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MERCURE
THEQUE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LYON
# 1893
LE DAUPHIN
JUILLET , 1709 .
DE
A
PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant.
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
docefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Ics Mercures.
Cjoncture ne
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIX,
Avec Privilege du Roy;
AULECTEUR.
ILy a lieu de croire
qu'on
ne lit plus
l'Avis qui a
efté mis depuis tant
d'années
au
commencement de
chaque
Volume du
Mercure , puif
que
malgré les prieres réiteréesqu'onafaites
d'écrire en
caracteres
lifibles les
Noms
propres quife trouvent
dans
tes
Memoires qu'on
envoye
pour eftre
employez,, on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a
quantité
AU LECTEUR.
de défigurez, étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
touslesbons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent leport.
MERCVRE
GALANT
BIBLI
JUILLET, 1788
LYON
E vous parle tous les ans
Panegyrique
du Roy
"
fondé par la Ville , &
prononcé
par le Recteur
de l'Univerfité
devant Mr le Prevolt des
Marchands
& les Echevins
??
31
VILLE
A iij
6 MERCURE
qui comme Fondateurs en
font les honneurs. Ils y font sy
inviter plufieurs Prelats & plufieurs
perfonnes de diſtinction.
Mr le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , qui fe
trouve ordinairement à cette
Affemblée , y eft venu cette
année , & le concours de Perfonnes
illuftres y a efté fort
grand. Mr de Bacq , à prefent
Recteur de l'Univerfité a prononcé
le Panegyrique de Sa
Majeſté.
Cet Orateur parla d'abord
des Panegyriques du Roy prononcez
par ceux qui ont efté
GALANT
7
Recteurs de l'Univerfité avant
luy. Ils dic que les uns avoient
loué le Roy comme un grand guerrier
; que les autres l'avoient fait
voir à leurs Auditeurs comme un
Prince Pacifique ; que d'autres avoient
entretenu leurs Auditeurs
des fuperbes Palais qu'il avoit
fait bafir , ainfi que des Hofpi
taux pour fes Sujets qui avoient
befoin des fecours qu'on y reçoit ;
que plufieurs s'eftoient contentez
de raporter ce que ce Monarque
avoit fait pendant le cours d'une
année ; & qu'enfin il n'y
en avoit eu aucun qui n'eut rémoigné
leprofond refpect & l'ar
A iiij
8 MERCURE
tachement inviolable que l'Univerfité
a toujours confervé pour
nos Rois , & qu'elle infpire toujours
à ceux qui font confiez àfes
foins . Aprés tant deſujets , ajouta
l'Orateur , on pourroit croire
que
la matiere feroit epuisée , ſi
l'on ne fçavoit affez que tous
ceux qui ont entendu parler de
Louis le Grand , conviennent que
c'est avec justice que l'Univerfué
en doit faire l'Eloge tous les
ans pendant la durée de tous les
fuccles , puifque plus on confidere
un fi grand fujet , plus on le
trouve inépuisable. L'Orateur
pourfuivit en difant , qu'aprés
GALANT
9
avoir témoigné la joye qu'il avoit
de fe voir dans la neceffité
de louer unfi grand Heros , ce qu'-
il n'auroit d'ailleurs jamais ozé
·entreprendre , que comme les Rois
font entre Dieu & leurs fujets ,
ils avoient des obligations à Dieu
అ à leurs fujets , il ne peuvent
remplir celles -là que par un amour
fincere & conftant de la Religion
, celles - cy que par un
grand zele pour la Fuftice ; de
maniere qu'il fit voir que
Louis le Grand avoit toûjours
efté un zelé defenfeur de la Religion
, & enfuite qu'il avoit
toûjours efté un puiffant Pro10
MERCURE
tecteur de la Juſtice . Il n'eut
pas de peine à prouver ce qu'il
avançoit. Il fit voir d'abord
ce que le Roy a fait pour conferver
la Foy dans fes Etats ;
pour la pureté de la Morale ,
pour l'honneur des Eglifes en
puniffant les Profanateurs des
Temples ; pour abolir les
Duels , & enfin tout ce que
ce Monarque a fait pour mettre
la Religion dans l'état où
nous la voyons aujourd'huy ,
& pour l'y maintenir ; que ce
qui rendra Louis le Grand immortel
eft la deftruction de
les ficcles à ve-
>
l'herefic ; que
GALANT II
nir celebreront toûjours ce
grand Triomphe , & que la
France delivrée de cet horrible
Monftre , n'oubliera jamais
fon Liberateur. L'Orateur
, aprés avoir fait voir que
le Roy avoir changé les hofpices
de l'erreur & de l'impieté
en des Lieux Saints , & ou
le vray Dieu eft adoré en efprit
& en verité , & à conftruire
de nouveaux Temples
dont la
prend , tels
magnificence furfont
les Invalique
des , le Val de Grace & c. l'Orateur,
dis-je, aprés avoir parlé de
toutes ces chofes , fit voir l'at12
MERCURE
tention de fon Heros dans le
choix des Prelats . Il fit en cet
endroit un compliment à fon
Eminence fur fa grande appli
cation à faire revivre dans fon
Dioceſe la Difcipline refpectable
des premiers ficcles de
l'Eglife ; fes foins à établir
des Maifons où les Prêtres du
Seigneur aprés avoir longtemps
travaillé à fa Vigne
jouiffent du repos qu'ils ont
bien merité , & où la Jeuneffe
deſtinée aux Autels eft à l'abry
de la corruption du fiècle. Il
adreffa enfuite la parole aux
Prelats qui fe trouverent preGALANT
13
fens , & qui fe rendent recommandables
par leur pieté envers
Dieu , par leur atachement
au fervice du Roy ,
par leur charité
*
&
pour les Pauvres
de leurs Dioceſes . Il paffa
enfuite à la feconde partie
de fon Difcours & montra la
grande ardeur de fon Heros
pour la Justice Il fit connoître
d'abord qu'elle l'emportoit
fur fes autres vertus , qui
fans elle n'eftoient que de vains
phantômes & de grands noms
chimeriques . Il appliqua enfuire
à fon Heros , la peinture
qu'il fit de la Juftice . Il dit
14 MERCURE
A
que Louis le Grand avoit donné
des Loix àfes Peuples , plus fages
plus folides que celles
que Solon, que Lycurgus , &que
plufieurs autres avoient données
aux Grecs , & en même temps
plus concifes & plus convenables
que celles que les Empereurs a
voient données autrefois. Il parla
enfuite du foin que le Roy
prenoit de donner les premieres
Charges de la Magiftrature,
à des perfonnes d'un merite
diftingué , ce qui luy donna
lieu de faire des Eloges des
Chancelliers de France , & des
premiers Prefidens du Parle
GALANT
15
ment de Paris , qui ont acquis
une gloire que la durée des
temps n'obfcurcira jamais , &
il finit fon Difcours par une
Priere qu'il fit à Dieu pour
demander la Paix ..
Comme vous fouhaitez
d'entendre toujours parler du
Pape , & des Affaires de Rome,
quand même ce que j'en dirois
feroir vieux , & parce qu'il eft
difficile de fçavoir toujours
d'abord affez jufte & affez
exactement de quelle maniere
certaines chofes fe font paffées
je vous diray que l'année derniere
, je ne fçay pas precife16
MERCURE
ment le mois , Sa Sainteté
prononça un beau Difcours
dans une Congregation
d'Etat
qui fe tint à Rome. Ce
Pontife après avoir déploré
l'état où l'Italie eftoit reduite
& s'eftre plaint en des termes
tres- vifs de ceux qui au lieu de
s'employer pour la deffenſe de
1 Eglife , s'uniffoient avec les
Heretiques pour envahir ſon
temporel , entra dans le détail
des raifons qui l'obligeoient
penfer à fa fureté. Če Difcours
qui tira des larmes des
yeux de toute l'affemblée
paroift Imprimé depuis quel
GALANT
17
·
que temps en plufieurs fortes
de langues ; un Auteur particulier
qui s'eft caché avec
foin la même traduit en plufieurs
langues qui ont cours
dans l'Allemagne
on a fait
des Notes Hiftoriques
au bas
des endroits que le S. Pere n'a
pas affez éclaircis ; par exemple,
on apprend à l'aide de ces notes
que c'eft à l'Empereur Frederic
II . excommunié
dans le premier
Concile General de Lyon
& depofé par le Pape Innocent
IV. que le Pape Clement IX.
compare l'Empereur
Joſeph
premier ; en eſtabliffant
dans
Fuillet , 1709.
B
18 MERCURE
fon Difcours une parfaite conformité
dans le caractere de
ces deux Princes; & on apprend
Sa Sainteté oppoſe
par là que
la bonté & la patience qu'elle
avoit temoignée juſque là à
la vigueur & au zele pour les
interefts de l'Eglife que temoignerent
dans une pareille occafion
les Papes Gregoire VII.
Gregoire IX. & Innocent IV.
premier contre Frederic Barberouffe
& les deux derniers
contre Frederic II. arrierepetit
fils du premier. S. S. fit
enfuite une comparaiſon entre
les Allemans repandus dans
GALANT 19
l'Etat Ecclefiaftique , & les
Lombards qui le defolerent
dans le neuviéme & le dixiéme
fiecles. Un Lecteur un peu
inftruit de l'Hiftoire de ces
temps-là fe reprefente d'abord
en lifant cette piece qu'Aftolfe ,
Didier, & les autres Rois Lombards
d'une part , & les Princes
qui ont fait dans l'Etat Ecclefiaftique
l'irruption qui l'a mis
plufieurs fois proche de fa
perte , font l'objet de fa comparaifon.
Le Pape entra enfuite
dans le détail des obligations
que l'Empire , & fur tout laMaifon
d'Autriche , ont au S. Siege
Bij
20 MERCURE
& l'Auteur des notes a encore
éclairci cet endroit de la Ha-
&
rangue par des faits qu'on voit
que le S. Pere par diſcretion
n'avoit voulu toucher que
fort legerement ; & c'eſt l'endroit
le plus fort du Diſcours.
L'ingratitude y eft peinte avec
des couleurs les plus vives ,
les plus propres à infpirer
l'horreur de ce vice ; & en
mettant d'un cofté la conduite
qui en rend les hommes coupables
, & de l'autre tout ce
que la Maifon d'Autriche a
fait depuis quelques années
contre le premier Siege , de
GALANT 21
l'Eglife , on ne découvre que
fon ingratitude trop .
Je paffe d'Italie en France ,
où Sa Majefté vient de donner
des Lettres de Nobleffe à Mr
du Guay - Troüin , Capitaine
de Vaiffeau. Je vous ay fouvent
parlé de fes fervices ; mais vorci
une occafion de les rappeller
tous , comme le Roy a fait
dans les Lettres de Nobleffe
qu'il vient de donner à ce Capitaine
, qui n'a pas moins de
valeur & d'intrepidité que
d'experience dans ce qui regarde
la Marine ; & quo y que
détail de fes fervices dont je
le
22 MERCURE
vais vous parler n'ait efté fait
que parce qu'il eftoit neceffaire
de le fçavoir pour dreffer
fes Lettres de Nobleffe , ceux
qui auront le plaifir de les apprendre
en lifant mes Lettres ,
verront un des plus beaux morceaux
de l'Hiftoire de la Marine
de France , & feront furpris
d'y trouver qu'un feul homme
ait pendant cette guerre.
& dans la precedente , enlevé
aux . Ennemis , prés de trois
cens Baſtimens Marchands , &
enlevé environ vingt Vaiffeaux
de guerre & Corfaires ennemis
, la plufpart à l'abordage .
GALANT 23
En 1689. à l'âge de quinze
ans , il s'embarqua Volontaire
fur le Corfaire la Trinité de 18 ,
canons , & fe diftingua à la
prife d'un Fleflingois qui fut
enlevé aprés deux abordages
fanglans.
**
En 1690. il fe diftingua de
même fur le Corfaire le Grenadan
de 26. canons , dans l'attaque
de 14. Vaiſſeaux Anglois
, depuis 16. canons jufqu'à
26. que l'on combatit à fa
follicitation preffante & contre
l'avis de tous les autres Offciers.
Il fauta le premier à bord
du Cominandant qui fut en-
W
24 MERCURE
-
il
levé , aprés quoy eſtant reffauté
à bord de fon Corfaire
ſe trouva encore le premier à
l'abordage d'un des plus gros
Navires de la Flotte qui fut en
levé avec la même vigueur.las
En 1691. il monta en courfe
la Flute le Danican , fit une
defcente dans la Riviere de Limerik
, dans laquelle il prit ou
brûla trois Baftimens . Dans la
même année commandant le
Corfaire le Coërquen de 18. canons
, il attaqua deux Convois
Anglois de 14 & 16 . canons ef.
cortant une Flotte qu'il enleva
aprés avoir abordé le plus fort .
En
GALANT 25
En 1692. il arma la Flutte
du Roy le Profond , avec laquelle
il ne trouva aucune occafion
de combattre.
En 1693. il monta la Fregatte
du Roy l'Hercule de 28 .
canons , prit en même temps
deux Vaiffeaux Anglois de
30. & 32. canons en guerre
& marchandiſe . Il combattit
auffi une Fregatte de guerre
Angloiſe de 36. canons pendant
deux heures , qu'il auroit
enlevée fi elle n'avoit pas efté
fecourue par un Vaiffeau de
foixante canons.
En 1694.il arma la Fregat-
Juillet 1709.
C
26 MERCURE
te du Roy la Diligente de 36 .
canons . Il attaqua quatre Hollandois
en guerre & marchandife
de 20 canons , en prit un &
fit prendre la fuite aux autres .
Il fut enfuite pris par une
Efcadre de fix Vaiffeaux de
guerre Anglois de 50. à 60 .
canons aprés avoir combattu
pendant quatre heures ,
د
& avoir efté démafté de tous
ſes mafts. Il reçut une bleſſure
qui ne l'empêcha pas de foûtenir
le combat & de tenter
d'aborder un des Vaiffeaux ennemis
avant de fe rendre. Cette
action fut ſanglante.
CALANT 27
En 1694. s'étant échappé
des Prifons d'Angleterre dans
un petit Batteau ; il monta le
Vaiffeau du Roy le François de
48. canons ; il attaqua feul les
deux Vaiffeaux de guerre Anglois
le Sans-pareil & le Bafton
de 46. & de 36. canons , efcortant
une riche Flotte : il s'en
rendit maiftre aprés deux abordages
tres -vifs , & un Combat
qui dura deux jours , dans lequel
il perdit plus du tiers de
fon équipage.
Il fe trouva à la priſe du
Vaiffeau de guerre Anglois
l'Esperance de 72. canons , avec
Cij
28 MERCURE
feu Mr le Marquis de Nefmond
, qui rendit bon témoignage
de fa conduite.
Il prit auffi avec le même
Vaiffeau trois Vaiffeaux des
grandes Indes confiderables
par leur force & par leur richeffe
, qu'il attaqua en compagnie
du Vaiffeau le Fortuné,
& dont il en prit deux en fon
particulier.
En 1695. il arma le Sanspareil
qu'il avoit pris la Campagne
precedente, & la Fregatte
la Leonora de 16. canons ,
commandéc par fon frere. Il
fit une defcente prés de Vigo ,
GALANT 29
où il brûla un gros Bourg , &
enleva deux prifes affez confiderables
, qui eftoient moüillées
fous le Fort . Son frere fut
tué à cette action . Il fauva ces
mêmes prifes de l'Armée ennemie
aprés avoir combattu
contre une Fregatte de 40. canons
de l'Avant- garde , qu'il
auroit prife fans le fecours des
Vaiffeaux qui eftoient les plus
prés d'eux .
En 1696. il arma le Saint
Jacques des Victoires de 48. ca
nons , le Sans -pareil & la Leonora.
Il attaqua la Flotte de Bil
bao eſcortée par trois Vaifc
iij
30 MERCURE
feaux des Etats de 36 , 52. &
54. canons , commandée par le
Baron de Waffenaert , aujourd'huy
Vice- Amiral de Hollande
; en moins d'une demicheure
il enleva à l'abordage celuy
de 52. canons ; le Sans - pareil
, commandé par le fieur
Boſcher fon coufin germain
aborda celuy de 54. canons
mais un accident de feu ayant
fait fauter en l'air la poupe du
Sans pareil & l'ayant mis en
danger d'eftre brûlé ou abfolument
hors de combat , il ne
balança pas d'aller tout en defordre
aborder luy - même le
GALANT 31

Commandant auffi-toft qu'il
fut debaraffe du Vaiffeau qu'il
avoit déja enlevé ; il fut repouffé
aprés un grand carnage
mais ayant rétabli le defordre
& encouragé le refte de fon
Equipage , il retourna une ſeconde
fois à la charge , & demeura
enfin vainqueur aprés
une refiftance tres - vive . Le Baron
de Waffenaert y fut bleffé
dangereufement en trois endroits
& ils perdirent tous deux
prés de la moitié de leurs Equipages
; deux Corfaires Malouins
qui fe trouverent là heureuſement
, prirent le Convoy
C iiij
32 MERCURE
de 36. canons & dix Marchands
de cette Flotte avec la
Fregatte la Leonora. Le Roy le
fit Capitaine de Fregatte pour
cette action & fes autres fervices.
La Paix ayant eſté faite l'obligea
de defarmer les Vaiffeaux
du Roy le Solide & l'Oifeau
, avec lefquels il eftoit preft
à faire voile.
En 1702. il armà au commencement
de cette guerre la
Fregatte du Roy la Bellonne de
36 canons & enleva à l'aborda .
gele Vaiffeau des Etats le S. Fac
ques de Hollande de même force
GALANT
33
que luy . C'eft le premier Vaiffeau
qui ait efté pris de cette
guerre.
En 1703. il arma les Vaiffeaux
l'Eclatant , le Furieux , &
le Bien- venu , & deux Corfaires
de S. Malo , pour tenter l'entreprife
de la Baleine . Il rencontra
fur les Illes de Feres
d'un temps brumeux , une
Efcadre Hollandoife de 14 ..
Vaiffeaux qu'il prit d'abord
pour les Indiens que l'on attendoit
. La Flute le Bien - venu
qui alloit mal s'eftant trouvée
engagée , il mit feul coſté en
travers pour la fauver , & com34
MERCURE
batit avec tant de vigeur qu'il
démafta de tous mafts le meilleur
voilier de l'Eſcadre ennemie
monté d'environ 60. canons
, en forte qu'il attira fur
luy par cette manoeuvre le reſte
des Vaiffeaux ennemis , & dégagea
la Flutte le Bien- venu &
même le Furieux qui eftoit
preft d'eftre enveloppé , & le
fauva enfin aprés avoir effuyé
le feu de plufieurs autres Vailfeaux,
& rejoignit le lendemain
fes camarades .
En 1704. ayant fait conftruire
le Fafon & l'Augufte de
54-canons , & la Valeur de 26 .
GALANT
35
il rencontra eftant feparé de fes
camarades avec lefafon feul , le
Vaiffeau de guerre Anglois la
Revenche de 72 canons, le combattit
deux heures , & aprés
avoir fait fes efforts pour l'aborder
, il le conferva la nuit
& le fit le lendemain rentrer
honteufement dans les Sorlingues.
Il prit enfuite le Vaiffeau
de guerre Anglois le Conventri
54. canons , & rendit auffi
un autre Combat fort fanglant
contre les Vaiſſeaux de
guerre Anglois le Moderé & le
Glocefter , aprés avoir fait trois
prifes à leur vûë en compagnie
de
36 MERCURE
du
Vaiffeau
l'Auguſte.
En 1705. il attaqua avec ces
deux Vaiffeaux & la Fregatte
la Valeur , que montoit un de
fes freres , les Vaiffeaux l'Elifabeth
de 72. canons , qui ſe
rendit dans le temps qu'il l'abordoit
aprés une heure de
Combat. Le Chattan trouva
fon falut dans la fuite & dans
le voifinage de la Cofte d'Angleterre.
il En
conduifant
l'Elifabeth ,
prit feul le Fleffingois
l'Ama-
Zon ? de 38. canons qui rendit
un rude Combat . Son frere qui
commandoit
la Valeur
s'eftant
GALANT
37
feparé de luy , prit un autre
Fleffingois de fa force & combattit
enfuite contre un autre
beaucoup plus fort que luy ,
dont il foûtint l'abordage dans
lequel il reçut une bleffure de
laquelle il mourut quatre jours
aprés . La même année ledit
fieur du Guay fut pourſuivy
avec les Vaiffeaux l'Augufte &
le Fafon par une Efcadre de 20 .
Vaiffeaux & combattit avec
tant de vigueur & de conduite
qu'il fe fauva du milieu des ennemis
qui l'avoient entouré ,
mais l'Augufte ne peut s'échapper.
38 MERCURE
Cette avanture l'ayant contraint
de relâcher tout délabré
il prit chemin faiſant le Fleſfingois
le Paon de 20. canons .
En 1706. ayant repris la
mer avec les Vaiffeaux le Fafon
& le Paon il prit le Fleffingois
nommé le Marlborough de 32 .
canons qui luy tua 30. hommes.
Il attaqua enfuite avec les
Vaiffeaux le Fafon , l'Hercule &
le Paon la Flotte du Brefil efcortée
par fix Vaiffeaux de
guerre depuis 46. juſques à 74 .
canons , l'un defquels cftant
feparé des autres , il combattit
& l'ayant laiffé aux autres VaifGALANT
39
feaux de fon Eſcadre pour l'amariner
, & aller combattre
ceux qui venoient à ſon ſecours
, ils acheverent en effet
de s'en rendre mailtres , mais
il fut
abandonné parce que
malheureuſement le feu prit
dans ce Navire ; le lendemain
il recommença le Combat qui
fut rude & langlant , & aprés
avoir fait aborder le Commandant
, il fe feroit rendu maiſtre
de la plupart des Convois fila
groffe mer & le calme qui le
jettoit fur la Cofte & fur les
baffes qui font à l'entrée de
Lifbonne , n'eut rendu tous
40 MERCURE
fes efforts inutiles .
Au retour de cette expedition
il rencontra une petite
Flote Angloife de 1 3.Bâtimens
eſcortez par une Fregatte Angloife
de 34. canons , qu'il enleva
à l'abordage . Il ne s'échapa
que deux Baftimens de cette
Flotte. Il fut fait Capitaine de
Vaiffeau , & enfuite Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis.
En 1707. il arma les Vaiffeaux
le Lys de 70. canons >
l'Achille de 60. le Fafon de 54 .
la Gloire & l'Amazonne
de 40 .
aufquels le Vaiffeau le Maure
GALANT 41
s'eftant joint ils rencontrerent
une Flotte confiderable en
compagnie de l'Eſcadre de
Dunkerque efcortée par cinq
gros Vaiffeaux de guerre Anglois
, dont ledit fieur du Guay
attaqua & enleva à l'abordage
le Commandant de 82. canons
nommé le Cumberland qu'il
laiffa à la Fregatte la Gloire
pour l'amariner ; il fut immediatement
aprés au ſecours du
vaiffeau le Blackwal commandé
par Mr le Chevalier de Tourouvre
, qui attaquoit le Devonshire
de 84. canons , qu'il
avoit defemparé comme il
·Juillet 1709. D
42 MERCURE
vouloit l'aborder ; le ficur du
Guay combattit ce Vaiffeau
pendant une heure à portée de
Piftolet , n'ayant pû l'aborder
à caufe du feu qui avoit pris
dans la Poupe de l'ennemy ,
qui le confomma entierement
& mit ledit fieur du Guay dans
un grand danger d'eftre brûlé
avec luy . Il eut dans ces deux
Combats plus de deux cens
hommes tuez ou bleffez. Le
Roy le gratifia d'une penfion
de mille livres .
En 1708. il arma une Efcadre
confiderable pour aller
au-devant de la Flotte du BreGALANT
43.
fil , mais l'ayant manquée par
mille accidens malheureux &
imprévus , il fit une defcente à
l'Ile de Saint Georges , s'empara
de la Ville Capitale & des
Forts , & il auroit rançonné
toute l'Ifle fans une tempefte
qui le força de faire rembarquer
fes gens avec precipiration
, & d'abandonner fa Conqueſte
.
En 1709. il mit à la mer
avec les Vaiffeaux l'Achille de
60. canons , la Fregatte l'Ama-
Zone & la Gloire de 40. canons ,
& l ' Aftrée de 20. il attaqua trois
Convois Anglois de 50. 60. &
1
Dij
44 MERCURE
70. canons , eſcortant une riche
Flotte ; il aborda trois fois
le Commandant
, mais quoy
qu'il fut réduit , l'impoffibilité
où il fe trouva de jetter du
monde à bord , l'empêcha
de
s'en rendre maiſtre , auſſi bien
que des deux autres qui étoient
prés de fe rendre , & de plufieurs
riches Marchands
qui
reftoient à fa direction , dont
il ne put amariner que quatre ,
le vent eftant venu fi violent
qu'il fe trouva dans un danger
extrême de perir avec fes prifes
à la Cofte d'Angleterre
. Ily
en cut même une qui fut obliGALANT
45
gée de donner à la Coſte pour
fauver l'Equipage .
Au retour de cette expedition
il reprit la mer avec l'Achille
, & la Gloire feulement ; il
trouva un Vaiſſeau Anglois de
60. canons qu'il chaffa tout le
jour , le conferva la nuit & l'enleva
en une demi - heure le lendemain
à l'abordage aprés une.
reſiſtance aſſez vive ', mais une
Efcadre de dix - fept Vaiffeaux
s'eftant trouvée auprés d'eux
dans la Brume , & ayant paru
comme fi elle eftoit tombée
des nuës dans le temps qu'il
achevoit d'amariner ce Vaif46
MERCURE
feau , il fut contraint de l'abandonner
, ayant couru luymême
un rifque évident de
tomber entre les mains des
ennemis . Le Vaiffeau ennemy
coula à fonds une demie -heurc
aprés.
Je ne parle point de plufieurs
autres legers Combats
que ledit fieur du Guay a rendus
contre des Vaiffeaux marchands
dans le temps qu'il
montoit de moyens Baftimens,
& il eftcertain , comme j'ay déja
dit & comme vous venez de
voir, qu'il en a pris prés de trois
cens Marchands dans cette
GALANT 47
guerre ou dans la precedente ,
& enlevé environ vingt Vaiffeaux
de guerre & Corfaires
ennemis , la pluſpart à l'abordage.
Le Roy a auffi donné des
Lettres de Nobleſſe à Mr de la
Barbinays fon frere. Voicy
ce qui regarde leur naiffance ,
& les fervices des trois freres
de Mr du Guay- Troüin dont
je viens de vous parler.
Il y a prés de 200. ans que
leurs anceftres ont toujours
efté des plus confiderables Négotians
, & Capitaine de Navires
particuliers de S. Malo ,
48 MERCURE
ayant toujours vecû avec diftinction
& noblement .
Leur Grand'pere
a fervi pendant
vingt ans en qualité de
Conful General de la Nation
Françoiſe à Malgue . Le Sicur
Eftienne Troüin , leur oncle ,
fucceda à cet Employ qu'il a
exercé pendant trente ans
tres honorablement
& avec
beaucoup d'approbation ; le
Sieur de la Barbinays
, leur pere,
eftoit un Capitaine de Vaiffeau
particulier , qui a fait pendant
vingt - cinq ans le Commerce
de Cadix & la Courçe
, & qui
eſtoit connû pour un des plus
·
braves
2
GALANT
49
braves
hommes & des plus
entendus dans la
Navigation ,
qu'il y eut à la Mer . Il a auffi
exercé le Confulat de Malgue ,
dans l'Employ duquel il cft
mort.
Le Sieur de la Barbinays fon
fils fut pourvû de ce Confulat ,
& difpenfé d'âge , en confideration
des fervices de fes Predeceffeurs.
Il en a fait les fonc
tions , & il a foutenu les interefts
du Roy en plufieurs occafions,
& qui luy attirerent l'eftime
generale & la protection de
feu Mr le
Marquis de
Seignelay
; mais la guerre de 1689.
Juillet 1709 .
E
50 MERCURE
*
l'ayant contraint de revenir
enFrance , il s'appliqua à faire
des Armemens en courfe pour
donner de l'occupation à trois
freres qu'il avoit, & pour tâcher
de les faire entrer dans la Marine
avec agrément . Le Sieur
du Guay - Troüin , l'aîné des
trois , aprés avoir effuyé une
infinité de dangers , y a réüffi ,
& s'eft acquis de plus en plus
par de nouvelles actions d'éclat
la bien veillance du Roy ,
& beaucoup de réputation.
Ses deux autres freres aprés
s'eftre diftinguez auffi en differentes
occafions , font morts
GALANY 51
glorieufement les armes à la
main , l'un à l'âge de 20. ans
dans la derniere guerre , lorfqu'il
commandoit la Fregatte
la Leonnora , qui faifoit partie
de l'Armement de fon frere ;
le troifiéme , qui avoit appris
fon mêtier avec fon frere du
Guay , a efté tué commandant
la Fregatte du Roy , laValeur, à
l'âge de 22. ans , en foutenant
un abordage contre un Fleffingois
, deux fois plus fort que
luy , & qu'il auroit enlevé s'il
n'avoit pas efté bleffé à mort.
Il avoit auffi précedemment
enlevé un autre Corfaire Flef-
E ij
52 MERCURE
fingois , auffi fort que luy , & il
s'eftoit trouvé avec fon frere
du Guay , à la prife de l'Elifabeth
, & dans la pluſpart de
fes autres Combats .
Tous les parens des Sieurs
de la Barbinays & du Guay-
Troüin qui portoient leur
nom ont efté tuez , en fervant
avec ledit Sieur du Guay-
Troüin. Le premier a pendant
tout le cours de la precedente
guerre & de celle cy , entrepris
par le moyen de fon credit
tous les Armements confiderables
que le Sieur du Guay-
Troüin a commandez . En feGALANT
53
condant fon zele , il luy a donné
moyen de fe diftinguer
dans la Prife de 20. Vaiffeaux
de Guerre ou Corfaires , &
même qu'il a enlevez tant à
l'abordage qu'autrement dans
la derniere Guerre & dans
celle cy , avec plus de trois cens
Marchands. Il a auffi facilité
le Service en ce qui a pû dépendre
de luy , en prétant des
fommes affez confiderables
en differentes occafions au
Treforier , de la Marine du
Port de Breft , à la priere de
M' Robert pour fubvenir à des
befoins tres - preffans. Enfin
E iij
54 MERCURE
il est encore actuellement occupé
à la continuation des
Armements de fon frere du
Guay,ayant abandonné depuis
fix ans toutes les autres affaires
pour s'y donner tout entier .
Ils ne font ny l'un ny l'autre
mariez , & il ne reste aucun mâle
de leur nom , tous ayant elté
tuez en fervant avec le Sicur
du Guay- Troüin.
Tout ce que je vous viens de
dire des fervices que cette .
famille a rendus au Roy , & à
l'Etat & du fang qu'elle a
répandu , eft fi confiderable ,
qu'il auroit efté difficile de le
GALANTS
faire croire fans en faire un
détail circonftancié , & fans en
marquer les occafions & les
dattes , & il eft peu de familles
qui fe puiffent vanter en quelque
lieu que ce foit , d'avoir
rendu des fervices en fi grand
nombre , & fi conſiderables à
fa Patrie. Ainfi je n'entreprendray
point de donner de loüan
ges à des perfonnes dont les
Actions difent plus que rout
ce que j'en pourois dire ,
Le mois paffé on fit un Service
folemnel dans l'Eglife
Collegiale de Nôtre Dame de
Bourg en Breffe , pour feuë S.
E
iiij
56 MERCURE
IS
A. S. Monfieur le Prince
Gouverneur de la Province.
Mr Tardy Prevost de cette
Eglife & cy- devant Official du
Diocefe de Lyon en cette partie
, Officia. M' du Prefidial ,
yaffifterent en Corps, ainfi que
la Nobleſſe , ayant à ſa tête Mr
Langes Choin fon Bailly. Le
Pere de Veau , Recteur du
College des Jefuites de la même
Ville , prononça l'Oraiſon
Funebre qui reçût de grands
aplaudiffemens. Aprés un Exorde
, rempli de penfées fines
& delicates fur la caduciré des
biens de cette vie & fur l'inftaGALANT
$7
bilité des defirs de l'homme ,
qui croyant les fatisfaire , ou
ne les ayant que pour objet en
tout ce qu'il fait , ne travaille
fouvent qu'à fe preparer un
fonds inépuifable de repentirs
qui feront d'autant plus
cuifans qu'ils dureront toujours
& qu'un ver rongeur
ne fera que
entretenir. Il entra dans fon
le détail qu'il fit des
les nourrir & les
fujer
par
Heros
que
la
Maifon
de
Condé
depuis
fa feparation
de
celle
de Vendôme
, a donnez
à la France
, Louis
Prince
de
Condé
tué
à la Bataille
de
$8 MERCURE
1
Jarnac , que gagna fur luy le
Duc d'Anjou , connu dans
la fuite fous le nom d'Henry
III. ce Prince , dis - je, qui forma
l'illuftre Rameau de Condé
& qui fe diftingua autant dans
le 16. fiecle qu'un autre Loüis
un de fes petit fils , dans le 17 .
parut d'abord fur les rangs .
L'Orateur Chrêtien luy donna
des louanges fines & convenables
, & ne pût s'empêcher en
finiffant cet éloge particulier ,
de déplorer le malheur qu'il
eur de n'avoir pas reconnu la
verité avant fa mort & de
n'être pas rentré dans le fein de
2
GALANT 59-
Eglife Catholique. Il parla
enfuite d'Henry , & de Louis
II . Prince de Condé pere de
celuy qui vient de mourir. Ce
qu'il dit de ces deux Heros , &
fur tout du dernier mort , occupa
affez long- temps l'attention
de l'Affemblée , qui avoit
encore la memoire fraîche des
grandes actions de ce Prince ,
& il paffa à l'éloge de celuy qui
donnoit lieu à la Ceremonie ,
en retraçant les Leçons Militaires
que le Prince fon pere avoit
pris foin luy - même de luy
donner ; il reprefenta ce jeune
Prince combattant fous les
60 MERCURE
>
pere ,
yeux du Prince fon
attentif
à executer
fes ordres
& fuivant fidellement
fes pas
dans le chemin
rapide de la
Gloire
; jugé digne de Commander
auffi coft qu'il fut
en eſtat d'obeïr
, & en qui
tout jeune qu'il eſtoit , le
grand Condé fon pere cut affez
de confiance
pour luy abandonner
la conduite
de deux
ou trois Sieges importans
pendant que de fon coſté il
étendoit
les limites de la France
& qu'il portoit bien loin
chez les Etrangers
la terreur
du nom François . Que n'eutGALANT
61
on pas eu à efperer , dit - il , d'un
Prince élevé fons un fi grand
Maistre fi la foibleffe de fon
temperament des maladies
prefque continuelles ne l'euffent
pas arraché duſein de la Victoire ;
mais qu'il fit un excellent usage
du loifir que la Paix ou unefanté
languiffante luy laifferent , & que
fon efprit , peut- eftre le plus orné
& le plus cultivé qu'il y eut
dans le Royaume , profita bien de
cet heureux repos. En cet endroit
le Pere de Veau , entra
dans un détail étonnant mais fidelle
, du progrés que ce Prince
avoit fait dans les Sciences.
62 MERCURE
Les Mathematiques , l'Algebre
, la Geometric , la Phyfique
, la Mechanique , & enfin ,
ajouta- t -il , les beaux Arts , &
même ceux qui font negligez
par les perfonnes de cette
dignité, n'eurent rien de caché
pour ce Prince , & il ne fortoit
rien de fa bouche qui ne marquât
un caractere d'efprit également
élevé & éclairé. Il fit
enfuite un éloge de Mc la
Princeffe unique objet de la
tendreffe de cet illuftre mort
& dont la pieté encore plus
que fon merite fit la matiere.
Iloüa auffi tous les Princes
GALANT 63
& toutes les Princeffes ,
qui
reſtent de la Maifon de Condé
, d'une maniere fine & delicate.
Quoy que vous ayez fçu la
mort de Mr le Prince de Carignan,
comme vous fouhaitez
que je vous dife quelque chofe
de toutes les perfonnes de
diftinction , qui decedent , &
particulierrement des perfonnes
du plus haut rang , je dois
vous parler de ce Prince .
Le Prince - Emanuel Philibert
de Savoye , Prince de Carignan
, eft mort à Turin âgé
de prés de quatre - vingts ans.
64 MERCURE
Il laiffe des enfans de la Princeffe
N…….… d'Eſt , proche parente
de la Reine d'Angleterre
& du Duc de Modene d'aujourd'huy.
Ce Prince eftoit
frere aîné de feu Mr le Comte
de Soiffons , pere de feu Mr le
Prince Eugene , & de feuë M
la Princeffe de Bade , & ils
eftoient tous fils du celebre
Prince Thomas de Savoye ,
cinquième fils de Charles - Émmanuel
I. du nom , Duc de Savoye
, & de Catherine- Michelle
d'Autriche. Sa premiere expedition
fut au Siege de Trin
en 1612. Il y fuivit le Duc de
GALANT 65
Savoye
fon
pere , n'eſtant âgé
que de 16. ans , & il y donna
des preuves fignalées de fa valeur
. En 1627. il empêcha là
déroute de l'Armée de Louis
XIII . commandée par le Conneftable
de Lefdiguieres. Il
s'engagea au fervice de la France
en 1642. En 1654. le Roy
luy donna la Charge de Grand-
Maistre de France. Il mourut
enfin à Turin en 1656. âgé de
70. ans . Il avoit époufé en
1624. Marie de Bourbon , fille
de Charles de Bourbon, Comte
de Soiffons & d'Anne de
Montafié. Il porta le titre de
Fuilles 1709 ,
F
66 MERCURE
Prince de Carignan de même
que fon fils aîné qui vient de
mourir , & Eugene - Maurice
qui eftoit le fecond , & qui
eftoit pere de feu Mr le Comte
deSoiffons & de Mr le Prince
Eugene , porta celuy de
Comte de Soiffons .
Le Prince Emmanuel Philibert
qui vient de mourir , &
qui a efté pendant plufieurs années
l'heritier prefomptif des
Etats de Mr le Duc de Savoye ,
& jufqu'à la naiſſance de Mr
le Prince de Piémont , eftoit
né fourd & muet, mais ce Prince
avoit reparé ces deffauts naGALANT
67
turels
par
la culture qu'il avoit
donnée aux talens de fon efprit.
Il avoit imaginé par la
force de fon feul genie le
moyen de le faire entendre de
fes Officiers , & celuy de les entendre
lorfqu'ils luy parloient ;
& tous les Officiers & Domeftiques
eftoient accoûtumez à
un langage muet , qui eftoit
fuivi d'un fervice auffi prompt
que s'il avoit eu le veritable
ufage de la parole ; ce Prince
s'efloit fort appliqué aux Mathematiques
& aux Sciences
abftraites , ce que l'on connoiffoit
par les figures qu'il dref
Fij
68 MERCURE
foit , & les calculs d'Algebre
qu'il faifoit avec la même
' exactitude que s'il euft pû cftre
inftruit de ces Sciences par
d'habiles Maiftres. Ses incommoditez
l'avoient fait refoudre
à renoncer au mariage &
à laiffer paffer le droit d'aîneffe
à feu Mr le Comte de Soiffons
fon cadet , mais pour des raifons
particulieres à la Maiſon
de Savoye , le Duc de ce nom
obligea ce Prince de fe marier
il y a quelques années. Il a laiffé
de ce mariage des Princes
tres- bien faits , & d'une grande
efperance. Un peu avant le der
GALANT 69
nier Siege de Turin Mr le Prince
de Carignan fut fait priſonnier
par nos Troupes , avec
toute fa famille dans une Ville
de fon
appanage
.
Don Francifco Bernardo de
Quiros cft mort à Aix la - Chapelle
où il eftoit allé prendre
les Bains. Il avoit efté Ambaf.
fadeur d'Espagne à la Haye &
& Plenipotentiaire à la Paix de
Rifwick pour le feu Roy Char.
les II. Il avoit efté Ambaffadeur
du Roy Philippes V. auprés
des Etats generaux , juſqu'à
ce que cette Republique ,
contre la premiere démarche
70 MERCURE
qu'elle avoit faite en reconnoiffant
Monſeigneur le Duc
d'Anjou
, comme legitime
Be
Souverain de la Monarchie
d'Eſpagne , fe ligua avec les
autres Puiffances alliées , pour
détrôner ce Prince . Il entretenoit
fecrettement une corref
pondance fort étroite avec le
feu Amirante de Caftille
& avec la Cour de Vienne ,
quoy qu'il eut prêté ferment
de fidelité au Roy Philippe V.
& qu'il eut même foûtenu en
Hollande & en d'autres occafions
, fes interefts avec beaucoup
de zele , & fans doute
GALANT 70
pour mieux cacher fa trahifon
; il fut même , fi on en
croit quelques Auteurs de ce
temps , un de ceux qui contribuerent
le plus à difpofer le
feu Empereur à donner à l'Archiduc
Charles fon fecond fils
la qualité de Roy d'Espagne .
Le feu Roy Charles II. mourut
le premier Octobre 1700 .
Philippe V. fut proclamé Roy
d'Efpagne le 16. Novembre
fuivant ; & l'Empereur ne confentit
enfin à donner le titre de
Roy à fon fils qu'au mois de Scptembre
1703. ayant reſiſté
pendant prés de trois ans aux
72 MERCURE
follicitations que les Miniftres
d'Angleterre & de Hollande
luy faifoient continuellement
pour l'obliger à cette démarche.
Ce fut alors que Mr de
Quiros changea de parti , &
qu'il embraffa ouvertement les
interefts de la Maiſon d'Autriche
. On luy donna pour récompenfe
le caractere de Miniftre
de ce nouveau Roy en
Flandre. Voila les materiaux
fur lefquels ceux qui entreprendront
l'Oraiſon Funebre
de ce Seigneur Espagnol , pourront
travailler. Sa famille cft
affez ancienne. Elle eft originaire
GALANT 73
naire de la veille Caſtille , & elle
a donné des Miniftres aux
Rois d'Espagne Predeceffeurs
de Philippe V. mais qui fe font
plus diftinguez par leur fidelité
que celuy qui donne lieu à cet
Article.
Mylord Roock , cy- devant
Vi c- Amiral d'Angleterre eft
mort dans une de fes Terres
dans la Province de Kent , où
il fut relegué par la Cour de
Londres , aprés le Combat
Naval que Monfieur le Comte
de Toulouſe livra en 1704.
à la Flotte Angloife que ce
Vice - Amiral
Juillet 1709 .
commandoit ;
G
74 MERCURE
la Victoire fut long temps
difputée ; mais enfin le General
Anglois ayant confommé
toutes fes poudres avant qu'elle
fuft tout à fait declarée , il
fut obligé de profiter de la
nuit pour Le fauver. Lorsqu'il
fut de retour à Londres il
preſenta
au Parlement une Relation
du combat , où il gliffa
quelques circonstances qui attaquoient
la conduitte du
Prince Georges de Dannemarck
qui avoit laiſſé manquer
la Flotte de poudre. Les
Commiffaires de l'Amirauté
qui avoient part à cette negliGALANT
75
2
gence infinuerent à la Reine
Anne que la Flotte avoit eſté
battuë par la faute du General
Roock , & qu'il n'en falloit
point chercher d'autres
raifons que fa lâcheté. La Reine
prévenue , ou ravic que
l'on juftifiaft le Prince fon Epoux
, dépouilla le General
Roock de fes Emplois & le fit
fortir de Londres ; ce fut la
recompenfe
qu'il a cuë pour
avoir long- temps fervy cette
Cour..
Mr Stipnay , qui a efté pendant
plufieurs années Agent
& Miniftre d'Angleterre en
Gij
76 MERCURE
Hollande , eft mort à Londres,
regretté de tous ceux qui le
connoiffoient. Il avoit la reputation
d'un homme jufte &
zelé pour le bien de fa patrie.
Sa famille tient depuis longtemps
un rang confiderable
à la Cour d'Angleterre. Elle y
cftoit déja connuë ſous le regne
du Roy Edouard III . qui
inftitua l'Ordre de la Jarretiere
.
Le Seigneur Aluife Mocenigo
Doge de la Republique de
Venife , y eft mort dans la
neuvième année de l'exercice
de cette fuprême Dignité ,
1
GALANT 77
dont il avoit cfté revêtu en l'année
1700. Il eftoit né l'an
1627. ainfi il eſt mort âgé de
83. ans , honoré & regretté
dans tout l'Etat de Venile , où
fes manieres nobles , genereus
fes & bien faifantes luy avoient
attiré une confideration & un
refpect univerfel . Il joignoit
aux rares qualitez de fon efprit
un grand fonds de picté.
Il en a donné des marques en
mourant par le grand nombre
de legs pieux qu'ila faits, ayant
donné à la feule Eglife de Saint
Euftache , où il a efté inhumé ,
vingt mille Ducats . La Repua
G
iij
78 MERCURE
blique en Corps fit fes funerailles
le 13. du mois dernier
magnificence dûë au avec la
rang & au merite de ce Doge.
Il eftoit le cinquième de fa
Maiſon qui avoit joüi de cette
importante Dignité. Thomas
Mocenigo eft le premier Doge
de ce nom , dont l'Hiftoire ait
confervé le fouvenir. Il fut élû
en 1413. & mourut en 142 3.
Ce fut fous fon gouvernement
que les Venitiens fe rendirent
maiftres du Frioul fur Louis
Techio , Patriarche d'Aquilée .
Pierre Mocenigo fut le fecond
Doge de ce nom. Il fut élû en
GALANT 79
1474. & ne gouverna que
deux ans avec beaucoup de
prudence & de bonheur . Coriolanus
Cepius a fait la vie de
ce Doge . Jean Mocenigo troifiéme
Doge de cete illuftre
Maiſon , fut élû cn 1477. &
mourut huit ans aprés. Enfin
Louis Mocenigo quatriéme
Doge , fut élû en 1570. aprés
Pietro Loredano . Il fit une
Ligue avec le Pape & les Eſpagnols
, contre les Turcs qui
avoient pris l'Ile de Chypre.
Sebaſtien Veniero commandoit
les Galeres de la Republique
, Marc-Antoine Colonna
G iiij
80 MERCURE
celles du Pape , & le fameux
Don Juan d'Autriche celles du
Roy d'Espagne . Ces trois Generaux
gagnerent la celebre
Bataille de Lepante le 7. Novembre
de l'an 1571. Loüis
Mocenigo mourut en 1571 .
André Mocenigo de cette même
Maiſon fleuriffoiten 1522.
Il fut employé avec fuccés dans
les grandes affaires de la Republique.
I compofa deux Ouvrages
; fçavoir, l'un de la Guerre
des Turcs , & l'autre de celle
de Cambray. Un Mocenigo fe
diftingua au Siege de Negrefait
par le Doge Morofipont
GALANT 81
ni fur la fin du dernier fiecle.
Mr l'Ambaffadeur de Venife
eft de la Maiſon Mocenigo.
Mre Gabriel Bailly de la Berchere
, Docteur de Sorbonne ,
eft mort àMetz . Il eftoit Abbé
de S. Leon de Toul de l'Ordre
de Saint Auguſtin , & Chanoine
& Chantre de l'Eglife Cathedrale
de Metz. Sa Maiſon
eftoit originaire du Mans , où
elle a toûjours tenu un rang
confiderable. Mr de la Berchere
a paffé fa vie dans une application
continuelle à fes devoirs
; il eftoit fort charitable ;
les Pauvres trouvoient tou82
MERCURE
jours en luy un refuge aſſuré ,
& il leur a donné en mourant
des marques de l'amour qu'il
avoit pour eux , en les faifant
fes heritiers univerfels . Mr
l'Abbé de Suze ( la Baume )
a cu fon Abbaye. Il eſt neveu
de feu Mr l'Archevêque
d'Auch , & d'une ancienne
Maifon de Dauphiné
.
>
Mr l'Abbé de la Berchere
eftoit tres- eftimé dans la Faculté
de Theologie de Paris.
Il y avoit rempli fa carriere
Theologique avec beaucoup
de fuccés & de grands applaudiffemens
; il fit fa licence il y
a déja pluſieurs années , & il ſe
GALANT 83
fit admirer dans les differens
actes qu'il y foutint. Il joignoit
à une connoiffance exacte de la
la Theologic, une grande experiencedans
les affaires qui regardent
la Diſcipline de l'Eglife . Il
s'étoit fait une étude particulicre
depuis qu'il eftoit retiré en
Lorraine , des Canons de l'Eglife
, &il y apeu de Conciles ,
fur les Actes defquels il ne fut
en eftat de parler fur le champ.
Il avoit affemblé quantité de
Memoires fur l'état où l'Egli
fe s'eftoit trouvée depuis Dece
jufqu'à Diocletien , & il eft à
fouhaiter qu'on mette le Public
en eftat d'en profiter.
84 MERCURE
Mre N ... de Sebiré , Scigneur
de Boiflabbé , eſt mort
dans de grands fentimens de
pieté & aprés une longue
maladie, où il a eu de frequentes
occafions de donner des
marques de fa réfignation aux
ordres de la Providence . Il
eftoit d'une ancienne Maifon
originaire de Xintonge , &
qui a donné à l'Etat , & à l'Eglife
de grands & dilluftres
períonnages. Guillaume de
Sebiré , brilla beaucoup à la
Cour d'Henry III . Sur la fin
du 16. fiecle il s'attacha aprés
la mort funefte de ce Prince
GALANT 85
à la Reine Loüife de Lorraine ,
fa veuve ; & cette Princeffe
luy abandonna entierement
la conduite de fes affaires temporelles.
Il s'en acquitta avec
la fidelité & l'exactitude que
meritoit la confiance de cette
grande Princeffe . Jules de
Sebiré , fut dans le 14. fiecle
une des plus grandes lumieres
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Il avoit un talent extraordinaire
pour la Chaire , & il fut
de fon temps , l'Apoftre d'une
grande partie de l'Allemagne.
Sa maniere de Prêcher alloit
toujours au coeur , & on ne
1
86 MERCURE
pouvoit pas l'entendre fans
eftre touché. Il convertit un
nombre confiderable
de Juifs .
Il s'eftoit fort exercé à la Controverfe
Rabbinique
, & il y
eftoit fort aguerri . Mr de Sebiré
de Boiflabbé
, dont je
vous aprens la mort , a paffé la
plus grande partie de ſa vie
dans les exercices d'une folide
pieté , qui eftoit foutenuë par
le commerce
de plufieurs perfonnes
qui vivent dans une
grande reputation de vertu .
Il avoit environ 60. ans.
Mre N ... Danet , Abbé de
Saint Nicolas des Prez de VerGALANT
87
dun , eft mort à Paris où il
a efté fort regretté de tout
ceux qui le connoiffoient . Il
avoit travaillé à l'éducation des
Enfans de France , en compofant
pour leur ufage un Dictionnaire
François - Latin qui a
cu une grande réputation , &
dont il donna une feconde édition
à Lyon il y à deux ou trois
ans , augmentée de beaucoup
de mots & de phrafes qu'on ne
trouve pas dans les premieres
Editions. Mr Danet paffoit
avec juftice pour un des meilleurs
Grammairiens du Royaume.
Sa latinité eftoit pure &
88 MERCURE
·
élegante , comme on le remarque
dans fon Dictionnaire . Il
a fort chargé cet Ouvrage de
façons de parler proverbiales ,
& il a fait un choix particulier
des plus anciens Proverbes &
de ceux qui font le plus à l'ufage
de noftre temps & de nos
moeurs . Mr Danet eftoit fort
lié avec le Pere de Colonia Jefuite
, qui luy avoit même donné
des avis tres - judicieux fur
fon ouvrage
.
Je dois vous apprendre auffi
la mort de quatre faintes Religieufes
Carmelites du Convent
de la rue Chapon , morGALANT
89
SI. de
tes à douze jours l'une de l'au
tre , & toutes dans une grande
opinion de fainteté . Sçavoir , la
Sour Claude du Saint Efprit ,
âgée de 72. ans , & de
Religion ; la Mere Souprieure ,
nommée dans la Religion Anne-
Marie de Jefus , âgée de 49 :
ans & de 33. de Religion ; la
SoeurClotilde Genevieve de l'Enfant
Jefus , âgée d'environ 38 .
ans & de 22. de Religion ; &
la Soeur Jeanne - Françoife de
Sainte Agnés,âgée de 44. ans &
de prés de 26. de Religion J'y
dois ajoûter la SoeurRenée de la
Sainte Mere de Dien . Elle eftoit
H
Juillet 1709.
90 MERCURE
âgée de 78. ans & avoit 40. ans
de Religion . On trouva aprés
fa mort un Billet où elle prioit
fa Superieure de ne point faire
pour elle de Lettre circulaire.
La premiere des Filles dont je
vous apprens la mort demanda
par grace en mourant que
lors qu'elle rendroit le dernier
foûpir , on dit fur elle le Ver ,
fet Domine miferere fuper iftam
peccatricem. La Sour Anne Maric
de Jefus a efté fix ans Prieure
des Carmelites de Morlaix , où
elle a donné de grands exemples
de vertu . La Soeur Geneviéve
Clotilde de l'Enfant JeGALANT
98
fus avec toutes les qualitez de
l'ame , a eu des avantages perfonnels
tres- confiderables . Elle
avoit une voix incomparable
, & elle a fait long - temps
l'ornement du Choeur des Carmelites
de la rue Chapon . La
Soeur Jeanne Françoife de Sainte
Agnés expira lorfqu'on difoit
fur elle le troifiéme Verfet
du Pleaume Miferere ; Amplius
lava me , c. La Soeur Renée
de la Sainte Mere de Dieu ,
a communié tous les Samedis
pendant le temps qu'elle a
paffé dans la Religion & toujours
avec un renouvellement
Hij
92 MERCURE
de ferveur qui édifioit toute
cette Communauté. La Mere
du S. Sacrement Prieure du
grand Convent du Fauxbourg
Saint Jacques , eſt auſſi morte
depuis les Religieufes dont je
viens de parler , & ſa fin a cfté :
des plus touchantes & des plus
édifiantes. La Mere le Boultz ,
Maiftreffe des Novices , a cfté:
élûë Prieure à fa place , & la
Communauté pour remplir la
place de la Mere le Boultz , a
jetté les yeux fur la Soeur de
Maulevrier - Langeron , niece
du nouvel Evêque d'Autun ,
& qui eft dans une grande cftiGALANTO
93
me dans cette fainte Maifon . Il
faut en effet avoir déja acquis
une grande réputation pour
meriter d'eftre chargée d'un
employ auffi important que celuy
de former de jeunes filles à
une Religion auffi auftere , &
où l'on fe trouve dans une parfaite
féparation du monde. La
Maifon du Fauxbourg S. Jacques
eft une des principales de
tout l'Ordre .
Il n'eft point de remedes qui
puiffent empêcher de mourir ;
mais on prétend qu'il en eft
beaucoup qui peuvent reculer
5
94 MERCURE
la mort pour un temps, comme
l'on peut voir par ce qui fuit.
LES VERTUS
ET QUALITEZ
DES
GOUTTES AROMATIQUES
D'ANGLETERRE.
Traduction de l'Anglois
en François.
I. Les Gouttes Aromatiques
d'Angleterre font tres - excellentes
pour lagravelle , enfaisant vui .
GALANT 95
der le fable en quantitéfans aucune
peine , auſſi bien que pour
la rétention d'urine.
II . Elles ont gueri pluſieurs
perfonnes pulmoniques.
III. Comme auffi de l'Apoplexie
, Epilepfie , ou haut mal.
IV. Et même la Paralyfie.
V. Elles guériffent les fievres
malignes & pourprées .
VI . Ellesfont admirables pour
faire fortir la petite verolle , &
la rougeolle , quand même elles
feroient rentrées.
VII. Elles garentiffent de
toutes fortes de mauvais airs .
VIII. Elles font infaillibles
96 MERCURE
pour la colique nephretique ,
pour toutes autres fortes de coliques
, auffi- bien que pour le dévoyement.
IX. Ellesfont tres - bonnes pour
les rhumatismes , &pour toutes
fortes de douleurs dans les jointures.
X. Elles font fouveraines
pour les foibleffes & évanouiffements.
XI. Elles font tres-excellentes
étourdiffe- pour les vapeurs
ments. Elles diffipent & empê·
chent les fumées de monter à la
tefte , purifient le fang, & le
font circuler. Elles fortifient l'estomach
,
GALANT 97
tomach
font tres-bonnes ›
pour la digeftion.
XII . Et elles font admirables
le mal de tefte & pour les pour
migraines.
MANIERE DONT IL FAUT
SE SERVIR DE CES GOUTTES
AROMATIQUES .
I. Pour la Gravelle & la rétention
d'urine.
a
Il faut prendre environ une
taffe à caffé pleine de tres - bon vin
blanc chaud avec du fucre , &y
en répandre trente gouttes ; &fi
Le mal eft bien violent , il enfaut
uillet 1709
.
98 MERCURE

prendre quarante ou cinquante ,
même jusqu'à foixante gouttes ,
plus ou moins , felon la force &
l'obftination du mal , & le temperament
du malade.
II. Pour les perſonnes pulmoniques.
Il faut prendre environ une
taffe à caffe pleine de bon vin
તે
chaud , ou bien la même quantité
d'eau bouillante , pour les perfonnes
aufquelles le vin eft contraire ,
yen répandre trente gouttes ,
en y mettant du fucre comme au
the ; il en faut prendre une prife
le matin , une autre l'apréfdinée
, & continuerjuſqu'à l'entière
BIBLIO
THERE
DE
LA
LYON
VILLE
OTHER
DE
GALANT
guerifon.
LY
995
#1893
III. Pour l'Apoplexie , Epilepfie
, ou haut mal .
te
S'il arrive que l'on foit tombé
dans ces accidents , il enfaut faire
prendre un quart de cuillerée , jufques
même à une cuillerée entière
toute pure quand le mal eft violent.
On en fera auffi refpirer par
nez , &frotter les temples.
Etpourles perfonnes qui apprehendent
ces maux , ou qui fontfujettes
ày tomber , il en faut prendrefoixante
oufoixante- dix gouttes
, dans la quantité d'un verre de
vin chaud , avec du fucre deux
fois le jour.
I ij
100 MERCURE
IV. Pour la Paralyfie.
Il en faut prendre cinquante
ou foixante gouttes dans du vin
chaud avec du fucre deux fois le
jour , comme il eft ci- devant marqué;
& frotter devant lefeu l'en
droit où eft le mal , avec ces gouttes.
pures.
V. Pour les fiévres malignes
& pourprées .
Il en faut prendre environfoixante
dix gouttes dans un verre
de vin& d'eau tout chaud avec
dufucre , comme il eft ci - devant
marqué.
VI. Pour la petite verole
& la rougeole.
CALANT ΙΟΙ
Il en faut prendre foixante &
dix gouttes dans du vin chaud
avec du fuere pour les perfonnes
robuftes . Et pour les enfans , on
en peut prendre vingt ou trente
gouttes plus ou moins felon leur
âge.
VII . Pour le garentir du
mauvais air , & quand on va
voir les malades.
Il en faut prendre trente ou
quarante gouttes dans du vin ou
de l'eau avec du fucre , comme il.
eft ci- devant marqué, &en refpirer
de temps en temps quelques
gouttes toutes pures par le nez.
VIII. Pour la colique ne-
I
iij
102 MERCUR E
phretique , & pour toutes fortes
de coliques , auffi bien que
pour le dévoyement .
Il en faut prendre environ
foixante & dix gouttes dans un
verre de vin rouge toutchaud avec
du fucre , & frotter devant le feu
l'endroit où eft le mal , avec ces
gouttes toutes pures.
IX. Pour les Rhumatismes
& toutes fortes de douleurs
dans les jointures.
Il en faut prendre quarante ou
cinquante gouttes plus ou moins
fuivant la violence du mal , dans
du vin chaud avec dufucre , comme
il eft ci - devant marqué ; &
GALANT 103
aprés en avoir bú , il faut frotter
devant le feu l'endroit où eft le
mal , avec ces gouttes toutes pures .
X. Pour les foibleffes & évanoüiffemens.
Il enfaut frotter le nez les
temples , &fi l'on ne revient pas ,
il en faut faire prendre dix ou
"douze gouttes toutes pures par la
bouche , & d'abord l'on reviendra
à connoiffance.
Et pour en éviter les rechutes ,
fi on y eft fujet , il enfaut prendre
trente ou quarante gouttes dans
du vin , comme ci-deſſus.
XI. Pour les vapeurs , étourdiffemens
& fumées qui mon.
I
iiij
104 MERCURE
tent à la tefte ; pour purifier le
fang , fortifier l'eftomach , &
faire la digeftion.
pour
Ilen faut prendre vingt , trente
ou quarante gouttes , plus on
moins,fuivant la violence du mal,
dans du vin chaud ou de l'eau
boüillante , avec du fucre , & cela
deux fois le jour , comme il eft cidevant
marqué au deuxième Article.
XII . Et pour le mal de tefte
& pour les migraines.
Il en faut mettre cinq ou fix
dans le creux de la main ,
gouttes
le nez , afin
& les prendre par
qu'en les refpirant , il en puiffe
GALANT 105
monter jufqu'au cerveau , aprés
quoy ilenfautfrotter les temples ,
dans le moment le malfe paffera.
CERTIFICAT
DE LA TRADUCTION.
Nous fouffigné Interprete
juré pour les Langues étrangeres
, par Sentence de la Jurifdiction
Confulaire , confirmée
par Arreſt du Parlement , certifions
à tous qu'il appartien--
dra , avoir traduit fidellement
>
de l'Anglois en François ce que
deffus , conformément à l'original.
A Paris ce neuvième jour
106 MARCURE
de Janvier mil fept cens fix.
Signé, DEMONTIRAT.
AVER TISSEMENT.
Nota . Qu'ily a d'autres Gouttes
d'Angleterre que l'on appelle
ordinairement Gouttes puantes ,
dont on ne fe fert que dans les
dernieres extremitez : & on les
vend en Angleterre tout au moins
deux guinée l'once , qui vallent
environ dix écus de monnoye de
France
.
Mais celle- cy font des Gouttes
aromatiques , qui réjoüiſſent
& fortifient les efprits par
leur
GALANT 107
agreable odeur , & par leurs vertus
penetrantes ; pouffant au dehors
les impuretez qui infectent
la maffe dufang, empefchent
que l'on ne tombe dans ces extremitez
fachenfes. C'est pourquoy
on recommande d'en avoir toujours
furfoy dans un petit flacon
pour s'en fervir en cas de befoin ,
au lieu des Eaux de la Reine
d'Hongrie & de Meliffe , eftant
d'un plus grandfecours.
Quoique les perfonnes qui fe
ferviront de ces Gouttes , fe trouvent
dans le moment beaucoup
foulagées , cependant il eft abfolument
neceffaire qu'elles continuent
108 MERCURE
àen prendre deux fois le jour ,
jufquà l'entiere guérison , qui
ordinairement ne peut aller plus
loin que quinze jours .
En cas que l'onfoit vigoureufement
attaqué d'aucune des infirmitez
cy- devant marquées , dans
le befoin preffant on peut hardiment
en faire prendre jufques à
cent gouttes dans du vin chaud ,
arvec dufucre ,fans craindre qu'el
les puiffentfaire aucun mal.
Ileft à remarquer qu'il nefaut
jamais fe frotter de ces gouttes
toutes pures , fans en avoir bû un
quart d'heure auparavant.
Deplus il n'y a point de regime
GALANT 109
de vivre à garder pendant que l'on
prend de ces gouttes ; car on peut
boire , manger , & vacquer par
tout à fes affaires à l'ordinaire ,
fans la moindre incommodité ,
n'eftant aucunement purgatives.
Pour faire la digeftion , pour les
vapeurs , étourdiffements , maux
de coeur , coliques , & autres petites
indifpofitions qui furviennent
quand ony penfe le moins , dans
les ruës , en voyage ou autre part ,
où l'on ne peut pas avoir la commodité
de faire chauffer du vin ,
on peut prendre la quantité d'une
petite cuillerée de fucre en poudre ,
y répandre environ vingt on
110 MERCURE
1
trente gouttes de ces Gouttes aromatiques
; aprés les avoir
avallées , on fe trouverafoulagé
dans le moment , fuivant l'experience
que l'on en fait tous les
jours.
Les Bouteilles que l'on diftribuë
de ces Gouttes , font cachetées
d'un cachet gravé de trois teftes de
Cerf, de trois Eftoiles dans
un chevron.
On pourra trouver lesdites
Gouttes à cinq livres la Bouteille
d'environ
deux onces 2
dix livres , & à vingt livres ,
felon leur grandeur ; au Palais
Royal , chez Mr Dumont
GALANT III
Chirurgien ordinaire de Son
Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans.
AUTRE AVERTISSEMENT.
On trouvera des paftilles de
ces mêmes Gouttes Aromati
ques qui fontfouveraines pour
conferverlafanté. Ellesfont trespropres
à la digeftion , en les prenant
aprés les repas au nombre
fepton huit , & le matin contre
le mauvais air. Elles donnent
beaucoup de vigueur deforce.
Ellespurifient lefang , & prefervent
de touttes fortes de maladies
112 MERCURE
contagieufes malignes. On
les vend quarante fols le paquet
pefant deux onces , à la
même adreffe cy- deffus . Et ils
font cachetez d'un cachet où
cft gravé un Monde ſur un
Rocher avec une Couronne
au deffus.
>
Me l'Abbeffe de S. Pierre
de Lyon aprés avoir demeuré
quelques jours avant que d'y
entrer , à la Duchaire belle
Maiſon aux portes de cette
Ville , & appartenant à Mr du
Mey , Capitaine des Gardes de
Mr le Maréchal de Villeroy ,
entra dans fon Convent à l'ifGALANT
113
fuë d'un repas magnifique que
Mr l'Archevêque de Lyon luy
donna . Elle cftoit accompagnée
de Me la Comteffe de
Soiffons qui fait la refidence
dans ce Monaftere ; de Me la
Comteffe de la Barge , parente
de Mr
l'Archevêque de Lyon ,
& de plufieurs perfonnes de
.confideration de tous les états .
Mr l'Archevêque en camail &
en rochet , entra la premier ,
MT'Abbeffe enfuite ayant à fa
droite Mela Comteffe de Soiffons
, & à fa gauche Me de la
Barge , & fuivie par Mr du
Mey & par Mr le Comte de
Juillet 1799 .
K
114 MERCURR
Valorge , Major de la Ville ,
& de plufieurs Comtes de S.
Jean & d'autres Ecclefiaftiques.
Me de Laurencin grande Prieure
, la vint recevoir à la teſte de
la Communauté & luy fit un
difcours tres- poli . Mr l'Archevêque
nomma Me l'Abbeſſe
grande Prieure & Superieure de
la Maiſon , afin que comme,
elle n'avoit pas encore fes Bulles
, elle puft gouverner fa
Communauté , & avoir l'autorité
dans le fpirituel comme
dans le temporel. Aprés qu'elle
cut efté adorer le S. Sacrement,
ce Prelat la mena à l'apparte-
"
GALANT 115
ment de feuë Me de Chaulnes
derniere Abbeffe. Elle fit longtemps
difficulté de l'accepter
parce qu'elle n'eft pas benite ,
& qu'elle le trouvoit trop
fomptueux ; enfin Mr l'Archevêque
luy ordonna d'y demeurer
, & elle obéit , mais en
même temps elle fupplia ce
Prelat de ne point luy ordonner
de tenir de table particuliere
, parce qu'elle avoit refolu
de manger toûjours avec fa
Communauté ; il luy laiſſa la
liberté de faire ce qu'elle voudroit.
Le foir il y eut un grand
repas dans fon appartement ,
116 MERCURE
dont furent les Dames qui
eftoient entrées avec elle , Me
de Laurencin & quelques autres
Religieufes. Deux jours aprés
Mrs de la Ville refolurent
de luy faire une députation
extraordinaire , qu'ils ne font
point en ufage de faire aux Abbeffes
, foit à caufe de la grandeur
de fa naiffance , foit à caufe
de l'affinité qu'elle à avec
la Maifon de Villeroy. Mr
Guillet premier Echevin . Mr
Yon de Jonages
Echevin , & Mr Gautier , Offi
cier de la Ville , y allerent de la
de la Ville. Le même jour,
part
troifiéme
GALANT 117
Mr Guillet porta la parole . Il
fit un Diſcours tres - poli , &
dans lequel l'on remarqua divers
traits qui furent tres- aplaudis.
Il dit à Me de Coffé , que
l'honneur qu'on luy rendoit luy
eftoit particulier , qu'il n'avoitjamais
efté rendu aux personnes
qui avoient occupé la même place
où elle eftoit , & qu'ainfi ce n'eftoit
point à Me l'Abbeffe de Saint
Pierre que la Ville rendoit cethommage;
mais à Me de Coffé , dont
la naiſſance , la vertu , le merite ,
les qualitez perfonnelles donnoient
un fi grand relief à fa dignité,
& qu'elles élevoientfifort
118 MERCURE
au deffus des autresperfonnes de ce
même rang. Il prit occafion de là
de parler de la grandeur de la
Maifon de Coffe , des hommes
celebres qu'elles a produits ;
les Artus , les Timoleons de
Coffe & tous les grands hommes
qui ont porté ce nom fu-
› rent citez avec de grands éloges.
L'alliance eftroite qu'il y a
entre cette Maifon & celle de
Villeroy , fournit un beau
champ à l'Orateur : il parla de
de feuë Me la Maréchale de
Villeroy , tante à la mode de
Bretagne de la nouvelle Abbeffe
, dans des termes qui
>
GALANT 119
la convenoient à la perte que
Ville de Lyon a faite par la
mort de cette Dame . Mr le
Maréchal & Mr le Duc de Villeroy
ne furent pas oubliez , &
ce qu'il en dit leur convenoit
parfaitement. Me de Saint
Pierre fut tres fenfible à l'honneur
qu'elle recevoit du Confulat
, & elle en remercia ces
Mrs d'une maniere qui marquoit
combien elle eftoit penetrée
de cette honneftcté.
Quelques jours aprés le Pere
Provincial des Recollects
fameux Predicateur , qui fait
actuellement une Miffion à
120 MERCURE
Lyon , prêchant dans l'Eglife
de Saint Pierre , le jour de
l'Afcenfion , complimenta cet.
te Abbeffe . Ce Difcours reçut
beaucoup d'aplaudiffemens . Il
eftoit rempli de traits à la
loüange de la Maiſon de Coſſé
tres -delicats . Il la fit defcendre
du fameux Cocccius Nerva. Ce
Predicateur cft un digne fucceffeur
du fameux Pere Damafcene
Recollect dont on
Imprime actuellement les Sermons.
Vous avez fçu que Mr le
Comte de Bezons Gouverneur
de Cambray , & Lieutenant
General
GALANT 121
General des Armées du Roy ,
a efté honoré du Bâton de
Maréchal de France . Il fut fait
Lieutenant
general au mois de
Janvier de l'année 1708. & il
fut le quatriéme
Lieutenant
general de cette
promotion ;
il eftoit alors
Gouverneur de
Gravelines , & déja Grand'-
Croix de l'Ordre de Sait Louis.
Mr de Mauroy
Chevalier de
Saint Louis , Gouverneur de
Tarafcon , Maréchal de Camp
& Inspecteur
de la Cavalerie ,
eft de la même Maifon que ce
nouveau
Maréchal, qui eft frere
de Mr
l'Archevêque de Bour-
Juillet 1709 .
L
122 MERCURE
deaux ; de feu Mr de Bezons ,
Confeiller d'Etat , ci - devant
Intendant de la Generalité
de Guyenne & mort à Bourdeaux
peu
de temps aprés que
Mr fon frere y eut été transferé
d'Aire , dont il eftoit auparavant
Evêque. M˚ le Blanc époufe
de M' le Blanc M des Requeftes
, & mere de M ' le Blanc
auffi M des Requeſtes & Intendant
d'Auvergne , eft leur
foeur , & ils font tous enfans
de feu Mr de Bezons , Intendant
deLanguedoc & Confeiller
d'Etat ordinaire , un des
plus habiles hommes que la
GALANT
123
France ait eus . Le nom de cette
Maiſon eft Bazin , nom fort
diftingué dans la Robe , où il
eft connu depuis plufieurs fiecles.
Mr le Maréchal de Bezons
a toûjours fervi dans la
Cavaleric , & il s'y eft diftingué
dans toutes les plus belles occafions
qui s'y font paffées de
fon temps
.
Je vous envoye les trois
grands Mariages dont je ne
pus faute de place , vous entretenir
le mois paffé .
Mr de Donzy , fils aîné de
feu Mr le Duc de Nevers
Duc & Pair de France , Com-
Lij
124 MERCURE
mandeur des Ordres du Roy ,
à épouſé la fille aînée & heritiere
de Mr le Prince de Spinola
, de Vergagne & du Saint
Empire , Grand d'Eſpagne de
la premiere Claffe , Lieutenant
General des Armées de S. M.
C. & cy devant Gouverneur &
grand Chatelain de la Ville
d'Ath . Feu Mr le Duc de Nevers
avoit épousé Diane Gabrielle
de Damas de Thianges,
Soeur de M la Ducheffe de
Sforce , & de feu Mr le , Marquis
de Thianges Lieutenant
General des Armées du Roy ,
& Commandant de Saint
>
GALANT 125
Malo . Il eftoit fils de Laurent
Manciny Gentilhomme Romain
, & de Jeronime Mazarin
Soeur puinée du Cardinal
Mazarin. Laurent Manciny
eftoit fils de Paul Manciny qui
vivoit à Rome en 1600. dans
une grande confideration , &
qui aimoit fort les Lettres. Il
y établit l'Academie des Humoriftes.
Il eut de Vittoria
Copoti fon Epouſe plufieurs
enfans , & Laurent Manciny
grand Pere de Mr de Donzi
dont le Mariage donne lieu
à cet Article , eftoit le Cadet
de fes fils ; & l'aîné fut Refe-
Liij
126 MERCURE
rendaire de l'une & l'autre fignature.
Chacun fçait qu'il y
a cu un Cardinal Manciny
& que Mr de Donzy eſt allié
de la plus grande partie de la
Cour , par la grand' Mere mafa
rernelle & par fes cinq Tantes
paternelles . Sçavoir M˚ la Ducheffe
de Mercoeur , Mere de
Mr le Duc de Vendôme , M
la Comteffe de Soiffons ; feuë
Mi la Ducheffe de Mazarin ,
M' la Conneftable Colonne ,
& MⓇ la Ducheffe de Bouillon ,
ainſi que par M° la Ducheffe
de Modene , Mere de la Reine
d'Angleterre , & par
feuë
GALANT 127
M la Princeffe de Conty filles
du Comte Martinozzi &
de Marguerite Mazarin Soeur
du Cardinal Mazarin & Coufines
germaines de feu Mr le
Duc de Nevers.
Je ne dis rien de la Maiſon
de Spinola qui eft generalement
connue. Cependant comme
elle a plufieurs branches ,
je dois ajouter icy que Mr le
Prince de Spinola deſcend directement
de Gerard de Spinola
Prince de Lucques & de
Tortone dont il a cu la Terre
de Vergagne , qui depuis
prés de fept Siecles jouit de
Liiij
128 MERCURE
tous les droits de Souveraineté,
comme de battre Monnoye &
autres attributs auxSouverains.
Il l'a donnée en Mariage à
Mlle fa fille , & c'eſt par cette
raifon que Mr de Donzy en
doir porter le nom juſqu'à ce
qu'il ait un fils.
Mr le Marquis de Gefvres ,
fils de Mr le Duc de Trefmes
Premier Gentilhomme de la
Chambre , & Gouverneur de
Paris , d'une Famille auffi illuftre
qu'ancienne & qui fleuriffoit
dés le temps de Louis
XII. & dans laquelle les plus
grandes dignitez de l'Etat font
GALANT 129
с
entrées , a époufé Melle de
Mafcranny , fille unique de
Barthelemy de Mafcranny
Chevalier Sr de la Verriere
Maître des Requeftes mort le
11 Fevrier 1698. & de Marie
Jeanne Baptiſte le Fevre de
Caumartin morte le 3 Fevrier
1693. laquelle eftoit fille de
Louis François le Fevre de
Caumartin , Confeiller d'Etat
ordinaire , & de Catherine
Madeleine de Verthamon fa
2 femme qui eft vivante , fille
de François de Verthamon
Marquis de Maroeuvre , Confeiller
d'Etat ordinaire , & de
с
130 MERCURE
Marie Boucher Dame deBreau.
Leur Contrat de Mariage
ayant efté figné par le Roy &
par les Princes & Princeffes , il
fut figné le même jour par les
Parens , chez M° de Caumartin
Aycule de la Demoiselle.
Les parens du cofté de l'Epoux ,
;
eftoient Mr le Duc de Trefmes
; Mr le Comte & M la
Comteffe de Sault ; & du côn
té de l'Epoufe M° de Caumartin
, Mr l'Abbé de Mafcranny
& Mr fon frere ; Mr de
Caumartin Intendant des Finances
; Mr de Caumartin de
Boiffy , Maître des Requeſtes
GALANT 131
& Intendant , du Commerce ;
Mr l'Abbé de Caumartin , &
Mr le Chevalier de Caumartin
de l'Ordre de Saint Jean
de Jerufalem ; M° d'Argenfon
; Mr & M° d'Aulede ; Mr
& MⓇ de la Cour ; Mr & M
de Thuify ; M" d'Argenfon
fils ; Mr de Verthamon , fils ;
Mr de Flamarens fils , & Mr
le Chevalier Plot ; Mr Racicot
, Avocat au Parlement figna
auffi comme Tuteur honoraire
de Mlle de Mafcranny.
Aprés la fignature tous les
Parens allerent chez Mr de
Caumartin ; les Fiancailles fu-
1
132 MERCURE
rent faites dans la Chapelle de
fa Maiſon par un Preftre de
Saint Nicolas des Champs . La
famille eftant en deuil à caufe
de la mort de M° de Caumartin
Intendante des Finances
arrivée depuis peu de jours , il
n'y eut point de repas . Mc
de
Caumartin eut à fouper
chez elles , Mr le Marquis de
Gefvres , Mlle de
Mafcranny ;
M° de la Cour ; Mr & M° de
Thuify ; M ' l'Abbé & le Chevalier
de Caumartin ; M'
d'Argenfon, fils ; M la Marechale
d Eftrades ; M la Ducheffe
de Briffac ; Mr de VerGALANT
133
thamon , Premier Préfident
du grand Confeil ; M° & Mlle
de Verthainon & Mr de Verthamon
, fils . Mr le Duc de
Trefmes foupa chez luy avec
Mila Ducheffe de Gefvres ; M
de Revel , Mr le Comte & Me
la Comteffe de Sault , & Mr de
Buzenval & il vinrent prendre
les Mariez chez Me de
Caumartin. Ils allerent enfuite
chez Mr de Caumartin où
ils trouverent avec luy Mr de
******* ; Mr. de la Cour ;
Mr & Me d'Aulede ; & Mr &
Me d'Argenfon qui avoient
foupé chez luy. Mr l'Abbé de
;
134 MERCURE
Maſcranny avoit foupé chez
luy , parce qu'il s'eftoit trouvé
incomodé ; mais il fut prefent
au Mariage , ainfi que les autres
Parens . Mr l'Abbé de
Caumartin , oncle de l'Epouſe
fit la Ceremonie des Epoufailles
dans la Chapelle de Mr de
Caumartin , où ces nouveaux
Epoux avoient eſté Fiancez la
veille. La Meffe fut enfuite dite
par un Preftre de Saint Nicolas
des Champs , & lors qu'-
elle fut finie , tous les Parens
les conduifirent à l'Hoftel de
Trefmes où ils coucherent .
Mr le Comte d'E ampes ,
GALANT 135
ge
reçu en furvivance
à la Charde
Capitaine
des Gardes de
S. A. R. Monfieur
le Duc
d'Orleans
, Colonel du Regiment
de Chartres Infanterie
,
troifiéme
fils de Mr le Marquis
d'Estampes
Chevalier
des
Ordres du Roy , Capitaine
des
Gardes du Corps de feu Monfieur
, & de S. A. R. &c. a
époufé Mlle de Nonant du
Pleffis Chatillon.
L'illuître Maiſon d'Eſtampes
n'a pas befoin de rien emprunter
de la conformité des noms
pour prouver fon ancienneté
& fes illuftrations. Elle cft
136 MERCURE
originaire de Berri & raporte
fon origine à Robert d'Eſtampes
qui vivoit il y a 400. ans
& qui ayant efté élevé auprés
de Jean de France Duc de
Berri , fut honoré de fa bienveillance
& de fes bienfaits &
nommé l'un de fes executeurs,
teftamentaires ; un des fils de
ce Robert d'Estampes fut
envoyé vers le Pape Martin
III & Charles VII. luy confia
peu de temps aprés la Charge
de General & de Surintendant
des Finances du Royaume.
Elle a fait la branche des
GALANT 137
Comtes d'Eftampa en Italie ,
la branche des Marquis de
Valencei fi diftinguée par toutes
les dignités differentes
qu'elle a occupées. Il y a eu
de ce même nom quatre Evêques
, un Archevêque & Duc
de Rheims , un Cardinal
un Grand Prieur de France
quatre Chevaliers des Ordres
du Roy , plufieurs Ambaſſadeurs
, un Maréchal de France
pere de Mr le Marquis de
Mauni. Celuy- ci eut de Charlotte
Brulart fille de Pierre
Marquis de Silleri & Puifieux
Mr le Marquis d'Estampes ,
Fuillet 1709. M
138, MERCURE
Capitaine des Gardes du Corps
de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans dont j'ay parlé ,
qui de fon alliance avec Marie
du Raignier de Droüé fortie
d'une Maiſon tres - diftinguée
par fa valeur , & éteinte dans la
perfonne du Marquis de Boiffeleau
Gouverneur de Charleroy
, a eu plufieurs enfans ;
fçavoir , Mr le Marquis de
Mauroy , Capitaine - Lieutenant
de la Gendarmerie d'Orleans
, qui a donné des marques
d'une extrême valeur &
d'un grand zele pour le fervice
du Roy dans plufieurs acGALANT
139
tions où il s'eft trouvé , & entre-
autres à la Bataille de Spire
& à celle d'Oudenarde , où il a
efté fait prifonnier ; Mr le Marquis
de Sallebris jeune Seigneur
d'une tres grande efperance ,
tué dans fa premiere Campagne
à la Bataille d'Hochftet ,
aprés avoir efté déja bleffé de
plufieurs coups , & avoir eu
trois chevaux tucz fous luy ;
Mr le Comte d'Estampes cidevant
Chevalier de Malthe ,
qui a accompagné S. A. R.
dans fa derniere Campagne
d'Espagne , qui eft celuy qui
vient d'époufer Mademoiſelle
Mij
140 MERCURE
de Nonant du Pieffis Chaftillon
, une des plus nobles & des
plus anciennes Maiſons du
Maine , & dans laquelle font
entrées des filles de la Maiſon
d'Avaugour , du Bellay , de
Beaumont-le-Vicomte , & de
plufieurs autres . Sa grand'mere
maternelle eftoit de la Maifon
de Lufignan
.
Mr le Marquis d'Eftampes
a eu trois filles , deux font Religieufes
, & l'autre à épousé
Mr le Comte de Fiennes , Lieutenant
general des Armées du
Roy, & qui commande dans
l'Andaloufie .
GALANT 41

C'eſt par toutes les illuftrations
& dignitez
dont j'ay parque
la Maifon d Eftampes
foûtient
fon éclat
indépendamment
de celuy qu'elle peut
avoir de fes grandes
alliances
avec les Maifons de Beauvillier
,
de Mortemart
, de Fervaques
de Choifeyl
, de Montmorency
, d'Hoquincourt
, &c .
Je devrois vous faire icy le
Portrait
de ces deux Epoux ;
mais un des beaux Efprits
du
fiecle , & celuy même
qui a
dreffé l'Article que vous vencz
de lire , en a pris foin . Vous le
verrez dans les Vers fuivans
142 MERCURE
qui font de fa compofition , &
dont le nom eft devenu fameux
par plufieurs autres Ouvrages.
Je vous en dirois davantage
s'il m'eftoit permis de vous le
faire connoiftre .
EPITAL AME
Pour M' le Comte d'Estampes
& Mademoiſelle de Nonant.
Q
CONTE.
Uand l'Amour feul lioit
nos coeurs fidelles ,
Beautez n'eftoient ny fieres ny
cruellés ,
GALANT 143
Amans n'eftoient ny legers ny
jaloux ;
Mais qu'il fut court , helas ! ce
temps fi doux !
Pour nos pechez la Reine de Cithere
D'un ſecond fils augmenta fa
maiſon ,
Dieu Laconique , au front toûjours
fevere ,
Au regard fombre , Himenée eft
fon nom .
Quoy que cadet de Cupidon fon
frere
Il le voulut toutesfois regenter,
Fit le Docteur & Loix fçût inventer
Que fes Sujets fouvent ne fuivent
guere ;
Jà l'on voyoit ce Dieu Legiflateur
144 MERCURE
Marcher fuivi d'un Sacrificateur
,
Jà fur fes pas chicanne temeraire
Traînoit en leffe Avocat & Notaire
,
Fâcheux devoir , imperieux
honneur ,
Froids Courtifans formoient fa
fuite auftere ;
1
Amour conduit cortege plus
plaifant
Maint doux plaifir que miſtere
affaifonne ,
Maint jeu folâtre & maint ris
amufant ,
C'est l'efcadron qui toûjours
l'environne ;
Souvent Comus & le Dieu de
la Tonne
Vont l'escorter , Amour de ce
convoy
Se
GALANT 145
Se trouve bien , la Cronique en
fait foy.
De ces deux Cours grande eft
· la difference ,
Hymen pourtant crut charmer
les Mortels
Et de l'Amour meriter les Autels
;
Que de foi - même injuſtement
on penſe !
Coeurs il gênoit croyant les
affortir ,
A fon honneur oncques ne put
fortir
De ce travail ; fi par fois , cas
étrange !
Epoux s'aimoient , c'eft qu'Amour
s'en mêloit ,
A ce prodige Himen prenoit le
change ,
Et du fuccés il fe congratuloit,
Juillet 1709.
N
146 MERCURE
Ores un jour que ce Dieu tiranique
Rendoit vifite à famere Cipris ,
Il s'apperçut que les Jeux &
les Ris
Lançoient fur luy máint regard
ironique :
Ce trifte Dieu qui n'eſt pas pacifique
Quoy qu'il ait bien des Sujets
patients ,
Dit à l'Amour , je voy que vos
Clients
Sur mon flambeau font gloſe ſatirique
,
On ne reſpecte icy que vos ardeurs
Eh bien , l'Himen au combat
vous défie
[ Car voſtre exemple enhardic
les railleurs , 1
GALANT
147
Qu'un feul exploit hautement
juftifie
Qui de nous deux doit regner
fur les coeurs.
Amour foûrit , donnez - moy
vôtre gage
Répondit - il , ce fier défy me
plaiſt ;
Nous combatrons , Himen tenez-
vous preft ,
Je vous feray même de l'avantage.
Une Beauté digne d'orner les
Cieux
Qui fut toûjours à mes ordres
rebelle
Brille à Paris , c'eft Nonant
qu'on l'appelle ,
En les charmant elle trompe
les
yeux ,
Et qui la voit la croit une im .
mortelle ; Nij
148 MERCURE
Je la prendrois moy - même pour
Pfiché
Si ne fuyoit quand je m'approche
d'elle
Onques par moy fon coeur ne
fut touché
Plus d'un Amant chaque jour
m'en querelle ;
Partant ce coeur fufpect ne vous
fera
Si le domptez , Amour vous cedera
...
Soit , dit l'Himen , que cet
objet decide
Nôtre Procés , voyons qui de
nous deux
Scaura l'engager plutoft dans
fes noeuds .
I!
part foudain , riant Espoir
le guide
Droit à Paris , toûjours flatant
fes voeux...
GALANT 149
Incognito d'abord il va fe rendre
Dans un Palais l'afile des beaux
Arts ,
C'eft- là qu'on voit les Mufes fe
méprendre
Pour Apollon , elles y fuivent
Mars :
Mais non, l'objet de leurs chanfons
nouvelles ,
Eft l'un & l'autre on s'y mé
prend comme elles .
Prés du Heros qui pare ces
beaux lieux
Eft un Seigneur que vray merite
y loge ;
Rien ne diray de luy , de fes
ayeux ,
·
Philippes l'aime , eft il plus
grand éloge ?
Himen inftruit de fon difcer-
.nement Nij
150 MERCURE
Dans fon parti l'engagea finement
Que ce luy fut prefage favorable
!
Il luy dépeint Nonant & fes attraits
Son efprit doux , fon humeur
agreable
Patrocinant qu'il devroit pour
jamais
Unir fon fils à cet objet aimable.
Pas n'eut befoin l'Himen
d'argumenter
Trop longuement pour foûtenir
fa Thefe ,
Trop claire elle eſt : Or jugez
s'il fut aife
Lorfque Themis luy promit
d'arrefter
Ce beau projet ; mais tandis
qu'il rebute
1
GALANT 151
De fon Contrat ce qu'il ne trou
ve bien ,
Jà Cupidon avoit fini le fien
Et dans Cithere on en avoit minute
,
D'Estampes plaiſt & Nonant
fçait charmer
Ils s'eftoient vûs , comment ne
pas s'aimer ?
Raifon les guide ou penchant
les entraîne
Lorfque l'Himen vint leur offrir
fa chaîne
Ils eftoient jà dans celle de
l'Amour :
Loin d'éprouver une vaine colere
L'Himen trompé prit galamment
l'affaire ;
Amour , dit - il , vous me jouez
le tour
Niiij
152 MERCURE
Que je voulois prévenir en ce.
jour
Charmant Vainqueur rien ne
vous fait obftacle ,
Plus de debats , mon frere , embraffons-
nous
Ciel ! j'embellis en m'uniffant
à vous !
Les Dieux devoient à Nonant
ce miracle.
S'il meftoit permis de fouhaiter
quelque chofe à ces illuftres
Epoux , je leur fouhaiterois
une union de coeurs
auffi parfaite que celle qui
eftoit entre feu Mr le Marquis
de Thianges & fa premiere
femme . Cette union alloit au
GALANT 153
de là de tout ce qu'on peut
s'imaginer. Ce Marquis qui eft
decedé affez long- temps aprés
elle , à ordonné en mourant
que leurs coeurs fuffent unis ,
& qu'ils fuffent mis dans une
même Urne , & cette Ceremonie
a donné lieu à une nouvelle
maniere d'Oraifon Funebre
,
dire en quelqu'on
peut
que façon cftre nouvelle
, puifque
jufqu'icy
on n'a fait des
Öraifons
Funebres
qu'aprés
la mort
des Princes
ou des
Perfonnes
d'un rang fort diftingué
, & que l'on en a fait
une des coeurs
de ces illuftres
"
154 MERCURE
Défunts lors qu'ils ont efté apportez
au Grand Convent des
Capucins de Nantes . Le Pere
Archange de Laval , Capucin
qui a efté choisi pour faire
l'Eloge de ces deux Coeurs
s'eft attiré de grands aplaudiffemens
dans le Difcours qu'il
a prononcé à l'ocafion de cette
reunion ; & l'on peut dire que
ce Difcours eft remply de
traits vifs , & de tres belles
Peintures , & qu'enfin la beauté
de la matiere l'a porté à s'élever
beaucoup plus que ne font
ordinairement ceux de fon
Ordre , qui ne cherchent qu'à
GALANT 155
faire paffer la parole de Dieu
dans les Coeurs de leurs Audi- '
teurs , & non à faire admirer
leur éloquence & leur efprit .
Il ne put fe renfermer tout à
fait dans fa matiere qui eftoit
VIVENT CORDA EORUM IN
SECULUM SECULI.
Leurs Cours vivront éternellement.
Il dit auffi quelque chofe
du merite particulier des deux
Epoux dont il devoit faire le
Panegyrique des Coeurs , tant
il eftoit dificile de toucher l'un
fans l'autre. Voicy quelques
156 MERCURE
endroits par lefquels vous
pourez juger de la beauté de
ce Difcours .
C'est une verité conftante que
le plus doux plaifir de la vie ,
dont onfe peut le moinspaffer , eft
l'on goute
dans une aiceluy
que
mable & innocente Societé. Le
Philofophe en eftoit fi perfuadé
qu'il a cru que le premier genie
du monde en avoit befoin , &
que fans cet agrément toute la felicité
dont il joüiffoit au dedans
de luy même ne pouvoit que luy
eftre ennuyeufe. Nous n'en devonspas
eftre furpris , puifque la
Theologie nous aprend que Dieu
GALANT 157
qui eftfeul, n'eftpourtant pas folitaire,
& qu'il trouve toutfon bonbeur
dans lafocieté des trois Perfonnes
divines qui ne divifent
pointfon effence. Auffi Dieu , qui
connoiffoit toutes les plusfecrettes ,
inclinations de l'homme en jugeat-
il ainfi , quoy qu'il l'eut crée fi
parfait qu'il l'envisagea , felon
Saint Auguftin , comme le lieu le
plus digne de fon repos , il crut
qu'il ne luy convenoit nullement
d'eftre feul ,
ner fans remife une compagne.
De là , Mrs , cet Eloge continuel
que le Sage nous fait de la belle
amitié , lors qu'elle nous affure
penfa à luy don158
MERCURE
qu'elle eft un azile toujours ouvert
dans laperfecution , un trefor inépuifable
dans la pauvreté, un remede
de vie
maladie ; un prefent dont Dieu
ne favorife que ceux qui le
craignent ; que de tous les biens
exterieurs il ne veut pas qu'il y
en ait unfeul qui luy foit comparable
qu'enfin il paroift redouter
les derniers malheurs pour
celuy qui eftfeul , parce que venant
à tomber il n'a perfonne qui
d'immortalité dans la
;
le releve.
Or , Mrs ,fi jamais tous ces -
avantages fe font trouvez dans
aucune union¸c'eſt dans celle qui
GALANT * 159
s'eft formée entre ces deux beaux
coeurs par leur Mariage ; parce
qu'ayant efté menagée avec une
prudence toute chrétienne ; cimentée
par un amour parfait ,foutenue
avec une conftance heroïque ,
elle leur a fait gouter toutes les
chaftes delices de l'amitié.
Les Peres remarquent que Dien
voulant donner une femme au
premier homme luyen forma une
toutefemblable de fon colté , afin
qu'eftans tous deux d'une même
fubftance , ils portaffent en euxmêmes
des principes d'une union
plus étroite. Difons auſſi que
· prudence chrétienne , imitant une
la
L
T
160 MERCURE
conduite fi fage , s'aplique fur
tout à affortir les parties , afin
qu'elles trouvent dans une égalité
parfaite les fujets preffans"" d'un
amour mutuel , & d'une union
indiffoluble.
?
Telle a efté , Mrs , la premiere
Source de l'union parfaite qui a
paru entre ces deux coeurs. Comme
laprudence n'a jamais mieux
reüffi à trouver des conditions
plus égales , & d'humeurs plus
fmblables ,jamais auſſi n'a- t- elle
formé d'union plus belle.
Je crois que vous prendrez
encore
plaifir à lire l'endroit
qui fuit. L'Orateur
aprés avoir
GALANT 161
fait une peinture de la tendref
fe de ces deux coeurs , pourfuivit
de la forte.
Tels furent les effets de la
tendreffe de ces deux beaux Coeurs
animez d'un même efprit dans
une même chair. Ilfe faifoit de
l'un en l'autre păr de douces invitations
, encore plus par de bons
exemples , un épanchement de
Sainteté, une transfufion de merites
& un commerce de vertu
où la femme fanctifioit le Mary,
où le Maryfanctifioit lafemme.
D'un cofté , fi noftre Illuftre
Marquis trouvoit dans fon
épouse , comme l'Illuftre Paulin ,
Juillet 1709.
162 MERCURE
trouvoit dans la fage Therafie ,
une Compagne qui avoit , comme
dit Saint Auguftin, une fainte
dureté d'ame , figurée par celle de
l'os dont la premiere femme fut
formée , & qui au lieu de le
& qui porter
à la molleffe & à la volupté
le retenoit par des liens qui
eftoient d'autant plus forts qu'ils
eftoient plus chaftes ; c'est que
l'autre, noftre illufire Marquife
trouvoit un époux , qui bien loin ,
de la gêner dans les exercices de
fa pieté , la fecondoit & même
la prevenoit. De là , Mrs , ce
Spectacle que Tertulien trouvoit
fi digne des yeux & de la joye
de
GALANT 163
de Jefus - Chrift même , l'homme
la femme prier enfemble ;
jeuner de concert ; s'exhorter mutuellement
aux oeuvres de la Charité
fe rendre le joug d'autant
plus doux qu'ils en faifoient le
joug d'une mêmefoy , d'un même
engagement , d'une même profeffion
, & d'une même esperance.
Je finis par une Lettre de
l'illuftre épouse de Mr le Marquis
de Thiange que l'Orateur
rapporta , & qui reçut beaud'applaudiffemens
. Elle
coup
écrivit cette Lettre à ce Marquis
qui avoit efté obligé de fe
rendre à la Cour , où cette
O ij
164 MERCURE
Lettre luy fut rendue prefque
auffi toft qu'il y fut arrivé.
Vous m'avez laiſſée , Monfieur
, dans un état que vostre
coeur feul peut deviner , & celuy
où le vostre s'eft trouvé au moment
de vôtre départ. n'a point
échapé à la delicateffe du mien .
Fay tout vú , & il m'a paru dans
ce dur moment que toute vôtre douleur
s'eft venuë joindre à la mienne
pour me faire fouffrir tout ce
que l'amour a de plus accablant
lors qu'ilfépare ceux qui s'aiment.
Si je ne puis refufer ce doux témoignage
à nos triftes coeurs qui
CALANT 165
le defirent , fouvenez- vous que
vous leur devez auffi celuy de ne
rien faire de contraire à voftre
gloire Revenez au plûtoftje vous
en conjurepar toute noftre tendref
fe ; mais ne precipitez pas unfeul
moment voſtre retour , perfuadez
que nous ne nous verrons jamais
lors
que avec plus de plaifir que
nous nous verrons fans reproche.
L'efprit de cette Dame ne
brille pas moins dans cette Lettre
, que la force de fa tendref.
fe , & quand ils font joints au
merite & à la beauté , il eft impoffible
de ne pas aimer éperduëment
.
166 MERCURE
Puifque cet Article m'a engagé
à reprendre des Articles
de Morts , je pourfuis par la
mort d'une Dame qui doit
aúffi avoir vécu felon cè que
Vous verrez dans la fuite >
en grande union avec feu fon
époux .
Dame Loüife de Tapol ,
veuve de Mre Jean de Montmejan
, eft morte au Port
Sainte- Marie dans l'Agenois ,
âgée de 85. ans. Les Pauvres
de ce lieu - là ont bien lieu de là
regretter , car elle eftoit fort
charitable ; elle leur avoit dif
tribué , fes bleds , fon vin , fon
GALANT 167
argent , & une partie de fes
meubles. Elle laiffe neuf enfans.
André de Saint - André
Montmejan fon aîné a ſervi
long - temps avec diſtinction
dans la Marine . Je vous ay par
lé de luy dans ma Lettre du
mois de Mars 1677. au fujet
de quelques Barques ennemies ,
qu'il brûla fous le canon & la
moufqueterie de Piombino .
J'ay auffi parlé de luy dans la
relation de la defcente des
troupes de la Marine dans les
Fauxbourgs de Gennes en
1684. & avant cela les nouvelles
publiques de France en No-
1
168 MERCURE
vembre 1674. & les Memoires
d'Hollande de l'année
1675. avoient parlé de la part
qu'il avoit cuë à la priſe de la
Fortereffe du Salvador de Meffine.
Le Roy luy a permis de
fe retirer , à caufe de fes bleffures
, & de fes incommoditez ,
& le laiffe jouir de la moitié de
Les appointemens . George de
Montmejan , Chevalier de S.
Louis , Major de la Citadelle
de Perpignan . Louis Jean-
Baptiſte de Montmejan , Penfionnaire
du Roy , ci - devant
Commandant le fecond Bataillon
de Noailles , aujourdhuy
GALANT 169
pour
&
d'huy Regiment de Perrin . Jofeph
de Montmejan , Predicateur
Religieux de S. François .
Henry de Montmejan , Prêtre
de la Congregation de la Miffion
, qui eft en Pologne depuis
trente ans , connu par fon desintereffement
pour les Charges
& les honneurs
,
par fa charité pour les Pauvres
, s'eftant expoſé dans la
derniere Pefte de Varfovie ,
en leur adminiftrant les Sacremens
, & en leur procurant des
vivres. Jean de Montmejan
Curé de Nicole , vivant en pauvre
Preftre, afin de donner plus
Fuillet 1709 .
P
170 MERCURE
abondamment l'aumôme. D.
Jeanne de Montmejan, époufe
de Meffire Jean de Boudon ,
Seigneur de Pompejac. D. Marianne
de Montmejan, épouſe
de Noble Jean de Margaltaud,
S' de la Forcade. Dame Loüife
de Montmejan , Religieufe au
Paravis , où l'on ne reçoit que
des Filles de qualité . Cette famille
de Montmejan , habituée
dans l'Agenois depuis 160.
ans , eft une branche cadette
de celle de Montmejan Saint-
André , qui poffede depuis le
treiziéme ficcle les Terres de
ce nom , à deux lieuës de MilGALANT
171
hau en Rouergue ; la Terre de
Mandagout dans les Cevennes
, & celle de Roquetaillade
en Languedoc .
Mr le Commandeur de
Saint Pierre eft mort à Verfailles
il y a déja quelque
temps . I eftoit Capitaine de
Vaiffeau de Roy , & Lieutenant
general des Vaiffeaux de
Malte . Son merite luy avoit
fait obtenir la Commanderie
du Piéton en Flandres , vacante
par la mort de feu Mr le
Bailly de Lorraine.
Il eftoit frere de Mr le Marquis
de S. Pierre , grand Bailly
Pij
172 MERCURE
de Cotentin ; du feu Pere de
S. Pierre , Jefuite , Confeffeur
de Madame ; de Mr l'Abbé de
S. Pierre de l'Academie Françoiſe
, premier Aumônier de
Madame ; de Mr le Comte de
S. Pierre premier Ecuyer de
S. A. R. Madame la Ducheffe
d'Orleans. Il ftoit coufingermain
de feu Mr le Maréchal
de Belfonds & de Mr le Maréchal
Duc de Villars .
Mr Dipi , dont je vous ay
fouvent parlé , & dont je vous
ay fouvent donné des Relations
traduites de l'Arabe , eft
auffi decedé , & le Roy a donGALANT
173
né à Mr Galand , ſa Charge &
fa Chaire de Lecteur & Profeffeur
en Langue Arabe au
College Royal de France à Paris
. Il eft connu par fon érudition
, & par plufieurs voyages
qu'il a faits au Levant , d'où
il a rapporté des Medailles &
des Infcriptions , ce qui luy a
procuré l'avantage d'eftre reçu
dans l'Academic Royale des
Infcriptions. Il a donné au
Public la Traduction des Contes
Arabes , intitulez les Mille
& une Nuits , dont il a apporté
du Levant , l'Original Arabe.
Piij
174 MERCURE
Je ne fuis point furpris
que vous & vos Amis ayez
trouvé l'Article de la mort
de feu Mr de la Reynie
digne de voftre curiofité ;
mais on auroit dû y trouver
la copie d'un Ecrit qu'il
portoit toûjours fur luy , &
qui eftoit au deffus de fon
Teftament dans la même envelope.
On croit dans fa famille
qu'il le portoit fur luy
dés l'année 1699. Voicy une
copie de cet Ecrit , qui a efté
dépofé aprés fa mort chez un
Notaire avec fon Teftament .
GALANT 175
Au nom du Pere , du Fils ,
du S. Efprit , un feul Dieu
Tout-Puiffant , Createur du Ciel
de la Terre , defirant difpofer
des biens temporels , qu'il luy a
plu de me donner par fa bonté infinie
,je fais ceprefent Teftament ,
je veux qu'il foit executéfelon
fa forme & teneur
eftant maderniere volonté.
Je defire er je veux , qu'aprés
mon decés mon corps foit
enterré dans le Cimetiere de ma
Paroiffe , fans aucune ceremonie
, ou pompefunebre , &je deffens
expreffement de mettre au
lieu où mon corps fera enterré , ny.
comme
P iiij
176 MERCURE
ailleurs , aucune marque particuliere
, ny infcription qui faffe
mention de moy . Je deffens pareillement
qu'ilfoit mis aucune tenture
de deuil à l'Eglife de la Paroiffe
où je feray decedé. J'entens
auffi qu'il en foit ufé de même ,
fije meurs hors de la Ville de Pa
ris , &d'eftre enterré dans le Cemetiere
de la Paroiffe où je. feray
decedé, & non dans l'interieur de
l'Eglife , ou d'aucune Chapelle
croyant,quefans bleffer lapieté de
ceux qui veulent eftre enterrez au
dedans des Eglifes , je puis éviter
de contribuer par la pourriture de
mon corps àla corruption.&infecGALANT
177
tion de l'air dans le lieu où les
Saints Mysteres font celebrez , où
les Miniftres du Seigneur paffent
la plus grande partie de leur vie,
dans lequel les Paroiffiensfont
fi fouvent affemblez : j'entens
neanmoins
, que les droits pour
l'ouverture de la terre foient
payez à l'ordinaire à l'oeuvre ou
fabrique , comme fi mon corps
eftoit enterré audedans de l'Eglife.
Pour donner de la varieté à
mes Lettres , je paffe à l'Article
fuivant , qui eft bien different
de ceux que vous venez
de lire.
178 MERCURE
On écrit de Seyde , du 18 .
Avril qu'il y eft arrivé un
Courier à Kalil , Vifir Pacha
de cette Ville qui a efté dépêché
par Nafonf Olinan Ogloïr
Pacha Emir Agi ; c'eft - à - dire ,
Prince de la Carravane de la
Mekque , ce dernier luy fait
fçavoir qu'il eft heureuſement
de retour à Damas , avec fa
Carravane & luy apprend
qu'il a défait les Arabes , à
quatre journées dudit Damas .
L'Emir conducteur de la
Carravane de la Mekque eftant
arrivé à un lieu appellé Matra ,
à une journée du Mufcrib
>
GALANT 179
où dés que la Caravane arrive
elle eft hors d'infulte, il y trouva
Kuleib Roy des Arabes avec
quantité d'Arabes , ce qui luy
fit connoiftre qu'ils avoient
de mauvaiſes intentions contre .
fa Caravanne & qu'ils cher.
choient à la voler s'il leur eftoit
poffible. D'abord il luy fit
faire halte , & s'arrefta à Matra
, pour voir ce que feroit
Kuleib ; mais voyant qu'il ne
faifoit aucun mouvement il
luy envoya un de ſes Officiers
pour fçavoir la raison qui
l'avoit amené en ce lieu là avec
les troupes qu'il avoit. Il luy
>
180 MERCURE
I'E
fit répondre qu'il avoit à luy
parler , & luy demander ce
qui luy eftoit dû , ce que
mir Agi ayant fçeu , il luy fit
fçavoir qu'il luy rendroit raifon
de ce qu'il fouhaitoit ; ils
convinrent de metre un Pavillon
entre la Caravane , & les
Arabes ou l'Emir Agi ſe rendroit
, & Kuleib enfuite , avec
un nombre égal d'hommes
pour leur feureté , ce qui fut
fait . Ils fe firent beaucoup de
complimens à leur premiere
veuë ; aprés quoy l'Emir Agi
luy demanda ce qu'il prétendoit
de luy , l'ayant fatisfait
GALANT 181
lors qu'il eftoit party de Damas
pour la Mekque de tout
ce qu'il devoit ; ce fut dequoy
il tomba d'accord. Cependant
il prétendit de luy avec des
airs infolens , à caufe qu'il fe
croyoit le plus fort , divers
droits qu'il dit que fes predeceffeurs
ne luy avoit point
payez , ce qui mit l'Emir Agi
dans une telle colere que fans
examiner le danger où il fe
mettoit , & la Caravanne par
confequent , il luy fauta au col,
& le prir par les cheveux ( tous
ces Arabes en pórtent ) & le
renverfa par terre. Il appella
182 MERCURE
un de fes Officiers auquel il
dit de mettre le fabre à la main
& de luy couper la teſte qu'il
tenoit toujours par les cheveux
& il ne les quita que lorsque
cette execution fut faite ; aprés
quoy il prit la tefte de Kuleib ,
qu'il montra aux Arabes &
enfuite s'eftant aperçu de l'étonnement
où ils eftoient d'un
coup fi hardy , il commanda
à fes Troupes de donner deffus
, ce qui fut fait en même
temps. Ils tuerent beaucoup
d'Arabes parmy lefquels un
des fils de Kuleib fe trouva
mort , & un autre fut fait priGALANT
183
fonnier ; aprés une expedition
de cette confequence , il eft
arrivé au Mufcrib , & enfuite
à Damas , couvert de gloire.
Un coup fi hardi doit intimider
les Arabes . Le Kalil Pacha une
demy heure aprés avoir reçu
la Lettre de l'Emir Agi l'envoya
à Conftantinople ; cct
affaire à fait grand bruit , ce
qui met les Turcs en réputation
, qui avoient befoin de fe
faire craindre des Arabes.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois de May d'une
action de Mr Duclerc , fort
connu parmy tous les Officiers
1
A
184 MERCURE
de Marine ; mais dont je n'étois
pas bien informé du détail ;
& d'ailleurs je devois vous
parler en même temps de plufieurs
autres actions faites par
le même Capitaine , & comme
rien n'eft plus fûr & plus
fidelle que les Originaux , voicy
une Lettre écrite par luy
même .
GALANT 185
A
LETTRE
De Mr Duclerc Capitaine de
Brúlot , commandant la Fregatte
du Roy la Valeur , à Mr
Chaftelain fon Affocié dans
l'Armement de cette Fregatte.
Au Fort Royal de la Matin ique
le 21.Octobre 1708 .
Depuis mon départ de la Rochelle
du 29. Juin dernier , pour
les Illes de l'Amerique , j'ay couru.
les mers jufques au 20. Septembre
fans rencontrer aucun Vaiffeau
ennemi , mais heureuſement
Juillet 1709.
e
186 MERCURE
ce jour- là je reconnus un Brigantin
Portugais à qui je donnay la
chaffe , & m'en eftant rendu le
maistre , je le confiay à Mr de
Joyeux , Officier de la Marine ,
pour le conduire à la Martinique
où il eft arrivé à bon port au Fort
Royal.
Fapprispar les Prifonniers de ce
Brigantin qu'une Flotte de io . gros
Vaiffeaux Portugais richement
chargez devoit partir inceffamment
des Coftes du Brefil pour le
Portugal. Sur cette bonne nouvelle
je fis force de voiles pendant
toute la nuit pour me relever &
gagner le Parage. Le jugementque
GALANT 187
j'avois fait fe trouva jufte ; je
découvris le lendemain à fix heures
du matin la Flotte un peu
avant à moy ; je fis mettre auffitoft
au même bord pour avoir le
temps de preparer mon équipage
au Combat , les Prifonniers du
Brigantin m'ayant affuré qu'il y
avoit dans cette Flotte quatre.
gros Vaiffeaux de quarante canons
de trois cens hommes d'équipage.
Aprés ce préparatif je
mis à l'autre bord pour aller à la
rencontre de cette Flotte compofée
de dix Vaiffeaux qui fe mirent
en ligne , s'attendant les uns les
'autres . Je ne les enspas plutoft re-
Q ij
188 MERCURE
connus , que je cherchay le Commandant
dont je m'approchay
de
de ma
fiprés que je chauffayfi vivement
de mon canon
moufqueterie , que je l'enlevay en
moins de demie- heure : aprés l'avoir
ammariné je courus fur une
Flutte que je pris fans reſiſtance ;
cette feconde prife eftant faite , je
courus fur un troifiéme Vaiffeau
qui me parut auffi gros que le
premier ; comme je n'en eftois qu'a
une demi- lieuë , je perdis mon petit
mafts de bune quife rompit , &
que je fis jetter à la mer pour ne
perdre point de temps , &fur les
dix heures dufoir j'arrivay fur ce
GALANT 189
>
troifiéme Vaiffeau , qui fe rendit
aprés une legere résistance
ne voulant pas effuyer le fort du
premier qui avoit efté tres maltraitté.
Ces deux Vaiffeaux portent
cinq cens tonneaux , & peuvent
eftre percez pour cinquante canons.
La Flutte porte 400. tonneaux.
Cette expedition m'ayant
réüffi heureusement , & voyant
mon équipage affoibli , aprés avoir
amariné ces trois prifes , je donnay
deux grandes Chaloupes aux Prifonniers
Portugais , que je jugeay
à propos de renvoyer à terre ,
nous n'eftions éloignez que
d'où
de 20 .
190 MERCURE
lieuës à la hauteur de Pernambuc.
Je fongeay enfuite à amener
mes prifes à la Martinique , où
jarrivay le 20. de ce mois fans
échec.
Ces prifes confiftent en fucres ,
cuirs corroyez , bois & tabac de
Brefil , & quelques matieres d'or .
d'argent. Si je trouve quelque
occafion de donner la chaffe aux
Vaiffeaux ennemis , je ne la laifferay
point échapper. Je fuis , &c .
Au Fort Royal de la Martinile
21. Octobre 1708 .
que
Mr Duclerc a tenu parole , &
depuis ce temps - là il a fait une
GALANT 191.
prife tres- confiderable , dont
vous trouverez le détail dans
la Relation fuivante.
Le 10. Mars 1709. le Sr Duclerc
eftant au Carrefour de l'Intendance
au Fort de S. Pierre de la
Martinique , il oüit dire qu'un
Brigantin Anglois armé en guerre
avoit pris une Barque marchande
à la pointe des Ances d'Arlet de
cette Ifle, & enfuite un Canot
paffager qui venoit du Fort Royal
au Quartierdu Fort Saint Pierre ;
il apprit auſſi qu'onfaiſoit battre
ban pour faire embarquer des
Flibuftiers fur deux Baftimens
un
192 MERCURE
Corfaires pour courre fur le Brigantin
, & en même temps Mrde
Gabaret , Gouverneur & Com
mandant en Chef aux Ifles , demanda
au Sieur Duclerc s'ilpour
roit donner quelques Matelots de
fon équipage pour embarquer fur
les Baftimens Corfaires , à quoy
ilfit réponse qu'il ne pouvoitfe dégarnir
de fon monde , eftant dans
la refolution d'aller luy - même
aprés le Brigantin , & auſſi toft
le fieur Duclere alla à Bord de la
Fregatte , fir mettre
nierdehors & tirer le coup de partance
; en forte que fur les neuf
heures il appareilla ayant alors
le
petit
.
bucent
GALANT 193
cent foixante combattans à Bord
trente- fix canons montez. Il
fit porter pendant toute la journée
à l'Ouest & Ouest-Nord Oueft ,
fur les cing heures du foir il
découvrit le Brigantin faifant le
Nord Oueft quart de Nord ; dans
le peu de jour qui luy reftoit pour
la haffe , il le hauffa unpeu , &
nuit eftant venue , le fieurDuclerc
fit ferrer le vent dans la vûë
de fe tenir àfept ou buit lieuës de
terre , pour mieux découvrir au
vent & fous levent.
Le lendemain Lundy il appergeut
avec le jour le Brigantin qui
faifoit la même route , fuivi
Juiilet 1709.
R
194 MERCURE
d'une Barque, qui felon toutes les
apparences eftoit fa Prife , & fe
fepara de luyfaifant vent arriere
ayant continué fa chaffe fur le
Brigantin jufqu'à trois heures
de relevée du même jour , le Sieur
Duclerc apperçeut au large envi
ron à 18. lieues de la Guadeloupe
, un Navire qui tenoit le
vent au plusprés , ayant la Mure
à bas- bord : Peu de temps aprés
il vit que ce Navire portoit fur
le Brigantin , & comme le Brigantin
qui le reconnoiffoit portoit
auffi fur luy , ilsfe joignirent en
moins d'une heure , nonobftant
le Sieur Duclerc continua quoy
GALANT 195
fa chaffejufqu'à une lieuë de dif
tance des deux Baftimens ; mais
lorfqu'il eut reconnu ce Navire
pour un Vaiffeau de guerre , &
que quelque temps aprés il en eut
encore reconnu un autre fous le
vent , lefieur Duclerc pour lesféparer,
fe mieux préparer au combat
, & attirer le Vaiſſeau de
guerre à luy , fit mettre à l'autre
bord.
Ces deux Baftimens tinrent le
plus prés du vent en donnant chaffe,
&fur les fept heures du foir
le Brigantin fe fepara d'eux faiz
fant vent arriere , ce qui donna
lieu pour lors au fieur Duclerc de
Rij
196 MERCURE
croire qu'il alloit donner
avis à
l'autre Voile qui eftoit fous le vent
&fort éloigné
.
Pendant la nuit le fieur Duclercfit
ménager fa voilure de maniere
que quand le Vaiffean
le
hauffoit un peu , il faifoit mettre
dehors fes Perroquets
, & quand
il s'éloignoit
, il les faifoit ame
ner &ferrer , & ce pour tenir le
Vaiffeau dans une certaine diftance
, & ne point s'engager
la nuit
dans un Combat.
Le lendemain Mardy le Vaiffeau
qui avoit dés le matin arboré
le Pavillon d'Union d'Angleterre,
tira un coup de canon à balGALANT
- 197
le
le defon avant ,
apparemment pour
obliger le fieur Duclerc à montrer
fon Pavillon , nonobftant quoy
fieur Duclerc continua de tenir le
vent, fitfaire la Priere & déjeunerfon
équipage.
a
Ayant fait enfuite carguer fa
grande Voile & arborer Pavillon
François , il arriva fur le Vaiffeau
& à portée du fufil effuya
fa vollée de canon & de moufqueterie
de bas -bord ; mais le fieur
Duclerc qui ne fe crut pas encore
affez à bonne portée arriva plus
prés & fit tirer avec fa moufqueterie
fes 2.batteries de canon hautebaſſe
de ftribord fi heureuſe-
Riij
198 -MERCURE
ment qu'il luy parut qu'il avoit
éclairci les hommes fur le gaillard
&furlepont, de maniere que leur
feu enfut rallenti , aprés deux
autres décharges de tout le canon
&de fa moufqueterie , le fieur
Duclerc qui arrivoir toûjours de
plus prés prit le party de l'aborder.
Dans le
temps qu'il l'allongeoit
unpeu , le Mafts de Beaupré entra
dans les grands haurbans de
la Fregatte , & un homme poſté
exprés par le fieur Duclerc , jetta
ungrapinfur l'avant du Vaiſſau ,
& un autre faifit le Maft de
Beaupré en l'amarrant aux grands
GALANT 199
Haubans de la Fregatte .
#
1893
Alors le fieur Daclerc faifant
redoubler le feu de fa moufqueterie
& jetter des grenades , le fieur
du Peyrat qui commandoit lapremiere
Batterie , laquelle il avoit
fait fervir fi à propos , que fon
feu avoit defolé le Vaiffeau ennemi,
fit fes efforts pour monter à
bord de l'Ennemy par un fabord
de fa batterie , mais encore foible
d'une longue maladie , il courut
rifque d'eftre écrasé entre les deux
Vaisseaux.
Lefieur de S. Amant Enfeigne
fur les Vaiffeaux du Roy , & Of
ficierfur la Fregatte fauta à bord
R iiij
200 MERCURE
du Vaiffeau , fuivi de quelques
hommes qui faifoient feufur l'arriere.
Dans ce même temps cet Officier
reçut un coup de fufil au travers
du corps , & ayant eftéfoùtenu
par le fieur de Boifvert Soubrigadier
des Gardes de la Marine
de la Compagnie de Rochefort ,
Officier fur la Fregatte : les
gens du Vaiffeau ennemi ne pouvant
plus foûtenir le feu de la
moufqueterie des grenades
amenerent leur Pavillon Anglois
aprés cinq quarts d'heure de combat
& crierent Quartier , que le
fieur Duclerc leur accorda ,
qu'aprés le Pavillon amené ils
quoy
GALANT 201
euffent tiré un coup de canon qui
tua un homme fur l'avant de la
Fregatte.
Aprés que le fieur Duclerc fe
fut rendu maistre du Vaiffeau
& qu'il fe fut informé des Prifonniers
d'où il venoit & par qui
il eftoit commandé , il apprit que
c'eftoit un Vaiffeau de la Reine
d'Angleterre nommél'Aventure ,
monté de 44. canons & de 193 .
hommes d'équipage
y compris un
détachement de 40. Soldats dont
trente Grenadiers
du Regiment
d'Antigues & 10. de la Marine ;
il apprit auffi que ce Vaiffeau
eftoit commandé par le fieur Ro202
MERCURE
bert Clerck , & qu'ilfervoit de
Garde-Coftes aux Ifles de deffous
le vent.
On luy dit auffi que le four
Robert Clerck avoit esté tué &
fon Lieutenant bleffé à mort , que
pendant le combat on avoit jetté
huit hommes à la mer , & qu'il y
avoit actuellement fur le Pont
trente- deux morts , que le freur de
Bofvert deftiné pour commander
le Vaiffeau , fit jetter à la mer.raprés
les avoirfait compter ; on a trouvéparmi
les Prifonniers 63. hommes
eſtropiez & 25. legerement
bleſſez
Le fieur Duclère qui n'a eu
GALANT 203
dans ce combat que quatre hommes
tuez & dix fept bleſſez y cmpris
le Sieur de Saint Amant ,
aprés avoir donné des ordres necef
fairespour ammariner ce Vaifean
45 hommes de fon équipage
au Sieur de Boifvers , fit (a route
pour retourner à la Martinique
où il moüilla le 19. Mars 1709 .
Au mois d'Avril le Steur Duclerc
aprés avoir fait renarer fes
manoeuvres fe mit à la Voile pour
repafer en Europe fervant d'ef
corte à fes Prifes ; il a pendant
Sa route fait rencontre d'un Brigantin
Anglois qu'il a rançonné
250. livres sterling , & il eft
204 MERCURE
arrivé le 12. Fuin au Port de
la Rochelle avec les Vaiffeaux ,
l'Oriflamme, le Saint Antoine
de Padele Nicolas Françoisfur
lesquels ont efté embarquez
la plus grande partie de fes
Prifes. Le Vaiffeau l'Aventure
eftant trop maltraité a esté laiffé à
la Martinique tant pour eftreraaouvé
que pourfervir de Magafin
au reste les prifes que le Sieur
Duclerc n'a pu embarquer dans
fa Fregate.
1...16
De pareilles expeditions font
affez l'éloge de Mr Duclerc, tout
ce qui rend recommandable un
bon Officierde Marine paroit dans
GALANT 205
y
gros
fa conduite , la valeur , l'habileté
& la promptitude on doit
joindre l'ardeur à chercher les occafions
de fe fignalerpour le fervice
du Roy: non content d'avoir combattu
mis en déroute dix
Vaiffeaux Portugais dont 4. de
49. Canons & de 300. hommes
d'équipage , il vafe mesurer avec
un Anglois plusfort en équipage
en Canons , l'attaque , l'aborde
je l'enleve aprés cinq quarts
d'heure de combat & revient cou
vert de gloire , & chargé de
dépouilles des Ennemis .
On ne peut rien ajouter à
la valeur de toutes nos Frou-
#
206 MERCURE
&
pes de Mer. On ne voit que
des prodiges de leur part ,
T'on peut dire que tous ceux
qui les commandent font des
Heros , & qu'ils n'ont pas
attendu le nombre des années,
non feulement pour faire briller
leur valeur , qui demande
une efpece de temerité qui
fied bien aux jeunes gens ; mais
auffi leur conduite , qui eft
ordinairement le partage de
ceux qui font plus avancez en
âge. Ainfi l'on peut dire que
quand l'une & l'autre fe trouvent
dans les même perfonnes,
elles rempliffent glorieuſement
GALANT
207
la Carriere où elles font entiées.
>
Mr Caffard , dont je vous
parlay il y a deux mois eft de
ce nombre , puifque n'ayant
qu'à peine 32. ans , il s'eft
diftingué encore plus par fa
conduite que par la valeur
quoy qu'il fut malaiſé de la
porter plus loin dans l'Affaire
qui s'eft paffée à la veuë de
toute la Ville de Tunis , comme
je vous l'ay déja marqué ,
& comme toutes les Relations ,
même , jufqu'à celles des Ennemis
en font foy , tant il eſt
vray qu'on ne peut refufer au
208 MERCURE
vray merite , ce qui luy eft
legitimement dû. Toutes les
Relations font entrées fi avant
dans le détail de ce combat
dont je vous ay auffi parlé ,
que je ne vous en diray plus
rien, finon qu'il a fait beaucoup
d'honneur à toute la Nation .
Mr Caffard , eft de Nantes ;
fon pere eftoit dans le Commerce
, & envoyoit des Vaiſſeaux
en Amerique & dans d'autres
Pays Etrangers. Il pric
foin de le mettre de bonne
heure à la Mer , où il a appris
fi bien la Navigation & fur
tout la manoeuvre d'un VaifGALANT
20y
feau , qu'on peut dire qu'il y
excelle. Auffi perfonne n'entend
t'il mieux que luy l'Art
de conduire & de tourner un
Vaiffeau. Il a fait voir , toute
la valeur , la conduite , & la
fageffe , en ne s'engageant pas
temerairement au milieu d'une
Flotte de 15. Vaiffeaux de
Guerre , dont un feul auroit
pû l'arrefter. On peut dire
qu'il a eu toute l'adreffe ima
ginable , en menageant tous
fes avantages , & que fa
prudence s'eft fait voir en
évitant l'abordage ; en ſe battant
en retraite ; en triomphant
Juillet 1709.
S
.B
210 MERCURE
en fuyant comme les Parthes ;
en rangeant toujours la terre
pour n'eftre pas envelopé` , &
en fe menageant un lieu de
retraite en cas d'accident . Enfin
, l'on peut dire qu'ila vaincu
& fait fuir les Ennemis , malgré
la confiance que leur fuperiorité
leur donnoit . Rien ne l'a
troublé ; rien l'a déconcerté ,
" ni la longueur d'un Combat
opiniaftré pendant plus de
douze heures , contre des gens
d'une Nation fuperbe qui
prétend eftre en poffeffion de
l'Empire des Mers ; ni le feu
terrible des Vaiffeaux frais qui
GALANT 211
fe relevoient tour à tour , ni
le délabrement du fien criblé
& percé à l'eau de huit coups
de Canon ; ni toutes les ma.
nævres coupées , Voiles
Cordages , Mats , endomagez ,
qui luy devoient faire croire
qu'il eftoit fur le point de
périr. Intrepide dans l'action
Mr Caffard n'y a point connu
de péril , & il a confervé tout
y fon fens froid , afin de pouvoir
tout prevoir ; de pouvoir donner
fes ordres par tout avec
fa prefence d'efprit ordinaire,
& pour raffurer les efprits
étonnez & infpirer à fes gens
Sij
212 MERCURE
par fon exemple la valeur qui
luy eſt naturelle.
J'aurois encore mille chofes
à dire de fes belles qualitez ;.
mais je puis vous affurer que
quoyque ma Lettre foit déja
beaucoup plus d'à moitié remplie
, il me refte tant de choſes
à vous faire part , que je crains
même , de ne les pouvoir toutes
faire entrer dans celle qui
fuivra celle - ci .
Vous attendez fans doute
que je vous parle du Service
folemnel fait pour le repos de
l'ame de S. A. S. feu Monfieur
le Prince de Conry , dans l'EGALANT
213
glife de Saint André des Arcs
La Paroiffe , où il a efté inhumé
auprés de Madame la Princeffe
de Conty fa mere. Tout a
répondu dans ce Service à l'éclat
de la naiffance du Prince
pour lequel il a eſté fait , à
la pieté , au zele , & à la tendreffe
de fon augufte Epoufe.
peut connoiftre par le
On le
choix qu'elle a fait de tous ceux
qui ont eu part à ce qui a regardé
cette Pompe funebre .
Mr Bérain , Deffinateur ordinaire
du Cabinet du Roy , &
qui n'a jufqu'icy fait que des
Chef-d'oeuvres dans ces fortes
214 MERCURE
de fpectacles funebres , a cu
foin de la Décoration de l'Eglife
, & de tout ce qui a regardé
le Maufolée .
Mrs de l'Academie Royale des
Medailles & Infcriptions ont
efté choifis pour faire les Devifes
, dont la beauté a répondu
à la grandeur du fujer , & à la
profonde érudition de tant de
beaux genies , & fi éclairez ſur
ces fortes de matieres . Et pour
qu'il n'y cut rien à fouhaiter
dans cette ceremonie , le Pere
Maffillon , Preftre de l'Oratoire
a prononcé l'Oraiſon Funebre.
GALANT 215
L'Egliſe de Saint André des
Arcs , eftant fort incommode
pour ces fortes de ceremonies ,
à caufe de fon irregularité
,
Mr Bérain fut obligé d'en faire
ôter tous les Bancs , afin que.
la Décoration
en fuſt reguliere
, & tous les Ornemens qui y
entrérent , convenoient aux
actions & au merite du Prince
deffunt . L'Autel eftoit décoré
dans le même gouft que tout
le circuit de l'Eglife , & fort
illuminé. Il y avoit deux lez
de velours femez de fleurs -delys
d'or & de larmes d'argent ,
l'ufage ayant toûjours cfté
216 MERCURE
d'en mettre de pareils pour les
Princes du Sang. L'un de ces
lez de velours formoit la frife
de la corniche qui regnoit autour
de l'Eglife , & le fecond
lez formoit la baze ; cette cor
niche & cette baze eftoient
bordées d'un rang de lumieres
& fur le lez de la Baze ,on voïoit
plufieurs Devifes qui regardoient
les actions du Prince
deffunt , depuis fa naiffance
jufqu'à fa mort. Il y avoit auffi
en plufieurs endroits , felon
qu'il convenoit à l'Architecture
des groupes de lumieres
portées par des Girandoles.
L'ArGALANT
217
L'Architecture du Maufolée .
eftoit en forme Pyramidale. Il
eftoit élevé fur une Eftrade
ornée de plufieurs Bas - reliefs
qui reprefentoient les Actions
les plus celebres du Prince.
Le Corps du Maufolée qui
eftoit pofé fur l'Eſtrade eftoit
quarré & ouvert par quatre
Arcades , avec de grandes confoles
fur les angles qui portoient
quantité de lumieres .
On voyoit aux faces des Arcades
, des Figures qui reprefentoient
la Religion ; la Valeur
; la France affligée , & la
Memoire qui écrivoit les Ac-
Juillet 1709.
T
218 MERCURE
tions du Prince fur un Bouclier.
Au deffus de cette Architecture
s'elevoit un Socle
qui portoit une Piramide d'un
deffein tres- particulier . Tous
les angles de cette Piramide
eftoient ornez de palmes , dont
les feuilles portoient des lumieres
, & le fommet de cette
Piramide eftoit orné d'une
Couronne d'immortalité fort
luminenfe . Au - deffus de tout
cet édifice , paroiffoit un Pavillon
magnifique dont les
pentes noires fleurdeliſées d'or,
& doublées d'hermines ,étoient
rattachées aux deux coſtez de
GALANT 219
Eglife à quatre endroits differens
. Enfin l'on peut dire que
le tout enfemble produifoit un
effet merveilleux , & il eft furprenant
que dans une Eglife
auffi peu fpacieuſe ont ait pû
faire de fi grandes choſes .
Dans cette Ceremonic , M
le Marquis de Gorfe portoit la
queue du Manteau de S. A. S.
Monfieur le Duc ; Mr de Benval
, celle du Manteau de S. A.
S.Monfieur le Duc d'Enghien,
& Mr d'Origny celle du Manteau
de S. A. S. Monfieur le
-Prince de Conti.
Ce feroit icy le lieu de vous
Tij
220 MERCURE
parler de l'Oraifon
Funebre
prononcée
par le Pere Maffillon
, qui a fait autant verfer de
larmes à fes Auditeurs
, qu'elle
luy a attiré d'aplaudiſſemens
;
mais les prefens
que l'on en a
fait à diverfes
perfonnes
font
en fi grand nombre
, joints au
grand débit que le Libraire
en
fait tous les jours , que je ne
vous dirois rien qui ne foit entre
les mains prefque
de tout
le monde , & particulierement
entre les voftres , puifque
vous
avez grand foin d'avoir
tous
les Ouvrages
dont la reputation
eſt établic ; & d'ailleurs
je
GALANT 221
vous ay envoyé un ſi bel Article
de ce qui s'eft paffé , prefque
quart d'heure par quart
d'heure , pendant les derniers
jours de la vie du Prince défunt ,
que vous avez cfté attendric
de cet Article , ainfi que tous
ceux qui l'ont lû ; de maniere
qu'à cet égard , il ne reſtoir à
l'Orateur qui devoit faire l'Oraifon
Funebre de ce Prince
qu'à donner à toutes ces chofes
le tour d'éloquence
que
mande la Chaire , & à parler
de tout ce qui a rendu ce
Prince recommandable
pen .
dant fa vic , & de fes actions
de-
T iij
222 MERCURE
militaires qui ne font ignorées
de perfonne , & dont l'Histoire
ne fe tait pas .
Les Guerres qui afligent les
Pays-Bas, depuis long temps ,
font cauſe qu'on a mis au jour
plufieurs Cartes de ces Provinces
; mais comme les Geographes
s'atachent à connoïftre
les lieux dont ils veulent donner
de nouvelles Deſcriptions ,
plus ils travaillent plus ils font
de découvertes qui ont échapé
à ceux qui ont donné des Cartes
des mêmes lieux , on peut
croire que ce que Mr de Fer
vient de donner au Public fur
GALANT 223
ce fujer , doit eſtre ce que l'on
à vû juſqu'icy de plus détaillé .
L'Ouvrage qu'il a entrepris
doit conſiſter en vingt feülles
dont 1 3. font déja en vente &
contenir la Flandre , le Brabant ,
le Haynaut , le Namurois ,
l'Artois , le Pays conquis &
reconquis , le Boulonois , & le
cours entier de la riviere de
Somme , par le Vermandois ,
le Santerre , l'Amiennois , &
le Ponthieu. Ces feuilles ont
chacune leur Titre & leur Echelle
. Les environs de Lille ,
d'Ipres , de Tournay , de Menin
& de Courtray , font une
T' iiij
R
224 MERCURE
feüille ; les environs de Dunkerque
, de Furnes , de Nieuport
, de Berg , & de Dixmude ,
une autre feuille , & ainfi du
refte .
Toutes ces feuilles fe peuvent
joindre & coler enfemble,
& alors elles font une grande
Carte ; & pour la commodité
des gens de guerre on les vendra
féparément , ou en livre
d'un volume que l'on pourra
porter tres facilement . Čet ouvrage
eft confiderable , & l'un
des plus grands que Mr. de Fer
ait donné au Public depuis
trente ans,& des mieux gravez.
GALANT 225
Comme le même prévient
toûjours les fouhaits que le
Public peut faire fuivant les
conjonctures qui arrivent , ila
auffi donné un Plan de Tournay
, indépendemment de toutes
les Cartes dont je viens de
vous parler.
Il demeure toûjours fur le
Quay de l'Horloge , dans l'Ifle
du Palais , à la Sphere Royale.
Pendant que Mr de Fer faifoit
travailler aux Cartes dont
je viens de vous parler , Mr
Liebaux Geographe , fort connu
par divers Ouvrages con-
1
226 MERCURE
fiderables qu'il a donnez au
Public , faifoit travailler à une
nouvelle Carte de France , tres-
Parle- curieuſe , & divifée par
mens & Confeils Souverains ;
où l'on voit toutes les Provinces
qui dépendent de chaque
Parlement , avec une Defcription
qui marque
le temps de
leur creation . Certe Carte eft
tres exacte , & fort proprement
gravée ; elle fe vend
chez l'Auteur , ruë Saint Jacques
à la Colombe Royale ,
prés Saint Yves . On trouve
auffi chez le même , plufieurs
Cartes d'Alemagne.
GALANT 227
Vous devez avoir déja appris
la mort de Mr Artus Thimoleon
Louis de Coflé , Duc de
Briffac , Pair & Grand Pannetier
de France , mort d'apoplexie,
à l'âge de 41. an . Il a eſté
inhumé avec un appareil digne
de fa naiffance , dans la
Chapelle d'Orleans -aux Celeftins
. Il a laiffé trois garçons
de Dame N. de Bechameil
Soeur de Mr de Nointel , Confeiller
d'Etat , & de Me Defmaretz
. Le Roy a donné la
Charge de Grand Pannetier de
France , à fon fils aîné qui n'a
228 MERCURE
1
encore que dix- fept ans.
Le deffunt eftoit fils de Louis
Thimoleon de Coſſé , Comte
de Chafteau- Giron en Bretagne
, Commandeur des Ordres
du Roy , Lieutenant general
de fes Armées , & grand Pannetier
de France ; & d'Elifabeth
Charron d'Ormeilles.
La Maifon de Coffe eft ori-.
ginaire du Royaume de Naples.
Il y avoit un Jean de
Coffe , Sénéchal & Favori de
René d'Anjou Roy de Sicile
& Comte de Provence , fous
le regne de Louis XI. Il yyaa cu
GALANT 229
des Maréchaux de France de ce
nom ; des grands Mailtres de
l'Artillerie, des Gouverneurs de
Paris ; de grands Fauconniers ;
des Colonels generaux de l'Infanterie,
de grands Aumôniers,
&des Chevaliers des Ordres du
Roy. Ce fut Charles de Coffe
Marechal de France , qui remit
là Ville de Paris fous l'obeillance
d'Henry IV. & c'eſt
de luy que font defcendus les
Ducs de Briffac d'aujourdhuy
.
Pendant que la
mort
triomphe
d'un cofté , l''amour
230 MERCURE
étend fes triomphes de l'autre
, ou pluftoft pendant que
les uns meurent , les autres fe
marient , car on ne peut affurer
que l'Amour foit le principal
fujet de tous les Mariages
qui fe font , du moins c'eſt
un uſage que de ne pas croire
qu'il y ait toûjours la part
qu'il y devroit avoir. L'Hymen
chaffe fouvent l'Amour , du
moins fi l'on en croit les Poëtes
; mais il eſt conſtant qu'il
le fait auffi naître fouvent. Je
fouhaite qu'ayant acompagné
au Lit nuptial les Illuftres
perfonnes qui font le fujet des
GALANT 231
trois Mariages fuivans , il ne
les quitte jamais.
re
Mt Louis Bouthillier , Chevalier
Marquis de Villeſavin ,
a époufé Dlle Antoinette le
Gouz Maillard Il eft fils de feu
Mi Leon Bouthillier ( M° des
Requeſtes , Comte de Chavigny
, Seigneur de Pont - fur-
Seine , &c. & de Dame Elifabeth
Boffuet ; Petit- fils de Mr.
Leon Bouthillier . Comte de
Chavigny & de Buzançois
Miniftre & Secretaire d'Etat ,
grand Treforier des Ordres
du Roy , & d'Anne Phelypeaux
; arriere - petit - fils de M
232 MERCURE
Claude Bouthillier Miniftre &
Secretaire d'Etat , Surintendant
des Finances & grand
Treforier des Ordres du Roy ,
& d'Anne de Bragelogne . Il
eft frere de Mr le Comte de
Chavigny & de Mr l'Evêque
de Troyes . Il eft neveu de M
le Marquis de Chavigny ; de
M 'Bouthillier ci devant Confeiller
au Parlement de Paris ;
de Madame la Maréchale de
Clerembault ; de Madame la
Ducheffe de Choifeul ; de M
l'ancien Evêque de Troyes , &
de Me la Prefidente de Bofmelet
, mere de Madame la DuGALANT
233
cheffe de la Force. Mlle le
Gouz eft fille de M' le Gouz
Maillard , Prefident à Mortier
au Parlement de Dijon , d'une
famille diftinguée dans la Province
de Bourgogne , & de
Dame Anne Berthier ; elle a
deux fours aînées mariées ,
l'une à M Turgot M des
Requeſtes & Intendant en Auvergne
, fils de M' Turgot de
Saint Clair auffi MⓇ des Requê
tes ; l'autre à Mr Rouillé Confeiller
au Parlement , fils de
Mr le Prefident Roüillé .
Ce Mariage a efté ſuivi de eclui
de M' le Comte de Polignac
V
Juillet 1709.
234 MERCURE
lignac , qui a épousé la troifie
me fille de Me de Mailly , Dame
d'Atour de Me la Ducheffe
de Bourgogne . Je ne vous
diray rien de la Maiſon de
Mailly , dont j'ay fouvent eu
occafion de vous entretenir
, &
dont je vous ay parlé amplement
depuis quelques mois .
Je ne vous repeteray point
auffi tout ce que je vous ay
fouvent dit de Me de Mailly
qui eft de la Maifon de Sainte
Hermine , & particulierement
lors que je vous ay parlé du
Mariage des deux Soeurs aînées
de la nouvelle épouſe , dont
GALANT 235
l'une a épousé Mr le Marquis de
la Vrilliere , Secretaire d'Etat ,
& l'autre Mr le Marquis de
Liftenois . La nouvelle épouse
n'a que 14 ans ou environ ;
elle a beaucoup d'agrément , &
il paroift que fa beauté qui
commence à fe former ira toûjours
en augmentant. Quant
à Mr de Polignac , il eſt fils
de Louis Armand , Vicomte
de Polignac en Velay , Marquis
de Chalençon en Forez ,
Commandeur des Ordres du
Roy , Gouverneur du Puy , &
de N. de Grimoard de Beauvoir
du Roure . Il eft frere de
Vij
236 MERCURE
Mr l'Abbé de Polignac , dont
l'efprit à brillé en Pologne ,
& qui eft à prefent Auditeur
de Rote .
Mr d'Eaura , Seigneur d'Antragues
, vient auffi de fe Marier.
Il eft d'une Maiſon tresilluftre
de la haute Auvergne.
Son bifayeul qui eftoit Officier
General , eftoit Gouverneur
de Conque & de Saint Hylaire.
Son pere fut tué à la bataille
de Stafarde , après s'eftre fort
diftingué. Celuy dont je vous
parle s'eft auffi fort diftingué
dans le Service depuis douze
& le grand nombre de
ans
>
GALANT
237
>
bleffures dont il eft couvert ,
font connoiftre qu'il s'eft trouvé
dans les occafions les plus
périlleuses. Il vient d'époufer
Madame de Pringy veuve
du Comte de ce nom , Capitaine
au Regiment de Grancey,
& fille de Mr de Marenville ,
Garde du Trefor de la Chambre
des Comptes de Paris . Je
vous ay fouvent parlé de Me
de Pringy , connue par fon
efprit ainfi que par la beauté
& par la folidité de ſes Ouvrages.
Vous donnerez telle aplication
que vous voudrez à la
238 MERCURE
Chanfon fuivante , dont il
feroit avantageux que l'époux
dît toujours le premier vers à
fon épouſe.
AIR NOUVEAU.
Plus je vous vois , plus je vous
aime
Rien n'eft égal à mon ardeur.
Helas ! que n'êtes vous de même
Que nefixez vous voſtre coeur.
J'avois refolu de ne pas
rentrer fitoft dans des Articles
de Morts , & de continuer
par d'autres qui ne regardent
GALANT 239
que la joye ; mais je dois encore
vous parler d'une mort
qui fera voir aux nouveaux
Mariez dont je viens de vous
entretenir que l'on trouve
Louvent des Maris Amans
puifque Mr le Marquis du
Boulay , qui vient de mourir
auroit pu vivre encore long
temps i l'amour qu'il avoit
pour fon époufe luy eut permis
de la quitter pendant que
la petite verole dont elle eftoit
ataquée la faifoit foufrir ; mais
ayant prefque toujours demeuré
auprés d'elle le venin
d'un mal fi contagieux ayant
240 MERCURE
C
paffé juſqu'à luy , la mort n'a
point eu d'égard pour un
amour fi violent , & la inhumainement
emporté. Il eftoit
fils unique de feu Mre
Denis Talon Preſident à Mortier
, decedé le 2 Mars 1698 .
& de Dame Angelique Favier
du Boulay. Ce Marquis eftoit
Colonel du Regiment Royal
Orleanois & la Majefté a
donné ce Regiment à Mr de
Brancas dont les fervices
font connus auffi bien que
la Maifon , & le Regiment
de Laonnois qu'il poffedoit
,
a cité donné à fon frere..
,
GALANT 241
L'Avertiffement qui fuit m'a
cfté envoyé de Toulouſe , &
peut fervir de réponſe à tout
ce que vous m'avez demandé
touchant les Articles qu'il
contient.
AVERTISSEMENT.
La Ceremonie de la diftribution
des Prix s'eft faite avec la
folemnité ordinaire le 3. de May
1709.
Mr Roy, Confeiller au Chaf
telet de Paris , & Academicien
de l'Academie Royale des Medailles
& Inſcriptions a remporté
le Prix de l'Ode.
Juillet
1709.
X
242 MERCURE
Mr.l'Abbé le Maumenet ,
Chanoine de Beaune a remporté
le Prix du Poëme.
Le Prix du Poëme qui fut refervé
l'année derniere , a efté don
né à une autre Ode du même Mr
Roy.
Le Prix de l'Eloquence a
efté adjugé à Mr Henault, Confeiller
au Parlement de Paris ;
le Prix de la Profe qui fut
auffi refervé l'année derniere ,
efté donné à un Difcours dont Mr
la More-Houdart eft l'Auteur.
Ce même Auteur a cu encore
estte année le Prix de l'Eglogue ;
c'eſt le neuviéme Prix qu'ila rem
GALANT
243
porté dans l'Academie des Jeux
Floraux.
Le Public nefçauroit eſtre affez
informé du nombre de la qualité
des Prix que l'Academie
des
Feux Floraux doit donner chaque
année.
de
Ily en a quatre ; le premier eft
une Amaranthe d'or de la valeur
quatre cens livres qui eft adjugé
à une Ode ; le fecond eft une
Violette d'argent de deux cens cinquante
livres qui eft adjugé à un
Poëme defoixante Vers au moins,
de cent Vers au plus, tous Alexandrins
& fuivis , ou à rimes
plates, dont lefujet doit eftre heroi-
X ij que.
筵。
244 MERCURE
1
Le troifiéme eft une Eglantine
d'argent du prix de deux cens
cinquante livres qui eft adjugé à
une piece de Profe d'un quart
d'heure de lecture , dont l'Academie
des Jeux Floraux publiera
toutes les années le fujet qui fera
pour l'année prochaine 1710 .
Rien ne fait plus d'honneur
aux Grands que de
proteger
les belles Lettres.
Lequatriéme Prix cftun Sou
cy d'argent de la valeur de deux
cens livres ; on le donne à une ELegie
, à une une Eglogue , ou à une
Idylle
On laiffe au choix des Auteurs
GALANY 245
le fujet de toutes fortes de Poeftes
qui peuventprétendre à ces Prix ;
à l'égard des Vers , ils doivent eftre
reguliers , n'avoir rien de burlefque
, de fatyrique ny d'indécent,
Toutes perfonnes dequelque qualité
& pays qu'ils foient de l'un
de l'autrefexe pourront afpirer
aux Prix.
Les Auteurs qui y prérendront
feront remettre leurs ouvrages
dans tout le mois de Fanvier , lequel
eftant expiré on n'en recevra
plus.
Il faudra que l'on s'adreffe à
Mr de la Faille , Secretaire per-
X iij.
246 MERCURE
petuel des Jeux Floraux , qui
loge à la place Saint George.
Les Auteurs ne fe feront point.
connoitre avant la diftribution
des Prix ; ils ne mettront point
leurs noms à leur Ouvrages; mais
feulement une Sentence. Le Secretaire
des Jeux en écrira la receptionfur
un Regiftre où il mettra
le nom , la qualité , & la.
demeure desPerfonnes qui luy auront
delivré les ouvrages lesquelles
figneront les Regiftres & en même
temps en recevront un Recepiffé
Les Auteursferont obligez de luy
fournir trois Copies pareilles &
bien lifibles de chacun de leurs
Ouvrages ?
GALANT 247
On les avertit de s'abftenir de
toute follicitation , l'Academie
ayant pris de nouvelles & plus
fortes refolutions qu'auparavant
d'exclure tout Ouvrage pour le
quel elle fera convaincuë qu'on
aura follicité.
On avertit encore que c'eft
une loy de l'Academie de n'ad
juger les Prix qu'à des Ourorages
nouveaux ,
d'exclure
ceux qu'on reconnoiftra avoir
déja paru ; que les Auteurs qui
font courir leurs Ouvrages avant
qu'ils foient examinez & jugez
contreviennent à cette Loy : qu'à
l'avenir un Ouvrage dont il aura
X iiij
248 MERCURE
couru des Copies dans le Public
fera point regardé comme nouveau
, & qu'il fera exclus du
ne
Prix .
Les Ouvrages qu'on décou
vrira n'avoir pas efté faits par
celuy qui s'en dira l'Auteurferont
auffi exclus du Prix ; c'est un des
Statuts de l'Academie.
8.
On avertit donc les Auteurs
de qui les Ouvrages auront remporté
des Prix , qu'ils feront obligez
pour les recevoir defeprefenter
eux - mêmes l'apréſmidy du
3. jour de May s'ils font dans la
Ville de
Toulouze ; & en ce cas
on leur delivrera les Prix dés
CALANT
249
qu'ils fe prefenteront ; que s'ils
font Etrangers & hors de por-
•tée de venir les recevoir eux- mêmes
, ils feront obligez d'envoyer
à une perfonne domiciliée à Tou
louze , une Procuration en bonne
forme pour la remettre à Mr de
la Faille avec le Recepiffe
qu'il
aura fait de l'Ouvrage
.
On avertit auffi que ceux qui
remettront au Bureau de la Pofte
des Paquets adreffez à Mr le
Secretaire des Feux , les doivent
affranchir s'ils veulent qu'on
les retire fans cette précaution
ils doivent estre affurez qu'on
laiffera leurs Paquets au Bureau.
250 MERCURE
D'ailleurs pour ce qui regarde les
Ouvrages qu'on enverra pour les
Prix , il eft neceffaire de fe fervir
de la voye de quelque habitant
de Toulouze , qui remette
les Ouvrages , & en retire le
Recepiffe de Mr le Secretaire
pour éviter l'embarras qui furviendroit
, fi une Piece ainfi remife
par le Courrier à droiture à
Mr le Secretaire , venoit à eftre
jugée digne du Prix , parce que
l'on ne sçauroit à qui le délivrer.
Le Roy d'Espagne a donné
à Don Balthazar d'Amezaga
le
Gouvernement de Badajoz
& la Commanderie d'Almen-
I.

GALANT 251
dralejo , en confideration
de
fes grands fervices. Il eſt d'une
tres - ancienne maiſon , & connue
par les fervices qu'elle a
rendus à l'Eſpagne , & fur tout
à la Caftille dans le temps qu'
elle avoit fes Rois particuliers
.
a
La Commanderie d'Almendralejo
vaut deux mille quatre
cens ducats de revenu , & elle
eft une des quatre- vingt ſept
attachées à l'Ordre de Chevalerie
de Saint Jacques. Si on
s'en rapporte à quelques Auteurs
on fera remonter I Inftitution
de cet Ordre militaire
jufqu'à l'année 844. lorſque
*
252 MERCURE
felon quelques Auteurs ) le
Roy Don Ramire fortit de fes
Etats pour aller combattre fes
ennemis. Ily en a d'autres qui
parlent autrement ; & qui difent
que Saint Jacques apparut
au Roy Don Ramire , &
luy promit le gain de la Bataille
qui fe donna prés de Logroño
, entre fon Armée &
celle des Maures. D'autres Auteurs
difent que cet Ordre n'a
cfté établi que fous le Pape
Alexandre III . qui l'approuva
en 1175. le Roy Ferdinand II .
regnant en Espagne.Cet Ordre
fuit la Regle de S. Auguſtin ,
GALANT 253
1.
& a pour armoiries une Croix
rouge en forme d'épée . Tous
les Chevaliersde Saint Jacques
peuvent s'affeoir & fe couvrir
devant le Roy lorfqu'il tiene
Chapelle. Cet Ordre eft de
toute la Chevalerie d'Espagne .
le plus riche , & les Chevaliers
ont plufieurs privileges confiderables
; ils ont l'honneur d'avoir
le Roy d'Espagne pour
Chef & Grand- Mailtre.
S. M. C. a auffi donné à
Don Pedro Ronquillo Marechal
de Camp une Commanderie
de 1500 , ducats de
rente en confideration des
254 MERCURE
fervices qu'il a rendus au Siedu
Chafteau d'Alicant.
ge
Le même Monarque a
accordé l'Ordre de la Toifon
à Mr le Marquis de Crevefils
de Mr le Prince coeur
2
de Maffaran , & S. M. C. a
fait la même grace à Mr de
Grimaldy Lieutenant General
qui fert dans l'Armée de
Flandres.
Pendant que le Roy d'Efpagne
recompenfe par des
dons & par des honneurs ceux
qui ont eu l'avantage de fervir
l'Etat , Dieu donne la force
à fes ferviteurs de foufrir
GALANT 255
genereufement pour l'accroiffement
de la Foy , & je crois
que la fatisfaction interieure
que leur donne la joye qu'ils
reffentent de ce que Dieu leur
donne la force de foufrir
tiemment pour la gloire de
fon nom , eft encore plus
grande , & rend leur Ame
plus tranquile que s'ils eftoient
élevez au faîte des Grandeurs.
pa256
MERCURE
Copie d'une Lettre du Pere
Bernardin de Loches Capucin ,
Miffionnaire
Apoftolique
.
Ma tres- chere Soeur ,
Notre- Seigneur vous donne fa
Sainte
Paix.
Fe ne doute point que vous ne
Soyez en tres-grande peine defçavoir
de mes nouvelles , ne vous
ayantpoint écrit depuis longtemps ,
parcequeje n'ay pas manqué d'occupations
depuis mon retour en ce
Pays
Il femble que tout l'Enfer fe
GALANT 257
foit déchaîné contre moy : ce qui
n'a pas empêché que je n'aye eu
beaucoup de confolation , voyant
queplus nous eftions troublez dans
tes exercices de noftre Miffion,plus
le nombre des Catholiques croiffoit.
Le PereJofeph de Reily qui va
en France , vous pourra faire le
détail de la première perfecution ,
ayant efténoftre Compagnon dans
les chaînes . Maisfila feconde perfecution
, aefté plus abondante en
peines du corps , elle l'a auffi esté
en confolations d'efprit.
Le 17. Janvier de cette année
Fefte des Rois pourles Armeniens ,
Juillet 1709.
Y
258 MERCURE
nous fumes arreſtez. Le lendemain
, aprés avoir fait fauver
nôtre Compagnon , qui fe nomme
Le Pere Auguftin , je fus conduit
devant le Pacha ( Gouverneur du
Pays ) qui me reçut avec injures ,
invectives & nienaces , & me
demanda qui j'eſtois , & par quel
ordre j'étois en ce Pays , & ce que
j'y faifois ; je luy dis que j'eftois
François de nation & Chrêtien
de profeffion ; que j'exerçois la
Medecine envers les pauvres
comme envers les riches pour
l'amour de Dieu , fans aucun
intereft.
Il me demanda en vertu de

GALANT 259
quoy j'avois fait bâtir une Eglife
pourquoy je faifois les Sujets
du grand Seigneur Francs ( c'eft
à dire Catholiques ) je luy dis
qu'il n'eftoit pas vray que j'euffe
fait bâtir une Eglife , n'ayant
pas mis pierre fur pierre depuis
que j'eftois à Diarbekir , que
d'ailleurs j'allois faire tous les
jours mes Prieres avec les au
tres Chreftiens : qu'au refte s'il
y avoit deux legitimes témoins
qui dépofaffent le contraire , il
pourroit en agir contre moy ſelon
la rigueur des loix du pays :
que pour ce qui eftoir de faire
perfonne Franc je n'avois pas
ce pouvoir .
Y ij
260 MERCURE
Il me demanda qui estoient ceux
qui venoient chez nous & qui
prenoient mes confeils ? je luy dis
qu'il pouvoit s'informer d'un
chacun depuis un bout de la
Ville jufqu'à l'autre , & auffi
de toutes les perfonnes tant du
dehors que du dedans.
Je ne te demande pas cela ,
dit- il , je te demande qui font
ceux que tu as amenez à ta foy ?
Fe luy dis qu'il n'y avoit qu'un
Dieu & qu'une Foy on
Sur cette réponſe un de fes gens
interrompit le difcours, & luydit:
Seignent , c'eft un étranger , il
n'a pas de tort en vous répon
Y
GALANT 261
1.
dant ainfi , mais qu'il diſe feulement
qui font ceux qui
font de fon party. Alors le Pacha
commença à me parler plus
humainement , & même il me
promitdesprefens & faprotection,
& me dit que je pafferois le
temps plus agreablement que
par le paffé fi je luy déclarois
ce qui en eftoit , me jurant qu'il
ne me feroit aucun mal ;
que fi je n'avoüois pas , il me
feroit mettre dans les chaînes
quatre toncques au col , ( c'eft
à dire des anneaux de fer ) la
taffede fer enflammée fur la
toſte ; qu'il me feroit donner
262 MERCURE
les baftonnades , & déchirer
les feffes avec des tenailles ,
qu'il me feroit mettre le fer de
cheval enflammé entre les
épaules , & qu'enfuite il me feroit
couper en quatre quartiers.
Je luy répondis , qu'il eftoit
maiftre de faire tout ce qu'il
youdroit , mais que jamais je
ne commattrois l'injuftice d'ac
cufet des innocens pour me
fauver la vieansk som slowl
{} }Auſſi toft il ordonna avec fu→
reur de me mener aux chaînes
avec ordre de me faire focrir
tout ce qu'ilavoit dit!
3
GALANT 263
On m'y conduifit effectivement;
là on me mit au milieu de cent
prifonniers les uns pour meurtres ,
les autres pour vols de grands chemins
, l'on me mit au col qua
tre toncques . Jeles baifay humblement
demandant à Dieu la force
de fouffrir genereufement pour la
Foy.

On me fit fouffrir enfuite un
tourment qui n'avoit pas efté ordonné
par le Pacha , on arreftales
anneaux de la chaîne , & l'on or
donna à tous ceux de la chaîne de
tirer de toutes leurs forces .
Ce tourment dura juſqu'au
lendemain matin , è me laiffa
I
264 MERCURE
plus mort que vif.
Le Pacha cependant envoya d'autres
genspourme tourmenter & me
faire fouffrir , mais m'ayant vû
en cet eftat ils s'en allerent invectivant
contre luy luyfouhaittant
mille maledictions.
Je reſtay en cet eftat quatre
jours fans manger , le Pacha
l'ayant ainfi ordonné , après lef
quels le Seigneur qui n'oublie pas -
fes ferviteurs , m'envoya un Furc
qui dir que j'avois gueri fon fils
d'hydropifie , me donna un mor
ceau de pain.
Le lendemain trois Chreftiens
heretiques furent emprisonnez
роит
GALANT 265
pour dettes , ils fe convertirent
& curent le foin de me donner à
manger . Le Pacha eftoit toûjours
foigneux de m'envoyer d'autres
Soldatspour me tourmenter ; mais
ils ne le faifoient pas , & s'en alloient
en pleurant.
Quelques jours aprés une troupe
de Soldats me prit &me mena
à noftre maison , accompagné de
fix Agas du Pacha , des gens de
la Justice , & de l'Aga des Fanniſſaires
avec les Faniffaires.
Je nepuis vous dire le refte ,
parce que le Meffager part.
Dans ma premiere je finiray
mes peines , en atten-

l'hiftoire de mes
Juiilet 1709.
266 MERCURE
dant je demeure de coeur , &c.
D'Alep le 18. Octobre 1708 .
La Piece qui fuit à reçû de
grands aplaudiffemens
de
tous ceux qui l'ont lûë . Elle
eft bien digne de voſtre attention
, & je crois que vous ne
luy refuferez pas les louanges
qu'elle merite .
GALANT 267
LETTRE CIRCULAIRE ,
du R. P. Epiphane de Lyon ,
Provincial des Recollects
de la Province de Saint
François , en France .
Mes RR. PP. & tres-chers·
Freres ,
La Paix la tranquilité
avec laquelle nous avons heureufemens
terminé toutes les affaires
de noftre Congregation , les
juftes precautions que nous avons
demandées au S. Efprit , & que
nous avons prifes , éclairés de fes
lumieres , pour conferver, le bon
Z ij
268 MERCURE
ن و ت
ordre dans noftre chere & bien
aymée Province , doivent eftre
à tous nos Religieux , des motifs
de confolation dans ces temps malheureux
, où le Seigneur nous
retranche toutes celles qquuii ne
viennent pas de luy , celafans
doute pour nous attacher uniquement
à luy. Depuis une longue
fuite d'années , nous avons apris
gemir fous la pefanteur defa
main , qui nous a comme par degrés
, diftribué les fleaux de fa
juftice. Heureuxfi par nos pleurs
nos gémiffemens nous pouvons
l'engager à fe fouvenir de fa
mifericordeparmi les traits les plus
à
GALANT 269
rigoureux de fa colere : une Guerles
cruelle allumée dans toutes
les parties de l'Europe , troubla
d'abord noftre tranquilite
&
commença à nous faire éprouver
la dureté d'un temps affesfacheux.
Cependant quoi qu'environnés
des
horreurs de guerre , nous refpirions
encore une heure ufe liberté , pen-·
dant que le Dien des Armées
foutenoit le bon droit de noftre
augufte & religieux Monarque
& que la Victoire foumise àfes
deffeins , marchoit d'un pas égal
avec l'execution
de fes juftes projets
; mais nousfúmes étourdis de
nos chutes violentes dans ces der-
Z iij
270 MERCURE
niers jours , où nous vîmes avec
une extrême amertume de coeur le
Seigneurfaire un espece de miracle
pour rappeller chez nos ennemis la
victoire, qui jufqu'alors leur eftoit
inconnuë : l'allarme penetra juſques
dans le centre de noftre Province,
&dans la plus nombreuſe partie : ·
il ne fut prefque plus permis de
manger fon pain en fureté fous
fon figuier , ny de boire de l'eau de
fa cifterne ; ces malheurs multipliez
nous occuperoient encore
nousfentirions , avec le renouvellement
de la faifon , renouveller
toutes nos allarmes fi une calamité
plus preffante , ne nous faifoit on
GALANT 271
le
blier toutes les autres , nos campagnes
defféchées , fans aucune
efperance de recolte , nous mettent
en quelque maniere enfureté
contre l'irruption de l'ennemi ; elles
nous annoncent viſiblement la
main d'un Dieu appefantie fur
nos iniquitez nous dormions encoré
tranquilement pendant que
Seigneur ne nous faifoit voir la
punition que de loin ; pouvonsnous
ne nous pas réveiller au milieu
de la plus effroyante tempefte
qui fut jamais ; les pauvres &
les riches menacez de
de
manquer
neceffaire , & dans combien déja
d'endroits de petits qui demandent
du
Ziiij
272 MERCURE
du pain fans que perfonne foit à
portée de leur en rompre à ces
fleaux nous devons réveiller noftre
zele & noftre pieté , pour tâcher
de réveiller le Seigneur quiparoift
endormi fur nos miferes , ou pour
appaifer fa colere , pendant que
toutfon peuple gemit , nous devons
gémir plus qu'aucun autre ;
non point parce que n'ayant d'autres
reffources pour vivre
charité des Fidelles , nous nous reffentons
plus que tous autres des
miferes publiques ces raifons inte
tereffées ne nous meriteroient pas
les regards favorables d'un Dieu
qui n'a les yeux ouverts que fur
que
la
GALANT 273
les veritablesJuftes , dont la charité
ne cherche point ce qui eft à
foy ; mais parce que deftinez par
noftre eftat à eftre les victimes publiques
, nous devons dans les
temps de la colere de Dieu , nous
oppofer comme un mur impenetra
ble en faveur de la Maifon d'If
raël. Il est donc de noftre devoir
de renouveller nos penitences &
nos aufteritez , & de pleurer fans
ceffe entre le Vestibule & l'Autel
pour obtenir de la mifericorde de
Dieu le pardon de fon peuple &
Le noftre . Aces caufes , de l'avis
du confentement des Reverends
Peres de noftre Definitoire , nous
274 MERCURE
Ordonnons à tous les Religieux &
Religieufes,foumis à noftreJurifdiction,
quedans tous les Convens,
per
Hofpices , ou Oratoires , 1 ° . Que
tous les Preftres dans le faint
Sacrifice de la Meffe , ajoûteront
aux Oraifons qu'ils feront obligez
de dire pour l'Office , celle de Ne
defpicias omnipotens Deus ,
& celle de Tempore fames
modum unias ,
publication de la Prefente , jufqu'au
dernier jour d'Octobre inclufivement.
2 ° . Que pendant
tout ledit temps tous les foirs
aprés les Oraifons de la Benediction
dufoir, avant que de commen-

cela depuis la
GALANT 275
cer le De profundis , le Chaur
chantera à haute voix le Pfeaume
Deus mifereatur noftri , à
lafin duquel l'Hebdomadier dira
l'Oraifon , Refpice quæfumus
Domine fuper hanc familiam ,
& c. & les deux Oraifons que
nous avons ordonnées pour lafainte
Meffe. 3 ° . Que nous offrirons
à Dieu le Carême du S. Efprit
pour la neceffité publique , & que
pendant tout le temps dudit Carême
, à commencer depuis le lendemain
de l 'Afcenfion ,juſqu'au Samedy
veille de la Pentecofte exclafivement
, on fonnera & dira
None à dix heures , aprés quoy on
276 MERCURE

fera unefolemnelle Proceffion dans
les lieux accoutumez , pendant
laquelle on chantera les Litanies
des Saints fans les doubler , avec
les Oraifons qui y font jointes ,
aprés lesquelles on celebrera la
Meffe des Rogations , à laquelle
toute la Communauté fera obligée
d'affifter , & parce qu'il n'eſt
que la pureté de nos coeurs , qui
puiffe porter nos Prieres jufqu'au
Trône de Dieu , pour en faire defcendre
fa mifericorde , éprouvonsnous
nous - mêmes , s'il eftoit parmi
nous ( ce que je ne crois pas )
quelque Fonas , qui excitaft cette
affligeante tempefte qu'il s'execute
GALANT 277
fans ceffe à la rigueur , & qu'il
retourne à Dieu , qui ne nous mortifie
que pour nous vivifier : Fexhorte
tous nos Reverends & Vemerends
Peres Gardiens & Superieurs
de mettre toute leur attention
à fournir du pain à tous nos
chers & bien aimez Religieux ,
fur toutes chofes , à cette miraculeufe
Providence, dont nous avons
jufqu'à prefent reffenti les bienfaits
, & qui nous a promis de
nous donner le centuple de ce que
nous avons quitté pourfuivreJefus-
Chrift; exhortant pareillement
tous nos Religieux àfefoumettre à
tout ce que la Providence voudra
278 MERCURE
ordonner , recevoirfans inquiétude
les épreuves où elle voudra
bien nous mettre. Je ne feray à
l'iffuë de noftre Congregation que
les changemens que je ne pourray
me difpenfer de faire , pour ne point
fatiguer nos Bien-faiteurs , ne
point expofer les Religieux à périr
de faim dans les Joyages.
jugez bien déslors que je refuferay
tous ceux qu'on me demandera ;
il ne nous convient pas à penſer
à autre chose qu'à nous affliger
prefence du Seigneur , efperant de
Ja Mifericorde , que conformement
à l'Evangile de la Semaine :
Noftre trifteffe fera fuivic
Vous
en
GALANT 279
d'une joye parfaite. Je vous
la fouhaite dans le Seigneur ; en
attendant rachetons le temps
parce que les joursfont mauvais
exerçons nous dans les juftifications
du Seigneur; montrons-nous
fes dignes Miniftres. Je le prie
qu'il vous foutienne , & vous affermiffe
dans fon efprit principal ;
demandez - luy cette grace pour
moy , quifens renouveller toute
ma tendreffe pour vous à mesure
queje vois augmenter vos befoins.
Je fuis avec une affection affection paternelle,
Mes RR. PP. tres- chers
Freres, voftre tres- humble & tresaffectionné
ferviteur. A Lyon ce
21. Avril 1709.
280 MERCURE
Les depenfes immenfes &
indifpenfables que Sa Majefté
eft obligée de faire pour foutenir
la juftice de fes Armes
& pour défendre fes Sujets ,
ont porté plufieurs perfonnes
à offrir au Roy leur Vaiffelle
d'or & celle d'argent . S. M.
a accepté leur offre à des conditions
qu'elle s'eft Elle même
preferites , & elle a commis
pour recevoir cette Vaiffelle
Mr de Launay Directeur de
la Monnoye des Medailles ;
voicy les noms de ces perfon
nes qui font auffi zelées pour
le fervice du Roy que pour le
GALANT 281
bien de l'Etat. On ne peut
trop prendre de foins pour
les faire connoiftre à toute la
Terre.
ETAT DES PERSONNES
qui ont envoyé leur Vaiffelle
à la Monnoye des
Medailles , pour en difpofer
fuivant la volonté
du
Roy.
Du 10. Juin 1709. & lesjours
fuivans.
M' le Marquis de Beringhen,
Premier Ecuyer du Roy.
Juillet 1709.
Аа
282 MERCURE
M' le Marquis d'Antin .
Madame la Princeffe de
Conty premiere Doüairiere .
Madame de Maintenon .
Madame la Ducheffe d'Orleans.
M' Fonton .
M' le Prefident Dumetz .
M' le Maréchal de Bouflers.
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans .
S. A.S. Monfieur le Comte
de Toulouſe.
Me la Ducheffe de Crequi .
M' le Marquis d'O .
S. A. S. Monfieur le Duc de
Vendofme.
Mile Duc de Beauvillier,
GALANT 283
ne.
M' Girardon .
M° la Princeffe d'Epinoy.
M° la Princeſſe de Lillebon-
S. A. S. Monfieur le Duc du
Maine.
Madame la Ducheffe du
Mainc.
M' l'Abbé de Lignerac.
M' le Maréchal de Choifeul.
M' le Duc de la Trimoüille .
Monfeigneur le Duc d
Bourgogne.
M' le Duc de la Feüillade.
M ' Dumont.
M' l'Abbé Boffuet .
A a ij
284 MERCURE
M' le Duc de la Rochefoucauld.
M' l'Abbé de Verteüil.
M' le Marquis de Dangeau.
M' le Pelletier de Souzy.
M' le Baron de Beauvais .
M' de
Bonrepos .
Mila Ducheffe de la Ferté .
M' de la Cour,
M' Poulletier.
M' le Controlleur General.
M ' le Chancelier.
M' de Pontchartrain.
M ' le Pelletier Premier Prefident
.
M' le Prefident de Mefine .
S. A. S. Monfieur le Duc de
Bourbon.
GALANT 285
M' le Cardinal de Janfon .
M' d'Armenonville .
M' le Maréchal de Villeroy.
M' le Duc de Villeroy.
M Gabriel Controlleur des
Baſtimens .
M' le Maréchal de Matignon.
Mila Comteffe d'Aubigné.
Me la Comtefle de Langeron.
M' le Marquis de la Vrilliere
.
M' le Duc de Lauzun .
Mc de Louvois.
M' le Cardinal d'Eftrées .
M' le Duc de Trefmes .
286 MERCURE
M' de Maupertuis .
M'de la Vienne .
M' le Duc de Luxembourg.
M' le Comte d'Armagnac ,
Grand Ecuyer .
M' le Maréchal d'Eſtrées..
M' le Duc de la Rocheguyon
.
Me la Ducheffe de Ventadour
..
ges.
M le Maréchal de Catinat .
M' le Marquis d'Equevilly.
Mle Comte de Cheverny.
M' l'Archevêque de Bour-
M' Deniert.
M
Fagon.
GALANT 287
M' Marechal.
Mila Ducheffe du Lude .
M' de Chamlay.
M la Princeffe de Conty
derniere Doüairiere.
S. A. S. Monfieur le Prince
de
Conty.
M' le Marquis de Torcy.
M' le Marquis de Vinx.
Il feroit à propos qu'en commençant
la lecture de l'Article
qui fuit , vous oubliaffiez pendant
quelques momens la mort
de l'Infant d'Espagne qui fe
prefentera fans doute à voltre
imagination dés que vous
288 MERCURE
commencerez à lire cet Article.
Je crois que lorfque je
dis , Infant d'Efpagne , vous
n'ignorez pas que les premiers
des Enfans des Rois d'Espagne
ont la qualité de Princes des
Afturies ; que les feconds font
nommez Infants , fans que
l'on ajoute rien à leur nom
& que l'on joint à tous ceux
qui naiffent enfuite , les noms
qu'ils ont reçû au Baptême.
>
Je fuppofe donc que vous
avez oublié la mort de l'Infant,
& je vais en Hiftorien fidelle
vous rendre compte de ce qui
s'eſt paffé d'abord en Espagne
à la
GALANT 289
à la naiffance de l'Infant , &
aprés avoir fait partir le Courrier
de Madrid pour aporter
en France la nouvelle de cette
naiſſance , je vous feray part
de tout ce qui s'y eft fait à cette
ocafion , & je retourneray enfuite
en Espagne pour vous
rendre compte de ce qui s'y eft
paffé depuis le jour de la naiffance
du Prince nouveau né
jufqu'au jour de la mort de ce
Prince. Le moment de fa
naiffance y eftoit attendu
avec autant d'impatience que
l'on avoit fouhaité que la Reine
devint groffe d'un fecond Prin-
Juillet 1709 .
Bb
290 MERCURI
ce , & les voeux non feulement
de toute la Cour & de tout le
Peuple de Madrid , mais auffi
de toute l'Eſpagne , avoient
efté des plus ardens . On ne
doit pas s'en étonner puifque
dans une fi vafte Monarchie ,
on ne peut avoir trop d'enfans
nez d'un Souverain & d'une
Souveraine qui en font les
delices , & qui s'il m'eft permis
de parler ainsi , y font aimez
jufqu'à l'adoration .
Cependant comme le temps
des Couches de la Reine approchoit
, on fit de nouvelles
prieres pour fon heureuſe
GALANT 291
délivrance. Je dis de nouvelles
prieres , parce que toute l'Efpagne
avoit commencé d'en
faire dés le temps que l'on
avoit appris fa groffeffe . Mais
le terme où elle devoit eftre
délivrée aprochant , les prieres
des
particuliers
augmenterent
non - feulement , mais on en
fit auffi de generales ; on fit
des Proceffions , & tous les
Patrons de la Monarchie furent
invoquez avec une ferveur
fi édifiante que l'on peut dire
que chacun redoubloit fes
prieres à l'envi l'un de l'autre
comme s'ils avoient difputé
Bbij
292 MERCURE
par- là à qui feroit voir le plus
d'amour pour leur Auguſte &
charmante Souveraine . Mais
la joie que l'on reffentoit de
l'acouchement prochain de la
Reine , fut troublée le 1 ' de
ce mois lors que l'on apprit
que Monfeigneur le Prince des
Afturies , avoir quelques grains
de verole volante . Il fut queftion
d'en donner avis à la Reine
, parce que cette Princeffe
voulant voir fon fils prefque à
tous les momens du jour , &
pour cet effet
,
outre que
le
mal n'eftoft pas dangereux , on
prit toutes les précautions
GALANT 293
imaginables pour le luy faire
fçavoir fans qu'elle en duft
prendre aucunes allarmes , &
en effet outre que le mal n'étoit
pas dangereux , & qu'il
l'eft encore moins en Efpagne
qu'ailleurs , on confia fa fanté
aux foins de Mr Burlet , Premier
Medecin du Roy d'Efpagne
, en qui par toutes fortes de
raiſons, ondevoit avoir toute la
confiance imaginable , & dont
l'habileté eft generalement
reconnuë tant en France qu'en
Efpagne. Cependant quelques
affurances qu'on donnaſt à la
Reine , que la maladie du Prin-
Bb iij
294 MERCURE
ce fon fils eftoit legere S. M.
s'abandonna aux larmes , &
paffa la nuit dans un fort trifte
eftat , qui pouvoit nuire à fa
fanté , & rendre fon acouchement
mal'heureux . Cette Princeffe
acoucha le lendemain 2
du mois & jour de la Vifitation
de la Vierge , aprés avoir ſouffert
pendant trois heures des
douleurs tres violentes. On
crut , & l'on ne doute point
que ce ne fuft avec raifon que
cet acouchement n'eftoit pas
naturel, & qu'il avoit cfté caufé
par l'affliction à laquelle la
Reine s'eftoit livrée . Le Prince
GALANT 295
qu'elle mit au monde parut
d'abord fort foible , & n'eftre
point à terme , & Mr Clement
dont l'experience eft grande
auffi bien que le fçavoir , fit
connoiftre qu'il doutoit que
ce Prince puft vivre longtemps.
Il prit neanmoins le teton
, & teta affez bien . Il fut
ondoyé ; & felon la coutume
d'Eſpagne le nom de Baptefme
luy fut donné en l'ondoyant
, & il fut nommé Philippe.
Ce Prince continua de teter ,
ce qui commença à donner
quelque lueur d'efperance.
Il arriva le lendemain , dans
Bb iiij
296 MERCURE
le temps qu'on faifoit des Rejoüiffances
pour témoigner
la
joye que tout Madrid reffentoit
de la Naiffance
de ce Prince
, un Courrier extraordinaire
de France par lequel on apprit
que le Roy , malgré le
befoin qu'il avoit de toutes fes
Troupes
Roy fon Petit fils , fuivant les
inftances qu'il luy avoit fait
faire par Mr le Duc d'Albe
fon Ambaffadeur
qu'une
partie des Troupes que S. M.
avoit en Espagne y reſteroit ;
& comme fans cet effet de
la genereufe
bonté du Roy
,
avoit acordé au
GALANT 297
de France , on auroit aprehendé
que les Ennemis n'entraffent
en Arrgon , cette nouvelle
augmenta la joye que toute
la Cour & tout le Peuple reffentoient
alors.
Le même jour 3. du mois ,
& fecond jour de l'accouchement
de la Reine , le Courrier
qui devoit en porter la nouvelle
en France , fut dépêché à
Mile Duc d'Albe , afin que S. E.
fit part au Roy & à toute la
Mailon Royale de cette grande
& heureufe nouvelle. Ce
Courrier arriva à Paris le matin
du Jeudy 11 du même
с
)
298 MERCURE
mois , & M' le Duc d'Albe partit
auffi - toft pour en rendre
compte au Roy , aprés avoir
pris toutes les précautions neceffaires
pour que cette nouvelle
ne fe répandiſt point à
Paris avant qu'il fuſt arrivé à
Verfailles , afin que le Roy l'apprit
le premier , & qu'il ne l'apprit
que de luy. Cependant
comme il avoit reçu en même
temps une Lettre du Roy d'Efpagne
pour S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , il convint
avec Mr le Conneftable de Navarre
fon fils , de l'heure qu'il
remettroit cette Lettre entre
BIBLIO
QUE
THE
le
GALANG
les mains de ce Prince , & les
mefures furent fi bien prifes
que cette agreable nouvelle ſe
répandit dans tout Paris , dans
temps que l'on s'en réjouiffoit
à Verfailles . Il eft aifé de
juger du plaifir que cette nou
velle fit à S. M. Elle en témoigna
fa joye avec les expreffions
proportionnées aux nouvelles
qu'elle apprend , & qui
ont toûjours autant de jufteffe
& de delicateffe que de naturel
, & qui conviennent toûjours
aux évenemens dont on
luy fait part . S. E. fir part enfuite
de la nouvelle qu'elle
300 MERCURE
avoit apportée au Roy à Monfeigneur
le Duc & à Madame
la Ducheffe de Bourgogne
ainfi qu'à Monfeigneur le
Duc de Berry , & à Madame.
Monfeigneur le Dauphin êtoit
à Meudon , où fans perdre
un moment S. E fe rendit , &
ce Prince luy en témoigna fa ,
joye avec les plus vives expreffions.
S. E. eftant enfuite
revenue à Paris , M˚ la Ducheffe
d'Albe qui ne manque à rien ,
& dont je vous ay fouvent
parlé du caractere de grandeur
& de bonté , alla à Verſailles
pour faire fes complimens au
GALANT 301
Roy, à Monfeigneur le Dauphin
, & à toute la famille
Royale .
Dés le même foir , plufieurs
perfonnes de diftinction de la
Cour & de la Ville , allerent
chez Mr le Duc d'Albe , pour
luy temoigner leur joye , &
la part qu'elles prenoient à celle
qu'il reffentoit , & S. E. donna
à fouper à plufieurs perfonnes
du premier rang. Enfin
leurs Excellences s'eftant fait
icy par leurs manieres honneftes
& genereuſes , un grand
nombre d'amis diftinguez , on
peut dire qu'elles reçurent des
302 MERCURE
complimens de tout ce qu'il
ya icy de perfonnes remarquables
, & qu'elles s'emprefferent
de leur faire connoiftre la
part
qu'elles prenoient à leur joye ,
& au bon-heur des deux Couronnes.
Les réjoüiffances fe
font continuées tous les jours
pendant que l'on preparoit
toutes choſes pour la grande
felte dont je vous parleray
dans la fuite. Mr le Duc de
Liñarez , Grand d'Eſpagne
nommé à la Vice- Royauté du
Perou , & auſſi diſtingué par
fes grands fervices & par toutes
les plus belles qualitez que
GALANT 303
par fa naiffance & par les titres,
qui s'eft trouvé icy , a aidé Mr
le Duc d'Albe à en faire les
honneurs. Auffi eft il penetré
du même zele que S. E.
pour Leurs Majeftez Catholiques
& pour toute la Nation
Eſpagnole . Mr le Conneftable
de Navarre , fils unique de Mr
le Duc d'Albe , a fait voir le
même zele , & quoy que dans
un âge peu avancé , il marche
déja fur les traces de Mr
l'Ambaffadeur fon Pere , le
temps pourra luy donner plus
d'experience ; mais il ne pourra
luy donner plus d'efprit & de
304 MERCURE
raifon , & l'on oublie fon âge
dés qu'on l'entend parler . Plufieurs
Efpagnols du plus
grand merite , qui fe trouvent
icy , fe font auffi empreffez à
témoigner leur joye , & à répondre
à celle qu'on leur témoignoit
.
Les preparatifs de la grande
Fefte dont je viens de vous
parler , eftant achevez , cette
Fefte fe donna le Mercredy17
de ce mois . Plus de cent perfonnes
de diſtiction parmi lefquelles
il y en avoit du premier
rang , y furent invitées , & pluficurs
autres s'y étant auffi trou-
T
GALANY 305
vées , le concours fut fi grand
qu'il feroit dificile de rapporter
icy les noms de toutes les
perfonnes de l'un & de l'autre.
fexe qui s'y trouverent ; cependant
voici ceux qui font venus
à ma connoiffance , & que je
mets ici felon que ma memoire
meles a fournis , & non felon
leur rang. M' les deux
Nonces ; M' l'Ambaffadeur de
Venife ; M' l'Envoyé de Parme
; M' de Monaſterol , Envoyé
de Monfieur l'Electeur
de Baviere ; plufieurs autres
Miniftres s'y trouverent auffi .
Mr. le Maréchal Duc de
C c
Fuillet 1709,
306 MERCURE
;
Boufflers ; Mr le Duc de Lauzun
; Mr le Prince de Spinola ,
Mr le Marquis d'Alegre ; Mr
le Comte de Bergheik ; Mr
de Donzy ; Mr le Prince de
Leon ; Mr le Marquis de Dangeau
; Mr le Duc d'Eftrées
Mr le Duc de Fronsac fils aîné
de Mr le Duc de Richelieu ; Mr
le Chevalier de Baviere ; le fils
de Mr l'Envoyé de Genes ; Mr
le Maréchal de Teffé ; Mr le
Prince de Lanty ; Mr l'Abbé
de Caftiglione ; Mr du Caffe ;
Mr le Marquis de Roye ; Don
Francifco de Meneffez ; Mr le
Comte de Caftel - Blanco ; Mr
GALANT 307
Mr le Marquis de Carpa . Voici
les noms de quelques - unes des
Dames , felon l'ordre que ma
memoire me les fournit auffi .
Me la Comteffe d'Egmont
Me la Princeffe de Rohan ;
Me la Ducheffe d'Aumont ;
Me de Lauzun ; Me la Ducheffe
de Duras ; Me la Ducheffe
de Luxembourg ; Mela
Princeffe de Vergagne ; Mlle
de Spinola fa foeur filles de Mr
le Prince de Spinola ; Me la
Ducheffe de Sforce ; Me de
Rupelmonde ; Me de Chimay
Me de Croiffi ; Me la Marquife
de Bouzols ; Me la Mar-
C cij
308 MERCURE
quife de Torcy ; Me Defmaretz
& Miles fes filles ; Me de
Vaubecour ; Me la Comteffe :
d'Ufez ; Me de Monafterol ;
Me d'Argenfon ; Me du Caf
fe & plufieurs autres.
On fe rendit l'apréſdinée
de fort bonne heure , à l'Hô.
tel de Leurs Excellences . Il y
eut d'abord Apartement , &
l'on y joua à differens Jeux . Les
Glaces & les Liqueurs y furent
diftribuées en abondance
& dés
que le jour
commença
à baiffer , on entendit un grand
bruit de guerre de Trompettes
& de Timbales qui par inGALANY
309
tervales fut
interrompu par
des Violons & des Haut - bois .
Cette Symphonie eftoit placée
fur des Balcons fort ornez , &
pratiquez exprés vis - à - vis le
grand Apartement
de S. E. La
nuit avoit à peine commencé
à paroiftre , que tout l'Hoftel
parut illuminé par plufieurs
rangs de flambeaux
de cire
blanche , tant autour des cours
qu'au dehors , ce qui fit un effet
d'autant plus beau que cette.
fpacieufe Maiſon occupe
un terrain confiderable
dansla
ruë de Grenelle & dans la ruë
du Bacq. On avoit repreſenté
310 MERCURE
dans l'endroit où ces deux ruës
fe croiſent , une maniere de
Chafteau dans toutes les regles
de l'Architecture , tout
remply de Feu d'Artifice.
Sur les dix heures on fervit
la grande Table , Je dis
grande Table , parce qu'on
en fervit encore beaucoup
d'autres. Elle eftoit de so .
Couverts , & en moins d'un
demi quart d'heure , elle fut
fervie de 380. plats qui furent
relevez plufieurs fois . On ne
put obtenir de leurs Exellences
Mr le Duc & Me la Duchefſe
d'Albe , qu'elles ſe miſſent
1
CALANT
311
à Table , & elles demanderent
en grace qu'on leur laiffaſt la
liberté d'obferver fi tout fe
paffoit felon leurs intentions.
On ne s'étonna plus auffi de
l'ordre qui y fut obfervé. Le
Soupé dura une heure & demie
, & fur les onze heures ,
trois quarts , on en fortit au
bruit des fufées , & le Feu
commença un quart d'heure
aprés. Vingt Tambours ſe firent
entendre autour de ce
Feu & les Trompettes , les
Timbales , les Violons , & les
Hautbois , redoublerent leur
bruit qui fe mêloit agreable312
MERCURE
.
ment à celuy du Feu d'Artifice
qui dura pendant une
heure fans interruption
. Ce
Feu ettoit orné de plufieurs
Figures, avec des Inſcriptions,
& de plufieurs Devifes , & terminé
par un Globe fur lequel
fe repofoit un Lion couronné.
Le Globe , attribut de l'Eſpagne
, reprefentoit les Etats differens
de cette Monarchie
dans les quatre parties du monde
, & le Lion marquoit le
Royaume de Leon.
A peine l'Artifice de će Feu
eut il ceffé de fe faire entendre
, qu'il arriva de toutes
parts ,
GALANT 313
a
parts , une infinité de Maf
ques des plus magnifiques
qui joints au grand nombre
de perfonnes
de diftinction
qui s'eftoit trouvé au Soupé
remplirent
plufieurs
Apartemens
dans lefquels on danfa.
Le Bal fut ouvert par Mr le
Duc de Liñarez avec Me la
Comteffe
de Rupelmonde
.
Cette Dame qui n'a que 20.
ans , eft fille de Mr le Marquis
d'Alegre , & quelque diftinguée
qu'elle foit par fa naiffance
, & par tous les agrémens
de fa perfonne, elle l'eft encore
plus par fa bonne conduite.
Juillet 1709
.
Dd
1
314 MERCURE
Vous fçavez que Mrile Com
te de Rupelmonde fignale fon
zele & fa fidelité en Eſpagne,
pour le ſervice du Roy fon
Maiftre. Les pertes qu'il a faites
ne font ignorées de perfonne.
Je ne vous dis rien de toutes
les Dames qui ont dansé à ce
Bal ; mais j'ay cru que je devois
vous faire connoiftre
feulement celle par qui il a
efté ouvert.
Je devrois vous faire icy une
Deſcription de ce Bal ; mais
ne vous en ayant point fait du
Soupé , & ne vous ayant point
donné les Infcriptions & les
EQ
GALANT 315
Devifes du Feu d'Artifice , j'ay
cru devoir paffer auffi fous filence
la Defcription du Bal ,
d'autant plus qu'il m'a paru
que le chagrin que la mort de
l'Infant d'Espagne a caufé à
Mr le Duc d'Albe , eft fi grand
que ce Miniftre voudroit , s'il
eftoit poffible, oublier luy-mê
me tout ce qui a regardé la
grande & magnifique
Feſte
qu'il a donnée , où tout a paru
avec une profufion digne de
la grandeur du Maître qu'il
reprefente , & de toute la Nation
Eſpagnole. Ainfi je crois
que je ne luy aurois pas fair
Ddij
316 MERCURE
plaifir de m'étendre davantage
fur toutes les parties de cette
grande Fefte qui pouroit remplir
un volume entier. Voyons
prefentement ce qui fe paffa
en Espagne , aprés le départ du
Courrier qui a apporté en
France la nouvelle de la naiffance
de l'Infant.
A peine la nouvelle de cette
naiffance fut elle répanduë
dans Madrid , que toute la
Ville fut illuminée . Il eſt aifé
de juger par l'amour que les
Peuples ont pour leurs Majef
tez Catholiques de la joye
qu'ils reffentirent. Ils en donGALANT
317
nerent des marques éclatantes
de toutes les manieres , par
lefquelles ils pouvoient la faire
connoiftre. Vous fçavez juf
qu'où a efté l'emportement de
leur joye en pareille ocafion ,
par les peintures que je vous
en ay faites , & que je ne vous
repete point pour ne vous pas
dire deux fois la même chofe.
Le Roy qui n'étoit pas moins
penetré de joye que ſes Peuples
, crut en devoir rendre
grace au Ciel , & S M. C. alla
pour cet effet à Noftre- Dame
d'Atocha .
Pendant que tout le Peu-
D'd iij
318 MERCURE
ple eftoit en joye , & que l'on
commençoit de donner des
marques dans plufieurs autres
Villes du Royaume de celle
que l'on y reffentoit le 8. du
mois ; c'eſt à dire fix jours aprés
la naiffance de l'Infant
on s'apperçut qu'il avoit quelques
foibleffes , & peu de
temps aprés les convulfions
luy prirent , & ce Prince mou
fut à onze heures & demie
du matin. La douleur que
cette mort caufa tant au Roy
quà toute la Cour , & à tout
le Peuple , fe pouvant mieux
concevoir qu'exprimer &
GALANTIM 319
d'ailleurs ces Images lugubres
ne fervant qu'à augmenter le
chagrin de ceux qui ne font
déjà que trop penerrez des
douleurs qu'ils reffentent , je
ne crois pas vous en devoir
dire davantage fur cet Article,
c'eft pourquoy je paſſe à un
autre,
Le grand Prince , qui en
qualité de Gouverneur de
Bourgogne devoit tenir les
Etats generauxde la Province ,
étant party le 4 de ce mois
pour fe rendre à Dijon , a donné
de grandes marques du zele
qui l'anime pour le fervice
Dd iiij
320 MERCURE
du Roy , puifque dés le 8º de
ce mois les Etats , aprés les
Ceremonies requifes en pareille
occafion , & les formalitez
ordinaires , ont acordé au Roy
un Don gratuit de neuf cens
mille livres , duquel S. M. a
eu la bonté de leur en remet
tre cent. Voicy deux Difcours
qui avoit cfté faits par Mr le
Marquis de Gorze , comme
Deputé de la Nobleffe à l'ouverture
des Chambres du
Clergé & du Tiers - Etat .
1
GALANTM3212
|
AU CLERGERI
2
MESSIEURS ,
Nous venons rendre les honneurs
qui font dus à la fainteté de
dûs
voſtre caractere , à la pieté ?
à la ſcience qui brillent parmy
vous.
L'union qui regne dans cet
Etat entre la Puiſſance Ecclefiaftique
& la Seculiere eft un heritage
de vos ancestres que nous prétendons
toûjours conferver ; ceux
qui vous ont precedez nous ont
enfeigné le chemin qui conduit
322 MERCURE
au Ciel , & nos ayeux vous one
procuré les commoditez de la terre.
Nous avons plus que jamais
befoin de vostre fecours , puifque
nos mains feroient foibles
languiffantes pour combattre nos
ennemis , fi vous ne les fouteniez
en élevant les voftres à Dieu.
Le Clergé la Nobleſſe ont
toujours eftélesplusfermes appuis
du Royaume. La bonne intelligence
de ces deux premiers Corps
de l'Etat , doit oppofer une digue
qui rejette fur nos ennemis le
torrent dont ils prétendent nous
innonder.
Nousyfommespouffez par le
GALANT 3231
plus preffant motif; l'intereft de
la Religion qui ferois bleffée par
les entreprifes facrileges de ces
profanateurs qui voudroient nous
rapporter des herefies que la pieté
duplus grand des Rois ont heureu
fement bannies.
Nous vivons dans un temps
que je nommerois tres- difficile fila
Sageffe la prudence d'un Roy
tel qu'il aplû à la divine Provi
dence de nous l'accorder n'éloi
gnoit de nous les orages , en veil-
Tant à noftre tranquilité.
D'un Roy , dis -je , qui fçait
faireſervir à ſa gloire la malignité
defes ennemis & la jalouſie
324 MERCURE
de toute l'Europe conjurée contre
Ja puiffance.
Cette obligation qui nous attache
fi étroitement au fervice du
plus grand des Monarques nous eft
commune avec le reste du Royaume;
mais nous en avons une qui
nous eftparticuliere.
Vous courez , Meffieurs , an devant
de mapenfee & vous comprenez
queje veux parler de la
faveur qu'il nous fait en nous
permettant de vivre fous le doux
gouvernement des Princes de fon
Augufte Sang , refpectables par
toutes les qualitez qui meritent
l'admiration des hommes qui
GALANT 325
tiennent à fa Couronne par les plus
étroites alliances.
Nous reffentons chaque jour
des effets fi avantageux de leur
puiffante protection , que nous
devons eftre penetrez de la plus
vive reconnoiffance qui fut jamais.
Que ne devons - nous pas
efperer de la fage prévoyance de
fa Majesté , qui a raſſemblé en
fi peu de temps unfi grand nombre
desTroupes qu'on diroit eftre forde
la terre , pour com- ties
dul
battre pour nous.
Que ne devons - nous pas auffi
attendre du courage du jeune
Prince , formé du fang des plus
326 MERCURE
parfaits Heros qui commencera
bien - toft à porter dans les Plaines
de Lens la terreur qu'y répandit
autrefois fous le même nom &
dans le même âge fon illuftre Bifaycul.
*
Enfin que pourrions - nous craindre
tandis que nous avons le bonbeur
d'être foûtenus par l'expel'intrepidité
de S. A. S. rience
Monfeigneur le Duc , la
que
France fe referve pour fes plus
grands dangers ; dans toutes les
occafions perillenfes des Sieges &
des Batailles où ce Prince s'eft
trouvé vit-on jamais la Victoire
balancer ? Je l'ay vû à SteinGALANT
325
kerque à Nerwinde parmi nous
fe mêler dans le feu & le fang,
comme unfimple Soldat monter
les Tranchées.
Mais quelque jufte que foit
noftre confiance , devons nous demeurer
oififs , tandis que les autres
Provinces s'efforcent à vanger les
Autels.
Le courage & la pieté dont
vousfaites , Meffieurs une profeffion
fi exemplaire , font remar
quer dans vos actions les plusfaintes
autant de grandeur d'ame qu'il
enfaut dans les plus heroiques .
Auffi égalementfages & genereuxnous
allons vous voir travail@
228 MERCURE
ler avec une applicationfans relâche
à affermir la tranquilité de
cette Province en faisant tous
vos effortspour lefoutien de la Religion
& de l'Etat costcopuer
Meffieurs de la Nobleffe vous
confirment par ma bouche qu'ils
font prefts à yfacrifier jufqu'à la
derniere goutte deleurfang. L'ar
deur qu'ils témoignent eſt un préfage
de la victoire qui nous pro-
-curera une Paix avantageuſe.
AU TIERS- ESTAT.
MESSIEURS ,
Nous venons de la part de
Meffieurs de la Nobleſſe vous reGALANT
329
R
nouveller les affurances de leur
eftime de leurs bonnes intentions
pour le bien de la Province. Nous
fommes unis à vous par les plus
importans liens de lafociété civile ;
Sujets du même Souverain , compatriotes
& Membres des mêmes
Etats ; de nouvelles raifons doivent
encore rendre aujourd'huy
cette union plus étroite ,
obligent à redoubler nos attentions
pour foûtenir la guerre en comnous
mun.
Vous eftes , Meffieurs , les Def
fenfeurs du Peuple , comme
vous avez pour luy les foins de
Pere vous en avez auffi la ten-
Juiilet 1709.
Ec
330 MERCURE
dreffe: ainfi nous ne doutons pas
que vous ne voyez avec beaucoup
de peine les grandes dépenfes aufquelles
cette guerre l'engage.
Meffieurs de la Nobleſſe n'en
font pas moins touchez & la
nerofité qui leur a faitfifouvent
braver la prefence des ennemis , ne
permettentpas qu'ils foient infenfibles
pour le pauvre Peuple qu'ils
cheriffent.
ge-
Mais eft- il temps de nous at
tendrir deparlerde compaffions
dans des befoins & des conjonctu
res qui ne demandent que de lafor
ce. Noftre zele peut il écouter aucun
ménagement quand il s'agit de
GALANT 331
fecourir la Religion & l'Etat.
Toute la France eft attentive à
noſtre conduite la Cour attend
des preuves de noftre fidelité & de
noftre affection ; les autres Provinces
un exemple , celle - ci efpere
que nous ne ferons rien qui ne foit
digne d'elle du rang qu'elle
tient ; que ne devons - nous, pas
auffi faire pour répondre au defir
de l' Augufte Prince , fous lesyeux
duquel nous fommes affemblez
Vous connoiffez combienfon illuftre
naiffance , fon grand coeur &
fes alliances avec la facrée Perfonne
du Roy luy rendent chere la
grandeur de l'Etat.
Ecij
332 MERCURE
Pour fatisfaire à tant d'obligations
, concourrons , Meffieurs
d'un même efprit e difputons à
l'envi à qui fervira le mieux no
tre chere Patrie.
Par là nous renverferons des
projets que nos ennemis n'ont fondez
que fur la fauffe idée de nos
mauvaises difpofitions nous
porterons à nos Frontieres les fecours
que nous efpererions d'elles
finous eftions dans leurs perils.
Noftre intereft nous y invite ,
puifque la ruine des Provinces
qui font exposées aux ravages de
guerre , attireroit fur celle- cy
des malheurs inévitables .
GALANT 333
Mais regardons auffi la gloire
d'une fi belle refolution . Les Anglois
furent autrefois chaffez par
une Fille , & il ne dépend que de
nous de leurfaire fentir ainfi qu'à
leurs Alliez , qu'ils combattent
contre des hommes , & que c'eft
de vos Decrets que partent lespremiers
coups qui les doivent vainere.
& Noftrefermeté mettra la Fortune
dans le parti de la Justice.
Ainfi préparons-nous à la guerre
de toutes nosforces pour avoir une
Paix à des conditions honorables ,
dignes du grand Roy qui nous gou-
Verne.
11
334 MERCURE
Les progrés de nos ennemis ne
peuvent ternir le plus beau regne
quifutjamais, puifqu'ilsfe termi
nent à quelques lambeaux de leur
dépoüille qu'ils nous abandonne→
ront d'abord qu'ils nous verront
refolus de les attaquer.
Animez de cette ardeur , Meffieurs
de la Nobleffe vous offrent
pour lafeconder tout ce qui dépend
d'eux , vous eftes , Meffieurs ,
trop éclairez pour ne pas voir que
la fituation où nous fommes ne
nous laiffe point d'autre parti à
prendre pour le bien de cette Province
, qui eft infeparable du bien
general du Royaume.
GALANT 335
Quoyque le Mêtier des Armes
ait ocupé Mr le Marquis
de Gorze , dés fa plus tendre
enfance , & qu'il n'euft pas
fait profeffion d'eftre Orateur ,
on peut dire que lorsque l'on à
de l'efprit , on eft capable de
tout , & il prononça ces deux
Difcours qui plurent à toute
l'Affemblée d'une maniere fi
aiféc &
avoit eſté moins connu , il
auroit pu paffer pour un hom
me de Lettres. Ces Difcours ;
comme je viens de vous le
marquer , & fe qui fe paſſa enfuite
dans les Etats , furent
1 naturelle
que
s'il
336 MERCURE
caufe que le Don gratuit fut
d'abord accordé à Sa Majeſté.
" Il n'y avoit pas lieu d'en douter
malgré la calamité publique ,
caufée par les affreufes gelées ,
qui ont reduit une grande partie
des Peuples de l'Europe à
la mandicité , puifque la Bourgogne
a toûjours fait voir un
zele extraordinaire pour le fervice
du Roy & de l'Etat , &
qu'avant la Guerre de 1688 .
la gloire de ce Monarque é-
"tant au plus haut point d'éleva .
tion par le grand nombre de
fes Conqueftes ; par la Paix
qu'il avoit impofée plufieurs
fois
GALANT 337
fois à l'Europe lors qu'il s'en
pouvoit rendre le Maiſtre ;
par les fages Loix qu'il avoit
eftablies dans fon Royaume
pour abolir tous les abus qui
s'y eftoient gliffez ; par l'eſtabliffement
du Commerce , &
celuy des Academies ; & enfin
par tout ce qu'il avoit fait de
grand en faveur de la veritable
Religion , & qui luy avoient
fait meriter le Surnom de
Grand , Meffieurs de Bourgogne
avoient efté les premiers
faire travailler à une figure
Equeftre de ce Monarque , qui
eft entierement achevée ; mais
Ff
Fuilles 1709.
338 MERCURE

qui n'a pu eftre placée à cauſe
dela continuation des Guerres,
& que la place où elle doit
eftre érigée n'a pu eſtre miſe
en eftat , non plus que le piéd'Eftal
dont on a fait le modelle
fur les lieux , S. A. S. feu Monfieur
le Prince y ayant envoyé
pour cet effet feu Mr Manfart
lors qu'il n'eftoit encore que
Premier Architecte du Roy
& feu Mr le Hongre Sculpteur
ordinaire de S. M. Feuë S. A.
S. Monfieur le Prince , pere de
celuy qui vient de mourir,
avoit fait faire cette Figure
Equeſtre par le feu Sr le HonGALANT
339
gre , qui a fait la Statue de
l'Air que l'on voit à Versailles,
où elle eft regardée comme un
Chef-d'oeuvre , & qui a remporté
le Prix propoſé , des
24. Figures qui furent ordonnées
pour le Parterre d'eau à
Verfailles , comme l'on peut
voir par une Lettre de feu
Mr de Louvois , qui luy marque
qu'il a remporté le prix
des 24. figures. La figure
Equeftre du Roy n'a encore
pu arriver jufqu'à Dijon ,
eftant demeurée en chemin ,
où l'on a élevé un Baſtiment
exprés pour la conferver , &
Ff ij
340 MERCURE
l'on croit même qu'il fera dificile
de la conduire juſqu'à
Dijon fans qu'elle faffe un
trajet fur Mer pour eftre débar .
quée dans un lieu où elle puiffe
éviter le paffage des montagnes
fans quoy l'on doute qu'il fuft
poffible de la pouvoir conduire
jufqu'à Dijon. Ce fera un
des premiers fruits de la Paix
lors qu'il aura plu au Ciel de
pacifier l'Europe , à qui Sa Majefté
Divine a crê devoir faire
fentir des effets de fa colere.
Ce fera alors que ce Chefd'oeuvre
brillera à Dijon , &
que les Peuples auront le plarGALANT
341
fir devoir la plus belle figure
Equeftre de Bronze qui ait
jamais cfté , fuivant le raport
de tous les connoiffeurs , & des
plus grands hommes d'Italia
qui font venus en France , &
d'avoir un Portrait tout à fait
reffemblant d'un Monarque
qui a fait l'admiration de tout
le monde , foit en paix ſoit en
guerre , & qui feul a foutemi
les efforts de la plus grande
partie des Souverains de l'Europe
conjurez contre la gloire,
n'ayant pu faire voir ; d'autres
motifs de la guerre prefente ,
comme je l'ay fouvent fait remarquer
& prouvé. Ff iij
342 MERCURE
4.
2
Il y a lieu de croire que le
Prince qui jouit du Gouverne
ment de Bourgogne , que feu
fon Pere & on Ayeul ont
poffedé , & qui en fait déja les
delices , prendra les mefmes
foins de cette Figure Equeftre
lors qu'il aura plû au Ciel de
donner la Paix à l'Europe , &
la Ville de Dijon aura lieu de
fe vanter d'avoir alors un mor- i
ceau d'Architecture qui fera
l'admiration de tous les ficcles,
& qui fera encore plus confiderable
parce qu'il reprefente
au naturel un Monarque dont
la Memoire doit vivre éternellement.
"
GALANT 343
Je vous appris il y a un mois
la mort de Catherine le Gras ,
morte à Perpignan , âgée de
104. avec plufieurs particularitez
touchant cette mort , &
quoique j'aye remis au mois
prochain à vous parler de plu
fieurs Articles de morts , comme
vous aimez à entendre parler
de celles de perfonnes âgées,
je ne dois pas oublier à vous
faire part de la mort,du ficar
Brumart, dans le Pays de Caux,
Paroiffe de Gerponville , âgé de
cent deux ans , étant né en
1607. Il avoit tres bon fens ,
hon appetit , & 68. années de
344 MERCURE
Mariage. Ileft mort de chagrin
de la perte de Suzanne l'Abbé
fa femme , qui cft morte quin
ze jours avant luy , âgée da
quatre- vingt douze ans...
Je paffe aux Articles de Mer,
& jee commence par une Lettre
écrite par Mr Chauvel qui
commande les Fregattes du
Roy l'Amaranthe & la Flore
ཡི་
A Dieppe le zo . Juillet 1709.
Hier à 8, beures du matin un
Corfaires Oftendois de 6. canons
& de 65. hommes d'équipage
barut en cette rade ayant appris
GALANT 345
que la petite Flotte eftoit dans ce
Port. Nous luy donnâmes la chaffe
mon Frere & moy pendant douze
heures , aprés lequel temps nous
le prîmes , & nous l'avons emmené
en cette rade ce matin ; it
n'y a que 8. jours qu'il eft party
d'Oftende avec deux mois de vivres
pour infefter cette cofte avec
quatre autres Corfaires comme luy.
Nous cúmes connoiffance d'un
autre dans notre chaffe , mais il
nous fut impoffible de le pourfaivre
eftans trop au vent à nous .
Les deux Brigantins des Galeres
du Roy nommez l'Heureufe
la Martiale , ont amené à
346 MERCURE
Dunkerque une prife Angloife ,
Fregatte de 140. tonneaux, ayant
8. canons montez, percée pour 20.
& ayant treize hommes d'équipage
chargée de 220. Bottes
d'huile & de Vin d'Espagne ; les
Corfaires de Dunkerque nommez
le Chevalier Bart , & le Cupidon
, y ont mené une rançon
Hollandofe pour 1800. liures
argentde France.
De Calais le 21. Juillet 1702.
Le Capitaine Jouy commandant
le Vaiffeau le Duc de Vendôme
, de 6. canons , a fait onze
GALANT 347
rançons à la cofte d'Irlande dans
la Manche S. George , aprés avoir
fait le tour du Nord. Elles fe
montent à vingt mil livres.
Ileft arrivé à Vigo une prife
Angloife chargée de Moluë &
de Sardines , faite par la Fregatte
du Roy l'Amazonne
commandée par Mr de Courferac
l'aîné , Lieutenant de
Vailleau .
Le Vaiffeau du Roy le Fafon,.
commandé par Mr le Chevafier
de Courferac , a pris fur le
Cap de Finiftere une Fregatte
de Fleffingue nommée le Phenix
, qui avoit pour Capitaine
348 MERCURE
Cornelio Melchior , de 30. canons
& de 116. hommes d'équipage
; elle a aufſi eſté conduite
à Vigo.
Je viens à ce qui regarde le
Siege de Tournay , dont je ne
fçay point l'évenement , en
● mettant la main à la plume
pour commencer à travailler à
l'Article qui le regarde cinq ou
fix jours avant la fin du mois ;
mais j'en feray mieux inftruit
en finiffant cet Article le dernier
jour du mois . Je vous prie
en commençant à le lire de
faire attention à ce que je vous
dis , parce que vous en fçaurez
fans
GALANT 349
fans doute plus en commençant
à lire cet Article que vous
n'en trouverez dans le commencement
, & que la Place
fera peut- être alors ou délivrée
ou perdue. J'ay erû devoir de
buter par vous donner une
idée de Tournay , & vous faire
connoître fon antiquité.
C'eft une Ville de Flandre,
Capitale du Tournefis , avec
Parlement , en
cum. Elle on Latin , Tornafituée
en partic
fur le penchant d'une colline
entre Valenciennes , Condé
Lille , Courtray , Oudenarde,
Ath , Gand , & Cambray.
Gg
Juillet 1709.
35° MERCURE
L'Efcaut la divife en deux patr
ties qui s'étendent dans leur
longueur , au bord d'un grand
Canal revêtu d'un grand Quay,
de pierre de differentes cou
leurs , & fi belles qu'on les
prendroit pour du Marbres
I'Eglife de Notre Dame qui )
eft la Cathedrale , a efté fondée
& dotée d'un grós revenu
par Chilperic Roy de France
Certe Ville fut anciennement
la Capitale des Nerviens,
d'où on l'appella Nervia , en
fuite Ternus , & depuis Tournay
par corruption. On prétend
qu'elle a efté fondée fix cens
(
GALAMOM 33£
aris avant la naiffance de Jefus
Chrift Cefar la prit aprés la
victoire qu'il remporta pres
de la Sambre fur les Nerviens,
qui auroient défait fes Trou
pes s'il n'eut pris le party d'éclaircir
les rangs , afin que
fes Soldats fe puffent fervir
plus facilement de leurs épées ;
il l'avoue luy- même dans le
feptieme Chapitre du fecond
Livre de la guerre des Gaules.
Tournay demeura fous la do
mination de la France jufqu'en
153. que les Anglois s'en
emparerent. Cette Ville
rendue à François I. par le
Ville fut
Gg ij
352 MERCURE
Traité de
Londres de l'an
1518. Trois ans aprés , Henry
Comte de Naflau la prit , & les
Eſpagnols la conferverent julqu'en
1667. qu'elle fut repri
fe par le Roy , qui l'a mife en
l'état où elle eft aujourd'huy
& qui en a fait conftruire la
Citadelle fur les deffeins de
M' de Megrigny , Ingenieur
d'une grande
reputation , &
qui la défend
aujourd'huy
Comme la plupart des ouvra
ges , tant de la Ville que de la
Citadelle font Minez , il est
xil
conftant qu'on ne l'a pû affic
ger fans fe refoudre , à perdre
CALANT
353
beaucoup de Troupes , ce qui
intimide d'autant plus toutes
les Troupes & les Officiers
meſme , que la valeur ne peut
rien contre les Mines . Ainfi ,
foit qu'on s'en rende Maiftre,
ou foit qu'on en leve le Siege,
il cft conſtant qu'on ne le peut
faire fans que l'Armée qui
l'entreprendra foit prefque entierement
ruinée avant que
d'en lever le Siege , ou d'en
faire la conquefte.
Comme vous entendez fouvent
parler du Camp d'Annay ,
& que perfonne n'en a encore
donné de Defcription , je crois
Gg iiij
354 MERCURE
vous devoir envoyer une Lettre
dattée de ce Camp le 30°.
du mois paffé , dans laquelle
vous en trouverez une tresbelle.
Cette Lettre parle auffi
de beaucoup de chofes dont
le public m'a paru mal inſtruit,
& fur lesquelles il a varié. En
fin vous y verrez la fituation
de beaucoup de chofes telles
qu'elles eftoient alors , & qui
eftoient autant defavantageu
fes aux ennemis qu'elles nous
eſtoient avantageuſes ; voicy
cette Lettre.
નવી વ
ALANM 355
-351 su vocats #ovab alay
I
Du Camp d'Annay , le 30.1
allupsland Jain. 3 elong ub
21001
Noftre Armée eft campée de
puis le Village d'Annay qui eft
prés du Pont à Vendin , juſqu'auprés
de Bethune. Ladroite qui eft
à Annay , eft appuyéepar des Ter
res marécageufes d'où l'on tire la
Tourbe , er où paffe le Canal qui
vient de Douay à Lille , qui y
prend le nom de la Deule. La
gauche eft appuyée par un ruiffeau
qui eft auffifort marécageux
que l'on nomme le grand
Courant ; il fort d'un Lac qui
356 MERCURE
eft affez prés de Bethune. Dans
le centre , nous avons devant nous
la Baffée à la portée du canon .
C'est une Ligne en Ravelin qui
un Parapet de quinze pieds d'épaiffeur
& un foffé de dix- buit
pieds de largeur. Ily a outre cela
un avant -foffe paralelle qui regne
tout du long ; il a douze pieds de
largeur ; il eftfort profond ,
barrieres font couvertes
par de
bonnes redoutes . Toute noftre Armée
eft campée fur une feule Ligne
qui tient l'efpace des Retranchemens.
Ily a feulement quel
ques Bataillons derriere de diftance
en diſtance qui font de reſerve en
les

GALANT 357
cas d'attaque pour jetter du monde
an il feroit le plus neceffaire.
ly a tres-peu de
Care
feulement pour les grandes Gar
des. Le refte eft campe entre Douay
& ce Campfous les ordres de Mr
Le Chevalier de Luxembourg.
afin de pouvoir mieux ſubſiſter ,
mais à portée de joindre en cinq
heures la plus éloignée. On avoit
cru qu'il feroit impoffible de tenir
la Campagne à caufe de la difette
des fourages & des vivres , Cependant
la Cavalerie n'a jamais
efté enmeilleur eftat. Elle eftgraffe
à pleine peau. On fait pâturer.
pendant le jour : on rapporte
de
358 MERCURI
T'herbe pour la nuit l'appre
3
henfion qu'on a d'en manquer fair
qu'on la met mieux à profit. On
ne gâte rien eg on en a autant
qu'il en faut , ce qui durera longtemps
. A l'égard des vivres , its
font en abondance . Il n'y a que
dans les Villes vaifines où l'on a
de la peine à trouver du paim
blanc , & au Camp on ne voir
que de pain mollets itfe
Cricur
vend 4.fols 3. deniers la livres le
pain de munition entier , qui coms
me vous fçavez eſtde trois livres,
ne vant que &.fuls , il eft fort bon.
La meilleure viande boeuf
mouton , s. fols la livre ; celle quih
31
GALAN 359
n'eftpasfibonne , 3. fols . La bierre
7. fols , 20.fols la bouteille de
vin. La défertion n'eft point dans
nefere Armée ; mais elle eft fort
grande dans celle des ennemis. Ils
ont faitplusieurs mouvemens pour
derouter Mr de Villars , & l'o-
& lobliger
à décamper ; mais ils n'ont
rien gagné. Ils ontpaffé & repaſſe
la Deule & ils ont feint de
fe jetter fur Aire & enfin
ils ont invefti Tournay depuis le
28. On n'eſt pas trop fâché qu'ils
s'y foient attachez parce que la
Barriere fera encore forte de ce
cofté-là , & que
duira pas en France fi toft qu'ils
cela ne les con360
MERCURE
いavoient cru. Ils ont embarqué
beaucoup d'Artillerie
& d'autres
munitions fur la Lys qui defcend
à Gand , qu'ils font remonter par
Efcaut. Nous avons dans cette
Place fous le commandement
de
Mr de Surville 1 3. Bataillons
• 800. Invalides , 6. Compagnies
franches , 6. Efcadrons
de Dragons
, une Compagnie
decent Mineurs
, une groffe quantité de
poudre à cause du grand nombre de
Mines qu'ily a des vivres
pour quatre mois. A l'égard de
L'argent , il n'y a que cinquante
mille écus ; maisy ayant affez de
Diures on peut fepaffer d'argent .
Voila
GALANT 361
Voila un récit fidelle de tout ce qui
fe paffe icy, Jefuis , &
[ Cette Lettre eft d'un Lieutenant
Colonel , qui eft en
même temps premier Capiraine
des Grenadiers de l'un
des premiers Regimens de
Armée . On y voit beaucoup
de chofes que l'on ne croiroit
pas fi je les difois moy-même ,
& on croiroit que ce feroit
* un raifonnement que je ferois
de moy même fi je difois qu'aprés
la prife de Tournay , les
Ennemis n'auront pas plus de
facilité pour entrer en France
Juillet 1709.
Hh
362 MERCURE
qu'ils en avoient auparavant ;
mais fupoféqu'ils prennent cette
Place , ce qui eft encore fort
douteux confiderons en quel
eftat ils feront. Ils auront per
du une tres - grande partie de
leurs meilleures Troupes , car
ce font toujours des Troupes
d'élite , & des Grenadiers
qu'on employe aux Affauts ,
& aux endroits les plus peril
leux . Ils auront dépenſé des
fommes immenfes qu'ils auront
bien de la peine à trouver,
& qui les mettront hors d'é
tat d'en pouvoir lever pour la
fuite de la guerre , & de plus
2
GALANT 363
la Campagne fera fort avancée
, & le temps pourra eftre
devenu mauvais , car il y a lieu
de croire qu'avant que la Ci
tadelle foit prife , ils en paffera
encore beaucoup , & qu'aprés
cette prife, fuppofant toûjours
qu'ils puiffent faire cette conquefte,
ils feront obligez , au
lieu d'avancer en France , de
s'en éloigner pour éviter une
Armée plus forte que la leur ,
& qui felon toutes les apparen
ces pourroit faire des Conqueftes
, ou qui du moins cou
vrira toûjours la France , puifqu'elle
a bien fçû empêcher les
Hhij
364 MEROURE
1
n
ennemis d'y penetrer lorfqu'ils
font entrez en Campagne avec
des Troupes formidables &
beaucoup fuperieures aux nôtres.
Enfin l'on doit admirer
M' le Maréchal de Villars , qui
par fa manoeuvre leur a fait
celte par tout , qu'il a garenti
la France du cofté de la Mer ,
& qui les a empêchez d'afficger
plufieurs Places aprés la
prife defquelles ils auroient pû
entrer plus facilement en France
qu'ils ne pourront faire
aprés la prife de Tournay , &
qui outre cela , a fçû fi bien
fortifier & garder le terrain
GALANT 365
par lequel ils pouvoient entrer
>en France fans avoir beſoin de
fe faifir d'aucunes Places pour
-s'ouvrir le paffage , que l'on
peut dire que des Batailles gagnées
, & des Places emportées
couvriroient moins de gloire
isun General d'Armée que la
manoeuvre qu'il a faite en trou-
-vant le moyen de barrer les ena
nemis par tout , & de les reduire
à affieger une Place qui ne
les menera à rien , & devant
laquelle ils perdront beaucoup
de Troupes & de temps , pen-
"dant que la France de rétablira
par une recolte des plus bel-
Hhij
366 &MINCURE
les , & par les moyens infailli
bles qu'elle a trouvez pour y
faire circuler Fargent que l'on
y verra bientoft en abondan
ce , fuppofé que cette abon
dance ne commence pas encon
re à s'y voir lorfque vous recev
vrez ma Lettresave - redo
Vous avez encore dû remar
quer par la Lettre quel vouse
venez de lire , & qui eft d'au
tant plus naturelle , qu'elle n'al
point efté écrite pour donner
le Manifefte ; mais feulement
pour faire connoistre la veritasì
ble fituation de toutes chofes
à un Amy ; que l'on n'a point
GALANTM3675
manqué de vivres dans le
Camp ; que tout y a cfté à bon
marché , que noftre Cavalerie
eft admirable , & que la defertion
ne s'eft point mife dans
nos Troupes comme les Nouvelles
publiques imprimées
chez les Alliez ont publié.
Ceux qui font les Sieges font
ordinairement
fujets à tous ces
malheurs , & fur tout lors que
leur Camp eft entouré par de
grandes Armées qui leur bouchent
le paffage de toutes chofes
, & les Soldats en defertent
cant à caufe de la difette qui
s'y trouve , que parce qu'il s'en
368 MERCURE
rencontre beaucoup qui craignent
les perils qui font prefque
inévitables dans les Sieges
-meurtriers , & que l'on doit
fur tout craindre à Tournay à
caufe des Mines. Mais on n'a
#
-jamais oui dire , à moins d'eſtre
né avec un efprit fort inquiet ,
& fans avoir le caractere de
ceux que l'on appelle aujourd'huy
Trembleurs pour ne pas
dire davantage , que la defertion
fe mette dans une Arméc
quia la facilité de faire venir
toutes les chofes qui luy font
neceffaires , & qui par confequent
ne fouffeq pas , & n'eſt
GALANT 8369
expofée à aucuns périls comme
les Affiegeans qui font bat-
>tus par le canon de la Place ,
& par les forties , & qui craignent
à tous momens d'eltre
rattaquez dans leur Camp, d'où
les timides voudroient toujours
eftre dehors.
A l'égard de ce qui s'eft
trouvé dans Tournay d'hommes,
de poudre , & d'argent ,
lorfque la Place a efté affiegée,
la Lettre que vous venez de lire
Vous l'a fait voir naturellement
, & vous verrez dans la
fuite que tout a eſté en augmentant.
370 MERCURE
Les Troupes des Alliez apprehendoient
tellement de fe
trouver à un Siege , ſe ſouve
nant encore de ce qu'elles a
voient fouffert au Siege de Lille
, qu'un peu avant que Tournay
fuft affiegé , il y vint un fi
grand nombre de Deferteurs
que M' de Surville les fit auffitoft
fortir de la Ville , commençant
à craindre quelque
furprife , & il en pafla auffi
une tres grande quantité par
Douay , & l'on donna un écu
à chacun de ces Deferteurs
avec des Paffeports pour fe retirer
où ils voudroient.
GALANY 371
enne-
A peine M' le Maréchal de
Villars eut il efté perfuadé du
Siege de Tournay qu'il fe fervit
de tous les moyens imagi
nables pour inquieter les
mis , & même pour traverſer
leur entrepriſe. Il envoya M
le Marquis de Puyfegur à Condé
pour reconnoître exactement
les bords de la riviere , &
les chemins qui conduisent à
Tournay. Ce Maréchal alla
luy même jufqu'à Mons en
Puelle , pour les obferver de
ce cofté là. On mit en ufage
tous les moyens poffibles pour
y jetter du renfort ; mais avec
372 MERCURE
peu de fuccés. Cependant le
premier Ingenieur de Valenciennes
y arriva heureuſement.
Les Alliez perdirent leur
Premier Ingenieur prefque
dans le même temps , où du
moins il fut mis hors d'eftat de
fervir. Il s'aperçut qu'on mettoit
le feu à un Canon dont
jugea que le coup eftoit pour
luy. Il pouffa fon Cheval pour
l'éviter ; mais fon cheval tomba
, & cette chute fut cauſe
que cet Ingenieur cut la cuiffe
caffée.
Dés les premiers jours du
Siége , Mr de Villars reſolut
de
GALANT 373
de fe rendre Maître de Varnecon
que les Ennemis faifoient
fortifier ,& d'en enlever auffi la
Garnison qui eftoit nombreu.
fe. Les Ennemis pouvoient en
tirer de grands avantages , &
cette Place pouvoit fort incomoder
celles que nous avons
de ce cofté la , & pour empécher
qu'ils de devinaffent fa
penfée , il monta à cheval avec
Mr le Maréchal d'Arco & un
détachement de 2600. Che
vaux , ce qui detourna l'attention
qu'ils auroient pû avoir
du colté de Varneton ; & pendant
que Mr de Villars l'atti-
Juillet 1709.
I i
374 MECURER
roit toute entiere fur fa mar
che , il avoit détaché Mr d'Ar,
tagnan Lieutenant General , &
Mrs les Marquis de Vicupont
& de Conflans Maréchaux de
Camp , avec les Brigades de
Navarre , de Charolt , & de
Laonnois & quatre Eſcadrons
de Cavalerie & neuf de Dragons
, & il avoir des ordres
fecrets de marcher du cofté de
Varneton . Un détacheinent
de la Garnifon d'Ypres commandé
par Mr de Pezeux -Maréchal
de Camp acompagné
de Mr Buiffon Brigadier
devoit matcher en même
GALANT! 375
temps , & ce détachement
eftoit de 2500. hommes avec
fix piéces de Canon . Une Af
faire fi bien imaginée & fibien
conduite eut tout le fuccés
que Mr de Villars avoit eſperé.
800. hommes qui estoient
dans la Place furent pris à dif
cretion avec un Brigadier
, un
Colonel , un Lieutenant Colonet
& 25. Capitaines
ou autres
Officiers. Outre les Troupes
qui furent prifes à difcretion
, les Ennemis firent encore
une perte confiderable
, parce
que les foldats qui travailloient
afe retrancher hors de la Pla-
Ii ij
376 MERGURE
ce , avec leurs Officiers & d'autres
qui y arrivoient lorfque
les Troupes du Roy parurent,
prirent la fuite. Plufieurs
furent faits prifonniers en
fuyant , & plufieurs qui s'étoient
jettez dans un grand
Bacq & qui refuférent de re
venir , furent tuez ou noyez.
Toutes ces pertes enfemble ,
fouffertes par les ennemis , ont
fait dire que l'affaire de Varneton
coûtoit prés de feize cens
hommes aux Alliez , & en effet
, elle doit avoir efté conf
derable , puifqu'il ne s'agit pas
feulement de ceux qui ont efté
GALANT 377
pris à difcretion dans la Place ;
mais auffi de ceux qui ont efté
pris foit dans les Travaux , foit
en fuyant , ou qui ont efté tuez
dans le Bacq. Cette action ne
nous a coûté que deux Soldats ;
mais M Buiffon , Brigadier , a
a efté
d'un coup de feu au travers de
la cuiffe. Il a donné en cette
occafion , ainſi qu'en plufieurs
autres , des marques de
de fa vadangereufement
bleffé
leur & de fa conduite. Il a cu
l'honneur de commander pour
le Roy les années dernieres à
Treves , à Charleroy , & en
diverfes autres Places.
Ii iij
378 MERCURB
Le fuccés d'une pareille entrepriſe
qui couta fi cher aux
Ennemis , & qui nous couta fi
peu , leur donna lieu de croire
que Mr de Villars les inquiette
roit beaucoup pendant le Siege
qu'ils avoient entrepris
mais ils ne s'eftoient pas atten
dus à fe voir enlever des Poftes
de cette confequence , & à per
dre tant de bonnes Troupes ,
car celles qui eftoient dans
Varneron , eftoient fort eftimées
parmy eux , & elles leur
auroient efté d'une grande
utilité pour plufieurs chofes
fi elles avoient pû conferver

GALANIM 379
ce Pofte. Auffi a t'on trouvé
dans ce licu , quantité de
proviſions , & de Paliffades
que l'on a envoyées par la Lys,
à Saint Venant.
a
les Ennemis Pendant que
travailloient à leurs lignes , Mr
de Villars envoyoit fourrager
tous les lieux d'où ils auroient
pûtirer quelque fubſiſtance , a
fin de les faire fouffrir dans leur
Camp où beaucoup de chofes
leur manquoient , tant par la
difette qu'ils en avoient que
par la dificulté de les y faire.
venir facilement. Ainfi l'on
peut dire qu'ils eftoient fans
B
380 MERCURE
ceffe allarmez , & traverfez en
tout .
La nuit du 7. au 8. les ennemis
ouvrirent la Tranchée
en trois endroits ; l'une au de- là
de l'Escaut entre la Porte Morel
& la Porte de Marvie ; l'au
tre entre la Porte des Sept
Fontaines & la Porte de Lille ;
& la troifiéme devant la Porte
de Valenciennes entre le haut
Efcaut & la Citadelle ; mais
comme ils n'avoient pas encore
leur canon , & qu'ils ne
comptoient pas qu'il puft cirer
avant le 15 ou le 16. leurs
Travaux avancerent fort lenGALANT
M 381
tement , tant parce qu'ils apprehendoient
les Mines , que
parce qu'ils travailloient à la
Sappe dont les Travaux font
fort lents . M' de Surville ne
demeuroit pas oifif de fon chu
té , & dés le 7. il avoit fait
achever un avant chemin couvert
à l'attaque de la Porte de
Valenciennes. Le même jour
7. il fit faire une fortie par des
Dragons , qui fut fi heureuſe
qu'ils penetrerent juſqu'aux
Tentes des ennemis où ils tuérent
plufieurs Officiers. Ils en
leverent quelques chevaux qui
cftoient au piquet , & rentre382
MERCURE
rent fans avoir perdu que trois
chevaux. Les jours fuivans les
Affiegez continuerent d'interrompre
les Travaux des Af
fiegeans , en jettant quantité
de bombes , de grenades & de
pierres : & l'on affure même
que trente Cavaliers qui portoient
des fafcines , furent tucz
d'un feul coup de canon , &
endommagerent fort leurs
Batteries , & particulierement
celle de l'attaque des Sept Fon
taines . Les Affiegez continuant
de faire des forties , en firent
une le 11. qui ne leur fut pas
moins avantageufe que les preGALANT
383
"
rent
cedentes , puifqu'ils maltraitefort
quatre Bataillons ennemis,
& ils firent prefque dans
le même temps jouer une Mine
qui fit fauter plus de cent
hommes.
Cependant M' de Villars fit
une marche avec un grand
detachement
qui intrigua fort
les Ennemis , & qui leur fit faigrands
mouvemens dans rea
leur Camp ; mais ce Maréchal
revint quelques jours enfuite,
aprés avoir vifité Valenciennes
& Condé , & donné des ordres
de ce côté là. Le 21. nôtre Armée
continuoit d'eftre en bon
384 MARCURE
18
état , & d'avoir abondance de
toutes choſes ; mais les deferreurs
Ennemis qui venoient fe
rendre en grand nombre , &
dont il paroiffoit tous les matins
des troupes aux Portes
de Valenciennes & de Condé,
difoient dans leur Camp
le pain de munition valoit
vingt un fols ; la Biere quinze
fols , & le fromage treize fols
la livre.
с
que
Le 13 au foir une Bombe
de la Ville étant tombée ſur
un Magafin prés de la Batterie
de l'Attaque de la Porte des
Sept Fontaines où il y avoit
beaucoup
GALANT 385
*
beaucoup de poudre , trois
cens Bombes , & 800. Grenades
, y mit le feu & fit perir
quelques Officiers d'Artillerie ,
ainfi que plufieurs Canonniers
& pluſieurs Soldats .
** Le 15. au matin l'Artillerie
des Ennemis commença
à ſe
fare entendre ; mais fans aucen
effet . M de Surville faifant
attention à tout ce qui
pouvoit fervir à la défenſe , &
voulant employer fon monde
pendant que les Ennemis le
laiffoient
en repos , parce que
le Canon n'eftoit pas en état
de tirer , ce Marquis avoit fait
Kk
Juillet 1709 .
4
386 MERCURE
travailler dés le commenceb
ment du Siege , à un grand
retranchement au dedans de
la Ville fur l'Eſplanade des las
Citadelle , depuis l'Angle fail
lant du chemin couvert du
Baſtion du Roy jufqu'à la
Tour prés de la Riviere , bien
fraifé & paliffadé avec un foffe
profond , & que las Ennemis
ne peuvent voir de leurs Batte
ries Le 16. M de Surville
voyant que lesEnnemis avoient
envelope à droite & à gaucho
Avant chemin couvert qu'il
avoit fait faire , il le fit spru
demment abandonner , La nuit
GALANT 387
are
du 17. au 18. les Affiegez firent
jouer du cofté de la Cita
delle une Mine qui fic fauter
une Batterie de 17. Mortiers,
& fit perir quatre ou cinq cens
Grenadiers qui eftoient pro
che. Le 19. ils n'étoient pas ar
rivez aux Glacis du Chemincouvert
d'aucune de leurs trois
attaques. Les Affiegez · n'avoient
jufqu'alors perdu aucun
Officier de marque que le Ma
jor de Bourbon , qui fut tué le
18. par un éclat de Bombe . Je
crois devoir ajoûter icy l'Ex
trait d'une Lettre de Namur
dattée du 20 de cemois.na
A
Į
KK ij
388 MERCURE
11
&
Il paffe icy tous les jours grand
nombre de Deferteurs de l'Armée
des Ennemis , la plupart Allemans
& Suiffes qui s'en retournent
chez eux. Ils difent unanimement
que leurs Troupes fouffrent
beaucoup qu'elles font mal
payées , encore pplluuss mmeal nourries
, à caufe des difficultez que
Les Parfourniffeurs trouvent à
avoir du bled , les Magazins des
Pays-Bas eftant prefque par tout
epuifez. La mifere eft fi grande
dans tout le plat Pays qu'il y a
une infinité de voleurs qui pillent
impunément par tout.
a
M de Villars apprit le 21 .
GALANT 389
au foir par une Lettre de M' de
Surville , que le Siege alloit
mieux pour nous que nous ne le
pouvions fouhaiter , & que les
Ennemis avoient efté obligez
d'abandonner l'Attaque de la
Porte de Valenciennes , parce
qu'ils eftoient pris à revers par
le feu de la Citadelle .
Vous trouverez la fuite de
ce Siege à la fin de ma Lettre ,
parce que je feray alors mieux
informé de beaucoup de chofes
avantageufes dont il me
refte à vous parler , & dont je
fçauray les fuites . Cependant je
paffe à l'Article des Enigmes.
KK IIJ
39° MERCURE
I
Le mot de celle du mois
dermer , étoit l'Eventail. Une
fort jolie Demoifelle a fait en
la lifant, l'Impromptu qui fuit;
fon nom m'a cité envoyé fous
celuy de la charmante Fanchon,
de la rue du Coulon .....
ob
Lorfque l'Aftre du jour par fes cha
leurs cruelles ,
Interrompt nos plaiſirs & fatigue
nos sens,
Que du corps abbatu les efforts im
puiflans ,
Ont peine à nous tirer de nos langueurs
mortelles ,
Que l'air que l'on refpire eft un air
tout de feu:
Belle que feriez- vous pour confervers
vos charmes ?
GALANT 391
ent
L'Eclat en dureroit bien peu ,
Si l'art ne vous donnoit des ar
mess
Dans un
un fi grand peril le remede
eft trouvé ,
Prenez un Eventail voftre éclat eft
Sauvé,
IS
M'de Chantarmel , en a auffi
donné une explication en Vers,
& elle a été expliquée en Profe
par M' Gaghat, le fils ; Pecour,
le Cadet ; Naertfed , ou l'aimable
Orphée en petit Coler , de
la rue de Grenelle ; Jean Barbor,
dit Mirobolan ; de S. Elier , &
fa chere Commere ; Rodrigue,
& Climene , de la rue du Cime
tiere S. Nicolas des Champs;
392 MERCURE
l'Incomparable de la rue Saint
Marc ; le Grand Devineur , de
T'Enfant Jefus ; les trois bons
Amis , de la rue de la Huchette
; le Solitaire des Angloux ,
& fon Amy Darius ; les trois
Amis de Faux , ruë S. Honoré,
le Chirurgien à marier , de la
ruë de la Feronnerie ; l'Aimable
petit Poupon de la belle
Maman , de la ruë de la Coutellerie
; le Solitaire du Marais ;
Tamirifte ; le grand Prince , &
fa grande Princeffe ; l'Aimable
de Soycourt , & fon petit .....
Miles de la Mothe ; la jolie
Brune Manon Henant , de la
A
GALANT 393
rue des Boucheries ; la Charmante
Damonville, de la Porte
S. Marceau , la nouvelle Brune ,
& fa Soeur , rue S. Denis prés
les Innocens ; la chere Suze, &
fon fils ; la Solitaire , de la rue
aux Féves ; l'Aimable Bergere,
de la rue des Lavandieres ; la
groffe Gouvernante de M' le
Prince de..... la Nymphe , de
Bieyre; la plus jeune des belles
Dames de la rue des Bernardins ;
" Lizette , de Châlons , de la rue
Bar du - Bec ; la Bergere Climene
& fon Berger Tircis.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ; elle cft de Mademoi394
MERCURE
felle du Chefne, qui avoit fait
celle du Lit.
ENIGM E.
Ze Corps qui des mortels frape
plus les yeux .
Me donna la naiſſance
Et par reconnoiffance
TAO
Je m'attache à fon fort , & le fuis
en tous lieux.
Souvent une aimable pucelle
Par mon pere enrichie , & moins
belle que lay,
De mon éloignement pour adoucir
l'ennuy ,
Fait voir de mes attraits l'images
·peu fidelles
Et quelquefois auffi fa courfe meura
triere ,
En me cachant mon pere
voudroit bien me faire perir ;
GALANT 395
Mais ce n'eft qu'un moment qu'elle
peut m'obscurcir ,
Car mon pere bien- tôt remportant
la victoire
Stait me rendre à ſes yeux , mon
éclat & ma gloire.
Je vous envoye une Chanfon
nouvelle.
AIR NOUVEAU.
Amour , de tes dangereux traits ,
Ne me prepares point l'atteinte trop
cruelle :
Tu ne te plaits qu'à faire un infidelle,
Et mɔn coeur s'il aimoit ne le feroią
jamais.
Vous attendez fans doute
396 MERCURE
que je vous parle de Meffieurs
les Maréchaux
d'Harcourt
&
de Bervick , & de M' le Duc
de Noailles.
M'le Maréchal d'Harcourt
a paſſé &repaſſe le Rhin comme
il luy a plu , & il l'a enfuite
repaffé une feconde fois. Il
fait la recolte des deux côtez
de ce Fleuve, & comme elle eft
fort bonne , il s'en fert avantageufement
pour le Roy. Il
fait contribuer beaucoup de
Pays , & le Palarinat n'en eft
pSaass fort content , puis qu'il a
beaucoup contribué depuis
L'ouverture de la Campagne.
Selon
X
GALANT 397
Selon les nouvelles imprimées
chez les Alliez , M ' le Maréchal
d'Harcourt devoit avoir en
tête une Armée de 80. mille
hommes commandée par M
le Duc d'Hanovre , & il fe
trouve fi peu de Troupes aufquelles
ce Duc puiffe commander
, qu'il n'a pas daigné feulement
fe mettre en Campagne,
Cependant la Lifte de ces 80 .
mille hommes a paru pluſieurs
fois dans quatre ou cinq de ces
Imprimez. On peut juger aprés
cela fi on y doit ajoûter foy.
Les Cercles ont efté trop fages
pour faire cette dépense en
Juillet 1709 .
LI
398 MERCURE
faveur de l'Empereur qui cherche
à les affoiblir , & qui les
auroit ruinez pendant que
Troupes Auxiliaires qui ferles
que
res
vent les Alliez tirent de l'argent.
Quant à M ' le Maréchal de
Barvick , il a fort embaraffe
& il embaraffe encore tous les
jours Monfieur le Duc de Savoye
qui s'eft fervy de tous les
moyens imaginables
pour luy
faire prendre le change . Cependant
ce Maréchal n'a pas
hefité feulement
fur ce qu'il
avoit à faire , & il a vû conftamment
toutes les manoeu
pas
REQUE
390
"
DEBE
LA
GALANT
res de Monfieur
de S
fans découvrir
Briançon
. Il Te
met peu en peine
de ce que ce
Duc peut faire d'ailleurs
, & il
paroift
qu'il a bien prévû
à
toutes
chofes
, & que la Cam
pagne
de ce Duc ne luy fera
fort avantageufe
. Il en a
déja laiffe paffer
la plus grande
partie
fans avoir rien fait , &
nous voila déja au mois d'Août
qui n'eft pas un temps
de combat
dans les Pays chauds
.
C'eft pour cette raison
que
M le Duc
de Noailles
, qui
commande
l'Armée
de France
en Catalogne
, ne pourra
agir
LI ij
400 MERCURE
avant le mois de Septembre à
caufe des chaleurs exceffives
du mois d'Aouft ; & comme
l'Armée d'Eſpagne fera on
même temps fort puillante
dans le Royaume de Valence,
l'Archiduc , qui ſelon toutes.
les nouvelles devient Etique,
aura bien bien de la peine à
refilter à tant de forces , d'autant
plus que les Alliez font
obligez d'envoyer en Portugal
une partie des fecours qu'ils luy
devoient donner.
Je reviens à la fuite du Jour-
• nal du Siege de Tournay, Le
23. M le Maréchal de Villars
GALANT 401
marcha avec la principale partie
de l'Armée pour occuper le
Camp de Denain Il mit fa droite
à l'Efcaut , & fa gauche vers
Marchienne
, où il mit des
Troupes ; il trouva ce Camp fi
bon , qu'il renvoya une partie
de fes Troupes à M d'Artagnan
qu'il avoit laiflé dans fon
Camp d'Annay. Par cette difpofition
il couvrit les Places
de Bouchain , de Valenciennes
& de Condé , & par là ce Maréchal
fe trouvoit alors en
état de fecourir Tournay, en
cas que l'innondation
feparât
les Quartiers des Ennemis . Ce
Ll iij
402 MERCURT
mefme jour au foir , il reçût
des Lettres de M ' de Surville
qui portoient que les Ennemis
avoient abandonné les Attaques
des Portes de Valen
ciennes & de Marvic ; c'est- àdire
, qu'ils ne les pouffoient
plus , ce qui faifoit connoitres
que l'attaque des fept Fontai
nes eftoit la veritable ; que la
nuit du 20 , au 21. M Dolet
avoit fait une fortie avec le
nouveau Regiment que M' de
Surville avoit fait , compofe
d'Artifans , de Païfans , & de
quelques Valets d'Officiers ,
que la nuit du 21. au 22. M
GALANT 403
de Parpaille en avoit fait une
autre avec les Irlandois deferles
Troupes qui teurs , & que
avoient agi dans ces deux forties
, avoient fait des merveilles
. On mandoit aufli à M de
Villars que la Garnifon prenoit
le deflus des Affiegeans ,
malgré leur grand feu .
H y a auffi des Lettres de
l'Armée de mefme datte , qui
portent que nos partis prenoient
aux Ennemis une grande
quantité de chevaux , & que
quatre de ces Partis s'étant
joints , avoient attaqué l'eſcor
te de leurs Fourageurs , tué 80 .
404 MERCURE
"
hommes , & emmené plus de
100. chevaux . M de Villars
efperoit que les Ennemis feroient
tehtez de venir à luy
dans la plaine de fept lieues qui
eft entre Douay & les bois de
S. Amand , parce qu'il avoit
renvoyé une partie de fes
Troupes à M d'Artagnan , &
il eftoit bien preparé à fe battre.
Il envoya le 24. 5oo. Grenadiers
commandez par M' le
Chevalier d'Albergotti
, Brigadier,
pour attaquer l'Abbaye
d'Afnon , à la tefte defquels ,
M le Marquis de Nangis , MaGALANT
405
2
réchal de Camp de jour , voulut
fe mettre. M de Montaran
, Capitaine aux Gardes ,
attaqua l'Abbaye d'un cofté ,
& le Lieutenant Colonel de
Greder de l'autre , elle fut emportée
aprés une vigoureufe
défenfe. Les Ennemis y avoient
180. hommes qui furent tous
tucz ou pris . M' le Chevalier
d'Albergotti a cfté tué dans
cette affaire , où nous n'avons
eu que deux Officiers bleffez ,
& fept ou huit Soldats tuez ou
bleffcz .
Les nuits du 26, au 27. &
du 27. au 28, les Ennemis don
406 MERCURE
nerent deux violens affauts
une demi Lune avancée , à laⓇ
tefte des deux ouvrages à Corne
, & ils furent repouffez toutes
les deux fois avec une ex-A
trême vigueur. On a augmenté
l'innondation
que l'on peut !
encore augmenter confidera
blement ; mais on affure qu'or
la differe autant que l'on peut
à caufe qu'elle incommodera
une partie de la Ville.
M.P
On écrit d'Arras du 26. de
ce mois que la plus grande part
tie des Troupes de M d'Ar
tagnan font allées joindre M
de Villars dans fon Camp ,
GALANT 407
donr la gauche eft à Denain,
ayant la Scarpe devant luy , &
l'Escaut derriere , que M' de
Puiguyon a auffi marché à fon
Armée avec le Corps qu'il
commande ; & que les Troupes
qui estoient vers Bethune ,
ont auffi marché vers le même
Camp , à l'exception d'un Bataillon
qui eft entré dans cette
Place . La mefme Lettre ajoûte
que M' d'Artagnan a envoyé
ordre dans tout le Pays de
rompre les chemins par des
foffez , des coupures , & des
abbatis de bois , à peine du
feu..
408 MERCURE
$
Jay oublié de vous marquer
quand je vous ay parlé la
premiere fois du Camp de Denain
occupé par M' le Maréchal
de Villars , que ce Maréchal
y avoit fait venir 60. pieçes
de canon de Douay . Tout
cela peut fournir dequoy faire
des reflexions qui ne peuvent
qu'eftre avantageufes aux Armes
du Roy.
On doit remarquer que quelques
efforts que les Ennemis
ayent fait pour rompre les
Eclufes , ils n'avoient pû en
venir encore à bout le 28. &
que les Puits qu'ils avoient
fait
1
GALANT 409
fait jufqu'alors ne leur avoient
encore efté d'aucune utilité.
Comme je vous envoye ma
Lettre dés le 31 de ce mois , il
n'y a pas lieu de douter qu'il
ne fe paffe des chofes fort confiderables
avant que vous la
receviez. Je crois mefme que
l'on recevra inceffamment des
détails des deux dernieres attaques
faites par les Ennemis.
Je fuis perfuadé que l'Article
fuivant vous fera plaifir.
La Veuve Jean Baptifte Nolin
, qui demeure fur le Quay
de l'Horloge du Palais à l'Enfeigne
de la Place des Victoi-
Juillet 1709.
Mm
410 MERCURE
res , vend un nouveau Plan de
Tournay avec fes environs ,
dans lequel on voit les Innondations
; les Attaques ; les Tranchées
; les Batteries , & plufieurs
Quvrages que M' de Surville a
fait faire depuis qu'il elt dans
la Place. Je fuis Madame , vôtre
, &c.
A Paris ce 31. Juillet 1709 .
BE
LYON
7893
LA
VILLE
A VIS.
On debitera le Mercure
d'Aouft le 4. Septembre fans
faute.
Mm ij
TABLE.
•P Relude
Relude , dans lequel se trouve
le Panegyrique du Roy , fondé
par la Ville, & prononcé par
Mrle Recteur de l'Univerfité , 5
Difcours prononcépar le Pape dans
une Congregation d'Etat tenue
à Rome ,
15
Lettres de Noblesse données à Mr
du Gaay-Troüin , & àfonfrere,
avec le contenu de leursfervices ,
2I
Service fait à Bourg en Bresse pour
feu S. A. S. Monfieur le Prince
Gouverneur de la Province , où
fon Oraifon Funebre fut prononcée
, 55
63 Premier Articles des Morts ,
Traduction de l'Anglois , d'un Ecrit
qui regarde les vertus des GoutTABLE.
tes Aromatiques d'Angleterre ,
93
Reception faite à Me l'Abbeffe de
S. Pierre de Lyon à fon entrée
dans cette Abbaye , où elle a efté
nommée par le Roy ,
112
Services de Mr le Maréchal de Bezons
, 120
123
Mariages ,
-Oraifon Funebre des Cours de Mr
le Marquis de Thianges ,
Sa premiere femme,
Second Article des Morts ,
de
152
166
Addition curieuſe à l'Article de la
mort de feu Mr de la Reynie ,
174
3.4 177
Lettre de Seyde
Nouveau détail de plufieurs actions
de Mer faites par Mr Duclerc ,
1-83
Eloge de Mr Caffart¸ 207
Mm iij
TABLE.
1
Service folemnel pour le repos de
l'ame de feue S. A.s. Monfieur le
Prince de Conty , fait dans l'Eglife
de S. André des Arcs , 212
Cartes nouvelles de Flandre , &
Plan de Tournay ,
Nouvelle Carte de France , divifée
Par Parlemens & Confeils Sou-
222
verains , 225
Troifiém: Article des Morts , 227
Second Article des Marianes , 229
Quatrième Article des Morts , 238
Noms de ceux qui ont r`mporté les
Prix à Toulouſe , & les fujets
des Prix qui font propofez pour
l'année prochaine ,
241
Dons faits par le Roy d'Espagne ,
256
250
Lettre d'Alep ,
Lettre Circulaire du Pere Epiphane
de Lyon, Provincial des Recolets
TABLE.
de la Province de S. François
en France , touchant la calamité
publique , 267
Etat des Perfonnes qui ont envoyé
leur Vaiffelle à la Monnoye des
Medailles , pour en diſpoſer fuivant
la volonté du Roy ,
Naiſſance de l'Infant d'Eſpagne ,
& ce qui s'eft passé à cette occafion
, tant en Espagne qu'en
France , avec la mort de ce
Prince ,
280
287
Ce qui s'eft paßé à la tenuë des
Etats de Bourgogne , 319
Dernier Article des Morts , 342
Nouvelles de la Marine ,
344
Suite du Fournal du Siege de Tournay
, 348
Article des Enigmes , 389
Situation des Affaires d'Allemagne
, du Dauphiné & de CataloTABLE.
gne, 395
Seconde fuite du Journal du Siege
400 de
Tournay ,
Nouveau Plan de Tournay , 409
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui
commence par
Plus je vous vois , doit regarder
la
page 238
Celuy qui commence par
Amour de tes dangereux , doit
regarder la page. 395
13
ERRATA
.
li-
Dans l'Article qui regarde
M' de la Reynie dans le dernier
Mercure , il s'eft gliffé des
fautes d'impreffion dont il eft
important que le Lecteur foit
inftruit , parce qu'elles changent
des noms de famille.
A la page 281. ligne 6.
fez Faure , au lieu de Favre.
A la page 283 lifez Cordes ,
au lieu de Lordes. Dans la page
fuivante , il y a deux lignes de
tranſpoſées , & il faut lire dont
il n'eft resté aucune pofterité que
de Jeanne Bardon, qui épousa en
1674. Alain de Peyraux , Ecuyer
Sieur d'Auriac , dont eft
iffuë Marie de Peyraux , fille
unique feule heritiere de ladite
Jeanne Bardon , qui épouſa,
c.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le