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Zugua
BIBLIOTHÈQUE
" Les
Femola "
S. J
60 –
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
MARS 1709 .
JERS
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant .
Bist
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
P
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIX,
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puifque
malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on nélige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez, étant impoffible
de deviner lenom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
• nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
MERCVRE
GALANT
MARS
1709.
DEpuis
trente - trois ans
que je vous adreffe mes
Lettres hiftoriques , il ne s'en
trouve aucune qui ne commence
par quelque Article qui
regarde le Roy , & felon le
A iij
6 MERCURE
plan que je me fuis formé d'abord
, j'ay placé à la teſte de
ces mêmes Lettres les Eloges
compofez
tant par les beaux
efprits de France , que par ceux
des Pays Etrangers
; car nonobftant
les temps
de guerre ,
les grands hommes
font toujours
reconnus
pour ce qu'ils
font , ce qui a fouvent
attiré
des applaudiffemens
au Vers
qui fuit.
Fadmire la valeur dans mon
Ennemi même.
Et quand je n'ay pas trouvé
des Ouvrages qui meritaffent
de vous eftre envoyez , car il
GALANTA 7
s'en trouve un grand nombre
où le zele éclate beaucoup plus
que l'efprit ne brille , ce qui ne
fuffic pas pour rendre un Ouvrage
public. Quand , dis je
je n'en ay pas trouvé qui fuffent
dignes d'eftre mis dans un
grand jour , j'ay parlé moymême,
& vous ay raporté les
principales actions d'un Monarque
dont on peut dire que
la vie a toujours efté un tiffu
de vertus & d'actions toutes
merveilleuſes ; ce qu'il a fait
pour la Religion ; ce qu'il a
fait pour la gloire de la Fran
ce ce qu'il a fait pour le main-
A iiij
8. MERCURE
tien des Loix , pour les beaux
Arts
, pour les Sciences
, pour
les belles- Lettres , & pour l'établiffement
du Commerce
dans un Etat où il eftoit peu
étendu avant fon regne , &
pour épargner le fang de fes
fujets , en aboliffant les duels ,
ainfi qu'une infinité d'autres
actions dignes de remarque ,
dont le détail feroit trop long ,
vous devez bien juger que tant
de chofes éclatantes , & dignes
d'une éternelle memoire
m'ont fourni de riches matieres
pour les commencemens
de mes Lettres. Je crois que
GALANT 9
vous avez fouvent remarqué
la difference qui fe trouve entre
des Eloges hiftoriques &
remplis de faits , & des Eloges
compofez des diverſes & belles
qualitez qui fe trouvent en diferentes
perfonnes , & attribuez
à une feule . Il n'eft prefque
pas neceffaire que l'Auteur
parle dans les premiers , puifque
les faits qui parlent d'euxmêmes
, fuffifent pour faire
l'Eloge de ceux à qui les louanges
font veritablement dûës ,
& que les Eloges qui font de la
nature de ceux dont je viens
de vous parler, ne prouvent
10 MERCURE
rien en difant beaucoup , &
font fouvent donnez à des
perſonnes qui ne ſe reconnoiffent
elles - mêmes ; de mapas
niere qu'en changeant les noms
de ceux à qui ils font adreffez ,
peuvent eftre donnez à tous
les hommes d'un certain caractere
, fans qu'il s'y trouve
ils
neanmoins aucune verité.
Je viens à ce qui regarde le
Roy , qui eft au deffus de tous
les Eloges , que l'on ne peut
toucher fans affoiblir tout ce
qu'il a fait de grand , & qui luy
en a fait meriter le furnom.
Auffi jamais Monarque n'a- t-il
GALANT 11
peut eftre efté plus aimé de fes
fujets . En voicy un exemple
des plus éclatans , & des plus
finguliers .
r
а
Mr de Betouland , Gentilhomme
né en Gascogne ,
qui faifoit fa refidence à Bordeaux
, qui aimoit beaucoup
les belles - Lettres ; qui en faifoit
profeffion , & dont je
vous ay fouvent envoyé des
Ouvrages qui ont eſté fort aplaudis
, en ayant fait pour le
Roy qui ont eu les mêmes applaudiffemens
, & Sa Majeſté
fçachant qu'il avoit affez de
12 MERCURE
bien pour ne chercher què de
la gloire , luy, donna une Medaille
d'or qui peut paffer pour
un Medaillon , & dont la
face droite reprefente le Buſte
de Sa Majefté , & la gauche
la tefte de Monfeigneur le
Dauphin , & celles de Meffeigneurs
les Princes . Mr de Betoulaud
qui eftoit déja charmé
de la perfonne du Roy ,
ainfi qu'il l'avoit fait voir
dans plufieurs de fes Ouvra
ges , le fut encore davantage
l'orfqu'il en eut reçû la Medaille
dont je viens de vous
parler.
>
>
GALANT 33
C
S
Ce Gentilhomme vient de
mourir , &'il a fait un Teftament
par lequel il a laiffe un
fond de 6000. livres pour
donner chaque année un prix
de 300, livres à la perfonne ,
qui au jugement de l'Acade
mie Françoife , fera la plus bel
le piece d'Eloquence à la gloire
du Roy. Il a auffi laiffé à ce
Monarque par le même Tef
tament , quantité d'Agathes
antiques , des plus belles &
des plus Curieufes. Il à aufft
Faiffé à l'Hoftel de Ville de
Bordeaux , la Medaille dont
je viens de vous parler , à con
all
14 MERCURE
dition que le premier Jurat
la portera attachée ſur fon
coeur les jours de Ceremonic.
(013) bart
Je ne crois pas vous avoir
mandé depuis trente- trois ans
rien d'auffi fingulier , ni
qui marque davantage le
grand amour d'un ſujet pour
fon Roy.
Je vous envoye tous les ans
un détail de tout ce qui s'eft
paffé en Canada pendant le
cours de l'année. Voicy le dernier
que j'ay reçû ; il paroiſt
fort exact , & l'Auteur fait
GALANT
15
voir le caractere d'un honnefte
homme qui rend juftice à tout
le monde.
A Quebec le 16. Novembre
1708 .
MONSIEUR ,
Les Vaiffeaux qui font partis
cette année de la Rochelle pour le
Canada , ont mis trois mois & dix
jours à faire leur a traversée ; ils
avoient mis à la voile le 8. de
Fuillet , & ils nefont arrivez ici
a C'eft le trajet par mer, qui fe fait d'un
Port àun autre.
16 MERCURE
que le 16. d'Octobre dernier. A
peine les avons - nous vûs moüillez
quelques jours dans noftre Rale
bruit s'eft répandu par
de
,дне
tout que l'un d'eux devoit aller
aux b Ifles , & l'autre à Plaifance
; & que l'on ne pourroit
écrire que par la Flute appellée
le Duc de Berri , dont juſqu'à
aujourd'huy nous n'avons au-
Ce qu'on appelle communément les
Ifles , ce font celles qui fe trouvent
des deux coftez du Tropique du
Cáncer , allant au Golfe du Mexique.
Les Iles font à peu prés entre
le 10. & le 28. degré de latitude
Nord.
e C'est un Port de mer & une Place for
te que les François poffedent au Sud
de la grande fle de Terre- neuve.
GALANT 17
cune nouvelle.!
d
Comme le coup de partance eſt
tiré , & que nos deux Navires
repaffent en France directement ,
je vous écris par l'un d'eux ; x ; c'eſt
une Fregate nommée l'Africain
commandée
par
Mr de la Grange.
Le Trident , Baftiment de 120.
tonneaux l'accompagnera en retournant
, comme il l'a fait en venant,
fous la conduite du Pilote
Chaillot. Il n'eft point venu à
Quebec de Vaiffeau de Roy cette
année.
d. C'eſt le coup de canon qui fe tire ,
lor qu'on le prepare à mettre à la voile
, on n'y doit mettre cependant que
demain 17. Novembre .
Mars
1709.
B
18 MERCURE
Peu de jours aprés le départ des
Naires de devant cette Ville
l'année derniere , ( 1707. ) une
famille entiere établie depuis plufieurs
années dans la Nouvelle
Yorck & à Orange , eft venuë
s'habituer à Montreal , qui eft
une jolie Ville , éloignée de Quebec
de foixante lieues , en remon
tant le Fleuve S. Laurent.
Le Colonel Marsh , qui deux
fois l'année paffée s'opiniâtra ; &
cela , par ordre de la Princeffe
e Orange eft une petite Ville , dans le
Gouvernement de la Nouvelle Forc
qu eft un Pays contigu à la Nouvelle
Angleterre, dans l'Amerique Septentrionale
.
GALAND 19
T
Anne , à vouloir affieger le Port-
Royal d'Acadie , Pays appartenant
à la France , a ,felon le bruit
qui a couru ici , efiépendu dans la
Nouvelle Angleterre , parce qu'il
avoit manquéfon coup aprés a voir
promis jufqu'à deux foisfurpeine
de la tefte , d'enlever le Port-
Royal avec fon Gouverneur , &
de fe rendre maistre de toute l'Acadie.
Les Anglois ne font point
venus cette année attaquer une
troifiéme fois cette Place , comme
ils avoient menacé, de le faire
le mois de Septembre dernier. Mr
Marquis de Vaudreüil Gouverneur
General de la Nouvelle
Bij
20 MERCURE
France , a fçu par un Anglois
'on leur a pris , qu'ils avoient
à la verité fait quelques levées
à cet effet , mais dans la fuiqu'on
a
que
te ils avoient abandonné ce deffein.
Mylord Dudley Gouverneur
de Bafton , Capitale de la Nouvelle
Angleterre , a renvoyé quelques
François pris au Siege de
Port - Royal d'Acadie , &on luy
arenvoyéles fiens que nous avions
faits prifonniers.
Mr d' Aigremont Commiffaire
General des Troupes de Canada,
a par ordre de la Cour fait un
voyage confiderable du cofté des
GALANT 21
1
grands f Lacs . Il a viſité g Kataracoüy
, autrement dit le Fort
f Ce font les Lacs Ontario , Erié , des
Hurons , des Ilinois , & celuy qu'on
appelle fuperieurà caufe de fon grand
éloignement & de fon exceffive éten
duc. Ces Lacs font , ce me femble ,
entre les 41. ou 42. degrez & le 48 .
ou 49. de latitude feptentrionale.
g Kataroconi , ou Catarakoüy , comme
on dit ici , & le Fort bâti par feu Mr
le Comte de Frontenac , c'eft la même
chole ; c'eft un Pofte avantageux
qui eft aux François , à la rive droite
du Lac Ontario , ou Lac de Frontenac
, le premier des grands Lacs que
l'on rencontre en remontant le Fleuve
S. Laurent. Kataracoüy eft denviron
80. lieuës de Montreal , à prés
de 44. degrez & demi de latitude
Nord.
22 MERCURE
h
Frontenac ;
Miffilimakinac ,
qui eft un établiſſement
celebre
& le ; Détroit ; cet Officier doit
rendre compte
à Mrs les Minif-
>
tres de tout ce qu'il aura remar-
Miffilimarinac eft une Ifle & le lieu
d'un Fort & d'un Magafin , il eft firué
entre le Lac Huron ou Machigané ,
& le Lac des Ilinois . Ce Pofte parbiſt
eftre à la même élevation de Pole
que Montreal ; c'eft- a- dire à 45. degrez
& prés deb . minutes de lati
tude Septentrionale
.
iLe Détroit eft un nouvel établiſſe
ment qui eft éloigné de la Ligne de
42. degrez & demi, entre le Lac Erié,
où du Chat , & le Lac des Hurons ,
il est tout proche le Lac de Sainte
Claire. Voyez la defcription que j'ay
faite du Détroit , dans ma Lettrede
1706.
GALANT
23
que fur ces trois endroits , & en
faire un rapport fidele & fincere.
Il est tombé le 16. Janvier
cette année , deux pieds de neige
Montreal , & fixpieds en d'autres
endroits. Il a fait froid en ce
pays-ci au mois deJuin & même
en Aoust.
Nos Sauvages
Abnakis ont
levé, en differentes
occaſions ,plufieurs
chevelures
aux Anglois ;
K Il y en a auffi de ce nom dans la nouvelle
Angleterre .
Aprés que les Sauvages ont tué , foit
avec leurs maffuës , fléches , ou fufils ,
ils incifent & coupent la peau du
front de la tefte du mort , luy ' event
la chevelure & la portent au bout de
24 MERCURE
nous avons deux ou trois Partis
actuellement
en campagne ; le plus
confiderable eft d'environ foixante
hommes , tous Abnakis. La jeuneße
Angloife fouffrant impatiemment
que nos Sauvages vinf
fentfifouvent inquieter les Habitations
de la Nouvelle Angleterre
, refolut le Printemps dernier
( 1708. ) defaire un Parti ellemême,
& de venir fondre fur le
Canada ; ceux qui fe trouverent
de bonne volonté donnerent leur
leurs arcs , ou fufils ; lorfqu'ils font
arrivez dans leurs Villages ou abanes
, ils arborent ces chevelures , à
l'entrée de leurs Cabanes , en manicre
de Trophées.
nom
GALANT 25
nom au Gouverneur de Bafton
Mylord Dudley leur accorda le
choix de leurs Officiers ; mais
Peter - Schuyler , autrement &
felon la prononciation des Anglois
, Pitre Sculle , Commandant
ou Major d'Orange , Ville
de New - Yorck dont je vous ay
déja parlé, vint apprendre à Mr.
Dudley
que nos Sauvages ne
viendroient point infefter les Habitations
Angloifes ; c'est que Mr.
Pierre Schuyler en avoit gagné
quelqu'un par des prefens , car il
eft adroit, cette nouvelleporta Mylord
Dudley à rompre le deffein
des jeunes Soldats Anglois ; Mr
Mars 1709 . C
26 MERCURE
Dudley ne vouloit pas chercher
noife . Cela n'a pas empêché nos
Iroquois d'aller en maraudefur les
Coftes de la Nouvelle
Angleterre
d'en amener des prifonniers
.
Le Comte de Cornburg
Con
fin germain de la Princeſſe Anne
de Dannemark
, eft , dit-on , rappellé
de fon Gouvernement
de la
New Yorck e de Manhate. On
virvoit enpaix avec luy. Ce Seigneur
a esté connu ci- devant fous
le nom du Comte de Clarendon
du temps du feu Roy Jacques II.
Il eft petit fils du Chancelier
d'Angleterre
Mylord Hyde . Le
Comte de Clarendon
a efté attaGALANT
27
ché au parti du RoyJacques , mais
il tourna cafaque avec Mylord
Churchill , à prefent Marlborough
, lorfque le Prince d'Orange
entra en Angleterre par Torbay
, & s'avança avec fes Troupes
du côté de Londres ; Mylord
Clarendon & Mylord Churchill
commandoient chacun un
·Regiment dans ce temps- là.
Pendant l'hiver de 1707.0
1708. les Anglois d'Orange
ont efté fort alarmez , s’iman
à
n. On les appelle icy les Flamans d'Orange
à caufe qu'autrefois la nouvelle
Yorc où ils font le nommoit
auparavant les nouveaux Pays-bas.
Orange s'appelle aufli A bany.
Cij
28 MERCURE
ginant que nous devions les aller
affieger. Cette terreurpanique leur
a fait venir deux mille hommes
de o Manhate qu'ils ont nourri
l'espace de deux mois.
Nous avons vû en Canada
depuis quelques mois beaucoup de
fauffes Cartes. Les Cartes font
la monnoye ordinaire du Pays
ainfi des fauffes Cartes , c'eft de
la fauffe monnoye. Il faut vous
expliquer ce que c'est que ces Cartes
: ily en a depuis, dix fols juf-
Manhate , vulgairement la Menade ,
eft la principale Ville de la nouvelle
ou New-Yorc , & le lieu ou refide
d'ordinaire le Gouverneur,
J
GALANT 29
qu'à trente deux livres . Des Cartes
à jouer , coupées de certaine
longueur & de certaine largeur ,
marquées dans le blanc , font l'ar
gent courant du Pays . La Carte
de dix fols a environ deux poucès
de long, & prés d'un de larges
elle eſt rognée aux quatre coins
pour la diftinguer d'une autre de
même grandeur , ou approchant
mais d'un prix plus haut. Ce n'est
que depuis quelques années que
4
l'on a en Canada des Cartes de
dix fols. La Carte de vingt fols.
eft un peu plus grande que celle de
dix fols , & celle de quarantefols.
plus que celle de vingt . Celle de
C iij
30 MERCURE
quatre francs fait prefque la moitié
d'une Carte à jouer. La Carte
de feize francs eft dans toute
fa longueur : c'est une Carte entiere
, mais le prix & les autres
marques quiconftituent cette monnoye
en fon efpece , font mis en
travers , on ofte un peu de la
largeurpour la diftinguer d'avantage
de la Carte de trente-deux
livres , qui a la Carte à jouer
dans toute fa longueur & dans
toute fa largeur, & le prix en
eft écrit d'un fens contraire à celle
de feize livres , c'est- à - dire de
haut en bas. Je vais vous ap
prendre ce qui donne le prix
GALANT 31
14
#
ces Cartes coupées differemment.
Dans la partie fuperieure de la
Carte font trois Empreintes ou
Repreſentations d'armes faites
avec un espece de poinçon au coin;
les Armes du Roy font au milieu,
à la droite de celles de Sa Majefté
fe voyent celles de Mr le Gouwerneur
General ; à gauche est
l'Ecu de Mr l'Intendant ; dans le
milieu de la Carte eft marqué le
prix tout au long, & l'année dans
la même ligne : par exemple trente
deux livres. 1708. an deffous
du prix eft le nom du Tréforier
avec fon paraphe. Depuis quel
que temps Mr l'Intendant met
C
iiij
32 MERCURE
fon nom au dos de chaque Carte.
Lorfque j'ay dit que les Cartes
eftoient la monnoye ordinaire du
Canada , je n'ay point pretendu
exclure l'or ni l'argent , car on en
voit icy; mais ces metaux font
beaucoup plus rares , & ils nous
fervent pour payer les marchandifes
qui nous viennent de France
des autres Pays . On ne voit
icy aucun liard ; la moindre monnoye
font les fols marquez , dont
nos Sauvages font extremement
avides , parce qu'ils les comptent
·les pieces de
plus facilement que
quatrefols , dedix fols , de vings
fols , les pieces de trente cinqfols ,
GALANT 33
de fols à
les écus , où il y a je ne (say
combien de deniers
reduire , les fractions les embaraffent.
Il s'eft converti dans noftre
nouvelle France , depuis la derniere
que je me donnay l'honneur
de vous adreffer l'année paffée ,
feptou buit Anglois , tant de ceux
qui fe font rendus icy de gré àgré ,
que d'autres que L'on y a amenez
prifonniers en differens partis ,
cela par le miniftere d'un tres- zelé
Ecclefiaftique de Saint Sulpice qui
poffede l'Anglois en perfection , &
qui les gagne par fa douceur &
parfa patience encore plus que par
34 MERCURE
Jon habileté dans la Controverfe.
Vers le mois de Juin de cette
année , à commencé icy une maladie
qui a emporté beaucoup de
monde , plus de grandes perfonnes
que d'enfans. Ce mal s'est étendu
depuis l'Ile de Montreal , jufques
aux Habitations des environs
du Lac de Saint Pierre
c'eſt-à - dire dans l'efpace de 20. à
2.5. lieuës . Cette maladie porte
avec elle les mêmes fymptômes
à peu prés que la pleurefie. Elle
n'estpoint encore ceffée , quoyqu'elle
ait paru avoir quelque interruption
depuis la fin du mois
d Aoustjufqu'aux derniers jours
GALANT 35
de Septembre. Mr de la Gemeraye
, Capitaine en eft mori . Le
mal recommençant
, le Clergé feculier
de Montreal a exhorté Mrs
nos Gouverneurs
àfaire un voeu
à Saint Roch; ony a confenti ,
qui plus eft on a propoſe de baſtir
une Chapelle en l'honneur de ce
Saint , ce qui fera executé auffi
bien qu'une Meffe Solemnelle que
l'on dira à perpetuité le jour de la
Fefte du même Saint Roch. Mr
Baudot , Chirurgien
Major &
tres -galant homme , eft mort au
commencement
de ce mois ( Novembre
) Mr Hazeur Confeiller
au Confeil Souverain
de Quebec ,
36 MERCURE
1
mourut fubitement à la fin du
mois deJuillet dernier. C'eftoit un
digne Officier de Judicature , toutà
fait integre , & aimé dans tou- ›
te la Colonie. La mortalité a efté
auffi parmi les Iroquois , & en
particulier chez les Sononthouans
, qui font nos bons p amis
; il en est mort jufques à cent ›
ou davantage , en moins d'un
Des cinq Nations Iroquoifes , il
y
en a une toute entiere qui eft pour
nous ; c'est la Nation des Sonons
thoüans ; elle eft fans contredit la
plus nombreufe des cinq , & celle des
Iroquois dits Googoüins eft partagée
dans deux interefts differens ; fçavoir
entre nous & les Anglois ; le
Chef du party& de la moitié de cet-
I
1
GALANT 37
2
mois ; c'est ce que nous a appris
Mr de Junquieres , cy- devant
Capitaine des Gardes de feu Mr
de Callieres , Gouverneur general
de la nouvelle France , qui menage
parfaitement bien nos interêts
chez les Iroquois , auprés defquels
depuis plufieurs années il eft envoyépar
Mr. le Marquis de Vaudreuil
noftre Gouverneur general ,
qui a eu le malheur de perdre deux
de fes fils les plusjeunes . Le Convoy
du dernier s'eftfait avec tout
l'appareil poffible au Montreal.
te Nation qui eft pour nous , s'appelle
la Grande Terre : l'autre Chef fe
nomme Ganiforé , & il eft pour les
Anglois.
38 MERCURE
Les Gardes de Mr de Vaudreuil
march oient autour du Corps; quatre
petits Gentilhommes âgezfeulement
de cinq ans portoient les
coins du drap qui eftoit blanc
parfemé de fleurs. Nous avons
auffi perdu cette année Mr de
Granville , Capitaine.
On vient de faire dans cette
-Capitale de la nouvelle France ,
un Service folemnel avec toute
dont nous fommes capa- la
pompe
bles , pour Me la Comteffe de
·Pontchartrain , dont nous avons
appris avec beaucoup de douleur
la mortpar les Vaiffeaux quifont
arrivez devant Quebec le mois
paſſé.
GALANT 39
Le plus illuftre d'entre les morts
de cette année dans la Colonie , eft
Mr de Laval- Montmorency
ancien premier Evêque de Canada
; il eft extremement regretté.
Ce Saint Prelat ayant voulu jufques-
à la fin de fes jours édifier
fon peuple & le troupeau qui
luy avoit efté confié , affifta le Vendredy
Saint dernier à tout l'Office
dans fa Cathedrale ; & comme
le froid eftoit extraordinairement
piquant ce jour- là , & le
plus fenfible qu'on ait jamaisfenti
dans la nouvelle France , à ce que
difent les anciens du Pays , il en
futfaifi de telle maniere , qu'un
?
4
40 MERCURE
defes pieds s'eftant trouvégélé ,
on voulut luy faire quelques incifions
, ce qui luy cauſa une fievre
, qui au bout de quinzejours
ou environ , nous l'enleva. Ce
fut le 6. de May; il eftoit âgéde
quatre-vingtfix ans . Il avoit été
facré Evêque de Petréeen 165.9.
"à Paris , à l'Abbaye Saint Germain
des Prez , par le Nonce du
Pape , &fait Evêque Titulaire
de Quebec ( où il eftoit dés- lors )
en 1673. On peut dire que fon
Convoy a efté un espece de Triomphe
, & que fes obfeques ont efté
celebrées avec toute la folemnité
que l'on peut defirer. Il a estépor
GALANT 41
te
téfur les épaules des Preftres &
des Diacres par toutes les Eglifes
de Quebec , avant d'eftre depofe
dans la Cathedrale . Chacun s'empreffoit
d'affifter à un spectacle auf
filugubre en même temps auffi
refpectable ; tout le monde le regrette
comme fi la mort l'avoit enlevé
dans la fleur de fon âge ,
c'eſtque la vertu ne vieillit point .
pour moy qui ay goûté plus d'une
fois les charmes & la douceur de
fa converfation , j'ay efté souché
autant que qui que cefoit de la
perte d'un fi grand Prelat. On re
marque qu'ily avoit prés de cin_
quante ans qu'il eftoit en Canada
Mars 1708. .D
晨
42 MERCURE
&
avant d'eftre promû à l'Epifcopat
, il avoit efté Grand Archidiacre
d'Evreux, on le connoifoit
alors en France fous le
nom d'Abbé de Montigny. Lorfqu'enfin
même aprésſa mort, Mr
Ancien ( car c'eft ainſi qu'on l'appelloit
ordinairement ) eut vifité
toutes les Eglifes de fon Siege
Epifcopal , ilfutportédansfa Cathedrale
, où l'un de Mrs fes
Grands Vicairesfit fon Eloge Funebre:
il s'y trouva un grand
nombre ( au moins pour le Pays
d'Ecclefiaftiques Seculiers & Reguliers
: toute l'Eglife eftoit tendue
de noir ; le Lit de parade étoit
GALANT 43
magnifique, fort élevé , & entouré
d'un grand nombre de chande
liers : les Armes de l'Evêque fe
voyoient par tout.
寫Les Eglifes de la nouvelle
France ont fait des Services folemnels
pour le repos de l'ame de
ce vertueux Prelat . Le trentiéme
jour aprés fon decés , Mr de la
Colombiere , Archidiacre &
Grand Vicaire de ce . Diocéfe
prononça dans la Cathedrale de
cette Ville une Oraifon Funebre
dans laquelle on remarqua un
goust du vray, & une idée du
Jolide , dans le choix des chofes
qu'il dit à la louange de l'illuftre
Dij
44 MERCURE
de
deffunt , ce qui eft le caractere de
la veritable Eloquence
. Mr q
Belmont , auffi Grand Vicaire &
Superieur des Miffions de Saint
Sulpice dans l'Ile de Montreal ,
en fit une dans l'Eglife de Noftre-
Dame de Ville- Marie , qui atl'applaudiffement
de toutes
les perfonnes de bon gouft. Le
Corps du vertueux & Saint Evêque
a efté mis dans un Cércueil
de plomb , & enterré au milieu
du Sanctuaire de la Cathedrale
: voicy ce que l'on a gravé
9
sira
Il eft fils d'un Prefident à Mortier au
Parlement de Grenoble .
Eglife principale de Montreal,
GALANT 45
fur fon Tombeau , au deffus de
fes armes qui font de Montmo
rency , l'écu de Laval en abyfme.
Cy gît Mre François de Laval-
Montmorency.
Premier Evêque & Fondateur
Du Seminaire de Quebec.
Il eft mort le fixiéme May
De l'année mil fept cent huit ,
La quatre- vinge fixiéme de
fon âge ,
La cinquantiéme année de
fon Sacre.
La memoire de fes vertus
Et de ce qu'il a fait à
46 MERCURE
Pour augmenter la Foy
Dans la nouvelle France ,
N'y mourra point ,
Tant que la Religion Catholique
y fubfiftera.
Requiefcat in pace.
Il s'eft operé des merveilles
aprés la mort de Mr l'ancien Evêque
de Canada , felon le témoignage
qu'en rendent des per-
Jonnes de vertu , & celles qui ont
reffenti des effets de fa Sainteté.
Souffrez que je vous renvoye à
la Lettre que je pris la liberté de
vous écrire d'icy en 1706. pour
GALANT 47
Je
y revoir le portrait de feu Mr le
premier Evêque de Quebec ; vous
aurez lafatisfaction d'y voir en
même temps celuy de Mr de § S.
Vallier prifonnier en Angleterre
depuis 1704.
Mr. de Breflay zelé Miffionnaire
de Saint Sulpice , & qui
les années dernieres parut à la
Cour en qualité d'Ambaffadeur
de plufieurs Nations Algonkines
dont il a foin , a marié cette année
un Sauvage âgé de cent dix
s Mr l'Abbé de Saint Vallier , cy- devant
Aumônier du Roy , nommé à
l'Evêché de Quebec en 1688. Mgr
de Laval s'étant démis .
48 MERCURE
ans , avec une Sauvageſſe qui a
quatre - vingt dix ans , aprés les
avoir baptifez : ils eftoient mariez
à la verité ; mais c'eſtoit à
teur maniere. Ily a prés de quatre-
vingt ans qu'ilsfont enſemble
fans s'eftre jamais quittez ; ils ont
un enfant qui a plus de foixante
& dix ans. Le mary eft encore
vigoureux , & d'un jugement
fain : tout le village l'écoute comme
un Oracle ; il va prefque tous
les jours à lapefche , même durant
l'hiverfur la glace.
t
Les Sauvages font un trou dans la
glace à travers laquelle ils gliffent
une ligne garnie d'hameçons , avec
La
GALANT 49
u
La a Miffion de Mr de Breflay
eft à un quart de lieuë au deffus
de l'Ifle de Montreal , s'apelle
Aoüanagafing ; elle eft composée
principalement d'Algonkins proprement
dits de Nipiffiriniens ,
de Miflifaguez , & de quelques
autres Sauvages venant des Nations
alliées des noftres : cette Mif
cela ils prennent de petites truites
Mfaumonées d'un excellent gouft.
Les Miffions chez les Sauvages en
Canada s'entendent des villages dans
lefquels il y a un Preftre pour
les
catechifer , prêcher , & les entretenir
dans la foy . Mr de Breflay s'eft
diftingué autrefois dans le monde ;
il ameftés Gentilhomme ordinaire
de Sa Majesté.
Mars
1709 .
"
E
50 MERCURE
fion eft d'environ trois cens cinquante
ames , tous Sauvages
bons x guerriers ; ce qu'ils ont fait
connoiftre à l'Expedition dont je
vais vous entretenir ; ce font les
Algonquins qui d'entre les autres
Sauvages fe font diftinguez davantage
, qui ont effé les plus intrepides
les plus prefts à aller
ཏི
aux coups.
Kers le milieu du mois de Fuillerdernier
, il s'eftformé un Parti
Le mot de guerrier eſt fott ufité en
Canada , fur tout chez les Sauvages ;
il fignifie tout homme qui eft brave ,
qui aime ou qui vaàla guerre.
GALANT ST
(
5
Si
dez Sauva- dey Canadiens ,
ges , compofé en tout d'environ
cent cinquante hommes. Mr des
Chaillons , fils aîné de Mr de S.
Ours , premier & ancien Capitaine
dans les Troupes de Canada ,
& Mr de Ronville qui en 1703 .
fit des merveilles dans la Nouvel-
1. Angleterre , & emporta la Ville
d Dearfield l'épée à la main , commandorentles
Canadiens : & Mr
de la Perriere , fils de Mr Bouy
Originaires de France , mais nés en
Canada ; ils font grands , bien faits ,
& fort alertes.
Abnaxis , Algonquins , & Iroquois
.
E ij
52 MERCURE
cher ,Seigneur de a Boucherville
eftoit à la tefte des Sauvages ; on
n'avoit tiréqu'un Sergent & trois
Soldats de toutes les Troupes reglées
qui font dans la Colonie
mais il y avoit beaucoup d'Offi
ciers fubalternes ; le Parti eftoit
tout Canadien.
Les Sauvages Abnakis chanroient
, durant leur marche , leur
chanfon de guerre accoûtumée ,
pour s'encourager & oublier en
même temps lafatigue du chemin ;
ils repetoient de temps à autre :
a Habitation confiderable à la Cofte
du Sud , & au deffous de l'Ife de
Montreal.
I
GALANT 53
Kadaoui nouppeouffann Rou
annoüdan Kouannoudannan ,
ce qui veut dire : on fe prepare
à la guerre ; ils eftoientplus nomles
Sauvages des an→
breux
que
tres
Nations
. Les
Anglois
eftoient
avertis
de
ce
Parti
de
noftre
deffein
par
trois
endroits
, depuis
plus
de deux
mois
. Le
lieu
où nous
allions
eftoit
nonfeulement
fort
par
le grand
nombre
de fes
Habitans
, mais
encore
par
une
Garnifon
de deux
cens
hommes
. L'ennemi
avoit
donné
par
tout
des
ordres
qui
devoient
eftre
immanquables
&
renverfer
tous
nos
projets
; des
Sentinelles
poftées
de-
E iij
54 MERCURE
mi-quart en demi - quart de lieuës
devoient tirer un coup de fufil à
La premiere allarme , & ces Sentinelles
eftoient en tel nombre qu” -
elles s'étendoient jufqu'à Bafton
Capitale de la Nouvelle Angleterve,
& qui n'eft éloignée que de
douze ou quinze lieuës du Pofte
que nous voulions attaquer ;
Place eftoit munie d'un Fort
d'un bon Corps-de -garde , le Temple
eftoit à cofté. Comme nous
eftions fort irritez de ce que les
Anglois avoient fait à l'Acadie
l'année paffée , & que les Habitans
d'Haverhill
s'eftoient monb
.C'est le nom du Pofte que nous allions
atraquer , on prononce Hévril
Ta
GALANT 55
trez les plus acharnez au Siege
de Port-Royal , nous marchames
dans la refolution d'emporter la
Place ; lorfque nous nous fentîmes
affez prés des Habitations &
que nous eames traversé un grand
Bois , une Plaine affez vafte s'offrit
à nos yeux ; elle est arrofée
d'une riviere , Haverhill eft au
bord ; nous entendions de quart
en quart d'heures , en faisant nos
approches , le fon des Tambours
celui des Trompettes , ce qui
nous fit juger qu'on faifoit bonne
garde refolus cependant de vain
cre ou de mourir , aprés nous eftre
recommandez au Seigneur & à la
E
iiij
56 MERCURE
Sainte Vierge , du nom de laquelle
on faifoit la Fefte ce jour - là ,
( c'eftoit le 9. de Septembre , )
nous poftâmes nos Sauvages
Avantgarde les Canadiensfui-
୨
L'habit ordinaire des Canadiens eft
une espece de Capot , c'eft un habit
qui fe replie par devant à la maniere
des juft'au-corps faits de Bufles , les
manches en font ferrées & fermées -
comme celles d'une vefte , la ceinture
ou écharpe à la Matelote , tient l'habit
en eftat . Les Canadiens ( ceux des
Coftes & du moyen eftat ) ne portent
gueres de Chapeau , mais des Tapabords
, qui font des bonnets à l'Angloife
; lorfqu'ils vont à la guerre , ils
portent l'épée en bandolliere , ou
fous le bras auffi bien que le fufil ;
la poudre dans une corne qui leur
fert de fourniment , & le plomb
dans une espece de Gibeciere.
GALANYM 57
voient , leurs Officiers à leur tefte
il eftoit une heure avant le jour.
Nos Sauvages commencerent le
fignal de l'attaque par le d Saca
coua qui leur eft ordinaire ; en
fuite on donna dans les Habita
tions avec vigueur ; les fléches
des Sauvages tomboient dru comme
la grêle fur les Anglois qui
fortoient de leurs maisons , & les
d Les Sauvages font des cris de mort ,
qu'ils appellent Sacacona , lorfqu'ils
croyent avoir enveloppé leurs ennemis.
Ce cris le fait affez lentement &
à diverfes repriſes , en frappant legerement
de la paume de la main fur
la bouche. Autant de cris c'eſt autant
de leurs ennemis morts , felon leur
intention au moins, :
58 MERCURE
balles quifortoient avec impetuo
fré de nos fufils , mêléesparmi ces
fleches, en faifoient culbutergrand
nombre. Aprés cette premiere décharge
les Sauvages qui nous fervoient
comme de madriers pour
approcher & pour nous couvrir
en même temps , fondirent la hache
en main
briferent les portes
des maifons , qui dans Haverhill
, font à plufieurs étages &
fort logeables : nous les appuyames
le fabre à la main , le Miniftre
& fa femme furent lespremiers
qui tomberent fous nos coups.
Le Commandant on Gouverneur
de la Place , nommé Mr Jean
GALANT
59
Winduright , fut tué dans la mêlée
, c'eftoit un homme âgé e ri
che de cinquante mille écus : fa
maiſon & celle du Miniftre &
d'autres moindres ,furent brú'ées ;
nous mêmes auffi le feu au Temple
dans le temps que nos Sauvages
pour s'animer davantage ,pilloient
l'or & l'argent , & ce qui
tomboit deplus precieux fous leurs
mains , un d'entr'eux s'avifa de
monter tout au haut du Temple.
fe mit en devoir d'en enlever
la cloche , croyant que dans l'occa
fion prefente il pouvoit fe regar
der comme Grand - Maiftre de
l Artillerie &fefaifir des Cloches
60 MERCURE
de la Place ; cette Cloche eftant
extrêmement pefanie , ne pouvant
la manier àfon gré , il eut
peur qu'on ne fe mocquaft de luy ,
pourfe dédommager , il lafonna
; le bruit s'en répandit de toute
parts; fes Camarades luy crierent
de ceffer , fur ce qu'ils venoient
d'apprendre par des prifonniers
qu'ils avoient , qu'à une lieuë de
la Place , eftoit un Parti de huit
cens Anglois poftez en embuscade :
il continuafon carillon , répondant
fiérement qu'il fonnoit pour les
"morts , ilfe laffa enfin . Noftre attaque
dura prés d'une heure.
Nous n'y avons perdu que trois
GALANT 61
Sauvages & fept Canadiens ,
parmi lesquels s'eft trouvé le frere
de Mr de Ronville . De ces Ca
nadiens il y en a un qui n'eft certainement
que bleffé : nous avons
appris dans la fuite fa guerifon ,
& que les Anglois l'avoient fait
panſer fort genereufement. Nos
Sauvages fe font chargez de quelques
Prifonniers , parmi lesquels
s'eft trouvée la belle - fille de Mr
Winduright Commandant d'Haverhill
, & qui a efté tué. C'eft
une jeune Demoiselle de quinze
à feize ans , tres bien faite &
d'un efprit charmant ; Mr de
Contre-coeur Gentilhomme Cana-
3
62 MERCURE
dien & qui estoit de l'expedition ,
en a eu tous les foins imaginables
dans noftre retour. Elle a eu tous
Les agrémens poffibles à Montreal
où elle est arrivée d'abord ; on l'a
conduite depuis à Quebec , où
elle eft actuellement auprés de Madame
la Marquife de Vaudreuil
noftre Gouvernante , qui en prend
un foin tout particulier. Mr Migeon
de la Gaucheriere fils de feu
Mr Migeon Lieutenant General
de la Jurifdiction de Montreal ,
s'eft fort diftingué dans l'expedi
tion de Haverhill , auffi bien
Mr de Contre-coeur , mais Mr
que
GALANT
63
nez
ď
de Ronville & Mr des Chaillons
, fe fontfurpaffez en valeur
en prudence. Car au fortir de
Haverhill s'eftant trouvez avec
leurpetite Armée prefqu'environ-
'un gros d'Anglois , au nombre
de foixante , poftez dans un
Bois en embuscade , its s'en font
tirez avec beaucoup d'adreſſe &
de courage aprés avoir couchétrente
ou quarante des Ennemis par
terre. Les Sauvages dans cette
Il vient de recevoir par les Vaiffeaux
arrivez de France un Brevet de Capitaine
de la premiere Compagnie
des Troupes de Canada , & Sa Majefté
donne une penfion à Mr de S,
Qurs , fon pere.
64 MERCURE
occafion & pourfe débaraffer , caf
ferent la tefte à laplupart de leurs
prifonniers , c'eftoit pour empêcher
leur fuite ; ils ont apporté bon
nombre de chevelures à Mr noftre
Gouverneur General.
A lafin du même mois de Septembre
( 1708. ) aprés l'affaire
de Haverhill , buit Iroquois
def de Lorette fe hazarderent
d'aller & faire coup aux environs
de Bafton , ils y rencontrerent fix
Anglois bien montez , dont ils déƒ
Miſſion & Village f Sauvage Catholique
, dans l'Ifle de Montreal , & dont
ont foin Mrs de S. Sulpice.
Expreffion Canadienne ou Sauvage ,
C'est à dire chercher fortune.
GALANT 65
mais
monterent trois ou quatre & en
amenerent un prisonnier ; ces Anglois
eftoient comme un petit Parti
avant- coureur , & détaché de
deux cens autres qui rodoient dans
les bois , & cherchoient à enveloper
noftre petite armée à fon
retour de la nouvelle Angleterre
leur attente a esté frustrée.
F'oubliois de vous marquer une
circonftance arrivée à un de ces
Iroquois à pied car ils ne vont
jamais autrement ) qui attaquerent
les Cavaliers Anglois ; c'eft
que ce Sauvage ayant lafché un
coup de fufilfur l'un de ces Mrs ,
le voyantfur le careau, bleffe à
Mars
1709.
F
66 MERCURE
mort , il court deffus la hache à la
main & fe met en devoir de luy
lever la chevelure ; l'Anglois à
cet appareil du Sauvage , ramaſſe
le refte de force qu'il a , prendfon
fufil qui eftoit à coté de luy tout
bandé , & en caffe la tefte à l'Iroquois
, l'Anglois expira un moment
aprés.
Il est arrivé au Montreal au
commencement de ce mois ( Novembre
) un autre Parti de quinze
Iroquois de la Miffion des Fefuites
du faut Saint Louis , qui
b Village Sauvage Catholique , à une
lieue & demie au deffus de l'Ile de
Montreal , à la Coſte du Sud,
GALANT 67
ont amené un Anglois prifonnier ;
ils l'ont attrapéfur les Coftes qui
font entre Bafton Orange , c'eft
à dire , entre la Nouvelle Angleterre
la Nouvelle York.
i
Tous ces Partis ont jetté l'allarme
dans le coeur des Anglois ,
cela les tient en refpect , perfonne
n'ofe , chez eux , fortir defamaifon
, ni même des Forts.
Voila toutes les Nouvelles que
vous aurez de moy cette année
je fuis ravi de trouver l'occafion
de vous témoigner que je fuis tou
jours , Monfieur, voftre tres humble
, cc.
Fij
68 MERCURE
Je vous envoyé la cinquié
me fuite de l'Ouvrage de Mr
de Woolhoufe.
و ر
و د
du
corps
Orcomme noftre Auteur avoie
ingenuement pag. 146. que les
, maladies qui changent la difpo
,, fition de la Retine ou
vitré, détruisent auffi la veuë ,
& rendent l'Operation de la
Cataracte inutile ,&c.
Il est étonnant qu'il n'aitfait
aucune reflexion fur les mauvais
effets de fa maniere d'operer , qui
indubitablement plus de defordre
dans ces deux parties de
l'oeil en un moment de temps .
fait
GALANT 69
4
qu'une indifpofition oculaire ne
fçauroit caufer en 15. out 20.
jours. Mr Ant. raporte luy même
pag. 172. le dérangement ordinaire
du vitré en ces termes.
Quand, dit-il , ces Cata- "
ractes laicteufes font logées
au bas de la pupille , elles n'apportent
pas un fi grand chan_ "
gement dans la difpofition du "
corps viré, & la boffe de ce
corps qui fe forme à l'endroit •
où eftoit le Cryftallin , eft plus
reguliere.
Mais comme les Cataractes
laicteuſes n'arrivent que bien rø
rement , & qu'on n'en voitpeutr
70 MERCURE
eftre pas une pour cent Catarac
tes ordinaires , que deviendront
toutes les maladies ( à qui on laiffe
les Cataractes communes ) avec
ce changement dans la difpofition
du corps vitré, dont Mr Ant.
vient de parler à l'égard de
la Retine ,fesfibres mollaffes (qui
entourent s'accollent au fonddu
vitré) accompagnent naturellement
le derriere de ce corps , qui
avance vers le devant pour remplir
le creux que le Cryſtallin
auroit laiffé en le quittant , &
par ce moyen lesfilets nerveux de
cette Retine delicate eftant chifonez
entremélez , doivent
GALANT 71
perdre leur tenfion , leur expanfion
reticulaire & leur reffort naturel ,
dont la fuite eft laperte inévita
ble de la veuë , felon les principes
même de Mr Ant. page 86 .
La venë , dit- il , fe gafte
quand les parties interieures de «
l'oeil ne gardent plus leur fitua- "
rayons
r
сс
de ce tion naturelle , les
lumiere n'agiffans qu'avec confufion
fur la Retine.
Mais comme dans l'Operation
de Mr Ant. c'est une Retine
pliffée , perclufe & paralitique ;
elle est tout-à fait incapable de recevoir
les differentes impreffions
requifes pour produire la vifion ,
72 MERCURE
quand même le Cryſtallin nouveau
feroit des plus reguliers."
Mais fuppofons pour une fois
que ce tiffu mince & delié de la
Retine ( produit par les fibres
moüelleufes du nerfoptique ) n'eft
pas entierement embaraffé & confondu
( en s'accommodant au dérangement
forcé du vitré auquel
elle s'attache ) fuppofons , dis je ,
qu'elle nefouffre tout auplus que
quelques corrugations , contorfions,
tranfmutations & diflocations de
fes fibres nerveuses , le malade en
ce même cas doit toûjours appercevoir
les objets au moins doubles
aprés l'abbatement de la Catarac
te
GALANT 73
te , ce qui n'arrive pourtant pas ;
ainfi on a toutlieu d'eftre convaincu
que la dépofition du Cryſtallin
pour la Cataracte eft purement
imaginaire fyftematique.
Fappelle à Mr Ant. luy- même
file Malade ne verroit pas double
en pareil cas , vid. pag 96 .
L'objet , dit-il , paroift double , "
parce que les deux yeux ne gardent
plus une fituation égale ,
& qu'apparemment les rayons
qui viennent de l'objet , nefrapant
plus lesparties de chaque
Retine à une égale distance de
leur centre , quand on fe preffe
legerement le globe de l'oeil ,
Mars 1709.
G
сс
"
en
cc
74 MERCURE
pefant le bout du doigt fur l'une
ou fur l'autre paupierè , en forte
qu'on l'a hauffe ou qu'on l'a-
»
barfe.
que
la Il eft aifé de concevoir
difference de lafituation & de la
tenfion de la Retine eft bien plus
grande quand le Crystallin eft
delogé , & fa place remplie par
une partie du vitré , qui entraîne
ire neceffairement avec foy
en avant cette membranne reticu
laire , qui l'embraffe immediatement
par derriere ; de forte que
l'impreffion ou peinture des efpeces
ou images aux Retines des deux
yeux , ne sçauroit eſtre uniforme ,
GALANT 75
3.
femblable , égale & parallele.
Pour les mêmes raifons auffi
pour l'Analogie avec les raisons
que Mr Ant, nous donne du louchement
) ceux à qui on a abatu
les Cataractes de la façon de [
Mr Ant. ] devroient loucher aprés
le renversement des Cryſtallins ;
mais comme ceux à qui on a couché
la Cataracte ne regardent pas
de travers , on doit naturellement
conclure qu'on ne déplace pas
Crystallin dans cette Operation
manuele or puifque Mr Ant. a
imputé le biglement à la convexité
de la Cornée transparente , plus
ou moins voutée & pointue d'un
le
Gij
76 MERCURE
Lens que de l'autre ,
de l'autre
, pag. 432.
bien plus forte raifon ce vice de
l'oeil devroit accompagner
la boffe
irreguliere du vitré, que Mr Ant.
dit prendre la place du Cryſtallin
boulverfé.
Enfin on croit que Mr Ant.
nous répond de la confervation de
la ftructure effentielle de l'oeil aprés
fon abattement intrigué du Cry
tallin , & que pour cela il
cela il nous
donne des regles des precautions
pour nous mettre à couvert de tous
les fâcheux accidens qui peuvent
arriver dans cette Operation ; car
a quoy bon (fans cela ) dire à la
pag. 167.
GALANT 77
ои
Ilferoit à craindre que ( l'é. «
guille eftant encore dans l'oeil )
on ne fift quelques faux mou- ત્
vemens qui pourroient caufer "
quelque defordre , & à la pag.
169. de crainte de detruire ""
quelque partie interieure ,
( pour le moins ) d'alterer la ſuperficie
du corps vitré , & àla “
pag. 111. de retirer l'éguille "
plutoft que degâter quelque par
tie interieure à la pag.
150. de caufer une confufion
ou deftruction des parties.
&
A quoy bon , dis -je , tous ces
avertiffemns , puifque de l'aven
propre de Mr Ant. ) il eft im-
G iij
78 MERCURE
poffible d'abatre le Crystallin fans
un derangement & une confufion
notable des parties de l'oeil
pour ne pas en dire la deſtruction ,
& fonte entiere , qu'il eft aife de
prouver eftre inevitable aprés le
ravage fait , que Mr Ant. luymême
a efté obligé d'admettre en
differens endroits de fon Livre.
On n'a qu'à lire pag. 165.
166. où Mr Ant. raporte qu'on
abaiſe le Cryſtallin entierement
au deffus de lapupille où
il fe fait place entre le corps
و ر
و د
32
vitré l'uvée ; le cercle ciliai-
,, re , feparant même le plusfouvent
en cet endroit de la mem-
"
GALANT
79
branne du corps vitré , cela ne
Le pouvant prefque faire au-
• parce que l'espace "
trement
Les
"
ર
сс
qu'il y a du bord de la circonference
de la pupille au cercle ciliaire
, n'eft pas toujours capable
de loger le Crystallin avec tous
accompagnemens ; & quoyque
lesfibres ciliaires fe trouvent
rompues en cet endroit , &
en celuy par lequel l'éguille a
paffé, &c. & à la pag. 119.
ayant ouvert l'oeil d'une perfonne
fur qui il avoit fait l'Operation
de la Cataracte , il trouva
que le Crystallin n'eftoit
plus dans le lieu qu'il devoit "
Ce
G iiij
80 MERCURK
"
""
» occuper , qui eft le milieu de la
» partie anterieure
du corps vitré.
Le Crystallin
eftoit affermi
par le corps vitré qui eftoit enfoncé
à l'endroit
qui touchoit le
,, Cryſtallin
.
و د
و د
و د
در
Ayant tout- à- fait ofté le
Crystallin , je remarquay.
,, ( dit Mr Ant. ) que les fibres ci-
», liaires ( qui du cercle ciliaire s'y ·
inferent à la membranne du
,, corps vitré , à l'endroit où elle
fe divife pour recouvrir le Criftallin
) eftoient rompus , &fe-
, parez de leur cercle , à l'endroit
où ce Cryftallin avoit efté conduit
lors de l'Operation , &
و د
و ر
و د
و د
GALANT 87
dans celuyoù l'éguille avoitpaf. "
dans ces deux entr
fé, & que
droits le cercle
ciliare
eftoit de “
même
feparé
de la membranne
‹è
corps
vitré à laquelle
il fe du
colle , &c.
се
Or il eft bon de remarquer icy
premierement que Mrs Ant. &
Briffeau difconviennent
entreeux
fur le fait de l'endroit où ils
rangent leur Cataracte cryſtalline
en l'abattant ; car Mr Ant.
"
la place au deffous de la pupille ,
entre le corps vitré l'uvée , &
il dit que le vitré eftoit enfoncé
àl'endroit qui touchoit le Cryf- "
tallin ; mais Mr Briffeau [ pag.
82
MERCURE
9. de fes nouvelles Obfervations
propofées à l'Academie Royale
des Sciences , le 11. de Novembre
1705. ] l'a affujeti au deſſous
de l'humeur vitrée , ce qu'il explique
( à la page 32. ) par la
» penetration de toute l'humeur
vitrée ; & à lapág. s 3. par l'é-
» cartementfait par l'éguille dans
l'humeur vitrée , & à lapag.
34. il dit;
و و
Que le Crystallin qui a esté
d'abord deplacé de devant la
» prunelle , a esté porté enfuite
dans le fond de l'oeil , & vis-
, à- vis l'ouverture de la même
» prunelle ; ce qui m'eſt arrivé
GALANT 83
τε
plufieurs fois en pratiquant la
dite Operation fur les Cada- ‹
vres, & pag. 35. au lieu , dir «
Mr Briffeau , que le Cryſtallin
qui aura efté porté dans lefond
de l'humeur vitrée , neparoiftra
plus, parce que cette humeur qui "
occupe plus des trois quarts du "
globe de l'oeil , empefchera qu'on "
puiffe diftinguer le Cryſtallin
qui fera placé derriere.
Affeurement par les principes
nee
«
ર
de Mr Ant ( comme nous allons
voir ) on nefçauroit admettre toute
cette violence & outrage faite
l'humeur vitrée , que Mr Brif.
feau vient d'avouer à la ruine en84
MERCURE
tiere de fon
Systême, car infailliblement
l'esil feroit perdu à jamais
, fi l'humeur vitrée avoit
reçu telles
entameures
écartemens
de fes fibres que Mr Brif.
vient de raporterfi
naïvement pour
l'avoir pratiquéfur des cadavres
infenfibles.
En fecond lieu il eft bon d'obferver
que Mr Brif. de l'autre
cofté ,
n'accordera jamais le defarroy
fait au cercle ciliaire , & la
Separation & ruption de ces fibres
dont Mr Ant. vient de parler de
gayeté de coeur ; car Mr Brif.
a la pag. 27. de fes nouvelles Obfervations
, c. nous affeure que
GALANT 85
quand les fibres qu'on appelle le
ligament ciliaire , font dechirez "
par l'effort de l'éguile , cela dé- «
range entierement la conforma
tion de la prunelle , qui fert à "
diriger les rayons dans leur paf. «
fage
•
cc
En troifiéme lieu , il est à remarquer,
que , quoy que Mrs A.
B. reconnoiffent icy bien plus
de defordre de mauvais traitement
fait à l'oeil ( par l'abbatement
du Crystallin ) que n'ont
avoué tous ceux qui les ont précedez
en foutenant leurs Syfteme ;
·cependant chacun en a caché un
principal deffaut : fçavoir , Mr
86 MERCURE
A. celuy de l'écartement des fibres
du vitré , & Mr B. celuy
du dérangement du ligament
cilliaire , &c. cela ne ſe pouvant
prefque faire autrement ,
dit Mr A.fortpofément ; enforte
que l'ailfe trouve entre le marteau
l'enclume avec Mrs Antoine
& Briffeau.
Mais il faut remarquer en
quatriéme lieu que Mr A. a notablement
prévariqué , en difant
en propres termes ( avec grande
circonfpection
& retenuë ) que le
Cryftallin fe fait place entre
le corps vitré & Fuvée , &c.
car ne croiroit-on point par ces paGALANT
87
l'uvée eft immediatevoles
,
que
ment contiguë à l'humeur vitrée?
Rien moins ! Les deux plus delicates
& les plus intereffantes tuniques
de l'oeilfe trouvent fituées
entre le vitré la membrane
uvée :fçavoir la tunique vitrée ,
&la retine , dont Mr. A. parle
page 33. en ces termes .
2
La retine eftfuuée immediatement
au deffous de l'uvée ,
elle embraße toute la partie pof- «e
terieure du corps vitré , à la "
membrane duquel elle est attachée
par quelques fibres trestendres
dans les endroits où ce
corps fe joint au cercle ciliai-
.
<<
<<
88 MERCURE
,, re , & elle fe terminè enfin au-
, tour du cercle ciliaire auquel
, elle s'attache.
ز و
Il faut donc que le cryſtallin
abbatu foirforce entre l'ůvée
la retine , ou entre la retine &
la membrane qui recouvre l'hu-.
meur vitrée ,felon le fens & l'intention
de Mr A. mais comme il
eft impoffible que le cryftallin foir
porté en aucun de ces endroits
fans abolir la vue tout- à-fait ,
en irritant & déchirant ces tuniques
tres - déliées , en caufant
à l'oeil des douleurs infuppor
tables , Mr A. a trouvé àpropos
'de n'en pas faire la defcription
GALANT 89
la
précife en ce lieu , quoy que
verité éclate ailleurs dans fon
livre.
Quoy qu'il enfoit , Mr A. ne
gagne rien en mettant ainfi il ne
fçait comment ) fa Cataracte
cryftalline entre l'uvéc & le vitré:
car eft-il croyable qu'un cryftallin
defféché & dur comme une
corne , raboteux , felon le Sylteme
de Mr A. puiffe refter enfoncé
( comme dit Mr A. par inadvertance
) au corps vitré fans
bleffer , & ufer tout - à - fait ( en
peu de temps ) cette partie mollaffe ,
puifque Mr A. nous inftruit à la
page 36. Que la membrane
Mars 1708 .
و ر
H
90 MERCURE
و د
و ر
ود
ر د
qui recouvre le corps vitré eft,
poreufe en toutes fes parties ; ce
qui faitque l'humeur enfuinte
de toutes parts quand on pofc
ce corps fur un ais , &c. &
page 37.
Les cellules de l'hu-
,, meur vitrée , dit- il , fe com-
›› muniquent les unes aux autres
», par des trous ou canaux fort
petits : D'où vient que quand
on a percé ou rompu
brane , qui recouvre ce corps.
» en quelques endroits, ces cellulés
fe vuident toutes fucceffive-
,, ment , & quand on le preffe
doucement, l'humeur s'en écoule
unpeuplus abondamment.
A
»
و د
و د
ور
رو
la
memGALANT
gr
و د
& page 3.5 . Quand je le picen
quelques endroits , & queje
le preffe doucement , j'en exprime
abondamment l'hu-
сс
Сс
meur qui y eft contenuë, ‹‹
En cas donc que le cryſtallin
abattu puiffe eftre pouffé entre
l'uvée le vitré , ne cauferoit- il
pas une fonte entiere de l'humeur
vitrée , dont parle Mr A. pages.
218. &219 , &fur tout puif
qu'il feroit impraticable d'accrod'enfoncer
ce crystallin cher
contré le vitréfans violenter &*
maliraiter ,fans picquer & preffer
un peu fortement cette humeur
, & l'action de l'oeil ache-
Hij
92 MERCURE
veroit d'enfoncer , tous lesjours
de plus en plus , ce crystallin durci
au dedans de l'humeur vitrée ,
autant même que Mr B. avouë
avoir fait par l'effort de fon
éguille , en ignorant , apparemment
, les confequences funeftes
que Mr A. a parfaitement bien
détaillées. Or ce mélange du
cryftallin avec le vitré , & du
vitré avec l'humeur aqueuſe ,
produit la déplorable maladie
de Synchific ou confufion de
l'oeil,
que Mr A. infinue eftre
poffible à la page 150, & dont il
parle à la page 302. dans les lignes
fuivantes , dont chaque paGALANT
93
role vient tout- à -fait icy à noftre
propos.
Comme dans la confufion
le corps vitréfe trouve déchi- « e
ré & détruit , & que l'humeur
qui le remplit s'échapė ; & ſe «
mêle avec l'humeur aqueuſe , "
que le cryftallin eftant détaché,
& fouvent hors de fon
·lieu , s'altere , & fe defféche ,
quand il ne peut plus recevoir
ce
de nourriture comme dans le se
Glaucome ; que la retine , qui
eft ou déchirée ou contufe "
change pareillement fa ſitua- ș
tion naturelle; que l'uvée "
eft fouvent auffi déchirée : on
&
94 MERCURE
39 juge bien que tous ces defordres
ne peuvent fe rétablir , ni
», par la nature ,
ni par
و ر
و ر
les
remedes
, & que la perte de la
vûë eft irreparable , &c.
Voila le précis de ce que Mrs
A & B. & leurs adherans ( qui
entendent l'Anatomie de l'oeil )
devroientfranchement & fans déguifement
, reconnoiftre comme les
fuites inévitables de leur nouvelle
maniere d'abattre leur prétendue
Cataracte.
J'avois oublié à propos de la
ruption des fibres ciliaires ,
de la féparation de leur cercle
davec la membrane vitrée , X
GALANT
95
j'avois oublié , dis- je , de parler
de la fuffufion du fang , qui empêcheroit
l'Operateur d'achever
fon operation en ce cas , &qui
feroit fuivi du flétriffement de
Turée , du rétreciffement entier
de la pupille. De plus , ce
déchirement ne cauferoit- il pas
au moins felon Mr A, une effufion
de cette teinture noire contenue
dans les petites cannelures
qui traverfent les rayons ciliaires
, ( vid. pag. 59. du livre de
de Mr A.) cette encre ne gåteroit-
elle pas , pour toujours , la
tranfparence & netteté de l'hu-
$ meur aqueufe , puifque on voit
96 MERCURE
tout un baffin plein d'eau , tout
teint noirci de cette humeur
encreuſe d'un feul oeil diſſequé ,
& qu'unefeule particule la plus
imperceptible de cette teinture
noire , échapée de fes conduits
flottant dans l'humeur aqueu-
Le d'un oeil fain ,y caufe un embarras
confiderable ; la magnitude
de cette atome noire eftant de
beaucoup augmentée par le microfcope
de l'humeur cryftalline.
Mr Antoineparle de ce mucilage
noir auxpages 2 § . O59 .
en avoüant naïvement qu'il n'en
fçait pas l'origine. Un tel avcu
( fait fans artifice ) est tout - àfait
GALANT
97
fait louable. Mais comme Mr
Chroüet ( Medecin de Liege ) a
donné l'Analyse de cette humeur
encreufe dans fa Differtation
Medico - Phyſique de l'origine
de trois humeurs de l'oeil , imprimée
à Liege 1691. Mr A.
( qui prétend avoir étudié l'oeil à
fond ) devoit avoir lû ce petit
Traité,qui l'auroitpu empêcherde
commetre quelques erreurs confiderables
dans fon livre. Au refte
la bonne foy la modeſtic de
MrA.auroitproduit un bien meilleur
effet (qu'icy ) par tout ailleurs
dans fon livre , comme dans l'étalage
de fon hypotheſe tou-
Mars
1709. I
98 MERCURE
chant la Cataracte.
44. )
Mais ( pour reourner àl'examen
de l'operation de Mr A. )
quand on confidere la quantité des
nerfs , des veines , & des arteres
, ( vid. pages 29.
qui paffent par la cornée à l'uvée,
au cercle ciliaire , peutfe
flatter d'outrager ( comme
Mr A. l'avoue bien froidement )
une de ces parties tendrelettes ,
fans que les autres enfoient atteintes
& offenlées. La partie qui
ne fouffre pas immediatement ,
par continuité , ne fouffrira - t- elle
pas par communication ? Mais
que doit devenir l'uvée que le
GALANT 99
la
cryſtallin abattu touche immediatement
(felon Mr A. ) Cette
uvée fi delicate & qui ſe dé- “
chire fiaifément
. (pages 22.6
55.) N'eft- il pas probable que
dureté raboteufe & inégale du
corps cryftallin , n'irrite , n'emflamme
, n'ulcere & ne corrompe
enfin en peu dejours ( par
le mouvement continuel de l'oeil
en divers fens ) cette membranefi
pleine des fibres nerveufes qui fe
portent [ dit Mr Antoine page
30 ] au cercle ciliaire , ce cercle
ciliaire tant endommagé &
eftropié par l'operation .
,, Il y a apparence , continuë
و د
I
ij
100 MERCURE
و د
"3
و د
و ر
ود
و د
,, Mr Antoine , que ce font une
partie de ces nerfs qui viennent
,, du Rameau Ophthalmique
de la cinquiéme pair , qui en
, fe diftribuant dans chaque fibre
motrice de l'iris leur portent
les efprits animaux fi neceffaires
pour leur mouvement.
Que doit- on attendre après
cet aveu fincere de Mr Antoine
de la maniere d'operer dont il s'agit
, pour abbatre la Cataracte
Cryſtalline ? qu'un enchainement
& fuite de facheux accidents
, qui ne font même que
trop ordinaires par la feule pon-
Etion de l'oeil en abbatant la CaGALANT
101
taracte flegmatique au bas de
laprunelle entre l'uvée le ligament
ciliaire fans aucune ruption
nifeparation de fes fibres & procès
? c'eſt là même où on plonge le
Cryſtallin Glaucomatique
quand le malade en exige la
Cure palliative.
D'ailleurs on voit aux pages
51. & 52. que Mr Antoine
n'ignore pas la connection , les attaches
, l'entretiffure , & la communication
qu'il y a de l'uvée, de
l'iris , & du ligament ciliaire ;
& ainfi qu'il doit eftre perfuadé
qu'il eft actuellement impoffible de
rompre lesfibres ciliaires & defe-
I iij
102 MERCURE
parer fon ligament ( comme Mr
Ant. veut qu'il arrive dans l'abbattement
du Crystallin ) fans
perdre tout à fait le reffort de la
prunelle , fans caufer lapalpitation
& tremouffement, ou mouvement
, tremblotant.¶litique
de l'iris , lefquels accidens
empêchent au moins la perception
des objets ( pour l'ordinaire ) à un
ail qui n'a point d'autre défaut.
Mr. Ant. prevoyant cette
difficulté de fon hypothefe , tâche
à en ôter les apparences par une
inftruction tres- inutile & tresmal
entenduë pag. 164.
Pouréviterde picquer dans
و د
GALANT 103
Fendroit ou l'uvée s'attache à "
la cornée par le moyen du cercle «
ciliaire , parce quefion picquoit
dans ce cercle,il y auroit à craindre
dans les operations laborien . «
fes defeparer de ce cofté- là l'u- «
vée de la cornée : & ficetrefeparation
étoit confiderable , l'i- "
ris pourroit s'affaiffer er la
pupillefe dilater & fe referrer
irregulierement, l'infertion des
fibres motrices de l'iris n'eftant "
plusftables dans ce lien.
Neft-il pas bien furprenant
que Mr Ant . pretende que la pupille
peutfe dilater & fe refferrer
aprés l'affaiffement de l'iris ; car
I iiij
104 MERCURE
il est évident que la prunelle devient
immobile , & que le trou de
de l'uvée reſte toujours dans le
même état , quand l'iris eft affaiffie
: c'est à dire quand les fibres
motrices de cette membrane mufculeuse
fontdemontées par la raifon
que Mr A. vient de raporter.
Au refte , le nouveau Crystallin
de M. Antoine ( formé
par la boffe du Vitré, ) comment
pourra-t-il s'accommoder aux differentes
diftances des objets, (ſuppofe
que la prunelle garde fon
reffort,) & aux diverſes ouvertu
res du trou de l'iris aprés la ruption
& la feparation reconnuë
GALANT 105
du
cercleciliaire ? puis qu'on
convient que ce
ce ligament fert
beaucoup , Centre autre chofes , ) à
arrondir à applatir le Cryftallin
naturel, felon l'éloignement
l'approximation
des objets.
Quoy que l'Article fuivant
ne doive pas intereſſer tous
ceux qui le liront , il ne laiffera
d'exciter beaucoup de cu
riofité parmy tous ceux qui
prennent part à tout ce qui
regarde l'Ordre deCluni , & même
tous les Ordres Religieux.
Voicy ce qui s'eft paflé dans
le dernier Chapitre General de
Cluny , où Mr le Cardinal de
pas
106 MERCURE
Bouillon , Abbé & General de
cet Ordre , à prefidé . Son Eminence
avoit convoqué cè
Chapitre par une ordonance
du 12. May dernier à la maniere
accoûtumée. Le jour de
l'ouverture qui fut le 7. du
mois d'Octobre dernier ce Cardinal
s'etant trouvé indifpofé
ce jour là & fon incommodité
l'ayant empêché de celebrer la
Meffe Solemnelle , comme il
avoit fait aux Chapitres Generaux
des années 1685. 1693 .
1697. & 1701. qu'il convoqua
& aufquels il prefida de même
qu'à celuy de 1704. Don Jean
1
GALANT 107
Marin Grand Prieur de l'Abbaye
& de tout l'Ordre de
Cluny , Premier Vicaire General
de Son Eminence chanta la
Meffe du Saint Efprit , en fa
prefence & avec les ceremonies
accoutumées, & tout les Capitulans
de l'une & de l'autre Obfervance
y communierent à la
fin de laMeffe & fur les 11 heures
du matin Son Eminence fuivic
du Grand Prieur , des Vicaires
Generaux , des Prieurs Titulaires
& Clauftraux, & des Officiers
de l'Ordre de l'une & de
l'autre Obfervance , qui ont
droit d'affifter au Chapitre
108 MERCURE
General ,fe rendit au Chapitre,
où Dom Denis Anroux , Religieux
de l'eftroite Obfervance
, & Treforier Titulaire de
l'Abbaye , prononça un Difcours
latin enqualité d'Orateur
du Chapitre. Il fit voir dans fe
Difcours l'avantage que tout
particulierement l'é- l'Ordre
troitte Obfervance , avoit tiré de
l'adminiftration de fon Abbé General
; que l'Ordre s'eftoit confervé
dans une union parfaite fous
Gouvernement paiſible de prés
de 20. ans ; que depuis quelques
années une partie de l'eftroitte Obfervance
, s'eftant feparée de fon
un
GALANT 109
Chef ; elle s'étoit veüe exposée à
des divifions qui auroient donné
atteinte à la difcipline reguliere .
& qui pourroient bien un jour
ruiner le fpirituel & le temporel
de l'étroite Obfervance. Il finit
en exhortant fes confreres
c'eft a dire les Religieux de la
même Obfervance,de recourir
aux anciennes bontez de Son
Eminence & de fe conduire
dans ce nouveau Chapitre dans
un efprit de paix & d'union ,
parce que la confervation de
l'étroite Obfervance dependoit
de la protection & des bontez
de leur Abbé General.
110 MERCURE
Son Eminence repondit en
peu de mots latins à ce difcours
&infinua à l'affemblée que dans
les temps difficiles & les conjonctures
où tout l'Ordre de
Cluny fe trouvoit , il s'agiffoit
moins de paroles que
d'oeuvres , qu'il falloit d'abord
rendre à Dieu ce qui luy eſt dû, &
à Cefarce quiluy est dû , qu'enfuite
il falloit proceder ferieufement
aux affaires de l'Ordre , qu'-
en attendant elle leur donnoit fa
benediction , & même à ceux qui
avoient refufé jusqu'alors d'écouter
fa voix paternelle . Aprés
avoir donné fa benediction à
GALANT III
tous les Religieux qui la reçurent
à genoux , Elle fit un
cà
difcours en François dans lequel
elle tacha de faire connoître
fes bonnes intentions pour
augmenter & perfectionner
l'étroite Obfervance , & pour
voir fous fon Gouvernement
rétablir dans l'ordre la justice
avec une paix parfaite . On
nomma enfuite treize Definiteurs
du Chapitre General de
1684. de dix fept qui devoient
s'y trouver Dom Laurent
Lempereur , cy - devant Grand
Prieur & Prieur Titulaire de
Sezanne & l'un des Definiteurs
n'ayant pû venir à cauſe d'une
L
112 MERCURE
incommodité qui le retenoit
au College de Cluny à Paris ,
& Dom Hilaire Fournier
Prieur Clauſtral de Long- pont
pour l'étroite Obfervance étant
mort depuis quelques
jours. Les treize Definiteurs
fçavoir fept pour l'ancienne
Obfervance & fix pour la nouvelle
qui affifterent au Chapitre
furent : Dom Charles de
Gové Prieur Titulaire de Souxillanges
. Dom Benigne de
Vert, Prieur Titulaire & Clauftral
de Lions en Sang-terre ,
parent de Mr de Vert Prieur
d'Abbeville dont je vous apris
GALANT 113
i
la mort il y a quelques mois.
Dom François Gautheron
Prieur Clauftral d'Ambierle.
Dom Jean Gaffaud , Prieur
Titulaire de Ganagobie . Dom
Michel Rochette Recteur de
S. Martial d'Avignon. Dom
François Pouget , Prieur Titulaire
de S. Germain des Foffes
& parent du celebre Pere
Pouget de l'Oratoire. Dom
Louis Girard Chantre de
Nogent , Prieur d'Haponvilliers;
& pour la nouvelle ObfervenceDomHugues
Donna-
Dieu , Prieur Clauftral de Sauvigny.
Dom Henry Ferrieres ,
Mars
1709.
K
114 MERCURE
Prieur
Prieur de l'Abbaye de Maufac
Dom Benoist du Vair , Prieur
Clauftral de Moras. Dom
Deicole Hugonet
Clauftral de Vaux fous Poligni.
Dom Gilbert Conffion ,
Aumônier Titulaire de Cluny;
& Dom Ode Berner , Chantre
Titulaire de Cluny. Son
Eminence fuivie de ces treize
Definiteurs monta à la Chambre
du Definitoire , où ayant
pris fceance avec les Definiteurs
on procéda à la premiere action
du Definitoire, c'est à dire
à l'Election de quinze nouveaux
Definiteurs , & on choifit
GALANT 115
fix Scrutateurs , fçavoir Dom
Malo Grand Vicaire de l'Abbaye
de Moutiers , Dom Giraudet
Pricur de Charlieu pour
l'ancienne Obfervance , & Dom
Laurent Berton compagnon
d'ordre de Jacques Pieddan ,
Senieur de l'Abbaye & Dom
Charles Vernier pour la nouvelle
Obfervance , car ce fut
au fujet de l'Election de ces
nouveaux Definiteurs qu'il arriva
quelques conteftations qui
empecherent l'heureuſe exécution
des deffeins pour lefquels
ce Chapitre General
étoit affemblé. Mr du Vair
Kij
116 MERCURE
l'un des Definiteurs de la nouvelle
Obfervance remontra
lors de l'Election des Scrutateurs
qu'il falloit fe conformer
à l'Arreft du Confeil d'Etat
du Roy du 30. Aouſt. 1705 ,
qui ordonne que les reformés .
procéderont à l'Election de
leurs Definiteurs par des Scrutateurs
par eux chofis . Sur cela
Son Eminence ordonna la
lecture de l'Arreft & en le
lifant on remarqua qu'il.commencoit
par ordonner l'exécution
des Chapitres Generaux
des années 1676. & 1678. &
pour mieux juger de l'efprit de
GALANT 117
NA
l'Arreft , on fit la lecture des
Pocés verbaux deces Chapitres,
ce qui acheva cette fceance ,
ainfi que de l'aprés diné & celle
du Lundy 8 Octobre , &
cette lecture fit voir que ces
deux Chapitres avoient efté
affemblés en prefence des
Commffiaires du Roy , &
qu'ils ordonnoient de même
que l'Arreft de 1705. de fe
conformer dans les élections
aux Bulles des Papes Gregoire
IX . Nicolas IV. & Calixte III .
ce qui donna occafion de faire
la lecture de ces Bulles , & on
remarqua par cette lecture que
118 MERCURE
le Pape Nicolas IV. voulant
reformer tout l'Ordre de Cluni
, avoit fixé les Chapitres Generaux
, & déterminé le nombre
de quinze Definiteurs pour
eftre conjointement
Juges
Souverains de la Police & de la
difcipline reguliere de l'Ordre ,
& à l'égard de la Bulle de Calixte
III . on remarqua qu'elle
confirmoit celle de Nicolas
IV. & qu'elle reüniffoit l'autorité
de l'Abbé à celle des
des Definiteurs. Cette lecture
eftant finie Son Eminence
dit qu'il s'agiffoit de concilier
l'Arreft de 1705. avec les
GALANT 119
с
Bulles aufquelles il renvoyoit .
Le Mardy 9 Octobre on
tint la troifieme ſceance &
chacun y cut opiné
aprés que
fur les difficultés qui avoient occupé
la precedente
ſceance &
que tous à la referve de quatre
de la nouvelle
Obfervance
fe
furent rangés à l'avis de Dom
Charles de Goué qui dit que
pour concilier
l'Arreft
avec
les Bulles des Papes ſuivant
l'intention du Roy , il ne trouvoit
rien de mieux que de laiffer
les Religieux
de l'ancienne
Obfervance
dans le droit de choifir
leurs Definiteurs , & ceux
120 MERCURE
de la nouvelle de choifir les
leurs hors de la prefence de
l'Abbé General , & de referer
les deux Elections dans le commun
Definitoire , pour y être
inferées conformement à l'Arreft
, & que les quinze Definiteurs
inferant avec les leurs ,
les Elections de la nouvelle
Obfervance on concilieroit
l'Arreft avec les Bulles des Papes
& les Chapitres Generaux
& qu'ainfi ces Elections feroient
Canoniques & donneroient
la paix aux confiences ,
puifque les Bulles des Papes
ne donnoient l'autorité Apof
tholique
GALANT 121
tolique qu'à quinze Definiteurs
conjointement . Cet avis fut
rejetté par quatre Definiteurs
de la nouvelle Obfervance ,
qui par là donnerent lieu à la
rupture du Chapitre que Son
Eminence declara diffous dans
cette même féance , aprés
avoir lû un Memoire qu'elle
avoit preparé fur ce fujet ,
dans lequel il y avoit des traits
fi touchans qu'ils tirerent des
larmes des yeux de quelques
Definiteurs & aprés avoir
long temps infifté fur le prejudice
que l'Ordre fouffriroit
de cette diverfité de fentimens ,
Mars
1709. L
122 MERCURE
Elle fit connoître que le veritable
efprit de l'Arreft étoit de reünir
dans un feul & même D‹finiteur
un feul & même regimé
les deux Obfervances & que
toute autre explication de l'Arreft
étoit captienfe . Elle declara enfin
Dom Ildefonfe Sarafin Vicaire
General de la Reforme & Archidiacre
de l'Abaye de Cluny
& confirma les Definiteurs
du Chapitre jufqu'au nouveau
aprés quoy l'Affemblée fe ter
nina.
Je devois en vous parlant
du Sacre de Monfieur du
Ding , Evêque de Lauſanne
GALANT 123
1
& Commandeur de Malte, y
ajouter ce qui fuit touchant
cet Ordre , & qui doit paroitre
fort curieux . Cet , Ordre Militaire
eft compofé de trois
Rangs . Le premier ; eft celuy
des Chevaliers de Juſtice ; pour
être
reçu
au de là de cent ans de
Nobleffe
, tant
Paternel
que Maternel
; le Second
eft celuy
des
Chevaliers
d'Eglife
qui
font
apelés
communement
Preftres
Conventuels
dudit
Ordre
, duquel
rang
on remplit
les Dignités
d'Evêque
de
Malte
, & celle
de
Grand
il
faut
prouver ,
Lij
124 MERCURE
Prieur de l'Eglife Conventuele ,
& General de tout l'Ordre
les deux premieres Dignités
font decorées de la Grand-
Croix , & elles ont la premiere
féance dans le Confeil , qui
cft compofé du Grand -Maitre
, & de tous les Grands-
Croix Conventuels ; le troifieme
Rang eft celuy des Chevaliers
Servans d'Armes , qui
prouvent ces deux derniers
Eftats pour eftre Reçus , trois
Generations , Paternelles &
Maternelles; qu'ils n'ont exercé
aucun Art mecanique , & qu'ils
ont vecu noblement : & quand
GALANT 125
il s'agit de proceder à l'Election
du Grand Maitre qui eft
le Chef & le Superieur de
tout l'Ordre , il faut un Che
valier de chaque Rang , fçavoir
un Chevalier de Juſtice ,
un Chevalier d'Eglife ou Preftre
Conventuel , un Chevalier
Servant d'Armes que l'on apele
Triumvirat , qui proclament
ledit Grand Maitre puis que
tout l'Ordre leur en confie
entierement
le pouvoir.
Je paffe au Service dont je
vous ay promis de vous entretenir
ce mois cy , & que Mr
le Duc de Noailles a fait faire
I iij
126 MERCURE
dans l'Eglife des Feuillans de
la rue faint Honoré , pour feu
Mrle Marechal Duc de Noailles
fon Pere.
Le grand Portail de cette
Eglife , & celuy de la court
étoient tendus de drap noir ,
fur lequel étoient deux bandes
de velours noir chargées
d'Ecuffons aux Armes du Défunt
; & l'on en remarquoit
un fur le grand - Portail qui
avoit plus de 12. pieds de haut
On entroit enfuite dans .
l'Eglife , & l'on étoit d'autant
plus furpris que rien ne paroiffoit
plus brillant ny plus maGALANT
127
gnifique , quoy que l'on eut
efté informé que Mr le Duc
de Noailles eut par modeftic
ordonné qu'on n'employaft
aucune figure , & qu'on retranchaft
mêmejuſqu'aux Attributs
dont on fe fert ordinairement
pour décorer les Reprefentations
que l'on éleve
pour ces fortes de Services.
Et en effet on n'y voyoit rien
de tout cela ; mais Mr Berin
Deffignateur ordinaire du Cabinet
du Roy , qui depuis un
grand nombre d'années a fait
tous les Deffeins des Pompes
Funebres qui fe font faites à
128 MERCURE
faint Denis & à Noftre- Dame
par ordre de Sa Majeſté , & à
qui l'on doit celle que Mr le
Prince d'aujourd'huy fit faire
dans l'Eglife de Noftre- Dame
pour feuë S. A. S. Monfieur
le Prince fon Pere , &
qui a paffé pour une des plus
belles chofes de cette nature ,
dont on ait ouy parler dans
aucun Siecle. Mr Berin , disje
, avoit fait dans cette occafion
, tout ce que l'Art & l'imagination
luy avoient pû
fournir pour orner l'Eglife
des Feuillans , & la Reprefentation,
d'une maniere qui proGALANT
129
duifoit un plus brillant effet ,
& furprenoit d'abord la vue ,
que d'autres n'auroient peuteftre
pû faire en employant
toutes les chofes dont on l'avoir
prié de ne fe point fervir;
& cependant avec du
Drap noir , du Velours , des
Ecuffons , des Chandeliers &
des Girandoles de fer blanc ;
mais dorées , & conftruites de
diverfes manieres avec un
grand nombre de lumieres , il
avoit compofé un tout enfemble
qui furprenoit tellement
qu'il falloit beaucoup
de temps pour déméler tout
130 MERCURE
ce que l'on voyoit.
Le jour de toutes les vitres
eftoit fi bien fermé , que l'Eglife
n'étoit éclairée que par
les lumieres qui reflechiffant
fur le Velours , fur les Ecuffons
dorez , & fur le grand
nombre de Chandeliers de diverfes
figures qui l'eftoient
auffi , formoient un fpectacle
brillant & lugubre tout enfemble
, ainfi que le demandoit
la Ceremonie pour laquelle
tout cet appareil avoit
efté dreffé .
Le Grand Autel de l'Eglife
des Feuillans eftant tres
GALANT 131
magnifique
, & l'Architecture
en eſtant toute dorée , on n'avoit
tendu de noir que les
fonds de cette Architecture
,
& cette tenture eftoit ornée
des Armes & des Chifres de
la Maifon de Noailles. Il
avoit au bas de grandes Girandoles
, qui portoient
des
flambeaux
qui finiffoient
en
maniere de Cierges. Les Cou
ronnemens
de l'Autel, & toutes
les Corniches
, eftoient
bordées de flambeaux
faits pareillement
en Cierges , & por
też par des fleurons dorez. Les
Autels de toutes les Chapelles.
132 MERCURE
étoient auffi tous illuminez ;
mais d'une maniere qui faifoit
plaifir à voir.
Toute l'Eglife eftoit tendue
de deuil , ainſi que vous
avez déja dû remarquer , & la
Tenture , qui commençoit au
deffus des Chapelles , montoit
jufqu'à la voute. Toute
cette Tenture étoit ornée de
deux lez de velours , femez de
larmes d'argent , & l'on voyoit
fur toute la tenture des Armoiries
& des Chifres de 7.
à 8. pieds de haut.
Il y avoit au pied de ces Armes
, des Girandoles dorées ,
GALANT 133
qui portoient chacune cinq
flambeaux , & la Corniche
qui regnoit au deffus du dernier
lez de velours, eftoit remplie
de flambeaux qui fortoient
d'un grand nombre de
fleurons dorez, & qui n'étoient
qu'à un pied de diſtance les
uns des autres .
Le Maufolée étoit fimple ;
mais de tres bon gouft , &
éclairé par un grand nombre
de flambeaux en maniere de
Cierges , portez par de tres
belles Girandoles dorées & ene
richies d'ornemens .
Le Poil fur lequel étoit la
134 MERCURE
Couronne & le Collier de l'Or
dre fur un Carreau de Velours
couvert d'un Crefpe , étoit
magnifique. Le Dais étoit fort
elevé au deffus de la Reprefentation
; il étoit enrichi des Armes
& des Chifres de Noailles ,
& de plufieurs ornemens convenables
. Il y avoit aux quatre
coins de la Reprefentation
quatre Officiers de la Connef
tablic.
On avoit ofté toutes le
Cloftures des Chapelles , &
même les Confeffionnaux , &
ces Chapelles étoient remplies:
de Perfonnes de diftinction .
GALANT 135
Ceux qui étoient affis dans les
rangs , n'étoient point elevez ;
mais il y avoit derriere eux plufieurs
Gradins qui étoient auf
fy remplis de plufieurs perfonnes
; de maniere , que tout le
terrain étoit fi bien menagé
qu'iln'en reftoit point d'inutile.
La Mufique étoit placée dans
les deux grandes Tribunes
qui font aux deux coſtez du
Maiſtre Autel & dans leſquelles
on avoit elevé des Amphiteatres.
Cette Mufique formoit
deux Choeurs , & elle
étoit compoféé de cent trente
Perfonnes , tant Muficiens que
136 MERCURE
Symphoniſtes . Elle étoit de Mr
Bernier , Maître de Muſique.
de la Sainte Chapelle , dont
la reputation cft connüc. Aufli
eft il dans une place qui a toujours
efté occupée par les
meilleurs Maîtres.
A la fin de la Meffe , tous
les Religieux , au nombre de
cent ou environ , parce qu'il
en étoit venu de quelques autres
Convens de Feuillans
fortirent de leur Chocur , tenant
chacun un Cierge. Ils
firent les prieres acoutumées
dans une pareille Ceremonie ,
devant la Repreſentation .
A B
C
D
E E
GALANT 137
Le Plan qui fuit vous fera
connoître l'ordre dans lequel
étoient placez tous ceux qui
ſe font trouvez à cette grande
Ceremonie .
L
A. Le Clergé , les Evêques
au premier rang , & les Abbez
aux rangs fuivans.
B. Les Officians.
C. Les Ducheffes , & autres
Dames.
D. E. Les Perfonnes de
diftinction qui avoient eſté
invitées.
F. Les Officiers de la Maifon.
Gbps sup diy
La Chaire du Predicateur .
Mars
1709.
M
138 MERCURE
X
G. Deux Prie- Dieu ; Tun fut
ocupé par Mr le Duc de
Noailles , & l'autre demeura
vuide .
H. Quatre Officiers de la
Marcchauffée aux coins de
la Repreſentation
.
Je devrois vous parler de
l'Oraifon funebre qui fut
prononcée par le Pere de la
Ruë ; mais je remets à vous
en entretenir ailleurs. Vous
conoiffez fon efprit , fon Eloquence
, & la beauté de fon
genie. Ainfi vous devez être
perfuadée que cette Oraifon
funebre a merité les aplaudiffe"
GALANT 139
mens qu'elle reçut de toute
l'Affemblée ; la Ceremonie
commença à onze heures, & ne
finit qu'à quatre heures aprés
midy , que l'on en fortit en
donnant de grandes louanges à
Mr le Duc de Noailles , fur
tout ce qu'il avoit fait pour
honorer la memoire de feu Mr
le Marechal fon pere.
Un Mylord de la Cour
d'Angleterre connu par fon il-
Jultre naiffance par le rang qu'-
il occupe dans cette Cour ,
& par fon merite , ayant demandé
à un de fes amis exactement
informé de tout ce qui
Miij
140 MERCURE
s'eft paffé dans la Cour d'Angleterre
depuis environ un fiecle
, un détail de tout ce qui
regarde la vie & les actions du
feu Chevalier Windebank ,
dont la memoire eft fi cherc
aux Anglois fideles à la Royale
Maifon de Stuard , cet Ami
luy a envoyé la Lettre ſuivante
, ce qui pourra un jour fervir
de Memoire pour la vie de
ce Chevalier , que les perfonnes
les plus qualifiées de la
Cour d'Angleterre fouhaitent
depuis fi long - temps qu'on
donne au Public. J'ay cru cette
Lettre digne de voſtre cuGALANT
141
riofité . Elle eft tres belle , trestouchante
, & tres- attachante ;
de maniere que la lecture , qui
ne peut eftre que tres utile ,
doit faire beaucoup de plaifir ,
& fur tout à ceux qui regarderont
les bontez de Dieu ,
qui voulant fauver l'ame d'un
homme qui avoit merité d'être
né Catholique , luy a donné
la grace dont il avoit befoin
pour mourir en profeffant
la veritable Religion. Cette
Lettre eftant hiftorique , doit
plaire à toutes fortes de
fonnes.
per
142 MERCUKL
A MONSIEUR
***
MONSIEUR .
Je fuis ravi que vous vous intereffiez
d'une maniere fenfible à
tout ce qui regarde le Seigneur de
Windebank, & que vous m'ayez
engagé à vous écrire toutes les
particularitez de fa vie. La fidelité
d'un Anglois de cette condition
, les circonftances fingulieres
de la vie de ce grand homme
,font dignes de voftre attention.
F'en fuis plus inftruit qu'an
autre parplufieurs Memoires qui
B
GALANT 143
me font tombez en main , & par
la connoiffance que j'ay de fon il
luftre & vertueufe fille la Reli
gieufe à qui fay pluſieursfois en
tendu parler des vertus de fon po
re , qu'elle exprime auffi bien par
fes regrets , que par fes recits.
Le Chevalier de Windebank ér
toit premierMiniftre deCharles I.
On ne peut avoir plus de candeur
d'integritéqu'il en avoir. Mais
-ayantfuccé l'erreur avec le lait ,
il avoit bien toutes les vertus
d'un honneste homme , mais il n'avoit
pas les lumieres d'un vray
Chreftien. Il naquit en 1582.
au mois d'Aouft. Son grand-pere 1
144 MERCURE
qui fut Gouverneur de Calais ,
avant que cette Place fut au nombre
des Conqueftes de la France ,
époufa une illuftre heritiere du
Pays de Galles , dont le pere avoit
rendu de grandsfervices à la Couronne
d'Angleterre
fous le regne
de la Reine Marie , fille aînée de
Henry VIII. fon fils qui fut
pere de François de Windebank
dont je vous parle , épousa auffi
une fille d'une illuftre Maiſon appellée
Timock , de la race des
"Champions du Roy , dignité à
laquelle appartient d'eftre en armes
lejour de la reception du Roy ,
e de maintenir fon droit à la
C
Couronne
GALANT
145
Couronne contre tous ceux qui le
voudroient
difputer. Mais
fansm
arrefter au détail de l'ancienneté
de la Maifon du Seigneur de Windebank
, je dois
feulement vous
dire ce qui s'eft trouvé de plus admirable
dansfa
perfonne . Ce n'est
point fur la gloire de fes Anceftres
qu'il a établi la fienne. Une vie
cultivée
par les belles Lettres
inftruite par les
voyages , polie par
le choix de la Societé , fut bientoft
dans un auffi beau naturel
que lefien , remplie des vertus qui
font un grand homme. La fageffe
l'éruditionqu'on luy
remarqua
dans fa jeuneffe , luy attirerent les
Mars
lars 1709 . N
146 MERCURE
fon
premieres Charges du Royaume.
Ilfutfait Secretaire d'Etat , &
il s'acquitta de cette Charge en
Heros. La Juftice eftoitfon Etoile
Polaire , fon courage
Zele pour le fervice du Roy , faifoient
qu'il ne trouvoit rien d'impoffible
pourvu qu'il fust juste.
L'on peut dire de ce grand homme
ce qui fut dit d'Agrippa : que
l'Empereur & la Republique
s'eftoient rendus un grand fervice
en luy donnant le Gouvernement
des affaires . C'eftoit
l'homme le plus humain qui ais
jamais efté. Quoique fa Religion
luy infpiraft une oppofition natu
GALANT
147
relle pour les
Preftres du
Seigneur,
fon
humanité le
rapprochoit de ces
hommes Saints. Il ne
pouvoitfupporter
la cruauté des Loix d'Angleterre
contre les Preftres ; & il
employa le pouvoirque fa Charge
de
Secretaire
d'Etat luy donnoit ,
pour accorder des Lettres de remiffion
à tous ceux qui estoientfurpris
dans
l'exercise des
fonctionsfacer
par cette fainte com
dotales ,
paffion , il fauva la vie àfoixan
te- quatorze Preftres.
Dans le tempsqu'il fut
premier
Miniftre
d'Angleterre
, l'intereft
des
Princes de
l'Europe
eftoit de
nepas laiffer une Paix fiprofonde
Nij
148 MERCURE
dans le coeur de l'Angleterre. La
facilité qu'il y avoit de faire entrer
la difcorde dans ces Etatspar
la difference des Religions des Ecoffois
des Anglois , Sujets
d'un même Roy , qui font comme
des animaux de differentes efpeces ,
attachez à un mefme joug , fit.
arriver une revolte ; enfuite l'herefie
confpira contre la perfonne
du Roy ; & aprés avoir répandu
fon fiel dans la plupart des coeurs
defes Sujets,ils commencerent leur
Rebellion , en ôtant au Roy les
yeux & les bras ; c'eft- dire fes
plus grands ,fes plusfideles & fes
plus éclairez Sujets. Le Viceroy
GALANT 149
d'Irlande , l'Archevefque de Cantorbery,
le Secretaire d'Etat
de Windebank ; furent accufez
au Parlement en la prefence
du Roy , d'avoir contrevenu aux
Loix du Royaume ; c'est- à - dire
d'avoir efté fideles au Roy en tou
tes chofes.
Le Chevalier de Windebank ,
voyant fa perte affurée , & ne
pouvant rien dire pourfa justifi-
"cation , qu'il ne fit connoître qu'il
n'avoit rien fait que fuivre les
ordres du Roy , demanda à Sa
Majefté la permiffiondefe retirer,
fa perte étant inevitable. Le Roy
le luypermit avec autant de dou-
Niij
150 MERCURE
de
leur que de promptitude ; mais ne
pouvant le deffendre prefent , il
nefongea plus qu'à se l'assurer
éloigné. Le Chevalier de Windebank,
n'eut que quatre heures
temps pourfaretraite. Le Vice-
Toy d'Irlande & l'Archevêque
de Cantorbery n'ayant pú fe
retirer affez toft , éprouverent à
Londres ce que Socrate fouffrit à
Athenes. Cefont des hommes dont
la memoire fera recommandable
dans tous les fiecles , pour avoir
donné leurs teſtes pour conferver
leurfidelité.
La Providence conduifit lespas
du Chevalier de Windebank , car
13
GALANT 151
il évita le danger d'eftre pris dans
grandVaiffeau où il s'eftoit em
barqué pour paffer en France en
changeant de Vaiffeau par une inf.
piration particuliere.
des bons
Dés qu'il fut en France , le
Nonce du Pape alla le voir pour
luy offrir toutes fortes de fecours
au nom de Sa Sainteté étant inf
truite de fa qualité
Offices qu'il avoit rendus à l'Eglife;
mais ce fidele fujet le réfufa
, craignant que cette communi
casion avec le Pape , ne fift tort
aux affaires du Royfon Maiftre.
Il avoit eftéfi dignement dans fa
profperité le foutien du Throne
N iiij
152 MERCURE
こ
d'Angleterre , qu'il n'avoit garde
dans fa vie privée d'avoir moins
en veuë tous les interefts de la
Couronne.
Difons de ce Miniftre ce que
Ciceron dit de luy même : Il ne
fut jamais fi grand que dans fa
chûte. Il eft auffi élevé dans fa
vie privée , que Ciceron le fut
dans fon banniffement. Ilpaffe de
l'application des affaires à l'étude
de la verité; il devint Philofophe :
comme Seneque fous Neron ,
Papinien fous Antoine , ont tous
deux fait les mêmes fonctions que
luy envers la Republique , ilfuivit
leurs maximes dans fa retraite.
GALANT 153
*
C'est dans cet état qu'il reçut
la confolation de voir Me fon Epoufe
& fes deux filles , qui ne
pouvant vivre fans luy , paffe
rent en France, & abandonnerent
tous leurs biens . Il ne jouit
pas long-temps de la douce focieté
de fon Epoufe , Dieu la luy enleva
. Cette perte luy caufa la
derniere douleur , & quoyqu'ilfe
vit dans ce même temps obligé de
retourner en Angleterre par
dre du Roy , il n'eftoit point detourné
de fon mortel chagrin ,
il ne donna que tres-peu de temps
à ce
voyage.
Tor-
Il difoitfouvent que toutes les
154 MERCURI
guerres inteftines de l'Angleterre
eftoient des châtimens de la vengeance
Divine qui punißoit les
violences & lesfacrileges de Henry
VIII. que Dieu rendoit le change
à la Reine Elifabeth qui avoit
favorife d'armes de finances la
Rebellion des Hollandois contre le
Roy d'Espagne , celle des Suedois
contre le Roy de Pologne ,
celle des Rochelois contre le Roy
de France.
Mais fi les fentimens de ce
grand homme étoient admirables ,
il luy manquoit cette grande qualité,
l'unique neceffaire : la ve
ritable Religion : hors du Sein
GALANT 155
de l'Eglife point de perfections ;
mais Dieu qui l'avoit formé d'un
naturelfi excellent , luy refervoit
une plenitude de graces aufquelles
ille preparoit par cette voye feure
de l'affliction.
Le Chevalier de Windebank
avoit fouvent avec les perfonnes
les plus doctes de grandes Confe
rences fur les veritez de la Religion
, mais quelques raiſons convaincantes
que Fon pût luy donner,
il ne fe rendoit point. Cette
heure de Mifericorde qui devoit
le faire paffer des tenebres à la
lumiere n'eftoit point encore venue,
Dieu qui fe fert des cho156
MERCURE
fes les plus fimples pour accomplir
les plus grandes , n'avoit encore
donné le grandjour de la verité de
noftre Religion qu'à une de ſes
filles qui s'étoit fait Catholique
fon infceu. Il fut inftruit de fa
converfion , il n'eut point contre
elle tout le reffentiment qui eft
ordinaire dans ces occafions. Cette
vertuenfe aimable perfonnefur
laquelle les Mifericordes de Dieu
Je répandoient avec abondance ,
eftoit toute embragée du defir de
la converfion de fon Pere. Elle
fut tres mortifiée quand unfaint
Preftre à quifon Pere avoit autrefois
fauvé la vie , vint pour luy
GALANT 157
de
fes
contoutfon
rendre le bon office de l'inviter àfe
convertir. Car fes raifons
prieresfurent fans effet . Le Che
valier de Windebank ne fe rendit
point àtoutes les preuves
viction que luy put donner ce
docte Prêtre qui auroit de tout
coeur defire de luy procurer la vie
Spirituelle, en reconnoiffance de la
vie temporelle que ce Seigneurluy
avoit confervée. Mais les afflie
tions ne l'avoient point encore af
fez preparé à la grace de la lumie
re . La douleur qu'il euft, en apre
nant la mort defonfils , àqui l'injuftice
venoit d'arracher la vie
fut le dernier trait des Miferi158
MERCURI
*
cordes de Dieu. Ce coup cruel
abatit ce naturelfier qui le faifoit
refifter à la grace qui le pourfuivoit.
Sa confternation dans ce ren
contre aida le zele de fa vertuenfe
fille qui ne manquoit aucune
occafion de l'éclaircir. Elle lay
parla avec tant de force & tant
de tendreffe , qu'elle ébranla la du
reté de fon coeur. Il lay promit
de faire attention à la Religion
Catholique , & d'examiner ferieufement
ce qu'il devoit faire.
pour cela. Peu de temps aprés , il
tomba malade. Sa fille attentive
au bonheur de fon Pere , profitoit
des moments qu'elle paffoit auprés
GALANT 159
de luy , & aprés avoir répandu
fes larmes devant Dieu , elle en
verfa devant luy. La fainteté de
fes exemples , l'onction de fes paroles
, &fur tout la Mifericorde
de Dieu briferent la pierre de fon
coeur. Une certaine lumiere inconnuë
pour luyjuſqu'alors , fe
répandit dansfon ame un Sentiment
interieur de foy & de conponction
le transporta de la region
des morts à la terre des vivans.
Il dit à fa fille qu'il reconnoiffoit
fon erreur , & auffi- toft ilfit af
fembler fa famille pour declarer
le deffein qu'il avoit d'abjurer
Herefie. Il luy dit : Scachez
160 MERCURE
que la refolution que je prens
aujourd'huy de me faire Catholique
, & de vivre & mourir
dans l'obeïſſance de l'Eglife
Romaine , ne m'eft point
venue par des confiderations
humaines , ni par le fruit des
diſputes que j'ay euës fur la Religion
: mais
de
par
la
feule
grace
Jefus- Chrift à qui il a plû
de regarder l'humilité & les
larmes de fa fervante , ma fille
que voilà.
On peut dans cette occafion
regarder cette vertueufe Demoi--
felle, comme exerçant lesfonctions
de l'Apoftolat. Dieu la preparoit
GALANT 161
à eftre fon épouse par ce Miniſtere
Saint , dont elle fuivit tout l'ordre
dans la fuite de la converfion de
Jon Pere. Comme la Providence
s'eftoit fervie d'elle pour conduire
Son pere à la lumiere de la verité,
elle s'en fervit auffi pour le con
duire à la gloire. Sa maladie eftant
'augmentée , il demanda le Sacrement
de Confirmation qui le fortifia
redoubla l'ardeur de fa
Charité. Safille pendant le cours
defes mauxfortifioit& admiroit
fa patience. Son coeur eftoit l'écho
des plaintes defon pere. Sa tendreffe
tuy faifoit fentir la moitié
de fes douleurs , pendant que par
Mars 1709. O
162 MERCURE
defa
fermeté elle relevoit le courage
de fon pere. Elle dont les larmes
avoient efté victorieuses quand il
s'eftoit agi de fa converfion ,
vint elle- même victorienfe de fes
larmes pour la confolation de fon
pere, & dans lacrainte de l'affliger
, elle fuivit par fes foins &
avecfes prieres , le trifte cours de
fes maux. Elle accompagna fes
foupirs, elle reçut fes leçons , elle
contempla fa foy jufques au moment
¸ ou la douleur& lapatience
le mirent dans le fein d'Abrabam.
Si le Chevalier de Windebank
n'a fervi de Perede famille que
1
GALANT 163
dans la derniere beure , il a ce-
& pendant reçu la même recompenfe
de ceux qui viennent de grand
matin. Dieu a tranché fes jours
dans les momens les plus faints de
fa vie. Il a voulu l'exempter de
la trifte vûë des miferes de fa
Patrie. Illuy a caché la tyrannie
de fa Nation : le Throne Royal
abatu , le Roy dépouillé de fon autorité
, ayant perdu fa couronne
&fa vie , tous les gens de bien
oppriniez la Puiffance ufurpée
par les Tyrans , les Eglifes prophanées
, la Religion abolie , la
rebellion d'un peuple ingrat , &
toutes ces calamitez publiques
O ij
164 MERCURE
le
a
aufquelles toute fa fidelité & fon
courage n'auroient pú remedier ,
Dieu les luy a cachées ; &par une
mifericorde particuliere pour cet
homme jufte, il ne l'a fait fortir
de fa puiſſance , que pour le faire
arriver à la perfection . C'est dans
dépouillement de fa grandeur
qu'il a reçû cette vive lumiere de
lafoy , qui a mis leprix aux oeuvres
de fa probité , & qui a fait •
parfaitement honnefte homme
, un veritable Chreftien. Tout
le cours de fa wie a eſté une préparation
à fa converſion. Ilfur
bon Sujet , bon Citoyen , bon Mary,
bon Pere , & bon Chreftien.
d'un
GALANT 165
Il prefera toujours l'intereft du
Prince , an fien ; l'intereft de fa
Patrie , à celuy de fa famille. Il
furEpoux fidele , Pere tendre
Chreftien accompli . Dansfes derniers
jours il vivoit defa foy, &
on peut dire
que fa Charité futfi
grande , qu'elle le mit dans la gloire
Dieu luy preparoit éternelle- que
ment.
Voila , Monfieur , un petit détail
de la vie , du caractère , &
des revers cruels qui font arrivez
au Chevalier de Windebank ,
premier
Secretaire d'Etat en Angleterre.
Je fuis avec une parfaite
confideration , voftre tres - humble
166 MERCURE
tres-obeïfant ferviteur , D.
Mr Merlin de la Ville de
Bouën , en Foreſt qui appartient
à Mr d'Hyvours ) dans
le Diocefe de Lyon , foûtint
il y a quelque temps des Thefes
de Droit Canonique dans
l'Eglife des Dames de Saint
Pierre de la même Ville . Elles
eftoient dediées à l'Abbeffe de
ce Monaftere , à la tefte def
quelles on voyoit fon Portrait.
Il les ouvrit par une Harangue
qu'il adreffa à cette Dame ,
où aprés l'avoir extremement
loüée , il mit comme fous un
coup d'oeil tous les Heros de
*
1
GALANT 167
{
fa maifon, parmi lefquels il parla
fort de FabiusLeon , qui s'alliaà
la Maifon Imperiale deLu
xembourg, deCharles qui s'allia
à celle d'Ailly, & enfin d'Almeric
Bienfaiteur de l'Abbaye
de Saint Pierre , & qui mourut
peu aprés le martyre de
Saint Irenée Evêque de Lyon ,
au commencement du troifiéme
ficcle de l'Eglife.
Mr Merlin acquit beaucoup
de gloire dans cette action ,
& il reçût de grands applau
diffemens pendant le cours de
la difpute ; on l'attaqua fur
toutes les difficultez les plus e168
MERCURE
pincufes de la Jurifprudence
Canonique , & il y en eut peu
fur lesquelles le Soûtenant
n'eût occafion de parler , & de
donner des
preuves
de fa ca
pacité. Mr Teraffon , Cuftode
de Sainte Croix , & Docteur
en Droit Canon , argumenta
long- temps & avec force ;
mais quelques fubtiles que fuffent
fes objections , Mr Mer
lin les refolut toutes avec beaucoup
de folidité , & ſans mar
quer le moindre embaras.
Toutes les perfonnes de naiſ
fance & de diftinction
de Lyon
affifterent à cet acte , & il y a
long- temps
GALANT 169
long- temps qu'on n'a vû dans
une pareille occafion une Affemblée
auffi belle & auffi
nombreuſe
. La plus grande
partie des Comtes de Saint
Jean y aflifta , de même
toute la Communauté des Dames
de Saint Pierre.
que
Mr Soubés , Licencié de
Medecine à Avignon y a ſoûtenu
une Theſe fur un fujet
affez fingulier , ayant pour
Prefident Mr Gaftaldi , Docteur
& premier Profeffeur dans
la Faculté d'Avignon . Une Dame
d'Avignon jeune & bien
faite a eu neuf enfans, que par
Mars
1709 . P
170 MERCURE
une tendreffe peu ordinaire
aux meres , elle a voulu allaiter
elle- même , excepté qu'aprés
avoir nourri pendant deux
mois le dernier , elle fut obligée
de ceder aux preffantes inftances
de fon mari & de le remetre
à une nourrice . Elle n'-
employa pour arreſter ſon laict
que des remedes fort communs
, fe repofant du reſte ſur
fa bonne & vigoureuſe conftitution
; elle eſtoit cependant
fujette à des foibleffes d'eftomach
, qui augmenterent confiderablement
quelque temps
aprés , avec une pefanteur , un
GALANT 171
grand dégoût , & de frequens
vomiffemens ; il en falut venir
aux purgations & au vin éme
tique , & la malade s'en fentant
foulagée , remit le reſte
aux forcés de la nature , & pafſa
ainfi 6. mois tantoft plus
mal tantoft mieux , jufqu'à ce
que les vomiffemens eftant revenus
plus violens , & la fievre
s'eftant declarée , il fallut recourir
au fecours de la Medecine.
En l'absence du Medecin
ordinaire Mr Gaftaldi fut appellé
, & ordonna deux fai
gnées & une forte medecine ,
laquelle demeura fans aucun
Pij
172 MERCURE
effet pendant 40. heures , &
fans que le fecours des clyſteres
pût la determiner à agir ;
enfin une prise de vin d'abfinte
empreint d'efprit de fouffre ,
fit operer le remede . La Dame
rendit vingt- cinq pierres , enfuite
52. & enfin 25. & elle
fe porta bien. Ces pierres étoient
de couleur blanchâtre
ou cendrées , de diverſes figures
, de differens poids , depuis
4. grains jufqu'à 30. & toutes
enfemble pefoient 2075.
grains ou 3. onces & 1 1 .
grains.
*
Mr Gaftaldy prétend , &
GALANT 173
MrSoubés la foutenu fous luy,
que le laict de cette Dame ne
pouvant plus couler dans fes
conduits ordinaires , & fe répandant
dans tout le corps , fe
dépofa principalement dans le
fond de l'eftomach comme
dans la partie la plus foible ,
où de la coagulation
, il paſſa
à la petrification , & il pretend
que les Eaux Minerales font
un bon remede en ces occafions
. Mr Schenekius Medecin
de Haguenau raconte
plufieurs Hiftoires qui ont
du raport à ce qu'on vient
de lire de la Dame d'Avi-
Piij
674 MERCUR E
gnon ,
dans fon Traité de la
generation de la Pierre ; mais
il n'en eft point de fi extraordinaire
que celle du fieur de
Lepine Maiftre d'Hoſtel de
Mr le Marquis de Caraman ,
& dont Mr Tolet , feul Operateur
du Roy pour l'extraction
des pierres , parle au 3°.
chapitre de fon Livre de la Lithotomie
: il dit que ce Maiftre
d'Hoftel l'avoit affeuré qu'il
en avoit rendu plus de 500. , &
qu'il luy en fit voir au moins
une centaine , en l'affeurant
qu'il en avoit donné un tresgrand
nombre ; ce Maiſtre
GALANY 175
d'Hoſtel luy permit d'en prendre
cinq , & il en remarqua
parmi celles qu'il vit , plufieurs
qui reffembloient fort à
des cailloux par leur dureté &
poliffure en quelques endroits ,
& comme s'ils euffent efté rompus
; il y en avoit de couleur
noire , d'autres d'un gris fale ,
& d'autres un peu blanchâtres
de toutes fortes de figures ir
regulieres. Mr de Lepine affeura
encore Mr Tolet , qu'il
en avoit rendu une qui pefoit
plus de huit onces. Il y en avoit
parmi celles qu'il luy fit
voir qui avoient plus de trois
P iiij
176 MERCURE
pouces de longueur & cinq
pouces de tour , & quelquesunes
faifoient du feu comme
des pierres à fufil . Mr de Lepine
ſe ſentit fort foulagé par
une vie reglée , par des purgations
réiterées de temps en
temps , & par l'uſage d'un fyrop
de fleur d'Eglantier , avec
de la poudre de cloporte ;
mais il en fouffroit une plus
grande douleur en urinant-
Mr du Pont , Gouverneur
de Pampelune a envoyé à Mr
de Bafville , Intendant de Languedoc
, une pierre fur laquelle
il y a une Infcription antiGALANT
177
que , & qui a efté trouvée
à
Calahorra
, Ville d'Espagne
fur les frontieres
de Caftille &
de Navarre . Voici la traduction
de l'Infcription
qui eft
latine : Je Bebricius
natif de Cálahorra
, ( qui fuis inhumé icy )
me fuis immolé aux Dieux Manes
de QUINTUS
SERTORIUS
,
m'eftant fait unfcrupule de Religion
de vivre aprés la mort de ce
grand homme , à qui les Dieux
immortels
fe communiquoient
toutes chofes , ( ou ) qui en toutes
chofes, eftoit femblable
aux Dieux
immortels
. Adieu , Paffant qui lis
cecy , & apprens , à mon exemple
en
178 MERCURE
à eftrefidele. Les morts quelques
dépouillez qu'ils foient de leurs
corps , ne laiffent pas d'eftre fenfibles
aux marques de fidelité. On
voit par ces paroles que c'eſt
icy l'épitaphe d'un Officier Eſpagnol
de la Ville de Calahorra
, creature de Sertorius , qui
avoit efté profcrit par Sylla ,
& qui s'eftoit refugié en Elpagne.
Cet Officier prévenu en
faveur de Sertorius , & perfuadé
, ainfi que ceux de fa nation ,
qu'il y avoit en ce General
quelque chofe de divin , s'eftoit
tellement attaché à luy qu'il ne
voulut point ſurvivre au malGALANT
179
heur de ce grand homme , &
que l'ayant vû miferablement
affaffiné par Marcus Perpenna
, Pretorien , il fe crut doublement
obligé par un devoir
d'amitié & de religion de mourir
& de fe facrifier aux Manes ,
de ce vaillant Capitaine . C'étoit
une choſe ordinaire parmi
les Grecs & les Romains de fa- .
crifier fa vie pour la Patrie ,
pour le Prince , & pour un
Ami , c'eft ce qu'ils appelloient
Devoverefe , c'est à dire , fe facrifier
, s'immoler ; c'eſt ainfi
que Codrus , Roy des Atheniens
fe livra à la mort , que
180 MERCURE
Curtius Chevalier Romain fe
jettá dans le gouffre qui s'étoit
ouvert à Rome , & qu'Alceste.
fe livra à la mort pour fauver
la vie à Admette fon époux .
Les Hiftoriens font remplis de
ces exemples d'une generofité
feroce qu'ils nommoient mal
à propos , pietas , cbaritas , de-
-votio.
Madame d'Avefnés , Prieure
perpetuelle du Monaftere de
Blye à Lyon , s'eftant trouvée
hors d'eftat à caufe de fon
grand âge & de fes infirmitez
augmentées par une chute
confiderable qu'elle a faite deGALANT
181
puis peu , de conferver
l'adminiftration
de fa maiſon , a refigné
fa Dignité à Me de Chandieu
Religieufe
de Sainte Colombe
lez Vienne . Cette jeune
Prieure eft d'une naiffance
tresdiftinguée
; elle eft foeur de M
de Lovaz & niece de M° la
au-
Marquife
de Leuville
présde qui elle a paſſé quelques
années avant qued'entrer
dans la Religion
; &
dans les divers voyages
qu'elle
a faits à la Cour avec Me fa
tante , elle y a eu l'approbation
de tout le monde , mais
la grace qui l'appelloit
à un
182 MERCURE
eftat plus parfait la retira du
monde , dans le temps qu'elle
pouvoit s'y former les plus
Aatteufes idées . Cette Dame
n'a que trente - cinq ans ; ainfi
elle eft dans un âge propre
travailler au rétabliſſement de
fa Maiſon , que le malheur des
temps a fait tomber dans
une trifte décadence. Me d'Avefnes
eft de Dauphiné , de
même que la nouvelle Prieure,
& d'une Maiſon auffi tresqualifiée.
Elle a gouverné cette
Maiſon aprés feuë Me de Châtillon
- Moyria. La nouvelle
Prieure eft proche parente de
GALANT 183
a
Me la Comteffe de Romans ,
de la Maifon de Bardonenche
& qui aprés avoir profeffé pendant
pluſieurs années la Religion
prétenduë reformée ,
embraffe la Catholique , où
elle donne de grandes marques
de fon zele & de fa pieté. Me
de Blie cft auffi parente de Mr
& de Me de Saint - Etienne
& de Mr de Guiffrey , Confeiller
au Parlement de Grenoble.
Le Monaftere de Blye
eftoit autrefois dans le Bugey
, où il y a encore un Village
de ce nom . Mrs du
Chapitre de Saint Paul ſe di184
MERCURE
fent les Patrons de ce Prieuré ;
il y à long temps qu'ils n'y ont
nommé , car les Prieures depuis
prés de cent ans fe le font
refigné les unes aux autres , cè
qui eft d'autant plus fingulier
qu'il eft rare de voir des Benefices
de Filles de Patronage Ecclefiaftique.
Dame N.... de la Riviere ,
Abbeffe de Nôtre - Dame de
Bons , Ordre de Citeaux , Diocefe
de Belley , eft morte dans
de grands fentimens de pieté.
Elle a eu la confolation en
mourant de voir fon Abbaye
rétablie par fes foins & par fa
ร
GALANT 185
prudence. Elle avoit fuccedé
feue Me du Chatelart
,
d'une ancienne maifon de Dauphiné
, & celle - cy à Me de
Laigues . Me de la Riviere laiffe
deux freres & deux fours .
Les deux freres ont eſté Capitaines
dans le Regiment
Lyonnois , & le Cadet , nommé
le Chevalier de la Riviere ,
en a efté Major. L'une des
deux filles eft Prieure d'un
Convent de l'Ordre de Fontevrault
en Forez , & l'autre eft
Carmelite
à Lyon . M l'Abbeffe
de Bons avoit efté Religieufe
à la Cofte , en Dauphi-
е
Mars
1709.
186 MERCURE
"
né ; elle eftoit âgeé de foixantecinq
ans .
M' le Comte de Reventlau ,
grand Chancelier de Dannemarck
, eft mort dans une de
fes terres de Jutland . C'eſtoit
un des Seigneurs des plus qualifiez
de la Cour de Coppenhague.
Il eftoit même allié à
la Royale Maifon d'Oldembourg
par deux endroits . Le
feu Roy de Dannemarck avoit
en luy beaucoup de confiance ,
& il l'avoit employé à des affaires
d'une conféquence tresgrande.
Il joignoit à une valeur
éprouvée dans les guerres
GALANT 187
de fon temps , une grande habileté
dans le Miniftere. Il
煎
avoit efté à la tefte du Confeil
fous le regne precedent & fous
celuy- cy il n'a pas eu moins de
part aux affaires . Sa Maifon eft
originaire de la Ville de Hambourg.
Il laiffe des enfans dont
l'aîné afort brillé en cetteCour,
demeuré quelques années icy ,
où il a fait une figure convenable
à fon rang & à fa qualité.
Il paffoit en ce temps là
pour un homme des mieux
faits , & il eftoit tres- habile
dans fes exercices. Le nom de
Reventlau eftoit déja connu
e ij
188 MERCURE
en Dannemarck fous le regne
de Chriftierne II. & ce fut un
Scipion de Reventlau qui contribua
le plus à la dépofition
de ce Prince , qui avoit rempli
le Dannemarck & la Suede de
meurtres & de carnages . Frederic
fon oncle & fon fucceffeur
fe fervit utilement de fes
confeils , & l'employa dans
toutes les affaires qui fe pafferent
fous fon regne .
Je repaffe en France , où eſt
le veritable fejour de la magnificence
& de la galanterie ,
qui ne quitte point la Princeffe
à qui les Vers fuivans font
adreffez
GALANT 189
A MADAME
LA DUCHESSE
DU MAINE.
SONNET.
Princeffe
,
Rinceſſe , vous joignez , à voſtre
caractere ,
Les attributs de l'ame , & les beau.
tez du corps ,
Etpar le compofé , de ces nobles accords
,
Vous fçavez devenir , maiſtreſſe en
l'art de plaire ,
&
Voftre efprit autrefois , appliqué fur
la Sphere ,
190 MERCURE
DesLignes & des Points , a connu
les rapports ,
Des Globes lumineux , a mefuré les
Corps ,
Et la declinaifon de l'Etoilepolaire .
ន
La Reine d'Albion , que l'onfert à
genoux,
Famais dans fonWithall , n'a brille
comme vous ,
Dés qu'à Seaux les Zephirs , careffent
la Jonquille
2
Vos doux amusemens , dont le mon
de eft charmé
Caufent plus de plaifir , que n'en
donne Spadille ,
Quand fur Bafte , & Manille , il
rentre à Point nommé.
Ce Sonnet eft de M' Caſſan.
GALANT 191
386
Si l'on entreprenoit de donner
les louanges qui font duës
à la grande Princeffe qui fait le
fujet des Vers que vous venez
de lire , des volumes entiers
ne fuffiroient pas . La
grande naiffance fe trouve en
cette Princeffe avec un eſprit
fuperieur. Il y a peu de Sciences
dont elle n'ait une teinture
, & il s'en trouve même
qu'elle fçait à fond . Il eſt
difficile de porter un jugement
plus jufte fur tous les Ouvrages
, & même d'Erudition , &
de fe connoiftre mieux en Poëfie
. Auffi perfonne ne pronon192
MERCURE
ce - t-il mieux des Vers que cette
Princeffe , & l'on les trouve
fouvent beaucoup plus beaux
dans fa bouche qu'ils n'ont
paru fur le papier. Sa generofité
va au de là de tout ce que
l'on peut imaginer ; de maniere
que l'on peut affurer qu'elle
n'a rien à elle . On peut dire
que lors qu'elle tient la Cour à
Seaux , on prendroit ce lieu
pour le Palais de la Magnificence
, & que cette Princeffe y
eſt toujours accompagnée
des
Graces , des Mufes , des Jeux ,
& des Ris . Elle doit eftre regardée
comme un parfait Modelle
GALANT 193
delle de la plus haute vertu , &
l'on ne peut pouffer plus loin
l'amour
conjugal que celuy
qui fe trouve entre cette Princeffe
& le Prince fon Epoux ,
dont l'efprit folide & brillant
eft generalement reconnu , &
dont les Lettres peuvent paſſer
pour des Chefs d'oeuvres. Il
n'y a point d'exageration
dans
ce que je viens de vous dire de
leur amour Conjugal , puis
que le plus grand Prince du
monde , a ſouvent dit , qu'il
devoit fervir
d'exemple.
Aprés vous avoir entretenu
d'une Princeffe qui parle fi bien
Mars
1709. R
194 MERCURE
腻
& fi jufte , je paffe à l'article
d'une femme qui ne laiffe pas
de parler quoy qu'elle n'ait
point de Langue .
On écrit de Lisbonne que
Mr le Comte d'Ericcyra , l'un
des plus grands Seigneurs de
Portugal , y a amené une fille
agée de 17 ans qui eft venuë
au monde fans Langue & qui
ne laiffe
pas de parler. Elle eft
née à Monfaraz dans le territoire
d'Elvas . Il ne paroift
dans fa bouche aucun veftige
de Langue ; mais elle s'apperçoit
qu'elle en eft privée lors
qu'elle veut manger , car il
GALANT 195
faut qu'elle mette un doit dans
fa bouche pour tourner les
Alimens , fonctions propres à
la Langue . Cette fille dit qu'elle
fent les gouts differens , &
qu'elle diftingue même la qualité
des Alimens. Ce qu'il y a
encore de furprenant en elle ,
eft qu'elle articule fort bien ,
quoy que le fon de fa voix foit
femblable à celuy des vieilles
gens , & fur tout des perfonnes
à qui le grand âge à fait
tomber toutes les dents. Mr le
Comte d'Ericeyra , qui a un
gouft naturel pour tes belles
Lettres , & qui a fort cultivé
Rij
196 MERCURE
le talent qu'il a pour la Poëfie
, a fait de tres jolis Vers fur
ce fujet . Leurs Majeſtez Portugaifes
ont voulu voir cette
jeune fille , & luy ont fait plufieurs
queſtions aufquelles elle
a répondu fort pertinemment.
Je reviens de Portugal en
France.
Je crois que vous vous fouvenez
de Mr de Saint Gilles
l'Enfant , puifque dés le temps
que j'ay commencé à vous écrire
des nouvelles , je vous ay
envoyé fes premiers Ouvrages
, & particulierement des
Fables qui curent l'avantage
GALANT 197
de vous plaire , & qui recurent
de grands aplaudiffemens dans
le monde. Les progrés qu'il fit
dans les Belles Lettres dans un
âge peu avancé ne le toucherent
pas affez pour l'engager à
s'y attacher entierement ; il ne
regarda fes Ouvrages que comme
un amuſement , & ayant
refolu de prendre le parti de
la guerre , il fe mit dans les
Moufquetaires dont quelques.
années enfuite il devint Sous-
Brigadier , & quelque temps
aprés il eut lo'rdre de Saint La
zare qui eftoit fort confiderable
en ce temps - là à cauſe des
R
iij
198 MERCURE
Commanderies que les Chevaliers
de cet Ordre avoient
lieu d'efperer ; mais les mouvemens
qu'il y eut enfuite
dans cet ordre reculerent pour
un temps les efperances de
ceux quieftoient les plus avancez.
Mr le Chevalier de Saint
Gilles eftant fort eftimé dans
fon Corps,avoit refolu d'y refter
, afin d'y monter par degrez
aux premiers Emplois ;
mais ayant efté bleffé & fait
prifonnier à la bataille de Ramillies
, on n'a pû depuis ce
temps -là apprendre de fes nouvelles
; ce qui a donné lieu de
GALANT 199
croire qu'il eft mort de fes
bleffures.
Ses premiers Ouvrages de
Poëfie ayant beaucoup réüffi ,
ainfi que je viens de vous le
marquer , il a efté tellement
follicité de donner de temps
en temps des Ouvrages de fa
veine , qu'il n'a pû s'empefcher
de fatisfaire là - deffus les perfonnes
qui luy en demandoient
; mais quoyque fa con.
verfation ne fuft pas des plus
vives , & qu'il parût froid à
ceux qui ne le connoiffoient
pas , fes Ouvrages ne laiſſoient
pas d'avoir beaucoup de feu.
R
iiij
200 MERCURE
Ils eftoient tous remplis d'efprit
, & d'une fine raillerie qui
les faifoient fouhaiter. On a
pris foin de ramaffer aprés fa
mort ce que l'on a pû en trouver
, & d'en faire un Volume
fous le titre de La Muſe Mouf
quetaire , Oeuvres Pofthumes de
Mr le Chevalier de Saint Gilles.
Ce Volume fe vend au Pa
lais , chez Guillaume de Luy
nes , à l'entrée de la Gallerie
des Prifonniers , à l'Image Nôtre-
Dame.
Auguſtin Hebert , à l'entrée
de la Grand' Salle , vis - à - vis la
Chapelle , à l'Image . Sainte
Anne.
GALANT 201
La veuve François Mauger
, au quatriéme Pilier de la
Grand' Salle , au Grand Cy
rus. T M.
La veuve J. Charpentier ,
au fixiéme Pilier de la Grand
Salle, à la Couronne d'or .
J'ay oublié de vous dire que
Mr le Chevalier de Saint Gilles
avoit efté Page de la petite
Ecurie, avant que d'entrer dans
les Moufquetaires .
Les Effais de Gravure que
Mr Bourdon , Maiftre Graveur
à Paris a commencé à donner
au Public depuis quelques années
, ont eu affez de fuccés
202 MERCURE
pour l'engager à les continuer ,
& il vient d'en donner un troifiéme
Livre au Public , intitulé
Effais de Gravure où l'on voit
de beaux Contours d'Ornemens ,
traitez dans le goût de l'Art ,
propres aux Horlogeurs , Orféures
, Cizeleurs , Graveurs ,
à toutes perfonnes curieuſes .
Toutes les Planches qui
compofent ce Livre font
faitement bien gravées , & font
plaifir à la veue. Il fe vend
chez l'Auteur , à la Place Dauphine.
parGALANT
203
A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
HE
SONNET.
Eros , ane gloire nouvelle
Va fignaler vofire valeur :
Le monde entier à votre zele
Devra la fin de fa douleur.
Ef- il une verta plus belle
Que celle d'un genereux coeur ,
Qui pour la caufe paternelle
Combat l'univerfel malheur...
3
c'eft pour unfils & pour un pere :
Le Ciel n'y peut eftre contraire
204 MERCURI
Et la terre doit fe flater ,
@
Qu'enfes generales alarmes ,
Puifque vous avezpris les armes ,
Vous allez les faire quitter.
Ce Sonnet eft de Mr de
Meffange dont je vous ayfou
vent envoyé des Ouvrages qui
ont efté fort applaudis . Je ne
vous dis rien du Prince à qui
il eft adreffé , vous ayant fait
le mois paffé un portrait de fes
principales actions.
:
Mre Jerôme Bignon , Confeiller
d'Etat & Prevoft des
Marchands , a efté reçû à l'Academie
des Inſcriptions , à la
GALANT 205
place d'Academicien Hono
raire , vacante par la mort du
feu Pere de la Chaife , Confeffeur
de Sa Majesté.
Je ne vous ay point parlé
de ce Pere , à l'occafion de fa
mort , ayant eu lieu de vous
en entretenir plufieurs fois depuis
trente- quatre années qu'il
eftoit Confeffeur de Sa Majefté.
Ainfi je n'aurois fait que
repeter une grande partie de
ce que je vous ay fouvent dit
de fa perfonne , & de fon illuftre
famille , remplie d'un
grand nombre de perfonnes
de diftinction , & qui tien206
MERCURE
nent un rang confiderable
dans l'Epée & dans l'Eglife .
Le Roy a nommé pour fon
Confeffeur , en la place du deffunt
, le Reverend Pere Michel
le Tellier , Provincial dest
Jefuites de la Province de
France , connu par differens
Ouvrages de Belles Lettres &
de Religion
.
Je viens au grand Article
que vous attendez ; c'eſt à dire
à celuy qui regarde la mort de
S. A. S. Monfieur le Prince
de Conty. Mais comme generalement
toutes les nouvelles
publiques imprimées en EuroGALANT
207
pe , n'ont parlé que du Ceremonial
touchant ce qui s'eft
fait aprés la mort de ce Prince,
& que toutes ont repeté la
même chofe , fans qu'il y eut
un feul mot de changé dans
leurs Relations , je dois avant
que de vous faire le même détail
dans lequel je fuis auffi
obligé d'entrer , afin
ne manque
à un morceau
d'Hiftoire qui doit être d'aucant
plus curieux que l'on à
temarqué que jamais l'on n'a
conduit à pied le Corps d'un
Prince du fang , de fon Hoftel
dans aucune Eglife , ce qui
que rien
208 MERCURE
fi
s'eft fait
aparemment parce
que le trajet n'étoit pas long ,
& ce qui n'honore pas moins
la Memoire du Défunt que
fon Corps avoit efté tranſporté
autrement un Prince du
Sang , & des Ducs & Pairs de
France , l'ayant acompagné
à pied . Je dois , dis je , avant
que de vous entretenir de tout
ce qui s'eft fait aprés la mort
de ce Prince , vous aprendre
ce qui s'eft paffé pendant les
derniers jours de fa vie , &
dans fes derniers momens. Je
fuis perfuadé que ce que j'ay
à vous en dire vous paroitra
GALANY 209
recherché avec foin , & qu'il
eft prefque impoffible qu'il
ne tire des larmes de la plus
grande partie de ceux qui le
liront . Quoy que ce détail foit
long , j'aurois pu l'étendre davantage
; mais je n'ay voulu
vous mander que ce que j'ay
fçutres certainement , & dont
je n'ay aucun lieu de douter .
Voicy donc les difpofitions
dans lesquelles ce grand Prince
étoit en voyant aprocher la
mort , & les voyes dont il s'eft
fervi pour les faire connoître.
Pendant que la maladie dont
il eftoit attaqué pouvoit eſtre
Mars
1709. S
210 MERCURE
dangereufe , vû le progrés qu'
elle faifoit en peu de temps , il
fit demander S. A. S. Madame
la Princeffe , qu'il avoit déja
vûë plufieurs fois ; il luy parla
quelque temps en particulier ;
& comme les chofes les plus
fecrettes fe découvrent aifément
' , on fçut d'une maniere
à n'en pouvoir douter , qu'il
s'eftoit repofé fur cette Princeffe
du foin de l'avertir fi on
le trouvoit plus en danger qu'-
il ne fe voyoit. Il luy dit même
dans ce moment , qu'il ne crai
gnoit , ny ne fouhaitoit la mort ,
& qu'il eftoit preft de donner des
GALANT 211
marques defa refignation aux vo
lontez de Dieu eſperant toutdefa
mifericorde. Il la laiffa même
maiftreffe de luy choifir le Confeffeur
qu'elle jugeroit à propos
; ce qui fit beaucoup de
plaifir à cette vertueufe Prin
ceffe , à fa famille , & à toute
fa maiſon. Cette Princeffe ne
perdit point de temps ; voyant
qu'il n'y avoit point de diminution
dans les accidens de fa
maladie , le Pere de la Tour ,
General de l'Oratoire , homme
d'un merite diſtingué , &
qui depuis long- temps voyoit
ce Prince familierement , fur
Sij
212 MARCURE
celuy qu'elle choifit . Il eut avec
ce Prince plufieurs entretiens
pendant trois jours , & il le
difpofa à recevoir dignement
le Viatique .
Le Pere dit en fortant d'auprés
de ce Prince les larmes
aux yeux , qu'il n'avoit jamais
connu d'homme plus éclairéfurfa
Religion , & qu'il avoüoit fans
honte qu'il en avoit efté inftruit&
édifié. Ce Prince reçût le Viatique
affis dans fon fauteüil ;
Monfieur le Comte de la Marche
fon fils , alla le recevoir à
la grande porte de fon Hoſtel ,
& le conduifit jufques dans fa
GALANT 213
chambre ; il y avoit dans cette
chambre un cercle de paravents
qui pouvoit empêcher de
voir facilement. S. A. S. les
fit ranger , en difant : qu'Elle
avoit donné pendant ſa vie d'affez
mauvais exemples pour que
fon Fils & le reste de fa Maiſon
fuffent les témoins de celuy que
Dieu luy faifoit la grace de leur
donner dans ce moment , & qu'-
Elle fouhaitoit qu'ils en profitaffent.
Ce Prince communia
avec beaucoup d'humilité , &
J
l'on peut dire que ce fut auffi
avec une grande édification
pour tous ceux qui estoient
preſens.
214 MERCURE
Pendant tout le temps de fa
longue maladie qui fut accom
pagnée de crainte & d'efperan
ce pour fa vie , le Pere de la
Tour le vit affiduèment tantoft
familierement & tantoft
en particulier ; mais le mal augmentant
de plus en plus ; le
Mercredy matin 20. Fevrier ,
ce Prince ayant touché fon
poulx luy-même , il fit appeller
un Medecin en luy prefentant
la main , auquel il dit : Vous
allez trouver un poulx bien étran
ge. En effet , il fit demander le
Pere de la Tour qui refta quelque
temps avec luy. On luy
GALANT 215
apporta le Saint Sacrement ſur
les onze heures ; il demanda
Monfieur fon Fils , & en l'embraffant
, il luy dit : Vous eftes
bienheureux que voftre âge pen
avancé ne vous ait point mis à
portéede prendrepour exemples les
mauvais que j'aurois pú vous don
ner ;il luy dit auffi que les premeres
obligations d'un Prince
Chreftien eftoient de s'attacher à
Dieu avant toutes chofes , & que
c'eftoit le feul bien folide & affuré
; il luy recommanda enfuite
d'eftre fidele au Roy. Il fit venir
le Gouverneur & le Precepteur
de ce Prince aufquels il
216
MERCURE
parla fort longtemps ; il auroit
demandé Mefdemoifelles de
Conty & de la Roche -fur -Yon
fes deux filles qu'il aimoit tendrement
, fi la fanté delicate
de la premiere n'avoit eſté alterée
par la douleur qu'elle
reffentoit de voir les jours de
ce cher Prince en danger ; ce
Prince dit même que ce moment
feroit trop trifte pour elle , S. A. S.
Madame la Princeffe eftant
rentrée feule dans fa chambre ,
refta quelque temps avec luy.
Il la pria d'aller chercher Madame
la Princeffe de Conty ,
elle revint avec elle , foûtenue
de
GALANT 217
de S. A. S. Monfieur le Duc ;
cette Princeffe faifoit compaffion
; fes pleurs & ſes cris ne
permirent pas qu'elle demeuraft
long temps auprés de ce
Prince , & aprés l'avoir embraffée
; je vous demande pardon ,
Madame , luy dit il , de tout ce
que j'ay pu faire contre ce que je
vous devois. Mr le Duc la mena
chez elle ; on peut juger de
la tendreffe qu'elle avoit pour
ce Prince par fon affiduité , &
par fes veilles continuelles
puifqu'elle ne l'a pas quitté un
moment pendant le cours de
toute fa maladie , & que dés
Mars
1709.
Τ
218 MERCURE
V
le commencement elle avoit
fait mettre dans fa chambre
un lit de repos , qui ne luy fervit
que pendant quelques nuits
que le Prince pafla aſſez bien ;
il employa une partie de l'aprés
dinée à difpofer de quelque
argent qu'il avoit dans ſa
caffetté dont il donna une partie
au Pere de la Tour pour
faire des charitez independamment
de ce qu'il luy fit donner
parfon Tréforier, & l'autre partie
pour des gratifications qu'il
vouloit faire à quelques uns de
fes domestiques. Ce Prince ne
laiffa pas de voir quelques amis
">
GALANT 219
4
particuliers ; fur les dix heures
du foir il fit connoiftre au Pere
de la Tour qu'il feroit bien
aife de recevoir l'Extrême Onction
avec connoiffance , puifque
Dieu luy faifoit cette grace
: on la luy aporta , & fe
trouvant alors plus tranquile
il demanda de l'ancre & du pas.
pier , & il écrivit à Monfieur
le Duc. Il paffa le refte de la
nuit dans fon fauteuil ; le lendemain
matin en s'adreſſant à
Mr le Comte de Syllery , il luy
que l'agonie d'un jeune dit: ab
que
homme
eft longue
. Il fit venir
enfuite
les principaux
domeſti-
Tij
220 MERCURE
ques de fa maifon ; il les embraffa
tous , & il leur dit à
Dieu ; il fit auffi aprocher fes
valets de chambre , & il leur
donna fa benediction en leur
difant ; à Dieu mes enfans , pardonnez-
moy les chagrins que j'ay
pú vous donner. Sur les cinq
heures du foir il appella luymême
le Pere de la Tour qui
eftoit alors prés de la cheminée
: mom Pere , luy dit - il , je
vous recommande encore que
m'enterre en ma Parroiffe de S.
André des Arcs , au même, endroit
où eft Madame ma mere. Il
vit encore quelques - uns de fes
Pon
GALANT 221
la
amis qu'il embraffa pour
derniere fois : comme il fouf
froit beaucoup , & qu'il avoit
refté dans fon fauteuil depuis
le mercredi matin , on luy pro
pofa de fe mettre au lit ; il répondit
qu'il mourroit dans le
mouvement qu'il feroit obligé de
faire, & qu'il vouloit mourir dans
fon fauteuil : pendant tout ce
temps les Medecins luy toucherent
fort fouvent le poulx ;
il leur demanda plufieurs fois
cela fera-t-il bien-toft fini
bien cela fera-t-il bien- toft fini ;
& comme il fe le touchoit luymême
, il trouva qu'il eftoit .
I iij
222 MERCURE
devenu aſſez fort , ce qui luy
fit dire en élevant fa voix : ob
je n'y comprends plus rien . Sut
les neuf heures on luy donna
de l'or potable qui ne produi .
fit aucun effet ; ce qui joine
aux intermittences du poulx ,
fit juger qu'il n'iroit pas
Le Pere de la Tour & Mr l'Abbé
de Fleury qui depuis longtemps
ne le quittoient plus ,
loin.
l'entretinrent fur l'Ecriture
Sainte , & luy citerent des paffages
qu'il repetoit avec eux ,
& qu'il repetoit feul enfuite ;
entr'autres il repeta plus volontiers
celuy cy hùc ure hic
GALANT 223
feca dum parcas in æternum : il
demanda au Pere de la Tour
s'il pouvoit efperer que Dieu luy
feroit la grace de le fauver , & ce
Pere luy ayant dit qu'il devoit
l'efperer de fa mifericorde , il
parut dans ce moment , autant
qu'on le put juger , qu'il en
reffentoit une joye fecrette :
dans les momens qu'il fouffroit
il s'adreffoit à Dieu &
luy offroit fes maux , & dans
d'autres il difoit ; oui mon Dien
vous mefauverez , oüi vous me
fauverez.
Cinq heures avant que de
mourir il baiffa les yeux , & il
Tiiii
224 MERCURE
8
les ferma tout -à- fait ; ils n'avoient
encore rien de terne,
comme il arrive ordinairement
aux approches de la mort :
on dit alors les pricres des agoniſans
, quoyqu'il confervaft
toujours l'oüye & la parole
; on luy demanda un inftant
avant fa mort s'il entendoit
encore , & comme on ne
put difcerner s'il difoit oui , il
ferra la main de celuy qui le
luy demandoit. Le moment fatal
n'arrivant point , il demanda
une feconde fois les mêmes
prieres que l'on avoit dites :
enfin fur les huit heures du maNGALANY
225
1
tin le Vendredy 22. Fevrier ce
Prince qui estoit fi generale
ment eftimé & aimé rendit fon
ame à Dieu avec la fermeté
d'un Heros Chrêrien .
Ce Prince eftoit dans fa
quarante - cinquième année. Il
eftoit fils d'Armand de Bour
bon Prince de Conty , Comte
de Pezenas , Baron de Fére en
Tardenois , S' de l'Me - Adam ,
Chevalier des Ordres du Roy
& Gouverneur de Languedoc .
Il eftoit né à Paris le 1 r . d'Oc
tobre 1629. Il avoit efté def
riné dés fa jeuneſſe à l'Etat Ecclefiaftique
par fon Pere , qui
226 MERCURE
I
le fit pourvoir des Abbayes de
S. Denis , de Cluny , de Lerins,
& de Moleſme , qu'il quitta
depuis pour embraffer le parti
des Armes , & il avoit efté
nommé Gouverneur de Guyenne
, l'an 1654. & General des
Armées du Roy en Catalogne,
où il prit Villefranche , Puycerda
& Caftillon. L'année fuivante
le Roy luy donna la
Charge de Grand - Maistre de
fa Maiſon , & il l'envoya commander
fon Armée en Italie
avec le Duc de Modene , où il
affiegea l'an 1657. la Ville
d'Alexandrie. En 1660. ilfut
GALANT 227
mourut
pourvû du Gouvernement de
Languedoc , ayant remis celuy
de Guyenne entre les mains du
Duc d'Epernon. Il reçut le
Collier de l'Ordre du S. Efprit
à la nouvelle création des Chevaliers
faite en 1662. & il
à Pezenas le 21. de
Fevrier de l'an 1666. fon corps
fut enterré dans la Chartreufe
de Ville - neuve - d'Avignon
ainfi qu'il l'avoit ordonné .
Il avoit épousé en 1654. dans
la Chapelle du Louvre , Anne-
Marie Martinozzi ,fille puiſnée
duComte Jerôme Martinozzi,
Romain , & de Marguerite
228 MERCURE
Mazarin , foeur aînée de Jules-
Mazarin , Cardinal & premier
Miniftre d'Etat ; elle mourut
le 4. Fevrier 1672. âgée d'environ
trente - cinq ans . Son
Corps fut enterré dans l'Eglife
de Saint André des Arcs , au
cofté gauche du grand Autel,
Cette Princeffe eftoit regar
dée comme un Modelle de
vertu , & je dois raporter icy
un fait qui peut faire connoitre
la fainteté de ſa vie ,
s'il m'eft permis de parler
ainfi. Elle fe reveilla une nuit ,
& ayant demandé des nouvelles
de fes Enfans , on luy
GALANT 229
raporta qu'ils étoient en bon
état , & dormoicnt
d'un profond
fommeil
. Elle repartit ,
qu'onon les eveille & qu'on me
les amene , ce qu'elle dit avec
une emotion qui furprit , &
dont on ne pouvoit deviner
la caufe. On obeït afes ordres,
& à peine furent ils entrez
dans fa Chambre, que le plancher
de celle dont on venoit
de les retirer fondit . On doit
juger par là , qu'elle étoit bien
infpirée , & que Dieu ne vouloit
pas qu'elle eut la douleur
de voir perir fes Enfans . Cette
Princeffe avoit eu 3. Enfans ,
ح ا ر م
230 MERCURE
fçavoir.
N.... Prince de Bourbon ,
né à Paris le 6. de Septembre
1658. & mort le 14. du mê .
me mois ; il fut enterré au
Convent des Carmelites du
Fauxbourg S. Jacques .
1
Louis de Bourbon Prince
de Conty , Comte de Pezenas
&c. né a Paris le 4. d'Avril
l'an 1661. il fut batifé dans
la Chapelle du Louvre , &
nommé Louis , par le Roy , &
par la Reine fa Mere le 28.
Fevrier 1662. Ce Prince eſt
mort fans avoir d'enfans de
N. de Bourbon , legitimeé de
GALANT 231
France , qu'il avoit epoufée.
Cette Princeffe étant tombée
malade , de la petite verole ,
la grande paffion qu'il avoit
pour elle fut cauſe qu'il ne
la quitta point pendant le
cours de fa maladie , & qu'il
gagna le mal dont il est mort
& dont cette Princeffe eut le
bonheur de rechaper. Elle
brille aujourd'huy à la Cour
dont elle fait l'un des principaux
ornemens , ſous le nom
de Princeffe Douairiere de Conty.
A peine cut- elle paru
dans le monde , qu'elle fut
regardée comme l'une des
232 MERCURE
1
1
plus belles perfonnes de fon
fiecle , & que fon air majeftueux
faifoit connoiſtre
le fang dont elle étoit fortie.
Le troifiéme fils d'Armand
de Bourbon & d'Anne Maric
Martinozzi , eftoit François
Louis de Bourbon , Prince de
la Roche- fur-Yon , né à Paris
le 30. d'Avril 1664. qui vient
de mourir . Le Roy l'avoit fait
élever en 1672. avec le Prince
fon frere , dont je viens de
parler , auprés de Monseigneur
le Dauphin : il fit avec le Prince
fon frere la Campagne
d'Hongrie en 1683. & il s'éGALANT
233
toit fort diſtingué à la bataille
de Gran , comme il avoit fait
enfuite aux combats de Steinkerque
& de Nerwinde : ce
Prince avoit même fait une
Relation de cette derniere affaire
, que je vous ay envoyée
dans une de mes Lettres . Il
laiffe de fon mariage avec Marie
Therefe de Bourbon , fille
d'Henry Jules de Bourbon ,
Prince de Condé , qu'il avoit
épouſée il y a 2 1. an , Loüis
de Bourbon Comte de là Marche
& deux filles ..
Auffi-toft que le Roy eut
appris la mort de ce Prince ,
Mars
1709 .
V
234 MERCURE
Sa Majeſté envoya Mr le Marquis
de Seignelay en qualité de
Maiftre de la Garderobe , à
Paris , pour faire de fa part des
complimens de condoleance à
tous les Princes & à toutes les
Princeffes du Sang , & Sa Majefté
alla le 24. faire fes vifites
fur le même fujet , à Madame
la Princeffe Douairiere de Conty
, à Monfieur le Duc , à
Madame la Ducheffe , & à
Madame la Ducheffe du Mai
ne. Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & Meffeigneurs
les Princes firent auffi les mêmes
vifites. Le Roy qui avoit
GALANT 235
donné des ordres pour le deuil ,
dés qu'il eut appris la mort de
Monfieur le Prince de Conty ,
le prit le 24 .
Le 27. Mr le Duc d'Enguien
vint au nom de Sa Majefté ,
jetter de l'eau benite fur le
Corps du Prince deffunt . Il étoit
accompagné de Mr le Duc
de la Tremoille , premier Gentilhomme
de la Chambre ; Mr
le Marquis de Hautefort portoit
la queuë de fa robe . Il étoit
fuivi de Mr des Granges
Maistre des Ceremonies , &
d'un détachement des Gardes
du Corps , commandé par un
V ij
236
MERCURE
4
Lieutenant & par un Exempt ;
& d'un
détachement des Cent-
Suiffes . Monfieur le Duc d'Enguien
fut reçû à l'Hoftel de
Conty par Monfieur
le Duc
de
Bourbon ,
accompagné de
Mr le Duc de
Luxembourg
& de Mr le Duc de Duras avec
Les principaux
Officiers & ceux
de la Maifon du Prince deffunt .
Le Lundy 28. Monfieur le
Duc de Bourbon , Monfieur
le Duc d'Enguien , Monfieur
le Duc du Maine , & Mon
fieur le Comte de
Touloufe ,
luy rendirent les mêmes devoirs
, ainfi que le
Parlement ,
"
GALANT 237
la Chambre des Comtes , la
Cour des Aides , & la Cour
des Monnoyes.
Le même jour Mr le Recteur
de l'Univerfité accompagné
des Deputez des quatre
Facultez , s'acquita auffi des
mêmes devoirs. Le Corps
eftoit alors expofé fur une Eftrade
fous un Dais de velours
noir , garni d'Ecuffons . On avoit
dreffe deux Autels aux
deux coftez , où l'on celebroit
des meffes . Deux Heraults , le
Chaperon en forme , leurs Ca
ducées couverts de crefpe étoient
aux pieds de l'trade
238 MERCURE
& les Officiers & Gentilhommes
du Prince eftoient à l'entour
pour faire les honneurs
un grand nombre de perfonnes
de la premiere qualité qui
y venoient.
Le même jour Monfieur le
Duc de Bourbon , & Monfieur
le Duc d'Enguien fon fils ;
Monfieur le Duc du Maine , &
Monfieur le Comte de Touloufe
vinrent auffi jetter de
l'eau benite , & Mr Bignon
Confeiller d'Etat & Prevoft
des Marchands , accompagné
du Corps de Ville , alla
rendre les mêmes devoirs au
Prince deffunt .
$
GALANT 239
Le premier de ce mois , Mr
le Cardinal de Noailles , accompagné
de Mr le Doyen &
des Chanoines de l'Eglife Metropolitaine
en habit de choeur,
& precedé de la Croix Archiepifcopale
, alla luy jetter de
l'eau benite.
Le 2 °. Mrs les Treforiers de
France y allerent pareillement ,
ainfi que les Cordeliers & les
Auguftins du Fauxbourg Saint
Germain .
Le 3. Mrs les Marguilliers
d'honneur , & les autres Marguilliers
de la Paroiffe de Saint
André y allerent auffi .
240MERCURE
२
Le fixiéme au foir le Corps
de ce Prince fut porté à l'Egli
fe de faint André des Arcs fa
Parroiffe , & la marche fe fit
en cette maniere.
Quarante Pauvres , & les Valets
de pied qui portoient des
flambleaux ; Mrs les Officiers
de la Maifon du Prince ; foixante
Ecclefiaftiques de la Parroiffe
& Mr le Curé ; le Roy
d'Arme & les Heraults ; deux
Gentilshommes portoient la
Couronne & le Colier de l'Ordre
; douze Pages portoient
des flambeaux ; douze valets
de Chambre portoient le Cer
cücil ,
GALANT
241
cucil,fur lequel eftoit le grand
Manteau de
l'Ordre ;
quatre
Gentilshommes
foutenojent
des
coins du Poil ;
quatre
Aumoniers
marchoient enfuite;
le
Capitaine des Gardes
& le
Premier
Ecuyer
portoient
l'Epée de l'Ordre.
Monfieur le Duc
d'Enghien
menoit le Deüil , eftant accompagné
de Mrs les Ducs
de
Luxembourg , & de Duras
, & fuivi d'un grand nombre
de
perfonnes de qualité.
Aprés les prieres
ordinaires
, le Corps fut mis à coſté
droit du Grand
Autel , dans.
Mars
1709 X
#
242 MERCURE
T
le Caveau où repofe celuy de
Madame la Princeffe de Conty
fa Mere , auprés de laquelle
ce Prince avoit ordonné fa
fepulture par fon Teſtament.
Je fuis ravi que vous ayez
cfté fatisfaite des trois Portraits
qui font dans ma derniere
Lettre , des Princes qui
doivent commander cette
Campagne , & des trois Marechaux
de France qui doivent
fervir ; & que vous ayez ajouté
à ce que vous m'en écrivez , 3
que quand je ne les aurois point
nommez , il auroic cfté aifé
d'en deviner les noms. Je
t
GALANT
243
ne vous ay point parlé d'un
feptiéme qui eft M. le Duc de
Noailles qui doit commander
en Rouffillon , & que l'on n'avoit
fans doute point nommé
parmy les autres , parce que
l'on ne pretendoit point faire
de changement du coſté où
ce Duc commande. Vous fçavez
que feu Mr le Marechal
Duc de Noailles fon pere ,
ayant mené ce Duc en Catalogne
dans les premiers Campagnes
qu'il y fit , on peut dire
qu'il a appris le métier de la
guerre , prefque dés fes plus
endres années. Il a toujours
X ij
244 MERCURE
paru depuis l'aimer & s'y attacher
; il n'a prefque point fait
de Campagnes fans remporter
quelques avantages , quoy que
le Corps qu'il commandoit ne
fuft que pour retenir les Troupes
des ennemis de ce colté - là ,
& faire diverfion en leur donnant
de la jaloufie , & les empefcher
d'aller joindre la grande
Armée des Ennemis . Cependant
ce Duc a plus fait ; il
n'a laiffé échaper aucune occafion
de harceler les Ennemis
fans y reuffir avec fuccés ;
il les a fouvent battus en dérail
; il leur a pris plufieurs
GALANT 245
poftes , & par fa vigilance en fe
tranfportant par tout où fa
prefence eftoit neceffaire , ainfi
que par fa grande attention ,
il a fait remplir de Munitions
beaucoup de Places qui
étoient menacées , & que l'on
auroit pû prendre fans les
grands foins qu'il a pris de les
faire pourvoir de toutes chofes,
& de favorifer à propos
les Convois qui y ont eſté envoyez.
Je paffe à tous les Officiers
Generaux qui ont efté nommez
pour fervir dans les Armées
de Sa Majesté . Je ne
X iij
246 MERCURE
doute point que toutes les nouvelles
publiques n'en apprennent
les noms ; mais je fuis
obligé de vous les envoyer
aufli , afin que ceux qui liront
un jour mes Lettres fans avoir
ces nouvelles publiques prefentes
à leurs yeux, les y puiffent
trouver , & voyent qu'il
n'y manque rien. Peut eftre
même les Lettres que je
vous envoye , feront trouvées
plus juftes & plus amples que
quelques autres , parce que
dans le temps que ces Liftes
paroiffent , on les copie avec
tant de precipitation que la
plufpart font citropiées.
que
© GALANT 247
LIEUTENANTS GENERAUX
de l'Armée de Flandre.
Meffieurs ,
Le Comte d'Artagnan ,
Le Marquis de Gaffion ,
Le Comte d'Albergoti ,
Le Comte de Magnac ,
Le Marquis d'Hautefort ,
Le Marquis de Surville ,
Le Comte de Chemerault ,
Le Marquis de Legal ,
Le Duc de Guiche ,
Le Prince de Rohan ,
Le Chevalier du Rofel ,
De Puiſegur ,
Le Marquis de Goëbriant ,
X iiij
248 MERCURE
Le Comte de Vivans ,
Le Prince de Birkenfeld ;
Le Marquis de Puiguion ,
Le Marquis de Bouzols ,
Le Comte de Villars
Le Chevalier de Luxembourg ,
Le Marquis de la Frezeliere ,
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs , rake
Le Comte de Mouroux ,
Le Marquis de Palavicin ,
De Vilars - Chandieu ,
De Conflans ,
Le Marquis de Vieuxpont ,
Le Comte de Coignies , i
Le Marquis de la Valiere ,
GALANT 249
D'Ourche ,
Le Marquis de Rufei , "
Le Marquis de Dreux ,
Le Comte de Broglie ,
Le Prince Charles ,
Le Vidame d'Amiens
Le Marquis de Nangis
De Permangle ,
De Ravignan ,
>
Le Marquis de Coërquen ',
Le Prince d'Ifanghien ,
De Rozen ,
Le Comte de Croüi ,
Le Comte de la Marck ,
Mr de Contade , Major General.
Mr de Montviel , Maréchal
250 MERCURE
des Logis de l'Armée.
Mr de Beaujeu , Maréchal
des Logis de la Cavalerie.
LIEUTENANTS GENERAUX
de l'Armée d'Alemagne.,
Meffieurs.
Le Comte du Bourg ,
Le Marquis de S. Frémont ,
Le Marquis de la Chatre",
Cheyladet ,
De Lée.
Le Comte d'Orington ,
Le Marquis de Peri ,
Le Marquis d'Imecourt ,
De Mandrecheid ,
GALANT 251
MARECHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
Le Comte de Monforeau ,
De Viliers le Morhier ,
Le Prince de Talmont ,
Le Comte de Cezane ,
Le Marquis de Senecerre ,
D'Eſtrade ,
Le Comte de Chamillart ,
Le Chevalier d'Hautefort ,
D'Anlezi ,
De Coade ,
Le Chevalier de Pezeux ,
Le Comte d'Ufés ,
*
Mr de Treffemanes , Major
General.
Mr de Verceil , Maréchal
des Logis de l'Armée.
252 MERCURE
LIEUTENANTS GENERAUX .
de l'Armée d'Eſpagne .
Meffieurs ,
Le Comte de Bezons ,
D'Avarai ,
Le Comte d'Estaing ,
D'Arenes ,
Le Chevalier d'Asfeld ,
Le Marquis de Joffreville ,
Le Comte de Fienes ,
Le Marquis de Kercado ,
MARECHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
Le Comte de Bligni ,
GALANT 253
Le Chevalier de Maulevrier ,
Le Comte de Brancas ,
Le Marquis de Choiſeüil- Beaupré.
De Tournon ,
Le Marquis d'Arpajou ,
De Belleport ,
La Bretonniere ,
De Bourk ,
Mr de Damas , Major General.
Mr de Chaftillon , Maréchal
des Logis de l'Armée.
Mr de Chazel , Maréchal des
Logis de la Cavalerie.
254 MERCURE
ARME E DE ROUSSILLON.
LIEUTENANT GENERAL ,
Monfieur,
Le Duc de Noailles ,
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs.
De Signier ,
Le Marquis de Guerchi ,
Le Marquis de Fimarcon ,
De Maffemback ,
LIEUTENANTS GENERAUX
de l'Armée de Dauphiné .
Meffieurs ,
Le Comte de Medavid ,
GALANT 255
Le Marquis de Montgon ,
D'Artagnan
Le Marquis de Thoy ,
Le Marquis de Chamarande ,
De Sailli ,
Le Comte d'Aubeterre ,
Mylord Galemoi ,
De Saint Pater ,
Le Marquis de Dillon ,
Le Marquis de Silli.
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
Le Marquis de Mauroi ,
Le Prince de Robeck ,
Le Comte de Muret ,
Le Marquis de
Montgeorges ,
256 MERCURE
Le Marquis de Grancei ,
Le Chevalier de Broglie ,
De Caraccioli ,
Le Comte de Teffé ,
Le Marquis de Ravetot ,
Le Guerchois ,
Le Marquis de Quelus ,
Mr de Boiffy , Major General.
Mr de Marignane , Maréchal
des Logis de l'Armée.
Mr de Saint André , Maréchal
des Logis de la Cavalerie.
AIDES DE CAMP
de Monſeigneur le Dauphin .
Meffieurs , no c
Le Marquis d'Antragues- Crẻ-
mau ,
GALANT 257
Le Marquis de Belile- Fouquet,
Le Chevavier de Retz ,
Le Marquis de Rafilli , fils du
Sous Gouverneur de Meffeigneurs
les Princes ,
Le Marquis de Calau,
Le Roy a auffi nommé Mr
le Duc d'Aumont , & Mr le
Marquis de Beringhen , pour
accompagner Monfeigneur le
Dauphin ; le premier en qualité
de premier Gentilhomme
de la Chambre , & le fecond
en qualité de premier Ecuyer.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne aura pour Aides de
Camp , les mêmes qui luy en
Mars
1709. Y
258 MERCURE
F
ont fervi pendant la derniere
Campagne , à la reſerve de Mr
des Epinay qui doit aller fervir
à la tefte de fon Regiment ,
& à la place duquel Sa Majeſté
a nommé. Mr de Prie , parent
de feuë Me la Maréchale
de la Mothe , & qui a fervi
avec la même qualité , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
pendant la Campagne de
Brifack .
Dans le même temps que Sa
Majeſté
a nommé les Officiers
Generaux
qui doivent
fervir
pendant
la Campagne
dans
toutes fes Armées , Elle a fait
GALANT 259
une Promotion de Maréchaux .
de Camp , dont voicy les noms .
NOUVEAUX MARECHAUX
DE CAMP.
Meffieurs ,
De la Vierve ,
Le Marquis de Ravetot .
De Tournon .
Le Chevalier de Hautefort.
D'Hautefort des Moufqueraires.
Le Comte de Beauveau .
De Monmain.
Le Marquis d'Arpajou .
D'Anlezi.
Le Prince d'Iffenghien.
Y ij
260 MERCURE
De Treffemanes..
Le Marquis de Maupeou .
Le Marquis de Montpezat.
Le Marquis de Mimure.
De Coade.
De Briffac.
Le Guerchois .
De Belleport.
De Cheyladet.
De la Bretonniere
De Rozen.
De Kailus .
D'Illiers.
De Savine .
De
Marnay.
Le Chevalier de Pezeux.
De Bourk.
GALANT 261
Le Comte de Croüi .
Le Comte d'Uzés .
Le Comte de la Marck.
& M'
Desfourneaux , qui a
efté nommé peu
de
temps
aprés.
Il eft impoffible que parmi
un auffi grand nombre de
noms que celuy de tous les Of
ficiers Generaux que je viens
de vous nommer il n'y ait
quelque méprife; que l'on n'ait
fait des Marquis pour des Comtes
, & des Comtes pour des
Chevaliers , & que l'on n'ait
point donné de qualitez à plufieurs
de ceux qui font verita262
MERCURE
blement titrez ; mais ces changemens
& ces obmiſſions ne
doivent leur porter aucun préjudice
, & ils n'en font pas
moins connus dans le monde
pour ce qu'ils font veritablement.
Pendant que tant de braves
Officiers vont fignaler leur valeur
pour briller dans l'Hiftoire
, Mr d'Argouges de Rannes ,
Marquis de la Chapelle la Reine
, va briller dans le Confeil
d'Etat , puiſqu'il vient de monter
à la place de Confeiller
d'Etat ordinaire , que poffedoit
feu Mr le Comte d'AGALANT
263
vaux. Il eft de la maifon d'Argouges
de Normandie , dont
eftoit Mr le Marquis de Ranes,
General des Dragons.
Il a époufé N... le Pelletier ,
fille de Mr le Pelletier , cy- devant
Controlleur General , &
Miniftre d'Etat , & foeur de Mr
le Pelletier de Souzy , Confeiller
d'Etat ordinaire , & du Confeil
Royal des Finances , & Directeur
General des Fortifications
de France . Mr d'Argouges
qui vient de monter à la
place de feu Mr le Comte d'Avaux
a efté fucceffivement
Confeiller au Parlement , Mai264
MERCURE
tre des Requeſtes , & Confeiller
d'Etat Semestre . Il y avoit
un grand nombre de prétendans
à la place de Maiſtre des
Requeftes , dans le temps qu'il
acheta cette Charge , & le Roy
connoiffant fon merite & fa
capacité , ordonna qu'il fuft
preferé à dix ou douze de ceux
qui avoient configné .
A la fin de 1684. il fut fait
Chancellier de l'Ordre de Saint
Lazare , à la place de Mr de
Meraut , Confeiller au Parlement.
Au mois de May 1687. il fut
nomméCommiffaire pour lereglement
GALANT 265
glement des abus qui fe commettoient
dans plufieurs Provinces
, & il alla comme Maître
des Requeftes , avec Mr
l'Abbé le Pelletier , Confeiller
d'Etat dans les trois Generalitez
de Normandie .
Au mois d'Avril 1688. ilfut
fait
Commiſſaire en
Champagne
, & dans une partie de la
Normandie , pour s'informer
de ce qui y regardoit les Droits.
du Roy.
Le 20. May 1695. il fut
nommé Confeiller d'Etat Semeftre
, à la place de Mr de
Ribeyre, qui monta à celle d'or.
Mars
1709. Ꮓ
266 MERCURE
1
dinaire aprés la mort de Mr
d'Aligre.
Mr Boucher d'Orſay a efté
nommé par le Roy à la place
de Confeiller d'Etat Semestre ,
qu'avoit Mr d'Argouges de
Ranes ; comme je vous en ay
fouvent parlé pendant huit
années qu'il s'eft diftingué dans
la place de Prevoft des Marchands
, je ne ferois que repeter
ce que je vous en ay déja
dit , fi je vous en parlois d'avantage
.J'ajoûteray feulement .
qu'il a fini glorieuſement fa
carriere dans le grand Employ
qu'il vient de quitter , puiſque
GALANT 267
le dernier Ouvrage auquel il a
donné fes foins , eft le Quay
qu'on éleve au lieu nommé la
Grenouillere , & qui s'apellera à
l'avenir le Quay d'Orsay , ainfi
que le Quay qu'à fait élever
Mr le Pelletier , lorsqu'il étoit
Prevoft des Marchands , eft
nommé le Quay Pelletier.
Pendant que les uns fongent
à acquerir des honneurs , & à
s'élever , les autres penfent
qu'ils les doivent abandonner
en quittant le monde , & s'oc
cupent à penser à la mort , & à
ce qu'un Chrêtien doit dire
lorfqu'il la voit approcher . Ce-
Z
ij
268 MERCURE
N
la fe voit dans la Traduction
de la Profe des Morts , paraphraſée
de Mr l'Evêque d'Angers.
Ce Prelat a toutes les vertus
qui conviennent à fa dignité
: il eft grand Predicateur , &
fes fermons font auffi éloquens
que folides , & les Difcours
qu'il prononce fur le champ ,
n'ont pas de moindres beautez
; de maniere que l'Eloquence
luy eft naturelle . La lecture
de fa Paraphrafe que je vous
envoye vous fera plaiſir , &
vous trouverez les Vers finaturels
& fi coulans , qu'ils ne
paroiffent pas avoir cfté auffi
GALANT 269
travaillez , qu'ils doivent l'avoir
efté en effet , puifqu'il feroit
difficile qu'ils fuffent fans
cela auffi bons qu'ils ont efté
trouvez par tous ceux qui les
ont lûs.
TRADUCTION
PARAPHRASE'E
DE LA PROSE
des Morts.
ne
Four ! dont les horreurs
peuventfe comprendre ,
Où l'Univers entier fera reduit
en cendre ,
Z iij
270 MERCURE
Four qu'autrefois David infpiré
nous predit ,
Quipeut penser à toy fans en eftre
interdit.
00
Tout ce que la nature a de plus
infenfible
Sera frapé d'effroy , lors qu'un
Fuge inflexible
Percera par le feu d'unflambeau
lumineux
Des coeurs les plus cachez les replis
tenebreux.
Les Morts même au milieu de
leurfombre retraite ,
Saifis d'étonnement entendront la
Trompette ,
GALANT 271
Qui du Maître des Cieux annonçant
le couroux ,
Devant fon Tribunal les raſſemblera
tous.
La Mort qui maintenant ſeplaît
à nous furprendre ,
a
Defurprife à fon tour ne pourra
fe deffendre ,
Quand l'homme de fon corps de
nouveau revêtu ,
Aura lieu de trembler même fur
fa vertu.
L'Efperance de feindre à tous fera
ravie ,
Dans un Livre on lira l'hiftoire.
defa vie , Z iiij
272 MERCURE
Livre où tout l'Univers dans la
crainte plongé
Verrafon jugement avant d'eftre
jugé.
Sur un Trône éclatant le Jugè
inexorable;
Fera voirqu'àfes yeux rien n'eſt
impenetrable ;
&
Sans égard,fans delai , chaque oeu ■
vre en ce moment
Aura fa recompenfe , ou bienfon
châtiment.
Malheureux que je fuis , puis -je
trop me confondre
,
Sur mes égaremens
trouveray-je
à répondre ?
GALANT 273
Si le jufte inquiet cherche alors du
fecours ,
A qui dans ma terreur pourra -jé
avoir recours ?
O Dieu ! dont la grandeur infpire
tant de crainte ,
Regardez la frayeur dont mon
ame eft atteinte ;
Vous qui quand vous fauvez,
fauvez fans interet,
Ne me refufez pas un favorable
Arrêt.
Vous feul , ô Doux Jefus , pou-
༧༩༢
calmer mes peines ,
Souvenez- vous dufang qui coula
de vos veines ,
274 MERCURE
Et dans ce jourqui doit decider de
fon fort,
Faites-moy reffentir leprix de vôtre
mort.
Vous m'avezdans lefort de mon
ingratitude
Recherché mille fois avec inquietude
;
Pour moy fur une Croix je vous
vois étendu ,
Ce travail douloureux feroit-il
doncperdu?
Non , Non , je ne crains point
affez voſtre vengeance ,
Pour ne pas mettre encore en
GALANT 275
vous mon efperance ;
Jefçay que vous pourriez un jour
me reprouver ,
Mais je fçay qu'aujourd'huy
vous voulez me fauver.
Lors qu'au fond de nos coeurs
vousjettez des alarmes ,
C'estpour nous engager àrependre
des larmes ,
J'en verfe en ce moment avec
profuſion ,
Laiffez- vous attendrir par ma
confufion.
Si Magdelaine en pleurs calma
vôtre colere .
276 MERCURE
Si vous fûtes touché
dente priere
,
par
l'ar-
Du Larron penitent plein de la
même foỷ ,
Ce qui futfait poureux , je l'ef
pere pour moy.
Ce n'eftpas que mon coeur fuperbe
& temeraire
Pretende par luy feul pouvoir
vous fatisfaire ,
Pour éviter un feu tant de fois
merité ,
Ilcompte moins fur luy que fur
voftre bonté.
Heureuxfi dans ce jour au peGALANT
277
cheur redoutable ,
Fe puis avoir de vous un regard
favorable;
Heureux fi je ne fors de mon
trifte Tombeau ;
Que pour eftre reçu dans voftre
cher Troupea u
Affez d'autres fans moy , deplorables
victimes ,
De ce jufte couroux que meritent
leurs crimes ,
Sentiront de l'Enfer les tourmens
rigoureux,
Mais placez- moy , Seigneur , au
rang des Bien-heureux .
278 MERCURE
C'eft là ce que je veux , & ce
que je defire,
C'est pour ce feul objet que mon
Amefoupire ,
Senfible à ma douleur , ne me refufez
pas
La grace qui du jufte adoucit le
trepas.
Déja des Reprouvez j'entends
les cris de rage ,
Je vois le defefpoir gravé fur
leur vifage ;
Que de larmes , Grand Dieu , fe
répandront alors ,
Que d'hommes pour vous fuir
GALANT 279
feront de vains efforts.
生
Paſteur qui recherchez la Brebis
égarée ,
Pere qui corrigez l'Ame denaturée
,
Charitable Sauveur ne nous per-
·dez jamais ,
Etfaites nousjouir d'une éternelle
paix
.
Ainfifoit- il.
Ces vers peuvent fervir de
Prelude aux Articles fuivans ,
puiſqu'ils regardent un fort
grand nombre de Morts dont
je n'ay pû parler depuis plu280
MERCURE
fieurs mois , & fur lesquels , faute
de place , je ne m'étendray
pas , ainfi que j'ay accoûtumé ,
& vous en trouverez même
beaucoup dont je ne diray que
les noms & les qualitez.
Mre Jacques de Meules ,
Chevalier fieur de la Source ,
Confeiller du Roy en fes Confeils
, Grand Bailly d'Orleans ,
cy- devant Intendant de la nouvelle
France , Chevalier de l'Or.
dre de Saint - Lazare.
Dame Claude de Seve , veu .
ve de Mre Antoine Girard ,
Chevalier Comte de Villetaneuſe
, Prcureur General de la
Chambre des Comptes , morte
fans pofterité , agée de 68. ans .
Dame Geneviève Charlote
de Marandé , Epouſe de Mre
GALANT 281
Charles de Beauclerc , Che .
valier , Baron d'Acheres , Confeiller
au Parlement de Bretagne
:il y a eu un Secretaire d'Etat
de ce nom .
Mre René de Savonnieres
Chevalier Seigneur de Lignieres
, & c. & Confeiller à la
Grand' Chambre.
Mre Claude le Comte , Auditeur
des Comptes , agé de plus
de 8o . ans. Il eftoit pere de Mr
le Conte , Lieutenant Criminel .
Mre Bernard François de
Poudenx , cy - devant Agent du
Clergé , qui depuis peu avoit
efté facré Evêque de Marſeille ,
eft mort fubitement . Je vous
en parlay amplement lorfqu'il
fut nommé à cet Evêché.
Dame Nicole Broffier , veu-
A a
Mars
1709.
282 MERCURE
ve de Mre Jean de Heiff , Chevalier
Seigneur de Koquenheim
, Confeiller d'Etat , &
Refident prés de Sa Majeſté ,
de S. A. E. Palatine , agée de
83. ans.
Mre Louis Juftiniani , Colonel
, & cy- devant Gouverneur
le Roy , de Carpi en Ita- pour
Îie.
Damoifelle Loüife Amelot.
Elle eft morte fans alliance , agée
de 72. ans . Elle eftoit fille
de Mre Jacques Amelot , Mar.
quis de Mauregard , mort premier
Preſident de la Cour des
Aides , & foeur de Mr Amelot ,
Prefident des Enqueftes . Elle
a paffé toute ſa vie à foulager
les pauvres , dont on pouvoit
dire qu'elle eftoit la mere & la
GALANT 283
protectrice. Elle eftoit logée
dans la Cour du Val de Grace ,
& elle employoit la plus grande
partie de fon bien à foulager les
pauvres de ce Quartier là
Mre Claude Parifot , Chelier
, Seigneur de Boué , Crugey
& Sainte - Sabine , Procureur
General au Parlement de
Bourgogne .
Mre Paul Boucher , Docteur
de Sorbonne , & Sous- Doyen
› de la Faculté de Theologie , eft
mort âgé de 80 ans
Mre Charles Solu de Moulineaux
, Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , Brigadier des
Armées du Roy , Gouverneur
des Ville , Citadelle , & Ifle
d'Oleron , & ci - devant Capitaine
aux Gardes..
A a ij
284 MERCURE
>
Dame Anne le Mairat , épou
fe de Mre Thomas Bailly , Chevalier
, Baron de
Bourdenay .
Seigneur de Trancault , Barbery
, & c. Sous- Doyen de la
Chambre des Compres , & auparavant
veuve de Mre Simon
le Févre ,
Chevalier ,
Seigneur
d'Eftrelles , Conſeiller au grand
Confeil , âgée de 69 ans .
Mre Pierre . Claude de Hodicq,
Chevalier Comte de Marly-
la - Ville , Maiftre des Requeftes
, âgé de 74. ans , mort
fans laiffer de pofterité de fes
deux femmes . Sa veuve eft fille
de Mr de Villayer, mort Doyen
du Confeil.
Mre Gabriel - Nicolas de la
Porte, Confeiller au Parlement ,
mort fans alliance âgé de 27 .
CALANT 285
ans . Il eftoit fils du Confeiller.
du même nom
Mr le Marquis du Beloy , premier
Ecuyer de Monfieur le
Prince de Conty , eft mort d'une
pleurefie , & quoy que S. A.
S. fuft alors affez malade pour
ne fonger qu'à fon mal , Elle
propofa un remede pour celuy
de Mr du Beloy , qu'elle avoit
yû fouvent réüffir ; mais il fut
donné trop tard .
Mre Tranquile- Etienne Faviere
, Correcteur des Comptes .
Mr l'Abbé Agnan . 11 eftoit
fi connu qu'il n'eft pas neceffaire
d'en rien dire davantage .
Le dernier Ouvrage qu'il a donné
au Public , eft intitulé la
Goute curable.
Mr Dipy Secretaire Inter286
MERCURE
M
prete du Roy , & Doyen des
Profeffeurs Royaux.
Dame Antoinette de Fontaine
, veuve de Mre Alexandre
de Joyeufe , Chevalier , Seigneur
de Montgobert , morte
fans enfans , âgée de quatrevinge
deux ans.
Dame Catherine de Lattaignant
, veuve de Mre Pierre
Pecquot de Saint - Maurice
Confeiller Secretaire du Roy ,
& Greffier de fon Confeil Privé.
Elle laiffe entr'autres enfans
, un fils Confeiller au Parlement
, & un Chanoine de l'E .
glife de Paris .
Dame Marguerite le Tonnelier
, veuve de Mre Thierry
Charpentier , Confeiller de la
Grand'Chambre, mort en 1681 .
GALANT 287
7
ayant laiffé plufieurs enfans ;
entr'autres Philippes Charpentier
, mort en 1694 Confeiller
au Parlement & Commiffaire
aux Requeftes du Palais , qui
a laiffé des enfans de Dame N..
Portail , foeur du Prefident à
Mortier Louis Charpentier ,
Maitre des Comptes , N. Charpentier
, Chanoine Regulier de
Î'Ordre de S. Auguftin , de la
Congregation de Ste Geneviéve;
& N.Charpentier , Religieufe
aux Filles de la Vifitation de
Ste Marie. Elle avoit 83 ans.
ز
Mr d'Hardancourt , Gentilhomme
ordinaire de la grande
Faucounerie , & ancien Seeretaire
de la Compagnie des Indes
Orientales .
Mr de Saint- Aubin , Doyen
288 MERCURE
des Avocats du Confeil. :
Mre Denis de la Barde , Prêtre
, Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , & Maiſon
de Sorbonne , ancien Chanoine
& Archidiacre de Jofas en
l'Eglife de Paris , Confeiller du
Roy en fes Confeils , & Prefident
en la premiere Chambre
des Enqueftes , mort âgé de 71 .
ans. Il y avoit plus de deux ans
qu'il eftoit en enfance . Il eftoit
Vifiteur general des Carmelites
, & fils de Mr de la Barde ,
Marquis de Marolles , Ambaffadeur
du Roy vers les Cantons
Suiffes. Mr le Cardinal de
Noailles a nommé à l'Archidiaconé
de Jofas , Mr l'Abbé
d'Orfane , Chanoine de Paris.
Mr de Mainbert , Prefident
des
GALANT 289.
des Treforiers , Directeur general
des Finances au Bureau
d'Amiens.
Dame Catherine Brice , veuve
de Mre Henry Chapelier ,
ancien Avocat General , Confeiller
Honoraire en la Cour
des Aides . Elle laiffe Mr l'Ab .
bé Chapellier , qui après avoir
efté Chanoine de Paris & Official
de Mr le Cardinal de Noailles
, eft à preſent Doyen de S.
Germain l'Auxerois ; & quelques
autres enfans.
Dame Loüife Aimeray , veuve
de Mre Jacques Bernard ,
Chevalier Marquis du Mefnil
Garnier , & c. Confeiller du
Roy , Maiſtre ordinaire en fa
Chambre des Comptes , morte
agée de 82. ans , laiffant une
Bb
Mars
1709.
#
290 MERCURE
fille mariée à Mr de Pomereu ,
Maiftre des Requeftes .
Mre Jean Antoine de Brion
de la Barde , Marquis de Combronde
, Baron de Salvert , & c .
Confeiller au Parlement , mort
fans alliance , agé de 44. ans .
Il eftoit frere de Mr l'Abbé de
Brion , Chanoine de l'Eglife de
Paris ; & de Me Amelot , femme
du Preſident de la troifiéme
des Enquestes
.
Mre Henry de la Rochefoucault
, Abbé de Fontfroide , de
Sainte Colombe de Sens , de
Selles , & de la Chaife - Dieu .
Il eftoit oncle de Mr le Duc
de la Rochefoucault .
Dame Antoinette le Févre
d'Eaubonne , Epouſe de Mre
Urbain le Goux de la BercheAGALANT
291
re , Chevalier Marquis de Santenay
, Comte de la Rochepot ,
Baron de Toify , Seigneur de
la Berchere , & c . Maiftre des
Requeftes .
Mre François Brunet, Preftre,
Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , & Curé de
S. Martial . Monfieur le Cardinal
de Noailles a nommé à
cette Cure , Mr Boivin , auffi
Docteur , qui eſtoit Vicaire de
S. Euftache.
Dame Anne- Françoiſe de la
Porte , épouse de Mre Claude
Anjorant , Conſeiller au Parlement
,.& Commiffaire aux Requestes
du Palais . La famille
d'Anjorant est tres-ancienne
& ily a eu plufieurs Chevaliers
de Malthe. Elle étoit fille de Mr
Bb
ij
292 MERCURE
de la Porte , Maistre des Comptes
, & de feuë N. Picques .
Mre de Touteville , Commandeur
des Ordres Royaux de
Noftre-Dame de Mont - Carmel
& de Saint Lazare.
Mr Herfan de Chafteaufort ,
Secretaire & Garde des anciennes
Minutes du Confeil , & Greffier
des Commiffaires Extraor
dinaires..
Mr de Roquemac , Colonel
du Regiment de Cavalerie de
ce nom , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis .
Dame Marie Bonneau , veuve
de Mre Bon André Broé ,
Chevalier Seigneur de la Guette
, Capitaine Lieutenant des
Gendarmes Anglois de S. M.
& cy- devant veuve de Mre
GALANT 293
Michel Laîné , Chevalier Seigneur
de la Margrie- Plaffac .
Dame Catherine de Lille
d'Andrezy , veuve de Mre Jean
Charreton de la Terriere , cydevant
Maitre d'Hoftel du
Roy.
Dame Marie Orceau , veuve
de Louis Rouillé , Ecuyer Seigneur
de Fontainne Guerin ,
Confeiller Secretaire du Roy ,
& Controlleur General des
Poftes. Elle laiffe plufieurs enfans
, dont il y en a deux Maîtres
des Requeftes.
ཏ ྣ ཎཱ་
Dame Jeanne de Goury , agée
de 93. ans , veuve de Mre
Claude de Luffon , Chevalier
Seigneur de Chenevieres , Auditeur
des Comptes , Comme
cet Article doit eftre fort éten-
Bb iij
294 MERCURE
du, je remets au mois prochain
à vous en parler : je vous diray
cependant que Mr & Me
de Goury ont vû de leur vivant
84. tant neveux que petits neveux
.
Mre Nicolas Claude de Seve,
Preftre Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne . Il étoit
fils de Mr de Seve , mort Pre .
mier Prefident de Metz , &
petit
fils de Mr de Seve , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil
Royal , & Prevolt des Marchands
.
Dame Antoinette Louiſe de
Melmes eft morte âgée de 69.
ans. Elle eftoit veuve de Louis
Victor deRochechoüart, Duc de
Vivonne, Pair & Marechal de
France ; General des Galeres
#GALANT 295
Gouverneur
& Lieutenant
General
és Mers & Armées Navales
du Levant . Elle eftoit fille
d'Henry de Mefmes , fecond
Prefident du Parlement
; Licutenant
Civil , & Prevoft des
Marchands
, & de Marie la Vallée
- Foffé , fa feconde femme .
Cette Dame avoit employé
de fon veuvage tout le temps
à faire des oeuvres de Charité ,
& à vifiter les Hofpitaux
, Elle
avoit eu de fon Mariage avec
Mr le Marechal Duc de Vivonne,
N. Duc de Mortemart
, General
des Galeres , & c . qui avoit
époufé N. Colbert , fille de
Jean- Baptifte Colbert Controlleur
general des Finances ,
Sur- Intendant
des Baftimens ,
Miniftre d'Etat , & Treforier
Bb iiij
296 MERCUR E
de l'Ordre du Saint Eſprit.
C'eft de ce mariage qu'eft fortie
Mlle deMortemart , fille du Duc
de ce nom , & qui épouta l'année
derniere , Mr le Marquis
de Cany , fils de Mr de Chamillart
, cy - devant Controlleur
Generaldes Finances , Secretaire
& Miniftre d'Etat, & c .
Mre Joachim Faultrier , Abbé
Commendataire de Nô .
tre Dame d'Ardenes -
> prés
de Caen , eft mort dans fon
Apartement de l'Arſenal âgé de
80. ans. Il avoit efté Intendant
de Juſtice , Police & Finances
, en Hainaut , & dans le
cours de fes Intendances il avoit
eſté employé en plufieurs
Negociations & Traitez entre
les deux Couronnes. Il eftoit
GALANT 297
recommmandable par fa pieté ,
par fa charité envers les Pau
vres , par la beauté de fon genie ,
& par fon Erudition . Il avoit
efté Abbé de Saint Loup de
Troyes , & il s'étoit démis de
cette Abbaye entre les mains
du Roy , qui la donna il y a un
an à Mr l'Evêque de Troyes . %
Mre Claude le Caron , Prêtre
, Docteur en Theologie de
la Maifon & Societé Royale de
Navarre , Curé de S. Pierre aux
Boeufs , Sous- Doyen de la Faculté
de Theologie , & Doyen
des Curez de Paris , eft mort en
fá 79 année . Mr Ameline neveu
du feu Archidiacre de Paris , à
cfté pourvû de cette Cure fur
la Resignation du défunt .
On a enterré à Valencien
298 MERCURE
nes Mr le Baron Charles de Simeoni
, qui a eſté fort regretté
de tous ceux qui le connoiffoient
, & particulierement de
S. A. S. E. de Cologne , à qui
il a rendu de grands fervices
pendant fa vie. Il eftoit d'une
famille de Piemont , attachée
de tout temps à l'Augufte Maifon
de Baviere. Il eftoit l'aîné
de trois freres , & fuivant l'ufage
du pays , on le diftinguoit
par le nom de baptême. Son
zele , fa capacité à manier les
plus grandes affaires , & le plus
parfait devoüement l'avoient
attaché à S. A. S. E. de Cologne
, de qui il avoit toute la
confiance . Il eftoit fon Confeiller
d'Etat , Gentilhomme de
fa Chambre , Chevalier de fes
GALANT 299
Ordres , & Prefident des Finances
de ce Prince . Il avoit
poffedé des Benefices fort confiderables
en Allemagne . Il en
avoit efté pourvû par le Sereniffime
Electeur de Baviere ;
mais ayant fçû que par de certaines
conjonctures dans lefquelles
ce Prince , pour des raifons
de convenance , auroit été
bien aife d'en pouvoir diſpoſer ,
il s'offrit à les luy remettre , &
il les luy remit effectivement ,
On n'a pas douté que cette dé.
miffion a efté faite tres- librement
, & uniquement dans la
veuë de plaire à S. A. S. E. de
Bayiere , puifque dechargé des
obligations d'un Beneficier
pourvû de Benefices fimples ,
il en a gardé l'exterieur , la
to
300 MERCURE
conduite & la vie reguliere
jufqu'à fa mort. Il l'a attendue
pendant plufieurs années , fouffrant
patiemment les douleurs
du corps qui l'en menaçoient ,
& il a enfin fini fes jours avec
la refignation & la patience qui
font connoiftre la mort des Elus.
Le Prince fon maiſtre a témoigné
pendant fa maladie , à
fa nmort , & depuis fon decés ,
tout ce qui pouvoit mieux marquer
fes regrets de la perte qu'il
faifoit d'un fujet qu'il honoroit
de fon amitie , & qui l'avoit fi
bien meritée . Le deffunt avoit
deux freres , dont l'un eft Mr
le Baron Maximilien de Simeoni
, Envoyé Extraordinaire de
S. A. E. de Cologne auprés du
Roy ; & l'autre eft Mr le Baron
GALANT 301
Ferdinand de Simeoni , attaché
à S. A. E. de Baviere .
.
·
Mr de Boiffeuil , Ecuyer ordinaire
du Roy , ayant longtemps
rendu des fervices agreables
à Sa Majeſté , & l'ayant
toûjours fervie avec agréement
ce Prince a non feulement
donné une penfion à fon neveu ,
mais il a ordonné que Mr de
Vaux qui a eu la place de Mr
de Faine , qui eft monté à celle
du deffunt , donneroit dix mille
livres à ce même neveu. Mr de
Vaux fervoit auprés de Mr le
Comte de Brionne.
Mr Lambert , Architecte ordinaire
du Roy , & Controlleur
des dedans du Chateau de
Verſailles , eftant mort en quatre
jours , le Roy a donné ces
302 MERCURE
deux grands Emplois à Mr Gabriel
, qui avoit le Controlle
des dehors du même Chasteau
de Verfailles , avec celuy du
Chasteau de Compiegne . Mr
Molet , qui avoit la Direction
des Etangs , Rigoles , & Parcsde
Verfailles , eft monté à la
place que Mr Gabriel occupoit
à Versailles . Mr Defgots , Con .
trolleur des Baſtimens du Roy ,
l'un des Jardiniers des Tuilleries
, & Commis à la garde de
l'Orangerie qui eft au bout de
ce Jardin , a efté nommé pour
remplir la place de Mr Molet ;
& le fils de Mr Lambert a eſté
pourvû du Controlle de Compiegne
, avec 2400. livres d'appointemens
, & Sa Majesté luy
à confervé le logement que feu
GALANT 303.
fon pere avoit à Paris . Le Roy
n'a point encore difpofé de la
maifon que Mr Lambert occupoit
à Versailles , qui eft des
plus agreables & des mieux entenduës
; mais Sa Majefte a
donné à Me la Maréchale d'Eftrées
, un Jardin tres- joly , qu'il
avoit pratiqué dans un endroit
du grand Jardin de Verſailles ,
Mr le Comte de Monafterol ,
Envoyé Extraordinaire de S. A.
S. E de Baviere , ayant fait
part au Roy de la mort du Prince
Maximilien - Emanuel , l'un
des fils de cet Electeur , S. M.
en a pris le deüil . Ce Prince ,
quoy que fort jeune encore ,
faifoit déja efperer par ſon eſprit
& par fes manieres , qu'il
auroit un jour toutes les belles
304 MERCURE
qualitez qui font briller ceux
de fon Augufte Maiſon .
Voici encore quelques Articles
qui regardent la mort de
quelques perfonnes nouvellement
decedées .
Mre Louis Edouard de l'Etoile
de Pouffemotte , Comte de
Graville , Confeiller au Parlement
, fils de Mr de Graville ,
President de la Cour des Aides,
Mre Antoine de Verthamon
de Villemenon , Confeiller au
Parlement , frere de Mr de la
Ville-aux- Clercs , auffi Confeiller
, & de Mr l'Evêque de
Pamiers.
Mre Claude Heron , Confeiller
Honoraire de la Cour des
Aides , pere du Conſeiller au
Parlement .
1
GALANT
305
Mre Claude le Févre Coqueley
Chanoine Honoraire de
l'Eglife de Paris .
Tant de morts de perfonnes
de
confideration , fans compter
celles qui ne font pas venues
à ma connoiffance , celles d'un
moindre rang , dont je ne vous
parle pas , celles qui font mortes
dans les Provinces , & celles
d'un étage plus bas , fans
compter celles qui regardent le
Peuple de Paris & de toutes les
Provinces du Royaume , doivent
faire connoiftre que rien
n'eft plus ordinaire dans le
monde que la mort , & nous
familiarifer avec elle , au lieu
que nous tâchons d'oublier jufqu'à
fon nom , afin de n'y point
penfer.
Mars
1709.
Cc
306 MERCURE
Quoy que je n'aye point marqué
les dattes de la mort des
perfonnes decedées , dont vous
venez de lire les Articles , j'ay
neanmoins prefque fuivi par
tout l'ordre de leur mort , à la
referve de trois ou quatre qui
fe trouvent dans le milieu de
ces Articles , & qui auroient dû
eftre à la tefte .
On ne peut trop admirer
avec quelle promptitude le
Roy recompenfe ceux qui ont
le bonheur de fe diftinguer
dans fes Armées . Mr le Maréchal
de Bouflers luy ayant dit
que Mr des Bournais , fils de Mr
des Bournais , cy - devant Maitre
d'Hoftel de la Reine , s'étoit
extremement diftingue
dans Lille , non feulement comGALANT
307
me Capitaine de Dragons dans
le Regiment de Mr le Marquis
deBelle- Ifle; mais auffi en qualité
de l'un de ſes Aides de Camp,
ce qui luy avoit donné lieu de
connoiftre à fond fa capacité &
fa valeur par tout les raports
qu'il luy faifoit de tout ce qui
fe paffoit aux lieux où il l'envoyoit
, & où fa vie eftoit fouvent
expofée. Le Roy voyant
que ce Marechal parloit avec
certitude de ce jeune Capitaine
qui n'a
que 24 ans , & que perfonne
n'en pouvoit etre mieux
informé que Mrle Marechal de
Bouflers , puis qu'il luy avoit
fervi d'Aide de Camp , demanda
à le voir , ce qui marqua
qu'il fatiguoit plus les ennemis
par la valeur, que S. M. par
Cc ij
308 MERCUKE
>
fes importunitez. Il parut le
lendemain devant ce Prince , &
S. M. l'ayant vû, ordonna auffitoft
à Mr de Bouflers de luy
donner un Bafton d'Exempt
dans fa Compagnie ce qui
fut fort aplaudi de toute la
Cour , & fit beaucoup de plaifir
à tous ceux qui prodiguent
tous les jours leur fang pour le
fervice d'un Monarque qui fait
attention à tous les fervices
qu'on luy rend, & qui n'en laif.
fe point fans recompenfe.
Les Ceremonies dans lefquel .
les l'afluence de perfonnes du
premier rang , & d'autres perfonnes
de diftinction & titrées
femblent caufer une espece de
defordre & de confufion , font
d'autant plus glorieuses à celuy
GALANT 309
qui en eft l'objet , que tant de
perfonnes illuftres ne le font affemblées
que pour luy faire honneur.
C'est ce qui eft arrivé
lorfque Mr le Maréchal de Boufers
a efté reçû Pair de France
au Parlement . S A. S. Monfieur
le Duc & Monfieur le Duc
'd'Enghien fon fils , qui n'avoit
point encore efté à de pareilles
Ceremonies , fe font trouvez
à cette Reception , où tous
les Ducs & Pairs qui ont fceance
au Parlement , n'ont pas
manqué de fe trouver auffi , auffi
bien que la plus grande partie
des perfonnes qui occupent
les premiers rangs de la Judicature
, & qui ont auffi droit d'y
prendre fceance . Mr de Bou-
Alors ayant efté Colonel du Re310
MERCURE
giment des Gardes Françoiſes ,
& eftant prefentement Capi
taine des Gardes du Corps de
Sa Majesté , prefque tous les
Officiers de ces deux Corps fe
font trouvez à cette Ceremonie
, ayant fait voir en cette
occafion , tout l'empreffement
imaginable pour accompagner
un Seigneur qui en avoit com
mandé une partie , & qui com .
mandoit prefentement l'autre.
La plupart des Officiers qui fe
font trouvez dans Lille pendant
le fiege , & qui ont efté
témoins de la valeur de Mr le
Maréchal Duc de Bouffers
voulurent l'eftre aufli des honneurs
qu'on luy rendoit ce jourlà
au Parlement , & entendre
les Eloges que l'on y devoit faiGALANT
311
re de ce General ; mais il eft impoffible
que parmi une auffi
grande foule que celle qui s'y
trouva ce jour- là , puifqu'outre
les perfonnes que je viens de
vous marquer , il y avoit un
grand nombre de perfonnes de
qualité , d'amis de Mr de Bouflers
, & de curieux . Il eft impoffible
, dis - je , que parmi une
fi grande affluence de monde ,
on puiffe entendre affez diftinctement
ce que l'on dit pour en
pouvoir retenir la fuite .
Mr le Nain , Confeiller au
Parlement , & pere de Mr le
Nain Avocat General au même
Parlement , lut comme Raporteur
les Lettres données par le
Roy , de Duc & Pair , à Mr le
Maréchal de Bouflers ; & quoi312
MERCURE
qu'il ne foit pas aifé de vous
raporter en quels termes ces
Lettres eftoient conçues , il
m'eft neanmoins auffi facile de
vous le faire concevoir , qu'il
vous fera aifé de le comprendre,
& tous ceux qui ont eu attention
à toutes les actions de valeur
de ce Duc , & qui ont remarqué
tout ce que les nouvelles
publiques en ont dit , pourroient
dreffer de pareilles Lettres
. Je vous en ay envoyé quelques
fois d'entieres , & vous avez
dû remarquer qu'elles contiennent
par datte , toutes les
actions éclatantes , & les fervices
qu'ont rendus au Roy & à
l'Etat , tous ceux à qui Sa Majelté
donne des Lettres Patentes
en pareil cas . Comme
དྷརཱ ཨཝཾ
S.
GALANT
313
I
S: A. S. Monfieur le Duc
d'Enghien parut , & parla pour
la premiere fois au Parlement
Mr le Premier Prefident luy fit
un Compliment , & Mr le Maréchal
Duc de Bouflers , aprés
avoir fait fes remerciemens aux
Princes , aux Ducs , & à toutes
les perfonnes du premier rang
aufquelles il put parler , il s'adreffa
aux Officiers des Gardes
du Corps , à ceux du Regiment
des Gardes , & à ceux qui avoient
fervi pendant le fiege de
Lille , & leur dit que c'eftoit à
leur épée & à leur valeur qu'il devoit
les graces qu'il avoit reçûës
du Roy, & les honneurs qu'il venoit
de recevoir ; ce qui luy attira
de grands applaudiffemens ,
& ce qui fut caufe qu'on luy
Mars 1709. Dd
314 MERCURE
répondit mille chofes obligeantes
, & qu'il reçût de nouvelles
louanges de toute l'A flemblée.
J'ay fçû depuis que Mr le
Premier Preſident a refufé le
preſent ordinaire , qui confifte
en quatorze à quinze mille livres
en vaiffelle d'argent .
Le
temps d'ouvrir la Campagne
s'avance ; il y a lieu de
croire que les François , toujours
diligens , entreront en
Campagne long - temps avant
les Alliez . Ils ont pris leurs precautions
de loin , & leurs Munitionnaires
ont déja dequoy
faire vivre une Armée de cent
mille hommes pendant fix mois.
Les Recruës , il eſt vray , ne
font pas entierement faites
mais il fuffit qu'elles fe trouvent
GALANT 315
dans le temps que l'on en aura
befoin : il paroift même qu'il y
a eu de la politique à ne les
faire pas avancer davantage ;
elle eft avantageufe , & comme
on la peut ailement deviner ,
je ne m'étendray pas davantage
fur cet Article.
Les Troupes des Alliez qui
ont quitté la Flandre pour aller
prendre des Quartiers d'hiver
en Allemagne , & y faire des
Recruës ; n'y font qu'à peine
arrivées , à caufe que pendant
leur route elles ont fouffert de
fortes gelées qui leur ont emporté
beaucoup de monde , &
plufieurs dégéls , qui ayant rompu
les chemins , les ont empefché
d'avancer ; en forte que n'étant
qu'à peine arrivées dans
Dd ij
316 MERCURE
les Etats de leurs Souverains ,
elles n'ont pas encore eu le tems
de fe remettre de leurs fatigues ,
ni même celuy de fe reconnoî
tre. Ainfi l'on peut dire qu'elles
n'ont pas encore commencé à
faire leurs Recruës , qui doivent
eftre des plus amples
parce que non feulement , elles
ont infiniment perdu de monde
pendant la Campagne , & que
le fiege de Lille , que l'on peut
dire avoir fait périr des Armées
entieres , eft caufe que loin de
pouvoir faire de nouvelles levées
, il fera difficile qu'elles
trouvent affez d'hommes pour
faire feulement leurs Recruës .
A l'égard des vivres , il n'y a
prefque pas de poffibilité qu'elles
en puiffent trouver affez à
GALANT 317
temps pour faire leur Campagne.
Il n'en refte point du tout
en Flandre : les Gelées , les
Inondations & les Digues rompuës
, ont ruiné tous ceux des
Hollandois qui font toûjours
obligez d'en faire venir de fort
loin .
Quant à ceux qu'on peut faire
venir d'Allemagne , outre
qu'il y a un grand trajet à faire ,
il est difficile de les voiturer de
fi loin ; & d'ailleurs on n'en a
point preparé en Allemagne
pour eftre tranfportez en Flandre
, & il ne s'y en trouve pas
affez pour remplir les Maga
zins qu'on a projetté d'y faire
pour l'Armée du Rhin . Tous
ces faits font viſibles & inconteſtables
.
Dd iij
318 MERCURE
Pour ce qui regarde l'Angle
terre , on s'y vante toûjours
beaucoup à l'ouverture de cha ,
que Parlement ; l'oftentation
eft grande ; les hommes & l'argent
n'y doivent point manquer
; on ébloüir les peuples
pour les mieux tromper , & les
Alliez font fouvent les dupes de
tout ce qu'on y publie à l'ouverture
de chaque Parlement.
Les Troupes n'y doivent point
manquer , & les quatre livres
fterlin l'on devoit mettre
que
dans la main de chaque foldat ,
enl'enrollant ,fembloient devoir
faire trouver des legions d'hommes
; cependant tout cela n'a
rien produit , & c'eſt une choſe
furprenante , & digne du plus
grand étonnement que ces gran-
K
GALANT 319
des promeffes , & le Bil pour faciliter
les Recruës ; n'ayent
prefque rien produit du tout ,
puifqu'au contraire on fe trouve
obligé de faire des Regle
mens nouveaux pour empefcher
les defertions & les mutineries ,
& c'eſt une choſe qui paffe toute
imagination & toute creance,
& qui eft pourtant veritable ,
que la Ville de Londres , & le
Comté de Midelfex , ne puiffent
lever 2.300 .
hommes pour four.
nir leur cotte -part des 16000 .
hommes qu'on avoit refolu de
lever , & dont l'Angleterre a un
extrême befoin , ce qui marque
combien elle le trouve épuifée
d'hommes .
On doit remarquer que ces
16000. hommes ne font que
Dd iiij
320 MERCURE
>
pour remplacer ceux que les
Anglois ont perdus pendant la
Campagne derniere , comme ils
l'avoüent eux- mêmes. Ainfi il
ya de l'apparence qu'ils en ont
perdu davantage , & les Imperiaux
, les Hollandois les
Troupes de Brandebourg ; celles
de Dannemark ; les Palati
nes ; celles de Heffe- Caffel , &
de plufieurs autres Princes &
Etats , en ayant perdu à proportion
, on peut juger de la grande
perte que les Alliez ont faite,
& combien , fi la guerre continue
, il en coûtera à l'Angleterre
& à la Hollande pour avoir
des Troupes , puifque ces deux
Puiffances les payent feules , &
qu'elles ne peuvent prefque tirer
d'hommes de chez elles . On
GALANT 221
a fait d'abord un grand fracas
en Angleterre des fommes accordées
par le Parlement , &
de ce que la Banque devoit produire
; mais elle produira peu
prefque toutes les Soufcriptions
eftant pour des étrangers , &
tout l'argent accordé ne devant
-pas fuffire pour payer un fol de
ce qui n'a point efté payé les
années dernieres , puifqu'il eft
dû à la feule Marine , fept millions
de livres sterlin , & qu'il
fe trouve enfin qu'il est dû de
tous coftez de tres grandes fommes
; de maniere que la Reine
fe trouvant pouffée à bout , a
dit que l'argent avoit eſté employé
à des dépenfes fecrettes
qu'elle ne devoit pas déclarer .
Rien n'eft fi peu vrai- fembla-
A
322 MERCURE
ble , & ces dépenfes fecrettes
ne peuvent eſtre que des fommes
peu confiderables pour
payer des particuliers qui fervent
dans les Cours étrangeres,
les Alliez eftant connus , auffi
bien que les fommes qu'on leur
donne . S'il s'agiffoit de tramer
fecrettement une guerre , de
gagner des Potentats , de lever
des Troupes fans qu'on en cut
connoiffance ,, pour faire éclore
quelque grand deffein , les dépenfes
fecrettes pourroient être
confiderables ; mais dans l'état
où font aujourd'huy toutes les
chofes , ces dépenfes ne peuvent
fervir qu'à payer des Efpions
. Il est vray que la Reine
Anne peut employer une grande
partie de ce qu'elle reçoit
GALANT 323
contre la Nation même , en
achetant la plupart des voix
du Parlement , & en s'acquer,
rant des Creatures par cet ar
gent pour faire continuer la
guerre , quoy qu'elle foit entie
rement onereufe à la Nation
comme le vient d'avoüer imprudemment
Mr Boyle Secretaire
d'Etat , en difant que
Dunkerque eftant un repaire de Pyrates
qui infeftoient Ocean , & qui
faifoient un tort infini au Commer,
ce , il eftoit jufte que la Nation ti-
Taft quelque fruit de tout le fang
qu'elle avoit verfé , & des dépenses
immenfes qu'elle avoit faites dans
cette guerre , en obligeant le Roy
de France defaire démolir les Fortifications
de ce Port.
On peut conclure de tour
224 MERCURE
cela , de l'aveu de Mr Boyle , &
par confequent de toute la Nation
, au nom de laquelle il parle
, que l'Angleterre n'a tiré
aucun avantage des fommes immenfes
qu'elle a dépensées pendant
dix huit à dix- neuf ans que
les deux dernieres guerres ont
duré , & dont la derniere n'eſt
pas encore finie , & pendant lef
quelles il a péri un fi grand
nombre d'Anglois que la Ville
de Londres , & le Comté de
Midelfex ne peuvent fournir
deux mille trois cens hommes ,
& que l'Angleterre s'eft engagée
de plus de fix cens millions
qu'elle doit . Aprés tant de
tes d'hommes & d'argent , celle
de plufieurs centaines de Vaiffeaux
, & la conſommation de
perGALANT
225
tout ce que l'Angleterre a pû
produire pendant un grand
nombre d'années , ne fera - t - elle
pas bien recompenfée , fi pour
tout fruit de tant de chofes qui
ont mis la Nation dans le trifte
eftat où elle fe trouve , pour ne
pas dire davantage , elle obtient
que les Fortifications de Dun
kerque foient rafées ? Et ne feroit
ce pas un grand avantage à
lanation pour récompenfer tant
de fang Anglois verfé , & tant
de millions fortis de l'Etat ? Ce
qui neanmoins ; felon toutes les
apparences , n'arrivera jamais ,
à moins que les Hollandois
n'ayent perdu la raifon , & qu'
ils ne connoiffent mal leur intereft
, puifqu'ils feroient entierement
perdus ; & que pour
326 MERCURE
**
peu qu'ils ayent de politique ,
ils doivent empêcher que les
Alliez n'ayent plus de Troupes
en Flandre que les François
, puifque fi cela eftoit , ils
feroient la victime de la guerre ,
& les Allemans & les Anglois ,
qui felon que l'on a découvert ,
& même par des Lettres qui
ont efté furpriſes , doivent partager
la Flandre , & en faire
Marlborough Gouverneur General
, avec des Patentes de
l'Archiduc , verroient auffi , fi
la France les abandonnoit , partager
toutes leurs Provinces.
Cependant il eft furprenant de
voir l'Angleterre dans la mauvaife
fituation où fe trouvent
fes affaires , déclarer qu'elle ne
fera point de paix que PhilipGALANT
327
pes V. n'abandonne toutes les
Efpagnes , & cela dans le temps
où l'on fçait qu'elle delibere
avec les Alliez fi on abandonnera
entierement la Catalogne,
parce que les Alliez y font fort
foibles , & que la perte en eft
preſque certaine .
On croit ébloüir le peuple
d'Angleterre , & toute l'Europe
même , en tenant un langage
fi faftueux , & fi peu conforme
à la veritable
fituation
où
fe trouve aujourd'huy
l'Angleterre.
Elle veut briller
par ces
grandes
propofitions
; mais en- tierement
infoutenables
, & faites
dans un temps
où l'Espagne
n'a plus de Rebelles
; où les Royaumes
de Valence
& d'Aragon
donnent
tous les jours
328 MERCURE
des marques de leur repentir &
de leur foumiffion , & qui efiant
charmez d'un Monarque dont
la clemence les a touchez , &
même penetrez , viennent d'envoyer
des Deputez à Madrid
pour fe joindre à tous les Etats
d'Espagne pour reconnoiftre le
Prince de's Afturies , comme legitime
heritier de la Couronne
, & prêter à ce Prince , en
cette qualité , le ferment de fidelité
que l'on a accoutumé en
Efpagne , de prefter en de pareilles
occafions.
Je dois ajouter ici , à l'égard de
ce qui regarde l'Angleterre , qui
fait continuellement des pertes
fur mer , & qui perd même quelquefois
des Flottes entieres
qu'elle vient de voir perir à
GALANT
329
l'entrée de la Tamife , cinq
Vaiffeaux chargez de Tabac ,
de la flotte de Virginie , & le
bruit vient même de ſe répandre
, que Mr de Gué- Trouin ,
leur en a enlevé plufieurs de
la même Flotte . f
Les Anglois viennent encore
de faire les pertes fuivantes .
Mr de Ville - Simon Commandant
la Fregate l'Hirondelle
de Morlaix de 28. Canous
armée en courſe , a pris un Navire
Anglois de 45.
Tonneaux
venant de Porto en Portugal ,
chargé de 61 pipes , de 12. Bariques
de vin de ce pays , & de
55. Quintaux de Liege ..
Ce même Armateur a auffi
conduit à Morlaix un autre Navire
Anglois de 32. Tonneaux
E e
Mars
1709.
330 MERCURE
qui avoit efté chargé de figues
à Villeneuve , Cofte de Portugal
.
Mr le Chevalier du Bois de
la Mothe, Enfeigne de Vaiffeau ,
Commandant la Fregate du Roi
l'Argonaute armée en courſe ,
ayant découvert fur le Cap
la Roque une Flote de 13. Navires
Anglois qui fortoit de Lisbonne
pour aller à Porto-convoyée
par deux Vaiffeaux de
guerre de leur Nation , l'un de
42. Canons & l'autre de 30 .
les joignit dans le deffein de
les enlever ; la mer qui eftoit
alors fort elevée , & la nuit qui
s'approchoit l'empefcha de les
attaquer ce jour- là ni même le
lendemain , mais il les garda fi
bien , que s'eftant trouvé à la
AGALANT© 331
pointe du jour proche du Vaiffeau
de 42 Canons qui l'attendoit
, la Fregate l'Argonaute
fe rangea à portée de pistolet &
l'attaqua fi vivement qu'elle
l'obligea de fe rendre àprés une
heure de Combat ; ce Vaiffeau
avoit 200 hommes d'Equipage
; il eft neuf & n'avoit
point encore eſté en Mer.
L'action s'eftant paffée fort
proche de Terre , la Flotte &
Î'autre Vaiffeau de Convoy fe
font fauvez en Portugal
Voicy des nouvelles de divers
endroits .
Les Lettres de Cadix du 24 .
Fevrier , portent qu'un Armateur
de Vigo , y a amené deux
Baftimens Portugais , chargez
de Sucre & de Tabac .
Ee ij
332 MERCURE
De Ratisbonne le 26. Fevrier.
On examina ces jours paſſez dans
la Diette la Lettre qu'un Courrier
avoit apportée de Vienne , & la
plupart des Miniftres conclurent
qu'il falloit remercier l'Empereur de
fes exhortations , & des foins qu'il
prend pour l'Empire , & le prier en
même temps d'envoyer des Lettres
exhortatoires à chacun des Princes
Etats , afin qu'ils fourniffent
promptement leur contingent ,
qu'en attendant , on travaillåt à
remplir les Magazins qui font prefque
tous épuifez , & à reparer les
Fortifications de Landau que la
rigueur de l'hyver a beaucoup endommagées
, à quoy les fubfides qu'on
tire de la Baviere devraient eftre
employeze
GALANT 333
1
Les Troupes de Brandebourg
la folde de l'Empereur , one reçû
ordre de marcher en Italie ; mais
elles refufent defe mettre en mouvement
avant qu'elles ayent reçû
200000. Florins qui leur font dus.
L'Empereur cherche à emprunter
cette fomme , en donnant ou en engageant
quelques Terres da haut
Palatinat , dont l'Electeur Pala
tin , qui s'en eft mis en poffeffion ,
fait grand bruit.
On voit par le commencement
de cette Lettre , que les
Princes & Etats de l'Empire ne
font pas fort avancez dans la
levée de leur contingent , puif
qu'il eft neceffaire de leur envoyer
des Lettres exhortatoires
pour les y engager.
Quant à l'argent dont l'Em334
MERCURE
pereur a befoin pour payer les
Troupes de Brandebourg , il
fera difficile qu'il en trouve , vû
la mediocrité de fes Revenus ,
& toutes les fois qu'il a quelques
fommes à payer , il eft obligé
de faire des emprunts , des
engagemens de quelques Terres
, ou d'en tirer de force des
Etats qui ne luy appartiennent
pas.
D'Antibes le 1. Mars .
Il arriva bier icy du Port de Final
ane Barque Genoife fretée par
·les Ennemis pour le tranſport des
Troupes qu'ils font paffer en Catalogne
Ily avoit deffus 80. hommes
dela Milice du Milanez, qui ayant
eftéforcez à s'embarquer , lorsqu'
ils fe virent à la voile , fe faiGALANT
335
firent de leurs Officiers , & obli
gerent les Matelots de les conduire
ity , où ils ont demandé àfervir dans
nos Troupes , à l'exception des Of
ficiers qui ont efté renvoyez avec la
Barque.
De Grenoble le 4. Mars.
On commence à faire les prepa
ratifs pour la Campagne . Il eft arrivé
des Munitionnaires pour remplir
les Magazins de toutes fortes
de munitions. Ils ont commencé de
faire voiturer des fourrages à Sablons
pour la Cavalerie qu'ony attend
de Franche- Comté. Les bautears
font encore toutes couvertes de
neige , & elles ont écrasé dans la
Vallée de Suze , beaucoup de foldats
de la Garnison de cette Ville
qui travailloient à aplanir les chemins.
336 MERCURE
On a des Avis de Barcelone ,
qui portent que les Troupes qui
ont efté levées dans le Milanez ,
fe font prefque toutes débandées
, & qu'il en arrive tous les
jours à Sarragoffe , même des
Officiers , qui vont à Madrid ,
demander de l'employ , ne voulant
point fervir contre leur
Prince.
Les Lettres de Besançon du
8. portent que les Troupes qui
eftoient en Quartier dans la
Franche - Comté eſtoient déja
en mouvement , les unes pour
defcendre en Alface , & les autres
pour le rendre en Savoye
& enDauphiné.
De Tréves ce 12. Mars .
L'Electeur Palatin doit tenir le
20.
GALANT 337
20. de ce mois un grand Confeil de
guerre à Duffeldorf, où il a mandé
tous les
Generaux de fes Troupes ,
poury alifter. Ce Prince demande
aux Etats de Fuliers & de Bergues
deux cens mille Rifdales pour employer
aux Recruës de fes Troupes ,
& à la remonte de fa Cavalerie ,
qui eft presque toute à pied.
Cette Lettre fe
rapporte à ce
que j'ay déja dit , que les Allemans
n'avoient
encore pû commencer
leurs
recruës pour leurs
Troupes qui
doivent
retourner
en
Flandres , & l'on voit que
l'Electeur
Palatin , n'avoit pas
encore
demandé le 20 , de Mars,
l'argent, dont il avoit
befoin
pour
rétablir fa
Cavalerie , qui
cftoit
prefque toute à pied ; &
Ff
Mars
1709.
338 MERCURE
comme il n'eftoit pas encore
certain d'obtenir ce qu'il devoit
demander , fes Troupes ne doivent
eftre de long - temps prêtes
à marcher.
De Nice le 12. Mars .
On compte depuis quinze jours
120. Deferteurs des Troupes que les
Ennemis ontfait marcher du Milanez
à Final , pour y eftre embarquees
&paffer en Catalogne.
On écrit de Dunkerque qu'-
un Armateur de ce Port y avoir
amené le 14. de ce mois , deux
Vaiffeaux Hambourgeois , qui
alloient porter des Agrêts en
Angleterre.
GALANT 339
De Perpignan le 15. Mars .
Il arrive icy tous les jours de nowvelles
Troupes que l'on fait camper
dans noftre voisinage , jufqu'à ce
que l'Armée s'affemble . Noftre
Gouverneur envoya hier reconnoiftie
les défilez des Montagnes ; &comme
l'on trouva que les Cols eftoient
occupez par des Miquelets , on a
fait ce matin un détachement des
Troupes de noftre Garniſon pour aller
les en chaffer , &y prendre pofte.
Nous avons eu avis que la Garnifon
de Rofes a taillé en piéces un
gros Corps de Miquelets qui s'étoit
avancé du cofté de cette Place , &
qu'il y eftoit arrivé une Barque de
Barcelone avec foixante quatre
Soldats Anglois qui fe font revoltex
·
Ffij
340 MERCURE
contre leurs Officiers , à caufe qu'ils
ne font pas payez. Ils ont demandé
des Paffeports pour fe retirerou bon
leur femblera, & on leur en a accordé.
On mande de Bayonne qu'un
Vaiffeau de guerre du Roy de
64. canons , & de 250. 250. hommes
d'équipage , armé à Breft , y
avoit envoyé le 5. de ce mois
quatre Baftimens Anglois chargez
de mafts , de cordages , &
autres agrefts , qui alloient à
Liſbonne.
On mande de Lerida , que
dans la derniere courfe que la
Garniſon de cette Place a faite
fur le Pays ennemi , elle a brûlé
quatre Magafins de fourages , &
fait beaucoup de prifonniers .:
1
GALANT: 341
De Namur le 19. Mars.
Noftre Garniſon continue defaire
des Courfes. Elle enleva le 14.
de ce mois des Equipages qui al-
Loient de Liege à Bruxelles , efcortez
par 40. hommes qui furent
taillez en pieces ; & hier un party.
de nos Dragons amena icy 12. Of
ficiers , parmi lesquels ily a deux
Colonels qui furent enlever entre
Louvain & Bruxelles .
Il y a des Lettres de la Haye
qui portent que le prix des vivres
avoit augmenté dans toute
la Hollande , & particulie
rement le pain , qui de trois
fols , eftoit déja monté à neuf
fols la livre , parce qu'on y avoit
appris le malheur arrivé
Ffiij
342 MERCURE
à la Flotte Hollandoife qui alloit
charger des grains à Archangel
, dont prés de cinquante
Baftimens eftoient péris dans
la Mer Baltique , ce qui faifoit
beaucoup crier les peuples , &
les mettoit hors d'état de fournir
les fubfides pour la continuation
de la guerre , & qu'on
y apprehendoit un foulevement
general des Republicains.
Il s'eft fait un mariage à Ver.
failles du fils d'un des Suiffes du
Parc de Versailles , agé de douze
ans & demi , avec la fille
d'un Jardinier agée d'onze ans
& demi , & ils fe font trouvez
tous deux en état d'avoir
des enfans .
On écrit d'Arles en Provence
qu'une femme y a accouché
GALANY 343
de
quatorze enfans ; qu'ils ont
vêcu 24. heures , & qu'ils ont
tous efté baptifez .
Une femme eftant accou
chée dans une Ville qui n'eft
pas fort éloignée de Paris , y
revint deux mois aprés fes couches
, & s'eftant trouvée indifpofée
, on luy dit qu'elle eftoit
: malade pour acoucher , & en
effet , elle mit un autre enfanc
au monde .
Le mot de l'Enigme du mois
dernier , eftoit l'Elprit. Tous
ceux qui en ont appris le mot ,
fans avoir pû le deviner , l'ont
trouvé tres - jufte , & cependant
l'efprit n'a point fervivà
faire trouver fon femblable ; de
maniere que le mot de cette
Enigme n'a efté trouvé que par
344 MERCURE
tres - peu de perfonnes. Ce font
Mrs 1Abbé de Saint Didier ;
d'Argentré , de Rouen ; de la
Claus , Capitaine d'Infanterie ;
le plus jeune des Confeillers ;
& G. A. C. qui l'a expliquée
en Vers . Mlles de la Durandiere
; de la Valterie ; de Penneval
, & de Bus ; la plus jeune
des belles Dames de la ruë des
Bernardins ; la jeune Mufé renaiffante
G. O. & la Solitaire
de la ruë aux Féves .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIG ME.
Mon corps eft delicat autant qu'il le
peut eftre ,
Je ne crains pourtant pas les injures
du temps
GALANT 345
Où la neceffité m'expofe tous les
cans ,
Quandpour le bien public on m'oblige
àparoistre s
Sans armes ny bafton je fais peur
auxfiloux ,
Ma prefence pour eux eft un objet
contraire >
Les plus déterminez ne peuvent plus ,
rien faire
Sans s'expofer fouvent à de terribles
coups ;
Quelquefois cependant je leur fuis
tres- utile ,
Ainfi qu'à tout Mortel , quand il
va par la Ville.
Quoy que le Printemps ne
foit pas encore de retour , ou
du moins , quoy qu'il ne brille
pas encore avec tous fes -at346
MERCURE
traits , quoy qu'il foit commencé
, je vous en envoye un de
ceux dont on voit tous les ans
en cette Saifon , les Poëtes n'ou.
bliant pas de le chanter chaque
année , même avant qu'il ait
commencé à faire fentir fes douceurs.
AIR NOUVEAU.
L'heureux Printemps eft de retour ,
Sa douceur infpire l'amour.
Son émail enrichit nos vergers &
nos plaines.
Mais tant de beautez, tant d'appas
Peuvent-ils foulager mes peines ,
Simon Iris ne m'aime pas .
Le Madrigal ſuivant , quoyGALANT
347
que long , meriteroit d'eftre mis
en air , & je crois qu'on le chan
teroit avec autant de plaifir
qu'il a efté bien reçû de la perfonne
de merite , pour laquelle
il a efté fait. On dit que c'eft
le premier effay de la veine de
Von Auteur , & fi l'on dit vray,
il y a lieu d'en attendre un jour
de beaux Ouvrages
.
MADRIGAL.
Je languis nuit&jour , je brûle , je
Joupire
Pour vos apas trop dangereux s
Mais c'eft en vain que par mes
voeux
Je vous preffe , Philis , d'adoucir
mon martire.
Quandje fais pour vous enflamer
348
MERCURE
Tout ce qu'au monde l'on peut
faire,
Je vous trouve toujours à mes defirs
contraire ,
Toujours au moindre mot prète à
they vous allarmer
Ah ! faut-il que vous
fçachiez
plaire,
•· Si vous ne fçavezpoint aimer. !:
Ce qui fuit a efté traduit d'une
Relation
Eſpagnole , imprimée
à Seville .
GALANT 349
RELATION
VERITABLE
Des Cruautez commifes envers
un enfant , dans la Ville
de Cadix , le 27. du mois
d'Aouft dernier. Voicy ce
qu'ont raporté ceux qui ont
cité chargez de s'inftruire à
fond de la verité du fait
Un enfant de 4. à 5. ans nommé
Jouanice , fils d'Antoine Paez &
de Marie Delos Rios , ceffa de pavoiftre
dans la maison de fon pere
le Lundy 27. d'Aouft . On le chercha
inutilem nt lesjours fuivans ,
Mars 1709.
Gg
350 MERCURE
6
du
il ne fut trouvé que le fair
trentieme du même mois , étendu
par terre au coin d'une ruë , dans
un endroit qu'on appelle Voquete.
Il paroiffoit fur tout fon corps qu'il
avoit efté foueté cruellement avec
des cordes ou des bouffines , ce que
l'on connoiffoit par diverfes meurtriffures
& marques fanglantes : on
connaiffoit aufli par celles de fes
pieds & de fes mains qu'il avoit
efte fortement lié. Sa tefte eftoit en
flee froiffée de coups , avec trois
bleffures de pareille forme d'où le
fang couloit. Il avoit les yeux enfez
& d'un blanc violet , de même
que tout fon vifage ; la partie qui
diftinguoit fon fexe avait efté circon
cife ; on y avoit enfuite appliqué le
feu afin d'en étancher le (ang. Il
fat portéchezfa mere , & lefeudy 6,
famere,
#GALANT 35!
Septembre les principal Officier de
Juftice , commis à l'examen de ce
meurtre , s'eftant transporté dans
cette maiſonfurles 5. heures du mas
tin , appella plufieurs fois cet enfant
parfon nom fans qu'il répondit
une parole. Sa mere & fes plas
proches parentes qui l'avoient affesté
pendant tour le temps qu'il as
voit effé au lit , lay dirent qu'il a
voit perdu toute connoiffance vers
les trois heures du matin. Il avoit
les bras pofez en forme de croix , les
mains fermées, le menton fur la poitrine
, les genoux joints enſemble ,
& le pied droit far le gauche comme
s'ils avaient effé cložez. Une in
finité de perfonnes le vivent dans
cettefituation , & en ont renda témoignage.
Une demie heure avant
d'expirer il étendit les bras , & mit
Gij
352 MERCURE
le pied droit fur le gauche , de la
maniere qu'on nous peint un Cracifix
. Les Preftres & les autres
perfonnes confiderables qui l'alifte
rent depuis le jour qu'ilfut trouvé s
ayant taché de remettre fes bras
dans leur fituation naturelle , n'en
purent venir à bout. Tout ce qu'il
dit alors étonna tous ceux qui l'entendirent
: il pria le Seigneur de
conferver le Roy Philippe
d'éclairer les Boureaux qui
l'avoient traité fi cruellement
afin qu'ilsfe convertiffent, Un mos
ment avant què d'expirer , il pencha
la tefte du cofte droit , & cefut
le dernier mouvement qu'il fit. Sitoft
que l'on vit qu'il eftoit mort ,
les Preftres qui eftoient preſens tâchèrent
d'abaifferfes bras , ce qu'ils
firentjufqu'à trois ou quatre foiss
"
>
GALANT 353
mais dés qu'ils les avoient abaiffez,
on les voyoit fe remettre en croix .
Sur le bruit de ce prodige , quantité
degens des Lieux voifins accoururent
en figrand nombre que pour em
pefcher le defordre , ilfallut mettre
une compagnie de 50. hommes
à la porte de la maison. Ilfut enterté
le lendemain avec beaucoup
de magnificence : toutes les Commu
Bautez fe trouverent à cette Cere =
monie avec le Clergé & les Confrairies.
Le Concours fut extraordinai.
re depuis la maison où l'on enleva
Le corps jufqu'à l'Eglife où il futens
terré dans le Chours c'eff au lieu
qui eft la fepulture ordinaire des Evêques.
La Relation qui fait vous pa
roiftra auffi nouvelle que cus
rieuſe je vous l'envoye de la
Giij
354 MERCURE
"
maniere que je l'ay reçûë .
RELATION
D'un Combat rendu par Mr du
Guay-Troйyn contre troisVaiffeaux
de Guerre Anglois qui
efcortoient une Flotte de
quae
Navires
Marchands
de cette
Nation
.
Le Vaiffeau du Roy l'Achile
monté de 60. Canons
,, commandé par Mr du Guay-
Troüyn , Capitaine de Vaiffeau
de Sa Majesté ; la Fregatte
la Gloire de quarante Ča-
,, nons commandée par Mr
,, de la Jaille , Lieutenant.
"
*
GALANT 355
La Fregatte l'Aftrée de 20. "
canons commandée par Mr «
de Querquelin , Capitaine de "
Bruflot ; & la Corvette la “
Catherine de fix canons é- “
tant partis de Breft fous le "
commandement de Mr. du "
<<
Guay pour aller en courfe "
en faifant route pour couper
à la Cofte d'Angleterre ; il "
eut connoiffance d'une Flot- "
te ennemie eſcortée de trois "
Vaiffeaux de guerre montez "
de 70. de 60. & de 50. canons. "
L'agitation de la Mer & la «
violence d'un vent de Sud
qui chargeoit fur la Cofte s
d'Angleterre , à la veuë de ‹ s
laquelle il eftoit , furent cau- «<
fe qu'il balança long - temps "
s'il les attaqueroit , ne pou- "
356 MERCURE
"
2₂
, vant s'engager dans le combat
fans rifquer de fe perdre
fur la Cofte d'Angleterre ,
,, s'il avoit le malheur d'eftre
›› démafté ; cependant ne voulant
pas qu'aucune confide.
,, ration luy fift perdre une oc.
cafion auffi favorable de fignaler
fon zele , & d'ail ,
,, leurs animé par la veuë du
›› Vaiffeau du Roy l'Aßeuré *
» qu'il reconnut dans le nom-
,, bre des trois Anglois , & qui
,, en eftoit le Commandant , il
» prit le party d'arriver deffus
,, fuivi des Fregattes la Gloire
& l'Amazonne
, il attaqua le
› Commandant aprés avoir ef-
,,
** Ce Vaiffeau avoit efté pris à Vigo
par les Anglois en 1702 .
GALANT 357
fuvé le feu de fon Matelot "
de l'arriere , & l'aborda à ‹‹
trois repriſes malgré le vent
& l'agitation de la Mer , qui «
fut toujours fi contraire qu'il «
ne put faire fauter de monde "
à bord , & profiter de la conf. "
ternation de l'ennemy dont
les Gaillards & le Pont é- "
toient abandonnez & cou- "
verts de morts : de maniere «
que tous fes efforts eftant inu «
tiles , & les deux Vaiffeaux "
ne faifant que fe brifer , en "
danger de s'ouvrir Mr du «
Guay fit déborder après avoir
extremement maltraité l'en . «
nemy. Les Fregattes l'Ama- «
zonne & la Gloire firent é- «‹
galement leurs efforts
combattre & pour reduire
pour
358 MERCURE
les deux autres Convois avec
toute la valleur & l'opinia-
,, treté poffible , quoyqu'infe
;; rieurs ; mais enfin la violence
du vent & de la Mer , qui
les jettoit toujours fur les
Coftes les mettant dans
l'impoffibilité d'aborder , Mr
du Guay- Troüyn vit bien
,, qu'il luy feroit impoffible
de réduire les ennemis avec
,,
J
>
,, des forces auffi inégales , à la
,, vûë de leurs Coftes , tant &
"
,, fi longtemps qu'il ne pour
roit faire fautér du monde à
,, Bord , mais comme les enne-
,, mis eftoient hors d'eftat de
leur nuire , Mr du Guay fir
´ , fignal à l'Amazone de don-
, ner fur la Flotte ; il avoit fait
de même fignal dés le com→
"
GALANT 359
mencement du Combat à "
l'Aftrée & à la Catherine . "
Cependant quoy que ces deux "
Baftimens cuffent donné dans "
cette Flotte & fait amener ‹‹
7. ou 8. prifes , ils n'en pûrent
amariner aucune , la Chaloupe
de l'Aftrée s'eftant bri- «
fée & la Catherine ne pouvant
mettre fon Efquif à la "
mer ; la feule Amazone ama- "
rina une Prife , mais huit ou
dix des plus gros marchands "
s'eftant toûjours tenus au- “
prés des Convois , Mr du "
Guay revira fur eux & les con- !
traignit d'abandonner hon- «
teufement leur Flotte ; de "
maniere qu'il n'en feroit pas
échapé un feul Vaiffeau fans
une bouraſque épouvantable «
乐
360 MERCURE
quifurvint dans le temps qu'il
eftoit au milieu d'eux . Ce-
» pendant il a pris quatre de
,, ces Navires , qui font efti-
,, mez cent mille écus.
و و
ر د
,, Mr du Guay- Troüin fert
», depuis vingt ans fur mer , fans
interruption. Il a pris fur les
,, ennemis plus de 300. Vaiffeaux
Marchands , feize Vaiffeaux
ou Fregattes de guerre,
la plufpart à l'abordage ; &
& dans la derniere guerre ,
,, trois Vaiffeaux des Indes ,
,, confiderables par leur force
,, & par leur richeffe . Il a ren-
,, du un grand nombre d'au-
,, tres Combats , dont il s'eft
,, toûjours tiré avec honneur.
و د
Mr le Comte d'Estaing s'empara
GALANT 361
para
le 13. du mois paffé de la
Ville de Roda en Catalogne ,
fituée fur le Ter à deux lieuës
de Vic. La Garnifon eftoit de
230. Anglois , & d'une partie
du Regiment d'Aragon . Il fit
prêter ferment de fidelité aux
Aragonois , & il leur permit de
fervir dans fes Troupes , ou de
rourner chez eux Les Anglois
, parmi lesquels il y avoit
- trente Officiers , ont efté faits
-prifonniers de guerre , & conduits
à Saragoffe .
Il me refte fi peu de temps &
de place , que je ne vous parleray
aujourd'huy que tres - fuccinctement
de ce qui regarde le
Château d'Alicante. Vous avez
coüi parler de la Mine que Mr.le
Chevalier d'Asfeld a fait faire
Hh
Mars
1709.
362 MERCURE
dans le Roc pour faire fauter
ce Chasteau . Cette entrepriſe
eft une des plus grandes qui fe
foit faite depuis fort longtemps.
Lorfque cette Mine fut en eftat,
Mr le Chevalier d'Asfeld envoya
demander au Gouverneur
s'il vouloit la faire vifiter. Ily
envoya deux Officiers , & le
rapport qu'ils luy en firent ne
• fut pas fans doute conforme à
la verité , par ignorance ou autrement
, puifque le Gouverneur
, au lieu de fe rendre comme
il auroit dû faire , ne répondit
que par un grand nombre de
coups de canon , & par quantité
de bombes , dont l'une perça
la Tente de Mr le Chevalier
d'Asfeld , & tomba dans fon lit ,
.
& il y en eut une qui emporta
GALANT 363
une jambe & un bras de l'un de
fes Secretaires . La Mine joüa
peu de temps aprés ; l'effet en
fut violent , cette Mine eſtant
chargée de dou ze cens quintaux
de poudre , poids d'Efpagne
; c'est -à - dire à 14. onces la
livre . Elle ruina les Maiſons du
Chasteau ; le Baſtion qui regarde
la Ville ; une partie de la feconde
enceinte ; & la grande
Cifterne. On vit auffi - toft paroiftre
en l'air quantité d'hommes
, dont la fumée empêcha de
diftinguer le nombre . Il tomba
auffi quelques pieces de canon
& des mortiers qui eftoient fur
le Baſtion qui fauta. L'effet en
auroit efté plus grand , fi la poudre
n'avoit pas efté éventée par
quelques fentes qui fe trouve-
Hh ij
366 MERCURE
trouvé à tout l'Office du jour ,
& ayant touché le Samedy 900 .
malades , Elle en a efté fi fatiguée
qu'Elle a eu quelques attaques
de collique , pour lefquelles
Elle a efté ſaignée ; mais
Elle joüit prefentement d'une
parfaite fanté , & fon mal ne
l'a pas empêchée d'affifter dans
les temps ordinaires à tous les
Confeils qu'Elle a accoûtumé
de tenir.
J'apprends en fermant ma
Lettre la mort de S. A S. Monfieur
le Prince , ce qui m'oblige
de remettre au mois prochain
à vous en entretenir. Je fuis ,
Madame , Voftre , & c.
A Paris ce 1. Avril 1709.
A VIS
Le Mercure d'Avril fe debitera
le Jeudy 2º . de May.
TABLE.
Prelude , dans lequel on trouve
unfait qui n'a point encore eu
d'exemple , 5
Lettre contenant ce qui s'eft paffé en
Canadapendant l'année derniere
P
IS
68
Cinquiémefuite de l'ouvrage de Mr
de Woolboufe
Détail de ce qui s'eft paffé dans le
de nier Chapitregeneral de Cluni
,
105
Remarques curieufes touchant l'ɑrdre
de Malte , 122
Service fait avx Feüillans de la
ruë S. Honoré , pour feu Mr lé
Maréchal Duc de Noailles, avec
une Defcription de tous les Ornemens
lugubres dont cette Eglife
eftoit décorée ,
Hiftoire curieufe du Chevalier de
125
364 MERCURE
rent dans le Roc. La grande fumée
qui ne ceffa point avant les
départ du Courier, fut cauſe que
l'on n'en pût ce jour là appren
dre davantage ; mais les grands
c's que l'on entendit dans le
Chafteau , firent connoiftre que
la defolation y eftoit grande ,
Voila ce que portoient les nouvelles
du premier Courrier.
On apprit à Madrid par le
fecond , que la mine avoit fait
périr 150. Anglois ; que le Gouverneur
& le Lieutenant de
Roy avoient fauté en l'air , &
qu'un Lieutenant Colonel qui
avoit pris le Commandement
de la Place , avoit fait battre
deux ou trois fois la Chamade ,
& demandé à capituler , & avoit
offert de fe rendre prifonnier
de guerre avec la Garniſon ;
GALANT 365
mais que Mr le Chevalier d'Af
feld vouloit ne les recevoir qu'à
difcretion .
Il eft arrivé à Port Loüis 7 .
ou 8. Vaiffeaux venant de la
Mer du Sud , chargez de 4. mił
lions de Piaftres , & l'on a fçû
que l'on y en attendoit encore
un fort richement chargé , qui
s'étoit arrefté à Buenos - Aires
CesVaiffeaux ont efté convoyez
par MrChabert, dont la reputa
tion eft connue dans la Marine.
Le Roy ayant affifté à tous
les Offices de la Semaine Sainte
, le Jeudy au fermon de la
Cêne ; ayant lavé les pieds à-
13. pauvres qu'il fervit , & dont
il donna 13. plats à chacun , S.
M. ayant oui le lendemain le
fermon de la Paffion , s'eftant
Hhiij
366 MERCURE
trouvé à tout l'Office du jour
& ayant touché le Samedy 900 .
malades , Elle en a efté fi fatiguée
qu'Elle a eu quelques actaques
de collique , pour lefquelles
Elle a efté faignée ; mais
Elle joüit prefentement d'une
parfaite fanté , & fon mal ne
l'a pas empêchée d'affifter dans
les temps ordinaires à tous les
Confeils qu'Elle a accoûtumé
de tenir .
J'apprends en fermant ma
Lettre la mort de S. A S. Monfieur
le Prince , ce qui m'oblige
de remettre au mois prochain
à vous en entretenir. Je fuis ,
Madame , Voftre , & c.
A Paris ce 1. Avril 1709.
A VIS
Le Mercure d'Avril fe debitera
le Jeudy 2° . de May.
TABLE.
*
Prelude , dans lequel on trouve
unfait qui n'a point encore eu
d'exemple , 5
Lettre contenant ce qui s'eft paffé en
Canadapendant l'année derniere
IS
68
Cinquiémefuite de l'ouvrage de Mr
de Woolhoufe ,
Détail de ce qui s'eft paffé dans le
de nierChapitregeneral de Cluni
,
ros
Remarques curieufes touchant l'Or
dre de Malte, 122
Service fait avx Feüillans de la
rue S. Honoré , pour feu Mr lé
Maréchal Duc de Noailles, avec
une Defcription de tous les Ornemens
lugubres dont cette Eglife
eftoit décorée ,
Hiftoire curieufe du Chevalier de
125
TABLE.
Windebank , premier Miniftre
de Charles I. Roy d'Angleter
te , qui fait connoiftre l'agitation
où la Cour d'Angleterre a
toujoursefté pendant les regnes de
plufieurs de ces derniers Rois , Ce
morceau d'Hiftoire eft digne d'avoir
une place dans l'Hiftoiregenerale
d'Angleterre ,
Thefes fort curieufes , foutenues à
Bowen en Forez, & à Avignon,
139°
166
Pierre curieufe , fur laquellefe trou.
ve une Infcription antique , envoyée
par Mr du Pont , Gouver
neur de Pampelune , à Mr de
Bafville , Intendant de Languedoc
, 176
Refignation du Prieuré de Blye à
Lyon ,
180
Premier Article des Morts , 184
TABLE.
Sonnet à Madame la Ducheffe de
189 Maine ,
Article curieux , d'une femme qui
parlefans avoir de Langue, 194
La Mufe Mon/quetaire ,
Troifième Livre des Effais de Gra-
196
201
vure ,
Sonnet à Monfeigneur le Dauphin ,
203
Mr Bignon , Prewoft des Mai
chands , eft reçu à l'Academie
Royale des Infcriptions , Academicien
Honoraire , à la place
du feu Pere de la Chaife , 205
Le Pere le Tellier , Provincial des
Jefuites , nommé Confeffeur du
Roy,
206
Détail de tout ce qui s'eft paßé pendant
les derniers jours de la vie
de Monfieur le Prince de Conty ,
& dans fes derniers momens , id.
TABLE.
Commandement de l'armée du Rou
242
245
fillon continué à Mr le Duc de
Noailles
Officiers Generaux qui doivent fervir
cette Campagne dans toutes
les Armées de S. M. avec les
noms des Aides de Campde Mef
Seigneurs les Princes , & des
Maréchaux de Camp nouvellement
nommez par Ș. M.
Mr d'Argouges de Rannes monte à
la place de Confeiller d'Etat ordinaire
qu'avoit feu Mr le Comte
d'Avaux , & Mr Boucher
d'Orfay, eft nommé Canfeiller
d'Etat Semestre , à laplace de
› M. d'Argouges ,
Paraphrafe de la Profe des Morts ,
Traduite en Vers François par
Mr l'Evêque d'Angers ,`
T
262
267
Second Article des Morts, contenant
TABLE.
la mort de cinquante - deux per-
279
Jonnes ,
Bafton d'Exempt
, donné par le Roy
à Mr des Bournais , 306
Détail de ce qui s'eſt paffè à la Reception
de Mr deBouflers au Parlement
, en qualité de Duc &
Pair ,
Situation des Affaires prefentes ,
308
314
Pertes faites fur mer par les Anglois
, & prifes de plufieurs de
leurs vaiffeaux , 328
Nouvelles écrites de divers endroits,
331
Mariage , & Couches extraordinaires
,
3342
Article des Enigmes , 343
C
Madrigal ,
Traduction d'une Relation Efpagnole
imprimée à Seville , &qui
347
TABLE .
contient un fait aufi nouveau
que furprenant , 348
Suite du fiege du Chateau d'Alicante
,
361
365
Vaiffeaux de la Mer du Sud , arrivez
à Port- Louis ,
Grandesfatigues effuyées par le Roy
pendant lafemaine fainte, idem.
Mort de S. A. S. Monfieur le Prince
,
367
Le Plan de l'Eglife des Feüillans
, page 137 .
L'Air , L'Heureux Printemps ,
page 346.
BIBLIOTHÈQUE
" Les
Femola "
S. J
60 –
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
MARS 1709 .
JERS
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant .
Bist
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
P
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIX,
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puifque
malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on nélige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez, étant impoffible
de deviner lenom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
• nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
MERCVRE
GALANT
MARS
1709.
DEpuis
trente - trois ans
que je vous adreffe mes
Lettres hiftoriques , il ne s'en
trouve aucune qui ne commence
par quelque Article qui
regarde le Roy , & felon le
A iij
6 MERCURE
plan que je me fuis formé d'abord
, j'ay placé à la teſte de
ces mêmes Lettres les Eloges
compofez
tant par les beaux
efprits de France , que par ceux
des Pays Etrangers
; car nonobftant
les temps
de guerre ,
les grands hommes
font toujours
reconnus
pour ce qu'ils
font , ce qui a fouvent
attiré
des applaudiffemens
au Vers
qui fuit.
Fadmire la valeur dans mon
Ennemi même.
Et quand je n'ay pas trouvé
des Ouvrages qui meritaffent
de vous eftre envoyez , car il
GALANTA 7
s'en trouve un grand nombre
où le zele éclate beaucoup plus
que l'efprit ne brille , ce qui ne
fuffic pas pour rendre un Ouvrage
public. Quand , dis je
je n'en ay pas trouvé qui fuffent
dignes d'eftre mis dans un
grand jour , j'ay parlé moymême,
& vous ay raporté les
principales actions d'un Monarque
dont on peut dire que
la vie a toujours efté un tiffu
de vertus & d'actions toutes
merveilleuſes ; ce qu'il a fait
pour la Religion ; ce qu'il a
fait pour la gloire de la Fran
ce ce qu'il a fait pour le main-
A iiij
8. MERCURE
tien des Loix , pour les beaux
Arts
, pour les Sciences
, pour
les belles- Lettres , & pour l'établiffement
du Commerce
dans un Etat où il eftoit peu
étendu avant fon regne , &
pour épargner le fang de fes
fujets , en aboliffant les duels ,
ainfi qu'une infinité d'autres
actions dignes de remarque ,
dont le détail feroit trop long ,
vous devez bien juger que tant
de chofes éclatantes , & dignes
d'une éternelle memoire
m'ont fourni de riches matieres
pour les commencemens
de mes Lettres. Je crois que
GALANT 9
vous avez fouvent remarqué
la difference qui fe trouve entre
des Eloges hiftoriques &
remplis de faits , & des Eloges
compofez des diverſes & belles
qualitez qui fe trouvent en diferentes
perfonnes , & attribuez
à une feule . Il n'eft prefque
pas neceffaire que l'Auteur
parle dans les premiers , puifque
les faits qui parlent d'euxmêmes
, fuffifent pour faire
l'Eloge de ceux à qui les louanges
font veritablement dûës ,
& que les Eloges qui font de la
nature de ceux dont je viens
de vous parler, ne prouvent
10 MERCURE
rien en difant beaucoup , &
font fouvent donnez à des
perſonnes qui ne ſe reconnoiffent
elles - mêmes ; de mapas
niere qu'en changeant les noms
de ceux à qui ils font adreffez ,
peuvent eftre donnez à tous
les hommes d'un certain caractere
, fans qu'il s'y trouve
ils
neanmoins aucune verité.
Je viens à ce qui regarde le
Roy , qui eft au deffus de tous
les Eloges , que l'on ne peut
toucher fans affoiblir tout ce
qu'il a fait de grand , & qui luy
en a fait meriter le furnom.
Auffi jamais Monarque n'a- t-il
GALANT 11
peut eftre efté plus aimé de fes
fujets . En voicy un exemple
des plus éclatans , & des plus
finguliers .
r
а
Mr de Betouland , Gentilhomme
né en Gascogne ,
qui faifoit fa refidence à Bordeaux
, qui aimoit beaucoup
les belles - Lettres ; qui en faifoit
profeffion , & dont je
vous ay fouvent envoyé des
Ouvrages qui ont eſté fort aplaudis
, en ayant fait pour le
Roy qui ont eu les mêmes applaudiffemens
, & Sa Majeſté
fçachant qu'il avoit affez de
12 MERCURE
bien pour ne chercher què de
la gloire , luy, donna une Medaille
d'or qui peut paffer pour
un Medaillon , & dont la
face droite reprefente le Buſte
de Sa Majefté , & la gauche
la tefte de Monfeigneur le
Dauphin , & celles de Meffeigneurs
les Princes . Mr de Betoulaud
qui eftoit déja charmé
de la perfonne du Roy ,
ainfi qu'il l'avoit fait voir
dans plufieurs de fes Ouvra
ges , le fut encore davantage
l'orfqu'il en eut reçû la Medaille
dont je viens de vous
parler.
>
>
GALANT 33
C
S
Ce Gentilhomme vient de
mourir , &'il a fait un Teftament
par lequel il a laiffe un
fond de 6000. livres pour
donner chaque année un prix
de 300, livres à la perfonne ,
qui au jugement de l'Acade
mie Françoife , fera la plus bel
le piece d'Eloquence à la gloire
du Roy. Il a auffi laiffé à ce
Monarque par le même Tef
tament , quantité d'Agathes
antiques , des plus belles &
des plus Curieufes. Il à aufft
Faiffé à l'Hoftel de Ville de
Bordeaux , la Medaille dont
je viens de vous parler , à con
all
14 MERCURE
dition que le premier Jurat
la portera attachée ſur fon
coeur les jours de Ceremonic.
(013) bart
Je ne crois pas vous avoir
mandé depuis trente- trois ans
rien d'auffi fingulier , ni
qui marque davantage le
grand amour d'un ſujet pour
fon Roy.
Je vous envoye tous les ans
un détail de tout ce qui s'eft
paffé en Canada pendant le
cours de l'année. Voicy le dernier
que j'ay reçû ; il paroiſt
fort exact , & l'Auteur fait
GALANT
15
voir le caractere d'un honnefte
homme qui rend juftice à tout
le monde.
A Quebec le 16. Novembre
1708 .
MONSIEUR ,
Les Vaiffeaux qui font partis
cette année de la Rochelle pour le
Canada , ont mis trois mois & dix
jours à faire leur a traversée ; ils
avoient mis à la voile le 8. de
Fuillet , & ils nefont arrivez ici
a C'eft le trajet par mer, qui fe fait d'un
Port àun autre.
16 MERCURE
que le 16. d'Octobre dernier. A
peine les avons - nous vûs moüillez
quelques jours dans noftre Rale
bruit s'eft répandu par
de
,дне
tout que l'un d'eux devoit aller
aux b Ifles , & l'autre à Plaifance
; & que l'on ne pourroit
écrire que par la Flute appellée
le Duc de Berri , dont juſqu'à
aujourd'huy nous n'avons au-
Ce qu'on appelle communément les
Ifles , ce font celles qui fe trouvent
des deux coftez du Tropique du
Cáncer , allant au Golfe du Mexique.
Les Iles font à peu prés entre
le 10. & le 28. degré de latitude
Nord.
e C'est un Port de mer & une Place for
te que les François poffedent au Sud
de la grande fle de Terre- neuve.
GALANT 17
cune nouvelle.!
d
Comme le coup de partance eſt
tiré , & que nos deux Navires
repaffent en France directement ,
je vous écris par l'un d'eux ; x ; c'eſt
une Fregate nommée l'Africain
commandée
par
Mr de la Grange.
Le Trident , Baftiment de 120.
tonneaux l'accompagnera en retournant
, comme il l'a fait en venant,
fous la conduite du Pilote
Chaillot. Il n'eft point venu à
Quebec de Vaiffeau de Roy cette
année.
d. C'eſt le coup de canon qui fe tire ,
lor qu'on le prepare à mettre à la voile
, on n'y doit mettre cependant que
demain 17. Novembre .
Mars
1709.
B
18 MERCURE
Peu de jours aprés le départ des
Naires de devant cette Ville
l'année derniere , ( 1707. ) une
famille entiere établie depuis plufieurs
années dans la Nouvelle
Yorck & à Orange , eft venuë
s'habituer à Montreal , qui eft
une jolie Ville , éloignée de Quebec
de foixante lieues , en remon
tant le Fleuve S. Laurent.
Le Colonel Marsh , qui deux
fois l'année paffée s'opiniâtra ; &
cela , par ordre de la Princeffe
e Orange eft une petite Ville , dans le
Gouvernement de la Nouvelle Forc
qu eft un Pays contigu à la Nouvelle
Angleterre, dans l'Amerique Septentrionale
.
GALAND 19
T
Anne , à vouloir affieger le Port-
Royal d'Acadie , Pays appartenant
à la France , a ,felon le bruit
qui a couru ici , efiépendu dans la
Nouvelle Angleterre , parce qu'il
avoit manquéfon coup aprés a voir
promis jufqu'à deux foisfurpeine
de la tefte , d'enlever le Port-
Royal avec fon Gouverneur , &
de fe rendre maistre de toute l'Acadie.
Les Anglois ne font point
venus cette année attaquer une
troifiéme fois cette Place , comme
ils avoient menacé, de le faire
le mois de Septembre dernier. Mr
Marquis de Vaudreüil Gouverneur
General de la Nouvelle
Bij
20 MERCURE
France , a fçu par un Anglois
'on leur a pris , qu'ils avoient
à la verité fait quelques levées
à cet effet , mais dans la fuiqu'on
a
que
te ils avoient abandonné ce deffein.
Mylord Dudley Gouverneur
de Bafton , Capitale de la Nouvelle
Angleterre , a renvoyé quelques
François pris au Siege de
Port - Royal d'Acadie , &on luy
arenvoyéles fiens que nous avions
faits prifonniers.
Mr d' Aigremont Commiffaire
General des Troupes de Canada,
a par ordre de la Cour fait un
voyage confiderable du cofté des
GALANT 21
1
grands f Lacs . Il a viſité g Kataracoüy
, autrement dit le Fort
f Ce font les Lacs Ontario , Erié , des
Hurons , des Ilinois , & celuy qu'on
appelle fuperieurà caufe de fon grand
éloignement & de fon exceffive éten
duc. Ces Lacs font , ce me femble ,
entre les 41. ou 42. degrez & le 48 .
ou 49. de latitude feptentrionale.
g Kataroconi , ou Catarakoüy , comme
on dit ici , & le Fort bâti par feu Mr
le Comte de Frontenac , c'eft la même
chole ; c'eft un Pofte avantageux
qui eft aux François , à la rive droite
du Lac Ontario , ou Lac de Frontenac
, le premier des grands Lacs que
l'on rencontre en remontant le Fleuve
S. Laurent. Kataracoüy eft denviron
80. lieuës de Montreal , à prés
de 44. degrez & demi de latitude
Nord.
22 MERCURE
h
Frontenac ;
Miffilimakinac ,
qui eft un établiſſement
celebre
& le ; Détroit ; cet Officier doit
rendre compte
à Mrs les Minif-
>
tres de tout ce qu'il aura remar-
Miffilimarinac eft une Ifle & le lieu
d'un Fort & d'un Magafin , il eft firué
entre le Lac Huron ou Machigané ,
& le Lac des Ilinois . Ce Pofte parbiſt
eftre à la même élevation de Pole
que Montreal ; c'eft- a- dire à 45. degrez
& prés deb . minutes de lati
tude Septentrionale
.
iLe Détroit eft un nouvel établiſſe
ment qui eft éloigné de la Ligne de
42. degrez & demi, entre le Lac Erié,
où du Chat , & le Lac des Hurons ,
il est tout proche le Lac de Sainte
Claire. Voyez la defcription que j'ay
faite du Détroit , dans ma Lettrede
1706.
GALANT
23
que fur ces trois endroits , & en
faire un rapport fidele & fincere.
Il est tombé le 16. Janvier
cette année , deux pieds de neige
Montreal , & fixpieds en d'autres
endroits. Il a fait froid en ce
pays-ci au mois deJuin & même
en Aoust.
Nos Sauvages
Abnakis ont
levé, en differentes
occaſions ,plufieurs
chevelures
aux Anglois ;
K Il y en a auffi de ce nom dans la nouvelle
Angleterre .
Aprés que les Sauvages ont tué , foit
avec leurs maffuës , fléches , ou fufils ,
ils incifent & coupent la peau du
front de la tefte du mort , luy ' event
la chevelure & la portent au bout de
24 MERCURE
nous avons deux ou trois Partis
actuellement
en campagne ; le plus
confiderable eft d'environ foixante
hommes , tous Abnakis. La jeuneße
Angloife fouffrant impatiemment
que nos Sauvages vinf
fentfifouvent inquieter les Habitations
de la Nouvelle Angleterre
, refolut le Printemps dernier
( 1708. ) defaire un Parti ellemême,
& de venir fondre fur le
Canada ; ceux qui fe trouverent
de bonne volonté donnerent leur
leurs arcs , ou fufils ; lorfqu'ils font
arrivez dans leurs Villages ou abanes
, ils arborent ces chevelures , à
l'entrée de leurs Cabanes , en manicre
de Trophées.
nom
GALANT 25
nom au Gouverneur de Bafton
Mylord Dudley leur accorda le
choix de leurs Officiers ; mais
Peter - Schuyler , autrement &
felon la prononciation des Anglois
, Pitre Sculle , Commandant
ou Major d'Orange , Ville
de New - Yorck dont je vous ay
déja parlé, vint apprendre à Mr.
Dudley
que nos Sauvages ne
viendroient point infefter les Habitations
Angloifes ; c'est que Mr.
Pierre Schuyler en avoit gagné
quelqu'un par des prefens , car il
eft adroit, cette nouvelleporta Mylord
Dudley à rompre le deffein
des jeunes Soldats Anglois ; Mr
Mars 1709 . C
26 MERCURE
Dudley ne vouloit pas chercher
noife . Cela n'a pas empêché nos
Iroquois d'aller en maraudefur les
Coftes de la Nouvelle
Angleterre
d'en amener des prifonniers
.
Le Comte de Cornburg
Con
fin germain de la Princeſſe Anne
de Dannemark
, eft , dit-on , rappellé
de fon Gouvernement
de la
New Yorck e de Manhate. On
virvoit enpaix avec luy. Ce Seigneur
a esté connu ci- devant fous
le nom du Comte de Clarendon
du temps du feu Roy Jacques II.
Il eft petit fils du Chancelier
d'Angleterre
Mylord Hyde . Le
Comte de Clarendon
a efté attaGALANT
27
ché au parti du RoyJacques , mais
il tourna cafaque avec Mylord
Churchill , à prefent Marlborough
, lorfque le Prince d'Orange
entra en Angleterre par Torbay
, & s'avança avec fes Troupes
du côté de Londres ; Mylord
Clarendon & Mylord Churchill
commandoient chacun un
·Regiment dans ce temps- là.
Pendant l'hiver de 1707.0
1708. les Anglois d'Orange
ont efté fort alarmez , s’iman
à
n. On les appelle icy les Flamans d'Orange
à caufe qu'autrefois la nouvelle
Yorc où ils font le nommoit
auparavant les nouveaux Pays-bas.
Orange s'appelle aufli A bany.
Cij
28 MERCURE
ginant que nous devions les aller
affieger. Cette terreurpanique leur
a fait venir deux mille hommes
de o Manhate qu'ils ont nourri
l'espace de deux mois.
Nous avons vû en Canada
depuis quelques mois beaucoup de
fauffes Cartes. Les Cartes font
la monnoye ordinaire du Pays
ainfi des fauffes Cartes , c'eft de
la fauffe monnoye. Il faut vous
expliquer ce que c'est que ces Cartes
: ily en a depuis, dix fols juf-
Manhate , vulgairement la Menade ,
eft la principale Ville de la nouvelle
ou New-Yorc , & le lieu ou refide
d'ordinaire le Gouverneur,
J
GALANT 29
qu'à trente deux livres . Des Cartes
à jouer , coupées de certaine
longueur & de certaine largeur ,
marquées dans le blanc , font l'ar
gent courant du Pays . La Carte
de dix fols a environ deux poucès
de long, & prés d'un de larges
elle eſt rognée aux quatre coins
pour la diftinguer d'une autre de
même grandeur , ou approchant
mais d'un prix plus haut. Ce n'est
que depuis quelques années que
4
l'on a en Canada des Cartes de
dix fols. La Carte de vingt fols.
eft un peu plus grande que celle de
dix fols , & celle de quarantefols.
plus que celle de vingt . Celle de
C iij
30 MERCURE
quatre francs fait prefque la moitié
d'une Carte à jouer. La Carte
de feize francs eft dans toute
fa longueur : c'est une Carte entiere
, mais le prix & les autres
marques quiconftituent cette monnoye
en fon efpece , font mis en
travers , on ofte un peu de la
largeurpour la diftinguer d'avantage
de la Carte de trente-deux
livres , qui a la Carte à jouer
dans toute fa longueur & dans
toute fa largeur, & le prix en
eft écrit d'un fens contraire à celle
de feize livres , c'est- à - dire de
haut en bas. Je vais vous ap
prendre ce qui donne le prix
GALANT 31
14
#
ces Cartes coupées differemment.
Dans la partie fuperieure de la
Carte font trois Empreintes ou
Repreſentations d'armes faites
avec un espece de poinçon au coin;
les Armes du Roy font au milieu,
à la droite de celles de Sa Majefté
fe voyent celles de Mr le Gouwerneur
General ; à gauche est
l'Ecu de Mr l'Intendant ; dans le
milieu de la Carte eft marqué le
prix tout au long, & l'année dans
la même ligne : par exemple trente
deux livres. 1708. an deffous
du prix eft le nom du Tréforier
avec fon paraphe. Depuis quel
que temps Mr l'Intendant met
C
iiij
32 MERCURE
fon nom au dos de chaque Carte.
Lorfque j'ay dit que les Cartes
eftoient la monnoye ordinaire du
Canada , je n'ay point pretendu
exclure l'or ni l'argent , car on en
voit icy; mais ces metaux font
beaucoup plus rares , & ils nous
fervent pour payer les marchandifes
qui nous viennent de France
des autres Pays . On ne voit
icy aucun liard ; la moindre monnoye
font les fols marquez , dont
nos Sauvages font extremement
avides , parce qu'ils les comptent
·les pieces de
plus facilement que
quatrefols , dedix fols , de vings
fols , les pieces de trente cinqfols ,
GALANT 33
de fols à
les écus , où il y a je ne (say
combien de deniers
reduire , les fractions les embaraffent.
Il s'eft converti dans noftre
nouvelle France , depuis la derniere
que je me donnay l'honneur
de vous adreffer l'année paffée ,
feptou buit Anglois , tant de ceux
qui fe font rendus icy de gré àgré ,
que d'autres que L'on y a amenez
prifonniers en differens partis ,
cela par le miniftere d'un tres- zelé
Ecclefiaftique de Saint Sulpice qui
poffede l'Anglois en perfection , &
qui les gagne par fa douceur &
parfa patience encore plus que par
34 MERCURE
Jon habileté dans la Controverfe.
Vers le mois de Juin de cette
année , à commencé icy une maladie
qui a emporté beaucoup de
monde , plus de grandes perfonnes
que d'enfans. Ce mal s'est étendu
depuis l'Ile de Montreal , jufques
aux Habitations des environs
du Lac de Saint Pierre
c'eſt-à - dire dans l'efpace de 20. à
2.5. lieuës . Cette maladie porte
avec elle les mêmes fymptômes
à peu prés que la pleurefie. Elle
n'estpoint encore ceffée , quoyqu'elle
ait paru avoir quelque interruption
depuis la fin du mois
d Aoustjufqu'aux derniers jours
GALANT 35
de Septembre. Mr de la Gemeraye
, Capitaine en eft mori . Le
mal recommençant
, le Clergé feculier
de Montreal a exhorté Mrs
nos Gouverneurs
àfaire un voeu
à Saint Roch; ony a confenti ,
qui plus eft on a propoſe de baſtir
une Chapelle en l'honneur de ce
Saint , ce qui fera executé auffi
bien qu'une Meffe Solemnelle que
l'on dira à perpetuité le jour de la
Fefte du même Saint Roch. Mr
Baudot , Chirurgien
Major &
tres -galant homme , eft mort au
commencement
de ce mois ( Novembre
) Mr Hazeur Confeiller
au Confeil Souverain
de Quebec ,
36 MERCURE
1
mourut fubitement à la fin du
mois deJuillet dernier. C'eftoit un
digne Officier de Judicature , toutà
fait integre , & aimé dans tou- ›
te la Colonie. La mortalité a efté
auffi parmi les Iroquois , & en
particulier chez les Sononthouans
, qui font nos bons p amis
; il en est mort jufques à cent ›
ou davantage , en moins d'un
Des cinq Nations Iroquoifes , il
y
en a une toute entiere qui eft pour
nous ; c'est la Nation des Sonons
thoüans ; elle eft fans contredit la
plus nombreufe des cinq , & celle des
Iroquois dits Googoüins eft partagée
dans deux interefts differens ; fçavoir
entre nous & les Anglois ; le
Chef du party& de la moitié de cet-
I
1
GALANT 37
2
mois ; c'est ce que nous a appris
Mr de Junquieres , cy- devant
Capitaine des Gardes de feu Mr
de Callieres , Gouverneur general
de la nouvelle France , qui menage
parfaitement bien nos interêts
chez les Iroquois , auprés defquels
depuis plufieurs années il eft envoyépar
Mr. le Marquis de Vaudreuil
noftre Gouverneur general ,
qui a eu le malheur de perdre deux
de fes fils les plusjeunes . Le Convoy
du dernier s'eftfait avec tout
l'appareil poffible au Montreal.
te Nation qui eft pour nous , s'appelle
la Grande Terre : l'autre Chef fe
nomme Ganiforé , & il eft pour les
Anglois.
38 MERCURE
Les Gardes de Mr de Vaudreuil
march oient autour du Corps; quatre
petits Gentilhommes âgezfeulement
de cinq ans portoient les
coins du drap qui eftoit blanc
parfemé de fleurs. Nous avons
auffi perdu cette année Mr de
Granville , Capitaine.
On vient de faire dans cette
-Capitale de la nouvelle France ,
un Service folemnel avec toute
dont nous fommes capa- la
pompe
bles , pour Me la Comteffe de
·Pontchartrain , dont nous avons
appris avec beaucoup de douleur
la mortpar les Vaiffeaux quifont
arrivez devant Quebec le mois
paſſé.
GALANT 39
Le plus illuftre d'entre les morts
de cette année dans la Colonie , eft
Mr de Laval- Montmorency
ancien premier Evêque de Canada
; il eft extremement regretté.
Ce Saint Prelat ayant voulu jufques-
à la fin de fes jours édifier
fon peuple & le troupeau qui
luy avoit efté confié , affifta le Vendredy
Saint dernier à tout l'Office
dans fa Cathedrale ; & comme
le froid eftoit extraordinairement
piquant ce jour- là , & le
plus fenfible qu'on ait jamaisfenti
dans la nouvelle France , à ce que
difent les anciens du Pays , il en
futfaifi de telle maniere , qu'un
?
4
40 MERCURE
defes pieds s'eftant trouvégélé ,
on voulut luy faire quelques incifions
, ce qui luy cauſa une fievre
, qui au bout de quinzejours
ou environ , nous l'enleva. Ce
fut le 6. de May; il eftoit âgéde
quatre-vingtfix ans . Il avoit été
facré Evêque de Petréeen 165.9.
"à Paris , à l'Abbaye Saint Germain
des Prez , par le Nonce du
Pape , &fait Evêque Titulaire
de Quebec ( où il eftoit dés- lors )
en 1673. On peut dire que fon
Convoy a efté un espece de Triomphe
, & que fes obfeques ont efté
celebrées avec toute la folemnité
que l'on peut defirer. Il a estépor
GALANT 41
te
téfur les épaules des Preftres &
des Diacres par toutes les Eglifes
de Quebec , avant d'eftre depofe
dans la Cathedrale . Chacun s'empreffoit
d'affifter à un spectacle auf
filugubre en même temps auffi
refpectable ; tout le monde le regrette
comme fi la mort l'avoit enlevé
dans la fleur de fon âge ,
c'eſtque la vertu ne vieillit point .
pour moy qui ay goûté plus d'une
fois les charmes & la douceur de
fa converfation , j'ay efté souché
autant que qui que cefoit de la
perte d'un fi grand Prelat. On re
marque qu'ily avoit prés de cin_
quante ans qu'il eftoit en Canada
Mars 1708. .D
晨
42 MERCURE
&
avant d'eftre promû à l'Epifcopat
, il avoit efté Grand Archidiacre
d'Evreux, on le connoifoit
alors en France fous le
nom d'Abbé de Montigny. Lorfqu'enfin
même aprésſa mort, Mr
Ancien ( car c'eft ainſi qu'on l'appelloit
ordinairement ) eut vifité
toutes les Eglifes de fon Siege
Epifcopal , ilfutportédansfa Cathedrale
, où l'un de Mrs fes
Grands Vicairesfit fon Eloge Funebre:
il s'y trouva un grand
nombre ( au moins pour le Pays
d'Ecclefiaftiques Seculiers & Reguliers
: toute l'Eglife eftoit tendue
de noir ; le Lit de parade étoit
GALANT 43
magnifique, fort élevé , & entouré
d'un grand nombre de chande
liers : les Armes de l'Evêque fe
voyoient par tout.
寫Les Eglifes de la nouvelle
France ont fait des Services folemnels
pour le repos de l'ame de
ce vertueux Prelat . Le trentiéme
jour aprés fon decés , Mr de la
Colombiere , Archidiacre &
Grand Vicaire de ce . Diocéfe
prononça dans la Cathedrale de
cette Ville une Oraifon Funebre
dans laquelle on remarqua un
goust du vray, & une idée du
Jolide , dans le choix des chofes
qu'il dit à la louange de l'illuftre
Dij
44 MERCURE
de
deffunt , ce qui eft le caractere de
la veritable Eloquence
. Mr q
Belmont , auffi Grand Vicaire &
Superieur des Miffions de Saint
Sulpice dans l'Ile de Montreal ,
en fit une dans l'Eglife de Noftre-
Dame de Ville- Marie , qui atl'applaudiffement
de toutes
les perfonnes de bon gouft. Le
Corps du vertueux & Saint Evêque
a efté mis dans un Cércueil
de plomb , & enterré au milieu
du Sanctuaire de la Cathedrale
: voicy ce que l'on a gravé
9
sira
Il eft fils d'un Prefident à Mortier au
Parlement de Grenoble .
Eglife principale de Montreal,
GALANT 45
fur fon Tombeau , au deffus de
fes armes qui font de Montmo
rency , l'écu de Laval en abyfme.
Cy gît Mre François de Laval-
Montmorency.
Premier Evêque & Fondateur
Du Seminaire de Quebec.
Il eft mort le fixiéme May
De l'année mil fept cent huit ,
La quatre- vinge fixiéme de
fon âge ,
La cinquantiéme année de
fon Sacre.
La memoire de fes vertus
Et de ce qu'il a fait à
46 MERCURE
Pour augmenter la Foy
Dans la nouvelle France ,
N'y mourra point ,
Tant que la Religion Catholique
y fubfiftera.
Requiefcat in pace.
Il s'eft operé des merveilles
aprés la mort de Mr l'ancien Evêque
de Canada , felon le témoignage
qu'en rendent des per-
Jonnes de vertu , & celles qui ont
reffenti des effets de fa Sainteté.
Souffrez que je vous renvoye à
la Lettre que je pris la liberté de
vous écrire d'icy en 1706. pour
GALANT 47
Je
y revoir le portrait de feu Mr le
premier Evêque de Quebec ; vous
aurez lafatisfaction d'y voir en
même temps celuy de Mr de § S.
Vallier prifonnier en Angleterre
depuis 1704.
Mr. de Breflay zelé Miffionnaire
de Saint Sulpice , & qui
les années dernieres parut à la
Cour en qualité d'Ambaffadeur
de plufieurs Nations Algonkines
dont il a foin , a marié cette année
un Sauvage âgé de cent dix
s Mr l'Abbé de Saint Vallier , cy- devant
Aumônier du Roy , nommé à
l'Evêché de Quebec en 1688. Mgr
de Laval s'étant démis .
48 MERCURE
ans , avec une Sauvageſſe qui a
quatre - vingt dix ans , aprés les
avoir baptifez : ils eftoient mariez
à la verité ; mais c'eſtoit à
teur maniere. Ily a prés de quatre-
vingt ans qu'ilsfont enſemble
fans s'eftre jamais quittez ; ils ont
un enfant qui a plus de foixante
& dix ans. Le mary eft encore
vigoureux , & d'un jugement
fain : tout le village l'écoute comme
un Oracle ; il va prefque tous
les jours à lapefche , même durant
l'hiverfur la glace.
t
Les Sauvages font un trou dans la
glace à travers laquelle ils gliffent
une ligne garnie d'hameçons , avec
La
GALANT 49
u
La a Miffion de Mr de Breflay
eft à un quart de lieuë au deffus
de l'Ifle de Montreal , s'apelle
Aoüanagafing ; elle eft composée
principalement d'Algonkins proprement
dits de Nipiffiriniens ,
de Miflifaguez , & de quelques
autres Sauvages venant des Nations
alliées des noftres : cette Mif
cela ils prennent de petites truites
Mfaumonées d'un excellent gouft.
Les Miffions chez les Sauvages en
Canada s'entendent des villages dans
lefquels il y a un Preftre pour
les
catechifer , prêcher , & les entretenir
dans la foy . Mr de Breflay s'eft
diftingué autrefois dans le monde ;
il ameftés Gentilhomme ordinaire
de Sa Majesté.
Mars
1709 .
"
E
50 MERCURE
fion eft d'environ trois cens cinquante
ames , tous Sauvages
bons x guerriers ; ce qu'ils ont fait
connoiftre à l'Expedition dont je
vais vous entretenir ; ce font les
Algonquins qui d'entre les autres
Sauvages fe font diftinguez davantage
, qui ont effé les plus intrepides
les plus prefts à aller
ཏི
aux coups.
Kers le milieu du mois de Fuillerdernier
, il s'eftformé un Parti
Le mot de guerrier eſt fott ufité en
Canada , fur tout chez les Sauvages ;
il fignifie tout homme qui eft brave ,
qui aime ou qui vaàla guerre.
GALANT ST
(
5
Si
dez Sauva- dey Canadiens ,
ges , compofé en tout d'environ
cent cinquante hommes. Mr des
Chaillons , fils aîné de Mr de S.
Ours , premier & ancien Capitaine
dans les Troupes de Canada ,
& Mr de Ronville qui en 1703 .
fit des merveilles dans la Nouvel-
1. Angleterre , & emporta la Ville
d Dearfield l'épée à la main , commandorentles
Canadiens : & Mr
de la Perriere , fils de Mr Bouy
Originaires de France , mais nés en
Canada ; ils font grands , bien faits ,
& fort alertes.
Abnaxis , Algonquins , & Iroquois
.
E ij
52 MERCURE
cher ,Seigneur de a Boucherville
eftoit à la tefte des Sauvages ; on
n'avoit tiréqu'un Sergent & trois
Soldats de toutes les Troupes reglées
qui font dans la Colonie
mais il y avoit beaucoup d'Offi
ciers fubalternes ; le Parti eftoit
tout Canadien.
Les Sauvages Abnakis chanroient
, durant leur marche , leur
chanfon de guerre accoûtumée ,
pour s'encourager & oublier en
même temps lafatigue du chemin ;
ils repetoient de temps à autre :
a Habitation confiderable à la Cofte
du Sud , & au deffous de l'Ife de
Montreal.
I
GALANT 53
Kadaoui nouppeouffann Rou
annoüdan Kouannoudannan ,
ce qui veut dire : on fe prepare
à la guerre ; ils eftoientplus nomles
Sauvages des an→
breux
que
tres
Nations
. Les
Anglois
eftoient
avertis
de
ce
Parti
de
noftre
deffein
par
trois
endroits
, depuis
plus
de deux
mois
. Le
lieu
où nous
allions
eftoit
nonfeulement
fort
par
le grand
nombre
de fes
Habitans
, mais
encore
par
une
Garnifon
de deux
cens
hommes
. L'ennemi
avoit
donné
par
tout
des
ordres
qui
devoient
eftre
immanquables
&
renverfer
tous
nos
projets
; des
Sentinelles
poftées
de-
E iij
54 MERCURE
mi-quart en demi - quart de lieuës
devoient tirer un coup de fufil à
La premiere allarme , & ces Sentinelles
eftoient en tel nombre qu” -
elles s'étendoient jufqu'à Bafton
Capitale de la Nouvelle Angleterve,
& qui n'eft éloignée que de
douze ou quinze lieuës du Pofte
que nous voulions attaquer ;
Place eftoit munie d'un Fort
d'un bon Corps-de -garde , le Temple
eftoit à cofté. Comme nous
eftions fort irritez de ce que les
Anglois avoient fait à l'Acadie
l'année paffée , & que les Habitans
d'Haverhill
s'eftoient monb
.C'est le nom du Pofte que nous allions
atraquer , on prononce Hévril
Ta
GALANT 55
trez les plus acharnez au Siege
de Port-Royal , nous marchames
dans la refolution d'emporter la
Place ; lorfque nous nous fentîmes
affez prés des Habitations &
que nous eames traversé un grand
Bois , une Plaine affez vafte s'offrit
à nos yeux ; elle est arrofée
d'une riviere , Haverhill eft au
bord ; nous entendions de quart
en quart d'heures , en faisant nos
approches , le fon des Tambours
celui des Trompettes , ce qui
nous fit juger qu'on faifoit bonne
garde refolus cependant de vain
cre ou de mourir , aprés nous eftre
recommandez au Seigneur & à la
E
iiij
56 MERCURE
Sainte Vierge , du nom de laquelle
on faifoit la Fefte ce jour - là ,
( c'eftoit le 9. de Septembre , )
nous poftâmes nos Sauvages
Avantgarde les Canadiensfui-
୨
L'habit ordinaire des Canadiens eft
une espece de Capot , c'eft un habit
qui fe replie par devant à la maniere
des juft'au-corps faits de Bufles , les
manches en font ferrées & fermées -
comme celles d'une vefte , la ceinture
ou écharpe à la Matelote , tient l'habit
en eftat . Les Canadiens ( ceux des
Coftes & du moyen eftat ) ne portent
gueres de Chapeau , mais des Tapabords
, qui font des bonnets à l'Angloife
; lorfqu'ils vont à la guerre , ils
portent l'épée en bandolliere , ou
fous le bras auffi bien que le fufil ;
la poudre dans une corne qui leur
fert de fourniment , & le plomb
dans une espece de Gibeciere.
GALANYM 57
voient , leurs Officiers à leur tefte
il eftoit une heure avant le jour.
Nos Sauvages commencerent le
fignal de l'attaque par le d Saca
coua qui leur eft ordinaire ; en
fuite on donna dans les Habita
tions avec vigueur ; les fléches
des Sauvages tomboient dru comme
la grêle fur les Anglois qui
fortoient de leurs maisons , & les
d Les Sauvages font des cris de mort ,
qu'ils appellent Sacacona , lorfqu'ils
croyent avoir enveloppé leurs ennemis.
Ce cris le fait affez lentement &
à diverfes repriſes , en frappant legerement
de la paume de la main fur
la bouche. Autant de cris c'eſt autant
de leurs ennemis morts , felon leur
intention au moins, :
58 MERCURE
balles quifortoient avec impetuo
fré de nos fufils , mêléesparmi ces
fleches, en faifoient culbutergrand
nombre. Aprés cette premiere décharge
les Sauvages qui nous fervoient
comme de madriers pour
approcher & pour nous couvrir
en même temps , fondirent la hache
en main
briferent les portes
des maifons , qui dans Haverhill
, font à plufieurs étages &
fort logeables : nous les appuyames
le fabre à la main , le Miniftre
& fa femme furent lespremiers
qui tomberent fous nos coups.
Le Commandant on Gouverneur
de la Place , nommé Mr Jean
GALANT
59
Winduright , fut tué dans la mêlée
, c'eftoit un homme âgé e ri
che de cinquante mille écus : fa
maiſon & celle du Miniftre &
d'autres moindres ,furent brú'ées ;
nous mêmes auffi le feu au Temple
dans le temps que nos Sauvages
pour s'animer davantage ,pilloient
l'or & l'argent , & ce qui
tomboit deplus precieux fous leurs
mains , un d'entr'eux s'avifa de
monter tout au haut du Temple.
fe mit en devoir d'en enlever
la cloche , croyant que dans l'occa
fion prefente il pouvoit fe regar
der comme Grand - Maiftre de
l Artillerie &fefaifir des Cloches
60 MERCURE
de la Place ; cette Cloche eftant
extrêmement pefanie , ne pouvant
la manier àfon gré , il eut
peur qu'on ne fe mocquaft de luy ,
pourfe dédommager , il lafonna
; le bruit s'en répandit de toute
parts; fes Camarades luy crierent
de ceffer , fur ce qu'ils venoient
d'apprendre par des prifonniers
qu'ils avoient , qu'à une lieuë de
la Place , eftoit un Parti de huit
cens Anglois poftez en embuscade :
il continuafon carillon , répondant
fiérement qu'il fonnoit pour les
"morts , ilfe laffa enfin . Noftre attaque
dura prés d'une heure.
Nous n'y avons perdu que trois
GALANT 61
Sauvages & fept Canadiens ,
parmi lesquels s'eft trouvé le frere
de Mr de Ronville . De ces Ca
nadiens il y en a un qui n'eft certainement
que bleffé : nous avons
appris dans la fuite fa guerifon ,
& que les Anglois l'avoient fait
panſer fort genereufement. Nos
Sauvages fe font chargez de quelques
Prifonniers , parmi lesquels
s'eft trouvée la belle - fille de Mr
Winduright Commandant d'Haverhill
, & qui a efté tué. C'eft
une jeune Demoiselle de quinze
à feize ans , tres bien faite &
d'un efprit charmant ; Mr de
Contre-coeur Gentilhomme Cana-
3
62 MERCURE
dien & qui estoit de l'expedition ,
en a eu tous les foins imaginables
dans noftre retour. Elle a eu tous
Les agrémens poffibles à Montreal
où elle est arrivée d'abord ; on l'a
conduite depuis à Quebec , où
elle eft actuellement auprés de Madame
la Marquife de Vaudreuil
noftre Gouvernante , qui en prend
un foin tout particulier. Mr Migeon
de la Gaucheriere fils de feu
Mr Migeon Lieutenant General
de la Jurifdiction de Montreal ,
s'eft fort diftingué dans l'expedi
tion de Haverhill , auffi bien
Mr de Contre-coeur , mais Mr
que
GALANT
63
nez
ď
de Ronville & Mr des Chaillons
, fe fontfurpaffez en valeur
en prudence. Car au fortir de
Haverhill s'eftant trouvez avec
leurpetite Armée prefqu'environ-
'un gros d'Anglois , au nombre
de foixante , poftez dans un
Bois en embuscade , its s'en font
tirez avec beaucoup d'adreſſe &
de courage aprés avoir couchétrente
ou quarante des Ennemis par
terre. Les Sauvages dans cette
Il vient de recevoir par les Vaiffeaux
arrivez de France un Brevet de Capitaine
de la premiere Compagnie
des Troupes de Canada , & Sa Majefté
donne une penfion à Mr de S,
Qurs , fon pere.
64 MERCURE
occafion & pourfe débaraffer , caf
ferent la tefte à laplupart de leurs
prifonniers , c'eftoit pour empêcher
leur fuite ; ils ont apporté bon
nombre de chevelures à Mr noftre
Gouverneur General.
A lafin du même mois de Septembre
( 1708. ) aprés l'affaire
de Haverhill , buit Iroquois
def de Lorette fe hazarderent
d'aller & faire coup aux environs
de Bafton , ils y rencontrerent fix
Anglois bien montez , dont ils déƒ
Miſſion & Village f Sauvage Catholique
, dans l'Ifle de Montreal , & dont
ont foin Mrs de S. Sulpice.
Expreffion Canadienne ou Sauvage ,
C'est à dire chercher fortune.
GALANT 65
mais
monterent trois ou quatre & en
amenerent un prisonnier ; ces Anglois
eftoient comme un petit Parti
avant- coureur , & détaché de
deux cens autres qui rodoient dans
les bois , & cherchoient à enveloper
noftre petite armée à fon
retour de la nouvelle Angleterre
leur attente a esté frustrée.
F'oubliois de vous marquer une
circonftance arrivée à un de ces
Iroquois à pied car ils ne vont
jamais autrement ) qui attaquerent
les Cavaliers Anglois ; c'eft
que ce Sauvage ayant lafché un
coup de fufilfur l'un de ces Mrs ,
le voyantfur le careau, bleffe à
Mars
1709.
F
66 MERCURE
mort , il court deffus la hache à la
main & fe met en devoir de luy
lever la chevelure ; l'Anglois à
cet appareil du Sauvage , ramaſſe
le refte de force qu'il a , prendfon
fufil qui eftoit à coté de luy tout
bandé , & en caffe la tefte à l'Iroquois
, l'Anglois expira un moment
aprés.
Il est arrivé au Montreal au
commencement de ce mois ( Novembre
) un autre Parti de quinze
Iroquois de la Miffion des Fefuites
du faut Saint Louis , qui
b Village Sauvage Catholique , à une
lieue & demie au deffus de l'Ile de
Montreal , à la Coſte du Sud,
GALANT 67
ont amené un Anglois prifonnier ;
ils l'ont attrapéfur les Coftes qui
font entre Bafton Orange , c'eft
à dire , entre la Nouvelle Angleterre
la Nouvelle York.
i
Tous ces Partis ont jetté l'allarme
dans le coeur des Anglois ,
cela les tient en refpect , perfonne
n'ofe , chez eux , fortir defamaifon
, ni même des Forts.
Voila toutes les Nouvelles que
vous aurez de moy cette année
je fuis ravi de trouver l'occafion
de vous témoigner que je fuis tou
jours , Monfieur, voftre tres humble
, cc.
Fij
68 MERCURE
Je vous envoyé la cinquié
me fuite de l'Ouvrage de Mr
de Woolhoufe.
و ر
و د
du
corps
Orcomme noftre Auteur avoie
ingenuement pag. 146. que les
, maladies qui changent la difpo
,, fition de la Retine ou
vitré, détruisent auffi la veuë ,
& rendent l'Operation de la
Cataracte inutile ,&c.
Il est étonnant qu'il n'aitfait
aucune reflexion fur les mauvais
effets de fa maniere d'operer , qui
indubitablement plus de defordre
dans ces deux parties de
l'oeil en un moment de temps .
fait
GALANT 69
4
qu'une indifpofition oculaire ne
fçauroit caufer en 15. out 20.
jours. Mr Ant. raporte luy même
pag. 172. le dérangement ordinaire
du vitré en ces termes.
Quand, dit-il , ces Cata- "
ractes laicteufes font logées
au bas de la pupille , elles n'apportent
pas un fi grand chan_ "
gement dans la difpofition du "
corps viré, & la boffe de ce
corps qui fe forme à l'endroit •
où eftoit le Cryftallin , eft plus
reguliere.
Mais comme les Cataractes
laicteuſes n'arrivent que bien rø
rement , & qu'on n'en voitpeutr
70 MERCURE
eftre pas une pour cent Catarac
tes ordinaires , que deviendront
toutes les maladies ( à qui on laiffe
les Cataractes communes ) avec
ce changement dans la difpofition
du corps vitré, dont Mr Ant.
vient de parler à l'égard de
la Retine ,fesfibres mollaffes (qui
entourent s'accollent au fonddu
vitré) accompagnent naturellement
le derriere de ce corps , qui
avance vers le devant pour remplir
le creux que le Cryſtallin
auroit laiffé en le quittant , &
par ce moyen lesfilets nerveux de
cette Retine delicate eftant chifonez
entremélez , doivent
GALANT 71
perdre leur tenfion , leur expanfion
reticulaire & leur reffort naturel ,
dont la fuite eft laperte inévita
ble de la veuë , felon les principes
même de Mr Ant. page 86 .
La venë , dit- il , fe gafte
quand les parties interieures de «
l'oeil ne gardent plus leur fitua- "
rayons
r
сс
de ce tion naturelle , les
lumiere n'agiffans qu'avec confufion
fur la Retine.
Mais comme dans l'Operation
de Mr Ant. c'est une Retine
pliffée , perclufe & paralitique ;
elle est tout-à fait incapable de recevoir
les differentes impreffions
requifes pour produire la vifion ,
72 MERCURE
quand même le Cryſtallin nouveau
feroit des plus reguliers."
Mais fuppofons pour une fois
que ce tiffu mince & delié de la
Retine ( produit par les fibres
moüelleufes du nerfoptique ) n'eft
pas entierement embaraffé & confondu
( en s'accommodant au dérangement
forcé du vitré auquel
elle s'attache ) fuppofons , dis je ,
qu'elle nefouffre tout auplus que
quelques corrugations , contorfions,
tranfmutations & diflocations de
fes fibres nerveuses , le malade en
ce même cas doit toûjours appercevoir
les objets au moins doubles
aprés l'abbatement de la Catarac
te
GALANT 73
te , ce qui n'arrive pourtant pas ;
ainfi on a toutlieu d'eftre convaincu
que la dépofition du Cryſtallin
pour la Cataracte eft purement
imaginaire fyftematique.
Fappelle à Mr Ant. luy- même
file Malade ne verroit pas double
en pareil cas , vid. pag 96 .
L'objet , dit-il , paroift double , "
parce que les deux yeux ne gardent
plus une fituation égale ,
& qu'apparemment les rayons
qui viennent de l'objet , nefrapant
plus lesparties de chaque
Retine à une égale distance de
leur centre , quand on fe preffe
legerement le globe de l'oeil ,
Mars 1709.
G
сс
"
en
cc
74 MERCURE
pefant le bout du doigt fur l'une
ou fur l'autre paupierè , en forte
qu'on l'a hauffe ou qu'on l'a-
»
barfe.
que
la Il eft aifé de concevoir
difference de lafituation & de la
tenfion de la Retine eft bien plus
grande quand le Crystallin eft
delogé , & fa place remplie par
une partie du vitré , qui entraîne
ire neceffairement avec foy
en avant cette membranne reticu
laire , qui l'embraffe immediatement
par derriere ; de forte que
l'impreffion ou peinture des efpeces
ou images aux Retines des deux
yeux , ne sçauroit eſtre uniforme ,
GALANT 75
3.
femblable , égale & parallele.
Pour les mêmes raifons auffi
pour l'Analogie avec les raisons
que Mr Ant, nous donne du louchement
) ceux à qui on a abatu
les Cataractes de la façon de [
Mr Ant. ] devroient loucher aprés
le renversement des Cryſtallins ;
mais comme ceux à qui on a couché
la Cataracte ne regardent pas
de travers , on doit naturellement
conclure qu'on ne déplace pas
Crystallin dans cette Operation
manuele or puifque Mr Ant. a
imputé le biglement à la convexité
de la Cornée transparente , plus
ou moins voutée & pointue d'un
le
Gij
76 MERCURE
Lens que de l'autre ,
de l'autre
, pag. 432.
bien plus forte raifon ce vice de
l'oeil devroit accompagner
la boffe
irreguliere du vitré, que Mr Ant.
dit prendre la place du Cryſtallin
boulverfé.
Enfin on croit que Mr Ant.
nous répond de la confervation de
la ftructure effentielle de l'oeil aprés
fon abattement intrigué du Cry
tallin , & que pour cela il
cela il nous
donne des regles des precautions
pour nous mettre à couvert de tous
les fâcheux accidens qui peuvent
arriver dans cette Operation ; car
a quoy bon (fans cela ) dire à la
pag. 167.
GALANT 77
ои
Ilferoit à craindre que ( l'é. «
guille eftant encore dans l'oeil )
on ne fift quelques faux mou- ત્
vemens qui pourroient caufer "
quelque defordre , & à la pag.
169. de crainte de detruire ""
quelque partie interieure ,
( pour le moins ) d'alterer la ſuperficie
du corps vitré , & àla “
pag. 111. de retirer l'éguille "
plutoft que degâter quelque par
tie interieure à la pag.
150. de caufer une confufion
ou deftruction des parties.
&
A quoy bon , dis -je , tous ces
avertiffemns , puifque de l'aven
propre de Mr Ant. ) il eft im-
G iij
78 MERCURE
poffible d'abatre le Crystallin fans
un derangement & une confufion
notable des parties de l'oeil
pour ne pas en dire la deſtruction ,
& fonte entiere , qu'il eft aife de
prouver eftre inevitable aprés le
ravage fait , que Mr Ant. luymême
a efté obligé d'admettre en
differens endroits de fon Livre.
On n'a qu'à lire pag. 165.
166. où Mr Ant. raporte qu'on
abaiſe le Cryſtallin entierement
au deffus de lapupille où
il fe fait place entre le corps
و ر
و د
32
vitré l'uvée ; le cercle ciliai-
,, re , feparant même le plusfouvent
en cet endroit de la mem-
"
GALANT
79
branne du corps vitré , cela ne
Le pouvant prefque faire au-
• parce que l'espace "
trement
Les
"
ર
сс
qu'il y a du bord de la circonference
de la pupille au cercle ciliaire
, n'eft pas toujours capable
de loger le Crystallin avec tous
accompagnemens ; & quoyque
lesfibres ciliaires fe trouvent
rompues en cet endroit , &
en celuy par lequel l'éguille a
paffé, &c. & à la pag. 119.
ayant ouvert l'oeil d'une perfonne
fur qui il avoit fait l'Operation
de la Cataracte , il trouva
que le Crystallin n'eftoit
plus dans le lieu qu'il devoit "
Ce
G iiij
80 MERCURK
"
""
» occuper , qui eft le milieu de la
» partie anterieure
du corps vitré.
Le Crystallin
eftoit affermi
par le corps vitré qui eftoit enfoncé
à l'endroit
qui touchoit le
,, Cryſtallin
.
و د
و د
و د
در
Ayant tout- à- fait ofté le
Crystallin , je remarquay.
,, ( dit Mr Ant. ) que les fibres ci-
», liaires ( qui du cercle ciliaire s'y ·
inferent à la membranne du
,, corps vitré , à l'endroit où elle
fe divife pour recouvrir le Criftallin
) eftoient rompus , &fe-
, parez de leur cercle , à l'endroit
où ce Cryftallin avoit efté conduit
lors de l'Operation , &
و د
و ر
و د
و د
GALANT 87
dans celuyoù l'éguille avoitpaf. "
dans ces deux entr
fé, & que
droits le cercle
ciliare
eftoit de “
même
feparé
de la membranne
‹è
corps
vitré à laquelle
il fe du
colle , &c.
се
Or il eft bon de remarquer icy
premierement que Mrs Ant. &
Briffeau difconviennent
entreeux
fur le fait de l'endroit où ils
rangent leur Cataracte cryſtalline
en l'abattant ; car Mr Ant.
"
la place au deffous de la pupille ,
entre le corps vitré l'uvée , &
il dit que le vitré eftoit enfoncé
àl'endroit qui touchoit le Cryf- "
tallin ; mais Mr Briffeau [ pag.
82
MERCURE
9. de fes nouvelles Obfervations
propofées à l'Academie Royale
des Sciences , le 11. de Novembre
1705. ] l'a affujeti au deſſous
de l'humeur vitrée , ce qu'il explique
( à la page 32. ) par la
» penetration de toute l'humeur
vitrée ; & à lapág. s 3. par l'é-
» cartementfait par l'éguille dans
l'humeur vitrée , & à lapag.
34. il dit;
و و
Que le Crystallin qui a esté
d'abord deplacé de devant la
» prunelle , a esté porté enfuite
dans le fond de l'oeil , & vis-
, à- vis l'ouverture de la même
» prunelle ; ce qui m'eſt arrivé
GALANT 83
τε
plufieurs fois en pratiquant la
dite Operation fur les Cada- ‹
vres, & pag. 35. au lieu , dir «
Mr Briffeau , que le Cryſtallin
qui aura efté porté dans lefond
de l'humeur vitrée , neparoiftra
plus, parce que cette humeur qui "
occupe plus des trois quarts du "
globe de l'oeil , empefchera qu'on "
puiffe diftinguer le Cryſtallin
qui fera placé derriere.
Affeurement par les principes
nee
«
ર
de Mr Ant ( comme nous allons
voir ) on nefçauroit admettre toute
cette violence & outrage faite
l'humeur vitrée , que Mr Brif.
feau vient d'avouer à la ruine en84
MERCURE
tiere de fon
Systême, car infailliblement
l'esil feroit perdu à jamais
, fi l'humeur vitrée avoit
reçu telles
entameures
écartemens
de fes fibres que Mr Brif.
vient de raporterfi
naïvement pour
l'avoir pratiquéfur des cadavres
infenfibles.
En fecond lieu il eft bon d'obferver
que Mr Brif. de l'autre
cofté ,
n'accordera jamais le defarroy
fait au cercle ciliaire , & la
Separation & ruption de ces fibres
dont Mr Ant. vient de parler de
gayeté de coeur ; car Mr Brif.
a la pag. 27. de fes nouvelles Obfervations
, c. nous affeure que
GALANT 85
quand les fibres qu'on appelle le
ligament ciliaire , font dechirez "
par l'effort de l'éguile , cela dé- «
range entierement la conforma
tion de la prunelle , qui fert à "
diriger les rayons dans leur paf. «
fage
•
cc
En troifiéme lieu , il est à remarquer,
que , quoy que Mrs A.
B. reconnoiffent icy bien plus
de defordre de mauvais traitement
fait à l'oeil ( par l'abbatement
du Crystallin ) que n'ont
avoué tous ceux qui les ont précedez
en foutenant leurs Syfteme ;
·cependant chacun en a caché un
principal deffaut : fçavoir , Mr
86 MERCURE
A. celuy de l'écartement des fibres
du vitré , & Mr B. celuy
du dérangement du ligament
cilliaire , &c. cela ne ſe pouvant
prefque faire autrement ,
dit Mr A.fortpofément ; enforte
que l'ailfe trouve entre le marteau
l'enclume avec Mrs Antoine
& Briffeau.
Mais il faut remarquer en
quatriéme lieu que Mr A. a notablement
prévariqué , en difant
en propres termes ( avec grande
circonfpection
& retenuë ) que le
Cryftallin fe fait place entre
le corps vitré & Fuvée , &c.
car ne croiroit-on point par ces paGALANT
87
l'uvée eft immediatevoles
,
que
ment contiguë à l'humeur vitrée?
Rien moins ! Les deux plus delicates
& les plus intereffantes tuniques
de l'oeilfe trouvent fituées
entre le vitré la membrane
uvée :fçavoir la tunique vitrée ,
&la retine , dont Mr. A. parle
page 33. en ces termes .
2
La retine eftfuuée immediatement
au deffous de l'uvée ,
elle embraße toute la partie pof- «e
terieure du corps vitré , à la "
membrane duquel elle est attachée
par quelques fibres trestendres
dans les endroits où ce
corps fe joint au cercle ciliai-
.
<<
<<
88 MERCURE
,, re , & elle fe terminè enfin au-
, tour du cercle ciliaire auquel
, elle s'attache.
ز و
Il faut donc que le cryſtallin
abbatu foirforce entre l'ůvée
la retine , ou entre la retine &
la membrane qui recouvre l'hu-.
meur vitrée ,felon le fens & l'intention
de Mr A. mais comme il
eft impoffible que le cryftallin foir
porté en aucun de ces endroits
fans abolir la vue tout- à-fait ,
en irritant & déchirant ces tuniques
tres - déliées , en caufant
à l'oeil des douleurs infuppor
tables , Mr A. a trouvé àpropos
'de n'en pas faire la defcription
GALANT 89
la
précife en ce lieu , quoy que
verité éclate ailleurs dans fon
livre.
Quoy qu'il enfoit , Mr A. ne
gagne rien en mettant ainfi il ne
fçait comment ) fa Cataracte
cryftalline entre l'uvéc & le vitré:
car eft-il croyable qu'un cryftallin
defféché & dur comme une
corne , raboteux , felon le Sylteme
de Mr A. puiffe refter enfoncé
( comme dit Mr A. par inadvertance
) au corps vitré fans
bleffer , & ufer tout - à - fait ( en
peu de temps ) cette partie mollaffe ,
puifque Mr A. nous inftruit à la
page 36. Que la membrane
Mars 1708 .
و ر
H
90 MERCURE
و د
و ر
ود
ر د
qui recouvre le corps vitré eft,
poreufe en toutes fes parties ; ce
qui faitque l'humeur enfuinte
de toutes parts quand on pofc
ce corps fur un ais , &c. &
page 37.
Les cellules de l'hu-
,, meur vitrée , dit- il , fe com-
›› muniquent les unes aux autres
», par des trous ou canaux fort
petits : D'où vient que quand
on a percé ou rompu
brane , qui recouvre ce corps.
» en quelques endroits, ces cellulés
fe vuident toutes fucceffive-
,, ment , & quand on le preffe
doucement, l'humeur s'en écoule
unpeuplus abondamment.
A
»
و د
و د
ور
رو
la
memGALANT
gr
و د
& page 3.5 . Quand je le picen
quelques endroits , & queje
le preffe doucement , j'en exprime
abondamment l'hu-
сс
Сс
meur qui y eft contenuë, ‹‹
En cas donc que le cryſtallin
abattu puiffe eftre pouffé entre
l'uvée le vitré , ne cauferoit- il
pas une fonte entiere de l'humeur
vitrée , dont parle Mr A. pages.
218. &219 , &fur tout puif
qu'il feroit impraticable d'accrod'enfoncer
ce crystallin cher
contré le vitréfans violenter &*
maliraiter ,fans picquer & preffer
un peu fortement cette humeur
, & l'action de l'oeil ache-
Hij
92 MERCURE
veroit d'enfoncer , tous lesjours
de plus en plus , ce crystallin durci
au dedans de l'humeur vitrée ,
autant même que Mr B. avouë
avoir fait par l'effort de fon
éguille , en ignorant , apparemment
, les confequences funeftes
que Mr A. a parfaitement bien
détaillées. Or ce mélange du
cryftallin avec le vitré , & du
vitré avec l'humeur aqueuſe ,
produit la déplorable maladie
de Synchific ou confufion de
l'oeil,
que Mr A. infinue eftre
poffible à la page 150, & dont il
parle à la page 302. dans les lignes
fuivantes , dont chaque paGALANT
93
role vient tout- à -fait icy à noftre
propos.
Comme dans la confufion
le corps vitréfe trouve déchi- « e
ré & détruit , & que l'humeur
qui le remplit s'échapė ; & ſe «
mêle avec l'humeur aqueuſe , "
que le cryftallin eftant détaché,
& fouvent hors de fon
·lieu , s'altere , & fe defféche ,
quand il ne peut plus recevoir
ce
de nourriture comme dans le se
Glaucome ; que la retine , qui
eft ou déchirée ou contufe "
change pareillement fa ſitua- ș
tion naturelle; que l'uvée "
eft fouvent auffi déchirée : on
&
94 MERCURE
39 juge bien que tous ces defordres
ne peuvent fe rétablir , ni
», par la nature ,
ni par
و ر
و ر
les
remedes
, & que la perte de la
vûë eft irreparable , &c.
Voila le précis de ce que Mrs
A & B. & leurs adherans ( qui
entendent l'Anatomie de l'oeil )
devroientfranchement & fans déguifement
, reconnoiftre comme les
fuites inévitables de leur nouvelle
maniere d'abattre leur prétendue
Cataracte.
J'avois oublié à propos de la
ruption des fibres ciliaires ,
de la féparation de leur cercle
davec la membrane vitrée , X
GALANT
95
j'avois oublié , dis- je , de parler
de la fuffufion du fang , qui empêcheroit
l'Operateur d'achever
fon operation en ce cas , &qui
feroit fuivi du flétriffement de
Turée , du rétreciffement entier
de la pupille. De plus , ce
déchirement ne cauferoit- il pas
au moins felon Mr A, une effufion
de cette teinture noire contenue
dans les petites cannelures
qui traverfent les rayons ciliaires
, ( vid. pag. 59. du livre de
de Mr A.) cette encre ne gåteroit-
elle pas , pour toujours , la
tranfparence & netteté de l'hu-
$ meur aqueufe , puifque on voit
96 MERCURE
tout un baffin plein d'eau , tout
teint noirci de cette humeur
encreuſe d'un feul oeil diſſequé ,
& qu'unefeule particule la plus
imperceptible de cette teinture
noire , échapée de fes conduits
flottant dans l'humeur aqueu-
Le d'un oeil fain ,y caufe un embarras
confiderable ; la magnitude
de cette atome noire eftant de
beaucoup augmentée par le microfcope
de l'humeur cryftalline.
Mr Antoineparle de ce mucilage
noir auxpages 2 § . O59 .
en avoüant naïvement qu'il n'en
fçait pas l'origine. Un tel avcu
( fait fans artifice ) est tout - àfait
GALANT
97
fait louable. Mais comme Mr
Chroüet ( Medecin de Liege ) a
donné l'Analyse de cette humeur
encreufe dans fa Differtation
Medico - Phyſique de l'origine
de trois humeurs de l'oeil , imprimée
à Liege 1691. Mr A.
( qui prétend avoir étudié l'oeil à
fond ) devoit avoir lû ce petit
Traité,qui l'auroitpu empêcherde
commetre quelques erreurs confiderables
dans fon livre. Au refte
la bonne foy la modeſtic de
MrA.auroitproduit un bien meilleur
effet (qu'icy ) par tout ailleurs
dans fon livre , comme dans l'étalage
de fon hypotheſe tou-
Mars
1709. I
98 MERCURE
chant la Cataracte.
44. )
Mais ( pour reourner àl'examen
de l'operation de Mr A. )
quand on confidere la quantité des
nerfs , des veines , & des arteres
, ( vid. pages 29.
qui paffent par la cornée à l'uvée,
au cercle ciliaire , peutfe
flatter d'outrager ( comme
Mr A. l'avoue bien froidement )
une de ces parties tendrelettes ,
fans que les autres enfoient atteintes
& offenlées. La partie qui
ne fouffre pas immediatement ,
par continuité , ne fouffrira - t- elle
pas par communication ? Mais
que doit devenir l'uvée que le
GALANT 99
la
cryſtallin abattu touche immediatement
(felon Mr A. ) Cette
uvée fi delicate & qui ſe dé- “
chire fiaifément
. (pages 22.6
55.) N'eft- il pas probable que
dureté raboteufe & inégale du
corps cryftallin , n'irrite , n'emflamme
, n'ulcere & ne corrompe
enfin en peu dejours ( par
le mouvement continuel de l'oeil
en divers fens ) cette membranefi
pleine des fibres nerveufes qui fe
portent [ dit Mr Antoine page
30 ] au cercle ciliaire , ce cercle
ciliaire tant endommagé &
eftropié par l'operation .
,, Il y a apparence , continuë
و د
I
ij
100 MERCURE
و د
"3
و د
و ر
ود
و د
,, Mr Antoine , que ce font une
partie de ces nerfs qui viennent
,, du Rameau Ophthalmique
de la cinquiéme pair , qui en
, fe diftribuant dans chaque fibre
motrice de l'iris leur portent
les efprits animaux fi neceffaires
pour leur mouvement.
Que doit- on attendre après
cet aveu fincere de Mr Antoine
de la maniere d'operer dont il s'agit
, pour abbatre la Cataracte
Cryſtalline ? qu'un enchainement
& fuite de facheux accidents
, qui ne font même que
trop ordinaires par la feule pon-
Etion de l'oeil en abbatant la CaGALANT
101
taracte flegmatique au bas de
laprunelle entre l'uvée le ligament
ciliaire fans aucune ruption
nifeparation de fes fibres & procès
? c'eſt là même où on plonge le
Cryſtallin Glaucomatique
quand le malade en exige la
Cure palliative.
D'ailleurs on voit aux pages
51. & 52. que Mr Antoine
n'ignore pas la connection , les attaches
, l'entretiffure , & la communication
qu'il y a de l'uvée, de
l'iris , & du ligament ciliaire ;
& ainfi qu'il doit eftre perfuadé
qu'il eft actuellement impoffible de
rompre lesfibres ciliaires & defe-
I iij
102 MERCURE
parer fon ligament ( comme Mr
Ant. veut qu'il arrive dans l'abbattement
du Crystallin ) fans
perdre tout à fait le reffort de la
prunelle , fans caufer lapalpitation
& tremouffement, ou mouvement
, tremblotant.¶litique
de l'iris , lefquels accidens
empêchent au moins la perception
des objets ( pour l'ordinaire ) à un
ail qui n'a point d'autre défaut.
Mr. Ant. prevoyant cette
difficulté de fon hypothefe , tâche
à en ôter les apparences par une
inftruction tres- inutile & tresmal
entenduë pag. 164.
Pouréviterde picquer dans
و د
GALANT 103
Fendroit ou l'uvée s'attache à "
la cornée par le moyen du cercle «
ciliaire , parce quefion picquoit
dans ce cercle,il y auroit à craindre
dans les operations laborien . «
fes defeparer de ce cofté- là l'u- «
vée de la cornée : & ficetrefeparation
étoit confiderable , l'i- "
ris pourroit s'affaiffer er la
pupillefe dilater & fe referrer
irregulierement, l'infertion des
fibres motrices de l'iris n'eftant "
plusftables dans ce lien.
Neft-il pas bien furprenant
que Mr Ant . pretende que la pupille
peutfe dilater & fe refferrer
aprés l'affaiffement de l'iris ; car
I iiij
104 MERCURE
il est évident que la prunelle devient
immobile , & que le trou de
de l'uvée reſte toujours dans le
même état , quand l'iris eft affaiffie
: c'est à dire quand les fibres
motrices de cette membrane mufculeuse
fontdemontées par la raifon
que Mr A. vient de raporter.
Au refte , le nouveau Crystallin
de M. Antoine ( formé
par la boffe du Vitré, ) comment
pourra-t-il s'accommoder aux differentes
diftances des objets, (ſuppofe
que la prunelle garde fon
reffort,) & aux diverſes ouvertu
res du trou de l'iris aprés la ruption
& la feparation reconnuë
GALANT 105
du
cercleciliaire ? puis qu'on
convient que ce
ce ligament fert
beaucoup , Centre autre chofes , ) à
arrondir à applatir le Cryftallin
naturel, felon l'éloignement
l'approximation
des objets.
Quoy que l'Article fuivant
ne doive pas intereſſer tous
ceux qui le liront , il ne laiffera
d'exciter beaucoup de cu
riofité parmy tous ceux qui
prennent part à tout ce qui
regarde l'Ordre deCluni , & même
tous les Ordres Religieux.
Voicy ce qui s'eft paflé dans
le dernier Chapitre General de
Cluny , où Mr le Cardinal de
pas
106 MERCURE
Bouillon , Abbé & General de
cet Ordre , à prefidé . Son Eminence
avoit convoqué cè
Chapitre par une ordonance
du 12. May dernier à la maniere
accoûtumée. Le jour de
l'ouverture qui fut le 7. du
mois d'Octobre dernier ce Cardinal
s'etant trouvé indifpofé
ce jour là & fon incommodité
l'ayant empêché de celebrer la
Meffe Solemnelle , comme il
avoit fait aux Chapitres Generaux
des années 1685. 1693 .
1697. & 1701. qu'il convoqua
& aufquels il prefida de même
qu'à celuy de 1704. Don Jean
1
GALANT 107
Marin Grand Prieur de l'Abbaye
& de tout l'Ordre de
Cluny , Premier Vicaire General
de Son Eminence chanta la
Meffe du Saint Efprit , en fa
prefence & avec les ceremonies
accoutumées, & tout les Capitulans
de l'une & de l'autre Obfervance
y communierent à la
fin de laMeffe & fur les 11 heures
du matin Son Eminence fuivic
du Grand Prieur , des Vicaires
Generaux , des Prieurs Titulaires
& Clauftraux, & des Officiers
de l'Ordre de l'une & de
l'autre Obfervance , qui ont
droit d'affifter au Chapitre
108 MERCURE
General ,fe rendit au Chapitre,
où Dom Denis Anroux , Religieux
de l'eftroite Obfervance
, & Treforier Titulaire de
l'Abbaye , prononça un Difcours
latin enqualité d'Orateur
du Chapitre. Il fit voir dans fe
Difcours l'avantage que tout
particulierement l'é- l'Ordre
troitte Obfervance , avoit tiré de
l'adminiftration de fon Abbé General
; que l'Ordre s'eftoit confervé
dans une union parfaite fous
Gouvernement paiſible de prés
de 20. ans ; que depuis quelques
années une partie de l'eftroitte Obfervance
, s'eftant feparée de fon
un
GALANT 109
Chef ; elle s'étoit veüe exposée à
des divifions qui auroient donné
atteinte à la difcipline reguliere .
& qui pourroient bien un jour
ruiner le fpirituel & le temporel
de l'étroite Obfervance. Il finit
en exhortant fes confreres
c'eft a dire les Religieux de la
même Obfervance,de recourir
aux anciennes bontez de Son
Eminence & de fe conduire
dans ce nouveau Chapitre dans
un efprit de paix & d'union ,
parce que la confervation de
l'étroite Obfervance dependoit
de la protection & des bontez
de leur Abbé General.
110 MERCURE
Son Eminence repondit en
peu de mots latins à ce difcours
&infinua à l'affemblée que dans
les temps difficiles & les conjonctures
où tout l'Ordre de
Cluny fe trouvoit , il s'agiffoit
moins de paroles que
d'oeuvres , qu'il falloit d'abord
rendre à Dieu ce qui luy eſt dû, &
à Cefarce quiluy est dû , qu'enfuite
il falloit proceder ferieufement
aux affaires de l'Ordre , qu'-
en attendant elle leur donnoit fa
benediction , & même à ceux qui
avoient refufé jusqu'alors d'écouter
fa voix paternelle . Aprés
avoir donné fa benediction à
GALANT III
tous les Religieux qui la reçurent
à genoux , Elle fit un
cà
difcours en François dans lequel
elle tacha de faire connoître
fes bonnes intentions pour
augmenter & perfectionner
l'étroite Obfervance , & pour
voir fous fon Gouvernement
rétablir dans l'ordre la justice
avec une paix parfaite . On
nomma enfuite treize Definiteurs
du Chapitre General de
1684. de dix fept qui devoient
s'y trouver Dom Laurent
Lempereur , cy - devant Grand
Prieur & Prieur Titulaire de
Sezanne & l'un des Definiteurs
n'ayant pû venir à cauſe d'une
L
112 MERCURE
incommodité qui le retenoit
au College de Cluny à Paris ,
& Dom Hilaire Fournier
Prieur Clauſtral de Long- pont
pour l'étroite Obfervance étant
mort depuis quelques
jours. Les treize Definiteurs
fçavoir fept pour l'ancienne
Obfervance & fix pour la nouvelle
qui affifterent au Chapitre
furent : Dom Charles de
Gové Prieur Titulaire de Souxillanges
. Dom Benigne de
Vert, Prieur Titulaire & Clauftral
de Lions en Sang-terre ,
parent de Mr de Vert Prieur
d'Abbeville dont je vous apris
GALANT 113
i
la mort il y a quelques mois.
Dom François Gautheron
Prieur Clauftral d'Ambierle.
Dom Jean Gaffaud , Prieur
Titulaire de Ganagobie . Dom
Michel Rochette Recteur de
S. Martial d'Avignon. Dom
François Pouget , Prieur Titulaire
de S. Germain des Foffes
& parent du celebre Pere
Pouget de l'Oratoire. Dom
Louis Girard Chantre de
Nogent , Prieur d'Haponvilliers;
& pour la nouvelle ObfervenceDomHugues
Donna-
Dieu , Prieur Clauftral de Sauvigny.
Dom Henry Ferrieres ,
Mars
1709.
K
114 MERCURE
Prieur
Prieur de l'Abbaye de Maufac
Dom Benoist du Vair , Prieur
Clauftral de Moras. Dom
Deicole Hugonet
Clauftral de Vaux fous Poligni.
Dom Gilbert Conffion ,
Aumônier Titulaire de Cluny;
& Dom Ode Berner , Chantre
Titulaire de Cluny. Son
Eminence fuivie de ces treize
Definiteurs monta à la Chambre
du Definitoire , où ayant
pris fceance avec les Definiteurs
on procéda à la premiere action
du Definitoire, c'est à dire
à l'Election de quinze nouveaux
Definiteurs , & on choifit
GALANT 115
fix Scrutateurs , fçavoir Dom
Malo Grand Vicaire de l'Abbaye
de Moutiers , Dom Giraudet
Pricur de Charlieu pour
l'ancienne Obfervance , & Dom
Laurent Berton compagnon
d'ordre de Jacques Pieddan ,
Senieur de l'Abbaye & Dom
Charles Vernier pour la nouvelle
Obfervance , car ce fut
au fujet de l'Election de ces
nouveaux Definiteurs qu'il arriva
quelques conteftations qui
empecherent l'heureuſe exécution
des deffeins pour lefquels
ce Chapitre General
étoit affemblé. Mr du Vair
Kij
116 MERCURE
l'un des Definiteurs de la nouvelle
Obfervance remontra
lors de l'Election des Scrutateurs
qu'il falloit fe conformer
à l'Arreft du Confeil d'Etat
du Roy du 30. Aouſt. 1705 ,
qui ordonne que les reformés .
procéderont à l'Election de
leurs Definiteurs par des Scrutateurs
par eux chofis . Sur cela
Son Eminence ordonna la
lecture de l'Arreft & en le
lifant on remarqua qu'il.commencoit
par ordonner l'exécution
des Chapitres Generaux
des années 1676. & 1678. &
pour mieux juger de l'efprit de
GALANT 117
NA
l'Arreft , on fit la lecture des
Pocés verbaux deces Chapitres,
ce qui acheva cette fceance ,
ainfi que de l'aprés diné & celle
du Lundy 8 Octobre , &
cette lecture fit voir que ces
deux Chapitres avoient efté
affemblés en prefence des
Commffiaires du Roy , &
qu'ils ordonnoient de même
que l'Arreft de 1705. de fe
conformer dans les élections
aux Bulles des Papes Gregoire
IX . Nicolas IV. & Calixte III .
ce qui donna occafion de faire
la lecture de ces Bulles , & on
remarqua par cette lecture que
118 MERCURE
le Pape Nicolas IV. voulant
reformer tout l'Ordre de Cluni
, avoit fixé les Chapitres Generaux
, & déterminé le nombre
de quinze Definiteurs pour
eftre conjointement
Juges
Souverains de la Police & de la
difcipline reguliere de l'Ordre ,
& à l'égard de la Bulle de Calixte
III . on remarqua qu'elle
confirmoit celle de Nicolas
IV. & qu'elle reüniffoit l'autorité
de l'Abbé à celle des
des Definiteurs. Cette lecture
eftant finie Son Eminence
dit qu'il s'agiffoit de concilier
l'Arreft de 1705. avec les
GALANT 119
с
Bulles aufquelles il renvoyoit .
Le Mardy 9 Octobre on
tint la troifieme ſceance &
chacun y cut opiné
aprés que
fur les difficultés qui avoient occupé
la precedente
ſceance &
que tous à la referve de quatre
de la nouvelle
Obfervance
fe
furent rangés à l'avis de Dom
Charles de Goué qui dit que
pour concilier
l'Arreft
avec
les Bulles des Papes ſuivant
l'intention du Roy , il ne trouvoit
rien de mieux que de laiffer
les Religieux
de l'ancienne
Obfervance
dans le droit de choifir
leurs Definiteurs , & ceux
120 MERCURE
de la nouvelle de choifir les
leurs hors de la prefence de
l'Abbé General , & de referer
les deux Elections dans le commun
Definitoire , pour y être
inferées conformement à l'Arreft
, & que les quinze Definiteurs
inferant avec les leurs ,
les Elections de la nouvelle
Obfervance on concilieroit
l'Arreft avec les Bulles des Papes
& les Chapitres Generaux
& qu'ainfi ces Elections feroient
Canoniques & donneroient
la paix aux confiences ,
puifque les Bulles des Papes
ne donnoient l'autorité Apof
tholique
GALANT 121
tolique qu'à quinze Definiteurs
conjointement . Cet avis fut
rejetté par quatre Definiteurs
de la nouvelle Obfervance ,
qui par là donnerent lieu à la
rupture du Chapitre que Son
Eminence declara diffous dans
cette même féance , aprés
avoir lû un Memoire qu'elle
avoit preparé fur ce fujet ,
dans lequel il y avoit des traits
fi touchans qu'ils tirerent des
larmes des yeux de quelques
Definiteurs & aprés avoir
long temps infifté fur le prejudice
que l'Ordre fouffriroit
de cette diverfité de fentimens ,
Mars
1709. L
122 MERCURE
Elle fit connoître que le veritable
efprit de l'Arreft étoit de reünir
dans un feul & même D‹finiteur
un feul & même regimé
les deux Obfervances & que
toute autre explication de l'Arreft
étoit captienfe . Elle declara enfin
Dom Ildefonfe Sarafin Vicaire
General de la Reforme & Archidiacre
de l'Abaye de Cluny
& confirma les Definiteurs
du Chapitre jufqu'au nouveau
aprés quoy l'Affemblée fe ter
nina.
Je devois en vous parlant
du Sacre de Monfieur du
Ding , Evêque de Lauſanne
GALANT 123
1
& Commandeur de Malte, y
ajouter ce qui fuit touchant
cet Ordre , & qui doit paroitre
fort curieux . Cet , Ordre Militaire
eft compofé de trois
Rangs . Le premier ; eft celuy
des Chevaliers de Juſtice ; pour
être
reçu
au de là de cent ans de
Nobleffe
, tant
Paternel
que Maternel
; le Second
eft celuy
des
Chevaliers
d'Eglife
qui
font
apelés
communement
Preftres
Conventuels
dudit
Ordre
, duquel
rang
on remplit
les Dignités
d'Evêque
de
Malte
, & celle
de
Grand
il
faut
prouver ,
Lij
124 MERCURE
Prieur de l'Eglife Conventuele ,
& General de tout l'Ordre
les deux premieres Dignités
font decorées de la Grand-
Croix , & elles ont la premiere
féance dans le Confeil , qui
cft compofé du Grand -Maitre
, & de tous les Grands-
Croix Conventuels ; le troifieme
Rang eft celuy des Chevaliers
Servans d'Armes , qui
prouvent ces deux derniers
Eftats pour eftre Reçus , trois
Generations , Paternelles &
Maternelles; qu'ils n'ont exercé
aucun Art mecanique , & qu'ils
ont vecu noblement : & quand
GALANT 125
il s'agit de proceder à l'Election
du Grand Maitre qui eft
le Chef & le Superieur de
tout l'Ordre , il faut un Che
valier de chaque Rang , fçavoir
un Chevalier de Juſtice ,
un Chevalier d'Eglife ou Preftre
Conventuel , un Chevalier
Servant d'Armes que l'on apele
Triumvirat , qui proclament
ledit Grand Maitre puis que
tout l'Ordre leur en confie
entierement
le pouvoir.
Je paffe au Service dont je
vous ay promis de vous entretenir
ce mois cy , & que Mr
le Duc de Noailles a fait faire
I iij
126 MERCURE
dans l'Eglife des Feuillans de
la rue faint Honoré , pour feu
Mrle Marechal Duc de Noailles
fon Pere.
Le grand Portail de cette
Eglife , & celuy de la court
étoient tendus de drap noir ,
fur lequel étoient deux bandes
de velours noir chargées
d'Ecuffons aux Armes du Défunt
; & l'on en remarquoit
un fur le grand - Portail qui
avoit plus de 12. pieds de haut
On entroit enfuite dans .
l'Eglife , & l'on étoit d'autant
plus furpris que rien ne paroiffoit
plus brillant ny plus maGALANT
127
gnifique , quoy que l'on eut
efté informé que Mr le Duc
de Noailles eut par modeftic
ordonné qu'on n'employaft
aucune figure , & qu'on retranchaft
mêmejuſqu'aux Attributs
dont on fe fert ordinairement
pour décorer les Reprefentations
que l'on éleve
pour ces fortes de Services.
Et en effet on n'y voyoit rien
de tout cela ; mais Mr Berin
Deffignateur ordinaire du Cabinet
du Roy , qui depuis un
grand nombre d'années a fait
tous les Deffeins des Pompes
Funebres qui fe font faites à
128 MERCURE
faint Denis & à Noftre- Dame
par ordre de Sa Majeſté , & à
qui l'on doit celle que Mr le
Prince d'aujourd'huy fit faire
dans l'Eglife de Noftre- Dame
pour feuë S. A. S. Monfieur
le Prince fon Pere , &
qui a paffé pour une des plus
belles chofes de cette nature ,
dont on ait ouy parler dans
aucun Siecle. Mr Berin , disje
, avoit fait dans cette occafion
, tout ce que l'Art & l'imagination
luy avoient pû
fournir pour orner l'Eglife
des Feuillans , & la Reprefentation,
d'une maniere qui proGALANT
129
duifoit un plus brillant effet ,
& furprenoit d'abord la vue ,
que d'autres n'auroient peuteftre
pû faire en employant
toutes les chofes dont on l'avoir
prié de ne fe point fervir;
& cependant avec du
Drap noir , du Velours , des
Ecuffons , des Chandeliers &
des Girandoles de fer blanc ;
mais dorées , & conftruites de
diverfes manieres avec un
grand nombre de lumieres , il
avoit compofé un tout enfemble
qui furprenoit tellement
qu'il falloit beaucoup
de temps pour déméler tout
130 MERCURE
ce que l'on voyoit.
Le jour de toutes les vitres
eftoit fi bien fermé , que l'Eglife
n'étoit éclairée que par
les lumieres qui reflechiffant
fur le Velours , fur les Ecuffons
dorez , & fur le grand
nombre de Chandeliers de diverfes
figures qui l'eftoient
auffi , formoient un fpectacle
brillant & lugubre tout enfemble
, ainfi que le demandoit
la Ceremonie pour laquelle
tout cet appareil avoit
efté dreffé .
Le Grand Autel de l'Eglife
des Feuillans eftant tres
GALANT 131
magnifique
, & l'Architecture
en eſtant toute dorée , on n'avoit
tendu de noir que les
fonds de cette Architecture
,
& cette tenture eftoit ornée
des Armes & des Chifres de
la Maifon de Noailles. Il
avoit au bas de grandes Girandoles
, qui portoient
des
flambeaux
qui finiffoient
en
maniere de Cierges. Les Cou
ronnemens
de l'Autel, & toutes
les Corniches
, eftoient
bordées de flambeaux
faits pareillement
en Cierges , & por
też par des fleurons dorez. Les
Autels de toutes les Chapelles.
132 MERCURE
étoient auffi tous illuminez ;
mais d'une maniere qui faifoit
plaifir à voir.
Toute l'Eglife eftoit tendue
de deuil , ainſi que vous
avez déja dû remarquer , & la
Tenture , qui commençoit au
deffus des Chapelles , montoit
jufqu'à la voute. Toute
cette Tenture étoit ornée de
deux lez de velours , femez de
larmes d'argent , & l'on voyoit
fur toute la tenture des Armoiries
& des Chifres de 7.
à 8. pieds de haut.
Il y avoit au pied de ces Armes
, des Girandoles dorées ,
GALANT 133
qui portoient chacune cinq
flambeaux , & la Corniche
qui regnoit au deffus du dernier
lez de velours, eftoit remplie
de flambeaux qui fortoient
d'un grand nombre de
fleurons dorez, & qui n'étoient
qu'à un pied de diſtance les
uns des autres .
Le Maufolée étoit fimple ;
mais de tres bon gouft , &
éclairé par un grand nombre
de flambeaux en maniere de
Cierges , portez par de tres
belles Girandoles dorées & ene
richies d'ornemens .
Le Poil fur lequel étoit la
134 MERCURE
Couronne & le Collier de l'Or
dre fur un Carreau de Velours
couvert d'un Crefpe , étoit
magnifique. Le Dais étoit fort
elevé au deffus de la Reprefentation
; il étoit enrichi des Armes
& des Chifres de Noailles ,
& de plufieurs ornemens convenables
. Il y avoit aux quatre
coins de la Reprefentation
quatre Officiers de la Connef
tablic.
On avoit ofté toutes le
Cloftures des Chapelles , &
même les Confeffionnaux , &
ces Chapelles étoient remplies:
de Perfonnes de diftinction .
GALANT 135
Ceux qui étoient affis dans les
rangs , n'étoient point elevez ;
mais il y avoit derriere eux plufieurs
Gradins qui étoient auf
fy remplis de plufieurs perfonnes
; de maniere , que tout le
terrain étoit fi bien menagé
qu'iln'en reftoit point d'inutile.
La Mufique étoit placée dans
les deux grandes Tribunes
qui font aux deux coſtez du
Maiſtre Autel & dans leſquelles
on avoit elevé des Amphiteatres.
Cette Mufique formoit
deux Choeurs , & elle
étoit compoféé de cent trente
Perfonnes , tant Muficiens que
136 MERCURE
Symphoniſtes . Elle étoit de Mr
Bernier , Maître de Muſique.
de la Sainte Chapelle , dont
la reputation cft connüc. Aufli
eft il dans une place qui a toujours
efté occupée par les
meilleurs Maîtres.
A la fin de la Meffe , tous
les Religieux , au nombre de
cent ou environ , parce qu'il
en étoit venu de quelques autres
Convens de Feuillans
fortirent de leur Chocur , tenant
chacun un Cierge. Ils
firent les prieres acoutumées
dans une pareille Ceremonie ,
devant la Repreſentation .
A B
C
D
E E
GALANT 137
Le Plan qui fuit vous fera
connoître l'ordre dans lequel
étoient placez tous ceux qui
ſe font trouvez à cette grande
Ceremonie .
L
A. Le Clergé , les Evêques
au premier rang , & les Abbez
aux rangs fuivans.
B. Les Officians.
C. Les Ducheffes , & autres
Dames.
D. E. Les Perfonnes de
diftinction qui avoient eſté
invitées.
F. Les Officiers de la Maifon.
Gbps sup diy
La Chaire du Predicateur .
Mars
1709.
M
138 MERCURE
X
G. Deux Prie- Dieu ; Tun fut
ocupé par Mr le Duc de
Noailles , & l'autre demeura
vuide .
H. Quatre Officiers de la
Marcchauffée aux coins de
la Repreſentation
.
Je devrois vous parler de
l'Oraifon funebre qui fut
prononcée par le Pere de la
Ruë ; mais je remets à vous
en entretenir ailleurs. Vous
conoiffez fon efprit , fon Eloquence
, & la beauté de fon
genie. Ainfi vous devez être
perfuadée que cette Oraifon
funebre a merité les aplaudiffe"
GALANT 139
mens qu'elle reçut de toute
l'Affemblée ; la Ceremonie
commença à onze heures, & ne
finit qu'à quatre heures aprés
midy , que l'on en fortit en
donnant de grandes louanges à
Mr le Duc de Noailles , fur
tout ce qu'il avoit fait pour
honorer la memoire de feu Mr
le Marechal fon pere.
Un Mylord de la Cour
d'Angleterre connu par fon il-
Jultre naiffance par le rang qu'-
il occupe dans cette Cour ,
& par fon merite , ayant demandé
à un de fes amis exactement
informé de tout ce qui
Miij
140 MERCURE
s'eft paffé dans la Cour d'Angleterre
depuis environ un fiecle
, un détail de tout ce qui
regarde la vie & les actions du
feu Chevalier Windebank ,
dont la memoire eft fi cherc
aux Anglois fideles à la Royale
Maifon de Stuard , cet Ami
luy a envoyé la Lettre ſuivante
, ce qui pourra un jour fervir
de Memoire pour la vie de
ce Chevalier , que les perfonnes
les plus qualifiées de la
Cour d'Angleterre fouhaitent
depuis fi long - temps qu'on
donne au Public. J'ay cru cette
Lettre digne de voſtre cuGALANT
141
riofité . Elle eft tres belle , trestouchante
, & tres- attachante ;
de maniere que la lecture , qui
ne peut eftre que tres utile ,
doit faire beaucoup de plaifir ,
& fur tout à ceux qui regarderont
les bontez de Dieu ,
qui voulant fauver l'ame d'un
homme qui avoit merité d'être
né Catholique , luy a donné
la grace dont il avoit befoin
pour mourir en profeffant
la veritable Religion. Cette
Lettre eftant hiftorique , doit
plaire à toutes fortes de
fonnes.
per
142 MERCUKL
A MONSIEUR
***
MONSIEUR .
Je fuis ravi que vous vous intereffiez
d'une maniere fenfible à
tout ce qui regarde le Seigneur de
Windebank, & que vous m'ayez
engagé à vous écrire toutes les
particularitez de fa vie. La fidelité
d'un Anglois de cette condition
, les circonftances fingulieres
de la vie de ce grand homme
,font dignes de voftre attention.
F'en fuis plus inftruit qu'an
autre parplufieurs Memoires qui
B
GALANT 143
me font tombez en main , & par
la connoiffance que j'ay de fon il
luftre & vertueufe fille la Reli
gieufe à qui fay pluſieursfois en
tendu parler des vertus de fon po
re , qu'elle exprime auffi bien par
fes regrets , que par fes recits.
Le Chevalier de Windebank ér
toit premierMiniftre deCharles I.
On ne peut avoir plus de candeur
d'integritéqu'il en avoir. Mais
-ayantfuccé l'erreur avec le lait ,
il avoit bien toutes les vertus
d'un honneste homme , mais il n'avoit
pas les lumieres d'un vray
Chreftien. Il naquit en 1582.
au mois d'Aouft. Son grand-pere 1
144 MERCURE
qui fut Gouverneur de Calais ,
avant que cette Place fut au nombre
des Conqueftes de la France ,
époufa une illuftre heritiere du
Pays de Galles , dont le pere avoit
rendu de grandsfervices à la Couronne
d'Angleterre
fous le regne
de la Reine Marie , fille aînée de
Henry VIII. fon fils qui fut
pere de François de Windebank
dont je vous parle , épousa auffi
une fille d'une illuftre Maiſon appellée
Timock , de la race des
"Champions du Roy , dignité à
laquelle appartient d'eftre en armes
lejour de la reception du Roy ,
e de maintenir fon droit à la
C
Couronne
GALANT
145
Couronne contre tous ceux qui le
voudroient
difputer. Mais
fansm
arrefter au détail de l'ancienneté
de la Maifon du Seigneur de Windebank
, je dois
feulement vous
dire ce qui s'eft trouvé de plus admirable
dansfa
perfonne . Ce n'est
point fur la gloire de fes Anceftres
qu'il a établi la fienne. Une vie
cultivée
par les belles Lettres
inftruite par les
voyages , polie par
le choix de la Societé , fut bientoft
dans un auffi beau naturel
que lefien , remplie des vertus qui
font un grand homme. La fageffe
l'éruditionqu'on luy
remarqua
dans fa jeuneffe , luy attirerent les
Mars
lars 1709 . N
146 MERCURE
fon
premieres Charges du Royaume.
Ilfutfait Secretaire d'Etat , &
il s'acquitta de cette Charge en
Heros. La Juftice eftoitfon Etoile
Polaire , fon courage
Zele pour le fervice du Roy , faifoient
qu'il ne trouvoit rien d'impoffible
pourvu qu'il fust juste.
L'on peut dire de ce grand homme
ce qui fut dit d'Agrippa : que
l'Empereur & la Republique
s'eftoient rendus un grand fervice
en luy donnant le Gouvernement
des affaires . C'eftoit
l'homme le plus humain qui ais
jamais efté. Quoique fa Religion
luy infpiraft une oppofition natu
GALANT
147
relle pour les
Preftres du
Seigneur,
fon
humanité le
rapprochoit de ces
hommes Saints. Il ne
pouvoitfupporter
la cruauté des Loix d'Angleterre
contre les Preftres ; & il
employa le pouvoirque fa Charge
de
Secretaire
d'Etat luy donnoit ,
pour accorder des Lettres de remiffion
à tous ceux qui estoientfurpris
dans
l'exercise des
fonctionsfacer
par cette fainte com
dotales ,
paffion , il fauva la vie àfoixan
te- quatorze Preftres.
Dans le tempsqu'il fut
premier
Miniftre
d'Angleterre
, l'intereft
des
Princes de
l'Europe
eftoit de
nepas laiffer une Paix fiprofonde
Nij
148 MERCURE
dans le coeur de l'Angleterre. La
facilité qu'il y avoit de faire entrer
la difcorde dans ces Etatspar
la difference des Religions des Ecoffois
des Anglois , Sujets
d'un même Roy , qui font comme
des animaux de differentes efpeces ,
attachez à un mefme joug , fit.
arriver une revolte ; enfuite l'herefie
confpira contre la perfonne
du Roy ; & aprés avoir répandu
fon fiel dans la plupart des coeurs
defes Sujets,ils commencerent leur
Rebellion , en ôtant au Roy les
yeux & les bras ; c'eft- dire fes
plus grands ,fes plusfideles & fes
plus éclairez Sujets. Le Viceroy
GALANT 149
d'Irlande , l'Archevefque de Cantorbery,
le Secretaire d'Etat
de Windebank ; furent accufez
au Parlement en la prefence
du Roy , d'avoir contrevenu aux
Loix du Royaume ; c'est- à - dire
d'avoir efté fideles au Roy en tou
tes chofes.
Le Chevalier de Windebank ,
voyant fa perte affurée , & ne
pouvant rien dire pourfa justifi-
"cation , qu'il ne fit connoître qu'il
n'avoit rien fait que fuivre les
ordres du Roy , demanda à Sa
Majefté la permiffiondefe retirer,
fa perte étant inevitable. Le Roy
le luypermit avec autant de dou-
Niij
150 MERCURE
de
leur que de promptitude ; mais ne
pouvant le deffendre prefent , il
nefongea plus qu'à se l'assurer
éloigné. Le Chevalier de Windebank,
n'eut que quatre heures
temps pourfaretraite. Le Vice-
Toy d'Irlande & l'Archevêque
de Cantorbery n'ayant pú fe
retirer affez toft , éprouverent à
Londres ce que Socrate fouffrit à
Athenes. Cefont des hommes dont
la memoire fera recommandable
dans tous les fiecles , pour avoir
donné leurs teſtes pour conferver
leurfidelité.
La Providence conduifit lespas
du Chevalier de Windebank , car
13
GALANT 151
il évita le danger d'eftre pris dans
grandVaiffeau où il s'eftoit em
barqué pour paffer en France en
changeant de Vaiffeau par une inf.
piration particuliere.
des bons
Dés qu'il fut en France , le
Nonce du Pape alla le voir pour
luy offrir toutes fortes de fecours
au nom de Sa Sainteté étant inf
truite de fa qualité
Offices qu'il avoit rendus à l'Eglife;
mais ce fidele fujet le réfufa
, craignant que cette communi
casion avec le Pape , ne fift tort
aux affaires du Royfon Maiftre.
Il avoit eftéfi dignement dans fa
profperité le foutien du Throne
N iiij
152 MERCURE
こ
d'Angleterre , qu'il n'avoit garde
dans fa vie privée d'avoir moins
en veuë tous les interefts de la
Couronne.
Difons de ce Miniftre ce que
Ciceron dit de luy même : Il ne
fut jamais fi grand que dans fa
chûte. Il eft auffi élevé dans fa
vie privée , que Ciceron le fut
dans fon banniffement. Ilpaffe de
l'application des affaires à l'étude
de la verité; il devint Philofophe :
comme Seneque fous Neron ,
Papinien fous Antoine , ont tous
deux fait les mêmes fonctions que
luy envers la Republique , ilfuivit
leurs maximes dans fa retraite.
GALANT 153
*
C'est dans cet état qu'il reçut
la confolation de voir Me fon Epoufe
& fes deux filles , qui ne
pouvant vivre fans luy , paffe
rent en France, & abandonnerent
tous leurs biens . Il ne jouit
pas long-temps de la douce focieté
de fon Epoufe , Dieu la luy enleva
. Cette perte luy caufa la
derniere douleur , & quoyqu'ilfe
vit dans ce même temps obligé de
retourner en Angleterre par
dre du Roy , il n'eftoit point detourné
de fon mortel chagrin ,
il ne donna que tres-peu de temps
à ce
voyage.
Tor-
Il difoitfouvent que toutes les
154 MERCURI
guerres inteftines de l'Angleterre
eftoient des châtimens de la vengeance
Divine qui punißoit les
violences & lesfacrileges de Henry
VIII. que Dieu rendoit le change
à la Reine Elifabeth qui avoit
favorife d'armes de finances la
Rebellion des Hollandois contre le
Roy d'Espagne , celle des Suedois
contre le Roy de Pologne ,
celle des Rochelois contre le Roy
de France.
Mais fi les fentimens de ce
grand homme étoient admirables ,
il luy manquoit cette grande qualité,
l'unique neceffaire : la ve
ritable Religion : hors du Sein
GALANT 155
de l'Eglife point de perfections ;
mais Dieu qui l'avoit formé d'un
naturelfi excellent , luy refervoit
une plenitude de graces aufquelles
ille preparoit par cette voye feure
de l'affliction.
Le Chevalier de Windebank
avoit fouvent avec les perfonnes
les plus doctes de grandes Confe
rences fur les veritez de la Religion
, mais quelques raiſons convaincantes
que Fon pût luy donner,
il ne fe rendoit point. Cette
heure de Mifericorde qui devoit
le faire paffer des tenebres à la
lumiere n'eftoit point encore venue,
Dieu qui fe fert des cho156
MERCURE
fes les plus fimples pour accomplir
les plus grandes , n'avoit encore
donné le grandjour de la verité de
noftre Religion qu'à une de ſes
filles qui s'étoit fait Catholique
fon infceu. Il fut inftruit de fa
converfion , il n'eut point contre
elle tout le reffentiment qui eft
ordinaire dans ces occafions. Cette
vertuenfe aimable perfonnefur
laquelle les Mifericordes de Dieu
Je répandoient avec abondance ,
eftoit toute embragée du defir de
la converfion de fon Pere. Elle
fut tres mortifiée quand unfaint
Preftre à quifon Pere avoit autrefois
fauvé la vie , vint pour luy
GALANT 157
de
fes
contoutfon
rendre le bon office de l'inviter àfe
convertir. Car fes raifons
prieresfurent fans effet . Le Che
valier de Windebank ne fe rendit
point àtoutes les preuves
viction que luy put donner ce
docte Prêtre qui auroit de tout
coeur defire de luy procurer la vie
Spirituelle, en reconnoiffance de la
vie temporelle que ce Seigneurluy
avoit confervée. Mais les afflie
tions ne l'avoient point encore af
fez preparé à la grace de la lumie
re . La douleur qu'il euft, en apre
nant la mort defonfils , àqui l'injuftice
venoit d'arracher la vie
fut le dernier trait des Miferi158
MERCURI
*
cordes de Dieu. Ce coup cruel
abatit ce naturelfier qui le faifoit
refifter à la grace qui le pourfuivoit.
Sa confternation dans ce ren
contre aida le zele de fa vertuenfe
fille qui ne manquoit aucune
occafion de l'éclaircir. Elle lay
parla avec tant de force & tant
de tendreffe , qu'elle ébranla la du
reté de fon coeur. Il lay promit
de faire attention à la Religion
Catholique , & d'examiner ferieufement
ce qu'il devoit faire.
pour cela. Peu de temps aprés , il
tomba malade. Sa fille attentive
au bonheur de fon Pere , profitoit
des moments qu'elle paffoit auprés
GALANT 159
de luy , & aprés avoir répandu
fes larmes devant Dieu , elle en
verfa devant luy. La fainteté de
fes exemples , l'onction de fes paroles
, &fur tout la Mifericorde
de Dieu briferent la pierre de fon
coeur. Une certaine lumiere inconnuë
pour luyjuſqu'alors , fe
répandit dansfon ame un Sentiment
interieur de foy & de conponction
le transporta de la region
des morts à la terre des vivans.
Il dit à fa fille qu'il reconnoiffoit
fon erreur , & auffi- toft ilfit af
fembler fa famille pour declarer
le deffein qu'il avoit d'abjurer
Herefie. Il luy dit : Scachez
160 MERCURE
que la refolution que je prens
aujourd'huy de me faire Catholique
, & de vivre & mourir
dans l'obeïſſance de l'Eglife
Romaine , ne m'eft point
venue par des confiderations
humaines , ni par le fruit des
diſputes que j'ay euës fur la Religion
: mais
de
par
la
feule
grace
Jefus- Chrift à qui il a plû
de regarder l'humilité & les
larmes de fa fervante , ma fille
que voilà.
On peut dans cette occafion
regarder cette vertueufe Demoi--
felle, comme exerçant lesfonctions
de l'Apoftolat. Dieu la preparoit
GALANT 161
à eftre fon épouse par ce Miniſtere
Saint , dont elle fuivit tout l'ordre
dans la fuite de la converfion de
Jon Pere. Comme la Providence
s'eftoit fervie d'elle pour conduire
Son pere à la lumiere de la verité,
elle s'en fervit auffi pour le con
duire à la gloire. Sa maladie eftant
'augmentée , il demanda le Sacrement
de Confirmation qui le fortifia
redoubla l'ardeur de fa
Charité. Safille pendant le cours
defes mauxfortifioit& admiroit
fa patience. Son coeur eftoit l'écho
des plaintes defon pere. Sa tendreffe
tuy faifoit fentir la moitié
de fes douleurs , pendant que par
Mars 1709. O
162 MERCURE
defa
fermeté elle relevoit le courage
de fon pere. Elle dont les larmes
avoient efté victorieuses quand il
s'eftoit agi de fa converfion ,
vint elle- même victorienfe de fes
larmes pour la confolation de fon
pere, & dans lacrainte de l'affliger
, elle fuivit par fes foins &
avecfes prieres , le trifte cours de
fes maux. Elle accompagna fes
foupirs, elle reçut fes leçons , elle
contempla fa foy jufques au moment
¸ ou la douleur& lapatience
le mirent dans le fein d'Abrabam.
Si le Chevalier de Windebank
n'a fervi de Perede famille que
1
GALANT 163
dans la derniere beure , il a ce-
& pendant reçu la même recompenfe
de ceux qui viennent de grand
matin. Dieu a tranché fes jours
dans les momens les plus faints de
fa vie. Il a voulu l'exempter de
la trifte vûë des miferes de fa
Patrie. Illuy a caché la tyrannie
de fa Nation : le Throne Royal
abatu , le Roy dépouillé de fon autorité
, ayant perdu fa couronne
&fa vie , tous les gens de bien
oppriniez la Puiffance ufurpée
par les Tyrans , les Eglifes prophanées
, la Religion abolie , la
rebellion d'un peuple ingrat , &
toutes ces calamitez publiques
O ij
164 MERCURE
le
a
aufquelles toute fa fidelité & fon
courage n'auroient pú remedier ,
Dieu les luy a cachées ; &par une
mifericorde particuliere pour cet
homme jufte, il ne l'a fait fortir
de fa puiſſance , que pour le faire
arriver à la perfection . C'est dans
dépouillement de fa grandeur
qu'il a reçû cette vive lumiere de
lafoy , qui a mis leprix aux oeuvres
de fa probité , & qui a fait •
parfaitement honnefte homme
, un veritable Chreftien. Tout
le cours de fa wie a eſté une préparation
à fa converſion. Ilfur
bon Sujet , bon Citoyen , bon Mary,
bon Pere , & bon Chreftien.
d'un
GALANT 165
Il prefera toujours l'intereft du
Prince , an fien ; l'intereft de fa
Patrie , à celuy de fa famille. Il
furEpoux fidele , Pere tendre
Chreftien accompli . Dansfes derniers
jours il vivoit defa foy, &
on peut dire
que fa Charité futfi
grande , qu'elle le mit dans la gloire
Dieu luy preparoit éternelle- que
ment.
Voila , Monfieur , un petit détail
de la vie , du caractère , &
des revers cruels qui font arrivez
au Chevalier de Windebank ,
premier
Secretaire d'Etat en Angleterre.
Je fuis avec une parfaite
confideration , voftre tres - humble
166 MERCURE
tres-obeïfant ferviteur , D.
Mr Merlin de la Ville de
Bouën , en Foreſt qui appartient
à Mr d'Hyvours ) dans
le Diocefe de Lyon , foûtint
il y a quelque temps des Thefes
de Droit Canonique dans
l'Eglife des Dames de Saint
Pierre de la même Ville . Elles
eftoient dediées à l'Abbeffe de
ce Monaftere , à la tefte def
quelles on voyoit fon Portrait.
Il les ouvrit par une Harangue
qu'il adreffa à cette Dame ,
où aprés l'avoir extremement
loüée , il mit comme fous un
coup d'oeil tous les Heros de
*
1
GALANT 167
{
fa maifon, parmi lefquels il parla
fort de FabiusLeon , qui s'alliaà
la Maifon Imperiale deLu
xembourg, deCharles qui s'allia
à celle d'Ailly, & enfin d'Almeric
Bienfaiteur de l'Abbaye
de Saint Pierre , & qui mourut
peu aprés le martyre de
Saint Irenée Evêque de Lyon ,
au commencement du troifiéme
ficcle de l'Eglife.
Mr Merlin acquit beaucoup
de gloire dans cette action ,
& il reçût de grands applau
diffemens pendant le cours de
la difpute ; on l'attaqua fur
toutes les difficultez les plus e168
MERCURE
pincufes de la Jurifprudence
Canonique , & il y en eut peu
fur lesquelles le Soûtenant
n'eût occafion de parler , & de
donner des
preuves
de fa ca
pacité. Mr Teraffon , Cuftode
de Sainte Croix , & Docteur
en Droit Canon , argumenta
long- temps & avec force ;
mais quelques fubtiles que fuffent
fes objections , Mr Mer
lin les refolut toutes avec beaucoup
de folidité , & ſans mar
quer le moindre embaras.
Toutes les perfonnes de naiſ
fance & de diftinction
de Lyon
affifterent à cet acte , & il y a
long- temps
GALANT 169
long- temps qu'on n'a vû dans
une pareille occafion une Affemblée
auffi belle & auffi
nombreuſe
. La plus grande
partie des Comtes de Saint
Jean y aflifta , de même
toute la Communauté des Dames
de Saint Pierre.
que
Mr Soubés , Licencié de
Medecine à Avignon y a ſoûtenu
une Theſe fur un fujet
affez fingulier , ayant pour
Prefident Mr Gaftaldi , Docteur
& premier Profeffeur dans
la Faculté d'Avignon . Une Dame
d'Avignon jeune & bien
faite a eu neuf enfans, que par
Mars
1709 . P
170 MERCURE
une tendreffe peu ordinaire
aux meres , elle a voulu allaiter
elle- même , excepté qu'aprés
avoir nourri pendant deux
mois le dernier , elle fut obligée
de ceder aux preffantes inftances
de fon mari & de le remetre
à une nourrice . Elle n'-
employa pour arreſter ſon laict
que des remedes fort communs
, fe repofant du reſte ſur
fa bonne & vigoureuſe conftitution
; elle eſtoit cependant
fujette à des foibleffes d'eftomach
, qui augmenterent confiderablement
quelque temps
aprés , avec une pefanteur , un
GALANT 171
grand dégoût , & de frequens
vomiffemens ; il en falut venir
aux purgations & au vin éme
tique , & la malade s'en fentant
foulagée , remit le reſte
aux forcés de la nature , & pafſa
ainfi 6. mois tantoft plus
mal tantoft mieux , jufqu'à ce
que les vomiffemens eftant revenus
plus violens , & la fievre
s'eftant declarée , il fallut recourir
au fecours de la Medecine.
En l'absence du Medecin
ordinaire Mr Gaftaldi fut appellé
, & ordonna deux fai
gnées & une forte medecine ,
laquelle demeura fans aucun
Pij
172 MERCURE
effet pendant 40. heures , &
fans que le fecours des clyſteres
pût la determiner à agir ;
enfin une prise de vin d'abfinte
empreint d'efprit de fouffre ,
fit operer le remede . La Dame
rendit vingt- cinq pierres , enfuite
52. & enfin 25. & elle
fe porta bien. Ces pierres étoient
de couleur blanchâtre
ou cendrées , de diverſes figures
, de differens poids , depuis
4. grains jufqu'à 30. & toutes
enfemble pefoient 2075.
grains ou 3. onces & 1 1 .
grains.
*
Mr Gaftaldy prétend , &
GALANT 173
MrSoubés la foutenu fous luy,
que le laict de cette Dame ne
pouvant plus couler dans fes
conduits ordinaires , & fe répandant
dans tout le corps , fe
dépofa principalement dans le
fond de l'eftomach comme
dans la partie la plus foible ,
où de la coagulation
, il paſſa
à la petrification , & il pretend
que les Eaux Minerales font
un bon remede en ces occafions
. Mr Schenekius Medecin
de Haguenau raconte
plufieurs Hiftoires qui ont
du raport à ce qu'on vient
de lire de la Dame d'Avi-
Piij
674 MERCUR E
gnon ,
dans fon Traité de la
generation de la Pierre ; mais
il n'en eft point de fi extraordinaire
que celle du fieur de
Lepine Maiftre d'Hoſtel de
Mr le Marquis de Caraman ,
& dont Mr Tolet , feul Operateur
du Roy pour l'extraction
des pierres , parle au 3°.
chapitre de fon Livre de la Lithotomie
: il dit que ce Maiftre
d'Hoftel l'avoit affeuré qu'il
en avoit rendu plus de 500. , &
qu'il luy en fit voir au moins
une centaine , en l'affeurant
qu'il en avoit donné un tresgrand
nombre ; ce Maiſtre
GALANY 175
d'Hoſtel luy permit d'en prendre
cinq , & il en remarqua
parmi celles qu'il vit , plufieurs
qui reffembloient fort à
des cailloux par leur dureté &
poliffure en quelques endroits ,
& comme s'ils euffent efté rompus
; il y en avoit de couleur
noire , d'autres d'un gris fale ,
& d'autres un peu blanchâtres
de toutes fortes de figures ir
regulieres. Mr de Lepine affeura
encore Mr Tolet , qu'il
en avoit rendu une qui pefoit
plus de huit onces. Il y en avoit
parmi celles qu'il luy fit
voir qui avoient plus de trois
P iiij
176 MERCURE
pouces de longueur & cinq
pouces de tour , & quelquesunes
faifoient du feu comme
des pierres à fufil . Mr de Lepine
ſe ſentit fort foulagé par
une vie reglée , par des purgations
réiterées de temps en
temps , & par l'uſage d'un fyrop
de fleur d'Eglantier , avec
de la poudre de cloporte ;
mais il en fouffroit une plus
grande douleur en urinant-
Mr du Pont , Gouverneur
de Pampelune a envoyé à Mr
de Bafville , Intendant de Languedoc
, une pierre fur laquelle
il y a une Infcription antiGALANT
177
que , & qui a efté trouvée
à
Calahorra
, Ville d'Espagne
fur les frontieres
de Caftille &
de Navarre . Voici la traduction
de l'Infcription
qui eft
latine : Je Bebricius
natif de Cálahorra
, ( qui fuis inhumé icy )
me fuis immolé aux Dieux Manes
de QUINTUS
SERTORIUS
,
m'eftant fait unfcrupule de Religion
de vivre aprés la mort de ce
grand homme , à qui les Dieux
immortels
fe communiquoient
toutes chofes , ( ou ) qui en toutes
chofes, eftoit femblable
aux Dieux
immortels
. Adieu , Paffant qui lis
cecy , & apprens , à mon exemple
en
178 MERCURE
à eftrefidele. Les morts quelques
dépouillez qu'ils foient de leurs
corps , ne laiffent pas d'eftre fenfibles
aux marques de fidelité. On
voit par ces paroles que c'eſt
icy l'épitaphe d'un Officier Eſpagnol
de la Ville de Calahorra
, creature de Sertorius , qui
avoit efté profcrit par Sylla ,
& qui s'eftoit refugié en Elpagne.
Cet Officier prévenu en
faveur de Sertorius , & perfuadé
, ainfi que ceux de fa nation ,
qu'il y avoit en ce General
quelque chofe de divin , s'eftoit
tellement attaché à luy qu'il ne
voulut point ſurvivre au malGALANT
179
heur de ce grand homme , &
que l'ayant vû miferablement
affaffiné par Marcus Perpenna
, Pretorien , il fe crut doublement
obligé par un devoir
d'amitié & de religion de mourir
& de fe facrifier aux Manes ,
de ce vaillant Capitaine . C'étoit
une choſe ordinaire parmi
les Grecs & les Romains de fa- .
crifier fa vie pour la Patrie ,
pour le Prince , & pour un
Ami , c'eft ce qu'ils appelloient
Devoverefe , c'est à dire , fe facrifier
, s'immoler ; c'eſt ainfi
que Codrus , Roy des Atheniens
fe livra à la mort , que
180 MERCURE
Curtius Chevalier Romain fe
jettá dans le gouffre qui s'étoit
ouvert à Rome , & qu'Alceste.
fe livra à la mort pour fauver
la vie à Admette fon époux .
Les Hiftoriens font remplis de
ces exemples d'une generofité
feroce qu'ils nommoient mal
à propos , pietas , cbaritas , de-
-votio.
Madame d'Avefnés , Prieure
perpetuelle du Monaftere de
Blye à Lyon , s'eftant trouvée
hors d'eftat à caufe de fon
grand âge & de fes infirmitez
augmentées par une chute
confiderable qu'elle a faite deGALANT
181
puis peu , de conferver
l'adminiftration
de fa maiſon , a refigné
fa Dignité à Me de Chandieu
Religieufe
de Sainte Colombe
lez Vienne . Cette jeune
Prieure eft d'une naiffance
tresdiftinguée
; elle eft foeur de M
de Lovaz & niece de M° la
au-
Marquife
de Leuville
présde qui elle a paſſé quelques
années avant qued'entrer
dans la Religion
; &
dans les divers voyages
qu'elle
a faits à la Cour avec Me fa
tante , elle y a eu l'approbation
de tout le monde , mais
la grace qui l'appelloit
à un
182 MERCURE
eftat plus parfait la retira du
monde , dans le temps qu'elle
pouvoit s'y former les plus
Aatteufes idées . Cette Dame
n'a que trente - cinq ans ; ainfi
elle eft dans un âge propre
travailler au rétabliſſement de
fa Maiſon , que le malheur des
temps a fait tomber dans
une trifte décadence. Me d'Avefnes
eft de Dauphiné , de
même que la nouvelle Prieure,
& d'une Maiſon auffi tresqualifiée.
Elle a gouverné cette
Maiſon aprés feuë Me de Châtillon
- Moyria. La nouvelle
Prieure eft proche parente de
GALANT 183
a
Me la Comteffe de Romans ,
de la Maifon de Bardonenche
& qui aprés avoir profeffé pendant
pluſieurs années la Religion
prétenduë reformée ,
embraffe la Catholique , où
elle donne de grandes marques
de fon zele & de fa pieté. Me
de Blie cft auffi parente de Mr
& de Me de Saint - Etienne
& de Mr de Guiffrey , Confeiller
au Parlement de Grenoble.
Le Monaftere de Blye
eftoit autrefois dans le Bugey
, où il y a encore un Village
de ce nom . Mrs du
Chapitre de Saint Paul ſe di184
MERCURE
fent les Patrons de ce Prieuré ;
il y à long temps qu'ils n'y ont
nommé , car les Prieures depuis
prés de cent ans fe le font
refigné les unes aux autres , cè
qui eft d'autant plus fingulier
qu'il eft rare de voir des Benefices
de Filles de Patronage Ecclefiaftique.
Dame N.... de la Riviere ,
Abbeffe de Nôtre - Dame de
Bons , Ordre de Citeaux , Diocefe
de Belley , eft morte dans
de grands fentimens de pieté.
Elle a eu la confolation en
mourant de voir fon Abbaye
rétablie par fes foins & par fa
ร
GALANT 185
prudence. Elle avoit fuccedé
feue Me du Chatelart
,
d'une ancienne maifon de Dauphiné
, & celle - cy à Me de
Laigues . Me de la Riviere laiffe
deux freres & deux fours .
Les deux freres ont eſté Capitaines
dans le Regiment
Lyonnois , & le Cadet , nommé
le Chevalier de la Riviere ,
en a efté Major. L'une des
deux filles eft Prieure d'un
Convent de l'Ordre de Fontevrault
en Forez , & l'autre eft
Carmelite
à Lyon . M l'Abbeffe
de Bons avoit efté Religieufe
à la Cofte , en Dauphi-
е
Mars
1709.
186 MERCURE
"
né ; elle eftoit âgeé de foixantecinq
ans .
M' le Comte de Reventlau ,
grand Chancelier de Dannemarck
, eft mort dans une de
fes terres de Jutland . C'eſtoit
un des Seigneurs des plus qualifiez
de la Cour de Coppenhague.
Il eftoit même allié à
la Royale Maifon d'Oldembourg
par deux endroits . Le
feu Roy de Dannemarck avoit
en luy beaucoup de confiance ,
& il l'avoit employé à des affaires
d'une conféquence tresgrande.
Il joignoit à une valeur
éprouvée dans les guerres
GALANT 187
de fon temps , une grande habileté
dans le Miniftere. Il
煎
avoit efté à la tefte du Confeil
fous le regne precedent & fous
celuy- cy il n'a pas eu moins de
part aux affaires . Sa Maifon eft
originaire de la Ville de Hambourg.
Il laiffe des enfans dont
l'aîné afort brillé en cetteCour,
demeuré quelques années icy ,
où il a fait une figure convenable
à fon rang & à fa qualité.
Il paffoit en ce temps là
pour un homme des mieux
faits , & il eftoit tres- habile
dans fes exercices. Le nom de
Reventlau eftoit déja connu
e ij
188 MERCURE
en Dannemarck fous le regne
de Chriftierne II. & ce fut un
Scipion de Reventlau qui contribua
le plus à la dépofition
de ce Prince , qui avoit rempli
le Dannemarck & la Suede de
meurtres & de carnages . Frederic
fon oncle & fon fucceffeur
fe fervit utilement de fes
confeils , & l'employa dans
toutes les affaires qui fe pafferent
fous fon regne .
Je repaffe en France , où eſt
le veritable fejour de la magnificence
& de la galanterie ,
qui ne quitte point la Princeffe
à qui les Vers fuivans font
adreffez
GALANT 189
A MADAME
LA DUCHESSE
DU MAINE.
SONNET.
Princeffe
,
Rinceſſe , vous joignez , à voſtre
caractere ,
Les attributs de l'ame , & les beau.
tez du corps ,
Etpar le compofé , de ces nobles accords
,
Vous fçavez devenir , maiſtreſſe en
l'art de plaire ,
&
Voftre efprit autrefois , appliqué fur
la Sphere ,
190 MERCURE
DesLignes & des Points , a connu
les rapports ,
Des Globes lumineux , a mefuré les
Corps ,
Et la declinaifon de l'Etoilepolaire .
ន
La Reine d'Albion , que l'onfert à
genoux,
Famais dans fonWithall , n'a brille
comme vous ,
Dés qu'à Seaux les Zephirs , careffent
la Jonquille
2
Vos doux amusemens , dont le mon
de eft charmé
Caufent plus de plaifir , que n'en
donne Spadille ,
Quand fur Bafte , & Manille , il
rentre à Point nommé.
Ce Sonnet eft de M' Caſſan.
GALANT 191
386
Si l'on entreprenoit de donner
les louanges qui font duës
à la grande Princeffe qui fait le
fujet des Vers que vous venez
de lire , des volumes entiers
ne fuffiroient pas . La
grande naiffance fe trouve en
cette Princeffe avec un eſprit
fuperieur. Il y a peu de Sciences
dont elle n'ait une teinture
, & il s'en trouve même
qu'elle fçait à fond . Il eſt
difficile de porter un jugement
plus jufte fur tous les Ouvrages
, & même d'Erudition , &
de fe connoiftre mieux en Poëfie
. Auffi perfonne ne pronon192
MERCURE
ce - t-il mieux des Vers que cette
Princeffe , & l'on les trouve
fouvent beaucoup plus beaux
dans fa bouche qu'ils n'ont
paru fur le papier. Sa generofité
va au de là de tout ce que
l'on peut imaginer ; de maniere
que l'on peut affurer qu'elle
n'a rien à elle . On peut dire
que lors qu'elle tient la Cour à
Seaux , on prendroit ce lieu
pour le Palais de la Magnificence
, & que cette Princeffe y
eſt toujours accompagnée
des
Graces , des Mufes , des Jeux ,
& des Ris . Elle doit eftre regardée
comme un parfait Modelle
GALANT 193
delle de la plus haute vertu , &
l'on ne peut pouffer plus loin
l'amour
conjugal que celuy
qui fe trouve entre cette Princeffe
& le Prince fon Epoux ,
dont l'efprit folide & brillant
eft generalement reconnu , &
dont les Lettres peuvent paſſer
pour des Chefs d'oeuvres. Il
n'y a point d'exageration
dans
ce que je viens de vous dire de
leur amour Conjugal , puis
que le plus grand Prince du
monde , a ſouvent dit , qu'il
devoit fervir
d'exemple.
Aprés vous avoir entretenu
d'une Princeffe qui parle fi bien
Mars
1709. R
194 MERCURE
腻
& fi jufte , je paffe à l'article
d'une femme qui ne laiffe pas
de parler quoy qu'elle n'ait
point de Langue .
On écrit de Lisbonne que
Mr le Comte d'Ericcyra , l'un
des plus grands Seigneurs de
Portugal , y a amené une fille
agée de 17 ans qui eft venuë
au monde fans Langue & qui
ne laiffe
pas de parler. Elle eft
née à Monfaraz dans le territoire
d'Elvas . Il ne paroift
dans fa bouche aucun veftige
de Langue ; mais elle s'apperçoit
qu'elle en eft privée lors
qu'elle veut manger , car il
GALANT 195
faut qu'elle mette un doit dans
fa bouche pour tourner les
Alimens , fonctions propres à
la Langue . Cette fille dit qu'elle
fent les gouts differens , &
qu'elle diftingue même la qualité
des Alimens. Ce qu'il y a
encore de furprenant en elle ,
eft qu'elle articule fort bien ,
quoy que le fon de fa voix foit
femblable à celuy des vieilles
gens , & fur tout des perfonnes
à qui le grand âge à fait
tomber toutes les dents. Mr le
Comte d'Ericeyra , qui a un
gouft naturel pour tes belles
Lettres , & qui a fort cultivé
Rij
196 MERCURE
le talent qu'il a pour la Poëfie
, a fait de tres jolis Vers fur
ce fujet . Leurs Majeſtez Portugaifes
ont voulu voir cette
jeune fille , & luy ont fait plufieurs
queſtions aufquelles elle
a répondu fort pertinemment.
Je reviens de Portugal en
France.
Je crois que vous vous fouvenez
de Mr de Saint Gilles
l'Enfant , puifque dés le temps
que j'ay commencé à vous écrire
des nouvelles , je vous ay
envoyé fes premiers Ouvrages
, & particulierement des
Fables qui curent l'avantage
GALANT 197
de vous plaire , & qui recurent
de grands aplaudiffemens dans
le monde. Les progrés qu'il fit
dans les Belles Lettres dans un
âge peu avancé ne le toucherent
pas affez pour l'engager à
s'y attacher entierement ; il ne
regarda fes Ouvrages que comme
un amuſement , & ayant
refolu de prendre le parti de
la guerre , il fe mit dans les
Moufquetaires dont quelques.
années enfuite il devint Sous-
Brigadier , & quelque temps
aprés il eut lo'rdre de Saint La
zare qui eftoit fort confiderable
en ce temps - là à cauſe des
R
iij
198 MERCURE
Commanderies que les Chevaliers
de cet Ordre avoient
lieu d'efperer ; mais les mouvemens
qu'il y eut enfuite
dans cet ordre reculerent pour
un temps les efperances de
ceux quieftoient les plus avancez.
Mr le Chevalier de Saint
Gilles eftant fort eftimé dans
fon Corps,avoit refolu d'y refter
, afin d'y monter par degrez
aux premiers Emplois ;
mais ayant efté bleffé & fait
prifonnier à la bataille de Ramillies
, on n'a pû depuis ce
temps -là apprendre de fes nouvelles
; ce qui a donné lieu de
GALANT 199
croire qu'il eft mort de fes
bleffures.
Ses premiers Ouvrages de
Poëfie ayant beaucoup réüffi ,
ainfi que je viens de vous le
marquer , il a efté tellement
follicité de donner de temps
en temps des Ouvrages de fa
veine , qu'il n'a pû s'empefcher
de fatisfaire là - deffus les perfonnes
qui luy en demandoient
; mais quoyque fa con.
verfation ne fuft pas des plus
vives , & qu'il parût froid à
ceux qui ne le connoiffoient
pas , fes Ouvrages ne laiſſoient
pas d'avoir beaucoup de feu.
R
iiij
200 MERCURE
Ils eftoient tous remplis d'efprit
, & d'une fine raillerie qui
les faifoient fouhaiter. On a
pris foin de ramaffer aprés fa
mort ce que l'on a pû en trouver
, & d'en faire un Volume
fous le titre de La Muſe Mouf
quetaire , Oeuvres Pofthumes de
Mr le Chevalier de Saint Gilles.
Ce Volume fe vend au Pa
lais , chez Guillaume de Luy
nes , à l'entrée de la Gallerie
des Prifonniers , à l'Image Nôtre-
Dame.
Auguſtin Hebert , à l'entrée
de la Grand' Salle , vis - à - vis la
Chapelle , à l'Image . Sainte
Anne.
GALANT 201
La veuve François Mauger
, au quatriéme Pilier de la
Grand' Salle , au Grand Cy
rus. T M.
La veuve J. Charpentier ,
au fixiéme Pilier de la Grand
Salle, à la Couronne d'or .
J'ay oublié de vous dire que
Mr le Chevalier de Saint Gilles
avoit efté Page de la petite
Ecurie, avant que d'entrer dans
les Moufquetaires .
Les Effais de Gravure que
Mr Bourdon , Maiftre Graveur
à Paris a commencé à donner
au Public depuis quelques années
, ont eu affez de fuccés
202 MERCURE
pour l'engager à les continuer ,
& il vient d'en donner un troifiéme
Livre au Public , intitulé
Effais de Gravure où l'on voit
de beaux Contours d'Ornemens ,
traitez dans le goût de l'Art ,
propres aux Horlogeurs , Orféures
, Cizeleurs , Graveurs ,
à toutes perfonnes curieuſes .
Toutes les Planches qui
compofent ce Livre font
faitement bien gravées , & font
plaifir à la veue. Il fe vend
chez l'Auteur , à la Place Dauphine.
parGALANT
203
A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
HE
SONNET.
Eros , ane gloire nouvelle
Va fignaler vofire valeur :
Le monde entier à votre zele
Devra la fin de fa douleur.
Ef- il une verta plus belle
Que celle d'un genereux coeur ,
Qui pour la caufe paternelle
Combat l'univerfel malheur...
3
c'eft pour unfils & pour un pere :
Le Ciel n'y peut eftre contraire
204 MERCURI
Et la terre doit fe flater ,
@
Qu'enfes generales alarmes ,
Puifque vous avezpris les armes ,
Vous allez les faire quitter.
Ce Sonnet eft de Mr de
Meffange dont je vous ayfou
vent envoyé des Ouvrages qui
ont efté fort applaudis . Je ne
vous dis rien du Prince à qui
il eft adreffé , vous ayant fait
le mois paffé un portrait de fes
principales actions.
:
Mre Jerôme Bignon , Confeiller
d'Etat & Prevoft des
Marchands , a efté reçû à l'Academie
des Inſcriptions , à la
GALANT 205
place d'Academicien Hono
raire , vacante par la mort du
feu Pere de la Chaife , Confeffeur
de Sa Majesté.
Je ne vous ay point parlé
de ce Pere , à l'occafion de fa
mort , ayant eu lieu de vous
en entretenir plufieurs fois depuis
trente- quatre années qu'il
eftoit Confeffeur de Sa Majefté.
Ainfi je n'aurois fait que
repeter une grande partie de
ce que je vous ay fouvent dit
de fa perfonne , & de fon illuftre
famille , remplie d'un
grand nombre de perfonnes
de diftinction , & qui tien206
MERCURE
nent un rang confiderable
dans l'Epée & dans l'Eglife .
Le Roy a nommé pour fon
Confeffeur , en la place du deffunt
, le Reverend Pere Michel
le Tellier , Provincial dest
Jefuites de la Province de
France , connu par differens
Ouvrages de Belles Lettres &
de Religion
.
Je viens au grand Article
que vous attendez ; c'eſt à dire
à celuy qui regarde la mort de
S. A. S. Monfieur le Prince
de Conty. Mais comme generalement
toutes les nouvelles
publiques imprimées en EuroGALANT
207
pe , n'ont parlé que du Ceremonial
touchant ce qui s'eft
fait aprés la mort de ce Prince,
& que toutes ont repeté la
même chofe , fans qu'il y eut
un feul mot de changé dans
leurs Relations , je dois avant
que de vous faire le même détail
dans lequel je fuis auffi
obligé d'entrer , afin
ne manque
à un morceau
d'Hiftoire qui doit être d'aucant
plus curieux que l'on à
temarqué que jamais l'on n'a
conduit à pied le Corps d'un
Prince du fang , de fon Hoftel
dans aucune Eglife , ce qui
que rien
208 MERCURE
fi
s'eft fait
aparemment parce
que le trajet n'étoit pas long ,
& ce qui n'honore pas moins
la Memoire du Défunt que
fon Corps avoit efté tranſporté
autrement un Prince du
Sang , & des Ducs & Pairs de
France , l'ayant acompagné
à pied . Je dois , dis je , avant
que de vous entretenir de tout
ce qui s'eft fait aprés la mort
de ce Prince , vous aprendre
ce qui s'eft paffé pendant les
derniers jours de fa vie , &
dans fes derniers momens. Je
fuis perfuadé que ce que j'ay
à vous en dire vous paroitra
GALANY 209
recherché avec foin , & qu'il
eft prefque impoffible qu'il
ne tire des larmes de la plus
grande partie de ceux qui le
liront . Quoy que ce détail foit
long , j'aurois pu l'étendre davantage
; mais je n'ay voulu
vous mander que ce que j'ay
fçutres certainement , & dont
je n'ay aucun lieu de douter .
Voicy donc les difpofitions
dans lesquelles ce grand Prince
étoit en voyant aprocher la
mort , & les voyes dont il s'eft
fervi pour les faire connoître.
Pendant que la maladie dont
il eftoit attaqué pouvoit eſtre
Mars
1709. S
210 MERCURE
dangereufe , vû le progrés qu'
elle faifoit en peu de temps , il
fit demander S. A. S. Madame
la Princeffe , qu'il avoit déja
vûë plufieurs fois ; il luy parla
quelque temps en particulier ;
& comme les chofes les plus
fecrettes fe découvrent aifément
' , on fçut d'une maniere
à n'en pouvoir douter , qu'il
s'eftoit repofé fur cette Princeffe
du foin de l'avertir fi on
le trouvoit plus en danger qu'-
il ne fe voyoit. Il luy dit même
dans ce moment , qu'il ne crai
gnoit , ny ne fouhaitoit la mort ,
& qu'il eftoit preft de donner des
GALANT 211
marques defa refignation aux vo
lontez de Dieu eſperant toutdefa
mifericorde. Il la laiffa même
maiftreffe de luy choifir le Confeffeur
qu'elle jugeroit à propos
; ce qui fit beaucoup de
plaifir à cette vertueufe Prin
ceffe , à fa famille , & à toute
fa maiſon. Cette Princeffe ne
perdit point de temps ; voyant
qu'il n'y avoit point de diminution
dans les accidens de fa
maladie , le Pere de la Tour ,
General de l'Oratoire , homme
d'un merite diſtingué , &
qui depuis long- temps voyoit
ce Prince familierement , fur
Sij
212 MARCURE
celuy qu'elle choifit . Il eut avec
ce Prince plufieurs entretiens
pendant trois jours , & il le
difpofa à recevoir dignement
le Viatique .
Le Pere dit en fortant d'auprés
de ce Prince les larmes
aux yeux , qu'il n'avoit jamais
connu d'homme plus éclairéfurfa
Religion , & qu'il avoüoit fans
honte qu'il en avoit efté inftruit&
édifié. Ce Prince reçût le Viatique
affis dans fon fauteüil ;
Monfieur le Comte de la Marche
fon fils , alla le recevoir à
la grande porte de fon Hoſtel ,
& le conduifit jufques dans fa
GALANT 213
chambre ; il y avoit dans cette
chambre un cercle de paravents
qui pouvoit empêcher de
voir facilement. S. A. S. les
fit ranger , en difant : qu'Elle
avoit donné pendant ſa vie d'affez
mauvais exemples pour que
fon Fils & le reste de fa Maiſon
fuffent les témoins de celuy que
Dieu luy faifoit la grace de leur
donner dans ce moment , & qu'-
Elle fouhaitoit qu'ils en profitaffent.
Ce Prince communia
avec beaucoup d'humilité , &
J
l'on peut dire que ce fut auffi
avec une grande édification
pour tous ceux qui estoient
preſens.
214 MERCURE
Pendant tout le temps de fa
longue maladie qui fut accom
pagnée de crainte & d'efperan
ce pour fa vie , le Pere de la
Tour le vit affiduèment tantoft
familierement & tantoft
en particulier ; mais le mal augmentant
de plus en plus ; le
Mercredy matin 20. Fevrier ,
ce Prince ayant touché fon
poulx luy-même , il fit appeller
un Medecin en luy prefentant
la main , auquel il dit : Vous
allez trouver un poulx bien étran
ge. En effet , il fit demander le
Pere de la Tour qui refta quelque
temps avec luy. On luy
GALANT 215
apporta le Saint Sacrement ſur
les onze heures ; il demanda
Monfieur fon Fils , & en l'embraffant
, il luy dit : Vous eftes
bienheureux que voftre âge pen
avancé ne vous ait point mis à
portéede prendrepour exemples les
mauvais que j'aurois pú vous don
ner ;il luy dit auffi que les premeres
obligations d'un Prince
Chreftien eftoient de s'attacher à
Dieu avant toutes chofes , & que
c'eftoit le feul bien folide & affuré
; il luy recommanda enfuite
d'eftre fidele au Roy. Il fit venir
le Gouverneur & le Precepteur
de ce Prince aufquels il
216
MERCURE
parla fort longtemps ; il auroit
demandé Mefdemoifelles de
Conty & de la Roche -fur -Yon
fes deux filles qu'il aimoit tendrement
, fi la fanté delicate
de la premiere n'avoit eſté alterée
par la douleur qu'elle
reffentoit de voir les jours de
ce cher Prince en danger ; ce
Prince dit même que ce moment
feroit trop trifte pour elle , S. A. S.
Madame la Princeffe eftant
rentrée feule dans fa chambre ,
refta quelque temps avec luy.
Il la pria d'aller chercher Madame
la Princeffe de Conty ,
elle revint avec elle , foûtenue
de
GALANT 217
de S. A. S. Monfieur le Duc ;
cette Princeffe faifoit compaffion
; fes pleurs & ſes cris ne
permirent pas qu'elle demeuraft
long temps auprés de ce
Prince , & aprés l'avoir embraffée
; je vous demande pardon ,
Madame , luy dit il , de tout ce
que j'ay pu faire contre ce que je
vous devois. Mr le Duc la mena
chez elle ; on peut juger de
la tendreffe qu'elle avoit pour
ce Prince par fon affiduité , &
par fes veilles continuelles
puifqu'elle ne l'a pas quitté un
moment pendant le cours de
toute fa maladie , & que dés
Mars
1709.
Τ
218 MERCURE
V
le commencement elle avoit
fait mettre dans fa chambre
un lit de repos , qui ne luy fervit
que pendant quelques nuits
que le Prince pafla aſſez bien ;
il employa une partie de l'aprés
dinée à difpofer de quelque
argent qu'il avoit dans ſa
caffetté dont il donna une partie
au Pere de la Tour pour
faire des charitez independamment
de ce qu'il luy fit donner
parfon Tréforier, & l'autre partie
pour des gratifications qu'il
vouloit faire à quelques uns de
fes domestiques. Ce Prince ne
laiffa pas de voir quelques amis
">
GALANT 219
4
particuliers ; fur les dix heures
du foir il fit connoiftre au Pere
de la Tour qu'il feroit bien
aife de recevoir l'Extrême Onction
avec connoiffance , puifque
Dieu luy faifoit cette grace
: on la luy aporta , & fe
trouvant alors plus tranquile
il demanda de l'ancre & du pas.
pier , & il écrivit à Monfieur
le Duc. Il paffa le refte de la
nuit dans fon fauteuil ; le lendemain
matin en s'adreſſant à
Mr le Comte de Syllery , il luy
que l'agonie d'un jeune dit: ab
que
homme
eft longue
. Il fit venir
enfuite
les principaux
domeſti-
Tij
220 MERCURE
ques de fa maifon ; il les embraffa
tous , & il leur dit à
Dieu ; il fit auffi aprocher fes
valets de chambre , & il leur
donna fa benediction en leur
difant ; à Dieu mes enfans , pardonnez-
moy les chagrins que j'ay
pú vous donner. Sur les cinq
heures du foir il appella luymême
le Pere de la Tour qui
eftoit alors prés de la cheminée
: mom Pere , luy dit - il , je
vous recommande encore que
m'enterre en ma Parroiffe de S.
André des Arcs , au même, endroit
où eft Madame ma mere. Il
vit encore quelques - uns de fes
Pon
GALANT 221
la
amis qu'il embraffa pour
derniere fois : comme il fouf
froit beaucoup , & qu'il avoit
refté dans fon fauteuil depuis
le mercredi matin , on luy pro
pofa de fe mettre au lit ; il répondit
qu'il mourroit dans le
mouvement qu'il feroit obligé de
faire, & qu'il vouloit mourir dans
fon fauteuil : pendant tout ce
temps les Medecins luy toucherent
fort fouvent le poulx ;
il leur demanda plufieurs fois
cela fera-t-il bien-toft fini
bien cela fera-t-il bien- toft fini ;
& comme il fe le touchoit luymême
, il trouva qu'il eftoit .
I iij
222 MERCURE
devenu aſſez fort , ce qui luy
fit dire en élevant fa voix : ob
je n'y comprends plus rien . Sut
les neuf heures on luy donna
de l'or potable qui ne produi .
fit aucun effet ; ce qui joine
aux intermittences du poulx ,
fit juger qu'il n'iroit pas
Le Pere de la Tour & Mr l'Abbé
de Fleury qui depuis longtemps
ne le quittoient plus ,
loin.
l'entretinrent fur l'Ecriture
Sainte , & luy citerent des paffages
qu'il repetoit avec eux ,
& qu'il repetoit feul enfuite ;
entr'autres il repeta plus volontiers
celuy cy hùc ure hic
GALANT 223
feca dum parcas in æternum : il
demanda au Pere de la Tour
s'il pouvoit efperer que Dieu luy
feroit la grace de le fauver , & ce
Pere luy ayant dit qu'il devoit
l'efperer de fa mifericorde , il
parut dans ce moment , autant
qu'on le put juger , qu'il en
reffentoit une joye fecrette :
dans les momens qu'il fouffroit
il s'adreffoit à Dieu &
luy offroit fes maux , & dans
d'autres il difoit ; oui mon Dien
vous mefauverez , oüi vous me
fauverez.
Cinq heures avant que de
mourir il baiffa les yeux , & il
Tiiii
224 MERCURE
8
les ferma tout -à- fait ; ils n'avoient
encore rien de terne,
comme il arrive ordinairement
aux approches de la mort :
on dit alors les pricres des agoniſans
, quoyqu'il confervaft
toujours l'oüye & la parole
; on luy demanda un inftant
avant fa mort s'il entendoit
encore , & comme on ne
put difcerner s'il difoit oui , il
ferra la main de celuy qui le
luy demandoit. Le moment fatal
n'arrivant point , il demanda
une feconde fois les mêmes
prieres que l'on avoit dites :
enfin fur les huit heures du maNGALANY
225
1
tin le Vendredy 22. Fevrier ce
Prince qui estoit fi generale
ment eftimé & aimé rendit fon
ame à Dieu avec la fermeté
d'un Heros Chrêrien .
Ce Prince eftoit dans fa
quarante - cinquième année. Il
eftoit fils d'Armand de Bour
bon Prince de Conty , Comte
de Pezenas , Baron de Fére en
Tardenois , S' de l'Me - Adam ,
Chevalier des Ordres du Roy
& Gouverneur de Languedoc .
Il eftoit né à Paris le 1 r . d'Oc
tobre 1629. Il avoit efté def
riné dés fa jeuneſſe à l'Etat Ecclefiaftique
par fon Pere , qui
226 MERCURE
I
le fit pourvoir des Abbayes de
S. Denis , de Cluny , de Lerins,
& de Moleſme , qu'il quitta
depuis pour embraffer le parti
des Armes , & il avoit efté
nommé Gouverneur de Guyenne
, l'an 1654. & General des
Armées du Roy en Catalogne,
où il prit Villefranche , Puycerda
& Caftillon. L'année fuivante
le Roy luy donna la
Charge de Grand - Maistre de
fa Maiſon , & il l'envoya commander
fon Armée en Italie
avec le Duc de Modene , où il
affiegea l'an 1657. la Ville
d'Alexandrie. En 1660. ilfut
GALANT 227
mourut
pourvû du Gouvernement de
Languedoc , ayant remis celuy
de Guyenne entre les mains du
Duc d'Epernon. Il reçut le
Collier de l'Ordre du S. Efprit
à la nouvelle création des Chevaliers
faite en 1662. & il
à Pezenas le 21. de
Fevrier de l'an 1666. fon corps
fut enterré dans la Chartreufe
de Ville - neuve - d'Avignon
ainfi qu'il l'avoit ordonné .
Il avoit épousé en 1654. dans
la Chapelle du Louvre , Anne-
Marie Martinozzi ,fille puiſnée
duComte Jerôme Martinozzi,
Romain , & de Marguerite
228 MERCURE
Mazarin , foeur aînée de Jules-
Mazarin , Cardinal & premier
Miniftre d'Etat ; elle mourut
le 4. Fevrier 1672. âgée d'environ
trente - cinq ans . Son
Corps fut enterré dans l'Eglife
de Saint André des Arcs , au
cofté gauche du grand Autel,
Cette Princeffe eftoit regar
dée comme un Modelle de
vertu , & je dois raporter icy
un fait qui peut faire connoitre
la fainteté de ſa vie ,
s'il m'eft permis de parler
ainfi. Elle fe reveilla une nuit ,
& ayant demandé des nouvelles
de fes Enfans , on luy
GALANT 229
raporta qu'ils étoient en bon
état , & dormoicnt
d'un profond
fommeil
. Elle repartit ,
qu'onon les eveille & qu'on me
les amene , ce qu'elle dit avec
une emotion qui furprit , &
dont on ne pouvoit deviner
la caufe. On obeït afes ordres,
& à peine furent ils entrez
dans fa Chambre, que le plancher
de celle dont on venoit
de les retirer fondit . On doit
juger par là , qu'elle étoit bien
infpirée , & que Dieu ne vouloit
pas qu'elle eut la douleur
de voir perir fes Enfans . Cette
Princeffe avoit eu 3. Enfans ,
ح ا ر م
230 MERCURE
fçavoir.
N.... Prince de Bourbon ,
né à Paris le 6. de Septembre
1658. & mort le 14. du mê .
me mois ; il fut enterré au
Convent des Carmelites du
Fauxbourg S. Jacques .
1
Louis de Bourbon Prince
de Conty , Comte de Pezenas
&c. né a Paris le 4. d'Avril
l'an 1661. il fut batifé dans
la Chapelle du Louvre , &
nommé Louis , par le Roy , &
par la Reine fa Mere le 28.
Fevrier 1662. Ce Prince eſt
mort fans avoir d'enfans de
N. de Bourbon , legitimeé de
GALANT 231
France , qu'il avoit epoufée.
Cette Princeffe étant tombée
malade , de la petite verole ,
la grande paffion qu'il avoit
pour elle fut cauſe qu'il ne
la quitta point pendant le
cours de fa maladie , & qu'il
gagna le mal dont il est mort
& dont cette Princeffe eut le
bonheur de rechaper. Elle
brille aujourd'huy à la Cour
dont elle fait l'un des principaux
ornemens , ſous le nom
de Princeffe Douairiere de Conty.
A peine cut- elle paru
dans le monde , qu'elle fut
regardée comme l'une des
232 MERCURE
1
1
plus belles perfonnes de fon
fiecle , & que fon air majeftueux
faifoit connoiſtre
le fang dont elle étoit fortie.
Le troifiéme fils d'Armand
de Bourbon & d'Anne Maric
Martinozzi , eftoit François
Louis de Bourbon , Prince de
la Roche- fur-Yon , né à Paris
le 30. d'Avril 1664. qui vient
de mourir . Le Roy l'avoit fait
élever en 1672. avec le Prince
fon frere , dont je viens de
parler , auprés de Monseigneur
le Dauphin : il fit avec le Prince
fon frere la Campagne
d'Hongrie en 1683. & il s'éGALANT
233
toit fort diſtingué à la bataille
de Gran , comme il avoit fait
enfuite aux combats de Steinkerque
& de Nerwinde : ce
Prince avoit même fait une
Relation de cette derniere affaire
, que je vous ay envoyée
dans une de mes Lettres . Il
laiffe de fon mariage avec Marie
Therefe de Bourbon , fille
d'Henry Jules de Bourbon ,
Prince de Condé , qu'il avoit
épouſée il y a 2 1. an , Loüis
de Bourbon Comte de là Marche
& deux filles ..
Auffi-toft que le Roy eut
appris la mort de ce Prince ,
Mars
1709 .
V
234 MERCURE
Sa Majeſté envoya Mr le Marquis
de Seignelay en qualité de
Maiftre de la Garderobe , à
Paris , pour faire de fa part des
complimens de condoleance à
tous les Princes & à toutes les
Princeffes du Sang , & Sa Majefté
alla le 24. faire fes vifites
fur le même fujet , à Madame
la Princeffe Douairiere de Conty
, à Monfieur le Duc , à
Madame la Ducheffe , & à
Madame la Ducheffe du Mai
ne. Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & Meffeigneurs
les Princes firent auffi les mêmes
vifites. Le Roy qui avoit
GALANT 235
donné des ordres pour le deuil ,
dés qu'il eut appris la mort de
Monfieur le Prince de Conty ,
le prit le 24 .
Le 27. Mr le Duc d'Enguien
vint au nom de Sa Majefté ,
jetter de l'eau benite fur le
Corps du Prince deffunt . Il étoit
accompagné de Mr le Duc
de la Tremoille , premier Gentilhomme
de la Chambre ; Mr
le Marquis de Hautefort portoit
la queuë de fa robe . Il étoit
fuivi de Mr des Granges
Maistre des Ceremonies , &
d'un détachement des Gardes
du Corps , commandé par un
V ij
236
MERCURE
4
Lieutenant & par un Exempt ;
& d'un
détachement des Cent-
Suiffes . Monfieur le Duc d'Enguien
fut reçû à l'Hoftel de
Conty par Monfieur
le Duc
de
Bourbon ,
accompagné de
Mr le Duc de
Luxembourg
& de Mr le Duc de Duras avec
Les principaux
Officiers & ceux
de la Maifon du Prince deffunt .
Le Lundy 28. Monfieur le
Duc de Bourbon , Monfieur
le Duc d'Enguien , Monfieur
le Duc du Maine , & Mon
fieur le Comte de
Touloufe ,
luy rendirent les mêmes devoirs
, ainfi que le
Parlement ,
"
GALANT 237
la Chambre des Comtes , la
Cour des Aides , & la Cour
des Monnoyes.
Le même jour Mr le Recteur
de l'Univerfité accompagné
des Deputez des quatre
Facultez , s'acquita auffi des
mêmes devoirs. Le Corps
eftoit alors expofé fur une Eftrade
fous un Dais de velours
noir , garni d'Ecuffons . On avoit
dreffe deux Autels aux
deux coftez , où l'on celebroit
des meffes . Deux Heraults , le
Chaperon en forme , leurs Ca
ducées couverts de crefpe étoient
aux pieds de l'trade
238 MERCURE
& les Officiers & Gentilhommes
du Prince eftoient à l'entour
pour faire les honneurs
un grand nombre de perfonnes
de la premiere qualité qui
y venoient.
Le même jour Monfieur le
Duc de Bourbon , & Monfieur
le Duc d'Enguien fon fils ;
Monfieur le Duc du Maine , &
Monfieur le Comte de Touloufe
vinrent auffi jetter de
l'eau benite , & Mr Bignon
Confeiller d'Etat & Prevoft
des Marchands , accompagné
du Corps de Ville , alla
rendre les mêmes devoirs au
Prince deffunt .
$
GALANT 239
Le premier de ce mois , Mr
le Cardinal de Noailles , accompagné
de Mr le Doyen &
des Chanoines de l'Eglife Metropolitaine
en habit de choeur,
& precedé de la Croix Archiepifcopale
, alla luy jetter de
l'eau benite.
Le 2 °. Mrs les Treforiers de
France y allerent pareillement ,
ainfi que les Cordeliers & les
Auguftins du Fauxbourg Saint
Germain .
Le 3. Mrs les Marguilliers
d'honneur , & les autres Marguilliers
de la Paroiffe de Saint
André y allerent auffi .
240MERCURE
२
Le fixiéme au foir le Corps
de ce Prince fut porté à l'Egli
fe de faint André des Arcs fa
Parroiffe , & la marche fe fit
en cette maniere.
Quarante Pauvres , & les Valets
de pied qui portoient des
flambleaux ; Mrs les Officiers
de la Maifon du Prince ; foixante
Ecclefiaftiques de la Parroiffe
& Mr le Curé ; le Roy
d'Arme & les Heraults ; deux
Gentilshommes portoient la
Couronne & le Colier de l'Ordre
; douze Pages portoient
des flambeaux ; douze valets
de Chambre portoient le Cer
cücil ,
GALANT
241
cucil,fur lequel eftoit le grand
Manteau de
l'Ordre ;
quatre
Gentilshommes
foutenojent
des
coins du Poil ;
quatre
Aumoniers
marchoient enfuite;
le
Capitaine des Gardes
& le
Premier
Ecuyer
portoient
l'Epée de l'Ordre.
Monfieur le Duc
d'Enghien
menoit le Deüil , eftant accompagné
de Mrs les Ducs
de
Luxembourg , & de Duras
, & fuivi d'un grand nombre
de
perfonnes de qualité.
Aprés les prieres
ordinaires
, le Corps fut mis à coſté
droit du Grand
Autel , dans.
Mars
1709 X
#
242 MERCURE
T
le Caveau où repofe celuy de
Madame la Princeffe de Conty
fa Mere , auprés de laquelle
ce Prince avoit ordonné fa
fepulture par fon Teſtament.
Je fuis ravi que vous ayez
cfté fatisfaite des trois Portraits
qui font dans ma derniere
Lettre , des Princes qui
doivent commander cette
Campagne , & des trois Marechaux
de France qui doivent
fervir ; & que vous ayez ajouté
à ce que vous m'en écrivez , 3
que quand je ne les aurois point
nommez , il auroic cfté aifé
d'en deviner les noms. Je
t
GALANT
243
ne vous ay point parlé d'un
feptiéme qui eft M. le Duc de
Noailles qui doit commander
en Rouffillon , & que l'on n'avoit
fans doute point nommé
parmy les autres , parce que
l'on ne pretendoit point faire
de changement du coſté où
ce Duc commande. Vous fçavez
que feu Mr le Marechal
Duc de Noailles fon pere ,
ayant mené ce Duc en Catalogne
dans les premiers Campagnes
qu'il y fit , on peut dire
qu'il a appris le métier de la
guerre , prefque dés fes plus
endres années. Il a toujours
X ij
244 MERCURE
paru depuis l'aimer & s'y attacher
; il n'a prefque point fait
de Campagnes fans remporter
quelques avantages , quoy que
le Corps qu'il commandoit ne
fuft que pour retenir les Troupes
des ennemis de ce colté - là ,
& faire diverfion en leur donnant
de la jaloufie , & les empefcher
d'aller joindre la grande
Armée des Ennemis . Cependant
ce Duc a plus fait ; il
n'a laiffé échaper aucune occafion
de harceler les Ennemis
fans y reuffir avec fuccés ;
il les a fouvent battus en dérail
; il leur a pris plufieurs
GALANT 245
poftes , & par fa vigilance en fe
tranfportant par tout où fa
prefence eftoit neceffaire , ainfi
que par fa grande attention ,
il a fait remplir de Munitions
beaucoup de Places qui
étoient menacées , & que l'on
auroit pû prendre fans les
grands foins qu'il a pris de les
faire pourvoir de toutes chofes,
& de favorifer à propos
les Convois qui y ont eſté envoyez.
Je paffe à tous les Officiers
Generaux qui ont efté nommez
pour fervir dans les Armées
de Sa Majesté . Je ne
X iij
246 MERCURE
doute point que toutes les nouvelles
publiques n'en apprennent
les noms ; mais je fuis
obligé de vous les envoyer
aufli , afin que ceux qui liront
un jour mes Lettres fans avoir
ces nouvelles publiques prefentes
à leurs yeux, les y puiffent
trouver , & voyent qu'il
n'y manque rien. Peut eftre
même les Lettres que je
vous envoye , feront trouvées
plus juftes & plus amples que
quelques autres , parce que
dans le temps que ces Liftes
paroiffent , on les copie avec
tant de precipitation que la
plufpart font citropiées.
que
© GALANT 247
LIEUTENANTS GENERAUX
de l'Armée de Flandre.
Meffieurs ,
Le Comte d'Artagnan ,
Le Marquis de Gaffion ,
Le Comte d'Albergoti ,
Le Comte de Magnac ,
Le Marquis d'Hautefort ,
Le Marquis de Surville ,
Le Comte de Chemerault ,
Le Marquis de Legal ,
Le Duc de Guiche ,
Le Prince de Rohan ,
Le Chevalier du Rofel ,
De Puiſegur ,
Le Marquis de Goëbriant ,
X iiij
248 MERCURE
Le Comte de Vivans ,
Le Prince de Birkenfeld ;
Le Marquis de Puiguion ,
Le Marquis de Bouzols ,
Le Comte de Villars
Le Chevalier de Luxembourg ,
Le Marquis de la Frezeliere ,
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs , rake
Le Comte de Mouroux ,
Le Marquis de Palavicin ,
De Vilars - Chandieu ,
De Conflans ,
Le Marquis de Vieuxpont ,
Le Comte de Coignies , i
Le Marquis de la Valiere ,
GALANT 249
D'Ourche ,
Le Marquis de Rufei , "
Le Marquis de Dreux ,
Le Comte de Broglie ,
Le Prince Charles ,
Le Vidame d'Amiens
Le Marquis de Nangis
De Permangle ,
De Ravignan ,
>
Le Marquis de Coërquen ',
Le Prince d'Ifanghien ,
De Rozen ,
Le Comte de Croüi ,
Le Comte de la Marck ,
Mr de Contade , Major General.
Mr de Montviel , Maréchal
250 MERCURE
des Logis de l'Armée.
Mr de Beaujeu , Maréchal
des Logis de la Cavalerie.
LIEUTENANTS GENERAUX
de l'Armée d'Alemagne.,
Meffieurs.
Le Comte du Bourg ,
Le Marquis de S. Frémont ,
Le Marquis de la Chatre",
Cheyladet ,
De Lée.
Le Comte d'Orington ,
Le Marquis de Peri ,
Le Marquis d'Imecourt ,
De Mandrecheid ,
GALANT 251
MARECHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
Le Comte de Monforeau ,
De Viliers le Morhier ,
Le Prince de Talmont ,
Le Comte de Cezane ,
Le Marquis de Senecerre ,
D'Eſtrade ,
Le Comte de Chamillart ,
Le Chevalier d'Hautefort ,
D'Anlezi ,
De Coade ,
Le Chevalier de Pezeux ,
Le Comte d'Ufés ,
*
Mr de Treffemanes , Major
General.
Mr de Verceil , Maréchal
des Logis de l'Armée.
252 MERCURE
LIEUTENANTS GENERAUX .
de l'Armée d'Eſpagne .
Meffieurs ,
Le Comte de Bezons ,
D'Avarai ,
Le Comte d'Estaing ,
D'Arenes ,
Le Chevalier d'Asfeld ,
Le Marquis de Joffreville ,
Le Comte de Fienes ,
Le Marquis de Kercado ,
MARECHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
Le Comte de Bligni ,
GALANT 253
Le Chevalier de Maulevrier ,
Le Comte de Brancas ,
Le Marquis de Choiſeüil- Beaupré.
De Tournon ,
Le Marquis d'Arpajou ,
De Belleport ,
La Bretonniere ,
De Bourk ,
Mr de Damas , Major General.
Mr de Chaftillon , Maréchal
des Logis de l'Armée.
Mr de Chazel , Maréchal des
Logis de la Cavalerie.
254 MERCURE
ARME E DE ROUSSILLON.
LIEUTENANT GENERAL ,
Monfieur,
Le Duc de Noailles ,
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs.
De Signier ,
Le Marquis de Guerchi ,
Le Marquis de Fimarcon ,
De Maffemback ,
LIEUTENANTS GENERAUX
de l'Armée de Dauphiné .
Meffieurs ,
Le Comte de Medavid ,
GALANT 255
Le Marquis de Montgon ,
D'Artagnan
Le Marquis de Thoy ,
Le Marquis de Chamarande ,
De Sailli ,
Le Comte d'Aubeterre ,
Mylord Galemoi ,
De Saint Pater ,
Le Marquis de Dillon ,
Le Marquis de Silli.
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
Le Marquis de Mauroi ,
Le Prince de Robeck ,
Le Comte de Muret ,
Le Marquis de
Montgeorges ,
256 MERCURE
Le Marquis de Grancei ,
Le Chevalier de Broglie ,
De Caraccioli ,
Le Comte de Teffé ,
Le Marquis de Ravetot ,
Le Guerchois ,
Le Marquis de Quelus ,
Mr de Boiffy , Major General.
Mr de Marignane , Maréchal
des Logis de l'Armée.
Mr de Saint André , Maréchal
des Logis de la Cavalerie.
AIDES DE CAMP
de Monſeigneur le Dauphin .
Meffieurs , no c
Le Marquis d'Antragues- Crẻ-
mau ,
GALANT 257
Le Marquis de Belile- Fouquet,
Le Chevavier de Retz ,
Le Marquis de Rafilli , fils du
Sous Gouverneur de Meffeigneurs
les Princes ,
Le Marquis de Calau,
Le Roy a auffi nommé Mr
le Duc d'Aumont , & Mr le
Marquis de Beringhen , pour
accompagner Monfeigneur le
Dauphin ; le premier en qualité
de premier Gentilhomme
de la Chambre , & le fecond
en qualité de premier Ecuyer.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne aura pour Aides de
Camp , les mêmes qui luy en
Mars
1709. Y
258 MERCURE
F
ont fervi pendant la derniere
Campagne , à la reſerve de Mr
des Epinay qui doit aller fervir
à la tefte de fon Regiment ,
& à la place duquel Sa Majeſté
a nommé. Mr de Prie , parent
de feuë Me la Maréchale
de la Mothe , & qui a fervi
avec la même qualité , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
pendant la Campagne de
Brifack .
Dans le même temps que Sa
Majeſté
a nommé les Officiers
Generaux
qui doivent
fervir
pendant
la Campagne
dans
toutes fes Armées , Elle a fait
GALANT 259
une Promotion de Maréchaux .
de Camp , dont voicy les noms .
NOUVEAUX MARECHAUX
DE CAMP.
Meffieurs ,
De la Vierve ,
Le Marquis de Ravetot .
De Tournon .
Le Chevalier de Hautefort.
D'Hautefort des Moufqueraires.
Le Comte de Beauveau .
De Monmain.
Le Marquis d'Arpajou .
D'Anlezi.
Le Prince d'Iffenghien.
Y ij
260 MERCURE
De Treffemanes..
Le Marquis de Maupeou .
Le Marquis de Montpezat.
Le Marquis de Mimure.
De Coade.
De Briffac.
Le Guerchois .
De Belleport.
De Cheyladet.
De la Bretonniere
De Rozen.
De Kailus .
D'Illiers.
De Savine .
De
Marnay.
Le Chevalier de Pezeux.
De Bourk.
GALANT 261
Le Comte de Croüi .
Le Comte d'Uzés .
Le Comte de la Marck.
& M'
Desfourneaux , qui a
efté nommé peu
de
temps
aprés.
Il eft impoffible que parmi
un auffi grand nombre de
noms que celuy de tous les Of
ficiers Generaux que je viens
de vous nommer il n'y ait
quelque méprife; que l'on n'ait
fait des Marquis pour des Comtes
, & des Comtes pour des
Chevaliers , & que l'on n'ait
point donné de qualitez à plufieurs
de ceux qui font verita262
MERCURE
blement titrez ; mais ces changemens
& ces obmiſſions ne
doivent leur porter aucun préjudice
, & ils n'en font pas
moins connus dans le monde
pour ce qu'ils font veritablement.
Pendant que tant de braves
Officiers vont fignaler leur valeur
pour briller dans l'Hiftoire
, Mr d'Argouges de Rannes ,
Marquis de la Chapelle la Reine
, va briller dans le Confeil
d'Etat , puiſqu'il vient de monter
à la place de Confeiller
d'Etat ordinaire , que poffedoit
feu Mr le Comte d'AGALANT
263
vaux. Il eft de la maifon d'Argouges
de Normandie , dont
eftoit Mr le Marquis de Ranes,
General des Dragons.
Il a époufé N... le Pelletier ,
fille de Mr le Pelletier , cy- devant
Controlleur General , &
Miniftre d'Etat , & foeur de Mr
le Pelletier de Souzy , Confeiller
d'Etat ordinaire , & du Confeil
Royal des Finances , & Directeur
General des Fortifications
de France . Mr d'Argouges
qui vient de monter à la
place de feu Mr le Comte d'Avaux
a efté fucceffivement
Confeiller au Parlement , Mai264
MERCURE
tre des Requeſtes , & Confeiller
d'Etat Semestre . Il y avoit
un grand nombre de prétendans
à la place de Maiſtre des
Requeftes , dans le temps qu'il
acheta cette Charge , & le Roy
connoiffant fon merite & fa
capacité , ordonna qu'il fuft
preferé à dix ou douze de ceux
qui avoient configné .
A la fin de 1684. il fut fait
Chancellier de l'Ordre de Saint
Lazare , à la place de Mr de
Meraut , Confeiller au Parlement.
Au mois de May 1687. il fut
nomméCommiffaire pour lereglement
GALANT 265
glement des abus qui fe commettoient
dans plufieurs Provinces
, & il alla comme Maître
des Requeftes , avec Mr
l'Abbé le Pelletier , Confeiller
d'Etat dans les trois Generalitez
de Normandie .
Au mois d'Avril 1688. ilfut
fait
Commiſſaire en
Champagne
, & dans une partie de la
Normandie , pour s'informer
de ce qui y regardoit les Droits.
du Roy.
Le 20. May 1695. il fut
nommé Confeiller d'Etat Semeftre
, à la place de Mr de
Ribeyre, qui monta à celle d'or.
Mars
1709. Ꮓ
266 MERCURE
1
dinaire aprés la mort de Mr
d'Aligre.
Mr Boucher d'Orſay a efté
nommé par le Roy à la place
de Confeiller d'Etat Semestre ,
qu'avoit Mr d'Argouges de
Ranes ; comme je vous en ay
fouvent parlé pendant huit
années qu'il s'eft diftingué dans
la place de Prevoft des Marchands
, je ne ferois que repeter
ce que je vous en ay déja
dit , fi je vous en parlois d'avantage
.J'ajoûteray feulement .
qu'il a fini glorieuſement fa
carriere dans le grand Employ
qu'il vient de quitter , puiſque
GALANT 267
le dernier Ouvrage auquel il a
donné fes foins , eft le Quay
qu'on éleve au lieu nommé la
Grenouillere , & qui s'apellera à
l'avenir le Quay d'Orsay , ainfi
que le Quay qu'à fait élever
Mr le Pelletier , lorsqu'il étoit
Prevoft des Marchands , eft
nommé le Quay Pelletier.
Pendant que les uns fongent
à acquerir des honneurs , & à
s'élever , les autres penfent
qu'ils les doivent abandonner
en quittant le monde , & s'oc
cupent à penser à la mort , & à
ce qu'un Chrêtien doit dire
lorfqu'il la voit approcher . Ce-
Z
ij
268 MERCURE
N
la fe voit dans la Traduction
de la Profe des Morts , paraphraſée
de Mr l'Evêque d'Angers.
Ce Prelat a toutes les vertus
qui conviennent à fa dignité
: il eft grand Predicateur , &
fes fermons font auffi éloquens
que folides , & les Difcours
qu'il prononce fur le champ ,
n'ont pas de moindres beautez
; de maniere que l'Eloquence
luy eft naturelle . La lecture
de fa Paraphrafe que je vous
envoye vous fera plaiſir , &
vous trouverez les Vers finaturels
& fi coulans , qu'ils ne
paroiffent pas avoir cfté auffi
GALANT 269
travaillez , qu'ils doivent l'avoir
efté en effet , puifqu'il feroit
difficile qu'ils fuffent fans
cela auffi bons qu'ils ont efté
trouvez par tous ceux qui les
ont lûs.
TRADUCTION
PARAPHRASE'E
DE LA PROSE
des Morts.
ne
Four ! dont les horreurs
peuventfe comprendre ,
Où l'Univers entier fera reduit
en cendre ,
Z iij
270 MERCURE
Four qu'autrefois David infpiré
nous predit ,
Quipeut penser à toy fans en eftre
interdit.
00
Tout ce que la nature a de plus
infenfible
Sera frapé d'effroy , lors qu'un
Fuge inflexible
Percera par le feu d'unflambeau
lumineux
Des coeurs les plus cachez les replis
tenebreux.
Les Morts même au milieu de
leurfombre retraite ,
Saifis d'étonnement entendront la
Trompette ,
GALANT 271
Qui du Maître des Cieux annonçant
le couroux ,
Devant fon Tribunal les raſſemblera
tous.
La Mort qui maintenant ſeplaît
à nous furprendre ,
a
Defurprife à fon tour ne pourra
fe deffendre ,
Quand l'homme de fon corps de
nouveau revêtu ,
Aura lieu de trembler même fur
fa vertu.
L'Efperance de feindre à tous fera
ravie ,
Dans un Livre on lira l'hiftoire.
defa vie , Z iiij
272 MERCURE
Livre où tout l'Univers dans la
crainte plongé
Verrafon jugement avant d'eftre
jugé.
Sur un Trône éclatant le Jugè
inexorable;
Fera voirqu'àfes yeux rien n'eſt
impenetrable ;
&
Sans égard,fans delai , chaque oeu ■
vre en ce moment
Aura fa recompenfe , ou bienfon
châtiment.
Malheureux que je fuis , puis -je
trop me confondre
,
Sur mes égaremens
trouveray-je
à répondre ?
GALANT 273
Si le jufte inquiet cherche alors du
fecours ,
A qui dans ma terreur pourra -jé
avoir recours ?
O Dieu ! dont la grandeur infpire
tant de crainte ,
Regardez la frayeur dont mon
ame eft atteinte ;
Vous qui quand vous fauvez,
fauvez fans interet,
Ne me refufez pas un favorable
Arrêt.
Vous feul , ô Doux Jefus , pou-
༧༩༢
calmer mes peines ,
Souvenez- vous dufang qui coula
de vos veines ,
274 MERCURE
Et dans ce jourqui doit decider de
fon fort,
Faites-moy reffentir leprix de vôtre
mort.
Vous m'avezdans lefort de mon
ingratitude
Recherché mille fois avec inquietude
;
Pour moy fur une Croix je vous
vois étendu ,
Ce travail douloureux feroit-il
doncperdu?
Non , Non , je ne crains point
affez voſtre vengeance ,
Pour ne pas mettre encore en
GALANT 275
vous mon efperance ;
Jefçay que vous pourriez un jour
me reprouver ,
Mais je fçay qu'aujourd'huy
vous voulez me fauver.
Lors qu'au fond de nos coeurs
vousjettez des alarmes ,
C'estpour nous engager àrependre
des larmes ,
J'en verfe en ce moment avec
profuſion ,
Laiffez- vous attendrir par ma
confufion.
Si Magdelaine en pleurs calma
vôtre colere .
276 MERCURE
Si vous fûtes touché
dente priere
,
par
l'ar-
Du Larron penitent plein de la
même foỷ ,
Ce qui futfait poureux , je l'ef
pere pour moy.
Ce n'eftpas que mon coeur fuperbe
& temeraire
Pretende par luy feul pouvoir
vous fatisfaire ,
Pour éviter un feu tant de fois
merité ,
Ilcompte moins fur luy que fur
voftre bonté.
Heureuxfi dans ce jour au peGALANT
277
cheur redoutable ,
Fe puis avoir de vous un regard
favorable;
Heureux fi je ne fors de mon
trifte Tombeau ;
Que pour eftre reçu dans voftre
cher Troupea u
Affez d'autres fans moy , deplorables
victimes ,
De ce jufte couroux que meritent
leurs crimes ,
Sentiront de l'Enfer les tourmens
rigoureux,
Mais placez- moy , Seigneur , au
rang des Bien-heureux .
278 MERCURE
C'eft là ce que je veux , & ce
que je defire,
C'est pour ce feul objet que mon
Amefoupire ,
Senfible à ma douleur , ne me refufez
pas
La grace qui du jufte adoucit le
trepas.
Déja des Reprouvez j'entends
les cris de rage ,
Je vois le defefpoir gravé fur
leur vifage ;
Que de larmes , Grand Dieu , fe
répandront alors ,
Que d'hommes pour vous fuir
GALANT 279
feront de vains efforts.
生
Paſteur qui recherchez la Brebis
égarée ,
Pere qui corrigez l'Ame denaturée
,
Charitable Sauveur ne nous per-
·dez jamais ,
Etfaites nousjouir d'une éternelle
paix
.
Ainfifoit- il.
Ces vers peuvent fervir de
Prelude aux Articles fuivans ,
puiſqu'ils regardent un fort
grand nombre de Morts dont
je n'ay pû parler depuis plu280
MERCURE
fieurs mois , & fur lesquels , faute
de place , je ne m'étendray
pas , ainfi que j'ay accoûtumé ,
& vous en trouverez même
beaucoup dont je ne diray que
les noms & les qualitez.
Mre Jacques de Meules ,
Chevalier fieur de la Source ,
Confeiller du Roy en fes Confeils
, Grand Bailly d'Orleans ,
cy- devant Intendant de la nouvelle
France , Chevalier de l'Or.
dre de Saint - Lazare.
Dame Claude de Seve , veu .
ve de Mre Antoine Girard ,
Chevalier Comte de Villetaneuſe
, Prcureur General de la
Chambre des Comptes , morte
fans pofterité , agée de 68. ans .
Dame Geneviève Charlote
de Marandé , Epouſe de Mre
GALANT 281
Charles de Beauclerc , Che .
valier , Baron d'Acheres , Confeiller
au Parlement de Bretagne
:il y a eu un Secretaire d'Etat
de ce nom .
Mre René de Savonnieres
Chevalier Seigneur de Lignieres
, & c. & Confeiller à la
Grand' Chambre.
Mre Claude le Comte , Auditeur
des Comptes , agé de plus
de 8o . ans. Il eftoit pere de Mr
le Conte , Lieutenant Criminel .
Mre Bernard François de
Poudenx , cy - devant Agent du
Clergé , qui depuis peu avoit
efté facré Evêque de Marſeille ,
eft mort fubitement . Je vous
en parlay amplement lorfqu'il
fut nommé à cet Evêché.
Dame Nicole Broffier , veu-
A a
Mars
1709.
282 MERCURE
ve de Mre Jean de Heiff , Chevalier
Seigneur de Koquenheim
, Confeiller d'Etat , &
Refident prés de Sa Majeſté ,
de S. A. E. Palatine , agée de
83. ans.
Mre Louis Juftiniani , Colonel
, & cy- devant Gouverneur
le Roy , de Carpi en Ita- pour
Îie.
Damoifelle Loüife Amelot.
Elle eft morte fans alliance , agée
de 72. ans . Elle eftoit fille
de Mre Jacques Amelot , Mar.
quis de Mauregard , mort premier
Preſident de la Cour des
Aides , & foeur de Mr Amelot ,
Prefident des Enqueftes . Elle
a paffé toute ſa vie à foulager
les pauvres , dont on pouvoit
dire qu'elle eftoit la mere & la
GALANT 283
protectrice. Elle eftoit logée
dans la Cour du Val de Grace ,
& elle employoit la plus grande
partie de fon bien à foulager les
pauvres de ce Quartier là
Mre Claude Parifot , Chelier
, Seigneur de Boué , Crugey
& Sainte - Sabine , Procureur
General au Parlement de
Bourgogne .
Mre Paul Boucher , Docteur
de Sorbonne , & Sous- Doyen
› de la Faculté de Theologie , eft
mort âgé de 80 ans
Mre Charles Solu de Moulineaux
, Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , Brigadier des
Armées du Roy , Gouverneur
des Ville , Citadelle , & Ifle
d'Oleron , & ci - devant Capitaine
aux Gardes..
A a ij
284 MERCURE
>
Dame Anne le Mairat , épou
fe de Mre Thomas Bailly , Chevalier
, Baron de
Bourdenay .
Seigneur de Trancault , Barbery
, & c. Sous- Doyen de la
Chambre des Compres , & auparavant
veuve de Mre Simon
le Févre ,
Chevalier ,
Seigneur
d'Eftrelles , Conſeiller au grand
Confeil , âgée de 69 ans .
Mre Pierre . Claude de Hodicq,
Chevalier Comte de Marly-
la - Ville , Maiftre des Requeftes
, âgé de 74. ans , mort
fans laiffer de pofterité de fes
deux femmes . Sa veuve eft fille
de Mr de Villayer, mort Doyen
du Confeil.
Mre Gabriel - Nicolas de la
Porte, Confeiller au Parlement ,
mort fans alliance âgé de 27 .
CALANT 285
ans . Il eftoit fils du Confeiller.
du même nom
Mr le Marquis du Beloy , premier
Ecuyer de Monfieur le
Prince de Conty , eft mort d'une
pleurefie , & quoy que S. A.
S. fuft alors affez malade pour
ne fonger qu'à fon mal , Elle
propofa un remede pour celuy
de Mr du Beloy , qu'elle avoit
yû fouvent réüffir ; mais il fut
donné trop tard .
Mre Tranquile- Etienne Faviere
, Correcteur des Comptes .
Mr l'Abbé Agnan . 11 eftoit
fi connu qu'il n'eft pas neceffaire
d'en rien dire davantage .
Le dernier Ouvrage qu'il a donné
au Public , eft intitulé la
Goute curable.
Mr Dipy Secretaire Inter286
MERCURE
M
prete du Roy , & Doyen des
Profeffeurs Royaux.
Dame Antoinette de Fontaine
, veuve de Mre Alexandre
de Joyeufe , Chevalier , Seigneur
de Montgobert , morte
fans enfans , âgée de quatrevinge
deux ans.
Dame Catherine de Lattaignant
, veuve de Mre Pierre
Pecquot de Saint - Maurice
Confeiller Secretaire du Roy ,
& Greffier de fon Confeil Privé.
Elle laiffe entr'autres enfans
, un fils Confeiller au Parlement
, & un Chanoine de l'E .
glife de Paris .
Dame Marguerite le Tonnelier
, veuve de Mre Thierry
Charpentier , Confeiller de la
Grand'Chambre, mort en 1681 .
GALANT 287
7
ayant laiffé plufieurs enfans ;
entr'autres Philippes Charpentier
, mort en 1694 Confeiller
au Parlement & Commiffaire
aux Requeftes du Palais , qui
a laiffé des enfans de Dame N..
Portail , foeur du Prefident à
Mortier Louis Charpentier ,
Maitre des Comptes , N. Charpentier
, Chanoine Regulier de
Î'Ordre de S. Auguftin , de la
Congregation de Ste Geneviéve;
& N.Charpentier , Religieufe
aux Filles de la Vifitation de
Ste Marie. Elle avoit 83 ans.
ز
Mr d'Hardancourt , Gentilhomme
ordinaire de la grande
Faucounerie , & ancien Seeretaire
de la Compagnie des Indes
Orientales .
Mr de Saint- Aubin , Doyen
288 MERCURE
des Avocats du Confeil. :
Mre Denis de la Barde , Prêtre
, Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , & Maiſon
de Sorbonne , ancien Chanoine
& Archidiacre de Jofas en
l'Eglife de Paris , Confeiller du
Roy en fes Confeils , & Prefident
en la premiere Chambre
des Enqueftes , mort âgé de 71 .
ans. Il y avoit plus de deux ans
qu'il eftoit en enfance . Il eftoit
Vifiteur general des Carmelites
, & fils de Mr de la Barde ,
Marquis de Marolles , Ambaffadeur
du Roy vers les Cantons
Suiffes. Mr le Cardinal de
Noailles a nommé à l'Archidiaconé
de Jofas , Mr l'Abbé
d'Orfane , Chanoine de Paris.
Mr de Mainbert , Prefident
des
GALANT 289.
des Treforiers , Directeur general
des Finances au Bureau
d'Amiens.
Dame Catherine Brice , veuve
de Mre Henry Chapelier ,
ancien Avocat General , Confeiller
Honoraire en la Cour
des Aides . Elle laiffe Mr l'Ab .
bé Chapellier , qui après avoir
efté Chanoine de Paris & Official
de Mr le Cardinal de Noailles
, eft à preſent Doyen de S.
Germain l'Auxerois ; & quelques
autres enfans.
Dame Loüife Aimeray , veuve
de Mre Jacques Bernard ,
Chevalier Marquis du Mefnil
Garnier , & c. Confeiller du
Roy , Maiſtre ordinaire en fa
Chambre des Comptes , morte
agée de 82. ans , laiffant une
Bb
Mars
1709.
#
290 MERCURE
fille mariée à Mr de Pomereu ,
Maiftre des Requeftes .
Mre Jean Antoine de Brion
de la Barde , Marquis de Combronde
, Baron de Salvert , & c .
Confeiller au Parlement , mort
fans alliance , agé de 44. ans .
Il eftoit frere de Mr l'Abbé de
Brion , Chanoine de l'Eglife de
Paris ; & de Me Amelot , femme
du Preſident de la troifiéme
des Enquestes
.
Mre Henry de la Rochefoucault
, Abbé de Fontfroide , de
Sainte Colombe de Sens , de
Selles , & de la Chaife - Dieu .
Il eftoit oncle de Mr le Duc
de la Rochefoucault .
Dame Antoinette le Févre
d'Eaubonne , Epouſe de Mre
Urbain le Goux de la BercheAGALANT
291
re , Chevalier Marquis de Santenay
, Comte de la Rochepot ,
Baron de Toify , Seigneur de
la Berchere , & c . Maiftre des
Requeftes .
Mre François Brunet, Preftre,
Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , & Curé de
S. Martial . Monfieur le Cardinal
de Noailles a nommé à
cette Cure , Mr Boivin , auffi
Docteur , qui eſtoit Vicaire de
S. Euftache.
Dame Anne- Françoiſe de la
Porte , épouse de Mre Claude
Anjorant , Conſeiller au Parlement
,.& Commiffaire aux Requestes
du Palais . La famille
d'Anjorant est tres-ancienne
& ily a eu plufieurs Chevaliers
de Malthe. Elle étoit fille de Mr
Bb
ij
292 MERCURE
de la Porte , Maistre des Comptes
, & de feuë N. Picques .
Mre de Touteville , Commandeur
des Ordres Royaux de
Noftre-Dame de Mont - Carmel
& de Saint Lazare.
Mr Herfan de Chafteaufort ,
Secretaire & Garde des anciennes
Minutes du Confeil , & Greffier
des Commiffaires Extraor
dinaires..
Mr de Roquemac , Colonel
du Regiment de Cavalerie de
ce nom , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis .
Dame Marie Bonneau , veuve
de Mre Bon André Broé ,
Chevalier Seigneur de la Guette
, Capitaine Lieutenant des
Gendarmes Anglois de S. M.
& cy- devant veuve de Mre
GALANT 293
Michel Laîné , Chevalier Seigneur
de la Margrie- Plaffac .
Dame Catherine de Lille
d'Andrezy , veuve de Mre Jean
Charreton de la Terriere , cydevant
Maitre d'Hoftel du
Roy.
Dame Marie Orceau , veuve
de Louis Rouillé , Ecuyer Seigneur
de Fontainne Guerin ,
Confeiller Secretaire du Roy ,
& Controlleur General des
Poftes. Elle laiffe plufieurs enfans
, dont il y en a deux Maîtres
des Requeftes.
ཏ ྣ ཎཱ་
Dame Jeanne de Goury , agée
de 93. ans , veuve de Mre
Claude de Luffon , Chevalier
Seigneur de Chenevieres , Auditeur
des Comptes , Comme
cet Article doit eftre fort éten-
Bb iij
294 MERCURE
du, je remets au mois prochain
à vous en parler : je vous diray
cependant que Mr & Me
de Goury ont vû de leur vivant
84. tant neveux que petits neveux
.
Mre Nicolas Claude de Seve,
Preftre Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne . Il étoit
fils de Mr de Seve , mort Pre .
mier Prefident de Metz , &
petit
fils de Mr de Seve , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil
Royal , & Prevolt des Marchands
.
Dame Antoinette Louiſe de
Melmes eft morte âgée de 69.
ans. Elle eftoit veuve de Louis
Victor deRochechoüart, Duc de
Vivonne, Pair & Marechal de
France ; General des Galeres
#GALANT 295
Gouverneur
& Lieutenant
General
és Mers & Armées Navales
du Levant . Elle eftoit fille
d'Henry de Mefmes , fecond
Prefident du Parlement
; Licutenant
Civil , & Prevoft des
Marchands
, & de Marie la Vallée
- Foffé , fa feconde femme .
Cette Dame avoit employé
de fon veuvage tout le temps
à faire des oeuvres de Charité ,
& à vifiter les Hofpitaux
, Elle
avoit eu de fon Mariage avec
Mr le Marechal Duc de Vivonne,
N. Duc de Mortemart
, General
des Galeres , & c . qui avoit
époufé N. Colbert , fille de
Jean- Baptifte Colbert Controlleur
general des Finances ,
Sur- Intendant
des Baftimens ,
Miniftre d'Etat , & Treforier
Bb iiij
296 MERCUR E
de l'Ordre du Saint Eſprit.
C'eft de ce mariage qu'eft fortie
Mlle deMortemart , fille du Duc
de ce nom , & qui épouta l'année
derniere , Mr le Marquis
de Cany , fils de Mr de Chamillart
, cy - devant Controlleur
Generaldes Finances , Secretaire
& Miniftre d'Etat, & c .
Mre Joachim Faultrier , Abbé
Commendataire de Nô .
tre Dame d'Ardenes -
> prés
de Caen , eft mort dans fon
Apartement de l'Arſenal âgé de
80. ans. Il avoit efté Intendant
de Juſtice , Police & Finances
, en Hainaut , & dans le
cours de fes Intendances il avoit
eſté employé en plufieurs
Negociations & Traitez entre
les deux Couronnes. Il eftoit
GALANT 297
recommmandable par fa pieté ,
par fa charité envers les Pau
vres , par la beauté de fon genie ,
& par fon Erudition . Il avoit
efté Abbé de Saint Loup de
Troyes , & il s'étoit démis de
cette Abbaye entre les mains
du Roy , qui la donna il y a un
an à Mr l'Evêque de Troyes . %
Mre Claude le Caron , Prêtre
, Docteur en Theologie de
la Maifon & Societé Royale de
Navarre , Curé de S. Pierre aux
Boeufs , Sous- Doyen de la Faculté
de Theologie , & Doyen
des Curez de Paris , eft mort en
fá 79 année . Mr Ameline neveu
du feu Archidiacre de Paris , à
cfté pourvû de cette Cure fur
la Resignation du défunt .
On a enterré à Valencien
298 MERCURE
nes Mr le Baron Charles de Simeoni
, qui a eſté fort regretté
de tous ceux qui le connoiffoient
, & particulierement de
S. A. S. E. de Cologne , à qui
il a rendu de grands fervices
pendant fa vie. Il eftoit d'une
famille de Piemont , attachée
de tout temps à l'Augufte Maifon
de Baviere. Il eftoit l'aîné
de trois freres , & fuivant l'ufage
du pays , on le diftinguoit
par le nom de baptême. Son
zele , fa capacité à manier les
plus grandes affaires , & le plus
parfait devoüement l'avoient
attaché à S. A. S. E. de Cologne
, de qui il avoit toute la
confiance . Il eftoit fon Confeiller
d'Etat , Gentilhomme de
fa Chambre , Chevalier de fes
GALANT 299
Ordres , & Prefident des Finances
de ce Prince . Il avoit
poffedé des Benefices fort confiderables
en Allemagne . Il en
avoit efté pourvû par le Sereniffime
Electeur de Baviere ;
mais ayant fçû que par de certaines
conjonctures dans lefquelles
ce Prince , pour des raifons
de convenance , auroit été
bien aife d'en pouvoir diſpoſer ,
il s'offrit à les luy remettre , &
il les luy remit effectivement ,
On n'a pas douté que cette dé.
miffion a efté faite tres- librement
, & uniquement dans la
veuë de plaire à S. A. S. E. de
Bayiere , puifque dechargé des
obligations d'un Beneficier
pourvû de Benefices fimples ,
il en a gardé l'exterieur , la
to
300 MERCURE
conduite & la vie reguliere
jufqu'à fa mort. Il l'a attendue
pendant plufieurs années , fouffrant
patiemment les douleurs
du corps qui l'en menaçoient ,
& il a enfin fini fes jours avec
la refignation & la patience qui
font connoiftre la mort des Elus.
Le Prince fon maiſtre a témoigné
pendant fa maladie , à
fa nmort , & depuis fon decés ,
tout ce qui pouvoit mieux marquer
fes regrets de la perte qu'il
faifoit d'un fujet qu'il honoroit
de fon amitie , & qui l'avoit fi
bien meritée . Le deffunt avoit
deux freres , dont l'un eft Mr
le Baron Maximilien de Simeoni
, Envoyé Extraordinaire de
S. A. E. de Cologne auprés du
Roy ; & l'autre eft Mr le Baron
GALANT 301
Ferdinand de Simeoni , attaché
à S. A. E. de Baviere .
.
·
Mr de Boiffeuil , Ecuyer ordinaire
du Roy , ayant longtemps
rendu des fervices agreables
à Sa Majeſté , & l'ayant
toûjours fervie avec agréement
ce Prince a non feulement
donné une penfion à fon neveu ,
mais il a ordonné que Mr de
Vaux qui a eu la place de Mr
de Faine , qui eft monté à celle
du deffunt , donneroit dix mille
livres à ce même neveu. Mr de
Vaux fervoit auprés de Mr le
Comte de Brionne.
Mr Lambert , Architecte ordinaire
du Roy , & Controlleur
des dedans du Chateau de
Verſailles , eftant mort en quatre
jours , le Roy a donné ces
302 MERCURE
deux grands Emplois à Mr Gabriel
, qui avoit le Controlle
des dehors du même Chasteau
de Verfailles , avec celuy du
Chasteau de Compiegne . Mr
Molet , qui avoit la Direction
des Etangs , Rigoles , & Parcsde
Verfailles , eft monté à la
place que Mr Gabriel occupoit
à Versailles . Mr Defgots , Con .
trolleur des Baſtimens du Roy ,
l'un des Jardiniers des Tuilleries
, & Commis à la garde de
l'Orangerie qui eft au bout de
ce Jardin , a efté nommé pour
remplir la place de Mr Molet ;
& le fils de Mr Lambert a eſté
pourvû du Controlle de Compiegne
, avec 2400. livres d'appointemens
, & Sa Majesté luy
à confervé le logement que feu
GALANT 303.
fon pere avoit à Paris . Le Roy
n'a point encore difpofé de la
maifon que Mr Lambert occupoit
à Versailles , qui eft des
plus agreables & des mieux entenduës
; mais Sa Majefte a
donné à Me la Maréchale d'Eftrées
, un Jardin tres- joly , qu'il
avoit pratiqué dans un endroit
du grand Jardin de Verſailles ,
Mr le Comte de Monafterol ,
Envoyé Extraordinaire de S. A.
S. E de Baviere , ayant fait
part au Roy de la mort du Prince
Maximilien - Emanuel , l'un
des fils de cet Electeur , S. M.
en a pris le deüil . Ce Prince ,
quoy que fort jeune encore ,
faifoit déja efperer par ſon eſprit
& par fes manieres , qu'il
auroit un jour toutes les belles
304 MERCURE
qualitez qui font briller ceux
de fon Augufte Maiſon .
Voici encore quelques Articles
qui regardent la mort de
quelques perfonnes nouvellement
decedées .
Mre Louis Edouard de l'Etoile
de Pouffemotte , Comte de
Graville , Confeiller au Parlement
, fils de Mr de Graville ,
President de la Cour des Aides,
Mre Antoine de Verthamon
de Villemenon , Confeiller au
Parlement , frere de Mr de la
Ville-aux- Clercs , auffi Confeiller
, & de Mr l'Evêque de
Pamiers.
Mre Claude Heron , Confeiller
Honoraire de la Cour des
Aides , pere du Conſeiller au
Parlement .
1
GALANT
305
Mre Claude le Févre Coqueley
Chanoine Honoraire de
l'Eglife de Paris .
Tant de morts de perfonnes
de
confideration , fans compter
celles qui ne font pas venues
à ma connoiffance , celles d'un
moindre rang , dont je ne vous
parle pas , celles qui font mortes
dans les Provinces , & celles
d'un étage plus bas , fans
compter celles qui regardent le
Peuple de Paris & de toutes les
Provinces du Royaume , doivent
faire connoiftre que rien
n'eft plus ordinaire dans le
monde que la mort , & nous
familiarifer avec elle , au lieu
que nous tâchons d'oublier jufqu'à
fon nom , afin de n'y point
penfer.
Mars
1709.
Cc
306 MERCURE
Quoy que je n'aye point marqué
les dattes de la mort des
perfonnes decedées , dont vous
venez de lire les Articles , j'ay
neanmoins prefque fuivi par
tout l'ordre de leur mort , à la
referve de trois ou quatre qui
fe trouvent dans le milieu de
ces Articles , & qui auroient dû
eftre à la tefte .
On ne peut trop admirer
avec quelle promptitude le
Roy recompenfe ceux qui ont
le bonheur de fe diftinguer
dans fes Armées . Mr le Maréchal
de Bouflers luy ayant dit
que Mr des Bournais , fils de Mr
des Bournais , cy - devant Maitre
d'Hoftel de la Reine , s'étoit
extremement diftingue
dans Lille , non feulement comGALANT
307
me Capitaine de Dragons dans
le Regiment de Mr le Marquis
deBelle- Ifle; mais auffi en qualité
de l'un de ſes Aides de Camp,
ce qui luy avoit donné lieu de
connoiftre à fond fa capacité &
fa valeur par tout les raports
qu'il luy faifoit de tout ce qui
fe paffoit aux lieux où il l'envoyoit
, & où fa vie eftoit fouvent
expofée. Le Roy voyant
que ce Marechal parloit avec
certitude de ce jeune Capitaine
qui n'a
que 24 ans , & que perfonne
n'en pouvoit etre mieux
informé que Mrle Marechal de
Bouflers , puis qu'il luy avoit
fervi d'Aide de Camp , demanda
à le voir , ce qui marqua
qu'il fatiguoit plus les ennemis
par la valeur, que S. M. par
Cc ij
308 MERCUKE
>
fes importunitez. Il parut le
lendemain devant ce Prince , &
S. M. l'ayant vû, ordonna auffitoft
à Mr de Bouflers de luy
donner un Bafton d'Exempt
dans fa Compagnie ce qui
fut fort aplaudi de toute la
Cour , & fit beaucoup de plaifir
à tous ceux qui prodiguent
tous les jours leur fang pour le
fervice d'un Monarque qui fait
attention à tous les fervices
qu'on luy rend, & qui n'en laif.
fe point fans recompenfe.
Les Ceremonies dans lefquel .
les l'afluence de perfonnes du
premier rang , & d'autres perfonnes
de diftinction & titrées
femblent caufer une espece de
defordre & de confufion , font
d'autant plus glorieuses à celuy
GALANT 309
qui en eft l'objet , que tant de
perfonnes illuftres ne le font affemblées
que pour luy faire honneur.
C'est ce qui eft arrivé
lorfque Mr le Maréchal de Boufers
a efté reçû Pair de France
au Parlement . S A. S. Monfieur
le Duc & Monfieur le Duc
'd'Enghien fon fils , qui n'avoit
point encore efté à de pareilles
Ceremonies , fe font trouvez
à cette Reception , où tous
les Ducs & Pairs qui ont fceance
au Parlement , n'ont pas
manqué de fe trouver auffi , auffi
bien que la plus grande partie
des perfonnes qui occupent
les premiers rangs de la Judicature
, & qui ont auffi droit d'y
prendre fceance . Mr de Bou-
Alors ayant efté Colonel du Re310
MERCURE
giment des Gardes Françoiſes ,
& eftant prefentement Capi
taine des Gardes du Corps de
Sa Majesté , prefque tous les
Officiers de ces deux Corps fe
font trouvez à cette Ceremonie
, ayant fait voir en cette
occafion , tout l'empreffement
imaginable pour accompagner
un Seigneur qui en avoit com
mandé une partie , & qui com .
mandoit prefentement l'autre.
La plupart des Officiers qui fe
font trouvez dans Lille pendant
le fiege , & qui ont efté
témoins de la valeur de Mr le
Maréchal Duc de Bouffers
voulurent l'eftre aufli des honneurs
qu'on luy rendoit ce jourlà
au Parlement , & entendre
les Eloges que l'on y devoit faiGALANT
311
re de ce General ; mais il eft impoffible
que parmi une auffi
grande foule que celle qui s'y
trouva ce jour- là , puifqu'outre
les perfonnes que je viens de
vous marquer , il y avoit un
grand nombre de perfonnes de
qualité , d'amis de Mr de Bouflers
, & de curieux . Il eft impoffible
, dis - je , que parmi une
fi grande affluence de monde ,
on puiffe entendre affez diftinctement
ce que l'on dit pour en
pouvoir retenir la fuite .
Mr le Nain , Confeiller au
Parlement , & pere de Mr le
Nain Avocat General au même
Parlement , lut comme Raporteur
les Lettres données par le
Roy , de Duc & Pair , à Mr le
Maréchal de Bouflers ; & quoi312
MERCURE
qu'il ne foit pas aifé de vous
raporter en quels termes ces
Lettres eftoient conçues , il
m'eft neanmoins auffi facile de
vous le faire concevoir , qu'il
vous fera aifé de le comprendre,
& tous ceux qui ont eu attention
à toutes les actions de valeur
de ce Duc , & qui ont remarqué
tout ce que les nouvelles
publiques en ont dit , pourroient
dreffer de pareilles Lettres
. Je vous en ay envoyé quelques
fois d'entieres , & vous avez
dû remarquer qu'elles contiennent
par datte , toutes les
actions éclatantes , & les fervices
qu'ont rendus au Roy & à
l'Etat , tous ceux à qui Sa Majelté
donne des Lettres Patentes
en pareil cas . Comme
དྷརཱ ཨཝཾ
S.
GALANT
313
I
S: A. S. Monfieur le Duc
d'Enghien parut , & parla pour
la premiere fois au Parlement
Mr le Premier Prefident luy fit
un Compliment , & Mr le Maréchal
Duc de Bouflers , aprés
avoir fait fes remerciemens aux
Princes , aux Ducs , & à toutes
les perfonnes du premier rang
aufquelles il put parler , il s'adreffa
aux Officiers des Gardes
du Corps , à ceux du Regiment
des Gardes , & à ceux qui avoient
fervi pendant le fiege de
Lille , & leur dit que c'eftoit à
leur épée & à leur valeur qu'il devoit
les graces qu'il avoit reçûës
du Roy, & les honneurs qu'il venoit
de recevoir ; ce qui luy attira
de grands applaudiffemens ,
& ce qui fut caufe qu'on luy
Mars 1709. Dd
314 MERCURE
répondit mille chofes obligeantes
, & qu'il reçût de nouvelles
louanges de toute l'A flemblée.
J'ay fçû depuis que Mr le
Premier Preſident a refufé le
preſent ordinaire , qui confifte
en quatorze à quinze mille livres
en vaiffelle d'argent .
Le
temps d'ouvrir la Campagne
s'avance ; il y a lieu de
croire que les François , toujours
diligens , entreront en
Campagne long - temps avant
les Alliez . Ils ont pris leurs precautions
de loin , & leurs Munitionnaires
ont déja dequoy
faire vivre une Armée de cent
mille hommes pendant fix mois.
Les Recruës , il eſt vray , ne
font pas entierement faites
mais il fuffit qu'elles fe trouvent
GALANT 315
dans le temps que l'on en aura
befoin : il paroift même qu'il y
a eu de la politique à ne les
faire pas avancer davantage ;
elle eft avantageufe , & comme
on la peut ailement deviner ,
je ne m'étendray pas davantage
fur cet Article.
Les Troupes des Alliez qui
ont quitté la Flandre pour aller
prendre des Quartiers d'hiver
en Allemagne , & y faire des
Recruës ; n'y font qu'à peine
arrivées , à caufe que pendant
leur route elles ont fouffert de
fortes gelées qui leur ont emporté
beaucoup de monde , &
plufieurs dégéls , qui ayant rompu
les chemins , les ont empefché
d'avancer ; en forte que n'étant
qu'à peine arrivées dans
Dd ij
316 MERCURE
les Etats de leurs Souverains ,
elles n'ont pas encore eu le tems
de fe remettre de leurs fatigues ,
ni même celuy de fe reconnoî
tre. Ainfi l'on peut dire qu'elles
n'ont pas encore commencé à
faire leurs Recruës , qui doivent
eftre des plus amples
parce que non feulement , elles
ont infiniment perdu de monde
pendant la Campagne , & que
le fiege de Lille , que l'on peut
dire avoir fait périr des Armées
entieres , eft caufe que loin de
pouvoir faire de nouvelles levées
, il fera difficile qu'elles
trouvent affez d'hommes pour
faire feulement leurs Recruës .
A l'égard des vivres , il n'y a
prefque pas de poffibilité qu'elles
en puiffent trouver affez à
GALANT 317
temps pour faire leur Campagne.
Il n'en refte point du tout
en Flandre : les Gelées , les
Inondations & les Digues rompuës
, ont ruiné tous ceux des
Hollandois qui font toûjours
obligez d'en faire venir de fort
loin .
Quant à ceux qu'on peut faire
venir d'Allemagne , outre
qu'il y a un grand trajet à faire ,
il est difficile de les voiturer de
fi loin ; & d'ailleurs on n'en a
point preparé en Allemagne
pour eftre tranfportez en Flandre
, & il ne s'y en trouve pas
affez pour remplir les Maga
zins qu'on a projetté d'y faire
pour l'Armée du Rhin . Tous
ces faits font viſibles & inconteſtables
.
Dd iij
318 MERCURE
Pour ce qui regarde l'Angle
terre , on s'y vante toûjours
beaucoup à l'ouverture de cha ,
que Parlement ; l'oftentation
eft grande ; les hommes & l'argent
n'y doivent point manquer
; on ébloüir les peuples
pour les mieux tromper , & les
Alliez font fouvent les dupes de
tout ce qu'on y publie à l'ouverture
de chaque Parlement.
Les Troupes n'y doivent point
manquer , & les quatre livres
fterlin l'on devoit mettre
que
dans la main de chaque foldat ,
enl'enrollant ,fembloient devoir
faire trouver des legions d'hommes
; cependant tout cela n'a
rien produit , & c'eſt une choſe
furprenante , & digne du plus
grand étonnement que ces gran-
K
GALANT 319
des promeffes , & le Bil pour faciliter
les Recruës ; n'ayent
prefque rien produit du tout ,
puifqu'au contraire on fe trouve
obligé de faire des Regle
mens nouveaux pour empefcher
les defertions & les mutineries ,
& c'eſt une choſe qui paffe toute
imagination & toute creance,
& qui eft pourtant veritable ,
que la Ville de Londres , & le
Comté de Midelfex , ne puiffent
lever 2.300 .
hommes pour four.
nir leur cotte -part des 16000 .
hommes qu'on avoit refolu de
lever , & dont l'Angleterre a un
extrême befoin , ce qui marque
combien elle le trouve épuifée
d'hommes .
On doit remarquer que ces
16000. hommes ne font que
Dd iiij
320 MERCURE
>
pour remplacer ceux que les
Anglois ont perdus pendant la
Campagne derniere , comme ils
l'avoüent eux- mêmes. Ainfi il
ya de l'apparence qu'ils en ont
perdu davantage , & les Imperiaux
, les Hollandois les
Troupes de Brandebourg ; celles
de Dannemark ; les Palati
nes ; celles de Heffe- Caffel , &
de plufieurs autres Princes &
Etats , en ayant perdu à proportion
, on peut juger de la grande
perte que les Alliez ont faite,
& combien , fi la guerre continue
, il en coûtera à l'Angleterre
& à la Hollande pour avoir
des Troupes , puifque ces deux
Puiffances les payent feules , &
qu'elles ne peuvent prefque tirer
d'hommes de chez elles . On
GALANT 221
a fait d'abord un grand fracas
en Angleterre des fommes accordées
par le Parlement , &
de ce que la Banque devoit produire
; mais elle produira peu
prefque toutes les Soufcriptions
eftant pour des étrangers , &
tout l'argent accordé ne devant
-pas fuffire pour payer un fol de
ce qui n'a point efté payé les
années dernieres , puifqu'il eft
dû à la feule Marine , fept millions
de livres sterlin , & qu'il
fe trouve enfin qu'il est dû de
tous coftez de tres grandes fommes
; de maniere que la Reine
fe trouvant pouffée à bout , a
dit que l'argent avoit eſté employé
à des dépenfes fecrettes
qu'elle ne devoit pas déclarer .
Rien n'eft fi peu vrai- fembla-
A
322 MERCURE
ble , & ces dépenfes fecrettes
ne peuvent eſtre que des fommes
peu confiderables pour
payer des particuliers qui fervent
dans les Cours étrangeres,
les Alliez eftant connus , auffi
bien que les fommes qu'on leur
donne . S'il s'agiffoit de tramer
fecrettement une guerre , de
gagner des Potentats , de lever
des Troupes fans qu'on en cut
connoiffance ,, pour faire éclore
quelque grand deffein , les dépenfes
fecrettes pourroient être
confiderables ; mais dans l'état
où font aujourd'huy toutes les
chofes , ces dépenfes ne peuvent
fervir qu'à payer des Efpions
. Il est vray que la Reine
Anne peut employer une grande
partie de ce qu'elle reçoit
GALANT 323
contre la Nation même , en
achetant la plupart des voix
du Parlement , & en s'acquer,
rant des Creatures par cet ar
gent pour faire continuer la
guerre , quoy qu'elle foit entie
rement onereufe à la Nation
comme le vient d'avoüer imprudemment
Mr Boyle Secretaire
d'Etat , en difant que
Dunkerque eftant un repaire de Pyrates
qui infeftoient Ocean , & qui
faifoient un tort infini au Commer,
ce , il eftoit jufte que la Nation ti-
Taft quelque fruit de tout le fang
qu'elle avoit verfé , & des dépenses
immenfes qu'elle avoit faites dans
cette guerre , en obligeant le Roy
de France defaire démolir les Fortifications
de ce Port.
On peut conclure de tour
224 MERCURE
cela , de l'aveu de Mr Boyle , &
par confequent de toute la Nation
, au nom de laquelle il parle
, que l'Angleterre n'a tiré
aucun avantage des fommes immenfes
qu'elle a dépensées pendant
dix huit à dix- neuf ans que
les deux dernieres guerres ont
duré , & dont la derniere n'eſt
pas encore finie , & pendant lef
quelles il a péri un fi grand
nombre d'Anglois que la Ville
de Londres , & le Comté de
Midelfex ne peuvent fournir
deux mille trois cens hommes ,
& que l'Angleterre s'eft engagée
de plus de fix cens millions
qu'elle doit . Aprés tant de
tes d'hommes & d'argent , celle
de plufieurs centaines de Vaiffeaux
, & la conſommation de
perGALANT
225
tout ce que l'Angleterre a pû
produire pendant un grand
nombre d'années , ne fera - t - elle
pas bien recompenfée , fi pour
tout fruit de tant de chofes qui
ont mis la Nation dans le trifte
eftat où elle fe trouve , pour ne
pas dire davantage , elle obtient
que les Fortifications de Dun
kerque foient rafées ? Et ne feroit
ce pas un grand avantage à
lanation pour récompenfer tant
de fang Anglois verfé , & tant
de millions fortis de l'Etat ? Ce
qui neanmoins ; felon toutes les
apparences , n'arrivera jamais ,
à moins que les Hollandois
n'ayent perdu la raifon , & qu'
ils ne connoiffent mal leur intereft
, puifqu'ils feroient entierement
perdus ; & que pour
326 MERCURE
**
peu qu'ils ayent de politique ,
ils doivent empêcher que les
Alliez n'ayent plus de Troupes
en Flandre que les François
, puifque fi cela eftoit , ils
feroient la victime de la guerre ,
& les Allemans & les Anglois ,
qui felon que l'on a découvert ,
& même par des Lettres qui
ont efté furpriſes , doivent partager
la Flandre , & en faire
Marlborough Gouverneur General
, avec des Patentes de
l'Archiduc , verroient auffi , fi
la France les abandonnoit , partager
toutes leurs Provinces.
Cependant il eft furprenant de
voir l'Angleterre dans la mauvaife
fituation où fe trouvent
fes affaires , déclarer qu'elle ne
fera point de paix que PhilipGALANT
327
pes V. n'abandonne toutes les
Efpagnes , & cela dans le temps
où l'on fçait qu'elle delibere
avec les Alliez fi on abandonnera
entierement la Catalogne,
parce que les Alliez y font fort
foibles , & que la perte en eft
preſque certaine .
On croit ébloüir le peuple
d'Angleterre , & toute l'Europe
même , en tenant un langage
fi faftueux , & fi peu conforme
à la veritable
fituation
où
fe trouve aujourd'huy
l'Angleterre.
Elle veut briller
par ces
grandes
propofitions
; mais en- tierement
infoutenables
, & faites
dans un temps
où l'Espagne
n'a plus de Rebelles
; où les Royaumes
de Valence
& d'Aragon
donnent
tous les jours
328 MERCURE
des marques de leur repentir &
de leur foumiffion , & qui efiant
charmez d'un Monarque dont
la clemence les a touchez , &
même penetrez , viennent d'envoyer
des Deputez à Madrid
pour fe joindre à tous les Etats
d'Espagne pour reconnoiftre le
Prince de's Afturies , comme legitime
heritier de la Couronne
, & prêter à ce Prince , en
cette qualité , le ferment de fidelité
que l'on a accoutumé en
Efpagne , de prefter en de pareilles
occafions.
Je dois ajouter ici , à l'égard de
ce qui regarde l'Angleterre , qui
fait continuellement des pertes
fur mer , & qui perd même quelquefois
des Flottes entieres
qu'elle vient de voir perir à
GALANT
329
l'entrée de la Tamife , cinq
Vaiffeaux chargez de Tabac ,
de la flotte de Virginie , & le
bruit vient même de ſe répandre
, que Mr de Gué- Trouin ,
leur en a enlevé plufieurs de
la même Flotte . f
Les Anglois viennent encore
de faire les pertes fuivantes .
Mr de Ville - Simon Commandant
la Fregate l'Hirondelle
de Morlaix de 28. Canous
armée en courſe , a pris un Navire
Anglois de 45.
Tonneaux
venant de Porto en Portugal ,
chargé de 61 pipes , de 12. Bariques
de vin de ce pays , & de
55. Quintaux de Liege ..
Ce même Armateur a auffi
conduit à Morlaix un autre Navire
Anglois de 32. Tonneaux
E e
Mars
1709.
330 MERCURE
qui avoit efté chargé de figues
à Villeneuve , Cofte de Portugal
.
Mr le Chevalier du Bois de
la Mothe, Enfeigne de Vaiffeau ,
Commandant la Fregate du Roi
l'Argonaute armée en courſe ,
ayant découvert fur le Cap
la Roque une Flote de 13. Navires
Anglois qui fortoit de Lisbonne
pour aller à Porto-convoyée
par deux Vaiffeaux de
guerre de leur Nation , l'un de
42. Canons & l'autre de 30 .
les joignit dans le deffein de
les enlever ; la mer qui eftoit
alors fort elevée , & la nuit qui
s'approchoit l'empefcha de les
attaquer ce jour- là ni même le
lendemain , mais il les garda fi
bien , que s'eftant trouvé à la
AGALANT© 331
pointe du jour proche du Vaiffeau
de 42 Canons qui l'attendoit
, la Fregate l'Argonaute
fe rangea à portée de pistolet &
l'attaqua fi vivement qu'elle
l'obligea de fe rendre àprés une
heure de Combat ; ce Vaiffeau
avoit 200 hommes d'Equipage
; il eft neuf & n'avoit
point encore eſté en Mer.
L'action s'eftant paffée fort
proche de Terre , la Flotte &
Î'autre Vaiffeau de Convoy fe
font fauvez en Portugal
Voicy des nouvelles de divers
endroits .
Les Lettres de Cadix du 24 .
Fevrier , portent qu'un Armateur
de Vigo , y a amené deux
Baftimens Portugais , chargez
de Sucre & de Tabac .
Ee ij
332 MERCURE
De Ratisbonne le 26. Fevrier.
On examina ces jours paſſez dans
la Diette la Lettre qu'un Courrier
avoit apportée de Vienne , & la
plupart des Miniftres conclurent
qu'il falloit remercier l'Empereur de
fes exhortations , & des foins qu'il
prend pour l'Empire , & le prier en
même temps d'envoyer des Lettres
exhortatoires à chacun des Princes
Etats , afin qu'ils fourniffent
promptement leur contingent ,
qu'en attendant , on travaillåt à
remplir les Magazins qui font prefque
tous épuifez , & à reparer les
Fortifications de Landau que la
rigueur de l'hyver a beaucoup endommagées
, à quoy les fubfides qu'on
tire de la Baviere devraient eftre
employeze
GALANT 333
1
Les Troupes de Brandebourg
la folde de l'Empereur , one reçû
ordre de marcher en Italie ; mais
elles refufent defe mettre en mouvement
avant qu'elles ayent reçû
200000. Florins qui leur font dus.
L'Empereur cherche à emprunter
cette fomme , en donnant ou en engageant
quelques Terres da haut
Palatinat , dont l'Electeur Pala
tin , qui s'en eft mis en poffeffion ,
fait grand bruit.
On voit par le commencement
de cette Lettre , que les
Princes & Etats de l'Empire ne
font pas fort avancez dans la
levée de leur contingent , puif
qu'il eft neceffaire de leur envoyer
des Lettres exhortatoires
pour les y engager.
Quant à l'argent dont l'Em334
MERCURE
pereur a befoin pour payer les
Troupes de Brandebourg , il
fera difficile qu'il en trouve , vû
la mediocrité de fes Revenus ,
& toutes les fois qu'il a quelques
fommes à payer , il eft obligé
de faire des emprunts , des
engagemens de quelques Terres
, ou d'en tirer de force des
Etats qui ne luy appartiennent
pas.
D'Antibes le 1. Mars .
Il arriva bier icy du Port de Final
ane Barque Genoife fretée par
·les Ennemis pour le tranſport des
Troupes qu'ils font paffer en Catalogne
Ily avoit deffus 80. hommes
dela Milice du Milanez, qui ayant
eftéforcez à s'embarquer , lorsqu'
ils fe virent à la voile , fe faiGALANT
335
firent de leurs Officiers , & obli
gerent les Matelots de les conduire
ity , où ils ont demandé àfervir dans
nos Troupes , à l'exception des Of
ficiers qui ont efté renvoyez avec la
Barque.
De Grenoble le 4. Mars.
On commence à faire les prepa
ratifs pour la Campagne . Il eft arrivé
des Munitionnaires pour remplir
les Magazins de toutes fortes
de munitions. Ils ont commencé de
faire voiturer des fourrages à Sablons
pour la Cavalerie qu'ony attend
de Franche- Comté. Les bautears
font encore toutes couvertes de
neige , & elles ont écrasé dans la
Vallée de Suze , beaucoup de foldats
de la Garnison de cette Ville
qui travailloient à aplanir les chemins.
336 MERCURE
On a des Avis de Barcelone ,
qui portent que les Troupes qui
ont efté levées dans le Milanez ,
fe font prefque toutes débandées
, & qu'il en arrive tous les
jours à Sarragoffe , même des
Officiers , qui vont à Madrid ,
demander de l'employ , ne voulant
point fervir contre leur
Prince.
Les Lettres de Besançon du
8. portent que les Troupes qui
eftoient en Quartier dans la
Franche - Comté eſtoient déja
en mouvement , les unes pour
defcendre en Alface , & les autres
pour le rendre en Savoye
& enDauphiné.
De Tréves ce 12. Mars .
L'Electeur Palatin doit tenir le
20.
GALANT 337
20. de ce mois un grand Confeil de
guerre à Duffeldorf, où il a mandé
tous les
Generaux de fes Troupes ,
poury alifter. Ce Prince demande
aux Etats de Fuliers & de Bergues
deux cens mille Rifdales pour employer
aux Recruës de fes Troupes ,
& à la remonte de fa Cavalerie ,
qui eft presque toute à pied.
Cette Lettre fe
rapporte à ce
que j'ay déja dit , que les Allemans
n'avoient
encore pû commencer
leurs
recruës pour leurs
Troupes qui
doivent
retourner
en
Flandres , & l'on voit que
l'Electeur
Palatin , n'avoit pas
encore
demandé le 20 , de Mars,
l'argent, dont il avoit
befoin
pour
rétablir fa
Cavalerie , qui
cftoit
prefque toute à pied ; &
Ff
Mars
1709.
338 MERCURE
comme il n'eftoit pas encore
certain d'obtenir ce qu'il devoit
demander , fes Troupes ne doivent
eftre de long - temps prêtes
à marcher.
De Nice le 12. Mars .
On compte depuis quinze jours
120. Deferteurs des Troupes que les
Ennemis ontfait marcher du Milanez
à Final , pour y eftre embarquees
&paffer en Catalogne.
On écrit de Dunkerque qu'-
un Armateur de ce Port y avoir
amené le 14. de ce mois , deux
Vaiffeaux Hambourgeois , qui
alloient porter des Agrêts en
Angleterre.
GALANT 339
De Perpignan le 15. Mars .
Il arrive icy tous les jours de nowvelles
Troupes que l'on fait camper
dans noftre voisinage , jufqu'à ce
que l'Armée s'affemble . Noftre
Gouverneur envoya hier reconnoiftie
les défilez des Montagnes ; &comme
l'on trouva que les Cols eftoient
occupez par des Miquelets , on a
fait ce matin un détachement des
Troupes de noftre Garniſon pour aller
les en chaffer , &y prendre pofte.
Nous avons eu avis que la Garnifon
de Rofes a taillé en piéces un
gros Corps de Miquelets qui s'étoit
avancé du cofté de cette Place , &
qu'il y eftoit arrivé une Barque de
Barcelone avec foixante quatre
Soldats Anglois qui fe font revoltex
·
Ffij
340 MERCURE
contre leurs Officiers , à caufe qu'ils
ne font pas payez. Ils ont demandé
des Paffeports pour fe retirerou bon
leur femblera, & on leur en a accordé.
On mande de Bayonne qu'un
Vaiffeau de guerre du Roy de
64. canons , & de 250. 250. hommes
d'équipage , armé à Breft , y
avoit envoyé le 5. de ce mois
quatre Baftimens Anglois chargez
de mafts , de cordages , &
autres agrefts , qui alloient à
Liſbonne.
On mande de Lerida , que
dans la derniere courfe que la
Garniſon de cette Place a faite
fur le Pays ennemi , elle a brûlé
quatre Magafins de fourages , &
fait beaucoup de prifonniers .:
1
GALANT: 341
De Namur le 19. Mars.
Noftre Garniſon continue defaire
des Courfes. Elle enleva le 14.
de ce mois des Equipages qui al-
Loient de Liege à Bruxelles , efcortez
par 40. hommes qui furent
taillez en pieces ; & hier un party.
de nos Dragons amena icy 12. Of
ficiers , parmi lesquels ily a deux
Colonels qui furent enlever entre
Louvain & Bruxelles .
Il y a des Lettres de la Haye
qui portent que le prix des vivres
avoit augmenté dans toute
la Hollande , & particulie
rement le pain , qui de trois
fols , eftoit déja monté à neuf
fols la livre , parce qu'on y avoit
appris le malheur arrivé
Ffiij
342 MERCURE
à la Flotte Hollandoife qui alloit
charger des grains à Archangel
, dont prés de cinquante
Baftimens eftoient péris dans
la Mer Baltique , ce qui faifoit
beaucoup crier les peuples , &
les mettoit hors d'état de fournir
les fubfides pour la continuation
de la guerre , & qu'on
y apprehendoit un foulevement
general des Republicains.
Il s'eft fait un mariage à Ver.
failles du fils d'un des Suiffes du
Parc de Versailles , agé de douze
ans & demi , avec la fille
d'un Jardinier agée d'onze ans
& demi , & ils fe font trouvez
tous deux en état d'avoir
des enfans .
On écrit d'Arles en Provence
qu'une femme y a accouché
GALANY 343
de
quatorze enfans ; qu'ils ont
vêcu 24. heures , & qu'ils ont
tous efté baptifez .
Une femme eftant accou
chée dans une Ville qui n'eft
pas fort éloignée de Paris , y
revint deux mois aprés fes couches
, & s'eftant trouvée indifpofée
, on luy dit qu'elle eftoit
: malade pour acoucher , & en
effet , elle mit un autre enfanc
au monde .
Le mot de l'Enigme du mois
dernier , eftoit l'Elprit. Tous
ceux qui en ont appris le mot ,
fans avoir pû le deviner , l'ont
trouvé tres - jufte , & cependant
l'efprit n'a point fervivà
faire trouver fon femblable ; de
maniere que le mot de cette
Enigme n'a efté trouvé que par
344 MERCURE
tres - peu de perfonnes. Ce font
Mrs 1Abbé de Saint Didier ;
d'Argentré , de Rouen ; de la
Claus , Capitaine d'Infanterie ;
le plus jeune des Confeillers ;
& G. A. C. qui l'a expliquée
en Vers . Mlles de la Durandiere
; de la Valterie ; de Penneval
, & de Bus ; la plus jeune
des belles Dames de la ruë des
Bernardins ; la jeune Mufé renaiffante
G. O. & la Solitaire
de la ruë aux Féves .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIG ME.
Mon corps eft delicat autant qu'il le
peut eftre ,
Je ne crains pourtant pas les injures
du temps
GALANT 345
Où la neceffité m'expofe tous les
cans ,
Quandpour le bien public on m'oblige
àparoistre s
Sans armes ny bafton je fais peur
auxfiloux ,
Ma prefence pour eux eft un objet
contraire >
Les plus déterminez ne peuvent plus ,
rien faire
Sans s'expofer fouvent à de terribles
coups ;
Quelquefois cependant je leur fuis
tres- utile ,
Ainfi qu'à tout Mortel , quand il
va par la Ville.
Quoy que le Printemps ne
foit pas encore de retour , ou
du moins , quoy qu'il ne brille
pas encore avec tous fes -at346
MERCURE
traits , quoy qu'il foit commencé
, je vous en envoye un de
ceux dont on voit tous les ans
en cette Saifon , les Poëtes n'ou.
bliant pas de le chanter chaque
année , même avant qu'il ait
commencé à faire fentir fes douceurs.
AIR NOUVEAU.
L'heureux Printemps eft de retour ,
Sa douceur infpire l'amour.
Son émail enrichit nos vergers &
nos plaines.
Mais tant de beautez, tant d'appas
Peuvent-ils foulager mes peines ,
Simon Iris ne m'aime pas .
Le Madrigal ſuivant , quoyGALANT
347
que long , meriteroit d'eftre mis
en air , & je crois qu'on le chan
teroit avec autant de plaifir
qu'il a efté bien reçû de la perfonne
de merite , pour laquelle
il a efté fait. On dit que c'eft
le premier effay de la veine de
Von Auteur , & fi l'on dit vray,
il y a lieu d'en attendre un jour
de beaux Ouvrages
.
MADRIGAL.
Je languis nuit&jour , je brûle , je
Joupire
Pour vos apas trop dangereux s
Mais c'eft en vain que par mes
voeux
Je vous preffe , Philis , d'adoucir
mon martire.
Quandje fais pour vous enflamer
348
MERCURE
Tout ce qu'au monde l'on peut
faire,
Je vous trouve toujours à mes defirs
contraire ,
Toujours au moindre mot prète à
they vous allarmer
Ah ! faut-il que vous
fçachiez
plaire,
•· Si vous ne fçavezpoint aimer. !:
Ce qui fuit a efté traduit d'une
Relation
Eſpagnole , imprimée
à Seville .
GALANT 349
RELATION
VERITABLE
Des Cruautez commifes envers
un enfant , dans la Ville
de Cadix , le 27. du mois
d'Aouft dernier. Voicy ce
qu'ont raporté ceux qui ont
cité chargez de s'inftruire à
fond de la verité du fait
Un enfant de 4. à 5. ans nommé
Jouanice , fils d'Antoine Paez &
de Marie Delos Rios , ceffa de pavoiftre
dans la maison de fon pere
le Lundy 27. d'Aouft . On le chercha
inutilem nt lesjours fuivans ,
Mars 1709.
Gg
350 MERCURE
6
du
il ne fut trouvé que le fair
trentieme du même mois , étendu
par terre au coin d'une ruë , dans
un endroit qu'on appelle Voquete.
Il paroiffoit fur tout fon corps qu'il
avoit efté foueté cruellement avec
des cordes ou des bouffines , ce que
l'on connoiffoit par diverfes meurtriffures
& marques fanglantes : on
connaiffoit aufli par celles de fes
pieds & de fes mains qu'il avoit
efte fortement lié. Sa tefte eftoit en
flee froiffée de coups , avec trois
bleffures de pareille forme d'où le
fang couloit. Il avoit les yeux enfez
& d'un blanc violet , de même
que tout fon vifage ; la partie qui
diftinguoit fon fexe avait efté circon
cife ; on y avoit enfuite appliqué le
feu afin d'en étancher le (ang. Il
fat portéchezfa mere , & lefeudy 6,
famere,
#GALANT 35!
Septembre les principal Officier de
Juftice , commis à l'examen de ce
meurtre , s'eftant transporté dans
cette maiſonfurles 5. heures du mas
tin , appella plufieurs fois cet enfant
parfon nom fans qu'il répondit
une parole. Sa mere & fes plas
proches parentes qui l'avoient affesté
pendant tour le temps qu'il as
voit effé au lit , lay dirent qu'il a
voit perdu toute connoiffance vers
les trois heures du matin. Il avoit
les bras pofez en forme de croix , les
mains fermées, le menton fur la poitrine
, les genoux joints enſemble ,
& le pied droit far le gauche comme
s'ils avaient effé cložez. Une in
finité de perfonnes le vivent dans
cettefituation , & en ont renda témoignage.
Une demie heure avant
d'expirer il étendit les bras , & mit
Gij
352 MERCURE
le pied droit fur le gauche , de la
maniere qu'on nous peint un Cracifix
. Les Preftres & les autres
perfonnes confiderables qui l'alifte
rent depuis le jour qu'ilfut trouvé s
ayant taché de remettre fes bras
dans leur fituation naturelle , n'en
purent venir à bout. Tout ce qu'il
dit alors étonna tous ceux qui l'entendirent
: il pria le Seigneur de
conferver le Roy Philippe
d'éclairer les Boureaux qui
l'avoient traité fi cruellement
afin qu'ilsfe convertiffent, Un mos
ment avant què d'expirer , il pencha
la tefte du cofte droit , & cefut
le dernier mouvement qu'il fit. Sitoft
que l'on vit qu'il eftoit mort ,
les Preftres qui eftoient preſens tâchèrent
d'abaifferfes bras , ce qu'ils
firentjufqu'à trois ou quatre foiss
"
>
GALANT 353
mais dés qu'ils les avoient abaiffez,
on les voyoit fe remettre en croix .
Sur le bruit de ce prodige , quantité
degens des Lieux voifins accoururent
en figrand nombre que pour em
pefcher le defordre , ilfallut mettre
une compagnie de 50. hommes
à la porte de la maison. Ilfut enterté
le lendemain avec beaucoup
de magnificence : toutes les Commu
Bautez fe trouverent à cette Cere =
monie avec le Clergé & les Confrairies.
Le Concours fut extraordinai.
re depuis la maison où l'on enleva
Le corps jufqu'à l'Eglife où il futens
terré dans le Chours c'eff au lieu
qui eft la fepulture ordinaire des Evêques.
La Relation qui fait vous pa
roiftra auffi nouvelle que cus
rieuſe je vous l'envoye de la
Giij
354 MERCURE
"
maniere que je l'ay reçûë .
RELATION
D'un Combat rendu par Mr du
Guay-Troйyn contre troisVaiffeaux
de Guerre Anglois qui
efcortoient une Flotte de
quae
Navires
Marchands
de cette
Nation
.
Le Vaiffeau du Roy l'Achile
monté de 60. Canons
,, commandé par Mr du Guay-
Troüyn , Capitaine de Vaiffeau
de Sa Majesté ; la Fregatte
la Gloire de quarante Ča-
,, nons commandée par Mr
,, de la Jaille , Lieutenant.
"
*
GALANT 355
La Fregatte l'Aftrée de 20. "
canons commandée par Mr «
de Querquelin , Capitaine de "
Bruflot ; & la Corvette la “
Catherine de fix canons é- “
tant partis de Breft fous le "
commandement de Mr. du "
<<
Guay pour aller en courfe "
en faifant route pour couper
à la Cofte d'Angleterre ; il "
eut connoiffance d'une Flot- "
te ennemie eſcortée de trois "
Vaiffeaux de guerre montez "
de 70. de 60. & de 50. canons. "
L'agitation de la Mer & la «
violence d'un vent de Sud
qui chargeoit fur la Cofte s
d'Angleterre , à la veuë de ‹ s
laquelle il eftoit , furent cau- «<
fe qu'il balança long - temps "
s'il les attaqueroit , ne pou- "
356 MERCURE
"
2₂
, vant s'engager dans le combat
fans rifquer de fe perdre
fur la Cofte d'Angleterre ,
,, s'il avoit le malheur d'eftre
›› démafté ; cependant ne voulant
pas qu'aucune confide.
,, ration luy fift perdre une oc.
cafion auffi favorable de fignaler
fon zele , & d'ail ,
,, leurs animé par la veuë du
›› Vaiffeau du Roy l'Aßeuré *
» qu'il reconnut dans le nom-
,, bre des trois Anglois , & qui
,, en eftoit le Commandant , il
» prit le party d'arriver deffus
,, fuivi des Fregattes la Gloire
& l'Amazonne
, il attaqua le
› Commandant aprés avoir ef-
,,
** Ce Vaiffeau avoit efté pris à Vigo
par les Anglois en 1702 .
GALANT 357
fuvé le feu de fon Matelot "
de l'arriere , & l'aborda à ‹‹
trois repriſes malgré le vent
& l'agitation de la Mer , qui «
fut toujours fi contraire qu'il «
ne put faire fauter de monde "
à bord , & profiter de la conf. "
ternation de l'ennemy dont
les Gaillards & le Pont é- "
toient abandonnez & cou- "
verts de morts : de maniere «
que tous fes efforts eftant inu «
tiles , & les deux Vaiffeaux "
ne faifant que fe brifer , en "
danger de s'ouvrir Mr du «
Guay fit déborder après avoir
extremement maltraité l'en . «
nemy. Les Fregattes l'Ama- «
zonne & la Gloire firent é- «‹
galement leurs efforts
combattre & pour reduire
pour
358 MERCURE
les deux autres Convois avec
toute la valleur & l'opinia-
,, treté poffible , quoyqu'infe
;; rieurs ; mais enfin la violence
du vent & de la Mer , qui
les jettoit toujours fur les
Coftes les mettant dans
l'impoffibilité d'aborder , Mr
du Guay- Troüyn vit bien
,, qu'il luy feroit impoffible
de réduire les ennemis avec
,,
J
>
,, des forces auffi inégales , à la
,, vûë de leurs Coftes , tant &
"
,, fi longtemps qu'il ne pour
roit faire fautér du monde à
,, Bord , mais comme les enne-
,, mis eftoient hors d'eftat de
leur nuire , Mr du Guay fir
´ , fignal à l'Amazone de don-
, ner fur la Flotte ; il avoit fait
de même fignal dés le com→
"
GALANT 359
mencement du Combat à "
l'Aftrée & à la Catherine . "
Cependant quoy que ces deux "
Baftimens cuffent donné dans "
cette Flotte & fait amener ‹‹
7. ou 8. prifes , ils n'en pûrent
amariner aucune , la Chaloupe
de l'Aftrée s'eftant bri- «
fée & la Catherine ne pouvant
mettre fon Efquif à la "
mer ; la feule Amazone ama- "
rina une Prife , mais huit ou
dix des plus gros marchands "
s'eftant toûjours tenus au- “
prés des Convois , Mr du "
Guay revira fur eux & les con- !
traignit d'abandonner hon- «
teufement leur Flotte ; de "
maniere qu'il n'en feroit pas
échapé un feul Vaiffeau fans
une bouraſque épouvantable «
乐
360 MERCURE
quifurvint dans le temps qu'il
eftoit au milieu d'eux . Ce-
» pendant il a pris quatre de
,, ces Navires , qui font efti-
,, mez cent mille écus.
و و
ر د
,, Mr du Guay- Troüin fert
», depuis vingt ans fur mer , fans
interruption. Il a pris fur les
,, ennemis plus de 300. Vaiffeaux
Marchands , feize Vaiffeaux
ou Fregattes de guerre,
la plufpart à l'abordage ; &
& dans la derniere guerre ,
,, trois Vaiffeaux des Indes ,
,, confiderables par leur force
,, & par leur richeffe . Il a ren-
,, du un grand nombre d'au-
,, tres Combats , dont il s'eft
,, toûjours tiré avec honneur.
و د
Mr le Comte d'Estaing s'empara
GALANT 361
para
le 13. du mois paffé de la
Ville de Roda en Catalogne ,
fituée fur le Ter à deux lieuës
de Vic. La Garnifon eftoit de
230. Anglois , & d'une partie
du Regiment d'Aragon . Il fit
prêter ferment de fidelité aux
Aragonois , & il leur permit de
fervir dans fes Troupes , ou de
rourner chez eux Les Anglois
, parmi lesquels il y avoit
- trente Officiers , ont efté faits
-prifonniers de guerre , & conduits
à Saragoffe .
Il me refte fi peu de temps &
de place , que je ne vous parleray
aujourd'huy que tres - fuccinctement
de ce qui regarde le
Château d'Alicante. Vous avez
coüi parler de la Mine que Mr.le
Chevalier d'Asfeld a fait faire
Hh
Mars
1709.
362 MERCURE
dans le Roc pour faire fauter
ce Chasteau . Cette entrepriſe
eft une des plus grandes qui fe
foit faite depuis fort longtemps.
Lorfque cette Mine fut en eftat,
Mr le Chevalier d'Asfeld envoya
demander au Gouverneur
s'il vouloit la faire vifiter. Ily
envoya deux Officiers , & le
rapport qu'ils luy en firent ne
• fut pas fans doute conforme à
la verité , par ignorance ou autrement
, puifque le Gouverneur
, au lieu de fe rendre comme
il auroit dû faire , ne répondit
que par un grand nombre de
coups de canon , & par quantité
de bombes , dont l'une perça
la Tente de Mr le Chevalier
d'Asfeld , & tomba dans fon lit ,
.
& il y en eut une qui emporta
GALANT 363
une jambe & un bras de l'un de
fes Secretaires . La Mine joüa
peu de temps aprés ; l'effet en
fut violent , cette Mine eſtant
chargée de dou ze cens quintaux
de poudre , poids d'Efpagne
; c'est -à - dire à 14. onces la
livre . Elle ruina les Maiſons du
Chasteau ; le Baſtion qui regarde
la Ville ; une partie de la feconde
enceinte ; & la grande
Cifterne. On vit auffi - toft paroiftre
en l'air quantité d'hommes
, dont la fumée empêcha de
diftinguer le nombre . Il tomba
auffi quelques pieces de canon
& des mortiers qui eftoient fur
le Baſtion qui fauta. L'effet en
auroit efté plus grand , fi la poudre
n'avoit pas efté éventée par
quelques fentes qui fe trouve-
Hh ij
366 MERCURE
trouvé à tout l'Office du jour ,
& ayant touché le Samedy 900 .
malades , Elle en a efté fi fatiguée
qu'Elle a eu quelques attaques
de collique , pour lefquelles
Elle a efté ſaignée ; mais
Elle joüit prefentement d'une
parfaite fanté , & fon mal ne
l'a pas empêchée d'affifter dans
les temps ordinaires à tous les
Confeils qu'Elle a accoûtumé
de tenir.
J'apprends en fermant ma
Lettre la mort de S. A S. Monfieur
le Prince , ce qui m'oblige
de remettre au mois prochain
à vous en entretenir. Je fuis ,
Madame , Voftre , & c.
A Paris ce 1. Avril 1709.
A VIS
Le Mercure d'Avril fe debitera
le Jeudy 2º . de May.
TABLE.
Prelude , dans lequel on trouve
unfait qui n'a point encore eu
d'exemple , 5
Lettre contenant ce qui s'eft paffé en
Canadapendant l'année derniere
P
IS
68
Cinquiémefuite de l'ouvrage de Mr
de Woolboufe
Détail de ce qui s'eft paffé dans le
de nier Chapitregeneral de Cluni
,
105
Remarques curieufes touchant l'ɑrdre
de Malte , 122
Service fait avx Feüillans de la
ruë S. Honoré , pour feu Mr lé
Maréchal Duc de Noailles, avec
une Defcription de tous les Ornemens
lugubres dont cette Eglife
eftoit décorée ,
Hiftoire curieufe du Chevalier de
125
364 MERCURE
rent dans le Roc. La grande fumée
qui ne ceffa point avant les
départ du Courier, fut cauſe que
l'on n'en pût ce jour là appren
dre davantage ; mais les grands
c's que l'on entendit dans le
Chafteau , firent connoiftre que
la defolation y eftoit grande ,
Voila ce que portoient les nouvelles
du premier Courrier.
On apprit à Madrid par le
fecond , que la mine avoit fait
périr 150. Anglois ; que le Gouverneur
& le Lieutenant de
Roy avoient fauté en l'air , &
qu'un Lieutenant Colonel qui
avoit pris le Commandement
de la Place , avoit fait battre
deux ou trois fois la Chamade ,
& demandé à capituler , & avoit
offert de fe rendre prifonnier
de guerre avec la Garniſon ;
GALANT 365
mais que Mr le Chevalier d'Af
feld vouloit ne les recevoir qu'à
difcretion .
Il eft arrivé à Port Loüis 7 .
ou 8. Vaiffeaux venant de la
Mer du Sud , chargez de 4. mił
lions de Piaftres , & l'on a fçû
que l'on y en attendoit encore
un fort richement chargé , qui
s'étoit arrefté à Buenos - Aires
CesVaiffeaux ont efté convoyez
par MrChabert, dont la reputa
tion eft connue dans la Marine.
Le Roy ayant affifté à tous
les Offices de la Semaine Sainte
, le Jeudy au fermon de la
Cêne ; ayant lavé les pieds à-
13. pauvres qu'il fervit , & dont
il donna 13. plats à chacun , S.
M. ayant oui le lendemain le
fermon de la Paffion , s'eftant
Hhiij
366 MERCURE
trouvé à tout l'Office du jour
& ayant touché le Samedy 900 .
malades , Elle en a efté fi fatiguée
qu'Elle a eu quelques actaques
de collique , pour lefquelles
Elle a efté faignée ; mais
Elle joüit prefentement d'une
parfaite fanté , & fon mal ne
l'a pas empêchée d'affifter dans
les temps ordinaires à tous les
Confeils qu'Elle a accoûtumé
de tenir .
J'apprends en fermant ma
Lettre la mort de S. A S. Monfieur
le Prince , ce qui m'oblige
de remettre au mois prochain
à vous en entretenir. Je fuis ,
Madame , Voftre , & c.
A Paris ce 1. Avril 1709.
A VIS
Le Mercure d'Avril fe debitera
le Jeudy 2° . de May.
TABLE.
*
Prelude , dans lequel on trouve
unfait qui n'a point encore eu
d'exemple , 5
Lettre contenant ce qui s'eft paffé en
Canadapendant l'année derniere
IS
68
Cinquiémefuite de l'ouvrage de Mr
de Woolhoufe ,
Détail de ce qui s'eft paffé dans le
de nierChapitregeneral de Cluni
,
ros
Remarques curieufes touchant l'Or
dre de Malte, 122
Service fait avx Feüillans de la
rue S. Honoré , pour feu Mr lé
Maréchal Duc de Noailles, avec
une Defcription de tous les Ornemens
lugubres dont cette Eglife
eftoit décorée ,
Hiftoire curieufe du Chevalier de
125
TABLE.
Windebank , premier Miniftre
de Charles I. Roy d'Angleter
te , qui fait connoiftre l'agitation
où la Cour d'Angleterre a
toujoursefté pendant les regnes de
plufieurs de ces derniers Rois , Ce
morceau d'Hiftoire eft digne d'avoir
une place dans l'Hiftoiregenerale
d'Angleterre ,
Thefes fort curieufes , foutenues à
Bowen en Forez, & à Avignon,
139°
166
Pierre curieufe , fur laquellefe trou.
ve une Infcription antique , envoyée
par Mr du Pont , Gouver
neur de Pampelune , à Mr de
Bafville , Intendant de Languedoc
, 176
Refignation du Prieuré de Blye à
Lyon ,
180
Premier Article des Morts , 184
TABLE.
Sonnet à Madame la Ducheffe de
189 Maine ,
Article curieux , d'une femme qui
parlefans avoir de Langue, 194
La Mufe Mon/quetaire ,
Troifième Livre des Effais de Gra-
196
201
vure ,
Sonnet à Monfeigneur le Dauphin ,
203
Mr Bignon , Prewoft des Mai
chands , eft reçu à l'Academie
Royale des Infcriptions , Academicien
Honoraire , à la place
du feu Pere de la Chaife , 205
Le Pere le Tellier , Provincial des
Jefuites , nommé Confeffeur du
Roy,
206
Détail de tout ce qui s'eft paßé pendant
les derniers jours de la vie
de Monfieur le Prince de Conty ,
& dans fes derniers momens , id.
TABLE.
Commandement de l'armée du Rou
242
245
fillon continué à Mr le Duc de
Noailles
Officiers Generaux qui doivent fervir
cette Campagne dans toutes
les Armées de S. M. avec les
noms des Aides de Campde Mef
Seigneurs les Princes , & des
Maréchaux de Camp nouvellement
nommez par Ș. M.
Mr d'Argouges de Rannes monte à
la place de Confeiller d'Etat ordinaire
qu'avoit feu Mr le Comte
d'Avaux , & Mr Boucher
d'Orfay, eft nommé Canfeiller
d'Etat Semestre , à laplace de
› M. d'Argouges ,
Paraphrafe de la Profe des Morts ,
Traduite en Vers François par
Mr l'Evêque d'Angers ,`
T
262
267
Second Article des Morts, contenant
TABLE.
la mort de cinquante - deux per-
279
Jonnes ,
Bafton d'Exempt
, donné par le Roy
à Mr des Bournais , 306
Détail de ce qui s'eſt paffè à la Reception
de Mr deBouflers au Parlement
, en qualité de Duc &
Pair ,
Situation des Affaires prefentes ,
308
314
Pertes faites fur mer par les Anglois
, & prifes de plufieurs de
leurs vaiffeaux , 328
Nouvelles écrites de divers endroits,
331
Mariage , & Couches extraordinaires
,
3342
Article des Enigmes , 343
C
Madrigal ,
Traduction d'une Relation Efpagnole
imprimée à Seville , &qui
347
TABLE .
contient un fait aufi nouveau
que furprenant , 348
Suite du fiege du Chateau d'Alicante
,
361
365
Vaiffeaux de la Mer du Sud , arrivez
à Port- Louis ,
Grandesfatigues effuyées par le Roy
pendant lafemaine fainte, idem.
Mort de S. A. S. Monfieur le Prince
,
367
Le Plan de l'Eglife des Feüillans
, page 137 .
L'Air , L'Heureux Printemps ,
page 346.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères