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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DELA VILKE
LE DAUPHIN
AVRIL , 1710
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant.
Com
Omine il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy .
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires
qu'on envoye
.
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez , etant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
MERCVRE
CALAND
Ja
AVRIL ,
LYON
VILLE
E ferois un Volume entier
je vous rapportois tout
ce que l'on a dit à l'égard du
Roy dans la Chaire de verité
dans tous les Sermons qui ont
efté faits pendant tout le Caref
medans tout le Royaume , afin
A iij
6 MERCURE
d'exciter les Peuples à prier
Dieu pour un fi grand Monarque
dans les conjonctures
prefentes , & fur tout de l'obligation
qu'ils luy avoient
d'avoir tout facrifié pour eux ,
& pour la gloire de Dieu & de
la Religion. Je vous rapporteray
feulement ce que
Brunet,de l'Ordre de S. Auguf
tin de la Congregation de S.
Ruf, qui a prêché le Carefme
dernier devant M's les Comtes
de Lyon , a dit dans celuy
qu'il fit fur le Scandale , qui eut
grands applaudiffemens . Il
parla de la revocation de l'Ele
Pere
GALANT
7
dit de Nantes , & de l'extinction
de la Religion Proteftante
en France. Il dit que le fcandale
que caufoit à l'Eglife de
France l'égarement d'une partie
de fes enfans la faifoit gemir &
la rempliffoit d'amertume ; que
le Roy , toûjours zelé pour ſa
Religion , & fermant les yeux
fur tous les avantages qu'une conduite
contraire pouvoit luy apporter
, avoit rétabli le culte du
ray Dieu dans fes Etats : plus
Grandpar ce feal endroit que
les Heros de l'Antiquité que
l'Hiftoire nous vante tant . Le
zele de la Religion & de la Mai-
A iiij .
tous
8 MERCURE
fon de Dieu, ont fait , ajoûta'til
, taire en luy toutes les autres
paffions , & il n'a écouté que celle
de faire fervirfon Dieu .
que
nous
Je crois devoir ajoûter icy
ce que Mr le Prefident de Mefmes
dit en parlant du Roy le
jour de fa reception à l'Academie
Françoife. Tel
avons vû le Roy dans la profperité
de fes Armes toûjours victorieufes
fous fa conduite , tel nous
le voyons aujourd'huy , que tant
de Nations jaloufes de fa gloire
fe font réunies contre luy , &que
les Saifons mefme ont ſemblé ſe
foulever contre l'Empire FranGALANT
9
çois ; qu'aurois -je dit qui ne foit
de beaucoup inferieur à la
deur à la nobleffe de fon caractere
?
gran
la
Il fçait ce Prince auffi diftingué
parfa pieté que par laprééminence
de fa
Couronne
, que
que les bons &
les mauvais fuccés viennent tous
de la main du Maistre des Rois ;
c'eft de l'a qu'il tire ce conftant
amourpour la Religion & pour
faine Doctrine ; ce fonds inépuifable
de reffources dans les temps les
plus difficiles , cette inébranlable
fermeté d'ame , cette force d'efprit
toujours fuperieure à l'inconftance
aux caprices de la Fortune.
10 MERCURE
Je paffe à des Articles de
Morts qui feront fouhaiter à
tous ceux qui les litont , une
auffi longue vie à ce Monarque
que celle de ceux qui en
font le fujet. Vous avez déja
vû dans les Nouvelles publiques
, l'âge de ceux dont je vais
vous parler ; mais comme elles
n'ont pas affez de place pour
s'étendre fur ce qui les regarde ,
je crois devoir l'ajoûter icy
& vous faire connoiftre combien
leur fanté a esté parfaite
pendant la durée de plus d'un
fiecle qu'ils ont vécu , & vous
apprendre les circonſtances de
GALANT 11
leur mort , n'eftant morts pour
ainfi dire , que parce qu'il faut
mourir , & fans que leurs forces
fuffent diminuées jufques à
leur dernier moment , ou du
moins à quelques jours prés .
Je commence par celuy qui eft
mort le plus jeune .
Dominique Mailhos mourut
le 23. Decembre dernier
âgé de cent & un an dans la
Paroiffe de Saint Lis prés de
l'Ifle en Jordain . Il eftoit né à
à l'Ifle en Jordain , & il ſe maria
à l'âge de 30. ans . Il fut
enfuite Métayer pendant 46 .
ans chez Mr le Gardeus ; it
12 MERCURE
>
quitta la Métayerie & alla demeurer
chez fon gendre , où
il est mort . Il a confervé fon
bon fens jufqu'à quinze jours
avant la mort , & il fut confeffé
la veille qu'il le perdit .
Martin du Clerc Manouvrier
du Village d'Alaigneu
prés de Peronne , eft mort âgé
de cent quatre ans . Il a toujours
confervé une fanté fi parfaite
& une fi grande vigueur
qu'il dit un an avant la mort ,
qu'il commençoit à fentir qu'il
devenoit vieux , parce qu'il ne
pouvoit plus porter trois mines
de bled ; c'est - à - dire enviGALANT
13
ron cent cinquante pefant fur
fa tefte , depuis le Monaftere
du Mont Saint Quentin juf
qu'à fa maiſon , qui en eft à
une petite demie- licuë.
Michel de Gourgues , Sieur
de Lobuge , ancien Procureur
au Siege Prefidial de Xaintes ,
eft mort âgé de cent cinq ans
& huit mois. Il s'eft toûjours
bien porté , & n'a eſté
jours malade. Il alla encore à
la Chaffe quelques jours avant
fa mort , cftant fort gay , &
fautant & danfant . Ileft mort
d'une retention d'urine.
que
fix
Mr Caftera Avocat au Par14
MERCURE
lement de Bordeaux , y eſt
mort âgé de cent dix ans dix
mois & dix jours . Il fut élû
Jurat de la même Ville l'an
1648. & a toûjours vêcu fans
avoir eu la moindre incommodité.
Il a confervé fon bon
fens juſqu'à la derniere heure
de fa vie.
Mre Guillaume de Labbat
eft mort à la Fléche âgé de
cent onze ans. Il eftoit fils de
Guillaume de Labbat & de
Marie d'Antin. Il avoit commencé
à fervir le Roy Louis
XIII . dans fon Regiment des
Gardes , dés l'âge de quatorze
CALANT 15
ans , & il avoit continué de
fervir Louis XIV. juſqu'à l'âge
de quarante- cinq ans qu'il
fe retira avec Mr le Marquis
de la Varennes Lieutenant de
Roy d'Anjou & Gouverneur
de la Fléche . Il a paffé pour un
des plus braves de fon temps.
Il avoit une memoire prodigieufe
qu'il a confervée jufqu'à
la mort. En effet il fe fouvenoit
des plus particuliers
évenemens du fiecle dernier ,
qu'il rapportoit d'une maniere
fort agreable. Il marchoit librement
& fans bâton , écrivoit
& lifoit fans lunettes ; &
16 MERCURE
il n'a efté qu'un jour malade.
Auffi avoit il vêcu fort fobrement
juſqu'au jour de ſa mort
Je paffe à quelques autres
Articles de Morts.
Dame N.... de Seve veuve
de Mre N..... de Vidaud Seigneur
de la Tour & Procureur
General au Parlement de Grenoble
, eft morte âgée d'environ
quatre - vingts ans . Elle
eftoit foeur de feu Mr de Seve ,
Seigneur de Flecheres , Lieutenant
general au Prefidial de
Lyon , & fille de Mr de Flecheres
qui avoit eu le même
Employ , & de Dame N………. du
GALANT 17
Gué- Bagnols Confeiller d'Etat
, dont je vous ay appris la
mort. Ainfi cette Dame eftoit
fa coufine germaine , de même
que feu Mr du Gué Intendant
de Lyon. Elle étoit tante de Mr
de Flecheres aujourd'huy Lieutenant
general du Prefidial de
la même Ville , & premier Prefident
de la Cour des Monnoyes
, & un des plus habiles
Magiftrats du Royaume. L'ancienneté
& l'illuftration de la
Maifon de Seve font connuës.
Il y en a une branche établie à
Paris depuis long- temps. Mr
l'Evêque d'Arras & Mr l'Abbé
Avril 1710
. B
18
MERCURE
d'Izy font à prefent les Chefs
de cette branche. Feu Mr de Seve
Premier Prefident & Intendant
de Mets , cftoit frere de
ce Prelat , & Mr de Seve leur
pere Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris avoit épousé
une heritiere de la Maifon de
Rochechouart , dont Mr l'Evêque
d'Arras porte même aujourd'huy
le nom & les armes.
Mr de la Tour - Vidaud époux
de la Dame dont je vous apprens
la mort , avoit efté longtemps
Procureur du Roy au
Prefidial de Lyon avant d'éftre
Procureur General au ParleGALANT
19
ment de Grenoble . C'eftoit
en ce temps là une tres belle
Charge, parce qu'il eftoit alors
Procureur du Roy de la Confervation
, dont la Jurifdiction
qui regarde les affaires des Marchands
, stend dans tout le
Royaume. Mr de la Tour- Vidaud
a eu de cette Dame , Mr
de la Tour - Vidaud aujourd'huy
Procureur General au
Parlement de Grenoble & qui
a époufé Mlle de Simianes , cidevant
Fille - d'Honneur de S.
A. R. Madame , & foeur de Mr
le Marquis de Simianes Colonel
de Cavaleric ; il a eu aufli
Bij
20 MERCURE
Me de Seve épouse de Mr de
Seve Prefident à Mortier au
Parlement de Grenoble , &
dont le fils a la même Charge.
Le fameux Jacques Aymar
dont on a tant parlé il y a quel
que années au fujet de la Baguette
, eft mort depuis quelque
temps à Saint Verant ,
Village du Dauphiné , où il
fa mort
cftoit né. La vie de cet homme
a efté fi extraordinaire & fi
remplie d'événemens finguliers
que j'ay crû que
ne paroîtroit pas tout à fait
indifferente. Il cachoit fous un
exterieur extrêmement fimple
1
GALANT 21
& même un peu groffier , un
efprit fort délié & fort propre
à conduire délicatement une
rufe : Il parloit avec fimplicité
& cachoit autant qu'il pouvoit
l'art dont fon efprit étoit plein;
mais les connoiffeurs jugeoient
en l'examinant de prés , qu'il
avoit beaucoup plus d'efprit
qu'il n'en laiffoit voir. Il fit un
des premiers effais des vertus de
fa baguette par occaſion dans un
Village à demi lieuë de celuy
où il demeuroit . Il y avait
efté appellé pour chercher
des fources , & avant le diner
eftant forti en tenant fa Ba22
MERCURE
guette , il fut furpris de ce
qu'elle tournoit avec un mouvement
extrêmement violent .
Il crut qu'il y avoit en cet endroit-
là des fources , felon ce
qu'il a dit pluſieurs fois à Mr
le Procureur general du Parlement
de Grenoble qui l'aimoit
beaucoup , mais on fut bien
furpris de trouver à deux ou
trois pieds en terre, le cadavre
d'un homme qui avoit eſté
fans doute affaffiné quelques
années auparavant . Feu Mr
Garnier Medecin de Lyon a
écrit touchant les avantures de
Jacques Aymar , qui eft mort
GALANT
23
âgé d'environ 60. ans .
Vous trouverez beaucoup
de faits curieux dans les deux
Articles fuivans.
Mr Gallé , homme d'une
grande réputation , eft mort
en Hollande regretté de tous
les Sçavans & de tous ceux qui
avoient quelques relations avec
luy. Il a fini fes jours à Campen
, & il a travaillé jufqu'au
dernier moment de fa vie . On
a de ce fçavant homme un
grand ouvrage fur les Livres
Sibyllins , où il a ramaffé tout
ce qu'on peut dire de plus fort
fur cette matiere ; & il eft peu
24 MERCURE
d'Autheurs qui ayent cfté plus
loin dans ces fortes de recherches
. On trouve dans cet ou-
"vrage une critique exacte & judicieufe
, un gouft fûr pour
juger des écrits des anciens Auteurs
& une connoiffance parfajte
de l'Antiquité la plus éloignée
Mr Gallé avoit commencé
un peu avant fa mort une
nouvelle édition de Minutius
Felix , cet habile Apologifte de
la Religion Chreftienne , & il
en avoit auffi prefque achevé
une de Lactance de qui nous
avons un fi beau Traité De
morte perfecutorum , c'eſt- à - dire
GALANT 25
de la mort des Perfecuteurs ; mais
la mort l'ayant empêché de
mettre la derniere main à cer
ouvrage , il a laiffé le foin du
dernier à un de fes Amis de
Campen. Il eftoit tres - verſé
dans la lecture des anciens Peres
, & il s'eftoit fait toute
ſa vie une habitude d'en penetrer
le fens & d'entrer dans
l'efprit de ces faints Auteurs
en lifant leurs ouvrages. S'il
avoit vêcu encore quelques années
, il auroit donné de pretieux
veftiges d'Antiquité , &
il s'eſtoit fait ſur cela un plan
Avril 1710. C.
26 MERCURE
d'étude qui auroit cfté bich
utile au Public.
Mr Mevius Jurifconfulte ,
Confeiller Privé du Roy de
Suede , & Vice President du
Confeil Souverain de Wilmar,
eft mort. Ce grand Magiftrat
s'elt rendu celebre par laJurif
prudence univerfelle és commune
desgens .Le Roy de Suede Charles
X. l'envoya à Vienne en
1661. pour vuider les differends
que a Suede avoit avec
la Cour Imperiale : touchant
l'Inveftiture des Provinces Sue
doifes en Allemagne , qui
avoient efté cedées à certe Cou-
.
GALANT 27
rohne par la Paix de Weftphalie
de plein droit en Fiefs perpetuels
immediats de l'Empire;
il fit fur cela un Traité qui
parut en 1662. à Stralzund .
Il fut Arbitre nommé par la
Suede , & Mr Courtin le fut
par la France pour terminer
a l'amiable les differends qui
s'éleverent au ſujet de quelques
droits il y a quelques années
ehrre Mr le Prince Palatin
d'une parc , Mr FElecteur de
Mayence comme Evêque de
Wormes & de Wirtzbourg ,
Mr l'Electeur de Baviere , &
quelques autres Princes. Mr
Cij
28 MERCURE
Mevius publia les Actes de cette
Conference & la Sentence
arbitrale. Il fut employé il y a
quelques années à faire tout le
Reglement des Provinces Sucdoifes
en Allemagne . Ses Commentaires
fur le droit de Lubec
ont cu un fi grand fuccés qu'ils
ont efté réimprimez fept ou
huit fois. Les Prolegomenes
qui font au -devant de l'ouvra
ge en dix queftions traitées à.
fond , font excellens . On a fait
huit éditions de fes Decifions
qui font autant de chofes jugées
& qui font au nombre de
3410. divifées en neuf parties.
GALANY 29
On les cite de même que fes
Commentaires dans les plus
celebres Tribunaux . Quelques
Jurifconfultes de Leipfic les
ont redigées en ordre felon les
livres & les titres des Pandectes .
Un Jurifconfulte de Mayence
a mis les mêmes Decifions
par
ordre des Titre du Code , à l'imitation
du Code d'Antoine
Faure. Mr Struvius le fils
dans fa Bibliotheque
choifre
de Droit , les loue beaucoup.
Nous avons du même Mr Mcvius
un Traité de l'Amniftie ,
un autre des Voyes d'Arreft
tant fur les perfonnes que fur
Ciij
30 MERCURE
les biens . Un Traité fur les
moyens de foulager les Debiteurs
ruinez par les calamitez
de la guerre ou par d'autres
malheurs ; une diſpute fort am
ple de Metatis & Epidemiticis ;
un Traité de Penfionariis , &
divers Traitez en Langue Allemande.
On a imprimé auffi fes
Confeils ou Deliberations ou
regne par tout un folide jugement.
Mr. Mevius après avoir
achevé fon ouvrage de la Jurif
prudence univerfelle & continuant
à lire quantité d'Auteurs
graves tant anciens que modernes
, en avoit cxtrait quel
1
GALANT
31
ques paffages tres importans
qu'il vouloit inferer en leur
place dans fon ouvrage , mais
la mort l'ayant prevenu , Mr
d'Engelbrechten fon gendre ,
Confeiller d'Etat & Vice- Di
recteur des Cours de Juſtice du
Roy de Suede aux Duchez de
Breme & de Vorde , a executé
fes intentions, Mr d'Engel,
brechten eft un homme d'un
merite extraordinaire & d'une
profonde érudition , & il a
ajoûté à cet ouvrage un Indice
tres - ample & tres - exact des
matieres , ce qui rend le Livre
tres-utile. Mr Mevius a été fort
G.iiij
32 MERCURE
loüé par Mr Hertzius Profeffeur
de Jurifprudence
à Gieffen
, dans fa Differtation
de la
Juriſprudence
univerſelle .
Comme vous ſouhaitez d'apprendre
ce qui fe paffe de plus
curieux dans les Pays étrangers
, je crois que l'Article fuivant
vous fera d'autant plus
de plaifir qu'il n'y a perfonne
qui n'entende
fouvent parler
de la fameufe
Foire de Leipfick
, & que l'on parle par toute
la terre du fameux Journal des
Sçavans qui fe fait dans la même
Ville.
On celebra avec de grandes
magnificences à Leipfick au
GALANT 33
commencement du mois de
Decembre dernier le Jubilé de
l'Univerfité de cette Ville là ' ,
je veux dire la revolution du
centenaire depuis ſon établiſfement.
Le Mécredy 4. du même
mois l'ouverture s'en fit
par un Te Deum que l'on chan- ¨
ta en Muſique dans l'Eglife de
Saint Nicolas , au bruit d'une
triple décharge du canon. On
fit enfuite diverfes autres réjoüiffances
dans lesquelles on
mêla plufieurs difcours d'éloquence
fur ce fujet . On y parla'
prefque dans tous, mais d'une
maniere diverfifiée des grands
34 MERCURE
Hommes que cette Univerfité
a produits depuis fon établiſſement.
L'éloge de Mrs de Leibnits
qui fe font immortalifez
par tant de doctes écrits fortis
de leurs plumes , ne fut pas ou
blié. Celuy des premiers Auteurs
du celebre Journal de
Leipfick , que l'on continue
avec beaucoup de fuccés depuis
l'année 1682. fut auffi
traité avec toute la delicateffe
que meritoit ce fujet . Mr Menkenius
qui y travaille à prefent
y fut loué d'une maniere d'au
tant plus delicate qu'il n'en
coûta rien à fa modeftie , puik
GALANT 35
qu'il n'y fut pas nommé . Plufieurs
Princes d'Allemagne
,
venus à la celebre Foire de
Leipfick , furent de cette Fefte
& fe trouverent à ces Difcours
dont les Auteurs leur adreffe
rent des complimens où l'on
remarqua beaucoup de jufteffe
accompagnée dune grande delicateffe.
Le foir même de l'ou
verture de la ceremonie , il y
cut un grand repas où l'on
compta cent- cinquante perfonnes
de diftinction qui y
avoient efté invitées . Il y eut
une fi grande profufion de
viandes que l'on vit dans les
1- y
36 MERCURE
cuifines trois boeufs entiers à
la broche. Par ces trois feules
pieces on peut juger de tout
le refte. On écrit que du feul
vin du Rhin on y en but vingtcinq
pieces. Cette Fefte dura
trois jours entiers , & chaque
jour fut marqué par de nouveaux
plaifirs Enfin les plus
âgez de Leipfick avoüérent
que depuis long - temps on
n'avoit vû un fi grand mouvement
de plaifirs dans leur
Ville.
•
Avant que de quitter l'Allemagne
, je dois vous parlerde
plufieurs Thefes qui ont elté
GALANT
37
foutenues à Strasbourg en divers
temps. Vous en verrez les
fujets en les lifant , & vous y
apprendrez beaucoup de chofes
qui regardent voſtre fexe ,
& plufieurs autres qui regardant
la Medecine , peuvent
eftre utiles à tout le monde.
Mr Abraham Stadet foûtint
il y a quelque temps une
Thefe dans l'Univerfité de
Strasbourg fur un fujet affez
fingulier , puifque c'eſt fur le
droit que peuvent avoir les
femmes de fucceder aux Fiefs :
De jure fucced endi mulierum in
feodis. Il fit d'abord voir qu'au- ›
38 MERCURE
trefois il leur eftoit deffendu
d'y prétendre , parce que c'étoit
le partage des mâles , qui
feuls font capables du fervice
militaire , en récompenfe duquel
on donnoit ces terres . Mr
Stadet fe declara dans la difpure
publique de l'opinion de
ceux qui excluënt la femme
fans retour , de la fucceffion
des Fiefs. Il s'agiffoit dans une
difficulté que propofa un Ecclefiaftique
nommé Auxi , de
fçavoir fi une femme qui par
l'exiſtence d'un mâle a perdu
legitimement le droit de fuccéder
à un Fiefdoit en eftre priGALANT
39
vée pour toûjours. Mr Stadẹt
fonda fon fentiment fur cé
paffage du Livre des Fiefs : Relicto
mafculo ulteriusfoeminæ non
admittuntur : & il foutine quê
le mot alteriùs emporte une exclufion
perpetuelle quelque
changement qui puiffe arriver
dans la fuite. La feconde queftion
& qui fut long- temps &
vivement agitée , fur tout par-
Mr Mordat , fut de fçavoir fi
les femmes fuccedent & peuvent
fucceder aux Fiefs qu'on
appelle Féminins , quelque favorable
que foit aux femmes
la dénomination de ces fortes
40 MERCURE
de Fiefs , plufieurs Docteurs
penfent qu'aprés la mort de
ceile qui a eu originairement
un droit acquis par l'infcodation
, le Fief retombe dans le
droit commun , & ne peut plus
appartenir qu'aux mâles. Mr
Stader ne fut pas de ce ſentiment
, & il declara que la deftination
primitive du titre d'infeodation
decide de la qualité
des perfonnes qui font appelées
dans la fuite à la fucceffion du
fief. On difputa en fuite fur une
autre queftion fçavoir fi les
femmes doivent fucceder aux
Franc- Fiefs ; on entend par le
GALANT 41
mot de Franc. Fiefs , ceux qui
ne font chargez d'aucuns fervices.
Ce Jurifconfulte foû- .
tint qu'il falloit en cela fuivre
la loy generale qui exclut les
femmes des Fiefs , tant qu'il y
a des mâles , à moins qu'elles
n'y foient appellées d'une maniere
expreffe par l'inveftiture .
Il y eut une quatrième queſtion
qui fut vivement debattuë ,
une femme au defaut de mâles,
a efté admife à la fucceffion
d'un Fief , un mâle qui malheureuſement
furvient dans le
temps qu'on ne l'attendoit pas ,
la prive- t- il de fon droit ? non
Avril 1710.
D
42 MERCURE
répond Mr Stadet , quelques
fois contraire, quelquefois auffi
favorable aux Dames ; la femme
en ce cas là , dit-il , conferve
le droit qui luy a efté legi
timement acquis , parce que la
durée d'une proprieté jufte
dans fon principe , ne doit pas
dépendre du hazard & de l'incertitude
des fuites. Decifion
qui fut applaudie par toute
l'affemblée . Un Fief eft acquis
pour un mâle ou pour une
fille feulement; toutes les filles
d'une même famille y ont elles
également part ? le choix , répondit
Mr Stadet , appartient
4
GALANT 43
au Seigneur , il a droit de don,
ner l'inveftiture fur les Cenft
ves . Get Auteur diftingue les
heritages purement Cenfiers ,
& ceux qui outre, le cons exigent
encore la foy & hommage.
Les femmes , felon luy, peuvent
fucceder aux premiers ,
où il ne s'agit que d'un fimple
payement , mais elles ne peu
vent fucceder aux, feconds, qui
oblige au Service militaire . Les
femmes font elles capables
des Fiefs Ecclefiaftiques & doiron
le demander , répondit Mr
Stadet : ici peu courtois , mais
on luy répondit que les Ter-
Dij
44 MERCURE
res Ecclefiaftiques fe défendent
plus par les prieres & par
les larmes , que par les armes ;
& qu'ainfi ce moyen eft plus
propre aux femmes qu'aux
hommes. Il repliqua qu'il falloit
s'en tenir au droit commun
, qui n'admet les femmes
aux Fiefs que lorfque la conceffion
eft en faveur de ce fexe,
ou que les deux fexes y font
également appellez.
Mr Philippe Frederic de Berckheim
ſoutint auffi il y a quel
que temps dans l'Univerfité de
la mefme Ville, des Thefes pu
bliques fur les Affemblées de
GALANT 45
Nobleffe . Les titres de ces Thefes
font tournez en Allemagne
d'une autre maniere qu'on ne
les tourne en France. Cet Auteur
avoit déja traité de la
Nobleffe en general dans une
• autre Thefe ; & il traita en particulier
dans celle- ci des Diettes
qui fe tiennent parmi la
Nobleffe Allemande . Il exami
na d'abord fi les Nobles de
l'Empire peuvent s'affembler
fans le confentement de l'Empereur
; il conclut pour l'affirmative
; mais il n'étendit pas
cerre liberté aux Affemblées
des Electeurs & des Princes de
1
46 MERCURE
I Empire. Il foutint qu'il n'y a
point de diftinction ny de fuperiorité
entre eux , & il cita
à ce fujer ce qu'avoit dit Hen
ry IV. Roy de France : De ma.
brave & genereufe Nobleffe , je
ne diftingue point mes Princes pour
eftre notre plus beau titre , for de
Gentilhomme. Mr. Berckheim
parla enfuite de la convocation
des Nobles , les qualitez qu'il
faut avoir pour eftre convoqué
, & les raifons qui peuvent
difpenfer de fe rendre au lieu
de la convocation. Qu'il faut
eftre Noble de race pour eftre
convoqué ; qu'il ne fuffit pas
GALANT 47
A
"
sd'eftre ennobly , & qu'il ne
fuffit pas auffi d'acheter & de
poffeder une Terre noble ;l'Autour
convine cependant qu'il y
Ja certains Ficfs qui ont le privilege
d'ennoblir ceux qui les
poffedent , & qu'il n'y a que la
maladie ou d'autres raiſons indifpenfables
qui les exemprent
de fe rendre eux- mêmes dans
-les Affemblées convoquées , &
-il dit que le temps & le lieu de
l'Affemblée des Nobles dépendent
de l'ufage & des occa
hons , & que les matieres que
Pon traite dans ces Affemblées,
font generalement toutes col-
$14
48 MERCURE
les qui regardent le public, foit
pour la Religion , foit pour la
Police , & foit pour les contributions
aux charges de l'Etat.
Ces propofitions furent
attaquées par plufieurs perfonnes
qui donnerent lieu à
Mr de Berckeim de faire briller
fon érudition ; un jeune
Jurifconfulte , prétendit dans
Ja difpute qu'un Noble , chargé
de la procuration d'un autre
Noble pour la Diette , perd
fa qualité de Noble ; fondant
fon opinion fur la prevention
trop outrée contre la fonction
de Procureur.
Mr
GALANT 49
Mr Jean Martin Aulber a
foutenu dans le même lieu des
Thefes de Medecine fur l'épilepfie
vermineufe , ayant pour
prefident Mr Jean - Valentin
Scheidius Docteur & Profeffeur
en Medecine , & un des
Medecins de toute l'Allemagne
le plus confulté. Mr Aul
ber un des plus doctes Candidats
de l'Ecole de Strasbourg ,
fit d'abord voir que les vers
font la caufe la plus ordinaire
de l'épilepfic des enfans ; fentiment
dont il a pour garants
le celebre Mr Baglivi & l'Auteur
du traité de la generation
Avril 1710. E
50 MERCURE
des vers ( Mr Andri. ) Il prouva
d'ailleurs ce fentiment par
la femence des inteftins dont
les vers peuvent eftre aisément
picotés par une humeur vermincufe
& par les vers . De là
il paffa au détail des fymptomes
particuliers à l'épilepfic
vermineuſe , comme la démangeaifon
du nez , la toux feche
, les dejections de couleur
de cendres , le hocquet , l'haleine
aigre , les terreurs fubites
pendant le fommeil , la dou- .
leur de ventre & c. Mr.Aulber
attribua la production des
vers dans les corps des enfans,
A
GALANT SI
à des mouches qui fe pofent ,
tantôt fur la boüillie des enfans
, tantôt fur leur bouche ,
qu elles laiffent quantité d'oeufs
que les enfans avallent , & d'ou
naiffent des vers . Mr Redi , Mr
Raderus & le fçavant Auteur
du Livre de la generation des
Vers dans le corps humain ,
ont traité avec étendue le même
fajer , & Mr Aulber les cita
tous avec éloge . Ce qu'il dit
enfuite du prognoftic qu'on
faire dans l'épilepfic verincufe
fur écouté avec plaifir
Ilremarqua
qu'elle eft rarement
dangereuse , hors qu'elle
peut
E ij
52 MERCURF
ne foit inveterée . Les moyens
qu'il indiqua pour la guerir fu
rent autant de preuves de l'érudition
du Soutenant , & du
progrés qu'il a fait en Mede
cine.
Mr Gabriel Daniel Bartenf
tein a foutenu dans l'Ecole de
Medecine de Strasbourg des
Thefes publiques , dans lefquelles
il y avoit cent pofitions
fur toutes fortes de ſujets qui
peuvent regarder la Medecine.
Mr. Jean Sigifmond Henninger
Docteur & Profeffeur en
Medecine dans la même Univerfité
, & fous lequel Mr BarGALANT
53
tenftein a fait fon Cours , prefidoit
à cet Acte. Mr Bartenftein
commença
d'abord par
découvrir
l'origine de la Medecine
; il parla enfuite de l'ame
& du corps , de la nature des
temperamens
, & il parcourut
enfuite toute la Phifiologie . De
là il paffa à la Pathologie , &
expliqua les caufes des fiévres,
& en difant quelque chofe de
la pratique , il donna des preuyes
éclatantes du progrés qu'il a
fait dans fes études , parce que
Mr Bartenftein dit dans la cinquante-
fixième pofition fur les
fiévres malignes en particulier
E iij
54 MERCURE
il fit voir que les émulfions
& les acides font fouvent plus
les cordiaux & les
с
efficaces que
alexiteres. Dans la 57 il avan
ce que l'abus des remedes volatils
peut fouvent changer les
petites veroles en fiévre pourpreufe
& maligne. Il fe declara
en quelque maniere dans la 66*
contre la racine de l'Hipecacuana
, & il prétend que quoiqu'elle
foit fpecifique dans les dyffenteries
, il eft pourtant quelquefois
dangereux de s'en fervir
à caufe des ravages & du
defordre que fa vertu émetique
peut caufer . Mr d'Obrecht
* GALANT 55
le fils , fils du celebre Preteur de
Strafbourg de ce nom , argumenta
avec force contre cette
derniere pofition . Mr l'Evêque
de Strasbourg atlilta à ces
Thefes avec un grand concours
de Nobleſſe.
L'Article qui fuit doit faire
autant de plaifir aux Catholiques
, qu'il doit chagriner les
Proteftans .
à
On a publié depuis peu
Paris un Livre intitulé : La ve-.
rité de la Religion Catholique,
prouvéepar l'Ecriture Sainte, par
Mr des Mabis Chanoine de
l'Eglife d'Orleans, & ci devant
E iij
56 MERCURE
Miniftre de la Religion Préte
nduë Reformée . La conquête
de Mr des Mahis a fait :
beaucoup d'honneur à l'Eglife.
Il eftoit cher à fa famille ,
eftimé dans fon party , & favorifé
des biens de la fortune ,
& par cette raifon on ne peut
l'accufer d'avoir changé de
fentiment par dégoûts , & par
des interefts humains . Il fe retira
lors de fa converfion au
Seminaire de S. Magloire , &
il cut en 1687. un Canonicat
dans la Cathedrale d'Orleans .
Dans le premier Sermon qu'il
y prêcha , il prit pour texte ces
}
GALANT 57
paroles : L'Eternel eft icy & je
ne le fçavois pas. Il compofoit
l'ouvrage dont je parle , dans
l'année de fa mort , qui arriva
en 1694. & quoiqu'il ne fut
alors âgé que de 45. ans , il di
foit qu'il fe trouvoit dans une
tellefechereffe d'imagination, qu'il
eftoit fouvent obligé de quitter la
plume. On ne peut dire que
ce fut pareffe ou incapacité ,
puifqu'il aimoit fort le travail
& qu'il eftoit tres - fçavant ; fon
Livre en eft une preuve fans
replique.
Je paffe d'un Article de Religion
, à des Articles de Cu
riofité.
58 MERCURE
Entre les Pierres gravées antiques
qui compofent le Cabinet
du Roy , le plus riche &
le plus precieux qui foit dans
l'Europe , il y en a une gravée
en creux , & montée en bague,
qui eft un chef- d'oeuvre de
l'Art . C'est une petite Cornaline
tranfparente qui a efté deffinée
en grand par l'illuftre
Mile le Hay , connuë fous le
nom de Mlle Cheron , & gravée
en Eſtampe par Mr Picard. On
croit que cette Pierre a fervy
de Cachet à Michel Ange , &
que Raphaël en a imité quelques
figures dans fes tableaux.
GALANT
59
Elle a appartenu à Mr Bagarris
, Garde du Cabinet d'Henry
IV. enfuite à Mr Lothier ,
Antiquaire d'Aix en Provence,
& Sa Majefté l'a acquife de fes
heritiers . L'Eftampe en a eſté
publiée dans le Journal des
Sçavans du mois de Janvier
dernier , & il y en a une explication
par un fçavant Je
fuite dans les Memoires de
Trevoux de Fevrier. Mais Mr
Moreau de Mautour qui a remarqué
dans ce Deffein & fur
cette Eftampe des choſes differentes
de ce qui fe trouve fur
la Pierre originale , & fur les
60 MERCURE
empreintes , a pris occaſion de
faire une Differtation fur ce
fujet, & il a donné lieu à une
nouvelle Eftampe plus exacte ,
dediée à Mr l'Abbé Bignon ,
& gravée par Mr Montbard ,
ruë S. Jacques, où elle fe vend .
Il y a au bas de cette Eſtampè
un petit Extrait de fa Differ
tation. Mr Moreau de Mautour
pretend que la graveure
dont l'empreinte forme un bas
relief, reprefente une espece de
Fefte de Sacrifice en l'honneur
de Bacchus , & en memoire defa
naiffance. On voit le petit Bacchus
alaité par Ino fa premiere
GALANT 61
nourrice. Prés d'elle est la belle
Hippa, autre nourrice celebréepar
Orphée dans fes Hymnes . Le
vieillard eft Athamas , ou le vieux,
Silene , ou un Faune , quifait la
fonction de Sacrificateur tient
une Patere pour les libations de
vin fur le feu deftiné pour le Sacrifice.
Un Miniftre du Sacrifice
conduit un Bouc , victime qu'on
immoloit à Bacchus , & tient un
vafe destiné pour recevoir le fang
de la victime. Un Satyre jouë
d'une espece de flute recourbée ,
inftrument employé dans les Sacrifices
& les Feftes. Les Nymphes
qui furent ainsi que les Sa
62 MERCURE
tyres , les Bacchantes & les Fau
nes de la fuire de Bacchus , portent
des Corbeilles de fleurs & de
fruits , fimblables à celles
po toient fur leurs têtes les jeunes
filles d'Athenes dans les Festes
confacrées à ce Dieu , nommées
que
Canephoria. Une Bacchante enjouée
prefente à un des deux petits
Amours , une Cimbale , efpece
d'inftrument en ufage dans les
Orgies. Les Amours conviennent
à Bacchus ; on les voit dépeints
enfemble dans Anacreon , & fur
les monumens antiques. Apollon
debout , une Patere à la main , eft
icy comme une Divinité. les
que
GALANT 63
que
Egyptiens & les Grecs confondoient
avec Bacchus . Les deux
arbres , dont l'un eft entouré de
pampres ,fontde la nature de ceux
Pline décrit , & qui font pro-
-pres pour la vigne. Le Pefcheur
hors d'oeuvre , a peut eftre raport
à une fiction ingenieufe & morale
de Theocritedans l'Idylle qui porte
ce titre. Ce Poëte né à Syracufe
, vivoit à la Cour de Ptolemée
Philadelphe , Roy d'Egypte , qui
inftituadans Alexandrie une Fifte
particuliere à l'honneur de Bacchus
, felon Achenée , auquel
temps on peut fixer l'Epoque de
l'excellent Ouvrier de ce precieux
i
A
64 MERCURE
Monument , qui auroit prés de
deux mille ans d'antiquité.
Je dois , puifque j'ai commencé
à vous parler d'antiquitez
, vous entretenir de plufieurs
articles curieux fur ce
fujet.
On a trouvé un Trefor de
Medailles depuis peu dans la
Terre d'un Gentilhomme peu
éloignée de cette Ville ; un Curieux
qui a acheté ce qui en
reftoit , car une partie avoit
déja cfté diffipée ou fonduë
par les Auteurs de la découverte
, en a eu fix mille fept
GALANT 65
cens quarante , c'eſt à dire quarante
livres pefant , & il a jugé
par l'examen qu'il en a fait que
les Medailles du bas Empire ,
ne font nullement à mépriſer ,
& qu'elles inftruiſent autant
que celles du haut Empire .
Aprés les avoir nettoyées il les
pefa , & il vit qu'il en falloit
communément cent foixante
pour faire une livre ; il prit enfuite
quelques Medailles de
Bronze des deux premiers fic .
cles de l'Empire Romain , & il
vit que huit Medailles de ce
petit bronze eftoient à peu prés
du même poids que huit Me-
Avril 1710. F
66 MERCURE
dailles d'argent du haut Empire
; que quatre Medailles d'or ,
que deux Medailles de moyen
bronze , & qu'une Medaille
de grand bronze ; ce qui fournit
une preuve que les Romains
ont toûjours gardé des
proportions dans la fabrique
de leurs Monnoyes. Les Medailles
du Trefor en queſtion
commencent à Valerien , c'eſtà
dire à l'Empereur dont la
deftinée fut fi trifte , qui fuc
pris dans la guerre des Perfes ,
& qui mourut d'une maniere
tragique , & qu'elles finiffent à
Aurelien ; de forte qu'elles ne
GALANT 67
comprennent que le regne de
fix ou fept Empereurs . On
compte cependant dans cet
amas de Medailles feize ou dixfept
Princes differens , car ou
tre les deux Imperatrices & les
deux jeunes Cefars qui appartiennent
à la famille de Valerien
, il y a des Quietus , des
Elianus , des Marius , je veux
dire quelques uns de ces Empereurs
, qui ont feulement regné
dans quelques Provinces
de l'Empire Romain. Les revers
font admirables par leur
diverfité , & il en eft peu dans
le Recueil de Mr le Comte
Fij
68 MERCURE
Mezabarba , que l'on ne trouve
dans ce Trefor , & il y en a
même beaucoup que l'on ne
dans le Recueil de ce
trouve pas
Comte , quoy qu'il foit le plus
ample & le plus fidelle qu'on
ait des Medailles
Latines ; compeut
voir
me on le peut
qui en a efté fait.
par
le livre
On a trouvé il у a déja
quelque temps auprés de Paris
une petite Figure de bronze
reprefentant un jeune homme
qui tient de la main gauche une
Patere & de la droite un vafc
courbe. Plufieurs Antiquaires
ont travaillé à l'explication de
GALANT 69
cette Figure , & le Pere Poupart
fur tout , Religieux du
Tiers-Ordre de Saint François
à Picpus , a écrit fur ce fujet
une Lettre à Mr l'Evêque de
Soiffons , qui luy fait beaucoup
d'honneur par le tour inge
nieux & folide avec lequel il
explique cette Antique ; il pré
tend que c'eft un jeune homme
qui fert à boire , & il fonde
fon fentiment fur la coûtume
des Anciens qui fe fervoient
de jeunes gens pour leur verfer
à boire. Horace nous apprend
que leur air eftoir gracieux
, leur tefte couronnée
70 MERCURE
leur chevelure frifée , leur habit
ceint & retrouffé , tel qu'on reprefente
le jeune homme de
la Figure; leur employ cftoit
de fervir le vin & de lever la
table . La coutume de fe fervir
de ces jeunes gens , ajoute le
Pere Poupart , eftoit une Imitation
de la Fable deJupiter &
de Ganymede ; & les couronnes
de ces jeunes gens eftoient
ordinairement de rofes & d'autres
fleurs felon les Saifons.
Ciceron en parle dans une de
fes Oraifons contre Verrez .
Toutes ces chofes fe trouvant
dans la Figure en queſtion nôGALANT
71
tre fçavant Picpus prétend que
c'eſt un jeune homme qui fert
à boire , & non un Joueur de
Flute courbe comme quelques
autres l'ont prétendu . Il prouve
enfin
par
l'autorité de Stace
que c'eft une Patere dont on
fe fervoit pour
faire des libations
dans les repas . A l'égard
de la difficulté qui naiſt de
l'inftrument courbe que ce
jeune homme tient à la main
droite , le Pere Poupart croit
& avec fondement , que c'eſt
une de ces cornes dans leſquelles
les Anciens beuvoient , &
dont Homère , Xenophon ,
72 MERCURE
P
Athenée & Plutarque parlent ,
& à l'égard de fa grandeur il
dit qu'il ne faut pas s'en étonner
, parce que les Anciens
aimoient à boire de grands
coups . Le Pere Poupart parent
de Mr Poupart de l'Academie
des Sciences , mort depuis peu ,
eft connu par plufieurs ouvrages
, & fur tout par la Traduction
Françoife de l'Apotheofe
de l'Empereur Claude par Se-
-neque avec des Notes.b
On a trouvé à Smyrne, une
ancienne Inſcription Grecque
qui donne de l'exercice à tous
les Antiquaires. C'eſt une Epitaphe
GALANT 73
taphe pour Heria Th:fbé , qui
eft qualifiée Monodiaria. C'eſt
un terme de Muſique qui fignifioit
une femme qui chantoit
feule fur le Theatre. L'Auteur
de cette Epitaphe cft nommé
Choroula , c'est- à- dire Muficien
, qui joüoit de la Flute pendant
les chants du Choeur.
L'affemblage des voix & des
inftrumens,faifoit un des principaux
agrémens des Pieces de
Theatre , & comme le dit Seneque
, on ne diſtinguoit la
voix de perfonne en particulier
, mais le concert de toutes
les voix charmoit les oreilles.
Avril 1710.0
G
74 MERCURE
Plufieurs Antiquaires d'Alle
magne ont publié leurs conjectures
fur cette Infcription ;
mais celle qui a paru la plus autoriféc
& qui a eu jufqu'à prefent
le plus de partifans eft celle
de Mr Gutberletti de Francker,
qui a cette occafion a publié
une fçavante Differtation
où il traite à fond la matiere
qui regarde les Joueurs de Flutes
de Anciens. Il parle entreautres
d'un certain Joueur
nommé Canus qui fit tant de
plaifir à l'Empereur Galba en
joüant de ſon inſtrument , que
c Prince luy donna de fa
proGALANT
75
pre main cinq deniers , plutoſt
fans doute , pour luy tenir lieu
d'approbation que comme une
récompenſe. Mr Gutberlethi
parla avec beaucoup d'étenduë
de la Mufique & du Choeur
des Anciens ; & il conclud que
Heria Thifbé à qui
l'Infcription
eſt conſacrée , eftoit une
Chanteufe , & nullement la celebre
Thiſbé tant chantée par
Ovide à caufe de fes amours
& de la mort funefte avec Pyrame.
Mr Gutberlethi cite
pour garent de fon fentiment
le celebre Guiter , qui dans fon
Treforparle de cette belle Chan-
Gij
76 MERCURE
teufe à qui il donne de grandes
loüanges . Cet Auteur rapporte
quantité d'Infcriptions
qui fortifient fon ſentiment .
Quoyque vous ne receviez
ma Lettre qu'aprés Pafques , la
plupart des nouvelles qu'elle
contient doivent eftre des chofes
qui fe font paffées pendant
le Carême ; & comme c'est le
temps où l'on chante les Tenebres
, l'Ouvrage qui fuit
convient fort au temps où il
a efté fait.
GALANT 77
PARAPHRASE
de la feptiéme Leçon des
Lamentations de Jeremie ,
accommodée au temps prefent
par Mr Maugard.
Si des bleds verdoyans la brillante
apparence ,
Du trifte Laboureur reveille l'efperance
,
Et femble avoir remis la joye en
tous les coeurs :
Si l'Orge a diffipé les horribles
langueurs
De ce cruel Vautour que l'on nomme
famine ,
G iij
78 MERCURE
Ilfaut en rendre grace à la bonté
divine ,
Qui tientfur nos befoins l'oeilfans
ceffe arrefté ,
Et produit l'abondance en la fterilité.
Dés
que l'Aftre du jour recommence
ſa courſe ,
Le Seigneur de fes dons ouvre la
riche
fource ;
Son immuable foy tient ce qu'elle
promet ,
Et fa fainte parole eft autant que
L'effet.
Au raviſſant attrait d'un ſi precieux
gage ,
Le Seigneur , dit mon ame , eft
mon feul heritage,
GALANT 79
Eternelle beauté qui cauſez mes
Fe
foupirs ,
vous attends , venez combler
mes faints defirs.
Le pauvre qui l'invoque en ce
temps de mifere ,
Connoît qu'il a pour luy les entrailles
d'unpere.
I
Toujours bon , toujours doux ,
aime à s'approcher
D'un coeur qui plein d'amour vole
pour le chercher.
Heureux qui fans crier contre la
providence ,
Reçoit de fes travaux la jufte récompenfe.
Si lesfleaux font du Ciel de folides
bienfaits , Giiij
80 MERCURE
Heureux qui de bonne heure a
ployé fous leur faix.
Cefalutaire joug qu'il porte fur
Sa tête
Luy fait des plus grands maux
furmonter la tempefte :
Le chef toûjours panché fous la
main de fon Dieu ,
Il en benit les coups en tout temps,
en tout lieu.
Si d'espoir à fes yeux brille quelque
lumiere ,
Il s'aneantira juſques dans la
pouffiere.
Il est de patience un modele parfait;
Si quelqu'un luy décharge un indigne
foufflet
GALANT 82
Se fouvenant qu'il fort du vil
fein de la bouë
Acelui qui le frape il tendra l'au
tre jouë :
Il a le coeur fans ceffe humilié ,
contrit,
Et fon ame d'affronts s'abbreuve
& fe nourrit.
Je crois que l'Epigramme
qui fuit eft auffi de faifon . Elle
eft de Mr l'Abbé Jacquelat .
EPIGRAMME
fur la ftupidité des Impies.
Seigneur , dont l'immense pou
voir
82 MERCURE
Et dont lafageffe infinie
De chaque creature ont marqué le
devoir ,
De ce vafte Univers foûtiennent
l'harmonie ,
Et par ces grands effets fe font.
fentir voir.
Que de l'impieté qui regne dans
le monde ,
Je reçois dans le coeur une douleur
profonde ,
Des hommes aveugles &fous,
Et plus ftupides que des bêtes ,
Mofent demander où vous étes,
·Et rien ne peut êtrefans vous.
Quoyque je vous aye déja
GALANT 83
le
parlé plus d'une fois de la mort
de Mr l'Evêque de Nifmes ,
on ne peut trop parler d'un
Serviteur de Dieu fi zelé , qui
a efté fi utile à fon prochain ,
& qui a tant travaillé
pour
falut des ames . Je vous envoye
une Lettre écrite un peu avant
fa mort , & qui avec tous les
merveilleux Ouvrages de ce
Prelat , contribuera à faire vivre
fa memoire.
Lettre de Monfieur l'Evefque
de Nifmes , à Monfieur le
Pelletier , Miniftre d'Etat.
Une viſite , Monſieur , queje
84 MERCURE
viens defaire à Mr le Ducd'Ufez
depuis peu dans cette Provin
ce m'a empêché de répondre plutoft
à votre derniere Lettre . Fe
vois que vous avez quitté voftre
folitude de Ville-Neuve , avant
que la faifon de la Campagnefuft
paffée. Il faut ménager une fanté
foible , l'air de Paris eft moinsfu
bril, lesfecours y font plus prefens,
quand on approche de l'age
des Patriarches , il faut fe mettre
fous lesfoins d'unefamille affectionnée,
& recevoir de ſes enfans
les fruits de la bonne éducation
qu'on leur a donnée. La confidence
que vous me faites de l'état où
yous croyez que vous réduit le
GALANT 85 °
poids de vos années me toucheroit
davantagefi vous n'enparliez pas
fibien , &fije ne voyois encore
sout voftre efprit dans voftre Lettre
& dans celle
que
MrBaville
m'a communiquée ; mais enfin vôtre
apprehenfion eft raisonnable ;
tout ce qui tend àſa fin diminuë
neceffairement la vigueur paffée
les organes s'ufent , l'efprit s'afaiblit
avec le corps , le feu qui nous
anime s'éteint infenfiblement &
la raison auffi bien que les fens
fuccombe quelquefoisfous les extrémitez
de la vieilleffe.
Ceux qui comme vous ont mené
une vie toûjours occupée , qui
ont efté chargez de penibles & im86
MERCURE
portantes affaires , qui ont pris à
coeur les interefts de l'Etat comme ,
ceux de leur famille , qui font ai
fément touchez des malheurs prefens
& des miferes de la Patrie.
Ceux - là , dis-je , ont fujet de
craindre que l'application & l'u
fage qu'ils ont fait de leur efprit
n'y caufe enfin quelque défaillance.
Ily a peu de ces vieilleſſes heu
reufes qui fe foutiennent jufques
àlafin, où le temps n'ôte à l'homme
quelque partie de luy- même
& cette benediction que Moyfe
prononçafur Azer : Sicut dies ju
ventutis tuæ ita erit fenectus
e fe renouvelle gueres detua
ne
puis celle-là.
GALANT 87
M.Nous avons vû vous & moy,
Monfieur , des hommes dont on avoir
eftimé le jugement & lafageffe
, aprés avoir remply les premiers
Emplois & les premiers
Charges du Royaume, traîner un
refte de vie dans une langueur pitoyable
,fans raifonnement
, fans
intelligence
, dans l'oubli de leur
propre nom.
Favoue que cette espece de mort
vivante eft d'une grande humiliation
quand on lafent ou qu'on la
prévoir. L'homme nefait jamais
plus de pitié que lorsqu'il commence
ainfi à rentrer dans fon neant ;
la mort naturelle eft lapeine du pe88
MERCURE
ché , la mort civile ou morale ag
monde en eft lapenitence. Ilfauts'y
refigner quand on la voit approcher,
dans le danger de nepouvoir
plus offrir à Dieu avec liberté
les facrifices de bonnes oeuvres d'
de louanges , luy en faire un defon
filence & de fon inaction.
Aprés cela il faut fe confoler
de tout. L'Apoftre nous apprend
que foit que nous vivions , foit
que nous mourions`, nous fommes
au Seigneur , nous devons croire
que toute affliction , comme toute
confolation , viennent de luy, que
c'eft toûjours un bien que fa volonté
s'accompliſſe en nous , &
GALANT 89
qu'en nous ôtant ce qui fert à le
connoiftre & à le fervir, il nous
ôte en mefme temps ce qui peut in
duire à l'offencer.
Cet affoibliffement que vous
eroy z remarquer en vostreperfon
ne eft une marque de l'attention que
vous avezfür vous mefme; il n'eft
pas étonnant que vous éprouviez
quelque changement & quelque
diminution de force , que vostre
imagination fe refroidiffe ; que
voftre applicationfe relâche ,
vos prieresfoient moins ferventes ,
que vos actions & vos penfées
foient moins vives , que le corps
quife corrompt, appefentiffe l'ames
Avril 1710 .
H
que
90 MERCURE
vous touchez à ce terme fatal
de la vie , aude- là duquel il n'y
plus que travail & doulent
felon l'Écriture.
La reflexion que nous avons à
faire , Monfieur , car à deux ou
trois années prés , nous fommes
dans le mefme cas ; c'eſt de nous
regarderfur le declin de l'âge comme
desferviteurs qui vont deve
nir inutiles ; de mettre à profit les
beures que Dieu nous laiffe avant
que cela vienne , où felon l'Evan
gile , il ne fera plus libre de tra
vailler pour le falut. Hatonsnous
de luy offrir des reconnoiffan
ces des affections qui feront
GALANT 91
tous les jours plus ufees , e
prions- le que s'il veut nous punir
avant noftremortpar laprivation
des douceurs temporelles & fpirituelles
de la vie , il conferve du
moins dans nos coeurs mortifiez
un fond de Religion , de Foy
d'humilité de patience.
C'est une grace & une benediction
du Ciel pour vous d'eftre
au milieu de vostre famille , aimé
& honoré de vos enfans , qut
vous adouciront vos peines , qui
respecterontjufqu'à vosfoibleffes
& qui touchez de tendreffe , de
puiée de defir de vous prolonger
un refte de vie , auront les mefmes
Hij
92 MERCURE
foins de voftre foibleffe que vous
aurez eu de leur enfance.
Quoique je fois perfuadé que
vous n'avez pas grand befoin de
nos leçons , & qu'un efpritfolide
& tranquile comme le vostre,
ne foit pas d'ordinaire fujet à de
tels dérangemens , j'ay bien voula
vous obéir & vous témoigner avec
quelle déference&avec quel
Zele jefuis , &c.
Cette Lettre a charmé tous
ceux qui l'ont lûë. On en a fait
un grand nombre de Copies ,
& toutes les perfonnes qui font
fort avancées en âge en ont
voulu avoir ; & c'eft une conGALANT
93
folation pour elles de penfer
qu'elles mourront dans le fein
d'une famille cherie , qui tâchera
d'adoucir leurs maux ,
& je ne doute point que la
kcture de cette Lettre ne vous
doive faire beaucoup de platfir.
*
,que
Je dois ajoûter icy , en vous
parlant du dernier Ouvrage du
Prelat qui en eft l'Auteur ,
Mr l'Evefque d'Alby vient d'êstre
nommé pour remplir la
place qu'il occupoit à l'Academie
Françoife . J'aurois beaucoup
de chofes à vous en dire ;
mais je remets à vous en parler
94 MERCURE
lorfqu'il fera reçû dans cet il-
Juftre & fçavant Corps , puif
que felon l'ufage , fon Eloge y
fera prononcé publiquement,
ce qui me fournira des moyens
plus feurs de vous apprendre
avec plus de certitude toutes
les grandes qualitez , & tous
les grands talens qui le font
admirer & eftimer.
