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807156
MERCURE
GALANT
*
DEDIE A MONSEIGNEUR
BLA
LE DAUPHIN
MARS , 1710 .

A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant ,
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Ies Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR
de défigurez étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tousles bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
MERCVRE
CALANT
MARS , I
LYON
174095
VILLDLAEE
Vous
que
les Dé,
US
fçavez que
putez des Etats d'Artois
ont efté prefentez à Sa Majeſté
en la maniere accoûtumée , &
les Nouvelles publiques qui
s'impriment chaque femaine
A iij
6 MERCURE
vous ont apris tout ce qui a
regardé le Ceremonial de cette
Audiance ; ainfi il ne me refte
qu'à vous dire que M' l'Abbé
de Valbelle , Maistre de l'Oratoire
du Roy ; nommé à l'Evêché
de Saint Omer , & Député
du Clergé , porta la parole &
fit un Difcours qui plut beaucoup
à Sa Majefté , & qui attira
de grands applaudiffemens
de tous ceux qui furent prefens
à cette Audiance , & qui
eurent le bonheur de l'entendre.
Il dit qu'il venoit aux pieds
de Sa Majesté pour l'aßeurer de
la fidelité inviolable de fes Sujets
GALANT 7
le de
que
Sa Made
la Province d'Artois ; qu'Elle
n'en avoit point de plus dévouez
à fon fervice , & qu'ils eftoient
penetrez de la bonté
jeſté avoit euë de leur remettre le
Don gratuit.
Il parla enfuite de la Batail-
Malplaquet ; de la fermeté
des Troupes de Sa Majeſté ,
& de la grande perte des Ennemis
en cette occafion , qui leur
avoit fait connoiftre qu'elles
pouvoient encore vaincre
parce que bien qu'elles fe fuffent
retirées , elles avoient fait
cette retraite avec un fi grand
ordre , & une fi grande intre-
A iiij.
8 MERCURE
pidité , que leur marche avoit
paru aux ennemis même , plutoft
une victoire qu'une retraite
.
la
On ne peut faire trop de
reflexion fur les grandes bontez
dont Sa Majesté donne
tous les jours d'éclatantes & de
fenfibles marques à fes Sujets .
Quoy que les Saifons luy ayent
déclaré la guerre , & que
France ait prefque efté la feule
qui ait fouffert des malheurs
caufez l'année derniere par leur
dureté , & que je vous aye fait
le détail de ce qui a caufé le
malheur dont la France n'eft ·
"
GALANT
9
B
pas encore remife , Sa Majefté
qui depuis une année a remis
à fes Sujets la plufpart de fes
droits , & leur a fait à plufieurs
fois de groffes remifes fur les
Tailles , vient encore par une
bonté toute finguliere , & dont
l'Histoire fournit peu d'exemples
, de remettre le Don gracuit
aux Etats d'Artois . Ce n'eſt
point moy qui donne des
loüanges à Sa Majesté . Je ne
rapporte jamais que des faits
lors que je vous en parle , &
ces faits font fi dignes d'admiration
qu'ils loüent affez ce
Monarque fans qu'il foit be10
MERCURE
foin de le loüer.
A l'égard de l'intrepidité des
Troupes du Roy dont M² de
Valbelle a parlé dans fon Difcours
, il n'y a point d'exemples
d'une intrepidité pareille
à celle qu'elles ont fait voir
dans cette Bataille , & plus on
approfondira les chofes , plus
on connoiftra qu'elles ont gagné
dix Batailles contre une
depuis le commencement de
la guerre , qu'elles n'ont jamais
fuy ; mais que par des fatalitez
que le Ciel a permis , trois ou
quatre Affaires importantes
leur ont efté defavantageufes
GALANT II
ay
fans leur eftre honteufes , & fi
on les examinoit avec attention
comme j'ay fait quelquesfois
, & que je vous fait re
marquer , celles dont les fuitesont
eſté deſavantageuſes n'ont
pas efté celles qui leur ont eſté
les moins glorieufes .
La plupart de mes Lettres
eftant remplies de plufieurs.
Articles de morts , rien n'étant
plus ordinaire aux hommes
, je me trouve obligé de
vous en parler prefque dés le
commencement de chaque
Lettre je commence par ;
quelques morts étrangeres
12 MERCURE
dans les Articles defquelles
vous trouverez des faits Hiftoriques
affez curieux .
Le Pere Pierre Alemanni ,
Jefuite , eft mort en Toscane ,
à la fleur de fon âge ; mais
dans une grande opinion de
fainteté Les merveiles qui
ont éclaté à fa mort , & ce
qui s'eft fait à fon tombeau ,
ont même donné occafion de
compofer fa vie , qu'on
vient d'Imprimer en Italie . Il
avoit efté élevé dans la Maifon
du Grand Duc , & il avoit efté
Page d'honneur de ce Prince ; il
y donnoit déja, quoy qu'encore
GALANT
13

dans l'enfance , des efperances
du progrés qu'il feroit un jour
dans la vertu la plus fublime.
Retiré dans fa Chambre , &
fuyant le commerce fouvent
contagieux , de fes camarades ,
ont le furprenoit ſouvent dans
la pratique des exercices les
plus rigoureux de la Penitence
& dans la Meditation la plus.
profonde . Il connut bientoft
la Cour eft un pays
que
trop orageux & qu'il luy feroit
difficile d'y conferver longtemps
fon innocence. Plein
de cette crainte falutaire , il
chercha un port plus affuré
14 MERCURE
dans le party qu'il prit ; il
devint en peu de
temps
l'exemple
non-feulement de fes
jeunes Confreres , mais auffi
des plus anciens. Sa ferveur
augmentoit chaque jour ; il
netrouvoit rien dans les Obfervances
de fa Regle , d'affez
penible & d'affez humiliant ;
il y ajoutoit de fecretes aufteritez
, & une Meditation fi
continuelle qu'on avoit peine
à le tirer de fon Oratoire. Une
vertu fi rare a efté enviée àla
terre ; le Pere Alemanni avoit
à peine 30. ans que Dieu a
couronné fcs vertus . Il eftoit
GALANT 15
d'une illuftre famille de Tofcane
qui s'eft fignalée par fa
fidelité pour la Maifon de
- Medicis. La Vie du Pere Alemanni
, eft imprimée à Florence
; c'eft un vray chefd'oeuvre
de fpiritualité , & il
en eft peu de cette nature où
l'on parle avec tant d'onction
des voyes de Dieu . Les peintures
y font vives & touchantes
mais peu chargées ; les
Eloges fans eftre exceffifs donnent
l'idée la plus avantageufe
du faint homme qui fait le
fujet de l'Ouvrage ; tout y
porte à la pieté & il eſt impoſ16
MERCURE
fible de le lire fans eftre touché
. On écrit de Florence que
cette Hiftoire a fait durant
plufieurs jours les délices du
Palais ; que Mr le Grand Duc
Mr & Mela Grande Princeffe ,
& generalement toute la Cour,
l'ont lû plufieurs fois , tant ils
trouvoient de gout à cette
pieufe lecture. L'édition de
cet Ouvrage eft déja épuiſée ,
& on va en donner inceflament
une feconde les merveilles
qu'on dit qui ſe font au
tombeau de ce jeune Jefuite ,
faiſant ſouhaiter avec empreffement
que ce Livre devienne
GALANT 17
encore plus commun qu'il
n'eft.
La Princeffe Frederique de
Saxe - Gotha , épouſe du Prince
d'Anhalt Zerbit , eft morte aux
eaux de Carelfbade en Boheme ,
âgée de 34. ans ; c'eftoit une
tres belle perfonne , & qu'on
a fort regrettée en Allemagne.
La branche de Saxe Gotha a
efté formée par Erneſt de Gotha
frere cadet de Guillaume
de Weymar tous deux fils de
Jean de Weymar ſecond du
nom mort en 1605. Jean
fecond eftoit fils de Jean Guillaume
un des defcendans d'Er-
Mars
1710.
B
16 MERCURE
fible de le lire fans eftre touché.
On écrit de Florence que
cette Hiftoire a fait durant
plufieurs jours les délices du
Palais ; que Mr le Grand Duc
Mr & Mela Grande Princeffe ,
& generalement toute la Cour,
l'ont lû plufieurs fois , tant ils
trouvoient de gout à cette
pieufe lecture. L'édition de
cet Ouvrage eft déja épuiſée,
& on va en donner inceffament
une feconde les merveilles
qu'on dit qui fe font au
tombeau de ce jeune Jefuite ,
faifant fouhaiter avec empreffement
que ce Livre devienne
GALANT 17.
encore plus commun qu'il
n'eft.
La Princeffe Frederique de
Saxe Gotha , époufe du Prince
d'Anhalt Zerbſt, eft morte aux
caux de Carelfbade en Boheme ,
âgée de 34. ans ; c'eſtoit une
tres belle perfonne , & qu'on
fort regrettée en Allemagne .
La branche de Saxe Gotha a
efté formée par Erneft de Gotha
frere cadet de Guillaume
de Weymar tous deux fils de
Jean de Weymar ſecond du
nom mort en 1605. Jean
fecond cftoit fils de Jean Guillaume
un des defcendans d'Er-
Mars
1710.
B
18
MERCURE
neft; & Frederic Guillaume fon
frere aîné fit la branche d'Altemberg
, qui finit il y a 37.
ans. Erneft dont defcendoit
Jean Guillaume , eftoit fils de
Frederic dit le
Pacifique , qui
mourut en 1464. les autres
branches de la Maiſon de Saxe,.
font celles de Hall , Merfbourg
, Naumbourg , Weymar
, Eyfenach. Des Succeffeurs
de Rodolfe , neveu du
fameux Witikind , le Duché
de Saxe paffa à la Maiſon de
Billingen , enfuite à celle de
Supplinberg en la perfonne de
Lothaire , qui fut depuis EmGALANT
19
pereur , & qui donna fa fille
avec la Saxe à Henry le Superbe
Duc de Baviere
; & de celui
- cy defcendent
tous les
Princes de Saxc .
M' Wafferbach , Confeiller
de M' le Comte de Lippe , eft
mort depuis quelque temps.
Il eftoit un des plus fçavans
hommes de toute l'Allemagne
, & fa mort fera pleurée
de plufieurs Sçavans , qui trouvoient
ordinairement chez luy
des fonds inépuifables de fcience
& d'érudition . Il avoit commencé
à faire imprimer une
nouvelle édition des oeuvres
Bij
20 MERCURE
de feu M' Herman Hamelmann
où il devoit inferer plufieurs
pieces de cet Auteur qui n'avoient
pas encore eſté imprimées.
On craint, & avec raiſon ,
que cette mort n'apporte quelque
retardement à cette nouvelle
édition que tous les Sçavans
attendent avec de vifs
empreffemens . Les principaux
ouvrages de M' Hamelmann
font , les Annales d'Oldembourg
, quelques Genealogies.
& des Memoires fervant à
l'Hiftoire de la Reformation
de la Weftphalie , où eft fitué
la Ville & Comté de Lippe ,
GALANT 21
9
qui eftoit la Patrie de M' Waf
ferbach . Ce fçavant homme
avoit auffi deffein quand il eſt
mort de travailler à l'Hiftoire
du Concile que Charlemagne
fit celebrer à Lippe dans le
fiecle pour y faire confacrer les
Evêques Saxons qu'il deftinoit
à l'inſtruction des Peuples de
Saxe qu'il avoir foûmis un fi
grand nombre de fois , & qui
aprés plufieurs revoltes furent
enfin obligez en fe foumettant
à la loy du vainqueur d'embraffer
fa Religion. Je veux dire
de recevoir le Baptême. Mr
Wafferbah auroit relevé dans
22 MERCURE
cet ouvrage , l'erreur de quelques
Auteurs qui ont attribué
ce Concile à la Ville de Lippe ,
qui eft en Tranffylvanie
, trom
pez fans doute par la conformité
des noms.
M' Oginski petit General
de Lithuanie , & Starofte de
Samogitie , eft mort à Lublin .
Il eftoit d'une Maifon ancienne
de Lithuanie , mais qui fous .
le regne de Jean III. du nom ,
s'eftoit fort élevée . Les circon ..
ftances en font trop intereffantes
pour n'eftre pas détaillées
avec foin. La Maifon de
Sapia au commencement
du
GALANT 23
regne de Jean III. eſtoit fort
rampante , & celle de Patz
tres - floriffante. Deux freres en
eftoient les Chefs , dont l'un
cftoit grand Chancelier & l'autre
grand General. Ils ne confentirent
qu'avec peine à l'élec
tion du grand Maréchal So
bieski au Trône de Pologne:
aprés la mort du Roy Michel.
Ce Prince monté fur le Trône
jugea que leur puiffance eftoit
trop grande & qu'elle avoit befoin
de bornes. Il leur oppofa
les Sapia , qu'on difoit venir de
race Tartare. En peu de temps
le Roy les combla de biens &
24 MERCURE
pe
de dignitez . L'aîné fut fait
tit General & Caftelan de Wilna
; & le fecond grand Treforier
, & un troifiéme qui reftoit
à pourvoir , grand Ecuyer , &
il eut le Palatinat de Polotzko ,
& quelque temps aprés le cadet
nommé le Onrioué , fut grand-
Maistre de l'Artillerie & Treforier
de la Cour. Enfin pour
furcroift de bonne fortune
pour les Sapia , le grand General
Patz mourut , & l'aîné Sapia
fon ennemi declaré fut fait
grand General & eut le Palatinat
de Wilna , vacant par la
mort du grand General Patz.
Le
GALANT 25
Le Grand Chancelier Patz
mourut auffi ; & ainfi cette maifon
étant entierement abbatuë
que le Roy devoit avoir lieu
de regretter , fur tout le Grand
General , qui foutint au fameux
Combat de Jurafno tout
l'effort des Turcs , les Sapia
s'enorgueillirent de leur exceffive
puiffance , & commencerent
à prendre des fentimens
peu favorables à la Cour.
Alors le Roy de Pologne ,
réfolut de les abbaiffer ou du
moins de leur oppoſer quelque
Maiſon qui balançât l'autorité
& la puiffance de la leur .
Mars
1710.
C
26 MERCURE
Ce Prince jetta les yeux fur
les Oginski ou Oguinski . Il
eftoient freres de noble &
ancienne famille à la verité ;
mais peu illuftrée par les dignitez
. Il fit l'aîné Palatin de
Trok , qui eft le troifiéme
Senateur du Grand Duché , &
enfuite Grand Chancelier ;
l'autre eut le Bâton de petic
General avec le Caftelenat de
Wilna. Ce dernier mourut
deux ans aprés , & l'autre en
1690. n'ayant marqué ni
l'un ni l'autre la fermeté que
le Roy attendoit d'eux contre
la puiffance des Seigneurs
GALANT 27
Lithuanois oppofez à la
Maifon Sobieski. C'eft des
>.
,
deux
Oginski , que defcendoit
le petit General
de Lithuanie
,
dont je vous apprens
la mort
& dont les démêlez
avec les
Sapia
ont fait tant d'éclat
depuis
quelques
années , que
toutes les nouvelles
publiques.
en ont parlé. Les Oginski
furem plus
reconnoiſſans
pour
leur
bienfaiteur que les Sapia ,
ou Sapieha
, ( car on écrit de
ces deux manieres
) & leur
pofterité
a toujours
etté fidelle
non -feulement
à la Maiſon
Royale
Sobieski
; mais auffi
Cij
28 MERCURE
aux veritables interefts de la
Republique. Celuy dont je
vous apprens la mort en a
donné des preuves qui luy
font beaucoup d'honneur
dans les differentes irruptions
que les Mofcovites ont faites
en Pologne . Ce General a
efté fort regretté en Lithuanie
où il eftoit fort aimé , fur tout
de la haute Nobleffe .
La Soeur de Sainte Madelaine
de Sylvecane , Religieufe
de l'Ordre de Saint Benoift
dans l'Abbaye de Chazaut de
Lyon , y eft morte dans de
grands fentimens de pieté &
CALANT 29
dans la réputation d'une vertu
bien épurée. Cette Dame
avoit fait de grands progrés
dans la vie Miftique , & le
détachement parfait où elle
avoit toujours paru depuis
fon entrée dans la Religion ,
de toutes les chofes du monde,
luy avoit fait un grand nom
parmy les Devots du premier
ordre , je veux dire , parmy
ceux qui s'attachent à là contemplation.
Elle eftoit la
feconde des trois foeurs du
nom de Sylvecane qui font
dans l'Abbaye de Chazaut ,
toutes trois diftinguées par
Cij
30 MERCUR
leur vertu & par leur merite.
Me de Saint Conftant fur tout
qui eft l'aînée a l'efprit tresbrillant
& tres cultivé. Ces
Dames font foeurs de Mr de
Sylvecane Prefident de la
Cour des Monnoyes de Paris ,
& de Me de Chaponey mere
de Me la Senechale de Lyon ;
elles font auffi foeurs de Mc
Bultaut , qui demeure à Paris ;
toutes ces Dames enfin font
filles de feu Mr le Prefident
de Sylvecane Intendant &
Directeur General de la Monnoye
de Lyon , un des plus
grands hommes de fon temps
GALANT
31
de quelque côté qu'on l'envifage.
Il a donné au Public
une Traduction de Juvenal ,
qui eft tres- eftimée . La délicateffe
de fa verfification prouve
la facilité de fon genie. C'eſt
un homme rare que tous les
Sçavans de fon temps ont
celebré à l'envy. Il avoit eſté
Prevôt des Marchands de
Lyon . La Soeur de Sainte Madelaine
eft morte à la fleur de
fon âge fort regrettée de fa
munauté .
re
C
Dame Anne le Gras , veuve
de M François - Gafpard de
Montmorin , Marquis de Saint
C
iiij
32 MERCURE
Heran, Gouverneur de Fontainebleau
, eft morte âgée de 85 .
ans . Elle eftoit d'une ancienne
famille de la Robe , connuë
dans le Parlement depuis prés
de trois ficcles , & au commencement
qu'il fut rendu ſedentaire.
Mla Marquife de Saint-
Heran a paffé fa vie dans l'exercice
des verrus chreftiennes , &
Dieu a recompenſé une conduite
pure & reguliere qui a
caracterifé toutes les actions ,
par une famille dont elle a cu
de grands fujets d'eftre fatisfaite.
M' le Marquis de Saint-
Heran fon fils eft aujourd'huy
GALANT
33
Gouverneur de Fontainebleau ,
& il foutient cet employ avec
beaucoup de dignité & des manieres
fort nobles . La Maiſon
dont il eft le chef eft tres - ancienne
& fort illuftrée. Anne de
Montmorin , fille de Charles ,
Chevalier , Seigneur de Montmorin
époufa en 1475. Henry
d'Albon Seigneur de Saint Forgeux
. Les Memoires de la Maifon
d'Albon parlent avantageufement
de cette Dame qui
fur grand - mere du celebre Antoine
d'Albon Archevêque de
Lyon & Lieutenant de Roy au
Gouvernement du Lyonnois &
34 MERCURE
quabifayeule
de Pierre d'Efpinac ,
le plus grand Ligueur de fon
temps , auffi Archevêque de
la même Ville . Françoiſe de
Montmorin , fille de noble &
puiffant Seigneur ( c'eſt la
Lité qu'il prenoit ) Claude de
Montmorin , Chevalier , Seigneur
de Luppiat, Baron de la
Tarriere , S. Bonnet & de Pertus,
& de Catherine de Joyeufe
, époufa dans les dernieres
années du 16 ° fiecle Louis de
la Barge grand pere de Me la
Comteffe doüairiere de Mongon
, & d'une illuftre Maiſon
d'Auvergne qui a donné cinq
GALANT
35
Comtes à l'Eglife de Lyon.
Feu Mr le Comte de la Barge
qui avoit époufé Catherine
d'Albon , fille aînée de Gilbert-
Antoine d'Albon , Chevalier
d'Honneur de Madame la Ducheffe
d'Orleans , Comte de
Chazeul , & de Dame Charlotte
Bouteiller , eftoit petitfils
de Françoiſe de Montmorin.
Jean - Baptifte de la Barge
fon fils qui époufa Jeanne de
Canillac fut Chevalier de
l'Ordre du Roy , Gentilhomme
ordinaire de fa Chambte ,
& fon Lieutenant general au
Gouvernement d'Auvergne.
36 MERCURE
La Maifon de Montmorin
porte pour Armoiries de Gueules
femé de mollettes d'éperon
d'argent au Lyon de même ,
brochant fur le tout . M' l'Archevêque
de Vienne , ci - devant
Evêque de Die , & auparavant
de l'Ordre des Feüillans
, cft de cette Maifon. Il
eft frere de Me la Comteffe de
Gamaches ; & il joint à une
naiſſance illuſtre une pieté , un
zele dans les fonctions de fon
Miniftere , & un amour propre
pour les Pauvres qui le rendent
encore plus recommandable.
Mre N... Amable Faydit ,
GALANT 37
Preftre , connu dans la Republique
des Lettres par quantité
d'ouvrages fortis de fa plume ,
eft mort à Riom âgé de prés
de 70. ans. Il avoit paffé une
partie de fa jeuneffe dans la
Congregation de l'Oratoire ,
où les talens particuliers , joints
àune profonde érudition , luy
avoient attiré beaucoup d'admirateurs
. Il y avoit profeffé
les Humanitez & même la Philofophie
avec beaucoup de fuccés
& d'applaudiffement , & il
cut au nombre de fes diſciples
d'illuftres perfonnes qui font
aujourd'huy Patrons des Gens
"
38 MERCURE
de Lettres . Cet Abbé eftoit
forti de cette Congregation à
laquelle , comme on fçait , on
n'eft jamais attaché par aucun
engagement ; il compoſa plufieurs
ouvrages aprés s'eftre retiré
auprés de M' Lizot ancien
Curé de Saint Severin fon ami
particulier. Il donna d'abord
quelques reflexions fur le premier
volume des Memoires de
Mr de Tillemont , & il intitula
cet ouvrage , Memoire des Memoires
, &c. Ce Livre fit beaucoup
de bruit ; le Traité qu'il
donna enfuite fur la Trinité ,
n'en fit pas moins ; le P. Hugo
>
GALANT 39
Chanoine Regulier de l'Ordre
de Saint Auguſtin de la Congregation
de Prémontré , attaqua
cet ouvrage , & cette critique
produifit quelques réponſes
où Mr l'Abbé Faydit
expliquoit ce qu'il avoit voulu
dire en excluant de l'Effence
de Dieu une unité numerique
, & en n'y admettant
qu'une unité fpecifique . La
Preſbyteromachie eſt auſſi un petit
ouvrage de ce fçavant Abbé
fur le Quietisme , dont il
a cfté un rude Adverfaire. Il
adreffa enfuire une Lettre à un
Prieur des Carmes déchauffez
40 MERCURE
contre la Tradition qu'onimpute
aux Religieux de cet Ordre
, d'avoir foutenu que Pythagore
a efté de leur Ordre.
Cette Lettre eft inferée dans
un des Supplémens des Effais de
Litterature. Il fe chargea peu
aprés de continuer ce même
Supplément, & il en donna quelques
volumes remplis d'une
grande érudition & d'une fine
critique. Il a fait auffi plufieurs
autres ouvrages , & il eft mort
la plume à la main . Il eftoit
preft de donner une Critique
generale des ouvrages de Mr le
Clerc , lorſqu'il cft allé luy-mêGALANT
41
me rendre compte de fes fentimens
& de fa doctrine à celuy
qui juge tous les hommes.
Il ne bornoit pas fes talens à
faire des Livres ; il eftoit Predicateur
& excellent Predicateur ;
dans le temps des affaires de
l'Affemblée du Clergé de France
de 1682. il fit un Sermon
dans l'Eglife de Sainte Opportune
, qui luy fit beaucoup
d'honneur
. Il y a long temps
qu'on attend fes Difcours Polemiques
qu'il promettoit depuis
plufieurs années. Il eftoit
d'une tres- ancienne famille de
Riom qui a donné à certe Vil-
Mars 1710.
D
42 MERCURE
le-là pendant plus de trois cens
ans de pere en fils des Avocats
celebres , y en ayant encore actuellement
de ce nom qui exercent
avec éclat cette noble Profeffion.
Cet Abbé eftoit proche
parent de Mr Faydit de
Graville Confeiller au Prefidial
de Riom , mort âgé de 8 3.
ans en 1694. Ce Magiftrat
avoit beaucoup contribué à la
compofition des doctes écrits
du P. Sirmond , Confeffeur de
Louis XIII. dont Mr l'Abbé
Faydit avoit l'honneur d'eftre
petit -neveu . Tous les Faydit
defcendent de Faydit Damoi
GALANT 43
feau de Jurgals dans le Vicomté
de Turenne , & frere du fameux
Jurifconfulte Faydit . Ils
vivoient au commencement
du 14. fiecle . Il y a eu un Cardinal
Faydit qu'on croit de cette
famille.
M Jean Doujat Doyen
du Parlement , eft mort âgé
de 89. ans & demy , regretté
univerfellement de tous fes
Confreres. Il avoit efté reçû
Confeiller au Parlement le 30.
Aouft 1647. & il a exercé
cette Charge un peu plus de
63. ans puifqu'il eft mort le 18 .
Janvier de cette année ( 1710. )
Dij
44 MERCURE
Il eftoit d'une ancienne famille
connue dans le Parlement depuis
deux ou trois ficcles . Elle
produifit dans le commencement
du dernier fiecle un
celebre Profeffeur de Jurifpru.
dence, dont le nom eft aujourd'huy
devenu celebre parmy
tous les Jurifconfultes. Il y a
aujourd'huy deux branches
de la famille des Doujats . Celuy
qui vient de mourir eſtoit
Chef de la premiere. Il laiffe
un fils Maiftre des Requeſtes ,
depuis l'année
1701 .
c'eft
Mre Jean Charles Doujat
cy- devant Intendant de BorGALANT
45
deaux & aujourd'huy de Poitiers.
Le Chef de la feconde
branche eft Mre Jofeph- Joachim
- François Doujat , reçû
Confeiller au Chaftelet en
1697. & frere de Dame N ...
Doujat épouse de Jean François
le Boindre , fixiéme Confeiller
de la premiere Chambre
des Enqueftes , & reçû dans
le Parlement en 1689. Mr
Doujat leur pere , eftoit Contrôlleur
General de la Maiſon
du Roy. La famille de Mrs
Doujat , eft fortie par les femmes
de celles des Longüeil ,
de Maiſons , & de Nicolaï.

46 MERCURE
Celle de Fieubet Launac
tient auffi par une alliance à
celle de Doujat.
Mre Jean le Nain , Sous-
Doyen du Parlement , eft devenu
par cette mort Doyen
du même Corps ; il eſt beaufrere
de Mre Paul Portail,
feptiéme Confeiller de la
Grand Chambre , & pere de
feu Mr le Nain , premier Avocat
General du Parlement
mort depuis quelques mois .
Mr le Nain fut reçû dans le
Parlement le deuxième de Juin
l'an 1655. il eft frere de feu
Mr de Tillemont Auteur
GALANT 47
de l'Hiftoire Ecclefiaftique des
fix premiers ficcles de l'Eglife ,
écrite avec tant de methode
& de netteté , & frere du Pere
le Nain Sous- prieur de l'Abbaye
de la Trape. La famille
de Mrs le Nain , eft dans une
grande confideration dans le
Parlement depuis plus de trois
fiecles. Elle a toûjours eu pour
Chefs d'illuftres Magiftrats ,
qui fe font diftinguez par leur
zele pour la Patrie , & par une
probité & une droiture dignes
des premiers temps dans l'adminiſtration
de la Juftice.
Mre Gafpard Brayer , Sous48
MERCURE
4.
Doyen de la troifiéme Cham
bre des Enqueftes , eſt monté
à la grande - Chambre par le
mouvement
qu'a fait la mort
du Doyen. Il y a un peu plus
de trente cinq ans qu'il eft Confeiller
, y ayant
efté reçu le
Janvier de l'année 1675. Mr
Brayer eft tres - eftimé dans le
Parlement ; le fuccés qu'il a eu
dans la conduite de plufieurs
affaires d'une difficile difcuffion
, luy a attiré une grande
réputation dans cet illuftre
Corps. Il a environ foixante
ans.
Dame Elifabeth de Hantecourt
,
GALANT 49
court , veuve de Mr Eftienne
le Tonnellier , Confeiller du
Roy & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes
, eft
morte âgée de 78. ans , dans de
grands fentimens de pieté , &
dans l'exercice des vertus qu'elle
a pratiquées durant le cours
d'une longue vie . Sa charité &
fon amour pour les Pauvres
font les vertus qui l'ont le plus
diftinguée . On luy connoiffoit
un fi grand zele pour leur foulagement
, & un fi grand fond
delumieres
fur tout ce qui pouvoit
contribuer à adoucir leurs
maux , qu'on l'a continuée
Mars 1710
.
.
E
50 MERCURE
prefque pendant toute fa vie
Dame de la Charité de fa Paroiffe
, parce qu'on eftoit perfuadé
que les interefts des Pauvres
ne pouvoient eftre en de
meilleures mains. L'inclination
qu'elle a marquée toute ſa vie
pour eux , l'avoit liée depuis
plufieurs années avec M° Trudaine
mere de M° Voifin & de
M' l'Intendante de Lyon , &
ces deux illuftres Amies picquées
d'une fainte émulation
s'excitoient continuellement
aux emplois de charité . Enfin le
foulagement des Pauvres & la
pratique des vertus propres aux
GALANT 51
Veuves chreftiennes , eftoit le
fondement de leur liaiſon . M
le Tonnellier eftoit proche parente
de M' de Hantecourt ,
Chancelier de l'Univerfité de
Paris & Curé de Saint Etienne
du Mont , l'un des plus dignes
fujets de la Congregation de
Sainte Geneviève. La famille de
Mrs de Hantecourt eft fort ancienne
dans le Parlement . M
le Tonnellier laiffe trois fils.
L'aîné eft Pierre Eftienne le-
Tonnellier , Seigneur de Char-
maux Confeiller au grand
Confeil , où il fut reçu en l'année
1691. Il eſt du Semestre
E ij
$2 MERCURE
d'Eté. Il a beaucoup de merite
& il a acquis une folide
réputation dans l'exercice de
fa Charge . Il fit autrefois le
voyage d'Italie avec Mr Trudaine
Intendant de Lyon , M
Trudaine & M° le Tonnellier
ayant voulu que leurs enfans
qui avoient toûjours efté fort
unis , ne fe féparaffent point
dans ce voyage. Ces deux Magiftrats
reçurent de grands
honneurs de plufieurs perfonnes
de diſtinction des princi- ·
pales Villes d'Italie . Le fecond
fils de Mele Tonnellier eft M
le Tonnellier Docteur de SorGALANT
53
bonne , Chanoine Regulier de
l'Ordre de Saint Auguftin &
Prieur de l'Abbaye de S. Victor
pour la troifiéme fois. C'eſt
un homme d'un grand merite ,
& qui eft eftimé dans fa Congregation;
le troifiéme eſt Dom
Paſcal le Tonnellier Chartreux
de Paris , Religieux connu
par fes talens , & fur tour.
par la connoiffance des Lan-
M's le Tonnelier font de
la même Maifon que M's de
Breteüil. Il y a eu un Controlleur
general des Finances de
leur maison. Ils font parens
de M's Charpentier dont je
gues.
E iij
54 MERCURE
vous ay fouvent parlé.
MN..... d'Agoult , Seigneur
de Chanoufle , cft mort
dans fes terres en Dauphiné.
Il eftoit iffu de François d'Agoult
, Seigneur de Montiay
& de Chanouffe , & de Françoife
de Virieu , d'une Maiſon
qui a donné des Ambaffadeurs
à la France . Cette Dame eftoir
fille de François de Virieu , Seigneur
de Puppetieres , & de
Gafparde Prunier Saint André,
famille dont eftoit feu M' de
Saint André Ambaffadeur à
Venife & premier Prefident au
Parlement de Grenoble. BarGALANT
55
thelemy
d'Agoult
, fecond fils
de François
d'Agoult
, & de
Jamonne
de Revilafe
, a formé
cette branche
de l'illustre
Maifon
d'Agoule
dans le penultiéme
fiecle. Il époufa Françoiſe
de Remufac
de qui vint François
d'Agoult
époux d'Anne
d'Autanne
pere d'Antoine
qui de Claire de Morges
a cu
le pere de feu Mr le Comte
de Chanouffe
. On prétend'
que le chef de l'illuftre
Maiſon
d'Agoult
fut un Agoult
du
Loup , provenu
des amours
du
Prince de Goulnaud
& de la
Princeffe
de Pomeranie
, &
E iiij
56 MERURE
qu'ayant efté expofé , il fut
nourri par une Louve , & qu'enfuite
Henry II . Empereur fit ce
Seigneur Maréchal de l'Empire
& luy infeoda la Terre de Sault,
qui eft entrée dans la Maiſon
de Crequy par Chreftienne
d'Aguerre , qui aprés avoir
perdu Antoine Duc de Crequy
fon mary , épousa François-
Louis d'Agoult , Comte de
Sault , Chevalier des Ordres du
Roy , dont elle eut cette Terre
•pour les droits , qu'elle laiſſa à
M' le Maréchal de Lefdiguieres
fon fils du premier lit. La
Maiſon de Simianes d'aujourGALANT
57
d'huy eft une branche de celle
d'Agoult , une des plus illuf
tres & des plus anciennes du
Royaume.
Le nombre des perfonnes.
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir
, par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables
, qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre.
En effet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux . Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vie tient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie .
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine . Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs
années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux
, & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen .
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changeray rien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent
naturellement la confervation
de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement
que Dieu leur fit
aprés les avoir créez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch . 1. )
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mains du Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par
la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialement fur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dien attacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas... in dolore paries
filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré
les douleurs & les incommoditez
qui accompagnent infeparablement
la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes
que les femelles des autres
animaux elles font fujetes à mille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule . La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
du minif- dufecours de l'Art
tere empruntédes Sages-femmes :
auffi-toft que les brutes ont produit
leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
font plus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations
qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Le fruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermé
pendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement
; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necef-
Jaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que
la
naluyfervir
d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes , apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire
pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieres dans trois membranes
, n'en a donné que deux
Mars 1710
. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes ;
mais pour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons
le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leurs fruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixe pour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent
neceffairement
de leurs petits
dans le moment qu'elle leur
limité , & qu'on ne les voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur a prefcrites
; ainfi on voit que la Colombe
employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner le jour à leurs .
GALANT 67
petits; la Fumentproduit fon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant
aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans ces productions
, une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne
; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent
le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante
incertitude , ne connoiffent
point le temps de leur délivrance
; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus long-
Fij
68 MERCURE
temps le moment perilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofe point la ridicule
objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftre groffes
de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit des femmes d'une vertu
auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprés fans accoucher ; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans aller feuilleter leurs livres
pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions
prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femme d'un Artifan de cetteVille ,
qui avoit eu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires
aufexe ; maisfur tout l'en-
Alure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter
qu'elle ne fût groffe , mais elle
en fut certainement affurée quelques
mois aprés , puifqu'elle fentit
remuerfon enfant : elle atten .
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
mais fon heure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprés faz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent
fans qu'elle pût élargir fon :
prifonnier ; elle en fut extremement
inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté au feptiéme.
Au milieu des triftes réflexions
qu'elle faifoitfur le déplorable
eftat dans lequel elle fe trouvoit
, elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement
de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable par ſa vertu que par fa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme
avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tres fâcheufe :
elle nous dit que depuis deux jours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêché
que les accidens defa maladie
n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73

Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur
moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autres parties
defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long
buit que ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur
, le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
& le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore
ouvrir quelques autres par-
Mars 1710 .
G
74
MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans le coeur
de la mere un polype long comme
la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autre dans le ventricule droit
du coeur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes
point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voila fans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns
élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine
à le croire ; d'autres moins inftruits
des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroient fe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer
la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici comme je raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein de fa mere , il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfon fang , une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M……… dans le placenta
, y eft reçuepar les orifices
des petites branches de la veine umbilicale
qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du foetus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendan-
Gij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
coeur , d'où elle paße par
le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles ; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane
que l'on appelle Amnios
qui eft fon envelope immediate
: c'eft c'est alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du foetus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques
, la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du coeur , & circuler
tout de nouveau pour devenir
alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
au placenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité
confiderable
, croyent que c'eſt
là le mechanifme de la nature pour
la nourriture & l'accroiffement du
foetus ; en effet de quel ufage feroient
les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées à celuy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui ne foit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
males foient faites pour celle - cy
puifqu'elles nefont point propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve
dans les mamelles des petits enGALANT
79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable
à celle de l'amnios ; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur
la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même
; or fi cela est ainfi il faut neceffairement
que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il
n'y en a point d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
& degoutter enfuite dans l'Amnios.

Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer
avec plus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant
eft refte fi longtemps
dans le fein de fa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation
fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux
dans les mineraux.
Dans ceux- cy une portion de la
terre fe trouvant fixée par quelques
acides , une matiere à peu prés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmente fon volume ; de là
font formez felon les differens degrez
de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux , les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité
onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation
defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees
par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité
jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre
de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches
, les feuilles & les racines .
82 MERCURE
& les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formé des alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'à ce qu'elles ayent trouvé
des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps & augmentent fon diametre
. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores du corps ont auffi des configurations
diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve où fe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées
, doivent croître dans le même
temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le foetus ne fe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles
de fa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent
que la mere prepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder
, fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefuc que fa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on
luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie
, qu'elle vit d'alimens fucculens
, qu'ellejouit d'unefantéproportionnée
à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté , on
voit ordinairement naître fon
fant dans le terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neuf mois ; comme la
digeftion eft parfaite , que le chyle
eft abondante loüable , il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante,
tousfes membresfont abreu-
༧༩ ར de ce fuc , la fermentation y
eft grande , par confequentfes parties
reçoivent une grande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avec promptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere , telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein .
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de fon cachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs
accable , qui eft jointe à un
mary foible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avec peine le peu d'alimens
qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe du fang , y excite une fermentation
dereglée , eft quelquefois
même trop groffier pourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
le fruit qui eft attaché à cet arbre
ne meurit point ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furpris fi les membres de cette petite
creature infortunée dés les premiers
inftans de fa vie , ne croif- .
fent point & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité
, pourquoy admirer le retardement
qui en provient ? pourquoy
douter qu'un tel foetus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois & même plus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté
honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation
defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pour fe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour (a femme,
in fudore vultus tui vefceris
pane , (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance
aux fourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deux fexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-
il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis
quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer
àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapa-
Mars
1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & de faire
fermenterfes liqueurs ? ne voit-on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , ne pouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le coeur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
treses-
épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre que foibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer
fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfa fortie ?
Voilà ce me femble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neuf mois , & qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité & l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner
fur l'eftat où elles fontalors
, ce qu'ellesfentent les perfuade
bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. de l'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit
que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de
partu ,
dit
qu'une
qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT
93
decifionum , dit
que la femme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à la fin du douzième mois
& d'une fille à la fin du feiziéme ;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que la femme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit
que la femme d'un
3
Duc des Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfant qui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans & qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
comme de Skenkius ,
Auteurs
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres
celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon , l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible,
& par confequent c'estfans
fondement que plufieurs ont revoqué
en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy.
L'Article fuivant ne vous
paroiftra pas moins curieux
que celuy que vous venez de
lire.
Le merite de Mr Rigaud
Peintre du Roy eſt trop connu
en France , pour ne pas
s'intereffer à fa gloire. Sa patrie
vient de faire pour luy ce
que firent les Ephefiens pour
96 MERCURE
le fameux Apelles . Ceux - cy
charmez du merite de ce Prince
des Peintres , luy donnerent
droit de Bourgeoifie dans leur
Ville , dont Strabon & Lucien ,
difent qu'il eftoit natif ; &
M's de Perpignan , ont admis
Mr Rigaud leur compatriote
dans le nombre de leurs Bourgeois
Nobles. Apelles faifoit
honneur à ſa patric par fes
Ouvrages ; mais ce qui éleva le
plus fa gloire , fut le choix que
le Grand Alexandre fu de luy ,
préferablement à tout autre
pour faire fon Portrait ? ch
quel honneur Mr Rigaud n'at
-il
GALANT 97
t-il pas fait jufqu'à prefent à
fa patrie par tout ce qui eft
forti de fon Pinceau ? mais
fur tout par ce grand & excellent
Portrait qu'il a fait du plus
Grand des Rois , & que l'on
voit tous les jours avec autant
d'admiration que de plaifir
dans les Appartements
de
Verfailles ;fans parler de celuy
qu'il fit du Roy d'Espagne
avant que ce Prince fortit de
France , pour aller prendre
poffeffion de fes Etats , &
auquel tout le monde convint
qu'il ne manquoit que la parole.
Mars 1710.
I
98 MERCURE
Le droit qu'à la Ville de
Perpignan
de créer des Bourgeois
Nobles , eft un des plus
beaux
qu'une Ville puiſſe
avoir . Nous n'en avons aucun
exemple en France , & je ne
fçay que la Ville de Barcelonne
à qui ce Privilege foit commun.
Tous les ans le 16. Juin , les
cinq Confuls s'affemblent à
Perpignan , avec ceux des
Bourgeois Nobles qui font
alors dans la Ville , qui ong
efté premiers ou feconds Confuls
, & ce Confeil qui doit,
eftre au moins de quatorze
THEQUE
LYON
1893-
BE
LA
GAD
THE
QUE
GALANT
perfonnes , a le pouvoir c
jour -là feulement d'annobit
99
quelques perfonnes en les
admettant dans le Corps des
Bourgeois Nobles de la Ville.
Cc Privilege eft tres - ancien .
On le trouve établi avant le
regne de Jacques I I. Roy
d'Arragon qui monta fur le
Trône en 1291. Ils en jouiffoient
fous Pierre IV . dans
le 14. fiecle , fous Alfonfe V.
dont il y a deux Actes fort
avantageux pour les Bourgeois
de Perpignan , l'un du
17. Janvier 1436. & l'autre
du 20. Mars 1448. le Roy
I ij
100 MERCURE

d'Arragon , & de Caſtille
Ferdinand V. confirma ce
privilege le 31. Aouſt 1510 .
& le Roy Phippe II . en 1585.
& le 13. Juillet 1599. Dans
ce dernier Acte de confirmation
ce Prince dit que les
Bourgeois de Perpignan qui
feront immatriculez fur les
Regiſtres de la Ville , & leurs
defcendans en ligne maſculine ,
à perpetuité , joüiront de tous
les Privileges , libertez , franchifes
, immunitez , faveurs &
Prerogatives des Nobles, comme
s'ils avoient efté armez
Chevaliers par le Roy luy - mê.
GALANT TOI
me : qu'ils pourront porter le
titre de Cavallers , fans qu'ils
foient obligez pour cet effet à
fervir dans les Armées . Auffi
font- ils de la Jurifdiction du
Viguier de Rouffillon de même
que les Gentilshommes : ils
peuvent timbrer l'écuffon de
leurs Armoiries , ils portent
toûjours l'épée de quelque profeffion
qu'ils foient : ils eftoient.
reçus de même que les Gentilshommes
aux Jouxtes & Tournois
du temps que l'on en faifoit
enfin ils font admis dans
les Ordres de Chevalerie , & en
particulier dans celuy de Mal-
I iij 1
102 MERCURE
1
te , & leurs preuves y font requës
. C'eſt dequoy il y a plu--
fieurs exemples : Un des plus
celebres eft du feiziéme fiecle ,
en la perfonne de François Caftelle
Bourgeois de Perpignan ,
qui fut Commandeur d'Efplugé
de Francoli ; & Prieur de
Catalogne. Cependant quelque
ancienneté que l'on ait de
Bourgeoife , fût - elle de deux
ou trois cens années , on reſte
toûjours dans le Corps des
Bourgeois Nobles fans entrer
dans celui des Gentilshommes ,
à moins que le Roy ne donne
des Lettres particulieres .
GALANT 103.
V
Ces Privileges ont eſté confirmez
non - feulement par le
Roy Loy Louis XIII . lorsqu'il
fit la conquefte de Perpignan ,
mais encore par le Roy Louis
Grand, ainfi qu'il paroift par
plufieurs Arreſts du Confeil ,
qui ont exempté Mrs de Perpignan
de toute recherche de
Nobleffe :Sa Majefté leur ayant
même donné le titre de Bourgeois
Nobles , au lieu qu'on ne
les appelloit auparavant que
Bourgeois , ou Honorables Bourgeois
, Burges Honrats .
Pour eftre admis dans ce
Corps , il faut avoir au moins
I iiij
104 MERCURE
les deux tiers des voix ; c'eſt- àdire
dix , fi il n'y a que
quatorze
Votans. Mr Rigaud les a euës
toutes & avec de grands applaudiffemens.
Deux autres
l'un Avocat , l'autre
Capitaine
d'Infanterie , ont efté reçus
aprés luy.
Autrefois il n'y avoit à Perpignan
que trois Confuls , &
pour lors un Bourgeois eftoit
toûjours le premier. En 1601 .
les
Gentilshommes furent admis
dans le
Confulat , ce qui
produifit un quatriéme Conful
; & pour lors il fut reglé
que les places de premier & feGALANT
105.
cond Conful rouleroient entre
ces deux Corps ; en forte qu'-
une année un Gentilhomme
feroit premier Conful & un
Bourgeois feroit le fecond , &
que l'année fuivante un Bourgeois
feroit le premier & un
Gentilhomme le fecond : On
change de Confuls tous les ans :
mais ce qu'il y a de particulier
eft que dans l'année où un Gentilhomme
eft àla tefte du Con203
fulat , le Corps des Bourgeois
Nobles a la droite dans les ALA
femblées de Ville fur le Corps
des Gentilshommes , & lorfqu'un
Bourgeois Noble occu- ?
106 MERCURE
pe cette premiere place , le
Corps des Gentilshommes
prend la droite. Les trois &
quatre Confuls font toûjours
du Corps de ce que l'on nomme
à Perpignan les Mercaders
& en 1622. on créa un cinquiéme
Conful pour le Corps
des Artiftes.
Enfin ce qu'il y a de remarquable
dans le privilege qu'à
la Ville de Perpignan de créer
des Nobles , eft que le Confulat
n'y annoblit point , comme
il fait à Touloufe & à Lyon ;
ainfi les trois , quatre & cinq
Confuls qui ont voix à cetGALANT
107
**
te création , & qui ne ſont jamais
du Corps des Nobles
donnent aux autres par leurs
fuffrages ce qu'ils n'ont pas
eux- mêmes.
Je paffe à un Article qui
doit vous paroître fort curieux.
Je vous ay déja parlé plufieurs
fois d'une difpute qu'il
y avoit entre M'Colin Paſteur
de Noftre- Dame dans la Ville
de Namur , & le P. Hevrart
Recollet de la même Ville , fur
l'obligation d'affifter à la Meffe
de Paroifle. Cette difpute
paroiffoit terminée ou pref
108 MERCURE
re que affoupie , mais elle s'eft réveillée
depuis peu par des Thefes
foûtenues fous le Pere Hevrat
Lecteur en Theologie de
fon Ordre ; il a foûtenu avec
beaucoup de vivacité , que les
Ordres Mendians font établis
pour fuppléer au défaut à lá
Predication & à la conduite
des ames ; & qu'ils font com .
me les Aides & les Provicaires
des Curez. Qu'ainfi ils peuvent
en remplir toutes les fonctions
& que les fidelles qui s'adreffent
à eux foit pour la Confeffion
, foit pour entendre la
Meffe , rempliffent fur cela leur
GALANT 109
obligation. M Colin obligé
de paroiftre fur les rangs encore
une fois , vient de publier
un écrit pour foûtenir les droits
des Curez. Il avouë d'abord
que les Religieux Mendians
font tres utiles à l'Eglife , lors
qu'ils demeurent dans les bornes
de leur Inftitution . Nous
fommes , fait-il dire à S. Bonaventure
comme ces pauvres qui
ramaßent les épics & les raiſins
les moiffonneurs laiffent échaper
; c'est à dire les ames pour qui
les Paſteurs , àqui il appartient de
les conduire ne fuffifent pas. Les
Ordres Mendians,luy fait- il dire
que
1TO
3
:0 MERCUR
encore ,font établispourfuppléer
au défaut du Clergé dans la Prédication
& dans la conduite des
ames , fans diminuer en rien les
droits du Clergé. Enfin M' Colin
appuye beaucoup un paſſage
du Concile de Trente que
l'Evêque avertiffefoigneufement
le Peuple que chacun eft obligé
d'aller entendre la parole de Dien
dans fa Paroiffe , lorsque cela fe
peut faire commodement . La plus
grande partie de l'ouvrage de
M' Colin roule fur le fens
naturel de ce paffage . Cette
difpute qui fe fait dans tous les
termes de l'honnefteté donne
GALANT In
lieu à de fçavans écrits & à de
curieufes recherches.
Le Chapitre de Liege a conferé
la dignité de Prevoft de S.
Paul à M' le Comte de Berlo
, Evêque de Namur. Elle
vacquoit par la promotion de
M ' le Baron de Selis à la dignité
de grand Doyen de Liege . Ce
Comte eft d'une tres - grande
Maifon originaire des Paysbas
, où elle eſtoit déja connuë
dans le temps que cette Prinsipauté
avoit fes Souverains
particuliers. Ce Prelat eftoit
proche parent de Mr le Prince
de Wirtemberg Colonel d'un
112 MERCURE
Regiment Suedois , & couſin
du Roy de Suede ; & qui vient
de mourir à Dubno d'une fiévre
chaude , âgé feulement de
vingt ans . La Maiſon de Berlo
eft auffi alliée à celles de Rupelmonde
, de Spinola , de Horne,
de Waffanaert , & de Brandebourg
Bergopzom . Elle a donné
à l'Empire plufieurs Generaux
d'Armée , de grands & fameux
Capitaines , & d'habiles
Miniftres aux Empereurs d'Allemagne
. Elle a auffi donné à
l'Eglife d'excellens fujets , des
Evêques & d'habiles & zelez
défenfeurs
de la veritable ReliGALANT
113
gion . Ce fut par les vives follicitations
de l'un d'eux que les
Peres Crombach & Papebroch
Jefuites , entreprirent la belle
Differtation
fur le tranfport
qu'ils prétendent avoir efté fait
des corps de S. Gervais & de
S. Prothais, de Milan à Brifack .
C'eſt à Mr de Berlo , qui vient
d'eftre élu grand Doyen de
Liege , qu'on eft redevable de
plufieurs ouvrages qui n'auroient
jamais vûle jour s'il n'avoit
encouragé les Auteurs par
fes bienfaits. Il a engagé depuis
peu Mr Nilant fçavant
Hollandois , a publier
Mars 1710 . K
114 MERCURE
fon Recueil de Fables en Profe,
qui a eu un fort grand fuccés ,
& il y a beaucoup d'autres ouvrages
d'une grande utilité
pour les Sçavans , defquels
nous aurons l'unique obligation
à ce Prelat zelé pour la
perfection des Sciences , lorfqu'ils
paroîtront. Mr de Berlo
fut nommé à l'Evêché de Namur
par le feu Roy d'Eſpagne
Charles II. qui avoit marqué
pour luy en differentes occafions
une tres- grande confideration
, la conduite de ce Prelat
pendant fon fejour à la
Cour d'Efpagne & avant qu'il
GALANY 115
fut élevé à l'Epiſcopat luy
ayant toûjours attiré beaucoup
d'eftime . Il eft grand Theologien
, & fur tout verfé dans la
connoiffance des Langues .
Vous fçauez , que fuivant
un ufage tres ancien , on expofe
tous les ans à Paris le S.
Sacrement pendant les trois
derniers jours du Carnaval ,
afin que pendant que les débau
ches de la faifon y regnent ,
faffe de continuelles Prieres
pour arrefter la colere de
Dieu ; c'est ce qui vient apparament
de donner lieu à Me.
Pérrichon , un des plus confi-
Kij
116 MERURE
>
derables Citoyens de Lyon ;
d'y faire une Fondation dans
l'Hôpital de la Charité , qui
fera beaucoup d'honneur à
fa Memoire . Il luy a donné un
fond pour faire chanter tous
les ans pendant les trois jours
du Carnaval une grande
Meffe avec Diacre , & Sous-
Diacre , & qui doit cftre precédéc
par une Priere en forme
de Sermon le matin . Il doit
y avoit l'aprés - dînée les Vefpres
en Mufique ; il y aura
auffi Salut , & le Sermon qui
fera toujours fait par les plus
habiles Predicateurs . Les trois
GALANT 17
$
Prédicateurs qui ont ouvert
cette année la Fondation
font le Pere Epiphane de Lyon,
Provincial des Recolets , qui
fir l'Eloge en Chaire de Mr
Perrichon , qui fut fort
applaudi ; Mr Brunet , Chanoine
Regulier de Saint Au
guftin de la Congregation de
Saint Ruf , qui prêche le Ca
refme à Sainte Croix , & le
Pere Lombard Jefuite.
Je vous manday le mois paffe
la mort de Mr Fléchier Evêque
de Nifmes ,
feulement pour
vous l'annoncer & vous mar
quer que je vous en parlerois
>
118 MERCURE
plus amplement. Je tiens ma
parole ; mais je ne vous en
apprendray rien qui ne fort
beaucoup au - deffous de ce
qu'on pourroit dire d'un Prelat
fi generalement eftimé.
Vous fçavez que l'efprit de
Mr Fléchier a brillé de fi bonne
heure par des ouvrages de
toutes les fortes de caracteres
qui font diftinguer l'esprit des
hommes , que Mrs de l'Academie
Françoife curent à peine
connu l'étendue de fon vafte
genic , & remarqué la pureté
de la Langue qui fe trouvoit
dans tous les ouvragés ?, qu'il
GALANT 119
fut choisi pour eftre un des.
Membres de ce fçavant Corps;
il n'eftoit pas encore élevé à
l'Epifcopat . Quand il s'eſt agi
de parler en Orateur , jamais
perfonne n'a porté plus loin
que luy l'Art Oratoire , & lors
qu'il s'eft agi de Vers , ceux
qu'il a faits ont toûjours paru
juftes & de fi bon gouft qu'
ils ont efté generalement eftimez.
Auffia- t- il toûjours paffé
pour un homme univerfel. On
a toûjours remarqué dans fa
Profe , un parfait caractere d'éloquence
, & formé fur les
meilleurs modeles des anciens
120 MERCURE
Romains quand il a parlé leur
Langue , & la même choſe a
paru lorfqu'il a parlé la noſtre.
Il a fait des Odes , & des Poëmes
qui ont fait beaucoup
d'honneur à la France , & en
cela , il a imité les grands Prelats
des premiers ficcles de l'Eglife
, qui fregardoient cette
maniere d'écrire en Vers ,
des fujets utiles ou chretiens ,
& entr'autres Saint Paulin
Saint Profper , & Saint Gregoire
de Nazianze , non comme
un vain amuſement ; mais
comme une fainte & loüable
occupation , & ces grands Evêfur
ques
GALANT 12T
laiffoient
ques des premiers temps ne
pas d'eftre fort bons
Orateurs , quoy qu'ils fuffent
fort bons Poëtes ; plufieurs de
ces Prelats , ont comme Mr l'Evêque
de Nifmes , compofé des
Hiftoires , des Oraiſons funebres
& des Sermons qu'ils ont
laiffez à la pofterité. Il a fait l'hiftoire
du Cardinal Commendon
, qui eft écrite avec une
grande pureté de langage; celle
de l'Empereur Theodofe qu'il
a faite par ordre du Roy pour
l'inftruction de Monfeigneur
le Dauphin , & la Vie du Cardinal
Ximenés que les Efpa-
Mars 1710. Ꮮ
122 MERCURE
gnols ont Traduite en leur
Langue. Tous ces Ouvrages
font des temoignages authen
tiques & éternels de fa grande
habileté dans l'Art de bien
écrire & de bien parler ; mais
fes Oraifons funebres l'ont
immortalifé en immortalifant
ceux pour qui elles ont efté
faites. La Morale de Jefus-
Chriſt , y regne par tout ; ainfi
au lieu que la plupart des
Oraifons funebres n'ont fou .
vent cfté
que des Eloges de
ceux pour qui elles ont efté
compofées, les fiennes ont toujours
confondu la vanité du
GALANT 123
fiecle & fait triompher en même
temps l'humilité chreſtienne
, & elles ont toûjours eſté
des Chef d'oeuvres d'une Eloquence
qui a toujours tout rapporté
à Dieu , & qui n'a rien
eu de profane. Comme on n'a
pû les entendre fans tranſport ,
on ne peut les lire fans en eftre
touché. Ainfi elles n'édifient
pas moins qu'elles furprennent
, & ceux qui aiment les
vertus chreftiennes , font charmez
de les voir triompher dans
des Difcours où l'on n'a fouvent
vû regner que les vertus
civiles & morales , politiques
ou guerrieres.
124 MERCURE
Quant à fes Sermons , foit
qu'il y ait fait des Eloges des
Saints , foit qu'il y ait inſtruit
familierement les peuples , ou
qu'il y ait parlé d'une maniere
plus relevée aux Teftes couronnées
, on en a toujours efté
également charmé. On les a
toûjours admirez quand même
on les a vûs dépoüillez de
l'action qui les animoit fi noblement.
Comme il eftoit extrêmement
verfé dans l'Ecriture
, & inftruit à fond dans la
connoiffance des Peres , on n'y
trouvoit point de ces idées
communes & vagues qui n'ont
GALANT 125.
rien que de general , qui ne
tombent fur perfonne en particulier
, & que perfonne ne
s'applique , ny de ces détails
dangereux qui fervent plutoft
à apprendre les intrigues du peché
qu'à convertir le pecheur.
Mais on y voit des Dogmes qui
n'inftruifent que pour éclairer
& pour confondre ; une Morale
qui ne plaift que pour toucher
, & par tout dequoy raffafier
les ames d'une agreable &
folide nourriture . On y voit une
Morale qui n'eft ny lâche ny
fevere ; des portraits des moeurs
de ce fiecle peints au naturel, &
Liij
126 MERCURE
formez fur la parfaite connoif.
fance qu'il avoit du coeur humain
, & fur l'ufage du grand
monde.
Tous fes travaux extraordinaires
, & tout le temps qu'il a
donné à l'étude du Cabinet ,
ne luy ont jamais empêché un
moment de fe confacrer au
bien de fon Diocefe . Il écoutoit
tout le monde avec bonté
; il foûtenoit les interefts des
Pauvres avec žele , & fon exactitude
eftoit grande à remplir
toutes les fonctions de la Prelature.
Les dernieres qu'il a
faites ont efté non-feulement
GALANT 127
le charme de tout fon Diocefe ;
mais auffi de toute l'Europe .
Ce font les deux Lettres Pattorales
qu'il a faites pendant le
fort de la calamité publique.
Elles furent trouvées li rem
plies d'onction , & fi confolantes
que les plus malheureux
aprés les avoir vûës, fouffroient
avec patience , & ſe faifoient
un plaifir de leur malheur. Jamais
ouvrage n'a plus touché
les coeurs , & quoy quoy que l'Evê .
que parlaft , il fembloit que
F'on n'entendoit parler que l'Ecriture
. Ces Lettres ont elté
imprimées dans toutes les Pro-
Liiij
128 MERCURE
vinces du Royaume , & il et
peu de Peres de familles qui ne
les confervent .
La mort a auffi enlevé M de
Longueval , foeur de MⓇ de la
Ferté Senecterre. Elle fut nommée
Prieure de Noftre Dame
de Bon- fecours , Ordre de S.
Benoit au mois de Janvier
1705. par Monfieur l'Archevêque
de Paris. Sa douceur &
fon exactitude à obferver toutes
les Regles de fon Ordre la
font extrêmement regretter
de ſes Religieufes , & elles font
penetrées de la douleur
mort leur a caufée .
que fa
GALANT 129
e
Dame N..... Alleman de
Montmartin , veuve de Mre
N.... de Cinfrans de Vauferre
, eft morte dans les Terres.
Elle eftoit foeur de Mr l'Evêque
de Grenoble , & fille de
Gafpard 4 du nom , Seigneur
de Montmartin, Gafpard Alleman
-Montmartin fon grand
pere époufa Jeanne de Loras ,
fille d'Abel de Loras , Chevalier
de l'Ordre du Roy , & de
Marguerite du Pré . Il eftoit
frere de Madeleine Alleman
mariée à Claude du Fenoil ,
d'une Maiſon tres ancienne du
"
Lyonnois. Mr de Champier ,
130 MERCUR
E
( Claude Alleman ) oncle de la
Dame qui vient de mourir , a
laiffé des enfans , fçavoir , Mr
le Marquis de Champier , Mr
l'Abbé de Champier Chanoine
& grand Vicaire de Grenoble
& feuë MⓇ la Marquife de
Belmont. Gafpard Alleman ,
fecond fils de Falque Alleman
Seigneur de la Roche Chenard
& de Françoiſe de Saint Pricft
forma la branche de Montmartin
en 1556. Antoine Alleman
fut Evêque de Cahors
dans le quinziéme fiecle ; Antoine
fon frere en fut Archidiacre
, & Charles Chanoine
GALANT IZE
de Gap & non Evêque , comme
l'ont cru quelques Auteurs ..
Boniface Alleman fut Comte
de Lyon dans le quinzième fieclc
. Laurent Alleman fur Evê
que de Grenoble fur la fin du
même fiecle. Il eut une foeur
mariée dans la Maifon du Terrail
; d'où vint Pierre troifiéme:
du nom , Seigneur du Terrail ,
dit le Chevalier Bayard , & fils
d'Aymon du Terrail . La Maifon
des Alleman a formé jufqu'à
vingt branches differentes
, & c'eft une de ces branches
qui a donné un celebre
Evêque à l'Eglife de Cahors ..
132 MERCURE
Guichenon la fait defcendre
d'un Raoul Alleman , Prince
de Foucigny , qui vivoit en
1125. d'autres la font defcendre
d'un Allemandus de Vrifiaco
. M de Vauferre laiffe des
enfans . Il y en a un Chanoine
de S. Mauris de Vienne , & un
beau-frere qui en eſt Chantre.
Ils ont fuccedé l'un & l'autre
à Mr l'Evêque de Grenoble.
La Maiſon de feu M' de Vauferre
, beau-frere de M ' l'Evêque
de Grenoble , eft tres - ancienne.
Sufanne de Beaumont
de la Maifon du fameux Baron
des Adrets, eftant veuve du BaGALANT
133
ron de Tarnavas de Piémont ,
époufa Cefar de Vauferre
dont les enfans prirent la qualité
de Barons des Adrets ; & le
diftinguerent longtemps dans
la Profeffion des Armes.
Mc la Comteffe de Vauferre
qui vient de mourir avoit eſté
une des plus belles perfonnes
de fon temps ; elle eftoit foeur
de M' le Comte de Montmartin
Lieutenant de Roy de Dauphiné
au département de Vienne
; qui a épousé une fille de
Mr le Marquis de Puyfieux , &
qui avoit épousé en premieres
nôces Mlle de Seve , niece de
134 MERCURE
M ' l'Evêque d'Arras , & fille
de feu Mr de Seve premier
Prefident du Parlement de
Mets , & Intendant de la Generalité
des trois Evêchez
Mets , Toul & Verdun .
La Soeur Marie Therefe du
Saint Efprit la plus ancienne
Religieufe du Convent des
Carmelites de Lyon , y cft
morte âgée de 68. ans , & de
53. ans de Religion . Elle a
efté pendant fix ans Sou Prieure
de cette Maiſon & longtemps
Maitreffe des Novices ;
elle avoit le don d'Oraiſon
d'une maniere tout à fait finMERCURE
135
guliere ; & elle eftoit dans une
grande réputation dans tout
fon Ordre . Elle s'eftoit fait
une fi grande habitude de la
pratique de l'humilité qu'elle
eftoit devenue comme infenfible
à tout ce qui fatte les fens ;
c'eft à dire qu'elle n'écoutoit
plus la nature : on a remarqué
qu'elle a demeuré 33 .
fans fe chauffer , & elle jeûnoit
quelques jours de chaque
femaine , au pain & à l'cau.
Elle avoit perdu la vûë depuis
plufieurs années , & elle foutenoit
une pareille affliction avec
une vertu & une patience qui
ans
136 MERCURE
édifioient depuis long - temps
fa Communauté
. Elle renouvella
quelque temps avant que
de mourir ,fa Profeffion , c'eftà-
dire, au bout des so ans ; dés
qu'elle eut fait cette Ceremonie
, elle dit à toute la Communauté
qu'elle ne tenoit plus à la
terre , qu'elle s'y regardoit comme
n'y eftantplus, & elle ne penfoit
plus qu'à l'Eternité ou tendoient
tous fes defirs . Il fembloit
que Dieu luy avoit donné
quelque lumiere fur le temps de
fa mott, car plus il approchoit
plus fa ferveur redoubloit
& elle ne ceffoit point de dire
GALANT 137
qu'elle touchoit à ſon terme &
que fa carriere alloit finir . Cette
Sainte Religieufe , eftoit de
Lyon , & fille de feu M' de
Chapuis , ancien Echevin de la
même Ville. Ce nom- là eft
fort confiderable à Lyon , où
il y a plufieurs Maiſons qui le
portent .
La mort dont je vais vous
parler , a cauſé un fi grand
mouvement qu'elle me donne
lieu de vous entretenir d'un
grand nombre de familles de
la plus haute diftinction , &
vous ferez furpriſe d'apprendre
que les Comtes de Saint Jean
Mars 1710. M
138 MERCURE
de Lyon , ont vû leur Chapttre
compofé de foixante &
quatorze fils de Rois.
Mre N....de Chaſteauneuf,
Chanoine de l'Eglife & Comte
de Lyon , & Chamarrier de la
même Eglife , cft mort âgé
d'environ 65. ans . Il eftoit oncle
de Mr l'Evêque de Noyon ,
& frere de Mr le Marquis de
Rochebonne , Commandant
dans le Lyonnois , Foréz &
Baujollois , & ci- devant Meſtre
de Camp dans le Regiment de
la Reine. Ce Comte eftoit oncle
de feu Mr le Marquis de
Rochebonne , Commandant.
GALANT 139
).
le Regiment de Villeroy , &
qui fut tué à la Bataille de Malplaquet
l'année derniere , & de
Mr l'Abbé de Rochebonne ,
Comte de Lyon , ci - devant
Chantre de la même Eglife , &
à prefent Chamarrier à la place
de fon oncle. La dignité de
Chantre qui eft la quatrième de
l'Eglife ( celle de Chamarrier
n'eftant que la cinquième , mais
d'un plus grand revenu ) a efté
donnée à Mrle Comte de Sarron
, & la place que ce mouvement
a fait vacquer a eſté don
née à Mr l'Abbé de Lugny
de l'illuftre Maifon de Levy , &
Mij
140 MERCURE
petit -neveu de Mr l'Archevêque
de Lyon ; Mc la Marquife
de Lugny , mere du nouveau
Comte , cftant foeur de Mr le
Comte de Saint- Georges Précenteur
de cette Eglife , & niece
de Mr l'Archevêque . La
Maifon de Chaſteauneuf eſt
tres ancienne & tres - illuftrée ;
en voicy quelques preuves.
Agnés de Chateauneuf , fille
de Bernard de Chafteauneuf
,
& d'une fille de la Maifon de
Clermont , époufa fur la fin du
quatorziéme fiecle Guigues Alleman
, Seigneur d'Uriage ; on
difoit autrefois que la Maiſon
GALANT 141
des Alleman venoit des Souverains
de Foucigny. Pierre de
Chafteauneuf, ayeul de celuy
qui donne lieu à cet Article ,
eftoit Chevalier de l'Ordre du
Roy , Capitaine de cinquante
hommes d'Armes , Sénéchal
du Puy & Bailly de Velay. Il
époufa Huguette d'Oin de la
Maifon de Feugeres , heritiere
univerfelle de Claude de Feugeres
fon pere , & de Jacqueline
de Montdor , fille de Zacha-
> rie Seigneur de Chamboſt , &
de Louiſe de la Liegue. Mr de
Chafteauneufn'eut point d'enfans
de cette Dame , mais il en
142 MERCURE
fut heritier , c'eft pourquoy le
pere de celuy qui vient de mourir
portoit la qualité de Marquis
d'Oin , & un de fes freres
Comte de Lyon & Chantre de
la même Eglife , Comte de
Chamboft ; celuy - cy fut un
de ceux de fon temps qui
curent le plus de part en la
confiance de Mr de Villeroy
Archevefque de Lyon. Mr
de Chasteauneuf fon pere fut
pendant toute fa vie , fore
attaché à Mr d'Alincourt pere
de ce Prelat . Ifabeau de Talaru
petite- niece du Cardinal de
ce nom , Archevêque de Lyon ,
GALANT 143
époufa dans le quinziéme fieele
Antoine de Chafteauneuf,
Seigneur de Ligniec en Foréz.
Elle eftoit foeur de Guillaume
de Talaru , Chanoine & Chantre
& enfuite Archidiacre de
Lyon , & fille d'Antoine de
Talaru & d'Alix d'Albon
de la Maifon du Maréchal
de Saint André , & elle eftoit
niece d'Amé de Talaru Chanoine
& enfuite Archevêque
aprés fon oncle le Cardinal.
Dans le quinziéme fiecle les.
Maifons de Talaru , & de
Chateauneuf, renouvellerent
leurs alliances par le Mariage
THE LAD
144 MERCURE
ге
de M Antoine de Chateauneuf
Chevalier Seigneur de
Rochebonne avec
Ifabelle
de Talaru
fille
de Jean
de
Talaru
qui forma
la branche
de Chalmazel
, & de Catherine
de la Tour
d'Auvergne
, fille d'Annet
de la Tour
Seigneur
d'Oliergues
& de Beatrix
de Chalençon
, c'est
par
là que M
de Rochebonne
font
alliez
à M
de Bouillon
& de
Polignac
; en 1521.
Claude
de Chateauneuf
Seigneur
de
Rochebonne
, époufa
Cathe
rine
de Talaru
fille
de Gaſpard
Seigneur
de Chalmazel
& de
Marguerite
rs
GALANT 145
Marguerite Raulin veuve de
Philibert de Grolée Baron de
Senefcey. Cette Dame eftoit
niéce du Cardinal Raulin , &
fa mere eftoit de la Maiſon de
Levi-coufan. Enfin un peu
aprés le milieu du penultiéme
fiecle Dame Anne le Long ,
fille de Pierre Seigneur de
Chenillac , & d'Anne Barton
des Vicomtes de Montbas
& veuve de François de Talaru
Seigneur de Chalmazel , qui
fut tué au Siége de la Rochelle
en 1573. épousa en ſecondes
nôces Pierre de Chafteauneuf
Mars 1710. N
146 MERCURE
re
Chevalier Seigneur de Rochebonne
Capitaine de 50. hom
mes d'armes , alors veuf d'Huguette
d'Oin dont j'ay parlé
& elle en cut le Marquis d'Oin ,
pere de celuy qui vient de
mourir & pere de M Jean de
Rochebonne Chevalier de
Saint Lazare en 1668. A toutes
ces illuftres alliances Mude
$ Chafteauneuf , joignoit celles
de Cruffol , d'Uzés , & de
Grignan , Malla Marquife de
Rochebonne d'aujourd'huy
mere de M'Evêque de
Noyon , eftant foeur de M
de Comte de Grignan ChevaGALANT
147
lier des Ordres du Roy , &
-fond Lieutenant General en
Provence, 210 , amma DePa
bhu M'de Comte de Sarron
3 qui a eu la dignité de Chantre
vacante par le mouvement qu'a
caufé la mort de M de Chaf
⚫teauneufe , eft d'une naiffance
rres A qualifiée comme vous
allez voir. André de Sarron,
Seigneur des Forges , époufa
5 dans l'année 1535. Charlotte
d'Amanzé fille den François
d'Amanzé , & de Catherine
de Semur , d'une illuftre Maifon
de Bourgogne . Philippine
der Sarron , fille d'Antoine
Nij
148 MERCURE
or d'Efpinay
2 & Ide
Catherine
de Sivricu
époufa
Euftache
Arod
, un des ayeux
de M.l'Abbé
de Saint
Rob
main
Ambaſſadeur
à Munſter
lots du Traité
de Paix . Jean
de
Sarron
Chevalier
Seigneur
des
Forges
en Beaujollois
, Lieute
nant
de la Compagnie
d'Or
donnance
de M le Marquis
d'Halincourt
grand
pere
de
Mle
Maréchal
de Villeroy
,
époufa
labeau
de Rebé
fille
d'Eftienne
de Rebésin
& Ade
Françoile
de Chabeu
; &
veuve
de M le Baron
de Vaux
.
Cette
Dame
elloit
niéce
de
GALANT 149
fou Mr de Rebé Commandeur
des Ordres du Roy , & Archos
vêque de Narbonne . Charlotte
de Sarcon épousa dans le pe
multiéme fiecle Claude de
Salemardy d'ou vint Jaqueline
de Salemard époufe de Louis
de Thelis , un des ayeux de
Ml'Abbé de Valorges ; enfin
Philippine de Sarron fille de
Guillaume de Sarron , &
d'Yolande de Gletteins époufa
Eftienne de Varennes , d'une
illuftre Maifon du Lyonnois ,
fille du Seigneur de Cendars ,
& de Dauphine Arod . Mrle
Comte de Sarron, à un frere
N iij
150 MARCURE
cader à Saint Jean nommé
Mr le Comte des Forges La
dignité de Chantre attefte
poffedée par de grands hom
mes & fur tout par Amé de
Talaru Grand Canonifte &
qui eftant Député de l'Eglife
de Lyon , au Concile de Conf
tance , fut élu pendant fon
ábfence Archevêque de la
même Eglife.
Mr l'Abbé de Lugny qui
a eu le Comté vacant par cet-
2
te mort , eſt de l'illuftre Maifon
de Levi. Il eft allié à la
Maiſon d'Agoult & à celle de
Crequy à caufe de Blanche

GALANY 351
Y
de Levi , fille de Gilbert de Le
vi & de Jacqueline Dumas , qui
époula Louis d'Agoult , Seis
gneur de Montauban fils de
Claude d'Agoult & de Louiſe
d'Agoult , fa coufine ; Marguerite
de Levi , fille d'Euftache ,
Chevalier Seigneur de Quaylus
, Ville -neuve , la Perriere ,
& d'Alix Dame de Coufan ,
épouſa en 1471. Guillaume
d'Albon , Seigneur de S. Forgeux
, & des ayeux du Maréchal
de Saint André. Louife de
Levi , fille de Jean Seigneur de
Coulan & de Loüife de Breffoles
, d'une illuftre Maiſon
N iiij
152
MERURE
d'Auvergne & de
Bourgogne
dont Mrs de
Breffolles
Previcu
font
premiers
Barons ,
époufa
en
premieres
nôces
Annet de
Talaru
Seigneur de
Chalmazel
, & en
fecondes
noces Guil
laume de
Talaru fon
coufine
Seigneur de la
Grange ; du pre
mier lit elle eut une fille qui en- i
tra dans la
Maifon de
Montaynard
de
Marcieux en
Dauphiné.
Louife de Levi
époufa Amé
de
Talaru vers la fin du
quint
ziéme fiecle .
Antoine de Levi
Seigneur
de
Vauvert , avoit
époufé
Louife de
Tournon ,
fille
d'Odon de
Tournon , Seis
GALANT
153
vyls
gneur de Beauchaftel & d'Anne
de Corgenon. Odon eſtoit
grand oncle du celebre Cardinal
de Tournon Archevêquer
de Lyon. Enfin Jacques de Levy
Seigneur de Chafteaumorand
époufa Louiſe de Tournon
, Toeur du Cardinal , &petite
niece d'Odon , dont je
viens de parler. Nos Rois font
Chanoines d'honneur de l'E-
2
glife de Lyon ; Charles VII.
le reconnut dans une Charte
accordée
à cette Eglife. , ..
In illud confortium , dit- il , en
parlant de ce Chapitre , cui ratione
Delphinatus & Ducatus.
154 MERCURE
Biturienfis adfcriptifumus . C'elt
donc comme Dauphins de
Viennois & Ducs de Berry que
les Rois de France ont la qua
fité de Chanoines d'honneur
de cette Eglife. Les Ducs de
Bourgogne l'eftoient de temps
immemorial , & les Dauphins
de Viennoiss eurent la même
qualité en 1228. & enfuite elle
fut accordée aux Ducs de Ber
ry. Derubis dit qu'en 1245 ;
ce Chapitre eftoit compofé de
74 fils de Rois.
I
Dame Charlotte Madeleine
de Blaignac eft morte à Tou
loufe âgée de 40. ans, elle eftoit
GALANT 155
Alle de Mre Charles Dumont ,
Seigneur & Baron de Blaignac ,
Commiffaire & Infpecteur ge
neral de la Marine , Grand-
Maistre des Eaux & Forefts au
Département de Guyenne
homme d'un grand merite ; il
s'établit à Touloufe & époufa
Dame Marguerite de Voifins ,
defcendue des anciens Comtes
do Touloufe ; il maria fa fille
avec Mre Jofeph de Gargas
Seigneur de Montrave & Remonville
, d'une des plus illuf
tres Maifons de Touloufe , qui
audonnénance Parlement un
tres - grand nombre de Magif
156 MERCURE
trats depuis fa creation . Elle
a cu de ce mariage deux gato
çons qui promettent tout ce
que l'on peut attendre des
perfonnes de cette naiffance .
On peut dire avec juftice que
cette Dame eftoit d'un me
rite qui fe faifoit diftinguer
entre les perfonnes de fon
fexe , & que la nature en avoit
formé un ouvrage parfait
Auffi eft elle generalement
regrettée de tous ceux qui
l'ont connue . Il ne reste plus
de cette famille que¡ Mre
Gabriel Dumont , Seigneur &
Baron de Blaignac fon frere
GALANT 159
ancien Officier de la Marine ,
où il a fervi vingt- cinq ans , &
s'eft fort diftingué dans toures
les occafions où il s'eft
trouvé . Il s'eft retiré depuis
quatre ans ; il a épousé Anne-
Marguerite de Befançon d'une
des plus illuftres Maifons
de Paris , qui a donné à ce Par
lement un grand nombre de
Magiftrats depuis qu'il a efté
rendu fedentaire ; un Evêque
à fon Eglife , un Archevêque à
celle de Reims , &.aux Armées
plufieurs Lieutenans generaux,
& alliée aux meilleures Maifons
du Royaume, Leur fepul158
MERCURE
turc eft auk Cordeliers dans la
Chapelle que fonda Hugues
de Befançon , Confeiller au
Parlement en 131420Mrsude
Bullion y ont leur fepulture à
caufe des alliances qu'ils cont
contractées avec cette Maifon,
La famille de Mr Dumont eft
originaire de Bourgogne , où
clle eft alliée à la plus grande
partic des perfonnes du premier
rang. Elle paffa il y a environ
cent cinquante ans dans
de Pays du Maine , où elle prit
alliance avec la Maifon de
Beaumanoir , & avec d'autres
perfonnes de diftinction , &
#GALANT 159
elle eft à prefent fedentaire à
Toulouſe . Ceux de cette Maifon
fervent de pere en fils depuis
plus de 400. ans .
Le Samedy quinziéme de ce
amois l'ouverture de l'Allemblée
Generale du Clergé de
France fe fit dans l'Eglife des
Grands Auguftins par la Mef-
> fe folemnelle du faint Efprit ,
chantée par les les Religieux du
Convent , & à laquelle Monfieur
le Cardinal de Noailles
officia pontificalement en qualité
de Prefident de cette augufte
Affemblée. Le Pere Raft,
Prieur du Convent alla le re160
MERCURE
ཝཱ ,ཚིན ཏི ཡཱ
cevoir à la Porte de l'Eglife à
la tefte de toute fa Communauté
, avec la Croix , l'Eau-
Benite , & l'Encens . Tous les
Archevêques & Evêques & les
Abbez qui compofent le fecond
Ordre , communierent
de la main de ce Cardinal , avec
cette diftinction toutefois
, que quand il donnoit la
Communion à un Archevêque
ou à un Evêque , il l'embraffoit
auparavant
& luy
donnoit le baifer de paix à la
joüe , au lieu que les Abbez
communierent à l'ordinaire
ce qu'il y eut encore de finguGALANT
161
L
lier dans cette Ceremonie
&dont tout le monde fut tre
édifié, c'eſt qu'aprés s'être tous
embrafiez les uns les autres &
donné le baifer de paix , ils al
ferent tous à la Communion
portant des Ecoles pendantes
& qu'ils en revinrent avec une
modeſtie exemplaire , Mon.
fieur l'Evêque de Langres y
prêcha immediatement aprés
l'Evangile. Il prit pour rexte de
fon difcours ces paroles du
Pleaume 109. Tu es Sacerdos
in æternum. Vous êtes un Prê
tre éternel . Dans fon Exorde ,
il fir voir l'éternité du Sacerdo
Mars 1710.
2
O
162 MERCURE
ee de Jefus Chrift , qu'il pro
pofa aux Evêques , comme de
vant être un modele parfait de
leur Etat , & de leur conduite.
H divifa fon Difcours en deux
points , & leur dit dans le premier
:Qu'il faloit que la fainteté
de leur vie , répondit à la fublimité
de leur Etat . Et dans le fe
cond : Que leurs foins infatiga
bles devoient répondre aux travaux
aux fouffrances de ce
divin Sauveur.
Il fit voir dans ces deux
points , comme faint Paul avoit
parfaitement imité Jeſus-
Chriſt , & pour le prouver , il
"GALANT 163
rapporta les mêmes parolds de
cet Apôtre , quand il fait le
dénombrement
de stouthce
qu'il a fouffert fur la mer &
fur la terre, des prifons où il
a efté mis chargé de chaînes ,
& generallement de tout ce
qu'il a fair pour foûtenir la
gloire de fon Divin Maiftre.
• Enfuite ayant donné ce grand
Apôtre aux Evêques pour un
Modele fur lequel ils devoient
regler leur vie , il fie un détail
particulier de tout ce qu'ils devoient
faire. Enfuite dequoy ,
-il parla de la calamité publique,
& il les exhorta à fe fer-
O ij
164 MERCURE
vir pour foulager les pauvres ,
du bien qui leur avoir efte
donné en partie pource fujer
Enfin étant tombé infenfible
ment fur ce que le Clergé de
France fe prepare à donner au
Royby , ilil fe fervit d'un Exemple
fi jufte & qui venoit fià proposp
à fonfujet que toute l'Affemblée
l'admira & en fut char
mée . Ce fut de celuy du Royb
David , tiré de l'Ancien Teftan
ment , du fecond Livre des
Rois , où il est écrit , que cen
Prince fe trouvant un jour
dans une preffante faim , il eut
recours au Grand Prêtre Achi
?
GALANT 165
melech , à qui il dit , Si vous
avez quelque chose à manger"
quand ce ne feroit que du pain , ou
quoique ce foit, donnez le moy. Le
Grand Prêtre luy répondit :
Je n'ay point icy de pain pour les
Peuples , autrement pour les Lazz
queso NON HABEO LAICOS
PANES AD MANUM . Je n'ay que
du pain qui eft faint. Et il loy
donna le pain fanctifié qu'il
mangea , quoiqu'il ne fût permis
qu'aux Prêtres feuls de le
manger, elaga feve
Le Roy le trouve de mê
me à prefent , dans une préf
fante neceffité contre les Enne
166 MERCURE
mis de l'Eglife , qui luy font
une injufte guerre . Il a recours
au grand Prêtre , c'eſt à dire
à vous Meffeigneurs qui com
pofez le Clergé de France , &
vous fuivez aujourd'huy Ve
xemple du grand Prêtre Achimelech
Vous luy accordez
ce fecours. Puiffe donc ce He
ros Chrêtien faire fervir des
biens que l'Eglife luy vient
offrir ; moins à foûtenir une
guerre jufte , qu'à procurer u
ne Paix folide , afin que les
Peuples éloignez du tumulte de
la guerre puiffent avec plus de
tranquilité écouter vos Inf
GALANT 167
tructions , profiter de vos lumieres
, fe former fur vos verrus
, & meriter la récompenſe
dans la gloire.
a
33. Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une Fête qui a eſté faite
à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou
, & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher , qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne . Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur
le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
dont le zele avoit déja paru en
1704. & 1707. à l'occafion de
la Naiffance
de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma
le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques.
Il donna le deux de
ce mois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança
à deux heures aprés midy
par une décharge
generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie
fous les armes fe rendit
fur la grande Place
ayant les Tambours
de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie
compofée
de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies
de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710. P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes
de ruban d'or ou d'argent
. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent
tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis
de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
ce jour - là , il leur défera l'honneur
d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux
Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent
avec tous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance
, où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge
avec un pareil cry de Vive
GALANT
173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment
autour du Bucher jufqu'à
ce qu'il fuft plus allumé ,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer.
Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs
falves pour Monfci-
ई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame
la Ducheffe de Bourgogne
, pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne
, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge
le premier coup . Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie
on tita un Féu d'Artifice
, & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité
de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient
un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune
; on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital
general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable.
Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit
où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut - bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement . Un peu
avant le foupé on avoit illuminé
depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit
faire un plus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit . Les Balcons
qui regnent aux deux côtez
de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons , n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines
peintes fur des chaffis huilez
, qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere . A dix
heures & demie Mr de Fleurrance
commença le Bal avec
Mlle fa foeur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens
, & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
dura le Bal on fervit à la Com178
MERCURE

pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus . Le Bal recommença
vers les trois heures
pour danfer les contredanfes
& dura jufqu'au jour . Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens
de la maniere avec laquelle
elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé
; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre
tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume , elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur
de la Maiſon Royale.
180 MERCURE
Je crois ne pouvoir mieux
placer qu'aprés cette Fefte , les
trois Sonnets que vous allez
lire. Ils ont efté faits par Mr
de Meffange , dont les Ouvrages
ont toûjours eu le bonheur
de vous plaire , & en ayant
fait un chaque jour pendant
trois jours , il les a prefentez à
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, à mesure qu'il les a
compofez.
GALANT 81
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU .
SONNET.
O Lys , dont lagloire eftfi pure,
Aftre terreftre & don des Cieux
Trefor fi cher à la nature ,
Et fi brillant à tous les yeux.
Quoy , dans une Saifonfi dure
Vous renaiffez fi gracieux ;
Et d'une fi riche parure.
Vous venez embellir ces lieux !
182 MERCURE
Tiges toûjours incomparables
Quelsferont vos effets aimables
Dans un temps moins rempli d'hor
reurs
Si durant celuy de l'orage ,
Nos heureux Champs ont l'avantage
De voir multiplier vosfleurs ?
SUR LE MESME SUJET.
SONNET.
De voftre Bras vengeur nous reffentons
lepois ,
Grand Dieu vous nousfrappez de
fleaux legitimes ;
GALANT 183
Tout ce que nous donnoient vos
bontez magnanimes ,
S'est trouvé de nos mains enlevé
par vos loix.
Apeine vos rigueurs nous ont laif-
Sela voix!
Mais loin d'envisager les excés
de nos crimes ,
Détournez vos regardsfur les vertus
fublimes
Que pratique à vosyeux le plus
fage des Rois.
Ha , Seigneur , vous daignez
exaucer ma priere :
Je voi parfon bonheurfinir noſtre
mifere :
184 MERCURE
Votre coeur appaife donne un Prin
ce à nos Lys :
Defon Berceau naîtra la Paix &
l'Abondance ;
Et par luy vous rendrez plus de
biens à la France ,
Que nos triftesforfaits ne nous en
ont ravis.
SUR LE MESME SUJET.
SONNET.
Dieu , qui pendant que des * oifeaux
* Les Alcyons,
GALATN 185
Eléventfur le fein des ondes inconftantes
Leurs tendresfamilles flottantes
,
Deffendez que les vents ne combattent
les eaux ;

Daignez prendre des foins fi
beaux
Pour des Divinitezfur la terre
naißantes ,
Quifont vos images vivantes ;
Etne refufez pas le calme à leurs
Berceaux.
Vous leur devez voftre affiftance
;
Mars
1710. e
.186 MERCURE
De l'Aîné de l'Eglife ils tirent
leur naiſſance :
Contre eux & contre luy l'Erreur
lance fes traits.
Tranquilifez leur destinée ;
Et donnez une fois les douceurs de
la Paix
A celuy qui pour vous l'a tant
de fois donnée.
Je vous envoye des Devifes
qui ont efté faites par Mr de
Sarron , fur la naiffance du même
Prince.
GALANT 187
CUM AURORA NASCENS ALTER
DUX ANDEGAVENSIS
MATRE PARI AURÆ , SYDERIS
INSTAR ERIT.
Un autre Duc d'Anjou naiffant
avec l'Aurore
D'une Mere qui n'apas moins d'éclat
,
Comme un Aftre éminent doit briller
dans l'Etat ,
Et l'on verra bientoft fes beaux
rayons éclorre.
HÆC NOVA PROGENIES FLAMMA
CELEBRATA TONANTE ,
Qij
188 MERCURE
FULMINE AVI GALLUM PROTEGET
IMPERIUM.
Les Feux & les Canons annoncent
la naiffance ,
D'un grand & nouveau Prince
ifu du SangRoyal.
Lançant la foudre un jour d'un
Ageul fans égal ,
De l'Empire François il fera la
diffenfe.
TERTIUS EST NATUS QUEM
EDIT BURGUNDICA
PRINCEPS
DELPHINUM ÆQUAVIT TŘES
PARIENDO DUCES
GALANT 189
Par ce troifiéme Fils une Auguffe
Ducheffe
Egale la Dauphine en fon enfantement
,
Même fecondité de leur Hymen
charmant >
De fix Ducs , il en eft trois de chaque
Princeffe.
Le Carnaval a fini par un
grand mariage dont la Cere
monie a efté faite à Conflans
dans la Maifon de Monfieur
l'Archevefque , où Mr le Duc
de Louvigny a époufé Mlle
d'Humieres . Mr le Duc de
Louvigny eft fils de Mr le Duc
ر ا
190 MERCURE
de Guiche , & de N ... de Noail
les ,fille aînée de feu Mr le Maréchal
de ce nom , & niéce de
Monfieur le Cardinal de Noailles
. Mr le Duc de Guiche eft fils
de Mr le Duc de Gramont &
de Marie- Charlotte de Caftelnau
, fille du feu Maréchal de
Caftelnau. Mr le Duc de Gramont
eft fils du feu Maréchal
de Gramont , qui eftoit fils
d'une fille du Maréchal de Ro
quelaure , foeur du dernier Duc
de Roquelaure , dont une autre
foeur fut mere de Mr le
Duc de Noailles , pere de feu
Mr le Maréchal de NoailGALANT
191
les , de Son Eminence , & de
Mr le grand Bailly de Noail
les Ambaffadeur de Malte,
Mlle d'Humieres eft fille de
Mr le Duc d'Humieres , fils du
fecond lit de feu Mr le Duc
d'Aumont , & MⓇ fa mere fille
aînée de feuë M° la Maréchale
de la Motte , & foeur de Mes
les Ducheffes de Ventadour &
& de la Ferté. Mla Ducheffe
d'Humieres eft fille de feu M
le Maréchal d'Humieres & de
Mla Maréchale d'Humieres ,
de la Maiſon de la Chaftre
Dame d'un grand merite &
d'une vertu édifiante. Me la
192 MERCURE
Princeffe d'Ifenghyen , & M
la Marquife de Surville , font
fours & aînées de MⓇ la Du- M°
cheffe d'Humieres , qui par fon
Mariage a donné ce Duché à
Mr le Duc d'Humieres , frere
de pere de M ' le Duc d'Aumont
fils d'une fille de feu M'
le Chancelier le Tellier , &
foeur de Mr de Louvois & de
Mr l'Archevêque de Reims .
Ces jeunes Epoux ont tout
l'efprit que l'on peut avoir à
leur âge , & il eſt ſurprenant
de voir le grand pere , le pere ,
& le petit- fils , Ducs en même
emp
s.
Voicy
GALANT 193
Voicy une Epithalame faite
à l'occafion de ce mariage , par
le même Mr de Meffange , qui
a fait les trois Sonnets fur la
Naiffance de Monſeigneur
le
Duc d'Anjou .
EPITHALAME.
On dit que de l'Amour l'Hymen
eft le tombeau
Que la premiere nuit en éteint le
flambeau ;
Mais ces aimables lieux font témoins
du contraire
Et par les noeuds nouveaux qu'-
Hymen y vient de faire
Mars 1710. R
194 MERCURE
On voit qu'ayant formé des Amours
le plus beau
Loin d'eftre fon fepulcre , il en eft
le berceau.
?
Apeine eft-ilproduit cet Amour
plein de charmes
Qu'ilforce une Beauté de luyrendre
les armes.
I
Il n'eft pourfes defirs ni dédains ni
rigueurs ;
Il est né triomphant ; fes attraits
font vainqueurs.
Enfanté pour la joye & non pour
la trift ffe
Ilfe trouve en naiffant Maître de
fa Maîtreffe ,
GALANT 195
Qui regnantfur fon coeur comme
Luyfur le fien
Partage entre-elle & luy fous un
commun lien
Dans de fi doux tranſports qu'on
ne peut les décrire
Et le fceptre le joug d'un mutuel
Empire.
Amour dont les deffeins avouez
de Themis
Et louezdes mortels ont les Dieux
* pour amis
Vous valez beaucoup mieux que.
celuy que nous donne
Contre leurs faintes loix lafille de
Dione ,
Rij
96 MERCURE
Qui n'offrant à nos yeux qu'at—
traits voluptez of th
N'a
a pour nos coeurs feduits qu'ou
gidari
Ennuis , chagrins , langueurs , depits
,foupçons , allarmes ,
Trahifons, defefpoirs , & longs torde
larmes.
trages , cruautez ,
rens T
L'Amour de qui l'Hymen afair
naiſtre lesfeux s
Eftfage , pacifique , égal & genereux
:
TOTN
Son grand coeur eft rempli de fentimens
fideles WUNGA
Les Nymphes ennaiffant luy cou
perent
les aîles
Etp ur luy laifferfaire un choix
d lic eux
GALANT 197
Ne luy mirentjamais de bandeau
fur les yeuxory GISTE
Le Ciel armafon bras d'un Arc inalterable
- 299077
Rendant pour s'en fervirfon bras
infatigable tool , siq
Samain porte unflambeau capable
d'enflamer
Mais non pas d'éblouir le coeur
qu'ilfait aimerame
Son Carquoisfoutenu des mains de
la fortune
Entre cent fléches d'or , de plomb
n'en a pas une.
Les Ris & les Plaiſirs folâtrent
fur fes pas
Les Graces l'ont orné de leurs plus
R
iij
198 MERCURE
1
doux
appas :
Sans ceffe autour de luy volent les
complaifances ,
40
Les jeux , les tendres foins & les
réjouiffances.
Hymen,charmant Hymen, daigne
pour ton honneur 21
Conferver un Amour qui te fait
tant d'honneur. H
Feunesse en qui nature a mis fes
dons aimables
Ne recevezjamais que des amours
femblables.
Ils font rares , ce Dieu n'en forme
pas toujours :
Tâchez d'en obtenirpour avoirde
beaux jours .
GALANT
THE
Heureux qui peut trouvékán
22 fes illuftres Peres..
Des Noms tels
ral
*
1893*
que
Gramont
Noailles d'Humieres ,
Des Noms
que la vertu fçait immortalifer
,
Des Noms à qui le Ciel ne peut
FID rien refuſer !
Heureux qui de Chriftine éprouvant
la tendreffe
Apú de fes leçons concevoir la richeffe
,
**
Et desfoibles mortels connoiffant
soles befoins
Faire un fage profit defes habiles
foins
Heureufe quipourra de cette amefi
belle Riiij
200 MERCURE
Avoir l'ame pourguide & le coeur
pour modeles sean di a¶
Mais laiffons ces difcours pour
une autrefaifon , M.
On aura tout le temps d'écouter
leur raifon :
Auffi bien dévouez à deplus doux
myfteres,
Aujourd'huy nos Amans ont bien
d'autres affaires,perd nomid
Comme la joye convient aux
mariages , & les chanſons à la
joye , j'ay crû devoir placer icy
l'Air fuivant.
suoxid
AIR NOUVEAU. vuol
Plus le Char du Soleil s'em
prefe
GALANT 201
A remonterfur l'horifon
Plus il avance une Saifon
Qui force tour Guerrier à laifferfa
Maiftreffe
Et for Cellier à l'abandon.
La Gloire n'est qu'une manie
Qu'on n'avoitpas au fiecle d'or,
Vivons l'âge du bon Neftor
La mort la plus illuftre fut l'inftgne
folie
¿D'un Guerrier qui vivroit en-
$
cor.
Ces paroles font de M ' d'Aubicourt
dont vous admirez
fouvent l'efprit galant & enjoué
; & l'Air de M de Villeneuve.
202 MERURE
Je paffe à un Article bien
different de ceux que vous ve
nez de lire. Je vous ay dit le
mois paffé que feu Mr l'Archevêque
de Reims avoit laiffé fa
belle & nombreuſe Bibliotheque
à l'Abbaye de Sainte Geneviève
; voicy à cet égard l'ar
ticle de fon Teftament olo
graphe , datté de Paris du s .
Novembre 1709. par lequel
il difpofe de ce riche depoft.
Ma premiere intention eftoit de
donner à mon neveu l'Abbé de
Louvois ma Bibliotheque , mais
reflexion faite j'ay cru qu'elle luy
GALANT 203
feroit inutile & même à charge à
caufe de l'honneur qu'il a d'estre
Bibliothecaire du Royce Recueil
de Livres eft grand & tres- curieux
je l'ay fait avec beaucoup
de dépenfe e de plaifir , car je
n'ay pas ceffé d'en acheter pendant
prés de cinquante ans ; ce feroit
grand dommage que ces Livres
fuffent diffipez , comme il eft indu
bitable qu'ils le feroient aprés ma
mort , c'est ce qui m'a perfuadéque
je les devois donner à une Communauté
capable de s'en ferair ,
& d'en aider le public & de les
bien conferver.
~ Fe les donne donc je les legue
204 MERCURE
à la Maifon des Religieux de
l'Abbaye de Sainte Genevieve au
Mont de cette Ville , Chanoines
Reguliers de Saint Auguſtin de la
Congregation de France ; j'eflime
cette Congregation autant qu'elle
merite de l'eſtre , & je ſuis bien
aife de luy donner cette marque de
l'amitié que j'aypour elle & pour
le Pere Polinier prefentement fon
tres- digne General ; je prie ledit
Pere Polinier & le Pere de Ribe
folles actuellement Prieur de ladite
Abbaye de Sainte Genevieve , ou
ceux qui leurfuccederont dans ces
Emplois , de faire mettre immediatement
aprés mon decés , tous les
GALANY 205
Livres de madite Bibliothèque
tous enfemble dans la feconde partie
de leur Bibliotheque dont toutes
les tablettes & la menuifierie
ont efté faites par les foins du Pere
Polinier dans le dernier Triennal ,
pendant lequel il a efté Prieur de
ladite Abbaye.
Je prie celuy qui fera Abbé
lors de mon decés de faire prier
Dieu dans toute la Congregation
pour le repos de mon ame.
Je donne le Bufte de marbre de
feu Monfieur le Chancelier mon
pere, avecfonfcabellon aufdits Religieux
de Sainte Genevieve pour
eftre par eux placé dans le même
206 MERCUR
lieu où je viens de dire que je defire
que tous mes Livresfoient mis.
Sellwal
Les Chanoines Reguliers
furent informez du beau pres
fent que leur faifoit Monfieur
l'Archevêque de Reims , pref
que en même temps qu'ils apa
prirent fa mort; auffi toft l'Ab.
bé & Superieur General , pour
marquer fa reconnoiffance envoya
des Billets imprimez par
routes les Maifons de fa Congregation
, avec ordre de faire
des Services pour le repos de
l'ame du deffunt.
Il en fit faire un tres -folemb
GALANT 207
nel dans l'Eglife de fon Abbaïc
le Mardy 18. Mars toute la
famille & les perfonnes les
plus confiderables de la Cour
& de la Ville , & toute l'Affemblée
du Clergé y avoient
efté invitez , les Chanoines
Reguliers chanterent la veille
au Moir tout le grand Office
des Morts , & le lendemain
l'Abbé celebra Pontificale
ment la Meffe .
E
Je paffe d'une Ceremonie
qui fe vient de faire à Paris , à
une autre qui s'eft faite dans
l'Eglife des grands Carmes de
de Rennes , où Mr Enon
208 MERCURE
grand Vicaire de Mr l'Evê
que de Rennes , a baptifé une
Cloche qui a efté tenue par
Mr le Maréchal de Chateaurenault
, & par M de Brillac ,
premiere Prefidente du Parlement.
Ils furent reçus à la
porte de l'Eglife au bruit des
Tambours
& des Trompettes
,
& le Pere Superieur leur fit le
Compliment fuivant.
MONSEIGNEUR ,
Qu'il eft édifiant de voir un
des plus illuftres Heros du
Royaume , aprés avoir foutenu
GALANT 209
1
par fa valeur la gloire de fon
Prince , venir au pieds des faints
Autels prefter fon nom , fes
armes & fa perfonne , pour
concourir à la gloire de fon Dieu.
Que cent fois le Bronze
&
foudroyant ait fait ployerfous la
force de voftre bras vainqueur ,
Affrique , l'Amerique , l'Angleterre
, la Hollande.
Qu'on vous ait vú abbattre la
fierté barbare de cefameux Mouley
Ifmael Empereur de Maroc
de Sa ésenleverfes Corfaires & le
forcer d'envoyerfes Ambaffadeurs
rendre hommage à la Souveraine
Mars
1710.
S
210 MERCURE
puiffance de noftre grand Monar
que
.
Qu'animé d'uneprudence Mar
tiale vous ayez trouvé lefecret de
faire à Vigo par une veritablejuftice
ce qui fe lit dans une Satyre
de nos jours , oùl'on voit l'avidité
de la Justice , qui avala l'huiftre
& ne laiffa aux concurrens que
des écailles . Que vous ayez , dis -je,
Monfeigneur , enlevé les millions
d'or & d'argent , que vous aviez
heureufement conduits au Port, &
quervous n'ayés laiffé à nos ennemis
cocques & les écailles dont
que les
ils firent un feu de fureur & de
defefpoir , tandis que nous faiſions
TGALANT 201
un feu de joye , de voir que vous
leurs aviez enlevé cette huiftre
précieuſe qu'ils recherchoient avec
avidité.
Qu'enfin tous nos ennemis ayent
dit de Voftre Grandeur ce que par
une conjoncture affez heureuſe les
Peuples difent de Jesus - Chrift
dans l'Evangile d'aujourd'huy -
Qualis eft hic quia Venti &
Mare obediunt ei : qui eft donc
celuy à qui les vents & lesflots
dela mer obéiffent.
Pournous , Monseigneur , nous
› admirerons aujourd'huy voftre pieté
, vous voyant donner voftre
Nom à ce Bronze confacré qui
Sij
212 MERCURE
portera fans doute l'éclat de vos
vertus jufques dans les Cieux
aprés que par tant d'actions heron
ques vous avez répandu le bruit
de voftre valeur par toute la
terre. Latinine show.ab somone
Et pour vous , Madame
il ne nous eft point étranger de
Vous voir aux
de
pieds des faints
Autels , & à la tefte des oeuvres
de pieté brillante par tant d'émiss
nantes qualitez d'esprit
corps , encore plus brillante par la
folidité de vostre vertu , vous
vous conciliez tous les efprits , es
jous engagez tous les coeurs yo
auffi n'appartenoit- ilqu'à vous zb
IGALANT 213€
&
Madame de fixer toutes les
attentions d'une des premieress
teftes du Royaume ; la fuperiorité
de fon genie , & la fineffe de
fon gouft justifie fans doute l'émi
nance de vostre merite.
C
Que nous fommes heureux
Madame , qu'avec tant d'éleva
tion vous daigniez vous abaiffer
ne pas refufer jufqu'à nous
voftre nom ny vos armes ànce
Bronze confacré , qui ne nous
frapera jamais les oreilles fans.
rappeller nos obligations
nous engager à former des voeux
au Giel pour voftre confervation à
d'heurenfes années. de langues
214 MERCURE

La Ceremonie eftant finie ,
le Parain , & la Maraine firent
de grandes Aumônesmaux
& donnerent au Pauvres ད་
Convent des marques de
leurs liberalitez .
Je dois ajouter icy un Article
qui regarde encore la Brés
tagne. M de la Chambre
IS
des
Comptes aprés avoir
tout mis en ufage pour franchir
leur droit annuel , cftant
des Officiers du Royaume des
plus attachez
à Sa Majefté ;
Aprés avoir affifté au Te Deum,
qui fut chanté pour l'heureuſe
naiffance de Monfeigneur
le
GALANT 215
Duc d'Anjou , les Secretaires
Auditeurs de la Chambre
eftant affemblez délibererent
d'offrir au Roy quinze mille
livres chacun pour obtenir le
Titre de Maître des Comptes ,
& de donner pareille forme à
chacun des Maiftres ordinaires
pour les indemnifer de cette
Promotion.
naVous voyez le zele de ces
fidelles Sujets , qui à l'exem
ple de la Capitale du Royaume,
& fur tout des Cours Superieures
, n'oublient rien pour
fecourir le Roy dans les preffans
befoins de l'Etat , & fur
216 MERCURE
tout
pour le rachapt
de la
Polette cette affaire eftant
déja fort avancée , plufieurs
portant tous les jours leur
argent ; de maniere qu'elle
aura bien- toft tout l'effet que
Sa Majefté en peut fouhaiter.
Mr l'Abbé du Gué de Launay
, fils aîné de Mr Aunillon ,
premier Prefident de l'Election
de Paris , prit le Bonner de
de Docteur dans les Ecoles de
Droit au commencement de
ce mois. Il y foûtint une Thefe
dediée à Mr l'Evêque de Soiffons
. Ce Prelat y affifta , &
l'Affemblée fut fort nombreu
Lc ,
GALANT 217
fe , & compofée de plufieurs
perfonnes de diftinction . Le
nouveau Docteur y reçut des
applaudiffemens de tous ceux
qui l'entendirent à cauſe de la
jufteffe de fes réponſes & de la
grace avec laquelle il parla . On
peut dire qu'il recueillit en cette
occafion les fruits de fon
éducation au College de Louis
le Grand. Aprés s'y eftre diftingué
, dans l'étude des belles
Lettres & dans le Cours de
de Theologie qu'il y a fait ,
il a fini une fi penible & figlorieufe
carriere par les honneurs
du Doctorat en Droit Canon
T
Mars
1710 .
218 MERCURE
& Civil , qui luy donnent le
même rang dans la fameule
Univerfité de Paris , que le degré
de Docteur de Sorbonne ,
qui eft un privilege digne d'être
remarqué , & qui n'eft peuteftre
pas generalement connu .
Le Difcours qu'il prononça
pour remercier la Faculté à la
fin de la Ceremonie de fa reception
, fait efperer qu'il peut
eftre un jour un Orateur auffi
accomply qu'il eft bon Theologien
& habile Canoniſte .
Je reviens à ce qui regarde
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
dont je vous parleray peutCALANT
219
eftre plus
d'une fois
avant de
finir ma
Lettre.
LETTRE
emp
D'un
fçavant
Directeur à une
Dame de la Cour , fur la reception
de
Monfeigneur le
Duc
d'Anjou au
Rofaire.
Vous me
demandez ,
Madame
,des
éclairciffemensfur la Confrerie
du
Rofaire dans
laquelle
Monfeigneur le Duc
d'Anjou a
efté reçu par le Pere
Mefpolié
Dominicain , le 27. de
Février.
C'est une desplus
excellentes devotions
de la
Religion qui
nourrit
une folide pieté quand on en fuit
Tij
220 MERCURE
l'esprit & qu'on en remplit les
devoirs. Ses fondemens font les
principaux Mysteres de la Vie , de
la mort , e de la gloire de Jeſus-
Chrift de fafainte mere. Elle
renferme les Prieres vocales les
plus efficaces pour ſerendre agreables
à l'un à l'autre & adorer
Dieu en efprit & en verité , les
reflexions les plus touchantes , ta
frequentation des Sacremens avec
les difpofitions requifes ; fçavoir
l'imitation des vertus de Jefus-
Chrift & de fa fainte Mere &
les plus effentiels devoirs de la
charité. Car on cft obligé d'appli
quer le premier Chapelet du Rox
GALANT 228
faire pour les Confreres vivans ,
s'ils font en eftat de peafin
que
ché qu'ils fe convertiffent , s'ils
font en eftat de grace qu'ils
perfeverent , & s'ils font expofez
à quelque fâcheux accident
, qu'ils en foient prefervez.
Le fecond Chapelet eft recité pour
les Agonizants , afin qu'ils foient
fortifiez à l'heure de la mort contre
l'ennemi du falut , & que leur
mort foit preticufe aux
aux yeux de
Dieu ; & le troifiéme Chapelet
pour les Confreres deffunts , afin
qu'ilsfoient foulagez en Purgatoire
, & qu'ils en foient promptement
délivrez.
Tiij
222 MERCURE
plus
a
De fi grands avantages ont porté
en tout temps depuis l'inftitution
de cette Confrerie les Papes , les
Rois Chreftiens , & les Saints les
recommandablespar leurfcien
cee parleur pieté à faire une eftime
finguliere de cette devotion.
Sixte IV. dit que le Rofaire
eft une devote & religieufe pra-
*ique de prier,inftituée à la gloire
de Dieu tout - puiſſant & à
l'honneur de la glorieuſe Vierge
Marie , & pour nous munir
contre les dangers dont on eſt
menacé.
Leon X. reconnoist que c'est
un rempart invulnerable aux
GALANT 1 223
#
Aleaux de la guerre , & une puiffante
reffource pour obrenic
des fecours miraculeux dan's
les preffantes neceffitez od
nous fommes reduits.
Clement VIII affure que cet
exercice eft d'une tres -grande
utilité pour de falut de l'ame
& du corps , qu'il attire des
graces extraordinaires
fur ceux
qui s'y appliquent & qu'il excite
en eux une devotion art
dente pour les pratiques de la
Religion , qu'elle a fait des
biens immenfes à l'Eglife , &
qu'elle y en fait tous les jours ,
que le Fideles , foit Clercs ou
Tiiij
224 MERCURE
Liques , hommes & femmes ,
font attirez par ce religieux
exercice à un fi haut degré de
ferveur que Dieu les a non - feulement
ornéz de graces , mais
auffi fait éclater des miracles
infinis en leur faveur.
2
Pie V. dit que le Rofaire eft
un exercice de pieté propre
pour donner la paix à ceux qui
font dans le trouble ; pour con
foler les affligez & pour rendre.
plus fervens ceux qui font lâches
, & qui font leurs prieres
avec tiedeur..
Gregoire
XIII. dit
Rofaire
eft tres-utile pour arque
le
GALANT 225
refter le cours de la juftice de
Dieu irritée contre les hommes
; que c'eft un Arſenal d'où
l'Eglife a toûjours tiré des ar
mes redoutables à l'Enfer ; &
que Saint Dominique infticua
cette pieufe methode de prier
pour meriter la protection de
la tres - Sainte Vierge , dans le
temps que la France & l'Italie
eftoient affligées par de pernicieuſes
herefies .
Sixte V. dit que cette devotion
a produit des biens ineftimables
à l'Eglife & aux Fideles
, qu'elle en produit tous les
jours , & qu'elle a efté établie
226 MERCURE
pour cette fin dans tout le mon
de Chreftien .
Adrien VI.
reconnoist que le
Rofaire cft tres utile aux mo
ribonds & qu'il leur procure de
puiffans
fecours pour diffiper
tous les artifices du demon à
l'heure de la mort , & pour ob
tenir aux Agonifans
la perfeverance
finale..
Les autres Papes qui ont precedé
ceux ci depuis l'établiſſement
du Rofaire , & qui les ont fuivis
en ont fait des éloges femblables
les plus grands Saints des derniers
fiecles , illuftres en pieté en
fcience nefont pas éloignez de leurs
fentimens
GALANT 227
Saint Charles Borromée autant
diftinguéparfa fainteté qu'il
L'eftoit par fa pourpre & par fa
fcience , dit dans une fçavante Ordonnance
qu'il a faite fur l'excellence
du Rofaire , que c'eſt un
abbregé de plufieurs exercices
de pieté & des pratiques de devotion
tres- agreables à Dieu ,
de laquelle le Saint Siege a toûours
fait une eftime tres- particuliere
, & qu'il a enrichies
d'un grand nombre de Privileges
& d'Indulgences tres- authentiques.
Il ajoute que le Rofaire eft
principalement inftitué pour
228 MERCURE
honorer Jefus- Chrift & fa fairte
Mere , tres propre pour por
ter les Fideles à s'entretenir
des
Miſteres de Nôtre - Seigneur
Jefus Chrift , & des douleurs
qu'il a endurées pour nous.
C'est pourquoy ce faint Cardinal
invite tout le monde ; les perfonnes
les plus diftinguéesfoit par leur
rang, foit par leur naiffance , foit
par leur fcience , foit par leur ver
zu à fe faire écrire dans les Regiftres
de cette Confrerie ,fans en
excepter même les Cleres de fon
Seminaire
les Ecclefiaftiques
defon Dioceſe , déclarant qu'il n'a
en cela d'autre vûë que leurfalut
GALANT 229
d'attirer fur eux de plus en
plus par cette Priere la paix , la
grace, & la benediction du Seigneur.
Saint François de Sales fe fit recevoir
dans cette auguste Affociation
; il faifoit prêcher cette devotion
dans fes Miffions ; il exhorte
toutes les perfonnes de pieté à aimer
cette devotion ; il en établit
l'excellence l'utilité ; il s'oppose
de toutes fes forces à ces efprits
fortsfelon le monde qui en mépri→
fent la pratique, & pour faire
voir plus en particulier l'eftime
qu'il en faifoit & les prodigieux
avantages qu'on en peut retirer ,
230 MERCURE
ilfit voeu de dire tous les jours une
partie du Rofaire dans le cours
même des occupations continuelles
de fes Miffions.
Sainte Therefe recitoitfort exactement
le Rofaire , & elle recevoit
par cette devotion desfaveurs extraordinaires.
Voici comme elle enparle . Etant
une nuit dans un Oratoire af
fez recueillie , mais fi malade
que je croyois ne pouvoir faire
oraifon , je me contentay de
prendre mon Chapelet pour
prier vocalement ; il parut bien
alors que nos penſées font fors
inutiles quand Dieu veut ope→
1
GALANT
231

rer quelque chofe en nous :
car je tombay dans un fi grand
raviffement
que je me trouvay
comme hors de moi- même. Il
me fembla que j'eftois dans le
Ciel.... où je vis des chofes,
merveilleufes dans le peu de
temps que dura cette faveur .
Et parlant du chemin de la perfection
ellefait voir quelle eſt l'utilité
de cette devotion ,
affurant
qu'elle est auffi
avantageuſe àproportion
qu'on s'y attache , & que
les graces répondent au zele qu'on
a de reciter fouvent le Rofaire. Si
quelqu'un dit unefois le Rofaire ,
il en profite , s'il le recite plufieurs
232 MERCURE
fois , il en retire de plus grands.
fecours.
En eflet le Rofaire infpire l'horreur
du peché , c'est là un moyen
fouverain pour obtenir la grace du
Jalut , élever les Saints au plus
baut degré de la perfection & attirer
mêmes des benedictions particulieres
fur les Familles & fur
les Armées des Princes Catholiques
.
Les fiecles à venir admireront à
jamais la protection miraculeufe
que tira de cette devotion , le celebre
Comte de Montfort . Ce grand
General animépar les prom ffes de
Saint Dominique , qui luy proGALANT
233
mettoit la victoire de la part de
Dieu , fi luy co fes Soldats im-
·ploroient l'affiftance de la tres -fainte
Vierge , & s'ils recitoient devotementle
Rofaire , il attaqua avec
quatorze cens ou dix - huit cens
François l'Armée formidable des
Albigeois , compofée de cent mille
bommes en 1213. & commandée
par le Roy d' Arragon. Il l'attaqua
; dis-je , la combattit avec
tant de valeur que cette nombreuſe
Armée femblable à celle des Madianites
confternée aux approches
de Gedeon , fut enfin diffipée.
Leon X. dit
que
la Ville &
le Diocefe de Cologne eftant pref-
Mars 1710 .
γ
234 MERCURE
fee par de grandes guerres , on érigea
dans l'Eglife des Freres Précheurs
à la demande de Frideric
111. Empereur des Romains la
Confrerie du Rofaire , afin que la
Ville & le Diocese fuffent déli
vrez de ces guerres . Ce qui arriva
peu de temps aprés.
Trois grands Papes Pie V.
Gregoire XIII. Clement VIII.
ont que la fameuse
de Lepante remportée
Za
connus
par les Chreftiens fur la Flotte
des Turcs , compofée de deux
cens quarante deux Galeres qui
menaçoient l'Italie d'une irrup
tion generale,fut un exploit mirairrupGALANT
235
culeux de cette devotion , de- là
les Souverains Pontifes ont ordonné
qu'en Action de Grace ,on remettroit
lagrande fefte du Rofaire
qu'on celebroit auparavant le 25.
Mars fefte de l'Annonciation
au premier Dimanche d'Octobre ,
jour auquel cette fignalée Victoire
futremportée dans le temps même
que dans toute la Chreftienté on
faifoit la Proceffion du faint
Rofaire ordonné par Pie V
Voilà , Madame , les motifs
qui ont inspiré aux Rois & aux
Reines de France , une veneration
particuliere pour cette devotion
qui les ontportez àyfaire
Vij
236 MERCURE
recevoir les Princes leur enfans
quelquejours aprés leur naillance.
L'origine de cette loüable &
religieuse coutume eft fort
ancienne. Elle vient de la Reine
Blanche époufe de Loüis VII I.
qui affligée de n'avoir point d'enfans
, confulta Saint Dominique ,
furles voeux qu'elle devoit faire
à Dieu pour en obtenir , ce grand
Saint autant édifié de la pieté
qu'honoré de la confiance de
tette Reine , luy predit que fes
juftes defirs feroient exaucez fi elle
vouloit honorer la tres - fainte
Vierge , par la devotion du Rofaire
dont il luyapprit la pratique ,
*
GALANT 237
མ la
le fuccés de l'évenement justifia
la verité de la Prediction ,
Reine accoucha d'un fils ; mais
Dieu l'ayant enlevé au monde
pour luy faire part de la gloire ,
Saint Dominique conſeilla derechef
à la Reine de continuer
cette Priere & elle donna à la
France Saint Louis , l'ornement
de ce Royaume , l'admiration de
fon fiecle & le modelle de tous les
Rois , qui en
bienfait fi figale honora d'une
particuliere confiance tendre
eunoi
d'un
les Religieux de Saint Dominique
fuccaavecle lait cette devotion
qui l'éleva à cette éminente per238
MERCURE
fection qui luy a merité la veneration
de toute l'Eglife.
Ses Succeffeurs ont donné auffi
des marques de leur zele pour
de - leur
cette devotion. Nous en avons
des preuves certaines dans les
derniers fircles.
Henry IV. yfutreceu aprés
fa converfion , il difoit tous les
jours une partie du Rofaire , &
tous les Samedys le Rofaire entier
, qui luy avoit efte ordonné
par Clement VIII. lorfqu'il
luy donna l'Abfolution de fon
Herefie.
Louis XIII. furnommé le
Julte , ayant formé le Siege de
GALANT 239
>
La Rochelle & voyant les difficul
tez immenfes pour reduire cette
importante Place , écrivit à la
Reine Mere Marie de Medicis
d'ordonner qu'on fit des Prieres
extraordinaires , à l'honneur de la
tres - Sainte Vierge. La Reine
choifit l'Eglife des Dominicains
de la rue Saint Honoré , pour y
faire reciter publiquement le
Rofaire de la maniere qu'elle
l'avoit vú pratiquer à Florence
à Pife , & en plufieurs autres
Villes d'Italie ; ce qu'on executa
tous les Samedis en prefence de
la Reine Mere , de la Reine
Regente , de Monfieur le Duc
240MERCURE
d'Orleans , des Eminentiffimes
Cardinaux de la Roch foucaud ,
de Berulle , de l'Archevêque
de Paris qui faifoit la lecture des
Mifteres , de plufieurs autres
Prelats , & d'une foule incroiable
de Peuple qui y accourotent
de toutes parts .
Le Roy ayant appris la ferveur
avec laquelle on faifoit ces
Prieres à Paris voulut
que
la
même devotion fut pratiquée
dans fon Armée. Il en donna
la commiffion au Pere Louvet
aplufieurs autres Dominicains
qui avoient fuivi Sa Majesté
au Siege de cette Placepour fervir
les
GALANT 241
>
ils
les malades & pour adminiftrer
les Sacremens ; ils diftribuerent
pour ce fujetplus de quinze mille
Chapelets aux Soldats
précherent avec tant de fuccés
cette devotion que tout le Camp
retentiffoit à certaines heures da
jour de la nuit des louanges &
des prieres du Rofaire , qui furent
continuées jufqu'à la reduction de
la Place.
}
que
Anne d'Autriche , une des plus
religieufes Princeffes du monde ,
publia plufieurs fois en Cour
par la vertu de cette devotion elle
avoit obtenu de Dieu noftre Augufte
Monarque Louis XIV.
Mars
1710.
X
242 MERCURE
qui nâquit le premier Dimanche
de Septembre pendant que les Prieres
de nos Confreres montoient devant
le Trône de Jefus Chrift ,
pour obtenir l'heureuſe naiſſance
de ce Princefurnommé Dieu donné.
En reconnoiffance d'un bienfait
fi fignalé la Reinefit recevoir
le Roy fon fils dans cette fainte
Affociation. Sa Majeflé recitoie
tous les jours une partie du Ro
faire ; elle affiftoit regulierement
aux Proceffions du Rofaire qui fe
font à Paris dans les Eglifes des
Peres Dominicains
tous les premiers
Dimanches
de chaque mois.
les Festes de lafainte Vierge ,
GALANT
243
& Sa Majesté s'acquittoit avec
tant d'exactitude des autres devoirs
de cette devotion que ceux
qui l'approchoient en eftoient édi
fiez.
Marie - Therefe d'Autriche ,
Epoufe de noftre illuftre Monarque
,fut heritiere de la pieté de la
Reine Mere. Sa Majesté s'appliquoit
à tous les exercices de cette
Confrerie ; eftant à Versailles
elle fir parfes foins & parfes liberalitez
établir le Rofaire dans
3 la Paroiffe , & pour marquerplus
en particulier l'estime qu'elle en
faifoit & que les plus grands Seigneurs
en doivent faire , Sa Ma-
Xij
244 MERCURE
jeffé y fit recevoir Monfeigneur le
Dauphin & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne peu de jours aprés
leur naiffance & donna Commiffion
à deux Religieux Dominicains
, fuivant l'ancien ufage ,
de dire le Rofaire pour ces deux
Princes , jufqu'à ce qu'ilsfuffent
en âge de le reciter eux- mêmes.
Les deux derniers Princes
Monfeigneur le Duc de Bretagne
& Monfeigneur le Duc d'Anjou
ont efté à leurtour reçus au Rofaire
peu de jours aprés leur naiffance ,
ce qui n'eftpas une Ceremonie inutile
; ils y font Affoeiez pour les
mettrefous laprotection de la tresGALANT
245
3
fainteVierge , & afin d'attirerfur
eux lesbenedictions du ciel de
les rendre participans des prieres
des bonnes oeuvres d'un nombre
3
prefqu'infini de Confreres du Rofaire
répandu dans tout le monde
chrefien. Le Pere Mefpolié Dominicam
eft le Religieux qui eft
chargé de dire le Rofaire pour l'un
pour l'autre Prince , jusqu'à
ce qu'ayant atteint l'usage de la
raifon , ils foient en eftat eux - mêmes
de s'en acquitter. Agreez ,
Madame , ce Memoire que jay
dreſſé à la haſte pour vous donner
quelque idée de cette excellente de
votion , qui eft au- deffus de mes
X iij
246 MERCURE
expreffions. Je ne doute pas que
vous ne l'accreditiez par voftre
pieté par vos exemples . Jefuis ,
Madame , avec un zele tout refpectueux
, voftre tres-humble
tres- obéïſſantſerviteur …………
L'Article que vous allez
lire vous paroîtra tout nouyeau
.
Il s'eft fait un mouvement
affez confiderable parmi les
Intendans , Mr Pinon Intendant
de Dijon ayant demandé
à fe retirer. , Mr de Trudaine
Intendant de Lyon , a paffé à
Intendance de Dijon , & Mr
GALANT 247
1
Meliand Intendant de Pau &
de l'Armée d'Espagne , a eu
celle de Lyon. Enfin Mr le Camus
de la Grange a eu cette
derniere Intendance .
Mr Pinon qui ſe retire eft
Maistre des Requeſtes depuis
l'année 1686. & il eft du Semeftre
de Janvier . Il eſt frere
de Mr Pinon Prefident au
grand Confeil & du Semestre
d'Efté , & pere de Mr Pinon de
Courfes Confeiller au Parlement.
Mr Pinon Confeiller
de la premiere Chambre
des Enquestes & reçu dans le
Parlement le 27. Aðuſt 1704 .
X iiij
248 MERCURE
& Mr Pinon Confeiller de la
troifiéme Chambre des Enquê.
tes & reçu au Parlement le 25 .
Avril 1703. font honneur à
cette famille , de même que
Mr Pinon Seigneur de Villemain
, premier Prefident des
Treforiers de France , generaux
des Finances , & grand
Voyer en la Generalité de Paris
, receu en cette Charge depuis
l'année 1691. Mr Pinon
qui fe retire , avoit eſté Intendant
de Poitiers , avant de paffer
à l'Intendance de Dijon.
Mr de Trudaine Seigneur de
Montigny , qui fuccede à Mr
GALANT 249
Pinon , cft Maiftre des Requê
Les depuis l'année 1680. & il
elt du Semestre d'Avril Havoit
éſté auparavant Confeiller au
Parlement, & il vendit fa Charge
de Confeiller de la troifiéme
des Enqueftes à Mr de Meliand
frere aîné du nouvel Intendant
de Lyon & qui fut receu au Par
lement le 30. Mars 1689. Le
nouvel Intendant de Dijon , eft
frere de M° Voifin , épouſe de
Mr Voifin Secretaire d'Erat de
la guerre , & fils de feu Mr de
Trudaine,Confeiller du Roy &
Matre ordinaire en fa Chambre
des Comptes. Mr. l'Laten250
MARCURE
dan: de Dijon eft coufin germain
de Mr Lefpinette le Mairat
, Maiftre des Requêtes , fils
de Mr le Mairat de Nogent
Mailtre des Comptes , dont
je vais vous apprendre la mort.
Ce jeune Magiftrat eſt Maiſtre
des Requeftes depuis l'année
1700. & du Semeftre de Janvier.
M de Trudaine Intendante
de Dijon eft de la Maifon
de la Sabiiere & petite fille
de M de la Sabliere , que tous
les beaux efprits ont louée dans
leurs ouvrages , & qui eſtoir
foeur de Mr Hefnin qui vit encore
aujourd'huy & que fa verGALANT
251
tu plus encore que fon merite
rendent li recommandable. Il
elt fort âgé.
Mr Meliand , nouvel Intendant
de Lyon & ci - devant Intendant
à Pau & Intendant des
Armées de France & d'Efpagne
, eft fecond fils de feu Mr
Meliand , Confeiller aux Requeftes
du Palais & enfuite
Mailtre des Requeſtes , & arrie
- petit - fils de Mr Meliand
Procureur general au Parlement
de Paris , auquel feu Mr
Fouquet fucceda, Il eft neveu
de Mr Meliand ancien Evêque
d'Alet & auparavant de Gap.
4
252 MERCURE
Il elt d'une tres - ancienne famille
de Robbe , qui a donné
un Prefident à une des Chambres
des Enqueftes du Parlement
de Paris , & un Ambaſſadeur
de France en Suiffe & pluficurs
Confeillers au Parlement
il y a une autre branche
de Meliand dans le Parlement ;
Blaife Claude Meliand Confeiller
de la premiere Chambre
des Requettes , où il fut receu
le 16. Avril 1698. en eft Ic
Chef. Mr de Lamoignon de
Courfon , fils de M ' de Bâville ,
ci devant Intendant de Rouen ,
& qui l'eſt à prefent de Bor-

GALANT 253
deaux a époufé depuis peu fa
foeur. Mr l'Intendant de Lyon
a époufé la fille de Mr le Bret
premier Prefident du Parlement
d'Aix , & qui nâquit à
Lyon pendant que Mr fon
pere y eftoit Intendant . Mr
Cardin le Bret de Flavacourt
fon frere eft Intendant de
Provence . Mr le Camus Scigneur
de la Grange , qui
vient d'eftre nommé Intendant
de Pau , eft Maître des Requeftes
depuis l'année 1696 .
& du Semestre d'Octobre . Il
eft fecond fils de M' Nicolas
le Camus Seigneur de la
254 MERCURE
Grange Bligny , premier Pre
fident de la Cour des Aydes ,
neveu de M' le Lieutenant
Civil & de feu M' le Cardinal
le Camus , & frere de M' le
Camus premier Preſident de
la Cour des Aydes , en furvivance
de M' fon pere. Ce nom
eft refpectable depuis longtemps
dans la Robbe aufli
bien que dans l'Eglife.
Mr Trudaine , a tenu une
conduite à Lyon pendant qu'il
en a efté Intendant , qui luy a
gagné les coeurs de tout le
Pays . Il y a vécu d'une maniere
fomptucufe , il logeoit tousGALANY
255
les grands Seigneurs qui y
paffoient . D'ailleurs il Y cultivoit
les Sciences ; depuis une
année il y avoit formé une
efpece d'Academie en affemblant
tous les Lundis de chaque
Semaine l'élite des gens de
Lettres de cette Ville qui trai
toient ces jours- là le point de
fcience qui leur avoit été affigné
dans la precedente conference.
Cet Intendant y a eu l'avanta
ge de loger chez luy Monfieur
Le Duc d'Orleans , lorsqu'il
paffa à Lyon , pour aller en
Piedmont , & à fon retour.
Mr Meliand n'a que 40.
256 MERCURE .
ans ; mais dans un âge fi peu
avancé il a déja donné plufieurs
marques de fa capacité & de
fon habileté dans les affaires.
J'ay oublié de vous marquer
à la fin de l'Article du
Rofaire , qui precede celuy que
Vous venez de lire , que je vous
ay déja envoyé il y a quelques
années , un Article à peu prés
femblable , puifqu'il s'agiffoit
de la reception de Monfeigneur
le Duc de Bretagne à
la Confrérie du Rofaire. On
ne peutrop parler de ces fortes
d'Articles , & on ne les peut
top lire à cauſe du bien qu'ils .
GALANT 257
peuvent faire , & qu'ils peuvent
engager ceux qui les lifent à
fe mettre du nombre des
Confreres du Rofaire. L'Article
que vous venez de lire eft
bien capable de produire ce
falutaire effet , puifqu'il eft
rempli de miracles qui font de
notorieté publique , & dont
les Hiftoires font pleines depuis
plufieurs ficcles ; de maniere
que perfonne n'en peut
douter non plus que de ce que
plufieurs Papes en ont dit dans
un grand nombre de Bulles
qui font connues de tout le
monde.
Mars
1710.
Y
258 MERCURE
Les
hommes ne
peuvent
trop fe précautionner
contre
les morts fubites qui ont regné
dans tous les ficcles ; mais plus
en certain temps qu'en d'autres
; & l'on peut dire que fila
Confrerie
du Rofaire ne les
elle peut du
empêche pas ,
moins eftre caufe qu'ils meurent
en meilleur eftat. Ces
morts n'ont jamais efté fi frequentes
qu'elles le font depuis
un temps par toute l'Europe
& particulierement
en France.
On en entend parler tous les
jours , & je pourois vous entretenir
d'un grand nombre
GALANT 259
}
qui font arrivées depuis un
mois dans tous les quartiers
de Paris ; mais je vous en rapporteray
feulement trois qui
font arrivées dans trois endroits
bien remarquables , & à
la vûë de beaucoup de gens
de forte que perfonne n'en
pourra difconvenir . La premiere
eft arrivée dans le Temple
le de Dieu ; la feconde au
milieu & devant toute la Cour,
& la troifiéme au milieu d'un
des plus celebres endroits du`
monde , dans lequel on rend
la Juſtice , & pendant que les
Juges eftoient affemblez pour
la rendre.
Yij
260 MERCURE
Le premier Article nous
fait voir un Chanoine de S.
Maur , qui aprés avoir fait fes
prieres pour celebrer la Meffe ,
avoir mis fon Aube , & fon
Manipule , fans fentir la
moindre atteinte d'aucun mal,
& en mettant fon Etole , eft
tombé mort.
Le fecond exemple d'une
mort auffi fubite , eft arrivé à
Verfailles , où un Valet de
Chambre de Madame la Ducheffe
de Bourgogne en
oftant un Tabouret de fa
Chambre pour le porter dans
un lieu qui joignoit la Cham-
1

GALANT 261
bre de cette Princeffe , a auffi
payé le tribut qu'il devoit
à la mort plutoft qu'il n'avoic
cru le devoir faire.
i
Et enfin le troifieme malheur
de pareille nature , eft
arrivé dans la feconde des
Requeftes du Palais , à Mr
Veronneau , celebre Avocat ;
le Prefident de cette Chambre
avoit fait appeller une Caufe
qu'il devoit Plaider , & pour
laquelle il eftoit tout préparé ,
le Prefident ayant accordé
l'Audiance pour cette Cauſe ;
mais à peine Mr Veronneau
eut-il commencé à parler qu'il
262 MERCURE
demanda qu'on le foutint , &
dans le même moment il comba
mort aux yeux d'une nombreufe
affemblée qui fut auffi
touchée que furpriſe de cette
mort qu'elle avoit encore
moins attendu de voir , que
Avocat qui s'eftoit mis en
eftat de ne la point craindre
en quelque temps qu'elle puft
Je furprendre , & l'on pour
juger de fes bonnes moeurs , &
de fa vie reguliere , puifqu'on
a découvert aprés fa mort
qu'il portoit un Cilice , & que
Fon a trouvé chez luy plufieurs
inftrumens de penitence.
GALANT 263
En vous parlant de morts ,
je dois vous parler de l'Epitaphe
d'un Prelat qui auroit dû
eftre immortel , fa vie eftant >
fort neceffaire au falut des
ames aufquelles il a contribué
juſqu'à fon dernier foupir.
Cette Epitaphe eft de Mr
l'Abbé Plomet , que Mr l'Evêque
de Nifmes avoit honoré
de fon eftime .
264 MERCURE
EPITAPHE
DE MESSIRE
ESPRIT FLECHIER ,
EVESQUE DE NISMES..
Ci gift un ESPRIT ,
Quifurpris
L'Universparfon Eloquence-
Sçavant : on le vit à la Cour •
Briller comme l' Aftre du jour ,
Prêchant aux Rois la Penitence.
Poli , fes Ouvrages divers ,
Soit dans la Profe , ou dans les
Vers ,
Ont
GALANT 265
Ont éternife fa Gloire ,
Immortalife fa Memoire.
Zelé comme un Aron , dans fes
brûlans transports
,
Ilprefentoit au Ciel les vivans &
les morts.x
Prudent comme Moyfe ,
Quels Portraits enchantez de la
Terre promife
Ne fit-il pas , pour ſe gagner le
coeur
Du Mondain corrompu , du rebelle
Pécheur?
Mars 1710.
Z
266 MERCUR
Tanteft commeJonas , il menaçoit
en Chaire ;
Souvent en Jeremie , il pleuroit la
mifere
Des Riches obftinez ,
Des Chreftiens fafcinez.
Humble , Simple , Pieux , Bienfaifant
, Charitable ,
Aux Grands comme aux Petits il
parut respectable:
Et dans l'Epifcopat en CHARLES
transformé ,
Ilfinitfes beauxjours , en vertus
confommé.
La mort de cet Evêque a
GALANT 267
$
laiſſe une place vacante à l'Academie
Françoife qu'il fera
difficile de remplir d'un auffi
bon fujet , & d'un homme
auffi univerfel. En attendant
que je puiffe vous parler de celuy
fur lequel l'Academic aura
jetté les yeux , je dois vous
dire que Mr le Prefident de
Meſmes , qui avoit eſté nommé
pour remplir celle de M le
Comte de Crecy y vient d'eftre
reçû ; mais comme il faut du
temps pour vous faire un fidele
portrait de ce qui s'eſt paſſé à
cette reception j'ay cru devoir
remettre au mois prochain à
Zij
268 MERCURE
vous en entretenir . Vous ne
perdrez rien pour attendre , &
je fuis perfuadé que vostre
curiofité fera fatisfaite.
Cependant je vous diray
que le Roy ayant permis à Mr
Maréchal fon premier Chirur
gien de fe démettre de fa
Charge de Maître d'Hôtel
qu'il luy avoit donnée , il s'en
eft deffait en faveur de Mr le
Vaffeur Maistre des Comptes
qui a travaillé pendant trente
ans aux principales Affaires
de la Marine. Sa Majesté a
donnéfon agrément à Mr le
Vaffeur , avec des temoigna
,
GALANT 269
pr
gés de bonté & de fatisfaction
des fervices qu'il luy a rendus
fous les ordres de feu Mr le
Marquis de Seignelay , de Mr.
le Chancellier , & de Mr le
Comte de Pontchatrain.
Le Roy d'Efpagne a nommé
Don Juan Antonio de
Amezaga Lieutenant general ,
pour fervir en Arragon fous les
ordres de Mrle Comte d'Aguilar
, & le Gouvernement de
Malaga a cfté donné à Don
Baltazar de Amezaga fon frere
Maréchal de Camp.
-
S. M. C. a auffi fait Don Juan
Ifidore de Padilla Gouverneur
Z iij
270 MERCURE
d'Orihuela Brigadier , en confi
deration de fes fervices .
Don Juan- Antonio de Amezaga
a fervi toute fa vie
dans la Cavalerie , où il s'est élevé
par degrez ; ce qui prouve
qu'il ne doit le rang qu'il occupe
à prefent qu'à fon feul merite
& à fa feule valeur . Il eſt
d'une des meilleures Maifons
de Caftille , & il a l'honneur
d'eftre allié par les femmes à
Male Duc de Medina Céli .
Don Juan eft parent de Don
Jofeph de Amezaga Gouverneur
d'une Place confiderable
de Caftille . Mrs d'Amezaga
+ GALANT
270
ont toûjours marqué beaucoup
de zele pour les interefts
de Sa Majesté Catholique . Ces
~ deux illuftres freres , tous deux
élevez fous ce regne aux premieres
dignitez de la guerre ,
ont donné de frequentes marques
qu'elles eftoient encore
plus dues à leur valeur & à leurs
fervices qu'à leur naiffance ,
quoy qu'elle foit des plus qua-
Aifiées .
Don Ifidore de Padilla qui a
efté fair Brigadier , porte un
nom qui eft en veneration en
Efpagne . Loranzo Padilla Archidiacre
de Malaga & qui vi-
Z iiij
272 MERCURE
voit dans le feiziéme fiecle
fut Hiftoriographe de Charlequint.
Il publia un Catalogue
des Saints d'Espagne. François
de Padilla fon neveu fe diftingua
par fon fçavoir ; il enfei
gna la Theologie à Seville avec
un fuccés éclatant & fut Chanoine
de Malaga ; il
fa une Hiftoire Ecclefiaftique
d'Espagne , & une Chronolo
gie des Conciles.
compo-
J'aurois du vous parler plutoft
des Morts dont vous allez
lire les Articles , mais quoy que
la Renommée apprenne bientoft
la mort des perfonnes de
GALANT 273
diftinction qui font decedéés, il
faut neanmoins fouvent beaucoup
de temps pour apprendre
ce que l'on en doit dire ,
& fur tout de celles qui font
mortes dans des lieux éloignez
de Paris . Mais quand leur mort
feroit arrivée à Paris même
je ne laiffe
quefois befoin de beaucoup
de temps pour m'informer à
fond de ce que je vous en dois
apprendre.
ге
pas d'avoir quel-
Mie Antoine le Mairat Chevalier
Seigneur de Nogent , eft
mort âgé de 68. ans Il eftoit
Mailtre ordinaire de la Chamt
274 MERCURE
bre des Comptes ; il fut reç
en cette Charge en l'anné
1663. n'ayant encore qué 21 .
ans ; & il eftoit prefque à la
tefte de cette Compagnie
, puifqu'il
eftoit immediatement
aprés M Bailly de la Croix
qui en elt Sous- Doyen. Il
eftoit du Semeftre d hiver ; &
il avoit acquis dans l'exercice
de cet employ beaucoup de
réputation Il cft frere de Mr
le Mayrat , fi connu par fon
merite & par les lumieres de
fon efprit ; & couſin germain
de M Voifin & de M de Trudaine
Intendant de Dijon. Il
t
$
GALANT 275
laiffe plufieurs enfans ; l'aîné eft
Maistre des Requeftes & foû
tient avec honneur dans le
Confeil la réputation que fes
ancêtres ont acquife dans la
Robe depuis deux ou trois ficcles
. Mrs le Mairat font connus
à Paris depuis le regne de
Philippes le Long. Ce Prince
avoit auprés de luy un Officier
de ce nom qui luy donna de
frequentes preuves de fa fidelité
. Nous devons au petit fils
de ce même Officier la publication
de l'excellent ouvrage
de Fuller qui a pour titre
Pharmacopoeia ex temporanea
1
276 MERCURE
Un Religieux Benedictin du
même nom & de la même fa- .
mille qui brilla dans fon Ordre
vers le milieu du quinziéme
ficcle, agita une queftion qu'on
a renouvellée en ces derniers
temps , & qui ne fit pas alors
moins de bruit qu'elle en fait
à prefent entre un fçivant Je
fuité & un illuftre Auteur : il
s'agilloir de fçavoir files dé
mons eftoient les Auteurs des
Oracles du Paganifme ; le Religieux
Benedictin prit le mê
me parti qu'a pris le Pere Battus
, & prétendit qu'en cela il
n'y avoit aucune fupercherie
GALANT 277

de la part des Preftres du Paganifme.
Les Actes de la Difpute
de Dom le Mairat ne furent
pas rendus publics , mais
on en voit divers fragmens
dans quelques Abbayes de
Champagne & de Normandie.
Mr le Marquis de Choify ,
Gouverneur de Saar- Louis ,
eſt decédé âgé de 78. ans . Il
eftoit Lieutenant General des
Armées du Roy ; & il fut
nommé le premier dans la
nombreuſe , promotion du
26. Octobre de l'année
1704. Ce Marquis avoit
fervi pendant la plus grande
*
<
278 S
MERCURE
partie de fa vie dans l'Infanterie
, & il s'eftoit peu paffé
d'actions
d'éclat de fon temps
,
où il n'euft donné des marques
de fon courage & de fon
experience dant l'Art de la
Guerre. Il avoit efté Gouverneur
de la Citadelle de Cambray
& de Thionville, & il avoit
eu l'honneur de commander
l'Armée du Roy au Siege de
Rhinfeld
. Il eftoit proche pa
rent de Mrs de l'Hôpital , &
il fortoit d'une ancienne Maifon
qui s'est toujours diftinguée
par fon zele pour le fer-
Vice de fes Princes ; il s'eftoit
GALANT 279
attiré par les manieres civiles
& bienfaifantes les coeurs de
tout le Peuple , & de la Nobleffe
de fon Gouvernement
fa mort y a caufé de grands
regrets. Mr de Varennes Maréchal
de Camp , & Licurenant
de Roy de Saar Louis
Mr de Montmelian Major
& Mr Deſchamps Aide- major
de la même Place , firent faire
pour luy un Service magnifique
dans la principale Eglife
de Saar - Louis ,› peu de jours
aprés fa mort ; & Mr de
Flamicourt Capitaine des
Portes de la même Place , en
280 MERCURE
fait faire un en fon particulier
pour marquer d'une maniere
plus finguliere l'attachement
refpectueux qu'il conferve
pour la memoire de cet illuftre
Gouverneur .
une Fortereffe que le Roy fit
bâtir en l'année 1680. elle
eft fituée dans le Duché de Bar ,
& prés de Longwi , & de
Marfal ; & à peu prés dans la
même diſtance de Stenay.
Saar Louis eft
Mre René de Savonnieres ,
Chevalier Seigneur de Linieres ,
Confeiller en la grand' Chambre
, eft mort fort regretté
dans le Parlement , où il avoit
GALANT 281
acquis beaucoup de réputation
par fa probité , & par l'é
tenduë de fes lumieres . Il y a
quarante trois ans que Mr de
Savonnieres eftoit Confeiller .
au Parlement , y ayant eſté reçu
le 12. Mars 1667. & il eftoit
devenu par fon ancienneté le
dixiéme Confeiller de la grand
Chambre. Il eftoit d'une ancienne
famille connue dans le
Parlement il y a prés de deux
fiecles . Sous François I. il y
avoit déja dans cet augufte
Corps des Magiftrats de ce.
nom , & fous les regnes túmultueux
des petits fils de ce Prin-
Mars
1710.
A a
282 MERCURE
ce , ils fe diftinguerent par leur
fidelité & par leur zele pour le
fervice de nos Rois . Mr de Savonnieres
eftoit parent de Mr
Ribaudon du Monceau Confeiller
en la troifiéme Chambre
des Enqueftes , & de Mr
Bence Confeiller en la même
Chambre. Mr de Savonnieres
fon grand pere fe rendit celebre
vers le commencement du
dernier fiecle par les progrés
qu'il fit dans les Sciences humaines
, & fur tout dans la
Phyfique experimentale , où il
fit de belles & de curieufes découvertes.
Il eftoit auffi tresGALANT
283
verfé dans la Geometrie &
1'Algebre fpecieufe ; plufieurs
grands hommes qui ont paru
depuis avec éclat , ont profité
avec fuccés de fes écrits & de
fes obfervations . Mr Reland
dont on a de fi belles Differtations
fur les Antiquitez Samaritaines
, a ſouvent avoué qu'il
avoit obligation à ce fçavant
homme d'une grande partie
des lumieres qu'il avoit acqui
fe dans les Antiquitez Orientales
, & fut tout dans les Medailles
Samaritaines , upda
Mre N... de Greflé Confeiller
du Roy & Auditeur en
A a ij
284 MERCURE
fa Chambre des Compres
eſt mort dans un âge peu
avancé. Il n'y avoit que neuf
ans qu'il eftoit Officier de
cette Compagnie , n'y ayant
efté reçu qu'en l'année 1701 .
il eftoit du Semestre d'Hyver .
Mr de Greflé eftoit d'uneancienne
famille de la Robbe
connu dans le Parlement peu
de temps aprés qu'il eut efté
rendu fedentaire par le Roy
Philippe le Bel , & il eftoit
proche parent de Mrs Coufin
Paye n, & Chavigné , Maiſtres
des Comptes ; mais fon merite
perfonnel le diftinguoit plus
GALANT 285
que tous ces avantages parti-..
culiers. I joignoit un goût
fûr & un efprit jufte aux lumie
res profondes qu'il avoit pui
fées dans une longue étude des
Sciences les plus difficiles ; il
avoit fait de grands progrés
dansles Mathemiques . L'attachement
qu'il avoit eu dés
fa jeunelle pour cette Science j
l'avoit lié avec feu Mt le Marb
quis de l'Hôpital que l'on a
regardé dans ces derniers
temps comme un des premiers.
hommes de ce fiecle pour la
Geometrie. Plufieurs Sçavans
s'affembloient un jour de
286 MERCURE
chaque femaine chez Mr Greflé
& traitoient dans des conferences
reglées les queftions les
plus épineufes & les moins
développées des Mathematiques.
Il n'eft pas le feul de
fa familles qui fe foit rendu
celebre dans le Republique des
Lettres ; un Pere Greflé de
l'Ordre de Saint François , fuc
dans le penultieme fiecle un
des plus grands Theologiens
de fon temps . Il s'eftoit appliqué
avec fuccés à l'étude de
l'Ecriture Sainte ; il avoit même
fait un Commentaire fur les
Evangiles , que l'on conferve
GALANT 287
manufcrit dans quelques Bibliotheques
& qui auroit cfté .
d'une grande utilité s'il eur
parû. On croit que le Pere
Janton le pourra publier.
L'Abbaye de la Deferte ,
fituée à Lyon ayant vacqué
par la mort de Madame de
Quibly , derniere Abbeffe &
qui avoit cfté Coadjutrice de
feue Me fa tante
nomma il y a quelque temps
à cette Abbaye Mc de Chatillon
, Religieufe de l'Abbayede
Saint Pierre de la même
Ville . La nouvelle Abbeffe
eft foeur aînée de Me d'Hyle
Roy
288 MERCURE
Yours dont le merite eft fi
connu dans le monde . Mr
l'Evêque de Châlons fur Sзone
fie quelque temps aprés la
Ceremonie de Benir cette nouvelle
Abbeffe , dans l'Eglife
de la Deferte. Me de Roftaing
Abbeffe de Chazaut & Me
de la Tour- vidant Prieure
perpetuelle du Monaſtere de
Saint Benoift de la même Ville ,
furent les Abbeffes, affiftantes ;
& la derniere futi appellée
faute d'autre Abbeffe.
l'Evêque de Saint Flour , qui
fe trouva alors à Lyon , affiſta -
à la Ceremonie en Camail &
Mr
en
m Wuwuu དང go:ཀྱ
GALANT 289
I
2
Mc en Rochet , de même que
l'ancien Abbé de Saint Antoi
ne. Toute la Nobleffe de Lyon
dont la meilleure partie appartient
à la nouvelle Abbeffe
affifta à la Ceremonie , & Mr
l'Evêque de Chalons , fit ouvrir
les portes du Convent qui
eft tres vafte & qui eft d'une
grande ancienneté, à tout ceux
qui y voulurent entrer . Me
de Châtillon eft d'une des
meilleures Maifons du Pays.
Elle eft alliée à la Maiſon de
la Chaize & à celle de Rochefort.
Elle refifta long - temps
avant que d'accepter cette
Bb

Mars
1710.
290 MERCURE
Abbaye , & elle ne l'a fait que
par l'ordre exprés de fes Supericurs
& de feüe Me l'Abbeffe
de Saint Pierre .
4
Le Jeudy 27 Février M
l'Abbeffe de S. Pierre de Lyon ,
foeur de feu Mr le Duc de Brif
fac & tante de celuy qui porte
aujourd'huy cette qualité , prit
poffeffion de fon Abbaye ; elle
avoit reçu quelque jours au
paravant les Bulles qui avoient
efté adreffées à Mrl Abbé Terraffon
Official de Lyon , & fecond
Cuftode de l'Eglife Paroiffiale
de Sainte Croix de la
même Ville. LaCeremonie fe
&&
GALANT 291
fit l'apréfdinée . M ' le Comte
de Saint Georges Precenteur
de l'Eglife de Lyon , & neveu
de M ' l'Archevêque
, alla prendre
M. l'Abbeffe dans fon appartement
& la conduifit au
Chapitre où toutes les Religieufes
eftoient affemblées . Mr
Official y prononça y prononça un Dif


Cours tres éloquent fur le fujec
de cette Ceremonie & fur
Thonneur qu'il avoit en ce jour
de mettre en poffeffion une
Abbeffe d'un nom fi illuftre ,
& dont le merite eftoit fi univerfellement
connu . Toute la
Communauté fortit en Pro-
Bb ij
292 MERCURE
ceffion du Chapitre , la Croix
eftant à la tefte , & M° FAbbeffe
terminoit ce Cortege ,
precedée de tous fes Officiers
& de tout fon Clergé , conduite
par Mr de S. Georges
& ayant à la droite Mr l'Offi
cial , & accompagnée de toute
fa livrée ; en cet eftat elle fit le
tour du Cloiftre , la Commu
nauté chantant des Répons.
La Proceffion fit le tour fur les
Terreaux , & entra par la grande
porte de l'Eglife Paroiffiale
de Saint Pierre , dont M l'Ab..
beffe prit poffeffion . Deretour
en fon appartement elle fit fer
GALANY: 293
DI vir une magnifique
collation
baux Meffieurs
& aux Dames
qui avoient affifté à cette Ceremonie
& à ceux qui eftoient
entrez en cette Maifon , dont
les portes furent ouvertes
pendant
tout le jour à ceux qui
eurent la curiofité
de voir une
des plus belles Maifons
Religieufes
du Royaume
. On tira
quantité
de fufées & plufieurs
boettes dehors
, & dedans
le
Convent devant & aprés la
Ceremonie ; il y eut le foir de
grandes illuminations , des fanfares
, & un concert de Trompettes
, Hautbois & autres Inf
Bb iij
294 MERCURE
trumens qui fervent à rendr
une Ceremonie plus pompeu
fe. Le Lundy 17. Mars fuivant
Mr l'Archevêque de Lyon be
nit la même Abbeffe dans l'Eglife
de Saint Pierre qui eftoit
magnifiquement ornée de tentures
de velours cramoifi vio
let , avec quantité de feftons
chargez d'écuffons aux Armés
de la Maiſon de Coffe , de mê
me que l'Autel , où l'on voyoic
auffi les Armes de Mr l'Archevêque
. Ce Prelat celebra une
grande Meffe qui fut chantée
par les Religieufes . Il avoit
pour Diacre & Sous- Diacre ,
*
GALANT 295
Ս.
E
5
5
Mr le Comte d'Albon Archi
diacre de Lyon , & Mr le Com,
te de Chantelau-la- Chaife , &
chacun de ces deux Meffieurs
eftoit accompagné de huit Miniftres
inferieurs , c'est - à - dire
de quatre autres Diacres & de
quatre Soûdiacres . Mr le Com,
te de Genitines frere aînéde Mr
l'Evêque de Limoges & grand
Cuftode de l'Eglife de S. Jean ,
& Mr le Comte de Chemé la-
Valette neveu de Mr l'Arche
vêque & fon grand Preftre ,
accompagnez de Mrs Terraft
fon , & Chazeneuve Chevaliers
de Saint Jean , eftorent les
Bb iiij
296 MERCURE
>
quatre Chapitres. Il y avoit
plufieurs autres Miniftres inferieurs.
L'Abbeffe qu'on alloit
benir eftoit accompagnée de
M de Roftaing Abbeffe de
Chazaur , & de M de Châtil
lon Abbeffe de la Deferte ( ces
deux Abbayes font fituées
dans la Ville de Lyon ) & de
quantité de Religieuſes qui
avoient accompagné ces deux
Abbeffes . Mrs les Comtes de
Saint Jeany vinrent en Corps ,
de même que Mrs du Confu
lat . Mr Trudaine alors Inten
dant de Lyon , & Mr le Prin.
ce d'Harcourt Y affifterent,
*
GALANT 297
it
it

Mr de Pompone , ci -devand
Ambaffadeur de Venife , qui
eftoit à Lyon depuis quelques
jours , y affifta , mais incognito
de même que Me la Comteffe
de Soiffons , qui fait fon féjour
dans cette Abbaye . Cette Cel
remonic une des plus brillan
tes qu'on ait vûës depuis longtemps
, fut fuivie d'un magni
fique repas que l'Abbcffc nous
vellement benite donna à cet
illuftre Clergé. Rien de ce que
la Saifon peut fournir de plus
délicat & de plus délicieux n'y
fur oublié . On y admira une
profufion de toutes chofes
298 MERCURE
mais bien entendue . Le Deffert
fur tout fut magnifique . Aprés
le dîner on ouvrit les portes du
Convent à tous ceux qui voulurent
y entrer,
Mr le Marquis de Broglie ,
Brigadier des Armées du Roy
Intpecteur General del Infan
rie
Colonel du
Regiment
de l'Ile de France , fils de Mr
le Comte de Broglie , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Avênes
, & de Dame Marie de la
Moignon , époufa le 13. , de
ce mois dans la Parroiffe de
Saint Gervais Mile Voyfing,
GALANT
2
fille de Mr Voyfin , Maifto
& Secretaire d'Etat
Guerre , & de Dame N....
Trudaine . La Ceremonie fut
faite par Mr de la Berchere
Archevêque de Narbonne .
Je vous ay fi fouvent parlé
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
L lors que le Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui y fut prêché le même jour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé . Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre
avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies , & Mr des Granges
Maiftre des Ceremonies ,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor
༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
& les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl

IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre à Voſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affemblée reprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice, ༢༠༡༥

Nous venons en renouveller à
V. M. les proteftations lesplusfinnous
fouhaiterions qu'il ceres ,
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes co plus écla
os
dans le cours de cet
Affemblée
, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre , grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy
des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës baf-
Jes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermir celle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux , le grand Preftre eft
également attaché à luy , il fe déclare
même plus hautement en fa
304 MERCURE
faveur, & faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Il luy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée
à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint avoitpoint d'autre à lug
donner , il s'expofe genereufe
&
ment par cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés .
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos coeurs ne nous
preffent pas moins que noftre deGALANT
305
voir de remplir à l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours de fes victoires a été inar
les ordres fecrets &
terrompu par
impenetrables de la fageffe deDieu ,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus
petits pendap
pour faire
د
que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien

toune
refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le même fort . Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on en
qu'on en peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectons da
vantage , s'il eft poffible ,fous cette
main divine , dont les coups falu
taires vous rendent plus reſpectable
aux yeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long , puifqu'il fera éternel ,
& que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüir paiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'r de toute la gloire de
ce monde , fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement
, font morts dans l'imnu
penitence
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion , des graces & des fam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; ce font des
moyens de meriter un bonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & ne trou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte la fauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , & qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans dans vos peines nous
y vozons avec confolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration le cou
rage & la foy que vous y faites
paroître sap sailo
Tag
Elle meritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira ."
tion où toute la terre tomba devant
luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , & de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bien que d'admirationpour V. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner la paix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde que pour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemiment fo
GALANT
311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons coeurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quel facrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
& fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs de tous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement
à la paix de l'Europe's car
ne fçait - on pas que par tout
fouffrent , & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés ,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples
gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fant il eft vray que la guerre
eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez
cherement, que vous enferez
avantaGALANT
313
avantageufement & glorieufement
dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez
à tant de peuples accablez ,
&fur tout par le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachant plus fortement
que jamais les coeurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas
dans leurs coeurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit un grand
Mars
1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens
foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement
des peuples ? Qui eftce
qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point ,
& pour qui tous fes Sujets craignent
?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons- nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez à la
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux
fi nous pouvons
y
1 contribuerpar quelqu'endroit, nonfeulement
par nos voeux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux , &
nous ne craindrons point d'en chan-

Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions
faire fans crime , en les faifantfervir
à foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eft pas moins attaquée que vostre
Royaume , dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que les grands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient promGALANT
317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
qui feul elle dépend , & qui l'arefuféejufqu'à
prefent dans fa juftice
en punition des pechez du monde,
appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long - temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique
Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , & pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches
avant le deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfa
Race & la faſſent durer
jufqu' à la confommation
du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former
elle- même , & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages
maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voir fes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,
felon l'expreffion d'un Prophete
, chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de charGALANT
319
rues , & de leurs lances des inftrumens
à remuer la terre.
Que V. M regne deplus en plus
dans leur coeur , & qu'elle y fot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere folide , telle qui
e
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien .
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR ,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que de juftice .
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurang que vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le coeur
s'éleve ordinairement à proportion
deGALANT
321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux- mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR
, & voftre
bon coeur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieu n'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes , quepour
les proteger , les fecourir
foulager dans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour
voir ce que
les peuples fouffrent
entrer
dans leurs peines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'atta-
En rempliffant un fojufte devoir
, non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent ,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le coeur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR
, cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême.
Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance
, par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le coeur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luy fommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons
faire encore pourfon fervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos coeurs & point nos forces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR
, de
noftre attachement pour vous
&nous fait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les voeux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale. "
pour celle
Le lendemain les Commiffaires
du Roy , Mrs le Pelletier
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers
d Etat ordinaires , Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire
d'Etat , & Mr des Maretz
, Con-
General des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures
du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio
& de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
efté preparée. Peu de temps aprés
le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à la grande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que de Bordeaux , Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes , Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , un Evêque,
CALANT 327
un Commiſſaire du Roy, & un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , à la maniere accoucumée.
Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
& Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient
cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
même temps , & ils fe couvrirent.
Mr le Comte de Pontchartrain
remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy , qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé
Turgot pour en faire la lecture
à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier
luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna
d'abord la veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoir pour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée . Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite
qu'il y avoit entre les interefts
de l'Etat & ceux de la Religion
; de quelle neceffité il étoit
que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement
dans ces
temps calamiteux , afin de procurer
à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel ; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars
1710. Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir
aux acclamations publiques
du glorieux Etat de la France ;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires
du même Clergé , cependant
le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane
pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty
, qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient
efté prendre , & les deux
Agens les accompagnerent juf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent à la même
heure , & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer
dans le détail de la demande
qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés
ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi le Laboureur
lei
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur & le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau
fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon
voyage heureux , & prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , & faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur
des faifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile , &détruiſent
en un moment le fruit de tous fes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent les fages me .
fures que le Pilote à prifes ,
ن م
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe
lesfages difpofitions d'un General
experimenté. Cependant le Laboureur
ne renonce point àfon travail
, & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertes par une Moiffon avan
tagenfe . Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre
un voyage plus beureux
pourfe confoler de fon naufrage.
Le General rallie fes Troupes
, reparefon Armée & fait té
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nous avons vú, Mrs , la plus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT
335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence
d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Mer a réparéce qu'elle
nous avoit pú caufer de défordre
, nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable
en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné , où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles . Si la Victoire a paru ba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis
fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits . Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit
davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re de nouveaux efforts pour mettre
S. M. en état de refifter à fes Ennemis
, ou de redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durable paix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M. concourent ensemble pour
luy donner de nouveaux fecours.
La Cour s'eft non feulement privée
defes ornemensfuperflus ,mais
encore de fa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plus neceffaires
. Les Magiftrats ont tedes
chomoigné
leur zele par leur empreffement
à racheter la Capitation ;
J
nousfommes perfuadez, Mrs, que
vous fuivrez de fi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour
défendre vos foyers . Il
s'agit de défendre la caufe deDieu,
Ff
Mars
1710.
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes ,& d'oppofer une barriere
à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt
au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité
du fubfide qui tient licu
de la Capitation.
Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée
eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion
du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs
les Commiffaires
furent reconduits
comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial
que du grand
nombre de faits qu'il contient.
Ils font tous veritables
; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez .
*.
Je vous ay déja parlé de la
mort de S. A. S. Monfieur le
Duc , & il ne me reſtoir plus à
yous entretenir que de tout ce
Ffij
340 MERCURE
qui s'eft fait aprés fon decés
files mêmes Ceremonies qui
fe font faites aprés la mort de
feuë S. A. S. fon pere n'avoient
efté fuivies de point en point
à la referve de quelques perfonnes
qui n'ont pas fait les
mêmes fonctions puifque
c'eft Mr l'Evêque d'Auxerre ;
qui'a conduit fon Coeur à l'E
glife des Jefuites de la rue S.
Antoine , & que ce Prelat l'a
prefenté en faisant l'Eloge de
ce Prince avec l'Eloquence
qui luy eft ordinaire , & dont
je vous ay fouvent parlé ..
Le 12 de ce mois Monfieur
GALANT 34!
le Prince de Conty nommé
par le Roy pour venir de fa
part jetter de l'eau benifte
fur leCorps du Prince défunc
fe rendit à l'Hôtel de Condé ,
accompagné de Mele Duc de
Mortemart ; Mr le Marquis
de Levy portoit la queue de fa
robbe . Il cftoit conduit par
Mr.le Marquis de Dreux Grand
Maitre des Ceremonies , & il
y avoit autour de luy des Gardes
du Corps du Roy & des
Cent- Suiffes . Il fut reçu par
Monfieur le Duc d'Enguien ,
accompagné de plufieurs Seigneurs
qui ont l'honneur
Ffiij
342 MERCURE
d'être de fa parenté , & des
Principaux Officiers du Prince
défunt .
Les jours fuivans Meffieurs
le Prince de Conty en fon
nom , le Duc du Maine , le
Comte de Toulouſe , allerent
donner de l'eau - benifte.
Monfieur le Cardinal de
Noailles le Chapitre de
l'Eglife Metropolitaine , le
Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes,
le Corps de Ville , & plufieurs
Communautez , allerent rendre
les mêmes devoirs.
Le 15 le Corps fut tranfGALANY
. 343
porté à Valery , fepulture des
Princes de la Maifon de Con-
с
fieur
1
dé , accompagné par
le Duc d'Enguien & par Mr
l'Evêque d'Auxerre , & Mr
l'Archevêque de Sens le reçut
avec les Ceremonies ordinaires .
Le 24 Monfieur le Duc
prefta deux Sermens ; le premier
pour la Charge de Grand
Maitre de la Maiſon du Roy ,
le Serment ayant efté lû par
Mr le Comte de Pontchartrain
, & le fecond pour le
Gouvernement
de Bourgogne
;
ce fut Mr le Marquis de la
Vrillere qui lut le Serment.
Ff. iiij
344 MERCURE

Le mot de l'Enigme du
mois dernier eftoit le Souflet.
Ceux qui l'ont trouvé font
le Pere Agatange , des grands
Auguſtins ; M l'Abbé Grâvelle
; de la Tonnelaye , du
Faux bourg S. Germain , de
l'Ormeau du même Fauxbourg
; de Rouillac : de Gafti
nay , de la rue S. Martin ; le
petit Brunet , de la rue S. Honoré
; de Bierne le cadet , ruë
des Prouvaires ; Charles Thirou
, du College Mazarin ; le
petit Toury , de la Porte S
Bernard ; le Mary fans Femme;
les deux Amans rivaux de
GALANT 345
Mlle M... du Quay des
Auguftins ; l'heureux Blondin ,
del'Hôtel des Urfins l'Amant
favorisé , du même quartier ;
le Soupirant pour Mile Lap ...
le Berger Tircis de la Bergere
Climene ; le grand : Chantre
& fa Linotte , du quartier S.
Jacques; le Nouvelliſte obſtiné,
du quartier du Palais Royal ; le
Pacifique des Tuileries ; le Pos
litique du même Jardin ; le
beau Tircis , & l'Enfant gaſté
du Marais ; l'Amant de The
mis , du même quartier : le
Marchand à bonne Fortune ;
de la rue S. Denis : la belle
346 MERCUR
Societé de la même rue : &
l'Amy de Mlle B... Miles de
Rezé , proche la Comedie
Mercier , du Quay des Au.
guftins :Bouthillier : Moyferte :
Huflin : le Duc de Valange
1 fille : la jeune & charmante
Caron , prés S. Jullien : Marie-
Anne , du Cloiftre S. Thomas
Anne Jollain , du Louvre
& fa charmante voifine le
G.nt : la Spirituelle & la Gracufe
, de la rue des Marmoufets
: la future Marquife , du
même quartier : la Confidence
mutuelle & la Societé broüillée
, du quartier de la MadeGALANT
347
laine : la jeune Mufe renaiffante
G. O. la Blanche & Brune de
la rue des Bernardins : la Merc
dépofée , & la Soeur prude , de
la Societé de Caen la groffe
Cato , de la Porte S, Bernard :
l'Hofteffe de la belle Allegreffe
, rue Medem : & la Bergere
Climene.
:
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , elle eft du Pere
Agatange.
ENIGME.
L'on me voit aisément & mon
eftre eftfenfible
348 MERCURE
Maispour me bien comprendre
fçavoir qui je fuis ,
La chofe eft mal aifée ,
impoffible ,
paroift
C'eft on demeurent court les plus
rares efprits.
Sans me diminuer l'on prend de m
fubftance ,
ma
Que je donne à chacun pour eftre
en füreté,
Et quoique j'en fourniffe à tous
en abondance ,
J'en ay toûjours chez moy la même
quantité.
Je me donnefans poids ,fans nombre,
&fans mefure ;
Et depuis le Bergerjufques au plus
grand Roy,
GALANT 349.
Il n'est petit ny grand dans toute
la nature
Qui n'implore mon aide , & n'ait
befoin de moy.
Tout le monde s'en fert, & tous
à la même heure,
Rien de plus merveilleux ,quoy que
de plus commun ,
L'on me porte par tout de demeure
en demeure ,
Etfi toft qu'on me voit j'éblouis
I un chacun.
7
L'Air qui fuit eft de Monfieur
Charles.
A
350 MERCURE
AIR NOUVEAU.
On n'entend plus aux Champs
Le doux bruit des Mufettes ;
Les Tambours , les Trompettes
Sont les feuls Inftrumens
Qui regnent en ce temps.
Je paffe à la fituation des
Affaires de l'Europe telles qu'el
les fe trouvent dans le moment
que je vous écris . Je dis dans le
moment que je vous écris , car
il pourroit y avoir du changement
dans le temps que vous
recevrez ma Lettre.
TITIT
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LYON
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1893
19TH THE 1971
35
Šឬឬđ/
SULE
rec
GALANT 35%
De quelque cofté que l'Em
pereur regarde fes Affaires , il
fe trouve fort embaraffé. Il eft
certain que fes Troupes ont
efté battues en plufieurs occafions
par les Confederez
d'Hongrie , & qu'il a fait une
perte confiderable , qui a efté
fuivie de celle de l'Ile de Schut.
Ce font des faits conftants
dont les nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez mêmes
font mention . On doit
remarquer que l'Ifle de Schut,
n'eftant qu'à douze lieües de
Vienne , les Confederez peuvent
faire des courfes juſqu'à
352 MERCURE
fes Porres , & que l'on n'en
fortir fans rifquer beau- peut
coup .
Les Cercles ne fe font pas
encore mis en devoir de lever
un fol , ni un homme pour tenir
tefte à une Armée victoricufe
& de prés de cinquante
mille hommes que les François
ont du cofté du haut Rhin.
Cette Armée ne manque de
rien , ayant tiré les Contributions
que les Allemans ont efté
obligez de luy payer moitié en
argent & moitié en grains.
L'Empereur ne peut efperer
aucunes Troupes de DanneGALANT
353
marck , & fur tout depuis la
derniere Bataille , ny d'aucun
autre cofté ; de maniere qu'il
fe trouve obligé de faire revenir
d'Italie huit mille hömmes
de fes meilleures Troupes,
qui ne fuffiront pas pour envoyer
du cofte d'Hongrie &
du cofté du Rhin ; & ces Troupes
, tirées d'Italie feront caufe
que Monfieur le Duc de Savoye
ne fera pas affez fort pour
mettre une Armée en Campagne.
Joignez à cela qu'il luy
fera tres - difficile de tirer des
fubfides d'Angleterre , puis
qu'elle n'a pas tous les fonds
"Mars 1710. Gg
354 MERCURE
neceffaires pour faire la Campagne
prochaine , & qu'il luy
fera abfolument impoffible de
rien tirer des Hollandois , qui
manquent encore beaucoup
plus d'argent , & des chofes
neceffaires pour faire la Campagne
que les Anglois. Ce fone
des faits connus, & publiez par
eux-mêmes.
2
Quant à la France elle ne
manque point de Troupes , &
elles font invincibles lorfqu'elles
font bien conduites. Ses
fonds feront plus que fuffifans
pout faire une gleufe Campagne.
Le rachatla PauletGALANT
355
de celuy de la Capitation
du Clergé , de plufieurs Affaires
& de plufieurs autres
Particuliers qui ont laiffé en
mourant des fommes immenfes
qui appartiennent au Roy ,
& de fes revenus ordinaires qui
commencent à produire beaucoup
, & qu'une grande recolte
que le Ciel femble luy promettre
, doit encore augmenter
beaucoup , remettront fes
affaires dans une bonne fituation
. Joignez à cela qu'elle
doit tirer une grande quantité
de bleds du Languedoc
, que
la Bretagne luy en fournit tous

Gg ij
356 MERCURE
les jours ; qu'il en eſto venu
beaucoup du Levant ; qu'il en
vient encore tous les jours deo
ce cofté- là , & que tout celuy
du premier envoy que les Ge
nois devoient faire eft arrivé à
Marſeille , où ily en a quaranté
mille muids que l'on a com
mencé à faire venir de ce coftécy
, & dont une partie arrivera
inceffamment à Paris. Jene dis
rien de tous les fruits de la terre
dont il paroift que nous de
vons avoir une abondante recolte.
Toutes les Recrues des
Troupes font faites il y a déja
long temps , & lorfqu'il fera
GALANT 357
temps d'entrer en Campagne ,
les Alliez connoîtront qu'ils
onc efté longtemps abufez fur
la veritable fituation de nos
affaires.
Il paroift qu'ils doivent peu
compter fur les Troupes Saxo
nes. Le Roy Auguſte , il eft
vray , cft retourné en Pologne ;
mais comme les affaires de ce
Royaume font encore dans un
grand defordre , & que tous les
Partis ne luy font pas favorables
, il a beſoin de Troupes
pour s'y maintenir , & moins
les Polonois veulent voir de
Saxons dans leurs Etats , plus
358 MERCURE
"
il y doit faire groffir le nombre
de fes Troupes , fans lef
quelles il ne peut eftre bien af
fermi fur le Tiône. Enfin de
quelque cofté que l'on envifa
ge la fituation des Affaires , il
paroift que toutes les Puiffan
ces ont befoin de leurs Troum
pes , & que quand les Alliez auroient
plus d'argent à leur don
ner qu'ils n'en ont en effet , ils
ont trop befoin de leurs Trou.
pes pour les envoyer hors de
chez eux , & peut- cftre , comme
nous verrons dans la fuite ,
les Augios feront - ils obligez
d'en referver beaucoup chez
GALANT 359
eux , puifqu'il eft impoffible
que le feu de la divifion qui s'y
eft mis , puiffe eftre ftoft
éteint , & qu'il le puiffe même
eftre qu'en apparence , car les
divifions caufées par des affaires
de Religion finiffent rarement
; & lors qu'on les croit
finies , elles ne font qu'affoupics
, & font toûjours prêtes à
reprendre feu.
A l'égard des Affaires d'El
pagne , elles fe trouvent , aujourd'huy
dans une fi heureufe
fituation qu'elle eft en état
de fe procurer feule fa gloire
& fon bonheur fans rien de360
MERCURE
voir à perfonne , & de maintenir
fur fes Trônes le Monarque
à qui ils appartiennentlegitiment
; qu'elle a reconnu avec
joye , & au devant duquel elle a
envoyé avec un empreffement
remplyd'allegreffe ; de maniere
qu'elle n'auroir
pas fait autre
ment quand elle l'auroit ellement
choifi . Et en effet c'étoit
le choifir que de reconnoître
fesdroits fondez fur la nature
& declarez juftes par
fon dernier
Monarque mourant , &
en prefence de fon Dieu , ce
qu'il n'auroit pas fait s'il avoit
ctû le contraire dans le moment
GALANT 361
ment qu'il eftoit preft de luy
aller rendre compte de fes actions
, & fes droits font fi vifi;
bles & fi inconteſtables , que
toutes les Puiffances de l'Europe
qui les luy diſputent aujourd'huy
, les ont non feulement
reconnus , mais ont même
efté jufqu'à Madrid l'affurer
de cette reconnoiſſance , &
ont demeuré à fa Cour , foit
en qualité d'Ambaffadeurs ,
foit en qualité d'Envoyez pour
yrefider. De maniere que toutes
les Puiffances qui font liguées
aujourd huy contre luy,
excepté la Maifon d'Autriche
.Hh
Mars
1710.
362 MERCURE
fur
qui ne veut pas reconnoître
fon droit , n'ont des raique
fons politiques pour le faire
defcendre d'un Trône auquel
tant d'autres font unis , & qui
luy appartient legitimement.
Leurs raifons font fi foibles ,
que n'eftint fondées que
la politique, & non fur le droit,
ils fe font laffez d'en parler, ou
plûtôt ils en ont eu honte.
Ainfi il n'eft plus queftion parmy
les Alliez pour détrôner
Philippes V. d'autres raifons ,
que de raifons de bien - ſeance ;
& c'eft pourquoy le Ciel qui
n'approuve pas ces raifons , a
GALANT 363
toûjours protegé fi vifiblement
cette Couronne , & la
protege encore contre toutes
les Puiffances liguées qui l'attaquent
, & que les feuls Elpagnols
ont entrepris de défendre
aux dépens de tout leur
fang & de tout leur bien . Ils
font charmez de la juftice
de l'efprit , de la valeur &
de la douceur du Monarque
qui les gouverne , & de la Reine
fon époufe en qui toutes
les vertus abondent , & qui en
plufieurs occafions a fait voir
le coeur d'une veritable Amazone
, & qui feroit digne de
Hhij
364 MERCURE
fi
commander , ayant dit que
l'occafion s'en prefentoit , elle
iroit à la tefte de l'Armée avec
le Prince fon fils ; qui ne fait
pas plus de dépenfe qu'une
Dame particuliere , & qui envoye
chaque jour à la Caiſſe
Militaire tout ce qu'elle reçoit
pour fon entretien , fuivant la
grandeur de fon rang. Enfin
il paroît que le Ciel a beny
cette Monarchie , & le Roy &
la Reine d'Efpagne , puifqu'il
leur a donné un fucceffeur , la
feule chofe qu'il pouvoit leur
manquer. Ils ont le plaifir de
voir aujourd'huy ſous les arGALANT
365
més , pour maintenir leurs
droits , toute l'Efpagne ; c'eftà-
dire , un monde entier , fans
avoir befoin d'aucun fecours
étranger . L'argent ne leur manque
point non plus que les
hommes
. Tous les Royaumes
leur donnent gratuitement
tout ce qui fe trouvent chez
eux , les uns des Chevaux ,
les autres des Vivres , & le
Clergé , même leur a offert
toute l'Argenterie
de leurs Eglifes
qui eft nombreuſe en Efpagne
, ce qu'ils n'accepteront
qu'en cas qu'ils en ayent un
preffant befoin , ce qui n'arri-
Hhv
366 MERCURE
vera pas pendant le cours de la
Campagne qui va commencer ;
de forte qu'ils pourront garder
cette reffource pour une autre
Campagne , ainfi que l'argent
de la florte du Mexique qui
vient d'arriver à Cadix , fans
les grandes fommes qui peuvent
continuellement arriver
du Perou , d'où ils peuvent toû
jours en attendre , & que l'on
ne manquera pas de leur envoyer
pour foûtenir la gloire
d'une Nation qui va feule fe
défendre glorieuſement contre
un Monde d'Ennemis . La
fituation des affaires eft telle ,
9
GALANT 367
que les Alliez ne pouvant envoyer
contre l'Espagne des
Troupes que par Mer , toute
l'Europe s'épuiferoit d'hommes
avant que de pouvoir former
en Espagne une Armée
qui fut à beaucoup prés capable
de tenir tefte aux fidelles
Efpagnols , parce que le trajet
feroit périr beaucoup d'hommes
& de chevaux , à caufe des
maladies que l'air de la Mer
caufe parmy les Troupes de
tranfport qui ne font pas accoûtumées
à faire un long féjour
fur Mer , & de la mortalité
qu'il caufe parmy les Che
368 MERCURE
;
vaux , joint à ce que les tempêtes
font perir de Vaiffeaux
& par confequent d'hommes
& de chevaux , & que l'air du
Pays a toûjours fait auffi mourir
beaucoup de ceux qui y font
arrivez à bon port ; en forte
que par les calculs que l'on a
fouvent faits , on a trouvé que
de toutes les troupes qu'on envoyoit
par Mer en Espagne &
en Portugal , le cinquième
homme pouvoit à peine être
en état de rendre fervice .
Quand aprés tant de pertes
& de dépenfes , les Alliez pourroient
former une Armée caGALANT
369
pable de faire quelque tentative
, il luy feroit abfolument
impoffible de conquerir tous
les Royaumes d'Espagne les
uns aprés les autres , & avant
que d'avoir pû emporter quelques
Places , ces troupes feroient
tellement diminuées que
les Alliez feroient obligez à
recommencer les mêmes dépenfes
, & à faire les mêmes.
efforts ; de forte qu'aprés quelque
temps toutes leurs forces
periroient , & qu'ils ne pou
roient continuer à faire des
levées qui n'auroient pas un
meilleur fuccés. Ainfi l'on peut
370 MERCURE
dire que l'Espagne eft prefentement
comme un rocher au
milieu de la Mer , contre lequel
tous les Vaiffeaux qui en
approcheroient fe briferoient .
Je reviens à ce qui regarde
l'affaire du Docteur Sacheverel
dont je vous ay déja parlé.
Il eft impoffible , tant que la
face des affaires , & la face du
Gouvernement ne feront pas
changées , que l'Angleterre ,
& fur tout la Ville de Londres
ne s'en reffentent , & que
plus grande partie des Troupes
de l'un & de l'autre Parti
puiffent abandonner Londres
la
GALANT 371
1
fans
craindre que leur party
foit infulté , ce qui fera grand
tort aux Affaires
du Royaume
dans la fituation
où elles fe
trouvent
aujourd'huy
, puifque ,
de la maniere
que tournent
les
Affaires , les Alliez doivent avoir
befoin de Troupes
Angloifes
, & fur tout s'il arrive ,
comme
il s'y trouve beaucoup
d'apparence que les Troupes
Danoifes , celle du Roy Augufte
, & celles de l'Electeur de
Brandebourg en foient rappellées.
Ce qui donne lieu
de le craindre , eft que ces
Puiffances ayant engagé pour
372 MERCURE
leurs propres intereft le Roy
de Dannemarck d'attaquer le
Roy de Suede , elles fe trouvent
engagées à foûtenir S. M. D.
pour nela pas laiffer périr , &
que d'ailleurs fi elles l'abandonnent
, le Roy de Suede avançant
toûjours , & fe faifant
jour par tout , pouroit encore
s'agrandir , & leur tailler bien
de la befogne. Et ainfi les Allicz
qui fouffrent de tant de
manieres en Flandre auroient
bien de la peine à y continuer
guerre , ou pour mieux dire
ne l'y pouroient foûtenir . Ainfila
Cour d'Angleterre doit de
plus
la
GALANT 373
plus en plus ouvrir les yeux fur
la faute qu'elle a faite en attaquant
le Docteur Sacheverel.
Tous ceux dont on a pillé les
Temples auront raiſon auffibien
que les Anglicans , de ne
pas envoyer hors du Royaume
les Troupes de leur Religion
& fi les premiers ont cité infultez
ils n'en doivent accufer
que ceux qui gouvernent en
Angleterre qui auroient pû
feindre de n'avoir pas remarqué
ce que le Docteur Sacheverel
avoit prêché,puifqu'il n'a
fait que parler pour la Religion
dominante du Pays , &
Mars 1710
. I i
374 MERCURE
établie
par les Loix , & que les
autres ne font que tollerées
pour les interefts de la Reine ,
& par une politique dont je
vous ay fouvent parlé , & que
je vous ay amplement expli
quée.
La Caufe du Docteur Sacheverel
eft fi jufte que fes Avocats
le jour qu'ils commencerent
à répondre à fes accufations
, ne firent autre chofe que
lire des Homelies , des Sermons
, & d'autres ouvrages
qui enfeignent la même Doctrine
qu'il a prêchée & qui elt
autorisée
par
les
Livres
apGALANT
375
prouvez par le Parlement
Le Chevalier Harcourt plaidant
en faveur de ce Docteur
fur le premier Chef d'accufation
, dit entre autres chofes ,
que le Docteur Sacheverel n'avoit
rien avancé contre la revolution
, & que s'il avoit toûjours
foûtenu la Doctrine de
l'obéïffance paffive , il avoit une
foule de garents & d'autoritez
parmy les fameux Docteurs
de l'Eglife Anglicane
,
tant morts que vivants , & entr'autres
plus de vingt Archevêques
ou Evêques , dont quelques-
uns étoient là pour le ju
Ii ij
376 MERCURE
ger , & dans les Sermons ou
certe Doctrine étoit maintenuë
, qui avoient efté imprimez
par ordre exprés de S. M. ou
de la Chambre des Pairs.
Le lendemain les quatre Avocats
du Docteur Sacheverel
produifirent un figrand nombre
de preuves pour la Doctrine
de l'obéillance paffive ,
que
cela
occupa la Cour depuis
onze heures du matin juf
qu'à fix heures du ſoir.
Les accufations faites contre
le Docteur Sacheverel font
fi criantes , & ont tellement
irrité tous les Anglicans , que
GALANT 377
2
nonobſtant les pourſuites qu'2
ils ont vû faire contre ce Docteur
, ils font prefts de l'imiter
en tout ce qui regardera leur
Miniftere lorfqu'ils fe trouveront
en pareilles occafions fans
craindre d'encourir la difgrace
de la Cour , & il eft arrivé làdeffus
un fait auffi extraordinaire
que furprenant , & qui
fait voir que les Docteurs de
Egliſe Anglicane la défendront
toûjours . Ce fait eft arrivé
en preſence de la Reine , &
l'on pouroit dire en s'adreffant
à elle-même , puifqu'il parloit
à l'Auditoire dont cette Prin-
Ii iij
378 MERCURE
ceffe étoit à la tête.
Mr Palmer ayant eſté nommé
par l'Evêque de Londres
pour prêcher dans la Chapelle
de la Reine à Witchall , il obéït
; mais dans fon Sermon il
pria Dieu pour le Docteur Sacheverel
comme pour un homme
perfecuté , & comme la
Reine a donné ordre à l'Evêque
de Londres de le fufpendre
de fes fonctions ; ce procedé
qui eſt auſſi hardy que
glorieux pour ce Predicateur ,
a efté fort applaudi des Angli-
& l'on peut juger par là
cans ,
des fuites que l'on doit crain-
K
GALANT 379
dre de cette affaire , & de la
combuftion où se trouve toute
la Nation Angloiſe , qui
penfera moins à l'avenir aux
affaires du dehors qu'à celles du
dedans , tous les chaftimens
n'ayant fait que l'aigrir , &
chacun ne fongeant plus qu'à
la défenfe de fa caufe , & à fa
défenſe même.
Enfin pour mieux faire remarquer
la fituation violente
où fe trouvent les chofes , il me
fuffira de vous dire que l'on
prêche hautement dans Londres
contre l'injuftice du Gou
vernement.
380 MERCURE
de
Pendant que les diffentions
caufées par la difference des
Religions agitent l'Angleterre,
on eft encore occupé en France
de la joye que la naiffance
Monfeigneur le Duc d'Anjou
y a caufée ; & quoy que je
ne vous aye parlé que des Réjoüiffances
qui fe font faites à
Paris , & des Feftes auffi galan.
tes que fingulieres qui ont efté
faites à Chafteau-gontier dans
l'appanage de ce Prince , ces
Réjoüiffances ont néanmoins
efté generales dans tout le
Royaume. Il s'en eft même fait
en quelques Pays étrangers ,
GALANT 381
& fur tout à Madrid où elles
ont eſté grandes ; la diftance
des lieux a efté caufe que je n'ay
pû vous en parler ce mois- cy ;
mais quoy que l'on en ait parlé
dans plufieurs Imprimez publics
, je pourray le mois prochain
vous en envoyer un
détail qui vous paroîtra nouveau.
Tous les Miniftres Etrangers
qui font icy ont fait des
Complimens au Roy fur cette
naiffance de la part de leurs
Maiftres , & leur efprit a brillé
fur les faveurs du Ciel qui fe
répandent fur Sa Majefté en
382 MERCURE
luy donnant des Arrieres petits
- Fils , ce qui pourra faire
regner fa pofterité pendant
plufieurs ficcles.
S. A. R. Monfieur le Duc
de Lorraine s'eft diftinguée en
cette occafion , car quoy qu'el
le ait icy depuis quelques années
un Envoyé Extraordinaire
de confideration , & qui ,
s'acquitte des fonctions de
cet Employ au gré de tout le
monde , elle a crû néanmoins
en devoir envoyer exprés un
autre pour cette fonction feule
, & elle a jetté les yeux fur Mr
le Marquis de Beauveau Craon ,
GALANT 383
diftingué par fa naiffance , par
la figure qu'il fait dans la Cour
de Lorraine , & par fes grandes
qualitez . Il a reçu icy tous
les honneurs que l'on rend aux
Miniftres des Teftes couron
nées. Les Caroffes dn Roy le
font venus prendre pour le me
ner à Verfailles avec Mr dé Bre
teuil Introducteur des Ambal
fadeurs , qui l'a conduit à l'Audiance
de Sa Majeſté , & il a
efté traité par les Officiers de ce
Monarque , & les mêmes Ceremonies
ont cfté obfervées à
fon Audiance de Congé .
Je reçois en ce moment la
27015
384 MERCURE
1
Lifte des nouveaux Officiers
Generaux nommez par Sa Majefté
, & ils font en fi grand
nombre qu'il me feroi impoffible
de vous parler de chacun
en particulier comme j'ay fait
en vous envoyant toutes les
promotions qui ont eſté faites
depuis que je vous adreſ
fe mes Lettres , & il n'y a
aucun de ces Officiers dont je
ne vous aye déja parlé de la
naiffance , du merite , & des
actions particulieres par lef
quelles ils fe font diftinguez ,
& l'on ne peut plus rien apprendre
de nouveau des Officiers
GALANT 385
ciers de ces fortes de Promotions
, fi ce n'eft de quelques
nouveaux Brigadiers , parce
que l'uſage eftant de parler de
chacun à mesure qu'il eft élevé
en dignité , tous leurs fervices
font connus , hors de quel-
`ques uns de ceux qui font élevez
pour la premiere fois à la
dignité d'Officiers Generaux ,
dont néanmoins plufieurs fe
font fait connoiſtre en qualité
de Colonels ou de Lieutenans-
Colonels.
La matiere continuant toûjours
à m'accabler , je fuis encore
obligé de remettre un
Mars 1710
. Kk
386 MERCURE
grand nombre d'Articles au
mois prochain , & fur tout celuy
du mariage de Mr le Marquis
de Caftel - Blanco , avec
Mlle de Melford , fille du Comte
de ce nom . Je ſuis , Madame
, voſtre , & c.
A Paris ce 31. Mars 1710.
Le Mercure d'Avril ſe debi
tera le 6.de May.
HOTHEQUE
DE
LYON
1893
TABLE .
Prelude
, dans lequel on voit la
bonté du Roy , qui remet le
Den gratuit aux Etats d'Artois
,
5
Premier Article des morts ,
Lettre d'Argentan , qui contient
des faits fort finguliers ,
Article curicax
57
touchant Mr
Rigaud , fameux Peintre 95
Difpute fur l'obligation d'alifter a
la Meffe de Parroiffe 107
Dignité de Prevost de S. Paul de
Liege , conferée à Mr le Comte
de Berlo , Evêque de Namur ,
III
Fondation faite à Lyon pour des
Prieres pendant les trois derniers
jours du Carnaval ,
Second Article des morts ,
IIS
117
Ouverture de l'Affemblée generale
Kk ij
TABLE.
du Clergé , faite aux grands
Auguftins , avec les Ceremonies
obfervées à la Meße du S. Ef
prit , un extrait du Sermon
-prêché le même jour
159
Fefte galantefaite à Chasteau Gontier
pour la naissance de Monfeigneur
le Duc d'Anjou , 167
Sonnetsfur lefujet decette naiffance
180
189
Mariage ,
Article du Teftament de Mrl Archevêque
de Reims , par lequel
il donne fa Bibliotheque à l'Abbaye
de Sainte Geneviève , 202
Cloche baptifée à Rennes , & tenuë
par Mr le Maréchal de Chasteaurenault
, & par Me de Brillac ,
premiere prefidente du Parlement,
*
207
Offrefaite an Roy , par les SecretaiTABLE
.
9.
214
res Auditeurs de la Chambre des
Comptes de la même Ville ,
Thefesfoutenuës dans les Ecoles de
Droit où Mr. l'Abbé du Gué de
Launay reçoit le Bonnet de
Docteur,
*
216
Lettre fur la reception de Monfeigneur
le Duc d'Anjou au Rofaire ,
218
Mouvement fait parmy les Intendans
,
246
Trois morts fubites dignes d'estre
256
remarquées
Epitaphe de Mr l'Evêque de Nifmes
,
263
266
Reception de Mr le President de
Mefmes , à l'Academie · Fran.
coife
Mile Vaffeur Maitre des Comptes
» obtient l'agrement d'une Charge
de Maistre d'Hôtel du Roy , 268
Kk iij
TABLE.
Dons faits par le Roy d'Espagne
269
290
Quatrieme Article des morts , 272
Me de Chatillon eft nommée par le
Roy , Abbeffe de la Deferte , 287
Prife de Poßeffion de l'Abbaye de
S. Pierre de Lyon , par Me de
Briffac ,
Second Article de Mariage , 198
Ce qui ſe paſſa à Versailles le 19
de ce mois lorfque Monfieur le
Cardinal de Noailles s'y rendit
à la tefte du Clergé , & les Harangues
que fon Eminence fit at
Roy & à Monfeigneur le Dauphin
,
Le 20. & le 27. Mrs les commiffaires
du Roy viennent à l'Affemblée
du Clergé faire les demandes
de Sa Majesté , & ce
qui s'eft paßé à cette occafion , 325
10°
299
TABLE.
Suite de ce qui s'eft paffe aprés
la mort de S. A. S. Monfieur le
Duc ,
339
Sermens preftez par Monfieur le
Duc pour la Charge de Grand
Maitre de la Maifon du Roy ,
& pour le Gouvernement de Bourgogne
343
344 Article des Enigmes ,
Situation des Affaires de l'Europe ,
350
Suite de tout ce qui s'eft passé à
l'occafion de la naiffance de Monfeigneur
le Duc d'Anjou , 380
Nouveaux Officiers Generaux ,
Article
refervez
"
383
385
THÈQUE
BIBLIO
THE
LYON
18934
DE
LA
VILLE
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Plus le Ghar du Soleil , doit regarder
la page 200 .
H
Celuy qui commencé par ,
On n'entend plus aux Champs ,
doit regarder la page 350
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le