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MERCURE
GALANT
LYON
#//13*
DEDIE A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
JUIN , 1709.10
OTHE
DE
LA
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant.
Com
Omme il cft impoffible dans la conjoncture
preſente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on nepeut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIX,
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'ily en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , etant impoffible
de deviner le nom d'une Terre,
ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bons Ouvrages a leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
J
MERCVRE
GALANT
JUIN , 1709
HEQUE
LYON
E ne doute point que la lecture
de l'Article fuivant ne
vous faffe beaucoup de plaifir ,
non -feulement parce qu'il eft.
tres curieux ; mais parce qu'il
renferme un Eloge du Roy fur
DE
LA
A iij
6 MERCURE
des faits dont on a peu parlé
dans les Panegyriques de Sa
Majefté , quoy que le nombre
n foit grand .
Mr Geoffroy , Docteur en
Medecine de la Faculté de Paris
, Membre de l'Academie
Royale des Sciences & de la
Societé Royale d'Angleterre ,
ayant fuccedé à feu Mr Tournefort
en la Charge de Profef
feur Royal en Medecine , fit le
Jeudy 6. de ce mois fa Harangue
d'Entrée dans le College
Royal. Il fit voir dans la
premiere
Partie la naiſſance de la
Science des Remedes & quel
GALANT 7
progrés elle a fait juſqu'à nôtre
ficcle ; dans la feconde il
propofa de nouveaux moyens
de l'augmenter. Il fit remarquer
que ce fiecle avoit efté
plus fecond en remedes efficaces
que tous ceux de l'Antiquité
enfemble. En effet , dit-il ,
toutce que les Anciens nousont laiffé
de remedes n'ont rien de comparable
au Quinquinapour lafièvre
à l'hipecacuanha , pour la diſſenterie,
au Mercure pour la gueri
fon du malqu'on a aportédu nouveau
Monde, trois desplus grands
fleaux quipuiffent affliger legenre
humain , & en même temps des
A iiij
8 MERCURE
plus ordinaires. Mais à qui doiton
ces remedes fi fürs & fi fpecifiques
, qu'à la liberalité de notre
Augufte Monarque , qui toûjours
attentifau bien de fes Peuples , a
forcé par de groffes récompenfes
ceux qui tenoient ces Secrets cachez
à les découvrir ? N'eft ce pas
à la vigilance du Roy que
l'on eft
encore redevable de tout le progrés
que la Medecine a fait de nos
jours auffi bien que tous les beaux
Arts qu'il a fi particulierement
protegez. Pour conferver la vie
de ces Sujets qui luy a toûjours efté
fiprécieuſe , il ne s'eft pas contenté
de laiffer les Sciences quiyfont
GALANT 9
propres dans le Cours ordinaire des
Ecoles. Mais encore malgré les
foins qui l'ont continuellement occupé
pour deffendre luy feul la
gloire de fon Etat , & pour conferver
les biens de fès Peuples contre
unefoule d'Ennemisjaloux &
envieux , il a trouvé le temps de
penfer aux chofes qui pouvoient
eſtre falutaires àfes Sujets . Il a
mis de nouveaux moyens en ufage
pour augmenter le nombre des découvertes
qui pouvoient apporter
foulagement fur contre les maladies
dont il ne pouvoit voirfans
douleur fon Peuple affligé. C'eft
dans cette vuë qu'il a envoyéjuf
10 MERCURE
qu'aux extremitez du monde des
gens habiles pour en rapporter de
nouveaux remedes. Il a attiré
dans fon Royaume par toutes fortes
de récompenfes & de bienfaits
tes gens les plus habiles d'entre les
Etrangers , en tout genre de Science
, & particulierement pour la
guerifon des Maladies.
Toute la France n'eft- elle pas le
témoin de la liberalité avec laquelle
ce Monarque a récompenſé
ceux qui ont trouvé quelque remedefingulier
? Il est arrivé de la
l'émulation s'eftant mife parque
mi les Sçavans , ils fe font appliquez
à l'envi à découvrir de nouGALANT
II
veaux remedes , ou de nouvelles
proprietez dans ceux qui estoient
déja connus. Et afin que leur travail
fut plus reglé par là plus
utile, il a raffemblé ces Sçavans
en un Corps d'Academie , où il les
perpetuellement à découvrir
& à perfectionner tout ce quipeut
eftre utile àfes Peuples , mais particulierement
ce qui pent contribuer
à leur confervation
.
occupe
Quelsfucces n'ont pas eu defi
fages deffeins. La découverte du
Quinquina n'eut peut - eftre jamais
eu des fuites fi heureufes fans les
ordres que Sa Majefté donna pour
s'affurer de la bonté de ce remede ,
12 MERCURE
& qu'on en revelaft le fecret.
Combien l'Ipecacuanha eftoit il
peuconnu . Quoyque les Hiftoriens
du Brefil euffent parlé de fa naturedefesproprietez,
il n'y avoit
qu'un tres-petit nombre d'Efpagnols
de Portugais qui fceuffent
s'en fervir. Du refte il eftoit
ignoré de tout le monde & ce n'a
efté que par les bienfaits de Sa
Majefté que celuy qui en avoit
éprouvé la vertu par une infinité
d'experiences , mit en lumiere ce
fameux remede qui nous eftoit venu
par hazard , & quijufques- là
eftoit demeuré negligé & inutile.
Avec defi excellens remedes qui
GALANT
13
nous vinrent du nouveau Monde,
une Maladie épouventable paſſa
en même temps les Mers pour le
malheur des Peuples . Et ceux qui
winrent les premiers chargez des
dépouilles de l'Occident,en rappor
terent cet horrible fleau ; en forte
qu'on peut dire qu'ils ont pour le
moins autant affligé l'Europe qu'-
ils l'ont enrichie. Pour comble de
malheur les remedes qui dans
l'Amerique queriffent cette maladie
, n'eftoient d'aucun fecours
en Europe. Ainfi le mal
croiffoit & gagnoit même les innocens
auffi bien que les coupables.
La pitié du Prince le porta à exci14
MERCURE
ser par des privileges & des recompenfes
qu'il propofa à ceux
qui avoient deffein de travailler
à chercher quelque remede infaillible
contre un mal fi dangereux ,
&qui avoient plus de genie pour
réuſſir ; enfin on en découvrit un
dans le Mercure , dont l'Auteur
éprouva la liberalité du Prince.
nefinirois point , continuat-
il , ft je raportois tous les biens
que le Roy à procurez à fespeuples
par les foins enpreffez qu'il a
pris de leur confervation. Son
Royaume ne s'en eft pas feul
veffenti. Et comme le Soleil ne
renferme pas fes rayons dans les
Fe
GALANT
15
climats qui les voyent naiſtre
de même les bienfaits de noftre
Augufte Monarque ont paffé
non - feulement aux Nations
voifines ; mais même aux plus
reculées , qui beniront à jamais fa
memoire , à cauſe que bien mieux
qu'Hercule , il prit foin d'exter-
3
minerdes Monftres plus réels, &
qui n'eftoient pas moins formidables
: tels quefont les fièvres , les
diffenteries, la terrible maladie qui
nous eft venuë de l'Amerique , &
plufieurs autres contre lesquelles
fon zéle pour le bien defesfujets
a procuré de fi puiffants fecours.
Mr Geoffroy joignit à cet
16 MERCURE
Eloge de Sa Majefté qui conve
noit à fon Difcours , ce que
la reconnoiffance exigeoit de
luy envers Mr le Comte de
Pontchartrain & Mr l'Abbé
Bignon.
Son Difcours reçut de
grands aplaudiffemens de toute
l'Affemblée & l'on ne
pouvoit attendre moins d'un
homme qui fe diftingue depuis
long- temps dans fa profeffion
, & qui a fouvent brillé
dans les Aſſemblées publiques
de l'Academie dont il
eft Membre , par la Lecture
de plufieurs beaux OuviaGALANT
. 17
ges qui y ont efté admirez.
Je paffe à un Difcours qui
vous édifiera beaucoup . Celuy
que vous venez de lire
regarde la fanté qui doit eſtre
chere aux hommes ; mais celuy
qui fuit , regarde le falut.
des Ames qui leur doit eftre
encore plus cher .,
Juin 1709.
B
18
MERCURE
HOME LIE
PRONONCE'E PAR LE PAPE
CLEMENT XL
Le jour de Pafques , dans
l'Eglife de S. Pierre.
EMERUNT MULIERES AROMATA
UT VENIENTES UNGERENT
JESUM. S. Marc ch. 6 .
y.6 .
Les pienfes femmes voulant
des marques
de leur adoucir
par
tendreffe , la douleur fenfible que
GALANT 19
parla
mort de leur bon Maiftre leur
avoit caufée , acheterent des
fums pour venir embaumer le ·
Corps de Fefus - Chrift ; elles prouverent
affez par ce devoir de leur
pieté , que Jeſus-Chriſt luy- même
les avoit inftruites & qu'el
les avoient efté formées à la pieté
dans l'école de ce divin Maiftre ;
&nous apprenons à leur exemple
ce que ceux qui profeffent la Religion
Chreftienne , font obligez de
faire. Elles acheterent , EMERUNT.
L'Evangelifte veut dire
par là qu'elles n'employerent point
la fraude ny l'injuftice , mais qu'
en payant liberalement & gene-
Bij
20 MERCURE
reuſement le prix de ce qu'elles
voulurent acheter , elles conferverent
toutes les regles de l'équité
plus exacte. Parfums , AROMA
TA, cefont des biens du fiecle à la
verite , mais de ces biens qui font
la
exempts de toute tache & qui
n'ont point efté infectez de la contagion
du crime. Pour venir , UT
VENIENTES. Ce qui nous fait
voir qu'elles ne regardoient pas ce
qu'elles portoient comme un bien
qui leur appartint ; mais plutoft
comme une choſe qui estoit aux autres
, du poids de laquelle elles
n'eftoient aucunement chargées ,
parce qu'elles alloient toutes emGALANT
21
preffées trouver le Seigneur leur
Maiftre. Pour embaumer Tcfus
, UNGERENT JESUM
Le fervice & l'honneur feuls de
Jefus - Chrift les avoient obligées
de fe charger de cesparfums , n'étant
pas accoûtumées à s'en fervir
pour des ufages mondains & profanes
EMERUNT AROMATA
UT VENIENTES UNGERENT
JESUM : Elles acheterent des .
Parfums pour venir embaumer
le Corps de Jefus. Ce fut
dans de ſi heureuſes conjonctures
que les Saintes femmes dont parle
noftre Evangile , s'eftant chargées
de Parfums pour embaumer le
22 MERCURE
que
le
Corps de Jesus - Chrift , ſe rendi—
reut dignes d'eftre les premieres
inftruites de la nouvelle
Sauveur eftoit reffufcité , avant
même qu'il fe découvrit àfes Apôtres.
Mais il ne fuffiroit pas , mes
Venerables Freres , mes Fils bienaimez
, il ne fuffiroit pas de celebrer
les Myſteres Evangeliques
que vous avez entendus , fi nous
n'en recueillons pas des inftructions
propres à nous inftruire . Que l'empreffement
de ces pienfes femmes
qui fe tranfportent
avec une ardeur
fi empreffée au tombeau du
Sauveur du monde , nous apprenne
donc l'attention que nous deGALANT
23
1-
A
vons faire fur les biens qui font
en noftre poffeffion , de crainte que
I quelques exempts de crimes que
foient ces biens , quelques juftement
acquis qu'ils nous paroiffent
eftre , quelques reffemblans qu'ils
foient aux parfums , ils ne foient
ne deviennent à noftre égard
une charge & un poids qui nous
arrefte vers la terre & nous empê
che d'aller à Dieu. S. Paul parlant
aux Hebreux dit
ne fommes que des voyageurs ,
que nous n'y fommes que comme
des étrangers , puifque
nous ny avons aucune demeure
fixe & permanente , & que
que nous
24 MERCUR E
c'eſt uniquement dans la vie à
venir que nous la devons trouver
, & que nous la devons
chercher. Nous cheminons cependant
dans des montagnes heriffées
de précipices , nous traver
fons des vallées pleines de ronces
d'épines , il faut que nous
franchiffions des rochers qui font
raboteux , même inacceffibles ;
comme parle un Apologiste de la
Religion chreftienne , ( minuti
feli in fuo octav. les grandes
richeſſes bien loin de nous foulager
dans cette vie periffable , ne
caufent ordinairement que de la
peine de l'embarras . Il nous
faut
GALANT
25
faut donc décharger, mes chers Enfans
, d'un fardeau fi pesant , afin
que nous foyons plus en eftat de
terminer une course auffi penible
& auffi laborieufe que l'eft lanô -´
tre. Ou bien , fi nous retenons encore
quelques Parfums , il faut
que nous ne les retenions que pour
embaumer le Corps de Jefus ; je
vux dire , que nous ne nous en
fervions pas pourfomenter l'ambition
& la vanité , nourrir le
luxe & la molleffe ; nous ne devons
nous captiver que pour honorerla
vertu , pourfoutenir lagloire
de la Religion & pour foulager
la mifere. Quelfujet de trifteffe ne
Juin 1709
.
C
26 MERCURE
reffentirions- nous pas ,ficesfoula
gemens pour lesquels nous foúpirons
que nous recherchons
avec de fi grandes inquietudes durant
le cours fatiguant de noftre
vie , n'eftoientpoint lesfruit de nos
travaux , s'ils n'eftoient point à
noftre égard des parfums , fi nous
eftions accablez de leurpoids ; fi
nous cherchons à augmenter nos
provifions , fi nous cherchons plus
de foulagemens , moins nous aurons
de chemin à faire. Ne ferions-
nous pas enfin extrémement
à plaindre fi au lieu de nousfervir
de ces parfums pour embaumer le
Corps de noftre divin Sauveur ,
GALANT
27
nous les employons à renouveller ,
ou à augmenterfes playes. Mettons
- nous fouvent devant les
yeux , mes Fils bien aimez , le
bon homme Abraham , le Pere des
Croyans ; il avoit des richeſſes ,
je l'avoue , il eftoit maistre d'une
grande quantité d'or & d'argent ,
à ce que nous apprennent les Saintes
Ecritures , mais parce qu'il eut
de la foy , qu'elle luy fut imputée
à juftice & qu'il crut enfin aux
promeſſes de Dieu , il fut riche
pour les autres & non pas pour
luy- même. S'ilfut maistre de ces
biens periffables & fragiles que
nous ne sçaurions poffeder long-
Cij
28 MERCURE
temps & qui ne peuventfoulager
ny adoucir cette indigencefpirituel
le dont nousfommes accablez, ce ne
fut pas pourfatisfaire àfa cupidité
, mais pour les diftribuer aux
nece
ceffiteux & à ceux qui fe trouvoient
dans le befoin. ( v. S. P.
Chryfologue fur cet endroit . )
Ainfi le peu d'amour qu'il eut pour
le bien , luy fit fouvent refuſer celuy
qu'on luy offroit , & même
méprifer celuy qui luy appartenoit ,
il regarda par les yeux de la
foi cette terre de promiffion , comme
une terre de paffage , une terre
étrangere. Ily campa avec Ifaac
Facob qui estoient comme luy
GALANT 29
&
;
dans le cas de la même promeffe ,
il y dreffa feulement des tentes
, parce qu'il efperoit d'habiter
dans une Cité qui a de plus foli .
des fondemens , que Dieu a baftie
dont il eft le feul Architecte.
Parce que nous appartenons au
divin Sauveurfefus - Chrift nous
fommes les enfans d'Abraham
en effet c'eft de la libre & non de
l'esclave que nous fommes les enfans
;faifons donc les oeuvres des
enfans d'Abraham , fi veritablement
nous lefommes , conftruifonsnous
, à l'exemple de ce Pere des
Croyans , dans ce lieu infortuné
de noftre pelerinage , des tentes que
6
Ciij
30 MERCURE
nousfoyonsprefts de quitter à tous
momens , & non pas des maisons
pour y demeurer , perfuadez que
tout Chreftien doit eftre que bientoft
, commedit faint Augustinfur
faint Jean , nous ferons appellez
pour fortir de ce monde & entrer
dans noftre Cité, L'homme donc
qui fe regarde comme un voyageur
, habitefous des tentes. Pof
Jedons les biens de cette vie commefi
nous ne les poffedions pas &
&fans attachement; & ne doit-on
pas jouir des biens caduques & periffables
,, ccoommmmeeffii oonn n'en joüiffoit
pas ? fi pourtant ce qu'on peut
avoir dans la plus grande abonGALANT
31
dance ,fans ceffer d'eftre malheureux
, merite le nom de bien. Joüiffons
, je le veux , des biens de cette
vie , mais ne cheriffons que ceux
de l'autre , & confervons leur toute
noftre affection . Saififfons ce qui
ne doit jamais finir attachons
nous y fortement ; negligeons au
contraire & paffons legerement
fur ce quifera bien - toft détruit,
afin que dans le cours de noftre pelerinage
, le defir empreffé que nous
avons de nous rendre à noftre Patrie
, nousfaffe envisager les félicitez
de cette vie , comme un fou-
Lagement utile , même neceſſaire ,
fi l'on veut, dans noftre pelerinage,
C iiij
32 MERCURE
nonpas comme un charme flatteur
& feducteur qui nous faße
defirer de n'en point fortir. Nous
fommes
malheureufement obligez
de traverferd'immenfes eaux dans
cette mer vafte , profonde & pleine
d'écüeils dangereux ne nous y
embarquons pas, mes chers Fils ,
n'y entrons pas comme les Egiptiens
, n'y entrons pas comme eux
fuivis d'un équipage immenfe de
chevaux de chariots , fur lefquels
le Dieu des Arméesfit écroulerles
eaux de la mer ; mais en tenant
une conduite plus judicieuſe ,
dégageons - nous de tout ce qui
pourroit nous donner de l'embarGALANT
33
ras , uniffons- nous aux fages Ifraëlites
, qui traverferent la Mer
rouge à pied fec , guidez par le
Seigneur , comme s'ils euffent cheminé
dans le continent dans la terre
ferme. Beniffons le Seigneur
avec les trois enfans au milieu des
flammes en nousy promenant avec
eux ; cela veut dire que nous devons
nous fervir des biens de cette
vie d'une maniere que nous ne
Soyons pasprivez de ceux de l'autre
, que nous ne perdions pas
biens éternels. Que noftre coeurfoit
fipeu attaché aux richeffes de la
terrec, que nous les cherchions fans
empreffement , que nous les trou-
ر
les
34 MERCURE
vionsfans peine & fans travail ,
que nous en jouiffionsfans inquietude,
& qu'au milieu de cette vie
periffable , nous les perdions fans
nous plaindre . Ainfi traverfons
comme une étincelle , un lieu remd'é-
pli de rofeaux , de ronces
pines nous nous rendrons dignes
d'habiter avec les Juftes dans l'éternité
& d'y briller comme eux
( Daniel c. 12. ) aprés avoir
fuivi l'exemple des pieufes Femmes
en ne nous mmuunniifjfant de parfums
que pour embaumer noftre
divin SauveurJefus , EMERUNT
AROMATA UT UNGERENT JESUM
; nous prendrons part à leur
GALANT
35.
joye & nous nous réjouirons avec
elles de la bienheureuse nouvelle
que l'Ange leur annonça de la
glorieufe Refurrection de N.S. Je
Jus- Chrift. AC POSTQUAM PIAS
MULIERES NON ALIA QUAM
AD UNGEDUM JESUM DEFERENTES
AROMATA SANCTÆ
IMITATIONIS OBSEQUIO
COMITATI FUERIMUS , NUNTIATA
ILLIS AB ANGELO DO .
MINI RESURRECTIONIS GLORIA
COLLÆTABIMUR .
Ce Difcours plein d'onction
& dans lequel la pieté du Pontife
qui l'a prononcé éclata par
tout , fut fort applaudi dans le
36 MERCURE
Sacré College. Tous les Cardinaux
qui s'y trouverent prefens
en firent compliment à Sa
Sainteté , & luy marquerent
avec des termes tres - refpectueux
qu'ils n'avoient jamais
efté plus édifiez , & qu'ils ne
l'avoient jamais entendu avec
plus de plaifir.
Je paffe de ce qui regarde
un grand Pape , auquel les
traverſes dont il eft accablé ,
feront meriter la vie éternelle ,
& conferver dans l'autre monde
le nom de Saint , la
› que
plufpart de fes Predeceffeurs
ont quitté dés celuy ci . Je
GALANT
37
ne prétens pas condamner
leur memoire , puifqu'il n'eft
pas neceffaire d'eftre Saint
pour eftre fauvé. Je paffe , disje
, de ce qui regarde un grand
Pape , à ce qui regarde une
Sainte Fille , & je viens à l'Article
que je vous ay promis.
Si je ne vous avois prevenue
fur cet Article , vous pourriez
croire que je ne vais vous
dire que des chofes que le
Public a vues , & dont les
oreilles ont efté fatiguées ;
mais il eft conftant qu'il échape
bien des chofes de ce qu'on
voit ; que l'on ne peut eftre par
*
38 MERCURE
tout quand une Ceremonie fe
paffe en beaucoup d'endroits
aufquels les Spectateurs ne
peuvent eftre , & que fupofé
même que cela fe puft , & que
malgré la confufion ils cuffent
bien remarqué tout ce qu'ils
ont vû , ce qui eft impoffible ,
il s'y paffe des chofes dont les
motifs font ignorez , & qu'à
l'égard de ce qui s'eſt publié ,
la plufpart des chofes effentielles
ont efté ignorées de ceux
qui les ont données au Public.
Ainfi ce que vous allez lire
doit eftre regardé comme un
morceau d'Hiſtoire , auquel la
GALANT
39.
Pofterité devra ajouter foy ,
& dont fuivant les temps &
les ocafions , elle tirera des lumieres
dont elle pourra avoir
befoin. Je paffe donc à l'Article
que je vous ay promis.
La Proceffion appellée de la
Chaffe de Sainte Genevieve , s'eft
faite le 16. du mois de May
dernier.
Cette grande Ceremonie ne
Le fait que dans des occafions
importantes , & que par Arreſt
du Parlement , en confequence
des ordres de la Cour ; la
rigueur extrême de l'hiver der.
40 MERCURE
nier , avoit tellement endommagé
les meilleures Terres du
Royaume , que preſque tous
les bleds & autres grains qui
avoient efté ſemez , pendant
l'Automne avoient péri. Quoi
que l'abondance des bleds
dans le Royaume cuft efté fi
grande les années precedentes ,
qu'elle étoit même à charge ,
cette ruine apparente de la récolte
avoit cependant rendu
les bleds fi rares qu'ils eftoient
tout d'un coup montez à un
prix exceffif , & le Peuple qui
avoit déja fouffert beaucoup
par une longue guerre , eftoit
GALANT 41
reduit à une grande extremité.
Dans cet eftat déplorable il cut
recours à la Patronne de Paris,
fon azile ordinaire , afin qu'elle
puft par fon interceſſion ,
obtenir de Dieu , & la Paix &
du Pain. Le Roy toujours fen.
fible aux befoins de fon Peuple
, & informé de la mifere où
il fe trouvoit , ordonna que
fuivant les formalitez ordinaires
, on acordaft à fes voeux
la Defcente & Proceffion de
la Chaffe de Sainte Geneviève ,
dont il a toûjours reffenty
dans de pareilles extremitez
des effets de fon fecours mira-
D
Juin 1709.
42 MERCURE
culeux. En confequence des
ordres de Sa Majefté , le Parlement
ordonna par Arreſt du
8. May que pour ſe difpofer
à cette grande Ceremonie
la Chaffe de Sainte Geneviève
feroit découverte . Mr Dongois
, Greffier en Chef, fut député
pour donner avis de cet
Arreſt aux Chanoines Reguliers,
dépofitaires de ce preticux
trefor . Ils y obeïrent fi promtement
que dés le lendemain
9 May jour de l'Afcenfion ,
la Chaffe fut découverte & expofée
à cinq heures du matin .
L'affluence du Peuple fut pro-
с
GALANT
43
digieufe ce jour -là , & continua
les jours fuivans , & tout
le Clergé Regulier & Seculier
de Paris & des environs , y
vint en Proceffion .
Le Samedy 11. les Prevoft des
Marchands & Echevins allerent
en Corps au Parlement , pour
repreſenter à la Cour la neceffité
d'avoir recours à la Def
cente & Proceffion de la Chaf
fe , & la prier d'interpofer fon
autorité pour cela . M" de
Ville s'eftant retirez , la Cour
fur les Conclufions de Mrle
Nain Avocat General , la grande
Chambre & la Tournelle
Dij
44 MERCURE
eftant affemblées , rendit un
Arreft qui portoit que pour
les motifs qui y eftoient énoncez
, qui font d'obtenir
de Dieu par l'interceffion de
Sainte Geneviève , la Paix &
du Pain , la Chaffe de cette
Sainte feroit defcendue &
portée en Proceffion folemnelle
; que la Cour y affifteroit
en Robes rouges , & que
le Procureur General du Roy
donneroit avis dudit Arreft à
l'Archevêque de Paris & à
l'Abbé de Sainte Genevieve ,
afin qu'ils puffent convenir
enfemble du jour auquel laGALANT
45
dite Proceffion fe pouroit
faire , afin de le faire fçavoir
enfuite à la Cour , auffi bien
qu'aux autres Compagnies ;
que le Lieutenant Civil & les
autres Officiers du Chaftelet feroient
mandez pour leur enjoindre
de veiller à la garde de
la Chaffe & de s'en charger
en la maniere accoûtumée .
Mr le Procureur General alla
luy - même le lendemain.matin
donner avis de cet Arreft
à Mr l'Abbé de Sainte Geneviève.
Cependant Mr le
Cardinal de Noailles Archevêque
de Paris , voulant dơn46
MERCURE
1
1
ner à tout fon Peuple l'exemple
de la confiance & de la
pieté avec laquelle il doit implorer
l'interceffion de ſa Sainte
Patrone , alla le Dimanche
12. May à l'Eglife de Sainte
Geneviève . Les Chanoines Reguliers
le reçurent avec tous
les honneurs dûs à fa perfonne
& à fon caractere. Il y celebra
Pontificalement une Meffe folemnelle
à laquelle les Chanoi .
nes Reguliers de l'Abbaye luy
fervirent de Diacres , de Sousdiacres
& d'autres Officiers , &
ils la chanterent feuls . M's les
Prèvoft des Marchands , EcheGALANT
47
vins , & autres reprefentant le
Corps de Ville , y affifterent .
Aprés la Meffe Mr le Cardinal
, & Mrs les Prevost des
Marchands & Echevins voulurent
bien difner au Refectoir
de l'Abbaye en Communauté.
Le Lundy 13 May l'Eglife
de Paris accompagnée de fes
quatre Filles, qui font les Chapitres
de Saint Mederic , de
Saint Benoift , de Saint Eftienne
des Grecs , & du Saint Sepulchre
, alla fur les neufheures
du matin à l'Eglife de Sainte
Geneviève. On y celebra , fui-
,
48 MERCURE
vant l'ancienne couftume
une Meffe Solemnelle qui fut
dite par Mr le Chantre . La
Meffe eftant finie , tous les
Chanoines qui compofent le
Chapitre de Paris , fe rendirent
dans le Chapitre de l'Abbaye ;
ils en occuperent le colté droit
& les Chanoines Reguliers le
cofté gauche , & aprés que
Mrs le Doyen & le Superieur
de Sainte Geneviève , en l'abfence
de l'Abbé , le furent affis
aux places qui leurs avoient
efté preparées , Mr le Doyen
reprefenta par un beau Difcours
aux Chanoines Reguliers
la
GALANY
49
la miſere du peuple , le beſoin
extreme d'avoir recours à la
puiffante interceffion de fa
Sainte Patrone , pour en obte-.
nir du foulagement , & ajouta
qu'il venoit leur demander au
nom de la Ville de Paris la Defcente
& Proceffion de la Chaffe de
Sainte Genevieve. Le Superieur
répondit à Mr le Doyen , qu'il
n'eftoit pas moins touché que luy
de lafâcheufe fituation du Peuple ;
& qu'il confentoit volontiers au
nom de toutfon Chapitre de faire
la Ceremonie qu'on luy demandoit;
mais , que comme il eftoit neceffaire
que les Chanoines Reguliers
Juin 1709. E.
50 MERCURE
que
>
s'y difpof ffent par des jeunes
par des prieres extraordinaires
on nepouvoit leur accorder moins
trois jours , qu'ainfi , fous
le bon plaifir de tous Mrs du
Chapitre , la Proceffion pourroit
fe faire le Feudy 16. May ; &
les deux Chapitres en convinrent
, aprés quoy la Proceffion
de Notre-Dame retourna à
fon Eglife
.
On fe difpofa enfuite de part
& d'autre à cette Ceremonie ,
les Chanoines Reguliers par
un jeûne de trois jours , & des
Eglifes de Paris tant les
Chapitres que les Paroiffes &
GALANT 51
par
Communautez Regulieres ;
des Proceffions où toutes
leurs Reliques eftoient portées ,
fuivant l'ordre du Mandement
de Mr l'Archevêque ;
ce qui fut continué le Lundy
Mardy & Mercredy ; prefque
toutes les perfonnes confiderables
de Paris , fe firent un
devoir d'accompagner à pied
leur Paroiffe dans ces Proceffions
, pour marquer leur zéle
& leur devotion.
Le Lundy la Reyne de la
Grande Bretagne fe rendit à
Sainte Genevieve far les fix
heures du foir , où elle fit fa
E ij
52 MERCURE
priere pendant un temps aſſez
confiderable, devant la Chaffe.
Le Mercredy veille de la Ceremonie
fut un jour de jeûne
dans tout Paris , & ce jour - là
le Chapitre de la Sainte Chapelle
, voulant auffi fignaler
fon zéle en cette occafion , y
vint de fon mouvement celebrer
la Meffe , qui fut tresfolennelle.
On conimença les Vefpres
à deux heures ; elles furent
chantées tres folemnelle-
Y Officia
ment & l'Abbé st
Pontificalement
, ainfi qu'à
Matines
, que l'on commença
GALANÝM 53
à quatre heures ; pendant
qu'on les chantoir le Roy de
la Grand Bretagne arriva ac
compagné de Madame la
Princefle fa foeur . Il fut reçu
à la porte de l'Abbaye par
plufieurs Chanoines Reguliers
qui le conduifirent à l'Eglife
où il fit fes prieres devant la
Chaffe.
Mr le Chevalier du Guet
avec deux Lieutenants & une
Brigade de fes Archers , vint
fur les cinq heures du foir
prendre poffeffion de toutes
Jes avenues & des portes de
l'Eglife & de la Maiſon , pour
E iij
54 MERCURE
les garder & pour empecher
les defordres que la prodigieufe
affluence du peuple , qui y
ftoit deja , pouvoit caufer
pendant la nuit.
A onze heures la plus petite
Cloche aiant commencé à fonner
, & ayant continué juſqu'à
minuit felon l'ancienne coutûme
, on entendit un concert
de Trompettes fur la Gallerie
du Clocher pour annoncer à.
toute la Ville , de la Defcente
de la Chaffe .
A onze heures & demie
Mrs les Lieutenans Civil &
Criminel , arriverent accomCALANT
55
pagnez de Mrs les Avocats
& Procureur du Roy en Robbe
rouges , avec douze Commiffaires
, les Huiffiers à Verge
& autres Officiers qui devoient
le trouver à la Ceremonie , &
prendre la Chaffe en lcur
garde.
A minuit les Chanoines
Reguliers eftant entrez à l'Eglife
réciterent les Heures Canonialles
, lefquelles finies , ils
monterent tous au Sanctuaire
nuds pieds , où s'eftant profternez
la face contre terre ,
ils réciterent d'un ton grave
& lugubre les fept Pleaumes
E iiij
56 MERCURE
Penitentiaux avec les Litanies ,
les Prieres & les Oraifons
puis le Celebrant ayant dit
Ic Confiteor que tout le Clergé
récita , il fe tourna vers le
peuple , auquel il donna l'Abfolution
generale marquée
dans le Rituel de Sainte Geneviéve
.
Cependant deux . Chanoines
Reguliers revêtus d'Aubes
& d'Etolles , monterent à la
Chaffe pour la conduire dans
la defcente qu'on en alloit faire
& quatre des plus anciens revêtus
de Surplis & d'Etolles ,
l'attendirent
en bas pour la re-
9
GALANT .57
cevoir. Si toft qu'on vit ce pretieux
Trefor enlevé de fa pla- .
ce , on entendit les Trompettes
qui par leur concert contribuerent
à la devotion d'une
action fi fainte & fi éclatante .:
Si toft qu'elle cut efté reçuë
pendant qu'on la en bas
portoit à l'Autel de Sainte
Clotilde , où elle fut depofée ,
le Chantre entonna un Répons
, qui fut continué par le
Choeur ; auff toft le Celebrant
s'approcha de la Chaffe pour
l'encenfer & la baifer , & fut
fuivi de tous les Chanoines
Reguliers , qui allerent auffi
58 MERCURE
luy rendre leurs hommages.
Cependant Mr Gaudion , Greffier
du Chafteler , dreffa fur le
lieu un Acte qui fut figné par
les Lieutenant Civil & Criminel
, Avocat & Procureur du
Roy , Commiffaires & autres
Officiers du Chaſtelet , par lequel
ils juroient & promettoient
de ne point quitter la
Chaffe de vûë , jufqu'à ce qu'-
elle fut remontée & remife en
fa place . Auffi toft ils s'en approcherent
& permirent à toutes
les perfonnes d'un rang diftingué
qui avoient voulu affifter
à la Ceremonie de la DefGALANT
59
cente de la Chaffe de la venir
baifer. Ce fut alors que Leurs
Excellences Mr le Duc & Madame
la Ducheffe d'Albe , qui
avoient eu la pieté de vouloir
paffer une partie de la nuit
dans l'Eglife , vinrent auffi rendre
leurs hommages
aux pretieufes
Reliques de la Sainte ,
avec une piété qui édifia tout le
monde.
On commença enfuite la
grande Meffe qui fut tres - ſolemnelle
; tous les Chanoines
Reguliers , Preftres ou non
Preftres y Communierent
, à
l'exception d'un feul qui de60
MERCURE
voit dire la Meffe des Porteurs
de la Chaffe à fix heures
dans la Chapelle du Cloître
, où ils devoient tous
Communier.
3
La Meffe achevée les Chanoines
Reguliers fe remirent
à réciter le Pfeautier devant
la Chaffe , ce qui fut continué
jufqu'à l'heure du départ
de la Proceffion , & durant ce
temps on permettoit au Peu
ple de la venir baifer , toûjours
en prefence des
miers Officiers du Chafteler &
Huiffiers qui étoient en haye
part & d'autre. de
preGALANT
61
Cependant le Peuple ſe répendant
de tous côtez fur le
chemin que la Proceffion devoit
tenir , & les feneftres &
les portes , & plufieurs échaf
faux dreffez en divers endroits,
ne fuffifant pas pour les Habi
tans & pour ceux qui eftoient
venus de fort loin pour être
fpectateurs de cette augufte
Ceremonie
, on en voyoit jufques
fur les toirs & fur les
cheminées .
A huit heures Meffieurs
du Parlement arriverent en
tres-bel ordre aux nombre de
prés de 200.Confeillers en Ro62
MARCURE
bes rouges. Mr le Pelletier
Premier Prefident fut reçû
par le Superieur de la Maiſon ,
accompagné de plufieurs Cha
noines Reguliers , deux defquels
le conduifirent avec M
les autres Prefidens & Confeilliers
à la Chaffe qu'ils baiferent
, puis au Refectoir pour
s'y repofer & pour y déjeu
ner.
On en ufa de même avec
Meffieurs de la Chambre des
Compres & de la Cour des
Aides , qui arriverent preſque
en même temps , tous en habits
de Ceremonie. Les preGALANT
63
(
miers furent conduits dans une
grande Salle , appellée Salle des
Papes , & les autres dans une
Salle neuve , où ils trouverent
auffi dequoy fe rafraîchir.
Immediatement aprés les Proceffions
des Religieux Mandians
& des autres Eglifes qui
s'eftoient aſſemblées à Nôtre-
Dame arriverent , & fans entrer
dans le Choeur , allerent
baiſer la Chaſſe &
dépoferent
enfuite leurs Chaffes & leurs
Reliquaires dans la Chappelle
du Cloître , & ceux qui compofoient
ces Proceflions furent
enfuite deftribuez en diffe64
MERCURE
rens endroits de la Maiſon ,
pour y attendre le départ de
la Proceffion generale .
Sur les neuf heures & demie
la Proceffion de N. D. arriva
; les Porteurs de la Chaffe
eſtoient entrez un peu auparavant
deux à deux dans l'Eglife ,
nuds pieds , revêtus d'une Aube
, ayant des Chapelets blancs
à leur ceinture , & precedez des
deux Maiftres en Charge avec
leurs baftons dorez ; ils avoient
efté baifer la Chaffe , & ils étoient
venus enfuite fe placer
dans les Chaiſes baffes du
Choeur , & fi toft qu'ils appriGALANT
65
1
rent quela Proceffion de Nôtre-
Dame approchoit , ils allerent
attendre à la porte de
l'Eglife la Chaffe de S. Marcel ,
qu'ils reçurent fur leurs épaules
, & l'ayant portée à l'endroit
où eftoit celle de Sainte
Geneviève , ils la firent incliner
auprés d'elle comme pour
la faluër , & ils allerent enfuite
la dépofer fur le grand Autel
.
Le Chapitrende Nôtre-
Dame entra dans le Choeur &
prit place dans les Chaifes du
cofte de l'Epitre il trouva les
Chanoines Reguliers de Sainte
Juin 1709 .
F
66MERCURE
Geneviève deja placez dans
les Chaires du cofté de l'Evangile
avec Mr l'Abbé revetû
de fes habits Pontificaux . Dés
qu'il vit entrer Mr l'Archevê ,
que , il fe leva & aprés s'eftre
mutuellement falücz Mr l'Archevêque
prit la premiere place
du cofté du Choeur , où eftoit
le Chapitre de Nôtre Dame
& Mr l'Abbé reprit la fienne
du cofté de l'Evangile.
Les Chantres de Nôtre-
Dame chanterent les Antien!
nes de Saint Pierre & Saint
Paul , Titulaires de cette Egli ,
fe , puis celle de Sainte GeneGALANT
67
viéve , & Mr. l'Archevêque
dit les Oraifons .
Cependant Mrs le Prevoft
des Marchands & Echevins
fuivis de tous les Officiers de
la Ville qui avoient accompagné
la Proceffion de Nôtre-
Dame
,
s'avancerent
pour
baiſer la Chaffe , & ils furent
enfuite conduits dans une
Salle qui leur avoit efté preparée.
Aprés que les Chantres de
Nôtre - Dame eurent chanté
lcs Antiennes , le Chantre de
Sainte Geneviève entonna celle
de Saint Marcel & Mr l'Ab-
Fij
68 MERCURE
bé dit l'Oraifon . Mr l'Archevêque
cftant defcendu de
fa place , alla baifer la Chaffe
de la Sainte , & les Chanoines
de fon Eglife le fuivirent .
Dans le même temps les
Maitres des Ceremonies , ainfi
qu'il eſt déja marqué , ayant
fait entrer les Proceffions dans
la Maifon , ils les firent fortir
par la grande Porte de l'Abbaye
dans l'ordre fuivant .
Les Cordeliers , puis les
Jacobins ; les Auguftins ; les
Carmes , qui eftoient tous
en tres grand nombre ,avoient
plufieurs Chaffes & Reliquaires
GALANT 69
portez par des Religieux de
leurs Corps : ils furent fuivis
des Confreres de Nôtre - Dame
de Bonne - Délivrance établis
dans l'Eglife de Saint Etienne
des Grecs ; ces Confreres étoient
nuds pieds , veftus de
grandes Aubes blanches ; ils
eftoient couronnez de fleurs
& portoient plufieurs Chaffes.
Les Preftres de l'Oratoire marchoient
enfuite avec les Ecclefiaftiques
de leur Seminaire ,
& portoient la Chaffe de Saint
Magloire , & les Peres Benedictins
de S. Martin des Champs
avec leur Chaffe de Saint Pa
xent.
70 MERCURE
Les Eglifes Collegiales , dites
communément , Filles de
l'Archevêque , qui font Saint
Honoré , Saint Germain l'Auxerrois
, Saint Marcel , & Sainte
Opportune , que l'on avoit
placées en attendant le départ
de la Proceffion , dans une des
aîles de l'Eglife , fuivirent immediatement
, precedées de
leurs Bannieres . Les Beneficiers
& Chanoines de Sainte Opportune
& de Saint Honoré ,
avec leurs Croix & Chaffes
occupoient chacun un coſté ;
ils eftoient fuivis des deux
Croix & des Clergez de Saint

>
GALANT 71
-P
Germain l'Auxerrois & de
Saint Marcel le premier avec
la Chaffe de Saint Landry ,
& l'autre avec celle de Saint
Clement. On vit aprés paroiftre
les Bannieres des quatres
Eglifes de la filiation de
Nôtre- Dame , & celle de Nôtre-
Dame même ; elles eftoient
fuivies des Enfans de Choeur ,
des Clercs Beneficiers & Chanoines
mineurs de ces quatres
Eglifes , qui prirent la gauche.
Les Bannieres de l'Eglife de S.
Mcdard & de S. Eftienne , de la
filiation de Sainte Genevieve ,
fuivis de leurs Cleres & Enfans
72 MERCURE
de Choeur , marcherent à leur
droite. Les Croix de toutes ces
Eglifes precedoient les Chaffes
de Sainte Aure & de Saint Mcderic
, la premiere portée par
des Barnabites , qui ne vinrent
pas en Corps , mais feulement
en nombre fuffifant pour por
ter & environner cette Chaffe .
Les deux Croix de Sainte
Geneviève & de Nôtre Dame
marchoient enfuite , & elles
eftoient fuivies des Chaffes de
Saint Marcel & de Sainte Geneviève
, & precedées de celle
de Saint Lucain ; celle de Saint
Marcel fut enlevée de deffus
le
GALANT
73
;
le grand Autel par les Porteurs
de la Chaffe de Sainte Geneviéve
; & celle de Sainte Geneviéve
environnée des Officiers du
Chafteler , par les Orfévres en
manteaux noirs ayant des couronnes
de fleurs fur la tefte
l'une & l'autre furent portées
= de la forte aux fanfares des
Tompettes & au bruit des
Orgues & des Cloches , jufqu'au
Parvis de l'Eglife , où
fi- toft que celle de Sainte Geneviève
parut , il s'éleva un cri
de joye du milieu d'un Peuple
infini , qui rempliffoit toute la
place.
Juin 1709 .
G
74 MERCURE
Ce fut là que les Porteurs
des deux Chaffes changerent
& reprirent chacun la leur ;
aprés les Chaffes marchoit le
Clergé ; fçavoir les Chanoines
de Noftre Dame precedez
des quatre Eglifes Collegialles
de leur fillation à gauche , &
ceux de Sainte Geneviève à
droite ; ces derniers eftoient
nuds pieds , & chanterent feuls
pendant tout le cours de la
Proceffion. Mr l'Archevêque
& Mr l'Abbé de Sainte Geneviéve
, qui eftoit nuds pieds ,
fuivoient chacun leur Clergé ,
& eftoient tous deux fur la mêGALANT
75
me ligne , vêtus Pontificalement
& donnant également la
benediction par toutes les
ruës. Ils eftoient chacun precedez
des Officiers de leur Juftice
; celle du Chapitre de l'Eglife
de Paris marchoit devant
Mr l'Archevêque , & la Juftice
de Sainte Genevieve devant
Mr l'Abbé.
Le Parlement marchoit à
droite ayant à fa gauche la
Chambre des Comptes , puis la
Cour des Aides , ayant à ſa
gauche le Corps de Ville .
La Proceffion paffa en cet
ordre par les rues de Saint EGij
76 MERCURE
tienne des Grés , de S. Jacques ,
par le Petit- Pont & par la ruë.
neuve Noftre- Dame. Ces ruës
eftoient tapiffées , & les feneſtres
& balcons remplis d'une
infinité de perfonnes de diftinction
. Les Porteurs des Chaf
fes de Sainte Geneviève & de
Saint Marcel firent un échande
leurs Chaffes , fuivant
l'ancienne coûtume , vis - à vis
le grand Portail de l'Hoftel-
Dieu , fur le Petit Pont , & les
porterent ainfi toûjours accompagnez
des fanfares des
Trompettes , jufques dans l'Eglife
de Noftre- Dame , où on
ge
.
GALANT
77
arriva fur les deux heures aprés
midy au bruit des Orgues &
des Cloches ; elle eftoit remplie
de monde jufqu'aux voûtes ;
douze Chaffes furent pofées
fur des Tables dans le Chour
& placées felon l'ordre fuivant
, fçavoir :
Saint Marcel.
Saint Lucain.
La Vierge.
Sainte Geneviève , fur une
même ligne qui faifoit face à
l'Autel , & de cette maniere
Sainte Geneviève fe trouvoit
à la droite ; les Chaffes de
Saint Paxent ,
Gij
78 MERCURE
De Sainte Aure ,
De Saint Magloire ,
De Saint Landry , formoient
une feconde ligne derriere
cette premiere ; & la troifiéme
ligne qui fuivoit cette
feconde eftoit remplie par les
Chaffes de
Saint Clement ,
Saint Honoré ,
Sainte Opportune.
Saint Mederic .
Les autres Chaffes & Reliquaires
eftoient dans les Chapelles
qui font autour du
Choeur. Le Clergé de Noftre-
Dame & celuy de Sainte Geneviève
entrérent feuls dans le
GALANT
79
Choeur , & les autres Corps
furent placez dans l'Eglife en
differens endroits par les Maîtres
des Ceremonies . Auffi toft
que Mr l'Archevêque fut en.
tré à Noftre - Dame , il alla à
la
Sacriſtie
pour fe revêtir
des
Ornemens
neceffaires
pour
celebrer
la grande
Meffe , &
Mr. l'Abbé
de Sainte
Geneviéve
fe plaça dans la premiere
chaife
du Choeur
du côté droit,
& aprés cet l'Abbé
, Mr le Premier
Prefident
; Mrs les Prefi.
dens & les Confeillers
eftoient
enfuite
, & il reftoit
onze Chaifes
hautes
, qui furent
rem-
G iiij .
80 MERCURE
plies , auffi bien que les Chaifes
vuides qui reftoient en bas ,
par les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviève , à la referve
des cinq dernieres Chaiſes d'enhaut
où eftoient placez Mrs
les Lieutenans Civil & Criminel
, Procureur & Avocats.
du Roy du Chafteler . Mr le
Doyen de Noftre - Dame occupoit
la premiere Chaife du
cofté gauche. Mr le premier
Prefident , les Prefidens , les
Maistres des Comptes , & tous
ceux qui compofent cette
Chambre eftoient enfuite , &
la Cour des Aides & le Corps
GALANT 81
de Ville , occupoient le refte
des Chaiſes , à la referve de fix
places hautes qui eftoient occupées
par autant de Chanoines
de Noftre Dame , & le
refte eftoit placé fur les bancs
difpofez dans le Choeur & dans
le Sanctuaire.
-
La Meffe fut celebrée Pontificalement
par Mr l'Archevêque.
Les Chanoines de Sainte
Geneviève fervirent de Diacres
& de Soudiacres tant Indus
que d'Office : le Chantré
de Sainte Geneviève avec fon
Bâton , tint le Choeur ; elle fut
chantée partie par la Muſique
82 MERCURE
& partie par les Chanoines
Reguliers de Sainte Geneviéve
, quatre defquels chanterent
le fecond Alleluya , de mê -
me que quatre Beneficiers de
Noftre - Dame avoient chanté
le premier.
La Meffe cftant achevée , &
les Chantres de Noftre - Dame
ayant chanté le Domine non fecundum
, & l'Antienne de Sain -
te Geneviève , & les Chanoines
de Sainte Geneviève le Salve
Regina , pour faluer la Sainte
Vierge , Patrone de l'Eglife de
Paris , les Procellions marcherent
pour s'en retourner dans
GALANT
83
les
le meme ordre qu'elles eftoient
venues . La Challe de S. Marcel
portée par les Porteurs de Sainte
Geneviève , conduifit celle
de Sainte Genevieve que
Orfevres porterent jufqu'au
Petit-Pont , ou avant que de fe
feparer , aprés que les Porteurs
curent repris chacun leurs
Chaffes , ils les firent incliner
l'une contre l'autre comme
pour fe dire adieu . Celle de
Saint Marcel paffa en s'en retournant
, au milieu des deux
Clergez , les Chanoines de Nôtre
- Dame ayant la droite .
Mr l'Archevêque & Mr l'Ab84
MERCURE
bé de Sainte Geneviève étoient
les derniers, & ils continuerent
tous deux à donner la benediction
tant dedans que dehors
l'Eglife Noftre - Dame ;
lorfqu'ils furent arrivez vis-àvis
le Portail de Sainte Geneviéve
des Ardens , Mr l'Archevêque
donna la benediction
folemnelle pendant laquelle
Mr l'Abbé de Sainte
Geneviève demeura droit &
en Mitre , & les Chanoines
des deux Eglifes s'eftant faluez
avec des témoignages d'une
mutuelle bienveillance , ils
Le féparerent.
GALANT 85
La Proceffion ne fe trouvaplus
compofée que des Religieux
Mandians , qui la quicterent
à mesure qu'ils s'approcherent
de leurs Eglifes , & les
Chanoines de Sainte Geneviéve
avec leurs Paroiffes de Saint
Eftienne & de Saint Medard ,
à droite , ayant ceux du Chapitre
de S. Marcel precedez des
Paroiffes de S. Martin & de S.
Hippolite à gauche ; le Doyen
de cette Collegiale marchoit
vis - à- vis le Prieur de Sainte
Geneviève , & Mr l'Abbé feul
marchoit le dernier , la Chaffe
de Sainte Genevieve eftant à
86 MERCURE
la tefte du Clergé toûjours environnée
des Officiers du Châ
telet.
La Proceffion paffa en cet
ordre par la rue Gallande , la
Place Maubert , & la Montagne
Sainte Genevieve ; les Jacobins
& les Confreres de Nôtre-
Dame de Bonne Délivrance
fe mirent en haye dans le
Parvis de l'Eglife de Sainte Geneviéve
jufqu'à ce que la Proceffion
fut rentrée ; les Porteurs
de la Chaffe de Sainte
Geneviève la mirent en travers
fur des treteaux fort éle
vez à l'entrée de l'Eglife ,
GALANT 87
& toute la Proceffion paffa
deffous ; elle fut enfuite
porles
tée par le milieu du Choeur au
bas des colomnes d'où elle fut
auffi -toft remontée & remife
en fa place , en prefence des
Officiers du Chaftelet , par
deux Chanoines Reguliers en
Etolle qui l'avoient defcendué
le matin ; aprés quoy Mr l'Abbé
donné la benediction folemnelle
, ce qui termina fur
les cinq heures du ſoir , cette
picufe & éclatante Ceremo
nie.
La Chaffe demeura découverte
pendant huit jours , pen88
MERCURE
dant lefquels elle a eſté viſitée
par une grande foule de peuple
& par tout ce qu'il y a de
perfonnes de diftinction à Paris.
Plufieurs Proceffions y allerent
encore durant cette huitaine
; les Religieux de l'Abbaye
de Saint Germain des
Prez y allerent en grand-nombre
, & y celebrerent folemnellement
la Meffe devant la
Chaffe le Jeudy 23. May. Et
le Vendredy dernier jour de la
huitaine pour terminer les
Prieres publiques , il y eut le
foir aprés Complies un Salut
folemnel , avec une Proceffion
GALANT 89
autour de l'Eglife , aprés laquelle
on chanta le Te Deum.
La Piece fuivante m'eftant
tombée entre les mains , j'ay
cru la devoir faire fuivre l'Article
que vous venez de lire.
HISTOIRE
DU CULTE
DE SAINTE GENEVIE'VE.
Il eſt peu de Saints dont "
le culte foit plus ancien que
celuy de Sainte Genevieve , "
& qui fe foit maintenu de- "
puis la mort pendant tous "
Juin 1079.
H
90 MERCURE
و د
د و
""
و د
"
و د
و ر
ژ ر
que
les fiecles qui ont ſuivi fon
decés , avec la même confiance
& le même concours
des peuples.
On peut dire même
la grande veneration qu'on
a euë pour elle ,a commencé
pendant fon vivant. Sa Vie
écrite 1 8. ans aprés fa mort,
affure que le grand nombre
de merveilles qu'il plaiſoit
,, à Dieu d'operer par le miniftere
de cette Sainte Fille ,
avoit tellement perfuadé
les peuples du grand credit
,, qu'elle avoit auprés de Dieu
qu'elle eftoit accablée de
>>
و ر
و د
و ر
>>
GALANT 91
ct
ceux qui avoient recours à "
elle dans leurs befoins.
Auffi lorfqu'en l'année "
512. Dieu l'eut appellée à "
luy à l'âge de 89. ans la "
veneration que les Parifiens "
avoient eûë pour cette Sain . "
te , pendant fa vie , les exci- "
ta-t il a rendre à fon Corps
tous les honneurs poffibles ;
ils l'entererrent avec pompe
dans le Caveau fouterrain "
de l'Eglife , que Clovis avoit “
fait baftir s . ans auparavant
,
fous l'invocation des bien "
heureux Apoftres Saint Pier- "
re & Saint Paul . Ce Prince "

cr
Hij
92 MERCURE
y
و د
و ر
avoit choifi fa Sepulture ,
& il y avoit efté inhumé il y
avoit cinq femaines ; les
Parifiens crûrent ne pouvoir
choifir une Sepulture plus
و د
و ر
"
و ر
و و
"
>>
"
"
ور
que
honorable à Sainte Geneviéve
dans cette Eglife .
Son Corps fut mis dans le
même endroit où l'on voit
encore fon Tombeau , fous
l'Autel des Saints Apoftres .
On le fit entourer d'une
Baluftrade , pour
arrefter
l'affluence
du peuple
& on
mit pour
éclairer
l'obſcurité
du lieu
où il eftoit
, une
Lampe
, qui devint
auffiGALANT
93
ر و
<<
<c
"
toft miraculeufe , car on
remarqua qu'elle ne s'epuifoit
point par le grand
nombre de malades , qui "
accouroient de toutes parts,
& qui fe fervoient de fon
huile , comme d'un remede
infaillible pour la guerifon
des maladies les plus defefperées
; c'eſt en memoire de
cette lampe miraculcufe ,
que l'on en a jufqu'à préfent
entretenu une devant le **
Tombeau de cette Sainte..
Ce Tombeau devint fi cele- "
bre à caufe du grand nombre
de merveilles qui s'y ope
94 MERCURE
و ر
د ر
و د
و ر
roient fans ceffe , que le
refpect & la reconnoiffance
obligerent de temps en
, temps plufieurs perfonnes
de Pieté d'y faire des prefens
confiderables .
,, Eloy , comme il eſt raporté
dans fa vie écrite par Saint
Ouen Archevêque de Roüen
,, l'orna de plufieurs beaux
Ouvrages d'or & d'argent ,
& l'enrichit de Pierreries .
و د
و د
و ر
و ر
ود
30
و ر
""
Saint
Ces richeffes n'euffent
pas échappé fans doute à
l'avarice des Normands ,
, qui commencerent leurs
courfes peu de temps aprés,
GALANT
95
<< fi l'on n'euft eu foin de
retirer ces Saintes Reliques' ,
& les richeffes qui les enfer- "
moient , en lieu de leureté ,
avant le pillage de fon Egliles
Сс
CE
ce
fe , que ces barbares reduifirent
en cendres. Ce Saint """
Corps fut fauvé cette premiere
fois dans la Ville de
Paris , dont il fut la deffenfe ,
pendant le fiege que les
Normands Y mirent car
>
Abbon , dans la Deſcription
qu'il fait de ce fiege , dit
que les Reliques de la Sainte,
furent portées en Proceffion "
fur les murailles de la Ville,
СС
r
6
96 MERCURE
و ر
ر د
و ر
"
و ر
""
"
""
& qu'auffi - toft les ennemis
en abandonnerent le fiege .
Lors qu'ils furent retirez
on raporta ce pretieux Tréfor
dans l'Eglife fouterrai
ne , qui feule reſtoit de
l'incendie. Il y demeura juf
qu'à ce qu'on fut encore
obligé deux autres fois de
le tranfporter pour éviter
deux femblables incurfions
des Normands : dans l'une ,
,, ce Saint Corps fut porté à
Draveil ; & dans l'autre ,
pendant laquelle ces barbares
s'étendirent plus qu'ils
, n'avoient encore fait dans
ر د
و ر
و د
و ر
ور
toutes
GALANT 97
сс
сс
сс
toutes les Provinces , où ils "
firent des degats épouvanta- "
bles ; il fut fauvé à Marizy ,
fous la Tour de la Ferté- Mi- "
lon , qui en ce temps- là eftoit
une tres-forte place. Mais
enfin la Paix ayant efté faite ,
& le Roy pour arrefter pour
toûjours la fource de ces "
innondations de barbares ,
leur ayant cedé la belle Pro- «
vince , que l'on appelle en- ".
core de leur nom , autant <<
pour deffendre l'entrée du «
Royaume aux autres bar- «
bares , que pour les établir ;
le Corps de la Sainte fut «
Juin 1709.
I
ce
98 MERCURE
rapporté à fon Egliſe avec
toute la folemnité & toute "
"
و د
و و
la pompe poffible ; elle eſt
décrite fort au long par un
Auteur contemporain
, qui
,, y eftoit prefent , & qui fait
mention d'une infinité de
miracles qui furent faits en
ce voyage
: & qu'il affure
avoir vûs luy même .
Peu de temps aprés l'Eglife
و ر
و ر
و ر
"
""
"
و د
,, que les Barbares avoient ruinée
, fut rebâtie à peu prés
comme on la voit aujourd'huy.
Le Corps de la Sainte
,, ne fut plus remis dans l'Efouterraine
où eftoit
LYON
#1893
BE
VILLE
AND
THEREF
ce
св
GALANT
fon Tombeau : on
derriere l'Autel des Apôtres,
& ce fut alors qu'infenfiblement
cette Eglife perdit
le nom des Apôtres fous "
I'Invocation defquels elle
avoit efté fondée pour prendre
celuy de la Sainte , que
Dicu y faifoit éclater tous
les jours par une infinité de
merveilles. Son Corps eftoit
toujours renfermé dans le
même Coffre ou Chaffe que
faint Eloy avoit ornée de "
plufieurs beaux ouvrages
сс
d'or , d'argent & de pierreries
; le refpect que l'on "
Сс
сс
сс
сс
I ij
100 MERCURE
و ر
avoit pour ces faintes Reli-
,, ques ne permettoit pas qu'-
on l'ouvrit .
د ر
و ر
En l'année 1161. fous le
,, regne de Louis le Jeune , les
Chanoines Reguliers ayant
,, efté mis par ce Prince à la
place des Seculiers dans l'E-
,, glife de fainte Genevieve ,
il fe répandit un bruit que
dans ce changement , la
Chaffe avoit cfté ouverte
& qu'on en avoit tiré le
,, Chefde la Sainte ; le Peuple
s'émût à cette nouvelle , &
le bruit en eftant venu juſ-
» ques au Roy , ce Prince en
"
GALANT ΙΟΙ
re
33
voulut fçavoir la verité ; il
envoya auffi - toft fceller la "
Chaffe , & nomma l'Arche- "
vêque de Sens & les Evêques
d'Auxerre & d'Orleans pour
l'ouvrir , & luy en faire enfuite
un fidelle rapport ; le CC
jour fut marqué pour le dixiéme
de Janvier , qui eft ce "
luy de l'Octave de la Sainte. "
L'ouverture s'en fit en prefence
des Commiffaires "
nommez par le Roy & à la "
vûë d'un Peuple infini ; le "
Corps de la Sainte fut trou "
vé dans fon entier avec la "
tefte , dont il fut dreffé un ડ
СС
I iij
102 MERCURE
Procés verbal qui fubſiſte
encore aujourd'huy.
>>
"
""
"
و ر
و ر
و ر
"
>>
Les Chanoines nouvellement
établis dans l'Eglife de
Sainte Geneviève , voyant
la Chaffe rompue en pluficurs
endroits , & qui aprés
avoir duré fix cens ans , n'étoit
plus dans un eſtat convenable
& digne du trefor
qu'elle contenoit , refolurent
d'en faire faire une nou.
velle ; & pour cet effet ils
commencerent à amaffer de
de l'or , de l'argent & des
,, pierreries ; plufieurs perfonnes
de diftinction contri-
و ر
و ر
و ر
و ر
و ر
و ر
GALANT 103
ར་
Pi
buerent aux frais de ce nouvel
ouvrage , Robert de "
1
donna dix " Courtenay ,
marcs
d'argent
; Hugues
d'Athys
, grand
Pannetier

de France
, vingt
livres
; Ni- "
colas de Roye , Evêque
de "
Noyon
, quatre
- vingts
li- "
vres ; Guillaume
de Sainte-
Marie, vingt
livres
d'argent
.
Quand
tout l'argent
necef-
"
faire eut efté amaffé
, on fit "
marché
avec
un Orfévre
"
nommé
Bonnart ; il y employa
cent quatre
-vingt
treize
marcs
d'argent
, à quarante
- cinq fols parifis
le "
<<
cc
I
iiij
104 MERCURE
"
"
>>
"
"
و ر
و ر
marc ; & huit marcs & demi
d'or , à feize livres parifis le
marc ; l'Ouvrier eut pour fa
façon & pour quelques pierreries
qu'il avoit fournies ,
deux cent livres parifis ; le
calcul en fut fait , & on
trouva qu'elle revenoit en
tout à huit cens livres pari-
,, fis , fomme tres confiderable
en ce temps
là .
Cette Challe ayant efté
ainfi achevée , on refolut d'y
mettre le Corps de la Sainte
& le 28 °. jour d'Octobre ,
auquel on celebroit fa premiere
Tranſlation , fut choi-
ر د
و د
و د
و د
ر د
"
و ر
GALANT 105
3
f
<<
<<
<c
pour faire celle - cy. La “
Ceremonic fe fit le plus fe- "
crettement qu'il ſe pût ,
pour éviter le trop grand
concours du peuple ; on la "
defcendit la nuit entre Ma- "
tines & Laudes , avec toutes
les mêmes Ceremonies qui
s'obfervent dans les Defcen- "
tes ordinaires de la Chaffe ; .
quand aprés l'avoir defcen- "
duë , on l'eut pofée ſur le "
grand Autel , on en fit l'ou- "
verture , & on trouva de- "
dans un autre coffre de bois "
fort entier & bien fermé ;
on y vit le Corps entier de "
106 MERCURE
"
"
"
"
و ر
>>
"
la Sainte , enveloppé dans
des linges fins , qui eftoient
couverts d'un fatin blanc ;
l'Abbé ayant pris la tefte
entre fes mains , la baiſa , &
la fit baifer à tous fes Religieux
; puis l'ayant remiſe
avec un profond refpe &t , il
fit refermer le coffre de bois,
», qui fut auffi -toft poſé dans
la nouvelle Chaffe ; c'eſt la
même que nous voyons encore
aujourd'huy , mais qui
fe trouvant encore rompuë
&gaſtée vers l'année 1614 .
» pour avoir cfté , pendant
», quatre ficcles tres -fouvent
و ر
ر و
"
GALANT 107
defcenduë & portée en Pro. "
ceffion , avoit befoin d'eftre
reparée.
сс
сс
Сс
Benjamin
de Brichan-
"
teau , Abbé Regulier
de "
Sainte Genevieve
y fit travailler
, ce fut en cette oc
cafion que plufieurs
perfon-
"
nes de la premiere
qualité
fignalerent
leur devotion
envers
la Sainte , par les
riches prefens
qu'ils firent "
à la Chaffe
, d'un grand
nombre
d'Agathes
rares
de diamans
& autres
pierres
preticuſes
, & entr'autres

d'une Table d'Emeraudes
fi
Сс
Сс

108 MERCURE
ور
"
grande & fi belle , que dés
ce temps -là , elle fut eftimée
deux millle écus ; mais le
don le plus confiderable de
& par fa richeffe ,
ود
༢༢༢
tous
&par la qualité de la per-
,, ne qui le prefenta , fut ce
Bouquet de Diamans que
ور
د ر
و ر

par
,, nous voyons briller avec
tant d'éclat au haut de cette
Chaffe , il luy fut donla
Reine Marie de
Medicis ; il eft d'une figure
ovalle , à peu prés d'un
demy pied de diamettre , fes
deux faces ne font qu'un
tiffu de fleurs d'or émail-
و ر
و ر
در
د و
;
و ر
GALANT
109
lées , qui portent un diamant «
fur chaque feuille , du mi- «
lieu de chaque fleur fort «
un autre diamant en forme "
de bouton ; le haut de ce "
ce bouquet eft terminé par
une Croix d'or , de la lon- "
gueur d'un grand doigt ,
garnie de foixante diamans "
fort nets & affez épais ; le "
milieu , qui eft à jour , eft "
enrichi d'une
Pendeloque
d'un Saphir bleu , le plus
beau qui fe puiffe voir : "
Son Alteffe Royalle , Ma- "
dame la Ducheffe de Sa- "
voye , ſuivit l'exemple de la «
*
2
110 MERCURE
ود
و د
و ر
,, Reine fa Mere ; elle fit prefent
d'une Croix d'or chargée
de fept Turquoiſes d'une
groffeur toute extraordinaire.
Depuis ce tempslà
il ne s'eft gueres paffé
d'année , pendant laquelle ,
il ne fe foit fait quelque prefent
confiderable pour l'embeliffement
de la Chaffe ;
ر و
در
"
و د
و د
و د
و ر
"
l'on
peut dire
de
forte
que
qu'elle
eft à prefent
un des
plus
rares
& des
plus
riches
Reliquaires
qui foit
au
monde
.
Le Cardinal de la Rochefoucaud
, qui fucceda en
GALANT 111
1619. à l'Abbé de Brichan- «<
1
"
<<
teau , entr'autres Ouvrages
manifiquesdont il a orné l'E- «
glife de Sainte Geneviève ,
fit dreffer derriere le grand
Autel,fur un riche pied d'ef- "
tal , quatre grandes colom- "
nes de marbre, dont les deux "
premieres font d'un tresbeau
jafpe, que le Roy Louis "
XIII. donna , fur lefquelles
on pofa la Chaffe de "
Sainte Genevieve , comme
elle ſe voit aujourd'huy ; ce
fut le Mercier , l'un des plus
habiles Architectes de fon "
temps , qui en donna le "
< c
с
112 MERCURE
deffein & qui le fit executer .
Voila une Hiftoire exac-
و د ,,te&fuiviedelaChaffede
Sainte Geneviève; il eft bon
d'ajouter icy en-peu de mots
les temps aufquels elle à
efté Defcenduë
& portée en
Proceffion
, & quels en ont
efté les motifs .
ود
و ر
3
La premiere Proceffion
dont nous ayons connoiffance
, eft celle dont nous
avons parlé , qui fe fit pen-
,, dant que les Normands affiégoient
Paris , dans le neuviéme
fiecle ; Abbon qui a
,, décrit ce ſiege , nous affure
GALANT
113
que les Parifiens fe voyant
preffez par les attaques vives
& frequentes des Normands "
& entr'autres d'un dernier "
affaut , auquel ils eftoient "
prefts de fuccomber , ils apporterent
fur la muraille les "
Reliques pretieufes de la "
Sainte , qu'on avoit fauvées "
dans la Ville ; qu'aufſi- coſt
la terreur fe mit parmy ces
Barbares , qui furent
re-
30 37
35
pouffez & qui leverent auf- «
fi - toft le fiege .
La deuxième est cette
Proceffion celebre par le mi- "
racle des Ardens ; en 1120. les "
K
Juin 1709 .
114 MERCURE
habitans de Paris étoient at-
"
و ر
و ر
و د
و د
"
و ر
,, taquez d'une maladie cruelle
, qui les dévoroit
comme
un feu brulant ; les Medecins
en ignoroient
la nature,
& n'y pouvoient
apporter
aucun remede ; on eut recours
à la Sainte Patrone
de Paris : l'Evêque Eſtienne
,, & fon Clergé , vinrent fe
joindre au Clergé de Sain-
,, te Geneviève
: on porta la
Chaffe à l'Eglife Cathe-
,, drale ; & fi toft qu'elle parut
à la vûë de ce nombre infini
de Malades , qui s'étoient
>>
و ر
33
و ر
و ر
fait
apporter pour de manGALANT
115

(6
der à Dieu par l'Interceffion "
de la Sainte , leur guerifon ,
ils furent tous gueris dans le "
même inſtant , à l'exception
de trois incredules .
c
сс
Le Miracle fut fi fenfible "
que le Pape Innocent I I. "
eftant venu l'année ſuivante "
à Paris , & ayant appris la
verité , il ordonna que dans “
Paris on en feroit à perpetuité
une Feſte d'Actions de "
graces , & on baſtit en mêt «
me temps un Eglife pour
monument éternel ; c'eft "
aujourd'huy l'Eglife Paroiffialede
Sainte Geneviève des "
Ardens. K ij
cr
116 MERCURE
"9
"
»,
En 1206. elle fut def
cendue & portée en Procef-
,, fion pour arrefter les effets
qu'on craignoit d'une grande
inondation de la Seine ,
qui rentra prefque auſſi coſt
dans fon lit fans faire aucun
dommage
.
و د
و د
و ر
و د
En 1233. fous le regne de
,, Saint Louis pour une pareil-
و د
و د
و د
و د
le inondation.
En 12 39. pour le Prince
Robert d'Artois , frere de
S. Loüis , dangereufement
malade. Ce Prince recouvra
,, la fanté le même jour .
En 1240. & 1242. pour
GALANT 117
les pluies continuelles.
En 1325. fous Charles "
IV. dit le Bel , pour la con- "
fervation des biens de la "
Terre.
cc
En 1347. les Anglois
ayant mis le fiege devant "
Calais , fous Philippe de Valois,
on porta la Chaffe
pour
implorer l'affiftance du Ciel. "
La Reine Jeanne de Bour- "
gogne y
affifta.
cc
c
En 1364. fous le Roy
Charles V. dit le Sage , pour
obtenir de Dieu du beau "
temps ; ce Prince y affifta "
avec toute la Cour & you- "
118 MERCURE
"
د و
"
"
"
ود
>>
lut que tout le Clergé tant
Seculier que Regulier y affiftaft
nuds pieds
comme
faifoient dés -lors les Chanoines
Reguliers de Sainte
Geneviève.
Ce fage Prince en fit faire
,, encore deux autres de la
même maniere en 1366.
& en 1377. pour la confervation
des biens de la Terre.
>>
"
و و
"
د ر
"
">
En 1409. pour demander
à Dieu la fin du grand Schif
me qui depuis
30. années
déchiroit
l'Eglife
.
En 1412. pour les troubles
Civils pendant
le regne
GALANT
119
de Charles VI .
43
сс
En 1417. & 1421. pour
demander à Dieu la Paix du
Royaume envahi par les
Anglois, peu aprés Dieu ſuf- «
cita la fameufe Pucelle d'Orleans
, qui chaffa les Anglois
du
Royaume.
сс
66
ce
сс
En 1461. pour détourner
le fleau terrible de la pefte ,
qui dans Paris feul avoit "
emporté en peu de temps
quarante mille perfonnes ,
auffi- toft aprés la Proceffion
la maladie ceffa.
En 1478. le 18. Juin ,
l'Evêque de Nevers
tint
сс
се
сс
c
120 MERCURE
ور
"
د ر
و ر
33
la place de l'Abbé de Sainte
Geneviève qui eftoit malade.
En 1481. pour la guerifon
du Roy Louis XI .
L'an 1496. fous Charles
VIII . le 12 Janvier ; contre
l'inondation
des eaux ; c'eft
cette Proceffion dont parle
Erafme dans fa Lettre à Nicolas
Vernerus ; elle fe trouve
dans l'Edition de fes
Ouvrages faite à Londres
en 1642. Erafme mande
, d'abord à fon amy qu'ayant
efté fort maltraité d'une
fiévre quarte il en avoit cfté
parfaitement
guery , non
و ر
د ر
1
», en
و ر
و د
و د
par
CALANT
121

par les remedes , qu'il avoit «
inutilement employé ; mais "
par l'interceffion de l'illuf. "
tre Vierge Sainte Genevié- “
ve , qui éclatoit tous les "
jours par une infinité de "
miracles , puis il ajoute ;
il y a trois mois qu'il pleut icy "
fans ceffe ( c'eft de Paris qu'il
écrit où il étudioit alors dans ""
le College de Montaigu , ) la "
Seine entant fortie de fon lit
a inondé la Campagne & la “
Ville. La Chaffe de Sainte "
Genevieve a efté defcenduë &
portée en Proceffion ; l'Evêque
accompagné de fon Clergé
Juin 1709.
L
«Ε
122 MERCURE
">
ور

و ر
ور
de fon Peuple eft venu du devant.
Dans cette auguſte Ceremonie
, les Chanoines Reguliers
conduifoient la Relique ,
eux & leur Abbé marchant
nudspieds . Depuis ce temps là
le Cicl eftſiſerain qu'il nepeut
l'eftre davantage. Ces paroles
ont efté traduites fidelement
و ر
ور
و د
و ر
,, du latin.
ور
"
L'an 1505. pour faire
ceffer les pluyes .
L'an 1509. pour la Profperité
des Armes du Roy
Louis XII . & pour fa confer-
,, vation pendant fon voyage
5, d'Italie.
GALANT 123
L'an 1512. pour l'heureux
fuccés des Armes du Roy
& du Royaume attaqué par
la puiffante ligue formée
par les intrigues du Pape
Jules II,
<<
L'an 1513. le 14. Juillet
pour la profperité des Ar- «
mes du Roy contre les "
Anglois.
.
cc
e
<<
L'an 1517, fous François
I. on n'en dit pas le fujet .
L'an 1522. pour implorer
la Protection de Dieu contre "
les efforts de prefque tous
les Princes de l'Europe li- "
guez contre la France : le
ce
<<
Lij
124 MERCURE
ر د
و د
Royaume fut attaqué de
tous coftez par de puiffantes
Armécs , qui furent repouffées
par tout également.
L'an 1523. pour le recouvrement
du Milanez ,
qui fut tout reconquis.
L'an 1524. le 24. May
و ر
و ر
و ر
و ر
و ر
و د
ور
ر د
و ر
"
33
33

à caufe de la fechereffe.
L'an 1527. pour obtenir
du beau temps , la veille
du jour de la Defcente le
temps qui jufque - là avoir
efté pluvieux devint tresferain
, & tous les biens de
la terre ,,
que l'on croyoit
perdus furent rétablis.
GALANT 125
L'an 1529. le 7. Juillet
pour demander la Paix . Elle
fut fignée au mois d'Aouſt "
fuivant à Cambray.
""
"
L'an 15 30. contre l'inon "
dation des eaux , qui le jour
même de la Proceffion
commencerent à diminuer.
L'an 1534. les nouveaux
Heretiques avoient affiché "
des Placards jufqu'à la porte "
du Louvre remplis de "
blafphemes contre le tres-
Saint Sacrement de l'Autel .
Le Roy François I. aprés
avoir renouvellé fes Edits "
contre ces impies , ordon- " 1
Liij
126 MERCURE
و ر
>>
;, na une Proceffion Generalle
dans laquelle toutes les
Chaffes
de Paris accompagneroient
le Tres - Saint
Sacrement ; celle de Sainte
"
>>
,, Geneviève y fut portée , le
Roy y fuivit à pied le Tres-
Saint Sacrement , tenant un
flambeau à la main ; le Dais
,, y fut porté par les trois
,, Princes , Enfans du Roy , &
lé Duc de Vendôme Premier
Prince du Sang. Cette Proceffion
eftoit une des plus
magnifiques qu'on eut encore
vûës.
"
""
L'an 1535. la Chaſſe fut
GALANT 127
encore portée en Procellion "
pour faire ceffer les pluyes
trop continuelles.
L'an 1536. le 17. Aouft "
pour le fuccés des Armes du "
Roy : les ennemis avoient "
afficgé Peronne , & Mar- "
feille ; le Prince d'Orange
d'un cofté , & l'Empereur
Charlequint de l'autre , qui ૬
commandoient à ces deux
Siéges , les leverent honteu- "
fement , aprés avoir ruiné “
leurs Armées .
<<
L'an 1541. pour faire cef. "
fer les pluyes trop fre. "
• quentes,
Liiij
128 MERCURE
L'an
1542. pour la
profperité
des Armes du
"
و د
,, Roy
.
"3
29
"
و د
"
"
د و
د و
"
و د
L'an 1543. pour le fuccés
du Voiage du Roy , qui
alloit commander en perfonne
fes Armées , accompagné
du Dauphin .
L'an 1548. pour obtenir
de la pluye , la trop grande
fechereffe faifant déperir les
biens de la terre.
L'an
1549. le 4. Juillet
,
fous
le regne
de Henry
II.
le Saint Sacrement
y fut porté
avec
les mêmes
folemnitez
qu'en
la Proceffion
de

GALANT 129
1534. fous le regne de
de "
François Premier. C'eftoit
pour l'extinction de l'herefie
.
<<
65
<<
66
L'an 1551. pour la prof
perité du Royaume ; toutes
les Reliques de la Sainte "
Chapelle & du Trefor de "
Saint Denis , furent portées
dans cette Proceffion .
L'an 1555. le 23. Juillet,
pour la confervation des
biens de la terre .
СС
L'an 1556. contre la fe- "
chereſſe .
L'an 1557. le 19. Septembre
, pour demander à
сс
130 MERCURE
"
و ر
""

Dieu fa protection aprés la
funefte Bataille de S. Quentin
; les Ennemis , qui , aprés
une fi grande victoire pouvoient
penetrer jufques dans
le coeur du Royaume , s'arrefterent
tout court, comme
fi le Seigneur les eut aveuglez
, & donnerent le temps
de reparer ce malheur.
ر و
و د
""
د ر
En
1559: le 9. Juillet ,
» pour la guerifon du Roy
,, Henry II . bleffé dans un
Tournoy
.
و د
""
""
L'an 1560. fous François
II . pour demander à Dieu
du beau temps , & l'extirpa
GALANT
izr
tion de l'hercfie qui fe ré- "
pandoit dans le Royaume.
L'an 1562. le 21. Juin , "
pour le fuccés des Armes du "
Roy contre les Heretiques
rebelles .
<<
<<
<<
<<
L'an 1564. le 23. Juillet ,
pour les biens de la terre
endommagez par les pluyes ;
le temps devint auffi tolt fa- "
vorable ; le miracle fut fi "
fenfible que la Faculté de "
Theologie vint en Corps en
rendre
graces
Aouft fuivant
.
à Dieu le 24.
<c
<c
En 1566.le 7. Juillet , les "
frequentes
pluyes avoient "
132 MERCURE
"
"
",
"
""
33
ور
tellement endommagé les
biens de la terre , qu'on avoit
perdu toute cfperance de la
recolte : le bled & le pain
eftoient montez à un prix
exceffif; dans cette extremité
on eut recours à Sainte
Geneviève, fa Chaffe fut def-
" cendue & portée en Procef-
,, fion . Le Roy Charles IX . &
toute la Cour la fuivirent à
pied ; l'effet en fut tel qu'on
le fouhaitoit ; le temps devint
ferein , les biens de la
" terre fe rétablirent , & la recolte
fut fi heureufe , que le
bled revint à un prix tres-
›, modique.
"
و ر
"
"
"
"
GALANT. 133
сс
L'an 1567. le 23. Juin
pour obtenir de la pluye. T
La même année le 27 .
Novembre pour le fuccés
des Armes du Roy contre
les Huguenots.
L'année 1568. le 29 .
Septembre , pour la ſanté du «
Roy & la profperité de ſes
Armes .
ce
се
L'an 15 70. le 10. Septembre
, pour faire ceffer les «
pluyes & les maladies qui
emportoient beaucoup de
monde. Le Roy y envoya
le Duc de Montpenfier pour
y tenir la place.
134 MERCURE
"
د ر
,, L'an 1573. au mois de
Juin , pour le fuccés du fiege
de la Rochelle , & contre
la famine qui defoloit le
Royaume ; la famine ceffa
,, par l'abondante recolte , *&
le fiege fe termina par la
و ر
و ر
و ر
و د
,,
و د
Paix .
L'an 1577. le 14 Juillet ,
pour demander à Dieu une
heureuſe recolte , qu'on ne
pouvoir faire à caufe des
,, pluyes continuelles , qui cefferent
auffi - toft.
"
و ر
و ر
L'an 1582. pour la confervation
de la Perfonne du
,, Roy , & la fecondité de la
و ر33
Reine.
GALANT 135

L'an 1584. le 29. May ,
pour demander de la pluye ,
qui tomba auffi toft tresabondamment
.
(c
En 1587. contre les pluyes
continuelles & exceffives qui
avoient tellement endom- "
magé les bleds , que le prix
en eftoit monté jufqu'à quarante
livres le feptier . Les "
pluyes cefferent , le beau "
temps & la chaleur rétabli- «
rent fi bien les bleds , que
la recolte fut heureuſe , & le "
pain à bon marché .
L'an 1589. le 12. May ,
pour les calamitez publiques
<<
L
136 MERCURE
pendant les guerres de la
Ligue,
و د
و ر
و ر
>>
"
و د
པཔ
"
>>
L'an 1590. le 1. Avril ,
pour les biens de la terre.
L'an 1594. & 1595. pour
le même fujet.
L'an 1599.
le
Aouft
,
5 .
,, pour obtenir de la pluye , la
fechereffe eftant extrême .
L'an 1603. le premier
Juin , pour le même fujet &
,, pour le rétabliſſement de la
fanté du Roy Henry IV.
qui avoit efté tres - dange-
,, reuſement malade.
و ر
ر د
و د
و ر
L'an 1611. le 3. Juin ,
contre la fechereffe , & pour
GALANT 137
la
confervation de la perfonne
du Roy Louis XIII.
& de la Reine Regente fa
Mere , pendant les troubles
de la Minorité.
СС
СС
СС
L'an 1615. le 21. Juin ,
pour l'heureux fuccés du
voyage du Roy fur les frontieres
d'Espagne & l'heureufe
conclufion de fon Ma- "
riage avec Anne d'Autriche
.
СС
cc
Сс
L'an 1625. le 26.Juillet ,
pour faire ceffer les pluyes
continuelles . Le Cardinal de "
la Rochefoucauld , Abbé de
Sainte Genevieve , y affifta
Juin 1079.
M
<<
138 MERCURE
و و
و ر
و ر
و و
en cette qualité , nuds pieds ,
comme les Chanoines Reguliers
de fon Abbaye .
L'an 1652 , le 11. Juin , pour
la Paix & le retour du Roy
dans Paris. Sa Majeſté y rentra
peu de temps aprés.
L'an 1675. le 19. Juil.
let , à caufe des playes continuelles
; elles cefferent auffi.
و و
ر و
""
"
"
و ر
و د
و ر
toft .
L'an 1694. le 27. May ,
les biens de la terre eftoient
,, en fi mauvais eftat à cauſe
de la fechereffe qui duroit
depuis trois ou quatre mois ,
», que l'efperance de la recolte
"
و د
GALANT 139
eftant prefque entierement "
perdue , le bled & le pain
eftoient à un prix excellif ; "
Sa Majefté ordonna la Pro- "
ceffion de la Chaffe, elle fe fit "
le 27. May. Au retour de la “
Proceffion le temps qui de- "
puis plufieurs mois eftoit "
tres- ferein , fe couvrir tout .
à coup d'épais nuages , qui ,
aprés que la Proceffion fut "
rentrée dans l'Eglife , fondi- "
rent en eaux . La pluye dura “
toute la nuit , & fut fiabon- "
dante & fi douce
(C
ce
que tous
les biens
de la terre
femble
"
rent renaître , & l'année fut "
Mij
140 MERCURE
د ر
fi abondante & fi bonne
» pour la qualité des fruits ,
des grains & du vin , qu'on
,, n'en avoit pas
reille depuis prés d'un fie-
و د
༢༢༢
و د
༢.༢
و د ༢༢
و د
و ر
cle.
vû une
pa-
La Ville de Paris croyant
donner une marque permanente
de fa reconnoiffance
pour un fi grand bien- fait ,
fit prefent pour cet effet à
l'Egliſe de Sainte Genevié-
,, ve d'un grand & magnifique
Tableau qu'on y voit
dans la Nef de l'Eglife .
L'an 1709. le 16. May , Sa
Majeſté a ordonné que La
و ر
و د
در
GALANT
141
Chaffe fût defcenduë & portée
en Proceffion pour ob- "
tenir du Pain & la Paix .
Je vous feray voir à la fin
de ma Lettre , ce que nous
devons au Ciel , par l'intercef
fion de Sainte Geneviève .
Aprés vous avoir parlé des
Miracles que Dieu a faits par
l'interceffion de cette Sainte ,
je vais vous entretenir d'un
fait le plus étonnant dont on
ait jamais parlé , & qui doit
faire convertir tous les Incredules
& tous les Athées , fupo142
MERCURE
fé qu'il y en ait cu car tous
ceux qui ont voulu fe diftinguer
par ce caractere , & faire
croire qu'ils avoient un efprit
fort & infiniment fuperieur
aux autres fentoient
fouvent dans le fond de leur
coeur , des veritez qu'ils affectoient
de ne pas croire , & plufieurs
l'ont avoüé en mourant.
Ce que je vais vous raporter
n'eft point une chofe d'opinion
qui fe foit paffée à la vûë de
peu de perfonnes , & une fois
feulement ; mais une chofe
qui fe paffe continuellement
depuis trois ans , à la vuë de
GALANT 143
1
tout le Peuple d'une grande
Ville , & qui dure encore. Enfin
tous ceux qui en ont entendu
parler,reconnoiffent de plus
en plus la puiffance de Dieu ,
&font tous les jours de nouveaux
Actes de Foy. Je crois
que vous n'admirerez pas
moins que moy la grandeur
& la puiffance de Dieu , lorfque
vous aurez lû l'Article fuivant ,
que je vous envoye de la même
maniere dont je l'ay reçu , à la
referve du nom de la Ville , où
Dieu continuë de faire voir
que les hommes ne doivent
pas fe défier de fa Providence.
144 MERCURE
Un Chanoine d'une Collegialle
tres -illuftre & d'ancienne
Fondation des Rois , &
Ducs de Bretagne, a perdu tout
d'un coup la parole dans le
Choeur de fon Eglife ; voulant
un jour chanter les Pleaumes
à fon ordinaire , il ne put prononcer
aucun mot , & même
la voix & la parole luy manquerent
entierement ; dés qu'il
fut forti du Choeur , la voix &
la parole luy revinrent ; &
eftant rentré au Choeur à une
des Heures fuivantes ; la même
chofe luy arriva ; il perdit &
la parole & la voix , qui luy
revinrent
GALANT 145
revinrent à la fortie du Choeur.
Depuis environ trois ans
la même merveille arrive ;
ce Chanoine parle hors du
Choeur , & tres - bien , mais
dans le Choeur , il devient
muet. Ce qui eft encore affez
furprenant , eft qu'à l'Autel il
chante les grandes Meſſes à
ſon tour , & même depuis
quelque temps au Choeur la
voix luy revient pour entonner
les Antiennes & pour faire
l'Office à fon tour aux grandes
Feftes ; mais à l'égard des
moindres Feftes & des jours
ordinaires , il luy eſt impoffi-
Juin 1709.
N
146 MERCURE
ble de chanter ny Pfeaume , ny
Kyrie eleyfon , ny Gloria in excelfis
, ny Domine falum fac Regem.
Ce Chanoine qui eft fort
fage & fort vertueux fe trouve
dans une grande humiliation
d'un tel accident. Il prie Dieu
fans ceffe & le fait prier par les
gens de bien de luy délier la
langue , afin qu'il puiffe chanter
fes louanges dans le Choeur
de même qu'à l'Autel ; mais
toutes le Prieres qui ont efté
faites jufqu'icy pour obtenir
cette grace du Ciel , ne l'ont
pas délivré de fa peine . Il fouhaite
que fa difgrace foit fquë
GALANT
147
dans tous les pays
du
monde ,
efperant
qu'à force
de Prieres
,
les ames
pieufes
répandues
par
tout , auront
la charité
d'invoquer
en fa faveur
la mifericorde
de Dieu. C'est par ce motif
qu'un
homme
de fa connoiffance
prend
la liberté
de
vous écrire. Il ne juge pas encore
à propos
que l'on
faffe
fçavoir
fon nom
; mais
dans
la fuite , il confentira
qu'on
le
nomme
. Vous
pouvez
cependant
faire
fçavoir
ce fait au
Public
, qui eft tres- veritable
.
Ce Chanoine
, dont
la vie eſt
d'ailleurs
irreprochable
, eft
Nij
148 MERCURE
perfuadé que fon accident luy
eft venu de ce que voyant les
befoins de fon Eglife & craignant
qu'elle ne puſt ſupporter
long temps la dépenfe d'un
bas -Choeur , a tenté de le faire
fupprimer , & de regler qu'on
ne chanteroit plus les jours ordinaires
, mais feulement aux
grandes Feftes , & jamais Matines
& Laudes, qu'on ne feroit
que reciter à baffe voix . Il croit
que par ce fentiment qui ne
fut pas fuivi , il encourut la colere
du Seigneur , en ſe défiant
de fa Providence pour l'entretien
de Suppoſts necef- ·
GALANT
149
faires dans l'Eglife pour chanter
l'Office fuivant la Fondation
, qui eft tres - ancienne ,
& qu'on ne pourroit alterer
fans fcandale. Il a avoüé même
que par la fuppreflion du
bas - Choeur , il avoit efperé
augmenter les Prebendes qui
font en grand nombre , &
dont le revenu eft tres - modique.
Quoy que je vous aye déja
envoyé plufieurs Relations des
avantages remportez en Portugal
par les feules Troupes
Eſpagnoles , j'ay crû devoir
vous envoyer encore celle qui
7
N iij
150 MERCURE
fuit , dans laquelle vous trouverez
quelques circonstances
qui ne font point dans les autrcs,
& particulierement la plus
grande partie des noms des
Officiers Portugais qui ont efté
faits Prifonniers . Vous y verrez
auffi la prompte recompenſe
dont Sa Majeſté Catholique
honore toûjours tous
ceux qui fe diftinguent dans
le ſervice , ne leur laiffant pas
même le temps de fouhairer
des recompenfes , ainfi que je
vous l'ay déja marqué plufieurs
fois.
GALANT 151
(C
16
"
(C
c
Mr le Marquis de Bay ,
General de l'Armée du Roy "
en Eſtramadoure , ayant eu
avis que celle des Portugais
& de leurs Alliez commandée
par le Marquis de la "
Fronteyra , & par Milord "
Galloway, eftoit campée de- “
puis quelques jours entre
Elvas & Campo- Mayor , &
qu'elle avoit formé le deffein "
de paffer la petite riviere de
Caya qui eftoit devant elle ,
pour venir l'attaquer ; ce
Marquis qui avoit fon "
Camp au delà de la riviere "
d'Ebora , & à deux licuës "
"C
cr
N iiij
152 MERCURE
>>
"
و ر
ر و
و د
"
des Ennemis , fit voir qu'il
fouhaitoit que leur Armée
fit cette démarche , car il alla
,, marquer un Champ de Bataille
pour les recevoir , à un
», quart de lieuë au de- là d'un
Village qu'on appelle la
Atalaya del Rey , mais comme
il s'eftoit déja paffé cinq
ou fix jours depuis que les
Ennemis avoient répandu
cette nouvelle fans qu'ils
euffent encore fait aucun
mouvement pour palfer
cette riviere , quoy qu'ils
,, y cuffenr jetté plufieurs
,, Ponts ; Mr le Marquis de
"
ر و
"
"
GALANT
153
Bay jugea qu'ils pouvoient
avoir changé de fentiment. "
Pour les faire revenir à leur "
premier de deffein & contenter
l'ardeur de nos Trou- "
pes qui témoignoient une "
grande impatience d'en venir
aux mains , M' de Bay
crut qu'il pourroit engager
l'Ennemy à fe battre , en
executant un projet qu'il
avoit formé. Il ordonna un
"
cc
cc
<<
<<
le 7. du mois "
is
cr
fourage pour
de May dans les bleds de.
Campo Mayor , qui eft une
Place Portugaife , dont l'Ar- "
mée ennemie n'eftoit éloi- "
154 MERCURE
"
"
ور
ور
و ر
ور
,, gnée que d'une lieuë. Ce
,, jour-là à la pointe du jour
toute la Cavalerie de l'Armée
du Roy fe mit en mouvement
pour ce prétendu
fourage , car il fut aiſé de
voir que Mr le Marquis
de
Bay avoit un autre deffein ,
" puiſque les chevaux éſtoient
fellez ; que les Cavaliers
eftoient bottez , & avec tou
tes leurs armes ; & que dés
la nuit d'auparavant
il avoit
·détaché cinq cens chevaux
choifis fous les ordres de
Don Gonçalo de Carvajal ,
,, pour aller occuper un Poſte
qui luy avoit efté marqué ,
و د
و و
و ر
"
و ر
"
GALANT 155
Сс
cr
afin d'affurer ce fourage.
Cer Officier s'y rendit , & il "
y trouva quelques Partis Ennemis
qui y fourageoient
auffi ; il les chargea , leur "
prit quelques chevaux & "
les obligea à fe retirer en
leur Camp qui n'eftoit qu'à
une demi - lieuë de cet endroit.
Les Eſcortes neceffai- "
res ayant ainfi efté placées
noftre Cavalerie fit fon fou- "
rage fans aucun empêchement
, & eile revint au petit
pas fur deux colomnes jufqu'à
une maiſon qu'on appelle
de la Chimenea ; là elle
<<
<<
c
c
<c
156 MERCURE
"" fit alte , parce que Mr le
Marquis de Bay découvrit
de cet endroit les ennemis
qui paffoient la Caya fur les
Ponts qu'ils y avoient jet-
و ر
و ر
33
و ر
"
ور
ر د
tez .
Quoy que leur Armée fut
fuperieure
à celle du Roy
de treize Bataillons
tous bien
», complets
, noftre General
n'hefita
pas un moment
à
fuivre le projet qu'il avoit
formé de les engager
à une
action décifive . Pour leur
laiffer plus de terrain il s'é-
و ر
و ر
"
و ر
و ر
در
carta un peu
de cette Maifon
où la Cavalerie s'eftoit
GALANT 157
d'abord arreſtée, & il ne penfa
plus qu'à difpofer toutes
chofes pour le Combat .
"
r
сс
Il avoit ordonné dés le "
matin à noftre Infanterie de "
fe mettre en Bataille , & elle "
avoit marché fur deux colomnes
jufqu'à la Atalaya
del Rey , où elle avoit fait "
alte , & elle y attendoit de “
nouveaux ordres.
c
Il eftoit environ onze heu- "
res du matin lorfque l'Ar- "
mée ennemic commença à “
fe former en deça de la Caya.
Aprés que Mr le Marquis de "
Bay eut reconnu comme on
cr

158 MERCURE
>>
"
l'a dit, la difpofition des ennemis
, il envoya ordre à fon
Infanterie de s'avancer &
d'occuper le Champ de Bataille
qui luy avoit cſté mar-
و ر
>>
و ر
ر و
">
"
و ر
qué.
Il rangea l'Armée du Roy
fur deux lignes en la maniere
ordinaire , la Cavalerie
fur les ailes , l'Infanterie
au Centre ; le Canon fut
placé fuivant
fition du Terrain le defiroit .
Mr le Marquis d'Aytone
Lieutenant General , avec
Mr le Marquis de Quelus ,
?? Marechal de Camp ; & M "
ور
و د
que la difpoGALANT
159

de Carvajal & de Grafton ,
Brigadiers , commandoit la "
droite de noftre premiere
ligne compofée de ſeize Ef- “
cadrons ; fçavoir , neuf de "
Cavalerie & fept de Dra- "
gons . Mr le Comte de Fien- "
nes Lieutenant General , M "
le Marquis de Navamor- "
quende Maréchal de Camp ,
& Don Francifco de Braca- "
monte Brigadier , eurent la "
gauche avec treize autres
Efcadrons; Mr le Duc d'Ha, "
vré Lieutenant General , "
Mr le Marquis de la Veyre
Maréchal de Camp , & Mrs "
e
cr
160 MERCURE
de Caſtillo , d'Eſtrades , &
Comte , furent placez au
centre , à la tefte de treize
Bataillons d'Infanterie.
در
و و
و د
"
و ر
""
ود
"
و و
A l'égard de noftre ſeconde
ligne , elle fut commandée
à la droite par Don
Alonzo Efcobar Lieutenant
general , Don Juan Antonio
Montenegro Maréchal de
Camp , & par Mrs Lorenzano
& Colonna Brigadiers ,
avec treize eſcadrons ; à la
gauche par Don Joſeph Armendariz
Lieutenant gene-
,, ral , & par Mrs de Solis &
,, Dragonetto Brigadiers, avec
GALANT 16 :
Сс
"C
se
neufEfcadrons . Mr le Com- se
te de Merode Maréchal de
Camp , qui devoit eſtre en
ce Pofte n'eftoit pas encore
arrivé à l'Armée , & le
centre de cette feconde li- cs
gne compofée d'onze Ba- «
taillons , fut commandé
par
Mrs de Sello, & Pozobueno, "
Maréchaux
de Camp, & par
Mrs de Prado & Pedroché "
Brigadiers. A l'égard de Mr «
le Marquis de Bay , il fe porta
par tout où fa prefence
eftoit neceffaire .
Сс
Lorfque la droite de l'Ar- ".
mée du Roy fut proche des "
Juin 1709.
Q
162 MERCURE
"
و ر
""
و ر
""
ennemis , Mr le Marquis de
Bay remarqua qu'ils´éten-
,, doient leur gauche autant
qu'ils pouvoient pour tâcher
de nous déborder ce qui luy
fit donner l'ordre à Mrs
d'Aytone & de Quelus de
faire un quart de converfion
fur leur droite & de charger
l'Ennemi auffi- toft qu'ils
fe trouveroient à portée de
le faire. Cet ordre fut execute
fur les deux heures aprés
,, midy avec tant d'activité &
de vigueur qu'à la premiere
charge toute la Cavalerie
des deux lignes de la gauche
""
و ر
و ر
و ر
">
GALANT 163
( c
des ennemis fut en moins "
d'une demie heure rompue ,
renversée , battue , & mife "
en fuite.
65.
" Il faut obferver que lors
Mr.de Bay fe fut retiré "
au de là de cette maiſon
que
les "
СС
dont il à efté parlé , où fa “
Cavalerie avoit fait alte
revenant du fourage , les
ennemis y avoient apuyé
leur gauche , & ils y avoient
pofte huit pieces de Canon "
gardées par trois Bataillons "
Anglois . Ainfi aprés la dé . «
route de leur aile gauche
ces trois Bataillons fe trou-
" C
O ij
164 MERCURE
ود
و د
د ر
و د
و ر
ر د
verent coupez & envelopez .
Ils furent forcez de mettre
bas les Armes , leur Canon
fut pris , & ils demeurerent
tous prifonniers de guerre :
on fçeut alors que Milord
Galoway , qui cftoit à la
tefte de ces trois Bataillons ,
s'eftoit fauvé du cofté d'Higuela
avec deux Officiers .
Pendant que la charge de
noftre droite avoit cu un
fuccés fi avantageux , Mr
le Comte de Fiennes qui
Commandoit noftre gauche
avoit attaqué la droite
de l'Armée ennemie avec
"
و د
و د
"
و د
و د
GALANT 165
Co
Сс
une conduite & une valeur "
qui a merité de grands éloges.
Il effuïa tout le feu des
ennemis à la demie portée
du Piſtolet , & dans le moment
qu'ils eurent ainſi fait
leur décharge, fans que nôtre "
Cavalerie eut tiré un feul "
coup , elle charga le fabre
à la main celle des deux liles
ren-
Сс
Сс
ce
gnes des Ennemis ,
verfa , les rompit , & les
mena battant jufques fous
Campo- Mayor. Il y eut un
Eſcadron ennemy de Grenadiers
qui fe diftingua & "
qui fe battit fi bien qu'il
(6
166 MERCURE
ne s'en fauva que quatre.
ور
>>
Toute la Cavalerie des
Ennemis ainſi rompue , bat-
,, tue , & mife en fuite , leur
Infanterie alloit éprouver
le même fort , fi la nôtre l'avoit
pû joindre , mais comme
par la difpofition du terrain
nôtre Centre s'eftoit
99
"
"
"
trouvé
trop éloigné du leur
» pour agir , comme noſtre
General & nos Troupes
le
و ر
,, fouhaitoient ,
و ر
و و
"
ر د
&
que
l'ardeur
de noftre Cavalarie
victorieuſe en avoit engagé
une bonne partie à la
fuite des fuyards jufque fous
pourGALANT
167
de
temps
(c
<<
les paliffades d'Elvas , & de "
Campo - Mayor , qui n'é- “
toient pas à une lieuë de là , “
l'Ennemy eut le
former un Bataillon quarré
de fon Infanterie , & de "
prendre les mesures necef- "
faires pour la feureté de fa ".
retraite. Ce Bataillon pric
fa marche par la gauche vers
Campo - Mayor , & il fic "
pendant quelque temps une
affez bonne contenance en
gagnant toûjours chemin ,
mais Mr le Marquis de Bay
ayant enfin rappellé fa Ca- "
valerie , il harcela de tous
cr
cc
35 330

168 MERCURE
""
"
coftez ce gròs Bataillon jufqu'à
ce que Mr de Boyloger
», qui commandoit l'Attillerie
de l'Armée du Roy , fit
voir un effet de fa longue
experience à la guerre ; il fit
marcher fon canon avec une
diligence extraordinaire , &
il le fit tirer plufieurs fois à
cartouche
fur ce gros
و ر
و ر
و د
"}
و ر
و ر
و ر
و ر
و ر
و ر
و د
d'Infanterie
, avec tant de fuccés
qu'il y fit de grandes ouvertures
avant que
les ennemis
euffent paffé le lit de la
petite riviere de la Gudiña ,
qui eftoit déja à fec, & qu'ils
fe fuffent mis fous la paliffade
GALANT 169
Сс
fade de Campo Mayor , qui
n'eft pas à une demic portée
de canon de ce ruiffeau , & "
à trois quarts de lieuë du "
Champ de Bataille. O
C
On ne peut affez louer
la conduite de noftre General
, l'activité de Mr le Mar, "
quis d'Aytone , la valeur de «
Mr le Marquis deQuelus qui
chargea le premier les En- «
nemis à la tête de fes Dra- "
gons , l'ardeur & le courage
de Dom Alonzo de Efco- "
bar Lieutenant General , & «ede
Dom Antonio Monte- «
negro Marechal de Camp ,
Juin 1709.
P
ce
170 MERCURE
& on peut dire que toute
,, nôtre Cavalerie a fait tout
ر د
و د
ر د
35
3
"
و ر
و ر
و ر
و و
ce qu'on en pouvoit at
tendre.
On a compté fur le
Champ de Bataille plus de
deux mille morts des Ennemis
; on pretend qu'ils ont
un pareil nombre de bleffez :
on leur a fait plus de deux
cens cinquante Officiers prifonniers
, quinze cens Anglois
& huit cens Portugais
entre les principaux
Officiers prifonniers on
trouve le Comte de S. Jean ,
Meftre de Camp General
3 : 1
GALANT
171
"
cc
<c
CC

cr
de la
Cavalerie
Portugaife ,
un
Lieutenant
General , un
Maréchal de
Camp
Anglois ;
les S
Juan
Diantes
de "
Acuña , & deux
autres
Brigadiers
de
Cavalerie ;
Domin-
"
go
Salpuente
Lieutenant
"
Colonel ,
Antonio de
Sapereyra
, Franciſco
de Acolta
"
fraire , Louis de Barros
Caf- "
telblanco , tous
Capitaines
de
Cavalerie,fans
compter
tous "
les autres
dont on n'a pû en- "
core
fçavoir
les noms ; deux "
de leurs
Lieutenants
Genc- «
raux
qui font M' Damaza
"
& Dom
Juan
Mannuel
ont "
Pij
172 MERCURE
و د
و د
ود
efté bleffez à mort. On leur
,, a pris 17. pieces de Canon
c'eft à dire toute leur Artillerie
, 27. pontons , 1 5. dra
,, peaux ou étendarts , & toutes
leurs tentes , chariots ,
& bagages ; les équipages
des vivres & de l'Artillerie ,
& leur Camp ont cfté entierement
pillez . Cette victoire
n'a coûté au Roy qu'-.
environ trois cens hommes
tuez ou bleffez , & quelques
cent chevaux davantage
bleffez de coups de bayonnettes
à l'attaque de l'Infan-
„ terie ; nous n'avons perdu
و و
و د
و د
و د
و د
GALANT
173
<<
tc
σε
aucune perfonne de remarque.
Entre nos bleffez il y
à Don Antonio de Leyva
Colonel de Cavalerie , & "
Don Bernardo de Salas
Lieutenant Colonel du Re. "
giment des Armendariz , qui
le font dangereufement . La
Nouvelle de cette Victoire
a caufé à Madrid une joye
qu'on ne peut exprimer.
Don Jacinto de Solarez y
Valdez Capitaine d'Infan. "
terie & Aide de Camp
de Mr de Bay fut celuy
qui en apporta le premier
avis au Roy le ro. de
с
༢༢ C'e
се
P iij
174 MERCURE
ود
აა
و و
و و
ر و
و د
ور
May au foir. Sa Majesté informée
que cer Officier s'étoit
fignalé , fut fi ſatisfaite
de la maniere nette & précife
avec laquelle il luy rendit
compte de la Bataille , qu'elle
le fit fur le champLieutenant
Colonel & le lendemain Colonel
d'Infanterie . Mr le
Marquis de Quelus a efté fait
,, Lieutenant general , & Don
Antonio de Leyva Brigadier.
C'est ainsi que le Roy
eſt attentif à récompenfer le
fervice & le merite de fes
,, Officiers. On a ſçû depuis
», que Mr de Bay prenoit tou-
"
د و
وو
GALANT 175
<<
tes les mesures neceffaires "
pour profiter de fa victoire ,
& faire porter aux Portu
gais le châtiment qu'ils mcritent
pour avoir fi legerement
violé les Traitez qui
les maintenoient depuis fi
long- temps en paix , & en
repos du cofté de Caſtille.
Vous trouverez des chofes
tres -curieufes dans les Articles
de morts qui fuivent.
Dame Claude de Seve veuve
de M Antoine Girard
Chevalier , Comte de Villetaneufe
, & Procureur General
P iiij
176 MERCURE
de la Chambre des Comptes
de Paris , eft morte fans avoir
laiffé de Pofterité âgée de 68 .
ans . Elle eftoit coufine germaine
de Mr l'Evêque d'Arras
, & niéce de feue Me de
Seve de la Maifon de Rochechoüart.
Son Corps , fuivant
qu'elle l'avoir ordonné fut
porté fans Ceremonie & ſans
Tenture à l'Eglife de Saint
Germain l'Auxerrois , lieu de
la Sepulture de fa famille . Son
Service fut auffi fait le lendemain
aux Capucines fans aucune
tenture. Elle a laiffé à ces
Religieufes 500. livres pour
a
GALANT 177
avoir part à leurs Prieres. Voici
les autres difpofitions teſtamentaires
qui portent avec
elles un témoignage bien éclatant
de la pieté de cette Dame.
Elle ordonne 1000 , Meffes
dans les Convens où feu Mr
le Procureur General avoit
accoutumé de faire des aumônes
& trois annuels . Elle donne
aux pauvres honteux de la
Paroiffe Saint Sulpice 6000 .
livres , à ceux d'Epinay prés
Saint Denis 5oo . livres , à ceux
de Villetaneufe 300. livres ; a
ceux de Merobert une de fes
Terres en Beauffe 500. livres ,
178 MERCURE
outre 120. livres de revenu
annuel qu'elle a créé ſur cette
Terre & dont elle a chargé le
le Curé de la diftribution . Elle
donne 10000. livres à l'Hôtel-
Dieu de Pontoife , où Me fa
foeur eft Prieure perpetuelle ;
& elle demande à la Communauté
une Meffe tous les jours
pour le repos de fon ame ; elle
a ordonné que fon coeur y fut
porté , ce qui a efté executé ;
à Me de Seve Religieufe de
Montmartre fa foeur , outre fa
"penfion qui eft confiderable ,
elle luy en donne une de 200.
livres dont elle fupplic Me
GALANT 179
l'Abbeffe de la laiffer difpofer.
Elle laiffe à l'Hoftel - Dieu de
Paris 3000. livres , pour le Bâtiment
de l'Eglife de Saint Sulpice
2000. livres ; au Seminaire
de S. Sulpice 1 500. livres ; à
fa premiere Femme de Chambre
16. mille livres outre ce
qu'elle luy doit de fes
gages ,
& la moitié de fa garderobbe ,
& une fomme de 20000. li
vres qu'elle luy donna il
y a
quatre ans en la mariant fort
avantageulement ; à fa feconde
Femme de Chambre 600 .
livres de penfion viagere & les
deux tiers de la moitié de fa
180 MERCURE
garderobe , mais elle mourut
quinze jours avant ſa maîtreſfe
; à fa troifiéme Femme de
Chambre soo . livres une fois
payée & le tiers de la moitié
de fa garderobe ; à ſon Intendant
16. mille livres ; à fon
Valet de Chambre 4. mille
livres ; à fon Cuifinier 3. mille
livres ; à fon Cocher 700. livres
; au fils de fon Cocher
300 livres ; à la Cuisiniere 300 .
livres; à fon Portier 200. livres ;
à fes trois Laquais chacun 200 .
livres ; à un petit Laquais 150 .
livres ; au Jardinier de Villeta.
neufe 300. livres ; à fon MafGALANT
181
tre d'Hoftel 1200. livres ; à
Me d'Eſpagny , une penfion
viagere de 1000. livres : voicy
comment elle s'explique à l'égard
de cette Dame : Je donne
à Me d'Espagny , qni eft mon
Amie depuis longtemps , pour marque
de mon fouvenir , 1000 livres
de penſion viagere ; à Mc la
Comteffe de Boufflers 2000 .
livres de penſion viagere , c'eſt
la fille de Mr du Pleffis- Guenegaud
Secretaire d'Etat , fon
proche parent , & veuve du
frere aîné de Mr le Maréchal
de Boufflers ; à Mr le Comte
de Brancas , fils du Duc de ce
182 MERCURE
nom , 100. mille livres qu'elle.
fubftitue à fes enfans , & à leur
défaut au frere de ce Comte
& à ſes enfans , & s'ils meurent
fans enfans , cette fomme
retournera au Legataire univerfel
. A Mlle de Luxembourg
( fille du ſecond lit du
Duc de ce nom . ) 50000. livres ,
à Mlle d'Ancenuze , fille de Mr
le Duc de Caderouffe 20.
mille livr. elle rappelle Mrs les
Abbez de Seve & Me d'Oifonville
pour cet article en cas
de mort fans enfans . A l'égard
du furplus de fon bien , elle
fait fon heritier univerfel Mc
GALANT 183
de Balincourt du Boulois, dont
la mere eftoit de la Maifon de
Seve , & c'eſt pour les deux
tiers de fon bien; & pour l'autre
tiers elle fait heritiere Mlle
de Montmartin , niece de Mr
l'Evêque de Grenoble , & dont
la mere eftoit foeur de Mrs les
Abbez de Seve ; & elle prie Mr
l'Abbé de Seve le cadet , qu'on
nomme Mr l'Abbé d'Izy , d'en
joüir jufqu'à ce que Mlle de
Montmartin foit mariée , fans
eftre obligé d'en rendre compte.
Mr de Balincourt qui eſt
Colonel du Regiment d'Arrois
, aura pour les deux tiers
184 MERCURE
130. mille livres , & Mlle
de Montmartin 65. mille
livres . Mr le Lieutenant Civil
eft Executeur Teftamentaire
, & elle le prie de vouloir accepter
comme un foible té
moignage de fa reconnoiſſance
100. marcs de vaiffelle d'argent
à fon choix.
Mr.Dupré , Envoyé Extraordinaire
de France & d'Ef.
pagne à la Cour du Grand Duc
de Tofcane , mourut d'apoplexie
à Florence le 3 du mois
dernier. Il n'avoit que 66. ans
& cependant il y en avoit prés
de quarante qu'il fervoit le
GALANT 185
Roy dans les Cours Etrangeres
avec toute l'attention , & toute
la capacité imaginables : c'étoit
un digne éleve de Mr le
Comte de Crécy , auffi connu
qu'eftimé par fes rares talens
pour les Negociations , & par
la beauté de fon genie :
Mr Dupré l'accompagnal en
1671. lors qu'il alla en Allemagne
pour y faire plufieurs
Traitez importans , avant la
Guerre d'Hollande , & quipar
fes foins , fa vigilance & fa
dexterité eurent le bonheur
de réüffir tous . Dés de tempslà
, fur les favorables témoi
Juin 1709.
186 MERCURE
gnages que Mr le Comte de
Crecy rendit au Roy , de Mr
Dupré , S. M. le déclara fon
Refident
à Cologne
: Il y a
efté à diferentes
reprifes
, & il
y à demeuré pendant quelques
années avec le même Caractere.
Il alla enfuite en qualité
de Refident
à Strafboug
, avant
que cette Ville fut foumise à
S. M. où il la fervit tres-utilement
pendant que les Impériaux
eftoient atachez au Siege
de Philifbourg
. Depuis 1680 .
jufqu'en 1688. il demeura
chargé des affaires du Roy à
Geneve
, où il s'eftoit acquis
GALANT 187
l'eftime & l'amitié de tout
le monde ; en 1687. le Roy
l'avoit nommé Envoyé Extraordinaire
à Florence ; mais
l'année fuivante S. M. ayant
jugé à propos de l'envoyer à
Mayence avec la même qualité
pour y relever Mr Foucher ,
cet employ ne fut pas de longue
durée quelques circonftan .
ces facheufes de la derniere
guerre , l'ayant obligé de revenir
à la Cour , auffi toft
aprés que Mr. l'Electeur fut
forty de fa Capitale pour fe
retirer à Vienne . Quelque
temps aprés le Roy le nomma
Qij
188 MERCURE
>
Envoyé Extraordinaire à Mantoue
, & enfuite S. M. le renvoya
à Florence où il a
demeuré prés de 15. ans avec
le même employ , tant pour y
faire les Affaires de France que
celles d'Efpagne . Ce fut en
1702. qu'il fut chargé des
Affaires d'Efpagne par S. M. C.
même lors qu'elle aborda à
Livourne , à fon retour de Naples
Mr Dupré eſtant allé
pour avoir l'honneur de la
falüer fur fa Galere , elle luy
dit avec une bonté toute particuliere
, qu'Elle croyoit ne
pouvoir confier fes interefts en de
:
GALANT 189
meilleures mains que les fiennes
& qu'elle ne doutoit pas qu'il
ne laferviſt avec autant d'application
, & auffi bien à la Cour
du Grand Duc , qu'il avoit toujours
fait par tout ailleurs , le
Royfon Grand Pere dans tous les
emplois qu'il luy avoit confiez : Il
eft conftant que feu Mr Dupré
avoit de grands talens pour les
Negociations ; un extérieur ,
gratieux , & prevenant , un
efpritfolide , & délicat , beaucoup
de fageffe , de modération
, d'intelligence , de penétration
, d'exactitude , & fur
tout le don de fe faire aimer &
190 MERCURE
eftimer de tous ceux qui le
connoiffoient à caufe de fa
grande probité. Monſieur le
Grand Duc , & tous les Princes
de fa Maifon ont rendu à fa
memoire la juftice qui luy eft
deüe
par
le
bien
qu'ils
en
ont
dit
en
aprenant
fa
mort
. Toutela
Nobleffe
, la Bourgeoifie
,
le
Peuple
, &
les
Pauvres
même
envers
lefquels
il avoit
toujours
efté
tres
tendre
, &
tres
- chari-
.
table
, en
font
un
continuel éloge
, &
l'on
peut
dire
qu'il
eftoit
auffi
bon
chreftien
>
qu'honneſte
homme
felon
le
monde
, &
fidele
ferviteur
du
GALANT 191
Y
Roy.Dame Helene de Fremont
fa femme qui mourut
en couches à Florence lors qu'il
fut envoyé la feconde fois
luy laiſſa ſept enfans . Elle eftoit
niéce de feu 'Mr' d'Hervart
Contrôlleur General des Finances.
Je crois que vous n'avez
pas oublié tout ce que je
vous marquay dans ma Lettre
du mois de Decembre 1696.
des diftinctions particuliers
avec lesquelles le Grand Duc
traita Mr le Chevalier de Percy
neveu de feu Mr Dupré , &
avec quelles marques de bonté,
& de generofité fingulieres ,
192 MERCURE
il luy donna la Croix de fon
Ordre , grace qui n'avoit jamais
efté faite avant luy à
aucun François , depuis l'inftitution
de cet Ordre Militaire
fi connu fous le nom de Saint
Etienne Pape & Martyr , &
qui s'eft rendu fi illuftre , & fi
recommandable
par les grandes
& belles actions , ainfi que
par les prifes frequentes , &
confiderables que les Chevaliers
ont faires fur les Turcs.
Le Roy ayant bien voulu permettre
à Mr de Percy de recevoir
cet Ordre , S. M. luy en
fit expedier la permiffion par
un
GALANT 193
un Brevet qu'elle luy envoya
fur les tres - humbles inftances
de feuMr Dupré fon oncle ,
Sa Majesté luy ayant en cette
occafion , comme entoutes les
autres , donné des marques de
la fatisfaction qu'elle avoit du
zéle , & de l'application fans
relafche qu'il a cuë juſqu'à la
mort pour fon ſervice.
Mre Bertrand de Senaux
Evêque d'Autun , eft mort dans
fa Ville Epiſcopale , aprés une
maladie fort courte , & épuifé
destravaux qu'il a effuyez pour
le foulagement des Pauvres .
Il a fait pour eux des chofes
Juin 1079 .
R
194 MERCURE
incroyables , & aprés avoir
donné tout fon bien pour leur
foulagement , il a facrifié fa
propre vie , puifqu'il eſt mort
des fatigues qu'il fe donna
dans une Proceffion qu'il avoit
voulu faire pieds nuds à la
tefte de fon Clergé Regulier
& Seculier , pour appaifer la
colere de Dieu . Ce Prelat eftoit
encore jeune , & il n'eftoit Evêque
que depuis l'année 1703
Le Roy le nomma d'abord à
l'Evêché de Xaintes , mais feu
Mr de Roquette fon oncle à
la mode de Bretagne , s'eftant
démis de l'Evêché d'Autun ,
GALANT 195
Sa Majesté le nomma à cet
Evêché , de maniere qu'il ne
fut Evêque de Xaintes que pen
dant quelques jours . Il eftoit
d'une tres- ancienne famille de
Toulouſe & qui a donné plufieurs
Officiers au Parlement
de cette Ville -là . Il eftoit petitneveu
de la mere de Senaux
' de l'Ordre de Saint Dominique
, qui s'eſt renduë fi celebre
dans le dernier fiecle , par fa
vertu & par les lumieres extraordinaires
dont Dieu l'avoit
favorifée. Elle eftoit iffuë d'un
Confeiller au Parlement de
Touloufe . Elle épouſa d'abord
Rij
196 MERCURE
un Gentilhomme de Languedoc
, qui eftoit Seigneur de
Garibal , & aprés qu'ils eurent
vêcu quelque temps en continence
, elle luy perfuada de
quitter le monde . Il fe fit
Chartreux , & elle entra dans
l'Ordre de faint Dominique à
Toulouſe , d'où elle fut tirée
quelque années aprés pour ve
nir à Paris établir les Filles de
Saint Thomas , ruë Vivienne .
Elle établit enfuite le Monaftere
des Filles de la Croix ,
Fauxbourg Saint Antoine , &
elle mourut au milieu de fes
cheres Filles aprés avoir donné
GALANY 197

durant plufieurs années à la
Cour & à la Ville des exemples
d'une vertu extraordinaire
; la Reine Mere l'aimoit
beaucoup & la vifitoit ſouvent,
ayant en elle une confiance
particuliere .
Autun eft Suffragant de
Lyon , & l'Evêque en a la Regale
fpirituelle & temporelle
lorfque le Siege vacque . Feu
Mr de Roquette en jouit long
temps aprés la mort de feu Mr
de Villeroy ; & l'Archevêque
de Lyon n'a que la Regale fpirituelle
à Autun . Voici la fel
conde fois que Mr de Saint
Riij
198 MERCURE
Georges Archevêque de Lyon
a cette Regale. Autun eft une
des plus anciennes Villes du
Royaume. Elle eftoit celebre
du temps des Romains , &
elle fur la Capitale de la Republique
des Eduens , qui comprenoit
une partie du Duché
de Bourgogne , la Breffe , le
Forez ; le Lyonnois , le Beaujollois
, la Dombes , & le Nivernois.
Elle portoit alors le
nom de Bibracte , fur laquelle
les Auteurs ont efté partagez ,
& dont nous avons vû plufieurs
Differtations dans divers
Journaux. S. Amateur fut fon
GALANT 199
ག་
YON
93*
Evêque. L'Eglife a decerne
un culte Religieux à Rectici
Simplicius, Proculus , Arippin ,
Siagre & Leger fes Succeffeurs .
Il y a eu quatre Conciles à Autun
; les Latins nomment cette
Ville Auguftodunum . Les Evêques
d'Autun font Prefidens
nez des Etats de Bourgogne
,
Comtes de Saulieu, Barons
de Touillon , d'Iffy- l'Evêque ,
& c.
Mr l'Abbé d'Hanvoille eft
mort dans le Seminaire de S.
Magloire où il demeuroit depuis
prés de trente - cinq an .
nées. Sa mort a répondu à ſa
R iiij
200 MERCURE
vie. Ses jours avoient elté
une fuite continuelle de bonnes
oeuvres , & ils ont efté couronnez
par une fainte mort.
Deux chofes ont diffingué .
cet Abbé ; fon amour pour
la folitude & la paffion qu'il
avoit de faire du bien aux pauvres.
Sa retraite à efté quelquefois
de quinze & feize ans ,
& il l'a pouffée jufqu'à vingt
fans fortir du Seminaire ; àl'égard
de fa charité , elle eft affez
connue. Il eftoit de l'illuftre
Maifon d'Auxi de Picardie ,
alliée par deux endroits à celle
de Boufflers. Mr le Marquis
GALANT 201
d'Hanvoile pere de cet Abbé ,
eftoit oncle à la mode de Bretagne
de Mr le Maréchal de
Boufflers , & comme plus proche
parent il fit les honneurs
de la Feſte qui ſe fit dans le
Chafteau de Boufflers lorfqu'on
y éleva la Statue Equeftre
du Roy. Le frere cadet de
Mr l'Abbé d'Hanvoile a époufé
une fille de l'illuftre Maiſon
de Crequi , & le Marquis d'Auxi
fon neveu , fils de l'aîné de
la Maifon , aprés avoir efté
Capitaine aux Gardesa acheté
le Regiment Royal - Comtois.
La Maiſon d'Auxi eft originai202
MERCURE
re de Flandres , où les Bers
d'Auxi , ( c'eſt une Dignité
confiderable ) faifoient autrefois
une grande figure. Mr
l'Abbé d'Hanvoile eftoit fort .
connu dans les Pays étrangers.
On a publié il y a quelques années
des Lettres qui luy ont
efté écrites par Mr de la Cofte
& d'autres qu'il a écrites à cet
Auteur , toutes fur la mort de
Mr Locke leur ami commun .
Le Pere Pafchal Mahon
Gardien des Recollets d'Angers
, eft mort dans les derniers
froids qu'on a reffenti . Il eftoit
de Rennes en Bretagne , d'une
GALANT 203
famille confiderable ; mais fa
vertu & fon merite le diftinguoient
encore plus que fa
naiffance. Il avoit des talens remarquables.
Il aefté un des plus
celebres Predicateurs de fon
temps , & il eft peu de Chaires
un peu confiderables
où il n'ait
annoncé la Parole de Dieu ;
ce qu'il a toûjours fait avec
un fuccés extraordinaire
; il
avoit auffi un talent marqué
pour la conduite des ames ;
& fa plume paffoit pour une
desplus délicates des Provinces
voisines . Mr Poncet Evêque
d'Angers qui connoiſt ſi
204 MERCURE

bien le merite & qui a luymême
un grand talent pour
la Chaire , a reçu les derniers
foûpirs du Pere Pafchal , & ce
Prelat l'a vifité tous les jours
pendant fa maladie , & il a paffé
plufieurs heures auprés de fon
lit. Ce Pere a efté regretté univerfellement
, & fur tout dans
l'Anjou. Il a paru fur cette
mort une Lettre du Pere Fortuné
Thibaut , Religieux Recollet
d'Angers & Ami du Pere
Pafchal , qui paffe pour un
Chefd'oeuvre ; elle fait voir les
regrets d'un Ami , mais d'un
Ami qui connoift tout le prix
GALANY 205
de la perte qu'il a faite .
Le Pere Robert a efté élû
dans le Chapitre qui s'eft tenu
à Tours , pour fucceder au
Pere Pafchal , cette place , eft
difficile à remplir par rapport
au merite de celuy qui l'a occupée
, mais le Pere Robert
qui occupe d'autres poltes difficiles
, donne de grandes efperances
qu'il remplira celuy cy
avec fuccés. Le Pere dont je
vous apprens la mort avoit
rempli les plus importans emplois
de fa Congregation , &
toujours avec le même fuccés.
206 MERCURE
Le Pere Anaclet Vicaire de
la même Maifon d'Angers , eft
mort auffi prefque dans le même
temps que le Pere Pafchal.
Il avoit eu beaucoup de part
à la confiance de feu Mr le
Pelletier , Evêque d'Angers ,
mort nommé à l'Evêché d'Orleans
.
Dame Marie Magdelaine
Tiraqueau , épouſe de Mre
François
Doujat , Chevalier
Confeiller ancien Maiftre
d'Hôtel du Roy , frere de Mr
Doujat Doyen du Parlement
& de feuë Me la Prefidente
de Meaupou eft morte . Elle
GALANT 207
eftoit fille de Mre Pierre Tiraqueau
Chevalier Seigneur de
Saint Hermant , & de Dame
Edmée de Rubentel Dame
des Fiefs des Arcques & d'Anjou
& defcendue de l'illuftre
André Tiraqueau Confeiller
de la Grande Chambre fort
eftimé à caufe des Ouvrages
qu'il donna au publicily à prés
de deux fiecles & dont Mr
Bourdin Avocat General , fit
un fammeux Eloge le 15. Octobre
1556. lors que les Provifions
de Mr Tiraqueau fon
fils , furent prefentées au Parlement
pour eftre reçû en
3
208 MERCURE
">
furvivance à la Charge de Mr
Tiraqueau fon pere . La Dame
dont je vous aprens la mort
eftoit d'un merite diftingué
d'une charité fans bornes &
d'une vertu . confommée qui
luy a fait fouffrir une longue
maladie avec une pieté exemplaire
& yrayment chreſtienne.
Elle à laiffé deux enfans , qui
font Mro Jofeph Joachim
François Doujat Seigneur des
Arcques & d'Anjou , & Dame
Françoife Doujat épouſe de
Mr le Boindre Confeiller au
Parlement.
Catherine le Gras veuve
GALANT 209
d'un Marchand Chapelier de
Perpignan y eft morte âgée de
104. ans. Elle eftoit née à
Pezenas l'an 1405. elle à toûjours
jouït d'une fanté parfaite
jufqu'à cinq jours avant fa
mort qu'elle commença à s'aliter
. Elle parloit du Gouvernement
des Eſpagnols & des
Gouverneurs que les Rois Phi
lippe II . & Philippe III. envoyerent
de leurs temps dans
le Rouffillon , comme fi elle
les eut vû actuellement , &
elle fe fouvenoit parfaitement .
bien de tous les évenemens
de l'année 1610. & de la fuj-
Juin 1709.
S
210 MERCURE
vante quoy qu'elle n'eut alors
que cinq à fix ans , & quoy que
cent ans fe fuffent écoulez
depuis le temps qu'ils s'eftoient
paffez.
·
Dame Magdelaine de Crequi
, Prieure du Convent des
Benedictines de Neubourg ,
dans le Diocefe d'Evreux , eft
auffi decedée . Elle eftoit fille
de Jean Baptifte Comte de
Crequi , aîné de fa Maiſon , &
de Gabrielle Gouffier : elle ne
laiffe de cette Maiſon que Mr
le Marquis de Mailloc fon neveu
, & Me la Marquife de Ca-
Lency fa niéce , veuve de feu
GALANT 211
Mr le Marquis de Carency , de
la Maifon de Touftain , une
des plus illuftres & des plus .
anciennes de Normandie , ce
qui fe prouve par les Antiquitez
& par la Cronologie du
Pays . Guillaume de Touftain ,
Seigneur du Bec Crépin fuivit
Guillaume le Baftard à la Conquefte
d'Angleterre. Son fils
Fulbert de Touftain épouſa
Marthe de Quieret , fille de
a
Huges de Quieret Amiral de
France, Judes de Touſtain eut
d'Anne de Forest , Paul de
Touftain , Chambellan du Duc
de Normandie , qui époufa
Sij
212 MERCURE

Anne de Bethencourt , de la
branche desBethencourts,Rois
de Canarie. Il en eut Jean de
Touftain , Gouverneur d'Harfleur
, qui eut pour femme
Jeanne du Bofc Emandreville ,
Evêque de Bayeux & Chancelier
de France . Jean Sire de
Touftain époufa Marie Mallet
de Graville , d'où vint Colin
de Touſtain époux de Collette
de Croifmare , coufiné
de Jean de Croifmare Arche
vêque de Rouen. Guillaume
II. du nom , Chambellan &
Maistre de la Garderobe de
Louis XI . & l'un des Seigneurs
GALANT 213
qui compofoient l'Echiquier
de Normandie , épouſa Françoife
de Hannitus dit Crevecoeur
, foeur de Jean de Crevecoeur
Prefident à Mortier
du Parlement de Paris , d'où
vint Jacques de Touftain ,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel , Gentilhomme de la
Chambre , & Colonel d'Infanterie
, qui époufa Marie de
Bethencourt fille du Comte de
Bethencourt , Gouverneur de
Courtray , qui s'accommoda
avec Ifabeau de Bourbon de
Carency , à qui il avoit l'honneur
d'appartenir , de la Terre
214 MERCURE
de Carency ; elle eut pour enfant
Philippe.de Touftain ,
Marquis de Carency , qui a
époufé Renée de Mailloc , fille
de feu Mr le Marquis de Mailloc,
Gentilhomme de la Chambre
de Gaſton Duc d'Orleans ,
& fon grand Veneur , & de
Renée de Crequy Bernieulle ,
petite- niece de la Dame du
Neuf- bourg qui vient de mourir
, dans la Maiſon duquel la
branche aînée de la Maifon de
Crequi vient de tomber dans
celle du Marquis de Carency.
Il manque aux trois Relations
que je vous ay envoyées
GALANT 215
touchant Monſeigneur le Prince
des Afturies , une Defcription
bien exacte & bien circonftanciée
de l'Entrée que ce
Prince fit à Madrid le 20. d'Avril
, & fur tout de ce qui décoroit
les rues par lesquelles
toute la Cour paffa , & dont
aucune Relation n'a parlé .
Voicy ce que j'ay tiré d'une
des plus belles Relations qui
ayent efté faites de la grande
& auguftc Ceremonie qui a
merité l'attention de toute
l'Europe , & que je ne vous envoye
point pour ne pas repeter
plufieurs chofes qui fe
216 MERCURE
trouvent dans les autres .
Toutes les ruës par lesquelles
ce Prince devoit paffer depuis le
Buen-Retiro , où il eftoit jusqu'au
Palais , eftoient tapiffées depuis le
le toit jufqu'au pavé ; devant
l'Eglife du Saint Efprit, qui eft
vis-à- vis l'Hoftel de Medina-
Celi , il y avoit un Dais fous lequel
eftoient les Portraits du Roy
de la Reine , & au milieu celuy
du Prince ; devant celles du
bonfuccés de la Soledad , ily
en avoit un autre avec de pareils
Portraits , & celuy du Roy Tres-
Chreftien on voyoit d'autres
Dais
GALANT 217
Dais femblables en deux endroits
differens , devant S. Philippe le
Real , devant l'Hoftel de
Ville. La Fontaine de la Porte du
Sol eftoit ornée defeftons de fleurs.
de tous coftez , & au milieu de
chaque fefton on avoit placé de
grands Baffins d'argent en maniere
de Buffets , qui faifoient un
Spectacle tres-agreable. La Statuë
qui fomme la Piramide de cette
Fontaine tenoit en fa main un
Etendart aux Armes du Roy , &
la baſe & le plan du grand baffin
de cette Fontaine eftoient remplis
de caiffes d'Orangers placez
auec une Lymetrie tres- agreable.
Juin 1709.
T
218 MERCURE
La Fontaine de l'Hoftel de
Ville eftoit ornée d'une maniere
differente. On avoit élevé au devant
de fafaçade du cofté de S.
Salvador un Portique haut d'environ
trente pieds. La Fontaine
paroiffoitfous le Portique , & entre
les Bas reliefs & fur toute
l'Architecture , on avoit placé des
pots de fleurs & des orangers
comme à celle du Sol , e la Statuë
qui la termine tenoit un Drapeau
de taffetas couleur de feu, fur
lequel estoient brodez en Chiffres
d'argent les noms du Roy , & de
la Reine , & celuy du Prince.
Proche l'Arcade de la grande
GALANT 219
Cour du Palais il y avoit un
Theatre fur lequel eftoient placez
plufieurs Trompettes & Timbales
qui jouoient des Fanfares. On
voyoir dans le milieu de cette
Court un Feu d' Artifice de figure
octogone avec quatre étages de
portiques de differens Ordres qui
eftoient terminez par ungrand Soleil.
Les ruës par lesquelles on
devoit paffer eftoient fablées , &
toutes celles qui y aboutiffoient
eftoient barrées pour empêcher les
Caroffes d'y entrer.
A quatre heures aprés midy la
la Marche commença par le Corps
de Ville à Cheval . Les Alguafils
Tij
220 MERCURE
les autres bas Officiers parurent
lespremiers deux à deux , &
tenant chacun leurs Baguettes
blanches de la main gauche. Les
Regidors venoient aprés dans le
même ordre ; ils eftoient tous leftement
vétus à la Françoife ,
montezfnr de tres - beaux Chevaux
, dont tous les crins eftoient
ornez de rubans de differentes cou
leurs ; le Corregidor eftoit au dernier
rang au milieu des deuxplus
anciens Regidors . Ceux - cy font
plus que
les Echevins de Paris ,
la Charge de Corregidor de
Madrid répond prefque à celle
de Gouverneur de cette premiere
T
GALANT 221
Ville , & de Prevost des Marchands.
Aprés la Ville on vit pafferun
détachement de Gardes du Corps
à
d'environ cent cinquante Maîtres
; ils marchoient
quatre
quatre le fabre à la main , &
ils eftoient precedez de trois de
leurs Trompettes , leurs Officiers
à la tefte,
avec des galons d'argent en plein ,
comme ceux du Roy Tres - Chrêtien.
tous vêtus de neuf
Les Cent Hallebardiers marchoient
deux à deux le Chapeau
les halebardes fur fous le bras ,
l'épaule ; il eftoientfuivis de Mr
Tiij .
222 MERCURE
le Marquis de Zuintana Grand
d'Espagne leur Capitaine ; il eftoit
à cheval avec fon habit d'ordonnance.
Trois rangs de Gardes du
Corps venoient enfuite , & aprés
eux on vit paroiftre le Roy dans
un manifique Caroffe entouré de
fes grands Officiers , & fuivy
d'un nombre de fes Gardes pareil
à celuy qui le précedoit immediatement.
Apres le dernier des Carroffes
du Roy marchoit un´autre détachement
des Gardes du Corps.
La Reine parut enfuite dans
une Chaise à Porteurs , détoffe
ouverte de trois cotez. Elle d'or
GALANT 223
eftoit environnée de tous les
Grands d'Espagne àpied , & cha
peau bas ; Madame la Marquife
de Los Truxillos fuivoit ; elle
eftoit auffi dans une Chaise à
Porteurs.
Enfuite venoient trois rangs
de Gardes du Corps qui precedoient
le Prince ; il eftoir dans un
Carroffe du Roy affis fur les genoux
de Madame de Salzedo
Madame la Princeffe des Orfins
eftoitdans lefond du Carroffe , &
la Nourrice & la Remueufe du
Prince eftoient fur l'Eftrapontin.
Les Officiers de Garde de fervice
chez le Prince entouroient le Car-
Tiij
424 MERCURE
roffe , & il eftoit fuivy de ceux
où eftoient fes Camariftes.
Lors que le dernier de ces Carroffes
fut paffé on vit defiler les
quatres Compagnies des Gardes
du Corps , c'est à dire tous ceux
qui n'eftoient pas des détachemens
dont on à parlé. Trois Trompetes
eftoient à la tefte de chacune . Celle
d'Offone marchoit la premiere ,
celle d'Aguilar enfuite ; celle de
Tferclas , qui eft la Walone , apres ;
enfuite celle de Popoly Italienne.
Enfin la marche fut terminée
par deux Compagnies des Gardes
à pied qui avoient efté de fervice
au Retiro.
GALANT 225
que
Ce fut dans cet ordre
le Prince fe rendit au Palais fur
les fix heures , au bruit des Cloches
de toute la Ville , & à la vûë
d'un grand Peuple , accouru de
toutes parts pour voir ce grand
nouveau Spectacle , pendant lequel
chacun fit paroistre fon zele,
& on peut dire fa tendreſſe pour
ces trois Perfonnes Royales , par
des millions de Viva, qu'ils ne cefferent
pas de repeter pendant tout
le temps que dura la Ceremonie.
Sur les huit heures du foir toute
la façade du Palais fut illuminée
par trois rangs de flambeaux de
poing , & par des lumieres dif
226 MERCURE
pofées avecfimetrie des quatre côtez
du grand carré long qui forme
la grande Court , & demie
heure aprés on tira le Feu d' Artifice
quiparut des plus vifs &des
plus brillants qu'on ait encore vu
&au bruit de toutes les Cloches.
Ily eut auffi par toute la Ville
des illuminations , desfeux.
*cc.
Je viens d'Efpagne en Fran-
Le Roy a nommé Mr l'Abbé
Godet Morinville Coadjuteur
de Chartres , & le Pape
a donné à cet Abbé un titre
inpartibus. Il eſt Grand Vicaire
GALANT 227
de Mr l'Evêque de Chartres
qui connoift particulierement
fon merite & qui avoit fouhaité
de le voir affocié aux
travaux de l'Epifcopat , le Diocefe
dont il cft chargé cftant
d'une vafte étenduë. Mr l'Abbé
de Morinville eft d'une
des meilleures Maifons du
Royaume , où elle eftoit déja
connue du temps de Philippe
Augufte. Me la Marquife de
Morinville
fa proche parente
avoit efté Fille d'Honneur
ainfi que feuë Me la Comteffe
fa foeur , de feuë Mademoiſelle.
Mr le Marquis de Morinville
228 MERCURE
Colonel de Dragons que le
Roy fit Brigadier à la fin de
l'année derniere , eft auffi pro- .
che parent de ce nouveau
Coadjuteur
. Il eft peu d'Ecclefiaftiques
dans le Royaume
qui ayent autant travaillé que
ce Prelat; il a efté employé dans
des Miffions où il à donné des
marques de fon zéle & de fa
Doctrine & il a efté élevé dans
le Seminaire de Saint Sulpice.
Il avoit porté long- temps la
qualité de Chevalier
avant
d'entrer dans l'Etat Ecclefiaftique.
Il eft fils d'une foeur de
Mr l'Evêque de Chartres , &
GALANT 229
proche parent de Mr le Com
te de Morinville un des Lieutenans
Generaux de Provence.
Il a eu une tante Abbeffe de
la Beniffons - Dieu Ordre de
Cifteaux.
La Ville & le Comté de Chartres
, furent cédez à Saint Louis
par Thibaud IV. Comte de
Champagne ; & François I.
l'érigea en Duché . Prifcus
General de Romains y confacra
un Temple à la Vierge de
qui devoit naître le Redempteur
de hommes , felon que
la Sybille l'avoit prédit , &
Geoffroy General des Gaulois ,
230 MARCUAR
voulut entrer dans cette dépenſe.

L'Eglife Cathedrale de Chartres
fous l'Invocation de là
Vierge , eft la plus ancienne
Eglife des Gaules . Elle a cû
de Saints Evêques ; on en
compte cinq à qui on à décerné
un Culte. Saint Savinien , &
Saint Potentien aprés avoir
fondé une Eglife à Chartres
en firent S. Aventin Evêque,
& c'eſt le premier dont on ait
connoiffance. Il a eu d'Illuf
tres Succeffeurs ; outre les
Saints dont je viens de vous
parler qui font Fulbert , Yves,
CALANT 231
qu'on fut nomme ordinairement
de Chartre , Renaud de
Bur , le Cardinal Erard de la
Marck , Nicolas de Tou , & c.
Il yacu plufieurs Conciles en
cette Ville- là , on y en tint un
dans le douzième fiécle pour
le fecours de la Terre Sainte ;
Saint Bernard y affifta & il y
fut nommé Generaliffime des
Troupes qu'on y envoyeroit ;
mais il ne voulut pas accepter
cet employ , & le contenta de
folliciter auprés des Princes
Chreftiens les fecours qu'il
falloit y envoyer. La Ville de
Chartres , eft fur la Riviere
232 MERCURE
d'Eure dans la Beauffe & Capitale
du pays chartrain. Ceux
qui veulent pouffer fon origine
jufques dans les temps les plus
reculez la font remonter jufqu'aux
Gomerites , qu'ils difent
que Noë envoya dans les Gaules
pour les peupler. Cette
Ville fut enfevelie fous fes
ruines vers le milieu du huitiéme
fiecle . Hunoud Duc d'Aquitaine
, fe jetta dans la Neuftrie
pour faire une diverfion
confiderable en faveur d'Odillon
Duc de Baviere , dans le
pays duquel , Pepin & Carloman
, Ducs & Princes des
GALANT 233
C
François , étoient allez porter la
Guerre pour le punir de l'infi-
Edelité qu'il avoit fait voir en fe
révoltant contre eux . Hunoud
s'etant jetté dans la Neuſtrie
qui comprenoit les Provin
ces qui font autour de Paris
, força la Ville de Chartres ,
& la détruifit prefqu'entierement.
Chartres a eu autrefois des
Rois particuliers & enfuite des
Ducs. Robert II . Duc de Chartres
fut bifayeul d'Hugues
Caper , tige de nos Rois . Mr
de Lefcot Confeffeur du Cardinal
de Richelieu & Mr de
Juin 1709.
V
234 MERCURE
Villeroy en ont efté les derniers
Evêques. Le Diocefe de Chattres
eftoit autrefois d'une bien
plus grande étenduë qu'il n'eſt
à préfent ; depuis l'année 1695 .
on en a démembré une partie
pour compofer le Dioceſe de
Blois. Il eft Suffragant de Paris
depuis l'an 1622. que cette
derniere Eglife fut érigée en
Metropole ; ill'eftoit auparavant
de Sens . Saint Savinien
fe fervit avec avantage du
culte que le peuple de Chartrés
rendoit à la Sainte Vierge
fans la connoiftre , pour le dif
pofer à recevoir la Foy de JeGALANT
233
fus-Chrift. Le Roy Henry IV.
fut Sacré dans l'Eglife Cathedrale
de Chartres , la Ville de
Reims eſtant alors au pouvoir
des Ligueurs. Cette Eglife qui
avoit environ ce temps - là un
Renaud de Beaune pour Evê
que , eft compofée de foixantedix-
fept Chanoines
& de fix
Archidiacres, Chartres a don
né la naiffance au celebre Mc
Nicole , connu par fes Eſſais de
Morale.
Voicy les Benefices donnez
par le Roy dans la derniere
promotion .
Le Roy a nommé à l'Evê-
H
Vij
236 MERCURE
ché d'Autun Mr.l'Abbé de
Maulevrier -Langeron , un de
fes Aumôniers , & Agent du
Clergé depuis neufans , Comte
Lyon , Chanoine & Sacrif
tain de l'Eglife de Saint Jean
de la même Ville , & Abbé de
Saint Pierre de Châlons ; il eſt
coufin germain de Mr le Marquis
du Bourg , & frere de feu
Mr le Marquis de Maulevrier-
Langeron , qui de feuë Dame
N.... de Bourbon- Buffet , fa
premiere femme , foeur de Me
Ja Marquife de Tavannes qui
vient de mourir , n'a laiffé qu'
une fille Carmelite dans le
GALANT 237
grand Convent du Fauxbourg
Saint Jacques , & de Dame N...
de la Vûë , fa feconde femme ,
fille d'un Prevoft des Marchands
de Lyon ; Mr le Marquis
de Langeron Colonel &
Brigadier des Armées du Roy;
Mr le Chevalier de Langeron ,
& plufieurs autres enfans . Ce
nouvel Evêque eft auffi frere
de feu Mr le Chevalier de Maulevrier
de l'Ordre de Saint Jean
de Jerufalem ; du feu Pere de
Langeron mort Recteur des
Jefuites de Toulon ; de Dom
de Langeron Chartreux &
Prieur de Pierre - Chaftel ; de
238 MERCURE
l'ancien Abbé de Saint Antoine
; d'un autre Pere de Saint
Antoine , & de fix Religieufes
Benedictines , dont trois font à
S. Antoine de Lyon; une à Nevers
; une à Parey en Charollois;&
une àMarſeille.On peut
dire que cette famille eft route
confacrée au fervice du Seigncar
, & l'on doit remarquer
queles cinq freres dont je viens
de parler ont tous efté Comtes
de Saint Jean les uns aprés les
autres. La Maiſon de Maulevrier
-Langeron eft tres ancienne
& tres-bien alliée . Mr l'Ab
bé de Maulevrier ne vouloit
GALANT 239
point fe charger du poids de
l'Epifcopat , & il a fallu un ordre
du Roy pour l'engager à
l'accepter, & Sa Majesté luy dir
lors qu'il alla la remercier , je
vous ayfait Evêque malgré vous.
Le Siege d'Autun eft un des
plus anciens des Gaules . Saint
Amateur en a efté le premier
Evêque, & il a eu de faints Succeffeurs
: fçavoir , Simplicius ,
Leger , & plufieurs autres.
Quelques Rois de Bourgogne
de la premiere Race avoient fixé
leur fejour à Autun, mais ils
l'établirent enfuite à Châlon
ſur Sôné . Avant ce temps là
240 MERCURE
Autun avoit efté la Capitale
du Royaume des Eduens . Il y
a une Eglife Collegiale fondée
par un Chancelier de Philippe
le Bon Duc de Bourgogne. Le
Dioceſe eft fort vafte ; on y
compte quatorze Abbayes &
quatre Archidiaconez . Il y a
des Monumens d'Antiquité ;
Cefar l'affiegea en perfonne ,
& il en parle dans fes Commentaires
. On y a une grande
devotion pour Saint Nazaire ,
à qui on a dedié une des principales
Eglifes.
1 .
Mr l'Abbé de Chafteau-
Morant a eu dans la inême
Promotion ,
GALANT 241
Promotion , l'Abbaye d'Effo
mes à Chafteau- Thierry , Ordre
de Saint Auguftin Dioceſe
de Soiffons . Il eft de la Maifon
de Joubert , originaire de Limoufin
, & il avoit déja cu une
Abbaye de Sa Majesté quelque
temps aprés la mort de Mr le
Maréchal de Tourville fon
oncle maternel . Il eft frere de
Mrs de Chasteau - Morant qui
fervent fur Mer depuis plufieurs
années avec beaucoup
de diſtinction , & qui font Capitaines
de Vaiffeau . Mr l'Abbé
de Chasteau Morant , eft
auffi neveu de Mel Abbeffe de
Juin 1709.
X
ब्र
242 MERCURE
Penthemont . Il demeure dans
le Seminaire ou Communauté
de Saint Sulpice où il donne
depuis long - temps des
exemples de vertu . Il a pris des
degrés dans la Faculté de Paris ;
fa Maiſon eft fort ancienne &
parfaitement bien alliée .
L'Abbaye de Pontaut Ordre
de Citeaux Dioceſe d'Aire
a efté donné à Mr l'Abbé de
Poudenx frere de feu Mr l'Evêque
de Marseille & neveu de
Mr l'Evêque de Tarbes. Il eſt
de Gascogne , & il a donné
dans les Communautés de S.
Sulpice, depuis plufieurs années
GALANT 243
de grands exemples de vertu.
Il eft à préfent Superieur du
Seminaire d'Orleans. Lorfque
le Siege de Marſeille vacqua
S. M. cut d'abord le deffein de
L'élever fur ce Siege ; mais fa
modeſtie en empecha l'execution
,& le Roy nomma à cette
ce Mr l'Abbé de Poudenx
fonfrere qui eftoit alors Agent
du Clergé & qui n'a pas demeuré
plus de trois semaines à
Marſeille. La Maiſon de Poudenx
eft fort connue en Guienne
& depuis plufieurs ficcles
elle y tient un rang tres confiderable.
Ce nouvel Abbé à
X ij
244 MERCURE
un frere fort avancé dans le
Service & qui s'y eft diftingué
dans plufieurs occafions d'éclat
. IleftBrigadier des Armées
du Roy , & generalement eftimé
de tous ceux qui le connoiffent.
Mr l'Abbé de Montauban
a cité pourvû de l'Abbaye de
Saint Nicolas des Prez de
Verdun , Ordre de Saint Au .
guftin. Il est d'une illuſtre fa.
mille de Languedoc , & il a
plufieurs parens dans l'Eglite
de Saint Jean de Lyon , où
il a eu autrefois une place.
Il a une Abbaye dans le LanGALANT
245
guedoc , que le Roy qui connoift
fon merite , luy donna il
y à quelques années fans qu'on
la luy demandaft Cet Abbé
a beaucoup d'érudition , & il
a fait de grands progrés dans
l'étude de la Theologie. L'Abbaye
de Saint Nicolas vacquoit
par la mort de Mr l'Abbé Danet
, Auteur d'un excellent
Dictionnaire.
L'Abbaye de Plein - pied ,
Ordre de Saint Auguftin , Diocefe
de Bourges , a efté donnée
à Mr l'Abbé Tournelly , qui
avoit déja eu l'Abbaye de Meimac
, Dioceſe de Limoges , du
X iij
246 MERCURE
vivant du Pere de la Chaife
mais comme il s'en eftoit démis
, le Roy luy a donné celle
de Plein - pied. Cet Abbé eft
Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne , & Profef--
feur en Theologie de la même
Maifon ; Il eft auffi Chanoine
de Tournay. Sa réputation &
fa vertu font connuës de tout
le monde . Il a toûjours fait
profeffion d'eſtre attaché à la
faine Doctrine , & les Traitez
qu'il a dictez en Sorbonne en
font foy. Il donna l'année derniere
un Traité de l'Eglife qui
reçut de grands applaudiſſeGALANT
247
mens , & qui attira à ſon Auditoire
un grand nombre
d'Ecoliers.
L'Abbaye Reguliere de S.
Jean au Mont Saint - Winox ,
Ordre de Saint Benoist , Diocefe
de Saint - Omer , à Doni
Vanderhague , Religieux de la
même Abbaye , dont il a exer .
cé les principaux emplois ,
ayant merité par fon application
à fes devoirs l'eftime &
l'approbation de fes Superieurs.
Il eft un des plus grands
Theologiens de fon Ordre &
il s'y eft diftingué dans plufieurs
occafions d'éciat. Il a un
X iiij
248 MERCURE
grand talent pour la parole.
Sa naiffance eft des plus confiderables
des Pays -bas , où il
a l'honneur d'appartenir aux
Maifons de Horne & de Waffenaër
. Sa Maifon eftoit connue
à la Cour de la Reine de
Hongrie , Gouvernante des
Pays bas , & foeur de l'Empereur
Charlesquint , de même
qu'à celle du Cardinal de Gianvelle.
Dame Ifabeau de Martiny ,
Religieufe de l'Abbaye du S.
Efprit de Beziers, fille de Mr de
Martiny Viguier de la Ville &
Viguerie de Beziers , Confeiller
GALANT 249
5

du Roy en fes Confeils , & de
Dame Marie de Lort de Serignan
, a efté nommée à l'Abbaye
du Saint - Esprit de cette
Ville , que poffedoit Dame Gabrielle
de Lort de Serignan ,
fa tante , decedée le onzième
Mars dernier , âgée de 89. ans
aprés avoir poffedé cette Abbaye
depuis l'année 1660 que
Me de Cavois la four l'obtint
de Sa Majesté . Elle a toûjours
donné des exemples dune vertu
finguliere , & fait vivre fes
Religieufes dans la plus parfaite
regularité. La Dame de
Martiny a cfté nommée à la
250 MERCURE
recommandation de Mcffire
Guillaume de Lort de Serignan
, fon oncle , cy- devant
un des Aides - Majors des Gar
des du Corps du Roy , Maréchal
de Camp de fes Armées ,
Gouverneur de la Ville & du
Chafteau de Ham ; cette Dame
eſtant avertie du deffein qu'avoit
Mr de Serignan de luy
procurer certe Abbaye , le pria
tres inftamment & tres- fincerement
par fes Lettres de ne la
pas propofer au Roy , & de la
procurer à quelque autre ; mais
Sa Majesté ayant fçu par Mr
de Serignan le defintereffeGALANT
251
ment de cette Dame & fon humilité
, luy répondit , que c'é
toit une marque qu'elle meritoit
cette Abbaye , & luy fir
connoiftre qu'il la nommeroit
volontiers plutoft qu'une autrc.
L'Abbaye du Saint- Esprit a
efté dans fon origine un Hôpital
, fondé par Pons de Saint
Juſt Evêque de Beziers , & par
fon Chapitre l'an 1276. Cet
Evêque obtint dans la même
année du Roy Philippe le Hardy
, la permiffion d'établir cet
Hôpital , qu'il fit bâtir au bout
du Pont dans les Fauxbourgs
252 MERCURE


du cofté de la Ville au pied de
l'Evêché , où il faifoit fervir
les Malades par un nombre
fuffifant de Religieufes ,
aufquelles il donna la qualité
de Chanoineffes de Saint
Nazaire & de Saint Celfe , qui
font les Patrons de la Cathedrale
de Beziers. Depuis ce
temps là , & l'année 1305. Be.
renger Fredol Evêque de Beziers
& Cardinal , le même qui
a compofé le texte des Decretales
, conjointement & du
confentement du même Chapitre
Saint Nazaire , par permiffion
du Pape Clement V.
GALANT 253
changea cet Hôpital en un
Monaftere de Filles , dont il
ordonna la tranflation dans la
Ville de Beziers , qui fut executée
& confirmée par le même
Pape , qui ordonne dans fa
Bulle de Confirmation que ces
Filles garderont la qualité de
Chanoineffes de Saint Nazaire
& de Saint Celfe , qu'elles avoient
auparavant , & qu'elles
ont encore aujourd'huy . Cette
Maiſon a toûjours eu des Abbeffes
de diftinction par leur
vertu & par leur merite : les
Religieufes de cette Abbaye
qui font toutes de la premiere
254 MERCURE
qualité de cette Ville , l'édifient
extrêmement par leur vie
exemplaire , en obfervant fous
un habit blanc la Regle de S.
Auguſtin .
Celle de Neubourg à Me
de Berniere Religieufe du
même Ordre. L'Abbaye de
Neubourg eft une des plus
anciennes de l'Ordre de Saint
Benoift , & elle a produit de
Saintes Filles dans le dernier
fiecle & dans le penultieme . Il
y en eut une fur tout fur la
fin du feiziéme ficcle qui eut
des lumieres extraordinaires
fur l'avenir & qui predit exacGALANT
255
tement tout fe qui devoit arriver
juſqu'à la fin de ce fiecle
là. Me de Berniere a tout le
le merite & toute la pieté neceffaires
pour remplir une
place de cette nature & elle
joint a de fi grands avantages
une naiffance tres- diftinguée.
Sa Maiſon eft originaire de
Normandie où elic tenoit un
rang confiderable dans le quatorziéme
ficcle.
Et le Prieuré de Saint André,
a cfté donné à Dom Pohier
Religieux du même Prieuré
qui eft auffi de l'Ordre de Saint
Benoift. Ileft un des plus fça256
MERCURE
vans hommes du Royaume
dans la connoiffance des fciences
féches & abftraites. Il s'eft
auffi beaucoup attaché à l'étude
des belles lettres. Mais il
eft encore plus diftingué par
une grande pureté de moeurs ,
un grand zele pour la difcipline
de fon Ordre, & d'ardens defirs
pour la perfection du prochain
; il a fouvent occafion
d'en donner des marques puif.
qu'il s'attache fort à la conduite
des ames.
Le Roy en donnant l'Abbaye
de Saint Jean au mont Saint-
Winox,à Dom Vanderhague ,
GALANT 257
Religieux de la même Abbaye,
Sa Majesté s'eft refervé une
penfion dont elle a gratifié Mr
l'Abbé Bonet qui depuis plufieurs
années a le foin & la garde
des Vaiffeaux & des Ornemens
Sacrez de l'Eglife de
Saint Sulpice . Il s'acquite de
cet Employ avec autant dédification
que de vigilance , & il
fe donne de tres grands foins
afın que les Auguftes Miſteres
foient celebrez avec toute la
décence due aux chofes faintes.
Il confidere l'Aumône comme
une partie de fa vocation , &
quoyque les Pauvres tirent de
Juin 1709 .
Y
· 258 MERCURE
luy tous les fecours qu'il leur
peut donner felon ſon eſtat ,
il prend un fi grand foin de
fe cacher que l'on peut affurer
que fa main gauche ne fçait
pas ce que fait fa main droite.
Dés qu'il cut appris que le Roy
l'avoit gratifié d'une penfion ,
il fut tellement fenfible aux
bontez de ce Prince qu'il fe
propofa auffi toft de fonder à
perpetuité à Saint Sulpice ,
une Meffe pour Sa Majeſté . Mr
le Duc de Richelieu , connoiffant
fon caractere , & le profit
que l'on peut tirer de fes
Converfations , prend un fi
GALANT 259
grand plaifir à le voir & à l'écouter
, que lorfqu'il eft avec
luy il a toujours beaucoup de
peine à le quitter.
La mort vient d'enlever
Charles-Belgique- Hollande de
la Tremoüille, Duc de Thouars
en Poitou , Pair de France
Prince titulaire de Tarente au
Royaume de Naples , & de
Talmont en bas Poitou , Comte
de Laval au Maine , Baron
de Vitré en Bretagne , &
premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy , &c . fils de
Charles -Henry de la Trimoüille
, Duc de Thouars , Prince de
1
Yij
260 MERCURE
Tarente , Chevalier de l'Ordre
de la Jarretierre , & de la Princeffe
Emilie Landgrave de
Heffe- Caffel , Tante de S. A.
R. Madame. Il avoit épousé
Damoiſelle Madeleine de Crequy
le 3. Avril 1675. fille de
Charles Sire de Crequi , Duc
& Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , premier
Gentilhomme de fa Chambre ,
Gouverneur de Paris & grand
Bailly de Hefdin , & d'Armande
Saint Gelais de Lufignan de
Lanfac , Dame d'Honneur , &
Dame du Palais de la Reifille
& heritiere de GilGALANT
261
>
les de Saint Gelais , de Lufignan
, S de Lanfac , Marquis
de Balon , & de Marie de la
Vallée des Foffez , Marquife.
d'Everly . Mr le Duc de la Trimoülle
n'a laiffé qu'un fils de
ce Mariage , qui a porté le
nom de Prince de Tarente
pendant la vie de Mr le Duc
de la Trimouille fon pere. Ce
Duc eft mort fans avoir eu de
furvivance pour ce Prince , de
fa Charge de premier Gentilhomme
de la Chambre , & il
n'a pas même eu le temps de
la faire demander pendant fa
maladie , eftant mort prefque
262 MERCURE
fubitement d'une pleurefie
qui a obligé les Medecins
de luy faire tirer une fi grande
quantité de fang , ne trouvant
point d'autre remede
à ce mal , dans lequel on a
toûjours trouvé àà propos de
riſquer un grand nombre de
faignées , qu'il eft mort fans
avoir prefque eu le temps de
fe reconnoiftre.
Madame la Ducheffe de
Crequi alla auffi toft ap rés fa
mort , demander fa Charge
au Roy pour Mr le Prince de
Tarente fon petit fils , ce que
Sa Majefté luy accorda fur
GALANT 263
l'heure avec les manieres obligeantes
qui luy font ordinaires
.
Vous avez raifon de donner
autant de louanges que
vous faites à la Marine de
France , & les beaux Articles ·
>
que je vous en envoye tous les
mois , font voir qu'elle en merite
de toute la terre . En voicy
encore plufieurs qui vous fe
ront plaifir , & qui continueront
de vous faire connoiftre
que
la valeur de nos Officiers
de Marine va au delà de tout cé
qu'on peut imaginer.
264 MERCURE
RELATION
Du Combat rendu par Mr le
Chevalier du Bois de la
Mothe Enſeigne de Vaiffeau
, Commandant la Fregatte
du Roy l'Argonaute ,
de 40. Canons , contre un
Vaiffeau de guerre Anglois
de 60 .
Ilfortit de Breft le 3º May
pour aller croifer à la Cofte d'Angleterre
, où il refta plufieurs jours
fans faire aucune rencontre .
Le 8. il trouva une Flotte
Angloife de 13.Vaiffeaux Marchands
,
GALANT 265
chands convoyée par deux de
Guerre de 60. Canons.
Le 29. il en vit un autre de
neuf Vaiſſeaux efcortée feulement
d'un Vaiffeau de guerre de
60. Canonsfaifant route pour les
Sorlingues. Les apparences eftant
que cette Flotte venoit de long
cours , Mr le Chevalier du Bois
de la Motte & fes Officiers furent
de fentiment de l'attaquer &
· de l'aller aborderfans tirer unfeul
coup avant que les Vaiffeauxfuf
fent accrochez.
Lifte des Officiers qui fervoient
fur la Fregatte.
Mr du Bois de la Motte , En-
Juin 1709 .

266 MERCURE

feigne de Vaiffeau , Commandant.
Mr de la Tronchaye - Lezonnet,
Sous-Brigadier des Gardes de
la Marine de la Compagnie de
Breft.
Mr de la Bedoyere , idem.
Mr du Portail , Garde de la
Marine.
Mr de Tremargat , idem .
Mr de Boulainvillers , idem.
Mr le Chevalier de Cahideuc
, frere de Mr le Chevalier
du Bois de la Motte , qui n'eftoit
point encore dans le fervice & qui
fervoit en qualité de Volontaire.
L'ardeur de tous ces Officiers ,
GALANT 267
&dol'Equipage , fit que plufieurs
fautérent dans le Vaiffeau ennemi
auffi- toft qu'il fut abordé. Il combatit
tres longtemps , ce Vaiffeau
luy tirantfans ceffe du Canon dans
les endroits où ils eftoient retranchez
. Mr de la Bedoyere qui avoit
fauté le premier à Bord , y fut
dangereufement bleffé d'un coup
de moufquer dans la gorge ; Mr.
Tronchaye- Lezonnet un bras
caffé d'un coup de moufquet e fut
tué enfuite d'un coup de hallebarde
; Mr le Chevalier de Cabideuc
frere de Mr du Bois de la
Motte recut deux coups de moufquets
au travers du corps & fut
de la
Zij
268 MERCURE
achevé un moment aprés. Læperte
de tous ces Officiers déconcerta un
peu l'Equipage , de maniere qu'ils
fe rembarquerent tous , mais enfin
il fit faire un fi grandfeu de canon
de moufqueterie que les
ennemis abandonnerent le gaillard
d'arriere , & fe retrancherentfous
le gaillard d'avant & derriere la
Chaloupe. Pendant ce temps , Mr
du Portail reçut un coup de canon
dans les reins. Il ne reftoit plus
que Mrs de Boulainvilliers & de
Tremargat qui reffauterent dans
le Vaiffeau ennemi pour lafeconde
fois , avec plufieurs perfonnes de
l'Equipage ; mais ils enfurent enGALANT
26)
core repouffez parplus defoixante
Anglois . Enfin Mr du Bois de la
Motte , le refte de fes Officiers &
fon Equipage redoublerent leurs
efforts , Mrs de Boulainvillers&
de Tremargat reffauterent pour la
troifiéme fois dans le Vaiffean
ennemi , eftant fuivis d'environ
trente hommes ; ils fe rendirent
maiſtres du gaillard d'arriere &
de celuy d'avant , les Ennnemis
eftant retranchez dans la premiere
gallerie , d'où ils ne tirerent plus
que d'un Canon . Mr de Tremargat
reçut un coup de pistolet dans
la cuiffe. Ily avoitquelque temps
que le feu eftoit dans le gaillard
Z iij
270 MERCURE
d'avant le Canot de l'Ennemi
par les valets , ( c'est un peloton
de fil de caret pour bourrer la
poudre , quand on charge les
canons. ) des canons de l'Argonaute
, toutes fes manoeuvres &
voilles enfemble. Le point de la
grande voile , dont toutes les cargues
eftoient coupées eftoit directement
fur le feu , qui avoit pris
dans la grande voille d'eftay de
l'Ennemy , & qui penfa prendre
dans la grande voille de l'Argonaute
à pluſieurs reprifes. Le defordre
s'eftant mis dans fon Navire
ils ſe rembarquerent avec précipitation
pour éviter une mort
GALANT 271
certaine qui feroit arrivée par
l'embrafement des deux Vaiffeaux
, pour peu qu'ils euffent ref
té plus longtemps abordez. Ilfut
donc obligé de déborder aprés trois
heures d'abordage. Le Vaiffeau
ennemifit vent arriere pour éteindre
fonfeu , l'Argonaute tint
le
vent
boucher les
coups
pour
de
canon qu'elle avoit en à l'eau. Le
grand mafts en avoit reçu trois
coups à quatre poulces les uns des
autres ; le mafts de mizaine deux.
Il fut impoffible d'armer les Canons
pour raborder ce Navire
quand lefeu enfut éteint. On ne
peut attribuer qu'à un malheur
Z iiij
272 MERCURE
extraordinaire fi Mr le Chevalier
du Bois de la Motte n'a pas
enlevé un Vaiſſeau deux fois plus
fort que luy. Ce Navire ennemi
avoit un tres-bon Equipage ,
tres- nombreux , & un grand nom
bre de Paffagers qui combattoient
avec beaucoup de valeur. La
Fregate l'Argonaute a eu trois
Officiers Majors tuez , trois bleffez
quinze Officiers Mariniers
tuez ou bleffez , cinquante – un
Matelots , idem , & vingt- un
Soldats, idem .
-
Mr Defmarques , Lieutenant
de Vaiffeau Commandant la
GALANT 273
Fregatte du Roy le Foucy , &
Mr de Kerdaniel , Commandant
le Nieuport , armezpour la Garde
- Cofte de Bretagne , ayant eu
avis qu'il y avoit à l'Ifle du
May , à deux lieuës de Redon ,
quatre Corfaires Anglois de Ger-
Zey & de Greneze , jugea à propos
de les aller attaquer ; &pour
cet effet il ordonna au Nieuport
de ranger l'Ifle & d'y entrer par
la Paffe de l'Eft , pendant qu'il
iroit par celle de l'Ouest , à quoy
les Corfaires ne s'attendoient pas ,
de maniere qu'ils ne pouvoientplus
fortir. Ils refolurent defe retran
cher dans l'Ifle au nombre de qua274
MERCURE
·
tre - vingts hommes , ce qu'ils
executerens. Ils fe munirent de
fufils de deux petits Canons.
Le Foucy & le Nicuport
commencerent , &firent un grand
feu de Canons fur ces Baftimens
pour les defemparer; le plus hardi
de ces Corfaires mit à la voille &
fortitpar la Paffe de l'Eft. Mrde
Kerdaniel qui la gardoit fit couper
fon cable , le laiffa , & mit à la
voille ; mais
mais il ne put le joindre
malgréfa diligence ; de forte qu'il
revira de bord pour empêcher que
les autres n'enfiẞsent autant . Comme
il eftoit impoffible d'aller dans
l'endroit où les Corfaires eftoient
"
GALANT 275
moüillez à caufe des Roches , Mr
Defmarques fit armer 2. Barques
de 30 Soldats chacune, dont il donnale
commandement d'une à Mrs
de Boulainvillers & Desfoffez
Gardes de la Marine ; & l'autre
à Mrs de Trevignon & David ,
auffi Gardes de la Marine. Ils
commencerent par fe faifir des Bátimens
de Corfaires , & enfuite
ils firent leur defcente dans l'Ifle,
Mr de Boulainvillers qui la commandoit
commeplus ancien, eſſuya
´trois décharges de mousqueterie &
de canon fans faire tirer. Trois
Soldats furent bleffez . Dans le
moment onfit tirerfur l'Ennemy .
276 MERCURE
dont ily eut quatre hommes bleffez
& deux de tuez, & on les
pourfuivit la bayonnette au bous
du fufil , & ils fe rendirent , &
Mr Defmarques ne put amener
que deux Baftimens , parce que le
troifiéme qui avoit eftéfort incommodé
de coups de canons , coula bas.
Huit Vaiffeaux Marchands
arriverent à la Rochelle le premier
de ce mois , venant de Saint Domingue
, richement chargez , &
convoyez par Mr de Billy Capitaine
de Brulot , commandant le
Vaiffeau le Samilac , & par Mr
de la Clocheterie , commandant la
Charente.
GALANT 277

Extrait d'une Lettre de
Toulon , du 9º de ce mois .
Un Vaiffeau du Roy nommé
l'Eclatant , de 76. Canons monté
en courfe par Mr Caffar , Efcortant
un Convoy d'environ.
trente Barques on Vaiffeaux
Marchands , chargez de Bled
pour Marſeille , & Toulon , qui
arriva hier en cette rade avec
tout fon Convoy , trouva le 22.
du moispaffefur la cofte de Barbarie
en vue de Tunis , un Convoy
des Ennemis qui venoit du
Levant escorte par deux Vaiffeaux
de Guerre auffi forts que
luy ; il alla pour les reconnoiftre,
278 MERCURE
il s'approcha un peu trop prés, cinq
Vaiffeaux Anglois luy donnerent
chaffe , & enfin le joignirent.
Le Combat commença àfix heures
du foir , il ne finit que le lendemain
à onze heures. Il maltraita
beaucoup les deux Vaiffeaux
de Guerre ; à l'egard des
trois autres ils ne firent que
quelque bordée
trés- maltraitez tous les cinq ; ce
Combatfait beaucoup d'honneur
à la Nation fur cette Cofte , tous
les Turcs ont vu l'action , & le
Bey de Tunis fit beaucoup d'honnefté
à Mr Caffar; il l'embraffa
& luyfit donner quantité "de
tirer
fe retirerent
GALANT 279
rafraichiffements. Il luyfit ofterfa
Perruque , luy dit qu'il avoit
la tefte plus dure que du fer.
Pendant que les uns fe
diftinguent en expofant tous
les jours leur vie pour le fervice
de l'Etat , les autres aprés
l'avoir fervi long temps d'une
maniere diferente , & s'eftre
fait admirer en rendant juftice
à tout le monde , fuivent le
fort ordinaire à tous les hommes
& fortent d'une carriere
qu'il ont glorieufement remplie
.
ге
M Gabriel Nicolas de la .
Reynie , Chevalier , Confeil280
MERCURE
ler d'Etat Ordinaire , Seigneur
de la Reynie , de Tralage &
de Vic , en Limoufin , & qui
eftoit le plus ancien des Confeillers
d'Etat Laïques , mourut
le 14. de ce mois âgé de 84 .
ans , & fut enterré le 16. dans
le Cimetiere de Saint Joſeph ,
qui dépend de Saint Euſtache
fa Parroiffe , fans aucune Pompe
Funebre , ainfi qu'il l'avoit
recommandé avant fa mort.
Il eftoit né à Limoges le 25 .
May 1625. M Jean Nicolas
de la Reynie , Seigneur de
Tralage & de la Reynie , fon
pere eftoit en 1608. Confeiller
GALANT 281
du Roy en la Senéchauffée &
Siege Prefidial de Limoges , &
mourut en 1647. aprés avoir
cfté marié deux fois , fçavoir
en premieres nôces avec Damoiſelle
Antoinette Favre ,
fille de René Favre , Prefident
Treforier de France en la Generalité
d'Auvergne & de Gilberte
de Saignes , duquel Mariage
vinrent Françoife , Marie
& Judith - Nicolas Religieufes
au Convents des Carmelites &
des Filles de Sainte Claire de Limoges
, Jean , Gabriel & Louife
Nicolas. Jean Nicolas , Seigneur
de Tralage frere aîné
Juin 1709.
A a
282 MERCURE
de Mr de la Reynic Conſeiller
d'Etat , avoit efté Lieutenant
General en la Senéchauffée &
Siege Prefidial de Limoges en
1642. & il merita par fon
attachement & par ſa fidelité
pour le Service du Roy pen--
dant la Regence , d'eftre honoré
d'un Brevet de Confeiller
d'Etat , appellé & d'avoir
entrée au Confeil , ainfi que
M's de la Grilliere , Lieutenant
General à Orleans , & de fainte
Marthe , Lieutenant General
de Poitiers . Il mourut en 1660.
n'ayant laiffe de fon Mariage
avec Damoifelle Antoinette
GALANT 283
de Lordes qu'un fils unique
apellé Jean Nicolas Seigneur
de Tralage , mort à Paris fans
avoir efté marié au mois de
Novembre 1698. & aux biens
duquel feu Mr de la Reynie
fuccéda par la fubftitution qui
luy avoit efté faite par Mr le
Lieutenant General de Limoges
, fon frere aîné . Enfin Mr
de la Reynie avoit pour foeur
ainfi que je viens de vous dire ,
Loüife Nicolas qui êpoufa en
1630. Antoine Bardon Sieur
de Sarrettes , Confeiller du
Roy au Prefidial de Limoges
duquel Mariage fortirent EA
a ij
284 MERCURE
tienne , Gabriel , Françoiſe ,
Loüife , & Jeanne Bardon ,
dont il n'eft refté aucune pofté-
Peyraux , Ecuyer , Sicur d'Auriac
, dont eft iu Dlle Marité
que de Jeanne Bardon ,
qui époufa en 1674. Alain de
rie de Peyraux , fille unique
& feule heritiere de ladite Jeanne
Bardon , laquelle Marie de
Peyraux époufa le 23. Octabre
1704. Mre George de la
Roche - aymon , Chevalier Seigneur
de la Roffie qui ont pour
enfans George , & Marie Ifabeau
de la Roche aymon ,
quelle Dame de la Roffe eft
laGALANT
285
la feule arriere petite niéce de
Mr de la Reynie, qui deſcend
du premier Mariage de Jean
Nicolas Seigneur de Tralage
Confeiller au Prefidial de Limoges
. Son pere avec Antoinette
Favre , fa mere . Jean
Nicolas époufa en ſeconde nôces
Dlle Françoiſe de Carbonnieres
fille de Mre Chriftophe
de Carbonnieres , Ecuyer Seigneur
de Chamberry , faint
Brice , & la Vigne & de Dlle
Gilon Pot , duquelle Mariage
eft defcendue Gilon Nicolas
fille unique qui a époufé Mr
de la Grange , Treforier de
286 MERCURE
France au Bureau des Finances
de Limoges dont un fils de ce
nom poffede encore aujourd'huy
cette Charge .
Jean Nicolas de la Reynie
Seigneur de Tralage Confeillier
du Roy au Prefidial de
Limoges , Pere de Mr de la
Reynie Confeiller d'Etat Ordinaire
a cu la Terre de Tralage
ayant fuccedé à Imbert
Nicolas fon bifayeul à qui
on donna cette Terre en mariage
en 1478. lors qu'il époufa
Damoiselle Marguerite
de la Broffe fille & feule heritiers
de Gerard de la Broffe
GALANT 287
3
Seigneur de Trage , qui en
1469. eftoit Procureur General
de toute l'Aquitaine ( Procurator
Generalis totius Aquitania
) Il eut auffi la Terre de la
Reynie, parce qu'il eftoit petitfils
du cofté maternel de Dlle
Marie Hugon , fille de Jean
Hugon , Ecuyer Seigneur de
de Farges , & foeur de Fiacre
Hugon de la Reynie , fils dudit
Jean , & grand oncle de
Mr de Tralage ; Fiacre Hugon
de la Reynie aprés avoir exercé
la Profeffion d'Avocat au
grand Confeil pendant plufreurs
années avec beaucoup
"
288 MERCURE
.
de diftinction , fut honoré d'un
Office de Prefident au Parlement
de Bourgogne , le 4. Juin
1568. & peu de temps aprés
le Roy ayant appellé Jean de
la Guefle qui eftoit premier
Prefident de cette Cour - là
pour le faire Procureur Gencral
au Parlement de Paris
elle commit en fa place Mr de
la Reynie par les Lettres Patentes
du 12. Avril 1670 .
pour achever de proceder aux
corrections , modifications , &
interpretations de la Coûtume
de Bourgogne , & il acquir
tant d'honneur & de réputation
GALANT 289
tation en cet employ que Sa
Majefté au mois de May 1580.
le fit Confeiller en fon Confeil
Privé , & Garde des Sceaux
du Duc d'Anjou fon frere unique
, mais peu de temps aprés
Mr de la Reynie mourut à
Peronne le 14. Septembre
1681. fans avoir laiffé d'enfan
de fon mariage avec Elizabeth
Boiffeau Dame de Villey
, ce qui ayant fait paſſer la
Terre de la Reynie à M" de
Tralage , à caufe de Marie Hugon
foeur dudit Fiacre Hugon
de la Reynie , & bifayeulle
maternelle de Mr de la Reynie
Bb
Fuin
1709.
290 MERCURE

qui vient de mourir , & fon
pere luy ayant donné pour
legitime ( car il eftoit cadet )
cette Terre de la Reynie , il
l'exhorta a fuivre les traces
de fon grand oncle Fiacre Hugon
de la Reynie qui l'avoit
poffedée . En effet on peut dire
que Mr de la Reynie , Confeil
ler d'Etat Ordinaire à fuccedé
non feulement au bien & au
nom du grand perfonnage
dont je viens de vous parler ,
mais auffi , à fon mérite & à
fon attachement particulier
pour
le Service du Roy dans
les differents Emplois qu'il a
GALANT 291
eu , puis qu'ayant efté pourveu
de l'Office de Prefident
Prefidial à Bordeaux en 1646 .
il fe rendit fi bien maiftre
de fa Compagnie quoy que
dans un âge peu avancé , que
dans les plus grandes revolutions
qui arriverent en cette
Ville la en 1649. & les années
fuivantes , le Prefidial par
fon moyen fit tefte , pour ainfi
dire au Parlement , & demeura
ferme dans les interefts
du Roy ; mais les feditieux s'etant
trouvés les plus forts Mr
de la Reynie fut obligé d'en
fortir avec Mr le Duc d'Eper-
Bb ij
292 MERCURE
non Gouverneur de la Province
de Guienne & Mr d'Argenfon
Confeillier d'Etat qui
pour lors eftoit Intendant en
Guienne. A peine fut il hors
de la Ville que les feditieux
pillerent fa maiſon ainfi que
celles des autres ferviteurs du
Roy qui luy eftoient demeurés
fidelles , la trifte conjoncture.
de ces temps là , donna lieu à
Mr le Duc d'Epernon de remarquer
le merite de Mr de
la Reynie quoyque jeune Of
ficier , ce qui fit qu'il le diftingua
dés lors par une bienveil
lance particuliere dont les fuitGALANT
293
tes luy ont efté fi favorables.
Aprés la mort de Mr d'Epernon
qui arriva en 1660. Mr de
la Reynie fe trouvant comblé
de fes bienfaits , fongea à s'en
retourner à Bordeaux & à traiter
de la Charge de Maire
perpetuel
de cette Ville , que Mr le
Comte d'Eftrades depuis Maréchal
de France , poffedoit ;
mais la Providence qui le deftinoit
à d'autres emplois fit
des perfonnes d'une grande
confideration ,pour qui il avoit
beaucoup de déference , prirent
un engagement fans luy avoir
parlé , pour luy faire avoir la
que
Bb iij
294 MERCURE
Charge de M des Requeftes
de Mr d'Argouges qui eftoit à
vendre , parce qu'il venoit d'être
nommé premier Preſident.
au Parlement de Bretagne . Mr
de la Reynie en fut pourvû en
1661. & il parut au Confeil
avec tant de diftinction , même
dés la premiere année , que
Mr le Chancellier Seguier luy
donna des Commiffions pour
les affaires les plus importantes.
Quelque temps aprés Sa
Majefté voulant rétablir la
Marine en France , elle le commit
pour la vifite de tous les
Ports tant de l'Ocean que de
CALANT 295
la Mediterranée , & lorfquil
eftoit à la veille de partir pour
cette Commiffion , Mr Daubray
Lieutenant Civil eftant
mort dans ce temps - là , Sa Majesté
cut d'autres vûës , & vou
lant établir un bon ordre dans
la Ville de Paris , elle fépara la
Police de la Charge de Lieutenant
Civil , & créa une Charge
de Lieutenant de Police en
1666. dont Mr de la Reynie
a efté le premier pourvû , & il
l'a exercée jufqu'en 1697. que
le Roy eut la bonté de luy accorder
la grace qu'il luy demandoit
depuis quelque temps
Bb iiij
296 MARCUER
de l'en décharger. Cependant
Sa Majesté l'avoit honoré dés
1680. d'un Brevet de Confeiller
d'Etat , & en cette qualité
il a continué de la fervir jufqu'à
la mort.
Mr de la Reynie épousa en
1668. Dlle Gabrielle de Garibal
, fille de Jean de Garibal ,
Confeiller du Roy en fes Confeils
, Maistre des Requeftes ordinaire
de fon Hoftel , Prefi .
dent au grand Confeil & Ba
ron de Saint Sulpice , de la
Pointe & de Vias en Languedoc
, & de De Jeanne de Ber
tier Monrave , & de ce maGALANT
297
riage font iffus Gabriel Jean &
Gabrielle de la Reynie qui
font actuellement vivants ;
Gabriel Jean n'eft point marié
, mais Gabrielle de la Reynie
épouſa en 1700. M Jean
Louis Habert de Montmor ,
Comte du Mefnil , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Maître
des Requeſtes ordinaire de
fon Hoſtel , à prefent Intendant
General des Galeres , à
Marſeille .
Jevous envoye trois Rela
tions dans lesquelles vous apprendrez
des nouvelles qui re298
MERCUR E
gardent toutes les Armées d'Ef
pagne.
"
"
""
""
,,
A Oleron , ce premier Juin .
25.
Les Nouvelles de Madrid
du du mois paffé font que
Mr de Bay s'eft rendu maiſtre
du Pont d'Olivença , Pofte
confiderable , & qu'il a enlevé
,, aux Ennemis un gros Convoy
devivres dont ils manque
partie duquel ils croyoient
,, conduire audit Pont avant fa
prife . Leur Armée d'Eſtra-
,, madoure eft fi diminuée qu'ils
,, nefont pas en eftat de paroître
quoy qu'ils
"
""
و ر
ayent reçu un
,, renfort de deux Bataillons
», que le Roy de Portugal leur
» a envoyez. L'on marque que
DELELÀ
GALANT 299
VON
1813
les pluyes font continuelles
dans ces cantons là , ce qui «
a empêché Mr de Bay d'y fai . «
re d'autres expeditions mili- '
taires .
Le Roy a fait Lieutenant «
general Mr de Cailus , & a «
fait Brigadier Don Antonio "
de Leyva .
VILLE
On écrit de Sarragoffe du «<
29. du mois dernier , que Mr <<
de Bezons Lieutenant ge- "
neral y arriva le 25. où il «
eftoit attendu , & qu'il y fut «<
reçu avec de grandes demonf
ftrations de joye . Il a don. "
né les ordres pour que fon Ar. «
mée fuft toute Affmblée le "
15. du courant à Torrienté , «
Frontiere de Catalogne , ne "
pouvant tenir plutoft la Cam- e
300 MERCURE
pagne faute de fourages , &
,, on eft affuré que les ennemis
,, ne manquent pas feulement
», de fourage en Catalognes
,, mais auffi de vivres , ce qui fe
,, confirme par plufieurs familles
qui ont quitté pour venir
,, fubfifter à Sarragoffe , our il
,, y a abondance de grains .
"
Le Chateau de Venafque
,, tient encore le mauvais
,, temps favorifant les Affiegez ,
,, outre les fources d'eau que
nos Mineurs trouvent .
"
.
On écrit de Lerida. que fur
des bruits qui avoient couru
que les ennemis eftoient af
femblez au nombre de quatre
à cinq mille hommes au Châ-
,, teau de Calafe , Don Francifco
Velafco , Gouverneur
"
GALANT
301
de Lerida fortit de la Ville
avec un Détachement de Cavalerie
pour aller reconnoî- «
tre les ennemis . Il alla juſ- «s
qu'à la vûë de Calafe fans nul- «
le oppofition , & on ne vit <<
point d'autres Troupes que
deux Efcadrons de Cavalerie «
& quelques Houffards , dont "
20. fe détacherent pour faire "
parade de leur bravoure. On "
les fit charger par un pareil
nombre de Cavaliers qui en “
enleverent fix , le refte fe fau- «‹
va. Cette petite action fe fit à ce
la barbe de leursEfcadrons "
fans qu'ils fiffent aucun mou- "
vement , aprés quoyDon Fran- "
ciſco de Velafco fe retira fans
avoir perdu un ful Cavalier. «
Les avis de Barcelone por
302 MERCURE
, tent que l'Archiduc fe tient
1; à preſent à une Maiſon hors
>>
>>
و ر
de la Ville où il n'entroit
» que les Dimanches pour oüir
la Meffe , & qu'il en fortoit
incontinent aprés , & que
l'Eſcadre qui avoit tenté le
fecours d'Alicante , avoit
débarqué les Troupes à Tar.
ragone , d'où elle fe difpofe
à faire voille vers . Final pour
,, prendre des Troupes ; mais
,, les ennemis devroient plû-
,, toft porter des vivres en Ca-
,, talogne , que d'y mener des
,, hommes pour y jeufner.
""
A Sarragoffe lès . Juin .
Les Troupes qui estoient en ce
Pays marchent . La plus grande
partie de l'Infanterie s'aſſemble à
GALANT
303
Torriente. On partage la Cavalerie
pour la faire fubfifter plus commodement
; le fourage
manquant ',
on fera réduit à nourrir les chevaux
avec l'avoine fans paille.
Dix.hait Efcadrons marchent
Tortofe ; un autre détachement à
Lerida ; un autre à la Tour de Segre
. Tout eft en mouvement , excepté
quatre Regimens Espagnols de Cavalerie
, quifont la Reine ; Rouſſil.
lon- vieux ; Amezaga , à preſent Gironella
; & Granada - nouveau , qui
font encore dans leurs Quartiers en
deci de l'Ebro , en attendant les
ordres pourpartir. Nos Troupes marchent
fans équipages . Les ennemis
s'affemblent entre Calafe & Cerbera
, ayant fait provifion de quan-.
tité de Pontons , pour paffer la Se-:
gre,fuvant ce qu'ils publient ; mais .
304 MERCURE
je fuis perfuadé qu'ils n'oferoient le
faire. Onpourroit les prévenirfi on
jugeoit qu'ils euffent affez de ferme
té pour nous attendre. Nos Troupes
font des plus belles ; la Cavalerie
eft en tres bon eftat , au lieu que la
leur eft ruinée par la mifere. Nos
Officiers Generaux ſe diſpoſent pour
fe rendre à leurs Quartiers . Mon
fieur de Bezons eft allé vifiter les
Frontieres.
Depuis que nous nous fommes tendas
maistres du Pont d'Olivença
qui demeure invefti , les Ennemis fe
font retirez à Furumena , où ils fe
font retranchez d'une maniere à ne
pouvoir eftre forcez. Le terrain les a
jort favorifez, ce qui fera que nous
allonsfort preffer Olivença qu'on dit
n'efire pas trop bien muni de Trospes
ny de provifions . On dit qu'on a
"
GALANT 305
pris un fecond Convoy de farine &
de boeufs qui eftoit defiiné pour Albukerque
.
Les Avis qu'on a de Catalogne
que le retour de l'Efcadre fur laquel
le est le General Stanhop , y avoit
caufé quelque tumulte . Le Peuple a
couru enfoule au Palais de l'Archiduc
qu'on difoit devoir s'embarquer
avec l'Archiducheffe . Ils furent obligez
de fe montrer pour appaifer &
raffurer la populace.
Nouvelles de l'Armée d'Efpagne
, commandée par Mr le
Marquis de Bay .
La perte que les Portugais ont
faite dans le dernier Combat eft
plus confiderable qu'on ne l'avoit
crù. Outre l'Artillerie , le Bagage
Juin 1709 .
Cc
306 MERCURE
les Equipages , on leur a pris
tous leurs Pontons , dont 26. de cui-`
vre. Les Payfans Portugais ont
auffi donné fur les Troupes de leur
Nation, & les ont pillées. Leur
Armée eft reduite à la moitié ; elle
eftoit campée le 15. au Pont d'Olivença
faifantface à la riviere, Ils
ont mis de l'Infanterie dans Elvas ,
Campo-Mayor, & Olivença . Cette
derniere Place eftoit entièrement dépourvûë.
On prétend que l'Infant
vient à leur Armée , e que fes chevaux
de main yfont déja arrivez.
• L'Armée de Mr de Bay a paſſé
la Caya ; elle marcha à celle des
Portugais composée de feize Bataillons
& autant d'Escadrons retranchez
prés d'Olivença. Au premier
avis les Portugais fe retirerent avec
précipitation , laiffant feulement un
GALANT
307
Corps de Troupes & deux pieces de
Canon pour garder le Pont d'Olivença
. Ce mouvement fit prendre
à Mr de Bay la refolution d'envoyer
deux détachemens , Pun commandé
par Mi le Duc d'Avré pour s'em-
Parer de ce Pont , ce qui fut executé
avec fuccés. Plusieurs Portugais
furent tuez, cent cinquante faits
prifonniers , & deux pieces de canon
prifes ; l'autre détachement coupa
la communication qu'il y avoit
d'Olivença à jurumñia par an
Pont de Batteaux de forte que
Mr de Bay dont l'Armée a esté renforcée
, eft en eftatde faire unfiege .
;
Un Parti qu'il avoit envoyé à la
découverte a pris & conduit an
Campun convoy de deux cens boeufs
& de quatre- vingt Mulets chargez
de farine.
Ccij
308 MERCURE
Don Antonio de Leyva Brigadier
d'Armée eft mort de ſes bleſſures.
Me la Marquife de Priego ven.
ve & mere d'un Grand d'Espagne ,
eft morte fubitement .
Sa Majesté Catholique a donné
à Mr le Marquis de Gironella , le
Regiment de Cavalerie de MrďAmezga
. Ce Marquis eft Catalan ;
il a du merite & des fervices , & il
a abandonné fes biens pour demeurer
fidele au Roy d'Eſpagne.
A peine ay je quitté les Nouvelles
de Mer que je me trouve
obligé de les reprendre , tant
les Officiers François font briller
leur valeur de tous coſtez ,
& l'experience qu'ils ont dans
tout ce qui regarde la Marine.
GALANT 309
A S. Pierre de la Martinique ,
le 26. Mars 1709 .
Mr de Benacde la Harye, Commandantplufieurs
Vaiſſeaux armez
en course , acheta aux Canaries, en
y paffant , une Tartane au mois de
Juin dernier pour porter ſes vivres ›
& comme ce Baftiment luy faifoit
perdre beaucoup de temps dans fa
route , & qu'il ne pouvoit tenir le
vent comme luy il fut obligé de le
quitter le 26. Aouft dernier à fix
degrez de latitude Nord , & à 360.
de longitude avec ordre à Mr.
Levier qui le commandoit d'aller
le joindre au Rendez- vous , & que
file Bafiment ne pouvoit gagner &
de relafcher à la Martinique . Cette
Tartane fut affalée par un vent
>
310 MERCURE
contraire à la cofte de Guinée , où
elle a rodé pendant trois ou quatre
mois. Elle a rencontre pris dans
une Ance de ce Pays , unpetit Navire
Anglois qui avoit 90. Negres,
y compris deux enfans à la mamelle.
Mr Levier changea fa Tarant
avec le Capitaine Anglois pour cette
petite Fregatte qui faifoir eau , ne
pouvant les amener tous deux par
cette raison &faute de monde & de
vivres.
En venant icy avec cette Fregate,
il prit encore un Brigantin Portugais
qui alloit des Ifles de Terceres
au Brefil , Brefil , chargé de vin de
Fayal , d'eau de vie , de farine , de
groffe toile blanche & grife , & il eft
arrivé icy à bon Port. Ces prifes produiront
bien enfemble y compris les
Batimens , 40 , à50000 , livres.
GALANT 311
Le Capitaine Piedbault de ts
Haye , Commandant le Vaiffeau
le Rubis de Nantes , arrivé à la
Rochelle au mois de may dernier
venant de la Martinique , a raporté
que les Flibuftiers de cette Ifle
ont pillé l'Ile d'Antique ; qu'il a
veu revenir avant fon départ trois
Baftimens qui eftoient à cette expedition
, dans lesquels il y avoit
400. Flibuftiers qui apportoient des
Negres , des Chaudieres à fucre ,
&d'autres pillages . Il a auffi raporté
qu'il a esté tué & bleẞé à la
defcente
50 . bommes.
A S. Malo le 31. May 1709 .
Le Capitaine Choyer , comman
dant une Chaloupe de faint Malo ,
équipée de 20. hommes prit le 27.
312 MERCURE
May à la vuë de d'Yarmouth , fur
la Cofe d'Angleterre un Baftiment
Anglois de fix canons , chargé de
Doüelles, de Fèves , & autres Denrées
, eftimé dix mille livres.
Le Vaiffeau du Roy l'Oriflame ,
commandépar Mr de Courbon Saint'
Leger , Capitaine de Vaiffeau ,
arriva à la Rochelle le 11. de ce
mois. Il eftoit party de la Martinique
le 10. Avril avec une Flotte
de 24. Vaffeaux Marchands , richement
chargez.
mandée
La Fregatte la Valeur, compar
M. du Clerc , y eft auſſi
arrivée fous l'escorte de l'Oriflame,
avec une Prife Portugaise , d'environ
500. tonneaux , nommée le
François Augufte , chargée de
fucre du Brefil. Les Prifes que Mr
du Clerc a faites montent à plus de
800000. liv . Il
GALANT
313
Il me reste à vous parler de
quatre grands Mariages ; mais
ma Lettre eft déja fi remplie de
nouvelles toutes hiftoriques , &
dont il eft abfolument neceffaire

e que l'on foit inftruit
pour

bien connoître la fituation des
affaires fur lefquelles toute
l'Europe a aujourd'huy les yeux
ouverts , & il me refte encore
tant de mariere de cette nature
que je ne vous•
Diretiendray
ce mois- cy que d'un des
quatre mariages dont j'ay à vous
parler , & qui a efté conſommé
le premieronson apt
Lezz du mois dernier N. de
Lorraine , Prince de Lambesc ,
fils ainé de Louis de Lorraine ,
Comte de Brionne , reçû en furvivance
de la Gharge de Grand
Juin 1709 .
Dd
314 MERCURE
Ecuyer de France , & de N.
d'Efpinay , époufa dans la Chapedede
l'Hoftel de Duras , Damoiſelle
N. de Duras , petite fille
de feu Mr le Marechal Duc
de ce nom , & fille ainée de feu
Mr le Duc de Duras , & de N
de la Mark . Ces Maifons font fi
illuftres , & fi connuës ; & je
vous en ay fi fouvent parlé que
je ne vous repeteray point icy
ce que je vous en ay déja dit..
Quoy que ces nouveaux Epoux
n'ayent encore qu'à peine l'un
& l'autre atteint l'âge de 17.ans,
ceux qui les connoiffent par
ticulierement, affurent que l'on
trouve deja beaucoup de folidité
dans leur efprit , & infiniment
de merite, ce qui ne peut être
encore connu à caufe de leur
GALANT 315
grande jeuneffe . Mr le Prince
de Lambele a efté Moufquetaire,
& il eft prefentement Colonel
d'un Regiment de Cavalerie
qui porte fon nom . Ce Prince
dont la figure eft tres agreable
, laiffe voir dans tout ce
qu'il fait beaucoup de grandeur
avec des manieres fort polies.
Il a beaucoup d'élevation &
d'affabilité , & le defir d'acquerir
de la gloire étant joint a tou.
tes les belles qualitez qui brillent
déja dans la perfonne , il ne
lay manquera rien aprés qu'il
fe fera diftingué dans la carriere
de la gloire où il vient d'entrer
, de tout ce qui rend recom
mandable les Princes de fon
fang , puifqu'il partit huit jours
aprés fon Mariage pour fe ren-
Ddij
316 MERCURE
dre à l'Armée.
La Princeffe fon Epoufe eft
tres- bien faite , elle est belle , &
elle a un air de grandeur qui
répond à fa naiffance . La douceur
de fon efprit , & la nobleffe
de fon coeur , luy attirent l'ef
time & le refpect de tous ceux
qui la voyent , & ils s'interef
fent auffi toft pour elle . Un naurel
fi heureux a toujours re
pondu à la rendreffe de Madame
la Ducheffe de Duras fa
mere , & aux foins attentifs
qu'elle a pris pour la rendre
aufli parfaite qu'on la voir aujourd'huy.
Cette illuftre Ducheffe
a toutes les qualitez que
I on peut fouhaiter , dans une
perfonne accomplie Elle a infiniment
d'efprit & de merites
GALANT 317
4
mais de ce merite qui n'eft pas
ordinaire , & qui égale la bonté
de fon coeur & la grandeur de
fa naiffance. Jamais perfonne
de fon rang n'a eu plus d'illuftres
Amis de l'un & de l'autre
fexe , & n'a vêcu avec eux d'une
maniere plus aifée & plus genereufe
; & l'on peut dire que
quoy qu'elle méne une vie affez
retirée , elle en pale une
grande partie au milieu de fes
Amis & de les Amies , qui l'honorent
& l'eftinent infiniment ,
& qui en font des Eloges qui
font fi connus que je crois devoir
finir cet Article fans en
rien dire davantage . J'y dois
neanmoins ajouter une avanture
qui vous fera connoiftre que
les deux illuftres Epoux dont
Dd iij
318 M * RCURE
je viens de vous parler estoient
nez l'un pour l'autre
On doit
remarquer que leurs
parens avoient arrefté leur mariage
fans qu'ils fe fulent parlez
, & mefme fans qu'ils fe fuffent
jamais vûs , & qu'ils dûffent
fe voir que le jour qu'ils figneroient
un engagement qui devoit
estre éternel . Le jour marqué
Mademoiſelle
de Duras fuc
conduite à Versailles où elle
n'avoit jamais efté , & on luy en
fit d'abord voir la Gallerie &
les Appartemens
. Monfieur le
Prince de Lambeſc l'y rencontra
par hazard , & fans fçavoir
qu'elle luy eftoit deſtinée , il
en devint éperduëment
amou
reux , que Monfieur l'Abbé de
Lorraine fon oncle, qui fe pro
4
GALANT 319 .
menoit dans les mefmes Appartemens
, s'en apperçût. Il luy
en parla ; mais d'une maniere
qui luy donna lieu d'avouer à
ce cher oncle qu'il eftoit fenfi
blement touché de la beauté de la
perfonne qu'il voyoit , & qu'iken
avoit tout d'un coup efté tellement
frapé qu'il fouhaitoit paffionnement
de la connoiftre , & il ajoûra qu '
n'avoit rien enfon pouvoir qu'il ne
donnaft à la perfonne qui pourroit
luy en procurer la connoiffance ; : &
ce qui l'enhardit à tenir un paš
reil langage , fut qu'il avoit re
marqué que Monfieur l'Abbé
de Lorraine , qui ſe vouloit don
ner tout du long le plaifir de
cette Avanture n'avoit pas condamné
ce deſſein . Cet Abbé au
contraire , ayant paru l'approu
320 MERCURE
:
ver , luy dit qu'elle eftoit de fes
Anies , & qu'il tâcheroit de luy
en procurer la connoiffance , furquoy
le neveu embraffa l'oncle
fort tendrement , & luy dit que
connoiffant la paſim qu'il avoir
pour les chevaux, qu'il luy feroit
prefent du plus bel Attelage qu'il
pourroit trouver. Les chofes ne
furent pas pouffées plus loin ,
& le foir les deux familles eftant
affemblées pour figner le Contrat
, Monfieur le Prince de
Lambele fut fort furpris de voir
Mademoiſelle de Duras dans
l'Affemblée ; mais il le fut encore
davantage lorfque Moafieur
l'Abbé de Lorraine luy dic
qu'il luy avoit tenuparole , & qu'il
alloit luy faire époufer la perfonne
dont il eftoit devenu fi éperduement
GALANT 321
amoureux. Je vous laiffe faire vos
raifonnemens fur la furprife de
ce Prince , & fur toutes les circonftances
de cette Avanture ,
qui pendant le reste du jour ,
fervit d'entretien à toute l'Affemblée
, & qui aprés en avoir
auffifervy à toute la Cour , fere
pandit à Paris , où elle fit auffi
l'entretien des plus belles Com
pagnies.
A
Je crois ne pouvoir mieux
placer la Chanfon fuivante
qu'aprés l'Article que vous venez
de lire , quoy qu'elle n'ait
pas efté faite à l'occafion du
mariage dont je viens de parler.
322 MERCURE
AIR NOUVEAU
Vous m'aimez , que de vous il m'eſt
doux de l'entendre ,
Que jamais votre coeur ne change
cher Tircis ,
Qu'il foit au fi conftant que tendre
L'Amour tient rarement tout ce
qu'il a promis:
Brutons, brulons de feux que rien ne
puiffe éteindre,
L'Amour contre l'Hymen doit it
me raffurer
L'un me fait tout efperer
Et l'autre mafait tout craindre.
103
Les trois Mariages dont il
me reste à vous parler , font celuy
de Mr de Donzy , fils de feu
Mr le Duc de Nevers anos la
NOSFOTFUYTEND32
GALANT
323
fille de Mr le Prince de Spinola
; celuy de Mr le Marquis de
Gefvres , avec Mile de Mafcranhi
, & celuy de Mr le Marquis
d'Eſtampes , avec Mlle de Nonan.
Pendant qu'on marque la
joye qu'on reffent dans la famille
de Monfieur le Comte
d'Armagnac & de Madame la
Ducheffe de Duras , de l'union
qui s'y vient de faire , on ſe réjoüit
auffi dans celle de MrAmelot
de ce qu'il vient de monter
à la place de Confeiller d'Erat
ordinaire qui vacquoit par
Ja mort de Mr de la Reynie Je
remplirois entiérement ma Lectfé
fi je vous rapportois feule→
ment une partie de ce que je
yun ay dit, Vous fçavez
324 MERCURE
qu'ila efté Anibaffadeur Extraordinaire
à Venife , en Suiffe ,
en Portugal , & qu'il eft depuis
longtemps en Efpagne , où il
fait les mêmes fonctions avec
un applaudiffement general ;
& qu'il a rempli les autres Ambaffades
avec autant d'éclat
que de fuccés ; qu'il s'eft attiré
l'amour de toutes les Cours ou
il aefté & de tous ceux avec qui
il a negocié Ces fortes d'em
plois font d'une fi grande importance
, & fur tout dans les
temps difficiles qu'on ne peut
meriter trop de louanges lorf
qu'on s'en acquitte non -feale
ment à la fatisfaction des Puiffances
par qui l'on eft envoyé {
mais auffi de celles chez lefquotes
onVremplic gloticufe
ment
GALANT 325
ment , & avantageufement les
fonctions du Miniftere dont on
a eſté chargé .
L'élevation de Mr Amelot å la
place de Confeiller d'Etat ordinaire
ayant fait vaquer fa place
deConfeillet d'Etat femeftre, le
Roy fans balancer fur le choix
qu'il avoit à faire , a auffi - toft
nommé Mr d'Argenfon Maiſtre
de Requeftes & Lieutenanc
G neral de Police , pour la remplir.
Je vous en ay fouvent parlé
, & je vous ay fouvent fait
connoiftre que quelque illuftrée
que foit fa Maiſon , elle eft
Encore plus grande & plus confiderable
par elle - même que
par fon illuftration . Quant à
ce qui regarde fa perfonne , fon
Juin 1709. Ec
326 MERCURE
zele pour le fervice &
le fervice & pour la
gloire du Roy & pour le bien
Public , va au de- là de tout ce
que l'on peut s'imaginer, & l'on
ne peut entendre prononcer
fon nom fans fe reprefenter auffitoft
un des plus laborieux &
des plus infatigables Magiftrats
dont on ait entendu parler. Jamais
homme n'a efté plus univerfel
, & plus generalement.
reconnu pour tel , & il n'y a
po nt d'affaire dont il ne foit
capable, ou pour mieux dire il
n'y en a prefque point aufquelles
il n'ait efté employé , car
quoy que fa Charge de Lieutena
t de Police renferme un fi
gr ni nombre de détails qu'il
n'y a pas lieu de croire qu'un
homme feul puiffe avoir le
GALANT 327
temps d'en remplir toutes les
fonctions avec autant d'affiduité
& d'application que fait ce
grand Magiftrat on peut dire
que depuis que la Police & la
fûreté d'une auffi grande Ville
que Paris & auffi peuplée luy
ont efté confiées , il a eu des
Commiffions du Roy pour une
infinité d'affaires particulieres
& importantes à l'Etat , dont
la plufpart demandoient le fecret
, & dont il s'eft toûjours fi
bien acquitté au gré du Roy &
de fon Confeil , que l'on n'a
pas ceffé de le charger de ces
fortes d'affaires , & que Sa Majefté
luy en renvoye encore
tous les jours. Enfin rien n'eft
plus utile à l'Etat qu'un homme
Ee
ij
328 MERCUR?
fi infatigable , & dont les lumieres
& la penetration font fi
grandes , & que l'on doit le regarder
comme un homme de
confiance , & capable de venir à
bout de toutes les affaires qu'on
luy voudra confier , quelques
grandes , penibles & importantes
qu'elles foient , & quelques
foins qu'elles demandent. Je ne
vous repete rien de tout ce qu'il
a fait pendant quelques mois
la calamité publique a commencé
, & qui auroit efté infiniment
plus grande s'il euft épargné
fa perfonne , & l'on peut dire
que le prix du pain eftoit fur
le point de doubler dans le
temps qu'il a crû devoir rifquer
jufqu'à la vie pour empêcher
qu'il n'augmentaft . Rien
que
GALANT 329
ne prouve mieux que le Roy &
fon Confeil font contens de tout
ce qu'il a fait en cette occa
fion , que la place de Confeiller
d'Etat dont Sa Majesté vient de
l'honorer.
Le Roy a donné àMr Voifin
de la Noiraye la Charge de Secretaire
d'État du département
de la guerre , vacante par la dé.
miffion volontaire de Mr de
Chamillart , que Sa Majesté a
gratifié d'une penfion confiderable
, & ce Prince en a donné
une en mefme- temps à Mr le
Marquis de Cany , fils de ce Miniftre.
Mr Voifin de la Noiraye eft ,
ainli
que je vous l'ay déja dit ,
de la mefme famille que Mr
Voifin Confeiller d'Etat ordi-
Ecij
33° MERCURE
naire , & fort eftimé dans le
Confeil , Il a eſté fuivant l'ufage
ordinaire , fucceffivement
Confuiller au Parlement &
Maitre des Requeſtes . Il a eſté
pendant onze ans Intendant de
Havnaut: On doit remarquer
que pendant cette longue Intendance
on a fait les Sieges de
Mons & de Namur , & je me
fouviens de vous avoir marqué
en ce temps - là que l'abondance
de toutes chofes fe trouvoit
dans les Armées qui affie
geoient ces Places , & de vous
avoir dit que les Camps eftoient
fi remplis de toutes les chofes
dont on pouvoit avoir befoin ,
que l'on s'y promenoit comme
dans une Foire , où l'on trouvoit
tout ce que l'on pouvoit
Campseftoient
GALANT 331
fouhaiter , quoyque ces Camps
fuffent fort groffis par la plus
grande partie de la Cour qui
avoit accompagné le Roy pendant
ces deux grands Sieges , &
par une infinité de perfonnes
accouruës de toutes parts pour
eſtre témoins de ce qui fe paffoit
à deux Sieges qui ont fair
l'étonnement de toute l'Europe .
Il s'eft auffi donné de grandes
Barailles pendant l'Intendance
de Mr Voifin , & qui ont efté
fort glorieufes aux Armes de
France & à cet Intendant , parce
que rien n'avoit manqué aux
Troupes victorieules , ce qui
contribuë fouvent beaucoup
aux Victoires qu'elles remportent.
En fortant de cette Inten332
MERCURE
dance , il-fut fait Confeiller d'Etat
, & enfuite admis au Confeil
de l'Amirauté ; & comme
fuivant l'établiſſement de la
Maifon de Saint Cyr , un Confeiller
d'Etat doit eſtre chargé
des Affaires de cette, Maifon
il fut peu de temps aprés jugé
capable de remplir un Pofte qui
demandoit un grand travail &
de grands foins ; mais ce qu'on
luy avoit va faire pendant les
onze années qu'avoit duré fon
Intendance , fit connoître qu'il
auroit esté difficile de trouver
un Sujet plus capable de foùtenir
un fardeau de cette confequence.
Aprés la mort de Mr de Fourcy
, Mr Voifin monta à la place
de Confeiller d'Etat ordinaire .
GALANT 333
la
Je crois que vous vous fouvenez
que jevous dis en ce tempslà
que c'eftoit un homme fort éclai
ré , qu'il joignoit à une longue ex-
Perience une connoiffance parfaite
de la Jurifprudence, & des Ma- :
tieres dont la connoiffance appar..
tient au Confeil d'Etat ; qu'il eftoit
d'une ancienne Famille de Paris ,
qui avoit toujours brillé d
Robe, & qui avoit produit plufieurs
Confeillers au Parlement, des
Maifties des Requefies , des Intendans
de Provinces & des Confeillers
d'Etats que la Famille de Mr
Voifin eftoit connue dans le Parlement
depuis le Regne de François
11. fous Henry 111 qu'elle fe
diftingua par fa fidelité durant les
troubles facheux de la Ligues
qu'elle ne fut pas moins fidelle à
334 MERCURE
Henry IV. fucceffeur de ce Prince ;
que Louis XIII. avoit beaucoup
de confiance en Mt Voifin qui estoit
de la mefme Famille ; qu'il l'h
nora de plufieurs Commißions pare.
ticulieres & fort importantes pour
fon fervice , & que cette Famille
s'eftoit außi. fort diftinguée dans
P'Eglife.
Vous voyez que ce n'eft pas
la place que Mr Voifin occupe
aujourd'huy , qui m'oblige à
faire fon Eloge , puifque cet
Eloge fe trouve dans une de
mes Lettres , écrite il y a quinze
mois . Je devrois entrer au
jourd'huy dans ce qui regarde
fon merite particulier ; la vivacité
de fon efprit , fon intelligence
pour toutes fortes d'affaires
, & la grande application
GALANT 335
qu'il a toûjours fait voir pour
outes celles dont il a efté char
gé, & j'aurois beaucoup de
chofes particulieres à vous dire
là- deffus , fi je ne fçavois trescertainement
que fa modeftie
en fouffriroit.
Il a épousé la foeur de Mr.
Trudaine , Intendant à Lyon .
Cette Dame eft d'un grand merite
& d'une grande vertu . Sa
modeftie eft auffi grande que le
détachement qu'elle a pour le
monde , & tant qu'à duré l'Intendance
de Mr Voifin , elle a
efté d'un grand fecours aux malades
& aux bleffez de l'Armée ,
particulierement pendant
les Sieges qui fe font faits.
La promotion de Mr Voifin à
la Charge de Secretaire d'Etat
&
336 MERCURE
ayant fait vacquer la place de
Confeiller d'Etat ordinaire
Mr de Bouville y eft monté . II
eft fils de Jacques Jubert , Seigneur
de Bouville , Maiftre des
Requeftes , & de Catherine Potier
de Novion . Après avoir
exercé la Charge d'Avocat General
de la Cour des Aides , il
fut reçu Maistre des Requeftes
en 1674. Il fut enfuite Intendant
de Limoges , de Moulins ,
d'Alençon , de Limoges une feconde
fois , d'Orleans , & Confeiller
d'Etat Semestre en 1696.
Il eft aifé de juger qu'il n'auroit
pas efté nommé à un fi grand
nombre d'Intendances fi l'on
n'eut pas efté entierement fatisfait
de fa conduite . Ila épousé
Nicole - Françoife Defmaretz ,
foeur
GALANT
337
foeur de Monfieur le Controlleur
General .
Le Roy a nommé Mr Definaretz
de Vaubourg , à la place
de Confeiller d Etat Semestre ,
qu'avoit Mr de Bouville. Ce
nouveau Confeiller d'Etat , qui
eft frere.de Mr le Controlleur
General , & qui a épousé la foeur
de Mr Voifin qui vient d'eftre
nommé Secretaire d'Etat , a efté
Confeiller au Parlement , Maître
des Requeſtes , Intendant
de Bearn , d'Auvergne , de Lorraine
, de Franche Comté , &
de Rouen Mr de Vaubourg a
la réputation d'un homme d'une
grande vertu & d'une grande
pieté. Il eft doux , gracieux &
bien faifant , & il avoit commencé
à s'acquerir de l'eftime
Juin 1709.
Ff
338 MERCURE

& de la confideration du vivant
de feu Mr Colbert ſon
oncle.
Le Roy a nommé Mr. de Noin
tel Bechameil , frere de Madame
Defmaretz , Infpecteur ge
neral des Vivres de fes Armées .
1la efté fucceffivement Confeil .
ler au Parlement , Maitre des
Requeftes , envoyé à Nantes
pour faire l'Inventaire de la
Chambre des Compres , & il a
efté Intendant de Touraine ,
de Champagne , & de Bretagne,
& nommé Confeiller d'Etac
Semestre en 1700 Il s'eft acquis
une grande réputation dans
ces Intendances , pendant lefquelles
il a fait paroiftre beaucoup
de conduite & d'efprit ,
& dont il s'eft acquitté au gré
GALANT 239
de tout le monde. Il quitta
celle de Bretagne , pour venir
prendre place au Conſeil d'etat.
Il eftoit fort eſtimé de feuë
S. A R. Monfieur , qui connoiffoit
fon merite & la probi
té , & l'habileté qu'il avoit
dans les affaires.
Vous trouverez peu de ra
pori de l'Article qui fuit avec
celuy que vous venez de lire
puiſqu'il s'agit d'une Gramīnai.
re, & que les perſonnes dont je
viens de vous parler , ont trop
d'habileté pour eftre renvoyez
à l'étude de la Grammaire ,
Mais vous m'avez ſouvent mar.
qué que cette varieté faiſoit un
des plus grands agrémens de
mes Lettres,
La Grammaire du Pere Buf-
Ff ij
340 MERCURE
fior que je vous annonçay le
mois dernier comme un Ouvra
ge qui devoit eftre bien - toft
mis en vente , commence à le
debiter. Elle a pour titre :
Grammaire Françoiſe , fur un Plan
nouveau pour en rendre les Principes
plus clairs & la pratique plus
aifée ; contenant divers Traitez fur
la nature de la Grammaire en general
; ſur l'uſage 3 ſur la beauïé des
Langues & fur la maniere de les
apprendre ; fur le Stile ; fur l'Orto
graphes fur les Acens ; fur la longueur
des Silabes Françoiles ; fur
la Ponctuation , &c. Ce titre doit
exciter affez de curiofité , &
parle affez à l'avantage de cet
ouvrage , fans qu'il foit neceffaire
que je vous en dife rien
GALANT 341
davantage. Il fe vend chez Nicolas
le Clerc , ruë S. Jacques
S. Lambert ; Michel Brunet ,
grande Salle du Palais , au Mercure
Galant ; Leconte & Montalant
, Quay des Auguftins , à
la Ville de Montpellier.
Quoy que Mr le Marquis de
Cany doive remplir la Charge
de Maréchal des Logis de la
Maifon du Roy , que poffede aujourd'huy
Mr le Marquis de
Cavois , & qui a toûjours eſté
remplie par des perfonnes de
naiffance & de diftinction , ce
jeune Marquis qui vient de
Traiter de cette Charge , ne
voulant pas demeurer oifif ,
& brûlant du defir de fe diftinguer
dans la Carriere de la
Gloire , en attendant qu'il foit
Ff iij
342 MERCURE
en poffeffion de la Charge
qeu je viens de vous marquer ,
a acheté de Mr le Guerchois
qui a eſté nommé Maréchal
de Camp , le Regiment de la
Marine
, petit vieux Corps ,
& qui doit fervir cette année
fous Mr le Maréchal de Berwick
.
·
Voicy des Vers qui ont eſté
faits à la gloire de ce Maréchal
, par. Mr Trotebas , Avocat
, & qui luy furent prefentez
le 15. May , à fon arrivée à Toulon.
Quel objet raviffant fe prefente à
mes yeux ?
Fe le voy tout brillant de gloire,
Couronné de lauriers , fuivy de la
Victoire !
1
GALANT 343
Tel on peint le Maitre des
Dieux.
ය .
A qui le comparer ? En luy feul il
affemble
L'airguerrier, la noblefierté,
Et ce que mille autres enfemble
,
Ont d'attraits & de majesté.
S
Filles defupiter, divines Interpretes,
Mufes , de grace, dites- moy,
Vous qui me revelez tant de chofes
fecretess
Eft-ce un Mortel, eft- ce un Dieu
que je voy ?
De tesfens éblouis l'erreur eft excu
•Sable.
Ce Heros eft du Sang des
Dieux
344 MERCURE
C'est ce Prince cheri des Cieux ,
Dont tu chantas jadis , le Combat
memorable. *
S
C'eft luy , qui pour vanger & les
Dieux & les Rois ,
Mit en poudre , les Tours de la fuperbe
Nice ;
Vainquit prés d'Almanza, les Germains
, les Anglois ,
Et fit de nos Mutins , un fanglant
Sacrifice.
S
ne
En un mot , c'eft BERWICK , NE
le connois- tu pas ?
બે
Déeffes, pardonnez à ma furprise
extrème
Vous me l'aviez fait voir au milieu
des Combati :
* La Bataille
d'Almanza , en 1707 .
GALANT 345
O Dieux , qu'il eft icy , different de
Luy-mefme !
2
BERWICK fiformidable à nos fiers
Ennemis ;
BERWICK portant par- tout , la
mort & l'épouvante ;
A Toulon parmy les amis ,
Ne fait voir dans fes yeux , qu'une
douceur charmante !
Le Roy vient de donner à Mr
des Epiney une Charge d'Ecuyer
de Quartier , vacante par
la mort de Mr de la Rochetailly
. Sa Majesté l'avoit mis
il y a quelque temps à la tefte
de fa petite Ecurie pour la commander
, à la place de Mr de
Cabanaq qui s'eft retiré . Mr
des Epiney eft de Normandie s
346 MERCURE
il est né Gentilhomme ; if a un
frere Chanoine de, la Sainte
Chapelle , & qui eft Abbé
dc.
Mr l'Evêque de Nifmes a fait
une Leitre Paftorale adreffée
aux Fidelles de fon Dioceſe , au
ſujet de la diferte du bled & de
la crainte de la famine. Quoy
que cet Ouvrage ſoit fort long,
il est également beau par tout,
& felon mon goût , que je ne
donne pas pour regle , je ne
crois pas que l'on air jamais fair
de plus belle Lestre Paſtorale.
Je voudrois pouvoir vous l'envoyer
entiere ; mais elle tiendroit
la moitié de ma Lettre ,
qui eft déja prefque toute remplie
. Ainfi je ne puis vous en
envoyer que quelques pages.
GALANT 347
Ne croyez pas que j'ave choifi le
plus bel endroit , puifqu elle eft ·
également belle par tour , &
que je ne pourrois donner la
preference à aucun ; ainfi vous
devez eftre perfuadée que ce
que je ne vous envoye pas , eſt
du moins auffi beau que ce que
je ne vous envoye que pour
vous faire connoître l'eftime
l'on doit faire de cette Lettre
, & le profit que l'on en peur
que
tirer.
Il n'y a point d'état plus affreux
dans le monde que celuy d'une famine
ou réelle ou imaginaire. On
s'effraye , on s'abat , on croit fefentir
défaillir& retomber à toute heu
re dans fon neant. Tout l'esprit ,
tout le coeur eft ocupé de les befoins ;
348
MERCURE
on n'eft
olus
libre
pour
la
priere ;
S
la ratfon fe confond
; la foy fe perd
dans une imagina
iou troublée
; l
efperances
de l'autre
viefont abfor
bees dans les penfées
de celle- cy. La
charite
ceffe , parce qu'on croit ne
devoir
rien qu'à foy - m fme ; les
Loix naturelles
& les plus faintes
cedent
à la neceffité
. Sous ce pretexte
du neceffaire
on amale
fi l'on
•peut , degré ou de force , le fuperflu
,
& l'on fe croit en droit de s'envier
,
de fe tromper
, de s'offenfer
les uns
les autres.
Une ferocié
fondaine
s'eft em ^ arée
des efprits
dans les Villes
&
dans la Campagne
. On fe faifit des
Convois
publics
avec violence
; on
s'approprie
les acquifitions
d'autrung
fans ferupule
j on ne reconnoit
ny Justice
ny autorité
; on s'arrache
pour
GALANT 349
pour ainfi dire le pain les uns aux
autres. Plus de retenue , plus de
bonne foy , plus de Religion . Neferoit-
on pas plus tranquile , & par
confequent plus heureux , fi chacun
felon la mesure de fes befoins fe partageoit
également les biens de la
terre . S'il y avoit dans les Villes
& dans la Campagne une correspondance
mutuelle de raifon & de
charité ; fi ceux qui font riches affifoient
les pauvres , & fi les uns
eftoient prefts à donner ce qu'ils ont
de trop, & les autres ne deman
doient que ce qui leur manque .
Quelques - uns de vous nous diront
peut- eftre , ce n'eft pas le temps des
bienfeances & des confeils , c'est le
temps de penfer à vivres l'envie ,
la fraude , l'injustice e la violence,
font excufables quand elles devien-
Juin 1709 . Gg
350 MERCURE
nent neceffaires ; nous fçavons ce que
la Loy ordonne & défend ; mais en
l'obfervant dequoy vivrons-nous ? r
-a-t- il un temps , mes tres - chers Freres
, où ilfait permis aux Chrétiens
de ne l'eftre plas ? Eft- il prudent
d'oublier Dieu lorsqu'on a plus befoin
de lay ? Croyez- vous qu'il vous
benira lorfque vous faites profeffion
de l'offenfer ? Et s'il a la bonté de
vous nourrir , lors mefme que vous
eftes violens & injußies , ne vous
nourriroit. il pas encore mieuxfi vous
efiez fideles & charitables ?
Vous portez mefme dans l'avenir
was defiances tumultuenfes . Quand
nous aurions dequoy vivre , ditesvous
, où trouverons-nous dequoy femer
? Les Ojfeaux du Ciel , dit
JESUS - CHRIST , ne fement ny ne
moiſſonnent , & voftre Pere celefte
GALANT 351
les nourrit ne luy eftes- vous pas
plus chers qu'eux ? Pourquoy ne vous
confiez vous pas enfa bonte? Eft - ce
qu'il a perdu fa puiſſance ? At-il
oubliéfon adminiftrationpaternelle ?
A-t - il changé fa mifericorde en rudeffe
, & fa providence en averfion
pour le Genre humain , dit faint
Bazile ? JESUS - CHRIST ne
veut pas que vous vous mettiez en
peine du lendemain , & vous vous
donnez de l'inquietude & du cha
grin pour des années. Il s'élevera
dans cette Egypte famelique , quelque
Jofeph infpiré de Dieu , qui
aprés vous avoir fourný des grains
fuffifans pour vivre , vous dira :
Voilà de la femence , femez vos
Champs , afin que vous puiffiez
recueillir du bled .
Ceffez donc de vous troubler
Gg ij
352 MERCURE
mes tres-chers Freres , le pain ne
vous a pas encore manqué. Vous
n'avez fouffert jusqu'icy que ce que
vous avez craint de fouffrir , Graces
au Seigneur qui mortifie & qui vivifie
, nous n'avons encore vû aucuns
de cesfuneftes effets que produit
une faminefansreffaurce. Nous vi
vons nous mangeons noftre pain de
chaque jour avec poids & mfure ,
mêmeavec quelqueinquietude; mais
enfin nous vivons , c'eft à nous de nous.
contenter de ce qui fuffit , Faites périrl'avarice
, & la Naturefera cokjours
aßer riche. Gardez- vous de
vous inquieter, & de dire , qu'eft. ce
que nous mangerons ou que nous boi.
rons , dequoy nous couvrirons
nous ? car c'est ainsi que raisonnent
Les Payens : voftre Pere celeftefrail
que vous avez besoin de tout cela ,
GALANT 353
dequoy vous mettez-vous en peine
dit fefus- Chrift ? C'est donc une inquietude
payenne de s'agiter , de
s'attrifter & de fe foulever comme
vous faites . Vondriez- vous reffembler
à ces gens fans refignation &
fans foy qui murmurent contre les
prévoyances des Magiftrats , & contre
la Providence de Dieu même ?
qui defirentfans bornes , qui demandent
fans difcretion , qui reçoivent
fans actions de graces , qui fuppor
tent fans patience , & qui joußent
fans reflexion.
Ce que vous venez de lire
n'eft que la dixième partie d'un
ouvrage , qui n'ayant efté fait
que pour le Diocefe de Nifmes ,
s'eft acquis tant de réputation
en fi peu de temps , qu'il fe trou354
MERCURE
ve aujourd'huy imprimé dans
la plus grande partie des Provinces
du Royaume.
Je paffe d'un Article dont
vous ferez fans doute touchée ,
à celuy du départ pour l'Armée
, de Monfieur le Chevalier
de Saint Georges , qui doit auffi
vous faire beaucoup de plaifir ,
puifque vous avez toujours aimé
à entendre parler de ce.
Chevalier qui merite une meilleure
fortune , & dont le Ciel
femble n'éprouver la patience
que pour faire connoiftre à tou .
te la terre , que par la maniere
dont il fupporte les malheurs , il
eft digne de commander . Ceux
qui le connoiffent particulierement
en font fi charmez , qu'ils
ne trouvent en luy aucun def
GALANT 355
faut. Il eft d'une vertu auffi folide
que s'il eftait plus avancé
en âge. Son intrepidité s'eft
fait connoiftre dans des perils
qui auroient étonné les plus
grands Capitaines . Sa fageffe
égale fa valeur ; elle eft infiniment
au - deffus de fon àge
& ceux qui voudroient luy
refuſer toutes les louanges qui
Juy font dues , ne peuvent s'em
pêcher de l'eftimer , & de parler
de luy avantageufement .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , faite par Mlle du Chefne
, eftoit un Zit . Mr de Chantarmel
la expliquée par le
Rondeau qui fuit.
356 MERCURE
RONDE A U.
Un Lit bien-toft guerira ma migraine
,
( Difois -je un jour au bord d'une
Fontaine
Où je rêvais à l'Enigme du mois )
Ne quittons pas. Un inftant quel
quefois
Peut nous donner le fruit de noftre
peine.
Je perfevere, Une douleurfoudaine
Frappant plus fort ma cervelle incertaine
,
F'avois bienfait d'aller chercher je
crois ,
Un Lit.
Mais non. D'abord la tefte toute
pleine
GALANT 357
De ces grands mots , Orgueil , Mort,
Pompe vaine,
De Conquerans , de fimples Villageois
,
Je m'endormis , & d'une haute voix
A mon réveil , je criay pour Duchefne
,
Un Lit.
Ceux qui ont trouvé le même
mot font , Mrs l'Abbé de Chaffan
; de Greneville , Avocat
de la Baſtide , & de Longimont i
Tamirifte , le Secretaire de la
Mufe de la ruë S. Hyacinthe ;
le Solitaire Defangloux & fon
Amy Darius ; l'aimable Trio du
Quartier de la Magdeleine ; la
Belle de la rue aux Féves , & ta
Solitaire de la même ruë ; la plus
jeune des belles Dames de la
358 MERCURE
ruë des Bernardins , & plufieurs
autres dont je n'ay pas jugé à
propos de vous envoyer les
noms.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGM E.
Mon corps n'est composé que de longues
arreftes ,
Etje n'eus de tout temps que la peau
fur les os
Je brille en compagnie , &fans aucun
repos ,
Dans lefort de l'Efté jefuis de toutes
Feftes.
Parun petit effort je caufe un doux
plaifir ,
Et dans plufieurs replis tout mon
carpsfe raffemble;
GALANT
359
feurs
gé à
= les
gme
i
Lj
YOON
AIR NOUVEAU.
Plus je bois , plus j'ayfoif, plus j'ay
foif,plus je bois .
358
MERCURE
Par un petit effort je caufe un doux
plaifir
Et dans
plufieurs replis tout mon
carpsfe raffemble;
GALANT
359
Mes os par un feul nerffe tiennent
tous enfemble ,
Etfans lesfeparer on peut les defunir.
Sans avoir du Serpens la Prudence
en partage ,
Comme luy quelquefois je puis
changer de peau ,
Et répandant aux yeux un nouvel
étalage
L'on ne me connoift plus tant je parois
nouveau.
L'Air qui fuit eft icy fort à la
mode malgré la Saiſon .
AIR NOUVEAU.
Plus je bois , plus j'ayfoif, plus j'ay
foif,plus je bois.
360 MERCURE
Sans ceße je remplis ,
ma pinte ,
je vuide
Verfez, verfez, Amis , verfezfans
crainte ;
Buvons & rebuvons centfois ,
Plus je bois , plusj'ayfoif,plus j'ay
foif, plus je bois.
i
les
Je crois vous devoir faire
plaifir en vous apprenant l'accouchement
d'une Princeſſe
qui ne brille pas moins par
charmes de fon efprit que par
ceux de fa perfonne & par
la grandeur de fa naiſſance . En
effet rien n'eft fi brillant que
fon efprit , & l'on ne peut entendre
parler des marques qu'-
elle en donne tous les jours fans
fe faire un plaifir d'écouter
ceux qui en parlent ; Elle eſt
auffi
GALANT 361
auffi genereuſe que fpirituelle ,
& rien ne dément en elle le
fang dont elle est née . Je ne
doute point que vous ne foyez
perfuadée que Madame la Ducheffe
de Bourbon a beaucoup
de part à ce Portrait . Vous ne
vous tromperez pas fi vous le
croyez cette Princeffe vient
de mettre au jour un troifiéme
Prince , & c'est tout ce que peuvent
defirer les perfonnes de fon
rang qui doivent eftre au- def.
fus de tous les autres fouhaits ;
& d'ailleurs la France ne peut
avoir trop de Princes du Sang
deCondé, puifque tout le trouve
dans ce Sang , valeur , grandeur
d'ame , efprit , generofité , magnificence,
& que l'on peut dire
en parlant de ceux de ce Sang ,
Hh
Juin 1709.
362 MERCURE
qui font tous nez Braves , & qui
ont tous aimé le mêtier de la
guerre, qu'ils n'ont jamais atrendu
le nombre des années
pour le diftinguer . Tant d'hif
toires font pleines de la valeur
des Princes de ce Sang , que fi
j'entreprenois de vous en dire
davantage , il paroîtroit que
j'aurois befoin de preuves pour
faire connoiftre ce qui n'eft
ignoré de perfonne.
Monfieur le Duc d'Enghien ;
Monfieur le Comte de Charollois
, & Monfieur le Comte de
Clermont , font les trois Princes
que Dieu a donnez à Madame
la Ducheffe de Bourbon.
Leur Augufte Pere a cueilly
des Lauriers prefque dés le Berceau.
GALANT 363
Monfieur le Duc d'Enghien
fon fils fait connoiſtre tous les
jours de plus en plus qu'il ne
démentira en rien la gloire du
nom d'Enghien , & fi les deux
Princes fes freres imitent le
Prince leur pere & leurs ayeuls,
la Sang victorieux de Condé
brillera jufques dans la Pofterité
la plus reculée , pour la
gloire & pour le bien de la
France.
Je paffe àun Article , fur lequel
, fi toute la terre n'a pas
aujourd'huy les yeux ouverts ,
ce n'eft que parce que l'éloigne .
ment des lieux n'a pu encore
permettre qu'elle en apprift le
fujer. Il s'agit de fçavoir quelle
fera le fuccés de la Campagne
Hhij
364 MERCURE
qui vient de commencer , dans
laquelle les deux Partis également
animez du defir de vaincre
, acheteroient de grandes
Conqueftes encore plus cheres
qu'elles ne devroient valoir
s'il eftoit facile d'acheter des
lauriers, & les deux Partis cherchent
aujourd'huy à vaincre
plus pour juftifier leur conduite
que pour faire des Conquêtes.
Les Alliez , pour faire voir
que les demandes qu'ils ont faites
pour parvenir à la Paix ne
font pas auffi déraisonnables
qu'elles ont efté trouvées par
toute l'Europe , & par leurs Sujets
même , fouhaitent avidement
de vaincre pour faire connoiſtre
que les Preliminaires de
Paix qu'ils ont propofez ne fons
[
GALANT 365

4
pas auffi exhorbitans , & auffi
injuftes qu'ils font generalement
trouvez ; & la France
cherche à faire voir qu'elle a
eu raiſon de les trouver téls &
de les rejetter. C'eſt une espece
de Procés entre les Parties
dont il femble que l'événement
de la Campagne qui vient de
commencer doit decider . Et
dans cette penfée il n'eft rien
que chaque Parti ne mette en
ufage pour triompher , tant il
eft vray que la gloire de n'avoir
pas un démenti , & de paroiſtre
jufte dans fes fentimens , a tou
jours efté plus chere à tous les
hommes , à caufe de la vanité
qui leur eft ordinaire , que les
avantages les plus confiderables
, ta
f
Hhij
366 MERCURE
Les Alliez prétendent que
s'ils remportent de grands avantages
cette Campagne , l'Europe
decidera en leur faveur , &
reconnoiftra qu'ils ont eu raifon
de vouloir obliger la France
à recevoir les loix qu'ils ont
voulu luy impoſer , & la France
de fon colté prétend que
toute l'Europe connoiftra qu'-
elle n'a pas dû s'y affujettir ,
pourvû qu'elle puiffe feule
ment fe deffendre , & empêcher
les Alliez de penetrer chez elle.
Voila dequoy il s'agit , &
pourquoy on voit de part &
d'autre de fi formidables Armécsen
Campagne .
Il est bien glorieux à Mr de
Maréchal de Villars de feoir,
aujourd'huy entre les mains la
GALANY 367
Caufe de la France , & il ne paroiſt
pas que jamais aucun General
d'Armée fe foit atrouvé
dans une pareille fituation.
Auffi ce Maréchal a - t - il donné
une attention toute extraordinaire
pour mettre en Cam
pagne l'Armée qu'il commande
pour l'y faire fubfifter , &
pour luy inspirer le defir de
vaincre des Ennemis qui ont
eu l'audace de la méprifer ,
quoy que les François ayent eu
l'avantage de les vaincre cent
& cent fois. K
Voila fur quel pied la Campa
gnevient de commencer , & ce
qui anime les deux Partis. Je
vaise prefentement vous faire
voir les mouvemens qui fe font
faits depuis le 18 , de ce mois
368 MERCURE
ainfi que les Marches & les
Contre- Marches dont il paroiſt
que les Alliez ont beaucoup
plus fait que Mr le Maréchal
de Villars , ce qui eft une mar
que que jufqu'au jour que je
Vous écris , ce Maréchal a beaucoup
mieux pris fon Party,
Il a d'abord fait affembler fon
Armée aux environs de Lens ,
oùil l'a faitcantonner pendant
qu'il a fait travailler à tout ce
qui pouvoit regarder la feureté
, & à rompre les deffeins des
Ennemis de quelque.cofté qu'ils
vouluffent l'attaquer. Pendant
ce temps - là , les Ennemis pafferent
l'Efcaut , & fe cantonnerent
de maniere qu'ils pouvoient
tous eftre raſſemblez en
un jour. Cependant cette faci
GALANT
369
lité de pouvoir tomber avec des
Troupes fuperieures fur Mr de
Villars , ne leur fit rien entreprendre
, & l'on n'a vû depuis
de leur côté que des Marches &
des Contre - Marches qui ont
toujours fait voir beaucoup
d'incertitude dans leurs deffeins.
Mr le Maréchal de Villars
commença par faire travailler à
un retranchement depuis Cou
rieres le long du Canal jufque
vis à - vis Mourchin , & il eftoit
dans fa perfection le 19. Il fit
barrer le Canal vis - à - vis Mourchin
par une bonne Digue qui
fait gonfler Beau dans le Ma
rais impraticable depuis Benifontaine
jufques à Cambrain ,
par de-là la Baffée , & depuis

370 MERCURE
Benifontaine jufques à Came
brin , il a fait élever un retranchement
fec ; mais tres bon .
Le mêmejour 19 Mr de Vil
lars envoya ordre à Mr de Surville
, Commandant de Tour
nay , d'en fortir avec huit Bataillons
, & de joindre l'Armée
dés que les Ennemis auroient
paffé la Deule.
Le 20, Mr de Puyfegur alla
marquer un Camp pour l'Armée
, & Mr le Maréchal de Villars
, allant à Saint Venant fic
marquer des chemins & combler
des foffez pour faire paffer
F'Armée fur quatre colomnes.
La gauche de ce Camp eftoit à
Robeck prés de la Lys , pour
couvrir S Venant , & la droite
à Hinges prés de Bethune , couGALANT
371
vrant, Bethune & Aire .
L'on fit fauter ce jour- là l'Eclufe
du Pont à Dons , pour emə
pêcher les Ennemis de pouvoir
faire remonter des Batteaux au
deçà de Lille ,
Les Ennemis marcherent fur
Bondu , Lincelles , & Roncq ;
le centre à Waterloo & Tur
coins de Quartier general à
Comines , & l'Artillerie à la
tefte des Troupes . Le Prince
Eugene alla camper à Mouron ;
le gros Canon des Ennemis é
toit encore ce jour - là au Sas
de Gand.
Le 21. Les Ennemis ne firent
aucun mouvement felon que le
raporterent des Deferteurs qui
vinrent en grand nombre.
Mr le Maréchal de Villars
372 MERCURE
retira les Troupes qui eſtoient
difperfées dans l'Artois , pour
les faire fubfifter plus facilement.
On comptoit qu'ily avoit
du fourage à Douay & à Arras
pour plus d'un mois.
On fe vantoit dans l'Armée
ennemie que pendant que Mylord
Marlborough avec une
Armée auffi forte que la noftre
tiendroit Mr de Villars en
échec , le Prince Eugene marcheroit
fur Aire avec vingt- cinq
ou trente mille hommes qu'ils
prétendent avoir plus que nous.
Mr de Villars , qui ne neglige
rien , ffit conduire à Aire tout
ce qu'on puc raffembler des
chofes neceffaires à un Siege.
Le
22. les
Ennemis
occupoient
les
environs
de
Lille
&
GALANT 373
& d'Armentieres , & leur Avantgarde
eftoit à Seclin.
Mr de Villars envoya des
Courriers pour faire avancer
les Troupes qui occupoient les
derrieres fur la Somme & fur
l'Authie 3 celles qui estoient
depuis Cambray jufques à Oify
devoient auffi joindre l'Armée .
Les Gardes du Corps arrivece
jour- là , & le refte de
de la Maiſon du Roy avoit déja
precedé.
ren
Le matin du même jour nôtre
Armée le mit en mouvement
, & une partie paffa le
Pont à Vendin & marcha fous
Doüay. On crut que c'eftoit
pour faciliter la jonction du
Corps qui venoit du coſté de
Cambray.
Juin 1709.
Ii
374 MERCURE
Les Ennemis tinrent un grand
Confeil de guerre à Loo , où il
fut refolu , à ce qu'on affura ,
de donner Bataille , nonobſtanɛ
les grandes conteſtations qu'il
y eut à ce fujet.
Le 23. lès Ennemis acheverent
d'entrer dans la Plaine de
Lille , & la Revûë generale de .
leurs Troupes fe devoit faire le
lendemain entre Seclin & War.
tignies de forte qu'ils pou
voient estre en prefence le 26.
Le 24. la gauche de nôtre Armée
eftoit à Cuinchy , & la
droite s'étendoit vers Doüay.
Elle avoit le Canal devant elle ,
dont les creftes font d'une hauteur
& d'une largeur extraordinaire,
& couverte par des Retranchemens
& par des Marais
GALANT 375
prefque impraticables .
Les Ennemis s'avancerent
fur trois Colomnes , l'une commandée
par le Prince Eugene
qui venoit de Hautbourdin fur
la Baffée ; l'autre côtoya la Deu
le du côté de Seclin , commandée
par Mylord Marlborough ;
& la troifiéme venoit du Pont
à Marque. On apprit qu'ils vouloient
faire trois attaques , une
à Berclan fur le Canal ; l'autre
au Pont à Sault fur le même
Canal & la troifiéme à nos
Lignes vers la Baffée. On
croyoit que les deux premieres
feroient fauffes & que la
derniere feroit la veritable .
Nous avions du cofté des Lignes
sfoixante - treize Bataillons
pour les recevoir , &
Ii ij
376 MERCURE
fur la hauteur de Cambrain ,
qui eft la gauche des Lignes ,
cent pieces de canon . Le refte
de noftre Infanterie confiftant
en foixante Bataillons bordoit
le Canal pour foûtenir les autres
attaques . La Cavalerie
eftoit campée de maniere à foutenir
cette Infanterie , & toute
noftre Armée à portée de fe
joindre au premier fignal .
Mr le Maréchal de Villars
écrivit à Mr de Survile Commandant
à Tournay , qu'il pouvoit
y refter avec les 8. Bataillons
& les Dragons qu'il devoit
mener à l'Armée .
Des
Deferteurs rapporte
terent ce jour - là qu'on ne pouvoit
voir plus de mifere qu'il y
en avoir dans Lille , où le ComGALANT
377
merce eftoit tout- à - fait ceffé .
Mr le Chevalier de Luxembourg
avoit joint l'Armée avec
les Troupes qu'il commandoit ,
& Mr le Maréchal d'Arco , qui
commande aprés Mr le Maréchal
de Villars , avec celles des
Electeurs.
Le 25. on vint donner avis à
Mr de Villars que les Ennemis
avoient retiré le canon qui étoit
à Varrin , que ce canon eftoit
retourné à Lille , & qu'on l'avoit
fait fortir auffi - toft de cet-
Ville par la Porte de la Madelaine
.
Mrle Maréchal de Villars fit
bien boire un Trompette des
Ennemis qu'il chargea de dire
à fes Generaux que fi fes Retranchemens
les empêchoient d'avancer
Ii iij
378 MERCURE
il les feroit abattre dans le moment.
On diftribua ce jour là de
l'argent à toute l'Armée.
Le 26. les Ennemis allongerent
leur droite vers la Lys fans
paffer cette Riviere , & leur
gauche fit un mouvement fans
paffer la Deulė ,
Noftre Armée ne fit pas le
moindre mouvement , & elle
n'en devoit point faire que les
Ennemis n'euffent pris un parti.
Mr de Villars fit rafer plufieurs
Villages depuis les Lignes
jufques à la Baffée, & abattre
tous les Buiffons , difant qu'il
vouloit voir clair . Il y avoit de
la poudre & du plomb à la tefte
de tous les Regimens .
Le 27. Les Ennemis qui avoient
fait reconnoitre l'ArGALANT
379
mée de Mr le Marechal de
Villars , & qui avoient appris
qu'elle eftoit en beaucoup meilleur
état qu'ils n'avoient cru ,
prirent le party de fe feparer.
Une partie eft à Warneton ; &
l'autre à l'Abbaye de S. Amant,
dont elle fe faifit . Ily avoit trois
jours que Mr de Villars en avoit
fait arracher les Paliffades . Il
y eftoit neanmoins rellé cent
hommes , avec ordre de fe retirer
auffi - toft . que les Ennemis
paroiftroient , ce qui a efté
executé .
*
Je ne vous ay point parlé de
divers Partis des Ennemis qui
ont efté enlevez depuis louverture
de la Campagne , & de
la maniere honnefte dont Mr
de Villars a traité les Officiers
380 MERCUR
qu'il a renvoyez , aprés leur
avoir fait voir le bon estat de
fon Armée , afin qu'ils en affuraffent
leurs Generaux , & qu'-
ils leurs diffent de ſa part que
lors qu'il s'agiroit de combattre
, il feroit toûjours preſt de
faire la moitié du chemin .
Mr de Surville , Commandant
à Tournay , a fait enlever
prés d'Ath , par un Parti de fa
Garnifon , huit Officiers des
Ennemis , & le Maiftre d'un
Cabaret , où ils fe divertif
foient.
Je puis vous affurer que le
Journal que je vous envoye eft
unique , & que perfonne ne l'a
vû , du moins en Corps , l'ayant
tiré de plus de trente Lettres ,
écrites par des Officiers & mê -
GALANT 381
me par des Officiers Generaux
, & par des Officiers des
Places qui font proche du
Camp de Mr de Villars Un
pareil Ouvrage eft beaucoup
plus difficile que l'on ne croit ,
parce que toutes les Lettres
ne s'accordent fouvent pas toûtoujours
& particulierement
fur les dattes ; mais comme j'ay
vû beaucoup de Lettres qui parloient
des mêmes Articles , jay
preferé ceux qui fe trouvent
dans plufieurs Lettres , à ceux
qui ne font que dans une Lettre
feulement .
Le Service folemnel fait pour
le repos de l'Ame de S. A S.
feu Monfieur le Prince de Con .
ty , demandant un grand détail
je fuis obligé de remettre cet
382 MERCURE
Article au mois prochain.
On commence à debiter icy
an Livre intitulé Recü il de diverfes
Pieces touchant les Prelimi
naires de Paix propofez parles Al
liez& rejettez par le Roy. Il n'eft
pas neceffaire de vous dire l'empreffenent
avec lequel on court
acheter ce Livre. Vous en
pouvez juger par le Titre qui
doit exciter beaucoup de curiofité
Cet Ouvrage eft remply
de Pieces qui fervent de preuves
à par
les choſes avancées
par l'Auteur , qui ayant pretendu
, qu'on ne retiraft feulement
qu'une partie des frais de l'Inpreffion
de fon Livre , pour
s'acomoder au temps , & afin
qu'il fe repandit plutoit dans
toute l'Europe , eft convenu
GALANY 383
avec le Libraire qui le vend
qu'il le donneroit pour huir
fols . Ife débite chez Michel
Brunet , grande Salle du Palais
au Mercure Galant .
Vous jugerez ailement par
les grands Articles qui fe trouvent
dans ma Lettre , & que je
n'ay pu diferer de vous envoyer ,
qu'il me reste un grand nombre
d'Articles fort
confiderables ,
& pour lefquels je ne pouray
qu'à peine trouver place le mois
prochain , jugeant bien
que la
Campagne qui fera alors ouverte
de tous coftez , me fournira
beaucoup de matiere. Je fuis.
Madame , voſtre , & c.
A Paris ce 30. Juin 1759
A VIS.
·
LYON
Le Mercure de Juillet fe debr
tera le Vendredi 2. Aouft,
DELA
TABLE.
E
Loge du Roy prononcé dans le
College Royal par Mr Geoffroy,
de Academie des Sciences , .
Docteur en Medecine ,
Homelie prononcée
par le Pape
Le jourde Paques , dans l'Eglife
f
5
17
de Saint Pierre
Article contenant des détails trescurieux
à l'ocafion de ce qui s'eft
paffe touchant la Defcente de
la Chiffe de Sainte Geneviève
& rempli de faits qui n'ont point
encore efté rendus Publics , tant
-à l'égard du Ceremonial
beaucoup d'autres chofes
que
de
36
Article le plus furprenant dont on
ait jamaisparlé
Nouvelles circo ftances de
taille de la Gudiña
Premier Article des Morts .
141
la Ba .
149
175
TABLE.
C
Defcription de la manière dont les
ruës de Madrid eftotent decorées
lejour que Le Prince des Afturies
y fit fon Entrée après la grande
Ceremonie dont on a veu trois
belles Defcriotions 214
Mr l'Abbé Godet Morinville
eftnommé Coadjuteur de Chartres
226
Benefices donnez par le Roy , dans
la derniere Promotion 235
Mort de Mr le Duc de la Trimouille
, & Charge de premier
Gentilhomme de la Chambre
donnée à Mr le Prince de Tarente
fonfils 259 .
Articles contenant plufieurs expeditions
nouvellement faites par
la Marine de France 263
Troifiéme Articles des Morts 179
Relations diverfes , contenant des
Juin 1709 .
Kk
TABLE.
Nouve les de toutes les Armées
298
d'Espagne
Nouvelles Prifes faites par divers
Baftimens François 308
313
Mariages .
Mr Amelot monte à la place de
Confeiller d'Etat Ordinaire , &
Mr d'Argenfon à celle de Confeiller
d'Etat Semestre 323
Mr Voifin de la Noyraye , nommé
par le Roy à la Charge de Secretaire
d'Etat du departement
de la Guerre
329
Mr de Bouville monte à la Charge
de Confeiller d'Etat Ordinaire ,
& Mr de Vaubourg , eft nommé
à celle de Confeiller d'Etat Semef
tre
335
'Mr de Nointel Bechameil , eft
nommépar Sa Majesté Inspecteur
General des vivres defes Armées
338
TABLE.
Grammaire du Pere Buffier 339-
Regiment de la Marine acheté par
Mr le Marquis de Cany
341
Vers à la gloire de Mrle Maréchal
de Bervvick
342
Charge d'Ecuyer du Roy donnée à
Mr des Epiney
345
Lettre Paftorale de Mr l'Evêque
de Nimes
346
Départ de Monfieur le Chevalier
de Saint Georges pour l'Armée
Article des Enigmes
C
354
355
Acouchement de Madame la Ducheffe
de Bourbon
360
Journal de tout ce qui s'eft paffé en
Flandre depuis l'ouverture de la
363 Campagne
Service folemnel pour le repos de
Lame defeue S. A. S. Monfieur
le Prince de Conty , reſervé 381
TABLE. *
Recueil de diverfes piece touchant
les Preliminaires de Paix propofezpar
les Alliez, & rejettez
par le Roy
Articles refervez ,
1893*
ཁྐྲག་
382
383
L'Air, Vous m'aimez, page 322 .
L'Air , Plus je bois , page 359.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le