Je crois devoir , en vous
parlant de Sçavans , vous entretenir
de deux Livres qui
font dignes de la curiofité publique.
Il paroit depuis quelque
temps un Livre intitulé Voyage
GALANT 95
des Indes Orientales , mêlé de plufieurs
Hiftoires curieufes , en deux
volumes in 12. fait par Mr
Carré. Il a efté deux fois aux
grandes Indes par ordre de feu
Mr Colbert , & aprés beaucoup
d'années il a bien voulu
faire part au Public de ce qu'il
a svû dans ces deux grands
voyages. Ce qu'il dit fur la
revolution de Baffura Ville
de l'Arabie , & qui a efté
de tout temps fous la puiffance
des Arabes , mais que les
Turcs & les Arabes fe difputent
à prefent , eft tres - curieux,
ce qui donne occaſion à Mr
96 MERCURE
Carré de faire l'hoire du fameux
Seva Gy , qui prés avoir
efté Officier du Roy de Vilas
pour s'eft élevé par fa valeur
jufqu'à fe faire un puiffant
Royaume & faire trembler
tout Orient. En parlant de
la fameufe Ville d Alep il dit
que la Chapelle du Conſul y
tient lieu de Paroiffe , qu'elle
eft deffervie par les Religieux
de Saint François , & qu'il y a
une Maiſon de Jefuites , ce qui
Juy donne lieu de faire l'éloge
de ces Peres. H paroift qu'il
avoit le caractere d'Envoyé ,
puifqu'en parlant de D. Pedro
de
GALANT 97
•
de Caftro riche Portugais , &
qui eftoit fur le point de pren-
-dre des engagemens avec les
Mahometans , lorqu'il le rencontra
à Rhebac , Ville du
Royaume de Vilapour , il ſe
fert de ces termes : puis meferant
de toute l'autorité que me
donnoit mon caractere , pour parler
à des perfonnes fcandaleuſes , je
4 luyparlay le plus chretiennement
qu'il me fut poffible fur le pas
qu'il alloit faire. On trouve à
la fin de ce Voyage l'hiſtoire de
deux Dames Portugaiſes venduës
par le même Dom Pedro
de Caftro à un Prince Maho-
1
Avril 1710 .
I
98 MERCURE
metan. Cette Hiftoire eft fort
touchante
& merite d'eftre luë.
Mr Carré eftoit un Ecclefiaftique
d'une fainte vie & d'un
merite qui luy a attiré un grand
nombre d'amis dans l'Orient ,
& dans les Pays où il a voyagé.
Comme je commence
à voir
que la matiere pourra eftre abondante
ce mois - cy , je remets
à un autre temps à vous
entretenir
de ces fortes d'Articles
, & je paffe à l'Article
fuivant , parce qu'il regarde
directement
les nouvelles
de
ce mois.
Le 4. de ce mois Mr le PreTHEQUE
BIBLIO
7.
DELA
VILLE
MERCURE 99
voft des Marchands acco
gné de Mrs les Echevins , vint
au grand Convent des Auguf
tins complimenter
Meffieurs
de l'Affemblée du Clergé dans
leur Salle , au nom de la Ville
de Paris. Mrs les Agens les allerent
prendre dans l'Eglife ,
où ils
attendirent tres - peu de
temps. Ils allerent d'abord
dans le Choeur , où eftant arrivez
, ils envoyerent
un Officier
de Ville avertir. Meffieurs
du Clergé de leur arrivée; auffitôt
Mrs les Agens vinrent leur
faire compliment
dans le
Choeur , & enfuite ils les me-
I ij
100 MERCURE
nerent à la Salle de l'Affemblée
: Mr l'Evêque de S. Paul
de Leon , & un Abbé du ſecond
Ordre vinrent les recevoir
à la Porte du Veſtibule
;
& eftant entrez dans la Salle ,
toute l'Aſſemblée
fe découvrit
, & les falua fans fe lever.
Mr le Prevost des Marchands
s'eftant affis dans un Fauteuil
qui luy avoit efté preparé , &
Mrs les Echevins
fur de fimples
Chaifes. Et Meffieurs
du
Clergé s'eftant alors tous couverts
, Mr le Prevoft des Marchands
prit la parole , & les harangua
avec beaucoup
d'éloCALANT
101
quence , fur la pureté de leur
doctrine, fur l'integrité de leurs
moeurs , fur leur defintereffement
qui leur fait oublier leur
propre intereft pour avoir foin
de celuy des perfonnes qui leur
font confiées , fur leur liberalité
envers les pauvres , qu'ils
ont dédommagez avec ufure
des maux dont les menaçoit la
fterilité de la terre : il ajoûta
meſme leurs biens de patrimoine
avoient changé leur nature
en biens Ecclefiaftiques
, pour
Les répandre avec plus de profufion
dans lefein des pauvres ,
qu'il ne pouvoit s'empêcher d'ad
que
I iij
102 MERCURE
mirer tant de vertus , quoyque
l'habitude de les avoir femblât
leur dérober la loüange qu'elles
meritoient. Il finit en loüant
leur zele pour Sa Majeſté , à
laquelle ils ne font point difficulté
de donner, comme Achimelech
à David , les Pains de
propofition qu'il n'eftoit permis
qu'aux Preftres de manger,
file Ciel favorable à
&
que
nos
voeux
nous
accordoit
une
heureuſe
paix
, ce feroit
à leurs
prieres
&
à leurs
aumônes
qui
feroient
montées
jufqu'au
Thrône
du
Tout
- puiffant
, auf
quelles
le Royaume
en
auroit
l'obligation
.
GALANT 103
Monfieur le Cardinal de
Noailles répondit en peu de
mots ; mais avec beaucoup de
jufteffe , que le Clergé de France
avoit toûjours efté perfuadé du
refpect de la foumiffion de la
Ville de Paris à fon égard , &
qu'il n'attendoit rien moins de fa
pieté de fon zele , fur tout
lors qu'elle avoit un Chef, dont
il fuffifoit de prononcer le nom ,
pour faire l'éloge. Mrs de Ville
fe retirerent enfuite , & ils furent
reconduits dans le mefme
ordre qu'ils avoient efté reçûs.
Vous me demandez de mettre
toûjours beaucoup de va-
I iiij
104 MERCURE
rieté dans mes Lettres , ce qui
donne , dites - vous , la facilité
d'en quitter & d'en reprendre
fouvent la lecture , fans que la
memoire foit obligée de fe
charger du commencement
d'un Article qu'on n'aura pas
lû entier.
Vous fouhaitez auffi d'y
trouver toûjours des Articles
qui regardent la fanté , à caufe
de l'utilité que l'on peut tirer
de ces fortes d'Articles , & je
crois ne pouvoir mieux vous
fatisfaire qu'en vous envoyant
la Lettre fuivante , je vous prie
de vous fouvenir que ce n'eſt
pas moy qui parle .
GALANT 105
LETTRE
De Mr l'Abbé Vere fur les
Eaux de Balaruc , à Me de
Camus , Religieufe de Saint
Pierre de Lyon.
Les Eaux de Balaruc en Languedoc
, où vous accompagnates
autrefois feuë Me l' Abbeſſe de
Saint Pierre , & dont vous m'avez
demandé l'analyse , font fort
chaudes & fumeufes. Quand on
en verfe quelques gouttes fur la
teinture defleurs de Mauve , la
couleur violette en eft d'abord
106 MERCURE
•
Ce
changée en une couleur rouge.
qui prouve que ces Eaux font
impregnées d'un fel acide , tresvolatil.
D'ailleurs , une pinte mefure
de Montpellier , de cet eau ,
c'est- à- dire , trois livres & quatre
onces , fourniffent deux dragmes
d'un fel fori raboteux , fort
poreux , & fort blanc qui dés
qu'on l'a exposé à un air froid ,
commence de prendre une couleur
grife cendrée , & qui devient d'un
gris affezfoncé , tirant un peu fur
le roux , quand on le conferve
long- temps dans des phioles de
verres , quoy qu'elles foient bien
bouchées. Ce fel appliqué fur la
GALANT 107
langue y excite une acreté qui
tient de l'acidité ; ainfi on peut le
régarder comme un felfalé acres
dont l'acreté n'eft pas violente , ou
comme unfel falé acre- doux , qui
ne fouffre aucune fermentation
quand on l'arrose d'huile de Tartre,
ilfefermente tres - aifément
ఆ d'une maniere fenfible lorsque
fon tiffu eft penetré par quelques
efprits acides. Il agace
agace un peu les
dents , lorsqu'il a eſté mêlé
avec la teinture de fleurs de Mauil
luy donne une couleur verte
fort approchante de celle d'une
émeraude ; mais peu d'heures aprés
cette couleur fe change en une
ve,
108 MERCURE
autre rouffatre femblable , ou peu
s'en faut , à celle du vin mufcat
de
Frontignan
.
à
Lorfqu'on les a fait diftiller au
Bain Marie , elles paroiffent tout
fait infipides & ne changent
point la couleur du papier bleu ,
& elles ne font qu'éclaircir la
couleur de la teinture de fleurs de
Mauve , on en infere qu'elles
laiffent , lorfqu'on les fait diftiller
tout leurfel dans le fond de l'alembic
; & ce fel a un
a un tiffu plus
ferré que celuy du fel qu'on avoit
tiré auparavant des mêmes eaux,
lorfqu'on les avoit fait évaporer.
Il eftoitformé par cubes plus irreGALANT
109
&
guliers que ceux du fel marin. Il
tiroit fur le roux , & le fut entierement
aprés avoir efté exposé
à l'air , devint tres - humide.
Lorfqu'on le deffeche , iljette une
odeur fulphurée douce , affez
agreable , qui approche de
celle qui fort de la pomme de Renette
, lorsqu'on la met fur des
charbons ardens ; le fel qu'on tire
aprés la diftillation ayant le tiffu
plus ferré,fe fermente plus diffici-
Lement que celui qu'on tire aprés
l'évaporation de ces eaux. Mêlé
avec la teinture defleurs de Mauve,
il luy donne une couleur bleüe,
qui devenant de moment à autre
110 MERCURE
plus foncée : enfin , en prend une
aprés une heure ou deux , qui tire
fur un vert clair , & enfuite fur
un vert un peu foncé ; & au bout
4. heures une couleur rouſſâcelle
du muſcat ſe fait
de
tre telle
que
remarquer.
On découvre que le fel fixe de
ces eaux eft un fel acre ou alkali
pur; en en faifant évaporer une
quantité confiderable par un feu
en mêlant demy once moderé,
demie de ce fel avec une once
de tête morte de bol , on en tire
durant cinq oufix heures d'un feu
de reverbere affez violent , un
efprit acide , & cet efprit excite
GALANT III
une fermentation tres-fenfible toutes
les fois qu'on en verfe quelques
gouttes fur du fel de Tartre
& de fang humain , &fur des
corps terreftres qui ont une configuration
depores , à peu prés femblables
à celles des pores des fels
appellez alkalis. Cet efprit agace
les dents , rougit le papier bleu,
la teinture du Tournefal , le Sirop
violat la teinture de fleurs de
Mauve.
Mais lorsqu'on fait une leffive
de la matiere contenuë dans la
cornuë où a efté ce fel , on en tire
un autrefel d'un tiſſu fi ouvert que
les efprits de nitre , de vitriol &
712 MERCURE
•
ces
defouffre, le penetrent fans exciter
aucune fermentation fenfible ,
quoique l'huile de vitriol , mais
impregnée de parties falines , acides
, plus groffieres que celles de
efprits , le fermente un peu. Ce
fel tout relaché que fûtfon tiſſu ,
donna dans une experience faite
depuis peu , une couleur bleuë à la
teinture de fleurs de Mauve qui
prit d'abord une couleur verte ,
enfuite une rouffâtre.
Vingt-unjours aprés qu'on a tiré
un efprit acide du fel de ces eauxe
mêlé avec de la tête morte de Bol ,
en mettant dans un vafe une once
du même felfans mélange , on tire
GALANT 113
quelques heures aprés &par un
feu peu violent une dragme &
trente-fix grains d'un efprit acide
qui a une force égale à celle de
l'efprit dont je viens de parler , &
qui produit les mêmes effets . Le
fel contenu dans la cornuë où eftoit
cet efprit feramaffe par grains de
figure à peu prés ronde , quiforme
de petits pelotons entaffez les uns
fur les autres. Le poids de ce fel
eft de fix dragmes vingt- qua
tre grains ; ainfi on voit que la diftillation
fe faitfans perte fenfible.
de la fubftance du corps diftillé.
Enfin on tire aprés deux heures
d'un feu reverbere fort moderé ,
Avril 1710.
K
114 MERCURE
d'une demi- once du fel tiré de ces
eaux diftillées dans le Bain- marie ,
fans mélange d'aucun autre corps ,
un efprit acide qui paroift avoir
un peu plus de pointe que celuy
qui est tiré du fel de ces mêmes
eaux , mêlé avec une once & demie
de la même tefte morte de Bol.
Cequi perfuade que le Bolpreparé
d'une certaine maniere ne donne
jamais rien du fien à l'esprit acide
tiré du fel falé acre fixe du fang
humain . Car s'ilpouvoit luy communiquer
quelque acidite' , felon
le fentiment de quelques Medecins
, il en communiqueroit fans
doute au premier efprit qu'on tire
GALANT 115
du fel des eaux de Balaruc , &
en ce cas cet efprit auroit dû avoir
plus de force que celuy qu'on tire
des mêmes eaux fans le fecours de
la tefte morte de Bol.
Au reste lorsqu'on afiny la diftillation
du fel tiré au Bainmarie
de ces eaux , on voit que ce fel
s'y fond , & qu'il s'y vitrifie en
partie , puifqu'il s'attache fi fort
à la furface interne de la cavité
du vaſe , qu'il en eft comme infeparable
; & ce fel quoy qu'en partie
vitrifié , ne laiſſe pas de fe fermenter
un peu lorsqu'on l'arrofe
de quelques goutres d'huile de Vitriol
; mais fon tiffu eft trop ou-
Kij
116 MERCURE
vert pour pouvoir eftre fermenté
par l'efprit du Vitriol , &par
autres acides.
les
On voit doncpar tout ce que je
viens de dire , que ces eaux font
impregnées d'un fel acide volatil ,
&d'unfel falé acre , tres -fufceptible
de fermentation ; ainfi il
leur faut reconnoître deux fortes
de principes fermentatifs , l'un
actif, l'autre paffif, & ces deux
principes operent une fermentation
continuelle , & par confequent les
rendent chaleureufes & fumeufes;
leur chaleur cependant eftfuportable
, quelque violente qu'elle
paroiffe d'abord , puifqu'elle ne
GALANT 117
change point la confiftence & la
couleur verte des feuilles de l'OZeille
, quoy qu'on les y faffe
tremper long-temps. On y peut
mettre un auf dont on ouvrira
la coque , & l'y laiffer une heure,
aprés laquelle on ne reconnoîtra
pasplus d'alteration dans fon blanc
dans fon jaune , que s'il avoit
toujours efté dans l'eaufroide. La
fumée qui fort de ces eaux fem
ble un peu fulphurée , fur tout
prés de lafource , qu'on appelle le
Bain des Pauvres , parce que
c'eſt- là où ils fe baignent : il en
faut donc conclure que ces cause
contiennent quelques parties ful
118 MERCURE
phurées , puifqu'on éprouve qu'el
les rendent la peau douce & un
péu onctueuse , & que le fel fixe
qu'on en tire lorsqu'on les diftille.
au Bainmarie , jette lorſqu'il eft:
détaché une odeur douce & agreable
, qui ne peut eftre l'effet que
d'un fouffre tres fin.
On n'a plus lieu de douter aprés
tout ce que je viens de dire
ces eaux ne ffooiieenntt déterfives,
propres à diffondre toutes fortes
d'humeurs vifqucufes . En voicy
la preuve. Rempliffez une grande
cuiliere de fer de ces eaux , &
mettez-y le jaune &le blanc d'un
oeuffrais , vous y verrez que
que
GALANT 119
dans demy heure, & lorfque vous
aurez plongé cette cuiliere juſqu'à
fon bord dans la fource de ces
eaux , que le blanc de l'oeuffera
entierement diffout , fans que l'eau
contenue dans la cuiliere paroiffe
le moins du monde vifquenfe.
Pour le jaune il eft vray que fa
furface exterieure pâlit un peu ;
mais fa confiftance naturelle ne
s'altere point. Vous pouvezfaire
une feconde experience ; c'eft de
remplir une cuiliere de fer auffi
grande que
la premiere d'eau de
la mer un peu chaude , & d'y
mettre le blanc & le jaune d'un
euffrais , er de plonger enfuite
120 MERCURE
cette cuiliere prefque jufqu'à fon
bord dans la fource des eaux de
Balaruc , & vous verrez qu'aprés
l'y avoir laiffée une heure , le
blanc de l'oeuf ne paroîtra qu'un
peu diffout , parce que l'eau de la
mer en avoit détaché quelques
parties feulement , qui l'avoient
renduë tantfoit peu gluante. Mettez
enfin les deux cuilieres fur
deuxfourneaux également chauds
& vous verrez que le blanc de
l'oeuf qui s'eſtoir diſſout dans les
caux de Balaruc fe coagulera en
fe rarefiant en prenant la forme
d'une crème fouettée , au lieu
que le blanc de l'oeuf qui avoit
efté
GALANT 121
efté mis dans l'eau de la mer , &
qui n'avoit pas efté diffout , devint
dur &
compacte comme
le blanc des oeufs cuits au miroir.
Ainficeux qui ont regardé le fel
des eaux de Balaruc comme une
efpece de fel marin , fe détromperont
aisément , pour peu qu'ils
veuillent faire quelque attention
à ce que j'ay dit de l'un de
&
l'autre de ces deux fels .
Mais ilfaut vous parler à prefent
des effets falutaires de ces
eaux . Elles font purgatives , mais
fans violence & fans excés à cause
des fels dont elles font impreignées .
Elles gueriffent les maux d'efto
Avril 1710 . L
122 MERCURE
mach qui viennent du relâchement
des differens vaiffeaux qui le compofent
, ou de la trop grande aigreur
, ou de la foibleffe de fon levain
, ou des humeurs visqueuses
collées à fa furface interne , ои
d'une lymphe trop épaiffe qui coule
lentement dans les vaiffeaux
lymphatiques arteriels reneux ; &
cela parce que fi les vaisseaux de
ce vifcere fe trouvent relâchez &
comme paralytiques , elles diffipent
par leur chaleur les humiditez qui
en produisent le relâchement , &
elles rétabliffent le reffortpar leurs
parties falines : fi le levain eft
trop aigre , elles l'amortiſſent &
GALANT 123
l'adouciſſent par leurfelfixe. S'il
eft trop aqueux & par confequent
foible , elles l'aninent par leur fel
acide volatil , le débaraffent
par leurfel falé : s'ily a des humeurs
gluantes dans l'eftomach
qui en empêchent les fonctions ,
elles le nettoyent en divifant les
fucs collez à fafurface interieure.
Lorfqu'il y a trop d'épaififfement
dans la lymphe , que fes conduits
lymphatiques arteriels nerveux
reçoivent de fes arteres pour la
porter dans les vines , elles fondent
par leur chaleur cette épaiffeur&
la font par leurs parties
falines acres couler librement , de
Lij
124 MERCURE
même que le fuc lymphatique trop
épais qui la produit. Ainfi ces eaux
procurent une facile digeftion en
rétabliffant le ferment de l'eftomach.
Elles gueriffent auffi les
maux qui dépendent du relâchement
ou des fermentations vicieufes
qui s'excitent dans les caviteż
des boyaux.
Vous jugez par là , Madame
que ces eaux font tres bonnes
l'afthme humide , & qu'elles ne
conviennent
point aux maux de
poitrine & du bas ventre.
Elles mordifient , defféchent ,
incarnent cicatrifent les ulceres
, fur tout ceux qui viennent
GALANT 125
des playes fimples ; elles font admirables
pour les maux de tefte exterieurs
, le froid que l'onfent quelquefois
fur lefommet de cette partie
, & pour lesfluxions desyeux
pourvû qu'on obferve de s'enfaire
arrofer le derriere de la tefte & la
nuque du col cinq ou fix fois , fçavoir
le matin & le foir durant
deux ou trois jours. Elles gueriffent
lorsqu'on s'y baigne trois ou
quatre fois les douleurs de rhumatifme
; elles excitent d'abord une
fueur difficile à foutenir , il faut
faire enfuite fuer le malade une
beure ou deux dans un lit. Comme
on en rend laplus grande par-
Liij
126 MERCURE
tie par les felles & qu'elles font
fort chaudes fondantes , elles
divifent, adouciffent & même dif-
Sipent par les fueurs qu'elles caufent
les humeurs qui caufent les
maux que je vous ay détaillez.
Elles font auffi merveillenfes pour
les paralyfies quifuivent les apoplexies
, diffipant & diffolvant
par leur chaleur & leur fel fixe ,
T'humeur qui bouche les nerfs , &
animant par leur fel acide volatil
l'efprit animal à qui elles ouvrent
les routes naturelles en augmentant
la vigueur , & par là elles
rendent le mouvement aux parties.
paralytiques. Elles gueriffent les
GALANT 127
dévoyemens , les pâles couleurs ,
les maladies melancoliques ,
de même que les fiévres intermittentes
croniques.
On les prend fur les lieux en
Automne au Printemps . Il
faut prendre garde fur tout que
l'air n'entre dans les bouteilles dans
lesquelles on les puife ; on les peut
transporter avec cette précaution ,
en boire en tout temps ; on les
boit même à Paris avec fuccés ,
ce qui leve toutes fortes de doutes
fur le transport.
de commencer à en
Avant
que
boire
lorfqu'on
a fini
, il faut
fe
le
lendemain
de la
purgapurger;
L iiij .
128 MERCURI
tion on en peutprendre àjeun & à
diverfes reprifes treize à quatorze
verres ou gobelets d'environ demi
feptier chacun dans le cours tout
au plus d'une heure & un quart.
Le premier coup eft de chopine ou
de deux verres de fuite. Il faut
prendre aprés les avoir prifes une
demie écuellée de bouillon de poulet.
La meilleure partie s'en va ordinairement
par les felles , & on continuë
d'en boire plus fouvent pendant
trois jours & quelquefois
pendant quatre. Lorsqu'on ne les
boit pas fur les lieux , il faut obferver
de les mettre au degré de
chaleur qu'elles ont à leurfource ,
GALANY 129
qui est une chaleur approchante
de celle d'un bouillon tres- chaud ;
pour cela il faut déboucher la bou -
teille , laiffer tomber legerement le
bouchon dans le gouleau , en forte
qu'elle foit entre ouverte , mettre
du foin dans le fond d'un chaudron
enforte que le verre ne touche
point le chaudron & enfuite
remplir le chaudron d'eau , à qui
on donne le degré neceffaire de chaleur.
Je fuis , Madame , & c.
Cette Lettre a paru d'autant
plus curieufe à tous ceux qui
Font luë qu'elle fait connoître
que la matiere a efté bien ap130
MERCURE
profondie par le grand nombre
d'experiences que l'on a
faites , ce qui donne lieu d'efperer
un falutaire effet de l'ufage
des Eaux dont il y eſt
parlé
, & il feroit à fouhaiter que
les remedes dont on nous parle
tous les jours cuffent un effet
auffi fenfible .
Voicy encore un Article
qui regarde la fanté .
Il n'y a que des Beuveurs
déterminez qui puiffent lire
fans eftre effrayez les Obfervations
Aftronomiques qui viennent
d'eftre faites dans une des
plus grandes Villes du RoyauGALANT
131
me , fur le corps d'un homme
mort , & qui avoit fait pendant
fa vie un ufage immoderé du
vin & des liqueurs fpiritueules.
Aprés avoir efté attaqué pendant
deux années d'accés de
phrenefie tres-violens , il moufut
d'un abcés au foye . On
l'ouvrit , & on trouva dans fa
tête & dans fon foye de grands
defordres dont la caufe fut attribuée
par les Medecins & les
Chirurgiens prefens à cette
operation , à l'uſage exceffif du
vin & des liqueurs . Ceux qui
avoient eu foin de luy pendant
fa maladie rapporterent
132 MERCURE
à cette occafion une circonf
tance qui ne doit pas
eftre oubliée
. Pendant fa maladie on
luy donnoit quelques teintures
d'opium pour calmer les
infomnies fâcheufes qui accompagnoient
fes accés de
phrenefic , & on obfervoit que
toutes les fois qu'on luy donnoit
ces teintures avec de l'efprit
de vin , loin d'eftre calmé ,
il retomboit dans des accés encore
plus violens , au lieu que
les teintures avec l'eau le calmoient
& luy donnoient quelques
heures de fommeil . Un
habile Medecin qui ſe trouva
GALANT 133
prefent à cette experience remarqua
qu'on n'eſt pas affez
perfuadé du mauvais effet des
liqueurs fpiritueufes & même
de l'uſage immoderé du vin .
Prévenu en faveur de ces liqueurs
qui flattent le gouft
on croit prendre des forces &
de la vie en les prenant , & on
ne remarque pas qu'elles ne
paroiffent fortifier qu'en augmentant
le reffort des fibres ,
& qu'elles l'augmentent quelquefois
au point qu'elles les
rendent trop roides & même
quelquesfois offeufes ; qu'elles
épaiffiffent tous les fucs du
134 MERCURE
la
corps ; qu'elles les coagulent.
quelquefois jufqu'à les convertir
en pierres , & que c'eſt par
là que ces liqueurs engendrent
goutte , la gravelle , la pierre
, & qu'elles cauſent des vapeurs
, des affections convulfives
, des rhumatiſmes , des apoplexies
& des paralyfies . Cela
fe prouve par experience. On
verfe de l'efprit de vin bien
rectifié fur la ferofité du fang ,
cette ferofité qui eft claire fe
grumelle auffi toft & fe caille
en une maſſe blanche , & elle
fe durcit peu à peu comme du
blanc d'oeuf cuit , fi on la tient
GALANT 135
à une moyenne chaleur de digeftion
. L'efprit de vin caille
la bile de la même maniere .
Je paffe à une Matiere bien
differente
, & qui regarde
la
gloire d'un de vos Heros.
Vous attendez fans doute
que je vous parle de la reception
de Mr le Maréchal de
Villars au Parlement, en qualité
de Pair de France . Cette Ceremonie
qui cft curieuſe par
elle- même , le doit eftre encore
davantage lors qu'elle regarde
un homme auſſi diſtingué
& auffi aimé du Public
que ce Maréchal ; mais c'eſt
136 MERCURE
cet amour , & cette diftinction
qui m'empêcheront
de vous en
entretenir auffi au long que je
fouhaiterois , puifque l'affluence
du monde eftoit telle ce
jour là à la Grand- Chambre ,
qu'il a efté tres - difficile de bien
voir & de bien entendre tout
ce qui s'y paffa. Ainfi j'ay licu
de croire que les rapports que
l'on m'en a faits peuvent n'eftre
pas tout à fait fidelles ; mais
comme il ne peut s'agir que de
quelques mots pour d'autres ,
je crois pouvoir rifquer à vous
envoyer l'Article que vous at
tendez. Je commence par les
GALANY 137
noms des perfonnes diftinguées
qui fe trouverent ce jourlà
à la Grand-Chambre . Monfieur
le Duc ; Monfieur le Duc
du Maine ; Monfieur le Comte
de Toulouze ; Mr l'Evêque de
Langres ; Mr l'Evêque de Laon ;
& M les Ducs de Sully , de
Chevreufe , de Villeroy , de
Noailles , d'Aumont , & de
Charoft. Outre ces Princes &
ces Ducs qui prirent ce jour - là
Seance au Parlement , le nombre
de ceux que la curiofité y
attira , ainfi que je vous l'ay
déja marqué, y fut fi grand dés
le matin , qu'il y a long- temps
Avril 1710
. M
138 MERCURE
que l'on n'avoit vû un nombre
fi prodigieux de perfonnes
dans un lieu fi peu ſpacieux.
Mr de Villars y vint dés ſept
heures du matin pour faluër
M's du Parlement à la manicre
accoûtumée. Me la Prin .
ceffe Leon ; Me la Ducheſſe de
Villars , & plufieurs autres Dames
eftoient dans la Lanterne,
Avant l'ouverture de l'Audiance
, le premier Huiffier ,
qui tenoit la porte de la Grand-
Chambre , appella Mr de Villars
par fon nom
,
nom , & luy demanda
s'il ne vouloit pas bien
remettre fon épée entre les
GALANT 139
mains de la Juftice ? A quoy
Mr de Villars répondit , qu'il
ne l'avoit jamais renduë àà per
fonne ; mais qu'aprés tous les
pas qu'il avoit faits pour arri
ver aux honneurs dont le Roy
l'honoroit , une formalité d'ufage
ne l'empêcheroit pas d'avancer
, & à l'inftant fon Capitaine
des Gardes donna l'épée
à l'Huiffier que fuivit ce Duc ,
fe foutenant fur deux bequilles
.
Dés que Mr de Villars fut
entré dans le Parquet , où il
eut de la peine à arriver , à caule
de l'affluence du monde , Mr
M ij
140 MERCURE
le Premier Prefident luy fit
prefter les fermens ordinaires,
aprés quoy on luy rendit fon
épée ; & fi toft qu'il eût pris
Seance , il luy adreſſa la parole
, & luy dit :
MONSIEUR ,
Quelque peine que la Cour
fouffre de vous voir affifter àfon
Audiance incommodé comme vous
eftes , elle nepeut neanmoins s'empêcher
de vous en feliciter , puifque
chaque pas que vous faites
renouvelle en vostre memoire les
fignalez Services que vous avez
rendus au Roy & à l'Etat.
GALANT
141
Mr de Villars ayant falué Mr
le Premier Prefident , & tous
´M"
répondit
.
MESSIEURS ,
Je n'ay jamais mieux reffenty
qu'en ce jour , combien je fuis redevable
aux bontez du Roy , qui
non content de m'avoir élevépar
degrez aux premieres dignitez de
l'épée , vient enfin de mettre le
comble à ma gloire , en m'aſſociant
au premier Senat de l'Univers.
De fi grands biens-faits de l'a
part de Sa Majefté , aufquels mon
foible merite ne me permettoit pas
142 MERCURE
de prétendre , demanderoient de la
mienne des remerciemens
propor
tionnez ; mais ne trouvant point
de termes affez vifs , pour dignement
exprimer l'excés de ma reconnoiſſance
, je me renferme à
protefter icy dans le lieu de verité,
qu'avec joye j'employeray les reftes
de ma vie , à rendre au Roy &
l'Etat les plus fidelles Services ,
que je chercheray avec empreffement
les occafions de marquer à
cette augufte Compagnie les fentimens
de veneration & d'eftime ,
que je luy dois en general , & à
chacun de Meffieurs
en particulier.
GALANT
143
Comme je n'ay pas prétendu
vous envoyer un Article
entier & parfait de cette Ceremonie
, je ne vous ay rien dit
de la lecture qui fut faite de
fes Lettres de Duc & Pair , &
je ne vous ay pas nommé le
Confeiller qui en fut le Rapporteur
; mais je dois vous dire
qu'aprés cette lecture , la Cour
ayant cfté aux opinions , Mr
de Villars fut reçû tout d'une
voix Pair de France.
On plaida enfuite quelques
Caufes de differentes natures ,
fuivant qu'il fe pratique ordinairement
en de pareilles oc144
MERCURE
#
cafions , & ce nouveau Duc &
Pair de France , alla aux opinions
avec la Cour..
Il y a déja quelque temps.
que vous avez appris la mort
de Mr Begon Intendant de la
Rochelle & de la Marine du
département de Rochefort . Je
vous ay f ſouvent parlé de
tous ceux qui portent ce nom,
que je ne vous en diray pas
aujourd'huy davantage . Le défunt
eftoit dans une eftime generale
, & il joignoit aux lumieres
qui regardoient les Emplois
qu'il a poffedez , celles
d'un efprit fort cultivé ; il
aimoit
GALANT 145
aimoit les gens de Lettres , &
il a fait graver à fes dépens les
Portraits des hommes illuftres
dont feu Mr Perrault a compofé
la vie.
Le Roy a choifi Mr de Beauharnois
pour remplir fa place.
Cette Intendance eftant la plus
confiderable de la Marine , à
caufe que celle de la Province y
eft jointe , demandoit un fucceffeur
de la capacité , & du
merite de Mr.de Beauharnois.
Sa Majefté qui en a une parfaite
connoiffance , luy avoit
donné quelques mois aupara
vant l'Intendance generale des
Avril 1710. N
146 MERCURE
Claffes des Matelots du Royau
me. Elle en a difpofe en faveur
de Mr Raudot le fils , Intendant
de Jultice , Police & Fi
nance en Canada , & elle a donné
cette derniere place à Mr
Begon Infpecteur general de
la Marine à Rochefort , fils de
Mr Begon qui vient de mourir.
Je paffe à un Article bien
digne de la curiofité publique ,
& de l'attention de ceux qui le
liront. Il eft de la nature de
ceux dont on ne parle pas fouvent
, parce qu'il ſe paſſe preſque
toûjours un grand nomGALANT
147
bre d'années d'un de ces Articles
à l'autre. Vous y trouverez
quantité de faits hiftoriques
tres- curieux , & fept Difcours
differens prononcez dans la
même Affemblée , dans lef
quels vous trouverez un tour
finguliet , & beaucoup de finéffe
d'efprit . Enfin ce font de
ces fortes de Difcours qui réveillent
l'attention , qui inſtruifent
les Lecteurs de beaucoup
de chofes qui regardent le Ceremonial
, & dont on parle fi
rarement qu'on doit avoir toû
jours beaucoup d'empreffement
pour les lire.
Nij
148 MERCURE
Vous avez fçû que les Docteurs
de la Maifon & Societé
de Sorbonne avoient au mois
de Mars nommé d'un confentement
unanime Monfieur le
Cardinal de Noailles Archevêque
de Paris pour leur Provifeur
, à la place de feu Mr
F'Archevêque de Reims . Le
neuvième du mois paffé cette
nomination fut folemnellement
confirmée dans la grande
Salle des Actes de la même
Maifon. Le Recteur de
l'Univerfité , invité quelques
jours auparavant par des Députez
de ladite Societé , s'y
*
GALANT 149
rendit fur les quatre heures
aprés midy , accompagné des
trois Doyens des Facultez , des
quatre Procureurs des Nations,
du Syndic , du Greffier de l'Univerfité
& de fes autres Offciers
. L'Archidiacre & le Chan--
celier de l'Eglife de Paris s'y
trouverent pareillement felon
l'ancien ufage. L'Affemblée fut
des plus nombreuſes . Outre
les Docteurs de la Maifon dont
il ne manqua que les malades
& ceux qui font abfens , un
tres grand nombre de Mrs de
Noftre-Dame & de l'Univerfité
fe firent un plaifir d'y avoir
N iij
150 MERCURE
place. Au fond de la Salle , devant
un grand Bureau eftoient
rangez onze fieges de front .
Le Recteur de Univerfité
eftoit au milieu , ayant à fa
droite l'Archidiacre , le Chancelier
de l'Eglife de Paris , le
Doyen de la Faculté de Medecine
, & les Procureurs des Nations
de Picardie & d'Allema→
gne . Sur les cinq autres Sieges.
a fa gauche cftoient les Doyens
de Theologie , & des Droits ;
les Procureurs des Nations de
France & de Normandie &
le Syndic de l'Univerfité . Le
Greffer avoit un Bureau fepaGALANT
151
ré vis - à - vis le Recteur.
37 Mr Vivant l'aîné , Chanoine
de Nôtre Dame & Docteur de
la Maifon de Sorbonne , fit
l'ouverture. Il adreffa la parole
au Recteur , fur quoy l'Archidiacre
fit fes proteftations
à l'ordinaire , ce qui n'empêcha
point l'Orateur de continuër.
Il fit un éloge achevé de
Monfieur le Cardinal . La pieté,
la vigilance , la ſcience , la fermeté
, & la fuperiorité d'efprit
de cé Prelat furent mifes dans
leur jour , par les traits de la
plus vive éloquence. La netteté
de la compofition fut foûte-
N iiij
152 MERCURE
nuë par une prononciation naturelle
& diftincte. Les loüanges
de feu Mr de Reims , ne
furent pas oubliées . Enfin les
Auditeurs eurent lieu d'être
pleinement fatisfaits , puifqu'il
leur fut aifé d'entendre , de fuivre
& de retenir tout le Dif
cours.
Aprés qu'il eut fini , le Recteur
propofa le fujet de l'Af
femblée . L'Archidiacre l'interrompit
pour réiterer encore
fes proteftations , & le Syndic
de l'Univerfité proteſta reciproquement
contre l'interrup
tion de l'Archidiacre. Tout ce
GALANT 153
fes
Ceremonial eft de l'ancien ufage.
Le Difcours du Recteur
fut tel qu'on le devoit attendre
d'un homme confommé
dans l'éloquence qu'il a profeffée
long- temps avec éclar.
Ses expreffions furent de la
Latinité le plus pure
penfées les plus délicates , l'ordre
& le tour qu'il donna à
tout ce qu'il dit parut plein
d'efprit & de jufteffe . Il commença
par les louanges de la
Maifon de Sorbonne. Il s'étendit
fur l'efprit de fimplicité
& de defintereffement qui
yregne aujourd'huy comme
154 MERCURE
dans les temps de fon Inftitu
tion. Il fit voir que les Docteurs
de cette Societé fe confacroient
tous felon leurs talens
differens , au fervice de
l'Eglife & du Public . Les uns
à compofer des Livres , les au
tres à refoudre les Cas , les autres
à diriger les confciences ,
ceux- là à élever une infinité de
pauvres Ecoliers pour lesquels
ils prodiguent tous leurs biens
& tous leurs foins , & tous à
veiller continuellement à la
confervation de l'ancienne &
pure Doctrine . Il dit qu'il eftoit
important de donner à de fidiGALANT
155
gnes Ouvriers un Provifeur
fous la protection duquel ils
continuaffent
leurs travaux en
fûreté. Il paffa enfuite à l'éloge
de Mr de Reims dernier Provifeur.
Ille reprefenta comme
une des plus vives lumieres de
l'Eglife , le Deffenfeur des Loix
Canoniques , & l'ennemi de la
fourberie & des flatteurs . Il
parla de tous fes beaux Reglemens
pour fon Dioceſe , & de
fes fçavantes Ordonnances
. Il
dit que ce Prelat avoit efté dans
l'Eglife , ce que fon illuftre pere
Mr le Chancelier le Tellier
& Mr de Louvois fon frere ,
156 MERCURE
que
avoient efté dans les premiers
Emplois de l'Etat . Il s'étendit
enfuite fur les louanges de
Monfieur le Cardinal. Il dit
la Sorbonne n'avoit pas eu
longtemps à delibererfur le choix
qu'elle avoit à fe faire d'un nouveau
Provifeur. Que l'affabilité
de ce Prelat , fes manieres aimablese
bienfaifantes avoient attiré
furluy lesfuffrages de tant d'bommes
de Lettres , bien plus fortement
que la confideration de fa
haute naiffance & de fes éminentes
dignitez. Que fon éducation
prife dans le fein de l'Univerfué
avoit eftéfortifiée par la pratique
GALANT
157
affiduë de toutes les vertus convenables
àfon état; & quefes moeurs
irreprochables ,fon zele ardent
éclairé l'avoient élevéfur le Siege
le plus important de l'Eglife de
France. Comme Mr le Recteur
eft du Dioceſe de Chalons, il ne
pût s'empêcher de parler de ce
que la charité de Monfieur le
Cardinal , luy fit faire eſtant Evêque
de cette Ville . La maladie
fe mit entre les prifonniers
de la Bataille de Fleurus , qui
eftoient en fort grand nombre
à Chalons. Monfieur le Cardinal
ne ceffoit de les voir &
de les affifter en perfonne , il
158 MERCURE
en tomba malade fa dangereufement
qu'on le crut mort . Ce
fic eft à prefent ancien , mais
Mr le Recteur luy donna un
tour nouveau qui plut extrêmement.
Mt Pirot le Chancelier parla
enfuite avec la facilité qui luy
eft fi connue.Il nomma tous les
Provifeurs que la Sorbonne a
cus ; fçavoir quinze Cardinaux,
autant d'Archevêques ou Evêques,
& il fit voir que Monfieur
le Cardinal étoit le feul qui cuft
efté en même temps Proviſeur
de Sorbonne, Cardinal, Archevêque,
& Archevêque de Paris.
GALANT 159
Les uns eftoient Cardinaux ,
mais ils n'eftoient pas Archevêd'autres
eftoient Archevêques ,
mais ils n'eftoient pas Car
dinaux & d'autres n'estoient
qu'Evêques & Cardinaux . Il raporta
fort à propos l'exemple
de l'Eglife de Sarragoffe en Efpagne
, & cita avec la Doctrine
ordinaire , un Concile tenu à
Troyes. Il s'étendit ſur la naiffance
illuftre de Monfieur le
Cardinal , & fic efperer aux
Docteurs de Sorbonne qu'ils
feroient protegez en tout à
caufe du credit que Son Eminence
a l'honneur d'avoir au160
MERCURE
prés du Roy. Il finit par quelques
proteftations contre le
premier falut fait au Recteur ,
de méme qu'avoit fait l'Archidiacre.
Les trois Doyens des Facultez
& les quatre Procureurs des
Nations en donnant leurs fuf.
frages , ajoûtérent chacun un
éloge de Monfieur le Cardinal .
Celuy de Theologie témoigna
la reconnoiffance de la Faculté ·
envers S , E. à cauſe de la protection
dont elle l'honore >
& qu'elle employe les Docteurs
lors qu'elle a beſoin de fecours
pour le
gouvernement
GALANT 161
A
d'un fi grand Dioceſe . Celuy
des Droits à caufe que Monfieur
le Cardinal a bien voulu
eftre Docteur honoraire de fa
Faculté. Celuy de Medecine
promit que la Faculté épuiferoit
les fecrets de fon Art , afin
que Son Eminence joüît long .
temps du Titre de Provifeur
de Sorbonne.
le
Le Procureur de la Nation
de France felicita la Sorbonne
fur fon nouveau choix par
concours & les fuffrages unanimes
de tous les Docteurs qui
avoient pû fe rendre à l'Affemblée
, où s'eftoient trouvez
Avril 1710 .
O
162 MERCURE
deux Archevêques & fix Eveques
, & par la fatisfaction que
que Son Eminence en avoir
témoignée ; celuy de Picardie
affura la Sorbonne que fon
nouveau Proviſeur luy donneroit
fon attention . Que fa vie
laborieuſe & ennemie des plaifirs
luy ménagoit du temps
pour fournir à tous fes Emplois
; celuy de Normandie dit
qu'il venoit moins pour don
donner fon fuffrage que pour
applaudir à la fageffe de la Sorbonne
.Que cette Societé ne fe
trompoit jamais , & que le Public
eftoit d'autant plus conGALANT
103
tent de fon choix , qu'il avoit
prévû qu'elle le feroit , & qu'il
aimoit generalement Monfieur
le Cardinal ; celuy d'Allema
gne témoigna la reconnoiffance
de fa Nation pour les fe-
Cours que Monfieur le Cardinal
accorde charitablement à
une partie de ceux qui la compofent
. Ces fept diſcours furent
les uns plus longs les autres
plus courts , mais tous d'u
ne Latinité exquife & d'une
grande fineffe d'efprit . Le
Recteur aprés avoir recueilli
les voix conclut felon la coû
tume , fans qu'il y euft de pro-
O ij
164 MERCURE
teftation & d'interruption. A
J'oubliay le mois paffé lors
que je fermay ma Lettre , d'y
mettre les Articles de Marine
que vous allez lire.
De Dunkerque le 6. Mars.
Les Vaiffeaux du Roy l'Augufte
& le Blackwal , ont amené
un Baftiment Hollandois char
gé de Moruë.
De Bordeaux le 8. Mars.
Le Vaiffeau la -Bellone de
Bordeaux y a conduit une Priſe
CALANT 165
Angloife nommée l'Agnés de
Glafcom , chargée de Sucre , de
Cotton , & de Gingembre , venant
d'Antigue , Ifle Angloife .
De Breft le 10. Mars.
Mr Hamel Commandant
la Fregatte du Roy la Victoire,
a pris le Navire l'Ecureuil , venant
de Ligourne chargé de
vin de Florence & de marbre ,
deſtiné pour Londres , aprés
une heure de Combat dans lequel
Mr Hamel a eu trois
hommes tuez & cinq bleffez.
166 MERCURE
De Calais le z. Mars 2 .
Le Capitaine Mathieu Car--
don Commandant
le Corfaire
nommé le Maréchal de Boufflers
, a pris un Baftiment Hol
landois de 70. tonneaux fortant
de Rotterdam pour
Aberdein, Nord - d'Angleterre,
chargé de briques , poteries
chanvres , papiers , fil de fer ,
peintures , & épiceries.
aller à
,
Le Capitaine Alexandre
Dalzel Commandant
le Dogre
l'Experience , a amené une rançon
de 32 50. livres .
GALANT 167
De S. Malo le 5. Mars.
Le Corfaire le Chaffeur a pris
un Paquebot Anglois venant
de Lifbonne , fur lequel il y
avoit plufieurs Officiers de cette
Nation , deux Suedois , &
quatre Marchands Hollandoispaffagers.
La Marguerite a repris deux
Barques chargées de vin de
Bordeaux qui avoient eſté enlevées
par des Corfaires de
Jerfé.
Je crois que je ne fermeray
168 MERCURE
pas ma Lettre fans y ajoûter
de nouvelles Prifes , & de nouvelles
Expeditions de Mer , la
Marine de France ne laiffant
prefque pas paffer un jour fans
fe fignaler . Cependant , pour
obferver la diverfité que vous
me demandez , & qui vous fait
tant de plaifir , je paffe à un
Printemps nouveau , les Printemps
eftant tous les ans auffi
ordinaires que fouhaitez en ce
temps - cy.
AIR NOUVEAU.
Quoy ? dans nos champs tout renouvelle
Et
UWRIDTH
les
is
169
THPHAHAANTTEHI
THEQUE
LYON
DE
*
1893*
VILLE
Saivenu
taiger.
üif
en
au168
pas
de r
vell
Ma
pre
fel
obl
me
tan
Pri
ter
ord
ter
Qu
GALANT 169
Et le Berger qui venoit tous les
ans
M'annoncer le Printemps ,
Ne revient point parler d'une Sai-
Sonfi belle :
Peut- eftre que l'Ingrat eft devenu
leger
Ah! pourquoyfaut-il que je l'ai
*
me
Fe le devrois changer
Dans ma douleur extrême
Etje mourrayfans me vanger,
Je vous ay parlé des Réjoüif
fances qui ont efté faites en
plufieurs endroits du Royau-
Avril 1710. P
170 MERCURE
me , à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur
le Duc
d'Anjou. Elles ont efté auffi
fort grandes à Madrid , où Mr
le Duc d'Offune , donna une
grande Fefte accompagnée
d'u
ne piece de Theatre en Machine
, à la repreſentation
de
laquelle Leurs Majeſtez - Catholiques
affifterent , & il y eut
auffi un grand Bal .
Plufieurs Envoyez Extraordinaires
ont fait icy des Complimens
au Roy & à toute la
Maiſon Royale fur la naiſſance
de ce Prince ; & quoy que plufieurs
Souverains cuffent icy
GALANT 171
des Envoyez , ceux qui fe font
trouvez le plus à portée , n'ont
pas laiffé pour diftinguer leur
zele , d'en envoyer de nouveaux
pour cette feule fonction
.
La Reine Doüairiere d'Efpagne,
qui fait fon fejour à Bayonne
, qui fe fait admirer par fes
manieres qui charment tout le
monde , n'auroit pas manqué
d'en envoyer, pour donner des
marques de la joye qu'elle reffentoit
de cette naiffance ; mais
fon impatience fit qu'ayant icy
Don Juan Thomas de Goye
neche , Chevalier de S. Jac-
Pij
172 MACRURE
ques ,
fon Ecuyer , Elle luy envoya
une Lettre pour le Roy ,
& il eut l'honneur de faluër
Sa Majesté & de luy faire des
Complimens fur cette naiffance
, ainſi qu'à toute la Maiſon
Royale .
-Outre l'Envoyé que Monfieur
l'Electeur, de Cologne a
en cette Cour , Mr le Comte
de Saint Maurice s'y eftant
trouvé pour des affaires importantes
qui regardoient Son Altiffe
Electorale ; ce Comte
eftant un homme fort diftingué
, elle luy envoya une Letire
pour prefenter au Roy à
GALANT
173
l'occafion de cette naiffance ,
Comme il y a deux Nonces
en cette Cour , un Ordinaire ,
& un Extraordinaire , ils ont
tous deux fait des Complimens
de la part de S. S. au
Roy & à toute la Maiſon
Royale.
Mr le Comte de Rivalo , Envoyé
Extraordinaire de Monfieur
le Duc de Parme , a fait
les mêmes complimens au Roy
& à toute la Maiſon Royale ,
& il a efté auffi conduit à toutes
ces Audiences , avec les Cercmonies
accoutumées .
Dame Marie Charlotte de
Piij
174 MERCURE
Roquelaure , Ducheffe de
Foix , eft morte a l'âge de ss .
ans. Cette Dame épouía en
1674. Henry Charles François
de Foix de Candalle , Duc
de Rendan Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
Prince Captal de Bucs , Marquis
Senecay , Comte de
Beunauges , de Gurfon , & de
Fleix , la Maifon de Foix dont
çe Duc cft Chef , eft , difent
quelques Auteurs , fortie de
celle des Anciens Rois de Navarre
; la Maifon de Candalle
dont le fameux Duc d'Epernon
, favory d'Henry III .
GALANT 175
époufa l'heritiere , eftoit une
branche de celle de Foix , qui
a formé auffi une autre branche
qui fubfifte en Savoye &
dont un Gentilhomme qui a
époufé la foeur de Mr le Comte
de Blancheville eft chef.
Me la Ducheffe de Foix eftoit
foeur de Mr le Duc de Roquelaure
qui commande en
Languedoc , & fille de Jean-
Baptifte Gaſton , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Guyenne , & grand -Maiſtre
de la Garderobe & premier
Duc de Roquelaure , & de Maric-
Charlotte de Daillon , fe-
P iij
176 MERCURE
fa valeur que par La
conde fille de Timoleon de
Daillon , Comte du Lude , que
ce Duc époufa en 1653. &1
qui mourut 4. années aprés
âgée feulement de 2 1. ans . Ce
premier Duc de Roquelaure
s'éleva encore plus par fon merite
& par
naiffance. Il fervit dés l'année
1635. en qualité de Capitaine
de Cavalerie , il fut bleffe & fait
prifonnier à la Bataille de la
Marfée prés de Sedan en 1641 .
en chargeant les ennemis à la
tefte de fon Efcadron . Il fervit
en qualité de Maréchal de
Camp au premier Siege de GraGALANT
177
velines en 1644. à la prife de
Bourbourg en 45. au Siege de
Courtray en 46. eftant Lieutenant
general . Il fut bleffé au
Siege de Bordeaux & fait Duc
au mois de Juin 1652. Il fervit
à la conquefte de la Franche-
Comté en 1668. & dans
la guerre de Hollande en 1672 .
Ce Duc avoit efté élevé à une
bonne Ecole . Il eftoit als d'Antoine
de Roquelaure Maréchal
de France , & de Sulanne de
Baffepar fa feconde femme , &
de Catherine d'Ornezan fa premiere
femme , veuve de Gilles
de Montal Baron de Roque178
MERCURE
bron , & fille de Jean- Claude
d'Ornezan , Sieur d'Auradé &
de Noaillan Gouverneur de
Mets , ce Maréchal cut Jean-
Louis Baron de Biran grand-
Maiftre de la Garderobe du
Roy , mort fans eftre marié ;
Louiſe premiere femme d'Antoine
2. Duc de Grammont ,
Rofe femme de François de
Noailles , Comte d'Ayen , Chevalier
des Ordres du Roy ,
ayeul & ayeule de Monfieur le
Cardinal de Noailles : Catherine
Abbeffe de Rhodez , morte
au Calvaire à Paris , & Marie
femme de Jacques Eſthuer ,
GALANT 179
>
Comte de la Vauguyon . Du
fecond lit outre feu Mr le Duc
de Roquelaure , il eut feuë Me
la Marquise de Mirepoix , Me
la Marquife de Balagny
Me la Marquife de Fimarcon
( Caffagnet de Narbonne . ) Le
Maréchal de Roquelaure eftoit
grand- Maiſtre de la Garderobe
du Roy , Chevalier de fes
Ordres , Sénéchal & Gouverneur
de Rouergue & de Foix ,
Lieutenant general de la haute
Auvergne , Sénéchal & Gouverneur
de Guyenne ; il porta
dans fa jeuneffe le nom de
Longart , fous lequel il ſe fit
180 MERCURE
eltimer ; la Reine Jeanne
d'Albret bifayeule du Roy ,
commença la fortune . Henry
IV . l'éleva & Louis XIII. le fit
Maréchal de France en 1615 .
Me la Ducheffe de Foix fa petite
fille eftoit tres - eftimée . Sa
conduite a toûjours efté reguliere
& uniforme & avoit beaucoup
de vertu .
Dame Charlotte Marie le
Meufnier , épouse de M™ Guillaume
Bénard , Chevalier Seigneur
de Rezay , Second
Prefident de la premiere
Chambre des Enquestes . Cette
Dame eftoit veuve de M
GALANT 181
с
Jean Sevin , Chevalier Seigneur
de Guiney , de Gometzla
Ville , &c. Prefident en la
Cinquiéme Chambre des Enqueftes
, mort en la 59 année
de fon âge . Me la Prefidente
de Rezay eftoit belle
- foeur de Mr l'Evefque
d'Angoulême ; ce Prelat eftoit.
frere de Mr. le Prefident de
Rezay, & Coufin de Mre N ....
Bénard de Rezay , Capitaine des
Levrettes de Monfieur le Duc
d'Orleans . Il y a prés de 26 .
ans que Mr le Prefident de
Rezay exerce fa Charge . Il y
fue reçû le 30. Decembre
182 MERCURE
1684. Cette Dame eftoit proche
parente de Mre René le
Meufnier , Premier Confeiller
Clerc de la Grand'Chambre ,
& qui eftoit Officier dans le
Parlement depuis le 29. May
de l'année 1665.
Me la Prefidente de Rezay
a efté fort regrettée . C'eftoit
une Dame de merite , qui s'étoit
attiré l'eftime & la confideration
de tout ceux qui la
connoiffoient, par les manieres
honnêtes & bienfaifantes.
Elle eftoit alliée à plufieurs
perfonnes de confideration du
Parlement, & il y en avoit peu
GALANT 183
de diftinguées par leur naiſſance
à qui elle ne touchât du
côté maternel. Elle eftoit proche
parente de Mr de Verthamon
Villemenon , & de Mrs
de Leffeville , qui font de l'ancienne
famille de le Clerc ,
connue depuis fi long- temps
dans le Parlement , & que quelques
Auteurs pretendent avoir
donné un Chancellier à la
France . Elle eftoit auffi parente
de Mrs Leſcalopier , & de
Mrs de Semonville , familles
dont il y en a deux actuellement
Confeillers à la Grand'-
Chambre. Me la Prefidente de
184 MERCURE
Rezay a cfté fort regretée des
Pauvres, à qui elle faifoit beaucoup
de bien. Elle leur a donné
des marques de ſa tendreſſe
en mourant.
Dame Adrienne Philippine
de Lannoy , veuve de Jacques
Marie de la Baulme , Comte
de Montrevel & Brigadier des
Armées du Roy , tué à la Bataille
de Nerwinde , eft morte
âgée de 57. ans . Elle avoit eſté
Fille d'Honneur de la Reine.
Elle avoit cu deux fils de feu
Mr le Comte de Montrevel ,
dont l'aîné qui portoit la même
qualité fut tué il y quelGALANT
185
ques années , & au commencement
de cette guerre , à la
tête du Regiment de Montrevel
, dont il eftoit Colonel , &
qui fut enfuite donné à Mr
fon frere , qui porte aujourd'huy
le nom de Comte de
Montrevel
. Il est petit neveu
de Mr le Maréchal de Mont
revel , & petit fils de Mr Id
Marquis de Saint Martin , &
de Dame N..... de Saux de
Tavanes , morte depuis quelques
années à Tournay , où
elle faifoit fa refidence , & larriere
petit-fils de Mr le Comte
-de Montrevel , Chevalier des
Avril 1710
.
186 MERCURE
Ordres du Roy , & fon Lieute
nant General en Breffe, Bugey,
Valromay & Gex.
с
La Maifon de Lannoy eft une
des plus illuftres de Flandres ;
elle y tenoit déja un rang confiderable
dans le 12 & le 13
fiecle. Elle eft alliée aux Maifons
de Horne , de Robek , de
Berghes , d'Aremberg , & d'Egmont.
Dans la revolution qui
ôta une partie des Païs Bas au
Roy d'Espagne Philippe II . La
Maifon de Lannoy fut une
des plus fidelles à la Maiſon
d'Autriche , & elle ne prit dans
ces temps difficiles aucun enGALANT
187
gagement
contraire
à fes devoirs
; lors du Siege de Breda
par Ambroife
Spinola
, les
Comtes
de Lannoy
ne perdirent
aucune
occafion
de donner
des marques
de leur fidelité
au Roy Philippes
IV. petit
fils de Philippes
II . de mefme
qu'au Siege de Cafal fait par
le Gouverneur
de Milan
, & ce
fut le Comte
de Lannoy
ayeul
de la Dame qui vient de mourir
, qui empêcha
les effets de
la Ligue des Provinces
- Unies
contre
la Maifon
d'Autriche
.
Cette Ligue formidable
dans
fon commencement
, fut diffi
Qij
188 MERCURE
pée par la prudence & par l'activité
de ce Seigneur : Enfin le
nom de Lannoy a toûjours
efté cher à la Maifon d'Autriche
, & la feüe Reine choifit
elle même , & par la fuite de
l'inclination naturelle qu'elle
avoit pour ce nom , ' Mlle de
Lannoy pour une de fes filles
d'honneur.
Mr
d'Olton Comte
d'Aubarede ,
Lieutenant
General des Armées
du Roy & Gouverneur
de Salins , eft mort icy âgé de
90. ans.Il avoit elté auparavant
Gouverneur
de l'Ile de Ré. Il
Bernard
d'Aftorg
GALANT 189
s'eftoit diftingué dans toutes
les occafions les plus celebres
de fon temps & fes bleffures
eftoient autant de glorieufes
marques qu'il portoit fur luy
de fes fervices. Il eftoit d'une
ancienne famille originaire de
Quercy & établie à Toulouſe
dans le 13 ° fiecle . Il y a 412.
ans qu'un Aftorg eftoit Capitoul
de Touloufe ; & cette
famille a donné fon nom à une
ruë de la même Ville . Elle a
produit plufieurs branches ; les
plus confiderables font celles
de Montbartier , & d'Aubare
de , & celuy dont je vous
190 MERCURE
apprens
la mort eftoit de la
derniere
.
Mr Guillaume de Vic
Baron de Clermont aujour
d'huy Confeiller au Parlement
de Toulouſe a époufé N...
d'Aftorg de Montbartier de
la même Maifon que fou M' le
Marquis d'Aubarede qui vient
de mourir. M' d'Aftorg
Lieutenant de Roy de Blaye
& Chevalier de S. Louis de la
Promotion de 1703. eft de la
même Maiſon , Mr le Comte
d'Aubarede recût le même
honneur en 1694 , & en 1696 .
il fut fait Lieutenant General
GALANT 191
il fut le fecond de la Promotion
du 3º Janvier & Mr le
Marquis de Puyfieux fut le
premier & Mr le Maréchal
d'Arraignan fut le quatrième.
Mr d'Aubarede eftoit Gouverneur
de Salins en Franchecomté
depuis plufieurs années.
Cette Place fut prife le 22 .
Juin de l'an 1674. Mr de
Saliere Gentilhomme de Dauphiné
, proche parent de Me
I'Abbeffe be Bons de Belley ,
& Lieutenant de Roy de cette
Place , Mr de Fermoville ,
Major , Mr Tourte Ayde - Major
& Capitaine des Portes
192 MERCURE
ont fait faire un Service magnifique
à Salins pour leur Gouverneur
; les Officiers des Forts
de S. André & de Blin , y ont
affifté.
Mre N... de Joyeufe Abbé
de Gorze en Touraine , eft
mort dans un âge fort avancé.
Il eftoit Preftre , & avoit toûjours
mené une vie fort exemplaire
; la Maiſon de Joyeufe
eft illuftre & ancienne . Bernard
Seigneur de Joyeuſe
époufa en 1312. Alix de Pey
re ; il en eut Randon qui continua
la pofterité , & Jeanne
qui époufa en 1343 Geraud
Adhemar
GALANT
193
Adhemar Seigneur de Grignan
, & de là vient l'alliance
de cette Maiſon avec celles de
Grignan & de Rochebonne-
Chasteauneuf. Randon fecond
du nom , petit- fils de Randon
premier, eftoit Chambellan du
Dauphin Charles , Regent du
Royaume & Gouverneur de
Dauphiné en 1422. Il époufa
en premières nôces Catherine-
Alberte de Monteil de Gelas ,
dite de Charlus , Dame de Botheonen
Forez . Il en eut
Louis 2 Seigneur de Joyeufe
, que les Anglois firent prifonnier
à la journée de Crevant
Avril 1710.
R
194 MERCURE
en 1423. & Jeanne épouse du
Maréchal de la Fayette ( Gilbert
) de Jeanne fille de Jean
Louvet Prefident en Proven
ce , Louis 2 , eut Tanneguy Vi
comte de Joycufe , qui épouſa
en 1448. Blanche de Tournon
; il en cut Guillaume 1 .
dont je parleray , Charles Ab
bé de Chambon , nommé Evêque
de S. Flour en 1483. Jeanne
femme de Guy de la Baume
4. du nom Comte de Montrevel
, & Louis Sieur de Bothcon
Comte de Grandpré , Cham-i
bellan des Rois Louis XI . &
Charles VIII. & Lieutenant
GALANT 195
general au Gouvernement de
Paris , Ile de France , Orlean .
nois , Champagne , Brie , Câtinois
& Vermandois . Le Roy
Louis XI. luy fit épouſer Jeanne
de Bourbon , fille de Jean 2 .
Comte de Vendôme , un des
ayeux de S. M. Il eut de cette
illuftre alliance , Anne mariée
en 1497. à Gabriel de Levy
Comte de Courſon , & François
Sieur de Botheon , Anne
de Gafte Dame de la Barge ,
dont il cut Jeanne de Joyeuſe
alliée 1. à Claude Sieur de S.
Chaumont , & à François de
Montmorin Seigneur de Saint
K ij
196 MERCURE
Heran Gouverneur d'Auver
gne . Louis eut d'Ifabeau d'Halluin
fa premiere femme Robett
Comte de Grandpré , tige
des Comtes de Grandpré, bran
che cadette de la Maifon de
Joyeufe & dont cftoit l'Abbé
qui vient de mourir . Cette
branche eft à prefent l'aifnée ,
celle des Ducs de Joyeuſe s'étant
éteinte dans le 16 ° & dans.
le dernier fiecle . Mr l'Abbé de
Joyeuse eftoit fils d'Antoine-
François de Joyeuſe & de Marguerite
de Joyeuse heritiere du
Comte de Grandpré , & frere
de Mre Charles - François de
GALANT 197
Joyeuse , & de Jean- Armand
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy, & Gou
verneur des trois Evêchez , &
de feu Mr le Comte de Grandpré
qui a laiffé des enfans , de
Charlotte de Mailly & d'Henriette
Loüife de Cominges
Vervins fes deux femmes. Mr
le Maréchal n'a point eu d'enfans
: pour revenir à Guillaume
1. il fut Chambellan du
Duc de Bourbon , il épouſa
Anne de Balzac fille de Rufec
de Balzac Senéchal de Beauvais ,
& de Jeanne d'Albon . Il en eut
Charles Vicomte de Joyeuse ,
Riij
198 MERCURE
Louis Evêque de Saint Flour
Guillaume Evêque d'Alet ,
Jacques Abbé & General de
l'Ordre de Saint Antoine &
Doyen du Puy. Thibaud Chevalier
de Rhodes , & Jean Sieur
de S. Sauveur ; Charles époufa
Françoise de Meüillon fille
d'Antoine Sieur de Preffieux
& d'Ifabeau de Peyre , dont il
cut Louis tué à la Journée de
Pavic ; Jacques Vicomte de
Joyeuse qui mourant fans en--
fans , laifla pour heritier Jean
de Saint Sauveur fon oncle , &
Jeanne mariée à Gaſpard d'Urfé.
Jean de Joyeuse Sieur de
ALQUE
GALANT (199
DE
LA
VILLA
Joycufe Gouverneur de r
bonnes, Chevalier de l'Orde
du Roy , époufa en 1518 .
Françoiſe de Voifins , Dame
d'Arques , de la Tour -Fenouil
let, fille unique de Jean de Voifins
& de Paule de Foix de Rabat
; il fut pere de Guillaume
2. Maréchal de France , qui de
Marie de Batarnay fille de René
Comte du Bouchage , &
d'Ifabelle de Savoye- Tende ,
cut Anne Duc & Pair &
Maréchal de France , Favori
d'Henry III . dont il devint
beaufrere , fon frere ayant
époufé Marguerite de Lorrai-
Riiij
200 MERCURE
ne foeur puifnée de la Reine
Louife. Il fut tué à la Bataille
de Coutras qu'il perdit le 20.
Avril de l'an 1587. François
fon frere fut, Cardinal Archevefque
de Narbonne & enſuite
de Toulouſe. Le Pape Gregoire
XIII. l'honora de la
Pourpre , & il fut Protecteur
de la Couronne de France à
Rome. Henry Comte de Bouchage
, puis Duc de Joyeuſe
Pair & Maréchal de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
grand Maiftre de la Garderobbe
, Gouverneur & Lieutenant
general d'Anjou , Touraine , le
"
GALANT 201
Maine , & le Perche , fe fit d'abord
Capucin aprés la mort dé
fa femme. I eftoit troifiémé
fils de Guillaume 2. Maréchal
de France. La mort du Duc de
Joyeufe fon frere fut caufe
qu'il fortit des Capucins , mais
il y rentra en 1599. De Catherine
de la Valette fa femme
fout puifnée du fameux Duc
d'Epernonite qu'uns fille
unique qui époufa Henry de
Bourbon Duc de Montpenfier
,
d'où vint auffi une fille unique
qui épouſa feuë S. A. R. Gafton
de France Duc d'Orleans
Oncle du Roy , & dont elle cut
202 MERCURE
feue S. A. R. Mademoiſelle.
Voila par où Mrs de Joyeuſe
eftoient alliez de feue Mademoifelle.
Il y a encore eu un
Maréchal de France de cette
Maifon. Guillaume Vicomte
de Joyeuse Lieutenant general
pour le Roy au Gouvernement
de Languedoc , & qui eftoit fils
puifné de Jean de Joyeufe S
de Saint Sauveur , Gouverneur
de Narbene & de Françoiſe
de Voifins,dont je vous ay déja
parlé . Antoine - Scipion Chevalier
de Malte , grand Prieur
de Toulouſe & puis Duc de
Joyeuse , & George Vicomte
GALANT 203
de S. Didier eftoient auffi freres
du Duc de Joyeufe Favory
d'Henry III.
Mre Louis de Baradat Evêque
& Comte de Vabres , &
Abbé de Clermont eft mort
dans un âge affez avancé . Ce
Prelat eftoit d'une famille
diftinguée par fon rang & par
fon ancienneté dans le Languedoc.
Elle y eftoit connue dés
le 13 ficcle . Elle eft fortie
par
les femmes de celles de Balefta,
de Baragnes,& de Barthelemy.
Cette derniere a produit de
nos jours Mr l'Evêque de S.
Papoul.Mr l'Evêque de Vabres
204 MERCURE
cftoit fort éloquent & il en a
donné des preuves dans des
Chaires celebres . Il fut choifi
à la mort de feu Mr l'Archevêque
de Paris , pour faire
l'Oraifon funebre de ce Prelat,
& il la fit avec un fuccés merveilleux
. Il a efté Député en
plufieurs affemblées du Clergé
& il y a donné des marques
de fa Doctrine & de fon experience
dans les affaires Ecclefiaftiques
. L'Evêché de Vabres
eft fuffragant d'Alby . Feu Mr
Habert Docteur de Sorbonne
& Evêque de Vabres fut fort
mêlé dans les affaires du JanfeGALANT
205
nifme dont il fut un des plus
implacables
adverfaires
. Il
n'eftoit pas encore alors Evêque
, & fon zele pour la faine
Doctrine fut
recompenfé de
l'Epifcopat. Vabres eft une
Ville de Rouergue où il y avoit
autrefois une celebre
Abbaye
de l'Ordre de S. Benoift, que
Pape Jean XXII . érigea en
Evêché en 1317.
L'Abbé
Pierre Olargeo en fut le premier
Evêque & il a eu d'illuftres
Succeffeurs qui ont tous eu le
titre d'Evêques
Comtes de
Vabres. Saint
Gregoire de
Tours parle
avantageufement
le
206 MERCURE
C
de cette Ville au Chapitre 9
de fon 9 Livre , de la gloire
des Confeffeurs. Un Africain
de la Ville de Vage qui vint
s'établir à Vabres à la fin du
14°fiecle contribua beaucoup
aux embelliffemens de cette
Ville ; les foins qu'il prit pour
l'orner , ont rendu fa memoire
chere à la pofterité , & un
certain jour de l'année le
Peuple de Vabres va felon une
ancienne coûtume danfer &
fe rejouir devant une maiſon
qu'il habitoit , & on y chance
de vieilles Chanfons à ſa gloi-
Le Chapitre de Vabres
re.
GALANT 207
1
с
a produit d'excellens fujets.
Un Chanoine de cette Cathedrale
fur la fin du 14 ficcle
fe diftingua entre les Interpretes
de l'Ecriture. Il mir en
oeuvre la plus grande partic
des memoires de Pierre Olargeo
, premier Evêque de
Vabres.
Mre N... de l'Etang
Preftre , Prieur de S. Michel
en Poitou , Diocefe de Poitiers
, eft mort âgé de plus
de 60 ans. Il eftoit frere de
Mrl'Abbé de l'Etang Docteur
de Sorbonne
, & Prieur de
S. N. de Bourges & de Mrs de
208 MERCURE
l'Etang , tous diftinguez par
lcur merite , & par leur talens.
Ces Mrs font beaux freres de
Mr Bolduc de l'Academie des
Sciences. 20 ET
Le Roya donné le Prieuré
de S. Michel à Mr de Galiczon
Evêque d'Agathopolis , &
Coadjuteur de Babylone .
Mr l'Abbé du Puget , frete ,
fils , & petit - fils de Prefident!
à Mortier du Parlement de
Toulouſe , a efté facré Evêque
de Digne dans l'Eglife des Cor.
delieres rue de Grenelle , par
Mr l'Archevêque de Narbonne
& Mrs les Evêques de Blois
& de Valence , tous deux ComGALANT
209
patriotes du nouvel Evêque ; ,
les Maifons de Bertier & de Catelan
font de Touloufe auffi
bien que celles du Puget. Mr
l'Evêque de Digne eftoit grand
Vicaire de Viviers , & c'eft l'Evefque
de ce nom qui l'a fait
connoiftre à la Cour , & fur le
témoignage duquel il a eſté élevé
à l'Epifcopat . Tout le monde
connoift le merite de Mr
l'Evefque de Viviers. Un Ecclefiaftique
élevé de fa main eſt
un fujet bien digne de l'Epifcopat.
Catherine du Puget tante
du nouvel Evefque , époufa
Jacques de Catelan Confeiller
Avril 1710. S
210 MERCURE
au Parlement de Toulouſe , &
qui fut enfuite Preſident aux
Enqueftes . De ce mariage font
fortis plufieurs enfans , entreautres
Jean de Catelan Evef
que de Valence . Ainfi ces deux
Prelats font coufins germains ,
Jeanne Varez fille d'Anne Catel
, d'une Maiſon qualifiée du
Parlement de Toulouſe , dont
un des plus fçavans hommes
du Royaume a publié depuis
quelques mois la genealogie ,
époufa François du Puget il y a
prés d'un fiecle. La famille de
Varez fubfifte encore à Touloufe
; Mr de la Caffe en eft le
GALANT 211
Chef. Plufieurs enfans fortirent
de ce mariage ; Jacques
du Puget Prefident à Mortier
du Parlement de Toulouse ,
grand - pere de cet Evefque ,
N.... du Puget femme du celebre
N... d'Avifard Seigneur
de Vifelez , & N... époufe de
N... de Savi Seigneur de Gravels
, dont le fils a époufé lat
foeur de feu Mr le Marquis de
Fontbeaufard , Maréchal de
Camp. Le Prefident du Puget
Seigneur de Saint - André eut
deN... de Percin grand'- tante
de Mr l'Evefque de S. Pons ,
François auffi Prefident à Mor-
Sij
212 MERCURE
tier , qui de N... des Plats de
Graniague a eu Jofeph du Puget
aujourd'huy Prefident à
Mortier , le nouvel Evefque de
Digne , Mr du Puget Lieutenant
de Roy du Neuf Briſack ,
Mr.le Chevalier du Puget Capitaine
dans le Regiment du
Roy , un autre Chevalier du
Puget qui refide à Malte , un
autre Chevalier Lieutenant-
Colonel du Regiment de Dra
gonsde Saint- Chaumont, trois
autres tuez , l'un en Catalogne,
l'autre au Siege de Luxembourg
, & le troifiéme à Nerwinde.
Jacques du Puget eut
GALANT 213
plufieurs autres enfans de fa
premiere femme , deux Ecclefiaftiques
, dont le deuxième
fut Prevoft de Lombez , Mr de
Saint Jean Capitaine au Regiment
de Guyenne , mort au
Siege de Lerida. Deux autres
quiaprés avoir efté Capitaines
dans les Regimens de Breffe &
de Guyenne fe font mariez ,
Mes de Plocgnac du Puget ont
époufé , l'une Mr le Prefident
Catellan , la feconde Mr de
Nogarede , & la troifiéme Mr
de Roquefoulet parent de Mr
l'Abbé de Roquette
. Jacques
du Puget , de Conftance de
214 MERCURE
get
臀
Buiffon d'Auffonne fa premiere
femme n'eut qu'une fille
mariée à Mre N... de la Maimie
Seigneur de Ville - neuve ,
Sindic de la Province de Languedoc.
Mr le Preſident du Pud'aujourd'huy
a des enfans
de N ... de Chevailles de Fougeries.
Nicaife Evefque de Digne
affifta au premier Concile general
de Nicée. L'Eglife de Digne
tire ſon origine de Saint
Domnin , Difciple de Saint
Marcellin d'Embrun , qui vivoit
aprés le milieu du 4. fiecle.
Mr l'Abbé de Belzunce a efté
CALANT 215
facré Evêque de Marſeille dans
l'Eglife de la Maiſon Profeſſe
des Jefuites , par Mr le Cardinal
de Noailles , affifté de Mr
Bouthillier de Chavigny , Evêque
de Troyes, & de Mr du
Puget , nouvellement facré Evêque
de Digne. Mr l'Abbé
de Belzunce eftoit Grand Vicaire
d'Agen : il eut une Abbaye
il y a trois ou quatre années
: il eft neveu de Mr le Duc
de Lauzun , & fils d'une de fes
foeurs ; ainfi il eſt Couſin germain
de Mr le Comte de Nogent
, & de Me la Marquife de
Biron. Je vous ay parlé de ſa
216 MERCURE
Maiſon lorsqu'il eut fon Ab
baye , & lorfqu'il fut nommé
à l'Evêché de Marſeille ; ainfi
je n'ay rien de nouveau à vous
en dire. Feu Mr le Comte de
Belzunce , pere du nouvel Evêque
, eftoit de la Religion Proteftante
; mais il fe réunit à l'EglifeCatholique
avant fa mort .
Mr l'Evêque de Marseille fit il
y a quelques années la Vie de
Mlle de Foix vieille fille , tantedu
Duc de ce nom , & qui
mourut il y a quelques années
fort âgée à Montpont en Pe
rigord , où elle faifoit fon fejour
, & où elle a vécu dans une
pratique
GALANT
217
S
pratique édifiante des vertus
chreſtiennes. Mr de Belzunce
dedia ce Livre à Mr l'Evêque
d'Agen. L'Epitre Dedicatoire
eftoit fort belle , & elle contenoit
dans une grande éten
due des faits entierement recherchez,
& des reflexions tres
édifiantes
. Cet Ouvrage fit
beaucoup d'honneur à Mr
l'Abbé de Belzunce . L'avanta
ge qu'il a d'eftre allié de la
Maifon de Foix par celle de
Gaumont , dont eft Me fa mere
, donna lieu à cet Ouvrage.
Le Siege de Marſeille eft tresanciens
on y a vû des Evêques
Avril 1710
. ... T
218 MERCURE
dés les premiers ficcles du
Chriftianifme
. Le premier qui
gouverna cette Eglife dans le
temps des affaires des. Iconoclaftes
fit beaucoup parler de
luy , & fut beaucoup mêlé dans
l'éclat qu'elles firent.cll y a
encore aujourd'huy deux ada
ciens Evêques de Marſeille ,
outre , celuy qui l'eft actuelle
ment ; fçavoir , Mr le Cardinal
de Janfon qui l'eſtoit avant
d'eftre Evêque de Beauvais ,
& Mr l'Archevêque d'Aix , au
quel avoit fuccedé Mr l'Abbé
de Poudenx , Agent du Clergé,
qui ne fut que trois femaines à
Marfeille.
GADANT 219
Je vous ay déja dit que
Mr l'Archevêque
d'Alby avoit
cfté nommé pour remplir la
place de l'Academie Françoiſe
qu'occupoit feu Mr l'Evêque
de Nifmes ; je dois ajoûter icy
qu'il eft de la Maiſon de Nefmond
, frere du Lieutenant
General de Marine , & oncle
de Me la Comteffe de Cefane,
fille unique de ce Lieutenant
General. Il a cfté Evêque
de Montauban , & fous ce
nom il a harangué deux fois
de Roy en differentes occafions
à la tefte du Clergé . Mais ce
qui l'a le plus diftingué eft une
Tij
220 MERCURE
Harangue qu'il fit au feu Roy
d'Angleterre Jacques II . lors
de l'Affemblée generale du
Clergé , tenuë à ſaint Germain
en Laye en l'année 1700. &
à laquelle Mr l'Archevêque de
Reims prefida . Cette Harangue
fut fi touchante , qu'elle
fit pleurer toute la Cour d'Angleterre.
C'eft un Prelat treséloquent
, & qui a prêché dans
une Affemblée du Clergé avec
grand applaudiffement .
Le Roy a donné à Mr le
Comte de Saillant , Capitaine
des Grenadiers au Regiment
des Gardes , Commandant à
GALANT 221
Namur , & Chevalier de faint
Louis , le Gouvernement de
Saar- Louis , qui vacquoit par
la mort de feu Mr le Comte
de Choify. Mr le Comte de
Saillant eft de l'illuftre Maifon
d'Efteing , une des premieres
d'Auvergne , & qui a l'avantage
de porter les Armes & la
Livrée du Roy , depuis la Bataille
de Bouvine , où un Seigneur
de cette Maiſon ſauva
la vie à Philippes Auguſte . Mr
de Saillant eft frere de Mr l'Evêque
de faint Flour . Mr le
Comte de Saillant fert le Roy
depuis un grand nombre d'an-
T iij
222 MERCURE
nées , & il a donné dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
de frequentes preuves de fa
valeur. Il eft allié aux Maifons
de Canillac , Montboiffier ,
Chabanne , Curfon, & autres
Maifons qualifiées d'Auvergne
. Mr le Comte d'Efteing,
Capitaine Lieutenant des Gendarmes
Dauphins , Gouverneur
de Châlons , Lieutenant de
Roy du Païs Meffin , & fait
Lieutenant General au commencement
de la mefme année
où le fut Mr le Comte de
Saillant , eft fon Coufin germain.
La Maiſon d'Eſteing a
GALANT 223
donné quantité dé Prelats à
l'Eglife de France , & plufieurs
Comtes à l'Eglife de Lyon
Mr l'Evêque de faint Flour ,
dont je viens de parler , l'eftoit
lorfqu'il fut élevé à l'Epifcopat
d'ailleurs cette Maifon
joint à une infinité de grandes
alliances & d'illuſtrations
beaucoup de Dignitez qu'elle
a vû raffemblées dans fon fein.
Mais comme je vous en ay
fouvent parlé , & que l'occa
fion s'eft plufieurs fois prefentée
de rendre juftice à certe
grande Maifon , je finiray cer
article en difant que la Forte-
Tiiij
224 MERCURE
reffe bâtie à Saar- Louis n'a que
30. ans d'ancienneté , puifqu'elle
fut bâtie en 1680.& que
ce fut Mr de Choifi qui vient
de mourir qui fut chargé de
la faire conftruire . La Ville de
Saar- Louis eft dans le Duché
de Bar , peu éloignée des Villes
de Stenay , de Longwy , de
Marfal , de Mets & de Nancy.
Mr de Varennes , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , en
eft Lieutenant de Roy ; cet Of
ficier ayant donné aux Magiftrats
de la Ville la nouvelle
qu'il avoit reçûë de la nomination
de Mr le Comte de SailGALANT
225
获
lânt au Gouvernement de leur
Ville , il y eut pendant plufieurs
jours de grandes réjouil
fances , le merite & la reputation
de ce nouveau Gourverneur
y eftant déja fort connus
.
Lorfque je vous ay parlé
dans ma Lettre du mois dernier
du mouvement qui a efté
fait parmi les Intendans , je
n'eftois pas encore informé de
l'Article fuivant.
Mre Guy Care Seigneur de
: Montgeron prés de Paris ,
Maiftre des Requeſtes & Intendant
de Limoges , ayant
226 MBRCUR
demandé fon rapel, Mre Marc
Antoine Bofc Seigneur de Senieres,
du Bouchet , Surintendant
de la Maifon de Me la
Ducheffe de Bourgogne , &
ci devant Procureur general
des Requeſtes de l'Hoftel a cu
fa place. Mr de Montgeron ,
avoit cfté Intendant à Bourges
avant de l'eftre à Limoges
, & il fut reçû Maiftres des
Requestes en 1686. il eſt du
quartier d'Octobre . Il avoit
époufé la fille unique de Mr le
Marquis de Saint Diery , dont
il a des enfans ; elle eftoit niéce
de Me de Sainte Cecile Hofpif
GALANT 227
taliere de la Raquette Fauxbourg
faint Antoine , Religieufe
d'un grand merite ; elle
cft foeur de Mr le Marquis de
Saint Diery , & elle a fait l'établiffement
de la Raquette , qui
eft tiré des Hofpitalieres de la
Place Royale.
Mr Bofc nouvel Intendant
de Limoges eft de Montpellier.
Il fut reçû Maître des Requêres
en 1696. il eft du quartier
d'Avril. Il a beaucoup d'efprit,
& il eft fort eftimé dans le
Confeil. Ily a long temps que
fa famille eft dans la Robbé.
Elle eftoit connue à Montpel228
MERCURE
lier dés le commencement du
16° ficcle :il cft allié de Mr le
Prefident Crouzet de Montpellier.
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois - ci du Mariage
de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie
Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre de Caftille ) & Chevalier
de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro .
La Mere de Mr le Comte de
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes . Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par
l'Infante
Almolia fon époufe , comme
il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges
.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph
Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant , & tresnoble
Prince Jean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth,
Caftlemaine , Ricartone
, &c . Pair de deux Royaumes
de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c . Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth ,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus
.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit
en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayant accompagné Edgar Ethdin
d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur
qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois
,pour le faire fon Succef232
MERCURE
feur , eftant le Succeffeur legitime
de la Couronne d'Angleterre.
Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere , & fes deux foeurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite de Maurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite
foeur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere .
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle
a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy , & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume
, luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond , à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors
, & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre ; & alliée avec tout ce
qu'il y a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même , fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe . Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella
Drummond fille du Seigneur
de Drummond Chef de
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe . De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques
4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere
de France , & Reine d'Ecoffe.
De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande
Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme , grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé , de Madame de
Hanover , &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes
de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy ,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe
de Savoye , Mere de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans . Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere
femme la Princeffe d'Orange
, & la Princeffe de Dannemark
, nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe
de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre
, il a en Sa Majeſté Britannique
Jacques 3 ° & la Princeffe
Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct
, ce n'eft pas le feul endroit
par lequel le Roy d'Angleterre
eft defcendu de la Maifon
de Drummond , dont le
dernier Chef avoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille . Le fils aîne eft prefentement
Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy , &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy
, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges
militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant
General des Armées du
Roy d'Angleterre , Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , Vice-
Treforier & Controlleur General
du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État
de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
le caractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy d'Angleterre
; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti240
MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que
celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy , qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner ” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte ,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne
, & premier Gentilhomme
de fa Chambre , & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE
241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe , l'une des plus anciennes
du Royaume , dont Mylord
Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux
Chevalier Guillaume
Wallace , grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion
des Anglois qui l'avoient
envahy , profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre Che-
Avril 1710
. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur ,
ou Viceroy par les Etats Generaux
du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles
, & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace ,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant - garde de
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent
entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il
y cût reçû plufieurs bleffures
dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe
, & mefme avec la Maifon
Royale, le Chevalier Duncan
Wallace ayant épousé Eleonore
de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille
& heritiere de David Bruce
Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere de-
M° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de Caftel-
Blanco eft d'une beauté fingu-
X ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné
l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent.
L'ancienne Abbeffe des Dames
Benedictines Angloifes de
Pontoife , s'eftant elle- mefme
démiſe de fon Abbaye , à caufe
de fes infirmitez continuelles
qui ne luy permettoient
plus de remplir les fonctions
de ce Benefice , aprés avoir
IGALANT 245
fait cette démiffion dans les
formes en prefence du Reve
rend Pere Eyre, Confeffeur du
Roy d'Angleterre , pria fa
Communauté d'élire une autre
Abbeffe , & le choix eft
tombé unanimement fur Dame
Anne Xaviere de Gifford ,
Religieufe de la meſme Maifon
, fi recommandable par ſa
picté & par fon efprit , dont
le caractere a fi bien répondu
à fes illuftres Ancestres , eftant
fille du Chevalier Henry Gifford
, Baronet & Seigneur de
Burſtall , & de plufieurs autres
lieux dans la Province de Lei-
X iij
246 MERCURE
cefter en Angleterre , & de Da-o
me Marie Vaughan de Ruarden
, de la Province de Gloſter . )
La famille des Giffords eft une
des plus illuftres du Royaume
d'Angleterre, eftant deſcenduë
d'Olbert de Bolebec , Comte,
de Longueville en Normandie
, qui époufa Avellina , foeur
de Gonorra , ayeule de Guillaume
Duc de Normandie ,
enfuite Roy d'Angleterre
nommé le Conquerant. Les def
cendans dudit Ofbert fe tranf
porterent avec luy pour conquerir
l'Angleterre , & eurent
de grands biens dans ce païs ,
CALANT 247
où ils s'établirent , & avec le
temps ils fe diviferent en plufieurs
branches , dont Gifford
de Chillington dans la Province
de Stafford eft une , &
dont celle - cy eft une branche
cadette , & porte les mefmes
Armes . Ledit Chevalier Henry
Gifford , pere de la nouvelle
Abbeffe cut tous fes biens confifquez
du temps de l'Ufurpation
de Cromwel , à caufe de
fon attachement fidele à Charles
Premier & Charles Second ,
Rois d'Angleterre , qui les luy
rendirent aprés leur rétabliffement
, & fon frere le Cheval
X iiij
248 MERCURE
*
lier Jean
Gifford , mort
depuis
deux ans à faint
Germain en
Laye (fut des
premiers qui fuivirent
Jacques
Second en France
pour fe facrifier
à ſon ſervice
) & eftoit d'une vertu &
d'une
probité
exemplaires . Le
feu Roy
d'Angleterre le mit
auprés du Prince de Galles en
qualité de
Gentilhomme
de fa
Chambre ,
laquelle
Charge il
exerça
auprés du Roy d'Angleterre
jufqu'à fa mort , de
laquelle Sa Majesté a
témoigné
de grands
regrets. Il avoit é
poufé
Dame
Catherine
de
Middleton , fille aînée de MyGALANT
249
lord Middleton , premier Miniftre
& Secretaire d'Etat , &
de Dame Catherine de Brudenelle
, fille de Mylord Car-'
digan , & Gouvernante de la
Princefle d'Angleterre , tous
deux des plus illuftres familles
de la Grand Bretagne , & dont
le mefme Chevalier Gifford a
laiffé un fils , qui fait efperer
qu'il heritera avec les biens des
grandes vertus de fes Ance.
ftres ; il a laiffé auffi une fille .
La famille de Vaughan de
Ruarden , mere de la nouvelle
Abbeffe , eft fans conteftation
directement defcendue des
250 MECRURE
Rois & Princes de Galles , dans
le temps qu'ils eftoient Souve
rains de leur païs , & avant que
les Anglois , ou Rois d'Angleterre
, en euffent fait la conqueſte
, & font prefentement
proche alliez au Duc de Beaufort
, Chef de l'ancienne Maifon
de Worceſter , du Duc de
Powys,de Mylord Pembroke,
& de Mylord Herbert de
Cherbury.
La Benediction de cette nouvelle
Abbeffe fe fit le z . d'A
vril à l'Abbaye Royale de
Maubiffon par Mr l'Evêque de
Waterford en Irlande , qui
GALANT 251-
s'eft dignement acquitté de
cette fonction. Le Roy & la
Reine d'Angleterre avoient envoyé
leurs principaux Officiers
pour y affifter. On conduifit
cette nouvelle Abbeffe , accompagnée
de cinq Dames
Religieufes de fa Maiſon , dans
un des Caroffes de la Reine , à
l'Abbaye de Maubiffon , où
M. l'Abbeffe la reçût avec des
accueils tres gracieux , & qui
font ordinaire à fa grandeur
d'ame. Aprés la ceremonie de
la Benediction , elle regala la
Compagnie tres-fomptueufement
, les Tables ayant efté
252 MERCURE
fervies de tout ce qu'il y avoit
de plus exquis dans la faifon .
Je remers au mois prochain
à vous parler de tous les Benefices
que le Roy a donnez
dans la derniere promotion ,
n'ayant pas le temps de m'étendre
ce mois- cy autant qu'il
feroit neceffaire , fur tout ce
qui regarde cette promotion.
Je paffe à quelques Articles
de Morts , dont je n'ay enco
re pû vous parler.
Dame Ifabelle Angelique
de Guenegaud , veuve de François
Comte de Boufflers & de
Cagny , Vicomte de Ponches,
GALANT 253
Lieutenant General pour le
Roy au Gouvernement
de
l'Ile de France , & grand Bailly
de Beauvoifis , eft morte
âgée de 63. ans fans laiffer
d'enfans. Elle eftoit foeur de
Gabriel de Guenegaud , Comte
de Montbrifon , tué en
1668. en Candie ; d'Eftienne
Marquis de Plancy , qui à
époufé Mlle de Merode ; de
Roger , auffi Marquis de Plancy
, Meftre de Camp du Regiment
Royal de Cavaleric ,
mort en 1672. de Cefar , Vicomte
de Femoine , mort en
1668. d'Emanuel , Chevalier
254 MERCURE
de Guenegaud
, & de Claire
Benedicte
, mariée en 1665 à
Juft Jofeph François de Tournon
de Cadar - d'Ancezunė
,
Duc de Caderouffe
, & elle
eftoit fille d'Henry de Guenegaud
, Secretaire d'Etat , & d'ILabelle
de Choifeuil , fille puinée
de Charles , Marquis de
Praflin , Chevalier
des Ordres
du Roy , & Maréchal de France
, & de Claudine de Cazillac.
Me la Comteffe
de Boufflers
eftoit niéce de feuë Me la Maréchale
d'Albret , de Mr de
Lanzac , Prefident
aux Enqueftes
du Parlement
, & des
GALANT 255
Dames de Plotard & de Bellenave,
qui eftoient Guenegaud ,
& elle eftoit petite fille d'Henry
de Guenegaud , Marquis de
Filancy , &c. Secretaire d'Etat,
& Garde des Sceaux des Ordres
du Roy , Charges qu'il remit
bien - tôt à fon fils , & de
Marie de la Croix, Henry avoit
efté Treforier de l'Epargne.
De François 3 ° du nom ,
Comte de Boufflers , Ifabelle
de Guenegaud avoit cu Henry
, Comte de Boufflers . Mr
le Comte de Boufflers mourut
en l'année 1672. deux années
aprés fon mariage , qui avoit
256 MERCURE
efté fait le 13. de Juillet de l'an
1670. Ce Comte eftoit frere
aîné de Mr le Maréchal de
Boufflers , & fils de François
2. Comte de Boufflers , grand
Bailly de Beauvoifis , & de Da-
-me Loüife le Vergeur , fille de
Jerôme le Vergeur , Seigneurde
Courtagnon , & de Marguerite
Françoife le Danois.
Me la Comteffe de Boufflers
qui vient de mourir, a eftéfort
regrettée. Ceftoit une Dame
d'un merite diftingué , & qui
avoit toûjours pratiqué les devoirs
de fon état avec une fi.
delité conftante . Elle eftoit
GALANT 257
proche parente de feuë M° de
Villetaneufe
, qui luy donna
en mourant de folides marques
de fa tendreffe & de fon
attachement
, ainfi que je vous
l'ay dit , en vous faifant part
du Teftament
de Me de Villetaneufe
, un des plus confiderables
qu'on ait vû depuis
long- temps en legs & fonda.
tions .
Dame Françoiſe- Madelaine
de Soufcelle épouse de Mre Jacob
ChevalierComte du Quefne
, qui s'eft fi fouvent diſtingué
à la tête des Armées Navales du
Roy , eft auffi decedée . Elle a
Avril 1710
.
Y
258 MERCURE
efté fort regrettée en Bretagne,
où elle a fait un affez long fé
jour. La famille de Mrs du
Quefne eftant originaire de
cette Province , elle s'y eftoit
attiré la confideration de toutes
les perfonnes qualifiées par
fes manieres genereufes , &
bienfaifantes. Elle eftoit d'une
ancienne famille originaire de
Normandie , & qui y eftoit
déja connue dans le temps que
les Anglois eftoient Maitres
de cette grande Province. Le
5 Ayeul de cette Dame fe
trouva à la Bataille d'Azincourt
, où il mourut les armes
GALANT 259
à la main , aprés avoir donné
de frequentes preuves de fon
intrepidité & de fon experience
dans tout ce qui regarde la
guerre. Sa valeur éclata fi fort
dans cette Journée , qu'il fut
également regretté des François
& des Anglois , qui furent
tous témoins de fa valeur & du
fang froid avec lequel il fe jettoit
dans le plus grand feu .
Me du Quefne eftoit alliée de
Mrs de Rogeville Maifon de
Lorraine, dont eft aujourd'huy
le Lieutenant Colonel du Regiment
d'Infanterie du Buëil ,
qui portoit auparavant le nom
Y ij
260
MERCURE
de
Nettancourt. Cette Dame
eftoit auffi parente du côté
maternel du feu Comte de
Chalais , & de Mr le Marquis
de la Vicuville ; mais les vertus
chrétiennes dont elle faifoit
profeffion , eftoient ce qui luy
donnoit le plus d'éclat . Elle
aimoit
extrêmement les pauvres
, & dans les Ports de mer
où elle fuivoit Mr du Quefne
fon époux , & où elle l'attent
doit lors qu'il revenoit des Ex
peditions Maritimes où il étoit
employé , elle ne s'occupoit,
qu'à vifiter les pauvres dans les
Hôpitaux , & à leur procurer
GALANT 261
du foulagement. Sa tendreffe.
avoit principalement pour objet
les pauvres Matelots , que
leur âge ou leurs bleffures ,
avoient mis hors d'état de fervir.
Elle faifoit des Quêtes
pour eux , & elle eftoit toûjours
des premieres a donner
l'exemple d'une grande charité.
Mre Nicolas Petit Seigneur
de Villeneuve , Prefident de la
Cour des Aydes, où il fut reçû
l'année 1705. eft mort dans un
âge tres peu avancé . Il eftoit
le 7 Prefident de cette Cour ,
°
✯ il a acquis beaucoup d'eſti262
MERCURE
4
me dans l'exercice de cette
Charge. Il eftoit proche parent.
de Jofeph - François Petit de
Villeneuve , Confeiller en la
2° Chambre des Enqueftes , où
il fut receu en l'année 1702 .
& il eft auffi tres - eftimé dans
fa Chambre, Mrs Petit de Vil
leneuve font d'une tres- ancienne
famille de la Robbe , & qui
eftoit déja connue à Paris dans
le 16°fiecle . Ceux de cette Maifon
brillerent beaucoup dans
lé Parlement fous le regne de
François I. & fous les regnes
tumultueux de François II. de
Charles IX. & d'Henry III.
GALANT 263
& ils donnerent de frequentes
marques de leur fidelité à leur
legitimes Souverains : & furent
des premiers du Parlement qui
reconnurent Henry IV. aprés
la mort d'Henry III . & ils ne
cefferent de donner à ce Monarque
des marques de leur
fidelité dans toutes les occafions.
Sous les regnes de Louis
XII. & de Louis XI. pour re
monter plus haut , les Petit de
Villeneuve eftoient déja fort
confiderez dans le Parlement
& dans la Chambredes
Comptes.
Lorfqu ele 1º de ces Princes
fut arrêté à Peronne par le
er
264 MERCURE
ཙྪཱདྷབྷཱཝཱ
Duc de Bourgogne , il avoit
auprés de luy un Petit de Villeneuve
, qu'il confultoit dans
toutes les affaires importantes .
Mrs Petits font parens de Mrs
de Villeneuve qui ont donné
un Premier Preſident à la Cour
des Aydes , de Mrs Dodicu ,
qui ont eu parmi leurs ancêtres
des Mailtres des Requêtes,
& de Mrs Matthieu , dont la
famille a produit de grands
Jurifconfultes , & fur tout un
celebre Avocat de Lyon , qui
fut le premier Avocat du
Roy au Prefidial , lors qu'on
yen érigea un. Paradin en
parle
GALANT 265
parle fort dans le Chapitre des
Vaufelles.
Je paffe d'un Article de
Morts , a un autre qui regarde
deux jeunes Princes , qui appa
remment vivront encore long.
temps.
*
Le Roy a donné à S. A. S.
Monfieur le Duc du Maine ,
les furvivances de fes Charges,
fçavoir celle de General des
Şuiffes & Grifons , pour Monheur
le Prince de Dombes , &
éelle de Grand Maiftre de
l'Artillerie , pour Monfieur le
Comte d'Eu , fon Cadet . L'a
prefdinée les Suiffes ſe mirent
Avril 1710. Ꮓ
}
266 MARCURE
en Bataille Louis les fenêtres de
leur nouveau
General , & en
ayang receu de grandes marques
de fa liberalité , ils,danfes
reng & bûrent pendant le refte
du jour danside même enz
droit.
Je vous marquay dans Ima
derniere Lettre que ju nd vous
dirois rien des nouveaux Lieutenans
Generaux , & des nouveaux
Maréchaux de Camp ,
parce que je vous en ay parlé à
meſure qu'ils font montez à
ces premiers poftes de la guer
re ; mais comme il left plus
difficile de parler des nouveaux
3GALANT 267
Brigadiers , à caufe que n'ayant
point encore rempli le pofte
d'Officiers generaux , ils ne font
fouvent connus que par leurs
noms , & que l'on a mefme de
la peine à fçavoir quels eftoient
leurs Emplois avant que d'avoir
la qualité de Brigadiers.
La recherche qu'il en faut faire
pour en parler jufte , eſt tresgrande
, & je crois en eftre venu
à bout àa peu de chofe prés;
carab eft prefque impoffible
que l'on ne faffe quelques fau
tes en parlant d'un fi grand
nombre d Officiers. Je com
mence par les Brigadiers d'In-
Z ij
268 MERCURE
fanterie fuivant l'ordre de leur
nomination. AM Steegia
Mr. Reynold de Valier , Capitaine
aux Gardes Suiffes , &
Chevalier de S. Louis. Il fert
en France il y a plus de 20 .
ans. Il fe trouva à la Bataille de
Nerwinde où il fut bleffery
n'eftant alors qu'Officier fubalterne.
ede
Mr Reding , Capitaine aux
Gardes Suiffes , avec Brevet de
Colonel. Il eft attaché au Service
de la France depuis prés de
25. ans. Il eft parent de Mrs
Stoupe & de Mollondin qui
Occupent les premieres places.
$
GALANT 209
de la Magiftrature de la Prin
cipauté de Neufchaftel. left
auffi parent de Mrs Courte &
Grenu , Brigadiers & de la mês
me Nation .
Mr Mergeret, Capitaine aux
Girdes Françoiſes . Il eft de
Paris ; fon
fon pere a efté longtemps
dans les Illes , où il avoit
un Commandemenr tres confiderable.
Ce nouveau Brigadier
a donné de grandes preu
ves de fa valeur à la Bataille de
Malplaquet.
Mr de Villiers, Capitaine aux
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel. Il fert depuis l'âge
Z iij
270 MERCURE
ا ي
de 15 ans avec beaucoup de
diftinction . Il a fervi en Italie
fous Monfieur de Vendofme
qui l'a employé dans des occafions
importantes qui luy
ont fait beaucoup d'honneur .
Il eft d'une famille originaire
de l'Ile de France , & alliée à
celle de Mr Poitevin Confeil
ler au Parlement . Il eft parent
de Mride Villiers leMorier,Ma
jor du Regiment de la Reine
Dragons , & Brigadier , & de
Mr de Villiers le Morier Ma
réchal de Camp.
Mr le Comte de Mongon,
Capitaine de Grenadiers aux
GALANT 271
易
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel alpa donné des
marques de fa valeur en plu
fieurs occafions . It eft fils de
Mr de Mongon , Lieutenant
General & Inſpecteur d'Infanterie
, & de feuë Dame N...!
Sublet d'Heudicourt , fille de
Mr le Marquis d'Heudicourt
-grand Louvetier de France , &
foeur de Mr.le Comte d'Heudicourt
Brigadier des Armées
du Roy , & de feu Mr l'Abbé
d'Heudicourt , mort nommé
Evêque d'Evreux . Feuë Me la
Comteffe de Mongon eftoit
Dame du Palais de Madame
Z iiij
រឺ
272
MERCURE
la
Ducheffe de
Bourgogne. 19
Mr le
Marquis
de
Gallion ,
Colonel du
Regimens de Nav
varre, Il
combattit
à la
Batailleb
de
Malplaquet
a côté de
Mrle
Maréchal de
Boufflers ,
lorfque
les
Ennemis
furent fi mal-trai
tez à la
droite du bois , par la
Brigade
de
Navarre. Ce
Maréchal
& tous
ceux qui fe
trous
verent en cet
endroit
rendirenca
juſtice à la valeur
de Mr dep
Gaffion , dont le Roy
d'Anglet
terre fut
auffi
témoin , & ill
combattit
juſqu'à ce que
Mrs
de
Boufflers
craignant
quel'Infanterie
ne fût
coupée , la fitp
BALANT 273
pric
retirer. Il repric quelques drapeaux
que les Ennemis nous
avoient pris , & leur en
des leurs nye lats if
Mr le Chevalier de Givry ,
Colonel du Regiment de la
Marche. Il y a 22 , ans qu'il
fert , & il n'a point laiffe paffer
d'occafions fans donner des
marques de fa valeur . Il s'eft
trouvé à la Bataille de Malplaquet
, où il a fait des actions
furprenantes
. Voyant que les
Ennemis avoient penetré dans
un Pofte important , il marcha
à eux avec fon Regiment
qu'on avoit mis en reſerve , &
+
274 MERCUR
les en chafla. Mr de Gaffion
fon oncle commandoit alors
l'aifle droite de la Cavalerie , &
*
fit à la tête de la Maifon du
Roy les plus belles charges de
Cavalerie qui ayent jamais eſté
faites .
Mr le Comte du Montal ,
Colonel du Regiment de Poitou.
Il est petit fils de Mr du
Montal , mort Chevalier des
Ordres du Roy , & l'un des
plus grands hommes de guerre
que la France ait eus dans
dernier fiecle. Celuy qui donne
lieu à cet Article avoit d'abord
efté destiné à l'Eglife ; mais fe
GALANT 275
fentant plus d'inclination pour
la profeffion des Armes , il
s'y attacha , & y a donné de
frequentes preuves de fa valeur.
24 Mr de Colandres , Colonel
du Regiment des Vaiffeaux . Il
eft fils de feu Mr le Gendre
de Rouen , frere de Mr de
Barville Capitaine aux Cardes
qui a épousé Alle de Saillant ;
de Me Pecoil , femme du Maître
des Requeftes de ce nom ,
& de Mc la Prefidente de Feu
mechon 'de Rouen . Un de fes
freres , auffi Colonel , fut tué
à la Bataille d'Hochfter.
276 MERCURE
Mr le Comte de Guiraud , Co
lonel du Regiment de Bour
gogne. Il porte un nom des
plus illuftres , & tous ceux qui
le portent ont toûjours fair
voir dans les occaſions autant
de valeur que de fidelitépins
Mr le Comte de Laval , Com
lonel du Regiment de Bourq
bon . Il a donné des marques
de fa valeur dans les principa
les actions de cette guerre où
il s'eft trouvé , & où il a foû
tenu glorieufement l'illuftre
nom qu'il porte. Mr de Buran
lure , fon Lieutenant Colonel ,
l'a tiré deux fois des bras de la
GALANT 277
mort , où fon courage l'avoit
precipité. Il eſt de la Maiſon
de Montmorency , & never
de Mc la Ducheffe de Roquelaure.
zochild
僖
Mr le Comte Marquis de
Lannion , Colonel du Regiment
de Xaintonge . Il paſſe
pour un des plus braves de
l'Armée. Il est d'une ancienne
famille de Bretagne , dont je
yous ai amplement parlé en
vous apprenant fon mariager
Il eft parent de Mr le Marquis
de Lannion , Lieutenant GCneral
des Armées du Roy. øj
Mr le Marquis deFeryaques
278 MERCURE
Colonel du Regiment de Piémont.
Il a donné plufieurs
preuves de fon courage dans
cette guerre ,& fur tout dans
la Bataille de Malplaquet , oùil
ſe trouva , & de qui un Officier
du Regiment de Monfieur le
Prince de Baviere , dit dans fa
Relation que c'eftoit un hom
me d'un grand merite , & un
fort bon Officier , qui meri
toit d'entre loué . Heft fils de
Mrle Marquis de Bullion , Prevoſt
de Paris , & frere de Mt
le Marquis de Bonnelles , mort
des bleffures qu'il reçût au com
mencement de cette guerre ,
GALANT 299
dans une des premières Batailles
qui fe font données. Il eſt
auffi frere de M la Ducheffe
d'Uzés , & de MⓇ la Princeffe
deTalmont. Visuel asi
Mr le Marquis d'Aubigné ,
Colonel du Regiment Royal.
Hefe trouva à la Bataille
d'Hochfter , ou il donna des
marques de fa valeur , & ou
Mr de Saint Maurice, fon Lieutenant
Colonel , luy fauva la
vielen de fecourant à propos
contre un peloton d'ennemis
qui adlavoient invefti , & qui
Fauroient fait perit fans ce fecours
qui vine fort à propos
སྙ
280 MERCURE
2
pour luy . Il a acquis dans d'autres
occafions fa reputation
d'un Officier fort entendu dans
la difcipline militaire . L'Offi
cier dont j'ay parlé dans l'Ar,
ticle precedent , dit de Mr
d'Aubigné qu'il fit dans cette
Bataille merveilles
, & qu'il s'y
comporta en bon Officier , & en
brave homme ; ce font fes termes
auſquels je ne change rich ,
Il eft certain que ce Colonel à
la tefte de fon Regiment
, chargea
jufqu'à onze fois douze
Bataillons retranchez dans un
Village , duquel il les chaffa
enfin. Mr de Villars fut fi char,
*
GALANT 281
me de cette action de vigueur,
qu'il dit en embraffant ce jeune
Colonel , qu'il mourroit
content s'il avoit une femblable
action pardevers luy. Ce
Colonel emporta auffi dans la
mefme journée fept traverſes ,
avec le retranchement
qui les
lioit , & lorfqu'il en voulut attaquer
un autre , il fut bleffé
d'un coup de Fufil dans la
cuiffe. Il eft fils de Mr le Marquis
de Tigny de Poitou , neveu
de Mr. l'Archevêque de
Rouen , & proche parent de
Madame de Maintenon,
Mr Berthelot de Bourceau ,
A a Avril
1710.
282 MERCURE
Colonel du Regiment de Bretagne.
Il fert depuis l'âge de
15. ans , & il s'eft trouvé dans
dans toutes les occafions confiderables
de fon temps . A la
Bataille de Nerwinde , où il
n'eftoit que fimple Capitaine ,
il merita par la valeur qu'il y
fit paroître des louanges de Mr
le Maréchal de Luxembourg ,
qui en écrivit mefme à la Cour.
Il eft parent de Mr le Lieutenant
de Roy de Châlons , &
d'une famille originaire de Paris
, qui a efté dans les Charges
de la Robbe depuis plus d'un
ficcle & demy.
@GALANT 283
Mr de la Chau-Montauban ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
qui porte fon nom.
Il s'eft trouvé à la Bataille que
Mr le Comte du Bourg gagna
fur le General Mercy P'Elte
dernier prés de Rumersheim .
Il eftoit à la tefte de la Brigade
de l'Auxerrois , & il tua de fa
main d'un coup de Sponton
le Colonel du Bataillon ennemyqui
marchoir à luy. Il eftoit
alors auprés de Mr le Comte
de Tallard , & de Mfl de Bethune
Monime. Ce nouveau
Brigadier eft de Creft en Dauphiné
, & d'une Maiſon tresqualifiée.
A a ij
3
284 MERCURE
Mdle Marquis de Crecy ,
Colonel du Regiment de Boulonnois.
Il eft fils de feu Mre
Louis Verjus , Chevalier Com
te de Crecy, Marquis de Treon
& Fort Ifle , Baron de Couvé,
Seigneur du Boulay , les deux:
Eglifes , le Menillet , & c . Confeiller
d'Etat ordinaire , cys
devant Envoyé Extraordinaire
dans toutes les Cours d'Alle
magne , & Ambaſſadeur Extraordinaire
à la Paix Genera
le de Rifwick. Le nouveau
Brigadier eft neveu de Mr l'E
vêque de Graffe , & du feu
Pere Verjus Jefuite. to d
*
GALANT 2899
Me le Comte de Sauvebeof,
Colonel du Regiment de Blai- >
fois. Il a donné des preuves de
fa valeur dans toutes les occafions
où il s'eft trouvé , & l'on
en a rendu un compte à la Cour
dont le Roy s'eft ſouvenu. Ik
fçait parfaitement la difcipline
militaire. Il eft parent de
Mrs les Abbez de Sauvebeuf.
Mr leMarquis de Balincourt,
Colonel du Regiment d'Ar
tois . Il fervoit la Campagne
derniere en Rouffillon , où Mr
le Duc de Noailles a efté plufieurs
fois témoin de fa valeur .
Il eft fils de Mr le Marquis de
286 MERCURE
Balincourt , & de Dame N. de
Seve fa premiere femme.
Mr le Chevalier Sanguin
de Livry , Colonel du Regiment
de Nivernois. Il joint à
une grande experience de tout
ce qui regarde la guerre , un
courage éprouvé en plufieurs
occafions , & fur tour aux ders
nieres actions de certe guerre.
Il eft fils de Mr le Marquis de
Livry , Premier Maiftre d'Hô
tel du Roy , & perit neveu de
feu Mr l'Evêque de Senlis 5
Mr le Marquis de Gondrin
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom . Il a donné des
GALANT 287
1.
preuves éclatantes de fon courage
à Hochftet & à Ramilly.
Ileft fils aîné de Mr le Marquis
d'Antin , & beau - frere de
Mr le Duc de Noailles. Perfonne
n'ignore la grandeur &
l'éclat de la Maifon de Gondrin
Pardaillan .
Mr Obrien , Chevalier de
S. Louis , & Colonel d'un Regiment
Irlandois qui porte fon
nom. A la tefte de fon Regiment
, & avec celuy de Lee ,
auffi Irlandois , il a foûtenu à
la Bataille de Malplaquet , malgré
le grand feu des Ennemis
noftre Artillerie , & à la faveur
1
88 MERCURE
e ces deux Regimens , celuy
ui commandoit cette Artillerie
leur renverfa des Batailons
entiers , qui furent obligez
de fe retirer pour fe cacher
à fes coups redoublez . Mr
Obrien & un autre Mr Obrien ,
auffi Chevalier de Saint Louis ,
Lieutenant Colonel fe diftinguerent
beaucoup dans cette
occafion.
Mr Perrin , Chevalier de S.
Louis , Colonel d'un Regiment
qui portoit le nom de Beaufermé
, & qu'on appelle prefentement
Noailles. Il eft fort
attaché à la Maifon de Noailles.
GALANT 289
les. Le Duc de ce nom qui
connoît les gens de
merite ,
ayant
connu il y a long- temps
tout
celuy de Mr Perrin ,
l'eft voulu
attacher .
fe
Mr de Saint
Morel , Lieutenant
Colonel du
Regiment
dePoitou dont Mr du Montal
eft
Colonel , a prés de 35 .
ans de fervice. Il brilla dans
la
derniere
guerre par un
grand
nombre
d'actions
de
valeur , & Mr le Maréchal
de
Luxembourg
qui en fut ſouvent
témoin
en rendit
des
temoignages
avantageaux
à la
-Cour. Il a toujours fervi dans
Avril 1710. Bb
290 MERCURE
Infanterie , & il eft peu
d'Officiers qui l'entendent ,
mieux que luy. H & M
Mr de Chaftenet , Licutenant
Colonel du Regiment de
Xaintonge , dont Mr le Mar-
* quis de Lannion qui a auffi efté
fait Brigadier, eft Colonel , eft
un vieux Officier qui n'a pas
manqué une feule Campagne
depuis prés de 35 ans qu'il
porte les armes pour le Service
du Roy. Il fut bleffe dangereufement
à la Bataille de Nerwinde,
n'eftant alors que
ple Capitaine. Il y fit des actions
de valeur qui luy artirofimIGALANT
291
es
rent de grandes loüanges des
Generaux .
Mr de Curty , Chevalier de
S. Louis , Lieutenant Colonel
du Regiment de Provence ,
dont Mr le Comte de Nonant
eft Colonel. Il fert depuis plus
de 30. ans avec beaucoup de
reputation. Il fervit au commencement
de la Guerre en
Efpagne , où il merita par quelques
actions de valeur des témoignages
d'eftime de S. M.C.
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Mr le Marquis de la Deveze,
Chevalier de S. Louis , Lieute
Bb ij
292 MERCURE
nant Colonel du Royal Artil
lerie . Il eft Lieutenant de Roy
de la haute Guyenne , & de
l'illuftre Maiſon de Loupiat.
Il a plufieurs parens de fon
nom dans le Service .
Mr de Roiffy Major du Re
giment de Leuville , & Major
general de l'Armée d'Italie , où
il a fervy dans les premieres
années de la Guerre. Il fe trouva
à la Bataille de Luzzara , ou
il fut bleffé d'un coup de Fau
conneau à coté de Mr le Marquis
de Crequy qui fut tué
dans le mefme temps. Monfieur
de Vendôme qui l'avoit
A戀
情
GALANT 293
fouvent employé , & qui avoit
efté témoin de ce qu'il avoit
fait à la Journée de Luzzara ,
rendit un bon témoignage en
fa faveur à la Cour.
Mr du Magny Chevalier de
S. Louis , Lieutenant general
d'Artillerie.
Mr le Chevalier de Saint
Perrier , Chevalier de S. Louis,
Lieutenant general d'Artillerie,
& Chefen Espagne. C'eſt un
des Officiers de S. M. qui entend
le mieux l'Artillerie, ayant
efté élevé fous les yeux de Mr
de Saint Hilaire.
Je paffe à ce qui regarde
Bb iij
294 MERCURE
ceux qui ont efté nommez Brigadiers
de Cavalerie. " obs zalew
Mr le Comte de Voluiré
fecond Sous- Lieutenant des
Gendarmes du Roy . Il s'eft
diftingué par tout où ce Corps
qui eft des plus braves du
Royaume a combattu . Je ne
vous dis rien de la naiffance de
Mr de Voluire ; perfonne n'ignore
qu'elle cft des plus illuftres
; fon nom eft Ruffec.
Mr le Comte de Biffy, Colo
nel de Cavalerie. Il est proche
parent de Mr le Marquis de
Biffy auffiBrigadier , & Colonel
de Cavalerie , & neveu de
GALANT 295
Mrile Marquis de Biffy Che
valier de S. Louis, Gouverneur
d'Auffonne, & Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de Mr. l'Evêque de Meaux . Le
nom.de Mrs.de Biffy,elt Thyard,
Cette Maiſon eft originaire de
Bourgogne , & elle a donné
plufieurs Evêques à l'Eglife de
Châlons fur Saone. Elle eſtoir
connue en Bourgogne dés le
temps des Ducs de Bourgo
gne.
Mr le Comte de S. Sernin ,
Colonel de Dragons . Il a longtemps
fervy en Italie ; & il y a
merité par plufieurs actions de
Bb iiij
296 MERCURE
valeur , l'eltime & la confiance
de Mr le Duc de Vendofnio.
Il eft d'une tres grandes naiffance
. Sa famille eft
originaire
de Languedoc , où elle a toujours
tenu un rang confide
rable.
Mr le Chevalier de Montmain
, Capitaine des Gendar- i
mes d Orleans. Il a beaucoup
de valeur , & il en a fouvent l
donné des marques à la reftest
du Regiment qui a porté fon
nom , & qui a prefque toûjours
fervy en Flandre . Il eft
d'une illuftre Maifon originaiz 3
re d'Auvergne , & allié à Mr
GALANT 297
le Duc de la Feuillade , feue
Me la Comteffe de Montmain .
foeur de Me de la Ville aux-
Clercs , eftant de la Maifon
d'Aubuffon. Les deux fils de
certe Dame , & coufins de celuy
qui donne lieu à cet Article
,font tous deux morts dans
le Service. Ainfi Mr de Montmain
que le Roy vient de faire
Brigadier , eft devenu l'aîné de
fa Maiſon.
Mr le Comte de Bouzols ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie qui porte fon nom,
& dont Mr de Blangy fon parent
eft Lieutenant Colonel.
298 MERCURE
Il est proche parent de Mrle
Marquis de Bouzols , Brigadier
& Inspecteur de Cavalerie , &
Breaufrere de Mr le Marquis
de Torcy. Ce nouveau Briga
dier s'eft diftingué dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
& fur tout en Rouffillon & en
Allemagne , où il a prefque
toûjours fervy.
non
Mr le Comte Marquis de la
Fare Tournac , Chevalier de
S. Loüis , Colonel du Regiment
du petit Languedoc Dragons,
Ce nouveau Brigadier, qui por
te dans fes Titres la qualité de
Comte- Marquis, ainsi que plus
THEQUE
GALANT 299
fieurs autres Seigneurs Fran
çois , eft d'une illuftre Mailon
originaire de Guyenne , & pro
che parent de Mr le Marquis
de la Fare- Laugere , Capitaine
des Gardes de Monfieur le
Duc d'Orleans ; de Mr de la
Fare Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui porte fon
nom , & de Mr de la Fare Lau
gere Brigadier & Colonel du
Regiment de Gaftinois .
3.Mr le Marquis de Bouville ,
Colonel d'un Regiment de
Dragons qui porte fon nom .
Il s'eft acquis une grande repu
tation en Espagne , où il a
BE
LA
300 MERCURE
à lá
long temps fervy. Il donna des
marques de fon courage
Bataille que Mr de Barwick y
gagna en 1707. Il eft de l'ancienne
Maifon de Jubert , &
frere de Mr de Bouville Intent
dant d'Alençon
, & de Mrle
Marquis de Bizy; ils font neq
yeux de Mr Defmaretz
, Controlleur
General
des Finances
,
Me de Bouville
leur Mere étang
foeur de ce Miniftre . Mr de
Bouville leur
pere ,
a efté longtemps
Intendant
d'Orleans
. D
Mr de Skelton , Colonel
Reformé
de Cavalerie
; il eft Ches
valier de Saint Louis , & l'on
GALANT 3or
4
ne parvient point à ce degré
d'honneur fans avoir efté blef
fé , ou avoir efté fort longtemps
dans le fervice.
Mr de Montiers , Capitaine
de Gendarmerie. Il s'eft diftingué
dans plufieurs actions importantes.
Il fut bleffé à la Bataille
d'Hochfter , & à celle de
Malplaquet. Il fert dés fa plus
grande jeuneffe ; il s'eft trouvé
à toutes les Campagnes , &
il a donné prefque dans toutes,
des marques de fa valeur.
Mr de la Billarderie, Exempt
& Ayde Major de la Compagnie
de Boufflers . Il eft Cheva302
MERCURI
lier de Saint Louis de la promotion
de 1705. Il eſt d'une ancienne
famille originaire de
Normandie . Il eft dans la Maifon
du Roy depuis plus de 20 .
ans , & il y a donné des marques
de fa valeur dans des
Journées de Fleurus , de Leuze,
de Steinkerque , & de Nerwinde
. Mr le Prince de Turenne
fut bleffé à mort àfes coftez ,
à la Bataille de Steinkerque. Il
fut bleffe au Siege de Mons
d'un coup de fufil au bras.
Mr le Chevalier de Velleron
Enfeigne des Gardes du Corps.
Il a un Brevet de Colonel de
GALANT 303
Cavalerie , que fes longs fervices
luy ont fait meriter. Depuis
qu'il eft entré dans le fervice ,
-il n'a pas manqué une feule
Campagne. Il fut dangereufement
bleffé au Siege de Naamur.
Mr le Marquis de Courcil-
-don , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie qui porte fon
nom , & qui portoit auparavant
celuy de Furftemberg. Il cft
Chevalier de Saint Lazare , &
fut le fecond de la promotion
side: 1704. Il eft fils de Mr le
Marquis de Dangeau Grand-
• Maître de cet Ordre , & Che304
MERCURE
valier de l'Ordre du S. Efprit ,
& petit neveu de feu Mr le
Cardinal de Furftemberg par
Me la Marquife de Dangeau
fa Mere , qui a l'honneur d'appartenir
à S. A. R. Madame .
Ce jeune Marquis a époufé
l'heritiere de l'illuftre Maiſon
de Pompadour . Je ne vous
parle point de la naiffance ny
de la valeur de Mr le Marquis
de Courcillon. Sa naiffance eſt
.connue de toute la France . , &
fa valeur n'éclara que trop à la
Bataille de Malplaquet , puifqu'il
en porte de triftes marques.
GALANT 305
Mr le Marquis d'Ancenis ,
Colonel du Regiment de Bourgogne
Cavaleric . Il eſt ſecond
fils de Mr le Duc de Charoft-
Bethune,& de fa premiere femme
Louife- Therefe - Marie de
Meleun fille d'Alexandre Guillaume
Prince d'Epinoy , & de
Louife Marie- Anne de Bethune
fa premiere femme . Mr le
Marquis d'Ancenis n'a que 28 .
ans , & Mr Lauret fon Lieutenant
Colonel, a fouvent témoigné
que dans les Batailles où il
s'eft trouvé , fa plus grande application
n'avoit efté que de retenir
Mr le Marquis d'Ancenis .
Avril 1710 . Cc
306 MERCURE
Mr de Pujol Capitaine Lientenant
des Carabiniers . Il eft
Chevalier de S. Louis de la promotion
de 1707. Il a donné
des preuves de fon courage
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé avec la Maifon du
Roy. Il eft d'une ancienne Maifon
originaire du Rouergue.
Mr Darifat Chevalier de S.
Louis , Enfeigne des Moufque
toires gris. Il fut bleffé à la
Bataille de Nerwinde , où une
partie de la Maiſon du Roy fe
trouva , & il y donna de grana
des
marques de fa valeur
, ainfi
que toutes
les Relations
de cetGALANT
307
te Bataille le font connoître.
Il fut du détachement qui ac
compagna le Roy d'Espagne
jufqu'à la Frontiere d'Espagne,
& lorfqu'il prit congé de ce
Prince S. M. C. luy témoigna
beaucoup de fatisfaction de
fes fervices , & eut pour luy
des diftinctions particulieres.
2 Mr de Trudaine , Enfeigne
de Gendarmerie , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis . C'eft un
Gentilhomme de Picardie qui
depuis 20. ans fert le Roy dans
fa Gendarmerie avec beaucoup
de diftinction. Il a eu le malheur
de perdre une jambe à
Cc ij
308 M * RCURE
la Bataille de Malplaquet. Il eft
de la mefme famille que Me
Voyfin & Mr Trudaine , cy
devant Intendant de Lyon , &
à prefent Intendant de Dijon .
Mr Miran , Chevalier de
de S. Louis , Enfeigne de Gendarmerie.
Il a fervy en Elpagne
& en Catalogne au com
mencement de cette guerre ,
& fur la fin de la precedente.
Il fut bleffé à la Bataille de
Nerwinde , où il donna des
preuves fignalées de fon cou->
'rage . Mr le Maréchal de Luxembourg
dans la Relation
qu'il envoya au Roy de cetteGALANY
309
Journée , fit un éloge particu
lier de Mr Miran , qui fut applaudy
de toute l'Armée .
Mr le Comte de Coëtanfão,
Aide Major de la Gendarmerie
, Chevalier de Saint Louis ,
de la promotion de 1705. Il eft
neveu de Mr l'Evêque d'A
vranches , & de Mr le Marquis
de Coëtanfao Maréchal
de Camp , & Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde.
Ils font d'une ancienne famille
de Normandie. Ce nouveau
Brigadier s'eft diftingué
dans toutes les occafions où il
' eft trouvé depuis qu'il fert
310 MERCURE
& il a toûjours donné des preuves
de fa valeur , & de fon experience
en tout ce qui regarde
la guerre. Il a commencé à
porter les armes à l'âge de 29.
ans , & depuis ce temps - là il
n'a pas manqué une feule Cam
pagne . Il porte un nom celebre
parmy les gens de guerre.
Tout ce que je viens de vous
dire de ces nouveaux Brigadiers,
doit vous faire connoître
qu'il n'y en a pas un feul qui
n'ait merité le pofte d'honneur
auquel le Roy le vient d'élever.
Quoy que je vous aye déCALANT
311
ja parlé dans cette Lettre du
Sacre de Mr l'Evêque de Marfeille
, il me vient de tomber
entre les mains un nouveau
Memoire touchant ce Sacre ,
dont jay crû vous devoir faire
part , à cauſe quil contient
beaucoup de circonftances
dont je n'ay point parlé dans
l'Article que j'en ay déja mis
dans cette Lettre.
.
91 Mr l'Abbé de Belzunce
grand Vicaire d'Agen , a efté
Sacré Evefque de Marseille
dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe
des Jefuites. La ceremo
nie a cfté faite par Monfieur
312 MERCURE
Le Cardinal de Noailles, auquel
le nouvel Evêque a l'honneur
d'eftre allié ; les Affiftans ont
efté Mr l'Evêque de Troyes &
Mr l'Evêque de Digne. Il y a
tres- long-temps que l'on n'a
veu une pareille Ceremonie
faite avec plus de dignité , &
avec plus d'ordre ; tout y répondit
à la magnificence de
l'Eglife. Tous les Deputez de
l'Affemblée du Clergé , tant
du premier que du fecond Ordre
y affifterent , & on y compta
jufques à trente Evêques ,
& prefque autant d'Abbez de
qualité. Il y cut un grand nombre
GALANT 313
bre de Ducs , de Ducheffes &
prefque tout ce qu'il y a de plus
confiderable à la Cour , &l'on
doit remarquer que tout ce qui
s'y trouva eftoit parent ou allié
à Mr l'Evefque de Marſeille.
Mrs les Ducs de Laufun & de
Foix y firent les honneurs pour
les hommes, & Me la Ducheffe
de Laufun & Me la Marquife
de Biron en habit de ceremonie
, les firent pour les Dames.
Aprés la Ceremonie Monfieur
le Cardinal de Noailles donna
un magnifique repas au nouvel
Evefque de Marseille , où fe
trouverent Mrs les Archevê-
Avril 1710. Dd
314 MERCURE
ques d'Alby & d'Aix , & Mrs
les Evefques de Troyes , de
Tournay & de Digne , ainfi que
Mrle Duc de Laufun , Mrs les
Marquis de Biron , d'Ambres,
de Caftelmoron , & de Gontaut
& Mr le Chevalier de Belfunce.
Je vous ay donné dans cette
Lettre un curieux & ample détail
de tout ce qui s'eft paffé en
Sorbonne le jour que Mr le
Cardinal de Noailles y a efté
nommé Provifeur ; mais je ne
vous ay rien dit du Compli- .
ment que Mrs les Docteurs de
cette fameufe Societé jugerent
GALANT 315
à propos de luy envoyer faire
fur cette Election . Ils députerent
Mr l'Abbé d'Etoüilly ,
Senieur de cette Maifon , avec
les fix Anciens , & ils inviterent
les autres à s'y joindre.
Mr. l'Abbé d'Etoüilly , accoûtumé
à bien parler , s'acquitta
du Compliment qu'il avoit à
faire à peu prés de la maniere
fuivante.
Il dit à S. E que par ordre de
la Compagnie , & en fuivant les
mouvemens de leur coeur , ils ve
noient fe feliciter auprés d'Elle de
l'avoir pour Provifeur , par un
choix où la liberté avoit efté fans
Dd ij
316 MERCURE
perte
atteinte , l'inclination fans par
tage ; qu'un choix fibeau qui mettoit
à leur tefte tant de fageffe , de
religion & d'autorité , les déd ommageoit
abondamment de la
qu'ils avoient faite ; & qu'il leur
eftoit d'autant plus cher , qu'its
eftoient bien informez qu'Elle l'avoit
appris avecplaiſir, & même
qu'Elle s'en honoroit ; que ce terme
, ce fentiment de bonte leur
rappelloit la memoire du grand
Cardinal de Lorraine qui s'honoroit
de mefme de la qualité de
Proviſeur de Sorbonne , & qui
repetoit fouvent devant les Peres
de Trente , que dans la neceffité
GALANT 317
d'opter , il eût preferé cette
qualité à la Pourpre du Sacré
College ; que ce qui augmentoit
leur joye & qui préfageoit à leur
Maifon plus de fplendeur & de
reputation que jamais , eftoit que
fe trouvant par je ne fçay qu'elle
beureufe combinaifon le trentiéme
de fes Provifeurs , & le quinziéme
des Cardinaux qui l'ont
efté ; Elle eftoit comme un diamant
de prix inestimable , qui fermoit
la Couronne formée de ces grands
illuftres Perfonnages , & qui
jettoit de nouveaux_brillans fur
eux tous.
Il ajoûta , qu'auſſi la gloire de
Dd iij
318 MERCURE
Sorbonne étant attachée à l'eſprit
de paix d'où elle avoit acquis le
titre defainte & pacifique Societé,
& à l'obfervation de fes Statuts
que le grand Armand ſon Reſtaurateur
luy avoit tant de fuis recommandez
ils fe promettoient
de voir cette paix & ces Statuts
fleurir à l'ombre de la pourpre de
S. E. & par là croître de jour en
jour la glorieufe acquifition des
: travaux des vertus de leurs
Peres ; qu'ilfera dit de Sorbonne
fous la protection de S. E. comme
de Ferufalem fous le Pontificat
d'Onias , qu'on y a gouté fans
trouble les delices de la paix , &
GALANT 319
gardé les loix du Seigneur avec
exactitude à caufe de la pieté du
Pontife , & de fon amour pour le
bien.
Il finit en difant , que c'estoient
là enfin leurs efperances & leurs
vaux , & en fouhaitant que le
Ciel voulut les benir à la louange
érernelle de S. E. & de leur
Maifon à prefent la fienne.
S. E. parut extrêmement fa
tisfaite du Compliment de Mr
l'Abbé d'Erouilly .
Voicy à peu prés ce qu'Elle
વે
y répondit , avec l'air gracieux
& modefte qui luy eft naturel;
& ce que je vais vous en rap-
Dd iiij
320 MERCURE
porter , cft peut - eftre moins
beau que ce que l'on n'en a pu
rerenir.
Elle répondit donc , qu'Elle
reffentoit vivement l'honneur
qu'on avoit bien voulu luy
faire que cette diftinction luy
eftoit d'autant plus chere , qu'ellevenoit
de Sorbonne , Maifon celebre
dans tout le monde Chrétien ,
& qu'Elle la recevoit aprés tant
d'éminentes Perfonnes , aprés des
Princes , & des Princes mefmes
du fang Royal. Qu'aprés tout le
Provifeur qu'on s'étoit donné
n'étoit pas un indifferent ; mais un
ancien Difciple , un ancien Amy,
qui avoit dés fes premiers ans
GALANT 321
;
ayant fuccé le lait de Sorbonne ,
efté nourry & élevé dans un de
fes Colleges , & puifé la fcience
& la fageffe à la fource de fon
Ecole qu'il avoit toûjours tendrement
aimé Sorbonne , luy ayant
dés long- temps donné dans les
faintes follicitudes du Miniftere,
Son eftime & fa confiance , &
hors de là , fa familiarité & fa
tendreffe ; qu'il n'y avoit pas d'apparence
que luy eftant redevable
& plus uni , il eut deformais pour
elle le coeur moins ouvert ; & au
refte que s'il fe trouvoit aujour
d'huy élevé auec tant d'affection
de fi bonne grace à la premiere
322 MERCURE
le
place d'un Corps fi éclairé & fi
celebre , ce ne feroit pas pour
dominer ; mais pour luy eftre plus
utile , en procurant plus de bien à
fes Membres , & non en les afferviffant.
Cette réponſe fpirituelle finie
, S. E. fit de grandes careffes
à Mr l'Abbé d'Eroüilly ,
& fir beaucoup d'honnêtetez à
tous ces Meffieurs , en parlant
feparément à chacun . Ainfi ,
Elle les renvoya tous contens
de la fageffe de leur élection ;
mais plus encore de la bonté
de leur Provifeur .
Vous ferez bien aife d'apGALANT
- 323
·
prendre que la nouvelle qui
court depuis quelque temps ,
que S. A. S. Monfieur le Duc,
fervira cette année eft pleinement
confirmée , & vous n'aurez
pas moins de plaifir d'apprendre
que jamais Prince n'a
fait voir un plus grand empreffement
de fervir , & ne l'a
demandé avec plus d'ardeur.
Ce grand defir ne s'eft point
dementy , & il n'a point ceffe
de folliciter & de prier le Roy,
en forte que S. M. qui jufqu'à
prefent avoit fait difficulté
d'accorder à fes preffantes
inftances ce qu'il demandoit ,
•
324 MERCURE
à caufe de la foibleffe de fon
âge , n'ayant pas encore dixhuit
ans accomplis , s'eft enfin
laiffée perfuader . La joye que
ce Prince témoigna lors qu'il
reçut l'agrément du Roy de
faire cette Campagne , va audelà
de toute imagination , &
ne fe peut exprimer . Il courut
dans tous fes Appartemens
pour annoncer luy-mefme cette
nouvelle à tous fes Officiers
qui luy en témoignerent beaucoup
de joye. Ce Prince donna
ordre auffi- toft qu'on preparât
fes Equipages . Son Intendant
, luy envoya l'Etat de
GALANT 325
fa Maiſon , & aprés l'avoir
examiné , on fut furpris de
voir qu'il le doubla , & qu'il
refolut de fournir des Chevaux
& des Equipages à tous
fes Gentilshommes , afin de
leur en épargner la dépenſe.
Ainfi, il n'a pas feulement donné
en cette occafion des marques
de la plus boüillante ardeur
dont le coeur d'un Prince
puiffe eftre animé ; mais auſſi
d'une liberalité toute Royale ,
ce qui ne luy attirera pas moins
que fa naiffance , l'amour & la
veneration des Troupes , &
fur tout du Corps à la teſte
326 MERCURE
duquel il fervira , & qui facrifiera
tout fon fang pour le bien
de l'Etat, & pour la gloire d'un
Prince auffi genereux
que
grand . Joignez à tout cela
l'effet que peut faire la preſence
d'un Prince iffu des plus parfaits
Heros. Il fervira pondant
fa premiere Campagne , à
la tefte de fon Regiment
de
Condé.
Je dois vous parler d'un
grand Mariage qui merite vôtre
attention , & dont toute la
Cour a témoigné beaucoup de
joye ; c'eft de celuy de Mademoiſelle
d'Enguien , & de MonGALANT
327
fieur de Vendôme . Il eft des
Perfonnes dont la naiffance eft
fi connue , qu'il eft inutile d'en
parler , puifqu'on n'en pourroit
rien dire qui ne fût connu
de tout le monde . Ainfi je vous
parleray feulement de ce qui
regarde les perfonnes de ces
deux illuftres Epoux .
Mademoiselle d Enguien eft
digne fille de Madamela Princoffe
, dont la modeſtie , la fageffe,
la grande & ardente charité
pour les pauvres , & toutes
les vertus font connuës , & qui
en a plus tiré d'éclat , que de
la grande naiffance du feu
328 MERCURE
Prince fon Epoux & de la fienne
. On peut juger par là des
bonnes qualitez de Mademoifelle
d'Enguien , qui a toûjours
eu de pareils exemples devant
les yeux , & qui a toûjours fait
voir que fon inclination eftoit
toute portée à les fùivre. Enfin ,
on a toûjours remarqué que
cette Princeffe a toutes les qualitez
& toute la douceur qui
peuvent faire une femme du
caractere de la Princeffe fa
Mere , & l'on s'eft toûjours
fervy en parlant d'elle ,
terme qui dit beaucoup , & qui
fait comprendre encore davand'un
GALANT 329
tage , puifque l'on dit de cette
Princeffe , qu'Elle n'a point d'humeur
; c'eft à - dire , qu'elle ne fe
laiffe entefter d'aucune chofe ,
qu'elle ne s'obtine ſur rien ,
& qu'elle eft toûjours preſte à
prendre le bon party , & à faire
tout ce qu'on trouvera à
propos qu'elle faffe pour
bien & pour fa gloire.
fon
A l'égard de Mr de Vendôme,
il a toute fa vie preferé la
qualité d'honnête homme à
toutes les autres ; il eft ennemi
du fafte , & s'il a de l'ambition
ce n'eft que celle que
peut caufer la belle gloire ; il
Avril 1710.
Ec
A
330 MERCURE
T
cft bon , humain , & fon éga
lité de vie fait plaifir à tous
ceux qui le connoiffent . Il aime
naturellement le Roy &
toute la Maiſon Royale ; il
n'a point de volonté , & il eft
toûjours preſt à faire tout ce
que l'on fouhaite de luy ; il a
toute fa vie fervy le Roy , &
l'Etat . Il a beaucoup fervi en
Allemagne , il a eu la gloire de
fe rendre maiftre de Barcelone
; cette conqueſte étoit auſſi
difficile qu'importante , & fera
vivre éternellement fa memoire
, auffi - bien que le grand
nombre de campagnes qu'ila
GALANT 330
7
faites en Italie qui luy ont efté
auffi glorieufes qu'elles étoient
utiles & glorieufes à la France
& à l'Eſpagne en ce temps là ,
& il y a toujours triomphé des
troupes du Comte de Staremberg;
de celles que commandoir
Mr le Prince Eugene , &
dans les temps que celles de
Monfieur le Duc de Savoye fe
font mifes de la partie , elles
n'ont pas arrefté le cours de fes
conqueftes . Il ne s'eft jamais
vû d'afcendent pareil à celuy
qu'il a toûjours eu fur Mr le
Prince Eugene qui a toûjours
paru un Ecolier auprés de luy.
E cij
332 MERCUR
Ila gagné tant de batailles contre
ce Prince que j'en ay oublié
le nombre ; mais vous les trouverez
dans mes Lettres dont je
vous ay toujours envoyé d'amples
détails à mesure qu'elles ſe
font données , & je vous ay envoyé
en même temps les Relations
qu'il en envoyoit au Roy.
Il obfervoit de ne point parler
de luy ; mais irrendoit juftice à
tous ceux qui s'étoient diſtinguez
, qu'il nommoit les uns
aprés les autres , en faifant le
détail de leurs actions , & en
leur donnant les loüanges qui
leurs étoient duës . Jamais per-
ཟླ་
GALANT 333
fonne n'a plus brillé que ce
Prince dans un combat ; il étoit
par tout tant que le combat
duroit , à la tefte , à la queue ,
fur les ailes & dans le centre
& les Soldats avoient tant d'amour
pour luy, & tant de confiance
en fa perfonne qu'ils le .
fuivoient par tout avec le plus
grand empreffement & la plus
vive ardeur , de maniere qu'il
n'y avoit point de déroute à
craindre fous fon Commandement
, & qu'il ne luy eſt jamais.
rien arrivé de femblable , &
Mr le Prince Eugene étoit auffi
petit dans ces occafions qu'il
334 MERCURE
étoit granden ce temps là dans
les Gazettes étrangeres , parce
que les Alliez ne vouloienr pas
décourager leurs Sujets , &
qu'ils vouloient au contraire
les encourager à fournir toujours
aux frais de la guerre.
Enfin toute l'Europe n'a pû
s'empêcher de demeurer d'accord
, que Monfieur de Vendôme
a pouffé de pofte en
poſte Mr le Prince Eugene jufqu'au
bout de l'Italie , l'ayant
acculé deux fois dans les Montagnes
du Trentin . Il l'a chaffé
des endroits où il fe croyoit
en feureté , & dans lesquels il
GALANT 335
croyoit que l'on n'ofoit l'attaquer
, & il a efté obligé de ſe
retirer du Seraglio où il croyoit
qu'il feroit toûjours maistre de
fortir ou de ne pas fortir , & le
Lac de Garden'a pas efté pour
luy un lieu où il ait efté plus à
couvert. Enfin il me faudroit
un Volume entier fi j'entreprenois
de vous parler de routes
les Batailles que Monfieur
de Vendôme a gagnées en Ita
lie , & de tous les Poftes qu'il a
remportez les uns aprés les au
tres. Toute 1 Italie parle de fa
gloire ; elle s'en fouvient avec
joye , & elle fe trouve dans la
335 MERCURE
le
derniere affliction de ne le plus
avoir. Chacun y feroit maiftre
de fes biens , au lieu que les
Puiffances de cette vaſte Contrée
qui devroient n'avoir nulpart
en cette guerre , & qui
n'y en avoient point du temps
de ce fameux Conquerant , fe
trouvent accablées de fubfides
pour la continuation d'une
guerre à laquelle elles devroient
n'avoir aucune part ,
& qui ne les regarde pas ; & on
oblige même la plûpart de
fournir jufqu'à des hommes .
Enfin toute l'Italie eft dans un
état fi violent qu'il eft impoffible
GALANT 337
fible qu'elle puiffe y refter
long- temps , & on la dégarnit
tellement d'argent & d'hommes
que fe fera bien toft un de
fert, où le peu d'habitans qui y
refteront ne trouveront pas de
quoy fournir à leur nourriture ,
ce qui fait qu'elle regrette tous
les jours les Troupes Françoifes
, puifque pendant leur ſéjour
la liberté y régnoit, que
tous les Peuples jouiffoient de
ce qui leur appartenoit , & que
la France loin d'en emporter
l'argent , y en envoyoits de
maniere que ces Peuples doivent
dire : Oh l'heureux temps ,
Avril 1710 . Ff
338 MERCURE
quand reviendra till! tala
Je ne dois pas finir cet Ar
ticle fans vous parler de l'af
cendent que Monfieur de Vendôme
a encore eu en Flandre
fur Mr le Prince Eugene , & de
la maniere dont il y a brillé en
rompant tous les deffeins des
Alliez , fans qu'il ait efté queftion
de Combat ; mais fculement
de les empêcher avec
leurs nombreufes & formidables
Troupes de prendre un
poulce de terre , ni même de
faire aucunes entrepriſes . Ils
n'ont pas fait un pas pendant
toute cette Campagne qu'il
17
GALANT 339
ne les ait empéché d'avancer ;
& quand ils avoient formé
quelque deiffein , ils fe trouvoient
coupez par ce Prince,
quoy qu'il fuft fort éloigné
d'eux dans le temps qu'ils l'avoient
formné , & mefme commencé
à mettre en excecution;
& lors qu'ils fe vantoient de
faire quelque expedition , &
que Monfieur de Vendôme
l'ayant fçû auoit dit : Ils n'ofe
roient , il n'en eftoit rien . Enfin
avec des forces infiniment
moins confiderables que celles
des Alliez , il les arrefta par fa
grande fermeté , & par fa
Ffij
340 MERCURE
à la
grande experience dans le mé
tier de la guerre , pendant toute
la Campagne , fans qu'ils fe
trouvaffent
plus avancez
fin qu'au commencement
.
Toute l'Europea parlé de cette
Campagne qu'on a regardée
avec admiration , & quand ce
Prince auroit emporté dix Places
confiderables
, elle luy au
roit eſté moins glorieufe qu'el
le ne luy a efté en ne faifant
autre chofe que de rompre
tous les projets des Alliez , &
en les arreftant par tout , de
même que s'il avoit cu une
grande fuperiorité fur eux
GALANT 341
quoy qu'elle fult toute de leur
cofté , & il n'y a point de General
qui ne voulut avoir fait
une fi glorieufe Campagne , &
qui ne la preferaft à celles dans
lefquelles il auroit fait une
grande moiffon de Lauriers .
C'est ainsi que tout le monde
en a parlé , & a regardé cette
campagne comme une des plus
fçavantes qu'ait jamais fait aucun
General , quelque grand ,
heureux , & quelque habile
qu'il peut eftre.
Monfieur de Vendôme doit
mêler au premier jour fes Lauriers
aux Mirthres de l'Amour.
Ffiij
342 MERCURE
que fon mariage doit
On dit
eftre celebré à Seaux. Je ne
puis encore vous en parler dans
cette Lettre , quoy qu'il doive
neanmoins eftre confommé
dans le temps que vous la
recevrez.
L'Article des Enigmes peut
eſtre placé aprés un Mariage
puifque les Enigmes doivent
eltre regardées comme des Jeux
d'efprit , & des divertiffemens.
Quoique la derniere parût affez.
facile , comme il y avoit plu
fieurs mots qui pouvoient approcher
en quelque façon du
veritable , plufieurs s'y font
"
GALANT 343
trompez, & n'ont pas frappé
juſte au but , quoy qu'ils en
ayent beaucoup approché. Le
veritable mot eftoit la Chandelle
ou Lumiere portative. Ceux
qui l'ont trouvé font Mrs du
Freine , rue faint Honoré , de
Rouillac le jeune , la Guillotiere
, Fauxbourg faint Germain ;.
du Perrey , du mefme Fauxbourg
; Godard , du Marais du
Temple ; Jacques Thirou , du
College Mazarin ; le Petit Brunet
de la rue faint Honoré ; le
petit d'Augy ; le Solitaire du
Quartier des Quinze- vingts &
fon Amic ; le Petit Maiftre , de
1
344 MERCURE
la Cour du Palais ; le Prefident
de l'Hoſtel de Valois ; le Poupon
Malherbe , le Devineur
perpetuel , de la rue S. Denis ;
I'Homme à la Mode , de la même
ruë ; l'Entefté des Lotteries;
& l'Enjoüé , qui ne rit plus depuis
quelque temps ; l'Aimable
Princeffe , qui apprend le Latin
, demeurant à Versailles ;
& l'Amant de la Nymphe qui
porte la Mouche fur le nez ,
demeurant à Paris ; la Jeune
Mufe renaiffante G. O. la Mignonne
aux Armes d'Eſpagne;
la Belle Babet , de la rue des
Prouvaires ; & la charmante
Į
GALANT
345
N.... de la rue S. Denis ; l'Amante
, Balduc , du coin de la
rue des Marmouzets ; la Sapho,
du Quartier du Palais ; la Belle
Marchande , de la ruë S. Denis ;
& l'Enjoüée du Quartier du
Louvre. Je vous envoye une
Enigme nouvelle.
ENIGME.
D'un vifage trompeur , j'aborde
tout le monde ,
Je cache mes défauts autant que
je le puis
Il est vray je n'ay pas , une bonté
profonde
346 MERCURE
L'on me fuit auffi - toft que l'on
fçait qui je fuis ;
Faire des Voeux au Ciel pour la
fanté du Roy ,
Benir le nom de Dicu , c'eft là mon
caractere
Mais l'occupation d'un fi pieux
employ,
Souvent n'empêche pas la perte de
mon Pere.
Voicy encore un Printemps
nouveau .
AIR NOUVEAU.
L'heureux Printemps eft de retour,
Sa douceur infpire l'amour ;
HEAN DIT HENN MET
COTHEQUE
LYON
#
1893
DE
LA
47
dap
ines ;
is enpriſes
r.Mrs
ne me
place.
que la
orte de
ins l'une
& dans l'autre Mer,
Je devrois auffi vous parler
346
L'on
/၄
Faire
Sa
Benis
.n
Sour
m
Vc
nouv
A
L'heureux Printemps eft de retour,
Sa douceur infpire l'amour ;
GALANT 347
Son émail enrichit nos vergers &
nos plaines :
Mais tant de beautez tant d'appass
Peuvent- ilsfoulager mes peines ;
Si mon Iris ne m'aime pas.
J'aurois encore à vous entretenir
de beaucoup de prifes
faites fur les ennemis par Mrs
de la Marine ; mais il ne me
refte ny de temps ny de
place.
Il fuffit de vous dire , que la
Marine de France remporte de
continuels avantages dans l'une
& dans l'autre Mer.
Je devrois auffi vous parler
348 MERCURE
de plufieurs perfonnes mortes
beaucoup par de là l'âge de
cent ans. Ces Articles font curieux
& font toûjours d'autant
plus de plaifir à ceux qui les
lifent, que ceux qui approchent
de l'âge de quatre- vingt ans fe
croyent encore fort jeunes , &
croyent avec raifon qu'ils peuvent
vivre encore un affez
grand nombre d'années , &
mefme fans fe reffentir beaucoup
des incommoditez de la
vicilleffe , dautant que ceux qui
vivent beaucoup au delà de
cent ans , font prefque toûjours
dans une parfaite fanté ,
que
GALANT
349
que leur vûe eft bonne , qu'ils
jouiffent de toutes les forces
des jeunes gens , & qu'ils ne
meurent point à caufe de leurs
infirmitez ; mais
feulement parce
que la nature s'ufe , & qu'ils
ne
meurent que parce qu'il
que tous les hommes meu- faut
rent.
Je crois que vous devez être
fatisfaite de ma Lettre , ne vous
en ayant jamais envoyé qui ait
efté remplie d'un auffi grand
nombre d'Articles curieux .
Comme on reçoit fouvent
des
nouvelles de nos Expeditions
de Mer , & que vous
Avril
1710 .
Gg
350 MERCURE.
n'avez encore ouy parler que de la prife
du Vaiffeau nommé la Galere d'Amfterdam
,je dois vous faire part de la Lifte
nouvellement arrivée de Toulon , de la
maniere qu'elle eft venue , & dans laquelle
vous trouverez que cette prife a
efté accompagnée de plufieurs autres
Expeditions.
Ala Rade de Toulon le 22 , Avril.
Mr l'Aigle prit le 11. Mars , un Vail
feau Anglois, chargé de Hareng , & de
Stocfiche , eftimé 30. mille livres.
Le 28. Mars il prit un autre Vaiffeau
Anglois chargé de pareilles Marchandifes
, eftimé 20. mille livres.
Le 15. Avril il prit un Corfaire Fleffingois
de 28. cañons , & de 180. hom .
mes d'équipage , & reprit un Navire
François chargé d'huile , que ce Corfaire
avoit enlevé.
Le 17. Avril , il prit le Vaiffeau Hollandois
nommé la Galere d'Amfterdam
commandé par le Capitaine d'Ierfeland ,
& charge de Marchandifes de Levant,
foye , caffé , & autres , eftimées quatre
cens mille livres .
GALANT 351
Le Capitaine Houdart , Commandant
le Corfaire , François nommé le
Prince de Frife , a auffi enlevé un Corfaire
Fleffingois de 14. canons , & de 100.
hommes d'équipage
.
Je n'ay rien de nouveau à vous dire
d'Espagne , parce que toutes les chofes
dont je vous ay déja parlé , continuent
à s'executer de même , & fi je pouvois
y ajoûter quelque chofe d'avantageux ,
ce qui eft impoffible , je vous dirois que
l'extrême fidelité des Efpagnols pour
leur legitime Souverain , & leur ardeur
de combatre , femble augmenter tous
les jours ; mais cependant elles font à un
point qu'il eft impoffible qu'elles puiffent
aller plus loin. Tous les Royaumes
du Roy d'Espagne continuent de fournir
à l'envy tout ce que la nature produit
dans toutes leursVilles, & ils offrent tous
les jours avec un empreffement à S.M.C.
quelque chofe de nouveau . Ce Monarque
a fans ceffe travaillé avec application
à tout ce qui regardoit la Campagne
, afin que rien ne manquât à fes
Gg ij
352 MERCURE
Troupes lorfqu'elle s'ouvriroit. Il a
montré luy- mefme l'exemple à fes Sujets
par les grands Reglemens qu'il a
faits dans fa Maiſon , dont il a tout reglé
luy-mefme , en forte que fa dépense
fera fort modique , & qu'il n'y aura rien
de fuperflu ; mais en mefme temps
il a
tellement pourvû à tout ce qui regarde
les Troupes , qu'elles auront abondamment
tout ce qui leur fera neceffaire
fans aucune exception.
La Reine pour y contribuer de fon
cofté, a fait des chofes furprenantes , &
qui ont fait redoubler l'amour & l'admiration
que tous les Espagnols ont toujours
eues pour cette Princeffe , & dés
qu'on lui a donné quelque chofe de trop
magnifique, ou en trop grande quantité
& de fuperflu , elle a voulu qu'on le retranchât
en difant toûjours que cela pouvoit
fervir, à l'entretien des Trouppes, &
qu'enfin s'il eftoit befoin pour les encourager
, ce qui n'eftoit pas pourtant
neceffaire , elle iroit à la tefte des Troupes
, le Prince des Afturies entre fes bras
pour les animer , ce que je crois vous
GALANT 353
*
2
avoir déja rapporté , cette Princeffe
l'ayant fouvent dit . Enfin rien n'eſt égal
à tout ce qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne
, tant du cofté du Roy & de la
Reine, que de celuy de toute la Nation ,
& l'on n'a rien vu de pareil dans aucun
fiecle. Les Ennemis de cette Nation ne
peuvent eux- mêmes s'empêcher de louer
fon zele & fa fidelité, & eftant perfuadez
que rien n'est capable de l'en faire manquer
; ils commencent à douter que leur
entrepriſe puiffe reüffir , & de la maniere
que les chofes fe paffent en Espagne,
ils font perfuadez que le Ciel protegera
toujours les Efpagnols , tant à caufe de
leur extrême fidelité que de la grandeur
de leur zele , & que le defordre ne fe
mettra pas dans une Armée où le luxe
ne regne pas.
Quant à la fituation de nos Affaires ,
vous me permettrez de n'en rien dire ,
parce qu'elles ne font pas deux jours de
fuite dans un même érat , & que vous ne
. pouvez recevoir ma Lettre que quatre
ou cinq jours aprés qu'elle fera achevée.
D'ailleurs tous ceux qui fe mêlent d'en
"
354 MERCURE
>
raiſonner , n'en peuvent parler felon fr
verité qu'ils ne fçavent pas ; mais chacun
felon le caractere qui luy eft naturel .
Le timide craint toujours ; le fanfaron
extermine tout ; le feditieux porte les
chofes à la derniere extrêmité , & fait
toûjours grand bruit . Enfin l'on peut
dire que
la moderation n'eft point du
partage des hommes , & que chacun parle
felon fon inclination naturelle & felon
fon enteftement . Ainfi comme la veritable
fituation des Affaires eft ignorée , &
qu'un évenement en fait naître un autre,
il n'en faut qu'un avantageux pour faire
changer toute la face des Affaires. Cependant
on peut affurer que lorfque les
Troupes du Roy feront affemblées , elles
feront nombreuſes , belles , & qu'elles ne
manqueront de rien , & ce fera alors que
le fort decidera de l'évenement de cette
guerre. Je fuis Madame, vôtre , &c.
A Paris ce 4. May 1710.
A VIS.
Le Mercure de May ſe debitera le 4 .
Juin.
BLIOTEER
LYON
#1893
TABLE..
P
*Roy,
Rélude qui contient plufieurs
faits curieux qui regardent le
Article qui contient les particularitez
de la vie de cinqperfonnes
qui font mortes âgées de plus de
cent ans, dont on a appris la mort
fans avoir rien fçu des particu
laritez de la vie. LO
1.6
Suite du premier Article des morts
parmy lefquels il s'en trouve d'étrangeres
affez curieufes .
Jubile de l'Univerfité de Leipfick.
Les Sçavans fe fouviennent
qu'on doit à cette ville - la , Porigine
du Journal des Sçavans. 32
Diverfes Thefes curieufes foûtenues
à Strasbourg qui apprendront
plufieurs faits historiques aufi
feavans que curieux.
Livre contenant la verité de l'Egli
36
TABLE
fe Catholique. 55
$7
Articles contenant plufieurs curiofitez
qui peuvent inftruire le Pus
blic & luyfaire plaifir.
Paraphrafe de la feptiéme Leçon
des Lamentations de Jeremie ac
commodée autemps prefent. 76
Epigrammefur la ftupidité des Impies.
81
Lettre de Mr l'Evêque de Nifmes,
ècrite avantfa mort à Mr le Pel
letier , Miniftre d'Etat. 83
Mr l'Archevêque d'Alby , nommé
Pour remplirla place qu'occupoit
à l'Academie Françoife , feu Mr
l'Evêque de Nifmes .
Voyage des Indes Orientales , melé
de plufieurs Hiftoires curieu-
93
94 fes.
Mr le Pievoft des Marchands , accompagné
de Mrs les Echevins ,
-vient aux grands AuguſtinsfaiTABLE.
103
re compliment à Mrs de l'Affemblée
du Clergé.
98
Lettre de Mr Abbé Vere , fur les
Eaux de Balaruc , dont la lecturepeut
eftre utile à beaucoup de
Perfonnes.
Obfervations Anatomiques , qui
regardent la fanté , & qui font
connoiftre le mal que caufe ordinairement
l'excés du Vin.
Tout ce qui s'eft paffé au Parlement
le jour que Mr le Maréchal de
Villars y a efté reçû Pair de
France .
130
135
Mort de Mi Begon , Intendant de
la Marine à Rochefort , & mouvementfait
dans ce Corps aufujet
de cette mort. 144
Détail curieux , contenant tout ce
qui s'eft paffe en Sorbonne Lors
que Monfieur le Cardinal de
Noailles a efté receu Provifeur
TABLE.
de cette Societé.
Article de Marine.
146
164
Suite des Articles qui regardent la
169
naiſſance de Monfeigneur le Duc
d'Anjou.
Troifiéme Article des Morts. 173
Prieuré de faint Michel , donnépar
le Roy à Mr de Galiczon , Evêque
de Babylone. a que
208
Sacre de Mr l'Evêque de Digne.
idem .
Sacre de Mr l'Evêque de Marſeille.
214
Obmiffionsfaites à l'Article de Mr
l'Archevêque d'Alby.
Gouvernement de Saarlouis , donné
219
220 par le Roy.
Supplément à l'Article des Intendans
dontje vous ay parlé le mois
dernier.
225
Mariage de Mrle Comte de Caftel-
Blanco. 228
TABLE.
244
L'Ancienne Abeffe des Dames Benedictines
Angloifes de Pontoife
, s'étant
volontairement demife
de fon Abbaye , le choix eft
tombé fur Me de Gifford , de la
méme Maiſon.
Quatrième Article des Morts. 252
Survivances données par le Roy des
Charges de S. A. S.
Monfieur
le Duc du Maine , aux Princes
fes Enfans.
Article
concernant tous les nouveaux
Brigadiers , & qui fait
265
connoistre leurs fervices , & les
Corps dont ils ont effétirez. 266
Addition à l'Article du Sacre de
Mi l'Evêque de Marseille . 310
Deputationfaite à Mr le Cardinal
de Noailles pour congratulers.E.
de fon Election à la dignité de
Provifeur de Sorbonne.
Empreement de Monfieur le Duc ,
314
TABLE.
pour faire la Campagne , avec
plufieurs remarques curieufes fur
ce fujet. 322
Mariage de Mademoiſelle d'Enguien
& deMonfieur de Vendôme ,
avecplufieurs choſes particulières
qui regardent ces deux illuftres
Epoux. 326
Article des Enigmes . 342
Eloge de la Marine. 347
Article dont la lecture fera plaifir
aux Vieillards. idem .
Prifes nouvelles.
349
Affaires d'Espagne. 351
Affaires de France. 353
L'air. Quoy dans nos Champs. 168
Celuy L'Heureux printemps.346
Errata.
Page 130. lig au lieu d'Af
tronomique , lifez Anatomiques ?
1893*
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DELA VILKE
LE DAUPHIN
AVRIL , 1710
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant.
Com
Omine il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy .
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires
qu'on envoye
.
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez , etant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
MERCVRE
CALAND
Ja
AVRIL ,
LYON
VILLE
E ferois un Volume entier
je vous rapportois tout
ce que l'on a dit à l'égard du
Roy dans la Chaire de verité
dans tous les Sermons qui ont
efté faits pendant tout le Caref
medans tout le Royaume , afin
A iij
6 MERCURE
d'exciter les Peuples à prier
Dieu pour un fi grand Monarque
dans les conjonctures
prefentes , & fur tout de l'obligation
qu'ils luy avoient
d'avoir tout facrifié pour eux ,
& pour la gloire de Dieu & de
la Religion. Je vous rapporteray
feulement ce que
Brunet,de l'Ordre de S. Auguf
tin de la Congregation de S.
Ruf, qui a prêché le Carefme
dernier devant M's les Comtes
de Lyon , a dit dans celuy
qu'il fit fur le Scandale , qui eut
grands applaudiffemens . Il
parla de la revocation de l'Ele
Pere
GALANT
7
dit de Nantes , & de l'extinction
de la Religion Proteftante
en France. Il dit que le fcandale
que caufoit à l'Eglife de
France l'égarement d'une partie
de fes enfans la faifoit gemir &
la rempliffoit d'amertume ; que
le Roy , toûjours zelé pour ſa
Religion , & fermant les yeux
fur tous les avantages qu'une conduite
contraire pouvoit luy apporter
, avoit rétabli le culte du
ray Dieu dans fes Etats : plus
Grandpar ce feal endroit que
les Heros de l'Antiquité que
l'Hiftoire nous vante tant . Le
zele de la Religion & de la Mai-
A iiij .
tous
8 MERCURE
fon de Dieu, ont fait , ajoûta'til
, taire en luy toutes les autres
paffions , & il n'a écouté que celle
de faire fervirfon Dieu .
que
nous
Je crois devoir ajoûter icy
ce que Mr le Prefident de Mefmes
dit en parlant du Roy le
jour de fa reception à l'Academie
Françoife. Tel
avons vû le Roy dans la profperité
de fes Armes toûjours victorieufes
fous fa conduite , tel nous
le voyons aujourd'huy , que tant
de Nations jaloufes de fa gloire
fe font réunies contre luy , &que
les Saifons mefme ont ſemblé ſe
foulever contre l'Empire FranGALANT
9
çois ; qu'aurois -je dit qui ne foit
de beaucoup inferieur à la
deur à la nobleffe de fon caractere
?
gran
la
Il fçait ce Prince auffi diftingué
parfa pieté que par laprééminence
de fa
Couronne
, que
que les bons &
les mauvais fuccés viennent tous
de la main du Maistre des Rois ;
c'eft de l'a qu'il tire ce conftant
amourpour la Religion & pour
faine Doctrine ; ce fonds inépuifable
de reffources dans les temps les
plus difficiles , cette inébranlable
fermeté d'ame , cette force d'efprit
toujours fuperieure à l'inconftance
aux caprices de la Fortune.
10 MERCURE
Je paffe à des Articles de
Morts qui feront fouhaiter à
tous ceux qui les litont , une
auffi longue vie à ce Monarque
que celle de ceux qui en
font le fujet. Vous avez déja
vû dans les Nouvelles publiques
, l'âge de ceux dont je vais
vous parler ; mais comme elles
n'ont pas affez de place pour
s'étendre fur ce qui les regarde ,
je crois devoir l'ajoûter icy
& vous faire connoiftre combien
leur fanté a esté parfaite
pendant la durée de plus d'un
fiecle qu'ils ont vécu , & vous
apprendre les circonſtances de
GALANT 11
leur mort , n'eftant morts pour
ainfi dire , que parce qu'il faut
mourir , & fans que leurs forces
fuffent diminuées jufques à
leur dernier moment , ou du
moins à quelques jours prés .
Je commence par celuy qui eft
mort le plus jeune .
Dominique Mailhos mourut
le 23. Decembre dernier
âgé de cent & un an dans la
Paroiffe de Saint Lis prés de
l'Ifle en Jordain . Il eftoit né à
à l'Ifle en Jordain , & il ſe maria
à l'âge de 30. ans . Il fut
enfuite Métayer pendant 46 .
ans chez Mr le Gardeus ; it
12 MERCURE
>
quitta la Métayerie & alla demeurer
chez fon gendre , où
il est mort . Il a confervé fon
bon fens jufqu'à quinze jours
avant la mort , & il fut confeffé
la veille qu'il le perdit .
Martin du Clerc Manouvrier
du Village d'Alaigneu
prés de Peronne , eft mort âgé
de cent quatre ans . Il a toujours
confervé une fanté fi parfaite
& une fi grande vigueur
qu'il dit un an avant la mort ,
qu'il commençoit à fentir qu'il
devenoit vieux , parce qu'il ne
pouvoit plus porter trois mines
de bled ; c'est - à - dire enviGALANT
13
ron cent cinquante pefant fur
fa tefte , depuis le Monaftere
du Mont Saint Quentin juf
qu'à fa maiſon , qui en eft à
une petite demie- licuë.
Michel de Gourgues , Sieur
de Lobuge , ancien Procureur
au Siege Prefidial de Xaintes ,
eft mort âgé de cent cinq ans
& huit mois. Il s'eft toûjours
bien porté , & n'a eſté
jours malade. Il alla encore à
la Chaffe quelques jours avant
fa mort , cftant fort gay , &
fautant & danfant . Ileft mort
d'une retention d'urine.
que
fix
Mr Caftera Avocat au Par14
MERCURE
lement de Bordeaux , y eſt
mort âgé de cent dix ans dix
mois & dix jours . Il fut élû
Jurat de la même Ville l'an
1648. & a toûjours vêcu fans
avoir eu la moindre incommodité.
Il a confervé fon bon
fens juſqu'à la derniere heure
de fa vie.
Mre Guillaume de Labbat
eft mort à la Fléche âgé de
cent onze ans. Il eftoit fils de
Guillaume de Labbat & de
Marie d'Antin. Il avoit commencé
à fervir le Roy Louis
XIII . dans fon Regiment des
Gardes , dés l'âge de quatorze
CALANT 15
ans , & il avoit continué de
fervir Louis XIV. juſqu'à l'âge
de quarante- cinq ans qu'il
fe retira avec Mr le Marquis
de la Varennes Lieutenant de
Roy d'Anjou & Gouverneur
de la Fléche . Il a paffé pour un
des plus braves de fon temps.
Il avoit une memoire prodigieufe
qu'il a confervée jufqu'à
la mort. En effet il fe fouvenoit
des plus particuliers
évenemens du fiecle dernier ,
qu'il rapportoit d'une maniere
fort agreable. Il marchoit librement
& fans bâton , écrivoit
& lifoit fans lunettes ; &
16 MERCURE
il n'a efté qu'un jour malade.
Auffi avoit il vêcu fort fobrement
juſqu'au jour de ſa mort
Je paffe à quelques autres
Articles de Morts.
Dame N.... de Seve veuve
de Mre N..... de Vidaud Seigneur
de la Tour & Procureur
General au Parlement de Grenoble
, eft morte âgée d'environ
quatre - vingts ans . Elle
eftoit foeur de feu Mr de Seve ,
Seigneur de Flecheres , Lieutenant
general au Prefidial de
Lyon , & fille de Mr de Flecheres
qui avoit eu le même
Employ , & de Dame N………. du
GALANT 17
Gué- Bagnols Confeiller d'Etat
, dont je vous ay appris la
mort. Ainfi cette Dame eftoit
fa coufine germaine , de même
que feu Mr du Gué Intendant
de Lyon. Elle étoit tante de Mr
de Flecheres aujourd'huy Lieutenant
general du Prefidial de
la même Ville , & premier Prefident
de la Cour des Monnoyes
, & un des plus habiles
Magiftrats du Royaume. L'ancienneté
& l'illuftration de la
Maifon de Seve font connuës.
Il y en a une branche établie à
Paris depuis long- temps. Mr
l'Evêque d'Arras & Mr l'Abbé
Avril 1710
. B
18
MERCURE
d'Izy font à prefent les Chefs
de cette branche. Feu Mr de Seve
Premier Prefident & Intendant
de Mets , cftoit frere de
ce Prelat , & Mr de Seve leur
pere Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris avoit épousé
une heritiere de la Maifon de
Rochechouart , dont Mr l'Evêque
d'Arras porte même aujourd'huy
le nom & les armes.
Mr de la Tour - Vidaud époux
de la Dame dont je vous apprens
la mort , avoit efté longtemps
Procureur du Roy au
Prefidial de Lyon avant d'éftre
Procureur General au ParleGALANT
19
ment de Grenoble . C'eftoit
en ce temps là une tres belle
Charge, parce qu'il eftoit alors
Procureur du Roy de la Confervation
, dont la Jurifdiction
qui regarde les affaires des Marchands
, stend dans tout le
Royaume. Mr de la Tour- Vidaud
a eu de cette Dame , Mr
de la Tour - Vidaud aujourd'huy
Procureur General au
Parlement de Grenoble & qui
a époufé Mlle de Simianes , cidevant
Fille - d'Honneur de S.
A. R. Madame , & foeur de Mr
le Marquis de Simianes Colonel
de Cavaleric ; il a eu aufli
Bij
20 MERCURE
Me de Seve épouse de Mr de
Seve Prefident à Mortier au
Parlement de Grenoble , &
dont le fils a la même Charge.
Le fameux Jacques Aymar
dont on a tant parlé il y a quel
que années au fujet de la Baguette
, eft mort depuis quelque
temps à Saint Verant ,
Village du Dauphiné , où il
fa mort
cftoit né. La vie de cet homme
a efté fi extraordinaire & fi
remplie d'événemens finguliers
que j'ay crû que
ne paroîtroit pas tout à fait
indifferente. Il cachoit fous un
exterieur extrêmement fimple
1
GALANT 21
& même un peu groffier , un
efprit fort délié & fort propre
à conduire délicatement une
rufe : Il parloit avec fimplicité
& cachoit autant qu'il pouvoit
l'art dont fon efprit étoit plein;
mais les connoiffeurs jugeoient
en l'examinant de prés , qu'il
avoit beaucoup plus d'efprit
qu'il n'en laiffoit voir. Il fit un
des premiers effais des vertus de
fa baguette par occaſion dans un
Village à demi lieuë de celuy
où il demeuroit . Il y avait
efté appellé pour chercher
des fources , & avant le diner
eftant forti en tenant fa Ba22
MERCURE
guette , il fut furpris de ce
qu'elle tournoit avec un mouvement
extrêmement violent .
Il crut qu'il y avoit en cet endroit-
là des fources , felon ce
qu'il a dit pluſieurs fois à Mr
le Procureur general du Parlement
de Grenoble qui l'aimoit
beaucoup , mais on fut bien
furpris de trouver à deux ou
trois pieds en terre, le cadavre
d'un homme qui avoit eſté
fans doute affaffiné quelques
années auparavant . Feu Mr
Garnier Medecin de Lyon a
écrit touchant les avantures de
Jacques Aymar , qui eft mort
GALANT
23
âgé d'environ 60. ans .
Vous trouverez beaucoup
de faits curieux dans les deux
Articles fuivans.
Mr Gallé , homme d'une
grande réputation , eft mort
en Hollande regretté de tous
les Sçavans & de tous ceux qui
avoient quelques relations avec
luy. Il a fini fes jours à Campen
, & il a travaillé jufqu'au
dernier moment de fa vie . On
a de ce fçavant homme un
grand ouvrage fur les Livres
Sibyllins , où il a ramaffé tout
ce qu'on peut dire de plus fort
fur cette matiere ; & il eft peu
24 MERCURE
d'Autheurs qui ayent cfté plus
loin dans ces fortes de recherches
. On trouve dans cet ou-
"vrage une critique exacte & judicieufe
, un gouft fûr pour
juger des écrits des anciens Auteurs
& une connoiffance parfajte
de l'Antiquité la plus éloignée
Mr Gallé avoit commencé
un peu avant fa mort une
nouvelle édition de Minutius
Felix , cet habile Apologifte de
la Religion Chreftienne , & il
en avoit auffi prefque achevé
une de Lactance de qui nous
avons un fi beau Traité De
morte perfecutorum , c'eſt- à - dire
GALANT 25
de la mort des Perfecuteurs ; mais
la mort l'ayant empêché de
mettre la derniere main à cer
ouvrage , il a laiffé le foin du
dernier à un de fes Amis de
Campen. Il eftoit tres - verſé
dans la lecture des anciens Peres
, & il s'eftoit fait toute
ſa vie une habitude d'en penetrer
le fens & d'entrer dans
l'efprit de ces faints Auteurs
en lifant leurs ouvrages. S'il
avoit vêcu encore quelques années
, il auroit donné de pretieux
veftiges d'Antiquité , &
il s'eſtoit fait ſur cela un plan
Avril 1710. C.
26 MERCURE
d'étude qui auroit cfté bich
utile au Public.
Mr Mevius Jurifconfulte ,
Confeiller Privé du Roy de
Suede , & Vice President du
Confeil Souverain de Wilmar,
eft mort. Ce grand Magiftrat
s'elt rendu celebre par laJurif
prudence univerfelle és commune
desgens .Le Roy de Suede Charles
X. l'envoya à Vienne en
1661. pour vuider les differends
que a Suede avoit avec
la Cour Imperiale : touchant
l'Inveftiture des Provinces Sue
doifes en Allemagne , qui
avoient efté cedées à certe Cou-
.
GALANT 27
rohne par la Paix de Weftphalie
de plein droit en Fiefs perpetuels
immediats de l'Empire;
il fit fur cela un Traité qui
parut en 1662. à Stralzund .
Il fut Arbitre nommé par la
Suede , & Mr Courtin le fut
par la France pour terminer
a l'amiable les differends qui
s'éleverent au ſujet de quelques
droits il y a quelques années
ehrre Mr le Prince Palatin
d'une parc , Mr FElecteur de
Mayence comme Evêque de
Wormes & de Wirtzbourg ,
Mr l'Electeur de Baviere , &
quelques autres Princes. Mr
Cij
28 MERCURE
Mevius publia les Actes de cette
Conference & la Sentence
arbitrale. Il fut employé il y a
quelques années à faire tout le
Reglement des Provinces Sucdoifes
en Allemagne . Ses Commentaires
fur le droit de Lubec
ont cu un fi grand fuccés qu'ils
ont efté réimprimez fept ou
huit fois. Les Prolegomenes
qui font au -devant de l'ouvra
ge en dix queftions traitées à.
fond , font excellens . On a fait
huit éditions de fes Decifions
qui font autant de chofes jugées
& qui font au nombre de
3410. divifées en neuf parties.
GALANY 29
On les cite de même que fes
Commentaires dans les plus
celebres Tribunaux . Quelques
Jurifconfultes de Leipfic les
ont redigées en ordre felon les
livres & les titres des Pandectes .
Un Jurifconfulte de Mayence
a mis les mêmes Decifions
par
ordre des Titre du Code , à l'imitation
du Code d'Antoine
Faure. Mr Struvius le fils
dans fa Bibliotheque
choifre
de Droit , les loue beaucoup.
Nous avons du même Mr Mcvius
un Traité de l'Amniftie ,
un autre des Voyes d'Arreft
tant fur les perfonnes que fur
Ciij
30 MERCURE
les biens . Un Traité fur les
moyens de foulager les Debiteurs
ruinez par les calamitez
de la guerre ou par d'autres
malheurs ; une diſpute fort am
ple de Metatis & Epidemiticis ;
un Traité de Penfionariis , &
divers Traitez en Langue Allemande.
On a imprimé auffi fes
Confeils ou Deliberations ou
regne par tout un folide jugement.
Mr. Mevius après avoir
achevé fon ouvrage de la Jurif
prudence univerfelle & continuant
à lire quantité d'Auteurs
graves tant anciens que modernes
, en avoit cxtrait quel
1
GALANT
31
ques paffages tres importans
qu'il vouloit inferer en leur
place dans fon ouvrage , mais
la mort l'ayant prevenu , Mr
d'Engelbrechten fon gendre ,
Confeiller d'Etat & Vice- Di
recteur des Cours de Juſtice du
Roy de Suede aux Duchez de
Breme & de Vorde , a executé
fes intentions, Mr d'Engel,
brechten eft un homme d'un
merite extraordinaire & d'une
profonde érudition , & il a
ajoûté à cet ouvrage un Indice
tres - ample & tres - exact des
matieres , ce qui rend le Livre
tres-utile. Mr Mevius a été fort
G.iiij
32 MERCURE
loüé par Mr Hertzius Profeffeur
de Jurifprudence
à Gieffen
, dans fa Differtation
de la
Juriſprudence
univerſelle .
Comme vous ſouhaitez d'apprendre
ce qui fe paffe de plus
curieux dans les Pays étrangers
, je crois que l'Article fuivant
vous fera d'autant plus
de plaifir qu'il n'y a perfonne
qui n'entende
fouvent parler
de la fameufe
Foire de Leipfick
, & que l'on parle par toute
la terre du fameux Journal des
Sçavans qui fe fait dans la même
Ville.
On celebra avec de grandes
magnificences à Leipfick au
GALANT 33
commencement du mois de
Decembre dernier le Jubilé de
l'Univerfité de cette Ville là ' ,
je veux dire la revolution du
centenaire depuis ſon établiſfement.
Le Mécredy 4. du même
mois l'ouverture s'en fit
par un Te Deum que l'on chan- ¨
ta en Muſique dans l'Eglife de
Saint Nicolas , au bruit d'une
triple décharge du canon. On
fit enfuite diverfes autres réjoüiffances
dans lesquelles on
mêla plufieurs difcours d'éloquence
fur ce fujet . On y parla'
prefque dans tous, mais d'une
maniere diverfifiée des grands
34 MERCURE
Hommes que cette Univerfité
a produits depuis fon établiſſement.
L'éloge de Mrs de Leibnits
qui fe font immortalifez
par tant de doctes écrits fortis
de leurs plumes , ne fut pas ou
blié. Celuy des premiers Auteurs
du celebre Journal de
Leipfick , que l'on continue
avec beaucoup de fuccés depuis
l'année 1682. fut auffi
traité avec toute la delicateffe
que meritoit ce fujet . Mr Menkenius
qui y travaille à prefent
y fut loué d'une maniere d'au
tant plus delicate qu'il n'en
coûta rien à fa modeftie , puik
GALANT 35
qu'il n'y fut pas nommé . Plufieurs
Princes d'Allemagne
,
venus à la celebre Foire de
Leipfick , furent de cette Fefte
& fe trouverent à ces Difcours
dont les Auteurs leur adreffe
rent des complimens où l'on
remarqua beaucoup de jufteffe
accompagnée dune grande delicateffe.
Le foir même de l'ou
verture de la ceremonie , il y
cut un grand repas où l'on
compta cent- cinquante perfonnes
de diftinction qui y
avoient efté invitées . Il y eut
une fi grande profufion de
viandes que l'on vit dans les
1- y
36 MERCURE
cuifines trois boeufs entiers à
la broche. Par ces trois feules
pieces on peut juger de tout
le refte. On écrit que du feul
vin du Rhin on y en but vingtcinq
pieces. Cette Fefte dura
trois jours entiers , & chaque
jour fut marqué par de nouveaux
plaifirs Enfin les plus
âgez de Leipfick avoüérent
que depuis long - temps on
n'avoit vû un fi grand mouvement
de plaifirs dans leur
Ville.
•
Avant que de quitter l'Allemagne
, je dois vous parlerde
plufieurs Thefes qui ont elté
GALANT
37
foutenues à Strasbourg en divers
temps. Vous en verrez les
fujets en les lifant , & vous y
apprendrez beaucoup de chofes
qui regardent voſtre fexe ,
& plufieurs autres qui regardant
la Medecine , peuvent
eftre utiles à tout le monde.
Mr Abraham Stadet foûtint
il y a quelque temps une
Thefe dans l'Univerfité de
Strasbourg fur un fujet affez
fingulier , puifque c'eſt fur le
droit que peuvent avoir les
femmes de fucceder aux Fiefs :
De jure fucced endi mulierum in
feodis. Il fit d'abord voir qu'au- ›
38 MERCURE
trefois il leur eftoit deffendu
d'y prétendre , parce que c'étoit
le partage des mâles , qui
feuls font capables du fervice
militaire , en récompenfe duquel
on donnoit ces terres . Mr
Stadet fe declara dans la difpure
publique de l'opinion de
ceux qui excluënt la femme
fans retour , de la fucceffion
des Fiefs. Il s'agiffoit dans une
difficulté que propofa un Ecclefiaftique
nommé Auxi , de
fçavoir fi une femme qui par
l'exiſtence d'un mâle a perdu
legitimement le droit de fuccéder
à un Fiefdoit en eftre priGALANT
39
vée pour toûjours. Mr Stadẹt
fonda fon fentiment fur cé
paffage du Livre des Fiefs : Relicto
mafculo ulteriusfoeminæ non
admittuntur : & il foutine quê
le mot alteriùs emporte une exclufion
perpetuelle quelque
changement qui puiffe arriver
dans la fuite. La feconde queftion
& qui fut long- temps &
vivement agitée , fur tout par-
Mr Mordat , fut de fçavoir fi
les femmes fuccedent & peuvent
fucceder aux Fiefs qu'on
appelle Féminins , quelque favorable
que foit aux femmes
la dénomination de ces fortes
40 MERCURE
de Fiefs , plufieurs Docteurs
penfent qu'aprés la mort de
ceile qui a eu originairement
un droit acquis par l'infcodation
, le Fief retombe dans le
droit commun , & ne peut plus
appartenir qu'aux mâles. Mr
Stader ne fut pas de ce ſentiment
, & il declara que la deftination
primitive du titre d'infeodation
decide de la qualité
des perfonnes qui font appelées
dans la fuite à la fucceffion du
fief. On difputa en fuite fur une
autre queftion fçavoir fi les
femmes doivent fucceder aux
Franc- Fiefs ; on entend par le
GALANT 41
mot de Franc. Fiefs , ceux qui
ne font chargez d'aucuns fervices.
Ce Jurifconfulte foû- .
tint qu'il falloit en cela fuivre
la loy generale qui exclut les
femmes des Fiefs , tant qu'il y
a des mâles , à moins qu'elles
n'y foient appellées d'une maniere
expreffe par l'inveftiture .
Il y eut une quatrième queſtion
qui fut vivement debattuë ,
une femme au defaut de mâles,
a efté admife à la fucceffion
d'un Fief , un mâle qui malheureuſement
furvient dans le
temps qu'on ne l'attendoit pas ,
la prive- t- il de fon droit ? non
Avril 1710.
D
42 MERCURE
répond Mr Stadet , quelques
fois contraire, quelquefois auffi
favorable aux Dames ; la femme
en ce cas là , dit-il , conferve
le droit qui luy a efté legi
timement acquis , parce que la
durée d'une proprieté jufte
dans fon principe , ne doit pas
dépendre du hazard & de l'incertitude
des fuites. Decifion
qui fut applaudie par toute
l'affemblée . Un Fief eft acquis
pour un mâle ou pour une
fille feulement; toutes les filles
d'une même famille y ont elles
également part ? le choix , répondit
Mr Stadet , appartient
4
GALANT 43
au Seigneur , il a droit de don,
ner l'inveftiture fur les Cenft
ves . Get Auteur diftingue les
heritages purement Cenfiers ,
& ceux qui outre, le cons exigent
encore la foy & hommage.
Les femmes , felon luy, peuvent
fucceder aux premiers ,
où il ne s'agit que d'un fimple
payement , mais elles ne peu
vent fucceder aux, feconds, qui
oblige au Service militaire . Les
femmes font elles capables
des Fiefs Ecclefiaftiques & doiron
le demander , répondit Mr
Stadet : ici peu courtois , mais
on luy répondit que les Ter-
Dij
44 MERCURE
res Ecclefiaftiques fe défendent
plus par les prieres & par
les larmes , que par les armes ;
& qu'ainfi ce moyen eft plus
propre aux femmes qu'aux
hommes. Il repliqua qu'il falloit
s'en tenir au droit commun
, qui n'admet les femmes
aux Fiefs que lorfque la conceffion
eft en faveur de ce fexe,
ou que les deux fexes y font
également appellez.
Mr Philippe Frederic de Berckheim
ſoutint auffi il y a quel
que temps dans l'Univerfité de
la mefme Ville, des Thefes pu
bliques fur les Affemblées de
GALANT 45
Nobleffe . Les titres de ces Thefes
font tournez en Allemagne
d'une autre maniere qu'on ne
les tourne en France. Cet Auteur
avoit déja traité de la
Nobleffe en general dans une
• autre Thefe ; & il traita en particulier
dans celle- ci des Diettes
qui fe tiennent parmi la
Nobleffe Allemande . Il exami
na d'abord fi les Nobles de
l'Empire peuvent s'affembler
fans le confentement de l'Empereur
; il conclut pour l'affirmative
; mais il n'étendit pas
cerre liberté aux Affemblées
des Electeurs & des Princes de
1
46 MERCURE
I Empire. Il foutint qu'il n'y a
point de diftinction ny de fuperiorité
entre eux , & il cita
à ce fujer ce qu'avoit dit Hen
ry IV. Roy de France : De ma.
brave & genereufe Nobleffe , je
ne diftingue point mes Princes pour
eftre notre plus beau titre , for de
Gentilhomme. Mr. Berckheim
parla enfuite de la convocation
des Nobles , les qualitez qu'il
faut avoir pour eftre convoqué
, & les raifons qui peuvent
difpenfer de fe rendre au lieu
de la convocation. Qu'il faut
eftre Noble de race pour eftre
convoqué ; qu'il ne fuffit pas
GALANT 47
A
"
sd'eftre ennobly , & qu'il ne
fuffit pas auffi d'acheter & de
poffeder une Terre noble ;l'Autour
convine cependant qu'il y
Ja certains Ficfs qui ont le privilege
d'ennoblir ceux qui les
poffedent , & qu'il n'y a que la
maladie ou d'autres raiſons indifpenfables
qui les exemprent
de fe rendre eux- mêmes dans
-les Affemblées convoquées , &
-il dit que le temps & le lieu de
l'Affemblée des Nobles dépendent
de l'ufage & des occa
hons , & que les matieres que
Pon traite dans ces Affemblées,
font generalement toutes col-
$14
48 MERCURE
les qui regardent le public, foit
pour la Religion , foit pour la
Police , & foit pour les contributions
aux charges de l'Etat.
Ces propofitions furent
attaquées par plufieurs perfonnes
qui donnerent lieu à
Mr de Berckeim de faire briller
fon érudition ; un jeune
Jurifconfulte , prétendit dans
Ja difpute qu'un Noble , chargé
de la procuration d'un autre
Noble pour la Diette , perd
fa qualité de Noble ; fondant
fon opinion fur la prevention
trop outrée contre la fonction
de Procureur.
Mr
GALANT 49
Mr Jean Martin Aulber a
foutenu dans le même lieu des
Thefes de Medecine fur l'épilepfie
vermineufe , ayant pour
prefident Mr Jean - Valentin
Scheidius Docteur & Profeffeur
en Medecine , & un des
Medecins de toute l'Allemagne
le plus confulté. Mr Aul
ber un des plus doctes Candidats
de l'Ecole de Strasbourg ,
fit d'abord voir que les vers
font la caufe la plus ordinaire
de l'épilepfic des enfans ; fentiment
dont il a pour garants
le celebre Mr Baglivi & l'Auteur
du traité de la generation
Avril 1710. E
50 MERCURE
des vers ( Mr Andri. ) Il prouva
d'ailleurs ce fentiment par
la femence des inteftins dont
les vers peuvent eftre aisément
picotés par une humeur vermincufe
& par les vers . De là
il paffa au détail des fymptomes
particuliers à l'épilepfic
vermineuſe , comme la démangeaifon
du nez , la toux feche
, les dejections de couleur
de cendres , le hocquet , l'haleine
aigre , les terreurs fubites
pendant le fommeil , la dou- .
leur de ventre & c. Mr.Aulber
attribua la production des
vers dans les corps des enfans,
A
GALANT SI
à des mouches qui fe pofent ,
tantôt fur la boüillie des enfans
, tantôt fur leur bouche ,
qu elles laiffent quantité d'oeufs
que les enfans avallent , & d'ou
naiffent des vers . Mr Redi , Mr
Raderus & le fçavant Auteur
du Livre de la generation des
Vers dans le corps humain ,
ont traité avec étendue le même
fajer , & Mr Aulber les cita
tous avec éloge . Ce qu'il dit
enfuite du prognoftic qu'on
faire dans l'épilepfic verincufe
fur écouté avec plaifir
Ilremarqua
qu'elle eft rarement
dangereuse , hors qu'elle
peut
E ij
52 MERCURF
ne foit inveterée . Les moyens
qu'il indiqua pour la guerir fu
rent autant de preuves de l'érudition
du Soutenant , & du
progrés qu'il a fait en Mede
cine.
Mr Gabriel Daniel Bartenf
tein a foutenu dans l'Ecole de
Medecine de Strasbourg des
Thefes publiques , dans lefquelles
il y avoit cent pofitions
fur toutes fortes de ſujets qui
peuvent regarder la Medecine.
Mr. Jean Sigifmond Henninger
Docteur & Profeffeur en
Medecine dans la même Univerfité
, & fous lequel Mr BarGALANT
53
tenftein a fait fon Cours , prefidoit
à cet Acte. Mr Bartenftein
commença
d'abord par
découvrir
l'origine de la Medecine
; il parla enfuite de l'ame
& du corps , de la nature des
temperamens
, & il parcourut
enfuite toute la Phifiologie . De
là il paffa à la Pathologie , &
expliqua les caufes des fiévres,
& en difant quelque chofe de
la pratique , il donna des preuyes
éclatantes du progrés qu'il a
fait dans fes études , parce que
Mr Bartenftein dit dans la cinquante-
fixième pofition fur les
fiévres malignes en particulier
E iij
54 MERCURE
il fit voir que les émulfions
& les acides font fouvent plus
les cordiaux & les
с
efficaces que
alexiteres. Dans la 57 il avan
ce que l'abus des remedes volatils
peut fouvent changer les
petites veroles en fiévre pourpreufe
& maligne. Il fe declara
en quelque maniere dans la 66*
contre la racine de l'Hipecacuana
, & il prétend que quoiqu'elle
foit fpecifique dans les dyffenteries
, il eft pourtant quelquefois
dangereux de s'en fervir
à caufe des ravages & du
defordre que fa vertu émetique
peut caufer . Mr d'Obrecht
* GALANT 55
le fils , fils du celebre Preteur de
Strafbourg de ce nom , argumenta
avec force contre cette
derniere pofition . Mr l'Evêque
de Strasbourg atlilta à ces
Thefes avec un grand concours
de Nobleſſe.
L'Article qui fuit doit faire
autant de plaifir aux Catholiques
, qu'il doit chagriner les
Proteftans .
à
On a publié depuis peu
Paris un Livre intitulé : La ve-.
rité de la Religion Catholique,
prouvéepar l'Ecriture Sainte, par
Mr des Mabis Chanoine de
l'Eglife d'Orleans, & ci devant
E iij
56 MERCURE
Miniftre de la Religion Préte
nduë Reformée . La conquête
de Mr des Mahis a fait :
beaucoup d'honneur à l'Eglife.
Il eftoit cher à fa famille ,
eftimé dans fon party , & favorifé
des biens de la fortune ,
& par cette raifon on ne peut
l'accufer d'avoir changé de
fentiment par dégoûts , & par
des interefts humains . Il fe retira
lors de fa converfion au
Seminaire de S. Magloire , &
il cut en 1687. un Canonicat
dans la Cathedrale d'Orleans .
Dans le premier Sermon qu'il
y prêcha , il prit pour texte ces
}
GALANT 57
paroles : L'Eternel eft icy & je
ne le fçavois pas. Il compofoit
l'ouvrage dont je parle , dans
l'année de fa mort , qui arriva
en 1694. & quoiqu'il ne fut
alors âgé que de 45. ans , il di
foit qu'il fe trouvoit dans une
tellefechereffe d'imagination, qu'il
eftoit fouvent obligé de quitter la
plume. On ne peut dire que
ce fut pareffe ou incapacité ,
puifqu'il aimoit fort le travail
& qu'il eftoit tres - fçavant ; fon
Livre en eft une preuve fans
replique.
Je paffe d'un Article de Religion
, à des Articles de Cu
riofité.
58 MERCURE
Entre les Pierres gravées antiques
qui compofent le Cabinet
du Roy , le plus riche &
le plus precieux qui foit dans
l'Europe , il y en a une gravée
en creux , & montée en bague,
qui eft un chef- d'oeuvre de
l'Art . C'est une petite Cornaline
tranfparente qui a efté deffinée
en grand par l'illuftre
Mile le Hay , connuë fous le
nom de Mlle Cheron , & gravée
en Eſtampe par Mr Picard. On
croit que cette Pierre a fervy
de Cachet à Michel Ange , &
que Raphaël en a imité quelques
figures dans fes tableaux.
GALANT
59
Elle a appartenu à Mr Bagarris
, Garde du Cabinet d'Henry
IV. enfuite à Mr Lothier ,
Antiquaire d'Aix en Provence,
& Sa Majefté l'a acquife de fes
heritiers . L'Eftampe en a eſté
publiée dans le Journal des
Sçavans du mois de Janvier
dernier , & il y en a une explication
par un fçavant Je
fuite dans les Memoires de
Trevoux de Fevrier. Mais Mr
Moreau de Mautour qui a remarqué
dans ce Deffein & fur
cette Eftampe des choſes differentes
de ce qui fe trouve fur
la Pierre originale , & fur les
60 MERCURE
empreintes , a pris occaſion de
faire une Differtation fur ce
fujet, & il a donné lieu à une
nouvelle Eftampe plus exacte ,
dediée à Mr l'Abbé Bignon ,
& gravée par Mr Montbard ,
ruë S. Jacques, où elle fe vend .
Il y a au bas de cette Eſtampè
un petit Extrait de fa Differ
tation. Mr Moreau de Mautour
pretend que la graveure
dont l'empreinte forme un bas
relief, reprefente une espece de
Fefte de Sacrifice en l'honneur
de Bacchus , & en memoire defa
naiffance. On voit le petit Bacchus
alaité par Ino fa premiere
GALANT 61
nourrice. Prés d'elle est la belle
Hippa, autre nourrice celebréepar
Orphée dans fes Hymnes . Le
vieillard eft Athamas , ou le vieux,
Silene , ou un Faune , quifait la
fonction de Sacrificateur tient
une Patere pour les libations de
vin fur le feu deftiné pour le Sacrifice.
Un Miniftre du Sacrifice
conduit un Bouc , victime qu'on
immoloit à Bacchus , & tient un
vafe destiné pour recevoir le fang
de la victime. Un Satyre jouë
d'une espece de flute recourbée ,
inftrument employé dans les Sacrifices
& les Feftes. Les Nymphes
qui furent ainsi que les Sa
62 MERCURE
tyres , les Bacchantes & les Fau
nes de la fuire de Bacchus , portent
des Corbeilles de fleurs & de
fruits , fimblables à celles
po toient fur leurs têtes les jeunes
filles d'Athenes dans les Festes
confacrées à ce Dieu , nommées
que
Canephoria. Une Bacchante enjouée
prefente à un des deux petits
Amours , une Cimbale , efpece
d'inftrument en ufage dans les
Orgies. Les Amours conviennent
à Bacchus ; on les voit dépeints
enfemble dans Anacreon , & fur
les monumens antiques. Apollon
debout , une Patere à la main , eft
icy comme une Divinité. les
que
GALANT 63
que
Egyptiens & les Grecs confondoient
avec Bacchus . Les deux
arbres , dont l'un eft entouré de
pampres ,fontde la nature de ceux
Pline décrit , & qui font pro-
-pres pour la vigne. Le Pefcheur
hors d'oeuvre , a peut eftre raport
à une fiction ingenieufe & morale
de Theocritedans l'Idylle qui porte
ce titre. Ce Poëte né à Syracufe
, vivoit à la Cour de Ptolemée
Philadelphe , Roy d'Egypte , qui
inftituadans Alexandrie une Fifte
particuliere à l'honneur de Bacchus
, felon Achenée , auquel
temps on peut fixer l'Epoque de
l'excellent Ouvrier de ce precieux
i
A
64 MERCURE
Monument , qui auroit prés de
deux mille ans d'antiquité.
Je dois , puifque j'ai commencé
à vous parler d'antiquitez
, vous entretenir de plufieurs
articles curieux fur ce
fujet.
On a trouvé un Trefor de
Medailles depuis peu dans la
Terre d'un Gentilhomme peu
éloignée de cette Ville ; un Curieux
qui a acheté ce qui en
reftoit , car une partie avoit
déja cfté diffipée ou fonduë
par les Auteurs de la découverte
, en a eu fix mille fept
GALANT 65
cens quarante , c'eſt à dire quarante
livres pefant , & il a jugé
par l'examen qu'il en a fait que
les Medailles du bas Empire ,
ne font nullement à mépriſer ,
& qu'elles inftruiſent autant
que celles du haut Empire .
Aprés les avoir nettoyées il les
pefa , & il vit qu'il en falloit
communément cent foixante
pour faire une livre ; il prit enfuite
quelques Medailles de
Bronze des deux premiers fic .
cles de l'Empire Romain , & il
vit que huit Medailles de ce
petit bronze eftoient à peu prés
du même poids que huit Me-
Avril 1710. F
66 MERCURE
dailles d'argent du haut Empire
; que quatre Medailles d'or ,
que deux Medailles de moyen
bronze , & qu'une Medaille
de grand bronze ; ce qui fournit
une preuve que les Romains
ont toûjours gardé des
proportions dans la fabrique
de leurs Monnoyes. Les Medailles
du Trefor en queſtion
commencent à Valerien , c'eſtà
dire à l'Empereur dont la
deftinée fut fi trifte , qui fuc
pris dans la guerre des Perfes ,
& qui mourut d'une maniere
tragique , & qu'elles finiffent à
Aurelien ; de forte qu'elles ne
GALANT 67
comprennent que le regne de
fix ou fept Empereurs . On
compte cependant dans cet
amas de Medailles feize ou dixfept
Princes differens , car ou
tre les deux Imperatrices & les
deux jeunes Cefars qui appartiennent
à la famille de Valerien
, il y a des Quietus , des
Elianus , des Marius , je veux
dire quelques uns de ces Empereurs
, qui ont feulement regné
dans quelques Provinces
de l'Empire Romain. Les revers
font admirables par leur
diverfité , & il en eft peu dans
le Recueil de Mr le Comte
Fij
68 MERCURE
Mezabarba , que l'on ne trouve
dans ce Trefor , & il y en a
même beaucoup que l'on ne
dans le Recueil de ce
trouve pas
Comte , quoy qu'il foit le plus
ample & le plus fidelle qu'on
ait des Medailles
Latines ; compeut
voir
me on le peut
qui en a efté fait.
par
le livre
On a trouvé il у a déja
quelque temps auprés de Paris
une petite Figure de bronze
reprefentant un jeune homme
qui tient de la main gauche une
Patere & de la droite un vafc
courbe. Plufieurs Antiquaires
ont travaillé à l'explication de
GALANT 69
cette Figure , & le Pere Poupart
fur tout , Religieux du
Tiers-Ordre de Saint François
à Picpus , a écrit fur ce fujet
une Lettre à Mr l'Evêque de
Soiffons , qui luy fait beaucoup
d'honneur par le tour inge
nieux & folide avec lequel il
explique cette Antique ; il pré
tend que c'eft un jeune homme
qui fert à boire , & il fonde
fon fentiment fur la coûtume
des Anciens qui fe fervoient
de jeunes gens pour leur verfer
à boire. Horace nous apprend
que leur air eftoir gracieux
, leur tefte couronnée
70 MERCURE
leur chevelure frifée , leur habit
ceint & retrouffé , tel qu'on reprefente
le jeune homme de
la Figure; leur employ cftoit
de fervir le vin & de lever la
table . La coutume de fe fervir
de ces jeunes gens , ajoute le
Pere Poupart , eftoit une Imitation
de la Fable deJupiter &
de Ganymede ; & les couronnes
de ces jeunes gens eftoient
ordinairement de rofes & d'autres
fleurs felon les Saifons.
Ciceron en parle dans une de
fes Oraifons contre Verrez .
Toutes ces chofes fe trouvant
dans la Figure en queſtion nôGALANT
71
tre fçavant Picpus prétend que
c'eſt un jeune homme qui fert
à boire , & non un Joueur de
Flute courbe comme quelques
autres l'ont prétendu . Il prouve
enfin
par
l'autorité de Stace
que c'eft une Patere dont on
fe fervoit pour
faire des libations
dans les repas . A l'égard
de la difficulté qui naiſt de
l'inftrument courbe que ce
jeune homme tient à la main
droite , le Pere Poupart croit
& avec fondement , que c'eſt
une de ces cornes dans leſquelles
les Anciens beuvoient , &
dont Homère , Xenophon ,
72 MERCURE
P
Athenée & Plutarque parlent ,
& à l'égard de fa grandeur il
dit qu'il ne faut pas s'en étonner
, parce que les Anciens
aimoient à boire de grands
coups . Le Pere Poupart parent
de Mr Poupart de l'Academie
des Sciences , mort depuis peu ,
eft connu par plufieurs ouvrages
, & fur tout par la Traduction
Françoife de l'Apotheofe
de l'Empereur Claude par Se-
-neque avec des Notes.b
On a trouvé à Smyrne, une
ancienne Inſcription Grecque
qui donne de l'exercice à tous
les Antiquaires. C'eſt une Epitaphe
GALANT 73
taphe pour Heria Th:fbé , qui
eft qualifiée Monodiaria. C'eſt
un terme de Muſique qui fignifioit
une femme qui chantoit
feule fur le Theatre. L'Auteur
de cette Epitaphe cft nommé
Choroula , c'est- à- dire Muficien
, qui joüoit de la Flute pendant
les chants du Choeur.
L'affemblage des voix & des
inftrumens,faifoit un des principaux
agrémens des Pieces de
Theatre , & comme le dit Seneque
, on ne diſtinguoit la
voix de perfonne en particulier
, mais le concert de toutes
les voix charmoit les oreilles.
Avril 1710.0
G
74 MERCURE
Plufieurs Antiquaires d'Alle
magne ont publié leurs conjectures
fur cette Infcription ;
mais celle qui a paru la plus autoriféc
& qui a eu jufqu'à prefent
le plus de partifans eft celle
de Mr Gutberletti de Francker,
qui a cette occafion a publié
une fçavante Differtation
où il traite à fond la matiere
qui regarde les Joueurs de Flutes
de Anciens. Il parle entreautres
d'un certain Joueur
nommé Canus qui fit tant de
plaifir à l'Empereur Galba en
joüant de ſon inſtrument , que
c Prince luy donna de fa
proGALANT
75
pre main cinq deniers , plutoſt
fans doute , pour luy tenir lieu
d'approbation que comme une
récompenſe. Mr Gutberlethi
parla avec beaucoup d'étenduë
de la Mufique & du Choeur
des Anciens ; & il conclud que
Heria Thifbé à qui
l'Infcription
eſt conſacrée , eftoit une
Chanteufe , & nullement la celebre
Thiſbé tant chantée par
Ovide à caufe de fes amours
& de la mort funefte avec Pyrame.
Mr Gutberlethi cite
pour garent de fon fentiment
le celebre Guiter , qui dans fon
Treforparle de cette belle Chan-
Gij
76 MERCURE
teufe à qui il donne de grandes
loüanges . Cet Auteur rapporte
quantité d'Infcriptions
qui fortifient fon ſentiment .
Quoyque vous ne receviez
ma Lettre qu'aprés Pafques , la
plupart des nouvelles qu'elle
contient doivent eftre des chofes
qui fe font paffées pendant
le Carême ; & comme c'est le
temps où l'on chante les Tenebres
, l'Ouvrage qui fuit
convient fort au temps où il
a efté fait.
GALANT 77
PARAPHRASE
de la feptiéme Leçon des
Lamentations de Jeremie ,
accommodée au temps prefent
par Mr Maugard.
Si des bleds verdoyans la brillante
apparence ,
Du trifte Laboureur reveille l'efperance
,
Et femble avoir remis la joye en
tous les coeurs :
Si l'Orge a diffipé les horribles
langueurs
De ce cruel Vautour que l'on nomme
famine ,
G iij
78 MERCURE
Ilfaut en rendre grace à la bonté
divine ,
Qui tientfur nos befoins l'oeilfans
ceffe arrefté ,
Et produit l'abondance en la fterilité.
Dés
que l'Aftre du jour recommence
ſa courſe ,
Le Seigneur de fes dons ouvre la
riche
fource ;
Son immuable foy tient ce qu'elle
promet ,
Et fa fainte parole eft autant que
L'effet.
Au raviſſant attrait d'un ſi precieux
gage ,
Le Seigneur , dit mon ame , eft
mon feul heritage,
GALANT 79
Eternelle beauté qui cauſez mes
Fe
foupirs ,
vous attends , venez combler
mes faints defirs.
Le pauvre qui l'invoque en ce
temps de mifere ,
Connoît qu'il a pour luy les entrailles
d'unpere.
I
Toujours bon , toujours doux ,
aime à s'approcher
D'un coeur qui plein d'amour vole
pour le chercher.
Heureux qui fans crier contre la
providence ,
Reçoit de fes travaux la jufte récompenfe.
Si lesfleaux font du Ciel de folides
bienfaits , Giiij
80 MERCURE
Heureux qui de bonne heure a
ployé fous leur faix.
Cefalutaire joug qu'il porte fur
Sa tête
Luy fait des plus grands maux
furmonter la tempefte :
Le chef toûjours panché fous la
main de fon Dieu ,
Il en benit les coups en tout temps,
en tout lieu.
Si d'espoir à fes yeux brille quelque
lumiere ,
Il s'aneantira juſques dans la
pouffiere.
Il est de patience un modele parfait;
Si quelqu'un luy décharge un indigne
foufflet
GALANT 82
Se fouvenant qu'il fort du vil
fein de la bouë
Acelui qui le frape il tendra l'au
tre jouë :
Il a le coeur fans ceffe humilié ,
contrit,
Et fon ame d'affronts s'abbreuve
& fe nourrit.
Je crois que l'Epigramme
qui fuit eft auffi de faifon . Elle
eft de Mr l'Abbé Jacquelat .
EPIGRAMME
fur la ftupidité des Impies.
Seigneur , dont l'immense pou
voir
82 MERCURE
Et dont lafageffe infinie
De chaque creature ont marqué le
devoir ,
De ce vafte Univers foûtiennent
l'harmonie ,
Et par ces grands effets fe font.
fentir voir.
Que de l'impieté qui regne dans
le monde ,
Je reçois dans le coeur une douleur
profonde ,
Des hommes aveugles &fous,
Et plus ftupides que des bêtes ,
Mofent demander où vous étes,
·Et rien ne peut êtrefans vous.
Quoyque je vous aye déja
GALANT 83
le
parlé plus d'une fois de la mort
de Mr l'Evêque de Nifmes ,
on ne peut trop parler d'un
Serviteur de Dieu fi zelé , qui
a efté fi utile à fon prochain ,
& qui a tant travaillé
pour
falut des ames . Je vous envoye
une Lettre écrite un peu avant
fa mort , & qui avec tous les
merveilleux Ouvrages de ce
Prelat , contribuera à faire vivre
fa memoire.
Lettre de Monfieur l'Evefque
de Nifmes , à Monfieur le
Pelletier , Miniftre d'Etat.
Une viſite , Monſieur , queje
84 MERCURE
viens defaire à Mr le Ducd'Ufez
depuis peu dans cette Provin
ce m'a empêché de répondre plutoft
à votre derniere Lettre . Fe
vois que vous avez quitté voftre
folitude de Ville-Neuve , avant
que la faifon de la Campagnefuft
paffée. Il faut ménager une fanté
foible , l'air de Paris eft moinsfu
bril, lesfecours y font plus prefens,
quand on approche de l'age
des Patriarches , il faut fe mettre
fous lesfoins d'unefamille affectionnée,
& recevoir de ſes enfans
les fruits de la bonne éducation
qu'on leur a donnée. La confidence
que vous me faites de l'état où
yous croyez que vous réduit le
GALANT 85 °
poids de vos années me toucheroit
davantagefi vous n'enparliez pas
fibien , &fije ne voyois encore
sout voftre efprit dans voftre Lettre
& dans celle
que
MrBaville
m'a communiquée ; mais enfin vôtre
apprehenfion eft raisonnable ;
tout ce qui tend àſa fin diminuë
neceffairement la vigueur paffée
les organes s'ufent , l'efprit s'afaiblit
avec le corps , le feu qui nous
anime s'éteint infenfiblement &
la raison auffi bien que les fens
fuccombe quelquefoisfous les extrémitez
de la vieilleffe.
Ceux qui comme vous ont mené
une vie toûjours occupée , qui
ont efté chargez de penibles & im86
MERCURE
portantes affaires , qui ont pris à
coeur les interefts de l'Etat comme ,
ceux de leur famille , qui font ai
fément touchez des malheurs prefens
& des miferes de la Patrie.
Ceux - là , dis-je , ont fujet de
craindre que l'application & l'u
fage qu'ils ont fait de leur efprit
n'y caufe enfin quelque défaillance.
Ily a peu de ces vieilleſſes heu
reufes qui fe foutiennent jufques
àlafin, où le temps n'ôte à l'homme
quelque partie de luy- même
& cette benediction que Moyfe
prononçafur Azer : Sicut dies ju
ventutis tuæ ita erit fenectus
e fe renouvelle gueres detua
ne
puis celle-là.
GALANT 87
M.Nous avons vû vous & moy,
Monfieur , des hommes dont on avoir
eftimé le jugement & lafageffe
, aprés avoir remply les premiers
Emplois & les premiers
Charges du Royaume, traîner un
refte de vie dans une langueur pitoyable
,fans raifonnement
, fans
intelligence
, dans l'oubli de leur
propre nom.
Favoue que cette espece de mort
vivante eft d'une grande humiliation
quand on lafent ou qu'on la
prévoir. L'homme nefait jamais
plus de pitié que lorsqu'il commence
ainfi à rentrer dans fon neant ;
la mort naturelle eft lapeine du pe88
MERCURE
ché , la mort civile ou morale ag
monde en eft lapenitence. Ilfauts'y
refigner quand on la voit approcher,
dans le danger de nepouvoir
plus offrir à Dieu avec liberté
les facrifices de bonnes oeuvres d'
de louanges , luy en faire un defon
filence & de fon inaction.
Aprés cela il faut fe confoler
de tout. L'Apoftre nous apprend
que foit que nous vivions , foit
que nous mourions`, nous fommes
au Seigneur , nous devons croire
que toute affliction , comme toute
confolation , viennent de luy, que
c'eft toûjours un bien que fa volonté
s'accompliſſe en nous , &
GALANT 89
qu'en nous ôtant ce qui fert à le
connoiftre & à le fervir, il nous
ôte en mefme temps ce qui peut in
duire à l'offencer.
Cet affoibliffement que vous
eroy z remarquer en vostreperfon
ne eft une marque de l'attention que
vous avezfür vous mefme; il n'eft
pas étonnant que vous éprouviez
quelque changement & quelque
diminution de force , que vostre
imagination fe refroidiffe ; que
voftre applicationfe relâche ,
vos prieresfoient moins ferventes ,
que vos actions & vos penfées
foient moins vives , que le corps
quife corrompt, appefentiffe l'ames
Avril 1710 .
H
que
90 MERCURE
vous touchez à ce terme fatal
de la vie , aude- là duquel il n'y
plus que travail & doulent
felon l'Écriture.
La reflexion que nous avons à
faire , Monfieur , car à deux ou
trois années prés , nous fommes
dans le mefme cas ; c'eſt de nous
regarderfur le declin de l'âge comme
desferviteurs qui vont deve
nir inutiles ; de mettre à profit les
beures que Dieu nous laiffe avant
que cela vienne , où felon l'Evan
gile , il ne fera plus libre de tra
vailler pour le falut. Hatonsnous
de luy offrir des reconnoiffan
ces des affections qui feront
GALANT 91
tous les jours plus ufees , e
prions- le que s'il veut nous punir
avant noftremortpar laprivation
des douceurs temporelles & fpirituelles
de la vie , il conferve du
moins dans nos coeurs mortifiez
un fond de Religion , de Foy
d'humilité de patience.
C'est une grace & une benediction
du Ciel pour vous d'eftre
au milieu de vostre famille , aimé
& honoré de vos enfans , qut
vous adouciront vos peines , qui
respecterontjufqu'à vosfoibleffes
& qui touchez de tendreffe , de
puiée de defir de vous prolonger
un refte de vie , auront les mefmes
Hij
92 MERCURE
foins de voftre foibleffe que vous
aurez eu de leur enfance.
Quoique je fois perfuadé que
vous n'avez pas grand befoin de
nos leçons , & qu'un efpritfolide
& tranquile comme le vostre,
ne foit pas d'ordinaire fujet à de
tels dérangemens , j'ay bien voula
vous obéir & vous témoigner avec
quelle déference&avec quel
Zele jefuis , &c.
Cette Lettre a charmé tous
ceux qui l'ont lûë. On en a fait
un grand nombre de Copies ,
& toutes les perfonnes qui font
fort avancées en âge en ont
voulu avoir ; & c'eft une conGALANT
93
folation pour elles de penfer
qu'elles mourront dans le fein
d'une famille cherie , qui tâchera
d'adoucir leurs maux ,
& je ne doute point que la
kcture de cette Lettre ne vous
doive faire beaucoup de platfir.
*
,que
Je dois ajoûter icy , en vous
parlant du dernier Ouvrage du
Prelat qui en eft l'Auteur ,
Mr l'Evefque d'Alby vient d'êstre
nommé pour remplir la
place qu'il occupoit à l'Academie
Françoife . J'aurois beaucoup
de chofes à vous en dire ;
mais je remets à vous en parler
94 MERCURE
lorfqu'il fera reçû dans cet il-
Juftre & fçavant Corps , puif
que felon l'ufage , fon Eloge y
fera prononcé publiquement,
ce qui me fournira des moyens
plus feurs de vous apprendre
avec plus de certitude toutes
les grandes qualitez , & tous
les grands talens qui le font
admirer & eftimer.
Je crois devoir , en vous
parlant de Sçavans , vous entretenir
de deux Livres qui
font dignes de la curiofité publique.
Il paroit depuis quelque
temps un Livre intitulé Voyage
GALANT 95
des Indes Orientales , mêlé de plufieurs
Hiftoires curieufes , en deux
volumes in 12. fait par Mr
Carré. Il a efté deux fois aux
grandes Indes par ordre de feu
Mr Colbert , & aprés beaucoup
d'années il a bien voulu
faire part au Public de ce qu'il
a svû dans ces deux grands
voyages. Ce qu'il dit fur la
revolution de Baffura Ville
de l'Arabie , & qui a efté
de tout temps fous la puiffance
des Arabes , mais que les
Turcs & les Arabes fe difputent
à prefent , eft tres - curieux,
ce qui donne occaſion à Mr
96 MERCURE
Carré de faire l'hoire du fameux
Seva Gy , qui prés avoir
efté Officier du Roy de Vilas
pour s'eft élevé par fa valeur
jufqu'à fe faire un puiffant
Royaume & faire trembler
tout Orient. En parlant de
la fameufe Ville d Alep il dit
que la Chapelle du Conſul y
tient lieu de Paroiffe , qu'elle
eft deffervie par les Religieux
de Saint François , & qu'il y a
une Maiſon de Jefuites , ce qui
Juy donne lieu de faire l'éloge
de ces Peres. H paroift qu'il
avoit le caractere d'Envoyé ,
puifqu'en parlant de D. Pedro
de
GALANT 97
•
de Caftro riche Portugais , &
qui eftoit fur le point de pren-
-dre des engagemens avec les
Mahometans , lorqu'il le rencontra
à Rhebac , Ville du
Royaume de Vilapour , il ſe
fert de ces termes : puis meferant
de toute l'autorité que me
donnoit mon caractere , pour parler
à des perfonnes fcandaleuſes , je
4 luyparlay le plus chretiennement
qu'il me fut poffible fur le pas
qu'il alloit faire. On trouve à
la fin de ce Voyage l'hiſtoire de
deux Dames Portugaiſes venduës
par le même Dom Pedro
de Caftro à un Prince Maho-
1
Avril 1710 .
I
98 MERCURE
metan. Cette Hiftoire eft fort
touchante
& merite d'eftre luë.
Mr Carré eftoit un Ecclefiaftique
d'une fainte vie & d'un
merite qui luy a attiré un grand
nombre d'amis dans l'Orient ,
& dans les Pays où il a voyagé.
Comme je commence
à voir
que la matiere pourra eftre abondante
ce mois - cy , je remets
à un autre temps à vous
entretenir
de ces fortes d'Articles
, & je paffe à l'Article
fuivant , parce qu'il regarde
directement
les nouvelles
de
ce mois.
Le 4. de ce mois Mr le PreTHEQUE
BIBLIO
7.
DELA
VILLE
MERCURE 99
voft des Marchands acco
gné de Mrs les Echevins , vint
au grand Convent des Auguf
tins complimenter
Meffieurs
de l'Affemblée du Clergé dans
leur Salle , au nom de la Ville
de Paris. Mrs les Agens les allerent
prendre dans l'Eglife ,
où ils
attendirent tres - peu de
temps. Ils allerent d'abord
dans le Choeur , où eftant arrivez
, ils envoyerent
un Officier
de Ville avertir. Meffieurs
du Clergé de leur arrivée; auffitôt
Mrs les Agens vinrent leur
faire compliment
dans le
Choeur , & enfuite ils les me-
I ij
100 MERCURE
nerent à la Salle de l'Affemblée
: Mr l'Evêque de S. Paul
de Leon , & un Abbé du ſecond
Ordre vinrent les recevoir
à la Porte du Veſtibule
;
& eftant entrez dans la Salle ,
toute l'Aſſemblée
fe découvrit
, & les falua fans fe lever.
Mr le Prevost des Marchands
s'eftant affis dans un Fauteuil
qui luy avoit efté preparé , &
Mrs les Echevins
fur de fimples
Chaifes. Et Meffieurs
du
Clergé s'eftant alors tous couverts
, Mr le Prevoft des Marchands
prit la parole , & les harangua
avec beaucoup
d'éloCALANT
101
quence , fur la pureté de leur
doctrine, fur l'integrité de leurs
moeurs , fur leur defintereffement
qui leur fait oublier leur
propre intereft pour avoir foin
de celuy des perfonnes qui leur
font confiées , fur leur liberalité
envers les pauvres , qu'ils
ont dédommagez avec ufure
des maux dont les menaçoit la
fterilité de la terre : il ajoûta
meſme leurs biens de patrimoine
avoient changé leur nature
en biens Ecclefiaftiques
, pour
Les répandre avec plus de profufion
dans lefein des pauvres ,
qu'il ne pouvoit s'empêcher d'ad
que
I iij
102 MERCURE
mirer tant de vertus , quoyque
l'habitude de les avoir femblât
leur dérober la loüange qu'elles
meritoient. Il finit en loüant
leur zele pour Sa Majeſté , à
laquelle ils ne font point difficulté
de donner, comme Achimelech
à David , les Pains de
propofition qu'il n'eftoit permis
qu'aux Preftres de manger,
file Ciel favorable à
&
que
nos
voeux
nous
accordoit
une
heureuſe
paix
, ce feroit
à leurs
prieres
&
à leurs
aumônes
qui
feroient
montées
jufqu'au
Thrône
du
Tout
- puiffant
, auf
quelles
le Royaume
en
auroit
l'obligation
.
GALANT 103
Monfieur le Cardinal de
Noailles répondit en peu de
mots ; mais avec beaucoup de
jufteffe , que le Clergé de France
avoit toûjours efté perfuadé du
refpect de la foumiffion de la
Ville de Paris à fon égard , &
qu'il n'attendoit rien moins de fa
pieté de fon zele , fur tout
lors qu'elle avoit un Chef, dont
il fuffifoit de prononcer le nom ,
pour faire l'éloge. Mrs de Ville
fe retirerent enfuite , & ils furent
reconduits dans le mefme
ordre qu'ils avoient efté reçûs.
Vous me demandez de mettre
toûjours beaucoup de va-
I iiij
104 MERCURE
rieté dans mes Lettres , ce qui
donne , dites - vous , la facilité
d'en quitter & d'en reprendre
fouvent la lecture , fans que la
memoire foit obligée de fe
charger du commencement
d'un Article qu'on n'aura pas
lû entier.
Vous fouhaitez auffi d'y
trouver toûjours des Articles
qui regardent la fanté , à caufe
de l'utilité que l'on peut tirer
de ces fortes d'Articles , & je
crois ne pouvoir mieux vous
fatisfaire qu'en vous envoyant
la Lettre fuivante , je vous prie
de vous fouvenir que ce n'eſt
pas moy qui parle .
GALANT 105
LETTRE
De Mr l'Abbé Vere fur les
Eaux de Balaruc , à Me de
Camus , Religieufe de Saint
Pierre de Lyon.
Les Eaux de Balaruc en Languedoc
, où vous accompagnates
autrefois feuë Me l' Abbeſſe de
Saint Pierre , & dont vous m'avez
demandé l'analyse , font fort
chaudes & fumeufes. Quand on
en verfe quelques gouttes fur la
teinture defleurs de Mauve , la
couleur violette en eft d'abord
106 MERCURE
•
Ce
changée en une couleur rouge.
qui prouve que ces Eaux font
impregnées d'un fel acide , tresvolatil.
D'ailleurs , une pinte mefure
de Montpellier , de cet eau ,
c'est- à- dire , trois livres & quatre
onces , fourniffent deux dragmes
d'un fel fori raboteux , fort
poreux , & fort blanc qui dés
qu'on l'a exposé à un air froid ,
commence de prendre une couleur
grife cendrée , & qui devient d'un
gris affezfoncé , tirant un peu fur
le roux , quand on le conferve
long- temps dans des phioles de
verres , quoy qu'elles foient bien
bouchées. Ce fel appliqué fur la
GALANT 107
langue y excite une acreté qui
tient de l'acidité ; ainfi on peut le
régarder comme un felfalé acres
dont l'acreté n'eft pas violente , ou
comme unfel falé acre- doux , qui
ne fouffre aucune fermentation
quand on l'arrose d'huile de Tartre,
ilfefermente tres - aifément
ఆ d'une maniere fenfible lorsque
fon tiffu eft penetré par quelques
efprits acides. Il agace
agace un peu les
dents , lorsqu'il a eſté mêlé
avec la teinture de fleurs de Mauil
luy donne une couleur verte
fort approchante de celle d'une
émeraude ; mais peu d'heures aprés
cette couleur fe change en une
ve,
108 MERCURE
autre rouffatre femblable , ou peu
s'en faut , à celle du vin mufcat
de
Frontignan
.
à
Lorfqu'on les a fait diftiller au
Bain Marie , elles paroiffent tout
fait infipides & ne changent
point la couleur du papier bleu ,
& elles ne font qu'éclaircir la
couleur de la teinture de fleurs de
Mauve , on en infere qu'elles
laiffent , lorfqu'on les fait diftiller
tout leurfel dans le fond de l'alembic
; & ce fel a un
a un tiffu plus
ferré que celuy du fel qu'on avoit
tiré auparavant des mêmes eaux,
lorfqu'on les avoit fait évaporer.
Il eftoitformé par cubes plus irreGALANT
109
&
guliers que ceux du fel marin. Il
tiroit fur le roux , & le fut entierement
aprés avoir efté exposé
à l'air , devint tres - humide.
Lorfqu'on le deffeche , iljette une
odeur fulphurée douce , affez
agreable , qui approche de
celle qui fort de la pomme de Renette
, lorsqu'on la met fur des
charbons ardens ; le fel qu'on tire
aprés la diftillation ayant le tiffu
plus ferré,fe fermente plus diffici-
Lement que celui qu'on tire aprés
l'évaporation de ces eaux. Mêlé
avec la teinture defleurs de Mauve,
il luy donne une couleur bleüe,
qui devenant de moment à autre
110 MERCURE
plus foncée : enfin , en prend une
aprés une heure ou deux , qui tire
fur un vert clair , & enfuite fur
un vert un peu foncé ; & au bout
4. heures une couleur rouſſâcelle
du muſcat ſe fait
de
tre telle
que
remarquer.
On découvre que le fel fixe de
ces eaux eft un fel acre ou alkali
pur; en en faifant évaporer une
quantité confiderable par un feu
en mêlant demy once moderé,
demie de ce fel avec une once
de tête morte de bol , on en tire
durant cinq oufix heures d'un feu
de reverbere affez violent , un
efprit acide , & cet efprit excite
GALANT III
une fermentation tres-fenfible toutes
les fois qu'on en verfe quelques
gouttes fur du fel de Tartre
& de fang humain , &fur des
corps terreftres qui ont une configuration
depores , à peu prés femblables
à celles des pores des fels
appellez alkalis. Cet efprit agace
les dents , rougit le papier bleu,
la teinture du Tournefal , le Sirop
violat la teinture de fleurs de
Mauve.
Mais lorsqu'on fait une leffive
de la matiere contenuë dans la
cornuë où a efté ce fel , on en tire
un autrefel d'un tiſſu fi ouvert que
les efprits de nitre , de vitriol &
712 MERCURE
•
ces
defouffre, le penetrent fans exciter
aucune fermentation fenfible ,
quoique l'huile de vitriol , mais
impregnée de parties falines , acides
, plus groffieres que celles de
efprits , le fermente un peu. Ce
fel tout relaché que fûtfon tiſſu ,
donna dans une experience faite
depuis peu , une couleur bleuë à la
teinture de fleurs de Mauve qui
prit d'abord une couleur verte ,
enfuite une rouffâtre.
Vingt-unjours aprés qu'on a tiré
un efprit acide du fel de ces eauxe
mêlé avec de la tête morte de Bol ,
en mettant dans un vafe une once
du même felfans mélange , on tire
GALANT 113
quelques heures aprés &par un
feu peu violent une dragme &
trente-fix grains d'un efprit acide
qui a une force égale à celle de
l'efprit dont je viens de parler , &
qui produit les mêmes effets . Le
fel contenu dans la cornuë où eftoit
cet efprit feramaffe par grains de
figure à peu prés ronde , quiforme
de petits pelotons entaffez les uns
fur les autres. Le poids de ce fel
eft de fix dragmes vingt- qua
tre grains ; ainfi on voit que la diftillation
fe faitfans perte fenfible.
de la fubftance du corps diftillé.
Enfin on tire aprés deux heures
d'un feu reverbere fort moderé ,
Avril 1710.
K
114 MERCURE
d'une demi- once du fel tiré de ces
eaux diftillées dans le Bain- marie ,
fans mélange d'aucun autre corps ,
un efprit acide qui paroift avoir
un peu plus de pointe que celuy
qui est tiré du fel de ces mêmes
eaux , mêlé avec une once & demie
de la même tefte morte de Bol.
Cequi perfuade que le Bolpreparé
d'une certaine maniere ne donne
jamais rien du fien à l'esprit acide
tiré du fel falé acre fixe du fang
humain . Car s'ilpouvoit luy communiquer
quelque acidite' , felon
le fentiment de quelques Medecins
, il en communiqueroit fans
doute au premier efprit qu'on tire
GALANT 115
du fel des eaux de Balaruc , &
en ce cas cet efprit auroit dû avoir
plus de force que celuy qu'on tire
des mêmes eaux fans le fecours de
la tefte morte de Bol.
Au reste lorsqu'on afiny la diftillation
du fel tiré au Bainmarie
de ces eaux , on voit que ce fel
s'y fond , & qu'il s'y vitrifie en
partie , puifqu'il s'attache fi fort
à la furface interne de la cavité
du vaſe , qu'il en eft comme infeparable
; & ce fel quoy qu'en partie
vitrifié , ne laiſſe pas de fe fermenter
un peu lorsqu'on l'arrofe
de quelques goutres d'huile de Vitriol
; mais fon tiffu eft trop ou-
Kij
116 MERCURE
vert pour pouvoir eftre fermenté
par l'efprit du Vitriol , &par
autres acides.
les
On voit doncpar tout ce que je
viens de dire , que ces eaux font
impregnées d'un fel acide volatil ,
&d'unfel falé acre , tres -fufceptible
de fermentation ; ainfi il
leur faut reconnoître deux fortes
de principes fermentatifs , l'un
actif, l'autre paffif, & ces deux
principes operent une fermentation
continuelle , & par confequent les
rendent chaleureufes & fumeufes;
leur chaleur cependant eftfuportable
, quelque violente qu'elle
paroiffe d'abord , puifqu'elle ne
GALANT 117
change point la confiftence & la
couleur verte des feuilles de l'OZeille
, quoy qu'on les y faffe
tremper long-temps. On y peut
mettre un auf dont on ouvrira
la coque , & l'y laiffer une heure,
aprés laquelle on ne reconnoîtra
pasplus d'alteration dans fon blanc
dans fon jaune , que s'il avoit
toujours efté dans l'eaufroide. La
fumée qui fort de ces eaux fem
ble un peu fulphurée , fur tout
prés de lafource , qu'on appelle le
Bain des Pauvres , parce que
c'eſt- là où ils fe baignent : il en
faut donc conclure que ces cause
contiennent quelques parties ful
118 MERCURE
phurées , puifqu'on éprouve qu'el
les rendent la peau douce & un
péu onctueuse , & que le fel fixe
qu'on en tire lorsqu'on les diftille.
au Bainmarie , jette lorſqu'il eft:
détaché une odeur douce & agreable
, qui ne peut eftre l'effet que
d'un fouffre tres fin.
On n'a plus lieu de douter aprés
tout ce que je viens de dire
ces eaux ne ffooiieenntt déterfives,
propres à diffondre toutes fortes
d'humeurs vifqucufes . En voicy
la preuve. Rempliffez une grande
cuiliere de fer de ces eaux , &
mettez-y le jaune &le blanc d'un
oeuffrais , vous y verrez que
que
GALANT 119
dans demy heure, & lorfque vous
aurez plongé cette cuiliere juſqu'à
fon bord dans la fource de ces
eaux , que le blanc de l'oeuffera
entierement diffout , fans que l'eau
contenue dans la cuiliere paroiffe
le moins du monde vifquenfe.
Pour le jaune il eft vray que fa
furface exterieure pâlit un peu ;
mais fa confiftance naturelle ne
s'altere point. Vous pouvezfaire
une feconde experience ; c'eft de
remplir une cuiliere de fer auffi
grande que
la premiere d'eau de
la mer un peu chaude , & d'y
mettre le blanc & le jaune d'un
euffrais , er de plonger enfuite
120 MERCURE
cette cuiliere prefque jufqu'à fon
bord dans la fource des eaux de
Balaruc , & vous verrez qu'aprés
l'y avoir laiffée une heure , le
blanc de l'oeuf ne paroîtra qu'un
peu diffout , parce que l'eau de la
mer en avoit détaché quelques
parties feulement , qui l'avoient
renduë tantfoit peu gluante. Mettez
enfin les deux cuilieres fur
deuxfourneaux également chauds
& vous verrez que le blanc de
l'oeuf qui s'eſtoir diſſout dans les
caux de Balaruc fe coagulera en
fe rarefiant en prenant la forme
d'une crème fouettée , au lieu
que le blanc de l'oeuf qui avoit
efté
GALANT 121
efté mis dans l'eau de la mer , &
qui n'avoit pas efté diffout , devint
dur &
compacte comme
le blanc des oeufs cuits au miroir.
Ainficeux qui ont regardé le fel
des eaux de Balaruc comme une
efpece de fel marin , fe détromperont
aisément , pour peu qu'ils
veuillent faire quelque attention
à ce que j'ay dit de l'un de
&
l'autre de ces deux fels .
Mais ilfaut vous parler à prefent
des effets falutaires de ces
eaux . Elles font purgatives , mais
fans violence & fans excés à cause
des fels dont elles font impreignées .
Elles gueriffent les maux d'efto
Avril 1710 . L
122 MERCURE
mach qui viennent du relâchement
des differens vaiffeaux qui le compofent
, ou de la trop grande aigreur
, ou de la foibleffe de fon levain
, ou des humeurs visqueuses
collées à fa furface interne , ои
d'une lymphe trop épaiffe qui coule
lentement dans les vaiffeaux
lymphatiques arteriels reneux ; &
cela parce que fi les vaisseaux de
ce vifcere fe trouvent relâchez &
comme paralytiques , elles diffipent
par leur chaleur les humiditez qui
en produisent le relâchement , &
elles rétabliffent le reffortpar leurs
parties falines : fi le levain eft
trop aigre , elles l'amortiſſent &
GALANT 123
l'adouciſſent par leurfelfixe. S'il
eft trop aqueux & par confequent
foible , elles l'aninent par leur fel
acide volatil , le débaraffent
par leurfel falé : s'ily a des humeurs
gluantes dans l'eftomach
qui en empêchent les fonctions ,
elles le nettoyent en divifant les
fucs collez à fafurface interieure.
Lorfqu'il y a trop d'épaififfement
dans la lymphe , que fes conduits
lymphatiques arteriels nerveux
reçoivent de fes arteres pour la
porter dans les vines , elles fondent
par leur chaleur cette épaiffeur&
la font par leurs parties
falines acres couler librement , de
Lij
124 MERCURE
même que le fuc lymphatique trop
épais qui la produit. Ainfi ces eaux
procurent une facile digeftion en
rétabliffant le ferment de l'eftomach.
Elles gueriffent auffi les
maux qui dépendent du relâchement
ou des fermentations vicieufes
qui s'excitent dans les caviteż
des boyaux.
Vous jugez par là , Madame
que ces eaux font tres bonnes
l'afthme humide , & qu'elles ne
conviennent
point aux maux de
poitrine & du bas ventre.
Elles mordifient , defféchent ,
incarnent cicatrifent les ulceres
, fur tout ceux qui viennent
GALANT 125
des playes fimples ; elles font admirables
pour les maux de tefte exterieurs
, le froid que l'onfent quelquefois
fur lefommet de cette partie
, & pour lesfluxions desyeux
pourvû qu'on obferve de s'enfaire
arrofer le derriere de la tefte & la
nuque du col cinq ou fix fois , fçavoir
le matin & le foir durant
deux ou trois jours. Elles gueriffent
lorsqu'on s'y baigne trois ou
quatre fois les douleurs de rhumatifme
; elles excitent d'abord une
fueur difficile à foutenir , il faut
faire enfuite fuer le malade une
beure ou deux dans un lit. Comme
on en rend laplus grande par-
Liij
126 MERCURE
tie par les felles & qu'elles font
fort chaudes fondantes , elles
divifent, adouciffent & même dif-
Sipent par les fueurs qu'elles caufent
les humeurs qui caufent les
maux que je vous ay détaillez.
Elles font auffi merveillenfes pour
les paralyfies quifuivent les apoplexies
, diffipant & diffolvant
par leur chaleur & leur fel fixe ,
T'humeur qui bouche les nerfs , &
animant par leur fel acide volatil
l'efprit animal à qui elles ouvrent
les routes naturelles en augmentant
la vigueur , & par là elles
rendent le mouvement aux parties.
paralytiques. Elles gueriffent les
GALANT 127
dévoyemens , les pâles couleurs ,
les maladies melancoliques ,
de même que les fiévres intermittentes
croniques.
On les prend fur les lieux en
Automne au Printemps . Il
faut prendre garde fur tout que
l'air n'entre dans les bouteilles dans
lesquelles on les puife ; on les peut
transporter avec cette précaution ,
en boire en tout temps ; on les
boit même à Paris avec fuccés ,
ce qui leve toutes fortes de doutes
fur le transport.
de commencer à en
Avant
que
boire
lorfqu'on
a fini
, il faut
fe
le
lendemain
de la
purgapurger;
L iiij .
128 MERCURI
tion on en peutprendre àjeun & à
diverfes reprifes treize à quatorze
verres ou gobelets d'environ demi
feptier chacun dans le cours tout
au plus d'une heure & un quart.
Le premier coup eft de chopine ou
de deux verres de fuite. Il faut
prendre aprés les avoir prifes une
demie écuellée de bouillon de poulet.
La meilleure partie s'en va ordinairement
par les felles , & on continuë
d'en boire plus fouvent pendant
trois jours & quelquefois
pendant quatre. Lorsqu'on ne les
boit pas fur les lieux , il faut obferver
de les mettre au degré de
chaleur qu'elles ont à leurfource ,
GALANY 129
qui est une chaleur approchante
de celle d'un bouillon tres- chaud ;
pour cela il faut déboucher la bou -
teille , laiffer tomber legerement le
bouchon dans le gouleau , en forte
qu'elle foit entre ouverte , mettre
du foin dans le fond d'un chaudron
enforte que le verre ne touche
point le chaudron & enfuite
remplir le chaudron d'eau , à qui
on donne le degré neceffaire de chaleur.
Je fuis , Madame , & c.
Cette Lettre a paru d'autant
plus curieufe à tous ceux qui
Font luë qu'elle fait connoître
que la matiere a efté bien ap130
MERCURE
profondie par le grand nombre
d'experiences que l'on a
faites , ce qui donne lieu d'efperer
un falutaire effet de l'ufage
des Eaux dont il y eſt
parlé
, & il feroit à fouhaiter que
les remedes dont on nous parle
tous les jours cuffent un effet
auffi fenfible .
Voicy encore un Article
qui regarde la fanté .
Il n'y a que des Beuveurs
déterminez qui puiffent lire
fans eftre effrayez les Obfervations
Aftronomiques qui viennent
d'eftre faites dans une des
plus grandes Villes du RoyauGALANT
131
me , fur le corps d'un homme
mort , & qui avoit fait pendant
fa vie un ufage immoderé du
vin & des liqueurs fpiritueules.
Aprés avoir efté attaqué pendant
deux années d'accés de
phrenefie tres-violens , il moufut
d'un abcés au foye . On
l'ouvrit , & on trouva dans fa
tête & dans fon foye de grands
defordres dont la caufe fut attribuée
par les Medecins & les
Chirurgiens prefens à cette
operation , à l'uſage exceffif du
vin & des liqueurs . Ceux qui
avoient eu foin de luy pendant
fa maladie rapporterent
132 MERCURE
à cette occafion une circonf
tance qui ne doit pas
eftre oubliée
. Pendant fa maladie on
luy donnoit quelques teintures
d'opium pour calmer les
infomnies fâcheufes qui accompagnoient
fes accés de
phrenefic , & on obfervoit que
toutes les fois qu'on luy donnoit
ces teintures avec de l'efprit
de vin , loin d'eftre calmé ,
il retomboit dans des accés encore
plus violens , au lieu que
les teintures avec l'eau le calmoient
& luy donnoient quelques
heures de fommeil . Un
habile Medecin qui ſe trouva
GALANT 133
prefent à cette experience remarqua
qu'on n'eſt pas affez
perfuadé du mauvais effet des
liqueurs fpiritueufes & même
de l'uſage immoderé du vin .
Prévenu en faveur de ces liqueurs
qui flattent le gouft
on croit prendre des forces &
de la vie en les prenant , & on
ne remarque pas qu'elles ne
paroiffent fortifier qu'en augmentant
le reffort des fibres ,
& qu'elles l'augmentent quelquefois
au point qu'elles les
rendent trop roides & même
quelquesfois offeufes ; qu'elles
épaiffiffent tous les fucs du
134 MERCURE
la
corps ; qu'elles les coagulent.
quelquefois jufqu'à les convertir
en pierres , & que c'eſt par
là que ces liqueurs engendrent
goutte , la gravelle , la pierre
, & qu'elles cauſent des vapeurs
, des affections convulfives
, des rhumatiſmes , des apoplexies
& des paralyfies . Cela
fe prouve par experience. On
verfe de l'efprit de vin bien
rectifié fur la ferofité du fang ,
cette ferofité qui eft claire fe
grumelle auffi toft & fe caille
en une maſſe blanche , & elle
fe durcit peu à peu comme du
blanc d'oeuf cuit , fi on la tient
GALANT 135
à une moyenne chaleur de digeftion
. L'efprit de vin caille
la bile de la même maniere .
Je paffe à une Matiere bien
differente
, & qui regarde
la
gloire d'un de vos Heros.
Vous attendez fans doute
que je vous parle de la reception
de Mr le Maréchal de
Villars au Parlement, en qualité
de Pair de France . Cette Ceremonie
qui cft curieuſe par
elle- même , le doit eftre encore
davantage lors qu'elle regarde
un homme auſſi diſtingué
& auffi aimé du Public
que ce Maréchal ; mais c'eſt
136 MERCURE
cet amour , & cette diftinction
qui m'empêcheront
de vous en
entretenir auffi au long que je
fouhaiterois , puifque l'affluence
du monde eftoit telle ce
jour là à la Grand- Chambre ,
qu'il a efté tres - difficile de bien
voir & de bien entendre tout
ce qui s'y paffa. Ainfi j'ay licu
de croire que les rapports que
l'on m'en a faits peuvent n'eftre
pas tout à fait fidelles ; mais
comme il ne peut s'agir que de
quelques mots pour d'autres ,
je crois pouvoir rifquer à vous
envoyer l'Article que vous at
tendez. Je commence par les
GALANY 137
noms des perfonnes diftinguées
qui fe trouverent ce jourlà
à la Grand-Chambre . Monfieur
le Duc ; Monfieur le Duc
du Maine ; Monfieur le Comte
de Toulouze ; Mr l'Evêque de
Langres ; Mr l'Evêque de Laon ;
& M les Ducs de Sully , de
Chevreufe , de Villeroy , de
Noailles , d'Aumont , & de
Charoft. Outre ces Princes &
ces Ducs qui prirent ce jour - là
Seance au Parlement , le nombre
de ceux que la curiofité y
attira , ainfi que je vous l'ay
déja marqué, y fut fi grand dés
le matin , qu'il y a long- temps
Avril 1710
. M
138 MERCURE
que l'on n'avoit vû un nombre
fi prodigieux de perfonnes
dans un lieu fi peu ſpacieux.
Mr de Villars y vint dés ſept
heures du matin pour faluër
M's du Parlement à la manicre
accoûtumée. Me la Prin .
ceffe Leon ; Me la Ducheſſe de
Villars , & plufieurs autres Dames
eftoient dans la Lanterne,
Avant l'ouverture de l'Audiance
, le premier Huiffier ,
qui tenoit la porte de la Grand-
Chambre , appella Mr de Villars
par fon nom
,
nom , & luy demanda
s'il ne vouloit pas bien
remettre fon épée entre les
GALANT 139
mains de la Juftice ? A quoy
Mr de Villars répondit , qu'il
ne l'avoit jamais renduë àà per
fonne ; mais qu'aprés tous les
pas qu'il avoit faits pour arri
ver aux honneurs dont le Roy
l'honoroit , une formalité d'ufage
ne l'empêcheroit pas d'avancer
, & à l'inftant fon Capitaine
des Gardes donna l'épée
à l'Huiffier que fuivit ce Duc ,
fe foutenant fur deux bequilles
.
Dés que Mr de Villars fut
entré dans le Parquet , où il
eut de la peine à arriver , à caule
de l'affluence du monde , Mr
M ij
140 MERCURE
le Premier Prefident luy fit
prefter les fermens ordinaires,
aprés quoy on luy rendit fon
épée ; & fi toft qu'il eût pris
Seance , il luy adreſſa la parole
, & luy dit :
MONSIEUR ,
Quelque peine que la Cour
fouffre de vous voir affifter àfon
Audiance incommodé comme vous
eftes , elle nepeut neanmoins s'empêcher
de vous en feliciter , puifque
chaque pas que vous faites
renouvelle en vostre memoire les
fignalez Services que vous avez
rendus au Roy & à l'Etat.
GALANT
141
Mr de Villars ayant falué Mr
le Premier Prefident , & tous
´M"
répondit
.
MESSIEURS ,
Je n'ay jamais mieux reffenty
qu'en ce jour , combien je fuis redevable
aux bontez du Roy , qui
non content de m'avoir élevépar
degrez aux premieres dignitez de
l'épée , vient enfin de mettre le
comble à ma gloire , en m'aſſociant
au premier Senat de l'Univers.
De fi grands biens-faits de l'a
part de Sa Majefté , aufquels mon
foible merite ne me permettoit pas
142 MERCURE
de prétendre , demanderoient de la
mienne des remerciemens
propor
tionnez ; mais ne trouvant point
de termes affez vifs , pour dignement
exprimer l'excés de ma reconnoiſſance
, je me renferme à
protefter icy dans le lieu de verité,
qu'avec joye j'employeray les reftes
de ma vie , à rendre au Roy &
l'Etat les plus fidelles Services ,
que je chercheray avec empreffement
les occafions de marquer à
cette augufte Compagnie les fentimens
de veneration & d'eftime ,
que je luy dois en general , & à
chacun de Meffieurs
en particulier.
GALANT
143
Comme je n'ay pas prétendu
vous envoyer un Article
entier & parfait de cette Ceremonie
, je ne vous ay rien dit
de la lecture qui fut faite de
fes Lettres de Duc & Pair , &
je ne vous ay pas nommé le
Confeiller qui en fut le Rapporteur
; mais je dois vous dire
qu'aprés cette lecture , la Cour
ayant cfté aux opinions , Mr
de Villars fut reçû tout d'une
voix Pair de France.
On plaida enfuite quelques
Caufes de differentes natures ,
fuivant qu'il fe pratique ordinairement
en de pareilles oc144
MERCURE
#
cafions , & ce nouveau Duc &
Pair de France , alla aux opinions
avec la Cour..
Il y a déja quelque temps.
que vous avez appris la mort
de Mr Begon Intendant de la
Rochelle & de la Marine du
département de Rochefort . Je
vous ay f ſouvent parlé de
tous ceux qui portent ce nom,
que je ne vous en diray pas
aujourd'huy davantage . Le défunt
eftoit dans une eftime generale
, & il joignoit aux lumieres
qui regardoient les Emplois
qu'il a poffedez , celles
d'un efprit fort cultivé ; il
aimoit
GALANT 145
aimoit les gens de Lettres , &
il a fait graver à fes dépens les
Portraits des hommes illuftres
dont feu Mr Perrault a compofé
la vie.
Le Roy a choifi Mr de Beauharnois
pour remplir fa place.
Cette Intendance eftant la plus
confiderable de la Marine , à
caufe que celle de la Province y
eft jointe , demandoit un fucceffeur
de la capacité , & du
merite de Mr.de Beauharnois.
Sa Majefté qui en a une parfaite
connoiffance , luy avoit
donné quelques mois aupara
vant l'Intendance generale des
Avril 1710. N
146 MERCURE
Claffes des Matelots du Royau
me. Elle en a difpofe en faveur
de Mr Raudot le fils , Intendant
de Jultice , Police & Fi
nance en Canada , & elle a donné
cette derniere place à Mr
Begon Infpecteur general de
la Marine à Rochefort , fils de
Mr Begon qui vient de mourir.
Je paffe à un Article bien
digne de la curiofité publique ,
& de l'attention de ceux qui le
liront. Il eft de la nature de
ceux dont on ne parle pas fouvent
, parce qu'il ſe paſſe preſque
toûjours un grand nomGALANT
147
bre d'années d'un de ces Articles
à l'autre. Vous y trouverez
quantité de faits hiftoriques
tres- curieux , & fept Difcours
differens prononcez dans la
même Affemblée , dans lef
quels vous trouverez un tour
finguliet , & beaucoup de finéffe
d'efprit . Enfin ce font de
ces fortes de Difcours qui réveillent
l'attention , qui inſtruifent
les Lecteurs de beaucoup
de chofes qui regardent le Ceremonial
, & dont on parle fi
rarement qu'on doit avoir toû
jours beaucoup d'empreffement
pour les lire.
Nij
148 MERCURE
Vous avez fçû que les Docteurs
de la Maifon & Societé
de Sorbonne avoient au mois
de Mars nommé d'un confentement
unanime Monfieur le
Cardinal de Noailles Archevêque
de Paris pour leur Provifeur
, à la place de feu Mr
F'Archevêque de Reims . Le
neuvième du mois paffé cette
nomination fut folemnellement
confirmée dans la grande
Salle des Actes de la même
Maifon. Le Recteur de
l'Univerfité , invité quelques
jours auparavant par des Députez
de ladite Societé , s'y
*
GALANT 149
rendit fur les quatre heures
aprés midy , accompagné des
trois Doyens des Facultez , des
quatre Procureurs des Nations,
du Syndic , du Greffier de l'Univerfité
& de fes autres Offciers
. L'Archidiacre & le Chan--
celier de l'Eglife de Paris s'y
trouverent pareillement felon
l'ancien ufage. L'Affemblée fut
des plus nombreuſes . Outre
les Docteurs de la Maifon dont
il ne manqua que les malades
& ceux qui font abfens , un
tres grand nombre de Mrs de
Noftre-Dame & de l'Univerfité
fe firent un plaifir d'y avoir
N iij
150 MERCURE
place. Au fond de la Salle , devant
un grand Bureau eftoient
rangez onze fieges de front .
Le Recteur de Univerfité
eftoit au milieu , ayant à fa
droite l'Archidiacre , le Chancelier
de l'Eglife de Paris , le
Doyen de la Faculté de Medecine
, & les Procureurs des Nations
de Picardie & d'Allema→
gne . Sur les cinq autres Sieges.
a fa gauche cftoient les Doyens
de Theologie , & des Droits ;
les Procureurs des Nations de
France & de Normandie &
le Syndic de l'Univerfité . Le
Greffer avoit un Bureau fepaGALANT
151
ré vis - à - vis le Recteur.
37 Mr Vivant l'aîné , Chanoine
de Nôtre Dame & Docteur de
la Maifon de Sorbonne , fit
l'ouverture. Il adreffa la parole
au Recteur , fur quoy l'Archidiacre
fit fes proteftations
à l'ordinaire , ce qui n'empêcha
point l'Orateur de continuër.
Il fit un éloge achevé de
Monfieur le Cardinal . La pieté,
la vigilance , la ſcience , la fermeté
, & la fuperiorité d'efprit
de cé Prelat furent mifes dans
leur jour , par les traits de la
plus vive éloquence. La netteté
de la compofition fut foûte-
N iiij
152 MERCURE
nuë par une prononciation naturelle
& diftincte. Les loüanges
de feu Mr de Reims , ne
furent pas oubliées . Enfin les
Auditeurs eurent lieu d'être
pleinement fatisfaits , puifqu'il
leur fut aifé d'entendre , de fuivre
& de retenir tout le Dif
cours.
Aprés qu'il eut fini , le Recteur
propofa le fujet de l'Af
femblée . L'Archidiacre l'interrompit
pour réiterer encore
fes proteftations , & le Syndic
de l'Univerfité proteſta reciproquement
contre l'interrup
tion de l'Archidiacre. Tout ce
GALANT 153
fes
Ceremonial eft de l'ancien ufage.
Le Difcours du Recteur
fut tel qu'on le devoit attendre
d'un homme confommé
dans l'éloquence qu'il a profeffée
long- temps avec éclar.
Ses expreffions furent de la
Latinité le plus pure
penfées les plus délicates , l'ordre
& le tour qu'il donna à
tout ce qu'il dit parut plein
d'efprit & de jufteffe . Il commença
par les louanges de la
Maifon de Sorbonne. Il s'étendit
fur l'efprit de fimplicité
& de defintereffement qui
yregne aujourd'huy comme
154 MERCURE
dans les temps de fon Inftitu
tion. Il fit voir que les Docteurs
de cette Societé fe confacroient
tous felon leurs talens
differens , au fervice de
l'Eglife & du Public . Les uns
à compofer des Livres , les au
tres à refoudre les Cas , les autres
à diriger les confciences ,
ceux- là à élever une infinité de
pauvres Ecoliers pour lesquels
ils prodiguent tous leurs biens
& tous leurs foins , & tous à
veiller continuellement à la
confervation de l'ancienne &
pure Doctrine . Il dit qu'il eftoit
important de donner à de fidiGALANT
155
gnes Ouvriers un Provifeur
fous la protection duquel ils
continuaffent
leurs travaux en
fûreté. Il paffa enfuite à l'éloge
de Mr de Reims dernier Provifeur.
Ille reprefenta comme
une des plus vives lumieres de
l'Eglife , le Deffenfeur des Loix
Canoniques , & l'ennemi de la
fourberie & des flatteurs . Il
parla de tous fes beaux Reglemens
pour fon Dioceſe , & de
fes fçavantes Ordonnances
. Il
dit que ce Prelat avoit efté dans
l'Eglife , ce que fon illuftre pere
Mr le Chancelier le Tellier
& Mr de Louvois fon frere ,
156 MERCURE
que
avoient efté dans les premiers
Emplois de l'Etat . Il s'étendit
enfuite fur les louanges de
Monfieur le Cardinal. Il dit
la Sorbonne n'avoit pas eu
longtemps à delibererfur le choix
qu'elle avoit à fe faire d'un nouveau
Provifeur. Que l'affabilité
de ce Prelat , fes manieres aimablese
bienfaifantes avoient attiré
furluy lesfuffrages de tant d'bommes
de Lettres , bien plus fortement
que la confideration de fa
haute naiffance & de fes éminentes
dignitez. Que fon éducation
prife dans le fein de l'Univerfué
avoit eftéfortifiée par la pratique
GALANT
157
affiduë de toutes les vertus convenables
àfon état; & quefes moeurs
irreprochables ,fon zele ardent
éclairé l'avoient élevéfur le Siege
le plus important de l'Eglife de
France. Comme Mr le Recteur
eft du Dioceſe de Chalons, il ne
pût s'empêcher de parler de ce
que la charité de Monfieur le
Cardinal , luy fit faire eſtant Evêque
de cette Ville . La maladie
fe mit entre les prifonniers
de la Bataille de Fleurus , qui
eftoient en fort grand nombre
à Chalons. Monfieur le Cardinal
ne ceffoit de les voir &
de les affifter en perfonne , il
158 MERCURE
en tomba malade fa dangereufement
qu'on le crut mort . Ce
fic eft à prefent ancien , mais
Mr le Recteur luy donna un
tour nouveau qui plut extrêmement.
Mt Pirot le Chancelier parla
enfuite avec la facilité qui luy
eft fi connue.Il nomma tous les
Provifeurs que la Sorbonne a
cus ; fçavoir quinze Cardinaux,
autant d'Archevêques ou Evêques,
& il fit voir que Monfieur
le Cardinal étoit le feul qui cuft
efté en même temps Proviſeur
de Sorbonne, Cardinal, Archevêque,
& Archevêque de Paris.
GALANT 159
Les uns eftoient Cardinaux ,
mais ils n'eftoient pas Archevêd'autres
eftoient Archevêques ,
mais ils n'eftoient pas Car
dinaux & d'autres n'estoient
qu'Evêques & Cardinaux . Il raporta
fort à propos l'exemple
de l'Eglife de Sarragoffe en Efpagne
, & cita avec la Doctrine
ordinaire , un Concile tenu à
Troyes. Il s'étendit ſur la naiffance
illuftre de Monfieur le
Cardinal , & fic efperer aux
Docteurs de Sorbonne qu'ils
feroient protegez en tout à
caufe du credit que Son Eminence
a l'honneur d'avoir au160
MERCURE
prés du Roy. Il finit par quelques
proteftations contre le
premier falut fait au Recteur ,
de méme qu'avoit fait l'Archidiacre.
Les trois Doyens des Facultez
& les quatre Procureurs des
Nations en donnant leurs fuf.
frages , ajoûtérent chacun un
éloge de Monfieur le Cardinal .
Celuy de Theologie témoigna
la reconnoiffance de la Faculté ·
envers S , E. à cauſe de la protection
dont elle l'honore >
& qu'elle employe les Docteurs
lors qu'elle a beſoin de fecours
pour le
gouvernement
GALANT 161
A
d'un fi grand Dioceſe . Celuy
des Droits à caufe que Monfieur
le Cardinal a bien voulu
eftre Docteur honoraire de fa
Faculté. Celuy de Medecine
promit que la Faculté épuiferoit
les fecrets de fon Art , afin
que Son Eminence joüît long .
temps du Titre de Provifeur
de Sorbonne.
le
Le Procureur de la Nation
de France felicita la Sorbonne
fur fon nouveau choix par
concours & les fuffrages unanimes
de tous les Docteurs qui
avoient pû fe rendre à l'Affemblée
, où s'eftoient trouvez
Avril 1710 .
O
162 MERCURE
deux Archevêques & fix Eveques
, & par la fatisfaction que
que Son Eminence en avoir
témoignée ; celuy de Picardie
affura la Sorbonne que fon
nouveau Proviſeur luy donneroit
fon attention . Que fa vie
laborieuſe & ennemie des plaifirs
luy ménagoit du temps
pour fournir à tous fes Emplois
; celuy de Normandie dit
qu'il venoit moins pour don
donner fon fuffrage que pour
applaudir à la fageffe de la Sorbonne
.Que cette Societé ne fe
trompoit jamais , & que le Public
eftoit d'autant plus conGALANT
103
tent de fon choix , qu'il avoit
prévû qu'elle le feroit , & qu'il
aimoit generalement Monfieur
le Cardinal ; celuy d'Allema
gne témoigna la reconnoiffance
de fa Nation pour les fe-
Cours que Monfieur le Cardinal
accorde charitablement à
une partie de ceux qui la compofent
. Ces fept diſcours furent
les uns plus longs les autres
plus courts , mais tous d'u
ne Latinité exquife & d'une
grande fineffe d'efprit . Le
Recteur aprés avoir recueilli
les voix conclut felon la coû
tume , fans qu'il y euft de pro-
O ij
164 MERCURE
teftation & d'interruption. A
J'oubliay le mois paffé lors
que je fermay ma Lettre , d'y
mettre les Articles de Marine
que vous allez lire.
De Dunkerque le 6. Mars.
Les Vaiffeaux du Roy l'Augufte
& le Blackwal , ont amené
un Baftiment Hollandois char
gé de Moruë.
De Bordeaux le 8. Mars.
Le Vaiffeau la -Bellone de
Bordeaux y a conduit une Priſe
CALANT 165
Angloife nommée l'Agnés de
Glafcom , chargée de Sucre , de
Cotton , & de Gingembre , venant
d'Antigue , Ifle Angloife .
De Breft le 10. Mars.
Mr Hamel Commandant
la Fregatte du Roy la Victoire,
a pris le Navire l'Ecureuil , venant
de Ligourne chargé de
vin de Florence & de marbre ,
deſtiné pour Londres , aprés
une heure de Combat dans lequel
Mr Hamel a eu trois
hommes tuez & cinq bleffez.
166 MERCURE
De Calais le z. Mars 2 .
Le Capitaine Mathieu Car--
don Commandant
le Corfaire
nommé le Maréchal de Boufflers
, a pris un Baftiment Hol
landois de 70. tonneaux fortant
de Rotterdam pour
Aberdein, Nord - d'Angleterre,
chargé de briques , poteries
chanvres , papiers , fil de fer ,
peintures , & épiceries.
aller à
,
Le Capitaine Alexandre
Dalzel Commandant
le Dogre
l'Experience , a amené une rançon
de 32 50. livres .
GALANT 167
De S. Malo le 5. Mars.
Le Corfaire le Chaffeur a pris
un Paquebot Anglois venant
de Lifbonne , fur lequel il y
avoit plufieurs Officiers de cette
Nation , deux Suedois , &
quatre Marchands Hollandoispaffagers.
La Marguerite a repris deux
Barques chargées de vin de
Bordeaux qui avoient eſté enlevées
par des Corfaires de
Jerfé.
Je crois que je ne fermeray
168 MERCURE
pas ma Lettre fans y ajoûter
de nouvelles Prifes , & de nouvelles
Expeditions de Mer , la
Marine de France ne laiffant
prefque pas paffer un jour fans
fe fignaler . Cependant , pour
obferver la diverfité que vous
me demandez , & qui vous fait
tant de plaifir , je paffe à un
Printemps nouveau , les Printemps
eftant tous les ans auffi
ordinaires que fouhaitez en ce
temps - cy.
AIR NOUVEAU.
Quoy ? dans nos champs tout renouvelle
Et
UWRIDTH
les
is
169
THPHAHAANTTEHI
THEQUE
LYON
DE
*
1893*
VILLE
Saivenu
taiger.
üif
en
au168
pas
de r
vell
Ma
pre
fel
obl
me
tan
Pri
ter
ord
ter
Qu
GALANT 169
Et le Berger qui venoit tous les
ans
M'annoncer le Printemps ,
Ne revient point parler d'une Sai-
Sonfi belle :
Peut- eftre que l'Ingrat eft devenu
leger
Ah! pourquoyfaut-il que je l'ai
*
me
Fe le devrois changer
Dans ma douleur extrême
Etje mourrayfans me vanger,
Je vous ay parlé des Réjoüif
fances qui ont efté faites en
plufieurs endroits du Royau-
Avril 1710. P
170 MERCURE
me , à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur
le Duc
d'Anjou. Elles ont efté auffi
fort grandes à Madrid , où Mr
le Duc d'Offune , donna une
grande Fefte accompagnée
d'u
ne piece de Theatre en Machine
, à la repreſentation
de
laquelle Leurs Majeſtez - Catholiques
affifterent , & il y eut
auffi un grand Bal .
Plufieurs Envoyez Extraordinaires
ont fait icy des Complimens
au Roy & à toute la
Maiſon Royale fur la naiſſance
de ce Prince ; & quoy que plufieurs
Souverains cuffent icy
GALANT 171
des Envoyez , ceux qui fe font
trouvez le plus à portée , n'ont
pas laiffé pour diftinguer leur
zele , d'en envoyer de nouveaux
pour cette feule fonction
.
La Reine Doüairiere d'Efpagne,
qui fait fon fejour à Bayonne
, qui fe fait admirer par fes
manieres qui charment tout le
monde , n'auroit pas manqué
d'en envoyer, pour donner des
marques de la joye qu'elle reffentoit
de cette naiffance ; mais
fon impatience fit qu'ayant icy
Don Juan Thomas de Goye
neche , Chevalier de S. Jac-
Pij
172 MACRURE
ques ,
fon Ecuyer , Elle luy envoya
une Lettre pour le Roy ,
& il eut l'honneur de faluër
Sa Majesté & de luy faire des
Complimens fur cette naiffance
, ainſi qu'à toute la Maiſon
Royale .
-Outre l'Envoyé que Monfieur
l'Electeur, de Cologne a
en cette Cour , Mr le Comte
de Saint Maurice s'y eftant
trouvé pour des affaires importantes
qui regardoient Son Altiffe
Electorale ; ce Comte
eftant un homme fort diftingué
, elle luy envoya une Letire
pour prefenter au Roy à
GALANT
173
l'occafion de cette naiffance ,
Comme il y a deux Nonces
en cette Cour , un Ordinaire ,
& un Extraordinaire , ils ont
tous deux fait des Complimens
de la part de S. S. au
Roy & à toute la Maiſon
Royale.
Mr le Comte de Rivalo , Envoyé
Extraordinaire de Monfieur
le Duc de Parme , a fait
les mêmes complimens au Roy
& à toute la Maiſon Royale ,
& il a efté auffi conduit à toutes
ces Audiences , avec les Cercmonies
accoutumées .
Dame Marie Charlotte de
Piij
174 MERCURE
Roquelaure , Ducheffe de
Foix , eft morte a l'âge de ss .
ans. Cette Dame épouía en
1674. Henry Charles François
de Foix de Candalle , Duc
de Rendan Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
Prince Captal de Bucs , Marquis
Senecay , Comte de
Beunauges , de Gurfon , & de
Fleix , la Maifon de Foix dont
çe Duc cft Chef , eft , difent
quelques Auteurs , fortie de
celle des Anciens Rois de Navarre
; la Maifon de Candalle
dont le fameux Duc d'Epernon
, favory d'Henry III .
GALANT 175
époufa l'heritiere , eftoit une
branche de celle de Foix , qui
a formé auffi une autre branche
qui fubfifte en Savoye &
dont un Gentilhomme qui a
époufé la foeur de Mr le Comte
de Blancheville eft chef.
Me la Ducheffe de Foix eftoit
foeur de Mr le Duc de Roquelaure
qui commande en
Languedoc , & fille de Jean-
Baptifte Gaſton , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Guyenne , & grand -Maiſtre
de la Garderobe & premier
Duc de Roquelaure , & de Maric-
Charlotte de Daillon , fe-
P iij
176 MERCURE
fa valeur que par La
conde fille de Timoleon de
Daillon , Comte du Lude , que
ce Duc époufa en 1653. &1
qui mourut 4. années aprés
âgée feulement de 2 1. ans . Ce
premier Duc de Roquelaure
s'éleva encore plus par fon merite
& par
naiffance. Il fervit dés l'année
1635. en qualité de Capitaine
de Cavalerie , il fut bleffe & fait
prifonnier à la Bataille de la
Marfée prés de Sedan en 1641 .
en chargeant les ennemis à la
tefte de fon Efcadron . Il fervit
en qualité de Maréchal de
Camp au premier Siege de GraGALANT
177
velines en 1644. à la prife de
Bourbourg en 45. au Siege de
Courtray en 46. eftant Lieutenant
general . Il fut bleffé au
Siege de Bordeaux & fait Duc
au mois de Juin 1652. Il fervit
à la conquefte de la Franche-
Comté en 1668. & dans
la guerre de Hollande en 1672 .
Ce Duc avoit efté élevé à une
bonne Ecole . Il eftoit als d'Antoine
de Roquelaure Maréchal
de France , & de Sulanne de
Baffepar fa feconde femme , &
de Catherine d'Ornezan fa premiere
femme , veuve de Gilles
de Montal Baron de Roque178
MERCURE
bron , & fille de Jean- Claude
d'Ornezan , Sieur d'Auradé &
de Noaillan Gouverneur de
Mets , ce Maréchal cut Jean-
Louis Baron de Biran grand-
Maiftre de la Garderobe du
Roy , mort fans eftre marié ;
Louiſe premiere femme d'Antoine
2. Duc de Grammont ,
Rofe femme de François de
Noailles , Comte d'Ayen , Chevalier
des Ordres du Roy ,
ayeul & ayeule de Monfieur le
Cardinal de Noailles : Catherine
Abbeffe de Rhodez , morte
au Calvaire à Paris , & Marie
femme de Jacques Eſthuer ,
GALANT 179
>
Comte de la Vauguyon . Du
fecond lit outre feu Mr le Duc
de Roquelaure , il eut feuë Me
la Marquise de Mirepoix , Me
la Marquife de Balagny
Me la Marquife de Fimarcon
( Caffagnet de Narbonne . ) Le
Maréchal de Roquelaure eftoit
grand- Maiſtre de la Garderobe
du Roy , Chevalier de fes
Ordres , Sénéchal & Gouverneur
de Rouergue & de Foix ,
Lieutenant general de la haute
Auvergne , Sénéchal & Gouverneur
de Guyenne ; il porta
dans fa jeuneffe le nom de
Longart , fous lequel il ſe fit
180 MERCURE
eltimer ; la Reine Jeanne
d'Albret bifayeule du Roy ,
commença la fortune . Henry
IV . l'éleva & Louis XIII. le fit
Maréchal de France en 1615 .
Me la Ducheffe de Foix fa petite
fille eftoit tres - eftimée . Sa
conduite a toûjours efté reguliere
& uniforme & avoit beaucoup
de vertu .
Dame Charlotte Marie le
Meufnier , épouse de M™ Guillaume
Bénard , Chevalier Seigneur
de Rezay , Second
Prefident de la premiere
Chambre des Enquestes . Cette
Dame eftoit veuve de M
GALANT 181
с
Jean Sevin , Chevalier Seigneur
de Guiney , de Gometzla
Ville , &c. Prefident en la
Cinquiéme Chambre des Enqueftes
, mort en la 59 année
de fon âge . Me la Prefidente
de Rezay eftoit belle
- foeur de Mr l'Evefque
d'Angoulême ; ce Prelat eftoit.
frere de Mr. le Prefident de
Rezay, & Coufin de Mre N ....
Bénard de Rezay , Capitaine des
Levrettes de Monfieur le Duc
d'Orleans . Il y a prés de 26 .
ans que Mr le Prefident de
Rezay exerce fa Charge . Il y
fue reçû le 30. Decembre
182 MERCURE
1684. Cette Dame eftoit proche
parente de Mre René le
Meufnier , Premier Confeiller
Clerc de la Grand'Chambre ,
& qui eftoit Officier dans le
Parlement depuis le 29. May
de l'année 1665.
Me la Prefidente de Rezay
a efté fort regrettée . C'eftoit
une Dame de merite , qui s'étoit
attiré l'eftime & la confideration
de tout ceux qui la
connoiffoient, par les manieres
honnêtes & bienfaifantes.
Elle eftoit alliée à plufieurs
perfonnes de confideration du
Parlement, & il y en avoit peu
GALANT 183
de diftinguées par leur naiſſance
à qui elle ne touchât du
côté maternel. Elle eftoit proche
parente de Mr de Verthamon
Villemenon , & de Mrs
de Leffeville , qui font de l'ancienne
famille de le Clerc ,
connue depuis fi long- temps
dans le Parlement , & que quelques
Auteurs pretendent avoir
donné un Chancellier à la
France . Elle eftoit auffi parente
de Mrs Leſcalopier , & de
Mrs de Semonville , familles
dont il y en a deux actuellement
Confeillers à la Grand'-
Chambre. Me la Prefidente de
184 MERCURE
Rezay a cfté fort regretée des
Pauvres, à qui elle faifoit beaucoup
de bien. Elle leur a donné
des marques de ſa tendreſſe
en mourant.
Dame Adrienne Philippine
de Lannoy , veuve de Jacques
Marie de la Baulme , Comte
de Montrevel & Brigadier des
Armées du Roy , tué à la Bataille
de Nerwinde , eft morte
âgée de 57. ans . Elle avoit eſté
Fille d'Honneur de la Reine.
Elle avoit cu deux fils de feu
Mr le Comte de Montrevel ,
dont l'aîné qui portoit la même
qualité fut tué il y quelGALANT
185
ques années , & au commencement
de cette guerre , à la
tête du Regiment de Montrevel
, dont il eftoit Colonel , &
qui fut enfuite donné à Mr
fon frere , qui porte aujourd'huy
le nom de Comte de
Montrevel
. Il est petit neveu
de Mr le Maréchal de Mont
revel , & petit fils de Mr Id
Marquis de Saint Martin , &
de Dame N..... de Saux de
Tavanes , morte depuis quelques
années à Tournay , où
elle faifoit fa refidence , & larriere
petit-fils de Mr le Comte
-de Montrevel , Chevalier des
Avril 1710
.
186 MERCURE
Ordres du Roy , & fon Lieute
nant General en Breffe, Bugey,
Valromay & Gex.
с
La Maifon de Lannoy eft une
des plus illuftres de Flandres ;
elle y tenoit déja un rang confiderable
dans le 12 & le 13
fiecle. Elle eft alliée aux Maifons
de Horne , de Robek , de
Berghes , d'Aremberg , & d'Egmont.
Dans la revolution qui
ôta une partie des Païs Bas au
Roy d'Espagne Philippe II . La
Maifon de Lannoy fut une
des plus fidelles à la Maiſon
d'Autriche , & elle ne prit dans
ces temps difficiles aucun enGALANT
187
gagement
contraire
à fes devoirs
; lors du Siege de Breda
par Ambroife
Spinola
, les
Comtes
de Lannoy
ne perdirent
aucune
occafion
de donner
des marques
de leur fidelité
au Roy Philippes
IV. petit
fils de Philippes
II . de mefme
qu'au Siege de Cafal fait par
le Gouverneur
de Milan
, & ce
fut le Comte
de Lannoy
ayeul
de la Dame qui vient de mourir
, qui empêcha
les effets de
la Ligue des Provinces
- Unies
contre
la Maifon
d'Autriche
.
Cette Ligue formidable
dans
fon commencement
, fut diffi
Qij
188 MERCURE
pée par la prudence & par l'activité
de ce Seigneur : Enfin le
nom de Lannoy a toûjours
efté cher à la Maifon d'Autriche
, & la feüe Reine choifit
elle même , & par la fuite de
l'inclination naturelle qu'elle
avoit pour ce nom , ' Mlle de
Lannoy pour une de fes filles
d'honneur.
Mr
d'Olton Comte
d'Aubarede ,
Lieutenant
General des Armées
du Roy & Gouverneur
de Salins , eft mort icy âgé de
90. ans.Il avoit elté auparavant
Gouverneur
de l'Ile de Ré. Il
Bernard
d'Aftorg
GALANT 189
s'eftoit diftingué dans toutes
les occafions les plus celebres
de fon temps & fes bleffures
eftoient autant de glorieufes
marques qu'il portoit fur luy
de fes fervices. Il eftoit d'une
ancienne famille originaire de
Quercy & établie à Toulouſe
dans le 13 ° fiecle . Il y a 412.
ans qu'un Aftorg eftoit Capitoul
de Touloufe ; & cette
famille a donné fon nom à une
ruë de la même Ville . Elle a
produit plufieurs branches ; les
plus confiderables font celles
de Montbartier , & d'Aubare
de , & celuy dont je vous
190 MERCURE
apprens
la mort eftoit de la
derniere
.
Mr Guillaume de Vic
Baron de Clermont aujour
d'huy Confeiller au Parlement
de Toulouſe a époufé N...
d'Aftorg de Montbartier de
la même Maifon que fou M' le
Marquis d'Aubarede qui vient
de mourir. M' d'Aftorg
Lieutenant de Roy de Blaye
& Chevalier de S. Louis de la
Promotion de 1703. eft de la
même Maiſon , Mr le Comte
d'Aubarede recût le même
honneur en 1694 , & en 1696 .
il fut fait Lieutenant General
GALANT 191
il fut le fecond de la Promotion
du 3º Janvier & Mr le
Marquis de Puyfieux fut le
premier & Mr le Maréchal
d'Arraignan fut le quatrième.
Mr d'Aubarede eftoit Gouverneur
de Salins en Franchecomté
depuis plufieurs années.
Cette Place fut prife le 22 .
Juin de l'an 1674. Mr de
Saliere Gentilhomme de Dauphiné
, proche parent de Me
I'Abbeffe be Bons de Belley ,
& Lieutenant de Roy de cette
Place , Mr de Fermoville ,
Major , Mr Tourte Ayde - Major
& Capitaine des Portes
192 MERCURE
ont fait faire un Service magnifique
à Salins pour leur Gouverneur
; les Officiers des Forts
de S. André & de Blin , y ont
affifté.
Mre N... de Joyeufe Abbé
de Gorze en Touraine , eft
mort dans un âge fort avancé.
Il eftoit Preftre , & avoit toûjours
mené une vie fort exemplaire
; la Maiſon de Joyeufe
eft illuftre & ancienne . Bernard
Seigneur de Joyeuſe
époufa en 1312. Alix de Pey
re ; il en eut Randon qui continua
la pofterité , & Jeanne
qui époufa en 1343 Geraud
Adhemar
GALANT
193
Adhemar Seigneur de Grignan
, & de là vient l'alliance
de cette Maiſon avec celles de
Grignan & de Rochebonne-
Chasteauneuf. Randon fecond
du nom , petit- fils de Randon
premier, eftoit Chambellan du
Dauphin Charles , Regent du
Royaume & Gouverneur de
Dauphiné en 1422. Il époufa
en premières nôces Catherine-
Alberte de Monteil de Gelas ,
dite de Charlus , Dame de Botheonen
Forez . Il en eut
Louis 2 Seigneur de Joyeufe
, que les Anglois firent prifonnier
à la journée de Crevant
Avril 1710.
R
194 MERCURE
en 1423. & Jeanne épouse du
Maréchal de la Fayette ( Gilbert
) de Jeanne fille de Jean
Louvet Prefident en Proven
ce , Louis 2 , eut Tanneguy Vi
comte de Joycufe , qui épouſa
en 1448. Blanche de Tournon
; il en cut Guillaume 1 .
dont je parleray , Charles Ab
bé de Chambon , nommé Evêque
de S. Flour en 1483. Jeanne
femme de Guy de la Baume
4. du nom Comte de Montrevel
, & Louis Sieur de Bothcon
Comte de Grandpré , Cham-i
bellan des Rois Louis XI . &
Charles VIII. & Lieutenant
GALANT 195
general au Gouvernement de
Paris , Ile de France , Orlean .
nois , Champagne , Brie , Câtinois
& Vermandois . Le Roy
Louis XI. luy fit épouſer Jeanne
de Bourbon , fille de Jean 2 .
Comte de Vendôme , un des
ayeux de S. M. Il eut de cette
illuftre alliance , Anne mariée
en 1497. à Gabriel de Levy
Comte de Courſon , & François
Sieur de Botheon , Anne
de Gafte Dame de la Barge ,
dont il cut Jeanne de Joyeuſe
alliée 1. à Claude Sieur de S.
Chaumont , & à François de
Montmorin Seigneur de Saint
K ij
196 MERCURE
Heran Gouverneur d'Auver
gne . Louis eut d'Ifabeau d'Halluin
fa premiere femme Robett
Comte de Grandpré , tige
des Comtes de Grandpré, bran
che cadette de la Maifon de
Joyeufe & dont cftoit l'Abbé
qui vient de mourir . Cette
branche eft à prefent l'aifnée ,
celle des Ducs de Joyeuſe s'étant
éteinte dans le 16 ° & dans.
le dernier fiecle . Mr l'Abbé de
Joyeuse eftoit fils d'Antoine-
François de Joyeuſe & de Marguerite
de Joyeuse heritiere du
Comte de Grandpré , & frere
de Mre Charles - François de
GALANT 197
Joyeuse , & de Jean- Armand
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy, & Gou
verneur des trois Evêchez , &
de feu Mr le Comte de Grandpré
qui a laiffé des enfans , de
Charlotte de Mailly & d'Henriette
Loüife de Cominges
Vervins fes deux femmes. Mr
le Maréchal n'a point eu d'enfans
: pour revenir à Guillaume
1. il fut Chambellan du
Duc de Bourbon , il épouſa
Anne de Balzac fille de Rufec
de Balzac Senéchal de Beauvais ,
& de Jeanne d'Albon . Il en eut
Charles Vicomte de Joyeuse ,
Riij
198 MERCURE
Louis Evêque de Saint Flour
Guillaume Evêque d'Alet ,
Jacques Abbé & General de
l'Ordre de Saint Antoine &
Doyen du Puy. Thibaud Chevalier
de Rhodes , & Jean Sieur
de S. Sauveur ; Charles époufa
Françoise de Meüillon fille
d'Antoine Sieur de Preffieux
& d'Ifabeau de Peyre , dont il
cut Louis tué à la Journée de
Pavic ; Jacques Vicomte de
Joyeuse qui mourant fans en--
fans , laifla pour heritier Jean
de Saint Sauveur fon oncle , &
Jeanne mariée à Gaſpard d'Urfé.
Jean de Joyeuse Sieur de
ALQUE
GALANT (199
DE
LA
VILLA
Joycufe Gouverneur de r
bonnes, Chevalier de l'Orde
du Roy , époufa en 1518 .
Françoiſe de Voifins , Dame
d'Arques , de la Tour -Fenouil
let, fille unique de Jean de Voifins
& de Paule de Foix de Rabat
; il fut pere de Guillaume
2. Maréchal de France , qui de
Marie de Batarnay fille de René
Comte du Bouchage , &
d'Ifabelle de Savoye- Tende ,
cut Anne Duc & Pair &
Maréchal de France , Favori
d'Henry III . dont il devint
beaufrere , fon frere ayant
époufé Marguerite de Lorrai-
Riiij
200 MERCURE
ne foeur puifnée de la Reine
Louife. Il fut tué à la Bataille
de Coutras qu'il perdit le 20.
Avril de l'an 1587. François
fon frere fut, Cardinal Archevefque
de Narbonne & enſuite
de Toulouſe. Le Pape Gregoire
XIII. l'honora de la
Pourpre , & il fut Protecteur
de la Couronne de France à
Rome. Henry Comte de Bouchage
, puis Duc de Joyeuſe
Pair & Maréchal de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
grand Maiftre de la Garderobbe
, Gouverneur & Lieutenant
general d'Anjou , Touraine , le
"
GALANT 201
Maine , & le Perche , fe fit d'abord
Capucin aprés la mort dé
fa femme. I eftoit troifiémé
fils de Guillaume 2. Maréchal
de France. La mort du Duc de
Joyeufe fon frere fut caufe
qu'il fortit des Capucins , mais
il y rentra en 1599. De Catherine
de la Valette fa femme
fout puifnée du fameux Duc
d'Epernonite qu'uns fille
unique qui époufa Henry de
Bourbon Duc de Montpenfier
,
d'où vint auffi une fille unique
qui épouſa feuë S. A. R. Gafton
de France Duc d'Orleans
Oncle du Roy , & dont elle cut
202 MERCURE
feue S. A. R. Mademoiſelle.
Voila par où Mrs de Joyeuſe
eftoient alliez de feue Mademoifelle.
Il y a encore eu un
Maréchal de France de cette
Maifon. Guillaume Vicomte
de Joyeuse Lieutenant general
pour le Roy au Gouvernement
de Languedoc , & qui eftoit fils
puifné de Jean de Joyeufe S
de Saint Sauveur , Gouverneur
de Narbene & de Françoiſe
de Voifins,dont je vous ay déja
parlé . Antoine - Scipion Chevalier
de Malte , grand Prieur
de Toulouſe & puis Duc de
Joyeuse , & George Vicomte
GALANT 203
de S. Didier eftoient auffi freres
du Duc de Joyeufe Favory
d'Henry III.
Mre Louis de Baradat Evêque
& Comte de Vabres , &
Abbé de Clermont eft mort
dans un âge affez avancé . Ce
Prelat eftoit d'une famille
diftinguée par fon rang & par
fon ancienneté dans le Languedoc.
Elle y eftoit connue dés
le 13 ficcle . Elle eft fortie
par
les femmes de celles de Balefta,
de Baragnes,& de Barthelemy.
Cette derniere a produit de
nos jours Mr l'Evêque de S.
Papoul.Mr l'Evêque de Vabres
204 MERCURE
cftoit fort éloquent & il en a
donné des preuves dans des
Chaires celebres . Il fut choifi
à la mort de feu Mr l'Archevêque
de Paris , pour faire
l'Oraifon funebre de ce Prelat,
& il la fit avec un fuccés merveilleux
. Il a efté Député en
plufieurs affemblées du Clergé
& il y a donné des marques
de fa Doctrine & de fon experience
dans les affaires Ecclefiaftiques
. L'Evêché de Vabres
eft fuffragant d'Alby . Feu Mr
Habert Docteur de Sorbonne
& Evêque de Vabres fut fort
mêlé dans les affaires du JanfeGALANT
205
nifme dont il fut un des plus
implacables
adverfaires
. Il
n'eftoit pas encore alors Evêque
, & fon zele pour la faine
Doctrine fut
recompenfé de
l'Epifcopat. Vabres eft une
Ville de Rouergue où il y avoit
autrefois une celebre
Abbaye
de l'Ordre de S. Benoift, que
Pape Jean XXII . érigea en
Evêché en 1317.
L'Abbé
Pierre Olargeo en fut le premier
Evêque & il a eu d'illuftres
Succeffeurs qui ont tous eu le
titre d'Evêques
Comtes de
Vabres. Saint
Gregoire de
Tours parle
avantageufement
le
206 MERCURE
C
de cette Ville au Chapitre 9
de fon 9 Livre , de la gloire
des Confeffeurs. Un Africain
de la Ville de Vage qui vint
s'établir à Vabres à la fin du
14°fiecle contribua beaucoup
aux embelliffemens de cette
Ville ; les foins qu'il prit pour
l'orner , ont rendu fa memoire
chere à la pofterité , & un
certain jour de l'année le
Peuple de Vabres va felon une
ancienne coûtume danfer &
fe rejouir devant une maiſon
qu'il habitoit , & on y chance
de vieilles Chanfons à ſa gloi-
Le Chapitre de Vabres
re.
GALANT 207
1
с
a produit d'excellens fujets.
Un Chanoine de cette Cathedrale
fur la fin du 14 ficcle
fe diftingua entre les Interpretes
de l'Ecriture. Il mir en
oeuvre la plus grande partic
des memoires de Pierre Olargeo
, premier Evêque de
Vabres.
Mre N... de l'Etang
Preftre , Prieur de S. Michel
en Poitou , Diocefe de Poitiers
, eft mort âgé de plus
de 60 ans. Il eftoit frere de
Mrl'Abbé de l'Etang Docteur
de Sorbonne
, & Prieur de
S. N. de Bourges & de Mrs de
208 MERCURE
l'Etang , tous diftinguez par
lcur merite , & par leur talens.
Ces Mrs font beaux freres de
Mr Bolduc de l'Academie des
Sciences. 20 ET
Le Roya donné le Prieuré
de S. Michel à Mr de Galiczon
Evêque d'Agathopolis , &
Coadjuteur de Babylone .
Mr l'Abbé du Puget , frete ,
fils , & petit - fils de Prefident!
à Mortier du Parlement de
Toulouſe , a efté facré Evêque
de Digne dans l'Eglife des Cor.
delieres rue de Grenelle , par
Mr l'Archevêque de Narbonne
& Mrs les Evêques de Blois
& de Valence , tous deux ComGALANT
209
patriotes du nouvel Evêque ; ,
les Maifons de Bertier & de Catelan
font de Touloufe auffi
bien que celles du Puget. Mr
l'Evêque de Digne eftoit grand
Vicaire de Viviers , & c'eft l'Evefque
de ce nom qui l'a fait
connoiftre à la Cour , & fur le
témoignage duquel il a eſté élevé
à l'Epifcopat . Tout le monde
connoift le merite de Mr
l'Evefque de Viviers. Un Ecclefiaftique
élevé de fa main eſt
un fujet bien digne de l'Epifcopat.
Catherine du Puget tante
du nouvel Evefque , époufa
Jacques de Catelan Confeiller
Avril 1710. S
210 MERCURE
au Parlement de Toulouſe , &
qui fut enfuite Preſident aux
Enqueftes . De ce mariage font
fortis plufieurs enfans , entreautres
Jean de Catelan Evef
que de Valence . Ainfi ces deux
Prelats font coufins germains ,
Jeanne Varez fille d'Anne Catel
, d'une Maiſon qualifiée du
Parlement de Toulouſe , dont
un des plus fçavans hommes
du Royaume a publié depuis
quelques mois la genealogie ,
époufa François du Puget il y a
prés d'un fiecle. La famille de
Varez fubfifte encore à Touloufe
; Mr de la Caffe en eft le
GALANT 211
Chef. Plufieurs enfans fortirent
de ce mariage ; Jacques
du Puget Prefident à Mortier
du Parlement de Toulouse ,
grand - pere de cet Evefque ,
N.... du Puget femme du celebre
N... d'Avifard Seigneur
de Vifelez , & N... époufe de
N... de Savi Seigneur de Gravels
, dont le fils a époufé lat
foeur de feu Mr le Marquis de
Fontbeaufard , Maréchal de
Camp. Le Prefident du Puget
Seigneur de Saint - André eut
deN... de Percin grand'- tante
de Mr l'Evefque de S. Pons ,
François auffi Prefident à Mor-
Sij
212 MERCURE
tier , qui de N... des Plats de
Graniague a eu Jofeph du Puget
aujourd'huy Prefident à
Mortier , le nouvel Evefque de
Digne , Mr du Puget Lieutenant
de Roy du Neuf Briſack ,
Mr.le Chevalier du Puget Capitaine
dans le Regiment du
Roy , un autre Chevalier du
Puget qui refide à Malte , un
autre Chevalier Lieutenant-
Colonel du Regiment de Dra
gonsde Saint- Chaumont, trois
autres tuez , l'un en Catalogne,
l'autre au Siege de Luxembourg
, & le troifiéme à Nerwinde.
Jacques du Puget eut
GALANT 213
plufieurs autres enfans de fa
premiere femme , deux Ecclefiaftiques
, dont le deuxième
fut Prevoft de Lombez , Mr de
Saint Jean Capitaine au Regiment
de Guyenne , mort au
Siege de Lerida. Deux autres
quiaprés avoir efté Capitaines
dans les Regimens de Breffe &
de Guyenne fe font mariez ,
Mes de Plocgnac du Puget ont
époufé , l'une Mr le Prefident
Catellan , la feconde Mr de
Nogarede , & la troifiéme Mr
de Roquefoulet parent de Mr
l'Abbé de Roquette
. Jacques
du Puget , de Conftance de
214 MERCURE
get
臀
Buiffon d'Auffonne fa premiere
femme n'eut qu'une fille
mariée à Mre N... de la Maimie
Seigneur de Ville - neuve ,
Sindic de la Province de Languedoc.
Mr le Preſident du Pud'aujourd'huy
a des enfans
de N ... de Chevailles de Fougeries.
Nicaife Evefque de Digne
affifta au premier Concile general
de Nicée. L'Eglife de Digne
tire ſon origine de Saint
Domnin , Difciple de Saint
Marcellin d'Embrun , qui vivoit
aprés le milieu du 4. fiecle.
Mr l'Abbé de Belzunce a efté
CALANT 215
facré Evêque de Marſeille dans
l'Eglife de la Maiſon Profeſſe
des Jefuites , par Mr le Cardinal
de Noailles , affifté de Mr
Bouthillier de Chavigny , Evêque
de Troyes, & de Mr du
Puget , nouvellement facré Evêque
de Digne. Mr l'Abbé
de Belzunce eftoit Grand Vicaire
d'Agen : il eut une Abbaye
il y a trois ou quatre années
: il eft neveu de Mr le Duc
de Lauzun , & fils d'une de fes
foeurs ; ainfi il eſt Couſin germain
de Mr le Comte de Nogent
, & de Me la Marquife de
Biron. Je vous ay parlé de ſa
216 MERCURE
Maiſon lorsqu'il eut fon Ab
baye , & lorfqu'il fut nommé
à l'Evêché de Marſeille ; ainfi
je n'ay rien de nouveau à vous
en dire. Feu Mr le Comte de
Belzunce , pere du nouvel Evêque
, eftoit de la Religion Proteftante
; mais il fe réunit à l'EglifeCatholique
avant fa mort .
Mr l'Evêque de Marseille fit il
y a quelques années la Vie de
Mlle de Foix vieille fille , tantedu
Duc de ce nom , & qui
mourut il y a quelques années
fort âgée à Montpont en Pe
rigord , où elle faifoit fon fejour
, & où elle a vécu dans une
pratique
GALANT
217
S
pratique édifiante des vertus
chreſtiennes. Mr de Belzunce
dedia ce Livre à Mr l'Evêque
d'Agen. L'Epitre Dedicatoire
eftoit fort belle , & elle contenoit
dans une grande éten
due des faits entierement recherchez,
& des reflexions tres
édifiantes
. Cet Ouvrage fit
beaucoup d'honneur à Mr
l'Abbé de Belzunce . L'avanta
ge qu'il a d'eftre allié de la
Maifon de Foix par celle de
Gaumont , dont eft Me fa mere
, donna lieu à cet Ouvrage.
Le Siege de Marſeille eft tresanciens
on y a vû des Evêques
Avril 1710
. ... T
218 MERCURE
dés les premiers ficcles du
Chriftianifme
. Le premier qui
gouverna cette Eglife dans le
temps des affaires des. Iconoclaftes
fit beaucoup parler de
luy , & fut beaucoup mêlé dans
l'éclat qu'elles firent.cll y a
encore aujourd'huy deux ada
ciens Evêques de Marſeille ,
outre , celuy qui l'eft actuelle
ment ; fçavoir , Mr le Cardinal
de Janfon qui l'eſtoit avant
d'eftre Evêque de Beauvais ,
& Mr l'Archevêque d'Aix , au
quel avoit fuccedé Mr l'Abbé
de Poudenx , Agent du Clergé,
qui ne fut que trois femaines à
Marfeille.
GADANT 219
Je vous ay déja dit que
Mr l'Archevêque
d'Alby avoit
cfté nommé pour remplir la
place de l'Academie Françoiſe
qu'occupoit feu Mr l'Evêque
de Nifmes ; je dois ajoûter icy
qu'il eft de la Maiſon de Nefmond
, frere du Lieutenant
General de Marine , & oncle
de Me la Comteffe de Cefane,
fille unique de ce Lieutenant
General. Il a cfté Evêque
de Montauban , & fous ce
nom il a harangué deux fois
de Roy en differentes occafions
à la tefte du Clergé . Mais ce
qui l'a le plus diftingué eft une
Tij
220 MERCURE
Harangue qu'il fit au feu Roy
d'Angleterre Jacques II . lors
de l'Affemblée generale du
Clergé , tenuë à ſaint Germain
en Laye en l'année 1700. &
à laquelle Mr l'Archevêque de
Reims prefida . Cette Harangue
fut fi touchante , qu'elle
fit pleurer toute la Cour d'Angleterre.
C'eft un Prelat treséloquent
, & qui a prêché dans
une Affemblée du Clergé avec
grand applaudiffement .
Le Roy a donné à Mr le
Comte de Saillant , Capitaine
des Grenadiers au Regiment
des Gardes , Commandant à
GALANT 221
Namur , & Chevalier de faint
Louis , le Gouvernement de
Saar- Louis , qui vacquoit par
la mort de feu Mr le Comte
de Choify. Mr le Comte de
Saillant eft de l'illuftre Maifon
d'Efteing , une des premieres
d'Auvergne , & qui a l'avantage
de porter les Armes & la
Livrée du Roy , depuis la Bataille
de Bouvine , où un Seigneur
de cette Maiſon ſauva
la vie à Philippes Auguſte . Mr
de Saillant eft frere de Mr l'Evêque
de faint Flour . Mr le
Comte de Saillant fert le Roy
depuis un grand nombre d'an-
T iij
222 MERCURE
nées , & il a donné dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
de frequentes preuves de fa
valeur. Il eft allié aux Maifons
de Canillac , Montboiffier ,
Chabanne , Curfon, & autres
Maifons qualifiées d'Auvergne
. Mr le Comte d'Efteing,
Capitaine Lieutenant des Gendarmes
Dauphins , Gouverneur
de Châlons , Lieutenant de
Roy du Païs Meffin , & fait
Lieutenant General au commencement
de la mefme année
où le fut Mr le Comte de
Saillant , eft fon Coufin germain.
La Maiſon d'Eſteing a
GALANT 223
donné quantité dé Prelats à
l'Eglife de France , & plufieurs
Comtes à l'Eglife de Lyon
Mr l'Evêque de faint Flour ,
dont je viens de parler , l'eftoit
lorfqu'il fut élevé à l'Epifcopat
d'ailleurs cette Maifon
joint à une infinité de grandes
alliances & d'illuſtrations
beaucoup de Dignitez qu'elle
a vû raffemblées dans fon fein.
Mais comme je vous en ay
fouvent parlé , & que l'occa
fion s'eft plufieurs fois prefentée
de rendre juftice à certe
grande Maifon , je finiray cer
article en difant que la Forte-
Tiiij
224 MERCURE
reffe bâtie à Saar- Louis n'a que
30. ans d'ancienneté , puifqu'elle
fut bâtie en 1680.& que
ce fut Mr de Choifi qui vient
de mourir qui fut chargé de
la faire conftruire . La Ville de
Saar- Louis eft dans le Duché
de Bar , peu éloignée des Villes
de Stenay , de Longwy , de
Marfal , de Mets & de Nancy.
Mr de Varennes , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , en
eft Lieutenant de Roy ; cet Of
ficier ayant donné aux Magiftrats
de la Ville la nouvelle
qu'il avoit reçûë de la nomination
de Mr le Comte de SailGALANT
225
获
lânt au Gouvernement de leur
Ville , il y eut pendant plufieurs
jours de grandes réjouil
fances , le merite & la reputation
de ce nouveau Gourverneur
y eftant déja fort connus
.
Lorfque je vous ay parlé
dans ma Lettre du mois dernier
du mouvement qui a efté
fait parmi les Intendans , je
n'eftois pas encore informé de
l'Article fuivant.
Mre Guy Care Seigneur de
: Montgeron prés de Paris ,
Maiftre des Requeſtes & Intendant
de Limoges , ayant
226 MBRCUR
demandé fon rapel, Mre Marc
Antoine Bofc Seigneur de Senieres,
du Bouchet , Surintendant
de la Maifon de Me la
Ducheffe de Bourgogne , &
ci devant Procureur general
des Requeſtes de l'Hoftel a cu
fa place. Mr de Montgeron ,
avoit cfté Intendant à Bourges
avant de l'eftre à Limoges
, & il fut reçû Maiftres des
Requestes en 1686. il eſt du
quartier d'Octobre . Il avoit
époufé la fille unique de Mr le
Marquis de Saint Diery , dont
il a des enfans ; elle eftoit niéce
de Me de Sainte Cecile Hofpif
GALANT 227
taliere de la Raquette Fauxbourg
faint Antoine , Religieufe
d'un grand merite ; elle
cft foeur de Mr le Marquis de
Saint Diery , & elle a fait l'établiffement
de la Raquette , qui
eft tiré des Hofpitalieres de la
Place Royale.
Mr Bofc nouvel Intendant
de Limoges eft de Montpellier.
Il fut reçû Maître des Requêres
en 1696. il eft du quartier
d'Avril. Il a beaucoup d'efprit,
& il eft fort eftimé dans le
Confeil. Ily a long temps que
fa famille eft dans la Robbé.
Elle eftoit connue à Montpel228
MERCURE
lier dés le commencement du
16° ficcle :il cft allié de Mr le
Prefident Crouzet de Montpellier.
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois - ci du Mariage
de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie
Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre de Caftille ) & Chevalier
de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro .
La Mere de Mr le Comte de
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes . Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par
l'Infante
Almolia fon époufe , comme
il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges
.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph
Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant , & tresnoble
Prince Jean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth,
Caftlemaine , Ricartone
, &c . Pair de deux Royaumes
de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c . Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth ,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus
.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit
en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayant accompagné Edgar Ethdin
d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur
qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois
,pour le faire fon Succef232
MERCURE
feur , eftant le Succeffeur legitime
de la Couronne d'Angleterre.
Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere , & fes deux foeurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite de Maurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite
foeur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere .
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle
a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy , & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume
, luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond , à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors
, & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre ; & alliée avec tout ce
qu'il y a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même , fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe . Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella
Drummond fille du Seigneur
de Drummond Chef de
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe . De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques
4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere
de France , & Reine d'Ecoffe.
De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande
Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme , grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé , de Madame de
Hanover , &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes
de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy ,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe
de Savoye , Mere de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans . Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere
femme la Princeffe d'Orange
, & la Princeffe de Dannemark
, nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe
de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre
, il a en Sa Majeſté Britannique
Jacques 3 ° & la Princeffe
Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct
, ce n'eft pas le feul endroit
par lequel le Roy d'Angleterre
eft defcendu de la Maifon
de Drummond , dont le
dernier Chef avoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille . Le fils aîne eft prefentement
Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy , &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy
, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges
militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant
General des Armées du
Roy d'Angleterre , Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , Vice-
Treforier & Controlleur General
du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État
de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
le caractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy d'Angleterre
; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti240
MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que
celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy , qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner ” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte ,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne
, & premier Gentilhomme
de fa Chambre , & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE
241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe , l'une des plus anciennes
du Royaume , dont Mylord
Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux
Chevalier Guillaume
Wallace , grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion
des Anglois qui l'avoient
envahy , profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre Che-
Avril 1710
. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur ,
ou Viceroy par les Etats Generaux
du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles
, & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace ,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant - garde de
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent
entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il
y cût reçû plufieurs bleffures
dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe
, & mefme avec la Maifon
Royale, le Chevalier Duncan
Wallace ayant épousé Eleonore
de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille
& heritiere de David Bruce
Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere de-
M° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de Caftel-
Blanco eft d'une beauté fingu-
X ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné
l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent.
L'ancienne Abbeffe des Dames
Benedictines Angloifes de
Pontoife , s'eftant elle- mefme
démiſe de fon Abbaye , à caufe
de fes infirmitez continuelles
qui ne luy permettoient
plus de remplir les fonctions
de ce Benefice , aprés avoir
IGALANT 245
fait cette démiffion dans les
formes en prefence du Reve
rend Pere Eyre, Confeffeur du
Roy d'Angleterre , pria fa
Communauté d'élire une autre
Abbeffe , & le choix eft
tombé unanimement fur Dame
Anne Xaviere de Gifford ,
Religieufe de la meſme Maifon
, fi recommandable par ſa
picté & par fon efprit , dont
le caractere a fi bien répondu
à fes illuftres Ancestres , eftant
fille du Chevalier Henry Gifford
, Baronet & Seigneur de
Burſtall , & de plufieurs autres
lieux dans la Province de Lei-
X iij
246 MERCURE
cefter en Angleterre , & de Da-o
me Marie Vaughan de Ruarden
, de la Province de Gloſter . )
La famille des Giffords eft une
des plus illuftres du Royaume
d'Angleterre, eftant deſcenduë
d'Olbert de Bolebec , Comte,
de Longueville en Normandie
, qui époufa Avellina , foeur
de Gonorra , ayeule de Guillaume
Duc de Normandie ,
enfuite Roy d'Angleterre
nommé le Conquerant. Les def
cendans dudit Ofbert fe tranf
porterent avec luy pour conquerir
l'Angleterre , & eurent
de grands biens dans ce païs ,
CALANT 247
où ils s'établirent , & avec le
temps ils fe diviferent en plufieurs
branches , dont Gifford
de Chillington dans la Province
de Stafford eft une , &
dont celle - cy eft une branche
cadette , & porte les mefmes
Armes . Ledit Chevalier Henry
Gifford , pere de la nouvelle
Abbeffe cut tous fes biens confifquez
du temps de l'Ufurpation
de Cromwel , à caufe de
fon attachement fidele à Charles
Premier & Charles Second ,
Rois d'Angleterre , qui les luy
rendirent aprés leur rétabliffement
, & fon frere le Cheval
X iiij
248 MERCURE
*
lier Jean
Gifford , mort
depuis
deux ans à faint
Germain en
Laye (fut des
premiers qui fuivirent
Jacques
Second en France
pour fe facrifier
à ſon ſervice
) & eftoit d'une vertu &
d'une
probité
exemplaires . Le
feu Roy
d'Angleterre le mit
auprés du Prince de Galles en
qualité de
Gentilhomme
de fa
Chambre ,
laquelle
Charge il
exerça
auprés du Roy d'Angleterre
jufqu'à fa mort , de
laquelle Sa Majesté a
témoigné
de grands
regrets. Il avoit é
poufé
Dame
Catherine
de
Middleton , fille aînée de MyGALANT
249
lord Middleton , premier Miniftre
& Secretaire d'Etat , &
de Dame Catherine de Brudenelle
, fille de Mylord Car-'
digan , & Gouvernante de la
Princefle d'Angleterre , tous
deux des plus illuftres familles
de la Grand Bretagne , & dont
le mefme Chevalier Gifford a
laiffé un fils , qui fait efperer
qu'il heritera avec les biens des
grandes vertus de fes Ance.
ftres ; il a laiffé auffi une fille .
La famille de Vaughan de
Ruarden , mere de la nouvelle
Abbeffe , eft fans conteftation
directement defcendue des
250 MECRURE
Rois & Princes de Galles , dans
le temps qu'ils eftoient Souve
rains de leur païs , & avant que
les Anglois , ou Rois d'Angleterre
, en euffent fait la conqueſte
, & font prefentement
proche alliez au Duc de Beaufort
, Chef de l'ancienne Maifon
de Worceſter , du Duc de
Powys,de Mylord Pembroke,
& de Mylord Herbert de
Cherbury.
La Benediction de cette nouvelle
Abbeffe fe fit le z . d'A
vril à l'Abbaye Royale de
Maubiffon par Mr l'Evêque de
Waterford en Irlande , qui
GALANT 251-
s'eft dignement acquitté de
cette fonction. Le Roy & la
Reine d'Angleterre avoient envoyé
leurs principaux Officiers
pour y affifter. On conduifit
cette nouvelle Abbeffe , accompagnée
de cinq Dames
Religieufes de fa Maiſon , dans
un des Caroffes de la Reine , à
l'Abbaye de Maubiffon , où
M. l'Abbeffe la reçût avec des
accueils tres gracieux , & qui
font ordinaire à fa grandeur
d'ame. Aprés la ceremonie de
la Benediction , elle regala la
Compagnie tres-fomptueufement
, les Tables ayant efté
252 MERCURE
fervies de tout ce qu'il y avoit
de plus exquis dans la faifon .
Je remers au mois prochain
à vous parler de tous les Benefices
que le Roy a donnez
dans la derniere promotion ,
n'ayant pas le temps de m'étendre
ce mois- cy autant qu'il
feroit neceffaire , fur tout ce
qui regarde cette promotion.
Je paffe à quelques Articles
de Morts , dont je n'ay enco
re pû vous parler.
Dame Ifabelle Angelique
de Guenegaud , veuve de François
Comte de Boufflers & de
Cagny , Vicomte de Ponches,
GALANT 253
Lieutenant General pour le
Roy au Gouvernement
de
l'Ile de France , & grand Bailly
de Beauvoifis , eft morte
âgée de 63. ans fans laiffer
d'enfans. Elle eftoit foeur de
Gabriel de Guenegaud , Comte
de Montbrifon , tué en
1668. en Candie ; d'Eftienne
Marquis de Plancy , qui à
époufé Mlle de Merode ; de
Roger , auffi Marquis de Plancy
, Meftre de Camp du Regiment
Royal de Cavaleric ,
mort en 1672. de Cefar , Vicomte
de Femoine , mort en
1668. d'Emanuel , Chevalier
254 MERCURE
de Guenegaud
, & de Claire
Benedicte
, mariée en 1665 à
Juft Jofeph François de Tournon
de Cadar - d'Ancezunė
,
Duc de Caderouffe
, & elle
eftoit fille d'Henry de Guenegaud
, Secretaire d'Etat , & d'ILabelle
de Choifeuil , fille puinée
de Charles , Marquis de
Praflin , Chevalier
des Ordres
du Roy , & Maréchal de France
, & de Claudine de Cazillac.
Me la Comteffe
de Boufflers
eftoit niéce de feuë Me la Maréchale
d'Albret , de Mr de
Lanzac , Prefident
aux Enqueftes
du Parlement
, & des
GALANT 255
Dames de Plotard & de Bellenave,
qui eftoient Guenegaud ,
& elle eftoit petite fille d'Henry
de Guenegaud , Marquis de
Filancy , &c. Secretaire d'Etat,
& Garde des Sceaux des Ordres
du Roy , Charges qu'il remit
bien - tôt à fon fils , & de
Marie de la Croix, Henry avoit
efté Treforier de l'Epargne.
De François 3 ° du nom ,
Comte de Boufflers , Ifabelle
de Guenegaud avoit cu Henry
, Comte de Boufflers . Mr
le Comte de Boufflers mourut
en l'année 1672. deux années
aprés fon mariage , qui avoit
256 MERCURE
efté fait le 13. de Juillet de l'an
1670. Ce Comte eftoit frere
aîné de Mr le Maréchal de
Boufflers , & fils de François
2. Comte de Boufflers , grand
Bailly de Beauvoifis , & de Da-
-me Loüife le Vergeur , fille de
Jerôme le Vergeur , Seigneurde
Courtagnon , & de Marguerite
Françoife le Danois.
Me la Comteffe de Boufflers
qui vient de mourir, a eftéfort
regrettée. Ceftoit une Dame
d'un merite diftingué , & qui
avoit toûjours pratiqué les devoirs
de fon état avec une fi.
delité conftante . Elle eftoit
GALANT 257
proche parente de feuë M° de
Villetaneufe
, qui luy donna
en mourant de folides marques
de fa tendreffe & de fon
attachement
, ainfi que je vous
l'ay dit , en vous faifant part
du Teftament
de Me de Villetaneufe
, un des plus confiderables
qu'on ait vû depuis
long- temps en legs & fonda.
tions .
Dame Françoiſe- Madelaine
de Soufcelle épouse de Mre Jacob
ChevalierComte du Quefne
, qui s'eft fi fouvent diſtingué
à la tête des Armées Navales du
Roy , eft auffi decedée . Elle a
Avril 1710
.
Y
258 MERCURE
efté fort regrettée en Bretagne,
où elle a fait un affez long fé
jour. La famille de Mrs du
Quefne eftant originaire de
cette Province , elle s'y eftoit
attiré la confideration de toutes
les perfonnes qualifiées par
fes manieres genereufes , &
bienfaifantes. Elle eftoit d'une
ancienne famille originaire de
Normandie , & qui y eftoit
déja connue dans le temps que
les Anglois eftoient Maitres
de cette grande Province. Le
5 Ayeul de cette Dame fe
trouva à la Bataille d'Azincourt
, où il mourut les armes
GALANT 259
à la main , aprés avoir donné
de frequentes preuves de fon
intrepidité & de fon experience
dans tout ce qui regarde la
guerre. Sa valeur éclata fi fort
dans cette Journée , qu'il fut
également regretté des François
& des Anglois , qui furent
tous témoins de fa valeur & du
fang froid avec lequel il fe jettoit
dans le plus grand feu .
Me du Quefne eftoit alliée de
Mrs de Rogeville Maifon de
Lorraine, dont eft aujourd'huy
le Lieutenant Colonel du Regiment
d'Infanterie du Buëil ,
qui portoit auparavant le nom
Y ij
260
MERCURE
de
Nettancourt. Cette Dame
eftoit auffi parente du côté
maternel du feu Comte de
Chalais , & de Mr le Marquis
de la Vicuville ; mais les vertus
chrétiennes dont elle faifoit
profeffion , eftoient ce qui luy
donnoit le plus d'éclat . Elle
aimoit
extrêmement les pauvres
, & dans les Ports de mer
où elle fuivoit Mr du Quefne
fon époux , & où elle l'attent
doit lors qu'il revenoit des Ex
peditions Maritimes où il étoit
employé , elle ne s'occupoit,
qu'à vifiter les pauvres dans les
Hôpitaux , & à leur procurer
GALANT 261
du foulagement. Sa tendreffe.
avoit principalement pour objet
les pauvres Matelots , que
leur âge ou leurs bleffures ,
avoient mis hors d'état de fervir.
Elle faifoit des Quêtes
pour eux , & elle eftoit toûjours
des premieres a donner
l'exemple d'une grande charité.
Mre Nicolas Petit Seigneur
de Villeneuve , Prefident de la
Cour des Aydes, où il fut reçû
l'année 1705. eft mort dans un
âge tres peu avancé . Il eftoit
le 7 Prefident de cette Cour ,
°
✯ il a acquis beaucoup d'eſti262
MERCURE
4
me dans l'exercice de cette
Charge. Il eftoit proche parent.
de Jofeph - François Petit de
Villeneuve , Confeiller en la
2° Chambre des Enqueftes , où
il fut receu en l'année 1702 .
& il eft auffi tres - eftimé dans
fa Chambre, Mrs Petit de Vil
leneuve font d'une tres- ancienne
famille de la Robbe , & qui
eftoit déja connue à Paris dans
le 16°fiecle . Ceux de cette Maifon
brillerent beaucoup dans
lé Parlement fous le regne de
François I. & fous les regnes
tumultueux de François II. de
Charles IX. & d'Henry III.
GALANT 263
& ils donnerent de frequentes
marques de leur fidelité à leur
legitimes Souverains : & furent
des premiers du Parlement qui
reconnurent Henry IV. aprés
la mort d'Henry III . & ils ne
cefferent de donner à ce Monarque
des marques de leur
fidelité dans toutes les occafions.
Sous les regnes de Louis
XII. & de Louis XI. pour re
monter plus haut , les Petit de
Villeneuve eftoient déja fort
confiderez dans le Parlement
& dans la Chambredes
Comptes.
Lorfqu ele 1º de ces Princes
fut arrêté à Peronne par le
er
264 MERCURE
ཙྪཱདྷབྷཱཝཱ
Duc de Bourgogne , il avoit
auprés de luy un Petit de Villeneuve
, qu'il confultoit dans
toutes les affaires importantes .
Mrs Petits font parens de Mrs
de Villeneuve qui ont donné
un Premier Preſident à la Cour
des Aydes , de Mrs Dodicu ,
qui ont eu parmi leurs ancêtres
des Mailtres des Requêtes,
& de Mrs Matthieu , dont la
famille a produit de grands
Jurifconfultes , & fur tout un
celebre Avocat de Lyon , qui
fut le premier Avocat du
Roy au Prefidial , lors qu'on
yen érigea un. Paradin en
parle
GALANT 265
parle fort dans le Chapitre des
Vaufelles.
Je paffe d'un Article de
Morts , a un autre qui regarde
deux jeunes Princes , qui appa
remment vivront encore long.
temps.
*
Le Roy a donné à S. A. S.
Monfieur le Duc du Maine ,
les furvivances de fes Charges,
fçavoir celle de General des
Şuiffes & Grifons , pour Monheur
le Prince de Dombes , &
éelle de Grand Maiftre de
l'Artillerie , pour Monfieur le
Comte d'Eu , fon Cadet . L'a
prefdinée les Suiffes ſe mirent
Avril 1710. Ꮓ
}
266 MARCURE
en Bataille Louis les fenêtres de
leur nouveau
General , & en
ayang receu de grandes marques
de fa liberalité , ils,danfes
reng & bûrent pendant le refte
du jour danside même enz
droit.
Je vous marquay dans Ima
derniere Lettre que ju nd vous
dirois rien des nouveaux Lieutenans
Generaux , & des nouveaux
Maréchaux de Camp ,
parce que je vous en ay parlé à
meſure qu'ils font montez à
ces premiers poftes de la guer
re ; mais comme il left plus
difficile de parler des nouveaux
3GALANT 267
Brigadiers , à caufe que n'ayant
point encore rempli le pofte
d'Officiers generaux , ils ne font
fouvent connus que par leurs
noms , & que l'on a mefme de
la peine à fçavoir quels eftoient
leurs Emplois avant que d'avoir
la qualité de Brigadiers.
La recherche qu'il en faut faire
pour en parler jufte , eſt tresgrande
, & je crois en eftre venu
à bout àa peu de chofe prés;
carab eft prefque impoffible
que l'on ne faffe quelques fau
tes en parlant d'un fi grand
nombre d Officiers. Je com
mence par les Brigadiers d'In-
Z ij
268 MERCURE
fanterie fuivant l'ordre de leur
nomination. AM Steegia
Mr. Reynold de Valier , Capitaine
aux Gardes Suiffes , &
Chevalier de S. Louis. Il fert
en France il y a plus de 20 .
ans. Il fe trouva à la Bataille de
Nerwinde où il fut bleffery
n'eftant alors qu'Officier fubalterne.
ede
Mr Reding , Capitaine aux
Gardes Suiffes , avec Brevet de
Colonel. Il eft attaché au Service
de la France depuis prés de
25. ans. Il eft parent de Mrs
Stoupe & de Mollondin qui
Occupent les premieres places.
$
GALANT 209
de la Magiftrature de la Prin
cipauté de Neufchaftel. left
auffi parent de Mrs Courte &
Grenu , Brigadiers & de la mês
me Nation .
Mr Mergeret, Capitaine aux
Girdes Françoiſes . Il eft de
Paris ; fon
fon pere a efté longtemps
dans les Illes , où il avoit
un Commandemenr tres confiderable.
Ce nouveau Brigadier
a donné de grandes preu
ves de fa valeur à la Bataille de
Malplaquet.
Mr de Villiers, Capitaine aux
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel. Il fert depuis l'âge
Z iij
270 MERCURE
ا ي
de 15 ans avec beaucoup de
diftinction . Il a fervi en Italie
fous Monfieur de Vendofme
qui l'a employé dans des occafions
importantes qui luy
ont fait beaucoup d'honneur .
Il eft d'une famille originaire
de l'Ile de France , & alliée à
celle de Mr Poitevin Confeil
ler au Parlement . Il eft parent
de Mride Villiers leMorier,Ma
jor du Regiment de la Reine
Dragons , & Brigadier , & de
Mr de Villiers le Morier Ma
réchal de Camp.
Mr le Comte de Mongon,
Capitaine de Grenadiers aux
GALANT 271
易
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel alpa donné des
marques de fa valeur en plu
fieurs occafions . It eft fils de
Mr de Mongon , Lieutenant
General & Inſpecteur d'Infanterie
, & de feuë Dame N...!
Sublet d'Heudicourt , fille de
Mr le Marquis d'Heudicourt
-grand Louvetier de France , &
foeur de Mr.le Comte d'Heudicourt
Brigadier des Armées
du Roy , & de feu Mr l'Abbé
d'Heudicourt , mort nommé
Evêque d'Evreux . Feuë Me la
Comteffe de Mongon eftoit
Dame du Palais de Madame
Z iiij
រឺ
272
MERCURE
la
Ducheffe de
Bourgogne. 19
Mr le
Marquis
de
Gallion ,
Colonel du
Regimens de Nav
varre, Il
combattit
à la
Batailleb
de
Malplaquet
a côté de
Mrle
Maréchal de
Boufflers ,
lorfque
les
Ennemis
furent fi mal-trai
tez à la
droite du bois , par la
Brigade
de
Navarre. Ce
Maréchal
& tous
ceux qui fe
trous
verent en cet
endroit
rendirenca
juſtice à la valeur
de Mr dep
Gaffion , dont le Roy
d'Anglet
terre fut
auffi
témoin , & ill
combattit
juſqu'à ce que
Mrs
de
Boufflers
craignant
quel'Infanterie
ne fût
coupée , la fitp
BALANT 273
pric
retirer. Il repric quelques drapeaux
que les Ennemis nous
avoient pris , & leur en
des leurs nye lats if
Mr le Chevalier de Givry ,
Colonel du Regiment de la
Marche. Il y a 22 , ans qu'il
fert , & il n'a point laiffe paffer
d'occafions fans donner des
marques de fa valeur . Il s'eft
trouvé à la Bataille de Malplaquet
, où il a fait des actions
furprenantes
. Voyant que les
Ennemis avoient penetré dans
un Pofte important , il marcha
à eux avec fon Regiment
qu'on avoit mis en reſerve , &
+
274 MERCUR
les en chafla. Mr de Gaffion
fon oncle commandoit alors
l'aifle droite de la Cavalerie , &
*
fit à la tête de la Maifon du
Roy les plus belles charges de
Cavalerie qui ayent jamais eſté
faites .
Mr le Comte du Montal ,
Colonel du Regiment de Poitou.
Il est petit fils de Mr du
Montal , mort Chevalier des
Ordres du Roy , & l'un des
plus grands hommes de guerre
que la France ait eus dans
dernier fiecle. Celuy qui donne
lieu à cet Article avoit d'abord
efté destiné à l'Eglife ; mais fe
GALANT 275
fentant plus d'inclination pour
la profeffion des Armes , il
s'y attacha , & y a donné de
frequentes preuves de fa valeur.
24 Mr de Colandres , Colonel
du Regiment des Vaiffeaux . Il
eft fils de feu Mr le Gendre
de Rouen , frere de Mr de
Barville Capitaine aux Cardes
qui a épousé Alle de Saillant ;
de Me Pecoil , femme du Maître
des Requeftes de ce nom ,
& de Mc la Prefidente de Feu
mechon 'de Rouen . Un de fes
freres , auffi Colonel , fut tué
à la Bataille d'Hochfter.
276 MERCURE
Mr le Comte de Guiraud , Co
lonel du Regiment de Bour
gogne. Il porte un nom des
plus illuftres , & tous ceux qui
le portent ont toûjours fair
voir dans les occaſions autant
de valeur que de fidelitépins
Mr le Comte de Laval , Com
lonel du Regiment de Bourq
bon . Il a donné des marques
de fa valeur dans les principa
les actions de cette guerre où
il s'eft trouvé , & où il a foû
tenu glorieufement l'illuftre
nom qu'il porte. Mr de Buran
lure , fon Lieutenant Colonel ,
l'a tiré deux fois des bras de la
GALANT 277
mort , où fon courage l'avoit
precipité. Il eſt de la Maiſon
de Montmorency , & never
de Mc la Ducheffe de Roquelaure.
zochild
僖
Mr le Comte Marquis de
Lannion , Colonel du Regiment
de Xaintonge . Il paſſe
pour un des plus braves de
l'Armée. Il est d'une ancienne
famille de Bretagne , dont je
yous ai amplement parlé en
vous apprenant fon mariager
Il eft parent de Mr le Marquis
de Lannion , Lieutenant GCneral
des Armées du Roy. øj
Mr le Marquis deFeryaques
278 MERCURE
Colonel du Regiment de Piémont.
Il a donné plufieurs
preuves de fon courage dans
cette guerre ,& fur tout dans
la Bataille de Malplaquet , oùil
ſe trouva , & de qui un Officier
du Regiment de Monfieur le
Prince de Baviere , dit dans fa
Relation que c'eftoit un hom
me d'un grand merite , & un
fort bon Officier , qui meri
toit d'entre loué . Heft fils de
Mrle Marquis de Bullion , Prevoſt
de Paris , & frere de Mt
le Marquis de Bonnelles , mort
des bleffures qu'il reçût au com
mencement de cette guerre ,
GALANT 299
dans une des premières Batailles
qui fe font données. Il eſt
auffi frere de M la Ducheffe
d'Uzés , & de MⓇ la Princeffe
deTalmont. Visuel asi
Mr le Marquis d'Aubigné ,
Colonel du Regiment Royal.
Hefe trouva à la Bataille
d'Hochfter , ou il donna des
marques de fa valeur , & ou
Mr de Saint Maurice, fon Lieutenant
Colonel , luy fauva la
vielen de fecourant à propos
contre un peloton d'ennemis
qui adlavoient invefti , & qui
Fauroient fait perit fans ce fecours
qui vine fort à propos
སྙ
280 MERCURE
2
pour luy . Il a acquis dans d'autres
occafions fa reputation
d'un Officier fort entendu dans
la difcipline militaire . L'Offi
cier dont j'ay parlé dans l'Ar,
ticle precedent , dit de Mr
d'Aubigné qu'il fit dans cette
Bataille merveilles
, & qu'il s'y
comporta en bon Officier , & en
brave homme ; ce font fes termes
auſquels je ne change rich ,
Il eft certain que ce Colonel à
la tefte de fon Regiment
, chargea
jufqu'à onze fois douze
Bataillons retranchez dans un
Village , duquel il les chaffa
enfin. Mr de Villars fut fi char,
*
GALANT 281
me de cette action de vigueur,
qu'il dit en embraffant ce jeune
Colonel , qu'il mourroit
content s'il avoit une femblable
action pardevers luy. Ce
Colonel emporta auffi dans la
mefme journée fept traverſes ,
avec le retranchement
qui les
lioit , & lorfqu'il en voulut attaquer
un autre , il fut bleffé
d'un coup de Fufil dans la
cuiffe. Il eft fils de Mr le Marquis
de Tigny de Poitou , neveu
de Mr. l'Archevêque de
Rouen , & proche parent de
Madame de Maintenon,
Mr Berthelot de Bourceau ,
A a Avril
1710.
282 MERCURE
Colonel du Regiment de Bretagne.
Il fert depuis l'âge de
15. ans , & il s'eft trouvé dans
dans toutes les occafions confiderables
de fon temps . A la
Bataille de Nerwinde , où il
n'eftoit que fimple Capitaine ,
il merita par la valeur qu'il y
fit paroître des louanges de Mr
le Maréchal de Luxembourg ,
qui en écrivit mefme à la Cour.
Il eft parent de Mr le Lieutenant
de Roy de Châlons , &
d'une famille originaire de Paris
, qui a efté dans les Charges
de la Robbe depuis plus d'un
ficcle & demy.
@GALANT 283
Mr de la Chau-Montauban ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
qui porte fon nom.
Il s'eft trouvé à la Bataille que
Mr le Comte du Bourg gagna
fur le General Mercy P'Elte
dernier prés de Rumersheim .
Il eftoit à la tefte de la Brigade
de l'Auxerrois , & il tua de fa
main d'un coup de Sponton
le Colonel du Bataillon ennemyqui
marchoir à luy. Il eftoit
alors auprés de Mr le Comte
de Tallard , & de Mfl de Bethune
Monime. Ce nouveau
Brigadier eft de Creft en Dauphiné
, & d'une Maiſon tresqualifiée.
A a ij
3
284 MERCURE
Mdle Marquis de Crecy ,
Colonel du Regiment de Boulonnois.
Il eft fils de feu Mre
Louis Verjus , Chevalier Com
te de Crecy, Marquis de Treon
& Fort Ifle , Baron de Couvé,
Seigneur du Boulay , les deux:
Eglifes , le Menillet , & c . Confeiller
d'Etat ordinaire , cys
devant Envoyé Extraordinaire
dans toutes les Cours d'Alle
magne , & Ambaſſadeur Extraordinaire
à la Paix Genera
le de Rifwick. Le nouveau
Brigadier eft neveu de Mr l'E
vêque de Graffe , & du feu
Pere Verjus Jefuite. to d
*
GALANT 2899
Me le Comte de Sauvebeof,
Colonel du Regiment de Blai- >
fois. Il a donné des preuves de
fa valeur dans toutes les occafions
où il s'eft trouvé , & l'on
en a rendu un compte à la Cour
dont le Roy s'eft ſouvenu. Ik
fçait parfaitement la difcipline
militaire. Il eft parent de
Mrs les Abbez de Sauvebeuf.
Mr leMarquis de Balincourt,
Colonel du Regiment d'Ar
tois . Il fervoit la Campagne
derniere en Rouffillon , où Mr
le Duc de Noailles a efté plufieurs
fois témoin de fa valeur .
Il eft fils de Mr le Marquis de
286 MERCURE
Balincourt , & de Dame N. de
Seve fa premiere femme.
Mr le Chevalier Sanguin
de Livry , Colonel du Regiment
de Nivernois. Il joint à
une grande experience de tout
ce qui regarde la guerre , un
courage éprouvé en plufieurs
occafions , & fur tour aux ders
nieres actions de certe guerre.
Il eft fils de Mr le Marquis de
Livry , Premier Maiftre d'Hô
tel du Roy , & perit neveu de
feu Mr l'Evêque de Senlis 5
Mr le Marquis de Gondrin
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom . Il a donné des
GALANT 287
1.
preuves éclatantes de fon courage
à Hochftet & à Ramilly.
Ileft fils aîné de Mr le Marquis
d'Antin , & beau - frere de
Mr le Duc de Noailles. Perfonne
n'ignore la grandeur &
l'éclat de la Maifon de Gondrin
Pardaillan .
Mr Obrien , Chevalier de
S. Louis , & Colonel d'un Regiment
Irlandois qui porte fon
nom. A la tefte de fon Regiment
, & avec celuy de Lee ,
auffi Irlandois , il a foûtenu à
la Bataille de Malplaquet , malgré
le grand feu des Ennemis
noftre Artillerie , & à la faveur
1
88 MERCURE
e ces deux Regimens , celuy
ui commandoit cette Artillerie
leur renverfa des Batailons
entiers , qui furent obligez
de fe retirer pour fe cacher
à fes coups redoublez . Mr
Obrien & un autre Mr Obrien ,
auffi Chevalier de Saint Louis ,
Lieutenant Colonel fe diftinguerent
beaucoup dans cette
occafion.
Mr Perrin , Chevalier de S.
Louis , Colonel d'un Regiment
qui portoit le nom de Beaufermé
, & qu'on appelle prefentement
Noailles. Il eft fort
attaché à la Maifon de Noailles.
GALANT 289
les. Le Duc de ce nom qui
connoît les gens de
merite ,
ayant
connu il y a long- temps
tout
celuy de Mr Perrin ,
l'eft voulu
attacher .
fe
Mr de Saint
Morel , Lieutenant
Colonel du
Regiment
dePoitou dont Mr du Montal
eft
Colonel , a prés de 35 .
ans de fervice. Il brilla dans
la
derniere
guerre par un
grand
nombre
d'actions
de
valeur , & Mr le Maréchal
de
Luxembourg
qui en fut ſouvent
témoin
en rendit
des
temoignages
avantageaux
à la
-Cour. Il a toujours fervi dans
Avril 1710. Bb
290 MERCURE
Infanterie , & il eft peu
d'Officiers qui l'entendent ,
mieux que luy. H & M
Mr de Chaftenet , Licutenant
Colonel du Regiment de
Xaintonge , dont Mr le Mar-
* quis de Lannion qui a auffi efté
fait Brigadier, eft Colonel , eft
un vieux Officier qui n'a pas
manqué une feule Campagne
depuis prés de 35 ans qu'il
porte les armes pour le Service
du Roy. Il fut bleffe dangereufement
à la Bataille de Nerwinde,
n'eftant alors que
ple Capitaine. Il y fit des actions
de valeur qui luy artirofimIGALANT
291
es
rent de grandes loüanges des
Generaux .
Mr de Curty , Chevalier de
S. Louis , Lieutenant Colonel
du Regiment de Provence ,
dont Mr le Comte de Nonant
eft Colonel. Il fert depuis plus
de 30. ans avec beaucoup de
reputation. Il fervit au commencement
de la Guerre en
Efpagne , où il merita par quelques
actions de valeur des témoignages
d'eftime de S. M.C.
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Mr le Marquis de la Deveze,
Chevalier de S. Louis , Lieute
Bb ij
292 MERCURE
nant Colonel du Royal Artil
lerie . Il eft Lieutenant de Roy
de la haute Guyenne , & de
l'illuftre Maiſon de Loupiat.
Il a plufieurs parens de fon
nom dans le Service .
Mr de Roiffy Major du Re
giment de Leuville , & Major
general de l'Armée d'Italie , où
il a fervy dans les premieres
années de la Guerre. Il fe trouva
à la Bataille de Luzzara , ou
il fut bleffé d'un coup de Fau
conneau à coté de Mr le Marquis
de Crequy qui fut tué
dans le mefme temps. Monfieur
de Vendôme qui l'avoit
A戀
情
GALANT 293
fouvent employé , & qui avoit
efté témoin de ce qu'il avoit
fait à la Journée de Luzzara ,
rendit un bon témoignage en
fa faveur à la Cour.
Mr du Magny Chevalier de
S. Louis , Lieutenant general
d'Artillerie.
Mr le Chevalier de Saint
Perrier , Chevalier de S. Louis,
Lieutenant general d'Artillerie,
& Chefen Espagne. C'eſt un
des Officiers de S. M. qui entend
le mieux l'Artillerie, ayant
efté élevé fous les yeux de Mr
de Saint Hilaire.
Je paffe à ce qui regarde
Bb iij
294 MERCURE
ceux qui ont efté nommez Brigadiers
de Cavalerie. " obs zalew
Mr le Comte de Voluiré
fecond Sous- Lieutenant des
Gendarmes du Roy . Il s'eft
diftingué par tout où ce Corps
qui eft des plus braves du
Royaume a combattu . Je ne
vous dis rien de la naiffance de
Mr de Voluire ; perfonne n'ignore
qu'elle cft des plus illuftres
; fon nom eft Ruffec.
Mr le Comte de Biffy, Colo
nel de Cavalerie. Il est proche
parent de Mr le Marquis de
Biffy auffiBrigadier , & Colonel
de Cavalerie , & neveu de
GALANT 295
Mrile Marquis de Biffy Che
valier de S. Louis, Gouverneur
d'Auffonne, & Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de Mr. l'Evêque de Meaux . Le
nom.de Mrs.de Biffy,elt Thyard,
Cette Maiſon eft originaire de
Bourgogne , & elle a donné
plufieurs Evêques à l'Eglife de
Châlons fur Saone. Elle eſtoir
connue en Bourgogne dés le
temps des Ducs de Bourgo
gne.
Mr le Comte de S. Sernin ,
Colonel de Dragons . Il a longtemps
fervy en Italie ; & il y a
merité par plufieurs actions de
Bb iiij
296 MERCURE
valeur , l'eltime & la confiance
de Mr le Duc de Vendofnio.
Il eft d'une tres grandes naiffance
. Sa famille eft
originaire
de Languedoc , où elle a toujours
tenu un rang confide
rable.
Mr le Chevalier de Montmain
, Capitaine des Gendar- i
mes d Orleans. Il a beaucoup
de valeur , & il en a fouvent l
donné des marques à la reftest
du Regiment qui a porté fon
nom , & qui a prefque toûjours
fervy en Flandre . Il eft
d'une illuftre Maifon originaiz 3
re d'Auvergne , & allié à Mr
GALANT 297
le Duc de la Feuillade , feue
Me la Comteffe de Montmain .
foeur de Me de la Ville aux-
Clercs , eftant de la Maifon
d'Aubuffon. Les deux fils de
certe Dame , & coufins de celuy
qui donne lieu à cet Article
,font tous deux morts dans
le Service. Ainfi Mr de Montmain
que le Roy vient de faire
Brigadier , eft devenu l'aîné de
fa Maiſon.
Mr le Comte de Bouzols ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie qui porte fon nom,
& dont Mr de Blangy fon parent
eft Lieutenant Colonel.
298 MERCURE
Il est proche parent de Mrle
Marquis de Bouzols , Brigadier
& Inspecteur de Cavalerie , &
Breaufrere de Mr le Marquis
de Torcy. Ce nouveau Briga
dier s'eft diftingué dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
& fur tout en Rouffillon & en
Allemagne , où il a prefque
toûjours fervy.
non
Mr le Comte Marquis de la
Fare Tournac , Chevalier de
S. Loüis , Colonel du Regiment
du petit Languedoc Dragons,
Ce nouveau Brigadier, qui por
te dans fes Titres la qualité de
Comte- Marquis, ainsi que plus
THEQUE
GALANT 299
fieurs autres Seigneurs Fran
çois , eft d'une illuftre Mailon
originaire de Guyenne , & pro
che parent de Mr le Marquis
de la Fare- Laugere , Capitaine
des Gardes de Monfieur le
Duc d'Orleans ; de Mr de la
Fare Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui porte fon
nom , & de Mr de la Fare Lau
gere Brigadier & Colonel du
Regiment de Gaftinois .
3.Mr le Marquis de Bouville ,
Colonel d'un Regiment de
Dragons qui porte fon nom .
Il s'eft acquis une grande repu
tation en Espagne , où il a
BE
LA
300 MERCURE
à lá
long temps fervy. Il donna des
marques de fon courage
Bataille que Mr de Barwick y
gagna en 1707. Il eft de l'ancienne
Maifon de Jubert , &
frere de Mr de Bouville Intent
dant d'Alençon
, & de Mrle
Marquis de Bizy; ils font neq
yeux de Mr Defmaretz
, Controlleur
General
des Finances
,
Me de Bouville
leur Mere étang
foeur de ce Miniftre . Mr de
Bouville leur
pere ,
a efté longtemps
Intendant
d'Orleans
. D
Mr de Skelton , Colonel
Reformé
de Cavalerie
; il eft Ches
valier de Saint Louis , & l'on
GALANT 3or
4
ne parvient point à ce degré
d'honneur fans avoir efté blef
fé , ou avoir efté fort longtemps
dans le fervice.
Mr de Montiers , Capitaine
de Gendarmerie. Il s'eft diftingué
dans plufieurs actions importantes.
Il fut bleffé à la Bataille
d'Hochfter , & à celle de
Malplaquet. Il fert dés fa plus
grande jeuneffe ; il s'eft trouvé
à toutes les Campagnes , &
il a donné prefque dans toutes,
des marques de fa valeur.
Mr de la Billarderie, Exempt
& Ayde Major de la Compagnie
de Boufflers . Il eft Cheva302
MERCURI
lier de Saint Louis de la promotion
de 1705. Il eſt d'une ancienne
famille originaire de
Normandie . Il eft dans la Maifon
du Roy depuis plus de 20 .
ans , & il y a donné des marques
de fa valeur dans des
Journées de Fleurus , de Leuze,
de Steinkerque , & de Nerwinde
. Mr le Prince de Turenne
fut bleffé à mort àfes coftez ,
à la Bataille de Steinkerque. Il
fut bleffe au Siege de Mons
d'un coup de fufil au bras.
Mr le Chevalier de Velleron
Enfeigne des Gardes du Corps.
Il a un Brevet de Colonel de
GALANT 303
Cavalerie , que fes longs fervices
luy ont fait meriter. Depuis
qu'il eft entré dans le fervice ,
-il n'a pas manqué une feule
Campagne. Il fut dangereufement
bleffé au Siege de Naamur.
Mr le Marquis de Courcil-
-don , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie qui porte fon
nom , & qui portoit auparavant
celuy de Furftemberg. Il cft
Chevalier de Saint Lazare , &
fut le fecond de la promotion
side: 1704. Il eft fils de Mr le
Marquis de Dangeau Grand-
• Maître de cet Ordre , & Che304
MERCURE
valier de l'Ordre du S. Efprit ,
& petit neveu de feu Mr le
Cardinal de Furftemberg par
Me la Marquife de Dangeau
fa Mere , qui a l'honneur d'appartenir
à S. A. R. Madame .
Ce jeune Marquis a époufé
l'heritiere de l'illuftre Maiſon
de Pompadour . Je ne vous
parle point de la naiffance ny
de la valeur de Mr le Marquis
de Courcillon. Sa naiffance eſt
.connue de toute la France . , &
fa valeur n'éclara que trop à la
Bataille de Malplaquet , puifqu'il
en porte de triftes marques.
GALANT 305
Mr le Marquis d'Ancenis ,
Colonel du Regiment de Bourgogne
Cavaleric . Il eſt ſecond
fils de Mr le Duc de Charoft-
Bethune,& de fa premiere femme
Louife- Therefe - Marie de
Meleun fille d'Alexandre Guillaume
Prince d'Epinoy , & de
Louife Marie- Anne de Bethune
fa premiere femme . Mr le
Marquis d'Ancenis n'a que 28 .
ans , & Mr Lauret fon Lieutenant
Colonel, a fouvent témoigné
que dans les Batailles où il
s'eft trouvé , fa plus grande application
n'avoit efté que de retenir
Mr le Marquis d'Ancenis .
Avril 1710 . Cc
306 MERCURE
Mr de Pujol Capitaine Lientenant
des Carabiniers . Il eft
Chevalier de S. Louis de la promotion
de 1707. Il a donné
des preuves de fon courage
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé avec la Maifon du
Roy. Il eft d'une ancienne Maifon
originaire du Rouergue.
Mr Darifat Chevalier de S.
Louis , Enfeigne des Moufque
toires gris. Il fut bleffé à la
Bataille de Nerwinde , où une
partie de la Maiſon du Roy fe
trouva , & il y donna de grana
des
marques de fa valeur
, ainfi
que toutes
les Relations
de cetGALANT
307
te Bataille le font connoître.
Il fut du détachement qui ac
compagna le Roy d'Espagne
jufqu'à la Frontiere d'Espagne,
& lorfqu'il prit congé de ce
Prince S. M. C. luy témoigna
beaucoup de fatisfaction de
fes fervices , & eut pour luy
des diftinctions particulieres.
2 Mr de Trudaine , Enfeigne
de Gendarmerie , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis . C'eft un
Gentilhomme de Picardie qui
depuis 20. ans fert le Roy dans
fa Gendarmerie avec beaucoup
de diftinction. Il a eu le malheur
de perdre une jambe à
Cc ij
308 M * RCURE
la Bataille de Malplaquet. Il eft
de la mefme famille que Me
Voyfin & Mr Trudaine , cy
devant Intendant de Lyon , &
à prefent Intendant de Dijon .
Mr Miran , Chevalier de
de S. Louis , Enfeigne de Gendarmerie.
Il a fervy en Elpagne
& en Catalogne au com
mencement de cette guerre ,
& fur la fin de la precedente.
Il fut bleffé à la Bataille de
Nerwinde , où il donna des
preuves fignalées de fon cou->
'rage . Mr le Maréchal de Luxembourg
dans la Relation
qu'il envoya au Roy de cetteGALANY
309
Journée , fit un éloge particu
lier de Mr Miran , qui fut applaudy
de toute l'Armée .
Mr le Comte de Coëtanfão,
Aide Major de la Gendarmerie
, Chevalier de Saint Louis ,
de la promotion de 1705. Il eft
neveu de Mr l'Evêque d'A
vranches , & de Mr le Marquis
de Coëtanfao Maréchal
de Camp , & Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde.
Ils font d'une ancienne famille
de Normandie. Ce nouveau
Brigadier s'eft diftingué
dans toutes les occafions où il
' eft trouvé depuis qu'il fert
310 MERCURE
& il a toûjours donné des preuves
de fa valeur , & de fon experience
en tout ce qui regarde
la guerre. Il a commencé à
porter les armes à l'âge de 29.
ans , & depuis ce temps - là il
n'a pas manqué une feule Cam
pagne . Il porte un nom celebre
parmy les gens de guerre.
Tout ce que je viens de vous
dire de ces nouveaux Brigadiers,
doit vous faire connoître
qu'il n'y en a pas un feul qui
n'ait merité le pofte d'honneur
auquel le Roy le vient d'élever.
Quoy que je vous aye déCALANT
311
ja parlé dans cette Lettre du
Sacre de Mr l'Evêque de Marfeille
, il me vient de tomber
entre les mains un nouveau
Memoire touchant ce Sacre ,
dont jay crû vous devoir faire
part , à cauſe quil contient
beaucoup de circonftances
dont je n'ay point parlé dans
l'Article que j'en ay déja mis
dans cette Lettre.
.
91 Mr l'Abbé de Belzunce
grand Vicaire d'Agen , a efté
Sacré Evefque de Marseille
dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe
des Jefuites. La ceremo
nie a cfté faite par Monfieur
312 MERCURE
Le Cardinal de Noailles, auquel
le nouvel Evêque a l'honneur
d'eftre allié ; les Affiftans ont
efté Mr l'Evêque de Troyes &
Mr l'Evêque de Digne. Il y a
tres- long-temps que l'on n'a
veu une pareille Ceremonie
faite avec plus de dignité , &
avec plus d'ordre ; tout y répondit
à la magnificence de
l'Eglife. Tous les Deputez de
l'Affemblée du Clergé , tant
du premier que du fecond Ordre
y affifterent , & on y compta
jufques à trente Evêques ,
& prefque autant d'Abbez de
qualité. Il y cut un grand nombre
GALANT 313
bre de Ducs , de Ducheffes &
prefque tout ce qu'il y a de plus
confiderable à la Cour , &l'on
doit remarquer que tout ce qui
s'y trouva eftoit parent ou allié
à Mr l'Evefque de Marſeille.
Mrs les Ducs de Laufun & de
Foix y firent les honneurs pour
les hommes, & Me la Ducheffe
de Laufun & Me la Marquife
de Biron en habit de ceremonie
, les firent pour les Dames.
Aprés la Ceremonie Monfieur
le Cardinal de Noailles donna
un magnifique repas au nouvel
Evefque de Marseille , où fe
trouverent Mrs les Archevê-
Avril 1710. Dd
314 MERCURE
ques d'Alby & d'Aix , & Mrs
les Evefques de Troyes , de
Tournay & de Digne , ainfi que
Mrle Duc de Laufun , Mrs les
Marquis de Biron , d'Ambres,
de Caftelmoron , & de Gontaut
& Mr le Chevalier de Belfunce.
Je vous ay donné dans cette
Lettre un curieux & ample détail
de tout ce qui s'eft paffé en
Sorbonne le jour que Mr le
Cardinal de Noailles y a efté
nommé Provifeur ; mais je ne
vous ay rien dit du Compli- .
ment que Mrs les Docteurs de
cette fameufe Societé jugerent
GALANT 315
à propos de luy envoyer faire
fur cette Election . Ils députerent
Mr l'Abbé d'Etoüilly ,
Senieur de cette Maifon , avec
les fix Anciens , & ils inviterent
les autres à s'y joindre.
Mr. l'Abbé d'Etoüilly , accoûtumé
à bien parler , s'acquitta
du Compliment qu'il avoit à
faire à peu prés de la maniere
fuivante.
Il dit à S. E que par ordre de
la Compagnie , & en fuivant les
mouvemens de leur coeur , ils ve
noient fe feliciter auprés d'Elle de
l'avoir pour Provifeur , par un
choix où la liberté avoit efté fans
Dd ij
316 MERCURE
perte
atteinte , l'inclination fans par
tage ; qu'un choix fibeau qui mettoit
à leur tefte tant de fageffe , de
religion & d'autorité , les déd ommageoit
abondamment de la
qu'ils avoient faite ; & qu'il leur
eftoit d'autant plus cher , qu'its
eftoient bien informez qu'Elle l'avoit
appris avecplaiſir, & même
qu'Elle s'en honoroit ; que ce terme
, ce fentiment de bonte leur
rappelloit la memoire du grand
Cardinal de Lorraine qui s'honoroit
de mefme de la qualité de
Proviſeur de Sorbonne , & qui
repetoit fouvent devant les Peres
de Trente , que dans la neceffité
GALANT 317
d'opter , il eût preferé cette
qualité à la Pourpre du Sacré
College ; que ce qui augmentoit
leur joye & qui préfageoit à leur
Maifon plus de fplendeur & de
reputation que jamais , eftoit que
fe trouvant par je ne fçay qu'elle
beureufe combinaifon le trentiéme
de fes Provifeurs , & le quinziéme
des Cardinaux qui l'ont
efté ; Elle eftoit comme un diamant
de prix inestimable , qui fermoit
la Couronne formée de ces grands
illuftres Perfonnages , & qui
jettoit de nouveaux_brillans fur
eux tous.
Il ajoûta , qu'auſſi la gloire de
Dd iij
318 MERCURE
Sorbonne étant attachée à l'eſprit
de paix d'où elle avoit acquis le
titre defainte & pacifique Societé,
& à l'obfervation de fes Statuts
que le grand Armand ſon Reſtaurateur
luy avoit tant de fuis recommandez
ils fe promettoient
de voir cette paix & ces Statuts
fleurir à l'ombre de la pourpre de
S. E. & par là croître de jour en
jour la glorieufe acquifition des
: travaux des vertus de leurs
Peres ; qu'ilfera dit de Sorbonne
fous la protection de S. E. comme
de Ferufalem fous le Pontificat
d'Onias , qu'on y a gouté fans
trouble les delices de la paix , &
GALANT 319
gardé les loix du Seigneur avec
exactitude à caufe de la pieté du
Pontife , & de fon amour pour le
bien.
Il finit en difant , que c'estoient
là enfin leurs efperances & leurs
vaux , & en fouhaitant que le
Ciel voulut les benir à la louange
érernelle de S. E. & de leur
Maifon à prefent la fienne.
S. E. parut extrêmement fa
tisfaite du Compliment de Mr
l'Abbé d'Erouilly .
Voicy à peu prés ce qu'Elle
વે
y répondit , avec l'air gracieux
& modefte qui luy eft naturel;
& ce que je vais vous en rap-
Dd iiij
320 MERCURE
porter , cft peut - eftre moins
beau que ce que l'on n'en a pu
rerenir.
Elle répondit donc , qu'Elle
reffentoit vivement l'honneur
qu'on avoit bien voulu luy
faire que cette diftinction luy
eftoit d'autant plus chere , qu'ellevenoit
de Sorbonne , Maifon celebre
dans tout le monde Chrétien ,
& qu'Elle la recevoit aprés tant
d'éminentes Perfonnes , aprés des
Princes , & des Princes mefmes
du fang Royal. Qu'aprés tout le
Provifeur qu'on s'étoit donné
n'étoit pas un indifferent ; mais un
ancien Difciple , un ancien Amy,
qui avoit dés fes premiers ans
GALANT 321
;
ayant fuccé le lait de Sorbonne ,
efté nourry & élevé dans un de
fes Colleges , & puifé la fcience
& la fageffe à la fource de fon
Ecole qu'il avoit toûjours tendrement
aimé Sorbonne , luy ayant
dés long- temps donné dans les
faintes follicitudes du Miniftere,
Son eftime & fa confiance , &
hors de là , fa familiarité & fa
tendreffe ; qu'il n'y avoit pas d'apparence
que luy eftant redevable
& plus uni , il eut deformais pour
elle le coeur moins ouvert ; & au
refte que s'il fe trouvoit aujour
d'huy élevé auec tant d'affection
de fi bonne grace à la premiere
322 MERCURE
le
place d'un Corps fi éclairé & fi
celebre , ce ne feroit pas pour
dominer ; mais pour luy eftre plus
utile , en procurant plus de bien à
fes Membres , & non en les afferviffant.
Cette réponſe fpirituelle finie
, S. E. fit de grandes careffes
à Mr l'Abbé d'Eroüilly ,
& fir beaucoup d'honnêtetez à
tous ces Meffieurs , en parlant
feparément à chacun . Ainfi ,
Elle les renvoya tous contens
de la fageffe de leur élection ;
mais plus encore de la bonté
de leur Provifeur .
Vous ferez bien aife d'apGALANT
- 323
·
prendre que la nouvelle qui
court depuis quelque temps ,
que S. A. S. Monfieur le Duc,
fervira cette année eft pleinement
confirmée , & vous n'aurez
pas moins de plaifir d'apprendre
que jamais Prince n'a
fait voir un plus grand empreffement
de fervir , & ne l'a
demandé avec plus d'ardeur.
Ce grand defir ne s'eft point
dementy , & il n'a point ceffe
de folliciter & de prier le Roy,
en forte que S. M. qui jufqu'à
prefent avoit fait difficulté
d'accorder à fes preffantes
inftances ce qu'il demandoit ,
•
324 MERCURE
à caufe de la foibleffe de fon
âge , n'ayant pas encore dixhuit
ans accomplis , s'eft enfin
laiffée perfuader . La joye que
ce Prince témoigna lors qu'il
reçut l'agrément du Roy de
faire cette Campagne , va audelà
de toute imagination , &
ne fe peut exprimer . Il courut
dans tous fes Appartemens
pour annoncer luy-mefme cette
nouvelle à tous fes Officiers
qui luy en témoignerent beaucoup
de joye. Ce Prince donna
ordre auffi- toft qu'on preparât
fes Equipages . Son Intendant
, luy envoya l'Etat de
GALANT 325
fa Maiſon , & aprés l'avoir
examiné , on fut furpris de
voir qu'il le doubla , & qu'il
refolut de fournir des Chevaux
& des Equipages à tous
fes Gentilshommes , afin de
leur en épargner la dépenſe.
Ainfi, il n'a pas feulement donné
en cette occafion des marques
de la plus boüillante ardeur
dont le coeur d'un Prince
puiffe eftre animé ; mais auſſi
d'une liberalité toute Royale ,
ce qui ne luy attirera pas moins
que fa naiffance , l'amour & la
veneration des Troupes , &
fur tout du Corps à la teſte
326 MERCURE
duquel il fervira , & qui facrifiera
tout fon fang pour le bien
de l'Etat, & pour la gloire d'un
Prince auffi genereux
que
grand . Joignez à tout cela
l'effet que peut faire la preſence
d'un Prince iffu des plus parfaits
Heros. Il fervira pondant
fa premiere Campagne , à
la tefte de fon Regiment
de
Condé.
Je dois vous parler d'un
grand Mariage qui merite vôtre
attention , & dont toute la
Cour a témoigné beaucoup de
joye ; c'eft de celuy de Mademoiſelle
d'Enguien , & de MonGALANT
327
fieur de Vendôme . Il eft des
Perfonnes dont la naiffance eft
fi connue , qu'il eft inutile d'en
parler , puifqu'on n'en pourroit
rien dire qui ne fût connu
de tout le monde . Ainfi je vous
parleray feulement de ce qui
regarde les perfonnes de ces
deux illuftres Epoux .
Mademoiselle d Enguien eft
digne fille de Madamela Princoffe
, dont la modeſtie , la fageffe,
la grande & ardente charité
pour les pauvres , & toutes
les vertus font connuës , & qui
en a plus tiré d'éclat , que de
la grande naiffance du feu
328 MERCURE
Prince fon Epoux & de la fienne
. On peut juger par là des
bonnes qualitez de Mademoifelle
d'Enguien , qui a toûjours
eu de pareils exemples devant
les yeux , & qui a toûjours fait
voir que fon inclination eftoit
toute portée à les fùivre. Enfin ,
on a toûjours remarqué que
cette Princeffe a toutes les qualitez
& toute la douceur qui
peuvent faire une femme du
caractere de la Princeffe fa
Mere , & l'on s'eft toûjours
fervy en parlant d'elle ,
terme qui dit beaucoup , & qui
fait comprendre encore davand'un
GALANT 329
tage , puifque l'on dit de cette
Princeffe , qu'Elle n'a point d'humeur
; c'eft à - dire , qu'elle ne fe
laiffe entefter d'aucune chofe ,
qu'elle ne s'obtine ſur rien ,
& qu'elle eft toûjours preſte à
prendre le bon party , & à faire
tout ce qu'on trouvera à
propos qu'elle faffe pour
bien & pour fa gloire.
fon
A l'égard de Mr de Vendôme,
il a toute fa vie preferé la
qualité d'honnête homme à
toutes les autres ; il eft ennemi
du fafte , & s'il a de l'ambition
ce n'eft que celle que
peut caufer la belle gloire ; il
Avril 1710.
Ec
A
330 MERCURE
T
cft bon , humain , & fon éga
lité de vie fait plaifir à tous
ceux qui le connoiffent . Il aime
naturellement le Roy &
toute la Maiſon Royale ; il
n'a point de volonté , & il eft
toûjours preſt à faire tout ce
que l'on fouhaite de luy ; il a
toute fa vie fervy le Roy , &
l'Etat . Il a beaucoup fervi en
Allemagne , il a eu la gloire de
fe rendre maiftre de Barcelone
; cette conqueſte étoit auſſi
difficile qu'importante , & fera
vivre éternellement fa memoire
, auffi - bien que le grand
nombre de campagnes qu'ila
GALANT 330
7
faites en Italie qui luy ont efté
auffi glorieufes qu'elles étoient
utiles & glorieufes à la France
& à l'Eſpagne en ce temps là ,
& il y a toujours triomphé des
troupes du Comte de Staremberg;
de celles que commandoir
Mr le Prince Eugene , &
dans les temps que celles de
Monfieur le Duc de Savoye fe
font mifes de la partie , elles
n'ont pas arrefté le cours de fes
conqueftes . Il ne s'eft jamais
vû d'afcendent pareil à celuy
qu'il a toûjours eu fur Mr le
Prince Eugene qui a toûjours
paru un Ecolier auprés de luy.
E cij
332 MERCUR
Ila gagné tant de batailles contre
ce Prince que j'en ay oublié
le nombre ; mais vous les trouverez
dans mes Lettres dont je
vous ay toujours envoyé d'amples
détails à mesure qu'elles ſe
font données , & je vous ay envoyé
en même temps les Relations
qu'il en envoyoit au Roy.
Il obfervoit de ne point parler
de luy ; mais irrendoit juftice à
tous ceux qui s'étoient diſtinguez
, qu'il nommoit les uns
aprés les autres , en faifant le
détail de leurs actions , & en
leur donnant les loüanges qui
leurs étoient duës . Jamais per-
ཟླ་
GALANT 333
fonne n'a plus brillé que ce
Prince dans un combat ; il étoit
par tout tant que le combat
duroit , à la tefte , à la queue ,
fur les ailes & dans le centre
& les Soldats avoient tant d'amour
pour luy, & tant de confiance
en fa perfonne qu'ils le .
fuivoient par tout avec le plus
grand empreffement & la plus
vive ardeur , de maniere qu'il
n'y avoit point de déroute à
craindre fous fon Commandement
, & qu'il ne luy eſt jamais.
rien arrivé de femblable , &
Mr le Prince Eugene étoit auffi
petit dans ces occafions qu'il
334 MERCURE
étoit granden ce temps là dans
les Gazettes étrangeres , parce
que les Alliez ne vouloienr pas
décourager leurs Sujets , &
qu'ils vouloient au contraire
les encourager à fournir toujours
aux frais de la guerre.
Enfin toute l'Europe n'a pû
s'empêcher de demeurer d'accord
, que Monfieur de Vendôme
a pouffé de pofte en
poſte Mr le Prince Eugene jufqu'au
bout de l'Italie , l'ayant
acculé deux fois dans les Montagnes
du Trentin . Il l'a chaffé
des endroits où il fe croyoit
en feureté , & dans lesquels il
GALANT 335
croyoit que l'on n'ofoit l'attaquer
, & il a efté obligé de ſe
retirer du Seraglio où il croyoit
qu'il feroit toûjours maistre de
fortir ou de ne pas fortir , & le
Lac de Garden'a pas efté pour
luy un lieu où il ait efté plus à
couvert. Enfin il me faudroit
un Volume entier fi j'entreprenois
de vous parler de routes
les Batailles que Monfieur
de Vendôme a gagnées en Ita
lie , & de tous les Poftes qu'il a
remportez les uns aprés les au
tres. Toute 1 Italie parle de fa
gloire ; elle s'en fouvient avec
joye , & elle fe trouve dans la
335 MERCURE
le
derniere affliction de ne le plus
avoir. Chacun y feroit maiftre
de fes biens , au lieu que les
Puiffances de cette vaſte Contrée
qui devroient n'avoir nulpart
en cette guerre , & qui
n'y en avoient point du temps
de ce fameux Conquerant , fe
trouvent accablées de fubfides
pour la continuation d'une
guerre à laquelle elles devroient
n'avoir aucune part ,
& qui ne les regarde pas ; & on
oblige même la plûpart de
fournir jufqu'à des hommes .
Enfin toute l'Italie eft dans un
état fi violent qu'il eft impoffible
GALANT 337
fible qu'elle puiffe y refter
long- temps , & on la dégarnit
tellement d'argent & d'hommes
que fe fera bien toft un de
fert, où le peu d'habitans qui y
refteront ne trouveront pas de
quoy fournir à leur nourriture ,
ce qui fait qu'elle regrette tous
les jours les Troupes Françoifes
, puifque pendant leur ſéjour
la liberté y régnoit, que
tous les Peuples jouiffoient de
ce qui leur appartenoit , & que
la France loin d'en emporter
l'argent , y en envoyoits de
maniere que ces Peuples doivent
dire : Oh l'heureux temps ,
Avril 1710 . Ff
338 MERCURE
quand reviendra till! tala
Je ne dois pas finir cet Ar
ticle fans vous parler de l'af
cendent que Monfieur de Vendôme
a encore eu en Flandre
fur Mr le Prince Eugene , & de
la maniere dont il y a brillé en
rompant tous les deffeins des
Alliez , fans qu'il ait efté queftion
de Combat ; mais fculement
de les empêcher avec
leurs nombreufes & formidables
Troupes de prendre un
poulce de terre , ni même de
faire aucunes entrepriſes . Ils
n'ont pas fait un pas pendant
toute cette Campagne qu'il
17
GALANT 339
ne les ait empéché d'avancer ;
& quand ils avoient formé
quelque deiffein , ils fe trouvoient
coupez par ce Prince,
quoy qu'il fuft fort éloigné
d'eux dans le temps qu'ils l'avoient
formné , & mefme commencé
à mettre en excecution;
& lors qu'ils fe vantoient de
faire quelque expedition , &
que Monfieur de Vendôme
l'ayant fçû auoit dit : Ils n'ofe
roient , il n'en eftoit rien . Enfin
avec des forces infiniment
moins confiderables que celles
des Alliez , il les arrefta par fa
grande fermeté , & par fa
Ffij
340 MERCURE
à la
grande experience dans le mé
tier de la guerre , pendant toute
la Campagne , fans qu'ils fe
trouvaffent
plus avancez
fin qu'au commencement
.
Toute l'Europea parlé de cette
Campagne qu'on a regardée
avec admiration , & quand ce
Prince auroit emporté dix Places
confiderables
, elle luy au
roit eſté moins glorieufe qu'el
le ne luy a efté en ne faifant
autre chofe que de rompre
tous les projets des Alliez , &
en les arreftant par tout , de
même que s'il avoit cu une
grande fuperiorité fur eux
GALANT 341
quoy qu'elle fult toute de leur
cofté , & il n'y a point de General
qui ne voulut avoir fait
une fi glorieufe Campagne , &
qui ne la preferaft à celles dans
lefquelles il auroit fait une
grande moiffon de Lauriers .
C'est ainsi que tout le monde
en a parlé , & a regardé cette
campagne comme une des plus
fçavantes qu'ait jamais fait aucun
General , quelque grand ,
heureux , & quelque habile
qu'il peut eftre.
Monfieur de Vendôme doit
mêler au premier jour fes Lauriers
aux Mirthres de l'Amour.
Ffiij
342 MERCURE
que fon mariage doit
On dit
eftre celebré à Seaux. Je ne
puis encore vous en parler dans
cette Lettre , quoy qu'il doive
neanmoins eftre confommé
dans le temps que vous la
recevrez.
L'Article des Enigmes peut
eſtre placé aprés un Mariage
puifque les Enigmes doivent
eltre regardées comme des Jeux
d'efprit , & des divertiffemens.
Quoique la derniere parût affez.
facile , comme il y avoit plu
fieurs mots qui pouvoient approcher
en quelque façon du
veritable , plufieurs s'y font
"
GALANT 343
trompez, & n'ont pas frappé
juſte au but , quoy qu'ils en
ayent beaucoup approché. Le
veritable mot eftoit la Chandelle
ou Lumiere portative. Ceux
qui l'ont trouvé font Mrs du
Freine , rue faint Honoré , de
Rouillac le jeune , la Guillotiere
, Fauxbourg faint Germain ;.
du Perrey , du mefme Fauxbourg
; Godard , du Marais du
Temple ; Jacques Thirou , du
College Mazarin ; le Petit Brunet
de la rue faint Honoré ; le
petit d'Augy ; le Solitaire du
Quartier des Quinze- vingts &
fon Amic ; le Petit Maiftre , de
1
344 MERCURE
la Cour du Palais ; le Prefident
de l'Hoſtel de Valois ; le Poupon
Malherbe , le Devineur
perpetuel , de la rue S. Denis ;
I'Homme à la Mode , de la même
ruë ; l'Entefté des Lotteries;
& l'Enjoüé , qui ne rit plus depuis
quelque temps ; l'Aimable
Princeffe , qui apprend le Latin
, demeurant à Versailles ;
& l'Amant de la Nymphe qui
porte la Mouche fur le nez ,
demeurant à Paris ; la Jeune
Mufe renaiffante G. O. la Mignonne
aux Armes d'Eſpagne;
la Belle Babet , de la rue des
Prouvaires ; & la charmante
Į
GALANT
345
N.... de la rue S. Denis ; l'Amante
, Balduc , du coin de la
rue des Marmouzets ; la Sapho,
du Quartier du Palais ; la Belle
Marchande , de la ruë S. Denis ;
& l'Enjoüée du Quartier du
Louvre. Je vous envoye une
Enigme nouvelle.
ENIGME.
D'un vifage trompeur , j'aborde
tout le monde ,
Je cache mes défauts autant que
je le puis
Il est vray je n'ay pas , une bonté
profonde
346 MERCURE
L'on me fuit auffi - toft que l'on
fçait qui je fuis ;
Faire des Voeux au Ciel pour la
fanté du Roy ,
Benir le nom de Dicu , c'eft là mon
caractere
Mais l'occupation d'un fi pieux
employ,
Souvent n'empêche pas la perte de
mon Pere.
Voicy encore un Printemps
nouveau .
AIR NOUVEAU.
L'heureux Printemps eft de retour,
Sa douceur infpire l'amour ;
HEAN DIT HENN MET
COTHEQUE
LYON
#
1893
DE
LA
47
dap
ines ;
is enpriſes
r.Mrs
ne me
place.
que la
orte de
ins l'une
& dans l'autre Mer,
Je devrois auffi vous parler
346
L'on
/၄
Faire
Sa
Benis
.n
Sour
m
Vc
nouv
A
L'heureux Printemps eft de retour,
Sa douceur infpire l'amour ;
GALANT 347
Son émail enrichit nos vergers &
nos plaines :
Mais tant de beautez tant d'appass
Peuvent- ilsfoulager mes peines ;
Si mon Iris ne m'aime pas.
J'aurois encore à vous entretenir
de beaucoup de prifes
faites fur les ennemis par Mrs
de la Marine ; mais il ne me
refte ny de temps ny de
place.
Il fuffit de vous dire , que la
Marine de France remporte de
continuels avantages dans l'une
& dans l'autre Mer.
Je devrois auffi vous parler
348 MERCURE
de plufieurs perfonnes mortes
beaucoup par de là l'âge de
cent ans. Ces Articles font curieux
& font toûjours d'autant
plus de plaifir à ceux qui les
lifent, que ceux qui approchent
de l'âge de quatre- vingt ans fe
croyent encore fort jeunes , &
croyent avec raifon qu'ils peuvent
vivre encore un affez
grand nombre d'années , &
mefme fans fe reffentir beaucoup
des incommoditez de la
vicilleffe , dautant que ceux qui
vivent beaucoup au delà de
cent ans , font prefque toûjours
dans une parfaite fanté ,
que
GALANT
349
que leur vûe eft bonne , qu'ils
jouiffent de toutes les forces
des jeunes gens , & qu'ils ne
meurent point à caufe de leurs
infirmitez ; mais
feulement parce
que la nature s'ufe , & qu'ils
ne
meurent que parce qu'il
que tous les hommes meu- faut
rent.
Je crois que vous devez être
fatisfaite de ma Lettre , ne vous
en ayant jamais envoyé qui ait
efté remplie d'un auffi grand
nombre d'Articles curieux .
Comme on reçoit fouvent
des
nouvelles de nos Expeditions
de Mer , & que vous
Avril
1710 .
Gg
350 MERCURE.
n'avez encore ouy parler que de la prife
du Vaiffeau nommé la Galere d'Amfterdam
,je dois vous faire part de la Lifte
nouvellement arrivée de Toulon , de la
maniere qu'elle eft venue , & dans laquelle
vous trouverez que cette prife a
efté accompagnée de plufieurs autres
Expeditions.
Ala Rade de Toulon le 22 , Avril.
Mr l'Aigle prit le 11. Mars , un Vail
feau Anglois, chargé de Hareng , & de
Stocfiche , eftimé 30. mille livres.
Le 28. Mars il prit un autre Vaiffeau
Anglois chargé de pareilles Marchandifes
, eftimé 20. mille livres.
Le 15. Avril il prit un Corfaire Fleffingois
de 28. cañons , & de 180. hom .
mes d'équipage , & reprit un Navire
François chargé d'huile , que ce Corfaire
avoit enlevé.
Le 17. Avril , il prit le Vaiffeau Hollandois
nommé la Galere d'Amfterdam
commandé par le Capitaine d'Ierfeland ,
& charge de Marchandifes de Levant,
foye , caffé , & autres , eftimées quatre
cens mille livres .
GALANT 351
Le Capitaine Houdart , Commandant
le Corfaire , François nommé le
Prince de Frife , a auffi enlevé un Corfaire
Fleffingois de 14. canons , & de 100.
hommes d'équipage
.
Je n'ay rien de nouveau à vous dire
d'Espagne , parce que toutes les chofes
dont je vous ay déja parlé , continuent
à s'executer de même , & fi je pouvois
y ajoûter quelque chofe d'avantageux ,
ce qui eft impoffible , je vous dirois que
l'extrême fidelité des Efpagnols pour
leur legitime Souverain , & leur ardeur
de combatre , femble augmenter tous
les jours ; mais cependant elles font à un
point qu'il eft impoffible qu'elles puiffent
aller plus loin. Tous les Royaumes
du Roy d'Espagne continuent de fournir
à l'envy tout ce que la nature produit
dans toutes leursVilles, & ils offrent tous
les jours avec un empreffement à S.M.C.
quelque chofe de nouveau . Ce Monarque
a fans ceffe travaillé avec application
à tout ce qui regardoit la Campagne
, afin que rien ne manquât à fes
Gg ij
352 MERCURE
Troupes lorfqu'elle s'ouvriroit. Il a
montré luy- mefme l'exemple à fes Sujets
par les grands Reglemens qu'il a
faits dans fa Maiſon , dont il a tout reglé
luy-mefme , en forte que fa dépense
fera fort modique , & qu'il n'y aura rien
de fuperflu ; mais en mefme temps
il a
tellement pourvû à tout ce qui regarde
les Troupes , qu'elles auront abondamment
tout ce qui leur fera neceffaire
fans aucune exception.
La Reine pour y contribuer de fon
cofté, a fait des chofes furprenantes , &
qui ont fait redoubler l'amour & l'admiration
que tous les Espagnols ont toujours
eues pour cette Princeffe , & dés
qu'on lui a donné quelque chofe de trop
magnifique, ou en trop grande quantité
& de fuperflu , elle a voulu qu'on le retranchât
en difant toûjours que cela pouvoit
fervir, à l'entretien des Trouppes, &
qu'enfin s'il eftoit befoin pour les encourager
, ce qui n'eftoit pas pourtant
neceffaire , elle iroit à la tefte des Troupes
, le Prince des Afturies entre fes bras
pour les animer , ce que je crois vous
GALANT 353
*
2
avoir déja rapporté , cette Princeffe
l'ayant fouvent dit . Enfin rien n'eſt égal
à tout ce qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne
, tant du cofté du Roy & de la
Reine, que de celuy de toute la Nation ,
& l'on n'a rien vu de pareil dans aucun
fiecle. Les Ennemis de cette Nation ne
peuvent eux- mêmes s'empêcher de louer
fon zele & fa fidelité, & eftant perfuadez
que rien n'est capable de l'en faire manquer
; ils commencent à douter que leur
entrepriſe puiffe reüffir , & de la maniere
que les chofes fe paffent en Espagne,
ils font perfuadez que le Ciel protegera
toujours les Efpagnols , tant à caufe de
leur extrême fidelité que de la grandeur
de leur zele , & que le defordre ne fe
mettra pas dans une Armée où le luxe
ne regne pas.
Quant à la fituation de nos Affaires ,
vous me permettrez de n'en rien dire ,
parce qu'elles ne font pas deux jours de
fuite dans un même érat , & que vous ne
. pouvez recevoir ma Lettre que quatre
ou cinq jours aprés qu'elle fera achevée.
D'ailleurs tous ceux qui fe mêlent d'en
"
354 MERCURE
>
raiſonner , n'en peuvent parler felon fr
verité qu'ils ne fçavent pas ; mais chacun
felon le caractere qui luy eft naturel .
Le timide craint toujours ; le fanfaron
extermine tout ; le feditieux porte les
chofes à la derniere extrêmité , & fait
toûjours grand bruit . Enfin l'on peut
dire que
la moderation n'eft point du
partage des hommes , & que chacun parle
felon fon inclination naturelle & felon
fon enteftement . Ainfi comme la veritable
fituation des Affaires eft ignorée , &
qu'un évenement en fait naître un autre,
il n'en faut qu'un avantageux pour faire
changer toute la face des Affaires. Cependant
on peut affurer que lorfque les
Troupes du Roy feront affemblées , elles
feront nombreuſes , belles , & qu'elles ne
manqueront de rien , & ce fera alors que
le fort decidera de l'évenement de cette
guerre. Je fuis Madame, vôtre , &c.
A Paris ce 4. May 1710.
A VIS.
Le Mercure de May ſe debitera le 4 .
Juin.
BLIOTEER
LYON
#1893
TABLE..
P
*Roy,
Rélude qui contient plufieurs
faits curieux qui regardent le
Article qui contient les particularitez
de la vie de cinqperfonnes
qui font mortes âgées de plus de
cent ans, dont on a appris la mort
fans avoir rien fçu des particu
laritez de la vie. LO
1.6
Suite du premier Article des morts
parmy lefquels il s'en trouve d'étrangeres
affez curieufes .
Jubile de l'Univerfité de Leipfick.
Les Sçavans fe fouviennent
qu'on doit à cette ville - la , Porigine
du Journal des Sçavans. 32
Diverfes Thefes curieufes foûtenues
à Strasbourg qui apprendront
plufieurs faits historiques aufi
feavans que curieux.
Livre contenant la verité de l'Egli
36
TABLE
fe Catholique. 55
$7
Articles contenant plufieurs curiofitez
qui peuvent inftruire le Pus
blic & luyfaire plaifir.
Paraphrafe de la feptiéme Leçon
des Lamentations de Jeremie ac
commodée autemps prefent. 76
Epigrammefur la ftupidité des Impies.
81
Lettre de Mr l'Evêque de Nifmes,
ècrite avantfa mort à Mr le Pel
letier , Miniftre d'Etat. 83
Mr l'Archevêque d'Alby , nommé
Pour remplirla place qu'occupoit
à l'Academie Françoife , feu Mr
l'Evêque de Nifmes .
Voyage des Indes Orientales , melé
de plufieurs Hiftoires curieu-
93
94 fes.
Mr le Pievoft des Marchands , accompagné
de Mrs les Echevins ,
-vient aux grands AuguſtinsfaiTABLE.
103
re compliment à Mrs de l'Affemblée
du Clergé.
98
Lettre de Mr Abbé Vere , fur les
Eaux de Balaruc , dont la lecturepeut
eftre utile à beaucoup de
Perfonnes.
Obfervations Anatomiques , qui
regardent la fanté , & qui font
connoiftre le mal que caufe ordinairement
l'excés du Vin.
Tout ce qui s'eft paffé au Parlement
le jour que Mr le Maréchal de
Villars y a efté reçû Pair de
France .
130
135
Mort de Mi Begon , Intendant de
la Marine à Rochefort , & mouvementfait
dans ce Corps aufujet
de cette mort. 144
Détail curieux , contenant tout ce
qui s'eft paffe en Sorbonne Lors
que Monfieur le Cardinal de
Noailles a efté receu Provifeur
TABLE.
de cette Societé.
Article de Marine.
146
164
Suite des Articles qui regardent la
169
naiſſance de Monfeigneur le Duc
d'Anjou.
Troifiéme Article des Morts. 173
Prieuré de faint Michel , donnépar
le Roy à Mr de Galiczon , Evêque
de Babylone. a que
208
Sacre de Mr l'Evêque de Digne.
idem .
Sacre de Mr l'Evêque de Marſeille.
214
Obmiffionsfaites à l'Article de Mr
l'Archevêque d'Alby.
Gouvernement de Saarlouis , donné
219
220 par le Roy.
Supplément à l'Article des Intendans
dontje vous ay parlé le mois
dernier.
225
Mariage de Mrle Comte de Caftel-
Blanco. 228
TABLE.
244
L'Ancienne Abeffe des Dames Benedictines
Angloifes de Pontoife
, s'étant
volontairement demife
de fon Abbaye , le choix eft
tombé fur Me de Gifford , de la
méme Maiſon.
Quatrième Article des Morts. 252
Survivances données par le Roy des
Charges de S. A. S.
Monfieur
le Duc du Maine , aux Princes
fes Enfans.
Article
concernant tous les nouveaux
Brigadiers , & qui fait
265
connoistre leurs fervices , & les
Corps dont ils ont effétirez. 266
Addition à l'Article du Sacre de
Mi l'Evêque de Marseille . 310
Deputationfaite à Mr le Cardinal
de Noailles pour congratulers.E.
de fon Election à la dignité de
Provifeur de Sorbonne.
Empreement de Monfieur le Duc ,
314
TABLE.
pour faire la Campagne , avec
plufieurs remarques curieufes fur
ce fujet. 322
Mariage de Mademoiſelle d'Enguien
& deMonfieur de Vendôme ,
avecplufieurs choſes particulières
qui regardent ces deux illuftres
Epoux. 326
Article des Enigmes . 342
Eloge de la Marine. 347
Article dont la lecture fera plaifir
aux Vieillards. idem .
Prifes nouvelles.
349
Affaires d'Espagne. 351
Affaires de France. 353
L'air. Quoy dans nos Champs. 168
Celuy L'Heureux printemps.346
Errata.
Page 130. lig au lieu d'Af
tronomique , lifez Anatomiques ?
1893*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères