
usurpa 1 Empire&apparemment
ne fut il si entreprenant
& si hardy qu'à cause qu'il se
sentitappuyédesPayens,& sur
tout de la factiondes Pontifes
indignez, qui sçavoient bien
que ce nouvel Empereurne
refuseroit pas d'eux, comme
avoit fait Gratien, les signes
éclatans du Souverain Pontificat.
A ces motifspressans qu'avoient
les premiers Empereurs
Chrestiens d'accepter pour se
maintenir, le Titre de Souverain
Pontife, Mr l'Abbé de
Tilladct joignit d'autres preuves
plus positives, tirées des
Auteurs & des Monumens. Il
cira Zozime, L. 4. p. 761. Au.
sone dans son Action de graces
a Gratien, un Edit de Valentinicn
& de Marcien, Edit
inseré dans la troisiémeSession
du Concile de Calcédoine. Il
raporra les acclamations d'Empereur
Pontise, faites pour
Theodose dansle Concile de
Constantinople, fous le Patriarche
Flavien; il fit venir à
son secours le PapeGregoire,
qui reprochant à l'Empereur
Leon Iconomaque, de s'estre
renommé Pontife, ne l'en reprit
qu'en ce qu'il n'en soûtenoie
pas assez dignementle
caractëre. Vous avez écrit,
luy dit-il, je fuis Empereur&
Pontife. Ce sont vos predecesseurs,
ajoûta le saint Pere, qui
avoient prouvé par leurs paroles&
par leurs actions qu'ils
estoient appeliez Pontifes à
juste titre.Tels estoientle
grand Constantin, le grand
Theodose & le grand Valentinien,
dignes Empereurs &
Pontifes, parce qu'ils gouvernoient
l'Empire religieusement,
& qu'ils avoient foin
desEglises.
Sur ce qu'on objeéte que
Zozimeestsuspect, parce qu'il
haïssoit les Chrerstiens, Mr
l'Abbé de Tilladet entrant
dans le détail des circonstances
du témoignage de cet Auteur
,fit voir l'espece d'impossibilité
morale qu'il y avoir,
que Zozime eût Ole, ny me..
me voulu entreprendre d'imposer
au public; & ce qui rendit
encore à Mr l'Abbé de
Tilladetletémoignage de ce
Payen plus digne defoy, ce
fut qu'il avoit esté suivy en
dernier lieu par Baronius, qui
l'avoit dû examiner d'autant
plus exactement avant que de
l'adopter, qu'il n'avoir pas
craint de lè traiter de calomnie
dans CeS" Notes sur le Martyrologeau
22. dAousta& que
depuis, mieux insiruitilnous
declare dans ses Annales 312.
qu'il n'a pas honte d'avouer
qu'en soûcenant que les Empereurs
Chrestiensn'avoient
pas esté nommez Souverains
Pontifes, il estoit tombé dans
une erreur grossiere parlaforte
envie d'épurer trop scrupaleusement
leur Religion, &
faute ou d'avoir vu les Monumens
qu'il avoit recouvrez
depuis, ou d'avoir fait assèz
d'attention à ceux qu'il avoie
eus autrefois entre les mains.
Ce fut de ces mêmes Monumens
,de ces Inscriptions ou
les premiers Empereurs Chrétiens
font nommez Souverains
Pontises, que Mr l'Abbé de
Tîlladettira une nouvelle preuve
, & quand on luydit ou que
ces Monumens avoiencesté
érigez par des Gentils, ou
qu'ayanr esté faits d'abord
pour des Empereurs payens,
ils avoient esté ensuite, au
moyen de quelque ch angement
appliquez & transferez
à leurs Successeurs il répond
qu'il suffit que les Empereurs
CChhrréétiteienns snn''aayyeennitppuûig~nnoorreerr
que ces Inscriptions où ils
estoient appeliez Souverains
Pontises, paroissoientpubliquemenr
à leur gloire, Se
qu'ayant pû l'empêcher, ils
r ayent toutefois permis qu'elles
subsistassent, & qu'elles passas-
I sent à laposterité.
-
Si par la difficulté deresister
à de si fortes preuves, on se
t retranche à s'écrier que les prcmiers
Empereurs Chrétiens
n'estoient
pas vrayement Ponsises
,
& qu'ilsn'ont esté ap-
[ pellez tels qu'abusivement, que
par Métaphore & par allusion
à des vertus, ou à des pouvoirs
convenables à ceux qui
portoient dignement cette
qualité, Mr l Abbé de Tillader
se contenta qu'on luy abandonnât
le titre, duquel seul il
s'agissoit
,
déclarant qu'il ne
prétendoit pas non plus que
Baronius, que Constantin, Valentinien,
Valens, Gratien, &c.
eussent esté Pontifeseneffet,
de qu'afin de se faire consacrer
tels, ils fussent descendus dans
une fosse pour y répandre en
sacrifice le fang des Taureaux,
pour en boire, s'en faire arroFer,
& y observEr les autres
ceremoniesdécrites sur ce suet
par Prudence dans une de
ses Hymnes. Mais il persevera
"a soutenir qu'ils avoient porté
le nom de Pontife, & qu'ils
avoient pu l'accepter sans prévarication;
du moins par là,
reprit il, n'eussent ils pas ren-
Mu leur foy suspecte, fous les
auspicesdecette même dignité,
n'eussentils pas autorisé la
Religion payenne ,
à laquelle
cette même dignité devoit son
établissement o ? oüy, poursuivitil,
siles Empereurs Chrétiens
appeliez Pontifes, n'eussent pas
fait ouvertement profession
authentique d'une Religion
contraire qui profcrivoit les
faux Dieux, & renversoit les
Idoles? Mais ils avoient,ajouta
t-il, besoin du titre pour se
conserver la souveraine puissance
qui yavoit toûjours esté
attachée,&sur tout pour pallier
sagement certaines Canai..
tutions propres à reprimer les
libertez du Paganisme qu'ils
estoient obligez de tolcrer encore
,
& lequel par cette souveraineautoritépalliée
du titre
de Pontife ils ne laissoient
pas de trouver moyen de rui;
ocr insensiblement. Les Princes
comme les autres hommes,
ajouraà ce propos Mr l Abbé
ide Tilladet, doivent user de
icondefcendance & de ménagement
; par l'attention & la
longanimitéils viennent à
bout des plus difficiles entreprises
: au lieu qu'un zele indifcret
& une conduite précipitée,
gâtent les meilleures affaires,
& les plus faintes oeuvres.
On sçait,poursuivit-il, ce que
des gens de ce dernier caraéèc.
re ont tant de fois couté à l'E-
-
glise, & ce qu'ils peuvent luy
coûter encore.
Falloit-il donc, continua t il,
que les premiers Empereurs
Chrétiens abjurant par une
outrée delicatesse de Religion
mal-entendue
5
cette dignité
devenuë si indifférente en ellemêmeàl'égard
du culte, mis
-
sent en danger tout à la fois,
& leur Empire, & l'Empire de
Jesus-Christ?Mr l'Abbé de
Tilladet parcourut les inconvénients
qui en feroient arrivez,
& qu'il feroit trop long
de rapporter icy. Il parcourut
demême les avantages qui revenoient
au Christianisme, de
l'acceptation du titre desouverain
Pontife par les Empereurs
Chrétiens, &ilfinit par
montrer évidemment que le
grand Pontificat s'étant trouvé
dés le commencement de
l'Empire dégagé dans les Em-
: pereurs de toutes fonctions sacrées,
il ne leur estoit resté de
cette dignité suprême que le
nom, accompagné du souverain
pouvoir, encore moins
aux Empereurs Chrétiens, qui
par leur profession du Christianisme
inseparable. du renoncementàl'Idolâtrie,
declaroient
à toute la terre que le
titre de souverain Pontife nétoit
pas davantage en eux, un
titre de superstition
, que le
Titre de Roy de Pologne a esté
depuis un titre de Domination
sur les Polonois dans Henry
IIIeaprès qu'il eut renoncé au
Royaume de Pologne. De là
Mr l'Abbé de Tilladet conclut
que si la Minerve & le Pantlicon,
deux Temples des faux
Dieux, avoient pû avec leur
nom) leurs matériaux
,
leur
:
forme, & une partie de leurs
ornements, retenir leur ancienne
magnificence, sans conserver
pourtant le caratfterc
d'idolâtrie, dont par là ils fembloient
encore porter les traits,
toute tâche& tout soupçon,
en ayant esté effacez par leur
publique translation & con secration
à la vraye divinité, il
fautreconnoître demême que
les idées ayant varié suivant la
diversité des temps &des circonstances,
que le titre de souverain
Pontife ayantchangé
de nature & de signification erspassant
aux Empereurs, bien
davantage en passant à des Empereurs
Chrétiens avoit pû le
conserver sur leurs têtes avec
toute sa splendeur &toute son
autorité sans aucun reste de
superstition, attendu le nouvel
usage qu'ilsfaisoient de cette
souveraine puissance, le besoin
qu'ils en avoient, & le devoüement
public de leur perron..
ne & de toute leur grandeur,
à la Religion Chrétienne. La
prudence demandoit qu'ilsattendirent
à cesser d'estre nommez
Pontifes que les Romains
presquetous convertisen dussent
estre moins allarmez, que
la foy ne fut plus si exposée
aux mauvais effets des Révolutions
humaines, & que de
tous les grands titres, celuy
qui estoit le plus ancien & le
puis reveré dans Rome payenne
, devint dans Rome chrétienne
par une nouvelle application,
le nom du monde le
plus venerable & le plus saint.
Mr Henrion lut ensuite un -
Discours qui regardoit lesInscriptions
sepulchrales Antiques
dont il avoit déjà parlé
dans une autre Assemblée, &
fit connoistre que les sujetsqui
avoient quelque rapport effentiel
à quelque partie de la Jurisprudence)&
les Inscriptions
sepulchrales, comme les nommel'Empereur
Alexandre donnant
un très- grand jour à nos
Titres tant Civils que Canoniques
, devoient avoir le plus
d'attraits & de charmes pour
luy.
Il ajouta que personne ne
s'étonneroit sans doute qu'il
eust choisi une matiere convenable
aux deux Compagnies
dont il avoit l'honneur d'estre
Membre
,
& que peut -
estre
même ce choix paroîtroit d'autant
plus sage qu'ayant déja
deux sçavantes Introductions
à la Sciences des Medailles, l'un
des deux objets qui avoient
donné leurs noms à cette
Compagnie, l'autre objet de
la même Compagnie, ou les
Inscriptions devoient ce semble
d'aurant moins estre négligées,
qu'elles estoient, s'il osoit
le dire, d'une plus vaste étendue
& d'une plus grande utilité que
les Médaillesmêmes, comme
il feroit aisé d'en juger par la
feule espece dInscriptions antiques
dont il entreprenoie de
parler, en attendant qu'une
plus habile main se chargeait
d'un Corps d'ouvrage entier
sur les Inscriptions antiques
en general.
Il dit ensuite, que le but
qu'il s'estoit proposé dans cette
tentative se reduisoit à deux
points ; que dans le premier il
avoir entrepris dedécouvrir,
quel avoir esté l'esprit des anciens
Grecs & Romains dans
l'apposition des Inscriptions
sepulchrales
,
& d'examiner
avec foin en quoy consistoit
chez eux le droir d'Inscriptions
sepulchrales ; que le second
consistoit à développer quel
estoie chez les anciens Grecs
& Romains l'artifice des Inscriptions
sepulchrales, & à
reduire en Art, la Doctrine &
la Composition decesInscriptions
; qu'il avoit reduit dans
une
une Dissertation precedente
loue ce qui regardoit le droit
des Inscriptions sepulchrales,
& l'esprit des Anciens dans
leur position aux sept chefs
suivans. Aux différents motifs
quiavoient donné la naissance
aux Inscriptions Sepulchrales;
à l'antiquité & à l'usage universes
des Inscriptions Sepulchrales
chez tous les Peuples
Je la terreun peu civilisez; aux
personnes qui avoient droit
d'Inscriptions Sepulchrales ; à
celles à qui appartenoit le foin
de les faire & de les poser aux
lieux où elles avoient coutûme
d êcre placées;aux matieres sur
lesquelles elles étoient gravées;
& enfin aux caracteres, par la
beauté,la grandeur& la profondeur
desquels on tâchoit
d'en rendre la durée éternelle.
Et qu'ainsi il ne luy restoit
qu'àdéveloper à la Compa.
gnie l'ingenieux artifice avec
lequel les anciens Grecs & Romains
composoient leurs Epitaphcs;
a rassembler dans un
Corps la Doctrine de ces pretieux
Monumens, & à tâcher
de réduire en Art uneconnoifsance
dont les Recüeils de Gruter
& les autres choses ne nous
presentoient les principes & les
réglés que par lambeaux,&
par exemples détachez; que
c'estoit de lïnduébon générale
de ces exemples, qu'à force de
meditation & d'observations,
il avoit levé le plan qu'il alloit
avoir l'honneur de proposer à
la Compagnie sur la Science
des Inscriptions sepulchrales.
Il ajouta qu'il examineroit
d'abord, ce qu'on devoit entendre
par Inscriptionsepulchrale;
quelle estoit la simplicité
des Inscriptions sepulchrales
dans leur naissance; la prodigieuse
multitude de branches
qui pullulerent de certe ancienne
simplicité;le point de plenitude&
de perfection où l'Art
& l'Invention avoient amené
la composition des Epitaphes,
& enfin l'elocution des Epitaphes
& les divers avantages
que l'on pouvoit en tirer pour
tous les divers genres d'Arts
& de Sciences; que s'il estoit
échapé quelque chose d'cdcntiel
à sa premiere vûe
,
il esperoit
qu'on luy seroit grâce en
faveur de la nouveauté de son
d.flein, & que s'il ne faisoit
qu'indiquer en courant c
hacune
des parties de cet Art, il
seroitaisé de s'en prendre à la
briéveté du temps qui ne permettoit
que de donner une
idée generale& legcre de tout
ce qui regardent cette Science.
Mr Henrion tint parole, & fit
le détail de tout ce qu'il avoit
promis, & finit en disant, qu'il
Lissoit à quelque Spanheim futur
à donner un Traité sur ce
sujet,& qu'en attendant illuy
fust permis de se plaindre des
injures du temps impitoyable
qui nous avoit enlevé la plus
grande partie de ces Monumens
precieux; mais plus encore
des injures des hommes
qui sans respect pour la Religion
des Tombeaux, pour leur
propre instruction & pour la
nostre, avoient souvent employé
les Tables des Inscriptions
sepulchrales à l'indigne
usage de faire de la Chaux;
que peut estremême le zele du
Christianisme nous avoir encoreplus
enlevé que le temps
& l'ignorance ; mais que du
moins il en estoit assezresté
pour essayer d'en tirer une Introduction
à la Science des
Inscriprions fcpulchrales
, &
qu'il avoüoit que ce seroit la
faute non des Matériaux, mais
de l'Ouvrier, si dans la Diifcr.
tation qu'il avoit déja donnée
sur cette matiere, il n'avoir pas
assez bien développé quel estoit
l'esprit des anciens Grecs &
Romains dans t'appotnion des
Inscriptions sepulchrales ,ou
si danscelle qu'il donnoit alors
il n'avoit pas montré dans tout
son jour, l'ingenieux artifice
avec lequel les anciens Grecs
& Romains composoient leurs
Epitaphes, les deux seuls points
où il avoit réduit l'Art & la
Doctrine des Inscriptions sepulchrales.
Mr Foucaulr, Conseiller d'Etat,
& l'un des Presidens honotaires
de cette Academie
ayant pris la parole après que
chaque Académicien eut parlé,
resumaleurs Discours d'une
manière rout à faitingenieuse,
&qui fit beaucoup de plaisir
à toute l'Assemblée.
Le lendemain 30e. l'Academie
Royale des Sciences ayant
tenu aussi sa premiere Assemblée
publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle
Secretaire perpetuel de
la Compagnie,qui estant eagagé
par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens morts, fit celuy -
deM de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé
à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant.
des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes,
&c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler
fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers
contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier;
que c'estoit par cet endroit
que la Botanique devenoit
une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein
ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant
curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant
avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes
ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvellesPlantes,&
çeluy de mettre
à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion
dominante desBotanstes
qu'ils y avoient mesme si heureusement
réüssi, qu'on pouvoir
dire que jamais le nombre
des Plantes connuës n'avoit
eite si grand, ny la matiere
Medecinale plus abondance;
qu'on pourrtoit cependant
dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà
la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle
en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction
de la plûpart des nouvelles
Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir
trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode
si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic
particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc
di sparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
, soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez
du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge,
dont il entretint ensuite
la Compagnie:ildit toutes
les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus.
Ilparla de plusieurs experiences
d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge
de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées
avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette
noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens
dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable,
de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny
beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte.
Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés , lévenement avoir furpnffe
son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant
l'Automne il y eut beaucoup
de Malades; que la plûpart
n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere
; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles
tierces, qui estoient souvent
accompagnées de dévoyemenr;
que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux,
ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne
qui preparoit les remedes
donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede
ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit
point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique
guery ,
d'avoir esté resserré
pendant trois jours,& d'avoir
rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,
ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux
avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda
ce que l'on avoir donné
à ce malade;qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise
qui luydécouvrit un nouveau
remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer
le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion
que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque
liqueur,& qu'il s'y rencontre
quelque acide, ou partie
serrugineuse,ils ne manquoient
point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné,
ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
: Et il ajoüca, quel'experience
répondit à souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede
qui coutoit si peu, s'épargnerent
ladépense du Kinkina
dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant
en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes.
Il nomma deux autres
Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle;que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur
comme quelques-uns
l'assurent ; qu'il falloit une certaine
quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion
que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente
des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
, que
les vices de la digestion pouvoient
venir tantôt de la disposition
de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à ces fiévres un caractere
& des accidents différents
qui servoient alesdistinguer,
& montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,
quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses
princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement
tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé
& rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre,ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient
leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement
qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité
que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&
untenesme si l'onvouloit
, ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion;de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit
toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît
ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
iHnterlmtietenrtem. ncore- ..-
Il dit encore plusieurs choses
pour prouver que le nouveau
febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
, que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner
les occasions dans lesquclles
on devoir employer le nouveau
febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina
,auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité
que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique
des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique
parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie
de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pouvoit
observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes
; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons ; 3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance
que l'on avoit des
animaux , pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent
vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante
que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha ; qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton ; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair a du rapport a celle des Ecrevisses
de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a del'herbe autour
de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsi seche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a experimenté que si
on l'arrache, il nepeutplussubso.
Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit
à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux
>il estoit attesté par plusieurs
Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon
qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes
accidens. Il fit voir que
cestoit à ces derniers temps que
l'on devoit la découverte des
oeufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance
d'un oeuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres
qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux.
Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux
plus ou moins tardifs à
produire,&qu'en general routes
les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes
des Plantes & des Animaux
,& il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes,
& il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces.
Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua
ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal
avoit son temperamment.
Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses
necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à tous les Animaux
,&que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y pouvoir
remedier&qu'on pouvoit même
les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Animaux
depuis leur origine juLqu'à
leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
oeufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds,
& dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter
, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux
pour tirer quelques consequences
touchant les Plantes)
ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'il s'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit
encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens,
& il finit par cet endroit,
qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année
1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent.
La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours
sur les MatieresSulphureu
ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre
en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
- Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc
Sulpbureuse ou Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit,
& qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere
de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à aucunes
des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe
s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme
font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement
dans une matièreaqueuse,
& qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion
qu'elle se tiroit d'une partie
animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre
princi pe, ainsi devenu maticre
sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement
Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites
, & alors redevenir fimplement
Matière de la lumiere;
mais aussi qu'il pouvoir encore
en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece
de soufre en une autre espece
, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse
; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales
, que l'on pouvoit faire rentrer
dans les matieres minérales
dessechées par la calcination
au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à ces Minéraux ainsi détruits,
ils reprenoient dans un
moment au grand feu, la même
forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant
; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit
à la place de la matiere huileuse
ou sulpbureuse du Mine-
- rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce qui
fevoyoit dans toutes les chaux
4 des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses
en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tres sensibles par
un grand nombre d'experiences
qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur
àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveau Baromètre fort
sensible qu'il a inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit
sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable
aux autres pour plusieurs
raisons, n'estant pas sujet
à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent
il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées
par les différentes pesanteurs
de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles
; que par exemple, d'environ
40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant
droit & vertical, les rendroit
toûjours incommodes,
& souvent intraitables
, au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit
rien de cet embaras, ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres
Barometres pour y marquer
ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation
qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître
que son Barometre étoit
si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli,
& porté à telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit
si simple, qu'il estoit étonné
que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
: Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques
) devroits'étendre
en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
, ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle
demeure toûjours perpendiculaire
à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser
à ce Barometre. Il fit enfuite
une Description tres-senlîble
de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation,
la raresaction & la condenfation
des liqueurs par le -
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement
moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre
pourroit aisément être
rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.
»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours
de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a à l'entendre en cette occasion;
qu'il releve d'une maniére
si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y fait voir de nouvelles
beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer
dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit
n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance
dans laquelle il a parlé.
Mlle de Noailles, fille de
Me la Maréchale de ce non1,
& niéce de Mrl'Archevêque
- de Paris, a fait Profession aux
Filles de la Visitation de Sainte
Marie de la ruë du Bacq. S. E.
a fait la Ceremonie, & le Pere
Gaillard Jesuite, a prêché, & il
a rcçû les applaudissemens qui
luy sont ordinaires, & tout s'est
passé dans cette Ceremonie avec
beaucoup d'édification, &
un grand zele delanouvelle
Religieuse. L'Assembléeaesté
nombreuse
,
& Mc la Maréchale
de Noailles a donné un
grand Repas à toute la Communauté.
1 iiij
Mrle Duc de Noailles son
fils a ob tenu du Roy un Bree
de retenuë de cent mille écus
sur sa Charge de premier Capitaine.
des Gardes du Corps.
Jamais Seigneur n'estentré si
jeune dans le Service, & tout
cequ'il a fait en Catalogne dans
un âge tres- peu avancé, a donné
des preuves éclatantes de
cette vérité. Elleest connuë de
tout le monde. Ainsi je n'entrerai
dans aucun détail, car
quoy qu'il ne soit pas encore
fort avancé en âge
,
j'aurois
trop de choses à vous en dire,
sijevouloism'étendre sur toutes
ses actions, -
Voicy une Epithalame que
Mr Hervieux donna à S. A S.
Mademoiselle d'Enguien peu
avant son Mariage.
EPITHALAME.
Parmy les voeux publics qu'on)
fait pour Vôtre Alt ffe,
Permettez aujourd'huy
J
tres-illustre
Princesse,
Qu'aupied de nos Autels le zele
de mon coeur
Offre pourvôtreHymensapriere
au Seigneur,
Afin que d'un Heros, par d'heureux
sacrifices,
Vous soyez pour long-temps l'amour
cm les delices.
*
Des Peuples réjoüis les acclamatIons
, Attireront sur vous les benedictions
;
De rares qualitéz le Ciel ornant
vôtre amey
Veut d'un Epoux parfait recompenfr
la flâme.
Vôtre merite acquis est digne du
haut rang ,
Que vous donne à la Cour l'honneur
de vôtre Sang,
Au milieu des grandeurs vôtre
bontéprofonde;
Attire avec raisonlesyeux de
tout le monde;
Vôtre aimable douceur, &vôtre
pieté,
Accompagnent les foins de vôtre
charité;
Le noeud de vos grands coeurs faisant
nôtre esperance,
Promet à nos neveux unsoûtien
pour la France.
Vendôme aux Ennemisimprime
de l'effroy,
Son bras plus d'une fois leura
donné la loj ;
Ce Heros invincible aux travaux
de la guerre,
Quittant pour quelque temps
Mars avecson tonnerre,
Prend plaisirà se rendre aux doucours
de l'Amour,
Qui du victorieuxtriomphent à
leurtour. -
Vëuilleàjamais le cielcouronnant
sa viBoire>
Ala finde vos jours vous com- bler desa gloire.
Je vous envoye de nouvelles
Expéditions de Mer. J'espere
vous en envoyer encore de
nouvelles avant defermer m.
Letttre.
A Nantes le premier May.
Mr Paul Laurens de Dutv
kerque, Capitaine du Navire
nommé le Duc de Baviere, de
180.tonneaux & de 11. canons,
étant à la hauteur de 11.
1à 23. degrez latitude Nord à
20. lieües deVigo, a rencontré
-
un Brigantin venant de
Montbay - en Angleterre
,
du
port de 24. tonneaux chargé
de 50. Barriques deSardines
& de quelques Saumons de
Plomb dont il s'est saisi.
-
Le 22.dumême mois étant
dans le même parage, il arencontré
un Paquebot d'Angleterre
armé de dix canons avec 1
son lest, & 45. Matelots &
Soldats,& sixOfficiers Anglois
venant de Lisbonne pour aller
en Angleterre, qu'il a aussi pris,
& l'a conduit dans la Riviere
de Nantes.
Mr de la Moincrie- Miniac
commandant le Vaisseau du
Roy le Superbe, a pris une Frcgatte
Angloise de 8. canons,
qui alloit en Terre-Neuve.
Le IIe de ce mois on fie
dans l'Eglise Royale de Saint
Quentin avec beaucoup de
pompe ,
la Benediction des
Etcndarts des Compagnies des
Gardes du Corps de Villeroy
& de Boufflers. Mr l'Abbé
Despagne,Chancelier& Chanoine
de cette Eglise qui fit la
Ceremonie, fit le Dscours suivant
à Mrs les Commandans
de la Maison du Roy, Officiers
& Gardes du Corps de Sa Majessé.
L'hommage
,
MefFeurs
, que
'Vous faites de vos Etendarts au
Dieu des Armées, en les déposant
sur nos Autels, pour ensuite les
<
recevoir de la main de tEglzfe)
cft sans doute de vôtre part une
reconnoissance publique, & un
aveu solemnel que la valeur &
la force sans la protection du Ciel
ne sontrien; queDieu tientdans
le seinde sa Providence toutes les
ressources de la guerre, & que
luy seul donne la victoire. Ces
justes sentimens que vôtre foy &
vostrepieté vous donnent de la
puissance du Tres-haut, produisent
en vous la sainte e noble
confiance avec laquelle vous entrez
en campagne.
La France, Messieurs,vous
regarde comme son principal ap..
puy, & les Troupes de Sa Aiajestétrouventenvousleurs
Anges
tutelaires; vous devene^ l'ame
des Armées où ton vousvoitparcîtrcivousfaites
tout à la fois
leur beauté c, leurforce eéucs
doiventordinairementleursgrands
succés au mouvement que vous
leur donnez.On vous connoît
moins à vos armes & 4 vos habits
qu'à la valeur, à l'honneur
& à la politisse qui vous distinguent.
La reputation de vojlre
Corps a toujours estéinalterable,
malgré lecaprice & la diversité
des évenemens; Ë7 quelqu'issuë
qu'ayent eu pour vous les Combats
,vosactions n'ont jamais
rien perdu du prodige. Puis en
s'adressant à Mr le Comte de
Montesson, Gouverneur de
S. Quentin, Commandant la
Maison du Roy, il dit: susi
tien au monde ne peut encherir
sur la gloire de commander,comme
vous faites,Monsieur, un
Corps si auguste &siredoutable,
que de joindre à cet honneur la
garde de la Personne sacrée. du
Roy, & d'avoirJçu luy plaire.
Le Commandement desa Massion
ne pouvoit se refuser à vos longs
services, ny à vostre ancienneté.
Si le chemin d'arriver à cet Employ
n'avoitestéfait, vostre bravoure&
vostre intrépiditédans le
Combat de l'année derniere,suffisoientseules
pour l'abreger;mais
l'endroit leplusbrillant& leplus
solide de vostre gloire, efl devous
trouverselon lecoeur dupiussage
& du plus grand Prince du monde,
par l'assemblage de toutes les
vertus qui font trouver un parfait
Chrestien dans le Haros.
PuifFe={-'VouJ, Monsieur, jouïr
long-temps de ce bonheur;fasse le
Ciel, Messieurs, qu'une Paix
prochaine couronne vos travaux,
& que cet amas de gloire qui
vous revient de tant de Guerres
longues & penibles se répande
sur vostrevieillisse, Com la rende
respectable jusqu'au tombeau.
Puissent Us larmes Ci les gemissemens
de l'Eglise S'éleverjusqu'aDieu,
~(7 en obtenirle soulagement
de son Peuple, & la
réunion desesEnfans;puissent
ces Etendarts benis & confaetez
que ÏEgliJe vous met en main
J n'estrejamais soüillez du fang
Cbrestien, ~&seconserver tous
entiers par une Paix aussi durable
que le siecle.
Comme vous aimez la diversité
des matieres, & que
vous avez oüyJ ditesvous,
parler il y a long-temps d'un
Tableau de l'Albane, qui cft
dans le Cabinet du Roy, &
que vous souhaitez d'en avoirs
une Description qui est fort
curicuse, & que les plus grands
Peintres & les Curieux ont pris
foin de rechercher, je vous en
envoye une dont la tecturc
vous fera sans doute beaucoup
de plaisir.
j
Le conseil éternel de Dieuayant
resolu le Mystere de l'Incarnation
du Verbe, les Personnes de
la Sainte Trinité l'accomplirent
dans la plenitude des temps. Le
Pere Eternel envoyal'Ange Gabriel
à la Vierge Marie pour luyN
en porter la nouvelle. C'est le moJ*
ment où illuy donne cet ordre que-..-
FrançoisAlbano l'un des plus
sçavans & des plus agreables
Peintres d'Italie, egrand oncle
duPape, a voulu exprimer dans
l'excellent Tableau connu par la
gloire de l'Albane, çy* qui estdans
le Cabinrt du Roy.
Il est dans un ovale couchée,
au haut de laquelle se voit le Ciel
ouvert ,
brillant d'une lumiere
douce,répanduësurles Choeurs des
Anges, qui paroissent dans le respect
& l'admiration de ce quise
pass. C'est ce qui a donné au
Tableau le nom de la Gloire.
Le Pere Eternely efl representéau
milieu avec toute sa Majesté
ajjti sur les Cherubins, CM
sur les Trônes
3
tenant sous pt
droite un globed'azur
,
symbole
du Monde, dont il veut la reparation,
étendant la gauche pour
donnerses ordres à l'Archange,
qui paroît au dessous dans le milieu
des airs avec une grace &
une legeretéadmirable. Plus bas
est un Ange d'un Ordre inférieur,
qui tient une branche de lis pour
marquer la pureté de la personne
qui doit avoir part au mystere,
(7 qui estdel'invention du Peintre.
Elle est admirable dans les quatre
figures de Femmes, dont il a
placé deux de chaque côté du
Tableau , &qui font posées fûtdes
nuages. Les deuxdu cote droit
représentent laJustice& la Paix,
&* celles du cotégauchela Nhfericordee
la Vérité, felon le paf
sage de David au Pfaumc84:
y. 11.qui ditque la misericorde
& la verité se sont rencontrées
, & que ln Justice & la
Paix se font embrassées. On
sçait que le Prophete parloit alors
de l'Incarnation,Cque c.efi dans
ce grandMystere que ces attributs
divins
,
qui sembloient oppose
sefont réünis pour le salut des
hommes, dont la Justice (;f la
Vérité demandaient la punition,
pendant
pendant que la misericorde & la
paix sollicitoient leur reconciliation.
Rien riefl plus heureusement
represente
3
puisque c'estl'accomplissement
du Conseil éternel, que
toutes les parties de ce belouvrage
concourent a exprimer; aussi le
Peintre qui en connoissoit bien le
merite, disoit quil devoit estre à
une teste couronnée. E per una
testa coronata.
L'Original de ce Tableaufut
apporté de Boulogne.
On a soûtenu le16e de ce
mois au grand Convent des
Augustins de cette Ville
, une
These dont je ne dois pas oublier
de vous parler; ce qui
s'est passe à cet Acte étant
digne de la curiosité du public.
Le Pere Picoté Religieux de
ce Convent, & Licentié en
Theologie de la Faculté de
Paris, eut l'honneur de dédier
cette These à Messieurs de
l'Assemblée Generale du Clergé
de France; l'Estampe de la
These convenait cres bien aux
Affaires du temps ; elle representoit
Moyse sur la Montagne
, priant Dieu Icî mains &
les bras levez vers le Ciel, &
soûtenus des deux costez par
Aaron son frere, & Hur, tandis
que Josué combattoit contre
les Amalecites.
Cette These qu'on appelle
Vesperie, & qui efl; le dernier
Acte que l'on fait pour prendre
le Bonnet de Dodteur, fut
soûtenuë l'aprés-midy dans la
Salle des Actes du Convent,
qui estoit magnisquement ornée.
Sur les cinq heures S. E.
Monsieur le Cardinal de Noailles,
President de l'Assemblée
générale du Clergé de France,
s'y rendit avec Messieurs
les Archevêques, Evêques, &
Abbez; les Prclats étoient tous
cn Rochet & Camail, & les
Abbcz Deputez du second
Ordre en Manteau long. Ils
marcherent deux à deux depuis
la grande Salle de leur
Assemblée, jusques à celle où
serépondoit laThcfc; le Porte-
Croix de S. E. & les Suisses
du Roy quisont destinez pour
leur Garde avec leurs Hallebardes
lesprécedoient &marchoient
devant eux: le Prieur
du Convent à la telle de sa
Communauté les reçût à la
porte de la Salle. A peine furent-
ils tous entrez & placez,
queMonsieur le Cardinal d'Estréesarriva
;Monsieur le Cardinal
de Noailles luy ceda la
premiere place comme plusancien
Cardinal. Il y eut encore
d'autres Evêques qui n'estoient
pas de l'AssembléeduClergé
qui s'y trouverent, &plusieurs
Abbez de qualité, outreun
grand nombre de personnes dt
distinction & de Lettre; en
forte que la Salle estoit toute
pleine.
Alors le Pere Picotéayant
salué profondément cette auguste
Compagnie, expliqua ses
sentimens avec toute la netteté
& la solidité possible sur les
grandes difficultez que le Pere
Orceau Docteur de Sorbonne
luy proposa touchant le voeu
de Jephté : l'argument estant
fini le R. Pere le Torr Docteur
de Sor bonne, ancien Prieur du
grand Convent, & Professeur
en Theologie qui presidoit en
qualité de grand Maître, fit
un tres beau,très-sçavant, &
tres éloquent Discours en Latin
sur les qualitez necessaires
pour remplir dignement les
devoirs d'un parfait Docteur.
Il fit entrer en peu de mots
l'éloge de son Eminence Monsieur
le Cardinal de Noailles,
& de tous les Prelats qui composent
l'Assembléegenerale du
Clergé;mais avec un tour aussi
naturel, qu'il estoit propre &
convenable à son sujet. Il dit
entre autres choses en parlant
du Clergé, que Tout l'éclat e
la majesté des vertus paroissoient
avoir établi leur demeure &fixé
leur Siege dans cette auguste.Af
semblée; que non seulement la
Ville Capitale du Royaume, mais
la France& toute la Terre regardoient
avec admiration cm tejpeél
leur '{fie ardent 0* infatigable
pourl'accroissement de la Religion,
la défense du Royaume
3 &l'entiere
extirpation des Heresies, &
des Nouveautez de quelque nature
quellesfussent,cju'ilsefloient
les vrais Dépositaires de la Foy,
Ausquels le Seigneur avoitconfié
la Regle de la ine&de la doctrine
pour infsltrruiirree les PPuuiissaanncceess de
savolonté, &pour apprendreà
leurs Sujets l'observance exacte de
ses Commandemens. Qu'enfin la
memoire des grands services qu'ils
venoient de rendre à l'Etat,& à
rEglifi) neseperdroitjamais,&
que lagloire de leur nom feroit
rappellée degénération en generation.
Lors qu'il s'adressa aMon-,
sieurleCardinal de Noailles,
il dit, que laprefence de sonEminence
luy donnoit de nouvelles
forces pour representervivement
l'étroite& indispensableunion de
la pieté avec la science
,
particulierement
dans un Docteur : quU
le l'encourageoit d'autant plus de
s'estendre principalement sur ces
deux qualitcz quisçavoit,&
que personnen'ignoroit que rien
au monde n'estoitpluscher à son
Eminence que ces deux vertus, &pourparlervéritablement,que
rien n'avoitplus de rapport ede
liaison avec les loüanges quiluy
estoientsijustementdûës,car, ditil,
qui est-ce qui peut aimer&
s'attacher avec plus d'ardeur Ëe
d'assiduité que son Eminence 31
une pieté plus sincere &plussolide
, & à une doctrineplussaine
&plus pure,cc. Il fit voir cDfuite
que toute fciencc
-
estoit
prophane, que ce n'étoit qu'un
arbre sec, &un feu solet,sielle
n'estoit pas soûtenuë,& assaisonnée
des divines douceurs de
la pieté; mais que la pieté estoit
aussïtrès inutile,&que même
elle estoit pernicieuse, si elle
ne se trouvoit pas éclairée par
le flambeau de la science.
Vers la fin du Discours, aprés
avoir élevé la vigilance, le merite
& la capacité du répondant,
il finit par ces belles pa- -
roles, HOCUNUM VELIM,
MERITISSIME LICENTIATE
IN ORE ATQUE IN MENTE
SEMPER HABEAS, PARUM
ESSE ARDERE, LUCERE VA- -- NUM; ARDERE VERO ET LUCEM
PERFECTUM;qui veulent
dire,Je vous prie mon très-digne
Licentié,d'avoir continuellement
dans la bouche & dans l'esprit,
Xjue c'estpeu dechose à un Docteur
d'avoirseulementdelapieté,que
lascienceestabsolument necessaire
; mais que quelque brillante
qu'elle foit> elle est vainesans la
pieté; & qu'ainsi pour estreun
parfaitDocteur,ilfautavoir ensemble
l'une (y l'autre vertu. --
Tout le Discours fut universellement
approuvé & applaudy,
tant à cause de la clarté,
de la finesse & de l'affinité,
que d'un grand nombre de
pcnfées choisies& bienappliquées
tirées del'Ecriture &des
Saints Peres.
Je patTe à plusieurs Articles
de Morts, sur la plûpart desquels
je ne m'étendray point,
l'ouverture des deux Academies
Royales, d'après Pâques,
m'ayant mené trop loin.
Mr le Brun de Villeneuve,
Cadet dans le Regiment des
Galliotes a esté blesse à la désense
de Mortagne. Il est mort
de ses blessures. Il n'avoit encore
fait que deux Campagnes,
& n'estoitâgé que de 20. ans.
Ilestoit fils de Mr le Brun Auditeur
des Comptes, petit neveu
de feu l'illustre Mr le Brun
premier Peintre du Roy,&
petit-fils defeu Mr~Quinaut
Auditeur des Comptes,&l'un
des quarante de l'Académie
Françoise. Il y a lieu de croire
qu'il auroit pouffé loin lardeur
de son courage, s'il n'estoit
pas mort dans un âge si peu
avancé.
Dame Anne de Villers, epouse
de Mre Loüis Girard de la
Cour des Bois, Chevalier Marquis
du Tilhay, Doyen des
Maistres des Requestes, & auparavant
Veuve de Mre Pierre
Girardin Conseiller & Secretaire
du Roy, est morte âgée
de 86. ans.
Mre NicolasEdouard Olier,
Chevalier Seigneur de Maisons,
Verneül
)
&c. Doyen des
Conseillers au grand Canseil.
*
Mre Charles Comte du Liscoëc,
Chevalier Seigneur de la
Planche, Capiraine des Cent-
Suisses de S. A. R Monsieur le
Duc d'Orleans,est aussi decedé.
Cette Charge a esté donnée à
Mr le MarqDuis de Nancré:
Dame Catherine Amelot,
Soeur de Mr le President Amelot,&
Veuve de Mre Louis de
Haussonville, Comte deVaubecourt.,
& Lieutenant General
desArméesdu Roy.
jf Dame Marguerite de Marescot
)
épouse de Mre François
de Baussan
, mourut le
F 22.. Avril aulïi chrestiennement
qu'elle avoir vêcu. Elle
estoit fille de Mre Michel de
Marescot, Chevalier Seigneur
de Thoiry & autres lieux,
Conseiller d'Etat & Maistre
des Requestes
,
& de Dame
Adrienne de Maupeou d'Ablege,.
parente de MelaChanceliere.
M' de Baussan son époux
a servi long temps avec
honneur, & ne s'estretiré qu'à
cause de l'incommodité de ses
blessures. Il est frère puisné de
feu Mr de BaussanMaistre des
Requestes,& de Mr l'Abbé de
Baussan
, tous fils de Mr de
Baussan Conseiller d'Etat, &
mort Intendant d'AICice'Coufin
germain de feu Mr le Chancelier
le Tellier;j de son allianceavec
la deffuntesontnésMr
r
de BaussanConseiller de,la
Quatrième des Enquestes fort
distingué dans sa Chambre,
& Mr de Baussan Ecuyer du
Roy. La famille de cette Da-
; me est originaire d'Italie,étai
bhc en France depuis long-
temps, & une branche de celle
, du Cardinal Marescotti si recommandable
dans le Sacré
ô College; elle est alliée aussi bien rque celle de Baussan à plusieurs
autres de la Robe des plus,illultres
; elle laisse trois freres,
dont l'aîné est Mr de Marescot
, Chevalier Seigneur de
Toiry & Maréchal des Logis
general de la Cavalerie de France
& Chevalier de S. Louis, &
Mrs les Abbez de Marescot,
dont la vie ca exemplaire.
Mrc Louis de Lestrade, Chevalier
Seigneur dudit lieu,
Lieutenant général des Armées
du Roy, Lieurenanr des Gardes
du Corps de S. M. Gouverneur
de Landrecies,& Chevalier
de S. Louis.
Je ne puis m'empêcher de
m'étendre davantage sur les
deux Articles suivans.
Mre N. de Chapuys-lar-
Fay
,
Prestre Docteur de la
Maison & Societé de Sorbonne,
estmortàNevers dansun
âge peu avancé.Ilestoit fils de
feu Mr de Chapuis de la Fay,
Conseiller au Prcfidial de Lyon
& frere de Mr de la Fay, qui.
a la même Charge à la Cour
des Monnoyes, de Mr de Vaudragon,
quia long temps servi
en qualité de Capitaine de
Dragons, & de Me la ComteLTe
de Souvigny,& proche
-
parent de Mr de Fenoil Maître
de$Requcftçs. Mrl'Abbéde
la Fay avoir cite pendant huit
ou neu f ans Obeancierde S.
Just
,
c'est à dire Chef de la
premiere Collégiale de Lyon,
& en cette qualité Orateur de
l'Eglise de la même Ville. Il
avoit succedé à Mr Jeannon,
& il eut pour successeur Mr
l'Abbé Rambaut Champrenard
Grand
-
Vicaire de Nevers,
Mr l'Abbé de la Fay luy
ayant remis cette dignité pour
un Prieuré aux Portes de Nevers,
où ila passé le reste de sa.
vie. Mr de la Fay avoir eilé
Prieur de Sorbonne pendant
la Licence, & il avoit même
emporte le Priorat sur Mr
Maigrot aujourd'huy Eveque
de Conon
,
& qui faisoit sa
Licence avecluy, & que l'on
proposoit pour cette Charge.
Mr Philippe Verhcyen de
Verrebroucq Docteur en Medecine
,
Professeur Royal en
Anatomie & en Chirurgie,est
, mort à Louvain à la 62année
f
de son âge.Saréputation étoit
celebre dans tous les Pays ou
l'on cultive les Lettres. Aprés
I avoir étudié pendant deux an-
;
nées les Humanitez dans le
College de la Sainte Trinité à
Louvain, il étudia laPhilosoph,
ic d-an-s l-e -fa-m-eu-x-C-ollege
de Lille, où il fit de si grands
progrés, qu'il emporta le premier
Lieu en 1677. dans l'examen
général qui sesit des quatre
célébrés Collèges de cette
Université. Il avoir projette de
s'attacher ensuite à la Theologie
; mais la Providence qui
avoir resolu de faire rendre à
l'étude de la Medecine l'hon-
, neur qui luy estdû, luy inCpiaj
ra le dessein de s'yattacher. Car
au commencement de ses études
Theologiques, une grande
inflammation sur l'os de la
jambe qui fut suivie de la gangrene
, ayant mis les Chirurgiens
dans la necessité de la
£«uper, il se vit par là moins
propre pour l'état Ecclesiastique,
ce qui luy fit tourner ses
veuës vers la Medecine, où il
fitbientôt de si rapides progrés,
quelorsqu'il en discouroit
avec les autres, il sembloit
plûtost leur Maistre que leur
Confrere ; enfin aprés avoir
passé par toutes les épreuves
necessaires, & subi les plus rigoureux
examens ausquels,
ainsi que disent les Actes de la
Faculté
J
il répondit merveilleusement
bien,ilpritledegré
de Licentié en l'année 1681.
ce nouveau titre futpourJIi.i
unaiguillonpour avancer dans
la connoissance de son Art, &
pour n'oublier rien afinde s'yj
perfectionner ; & lpfeu Roy
d'Espagne informé de fou merite&
de son érudition, jc|
fie Professeur d'Anatomie en
1.688.&yajoûtaen1692.une!
ProfessiondeChirurgie; itmeritoicbien
cec emptoy,
ritoit biencetemploy,ppuuMisqquuee
l'année suivante (1693.) il donna
au public l'ouvrage si estimé,
& qui a pour titre dnatar
m'a corporis humani. Il a décrit
avec tant de précision dans ce
- Livre
Livre toutes les parues du corps
humain, & il en a si bien expliqué
toutes les fonctions, que
toutes les Facultez de Medecine
répanduës dans l'Europe,
luy enécrivirent des Lettres de
felicitation, & l'ouvrage a esté
si estimé
,
qu'on l'a traduit en
Langue Allemande en plusieurs
Cours d'llemagne; &pour
donner enfin plus de poidsau
nouveau Professeur, on luy
; confera en iCle Grade de
Docteur. Alors s'appliquant
uniquement à sa profession, &
negligeant mesme toutes ses
autres affaires, il s'attacha si
fort aux dlff-câions Anatomiques
pour se rendre utile
au public, que les siennes ont
toujours eu sur beaucoup d'autres,
l'avantage d'une grande
exactitude, soit dans la dissection,
soit dans l'adresse à la
faire, soit dms la clarté avec
laquelle il expliquoit chaque
partie dissequée
,
& il est mort
dans le temps qu'il se preparoit
à donner au public un second
tome, ou un supplement à son
Anatomie du corps humain;
& cet ouvrage dont la composition
a fort contribué à
abreger ses jours, paroîcra
bien tôt. Les ouvrages d'Anatomie,
ne sont pas les seuls
dont il ait enrichi la Republique
des Lettres dans ses heures
de loisir, il a publié divers traitez
pleins d'érudition. Au commencement
qu'il s'attacha à la
Medecine, il publia un traité
des Fiévres, ensuite un Abregé
de Theorie
- pratique, & tout
nouvellement un traité sur le
moyen de conserver la fanté,
qui paroîtra bien-tôt. Il y parle
avec solidité de l'usage ou
de l'abus des choses non naturelles.
Mr Verheyen n'estoit
I
pas seulement sçavant Medecin;
il estoit aussiungrand serviteur
de Dieu Il ne manquoit
jamais les Fêtes & Dimanches
d'assister à rous les Offices de
sa Paroisse d'une manicre édisiante.
Il prévenoitrout le monde
par des offices d'amitié, il
avoic de tres bas sentimens de
soy-même; & il s'estoit si fort
rempli du mépris du monde,
& du neant & de la vanité de
tout ce qu'il contient, que
pour tout testament il n'a
laisséque ces paroles écrites de
sa main en Latin: Philippe Verbeyen
Docteur fjr Professeur en
Medecine, a voulu que lapartie
matertelle de sa perjonne fut cachée
dans ce cimetiere
i
de crainte
que ses cendresnecontribuassentà
la profanation de l'Eglise. La Fa.
cu l te de Medecine a fait a joûter
à cette humble& modeste
Epitaphe, celle ci : Cygît Mr
Verheyen l'honneur dela Medecine
,
& par sa mort toute la
Medecine est éplorée:Jacet
Verheyen bonor Medicinæ
,
ipso
jaccnte tristantur Medici.Toutes
les Facultez de Medecine des
Pays Bas, ont fait faire pour
luy des Services magnifiques.
a, Je ne puis m'empêcher de
vous parler encore des Morrs
suivantes, N iij
LeR.P.enDieu N.Petit,
Abbé de la Ferté, & en cette
qualité General d'une Congregation
particuliere de l'Ordre
deCîteaux, & qui a fous sa
dépendance plusieurs Maisons
&Abbayes de l'Ordre,est mort
dans son Abbayeâgé de prés
de90. ans. Il estoit de Dijon,
& d'une ancienne famille, dont
estoit déja sorti feu Mr Petit
Abbé & General de Cîteaux,
avant Mr l'Archer qui l'est à
present. La memoire de Mr
l'Abbé de la Ferté y fera longtemps
en benediction; il a fait
des biens considerables à cette
Maison,tant par l'état où il\'$
mi se, quepar les acquifitiçyns
qu'il y a faites: en effet
)
la Maison
est une des plus belles Maisons
Religieuses qu'on puiffc
voir. Il y a surtout une court
que l'Abbé, dont je vous apprens
la mort y a faitfaire,
qui est tres- belle, tant à cau se
de son étenduë
,
qu'à cause de
l'étenduë de pays qu'elle dé-.^
couvre. M. Petit succeda en
cette Abbaye à Mr Bouchu,
frerede Mr le PremierPresident
de Dijon
,
qui fut élû
Abbé de Clervaux, & qui quit.Iita
la Ferté, quoy que premiere,
Fille de Cîteaux, & par consequent
d'un rang superieur i
pour l'Abbaye de Clervaux.
Depuis ce temps là
, ce digne
Abbé a fait presque toûjours
une residence continuelle dans
son Abbaye, & il n'en sortoit
jamais que pour des affaires indispensables
,
& qui demandoient
absolument sa presence.
Son assiduité au Choeur, &
à tous les exercices de sa Regle,
quoy que chargé d'un grand
nombre d'affaires par rapport
aux Maisons qui dépendoient
de luy
,
estoit édisiante, ses
moeurs étoient douces, & polies,
ses manieres simples&
sans faste & sa vie des plus
communes;car quoyquel'Abbé
delaFerté air pour sa Mmse
particuliere 15. mille livres
de revenu,& qu'ordinairement
ces Mrs mangent en leur particulier,
celuy dont je vousapprens
la mort, n'a jamais voulu
user d'aucune distinction ,
& mangeoit ordinairement an
Refectoir à la teste de sa Cornmunauté.
Il disoit souvent qu'il
touchoit au terme de sa vie,
& depuis une tres grande ma'!'
ladie qu'il eut, il n'y a pas encore
un an, & dont on ne
croyoit pas qu u put revenir,
il disoittoujours qu'il avoit
reçûResponsum mortis
3
quoy
qu'ilparût assez rétabli de cette
premiere maladie. Il a esté
véritablement pleuré dans son
Abbaye, tous les Religieux le
regardoient comme leur véritable
pere, & il y en avoit peu
à qui il n'eut donné le saint
Habit de son Ordre. Il estoit
luy-mesmeProfex de sa Maison,
& en avoit eu les principaux
emplois avant giie d'y
estre élevé sur le trône Abbatial.
Il y avoit reçu Dom de
Montjournal,qui eut l'Abbaye
de S. Sulpice il y a deux ans,
& qui vient de luy succeder;
&ily avoit aussireçu Dom
Languet à qui le Roy vient de
donner l'Abbaye de S. Sulpice
, vacante par réleétion de Dom
de Montjournal à celle de la
Ferté, & il l'avoit fait Prieur ,
1 de la Fertédepuis quelques années.
L'Abbaye de la Fertéest
dans le Diocese de Châlons en
Bourgogne - de mesme que
celle de Cîteaux
,
dont elle c11
premiere Fille.
MreArmand Marqui,s de
Vassé
,
Baron de la Rochemabile,
Seigneur de Balon, Vida- *
me du Mans, Gouverneur du
Chasteau Royal du Plessis lez
Tours, Colonel d'un Regiment
de Dragons,&Brigidier
des Armées du Roy, est more
à la fin du mois d'Avril âgé de
16. ans & dix mois, laissant
posterité de Dame N. de
Beringhen. A
Dame Marie Herbin, épouse
de Mre Jean-BaptisteChevatier,
Conseiller de la Grand'-
Chambre.
<*-
j
-
Mre Pierre du Cambout,
Duc deCoislin, Pair de France,
est mort sans laisserposterité
de feuë Dame N. d'Alegre
1
A
âgé d'environ 56. ans. Il a cltc
inhumé aux Nouvelles Catholiques.
Il estoit de l' Académie
Françoise. Mr de Metz est son
heritier. Il donne deux cens
mille francs qu'ilprétendoit
avoir de Me la Duchesse de
Sully, qu'elle avoit eus de trop
à son Mariage
3
& il les lubtlituë
aux petits cnfans de Me la
Maréchale de Rochefort.
Mre Bernard Pinon, Seigneur
de Monhucher, Corseiller
de la Grand' Chambre
est aussi decedé. Cette mort a
fait monter MrdeCastagneres
de Chasteauneuf à la Grand'-
Chambre.
Dame Marie de Paris, épou
le de Mre Hierôme le Feron
Seigneur d'Orville & de Louvres
en Parisis
,
Conseiller de
la Grand'Chambre, est aull
decedée.
Dame Marie-Anne Fermé,
épouse de Mre Louis,Chevalier
Seigneur de Montgeroust,
&c. President en la seconde
Chambre des Enquestes du
Parlement, est morte âgée de
24.ans.
Mre Charles de la Boutiere
Chevalier Seigneur de Chagny,
l'Esperviere, Maistre de
Requestes, est mort sans poste
rité de feuë Dame N.le
Maître.
Dame Marie de Cosse,Veuve
de MreCharles de la Porte
Duc de la Meilleraye, Pair,
Maréchal,& Grand- Maître de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General pour S. M. de
la Haute & Basse Bretagne, &
Gouverneur des Villes de Nantes
&deBrest,estmorteen sa
89année, sans laisser de posterité.
Son Corps a esté inhumé
auxCelestins dans la Chapelle
d'Orleans.
-
DileMarie-Loiïife-Gabriellc
deChoiseul fille de feu Mre
Cesar-Auguste Duc de Choiseul
,
Pair de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, & de
Loüise-Gabrielle de la Baume
le Blanc de la Valliere, sa premiere
femme, cft morte sans
al lianceâgt)ée de 2.7. ans. Je passe à l' Article des Benefices
donnez par le Roy dans la
derniere Promotion, & je
commence à l'ordinaire par
vous marquer ce que ceux qui
en ontelle pourvusont merité
ducosté de l'Eglise; car, ainj
que je vous ay (OU;O\.lrs marque
, ce n'est ny aux services
ny à la naissance que le Roy
donne les Benefices; mais cela
ne m'empêche pas de vous parler
ensuire de lanaissance&des
services de ceux qui sont distinguez
par quelques endroits,
quoy que ce ne soit pas à ces
services & àcettenaissanceque
le Roy ait donné ces Benefices.
** S. M. a donné l'Abbaye
de S. Sulpice, Ordre de Cifteaux
,
Diocese de Bellay, &
dépendante de Pontigny, à
Dom Languet Prieur de la Fer.
té, & frere de Mr le Comte de
RochefortConseiller au Parlemenf
de Bourgogne; de Mr
le Comte de Gergy
,
Gentilhomme
ordinaire de Sa Majesté,
& son Envoyé Extraordinaire
prés du Grand Duc de
Toscane, & qui a esté ci devant
en la mêmequalité prés
des Ducs de Mantouë
,
de
Parme, de Wirtemberg
,
& de
plusieurs autres Princes & Etats
de l'Empire en Allemagne. Il
est aussï frere de Mr le Baron
de Montigny, Colonel de Cuirassiersau
service de Monsieur
l'Eleveur de Baviere ; de Mr
l'AbbéLanguet, Vicaire de
la Paroisse de S. Sulpice, & de
Mr l'Abbé de Coetmaloin
Aumônier de Madame la Duchesse
de Bourgogne, & grand
Vicaire de l'Evêché d'Autun,
actuellement à Moulins.
Dom Languet est Docteur
de Sorbonne. Il est très- confideré,
& aimé dans son Ordre.
Le feu Abbé de laFertéen faisoit
tant de cas qu'il le fie
Prieur de cette Abbaye, & il
a dit plusieurs fois qu'il desiroit
fort qu'il luy fuccedaft.
Cet Abbé estant mort il y a
environ cinq mois, on a procedé
à l'élection, & de vingtdeux
voix Dom Lai)cyuctcii.,,,i
eu dix pour luy, & celuy qui
estoit Abbé de Saint Sulpice
en a eu douze, & par consequent
estant élu Abbé de la
Ferré, l'Abbaye de S. Sulpice
qu'ilpossedoit & qui est à la
nomination du Roy, estant
vacante, Sa Majesté y a nommé
Dom Languet.
Languer Hubert,- Ministred'Etat
d'AugusteDuc deSaxe,
naquit en Bourgogne en ij18,
à Viteaux
,
dont estoit GDUverneurson
pere Germain Languet,
Gentilhomme d'une an- -
cienne famille de l'Autunnois.
Le desir de voyager l'engagea
dés sa jeunesse à passer en Allemagne
,
où il s'attacha à sa
personne & aux sentimens de
Melancthon ; Auguste ayant
èonnu (on esprit & son habileté
pour les négociations se fit
un plaisir de les mettre enoeuvre
; il l'envoya deux fois en
France auprès de Charles IX.
& le fit son Plenipotentiaire à
la Paix de Stetin
,
lorsque cet
Electeur eut esté choisi avec
d'autres Princes pour Médiateur
entre les Suédois & les
Moscovites ; enfin il le retint
en son Conseil pour estlre plus
à portée de le consulter ; Languet
donna dans toutes ces occassons
des preuves de son habileté;
mais dans la suite mécontent
de ce qu'on le foupçonnoit
d'avoir voulu répandre
en Saxe la doctrine de
Zuingle
,
il se retira de cette
Cour en 1577.le célébré Guillaume
Prince d'Orange l'attira
prés de luy, & te servir utilement
des conseils de Languer,
qui mourut entre les bras de ce
Prince en 1581. à Anvers ou
il sur enterré. Il avoit eu deux
freres
,
l'un Claude Languet
Seigneur de Saint COrine, qui
s'attacha à lu Cour de la Reine
Catherine de Medicis, & l'autre
Guy Languet qui fut Chancelier
de Savoye. La famille du
premier subsiste encore en
Bourgogne avec distinction,
dans les enfans de Denys Languer
Seigneur de Rochefort,
Baron de Saffres & Gergy, &c..
Procureur General au Parlement
de Dijon. La vie d'Hubert
Languet a esté imprimée
à Hall en Saxe, en 1700. L'on
y a imprime en mesme temps
un Recueil de Lettres Secrettes
qui regardent ses négociations;
on a aussi de luy un volume
des Lettres Latines à Camerarius,
imprime pour la dernière
fois a Leipsic, un autre des Let.
tres au Chevalier Sydney fils
du Viceroy d'Irlande,imprime
en 1646.chez Elzewir, une
Relation de l'expedirion d'Augustede
Saxe contre Guillaume
Grumbach, & les Revolrez de
cette Province; une Harangue
Françoise à Charles 1 X. Outre
l'ouvrage intitulé, Vindicia contra
Ty annos 3
fous le nom de
Stephanusjunius Brutus, Libelle
fameux dont l'Auteur a esté si
long temps inconnu, & un
Discours des Etats de l'Empire
qui n'a jamais esté imprinlé:
on
on luy attribuë aussi une Apologie
pour, Guillaume Prince
d'Orange contre leBan& Edit
du Roy d' Espigne. Joach.Cetmerarius
in njitd ph. Aîelanctbonis
; Jacq. Auguste de Thou,
L. 74- de son Histoire. Dupleffis
Mornay
,
Préfacé de l edir.
latinc du Livre dela Véritable
Religion: Bodinus Dærnon. l. z.
t. C.Jian. VolsPresace des Annales
de GuaguinEdit.lar. Gerard
Jean Vossius dans la Vie
de Fabien Burgrave de DonaJ
&c. Mr Biyle,Dissertacion sur
le Livre de Stephanus Junïus
I Brurus.
Sa Majesté ayant esté inforlnée
que Dom Perdu Religieux
Profex de l'Abbayedu Gard,
Ordre de Cîceaux, Diocese
d'Ârokns,& Prieurde l'Abbaye
de la RIVOUX, de la £lia—
tionde Clevaux depuis qu'il
aembrassé la vie. Monastique,
, y a toûjours vécu avec beaucoup
de pieré ,-de respict 5C
de sourmssion aux vo docez de
ses Supérieurs
,
d'humilité & 1
de tendresse pour ses Confreres
,
d'amour Se de douceur
envers ceux donc la conduire
luya esté confiée,qu'il a passé j
par toutes les chai gc5 deson
Ordre, dans l'exercice dequelles
il a pendant vingt années,
donné des preuves d'une bonne
conduite
, en ayant remply
les devoirs avec toute l'édification,
la modesselavigilance,
l'exactitude
,
& la modération
possibles, & convenables à son
état
,
qu'il s'est acquis l'estime
&la consideration de tous ceux
dont il estoit connu, & qu'il
estoit tres capable de remplir
les premieres dignitez de ton
Ordre,l'Abbaye de la Grace-
Dieu du mesme Ordre au
Diocese de Bezançon en Franche-
Comté, étant venue à vaquer
par la mort de Dom Claude
François Jou ff oy de Noütllard
dernier Abbé, le Roy a
honoré de son choix Dom
Louis Perdu. & l'a nommé à
cette Abbaye. Il estfilsdeMre
Augustin Perdu, & de Dame
Funçoise Lagrené des plusanciennes
familles de la Ville d'Amiens,&
alliées aux Maisons
les r'u, con fiderables de lamême
Ville.
Du costé de son pere, il cft
petit - neveu de Mis Perdu
Avocats d-ilin-Tuez par leur
merice , qui oac excellé dans
leur profession & se [ont,ftCquis
l'estime & la consideration
de toute la Province.
Il est cousin germain deMr
PerduAvocat de la Ville d Amiens,
l'un des plus beaux
genies de son temps, qui s'est
ddhngué par son éloquence
& par sa grande érudition, ÔC
qui Lit mort à la stur de sort
l 1 - âge, regrettéde tous ceux qui
l'ontconnu.
Il elt aussi cousin de Mr Perdu
Tresorier de France de la
même Ville, qui estoit fils de
Mr Perdu Bailly d'Eu.
* Du costé de Me sa mere il
estpetit-neveu de DameMadelainePezé,
qui estoitundes
plus beaux génies de son sexe,
& de son siecle, laquelle après
avoir mis la Reforme dans
l'Abbaye de Maubuisson Ordre
de Cisteaux, & dans rrois
autres Maisons du même Ordrea
esté nommée par feu
Giston Duc d'Orléans en
1640. à l'Abbaye de Voysins
pré, de cette Ville,& y est morte
en 1644 en très-bonne
odeur,ayant par savie & par ses
moeursédifiénon feulement les
encore toute la Province, &.
mérité les regrets de tous ceux
donc elleestoit connue. îfljr
<
Il cil arriere petit neveu dcÏ
Mre Francis Rose, qui fut
d'abord Licencié en Droit Canon
& Civil, en suite Doyen
de la Cat hédrale. d' Amiens
,, d'où il estoit natifs,&Official
de l'Evêque du même heu, ôc.
qui fut enfin par son rare merite,
& par sa pieté profonde
nommé par HenryIV. à l'E.
vêch-é d Orléans en ifyj. &;
qui mourut peu de temps après
regrettéde son Prince qui I 1-ior
noroit de ses bontez, ez de plufleurspersonnes
de distinction,
Il a eu aussi pour grand 011-:
cle Mre Nicôlas Lagrené
,
qui*
futélûen1513.Abbédel'Ab-
baye de Saint Jean d'Amiens, i
Ordre des Chanoines Regu-
liers de Premonstré
,
& fut
nommé en 1510. par François
I.à l'Evêché d'Ebron
,
& fait i
Suffragant de Mre François de -j
Halleuvin Evêque d'Amiens,
ilfut encore en 1522. élû Abj
bé du Mont Saint Martin, &
mourut le premier Juin1540.
Sa memoire a esté si recommandable
, qu'on a mis son
corps au milieu de la Nef de J
l'Eglise de ladite Abbaye de
Saint Jean, fous une tombe de
marbre blanc, soutenuë pn fjx
lions, sur laquelle il est en relief
couché accompagné de
quatre Anges aux quatre coins; à l'entour de cette tombe sont
gravez ces mots:Nicolans Lagrene
1540. afifivabat domum
miam , & atria m~,atipsum
elegi mibi in filium. 1. Paral. i t
Ila aussi pour parens, dans
I,E"I!cc) dans l'Epée,& dans
la Robbe
, un grand nombre
de per sonnes de nlerite, &
d honneur.
L'AbbayedeS.Sigismonds
a estédonnée à Me de la Lande,
fort estimée dans son Ordre,
quoy que Jeune, ce qui
luy a fait meriter
9
la nominanon
du Roy Elle est proche
parente de Mr de la Lande,
ci-devant Colonel de Dra-
gons ,
& Lieurenant général] opour le Roy dans rOtleanois>
Employqu'ilaeu aprèsla morc^
de Mr le Marquis de la Lan ic
son pere. Le pere <5c le fils DAtl
îous- deux esté honorez du mrcj
de Lieutenans généraux des
Armées du Roy.
Me Carher a eu
l'Abbaye]
de Blandecque Elle ^exercé
ks principales Charges de sa
Communauté, & toûjours au
gré & à la satisfactionde celles
quiluy estoient (eûmifcs. Elle
porte un nom respéctable dans
l'Eglise, de grands Serviteurs
de Dieu l'ayant porté dans les
deux derniers siecles. L'Abbaye
de Blandecque est de l'Ordre
de Cisteaux dans le Diocese
de S Orner** r Cellede Mouchy a esté donnée
à Me de Monbel de la Menardiere.
Cette Dame joint à
une naifrlnce tres distinguée
une vertu qui luy a souvent
attiré des éloges de ses Superieurs
& qui luy a procuré une
grande consideration dans son
0 dre. Elle a eu coûtes lesprincipales
Charges de sa Communauté&
elle les a toujours exercées
avec beaucoupde prudence.
Elle a un genie superieur
& propre pour les plus grande>
affaires. On affure qu'elle
a fait des progrés surprenans
dans l étude des saintes Lettres.
Cette Abbaye est très ancimJ
ne, & edea eu depuis plusieurs
siecles une alliance de Confraternité
avec celle de la Fcrfe,
Diocese de Nismes, & cellede
Goriau, Diocese de Lodeve.
Celle de laBuffiereàMcSei"
u deVillerault, qui a estéélevée
dans la Religion depuis sa
plus grande jiuncflè ; de maniere
qu'elle en a prisde bonne
heure l'espnt 6c les ITj;¡xi-,
mes Cette Abbayeestde Ordre
de Cisteaux
,
dans le Docese
de Bou gcs. Elle est fort
ancienne.
I Celle de Sainte Claire de
Sisteron
,
à laquelle le Prieuré
de S. Pierre de Souribe
, autrefois
Abbaye,Diocese de Gap,
est uni, à Me de Salamarre de
Revis. L'Abbaye de Sainte
Claire est la trosiéme de ce
Diocese. Celles de Lure & de
~Croiiis sont les deux premieres,
& cette derniere est unie
à lEvêché. MrThomassinEvêque
de Sisteron
, un des plus
dignes Prelats du Royaume,
avoit beaucoup d'rlhnle pour
feuë ~Me l'Abbesse de Sainte
Claire, & c'est sur son témoignage
que le R>y a nommé
celle-cy
,
qui joint à une naissance
distinguée un merite &
une vertu connuë de toute la
Provence. Ellea iurrourbeau.
coc p d habileté dans le goUJ
veiûemcnt Ecclesiastique,&il
y a peu de personnes qui s'y
ÍOltllt autant appliquees.
Le Prieuré de Saint Louis de
Rouen à Me de Pommerval , Religieuse du même Convent.
Savertu & son merite la distinguent
beaucoup. Ellea~lOÛ"
jours accompli avec une fidelité
bien édifiante les devoirs
Je son état depuis qu'elle est
dans la Religion; & elle y a
toûjours menéunevietrèspe-
~nitente & tres -
retirée. On la
consulte de bien des endroits
sur les matieres de spiritualité ;
parcequ'onsçaitqu'elle a sur
cela de grandes lumieres, &
une expérience de pl ufieursannées.
Mrl'Archevêque dcT
Rouen l'estime beaucoup
,
&
c'est le témoignageque cePrélat
a rendu au Royen sa faveur
qui a déterminéce Prince
qui ne cherche dans les choix
qu'ilfait pour l'Eglise, que la
Vertu & lemerile,à luy dpn-
~Der cette ~Digniré. Elle ixfilla
quelquetempsàl' honneur que
SaMajestéluy faisoit,maisenfin
des ordres absolus l'ontdeterminée
à se charger d un fardeau
qu'on a jugé depuis longtemps
n'estre pas rrop pesant
pour elle. Le Prieuré de Saint
Louis d. Rouen est tres - ancien.
Il està peu pté§ de lamême
ancienneté que l'Abbaye
de S. Amand qui ell dans la
même Ville, & que celle de
Gomerfontaine. Il a une affinité
particuliereavecl'Abbaye
de Filles de Montiers Villiers
qui est dans le même Diocese.
C'est un usage de l'Antiquité
& des premiers Siecles de 1 Ordre
Monastique que ces fortes.
de Confraternitez
:
elles formoientune
union tres-étroite,
& les Monasteres ainsi liez se
fournissoient reciproquement
les secours spirituels & lestemporels
; ils s'armoient même
quelquefois po-ur la ~dtffenfe
les unsdes autres; mais c'est sur
tout les Suffrages & les Prieres
que ces sortes d'unions avoient
pour objet principal, comme
le remarque le sçavant Pere
Mabillon, quia fait de si grandes
recherches sur l'ordre Monastique.
Le Roy a donnédepuis quelque
temps un Canonicar qui
vacquoit dans l'Eglis Royale
& Collegiale de Nostre Dame
de Ville-neuve lez Avignon,à
Mr l'Abbé Ycard, Ecclesiastiqu.
e d'un grand merite, &qui
a toûjours fait une exacte profcOEoa
des vertus & des devoirs
de son e(hc. Il est proche pirent
du R. Pere Dom ~Variel
,
Prieur de la ChartreusedeVille
neuve, & un des plus grands
sujets de son Ordre. Cet Abbé
est un grand Theologien,&il
estpeud'~Eccltsiftiques mieux
instruits que luy des Principes
de la Morale chrestienne. Il a.
d'autres talens qui luy font
auni beaucoup d'honneur.
Dom N.Vernois de Montjournal
Abbé nommé de Saint
Sulpice en Bugey &,quin,âvilt
pas encore reçu la ~B-nedi& on
Abbatiale, a lnéélûdet'uis
quelque tempsAbbé de la
Ferté. Mr Pinon Intendant
de Bourgogne prcfida à cette
élection & c'est la dernierc
fonction qu'il ait faite de son
employ en Bourgogne. Dom
de Montjournal estoit Abbé
de Saint Sulpice depuis environ
deux années. Il y en a Gx ou
sept que le Roy luy donna
une Abbaye de l'Etroite Obfervance
de Cîteaux, mais sur
ce qu'on representa à S. M.
que ce Religieux n'estoit pas
de la Reforme, ce Prince
dont la justice regle toutes les
avions craignant qu'un Abbé
qui n'estoit pas Reformé ne
pût pas compatir avec des
Religieux quil'estoient revoqua
ta grace qu'il luy avoir
faite, maisen luy laissantl'esperancede
le dédommager
bien tost ; en effet Mrs de
Guenegaud,à la famille desquels
ce Religieux estoit fore
attaché
3
ayant fait ressouvenir
S. M. de la grace qu'il avoir
promis à Dom deMontjournal
, il luy donna il y a
environ deux annéesl'Abbaye
de Saint Sulpice qui vaquoit
par la mort de Mr de Montholon
frere du feu premief
President de Rouen. Il estoit
alors Professeur en Théologie:
auCollege des Bernardins de
Paris, & il n'y avoit que très,
peu de temps qu'il avoit pris le
Bonner de Docteur de~Soi- bon:
ne ,
la Licence dont ,il eiloicj
avec feu Mr 1 Abbé d'Heudi-^
court nommé Evêque dE^
vreux
,
n'ayant fini qu'avec
l'année1703. Il n'avoit pasencore
esté beni Abbé, de S.
Sulpice lors qu'ilaestée|uj
Abbé de la Ferté. Il a eu pour
concurrent Dom Languet
Prieur de laFerté sur lequc.i,.i-il
ne l'a emportéque de deux
voix, & le même Dom Lan-J
J
guet a en fuite esté son successeur
en l'Abbaye de Saint Sulpice
qui est trcs ancienne &
qui a eud'illustres Abbez qui
luy ont fait de grands biens ;
tels sont les Moyna, & les
Ecrevieu, Abbez de S. Sulpice
dont on voit encore les Armes
dans une belle Crosse & dans
le Choeur de cette ancienne
Abbaye. Dom de Montjournal
a un frere Chanoine de
Noyonqui y est fort estimé,
&que feu Mr de Tonnerre y
attira;il ena unautre Conseiller
au Presidial de Moulins. Ils.
font de cette Ville-là & d'une
ï
ancienne famille de Bourbonnois.
Le nouvel Abbé a elle
fort regretté à Saint Sulpice ;
ila quitté ce lieu au bruit que
répandoient dans toute 1Abbaye
les pleurs & les gem.Hemens
de ses Religieux, de ses
Domestiques & de tous les
Paysans des Villages dépendant
de Saint Sulpice qui
estoient accourus pour recevoir
ses derniers adieux & sa
Bénédiction & qui fondoient
tous en larm-s en voyanr qu'il
s'élolgnoit d'eux pour ne les
plus revoir.Jamaisspectacle
ne fut plus couchant,les manic..
res
[CS de cet Abbé avoient cité
si gracieuses
,
si douces, & si
prévenantes qu'on ne doit pas
estre surpris des regrets que
son départ acaufez dans toute
la Province du Bugey. La
Noblesse qui le cherissoit a
aulh pris part à l'affliction
publique; un grand nombre
de Gentilshommes & d'Ecclesiastiques
du voisinagevinrent
luy rendre leurs hommages
pourla derniere fois presque
tous fondant en larmes. La
maniere dont cet Abbé avoit
Ivlcu avec eux les avoir charmez.
SaMaisonestoit ouverte
a tous les honnestes gens qui
y estoientreçus avec une politesse
& une sage profusion qui
faisoient beaucoup d'honneur
à cet Abbé. Les pauvres y
ont le plus perdu: aussi leurs
'04 regrets le fontils faits remar- quer. |
Le Chapitre Provincial des
Augustins s'est tenu depuis
quelque temps dans leur grand
Convent de Lyon. Le Pçjc de
Morillon de Poyle Docteur de>
Sorbonne & de la Ville de
Beziers, ayant fini son temps
de Provincial, on luy a donné
pour successeur le P. de Cohade
de la Province d'Auvergne,
& qui a déjà pasle par les
charges principales de l'Ordre.
Le P. le Blanc Docteur de Sorbonne
& d'un merite generalement
reconnu a esté fait Definiteur.
Selon l'usage ordinaire
il y eut des Theses de Theologie
dans le cours de ce Chapitre
Le P. de Courcclles Saint
Julien d'une Maison très qualissée
de FrancheComté, Pretre
de cct Ordre, en soutint le
Lundy il. du mois de May
dans l'Eglise. Elles estoient sur
la Penitence. Mr de Cohadc
Docteur de la Maison & So-*
cieté de Sorbonne, Custode de
l'Eglise Paroissiale de Sainte-
Croix, & un des Vicaires Généraux
de Mr l'Archevêque de
Lyon en fit l'ouverture par une l, tres-belle Harangue à la gloire,
du Soûtenantqu'ilfelicita sur
le retour de sa santo'-( lePere dcl
Saint Julien avoit c:fié:plaladc à
Cremieuoùil demeure) &dans
laquelleil donna des loüanges
àl'Ordre des Augustins,&aux
grands hommes qui en font
fortis.Gilles de Rome,&un
grand nombre d'autres n'ysu
lent pas oubliez. Il argument
ensuite sur i'Amicion;& il ifJ
r
puya beaucoup sur un Décret
de laFaculté de Paris, qui semble
favoriser l'opinion de ceux
qui disent quel'amour de Dieu
commence n'est pas absolumenc
necessaire dans ce Sacrement.
Un jeune Docteur de
Sorbonne argumenta ensuite
sur l'inutilité de la Penitence
pour la justification(vous sçavez
sans doute, que dans la
dispute celuy qui argumente
prend toûjours le mauvais parti
> ôc attaquede frontlesveritez
les mieux établies, & que
ce ne font que des combats
feints) ce jeune Docteur s'appuya
de l'autorité de quantité
de Conciles, & de celle de la
Confession d'Aufbourg,& sur
tout cela il étala une grande
érudition. Le P. Rolin Jacobin
Bachelier de Sorbonne &grand
Predicateur, argumenta enfuite
sur l'Attrition
,
& unPcre
Carme qui prit enfuitc la These
argumenta fort solidement
sur la necessité de se confesser
&de recourir à la Penitence,
dés qu'on estoit tombé dans le
péchémortel, sous peine d'en
commettre de nouveau chaque
fois qu'on diffère de recourir
au remede. Enfin le Perc
Valant Jesuite & un des Professeurs
de Theologie dans le
grand College, fit laclôture;
il commença par une Harangue
qui fut tres belle,& d'une
latinité très pure; illoü
1
fort le
Soutenant,&il parla de la noblesse
de son origine d'une maniere
très -
avantageuse. Il s'étendit
ensuite sur l'affinitéqu'il
y avoit toujours euë entre l'Ordre
des Augustins & la Compagnie
de Jesus. Illoüa fort les
grands hommes sortis du premier
de ces Or dres, & à cette
occasion il parla de Mr l'Evêque
d'Ascalonquiest à la Chine,
&,qui a esté Augustin, Ce
Prélat dans les. questionsagîtées
en ce Pays-là, apris hautcment
le parti desPP. Jesuites,
sur cela le Pere Valant fit une
belle& touchante peinture île
ItCâf ou est à present la'ç-hrftienté
en la Chine;& en parlant
de leurs adversairesqu'il
traita de Scioli, il eniît desportraits
qui plurent fort. Son argument
fut court à cause de
l'heure qui sonna. Le Soutenant
fit ensuite son Harangue,
qui fut tres belle&biendéclamée,,
Elleestoità laloüangedu
Chapitre Provincial. Le Perc
Rousset Docteur en Theologie
presidoit.
-
Le i,oc May, Mr le Marquis
de Monc-rond chef de la
Maison Saint Germain d'Apchon,
épousa à Lyon Mlle de
Corgenon fille du Baron dece
nom, Gentilhomme de Bresse.
Ce Marquis descend d'une
soeur du Maréchal de S. André,
tué à la Bataille de Dreux,
& S. André belle Terre, est
dans leur Maison depuis ce
temps-là.
En 1302. l'un des Ancêtres
du nouvel Epoux fit une transaction
avec le Comte de Fores,
dans laquelle il prenoit la ^sa-ilire
de haut ôc puissant Seigneur
qui dans ces tempsne se
d onnoit qu'aux perfonne^tresillustrées
, ou par l'ancienneté
de leur Noblesse ou par, 1élévation
de leur dignnité. Ces
nouveaux Epoux font universellement
estimez
,
le jeune
Cavalier ayant beaucoup de
poliressfe & de sage conduite,
/>{. la Dlle ayant tous les agremens
du corps& dePcfprit,<5c
une régularité qui la fait prttposer
pour exemple dans ces
Provinces. La lecture de tous
les ouvragesd'esprit dit tcinps,
n'afaitquecultiver k. sien sans
le faflcr comme il arriveà
quelques personnes de son
sexe. On ne connoist point
qu'elle soit remplie de cette
lecture, que lorsque la corrtptaitanccia
force d'en faire
part aux autres.
Mr le Baron de Corgenon
pere de la Dlle a esté longtempsSyndic
de la Noblesse de
Srcfle. Il estde l'ancienne Mai-
- sondes Chappuis,originaires
de Çoindrieu,& qui jounToient
de le qualité de Nobles dés le
•14°fiect, comme on le justifie -
par Le contrat, de Mariagede
1
Noble Loüis de Chappuis, fils
de Noble Pierre de Chappuls,
en datte du 14. Janvier 1395"
d'eux sortirent diverses branches)
celle de Mr le Baron de-
Corgenon établie en Bresse,
celle de Mr de la Foy, &celle
de Mrde Magniola. Il y en a
une autre en Dauphiné, d'où
Mrs de Bionas, dePassins,de
Bienaffis & de Pommier font
sortis. Thomas de Chappuis
laissa par [Qn Testament fait en
Jfl7. des pensions viagèresà
deux de ses filles Religieuses à
Montfleury prés de Grenoble
où il n'entre que des Demoiselles.
Pierre de Chappuisde
Bionas épousaen 1606. Marguerite
de Difimieu, fille de
haut & puissant Seigneur Ccsar,
Chevalier Seigneur de Difilnicl:
1, &c. Gouverneur de
Vienne. Une autre branche de
cette Maison s'etf établie à
Toulouse.Le Commandant
de la Citadelle de Perpignan,
un des plus honnêtes hommes
du Royaume en est sorti.
Mr le Comte de Gaffé, fils
de Mr le Maréchal de Matignon,
a épousé Mlle de Château
renault fille du Maréchal
de ce nom. Mr de Matignon a
prié le Roy de trouver bon
qu'il donnast au Marquis de
Gaffé son fils, le Gouvernement
qu'il avoir dans le Pays
,
d'Artois. Sa Majesté l'a agréé,
& luy a confirmé le même
Brevet de retenuë qu'il avoit
defliis.
L'Amour & lc~Vin s'accommodent
bien ensemble, puisque
l'on dit ordinairement,
fine Bacchofriget Venus. C'est
pourquoy je crois ne pouvoir
mieux placer qu'icy la Chan-
-
son suivante.
*
AIR NOUVEAU.
Ne craignons plus pour le Jus de
la Tonne,
La Vendange fera bonne:
Etparuneinsignefaveur
Nousn'enaurons que lapeur.
1
Je passe à un Article dont
depuis quelques annéesj'ayaccoûtumé
de vous faire part,
& qui fait plaisir au Public, &
particulièrement aux personnes
de Lettres. C'est de la distribution
des Prix des Jeux
Floraux qui aestefaite à Toulouse
le 3ede May. Jamais, selon
ce qu'on écrit de cette
Ville, on n'a vu tant & de 1i
beaux ouvrages, cequi a estê
cause de la difficulté que l'on a
trouvée à juger les Prix;de maniéré
que les Juges se font trouvez
embarassez presque jusques
au dernier jour.
r Le Prix de l'Ode a esté
adjugé à une Piece intitulée
le Sisteme de Descartes
3
de la
composition d'un Pere de la
Doctrine Chrestienne. Celuy
du Poëme, a esté donné à Mr.
l'Abbé Asselin qui avoit. déja
remporté plusieurs autres Prix
dans la même Academie. Il
est de Vire en Basse- Normandie.
Le sujet de ce Poemc
estoit la Verité. Le troisiéme
Prix qui estceluy de l'Eglogue
a esté remporté par Me la -
Presidente Dreütllet. A l'égard
du quatriéme qui est
celuy de l'Eloquence, les
Académiciens ayant trouvé
que l'on s'estoit écarté du
sujet,ils ont donné ce Prix à
une Ode intitulée larcblteélure,
dont Mr Roy est crû l'Auteur.
Lors que j'en feray
mieux éclaircy
,
je vous en
feray part, & j'espere que je
vous enverray ) comme j'ay
fait en plusieurs occasions ,
quelques unes de ces Pieces ,
pour donner lieu aux Sçavans
d'étudier le tour que l'on
peuc donner à ces forces de
Pieces.
L'Article qui suit doit vous
paroître assez curieux. Vous,
icavez que les Etats de Bourgognesetiennenttousles
trois
ans, & que l'année qui suit la
tenue des Etats Mrs les Elûs apw
portent les Cahiers à leur Gouverneur
;&alors on choisit une
DeviCe dont on fait frapper
pluficurs Bourses de cent Jettons
chacune. Ces Bourses
se délivrent aprés ce Voyage,
( qu'on appelle Voyabe d'honneur
) entre ceux qui travaillent
aux Affaires des Etats:
Voicy la Devisequi a esté choisie
cette année, & qui convient
à la perte que la Province de
Bourgogne a faire de Leurs
Altesses Serenissimes Monsieur
le Prince, & Monsieur le Duc
son fils, ses Gouverneurs.
Non déficit alter.
Personne n'ignore la Fable
du Rameau d'or, & pour en
ra ppeller la mémoire il fùffic
de lire les deux Vers de Virgile
qui suivent.
Primo avulso non deficit alter,
Aureus, &similifrondescit virga
metallo.
La Province de Bourgogne
a eu l'avantage depuis prés
d'un siecle d'estregouvernée
par les Princes de l'Auguste
Maison de Condé, en sorte
qu'avec le Titre de la premiere
Pairie du Royaume, cette Province
ose se flatter de la prerogative
de n'avoir des GouVerneurs
que de la Tige des
premiers Princes du Sang.
La mort ayantenlevé en
moins d'un an Leurs Altesses
Serenissimes Monsieur le Prince
& Monsieur le Duc, les Peuples
de cette Province n'ont
trouvé de consolation dans
leurs malheurs que celle d'apprendre
que S. M. avoit confié
le Gouvernement à S. A. S.
Monsieur le Duc, qui ayant
herité des Titres & de la Grandeur
de ses Ayeulshéritera aussi
de leurs vertus : C'est ce qui a
fait choisir pour le Corps de
:
la Devise des Jettons de cette
année le Rameau d'or, avec
ces paroles : Non déficit alter.
La Province a perdu un
puissant Protecteur en la personne
de S. A S. Monsieur le
Duc, mais Dieu qui a pitié de
son peup le, la châtié sans vouloir
l'accabler, & après luy
avoir ôté un DcH:n(eur il luy
en a donné un autre du même
Sang & qui aura la même bonté
que celuy qui luy a esté ôté,
Non déficit alter.
L'on s'efi: contenté de ces
trois mots, & l'on a crûqu'il
n'estoit pas besoin d'y ajourer
Primo avulso
, parce que ces
mots rappelleroient des idées
trop fâcheuses & qui ne conviendroient
nullement àune
Devise faite à la gloire du jeune
Prince qui vient d'estre donné
à cette Province.
On a aussiretranché le mot
aureus, comme absolument
inutile, & ne portant pas un
sens assez noble pour le sujet
dont il s'agit.
Non deficitalter,en ditassez,
& tous les Auteurs qui ont
écrit de l'Art des Devises, ont
eu pour Principes qu'il falloit
laisser quelque chose à deviner
& s'expliquer en peu de pa- role
Primo avulso non deficit alter,
Aureus &ifmihfirondejcitvifga
metallo.
TRADUCTION.
Un Rameau d'or arraché, on
en trouve un autre à l'instant,
& il sort aussitost de la fouchc
- un rejetton semblable tout
couvert d'or.
Je vous ay déja marqué en
vous parlant des nouveaux
Brigadiers, qu'il n'estoit pas
impossible que je ne me fùfTc
trompe
trompé à l'égard de quelquesuns,
ce qui est arrivé touchant
Mr deMargeret, dont le pere
n'a jamaisestéaux Isles.Jedois
ajoûter aussi que celuy dont
j'ay parlé ne s'est point trouvé
à la Bataille de Malplaquet.
Mrde Margeret Capitaine
au Regiment des Gardes Françoises,
Chevalier de S. Louis,
«
cH: fils de Pierre de Margeret,
S' Grand Audiancier de France,
Seigneur de Pontaut qui estoit
petit-neveu du Capitaine Mari
geret, qui ayant fait plusieurs
voyages dans les Pays les plus
)
éloignez, son fort voulut qu'-
aprés qu'il eut servi le Prince
de Transilvanie, ensuite l'Empereur
en Hongrie, puis le
Roy de Pologne, en qualité
de Capitaine d'uneCompagnie
de gens de pied, & estre parvenu
au service de Boris Empereur
de Ruffie il eut le Com-
• mandement d'une Compagnie
deCavalerie. Demetriusayant
fucccdé à Boris, cet Empereur
l'honora dela Charge de la premiere
Compagnie de ses Gardes;
mais lesaffairesdecet Empereur
ayant esté extrêmement
bouleversées, ce Capitaine fut
obligé de revenir en France,
où il fut tres- bien reçû du Roy
Henry IV. qui l'honora de
son affection, & qui luy ordonna
de donner au Public un
Recit des Moeurs, & de beaucoup
de particularitez de l'Etat
de Russie.
Il reste encore plusieurs en- sans de Pierre Margeret grand
Audiencier;voicy une circonstance
qui regarde l'aîné, & qui àcause de sasingulariré, merite
de vous estre rapportée. Dés
sa naissance il sur mis chez un
Maistre de Pension qui avoit
chez luy des Nourrices qui ne
partoient que Latin; en sorte
les Enfans que l'on y mettoit
suçoient cette Langue en suçantle
lair. Dés qu'il eut) la
langue déliée il parut uns si
grand prodige qu'il fut presenté
au Roy devant quise
trouverent des gens tres habiles
qui furent étonnez de voir
un enfant de deux ans parler
Latin comme il auroit pû faire
à quarante. Depuis cetemps-là
son pere luy fit apprendre p!usieurs
Langues, & sur tout la
Grecque, où il réüssitparfairemenr.
Il le fit étudier ensuite
enTheologie & en Droit où i ilserendit fort habile;mais il
l
changea les Portefeüilles. en
une épée, & il monta par dcgrcz
à la Charge de Capitaine
aux Gardes.
J'aurois beaucoup de ebofes
à vous dire de Mr l'Abbé de
Margeret, si le temps ne me
manquoit pas; il a beaucoup
contribué à l'avancement de
ses freres, dansle service.
Feuë leur mere avoir un
vray & singulier merite. Elle
estoit si remplie de bonnes
qualitez
,
qu'un tres - grand
nombre de Princesses & de
Duchesses l'estimoient beaucoup.
Madame Royale luy faisoit
tres souvent l'honneur de
luy écrire,aussi bien que la
Reine de Portugal;& Mrs de
Margeret conservent encore
jeurs Lettres, comme des déposts
considerables, & capables
de faire honneur à la memoire
d'une si digne mere & à
ses enfans.
Voicy un Article qui vous
paroistra des plus curieux, Se
qui vous donnera des marques
de l'attachement que les François
ont pour le Roy & de
leur zelepour ce qui regarde
la Religion.
La Compagnie des Gardes
du Corps commandée par Mr
le Duc de Villeroy
,
s'éstant ap.
semblée à Soissons le 29.Avril
pour aller en Flandre le premier
de May, Mr de la Boulaye,
qui estoit alors seul Chef
deBrigade, accepta l'offre que
les Peres Feüillans de cette Ville
vinrent luy faire de dire le
premier jour de May, jour du
départ, & Feste de S. Jacques
& S. Philippes, la Messe à cinq
heures du matin, pour la santé
du Roy, & pour la prosperité
de ses Armes. Mrde la Boulaye
s'y rendit avec la Compagnie,
qui reçut à la fin de la
Messe, la Benediction du tres-
Saint Sacrement. Mrs de la
Boulaye
,
de Grillet, du Clos,
de la Faye, Beauchamps, Croisillac
Officiers superieurs,avec
tous les Brigadiers, Sous- Brigadiers
,
Porte Etendarts, & plusieurs
anciens Gardes reçurent
aussi en forme de Scapulaire un
S. Suaire, sur lequel le P. Dom
Jacques de Saint Dominique,
avoit tous les jours en disant
la Messe, fait repofcr la sainte
Hostie. Le petit S. Suaire est
cacheté dans du papier, & enveloppé
dans une petite Bourses
avec l'Inscripcion desEtendam
du grand Constantin;
quand al triompha des enne-
Tais2c Dieu& del' Eglise. In
àocsignovinces.
w Rienn'est plus édifiant, tant
du cofté des Officiers, que de
celuy des Peres Feüillans de
Soissons.
- Jepasse à un des plus grands
Mariages qui se soient faits
depuis long temps, puisqu'il
s'agit de celuy de Mademoiselle
d'Enguien, fille de feuë - o S. A. S. Monsieurle Prince, &
d'Anne de Baviere
,
fille d'Edoüard
de Baviere, Comte PalatinduRhin,
Duc de Baviere,
& de Madame Annede Gonzaçnieo
de Cleves, Princesse de
Mantouë, avec Monsieur de
Vendotme.
Ce Prince arriva à Seaux où estoit , certe Prince sse
,
le
Mercredy 14. de May l'apresdinée.
Il y eur le soir avant soupé
un grand Concert de Voix
&d'instrumens dansl'Appartement
de MadamelaDuchesse
du Maine, & dont Mr de Malezieu,
de l'Académie Françoise,
avoit fait les Vers, ausquels
on trouva le tour d'esprit
qui luy est ordinaire, qui
plurent beaucoup à l'A(Temblée,&
qui reçurent de grands
applaudissemens. Ces Vers étoient
à la loüange de Macfemoiselle
d'Enguien & de Monsieur
de Vendosme, & ils
avoient esté mis en Air par un
des Musiciens de S. A. S. Monsieur
le Duc du Maine. Il y eut
ensuite un grand soupé, duquel
estoient les familles de Condé
& de Conry, & Monsieur le
Comte de Toulouse.
Le lendemain,vers le Midy,
on signa le Contrat de Mariage
dans l'A ppartement de Madame
la Duchesse du Maine.
De là ils allerent à la Chapelle
où ils turent mariez par
Mr l'Archevêque d'A IX ,
assisté
du Curé de Scaux,& de
l'Aumônier de Monsieur le
Duc du Maine; cet Archevêque
dit la Mené. Toute l'Assemblée
fut ensuite traitée à
dîné par Monsieur le Duc du
Meine, & Mr l'Archevêque
d'A'x sur de ce repas. Il y eut
le soir un grand Concert, après
lequelil veutungrand soupé.
Le Vendredy il y eut un
grand dîné après lequel on
joüa,& sur le soir il y eut Concert
qui fut composé de Mr
Buterne Organise du Roy,
qui accompagnoit du Clavecin
; de Mr Forcroy, qui
jouoit de la Baffe de Viole, "tic
Mr des Costeaux qui joüoit de
la Flute Allemande,& de Mr
Visée,quijoüoit du Theor be.
Mr de Canipistron, de l'Academie
Françoise, & attaché
à Monsieur de Vendosme
donna après le Mariage leVi-)
relay suivant.
Je veux parler je ne puis plus me
taire,
Enfin deux Coeurs l'un pour l'au-
,.
tre formez
Sont de leurs feux également
charmez
Ah le beau coup que ïAmour
vient defaire!
Parcentvertusd'un brillant caractere
On njojoit bien ces Coeursse ressembler;
Mais cejloit, peu comment les
assembler
C'est l'heureux coup quel'Hymen
vient defaire.
Ce Dieufolâtre a conduit ce mystere
En Dieusensécar il a biensenty
Qu'ilfalloit mettre Hymen deson
party
C'est, ~c
jnj(]ua ce jourinsensible,severe,
ENGUIEN avoitdédaignétous les
'VOEUX,
L'Hymen pourtant l'enchaîne de
ses noeuds, -
C'est, &C.
VENDÔMEen proye ason ardeur
guerrière
3 Nourri de Gloire, affamé de Com- -
bats
Bravoit l'Hymen çy ne s'attendoit
pas.
A l'heureux coup que l*Amour
vient de faire.
Il me souvient d'une semblable
affaire
Et quand DU MAINE obtint
l'objet charmant
De ses desirs chacun dit hautement
Ah le beau coup, &c.
Prince D'ANETfcyez donc bien.
tôt Pere D'jeune Mars,d'unfils digne
devous
Afin qu'alors nous chantions encor
tous
Ah le beau coup 3 &c.
Le Samedi Monsieur de Vcndôme
partit sur les 5. ou 6.
heures pour Versaillesoùétoit
le Roy, & le Dimanche il revint
coucher à Seaux.
Il feroit à souhaiter que la
Princesse qui vient d'estre mariée,
vécutaussi long-temps
que la nommée Repaufe, qui
cil: morte le 5e de May âgée de
cent quinze ans dans la Paroisse
de Coufinal
,
Diocesè de La-
Vaur en Languedoc. Elle avoit
confervé sonD bon sens, & agi
ju squ'au dernier moment de
sa vie. Elle n'avoit jamais elle
malade
,
& elle est morte de
foiblesse. Elle estoit née dans le
lieu ou elle est morte. On a
verifié le Registre pour ne pas
exposer une fausseté au public.
:
Il faut que leclimatoùelleest
decedée soit bien propre pour
la santé
,
puis qu'il s'y trouve
encore plusieurs personnes qui
approchent du mêmeâge.
Vous attendez peut-estre
que je vous parle de l'ouverture
d'après Pâques du Parlement
; mais il y a déja plusieurs
années que Mr le Premier President
de Harlay, a supprimé
ces sortes d'ouvertures, qui ne
se font plus qu'après la Saint
Martin. Il a seulement conlervé
les Mercuriales, qui ne se
font qu'à buis clos. Elles ont
esté faites cette année par Mr
Jolly de Fleury Avocat General
,
dont Meissieurs ont cilé
tres-satisfaits. Rien n'estplus
profitable que ces fortes de
Discours lors qu'on s'en acquitte
aussi bien qu'a fait cet
Avocat General, qui a parlé
avec autant d'éloquence que de
bon sens.
Dans la derniere Promotion
des Benefices faire par le Roy
lePrieuré de Raveau enAn-y
goumoisà 3. lieuës d'Angoulesme,
qui vaquoit depuis quelque
temps ,
avoir esté oublié.
Mais Sa Majesté en signant la
feüille l'a donné à Dom de la
GueriniereReligieux de Grandmont,
dont le mérité est generalement
reconnu. Ce Religieux
n'a que trente ans. Cependant
, quoy qu'il foit encore
dans un âge si peu avancé,
il a déjà Professé la Philophie
& la Theologie dans l'Abbaye
de Grandmont, qui est le
Chef de l'Ordre, avec l'ap.
plaudissement de Mr FAbbe
de Grandmont son General,
qui a la réputation de sçavoir
parfaitement juger du vray
merite.
Dom de la Gueriniere est
d'une tres-bonne Maison du
Maine. Il en ennemi de toutes
les nouveautez. Il défend &
soûtient la saine Doctrine avec
d'autant plus d'ardeur qu'il a
toûjours fait voir une inclination
naturelle pour l'amourde
la vérité. Il joint à un profond
sçavoir une vertu solide. La
sincerité en son caractere ; Se
enfin il est d'une modestie singuliere
qui se trouve rarement.
dans les personnes qui peuvent
véritablement se flatter
d'avoir d'aussi beaux & d'aussi
heureux talens que ce digne
Religieux. >.,ss
••
En vous parlant des personnes
de pieté, je ne dois pasoublier
de vous marquer que Paris
en est remply
,
& que plus
les temps sont difficiles, plus
elles donnent de marques
1
de
leur pieté &de leurcharité,&
que les Aumônes de ceux mêmes
qui ne sont pas trop accommodées
vont au de-là de
leur pouvoir. Cela se connoist
dans toutes les Paroisses de Paris
& même dans la pluspart
des Communautez , ceux qui
n'ont point d'argentdonnant
la pluspart de leurs effets pour
secourir les Pauvres, en sorte
qu'avec des Billers qui ne coûtent
que dix sols, ils peuvent
tous les jours faire des gains
considerables, & qui les tirent
de la misere. A peine a-t on
tiré une de ces Lotteries qu'on
en recommence une autre, Be
il y a plusieurs Paroissesdans
lesquelles on a déja tiré beaucoup
de ces Lotteries. Enfin
tous les Pauvres honteux des
Paroisses sont assistez; quoy
qu'il soit très-difficile de suffre
aux fonds qui sont necessaires
pour cette Charité; mais le
zele des Ames charitables cft
si grand qu'elles trouvent le
moyen de faire l'impossible.
