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1709, 10
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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
OCTOBRE , 1709 .
VILLE
A PARIS ,
ez MICHEL BRUNET , g rande Salle du
Palais , au Mercure Gal ant.
Con
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendrent autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIX,
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent leport.
MERCVRE
GALANT :
J
LYON
OCTOBRE , 1709.
1893
E vous ay parlé plufieurs
fois de la Mcffe folemnelle
que Meffieurs de Ville fonderent
dans la Chapelle du Louvre
, pour la conſervation du
Roy , dans le temps que Sa
A iij
6 MERCURE
Majefté tomba malade à Calais
& dont le retour de fa fanté
parut n'eſtre dû qu'aux voeux
ardens , & aux ferventes prieres
de tous fes Peuples . Cette
Meffe fe dit tous les ans , & les
Carmes qui la celebrent fe
rendent au Louvre avec le plus
d'apareil qui leur eft poffible ;
c'eft à- dire qu'ils font porter
à cette Proceffion toutes leurs
Reliques , & tout ce qu'ils ont
de capable d'exciter la plus
grande devotion. Ils font
acompagnez du Corps de
Ville , qui ne manque jamais
d'y affilter avec tout l'apareil
GALANT
7
qui l'acompagne ordinairement
dans fes marches les plus
folemnelles . Les Carmes l'envoyent
ordinairement inviter
à cette Proceffion , fondée par
leurs ancestres , par un de leurs
Religieux des plus capables
de remplir cet employ. Mrs
de Ville s'affemblent
pour le
recevoir , & pour écouter le
Compliment qu'il leur vient
faire de la part de fa Communauté.
Le Pere Pigray , a cfté
choifi cette année , & voicy
de quelle maniere il s'en eft
acquitté. Vous trouverez
dans cette invitation un éloge
A iiij
8 MERCURE
du Roy qui vous fera fans
doute beaucoup de plaifir.
MESSIEURS ,
Ce n'est pas pour allumer
dans vos coeurs le zele de pieté qui
apaffé de ces Hommes venerables
qui vous ont precedez juſqu'à
vous , queje viens icy vous inviter
à rendre au Seigneur en prefence
de tout fon Peuple , les voeux
que vos Peres ont faits
vous renouvelez fi fouvent en
fecretpour la confervation du plus
grand de nos Rois . C'est pour
vous annoncer ce jour d'oblation
que
<
GALANT
9
defacrifice que vous prevenez
fans
doute l'ardeur de vos
par
defirs , & qu'une loüable coutume
à marqué pour faire revivre
dans la memoire des Citoyens
la Religion de vos illuftres Predeceffeurs
; pour donner le fpectacle
édifiantde vostrepieté , & pour
répondre aux intentions du Souverain
qui vous a établis les
fideles Miniftres de fes volontez.
Par quelles Actions de graces
n'allez vous pas épancher vos
Ames auxpieds des faints Autels
pour reconnoiftre les bien faits du
Suprême Seigneur qui fut le Protecteurde
la vie de ce grand Prin10
MERCURE
ce , lorfque dans les commencements
de fa glorieufe Carriere il
le délivra d'une maladie dont la
violence eftoit au dessus de la
force des remedes humains ; mais
quelsfoupirs ne s'éleveront pas en
même temps du fond de vos coeurs
jufqu'au Trône des éternelles
Mifericordespour obtenir la durée .
de fes jours fi neceffaires à la confolation
des Peuples parmi ces
torrents de tribulations que le
Dieu jufte a fait déborder fur
nous ? ne reconnoiſſez vous
pas, Meffieurs , quefiles iniquitez
des Peuples ontformé le tonnerte;
fi elles ont attiré ces premiers coups
GALANT II
1
qui les ontfrappez , c'est à la pieté
du Roy qu'ils font redevables
de ce
que
les derniers éclats de la
foudre ne les ont pas reduits en
cendres.
que
Ce n'est doncpas pour faire un
ufageprofane d'une bouche qui ne
doit eftre dévouée qu'à publier ce
la verité a de plus reſpectable
que je parois devant un Tribunal
où vous n'eftes occupez que de
cette pienfe follicitude qui veille
aufoulagement & au bon- heur"
de la Patrie. Jefors pour quelques
moments de la prefence de l'Arche
Sainte pour paffer dans un
Sanctuaire de Religion où je fuis
12 MERCURE
chargé d'expofer à des hommes
dont lapieté regle tous les projets ,
quels font les juftes motifs d'une
folemnité où les voeux publics fe
réuniffent pour demander au ciel
la confervation d'un Souverain
qui eft le modele d'une pieté folide
toûjours égale ,jamais interrompuë.
Mrs , vous dire
que
le
Roy
n'eftgrand que parce qu'il est tres-
Chreftien , vous en avez autant
"de témoins fidelles qu'ily a deprodiges
de preté dans les années de
fa vie. Si les momens de cette vie
augufte ne peuvent fe compter que
par le nombre des grandes actions ,
GALANT
13
lapieté n'a- t-ellepas efté infeparable
de toutce qu'ily a de grand. Si
le Roy a efte victorieux , il a fait
entrer l'Eglife dans le commerce de
fes victoires ; s'il aforcé des Villes ,
fubjugué des Provinces , il a mis
Jefus Chrift & fon Sacrifice dans
tous les Temples & fur tous les
Autels ; s'ila voulu fufpendre la
rapidité de fes conqueftes lorsque
tout plioit fous le poids de fes armes
, ne fut- ce pas pour fe donner
le pieux loifir dans des jours paifibles
d'arracher du Champ du Seigneur
l'yvraie de l'herefie que
l'homme ennemi'y avoit femée &
que l'espace de prés de deux fiecles
14 MERCURE
y avoitfortement enracinée ?Mais
ce n'est point encorefur ce Theatre
de profperité où ildoit vous paroîtreplus
admirable. Les malheurs
de ces derniers temps où la main du
Dieu fort a frappé ces grands coups
qui ont ébranlé la terre ne nous
découvrent
- ils pas dans la pieté
du Roy quelque chofe de fingulier
?
Ouy , Meffieurs , & que pour
ne pas découvrir les deffauts des
hommes les plus extraordinaires ,
l'Orateurbabilefoitfouvent obligé
de tirer le rideau fur les difgraces
de leur vie ; & que pour faire des
Chef- d'oeuvres de la plupart des
GALANT
IS
Heros il faille les montrer dans
le jour de la gloire humaine fans
creufer leurs démarches dans la
nuit de l'affligeante adverfité.
C'eft dans les temps difficiles où il
eft aife de s'oublier foy - même que
le Royparoift au rangde ces Hom
mes illuftres dont a parlé l'Esprit
de Dieu. Comme l'étoile du matin
au milieu des nuages il brille, ilfuit
toûjoursfa courſe, dans les fentiers
gliffans & tenebreux de l'affliction
,fa pieté affermie répand de
plus vives lueurs.
En effet , fi les armes de Louis
le Grand , quelques juftes qu'elles
foient n'avoient cüeilli que des lau16
MERCURE
riers , la Pofteritéfurprife de tant
de fuccés eut bien admiré des actions
dignes de vivre dans la memoire
de tous les ficcles ; mais elle
eut ignoré fi les vertus du Heros
euffent merité d'eftre écrites dans
Le Livre de vie. C'est dans les événemens
contraires que cette Pofterité
la plus reculée respectera un
Roy dont le coeur n'eut jamais.
d'autres fentimens que ceux de la
Religion. Elle apprendra dans le
recit de ces revers inopinez dont
les Nations mêmes victorienfes
font étonnées ; qu'elle a efté la pienufe
fermeté de cet augufte Monarque.
Elley verra une même égaGALANT
17
lité d'ame : une prudence toûjours
exempte d'illufions ; une valeur
toûjours intrepide & ſa ſeuleſoumiffion
aux volontez du ciel qui a
pris un nouvel accroiffement dans
l'adverfité. Elle lira que s'il ne fe
confia jamais comme les impies
dans le nombre des combattans
s'il ne defira s'élever qu'au faint
Nom du Seigneur noftre Dieu
dans la multitude de fes Victoires ,
il ne s'eft adreffé qu'au Dieu des
Batailles pour arrefter les progrés
de fes Ennemis ; qu'il ne s'eft
point fait un bras de chair ; qu'il
n'a pas efperé dans les enfans des
hommes , dans lesquels il n'y à
Octobre 1709.
B
18
MERCURE
point defalut. Ellefçaura , dis-je,
qu'après avoir fait exhorter les
Peuples à la penitence , fa pieté a
encheri fur celle de David qui demandoit
à Dieu d'eftre feul
frappé
des maux que fon orgueil
avoit
attirez fur Ifraël , au lieu que ce
Prince treschreftien
a voulu punir
en luy feul les pechez dont les
peuplesfont les feuls
coupables.
N'est-ce pas ,
Meffieurs , ce
qui vient de
paroistre dans les genereux
deffeins qu'il
avoit formez
pour noſtre repos ? plus touché
de nos
miferes que
fenfible à fa
gloire il a offert à nos fiers Ennemis
, pour obtenir la Paix an
GALANT 19
monde Chreftien , des avantages
que l'équité ne pouvoit éxiger.
Si fa grandeur d'ame ne l'avoit
emporté fur les loix de la Justice
il alloit faire tomber fur luy ſeul
le poids de la colere du Ciel en
immolant tous les fruits de fa
valeur ànoftre heureufe tranquillité.
Ce font nos ennemis enflez
par des fuccés qui leurs eftoient
inufitez , qui en ont en ontfeuls détourné
les defirables effets ; mais s'ils ont
ofté au Roy par des demandes énormes
les moyens depacifier le monde,
ils nepeuvent luy enlever l'admiration
qu'il s'eft attirée de tous les
peuples dans l'exemple qu'il a don-
Bij
20 MERCURE
né d'une merveilleuse moderation,
Sa bonté qui a charmé nos coeurs les
a remplis en même temps des plus
vifs reffentimens contre la hauteur
denos ennemis. Nous avons chargé
les Autels d'encens & arvons
prié pour demander à Dieu qu'il
déconcertaft les injuftes projets des
Nations affemblées contre nous.
Cet efprit de terreur que le Tres-
Haut , repandit fur les Affiriens
au Siege de Samarie , eft encore
en fes mains qui fçait s'il n'eft
point tout preft à en fraper l'obftination
de nos Ennemis ?
Mais les voeux aufquels
s'intereße aujourd'huy voftre déGALANT
21
quels voeux
votion font ils moins importants ?"
ils font confacrez à obtenir du
Cielqu'ilprolonge les jours d'un
Souverain fi Religieux envers
Dieu , & fi attentif au repos de
fes Peuples ;
furent jamaisplus propres à faire
couler la rofée des Benedictions
que ceux quiferont rendus par des
hommes dévoüez aux offices de
la tendre Mifericorde , que les
fuffrages de la Patrie ont choifi
entre plufieurs milliers pour fubvenir
à fes befoins & conferver
fon ancien luftre.
Ces voeux qué vous ferezcomme
de precieux Parfums exhale22
MERCURE
à
ront leurs douces Odeurs jufque
dans le Palais où Dieu habite &
quelle force n'auront ils pas pour
toucher le Coeur du Dieu mifericordieux
, lorfque vous les unirez
ceux de voftre Illuftre Chef, cet
homme plein d'intelligence , dont
le rare genie , comme un trait de
feu vif perçant devance les
accidents les plus impreveus ; dont
la vigilance previent tout ; dont
la mifericordefe multiplie en autant
de formes qu'il y a de differentes
miferes ; qui fçait fi bienfe
partager entre mille foins & eftre
tout entier à chacun des Citoyens ;
à qui il nefe prefente rien de diffi
GALANT 23
cile qu'il n'applaniffe ; rien de
délicat qu'il ne ménage ; rien de
perilleux qu'il ne franchiffe g
quipar une application univerfel
le àfçu dans la rigeur des dernieres
faifons fe repandre fi à proposfur
tous les befoins publics ?
Ce font fes ardentes prieres ;
ce font les voftres, Meffieurs
que les Miniftres facrez offriront
pour le Roy au Pere Celefte
dans Adorable Sacrifice de fon
Fils; pouvons nous douter aprés
des Oblationsfifaintes que le Dieu
desconfolations ne verfe la plenitude
de fes graces pour prolonger
les joursd'un Prince qui n'a vécu
24 MERCURE
quepour le glorifier ; pour establir
fon vray Culte , mettre fon
Saint Nom dans toutes les bouches.
Vous trouverez dans les
deux Articles fuivans la fuite
des Services folemnels qui ſe
font faits pour
le repos de
l'Ame de S. A. S. feu Monfieur
le Prince.
Mr du Parc , Lieutenant
General d'Epée au Baillage de
Belley , & en cette qualité
Chef de la Nobleffe de Bugey,
en l'abfence de Mr le Marquis
de Rougemont , qui en eft
Bailly
GALANT 25
Bailly , a fait faire un Service
magnifique pour le repos de
l'ame de feuë S. A. S. Monfieur
le Prince , Gouverneur
de la Province , dans l'Eglife
des Cordeliers. Toute la Nobleffe
de la Ville & des environs
y affiſta. La Mufique
en fut tres - belle , & l'Eglife
cftoit tres bien décorée ; elle :
eftoit tendue depuis la voute
jufqu'en bas. Le Maufoléc
eftoit extremement élevé
on yvoyoit tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
dont feu Monfieur le Prince a
eftéreveftu , & les Lumieres y
Octobre 1709
. C
;
26 MERCURE
eftoient tres-bien diftribuées .
Mr l'Abbé Rouffeau , dont
le talent eft connu pour les
Oraifons funebres
, prononça
celle du Prince défunt qui fut
fort aplaudie. Il parla d'abord
des Heros de la Maifon de
Condé , & après avoir loüé le
fameux Prince de Condé qui
fut tué à Jarnac, & le Comte de
Soiffons , tué à la Bataille de la
Marfée , prés Sedan , il s'étendit
fur la vie de feu Monfieur
le Prince , fous les yeux de qui
celuy dont il faifoit l'Eloge ,
avoit appris , eftant encore
fort jeune , le dangereux MéGALANT
27
tier de la Guerre. Profeffion ,
ajouta- t'il , perilleufe ; mais
glorieufe , dans laquelle ce
Prince avoit fait voir à toute
l'Europe qu'il meritoit de
porter le grand & glorieux
nom de Condé. Il entra enfuite
dans le détail des Campagnes
que ce Prince avoit faites
n'eftant encore que Duc
d'Enghien , & pendant leſquelles
il avoit fait trembler plufieurs
fois tous ceux qui luy
eftoient attachez à caufe du
danger où il s'expofoit fouvent.
Il parla enfuite des rares
qualitez de fon efprit auf
Cij
28 MERCURE
quelles il donna beaucoup de
louanges.
Mrs les Confuls & Habitans
de la Ville de Gex à deux
licuës de Geneve, apartenante à
feuë S. A. S. Monfieur le Prince,
& capitale du Pays qui porte
le même nom , ont auffi fait
faire un Service pour ce Prince
, par lequel ils ont donné
des marques éclatantes de leur
devouement à la Sereniffime
Maifon de Condé.M ' le Doyen
de Gex Officia à ce Service ,
qui a cfté celebré dans l'Eglife
Paroffiale de Gex ; le Clergé
fut tres - ombreux , tous les
GALANT 29
Ecclefiaftiques des lieux voiſins
y ayant efté invitez. Le Baillage
y affiſta , ayant àfa tefte
Mr de Broffes Bailly de Gex ,
& cy - devant Lieutenant Criminel
de Lyon. Mr l'Abbé
de Borffat Docteur de Sorbonne
, prononça l'Oraiſon funebre
qui fut tres aplaudie . Aprés
avoir loué Mr le Prince fur
le courage qu'il avoit fait voir
fous les yeux du grand Condé
fon Pere dans les premie-
Campagnes , il parla de la
fublimite de fon genie , & du.
beau naturel qu'il avoit pour
les Sciences dont il avoit peres
C iij
30 MERCURE
netré tous les fecrets . Il s'étendit
enfuite fur la reconnoiffance
que tous le Pays de Gex
conferve des bontez dont cc
Prince luy avoit fouvent donné
des marques , & le détail
qu'il en fit plut beaucoup à
fon Auditoire , auffi bien que
çe qu'il dit des foins que feuë
S. A. S. avoit pris pour l'éducation
du Prince fon fils , ce
qui luy donna lieu de faire un
tres - bel Eloge de ce Prince.
Il donna auffi beaucoup de
louanges à Madame la Princeffe
, qui furent trouvées tresjuftes.
GALANT
31
Je vous envoye la fin de
l'Hiftoire du Doctorat , qui
n'ayant jamais efté traitée par
perfonne , a dû faire plaifir à
tous ceux qui fouhaitoient de
fçavoir toutes les difficultez
qu'il faut effuyer avant que
de meriter le Bonnet de Docteur
de Sorbonne ; c'eſt à dire
de la premiere Faculté du
monde , & qui eft la plus generalement
eftimée . Les Eloges
des treize Chambres & de
leurs Prefidens qui eſtoient
dans la feconde partie de cet
Article , qui fe trouvoit dans
ma derniere Lettre , ont fur-
C iiij "
32 MERCURE
pris beaucoup de monde , &
intereffe beaucoup de famil
les , & l'on ne s'attendoit pas
cette Hiftoire fuft fufceptible
de tant de chofes , &
qu'elle en puft renfermer un
auffi grand nombre.
que
Le lendemain Mardy 14 .
la Licence alla au Chaftelet
& à l'Hoſtel de Ville n'ayant
pû y aller le jour precedent ,
felon la coûtume d'y aller le
même jour qu'au Parlement ,
parce que ces deux Jurifdictions
ne tenoient pas le Lundy
leurs Sceances. Mr le Camus
Lieutenant Civil , & Maiſtre
GALANT 33
des Requeftes Honoraire
Prefidoit au Chaftelet: Le P.
Darcet fit un Difcours treséloquent
& dans lequel il parla
de l'antiquité de cette Jurifdiction
, & du merite des Magiftrats
qui la compofent aujourd'huy
. En parlant du licu où
cette Jurifdiction s'exerce
il n'oublia pas l'avantage qu'il
a d'avoir efté dans le temps de
le naiffance de Paris le Boulevart
d'une Ville aujourd'huy
fi celebre par le nombre de
fes habitans & par la beauté de
fes Edifices. Il dit fur ce fujet
plufieurs chofes tres - recher34
MERCURE
chées & qui furent écoutées
avec beaucoup de plaiſir.Il finit
fon Difcours par des loüanges
qui regardoient la perfonne
& la famille de Mr le Lieutenant
Civil , & il n'oublia pas
Mr le Cardinal le Camus . Mr
le Lieutenant Civil , aprés que
le Pere Darcet eut fini fuivant
un uſage qui n'avoit point eſté
obfervé dans les Chambres du
Parlement , alla aux voix ; la
déliberation
, ne fut
pas
longue
, & dés
quelle
fut
finie
Mr
le Lieutenant
Civil
s'eftant
re- mis
fur
fon
Siege
prononça
un
Difcours
Latin
auffi
Aeuri
GALANT. 35
ainfi
qu'éloquent. Il loüa beaucoup
la Theologie de Paris ,
que la Licence , & il exhorta les
Bacheliers de mettre en ufage
chacun dans fon Miniftere les
lumieres qu'ils venoient d'acquerir
, & de ne pas trahir la
vocation & le genre de vie
où ils eftoient appellez . Il dit
fur ce fujet quantité de chofes
fort folides,& fort touchantes.
Il loüa quelques grands hommes
de la Faculté qui ont vêcu
dans les deux derniers fiecles
& il finit en fouhaitant que les
Bacheliers qu'il voyoit devant
luy profitaffent de leurs exem26.
MERCURE
ples & fe conformaffent à de .
fibeaux modeles.
Du Chaftelet la Licence alla
en Fourure & en Corps , à
l'Hotel de Ville , où Mr le
Prevôt des Marchands , Mre
Charles Boucher , Sieur d'Orfay
, tenoit l'Audiance . Le
Pere Darcet , y harangua Mrs
du Bureau en François , & ce
fut la feule fois qu'il parla en
cette langue , & fon Difcours ,
de même que les autres qu'il
avoit faits luy attira beaucoup
de loüanges . Il fe fervit de
quelques traits de l'Hiftoire
Romaine , pour loüer les OffiGALANY
37
ciers de l'Hoftel de Ville , qui
plurent fort à l'Affemblée . Il
parla de l'antiquité & de la
beauté de la Ville de Paris , &
du luftre que Mrs du Confulat
luy ont procuré par tous les
ornemens dont ils l'ont embellie
& dont ils avoient encore
deffein de l'orner . Ce qu'il dit
fur ce fujet fut tres - curieux
& tres- recherché. Il demanda
au nom de la Licence
pour
laquelle
il parloit
, l'amitié
&
la
faveur
de
Mrs
du
Confulat
qu'il
invita
en
finiffant
aux
Paranymphes
dont
il
affigna
les
jours
. Mrs
du
Confulat
38 MERCURE
luy répondirent auffi en François
. Mr Nicolas Guillaume
Moriau , Procureur du Roy de
la Ville parla le premier , &
aprés avoir remercié la Licence
de la peine qu'elle avoit prife de
venir inviter le Confulat aux
Paranymphes & luy avoir
donné quelques lounges , il
conclud pour le Royà affifter
aux Paranymphes .
Prevôt des Marchans parla
enfuite & il fit en tres - peu de
mots l'éloge de la Licence , &
celuy de la Faculté de Theologie
. Il remercia Mrs les
Bacheliers de la peine qu'ils .
Mr le
GALANT
39
avoient prife & les affura que
la Ville auroit toujours pour
la Faculté de Theologic , la
confideration & l'estime qui
luy font dues & qu'il eftoit
en cette occafion le veritable
Echo des fentimens des Officiers
du Confulat , & que ceux
qui viendroient aprés luy tiendroient
conftaniment le même
langage . Il finit en affurant les
Bacheliers que les Officiers de
l'Hostel de Ville ne manqueroient
pas d'affifter aux Para
nymphes , parole qu'ils executerent
auffi fidellement que les
autres Cours executerent celle
40 MERCURE
qu'elles avoient donnée le jour
precedent & dans la même matinéc.
L'aprefdinée du même jour
on fit les Paranymphes des
Ubiquiftes dans 1 Ecole de
Theologie des Peres Cordeliers
, qui eftoit magnifiquement
decorée . Mr Poirier Bachelier
de la Licence, étoit l'un
des deux qui avoient été choisis
par les Ubiquiftes pour faire
cette Ceremonie , puifque dans
cette Licence à caufe du grand
nombre de Bacheliers qui la
compofoient , & que les Ubiquiftes
en font toûjours la plus
grande partie , on avoit divifé
GALANT
41
2
leurs Paranymphes en deux
Séances , & on en avoit chargé
deux perfonnes , au lieu que
c'eft fouvent la même perfonne
qui les fait , & quelquefois ,
le même jour . Mr Poirier les
ouvrit par une harangue latine
qui fut tres belle ; on y remarqua
beaucoup d'érudition
quantité de Paffages des Orateurs
Romains , & enfin un
grand nombre de penſées brillantes
convénables au fujet. A
la Profe fucceda un grand Poëme
qu'il recita auffi avec beaucoup
degce . Ce Poëme roula
fur une fiction fort ingenieu
Octobre 1709. D
42 MERCURE
fe. Le Poëte fuppofoit d'avoir
vû en fonge plufieurs Divinitez
, & fur tout le Dieu des
Vers , qui luy avoit fait de tendres
reproches fur l'oubli que
l'on faifoit de luy dans la Faculté
de Theologie . Cette fiction
fournit un jeu fort agreable
à l'Aſſemblée. Ce Prelude
eftant fini , Mr Poirier commença
à Paranympher , & Mr
l'Abbé de Saint- Aignan fut le
premier Paranymphé ; on y
détailla toutes les grandeurs de
la Maifon de Beauviller ; on y
loüa beaucoup tous les grands
hommes fortis de cette Maifon
; Mr le Duc de Beauviller
GALANT
43
fur tout fut tres- celebré , &
l'Abbé qui faifoit le fujet de
ce Difcours qui fut mêlé de
Profe & de Vers fut trés loué ,
& en cette occafion on luy rendit
toute la justice qu'il meritoit
. Mr l'Abbé de Saint - Aignan
répondit avec beaucoup
de modeftie à toutes les louanges
qu'on luy donna & fit connoiftre
en même temps par fa
réponſe qu'il eftoit également
bon Orateur & bon Theologien.
Les autres que Mr Poirier
devoit Paranympher le furent
enfuite tour à tour , ce
qui forma un jeu fort divertif
Dij
44 MERCURE
fant, foit par les veritez que le
Paranymphe difoit & qu'on
luy difoit. Une plaifanterie fur
tout qu'il fit au fujet du Livre
de l'Hiftoire de la Congregation
de Auxiliis , dont l'emprunt
donna lieu à une petite
fupercherie , fit fort rire l'Af
femblée , de même que ce qui
fut dit fur le Traité de la Priere
publique. On donna à la fin
des confitures à tout le monde,
ce qui fe fit auffi les jours fuivans
. Mr le Sindic y affifta ,
auffi bien que les jours fuivans
, accompagné de pluſieurs
Docteurs .
GALANT 45
7
Le lendemain 15. la feconde
bande des Ubiquiftes fue Paranymphée
, Mr Dauchel auffi
Bachelier de Licence fit les Paranymphes.
Il preluda par une
harangue latine affez éloquente
. Il dit quelques veritez un
peu fortes , mais on luy
luy en dit
de fortes auffi , & on luy fit
quelques plaifanteries fur fa
chevelure , qui furent trouvées
pleines de fel & d'agrément .
Parmi les Bacheliers qui repliquerent
, un Irlandois fur tout
nommé Duffe & Mr Sarrebours
, furent tres - applaudis ,
& autant que Mr de Bris l'avoit
46 MERCURE
efté le jour precedent .
Le 16. & le 17.l'apreldinée ,
les Reguliers qui fe diviférent
en deux bandes , à l'exemple
des Ubiquiftes , firent leurs Pa- .
ranymphes. La premiere bande
aux Jacobins , & la feconde
aux Carmes ; un jeune Aguſtin
qui n'eftoit pas de la Licence
fit les Paranymphes de la premiere
bande , & le Pere Robinet
Jacobin , Bachelier de la
Licence fit celle de la feconde .
Le Samedy 18. les Bacheliers
de la Maifon de Sorbonne
firent les leurs dans la Salle
interieure de Sorbonne ; Mr.
GALANT 47
Blondin Bachelier de Licence
& de cette Maifon , les fit ; fa
latinité reçut de grands applaudiffemens
, & il s'acquitta avec
fuccés de fa commiffion.
Le Dimanche enfin 19. jour
de la Quinquagefime , les Bacheliers
de la Maifon de Navarre
, firent les leurs. Mr Goubier
Bachelier de la Licence &
de cette Maiſon , à preſent Vicaire
de Saint Laurent , fit les
Paranymphes ; fon Difcours
plut beaucoup , je parle du premier,
car il n'en fit point à la
fin de la Ceremonie , comme
les autres Paranymphes. Dans
48 MERCURE
les réponses que les Bacheliers
firent à Mr Goubier , ils ne
manquerent pas de luy parler
de l'Ordre de l'Eperon à Rome
dont il eft Chevalier . Mr Magnodet
fur tout , & Mr Boutte
Bacheliers de Navarre dirent
des chofes fort agreables làdeffus.
L'Ordre de l'Eperon fut
fondé par Charles d'Anjou
Roy de Naples , aprés la bataille
de Benevent
, qu'il gagna en
1266. contre Mainfroy qui
luy difputoit les deux Siciles.
Charles pour avoir plus de
moyens de recompenfer la Nobleffe
quis eftoit déclarée pour
luy ,
GALANT
49
luy , établit cet Ordre , qui fuc
fupprimé dans la fuite par Alphonfe
Roy d'Arragon , mais
que peu aprés les Papes fe font
attribuez , & y ont admis les
Ecclefiaftiques. Voici comme
on y eftoit reçu . Le futur Chevalier
fe
prefentoit au jour
marqué dans l'Eglife Cathedrale
de Naples , & là fur un
Theatre élevé , où eftoit le Roi,
la Reine , & toute leur Cour,
il prenoit place dans une chaiſe
couverte de drap de foye verte.
L'Archevêque en habit de
Diacre accompagné de ſes Suf
fragans , le faifoit jurer fur les
Octobre
1709. E
so MERCURE
Saints Evangiles qu'il ne porteroit
jamais les armes contre
le Roy , s'il n'y cftoit obligé
par fon legitime Seigneur , &
qu'en ce cas il rendroit au Roy
la livrée de l'Ordre , fous peine
d'eftre reputé infame , & mis
à mort , s'il eftoit prisonnier
de guerre ; qu'il deffendroit de
toutes fes forces quand il en
feroit requis par les Dames ,
tant veuves que mariées , & les
orphelins abandonnez , fi leur
caufe eftoit jufte . Deux Chevaliers
des plus anciens le prefentoient
enfuite au Roy , qui
de fonépée luy touchoit fur
GALANT
l'épaule, en difant : Dieu tefaffe
bon Chevalier ; puis fept Demoifelles
de la Reine vêtues de
blanc , venoient luy ceindre
l'épée ; quatre Chevaliers des
plus confiderables , luy attachoient
les Eperons dorez , &
la Reine le prenant par la main
droite , & une autre Dame , la
plus confiderable de la Cour ,
par la gauche , elles le conduifoient
fur un autre fiege riche
ment paré. Alors le Roy fe
plaçant à fa droite , & la Reine
à fa gauche , toute leur Cour
dans des fieges au deſſous , on
fervoit une Collation de Sucre-
Eij
52 MERCURE
vies , par où finiffoit la Ceremonie
dont j'ay crû qu'à l'occafion
de Mr Goubier , qui à
quelque chofe prés fut reçû de
la mefme maniere par Mr le
Nonce , il y a quelques années ,
on feroit bien aife de voir un
détail circonftancié .
y
Les deux Appariteurs fe
trouverent fuivant la coûtume
à tous ces Paranymphes pour
rétablir l'ordre & pour y appeller
chaque Bachelier par fon
nom lors qu'il falloit le Paranympher.
Celuy qui fait les
Paranymphes a une Robbe
d'écarlatte doublée d'hermine,
GALANT
53
un Bonnet fur la tefte , & il a
le privilege de parler couvert ,
une espece de Mortier à la
main & affis fur un Thrône de
cinq ou fix marches . Les Bacheliers
au contraire répondent
debout & découverts .
Le Lundy gras 20. Fevrier ,
qui eftoit le lendemain des Paranymphes
de Navarre la Licence
le trouva en fourrure ,
dans la Salle de l'Archevêché.
A neufheures du matin Mr Pirot
, Chancelier de la Faculté y
vint en furplis ( eftant Chanoine
de Noftre - Dame ) accompagné
de plufieurs Chanoines
E iij
54 MERCURE
qui font auffi Docteurs . La Licence
rangée des deux coſtez ,
les Bacheliers debout & découverts
, il fit une harangue où
il détailla avec affez d'étenduë
tous les devoirs d'un Theologien
; il fit voir que rien n'eft fi
beau que les fonctions attachées
à ce grade ; que parcillement
rien n'eft fi beau que de
les remplir avec fidelité & avec
exactitude ; mais que rien auffi
n'eft fi honteux à un Theologien
que de devenir le prevaricateur
de fon miniftere & d'en
trahir les devoirs les plus effentiels
; il fit voir enfuite que de la
GALANT 55
fidelité & de la pratique de ces
devoirs dépendent la confervation
du dépoft de la Foy ; la
pureté de la Doctrine de FEglife
, & la regularité des
moeurs. De là il conclut , que
l'unique application de ceux
qui l'entendoient , devoit cftre
deformais de nourrir en eux
les principes qu'ils avoient puifez
dans l'Ecole de Theologie
de Paris ; de ne pas laiffer éteindre
les lumieres dont leur
efprit venoit d'eftre éclairé ;
& de ne jamais oublier les maximes
qu'on leur avoit infpirées
dans cette longue carriere . Il
E iiij
56 MERCURE
leur reprefenta enfuite que le
degré de Licencié qu'ils alloient
recevoir eftoit pour eux
un nouvel engagement
pour
travailler à la vigne du Scigneur;
que ce grade qui leur al-
Toit donner de l'autorité , &
leur procurer la confiance des
Fidelles , devoit animer leur
zele & leur donner une nouvelle
ardeur pour tout ce qui
appartient au miniſtere d'un
Theologien. Tout ce qu'il dit
fur ce fujet fut tres - curieux ,
& on ne peut s'exprimer en
plus beaux termes ny avec plus
de grace que le fit ce Docte
GALANT 57
Chancelier. L'adieu qu'il fit ,
fur tout , à la Licence fut trestouchant
; il dit à Mrs les Bacheliers
que c'eftoit pour la derniere
fois qu'il les voyoit tous affemblez
; qu'ils alloient tous an
fortir de là fe difperfer pour nejamais
fe revoir tous enfemble ;
qu'il leur demandoit quelque part
dans leurs prieres , & qu'il les
prioit d'eftre perfuadez tous en
particulier qu'il ne les oublieroit
jamais , & qu'il fe fouviendroit
d'eux tous les jours de fa vie. Il
leur dit enfuite en finiffant fon
difcours plufieurs choſes obligeantes
& gracieufes qui tou58
MARCURE
cherent fort tous ces Meffieurs
.
>
Le Difcours fini , le Chancelier
dit à Mr de Champveille
premier Appariteur , d'appeller
tous les Bacheliers par
leur nom & leur furnom ,
fuivant leur rang & le lieu qui
leur avoit efté affigné quelques
jours auparavant par les Docteurs
affemblez par Commiffaires
pour ce fujet chez Mr
l'Abbé du Pin , leur Confrere.
Mr l'Abbé de Saint Aignan ,
fut appellé le premier comme
ayant obtenu le premier lieu
qui fe donne ordinairement
GALANT 59
à la naiffance & au merite :
on appella enfuite les deux
Prieurs de Sorbonne , c'eſt àdire
, Mr du Mans , Prieur de
la premiere année & Mr Braille
Prieur de la feconde ; le fecond
& le troifiéme lieu font toujours
pour les deux Prieurs &
c'eft un ufage qu'il n'y a pas
d'exemple qu'aucune raifon
ait fait changer. Mr Dreux
Doyen de Langres , fut appellé
aprés les Prieurs . Il eft de la
Maifon de Navarre , & le
quatrième lieu apartient de
droit à un Bachelier de cette
Maiſon , ayant efté choisi par
60 MERCURE
ceux de cette Maifon . Le
cinquième lieu apartient à un
Ubiquifte ; Mr de Monthulé
Doyen de Beauvais , qui eft
de la Claffe des Ubiquiftes
l'avoit obtenu , & perfonne
ne le meritoit mieux , ainfi
il fut appellé le cinquième ; Mr
Begon , auffi Ubiquiſte fut
appellé le fixiéme ; il eft peu
de meilleurs fujets que luy.
Mrs Heriché , Soudier , Magnodet
, & Bence , toutes
perfonnes de diftinction eurent
les lieux fuivans. Le onziéme
qui apartenoit de droit
aux Reguliers , fut accordé à
GALANT 61
Don Malfillatre , Bernardin
un des plus forts de la Licence.
Aprés les festes de Pâques
les Doctories furent ouvertes ,
& dans la premiere ſemaine ,
Mr l'Abbé de Saint Aignan ,
fit la fienne , fuivant le droit
qu'il en avoit , où il y eut un
grand concours de perfonnes
de qualité. Mr le Cardinal de
Noailles , fe trouva à fa Vefperie.
Mr le Barbier ,, argu.
menta contre luy , & les deux
Prieurs firent enfuite les leurs
dans leur rang. Mr l'Abbé
Dreux , & Mr de Monthulé ,
firent les leurs enfuite & quel62
MERCURE
que temps aprés , Mr Begón,
qui en prenant le Bonnet prononça
un Difcours qui fut fort
aplaudi. Il avoit pour Grand
Maître un Docteur attaché à
Mr l'Abbé de Saint Aignan ,
ce qui luy donna occafion
dans le remerciement
qu'il fit
à fon grand Maître , d'y faire
entrer l'éloge de Mr le Duc de
Beauvillier , au fujer du choix
qu'il avoit fait de ce Docteur ,
pour le mettre auprés de Mr
l'Abbé de Saint Aignan fon
frere . Mr Bence , qui avoit
eu le dixième lieu prit auffi le
Bonnet dans ce temps - là.
GALANT 63
Dans l'argument qu'il propofa
à celuy qui foutenoit fous
luy l'Aulique , il fe fit admirer.
Il argumenta fur le fentiment
qu'on atribue à Moyfe d'avoir
crû Dieu corporel . La quef
tion eft peu ordinaire & ce
qu'il dit pour prouver que
Moyfe avoit efté de ce fentiment
fut tres -recherché . Mr
Bobet , Doyen de la Licence,
& qui avoit eu le vingtiéme
lieu , prit le Bonnet , le 28 .
Juin ; il fit auffi en cette occafion
un Difcours qui recût de
tres grands aplaudiſſemens
.
Il eft mort cinq perfonnes
·
64 MERCURE
pendant cette Licence, ſçavoir,
deux Bacheliers , & trois Licentiez
. Mr de Mailly , Chanoine
de Meaux , & de la Maifon
de Navarre , mourut au commencement
de la Licence
qu'il avoit même en quelque
maniere abandonnée à caufe
de fa mauvaiſe fanté. Mr Romanel
de la Maiſon de Sorbonne
, qui mourut ſur la fin
de l'année derniere & qui avoit
déja foutenu deux Thefes ; Mr
le Goarre , qui mourut le matin
du Dimanche de la Quinquagefime
, & qui par confequent
ne mourut pas Licencié
GALANT 65
puifque ce degré ne fut donné
que le lendemain ; Mr Okeffe
Irlandois , parent de Mlle
Okeffe , qui eſt à la Cour
d'Angleterre , & qui à beaucoup
de merite , & Mr Jean
qui avoit déja commencé la
Licence precedante moururent
auffi ; mais aprés avoir reçû
le degré de Licencié . Mr
Rigbi , Preftre Anglois avoit
obtenu difpenfe de la Faculté
dés les derniers mois de l'année
precedente pour aller à Douay.
Il avoit esté choisi pour remplir
une place de Profeffeur en
Theologie en cette Faculté
Octobre 1709
. F
*
64 MERCURE
pendant cette Licence,fçavoir,
deux Bacheliers , & trois Licentiez.
Mr de Mailly , Chanoine
de Meaux , & de la Maiſon
de Navarre , mourut au commencement
de la Licence
qu'il avoit même en quelque
maniere abandonnée à caufe
de fa mauvaiſe fanté. Mr Romanel
de la Maifon de Sorbonne
, qui mourut fur la fin
de l'année derniere & qui avoit
déja foutenu deux Thefes ; Mr
le Goarre , qui mourut le matin
du Dimanche de la Quinquagefime
, & qui par confequent
ne mourut pas
Licencié
GALANT 65
puifque ce degré ne fut donné
que le lendemain ; Mr Okeffe
Irlandois , parent de Mlle
Okeffe , qui eſt à la Cour
d'Angleterre , & qui à beaucoup
de merite , & Mr Jean
qui avoit déja commencé la
Licence precedante moururent
auffi ; mais aprés avoir reçû
le degré de Licencié . Mr
Rigbi , Preftre Anglois avoit
obtenu difpenfe de la Faculté
dés les derniers mois de l'année
precedente pour aller à Douay.
Il avoit esté choisi pour remplir
une place de Profeſſeur en
Theologie en cette Faculté
Octobre 1799
. F
66 MERCURE
·
avant la fin de la Licence &
pour ne pas affifter aux Paranymphes
, où il faut affiſter
pour eftre Licencié . Il eut le
trente troifiéme lieu . Mr
l'Abbé de Potiers , en avoit
auffi cu une pour aller avant
la Licence & avant les Paranymphes
, fervir l'Eglife de
Liége , dont il eft Chanoine.
Je dois auffi faire remarquer
que la fourrure des Bacheliers
& Licenciez eft la même ; mais
quelle eft differente de celle
des Docteurs. Ceux-cy portent
une fourrure qui eft une
efpece de colier , & qui cache.
CALANT 67
>
leurs collets , & les autres en
portent une femblable à un
camail & qui leur garnit toute
la poitrine & l'eftomac . Ils
portent cette fourrure pour la
derniere fois à la Vefperie
& à la Doctorie , ils commencent
à prendre la fourre de
Docteur & avant même qu'on
leur ait mis le Bonnet fur la tête ;
& ils fe couvrent dés le commencement
de la Ceremonie ,
c'eſt à - dire , pendant la Haranguedu
Chancelier , qui eſtant
finie le Recipiendaire ſe met à
genoux , & le Chancelier luy
met fon Bonnet fur la tefte
Fij
68 MERCURE
aprés luy avoir fait faire plufieurs
fermens dont l'un eft de
ne jamais prendre de degré en
d'autres Facultés .
,
Enfin à l'Affemblée qui
fuit le mois où l'on apris le
Bonnet , le nouveau Docteur
va prêter ferment en pleine
Faculté entres les mains des
Cenfeurs des moeurs. & le
premier Appariteur luy lit
pendant qu'il eft à genoux , &
la tefte nûe la main droite fur
l'Evangile , les points qu'il faut
jurer , parmi lesquels il y en
a de ne jamais reveler ce qui fe
dit en Faculté de prendre ;
GALANT 69
garde à la confervation des
droits de ladite Faculté , & que
fon bien & fa finance ne ſe diffipent
; d'eftre fevere , & de
rendre juftice dans les Examens
aux Condidats , & c . Il
y a apparence & c'eſt le fentiment
de plufieurs Auteurs que
les Paranymphes de Sorbonne
, tirent leurs origines de la
Ceremonie qu'on faifoit autre
fois à Athenes pour
donner
aux nouveaux Philofophes
le manteau Philofophique , au
fujet dequel Tertullien a écrit
fon Traité , de Pallio ; il faloit
que le nouveau Philofophe
70 MERCURE ༡༠
habillé d'une maniere extraor
dinaire effuyaffe durant trois
jours entiers , les infultes , &
les railleries du Peuple &
même des honneftes gens ;
la moderation & la fermeté
contre ces fortes de fuccés
eftoient le Prix auquel on mettoit
à Athenes , le celebre
Manteau Philofophique , qui
eftoit le premier honneur
du Doctorat. Saint Gregoire
de Nazianze ; a pris plaifir de
décrire dans fes Poëfies cette
Ceremonie , qu'il auroit cfté
obligé d'effuyer comme les
autres lors qu'il fut à Athenes ,
GALANT 71
fans la confideration , qu'on
yavoit pour Saint Bafile
avec qui il s'y lia d'amitié &
qui employa fes amis qu'il
avoit dans cette Ville pour
le faire difpenfer de cette
preuve. Julien l'Apoſtar eftoit
auffi alors dans la même Ville ,
où l'Empereur Conſtantin
fon oncle l'avoit envoyé pour
y être inftruit dans les fciences ;
il voulut faire des liaiſons avec
Saint Gregoire , & Saint Bafile ,
car c'eftoit un tres - bêl efprit ;
mais ces Saints connurent des
lors ce qu'il feroit un jour , &
ne voulurenr avoir aucun commerce
avec luy.
72 MERCURE
Mr l'Abbé de Saint Aignan
, & les deux Prieurs
prêterent Serment dans l'Affemblée
du premier May , de
même que Mr Aubert , les
Peres Chevaliers , & Hubault
de l'Ordre de la Mercy , & le
Pere Blouin Mathurin , & de
l'Ordre de la fainte Trinité, qui
prirent le Bonnet par difpence
de la Faculté dans le mois d'Avril.
On peut juger de tout ce
qui fe fait dans chaque Licence
par le détail que je viens de
donner de ce qui a eſté fait
dans la derniere,
To Vous
GALANT
73
Vous fçavez que depuis
deux mois mes Lettres ont tellement
efté remplies des affaires
de la guerre , & fur tout
la derniere que j'ay remis à
vous entretenir de plufieurs
Articles , & que j'ay même
efté obligé de reculer encore ,
le mois dernier ceux que j'avois
déja remis. Vous n'ignorez
pas les fujets de la pluf
part de ces Articles ; mais comme
vous pouvez ne pas fçavoir
ce que j'ay à vous dire touchant
les perfonnes dont j'ay
à vous parler , ces Articles ne
laifferont pas de vous paroil-
Octobre 1709
. G
74 MERCURE
tre auffi nouveaux que fi je
vous les avois envoyez plutoft.
Le nombre en eft fi grand que
je ne crois pas vous les pouvoir
envoyer tous ce mois - cy , &
fur tout ceux qui regardent les
Morts. Prefque tous ceux que
je vous dois envoyer , ne doivent
pas eftre regardez comme
des Articles qui aprennent
feulement la mort des perfonnes
decedées ; mais vous les
trouverez remplis d'une infinité
de faits Hiſtoriques que
vous aprendrez avec plaifir , &
le caractere de pluſieurs perfonnes
qu'il eft neceffaire de
Or
GALANT 75
connoiftre pour avoir une parfaite
intelligence des affaires
du monde , c'eft pourquoy je
n'ay pas négligé de mettre les
Morts Etrangeres , & vous en
tirerez beaucoup de connoiffance
par ces Articles . Je com
mence par un Article que je
devrois vous avoir envoyé il
y a longtemps.
Le Roy donna à la Promotion
de l'Affomption , l'Abbaye
de Coëtmaloen , Ordre
de Cifteaux , Dioceſe de Cornouaille
, à Mr l'Abbé Languet
Aumônier de Madame la Ducheffe
de
Bourgogne
. Cer Ab-
Gij
76 MERCURE
bé eft Docteur de Sorbonne ,
& il a efté élevé dans le Seminaire
de Saint Sulpice , de
même que Mr l'Abbé Languet
fon frere , auffi Docteur
de Sorbonne , & Vicaire de
la Paroiffe de ce nom . Ils font
freres de Mr de Gerſey- Languet
, Ordinaire du Roy
qui a cfté Envoyé prés de
Meffieurs les Ducs de Wirtemberg
& de Mantoüc , &
qui a aujoud'huy le même
caractere auprés de Mr le
Grand Duc de Tofcane. La
famille de Languet eft fort
ancienne dans le Parlement de
GALANT
77
Dijon , il y a plus de deux
fiecles qu'elle a donné des
Magiftrats d'un grand merite
à ce Corps. Elle eft alliée à
toutes les meilleures Maifons
de Robbe de ce Pays- là , &
fur tout à celle de Boffuet
& feu Mr l'Evêque de Meaux ,
qui connoifoit le merite de
Mr l'Abbé Languet , fon
parent , le propofa au Roy , à
la fin de fa Licence , pour
remplir une place d'Aumônier
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , dont ce Prelat
eftoit luy même premier Aumônier,
Le fameux Hubert
Giij
78 MERCURE
Languet , cet habile Ecrivain ,
dont nous avons un Recueil de
Lettres d'une latinité fi pure ,
eftoit de cette famille. Il fut un
de ceux à qui on attribua le
Livre intitulé : Vindicia contra
Tyrannos , dont on n'a jamais
bien fçu l'Auteur . On trouve
à la fin du Dictionnaire
critique
de Mr Bayle une curieuſc
Differtation
fur ce fujet ; il
nomme tous ceux à qui on attribuë
ce fameux Livre , avec
les raifons qu'on a eu de le leur
attribuer
. Le celebre Dupleffis-
Mornay fut auffi un de ceux à
qui on l'attribua
. Depuis que
GALANT 79
le Roy a donné l'Abbaye de
Coëtmaloen à Mr l'Abbé Languet
, Mr de Maulevrier
nommé à l'Evêché d'Autun
luy a donné une nouvelle dignité.
Il l'a nommé Grand-
Vicaire d'Autun & Official en
la partie de Moulins en Bourbonnois
où il fera fa refidence
ordinaire dans le temps qu'il
ne fera pas occupé chez Madame
la Ducheffe
de Bourgogne.
L'Officialité
de Moulins
eft differente de celle d'Autun ;
c'est une Jurifdiction
feparée
& qui a auffi fes Officiers particuliers
; ainfi celuy qui a cette
Giiij
80 MERCURE
dignité eft prefque l'Evêque
de Moulins puifqu'il en a tous
les avantages & tous les privileges
. Mr l'Abbé Languet eft
tres - capable de remplir ce Pofte
, & même de plus difficiles ;
il a fait pendant longtemps des
Conferences de Morale dans
l'Eglife de Saint Sulpice , où
l'aйuance eltoit grande ; il y
expliquoit les points les plus
difficiles de la Morale avec une
facilité qui charmoit tout le
monde .
S. M. a auffi donné l'Abbaye
du Gué de l'Aunay , Province
du Maine , à Mr l'Abbé
GALANT 81

Aunillon de Labarre , Prieur de
Saint Leu Saint Gilles de Halais
, de la même Province.
Cet Abbé s'eft parfaitement
diftingué par fes Etudes ; il a
fait fa Theologie au College
de Louis le Grand. Et de plus
trois années de Droit Canon
aux Ecoles Publiques , où il a
donné des preuves de fon érudition
en prenant fes Degrez.
Il eft fils de Mr Aunillon premier
Preſident de l'Election de
Paris , auquel Sa Majeſté a déja
plus d'une fois , par des mard'honneur
& de diftinction
, donné des preuves de la
ques
82
MERCURE
fatisfaction quelle a de fes
fervices .
Mr l'Abbé de Mauchan a
cu celle du Palais. La vertu &
le merite de cet Abbé l'ont
fait choifir par S. M. Il a par
faitement reüffi dans tous fes
Exercices d'Humanitez , eftant
au College de Louis le Grand
où il a efté élevé , il fe fit admirer
par la vivacité de fon
efprit , & par les progrés rapides
qui faifoit dans fes
études . Appellé à de plus fericufes
par l'eftat qu'il avoit
embraffé , je veux dire , à la
Thcologie , il y devint un
GALANT 83
fujet d'émulation pour tous
ceux qui couroient avec luy
la même carriere ; & en peu
de temps il devint un des plus
folides & des plus profonds
Theologiens de font temps.
Les Actes qu'il foutint avec un
fuccés extraordinaire en fournirent
des preuves éclatantes.
Mr l'Abbé de Mauchan n'a pas
borné fes talens à celuy d'eftre
un bon & folide Theologien.
Il s'eft auffi rendu habile Predicateur
; le talent qu'il a pour
la Chaire l'a fait cho fir pour
prêcher dans les meilleures de
Paris , & dans les plus confi
84 MERCURE
derables des Provinces voifi.
nes. Il a fur tout beaucoup
travaillé dans les Miffions , &
il y a donné des
donné des marques
·
de fon zele qui ont fouvent
cfté fuivies de grands fruits.
L'Abbaye que le Roy vient
de luy donner , paroiſt eſtre
refervée pour des perfonnes
d'une naiffance tres qualifiée
puifque prefque tous ceux
qui l'ont cûë , ont eu ainfi que
Mr de Mauchan , l'avantage
"d'une naiffance illuftre & dif
tinguée . Elle eft ancienne , &
elle a produit de grands fujets
& fur tout dans le quatorze ,
1
GALANT 85
quinze , & feiziéme ficcles ;
& de grands & habiles Mathematiciens
fortirent de cette
Maiſon fur la fin du feizième
fiecle. On y enfeignoit les Mathematiques
avec beaucoup
de fuccés. Et deux ou trois
Religieux de cette Maiſon
avoient imaginé une nouvelle
Methode qui mettoit cette
Science à la portée des efprits
fouvent même les plus médiocres
& les moins propres aux
Sciences .
L'Abbaye d'Hieres Ordre
de Saint Benoift Dioceſe de Paris
a efté donnée à Me Deſma- れ
86MERCURE
retz Religieufe de l'Abbaye
de Montmartre. Elle eftoit
vacante par la démiffion qu'en
avoit faite Dame N..... de
Cruffol- d'Uzés , tante de Mr
le Duc d'Uzés , & foeur de Mr
le Marquis de Florenfac . M
Defmaretz eft fille de M' Defmaretz
Miniftre d'Etat & Controlleur
Genéral des Finances ,
& foeur de Mr le Marquis de
Maillebois , Brigadier des Armées
du Roy ; de Mr le Comte
te de Chasteau neuf, & de M²
Bercy ; elle eft niece de Mr
Defmaretz Vaubourg, Confeiller
d'Etat & de Mrs les Evêde
GALANT 87
ques de Ricz & de Saint Malo ,
& coufine de Mr le Marquis
de Seignelay & de M˚ les Ducheffes
de Beauvillier , de Chevreufe
, & de Mortemar . M
Deſmaretz a merité la grace
que le Roy vient de luy faire
par des avantages encore plus
confiderables que ceux dont ,
je viens de vous parler , puifque
fa vertu & fon merite
ont déterminé Sa Majesté à
kiy donner cette dignité qui
eft d'autant plus importante
que l'Abbaye d'Hieres n'eſt
qu'à deux lieues de Paris , &
qu'elle eft remplie d'un nom88
MERCURE
bre de filles de qualité & d'un
merite diftingué. Les regrets
que le départ de cette nouvelle
Abbeffe a caufé dans l'Abbaye
de Montmartre où elle eftoit
tres - aimée & tres - confiderée
, en difent plus que tous
les éloges que je pourrois luy
donner . L'Abbaye d'Hieres
eft d'une tres - grande ancien
neté.
Le Prieuré de Saint Michel
a eſté donné en mefme temps
à Mr l'Evefque d'Agathopolis
,Coadjuteur de M'I Evefque
de Babylone. Ce Prelat eftoit
Archidiacre de l'Eglife de Saint
GALANT
89
Martin de Tours , & il eft de
la maifon de Galliczon ; je vous
en parlay affez amplement lors
qu'il fut nommé Coadjuteur
de Mr Pidou de Saint Olon ,
Evefque de Babylone , & lors
qu'il fut facré par Mr le Cardinal
de Noailles , & Mrs les
Evefques de Conon & de Rofalie.
Depuis ce temps- là il s'eft
rendu auprés de Mr l'Evefque
de Babylone , qui fait fa refidence
à Hifpahan Capitale de
la Perfe , & Mr l'Evefque d'Agathopolis
y eft à prefent , ou
dans les Miffions des Pays voifins.
Ce Prelat eft Docteur de
Octobre 1709. H
90 MERCURE
la Maifon & Societé de Sorbonne.
Son merite & fa vertu
avoient engagé Mr l'Evefque
de Babylone à l'affocier à fes
travaux Apoftoliques , & à le
demander pour fon Coadjuteur
, & le Roy dont le zele
pour la Religion anime toutes
les actions , confiderant que
les Evefchez d'Orient ne rapportent
aucun revenu à ceux
qui en font reveftus , a donné
le Prieuré de Saint Michel, dont
le revenu eft confiderable , à
ce Prelat , fans que perfonne
le luy euft demandé pour luy
dans la vûë de luy donner des
>
GALANT
91
facilitez pour travailler avec
plus de fuccés aux Miffions de
l'Orient. En effet on ne peut
faire un meilleur ufage des revenus
que celuy qui regarde ces
Miffions.
Le fils de Mr le Marquis de
Torrecufa , Grand d'Espagne
a efté baptifé à Madrid
par le
Patriarche des Indes . Il a efté
tenu fur les Fonts par Mr Amelor
Ambaffadeur de France ,
au nom de Monfeigneur le
Dauphin , & par M˚ la Princeſfe
des Urfins au nom de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
. Le Baptefme s'eft fait avec

Hij
92 MERCURE
beaucoup de magnificence
dans l'Eglife de Saint Sebaftien
, qui eftoit ornée des plus
riches Tapifferies de la Couronne.
Le Roy & la Reine d'Eſpagne
virent la Ceremonie d'une
Tribune , & aprés qu'elle fut
finie Leurs Majeftez Catholi
ques envoyerent faire compliment
à Me la Marquife de
Torrecufa , & accompagnerent
le compliment d'un prefent
de pierreries. Mr le Patriarche
des Indes en fit auffi
un au jeune Seigneur qu'il venoit
de baptifer , qui attira l'atGALANT
93
tention de toute la Cour ; c'étoit
un Crucifix de grand prix
& d'un tres - beau travail . Le
lendemain de la ceremonie ,
Mr & Me la Marquife de Torrecufa
allerent au Palais avec
l'enfant qui avoit cfté baptifé
la veille , qu'ils prefenterent à
Leurs Majeftez , en les remerciant
de l'honneur qu'elles leur
avoient fait d'y affifter & du
prefent qu'elles avoient fait à
leur fils .
Vous fçavez le retour de
Mr Amelot , & que S. M. C.
a efté fi fatisfaite de la maniere
dont ce Miniftre s'eft com-
1
94 MERCURE
porté pendant tout le temps
de fon Ambaffade , qu'elle luy
a donné la Grandeffe , pour
celuy qui épouferoit fa fille . Je
ne vous repete point les fervices
qu'il a rendus à la France.
Vous fçavez qu'il a brillé
dans quatre grandes Ambaffades
, fçavoir , celle de Venife
celle de Suiffe , celle de Portugal
, & celle d'Eſpagne , &
que l'on a efté par tout également
content de luy , & particulierement
de fa fageffe , jamais
Miniftre ne l'ayant portée
à un plus haut point.
>
Je paffe aux Articles de
GALANT
95
Morts qui vous aprendront
tous quelque chofe de fingu
lier & d'Hiftorique.
Don Jofeph Gregoire de
Roxas , Evêque de Plafentia ,
eft mort dans fon Diocefe
avec la réputation d'une fidclité
inviolable pour fon legitime
Souverain . Ce Prelat a toujours
rejetté les propofitions
que la Maiſon d'Autriche luy
à fouvent fait faire , & rien
n'a jamais pû ébranler la fidelité
qu'il avoit jurée au Roy
Philippe V. lors de fon avenement
à la Couronne d'Efpagne
; foutenant toujours que
96 MERCURE
ni la Religion ni la Politique
ne pouvoient authorifer ces
fortes de ménagemens , qui
feroient d'une d'angereufe
confequence pour tous les
Souverains . Ce Prelat s'eft auffi
. diftingué par les vertus pro.
pres à l'Epifcopat ; fa reſidence
dans fon Dioceſe a efté prefque
continuelle & il ne l'a
quelquefois interrompuë que
pour les affaires de fon Clergé,
ou pour des affaires d'une neceffité
indifpenfable , ce Prelat
avoit le don de la parole ;
il parloit fur le champ avec
beaucoup de facilité & d'éloquence.
1
GALANT
97
quence , & fon amour pour les
pauvres merite des louanges
particulieres. Il répandoit dans
leur fein la plus grande partie
de fon revenu , & dans
les années de fterilité ou dans
celles ou la recolte eftoit moins
abondante , il faifoit des efforts
extraordinaires pour leur
foulagement. Il leur a donné
en mourant des marques de
l'amour qu'il avoit pour eux
pendant la vie , & il leur a
laiffé la plus grande partie de
fes meubles & de fes autres
effets. Cet Evefque eftoit l'un
des plus habilesPrelats de toute
Octobre 1709
. I
98 MERCURE
l'Eſpagne
. Il eftoit bon Theo ,
logien , & il a donné en plufieurs
occafions
des marques
de l'attachement
qu'il avoit
pour la faine Doctrine
; il
avoit une attention
extraordinaire
pour
fon Dioceſe
, & d'ailleurs
il n'en
avoit
pas moins
pour
y faire
obferver
la difcipline
Eccleſiaſtique
: on voyoit
revivre
ſous
luy la ferveur
des temps
Apof
toliques
, & le zele des premiers
chreftiens
. La Maifon
de Roxas
dont
il eftoit
, eft originaire
d'Andaloufie
, où elle eftoit
déja dans
une grande
confila
conferver dans
LYOR
BLIOTHER
GALANT 90
ATTIA 1740
deration fous les premiers Sou
verains de cette Province. Elle
a produit de grands hommes
dans tous les fiecles , &
elle en a donné de celebres à
l'Etat Ecclefiaftique. Une bran
che de cette Maifon s'établit
en Arragon ſous Charles I.
