→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1709, 01
Taille
13.80 Mo
Format
Nombre de pages
403
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
།།།
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER, 1709,
VIL
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle da
Palais , au Mercure Galant,
Co
Omme ileft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
Gele Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpen-
* fer dien augmenter auffi le prix. Ainli les
volumes qui ferent téhez en veaufe vendront
dorefnavant & . fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIX,
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
Fause qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre,
ou
d'une
Famill
s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages a leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
DE
BEL
MERCVRE
GALANT
JANVIER, 1709,
QUE
LYON
E crois ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre que
par la Priere qui fuit . Elle eft de
faifon , & merite l'attention
des Sujets des Puiffances qui
font
aujourd buy en guerre
A iij
6 MERCURE
contre les deux Couronnes.
PRIERE
POUR LE ROY
G
RAND DIEU quifaites
triompher ceux qui profeffent
une Religion contraire à vos
faints Commandemens , qui,profanent
tous les jours vos Temples
facrez , qui empêchent les exercices
de la veritable Religion ; &
ceux qui eftant auparavant dans
la veritable voye s'en font écar
tez pour attaquer oftre Eglife en
attaquant fon Chef, l'un desplus
GALANTRA 72
in
zelez Succeffeurs de S. Pierre.
Eftre Divin qui permettez
que les Auteurs d'une guerre
jufte ;ceux qui poffedent des Couronnes
qui ne leur appartiennent
pas , ceux que des raisons feules de
convenance
de politique obligent
à combattre pour détrôner un
Monarque que leurs Ambaſſadeurs
ont reconnu au mili
Cour même , pour legitime Souverain,
ceux à qui le defir de
regner en fa place , ont fait armer
la plus grande partie des Puiffannu
au
milieu
de fa
ces de l'Europe , qui combattent
les droits d'un Souverain que
le Sang a mis fur le Trône, qui y
Aj
8 MERCURE
a efté appellé par un Roy mourant
en prefence de fon Createur dans
le moment qu'il alloit le recevoiry
que les Grands & les Peuples du
Royaume ont proclamé fans y
avoir eftéforcez, es avant que
l'on eut feu ce qui fe paffoit chez
eux , qui luy ont envoyé des Am
baffades folemnelles pour l'inviter
de venir prendre poffeffion des
Etats qui luy appartenoient e
font venus le recevoirfur lesfron
tieres de ces mêmes Etats varsip
C'eft aprés cela , grand Dieu ,
que l'on peut repeter que vos Des
crets paroiffent impenetrables , lors
que l'injustice triomphe que le
GALANT 9
Jufte fouffre c'est le langage que
peusent tenir ceux qui n'entrent
pas dans woſtre Eſprit , puifque
Les victoires que remportent lescoupables
les ennemis de la veritable
Religion ,font , & mon Dieu !
autant de marques de voſtre indignation
pour eux que vous les
puniffez en les laiffant dans leur
endurciffement , & que toutes vos *
graces font pour le Monarque qui
a toutfacrifié , en nefouffrant que
la veritable Religion dansfes Etats.
Il aparu auxyeux des hommes
que vous aviez abandonné
Louis IX. Roy de France ; il a
fuccombéfous les ennemis de la
10 MERCURE
Foy , cependant vous ne
avezfait triompler que pourfai
re paroître davantage la grandeur
d'ame & la vie exemplaire d'un
Monarque qui devoit estre un
jour au nombre des Saints. Que
ceux qui triomphent aujourd'huy
malheureufement pour eux ne fe
vantent donc point de leurs victoires
que le Ciel ne permet que
pour élever la gloire d'un Souverain
qui n'a jamais eu en vueque
lajustice & le bien de la veritable
Religion , pour faire voir qu'il
eft encore plus grand dans l'adver
fité qu'il ne l'a efté au milicu des
plus grandes & des plusflatteufes
GALANT ID
profperitez. Ainfi l'on peut dire
que fes ennemis qui croyent l'ac
cabler,fervent à faire briller das
vantage des vertus qui n'auroient
pas efté connuës s'il avoit toûjours
triomphe, à faireconnoistre dés
ce monde qu'il eft un de vos Elús ,
puiſque voſtre divine Majeſté l'a
touché du doigt dont elle ne touche
que ceux qui doivent fervir d'exemple
dans ce monde à tous les
bommes , & porter un jour la pal
medans le Ciel.
Mais , mon Dieu , s'il nous eft
permis de faire une Priere en fa
veur de tous les Peuples de l'Europe
, que les victoires de leurs
12 MERCURE
leur
Souverainsfont gemir, &rédui,
fent à la derniere extremité , répandez
vos gracesfur ces malheu
reux vainqueurs , en les faifant
ceffer de triompher , afin qu'ils ouvrent
les yeux , qu'en recon.
noiffant les graces que vous leur
ferez en les humiliant
humiliant pour l
donner lieu defe reconnoiftre , ils
puiffent meriter d'avoir part un
jour dans le Royaume celefte . Tous
leurs Peuples jouiront bien softdu
repos qu'ils fouhaitent avec une
ardeur inexprimable , fi voftre divine
Majesté fait triompher de
nouveau le pieux Monarque qui
n'a en quë que le bien & la
GALANT 13
&
que fes ennemis
gloire de vostre Eglife , le répos
de l'Europe. Il facrifiera la plus
grande partie defes Conqueftes , au
repos de cette même Europe , comme
il a déjà fait plufieursfois volontairement
, & fansy eftre force,
Ce qui a efe
can
ont dit que ce Prince avoit nonfeulementfait
la Paix , mais qu'il
l'avoit impofee, e il luy estoitaifé
de lafaire de la forte ,puifqu'il auroit
retiré les graces qu'il vouloir
bien accorder à ceux qui la figneroient,
cette loy eftoit doucepour des
vaincus , l'on n'a point vû d'exemple
depuis lanaiffance du monde
d'une pareille moderation. Ainfi
114 MERCURE
c'est avec justice que le Monarque
qui gouverne aujourd'huy la
France a merité le furnom de
GRAND. Faites qu'il triomphe
encore , ô mon Dieu ! continuez
de vous fervir d'un Souverain
qui met toutefa joye en vous , ✔
qui regarde tout ce qui luy arrive
de bien de mal , comme des gra
•ces que luy fait voftre divine
Majefté , & qui n'ayant pains eſté
enorgueilly dans le temps de fes
plus grands triomphes , n'a jamais
efté abbattu par fes difgraces , confiderant
que tout venoit de vostre
3 main. Continuez encore une fois ,
ô mon Dieu ! & nous en fupGALANT
plions voftre divine Majefté de le
faire triompher afin qu'il puiffe
donner encore une fois la Paix à
l'Europe ; & que ceux quila trouby
blent , pouffez par une ambition
demefurée , & par des interefts
politiques , puiffent fe reconnoiftre
Ames
meriter le pardon de leurs cripendant
qu'il plaira à voſtre
divine Majestédefaire durer cette
Paix.
Lors que je vous parlay le
mois paffé de l'affaire de Tortofe
, on nesla fçavoit que
confufement , & al n'en eftoit
encores arrivé aucun détail.
16 MERCURE
On en a vû depuis ce temps- là
plufieurs Relations , & lès
nouvelles publiques en ont
amplement parlé. Cependant
deux raifons m'obligent de
vous en entretenir . L'une eft.
que cette affaire à fair trop
d'éclat pour ne luy pas donner
place dans mes Lettres ou on
la pourroit chercher un jour,
& d'ailleurs quelques exactes
que foient les Relations qui
font remplies de beaucoup de
circonftances , il échape toujours
quelques faits aux uns
qui néchapent pas aux autres ,
& ceux qui les ont oubliez ,
GALANT 17
en raportent quelques fois
d'autres qui ne fe trouvent
que dans leurs Relations . Voicy
ce que j'ay appris de l'écla
tante affaire dont il s'agit , &
qui couvre de gloire les Vainqueurs
qui ne s'étoient point.
preparez à la défence , & de
honte , ceux qui aprés avoir
pris de grandes meſures pour
faire reülir leurs projets , les
ont neanmoins vû échouër
aprés avoir perdu beaucoup
de monde .
Mr le Comte Guy de Staremberg
, Tun des premiers
Generaux de l'Empereur , &
Janvier 1709.
B
18 MERCURE
qui fouvent à commandé des
Armées en Chef, ayant cfté
nommé il y a deux ans par
S. M. I. pour rétablir en EL
pagne les affaires des Alliez
fort délabrées aprés la perte
de la bataille d'Almanza
ayant eu le chagrin non feulement
de n'avoir point fervi
à leur rétabliffement ; mais
d'avoir vu prendre toutes les
Places qui ont efté attaquées
prefque en fa prefence , &
notamment Lerida & Tortofe
qu'il n'avoit pû fecourir ,
quoyque la longueur de ces
deux Sieges luy en cuffent
GALANT 19
donné le temps , crut au commencement
du mois de De
cembre qu'il pourroit faire
rentrer
Tortofe
fous l'obeif,
fance de l'Archiduc
. Les deux
principales
raifons
qui luy firent
croire qu'il pouroit
reüffir
dans fon deffein , furent
que malgré
toutes les diligences
que l'on avoit faites pour
reparer
les bréches
de la Place,
& les fortifications
qui avoient
efté endommageés
, elle avoit
efté fi rudement
battuë qu'elle
n'avoit
encore
pû étre mife
dans un parfait état de défence .
La feconde
raifon luy parut
Bij
20 MERCURE
auffi tres forte , & contribua
beaucoup à l'affermir dans fon
deffein. Il avoit efté informé
que l'on avoit retiré un affez
grand nombre de Troupest
de Tortofe , pour fervir au
Siege de Denia. Ainfi voyant
las Gafnifon d'une Place qui
n'avoit pû étre encore entices
rement reparée , afforblic , ilb
crut le fuccés de fon entrepriſe b
fi affuré , que voulant entérros
temoin luy même , il y marcha v
en Perfonne. Il fit pour cet
effet un détachement de 5000.0
hommes choifis , & prefquary
tout composé de Grenadiers.
GALANT 21$
Ilyojoignit auffi un affez
grand
on marque pas la
quantité. Plufieurs volontaires
de confideration fe joignirent
à cette petite armée , mais choifie,
& à la tefte de laquelle ce
Generable mit acompagné de
deux Lieutenans generaux , &
du Gouverneur de Taragone
d'où ils partirent la nuit du 1 .
au 21.de Decembre & ils atriverent
à trois heures du matin
la nuit du 3. au 4. au lieu nommé
l'Hermitage , qui eft à la
vûte de Tortole , fans que leur
marchescuft cfté découverte
mare
de Miquelets
;
22 MERCURE
cé qui devoit prefque les affu
rer d'un heureux fuccés. Les
attaques furent difpofées du
coſté du haut & du bas Ebro.
Mr de Staremberg qui commandoit
la principale attaque
,
s'avança avec les Anglois à la
Porte de Saint Jean qu'il fit attaquer
avec un des Baſtions
qui n'eftoit pas encore reparé ,
& la Porte du Temple par le
long de la riviere. Ils s'empa
rerent en peu de temps du chemin
couvert , & de quelques
Fortifications qui n'estoient
pas encore en eftat de deffenfe.
Ils forcerent
en même temps
GALANT 23.
un Lieutenant , qui avec dix
hommes , gardoit fix ou fept
pieces de canon dans le Baftion
de Saint Charles ; mais ils
n'curent pas le temps de s'en
fervir , à caufe de l'arrivée du
premier Bataillon de Blaifois ,
qui leur fic un feu horrible
dans le temps qu'ils cfcaladoient
les murailles , & qu'ils
s'efforçoient de rompre la Por
te de S. Jean rà coups de hachés.
Cette attaque dura prés
de deux heures de part & d'au
tre. Ceux qui ataquerent le Baftion
de la Porte du Temple furent
repouffez par le Regiment
24 MERCURE
de Murcie Efpagnol , & par le
fécond Bataillon de Blaifois .
Les Ennemis fe retirerent aprés
avoir cu 60. hommes tucz &
deux fois autant de bleffez. On
fit 14. hommes prifonniers que
l'on trouva dans les Fourneaux
du chemin couvert où ils s'é
toient cacheż. Les Troupes
battuës marcherent au fecours
des Allemans qui avoient attaqué
le Baſtion de la Courta
duras , à la Porte de Remolino .
Ce poſte ne pur eſtre deffendu
avec autant de vigueur que les
autres , parce qu'il n'y avoit
que 20. hommes commandez
par
GALANT 25
par un Lieutenant , & 10. hommes
avancez. Les Ennemis fe
faifirent de l'avenue de la Por
te de Courtaduras , qui fepare
la Ville du Fauxbourg de Re
molino , ce qui leur fut d'au
tant plus facile que cette Port
te ng fermoit pas à caufe des
Rondes & des Patrouilles qui
rouloient dans toutes les heures
de la nuit. Mr de Betancour
, Commandant de la Place
, à la tefte de plufieurs Offciers
qui logcoient dans ce
Fauxbourg , & d'un détache
ment de la Garniſon , chargea
les Ennemis l'épée à la main ,
Fanvier 1789. C
26 MERCURE
*
• qu'il fit avec tant de valeur
que le defordre ſe mit bien -tôt
parmi eux ; mais il eut le malheur
d'eftre tué en cette occafion.
Sa mort fit reprendre
courage aux Ennemis , & fes
Troupes qui en furent unpeu
déconcertées
, reprirent leur
premiere vigueur auffi roft que
Mr de Lonchamp , Lieutenant
de Roy cutpris fa place . Il fuivit
la difpofition que Mr de Bertancour
avoit faite , & fir continuer
de faire un grand feu fur
ales Ennemis ; de manière qu'ils
furent obligez de fe retirer
dans des maiſons voifines , à la
1
GALANT 27
portée du piftolet d'un Baſtion
qui pouvoit estre infulté . Ils fe
retrancherent dans les maifons
qu'ils occuperent . Nos Troupes
qui pendant ce temps là
fe retirerent dans la Ville en
.A. fermerent la porte cependant
les Ennemis fe fepaterent
en deux corps , dont l'un attaqua
le Corps de Garde de la
porte de Remolino
, où il y
avoit un Capitaine , un Licurenant
, 20. hommes , & 10 .
de fa Garde avancée. Ils rompirent
la barriere qui couvroit
cette porte , ce qui obligea
l'Officier de fe retirer par la
Cij
28 MERCURE
communication qui va au Châ
teau . L'autre Corps attaqua le
Baftions imparfait dont je
Viens de parler ; mais il fut rez
pouflé par le Regiment de Traillo
, & les Grenadiers du premier
Bataillon de Blaifois . Ce
feu dura de part & d'antre juß
qu'à ro . heures du matin , il
"fat foutenu par les Grenadiers
du fecond Bataillon de Blarfois
qui eftoit à la tefte du
Chateau. Mr de Lonchamp
fit faire alors une fortie de
Foo.hommes commandez par
Mile
MP le Marquis d'Ordunno ,
Colonel du Regiment de TruGALANT
32
xillo . Ces Troupes déboucherent
par la breche du Baſtion ,
à la referve d'une Compagnie
qui fortit par la porte du Château
appellée du ſecours , & aprés
s'eftre jointes , elles attaquerent
vigoureufement les
mailons , retranchées. On fe
plufieurs prifonniers ; mais Mr
de Lonchamp s'eftant aperçu
que ces maiſons eftoient toutes
remplies de Troupes qui
faifoient feu de toutes faces ,
jugea à propos de faire fortig
encore soo. hommes pour
foutenir , & pour mettre
feu à ces maiſons , afin d'em30
MERCURE
pefcher par- là l'aproche d'au
tres Troupes qui s'eftoient res
tranchées au Convent des Religicufes
de faint Jeans & àla
porte qui venoit d'estre forcée ;.
cependant comme il eft fou
vent difficile de remporterdes
avantages confiderables fans
faire quelque perte , le Lieutenant
Colonel du Regiment
des Afturies fut bleffé & faic
prifonnier , & le Major du Res
giment de Truxillo , & quelques
autres Officiers furent
dangereufement
bleffez . Cette
action durandeux heures , &
les Troupes étant rentrées dans
GALANT 31
"
las Place , le reste du jour & la
nuit fe pafferent à canonner
& à bombarder le Fauxbourg,
& le Convent des Religieufes
de Saint François , ainſi qu'à
retrancher le Baftion imparfait
de la droite de Courtaduras
, & faire un ſecond retranchement
fur la hauteur , entre
le pied de l'efcarpement du
Château , & des maisons qui
bordent le Rempart . Cette ca
nonade fut executée par Don)
Andrés Patino qui cominandail
Artillerie , & Mr de Plai
marais Capitaine au Regi
ment de Blaifois fe diftingua
Cij
32 MERCURE
par les bombes qu'il jetta à
propos ; de forte que les Ennemis
étant fort incommodez
par le canon , par
canon , par les bombes
& par les ruines qui les accabloient
, furent obligez de fe
retirer pendant la nuit . On ne
s'aperçut de leur retraite qu'à
la pointe du jour. On ne peut
rien ajoûter à la valeur qu'ont
fait paroiftre en cette occafion
Mr le Marquis d'Orduno ;
Don Jofeph Feluy Sergent
Major de la Place ; Don Pedro
Sanchez Francés , & Don Franci
cifco de Quiros , Lieutenanol
Colonels ; Don Diego d'AmaGALANT
33
filla , ainfi que plufieurs autres
Officiers François &Eſpagnols .
Mrode Langrune , Brigadier
des Ingenieurs donna des marques
des grands talens qu'il
dans fa profeffion , ainfi que de
fa valeur. Je ne dis rien de Mr
de Lonchamp , puiſqu'ayant
pris le commandement genes!
ral prefque dési le commencement
de l'action ; la principale
gloire eft due à fa valeur & al
La bonne conduite. Cette af
faire coûte au moins § . à 600.
hommes aux Ennemis , parmi
lefquels , felon le raport des
Deferteurs , il fe trouve plu$
4 MERCURE
fieurs Officiers de diftinction,,
& ce qui chagrine le plus Mr.
le Comte de Staremberg, eft
d'avoir reçûs en perfonne un
affront fifignalé , & d'avoirvun
échouer une affaire qu'il avoit
luy même imaginée & con
duite. Il n'y a eu que Solà60.
hommes de la Garnifom tuezi
ou bleflez ; de maniere que la
perte ne feroit pas confidera
ble fans celle de Don Adriem
de Betancour , Brigadier dest
Armées du Roy d'Espagne , &
Capitaine au Regiment desi
Gardes Espagnoles qui s'étoit .
diftingué en plufieurs orca
fions
importantes
.
GALANT 35
Vous avez fçu que Mr de
Tournefort , Lieutenant dess
Gardes du Corps dans la Compagnie
d'Harcourt , a effé fait ,
Maréchal de Camp ; qu'il accompagnoit
Mr le Chevalier
de Luxembourg larfqu'il tra
verfa l'Armée ennemie pour
fejetter dans Lille avec le fe
cours qu'il y conduifoit, & que
ca fut cemême Mr de Tournefort
qui conduifit toute la
Cavalerie qui fortir de Lille
aprés la Capitulation , & qui
en vint rendre compte au Roy.
Ainfi l'Article qui fuit n'eft
pour vous l'apprendre ; mais
pas
36 MERCURE
pour vous faire connoiſtre la
Maifon de ce même Mride
Tournefort.oem
hic lup
Je fçay que les Genealogies
qui ne font point accompa
gnées de faits hiftoriques en
nuyent affez louvent , & fur
tout lorfqu'elles font ignotées
de peu de perfonnes. Cicltpourquoysec
que jay à vous
direude la Maifon de Mr de
Tournefort
, ne manquera
pas
d'attirer votre attention
, puif
que vous , y trouverez beani
coup de chofes curieufes , &
que vous y apprendrez d'où
font defcendus Saint Arnoul
GALANT 37
*
que pluli
Saint Ferriol , & Saint Cloud ,
ainfi perfonnes
qui ont rendu de grands fervices
à l'Etat depuis un temps
prefque immemorial , & la fon
dation de la fainte Chapelle du
Vivier. ut e
255Mr de Tournefort eft de la
Mailon du Vivier au Dioceſe
d'Alet , l'une des plus anciennes
du Royaume , puifqu'elle
defcend des premiers Comtes
de Narbonne , qui tiroient
leur origine , dit on , de Saint
Arnoul , tige de la feconde ra
ce de nos Rois . Ce Saint eftoit
Ifils du Senateur Ambert , que
28 MERCURE
Fon affure eftrenéà Narbonne ,
d'où il alla s'établir en Auftrafie.
Cafeneuve eft de ce fentiment
dans fon traité du franc
Alca , pag 30. lorfque parlant
de S. Ferriol Evêque d'Ulez ,
l'un des fils d'Anfbert , il dit
qu'il eſt de natione Narbonenfis.
Ce Senateur avoit époufé Blitilde
fille du Roy Clotaire I.
"& il en eut entr'autres enfans
Saint Arnoul qui mourut Evêque
de Mets dans le 7. ficcle ,
& qui avant fa promotion à
l'Epifcopat , avoit cu Anfechife
, Bifayeul de Pepin de
" Bret & Safnt Cloud , Bifayeul
GALANT 39
d'Arnaud deBeaulange . Celuycy
fut fait Comte de Narbonne
dans le 8. ficcle par le Roy
Pepin . Aymeri fon fils luy fucceda
, il fut pere de Guillaume
au court nez , Duc de
Septimanie , Comte de Narbonne
&
d'Orange , pere du
fameux Bernard Duc de Septimanie
, Comte de Barcelonne
, Grand Chambellan de
l'Empereur Louis le debonnaire ;
à l'occafion duquel les Princes
fes fils fe revolterent contre
luys› parce qu'ils croyoient que
cer Officier aimoit l'Imperarice
Judith de Baviere leur
40 MBRCURE
belle mere . Le ſecond fils d'Aymeri
, Comte de Narbonne fut
nommé Duc de Beuves. Il fut
pere d'un Eudes , Comte d'Orleans
( c'eſt- à- dire fuivant le
langage de ce temps- là , Gou .
verneur) & deGuillaume Comto
de Blois. La Guerre qui furvint
entre Louis le debonnaire ,
& les trois fils , engageales ScigneursAiffus
de la maifon de
Narbonne de prendre le party
de ce Prince, & celuy de leur
coufin germain Bernard, Comte
de Barcelonne . Eudes &
Guillauine furent stuez, dans
une Bataille , ainfi que NiGALANT
40
1
thard le raporte dans fon Hif
toire des fils de cet infortuné
Empereur pag 328. Charles
le Chauve fils de Imperatrice
Judith , ne
fuc pas plus favo
rable au Comte de Barcelon
ne que fes freres lavoient efté.
Plufieurs Auteurs dont les prin
cipaux font , Borel , Mr de Ba
lufe, & Mr de la Faille raportent,
fçavoir Borel dans fes :Antiqui
tez de Caftres ; Mr de Balufe
dans fes Notes fur Agoberr,
Evêque de Lion , & Mr de la
Faille dans fes Annales de Tou
houfe , que veat Empereun poi
gnarla luy- mem dans l' Abbaye
Janzier 1708. D
42 MERCURE
de Saint Sernin à Toulouse , celuy
que l'on avoit crû le galant defa
0
mere.
Tous ces raports firent dans
la fuite grand tort aux Scigneurs
iffus de la même maifon
que Bernard Comte de
Toulouſe & de Barcelonne ;
ainfi la poſterité de Guillaume
Comte de Blois prit le party
de fe retirer au Vivier , Ville
qui eftoit dés lors confiderable
, & qui eft dans le Diocefe
d'Alet , & voifine des Montagnes
du Rouffillon . Leur '
grand- pere le Duc de Beuves
avoit cu cette terre de fon pe-
2
GALANT
43
re:Aymeri Comte de Narbonno
,. & fuivant. Rufage, de ces
temps- là , ils s'en approprierent
lanom en confervant feulement
l'Ecu des premiers
Comtes de Narbonne
, que
leurs defcendans portent encorc
aujourd'huy
pour armes ,
& qui marquent bien leur ancienneté
, car elles font fimplement
de gueules plein , fans
aucune piece . Ceux qui connoiffent
le blafon fçavent bien
que les armes les plus fimples
font les meilleures & les plus
anciennes.
Cest Seigneurs du Vivier
Dij
44MRCURE
ont fubfifté jufqu'à prefent
dans cette terre , & ferfont
alliez aux meilleures familles
du Pays . Plufieurs maifons de
Catalogne fe font honneur
d'avoir eu dans leur alliance
des filles de cette maifon , ou
d'y avoir marié de leurs theritieres.
Guillaume , Seigneur du
Vivier époufa Conftanced Ar
denne dans le 15% fiecle ; il en
cut deux fils , l'aîné refta en
Languedoc , & le cadet Raimond
du Vivier s'établit en
Catalogne. C'eft de luy que
font fortis Mrs d'Ardenne ;
& les Comtes d'Ille , dont
GALANT 145.
eftoit N... Comte d'Ilie en
Rouffillon mort Lieutenant
General des Armées du Roy.
Les Seigneurs de Cordova dont
eftoit le fameuxCapitaine Gonzales
de Cordova i renommé
с
fiecle , & au fur la fin du
commencement du 16.defcendent
auffi d'un cadet de la
maifon du Vivier qui époufa
en Catalogne, heritiere de
Cordova dont il prit le nom
De ce mariage defcendent les
Ducs de Baëna Grands d'Efpagne
, qui ont dans une écartclare
de leurs armoiries l'Ecuffon
des Seigneurs du Vivier!
46 MERCURE
Dans le 16. ficcle Don
Jacques du Vivier Abbé de
Ripoüil en Catalogne gouver
noit en même temps le Prieuré
de Monferrat qui n'eftoit pas
encore érigé en Abbaye. Il en
fit augmenter le bâtiment , &
il y fit ajoûter le petit Cloiftre
des Religieux , au bout du
quel il fut enterré l'an 1375.
Les Hiftoriens de la maifon du
Vivier difent que ce fut un de
ces Seigneurs qui fonda en
Bric , Diocefe de Meaux , un
Chapitre qui retint le non de
fon Fondateur , & que l'on
nomme encore la Sainte Chapelle
du Vivier.
GALANT 47
On remarque qu'aucun des
du Vivier , quoyqu'ils ayent
rous efté Guerriers , n'a jamais
pris party contre nos Rois ,
quelques troubles qu'il y ait
eu dans le Royaume ou dans
la Province de Languedoc en
differens fecles Sequoyque
fouvent follicitez par les Chefs
des revoltez. Le Bifaycul de
ceux qui portent aujourd buy
ce nom fut vivement preffe
dans les guerres du dernier
fiecle; mais bien loin d'écouter
aucunes propofitions , il
foût arrefter & envoyer au
Roy Louis XIII des fom-
AD
48 MERCURE
mes confiderables d'argent ,
des chevaux de main , & autres
prefens qui paffoient ſur
fes terres , & que les Etrangers
envoyoient à ceux qui,
eltoient à la tefte des Factieux .
Enfin on doit remarquer
que dans une Province où les
Heretiques , foir Albigeois ,
foit Calviniftes , ont fait le plus
de progrés , aucun du nom du
Vivier ne s'eft laiffe entraîner
par l'efprit de feduction ; au
contraire l'un d'eux eftant Gouverneur
d'Alet , & affiegé dans
cette Place par ces Sectaires ,
fouffrit les dernieres extremitez
4.
de
GALANT 49
de la guerre plûtoft que de fe
rendre ; auffi ces malheureux
luy firent- ils fubir une mort
bien ignominicufe pour un
homme de ce nom ; mais qui
luy fut bien glorieuſe par raport
à la cauſe de Dieu , & à
celle du Roy qui deffendoit.
Ceux qui reftent aujour
d'huy de cette maiſon font ;
Alexandre Marquis du Vivier ,
connû autrefois fous le nom
du Marquis de Lanfac , & qui
aprés avoir efté Colonel du Regiment
de Languedoc , puis
Meftre de Camp d'un Regi
ment de Cavalerie , nommé
Janvier 1709. E
50 MERCURE
Lanfac , s'eft retiré au Vivier .
Il a quatre garçons ; François
du Vivier , Comte de Tournefort
qui donne lieu à cet article
, & qui eftoit Mestre de
Camp d'un Regiment de fon
nom , lorfque le Roy le nomma
Enfeigne de fes Gardes .
Il n'a eu que deux filles ; la
cadette eft Religieufe à Paris ,
& il avoit marié l'aînée à Mr
de Planque , Brigadier des Armées
du Roy , Infpecteur general
des Troupes de Languedoc
, de Guyenne & de Rouf
fillon . Cette Dame mourut à
la fin du mois d'Octobre derGALANT
51
nier. Le troifiéme nommé Mr
de Puy Laurent fut tué à la
Bataille de Staffarde. Il eftoit
Capitaine de Dragons . Les
foeurs de ces Mrs ont épousé ,
fçavoir l'aînée , Mr du Breüil ,
Brigadier , Gouverneur de Bellegarde
en Rouffillon , & Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel
; la cadette , Mr de Malartie
, auffi Brigadier , Licurenant
de Roy de la Ville de Perpignan
, & Chevalier de Saint
Louis. Ils ont pour oncle Alexandre
du Vivier , Baron de
Montfort , & Meftre de Camp
de la Cavalerie du Rouffillon ..
E ij
52 MERCURE
Trois oncles de celuy cy
ont cfté tuez dans le fervice ;
l'un dans les guerres contre les
Huguenots . On le nommoit
de la Baftide , parce qu'il avoit
époufé l'heritiere de ce nom .
Il a fait la branche de la Baftide
établie au Diocefe de Mirepoix
; l'autre au Siege d'Hef
din cn 1639. Il eftoit Capitaine
dans Piémont , & fe
nommoit Tournefort. Le troifiéme
a efté tué au Combat
Naval
que
remporta
contre
les Rochelois
l'an
1622.
Trois
freres
du Ba-
10.
de Montfort
ont
eu auffi
le Duc de Guiſe
GALANT 53
le même fort. L'un qu'on appelloit
Tournefort fut tué dans
les premieres guerres de Catalogne
; il eftoit Lieutenant
Colonel
d'un Regiment de Cavalerie
que Mr de Pinos , homme
de qualité de Catalogne ,
avoit levé pour le fervice du
Roy. Le fecond nommé Auxierre
Capitaine dans le Regiment
de Sainte Mefme , aefté
tué devant Tortofe en 1648 .
& le troifiéme
nommé le Chevalier
du Vivier Capitaine de
Cavalerie dans le Regiment du
vieux Comte d'Ill fon parent ,
Lieutenant
general des Armées
E iij
54 MERCURE
du Roy , cut la même deftinée
au combat donné prés de
Solfonne , où le feu Chevalier
d'Aubeterre , Lieutenant General
, commandoit la Cavalerie.
Deux tantes de Mr de
Tournefort ont efté mariées ,
l'aînée dans la maifon de Rennes
-Auffillon au Dioceſe d'Alet
. Les enfans de cette Dame
ont levé dans les dernieres guerres
11. Compagnies pour le fervice
du Roy. Le Chevalier
d'Auffillon l'un d'eux , Colonel
de Dragons eft mort dans ces
derniers temps en Italie. Son
frere , qui eftoit fon LieuteGALANT
55
nat Colonel , a eu fon Regiment
, & a efté tué à Caſal.
Mr de Roqueverre Capitaine
de Carabiniers , & Mr de Rennes
des Is , Capitaine dans un
vicux Corps , freres de Mrs
d'Auffillon fe font retirez à
caufe de leurs infirmitez. La
cadette de Me de Rennes Auffillon
a épousé Mr du Vivier
Baron de Sarraute , autre branche
de cette maifon dans le
Dioceſe d'Alet. Son fils Capitaine
de Dragons a cfté connû
dans l'Armée fous le nom
du Chevalier du Vivier. Il porte
aujourd'huy le nom de Sar-
E iiij
56 MERCURE
"
raute. Il a encore deux freres.
qui font , Mr du Vivier , Capitaine
dans le Royal Rouffil-
Ion , fait prifonnier à la journée
d'Oudenarde , & Mr de
Briene du Vivier , Capitaine
au même Regiment , & qui
fert à Monaco . Mr de Saint
Martin du Vivier , l'un de leurs
freres , a efté tué dans le même
Regiment , de même que
leur grand- pere l'auoit efté
fur la breche du Maz d'Aził
en attaquant la Place deffendue
par les Huguenots : tout
cela marque bien l'ardeur de
Mrs du Vivier à expoſer leur
GALANY 57
vie pour le fervice du Roy , &
qu'ils n'ont pas épargné leur
fang dans les occafions , & fi
l'on comptoir tous ceux de
ce nom tuez depuis 60. à 70 .
ans , on en trouveroit un tresgrand
nombre.
Mr le Baron de Saint Feriol
qui eftoit de cette mailon , a
travaillé pour en faire connoître
le luftre. Il fit imprimer
vers la fin du dernier fiecle un
Ouvrage affez curieux , fur
fon origine ; ce Baron n'a
point laiffé de pofterité .
Je ne dois pas oublier qu'il
y a encore en Languedoc &
58 MERCURE
en Guyenne deux illuftres mai .
fons , qui font celles de Pelet
& de Lara , iffus des Vicomtes
de Narbonne , qui ont fuccedé
aux Comtes dont je viens
de parler. Mrs les Comtes de
Fontanés , de Combas & de
Gramian font fortis de la premiere
& de la feconde. Les an
ciens Marquis de Fimarcon ,
les anciens Vicomtes de Saint
Girons , & les Comtes de Clermont
& de Birac du coité d'Agen
: c'eft de l'une de ces deux
races que font venus tous ceux
qui portent aujourd'huy le
nom de Narbonne , & entr'auGÁLANT
59
tres Mr le Marquis de Narbonne
, Lieutenant General des
Armées du Roy , qui a cfté
long- temps Mestre de Camp
de Cavalerie.
Je vous envoye la troifiéme
fuite de l'ouvrage de Mr de
Woolhoufe. Je fuis fâché d'avoir
efté obligé de vous l'envoyer
à tant de repriſes ; mais
j'ay cû à vous parler d'un fi
grand nombre d'Articles differens
, & il m'en reste encore
une fi grande quantité
qu'il m'a efté impoffible de
faire autrement
.
Par ce qui vient d'eftre rappor
60 MERCURE
où il n'enté
, on voit tres - évidemment quelle
forte de glaucofie ind finie les
Anciens entendoient quand ils regardoient
cet accident comme gueriffable
, ou naturel ( pour lequel
ils ordonnoient des Collyres ad
glaucos oculos
troit rien pour fortifier la veuë ,
mais feulement pour offufquer les
couleurs ) quelle forte de mal
ils croyoient le Glaucome de
l'humeur cryſtalline qu'ils di
foient tous unanimement eſtre incurable.
4
Il eft de plus tres conftant qu'-
Hipocrate ni Ariftote ne fe
fontjamais fervis du mot d'HyGALANT
61
pochifie , bien loin de faire un
*fage indifferent & reciproque de
termes d'Hypochifie & de Glau
come , comme Mr Ant . & Brif--
feau feroient bien aife de nous
faire accroire , fans qu'ils nous
produifent un feul ancien texte
pour prouver que le mot d'Hypochific
ait quelquesfois efté pris
pour un Glaucome effectif de
Thumeur cryftalline , comme
prouvons avoir toûjours
nous le
efté pris pour une maladie ſituée
dans l'humeur aqueufe de l'oeil.
On n'a qu'à lire le paffage de
Pline , lib. 11. cap . 37. pour
eftre tout- à-fait convaincu de cette
verité.
62 MERCURT
و و
"
د و
و د
Homo folus emiffo hucæcitate
liberatur :
more ,
, poſt vicefimum annum multis
reftitutus. eſt viſus.
Pline a eu raifon de dire hơmo
folus , c. à cause qu'on ne
fçauroit réüffir aux beftes en leur
faifant l'operation ordinaire de la
Cataracte , car il leur manque la
raifon pour ſe laiffer panfer
gouverner comme ilfaut , quand
même on pourroit venir à bout de
leur bien abbattre la Cataracte ;
anfi leurs Cataractes remontent
au moindre mouvement ,
flammation gagne leurs yeux ,
qui déperiffent par-là le plus foul'in
GALANT
63
vent , & font fondus par une
infinité d'accidents qui accompa-
·gnent les inflammations negligées
& outrées.
te , que
Au refte il eft conftant , par
les paroles fufdites , que Pline entendoit
l'operation de la Cataracles
Grecs qualifioient du
nom de Kenembatefis , foit que
par-là ils defignaffent l'évacuation
de l'humeur encore fluide de
la Cataracte , avec l'humeur aqueufe
, foit qu'ils entendiffent
par-là que l'éguille à Cataracte
devoit aller dans une cavité
lieu vuide ; car ce mot grec ( que
Paul Eginette a retenu ) peut
ی م
64 MERCURE
bier fignifier l'un & l'autre.
Albucafe Medecin Arabe , au
Second livre de fon Ouvrage cap.
23. [ où il traite expreffement des
moyens de guerir les Cataractes
par l'operation. ]
De cura aquæ defcendentis
in oculum ] Albucafe , disje
, paroift en doute fi la methode
( dont quelques unsfe fervoient )
de tirer les Cataractes hors de
l'oeil avec une éguille creufe , étoit
ancienne ou nouvelle.
Et eft poffible , ut fit illud
novum , dit-il ,fi Albucafe eût
vú le fufdit paffage de Pline , il
n'cuft pú douter de l'ancienneté de
cette pratique.
GALANT
65
Mais fuppofons que Pline fe
foit trompé, & que par le mot de
Kenembatefis on doit entendre
feulement que l'aiguille alloit dans
l'efpace vuide de l'oeil décrit par
Celles la preuve eft toûjours bien
forte que par le locus vacuus ,
les Anciens entendoient la capacité
ou le volume de l'humeur aqueufe
, où il n'y avoit rien qui puft
faire refiftance.
Et comme l'humeur aqueufe
fe confume dans les maladies ,
qu'il y en a une diffipation &
une regeneration perpetuelle , qu'-
aux bleffures des yeux , & nommement
fort fouvent même à l'o-
Janvier 1709.
F
ة و ف
66 MERCURE
peration ordinaire de la Cataracte
, cette humeur aqueuſe fort
par la punction de l'aiguille , &
fe repare peu de jours aprés ,
que les deux autres humeurs font
desparties animées , plus ou moins
folides ,
juftes bornes
enfermées dans leurs
circonscription
fe nourriffent du fang ( qui y eft
porté par des vaiffeaux deftinez
à cet ufage ) qu'elles ne peuvent
eftre reparées , quand elles
font une fois perdues , & qu'elles
fontformées dans la matrice ; mais
qu'au contraire l'humeur aqueuse
femble eftre un excrement de la
nutrition des autres humeurs . Les
GALANT 67
Anciens avoient bonne raifon
d'appeller ce tourbillon de l'oeil ( le
vuide outre que cet espace de l'oeil
Se peut nommer le vuide , attendu
que
l'humeur aqueuse qui y
Sejourne , eft tellement tranfparente
diaphane en differentes &
rencontres , que ce district du globe
oculaire paroift n'eftre remply
d'aucun corps à ceux qui le regardent
exterieurement pour diftinguer
l'humeur cryftalline qui
y eft enfoncée , & quife fait bien
voir dans le Glaucome naiffant.
Celfe cap. 13. lib. 7. Specifie fort
nettement ce vuide.
22
Sub his autem duabus tu-
Fij
68 MERCURE
""
و ر
"
>
nicis , quâ parte pupilla eft ,
locus vacuus eft , deinde infra
rurfus tenuiffima tunica,
», quam iterophilus arachnoïdes
nominavit . Au refte , Mr A.
ne peut rien ignorer de tout ce que
Celle a dit au fujet des Cataractes
, puifqu'il a cité ( à la page
217.
defon Livre ) des paroles du
Chapitre de cet ancien Autheur ,
doni nous nous fommes fifouvent
fervis contre le Syfteme prétendu
nouveau . Je feray veritablement
ravi de voir Mr Ant. fe
bien purger du crime de mauvaiſe
foy du Plagiaire que fon Livre
luy a attiré , aſſez mal-àGALANTM
69
propos peut- eftre ; car c'est l'accueil
ordinaire qu'on a toûjours
•fait aux nouvelles découvertes à
leur premierepublication.
Mr A.
Quoy qu'il eft facile de voir
par les citations que j'ay déjafaites
, qu'Hippocrate n'a aucunement
favorise le Syfteme de Mrs
A. B. ( non plus que Celle &
Pline l'ont fait ) cependant il eft
tres - difficile de croire
n'ait lu au moins la première pa-
-ragrafe entierement , du petit Livre
d'Hipp . concernant la vûë
que nous avons allegué ci- deſſus ;
& en cas que Mr A. ait lû cette
premiere periode, qui eft ce qui
que
70 MERCURE
fera garent foit defon exactitude ,
foit de fa fincerité à l'avenir ,
quand il nous dira pofitivement
qu'il auroit vû fait telle &
telle chofe ? Aura - t -on quelques
égards pour des faits en l'air qu'il
rapporte fans preuves ? des faits
contraires aux loix de la nature
qui ne fait rien inutilement , comme
on veut nous perfuader contre
la neceffité du cryftallin .
Quoy que nous avons déja tiré
d'Hipp. plus de preuves qu'il ne
faut pour confirmer l'ancienne
doctrine touchant les cataractes
; cependant il me reste encore
quelques Textes notables qui
GALANT 71
4
donneront plus de jour à cette matiere.
3..
و د
و ر
Hipp . de morbis lib . 1.text.
Vifus & auditus mutilantur
à pituitâ confirmatâ .
La cataracte eft une pituite
condenfée , & concrete , qui
bouche le trou de la prunelle ,
tout comme la cire épaiſſie , & endurciefait
l'obftruction du conduit
de l'ouie.
Qu'Hipp. n'entend pas icy
lobftruction des nerfs optiques
, il eft clair par lepaffage de
locis in homine , n . z 3 .
Si ab incumbente fluxione
72 MERCURE
و ر
>>
fcintilla corufcantes magis
oculos infeftant , & acutè
cernens hominis extinguitur
,, ( id eft , fi pupillam obftruitur ,
», aut eclipfin patitur ) fi intra
» pupillam in humorem purum
cruentus aliquis humor ingrediatur
huic propter hoc
pupilla intra oculum non
rotunda apparet ; & ante ocu
los aliqua moveri ipfi videntur
, & nihil revera videt.
Hujus venas oculum prementes
exurere oportet , quæ
videlicet femper pulfant , &
inter aures & tempora con
ſiſtunt ; & ubi obturaveris ,
و ر
و ر
و و
و د
و د
دو
"
oculis
GALANT –
73
oculis pharmaca quæ humec "
tant adhibe , & lacrymam
quam plurimam prolecta , quo
id quod in oculis compactum
eft , & morbum facit , clua- "
tur .
<c
<6
Il est à obferver qu'Hipp . entendpar
l'humeur pure , ce qu'on
appelle communément l'humeur
aqueufe. Vid. de naturâ pueri ,
fectio 3. Oculi humore puro
implentur.
En fecond lieu , par cruentus.
humor on entend naturellement
l'humeur heterogene , mal digerée
, & de la ferofité cruë ,
on matiere de la cataracte.
Fanvier 1709 .
G
74 MERCURE
22
""
En troifiéme lieu par pupilla
non rotunda apparet , on comprendfort
bien ce qu'Hipp. enfei
gne lib. 2. Prædict . n. 28 .
Partæ vero pupillarum dimotiones
aut tranfmutationes fedari
poſſunt , fi nihil acceſſe-
,, rit , & homo juvenis fuerit .
à fçavoir fi une jeune perſonne a
une bonne cataracte qui luy a
changé tant foir peu la rondeur
de la prunelle , ce qui arrive affez
crdinairement.
Hippocrate explique plus bas
la chefe au net.
و د „,`Pupil'e[cryftallini]vero
glaucofcentes , aut argenti fpeGALANT
75
ciem referentes , aut cærulea
nihil boni his autem paulo
meliores funt quæ aut mino- "
res apparent , aut ampliores
aut angulos habentes. "
r
du
Car les veritables cataractes
font connues d'avec les glaucomes
, en ce que ces derniers font
fans aucun reffort de la prunelle
, mais les cataractes accompagnent
des prunelles qui ont la
viciffitude de dilatation
refferrement , felon lefquels les
cataractes elles - mêmes paroiffent
plus larges , & plus petites , &
quelquefsois la catar ce tiraille
preffe tellement le pertuis de
ع و ب
Gij
76 MERCURE
c.
Tuvée qu'elleluy fait changer la
figure de la pupille ronde en une
ovale , en une triangulaire .
De plus la prunelle paroift eftre
écornée à ceux qui la regardent
toutes les fois que quelques particules
de la fuffuſion naiffante fe
prefentent au derriere du pertuis
de l'iris , & s'attachent à fes bords
internes de même , quand les
filets (ou draperie ) de la cataracte
croifent & traversent le trou .
de l'uvée , & par leur tiffure &
entrelaffement en bouchent &
femblent retrancher une partie de
fa rondeur. Si intra pupillam
in humorem purum cruenGALANT
77
و د
tus aliquis humor ingredia-
"
,, tur ,
huic hoc
propter pupilla
intra oculum non rotunda
apparet. Encore ilfemble
au Malade quefa pupille eft
changée, devenue auguleufe
toutes les fois que les petites concrétions
de la cataracte ourdie
flottent par cy par là dans l'humeur
aqueuse de fon oeil , & font
paroiftre les objets percez de trous ,
irreguliers , tachez , & mutilez
& autrement changez felon
tes divers mouvemens modifications
de ces petits corps
trangers mols , qui prennent
differentes figures , felon qu'ils
*
é-
Giij
78 MERCURE
"3.
>>
د و
font differemment agitez dans
T'humeur fluide de l'oeil ( &
ante oculos aliqua moveri
.. ipfi videntur , & nihil fecundum
realitatem videt . )
Etc'est par là que les cataractes ne
font pas toujours rondes , mais les
glaucomes nesçauroient eftre d'une
currefigure , puifqu'ils ne font que
les cryftallins mêmes alterez . Ce
qui a efté depuis peu lapierre d'achopement
d'habiles gens qui ont
mépris des cataractes pour des
glaucomes à caufe des accidens de
rondeur, dureté, c. ce que nous
éclaircirons dans la fuite de ce
difcours.
31
GALANT ….79.
En quatrieme lieu , par ante
oculos aliqua moveri ipfi videntur
, il est aisé de concevoir
qu'Hipp . intimoit ce qu'il avoit
déja rapporté un peu auparavant
dans ces lignes.
Vifus humore de cerebro “
nutritur , quum autem quid
humoris à venis acceperit, flu- "
xione turbatur , neque in co
apparet rerum fpecies , & an- "
te oculos obfervari ipfi viden- "
tur aliquando velut avicularum
imagines , aliquando velut
leutes nigre , & nihil exacte
, fecundum rei veritatem
videre poteft . "
Co
G iiij
80 MERCURE
"
و ر
""
En cinquiéme lieu ces paroles
[ lacrymam quam plurimam
profecta , quæ id quod in
oculis compactum eft &
morbum facit , eluatur , ]
ces paroles , dis-je , font fort bien
interpretées par les fuivantes ,
de locis in homine , n. 2.1.de
Quo oculi humidiores fiant
ac colluantur , ut lacrymam
adftrictam , ac compactam de
,, currere facias. Car par la confrontation
de ces deux textes ,
paroift qu'Hippocrate compare la
matiere qui fait la cataracte , à
la Pituite épaiffe , ou à la Lym
phe chaffieufe qui accompagne
32
و د
il
GALANT gr
dont
une inflammation de l'oeil ,
il s'agit dans ce dernier paffage.
,, Ubi in oculos fluxio pro- "
cefferit & inflammati fuerint
, &c.
Ce qui fe trouve au fecond
livre de morbis , au commencement
, nous donnera encore plus
d'éclairciffement fur ce fujet.
In capite liquata Pituita “
و ر
cùm oculorum venulas in-"
traverit , oculi caligant , & "
cæcutiunt. Aquofior enim fit "
pupilla , & turbidior , & fplen- «
dor in oculis non adeo luci- "
das cft , neque in ipfo com- "
paret , fi quis cernere volue "
82 MERCURE
,, rit , fimiliter ficut ante , cùm
fplendidus & purus eſſet .
Les mors d'aquofior , tur-
>>
bidior , c. nous dépeignent
l'humeur
fort naïvement , que
aqueufe de l'oeil eft meflée avec
une humeur impure , contre
nature , qu'Hippocrate tâche à
délayer , d'attirer
comme étant la matiere morbifique
de la Cataractc.
جیم
de diffiper ,
Enfin Hippocrate eftoit tellement
perfuadé que la Cataracte
eftoit formée d'une lymphe indigefte
& fluide au commencement ,
qu'il ordonne même ( dans fon
Traitéde vifu ) de fcarifier l'oeil
GALANT 83
en cette maladie , jufqu'à ce qu'il
forte fanguis crudus , vel fa
vidi fpecies aquofa : c'est à dire ,
jufqu'à ce que lefang ne foit plus
affez épais & groffier , pour refter
figé fans circulation , anx
petits vaiffeaux capillaires de cet
organe delicat.
ن و م
A
"
Cependant Mr Ant. veut que
les anciens Medecins avant
Galien ayent eu raifon d'efti- "
mer , que la Cataracte & le “
Glaucome étoient une feule
même maladie ( pagg. 123.
124. ) Ils ne les confondoient
pas pour cela pourtant , dit- il , "
le Glaucome eft une espece de "
84 MARCURE
Cataracte. ( Mr Ant. veut
le Glaucome reffemble
د و
و ر
dire
و و
que
à la Cataracte :) car ce font les
termes de Galien ( dans fes commentaires
, fur le liv . 3. aph . 3 1 .
d'Hippocrate . )
Glaucoma fpeciem habens
hypochymatos , &c.
Il est vrai , continuë Mr Ant .
que c'est une maladie incurable :
» fi leurs écrits étoient venus jufqu'à
nous , nous ferions peutêtre
mieux éclaircis de leurs
opinions , que nous ne connoiffons
qu'imparfaitements puif-
» que ce n'est que par le rapport de
qui les ont abandonnées ,
و ر
و ر
و ر
95 ceux
GALANT 85
er pag. 106. Il dit .
CC
»› Que nos plus anciens Me. “
decins ayent
crû que
que la Cata- "s
racte fût une alteration du se
Cryſtallin , Galien m'en fera
un Autheur non fufpect : là-
-deffus Mr Ant. trouve à propos
d'éblouir le Lecteur par le fauxbrillant
d'un Livre fauffement
attribué à Galien , & qu'on ne
trouve en aucun endroit dans l'Qriginal
Grec. Car Mr Chartier
n'a jamais pú rencontrer le Texte
grec de ce. Traité ; ainfi il a été
obligé de le mettre en latin dans
fon fameux Ouvrage , comme
étant fuppofé être de Galien . Vid .
86 MERCURE
Tom . X. de Galien & d'Hippocrate
, de Renatus Charterius
Vindoc. D. M. Parifienfis
in fol . Lutetiæ Parifiorum
1678 .
و د
Galeni de oculis liber adfcripticus
, pag. 504. On nous
dans cet ouvrage
, le
avertit
, que
Grec a été collationné fur toutes
les anciennes Editions , & reftitué
fur une infinité de Manufcrits
originaux , tirez du Vatican
des plus fameufes Bibliotheques
de l'Europe.
Ileft a efperer, que Mr Ant.
eſt
trouvera bon & équitable , qu'o
n'admet pas un livre fuppofe
GALANT
87
1
condu
Galien , contre Galien même ,
puifque Mr Ant. veut faire
damner la
veritable opinion de
Galien
comme
abfolument
fauffe , pag. 109. paroles qu'on
eft obligé de retorquer fur l'hypothefe
pretendue
nouvelle
Mrs A. B. tâchent d'établir à
› que
l'envie l'un de l'autre.
Mais pour faire plaisir à Mr
Ant je fuis d'humeur de laiffer
paßßer ( pour cette fois feulement )
ce livre de oculis , comme eftant
veritablement de
Galien.
Voyons
quel avantage , quelle confequen
ce Mr Ant. enpeut tirer ; & jugeons
par la de fon exactitude à
88 MERCURE
approfondir les chofes qu'il croit
eftre pour luy de la derniere importance
; comme en effet le témoigna
ge authentique de Galien le feroit ,
fi cet Autheur avoit avoué ingenument
quelque part , qu'il avoit
reformé le fyfteme de fes Predeceffeurs
touchant la Cataracte,
comme Mr Ant, s'efforce de nous
le perfuader.
Voicy le paffage que Mr Ant.
cite , comme de Galien , cap. 12 .
de la particule 4. du livre de oculis
, où il eft parlé de la Cataracte
.
و د
"
,, Hujus aquæ color eft diverfus
, quædam enim aëri ,
GALANT 89
(C
quædam vitro affimulatur ; "
alia eft quafi album habens «
colorem , alia quafi coeli co
lorem , alia quafi viridem ,
alia quafi venetum. Sed dif- "
ferentia eft , quia venefici
oculi duobus modis fiunt , "
vel propter aquam fi ni- «
miùm fuerit coagulata : vel "
propter ficcitatem
quam patitur
Cryſtallinus. "
Il est à remarquer icy que les
mots de Venetus de Glaucus
font termes Synonimes , & que
les Anciens appelloient indifferemment
, la Cataracte & le Glau
Janvier 1799 .
H
90 MERCURE
come pupille glaucæ , oculi
cyanei , c. ( comme nous avons
vú en Hip. ) dans unſens vague
& indeterminé, en donnant
pourtant au même temps les Diagnoſtics
propres & fpecifiques
de chaque maladie , ainfi le pretendu
. Galien explique icy fort
bien la difference effentielle entre
la Cataractele Glaucome ,
en donnant leur diftinction fpecifique
& locale , & il ne faitque
developper debrouiller ce qui
avoit efté environné de nuages ,
& ce que les Anciens avoient
enfeigné d'une maniere plus generale
& plus confufe.
GALANT
91
Oron nesçauroit voir le moindre
pretexte pourquoy Mr Ant.
cite ces paroles du pretendu Galien
, puifqu'il eft impoffible de
les appliquer à fon hypothefe innovée
, il n'y a que l'imperitie
du latin quipuiffe excufer Mr
Ant. d'avoir un efprit prevenu
& preoccupé, qui eft d'ordinaire
aveuglé par les moindres apparences
en faveur de fespropres
pinions , mais qui eft clair- voyant
à difcerner les fautes d'autruy.
Unde Antiqui Cataractas
Venéticos oculos apellarunt
; dé-là vient , dit le pretendu
Galien , que les Anciens
66
9
Hij
92 MERCURE
de couappelloient
les Cataractes , des
yeux pers , où des усих
leur d'un bleu turquain : voila
tout ce que cet Auteur inconnu
dit comme venant des Anciens ,
incontinent aprés il ajoûte fa propre
explication tirée du Galien ;
fed differentia eft , & c, mais
il y a de la diftinction à faire ,
dit ce Galien , car les yeux acquie
rent la couleur azurée , ou couleur
de mer en deux manieres ;
premierememt par une eau coagulées
en fecond lieu par la
fechereffe du Crystallin ; de mê
me que s'il avoit dit que les pru
nelles ont les mêmes couleurs étran
35.
ཕྱི ན
GALANT 93
geres aux Cataractes qu'aux
Glaucomes ; mais il eft bon de
lire le commencement du Chapitre
de ce pretendu Galien pour
eftre convaincus de la fincerité de
Mr Ant. en cet endroit effentiel
qu'il nous a celé avec bien du dif..
cernement . 17 An
Inter uvcam & cryftalli- "
num humorem aqua nafcitur "
coagulata , prohibens fpiri- "
tum vifibilem à pupilla exi- “
re , & color pupillæ ampu
tatur , hujus aquæ color eft
diverfus , &c. il eft furprenant "
gue Mi Ant. veuille conclure de
ce chapitre que la Cataracte eft
94 MERCURE
ق ر
و و
,fituée dans l'humeur cristalline
que les Anciens avant
Galien eftoient de ce fentiment.
On s'attendoit à y voir au moins
une ancienne deſcription de l'operation
du Glaucome avec aude
justeffe , tant de precifion
que Celle en a fait de l'hypochifie
, er dy voir les deux termes
Je donner le change reciproque ,
comme de veritables fynonimes.
Mais Mr Ant . à le bien
mieux prendre , femble enfin fe
défier de fon Galien Suppof, &
appelle Orbafe à fon fecours ,
Oribafe , dit- il , à la même pag
5 100. ( qui eft venu long- temps
GALANT 95
aprés Galien ) s'en eft expliqué «
encore plus nettement au chap. "
47. du 8°. liv. de fon abregé de
Medecine.
Il eft à propos de remarquer en
paffant que Mr Ant . devoir citer
un Auteur avant le temps de
Galien , non pas un Ecricer
Ori
vain d'un fiecle fuivant; mais
voyons ce que c'est que
baſe , & ce qu'il veut dire.
Glaucoma
, dit- il , & fuf- "
fufionem Veteres unum eundemque
morbum effe exifti . "
marunt ; Pofteriores
vero **
Glaucomata
humoris glacialis
qui ex proprio colore in “
96 MERCURE
, glaucum convertatur, & mu-
,, tatur , morbum effe putave-
,, runt : fuffufionem vero effe
effufionem humorum inter
و د
و ر
uveam & criſtallinam tuni-
,, cam concrefcentium ; cæterum
glaucomata omnia curationem
non recipiunt , fuffufiones
vero recipiunt ; fed
و ر
و ر
non omnes.
Qui eft ce qui s'attendoit encore
a trouver icy une prevarication
foit d'Oribafe , foit de celuy qui
le cite ? car premierement Mr
Ant produit icy Oribafe comme
parlant de luy même touchant la
Cataracte le Glaucome
3
quoyqu'il
GALANT 97
quoyqu'il n'enfoit rien , il ne parle
que par une espece de oüi - dire ,
ou comme d'une citation tirée de
Ruffus.
De Glaucomate & Suffuſio- «
ne ex Ruffo.
Mr Briſſeau va un peu plus
loin , car il allegue Ruffus même
à la page 11. de fes nouvelles
obfervations , c. comme s'il avoir
lû le paffage en queſtion dans
cer Autheur , quoyque dans tout
qu'il nous en refte , il n'y ait
pas un feul mot du Glaucome
ni de la Cataracte & même à
I
Ge
Fanvier 1709.
98 MERCURE
de
»
">
و ر
l'endroit qu'Oribafe allegue comme,
Ruffus , on ne trouve on ne trouve pas que
Ruffus appelloit glocoma , toute
opacité de l'oeil par le vice du
Cryftallin , foit qu'elle fust
verte on blanche , comme Mr
Briffeau pretend à la pag. 11. &
quand cela feroit , il ne fait rien
pour le Siftéme de ces Mrs , car
on ne leur nie pas qu'il n'y ait des
Glaucomes de toutes couleurs ,
tant ily a de precifion & de difcernement
dans nos deux nou- •
veaux Autheurs , qui cherchent
à établir leurs innovations beterodoxes
àquelque prix que ce foit ,
& aux dépens de la verité la plus
authentique.
GALANT
On trompe ainfi certains hee
teurs peu défians , qui ne confuser /
tent pasfur l'Original les endroits
qu'on cite.
Au reste qu'importe àces Mrs
que la Cataracte foit dans le
Cryſtallin ou non , puifque leur
Champion Oribafe dit pofitive-
Tous les Glaucomes ( à
ment
que
fçavoir les Cataractes de la façon
deMrs Antoine
font incurables
...
Briffeau )
Mais le mal entendu de cet
Oribafe de tous ceux de fon
Sentiment ) confifte en ce qu'ilsprétendent
que les Anciens prenoient
le Glaucome la Cataracte
I ij
100 MERCURE
que
le
pour une feule & mefme maladie
, au au lieu les Anciens
appelloient
feulement ces deux maux
d'oeilpar les mefmes termes de prunelles
bleuaftres , la veuë blaffarde
, l'oeil de couleur de mer,
noir de l'oeil changé en couleur
d'argent , en couleur d'or , & c.
comme j'ay déja expliqué auparavant
à l'égard d'Hippocrate
du fuppofe Galien , bien loin de
pouvoir trouver dans les Ecrits
de ces Anciens ce que Mr Ant .
pag. 107. dit y eftre évidemment
prouvé ( par fonfaux Galien
fon Oribafe apofté ) à fçavoir
», que les Anciens ne reconnoif
GALANT 101
**
foient point d'autres Cataractes
que ces maladies où le Crif
tallin changeoit de couleur , &
perdoit fa transparence , & que
les Anciens appelloient glaucomata
,foir qu'elles fuffent curables
ou non.
се
Et
Suppose que la fuffufion
le glaucome
( à cause
de leur
apparence
) fussent
hophafe
monymes , ou du mesme nom chez
Hippocrate & autres Anciens
I ce que pourtant on ne sçauroit
prouver ] s'enfuit il neceffairement
de là qu'ellesfuffent la ref
me choſe ? nerf, veine & artere
chez Hippocrate n'avoient qu’-
I iij
102
MERCURE
une mefme dénomination , quoy--
qu'affez diftinguez par leurs offices
& par leurs ufages ; car les
Anciens n'attachoient gueres d'i
dées aux termes dont ils fe fervoient
, fi ce n'eſt une idée fort generale
, indefinie vague ; ilsne
penfoient à rien moins qu'à s'exprimer
clairement , & le nouveau
mot auxiliaire d'accompagnements
dont fe fert Mr Ant. fi frequemment
dans fon livre , est auffi aifé
à comprendre à un Lecteur indifferent
, que la plupart des termes
homonymes , fynonymes & équivoques
que les Anciens mettent
frequemment en oeuvre. C'è mot
GALANT 103
d'accompagnement qui eft avecMr
Ant. pag. 120. comme l'entelekeia
de la Cataracte ; cette entelekcia
qui eft la pierre d'achopement
des Lecteurs d'Ariftote
, le grandfubterfuge de ce
Philofophe.
Je vous ay déja parlé du
Service fait à Lyon pour le repos
de l'ame de Madame la
Maréchale de Villeroy , fait
par Meffieurs les Comtes de
S. Jean. On a rendu les mêmes
honneurs funebres à cette
Dame , dans toutes les Eglifes
Collégiales de la même Ville ,
chacune felon leur rang. Tous
I iiij
104 MERCURE
ces Services ont efté faits de
fuite , & le premier fut celebré
le lendemain que Meffieurs.
les Comtes de S. Jean fe furent
acquittez de ce devoir , par
Meffieurs les Barons de S. Juft,
dont l'Eglife eft la premiere
Collégiale de Lyon . Ce Service
fe fit avec toute la magnificence
convenable en pareille
occafion .
Monfieur Blauf Obéancier
de cette Eglife , & qui en cette
qualité eft Orateur né du Clergé
de Lyon , officia . Tout le
quartier de S. Juft composé
d'une brillante Compagnie ,
affifta à ce Service.
}
GALANT 105
&
Le lendemain Jeudy 29.
Novembre , Meffieurs de S.
Paul firent auffi un trés beau
Service . Mr l'Abbé de Vernaux
Variffant , Chamarier de
cette Eglife , Docteur de Sorbonne
, & Confeiller- Clerc de
la Cour des Monnoyes , &
Siége Préfidial de Lyon , officia.
La Compagnie fut auffi
belle que nombreuſe , & la
reprefentation
toute brillante
de lumiere , fut magnifique.
Le lendemain jour de S.
André , on ne fit point de Service
funebre ; ainfi Mrs de S.
Nifier , troifiéme Collégiale ,
5
106 MERCURE
ne pûrent faire le leur , que le
Samedy 1. Decembre. Mr
l'Abbé de Mayoles , Bachelier
de Sorbonne , Prieur confiftorial
de Beaulieu , & Sacriftain
de S. Nifier , qui en eſt la premiere
dignité , & qui en cette
qualité eft auffi Curé de cette
Paroiffe , l'une des plus grandcs
du Royaume , officia avec
un grand appareil funebre.
Mrs de l'Hôtel de Ville & du
Confulat y affifterent , S. Nifier
étant leur Paroiffe ; quoique
l'Hôtel de Ville foit à prefent
dans la Paroiffe de S.
Pierre mais comme l'ancien
GALANT 107
Hôtel de Ville étoit dans la
Paroiffe de S. Nifier , ils ne
l'ont point quittée. La preſence
de ces Corps rendit cette
ceremonie plus augufte , &
Mrs de S. Nifier fe diftinguerent
beaucoup ; Mais le Chapitre
de S. Thomas de Forvieres
, qui eft auffi une Collégiale
, ne le voulant pas ceder
S. Nifier , & qu'il prétend
cftre plus ancien : il fit fon Ser
vice le même jour , & Mr
l'Abbé de la Foreſt , Sacriftain ,
qui eft la premiere dignité de
ce Chapitre , y officia . Les
Habitans du quartier de For108
MERCURE
vieres , qui font tous fort confiderables
, y affifterent .
Le Mecredy fuivant 5. Decembre
, Mrs du Chapitre de
S. Martin d'Efnay , Abbaye
fecularifée depuis 25 à 30 ans ,
& qui ne roule point avec le
Clergé de Lyon , firent auffi
un trés beau Service. Mr l'Abbé
de Rochefort , nevcu du
P. la Chaize , & Prevost de ce
Chapitre , officia ; ayant Mrs
de Saconay & Bartholi , Chanoines
de cette Eglife , pour
Diacre & Soûdiacre. La magnificence
de l'appareil funebre
de cette ceremonic attira les
GALANT 109
yeux de tous ceux dont cette
Eglife eftoit remplie . Mr de
Valorges , Major de la Ville ,
& d'une famille attachée à la
Maifon de Villeroy , fit les
eurs
de cette ceremonie ,
qui fut precedée d'un autre
Service , que l'on fait tous les
ans le même jour dans cette
Eglife , pour la Maiſon de
Villeroy ; & que Mrs de Ville
ont fondé , fous l'adminiftration
de feu Mr de Charrier ,
Comte de la Barge , Prevoft
des Marchands , & de Mrs
Philibert & de la Vaure . Mrs
Ourfelle & Eſtival affifterent à
110 MERCURE
ce Service , où Mr Loubat
Chanoine de cette Eglife , &
neveu du celebre Mr Carles ,
officia.
Le Pere Dom Bronod Chartreux
, Vifiteur de l'Ordre ,
& Prieur de la Chartreufe de
Pierre Châtel en Bugey , eft
mort dans unâge affez avancé ,
à la Chartreuse de Lyon , où il
avoit fait profeffion, Ileft mort
dans de grands fentimens de
Religion. Il eftoit de Lyon , &
d'une famille affez confiderable.
Il eftoit frere de Mr Bronod
Superieur du Seminaire de
Grenoble , Ecclefiaftique d'uGALANT
111
ne vertu connue , & d'une reputation
bien établie. Il eftoit
fort eftimé de feu Mr le Cardinal
le Camus . Ils eftoient neveux
de feu Mr Batteo , l'un
des plus confiderables Magiftrats
de Lyon. Celuy dont je
vous apprens la mort , avoit
efté fort employé dans fon
Ordre , par le feu Pere le Maffon
General , & par col qui
gouverne auffi fi dignement
aujourd'huy cet Ordre ; & il
avoit vifité les Chartreufes de
Rome , de Pavic , de Naples ,
les principales Chartreufes
d'Efpagne & d'Allemagne ; &
t
112 MERCURE
il avoit eſté defigné en dernier
licu par le P. General , pour
fucceder à Dom Maurin Prieur
de Paris , en cas que ce dernier
mourut de la maladie dangereuſe
, qui fit apprehender
pour fa vie , il y a quelques
mois. Dom Bronod fut auffi
un de ceux qui furent propofés
à la mort du dernier General
, pour luy fucceder. Il
étoit trés habile ; & il avoit
une parfaite connoiffance des
hautes Sciences & des belles
Lettres ; & il avoit toûjours
efté trés attaché à la faine Doctrine
: il en donna un témoi
GALANT 113
gnage éclatant à la Communauté
de Lyon , lorsqu'on luy
adminiftra l'Extrême- Onction;
il declara que quoiqu'il eut marqué
en divers temps de la curiofité
pour les ouvrages de ceux qui
prennent mal-à-propos le nom de
veritables Difciples de S. Auguf
tin , il avoit toûjours efté infiniment
éloigné de leur Doctrine ;
qu'il ladeteftoit avec l'Eglife , &
qu'il foufcrivoit de bon coeur
tous les fondres , dont les Papes
ont frappé ces nouveautez '; &
il ajoûta que ce n'avoit jamais
efté que la pureté du ftile dans le "
quel ces ouvragesfont écrits , qui
Janvier 1709.
K
114 MERCURE
l'avoit engagé à les lire , & nullement
le penchant pour la Doctrine,
quiy eftoit contenue. Ce font
fes dernieres paroles , étant
tombé peu aprés dans l'agonie.
Dom de Langeron Prieur
de Sylve- benîte , & qui l'avoit
efté pendant la precedente
guerre de la Chartreufe
de Turin , dans laquelle
il fut arrefté prifonier par Mr
le Duc de Savoye , a eſté nommé
pour fucceder à Dom Bronod
; & le Pere General a fait
part
à Mr de Chamillart du
choix qu'il avoit fait , parce
que le Prieur de Pierre Châtel
a le commandement de la ForGALANT
115
tereſſe qui eſt jointe à la Chartreufe
, & qui eft une clef de
la Savoye. Ce Miniftre fit réponſe
au P. General , que fon
choix avoit efté aggréé du
Roy. Dom de Langeron eft
frere de Mr l'Abbé de Maulevrier
, Aumônier de S. M.
& Agent du Clergé ; & il y a
apparence qu'il fera auffi aimé
de la Nobleffe voiſine de
Pierre- Châtel , que l'eftoit
Dom Bronod , qui avoit tourà
fait gagné les coeurs de la
Nobleffe de ce Païs- là . Ce nouveau
Prieur a efté Comte de
S. Jean de Lyon , avant que
Kij
1
116
MERCURE
d'entrer dans les Chartreux .
Dom Bronod avoit fuccedé
dans la conduite de la maifon
de Pierre Châtel , à Dom
Joars , dont la memoire eſt encore
en veneration en plu
fieurs lieux du Bugey .
La Chartreuse de Pierre Châ
les Ducs
tenoient
tel a efté fondée par
de Savoye ; ils Y
lorfque la Breffe & le Bugey
eftoient fous leur domination ,
les Chapitres de l'Ordre Royal
de l'Annonciade . Dom Philippin
, Baſtard de Savoye qui
fut tué en duel par un Mar
quis de Crequi , y cft enterré.
GALANT 117
La Chartreufe de Pierre
Châtel eft à une lieuë de Belley
, & dans le Dioceſe de ce
nom . Elle eft fur une Hauteur ,
& la Citadelle commande tout
le Rivage du Rhône. Ce Pofte
eft affez fort , & fait à quelques
pas de-là , & de l'autre cofté
du Fleuve , une des Clefs de
France du cofté de la Savoye.
Dom de Langeron a efté reçû
avec de grands honneurs , &
particulierement de Mr l'Evêque
du Belley , qu'il alla voir
`dés qu'il fut arrivé , & ce Prelat
luy rendit peu de temps aprés
fa vifite , & luy fit toutes
118 MERCURE
les honneftetez dûës à un Religieux
de fon merite & de fa
naiffance .
0
Le Pere Dom Fougereux ,
Chartreux elt mort dans la
Chartreufe de Nantes dans un
âge tres- avancé , & aprés avoir
perdu la vûë depuis plufieurs
années ; c'eftoit un des plus
beaux efprits de ce fiecle. Ilavoit
un gouft particulier pour
la critique , & il jugeoit avec
un fuccés merveilleux de tous
les Ouvrages d'efprit , & rien
ne luy échapoit de bon ou de
mauvais dans tous ceux qu'il
examinoit ; il en a fait quelGALANT
119
ques-uns qui n'ont pas paru
fous fon nom , & fur tout des
Differtations fur des fujets curieux
& importants . Il a auffi
travaillé pour les Prix de l'Academie
Françoife , & fes Ouvrages
, fans qu'il en ait paru
Autheur , ont quelquefois efté
couronnez . Il eftoir de Tours ,
& le Liget , fameufe Chartreufe
auprés de cette Ville eftoit
fa maiſon de profeffion . Il avoit
exercé les principales
Charges de fon Ordre . Il avoit
efté Vifiteur de fa Province
pendant prés de
30. années . Il
avoit auffi efté fort long tems
120 MERCURE
"
4
fa
Prieur de la Chartreufe de
Nantes , & il s'eftoit fait dépofer
lorfqu'il perdit la veuë , &
qu'il reconnut par cet accident
que Dieu l'appelloit à une
vie plus retirée , pour mettre
quelque intervalle entre
mort & le tumulte des affaires
du monde. Il a profité de cet
intervalle en Chrêtien confommé
dans l'exercice des vertus
d'un veritable Solitaire , &
il s'eft preparé à la mort pendant
les dernieres années de fa
vie avec beaucop d'édification ,
& de foumiffion aux ordres de
Dieu . Le Pere Dom Fougereux
eftoit
GALANT 121
eftoit en relation d'efprit avec
les perfonnes les plus fpirituelles
du Royaume . On l'a longtemps
confulté fur les Ouvrages
d'efprit qui fe faifoient
dans les Provinces où il demeuroit
. Mr l'Evêque de Nantes
cftoit fon ami particulier , ainfi
quen Mr. l'Archevêque de
Tours , & ces Prelats le vifi
toient fouvent .
Le Pere Dom Pocquelin ,
Coadjuteur, de la Chartreufe
de Paris , eft mort fort
regretté
dans fon Cloiftre , ainfi que
de tous ceux qui le connoiffoient.
Il eftoit encore dans
Fanvier 1709. L
122 MERCURE
la fleur de fon âge. Il joignoit
à une grande humilité mêlée
de beaucoup de douceur , un
efprit tres éclairé , & tres-propre
aux affaires. Il a gouverné
celles de fa Communauté avec
beaucoup de fageffe & de prudence
pendant plufieurs années.
Les affaires temporelles
ne l'occupoient pas uniquement
, il employoit une partie
de fon temps à la lecture des
meilleurs Autheurs ; il y en avoit
peu dont il ne connût le
fort & le foible. Il avoit le
goûr feur , & le jugement folide
, ainfi ce qu'il penfoit fur
GALANY
123
les Ouvrages eftoit toûjours
fondé fur l'exacte verité. Il étoit
affez proche parent de
Mr Pocquelin , Docteur de la
Maiſon & Societé de Sorbonne
, & Curé de Saint Sauveur ,
& ils font d'une ancienne famile
de Paris , connûë depuis
plus de deux fiecles-
,
Mre N.... de Grolier Servieres
, Prieur de Pomiers
Dioceſe de Lyon eft mort âgé
de 31. ans . Il avoit efté Jefuite
pendant quelques années ; mais
fa fanté ne pouvant foûtenir
la regle de cet Inſtitur , il le
quitta . Il eftoit fils de Mre N...
Lij
124 MERCURE
de Grolier de Servieres , & de
feuë Dame N.... Miner le
Court. Ce Prieur avoit plufieurs
freres dont l'un eft Lieutenant
Colonel du Regiment
de Tulon , & qui a épousé
Mile de Chevriere proche parente
de Mr l'Evêque de Saintes
, & d'une illuftre famille ,
qui a produit il y a plus de 200 .
ans un Cardinal . Mr l'Abbé
de Servieres avoit auffi un frere
Religieux de l'Abbaye de Savigny
, où il n'ya que des Gentilhommes
, & dont Mr.de
Servieres , leur oncle, eft Grand
Prieur. Cet Abbé eftoit petitGALANT
125
1
fils du celebre Mr de Servicres
, l'un des plus grands Mathematiciens
de l'Europe , &
qui avoit fait un cabinet dont
les diverfes Pieces , & ce que
l'on y voyoit d'extraordinaire ,
attiroit de toutes parts les
Etrangers . La maifon de Grolier
eft une des premieres de
Lyon . Elle compte plus de
5oo. ans de Nobleffe , & elle
eft fort illuftrée . Me la Comteffe
de Saint Mauris , belle
foeur de Mr l'Evêque de Xaintes
, eft de cette maison. Mr
le Comte de Servieres , pere de
l'Abbé qui vient de mourir , a
Liij
126 MERCURE
>
époufé en fecondes nôces Dame
N... de Roftaing d'une
des plus illuftres familles du
Royaume . Elle eft foeur de feu
Mr l'Abbé de Roftaing
Doyen d'Autun dont l'Abbé
qui vient de mourir avoit eu
le Prieuré de Pomiers. Cette
Dame eft auffi foeur de Me
l'Abbeffe de Chazaut de Lyon
d'un merite diftingué . Mr le
Comte de Servieres avoit un
frere Religieux de l'Abbaye
d'Efnay , mort avant la fecularifation
de cette Abbaye.
L'Extrait qui fuit d'une LetGALANT
127
tre qui m'a efté envoyée du
Port -Louis , vous fera connoître
dequoy il s'agit dans les
picces que vous lirez enfuite ,
& que vous trouverez dans les
mêmes termes qu'elles m'ont
efté envoyées , parce que l'on
pourroit alterer les Actes de
Juftice fi on y changeoit feulement
un mor .
Quoy que je n'aye pas l'honneur
d'eftre connu de vous , je
vous envoye un détail fidelle
exact d'un Vou qui nous a manifeftement
tirez d'un danger dont
il eftoit impoffible de fe tirer fans
Liiij
128 MERCURE
la
grace divine , qui nous a extraordinairement
protegez par
l'entremife
de S. Antoine de Padoüe ,
auquel le voeu n'eutpas eftéplutoft
prononcé que le vent changea , &
la mer devint traitable. Je ne puis
m'empêcher de vous faire un détail
de ce miracle évident arrivé
à noftre égard. Vous enferez inſtruit
fi vous voulez bien prendre
la peine de faire lecture des Certificats
tant des Officiers , Pilotes ,
autres dadit Navire , dont je
vous envoye des Copies ; & aprés
que vous en aurez fait lecture , je
fuis perfuadé que vous avez trop
àcceur la gloire de Dieu , pour ne
GALANT 129
pas mettre en lumiere un Miracle
fi manifefte , afin d'augmenter
la devotion des Fidelles envers ce
grand Favory de Dieu . Je fuis ,
&c.
git.
Voicy les pieces dont il s'a-
Aujourd'huy dix - huitiéme de
Decembre de l'an mil fept cens
buit entre dix & onze heures du
matin , a efté acquitté dans la Chapelle
de Saint Charles des Recolets
du Port - Louis , devant l'Image
de Saint Antoine de Padoüe , un
Vieu fait au Seigneurfous l'interceffion
dudit Saint , dans un peril
évident où s'eft trouvé le Vaiſſeau
130 MERCURE
du Roy l'Afriquain , commandé
par Mr de la Grange Officier, lequel
dit Navire immediatement
aprés ledit Vou fait , s'eft trouvé
par un miracle manifefte délivré
du danger évident où il eftoit ,
fans autre fecours que celuy du
Ciel
; que
les Officiers ont reclamé
par l'interceffion de Saint Antoine
qui leur a efté accordée d'une
manierefenfible ; en reconnoiffance
de quoy ils ontfait la fainte Com
munion à la Poft-commune de la
grande Meffe qui a esté chantée
par le R. P. Bonnaventure Eyf
ton Recolet Anglois , Miffionnaire
de Canada , & Aumofnierfur le-
1
GALANT 131
édi
dit Navire l'Afriquain , aprés
une exhortation touchante
fiante à exxfaite par le Venerable
Pere Gratien Raoul , Gardien du
Convent des Recolets du Port-
Louis , fuivie du Te Deum ; lequel
acte Meffieurs les Officiers &
autres dufufnommé Vaiffeau l'Afriquain
, ont jugé à propos de figner
pour fervir de monument à
leur devotion , & en confequence
d'y joindre un Acte authentique
du danger où ilsfe font trouvez ,
pourfaire éclater la gloire dufaint
dont les merites ont obtenu de
Dieu leur délivrance ; ce qu'ils
avoient &fignent le jour & an
132 MERCURE
que deffus : Ainfi figné en l'Original
, J. la Grange , Plaffant ,
de la Joue , Chaviteau Pilote ,
Gautier Pilote , Berthelot , Lagere
, Dupuy de la Fouretiere ,
Deleftage , Dupont , Foucault,
du Foureau , Migeon , de la
Gaugetier , Villedené , Chartier
, Charlier de Lofinier Ecclefiaftique
, Crefpin , Petrimoux
Pilote , &c. Pere Bonnaventure
Eyfton , & c.
Je certifie Pilotefur le Vaiffeau
du Roy l'Afriquain , commandé
par Monfieur de la Grange Officier
, qu'ayant ateré à la vue de
GALANT 133
Groais Belle- Ifle, fur le foir ,
en eſtantenviron à quatreflieuës
nous avons eftéfurpris d'un coup
de vent de Sud , tourmente qui
nous jettoit à la Cofte fans nous en
pouvoir fauver d'aucun cofté , ne
pouvantporter de voile ; nous nous
fommes mis fous la protection de
Saint Antoine de Padoüe , & par
un miracle évident nous nousfommes
trouvez au jour dans une fituation
qui ne pouvoit eſtre causée
que par l'interceffion de ce gran
Saint , dont nous avons accompli
le Voeu dans l'Eglife des Recolets
à la Chapelle Saint Charles an
Port Louis , ce dix- huitiéme De134
MERCURE
cembre mil fept cens huit. Ainfi
figné ,Chaviteau le fils , Pilote
entretenu .
Aujourd'huy Samedy quin-
Ziéme environ les une heure aprés
midy ,Nous Pilotefur le Vaiffeau
du Roy l'Afriquain , ayant ateré
à Groix d'un beau temps , efperant
de faire route pour la Rochelle
; le vent s'eftant changé de
part du Sud
gros vent ; nous
eftions environ à quatre lieuës de
Groix , qui nous jettoit du Nort-
Eft quart de Nurt à Belle- Ifle à
l'Eft , environ cinq lieuës gros
vent ,& nepouvant nous relever
GALANT 185
de terre nous voyans acculez à la
Cofte, & dérivant fur Ylevan ,
nous nous mîmes à onze heurès du
foir tout- à-fait à terre & ayant
dérivé fur la Gument , nous fufmes
contraints de virer de Bord
pour tâcher de nous élever ; mais
le vent continuant toûjours à venter
nous réfolúmes de nous vouer
à Saint Antoine de Padoue , pour
nous mettre fous fa protection ,
afin que le Seigneur nous voulut
favorifer d'un peu de beau temps .
nous nous mifmes tous à faire
noftre Priere , particulierement
le Reverend Pere Bonaventure ,
qui aprés bien des Prieres , prit
136 MERCURE
quatre morceaux de papierfur lef
quels eftoient écrits ces paroles, qui
contiennent la benediction de Saint
Antoine de Padoue , qui font :
Ecce Crux Domini
fugite
partes adverfæ ; vicit Leo de
Tribu de Juda radix David ,
alleluia , alleluia . Et de plus il
ajoûta grand Saint Antoine
de Padoue
, exaucez nos prieres
& nos voeux ; & il les jetta
la mer avec plufieurs autres de
mêmes infcriptions
; & incontinent
le Seigneur nous favorifa
d'un beau temps par l'entremife
de Saint Antoine , qui voulutbien
GALANT 137
s'employer pour nous afin de faire
voirfon pouvoir auprés du Scigneur
; le vent s'eftant rangé de
lapart du Oueft- Sud- Ouest , cela
nous porta au large , & au jour
nous nous trouvâmes bien environ
à fix lieues de Groix ; nous arrivâmes
pour reconnoiftre la terre
&pour entrer au Port-Louis , où
nous avons fait dire une grande
Meffe avec toutes les ceremonies ,
fuivie du Te Deum , en action
de grace , où le Capitaine & beaucoup
d'autres ont fait leur devotions
; lequel je certifie le prefent
Acte veritable. Ainfi figné
Janvier 1709. M
138 MERCURE
Charles Gaultier , fecond Pilote.
Je certifie Pere Bonaventure
Eyfton , Aumônier du Roy l'Affriquain
, que les Certificats cydeffus
font conformes aux Originaux
; en foy dequoy j'ay figné,
P. Bonaventure Eyfton , Recolet
Anglois , Miffionnaire de
Canada , & Aumônier dudit
Vaiffeau .
Mr l'Abbé de Verthamon
a cfté facré Evêque de Conferans
dans l'Eglife Cathedrale
de Pamiers , par Mr de Verthamon
Evêque de Pamiers ,
GALANT 133
1
fon oncle à la mode de Bretagne
, affifté de Mr de Polaftron
, Evêque de Laitoure ,
& de Mr de Matha , Evêque
d'Aire. Je vous ay parlé de la
famille de ce Prelat , lorfque
je vous ay appris que le Roy
l'avoit nommé Evêque ; elle
eft originaire de Limofin , où
elle faifoit une grande figure
dés le quatorziéme fiecle , &
elle eft alliée aux maifons de
Coffe Briffac, d'Eſtrade , d'Aubuffon-
la Feüillade , d'Aligre ,
& à plufieurs autres de cette
diftinction. Le nouvel Evêque
a efté Prêtre de l'Oratoire , &
M ij
140 MERCUR
E
il a paru avec diſtinction
dans
cette Congregation
. Il eftoit
grand Vicaire de Pamiers ,
lorfqu'il a efté nommé Evêque
de Conferans. Il eut l'honneur
d'eftre deputé à l'Affemblée
generale
du Clergé de
1705. Le Siege de Coferans
ou Conferans
eft fort ancien ;
Valere en fut le premier Evêque
, au raport de Saint Gregoire
de Tours , qui en parle
dans le 84° . Livre de la gloi
re des Confeffeurs
. Theodore
luy fucceda , & Saint Lizier
qui eft dans une grande veneration
en ce Pays - là , & fous
GALANT 141
le vocable duquel il y a une
celebre Eglife , en fut le cinquiéme
Evêque ; mais ce qui a
plus honoré ce fiege , eft d'avoir
eu dans le dernier fiecle ,
le celebre Mr de Marca , mort
Archevêque de Paris. Il étoit
Prefident du Parlement de Pau ,
lorfqu'il fut nommé à cet Evêché.
Le Chapitre de Confe
rans eft compofé de douze
Chanoines , dont l'Archidiacre
eft la premiere dignité. Il
a produit de grands perfonnages.
Vous attendez fans doute
un détail de l'Entrée qu'auroit
142 MARCURE
la
dû faire Mr l'Evêque de Grenoble
, le jour de la prife de
poffeffion de fon Evêché ; mais
la modeftie de ce Prelat a efté
caufe qu'il n'eft entré que
nuit à Grenoble , afin d'éviter
ces fortes de Ceremonies qui
fe font toujours avec un grand
appareil ; il prit même ſi bien
fon temps , qu'il arriva fans
qu'on l'attendift , ayant imité
en cela fon illuftre Predeceffeur
qui prit de fi juftes meſures
, qu'il ne fit point d'Entrée
publique. Le lendemain ce
Prelat prit poffeffion de fon
Eglife à la tefte du Chapitre
GALANT 143.
& d'une grande foule de monde
qui defiroit de voir cette,
Ceremonie.
Mr le Doyen de Grenoble
dont je vous envoyay un Mandement
aprés la mort de Mr
le Cardinal le Camus , harangua
à la porte de l'Eglife , le
nouvel Evêque . Il parla dans
fon Difcours de toutes les vertus
qui ont diftingué ce Prelat
pendant qu'il a efté dans le
fecond ordre , & le peu d'empreffement
qu'il a eu de rechercher
dans l'Eglife une place
que tant de grands perfonnages
de fon nom y ont rem144
MERCURE
plie. La grandeur de l'origine
de la maifon des Allemans
fournit enſuite un vafte champ
à l'Orateur , & aprés avoir
jetté quelques fleurs fur le
Tombeau des Comtes de Foucigny
, Anceftres des Allemans
de Vaubonnois , il parla des Evêques
que cette maiſon a donnez
aux Eglifes d'Arles , d'O .
range , de Gap de Grenoble &
à plufieurs autres. Ce Diſcours
fut tres aplaudy. L'aprés - dîné
Mr l'Evêque de Grenoble reçût
des complimens de tous
les Corps , & le Parlement , la
Chambre des Comptes , la
Cour
GALANT 145
Cour des Aides , le Bureau des
Finances , le Bailliage & l'Election
luy envoyerent des Depu
tez. Ceux du Parlement & de
la Chambre des Comptes fe
firent admirer. Le premier prit
pour fujet le bonheur qui naiffoit
ordinairement de la concorde
de l'Eglife de l'Etat , & ce
qu'il dit là-deffus fuc trouvé
tres -beau. Le fecond s'étendit
fur les avantages particuliers.
qui diftinguoient le Siege de
Grenoble. Tous les Corps Seculiers
& Reguliers haranguerent
enfuite. Le Deputé de S.
André , qui eft la Collegiale ,
Fanvier 1709. N
146 MERCURE
aprés avoir loué le Prelat par
des traits neufs & delicats , parla
enfuite du Cardinal . Louis
Aleman , Archevêque d'Arles ,
qui fe fignala fort au Concile
de Bafle , & qui ayant eu le
malheur de troubler l'Eglife
par un Schifme , qui ne fut pas
d'une longue durée , expia fi
bien cette faute par un fincere
repentir , qu'il a merité d'eftre
beatifié.
Le jour de Saint François
Xavier , Mr de Grenoble alla
dire la meffe en public , la premiere
fois dans l'Eglife des Jefuites
; la meffe eftant finie il
GALANT 147
fe trouva invefti d'une Troupes
d'Ecoliers qui reciterent de
plufieurs fortes de vers à fa
loüange , & qui s'empreffoient
tous de marquer chacun à fa
maniere fon zele pour ce nouveau
Prelat , qui répondit
tour d'une maniere fort jufte ,
& remplie d'efprit ; ce qui eft
d'autant plus difficile , qu'on
eft toujours furpris dans ces
occafions , & qu'il y a toujours
des harangues aufquelles
ne s'attend pas , & aufquelles
on doit répondre fur le champ,
Il ajoûta dans la reponſe qu'il
fit aux P. P. Jefuites , que le
Nij
148 MERCURE
Roy luy avoit recommandé de
veillerfur la Theologie qui s'eft
ouverte dans ce College feulement
depuis la mort de Mr le Cardinal
le Camus , quoyque ces Peres
euffent depuis plufieurs années
un Arreft qui leur en accordoit
l'exercice. Il dit enfin que ce dépoft
eftoit en bonnes mains
& qu'il foûtiendroit par fon
authorité leurs foins & le fuccés
qu'il efperoit que cette
nouvelle Ecole auroit bien tôt.
Le lendemain le Regent de Retorique
qui avoit differé de
prononcer la Harangue qu'il
doit faire à l'ouverture des
GALANT 149 .
a
Claffes , parce qu'elle eftoit
toute à la louange du nouveau
Prelat , fe difpofoit à la prononcer
, lorfque le Ceremonial
entre Mr l'Evêque & le
Parlement , ayant fait naiſtre
une conteftation , les P. P. Jefuites
furent obligez de fupprimer
la Harangue , perfonne
ne s'eftant voulu trouver à
la Ceremonie , & Mr l'Evêque
n'ayant pas
la
voulu
accepter
fceance
que
le
Parlement
luy
offroit au deffous des Prefidens
à Mortier , & au deffus
du Doyen des Confeillers . Le
Difcours du Gardien des Capu-
N iij
150 MERCURE
cins a reçû de grands applaudiffemens
, & il a beaucoup
brillé parmi ceux qui ont cfté
prononcez. Le compliment
des Etats de la Province dont
l'Evêque eft le Preſident né , a
auff efté fort eftimé.)
Comme il n'y a prefque
rien qui ne puiffe eftre regardé
par differens points de vûë ,
on ne doit pas s'étonner fi l'on
voit des Relations d'une même
action tout-à- fait differentes ,
& fur tout dans les circonftanle
fait devant eftre toû-:
ces ,
jours le même , ce qui m'oblige
à vous envoyer encore une
GALANTA 151
Relation de l'affaire de Tortofe
, quoique celle qui eft au
commencement de ma Lettre
foit fort belle & fort curieuſe ;
mais cette derniere vous paroîtra
beaucoup plus circonftanciée
, & elle parle de plufieurs
braves qui ne font point nommez
dans la premiere ; & vous
y verrezfur tout la vivacité du
zele , & la diligence qu'ont
faite plufieurs Officiers qui
commandent dans des poftes
affez éloignez de Tortofe ,
pour venir au fecours de cette
Place. Ils font venus en fi
grand nombre , & leurs Trou-
Nj
152 MERCURE
pes paroiffoient tellement animées
,, que fi les Ennemis
avoient efté affez heureux pour
la furprendre , ils auroient pû
les en chaffer.
Pendant que les Troupes du
Royaume de Valence eftoient oc-~
cupées àDenia & à Alicante, &
que celles du Royaume d' Aragon
Je trouvoient fort éloignées de
Tortofe , Mr le Comte de Staremberg
, Mr de Stanop General
des Anglois , Mr de Wefelles des
Hollandois , le Comte d'Effrenes,
MrJoannés , qui avoient autrefois
commandé dans Tortofe ,
ayant aſſemblé au Camp de TarGALANT
153
no
ragone un Corps de 3000. hommes
de pied, de 1000.che-
Vaux , avoient marché pendant
trois nuits defuite , afin de n'eftre
point découverts ; & ils avoient
prisfoin de faire occuper les environs
de Tortofe par un nombre
infini de Miquelets , afin que l'on
ne pût avoir d'avis de leur
marche.
{
ོ ༔ མ་
Aprés avoir pris ces précau
tions , ils arriverent par le Col
d'Alva devant Tortofe la nuit
du 3. au 4. Decembre ; & aprés
avoir divifé toute l'Infanterie en
deux attaques , l'une pour le haut
Ebre , & l'autre pour le bas.
154 MERCURE
Ebre , elles agirent à peu prés en
même temps ; & fur les trois ou
quatre beures du matin , chacune
de leur cofté; les Troupes de l'attaque
du haut Ebre commencerent
par enlever une patrouille de fept
ou buit Cavaliers qui eftoit hors
de la Ville , & s'eftant coulez le
long de la riviere , en laiffant les
chemins couverts fur leur gauche
&derriere eux , elles arriverent
à l'eftacade , d'où elles reçûrent la
décharge de fept ou buit foldats
du Baſtion ; mais ce pofte ayant
efté abandonné, les Ennemis fans
perdre de temps couperent les paliffades
de deux eftacades , paſſe.
GALANT 155
rent le mauvais foffe , planterent
leurs échelles , monterent fur
le Baftion. L'alarme reveilla tout
le monde , les Officiers du Regiment
de Blaifois qui estoient logez
dans cette partie de la Ville , fe
fauverent comme ils pûrent.
Mr de Bettancourt d'une
Maifon originaire de France ,
Espagnol de nation , comman
dant dans Tortofe , fortit avec fa
Simple garde , pour se rendre où
eftoit le bruit : il ne fut pas plutoft
forti de la porte d'une vieille enceinte
qui a autrefois feparé la
Ville de ce Faux-bourg, & qui
tombe du Château juſques à la
156 MERCURE
riviere , avec une interruption de
breche , qu'il trouva les Ennemis
maîtres de cette partie de la Ville,
On fit grandfeu de part
> -
d'autre
, Mr de Bettancourt y fur
tué ; cependant les Officiers qui
eftoient avec luy eurent le bonheur
de fe retirer
porte aprés eux , malgré l'effort
des ennemis ; un Sergent Anglois
s'étant trop avancé, fut poignardé
en dedans ; un Lieutenant de
Cavalerie Espagnole d'Ordenés
Viejo , avec 10. on 12. Cavaliers
de piquet , fortit par une
breche au deffus de cette porte , &
attaqua les ennemis dans les ruës
& defermer la
GALANT 157
du Faux-bourg , où il fut tué:
ce fut affez pour les arreſter un
moment , aprés quoy ce qui refta
de Cavaliers rentra par la même
breche , avec les Officiers du Regiment
de Blaifois qui n'avoient pú
entrer par la porte. Cependant les
principaux Officiers s'eftant raffemblez
, Mr le Marquis Dordogno
Colonel du Regiment de
Murcia , ayant declaré qu'il falloit
obéir à Mr de Lonchamp
Lieutenant de Roy , le Confeil
ayant arrefté ce qu'on devoitfaire,
chacun fe rendit à fon devoir . Mr
Dordognofe chargea de la défense
de la breche de cette porte
158 MERCURE
s'en acquittà avee toute la valeur
toutes les précautions poffibles,
paliffader la ayant fait faire
même nuit un bon retranchement.
« Les Troupes de l'attaque du bas
Ebre eurent le même bonheur à
L'égard d'une patrouille de fept à
buit Cavaliers qu'ils enleverent ;
elles arriverent fans bruit , & fe
difperferent chacun à leurs attaques.
La partiede la Ville qui de
ce côté- là eft fermée par une enceinte
qui tombe de lahauteur des
Carmes à la riviere. Il feroit affez
difficile de faire comprendre à
ceux qui n'en ont point de plan ,
GALANT 159
la fortification de cette enceinte ; il
fuffit de dire que cette attaque fut
divifée en trois. Celle qui alla au
baftion du Temple fur le bordde la
riviere , coupa les paliffades de
deux eftacades , malgré un feu
confiderable qui leur tua beaucoup
de monde , paffale foffé , &
planta des échelles , qui s'eſtant
trouvées trop courtes , rendirent
de ce côté- là leurs efforts inutiles .
Celle qui alla au bastion de S.
Fean , entra par une bariere qui
eft devant la porte de la Vile,
qui eft couverte par ce baftin ,
lorfqu'un bataillon du Regiment
de Blaifois arriva fur la muraille ;
160 MERCURE
qu'ils
&profitant d'une tour qui flanque
la porte , leurfit un figrand`
feu de grenades & de moufqueterie
jetta tant de pierres ,
abandonnerent la barriere ,
le bastion même pendant quelque
temps. Ceux qui faifoient la
troifiéme attaque , estant allez à
un angle rentrant du bastion du
S. Efprit , par où il fe joint à la
muraille des Carmes , ayant trouvé
des endroits où leurs échelles
pouvoient leur fervir , les planterent
contre le bastion du S. Ef
prit ; ils eftoient déja dans les
embrazures , quand un Soúlieutenant
du Regiment de BlaiGALANT
161
&
fois qui eftoit là de garde , ayant
efté joint par des foldats du Regiment
des Afturies , leur tua 14.
hommes dans le même baſtion , &
acheva de les en chaffer. Le Confeil
de Ville s'affembla pendant ce
temps- là , les Bourgeois ferme
rent leurs portes , ils éclairerent
leurs fenêtres ; & le Confeil
fut fort utile , pourfaire agir
les Bourgeois felon les ordres des
Commandans en fourniſſant
beaucoup de travailleurs avec
grand ordre. Le Château ferma
fes portes . Le Commiffaire de
Arfenal qui eft dans la Ville ,
fortifia dans l'inftant fa porte. On
Janvier 1709.
162 MERCURE
peut dire qu'on n'a jamais vu
dans une occafion fi fubite &fi
preffante , tant d'ordre d'intelligence.
Les ennemis ayant efté
obligez de renoncer à leur entrepriſe
à la pointe du jour , ne laifferent
pas de demeurer maîtres de
cette grande partie de la Ville ,
qu'on appelle Faux- bourg de Remolinos
. On ne peut mieux pro--
fiter des avantages du Château ,
que le Commandant nomné S.
Jean , & le Commiſſaire d'Artillerie
firent. Mr de Premareft
Capitaine dans Blaifois , trés entendu
à tirer des bombes , y monta
, e ce fut un feu terrible du
GALANT 163
rant tout le jour. Un Soulieute
nant qui garda toûjours le pofte
de la tenace , &quiy a demeuré
prefque deux jours fans manger ,
auquel il s'eftoit joint un Sergent
qui eftant de garde à la barriere ,
avoit efté coupé à fa retraite , &
s'y eftoit jette , firent de leur côté
le plus grand feu qu'ils peurent.
Unparentde Mr Patino , Lieutenant
des Canonniers , raza avec
deux piéces de canon prefque entierement
un Convent de Religienfes
, de deffus le bastion de S.
Charles , qui eft au bord de la riviere.
Mrs de la Garnifon impatiens
O ij
164 MERCURE
de voir les Ennemis toujours maî
tres de ce Fauxbourg , & craignant
que toutes leurs forces ne
s'y raffemblaffent pour enfoncer
les. portes, & attaquer les breches
de la mauvaise muraille à
laquelle ils eftoient reduits , refolurent
fur les dix heures du matin
de faire une fortie. Mr le
Marquis Dordogno fe mit à la
tefte des cing Compagnies des Gre
nadiers d'Afturies , de Truxillo ,
de Murcia , de Blaifois ,
eftant fortis par la breche , ils
allerent fort avant dans le Fauxbourg,
d'où ayant fait deloger les
Ennemis des maifons les plus voi.
*
GALANT 165
·
fines de leurs Milles , ils les
brûlerent , rentrerent dans la
Ville avec foixante prifonniers.
On ne doit pas oublier dans cette
action qu'un Sous-Lieutenant de
Blaifois , qui s'eftant trouvéſurpris
comme les autres Officiers de
fon Regiment , eftoit toujours resté
parmi eux , profita de l'occafion
de la fortie pourfe rejoindre
aux fiens. Mr de Chiros , Lieutenant
Colonel des Afturies , ayant
voulu allerplus loin
tres , afin de mieux reconnoiſtre
la force des Ennemis , yfut bleffe
& pris avec le Major du Regiment
de Murcia qui eftoit avec
que
les
au-
>
166 MERCURE
luy ; le refte dela journée fe paffa
à les canoner & à les bombarder.
La nuit eftant venuë , les
Ennemis en profiterent pour fe
retirer , fans avoir gafté aucunes
des pieces de Canon dont ils étoient
les maiftres , &ayant laiffé
leurs haches & leurs échelles ,
Mr de Staremberg eftoit aux Capucins
avecfa Cavalerie ; on ne
les fuivit point , la retraite ayant
eſté derobée , la Garniſon étant
trop foible ; on cut pourtant foixante
de leurs diferteurs , outre
plufieurs foldats qu'on trouva cachez
dans les Foffeza
C'est un vray chagrin pour
GALANT 167
ceux qui font ces fortes de Relations
, de ne pouvoir y faire paroiftre
chacun avec la justice qu'il
merite , & c'est ce qui reduit à
garder les louanges particulieres
pour les occafions , & à ne donner
au public que celles que meritent
les Commandans.
Mr
Mr de Lonchamp , Mr Dordogno
, Mr de Chiros
Dauroux , Lieutenant Colonel
de Blaifois , le Lieutenant Colonel
de Truxillo , & celuy de
Murcia ne peuvent eftre trop admirez.
Mr de Langrune avec
Jes Ingenieurs conduifit le retranchement
de la breche , fe por168
MERCURE
ta par tout ailleurs. Fay déja parlé
du Commandant du Château ,
de Mr de la Grange , Com
miffaire d'Artillerie ; ce dernier
ayant fourny des munitions avec
une activité admirable dans tous
les poftes . On ne peut fe donner
plus de mouvement que le Major
& le refte de l'Etat Major fe
font donnez. Noftre perte eft de
cent ou fix- vingt hommes ; les
Ennemis avoient en avoir perdu
prés de mille, ·
Les avis qu'on avoit eus que
les Ennemis en vouloient à Tor
tofe , avoient obligé le Regiment
des Gardes Wallones de venir des
environs
GALANT 169
comme
environs de Montron & Tama
rite pour s'y jetter. Le Regiment
de Marimont qui eftoit à Cala-
Zeite , avoit eu le même ordre
le bruit du canon avoit
repandu dans tout le Pays ce qui
fe paffoit à Tortofe, on y accourut
de toutes parts , quoyque
toutes les Troupes du fecours y
foient arrivées aprés coup , on ne
doit pas oublier de rendre juſtice
à leur bonne volonté , & à leur
diligence. Il eft extraordinaire
que les trois Bataillons des Gardes
Wallones
qui avoient
fait une marche de quarante
lieuës , yfoient arrivez complets.
Janvier 1799. P
170 MERCURE
Le fecond Bataillon de la Boure
qui eftoit à Mara , auffi bien que
plufieurs quartiers du Regiment
de Cavalerie Dordenés Nuevo ,
y arriverent le même jour que
les Ennemis fe retirerent . Le fa
meux Gouverneur de Penifcola
montra encore des marques defon
affection y eftant accouru lugmême
avec deux cens hommes de
fa Milice , ainfi que Mr le Marquis
de Torccuza de Moreilla
qui eft loin de-là , avec cent cinquante
hommes de fon Regiment.
Touty eftprefentement en feureté,
on alieu de croire les Ennemis
rebutez aprés une pareille
Entrepriſe.
GALANT 171
S. M. C. a accordé l'honneur
de Grand d'Efpagne au
Prince de Bergues , en confideration
de fes fervices , & de
fon illuftre naiffance . Il eft petit
- neveu de Maximilien de
Bergues , premier Archevêque
de Cambray Prélat dont la
memoire eft encore en veneration
dans fon Eglife . Il en avoit
pris poffeffion , & avoit fait
fon entrée à Cambray en qualité
d'Evêque le 22 Octobre
1559. & le 22. Mars 1562. il
prit une deuxième fois poffeffion
de cette même Eglife , que
le Pape Paul IV . avoit érigée
Pij
172 MERCURE
en Archevêché. La Maifon de
Bergues eft une des plus grandes
Maifons des Païs - Bas . Elle
s'y eft toûjours diftinguée par
fa fidelité pour les Rois d'Efpagne
fes maîtres : Un Prince
de Bergues refifta courageufement
aux offres éblouillantes
que luy fit le Prince Guillaume
d'Orange , dans le temps de la
revolte des Païs - Bas , fur la fin
du penultiéme fiecle , & il fut
toûjours trés- fidéle au Roy
Philippe II. Il y avoit un Prince
de Bergues Gouverneur de
Mons , lorfque les François
s'en rendirent maîtres dans la
GALANT 173
derniere guerre. Il y fit une vigoureuſe
reſiſtance , & le Roy
le loua hautement , lorfqu'on
lui apporta la capitulation
de cette Place , pour la figner.
Don Alonzo Perez de Araciel
, cy devant Prefident de
fainte Claire à Naples , a cfté
fait Confeiller du Confeil des
Indes , & le Roy d'Eſpagne
toûjours plein de bonté pour
ceux qui l'ont bien fervi , lui a
confervé les honneurs & l'an .
cienneté dans le Confeil de
Caftille ; de maniere qu'il pour
ra toûjours y prendre fon rang
Piij
174 MERCURE
de reception comme les autres .
Ce Magiftrat eft des plus habiles
, & il a une parfaite con
noiffance des Loix de la Mo
narchie d'Efpagne . On s'adreffe
à lui de tous les Tribunaux
pour l'interpretation des
Loix difficiles , ou dont le fens
eft obfcur ; & on ne l'a jamais
trouvé embarraffe fur aucun
point de la Jurifprudence. Il
doit ces grandes connoiffances
à l'excellente éducation que feu
fon pere lui a fait donner . Il
dimployé auprés de ce cher fils
les plus habiles maîtres en Ju
rifprudence de toute l'Elpa
GALANT 175
gne , & il n'a rien épargné
pour lui donner les lumieres
qui convenoient à l'état auquel
ible deftinoit. La Maifon de
Perez d'Araciel eft ancienne en
Caftille . Elle y eftoit déja connue
fous Henry l'Impuiſſant.
Nicolao Perez de Araciel qui
vivoit fous ce Prince , eut beau
coup de part aux affaires qui fe
pafferent en Caftille fous lad
miniftration de ce Monarques
& il s'oppofa autant qu'il pûc
à l'injuftice qu'on vouloit faire
la Princeffe Ifabelle , en la
privant de la Couronne de
Caftille ; & aprés la dépofition
P iiij
176 MERCURE
du Roy , il fut des premiers
qui prêterent ferment de fidelité
à la nouvelle Reine Ifabelle
. Cette famille a produit
plufieurs perfonnes de lettres .
Il y avoit un Perez de Araciel
au Concile de Conftance , qui
s'y diftingua fort pour la confervation
des droits du Concile.
Il difputa beaucoup fur la
fuperiorité du Concile au - def
fus des Papes , & dans toutes
les occafions où il parut , il fe
fit admirer. Le fameux Gerfon
qui eftoit à ce Concile , & lui ,
fe lierent d'une grande amitié ,
qui dura toute leur vie. Perez
J
GALANT 177
mourut à Vailladolid , & Gerfon
à
Lyon.
& c'eft
Don Antonio Gandolfo a
efté nommé par S. M. Catholique
, Alcade de Belver. Alcade
eft ce que nous appellons en
France , Gouverneur
fur les bons témoignages que
nos Generaux de Catalogne
ont rendu en fa faveur , que
le Roy d'Espagne lui a donné
ce Gouvernement qui eft trés
important , à caufe qu'il eft
fur la frontieré. Don Antopio
eft d'une crés grande Maifon
originaire de l'Andalouzie
: elle y eftoit déja connuë
178 MERCURE
fous les regnes des Rois Fer
dinand & Ifabelle. Un Alef
fandro Gandolfo fut trés cher
au celebre Antoine de Bellic
vre , qui fleuriffoit en France
fous le Roy Charles VI. en
viron l'an 14 10. & qui époula
une fille de la Maifon du Blé
d'Uxelles . Ces deux amis fe
vifitoient regulierement roul
tes les années , & ils alloient
tour à tour fe voir ; de maniel
re que lorsque Gandolfo avoit
efté une année en France ,
Bellievre alloit da fuivante en
Efpagne. Ces doux grands
Hommes , l'ornement de lleur
GALANT 179
Patrie , s'immortaliferent pour
la gloire de leur Nation . Gandolfo
fur tout travailla beaucoup
pour retablir en Eſpagne
la difcipline militaire ,
qu'une longue Paix avoit fait
negligen; & il la retablit conformement
aux Loix des anciens
Vifigots . Il laiffa même
fur ce fujet des Memoires que
l'on conferve encore precieufement
dans fa maifon . Leonillo
Gandolfo fut un Ecclefiaftique
d'un grand merite
dans le faiziéme fiecle : il fut
un rigide obfervateur des Loix
Ecclefiaftiques , & il contribua
180 MERCURE
du
beaucoup à la reforme
Clergé d'Efpagne par fon
exemple , perfuadé de ce beau
mot de S. Auguftin : plus clamavit
os quàm lingua .
Dame N... de la Ferté Sennecterre
, Epoufe de N ... de
Fay , Marquis de Gerlande
mourut au Puy en Vellay il y
a environ deux mois . L'éloignement
de ce lieu eft caufe
que je n'ay pû vous entretenir
plûtoft de cette mort . Je
vous ay fouvent parlé de l'ancienne
& illuftre maifon de
Senneterre , c'est pourquoy
je ne vous entretiendray auGALANT
181
jourd'huy que de celle de Fay
qui eft des plus anciennes &
des mieux alliées du Vivarez &
du Vellay.
Euſtache de Fay vivoit en
l'an 1240. il épouſa N,……
dont il eut Poncer de Fay
Commandeur de l'Ordre de
Rhodes , & Arnaud de Fay
marié à N.... de Perrault dont
il cut Guillaume de Fay , Baron
de Perrault , des Coftes ,
Villermos , Cericres & Rochebrune
, &c. grand Bailly
du Vellay, & du Vivarez . Il
fut tué à la Bataille de Breniez
en 1366. Il époufa Marie du
182 MERCURB
Truchet , dont il eut François
de Fay , Baron de Perrault.
Il mourut en 1416. Il fut ma
rié à Alix de Solignac , de laquelle
il cut Jean de Fay , Bailly
de la Morée , de la Langue
d'Auvergne tué au Siege de
Coron en 1462. Artaut de Fay
Chambellan du Roy , Guillaume
de Fay qui a fait les branches
des Seigneurs d'Eftables ,
de Saint Romain & de Saint
Jean. Il fut marié avec Antoinette
de Tournon . Elinet
de Fay , fils aîné de François
époufa Elifabeth de Brettes ;
de ce mariage il cut Hector
GALANTM 183
L
Baron de Perrault , qui fuc
marié à Catherine de Rebé ,
dont il eut Noé de Fay , Baron
de Perrault , &c. Lieute
nant General pour le Roy en
Dauphiné , qui de fon mariage
avec Françoife de Saint Gelais
-Luzignan , cut Jean de Fay,
qui a fait la branche des Comtes
de Virieux éteinte , & Antoine
, Baron de Perrault , &c.
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur de Montpelier ,
qui épousa Françoiſe de Suze ,
dont il eut Jacques de Fay ,
Evêque de Poitiers , & Jean de
Fay, Comte de Perrault , &c.
184 MERCURE
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de la haute Breffe
, Senechal de Nifmes & de
Beaucaire , & Capitaine de
cent hommes d'armes. Il fut
marié en 1582. à Marie de
Montmorency ; ileut pour fils
Paul Antoine , Evêque d'Uzés
; deux filles , & Henry de
Fay , Colonel d'Infanterie , qui
époufa Jeanne de Saint Chrif
tople morte en 1607. Il épou
fa en feconde nôces N... de
la Fare , & Jeanne de Fay E
poufe du Baron de Montglas ,
Henry n'eut qu'un fils , mort
fans enfans mâles , ainfi cette
GALANT 185
branche eft éteinte.
Artaut de Fay , Seigneur d
Saint Quintin , Chambellan du
Roy Louis XI . époufa Blanche .
de Gerlande , dont il eut Jean
& Regnaud. Jean fut marié à
Marguerite Malet de Vaudragon
, dont il eut Chriftophe
de Fay , Baron de la Tour-
Maubourg , qui époufa l'heri .
tiere de Maubourg . Il eut de
ce mariage Jean de Fay , Baron
de la Tour - Maubourg ,
de Saint Maurice , de Lignon ,
& c. Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur & Senechal
du Vellay , & Maréchal
Fanvier 1709
186 MERCURE
de Camp general de la Cava
lerie de France. Il époufa Marie
du Pelux , dont il eut Hec
tor , lequel fut marié à N………
de Chamblas , & N...
Chevalier de Malthe , Commandeur
du Voffer , & de S.
Jean du Puy. Hector eut pour
fils Jean de Fay , Comte de la
Tour- Maubourg , &c marié
à Jeanne de la Motte dont il
cut N.... Commandeur de
Malthe , General des Troude
l'Ordre , & de celles
du Pape aux Sieges de Candie ,
& de Coron où il fut tué.
Jean de Fay avoit efté tué au
pes
GALANT 187
même endroit prés de trois
cens ans auparavant. N... de
Fay , autli Commandeur de
Malthe de la Langue d'Auvergne;
Jacques de Fay, Comte
de la Tour Maubourg , Bafon
de Sainte Segolanne , Vercheres
, Lignon , Chaprefpine ,
Seigneur de la Garde , la Baftie
, Saint Maurice , &c. a époufé
Eleonore Palatine de
Die de Montperoux , dont il
a eu plufieurs enfans. L'aîné
nommé le Marquis de Maubourg
cft Colonel du Regiment
de Ponthieu.
4
Regnaud de Fay qui a fait
Qij
188 MERCURE
la branche des Gerlandes , époufa
Diane Adhemar de
Monteil de Grignan , dont il
eut Chriſtophe , qui époufa
Guyonne de Sauffac , dont for
tit Gabriel , Comte Gerlande ,
qui fut marié à Catherine de
Peloufe , dont il eut Juft- François
, qui époufa Marguerite
de Suze , dont naquit N...
de Fay , Comte de Gerlande ,
qui de fon mariage avec N...
de Montbreton , cut N... de
Fay , Marquis de Gerlande ,
&c. qui épouſa N... de la Ferté-
Sennecterre dont je vous
apprens la mort.
GALANT 189
Mr Tentzelius , un des .
plus fçavans hommes d'Alle
magne , eft mort depuis quelque
temps en Saxe. Il avoit
une parfaite connoiffance des
Medailles . Il avoit fait un recücil
de celles qui regardent
les Ducs de Saxe , & l'Ouvra-
`ge qu'il avoit compoſé ſur ces
Medailles , a paru peu de tems
aprés fa mort. Il n'a pas eu la
confolation de le voir imprimé
de fon vivant. Mr Leebifchius
fon fidele amy a eu foin
de l'Edition . Ce Livre eft intitulé
, SAXANIA NUMISMATA ,
five NUMMO-PHYLACIUM SA190
MERCURE

XONICUM , c'eſt-à- dire la Saxe
Metallique ou Cabinet des Medailles
de Saxe in 4°. fix volumes.
A Drefde , chez Frideric
Glediftch. Cet Ouvrage eſt en
Alleman , & l'on y a joint une
verfion latine. Cet Autheurétoit
fort aimé du Roy Augufte
, & c'eſt à la priere de ce
Prince qu'il avoit compofé
l'Ouvrage qu'on vient de publier
, & fi la mort ne l'euft
pas prevenu , il auroit donné
au public d'autres Ouvrages
qui luy auroient eſté fort utiles
, & qui auroient beaucoup
fervi à éclaircir l'Hiftoire Me
GALANT 191
tallique d'Allemagne . Il avoit
cu deffein de donner une nouvelle
édition de Curtius , ancien
Jurifconfulte ; mais l'at
tachement & le gouft qu'il avoit
pour les Medailles le détournerent
du deſſein qu'il avoit
d'abord cu de s'attacher
au Droit , & d'éclaircir les
Commentaires qui fouvent
n'ont fervi qu'à répandre de
plus épaiffes tenebres fur la
Jurifprudence . Mr Tentzelius
eftoit en relation avec le Pere
de Colonia , Jefuite de Lyon ,
qui ne luy a pas efté inutile
dans fes Ouvrages , à cauſe
192 MERCURE
des avis qu'il luy ' a ' donnez
& des Medailles anciennes
dont il luy a fait part . Mr de
la Valette Tréforier de France
de Lyon luy a auffi fait part
de fes lumieres.
On fait tous les ans à Lyon
une ceremonie éclatante , &
qui eft toûjours accompagnée
d'un grand appareil. Cette ceremonie
fe fait le jour de S.
Thomas 21. Decembre , qui
fuit celui de l'élection des deux
nouveaux Echevins . Il y en a
ordinairement quatre , & on
en fait deux nouveaux chaque
année ; de maniere qu'ils ref
tent
GALANT 193
tent en exercice deux années ,
& de deux en deux années , on
nomme un nouveau Prevoft
des Marchands , ou l'on continuë
l'ancien ; & on prononce
le jour de S. Thomas une
harangue , pour celebrer le
jour de l'admiffion des deux
nouveaux Officiers. Elle fe fair
dans la grande Salle de l'Hôtel
de Ville , où tous les Corps fe
trouvent & même l'Archevêque
& le Gouverneur , lorf
qu'ils font à Lyon . On choifit
toûjours un jeune homme
pour faire ce difcours , & on a
jetté les yeux cette année fur
Janvier 1709. R
194 MERCURE
Mr de Belve , qui promet
beaucoup , & qui eft fils de Mr
Guillet Elû de la Generalité de
Lyon , & le premier des deux
Echevins qui furent élûs l'année
derniere. Ce difcours avoit
pour fujer cette année , la Me
deration. L'Orateur commen
ça fuivant un ancien un ancien ufage ,
par quelques lignes de latin
où il expliqua le fujet qu'il
avoit entrepris de traiter .
fit enfuite un paralelle de la
vie d'un homme moderé , &,
qui s'eft rendu maître de fes
paflions , & d'un homme livré
à tous les mouvemens imGALANT
195
petueux delion . Il
oppofa
le calme & la tranquillité,
dont jouit l'homme moderé ,
à l'agitation où eft continuellement
l'ambitieux ; enfin la
douceur de la vie de l'un , aux
amertumes de celle de l'autre.
Ce paralelle fut beau , & bien
foutenu ; & s'adreffant enfuite
au portrait du Roy , qui eftoit
fous un magnifique Dais , il
adreffa la parole à ce Monarque
, comme s'il avoit efté prefent
, & prit pour ſujet des
louanges qu'il lui donna , celui
ilivoi
avoit pris pour fon difc'eft-
à dire qu'il le
qu'il
cours ,
R ij
196 MERCURE
loua fur la moderation qu'il
a toûjours fait paroître dans
les plus grandes profperités ,
& que les revers les moins pré
vûs & les moins merités n'ont
jamais pu ébranler . Les traits
dont ce difcours eftoit rempli,
parurent tout neufs. En s'adreffant
enfuite au portrait de
Monfeigneur , qui eftoit audeffous
de celui du Roy , il
parla à ce Prince auffi , comme
s'il y eut efté en perfonne. Il
rappella les actions éclatantes
de valeur que ce Prince a faites
dans fes premieres Campagnes
, & il le fit voir à tout
GALANT 197
*
fon Auditoire , digne heritier
de la Royale Maifon des Bourbons
, par fes Victoires , & par
le judicieux ufage qu'il en
avoit fait . Son relpect pour le
Roy , fa tendrelle pour les
Princes fes enfans , & fa bonté
pour le peuple furent enfuite
mis dans un beau jour . Mr de
Belvé harangua enſuite Mr
l'Archevêque de Lyon qui
eftoit prefent , & qui eftoit
fous le dais au- deffus des deux
portraits du Roy , & de Monfeigneur
. Il le loüa d'abord fur
fon illuftre naiflance , & enfuite
fur les vertus qui l'avoient
*2
Rij
198 MERCURE
élevé fur les Sieges de Clermont
& de Tours , & qui l'a
voient enfin placé fur le Siege
de la Primatic des Gaules. Il
rappella enfuite ces fages deci
fions , & ces vives lumieres
qu'on a fi fouvent admirées
dans les Aſſemblées du Clergé,
où il s'eſt trouvé avant & aprés
fon Epifcopat. L'Orateur s'a
dreffa enfuite au portrait de
Mr le Maréchal de Villeroy ,
Gouverneur de la Province ,
qui eftoit à la gauche de Mr
F'Archevêque , comme il y
eur eſté lui - même , s'il cut efté
prefent . Il loua ce Maréchal
+9
GALAN
THEQUE
(ur
BE
LA
fur fon attachement invick
ble à la perfonne du Roy , fur
Fattachement que ce Prince
avoit toûjours eu pour lui ,
fes fervices , & fut ceux que fes
Ancêtres ont rendu à la Cou
ronne de France . S'adreffant
enfuite au portrait de Mr le
Duc de Villeroy , Lieutenant
General de la Province , &
Gouverneur en furvivance . Il
lecloua fur fon légalité de
moeurs , fur fa bonté , & fur
Faffabilité qui lui gagnent les
cours de tous ceux qui l'aprochent
Il rappella le fouvenir
des actions de valeur & de fer-
Riiij
200 MERCURE
meté de ce Duc ; & paffant
de là à l'éloge de Mr Trudaine
Intendant de Lyon , qui eftoit
prefent , & qui eftoit au deffous
de Mr l'Archevêque de Lyon,
c'est -à- dire à la droite , en entrant
dans la Salle , il le doua
fur fa fagefle à concilier les
droits du Roy avec ceux du
peuple , fur fa prudence à calmer
dans des temps difficiles
l'inquietude d'une populace
toûjours amatrice des nouveautés
, & enfin fur fon defintereffement
; c'eft ici où les
Monfeigneurs finirent . Et sta
dreffant enfuite à Mrs les
1.
GALANT 201
Comtes de Lyon , qui y
eftoient au nombre d'onze , &
du même côté ; il les loua fur
l'antiquité & la nobleffe de leur
Lang , fur la pompe & la décence
de leurs ceremonies , fur
lavomajefté avec laquelle on
fait le Service divin dans leur
Eglife , la plus ancienne des
Gaules. Il congratula auffi ce
Corps fur l'attention que le
Roy a à en tirer tous les jours
des Sujets , pour remplir les
Sieges que les Evêques laiffent
vacans . La pureté de leurs
moeurs , leur exactitude aux
Offices , & leur éloignement
202
MERCURE

pour les nouveautez , furent
auffi loüez. Parmy les onze
Comtes de Lyon qui affifte
rent à cette ceremonie , on y
remarqua Mr de Marrillac
Doyen , Mr d'Albon Archi
diacre , Mr de S. Georges Précenteur
, Mrs les Comtes de
Sarron , de Montferrand , de
Choifeüil & de Chemé. Mr de
Belvé s'adreffant enfuite au
Préfidial , & à la Cour des
Monnoyes qui eftoit de l'autre
côté , c'cft- à- dire à la gauche ,
en entrant dans la Salle. Ich
loua tous les Officiers par leur
exactitude dans l'adminiftraGALANT
203
tion de la Juſtice , par leur
équité , & par le défintereffement
dont ils avoient toûjours
fait profeffion . Il lotia auffi
beaucoup la fageffe des Arrefts
& des Décifions de la Cour
des Monnoyes , Sageffe , ajoû
ta- t-il qu'on auroit peine à trou
ver dans les Compagnies les plus
anciennes les plus experiment
tées. Il s'adreffſa enfuite à Mrs.
du Bureau des Finances , je
veux dire à la Compagnie des
Tréforiers de France , qui
eftoient auprés de Mrsoles
Comtes de S. Jean. Il les
loua fur leur attention à bien
204 MERCUADE
remplir les devoirs de leurs
Charges , dans la fage diſpen
fation , & dans la judicieufo
exaction qu'ils font des droits
du Roy , fur leur fage adminif
tration dans le fait des Aides
& Gabelles ; & enfin fur la
confideration où eft leur Com
pagnie , foir
par le merite.de
ceux qui la compoſent , foit
par la confideration qu'elle
s'eft attirée dans le Lyonnois.
L'Orateur paffa enfuite au
Corps de l'Election qui cftoir
aprés celuy des Tréforiers ; il
le loua fur la fageffe avec la
quelle il fait les Impofitions
GALANT 205
des Tailles , & fur la douceur
avec laquelle il les exige , & il
diten finiffant, qu'il n'ofoit trop
s'étendrefur ce fujer à caufe de la
part que ceux devant qui il avoit
l'honneur de parler fçavoient qu'il
prenoit , c'est-à- dire parceque
Mr Guillet fon pere eft
Officier Procureur du Roy
dans ce Corps , ce n'eft que
depuis quelques années qu'on
complimente Mrs les Elus dans
cette Ceremonie , & depuis
qu'ils ont commencé à entrer
dans l'Echevinage. Mr de Belvél
s'adreffant enfuite à Mr
Ravat , Provôt des Marchands
206 MERCURB
en exercice , & Confeiller au
Prefidial & Cour des Mon-
2
noyes , qui eftoit à la tefte du
Confulat
, du même côté que
le Prefidial; il le loua fur l'équité
dont il fait profeffion
fur fon attention
à confer
ver le calme & la paix dans
certe grandeVille, & fur l'hon
neur qu'il a d'y commander
en l'abfence
du Gouverneur
, & en qualité de Prevôr
des Marchands
. Il finit en le
louant fur la vigueur
qu'il
fait paroiftre en foutenant
les
droits
& les prerogatives
de
fa Charge de Conful . Mr
GALANT 207
de Belvé parlant enfuite aux
Echevins en exercice , c'eſt-àdire
à Mrs Guiller & Eſtival ,
qui font les deux anciens , &
à Mr Hyon & Pofucl qui font
les deux nouveaux , il les loua
fur leur foin pour la Patrie ;
fur leur zele pour la confervation
des droits de la Ville de
Lyon , & fur leur vigilance &
leur attention à maintenir le
bon ordre. Il finit enfin par
un compliment qu'il fit à tout
le Corps du Confulat compofé
des anciens Prevôts des Marchands
& Echevins , & des
Confuls. Il les loüa tous fur la
208 MERCURE
fageffe de leur adminiſtration ,
& fur les avantages qu'ils avoient
procuré à la Ville de
Lyon qui tenoit de leurs foins
une partie de fon repos , &
tous les embelliffemens. J'ay
nommé à l'occafion de cette
Harangue , Mr Hyon & Pofuel
qui viennent d'eftre élûs ,
& je dois dire quelque chofe
de leur perfonne. Le premier
n'avoit pas befoin de cette
Charge pour acquerir à fa famille
le titre de noble que
l'Echevinage de Lyon donne ;
il l'avoit déja , & il exerce une
Charge de Secretaire du Roy
GADANT 209
depuis prés de 25 ans. D'ail
leurs fa famille eft une des plus
anciennes de Lyon où elle s'eft
diftinguée par fon zcle pour
le public dans les temps les
plus fâcheux , & fur tour pendant
une grande pefte où le
Chef de cette famille ne voulur
point abandonner Lyon ,
& repandit parmi les pauvres
affligez de cette cruelle maladie
, une partie de fon bien ;
ainfi Mr Hyon n'a accepté cet
Employ qu'à la priere de Mr
le Maréchal de Villeroy dont
voicy la Lettre.
Plus les temps font difficiles .
Janvier 1709. S
210 MERCUR E
Mr , plus on doit redoubler l'attention
de mettre dans les Emplois
de la Ville des gens de mevite
, pour remplir les places d'Echevins
, Emplois fi confiderables
pour le fervice du Public. C'eft
dans cette vue-là , Mr que i
que je
me ſuis propofé de vous nommer
pour premier Echevin de cette
Nomination
. Je fçay fans vous
connoiftre que vous avez toutes
les qualitez neceffaires pour remplir
une place fe diftinguée pour nos
Citoyens. Outre le motifprincipal
qui doit vous exciter à fervir le
Royle Public'efpere
› j'espere que
ma confideration particulierey enyenGALANT
211
wera pour quelque chose par l'ef
time finguliere que jaypour voftre
perfonne. Je fuis , Mr , parfaitement
à vous : Villeroy. A
Paris le ± 1 ° . Decembre 1703 .
Mr Hyon eft neveu de Mr le
Juge Ecuyer , & un des Fermiers
Generaux de la Majelté .
Mr Pofuel eft un fameux Libraire
de Lyon , Affocié de Mr
Aniflon , & qui y elt fort eftimé.
On doit remarquer qu'on
change toujours le premier Echevin
parmi les Gens de Robe
, & le fecond dans le Corps
des Marchands des le Dimanche
16 du même mois , Ces
Sij
212 MERCURE
deux Echevins aprés avoir reçû
les Lettres de Cachet du
Roy pour leur Nomination ,
donnerent fuivant l'ufage de
grands repas chez eux. Mr l'Intendant
, Mr le Prevôt des
Marchands , Mr le Comte du
Marzy , & une partie de la
principale Nobleffe de Lyon ,
allerent chez Mr Hyon qui
donna aprés un magnifique
dejeuné , un repàs qui dura depuis
trois heures aprés midy ,
jufqu'à neuf heures du foir ,
avec de grandes illuminations .
Mr le Doyen de Saint Jean fuivi
d'une partie des Comtes ,
GALANT 213
& plufieurs autres perfonnes
de diftinction allerent chez Mr
Pofuel où il n'y eut pas moins
de magnificence , & l'on y demeura
auffi jufqu'à la nuit.
L'article qui fuit vous paroiſtra
remply de faits curieux ,
& lebdifcours prononcé par
Mr l'Abbé de Saconey , tres .
touchant , cet Abbé n'ayant
rien oublié de tout ce qui pouvoir
regarder le fujet qu'il a
traité. Ces fortes de Difcours
doivent faire plaifir à toutes
celles qui ont quelque vocation
pour la Religion , & les
affermir dans leur vocation.
1
214 MERCURE
Le Mercredy 26. Decembre
, jour de Saint Etienne ,
Dile N ... de Joffrey , de la
petite Ville d'Anfe dans le Diocefe
de Lyon , prit l'habit de
Novice dans l'Abbaye Royale
des Benedictines de Brienne ,
auffi Dioceſe de Lyon . Mr
l'Abbé de Saconey , Chanoine
de l'Eglife d'Efnay , & d'une
famille qui a donné plufieurs
Comtes à celle de Saint Jeans
fit la Ceremonie , & fit un difcours
qui reçût de grands applaudiffemens.
En voicy l'Exor,
de. Il est enfin arrivé , ma chere
fille, ce moment heureux , où la
GALANT 215
4
grace ayant déja mis en mouvement
tous les plus faints deſirs de
voftre ame , excite en vous un ardent
amour , co une joye autant
differente de celle des enfans du
monde , qu'elle eſtun avant-goût
delicieux de celle que les amis de
Dieu goûtent dans le Ciel. Moment
favorable où vous "DONS
fentez dans la difpofition de S.
Paul lorfqu'il s'écrioit que la
veuë de Jefus-Chriſt crucifié
rendoit méprifable tous
les objets de la cupidité mondaine
: dans la difpofition de Sa
muel , lorsqu'attentif aux ordres
de Dieu , il luy difoit ; parlez ,
216 MERCURE
Seigneur , & voftre ferviteur
vous écoutera dans la difpofi
tion de l'Epoufe , lorfque faintement
agitée de fon amour , elle
n'ouvroit la bouche que pour par
ler de fon celefte Epoux . Moment
precieux , prefque decifif
pour l'Eternité, où animée d'une
vive ardeur , vous venez jetter
aux pieds des Autels les profa
nes depouilles du monde pour vous
reveftir des triftes , mais falutaires
habits de la penitence ,
facrer à Dieu dans la folitud
nonfeulement les Premices de vôtre
jeuneffe , mais encore tout le
refte de voſtre vie , pour ne plus
vivre
GALANT 217
vivre
que
d'une
vie
morte
&
cachée
en Jefus
Chrift
. Qu'il
eft
confolant
, ma
chere
fille
, de
vous
voir
icy fervir
despectacle
aux
uns pour
les confondre
, &
aux
autres
pour
les édifier
: tournée
tantoft
du cofté
du monde
, qui
voudroit
peut- eftre
vous
retenir
,
jefens
que vous
luy dites
: Non
,
je ne veux
ni de vos
preſens
,
ni de
vos
promeffes
: tantoft
du cofté
de Fefus
- Chrift
qui
vous
appelle
, je m'aperçois
que
vous
luy
dites
Seigneur
, je n'ay
à
vous
offrir
qu'une
bonne
volonté
que
vous
même
m'avez
donnée
; acceptez
les hom-
Fanvier
1709.
T
218 MERCURE
mages d'un coeur qui fe donne
à vous & qui en vous
offrant le tribut de fa reconnoiffance
, ne fait que vous
offrir les merites de voſtre propre
don,
Quefi quelque fois , ma chere
foeur , les vents des Tentations
viennent fouffler dans ces
lieux champeftres pour vous abbatre
, & vous faire tomber dans
la tiedeur dans le relafchement;
voicy pour éviter l'orage
que Dieu n'aura permis que pour
vous éprouver ; voicy , dis je ,
un conſeil de ſa ſageſſe : fermez
alors fur vous la porte
de
tous
GALANT 219
vos fens ; puis retirée avec Dien
dans le fecret de vostre coeur ,
interrogez - vous vous - même
avec la mesme devotion de
Saint Bernard lors qu'il difoit.
à fon ame : Ame lafche qu'-
eft- tu venuë faire icy regarde
dans quelle maiſon tu eſt
entrée.
Il est vray qu'autrefois cellety
eftoit une Solitude fans Solitaires
, un Cloître fans clôture ,
un Monaftere prefque fans Religieufes
, un Temple prefque fans
Sacrifice ; mais maintenant que la
regularité ayant fait quelque
effai pour y entrer fous deux
Tij
220 MERCURE
Abbeffes , dont la mort n'a pas
encore fait perdre la memoire . La
reforme s'eft fait un plan de difcipline
encore plus exact & plus
rigoureux , fous les ordres de
vous , Madame devant
qui
j'ay l'honneur
de parler : maintenant
, dis -je , le concours
de ces
Vierges
fages , dont vous eftes le
modéle
par
vos vertus • & la
>
regle par vôtre dignité , contri
buera pour attirer la rofée du Ciel
fur ce champ autrefois negligé ,
où vous allezfaire valoir les talens
quiy eftoient enfouis ,
recueillir de dignes fruits de peniy
GALANT 221
tence , en faisant de cette facrée
Solitude le tombeau des paffions ,
le berceau de la justice & de
l'innocence . Il est donc à prefumer
que cette pienfefille , aprés tout ce
que la grace afait en elle , s'attachant
uniquement à la regle
aux exemples que vous donnerez
à cette Communauté, & à ceux
que cette Communauté lui donnera
, fes joursferont avec le fecours
de nouvelles graces , une alternative
continuelle defilence e
de prieres , dejeûnes 5 de mortifications
, de louanges de Dieu
de mépris de foy- même , de
ferveur d'exactitude dans les
Tij
222 MERCURE
exercices de la Religion , de recueillement
, foit dans le travail,
foit dans les recreations . Les deux
Albeffes mortes , dont il eſt
parlé cy - deffus , font Meſdames
Rouffelet & Mignot : la
premiere , foeur d'un Prefident
du Parlement de Dombes
, parent de Mr de Mariola
, fucceda à Me de Grand-
Maiſon ; & pour rétablir ſa
Maifon , obtint à Rome un
changement deregles & d'Urbaniftes
, c'est- à - dire de Religieufes
mitigées de fainte Claire
, qu'eftoient les Dames de
Brienne , elle en fit des Rélifa
GALANT 223
gieufes de S. Benoît , leur donna
une clôture , & fit de grands
biens à cette Abbaye . Elle
avoit efté Urfuline au grand
Convent de Lyon , & elle en
fur tirée pour rétablir cette
Maifon . Me Mignot qui lui
fucceda , ne l'a gouvernée
que
deux ou trois ans. Elle eftoit
foeur de Mr Mignot Lieutenant
General de Villefranche
en Beaujolois , & coufine germaine
de Mr le Comte de
Moyria. L'Abbeffe qui a fuccedé
à Me Mignot , & qui eft
loüée dans ce difcours , eft Me
de la Barge d'une grande Mai-
Tiiij
224 MERCURI
1
fon
d'Auvergne , proche parente
de Mr l'Archevêque de
Lyon , & dont la mere eft de
l'illuftre Maifon d'Albon. Me
de la Barge eft un des plus
beaux efprits du fiecle. Voici
de quelle maniere Mr l'Abbé
de Saconay finit fon difcours.
Ainfi ma- chere fille , mettant ce
jour auquel vos parens vous confient
à moy , pour vous donner
l'habit de la Religion , le mettant,
dis je , entre ce qui s'eſt paſſé en
vous depuis les premiers jours de
vôtre naiſſance , aufquels ils eurent
encore en moy la même confiance
pour vous tenir fur lesfonts;
GALANT 225.
cé qui ſe paſſera au dernier jour
de vôtre vie , où l'on vous confiera
au zele de quelque plus digne Mi.
niftre. J'efpere que c'est peu rifquer,
que de fe rendre garant de
vôtre fort. Je répondis alors de
vôtre foi , vous ne m'avez pas -
encore dementi : je répons à preſent
dans cette Chaire de vôtre perfeverance
, vous ne me dementirez
pas. Je vous laiffe donc , ma chere
fille , avec cette affurance que je
vous donne , comme je me la fuis
donnée à moy- même , par une
fainte confiance en la Grace deJ.C.
Que le jour de votre entrée dans
le Cloitre, eftant une fuite prefque
226 MERCURE
neceffaire de celui auquel vous
eftes entrée dans le monde , eft auffi
un prefage prefque infaillible de
celui auquel vous entrerez dans la
gloire , comme nous l'efperons , au
nom du Pere , &c . Mademoifelle
Joffrey parut avec beaucoup
de fermeté dans cette ceremonie
, & la joye qui éclatoit
dans les yeux , édifia toute
l'Affemblée , qui eftoit illuſtre
& nombreuſe.
Mre N .. de Chabot
Comte de la Serre , Aide Major
de la Gendarmerie , a épousé
depuis peu Dame N ... de
Bayane , d'une des plus illuftres
GALANT 227
familles du Dauphiné. Elle eft
fille de Mr le Marquis de Bayane
, qui a commandé longtemps
un Regiment pour le
fervice du Roy , & de Dame
N.. du Latier , d'une naiffance
auffi trés qualifiée. L'ayeule de
la nouvelle épouse , & la mere
de Mr de Langeron de Maulevrier
eftoient foeurs ; ainfi cette
Dame eft proche parente de
Mr l'Abbé de Maulevrier Aumônier
du Roy . Mr le Comte
de la Serre a un brevet de Colonel
, il y a déja quelques années
; il eft trés eftimé dans fon
Corps, & il y a toûjours fervi
228 MERCURE
avec reputation . Il a un efprit
fuperieur , & d'une trés grande
delicateffe . Il fit aprés la bataille
d'Hochftet l'apologie de la
Gendarmerie. La lettre qui
contenoit cette apologie , fut
trés applaudie , & attira à fon
Auteur beaucoup de louanges.
Mrl'Abbé de Nantoing qui a
efté Chartreux , mais qui n'a
pû en foutenir la regle , eft fon
frere ; c'eft un Ecclefiaftique
d'un grand merite
aimé de Mr l'Evêque de Grenoble.
Ces Meffieurs ont une
foeur Religieufe de l'Ordre de
Citeaux , à la Côte en Dau-
& fort
GALANT 229
phiné. Elle eftoit une des plus
belles perfonnes du dernier
fiecle. La Maiſon de Chabor en
Dauphiné va de pair avec les
plus anciennes , & les plus qualifiées
de cette Province.
Mre N... Marquis de Cremeaux
, Seigneur de Chazey
& de la Grange , a épousé
Dame N.. Ferrus , fille de Mr.
Ferrus , Confeiller au Prefidial
de Lyon , & foeur de Mr Ferrus
Capitaine de la Ville , & de Me
Ferrus Carmelite. Cette Dame
a deux oncles . Chanoines
d'honneur dans le Chapitre
d'Efnay . L'aîné qui a cfté long230
MERCURE
temps Prieur- Curé de S. Symphorien
, a un talent marqué
pour la conduite des ames . Mr
le Marquis de Cremeaux eft
d'une des plus illuftres Maiſons
du Royaume ; mais il n'eſt pas
de la Maifon de la Grange ,
comme ont dit quelques Auteurs
, que le nom de la Grange
a fait équivoquer. Mr le Marquis
d'Entragues Gouverneur
de Mâcon , & Mr l'Abbé d'Entragues
fon oncle , proches
parens de Mr l'Archevêque de
Lyon , font de cette grande
Maifon , qui a donné des
Comtes à l'Eglife de Lyon depuis
plufieurs ficcles .
GALANT い
231
my
Mr le Comte de Moyria ,
cy- devant Commandant d'un
Bataillon du Regiment de
Champagne , & enfuite Lieutenant
Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , a époufé
Dame N.. du Buiffon d'une
ancienne famille de la Ville de
Lyon , & d'un merite diftingué
Mr le Comte de Moyria ,
que fes infirmitez ont obligé
de quitter le Service , avec une
penfion du Roy , eft d'une des
Maifons les plus qualifiées du
Royaume. Il eft frere de feu
Mr le Comte de Mailla , &
oncle de celui qui porte aujour
&
&
232 MERCURE
d'hui le même titre. Il eft de la
même Maiſon que Mr le Chevalier
de Châtillon , Colonel
de Carabiniers , & Brigadier
des Armées du Roy, qui fert
en Efpagne avec beaucoup de
diftinction
, & que feu Mr le
Comte de Moyria - Mirigna
auffi Brigadier , & Meftre de
Camp de Cavalerie , qui fut
tué à la bataille de Caffano en
Italie. Mrs de Moyria Mailla
font proches parens de feu
Mr Camus de Beaulieu , & de
Mr de Pontcarré , premier
Prefident du Parlement de
Roüen.
GALANT 233
Mlle de Blanzac a époufé
Mr le Comte de Clairmont-
Tonnerre . Elle n'a que 16. à
17. ans , elle est belle , gra-
Cicufe & d'un naturel fort
doux . Elle a beaucoup d'efprit.
Elle eft fille de Mr le
Comte de Blanzac Marêchal
de Camp , & de Me de Blanzac
fille- unique de Me la Marêchale
de Rochefort , Dame
d'honneur de Me la Ducheffe
d'Orleans. Certe Marêchale
avoit épousé en premieres nôces
feu Mr le Marquis de Nan- .
ģis , qui a époufé Mlle de la
Hoguette, Mr le Chevalier de
Fanvier 1709 .
V
234 MERCURE
Nangis qui ne fert pas avec
moins de diſtinction que Mr
fon frere , & Mlle de Nangis
qui eft dans un Convent.
Mr le Comte de Blanzac
eft frere cadet de Mr le Comte
de Rouffi Lieutenant- general
, qui a épousé l'heritiere
d'Arpajou , de Mr le Marquis
de Roye Lieutenant - General
des Galeres , qui a épousé la
fille- unique du fameux Mr du
Caffe , de Mr le Chevalier de
Roye , quicommande une des
Compagnies de la Gendarmerie
, de Milord Liford qui eſt
en Angleterre , de Mile de
GALANT 235
Rouffi qui eft auffi en Angleterre
, de Me la Comteffe de
Strafort , veuve de feu Milord
Strafort , & de feu Me de
Pontchartrain.Feu Mr leComte
de Roye leur pere , Lieute
nant General , étoit cadet de
la maifon de la Roche- Foucault
, & de la branche de
Randan .
terre
>
Me la Comteffe de Roye
leur mere , qui eft en Angleeft
foeur de feu Mr le
Marechal de Duras , de feu
Mr le Maréchal de Lorge , &
de Milord Duras Comte de
Feverzhen , qui eft en Angle-
V ij
236 MERCURE
terre depuis fon enfance , &
qui y a toûjours tenu un haut
rang , & qui s'y eft diftingué
dans les premiers emplois de
la guerre.
Je ne vous dis rien de la
Maifon de Tonnerre , dont je
vous ay parlé amplement dans
plufieurs de mes lettres .
La ceremonie des Epoufailles
s'eft faite dans la Chapelle
du Palais Royal . Me la
Marechale de Rochefort qui
a un apartement dans ce Palais
, ayant pris foin de tout
ce qui regardoit la noce .
Je me doutois bien que Mr
GALANT 237
le Confeiller Fagon , aprés
avoir fait voir la penetration
de fon efprit , & fa capacité en
défendant une Caufe , à la
quelle tout le beau ſexe s'in
tereffoit , ne demeureroit pas
encore long - temps Confeiller.
La moitié de ma prophetie
eft déja acomplic , puifqu'après
avoir obtenu une difpenfe
d'âge pour être Maître
des Requêtes , qui lui a été accordée
avec éloge , il a pris
poffeffion de la Charge de Mr
d'Ormeflon Intendant de Juftice
à Soiffons dont le fils a
été pourvû de la Charge de
4
238 MERCURE
Confeiller que Mr Fagon
exercée avec tant de diftinction.
Il y a lieu de croire que
ce nouveau Confeiller ne brillera
pas moins dans cette
Charge que fon predeceſſeur
& s'il marche fur les traces de
fes ançeftres dont la memoire
eft en veneration , ſa probité
le rendra recommandable.
Mr Goujon fils de Mr Goujon
Secretaire du Confeit , &
d'Henriette Devizé , tante de
Me la Prefidente de Chainillard
, aprés avoir exercé pendant
quelques années la Charge
d'Avocat General des ReGALANT
239
quêtes de l'Hôtel , avec un applaudiffement
univerſel , & s'être
attiré beaucoup d'applaudiffemens
toutes les fois qu'il
a porté la parole , vient auffi
d'obtenir une difpenfe d'âge
pour être Maître des Requêtes
, & il a acheté la Charge de
Mr Carré de Mongeron ,qui fe
diftingue dans fon Intendance.
Mr Amelot de Chaillou a
été reçu Avocat General à la
place de Mr Goujon . Il n'a
& dés fa plus
que 19. ans
tendre jeuneffe il s'eſt appliqué
à l'étude des fciences ; de
maniere qu'il y a lieu de croi240
MERCURE
re , qu'il pourra un jour parvenir
aux premieres dignitez
de la Robbe , à l'exemple de
fes Anceftres . Il eft fils de Mr
Amelot de Chaillou Maître
des Requêtes & Intendant du
Commerce, & de Dame Philberte
de Barillon , fille de Mrde
Barillon Confeiller d'Etat ,
qui avoit été Ambaffadeur &
Plenipotentiaire pour la paix à
l'Affemblée de Cologne , &.
depuis Ambaffadcur extraordinaire
en Angleterre pendant
douze ans. Son ayeul étoit Mr
Amelot de Chaillou Confeiller
d Etat ordinaire , & Doyen
de
GALANT 241
de Mrs les Maîtres des Requê
tes. Son Bifayeul avoit auffi
les mêmes dignitez . Mrs Amelot
de Chaillou font la branche
cadette de cette Maiſon ;
l'aînée ayant fait la tige des
premiers Prefidens de la Cour
des Aydes . La feconde , Mrs
Amelot de Gournay , d'où eft
forti Mr Amelot , Confeiller
d'Etat & Ambafladeur extraordinaire
en Espagne , où il
rend des fervices également
utiles aux deux Couronnes :
& la derniere branche eft celle
de Mrs Amelot de Chaillou ,
d'où eft forti celui dont je
Fanvier 1709. X
242 MERCURE
vous parle , qui vient d'eftre
reçû Avocat General aux Requeftes
de l'Hôtel . Je ne m'étendrai
pas davantage fur la
genealogie de cette Maiſon ;
il fuffit de dire que depuis plu
fieurs fiecles , ceux qui en font
defcendus rempliffent
les premieres
dignitez de la Robe &
de l'Eglife , & qu'elle, eft alliée
à la Maifon de Dudracq , Luxembourg,
Vaubecourt ,d'Aumont
, Nicolaï , Briçonnet &
de plufieurs autres des plus diftinguées
de l'épée & de la
Robe.
Un homme de la naiffance
GALANT 243
de Mr Amelot , qui vient de
prendre poffeffion de la Char
ge d'Avocat General des Requêtes
de l'Hôtel , & dont
l'efprit & la penetration fe
font déja admirer dans un âge
peu avancé , ne devant exercer
la Charge où il vient d'eftre
reçû , que pour fe faire connoître
pendant un temps , &
paffer enfuite aux plus grandes
Charges : celle qu'il exerce aujourd'huy
doit eſtre poffedée,
lors qu'il la quittera , par le
frere de Mr Goujon , qui vient
de monter à celle de Maître
des Requêtes ; & qui eſtant en-
X ij
244 MERCURE
core fort jeune , fe met en état
d'y briller , comme a fait ce
nouveau Maître des Requêtes ,
fon frere.
Il s'eft fait un affez grand
mouvement parmi Mrs les Mcdecins
de la Cour , à l'occafion
de la mort de Mr Bourdelot ,
premier Medecin de Madame
la Ducheffe de Bourgogne . On
doit remarquer qu'il eftoit auffi
Medecin ordinaire du Roy , &
que les Charges de Medecins
ordinaires de la Maiſon Royale
, & celles de Medecins de
Quartier s'achetent , & qu'il n'y
a que celles de premiers MeGALANT,
245
decins qui ne fe vendent point.
Mr Bourdelot ayant jugé
par l'état où fe trouvoit fon
mal , qu'il ne pourroit revenir
de la maladie dont il eftoit attaqué
, fupplia le Roy de lui
accorder un Brevet de retenuë
fur fa Charge de Medecin ordinaire
; & Sa Majesté
, pour
marquer combien elle eftoit
fatisfaite de fes fervices , cut
la bonté de lui en accorder
un
de vingt mille écus
Mr Boudin , premier Medecin
de Monſeigneur le Dauphin
, a acheté la Charge de
Medecin ordinaire du Roy ,
X iij
246 MERCURE
qu'avoit feu Mr Bourdelot ; &
fa Majesté lui a donné en l'achetant
un Brevet de retenuë
d'une fomme confiderable.
Mr. Bourdelin , qui eftoit
Medecin ordinaire de Madame
la Ducheffe de Bourgogne ; &
certe Charge lui donnant lieu
d'efperer de monter à celle de
premier Medecin de cette Princeffe
, & le Roy fçachant qu'elle
eftoit contente de fes fervices
, lui a donné la Charge qui
vaquoit par la mort de Mr
Bourdelot. Il eft fils de Mr
BourdelinBotanisté, fort eftimé
dans l'Academie des fciences ,
GALANT 247
& dont il eftoit penfionnaire.
Feu Mr Bourdelot avoit ,
outre les deux Charges dont
je viens de vous parler , celle
de Medecin de la Chancellerie
, qui a cfté donnée à
Mr Falconet jeune Medecin
fort eftimé , & fils de Mr Falconer
, Medecin des Ecuries
du Roy.
1
Je ne dois pas finir cet article
fans vous parler encore de
Mr Bourdelor.ll eftoitheveu
du fameux Abbé Bourdeloty,
Medecin de la Reine Chriftine
de Suede , & de feu Monfieur
le Prince , & fort connu dans
X iiij .
248 MERCURE
la Republique des Lettres . Il
laiffa en mourant , ſon neveu
dont je viens de vous apprendre
la mort , heritier de ton
nom & de fa biblioteque . Ce
dernier eftoit fur le point de
donner au public , lorfque la
mort l'a furpris , un grand ouvrage
auquel il travailloit depuis
plus de vingt ans . C'eſt
un efpece de Catalogue de tous
les livres de Medecine , imprimez
, avec la vie des Auteurs ,
& la critique de leurs ouvrages
; ce deffein eftoit fi vafte ,
que cet ouvrage pourra contenir
trois gros volumes in folio .
GALANT 249
Il ne bornoit pas fon fçavoir
dans la connoiffance de la Medecine
. Il eftoit univerfel , &
rien ne lui avoit échapé de tout
ce que l'on peut fçavoir dans
prefque tous les genres de litterature.
Il écrivoit fort poliment.
La delicateffe de fon
efprit paroiffoit dans fa converfation
; fa douceur & fes
bonnes moeurs fejoignant à
toutes ces belles qualitez , pou
voient le faire paffer pour un
homme accompli. Rien ne fait
mieux fon éloge , que les regrets
que Madame la Ducheffe
Bourgogne a témoigné de fa
250 MERCURE
mort , & l'eftime qu'en faifoit
Mr Fagon , qui l'avoit placé à
la Cour.
Je dois ajoûter ici que feu
Mr Bourdelot avoit la plus
nombreuſe, & peut - être la plus
parfaite biblioteque de medecine
qui foit dans l'Europe ; &
qu'il eft mort âgé feulement
de વે 54 a 55. ans ,
L'article
qui fuit ne peut
eftre mieux placé qu'aprés celui
que vous venez de lire , puis
qu'il s'agit de Mr Burlet , inti
me ami de feu Mr Bourdelot.
J'oubliai de vous dire dans le
temps que je vous appris la
GALANT 251
mort de Mr Dodart , que Mr
Burlet lui avoit fuccedé à la
place de penſionnaire de l'Academic
des fciences , & qu'il
avoit efté auparavant fon éleve.
Quelques années après avoir
efté reçû Docteur de la Faculté
de Paris , il y profeſſa publiquement
prefque toutes les
parties de medecine ; & il a fait
plufieurs pieces d'éloquence ,
qui ont efté reçûës avec applaudiffement
. Dans le temps même
qu'il profeffoit le cours de
medecine , il fut choisi pour
accompagner Mr de Harlay ,
Plenipotentiaire en Holande ,
152 MERCURE
& Mr le Chancelier Boucherat
l'honora d'une penfion fur le
Sceau , en qualité d'Homme
de Lettres , & d'Examinateur
des Livres de medecine . Il a
efté depuis Medecin de Mr le
premier Preſident de Harlay
& il l'accompagna aux caux de
Vichi & de Bourbon ; & dans
un âge peu avancé , il avoit un
gros emploi dans Paris , & il
jouiffoit d'une reputation des
mieux établies ; ce qui a fait
agréer au Roy le choix qu'en
a fait Mr Fagon , pour remplir
la place de premier Medecin
du Roy d'Espagne.
GALANT 253
que
Je ne puis m'empêcher de
donner icy à Mr Fagon , les
louanges qui luy font dues , &
fa modeftie évite autant
qu'il luy eft poffible , de ne
mettre en place , que ce , que les Me
decins qui le meritent verita
blement ; de s'eftre toûjours
fait un fcrupule d'en ufer autrement
, quoy que les exemples
du contraire foient frequens
dans tous les fiecles.
Vous trouverez dans l'Article
qui fuit , des faits d'autant
plus curieux , qu'il ne s'en trouve
point de pareils dans les Articles
qui regardent la mort des
254 MERCURN
vieillards qui ont vécu au delà
cent ans.
*
François Lébaupin , Apoticaire
, demeurant à Chafteaubriant
, y eft mort âgé de cent
fept ans . Il a cfté marié deux
fois , & il avoit plus de cinquante
ans lors qu'il fut marié
la premiere fois. Il a eu feize
enfans de ce premier mariage.
Il contracta le fecond , eftant
âgé de plus de quatre - vingt
ans , & il a eu auffi feize enfans
de ce ſecond mariage. On
doit remarquer , qu'ayant cent
trois ans , fa femme accoucha
de deux enfans en même
GALANT 255.
temps . Il a toûjours confervé
une fanté parfaite , & même
accompagnée de beaucoup de
vigueur , juſqu'à environ fix
mois avant fa mort , ou fes
forces commencerent à diminuer
fans que fon efprit s'affoiblit
en aucune maniere ,
qu'il a confervé fain & entier
jufqu'à fon dernier foupir. Il
eftoit tres habile dans fa profeffion
, & quelques - uns de fes
Amis luy ont entendu dire
que ce qui le faifoit vivre fi
longtemps & en fi bonne fanté
, eftoit un Elixir qu'il com
pofoit , & dont il prenoit
256 MERCURE
de temps en temps.
Si ceux qui ont envoyé ce
Memoire avoient mandé en
même temps fi l'on pouvoit
avoir de cet Elixir chez les heritiers
du deffunt , ils auroient
attiré beaucoup de monde
dans leur Ville pour en acheter
; mais il faudroit beaucoup
d'années pour éprouver s'il feroit
vivre auffi long - temps
ceux qui en prendroient , qu'il
a fait vivre le deffunt.
Je crois que vous n'aurez
pas manqué de remarquer
comme une chofe étonnante ,
& qui n'eft fans doute jamais
GALANT 257
arrivée ; fçavoir , qu'un hommeait
commencé à avoir à plus
de 8o. ans le premier de ces
116. derniers enfans , d'autant
plus que dans cet âge , il cft
rare qu'un homme ait des enfans
, & que lors que cela arrive
, on regarde comme un
prodige , qu'il en ait un ou
deux .
*
.....Ducrocq , Maistre N...
Bourgeois
de Saint Omer en
Artois , y eft mort prefque
en même temps , âgé de cent
huit ans.
La Fefte de Saint Lazare a
efté celebrée cette année fans
Y
Fanvier 1709.
258 MERCURE
ceremonie , ce qui a eſté cauſe
que l'on a fait l'Office dans la
Chapelle interieure de l'Abbaye
de Saint Germain. On y
a reçu en qualité de Chevalier
Bienfaicteur Mr de Tolomé de
Fontmelle , Grand Bailly de
Dombes , parce qu'il a donné
vingt mille livres à l'Ordre
pour le fond d'une Commanderie.
Mr Pouletier , dont vous
connoiffez les manieres obligeantes
, l'efprit & la probité ,
ayant vendu ſa Charge de Garde
du Tréfor Royal , elle ne
pouvoit tomber en de meilleuCALANT
259
res mains qu'en celles de Mr
de Montargis , Tréforier general
de l'Extraordinaire des
Guerres , dont je vous ay déja
amplement parlé , & qui vient
d'entrer en exercice de fa nouvelle
Charge. Quoyqu'il ne
fuft pas aifé dans un temps auffi
difficile , de contenter dans
l'employ qu'il quitte, tous ceux
qui avoient à faire à luy , il eft
neanmoins conftant qu'ils ont
toûjours eu lieu de s'en louer ,
ayant remarqué qu'il faifoit
toûjours tout ce qui luy cftoit
poffible pour les fatisfaire ; &
l'on peut même ajoûter qu'il
Y ij
260 MERCURE
·
a fort à propos rendu de grands
fervices à l'Etat , ayant fouvent
par fon credit trouvé des
fonds pour faire des avances
dans des neceffitez preffantes :
ainfi ceux qui auront dans le
cours de cette année des fommes
à tirer du Tréfor Royal ,
doivent s'eftimer heureux qu'-
un fi honnefte homme & fi
zelé pour le fervice du Roy ,
& pour ceux qui fervent Sa
Majefté , rempliffe la place de
Mr Pouletier , qui quoyqu'il
n'ait exercé que pendant une
anuée la Charge de Garde du
Trefor Royal , s'eft neanmoins
?
SCALANT 261
acquis une eftime generale
pendant le peu de temps qu'il
a exercé cette Charge.
Mr de Longepierre , connu
par fa naiſſance & par fon efprit
, dont l'érudition eft profonde
, qui tient un des premiers
rangs dans l'Empire des
belles Lettres , à qui les Auteurs
Anciens ne font pas
moins connus que les Modernes
, & dont il n'eft rien forti
de la plume qui n'ait efté admiré
, qui paffe pour un treshonnefte
homme , & qui fçait
parfaitement l'uſage du monde
, vient d'eftre nommé &
par
Son Alteffe R. Monfieur le
262 MERCURE
Duc d'Orleans , Sous Gouver
neur de Monfieur le Duc de
Chartres. Ce que je viens de
vous dire d'un homme auffi
fçavant & auffi univerfel , doit
vous faire connoiftre le bon
gouft du Prince qui vient de
luy confier ce qu'il a de plus
pretieux.
Vous ayant depuis trente
ans parlé des Ouvrages de Geo--
graphic , mis au jour par Mr
de Fer , Geographe de Sa Majefté
Catholique , & de Monfeigneur
le Dauphin , à mefure
qu'il a mis fes Ouvrages au
jour , & vous ayant de plus ,
GALANT 263
pour vous en faire fouvenir ,
donné à la fin de chaque année
un Catalogue de ceux
qu'il avoir donnez au Public
dans le cours de l'année , je
vous envoye celuy de l'année
1708 . pari of s
Un Livre inquarto, des beau
tez de la France , tiré de fon
Atlas curieux . 270.
L'Imroduction à la Geographic
, in douze.
Un tres beau Plan de Paris.
Les Royaumes de Naples &
de Sicile.
Des tres- belles Carrés de la
France , d'une grande feüille
chacune.
264 MERCURE
Une de la Franche - Comté.
Une de la Lorraine.
Une de la Picardie & delArtois.
Et le Dioceſe de Paris en 4 .
feuilles .
Je viens aux nouvelles de
Flandre , que je crois ne pouvoir
mieux commencer que
par la Lettre de Lille que vous
allez lire. Il eft aifé de remarquer
que la verité feule fait
parler celuy qui l'a écrite , &
qu'elle y paroift toute nuë.
A Lille ce 4. Janvier 1709 .
Je vous fuis tres- obligé de la
part
GALANT 265
mais
part que vous avez prife à toutes
les miferes que nous avons effuyées
icy pendant le Siege. Cela
n'eft rien quand le mal eft paffés
malheureufement nous recommençons
à fentir noftre mal
plus que jamais par les Impofitions
que l'on met icyfur tout, juſqu'au
blede aux herbes , avec cela
point d'argent , avec une Garnifon
tres- gueuse qui n'a pas lefol
que ce qu'elle peut piller ou voller.
Vous voyez en quelle fituation
nous fommes.
Depuis la prife de Gand qui
capitula le 28. du mois paffé,
nous fommes traitez par ces nou-

Janvier 1709.
266 MERCURE
a
veaux hoftes avec la derniere feverité.
Point de regle ; tout eft
enfin violé , car on ne nous tient
pas la moitié de ce qu'on nous
promis depuis que nous fommes
fous leur domination . Je ne sçaurois
vous dire autre chofe , finon
que nous fommes dans un pitoyable
état , & que nous ne voyons
que mifere devant nos yeux.
Il y eut environ dans le même
temps une espece de foulevement
à Bruxelles , les Brabançons
ne pouvant fupporter
la hauteur avec laquelle Mr
Cadogan les a traitez & leur a
demandé de l'argent qu'il preGALANT
267
tendoit qu'ils duffent donner
aux Regimens Anglois qui
font à Bruxelles & dans ces
Quartiers- là . Le murmure a
efté grand à ce fujet , & fi Mr
Renfwoude ne l'avoit appaifé ,
il auroit eu
apparemment des
fuites fâcheufes. Les Brabançons
doivent en porter leurs
plaintes à la Cour d'Angleterre
; mais elles n'auront pas apparemment
un plus heureux
fuccés que celles qu'ils ont
faites inutilement aux Etats
Generaux depuis qu'ils font
fortis de l'obéiffance de Philippe
V.
Z ij
268 MERCURE
La cruelle fituation où fc
trouvent , ainſi que vous ve
nez de voir , les Habitans de
Lille & de Bruxelles , & même
ceux de toutes les places où les
Alliez ont des garnifons , fait
connoiftre qu'ils en fouffrent
impatiemment la domination ,
& que pour peu que la fortune
favorifaft moins les Alliez ,
ils ne garderoient pas longtemps
les Places qu'ils ont
dans les Pays bas. Le fuccés de
la Campagne derniere ne doit
leur faire croire que la
Campagne prochaine leur doi
ve, cftre auffi heureuſe , & fi
pas
GALANT 269
l'on en vient à une bataille ,
ils doivent eftre perfuadez que
nos Troupes ne combattront
pas avec moins de vigueur ,
qu'en a fait paroiftre la Garnifon
de Lille . Elle n'eftoit point
compofée de Troupes choilies ;
mais feulement de celles qui
s'eftoient trouvées plus à portée
d'entrer dans cette Place :
Enfin file brouillard n'eut
point favorisé le paffage de
l'Eſcaut , qui s'eft fait fans
combat , Lille auroit efté fauvé
, Bruxelles pris ; Gand &
Bruges confervez , & plufieurs
autres Places eftoient prêtes
Ziij
270 MERCURE
d'ouvrir leurs portes ; & quand
même les Ennemis feroient
paffez aprés un combat , on
ne devroit pas s'étonner qu'ils
cuffent trouvé un endroit foible
, puifque nous avions plus
de trente lieues de pays à garder
; ainfi loin de s'étonner de
ce qu'ils fe font ouvert le paſ
fage dans un endroit foible ,
on doit pluftoft s'étonner de
ce que les François n'ont pref
que jamais attaqué de retranchemens
qu'ils n'ayent forcez ,
témoin ceux de Nerwinde &
de Steinkerque , quoyque l'Armée
des Ennemis n'eut pas
GALANT 271
plus d'une demi -lieuë de terrain
à deffendre , & que leurs
retranchemens paruffent im.
prenables , au lieu qu'il n'y en
avoit point dans l'endroit où
ils ont paffé l'Escaut enfin
ils ont d'autant plus lieu de
craindre plus que nous pendant
la Campagne prochaine ,
que tres affeurement , quoyqu'ils
puiffent faire , leurs
Troupes ne feront pas fuperieures
aux noftres , qui ne demandent
qu'à combattre , &
qui n'ont prefque jamais
eu de defavantage , à moins
qu'il n'ait efté caufé par quel-
Z iiij
f
272 MERCUR E
que cas imprévû ; car la valeur
ne leur a jamais manqué.
Il fortit le 8 de ce mois cent
Houffards de la garnifon de
Lille pour faire des courfes ,
qui ayant enlevé le même jour
prés de Tournay quelques
équipages de nos Officiers , furent
coupez dans leur retraite
par un gros Party de nos Dragons
, qui faifant auffi des
courfes dans le pays ennemi ,
taillerent en piéces les Houffards
, dont ils ont fait 32 .
prifonniers , & repris tout le
butin.
Prefque dans le même
GALANT 273
temps on vit arriver à Tournay
42. deferteurs des Ennemis
, qui fe plaignirent
tous
de n'eftre point payez , & prirent
party dans nos Troupes.
Un Ajudant General qui
eftoit forti de Lille fans efcorte
, fut amené le 13. à Tournay
par un de nos Partis.
Soixante Cavaliers de la
Garnifon de Gand eſtant allez
du cofté d'Ypres pour lever
des contributions
, & ayant
mis le feu à quelques maifons
de Payfans , le Commandant
de cette Place envoya auffi tôt
aprés eux , & on les joignit
i
274 MERCURE
dans une Cenfe , où ils avoient
mis le butin qu'ils avoient fait .
On le leur reprit , aprés avoir
obligé les Ennemis qui s'y
eftoient renfermez , de fe rendre
prifonniers deguerre.
Voicy une feconde lettre
de Lille , qui ne vous paroîtra
pas moins naturelle que la premiere
, & à laquelle par confequent
on ne doit pas ajoûter
moins de foy.
A Lille , ce 21. Janvier
1709.
Ouy Monfieur , la d folation
GALANT 275
la
eft grande pour bien des gens icy
5 fur tout depuis le froid exceffif
qu'il fait depuis plufieurs jours.
On trouve des gens qui meurent
defroid de faim , la cherté des
vivres y eft fort grande ,
garnifon mal difciplinée . Il n'entre
point dans cette Ville de charretée
de bois qu'elle n'en vole une
grande partie en entrant, & le
prix du bois fe trouve icy de deux
tiers plus cher , qu'il n'eftoit ily a
fix à fept mois il en eft de même
des vivres , qui deviennent rares
de plus en plus : on nous fait efperer
qu'il nous en viendra d'Hollande
& d'Angleterre . Le Peuple
276 MERCURE
eft ici affurement le plus doux &
le plus docile qu'il y ait au monde;
mais je crains qu'à lafin , à force
d'eftre maltraitié , il ne devienne
furieux , fi j'ofe ainfi le dire. C'eft
l'ordinaire des Flamands d'eftre
fort doux endurants , vous
fçavez cependant mieux que moy,
que felon que l'hiftoire nous apprend,
de
&
quoy ils font capables ,
quand une fois on les pouffe
bout . Les Lillois n'ont pas oublié,
je vous affure , pour la plupart
fous quel Prince ils ont eu le bonheur
de naître ; & fi le Roy n'eft
plus en poffeffion de leur Ville ,
peut eftreperfuadé qu'il l'eft encore
de leur coeur.
il
GALANT 277
On a appris depuis que cette
lettre eft écrite , qu'il eft parti
de Bruxelles un grand convoy
de charettes pour Lille ; mais
comme le froid eftoit alors extrême
, on affure que plufieurs
chevaux ont crevé , & que
prefque tous ceux qui efcortoient
ces charettes , font
morts de froid.
S. A. E. de Baviere a fait
chanter à Mons le Te Deum ,
pour celebrer le jour de la naiffance
de Sa Majesté Catholique
, au bruit de trois décharges
de plus de fix- vingt piéces
de canon qui font fur les rem

278 MERCUR
B
parts .Elledonna le foir un repas
magnifique aux Officiers de la
garnifon , & enfuite le Bal aux
Dames de la Ville , pendant lequel
on luy vint dire qu'un
détachement
de la garnifon de
Bruxelles en eftoit forti à cinq
heures du foir ; qu'il avoir pris
la route de cette Ville , & qu'il
paroiffoit avoir deffein de faire
quelque expedition . S. A. E. fit
auffi tôt mettre la garnifon
fous les armes , & l'on fit patrouiller
400. chevaux hors de
la Ville ; mais l'on apprit peu .
de temps aprés , que les Ennemis
ne s'eftoient point avanGALANT
279
cez , ayant eu avis qu'on avoit
fait fortir de Charleroy & de
S. Guillain , de gros détachemens
pour les couper.
La garnifon de Namur a
pillé beaucoup de bagages des
Troupes Palatines qui alloient
prendre leurs Quartiers dans
les Etats de leur Prince , pour y
eftre recrutées ; & elle a fait
un grand nombre de Soldats
prifonniers , particulierement
des Traineurs.
Cinquante Dragons de la
garnifon du Fort- Louis , ayant
efté faire une courfe au delà du
Rhin , en revinrent le lende
280 MERCURE
main avec 30. prifonniers &
22. chevaux qu'ils avoient enlevez
prés des Lignes des Ennemis.
Le Commandant du même
Fort ayant eu avis que les Ennemis
avoient poſté 200.
hommes dans l'Ifle du Rhin ,
il détacha auſſi tôt fix-vingt
Grenadiers , & autant de Dragons
à pied , qui eſtant deſcendus
dans l'Ifle à la pointe du
jour à la faveur des glaces ,
furprirent les Ennemis qui
eftoient encore endormis , en
tuerent une centaine , & firent
le refte prifonnier , avec le
Commandant.
GALANT 281
4
Sur l'avis que l'on eut le 12 .
à Lauterbourg que les Ennemis
conduifoient de Philifbourg
à Landau , un Convoy compofé
de cinquante Chariots chargez
de poudre , de farine &
d'avoines , le Commandant le
mit en marche avec 300. chevaux
& autant de Fanta fins
en croupe , & ayant joint ce
Convoy à onze heures du foir ,
il fit charger brufquement l'Efcorte
qui prie auffi - toft la fuite.
Il fit mettre le feu aux pou-
-dres & jetter les farines au
vent ; mais il prit les chevaux
que les Ennemis n'avoient pû
emmener , & il revint le 13 .
fans autre perte que deux hommes
, & ayant prefque toute
fon Infanterie montée fur les
A a
,
Fanvier 1709
282 MERCURE
chevaux pris aux Ennemis .
On a trouvé prés de Hombourg
dix Houffards des Ennemis
morts de froid auprés de
leurs chevaux , & quatre autres
qui n'auroient pas vécu longtemps
, fi on ne les cut rechaufez
à force de feu. Ils ont raporté
qu'ils eftoient fortis de
Landau au nombre de 40 pour
aller chercher fortune , & qu'ils
ne fçavoient pas ce qu'eftoient
devenus leurs camarades .
Aprés vous avoir parlé de ce
qui s'eft paffé en Flandres & en
Allemagne depuis la fin de la
Campagne , je paffe à ce qui
s'eft fait dans le Royaume de
Valence , en Catalogne , & en
divers autres lieux apartenants
aux Eſpagnols , ou qui font fur
·
GALANT 283
2
leurs frontieres ; & je crois ne
pouvoir mieux commencer que
par la lettre fuivante.
ATortofe , le 16. Decembre .
les Enne-
Depuis l'entreprise que
mis ontfaite fur noftre Ville , on y a
fait venir buit bataillons pour groffir
la Garnifon ordinaire ; & l'on
fait auſſi revenir de ce coste- cy une
partie des Troupes qui ont efté employées
aux Sieges de Denia &
d'Alicante, pour couvtir 4000. hom
mes qui vont eftre employez à perfectionner
nos fortifications , qui ne
peuvent eftre achevées , quelque di.
Ligence qu'on faffe , avant le mois
de Fevrier. On trouve entre les pri-
Jonniers que nous avons faits fur es
ennemis , hbuuiitt CCoolloonneellss , qua re
A a ij
284 MERCURE
Zieutenans Colonels , 12. Capitai
nes , trente Lieutenans , &plus de
foixante Officiers fabalternes. Il y
en a euauffi prefque un pareil nombre
de tuez on a chaffe les ennemis
de Cerveras mais on n'a pas jugé à
propos de garder ce pofte , & on l'a
abandonné aprés l'avoir ruiné.
A Rofes le 26. Decembre.
Ily a quatre Fregates qui croifent
à la hauteur de Barcelonne.
Elles amenerent hier ici une Barque
qui alloit à Genes pour y débarquer
un Gentilhomme que l'Archiduc en
voyoit à Vienne faire de nouvelles
infances auprès de l'Empereur pour :
avoir un prompt fecours de Troupes
& d'argent. Ce Gentilhomme devoit
aufli paffer en Angleterre &
GALANT 285

en Hollande , pour le même fujet.
A Rofes le 1. Janvier.
Noftre Commandant ayant eu
avis que les ennemis envoyoient à
Gironne un convoy de vivres fous
Befcorte de deux cens hommes de
Troupes reglées & de quatre à cinq
cens Miquelets , fit auli - toft partir
des Grenadiers qu'il fit ſuivre par
cinq cens Cavaliers ou Dragons
pour l'aller couper. Les Grenadiers
firent tant de diligence qu'ils les joi¨·
gnirent à une heure de nuit , attaquerent
l'escorte qui foûtint vigoureufement
leur feu , & les rèpouſſa
mème plus de quatre cens pas ; mais
La Cavalerie eftant arrivée pour
foutenir nos Grenadiers , les ennemis
fongerent à la retraite commen
N
286 MERCURE
cerent à
A
gagner
les hauteurs , ce
qu'ils ne purent faire fans perdre
beauconp de monde pendant l'actio .
Le convoy , compofé de 80. mulets &
de 4, à 500, beſtes à cornes fe diffi
pas de forte que l'on ne put prendre
que 40 mulets , 10. boeufs , 22. vas
ches, & une trentaine de moutons
qui ont efté amenez icy. On a trouvé
de plus furles mulets qu'on apris ,
40. mille écus que Archiduc envoyoit
au Gouverneur de Gironne
pourpayerfa Garniſon , qui au rapport
des deferteurs , n'avoit reçu a¤-
cun payement depuis prés de trois
mois . Nous avons perdu à cette action
, treize Grenadiers , cinq Cavaliers
& buit Dragons , & la perte
des ennemis monte à plus de fixvingts
hommes tuezou faits prifon
niers.
GALANT 287
Il arriue prefque tous les jours
icy des particuliers qui fe retirent de
Barcelone, mécontens de la domina
tion de l'Archiduc qui continuë à lear
demander des fommes exhorbitan
tes, non pas pour payer les Troupes
reglées ; mais les Miquelets qui font
à fon fervice , & qui menacent defe
retirer faute de paye…
A Tortofe le 10. Janvier
Lesparticuliers qui ont appellé ici
les ennemis , ont efté pendus , écar
telez, & expofez fur les murailles
decette ville pour fervir d'exemple
leurs biens confifquez au profit de la
garnifon , & leurs maifons rafées.
La plupart des Officiers ennemis
faits prifonniers à cette action , ont
efté renvoyez fur leur parole. On
288 MERCURE

consinuë à perfectionner nos fortifications
autant que la faifon le pent
permettre , car il fait un froid fort
violent depuis quatre jours , ce qui
eft affez extraordinaire en ce pays
cy. Nos Magafins font à prefent
tres- bien pourvûs de toutes fortes de
munitions qu'on y a apportées de
Sarragoffe & de Penifcola ; & une
partie de l'Artillerie qui a esté employée
auxSieges de Denia & d'Alicante
, eft arrivée icy en fix jours.
Elle confifte en douze pieces de canon
de batterie , en dix- huit de campagne
&en huit mortiers. Les prepara.
tifs qu'on fait de ces coffez cy font
juger qu'onfera le frege de Tarragone
au commencement de la Campagne.
La Garnison de cette Place
fouffre une fi grande difette que les
Soldats defertent en grand nombre.
On
GALANT 289
On a appris de Final , que
l'ETcadre qui alloit pour fecourir
Denia & Alicante , a eſté
difperfée par une bourafque au
fortir du Golphe de Lyon ou
Leon , & que deux des plus gros
vaiffeaux ont èfté brifez .
On a des avis particuliers de
Barcelone , qui portent que
l'Archiduc & ceux de fon parti
paroiffent eftre dans une grande
confternation , qu'ils tiennent
enſemble de frequens confeils
pour tâcher de trouver les
moyens de fe maintenir en Catalogne
contre les efforts , dont
ils font tres - bien informez
que
les Troupes des deux Couronnes
doivent faire la campagne
prochaine , particulierement
contre cette capitale qui eft
Janvier 1709.
Bb
290 MERCURE
menacée de bombardement
que les forces des Alliez ne confiftent
pas à prefent à plus de 18
mille hommes , compris les garnifons.
Les mêmes avis portent
qu'on avoit ordonné une levée
de milice dans toute la Province
, pour mettre dans les retranchemens
qu'on fait à la grande
portée du canon de cette place;
mais que la plupart de ceux fur
qui le fort eftoit tombé , avoient
pris le parti de fe retirer ailleurs
: & que
ce Prince
ayant demandé aux Etats deux
cens mille livres par forme
d'emprunt
pour employer
aux plus preffans befoins , ils
lui avaient refufé cette fomme ,
dans l'impoffibilité où ils étoient
de pouvoir tirer des peu*
GALANT 291
ples aucuns fubfides .
Mr le Marquis de Bay en farfant
la vifite de la frontiere du
côté du Portugal , avec 2000 .
chevaux eut avis que les Portugais
occupoient le Château
d'Attara . Il le fit inveftir par
fa Cavalerie ; & ayant fait venir
1000. Grenadiers , ce Château
fut emporté d'affaut , &
la garnifon qui eftoit de zoo.
hommes , fut paffée au fil de
l'épée ; les Officiers furent auffi
de ce nombre. On y trouva dix
canons de bronze , 2. mortiers
& une grande quantité de munitions
qu'on mena à Badajox.
Cinq à fix cens hommes eſtant
fortis de cette place ,pour faire
une courſe , & s'eftant avancez
du côté d'Elvas , furent atta-
Bbij
292 MERCUR
E
quez par un détachement des
ennemis d'environ 1200. hommes
, qui nonobftant leur fuperiorité
, furent entierement défaits
, & pourfuivis jufqu'aux
portes d'Elvas , aprés avoir eu
plus de 400 hommes tuez ,
outre les prifonniers qui font
encore en plus grand nombre .
Les avis de Cadix du 28. Decembre
marquent qu'il en eftoit
parii 5. vaiffeaux de guerre &
4. fregates pour paffer dans la
Mediterranée , qu'ils y ont chargé
beaucoup de munitions de
guerie ; & deux Armateurs
de S. Malo y avoient amené
le 24 .
que
deux
gros navires
anglois
venant de Guinée dont la
charge eftoit eftimée plus de
Sooooo . livres .
·
ALANT
293
Un Armateur de Bifcaye a
amené à Vigo un bâtiment Hollandois
venant de la Jamaïque ;
fa charge eft eftimée cent mille
écus.
Monfieur le Comte d'Efteing
furprit le 6 Janvier un quartier
des ennemis de 15 , à 1600. hommes
qui faifoient des courfes
aux environs de Lerida , donc
il ne s'eft pas fauvé 200 le refte
ayant efté tué ou pris .
Les lettres de Londres du 22 .
Decembre portoient que les
François avoient enlevé 12. bâtimens
anglois fur la côte de
Terre- Neuve , chargez de moruë
; & qu'ils avoient amené à
S. Malo deux autres vaiffeaux
qui venoient de Guinée , &
qui estoient richement chargez.
Bb.j
294 MERCURR
Des barques de Meffine armées
en guerre y amenerent le
27. de Decembre dix bâtimens
chargez de grains & d'huiles
pour Naples : & les galeres du
même lieu , foûtenues de quatre
vaiffeaux de guerre françois
, ayant mis 400. hommes à
terre entre Gaëtte & Naples ,
ý pillerent 7. à 8. villages , &
fe rembarquerent avec tout le
butin qu'ils y avoient fait fans
aucune oppofition .
du
Suivant les lettres de Toulon
30. Decembré , on y a amené
une fregatte angloife de 30 .
canons , qu'un des vaiffeaux de
la même ville avoit enlevée
prés de Cagliari , après une
heure de combat .
Le premier de ce mois les
GALANT 295
troupes que nous avons à Sofpello
enleverent
prés de 2000 .
bêtes à cornes appartenant
aux
habitans de Broglio & de Seraglio
; & s'eftant enfuite avancez
fur le chemin du Col de
Tende , elles prirent plufieurs
mulets chargez de marchandi
fes , qui alloient en cette premiere
place.
A Genes ce 8. Janvier .
On a appris par une Barque
qui alloit de Naples à Barcelone, &
que legros temps a obligé de relâcher
dans noftre Port, qu'il y avoit eu à
Naples une grande émotion populaire
au fujet des Taxes que le Cardinal
Grimaniy avoit imposées , afin
de pouvoir envoyer à l'Archiduc les
Bb iiij.
296 MERCURE
remifes qu'il luy demandoit ; & que
cette Eminence y avoit couru rifque
de la vie , fon Palais ayant efté entouréparla
populace qui en vouloit
rompre les portes & le piller , ce qu'-
elle auroit execute fi les Commandans
des Chateaux n'yfuffent promplement
accourus avec des détachemens
de leurs garnisons , & n'euffent
obligé cette populace à fe retirer.
1
Il est conftant que les Napolitains
aimoient Philippe Va
qu'ils n'eftoient point furchargez
fous la domination de ce
Monarque , & qu'ils aimoient
Mr le Duc d'Escalona leur
Viceroy , prefque jufqu'à l'adoration
, s'il m'eft permis de parler
ainfi , ce qui m'oblige à vous
repeter ce que je vous ay déja
GALANT 297
dit , fçavoir qu'aprés fon arrivée
à Naples , on trouva des affiches
dans les places publiques,
contenant des paroles fuivanies
, Fuit homo , miffus à Deo , Il
eft aifé de juger que des peuples
fi contens de leur. Viceroy , &
qui ne l'eftoient pas moins de
leur jeune Monarque dont ils
avoient efté charmez pendant
le fejour qu'il avoit fait dans
leur Ville , n'ont point entré
dans la confpiration qui a
efté faite pour envahir tout le
Royaume , & qu'elle n'a efté
tramée que par des particuliers
à qui l'on avoit promis de grandes
recompenfes , ainfi que les
premieres Charges , les Gouvernemens
& les principaux
emplois, Si j'avois du temps &
298 MERCURE
de la place , je remplirois un
volume de tout ce qu'ont fouffert
les peuples de ce Royaume
depuis l'invafion des Allemans.
A Grenoble ce 10. Janvier.
La Garnifon du Fort Barreaux
nonobftant la rigueur de la
faifon ayant esté en courſe du côté
de Suze , eft tombée fur 150. hommes
de la Garnifon de cette Place
qui conduifoient un grand nombre
de Mulets chargez de bois de
farine pour le Fort d'Exiles , les
a repouffez jufques prés de Suze ,
& a enfuite mis le feu au Convoy
coupé les jarrets auxMuOTHEQUE
GALANT 299
leto , ne pouvant les emmeneng
A Toulon ce 16. Janvier.
LA
VILLE
Un Armateur de ce Port vient
d'y amener un Baftiment Anglois
chargé de Soyeries. Il a fait deux
autresprifes qu'il a ve¬duës à Livourne.
Un Vaiſſeau Fleffingois
tuy a donné la chaffe pendant plus
24. heures fans le pouvoir
de
joindre.
On écrit de Genes du commencement
de ce mois , que
deux Fregates Erançoifes ayant
débarqué cinq à fix cens hommes
dans l'Ile de Sardaigne , y
avoient brûlé plufieurs Maga300
MERCURE
fins de grains & de fourages que
les ennemis y avoient faits pour
envoyer à Barcelone.
A Strasbourg ce 22. Janvier.
Le Rhin eft fermé de toutes
parts, & quoy que le froid foir
extraordinaire , il n'empêche pas
nos Soldats d'aller in party audelà
de ce feuve qu'ils paffentfur
les glaces , & ils reviennent toujours
avec du butin e desprifon
niers. Ils ont même enlevé prés
d'Elbingue une Garde des ennemis
de trente Maifires , qu'ils ont
amenez icy.
GALAN 301
La Garnifon de Namur a brû.
lé plufieurs Batteaux chargez
de fourage qui venoient de
Maftrick à Liege , & qui étoient
embaraffez dans les glaces .
Les avis de Malaga portent
que trois vaiffeaux de guerre
François & deux fregates , ayant
aperçu une efcadre ennemie de
10, à 12 voiles , gagnerent auffi
- tôt le vent , l'attaquerent vi.
goureufement
, & la combattirent
pendant quatre heures ;
majs qu'ils ne pûrent profiter
du défordre où ils avoient commencé
de mettre les Ennemis
le vent ayant changé tout d'un
coup , & favorifé la retraite à
laquelle ils s'eftoient déja préparez
, pour éviter la perte de
quelques uns de leurs vaiffeaux

302 MERCURE
1
qui estoient déja fort maltraitez
, entr'autres leur Amiral qui
eftoit tout demâté , & hors de
combat .
Quoyque les Alliez ne veulent
pas avouer que la perte
qu'ils ont faite en Flandre pendant
la Campagne derniere , ait
efté auffi grande qu'elle l'a éfté ,
ce qui fe paffe en Angleterre le
fait connoître d'une maniere à
n'en pouvoir douter , puifqu'on
Y leve douze mille hommes ,
pour remplacer les Troupes
que les Anglois avoüent avoir
perdues pendant cette même
Campagne ; & l'on doit remar.
quer que files feuls Anglois ont
fait une fi grande perte , celle
que les Alliez en general ont
faite doit eftre immenſe : car les
GALANT 303
Troupes Impériales , les Troupes
nationnales d'Hollande , &
les differens Corps feparez des
Princes d'Allemagne qui loüent
leurs Troupes devant avoir fait
à proportion d'auffi grandes
pertes que les Anglois , la perte
generale doit eftre exceffive , &
c'eft pourquoy les Anglois.ne
peuvent faire d'autre effort
pour la Campagne prochaine ,
que celuy des douze mille homimes
dont ils ont befoin pour rendre
leurs Troupes complettes ;
& comme les Hollandois font la
même chofe , on a arrefté à la
Haye , où les Generaux fe font
affemblez , que l'Armée des
Alliez en general feroit augmentée
de vingt mille hommes ,
qu'on acheteroit de differens
304 MERCURE
Princes d'Allemagne : ce qui
n'eft pas fi facile que l'on s'imagine
, quoyque l'Allemagne ait
prefque toujours efté une pepiniere
d'hommes ; mais l'on doit
confiderer que depuis 1672 elle
en a toûjours fourni , & même
aux François qui avoient alors
plufieurs Souverains d'Allemagne
dans leur alliance ; & que
depuis la mort du Roy d'Efpagne
, les Allemans ont eu des
Troupes fur le Rhin , en Flandre
, en Italie , en Catalogne
& en Portugal ; & qu'ils y ont
perdu un figrand nombre de Ba.
tailles avant leurs derniers
avantages , qui n'ont pas laiffé
de leur couter beaucoup , qu'il
paroît qu'il fera difficile que
l'Allemagne puiffe en même
GALAN 305
temps fournir les vingt mille
hommes que les Anglois & les
Hollandois veulent acheter &
fournir à fon contingent , pout
lequel elle manque de Troupes,,
ainsi qu'il a paru depuis quelques
années . On doit ajoûter à
cela , qu'elle en fournit auffi
beaucoup à l'Empereur pour la
guerre d'Hongrie ; de maniere
que l'on peut conclure que lorf
que tous les Princes d'Allemagne
auront remplacé les Troupes
qu'ils ont perdues cette année
, qui font en grand nombre,
il fera difficile qu'ils vendent des
Troupes aux Alliez , & qu'ils
en trouvent en même temps
pour remplir leur contingent.
Ainfi il y a lieu de croire, que
l'Armée des Alliez en Flandre ,
Fanvier 1709.
Cc
306 MARCURE
fera la Campagne prochaine
plus forte fur le papier , qu'elle
ne la fera en effet .
Depuis plufieurs mois , tous.
les Imprimez publics font remplis
des demêlez du Pape & de
I'Empereur ; mais tout ce qu'ils
en ont dit eft & confus , que la
verité de tout ce qui fe paffoit ,
& particulierement dans les negociations
pour l'accommodement
, a efté difficile à penetrer.
Je vous envoye les dernieres
propofitions de l'Empereur ,
qui font , outre celles qui ont
déja eſté renduës publiques.
Que Sa Majesté I.ne veut pas
Te Pape ait deformais plus de
cinq mille hommes de Troupes reglées
, y compris les Garnifons de
que
GALANT 307.
fes Places , e qu'il n'y ait parmy
ce nombre aucun François , ni aucun
Eſpagno!.
L'Empereur prétend que Sa
Sainteté faffe démolir tous les
petits Forts qui ont esté construits
en differens endroits depuis leur
rupture.
Qu'Elle n'affifte en aucune
maniere les Ennemis de la Maifon
d'Autriche.
Qu'Elle laiffe 200. Allemans
dans Comacchio , jufqu'à ce que
le different entre Rome Modene
foit terminé.
Qu'Elle aboliffe les Impoſitions
nouvellement établies.
Cc ij
308 MERCURE
Et qu'Elle remette dans le
Château S. Ange , l'argent
qu'Elle en a tiré.
Ces propofitions ont eſté trouvées
fi dures , qu'elles ont efté
rejettées , même du confentement
de tous les Cardinaux
quoyque par diverfes confiderations
particulieres , il y en eut
eu jufqu'alors dont les voix
eftoient partagées . On admire
la fermeté du Pape , & celle de
tout le facré Collège . Comme la
fituation où le trouve le Pape &.
tout l'Etat Ecclefiaftique , eft
fort cruelle , & qu'il paroît que
S. S. ne puiffe plus rien efperer
que du Ciel , Elle a fait faire
des Prieres , & une Proceffion à
laquelle Elle a affifté pieds
ة ر ا م ل ا
GALANT 309
nuds , ce qui a irrité les Allemans,
qui ont dit qu'on les regardoitcomme
des Barbares. Ilya
lieu de croire que l'Empereur
n'en ufera pas de même que
l'Empereur Henri IV . qui
ayant efté excommunié par Gregoire
VII. alla implorer la cle
mence de ce Pape , & le prier
de lever l'excommunication . Sa
Sainteté qui ne s'attendoit à
rien moins , qui voyoit ce Prince
armé , & qu'il avoit un gros
party en Italie, qui avoit pris les
armes pour luy , s'eftoit retirée
dans le fort Château de Canoffa
, fut fort furpriſe d'y voir arriver
l'Empereur Henri en état
de Penitent , & fans eftre accompagné
d'aucunes Troupes.
Je crois vous devoir donner icy
310 MERCURE
ce qu'a écrit à cette occafion un
fameux Hiftorien . Vous remarquerez
qu'en parlant de l'Empereur
, il le nomme fouvent
Roy , fuivant l'ufage du temps
dont il parle . Voicy ce morceau
d'Hiftoire, qui vous fera fouhaiteren
le lifant , que l'Empereur .
qui regne aujourd'huy en ufe de
même pour le repos de l'Europe ,
& fur tout de l'Italie , qu'en a
fait l'Empereur Henri IV .
Mais les apparences donnent
lieu de croire qu'il craint moins
l'anathéme ,, que n'a fait l'Empereur
Henri IV. Vous en tirerez
telles conſequences qu'il
yous plaira ; mais je n'en dirai
rien davantage , parce qu'il y a
des veritez qu'on doit plûtôt
laiffer penfer que dire , lorsqu'il
GALANT 311
slagit des Souverains du premier
Ordre .
3.
L'Empereur partit au commencement
de l'hyver avec fa femme ,
un de fes enfans & une tres -petite .
fuite. Et aprés avoir traversé les
Alpes durant la plus rude faifon de
l'année, avec d'étranges incommoditez
qui pouvoient faire compaffion
, mémedans un fimple voyageur,
beaucoupplus dans un fi erand Prin
ce , reduit en un état fi miferable .
Il deſcenditfur la fin de l'année en
Lombardie , où ilfut reçû dans les
villes par les Princes & les Prelats
de fon parti , avec un accueil
qui le confola de ce qu'il avoit
Jouffert dans un fi penible voyage;
& le Pape ne fcachant pas dans
quel deffein il eftoit venu , s'eftoit
retiré dans la fortereffe de Canoffa.
312 MERCURE
2
Henryfit en cette occafion ce qu'au.
cun Prince penitent n'avoit encore
fait , & ce qu'aparamment aucun
autre ne fera jamais , & j'avouë
franchement que je ne croirois point
du tout ce qu'en dit Lambert de
Schafnabourg, qui acheva d'écrire
fon histoire en cete méme année , fi
Gregoire lui- méme ne le confirmeit
en termes encore plus forts dans la
lettre qu'il en écrivit aux Princes
& aux Evéques d'Allemagne . Voi
ci donc ce qui fe paffa en cette celebre
action .
Henry , dans une conference qu'il
eut avec la Comteffe , Mathilde
l'ayant affurée qu'il n'eftoit venu
que pour demander au Pape fon
abfolution , en fe foumettant à tout
ce que l'on trouveroit eftre raisonnable
qu'il fit pour le fatisfaire ,
La
GALANT
313
la pria de lui rendre office pour lui
faire obtenir cette grace ; ce qu'elle
promit , & que pourtant elle nefit
pas
d'abord avec toute l'ardeur &
tout le zele qu'il en attendoit ; car
la Comteffe Adelaide fa Belle -mere,
Le jeune Comte Amédée fils de cette
Princeffe , le Marquis Azzone d'Efte
avec quelqu'autres Seigneurs , & le
S. homme Hugues Abbé de Clugny
quife trouvoit alors auprès du Pape,
eftant venu demander enfa preſence
cette grace av Pape , il rejetta
bien loin toutes leurs prieres , difant
que les loix de l'Eglife ne
permettoient
d'abfoudre un
pas
· homme accufé de tant de crimes
par les Princes d'Allemagne
, qu'on ne les cût oüis juridiquement
& que l'accuſé n'eût
répondu à tout ce qu'on avoit à
Janvier 1709.
Dd
314 MERCURE
dire contre lui . Et quoi qu'on repliquat
que comme l'année dans laquelle
Henry eftoit obligé de sefaire
abfoudre , s'en alloit finir , demandoitfeulement
cette grace , pour eftre
en état de fe pouvoir aprés justifier
devant fon tribunal , & faire pa-
Toitte fon innocence , en convaincant
de calomnie tous fes accufateurs . Il
demeura long - temps inexorable ;
mais le trouvant plutoft importuné
que flechi , ni mème ébranté par les
Continuelles & ardentes follicitations
de ces Princes , il leur répondit
enfin qu'il fe refoudroit donc ,
puis qu'ils le vouloient ainsi , à
l'abfoudre , à condition toutefois
, que pour faire paroître à
tout le monde qu'il eftoit touché
d'un veritable repentir de
fa revolte , il lui envoyreit avant
GALANT 315

toutes chofes , fa couronne &
Les autres ornemens royaux pour
en difpofer à fa volonté; &
qu'il confefferoit publiquement
qu'aprés ce qu'il avoit fait dans
fon infame conciliabule de wormes
, il eftoit indigne d'eftre jamais
ni Roi ni Empereur.
A cette étrange propofition , tous
ces Princes fremirent , voyant bien
que Henty asfifté des Evêques &
des Comtes de Lombardie qui lui
avoient déja fourni une puiffanie
armée , & le follicitoient continuel_
lement de faire ouvertement la guerre
au Pape , romproit toute negociation
fur une réponſe fifiere &fi
hautaine , & porteroit les chofes
à l'extremité , quelqu'envie qu'il
eût d'avoir fon abfolution avant
que l'annéefût revoluë. C'estpour
Dd ij
316 MERCURE
quoi fe jettant aux pieds du Pape,
ils le conjurerent au nom de Dieu
de ne pas exiger ce qu'il fçavoit
fort bien lui -même qu'on n'oferoit
feulement propofer , & defe contenter
de quelque chofe de plus fuppor
table ; & quoi qu'ils puffent faire,
tout ce qu'ils obtinrent enfin avec
bien de la peine, fut qu'il pourroit
donc venir à la bonne heure , s'il
vouloit eftre abfous ; mais que pour
obtenir cette grace , il falloit fe
refoudre àfaire bors de ce point-là,
tout ce qu'on lui ordonneroit pour
penitence.
Henry qui s'eftoit refolu à faire
toutes chofes pour avoir cette abfo.
lution avant que l'an fut expiré ,
afin d'oter aux Allemans ce pretexte
de leur rebellion , paßa par
deffus tout , &fans avoir rien conGALANT
317.
certé en particulier touchant les conditions
defa penitence , il alla ſe prefenter
à lapremiere porte de lafortereffe
, attendant avec une extréme
foumillion ce qu'on exigeroit de lui.
D'abord il fallut qu'il y entraft
Seul, & qu'il laiffaft tous fes gens
debors pour l'attendre & pour le reconduire
quand il en fortiroit , ce
qui eftoit affeurement un point fart
delicat , & que tout autre Souverain
que bay n'auroit jamais
fait : car enfin c'eftoit- là comme fe
mettre pieds & poings liez entre les
mains de ceux qui en pourroient abfolumentdifpofer
comme il leur plairoit
, & le retenir prifonnier dans
une Place jugée imprenable , &
d'où fes gens ne l'auroient jamais
pù tirer . Deplus quand il eut paffé
la premiere enceinte , on l'ar
4
Ddij
318 MERCURE
refta dans la feconde , & là ilfallut
qu'il mift bas toutes les marques
de la Majefte Royale ; que
s'eftant depouillé de fes habits , il
fe reveftit d'une fimple Tunique de
laine comme d'un Cilice , & qu'il
demeuraft les pieds nuds durant la
plus grande rigueur de l'Hiver ;
cat d'eftoit fur la fin de Fanvier , &
à jeun fans wien prendre du tout
depuis le matin juſqu'au ſoir , implorant
avec de grands gemiffemens
la mifericorde de Dieu & du Pape ,
ilfallut encore que ce Prince demeu
raft en un fi trife , fi penible &
fi pitoyable état , pendant trois
jours continuels fans qu'on pust jamais
obtenir du Pape à force de lar
mes & de prieres qu'il l'admit en
fa prefence pour le confoler.
Ausfiil s'enfallut peu que la paGALANT
319
tience n'échapat à ce Prince fur la
fin du troifieme jour d'une fi rude .
penitence , & il eftoit fur le point
de tout rompre , & de s'en retourner
à fes gens qui l'attendoient , fi
neanmoins il l'eut pu faire , étant
enfermé comme il étoit dans une
bonne Fartereffe ; mais le Pape refolut
de le recevoir le quatrième jour
de le reconcilier à au matin >
l'Eglife à ces conditions ; qu'il fe
foumettroit au Jugement que le
Pape , au temps & au lieu qu'il
feroit affigné , rendroit fur les
accufations qu'on avoit intentées
contre luy que foit qu'il
fuft maintenu dans fa Dignité ,
aprés s'eftre juftifié , ou qu'il en
fuft privé pour avoir efté juridiquement
convaincu , il ne
chercheroic jamais à fe venger
D diiij
320 MERCURE
E
de ceux qui l'avoient accufé
qu'il donneroit toute forte de
feureté au Pape & à ceux de fa
Suite pour aller en Allemagne ,
afin d'y connoistre de cette caufe
, & pour en revenir ; qu'il
n'exerceroit cependant aucun
acte de Souverein , excepté qu'-
il pourtoit tirer les droits qui
luy eftoient dûs dans les Etats
pour l'entretien de fa maiſon ;
qu'il chafferoit d'auprés de fa
perfonne Robert , Evêque de
Bamberg , & quelques autres,
de fes principaux Miniftres qu '
on luy nomma , comme eftant
les auteurs des mauvais confeils
qu'il avoit fuivis ; qu'il feroit
deformais toûjours parfaitement
foûmis au Pape & qu'il
confentiroit à tout ce qu'il trouGALANT
321
veroit bon d'ordonner pour la
reformation des abus qui s'étoint
gliffez dans l'Empire ; &
qu'enfin s'il manquoit à un feul
de ces articles , fon abfolution
dés lors feroit nulle , & qu'on
feroit en liberté d'élire un autre
Roy ; ce qu'il accepta , & ilfal
lut auffi que les Princes & les Princeffes
qui avoient intercedé pour luy
juraffent fur les Saintes Reliques
qu'il les obferveroit , & que le bon
Hugues , Abbé de Cluny qui ne
crut pas que fa profesion luy permift
de faire un pareil jurement ,
Se fift fa caution . Aprés cela , comme
le Pape luy eut donnéfon abfolution
, il celebra publiquement
une Meffe folemnelle , & quand il
vint à la Communion , il rompit en
deuxl'Hofie confacrée , en prit la
322 MERCURE
>
moitié , & le tournant vers les Af
fiftans , il dit d'une voix ferme &
d'un certain air intrepide qui donnoit
de la terreur à tout le monde
qu'il fçavoit fort bien qu'il y.
avoit dans cette Aſſemblée des
gens qui l'avoient accuſé d'eftre
entré par de mauvaifes voyes
dans le Pontificat , & d'avoir
commis des crimes énormes avant
& aprés fon éxaltation ;
qu'encore qu'il luy fuft aifé de
faire voir par des preuves invincibles
la fauffeté de ces accufations
, qui estoient autant d'horribles
impoftures , toutes- fois
pour ne pas prejudicier aux
droits des Souverains Pontifs
qui ne peuvent eftre jugez de
perfonne , il s'en vouloit juftifier
par une autre voye plus efGALANT
323
ficace encore que celle dont
quelques- uns de fes Predeceffeurs
qui s'eftaient contentez
de leur ferment ; que pour cela
il proteftoit de fon innocence
devant le grand Dieu Juge
Souverain des vivans & des
morts qu'il tenoit entre fes
mains , & que s'il eftoit coupaple
il vouloit que ce pain de
vie devint à fon égard un pain
de mort , & le fift mourir far
le champ , fur quoi il fe communia
, tandis que toute l'Eglife retentiffoit
des applaudiffemens & des
acclamations de tous les asfiftans
qui l'élevoient jufqu'au ciel.
Comme il eut imposé filence à tout
le monde , dugefte &de la voix , il
s'adreffa à Henry qui eftoit au bas
de l'Autel , & lui prefentant l'au324
MARCURE
il tre moitié de la fainte Hoftie ,
lui dit aaec une grande majesté :
Mon fils , vous fçavez auffi que
les Princes d'Allemagne vous
ont accusé de tres - grands crimes
, pour lefquels ils pretendent
qu'on vous dépofe . Si donc
vous eftes innocent , ainfi que
Vous voulez que je le croye ,
faites - le paroître , en faisant la
méme chofe que je viens de
faire. Vn coup de foudre n'eût pas
plus étonné Henry qu'il le fut à ce
difcours auquel il ne s'eftoit pas attendu
; mais après s'eftre un peu remis
& avoir un moment communi
qué avec les Princes qui l'environ
noient , il répondit avec beaucou
de refpect au S. Pere , que comme
il n'y avoit là perfonne d
ceux qui l'accufoient , une preu
GALANT
325
ve fi extraordinaire de fon innocence
feroit fort inutile à
leur égard , & qu'il le fupplioit
tres-humblement de fe contenter
des voyes ordinaires d'un
jugement reglé , où il efperoit
de convaincre manifeftement
tous les accufateurs. Le Pape
qui n'eut rien à repliquer à un difcours
fi raisonnable , le communia ;
aprés quoi il le traita magnifiquement
à diné , lui donna des avis
tres-falataires , & puis le fit remener
à fes gens qui l'attendoient
hors de la place avec beaucoup d'inquietude
, & aufquels un Evéque
envoyé du Pape avoit donné peu
auparavant l'abfolution de toutes
les cenfures qu'ils avoient encouruës
pour avoir communiqué avec le
Roi tandis qu'il eftoit excommunié.
326 MERCURE
C'est à vous à faire le paralelle
des deux Empereurs , ainfi
je ne vous en diray pas d'avantage
fur cet Article .
Je vous envoye les Jettons de
cette année ; ils ont efté frapez
à l'ordinaire , à la Monnoye des
Medailles dont il ne fort rien
que d'acheve , nonobftant le
peu de temps que l'on a fouvent
pour le perfectionner. On attend
toujours à la fin de l'année
pour fournir les Devifes ,
afin d'en voir les évenemens ,
fur lefquels les Devifes roulent
ordinairement ; ainfi ce travail
eft toujours precipité ,
t
GALANT 327
ETRENNES.
Prefentées à une Compagnie
de Traitans Generaux le
e
2. Janvier par Mr Martin,
l'un de leurs Commis âgé
de 17. ans.
Nous aprentifs du grand art de
Finance ,
Qui langu:ffons au fein de l'Opulence
,
Et qui n'avons encor pour noftre
part ,
Que le travail , l'envie & l'indigence
;
328 1
MARCURE
Avous Seigneurs , maistres dans
ce grand art ,
Nous adreffons cette humble remontrance
.
Par vos biens-faits avons dequoy
manger
Couci , couci mais item ilfaut
boire ;
Voicy des jours où chacun doit
fonger
A celebrer des trois Rois la memoire
;
Puis Carnaval, puis enfin Mardy
gras ,
Fours confacrez , où l'antique Legende
En Lettre rouge a marqué tu
boiras :
GALANY 329
Or le moyen qu'aucun de noftre
bande
Puiſſe vacquer à ce culte divin ,
En ce temps- cy * * * * * *
Nulfans argent ne veut fournir
du vin ,
Et nul de nous n'a valant un
Quatrain :
A ce b⋅foin , magnifique Affemblée
,
Auriez- vous bien le coeur d'abandonner
De vos Commis une Troupe zelée
?
L'Année encor pour nous faire
étrenner,
"
Janvier 1709. Ee
330 MERCURE
Semble à propos s'eftre renouvellée
:
Vous avez plus d'un fujet de
donner ;
Donnez-nous donc , & Plutus
vous le rende ;
Même pour nous vostre honneur
vous demande.
Par jaloufie ou par enteftement ,
Le monde fait un mauvais jugement
,
Croit
que vos mains ne font bonqu'à
prendre ;
Au Peuple for il faut faire comprendre
,
Que fi tres-bien vous fçavez recevoir
,
GALANT
331.
donner
C'est pour
lez avoir.
que vous vou-
A peine ceux à qui ce compliment
eftoit adreffé , en eurent
-ils entendu la lecture
qu'ils donnerent l'ordre fuivant
à leur Caiffier.
>
Ilfera tenu compte à MrR...
noftre Caiffier de la fomme de
trois cens livres qu'il payera au
fieur Martin & Confors , à la
charge de fournir à chacun de
nous Intereffez fouffignez une
copie de la Requefte cy- deffus ,
c. Fair , &c. Signé Vil....
Ney . Bef.. de B .. Ore .. de
Vil ,. &c.
On affeure que l'Auteur tra-
1.
E e ij
332 MERCURE
vaille à un Remerciement . Ily
a lieu de croire que s'il plaist
autant qu'a fait la Requeſte , il
fera encore fuivi d'une recompenfe
, Mrs les Intereffez étant
toûjours en état de faire les
chofes de bonne grace .
Je paffe à des Articles bien
differens.
Gabrielle de la Valette , veuve
de Galpard de Fieubet , premier
President du Parlement de
Toulouſe , mourut fans enfans
dans la même Ville , âgée de
68. ans , le z . de Decembre aprés
une maladie d'environ 8.
années Elle eftoit fille de Jean
de la Valette, fils de Jean Louis
de la Valette , Duc d'Epernon ,
favori d'Henry III. & d'Henry
IV. Jean de la Valette fut GeGALANT
333
neral des Armées des Venitiens
, & mourut en 1651. au
Siege de Bordeaux que le Duc
d'Epernon , fon frere faifoit
il avoit épousé Gabrielle
d'Aimar , fille d'Honoré d'Aimar
, Seigneur de Monfaliers ,
Prefident au Parlement d'Aix.
Les Monfaliers , les Châteaurenards,
les Beauvieus , les Souliers
, les Eftoublons , les Valavoirs
& quelques autres étan
tous également parens de cette
Dame du cofté de fa mere du
4. au 5. degré , elle a fait heritier
des terres de la maiſon de
la Valette , Mr le Marquis de
Montgaillard fon parent du côté
de fon pere , à condition de
porter le Nom & les Armes de
la Valette ; en quoy elle a fuivi
334 MERCURE
les inclinations de fa famille &
du Duc d'Epernon fon grand
pere qui avoit une confiance entiere
au bis- ayeul du Marquis
de Montgaillard , Gentilhomme
ordinaire d'Henri III . il
s'en fervoit dans fes abfences
de la Cour , pour faire fçavoir
à ce Prince ce qu'il ne pouvoit
écrire à fa Majeſté .
Comme cette Dame á vêcu
dans l'exercice de toutes les
vertus chrétiennes , & qu'elle
employoit fes revenus en bonnes
oeuvres , fa memoire eft en
benediction à Toulouſe.
Jean de la Valette, fils de Jean
Louis de la Valette , Duc d'Epernon
, avoit un frere Evêque
de Carcaffonne , qui avoit fuccedé
à cet Evêché à Vittal de
GALANY 335
Leftang . Me de Fieubet qui
vient de mourir , avoit un frere
qui eft mort Lieutenant general
des Armées du Roy, & qui estoit
fort cftimé parmy les Troupes.
Dame Marguerite le Maire ,
veuve de Mre François , Chevalier
Seigneur de Guilerville ,
eft auffi decedée . Cette Dame
avoit un merite fuperieur. Sa
pieté eftoit des plus édifiantes ,
& comme elle l'a accompagnée
jufqu'à la mort , on peut dire
que cette Dame eft morte comme
elle a vêcu ,
Cette morta efté ſuivie de celle
de Mre Gafpard Lefcalopier ,
Chevalier Seigneur de Nourar
Confeiller du Roy en fa Cour
de Parlement & grande Cham336
MERCURE
bre d'icelle. Comme j'ay fouvent
eu occafion de vous en
parler , & en dernier lieu lors
que Mr de Nourar fon fils a eſté
reçu Maistre des Requeſtes , &
Intendant du Commerce , je ne
m'étendray pas davantage fur
cet Article .
Mr de Creil Bournezeau
Maistre des Requeftes eft auffi
mort à la fin de ce mois . Il
avoit efté ci - devant Intendant
des Generalitez de Moulins &
d'Orleans. Il eftoir d'une anciene
famille de Robe , & alliée
à
bles , curs Maifons confidera-
Je m'étendrois davantage fur
cet Article qui pourroit me
fournir une belle matiere s'il
me reftoit du temps & de la place
GALANT 337
-ce ; mais n'ayant jamais tant eu
de matiere que ce mois - cy , je
me trouve obligé de remettre au
mois prochain plufieurs Articles
de perfonnes de la plus
groffe confideration , decedées
ce mois -cy , & même ſur la fin du
mois precedent , parce que je
ne puis me difpenfer d'éten
dre un peu ces Articles à cauſe
de la naidance & de la figure
qu'ont faites dans le monde les
perfonnes qu'ils regardent .
Mile Delmaretz a épousé Mr
le Marquis de Bethune . Cette
jeune perfonne a toutes les qualitez
qui peuvent rendre un époux
heureux . Elle eft fille de
Mr Defmaretz , qui n'ayant efté
nommé Controlleur general que
depuis environ dix mo ,
Fanvier 1709
Ff
a
338 MERCURE
neanmoins déja rendu de grands
fervicés à l'Etat . Cette nouvelle
époufe eft petite niece du fameux
Mr Colbert } qui aprés
avoir efté nommé Controlleur
general dans un temps où les
Finances estoient dans un tresmauvais
eftat , les rétablit , &
les mit dans un fi bon ordre que
tous ceux qui luy ont fuccedé
dans ce penible employ , l'ont
toûjours fuivi , ainfi qu'ils l'ont
eux -mêmes avoué . C'eſt au même
Miniftre qu'on doit l'établiffement
du Commerce que
les François ont fait & font encore
tous les jours dans des
lieux où ils n'avoient jamais
trafiqué avant l'adminiftration
de ce grand homme à qui l'on
doit auffi l'établiffement de la
GALANT 339
plufpart des Manufactures de
France , & la ſplendeur où fe
trouvent aujourd'huy tous les
beaux Arts ; & l'on peut dire
faitement ces chofes , il a parbien
executé les volontez
du Roy. Tous les Colberts
eftoient nez pour fervir
l'Etat & particulierement
pour répandre leur fang , prefque
tous les enfans de feu Mr
Colbert eftant morts dans le fervice
& en ſe diſtinguant , ainſi
qu'ont fait plufieurs autres de
la même famille . Et quoy que
Mr le Marquis de Seignelay fût
né pour le Miniftere , & que fon
Employ ne demandaft point
qu'il expofaft fon fang , il ne
laiffa pas de le faire
monté la Flote qui alla à l'exavant
Ffij
340 MERCURE
pedition de Genes , & s'eftant
expofé à tous les dangers que
coururent ceux qui firent cette
expedition . La même valeur fel
trouve encore aujourd'huy dans
le petit neveu de Mr Colbert ,
& ce qu'a fait Mr le Marquis de
Maillebois , fils de Mr Defma
retz pendant le Siege de Lille ,
en eft une preuve incontestables
& quoy que la Renommée en
eut parlé avantageufement pendant
tout le temps que le Siege a
duré , les Officiers qui en tont
revenus aprés la prife de la place
, & qui ont vu ce jeune Marquis
dans l'action , en ont rapporté
des chofes encore beaucoup
plus furprenantes que cele
les que la Renommée avoir publiées
.
GALANT 341
Je viens à Mr le Marquis de
Bethune , qui
n'a
encore
que
20.
ans
, &
dont
la
naiffance
eft
des
plus
illuftres
.
Vous
en
pouvez
juger
par
ce
qui
fuit
,
Mr
le
Duc
d'Orval
eſt
iffu
de
Maximilien
de
Bethune
I.
du
nom
Duc
de
Sully
, Pair
, Maréchal
de
France
, &
grand
Maî
tre
de
l'Artillerie
de
France
.
Il avoit épousé en premieres
nôcesMademoiſelle de la Force ,
dont il eut Maximilien- Leonor
de Bethune , tué à la priſe de
Piombino en 1646. Maximilien
Alpin , Marquis de Bethune ;
Philippes , Vicomte de Meaux
marié à Genevieve de Mié ,
dite de Guepré, pe
De Mademoiſelle de Palaifeau
fa feconde femme , il a eu
Ffiij
342 MERCURE
Louis de Bethune & deux autres
fils nommez Armand .
Maximilien Alpin , Marquis
de Bethune , a épousé Catherine
de la Porte , fille de N.
de la Porte , Maître des Requê
tes , de laquelle il a eu Maximilien
- François , Marquis de
Bethune , Enteigne des Gendarmes
, qui époufa l'an 1684.,
Marie-Jeanne Caterine d'Orleans
, fille d'Henry , Marquis
de Rothelin ; & de ce mariage
eft forti Loüis
Pierre , Marquis de Bethune ,
qui vient d'épouſer Mademoifelle
des Maretz .
no
Maximilien-
Mr le Comte de Guiche
achette le Regiment de Bourbonnois
pour Mr le Comte de
Lefpar fon fils , qui vend fon
GALANT 343
Regiment de Dragons .
.
Mr de Pionfacq , Brigadier
& Colonel du Regiment de
Navarre , a eu le Gouverne
ment de l'Ile d'Oleron , qui
eftoit vacant par la mort de Mr
de Molinos , qui avoit efté Capitaine
aux Gardes ; & le Gouvernement
de l'Ile de Ré , vacant
par la mort de Mr de la Feriere
, qui avoit eſté Lieutenant
Colonel du Regiment de Bou-
Jonnois , a efté donné à Mr de
la Connelaye .
Le mot de l'Enigme du mois.
dernier eftoita Vitre . Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs le Bailly
de Chelles ; du . Pelippont ; de
Lardiliere ; de Camartin , & de
Bartilly Amour glacé , les
Amants tranfis ; l'Adonis , du
344 MERCURE
Marais ; le Mechanicien
de
Cour Cheverny
en Sologne ; le
Poëte Marchand , de la ruë S.
Denis , & le petit Pequio , de
Toury . Miles de Bus ; de la Che
netiere ; d'Auberville
, & de
Linan
Plotine de la ruë des
bons Enfans ; l'aimable Amphitrite
, du Quartier du Palais
Royal ; la jeune Mufe renaiffante
G. O. la Solitaire de la ruë
aux Féves ; les deux Jannetons ,
de la ruë Geofroy
Lafnier ; la
plus jeune des belles Dames
de la rue des Bernardins
; la
blonde Mazel , & la brune
Cauret..
Voicy de quelle maniere on a
expliqué l'Enigme , fous le nom
de la Societé de M‹ lun .
GALANT 345
Je regardois à travers la fenêtre ,
Iris paffoit , Iris qu'on adore en
tous lieux .
Je croyois voirVenus , telle qu'elle
doit eftre ,
Quand elle brille dans les Cieux .
Un verre net , une vitre polie
Ne me cachoit aucun de fes
charmes divins....
Ainfi parloit Hilas , quand Jean
frappant des mains ;
Je me mocquede ta folie ,
Dit- il , l'interrompant : mais je
ne fuis qu'un fot ,
de nous
Ou d'une Enigme fort jolie ,
Tu viens , fans y penfer ;
dire le moi.
346 MERCURE
Comme ce n'eſt pas la richeffe
des rimes que l'on cherche dans
une Enigme , je vous envoye
celle qui fuit.
ENIGM E.
Quoy qu'iffu de bas lieu dans mes
commencemens
د
Je deviens grand dans le cours de
ma vie :
L'efpece me diverfific ,
Dans tous les climats differens ;
En moy tout fe rencontre utile ,
Mêmejusqu'à mon excrement.
Ainfi c'est à bon droit qu'avec
empreffement ,
On me recherche aux Champs , on
me recherche en Ville.
GALANT 347
J'eftois fur le point de fermer
ma lettre , lorfque j'ay reçû la
lifte des nouveaux Brigadiers
que je vous envoye. Je devrois ,
fuivant ce que j'ay toûjours fait
en pareille occafion , vous dire
quelque chofe de chacun de ces
nouveaux Officiers Generaux ;
mais comme j'aurois befoin de
temps pour me remettre en memoire
tout ce que je pourrois
vous en apprendre , je vous diray
feulement ce qui me reviendra
en memoire , en lifant
les noms de ces Officiers,
348 MERCURE
PROMOTION
De Brigadiers de Cavalerie
& Dragons , faite le 29.
Janvier.
MESSIEURS
De Rians , fils de Mr le Marquis
de Rians , Capitaine - Lieurenant
des Gendarmes de Berry.
Il eft fameux par la valeur &
parafes fervices , & il a efté
bleffé en plufieurs occafions.
De Caftel- Moron , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
de Bourgogne .
Le Marquis de Sommery
Cornette des Chevaux- Legers
de
GALANT 349
de la Garde du Roy. Il est fils
aîné de Mr le Marquis de Somfous
Gouverneur de
mery ,
-
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
.
De Pourprix , auffi Cornette
des Chevaux - Legers de
la Garde .
4
Du Bourg , fils .
De Montjoye , Colonel du
Royal Alleman .
De Merinville .
D'Eftagnolles , Colonel.
De Sufy.
D'Efgrebert , ancien Officier
à hauffe - col de la premiere
Compagnie des Moufquetaires ,
dont la valeur eſt reconnuë , &
qui eft auffi eftimé par fa probité
, que par fon courage & par
fes longs fervices.
Fanvier 1709 .
G
35° MERCUNE
De l'Ecuffant , ancien Officier
à hauffe - col de la feconde
Compagnie des Moufquetaires ,
dont la valeur n'eſt pas moins
connue que fa bonne
fa bonne conduite
.
De Verneuil du Rofel , Brigadier
des Carabiniers.
Le Marquis de Gaffé , fils de
Mr le Maréchal de Matignon .
De Girault .
Le Comte de Vertus.
D'Augé , dont le pere a efté
Lieutenant General.
De Neuchelles . Il eft fils de
feu Mr de Neuchelles Lieutenant
des Gardes du Corps , Gouverneur
de fainte Menehoud.
De Vernaffal , Chef de Brigade
des Gardes du Corps,
De Paris - Fontaine ? auffi
GALANT 351
Chef de Brigade des Gardes da
Corps.
D'Aubuffon , de la même
Maifon que Mr le Duc de la
Feüillade.
Le Chevalier de Nefle
Meftre de Camp .
De Tournemine.
De Tarnault .
Le Chevalier de Choifeüil .
De Labatie Verfeil , fils du
Commandant de Strasbourg.
D'Heudicourt , fils de Mr le
Marquis d'Heudicourt , Grand
Louvetier de France .
Le Chevalier de Sommery ,
cadet du Marquis de ce nom .
Le Prince de Tarente , fils
aîné de Mr le Duc de la Trimoüillé
.
Le Chevalier de Forfat , ne-
Gg ij
352 MERCURE
veu du Commandeur de Forfat ,
Lieutenant General.
1
De Montlezun , Enfeigne des
Gardes du Corps , fils de Mr de
Bulca , Lieutenant des mêmes
Gardes , Lieutenant General ,
& Gouverneur d'Aigues - mortes
.
De la Boulaye.
De la Billarderie ,
De Fleche , Colonel de Cavalerie.
Le Chevalier de Janfon , Of
ficier des Moufquetaires , & ne .
veu de Mr le Cardinal de Janfon.
De Vignault , fils de Mr de
Vignault , Lieutenant des Gardes
du Corps.
De la Bretoche , Colonel de
Cavalerie.
OALANI 353
De Beaujeu , auffi Colonel de
Cavalerie.
De Verceil , qui a fait des fonctions
de la Charge de Maréchal
des Logis de l'Armée .
De Sandraki.
De Marteville , Colonel de
Cavalerie .
De Joüy.
Le Chevalier de Saint Chamant
, Colonel du Royal Etranger
, & qui a toujours efté fort
appliqué à fon Employ.
De Marfillac Colonel de Cavalerie
, qui a eu les deux mains
eftropiées dans l'affaire d'Italie
, ou Mr de Vaubecourt a efté
tué , ainfi que le jeune
Prince
d'Elbeuf.
De Bonas de Gondrin .
De Caubons.
Gg j
354 MERCURE
De Tourotte .
De
Garagnolles .
Brigadiers de Dragons .
De Berville , Meſtre de Camp
General des Dragons .
Le Marquis de Vaffé , Colonel
general des Dragons .
Le Chevalier de Rohan , fils
de Mr le Duc de Rohan , & frere
cadet de Mr le Prince de
Leon.
De Marbeuf.
Le Chevalier de Miane.
De Foix .
Tous ces Officiers ayant efté
nommez Brigadiers à cauſe de
leurs fervices , & des actions
de valeur par lesquelles ils fe
font diftinguez , on peut dire en
GALANT 355
general qu'ils font tous d'une
valeur reconnuë
Comme les Liftes envoyées.
de la Cour ont efté copiées avec
beaucoup de precipitation , il
peut y avoir quelque obmiffion ,
& l'on peut même avoir mal
écrit quelques noms propres.
J'ay oublié de vous dire dans
l'article qui regarde le demêlé
du Pape & de l'Empereur , que
le Chapitre de la Collegiale de
Saint Paul à Liege n'ayant pas
voulu accepter un homme qui
a efté preſenté par S. M. I en
vertu des premieres prieres ,
pour une Prebende vacante ;
on a arrêté de la part de ce
Prince , tous les revenus de ce
Chapitre, & generalement tout
ce qu'il a à pretendre de les
Creanciers.
356 MENCURE
On ne peut dire après cela
qu'il ne s'agit dans ce démêlé
que des affaires du temporel
Pape , puifque le fpirituel
eft directement attaqué par ce
que vous venez de lire . Enfin
on reconnoît par là le caractere
ordinaire de la Maifon d'Autriche
, lors quelle a quelques
démêlez avec la Cour de Ro .
me. Il y auroit tant de chofes
à dire là - deffus ; & ce procedé
de 1 Empereur eſt ſi outré & fi
contraire à celui que doit tenir
un Prince qui fait profeffion de
la veritable religion , que le
refpect que j'ai pour un auffi
grand Souverain que l'Empereur
, m'oblige de me taire ,.
parce que je pourrois aller
trop loin , fi je m'étendois fur
GALANT 357
!
tout ce que la juftice & la religion
me pourroient faire dire
dans une occafion pareille . Enfin
il eft aisé de juger par tout
ce que je vous ai déja marqué,
que l'Empereur ne fait faire
des propofitions au Pape , qui
ne peuvent eftre reçûës , qu'afin
que ne les acceptant pas , il
ait un pretexte de ne point tirer
fes Troupes de l'État Ecclefiaftique
, afin de le defoler,
de l'accabler à force de contributions
, & d'attendre l'ouverture
de la campagne pour
s'en emparer entierement , en
cas qu'il ne s'en rende pas plûtoft
maître .
Je reviens aux affaires de
Flandre & de Holande . Les
Etats Generaux ont enfin con358
MERCURE
fenti , le voyant vivement pref
fez , & dans l'impoffibilité ab
foluë de faire autrement , de
confentir de lever encore cette
année un fecond centiéme denier.
Cependant les mêmes embarras
& les mêmes difficultez
ne laiffent pas de fubfifter , &
d'augmenter chaque jour de la
part des Provinces , & d'une
partie de celle d'Holande , qui
font dans une impuiffance manifefte
de fournir leur contingent
. Ce n'eft point moi qui
parle ; ce font les Lettres de la
Have , écrites par les principaux
Membres de l'Etat qui
tiennent ce langage , & qui af
furent qu'il leur est impossible
d'augmenter leurs Troupes , comme
le publient leurs gazettes , pourfaGALANT
335
tisfaire à ce qu'exigent leurs Alliez.
Les mêmes Lettres ajoûtent,
que comme on a en Holande ausfi
bien qu'en Angleterre & dans les
Corps des Troupes confederées , une
prodigieufe quantité de recrues & de
de remontes à faire , & de magafins
vuides à remplir , c'eft fe flater
que de croire qu'on puiffe faire
de nouvelles levées , méme C que
toutes les Troupes puiffent eftre complettes
, & les preparatifs pour la
campagne prochaine , achevez auffitoft
que ceux des ennemis ; celui
qui écrit entend parler des
nôtres.
Les Alliez fe trouvent fort
embaraffez ; plufieurs des Princes
qui ont des Troupes à leur
folde , veulent non feulement
qu'elle foit de beaucoup aug360
MALCURE
mentée ; mais même que les
Alliez leur envoient d'avance
l'argent qu'ils conviendront de
donner pour les Troupes qu'ils
demandent Enfin tous les efforts
extraordinaires que les
Alliez doivent faire pour la
campagne prochaine , font d'avoir
10000. hommes plus que
la campagne derniere ; mais
quoique ce nombre foit peu
confiderable , il s'y rencontre
neanmoins trois difficultez : fçavoir
, la difette d'hommes dont
je viens de vous entretenir ;
celle de l'argent qu'on leur demande
d'avance , & dont je
viens de vous parler ; & l'autre
, le refus que font les Holandois
, d'entrer dans les frais
de cette nouvelle levée , alleguant
GALANT 361
guant beaucoup de raifons qui
font voir clairement , & fans
que l'on en puiffe douter , qu'ils
font dans l'impuiffance de le
faire.
Je reviens aux nouvelles des
lieux où la guerre eft le plus
allumée .
A Roze ce 24. Janvier .
Il nefe paffe prefque point de jour
qu'il ne vienne ici quelques particuliers
de Barcelone , qui font obligez
de quitter cette Ville avec ce
qu'ils peuvent emporter de leurs
meilleurs effets pour fe retirer ail
leurs eftant tout- à-fait mécontens
du gouvernement prefent ; &
ne pouvant plus payer les fommes
exorbitantes que l'Archiduc y fait
lever pour la continuation de l
guerre.
Janvier 1709. Hh
362 MERCURE
Il arriva le 18. de ce mois un
grand defordre à Barcelone , où les
Officiers de l'Archiduc ayant engagé
par ſurpriſe deux jeunes hom .
mes , les voulurent trainer en prifon.
Les Bourgeois s'eftant oppofez
à cette violence , les retirerent
d'entre leurs mains , & les délivrérent
; mais il y eut des coups de
tirez, & plufieurs perfonnes depart
& d'autre furent tuées & blessées
dans cette affaire , qui auroit efté
poussée plus loin , fi les Magiftrats
n'y fallent promptement accourus ,
& n'euffent donné les ordres neceffaires
pour faire retirer la popu
lace qui avoit déja pris les armes
eftant devenue plus furieufe aprés
Avoir vu plufieurs Bourgeois tuez ou
bleſſez
Le froid eft ici fort violent , &
GALANT 365
toutes les vivieres font glacées de
plus de trois pieds d'épaiffeur , ce
qui ne s'eft jamais vû en ce pays- cy.
Un Vaißeau de guerre de 64.
canons , armé à Toulon , a amené
ici un Vaiſſeau Holandois de
50. canons & de 200. hommes d'ê .
quipages , qu'il a pris à l'abordage
prés du Port Mahon , aprés fix
heures de combat.
Le Gouverneur d'Alicante a
fait faire un ouvrage , que l'on
affure eftre digne des anciens
Romains . Il a fait miner le roc
fur lequel le Château de cette
Place eft bâti , & cette Mine eft
affez fpacieufe pour contenir
vingt milliers de poudre . On
dit que le Gouverneur de ce
Château aura permiſſion de venir
voir cette Mine , & que s'il
Hhij
364 MERCURE
.
Ja trouve telle qu'on le publie
ilfe rendra auffi tôt , fans en attendre
l'effet .
Mr le Maréchal de Boufflers ,
aprés s'eftre repofé pendant
quelques jours , à cauſe de ſes
grandes fatigues , a recommencé
la vifite des Places de Flandre
, qu'il avoit interrompuë. Il
eftoit le 31. de Janvier à Tournay
, où il trouva que la Garnifon
eftoit de 18000 , hommes . Il
vifita les fortifications , ordonna
quelques reparations , &
donna des ordres pour y ajoûter
quelques ouvrages nouveaux. Il
en devoit partir inceffamment ,
pour le rendre à Ipres & à S.
Omer. Il doit faire enfuite un
tour à la Cour , où il ne demeurera
que 4. ou 5. jours , aprés
quoy il retournera en Flandre .
Mr de Bergheik arriva il y a
GALANT 365
auffi quelques jours à Verfailles
; & comme il a une par's
faite intelligence des affaires de
Flandre , fon voyage à la Cour
ne peut etre qu'utile .
Comme les nouvelles de Rome
font aujourd'huy celles aufquelles
on eft le plus attentif ,
je vous envoye une lettre dattée
de Rome même , & qui court
icy depuis quelque temps.
A Rome le 10. Janvier
L'efperance d'un acomodement entre
le Pape & l'Empereur s'evanoüißant
de jour en jour , chacun ne
fonge plus icy qu'à mettre fe effets
en lieu de feureté. Les Jefuites ont
déja envoyé les leurs à Veniſe , où
le Pape va auffi envoyer le Tréfor
de l'Eglife , dont le Doge & les Se
nateurs de cette Republique feront
Hh ij
366 MERCURE
Tes Depofitaires, & S. S.fe retirera
à Avignon avec les Cardinaux
qui voudront la fuivre , pour
y refter jusqu'à ce que les affaires
changent de face. Le Grand Mai.
tre de Malthe afait offrirfes Galleres
au Saint Pere , & a même écrit
à tous les Princes d'Italie pour les
exhorter à foutenir les interefts de
l'Eglife dans la Conjoncture prefente
, où elle eft exposée à la violence
des Allemaus dont la plupart
font Proteflans , & à joindre leurs
forces aux fiennes pour le maintien
de la Religion.
Le Cardinal Grimani aprehendant
les Cenfures du Pape , a renvoyéfon
Chapeau à S. S. & devenant
par ce moyenfujet de l'Empereur
, il s'eft mis a la tefte de les
Troupes pour entrer à main armée
dans l'Etat Ecclefiaftique.
GALANT 367
Je ne fçay fi l'Auteur de cette
Lettre fçavoit bien feurement
la nouvelle qui regarde le Cardinal
Grimani , lorfqu'il l'a écrite
, & fi ce n'eftoit point feulement
fur un bruit qui s'en
eftoit répandu à Rome ; c'eſt
ce que le temps nous apprendra.
Je me trouve obligé de finir
quoyqu'il me reste encore beaucoup
de chofes à vous dire ;
mais la rigueur du froid ayant
derangé beaucoup de chofes
vous ne devez pas vous étonner
s'il fe trouve auffi quelque
derangement dans ma Lettre.
Je fuis Madame voftre , & c .
A Paris ce 6. Fevrier. 1709.
A VIS.
Auquel le Public doit faire
attention .
Lorfque l'on a commencé ce
}
368 MERCURE
Volume, on ne croyoit pas avoir
autant de nouvelles pour en
remplir la fin qu'il en eft venu
de tous coftez , ce qui a eſté
caufe que l'on a mis au commencement
plufieurs articles qui
pouvoient eftre reculez ; de ma
niere qu'eftant obligé de finir ,
parce que le mois de Fevrier eft
déja fort avancé , les Ouvriers
n'ayant commencé à travailler
que fort tard , à caufe de la gelée
, on eft obligé de remettre
au mois prochain plufieurs Articles
importants , & particulierement
celuy de la Promotion
des Benefices faite à Noël ,
quoy que depuis 32 ans cet Article
ait toujours trouvé place
dans le Mercure de Janvier.
Lendrale Mercure de Fe On
#
vriende Mars,
BIBLI
LYOM
TABLE
Prelude
Priere à Dieu pour le Roy , 6 .
Détail de l'affaire de Tortofe , plus
circonftancié que tous ceux qui ont
paru , 15
Article remply de plufieursfaits hif
35 toriques
Troifiéme fuite de l'Ouvrage de Mr
de Woolhouse ,
*
59
Services folemnels faits à Lyon ,
103
Premier Article des Morts , ΠΙΟ
Execution d'un vau , faite au Port
Louis par plufieurs Officiers de
Marine 126
Sacre de Mr l'Evêque de Conferans
138
Prife de poffefion de l'Evêché de
141 Grenoble
Nouvelles Circonftances de l'affaire
de Tortofe .. 150
TABLE.
Dignitez accordées par le Roy d'Efpagne
, 171
Second Article des Morts , 180
Détail curieux de tout ce qui ſe
fait tous les ans à Lyon touchant
l'Election des nouveaux Eche-
192
vins ,
Extrait d'un Difcours prononcépendant
la Ceremonie d'une prife
d'habit à l'Abbaye
Royale de
Brienne
213
216 Mariages
Maitres des Requeftes nouvellement
reçus , & Charge d'Avocat
General des Requeftes de
l'Hotel , remplie ,
>
236
Grand mouvement fait parmi les
Medecins de la Cour , à l'occafron
de la mort de Mª Bourdelot ,
premier Medecin de Madame la
Ducheffe de Bourgogne, 244
TABLE.
Article touchant Mr Burlet , premier
Medecin du Roy d'Espagne ,
dont on a oublié de parler dans
250
fon temps ,
Article touchant la mort de desse
Vieillards , dont le premier eft
accompagné de faits jufqu'icy inoüis
, 253
Fefte de Saint Lazare celebrée par
Les Chevaliers de cet Ordre , 257.
Mr de Montargis entre en exercice
de la nouvelle Charge de Garde
du Tréfor Royal ,
258
Mr le Marquis de Longepierre eft
261
nommé Sous - Gouverneur de Monfieur
le Duc de chartres ,
Ouvrages mis au jour par Mr de
Ferpendant le cours de l'année
derniere ,
262
Trente-neuf Articles de ce qui s'eft
paffé dans tous les endroits où
TABLE.
nous avons la guerre , & même
dans l'une & l'autre Mer , 264
Vers donnez pour Etrennes , 327
Quatriéme Article des Morts , 337
Mariage de Mr le Marquis de
Bethune & de Mlle des Marez ,
337
Regiment de Bourbonnois acheté
Pour Mr le Marquis de Lefpar ,
342
Gouvernemens donnez par le Roy ,
Article des
Enigmes ,
343
idem
347
Lifte des nouveaux Brigadiers de
Cavalerie & de Dragons nom .
mezpar le Roy ,
Suite des affaires de la guerre , contenues
en plufieurs Articles de
differens endroits ,
Av
important , THE
AUR
BIBLIA
LYON
ons , page 326.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le