Aussi assure-t-on qu'il n'y a
point de Ville dans le monde
oul'on fasse tant de charitez
qu'à Paris, & dans lequel on
peut dire que la main droite ne
sçait pas ce que fait la gauche,
ce qui marque que ces Charte
tez se font sans ostentation j
&que ceux quilesfont se contentent
de la satisfaction ime-I
rieure qu'ils ont de bien faire,
& d'esperer que le Ciel les recompensera
un jour,& répandra
dra ses grâces sur toute leur
posterité. Il seroit à souhaiter
que de pareils exemples fussent
connus, afin de donner lieu aux
coeurs endurcis de les imiter.
Je ne vous ay point encore
dit que le Roy avoit créé Duc
&Pair de France, Mr le Maréchal
Duc de Berwick. J'attendois
qu'il fût reçu au Parlement
pour vous en parler
, ce que
l'on avoit laissé en suspens, u
on laissoit mesme répandre le
bruit que cette Recc ption se
feroit avant qu'il partit pour
aller commander l'Armée de
Dauphiné;maistout cela n'étoit
qu'une adresse pour empêcher
les Alliez de croire qu'il
irait servir cette Campagne en
Flandre. Aussi, jamais na t-on
parlé si diversement d'un départ,
& le jour mêmequ'il est
party, personne ne pouvoit
assurer qu'il partiroic. Ceux qui
connoissent parfaitement ce
Maréchal font charmez de sa
conduite, & sur tout ceux qui
se sont trouvez à la Bataille
d'Almanza. Jamais General n'a
gardé plus de sens froid dans
lesCombats. Il s'esttrouvé par
tout dans cette fameuse Batail-
Ici il a tout examiné par luyniernie
; il a donné ordre à
tout, & il s'yest acquisune
estime générale. Ceux qui l'ont
vu commander en Dauphiné,
ne sont pas moins charmez de
sa conduite & de sa fermeté,
& disent que voyant tout par
luy mesme, il est impossible de
le surprendre en la moindre
chose.
Voicy un Article qui regarde
une autre prestation de serment.
Mr le Bret Intendant de
Provence, dont j'ay souvent
eu occasion de vous parler, &
dont le mérité & les services
sontgeneralement reconnus,
vient de recevoir des marques
que le Roy a de la satisfaction
de ses services, & vient de
prester ferment entre les mains
de Sa Majesté, de la Charge de
Premier Président du Parlement
d'Aix. Comme la Provence
a toûjours elle satisfaite
de ses maniérés d'agir dans
D
toutes les choses où il a esté
employé par le Roy, il n'y a
pas lieu de douter qu'elle n'aie
beaucoup de joye de le voir élevé
à la teste d'un Parlement
où il pourra tous les jours faire
connoître aux Provençaux
l'amour qu'il a pour eux en
les servant,& en leurrendant
justice en tout ce qu'il pourra.
Ji Je vous parlay l'année derniere
de la tenue des Etats de
Bourgogne. Vous sçavez, que
cette Province qui en des plus
zélées du Royaume pour le
bien de l'Etar
, tant à cause
de sa fidélité pour le Roy qui
luy est naturelle, que par les
exemples que luy en ont donné
les Princes du Sang qui en
ont esté Gouverneurs, s'est
toûjourssurpassée lors qu'il a
esté question des Dons gratuits
qu'elle est obligée de faire
tous les trois ans, ainsi que
font tous les autres Païs d'Etats.
Je vous envoyai alors un détail
des genereux efforts qu'elle fie
en cette occasion
,
& je vous
fis voir en mesme temps ce que
feuë S. A. S. Monsieur le Duc
fit en cette occasion pour le
bien de l'Etat, & pour soulager
la Province, en forte que
malgré la difficulté du temps,
tout se passa au gré du Roy,
& à la satisfactionduPeriple.
Il est vray que ce Prince fit des
choses surprenantes, & qu'il
sacrifia beaucoup de droits qui
lui appartenoient.
Les Deputez de ces mesmes
Etats, qui sont Mr l'Abbé de
Druys pour le Clergé; Mr lc)
Comte d'Epinac pour la Noblesse)
& Mr le Meullier, Maire
de la Ville de Semur, pour le
Tiers Etat, viennent de presenter
à Sa Majesté les Cahiers
de la Province, & ils ont esté
conduits à la maniéré accoûtumée,
ayant esté presentez par
Mr le Marquis de la Vrilliere
Secretaire d'Etat, & conduits
par Mr des Granges, Maître
des Ceremonies; & ils ont eu
Audiance de toute la Maison
Royale. S. A. S. Monsieur le
Duc, auroit tenu le premier
rang à cette fonction, sans son
départ pour l'Armée.Vous
scavez la grande impatience
de ce jeune Prince-pour courir
à la gloire, & qu'il seroit party
beaucoup plûtôt qui n'a
fait, si des- ordres particuliers
di* Roy ne l'eussent arresté ;
qu'il est presentement à la telle
du Regiment de Condé Cavalerie
où il espere faire connoître
qu'il estdu même Sang,
& qu'il ressent la mesme ardeur
donr tous ses Ayeuls ont
esté animez,
- Les Princes ne peuvent acquérir
la naissance que leur
AugusteSang leur donne;mais
ils peuvent faire voir qu'ils en
sont nez dignes par les grandes
avions & les vertus qui font
distinguer la plûpart de ceux à
qui la nature a donné cette
naissance. Mais il se trouve de
simples particuliers qui n'étant
point favorisez de leur naissance
,
parviennent que lques
-
fois jusques au premier poste
du Monde, & mesmejusqu'a
la premiere dignité. Rienne le
prouve mieux que ce qui cil:
souvent arrivé à plusieurs Avocats
,& ce qui peut encore leur
arriver tous les jours comme
l'on a pu voir par le Discours
que Monsieur Euffroy Avocat,
& ancien Bastonnier de sa
Compagnie a fait depuis quelques
jours, en sortant d'exercice
,
dans lequel il a fait connoître
que plusieurs grands;
hommes, & mesmeduClergé,
ont esté tirez de ce Corps,duquel
on en a souvent tiré pour
remplir les places de Chanccliers,
de Gardes des Sceaux, de
Premiers Prefidcns, de Cardinaux,&
même de Papes. 1
, Mr Euffroy a fait voir dans
ce Discours qui s'estattiré les
applaudissemens & l'attention
de toute rAucmblec, que Guy
Foucault, François de Nation,
après avoir cité long-temps
Avocat au Parlement, s'estant
fait d'Eglise avoit esté premierement
Evesque du Puy,enfuite
Archevêque de Narbonne,
Cardinal, & ensuite créé
Pape fous le nom de Clement
IV. le 5eFévrier1625. d'un
consentement unanime de tous
les Cardinaux,quoy qu'il fût
absent
Qu'en1383. Pierre deFessigny,
sans avoir passé dans aucune
dignité Ecclesiastique,
étant Avocat, c'est-à-dire, en
en faisant les fonctions, tu
élevé au Cardinalat,
Qu'en1308. Guillaume d
Nogarer
Qeu'en*1389. Arnaud de
Corbie,
Qu'en1418.Robert le
Masson,
Q^'en1538. Guillaume
Poyet,
Qu'en 1371. Guillaume de
Dormans,
Er qu'en 154r. François
Olivieravoientesté élevez à la
dignité de Chancelier de France.
Qu'en 1J4L. &en 1588.
Mrs de MontholonAvocats au
Parlement de Paris furent faits
Gardes des Sceaux de France,
sans compter les Premiers Presidens
& autres grands Officiers
de Justice qui ont esté tirez
de ce Corps.
|Mr de la Marliere, ancien
Avocat, a esté élu à la place
ne Mr Euffroy. Il a tout le
mérité necessaire pour luy fuc- *
seder. t Vous devez avouer qu'il y Jong- temps que vous n'avez
jû d'Articles aussi curieux, &
aussi singuliers dans mes Lettres
y
& peut-estre même que
vous n'y en ayez jamais vû.
Ainsi l'on ne peut dire que c
soient des Articlesrépétés,&
qui ressemblent en rien 4 au
cun de ceux dont je vous ay,
jusqu'icy fait part.
Je vais vous parler d'un fait
qui est assez singulier
, quo
qu'il ne soit pas si étonnant
que ceux que vous ycnèz-d
>
lire, puisqu'il s'agit deMOlt
& que tous les hommes son
nez pour mourir, & qu'il cij
meure tous les jours. Cepen-
-
dant je ne laisseray pas de vous
surprendre en vous apprenant
que dans le même tempsijui
Mr Daquin, Evêque de Seczest
decedé, il est mort cinq Chanoines
de son Eglise, ce qui a
jette beaucoup de frayeur dans
tout le Chapitre & dans tous
les coeurs des Habitans de cette
Ville là où il regne beau-
[coup de maladies dont on
meurt presqueaussi-tost qu'on
est tombé malade.
! Mr l'Evêque de Seez est
l mort âgé feulement de 43.
* ans, fort estimé & fort cheri
dans son Evêché où il n'édifioit
pas moins par ses vertus
1* & par son exemple que par
toutes les fondions Pastorales
qu'il y exerçoit avec une tresgrande
régularité, & par les
bons ordres qu'il y donnoic ;
& ce qui marque que l'amour&
l'estime de tout le Diocese de
Seez pour cet Evêque, ne sont
pas sans un fondement solide,
est qu'il a laisse generalement
tout son bien aux Pauvres de
son Evêché, ce qui attire à sa
mémoire mille louanges de
tous ses Diocesains, & de tous
1.'(, Pauvres.
Quoy que les Nouvelles publiques
vous ayent appris plufleurs
Expéditions de Mer,je
vous en envoyc un Memoire
beaucoup plus ample que celuy
que vous avez déja vû. Je
ne laisseray pas de vous repeter
ce que porte celuy qui a
déjaesté rendu public, où il se
trouve même quelques circonstances
dffirenrcs. --.t
* >• *
DeS.Ma!olep.Mayi7io,
*" +. Les Vaisseaux le Curieux &,
le Diligent venant de Moka
dans la Mer rouge sont arrivez.
En faisant leur route pour
1
se rendre à Moka ils prirent
vers les 23. degrez 50. minutes
Sud, après cinq heures
de combat le VaitTeauleVainqueurdeMiddelbourg
de trente-
six Canons montez, de
205 hommes d'équipage, &
de 800. tonneaux qui alloit
à Batavia. Il estoit chargé de
50. milleducatons, de 30. mille
piastres en or, & de 1jo/
milleflorins en marchandises.
Ils arriverent à Moka au mois
de Janvier 170.9. ils furent tresbien
reçus par le Roy & par
les Peuples de ce Pays; ayant
eu la permission de traiter à
trois pour cent de droits, quoy
que les autres Nations en
payent plus de lix. Aprés leur
départ de Moka ils prirent le
Vaisseau Hollandois nommé
le Quismy, de 24. canons & de
800. tonneaux sorti de Batavia
pour Surate chargé de deux
cens douze mille cinq cens livres
de poivre, de cinq cens soixante
dix-huit mille huit cens
quatre-vingt sept livresde fucrc
en poudre, de cent huit mille livres
de sucre candy, de dixhuit
mille cent soixante & dixsept
livres de dents d'Eléphant,
de trenteneufmille cent vingtcinq
livres de cuivre du Japon,
de quarante mille livres d'alun,
& de cinquante milliers de fer
en petites barres.LeVaisseau le
Diligent est chargé de 1700.
balles de Caffé pesant deux
cent cinquante livres chacune,
& le Curieux de deux mille
trois cens aussi de deux cens
cinquante livres chacune.
La Couronne Corsaire de S.
Malo y a amené un Vaisseau
d'Amsterdam de six-vingt tonneaux
venant de Curasso, chargé
de cacao, de sucre, de tabac,
de cuirs, & de bois de
Campesche, estimé trentemille
écus. Ce Bastiment estoit
parti de Curasso avec une Flu- t.
te de trois cens tonneaux, qui
a aussi esté prisele iy Avril
par deux Vaisseaux de Saint
Malo.
Le Corsaire le S. Jan de Rot:
cofde 6. canons a pris sur les
Sorlingues le 16.le Navire les
cinq Soeurs de Middelbourg,
Interlope Hollandois, qui venoit
de la Coste de la Mine. Il
s'y esttrouvé250. marcs de
poudre d'or, dix milliers de
morfil & quelques autres marchandises
de Traitte. Le Capitaine
François a esté dangereusement
blessé
)
& le Capitaine
Hollandoistué. Les Ar..
mateurs auront prés de quinze
pour un de profit.
La Fregate du Roy la Nymphe
venant de la Martinique estarrivée à la Rochelle. Mr,
du Gué qui la commande a
pris un Corsaire Anglois forti
d'Antigue.
UnVaisseau de h même
Nation,chargé de planches
& de merrcin.
Un autrevenantde Nieves,
chargé de sucre
,
& un autre
qui vient de la Barbade aussi
chargé de sucre.
La Fregate de S. Malo l4
Reine el'EsPagne, cil arrivée à
laRochelle, venant del'Amerique
richement chargée.
Mr Porée commandant la
Fregate laBecasse a pris &conduit
au Port-Louis un Corsairedc
Gersé.
Je crois que vous apprendrez
toutes ces Prises avec
beaucoup de plaisir, tant à
cause de l'honneur qu'elles
font à la Marine de France „
que des avantages que la Nation
en retire.
Je passe à l'Article ordinaire
,
qui bien que peu considerable
ne laisse pas de faire plaisir
à beaucoup d'honnestes.
gens, & de les divertir;&l'on
peut dire que cer Article est
K
des plus amusans,&qu'il occupetous
ceux quille lisent.
Vous devinez bien sans doute
que je veux parler de celuy des
Enigmes que vouschçiçhmez
avec soin quand mêmejen'y
mettrois aucun Preludepour
vous en avertir.
Voici une Explication en
Vers du mot del'Enigme du
mois dernier.
iC.-e Visagetrompeur qui CMÎUses
-
défauts - -
J^orfouildbotdetoutlemondey
Bien
Bien loin d'avoir une bonté profonde
N'estqu'unfrancsceleratqui cause
bien des maux.
D'abord cet hypocrite excite en
nous la joye
Mais lors qu'on le connoistil cause
du chagrin
Et même pourson pere il devient
inhumain:
Tel cft le triste effet de la [au/fi
Afonnoje.
Les autres qui ont trouvé le
même mot font: Mrs d'Arzillemont
:
le Baron de Feneste,
de ll£b Nôtre Dame:le Mathamore,
du Marais: le Poëtc
Nouvelliste: le Conrent d'avoir
racheté saPaulette:l'Homme
à la mode, du Fauxbourg
S. Germain: le tendre Amant M.de la charmante veuve
Bragieves : les deux Amans rivaux
de Mlle M. du QiJay
des Augustins: le petit Maître
Procureur
,
Amant de Mlle
l'Ap. l'Heureux Blondin, de
l'Head des Ursins : l'agreable
Libertindumême quartier: le
Poëte sans fard justement irrité
,
& les Satyriques aussi du
même quartier. Mles Geneviéve
Jollain : la jeune Muse
renaissanceG.O: les deux soeurs
de la ruë Geoffroy- l'Asnier:
la charmante veuve Bragieves
& sa bonne Amie: la jeune
Nourrice, de la ruë S. Antoine,
la Dlle aux yeux bleux &
sa soeur aux yeux noirs, de la
même ruë: la Blanche & Brune
, de la ruë des Bernardins:
la belleLibrairesse,du quartier
de l'Université: la jeune fille à
la grande Tabatierela charmante
Veuve, du Pavillon de
Fontenay:les deux soeurs de la
ruë percée, proche S. André
des Arcs: la nouvelle Marquifc
1 du quartier de l'Hostel des Ursins,&
ses anciennes voisines,
à la DeviseCequi est différén'est
pas perdu: la Spirituelle, de la
ruë des Mamouzets, à la Devise
l'Esperance est d'ungrandsecours
: la gracieuse Soeur, à la
Devise BontépasseBeauté,&la
Brune du même quartier,à la
Devise Je prends le temps comme
il vient.
nouvelle du Pere Arrange
, dont je vous en aydéja envoyé
d'autres, ainsi que plusieurs
Articles qui vous ont paru dignes
de vostre curiosité.