Mre Guillaume Beveridge,
Evêque de Saint Afaph en Angleterre
y eft mort , âgé de 71 .
ans. Trois Ouvrages fortis de
fa plume feront toujours
beaucoup d'honneur à fa
memoire , fçavoir , des Inftructions
Latines fur la Chronologie
, divifées en deux livres ,
Iij
100 MERCURE
,
avec une Arithmetique Chronologique
divifée auffi en
deux petits livres ; deux volumes
Latins des Canons Apoftoliques
, & des anciens Conciles
reçûs dans l'Eglife Anglicane ,
& un Code auffi Latin , des
Canons de la primitive Eglife ,
juftifié & éclairci . Il eftoit treshabile
dans la connoiffance des
Langues Orientales . C'eſt une
juftice que luy a fouvent rendue
feu Mr Toinard , quieftoit
fort capable d'en juger. Ce
Prelar avoit eu de grandes relations
avec feu Mr l'Evefque
de Meaux , qui luy avoit donGALANT
IOI
né de juftes éclairciffemens
les pour ouvrages qu'il compofoit.
On pourra donner un
jour le Recueil de leurs Lettres .
L'Eglife de Saint Aſaph a cu
de fçavans Prelats , & fur tout
dans les derniers temps . Le fçavant
Mr Lloyd eftoit Evefque
de cette Eglife il y a quelques
années . Ce Prelat qui a laiffé
aprés luy une grande réputation
, a donné une Hiftoire
fort exacte du Gouvernement
Ecclefiaftique dans la grande
Bretagne & en Irlande. Il avoit
entrepris de faire voir dans cet
Ouvrage que le Gouvernement
I iij
102 MERCURE
Epifcopal avoit toûjours fubfifté
en Ecoffe depuis la naiffance
du Chriftianifme ; & il
entreprit cette preuve fi honorable
à l'Ordre Epifcopal ,àl'occafion
de ce qu'il avoit lû dans.
Blondel & dans Selden, que l'Eglife
d'Ecoffe avoit cfté longtems
gouvernée par les Culdees
qui eftoient de fimples Prêtres.
Il y a longtems que l'Epifcopat
n'a pas eu de fi zelé deffenſeur
que Mr Lloyd , & il eſt peu
d'Auteurs celebres qui ayent é
crit fur ces matieres qui n'ayent
donné de grandes loüanges
ce Prelat. Il ne differoit qu'à
GALANT 103
peu de chofes prés des fentimens
de l'Eglife Catholique .
Mr le Duc de Devonshire ,
Chevalier de l'Ordre Royal de
la Jarretiere & Grand-Maiſtre
de la Maifon de la Reine Anne,
elt mort à Londres , dans un
âge affez avancé. Ce Seigneur
Anglois fut à la verité un de
ceux qui fe declarerent d'abord
pour le Prince d'Orange , lors
de fon invaſion en Angleterre
,
mais ceux qui fçavent comment
les chofes fe pafferent en
ce Pays - là , n'ignorent pas que
que ce Seigneur prit des
engagemens avec le Prince
lors
I iiij
104 MERCURE
pas
d'Orange , il ne connoiffoit
alors toute l'étenduë defon
ambition , & qu'il eftoit bien
éloigné de croire qu'il voulut
attenter à la Couronne du Roy
fon beau - pere. Quelque mécontentemens
que ce Duc crut
avoir reçu de la Cour à l'occafion
de l'emprisonnement
des
Evefques , dont quelques - uns
eftoient fes parens , donnerent
lieu aux engagemens
que ce
Duc prit avec le Prince d'Orange
; il s'en repentit bientoft
lorfque l'ambition de ce Prince
luy fut pleinement connuë : fes
amis luy en virent répandre
GALANT 105
des larmes , & s'il avoit pû fans
rifquer fa liberté , & peut - eftre
quelque choſe de plus , rompre
alors fes engagemens , il l'auroit
fait de bon coeur , mais il
n'eftoitplus temps , & la partic
eftoit déja trop engagée . On
affure mefme que l'attachement
fecret que ce Duc confervoit
pour la Maifon Royale
de Stuart ne fut pas longtemps
inconnu à l'Ufurpateur ,
& que
fur d'autres pretextes
que fa politique luy fuggera ,
il l'éloigna des affaires . La Reine
Anne le rappella à la Cour
à la mort de ce Prince ; mais la
106 MERCURE
trifteffe qui parut toûjours
peinte fur le vifage de ce Seigneur
fit affez juger aux Courtifans
que ce n'eftoit pas de
cette Princeffe dont il eut voulu
eftre un des premiers Officiers.
Mr le Chevalier Edouard
Seymour , un des plus grands
hommes qui ayent paru en ces
derniers temps en Angleterre ,
Membre du Confeil Privé , &
& autrefois Orateur de la
Chambre baffe , cft mort à Londres
. Il eftoit arriere- petit neveu
de la Reine Jeanne Seymour
, troifiéme femme du
GALANT 107
Roy Henry VIII . & qui moùrut
en accouchant du feul fils
que le Roy cut de fes fix femmes.
Ce jeune Prince regna
aprés fon pere fous le nom d'Edouard
VI. & il introduifit en
Angleterre la Religion Protef
tante ,le Roy Henry VIII . fon
pere n'ayant fait que fe feparer.
de l'unité de l'Eglife Romaine,
& n'ayant jamais embraffé
les erreurs de Luther ni de
Calvin . Lorfque la Reine Jeanne
Seymour fut fur le point
d'accoucher , les Medecins qui
la virent tres -mal , vinrent dire
au Roy qu'il falloit que la mere
108
MERCURE
ou l'enfant mourule , parce
qu'on ne pouvoit fauver l'enfant
qu'en faifant une ouver
ture au cofté de la Reine , dont
on jugeoit qu'elle mourroit
infailliblement. Le Roy qui
croyoit que c'eftoit un fils , répondit
qu'il trouveroit aſſez de
femmes , mais qu'il n'auroit pas
toûjours de Succeffeurs , & qu'-
ainfi il falloit qu'il en coûtaft la
vie à la mere, pourfauver la vie.
à l'enfant. Cette decifion fut
l'Arreft de mort de la Reine
Jeanne que le Roy avoit époufée
après la mort ' tragique
d'Anne de Boulen fa feconde
GALANT 109
femme, il époufa en quatrième
noces une Princeffe de Cleves ,
qui fut tres- malheureufe auffi.
Mr Meredith , Major General
des Troupes de l'Empereur
, eft mort des bleffures
qu'il a reçues en Italie . Ilacfté
univerfellement regretté dans
les Troupes Imperiales , où il
s'eftoit fait beaucoup d'amis
par fes manieres polies & honneftes.
Il ne s'en eftoit pas
moins fait en Italie , parmi
ceux à qui les Troupes où il
eftoit engagé faifoient la Guerre.
Il eftoit un de ceux , pour
ne pas dire le feul Officier Ge110
MERCURE
neral des Troupes de l'Empereur
qui en ufoit avec quelque
moderation dans les Pays de
l'Etat Ecclefiaftique, ce qui luy
avoit attiré des benedictions
des Peuples , & des remerciemens
de la part même du Pape,
qui les luy fit faire par le Légat
de Ferrare. Il eftoit d'une
ancienne famille originaire
d'Angleterre ; mais dont les
Chefs depuis plus d'un fiecle
ont efté attachez au ſervice des
Empereurs de la Maiſon d'Autriche.
Son Pere avoit paffé
fa vie dans les Troupes du feu
Empereur , & il y avoit cu des
ALANT 111
5
S
emplois d'une grande confideration
: il recommanda en
mourant fon fils qui avoit fait
fous luy fes premieres Armes ,
à l'Empereur qui l'employa
toûjours depuis , & luy donna
des marques de fon eſtime .
Mr le Procurateur Dona ,
eft mort à Veniſe , aprés avoir
exercé cette Charge vingtdeux
ans . Dés le lendemain de
fa mort le grand Confeil élut
en fa place Mr le Chevalier
Ruzzini ; c'eſt un Noble Venitien
qui a efté honoré du Miniftere
dans plufieurs Cours
& qui lorfqu'il fut élu Procu112
MERCURE
rateur , il eftoit Ambaffadeur
Extraordinaire de la Republique
auprés du Grand Seigneur.
La famille des Doria eft tresancienne
à Venife , & il en eft
peu d'auffi bien alliée & d'auffi
illuftrées par les Charges & les
Emplois de confideration . Elle
eft alliée aux Maifons Morofini,
Vallier , Mocenigo , Thiepolo
, Ottoboni , & Bembo.
Elle eft connue dans la Repu
blique depuis plus de trois cens
ans ; & ce fut à un Chevalier
Dona que les Venitiens eurent
l'obligation de la découverte
de la grande confpiration faiGALANT
113
te contre la liberté de cette
Republique , & dont on accuſa
un Comte de Lacueva d'eftre
le Chef.
M' le Chevalier Ruzzini qui
vient de fucceder à ce Procurateur
eft auffi d'une des plus an
ciennes familles de Venife . Il
eft proche parent de M ' le Chevalier
Erizzo qui eftoit Ambaffadeur
en France avant M'
Thiepolo , à qui Mr Mocenigo
qui l'eft à prefent a fuccedé ;
il eft auffi allié à plufieurs Maifons
confiderables de la Republique.
Sa famille a donné à
l'Etat Ecclefiaftique de grands
Octobre 1709. K
114 MERCURE
fujets & d'illuftres Prelats . Mr
le Chevalier Ruzzini a donné
des preuves de fa fageffe & de
fa prudence dans plufieurs negotiations
importantes & difficiles
où la Republique l'a employé.
L'Ambaffade de la Porte
qu'il exerçoit lorſqu'il a esté
élu Procurateur , luy a fait
beaucoup d'honneur . Il a foutenu
les interefts de la Republique
avec beaucoup de nobleffe
& une tres - grande fermeté
, & le Divan luy a fouvent
rendu juſtice en luy donnant
les louanges qui luy eftoient fi
legitimement dues . Il y a eu
GALANT
115
plufieurs Procurateurs de Saint
Marc de fa Maiſon .
Mre Louis Juftiniani , Colonel
, & cy- devant Gouverneur
pour le Roy , de Carpi ,
en Italic eft auffi decedé. Il
eftoit d'une illuftre Maifon
Venitienne , honnorée des
principaux employs de la Rcpublique
, depuis plufieurs
fiecles . Il eftoit proche parent
du feu Doge de Veniſe , Marc-
Antonio Juftiniani , qui eftoit
élevé à cette dignité dans le
temps du dernier Siege de
Vienne. Il paffoit pour un
homme fort éloquent ; il
Kij
116 MERCURE
avoit le jugement folide ; il
eftoit penetrant , apliqué à fon
Miniftere , rufé retenu , &
enfin capable d'ocuper une
pareille place.
Mr Juftiniani , qui donne
lieu à cet Article , avoit porté
les Armes dans les Troupes de
Sa Majefté depuis la plus grande
jeuneffe. L'amour qu'il
avoit pour noftre Nation , &
le zele dont il eftoit animé pour
fa gloire , font hereditaires
dans fon illuftre Maiſon ; il
s'eft peu paffé de fiecles , où
s'cl
lon nait vaâ plufleurs Seigneurs
de ce nom , qui ComGALANT
117
mandoient des Corps confiderables
dans nos Troupes , &
qui s'y font diftinguez dans
les occafions les plus brillantes.
Cette illuftre Maifon ne s'eft
pas moins diftinguée dans l'Eglife
qu'elle a fait dans les
Armes ; elle a donné plufieurs
Cardinaux au Sacré College
& des Evêques aux plus grands
Sieges de l'Eglife , & ſurtout
de l'Italie , où il y a peu d'Eglifes
quin'ayent eut des Juftiniani
pour Evêques.
Mr le Baron de Pleimeyer
Miniftre d'Etat & Chancelier
de S. A. Electorale de Baviere ,
*
.
+
118 MERCURE
& qui cftoit du nombre des
Seigneurs Bavarois qui avoient
fuivi leur Souverain dans les
Pays - Bas , eft mort à Mons il
y a quelque temps regretté de
toute la Cour de Mr l'Electeur
; ce Prince luy même a
parû tres- fenfible à fa mort
& il s'en eft expliqué par des
termes qui font beaucoup
d'honneur
à fa memoire ; en
difant qu'il perdoit fon bras
droit , par la mort de fon Chancellier
. Me l'Electrice de Baviere
à envoyé un Gentilhomme
de fa Maifon en Flandres
pour faire compliment de ſa
GALANT 119
part fur cette mort , à toute la
famille de ce fidelle Magiftrat.
Il eftoit d'une ancienne famille
de Baviere , des plus qualifiées ;
il eftoit allié à Mr le Baron
Simconi , attaché depuis longtemps
àMr l'Electeur de Cologne;
il y avoit auffi une alliance
entre fa Maiſon , & celle
de Lamberg , qui fait à preſent
une fi grande figure à la Cour
de l'Empereur le pere de ce
Baron avoit auffi efté attaché
toute la vie à la perfonne de
feu Mr l'Electeur de Baviere
& ce Prince l'avoit employé
dans plufieurs Negotiations
120 MERCURE
importantes ; il avoit eu l'honneur
de negotier le Mariage
de feue Madame la Dauphine
.
Mr.le Chevalier Giwanni
Lando , Procurateur de Saint
Marc , & ci devant Ambaffadeur
de la Republique
de Venife
à Rome . Il eftoit d'une
des plus anciennes Maifons de
la Republique , puiſqu'on a vû
prefque dans la naiffance de
cet Etat , des Lando à la tefte
des Affaires
. Ceux qui ont porté
ce nom fe font également
diftinguez dans la Republique
& dans les Armées Venitiennes
. On les a vûs revêtus des
dignitez
GALANT 121
dignitez de Senateur , de Procurateur
de Saint Marc , de Generaliffime
des Armées , &
d'Ambaffadeurs dans les Cours
Etrangeres . Cette Maiſon a
auffi donné à l'Eglife de grands
fujets & d'habiles Auteurs à la
Republique des Lettres. Ce
Chevalier a donné des marques
de fon efprit & de l'étenduë
de fes lumieres dans toutes
les occafions où il a efté
employé pour le fervice de la
Republique. Toute la Cour
de Rome fut charmée de fes
lumieres pendant le fejour
qu'il y fit dans le cours de fon
Octobre 1709.
L
122 MERCURE
Ambaffade ; le Pape cut même
des diftinctions particulicres
pour luy , ce qui parut dans
les prefens extraordinaires qu'il
luy fit & que l'ufage n'eſtoit
pas
de donner à un autre Ambaffadeur.
Le Doge de Venife
qui ne vifice perfonne alla
voir Mr le Chevalier Lando
pendant fa maladie deux fois
de fuite.
Frere N... de Puyau des
Mafieres , Chevalier de l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem ,
& Commandeur de Lormetau
en Berry , eft mort fort
regretté de toute la nobleſſe
3
GALANT 123
de cette Province. Il eftoit de
Bourbonnois , & d'une des
plus anciennes familles de cette
Province. Mr des Mafieres
fon cadet eft un des plus beaux
efprits de cette Province . Les
progrez
qu'il a faits dans les
Sciences humaines , font prodigieux.
Il eft bon Geometre ,
grand Metaphificien , habile
Hiftorien , & il a une éloquence
naturelle qui le rend l'arbi
tre de toutes les affaires . Mr
le Commandeur de Lormetau
cft mort dans de grands fentimens
de religion ; il eftoit
petit neveu du cofté maternel
Lij
124 MERCURE
la
`d'un grand Prieur d'Auvergne :
il avoit efté long- temps à Rome
, pour folliciter un procés
qu'il avoit à la Rote pour
Commanderie de Lormetau ,
& il le gagna avec des agremens
confiderables , puifque
toute la Cour de Rome luy
en fit compliment & qu'elle
prit part à ce fuccés à caufe du
merite de ce Commandeur.
Madame de Spanheim épou
fe de Mr le Baron Spanheim ,
Ambaffadeur de la Cour de
Brandebourg en Angleterre ,
& cy-devant Envoyé en France
, eft morte à Londres re-
1
GALANT 125
grettée de toute la Cour d'Angleterre
:les manieres nobles ,
& genereufes luy avoient fait
dans ce Pays- là d'illuftres
amis ; le feu Prince George
avoit en cette Dame une confance
particuliere , & il la
vifitoit fouvent. Cette Baronne
eftoit entrée dans . unc
Maiſon remplie de gens Doctes
, & fon efprit en avoit
profité. Elle l'y avoit cultivé
& rempli de belles connoiffan
ces . Elle est morte dans la
reputation d'une des plus
habiles perfonnes de fon fexe.
Elle fçavoit plufieurs fortes de
Liij
126 MERCURE
langues ; elle les parloit avec
la même facilité que l'Allemande
qui eftoit fa langue
naturelle. Elle fçavoit la Philofophie
, & le grand nombre
d'opinions qui ont donné la
nailfance a tant de fectes de
Philofophes , n'avoient rien
de caché pour elle. La famille
de Mrs Spanheim a produit
des perfonnes d'un grand fçavoir
, la memoire d'Ezochi , &
des Spanheim , doit durer toûjours
.
re
M N.... de la Baume-le-
Blanc de la Valliere , ancien
Evêque de Nantes , eft mort
GALANT 127
âgé de 93. ans à Perigueux où
il faifoit fa refidence depuis
longtemps. Il eftoit grand-oncle
de Mr le Marquis de la Valliere
, Gouverneur du Bourbonnois
, & de l'illuftre Maifon
de la Baume - le- Blanc ,
l'une des plus anciennes &
des plus qualifiées de toute
la Touraine & de tout le
Bourbonnois. Cette Maiſon
eft alliée à celles de Beauveau ,
de Glé , de Pompadour , de Lévi
- Charlus , d'Albert Chaunes
, & à pluſieurs autres de çe
rang. Le Prelat qui vient de
mourir eftoit frere de feu Mr
L iiij
126 MERCURE
langues ; elle les parloit avec
la même facilité que l'Allemande
qui eftoit fa langue
naturelle. Elle fçavoit la Philofophie
, & le grand nombre
d'opinions qui ont donné la
naillance a tant de fectes de
Philofophes , n'avoient rien
de caché pour elle . La famille
de Mrs Spanheim a produit
des perfonnes d'un grand fçavoir
, la memoire d'Ezochi , &
des Spanheim , doit durer toûjours.
Mr N.... de la Baume- le-
Blanc de la Valliere , ancien
Evêque de Nantes , eft mort
?
GALANT 127
âgé de 93. ans à Perigueux où
il faifoit fa refidence depuis
longtemps. Il eftoit grand- oncle
de Mr le Marquis de la Valliere
, Gouverneur du Bourbonnois
, & de l'illuftre Maifon
de la Baume- le- Blanc ,
l'une des plus anciennes &
des plus qualifiées de toute
la Touraine & de tout le
Bourbonnois. Cette Maifon
eft alliée à celles de Beauveau ,
de Glé , de Pompadour , de Lévi
- Charlus , d'Albert Chaunes
, & à pluſieurs autres de çe
rang. Le Prelat qui vient de
mourir eftoit frere de feu Mr
Liiij
128 MERCURE
le Marquis de la Valliere pere
de M de la Valliere Carmelite
du grand Convent de la rue
S. Jacques. Il eftoit un des plus
anciens Evêques du Royaume ;
il fe démit de l'Evêché de Nantes
il y a quelques années entre
les mains du Roy , qui à ſa recommandation
nomma à cette
dignité l'Abbé de Beauveau
fon neveu , & qui a l'honneur
d'appartenir à S. M. par Ifabeau
de Beauveau , aycule du
Roy Henry le Grand . Mr de
la Baume eftoit fort aimé dans
fon Eveſché , & on ne l'en vit
fortir qu'avec beaucoup de reGALANT
129

gret. I prefera le féjour de
Perigueux à celuy de Nantes.
La liaiſon qu'il y avoit toû
jours euë entre le feu Evefque
de Perigueux & luy, donna lieu
à cette preference. La mort de
ce Prelata efté auffi chreftienne
qu'édifiante.
Mr Nicolas Claude de Seve
, Preftre , Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne.
Il eftoit fils de M' de Seve
mort Prefident du Parler
ment de Mets & Intendant du
Pays Meffin , & petit fils de
M N.... de Seve Confeiller
re
d'Etat ordinaire au Confeil
130 MERCURE
Royal , & Prevoft des Marchands
, Seigneur de Chaſtignonville
, & de Dame N …………
de Rochechouart , fille de feu
M N.... de Rochechouart ,
Seigneur de Chaſtillon le Roy,
& de Dame N……….. d'Eſtam-
Cet Abbé a travaillé avec
pes .
beaucoup de fuccés dans le
Dioceſe d'Arras , fous M' l'Evefque
d'Arras fon oncle. Il a
fini les jours dans le Seminaire
de S. Sulpice , où il avoit cſté
élevé . Il eftoit frere de Mr
l'Abbé de Seve- d'Izi , Docteur
de Sorbonne , & Grand- Vicaire
d'Arras . Deux de leurs freGALANT
131
res , tous deux Colonels de
Dragons , ont efté tucz à la Batailled
Hochftet , aprés y avoir
donné des preuves de leur valeur
& de leur fermeté ; & par
leur mort on a vû finir une
branche de l'illuftre Maifon de ,
Seve, puifque les deux Abbez
dont je viens de parler eſtoient
Preftres lorfque leurs freres
ont eſté ruez . Ils avoient une
foeur morte depuis plufieurs
années , & qui avoit épousé Mr
le Comte de Montmartin
Souflieutenant
de Roy du Dauphiné
au Département
de
Vienne , & frere de Mr l'Evê132
MERCURE
!
que de Grenoble. Elle en a
laiffé une fille unique qui fera
heritiere de toute la branche
de la Maifon de Seve dont je
vous viens de parler . Mr l'Evêque
d'Arras , frere de feu
Mr de Seve Confeiller d'Etat
Prevoft des Marchands de Paris
, eft oncle de ces Mrs. Il porte
le Nom & les Armes de Rochechouart
, à caufe de la ſubftition
de la branche de Rochechouart
Chaſtillon- le- Roy,
ouverte en fa faveur. Me de
Villetaneufe dont je vous ay
appris la mort depuis peu
eftoit d'une branche de la MaiGALANT
133
fon de Seve fortie de celle de
Chaftignonville dont je viens
de parler , & cette branche s'eſt
auffi éteinte par fa mort , &
elle a fait heritiere d'une partie
de fes biens Mlle de Montmartin.
Il y a deux autres branches
de la Maifon de Seve à Lyon ;
celle de Laval & celle de Flecheres
: la premiere eft finie en
M° la Marquife de Rochebonne
, fille unique de feu Mr. le
Preſident de Laval , & Mr de
Flecheres , Lieutenant general
de Lyon , premier Preſident de
la Cour des Monnoyes eft
Chefde l'autre . La Maifon de
134 MERCURE
Saive de Grenoble & dont un
Prefident au Parlement de
Dauphiné eft Chef , n'eftoit
pas de la même rige , ainfi qu'il
paroift dans quelques ouvrages
periodiques.
Dame N... de Mouffi veuye
de feu Mre N... de Monceaux
, Grand . Audiencier de
France eft morte âgée de
cent fept ans. Cette Dame à
qui une conduite tres - reguliere
& de tres bonnes moeurs
avoient attiré la confideration
de tous les honneftes gens ,
eftoit d'une ancienne famille
de Paris
>
& qui depuis plus
GALANT 135
a
un des
d'un fiecle & demi s'eft diftinguée
dans les Charges de la
Robbe . Georges de Mouffi ,
ayeux de cette Dame
fe fignala par fa fidelité dans
les temps facheux des Guerres
de la Religion fous les Rois
François II. & Charles I X. &
quoy qu'il ne fut qu'Avocat
au Parlement , l'autorité que
ſa vertu & ſa probité luy
avoient acquife dans le Palais ,
empecha plufieurs perfonnes
de la premiere confideration
de fe déclarer en faveur de
ceux, qui fous le pretexte ſpecieux
de deffendre la Religions
136 MERCURE
ne cherchoient qu'à opprimer
l'Etat . Gabriël de Mouffi , fe
diftingua vers le même temps
dans l'Ordre de Saint Benoift ,
où il fut élevé aux premieres
dignitez. Il fut un des plus
fçavans hommes de fon temps .
Les memoires qu'il laiffa fur
l'ancienne difcipline de l'Eglife
& fur les monumens les plus
authentiques qui regardent
l'eftabliffement du Chriftianif
me , ont efté d'un grand fecours
à plufieurs fçavans Reli .
gieux de cet Ordre, & qui ont
tous rendu la juſtice qui eftoit
deüe à leur ancien Confrere .
GALANT
137
Mr de Monceaux , époux de
Me deMouffi , avoit beaucoup
d'amour pour les beiles Lettres.
Il les avoit cultivées toute
fa vie & il avoit une tres belle
Bibliotheque qu'il fe faifoit
un plaifir fingulier d'ouvrir
aux habiles gens qui y venoient
puifer des lumieres .
Ilettoit luy même en eftat de
leur en donner puis qu'ayant
l'efprit tres cultivé par l'étude,
il y joignoit une grande folidité
& une penetration qui luy
faifoient démeler fur le champ
les plus grandes difficultez .
Sans des Articles pareils à
Octobre 1709.
M
138 MERCURE
i
ceux qui fuivent , la trop
grande quantité des Articles
precedens , n'acomoderoit pas
le Genre humain . Ainfi vous
devez trouver ceux que vous
allez lire , placez fort à propos
.
M' le Marquis de Vaubourg
Colonel du Regiment
de Ponthieu , a épousé Mlle de
la Vieuville. Ce jeune Marquis
eft fils de Mr Jean Baptifte
Defmaretz Vaubourg , Confeiller
d Etat & frere de M'
le Controlleur General des
Finances , & de Dime N ...
Voifin , foeur de M' Voifin ,

GALANT 139
Secretaire d'Etat de la Guer
re , & fille de feu M' Jean-
Baptifte Voifin de la Noiraye
Maistre des Requeſtes &
Intendant d'Auvergne , & de
Dame Madelaine Guillart d'une
ancienne famille de la Robe
de Paris ; M de Vaubourg
eft auffi niéce de feu M' Voifin
de Cerifay , mort Doyen
des Confeillers d'Etat , & dont
la fille unique épouſa M' le
Prefident de Lamoignon , alors
Avocat General ; & enfin
M de Vaubourg eft perite
fille de M' Voifin Greffier en
Chef du Parlement de Paris ,
Mij
140 MERCURE
& auparavant
Maître des Requestes
& Prevolt des Marchands
de la même Ville. M'
Defmaretz
Vaubourg
a efté
Maître des Requeftes
, Intendant
en Franche Comté , enfuite
en Auvergne , & enfin
en Lorraine . Il eft frerre de
M' de Bouville dont le Mary
eft Confeiller
d'Etat Ordinaire
& de M" les Evefques
de
Ricz & de Saint Malo , & fils
de feu M' Defmaretz
Maître
des Requeſtes
, & Employé
en plufieurs Negotiations
importantes
, & de Dame N...
Colbert foeur de M² Colbert
GALANT 141
Miniftre d'Etat . Le jeune
Marquis de Vaubourg fert
depuis plufieurs années , & il
s'eft diftingué en plufieurs occafions.
Mlle de la Vieuville .
eft fille de M ' le Marquis de la
Vicuville Gouverneur de Poitou
, & de Dame N .... d'Aumont
fa premiere femme , &
foeur de M' l'Abbé de la Vicuville
Docteur de Sorbonne &
grand Vicaire d'Agen , qui eft
auffi du même lit. La Maifon
de la Vieuville eft ancienne ,
& tres bien alliée ; elle a donné
deux Ducs & un Surintendant
des Finances à la France.
142 MERCURE
Le pere & l'Ayeul de M ' le
Marquis de la Vieuville ont eu
le brevet de Duc , & ont joui
des honneurs dûs à cette dignité.
La Maiſon de la Vieu .
ville eft alliée aux plus grandes
Maifons du Royaume
, &
elle eft connue en France depuis
plus de fix Siccles . Elle y
eftoit déja dans une grande
confideration
fous le regne
de Charles le Bel . Ce Prince
attacha à fa perfonne un Seigneur
de cette Maiſon , & il
luy donna part dans ſa confiance
la plus étroite . Sous
Henry IV. cette Maifon s'éleGALANT
143
va beaucoup , & celuy qui eur
l'adminiftration des Finances
eur beaucoup de part en la
confiance de ce Monarque .
Mr le Comte de Pembrock,
Chef d'une des plus grandes
Maifons d'Angleterre , ci - devant
Viceroy d'Irlande , &
grand Amiral d'Angleterre depuis
la mort du Prince Georges
de Dannemarck , a épousé
la veuve du Lord Arundel de
Trevice , d'une des plus illuftres
Maifons d'Irlande Ce mariage
a efté applaudi par toute
la Cour de Londres , puifqu'il
unit deux dos plus grandes
144 MERCURE
+
Maifons de toute la grande
Bretagne , qui avoient eſté
long temps divifées , à cauſe
de divers interefts de famille .
La nouvelle Comteffe de Pembrockjoint
à l'éclat d'une naïffance
illuftre , ainfi qu'à de
grands biens , l'avantage d'être
une des plus belles perfonnes
de toute la Cour d'Angleterre.
Le feu Lord Arundel de
Trevice fon premier mary, l'avoit
longtemps aimée avant
de l'époufer , & leur mariage
fut le fruit d'une longue inclination
, mais dont ils n'ont pas
longtemps joüi ; le Lord ayant
peu
GALANT 145
fi
peu furvécu à un mariage
afforti , & qui faifoit tout le
bonheur de la vie. Mr le Comte
de Pembrock fon ancien
ami ne le quitta point durant
tout le cours de fa maladie,,
& les dernieres paroles qu'il dit
à fa femme furent une priere
d'époufer le Comte en feconde
noces , & il l'aſſura qu'il
mourroit content fi elle luy
promettoit de ne prendre d'engagement
avec perfonne qu'avec
luy. Cette Dame fut fidelle
à la parole qu'elle donna à
fon mari mourant ; fa grande
jeuneffe jointe au befoin qu'el
Octobre 1709 , N
146 MERCURE
le avoit d'un protecteur à la
Cour,l'ayant obligée de penfer
à un fecond mariage , elle a
preferé Mr le Comte de Pembrock.
C
Mr le Marquis de Pons a
époufé Mlle le Goux - Maillard ,
fille de Mr le Goux Maillard
Prefident au Parlement de Dijon.
Ce Marquis eft le Chef de
l'illuftre Maifon de Pons , une
des plus grandes du Royaume
& établie dans la Xaintonge.
Elle eft connue dés le huitiéme
ficcle. Le jeune Marquis de
Pons eft neveu de Me la Comreffe
de Mioffens , belle foeur de
GALANT
147
feu Mr le Maréchal d'Albret ,
& de foue Me la Marquife
d'Heudicourt. Ces Seigneurs
ont eu de temps immemorial
la qualité de Sire , & on les a
appellez Sires de Pons , comme
on appelloit du temps de Saint
Louis les Sires de Joinville ; &
du temps qu'une partie de la
Breffe eftoit foumiſe à la Maifon
de Villars , les Sires de Thoi
re de Villars . La nouvelle
Marquise de Pons eft foeur de
Me Rouillé , belle- fille de Mrle
Prefident Roüillé , & de Me
Turgot de Saint- Clair , épouſe
du Maistre des Requeſtes de ce
Nij
748 MERCURE
- ce nom . Elles font toutes trois
filles de Mr le Prefident
le
Goux d'une ancienne
famille
de Bourgogne
& parent
de Mr
l'Archevêque
de Narbonne
.
Mre N... Comte
de Viry a
épousé
Dlle de Mareſte
Rochefort.
Mr l'Evêque
de Belley leur
a donné
la Benediction
nuptiale
dans la Chapelle
du Château
de Rochefort
en Bugey, & leur
a fait fur ce fujet un Difcours
tres touchant
. L'Hiftoire
de
Saint Bernard
de Menthon
qui eft peînte
dans cette Chapelle
, & qui eft un des grands
oncles
de cette Dile du colté
de ſa grand❜mere
Melchiorre
#
GALANT 149
de Menthon , épouse de Jean-
Jacques de Marefte , Baron de
Saint- Agnieu , donna occaſion
à ce Prelat de parler des vertus
conjugales avec beaucoup de
delicateffe . Saint Bernard comme
un autre Saint Alexis fe fauva
le premier foir de ces noces
enfuite d'une vifion de Saint
Nicolas de Tolentin , qu'il eut ,
& on voit encore dans le Château
de Menthon la feneftre
par où il paſſa. Jean- Jacques
de Marefte ayeul de cette Dlle
eftoit fils de Charles de Mareſte
, Baron de Saint - Agnieu ,
Seigneur de Ribaud , & de Ca-
Niij
150 MERCURE
therine Aro de Montmelas.
La Maiſon de Mareſte a l'honneur
d'appartenir à celle de Savoye.
La jeune Comteffe de
Viry eft foeur de Mr le Comte
´d'E. La maison de Viry eft de
Genevois & defcend du fameux
AméComte deViry qui fe rendit
celebre par les fervices qu'il
rendit au Duc de Bourgogne
dans la guerre contre les Liegeois
, & dans celle qu'il fit au
Duc de Bourbon. Il vivoit en
1340. & il époufa Lucie de la
Baume , une des grand'tantes
de Mr le Maréchal de Montrevel
. Amé de Viry un de ſes
GALANT 151
defcendans fut pere de Claude
de Viry Chanoine & Comte
de Lyon. Mrs les Comtes de
Viry font alliez aux Maiſons
de la Baume- Montrevel , Haureville
, Gerbais , Montchenu ,
Geneve- Lullins , Pontverre, &
Montluel. La nouvelle Comteffe
de Viry eſt une des plus
belles femmes de ce temps.
Dlle Elifabeth Seymour ,
fille de Mr le Duc de Sommerfet
& petite niece d'une Reine
d'Angleterre , a époufé Mylord
Hemond. Elle defcend
d'Edouard Duc de Sommerfet
, Tuteur du Roy Edouard
Niiij
152 MERCURE
VI. fon Neveu & Protecteur
du Royaume. Il eftoit frere
de la Reine Jeanne Seymour
troifiéme femme d'Henry
VIII. & qui mourut en accouchant
d'Edouard VI. & de
Thomas Seymour grand Amiral
d'Angleterre , qui époufa
Catherine Parre , veuve & fixiéme
femme d'Henry VIII.
Le Doge de Veniſe eſtant
mort , il y a quelque mois , la
Republique a élu en faplaceMr
Gio Cornaro , d'une des plus
illuftres familles de Venife , &
qui a déja donné des Doges
à la Republique fans compter
GALANT 153
celuy qui vient d'eſtre élu.
Marc Cornaro fut élu Duc ou
'Doge de Venise en 1 365. Jean
Cornaro obtint fon mepar
rite & par fes ſervices le même
employ en 1624. Ou 1625. Il
mourut en 16 30. & en 1656 .
François Cornaro fon fils fut
honoré de la même dignité ,
mais il n'en jouit que tres - peu
de temps. André & Louis Cornaro
freres & fils de George
Cornaro qui engagea Catherine
Reine de Cypre fa foeur
de remettre le gouvernement
de fes Etats à la Republique
,
furent tous deux Cardinaux ,
154 MERCURE
André en 1544.
dans une Promotion
de Paul III. & Louis
en 1551. dans une Promotion
de Jules III. Frederic Cornaro
fils du Doge Jean dont j'ay
déja parlé fut fait Cardinal par
le Pape Urbain VIII . en 1626 .
Il eftoit Patriarche de Venife
& grand Prieur de Cypre. Un
'Louis Cornaro de la même famille
compofa dans le ſeiziéme
fiecle un ouvrage fur les avantages
de la Sobrieté. François
& Marc Cornaro furent auffi
tous deux Cardinaux dans le
feiziéme fiecle ; le premier fut
Evêque de Brefce & honoré
CALANT
155
de la Pourpre Romaine par le
Pape Clement VII . Le fecond
fut Evêque de Padouë ; le Pape
Alexandre V I. le mit dans le
Sacré College en 1500. Ils
eftoient tous deux fils de George
Cornaro & d'Elifabeth Morofini
, & neveu de Catherine
Reine de Cypre dont j'ay déja
parlé ; il y a encore aujourd'huy
un Cardinal de cette illuftre
famille , & qui eſt Evêque
de Padouë ; il eſt frere
du nouveau Doge , & ils font
chacun dans leur eftat l'ornement
& les delices de leur
patrie.
Le Doge eft dans un âge
156 MERCURE
tres -avancé. Il a deux fils dont
l'un eft Vicelegat du Pape à
Boulogne , & l'autre qu'on
nomme François Cornaro , a
efté Ambaffadeur de la Republique
à la Cour d'Angleterre.
On remarque à la gloire de
cette grande Maifon qu'elle
tenoit déja un rang confiderable
parmi la premiere Nobleffe
de Venife au commencement
du neuviéme fiecle ; je
pourrois joindre à cela l'éloge
qu'en fait Mr de Thou dans le
trente- huitiéme livre de fon
Hiftoire , qui en parlant de
Louis Cornaro dit qu'il eftoit
GALANT 157
de la plus illuftre Maifon de la
Nobleffede Venife.
Il paroift depuis peu un
Livre qui n'eft pas confiderable
par fa groffeur , puifqu'il
ne contient que 314. Reflexions
fur les Défauts d'autruy.
On a déja beaucoup écrit fur
cette matiere ; mais elle eft
fi ample que l'on peut dire
qu'elle eft inépuiſable , & qu'-
elle fournira toujours des cho.
fes qui paroiftront nouvelles .
Ainfi ceux qui acheteront ce
Livre peuvent eftre affurez que
dans une Matiere fouvent rebatuë
, ils trouveront des cho158
MERCURE
fes qu'ils n'ont jamais luës dans
aucun autre Livre , & ce qui
eft le plus confiderable , dont
il pourront profiter , s'ils le lifent
avec toute l'attention que
l'on doit apporter à la lecture
de ces fortes de Livres , &
s'ils y font toutes les reflexions
que demandent ces fortes
de lectures qui font bientoft
faites fi on les fait en courant
comme l'on fait la plufpart
des Livres ; mais qui doivent
occuper plus long- temps
que la lecture des plus gros
Volumes , lors qu'on les lira
dans le deffein d'en profiter
GALANT
159
de refléchir fur chaque Maxime
, & de fe bien mettre dans
l'efprit tout le fens de ce
qu'elles contiennent , & il eſt
fûr que tout Lecteur qui en
ufera de la forte , évitera de
tomber dans une infinité de
défauts dans lefqels il tombe
infenfiblement prefque tous
les jours de fa vie.
Cé Livre fe vend chez Efprit
Billiot , en la Maiſon de
Denis Thierry , rue de la Harpe
, au coin de la rue Pierre-
Sarazin , à la Ville de Paris .
On a fait une Traduction
des Epigrammes d'Owen , qui
160 MERCURE
doit faire beaucoup de plaifir à
ceux qui la liront , & comme
ce Poëte n'eſt pas auſſi connu
qu'il l'auroit dû cftre par fes Epigrammes,
dont nous n'avons
point de Traduction , je crois
ne pouvoir vous le faire mieux
connoiftre qu'en vous raportant
les propres paroles dont
l'Auteur de la Traduction
s'eft fervi dans fon Epître Dédicatoire
à Madame la Marquiſe
de ***
Owen , eftoit l'homme de fon
temps qui avoit leplus d'efprit ; on
peutl'apeller le Marcial moderne.
GALANT 161
Il naquit dans la Ville d'Oxford,
fi celebrepar fa fameuse Univerfité
fondéepar Alfred ; il vivoit
dans le dix -feptieme fiecle , fous
le Regne de l'infortuné Charles
premier. On ne fait rien de particulier
de fa vie , finon qu'il
compofales excellents Ouvrages,
dontje donne icy la Traduction ,
qui luy attireront l'eftime &
l'admiration de tout le monde.
On y voit qu'il fut cher aux
Grands : qu'il n'eftoit pas fort riche
; mais qu'il avoit de bonne
moeurs & qu'il avoit autant
étudié la Sageffe , que la Poëfie.
On ne fçauroit lire la fienne
Octobre 1709 .
>
162 MERCURE
qu'on ne le plaigne du malheur
qu'il eut d'eftre Proteftant. Il
déclama fort contre les vices de
fon fiecle , il ne luy manquoit
que
d'eftre éclairé des veritables.
lumieres
, que Dieu ne communique
qu'à ceux qu'il luy plaiſt. Né
dans le fein de l'erreur , qu'un
Roy , trop ambitieux & rebelle
au Chef de l'Eglife , avoit fait
naître , ily eft mort malheureusement.
Lafageffe & la vivacité qui
compofent le caractere du bon
efprit , accompagnoient toujours
le fien . Il fçut reünr enſemble la
folidité , l'agrement & la ſcience.
GALANT 163.
on
la
Sonftile eft aifé , pur ,fimple , précis
& naturel. On luy repro
che de n'avoir point fuivi l'élocution
des Anciens ; mais fi lafien
ne eft peu conforme à la leur ,
peut dire qu'il leur a reſſemblé au
moins par l'élevation & par
fublimité de fon genie. Le Recueil
de fesVers ne cede en rien à l'Anthologie
. On trouve dans Owen
une varietécharmante , &un mélange
agréable , qui le font aimer
de tous les Lecteurs. Son Livre
eft une espece d'Enciclopédie , qui
renferme les plus beaux traits de
Morale , d'Erudition , de Politique,
de Philofophie , de Jurispru
Oij
164 MERCURE
dence , de Medecine , & de Theologie.
L'Epigramme eftde ces ouvra
vrages , qui ne laiffent point de
fuppofer bien des talens , quoi qu'ils
nefoient pas d'une longue haleine.
On a vû peu de beaux efprits
réüffir dans ceete efpece de Poëme ,
&l'Antiquité ne peut fournir
que peu d'Auteurs , qui y ayent
excellé. Il faut un feu & une
jufteffe dans les pensées & dans les
expreffions , qui ne fe rencontrent
pasfouvent enfemble. Onpardonne
les fautes dans les grandes pieces
; mais dans l'Epigramme on
n'excufe rien tout y doit aller
GALANT 165
directement au coeur ou à l'esprit ,
quife fentant agreablement frappez
par des faillies vives & ingenieufes
, en admirent les beautez,
& fe rendent malgré eux à
fes charmes. La connoiffance &
l'usage du monde font neceffaires ,
pour traiter toutes fortes de fujets
& pour badiner fpirituellement
fur les plus delicats . La Satyre
quiy regne ordinairement , demande
beaucoup de précaution & de
prudence. Le gouft des hommes eft
fi bizarre , qu'on ne peut fe promettre
de plaire à tous ; Owen eft
un de ceux qui peuvent s'en flatter.
Le Lecteur le plusfcrupuleux
166 MERCURE
fur les moeurs & fur l'esprit , ne
verra rien dansfes ouvrages , qui
puiffe blefferfa delicateffe . Le plus
melancolique y trouvera dequoy
diffiper fon ennuy ; & les plus
zelez frondeurs ne trouveront
plus à mordre quefur la Traduction.
Fay choifi parmi fes Epigrammes
celles que j'ay cru convenir le
plus à nos moeurs & à noftre gouft,
Fen ay retranché celles qui ne confiftoient
qu'enjeux de mots Latins,
quin'auroient plus cu la même
grace en François. Je n'en ay point
traduit quelques unes , qui n'ale
même brillant , & voient
pas
GALANT 167
la même beauté les autres ;
que
il eft difficile que dans un fi grand
nombre , il ne s'en trouve de
foibles , de communes , &de languiffantes.
Fay cru auffi devoir
omettre celles qui font contre la
>
celles dont les Religion
penfees ne font pas fort nouvelles
quoyque l'expreffion ne laiffe pas
depouvoirleur tenir lieu de nouveauté.
Je n'ay point traduit met à
mot toutes les Epigrammes : On
Sçait affez qu'une Traduction
litterale de Vers en Vers correcte
exacte , eft difficile , & même
prefque impoffible. Fay pris .Som
168 MERCURE
mairement les penfées d'Owen ,
en Latin , que j'ay habillées , du
du mieux que j'ay pú , à la Francoife
; j'en ay racourci quelques
unes ; j'en ay augmenté d'autres ,
&jepuis me flater que fi je les ai
changées quelques for , en leur
donnant plus ou moins d'étenduë,
je ne les ai ni affuiblies ni défigurées.
Fay voulu les rendre comme
Oginales , quoyque copiées.
Un Traduct ur est moins efclave
en Versqu'en Profesil eft contraint
fouvent de fecouer le joug de la
fujétion , de fe donner carriere
, autant les bornes d'une
que
-
Liberté raisonnable peuvent le
permettre.
GALANT 169
permettre. Fay fuivi dans ces
Epigrammes , l'ordre que j'y ay
trouvé pour ne point effaroucher
les Dames , qui nefont point
auffi fçavantes que vous , & à
qui ces Traductions pourront ne
pas déplaire ,je ni ay point mis le
texte Latin.
Jay joint aux Epigrammes
d'Owen , quelques unes de Buchanan
, qui eftoir un bel efprit
d'Ecoffe , prefque contemporain
d'Owen. Ses Poëfies le rendirent
celebre , & font encore réverer
fa memoire à tous les gens de
Lettres . Je vous rends, Madame,
un compte fidelle de mon travail,
Octobre 1709. P
170 MERCURE
Je feray trop heureux , s'il peut
vousplaire; s'il n'a pas ce bonheur
fongez du moins que je ne l'ay
entrepris , que pour vous faire
plaifir , & pour vous montrer
combien. Jefuis.
La lecture de ces fortes de
Livres ne fait pas feulement
beaucoup de plaifir quand les
Epigrammes font accompagnées
du fel qu'elles doivent
avoir ; mais elle doit auffi eftre
d'une grande utilité , puifque
rien n'eft plus capable d'engager
les hommes à fe corriger
de beaucoup de leurs défauts .
On doit croire que la
GALANT
171
·
Traduction des
Epigrammes
d'Owen eft fidelle , puifque la
Langue Latine a eſté auſſi familiere
au Traducteur
dés fa
plus grande
jeuneffe , que la
Françoife , & qu'il a compofé
quatre vingt ouvrages
latins
tous en Vers & fur differens
fujets dont on
trouvera peu
d'exemples
, & dont il vient
de donner au public une Traduction
de la plus grande partie.
La varieté des fujets & la
maniere dont ils font traitez ,
doit faire juger au Lecteur
que la lecture n'en peut cftre
que tres- attachante
& tres - divertiffante.
Pij
172 MERCURE
Ces deux ouvrages font de
Mr le Brun , auffi connu par
fon merite particulier que par
plufieurs autres ouvrages qui
luy ont fait honneur dans le
monde , & par la qualité de
parfaitement honneſte- homme.
Rien ne l'a jamais porté
écrire que l'heureux genie qu'il
a pour les belles Lettres , &
quand cela fe rencontre dans
un Auteur , qui d'ailleurs eft
fort diftingué dans le monde ,
il s'enfuit toûjours que tous
ouvrages ont tout ce qu'il
faut pour plaire au public.
Le premier de ces Livres fe
fes
GALANT 173
vend chez Pierre Ribou, Quay
des Auguſtins , à la defcente
du Pont- neuf, à l'Image Saint
Louis ; & le fecond , chez Simon
Langlois , ruë S. Etienne
d'égrés , au Bon Paſteur .
On vient encore d'en mettre
un autre au jour qui a pour
titre .
,
pour
des
Nouvelle Methode
aprendre la Musique , par
démonstrations faciles , fuivies
d'un grand nombre de Leçons à
une & à deux Voix , avec des
Tables qui facilitent l'habitude
des tranfpofitions, la connoiffance
des diferentes mefures . Oua
Piij
174 MERCURE
vrage également utile à ceux qui
enfeignent ou qui aprennent la
Muſique , par le moyen duquel
les perfonnes qui en on déja quelque
teinture , foit pour la voix
foitpour Inftrumens ; même celles
qui fçavent feulement le Plain-
Chant , pourront en cas de necef
fité s'inftruire par elle mêmes .
Il paroift que le titre de ce
Livre , contient tout ce que
l'on en pourroit dire , & en
effet il eft des plus étendus ;
mais quoy qu'il dife beaucoup
le Lecteur en aprendra davantage
dans la Preface . Tout
l'Ouvrage eft gravé , & doit
GALANT 175
avoir coûté infiniment à l'Au
teur.
Il fe vend chez l'Auteur
ruë du Mouton , prés de la
Grêve. Le Prix eft de quatre
livres en blanc & de cinqlivres
relié.
Mr Barreme , vient de mettre
au jour le premier Tome
du nouveau Livre des Changes
Estrangers de toutes les principales
Villes de l'Europe , où
la France à correfpondance.
On y trouve tous faits par
des Tarifs parfaits , tous les
Changes Etrangers , à tous
les differens prix du Change
P iiij
176 MERCURE
tant
qu'ils puiffent arriver ,
pour les Traittes que pour les
remifes , foit pour payer en argent
ou en billets , tous les
differens Pairs des Places entreelles
fuivant tous les temps ;
les Agios , les Negociations
les Reductions des Mefures ,
Poids & Monnoyes pour les
Facteurs , &c. le tout par Tarif.
1
Avec un Traité pour faire
par regles tout ce qui eft cydeffus
; chaque Regle accompagnée
de fon inſtruction
de fon établiffement & de fa
maxime generale , avec leurs
GALANT 177
preuves
& raifons , fuivi de
leur application
pour connoître
les profits
& pertes avec
feureté
, pour les avantages
d'une Place à l'autre.
Ce premier Tome traite à
fond de tout ce qui eft cy deffus
pour l'Angleterre , la Hollande
& la Flandre avec la
France , & dont on répond de
la correction parfaite , tout
eftant recalculé par l'Auteur
depuis l'Impreffion
, & le peu
d'erreurs échapées eftant corrigées
de fa main avant qu'il y
mette fon Paraphe , fans quoy
la feureté ne s'y trouveroit
178 MERCURE
de ce Lipas
. L'Avant propos
vre en dit beaucoup davantage.
3
Il ne fe vend qu'à Paris
chez la veuve Beffin , fur le
Quay de Conti , dans la maifon
du fieur Barreme.
Vous trouverez l'Article
fuivant digne de voſtre curiofité
; c'est un Abregé de ce que
portent les dernieres Lettres
écrites d'Hifpahan , par Mr
l'Evêque de Babylone.
Mr Pidou de Saint - Olon ,
Evêque de Babylone , ayant
efté nonobftant fon grand
âge , jufqu'à l'enrtée de l'ArGALANY
179
faire
remenie
Perfane pour
connoiftre Mr Michel , Envoyé
du Roy à la Cour de
Perfe , & depuis , l'ayant appuyé
de fes Confeils & de fa
prefence à Hifpahan , mande
de cette Capitale que le 29 .
Novembre dernier Mr Michel
ayant fini glorieufement ſa Legation
, en eftoit parti ; que les
Miffionnaires , les Francs , Mrs
les Scherimannes, riches Armeniens
Catholiques , & autres ,
luy vinrent dire adieu ; que cet
Envoyé , aprés avoir fait tirer
1. trois coups de canon pour fignal
de départ , monta à che180
MERCURE
val & conduifit Mr l'Evêque
de Babylone à l'ancienne Place
publique à l'Eglife des Carmes
Déchaux , où ce Prelat ayant
pris la Chape & la Mitre , entonna
le Te Deum ; qu'il fit enfuite
affis , la Mitre en tefte ,
des remercimens à Mr l'Envoyé
au nom de tous les Miffionnaires
& de tous les Francs
& Orthodoxes , de tout ce
qu'il avoit fait pour la Religion
& pour l'Etat , ayant avec
la grace de Dieu furmonté par
fa conftance & fa fageffe beaucoup
d'obſtacles , de périls &
de peines , relevé l'honneur de
GALANT 181
la Nation en Perſe , & rétabli
toutes les Miffions , en leur obtenant
du Sophi d'amples Privileges
& de belles Lettres de
protection , & jetté les fondemens
d'un utile & honorable
commerce avec la France par
d'avantageufes Capitulations ;
qu'enfin la Priere pour fon
heureux voyage & quelques
rafraîchiffemens , Mr l'Envoyé
prit congé de Mr l'Evêque de
Babylone , & partit accompagné
d'un Memander ou Conducteur
de la Cour qui avoit
ordre de le faire honorer par
tout ; qu'on avoit donné à Mr
182 MERCURE
l'Envoyé feize Chameaux &
vingt - deux Chevaux pour fon
équipage , qui eftoit autant
qu'il en avoit demandé ; qu'on
avoit continué de luy donner
3 Tomans par jour ( qui valent
so écus ) jufqu'au confins de la
Perfe ; qu'on luy avoit rendu
de grands honneurs dans cette
Cour, & même plus qu'à aucun
dont on fe fouvienne ; qu'il fut
reconduit par plufieurs Francs
jufqu'à un Village à trois licuës
d'Hifpahan , où il n'arriva
qu'au clair de la Lune , n'étant
parti de la Maiſon où
le Roy de Perfe le logeoit ,
GALANT 183
que l'aprefdînée ; que plufieurs
Religieux de differens Ordres
l'accompagnoient , & entr'auautres
un P. Carme Déchaux ,
chaffé de Baffora par les Turcs ,
qui ont auffi chaffé de Bagdat
les Capucins à l'inftigation des
Schifmatiques de Turquie qu'
un jeune Armenien Catholiquede
Zulpha ou quartier des
Armeniens d Hifpahan , venoir
avec Mr l'Envoyé , pour
apprendre en France la Chirurgie
( qui fert beaucoup aux
Millionnaires de Turquie &
de Perfe ) que le fieur Beauregard
d'Aix en Provence , Or184
MERCURE
févre , eftoit demeuré à Hiſpa
han pour y exercer fon mêtier ;
que le Sophi avoit deffendu à
Les Sujets qui ne font pas de fa
Religion de porter le fabre à
Hifpahan ; des fouliers à la
Perfienne , & à eux & aux au
tres de fortir en temps de pluye
& de nuage , qui font rares à
Hifpahan , & aux Chreftiens
de fonner leurs cloches , qu'on
laiffe aux feuls Miffionnaires
ou Francs ( ce qui eft un effet
de la protection du Roy , &
de la legation de Mr Michel
fon Envoyé ) & que le Sophi
n'ayant point répandu de fang
GALANT 185
depuis qu'il regne , s'eſt contenté
de releguer un Eunuque
fon grand Ecuyer , qu'il vouloit
faire décapiter pour prévarication
, & de confifquer
fes biens montant à quatrevingt
mille Tomans.
Je paffe au fecond Article
des Morts , dont je fuis obligé
de referver encore plufieurs
pour le mois prochain , l'abondance
de ces Articles eftant -
toûjours fi grande , qu'elle doit
faire penfer à la mort , ceux
qui font le plus attachez à la
vie .
Mre Jean Lambert , Doc-
е
Octobre
1709.
186 MERCURE
teur en Theologie , de la Faculté
de Paris , & Maifon de
Sorbonne , Doyen de l'Eglife
Cathedrale de la Rochelle , eft
mort âgé de 71. ans . Il eftoit
d'une bonne famille d'Angoumois
, & s'eftoit appliqué
dés fa jeuneffe aux belles Lettres
& aux Sciences , dans lefquelles
il a excellé . Mre Henry
de Laval de Bois Dauphin ,
Evêque de la Rochelle , ayant
connu fon merite , & fa pieté
l'avoit choisi pour le bien &
l'utilité de fon Eglife , pour
en remplir la place de Doyen ,
& pour donner à fon ChapiGALANT
187
tre un homme qui poffedoit
au fuprême degré toutes les
qualitez neceffaires pour le
Gouvernement. Quoy qu'il
cut un efprit fuperieur il s'étoit
borné pendant les dix
dernieres années de fa vie à
travailler utilement pour fon
Chapitre , & à tranquilifer les
familles en affoupiffant les
Procés , & les conteftations , &
à faire l'office d'un Arbitre
charitable . Il s'eftoit diftingué
par le brillant de fon efprit
dans-l'Affemblée du Clergé
de 1682. L'étroite liaiſon
qu'il avoit toujours eue avec
Qij
188 MERCURE
1
les perſonnes les plus éclairées
& les plus diftinguées du
Royaume & l'empreffement
qu'elles avoient de le poffeder
pour le confulter dans les affaires
les plus épineufes , & les
plus confiderables , font des
preuves du riche talent que
Dieu luy avoit donné . Il cft
mort le troifiéme jour de fa
maladie , avec autant d'édification
pour fon prochain qu'il
avoit fait voir de pieté pendant
fa vic.
Mr l'Abbé Begon , fils de
Mr Begon Intendant de la
Rochelle , a cfté choifi
par le
GALANT 189
Chapitre pour remplir la place
de Doyen que poffedoit le
défunt. Tous ceux qui portent
ce nom fe font fi bien acquittez
de tous les Emplois qu'ils
ont poffedez , qu'ils y a lieu de
croire que cet Abbé répondra
dignement à tout ce que l'on
attend de ceux qui portent
fon nom .
Mr le Marquis de la Hautonniere
, Gouverneur de Rennes
, eft mort dans un âge fort
avancé. Il avoit longtemps fervi
à la teſte d'un Regiment
d'Infanterie , où il donna au
commencement de la derniere
190 MERCURE
guerre de frequentes marques
de fa valeur. Il eft d'une ancienne
famille de Bretagne, qui
y eftoit déja connuë fous les
Ducs de Bretagne . Le Duc
François pere de la Reine Anne
de Bretagne , femme des
Rois Louis XII. & Charles
VIII. avoit auprés de luy un
Chevalier de la Hautonniere ,
en qui il avoit une extrême
confiance. Ce Chevalier fut
enveloppé dans la difgrace du
fameux Landais , Favori du
Duc , & dont la fin fut fi tragique.
La Maifon de la HautonGALANT
191
niere a formé plufieurs branches
qui fe font répanduës
dans les Provinces voifines , &
qui ont toutes produit des perfonnes
d'un grand merite fous
le regne d'Henry IV . Un Comte
de la Hautonniere fignala
fa fidelité pour le fervice de ce
Prince , & on peut dire qu'il
dut à fes foins & à fa vigilance
une partie de la Bretagne
dans les temps orageux qui ébranlerent
fon Royaume dans
les premieres années de fon
regne . L'Eglife a auffi tiré de
grands fujets de cette Maifon ;
il y cut dans le Concile de Bafle
192 MERCURE
un Ecclefiaftique de ce nom ,
qui prêcha plufieurs fois avec
un fuccés merveilleux devant
les Peres , & qui n'oublia rien
pour les détourner d'une dé.
marche qui fut fur le point de
caufer un Schifme à l'Eglife
par l'élection d'Amé VII . Duc
de Savoye , fous le nom de
Felix X.
Mre N... Boucherat , Confeiller
d'Honneur au Parlement
de Paris , & frere de feu
Mr le Chancellier Boucherat ,
eft auffi decedé dans un âge
tres avancé. Il ne laiffe qu'une
fille unique , qui eft Me la Predente
GALANT | 193
fidente de Lille , dont l'époux
cft Prefident au grand Confeil .
Mr Boucherat eftoit fils de
feu Mr. Boucherat Maître des
Comptes , qui joignoit à de
grandes lumieres une réputation
de probité qui le fit choifir
plufieurs fois pour la conduite
de plufieurs affaires
d'une difcuffion difficille &
importante. La Maiſon de
Boucherat eft ancienne dans
la Robbe ; elle y eftoit déja
connue du temps du Roy
Louis XII. & depuis ce Regne
, elle à produit des fujets
dont la fidelité & l'exactitude
Octobre 1709. R
194 MERCURE
dans les employs qu'ils one
cxercez, a fait beaucoup d'honneur
à ce nom. Mr Boucherat
dont je vous apprens la
mort , a toujours vêcu fans
ambition ; il n'a point voulu
travailler à l'augmentation de
fa fortune ; & on peut dire
que jamais perfonne n'a moins
profité que luy des occafions
qu'il avoit de l'augmenter
& de s'élever à des poftes confiderables.
Il cftoit oncle paternel
de Me de Harlay , & de
Me de Fourcy , la premiere
veuve de Mr de Harlay de
Céli , Confeiller d'Etat Ordi-
2.
GALANT 195
naire & Plenipotentiaire aux
Traitez de Nimegue , & de
Rifwick , & la feconde veuve
de Mr de Fourcy , auffi
Confeiller d'Etat , & auparavant
Prevost des Marchands
de la Ville de Paris. La Maifon
de Boucherat cft alliéc
aux plus confiderables de la
Robbe , à celles de Molé , de
Mefme , de Bailleul , de Potier
-Novion , de Charron de
Menars , de Longueil , de
Maifons , d'Aligre , de Lamoignon
, de Harlay , de
Fourcy , de Crevecoeur , de le
Tellier , de Briçonnet , de le
Rij
196 MERCURE
Coq , de Montholon , & de le
Vaffeur.
Mr Boucherat , dont je vous
apprens la mort a fini fa vie
dans des fentimens de la plus
haute pieté ; refigné aux ordres
de Dieu , il a reçu la mort avec
une foumiffion tres - chreftien .
ne ; il a fait de grands biens aux
pauvres par fes dernieres dif
pofitions & il leur a donné
en mourant des marques de
l'amour qu'il leur a porté dans
le cours de fa vie. Il a voulu -
eftre enterré dans l'Eglife de
Saint Louis en l'Ifle , fa Paroiffe
oùil a toujours demeuré. Me
GALANT 197
·
de Lille , en qui s'éteint tout à
fait la Maifon de Boucherat ,
eft une Dame d'un efprit trescultivé
, qui a efté élevée avec
de grands foins ; & elle avoit
apris dés fa jeuneffe les langues
étrangeres , & elle en parle
plufieurs avec facilité.
Dame N... le Vaffeur
époufe de Mre Louis Bontemps
premier Valet de
Chambre de Sa Majeſté , &
Chevalier de l'Ordre de Saint
Lazare ; elle eftoit fille de feu
Mre N...le Vaffeur , Confeiller
de la Grande Chambre ;
& foeur de M Nicolas le Vaf
ге
R iij
198 MERCURE
feur, Marquis de Saint Vrain,
ancien Prefidenţ de la Cour
des Aides , & de Mre Pierre
Jean le Vaffeur , Conſeiller de
la premiere Chambre des
Enqueftes. La Maiſon de le
Vaffeur eſt tres ancienne
dans le Parlement .
>
Elle y
eftoit déja connuë fous les
régnes des Princes de la Maifon
de Valois. Un le Vaffeur eftoit
Confeiller au Parlement fous
le Roy Henry III. un autre
Magiftrat du même nom &
du même corps , fe trouva mêlé
dans le cruel maffacre de la
Saint Barthelemy : il ſe tira du
GALANTE
DELA
បទ ភ
me
VILLE
danger extrême où fa w
expofée pendantquelques
mens en donnant des preuves
certaines , & inconteftables
qu'il avoit toujours fait une
profeffion conftante de la
Religion Catholique . La Reine
Catherine de Medicis luy fit
compliment le lendemain fur
le peril où il avoit efté expofé
la nuit précédente. Cette Prin
ceffe luy dit même que l'Etat
auroit perdu confiderablement
par fa mort , & que rien
ne luy reffembloit moins qu'un
Huguenot. La famille de Mrs
le Vaffeur , eft alliée aux meil ,
Riiij
200 MERCURE
le
leures Maifons de la Robbe ,
fçavoir à celles de Montholon ,
Maifons , le Nain - Tillemont
, leFevre- Caumartin , &
le Fevre d'Eaubonne , d'Argouges-
de Rannes , le Vayer ,
Quentin de Richebourg
Dulaurens , Monthulé
Tonnelier , Fenoil , Pinon ,
Camus Pontcarré , Portail
Doujat , & d'Averdouin . Me
Bontemps laiffe deux garçons
& trois filles, dont l'une a épou
fé Mr le Comte d'Argenis
Colonel. Il eft de la Maifon
de Camus , une des plus anciennes
& des plus qualifiées
1
GALANT 201
du Lyonnois où elle eft établic
depuis prés de trois fiecles .
Mr le Comte d'Argenis , eft
petit neveu de feu Mr le Marquis
de Pufignan , Lieutenant
General des Armées de Sa Majefté
, qui fut tué en Irlande
pendant la derniere Guerre ,
& neveu de Mr le Commandeur
d'Argenis Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
. Me Bontemps , a efté
regrettée de tous ceuxquila
connoiffoient. Mr le Vaffeur ,
fon pere , l'un des hommes de
fon temps le plus éclairé , n'avoit
rien oublié pour ſon édu202
MERCURE
cation . Mr le Vaffeur , aycul
de cette Dame , & auffi Confeiller
au Parlement de Paris ,
fut un des plus habiles hommes
de fon temps ; il eftoit confulté
de toutes parts , & on le
regardoit par tout comme
l'Oracle du Palais. Il avoit
fait des progrés furprenans
dans la Jurifprudence Civile ,
& Canonique , & il ne fe prefentoit
point au Palais de queftion
de Droit quelque embar
raffée qu'elle fut , qu'il ne
decidât fur le champ , & tou
jours d'une maniere conforme
aux veritables principes de la
GALANT 203
Jurifprudence du Royaume.
Il avoit fait d'excellentes collections
, fur les Inſtituts , &
fur le Digefte dont on a fouhaité
long- temps l'Impreffion .
Damoiselle Jeanne Joly eft
morte à Dijon , âgée de 74.
ans. Elle cftoit fille de Mr Joly
Avocat General en la Chambre
des Comptes de la même
Ville , de l'ancienne famille de
M's Joly de Bourgogne , qui
y a donné des Prefidens à
Mortier , des Confeillers , &
d'autres Officiers au Parlement
& des Prefidens , & Maistres
en la Chambre des Comptes.
204 MERCURE
M' Joly de Fleury fucceffivement
Avocats Generaux au
Parlement de Paris ; & Mr
Joly de Blaify Prefident au-
Grand Confeil , font de cette
famille. La Demoiſelle qui
vient de mourir , avoit paffé
fa vie dans les Exercices de la
plus haute pieté , de toutes
manieres , mais particulierement
à l'égard de Madame fa
Mere , qui eft morte dans un
âge fort avancé , & des Pauvres
& des Eglifes de la Ville
de Dijon. Il y en a peu qui
n'ayent eu des marques de fa
charité & de fa liberalité , &
CALANT 205
principalement l'Eglife de S.
Jean fa Paroiffe, puifqu'outre
plufieurs fondations qu'elle y
a faites , elle y a donné un
Tabernacle d'argent maflif
d'un prix confiderable , &
toutes les grandes Medailles
dans des Attiques , qui ornent
tout le tour de l'Eglife . Elle
donnoit aux pauvres tout fon
revenu , qui eftoit confiderable
, & particulierement aux
de bonne famille qu'elle
gens
fçavoit eftre dans le befoin ,
ou dans des embarras de Procés
ou d'affaires , en fourniflant
les fecours neceffaires pour
206 MERCURE
les terminer , afin de mettre les
familles en repos.
Mre Gedeon Dumets , Confeiller
du Roy en fes Gonfeils ,
Prefident Honoraire de la
Chambre des Comptes , Intendant
& Controlleur general
des Meubles de la Couronne
, eft mort âgé de 83. ans ;
il laiffe de Dame N.... Mallet
fon époufe trois fils ; l'aîné pof
fede la Charge d'Intendant des
meubles de la Couronne , dont
le Roy luy avoit donné la furvivance
il y a quelques années ;
ya
le fecond eft Prefident des
Comptes , & le troifiéme , CoGALANT
207
lonel du Regiment de Vexin :
Il s'eft trouvé dans plufieurs
actions depuis fept ans qu'il eft
Colonel, & il a fervi avec diftinction
dans la Ville & dans
la Citadelle de Tournay. Feu
Mr Dumets eftoit frere de Mr
Dumets Lieutenant general
des Armées du Roy & de l'Artillerie
, qui a efté tué à la bataille
de Fleurus , & dont la valeur
eftoit fi generalement reconnue
, ainfi que fes talens
particuliers pour l'Artillerie ,
qu'il a efté regretté de tout le
monde ; ce qui luy a fait meriter
une place parmi les hom
208 MERCURE
mes illuftres de feu Mr Perrault
. Il eftoit auffi frere de
Mr l'Abbé Dumets , Confeiller
Aumônier du Roy , Abbé
de Sainte Croix & de S. Martin
de Huiron , recommandable
par fa pieté . Feu Mr le Prefident
Dumets étoit d'une porbité
reconnue & d'une grande
exactitude à remplir tous les
devoirs d'un honnefte homme
; il avoit d'abord exercé la
Charge de Treforier des Parties
Cafuelles qu'avoit feu Mr
fon pere ; enfuite feu Mr Colbert
dont il poffedoit toute
l'eftime & la confiance , le fit
GALANT 209
nommer Garde du Trefor
Royal , & il s'eft acquitté de
tous ces emplois ainfi que de
la Charge de Controlleur general
des Meubles de la Couronne,
qu'il a exercée pendant
cinquante ans avec tant d'integrité
qu'il s'eft acquis & qu'il
a confervé jufqu'à la mort la
réputation d'un des plus honneftes
hommes du monde &
d'un des meilleurs Officiers de
Sa Majefté , qui luy a donné
dans toutes les occafions des
marques de fa confiance
; on
peut affurer qu'il eſt univerſel-
: lement regretté du grand non-
Octubre 1709. S
210 MERCURE
bre d'amis diftinguez qu'il
avoit tant à la Cour qu'à la
Ville.
Il eftoit originaire d'une
noble famille de Bourgogne ,
qui eft établie depuis longtemps
en Champagne. Elle eft
alliée à plufieurs maifons diftinguées
dans la Robbe &
dans l'Epée. Mr le Comte de
Chaftillon avoit épousé une
de fes nieces dont il a un
fils unique. Mr le Maréchal
de Bezons , Mr le Marquis
de Neufchelles & Mr le
Prefident de Rezé ont épousé
auffi trois de fes nieces. Sa moGALANT
211
deftic eftoit generalement reconnuë
, & je puis affurer que
j'en ay fouvent vû des marques.
Me la Prefidente Dumets
veuve du deffunt eſt auſſi refpectable
par fa picté que par
fa vertu & par fon grand atta
chement à fon époux, qu'elle a
foulagé dans les infirmitez de
la vicilleffe & pendant une mai
ladie d'environ une année
avec une affiduité qui a peu
d'exemples ; elle eft foeur de
Mr Mallet Confeiller au Parlement
, dont la Maiſon eſt alliée
à celle de Bouligneux , de
Sij
212 MERCURE
Bufferol , & de Rebours .
Je vous envoye un Article
qui en contient plufieurs autres
qui vous feront plaifir , & j'efpere
qu'avant que de fermer
ma Lettre , je vous en enverray
encore quelques autres de
pareille nature.
EXTRAIT
Des Prifes amenées à Dunkerque.
Du premier Septembre.
Les Brigantins des Galeres du
Roy armez en course , ont amene
GALANT
213
un Brigantin Oftendois armé pour
la courfe , ayant trente - deux hommes
d'équipage , vingt -fix avirons
, & un canon . Ces Brigantins
l'ont enlevé aprés luy avoir
tué un homme , & bleffé deux
autres , aprés avoirfait échoüer,
fur la Cofte d'Oftende , & à la
vie de la même Ville , un Dogre
Fleffingois de quatre canons , qui
eftoit aufft armé en courfe.
4 ..
Du 5. Septembre.
La Chaloupe la Fidelle armée
defept hommes d'équipage ſeulement
pour la courſe , a amené un
214 MERCURE
Heu Anglois de quatorze tonneaux
de quatre hommes d'é
quipage , qu'elle a enlevé venant
de Londres, & allant à Plemuer
chargé à cüillette , de plomb , de
fucre , de vin , de cauderie , de
teintures , de colle , de tabac , de
fayance , d'autres marchandifes
eftimées vingt-cing mille livres.
Cette Chaloupe qui s'eft fait remorquerpar
la Prife , s'eftperduë ,
l'Amarre ayant rompu par le
mauvais
temps.
Du même jour.
Le Saint Matthieu , petit Cor
faire , y a amené neuf rançons
GALANT 215
Hollandoifes pour quatorze mille
florins argent d'Hollande.
Du 12. Septembre.
Le petit Corfaire , nommé
la Jaloufic , a amené trois rangons
Hollandoifes , montant à dix
mille florins.
Du
17.
La Barque - Longue , nommée
la Découverte , a amené une
Prife Hambourgoife , Galiotte de
80. tonneaux & de buit hommes
d'équipage, venant d'Ithland
allant à Hambourg , chargée
216 MERCURE
de Beurre , de Poiffon falé
d'Huille de poiffon , de Peaux de
ن ب
IMouton en laine , & de deux
petits Chevaux Dannois.
Du 21. Septembre.
La Barque Longue la Décou
verte a amené une rançon Angloife
, montant à 140 livres
Sterling , faifant environ 2000 .
livres en argent de France avec
2.5 . tonnes de Beurre, qu'elle à enlevées
du Bord Ennemy avant de
le rançonner.
Du 30. Septembre.
Le Marc - Antoine , petit
Corfaire,
GALANT 217
Corfaire , de Calais , a amené
une Prife Hollandoife fe difant
Danoife , Flute du port de trois
cens tonneaux ayant quatre petits
Canons & 15. hommes d'Equige
venant de Corck en Irlande ,
difant aller à Drame , chargée
de Beurre , de Viande
Salez.
de Cuirs
A Cherbourg le 28. Septembre.
Il eft arrivé une prife du port
de trente
tonneaux que la Fregatte
, la Marguerite
de Saint
Malo afaite ; elle eft chargé de
Octobre 1709 . T
218 MERCURE
Molue feche , qu'elle avoit prife
à Harqueboug en Angleterre
pour porter à Barcelone ; le Maître
qui a conduit cette prife , a
raporté avoir rencontré Mr du
Guay avec plufieurs Vaiffeaux le
23. de ce mois à dix lieues au
´Qüeft d'Оüeſſan.
De Breft le 30. Septembre.
Il arriva bier en cette rade
ún Corſaire de Saint Malo de
vingt Canons nommé la Marguerite
, Commandé par Mr
Dffaudrais Loquet,qui rencontra
de ce mois à douze lieües
le
1.7 .
GALANT 219
au Sud Sud- eft des Sorlingues ,
une Fregatte Angloife de 28 .
Canons avec la quelle il s'eft battu
pendant trois heures ; ily a eu
ring hommes tuez & vingt confiderablement
bleſſez.
De S. Malo le premier
Octobre .
La Fregatte le Hardy ,
le Chaffeur , Corfairesy entrerent
hier.
Le premier aprés avoir fait
une Prife d'une Fregatte Angloife
Garde Cofte de dix Canons
qu'il a laiffée à la Mer , &
Tij
220 MERCURE
dont il a amené les Officiers ,
les Equipages.
Le fecond avec un Baftiment
de dix Canons , chargé de Sucre ,
-qu'il a pris venant de laJamaïque,
où le Capitaine dit avoir laiffé
Sept Vaiſſeaux de 50. à 60. Canons
, Commandez par le Sieur
Woguer ; les Capitaines Corfaires
rapportent qu'il ont trouvé à la
Mer , une Efcadre Angloife de
quatorze Vaiffeaux Commandez
par l'Amiral Baker. Ils rapportent
auffi qu'un Capitaine Efpagnol
, qu'ils ont trouvé à la Mer
leur avoit dit qu'il avoit efté
arreftéquinzejours à Quinzal¸ à
GALANT 221
caufe de 20. Navires dont dix
de Guerre où l'on avoit embarqué
des Troupes pour Lifbonne , &
qu'ils en eftoient partis le 12 .
qu'un autre Corfaire leur avoit
dit avoir appris , qu'il y avoit
une Flotte de 300. Voiles à Cork,
& à Quinzal , destinée pour
toutes les Colonies , qui n'attendoit
pourfortir que le Convoy de
l'Amiral Baker.
Il est entré aux Sables d'Olosne
un Yack de trente tonneaux
pris par le Vaiffeau le Lucençay
allant à Antigues : ce Baf
timent eft chargé de 300. Car-
Tij
222 MERCURE
reaux de 31. pierres à aiguifer,
de 28. barrils de Beurre , & de
plufieurs autres fortes de Marchandifes.
La Fregate du Roy l'Adelai
de , arriva à Toulon vers la
fin du mois de Septembre
chargée de fix mille facs de
Bled, venant de Smirne.
>
Il y arriva dans le même
temps une Barque venant auffi
du Levant , chargée de huit
cens facs , & le Vaiffeau le Jerufalem
, venant de Conftantinople
, y arriva le 28. chargé
de quatre mille quatre
GALANT
223
cens facs de Bled ; de fix balles
de foye , & d'une balle de
cire , & on y en attendoit encore
plufieurs autres de divers
endroits.
Il eſt auffi arrivé à Rochefort
, un Baſtiment chargé de
quatre vingt mille livres de
Caffe , & de plufieurs autres
Marchandifes .
Je vous envoye peu d'Articles
pareils à celuy que vous
allez lire. Il eft digne de l'attention
de toute la Terre , &
capable de toucher les coeurs
les plus endurcis , & je fuis
perfuadé que vous ne le lirez
Tiiij
224 MERCUR
B
pas fans émotion , & peut
eftre fans verfer des larmes.
La Religion Catholique vient
de triompher dans une des plus
grandes Villes de l'Egypte, par
la mort d'un Pere Recollect ,
qui aprés avoir eu la foibleſſe
de fe retirer parmi les Mahometans
, a expié cette infidelité
qui n'a duré qu'un ſeul jour
par un glorieux martyre. Voici
un détail circonftancié de
cet évenement qui fait beaucoup
d'honneur à la Religion ,
& en particulier à l'Ordre des
Recollects.
Le Pere François Clement
GALANT 225
de Semur , de la Province de
Lyon , ayant eu un ordre du
Pere general des Recollects
fe rendit à Marſeille pour remplir
ſa Miſſion qui l'appelloit
dans la Terre- Sainte. Il n'y fut
pas plutoft arrivé qu'on le deftina
à la Cure d'Alexandrie
d'Egypte ; il exerça trois mois
cet emploi chez le Conful de
la Nation Françoiſe , & il reçut
enfuite un ordre pour aller
fervir en la même qualité chez
le Conful au grand Caire . Il
fervit avec édification durant
deux mois , mais au bout de
ce temps là quelques Mary
226 MERCURE
chands l'ayant accufé d'avoir
efté chez des femmes chretiennes
, pour leur porter
les aumônes
qu'on
trouve
le Dimanche
, ils
accompagnerent
leur recit de quelques
circonftances
qui attaquoient
l'honneur
& la réputation
du Pere
Clement
. Ce Religieux
outré
de l'injuftice
qu'on
luy faifoit
& s'imaginant
qu'on
le renvoyeroit
en France
, où l'on ne
le regarderoit
plus que comme
un homme
d'une
réputation
tout-à fait flétrie , s'enfuit
au
Chafteau
que les Turcs
occule
bruit de fon
pent ;
dés
que
GALANT 227
évafion fe fut répandu parmi
les Chreftiens , Mr le Conful
luy écrivit la Lettre du monde
la plus tendre & la plus touchante
pour l'obliger à revenir
; & il en reçut la réponſe
fuivante le jour même de fon
évafion . Monfieur, je vous remercie
de tout mon coeur ; laiſſez-`
moy faire , les chofes iront bien ,
mais ne vous mêlez de rien ,
vous ferez confolé : on m'a deshonore
; je mefuis deshonoré moymême
, à l'exterieur ; car ab intus
, les chofes ne font pas ainfi ;
il est juste que je repare tout ,
·le temps n'eſt pas encore propre ,
mais
228MERCURE
ne dites rien. On découvre
dans ce billet les veritables fentimens
du Pere Clement , & on
y voit que ce Religieux n'avoit
jamais eu le deffein de
renoncer fa foy , & qu'il n'étoit
entré dans fa foibleffe aucune
idée d'honneur , de richeffe
, & de plaifir qui ont efté
un écueil funefte pour tant de
Chreftiens , quelque coupable
qu'il s'avoue dans la priere qu'il
fit en mourant . En effet , il
laiffa en partant un billet qui
étoit rempli de plaintes fur l'injuſtice
qu'il croyoit qu'on luy
avoir faite , & qu'il finit en diGALANT
229
fant que fon fang crieroit contre
fes calomniateurs jufqu'à l'Occident.
Enfin il n'eut pas plutoft
reçu la lettre du Conful qu'il ne
penfa qu'à reparer glorieuſement
la faute & à ramener à la
Foy Catholique un jeune François
qui l'avoit abandonnée , &
pour le retour duquel les Turcs
ont crû dans la fuite que le
Pere Clement avoit feint de fe
retirer parmi cux : mais ce jeune
libertin au lieu de profiter
des exhortations du Religieux
alla le dénoncer au Bacha , qui
le manda auffi-toft pour s'éclaircir
avec luy, Le Pere Cle230
MERCURE
ment avoüa tout , & declara
fans hefter qu'il eftoit né
Chreftien , & qu'il profefferoit
fa Religion jufqu'au dernier
foupir de fa vie. Sur cela le
Bacha le renvoya , & ayant ordonné
qu'on tâchaft de le gagner
à force de careffes , il le
fit revenir quelques jours aprés,
& il fit apporter en même
temps fon ancien habit de Recollect
& le fit mettre dans un
lieu d'où il puft eftre apperçu
du Pere , qui en effet l'ayant
d'abord apperçu , à meſure
qu'il entra dans la Salle du
Bacha , il s'y jetta à l'inſtant ,
GALANT 231
F
l'embraffant , le baifant , &
fondant en larmes . Ces demonſtrations
ayant convaincu
le Bacha que le Pere n'eftoit
nullement difpofé à embraffer
le Mahometifme , il envoya
querir l'Officier des Janiflaires
qui le luy avoit amené , & en
le luy rendant , il s'éleva fort
contre luy de luy avoir preſenté
un homme Chreftien , comme
s'il eut cu deffein de
dre le Turban. L'Officier picqué
des reproches du Bacha ,
& ne voulant pas avoir le démenti
de l'avance qu'il avoit
faite , mit toutes choſes en ufapren.
232 MERCURE
ge pendant
trois femaines
qu'il l'eut en fa garde pour l'obliger
à renoncer fa foy ; tantoft
il luy faifoit effuyer les
plus indignes traitemens
, & les
plus cruels fupplices , tantoft
il entreprenoit
de le féduire
par les plaifirs les plus delicats
& les plus fenfuels ; enfin il en
vint à ce point qu'il le fit circoncire
par force
& par une
violence extrême
. Dans une
occafion où on luy avoit mis
un Turban fur la tefte , il le
prit & le foula aux pieds en
prefence
d'une multitude
de
Turcs qui le regardoient
, &
GALANT 233
qui indignez de cette action
furent fur le point de l'affommer
. L'Officier le fit remettre
dans un cachot , où le Conful
ayant trouvé le moyen de
faire penetrer une Lettre où il
luy offroit fes fervices pour le
retirer de l'eftat où il eſtoit, ce
faint Martyr le remercia , & le
pria de lui laiffer expier fa faute;
ajoûtant que pour toute grace
il le fupplioit que par
fon credit
il empêchaft qu'on ne le
fift mourir à petit feu , comme
on l'en menaçoit tous les jours.
Enfin au bout de trois femaines
on le fit fortir d'un cachor
Octobre 1709
. V
234 MERCURE
d'où l'on s'attendoit de ne voir
fortir qu'un spectre , à caufe
de l'infection du lieu , des
mauvais traitemens qu'il y
avoit effuyez , & plus que cela ,
à caufe de l'operation de la circoncifion
, dont la playe n'avoit
point efté foignée : mais
quel fut l'étonnement des
Chreftiens & des Turcs lorfqu'ils
le virent fortir de ce lieu
d'infection avec un viſage refplendiffant
& tout rayonnant
d'une lumiere extraordinaire ;
tout le monde s'écria alors ,
qu'il y avoit en cela quelque
chofe de furnaturel comGALANT
235
me cela eftoit effectivement :
en cet eftat il fut mené au grand .
Divan , où le Bacha , & le
Cady l'interrogerent , & fur
ce qu'il répondit toujours avec
conftance que la Religion
Chreftienne eftoit l'unique veritable
, & qu'il la confefferoit
jufqu'au dernier moment de fa
vie , l'Officier des Janiflaires ,
qui l'avoit en garde dit tout
haut , qu'il falloit chercher un
fupplice qui puft durer quatre
ou cinq jours , & qu'il s'offroit
pendant ce temps- là à chaque
quart d'heure de luy couper un
morceau de fon corps . Le
Vij
236 MERCURE
Cady , repliqua que ce n'eftoit
pas à luy à juger les Criminels ,
& fit reconduire le Pere en
priſon encore pour trois jours ,
avec ordre qu'on lui demandât
foir & matin s'il vouloit fe
faire Mahometan
, aprés quoy
on le rameneroit au Divan ,
pour le juger fuivant fa déclaration
. Le terme expiré , on
le ramena ; c'eftoit un 27°.
May , jour de l'Afcenfion , &
il y parut auffi lumineux &
rayonnant que la premiere
fois , & même davantage
felon ce que portent quelques
Lettres. Arrivé au Divan ; &
GALANT 237.
mort que
avant même qu'on l'interrogeaft
, il s'écria de toute fa
force : Je fuis Chreftien , & je
vous remercie , ôJefus , de la grace
que vous me faites de pouvoir
vous confeffer devant les ennemis
de vostrefaint Nom, que j'avoisjî
mal édifiez ;faites que la mort
je vais fouffrir pour vostre fainte
Foy ,ferve à leur confufion , &
à la converfion d'un Pays , où
tant de faints Solitaires ont eu le
bonheurde vous fervir. En achevant
ces paroles on le tira du
Divan , par ordre du Cady ,
qui l'avoit condamné à avoir
la tefte tranchée , & on le con238
MERCURE
duifit au Carameïdan . Le Bacha
qui avoit fait tout ce qu'il
avoit pû pour le fauver , chargea
encore le Vaivode ( c'eſt ,
le grand Prevoft des Turcs )
d'empêcher que le
corps ne
tombât entre les mains de la
populace , qui l'eut brûlé , car
parmy les Turcs, c'eſt une infulte
pour la Nation , dont les
fujets recoivent ce traitement .
Le Jugement portoit qu'il
feroit executé dans la grande
Place ; mais à caufe de la multitude
innombrable de monde
qui l'attendoit , le Vaivode en
fit faire l'execution dans le CaGALANY
239
ramcïdan. Lorſqu'il y fut arrivé
il ſe mit à genoux , & aprés
qu'on luy eut lié les mains derriere
le dos , fa priere eftant
finie , & ayant répondu trois
fois confecutives aux queſtions
qui luy furent faites , s'il eftoit
Turcou Chreftin , qu'il eftoitpreft
de mourir pour la Religion de Jefus-
Chrift , l'Executeur fit voler
fa tefte d'un feul coup à
dix pas de là , fans luy avoir
bandé les yeux auparavant.
Son corps fut en même temps
enlevé par ordre du Vaivode ,
& on trouva en le dépoüillant
la Priere qui fuit écrite dans un
240 MERCURE
papier qu'il avoit mis fur fon
coeur , & qu'on crut qu'il avoit
dite en allant au fupplice . La
voici mot pour mot . Je me confefferay
à vous , Seigneur , puifque
voftre juftice permet que je ne
puiffe en ce dernierjour de ma vie,
reconnoiftre aux pieds d'un de nos
Freres l'énormité des pechez dont
jay eu le malheur de vous offenfer.
( On doit remarquer qu'il
avoit demandé pendant plus
de trois ſemaines un Preftre
pour luy declarer fes pechez ,
fans que les Turcs euffent voulu
confentir qu'aucun entraſt
dansla prifon , & luy parlaſt. )
Vous
GALANT 241
0
Vous m'aviez fait naître , ô mon
Dieu , de parens qui n'avoient
rien oublié pour m'inspirer voftre
fainte crainte. Vous m'aviez appellé
à vous dés le matin , &feparé
de ce monde pour me preferver
de la corruption ; combien de
fois , ô Seigneur, m'avez - vous
fait fentir vos faintes graces dans
Les bons exemples de mes Freres ;
dans les livres composez à vostre
honneur & dans lesfaintes exhortations
de mes Superieurs ; fortifié
de ces fecours divins , j'aurois
penfe comme un autre Pierre
je ne vous renierois jamais , quand
j'en devrois perdre la vie ; mais ;
Octobre 1709. X
que
1
242 MERCURE
ôfoibleffe humaine , une imagination
fans fondement , une terreur
d'eftre deshonoré , m'a fait commettre
le plus grand de tous les
crimes. Je vous renie , ô Seigneur ,
je vous renie à la face de mes
Freres , de ma Nation , & de toutes
les Nations Chreftiennes : à la
face des ennemis de vôtre Nom ,
qui en triomphent , & en prennent
occafion de fe confirmer dans
leurs erreurs , dans leur infidelité
envers vous ; qui auroit crû
que moy , ô mon Dieu , qu'aprés
avoir merité vôtre reprobation
voftre abandonnement ; &
qu'au milieu de mes égaremens , il
GALANT 243
&
yeux vous pluft de tourner les
vers moy de me rappeller à
vous , & que vous ne souffrez
pas que j'acheve totalement mon
crime ! Jefens , Seigneur , laforce
de ces regards ; je vois lagrandeur
de ma faute foûtenez- moy afin
que jeforte de ces miferables lieux
oùje me fuis perdu ; que je pleure
amerement ; que je lave de mes
larmes cette tache , dont j'ay couvert
le faint nom dont vous m'a、
viez honoré; le faint habit dont
j'avois eu l'honneur d'eſtre revêtu,
mon troupeau , mapatrie ; &puifqu'ils
ont efté témoins de ma defertion
, qu'ils fçachent mon retour
X ij
244 MERCURE
vers vous ; que j'efface cesfcandales
; que je leur fois un fujet de
croire plus fermement en vous ;
que fi quelqu'un d'eux , ô mon
Dieu , a imité dans fon coeur la
publicité de mon crime , qu'ilpuiffe
profiter de mes larmes & de mon
repentir ; que mon fang dont je
vais lefcellerpuiffe , ô mon Dieu ,
fatisfaire vostre juftice pour tous
Les pechez que j'ay commis contre
voftre fainte Majefté ; mais fur
tout pour cet abandonnement de
de voftrefainte Foy , dontj'ay flétri
mon caractere de Preftre & de
Religieux. Vous lesfçavez tous ,
ô mon Dieu , cespechez , puifque
GALANT 245
à
rien ne vous eft inconnu . Vousfçavez
auffi que mon defir feroit de
fatisfaire en ce dernier moment
vos faints Commandemens , &
de les confeffer , non-feulement
un de vos faints Preftres , mais
devant toutes les Nations de la
terre , pour en obtenir de vous plus
aifément le pardon. Recevez , ô
mon Dieu ,
arte
difpofition de mon
égacoeur
; recevez cette vie qu'il vous
a plû me donner' : recevez mon
ame pleine de repentir de mes
remens de toutes mes fautes , &
fur tout de la derniere de ma vie ;
qu'il vous plaife aujourd'huy me
recevoir en vostre faint Paradis ;

Xiij
246 MBR CURE
vous le donnâtes , Seigneur
celuy qui vous pria à l'arbre de
la Croix de luy faire mifericor
de ; je vous ay mille fois plus
offenfe que luy mais je say
que cette mifericorde eft infinie ;
Jefus mifericordieux , Jefus qui
avez promis de ne point rejetter
ceux qui reviendront à vous >
me voilà profterné au pied du
Thrône d'où vous m'allez juger
dans un moment; ne m'imputez pas
ô doux Jefus , les ignorances ,
lesfoibleffes de ma jeuneſffe ; nentrez
pas avec moy en jugement;
pardonnez-moyfelon la grandeur
de voftre mifericorde pardonnez
&
GALANT 247
1
à ceux qui font la cauſe innocente
de ma chûte , comme je leur parde
le
donne de tout mon coeur : ouy ,
mon Dieu , j'efpere en vostre
mifericorde , quefi je n'ay pas
eſté aßez heureux de répandre
mon fang pourl'honneur de vostre
faint Nom , comme je l'aurois dû
faire mille fois plutoft que
nier ; vous voudrez bien au moins
le recevoir en fatisfaction de mon
égarement ; je vous le prefente
Seigneur , ce fang , jusques à la
derniere goutte , je te répand de
tout mon coeur ; qu'il entraîne
avec luy toutes les foüillures de
mon ame. Recevez là , Seigneur ,
X
iiij
248 WERCURE
*
dans vos faintes mains , & que
reünie à vous , elle vous glorifie
durant toute l'Eternité. Amen .
La veille de fa mort ce bienheu
reux Religieux paffa la nuit
en prieres , & on l'entendit
fanglotter durant plufieurs
heures , demandant à haute
voix pardon à Dieu de fon
infidélité , le conjurant de la
luy pardonner . Le même jour
ce faint Religieux reçût du
Superieur des Peres Capucins ,
qui avoit eu la liberté de le
voir l'abfolution de fes
pechez , aprés une Confeffion
qu'il n'eut pas le temps de con-
>
GALANT 249
tinuer ; & c'eft fans doute ce
qu'il veut dire dans fa Priere
par ces mots :•Fe me confefferai à
vous , Seigneur , puifque , &c.
c'eft à - dire puifque je n'ay pas
си le temps de déclarer tous mes
pechez. I declara à ce Pere
Capucin que la Lettre de Mr
le Conful avoit fort contribué
à le rappeller à fon devoir,
& il le chargea de demander
en fon nom à tous les Religieux
, & à tous les François ,
pardon du mauvais exemple
qu'il leur avoit donné , & de
ne point travailler à luy ôter la
fatisfaction de réparer fa faute
250 MERCURE
*
en répandant fon fang pour
J. C. Il faut remarquer enfin
que quoy qu'il eut cité réfolu
au Divan , de le faire mourir le
13. May cela fut differé juf
qu'au 27. jour de l'Afcenfion ,
dans le même temps , felon
un calcul exact , qu'on lifoit
l'Evangile de l'Afcenfion de
J C. dans le Ciel . On a chanté
le Te Deum , dans toutes les
Eglifes Chreftiennes d'Egypte ,
pour cette mort glorieule , &
Mr le Conful , en a reçû des
complimens de toutes parts.
L'Eglife Grecque jeûna pendant
trois jours lors de la déGALANT
251
+ fertion du Pere Clement ; les
Cophtes ( c'eft- à - dire les Jaco.
bites ) n'en témoignerent pas
moins de douleur , & ils ont
fait les uns & les autres aufli
bien que les Armeniens , des
réjouillances fur le triomphe.
de ce genereux Religieux , qui
durent encore à prefent.
Si l'on a remarqué tant
d'allegreffe parmi les Šchiſmatiques
qui ont vû triompher
la foy du Pere Clement , & qui
ont admiré fa refignation à la
mort , & fa conftance à la fouffrir
, cette mort doit réjouir
toute l'Eglife Catholique , à
252 MERCURE
caufe des bons effets qu'elle
peut produire , & de l'admiration
qu'elle a pû s'attirer de
ceux- mêmes qui font profeffion
de perfecuter les Catholiques.
Il me reste encore à vous
parler d'un grand nombre de
morts , qui ne font pas récentes
, & qui n'ont pû trouver
place ny dans ma derniere
Lettre ny dans celle- cy ; mais
tous ces Articles auffi bien que
les autres , que j'ay refervez ,
auront leur tour , & quoy que
vous en fçachiez les principaux
fujets , j'efpere que vous apGALANT
253
prendrez quelque chofe de
nouveau dans chacun de ces
Articles.
Mais quoy que je remette
au mois prochain à vous parler
de plufieurs perfonnes decedées
, je ne puis m'empêcher
de vous parler ce mois- cy
de quelques autres que la mort
a épargnez , quoy qu'ils l'ayent
affrontée , en s'expoſant prefque
pendant une journée entiere
aux périls les plus évidens
, & dont je ne vous ayrien
dit le mois dernier , en vous
parlant de la fameuſe bataille
à laquelle je ne puis donner de
254 MERCURE
nom , parce que prefque toutes
les Relations la nomment
differemment , à caufe qu'il
s'eft donné ce jour - là plufieurs
fanglans combats en des endroits
differens qui peuvent
paffer pour autant de batailles
. Ce que j'ay premierement
à vous dire regarde le Regiment
Royal , & Mr le Comte
d'Aubigné fon Colonel , car
quelque réputation qu'un Regiment
puiffe s'acquerir , &
quelque gloire dont il fe puiffe
couvrir , il les doit toûjours à
l'exemple de fon Colonel
parce qu'il ne peut agir que
GALANT 255
felon qu'il eft mené , & qu'il
ne peut
eftre animé que par ce
qu'il voit faire à fon Commandant
.
Ce Regiment qui eft de trois
Bataillons a chargé , felon qu'il
fe voit dans plufieurs Relations
, jufqu'à onze fois , & fon
coup d'effay dans cette fanglante
journée , fut d'attaquer
la bayonnette au bout du fufil
, douze Bataillons retranchez
dans un Village , & de
les en chaffer , & de les pour
fuivre jufqu'à leur batterie de
canon , qu'il ne put amener
faute de chevaux . Son Colo256
MERCURE
nel le ramena dans le lieu d'où
il avoit chaffé les ennemis ; &
ce fait eft fi veritable que Mr
le Maréchal de Villars en .
ayant efté charmé , il ne put
s'empêcher de l'embraffer , en
luy difant , qu'il mourroit content
s'il avoit une pareille action
par devers luy.
On remarqua auffi que ce
Regiment remporta fept traverfes
les unes aprés les autres,
avec un Retranchement qui
les lioit. Enfin Mr le Comte
d'Aubigné ayant voulu attaquer
encore un autre Retranchement
s'y jetta des premiers,
GALANT 257
4.
& reçut en cette occafion un
coup de fufil dans la cuiffe .
Comme je n'entreprens
pas de
vous donner icy une Relation
de tout ce qu'a fait ce Colonel
, & que j'ay prétendu feulement
vous faire connoiftre
qu'on ne peut avoir plus de
valeur & plus d'intrepidité
, je
ne vous en diray pas diray pas davantage
; mais je dois ajoûter à cet
Article que le Regiment
de
Navarre , dont toutes les Relations
ont dit des chofes furprenantes
, & qu'il n'eft pas neceffaire
de rapporter
icy , parce
qu'elles font generalement
Octobre 1709
. Y
258 MERCURE
connues, eftoit commandé par
Mr le Marquis de Seignelay ,
qui pendant tout le temps que
le combat a duré , n'a pas ceffé
de faire admirer fa valeur , fon
intrepidité , & fa bonne conduite.
Quant à la Maifon du Roy
qui eft au- deffus de tous les
Eloges , & à qui les Ennemis
mêmes difent que l'on n'en
peut trop donner , voicy de
quelle maniere en parle une de
leurs Relations ."
Je ne puis m'empêcher de vous
dire en cet endroit que nous admirâmes
la fermeté de vos Troupes ,
GALANT 259
que vous m'avez dit eftre celles
de la Maifon du Roy , que
l'on
avoit expofées fous un feu terrible
de canon , & nous ne pouvions
encore comprendre comment les
mêmes Troupes ont esté en estat de
charger & de rompre noftre Ca
valerie , aprés avoir efté exposées
fix heures à ce feu épouventable
.
Ce que Mr le Comte d'Artaignan
a fait dans cette grande
journée , ayant mis le comble
aux actions éclatantes qui
l'ont couvert de gloire pendant
44. années , le Roy a cru
le devoir honorer du Bafton
Y ij
260 MERCURE
de Maréchal de France ; &
comme en cette ocaſion on
met dans les Lettres qu'on
donne , toutes les actions qui
ont engagé S. M. à élever à
cette haute dignité , j'ay cru
Vous devoir envoyer un Atticle
qui les compriſt auffi . La
lecture vous en doit faire d'au
tant plus de plaifir que vous
y trouverez en moins de vingt
pages la plus grande partie des
actions qui doivent porter la
gloire du Roy jufqu'à la poſterité
la plus reculée , & réndre
fa Memoire immortelle
ce que vous ne pouriez trouGALANT
261
ver ailleurs, à moins de lire un
grand nombre de Volumes.
Vous ne trouverez pas
dans cet
Article le nom d'Artagnan ,
mais celuy d' Artaignan , parce
que c'eft le veritable nom de
la Branche de la famille dont
eft forty ce nouveau Maréchal
de France.
Pierre de Montefquiou- d'Artaignan
, eft le quatriéme fils de
Henry de Montefquiou - d'Artaignan
, Gouverneur de Montané
, en Bearn , Lieutenant
de Roy de la Ville de Bayonne,
& de Jeanne de Gaffion , four
du Maréchal de ce nom . Il fut
262 MBRCURE
reçu Page du Roy en 1660.
& au commencement de
1665. il porta le Mouſquer ,
pendant quelque mois à Pignerol
, dans la Compagnie de
Saint Mars ; qui gardoit M
Fouquet . Il entra enfuite dans
les Moufquetaires , & fe trou
va à la fin de l'année au fiege
de Gorkum en Hollande : &
en 1667. aux fieges de Charleroy
, de Tournay, de Douay,
& de Lille , que le Roy prit en
perfonne ; au fiege de Lille
eftant premier Mousquetaire ,
il fut détaché pour l'attaque
d'une demi- lune. L'année fuiGALANT
263
vante il fuivit Sa Majesté à
la Conquefte de la Franche-
Comté , aprés laquelle elle
luy donna une Enfeigne dans
le Regiment des Gardes . Il y
fut Soulieutenant en 1671. &
en cette qualité il fe trouva en
1672. aux fieges d'Orfoy , de
Wefel , de Rhimberg , d'Emerick
, de Nimegue , & d'autres
Places d'Hollande . En 1673 .
il fut fait Lieutenant dans ce
Regiment , & il fervit au fiege
de Maftrick , & s'eftant diftingué
en 1674. à la Bataille
de Seneff il fut Aide- Major ;
& en 1676. il eut Commiſſion
#
264 MERCURE
du Roy pour faire les fonctions
du Major qui eftoit abfent
, ce qui ne s'eftoit jamais
vû. Les années de 1675 , 1676 ,
1677 , & 1678. furent fignalées
par les Batailles de Turkem
, & de Confarbrick ; par
les prifes de Condé , de Saint-
Guillain , de Bouchain , d'Aire,
de Valenciennes , & de Cambray
, & par la Bataille de Caffel
, de même que par les prifes
de Gand & d'Ypres , & dans
toutes ces occafions il fe diftingua
fi bien que le Roy luy
donna en 1678. une Compagnie
aux Gardes , avec ordre
de
GALANT 265
de faire la Charge de Major.
Le Major eftant mort en
1681. Mr d'Artaignan eut
la Majorité en propre , & l'annéc
fuivante S. M. l'envoya
dans toutes les Places du
Royaume pour y faire faire à
F'Infanterie un exercice uniforme
, qu'elle avoit reglé ellemême.
En 1683. il fut fait
Major General de l'Armée , &
il en continua les fonctions
jufqu'en 1688. qu'ayant eſté
nommé Brigadier au mois de
Septembre , on l'envoya l'année
fuivante pour deffendre
Cherbourg que l'on croyoit
Octobre
1709.
Z
B%
266 MERCURE
devoir eftre affiegé par le Prince
d'Orange ; il avoit fervi
en Octobre 1688. au Siege de
Philifbourg , fous les ordres
de Monfeigneur. En 1690 .
il fe diftingua à la Bataille de
Fleurus , & au Combat qui la
preceda la veille ; & l'année
fuivante ayant efté fait Maréchal
de Camp au mois d'Avril ,
aprés le Siege de Mons , où il
avoit fervi , il en fit les fonctions
pendant la Campagne
fous les ordres de M'de Luxem
bourg , & il fe trouva au Combat
de Leuze , de même qu'au
Siege de Namur , en 1692. &
GALANT 267
à la Bataille de Steinkerke ,
la même année. En 1693 .
s'eftant fort diftingué à la Bataille
de Nerwinde , Mr le
Maréchal de Luxembourg
le choifit pour en porter la
nouvelle au Roy qui le gratifia
du Gouvernement d'Arras , &
dela Lieutenance Generale de
la Province d'Artois . Il fervit
pendant les Campagnes de
1694. & 1695. & le 3. Janvier
1696. le Roy le nomma
Lieutenant general , & S. M.
ayant créé prefqu'en même
temps des Directeurs d'Infan
terie elle luy confia la Direc-
"
Zij
1
268 MERCURE
tion de celle de Flandres , en luy
donnant en même temps un
Regiment d'Infanterie, qui fut
reformé aprés la Paix de Rifwick
, mais il fut entretenu
Colonel reformé. En 1698. il
quitta le Regiment des Gardes;
mais le Roy pour luy marquer
combien il eftoit content de
fes fervices , luy conferva fon
logement à Verſailles , les Entrées
de la Chambre , & deux
mille écus de penſion qu'il
avoit comme Major du Regiment
des Gardes. Dés,
Roi d'Efpagne PhilippesV. cut
efté
reconnu la premiere at-
2
que
le
GALANT 269
tention que S. M. eut fut de retirer
des mains des Hollandois,
dont elle avoit tout lieu de fe
défier , les principales Places de
Flandres , ou leurs Troupes
eftoient en garnifon , & d'y & dy
mettre des garnifons Françoifes.
Il falloir pour cela un hom
me de tefte & de vigueur. Sa
Majeſté jetta les yeux fur M
d'Artaignan ; il fe rendit à
Mons , & au commencement
de 1701. il introduifit dans
certe Place les Troupes que
Roy prêtoit au Roy fon petitfils
pour la garder ; ce qu'il fit
executer dans toutes les autres
le
Z iij
270 MERCURE
fans faire la moindre violence ,
& il eut ordre alors de commander
dans tout le Brabant.
Il fixa fa demeure à Anvers juf
qu'en 1702. que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne fit fa
premiere Campagne'en Flandres
, & alors il fut honoré de
l'importante Commiffion de
s'attacher à la perfonne de ce
Prince & de ne le point quitter
dans toutes les occafions.
Namur eftant menacé d'un fie-
1
ge fur la fin de la Campagne
de 1704. il y fut envoyé pour
deffendrecette importante Pla
ce , & afin d'y commander
GALANT 271
མཁ
pour les deux Couronnes auffi
bien que dans tout le Pays
d'entre Sambre & Meufe. En
1705. les ennemis eftant entrez
dans nos lignes du Brabant
& eftant campez devant
Louvain , il y fut mis pour y
commander , & à la fin de la
Campagne les Troupes des Alliez
occupant Dieft fur le Demer
, à cinq lieues de Louvain ,
où ils avoient quatre Efca
drons de Dragons & quatre
Bataillons , il refolut de les aller
attaquer , & fon projet ayant
cſté agréé à la Cour , il marcha
avec quarante Eſcadrons , dix-
Z iiij
272 MARCURE
fept Bataillons & douze pieces
de canon , & il emporta
Dieft en 24. heures , & en fic
toute la garnifon prifonniere
de guerre. En 1706. il fe trouva
à la Bataille de Ramillies ,
où il ſe diſtingua beaucoup. H
fit encore la Campagne de
1707. & celle de 1708. à cel
le- cy il fe trouva le plus ancien
Lieutenant general de
tous ceux qui fervoient alors
en France. Il paya de la perfonne
à la Bataille d'Oudenarde.
L'Action de Warneton luy
a fait beaucoup d'honneur
cette année , & il a couvert nos
GALANT 273
Places maritimes avec beau
coup de prudence à la tefte du
Corps qu'il commandoit , &
enfin perfonne n'ignore ce
qu'il a fait à la derniere Bataille,
où il commandoit la droite
de l'Infanterie de l'aile droi
te , & où il s'eft extrêmement
diſtingué , autant par fa valeur
que par les bons ordres qu'il a
donnez , & dans laquelle il a
eu trois chevaux tuez fous luy ,
& reçu deux coups dans fes
armes ; & l'on peut dire enfin
qu'un Officier qui depuis quarante
quatre ans n'a pas manqué
une Campagne ; que l'on
274 MERCURE
a employé prefque tous les
hivers fans relâche , qui a eu
fouvent plufieurs Corps feparez
fous fes ordres : qui s'eft
trouvé à plus de trente - deux
Sieges : qui a fervi de fa perfonne
à onze Batailles rangées
doit bien fçavoir la guerre &eft
bien capable de foutenir avec
honneur la dignité deMaréchal
de France dont le Roy vient de
recompenfer fes fervices.
Comme la Maifon de
Montefquiou n'eſt pas feulement
illuftre par elle même ;
mais qu'elle a auffi cfté illuftrée
par de grandes alliances , &
CALANT 275
par une infinité d'actions éclatantes
, je vous enverray le
mois prochain tout ce qui
regarde toutes les branches
dont elle eft compofée , & cet
Article vous paroiftra d'autant
plus curieux & nouveau
que vous n'avez juſqu'icy
trouvé dans mes Lettres aucun
détail de ce qui regarde cette
grande Maiſon.
2
Je vous avois promis le remplacement
des Officiers qui ont
efté tuez à la Bataille qui a couronné
toutes les actions de Mr
le Comte d'Artaignan , en achevant
de luy faire meriter le
276 MBR CURE
Bâton de Maréchal de France
que Sa Majeftés vient de luy
donner ; mais n'ayant encore
pû avoir ce remplacement au
jufte, & ne pouvant que par
là fçavoir au vray ceux qui font
morts ou réchapez de leurs
bleffures , dont il eſt certain
que plufieurs que l'on a cru
morts d'abord, font réchapez ,
je ne puis encore vous parler
jufte fur cet Article , dont je
prévois que je feray difficilement
éclairci , & fur lequel je
voudrois bien ne vous dire que
des veritez. Et comme il doit
cftre glorieux aux familles des
7
GALANT 277
bleflez , des morts , & de ceux
qui ont monté à leur place
je fuis fâché de ne pouvoir
yous fatisfaire là deffus ; mais je
manque des fecours dont j'ay
befoin. Cependant je me trouve
obligé de paffer à d'autres
Articles .
La Renommée , qui eft toû
jours prefte à publier toutes les
Nouvelles de quelque nature
qu'elles foient , vous aura fans
doute appris avec fa diligence
ordinaire , la prife de Mons ,
fur laquelle on ne peut refléchir
, pour peu que l'on foit
inftruit de ce qui s'eft paffé de
278 MERCURE
peut dire
puis le jour que cette Place a
efté inveftic jufqu'au jour qu '
elle s'eft renduë , fans demeurer
d'accord , que quoy que le
Siege n'ait pas efté long , il eft
impoffible qu'une Place puif
Le coûter davantage à des
Affiegeans , & l'on
que quelques importantes que
foient les Places qui coûtent fi
cher , les Conqueftes ne valent
pas les pertes qu'elles ont fait
faire , & le fang qu'elles ont
fait répandre. Il n'y a qu'à
examiner , pour eftre bien perfuadé
de ce qu'a coûté la Ville
de Mons aux Afficgeans
; preGALANT
279
mierement , tout ce que Mr
le Comte de Broglio leur à
caufé de dommage pendant le
Siege ; le nombre de Troupes
qu'il a fait perir ; la quantité
de prifonniers qu'il a faits , &
le nombre de chevaux qu'il a
enlevez , & que Mr le Chevalier
de Luxembourg leur a auffi
de fon cofté caufe beaucoup
de dommage . On doit confi
derer que lors que ce Siege a
commencé, les pluyes ont continué
pendant plufieurs jours ,
& qu'il a péri beaucoup de
Soldats à caufe de la grande
fatigue , & qu'ils eftoient dans
280 MERCURE
l'eau & dans la boue prefque
jufqu'aux genoux.
Le premier échec que les Af
fiegez leur ont fait fouffrir
dans le temps qu'ils n'avoient
encore que commencé à prendre
des Quartiers autour de la
Place , fut dans une fortie qui
fut faite par les Grenadiers
François & par un Corps de
Troupes Efpagnoles qui tomberent
fur un de leurs Quartiers
; & défirent fi entierement
trois de leurs Regimens ,
que quatre cens bleffez furent
envoyez à Bruxelles ; ce qui
doit faire juger du nombre de
GALANT 281
ceux qui ont efté tuez en cette
occafion. Quelques jours enfuite
, la Garnifon fit encore
une fortie qui ne luy fut pas
moins avantageufe ; toutes les
Nouvelles publiques en ont
parlé , ainfi que de la bleffure
du Major general Cadogan ,
que toutes les Relations ont
dit avoir: efté bleffé au col en
cette occafion .
On doit
remarquer que les
Ennemis ont fait toutes ces
pertes avant que d'eftre en
eftat de donner aucuns affauts
aux ouvrages de la Place ; &
qu'avant que leurs Tranchées
Octobre 1709. A á
282 MERCURE
!
en fuffent proche , ils perdoient
chaque jour plus de cent hommes
, quelquesfois moins , &
quelquesfois davantage , ce qui
mis enſemble doit eftre regardé
comme une perte tres confiderable
.
Je ne vous dis rien du grand
nombre d'Affauts , dans lefquels
ils ont efté repouffez
avec une tres grande perte en
ayant quelques fois donné jufqu'à
trois de fuite aux mêmes
ouvrages. Comme plufieurs
Relations parlent de ces Affauts
, & qu'ils fe trouvent dans
les Nouvelles publiques , quoy
GALANT 283
que les pertes des Affiegeans
foient diminuées par quelquesuncs
, je n'entreray pas dans
un plus grand dérail . Il fufht
que le Public a efté de tout
temps perfuadé que l'on n'eft
point repouffe d'un Affaut lors
que l'on s'obstine à vouloir emporter
l'ouvrage que l'on attaque
, fans faire une perte confiderable
, & fans que l'on faffe
un grand carnage des Affic
geans qui font obligez de venir
découvert , & de combattre
de même ; & il ne faut
pás
beaucoup de ces Affauts pour
ruiner une Armée , & la perte
A aij
284 MERCURE
qu'elle fait en ces occaſions eft
d'autant plus confiderable qu'-
on expoſe toûjours les meil
leures Troupes, & tous les Gre
nadiers d'une Armée ; de mar
niere qu'il faut beaucoup de
temps pour reparer ces fortes
de pertes , & que les nouvelles
levées n'y contribuënt en rien ,
puifqu'il faut des années pour
faire un bon Grenadier.
A l'égard de ces grandes
pertes faites par les Alliez , on
me répondra que leur Armée
n'en eft jamais affoiblic , &
qu'elle ne coûte même ni
hommes ni argent aux, deux
GALANT 285
Puiffances , qui payent toutes
les Troupes qui les fervent
pour le prix dont elles font
convenues avec leurs Souvcrains
qui font obligez de les
tenir toûjours complettes , &
qu'ainfi c'eft fur eux que la
perte retombe ; mais il cft aifé
de repliquer à ceux qui tiennent
ce langage , que l'Allemagne
n'est plus ce qu'elle eftoit
autrefois , à l'égard du grand
nombre d'hommes qu'elle
pouvoit mettre fur pied ; que
les Guerres qu'elle a foutenues
contre les Tures , en ont beau- P
coup emporté que celle de
X
286 MERCURE
i
l'Empereur contre les Confe
derez d'Hongrie en fait perir
depuis long - temps , & que
depuis 40. ans qu'elle foutient
la Guerre en Europe
, & que
les Allemans ont perdu un
grand nombre de Batailles ,
il s'y trouve une grande dimi
nution d'hommes
; que les
Guerres d'Italie en ont empor
té beaucoup pendant plufieurs
années ; qu'ils font repandus
prefentement depuis Milan
jufqu'à Naples qu'il s'en
trouve prefque dans tous les
Etats d'Italie ; que l'Archiduc
ne pourroit foutenir la guerre
1
GALANT 287
en Eſpagne s'il n'avoit des
Troupes Allemandes , & que
les Allemans compofent la
plus grande partie de l'Armée
que les Alliez ont en Flandre ,
& qu'on en a befoin d'un
grand nombre en Allemagne
même pour former l'Armée
de l'Empire ; de maniere que
toutes ces chofes font voir
que la rareté des hommes doit
eftre tres grande en Allema
gne. J'aurois pu ajouter à
tout cela , qu'il en a péry beau
coup en Pologne , d'où l'on
peut dire qu'il n'eſt prefque
point revenu des Troupes
4
288 MERCURE
qui y ont paffé d'abord avec le
Roy Augufte , & que le Czar ,
a prefentement
un grand
nombre d'Allemans
à fon
fervice. Enfin je ne finirois
point fi je voulois parler de
tous les lieux où les Allemans
font prefentement
répandus.
Ainfiles Alliez ne doivent ,
t pas
fe perfuader qu'ils n'ont rien
perdu en perdant les Troupes
Allemandes
par la perte defquelles
leur Armée a cfté beaucoup
diminuée en Flandre. Je
n'avance rien dont je ne fois
informé à fond , & ils connoitront
bien- toft de quel pres
judice
GALANT 289
judice leur fera à l'avenir la
rareté des Allemans , & il n'y à
perfonne qui en puiffe douter ,
pour peu que l'on faffe refle
xion fur les faits que je viens
de raporter & qui font fans
replique . Ainfi l'on doit demeurer
d'acord à la gloire de
la France qu'elle eft prefque
feule la caufe de ce grand épuifement
d'hommes dans toute
l'Allemagne ; que c'eſt une
Puiffance refpectable , & que
toutes les autres Puiffances .
feparées , la doivent regarder
avec refpect , & comme
la premiere & la plus
Octobre 1709
. Bb
290 MERCURE
grande Puiffance de l'Europe
, puifqu'elle eft fcule
caufe de l'épuiſement de prefque
toutes les Troupes d'Allemagne
, & de celles des Anglois
& des Hollandois , qui
ne font prefque plus en état
de foutenir le poids de la Guer
re , & qui manquent d'hommes
& d'argent , & ſi le malheur
d'une faifon rigoureuſe
a rendu cette année l'argent
rare en France , ce n'eſt pas
qu'elle en foit moins remplie ;
mais parce que ceux qui en
ont le cachent avec plus de
foin. Ainfi dés qu'il commenGALANT
291
fes
cera à paroiftre , les Alliez connoiftront
que la France n'eft
pas fi abbatue qu'ils affectent
de le publier ; qu'elle ne manque
point d'hommes ; que fes
Armées feront auffi nombreuque
fi elle n'avoit point effuyé
40. années de Guerre , &
foutenu les efforts de prefque
toute l'Europe qui n'a cher
ché à l'accabler qu'à caufe de
fa grande Puiffance , & qui
fouvent n'en a pu donner d'autres
raifons , comme l'on voit
dans plufieurs Actes du Parle
ment d'Angleterre , & qui luy
a voulu faire un crime de la
Bb ij
292 MERCURE
Puiffance , fans alleguer d'autres
raifons pour juftifier la
Guerre prefente : car il n'eft
plus queftion des Guerres paffées
, puifque depuis que le
Roy a donné la Paix à l Europe
en facrifiant , de fon propre
mouvement des Provinces
entieres & plufieurs Villes confiderables
, il n'a point rompu
cette Paix dont il luy avoit fait
prefent , & que la ſeule ambi- ·
tion du Prince d'Orange a
rompue dans un temps où la
France eftoit fi éloignée de
troubler le repos de l'Europe ;
qu'elle n'avoit ni Troupes fur
GALANT 293
pied ni argent dans le temps
que ce Prince refolut de l'accabler
avec tous les Proteftans
refugiez , & en faifant foulever
ceux qui y eftoient reftez .
L'Hiftoire n'a point de faits
plus conftans , & toutes les
Troupes du Roy eftoient congediées
, à la referve de celles
qui travailloient au Canal de
Maintenon , & que cet ouvrage
avoit beaucoup fait diminuer.
Cependant une infinité
d'Ecrits publics , foufferts
mais fans eftre avouez , difent
tous les jours qu'on a eſté obligé
de continuer la Guerre
Bb iij
(294 MERCURE
pour arrefter l'ambition du
Roy qui vouloit fe rendre maitre
de toute l'Europe. De pareils
difcours font pitié , & ne
meritent pas qu'on y réponde.
Toute l'Europe fçait le contraire
, & admira la belle action
du Roy , qui voyant venir
l'orage qui eftoit preft à
fondre fur luy , facrifia pour
foutenir la Guerre , & pour
donner l'exemple à fes Sujets
toute l'argenterie qui eftoit
dans la Gallerie de Verfailles ;
dans les deux Sallons , & dans
les Apartemens , & fit tout brifer
aux yeux du public quoy
8
GALANT 295
que l'ouvrage furpaffaft infiniment
la matiere , & que les
meilleurs ouvriers de toute
l'Europe euffent efté apellez en
France pour travailler à cette
Argenterie , dont la cifelure
eftoit fi belle , que des batailles
, & plufieurs actions
publiques y eftoient naturel
lement reprefentées . Cette action
attira au Roy des loüanges
de fes Ennemis mefmes ,
qui avoient formé une Ligue
pour luy faire la Guerre qui
dure encore aujourd'huy , &
dont S. M. auroit pu éviter les
derniers coups qui luy ont efte
Bb iiij
296 MERCURED
portez , fi la calamité publique
produite par l'inclemencer de
l'air n'y avoit point mis d'obf
tacles , & fi la terre n'avoit
point efté trop avare cette
année , des biens qu'elle produit
tous les ans ; ce qui a em
pêché que ce Monarque n'ait
reçu fes Revenus ordinaires ,
dont il a bien voulu remettre
la plus grande partie à fes Peuples
; mais graces au Ciel la
France ne manque point de
monde , & les Ennemis ont
reconnu que les François ont
toûjours la même valeur , &
s'ils ont eu le malheur de
que
GALANT 297 :
perdre quelques batailles , ce
n'a pas efté faute de courage ;
mais rien n'eftant fi journalier
que le fort des Armes , & le
Ciel ayant peut - eftre voulu
faire connoiftre par toutes les
difgraces que le Roy a effuyées
que ce Monarque eft grand
en tout , & que la mauvaiſe
fortune n'a pu l'abbattre ni
faire murmurer feulement fon
grand coeur , il y a lieu de croire
que les Alliez ne viendront pas
à bout de leurs projets , & qu'-
un Monarque qui a pacifié
deux ou trois fois l'Europe , &
qui ne s'eft point laffé de luy
a
"
298 MERCURE
faire du bien , nonobftant fon
ingratitude , verra l'efpoir des
jaloux de fa gloire , trompé, &
que Dieu regardera favorablement
un Etat où il eft honoré
dans toute la pureté de la foy ,
& qu'il n'a fait fouffrir que
pour luy faire mieux meriter
Les graces
.
On peut dire que Mons n'a
cfté pris que faute de monde ,
quoy que la Garnifon fuft fuf.
fifante foutenir un long
pour
Siege , fuivant ce que toutes les
Lettres qui ont couru d'abord,
en ont rapporté ; mais comme
elle a fait plufieurs granJOULUE
GALANT G
des &
vigoureufes
fo
quelques
avantages
quelle
ait remporté
, & quelque
gloire
dont elle fe foit couverte , ces
forties n'ont pas laiffé de l'affoiblir
, & les Ennemis
voyant
le mauvais temps , & craignant
qu'en augmentant
davantage
,
parce que la faifon eftoit fort
avancée , & qu'il eftoit impoffible
de s'en rendre maiftre par
l'endroit
où ils avoient
efté
obligez
de l'attaquer
pendant
des pluyes continuelles
, refolurent
de faire les derniers
efforts
pour abreger
la longueur
du Siege , & de donner
Affaut
DE
300 MERCURE
fur Affaut , pour ne pas laiffer
le temps aux Troupes de la
Garnifon de fe repofer , ni même
de refpirer , & cherchant
à l'affoiblir promptement
plus qu'il leur feroit pollible ,
ces. Affauts ont eſté donnez
avec des Troupes fi nombreu .
Les que celles qui les donnoient
paroiffoient plutoft cftre des
Corps d'Armée que des Détachemens
. Ainfi il n'eftoit pas
dificile , non feulement d'affoiblir
beaucoup la Garnifon en
peu de temps ; mais auffi de
la fatiguer tellement qu'elle
ne pult foutenir les frequens.
GALANT 301
Affauts qu'on luy donnoit
car il y avoit beaucoup de difference
entre les Troupes qui
ataquoient & celles qui fe deffendoient.
Celles des Afficgeans
changeoient à chaque
Affaut , & celles des Affiegez
eftoient presque toûjours les
-mêmes , parce qu'aprés les pertes
qu'elles avoient faites en
cueillant les premiers Lauriers ,
& qu'eftant affaillies par des
Corps d'Armée entiers , prefque
toute la Garniſon eftoit
obligée de foûtenir ces grands
& continuels Affauts , en forte
qué quand elle n'auroit pas
302 MERCURE
perdu beaucoup de monde à
chaque Affaut , & quee même
elle n'auroit eu que la fatigue
des Affauts à effuyer , la laffitude
& le manque de temps
pour faire les fonctions abfolument
neceffaires aux hommes
, auroit dû l'empêcher de
fe deffendre
plus long-temps
.
D'ailleurs elle devoit éviter
d'eftre faite prifonniere
de
guerre , & elle avoit des raifons
pour tâcher de l'empêcher
que des Troupes afficgées
n'ont pas toûjours ; & enfin il
eftoit important par plufieurs
raifons confiderables
qu'elle
A
GALANT 303
ne fuft pas prifonniere , ce qui
feroit arrivé felon les Loix de
la guerre fi elle eut refifté plus
long - temps , & la Place auroit
même couru rifque d'eftre prife
d'affaut , tant les Troupes
qui les donnoient eftoient
nombreuſes , parce qu'elles
eftoient foûtenues par d'autres
Troupes qui auroient fait que
ces Affauts n'auroient point cu
de fin. Ainfi le temps ne luy
permettoit pas d'attendre un
fecours qui n'auroit pû cftre
preft affez toft , quelque bonne
volonté qu'eut toute l'Armée
de combattre ; & quoy
304 MERCURE
qu'elle le demandaſt inſtamment
, parce qu'on n'auroit
pas eu affez de temps pour
raffembler tous les Quartiers
qui estoient fort éloignez , ca
que l'on avoit efté obligé de
faire pour plufieurs raifons , &
ce qui a caufé aux Ennemis les
grandes & continuelles pertes
que je vous ay déja marquées ,
& parce qu'il eftoit neceffaire
d'applanir le terrain pour aller
aux Ennemis , fans quoy
ils auroient pû avoir des avantages
qui auroient rendu le
gain du combat fort douteux ,
ce que la prudence ne vouloit
GALANT 305
8
pas qu'on rifquaft , & particulierement
fur le point d'entrer
dans un hyver pendant tout le
cours duquel nous aurons le
temps de nous preparer à une
vigoureufe deffenfe , & qui
pourra embarraffer les ennemis
, & leur faire manquer l'execution
de leurs projets.
Ils ont eu cette année l'avantage
de la calamité du
temps , qu'ils n'auront pas
aparemment l'année prochaine.
La difette des bleds eft
venue de ce qu'eftant dans un
climat plus temperé , les gelées
qui avoient ceffé ayant repris
Octobre 1709. Cc
306 MERCURE
ont coupé tous les bleds , au
lieu que la gelée n'ayant point
ceffé en Allemagne les bleds
s'y font confervez fous la
neige , comme il arrive ordinairement
; de maniere que la
Recolte s'y eft faite à l'ordinaire
, au lieu qu'ayant pref
que entierement manqué en
France cette difette y a en
quelque façon empêché la
circulation de l'argent , & à
efté caufeque le Roy n'a prefque
rien tiré fur fes Sujets , de
tous les droits qu'il auroit
reçus dans une autre année , &
que S. M. a même eu la bonté
GALANT 307
de leur en remettre plufieurs
comme je vous ay fait voir
dans plufieurs de mes Lettres ,
en vous envoyant même des
Declarations entieres de S. M.
ou du moins quelques Extraits,
& je vous ay fait voir que ce
Prince avoit remis en un feul
mois , jufqu'à neuf fortes de
differens Droits qu'il auroit
touchez dans une faifon plus
heureufe. Il eftoit difficile avec
ce manque d'argent , & la
difette des chofes neceffaires à
la vie , de rendre des Armées
floriffantes. Et cependant l'on
peut juger par ce qu'elles ont
Ccij
308 MERCURE
fait , & par la valeur des Troupes
, lors qu'elles auroient dû
eftre fi abbatues qu'elles ner
devoient pas avoir la force de
fraper & même de fe foutenir,
ce qu'elles feront capables de
faire dans une année plus
abondante en toutes chofes .
Et comme elles ont commencé
dans un temps où l'on ne
devoit pas l'attendre d'elles
il y a lieu d'en efperer encore
davantage dans un meilleur
temps . Elles fe les promettent
tous les jours ; elles ne refpirent
que le combat ; & l'on peut
dire que l'air retentit des
GALANT 309
I
demandes qu'elles font qu'on
les mene aux Ennemis . Ainfi
nous devons compter que fi la
Guerre dure encore au Printemps
, les Ennemis connoîtront
qu'au lieu d'en recevoir
des loix , nous ferons en eftat
de leur en faire , puifque la
France trouvera chez elle autant
d'hommes qu'elle en
aura befoin , lors qu'elle fera
en eftat de les entretenir , &
que par les raifons que je vous
ay déja marquées , l'Allemagne
poura ne leur pas fournir
routes les Troupes dont ils
auront befoin , & qu'il paroift
J
310 MERCURE
que felon la fituation prefente
des Affaires d'Allemagne ,
plufieurs Princes feront obligez
de rappeller les Troupes
qu'ils ont en Flandre.
Il y a tant de chofes curieu.
fes dans la Capitulation
qui a
efté accordée au Gouverneur
de Mons , que n'en eftant pas
encore pleinement informé ,
je me trouve obligé de remettre
à vous en parler à la fin de
ma Lettre. Cependant
, quoy
que je vous aye déja marqué
que je me trouvois obligé de
remettre encore au mois pro
chain plufieurs Articles de
GALANT 311
Morts de perfonnes de diftinction
, vous ne ferez pas
furpriſe fi je n'obſerve pas les
regles que je me fuis prefcrites
en vous parlant encore d'une
mort dans cette Lettre , lors
que vous verrez celle dont il s'agit
, puifque c'eft de la mort de
M'le Conneftable de Navarre,
fils unique de Son Excellence
Monfieur le Duc d'Albe.
Il s'appelloit Don Nicolas
Alvarés de Toledo , & par Son
Excellence Madame la Ducheffe
fa mere, Ponce de Leon.
Ces deux grands noms tirent
de l'Antiquité la plus reculée.
312 MERCURE
un éclat qu'ils ont confervé
dans tous les temps . On peut
regarder comme autant de
Heros , ceux qui les ont portez
fucceffivement
& ceux qui
les portent encore . M ' le Conneftable
réüniffoit en luy toute
la diftinction & toutes les prerogatives
de ces noms illuftres
& éclatans . Il eftoit dans fa
dix- neuvième année , & ceux
qui ont le plus d'efprit à trente
& à quarante ans , n'en ont pas
plus , qu'il en avoit à dix- neuf.
Rien n'échapoit à fes lumieres ,
& rien n'eftoit au - deffus de fa
penetration . Il n'aimoit rien
A
tant
GALANT
313
tant auffi que de s'entretenir
avec des gens folidement
inſtruits
& capables d'entrer
dans
les queſtions
qu'il leur faiſoit
,
& d'y répondre
. Les plus habiles
oublioient
fon âge en luy
parlant
, & ne croyoient
plus
voir en luy qu'un homme
fait
& dont les connoiffances
avoient
prévenu
les recherches
& les reflexions
. Il aimoit fur
tout à s'entretenir
des affaires
il n'en parloit
pas
du
temps ;
feulement
en fils de
Maiftre
,
mais
encore
en
Miniftre
inf
truit
&
experimenté
. Ce
n'eſt
un
éloge
recherché
, c'eſt
Octobre
1709.
pas
Dd
314 WERCURE
une verité conftante ; & il a
joui avec retenue & modeftie
de cette réputation deux ou
trois ans avant fa mort. Les
perfonnes de la plus haute diftinction
& en grand nombre ,
& de Nations differentes qui
profitent tous les jours de l'ac .
cücil gracieux & prévenant de
Leurs Excellences , l'ont reconnu
& publié. Il ne manquoit
à ce jeune Seigneur qu'un
peu plus deforce. Son temperamment
eftoit bon ; mais
les accidens réiterez l'avoient
affoibli . Il avoit le front
ſerain , l'oeil vif, le regard aniGALANT
315
mé , les couleurs fraîches , l'air
ouvert , les reparties promptes,
les manieres prévenantes . Il paroiffoit
robufte ; mais fa fanté
eftoit toûjours tres - delicate.
Il luy furvint une legere infirmité
qui ne faifoit rien craindre
; mais dans une fanté auffi
precieuſe tout y meritoit de
l'attention , C'eſt à quoy ne
pouvoient manquer ceux qui
ne manquent à rien. M' le
Duc & MⓇ la Ducheffe d'Albe
portent cette attention jufqu'au
moindre de leurs domestiques
dans la plus legere infirmité.
Les foins & les rcme-
Dd ij
316 MERCURE
des mirent bientoft M'le Conneftable
en eftat de jouir de
fa guerifon. Il eftoit convalefcent
, & on le croyoit toutà
fait gueri , lorfqu'il voulut
profiter du retour de fes forces
pour aller prendre l'air à
la Campagne , foit qu'il crût
les rappeller par là plus aifément
, foit qu'ayant certains
preffentimens de ce qui luy
devoit arriver , il voulut fe féparer
d'un trop grand commerce
du monde , & ne fonger
plus qu'à fa confervation
& à fon falut. L'air de la Campagne
parut d'abord le rétaGALANT
37
apblir.
Il s'en.trouva bien pendant
les premiers jours ; mais
enfin la fiévre revint . On
pella un grand nombre de
Medecins les plus fameux.
Un de fes premiers foins fut
de fçavoir d'eux au vray
ce qu'il leur en fembloit &
à quoy il devoit s'attendre.
Il leur en parla avec une fermeté
& avec une refolution
qui n'avoient rien de fon âge ,
ni d'une trop grande envie de
prolonger fa vie. Quelques
jours s'écoulerent entre la
crainte & l'efperance. Les
Medecins , commencerent à
Dd iij
318 MERCURE
defefperer de la guerifon . Il
s'en apperçut à leurs réponfes
ambigues. Il prit fon parti en
homme fenfé & en Chretien .
Il remercia les Medecins ; il
dit adieu à fes amis & à tous
ceux qui le voyoient affidûment.
Il appella le Pere Nuñes
, Jefuite Eſpagnol , fon
Confeffeur , qui eftoit venu
en France , en cette qualité
avec Leurs Excellences , & qui
s'y eft acquis une eftime generale
par toutes les vertus de
fon eftat & par les qualitez les
plus rares de l'homme d'efprit
& de l'honnefte- homme. Mrle
GALANT 319
Conneftable , ne fongea plus
qu'à fe mettre en eftat de recevoir
dignement les derniers
Sacremens . Il fit une Confeffion
generale , & il ne parla
plus qué du neant des grandeurs
du monde & de la felicité
de ceux qui peuvent jouir de
la prefence de Dieu . Il demanda
avec empreffement le Viatique
, & l'Extreme- onction .
Rien ne preffoit encore , & on
ne luy donna cette fatisfaction
que le lendemain . Il s'y prepara
par des Actes continuels de
refignation & d'amour de
Dieu . Tous ces grands fenti-
Ddij
320 MERCURI
mens de Religion , rappelloient
toute l'idée de celle da
fes peres & de fes ayeux les
plus anciens , qui en ont tous
efté fucceffivement des modelles
& des foutiens. Pour foulager
le Pere Nuñes dans tout
ce qu'il luy difoit d'édifiant &
de pathetique , il voulut encore
avoir encore auprés de luy
Mile Doyen d'Alicante , pour
qui il avoit toûjours eu une
affection particuliere & une
eftime & une confiance que
tous les François qui le connoiffent
ont pour luy avec autant
d'épanchement que ceux
GALANT 321
de fa Nation. Ces deux hom .
mes apoftoliques ne quitterent
plus M le Conneftable , & ils
continuerent alternativement
de l'entretenir dans les plus
faintes difpofitions . Le temps
de fa mort approchoit ; on luy
porta le faint Viatique , & on
luy donna l'Extrême onction.
Ce fut là où le Mourant rappella
toutes les forces , pour
faire un facrifice volontaire de
la neceffité de mourir . On a
peu vû en cet eftat plus de refignation
, plus de contrition
& plus d'amour de Dieu . M
le Conneftable demanda par322
MERCURE
fes dif
don à tous ceux qu'il auroit
pû ne pas
édifier par
Cours & par fa conduite , & en
particulier à tous les domeſti
ques . Enfin le temps preffoit.
On fit la recommandation de
l'Ame. Il y répondit diftinctement
, & au dernier Amen qu'il
prononça en levant les yeux
au Ciel , il rendit l'ame fans
aucun autre mouvement &
fans qu'on s'en apperçût . Les
couleurs de la mort ne fe répandirent
pas fur fon vilage.
Il conferva toute fa fraîcheur
& tout prouvoit qu'il eftoit
mort de la mort des Juftes.
GALANT 323
C'est la feule confolation qui
refte à un perc & à une mere
auffi Chretiens qu'Illuftres ,
par toutes les diftinctions qui
confacrent les plus grands
noms. Mr le Duc d'Albe a
foutenu ce malheur accablant
en Chreftien & en Heros , &
Mila Ducheffe d'Albe , en mere
qui fent tout ce qu'elle pert ,
& qui veut tout ce que Dieu
veut.
14
La Maiſon de Campagne
où M'de Conneftable mourut ,
eft à deux lieues de Paris , &
prés des Carmes Deſchaux de
Charanton , ou fon corps
324 MERCURE
efté mis en depoft . On luy
donna aprés la mort l'Habit
de ces faints Religieux Enfans
de Sainte Therefe , & on le
mit dans un Cercücil de plomb ,
dans la Caveau qui eft fous le
grand Autel de cette Eglife ,
parmi les Religieux de cet Ordre
qui font morts dans ce
Convent. La Pompe funebre ,
quoy qu'à la Campagne , n'en
fut gueres moins magnifique
qu'elle cuft pû l'eftre à Paris ,
quoy que S. E. Mr le Duc d'Albe
cut ordonné qu'elle fe fift
avec fimplicité. Tous les Efpagnols
qui font à Paris s'y trouGALANT
325
verent , ainfi que plufieurs perfonnes
de confideration qui
voulurent rendre ce dernier devoir
à l'illuftre Deffunt . Le
concours du peuple fut auffi
tres grand à ce Convoy . Tout
le monde fçait que fainte Therefe
eftoit d'Albe , où repofe
fon corps . Les Seigneurs de
cet ancien Duché ont une des
clefs du lieu où il eft confervé
, & ils gardent précieuſement
un des doigts de cette
grande Sainte. Mr le Connêtable
cut fur luy pendant fa
maladie cette Relique qu'il regardoit
avec beaucoup de ve326
MERCURE
neration , & elle y demeura
jufqu'à la mort ; & comme il
mourut le jour de Saint Auguftin
, ce fut une grande con
folation pour Madame la Ducheffe
d'Albe de le voir mourir
fi chreftiennement
le jour
de la Fefte de ce Saint qui arrive
le 28. d'Aouft. Tous les
Ducs d'Arcos , ancestres de
Son Excellence ont toûjours eu
une devotion particuliere à ce
grand Saint ; de même que la
Maifon des Ducs d'Albe en a
une des plus fingulieres à Sainte
>
berefe
. Mr
le
Conneftable
eft mort fort regretté ,
GALANT 327
même de tous ceux qui ne l'avoient
jamais vû.
1
Le Titre ancien & éclatant
de Conneftable de Navarre
qu'il portoit , cft hereditaire
dans cette grande & illuftre
Maiſon , & il a appartenu de
tout temps & de droit aux fils
aînez des Ducs d'Albe , & la
Grandeffe de la premiere Claffe
y eft attachée , de même
qu'au Duché de Huefca à la
fille aînée , quand le Ciel leur
en accorde quelqu'une ; & elle
en conferve le titre & le rang
depuis le jour de fa naiffance ,
jufqu'à celuy de fon mariage.
328 MERCURE
Je ne diray rien icy des Maifons
éclatantes d'Alvarés de
Toledo & de Ponce de Leon .
Perfonne n'ignore qu'il n'y
en a pas de plus anciennes &
de plus illuftres , & qui depuis
l'Antiquité la plus reculée ,
ayent mieux foutenu tout leur :
éclat fans interruption juſqu'au
temps où nous fommes.
Mr le Duc d'Arcos & Mr le
Duc de Baños , tous deux
Grands d'Espagne & tous deux
freres de Madame la Ducheffe
d'Albe , font en eftat de ſoutenir
& de perpetuer leur
grand nom de Ponce de Leon ,
GALANT
329
fans quoy il feroit bien trifte
dans un âge auffi peu avancé
que celuy de Monfieur le Duc
d'Albe , de voir finir en luy le
nom fameux d'Alvarés de
Toledo .
Je ne fuis pas furpris que
l'Article que je vous envoyay
le mois dernier touchant le
prompt départ de Sa Majesté
Catholique , de Madrid , pour
la gloire de la Nation Efpagnole
, ait non -feulement eu
l'avantage de vous plaire ; mais
auffi à tous ceux qui ont lû ma
Lettre . Je ne vous repeteray
rien icy de tout ce que j'ay dit
Octobre 1709. E e
330 MERCURE
dans cet Article qui a dû faire
renouveller l'amour que tous
les Efpagnols ont pour ce
Prince. Jajouteray ſeulement
icy que ce Monarque aprés
avoir jugé de tout par luymême
, & fait connoiftre que
fa prefence avoit efté neceffaire
par tout où il a efté , & fait
agir à propos les Troupes qu'il
a envoyées en plufieurs endroits
, foit pour harceller les
Ennemis , foir pour enlever
leurs Convois , ou pour empêcher
qu'on ne leur en envoyaft
, & pour rompre enfin
toutes leurs mefures , a quitté
GALANT 331
fon Armée après avoir donné
tous les ordres qu'il a jugé
neceffaires tant pour le bien
de fes Affaires , que pour tout
ce que fes Troupes devoient
faire en fon abfence , & jugé
de toutes chofes par luy même
après avoir tout examiné
& qu'il a cru devoir revenir
Madrid , où fa prefence eftoit
neceffaire , & d'où il peut
mieux envoyer des ordres dans
tous les lieux de fon Erat , où
l'on a befoin d'èn envoyer
fouvent lors que l'on eft chatgé
des foins d'une auffi grande
Monarchie , & qui excite les
pour
Ecij
332 MERCURE
defirs des ambitieux & des
Puiffances qui cherchent à
l'envahir fans aucun droit ni
juftice ; ce qui releve d'autant
plus la gloire de ce Monarque
qu'il paroift infatigable au
milieu de tous les foins que
luy donne cette vaſte Monarchie
, & de toutes les allarmes
que fes Ennemis donnent
de tous coftez à fes fidelles &
intrepides Sujets .
Dés que l'on fçut à Madrid
que Sa Majefté Catholique
devoit quitter l'Armée le 2 .
dece mois pour s'y rendre
inceſſament
, l'allegreffe y paGALANT
333-
"
rut generale , & l'on ne fongea
qu'aux preparatifs pour
y recevoir Sa Majesté avec
toutes les demonftrations
poffibles de la plus fincere
joye , dont tous les Etats de la
Ville eftoient penetrez . Le
jour que ce Monarque devoit
arriver , la Reine impatiente
de revoir un Prince fi digne
de fon amour , & fi digne du
Trône qu'il remplit au contentement
de tous fes Sujets , alla
au devant de luy jufqu'à
Guadalaxara , fuivie de toutes
les perfonnes les plus qualifiées
de la Cour , & Leurs Majef
334 MERCURE
tez entrerent dans Madrid , où
Elles furent reçuës au bruit
de toutes les Cloches , & des
acclamations publiques . Les
Rejouiffances ont duré pendant
trois jours entiers , &
les Feux de joye & les Illuminations
pendant trois nuits .
Il ne faut pas s'étonner de
voir des peuples donner des
marqués de la plus vive joyė ,
pour le retour d'un Prince qui
leur doit eftre cher , puifque
leur confervation luy a toujour
efté plus chere que fa propre
perfonne , & qu'il l'a cent
fois expofée pour la gloire de
GALANT 335
la Nation , en affrontant les
perils par tout où il s'eſt trouvé
pour la deffendre & pour
la faire triompher . Que ne l'at-
on point veu faire en Italie ?
où il s'eft expofé comme le
moindre Soldat , non - feulement
au milieu des Batailles ;
mais dans des actions particulieres
, & à la pourfuite des
Partis ennemis , dont les plus
forts ne pouvoient tenir devant
luy , quoy qu'il commandaft
fouvent des Troupes inferieures
à celles qu'il pourfuivoit.
Je ne dis rien dont je
n'aye parlé amplement , &
336 MERCURE
dont je n'aye donné le détail
avec des preuves certaines de
tout ce que ce Monarque a
fait pendant qu'il a luy - même
commandé en Italie .
On l'a veu enfuite les armes
à la main fe rendre maître
de prefque tout le Portugal ,
& faire trembler Lifbonne
même , dont il s'eft peu fallu
qu'il ne fe foit rendu maître .
Que n'a - t- il point fait en
Catalogne ? & quelles marques
de valeur & d'intrepidité
n'y a- t- il point données ? Il
s'expofoit tous les jours ; il
animoit les Generaux ; il les
prefloit
2
1
GALANT 337
& en
preffoit d'agir dans les Confeils
, particulier ; & il
y avoit peu de temps qu'il
avoit quitté Mr de Lapara
pour le preffer d'executer ce
qu'il avoit promis , lors que ce
fameux Ingenieur fut tué fans
eftre venu à bout de fon deffein.
Cependant nonobſtant
ce malheur & toute la refiftance
de la Place , elle n'auroit
pa s'empêcher de fe rendre à
ce Monarque , files Miquelets
ne fuffent pas defcendus en
foule des Montagnes , & s'il
cut efté poffible d'éviter de
périr entre deux feux , fçavoir
Octobre 1709.
Ff
1
338 MERCURE
celuy de la Place , & celuy
d'une Armée de Miquelets ;
de forte que ne pouvant faire
face des deux coftez , la prudence
voulut qu'il fe retiraft ;
mais la gloire que cette retraite
luy attira fut grande , & elle
redoubla , l'eftime & l'amour
que les Efpagnols avoient pour
luy , puifqu'eftant vaincu ,
& fcachant que fes ennemis
avoient des intelligences en
Efpagne , où il s'eftoient fait
des Partifans , il ne laiffa pas
de donner des preuves de la
confiance qu'il avoit dans la
fidelité des Efpagnols , & de
#
GALANT 339
ན་
traverfer prefque feul la plus
grande partie de l'Espagne .
Les Hiftoires , ont peu de pareils
exemples : auffi a - t- on vû
peu de Princes aimer plus fes
Sujets que ce Monarque , &
en cftre plus aimé . Toute la
terre a parlé de cette action
qui fera toûjours admirée , &
que les Espagnols n'oublieront
jamais.

Je vous parlay le mois paſſe
du voyage que fon grand courage
& l'amour qu'il a pour
fon peuple luy firent entreprendre
auffi toft qu'il eut ap
pris que fa prefence eftoit ne-
Ff ij
340 MERCURE
ceffaire du cofté de la Segre ,
& je ne vous repete point ce
que je vous ay dit là - deffus ;
mais tout ce que je viens de
vous marquer de ce qu'il a fair
dans toutes les Armées où il
s'eft trouvé , & où la vivacité
pour la gloire & pour le bien
de les Sujets l'avoit fait voler ,
vous doit faire connoiftre que
fa valeur ne s'eft jamais démentie.
Mais ce que l'on doit le
plus remarquer en ce Prince
elt que l'on n'a jamais vû de
valeur plus modefte . Il n'y a
point d'oftentation dans tout
ce qu'il fait point de faſte ,
;
GALANT 341
& on le voit toûjours avec le
fang froid qui a fait juſqu'icy
le caractere des veritables Braves.
Enfin jamais l'on n'a vû
plus de vivacité lorsqu'il s'eft
agi de combattre , & plus de
Alegme lorfqu'il a efté queftion
de deliberer dans les Confeils ,
ny de Prince qui fe foit moins
laiffé abbattre dans les adverfitez
, de maniere que ceux qui
l'ont vu dans les temps les plus
difficiles , & qui l'ont examiné
avec le plus d'attention , ont
crû qu'il eftoit maiſtre de la
Fortune , & qu'il la feroit
changer lorfqu'il luy plairoit.
Ff iij
342 MERCURE
Il a vû fes ennemis triomphans
dans Madrid fans paroiftre
ny étonné ny abbattu
de leur Triomphe , &
la fecurité qui paroiffoit fur
fon vifage , faifoit penfer
qu'il fe tenoit affuré d'en voir
bien toft fortir les Ennemis ,
ainfi que de toutes les autres
Places qu'ils occupoient dans
fon Royaume , ce qui n'a pas
manqué d'arriver à la honte
de fes Ennemis qui femblent
n'avoir pris les Armes contre
luy que pour luy donner lieu
de briller davantage , & de
faire connoiftre à l'Univers ,
GALANT 343
toutes fes grandes qualitez , &
qu'il eftoit digne de tous les
Royaumes qui font fous fa
domination ; & fi l'on examine
avec attention l'Hiftoire
de fa vie pendant huit années ,
on trouvera que pendant ce
peu ddee te temps elle a efté remplie
de tous les incidens qui
peuvent concourir à former
un Heros. Il a porté fes Armes
en differens Etats , & chez divers
Peuples , tantoft vainqueur
& tantoft vaincu ; mais
toûjours vainqueur de luy même
au plus fort des plus grands
revers de la Fortune qu'un
Ff iiij
344 MERCURE
Monarque puiffe effuyer , &
s'en tirer toûjours avec gloire
& à la fatisfaction de tous fes
Sujets ; & l'on peut dire qu'il
n'y a prefque aucune traverfe
de quelque nature que cepuiffe
eftre qu'il n'ait cffuyée , &
ce qui eft admirable & qui furprendra
la pofterité lors qu'elle
y fera reflexion , eft que tout
ce qui regarde une fi belle vie ,
& fi remplie d'incidens divers
a commencé à donner lieu à
ce Monarque de faire connoître
fa valeur & fa prudence
dans un âge où la raifon d'un
autre n'auroit pas encore efté
GALANT 345
entierement formée , & quand
tous ces évenemens ne feroient
encore que commencer aujourd'huy
, on pourroit dire
qu'il feroit encore bien jeune
pour entrer dans une carriere
où il feroit difficile de fe bien
gouverner à fon âge.
Ce Prince ayant paffé fes
plus jeunes années à la tefte de
fes Armées , ou dans le maniement
des Affaires des dix - fept
Royaumes où fa Naiffance &
Les Sujets l'ont appellé , n'a jamais
eu le temps de commencer
feulement à goûter les faux
charmes de la moleffe , ny les
346 MERCURE
EMM
plaifirs aufquels ceux de fon
âge font ordinairement plus
attachez que les autres , & les
plaifirs même les plus permis ,
& qui ne fervent que de délaffemens
, n'ont jamais fair
fon occupation , & ne luy ont
dérobé aucuns des momens
qu'il donne tous entiers au
Gouvernement de fes Etats ,
qui fait tout fon attachement
& tous fes plaifirs. Ainfi on
ne doit pas s'étonner fi fes peuples
ont un fi grand attachement
pour luy , s'il fait tous
leurs delices , & s'ils font charmez
de toutes fes vertus qui
GALANT
347
cuns
brillent d'autant plus qu'elles
ne font accompagnées d'audéfauts.
Jamais Souverain
n'a eu plus d'attention à
récompenfer tous les fervices
que l'on rend à ſon Etat ; &
ce qui doit eftre le plus remarqué
, eft qu'il ne fait jamais atrendre
les récompenfes qu'il
donne ; & quoy qu'il ne foit
pas toujours en eftat d'en donner
autant qu'il s'y fent porté
par les mouvemens de fon
Ame liberale , il trouve néan- .
moins les moyens de reconnoître
les fervices de tous ceux
qui ont merité des récompen348
MERCURE
fes. Et comme ils ne les attendent
pas long temps , la promptitude
avec laquelle elles leur
font données , eft cauſe qu'elles
font plus de plaifir à ceux
qui les reçoivent , que fi elles
eftoient plus grandes , & attendues
plus long- temps . Ce Prince
s'attache à connoiftre les
caracteres & les befoins de
ceux à qui il donne , & il employe
tour à tour les dignitez ,
les Gratifications , les Penfions,
les Confifcations , & les Benefices
felon le caractere , la
naiffance , & les befoins de ceux
qui l'ont fervi. De maniere que
GALANT 349
quoy que les Affaires d'une
longue & cruelle guerre qui
épuife fes Finances , fes Etats
eſtant attaquez de tous coftez ,
ceux qui meritent des recompenfes,
loin de perdre du temps.
à les demander , n'ont qu'à
peine le temps de former
des fouhaits & fe trouvent
fouvent recompenfez , même
avant que d'en avoir formé.
Jen'avance rien que je ne puiffe
prouver par des faits veritables
, & ce qui doit eftre
bien glorieux à ce Monarque
,
eft que je ne dis rien qui ne
fe trouve dans les Ecrits pu350
MERCURE
blics de fes ennemis mêmes .
Je dois ajouter icy une chofe
bien digne d'être remarquée.
C'eſt que depuis quelque
temps ce Prince a ordonné
qu'on retranchaft une partie
des dépenfes de fa Table ,
dont il prend le fond pour
donner aux Officiers dont la
valeur luy eft connue , & dont
il fçait les befoins. Je remplirois
plufieurs Volumes , fi j'entrepenois
de parler féparement
de tout ce qui rend ce Monarrecommandable
& qui le
fait aimer de tous fes Sujets
pour la gloire & la confervaque
GALANT 351
tion defquels il n'a épargné
ni n'épargne ni fes veilles ni
fon fang , ni toutes les autres
chofes qui font en ſon pouvoir
. Jamais Monarque në
s'eft mieux poffedé : il ne fait
que ce qu'il a refolu : il ne dit
que ce qu'il veut dire , & aprés
y avoir meurement penſé.
Toutes fes reparties font juftes
, & fouvent dignes d'être
admirées , & je vous en ay
fouvent rapporté de cette nature
; & ce qui mer le comble
à l'amour que tous fes Sujets
ont pour luy , eft qu'il ne regarde
jamais qu'eux dans tout
352 MERCURE
ce qu'il fait , & qu'il ne cherche
que leur bonheur , & leur
fatisfaction fans aucun égard
à la fienne , & à tout ce qui
le regarde , & qu'il n'a jamais
defobligé perfonne , ni die
de duretez à qui que ce foit ,
en quoy il trouve de grands
exemples dans fon fang ; qu'il
aime la Nation Eſpagnole ;
qu'elle convient à ſon flegme
& à fa prudence , & qu'en
toutes les occafions il a marqué
qu'il eftoit preft de répandre
tout fon fang pour la
défendre. On peut affeurer
qu'ayant fes fentimens pour
GALANT 353
toute la Nation , & que toute
la Nation en ayant de pareils
pour ce Prince , & tous
les Elpagnols proteftant qu'ils
facrifieront leur vie pour le
maintenir fur le Trône , &
qu'ils n'épargneront ni leur
fang ni leurs biens , il y a lieu
de croire qu'ils feront invincibles
ayant ce Monarqué à leur
tefte , & que toutes les Puiffances
de l'Europe unies enfemble
ne pourroient l'oblià
le quitter , non plus que
fes fidelles Sujets à l'abandonner
, non plus que la Reine
fon Epouſe , dont l'efprit , la
Octubre 1709.
ger
Gg
354 MERCURE
·
conduite , la bonté , & la pe
netration dans les Affaires
vont au de- là de tout ce que
l'on peut s'imaginer.
с
>
Vous ferez fans doute bien
aife d'apprendre que depuis le
10. d'Octobre jufqu'au 13 .
il eft arrivé à Toulon plufieurs
Baſtimens du Levant , parmi
lefquels il fe trouve une Say
que Turque , qui ont apporté
fept mille facs de bled , & huit
cens facs d'orge ; & que le 2 1 .
il parut à la vuë de la même
Ville de Toulon v ngt - cinq
Baftimens qui venoient auffi
du Levant chargez de quarante
GALANT 355
mille facs de bled pour le com
pre de Marſeille , & des autres
Villes voifines , felon les affurances
qu'en donne Mr Galle ,
Capitaine du Vaiffeau le Saint
Jofeph qui eft arrivé avec le
même Convoy accompagné
d'une Barque ces deux Baftimens
ont apporté pour le compre
de Toulon trois mille facs
de bled , qui joints aux fept
mille facs arrivez ci - devant ,
font dix mille facs pour la Ville
de Toulon , qui avec les quarante
mille pour Marſeille &
les Villes voifines , font cin
quante mille facs de bled arri-
Gg ij
356 MERCURE
vez en France feulement de ce
cofté- là , fans compter les huit
cens facs d'orge , outre les onze
mille facs de bled qui arriverent
le mois paffé à Toulon ;
& comme il en arrive journellement
dans plufieurs de nos
Ports ; que l'on en attend une
tres-grande quantité de plus
fieurs endroits , felon les Traitez
qui ont efté faits ; que la
Bretagne & la Normandie font
abondantes
en grains , & que
les bleds qui ont efté femez
cette année font déja fortis de
terre , & commencent à promettre
beaucoup , il y a lieu
CALANT 357
t
d'efperer que nous verrons
chaque jour diminuer la cherté
du bled . sudd
Je dois ajouter que depuis le
21. d'Octobre que ces nouvelles
, que je vous garentis fûres ,
font venues, puifque j'en ay les
Lettres de Toulon, il peut, juf
qu'au jour que je vous écris.
y eftre encore arrivé plufieurs
autres Baftimens , ce qui caufera
l'abondance dans toutes
les Provinces voifines , dont
nous pourrons nous fentir à
noftre tour.
Nous attendons auffi à tous
momens une grande quantité
358 MERCORE
de vin qui vient de quelques
Provinces de France , où les
vendanges ont efté tres -abondantes,
c'cft pourquoy la Chanfon
que je vous envoye conviendra
bien à la fuite de cet
Article.
AIR NOUVEAU.
Si vous voulez , Iris , qu'une
couleur vermeille
Releve vos
appas ;
Ne buvez dans tous vos repas
Que de cette liqueur que nous fournit
la Treille ;
Quelques verres de vin
Soit de Bourgogne ou de Champagne
GALANT 359
Enluminent le teint tin tin relintintin
,
Mieux que le vermillon d'Eftippagne.
le
Cette Chanfon eft de l'Auteur
de l'Enigme de la Tabatiere
, qui eftoit le veritable mot
de celle du mois dernier. Ceux
qui l'ont trouvé font M's le
Chevalier de la Trourie ;
jeune Vauclin ; d'Afpe ; Pennavalli
; d'Artigle ; d'Auzembert
; le Solitaire du Marais ;
le grand Chantre , & fa Linotdu
quartier Saint Jacques ;
les deux Jaloux ; le Devineur , te ,
360 MERCURE'
de la rue Saint Marc ; le Chercheur
d'Avanture , de la foire
Saint Denis ; l'Unique , de la
ruë de la Huchette ; le Mifantrope
, du quartier Saint Antoine
; l'Amant tranfi , de la
rue Saint Honoré ; l'Amant
opiniaſtre , de la rue Saint Denis
; l'Adolefcent , de la même
rue ; & le Grand preneur de
Tabac , du quartier du Palais
Royal . Miles de la Gibliniere ;
de Pleffac ; d'Argental ; de Livron
; la jeune Muſe renaiffante
G. O. l'Amante du Tabac ;
la plus jeune des belles Dames
de la rue des Bernardins ; la
Bergere
GALANT 261
Bergere Climene & fon Berger
Tircis ; la Solitaire , de la ruë
aux Féves ; les Soeurs Muficien
nes , de la même ruë ; la belle
Pagode ; la Curieuſe de belles
Tabatieres ; l'Antipode du Tabac
; l'Avanturiere du quartier
Saint Martin ; la Belle qui n'ofe
fortir , n'ayant que des habits
de la Chine , & la jeune Aman
de la ruë de la Huchette.
L'Enigme qui fuit m'a eſté
envoyée par un bel efprit de
Saint Brieu.
Octobre 1709 .
Hh
362 MERCURE
ENIGME.
On nesçauroit nombrer mes freres
mes foeurs ,
Tant il s'en trouve dans le
monde.
F⋅ procure aux Mortels mille &
mille douceurs
,
Queje portefur terre , &j'apporte
fur l'onde.
Quoy quefenfible à la froidure ,
Pendant l'Hyverje fuis tout nú :
Et par ma bizarre nature
Fattends pour me vêtir que le
chaudfoit venu.
GALANY 363
Ma livrée eft pour l'un un titre
respectable,
Etpour l'autre ignominieux :
Le Cordon en eft honorable ;
Le Bonnet en eft odieux.
Jamais tant queje vis je ne chante
&ne dance ;
Mais le caprice de mon fort
Veut que quelquefois en cadence
Je chante & dance aprés ma
mort.
Je vous envoye une Chanfon
nouvelle . Les paroles ont
efté Notées par une perfonne
Hh ij
364 MERCURE
dont la Mufique a toûjours eu
le bonheur de vous plaire.
AIR NOUVEAU.
Pourquoyfoupirerfans ceffe ,
Pourquoytant de langueur pourquoy
tant de trifteffe ,
De voir finir la faifon des beaux
jours :
Il ne
m'importe guere
Qu'ils foient longs ou qu'ils
foient courts ,
Pourvû que je les paffe auprés de
ma Bergere.
Je paffe à quelques Articles
LYON
TILLE
il s'eft montré digne du fang
Hh iij
Je palle à quelques Articles
GALANT 365
qui doivent vous faire beaucoup
de plaifir. Le premier
regarde le retour de la fanté
d'un Prince dont le fang doit
eftre pretieux à la France , puis
qu'il luy eft glorieux & avantageux
tout enſemble d'avoir
des Heros du fang de Condé.
Le Prince dont la maladie vient
de caufer nos alarmes , réunit
en fa perfonne tout ce qui a
rendu feparement recommandable
les Princes qui ont por
té ce grand nom , puifque dés
les premiers pas qu'il a faits
dans la carriere de l'honneur ,
il s'eft montré digne du fang
Hh iij
366 MERCURE
fa
qui coule dans fes veines ; qu'il
a fait connoiftre aux Ennemis
qu'il avoit herité de la valeur
ordinaire au fang de Condé
& qu'il n'a laiffé paffer aucune
occafion fans donner des marques
de fa magnificence , & ce
qui vient encore d'eclater dans
les honneurs funebres que
pieté vient de faire rendre au
Prince qui luy a donné le jour ,
& qui ont encore furpaffé ceux
le Prince fon Pere avoit
fait rendre au grand Condé
fon Aycul.
Enfin , aprés avoir eu lieu
trois fois de craindre pour la
que
GALANT 367
vie de Mr le Maréchal de Villars
, & aprés trois operations ,.
il n'y a plus lieu de craindre
aucunes rechutes qui puiffent
faire apprehender pour une vie
pour laquelle toute la France
fait des voeux. Le fond de fon
mal a efté découvert , & fa
fanté paroiffant prefentement
rétablie , ce Maréchal fera de
retour à Paris avant que vous
receviez ma Lettre . On affure
qu'il y demeurera fix jours ,
aprés lefquels il ira à Verſailles
loger dans l'Apartement de
feu Monfieur le Prince de
Conty , afin qu'il puiffe avoir
3/8 MERCURE
l'honneur d'entretenir S. M.
& de luy rendre compte de
toute la Campagne . Cette nou
velle a caufé icy une joye univerfelle
, & fi par malheur il
il luy furvenoit quelque accident
, à quoy on ne voit pas
d'aparence , le fecours ne luy
manqueroit pas.
Un grand Prince , qui depuis
plufieurs années fouhaite
avec tout l'empreffement
poffible d'avoir l'honneur de
voir le Roy , doit fe rendre
fous un autre nom que le fien
le 6. de ce mois à Verfailles .
Je ne doute point que l'emGALANT
369
preffement qu'il a de voir Sa
Majefté , & toute la Maiſon
Royale , ne vous faffe deviner
fon nom . Je vous ay parlé de
luy & de fes Exploits depuis
trente ans , dans plufieurs de
mes Lettres , & la Victoire l'a
prefque toûjours accompagné
dans tous les lieux où il a combattu
. Les Turcs ont fenty
des effets de fa valeur ; l'Allemagne
l'a vue briller plufieurs
fois , & la Flandre en a
ſouvent eſté temoin . Il regneroit
dans fes Etats , fi au préjudice
d'un Traité qui luy
permettoit d'y demeurer , ce
370 MERCURE
Traité n'avoit point efté violé
par le Prince même qui l'avoit
figné au nom de l'Empereur
défunt , & qui eftant enfuite
devenu Empereur luymême
, devoit plus religieufement
qu'un autre obferver
ce Traité , puifqu'il l'avoit fait
& figné . Cependant la manicre
dont il l'a traité eft fi cruelle
, & tellement contraire aux
Loix de l'Empire , que ceux
qui en compofent aujourd'huy
la Diette ont adreffé
depuis peu un Memoire à S.
M. I. par lequel ils fe plaignent
hautement de ce procedé , &
GALANT 371
pro- de l'injuftice ( ce font les
pres termes du Memoire ) que
S. M. I. a fait à tout le Corps
de l'Empire en s'arrogeant des
Droits que l'Empereur n'a pas ,
& elle luy demande de remettre
les chofes en leur premier
état ; & comme elles doivent
eftre , felon qu'il eftporté par
le Traité de Weftphalie . Ce
Memoire eft hardy ; mais
il est juste , & cette fermeté
doit faire beaucoup d'honneur
à tous les Députez qui
compofent aujourd'huy la
Diette de l'Empire , & aux
Puiffances dont ils ont reçû les
372 MERCURE
ordres , de parler de la forte
pour le maintien des Droits de
l'Empire. Ce Memoire merite
de grandes reflexions dans la
fituation où fe trouvent aujourd'huy
les Affaires d'Allemagne
, & doit faire ouvrir les
yeux aux Puiffances qui , contre
leur intereft même , &
pour le bien des Affaires feules
de l'Empereur , ſacrifient , à
caufe des Alliances qu'elles
ont avec luy , la gloire & les interefts
de l'Empire dont pref
que toutes les Loix font
aujourd'huy violées , le but
de l'Empereur eftant de gouverner
GALANT 373
verner l'Empire arbitrairement.
Il l'a forcé d'entrer dans
la Guerre où il eft aujourd'huy
malheureuſement
engagé , &
qui ruine tous fes Membres
comme l'on voit par la cottepart
d'argent & de Troupes
qu'il eft obligé de fournir pour
les frais d'une Guerre qui
particulierement la
y enregarde
Maifon d'Autriche , & qui n'a
rien de commun avec l'Empi
re qui n'auroit pas dû
trer , puifque les Affaires de la
Couronne d'Efpagne ne font
les fiennes , & qu'il auroit
jouy d'un parfait repos , &
Octobre 1709 .
pas
I i
374 MERCURE
ne feroit pas ruiné comme il
eft aujourd'huy s'il eftoit demeuré
neutre. C'eſt ce que
Monfieur l'Electeur de Baviere
luy avoit repreſenté , &
s'il eftoit demeuré dans cette
Neutralité , tous fes Membres
ne feroient pas ruinez comme
ils font à prefent . Voilà le
crime de cet Electeur pour
qui l'Empire fe declare aujourd'huy
, & dont il prend le
party fi hautement , & avec
tant de Juftice. Si fon Avis
avoit efté fuivi , l'Empereur
qui a cherché à l'affoiblir par
de longues Guerres afin de
GALANT 375
C
pouvoir plus aisément le gou
verner arbitrairement , feroit
prefentement auffi éloigné de
fon but qu'il eft preft d'en approcher
; mais on voit par
le Memoire qu'il vient de prefenter
, qu'il commence à ouvrir
les yeux , ce qui pourra
peut eftre bien toft changer
la face des Affaires .
Quoy que vous ayez déja
lû dans cette Lettre un grand
Article touchant la prife de
Mons , ce qui fuit ne laffera
I pas de vous paroiftre auffi curieux
que nouveau , & je vous
puis affurer que je ne vous di-
"
Ii ij
376 MERCURE
ray rien que de veritable .
Quoy que la Garniſon de
cette Place ait fait des chofes
furprenantes ; que les grandes
forties qu'elle a faites ; que les
Affauts qu'elle a foutenus , &
dans plufieurs defquels elle a
repoufflé les Ennemis , & que
F'eftat de ces Troupes fuft
moins grand que n'ont publié
les Lettres qui font forties de
la Ville pendant le Siege , &
dans lefquels on a marqué que
la Garniſon eftoit plus nombreufe
qu'elle ne l'eftoit en
effet , pour le faire croire aux
Ennemis en cas que ces Lettres
GALANT 377
tombaffent entre leurs mains.
Quoy , dis- je , que les Ennemis
duffent juger par les grandes
pertes qu'ils avoient faires
pendant le Siege , & par les
Lettres qu'ils avoient ſurpriſes
que la Garnifon eftoit beaucoup
plus forte qu'elle ne l'étoit
en effet ; il eft neanmoins
conftant qu'elle eftoit tres foible
, puifqu'elle n'eftoit compofée
de gueres plus de deux
mille hommes , ce qui doit
augmenter le relief de la gloire
qu'elle s'eft acquife durant le
Siege , pendant lequel on a
toûjours cru qu'elle eftoit plus
Ii iij
378 MERCURE
nombreuſe. Eh qui ne le croiroit
pas encore , en fe reprefentant
ce qu'elle a couté aux Ennemis
? Cependant il eſt certain
, & je le fçay d'une manicre
à n'en pouvoir douter , que
les Ennemis , qui avoüent euxmêmes
qu'ils ont perdu cinq
mille hommes pendant le Siege
, en ont perdu prés de 8. &
comme ils craignoient d'en per
dre encore davantage pour peu
que la Place fift une plus longue
refiftance , ce qu'ils apprehendoient
juſtement , fuppofé
que la Garnifon cuſt eſté auſſi
nombreuſe qu'ils la croyoient ,
GALANY 379
ils ne faut pas s'étonner sils
furent furpris d'entendre battre
la chamade plutoft qu'ils
ne fe l'eftoient imaginé , & s'ils
ont accordé aux Affiegez , nonfeulement
prefque tout ce qu'-
ils ont demandé , mais fur tout.
une clauſe qui ſe trouve tresrarement
dans les Capitulations
; fçavoir , que la Garnifon
refteroit pendant neuf
jours dans la Place pour attendre
le fecours , en cas qu'elle
pur eftre fecouruë , & par cette
clauſe il fembloit qu'elle
impofât la Loy , au lieu de la
recevoir ; & ce qui eftoit fâ380
MERCURE
cheux pour les Ennemis , eftoit
qu'ils devoient demeurer pendant
neuf jours devant la Place
pour empêcher qu'elle ne
fût fecouruë , & par confequent
demeurer dans l'eau &
dans les bouës , & effuyer les
rigueurs d'une faifon qui leur
caufoit chaque jour beaucoup
de malades. La feule chofe fur
laquelle ils infifterent pendant
quelque temps , fut fur ce
qu'ils s'obftinerent à demander
que Mr de Bergheik fuſt
prifonnier de guerre , dans le
deffein de luy demander compte
au nom de Charles III.
GALANT 381
des Finances de Flandre qu'il
avoit adminiftrées , & parce
qu'ils cherchoient à fe venger
de ce qu'il avoit fait durer le
Siege plus long temps qu'il
n'auroit fait , & de ce que par
fon efprit , par fes intrigues ,
& par fa bonne conduite il
avoit efté caufe de la prise de
la Ville de Gand . Toutes ces
chofes les animoïent beaucoup
; & pour avoir lieu . de
faire paffer cet article , ils en
accorderent beaucoup d'autres
qu'ils n'auroient peuteftre
pas accordez , s'ils euffent
crû ne le pouvoir obtenir ;
382 MERCURE
mais la Garnifon charmée de
tout ce que ce merveilleux
homme avoit fait pour elle
pendant le Siege , & de fon
grand merite , declara qu'elle
ne capituleroit point fi on
s'obtinoit à le vouloir faire
prifonnier ; & qu'on la hacheroit
plûtôt en pieces que de
le fouffrir. Ce font fes propres
termés . Les Alliez qui
ignoroient encore le petit
nombre de Troupes qui étoient
en état d'agir , & fçachant
dequoy des defefperez
font capables , ne voulurenc
point s'expofer à ce qui en
GALANT 383
1
pourroit arriver , & il fut ftipulé
que Mr de Bergheik fortiroit
comme Surintendant
des
Finances & Miniftre de la
guerre. Je ne vous dis rien du
refte de la Capitulation
qui eſt
pareille à celle de toutes les
autres Capitulations
, dans lefquelles
on accorde aux Affiegez
tout ce qui s'accorde ordinairement
, & toutes les marques
d'honneur qu'une Garni
fon peut fouhaiter. Eh que ne
luy auroit - on point accordé ,
puifqu'on luy permettoit de
demeurer encore neuf jours
dans la Place aprés la fignature
384 MERCURE
de la Capitulation ? /
Ces neuf jours accordez
me donnent lieu de faire une
remarque qui merite de l'attention
, & qui eft fi jufte , que
les Ecrivains d'Hollande & de
Bruxelles ne pourront difconvenir
que fur le bruit de la
prife de Mons , & du jour auquel
cette Ville avoit battu la
Chamade , ils ont donné des
Fables au Public dans leurs
nouvelles imprimées , puifque
l'on trouve dans toutes ces
nouvelles que la Garniſon
eft
fortie le 23. au lieu
qu'elle
n'eft fortie
que

29. Ils fe
fors
1
GALANT 385
&
font reglez fur le jour qu'elle
avoit battu la Chamade , &
ils ont mis entre ce jour- là , &
celuy auquel une Garnifon fort
ordinairement , le temps ordinaire
de la fortie des Garnifons
d'une Place qui a capitulé
. On peut juger par là des
Fables dont leurs Ecrits font
tous les jours remplis , puifqu'ils
ont tous repeté , & plus
d'une fois , une chofe fi manifeftement
fauffe, & à laquelle
ils ne peuvent repliquer , puiffque
le temps auquel la Garnifon
eft fortie a fait voir le con.
traire de ce qu'ils ont avancé.
Octobre 1709
. Kk
386 MERCURE
Ce n'eft pas tout , & leurs
fables fe font étendues fi loin
qu'ils ont dit que la plus grande
partie de la Garniſon qui
eſtoit ſortie le 23. c'eſt à - dire,
fix jours avant le jour qu'elle
eft veritablement fortie , & qui
avoit cfté ftipulé par la Capitulation
, avoit deferté en fortant
de la Place , & qu'elle
avoit pris parti parmy les
Alliez. Il y en à même qui
ont dit , fans refléchir fur ce
qu'ils ont avancé & fur le peu
de vray - femblance de ce qu'ils
affuroient , que deux mille
hommes avoient pris le party
AX
GALANT 387
que je viens de vous marquer.
Des faits fi faux doivent faire
juger des chofes fupofées qu'ils
tâchent tous les jours de faire
croire au public , & qui trompent
quelques fois les moins
clairs- voyans ; mais toujours
les Peuples chez qui ils écrivent
, parce qu'ils ayment à
eftre trompez ; mais il Y a lieu
de croire que perfonne ne les
croira plus fi legerement à
l'avenir , puiſqu'ayant raporté
des chofes fi contraires à la
verité , & qui ne pouvoient
eſtre en quelque temps que la
Garnifon fortift , quand même
Kk ij
388 MERCURE
elle auroit toute entiere pris
party. Il y a lieu de croire
dis - je , qu'à l'avenir toute
l'Europe n'ajoutera pas aifément
foy à des compteurs de
fables , & qui ont fouvent
furpris la credulité du Public
porté à croire tout ce qu'on
luy dit , & fur tout lors qu'il
eft accompagné d'une espece
de Satyre qui par le plaifir que
les hommes y prennent
, les
fait tomber dans les panneaux
qu'on leur tend.
J'apprens en fermant ma
Lettre que la Garnifon de
Mons qui eft fortie le 29. fe
GALANT 389
lon la Capitulation que vous
fçavez , & avec toutes les marques
d'honneur portées dans
cette Capitulation , dont je ne
vous repeteray rien ; n'eftoit
que de trois mille trois cens
hommes , dont il en eft forti
quinze à feize cens ; & l'on peut
dire qu'aprés une auffi vigoureufe
deffenfe que celle qu'ils
ont faire , & qui a coûté ſi
cher aux Ennemis , ils font
fortis tout couverts de Lauriers.
Tant de pertes de fuite
ont efté caufe que les Alliez
ne fe font
pas trouvez en eſtat
aprés la prife de Mons de ten-
Kk iij
390 MERCURE
ter aucune autre entreprife , &
qu'ils fe font feparez & font
entrez en Quartier d'hiver . Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
A Paris ce 4. Novembre 1709.
AVIS.
Le Mercure de Novembre
fe debitera le 4° . de Decembre.
BIBLIODE
LYON
1893
VILLE
TABLE .
P Reb
Relude , dans lequel fe trouve
un beau Difcours prononcé à
l'Hofel deVille , à la gloire du
Roy
Suite des Services folemnels qui fe
font faits en France , pour le repos
de l'Ame de S. A. S. Monfieur
le Prince , 24
Suite , &fin de l'Hiftoire du Docsorat
, 33
Benefices donnez par le Roy, à la
Promotion de la Noftre - Dame
73. d'Aoust ,
Baptême dufils de Mr le Marquis
de Torrecufa , Grand d'Espagne ,
Premier Article des Morts ,
91
94
TABLE .
138
Election d'an nouveau Doge de
Mariages,
Venise ,
Livres Nouveaux ,
152
157
Abregé des dernieres Lettres & Hifpakan
, écrite par Mi l'Evefque
de Babylone ,
Second Article des Morts ,
Nouvelles de Marine ,
178
185
212
Article du grand Caire , qui doit
toucher beaucoup le Lecteur , 223
Actions furprenantes oubliées dans
les Relations de ma derniere
Lettre , & qui regardent particulierement
le Regiment Royal,
74252
Détail des actions de Mr le Maré
chal d'Artaignan , depuis qu'il
eft entré dans le fervice , où l'on
voit ce qui s'eft fait de plus reTABLE.
marquable en France depuis
44. ans,
259
Premieres Nouvelles de la prife de
Mons , acompagnées de plufieurs
particularitez qui regardent ce
Siege ,
277
Mort de Mr le Conneftable de Navarre
, 310
Article qui renferme une infinité de
faits qui regardent le Roy d'Efpagne
, 329
Soixante mille facs de bled arrivez
à Toulon & à Marseille pendant
le mois d'Octobre ,
Article des Enigmes ,
354
359
Retour de la fanté de S. A. S.
Monfieur le Duc , 364
Retour de Mr le Maréchal de Lillars
à Paris , 366
Arrivée d'un grand Prince à la
TABLE.
Cour ,
368
Plufieurs particularitez tres curieufes
touchant la Capitulation de
la Ville de Mons ,
THEQUE
!MELIO
LYON
1893
DELA
VILA
375
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Si vous voulez , Iris , doit regarder
la page 3.5 8.
Celuy qui commence par
Pourquoy foupirer , doit regarder
la page 364.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le