ENIGME.
Tout le monde est en peine, &
chacun veut sçavoir
Si je fuis un esprit
, ou bien un
corps sans ame,
Rien ne peut égaler maforce &
mon pouvoir,
Et ce qui vient de moysurprend
l'homme Cm lafemme.
De tout ce que jefais & dontje
fuis l'auteur
Je n'en ay cependant aucune connoissance
;
Aujourd'huy je menace & faits
trembler de peur,
Et demain je console & remplis
d'esperance.
Sans jamaisme lasserjecours tout
l'Univers,
Je vais cr je reviens de l'un à
l'autre Pole,
L'on connoist sans me voir mes
mouvemens divers
Et , le bruit que je faits me tient
lieu de parole.
Je vous envoye une Chanson
nouvelle.
AIR NOUVEAU.
Que la Recoltesera bcue
Etque nous devons à Cybelle,,
Qui nous préparéavecprofusion
Toutcequepeutproduire une ricin
Moisson.
; 1
Tiv
Comme ma Lettre estsusceptible
de toutes fortes de
matieres, je vous envoye un
Discours fait à Mr de Beauharnois
dont je vous ay déja entretenu
des grands Emplois.
Vous sçavez qu'il est presentement
Intendant de la Generalité
de la Rochelle & de la Marine,
au Port de Rochefort.
Ce Discours fut prononcé le
16e May par Mr HervéPresident
au Siege Royal de Rochefort.
MONSEIGNEUR,
Ce n'estpasfeulement legenie
superieur, mais c'est aussi la majestéde
nostre Souverain,qui brille
dans le choixqu'ilfait des Sujetspropres
pour remplir lesCharges
considerables, & les principaux
Emplois deson Etat. En
effetrienn'estpluscapablededonner
une haute idée desesperfections
,
e-rd'wfyirer desfnlimens
respectueux pour sa suprême Dignité,
quelorsque les premiers
Ministres de ses volontez expliquent
les ordres de Sa Majesté.
Llinfinous reverrons tous ceux qui
ont l'honneur d'estrechargez
de l'execution de ses ordres, CT
nous reverrons en vous [on zele
pour la Religion,son amour pour,
la Justice,&fin attention singuliere
au bien & au soulagement
desesSujets. Vousavezdéjafait
admirer dans le nouveau Monde
toutes les Vertus Royales de
LOUIS LE GRAND. Mais
ceferoit peu que de les avoir exposées
à la seule veneration des
Peuples qui habitent au de-là des
mers; (;7 de n'avoir soûtenu 14
gloire de son regne que dans les
froids climatsd'une partie de i.Amerique
,
si vous ne faijte% pas
aujjt respecterson nom dans rEurope.
Il ne manquoit à V. G.pour
unsiloüabledessin
3 que le Poste
important dont il asçurecompenser
en dernier lieu vos services
p1[p%* present que semblable
àl'Ange dont nous parleS.Jean,
vous avez un piedsur la terre,
&l'autresur la mer, vous vous
trouve^ en place &dans unesituation
à faire redouter sur ces
deux Elemens les forces de la
France. Il est vray que diversement
occupé par vos differentes
jonctions vos regards seront necefairementpartar'ieK
comme l'étoientceux
de Janus. Maissans
rien perdre de vûë vous les porterezd'un
costésur les détails de la
Marine,&d'un autresur les affaires
de la Generalité. Vousy
eetssetseesnetnretré,Monseigneur, sous les
,,
Monseigneur, fous favorables auspices d'une paix
prochaine, qu'en devons-nous augurer
que lebiende l'Etat, &la
félicité publique? Heureuse donc
la destinée des Provinces de Xaintonge
& d'Aunis; & heureux
en particulier le fort devos treshumbles
& tres-obeeansferviteurs.
AUTRE DISCOURS
Fait par le même pour l'Hôtel
de Ville.
MONSEIGNEUR,
La perte que nous avons faite
ne pouvoit fifre reparée que par un
des premiers hommes du siecle.
Maissipoursoûtenir le titre glorieux
d'Intendant deJustice, Police,
Finances, &Marine, il est
necessaire d'avoir d'éminentes qualitck
qui répondent à ces differentes
fonctions. La Renomméeapris
le soin de publier par tout qu'à
l'exemple du Sage vousfaites toûjours
presiderl'équité dans HJOSJu.
gemens«Quavec la salutaire pré-
1voyance de Joseph
, vous aue;C
faitgoûter les fruits d'une bonne
Police au Peuple que Sa Majesxtiauoitfournis
à vos ordres. Qie
,Jans l'oeconomie des Finances du
Prince vous ave% mérité les éloges
que l'Esprit de véritédonneau
serviteur prudent &fidele ; &
qu'enfin vostre habileté dans les
mdjfaires maritimes surpasse celle
des Officiers qui fous le regne du
plus puissant Roy d'Israèlleservnierentsi
utilement dans laMariqu'ils
procurerent a ses Etats
uneprodigieuse abondance des cho-
Jes mêmeles plus rares, & les
plus precieuses. Fasse le Ciel que
de tant de vertus réünies dans V.
G. la France en retire à jamais
tous les grands avantages qu'elle
en doit esperer;&quesous votre
favorable &puissante protection
cette Ville na,antejouee de ses
Privileges, prenne d'heureux accroissemens,
&soitdélivrée pour
toûjours de l'estat déplorable où le
malheur des temps l'aréduite. Ce
font les souhaits, Monseigneur,
de vos tres-humbles &tres-obéïssansserviteurs.
1 Aprés vous avoir parlé d'un
illustre Vivant, je dois vous
apprendre la mort de MrBulteau,
Doyen des Secretaires
du Roy, âgé de quatre-vingtquatre
ans. Il laisse unetresbelle
Bibliotheque, dont tous
les Livres ont estéchoisis avec
foin, & qui fera sans doute
fJ>elnacifir aux Curieux qui travailtous
les jours àformer de
grandes Bibliotheques.Mr Bulteau
joüissoit d'une grande reputation.
Il passoit pour un
tres-honneste homme, & il
estoit generalement estimédes
Sçavans.
- En vous parlant deceuxqui
ont remporté cette année les
Prix des Jeux Floraux de T-oulouse,
je vous ay parlé iccc-'
luy qui regarde la Vérité, composé
par Mr l'Abbé Asselin.
On assure generalement guti
tousceuxqui ont travatiHcccc-1
te année pour ces Prix ont fait
de si beaux Ouvrages, qu'il a'
esté difficile d'adjuger les Prix,
ce qui doit augmenter lajlwre
Mr l'Abbé AtfcliIL
1
POEME
Qui a remporté le Prix, par Le
Jugement de l'Academie des
Jeux Floraux, sur la Vérité.
L'Homme est-il insensible à l'éclat
de tes traits,
Ou bien, loin de ses yeux tU-tu
fuipour jamais,
Verité,qu'à mes voeux dérobent
mille obstacles?
Toûjours avec lefaux je confonds
tes Oracles.
Pour fuir en te cherchant les
écueils que je crains,
Sers deguide toi-mêmeàmespas
incertains.
May 1 7 10. Aa
rar nos préjuge.-< seuls gouver.
nez dans l'enfance
L'erreuren , , nos espritsprévient
la connoissance.
Que fert de réfléchir dans une autresaison
t
Le joug de l'habitude asservit la
raifort,
Toujours loin du droitsens entraine:
t par les AHtres,
Sur leurs fauxjugemens s'assermissent
les nôtres;
Et de l'opinionesclaves malheureux
, Nous vivons, nouspartons, &
nous pensons comme eux.
Loin du peupleséduitpar devaines
images,
Chercherons-nous levraisuries
traces des Sages t
Jouets d'un faux éclatqui nous
éblouit tous,
Par des sentiers divers ils errent
comme nous.
Philosophes en proyeàvotre incertitude
Quel estpouyr votre espritlefruit
de votre étude ?
De quelqueconnoissance ose-t-il
seflatter? , Toujours plus incertain il riapprend
qu'à douter.
Maisquoi?son impuissance irrite
son audace:
Dans ses vastesprojets il rieflrien
qu'il riembrajjc. , Aa.ij
Prétendant tout connoître, en sa
témérité
Par les bornes du monde il n'est
point arrêté.
Il veut d'un premier Etre appro.
fondir l'EjJence,
Il sondesesDecrets, mesure sa
Puielaance.
Aveugle!aquel excès porte-t-il
son orgueil!
Desa foible raison un atome efi
l'écueil.
Lassé sans s'arrêter & vaincu
sans se rendre,
C'estenvain qu'il s'obstine à voit"
loir le comprendre ;
Rencontrant l'infini dans un corps
limité.
Il conçoit d-autant moins qu'il 4
plusmédité.
Grand Dieu, dans Fembarrdf
qui confondsa foiblesse , Quel est de tes desseins la profonde
fag,,ff! - Les objetsqu'àsesjeux tu fçtts
envelope,
Rempliroientunesprit que tu dois
occuper.
Lorsqu'il jouit des biens que ta
main lui dispense,
Que lui sert d'en chercher l'originâ
& l'essence ?
Pardessoins assidus qui confumeni
ses jours
Que luisert d'observer les Aftril
dans leurcours;
D'examiner si l'air, lefeu, la
terre Cm l'onde
Sont autant d'élemens qui composent
lemonde:
Ousi, sans l'achon de leur concours
divers,
Un principe plus simple a forme
l'Univers !
Ilsçait à l'infini diviser des espaces,
Comparer des côtez, mesurer des
surfaces :
Des angles differens que forment
tous les corps,
Ilsçait approfondir les dijfrens
rapports.
Inutilestravaux! frivole connoissance!
Quel avantage a-t-il sur une
humble ignorance?
Pour s'occuper ainsi trop avaredu
temps,
Le vrai Sage ensçait mieux menager
les instans.
Pourquoi j'embarrasserd'unevaine
chimere?
Il est icipour l'homme un point,
seul necessaire.
Il doit, peu curieux etun sterile
sçavoir,
Chercher les vérité% quifondent
son devoir.
Les chercher.! ah! bien loin que
ce foin l'interesse,
C'est a les eviter qu'il s'applique
sans cesse.
La Nature enson coeur avoitfiû
les tracer;
Que ne tente.t-il pointpourles
en effacer!
Il a fallu pour lui fous l'attrait
d'un vain songe
Couvrir ces vérité^ du voile du
mensonge:
Et par des fictionsoccupant son
loisiir,
Cacher l'utilité fous l'appas dtt
plaisir.
Allais ennemi du vraidont il
craint de s'instruire,
Jusquesàl'ignorer a-t-il pû si
seduïre ?
Envain,pour s'endormir ausi;"
despassions, Son
Son esprit se dérobe à ses reflexions:
Dans quelque Aveuglement qu'il
s'efforce de vivre,
La lumiere qu'il fuit vient par
tout lepoursuivre :
Eclairé malgré lui par un instinct
divin,
Il connoît un principe, il redoute
une fin.
Dans les remords pressans que le
crime fait naître,
Il tremble fous la main dont il a
reçu*l'ê/> t1re:
Et contraint en secret d'adorerson
pouvoir,
Il sent la écrite qu'il n'a pas
voulu voir.
Madame de Vendosmealla
il y a quelques jours voir le
Grand Prieuré. Les Jardiniers
luy presenterent un Bouquct
qu'elle reçut fort gracieufement
; mais comme il estoit
accompagné d'un Concert, el-j
lelefitaussitôtcesser ,& donna
quatre ou cinq Louis aux
Jardiniers pour boire à sa
santé.
Il eil: arrivé depuis quelques
jours une avanture tres fâcheuse
à Mr de Castelas, Lieutenant
General Suisse. Estant
:proche de Monsieur le Duc,
le Cheval de ce Prince estanc
un peu fougueux, donna trois
ou quatre ruades à Mr de Cafcetas,
qui luy caffcrcnt une
jambe en trois endroits.
J Nous apprenons, par les
Anglôis mesmes, puisque c'est
par 1unVaisseau arriveen 29.
jours de la Jamaïque à Bristol,
que quatre Vaisseaux de guerre
François avoient pris l'Heureux
retour, Brigantin, & quatre autres
Navires sur la Coste de
Guinée, & que sur l'un de derniers ces il y avoit 500. Negres.
Je ne vous dis rien des Affaires
d'Espagne, selontoutes
les apparences, elles ne peuvent
aller mieux, & l'amour
des Espagnols fcmblc tous leaJ
jours augmenter pour leur legitime
Roy, quoy qu'il ait
pa-j
ru depuis long-tempsqu'il rïC;
pouvoit aller plus loin. Il s'est
rendu maistre de Balaguer, &
les Aragonoisfontvoir pour
ce Prince une ardeur, & une
fidelité incroyables. On ne
peut voir d'Armée mieux regtée
sans superflu,parce que
lesuperflu retranchémet rou-1
tes choses dans l'abondance.
i
A l'égard des Affaires de
Flandre,je me trouve obligé
de finir ma Lettre sans pouvoir
dire à quoy elles aboutiront.
Dés que les Ennemis ont
vu que l'on marchoit à eux,
la peur les a saisîs;ils se sont
retirez dans leurs retranchemens
dont ils estoient sortis
pour marc her vers nous;ils
ont fait venir une partie des
Troupes qui font le Siege de
Douay, & Mr d'Albergotti
s'etf servy à propos de cette
occasion pour faire une sortie
qui a comblé tous leurs travaux;
de maniere que le Siege
de cette Place pourra durer encore
plus long-temps qu'il n'a
fait jusqu'à present. Je fuis,
le liront, r
5
Discours pTllonce, à l'ouverture de
l'AcadémieRoyale des IlJjèrlptions,
d'aprésPasques, 9
Discoursprononcez le lendemain a
l'ouverture de celle des Sciences,
S6
Professionfaite par Mlle de TJoailles
>silie de Me la Maréchale de
ce nom, 103
Mr le Duc de Noailles a obtenu
du Roy un Brevet de retenue de
cent mille ècus sursa Charge de
premier Capitaine des Gardes
duCorps, 104
Êpithalame touchant le Mariage
de Mademoiselled'Enguien, 105
Expéditionsde Mer, 108
BenedictiondesEtendars des Compagnies
des Gardes du Corps de
Villeroy&de Bouflers ,avec les
Discours faits a cette occasion,
0 110
Description d'un Tableau de l'Albane,
116
Tbefe/obtenue au grand Convent
des Augustins devant Messîeurs
de l'Assemblée du Clergé,121
Premier Article des Morts, 73^
Beneficesdonnezdans la derniere
Promotion , 160
Election de Dom de jMontjcûrnal
à 1* dignité d'Abbé de la Ferlé)
187
Ce qui s'est passé au chapitre Provïncial
des grands Augustins,
tenu dans leurgrand Convent de
Lyon, 194
Mariages, 201
Disrtribautioun desxPrix2des0Jeux7Flom Jettons qui se font en Bourgogne -
dins le temps du Voyage appelle
Voyaged'honneur,210
Article touchant un obmission faite
dans celuy des nouveaux Brigadiers
y
ZI6
Cérémonie aussi dévote que carieuse
faite à Soissons, a laquelle a
ajjîjiè la Compagnie des Gardes
du Corps commandée par Mr le
Ducde Villeroy, 213
Mariage de Mademoiselled'Enguien,~&
tout ce qui j'eflfait à
cetteoccasion, 215 Mortd"unefemme âgée centquinze
ansy 233
Celq'uia esié fait au Parlement a occasion des Mercuriales, 54 Nomination à un Prieuré qui avoit
esté oubliédans la derniere Promotion,
GrandesChantezfaitespar 135 les Pa- rijfenJ) 138 Zfr le Maréchal Duc de Bervick,
tfl nommé Pair de France, 241 Serment prejlé entre les mains du
Roy par Mr le Bret, pour la
Charge de Premier President du
Parlementd'Aix, Cahiers 243 des Etats de Bourgogne
presentez au Roy, 245
Article des plus curieux queje vous
aye encore envoyé, & dont je ne
fuis vous faire part sans vous
l'envoyer entier, 248
Mort de Mr d'AquinEvéque de
Séez, &en mesme temps de cinq
de ses Chanoines,254
Nouvelles Expéditions de Mer,257
Articledes Enigmes, 263
Discours faits par Mr Hervé à
MrdeBeauharnois, Intendant
de la Rochelle, & de la Marine
au port de Rochefort,271
Second Article des Morts, 279
Poëme qui a remporté le Prix par
le jugement de l'Academie des
Jeux Floraux, sur la Verité,
18(
Madame de Vendosme va voir le
Grand Prieuté, 190
Accident arrivéà Mr de Castelas,
Lieutenant General, 290
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par,
Ne craignonsplus, doit regarder
la page 2.0C.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères