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Zugua
BIBLIOTHÈQUE
Les
fontaines
”
SJ
60
- CHANTILLY
BIB . DOM
.
LAVAL
. S. J.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSFIGNEUK
LE DAUPHIN.
DECEMBRE , 1708
.3
A PARIS ,.
Chez MICHEL BRUNET , orin' ! Salle du
Palais , au Mercure Galant.
Come
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 8. fols . Quant
38
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant
M. DC C
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puifque
malgré les prieres reiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR .
de defigurez , etantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Mea
moires, & que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
S
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE. 1708.
OF
N ne peut trop admirer
l'attention que le
Roy a cue prefque dés le
commencement de fon Regne
à faire fleurir l'Esprit ,
les Sciences , & les Arts dans
A iij
6 MERCURE
fon Royaume , & fept grands
établiffemens en font foy ;
fçovoir , ceux de l'Academie
Françoife , des Manufactures
des Gobelins , dont un gros
Volume ne pourroit contenir
le détail , & qui fe trouve
neanmoins dans plufieurs des
Lettres que je vous ay adref.
fées depuis 32 ans , en forte
que fi tous les Articles en
étoient réunis en un Corps, il
rempliroit plus d'un volume ;
l'établiffement de l'Obfervatoire
, dont mes Lettres vous
ont parlé auffi fouvent , ainſi
que de tout ce qui s'y voit &
GALANT 7
de tout ce qui s'y fait ; celuy
de l'Academie des Medailles
& Infcriptions , dont le titre
fait connoître l'occupation ;
celuy de l'Academie des Sciences
dont les Academiciens s'attachent
à cultiver tout ce qui
peut être renfermé fous le
nom de Sciences . L'Academie
Françoife, vulgairement nommée
l'Academie des Beaux Efprits
, & dont l'employ fe peut
connoiftre par le beau Dictionnaire
qu'Elle a fait imprimer ,
la Grammaire qu'Elle
&
par
acheve
, tient
, comme
vous
le
fçavez
, fes
Affemblées
dans
A iiij
8 MERCURE
de
le Louvre auffi bien que celle
des Medailles & Infcriptions ;
celle des Sciences celle
Peinture & de Sculpture , &
celle d'Architecture. On doit
remarquer qu'on diſtribuë
dans trois de ces Academies ;
fçavoir dans l'Academie Françoife
; dans celle des Medailles
& Infcriptions , & dans celle
des Sciences , des Jettons d'argent
aux Academiciens qui fe
trouventaux Affemblées ; qu'on
en diftribue chaque jour un
nombre égal à celuy des Academiciens
, & que lesJettons
deftinez aux Academiciens qui
ne s'ytrouvent pas quelquefois,
GALANT 19
font diftribuez à ceux qui s'y
trouvent , en forte qu'étant
prefque impoffible qu'ils s'y
trouvent tous chaque jour
d'Affemblée , les prefens, partagent
les Jettons des abfens .
A l'égard de l'Academie d'Architecture,
dans laquelle il n'ya
que des Architectes
dont le
nombre eft moins grand que
celuy des Academiciens
des
autres Academies , on donne
un Louis d'or chaque jour
d'Affemblee
, à chacun de
ceux qui s'y trouvent . J'aurois
beaucoup de chofes à vous dire
de l'Academie
de Peinture
10 MERCURE
& de Sculpture , qui eft la plus
étenduë par le nombre , &
dans laquelle on donne fouvent
pour prix aux jeunes Etu
dians , des Medailles du Roy
d'or & d'argent ; mais outre
que ce n'eft pasicy le lieu d'en
parler , on a imprimé un Volume
qui contient les Privileges
& les Statuts de cette
Academie , ainſi que plufieurs
autres chofes qui la regardent.
De ces fept Academies , il n'y
en a que deux qui ont des efpeces
de vacances deux fois
l'année ; fçavoir au mois de
Septembre jufqu'aprés la faint
•
GALANT II
Martin, & pendant la quinzaine
de Pafques, & ces Vacances donnant
lieu deux fois l'année
à ces Academies de faire des
ouvertures publiques , trois
ou quatre des Academiciens y
prononcent ces jours là des
Difcours fur les Matieres qui
regardent ces Academies ; &
depuis plufieurs années vous
avez trouvé dans mes Lettres
, des Extraits de ces Difcours.
Vous ne trouverez
dans celle-cy que l'Extrait d'un
des Difcours prononcez dans
chacune de ces deux Academies
, mais vous pourrez trouver
les autres dans ma Lettre
12 MERCURE
du mois prochain. Je commence
par l'Extrait du Difcours
prononcé par Mr Roy ,
Confeiller au Chaftelet , &
l'un des Academiciens de l'Academie
Royale des Medailles
&
Infcriptions , qui paya ce
jour là le tribut fpirituel que
tous les Academiciens
doivent
chacun à leur tour , pour juftifier
au Public , le choix que
l'on a fait d'eux pour ocuper
les Places de cette Academic.
Mr. Rey lut une Differtation
fur les Jeux de la Grece en general
, & fur les Jeux Olym
piques en particulier.
GALANT 13
L'Art des divertiffemens , eft,
dit il , né dans le même lieu que
les Arts lesplusferieux. La Grece
fi ingenieufe à inftruire les hom
mes par les Sciences , n'a pas dédaigné
de les réjouir par des Spe-
Etacles. Ceux du Theatre doivent
leur origine à la Grece , comme
tout le monde fçait. Il y en avoit
d'autres encore plus pompueux
qui fe donnoient dans un plus
grand espace , qui duroient plufieursjours
, qui attirolent dès Villes
& des Provinces entieres ,
qui par des exercices de corps e
des combats fimulez , reprefen
: toient tous les travaux de la
14 MERCURE
Guerre. C'eft cette noble efpece
de Spectacles que Mr Roy
remit fous les yeux de l'Af
femblée. Les Peuples les plus
polis de l'Europe qui inventerent
les Jouxtes , les Tournois
, les Carrouſels , en ont
apparemment tiré l'idée d'aprés
ces fortes de Jeux .
Cette partie de l'Antiquité
contient des recherches tres
importantes & tres curieuſes .
Ces Jeux folennels , ajoûta Mr
Roy , ornoient les Fêtes , & relevoient
le culte des Dieux ; les
Jeux Olympiques eftoient dédiez
Jupiter , les Jeux Pythiens
a
GALANT 15
Apollon ; les Neméens, à Archeles
Iftmiens à Pale- more
mon. Mr Roy ne traita que
des premiers ; & il annonça
feulement les autres , aprés
avoir donné de tous enſemble,
une idée generale ; il fit connoître
qu'il y trouvoit abondamment
dequoy faire honneur
aux Anciens ; il expliqua
la varieté des plaifirs qui compofoient
ces fortes de Spectacles.
C'étoient , ajoûta - t il , les
rendez - vous des Mufes : Les
Poëtes , les Orateurs , les Philofophes
& les Peintres y venoient
chercher lesfuffrages de la Grece ;
16. MERCURE
& les Rois mêmes defcendoient
du Throne , & quittoient
le Sceptre , pour y diſputer une
Palme. Mr Roy en rapporta
des exemples agreables , tirez
des meilleurs Auteurs. Il releva
l'éclat des Prix & des Couronnes
deftinées aux Vainqueurs
, & il n'oublia pas à leur
gloire , qu'ils avoient eu Pindare
pour
leur Panegyrifte. Il
compara les Jeux de la Grece
à ceux du Cirque de Rome.
Les Romains,pourfuivit il , n'ajoûterent
guere d'agréemens à ce
qu'ils imiterent des Grecs , n'y
ayant ajoûté que la molleffe des
GALANT 17
danfes , qui ont tant irrité les Peres
de l'Eglife , & la cruauté des
combats de Gladiateurs , qui revoltent
l'humanité.
Mr Roy entra enfuite dans
le détail des Jeux Olympiques ,
en indiquant les fources d'ou
il a puifé les autoritez & les
connoiffances dont il a eu befoin
: Il laiffa voir , que perfonne
n'avoit encore traité fon
fujet ; & que les plus grands
Compilateurs n'ont laiffe que
des Memoires pour l'Hiftoire
qu'il entreprend. Onuphre
avoit fait l'Hiftoire des Jeux du if
Cirque , & des Spectacles de
Decembre , 1708. B
18 MERCURE
Rome ; & l'ouvrage de Mr
Roy, paroît n'eftre fait que
pour fimetriſer avec cet ouvrage.
L'ordre eft difficile àpratiquer
dans les recherches de l'Antiquité
, & l'on ne réüffit pas
toûjours à les ramaffer en un
corps . Voicy le plan que fuivit
Mr Roy. Il découvrit d'abord
l'origine des Jeux Olympiques
, qu'il avoit trouvée envelopée
de fables , qu'il rapporta
, fans prétendre les accorder.
Une expofition fuccinte
des differentes fictions
fur l'inftitution des Jeux Olym
GALANT 19
piques , l'acquitta envers tous
les Poëtes Grecs & Latins. Il
paffa enfuite au renouvellement
des Jeux fous Iphitus ;
& comme cette Epoque eft la .
premiere de l'Hiftoire ,
jufques-là il n'y a rien de certain
, Mr Roy fit fur cette
&
que
Epoque une remarque Chronologique,
&découvrit une crreur
, où un mécompte decent
huit ans , qu'ont faite ceux qui
Pont placée à la victoire de
'Corecus Eléen . Il donna enfuite
l'intelligence du calcul
des Olympiades .
Il fit aprés une peinture
Bij
20 MERCURE
du lieu du Spectacle. C'eftoit ,
dit-il , dans la Ville d'Olympie ,
fur les bords de l'Alphée, cefleuve,
dont le cours fi fingulier a exercé
les Philofophes pour l'examiner ,
& les Poëtespour imaginer agreablement.
Il parla du Temple ,
& de la fameufe Statuë de Jupiter
Olympien.
Il donna aprés cela la Topographic
exacte du champ
où fe faifoient les exercices
Olympiques , qu'on appeloit ,
Stale . Mr Roy le partagea en
trois parties principales ; la Barriere
d'où partoient les Coureurs
à pied , à cheval , ou fur
GALANT 21
17
les Chars ; les Bornes , ou le
terme de leur courfe ; & le
milieu ou la Carriere , qui
fervoient de fcene aux Lut-
>
teurs , aux Sauteurs , & aux
Difcoboles .
Tout le Stade , ajoûta - t-il ,
eftoit une espece de terraffe ou de
chauffée , longue de 625 pieds ,
fort large , arrondie par les
deux extremitez. La Barriere
eftoit embellie de Portiques , an
devant defquels on tendoit une
corde , qu'on abaiffoit , pour faire
partir en même temps les Combattans
. Les Bornes eftoient trois Py-
Tamides ifolées , entre lesquelles
22 MERCURE
ن و م
il falloitpaffer. Le paffage n'eftoit
pas facile , & il falloit beaucoup
d'adreffe au conducteur d'un Char,
pour n'y pas échouer. Ces fecondes
parties du Stade eftoient parées
d'Autels , & de Sattuës de
Divinitez favorables & malfaifantes
, à qui tous les concurrents.
facrifoient par des motifs differens.
Mr Roy égaya cette matiere
par des reflexions fur la
fuperftition des Grecs. Elle alloit
, pourfuivit- il , jnfqu'à l'extravagance
, dans les voeux qu'ils
faifoientpour remporter une Couronne
aux Jeux. Et il dit un
mot en paffant , de la plaifante
GALANT 23
fondation que fit dans le Temple
de Venus , Xenophon le
Corinthien. Il expliqua tous
les autres preparatifs des Jeux
Olympiques , le ferment des
Juges & des Combattans ; la
datte qu'on eftoit obligé de
prendre fur le regiftre des Hellanodiques
; la Harangue des
Juges aux Prétendans , pour les
encourager
; la fortition
des
rangs aufquels chacun devoit
combattre
, & des adverfaires
contre qui on avoit affaire .
Enfin , la Lotterie compofée
de bons & de méchans billets ,
pour décider entre tous les af24
MERCURE
pirans à la courfe des Chars ;
le nombre des Chars qui devoient
courir , eftant fixé à
dix .
Mr Roy mit enfuite en
mouvement tous les divers
Combattans. Il regla l'ordre
des Exercices qui compofoient
les Jeux Olympiques , & il les
décrivit tous d'aprés Homere
, Virgile , Stace , & Valérius-
Flaccus. La courfe des Chars
eft le premier exercice . Mr
Roy expliqua la forme & la
conſtruction des Chars , le
nombre des chevaux qu'on y
atteloit , la difficulté de la
courſe ,
GALANT 25
de
cource , & les conditions de la
victoire. Il fit connoître de même,
ce que c'étoit que lePugilat,
la Lutte; il rapporta
en peu
paroles , ou indiqua feulement
les traits de la Fable ou de
I'H ftoire , qui ont rapport à
ces fortes de Combats . La
Lutte de Pollux contre Breticus
, celle d'Hercules contre
Antée & contre Acheloüs , y
furent citées : Mr Roy peignit
auffi fenfiblement , le
Difque , ou exercice de jetter
le Palay , fi fameux par le malheur
d'Hyacinte. Il finit par
les courfes à pied & à cheval ,
Decembre, 1708. C
26 MERCURE
qui eftoient des épreuves admirables
de l'agilité du corps.
Il décrivit les Combats Olympiques
, où les Combattans
eftoient nuds , & il parla de
la feverité des Grecs à ne point
admettre les Dames au nombre
des fpectateurs . Mr Roy
fit connoître la dignité & le
pouvoir des Hellanodiques , ou
Juges des Combats , & la maniere
dont ils donnoient leurs
fuffrages . Il defcendit aux effets
de ces fuffrages , c'eſt àdire,
aux récompenfes dont les
Vainqueurs eftoient honorez .
Il fit voir à quel prix la gloire
GALANT 27
s'achettoit chez les Grecs &
que le Vainqueur eftoit proclamé
par le Heraut ; qu'il
entendoit les applaudiffemens
de tous les affiftans , & des
vers à fa loüange , en même
temps qu'on chantoit l'Hymne
de Jupiter ; il eftoit couronné
d'olivier fauvage , reconduit
en triomphe chez luy,
où il eftoit honoré le refte de
AvLeesnjtours , & que c'eftoit fouvent
parmi les Vainqueurs
Olympiques , que l'on choififfoit
des Generaux d'Armée ;
qu'on leur élevoit des Statues
avecdes inferiptions flatteufes ,
Г
Cij
28 MRCURE
& que l'on frappoit des médailles
, pour faire paffer à
la Pofterité le fouvenir de leur
Nom & de leur Victoire.
Mr Roy traita ces deux derniers
Articles , avec une prédilection
convenable à la place
qu'il tenoit , & à l'Academie
où il parloit.
Les aplaudiffemens de l'Affemblée
que reçut Mr Roy ,
furent couronnez par ceux dde
Mr l'Abbé Bignon , qui loüa
ce Difcours avec la maniere
gracieufe qui luy eft ordinaire.
Il dit à Mr Roy , que s'étant
d'abord propofé de parler des
GALANT 29
Jé
Jeux Olympiques des Pythiens
, des Neméens , & des
Iftmiens ; & que n'ayant parque
de ces deux premieres
fortes de jeux , il étoit perfuadé
qu'il parleroit des deux autres
dans la premiere Af
femblée publique.
Mr
l'Abbé
Bignon ayant
ceffé de parler. Mr l'Abbé
Boutard
, Penfionnaire
de l'Academic
, lut une Ode Latine
qui fut écoutée avec l'aplaudiffement
que tous ſes Ouvrages
reçoivent
ordinairement
.
Cette Ode eft adreffée à Mr
Bignon Prevoft des Marchands
B iij
30 MERCURE
que la Seine felicite fur les
heureux commencemens
de fa
Prevolté. Le Dieu de ce feuve
qui par le dans cette Ode , &
témoigne fa joye du choix
que le Roy a fait de ce digne
Magiftrat , prend de là occafion
de louer la Famille du
nouveau Prevoft des Marchands
qui eft originaire d'Anjou
, & qui eft venue s'établir
à Paris fur les bords de la Seine
, & comme fes eaux forment
l'Ile du Palais , & qu'el
les coulent prés les murs du
Louvre , il marque avec quelle
admiration
il écoutoit autreGALANT
, 31
fois l'illuftre Jerome Bignon
& fon fils , Avocats Generaux ,
& combien il eft encore at
tentif aux Difcours de Mr
l'Abbé Bignon , foit qu'il explique
les fecrets de la nature
dans l'Academie des Sciences
où les monumens de l'Antiquité
dans celle des Infcriptions
. La Seine defcend naturellement
à l'éloge de Mr le
le Prevoft des Marchands ,
dont elle loue la vigilance , &
le foin qu'il prend d'embelir la
Ville de Paris par de nouveaux
Quays. Le refte de cette Ode
cft rempli de vives Peintures
Ciiij
32
MERCURE
qui feront beaucoup de plai
fir à ceux qui les liront ,
tantà
caufe de leur beauté , que de
ce qui en fait le fujet .
сс
Le lendemain 14 Novembre
, l'ouverture de l'Academic
des Sciences fe fit par un Dif
cours que Mr Duverney prononça
fur la maniere dont fe
fait la generation des Limaçons
; ce qui merite le plus
d'eftre obfervé dans ces animaux
, parce qu'ils font Hermaphrodites
, un Philofophe
eftant obligé d'épier laNature
dans ce qu'elle a de plus fecret,
on doit remarquer que l'emGALANT
33
barras de Mr du Verney a dû
être grand en cette occafion ,
puis qu'on doit toujours employer
les termes qui font
propres aux chofes dont on
veut faire la peinture , & que
dans celle qu'il fit , il fut obligé
de les éviter avec foin , en
faifant neanmoins compren
dre à l'Auditeur , ce qu'il
avoit deffein de luy faire remarquer.
Quoy que Mr de
Verney traitait la chofe avec
beaucoup de modeftie, les Sçavans
, accoutumez à voir les
chofes naturelles , fans autre
mouvement que celuy de la cu
34 MERCURE
riofité & de l'admiration , mais
auffi les perfonnes les moins
accoutumées à fuivre le détail
de pareilles recherches, ont dû
regarder tout ce qui a efté dit
avec des yeux auffi Philofophes
que celuy qui en a parlé. La
diverfité a dû plaire beaucoup
dans ce Difcours , puis qu'elle
jetta les meilleursConnoiffeurs
dans une furpriſe tres agreable
, à mefure que l'Auteur
expliquoit tantoft ce qui concerne
les deux efpéces les plus
ordinaires des limaçons , tantoft
ce qui regarde les Limaçons
& les Vers de Terre ; les
GALANT
352
perfonnes mêmes à qui ces
matieres font moins familieres
& moins connues , fentirent
avec plaifir , fans pref
que s'y eftre attendues , leur
imagination paffer d'objets en
objets , tous fort intereffans
par la fingularité & la nouveauté
des faits . Car la maticre
, quoy que traitée déja par
d'autres , eftoit toute nouvelle
à caufe de l'exactitude des
Obfervations bien differentes
de celles qui ont efté faites
jufques à prefent fur ce fujet .
Ellefut approfondie d'une maniere
à donner de quoy faire
36 MERCURE
des reflexions à tous ceux qui
s'appliquent à ce genre d'étude.
En effet la ftructure & les
ufages des parties deſtinées à
la production de l'efpece de
ces animaux , renferme une
Phyfique & une Mécanique fi
furprenante & fi remarquable,
que ceux qui voudront s'en affeurer
par eux mêmes , reconnoîtront
aisément la verité de
ce que dit M. l'Abbé Bignon
aprés ce Difcours , puis que cet
Abbé dit , qu'ilfuppofoit d'auffi
longs travaux
& une auffi
grande provifion de Science que
1
GALANT
37
celle que Mr Duverney avoit
faite ; qu'il ajouta, qu'on de voit
bien admirer l'Auteur de la Nature
dans cette prodigieufe varieté
qu'il a répanduë fur fes Onurages
par rapport à ces matieres,
qui font les plus propres à faire
fentirfa puiffance &fa fazeffe
infinie ; & qu'on ne devoit pas
croire que ces fortes de traitez
fuffent inutiles , quoy qu'ils paruffenntt
tels d'abord; que ces Obfervations
qui n'étoient maintenant
que curieufes, deviendroient
Avec le temps tres utiles pour la
perfection de l'Anatomie du corps
humain , par les rapports que l'on
38 MERCURE
ne manqueroit pas de trouver entre
luy & les animaux fur qui
ces Obfervations ont efté faites.
Voicy un extrait fort abregé
de quelques endroits du
Difcours de Mr Duverney :
il commença par faire voir ,
que ces reptiles font , comme
on l'a déja dit , hermaphrodites
, & qu'ils ont chacun les
parties des deux fexes .
Outre ces parties , ils ont
chacun une efpece d'étuy , lequel
renferme un aiguillon ,
qui a la figure du fer d'une
lance à quatre ailes . Ils dardent
mutuellement l'un conGALANT
39
tre l'autre cet aiguillon , dont
on ne peut déterminer certainement
l'ufage ; mais on peut
juger que cette piqueure fert
à avertir ces animaux , que celuy
qui les approche , eſt dans
la difpofition neceffaire pour
la production de l'efpece .
Mr Duverney fit une defcription
fort exacte de toutes
les parties qui y contribuent :
mais cela regardaut uniquement
l'anatomie , je n'entreray
point dans ce détail , que
l'on pourra voir tout entier
dans les Mémoires de l'Academie
, qui feront imprimez :
40 MERCURE
& je diray feulement , que par
les obfervations qu'il a faites ,
il eft venu à bout de déter .
miner précisément les parties
de ces reptiles , qui font propres
au fexe maſculin , & celles
qui font propres au fexe
feminin.
Il tira de ces Obfervations
plufieurs confequences favorables
à l'opinion de plufieurs
Modernes ; par exemple , que
les oeufs des femelles ne font
pas feconds immediatement
dans l'ovaire & dans les trompes
, puifque dans les limaçons
& dans les limaces , la féconGALANT
41
dation ne fe fait que par le
moyen du fang & des efprits.
Il parla auffi à cette occafion
, des vers de terre , qui
non feulement
font hermaphrodites
, mais qui le font
doublement ; en forte que chacun
de ces infectes eft deux
fois mâle , & deux fois femelle ,
Il fit remarquer que les limaçons
gris de jardin , ccux
de vigne , les limaces & les
vers de térre s'uniffent differemment
pour la production
de l'efpece.
Qu'ils choififfent prefque
toûjours le temps de la nuir
Decembre 1708. D
42 MERCURE
pour s'unir , & que leur union
differe dans la durée ; celle des
limaçons gris de jardin , durant
au moins dix heures , au lieu
que celle des limaçons de vignes
& des limaces , dure tres
peu en comparaiſon
.
Il fit obferver que les germes
des limaçons font vivans
avant que d'entrer dans l'uterus
, où ils s'enferment dans
un oeuf , qui groffit à meſure
qu'ils avancent dans le canal
qui compofe cette partie .
Cesfortes d'animaux pondent
leurs oeufs par l'endroit
où ils ont efté fécondez , qui
GALANT: 43
eft au côté droit du coû. Is
pondent ordinairement foixante
ou foixante & dix oeufs,
par un artifice furprenant .
Quand le Lançon eft preft
à pondre , il fe retire dans quelqu'endroit
frais & humide , &
alors il ouvre la terre avec
fon mufle , de même que les
cochons , en forte que l'ouverture
n'eft que de la grandeur
neceffaire pour y paffer
fa rete & fon cou ; & lorfque
ce trou a quelque profondeur ,
pour jetter dehors la terre qu'il
en tire , il fe fert de fon empattement
, avec lequel il la
.
Dij
44 MERCURE
pouffe de plis en plis jufqu'au
dehors .
Ce trou eft femblable à un
four ;les parois en font durs ,
la terre ait efté pref
foit
que
fée
avec
la
tête
de
l'animal
,
foit
qu'il
y ait
répandu
unc
bave
, qui
en
ait
joint
les
par
-s
ties.
C'eft dans ce trou qu'il dépofe
fes oeufs , en yallongeant
fa tête & fon col. Ils fe trouvent
fouvent arrangez les uns
fur les autres en forme de
pain , & unis entre eux par une
efpece de glu : enfuite il ferme
l'entrée de fon trou avec de
GALANT 45
la terre qu'il détrempe avec
fa bave ; ce qu'il fait avec
tant d'artifice , qu'on a beaucoup
de peine à retrouver les
endroits où on les a veus pondre
.
Mr Duverney n'expliqua
point les changemens qui arrivent
à ces oeufs pendant qu'ils
font dans ce nid foûterrain ;
& il dir qu'il refervoit d'en
parler dans une autre Affemblée
, auffi bien que des autres
parties des limaçons & des vers
de terre .
Le Difcours de Mr du Vernay
, fait bien voir que ce
46 MPRCURE
qui paroift le plus vile aux
ignorans , eft une fource féconde
de mille recherches curieufes
pour les Philofophes ;
& comme on marche tous les
jours fur les limaçons , qui cût
dit qu'ils euffent dû tant exercer'l
habileté de Mr Duverney ,
dont on ne peut trop admirer
la penetration , & qui ne laiffe
rien échaper des matieres dont
il traite ?
Je vous envoye la feconde
Suite de l'Ouvrage de Mr de
Woolhouse .
Dans l'Abregé des Remarques
que j'ayfaut fur le Systéme préGALANT
47
tendu nouveau de Mrs Briffeau
Antoine, touchant les Catara-
&tes , je me fuis engagé de refuter
( dans la feconde partie de mon
Difcours ) les principaux Argumens
, raifons & preuves que
ces deux Mrs alleguent en faveur
de l'innovation dont il s'agit.
Je vais m'acquitter de ma
promeffe.
Mr Antoine s'efforce fur
tout, de perfuader dans le premier
Chapitre de la premiere partie de
fon Livre , que fon Systéme renouvelle
, eft appuyé du fuffrage
unanime des Anciens , qui vivoient
avant Galien . Il n'en don
48 MERCURE
ne pas pourtant unefeule preuve ;
& il veut apparemment qu'on le
croyefur la bonnefoy qu'on a déja
vue de luy, dansfon Hypothefe,
compofee de plufieurs morceaux
ramaffez cependant fon affirmation
pofitive exige la citation
( au moins ) d'un de ces anciens
Auteurs pour contrebalancer l'autorité
précife de Celfe , qui copioit
fidellement les Grecs fes prédeceffeurs
, & fur tout Hippocrate
, que Mr Antoine voudroit
infinuer eftre auffi de fon fentiment,
pag. 107. ›› au nombre def-
» quels ( dit Mr A ) je pourrois
mettre Hippocrate , & c.
ر د
Je
1
GALANT 49
Je ne fçay fi Mr Antoine ne
s'eftpasfervi de ces paroles , comme
par maniere d'acquit , & pour
embellir fa periode ; puifqu'il eft
tres - certain que dans les Ecrits
qui nous reftent de ce grand Homme
, on trouve des paffages confiderables
, pofitivement contrai
res à l'Hypotheſe reformée de
Mrs Ant. & B. touchant les
Cataractes internes , & pas un
feul endroit qui les favorife le
moins du monde..
1
Pour mettre cette verité dans
tout fon jour , il fera à propos
d'examiner lesplus notablespaẞages
ou Hippocrate traite à ja
Decembre 1708, E
150 MERCURE
maniere ,
les Maladies
que
nous
appellons proprement
Cataractes
,
Glaucomes
, puifque l'on fait
cas de l'autorité d'Hippocrate
,
comme d'un veritable Oracle ; &
qu'il eft le plus ancien Medecin
qui ait traité cette matiere à fond
en divers endroits de fes Ouvrages
.
Dans cet examen , je me tiendray
rigoureufement
au Grec ,
pour ce qui regarde nôtre difpute
, ayant obfervé que les Traducteurs
ont fort mal compris le
fens d'Hippocrate
, aux endroits
qui traitent de ce fujet .
Nous lifons au Livre fecond
GALANT SI
de Prorrh. fect 28. Pupillæ
glaucefcentes ( flavefcentes )
aut argenti fpeciem referen "
tes , aut cyance ( cæruleæ )
ne quid boni ( prognofticant.
) Ce que je traduis de la
forte:
сс
** Quand toutes les deux Prunelles
deviennent également
& à la fois , de couleur d'opale
, ou de couleur d'argent , ou
de couleur bleuë , ou des
blenëts, il eſt à craindre qu'il n'y
ait des glaucomes deffous.
On voit une pareille fentence
au commencement du pet t Traité
de la Veuë , que Mr A. cite ,
E ij
52 MERCURE
دو
pag. 204. de fon Livre.
Pupilla corruptæ
, fpontè
quidem cyanea facte , de
,, repentè tales fiunt ; & poftquam
facta fuerint , non eft
,, ibi ) curatio..
و ر
9
Tout le monde convient , qu-
Hippocrate entensparler icy du
veritable Glaucome qui fe fait
d'ordinaire en peu de temps ( eu
égard à la longueur du temps
que demandent la plupart des
Cataractes) aux deux yeux
à la fois , eftant reluifant comme
de l'argent , & qui , pour cette
raifon , paffe avec Mr A. pour
fauffe Cataracte , on tres fufGALANT
53
pecte , à la page 207. comme aufft
avecMr Briffeau , pag. 2. de
la fuite de fes Obfervations , &c.
Cependant rien n'est plus certain
qu'une Cataracte [ entendue
, corps étranger , on Membrane
) de la couleur d'argent ,
eft tres bonne e tres louable ,
pourvu que les autres Diagnoftics
s'y trouvent conformes , ce
qui arrive naturellement. Mais
quand le mal vient fpontè , &
de repente , fans caufe manifefte
, fubitement aux deuxyeux
à la fois , il y a toujours foupçon
d'un Glaucome ; ce qu'on
connoîtra d'avec une vraye Ca
E ij
54 MERCURE
taracte , par la fituation profon
de & enfoncée du corps opaque,
qu'on apperçoit bien enavant dans
l'oeil.
Hippocrate poursuivant le
fil de fon difcours dans ce Livret
de Vilu , nous a laiſſe une juſte
defcription de la Cataracte , dans
les paroles fuivantes.
و د
"
Quæ verò Pupilla marini
funt coloris , paulatim poft
multum tempus procedendo
», corrumpuntur ; & fæpè alte
,, ra pupilla longo poft tempore
indè corrupta eft. Hu-
,, jus caput purgare opor
,, tet , & venas urere ; & fi
و د
GALANTM55
quis ab initio curatus fuerit , "
hoc modo malum fedatur ,
& in deterius non procedit.
At quæ colorem inter cyaneum
& marinum medium referunt "
fi quidem puero tales fiunt ,
ubi fenior fit , fedantur , &c.
Ce qu'on ne sçauroit interpreter
de Glaucomes
lins
"
ou de Cristalalterez)
puifqueHip. Aph . 31 .
fect. 3 dit que les vieillardsfontfort
fujets aux Glaucomes , bien loin
d'en eftre delivrez par l'âge , où
ily a une diminution confiderable
des humeurs fuperfluës ; ce
qui peut naturellement arrefter le
progrés de la Cataracte ( enten-
E iiij
56 MERCURE
due Humeur heterogéne concrete
au même temps caufer
la fechereffe du Criſtallin .
Les purgations auffi du cerveau ,
l'inultion , on barrement des
veines & arteres ; & le cautere
à la tête , qu'Hippoc. ordonne icy
peuvent tarir la fource du mal ,
ou la détourner la divertir.
Quoy qu'il enfoit, on ne fait pas
non plus l'operation de la Cataracte
aux enfans. Il faut attendre
que
les malades ayent de l'âge,
pour pouvoir fouffrir cette operation
avec raifon & patience , ce
qu'Hippocrate enfeigne plus expreffement
en bon Praticien , quel
GALANT ST
сс
ques lignes plus bas ', en cestermes :
Si verò fiant ( fuffufiones )
feniori feptem habenti an
nos , videt magna valdè , &
fplendida ; & videt quidem à
longè , fed non diftinctè , & fi "
quid valdè ad oculum appo
fuerit, etiam hoc videt , aliud "
autem nihil : à caufe des differentes
ouvertures & refferremens de la
Prunelle , felon les divers éloignemens
des objets.
Or il eft à propos de remar→
quer icy , qu'Hippocratefait cette
diftinction characteristique entre
les Glaucomes & les Catara
Ates , qu'on voit aprés que les
58
MERCURE
Cataractes font formées ; mais
il n'a garde de dire la même chose
touchant les
Glaucomes qu'il
vient d'expedier en peu de mots
( comme un mal defefperé ) aux
premieres lignes de ce petit Ecrit
de Vifu , dont Mr Ant. même
convient , pag. 204. de fon Livre
, de la maniere fuivante :
» Hippocrate a connu cette
Maladie ( àfçavoir le Glaucoine
comme il eft aifé de le ju-
», ger, en lifant le commencement
de fon Livre de Vifu , & la
,,fin du 31. Aphorifme de la trois
fiéméme fection , &C.
Hippocrateprocede :
ود
GALANT 592
Confert autem huic capitis
purgatio , & capitisuftio ,
fanguinem verò his detra- "
here non convenit , neque
cyanea , neque marina ; & vi- «
fum [impeditum] in oculis ,
humore crystallino fano exif- "
tente [ pupillâ integrâ , aut
oculo aut vifu fano ] in junioribus
hominibus ,
femellis ,tum mafculis , quicquam
faciendo nihil juveris ,
quandiù adhuc augefcit corpus
: quum autem non ampliùs
augefcit corpus , ipfius
oculi palpebras intuitus, &c ;
intrinfecus inurito , ferra- "
tum
re
<<
60
MERCURE
mentis leviter candentibus. "
Il fant obferver que le mot
d'Opfis que tous les Traducteurs
Commentateurs ont mal traduit
( en cet endroit ) doit eftre
expliqué ( comme au
commencement
de ce petit Livre de la Veuë)
par des termes defignans l'humeur
Cryſtaline. Car ce mot d'Opfis
en Hipp eft un
Homonyme ,
fignifiant tantoft la veuě , tantoft
l'ail , tantoft la
prunelle
tantoft les ners optiques , tantoft
les
humeurs de l'oeil en general
, & quelquefois même l'humeur
Cryftalline (
particulierement
) qu'Hipp . croyoir eftre le
GALANT 61
principal inftrument de la veuë ,
qu'il nomme [ lans ces Ouvrages
) oculorum vis vifiva , videns
pellucidum , videndi caufa
, &c. & que Celfe a traduit
en cetendroitpar [ interior potentia
.]
Qui plus eft , Mr A. a pris
Opfispour l'humeur Cryſtalline
auffi bien que moy , au même article
du petit Effais de Vifu , où
il entend Hip. parler des Cata-
Etes incurables ou Glaucomes
de l'humeur Chryftalline.
Au reste le terme de Kore
dont Hippocr. s'eft fervi au
Livre 2. des Predict : cy - deffus..
62 MERCURE
cité pour lequel on a traduit
Pupilla Glaucefcentes
, eft expliqué
[ au commencement
de ce
petit écrit de la Veuc ] par cette
même diction d'Opfis. Hipp.
nous enfeigne au long qu'est ce
que c'eft que la Kore de l'ail
dans fon Livre de Principiis aut
carnibus
, & c.
"
&
Quæ vero Kore [ humor
Crystallinus ] pupilla oculi
appellatur, nigra apparet,
ob id quod in profundo cft,
,, & tunica circum ipfam nigræ
funt
"
",, • · eft autem
non nigra fiquis infpiciat,fed
,, alba acpellucida .
GALANT 63
Ariftote auffi cap. 9. lib. 1 .
de Hiftoriâ animalium , dit
Humor oculi interior quo
583, videmus eft Kore.
Il eſt impoſſible de concilier les
paroles Grecques d'Hipp . au bon
fens(de quelle maniere qu'on puiffe
les tourner ) fans leur donner
la conftruction & l'interpretation
• que je viens d'en faire , contre la
foule des Traducteurs & Commentateurs
qui nous ont precedé
quiy ont manqué aux termes
propres pour ne pas avoir efté
Oculistes de Profeſſion ou d'étude ,
car fi on traduifoit le mot d'Opfis
[dans ce paffage , comme d'ordi
康
64 MERCURE
naire ailleurs par celuy de la
gene, au lieu de le traduire [ l'humeur
Cryſtalline] il y auroit une
contradiction manifſte puis
qu'Hipp. dit qu'en ces cas le malade
ne voit pas diftinctement ni
éloi- en toutes les fituations ,
gnemens , bien loin d'avoir la
veuë faine & entiere [ vifu fano
& integro. ]
la
On nesçauroit non plus prendre
icy le mot d'Opfis pour les
nerf, Optiques , à cause que
goutte fereine devient d'autant
plus incurable qu'elle eft plus in•
veterte : puis il y a un paffage
particulier , vers la fin de ce
GALANT 65
petit écrit d'Hipp . fur la veuë ,
qui traite exprés de l'Obftruction.
des nerfs optiques , en prenant
le mot d'Opfis pour ces mêmes
nerfs . Voicy cet endroit.
¿'Hip. ,, Si cui oculi` dum fani
funt , vifum corrumpant
&c. où les paroles de oculi dum
fani funt donnent à entendre que
le mal eft hors du globe de l'oeil ,
le Trépan qu'Hippocrate y
ordonne pour l'évacuation des
eaux , démontre qu'Hipp. y prétend
que la caufe du mal dont ily
parle regarde desferofitez au cer
veau .
On ne peut auffi prendre le
Decembre 1708. F
66 MERCURE
mot d'opfis , dans leprecedentpaffa
de ( & vifum impeditum , in
oculis humore cryftallino, &c. ]
pour la prunelle exterieurement
couverte par une taye ou un nuage
, puifque ces maux deviennent
pires , moins gueriffables à la
longueur du temps : &qu'on en
guerit fort bien les plus petits enfans.
Enfin , fi au lieu du mot de
fana , ily avoit eu celuy de corrupta
, comme au commencement
de ce Livret de Viſu , Mr A.
auroit quelque lieu de dire qu'-
Hipp. y entendoit le cryſtallin
corrompu , la vûe reſtaurable
parfon abbattement. Mais le
GALANT 67
terme d'hygies [ fana aut inintegra
] oppofé à l'omma ( la vi
fion empêchée on perdue ) ôte toute
forte de pretexte aux chicanes.
Sur tout quand nous voyons Cel-
Le exprimer, comme s'enfuit , cet
endroit d'Hippocrate touchant les
Cataractes.
Neque idonea curationi fenilis
ætas eft , ac ne puerilis
quidem , fed inter has media
ætas. Par lequel on voit que tout
glaucome feroit incurable ( au
moins aux yeux des vieillards ,
qui font pourtant les gens lesplus
fujets à ce mal felon le fameux
Aphorifme de noftre grand Au-
Fij
68 MERCURE
theur. Ce qui me fait reſſouve
nir fort à propos de ce que Braffavolus
dans fes Commentaires
fur ce 31. Aphorifme , rapporte
qu'il a vu un Medecin Oculifte
qui prenant ces glaucomes pour
des fuffufions aveugloit les Malades
en voulant abbattre ces prétenduës
Cataractes .
Pour ce qui eft de la bonnefemme
hydropique ( dont Hippocrate
raconte l'histoire au livre 4. de
morbis vulgar . ) à qui les
prunelles
(ou les humeurs des yeux )
avoient changé lapurité ( glaucefceban
) àfçavoir à qui le noir des
cux eftoit devenu tout limpide,
GALANT 69
unpeufur le blaffard, ou clair
&pafle,fans qu'on s'en mit beaucoup
en peine , ( ubi oculorum
acies cæfia reddebatur ; ac ipſa
quidem oculorum cura paulo
lenior erat , dit la traduction de
Foëfius ) certainement il n'eſt pas
raisonnable de croire
qu'Hippocratey
entendoit que cette femme fut
atttaquée , foit des Cataractes
fort des Glaucomes ( quoy que le
mot grecfemble d'abord l'intimer)
mais il a voulu dire que les prunelles
eftoient alterées , troublées ,
devenues mornes , comme aux
tendres enfans ; ce qui n'est pas
rare dans la
Leucophlegmatic
70 MERCURE
Ily a méme des gens qui ont na
turellement certe effece impropre
de glaucofie. Le noir de leurs
yeux eftant d'une teinture dé
languide comme aux layée
fuffufions naiffantes.
Hippocrate [ parlant des gens
qui voyoient mieux la nuit que
jour ] femble entendre parler de
cette espece de glaucofic.Popular.
fect. 7... Fiebant autem ( nyctalopiæ
) pueris -maximè : oculorum
vero nigra , ( à fçavoir
les prunelles ) variabantur ( variegabantur)
eftoient changées, ou
bigarrées de diverfes couleurs.
Mais le texte d'Hippocrate ,.
A
GALANT
71
de locis in homine , fect. 4.
nous fervira d'éclairciffement au
fujet des yeux de la bonne vicille
en question.
و د
د ر
Quod fi vero inVertebras
& carnes ( fluxio ) fubierit
aqua inter cutem fuboritur.
Inde vero dignofcas licet ,
», quod anteriores partes ficcæ
funt , caput fcilicet nares &
Oculi. Quin & oculorum
», caligo accidit , & una cum
,, reliquo corpore ex virore
pallefcunt, neque quicquam
», expuitur , &c.
د و
Il fe fert du même terme de
chloros à l'égard des yeux au li72
MERCURE
"
les
vre de Prifcâ medicinâ . ,, Oculi
pallidiores fiunt inediâ .
Car il faut obferver que
mots de Glaucus , Chloros &
Ochros font Synonimes chez
Hipp. & il s'en fert indifferemment
dans un fens fort étendu
pour tout changement de couleur
contre nature .
Apparemment Hipp . entend
auffi cette efpece de Glaucofic an
fecondd'epidem. fect. 6 .
Qui capite eft parvo , neque
balbutiet , neque calvefcet nifi
Glaucus fuerit .
Car au Livre 6. d'Epidem .fect.
» 4. Hipp. dit , Oculi
pro UE
validi
GALANT 73
validi filerint , ita etiam
corpus , fed color ni pejus
aut melius vergit.
Or Galien in arte parvâ ,
nous enfeigne que l'oeil
paroist
Glaucus , foit à caufe de fa magnitule
, foit à caufe de fa plendeur
& lucidité : ou à raison de
fa difpofition convexe , &forjet
tement en dehors à fleur de tefte ;
ou à cause de la paucité , de la
purité , & de lafubtilué de l'humeur
aqueufe.
Ily a un bel endroit d'Ariftote,
pour efclaircir à fond cette affaire.
Vid. Arift de generat animal.
lib. 5. cap. 1.
Decembre 1708. G
Oculi
74 MERCURE
omnium infantium nuper
natorum glauciores funt
caufa eft quod partes nuper
,, natorum imbecilliores funt
Glaucoles enim imbccilll-
و د
و د
و ر
و د
,,
tas eft .
Glaucos interdiu
acutè cernere non poffe
fcilicet ob aquæ inopiam.
Glauci qui parum habent
humoris , ut in mari etiam
cernitur , etenim quantum
ejus fatis tranfpicitur glau
cum apparet , quanto minus
aquinum, Quantum præ
gurgite alto non præfini-
,, tur id opacat & nigrum
aut ( cyaneum) cæruleum fen-
و ر
و ر
و د
د و
و ر
GALANT 75
r titur. Qui autem medium intrahos
, Oculos habent co 66
jam differunt , quod magis
minufve ita confteterint
&c. "
CC
Ægritudines
etiam oculo . "
rum utrorumque
judicium
Glaucoma enim "
facilunt.
Glaucis potius accidit , luſciofitas
aut nyctalopia nigris
v
<<
<<
oculis , eft autem glaucoma
ficcitas potius oculorum ,
itaque fenefcentibus magis
evenit , nam oculi quoque
ut reliquum corpus . Senec- "
tute fenefcunt. Lufciofitas vero
humoris copia eft , quacc-
Gij
76 MERCURE
ر د
ود
, propter minoribus
natu
potius accidit , cerebrum
cnim corum humidius eft ,
& c. & plus bas ,
Pueri vero paucitate humo
5 , ris , aquei , glauci principio.
,, apparent, fed & altero oculo
glauci ( cæfii ) præcipuè
homines atque equi gignun
و ر
,, tur, & c.
و د
Par les paroles de altero oculo
glauci &c. il faut entendre le
Philofophe parler desyeux dont
la couleur de l'iris ( qui environne
la prunelle ) eftoit bleue ou perfe ,
ce que Platon dans fon Phædre
explique par le motcompofe glauGALANT
77
commatos ( cafioculus , ) comme
une des qualitez d'un mauvais
cheval . Pline nous a laifféune
helle deſcription de cette iris de
la prunelle , qui vient icy àpropos
. Plin. nat . hiſt . lib . 1 1. cap.
37.
Oculi homini tantum di- "
verfo colore : cæteris in fuo "
cuique genere fimiles , & e- «
quorum quibufdam glauci ,
fed in homine numerofiffima
varietatis atque differentiæ ,
& c."
<<
rr
Media eorum ( oculorum " "
cornea feneftravit pupilla cujus
anguftiæ non finunt va-
Ce
Giij
78 MERCURE
د ر
و د
gari incertam aciem , & velut
canali dirigunt , obiter-
,, que incidentia facile declinant
: allis nigri , alliis arri ,
aliis rufi , aliis glauci coloris
orbibus circundatis , ut habili
miftura & accipiatur circumjecto
candore lux , &
temperato repercuffu non
obftrepat , & c.
د ر
د و
و ر
ود
Je continueray le mois prochain
à vous envoyer la fuite
de l'Ouvrage de Mr de Voolhouze.
On a appris par des VaifGALANT
79°
feaux Danois arrivez depuis
peu de Pondichery , la mort
de Mr Martin , Ecuyer , Confeiller
du Roy , Directeur General
de la Compagnie des Indes
Orientales , General des
Troupes Françoifes , tant par
mer que par terre , Gouverneur
de la Ville & Fort de
Pondichery,Chevalier de l'Ordre
de Nôtre Dame de Mont-
Carmel & de Saint Lazare de
Jerufalem ; né à Paris. Il eft
mort dans fa foixante - quinziéme
année , aprés en avoir
paffé plus de quarante à établir
& à affermir le commerce
Giiij
80 MERCURE
dans cette partie des Indes ,
où il a efté extremement
regretté , tant de ceux de fa
Nation , que des habitans du
Pays , à caufe de fon merite
& de fon amour pour la Religion.
La Compagnie des Indes ,
qui fut eſtablie en 1664. l'y
avoit employé dés l'année
1665. & l'avoit choify aprés
qu'il eût exercé divers Emplois
avec diftinction , pour
Directeur General & Chef
du Confeil Souverain de Pondichery
, pour fon commerce
& fon eftabliffement dans tous
GALANT 81
les Etats de la Cofte de Coromandel
, du Golfe de Bengale
, & autres Parties Orientales.
Il s'y eftoit rendu fi habile
, & il y avoit acquis des
lumieres fi juftes & fi éten
duës par fon application def
intereffée , qu'il s'eftoit concilié
avec grande reputation la
confiance & l'amitié des Souverains
& des peuples , en forte
qu'en l'année 1676. Chircan
Londy , General des Armées
du Roy de Vifapour , qu'il
avoit mis dans l'alliance des
François , le chargea de s'em82
MERCURE
parer
de la fameufe Forrereffe
de Valdaour , fituée proche.
de Pondichery , qui eftoit au
pouvoir du Prince de Chingy,
quis'eftoit fouftrait de l'obéiffance
du Roy de Vilapour ;
ce que Mr Martin executa
avec tant de prudence & de
valeur , qu'ayant fait efcalader
la Fortereffe par deux endroits,
pendant qu'il faifoit donner
une fauffe attaque à la grande
Porte , il s'en rendit maître en
une demie heure de temps ,
quoiqu'il n'eût que quarante
Soldats François , avec les gens
pays , qu'il avoit affemblez du
GALANT 83
pour
l'execution d'une entreprife
de cette confequence ; il
conferva cette conquefte , & il
alla mettre le fiege devant une
autre Fortereffe , appellée Tendinanon,
avec unCorps de Troupes
du détachement de l'Armée
de Chircan Londy , qui
affiegeoit Chingy , avec lequel
il facilita un Traité .
En 1693. Mr Martin fut
affiegé par les Hollandois dans
Pondichery , qui eftoit fans
fortifications
. Ils avoient quarante
quatre pieces de Canon
& fix Mortiers . Il s'y deffen .
dit pendant plufieurs jours ,
84 MER CURE
1 2
avec une valeur plus qu'humaine
; la Capitulation luy fut
des plus honorables ; il fut arrefté
entre le General des Hollandois
& ce Gouverneur , que
les François fortiroient de la
Place, Enfeigne déployée, tambour
battant , & moufquet fur
l'épaule, méches allumées, avec
deux pieces de Canon , juf
qu'au bord de la Mer , où ils
devoient s'embarquer. Sed pedi
Par la Paix de Rifwick
Pondichery a efté rendu aux
François , & Mr Martin en reprit
poffeffion.
Ces actions , & plufieurs
GALANT 85
autres de cette importance ,
luy ont fait meriter la protection
& l'amitié des Souverains
, & des peuples de cette
partie de la Terre ; & il a fi
bien fait
fes foins , que
par
Pondichery , qui n'eftoit qu'un
fort petit Village , eft devenu
une bonne Ville Françoile ,
qu'il a fait fortifi er .
Il y a fair bâtir un Fort à
cinq Baſtions Royaux , de deux
cens toifes , & revétu de maçonnerie.
Il fut commencé
vers la fin de l'année 1701 .
& il a efté achevé au mois
de May 1706. par la conf
86. MERCURE
duite , & fur les deffeins de
Mr Nion , Ingenieur ordinaire
du Roy , Capitaine commandant
les Troupes de la Garnifon.
La premiere Pierre fut
pofée le neuviéme May 1702 .
ainfi qu'il paroift par l'Infcription
fuivante , gravée ſur deux
Tables de Cuivre, l'une en Latin
& l'autre en Langue Malabare,
qui eft celle du pays ; elles
ont efté jettées dans les fondemens
avec une Medaille du
Roy.
Regnante
in Gallia
Ludovico
Magno
GALANT 87
Semper invicto femper Augufto.
D.D. Francifcus Martin Eques
Regi à Confiliis
Urbis Pondicheriana Vigilantiffimo
Gubernator
Et Indiarum Commercii intelligentiffimus
Difpenfator
Nova hujus arcis fundamenta
2.
pofuit
Impenfis nomine Regis focietatis
indica.
Die nona menfis Maii anno
Domini
M. D. CC. II.
Opera Dionify de Nion Pari88
MERCURE
fienfis
Regiarum arcium infuctoris.
"
Cette Fortereffe met Pondichery
hors d'état d'eftre infultée
, & fert de retraite , non
feulement aux Vaiffeaux & aux
Troupes que le Roy envoye
aux Indes , mais auffi aux Nations
voifines qui font en
guerre avec le Mogol ; cet azile
fert auffi pour la fureté &
correfpondance des Miffionnaires
, & contre les infultes
des Anglois & des Hollandois
qui font établis prés de Pondichery
fur la même Cofte.
la
GALANT 89
Enfin Mr Martin a étably
des Comptoirs dans les autres
Royaumes & Etats , & partidire
que
culierement dans ceux deGolconde
de Bengale & d'Achem
& autres, &l'on peut
la Nation Françoiſe luy eft
redevable des progrés qu'elle
a fait en ces pays éloignez.
C'est pourquoy S. M. en reconnoiffance
de fon merite &
de ces fervices luy avoit accordé
pour luy & pour toute
fa pofterité des Lettres de Nobleffe
dés l'année 1692 & l'avoit
nommé Chevalier de l'Or
dre de faint Lazare le trente-
Decembre , 1708. H
90 MERCURE
>
uniéme Decembre 1700 .
Meffire N.. du Sauffay ancien
Prevoft des Marchands
de la Ville de Lyon , & ancien
Lieutenant particulier du Siege
Prefidial de cette même Ville,
eft mort âgé de prés de 90 .
ans . Il étoit d'une ancienne
Famille du Lyonnois qui a toujours
efté fort attachée à la
Maifon de Villeroy & qui eft
alliée à celle d'Orneyfon Chamarende.
Mr du Sauffay d'aujourd'huy
, étant parent au
troifiéme degré de Mr le Marquis
de Chamarande , Lieutenant
General des Armées du
GALANT - 91
.
}
Roy. Celuy dont je vous apprens
la mort , a
exercé avec
l'aprobation du Public , les
premiers emplois de la Magi
ftrature de Lyon, & fa memoire
y fera long- temps en
benediction. Il fit faire pendant
fon Adminiſtration de
la Charge de Prevoſt des
Marchands, un beau Quay ,
qu'on nomme encore aujourd'huy
le Quay de Roanne , &
qui eft d'une grande commodité
pour le Public. De feue D
N.... de Crouper d'une des
plus anciennes Maifons de
Lyon , & pour laquelle on a
Hij
92 MERCURE
fervilongune
grande veneration en
cette Ville- là , Mr du Sauffay
a eu feu Mre N... du Sauffay
de Jarnoffe qui a fervi longtemps
; & qui fe retira chez
luy pour fe livrer entierement
au gouft qu'il avoit pour les
Mathematiques & pour les
Fortifications . Mr le Marquis
de Lhoſpital eftimoit beaucoup
ce Gentilhome . Mr du
Sauffay,a auffi cu Mr du Sauffay
Chanoine d'Efnay de Lyon ,
qui a efté pourveu d'un Pricuré
prés de Fontainebleau . Mre
N .. du Sauffay Abbé de faint .
Rigault en Bourgongne , dis
GALANT 93
gnité qui luydonne fceance aux
Etats de la Province , où il a cu
une fois l'honneur d'haranguer
avec un grand applaudiffement
Mre N... Chevalier du
Sauffay Enfeigne de Vaiffeau ,
qui a époufe depuis N... de
Baret d'une bonne Famille de
Lyon. Il fut député à la Cour
par Mrs de Vauvré & de Langeron
pour y porter la nouvelle
de la levée du Siege de
Toulon. Le celebre Mr du
Sauffay Auteur d'un excellent
Martyrologe , que Mr de Til
lemont & les autres Hiftoriens
Ecclefiaftiques citent fouvent
94 MERCURE
avec Eloge eftoit de cette même
Famille , de même que Mr.
l'Abbé du Sauffay , Chanoine
& Grand Penitentier de l'Eglife
d'Orleans, fort eftimé de
feu Mr le Cardinal de Coiflin .
Les Abbez du Sauffay dont je
viens de parler ont eu une
partie de leurs Benefices ; de
feu Mr. l'Abbé de Chamaran=
de leur Oncle , Chanoine de
faint Juft de Lyon .
Quoique je vous aye déja
parlé de la mort de Me la
Marquife de la Galiffonniere ,
jay crû devoir encore vous
envoyer l'Article fuivant , parGALANT
95
ce qu'il eft beaucoup plus exact
que celuy que vous avez déja
vû.
Dame Catherine Begon ,
âgée de 37. ans, Epoufe de Mr
Barin , Marquis de la Gallif
fonniere , Chevalier de Saint
Louis , Chef d'Eſcadre , de
Commandant la Marine au
Departement de Rochefort ,
fille de Mr Begon Intendant
de la Generalité d'Aulnis , &
de la Marine au
Departement
de Rochefort , foeur de Mr
Begon Ordonnateur au Port
de Rochefort , de Mr l'Abbé
Begon Docteur de Sorbonne ,
96 MERCURE
& de Mr Begon Enfeigne de
Vaiffeau , eft decedée , ainfi
que vous l'avez déja ſçû . Certe
Dame eft univerfellemens
regrettée. Elle s'étoit acquit
dés fa tendre jeuneffe , une
vertu , qu'elle perfectionnoit
tous les jours , eftant tres attentive
à fes devoirs , & tres
fevere , fur ce qui la regardoit.
Elle a fait voir pendant
le cours de fa vie une pieté folide.
Elle avoit cfté élevée chez
Mr Begon fon grand Pere ,
dont le merite & la pieté étoient
connues ; & quoy qu'il
puft par fes qualitez relevées ,
profiter ,
GALANT 97
2
profiter de l'avantage d'eftre
Oncle de Madame Colbert . Il
s'étoit retiré dans fa Famille ,
ayant renoncé aux biens de la
fortune. Il avoit travaillé à
perfectionner les bonnes difpofitions
qu'il trouvoit dans
La petite fille qui avoit l'efprit
vif & capable des meilleures
impreffions , ce qui l'obligea
à prendre luy même foin de
fon éducation , & à lui marquer
les Livres dont elle tireroit le
plus de profit de la lecture ,
Elle avoit fi bien fecondé les
bonnes intentions d'un Maî
trefi attaché, que l'on peut di-
Decembre 1708. I
a
$
98 MERCURE
re que ſon eſprit , eſtoit formé
avant l'âge ordinaire , ce qui
l'a rendue pendant la vie auffi
refpectable qu'aimable . Le
polte que tient aujourd'huy
Mr Begon fon Pere, fait connoltre
fon merite , & le diftingue
beaucoup. Il eſt un
des anciens Intendans du
Royaume, Son defintereffe .
ment & fon attachement au
ſervice du Roy, la vertu , fon
équité luy donnent des qualitez
qui le font eftimer de tous
ceux qui le connoiffent . Son
Epouſe étoit d'une vertu
xemplaire , & les pauvres con
GALANT 99
ferveront toujours fa memoire
, ayant efté pendant fa vie
tres attachée à les foulager ; il
ya à Rochefort un établiffement
d'orphelines, qui eſt d'un
grand fecours à ces pauvres
enfans , qui y font éleve z . Mr
Begon eft originaire de Blois ,
fon pere & fa mere, qui étoient
Viare , fonr allicz à plufieurs
familles diftinguées.
Mr Barin elt de Bretagne ,
& d'une famille diftinguée depuis
plufieurs ficcles ; il eſt fils
de Mr Barin Marquis de la
Galliffonniere, Maistre des Requeftes
, cy - devant Intendant
I ij
100 MERCURE
à Rouen & à Orleans , Confeiller
d'Eftat . Sa Mere eft
Boulanger ; il avoit efté Chevalier
de Malte , il étoit fur le
point d'avoir une Commanderie
lors qu'il fe maria. Il fut
nommé Chef d Efcadre aprés
l'affaire de Vigo , où il ſẹ diftingua
par fa valeur , & par
fon fçavoir dans la bonne Manoeuvre
qu'il fit pour ne pas
laiffer prendre fon Vaiffeau &
pour fauver fon Equipage , &
il foutint tout le feu des ennemis.
Mre Jacques Duding,Commandeur
, Clerc de l'Ordre de
GALANT ΙΟΙ
6
faint Jean de Jerufalem , fut
facré Evêque de Laufanne le
Dimanche 4. Novembre par
Mr de Montmorin Archevêque
de Vienne , aſſiſté de Mr
Madot Evêque de Belley , &
de Mr de Montmartin Evê.
que de Grenoble dans l'Eglife
Cathedrale de Vienne. Il y a
30. ans qu'il eft dans l'Ordre
de Malte , & il eft de la langue
d'Allemagne , & du Corps du
Clergé de cet Ordre Militaire.
Il y a trois fortes de Chevaliers
à Malte , les Nobles , les
Servans , qui font les plus anciens
, puis qu'ils établirent
I iij
102 MERCURE
l'Hôpital de Jerufalem fous la
direction du Frere Guerin , &
les Diaconos . Mr du Ding a
demeuré long temps à Mal
te où il a toujours efté fort.
cher aux Grands Maiftres , &
fur tout à celuy qui occupe
aujourd'huy cette place qui
luy a donné des marques d'une
diftinction particuliere
, &
principalement dans cette occafion
, où il a foutenu à Rome
fon êlection avec beau
coup de vigueur . Le nouvel
Evêque eft de Fribourg, Canton
Catolique ; il eft allié à la
famille de Montenach qui fe
GALANT 103
glorifie d'eftre la plus anciene
de l'Estat & la plus renommée
dans le Confcil de Fribourg
par lesChargesqu'elle y
a poffedées , & par le nombre
de ceux decenom quiont compofé
& qui compofent encore à
prefent ce Confeil; depuis 7.ou
8 generations on a vû beaucoup
de Comandeurs de Malte
de la famille du Ding. L'E
vêque de Laufanne d'aujourd'huy
a trois Commanderies ,
une à Aix la Chapelle , une
autre à Aufpurg & la troifiéme
à Fribourg , lieu de fa refidence.
Mr du Ding fon Ne-
"
I iiij
104 MERCURE
veu de la Langue d'Allemagne
a auffi un pareil nombre
de Commanderies , & c'eſt un
Ecclefiaftique d'un grand merite.
La conduite du nouveau
Prelat a toujours efté
fort reguliere , & c'est ce qui
lui a fait meriter l'eftime de
tous les Grands Maiſtres qui
ont gouverné l'Ordre de Malte
depuis qu'ilen eft membre.
Mr du Ding fon frere , du
même Ordre , a eu auffi l'approbation
& l'eftime de tous
ceux qui le connoiffoient . Mr.
l'Evêque de Lauſane a environ
60 ans. Mr P'Archevêque
GALANT 105
de Vienne donna un fplendi
de repas au Prelat confacré &
aux deux Affiftans. Mr. l'Evêque
de Belley qui en eſtoit un
cft Comprovincial du nouvel
Evêque , eftant tous deux fuffragans
de Befançon , iqli
Laufane cft une Ville de
Suiffe vers le Lac de Geneve ,
dans le Canton de Berne ; les
Geographes Latins la nomment
Laufonnium & Laufanna.
Il y a un Siege Epifcopal , mais
quia efté transferé à Fribourg
depuis l'an 1535. que les Calviniftes
fe rendirent Maiftres
de cette Ville. Ce Siege E106
MERCURE
pifcopal eftoit autrefois à Wi-
Afbourg que les Auteurs Latins
nomment Aventicum ,
Prolomée, AmmianMarcellin,
Tite- Live, Salufte , Tacite , &
divers autres anciens Aureurs
en font mention . Un des plus
grands droits de l'Evêque de
Laufane eft celuy de Confacrer
l'Archevêque.de Be-
Lançon Metropolitain. Cela fe
prouve par un Manufcrit qui a
plus de 700 ans d'antiquité, &
que l'on conferve dans les Ar
chives de l'Eglife Metropolitaine
de Befançon . Laufane
cft à 8 lieues de Fribourg & à
GALANT 107
dix de Geneve. L'Eglife Cathedrale
eftoit lune des plusbelles
qu'on pût voir , & l'on n'en
peut regarder les triftes reftes
fans en eftre attendri. Ledernier
Evêque qui a refidé en
cette Ville, & que les Proteftans
en chafferent eftoit de la
Maifon de Montfalçon , une
des plus grandes de Savoye
dont eft Mr de faint Pierre .
Cet Evêque eftoit tres puiffant
, & il avoit de tres beaux
droits fur la Ville Epiſcopale,
dont il étoit en partie Souverain
. Il étoit tres folide Theologien
, il en a donné de fre
quentes marques.
108 MERCURE
rs
M's les Comtes de Saint
Jean de Lyon , ont fait dans
leur Eglife qui eft la Cathedrale
, un Service Solemnel pour
feüe Mila Marechale de Villeroy.
Il y avoit fur la Tenture
du Choeur deux lais de velours
noir chargez d'Ecuffons où
étoient les Armes de la Maifon
de Villeroy & de celle de Cof.
fe , & entre ces Ecuffons il y
en avoit où étoient les chiffres
de Duc & Pair. La Repre
fentation avoit tout l'éclat
que l'on peut donner à un
appareil Funebre. Le Poil étoit
preſque à la hauteur du defGALANT
109
5
fus des formes des Comtes. Il
étoit couvert d'un Manteau
de Ducheffe ; il y avoit une
Couronne couverte d'un crefpe
qui trainoit jufques à tetre .
Le Dais étoit magnifique &
tres élevé. Toute l'Eglife étoit
brillante de lumiere . Mr le
Doyen , de la Maiſon de Damas
Rouffer, officia . Il avoit
pour Diacre Mr le Comte du
Rouffetfon frere , & Prevoſt
de la même Eglife , & pour
Soufdiacre Mr le Comte de la
Chaize- Chantelau , parent
du Pere de la Chaize . Toutes
les Compagnies de la Ville Y
110 MERCORE
affifterent fçavoir lePrefidial, la
Cour des Monnoyes , l'Hôtel
de Ville, & le Bureau des Treforiers
de France. Le Prefidial
& la Cour des Monnoyes étoient
à la droite , du cofté de
l'Epitre , la Ville du cofté de
l'Evangile , & les Treforiers de
France vis à vis l'Autel fur des
Sieges qu'on leur avoit pratiquez
, & toutes ces Compagnies
étoient dans leSanctuaire
au deffus des formes des Chanoines.
Mr le Comte de Ro
chebonne frere de Mr PEvêque
de Noyon , & Cominandant
dans le Lionnois ,
GALANT
Forez & Beaujollois, s'y trou
va de même que l'ancien Abbé
de Saint Antoine , frere de
Mr l'Abbé de Maulevrier Langeron
Aumonier du Roy . Me
la Comteffe de Soiffons qui
fait fa refidence chez les Dames
de Saint Pierre , s'y trou
va auffi , de même que Mr le
Prince d'Harcourt qui étoit
auprés d'elle. On y remarqua
auffi Mr le Comte de Verdun
Beau pere de feu Mr. le Marquis
de la Baume
Compagnie étoit auffi nombreuſe
que diftinguée . Il Y
avoit fur l'Aurei fix Chande
& la
112 MERCURE
il
liers & une Croix d'Argent ,
qui coûterent 2 5. mille livres
y a quatre ou cinq ans .
Quoy que je vous aye marqué
que je remettois au mois
prochain à vous parler des
Difcours dont je ne vous ay
encore rien dit , & qui ont efté
prononcez dans les Academies
dont je viens de vous entretenir
, je crois neanmoins devoir
ajouter à ceux dont je
vous ay déja parlé , qu'aprés
la lecture de l'Ode de Mr l'Abbé
Boutard , Mr l'Abbé Fraguier,
de l'AcademieFrançoiſe ,
& qui eft auffi Membre de celGALANT
113
le des Infcriptions , lut une
Differtation fur Eclogue. Il
la regarda comme un Poëme
Dramatique ; & fuivant cette
ideé il traita de quatre chofes
qui ont raport au Drame , & il
examina 1. le lieu de la Scene ,
2. les Acteurs. 3. ce qui fe
paffe & ce qui fe dit fur la Scene
4°. le ftile & les expreffions de
l'Eglogue . Le but de tout l'Ouvrage
eft d'établir ce que c'eft
precifement qu'Eclogue conformement
à l'acception Françoiſe
de ce mot , & d'en donner
une idée jufte , precife
& incommunicable , qui la
Decembre 1708. K
114 MERCURE
diftingue de tout autre genre
de Poëfic.
Il trouve que l'Eclogue eft en
Poëfie ce que le paysage ruftique
eft en Peinture . Cette no
tion lui fit établir des principes,
felon , lefquels il eft aifé de
conclure qu'il y a en effet fort
peu d'Eclogues , quoi qu'il y ait
beaucoup de pieces qui en
ayent le Titre. Il établit avec
foin la difference de l'Eclogue
& de l'Idylle ; il marqua d'où
ces deux mots ont tiré leur
origine , auffi bien que la dénomination
de Poëfie Bucolique.
Toutes ces chofes furent trai
GALANT 115
tées avec beaucoup d'ordre ,
d'élegance & de netteté & avec
un heureux choix de differens
endroits de Theocrite & de
Virgile , qui font les deux feuls
Auteurs dont il a tiré fes exem
ples , parceque ce font les originaux.
Dans toute fa Differta
tion qui fut affez longue il ne fe
fervit que de fes feules penſées ;
mais ce fut avec unejufteffe de
critique & avec un ftile poli
qu'on ne trouve pas toujours
dans les ouvrages des Sçavans.
Ilne s'attacha à fuivre ny à
refuter aucun de ceux qui ont
traité cette matiere avant luy ;
2
Kij
116 MERCURE
parmi lesquels il y à des per
fonnes pour qui il ne pouvoit,
ajouta t -il , marquer trop d'eftime
& de confideration .
ges
M' l'Abbé Fraguier ayant
ceffé de parler , Mr l'Abbé Bignon
donna de grandes loüanàfa
Differtation , & comme
il y avoit plus de demie
heure que le temps de la Séance
eftoit paffé il marqua qu'il
cftoit fâché qu'il ne luy reſtaſt
affez de temps pour entrer
dans le détail des differentes
parties dont elle eftoit compofée
, & d'en approfondir
tous
les
principes.
pas
GALANT
1171
J'ay écrit eclogue , comme
l'écrit l'Auteur.
Je paffe à un Article de même
nature , que vous trouverez
tres curieux , & tres digne
de votre attention
, par la varieté
des chofes qui s'y trou
vent. Ce que vous allez lire
m'avoit cfté promis par un
homme dont les Relations
ont toûjours fait beaucouo de
plaifir à ceux qui les ont luës ,
ainfi j'avois lieu d'en attendre
une auffi belle que celle que
jeviens de recevoir.
128: MERCURE
ह.
A Perpignan le 30 Novembre
1708..
Vous ayant promis de vous en
voyer toutce qui a efté fait en ces
quartiers pourhonorer la memoire
de Mrle Maréchal de Noailles ,
il eft jufte de vous fatisfaire. Je
m'en acquitte un peu tard , parce
que ces honneurs fanebres com
mencez ily a plus de fept femai
nes , ne font finis que d'hier. Ons
a fait tant de chofes pour marquer
la veneration que l'on avoit pour
ce cher Gouverneur
, & pour exprimer
la reconnoiffance dont ony
GALANT 119
eft
veritablement penetré , que
j'apprehende
d'eftre long dans mon
recit.
Fe commence par Mr le Duc
de Noailles fon fils. Je ne vous
diray pourtant rien de fa vive
douleur , lorfqu'il appris une mors
à laquelle il ne s'attendoit nullement
: vous vous lafigurerez par
fes belles qualitez qui l'élevent fa
fort au deffus de la plupart des
hommes. Un Courrier extraordi
naire luy apporta cette trifte nouvelle
le 8. d'Octobre , e aprés
avoir donné amplement à la nature
ce qui luy eftoit dû , la Religion
vint àfonfecours , & luyfit vois
120 MERCURE
"
qu'il eftoit temps de fonger au fou
lagement de l'ame d'un Pere qui
luy eftoit fi cher. Il pria donc Mr
noftre Evefque qui eftoit venu
chez luy pour le confoler , d'envoyer
dans toutes les Eglifes de la
•Ville , qui font en grand nombre ,
retenir pour le lendemain toutes
les Meffes que l'on y pourroit ce
lebrer.
Ce jour- là la douleur de Mrle
Duc de Noailles fur bien augmentée
, lorsqu'il reçut par le Courrier
ordinaire des lettres de Mr le
Maréchal fon pere. Elles eftoient
accompagnées de Provisionsfignées
de luy , en faveur d'un Officier du
Confeil
GALANT 121
Confeil Souverain , qu'il avoit
nommé Juge de la Capitainerie
de cette Province. Ainfi on peut
direque MrleMaréchal de Noailles
eft mort comme il avoit vécu ,
les bien-faits à la main ,puiſqu'une
de fes dernieresfignatures a efté
une grace accordée à un des hommes
du Rouffillon , qui , durant
qu'il a vécu ont ens un dévouëment
entier pour fes volontez :
mais Mr Collarés , penetré de la
mort de fon bien-faicteur , ne luy
a furvécu que cingfemaines.
Le 13. d'Octobre , Mr le Duc
fit faire un Service folemnel dans
la Cathedrale. Ony éleva par fes
Decembre 170 L
122 MERCURE
ordres un magnifique Maufolée,
dont les quatre degrezfurent chargez
d'un nombre confiderable
de lumieres. Mrs du Confeil
Souverain yy aaffffiifftteerreenntt en robes
noires , auffi bien que Mrs les
Confuls , accompagnez de ceux de
leurs Predeceffeurs en Charge qui
fe trouverent dans la Ville. La
Nobleffe du Pays n'y manqua
pas , non plus que les Officiers qui
eftoient alors icy en nombre confiderable.
Ils parurent à cette trifte
Coremonie , ( de même qu'ils ont
fait aux autres qui l'ontfuivie)
les Principaux en grand deüil
les autres avec de grandes écharpes
de crefpe & autres ornemens
AGALANT 123
lugubres convenables à leur état,
Mr l'Evêque officia. La Meffe
fut chantée en Mufique. L'Offrande
fe fit en ceremonie , &
aprés que
les buit Bourdonniers
eurent paffé ( ce font huit Chappiers
qui Choeur
, &
le
qui fuivant le Ceremonial Romain
ont en main de grands Bourdons
d'argent. ) Mr le Duc marcha
en manteau long & offrit un
cierge tres- garni de pieces d'or.
Mrs les Chanoines fuivirent
avea tout leurClergé, faisant en
tout 120. Preftres. On doit remarquer
que nul nepeut porter
Surplis dans le Choeur , qu'il ne
Lij
124 MERCURE
foit Prétre. ) Puis Mrs du Confeil
ayant à leur tefte Mr le Premier
Prefident ; Mrs les Confuls &
leurfuite ; & les principales Dames
de la Ville en grand deüil. A
la fin de la Meffe quatre desprincipaux
Chanoines ou Dignitez de
l'Eglife , firent les Abfoutes avec
Mr l'Evêque.
La femaine fuivante le Confeil
Souverain s'acquitta de ce devoir
de pieté dans Eglife qui lui
fert de Chapelle. Elle fut toute
tenduë de noir , remplie de
quantité deflambeaux de cire blanche.
Les Confuls invitez de la
part de Mrs du Confeil y affifteGALANT
125
rent , & Mr Defprez , Confeiller
d'Honneur & Grand- Vicaire
de ce Dioceſe , homme autant venerable
parfon merite , que parfon
âge , fit l'Office.
Le Chapitre de l'Eglife de S.
Jean, qui eft la Cathedrale, fit auffi
fon Service & celapar une déliberation
particuliere , n'en ayant ja
mais fait pour perfonne ; mais en
cette conjoncture il crut devoir
paffer furfes anciens ufages , en
reconnoiffance de ce que feu Mrle
Maréchal avoit fait pour luy en
plufieurs occafions. La dépense fut
confiderable , le Cenotaphe tresilluminé
, & Mr l'Evêque offi-
Liij
126 MERCURE
cia en prefence du Confeil & des
Confuls. Mrle Duc de Noailles
qui avoit affifté à toutes cesfaintes
& triftes Ceremonies , alla en long
manteau , fuivi d'un nombreux
cortege , remercier Mrs du Confeil
dans la Salle d'Audience : Mrs
du Chapitre affemblez dans leur
Salle Capitulaire & Mrs les
Confuls dans l'Hoftel de Ville. Il
fit à chacun de ces Corps un complimentparticulier
, mais d'un ſtile,
fi noble , fi élevé , & en même
tempsfitendre & fi touchant qu'aprés
que ces Mrs eurent tous admiré
l'éloquence naturelle de celuy
qui leur parloit , plufieurs émus de
GALANT 127
ce qu'il leur difoit, ne pûrent rète-..
nir leurs larmes.
Rien ne peut nous donner une
plus haute idée de la pieté e de
la Religion de Mr le Duc de
Noailles , que ce qu'il fit quelques
jours avant fon départ de cette
Ville. Ce fut un Contrat de Fondation
qu'il paffa avec Mrs du
Chapitre de S. Jean , & Mrs de
la Communauté de la même Eglife
, qui font deux Corps feparez ,
lefquels fe réuniffant en un , font
ce nombre de 120. Preftres dont
je viens de parler. Mr le Ducleur
donna unefomme confiderable pour
eftre miſe enfonds , dont la rentè
Liiij
128 MERCURE
celebré
fera employée à une retribution
une foisplus forte qu'on ne la paye
en pareilles occafions pour un Ser
vice & un Anniversaire general
perpetuel , qu'il prétend estre
folemnellement dans leur
Eglife , tous les ans le 20. de Novembre
, pour les ames de fon Pere
& defon Ayeu!; & celles de tous
les Gouverneurs
& Capitaines
Generaux du Rouillon de fa
Maifon , qui luy fuccederont à
l'avenir dans cette Charge . Pour
les ames encore des Dames époufes
de ces Seigneurs , auffi bien que
pour celles de fes plus proches parens
, decedez à deceder , auGALANT
1298
quel il entend qu'affiftent tous ces
fix-vingts Preftres. Les Chanoi
nes en acceptant cette Fondation
ont déliberé que cette Meffe feroit
toûjours celebrée par l'un d'eux ;
affifté d'un Diacre & d'un Soudiacre
du même Corps , & cela ,
difent - ils , en reconnoiffance
des bien - faits reçûs par l'illuf
tre Maifon de Noailles , & en
particulier de Mr le Maréchal
& de Mr le Duc fon fils. Le
Chapitre de la Communauté de S.
Fean a mis auffi dans fon Acte
Capitulaire , qu'il acceptoit toutes
les conditions du Contrat ,
quoy qu'il y en ait quelques130
MERCURE
unes de contraires aux ufages
de leur Eglife ; pour mieux témoigner
à Mr le Duc de Noailles
, fa reconnoiffance des
bien - faits que la Communauté
a reçues de luy & de ſes ancêtres
& le defir qu'il a de feconder
fes pieufes intentions . Le
Confeil Souverain s'eft obligé
par une deliberation unanime d'af
fifter en Corps tous les ans à ce
Service , pour témoigner par
là la reconnoiffance des bienfaits
que la Compagnie & toute
la Province ont reçus de cette
illuftre Maiſon . Les Confuls
le Confeil , dit des Douze ,
GALANT 131
préposépour les ceremonies des Funerailles
des Obfeques , tous
gens notables dont la plupart ont
efté Confuls , ont pris cet engagepar
reconnoiffance
auffi
ment
des bien faits reçus de la Maifon
de Noailles. Ils fpecifient en
particulier , fçavoir, que l'Ayeul
de Mr le Duc dans un temps calamiteux
de guerre & de pefte ,
avança àla Ville & àla Provin
ce une fomme confiderable qui leur
procura des vivres en abondance ;
que c'eft à la puiffante Protection.
de Mr le Maréchal qu'ils doivent
confirmation de leurs Privile
ges , celle de leurs glacieres , & ce
la
132 MERCURE
qui eftdeplus confiderable que c'eft
ce Seigneur qu'ils nomment leur
Pere commun , qui a maintenu
le Corps des Bourgeois nobles
dansfes
prerogatives ; enfin que
Mr le Duc leur a déja donné en
plufieurs occafions des marques de
fon affection & de fa tendreffe
qu'il a puifée (ainfi qu'il l'a dit
folemnellement dans le fein de
Jes
Predeceffeurs.
Vous voyez par toutes ces chofes
qu'elle eft la fenfibilité de tous
les Corps de cette Province ,pour
tous les biens qu'elle a reçûs des
Seigneurs de Noailles , & combien
cette illuftre maiſon eft honoGALANT
133
rée & aimée dans ce pays . Je ne
dois pas finir cet articlefans vous
faire remarquer que cette Fondation
faite par Mrle Duc de Noailles
, n'eft pas la premiere preuve
qu'il a donnée de fa confiance aux
fuffrages de l'Eglife , puifqu'en
1702. aprés que fon jeune frere
le Marquis de Noailles fut mort
à Srafbourg d'une bleffure qu'il
avoit reçue fur le Rhin , il y
fonda une meffe qui devoir eftre
celebrée tous les jours pour le repos
de fon ame, & que tous les
ans en quelque endroit qu'il fe
trouve , il y fait chanter un fervice
folemnel pour le deffunt , le
jour de fon decés.
134 MERCURE
Je reviens aux prieres faites
pour Mr le Maréchal on chanta
dans toutes les Paroiffes de la
Ville , & dans toutes les Maifons
Religieufes de l'un & de l'autre.
fexe , un fervice avec le plus de
folemnité qu'ilfut poffible ; mais
le Prieur de l'Eglife du Temple
de l'Ordre de Malthe , Frerefo
feph Canta , fe diftingua dans cés
honneursfunebres.Son Eglife tou
te tendue de noir tres- éclairée ,
prefentoit une lugubre décoration
"desplusfingulieres, & qui ne laiffa
pas de contenter fort les yeux,
Tous les Chevaliers de Malthe
quife trouvèrent alors dans PerGALANT
135
pignan , y affifterent en habit de
deuil. Mr de Montmejan
, Officier
d'un merite diftingué , d'une
ancienne famille de fon nom, prés
de Milbau , en Rouergue , Ma-
Commandant de noftre Ci- jor
tadelle ,fit auffichanter avec beaucoup
d'éclat , & en Müfique , un
Service dans laChapelle de la Citadelle
quifut toute tendue de noir,
& au milieu de laquelle on vit
une reprefentation élevée de plufieurs
gradins , chargez de nombre
confiderable de flambeaux &
de cierges.
Toutes les Villes du Diocéfe
tous les lieux de la Campagne
136 MERCURE
où ily a Communauté de Prêtres ,
en ont auffi chanté par ordre de
Mr noftre Evêque avec le plus
de pompe qui leur a efté poffible.
Mr l'Abbé Gaillard, non moins
devoué à la maifon de Noailles
que fon frere , le R. P. Gaillard
Jefuite , premier Confeiller d'honneur
du Confeil Souverain de
Rouillon, Abbé regulier de
Noftre- Dame d' Arles , qui eft une
Abbaye confiderable , fituée àfept
lieues d'icy , & dépendante immediatement
du S. Siege , donna
fes ordres pour faire des fervices
des prieres particulieres dans
toutes les Paroiffes defa Jurifdic-
లో
GALANT 187
tion. Celuy qui fut chanté dans
fon Eglife fut tres-folennel , &
l'Etat Major du Fort de Bains
qu'ily avoitfait inviter , s'y trou
va , ayant àfa tête Mr de Courtade
qui en eft Gouverneur.
Enfin le jour pris par Mrs de
Ville pour s'acquiter de ce devoir ,
arriva ; c'eftoit le 30. d'Octobre.
Mr le Ducde Noailles eftoit par-
27.pour la Cour. On vit élever
dans l'Eglife de Saint Jean
un Superbe Cenotaphe à quatre
Eftrades tres- hautes , qui estoient
toutes de differensplans ; celle d'en
bas eftoit un quarré regulier , aux
coins duquel on avoit placé quatre
Decembre 1708. M
ti le
138 MERCURE
a
pieds d'Eftaux foûtenant de hautes
Piramides de marbre noir , ſemées
de larmes , & couronnées ,
l'uneparles Colliers des Ordres du
Roy , l'autre par les Bâtons de
Maréchalde France , & les deux
de derriere par des Couronnes de
Ducs de Comtes . La feconde
•Eftrade reprefentoit en quelque
maniere la Croix du Saint Efprit.
La troifiéme avoit unefigure
ovalepar raport à la Medaille du
Collier de Saint Michel , & celle
d'en haut formoit une Lofange
par allusion à l'Ecuffon de la Ville
qui a cette figure. Dans chacune
des faces de cette quatrième EftraGALANY
139
*
de , on voyoit des pieds d'Eftaux
couverts desArmoiries de la Ville ,
fur lesquels eftoient pofées des
Colonnes torfes , formées de branches
de Ciprés , qui foûtenoient un
Baldaquin de velours noir , dont
le fommet eftoit couronné d'une
Croix. Ce Baldaquin ombrageoit
un Tombeau de marbre fur lequel
eftoit étendu negligemment le
Manteau Ducal , & au milieu
apercevoit fur une petite éle
vation un Carreau chargé defymboles
des dignitez du deffunt , cou
verts d'un grand Crêpe . Quatre
gros Sauvages au naturel
fis foutenoient comme en gemifaf
Mij
140 MERCURE
fant , les encoignures de ce Tombeau
, parrapport aux Tenants des
Armes de la maifon de Noailles.
Tous ces plans eftoient couverts de
deüil , & ornez de grands & de
petits Ecuffons aux Armes du deffunt
; de Bâtons de Maréchal de
France , pofez en Sautoir , &
liez par le Cordon bleu ; de Trophées
d'Armes & de magnifi
ques Infcriptions ; le tout éclairé
d'un grand nombre de flambeaux
de poing difpofez avec art. Les
deux autres Maufolées qui a-
Joient efté élevez dans la même
Eglife , l'un par les ordres de Mr
le Duc de Noailles , l'autre par
11
GALANT 141
les ordres de Mrs du Chapitre ,
eftoient à peu prés de cette magnificence
; mais de differens deffeins
avec des Infcriptions differentes.
Le 29. au foirtoutes les Eglifes
de laVillefonnerent leurs Ĉlo-
&
ches ; dans la matinée du lendemain
toutes les Paroiffes & toutes
les Communautez de Religieuxfe
rendirent , chacune en particulier
proceffionellement , à l'Eglife
de Saint Jean pour y chanter un
Libera , & pouryfaire une Abfonte
: enfuite on celebra la meſſe
chantée par la Mufique : Mrs du
Confeil qui y avoient eſté invi142
MERCURE
tez par Mrsles Confuls , s'y rendirent
en Corps , ayant à leur tête
Mr de Quinfon , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
Commandant dans la Province.
L'Oraifon Funebre fut prononcée
par le R. P. de Macés Jefuite ,
qui n'avoit pas eu beaucoup de
temps pour s'y preparer: fon texte
fut Deum timete , Regem honorificate
, ilfit voir que Mr
le Maréchal de Noailles , en craigant
le Seigneur , & honorant le
Souverain fous lequel il eftoit né,
s'eftoit montré un homme felon le
coeur de Dieu & felon le coeur du
Roy; mais qu'il n'avoit eftéfelon
GALANT 143
le coeur du Roy , que parce qu'il
eftoit felon le coeur de Dieu.
Les Auguftins déchauſſez furent
les derniers qui s'acquiterent
de ce qu'ils devoient à cet illuftre
deffunt ; mais ils n'avoient pas
efté des derniers à prier pour luy ,
puifqu'auffi- toft aprés qu'ils eurent
appris fa mort , ils s'obligerent
volontairement à celebrer
100. meffes pour le repos de fon
ame.Comme ils ont des obligations
effentielles à la maifon de Noail
les , qui les a toûjours honorez
de fa protection ; que cefutpar le
pere de Mr le Maréchal qu'ils
furent appellez en cette Ville , of
144 MERCURE
il les établit Aumoniers de la Citadelle;
Employ de confiance qui
occupe toujours deux de leurs
Prêtres , & dans lequel le fils
les a toûjours maintenus ; que Mr
le Maréchal a contribué largement
au bâtiment de leur Eglife ,
enforte qu'il en peut eftre regardé
comme le Fondateur ; qu'il leur a
procuré beaucoup d'avantagespendantfa
vie , & qu'il n'avoit pas
dedaigné d'eftre affocié lug & tou
te fa famille , à leur Congrega
tion , ils crurent devoir fe fignaler
en cette occafion.
Ce fut donc ce qui fit differer
ees Religieux jufqu'au 28. de ce
mois
GALANT 145
mois afin de donner le temps à l'un
des leurs de travailler à la gloire de
leur bien faicteur. Cejour là leur
Eglife tenduë de noir avec une
grande Litre chargée d'Ecuffons
aux Armes du deffunt , entrelaffez
de bâtons enfautoirs de Maréchaux
de France , prefentoit aux
Spectateurs un Theatre lugubre ,
compofe de cinq grands étages
formant un demy octogone qui
s'élevoit jufqu'à la motié de l'Edifice
, & qui occupoit toute la
Façade du Maistre Autel. Il
eftoit tout couvert de drap noirfemé
de larmes , &reprefentoit en
quelque maniere le triomphe de
Decembre 1708. Ne
146 MERCURE
a
la Mort. On la voyoit tout au
haut affifefur une espece de Trône
paroiffantfouler à fespieds toutes
lesgrandeurs du monde. Elle
étoit à demy couverte d'une draperie
blanche , femée de larmes
noires , la tefte couronnée de lauriers
appuyée d'un cofté fur fa
Faux , tenant d'une main fon
horloge de fable , comme pour
montrer que l'heure de tous les
hommes eft marquée , & de l'autre
elle portoit comme en trophée le
cordon bleu , le bafton de Maréchal
, la Couronne Ducale , triftes
dépouilles du deffunt. Ce
Theatre étoit tres illuminé , &
GALANT
147
le tout étoit du deffein de Mr
Guerre , Peintre du Roy d'Efpagne,
& l'un des Eleves du fameux
Mr Rigautfon compatriote.
Il avoit auſſidonné le deſſein
du Maufolée que Mrs de Ville
avoient fait élever dans faint
Jean. Ce fut fur un Autel dreffé
aux pieds de ce trifte Monument
que l'on celebra la Meffe ,
à laquelle affifterent Mr de Quinfon
Commandant de la Provin-
се Mr l'Intendant , Mrs du
Confeil , Mrs les Confuls , tout
l'Etat Major , ce qu'il y a de
plus diftingué dans laVille de l'un
l'autre fexe, & un nombrè
f
Nij
}
£48 MERCURE
confiderable d'Ecclefiaftiques de
Religieuxde tous les Ordres .
A la fin du Service & avant
Abfoute, le R. P. Gafpard, l'un
des Aumôniers de la Citadelle ,
monta en Chaire , & prononça
l'Oraiſon Funebre.
.
Il prit pour texte ces paroles
du cinquième Livre des Rois
chapitre 11. Pepigit foedus inter
Dominum , & inter Regem
, & inter populum , & il
fit voir que ce qu'avoit fait autrefois
un homme de Dicu
dans une rencontre particu
liere , animé de cet efprit principal
qu'infpire le zele de la ReGALANT
149
ligion & l'amour de la Juftice
, Mr le Maréchal de Noaille
l'avoit fait durant tout le
cours de fa vie. Après avoir expliqué
de quoy nous fommes redevables
à Dieu & aux hommes ,
foit qu'ils foient nos fuperieurs ,
foit qu'ils fe trouvent nnooss inferieurs
; il dit
c'eftoit à ces
trois objets , Dieu , le Roy &
le Peuple , que cet illuftre mort
avoit raporté toutes les penfées
, fes actions & fa conduite
; que Dieu fut l'objet de fa
pieté , le Roy celuy de fes fervices
, & le peuple celuy de fes
biensfaits que la fageffe l'éque
Niij
150 MERCURE
clairant de fes plus vives lumieres
, luy donna de grands
fentimens de fon Dieu ; quela
valeur & la prudence le conduifant
dans fes entrepriſes ,
luy firent faire des actions dignes
de fon Roy , & que la
bonté animant toute fa conduite
, luy fit répandre des
bien faits , qui par leur nombre
auffi - bien que par leur
qualité , remplirent & furpafferent
les befoins & l'attente
de tout le monde.
Il entra dans fon premierpoint
par ces paroles , avoir reçû le
jour de parens illuftres par leur
GALANT
151
pieté autant que par leur naiffance
; faire revivre leur vertu
dans le cours de fa vie , la cultiver
, ou même l'égaler ; ne
la démentir jamais ; ce n'eſt
point là Mrs un portrait d'imagination
; vous comprenez
affez que celuy que nous pleurons
en eft le fujet , & qu'il
m'a fervi d'idée pour le compofer
. Il dit enfuite que s'il avoit
à traiter une maciere
moins abondante en merite
& en vertu , il pourroit avoir
recours à une Genealogie ancienne
, qui par fes alliances
s'eft unie avec les plus gran-
Niiij
152 MERCURE
des maifons. Il le feroit voir
le quinziéme Seigneur du nom.
de Noailles par ordre de generation
, depuis Geraud de
Noailles qui vivoit fur la fin
du onziéme fiecle. Il parleroit
de Jean de Noailles marié en
1439 à fa couſine Jeanne de
Gimel , foeur de Blanche de Gimel
, qui époufa Pierre Roger
, Comte de Beaufort , Vicomte
de Turenne , Neveu des
Papes Clement VI. & Gregoire
XI. Il feroit paroiftre le grand
Antoine de Noailles accompagnant
en Eſpagne François
II . de la Tour d'Auvergne ,
GALANT 153
Vicomte de Turenne , fon parent,
quialloit époufer au nom
du Roy François I. la foeur de
l'Empereur Charles V. & ayant
l'honneur de figner au
contrat de mariage de cette
Princeffe, Il raporta les autres
Emplois de cet Antoine de Noailles
, d'Ambaffadeur , de Commandant
des Armées Navales , avec
Commiffion d'Amiral , de Gouverneur
de la perfonne des Princes
, Fils du Roy Henry II. pendant
que fa femme de l'illuftre
maifon de Gontaud eftoit Gouver
nante des Filles de France , &
Dame d'honneur de la Reine. Le
154 MERCURE
pere & l'ayeul de Mr le Maréchal
ne furent point oubliez non
plus que fon oncle Henry , Comte
d'Ayen tué à la bataille de Rocroy
, comme fon frere l'avoit efté
devant Maftrick, L'éloge abregé
des deux fameux Evêques de
Dax , François & Gilles de
Noailles , & leurs Ambaffades
furent mentionnées auffi bien que
ce qu'avoientfait pour la Chrêtienté
Alophe Adrien de Vignacourt
, Grands Maiftres de
Malthe ,fes grands oncles mater ·
nels . Mr le Cardinal de Noailles
qui en rempliffant une des plus
éminentes dignitez de l'Eglife ,
GALANT 155
s'éleve beaucoup au deffus d'elle
par fes vertus perfonnelles , y
trouva auffifaplace ; puis par une
faillie veritablement chrétienne
il s'écria ; mais qu'est - ce que
tout cela devant vous , ô mon
Dieu , s'il n'eft foûtenu par cette
crainte filiale qui fait en nous
commencement de la fagelfe
? Qu'est- ce que la gloire du
monde ? Que font les grandeurs
de la terre ; les richeffes
périffables ; les emplois les plus
élevez ; les fortunes les plus ..
éclatantes, fi la grace ne les ani-
& fi la pieté ne leur fert
le
me ,
de fondement ? Ce n'est que
156 MERCURE
fumée qui fe diffipe , que le
fon d'un airain retentiffant qui
fe perd en l'air ; ce ne font là
que des feuilles qui n'empcfcheront
pas le figuier fterile &
infructueux d'eftre coupé &
jetté au feu .
Ce fut ainfi , ajouta- il , que
les regarda toûjours Mr de
Noailles. Ilparla de fon éducation
fous les foins d'une mere qui
durant la vie à la mort ,fut
l'édification de l'Eglife & Padmiration
de la Cour ; & duprogrés
que firent chez luy les fe
mences de vertu qu'elle y jetta. Il
fit un détail de la conduite de ce
GALANT 157
jeune Seigner dans fa dix -feptiéme
année , qui engagea le Roy à la
penetration & à la vigilance duquel
le vray merite n'a jamais é–
chapé, & l'a toujours mis à fa
place , de le nommer fon premier
Capitaine des Gardes du Corps ,
degré d'honneur qui ne fit rien
perdre à ce jeune Seigneur de fa
ertu , s'eftant mis à dix- neuf
ans à la tefte de fa Compagnie ;
loin d'oublier Dieu pourfervir le
Roy, il crût au contraire ne le
fervir jamais mieux qu'en s'attachant
au fervice du Roy des Rois ,
rendant à Dieu ce qui est dû à
Dieu , & à Cefar ce qui est à
158 MERCURE
Cefar; fans imiter ces fauxfages
de l'Antiquité dont parle Saint
Paul, qui transfererent aux creatures
par une temeritéfacrilege ,
le fervice , l'attachement & la
gloire qui n'eft dûë qu'au Createur.
Le reste de ce point fut rempli
des caracteres de la vraye pieté
d'un homme de Cour , dont Mr
le Maréchal de Noailles fut un
efpece de modele , ce qui fit par
contrafte la condamnation de tous
les caracteres de la fauſſe pieté ,
qui eftfaftuenfe , inconftante , partagée
tantoft à Dieu , tantoft au
monde , que la feule politique &
GALANT 159
l'intereft animent , qui ne cherche
que lafingularité & la diftinction
; dans tout cela il
traplufieurs traits particuliers de
la vie du Maréchal , ce qui finit
par une morale tirée dufujet , &
adreffée aux Auditeurs.
Le commencement du fecond
pointfut un principe tiré de Saint
Paulfur la foumiffion due aux
Souverains , & l'affujetiſſement
qu'ilfaut avoir à leurs volontez ,
non pas par une vuë depolitique ,
mais par principe de religion , non
pas par un motifde crainte , mais
-par un devoir de confcience , non
folum propter iram ,
fed prop160
MERCURE
ter confcientiam. Ce principe
établi l'Orateur montra comment
Mr le Maréchal de Noailles ne
l'avoitjamais perdu de vûë dans
tout fon attachement à laperfonne
du Roy, & dans les fervices
qu'il avoit rendus à S. M. à la
tefte de fes Armées. Cela futfuivi
d'une énumeration vive defes
Services ; puis par un retour de
Predicateur Chrétien , il fit voir
que toutes ces chofes , Villes
emportées , Batailles gagnées ,
& c. font des oeuvres de mort ,
qui périffent avec ceux qui les
font , & qui ne fubfiftent point
dans l'Eternité , & que fi fon
GALANT 161
Heros n'avoit pas eu d'autres
vûës dans ces actions , que
d'acquerir de l'eftime & de la
gloire devant les hommes , il
auroit bien plus fujet de le
plaindre que de le loüer ; que
fon nom , quoyque recommandable
en France & refpectable
à la Pofterité , ne meriteroit
pas des éloges dans la
Chaire de verité deft née à
loüer les Conquerans du Ciel ,
& non pas ceux de la terre ;
mais que comme il eſt une valeur
chrêtienne , reglée par
prudence , animée par la foy ,
confacrée par la picté , recti-
Decembre 1708. O
la
162 MERCURE
fiée par la religion : qui n'a
pour but que le fervice du
Roy , le bien de la Paix , le
foûtient de l'Etat , le falut de
la Patrie , le zele de la religion ,
& qu'en nous faifant expofer
noftre vie pour la juſtice , pour
noftre devoir , elle nous en
fait faire un facrifice à Dieu :
il avoit crû par ces raifons pouvoir
élever celle du Maréchal
de Noailles qui a eu tous ces
caracteres .
Cela le conduifit infenfiblement
àpropofer aux Guerriers aux Guerriers qui l'écoutaient
, ce modele de valeur
chreftienne àqui par un ufage étaGALANT
163
bli depuis les premiers fiecles de
l'Eglife , on peut donner de juſtes
louanges , dont on peut exalter
le merite jufqu'aux pieds du trône
de Dieu . Sans ces motifs , leur
dit-il , fans cette fin , cuffiezvous
combatu comme ces braves
& genereux Athletes dont
parle S. Paul , qui , pour être
plus libres dans la courſe , &
moins embaraffez dans le combat
, fe dépouilloient de tour ,
vous n'avez gagné qu'une couronne
corruptible , qui finit
avec le temps , au lieu qu'étant
éclairez des lumieres de la
Foi , fi vous aviez porté vos
O ij
164 MERCURE
des
vûës plus loin ; fi vous cuffiez
couru dans la carriere du falut
qui vous eftoit ouverte , vous
cuffiez remporté la couronne
incorruptible & éternelle.
Vous n'avez donc fait que
actions qui nous font communes
avec les Payens : vous avez
cherché l'eftime & l'approbation
des hommes : vous l'avez
cuë , voila voftre récompenſe :
n'en attendez point d'autre.
·Le refte de cette Morale fut trespreffant
rempli de naturelles
vives expreffions de la Sainte
Ecriture .
Le III. Point fit voir d'abord ,
GALANT 165
fouque
fi les hommes euffent perfeveré
dans l'état d'innocence,
il n'y auroit eu ny grands ny
petits parmi eux , e que
mis à Dieu feul , peu inferieurs
aux Anges , fuperieurs au refte
des creatures , ils auroient tous
vêcu dans cette égalité de nature
, dans laquelle ils eftoient
nez. Ilfit voir que la dépendance
où font la plus grande partie
des honneurs n'eftoit donc
qu'une fuite du peché : mais
en même temps il fit connoiftre.
combien ceux de qui nous dépendons
doivent eftre attentifs
pour adoucir ce joug : en
166 MRCURE
un mot , que Dieu ne leur a mis
l'autorité
en main que pour la
faire fervir toute entiere au
profit des autres. Ce fut - là ,
continua- t- il , l'idée qu'en cut
toûjours Mr le Maréchal de
Noailles , qui crut que Dieu ne
l'avoit élevé au- deflus du
*
commun du peuple que pour
luy fervir d'appuy , de Protecteur
, & de Pere. Il entra
dans un détail d'une partie du
bien qu'il avoit fait , & il appuya
beaucoup fur la maniere
dont il l'avoit fait. Ilfit voir en
paſſant comme un effet de cette bonted'ame
avec laquelle il eftoit né ,
té
GALANT 167
fortitus animam bonam : la
generofitédont il ufa avec quelques
Officiers qui avoient voulu blâmer
fa conduite. Il appella fes
Auditeurs en témoignage de cette
bonté d'ame , & fit dire par euxmêmes
tous les bienfaits qu'ils en
avoient reçus ; il fçut fe fervir
adroitement de leurs propres expreffions
dans les Actes du Corps
de la Ville , dont je dois vous parler.
Enfin cette partie fut une des
plus touchantes des mieux maniées.
Ce fut-là que par un tour
d'Orateur , il dit , qu'il croyoit
pouvoir mefler fes lamentatations
aux leurs , que
fi
168 MERCURE
c'eftoit à fon Aycul que fes
Freres devoient l'honneur de
leur établiffement dans la Ville
, c'eftoit à luy qu'ils eftoient
redevables des avantages dont
ils joüiffent. Ordre , s'écria- t il ,
qu'il a comblé de fes bien - faits
durant la vie , & qu'il a coûjours
honoré d'une cftime &
d'une confiance particuliere :
& vous Temple facré , monu
ment éternel de fa pieuſe liberalité
, faites tous enfemble retentir
jufqu'au Ciel des voeux
pour voitre luftre Fondateur .
Mais s'appercevant qu'en remettant
devant les yeux de fes
Auditeurs
GALANT 169
Auditeurs les bien -faits dont le
deffunt les avoit favorifez , il renouvelloit
leur douleur , il chercha
auffi- toft à les confoler en leur
difant que cette perte qui eftoit
commune à tous, feroit regardée
comme irreparable fi on
n'avoit le bonheur de le voir
en quelque façon revivre en la
perfonne du Duc fon fils ,
qui par fa bonté , fa fageffe
, fa valeur , & ſa picté ,
continue , à retracer à nos
yeux les vertus de fon
pere &
à qui il n'a rien manqué pour
eſtre auffi grand que luy , que
Decembre 1708. P
170 MARCURE
les occafions de le devenir.
Peuples heureux fous un Gouverneur
de ce caractere , que
n'avez - vous pas à attendre ,
aprés qu'il a bien voulu aſſurer
luy même que cette affection ,
cette tendreffe qu'il a puiſée
dans le fein de fes Ayculs , &
dont vous avez déja reffenti
plus d'une fois les effets , ne
vous manquera jamais . Ilfinit
par des moralitez fur la Mort ,
c. par une Priere pour celuy
dont il venoit de faire l'élogr.
Voilà , Mr , tout ce que ma
memoire a pú retenir d'un DifGALANT
€171
cours quej'entendis avec une grande
attention parce qu'il me faifoit
un vray plaifir ; mais j'ay
affoibli en plus d'un endroit les expreffions
de l'Orateur ; vous fçavez
qu'en pareil cas il échape bien
des chofes. Lapiece fut prononcée
avec beaucoup d'onction ,
me parut que les Auditeurs s'en
retournerentfatisfaits.
il
Le lendemain tous ces honneurs
funebres fe terminerent par
un Service que fit chanter dans la
même Eglife Mr de Villedomar
Capitaine des Gardes de Mr le
Duc de Noailles , & qui eftoit le
premier Conful de Perpignan l'an-
Pij
172 MERCURE
née derniere. Ils euffentfans doute
eſtépouſſez plus loin , fi lesfacultez
des particuliers euffent répondu
auxfentimens de leur coeur , ac
coûtumez quefont cespeuples aux
Ducs de Noailles : familiarifez,
pour ainsi dire, avec cette Maiſon
depuis qu'ils refpirent l'air François
; c'eſt - à-dire , depuis plus de
foixante- cinq ans , &penetrez de
la bonté & de la douceur de ces
fages & prudens Seigneurs qui
durant unfi longtemps les ont gouvernezfans
hauteur&fans violence
; ce qu'ils auroient le plus
apprehendé, & qui leurferoit le
le moins convenu ; ils ne parlent
GALANT 173
du Pere qu'avec veneration , ils
pleurent le fils amerement , & il
n'y a que lafageffe , la prudence
& la valeur du petit -fils , qui
puiffent les confoler. Comme ce
Seigneur a des vûës extrêmement
étendues , qu'il n'ignore rien ,
qu'en particulier il connoift cette
Province mieux qu'un autre qui
y auroit fait trente années de feen
prévient tous les befoins
, il entre dans tour , il va aw
devant de tout : & cette fage
conduite charme fifort les grands
lespetits , que tous luy donnent
leurs coeurs , comme ils les avoient
donnez au Maréchal fon pere
jour ,
il
Piij
174 MERCURE
ils le regardent avec respect, &
toutes fes aimables qualitez leur
donnent de brillantes efperances
capables de les confoler , s'il eft
poffible , de la grande perte qu'ils
viennent de faire .
Je finirois icyfi je ne me fouvenois
qu'il s'eft paffé ces jours cy à
noftre Confeil Souverain une
Ceremonie dont j'ay cru que
vous feriez ravi d'eftre inftruit
s'y eftant paffe beaucoup de chofes
qui ont grand rapport à la
Maifon de Noailles.
Peu de jours aprés la mort de
Mrle Marechal de Noailles Mr
Fournier troifiéme Prefident à
GALANT
1756
ن ی ر ب
Mortier , Magiftrat de poids
d'une grande érudition , eftant
décedé en cette Ville les charges
du Confeil n'eftant point icy
venales , il fut question de penfer
à remplir cette place. Mr le Duc
de Noailles , de concert avec Mr
le Premier Prefident , propofa
au Roy Mr de Villar , Confeiller
&premier Avocat General ,
& en cas que cet Officier plút
Sa Majesté; Mr Ortega homme
tres-profond dans la Jurisprudence
, ancien Avocat , & Juge du
Viguier ( c'est le Tribunal des Nobles
) pour occuper la Charge de
Confeiller; & Mr Gispert, Avo-
Piuj
176 MERCURE
cat & Profeffeur en Droit pour
celle d'Avocat General. Tous ces
hoixfurent agreés par le Roy ,
ce qui marque bien le bon goût ,
la penetration d'esprit de noftre
Gouverneur. Mr Gifpert eft un
fujet brillant, & bien digne d'eftre
affocié à Mr Bonnet de Romagnac
, qui depuis quelques mois
avoit efté tiré du Corps des Avocats
pour l'autre Charge d'Avocat
General , vacante par
de Mr de Calvo , qui eftoit excellent
dans fon genre.
la mort
On choifit donc le jour deſtiné
à recevoir annuellement le Serment
des Officiers de Juſtice , pour
GALANT 177
l'inſtallation de ceux - cy : mais
avant que d'y proceder , Mr de
Villar s'acquitta pour la derniere
fois des fonctions d' Avocat General
, & fit ce que nous nommons
à Paris la Mercuriale . Son dif
coursfut beau , élevé, touchant :
on y remarqua beaucoup d'endroits
mariez avec art : & le tout fut
prononcé avec le poids & la
vité , qui conviennent à un Magiftrat
qui eft déja avancé en âge.
Ayant reprefenté aux Avocats ,
les années precedentes , l'obligation
qu'ils avoient de tendre à la vertu
; il crut devoir ,ppoouurrderniere
inftruction , leur enfeigner les
gra178
MERCURE
que
moyens d'y arriver : & leur dit
le plus fûr eftoit l'étude
de foy- même. Il marqua pour
cet effet la neceffité où tout homme
eft de fe connoiftre foy - même ,
fur tout ceux qui font deſtinez
à procurer ou à rendre la Fuftice
aux autres , ce qu'il prouva
de beaux raiſonnemens
; ainfi
que la facilité que
l'on a de parvenir
à cette connoiffance
, enfui
vant la raifon qui nous éclaire ,
la loy qui nous dicte ce que nous
devons faire , & la conscience qui
ne manque jamais de nous reprosher
nos moindres écarts. Il dit à
e fujet que le Roy n'eftoit parpar
ce
GALANT 179
venu au faîte de la vraye grandeur
qu'il n'avoit acquis cette
foule de vertus par lesquelles
il honore plus le Trône que
les autres Rois ne font honorez
par celuy fur lequel ils
font affis ; qu'en fuivant ces
trois guides infaillibles , fa raifon
, la loy de Dieu à laquelle
feule il eft foumis , & la conf.
cience. Il répandit enfuite quelques
fleurs fur Mr de Quinfor
qui eftoit à la tête du Confeil ,fur
Mr le Premier Prefident & fur
Meffieurs. Il prit enfuite congé
des Avocats , en leur difant qu'-
il honoreroit toûjours un
180 MERCURE
Corps fi noble dont il tiroit
gloire d'avoir efté membre durant
plufieurs années , & qu'il
n'oublieroit jamais fon premier
& fon plus cher employ.
Ce Difcours eftant fini , celuy
qui l'avoit prononcé & les deux
autres deftinez à remplirfes Char
ges , prêterent le ferment , &furent
fe revêtir de robes rougespour
venir enfuite occuper leurs places.
Tous les Officiers des Juftices fubalternes
, les Avocats , les Pro..
cureurs ayant auffi prêté ferment
(la veille Mrs du Confeil s'étoient
acquitez de ce devoir à buis clos )
Mr de Ponte , Comte d'Albaret ,
GALANT 18
Premier Prefident de ce Corps ,
Intendant de la Province ,
prit la parole , & fit un difcours
pour montrer que l'honneur doit
toujours animer les Magiftrats
dans leurs fonctions. Son file fut
laconique & fententieux , & digne
de laplace qu'il remplit. Apres
avoirprouvé cequ'il avoitavancé,
il remit infenfiblement devant
lesyeux de Mrs du Confeil , la
protection dont feu Mr le Maréchal
de Noailles avoit toujours
honoré le Corps , & les grandes
obligations qu'ils luy avoient tous
en particulier. Il leur retraça en
termes tres-energiques le caractere
•
182 MERCURE
de probité , d'honneur , de bienveillance
, de bonté , d'affabilité ,
de generofité & de grandeur d'ame
de cet illuftre mort . Cet heureux
affemblage de tant de vertus
qui avoient éclaté dans toute
fa vie , fur tout au bien & à la
confolation de cette Province . Il
n'oublia pas fes brillantes Campagnes
qui avoient jetté la confternation
chez nos voisins ,
mis cette Frontiere à couvert de
toutes les entreprises des jaloux de
Jon repos.
Rien n'eftoit plus capable de
rappeller à Mrs du Confeil , &
à tous les Auditeurs , cette douGALANT
183
bien touché
leur dont tous fontpenetrez depuis
la mort de cet aimable Gou=
verneur ; mais Mr le premier
Prefident ne les laiffa pas longtemps
dans cet état de trifteffe , &
releva bien- tôt leurs coeurs abatus
par le Portrait qu'il fit en `racourcy
; mais vif
de Mr le Duc fon fils. La fage
conduite de ce Seigneur , qui depuis
la mort de fon pere vient de
faire remplir par des naturels du
Pais , les places qui vaquoient
dans le Confeil ; lui fervit utilementpour
faire connoiftre ce qu'ils
devoient tous attendre d'unfi prudent
Gouverneur. Ce fut encore
84 MERCURE
ces nouune
belle occafion qu'il ne laiffa
pas échaper pour animer les Avocats
, du Corps duquel
veaux Officiers ont été tirez , de
fediftinguer dans leur Profef
fion ,flatez qu'ils devoient être ,
deparvenir un jour au même degré
d'honneur où ils voyoient
leurs Confreres élevez : fur tout
fi par leur affiduité au travail, &
parleur attention àfoutenir l'honneur
de leur profeſſion , ils fçavoient
attirer fur eux les regards
d'un Gouverneur , fi capable de
juger par luy-même du vray merite
, & à la penetration duquel
rien ne peut échaper.
GALANT [85
Enfin l'Eloge du Roy , qui
fçait luy-même donner de fages
Gouverneurs aux Provinces de
fon vafteEmpire, entra naturelle.
ment dans ce Difcours. Et Mr le
premier Prefident adreffant la pa
role à l'Affemblée qui étoit confiderable
nombreufe , fit fentir
en peu
de mots, mais dans des termes
choifis & touchants , combien
eft grand le bonheur de
cette Province , toute frontiere
qu'elle foit , d'eftre à couvertfous
la puiffance du plus grand des
Rois , des triftes fuites de la guerre
, qui font fifort gemir nos voifins.
Decembre 1708. a
186 MERCURE
Il est temps definir, j'irois trop
loin fi j'entreprenois de vous marqueren
particulier toutes les beautez
des deux Difcours dont je
viens de vous parler. Vous conviendriez
aſſurément , que quoy
quefaits aux dernieres extremitez
du Royaume , ils n'auroient
pas efté indignes d'eftre prononcez
dans le centre de l'Eloquence
& du bon goût. Je fuis , & c.
Comme vous
permettez
que les Lettres que je vous
envoye tous les mois deviennent
publiques , & qu'il y a
peu de Cours en Europe où
GALANT 187
elles ne foient veuës , pour ne
pas dire qu'elles s'étendent
plus loin , & qu'on en a ſouvent
trouvé jufques dans les
Indes , je crois que les Arti .
cles que j'y mets qui peuvent
eftre de quelque utilité au Public
, doivent auffi faire beaucoup
de plaiſir à ceux qui les
regardent , puis que par ce
moyen , ils parviennent
plutoft
aux buts qu'ils fe font propofez.
C'est pourquoy je crois
devoir inferer dans ma Letrre
ce qui regarde la Lotterie de
S. A. R. Madame la Princeffe
d'Angleterre. On ne peut
Qij
188 MERCURE
trop admirer en cette occafion
, le zele de cette grande
Princeffe , puifque l'affaire
dont fa pieté feule l'engage
à fe mêler , ne peut que luy
caufer beaucoup de foins , &
luy faire perdre un temps
qu'elle pourroit employer plus
agreablement ; mais quand on
eft excité par un veritable
zele de Religion , comme il
paroift que toute la Cour
d'Angleterre elt animée , &
que l'on cherche à faire du
bien à la Religion & à fon
prochain , de quoy n'eft- on
pas capable ? Voicy donc le
GALANT 189
、
projet de la Lotterie dont je
viens de parler, & qui , bien
qu'il ait cfté publié à Paris ,
n'eft pas affez répandu en
France ; & dans les Etats voifins
, pour produire l'effet
que l'on en attend .
190 MERCURE
LOTERIE
De Son Alteffe Royale Madame
la Princeffe d'Angleterre
, en faveur de l'Abbaye
Royale des Benedictines Irlandoifes
de Dublin , établies
à Ypres.
Lefond eft de fix cens mille liv...
Il y aura trois mille Lots .
Le Roy ayant efté informé que
les malheurs arrivez en Irlande ,
ont obligé Madame de Butler ,
Abbeffe de l'Abbaye Royale des
GALANT 191
Benedictines Irlandoifes , fondée
à Dublin par JACQUES II.
Roy d'Angleterre de glorienfe memoire
, de revenir avec fes Religienfes
à Ypres , dans le Convent
d'où elle avoit efté tirée ; a eu
la bonté d'accorder une Loterie à
S. A. R. Madame la Princeffe
d'Angleterre , pour faire aggrandir
rebâtir ce Monaftere qui
tombe en ruine , & qui eft l'unique
afyle des Religieufes & Demoifelles
Irlandoifes qui veulent
fe donner à Dieu.
Cette Loterie eft composée de
fix cens mille billets , de vingt
fols complets chacun , & diſtri92*
MERCURE
buée dans les Trois mille Lots
cy-aprés.
Les Regiftres feront paraphez .
par Monfieur d'Argenfon , Lieu
tenant General de Police'; & les
Billets feront fignez par les Receveurs
particuliers qui les diftribuëront.
que
On prie les perfonnes qui mettront
à la Loterie , de ne donner
des Devifes conçues en peu
de mots , de les porter écrites ,
autantqu'ilfe pourra faire.
Les deniers de la Recetteferont
remis tous les huit jours , par les
Receveurs particuliers , à Mon.
feur Cantillon , Marchand Banquier
,
GALANT 193
quier, rue des mauvaifes Paroles ,
pour eftre enfermez dansfes coffres
fous deux differentes clefs , dont
Pune fera mife entre les mains de
Mr d'Argenfon , & l'autre restera
dans celles dudit fieur Cantil-
Lon
Lorfque cette Loterie fera remplie
, ellefera tirée comme celles qui
ont efté accordées en faveur des
Paroiffes de S. Roch de S.Nicolas
, en preſence de S. A. R. Madame
la Princeffe d'Angleterre, &
de Mrd' Argenfon. Tous les Inte
reffez pourront y eftre prefens.
La valeur des Lots fera payée
fans aucune diminution , & en ar-
Decembre 1708. R
194 MERCURE
>
gent comptant immediatement
aprés qu'elle fera tirée ; & on ne
recevra aucunee faifie fous quelque
pretexte que ce puiffe eftre.
DIVISION DES LOTS.
Deux , de Trente mille livres
chacun , cy
60000.liv.
Deux , de quinze mille livres
chacun , cy 30000.
liv.
Deux , de dix mille livres
chacun , cy 20000. liv.
Deux , de fix mille livres chacun
, cy 12000. liv.
Deux , de quatre mille livres
chacun , cy Sooo . liv.
Deux , de deux mille livres
i
GALANT ( 195
chacun , cy
Huit , de mille
4000.
liv.
livres chacun
, cy
8000. liv.
Vingt , de cinq cens livres
10000. liv.
Soixante , de trois cens livres
chacun , cy
chacun , cy
18000. liv .
Cent , de deux cens livres
chacun , cy
20000. liv.
Huit cens , de cent cinquante
livres chacun , cy 120000. liv.
Deux mille , de cent livres
200000. liv.
Total , trois mille Lots.
chacun , cy
Noms demeures des Receveurs.
Mr Chantillon , rue des
Rij
196 MERCURE
Mauvaifes Paroles , proche la
grande Pofte .
Mr de la Porte , rue des deux
Portes, proche la rue de la Verrerie.
Mr de la Caille , tuë S. Jacques
, proche la Fontaine S. Benoift.
Mr Pugeneſt , Marchand ,
aux Baftons Royaux , ruë S.
Honoré, aya be
Mr Defeaux , Fils , à l'entrée
du Cloître S. Germain l'Auxerrois
.
Mr Dupuis , rue des Barres ,
proche l'Hoftel de Charny
Mr de la Ruelle , proche les
GALANT 197
Jefuites , rue S. Antoine .
M. Machoud , rue des cinq
Diamans .
Mr Loftus , rue aux Ours .
Mr Mouffinot , Fils , Parvis
Noftre Dame.
Mr Jacques , Juré Cricur ,
rue S. Denis , & à la Croix des
Petits Champs.
Mr Cochois , Fils , vieille
Cour du Palais , prés du May.
Mr Moyen , rue Montorgueil
, proche les petits Carreaux
.
Mr de Bey , Marchand , visà-
vis la Barriere , rue Saint Honoré.
R iij
198: MERCURE
Mr Huart , Libraire , Quay
des Auguſtins , proche le Pont
S. Michel.
Mr Maffon , Marchand
Pont Noftre Dame au Bras
d'or.
Mr Ponée , Marchand Orfévre
, rue de Gefvres , au Louis
d'or.
Mr Malherbe le jeune , Márchand
, Salle neuve du Palais ,
vis -à - vis la Cour des Monnoyes.
Mr Louver, Fils , Marchand,
rue de Buffy , Fauxbourg Saint
Germain .
Mr Gohard , Marchand
GALANY 199
rue du Four , proche la Croix
rouge.
Mr Lucquet , rue Dauphine ,
à la Tefte d'or.
Mr Foilly , rue Montmartre ,
au coin de la rue neuve S. Euf
rache.
AS. Germain en Laye.
Mr Moinot , rue de la Salle.
AVerſailles .
Mr de la Fontaine , au Magafin
des Plombs .
Mr le Marechal de Villeroy,
eftant Seigneur foncier de Ma
gny , dans le Vexin François
& d'ailleurs ce Marechal y
R iiij
200 MERCURE
étant fort confideré & aimé à
caufe des bienfaits que la
Ville en a reçûs , & Mc la Maréchale
fon époufe y étant fort
regrettée , parce que fon coeur
avoit toujours efté remply de
tendreffe & de charité pour
tous les pauvres , & particulie
rement pour ceux de Magny ,
leurs miferes luy cftant mieux
connues . Toutes ces raifons ,
furent caufe que dés qu'on y
apprit la nouvelle de la mort
de cette illuftre défunte , la
Paroifle & toutes les Communautez
de la Ville , & même
les Paroiffes des Villages du 2
GALANT 201
Domaine avoient prévenu
par des Services & par des
Prietes publiques l'ordre qu'ils
reçurent dans la fuite. najve
On doit remarquer que le
Dimanche qui préceda le Ser ,
vice Solemnel dont je vais vous
parler , Mrle Curé de Magny ,
en annonçant le jour qu'il devoit
le faire , crut devoir faire
un éloge Funebre de Me la
Marechale de Villeroy', parce
que l'on ne pouvoit prononcer
d'Oraifon Funebre le jour de
cette Solemnité comme l'on
fait par
par tout ailleurs en pareille
ocafion , à caufe que felon l'ufa202
MERCURE
ge du Diocefe , on celebre trois
Meffes hautes ; la prémiere du
S. Efprit ; la feconde de la Vierge
; & la troifiéme des Trépaffez.
Mr le Curé de Magny ;
dans l'éloge qu'il fit de l'illuftre
défunte , avec des traits fort
vifs , fit remarquer , aprés
avoir parlé des vertus de cette
Dame , qu'Elle avoit eſté pour
le Peuple de Magny , une Efter
en la Cour d'Affuerus , toujours
compatiffante àfon affliction
àfes befoins , & toujours prête
employerfon creditpourfonfoulagement.
Le Service Solemnel , qui fe
GALANT 203
fit le 20. Novembre dans l'E
glife Paroiffiale , fut annoncé
la veille par toutes les Cloches
de la Ville qui inviterent par
leurs fons lugubres , à prier
Dieu pour l'ame de la defunte..
Les Vigiles furent chantez par
un Clergé nombreux.
Le lendemain dés cinq heures
du matin , les Prieres commencerent
par un grand nombre
de Meffes baffes , qui ne
difcontinuerent point dans la
Chapelle de Villeroy , jufques
àmidy . Quelques heures aprés
que l'on cut commencé à celebrer
ces Meffes , on dit dans
204 MERCURE
le Choeur , où eftoit la Repres
fentation , la premiere des trois
grandes Meffes dont je viens
de vous parler , & elles furent
celebrées de fuite . Toute l'Eglife
eftoit tendue de noir . La
Repreſentation eftoit ſous un
Dais fort élevé , femé de larmes
blanches. Le Poële eftoit
de fatin blanc , avec les Armes
de la Maifon de Villeroy. La
Couronne Ducale eftoit deffus,
& couverte d'un grand crefpe.
Les gradins de cette Repreſentation
eftoient garnis d'un
grand nombre de chandeliers
d'argent remplis de gros cier- !
GALANT 205
4
ges de cire blanche . La décoration
du Maître - Autel , & la
tenture du Choeur , repondoient
à cette Reprefentation
;
& la Chapelle de Villeroy , où
font les Tombeaux de cette
maifon,qui peuventpaffer pour
de tres beaux Maufolées , eftoit
tenduë comme le Choeur , &
l'on y voyoit plufieurs bandes
de deuil , garnies d'armoiries &
de larmes. Tous les Magiftrats
& les perfonnes confiderables
de la Ville , affifterent en habits
de dcüil , aux grandes Meffes
qui furent celebrées , & l'on
-remarqua que les Marchands
206 MERCURE
*
eftoient auffi en deuil. Les Laboureurs
& les autres Habitans
des Villages de la dépendance
de Mr de Villeroy , s'y étoient
rendus en foule . Mrle Lieutenant
general & tous les Officiers
du Bailliage , de l'Election
& de la haute- Juftice , & les
Maire & Echevins , allerent à
Offrande aprés le Clergé
tous en Robbe , &jetterent de
Eau-benite , fuivis de tout
le Peuple de la Ville & de la
Campagne. Mr l'Abbé Foulon
, Chapelain de la Chapelle ,
en bonnet quarré & en manateau
long , prefenta l'AfperGALANT
207
foir ; mais comme l'uſage eft
en ce lieu -là de jetter de l'Eaubenice
aprés l'Offrande , cette
ceremonie auroit duré trop
long -temps fi on ne l'euſt interrompue
pour cftre continucé
à la fin de la Meffe : on
doit remarquer que pour faire
plus d'honneur à la maiſon
de Villeroy , tous les Marchands
avoient tenu leurs Boutiques
fermées pendant tout
le fervice , ce qui donna licu
à tout le peuple d'y affifter.
Il s'eft fait un pareil Service
en l'Eglife des Dames Religieufes
du Calvaire , au Marais
208 MERCURE
du Temple , pour Madame la
Maréchale de Villeroy , dont
la fille qui eft d'une vertu diftinguée
& d'un merite qui luy
peut faire foûtenir les premieres
Charges de l'Ordre , eft
Souprieure . L'appareil funebre
eftoit accopagné de tout l'éclat
qu'on peut donner à ces
fortés de ceremonies
, & quoy
que l'Eglife foit petite , l'affluence
de toutes les perfonnes
de la premiere qualité fut tresgrande
. Mr l'Abbé de Villeroy
, Abbé de Fécamp , fils de
la deffunte , officia , & toute
Filluftre Compagnie fortit pe
GALANT 209
netrée de douleur d'un cofté ,
& charmée de l'autre par les
belles voix des Religieufes
qui avoient chanté pendant la
meffe .
Comme on fe diftingue par
le merite dans toutes fortes d'états
, je dois vous dire que la
mort vient d'enlever deux
hommes dont les Ouvrages de
Theatre ont efté reçûs du public
avec de grands applaudiſfemens
, & qui cependant avoient
ceffé depuis plufieurs
années de travailler à des ouvrages
qui leur avoient acquis
beaucoup de reputation . Le
Decembre 1708 .
t
S
210 MERCURE
premier eft Mr de la Foffe ori
ginaire de Paris ; il avoit compofé
quatre Tragedies ; fçavoir
Polixene , Manlius , Thefee
Corefus. La Tragedie de Polixene
cut un fi grand fuccés ,
que Monfeigneur le Dauphin
ayant refolu de venir voir le
nouveau Theatre des Comediens
, qui eft celuy où ils
joüent prefentement , & qu'ils
avoient fair bâtir ; demanda
que le jour qu'il viendroit voir
ce Theatre , on reprefentât la
Tragedie de Polixene , & cette
piece reçût de ce Prince & de
la nombreuſe Cour qui l'ac
*
GALANT 211
7
compagnoit d'auffi grands
applaudiffemens que ceux que
le public luy avoit déja don
nez. Ces quatre Tragedies , &
quelques Pieces comiques de
la compoſition du même Auforment
un Volume qui reur
fe vend fous le nom d'Oeuvres
de Mrde la Foffe.
Le même a auffi fait une Tra
duction d'Anacreon en vers
qui eft fort estimée , avec des
remarques , ce qui avec quelques
autres Ouvrages en vers ,
contient un autre volume des
Ouvrages du même Autheur.
Il s'eftoit acquis l'eftim: de plu-
Sij
212 MERCURE
ficurs perfonnes de la premiere
qualité , & il eftoit fort confideré
de feu Mr le Marquis de
Crequi ; il ne l'eftoit pas moins
de Mr le Duc d'Aumont , dans
l'Hoftel duquel il eft mort.
Le fecond eft Mr de Pechantré
né à Touloufe , où il
avoit remporté les trois Prix ou
fleurs , avant que la Compagnie
des Jeux Floraux cût cfte
érigée en Academie ſous la
protection des Chanceliers de
France. Les applaudiffemens
que l'on donna aux Chants
Royaux & aux Sonnets qui luy
firent remporter les Prix dont
GALANT
213
4
T
je viens de parler , furent cau
fe qu'il prit la refolution de
travailler pour le Theatre : il
vint à Paris dans ce deffein , &
le premier Ouvrage qu'il mit
au jour , fut la Tragedie de
Getha ; cet Ouvrage qui paroift
encore de temps en temps
fur la Scene , reçût de fi grands
applaudiffemens , qu'ils luy
donnerent lieu de le dedier à
Monfeigeur , & ce Prince pour
luy marquer l'eftime qu'il en
faifoit , & qu'il en approuvoit
la dédicace , luy donna des
marques de fa liberalité. Cet
heureux fuccés l'engagea
3
à
214 MERCURE
continuer de travailler pour fe
Theatre , & il fit deux autres
Tragedies , qui fontJugurta &
la mort de Neron : il fit auffi
pour le College d'Harcourt ,
deux autres Tragedies ; fçavoir
Jofeph vendu par fes freres , &
le Sacrifice d'Abraham . Il venoit
d'achever l'Opera d'Amphion
& Parthenope lorfqu'il eft
વીર
mort , à la referve du Prolo
gue . On fait efperer que l'on
donnera fes Oeuvres Pofthumes
au public.
3
L'Article qui fuit vous paroiftra
bien different quoy,
qu'il s'agiffe auffi d'une mort;
GALANT 215
mais pourvû que chacun vive
moralement
bien dans l'étar
qu'il a embraffé,on ne peut rien
demander davantage . Le Monde
compofe un Tableau ou
chacun paroift differemment
,
felon le perfonnage
qu'il reprefente
; & comme il faut du
Clair & du Brun dans un Tale
rendre parfait
;
bleau , pour
il eft aifé d'en trouver
dans les
differens
états
de la vie des
hommes
.
Meffire François de Laval ,
de la Maiſon de Laval , premier
Evêque de Quebec dans
la Nouvelle France , mourut à
216 MERCURE
Quebec le 6 May dernier au
commencement de fa 86.
année.
Il paffa en Canada pour la
premiere fois en 1653. en
qualité de Vicaire Apoftolique)
Il eftoit alors Evêque de Petrée...
En 1672 S.M. le nomma Evéque
de Quebec , où l'on n'avoit
point encore crigé d'Evêché
, il repaſſa en Canada en
1675. titulaire de cet Evêché,
& il y arriva le 9. Septembre
1675. Ce Prelat dont la vie.
eftoit exemplaire & fainte ,
cftoit grand Aumonier , vi-
1
voit
GALANT 217
voit fimplement & frugalement
, & il peut eſtre nommé
le Pere de la Nouvelle France .
lly aerigé le Chapitre de Quebec
, & fondé le Seminaire de
Canada , dans lequel on éleve
la jeuneffe du pays , établides
habitations confiderables.
Vous trouverez dans les deux
Extraits des Lettres qui fuivent
, plufieurs chofes qui regardent
ce Prelat.
A Quebec le 25. Juin 1708,
Le Seigneur retira à luy le 6 .
de May de cette année Monfei-
Decembre 1708. T
218 MERCURE
gneur de Laval , premier Evéde
Canada , il eft mort enfaint
comme il avoit vécu. Je ne puis
vous exprimer l'eftime & la
que
que
tout le Canada a
veneration
pour la memoire de cet illuftre defl'invoque
comme un'
funt ,
оп
Saint , Dieu a fait défia
pour faire éclater fon merite plufieurs
guerifons , & autres chofes
que l'on tient pour miraculeufes
, que je fuprime icy , estant
tres affuré que vous en ferez
informé dans le temps . Mrs du Scminaire
n'ont rien épargné pour
rendre fes obfeques magnifiques ;
elles l'ont efte de telle forte , qu'en
GALANT 219
plufieurs endroits de la France il
auroit efté difficile de les furpaffer.
Mr de la Colombierefitfon Oraifon
Funebre le troifiéme jour aprés
fon decés.
Extrait d'une autre Lettre du
fixiéme Juillet 1708.
Vous aprendrez la perte que
le Seminaire a faite par la
mort de Monfeigneur
l'Ancien
arrivée le fixiéme May ,
nous efperons qu'aprés unefifainte
vie qu'il fervira d'un puiſſant
protecteur auprés de Dieu pour
cette Eglife , pour l'établiſſement
de laquelle il a tant travaillé auſſi
bien que pour la Colonic. Mr de
Tij
220 MERCURE
Colombier à fait l'Oraifon Funebre
de ce grand & faint Prelat,
c'est ainsi que les grands & les
petits le nomment. Vous auriez eu
peine à ne pas
mêler vos larmes
aveccelles de tout le monde pendantfonConvoy
, ou tout, tant les
les peuples les plus Curez
que
éloignez
ont
affifté
. Le lieu
où
fon
corps
repofoit
eftoit
toujours
rempli
de monde
, & les Preftres
ne pouvoient
fournir
à faire
toucher
des Chapelets
& autres
chofes
de devotion
. Il nous
a fallu
rendre
aux
inftantes
prieres
qu'on
nous
afaites
de porter
& faire
repofer
fon
corps
dans
les quatre
GALANT 221
1
Eglifes de la Haute-Ville.
L'Ouvrage intitulé de doctrina
Canonum corpore juris incluforum
, circa requifitum ad fi
liorum matrimonia parentum confenfum
hiftorica difquifitio , eft
divifé en quatre parties. Dans
la quatriéme qui a donné occafion
aux autres , on donne
un plan d'une Edition nouvelle
du corps du Droit Canon , &
dans ce plan on propofe de
faire cinq fortes de notes , fçavoir
pratiques , critiques , hiftoriques
, cronologiques &
geographiques : l'utilité qu'on
peut en tirer outre celle de l'é-
Tiij .
222 MERCURE
dition , eft qu'on y apprend à
lire les collections des Canons
comme elles doivent eftre lûes,
& à profiter de tout ce qu'on
y lit.
i
Les trois autres parties font
comme un effai de l'execution
de ce plan , qui ne laiffe pas d'avoir
fon utilité independemment
de cette execution , puifqu'on
y explique 1 ° . tous les
textes du corps du Droit Canon
, touchant la puiffance des
peres fur le mariage de leurs
enfans , & on applique à cha
cun de ces textes , les notes
qu'on doit appliquer aux auGALANT
223
tres du même corps du Droit
Canon , d'une maniere pourtant
bien differente , parce
qu'on s'étend plus dans ces notes
qu'on ne fait dans les autres
. 2. on tire de la doctrine
de ces textes , favorable aux peres
, cette confequence , que le
Decret du Concile de Trente ne
peut leur eftre contraire , & on
en juftifie la confequence par
diverfes reflexions. A l'explication
de ces textes , on joint
les Loix tant Civiles qu'Ecclefiaftiques
qu'on a pû trouver
depuis Jefus Chrift jufqu'à
nous , touchant le même fujet ;
224 MERCURE
on les raporte en leur langue ,
& l'on fait un fommaire de
celles qui font en langue vulgaire.
Ces Loix font rangées
par ordre des temps ; il y en a
de tous les pays comme de
tous les temps.
Enfin on refout les principales
difficultez tirées de l'Ecriture
, des Peres , des Livres Rituels
, & de tous autres monumens
de l'Hiftoire Ecclefiaftique
; les difficultez en font
affez étendues , & on y met
leur fondement dans tout fon
jour : ainſi on a dans ces trois
parties tout ce qui regarde l'ar
GALANT 225
ticle de la puiflance paternelle
fur le mariage des enfans de famille
, foit par maniere de preuves
, foit en forme d'objections
; enforte qu'on peut les
regarder comme une differtation
pour & contre tres utile
aux Theologiens qui aiment
la pofitive.
Ce livre fe vend à Paris,chez
Pierre Emery au bout du
Quay des Auguftins , vis- àvis
le Pont neuf, à l'enſeigne
de Saint Auguſtin .
le
Si ce que je vous envoyay
mois dernier touchant les Dif
cours qui ont efté prononcez
226 MERCURE
le landemain de la faint Martin
dans la Grand Chambre aprés
la Meffe folemnelle qui fe celebre
tous les ans à pareil jour , &
à l'ouverture des Audiences de
la Cour des Aydes qui fe fait
toujours le méme jour . Si disje,
tout ce que je vous ay raporté
des quatre Difcours qui y
ont reçu de grands aplaudiffemens
, a efté admiré de ceux
qui l'ont lû , les cinq Difcours
dont j'ay à vous parler aujour
d'huy , ne feront pas moins
d'impreffion fur lear efprit .:
Auffi tous ceux qui ocupent
les premiers rangs dans le plus
Augufte Senat du Monde , ontils
toujours paffé pour de
grands hommes , & d'un Genie
fuperieur.
GALANT
227
Le vingt - fix du mois dernier
Mr le Nain premier Avocat
General , ouvrit les grandes Audiances
du
Parlement par un
difcours dont la nobleffe & la
folidité marquoient l'étenduë
& la grandeur de fon heureux
genie ; le fujet de fon difcours
fut de faire voir en quoy confifte
la veritable éloquence du Barreau ,
tous ceux qui l'entendirent dirent
lorsqu'il eut ceffé de parler
, qu'il venoit de faire le
trait du parfait Orateur dont il
eftoit luy - même un modele accomply.
por
Il dit
d'abord que
l'éloquence
& la probité eftoient
également neceffaires
pour former un parfait Ora
your , que quoyque la probité fuft
la
principale partie de l'Avocat ,
228 MERCURE
elle ne fuffifoit pas cependant , s'il·
ne joignoit le talent de la parole à
La droiture du coeur.
C'eft la force de l'éloquence , ditil
, qui remué , qui excite les grands
mouvemens , & qui perfuadant infenfiblement
, emporte la prevention
& lejugement de l'Auditeur , mais
fi la vertu de l'Orateur eft fufpecte ,
s'il n'eft pas generalement reconnu
pour homme de bien , fon difcours
infpirera de la defiance à ceux qui
L'écouteront; onfera toujours engarde
contre fes paroles , & dans la
crainte de fe laiſſer ébloüir par la
fauffe clarté de quelques traits heureufement
hafaidez, on aura de la
peine àfe laiffer perfuader , la verité
court rifque de perdre la force
&fon credit enpaffunt parfa bouche
; quelquefois la mauvaiſe repuputation
GALANT 229
putation du deffenfeur luy fera perdre
la même Caufe qu'un autre d'une
reputation entiere , auroit peuteftre
fait réülfir.
C'est la verité qui donne ce carattere
de candeur à toutes les actions
de l'Orateur ; fi le jugement
y regne aufi bien que la fidelité ,
nous livrons avec plaisir noßre efprit
à tous fes difcours , nous luy donnons
noftre confiance , & nous nous
laiffons facilement perfuaderpar la
feule force de la verité.
C'eft auffi de cette maniere qu'un
homme de bien fans prétendre à la
qualité d'éloquént , peut quelquefois
faire connoiftre la verite , &
perfuader par le fimple ufage de la
parole fans aucun fecours de l'art ,
ni d'autres ornemens étrangers.
Il dit enfuite qu'il feroit inu-
Decembre 1708. V
230 MERCORE
tile de s'étendre davantage pour
faire voir la necefité de cette vertu
principale de l'Orateur ; les Avicats
charmez du fouvenir des difcours
qu'ils ont entendue l'anné derniere ,
& qui ne s'effaceront jamais de
Leur coeur , font trop convaincus que
la probite doit toujours cftie la premiere
regle de leurs actions.
Il est vray , continua- t - il ,
la beauté du ftile & la nicheſſe que
des ornemens ne font pas moins paroiftre
la verité que la cand ur &
la fimplicité de l'Orateur . Son devor
eft d'inftruire pour pouvoir perfuader
, de forcer les esprits par un
nable artifice à fe rendre à la lumiere
de la raifon , de s'appliquer
avec soin à y graver les veritež dé.
cifive qui doivent determiner , de
les peindre avec force , & de les reGALANT
231
prefenter fi vivement , que l'esprit
en foit tellement penetré , qu'il ne
puiffe jamais enperdre la memoire ,
& qu'il conferve toujours l'impreffion
qu'il en a reçûë : qu'il joigne
à la force du genie , l'abondance de
la doctrine , qu'il faffe avec jufteße
l'aplication des termes de la
loy, qu'il remonte mème aux premiers
principes , & qu'il épuise pour
ainfi dire la matiere ; mais s'il në
doit rien obmettre de ce qui peut
eftre neceffaire , il doit abfolument
negliger le fuperflu , aſſuré que
la verité pour fe faire aimer , n'a
qu'à fe faire connoiftre , & que belle
dans fa fimplicité , elle n'a befoin
d'aucuns ornemens étrangers.
L'Orateur ne doit d'abord chercher
qu'à plaire , parce qu'il doit
• Sçavoir que ce qui plaift fefat tou
232 MERCURE
jours écouter agreablement ; mais
qu'il prenne garde qu'un file trop
empoule nefalle perdre à fes Auditeurs
, les idées qu'il vouloit leur
infpirer, & qui doivent faire l'u .
nique but de fon action ; qu'il craigne
aulli qu'unftile bas & rempant
ne lefaffe mépriferluy- même , qu'il
reffente dans une heureufe moderation
, la volupté qu'il voudroitfaire
goûter aux autres par la delicateffe
de fon difcours , & qu'il confacre
en même temps cette même volupté
pour fervir de guide à la verité&
d'introductrice à la raifon.
L'Orateur trouvera encore un
moyen indubitable de plaire en proportionnant
fon file à la qualité
à la nature des matieres qu'il
veut traiter ; il doit l'élever avec
dignité , fi le fujet eft important ,
GALANT
233
& le faire couler avec plus de fimplicité
dans un fujet plus fimple ;
far tout qu'il n'oublie pas les égaras.
qu'il doit aux perfonnes devant lef
quelles il parle ; trop de hardieffe ou
trop de baffeffe dans fes expreffions ,
lay feroient perdre l'eftime de fes
Auditeurs ; qu'il fe fouvienne toujours
que la bienfceance de l'oratear
exactement obfervée contribue
beaucoup à la force & à la graie
de fon difcours.
Celuy qui a reçû du Ciel le precieux
talent de l'éloquence faura
Je fervir de ces preceptes avec art ,
ilfcaura decouvrir aux hommes des
roatesfaciles & agreables pour conduire
plus aifement leurs efprits in
la connoiffance parfaite de la veri
te; tantoft il élevera (on file par
la nobleffe & parla for è de fes ex-
Viij
234 MERCURE
prellions , tantoft il l'abaissera is
propos par la justeſſe & par la delicateffe
de fes pensées , tantoft il
fe precipitera comme ces Torrens impetueux
dont les eaux roulent d'Abimes
en Abimes , tantoft femblable
à ces Fleuves tranquiles qui
Serpentent dans une vafte Plaine ,
il coulera avec plus de fimplicité.
Pericles eftoit toujours éloquent s
mais il ne tonnoit pas toujours devant
le peuple.
$
Unjufte difcernement luyfera con .
noiftre les fujets qu'il doit embellir
de figures & d'ornemens , & ceux
qu'il doit traiter avec plus de fim
plicité ; il n'affectera point d'orner
ce qui fe peut facilement entendre
de foy même , fuyant fur tout tou
jours cet amas confus de grands mots.
qui étourdiffent & qui ne fignifient
GALANT
235
rien; mais s'il trouve un endroit où
il luy foit permis de donner l'effort
à l'étendue de fon efprit , & defon
imagiuation , prenant pour lors un
vol rapide , il s'élevera tout d'un
coup parla dignité de fes expreffions ,
par la majesté & la force de fon
file , & par l'ordre & l'arrangement
de fa compofition ; non feulement
il trouvera le moyen de plaire
à fes Auditeurs ; mais auffi de les
charmer , de les enlever , & de les
ravir.
Au contraire dans les endroits
où il voudra émouvoir & toucher
veritablement les coeurs , modefte
dans fon élevation , il fefervira de
termes infinuans pour s'attirer leur
confiance & par des traits naturels
& fenfibles , il excitera leur compallion
& entraifnera leurfentiment
236 MERCURE
enfa faveur ; la foliditéfera jointe
à l'éclat de fon difcours , & le ves
ritable& l'extraordinaire s'acque
revons l'admiration , la fenfibilité
la croyance
.
Il ajoûta que celuy à qui la nature
n'avoit pas donné toute cette
grande force d'une éloquence vive &
naturelle, ne devoit pas toujours apprehenderpour
cela d'embrasfer & de
fuivre une profefſion fi bonorable ,
l'amour de la Justice , un bonfens naturel
& un jugement folide peuvent
quelquefois fuppléer à ce diffaut ,
mais il doit connoiftre fon genie pour
lefuivre , & l'étendue de fes forces.
pour ſe meſurer aux affaires dont il
fe chargera , qu'une noble fimplicité
regne toujours dans fon difcours
qu'il ne cherche point à l'orner de
fleurs qui le fuyent qui mal arGALANT
237
rangées ne pourroient y caufer que de
la confufion de l'obfcurité ; il eft
rare que l'on déplaife quand on fçait
fe tenir dans les bornes d'une jufte
moderation , & que connoiffant également
la vivacité de fon efprit &
P'étendue defonjugement , on ne cherche
point à forcer la nature , en l'affujetiffant
aux regles d'un Art qui
fans elle nepeut avoir aucun agrément
.
L'age doit à peuprès produire dans
leftyle de l'Orateur le même changement
qu'il produit dans l'efprit , le
brillant , le luxe & l'abondance qui
fièent fi bien dans la jeuneſſe plaifent
beaucoup moins dans un age
plus avancé ce fut par ce deffaut
qu'Hortenfius perdit en vieilliffant
la réputation qu'il s'eftoit acquife
dansfes premieres années.
;
238 MERCURE
Mais que tout Orateur fe fou
vienne , continua - t - il , que né
pour le bien de fa patrie , il est tenu,
pour s'acquitter honorablement du
noble Employ auquel il s'est dévoué ,
de donner tousfes foins à deffendre le
bon droit de ceux qui implorent fon
fecours, & que devantfon temps &
fon travail au public , il le doit à
chaque particulier.
Qu'il conferve toùjours , dit il enfuite
, dans fesdifcours ce caractere
de moderation qui fait l'appanage
de l'honnefte - homme , que jamais
ny un emportement criminel , ny ane
crainte trop fervile ne le faffe écar
ter de fon devoir , qu'il évite avec
Join ces mots puiquans ou ces railleries
infipides , étrangeres le plusfou
vent àfa caufe , & qui conviennent
fi peu à la dignité du Bareau , qu'il
GALANT 239
ne s'expofe point à l'aigreur d'une
jufte repartie qui feroit retomber fur
buy même les traits de fa tropgrande
vivacité de fon indifcretion.
Refpectez- vous vous- me/me , pourfuivit-
il , mais refpectez encore plus
cet Augufte Temple de la Juftice ;
dans lequel vous avez l'honneur de
paroiftre , il ne vous doit rien échaper
qui puiffe bleffer la moderation & la
regularité avec laquelle on doit s'y
comporter ;fi vous ne cherchez que
Justice , vous n'avez besoin que de la
verité , & vous parlez devant des
Juges équitables & éclairez, qui ,
infenfibles à tous autres mouvemens ,
ne connoiffent que celuy de remplir
dignement & avec équité tous les
devoirs de la Magiftrature .
N'affaibliffez - point cependant
la
par une deffenfefoible & langu fan240
MERCURE
te les Caufes dont vous etes chargez
, fuivez avec transport le zele
qui vous anime pour le bien de vos
Parties , portez la lumiere dans l'ef
prit des Juges ; diffipez l'obscurité des
affaires épineufes , mais faites toùjours
enforteque le triomphe de voftre
éloquencefoit le triomphe de la Jufti,
ce.
Mr l'Avocat General s'adreffant
enfuite aux Procureurs.
leur dit qu'ils n'avoient befoin que
d'exactitude & de fidelité pour fatisfaire
aux devoirs de leurs Charges
qu'ils devoient laiffer aux Avocats
la gloire de bien dire partager
avec eux celle de bien faire.
Mr le Premier Prefident prit
enfuite la parole & fit un difcours
rempli de traits nobles &
de raifons folides qui répondoient
GALANT 241
doient parfaitement à la fplendeur
& à la majefté du rang au
quel fon grand merite l'a élevé ,
il fit voir la neceffité des preceptes
que Mr l'Avocat General
venoit de donner aux Avocats'
; il dit que
Le difcours qu'ils
venoient d'entendre
devoit leur fervir
de preceptes
& de modele pourregler
leurs actions ; qu'après
leur
avoir tracéla probité comme la prin.
cipale partie de l'Orateur , Mr l'A.
vocat General leur avoit fait voir
la necefité
de remplir quelquefois
leur difcours de traits vifs dont l'éloquencefe
fert.
"
Il dit qu'il n'eftoit pas permis à
ceux qui afpiroient au Bureau de
n'avoir point d'éloquence ; qu'ilfalloit
fe connoistre & confulter fes talens
particuliers avant que d'em-
Decembre 1708. X
242 MERCURE
braſſer un estatfi difficiles que cependant
celuy qui ne poſſedoit par
cette éloquence naturelle fe trouvant
doué d'un jugement folide , pouuoit
rectifier ce deffaut par la droiture de
fon efpris , que tout Orateur avoitfes
talens particuliers.
Il dit enfuite que tous les fujets
ne demandaient pas à eftre ornez ,
qu'il falloit diftinguer les Caufes
importantes de celles qui ne l'eftoient
Pass & que les dernieres ne demandoient
que de la netteté, mais que
dans les Caufes du premier ordre ,
L'Orateur devoit fefervir de toutefon
èloquence , que s'il ne charmoit pas ,
s'il n'enlevoit pas , il déplaifoit &
refroidiſſoit,
Il fit voir les écueils de ceux
qui ne cherchent qu'à remplir
leurs difcours que d'une élo
GALANT 243
quence affectée & toûjours mal
rangée. Il vaut mieux , dit- il ,
eftre folide fans eftre élegant , qu'élegant
fans eftre folide . Banniffon's
l'élegance frivole qui ne confifte qu'-
en degrands mots , ce n'eft que lafolidité
des pensées qui fait toute la
beauté du difcours ; en effet , fans la
raiſon peut-on perfuader un homme
raifonnable?
Il recommanda fur tout aux
Avocats la précifion dans leurs
plaidoyerie , il les exhorta d'éviteravec
foin ces pointes fpirituelles
, ou bons mots , qui rendent
le plus fouvent un difcours
ridicule : L'efprit ; ajouta- t- il ,
doitfe cacher, & la belle eloquence
eft celle qui paroift naturelle. Prefervez-
vous d'un autre écueil , l'abondance
vicieuſe d'une érudition
X ij
244 MERCURE
mal placée ennuye & fatigue les
tiens
de rendre la
justice,
Juges
ceux qui cherchent à plaire ne plaifnt
point . Enfin la grande regle de
vofre Art eft de n'en pointfaireparoiftre
; une nobleffe de fentimens , un
Ayle male & naturel fait toute la
beaute du difcours. Les Orateurs
nes & de Rome fe trouvoient
obligez defaire des declamations les
plus vehementes
, parce qu'ils parloient
à des peuples entiers dont chacun
avoit un efprit & un fentiment
fingulier ; dans une Republique où
le moindre particulier avoitfa voix
Ils fe fervoient des figures les plus
fortes pour exciter ces grands mouvemens
qui entrainent & qui forcent
les efprits à fe laiffer perfuaders
mais icy vous parlez devant des
Magiftrats , qui , fans aucune préGALANT
247
vention , nefont tous animez que de
l'amour de la verite & de la justice.
Ne vous écartez done point de la
vope de la verités puifqu'elle eft le
feul objet de l'homme veritablement
juste , & foyez convaincus qu'il n'y
arten defolidement beau que ce qui
eft veritable . Tels eftoient les Avocats
qui dans les ficcles paffer ont
fait le principal ornement du Bas
reaus telsfont encore ceux que nous
voyons prefentement diftinguez par
bear merite & par leur capacité , tel
doit efire enfin l'Orateur qui cher
chant a plaire , veut s'attirer la
confiance & l'attention du Senat.
Il finit en cet endroit en rapportant
en tres peu de paroles
mais tres vives & tres expreffives
toutes les qualitez qui fonc
neceffaires pour rendre un Ora-
X iij
246 MERCUR
teur parfait & accompli . Il recommanda
aux Procureurs d'ap
porter plus de netteté dans
leurs procedures , & il les exhorta
à conferver parmi eux cet
efprit d'union fi recommandable
& fi neceffaire dans toutes
les Communautez .
Le Mercredy 18. on fit les
Mercuriales , & felon l'ufage
Mr le Premier Prefident adreffa
la parole à Mrs les Gens du
Roy ; voici de quelle maniere
il parla , en leur difant : Nous
n'avons qu'à vous exhorter de continuer
àremplir toujours avec le même
zele les fonctions penibles d'un
fi grand miniftere , & de fervir de
lumieres aux decifions & jugemens
les plus difficiles , toujours prefts à
écouter vos avis , Pexperience nous
GALANT 247
a appris quelle attention nousy devons
avoir , & avec quelle confiance
nous pouvons les fuivre.
Mr Dagueffeau Procureur
General prit enfuite la parole ,
& il dit: C'est le comble de l'injuſtice
que de vouloir paroître jufte fans
l'eftre en effet ; la diffimulation ne
fert de rien aux yeux des hommes
il faut eftre veritablement homme de
bien pour le paroiftre. Miniftres de
la Juftice , que voftre rang auguste
éleve avec tant d'éclat au - deffus
des autres hommes , n'efperez pas
de pouvoir vous cacher & vous dérober
à leur cenfure & vous jugez leurs
differens , mais ils jugent voftre
justice vous ne sçauriez cacher à
Leurs yeux ny vos vertus ny vos vi
ces , accoûtumez à voir lafuftice de
prés , & familiarifez pour ainfi
248 MERCURE
dire avec elle , les hommes ne sy
trompent pluss its agiffent fouvent
mal , mais ils jugent bien. C'eſt
en vain qu'un juge efpere de pouvoir
long- temps fe déguiferfous be
mafque de la diffimulation & de
Ehypocrifie les anspar unejufte ins
elinationpour la vertu, & parborreurpour
le vice , les autres par hai.
ne ou par envie, d'autres même par
uneambitionfaftucafe entreprennent
de fe faire connoifre & viennent
à bout de leur devoir. A ces ennes
mis étrangers fe joignent des enne
mis domestiques qui le tourmenters
continuellement femble que les
3 il ; il
palons du Magiftrat agiffent de
concert avec les autres hommes
pour leur faire découvrir ce qu'il
voudroit leur cacher avec tant de
fein. Si fa vanité fait en luy l'offi
GALANY 249.
ce de la vertufes dehors trompeurs
découvriront bien- toft lefafie & l'orgueil
quife font rendus maistres de
Son coeur, la voluptéfera bientoft
tomber le voile qui couvre
les apparences de cette fauffe verix .
Une ame livrée à l'iniquité , eft un
paysfeditiex qui change de maiftre
à tous momens ; fi la vanité du
Magiftrat effans borne , fa fauffe
fageffe paroifra d'abord fans
mesure , on verra le vain Imitateur
de la vertu , faifir l'image de
la probité , pour la probité même ;
mais bientoft cet excés paffagerfera
fuivi d'un deffaut encore plus confiderable
; l'injuftice regnera dans
fon coeur , & il s'abandonnera à
toutes ces paffions fous le voile fpecieux
de la justice la plus fevere s
quelquefois fa vanité gardera en
250 MERCURE
core quelques ménagemens aver
la vertu , il affectera de fe declarer
contre l'injustice ; mais que la
destinée de la justice fera malheu
reufe , s'il fe trouve en eftat de la
pouvoir trahir , fur toutfi la nature
Luy a fait le don fatal d'un efprit
fabril & captieux.
Il femble que tenant à fa main
un de ces Anneaux enchantez y cet
efprit fi fecond eft capable de donner
à une affaire , le tour que fa paffon
le luy fuggere , santofi il inf
pirera de l'indignation contre an
innocent , tantoft de la pitiépour un
coupable , tantoft paroiſſant apuyer
fa decifion fur la rigueur de la juf
sice , il tachera de forcer le fentiment
des autres en faveur de celug
qu'il protege injustement ; tanto
fe parant d'une fauffe clemence , &
GALANT
251
par une trop douce interpretation de
la loy , il n'befitera pas à rendre
le crime impuni , au dépens mème
du malheureux , malgré fon innocence
; mais l'homme jufte reconnoiftra
facilement tous les détours de
cet efprit trompear , en garde contre
toutes fes fubtilitez , une fecrette
défiance s'emparira de fon coeur ; il
fufpendrafon jugement , & dans une
crainte continuelle de fe laiffer abufer,
il ne pourra donner defoy à ce
qui luy paroitroit d'ailleurs tresvray
-femblable.
3
La veren ni le vice ne peuvent
fouffrir un mélangefi extraordinai.
re: donner Pexterieur à l'un &
l'interieur à l'autre , c'est un partage
trop contraire à la raison & à
La justice pourſe pouvoir long - temps
fouvenir avec fuccès 3 la fauße ver252
MERCURE
Lu fuccombera un jour avec éclats
& fans attendre long- temps cette
grande revolution , malgréfon affellation
, elle découvrira elle- mêmefes
injuftices dans lesplus beaux
jours de fon hipocr fie.
Mr le Procureur General aprés
avoir peint avec des traits
vifs & naturels le caractere de
la diffimulation & de l'hipocrifie
, fit un beau portrait du Juge
fincere & veritablement jufte
, & qui répondoit parfaitement
à la candeur de fon coeur
& à la grande probité qui l'ac
compagne , & qu'il orne des autres
vertus les plus rares.
Il dit que l'hommede bien content
du temoignage de fon coeur
menoit toujours une vie douce &
tranquile ; que ne craignant au
сить
GALANT 253
fa
can reproche , il trouvoit dans fa
vertu une confiance modefte & une
heureufe fecurité qui faifoient toute
fatisfaction , Ilfait , continuail
, le bien pour avoir le plaifir de
le faire aucun motif , aucun intereft
n'eft capable de le détourner de
l'amour qu'il reffent pour la verité
& pourla justice ; ferme & inebranlable
dans fes devoirs , il refifte à
toutes les impreffions qu'on voudroit
luy donner , & dans la fimplicité
d'une vie tranquile , il goûte les
folides plaifirs de la veritable grandeur.
Il fit voir enfuite la difference
de ces deux caracteres
par une oppofition tres - jufte ,
il infpira à tous les auditeurs de
Phorreur pour la diffimulation ,
& de l'amour pour la fincerité.
Decembre 1708. Y
254 MERCURE
Bien loin , dit- il , que cette vaf
te affectation du Magiftrat puffe
eftre comparée avec une fi noble
fimplicité , en vain fon zele impofteur
paroitroit plus ardent , abandonné
à toutes fes pallions qui le
tourmentent interieurement , il ſe
découvrira luy même , & s'attirera
toft ou tard le blame & le mépris de
tous ceux qu'il aura tàché d'abuſer
parles artifices.
Qu'il ne fe flatte pas davanta
ge , quand mêmefan affectation feroit
d'abord plus heureufe , il ne
pourra foutenir long- temps un per
fonnage fi force, il fe trouvera
infailliblement accablé fous les debors
trompeurs de fa diffimulation.
Il exhorta les Juges à fuivre
toûjours le chemin de la vertu,
& à faire leurs efforts pour parGALANT
255
venir à fon fuprême degré ; deft
le privilege de la vertu , pourfuivit-
il , de n'avoir qu'une feule voye ,
celuy qui a gouté combien elle eft aimable
, ne ceffera jamais de l'aimer
; la douceur de fes fruits luy
donnera des forces pour furmonter les
obftacles qui s'y pourroient rencontrer,
& toujours animé d'un zele
ardent , ilfe trouvera au comble de
la vertu , fan s'eftre aperçu despeines
& des perils qu'il a eu à furmonter
poury parvenir .
C'est un trefor caché à celuy qui
n'a que l'apparence de la juftice ;
privé des douceurs & des plaisirs que
donne la vertus foûtenu feulement
par un effort d'ambition & de va
nité , il fe revetlle tout d'un coup
comme un homme las &fatigué d'un
jongepenible ; mais il retombe auf-
Y ij
256 MERCURE
fi - toft dans un affoupiffement encore
plus profond & beaucoup plus à
plaindre. Sa vertu eft fans armes ,
parce qu'elle eft fans effort , & il
éprouvera bien toft qu'il eft un der.
nier degré de confufion pour la diffimulation
& l'hipocrifie ; il aper
du la confiance publiques en vain
travailleroit- il à la recouvrer ; c'eſt
un bien qui fe perd fans retour , &
aprés avoir paffe pendant quelque
temps pour homme de bien ,
de bien , Jans
l'eftre en effet , il le feroit aprés inu.
tilement fans le paroifte : enfin accablé
de honte & de mepris , il tombera
dans le defespoir de n'eftre ni
de ne pouvoir paroistre homme de
bien ; eftre connu c'est la punition de
l'hypocrifie &la recompenfe de l'honneste
homme.
Le Juge au contraire , dit- il en
GALANT 257
finiffant, qui n'a pour guide que la
vertu & la probité fatisfait de la
candeur defon ame & de la pureté
de fes actions , mettra au
deffous de luy tout ce qui pourroit flatter
fon amour propre , & latisfaire
une vaine oftentation qu'ilfuit comme
inutile & préjudiciable à la droiture
de fon coeur ; les mépris des
louanges eleve l'homme jufte , & la
voye qui fait eft ung trace impercepti
ble de lumiere qui augmente à chaquepas
& le conduit enfin à ce baut
point de felicité & de grandeur qui
eft la récompenfe de l'honnefte homme
, la gloire ne s'éteint pas avec
lay dans le tombeau , & confacrant
la memoire du jufte , elle apprend
aux Magiftrats la route certaine
qu'ils doivent faire pour y parve
nir.
ala
Y
iij
258 MERCURE
Mr le Premier Prefident reprit
la parole , & en s'adreffant
à la Cour , il dit que fi les Juges
trouvent tant d'obstacles à rendre la
justice aux autres , ils en trouvent
encore davantage à fe la rendre euxmêmes
, éclairez dans les affaires
des autres , il femble fouvent que l'ef
prit de confeil& de fagelle les abandonne
lorfqu'il s'agit d'examiner&
de regler les leurspropres ; un Magiftrat
doit avoir dela peine à defcendre
de la place de Juge pour prendre
celle de Partie ; ilfemble fe dégrader
en plaidant , & s'il s'y trou
ve force non-feulementfondroondoit
eftre legitime , il faut encore qu'il
foit incontestable. I eft vray qu'une
deffenfe legitime eftant permife à
tout le monde l'eft auffi au Magif
trat , mais avant que d'y entrer, it
GALANT 259
doit peferfes prétentions au poids du
Sanctuaire , & accoûtumé à juger
Aes autres , il doit commencer par fe
juger luy- meme. Qu'il confulte fon
droit , qu'il écoute fans prévention
pour la justice de fa Caufe ; les con
Jeilsde perfonnes fages & éclairées ,
qu'il n'hefite pas de les fuivre quoy
que peut- eftre contraires à fes interefis
, & qu'il ne s'imagine pas que
'quand on paroift douter defes raiſons
ou doute auffi de fa probité. Le Juge
s'éleve quelquefois , à la bonte de
la Magiftrature , contre ceux qui
of nt intenter contre luy une action
qui leur eft legitimement acquife ,
ilprendpour infulte ce que la neceffité
de lear deffenfe les oblige d'avancer
, & il cherche pour larepoufsfer
tout ce qu'un mauvais efprit de
chicanne ou de malignité luy peu-
Y
iij
260 MERCURE
v
le
vent fuggerer. Il faut , continuat-
il , que
Magiftrat s'abftienne
fur tout de ces brigues & de ces caballes
fi dangereufes pour l'honneur
de la Justice &fi peu convenables au
rang& à la dignité dont il eft reve-
18. Si par malheur fes efperances fe
trouventfruftrées , s'il eft condamné
qu'à l'exemple des plus viles ilfaut
qu'il refpecte toujours le Tribunal
de la Justice , qu'il fe garde bien de
changer fes raifons en déclamations
enfatyres outrées , contre fes Juges
& fes Confreres , qu'il ne devienne
pas l'ennemy de ceux aufquels
il paroiftra le plus attaché ,
qu'ilfub ffe fon jugement fans murmure
, qu'il refpecte fes Juges , fon
414 propre caractere , & qu'il donne
"Pexemple à ceux qu'il eft preft luymême
de condamner.ch .
? GALANT 261
Mr l'Abbé de Galiczon , Grand
Chantre de l'Eglife de faint
Martin de Tours , & Docteur
de la Maifon & Societé de Sorbonne
, aeftéfacré Evêque d'Agathopolis
, & Coadjuteur de
Babylone , dans la Chapelle de
l'Archevêché , par Mr le Cardinal
de Noailles , affifté de
Mr Maigrot auffi Docteur de
la Maifon & Societé de Sorbon .
ne , Evêque de Conon en la
Chine , & Vicaire Apoftolique
de la Province de Fokien dans
lemême Royaume , & de Mr de
Lyonne Evêque de Rofalie auffi
dans le même Royaume . Le
grand âge de Mr l'Evêque de
Babylone , frere de Mr de faint
Olon , Gentilhomme ordinaire
de la Maiſon du Roy , l'a obli292
MERCURE
géde demander un Coadjuteur
à S. S. qui a nommé Mr l'Abbé
de Galiczon avec l'agrément du
Roy. Je vous parlay du merite
de ce nouveau Prelat lors de la
nomination par le Pape & par
S.M. Je dois remarquer à prefent
, c'eft une grande queſtion
entre les Geographes , de fçavoir
fi la Ville qu'on nomme
aujourd'huy Bagdat , eft au même
lieu qu'eftoit l'ancienne Babylone
dont quelques- uns luy
font encore porter le nom . Le
Docte Mr. Bochart , à l'autho
rité duquel on doit foufcrire ,
pretend que Bagdat eſt à l'endroit
où étoit l'ancienne Seleucie
, puis que les deux Villes
font fur le bord du Tigre , &
que Seleucie fut baſtie autreGALANT
263
fois des ruines de Babylone par
Nicanor à 300 ftades de cette
Ville qu'on nommoit Baby,
Jone .....
-
La Compagnie qui affifta au
Sacre fut tres nombreufe , &
la curiofité de voir trois Evêques
des Miffions d'Orient ,
dont deux confacroient le troifiéme
, y attira beaucoup de
monde . Mr le Cardinal de
Noailles donna un magnifique
dîner à ces Prelats , où fe trouva
Mr le Cardinal d'Eftrées qui
avoit affifté au Sacré , & dont la
Niece , feuë Me la Ducheffe
d'Eftrées étoit foeur de Mr l'Evêque
de Rozalic . Une partic
de la converfation roula pendant
& aprés le difner fur l'état
des Miffions d'Orient . Mr l'E
264 MERCURE
vêque de Conon qui en eft revenu
depuis peu en fit une Def
cription touchante , & qui fic
plaifir à toute l'Affemblée , &
ce Prelat ajoufta qu'il partiroit
bien -toft pour Rome afin d'en
aller rendre compte à S. S. qui
le fouhaitoit ainfi.
500
Sa Majesté a donné le Gouvernement
de la Baftille à Mr.
de Bernaville qui en étoit déja
Lieutenant de Roy, & qui avoit
eu long - temps un pareil employ
à Vincennes , dont il
s'étoit acquité dignement . Le
choix que le Roy a fait pour
remplir cette place importante
d'un homme generalement
eftimé , a cfté fort applaudi,
On ne pouvoit faire un meilleur
pour un Employ qui de- choix
GALANT 265
T
mande un homme de confiance.
Mr de Bernaville ayant toutes
les qualitez neceffaires pour
le bien remplir, puis qu'il avoit
déja donné des preuves de fon
attention pour tout ce qui regarde
un pareil fervice , ainfi
que de fon zele & de fon defin--
tereffement . Il est d'une Nobleffe
auffi ancienne que diftinguée
, & d'un merite reconnu ,
& la conduite a déja fait connoiftre
que le Gouvernement
qui luy a efté confié , ne pouvoit
eftre remis en de meilleures
mains . La Lieutenance de oy
en a efté donnée à Mr le Che
valier d'Avignon , fort eftimé
& fort connu par les fervices ,
s'étant diftingué avec éclat en
plufieurs occafions . Ileft Che266
MERCUR
valier de faint Louis , & frere
Cadet de Mr d'Avignon , Major
des Gardes du Corps , fort
confideré par toutes les grandes
qualitez qui le diftinguent .
Mr de Cais premier Prefident
de la Cour des Aides de.
Montauban , a épousé Mlle de
Caulet , fille de Mr de Caulet
Prefident à Mortier au Parlement
de Touloufe. La maifon
de Caylet eft fort ancienne ,
& fa Nobleffe eft connue, il y a:
long - temps . Le grand pere de
la nouvelle époufe eftoit auffi
Prefident à Mortier , & fon bifaycut
eftoit Prefident du Bureau
des Finances ; il avoit épousé
une foeur de Mr le Prefident
Doneville , & le Prefident fon
fils avoit épousé une fille
de
GALANT 267
Mr de Gragnague , auffi Prémere
de
1 .
266 MERCUR
valier de faint Louis , & frere
Cadeado Me d'Avignon . MaGALANT
267
Mr de Gragnague , auffi Préfident
à Mortier . La mere de
Me de Cais eft fille de Mr de
Saint Simon , Confeiller au Párlement
de Touloufe ; fon oncle
eft Commandeur de Malthe.
Mr le Gendre , Intendant
de Montauban a beaucoup contribué
à ce mariage qui s'eft
fait avec une grande magnificence.
Les paroles de l'air que je
vous envoye font traduites d'une
Chanfon Efpagnole , inferée
dans le Livre intitulé , le Diable
boiteux , par Mr de la Fevrerie.
AIR NOUVEAU.
Que l'Amour cause de foibleff ,
Je brufle & je pleure fans ceffe ,
S
K
1
268 MERCURE
Depuis queje fuis amoureux ;
Mais érrange effet de fes charmes!
Meslarmes pour me rendre encore
plus malheureux,
Nefçauroient éteindre mes feux,
Nimes feuxconfumer mes larmes.
Mr le Marquis d'Antin a fait
l'honneur à l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture d'y
venir prendre feeance pour la
premiere fois comme fon Protecteur
; vous fçavez que cette
qualité confifté à eftre le Mediateur
de cette Compagnie
auprés du Roy , le Miniftre par
lequel il plaift à Sa Majesté de
luy expliquer les volontez &
fes ordres , & comme le canal
de toutes les graces qu'elle luy
GALANT 269
accorde pour la maintenir dans
l'état floriflant où Elle l'a mife
dés fon établiffement ; & que
quoyque l'Academie foit en
liberté par l'article 8. de fes
Statuts de choisir telles perfonnes
qu'il luy plaira des plus éminentes
dignitez & conditions
du Royaume pour fa protection
& vice- protection , cette
Compagnie a toujours reglé
fon choix & jetté les yeux fur
celuy qui eft destiné à préfider
aux Arts , par un Prince qui
dans la diftribution des Emplois
de fon Etat , fçait faire du
vray merite , un difcernement
fi judicieux .
Mr le Marquis d'Anrin avoit
efté prié d'agréer la Protection
de l'Academie peu de jours a
Décembre 1708. Z
270 MERCURE
prés avoir cfté nommé Directeur
General des Bâtimens. It
l'accepta en donnant beaucoup
de marques d'eftime & de confideration
pour la Compagnies
mais le voyage du Roy à Fontainebleau,
& les premiers foins
qu'il devoit donner aux fonc- Faux
tions d'un Employ d'une fi vaſte
étendue , l'avoient empefché
jufqu'alors de donner à l'Academie
, la joye de l'y voir préfider.
Il fut reçû à l'entrée des
Sales par les fix Officiers de la
Compagnie qui felon le regle
ment , font commis à cette Ce.
remonie ; fçavoir le Directeur ,
le Chancelier , le Recteur en
quartier , le Profeffeur en mois ,
le plus ancien des Adjoints Reccteurs
, & le plus ancien des
GALANT 271
Adjoints Profeffeurs . Ils le
conduifirent dans la Sale principale
où toute la Compagnie
eftoit affemblée pour le recevoir
, & aprés que ce Marquis
eut pris fa place , le Secretaire
au nom de la Compagnie , lût
le compliment qui fuit .
"
MONSEIGNEUR ,
Il est pardonable à l'Academie
d'avoir fouhaité avec quelque em
preffement de jouir de l'honneur qu'
elle recoit aujourd'huy en cette Affemblée.
Cette agreable circonftan.
ce manquoit encore à la grace que
vous luy accordez de votre protection
auprés du Grand Roy qui luy a donwé
l'estre , & qui n'a point ceffé de
lafavorifer de fon attention . Cette
Zij
272 MERCURE
19
Compagnie eft bienperfuadée, Monfeigneur
, qu'ayant autant d'eftime
& d'amour que vous en avez pour
les Arts , cette auguste qualité de
Protecteur ne pouvoit convenir
perfonne qui prit plus de part
un établiffement , que Mr le
Cardinal Mazarin & Mr le
Chancelier Seguier , ont fi heureufement
commencé. Ces deux grands
hommes , aufi illuftres par leur penetratton
dans les interefts de l'Etat
, que par leur dignité , avoient
bienprevu qu'entre les beaux Arts ,
quifons ce glorieux regne , ont acquis
tant d'eftime & de ſplendeur
à la France , la Peinture & la
Sculpture eftoient ce qui devoit luy
donner plus de pompe & de magni
ficence. E les ont en effet cet avan
tage , qu'outre cette élevation na-
*
GALANT 273
Turelle qui leur eft commune avec
les autres Arts Liberaux , ce font
elles qui font l'ame & la vie des
Arts inferieurs , qui leur infpire la
politeffe dont ils fontfufceptibles , &
qui joignant le grandgoût de l'antique
à la delicateffe du Genie François
, ont répandu far tous les Ouvrages
qui fe font dans Paris &
dans le reste du Royaume , pour la
décoration & l'embeliffement , un
caractere d'élégance & de nobleffe
qu'il n'apartenoit qu'à ces Arts de
leur donner
Ce font des fraits que l'on devoit
attendre de la formation de cette
Compagnie , & des Fonitions Academiques
dont il a plù au Roy de
Luy confier l'exercice . Elle fe propofe
fous vostre protection , Monfeigneur,
qu'elle conçoit toute favorable , de
274 MERCURE
·les continuer avec le mème zele dons
elle a toujours efté animée , & elle
ne doute point que témoins de fes
foins & de fon application , vous
ne les falliez connoiftre au Prince
incomparable à qui elle defire ardemment
de plaire.
Entre les graces que le Roy accorde
à l'Academie , celle de donner
tous les trois mois des Prix aux Eleves
, n'eft pas feulement un preffant
motif d'exciter leur émulation , elle
a beaucoup d'éclat dans le public.
Vous avez donné vos ordres , Monfeigneur,
de continuer cette contume
digne de la liberalité du Roy. L'Academie
prendra la liberté de vous
prefenter ceux qu'Elle a jugé lès
avoir meritez
Mr le Marquis d'Antin répondit
à ce difcours en remerGALANT
275
ciant la Compagnie des marques
qu'elle luy donnoit de fon
eftime , & des bons fentimens
qu'elle avoit conçûs de luy par
raport aux Arts qu'il avoit tou
jours aimez . Qu'il avoit bien du
plaifir de voir dans la Compagnie
tant de zele à concourir à ce progrés
& à cette élevation où l'on les
voit aujourd'huy en France ; qu'il
ne manqueroit pas de le faire connoiftre
au Roy qui a toujours eu en
veuë de lesfaire fleurirfous fon regne
, & qu'il n'obmettroit rien de
fa part de tout ce qui pourroit contribuer
aux interefts , à l'utilité ,
& à la gloire de l'Academie , lors
qu'il en feroit informé.
Il diftribua enfuite les petits
Prix que le Roy accorde tous
les trois mois aux Ecoliers qui
276 MERCURE
deffinent d'aprés le modele.
L'on avoit differé cette diſtribution
juſqu'au jour que Mr le
Protecteur trouveroit la commodité
de la faire , & il y avoit
à donner ceux qui ont efté adjugez
pendant l'année entiere
1707. & les 3. quartiers échûs
de la prefente année ; de forte
que ces Prix confiftoient en
vingt medailles d'argent de la
fuite de l'Hiftoire du Roy de
differentes grandeurs .
On ne doit pas confondre ces
Prix avec les grands prix qui
font des medailles d'or de la
même Hiftoire , qui fe délivrent
à la Saint Louis , aux
Etudians les plus avancez , fur
des Ouvrages de Peinture &
de Sculpture qu'ils font dans
眼
l'Academic
GALANT 277
l'Academie , en des lieux particuliers
deftinez à ces ulages ,
& qui outre cela font une maniere
d'épreuve , pour connoître
ceux qui font capables d'être
envoyez à Rome , avec la
penfion du Roy dans l'Academie
que Sa Majesté y a établie
pour y perfectionner les Peintres
& les Sculpteurs fur les
reftes del'Antiquité qui fe trou.
vent encore dans cette fameufe
Ville.
Ces Prix de quartier , que
l'on appelle les petits Prix pour
les diftinguer des autres , ont
efté accordez pour exciter l'émulation
des Etudians dans lécole
du Modele. L'on divife ces
Etudians en trois Claffes , felon
Decembre 1708 Aap
278 MERCUKE
qu'ils font plus ou moins avancez
, pour leur donner lieu d'y
pouvoir tous eſperer , & l'on
y ajoûte même une precaution ;
fçavoir que celuy qui a eu un
Prix dans l'une de ces Claffes ,
ne peut dans la même Claffe , y
prétendre pendant l'anné , s'il
ne s'éleve dans une autre par
fon travail.
Aprés la diftribution de ces
Prix Mr le Marquis d'Antin
finit la fceance , & fur conduit
par toute la Compagnie jufqu'au
bas de l'efcalier du Louvre
.
Mr l'Abbé de la Fleutrie
-Prieur de Sorbonne , y a prononcé
, fuivant l'ufage ordinaire
à la cloture des Sorboniques ,
un difcours qui a efté fort apGALANT
279
plaudy par Mr. le Cardinal de
Noailles , ainfi que par plusieurs
perfonnes de diftinction qui s'y
trouverent . L'éloge du Cardinal
de Richelieu fut le fujet de
ce Difcours I loüa ce Miniftre
du foin qu'il avoit pris de
faire fleurir les Arts , & il s'étendit
fur ce qu'il a fait en faveur
de la Religion , qui devoit
faire éternellement vivre
fa memoire . Il parla dans fon
premier point des louanges que
l'Academie Françoife qu'il a é
tablie , luy donne toutes les
fois qu'elle reçoit quelque Academicien
nouveau . Je dois icy
à cette occafion vous faire fouvenir
que tous les Academiciens
font obligez , fuivant leurs
Statuts , de faire l'élogede leur
A a ij
280 MERCURE
Fondateur & de leur Protecteur
, les jours de leur reception
; mais l'on peut dire aujourd'huy
que cette Academie
ne doit pas moins au Roy qui la
protege , qu'à celuy qui l'a éta
blie , & que ce Monarque peut
paffer pour un fecond Fondateur
de cet illuftre & fçavant
Corps , puifqu'il a augmenté fes
Privileges , & qu'il luy a fait
l'honneur de la loger dans le
Louvre. Mr de la Fleutrie finit
fon premier point , en faifant
connoiftre que les éloges que
l'Academie donnoit au Cardinal
de Richelieu , la rendoit
elle même digne de louanges.
Cet Abbé fit connoiftre dans
fon fecond point , ce que le Cardinal
de Richelieu a fait en faGALANT
281
veur de la Religion , & il fit
une tres - belle peinture de ce
que la Rochelle eftoit dans le
temps qu'elle fervoit d'azile à
l'herefie , & de ce qu'elle eft
aujourd'huy , ce qui luy donna
lieu de parler de l'infolence paffée
de l'herefie , & de fon humiliation
prefente .
Leg de ce mois Mr Alamanno
Salviati , Nonce Extraordinaire
du Pape , fit fon Entrée
Publique en cette Ville Je ne
vous diray rien de tout ce qui
regarde le Ceremonial , qui eft
le mê ne qui s'obferve pour tous
même
les Nonces de fon caràctere ,
dont je vous ay déja donné plufieurs
fois le détail , & que vous
trovverez dans tous les Imprimez
qui renferment des Nou-
A a iij
282 MERCURE
velles publiques ; mais comme
les Equipages de ces Nonces
font fouvent differens felon les
temps , & felon qu'ils font plus
ou moins magnifiques , je vous
parleray de celuy de ce dernier
Nonce Extraordinaire , à la magnificence
duquel on ne peut
rien ajoûter. Il avoit quatre
Caroffes d'une beauté furprenante
, & dont les ornemens
dorez jettoient un éclat qui ébloüiffoit
, & qui empêchoit
d'en bien diftinguer tous les or
nemens . Chacun de ces Caroffes
pouvoit paffer feparement
pour le Caroffe du Corps , &
il n'y a perfonne qui en en
voyant qu'un feul , ne l'euft
pris feparement pour le Caroffe
de parade de Mr le Nonce ; ceGALANT
283
pendant l'un des quatre furpaffoit
infiniment les trois autres
par la beauté de fa fculpture
, qui reprefentoit plufieurs.
figures feparées & groupées ,
avec plufieurs ornemens de relief
, qui s'étendoient jufques
fur l'Imperial qui en eftoit pref
que entierement couvert . Le
dedans de ces Caroffes répondoit
à la richeffe des dehors ,
& rien ne manquoit à la beauté
des chevaux & de leurs harnois
La Livrée eftoit d'un drap
gris- brun , couvert d'un grand
galon de foye , reprefentant des
Aeurs de diverfes couleurs , ac
commpagné d'un galon d'argent
de chaque cofté , & les
veftes , fuivant l'ufage , étoient
A a iiij
284 MERCURE
beaucoup plus riches que les
habits. Il y avoit trente valets
de pied vêtus de cette maniere ,
auffi bien que les Cochers & les
Poftillons. Il y avoit quatre Pages
tres - bien montez , & dont.
les habits auffi bien que les veftes
, eſtoient encore plus magnifiques
que ceux dont je vous
viens de parler On peut juger
par les habits des gens de Livrée
, de la magnificence de
ceux des Officiers de ce Nonce
Extraordinaire , qui l'eftoit ve
ritablement de plus d'une maniere
, ayant fourni de fon propre
fond , à la dépenſe de ces ...
habits ; de forte que l'on peut
dire que fi l'Employ que le Pape
luy a donné , luy a fait honneur,
il a de fon cofté fait beaucoup
GALANT 285
d'honneur à fon Employ. Je
ne vous dis point qu'aprés qu'il
cut elté conduit à fon Hoftel
dans les Caroffes du Roy , accompagnez
de tous ceux des
Princes & Princeffes de la Maifon
Royale , fuivis de celuy de
Mr le Marquis de Torcy , Miniftre
& Secretaire d'Etat , à
qui fa charge donne droit d'en .
voyer un Caroffe à ces fortes de
Ceremonies ; il fut complimen
té de la part du Roy , par Mr
le Duc de la Tremoille , premier
Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté , & par les principaux
Officiers des Princes &
Princeffes de la Maifon Royale.
Le 11. les Caroffes du Roy
& de Madame la Ducheffe de
Bourgogne le vinrent prendre
280 MERCURE
en fon Hoſtel avec Mr le Com
te de Brionne , & Mr de Saintot
Introducteur des Ambaffadeurs
, qui l'avoient accompagné
le jour de fon Entrée , pour
le conduire à Verfailles . Il
trouva à fon paffage dans l'avant
- Court du Chateau , les
Gardes Françoiſes & Suifles en
haye & fous les Armes , les Tambours
appellant dans la Cour
les Gardes de la Porte & ceux,
de la Prevolte auffi en haye &
fous les Armes à leurs Poftes .
Il fut reçû au Veſtibule par Mr
des Granges , Maiftre des Ceremonies
, où eftoient les Cent-
Suiffes , auffi bien que fur l'Ef
calier , la halebarde à lamain
& à la porte de dedans de la
Salle des Gardes , par Mr le
GALANT 287
Maréchal Duc d'Harcourt, Capitaine
des Gardes du Corps ,
qui y eftoient en haye fous les
Armes.
Le Compliment que Mr le
Nonce fit au Roy , fut en Langue
Italienne , & il s'étendit
far l'eftime de Sa Sainteté pour
Sa Majefté & pour toute la
Maifon Royale , & fur ce qu'elle
envoyoit les Langes benits
avec la benediction pour accompagner
les graces que le
Ciel avoit faites à la France en
luy donnant Monfeigneur le
Duc de Bretagne . Il ajouta
que Sa Sainteté efperoit de ce Mo
narque pour le foutien de l'Eglife
les mêmesfecours qu ' Elle avoit reçus
defes Anceftres.
Mr le Nonce fit une espece de
288 MERCURE
pofe en cet endroit , fans s'ar .
refter
pourtant , & en paroiffant
comme étonné en regardant
le Roy , il fit connoiftre
qu'il ne fçavoit que dire, parce
qu'il avoit trop de chofes à dire ,
& ajouta , qu'il çavoit bien qu'il
parloit au plus grand Roy que la
France , l'Europe , & le Monde entier
, ayent vû depuis plufieurs fiecles.
Quant à ce qui me regarde
continua- t'il , Je (upplie Poftre
Majefte , de m'honorer defa prote-
Etion , comme vos Ancefres ont eu
la bonté de l'accorder à ceux de ma
Maiſon
Le Roy repondit , qu'il remer
cioit Sa Sainteté ; & Sa Majesté
ajouta avec une espece d'émo
tion qui faifoit connoiſtre les
bons fentimens qu'Elle avoit
GALANT 289
pour le Pape , qu'Elle n'en pouvoit
dire davantage , & à l'égard
de Mr le Nonce , Sa Majesté
luy dit , qu'Elle étoit tres contente
de ce que Sa Saintet l'avoit choisi
Pour remplir lesfonctions qu'il eftoit
venu faire.
Mr Salviati parla avec autant
de grace que de fermeté ,
& avec beaucoup d'éloquence.
Tous ceux qui l'entendirent en
furent charmez & l'Audiance
étant finie , toute la Cour retentit
de fes louanges .
Le Roy paffa aprés l'Audiance
dans fon Cabinet , accompagné
de Mrle Nonce . Sa Majefté
y vit 4. Langes benits envoyez
par Sa Sainteté à Monfeigneur
le Duc de Bretagne.
Ces Langes eftoient garnis de
290 MERCURE
tres belles dentelles , & accompagnez
de quatre chemiſes , &
de tout ce qui peut fervir à un
Enfant au nombre de quatre , le
tout auffi garny de dentelles
tres belles & tres fines, Il y avoit
auffi un Manteau Royal ,
brodé d'or & de Perles .
Mr le Nonce étant forty de
chez le Roy , eut audiance de
Monfeigneur le Dauphin , &
enfuite de toute la Maiſon
Royale . Madame la Ducheffe
de Bourgogne luy ayant donné
audiance chez elle , cette Princeffe
en fortit auffi - toft aprés
pour fe rendre chez Monſeigneur
le Duc de Bretagne, afin
dele trouver à l'Audiance que
ce Prince devoit luy donner , &
elle vit les Langes benits dont
GALANT 291
je viens de vous parler , que
Mr le Nonce luy prefenta de la
part du Pape , & dans le même
temps ; au lieu de Compliment
il prononça une Oraifon Latine
, que l'on apelle Oraifon Sacrée
, qui fut trouvée tres belle
& tres touchante .
Toutes les Audiances finies ,
Mr le Nonce fat magnifiquement
traité par les Officiers
du Roy , & il alla à l'iffue du
dîner , rendre vifite à Mr le
Marquis de Torcy. Il fut en
fuite reconduit à Paris • par
Mr de Saintot , dans les Caroffes
du Roy , & de Madame la
Ducheffe de Bourgogne.
Tousdis
rien
de
la
Maifon
Salviati , qui eſt alliée à la
" Maifon de Medicis , & par
+2
292 MERCURE
confequent à plufieurs teftes
Couronnées , ainfi qu'à celles
de plufieurs grands Princes , &
aux meilleures Maifons d'Italie
, dont la plus part comp.
tent des Souverains dans leur
Famille. La moindre qualité
de cet illuftre Nonce , eft fa
grande Naiffance . Il aime les
Lettres. Il accorde fa protection
aux Sçavans , ainfi que
ceux de fa Maiſon ont toujours
fait . Il a beaucoup de fçavoir ,
& fa politeffe égale fa generofité,
Quoy que perfonne n'ait droit
de fepulture dans l'Eglife de
Paris que Me la Ducheffe de
Lefdiguieres de la maifon de
Gondy , dont il y a eu quatre
Evêques ou Archevêques de
GALANT 293
fuite ; néanmoins le Chapitre de
cette Eglife ayant par une diftinction
particuliere , offert à
Mr le Cardinal une Chapelle
pour la fepulture de Mr le Maréchal
Duc de Noailles fon frere.
Son corps qui eftoit en depoft
en l'Eglife des Capucines ,
depuis le 5. Octobre dernier , y
fut tranfporté la nuit du 2. au 3.
Decembre , & en même temps
huit enfans de ce Maréchal ,
morts jeunes , qui eftoient inhumez
aux Capucines . Sur la
minuit quatre Beneficiers de
l'Eglife de Paris , nommez par
le Chapitre fe tranfporterent en
l'Eglife des Capucines où aprés
les Prieres accoûtumées , les
corps furent mis dans des Caroffes
, & tranfportez à Noftre-
Decembre 1708. Bb
294 MERCURE
Dame , fuivis de tous ceux de
la famille éclairez d'un grand
nombre de flambeaux . Quoyque
cette ceremonie fe fit ncognito.
Mr le Duc de Noailles
voulut s'y trouver & affiſta à
toute la ceremonie. Les Corps
eſtant arrivez à Notre - Dame
à la fin de Matines, Mr le Doyen
vint à la tefte du Chapitre le
recevoir à la porte de l'Eglife ,
& il les conduisit à la Chapelle
qui eftoit preparée , où ils furent
inhumez après les Prieres ordinaires.
Le même jour 3. Decembre ,
l'on celebra dans la même Eglife
un Service folemnel par ordre
de M. le Cardinal de Noailles
, où ce Prelat officia . Toute
l'Eglife eftoit tenduë jufqu'à la
·
GALANT
295
voûte, avec deux lez de velours ,
& un rang de grandes armes
hautes de deux aulnes tout au-
Reprefentour
du Choeur. L tout
tation eftoit fur une eftrade à
quatre degrez au milieu du
Choeur , couverte d'un poëfle
de velours bordé d'hermines ,
avec la Couronne Ducale , les
Baltons de Maréchal de France
& le Collier des Ordres fur des
carreaux de yelours couverts
de crefpes , le tout fous un grand
Dais de velours à crefpines d'argent
, fufpendu du haut de la
voûte. Il y avoit un nombre
confiderable de chandeliers
d'argent avec des cierges garnis
d'armoiries fur les degrez de
l'eftrade , ainsi qu'au pourtour du
Chocur; deforte qu'à dix heures
粤
Bb ij
296 M RCURH
dumatin l'Eglife n'étoit éclairée
que par la lumiere des cierges .
A l'heure marquée tous les Prelats
s'étant affemblez à l'Arche
vêché vinrent en corps à l'Egli
fe, où ils furent placez dans des
fauteuils fur une grande eftrade
qui avoit esté dreffée exprés à
cofté de l'Autel du coſté de l'Evangile.
Toute la famille qui
eft nombreuſe , ainfi que tout ce
qu'il y a de plus confiderable à
la Cour & à Paris s'y trouverent
en tres -grand nombre ; de forte
que l'on n'y voyoit que Prelats ,
Ducs , Chevaliers des Ordres
du Roy , & de plufieurs autres
Souverains , Prefidens à Mortier
, Confeillers d'Etat , Gene- 4
raux d'Ordre , & autres perfon - E
nes du premier rang. Quatre
GALANY
297
Archers de la Conneftablie
eſtoient aux coins de la Repre .
ſentation , leurs armes baffes
ayant deux Officiers à leur tefte
affis : Le nombre des Dames qui
affifterent à ce Service , ne fut
pas moins grand , & quoy qu'el
les fuffent auffi placées dans le
Choeur , il n'y eut aucune confuſion
, à cauſe des précautions
que l'on avoit prites de faire
garder les portes & les avenuës.
La Meffe fut chantée par la Mufique
, qui fut placée fur un Ju .
bé fait exprés à la porte du
Choeur. L'Offrande fut portée
par trois Gentilshommes de Mr
le Maréchal , & à la fin de la
Meffe , Mr le Cardinal vint à la
Repreſentation , où il fit les Abfolutions
, afperfions & encen298
MERCURE
femens ordinairemens.
*
Je dois ajouter à ce que vous
fçavez de la prife de l'Ile de
faint George faite par Mr du
Gué- Trouin, que cette Ifle eft
l'une des Açores . Elle est à huit
ou neuf lieuës de celle de Tercera
verd le Nord Oueft. Sal
longueur eft de douze lieuës
& la largeur de deux ou trois
tout au plus . Elle produit quantité
de vivres & du Paftel . Le
Pays eft rude , & plein de Montagnes
qui donnent beaucoup
de bois de Cedre , dont les habitans
trafiquent avec les Menuifiers
de Tercera. Vous devez
juger par toutes ces chofes ,
& fur tout par l'étenduë de l'Ifle
que cette conquefte eft confiderable
. On ne devoit pas ar→
GALANT 299
El
tendre moins de l'armement de
Mr de Gué- Trouin , qui femep
rarement en mer , fans venir
bout des entrepriſes qu'il a pro
jettées , ou du moins d'une partie
, les mefures qu'il prend étant
toujours fi juftes , & d'ailleurs
fa valeur ne manquant jamais
de répondre à la grande
experience. C'est pourquoy les
avantages qu'il remporte fouvent
ne doivent pas furprendre .
Ceux¹ que nous avons eus fur
mer depuis deux mois en divers
endroits font confiderables , &
ceux qui fe donneront la peine
de raffembler les fommes qui
-en doivent revenir , trouveront
pertes que
les Ennemis
ont faites , leur doivent eſtre
fort prejudiciables ; ces pertes,
que
les
300 MERCURE
que je n'ay pas le temps de raf
fembler pour vous en faire un
détail fe trouvent faire un
en divers imprimez
publics , & même dans
ceux des Ennemis .
-Les Ennemis ont fait deux
pertes au commencement de ce
mois , fans compter celle de
plufieurs foldats des Troupes
Etrangeres à qui le paffage de
l'Efcauta donné lieu de deferter,
ce qui provient de ce qu'il y a
prés de trois mois qu'elles font
en Campagne au delà du temps
porté par les Traitez faits avec
les Puiffances dont elles dépendent
, ce qui empêchera que
ces Corps étrangers ne foient
en état d'entrer en Campagne
dans le temps acoutumé , puis
qu'a peine feront ils arrivez
dans
GALANT 301
dans les Etats des Princes qui
les ont mis fur pied , qu'ils
doivent eftre obligez d'en partir
pour fe rendre dans les lieux
qui leur feront deſtinez pour
l'ouverture de la Campagne ;
de forte qu'ils ne pourront avoir
, ni le temps de fe repofer,
ni celuy de faire des recrues ,
dont ils ont un extrême befoin ,
à caufe des grandes pertes qu'ils
ont foufertes pendant le Siege
de Lille , & pendant celuy de
la Citadelle de la même Ville ,
ainfi que pendant les courſes
qu'ils ont faites en plufieurs endroits
pour chercher les
moyens de fubfifter , ces courfes
n'ayant pas efté faites
à autre intention , puifqu'ils ont
abandonné tous les lieux où ils
Dicembre 1708 . 1708. Cc
1.
302 MERCURE
1
ont efté , & que ces fortes de
courfes ne le font pas fans , que
les Payfans qui fe trouvent obligez
de deffendre leurs biens &
leur vie , pouffez par un defefpoir
legitime , n'affomment
beaucoup de monde . Les Alliez
ont auffi perdu un grand nombre
de foldats dans les inarches
qu'ils ont faites pour favorifer
le paffage de quelques efpeces
de Convois qu'ils ont bien achetez
, par ce qu'ils leur ont
coûté d'hommes & de chevaux .
Dans les premiers jours de
ce mois , s'eltant avancez jufqu'au
Pont à Rache pour faire
un grand fourage , ils furent
chargez par plusieurs partis qui
leur enleverent 500 , chevaux ;
de forte
que la plus grande parGALANT
303
tie de ces Fourageurs fut obligé
de fe retirer fans rien emporter.
dDeux jours aprés l'une des
grandes Gardes de leur Armée
fut entierement enlevée , се
qui caufa de grandes alarmes
dans leur camp .
Les Ennemis s'étant empaparcz
de faint Guilain , auffitoft
aprés le paffage de l'Efcaut ,
à peine eurent-ils le temps de
s'apercevoir qu'ils avoient fait
cette conquefte , dans laquelle
on ne leur laiffa pas le
temps
de refpirer. Mr le Marquis
d'Hautefort attaqua cerse Place
au delà de l'Haine , & Mr
le Comte d'Albergotry , l'attaqua
en deça de la même rivie .
re , & le Siege fut fi vivement
pouffé que la Place fut empor-
Ccij
304 MERCURE
tée auf - toft qu'affiegée , &
la Garniſon faite prifonniere
de guerre. Mr le Marquis de
Villers , premier Capitaine des
Grenadiers du Regiment du
Roy , s'étant diftingué en cette
occafion d'une maniere qui
luy attira beaucoup de louanges
, en fut fait Gouverneur .
1
Quoy que je vous aye déja
parlé du transport du Corps
de feu Mr le Maréchal de
Noailles à Noftre Dame , pour
y eftre inhumé avec plufieurs
de fes Enfans decedez , & de
tout ce qui s'eft paffé à cette
occafion dans cette Eglife Metropolitaine
, de nouveaux Memoires
qui viennent de tomber
entre mes mains , m'obligent
de vous parler de nouveau de
et Article , à caufe de quel
GALANT 305
ques circonftances qui ne fe
trouvent pas dans l'Article que
vous en venez de lire . Je feray
obligé pour mettre ces circonftances
dans leur jour , de repeter
quelque chofe de ce que
j'ay déja dit dans le premier
Article ; mais le cas eft fi nouveau
, & l'on enterre fi peu de
Laïques à Noftre - Dame , que
je ne dois rien oublier de ce
qui le regarde.
Le transport du Corps fe fic
peu prés de la maniere dont je
vous ay déja parlé. Le Corps
de ce Maréchal eftoit feul
dans un Caroffe , Ces deux Caroffes
étoient fuivis de huit autres
en Deüil , dans lefquels étoient
Mrsle Duc & Marquis de
Noailles , accompagnez de plufieurs
Gentilshommes de le
306 MERCURE
maifon . Cette marche fut éclai
rée par un grand nombre de
Flambeaux , dont il y en avoit
douze aux coftez des deux Caroffes
où eftoient les Corps.
Ce Convoy arriva à Noſtre-
Dame environ à minuit , où le
Chapitre avoit commencé Matines.
Lorfqu'elles furent finies ,
Mr le Doyen & tout le Chapitre
vinrent recevoir les Corps à
la porte du cofté du Cloiftre ,
pour les porter dans la Cave
qui eft dans l'une des Chapelles
de ce même cofté . On chanta
les prieres accoûtumées par
où finit la Ceremonie de ce
jour- là.
2
Le Service fe fit le lendemain
fur les onze heures dans le nouveau
Choeur de cette Eglife ,
GALANT 307
qui eftoit tenduë de noir jufqu'à
la voute .
Je vous ay déja parlé des
ornemens lugubres qui estoient
fur cette Tenture .
Il y avoit un fi grand nombre
de cierges dans des chandelliers
d'argent , qu'ils paroiffoient
le toucher les uns les autres
; auffi affure - t on qu'il y
en avoit cinq cent , fans compter
fix douzaines qui estoient
autour de la Repreſentation qui
eftoit au milieu du Choeur
fous un Dais fufpendu en l'air ,
& par confequent fans colonnes.
La Reprefentation eftoit élevée
d'environ trois pieds , couverte
d'un Poil de velours noir , croifé
de toile d'argent , & dont la
bordure d'hermine avoit plus
C iiij
308 MERCURE
3
>
d'un pied de haut . Mr le Cardi .
nal de Noailles officia , & S. E.
avoit pour Affiftans quatre
Chanoines , dont Mr le Doyen
eſtoit du nombre. La plus- part
des Chanoines avoient quitté
leurs Chaifes , qui furent occu
pées par les plus grands Seigneurs
de la Cour , & par quan
tité de perfonnes de la Ville ,
de la plus haute diftinction . Les
Dames les plus qualifiées furent
placées au bout de ces mêmes
Chaifes , dans l'efpace qui eft
entre ces Chaiſes & le grand
Autel , du coſté de l'Evangile .
Le Clergé, compofé d'un grand
nombre d'Evêques , eftoit de
l'autre cofté. Trois Gentilhommes
du deffunt allerent feuls à
l'offrande ; le premier portoit?
GALANT 309
un cierge chargé de Louis d'or
depuis le haut jufqu'au bas ; le
fecond portoit un pain , & les
troifiéme du vin dans un tresbeau
vaſe . La Mufique de Nôtre-
Dame fe fit entendre pendant
la plus grande partie du
Service , & elle fur trouvée
tres - belle , ainsi que le De profundis
qui fut auffi chanté en
Mufique.
Je dois vous parler du retour
de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans à Verfailles ; de celuy
de Monfeigneur le Duc des
Bourgogne , de Monfeigneur le
Duc de Berry qui arriva quelques
heures aprés ; de celuy de
Mr le Duc de Vendôme ; de
celuy de Mr le Chevalier des
Saint Georges , & de celuy de
3TO MERCURE
•
Mr le Maréchal de Bouflers . Je
devrois commencer par ce qui
regarde S. A. R. mais comme
il me manque encore quelques
Memoires touchant fon voyage
à Madrid , je remets à la fin de
ma Lettre , à vous parler du retour
de ce Prince .
Je viens à ce qui regarde Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
dont la Campagne a efté fi longue
, qu'elle a renfermé prés de
trois mois d'hiver contre l'ufage
ordinaire. Quoyque je vous aye
parle chaque mois de ce qui s'eft
paffé pendant cette Campagne ,
je dois neanmoins , non pas
vous le repeter ; mais vous rapeller
l'idée de tout ce qui s'y
eft fait , afin que vous la puif
fiez voir tout d'une veuë . Je
GALANT
311
crois la devoir feparer en trois
Articles , dont le premier re-.
gardera ce qui s'eft paffé depuis
que l'on eft entréen Campagne ,
jufqu'au jour que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne mit fon
Camp à Louvendeghem ; le fecond,
tout ce qui s'eft paffé pendant
que ce Prince eft demeuré
dans ce Camp , & le troifiéme
tout ce qu'il a fait dans le Camp
du Saulloy.
Depuis que ce Prince fe fut
rendu à l'Armée , jufqu'à la prife
de Gand & de Bruges , il ne
ceffa point d'inquieter les Ennemis
, & de les fatiguer beaucoup
par des marches , & des
contre-marches qui leur firent
fouvent prendre le change ; enforte
qu'eftant toujours en mou312
MERCURE
vement , leur Cavalerie fouffrit
beaucoup , & qu'ils perdirent
un grand nombre de chevaux ,
ainfi qu'ils faifoient ſouvent au
fourage. On doit remarquer que
l'Armée de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne en faifoit fouvent
de grands , & que ce Prince
alloit prefque toujours. Pendant
que ces chofes fe paffoient ,
il n'agiffoit pas moins dans le
Cabinet qu'en Campagne , puifqu'il
y prenoit des mefures pour
fe rendre maistre de Gand & de
Bruges , & ce qui fe paffa à cette
occafion fut traité avec tant
de fecret , que non feulement
les Ennemis n'en découvrirent
rien ; mais qu'ils ne s'en douterent
pas même . Cette affaire
fut auffi bien imaginee que bien
d
-
GALANT 313
> ce
conduite , & bien executée . Le
projet eftoit auffi de fe rendre
maiftre d'Oudenarde
que l'on auroit fait indubitablement
, fi l'on n'avoit point eſté
prevenu par les Ennemis . Ce ne
fut pas la faute de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce Prince
avoit refolu de partir plûtoft;
mais des perfonnes dont on ne
m'a point dit le nom , luy reprefenterent
qu'il devoit differer
fa marche de quelque heures, &
elles luy en donnerent tant de
raifons , & le prefferent fi fort ,
que ce Prince fe rendit à leurs
avis . Il y a lieu de croire , non
feulement qu'elles les croyoient
bons,mais même qu'ils l'étoient
en effet dans le tems qu'elles les
donnoient , & qu'il arriva quel
314 MERCURE
que cas imprevû qui fit changer
la face des chofes , Quoyqu'il
en foit , la marche reculée
fit manquer l'affaire , & fut caufe
du combat qui fe donna , dans
lequel Meffeigneurs les Princes
fe trouverent & demeurerent
jufqu'à la fin , ne s'eftant retirez
qu'avec les Troupes Je ne vous
dis rien davantage de cettejournée
, ce que je vous en ay écrit.
contenant un Volume , dans lequel
on voit une Lettre écrite
au Roy par Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , touchant l'entrée
des Troupes de Sa Majef
té dans Gand & dans Bruges ,
& tout ce qui avoit efté fair
pour le rendre maiitre de ces
Places. Cette Lettre fait voir
que le Prince qui l'a écrite ,
GALANT 315
connoift parfaitement tout ce
qui regarde le métier de la guerre
pour lequel il a beaucoup
d'application , comme il paroift
par le compte qu'il rend à Sa
Majefté .
Le Combat d'Oudenarde fit
on grand bruit dans toute l'Europe
, & l'on publia prefque
dans toutes les Cours qu'il avoit
efté fort defavantageux aux
François , & que toute leur Armée
avoit cfté défaite . Deux
chofes furent caufe que la Renommée
répandit ces nouvelles ,
Prefque dans toute l'Europe.
La premiere eft que l'Armée des
Alliez eft compofée de Troupes
d'un grand nombre de Souverains
differens dont les Generaux
ne manquent pas d'écrire
316 MERCURE
A
aà
leur Maiftre les avantages
que les Alliez prétendoient
voir remportez dans cette Journée.
La feconde raifon qui fit
répandre le faux bruit de cette
victoire imaginaire , eft qu'il ne
fe paffe aucune action heureuſe
ou malheureuſe , entre l'Armée
des deux Couronnes & celle des
Alliez , fans que les Anglois , &
particulierement les Hollandois
, rempliffent toute l'Europe
de fauffetez , en attribuant
toujours l'avantage aux Alliez
de quelque maniere que les chofes
ayent tourné ; on doit remar
quer que le nombre des Imprimez
qui paroiflent tous les mois
contre les deux Couronnes
puifqu'outre les Gazettes d'Angleterre
, huit Gazettes de BruGALANT
317
xelles , qui fe debitent tous les
mois , il y a dans la Hollande
feule fept Imprimez par femaine
, qui font vingt - huit par
mois , fans les Extraordinaires
; c'eft dequoy étourdir toute
l'Europe des faufletez dont
tous ces Ecrits font remplis , &
ce font par ces Imprimez que
les Alliez trompent leurs peuples
, les ruinent , & les engagent
infenfiblement à fournir
aux frais de la guerre , pendant
que les Generaux , & ceux qui
ont le maniement des affaires
font de groffes fortunes aux dépens
des peuples , & même dui
fang de ceux qui font employez
dans cette guerre , & qui croyant
combattre pour leur Patrie
combattent pour agrandir la
Decembre 1708. Dd
318 MRCUR
"
fortune de leurs Commandans.
On ne doit pas s'étonner fi
ces Peuples , accoûtumez à eſtre
trompez donrerent quelque
creance à ce que l'on publia de
la victoire remportée fur les
Troupes des deux Couronnes ,
puifque la victoire devoit d'abord
paroître douteuſe , & même
peu favorable aux François
avant que l'affaire fut entierement
éclaircie . La nuit avoit
efté caufe qu'une grande partie
de leur Armée avoit efté difperfée
, & s'estoit retirée dans
differentes Places , les Troupes
s'eftant égarées & ayant
pris de fauffes routes . Il n'en
falloit pas davantage à ceux qui
ont l'art de déguifer la verité ,
& qui même en accablant les
GALANT 319
Peuples de brillantes fauffetez ,
leur font croire des chofes dans
lefquelles ceux qui font bien
inftruits ne trouvent pas feulement
un ombre de verité . Il
n'en falloit pas davantage , disje
, que ce qui eftoit arrivé aux
François , en s'égarant pendant
la nuit pour faire croire à ceux
qu'il eft aifé de tromper , que
les François avoient efté bien
battus , & il falloit beaucoup de
temps pour les détromper. Cependant
ils le furent à mefure
que nos Troupes rejoignirent
l'Armée de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & ce qui
acheva de leur faire connoiſtre
entierement la verité , fut que
fi noftre deffaite avoir efté auffi
complette que les Alliez le pu-
Dd ij
320 MERCURE
blioient ils feroient d'abord rentrez
dans Gand & dans Bruges ,
au lieu qu'ils n'oferent feulement
regarder ces Places , &
que les François fe rendirent
maîtresde Plaffendal , & de plufieurs
autres Poftes.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
pour affurer les conquêtes
qu'il venoit de faire , mit fon
Camp à Louvendeghem , d'où
il fit trembler la Hollande jufque
dans fon centre , & d'où il
n'avoit qu'à envoyer des partis
pour les rendre riches , & pour
établir des contributions. MAA
Les Alliez voyant que leur
fauffe victoire , & les allarmes
qu'ils avoient crû donner en la
publiant ne produifoient rien
& qu'il n'y avoit rien à gagner
GALANT 321
6
du cofté où eftoit Monfeigneur
de Duc de Bourgogne , fe répandirent
du cofté de nos frontieres
pour faire retirer ce Prince
de celles d'Hollande ; mais leur
politique & leurs courſes furent
inutiles , ce Prince demeura ferme
dans le deffein de couvrir fes
conqueftes , & de faire trembler
la Hollande ; & en effet , plus
les Alliez firent de ravages fur
nos frontieres , plus celles de
Hollande , & l'interieur même
du Pays s'en reffentit , & les
contributions furent quatre fois
auffi fortes que celles que les
ennemis tiroient du cofté de
l'Artois , où leurs foldats étoient
fouyent affommez par les Payfans
, au lieu que les Hollandois
qui avoient peu de Trou322
MERCURE
peu
pes fur leurs frontieres faifoient
de mal au noftres . Ce fat.
pendant ce temps de petites
guerres , mais vives , que l'affaire
de l'Ile de Cadfandt arriva.
Elle eft fi connue , & elle a
fait tant de bruit icy qu'il n'eft
pas necefltire que j'en dife da
vantage pour la faire remettre
en memoire .
Enfin les Ennemis chagrins
de voir qu'aprés s'eftre tant
vantez ils ne tiroient aucun
avantage , & que leurs hauts
faits dont ils avoient remply
toute l'Europe par leurs écrits ,
ne produifoient rien , refolu
rent de mettre tout en uſage
pour faire les derniers efforts.
Ils demanderent de nouvelles
Troupes en Allemagne , & on
GALANTE 323
r
leur envoya toutes celles que
l'on pu détacher fans trop
rifquer. Ils en demanderent en
Angleterre , d'où l'on fit plufieurs
détachemens pour Flandre
, & les Hollandois tafcherent
de leur cofté de groffir
leurs Troupes , & les muni
tions , & les provifions leur
vinrent de plufieurs endroits ,
ce que l'on ne pouvoit empe
cher , parce que nos Troupes
ne pouvoient eftre par tout ,
& qu'elles eftoient trop avantageulement
poftées pour ne
pas avoir de grandes precautions
pour s'empecher de pren .
dre le change for de fauffes aparences
, à quoy les Ennemis
avoient toujours crû qu'ils
les pouroient engager. Enfin
X
324 MERCURE
voyant qu'ils ne manquoient
ni de Troupes ni des chofes
neceffaires pour commencer
un grand Siege , ils firent plufieurs
mouvemens pour nous
embarraffer , & en effet il étoit
dificile de pouvoir deviner à
quel fiege ils s'attacheroient ,
& peut eftre qu'ils l'ignoroient
eux-mêmes ; mais tout cela ne
fur pas capable de faire prendre
le change à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & il falloit pour
que ce Prince agit prudemment
qu'il attendit non - feulement
que les Alliez euffent mis le
Siege devant une Place ; mais
même qu'ils euffent commencé
à ouvrir la tranchée , & ce fentiment
eftoit general . Il atten
dit done que la Ville de Lille
fuft
GALANT 325
fuft affiegée dans les formes , &
même que la tranché fuft ouverte
, & jufques - là il ne fit aucun
mouvement , parce que s'ils
n'avoient pas efté affez engagez
à ce Siege pour ne s'en pouvoir
dédire , ils l'auroient levé au ffitoft
qu'ils feroient venus à leur
but , qui eftoit de le depofter
pour dégager la Hollande , &
découvrir Gand & Bruges ;
mais dés que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne eut efté perfuadé
qu'ils avoient refolu de
pourfuivre le Siege de Lille , &
qu'ils eftoient trop engagez
pour s'en dédire , il partit de fon
Camp de Louvendeghem avec
une précipitation & une vivacité
dans fa marche qui firent
connoiftre qu'il ne refpiroit que
·Decembre 1708 .
Ec
336 MERCUR
le combat , &
dont
on ne pourradouter
fi l'on examine tout
le chemin qu'il fit en tres- peu
de temps , ce qui fut caufe qu'il
joignit Mr le Maréchal de Barwick
beaucoup plutoſt que l'on
n'avoit crû . Comme les Trousipes
eftoient fort fatiguées lorfqu'elles
arriverents qu'il y a-
-vois plufieurs partis à prendre
qui paroiffoient tous avantageux
, & qu'il n'eftoit pas poſſi
ble de tenter une entrepriſe de
la plus haute confequence, nonfeulement
fans tenir Confeil ;
mais fans fonder les principaux
Officiers , & même les Troupes ,
la prudence ne voulant pas qu'-
aucun fe chargeaft feel d'une
affaire qui pouvoit eſtre deciſi.
ve , les deliberations durerent
C
GALANT 327
quelque temps ; & comme on
cut remarqué que toutes les
Troupes refpiroient le comlibaryon
refolut d'aller attaquer
-l'Armée d'obfervation des ennemis
qui estoit commandée par
de Duc de Marlborough. Cette
armée d'obfervation pouvoic
paffer prefque pour l'armée entiere
des Alliez , le Prince Eugene
eftant demeuré devant Lille
avec tres peu de monde . Auf-
Stfi n'eftoit-il pas neceffaire qu'il
en confervaft beaucoup , puifque
loin de pouvoir eftre attaqué
pendant le combat , il auroit
pû venir au fecours du Duc
de Marlborough
, & que fi ce
Duc avoit efté forcé dans les
retranchemens qu'il avoit faic
élever au devant de fon armée ,
Ecij
328 MERCURT
"
il pouvoit fe retirer dans les lignes
que l'on regardoit comme
inattaquables . On doit donc
remarquer que pour réuffir
dans le deffein qu'on avoit pris
d'attaquer les ennemis , il fal
loit premierement qu'une armée
encore fatiguée d'une longue
marche , attaquaft des retranchemens
d'une force furprenante
, & accompagnez de
foffez fort larges & fort profonds
. Je vous ay déja donné
une deſcription de ces fortifications
, qui font connoiſtre la
prodigieufe quantité de terre
que les ennemis avoient rel
muée en fi peu de temps , que la
chofe devroit paroîte incrêyable
à ceux qui n'en ont pas elté
témoins oculaires . Je dois ajoû.
GALANT 329
ter qu'il y avoit aux deux bouts.
de ces rais
deux
ma
rais inacceffibles . Il falloit pour
réüffir dans le deffein que l'on
avoit pris , forcer tous ces obftacles
par lefquels on auroit d'abord
efté arrefté. Il falloit enfaire
battre l'armée du Duc de
Marlborough , ce qui ne le
pouvoit faire entierement , parce
que dès qu'elle auroit commencé
à avoir du defavantage
, elle fe feroit retirée dans les
lignes où il auroit fallu forcer
les deux armées jointes enfemble
, pour faire lever le Siege ,
fans quoy tous les efforts que
l'on auroit faits n'auroient cfté
d'aucune utilité , quoi qu'ils euffait
perdre beaucoup de monde .
On doit juger aprés cela s'il n'é-
Eenj
330 MERCURE
toit pas de la prudence de nep
point expoſer une armée qui aus
roit prefque péri entierement eno
triomphant.
Les choſes ne pouvant eſtres
autrement , à moins d'un miracle
qu'il n'y avoit pas lieu d'ef
perer , Monfeigneur le Duc der
Bourgogne prit quelque temps
enfuite le party de garder l'Efcaut
, & fe rendit pour cet effet
quelques jours aprés au Camp
du Saulloy . On pouvoit tirer
divers grands avantages de cel
party , & auffi en a - t - on tiré
beaucoup ; les Ennemis onteſté
long- temps harcelez , & ont
fouvent manqué , tantofty de
provifions , tantoft de muni
tions . Ils ont efté obligez de réu
pandre des partis de cous côtez ,
T
GALANT133
qui fouvent n'en ont que peu ra- s
porté , & fouvent point du touts
mais il eft conftant que ces parei
tis ne revenoient jamais entiers , i
ce qui dans la fuite des temps
ne laiffoit pas de caufer une per
te confiderable . Pendant ce
temps il leur eft arrivé diverfes
mechantes affaires dans lefquel
les ils ont beaucoup perdu , L'affaire
de Leffingue eft de ce nombre,
ainfi que celle dans laquelle
trois Regimens de Brandebourg
leur ont
vezeté
enlevez
. Vous
a
vez vů des détails de ces affaires
, qui ne font pas les feules
qui leur font arrivées , où ils
ont perdu confiderablement
de
monde ; tout cela n'eftoit rien en
comparaison de ce qui leur de
voit arriver , puifqu'ils auroient
Ee inj
332 MRRCURE
dû eftre obligez d'abandonner
le Siege de Lille , & de demander
à
cap'ils
ne vou
loient mourir de faim ; mais il
falloit pour cela que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne pût
effre par tout où Mr de Vendôme
ne pouvoit le trouver ; ces
deux mots en difent affez , &
expliquent tout . Il eft fi vray
que ce parti eftoit auffi bien imaginé
qu'il avoit efté pris prudemment
, & l'on en doit juger
par l'extrait d'une Lettre du
General Schlik , Commiffaire
general de l'Armée Imperiale,
Cet extrait que j'ay oui lire ,
& quia efté tiré de la Lettre
originale de ce General contient
ces termes . La valeur indif
crete du Prince Eugene , & la va
GALANT 333
·
nité de Marlborough , coûteront cher
aux Alliez, &fi les Françoisgardent
bien l' Efcant , l'Empire en feia
ébranlé. Il n'en faut pas da
vantage pour juftifier ceux qui
avoient pris le party
de le garder
, & je ne dois pas entrer
dans un plus grand détail ; j'adjoûteray
feulement qu'il eft des
fatalitez qui font échouer toute
la prudence humaine,
Le 11. Monfeigneur le Duc
de Berri arriva à Verſailles
quelques heures aprés l'arrivée
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. Je n'ay rien à vous dire
de ce Prince , fi ce n'eft que toute
l'Armée a remarqué l'ardent
defir qu'il avoit de fe trouver
dans une action où il pût acquerir
de la gloire, & il s'eft com334
MERCURE
porté d'une maniere qui ne laiffe
aucun lieu d'en douter.2400V
Mr le Duc de Vendôme arrival
à Versailles le 15. Le Roy étoit
dans fon Cabinet , & comme il
ne fçavoit point fon arrivée , il ,
for furpris de le voir lors qu'il
en fortit. La joye parut d'abord
fur le vifage de Sa Majefté
, qui commença de loin à
luy marquer le plaifir qu'Elle i
avoit de fon retour , par un des
fes fourires qui ont jufqu'icy en
chanté tous ceux qui ont eu les
bonheur de s'en attirer. La fuite
répondit à ce commencement
& l'on ne peut eftre reçû pluss
agreablement que le fut cel
Prince. Je ne vous dis rien des
converfations qu'ils ont eu's
depuis , mon reffort ne s'éGALANTM
335
tendant pas juſques - là.akou
Vous avezfçu le retour deMon
fieur leChevalier de S. Georges
dont je n'entreprendray point
de vous dire tout le bien qu'on
en a dit à l'Armée pendant tou
tela Campagne il a de l'efprit
il eft gracieux , il eft prevenant ;
il a toutes les qualitez d'un par
fairement honnefte homme , &
l'engagement où il s'eft trouvé
une fois , a fait voir que l'on ne
pouroit pouffer la valeur & l'in
trépidité plus loin qu'il les
poufferoit , s'il en avoit occafon.
Il a tenu table pendant
toute la Campagne , & plufieurs
Officiers fe font fait un
plaifir d'aller manger chez luy ,
plûroft pour avoir la fatisfac
tion de le voir & de l'entendre ,
336 MARCURE
que pour aucune autre raiſon .
Sa réputation eftoit non feulement
établie parmi nos Trou.
pes , mais auffi parmi celles des
Alliez , où l'on fe faifoit un plai
fir d'en parler dans certains
Corps ; & je puis même vous
affurer que prefque toute une
Nation entiere n'en entend ja
mais parler qu'avec joye,
Quoy que ce foit icy le lieu
de vous marquer l'arrivée de
Mr le Marechal de Boufers
à Versailles , je dois neanmoins
vous parler auparavant de ce
que la Renommée n'a laillé
ignorer à perfonne ; mais com
me elle repand prefque toujours
les grands & heureux
événemens ainfi que les malheurs
éclatans , avec beaucoup
QALANT 337
>
de precipitation , elle oublie
quelques fois beaucoup de
circonftances fans lesquelles on
ne peut eftre informé à fond
des chofes qu'elle raporte . Je
vous diray donc que Mr le
Marechal de Bouflers aprés
avoir pendant quatre mois
défendu la Ville & la Citadelle
de Lille , & caufé de l'admiration
à toute l'Europe dont tous
les Peuples eftoient entre l'efperance
& la crainte , fuivant
Je pa le party qu'ils tenoient , & ne
pouvoient deviner celuy que
la Victoire embrafleroit . Mr
le Marechal de Bouflers , dis - je ,
ayant tenu pendant quatre mois
te l'Europe attentive , crut
que la prudence le devoit engager
de rendre la Citadelle
€338 MERCURE
#
de Lille , quoy qu'il fufto en
état de fe défendre encore quelque
temps ; mais comme cette
défenſe n'auroit rien produit
à caufe que les ennemis ayant
paffé l'Efcaut , il n'avoit plus
de fecours à efperer , quelque
longue refiftance qu'il puftefaipre
, & qu'au contraire cette
refiftance quelque vigoureuſe
& quelque longue qu'elle poft
étre ne pouvoit luy acquerir
qu'une gloire infructueuſe , &
farale aux Troupes qu'il commandoit
, puis qu'ellesn'auroit
pu l'empecher d'eftre fait prifonnier
de guerre , avec toute
fa Garniſon il fit battre da
Chamade. Il ne fallut pas
beaucoup de temps pour convenir
des Articles de la Capituła-
>
GALANYA 339
3
tion , puifque le Prince Eugene
idit qu'il ne vouloit point impofer
de loix à un fi brave
homme & qu'il le laiffoit le
maître de les dreffer & qu'il les
figneroit. Ainfi en vous difant
que cette Capitulation a efté
des plus honorables , c'eft affez
vous faire connoitre en quoy
elle confiftoit. A peine cur- elle
Meſté arreſtée que le Prince
Eugene , contre l'ufage ordinaire
, impatient d'embraffer
un homme dont la valeur & la
conduite venoient de caufer
rant détonnement à toute l Europe
, entra dans la Citadelle
acompagné de cinq perfonnes
feulement & il y demeura deux
heares . Vous pouvez juger que
pendant ce temps ces deux
340 MERCURE
grands Generaux le donnerent
des louanges reciproques ; que
Mr de Bouflers loua là vivacité
avec laquelle le Prince Eugene
l'avoit attaqué & que le Prince
Eugene loua la longue & vigoureufe
défenfe de Mr de Bouflers
.
Enfin toutes chofes étant
prétes pour l'evacuation de la
Citadelle , Mr le Marechal de
Bouflers fortit avec toutes les
marques d'honneur dont on
eftoit convenu ; c'eft à dire ,
avec plufieurs pieces de Canon
& quelques Mortiers , Tambour
battant , Enfeignes deployées
, & de la Poudre pour
tirer autant de coups que Mr de
Bouflers avoit demandé . La
Capitulation d'une Citadelle
GALANT 341
ne confifte ordinairement qu'en
ces fortes d'articles , puis qu'il
n'y a point d'Habitans , & que
la Capitulation de la Ville ,
lors qu'elle à efté prife la premiere
, doit avoir réglé toutes
les chofes qui font ordinairement
le fujet des Capitulations ,
Mr de Bouflers fut conduit à
Douay , ou 400. Cavaliers de
l'Efcorte qui luy avoit efté donnée
, voulurent bien entrer fur
fa parole , & où ils coucherent
aprés avoir efté bien regalez ,
Ces Troupes eftant retournées
à Lille , & la Commiflion
de Mr de Bouflers qui eftoit de
défendre la Ville & la Citadelle
eftant finie ce Marechal
pouvoit revenir à la Cour , cependant
pour fervir d'exemple
Decembre 1708 . Ff
342 MERCURE
.
3
aux Officiers qui prennent
quelques fois la liberté de quit
ter l'Armée fans congé , il ne
partite point de Douay qu'il
n'en reçut les ordres du Roy .
Il arriva le 16. à Verſailles. Je
ne vous dis point de quelle
maniere ily a efté reçu , mais il
eft aisé de fe l'imaginer. Le Roy
ne ſe contenta pas de luy mar
quer combien il eftoit fatisfait
de fes fervices ; mais il luy en
donna des preuves , en le nommant
Duc & Pair , ce Marechal
n'ayant eu juſqu'alors qu'un
Brever de Duc. Il luy donna
les grandes Entrées , à commencer
au premier jour de l'année,
& S. M. ajouta aux graces dont
elle venoit de l'honorer la
furvivance du Gouvernement
GACANT 343
de la Flandre Françoife pour
Mr le Marquis de Bouflers fon
fils .
Comme felon toutes les appa
rences , la prifejde la Citadelle
de Lille doit avoir mis fin à la
Campagne, examinons les avantages
qui ont efté remportez de
part & d'autre , & à qui le prine
cipal avantage eft demeuré. Les
Troupes des deux Couronnes
ont toujours harcelé les ennemis
depuis l'ouverture de la
Campagne jufqu'à la priſe de
Gand & de Bruges ; ces avantages
n'eftoient pas extrêmement
confiderables ; mais ils eftoient
frequens , & le nombre ne laiffe
pas d'eftre fort préjudiciable à
ceux qui font des pertes continuelles
. Gand , Bruges , Plaf-
Ff ij
344 MERCURE
fendal , plufieurs autres, Poftes ,
& Leffingue font demeurez aux
deux Couronnes , & la Ville &
la Citadelle de Lille aux Alliez ,
avec cette difference que les
conqueftes qui ont efté faites
par les Troupes des deux Couronnes
ne leur coûtent perfonne,
& que celle des Alliez a
fait diminuer leur Armée de
trente mille hommes , qu'ils ont
perdu une partie de leurs Grenadiers
, & de la tefte de leurs
Troupes , ce qui ne peut eftre
reparé par de nouvelles levées ,
puifqu'il faut du temps pour
rendre des Troupes auffi aguer
ries que celles que les Alliez
ont perdues , fans compter un
grand nombre de braves Officiers
& d'habiles Ingenieurs .
GALANT 345
Ce font des faits qui fetrouvent
dans toutes leurs Relations.
D'ailleurs un Siege auffi long
que celuy de Lille a tant coûte
de millions que je n'oferois marquer
ici le nombre auquel on le
fait monter , de crainte de paffer
pour exagerateur . Cependant
on doit remarquer que le
Siege de Lille a efté accompagné
d'une circonftance qui le
trouve rarement dans les autres
Sieges ; c'eft à - dire que pendant
quatre mois , les Alliez ont efté
comme affiegez dans leur Camp,
ce qui doit leur avoir coûté in
finiement d'hommes & d'ar
gent , ayant efté obligez d'avoir
toujours un grand nombre de
partis en Campagne pour chercher
des vivres , & qui ne font
346 MERCURE
jamais revenus entiers , & ayant
fouvent payé tres- cherement
ceux àqui l'avidité du gain , ou la
neceſſité a fait riſquer leur vie
pour leur en aporter contre les
défenfes qui leur en avoient efté
faites . Ainfi tout examiné,perte
d'hommes , dépenfe d'argent ,
Contributions tirées de l'Artois
& des frontieres d'Hol.
lande , la Campagne a infiniment
plus coûté aux Alliez
qu'aux deux Couronnes. Il ne
refte plus qu'à fcavoir lequel
des deux partis tirera dans la
faite le plus d'avantage de fes
Conqueftes. Celles des deux
Couronnes font en nombre
confiderable , & les Alliez n'ont
fait que celle de Lille qui eft
environnée de plufieurs Places
GALANT 347
auffifortes que grandes , & dont
les Garniſons incommoderont
beaucoup celle de Lille . Je
remplirois prefque un volume,
fi j'entreprenois de vous prouver
que les conqueftes des deux
Couronnes peuvent leur eftre
plus utiles , & les mener beaucoup
plus loin que la conqueste
de Lille ne menera les Alliez ,
& qu'ils trouveront toute la
France qui s'opofera à leurs
projets , au lieu que les deux
Couronnes trouveront
d'obſtacle du cofté de laHollande
, où l'Armée des Alliez ne
pourra eftre , puifque plufieurs
raifons doivent les obliger de
ne perdre pas Lille de veuë.o
Ilocft vray que comme les
dernieres actions font celles qui
peu
348 MERCURE
frapent le plus , fur tout lors
qu'elles font éclatantes, la Conquefte
de Lille femble avoir fait
oublier les Conqueftes qui ont
d'abord efté faites par les deux
Couronnes , ainfi que les fommes
immenfes que Lille coute
aux Alliez ; mais lors que le
bruit des Armes fera ceffé , &
que l'on examinera murement
tout ce qui s'eft paffé pendant
Ta Campagne , on trouvera
qu'elle doit eftre infiniment
plus avantageufe aux deux
Couronnes qu'aux Alliez qui
ont acheté cherement ce qu'ils
ont conquis , au lieu que les
Conqueftes des deux Couronronnes
ne leur coutent ni hommes
ni argent, & que s'il étoit
temps d'ouvrir la Campagne ,
7
ils
GALANT 349
ils trouveroient une Armée
nombreuſe , au lieu que celle
des Alliez eft fort diminuée , &
en fort mauvais état .
Son Alteffe Royale , Monfieur
le Duc d'Orleans étant
fur le point de retourner en
France aprés avoir fait une glorieufe
campagne , fit fi bien
preparer avant ſon départ toutes
les chofes neceffaires pour
la prife de Denia & pour celle
d'Alicante , & ce Prince donna
de fi bons ordres qu'il n'y avoit
pas lieu de douter que la victoi
re qui l'avoit accompagné pendant
toute la Campagne fuivroit
encore les Etendards des
Troupes des deux Couronnes
pendant une partie de l'Hyver,
ce Prince ne s'eft pas trompé ,
Decembre 1708. Cg
350 MERCURR
& les projets qu'il avoit formez
ont eu les fuccez qu'il en attens
doit. 705V070
--Vous avez fçu la prifel de
Denia , & cette Place s'eftant
fi peu défendue , que l'on peut
dire qu'elle s'est renduë pref
que fans aucune refiftance . Une
conquefte fi prompte a non feu
lement beaucoup avancé le
temps de la priſe d'Alicante ;
mais elle a donné les moyens de
faire ce dernier Siege avec plus
de facilité & moins de dépentes
Premierement , parce que ne
s'étant défenduë que tres peal
de temps , ont y a trouvé toutes
les Munitions & toutes les pro
vifions qu'on y avoit amaffées
pour foutenir un long Sieges
& en fecond lieu , parce que
GALANT . 351
toutes celles que l'on avoit
aportées pour faire ce Siege,
croyant que la Place pouroit
tenir long temps, font prefqu'entierement
reftées aux
Vainqueurs qui ne les avoient
prefque pas entamées lors
que la Place s'eſt renduë .
Ainfi cette prompte reddition
eftoit caufe que l'on fe trouvoit
le double des provifions necef
faires pour faire le Siege d'A
licante , au lieu que fi Denia
avoit tenu long - temps , il aus
roit falla en avoir de nouvle .
les pour le Siege d'Alicante ,
pour lequel on n'en a eu aucun
befoin . D'ailleurs l'Armée ſe ›
trouvoit auffi peu fatiguée &
auff entiere aprés le Siegende
Denia , que fi cette conquefte
1
Ggij
352 MERCUR
♬
?
no luy avoit rien couté du tout.
Theft aifé de juger par - là des
allarmes dont furent aprés la
prife de Denia , remplis les
coeurs de ce qu'il reftoit de
fujets rebelles dans le Pays . Auf
fis prirent- ils une telle épous
vante fur les premiers avis qu'ils
curent du départ des Troupes
quil marchoient pour aller inveftir
Alicante fous les ordres
de Don Petro Ronquillo , qu'ils
feujetterent dans certe Place.
Riemne fait mieux voir la mauvaife
fituation où ces Rebelles
feltrouvoient , & qne ne fçachant
quel party prendre, ils
en embrafferent un qui pouvoit
eftres caufe de leur perte , puifst
qu'en s'enfermant dans Alican
te , ils rifquoient par- là des fel
•
GALANIM 353
voir bientoft entre les mains du
Vainqueur , ce qui estoit tout
ce qu'ils vouloient éviter ; mais
par bonheur pour eux , le Gou
verneur manquant de vivres ,
& n'ayant aucune efperence
d'en recevoir , leur fit declarer
qu'il ne pouvoit leur donner de
fubfiftance que pour 4. jours ,
& qu'ainfi ils devoient chercher
les moyens de fe pourvoir ailleurs
. Il leur declara auffi qu'il
ne pouvoit en recevoir aucun
dans la Citadelle ; de maniere
´qu'ils fe retirerent avec preci
pitation , les uns ayant pris le
party de s'embarquer , & les aus
ttes de s'avancer dans le pays
le plus avant qu'il leur feroit
poffible . Le Gouverneur ne
fçachant quelles mesures pren
Ggij
354 MERCURE
dre pour éviter l'orage dont il
voyoit bien qu'il alloit eltre
accablé , propofa de faire ab
batre une partie des Fauxbourgs
, afin de rendre l'attaque
de la Ville plus difficile ; mais
cette propofition ayant efté rejettée
, parce que dans la fitua- b
tion où fe trouvoient les affai - i
res , elle ne pouvoit qu'eftreinutile;
& faire perdre , fans en tirer
aucune urilité , le bien de
plufieurs Habitans ; le Gouver
neur irrité de ces refus , fit em- si
prifonner dans le Château ,
ceux qui s'eftoient le plus opis : f
niatrement opofez à fes avis
Sur les premieres approches st
de l'arrivée de Mr le Chevalier
d'Asfeld devant Alicante , on
atsendoit icy un auffi heureux
GALANT
355
*
fuccés de cette
entrepriſe que
de celle de Denia , & lors qu'on
efperoit chaque jour d'en apprendre
la nouvelle , il arriva le
Is . aufoir un Courrier
extraordinaire
à Monfieur le Duc d'Albe
, qui eftoit parti le 7. de Madrid.
Ce
Courrier raporta que
lanouvelle de la prife de la Ville
d'Alicante , avoit eſté apportée
à S. M. C. par Mr le Marquis
de Santa Cruz , Grand
d'Efpagne , & Gentilhomme
de
la
Chambre en
exercice ; que
ce Marquis eftoit arrivé le 6. à
Madrid , & que toute la Cour
& toute la Ville avoient donné
des marques d'une grande joye .
Voicy le détail qu'en avoit apporté
Mrle Marquis de Santa
Cruz traduit de la Relation
356 MERCURE
que
Monfieur le Duc d'Albe en
a reçûë .
MPNG"
14
Le 1. de ce mois une partie
des Troupes ſe jetta tumultueufement
dans un des Fauxbourgs
qui fut emporté prefque fans
refiftance, Le 2. on s'empara des
autres Fauxbourgs , & le 3. au
matin on força l'épée à la main
un Retranchement que les Ennemis
avoient fait , quoyqu'il
n'y eût aucune brèche , les
Troupes impatientes de fe fi
gnaler ne s'eftant pas donné le
semps d'attendre que l'Artillerie
fast placée. Les Ennemis
furpris d'une pareille vivacité ,
& jugeant par- là que la Place
ne pouvoit éviter d'eftre bien
toft
emportée de force , & le
Gouverneur voulant fauver
K
GALANT 357
trois bons Regimens qui auroient
efté faits prifonniers de
guerre , prit le party de faire
battre la Chamade , & il fut ar
refté par la Capitulation que les
Miquelets & autres gens du
Pays fe rendroient à difcretion ,
& fe remettroient à la clemence
de S. M. C. que de trois Regimens
qui estoient dans la Ville ;
deux feroient embarquez pour
eftre transportez à Barcelone ,,
que le troifiéme entreroit dans
le Chasteau , & qu'il y auroit
de part & d'autre une fufpenfion
d'armes de fix jours ; mais
que les Ennemis ne pourroient
faire entrer dans le Chateau
ni vivres , ni munitions , ni Artillerie.
Ce Chafteau ne peut ,
eftre fecouru par Mer , & com
358 MERCURE
ner
trop
me l'on eft maistre de la Campagne
, & même de tout le pays
il ne peut éviter d'eftre obligé
de fe rendre. On ne peut don
o de louanges à Mrode
Chevalier d'Asfeld , quien
moins d'un mois , a fait trois
grandes Expeditions , ayant re
mis fous l'obeïffance de S. M.
C. Villajoiola , Denia & Alia
cante fans avoir perdu qu'envia
ron trente hommes , au lieu que
les Alliez y ont cu plus de doua
ze cens hommes tuez fou , faits
prifonniers . ganoM
Je crois devoir ajouter icy un
article tiré du nouveau Dic -l
tionnaire univerfel de Mendel
Corneille , dont le fuccés a rém
pondu à l'attente que l'on en
ayoit .
GALANT 359
Alicante Ville d'Efpagne,
dans le Royaume de Valence .
Elle eft fituée fur la côte de la
Mer Mediterannée , à trois
heuës de la Ville d'Elche du
côté du Levant , à dix de celle
de Murcie vers le Midy , & à
dix-huit de Valence . Quelques
uns tiennent que c'eſt l'ancienne
Illice ; mais la pluſpart affurent
que c'est l'Alona de Prolomée
, & de Pomponius . Son Port ,
fort renommé dans toute l'Europe
, eft au pied d'une haute
Montagne , avec un Château
au deffus bâti par le Roy Philippe
II. Il y a quelques plateformes
à l'entrée de ce Port
munies de plufieurs pieces de
Canon pour en défendre l'entrée.
Comme il n'a point la pro026
MERCURE
temps
fondeur neceffaire , les Vaiffeaux
font obligez de fe tenir à
la Rade , que deux petits Promontoires
qui l'environnent
mettent à couvert des vents.
Un petit Mole qui tient à l'abry
les Barques , fert en même
de commodité à décharger
les Marchandiſes . La Ville
qui n'eft pas de grande étendue,
a deux belles Places , dont la
plus grande qui eft du côté du
Port, a pour ornement une Fontaine
au milieu d'un grand baffin
, avec plufieurs belles maifons
à l'entour , & quelques unes
de Riches Marchands , qui font
trafic de Vin d'Espagne , qu'on
appelle Vind Alicante, de fruits
fecs , de raifins , de figues , d'o
lives , de capres , & autres chofes
GALANT , 361
fes qui croiffent dans le pays
abondamment , & en échange
defquelles les Etrangers qui les
vont querir par Mer , leur por
tent du bled , des toiles , des
étoffes, & même des pierreries,
ce qui rend Alicante un des
meilleurs Ports de la Mer d'EL
pagae L'autre Place eft au milieu
de la Ville , & fert de Marché
où l'on vend le Vin que les
Païfans apportent des Montagnes
. C'est un gros Vin rouge
& âpre ; mais tres - fort & plein
de fumée , qu'ils chargent dans
des peaux de Boucs . Il y a
dans Alicante un grand Fauxboug
où eft le Convent de faint-
François , & où plufieurs Ouvriers
travaillent en foye . L'Eglife
principale de la Ville eſt
Decembre 1708 . Hh
362 MERCURE
bâtie à l'Italienue , avec un
gros Dôme couvert de pierres.
Plufieurs hautes Colomnes de
Marbre foûtiennent fon maiſtre
Autel.
Quoy que je vous aye parlé
dés le moit paffé de la prise de
Denia. Je crois neanmoins de
voir ajouter à ce que je vous
en ay déja mandé , l'Extrait
d'une Lettre écrite des environs
de cette Place .
10
Je ne doute point que vous n'a--
preniez la prise de Denia por un
Coursier Extraordinaire avant
que ma Lettre vous foit renduë.
Cependant fi vous ne trouviez pas:
La prise de cette Place dans mas
Lettre vous auriez lieu de croire
que j'aurois à feltë de ne vous.cn
point parler. Je vous diray donc
#
GALANT ♪ 363
qu'on y a fait deux bataillons
Portugais prifonniers de guerre &
150. Cavaliers Anglois avec
quelques autres Troupes . Peu de
jours avant la reddition de cette
Place , environ 300. Miquelets
craignant d'eftre traitez comme i's
lemeritvient , tenterent de fefauver
mais ils tomberent dans nostre
Cavalerie quien te unepartie , &
fit une grande quantité de prifonniers
; demaniere qu'il ne s'enfauva
que trespeu . Ily avoit dans la
Place so . preces deCanon de fonte,
pluftcars Mortiers , & cent milliers
de Poudre.
J'ayvu une autre Lettre de
Madrid
, dont l'Extrait peuc
fuivre celuy que vous venez de
lire .
Hh ij
364 MERCURE
à Madrid ce 7 Octobre.
Ileft arrivé icy des Députez de
la Ville de Denia pour implorer la
clemence du Roy & prier S. M.
demaintenir la Ville dans fes
anciens privileges , & qui offrent
une groffe fomme pour eftre employée
aux befoins de l'Etat , & de lever
·
entretenir à fes dépens un Regiment
de Cavalerie . On doute
cependant qu'ils foyent écoutez ,
d'autant qu'ils ont efté les premiers
à ouvrir les Portes à l'Archiduc. On
croit même que la Ville & le Chafteau
feront razez.
La prediction de celuy qui
écrit cette Lettre pouroit bien
devenir veritable , puifque la
maxime du Roy d'Eſpagne eft
GALANT 365
de ne point laiffer la Rebellion
impunie , & de recompenfer
les Villes fidelles par des graces
que ce Monarque leur acorde ,
& par des privileges magnifiques
qu'il leur donne , ce que
vous avez fouvent vû dans mes
Lettres.
>
Il y a lieu de croire que les
Miquelets du Royaume de
Valence , & de la Principauté
de Catalogne , fans l'appuy
defquels les Alliez n'auroient
pu faire aucune expedition
ouvriront bien toft les yeux , &
remarqueront que prefque dans
toutes les Capitulations que
les Alliez font , ils les abandonnent
à la difcrection du
Vainqueur pendant qu'ils
obtiennent un meilleur par-
T
Hhij
366 MERCURE
ty pour leurs Troupes.
je viens d'apprendre une
nouvelle que je ne fçay encore
que confafement , & dont par
confequent je ne puis vous
donner de détail , & même
vous parler qu'imparfaitement.
Cette nouvelle eft que Mr de
Staremberg , voyant que l'on
avoit tiré une partie des Troupes
de la Garniſon de Tortofe
pour faire les nouvelles Expeditions
dont vous avez fçu le
détail , avoit refolu de furprendre
la Ville , & qu'il avoit pour
cet effet affemblé un Corps confiderable
; mais Mr de Maltefte
qui commande dans un pofte des
environs , ed ayant efté averty ,
fe rendit dans Tortofe avec une
partie de la Garniſon , & quel .
(
GALANT ) 367
ques autres Troupes qu'il af
fembla avec precipitation , &
fe jetta dans la Ville . Mr de
Staremberg qui n'en eftoit point
averty, vint avec un gros Corps
de Troupes , & entra dans l'un
des Fauxbourgs , & lorfqu'il
commençoit à efperer que fon
entreprife auroit un heureux
fuccés , on fit une fortie de la
Ville , dont ces Troupes qui ne
s'y attendoient pas , furent fi
furprifes & fi effrayées , qu'elles
fongerent plûtoft à fuir qu'à
combattre , & l'on affure que
Mr de Staremberg , qui ne fut
pas luy -même moins furpris que
les Troupes , a perdu beaucoup
de monde en cette occafion .
Vous me demandez, fi , a groffeffe
de la Reiue d'Espagne con368
MERCURE
*
tinue. Je vais vous en apprendre
des
nouvelles aprés que je
Vous auray dit que Madame la
Dacheffe de Loraine , fa tante
vient
d'acoucher d'un Prince .
Le Ciel en luy donnant une longue
pofterité , continue à verfer
fes graces fur leurs Alteffes Ro
yales. Il ne peut les repandre fur
des
Souverains quien
foyentplus
dignes , & qui foyent plus generalement
eftimez & aimez .
Je dois vous dire à l'ocafion
de Madame la Ducheffe de Lor.
raine qui fait les delices de fa
Cour , & qui eft aimée de tous
les Lorains , que feae S. A. R.
Monfieur , a eu trois filles qui
toutes trois par leur bonne conduite
, par leur douceur , & par
mille autres belles qualitez , ont
GALANT 369
1
charmé les ſujets des Souverains
qu'ils ont époulez , ces trois Princeffes
font la feuë Reine d'Efpagne
,premiere femme de Charles
II. Madame la Ducheffe de
Savoye ,
aujourd'huy regnante,
& Madamela Ducheffe de Lorraine
; vous fçavez que la Reine
d'Espagne eft fille de la feconde,
qui eft un exemple de fageffe &
de vertu , pour ne pas dire d'a
vantage.
La Reine d'Espagne dont vous
me demandez des nouvelles de
la groffeffe , étant fille de cette
Princeffe , on ne doit pas s'étonner
fi l'éducation qu'elle luy a
donnée , joint à l'efprit folide &
brillant qu'elle ne doit qu'à la
nature , l'ont fait aimer & admirer
, pour ne pas dire plus ,
370 MERCURE
de tous les peuples d'Efpagne ,
& particulierement de celuy de
Madrid qui rend tous les jours
graces au Ciel de la continuation
de la groffeffe de cette Princeffe
qui eft trés certainement
groffe de prés de cinq mois , &
qui fe porte parfaitement bien .
D'ailleurs toute l'Efpagne a lieus
de fouhaiter comme elle fait des
Princes nez d'un Roy & d'une
Reine qui font leurs delices.
Perfonne n'ignore que le Roy
d'Efpagne eft un Prince accom.
pli , & qui dés fa plus grande »
jeuneffe s'eft fait admirer par ,
une fageffe dont on trouvait peu
d'exemples . Ce Monarque a
beaucoup de moderation ; il eft
pofé , il ne parle qu'à propos ,
tout ce qu'il dit est toujours juf
GALANT 371
te , & il paroift être né pour les
Efpagnols qui croyent qu'une
trop grande vivacité eft contrai
reà la gravité que doivent avoir
les Rois d'Efpagne ; mais l'on a
dû remarquer que ce . Prince.
n'en a jamais manqué lorfqn'il a
efté à la tefte de fes Troupes.
On l'a vû en Italie combattre ,
en plufieurs occafions où il auroit
pû fe difpenfer de fe trouver
, & donner la chaffe avec
un petit nombre de Troupes à
des Corps beaucoup plus forts
que ceux qu'il commandoit . Je
vous ay donné dans le temps des
détails de toutes les Actions de..
vigueur qu'il a couronnées en :
s'expofant à la Bataille de Luzzira
, comme le plus fimple Soldat.
Je crois que vous vous fou
372 MERCURE
venez bien qu'il a traversé prefque
tout le Portugal à la tête de
les Troupes, & qu'il s'en eft peu
fallu qu'il n'ait été jufqu'à Lif
bonne . Rien n'égaloit la vivacité
que ce Monatque faifoit
voir dans toutes fes marches . 11
étoit toujours le premier à cheval
fa frugalité fe faifoit remarquer
, & il a paru ennemi du
repos dans toutes les Campagnes
qu'il a faites . On ne doit
pas s'étonner après cela fi tous
les Efpagnols fouhaitent d'avoir
des fucceffeurs d'un Roy qui
merite tant d'être aimé, & d'une
Princeffe auffi accomplie que
la Reine fon Epoufe..
Je paffe de ce Monarque au
grand Prince à qui l'Espagne
eft fi redevable. Vous devinez
bien
GALANT 373
>
bien que je veux parler de Mr
le Duc d'Orleans . S. A. R. jugeant
que la faifon ne permettoit
plus de faire des Expedi
tions confiderables , refolut de
retourner en France pour être
de retour dés que le Printemps
commenceroit à paroiftre ; mais
ne voulant pas que l'Espagne
ceffaft de faire des conqueftes ,
même pendant l'hiver Elle
prit de fi juftes meſures , & donna
de fi bons ordres à Mr le Che.
valier d'Asfeld , pour l'attaque
de quelques Places , & que ce
Chevalier qui eft capable des
plus grandes entrepriſes , a fi
bien executées , que l'on peut
dire que S. A. R. n'a pas ceffé
de triompher , même pendant
l'hiver & l'Espagne de faire
Decembre 1078. I i
374 MPRCURE
des conqueftes . Aprés des or
dres fi bien donnez ce Prince
envoya Mr le Comte de Bezons
à Madrid pour y concerter avec
les Miniftres , les moyens de faire
une glorieufe Campagne , &
de l'ouvrir de bonne heure , &
if partit enfuite pour Saragoffe
où il reçût des Lettres confecutives
du Roy & de la Reine d'Efpagne
par lesquelles ils le preffoient
avec les plus fortes inftances
de faire un tour à Madrid.
Il eut un peu de peine à fe
determiner , parce que fuivant
le projet qu'il avoit formé , it -
ne devoit pas demeurer longtemps
en France , ayant refolu
d'en partir dés le mois de Fe-
› vrier.
~ Ce Prince fut reçû à Saragoffe
GALANT 375
A
avec toutes les demonftrations
de joye imaginables Les rejoüiffances
y furent grandes ; ily eut
uo tres beau Feu d'Artifice , &
une Courſe de Taureaux aux
flambeaux , ce qui rendit ce
fpectacle des plus brillans . Cependant
il fit fçavoir au Roy
d'Efpagne qu'il partiroit incetfamment
ponr Madrid , ce que
S M. C. ayant fçû Elle envoya
fes Caroffes jufqu'à Torremol
ché , avec des Ecoyers & des
Pages ; c'eftoit le lieu où ce
Prince devoit arriver le fecond
-jour aprés fon départ de Saragoffe
, d'où il devoit aller coucher
à Calatajud . Depuis Toremolché
jufqu'à Madrid , on avoit
difpofé des Relais de mules
de 4. lieuës en 4 lieuës , &
I i ij
376 MERCUR
d'Alcala à Madrid des Relais de
Gardes de 2. lieuës en 2. lieuës ,
où ce Prince , arriva le 15 No.
vembre au foir. Il alla en arrivant
faluer Leurs Majeftez. Il
feroit difficile de bien dépeindre
l'accueil qu'elles luy firent ,
& les marques de tendreffe qu'-
Elles luy donnerent ; il foupa
enfuite au Palais qui luy avoit
efté préparé , où il fut fervi par
les Officiers de S. M; C , & de
la même manière qu'ils fervent
ce Monarque. Il a efté gardé
pendant tout fon fejour par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes Espagnoles & Walonnes
.
Je crois devoir ajoûter icy
l'extrait d'une Lettre de Madrid
qni dit beaucop en peu de
paroles .
GALANY 377
A Madrid le 26. Decembre,
02
}
Il s'eft tenu icy plufieurs Confeils
pendant le jour que Mr le Duc
d'Orleans a fait en cette Cour ,
ce Prince & Mr de Bezons ont ten -
jours affifté , & l'on y a deliberefur
les operations de la Campagné prochaine
, pour laquelle on va com.
mencer les preparatifs . On diftribue
deja l'argent pour les recrues des
Troupes , & pour la remonte de La
Cavalerie. Les officiers ont ordre
de tenir leurs Corps complets dans le
20. du mois de Janvier prochain ,
à peine de fire caffez. On va auli
diftribuer des Commisions pour la
levée de fix Regimens d'Infanterie,
quatre de Cavalerie & deux de
Dragons.
t
Ii iij
378 MERCURE
Je ferois obligé d'entrer dans
de trop grands détails , fi j'en ,
treprenois de vous faire une
peinture de toutes les marques.
de joye & de reconnoiffance
que les peuples ont données à
ce Prince pendant le fejour qu'-
il a fait à Madrid , d'où il
partit
le 26 .
Il alla coucher ce jour- là à
Quadraké. Le Roy luy avoit
fait preparer des Relais de 4.
lieues en 4. lieuës avec lesquels
il arriva en trois jours à Zintruenigue
, d'où il alla à Pampe.
lune où Mr le Prince de Tferclas
luy fit une reception magnifique.
Ce Prince alla le lendemain
coucher à Agaoa dans une mai .
fon que Mrs Hariague luy aGALANTA
379
voient fait preparer , & où il
trouva un grand foupé & digne
du zele de ces Meffieurs qui eurent
l'honneur de luy donner
auffi le lendemain à difner à
Bayonne.
嘴
S. A. R. alla de Bayonne à
la Bouhaine où Mr le Maréchal
de Montrevel l'avoit envoyé
recevoir. Ce Maréchal la rega .
la le lendemain à Bordeaux . II
y cut Opera ; un fouper magnifique
, une tres - belle Symphonie,
& un Feu d'Artifice accom .
pagné d'une grande Illumination
.
Ce Prince coucha le lendemain
à Chafteauneuf, où il fut
traitté par les Officiers de Mr
Begon , Intendant de Rochefort
qui l'y attendoient ; il cou380
MERCURE
cha le lendemain à Poitiers , &
le jour fuivant il foupa à Amboife
, où il étoit attendu par
Mr l'Intendant de Tours qui le
regala magnifiquement . Si A. R.
en partit à onze heures du foir
pour fe rendre à Verfailles , où
elle arriva le lendemain à 5.
heures & demie du foir , étant
venuë en 35. heures de Poitiers
à Verſailles . Je ne vous dis rien
de l'accueil qui luy fut fait par
le Roy , par toute la Mailon
Royale , & par toure la Cour ,
qui s'empreffa de luy donner
des marques de la joye qu'elle
avoit de le revoir .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé étoit le maron. Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs de l'Archat
; Hut , Contrôlleur des
GALANT 381
1.
Rentes de l'Hôtel de Ville ; de
la Gueriniere ; de Motte - ville ;
du Buiffon ; Camufet ; de Lagnac
, & Mrs Mongin , Altier &
Mazorier , Confreres ; le petit
Amy du Pont de la Tournelle ;
le Mechanicien de Cour - Cheverny
en Sologne ; l'agreable
Societé du Village de Clamare
prés de Meudon ; les Indiferens
de la rue S. Martin ; le Medes
cin qui prefere le Jeu d'Hombre
à fes Malades ; le Mifantrope
de la Place Royale; le Heros
des Caffez ; le trop Credule
Nouvellifte ; le Chercheur de
Trefors du Marais, & le Fidelle
Adonis de la ruë S. Denis . Mc
la Prefidente de l'Election de
Chaumont & Magny ; Mlles de
Clignacour ; de Beaulieu , du
382 MERCURE
Quartier S. Denis ; de la Valterie
, du Marais , de Pylo , &
de Belleville , de la ruë S. Antoine
; la Belle Marguerite
Brillant l'Aimable Benigne ,
de Valence en Dauphiné ; la
Gracieufe de Font Lauzier ; la
Nymphe aux deux Trumeaux ,
de la mêmeville ; & leur Charmanté
Coufine.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ; elle eft de Mr Galimard
.
ENIGM E.
On me connoift aux Champs comme
à la Ville :
GALANT 383
Je fuis rare en tres-peu d'endroits :
Aux petits comme aux grands , aux
Peuples comme aux Rois 253k
Je fuis également utile.
Tout mon merite vient du jour 3
Et la nuit qui lefuit , tout mon éclat
s'efface :
Ainfidans l'un & l'autre eſpace
Je meurs & je vis tour à tour.“
On faitgrandcas de mes franchiſes ;
Les plus fuperbes ornemens ,
tant des Palais que des Eglifes ,
Sont par moy garantis de l'injure
des temps,
Les paroles que je vous envoye
ont eſté miles en chant
Mr le Camus .
par
384 MERCURE
AIR NOUVEAU,
Perfide Amour , je renonce à tes
charmes ,
Mon Amant m'a manqué defoy :
Que tes plaifers coûtent de larmes :
Malheureux font les coeurs qui vivent
fous ta loy ;
Mais fi l'ingrat revenoit dans fes
chaifnes.;
Si touché de regret , il me rendoit
fon coeur ;
J'éprouverois encor tes plaifirs &
tes peines:
Je te demande Amour cettefaveur.
Mr
385
flers
Flan-
Ile de
& la
- déiverǝit
à
Mautes
t le
Tililoien
ees
in
il
t
38%
Pe
M
GALANT 385
Mr le Maréchal de Bouflers
eftant Gouverneur de la Flandre
Françoife , dont la Ville de
Lille eftoit la Capitale , & la
prife de cette Place ayant dérangé
les affaires de ce Gouvernement
, le Roy qui prévoit à
tout , y vient d'envoyer ce Maréchal
, afin d'y rétablir routes
les chofes qui concernent le
Gouvernement Civile & Militaire
, dans l'eftat où elles doivent
eftre , & pour veiller en
même temps fur tout ce qui regarde
la feureté de ce Gouvernement
; il y a peu d'hommes
au monde plus capables d'un
pareil employ que Mr le Maréchal
de Bouflers . C'eſt le plus
vigilant de tous les hommes ; il
examine tout avec foin ; il eſt
Decembre 1708. Kk
386 MERCURE
infatigable , & l'on peut dire
que tout ce que l'on confie à la
vigilance , eft bien confié . Je
n'avance rien qui ne foit connu
de toute l'Europe.
Mr le Chevalier de Luxembourg
, qui elt Lieutenant de
Roy du même Gouvernement
doit auffi agir de concert avec
Mr le Maréchal de Bouf ers
pour toutes les chofes qui regarderont
les affaires de ce Gouvernement,
qui s'y rétabliffent
tous les jours d'une maniere å
faire croire que la prife de Lila
n'empêchera pas qu'il ne foit
dans la fuite prefqu'auffi confide.
rablequ'il étoit auparavant la
raifon en eft évidente, & perfonne
ne pourra s'empêcher den
convenir lorfque l'on fçaura que
GALANT 387
les Habitans de Lille à qui par
la Capitulation , on eftoit obligé
de rendre les effets qu'ils ont
dans les autres places de ce Gouvernement
, au lieu de les envoyer
chercher , abandonnent
Lille , & viennent s'eftablir dans
les lieux où ils ont des effets.
ce que fontauffi beaucoup d'autres
quoy qu'ils n'y en ayent
point , & qui fortent journellement
de la même Ville pour s'établir
auffi dans les Places voifines
trois chofes font caufe de
cette deſertion .
1º . Parce que l'on y a déja
commencé à traiter en derifion
les mitteres de la Religion , com
me dans plufieurs places conquifes
par les Alliez , où l'on commet
tous les jours des irreveren388
MERCURE
ces qui en empêchent fouven
les exercic es publics
2. Parce que les Hollandois
ont déja commencé à y exercer
la Banque , & qu'ils ne feront
pas long- temps fans s'en attirer
tour le commerce
53 °. Parce que da ns toutes les
conqueftes faites par les Ale
mans & par les Anglois , & particulierement
par les Alemans ,
perfonne ne jouit feurement de
fon bien, & qu'outre les avanies
& les vols que les troupes font
tous les jours aux Habitans , ce
ne font que des exactions continuelles
, fuivant le procedé ordinaire
des Autrichiens qui abîment
tous ceux qui font nouvellement
fous leur domination .
Je vous en ay raporté une infinité
d'exemples .
GALANT 289
Les nouvelles de Gand , aprés
avoir longtemps varié , font que
ce Siege a efté formé , & même
fion en croit plufieurs Lettres
de Dunkerque , les ennemis ont
perdu 1200 , hommes prefque en
arrivant devant cette Place ,
dont huit cens ont efté tuéz ou
bleffez , & quatre cens faits prifonniers
. 11 eft certain que les
Alliez avoient des Magasins de
Foin proche la Porte du Rivage
à Bruxelles , & que ces Foins
ont efté confumez , le feu sy
eſtant mis . On ne dit point de
quelle maniere , mais le fait ef
conftant , & que ces foins ayant
efté amaffez pour le Siege de
Gand , cette perte incommode .
ra beaucoup les ennemis . Il y a
14. à 15000. hommes dans la Pla-
Kk iij
390 MERCURE
11
1
ce, & les Bourgeois font bien intentionnez
. Du refte , le fort des
armes eft fi douteux que je ne
me mêleray jamais d'en deviner
les évenemens .
Je n'ay jamais refervé tant
d'Articles de differentes natures
, que je fuis obligé d'en garder
pour le mois prochain , &
dont la Campagne de Flandre
qui a déja duré prés de trois
mois plus qu'elle ne dure ordinairement
, a pris la place. Je
fuis , Madame , voftre , & c .
AParis ce 19 Decembre 1708.
AVIS .
Le Mercure de Janvier ne fe
debitera que le 6. de Fevrier , à2
caufe des deux Feftes qui fe
trouvent au commencement du
mois .
TABLEPrelude
où il estparlé des Academies
établiespar le Roy .
S
Difcours prononcé par Mr Roy dans
l'Academie Royale des Medailles
& Infcriptions fur les feux de
la Grece , en general , & fur les
Feux Olympiques en particulier.13.
Ode de Mr Abbé Butard, lûë
29 dans la méme Academie .
Difcoursprononcé par Mr du Verney
, dans l'Academie des Sciences
, fur la maniere dont fe fait
la generation des Limaçons . 32
Seconde fuite de l'Ouvrage de Mr
de
Vvoolhouse
Premier Article des Morts , au
commencement duquel on trouve
des faits curieux qui regardent
Pondichery.
Sacre de Mr l'Evêque de Lauzan-
46
78
TABLE
ne 100
Servicefait par Mrs les Comé es de
faint Jean de Lyon , pour feuë
Me la Maréchale de Villeroy.
A 108
112
Differtation fur l'Eglogue luë dans
l'Academie Royale des Medailles
& Inſcriptions , par Mr. l'Abbé
Fraguier
Article tres curieux contenant tout
ce qui a cfié fait à Perpignan
pourhonorer la Memoire de feu
"Mr le Maréchal Duc de Noail
siles.
Charge remplie dans la même vil
le, & Mercuriale faite dans le
Confeilfouverain de Rouillon ,
118
4974
Lotterie de Madame La Princeffe
186
d'Angleterre.
Servicesfaits à Magny ; &à FaTABLE
.
cris , pour feuë Me la Maréchale
de Villeroy.
Second Article des Morts .
199
209
Livre Nouveau , touchant le Droit
Canon.
221
Mercuriales faites à la Grand
Chambre.
Sacre de Mr. l'Evêque d'Agatho-
225
261
polis.
Gouvernement de la Bastille donné
à Mr de Bernaville & la Lientenance
de Roy du méme lieu , donnée
à Mrd Avignon . 264
266
Mariage.
Ce qui s'eft pallé à l'Academie de
Peinture & de sculpture , le jour
que Mr le Marquis d'Antin y
a prisfceance
Difcours prononcé à la Clofture des
Sorboniques.
268
278
Entrée publique de Mr le Nonce
- TABLE.
extraordinaire en cette ville , avecce
qui regarde l'Audiance qu'il
euft du Roy deux jours enfuite ,
& de toute la Maifon Royale.
મ
281
Tranſport du corps de Mr le Maréchalde
Noailles à Noftre Dame,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé
à ce sujet
Nouvelles Maritimes.
292
Nouvellesde Flandres.
298
300
Addition à l'Article des Ceremonies
obfervées à l'occafion du
tranfport du Corps de Mrte Maréchal
de Noailles à Notre D
me.
304
RetourdeMeffeigneurs les Princes ,
de Mr de Vendome, de Monfieur
le Chevalier de faint Georges
& de Mr de Bouflers , avec une
recapitulation tres curieufede tout
,
TABIE.
ce qui s'eftpependant la Cam.
pagne de Flandre , & qui fait
connoiftre que tout ce que von publte
touchant les nouvelles de
gucure n'est pas toujours veritable.
309
Affaires du Royaume de Valene ,
Conquestes faites en ce Royaumelà.
349
Madame la Ducheffe de Lorrraine
accouche d'un Prince, & la grof
feffe de la Reine d'Efpagne con
tinuë , avec un Portrait au Roy™
367 d'Espagne.
Détail du Voyage de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans à Madrid-
Articles des Enigmes
372
380
Départde Mrle Maréchal de Bou
ferspourfon Gouvernement dela.
Flandre Françoise.
385
TABLE.
Ce Gouvernement fe rétablit tous
les jours. Faits curieux fur ce
fujet,
Suite des Nouvelles de Flandres.
386
389
Articles refervez 390
Avis pour placer les Figures .
L'Air qui commence par
Que l'Amour caufe de foibleffe
dost
regarder la page 267
Celuy qui commence par
Perfide Amour , doit regarder
la
page
384
BIBLIOTHÈQUE
Les
fontaines
”
SJ
60
- CHANTILLY
BIB . DOM
.
LAVAL
. S. J.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSFIGNEUK
LE DAUPHIN.
DECEMBRE , 1708
.3
A PARIS ,.
Chez MICHEL BRUNET , orin' ! Salle du
Palais , au Mercure Galant.
Come
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 8. fols . Quant
38
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant
M. DC C
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puifque
malgré les prieres reiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR .
de defigurez , etantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Mea
moires, & que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
S
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE. 1708.
OF
N ne peut trop admirer
l'attention que le
Roy a cue prefque dés le
commencement de fon Regne
à faire fleurir l'Esprit ,
les Sciences , & les Arts dans
A iij
6 MERCURE
fon Royaume , & fept grands
établiffemens en font foy ;
fçovoir , ceux de l'Academie
Françoife , des Manufactures
des Gobelins , dont un gros
Volume ne pourroit contenir
le détail , & qui fe trouve
neanmoins dans plufieurs des
Lettres que je vous ay adref.
fées depuis 32 ans , en forte
que fi tous les Articles en
étoient réunis en un Corps, il
rempliroit plus d'un volume ;
l'établiffement de l'Obfervatoire
, dont mes Lettres vous
ont parlé auffi fouvent , ainſi
que de tout ce qui s'y voit &
GALANT 7
de tout ce qui s'y fait ; celuy
de l'Academie des Medailles
& Infcriptions , dont le titre
fait connoître l'occupation ;
celuy de l'Academie des Sciences
dont les Academiciens s'attachent
à cultiver tout ce qui
peut être renfermé fous le
nom de Sciences . L'Academie
Françoife, vulgairement nommée
l'Academie des Beaux Efprits
, & dont l'employ fe peut
connoiftre par le beau Dictionnaire
qu'Elle a fait imprimer ,
la Grammaire qu'Elle
&
par
acheve
, tient
, comme
vous
le
fçavez
, fes
Affemblées
dans
A iiij
8 MERCURE
de
le Louvre auffi bien que celle
des Medailles & Infcriptions ;
celle des Sciences celle
Peinture & de Sculpture , &
celle d'Architecture. On doit
remarquer qu'on diſtribuë
dans trois de ces Academies ;
fçavoir dans l'Academie Françoife
; dans celle des Medailles
& Infcriptions , & dans celle
des Sciences , des Jettons d'argent
aux Academiciens qui fe
trouventaux Affemblées ; qu'on
en diftribue chaque jour un
nombre égal à celuy des Academiciens
, & que lesJettons
deftinez aux Academiciens qui
ne s'ytrouvent pas quelquefois,
GALANT 19
font diftribuez à ceux qui s'y
trouvent , en forte qu'étant
prefque impoffible qu'ils s'y
trouvent tous chaque jour
d'Affemblée , les prefens, partagent
les Jettons des abfens .
A l'égard de l'Academie d'Architecture,
dans laquelle il n'ya
que des Architectes
dont le
nombre eft moins grand que
celuy des Academiciens
des
autres Academies , on donne
un Louis d'or chaque jour
d'Affemblee
, à chacun de
ceux qui s'y trouvent . J'aurois
beaucoup de chofes à vous dire
de l'Academie
de Peinture
10 MERCURE
& de Sculpture , qui eft la plus
étenduë par le nombre , &
dans laquelle on donne fouvent
pour prix aux jeunes Etu
dians , des Medailles du Roy
d'or & d'argent ; mais outre
que ce n'eft pasicy le lieu d'en
parler , on a imprimé un Volume
qui contient les Privileges
& les Statuts de cette
Academie , ainſi que plufieurs
autres chofes qui la regardent.
De ces fept Academies , il n'y
en a que deux qui ont des efpeces
de vacances deux fois
l'année ; fçavoir au mois de
Septembre jufqu'aprés la faint
•
GALANT II
Martin, & pendant la quinzaine
de Pafques, & ces Vacances donnant
lieu deux fois l'année
à ces Academies de faire des
ouvertures publiques , trois
ou quatre des Academiciens y
prononcent ces jours là des
Difcours fur les Matieres qui
regardent ces Academies ; &
depuis plufieurs années vous
avez trouvé dans mes Lettres
, des Extraits de ces Difcours.
Vous ne trouverez
dans celle-cy que l'Extrait d'un
des Difcours prononcez dans
chacune de ces deux Academies
, mais vous pourrez trouver
les autres dans ma Lettre
12 MERCURE
du mois prochain. Je commence
par l'Extrait du Difcours
prononcé par Mr Roy ,
Confeiller au Chaftelet , &
l'un des Academiciens de l'Academie
Royale des Medailles
&
Infcriptions , qui paya ce
jour là le tribut fpirituel que
tous les Academiciens
doivent
chacun à leur tour , pour juftifier
au Public , le choix que
l'on a fait d'eux pour ocuper
les Places de cette Academic.
Mr. Rey lut une Differtation
fur les Jeux de la Grece en general
, & fur les Jeux Olym
piques en particulier.
GALANT 13
L'Art des divertiffemens , eft,
dit il , né dans le même lieu que
les Arts lesplusferieux. La Grece
fi ingenieufe à inftruire les hom
mes par les Sciences , n'a pas dédaigné
de les réjouir par des Spe-
Etacles. Ceux du Theatre doivent
leur origine à la Grece , comme
tout le monde fçait. Il y en avoit
d'autres encore plus pompueux
qui fe donnoient dans un plus
grand espace , qui duroient plufieursjours
, qui attirolent dès Villes
& des Provinces entieres ,
qui par des exercices de corps e
des combats fimulez , reprefen
: toient tous les travaux de la
14 MERCURE
Guerre. C'eft cette noble efpece
de Spectacles que Mr Roy
remit fous les yeux de l'Af
femblée. Les Peuples les plus
polis de l'Europe qui inventerent
les Jouxtes , les Tournois
, les Carrouſels , en ont
apparemment tiré l'idée d'aprés
ces fortes de Jeux .
Cette partie de l'Antiquité
contient des recherches tres
importantes & tres curieuſes .
Ces Jeux folennels , ajoûta Mr
Roy , ornoient les Fêtes , & relevoient
le culte des Dieux ; les
Jeux Olympiques eftoient dédiez
Jupiter , les Jeux Pythiens
a
GALANT 15
Apollon ; les Neméens, à Archeles
Iftmiens à Pale- more
mon. Mr Roy ne traita que
des premiers ; & il annonça
feulement les autres , aprés
avoir donné de tous enſemble,
une idée generale ; il fit connoître
qu'il y trouvoit abondamment
dequoy faire honneur
aux Anciens ; il expliqua
la varieté des plaifirs qui compofoient
ces fortes de Spectacles.
C'étoient , ajoûta - t il , les
rendez - vous des Mufes : Les
Poëtes , les Orateurs , les Philofophes
& les Peintres y venoient
chercher lesfuffrages de la Grece ;
16. MERCURE
& les Rois mêmes defcendoient
du Throne , & quittoient
le Sceptre , pour y diſputer une
Palme. Mr Roy en rapporta
des exemples agreables , tirez
des meilleurs Auteurs. Il releva
l'éclat des Prix & des Couronnes
deftinées aux Vainqueurs
, & il n'oublia pas à leur
gloire , qu'ils avoient eu Pindare
pour
leur Panegyrifte. Il
compara les Jeux de la Grece
à ceux du Cirque de Rome.
Les Romains,pourfuivit il , n'ajoûterent
guere d'agréemens à ce
qu'ils imiterent des Grecs , n'y
ayant ajoûté que la molleffe des
GALANT 17
danfes , qui ont tant irrité les Peres
de l'Eglife , & la cruauté des
combats de Gladiateurs , qui revoltent
l'humanité.
Mr Roy entra enfuite dans
le détail des Jeux Olympiques ,
en indiquant les fources d'ou
il a puifé les autoritez & les
connoiffances dont il a eu befoin
: Il laiffa voir , que perfonne
n'avoit encore traité fon
fujet ; & que les plus grands
Compilateurs n'ont laiffe que
des Memoires pour l'Hiftoire
qu'il entreprend. Onuphre
avoit fait l'Hiftoire des Jeux du if
Cirque , & des Spectacles de
Decembre , 1708. B
18 MERCURE
Rome ; & l'ouvrage de Mr
Roy, paroît n'eftre fait que
pour fimetriſer avec cet ouvrage.
L'ordre eft difficile àpratiquer
dans les recherches de l'Antiquité
, & l'on ne réüffit pas
toûjours à les ramaffer en un
corps . Voicy le plan que fuivit
Mr Roy. Il découvrit d'abord
l'origine des Jeux Olympiques
, qu'il avoit trouvée envelopée
de fables , qu'il rapporta
, fans prétendre les accorder.
Une expofition fuccinte
des differentes fictions
fur l'inftitution des Jeux Olym
GALANT 19
piques , l'acquitta envers tous
les Poëtes Grecs & Latins. Il
paffa enfuite au renouvellement
des Jeux fous Iphitus ;
& comme cette Epoque eft la .
premiere de l'Hiftoire ,
jufques-là il n'y a rien de certain
, Mr Roy fit fur cette
&
que
Epoque une remarque Chronologique,
&découvrit une crreur
, où un mécompte decent
huit ans , qu'ont faite ceux qui
Pont placée à la victoire de
'Corecus Eléen . Il donna enfuite
l'intelligence du calcul
des Olympiades .
Il fit aprés une peinture
Bij
20 MERCURE
du lieu du Spectacle. C'eftoit ,
dit-il , dans la Ville d'Olympie ,
fur les bords de l'Alphée, cefleuve,
dont le cours fi fingulier a exercé
les Philofophes pour l'examiner ,
& les Poëtespour imaginer agreablement.
Il parla du Temple ,
& de la fameufe Statuë de Jupiter
Olympien.
Il donna aprés cela la Topographic
exacte du champ
où fe faifoient les exercices
Olympiques , qu'on appeloit ,
Stale . Mr Roy le partagea en
trois parties principales ; la Barriere
d'où partoient les Coureurs
à pied , à cheval , ou fur
GALANT 21
17
les Chars ; les Bornes , ou le
terme de leur courfe ; & le
milieu ou la Carriere , qui
fervoient de fcene aux Lut-
>
teurs , aux Sauteurs , & aux
Difcoboles .
Tout le Stade , ajoûta - t-il ,
eftoit une espece de terraffe ou de
chauffée , longue de 625 pieds ,
fort large , arrondie par les
deux extremitez. La Barriere
eftoit embellie de Portiques , an
devant defquels on tendoit une
corde , qu'on abaiffoit , pour faire
partir en même temps les Combattans
. Les Bornes eftoient trois Py-
Tamides ifolées , entre lesquelles
22 MERCURE
ن و م
il falloitpaffer. Le paffage n'eftoit
pas facile , & il falloit beaucoup
d'adreffe au conducteur d'un Char,
pour n'y pas échouer. Ces fecondes
parties du Stade eftoient parées
d'Autels , & de Sattuës de
Divinitez favorables & malfaifantes
, à qui tous les concurrents.
facrifoient par des motifs differens.
Mr Roy égaya cette matiere
par des reflexions fur la
fuperftition des Grecs. Elle alloit
, pourfuivit- il , jnfqu'à l'extravagance
, dans les voeux qu'ils
faifoientpour remporter une Couronne
aux Jeux. Et il dit un
mot en paffant , de la plaifante
GALANT 23
fondation que fit dans le Temple
de Venus , Xenophon le
Corinthien. Il expliqua tous
les autres preparatifs des Jeux
Olympiques , le ferment des
Juges & des Combattans ; la
datte qu'on eftoit obligé de
prendre fur le regiftre des Hellanodiques
; la Harangue des
Juges aux Prétendans , pour les
encourager
; la fortition
des
rangs aufquels chacun devoit
combattre
, & des adverfaires
contre qui on avoit affaire .
Enfin , la Lotterie compofée
de bons & de méchans billets ,
pour décider entre tous les af24
MERCURE
pirans à la courfe des Chars ;
le nombre des Chars qui devoient
courir , eftant fixé à
dix .
Mr Roy mit enfuite en
mouvement tous les divers
Combattans. Il regla l'ordre
des Exercices qui compofoient
les Jeux Olympiques , & il les
décrivit tous d'aprés Homere
, Virgile , Stace , & Valérius-
Flaccus. La courfe des Chars
eft le premier exercice . Mr
Roy expliqua la forme & la
conſtruction des Chars , le
nombre des chevaux qu'on y
atteloit , la difficulté de la
courſe ,
GALANT 25
de
cource , & les conditions de la
victoire. Il fit connoître de même,
ce que c'étoit que lePugilat,
la Lutte; il rapporta
en peu
paroles , ou indiqua feulement
les traits de la Fable ou de
I'H ftoire , qui ont rapport à
ces fortes de Combats . La
Lutte de Pollux contre Breticus
, celle d'Hercules contre
Antée & contre Acheloüs , y
furent citées : Mr Roy peignit
auffi fenfiblement , le
Difque , ou exercice de jetter
le Palay , fi fameux par le malheur
d'Hyacinte. Il finit par
les courfes à pied & à cheval ,
Decembre, 1708. C
26 MERCURE
qui eftoient des épreuves admirables
de l'agilité du corps.
Il décrivit les Combats Olympiques
, où les Combattans
eftoient nuds , & il parla de
la feverité des Grecs à ne point
admettre les Dames au nombre
des fpectateurs . Mr Roy
fit connoître la dignité & le
pouvoir des Hellanodiques , ou
Juges des Combats , & la maniere
dont ils donnoient leurs
fuffrages . Il defcendit aux effets
de ces fuffrages , c'eſt àdire,
aux récompenfes dont les
Vainqueurs eftoient honorez .
Il fit voir à quel prix la gloire
GALANT 27
s'achettoit chez les Grecs &
que le Vainqueur eftoit proclamé
par le Heraut ; qu'il
entendoit les applaudiffemens
de tous les affiftans , & des
vers à fa loüange , en même
temps qu'on chantoit l'Hymne
de Jupiter ; il eftoit couronné
d'olivier fauvage , reconduit
en triomphe chez luy,
où il eftoit honoré le refte de
AvLeesnjtours , & que c'eftoit fouvent
parmi les Vainqueurs
Olympiques , que l'on choififfoit
des Generaux d'Armée ;
qu'on leur élevoit des Statues
avecdes inferiptions flatteufes ,
Г
Cij
28 MRCURE
& que l'on frappoit des médailles
, pour faire paffer à
la Pofterité le fouvenir de leur
Nom & de leur Victoire.
Mr Roy traita ces deux derniers
Articles , avec une prédilection
convenable à la place
qu'il tenoit , & à l'Academie
où il parloit.
Les aplaudiffemens de l'Affemblée
que reçut Mr Roy ,
furent couronnez par ceux dde
Mr l'Abbé Bignon , qui loüa
ce Difcours avec la maniere
gracieufe qui luy eft ordinaire.
Il dit à Mr Roy , que s'étant
d'abord propofé de parler des
GALANT 29
Jé
Jeux Olympiques des Pythiens
, des Neméens , & des
Iftmiens ; & que n'ayant parque
de ces deux premieres
fortes de jeux , il étoit perfuadé
qu'il parleroit des deux autres
dans la premiere Af
femblée publique.
Mr
l'Abbé
Bignon ayant
ceffé de parler. Mr l'Abbé
Boutard
, Penfionnaire
de l'Academic
, lut une Ode Latine
qui fut écoutée avec l'aplaudiffement
que tous ſes Ouvrages
reçoivent
ordinairement
.
Cette Ode eft adreffée à Mr
Bignon Prevoft des Marchands
B iij
30 MERCURE
que la Seine felicite fur les
heureux commencemens
de fa
Prevolté. Le Dieu de ce feuve
qui par le dans cette Ode , &
témoigne fa joye du choix
que le Roy a fait de ce digne
Magiftrat , prend de là occafion
de louer la Famille du
nouveau Prevoft des Marchands
qui eft originaire d'Anjou
, & qui eft venue s'établir
à Paris fur les bords de la Seine
, & comme fes eaux forment
l'Ile du Palais , & qu'el
les coulent prés les murs du
Louvre , il marque avec quelle
admiration
il écoutoit autreGALANT
, 31
fois l'illuftre Jerome Bignon
& fon fils , Avocats Generaux ,
& combien il eft encore at
tentif aux Difcours de Mr
l'Abbé Bignon , foit qu'il explique
les fecrets de la nature
dans l'Academie des Sciences
où les monumens de l'Antiquité
dans celle des Infcriptions
. La Seine defcend naturellement
à l'éloge de Mr le
le Prevoft des Marchands ,
dont elle loue la vigilance , &
le foin qu'il prend d'embelir la
Ville de Paris par de nouveaux
Quays. Le refte de cette Ode
cft rempli de vives Peintures
Ciiij
32
MERCURE
qui feront beaucoup de plai
fir à ceux qui les liront ,
tantà
caufe de leur beauté , que de
ce qui en fait le fujet .
сс
Le lendemain 14 Novembre
, l'ouverture de l'Academic
des Sciences fe fit par un Dif
cours que Mr Duverney prononça
fur la maniere dont fe
fait la generation des Limaçons
; ce qui merite le plus
d'eftre obfervé dans ces animaux
, parce qu'ils font Hermaphrodites
, un Philofophe
eftant obligé d'épier laNature
dans ce qu'elle a de plus fecret,
on doit remarquer que l'emGALANT
33
barras de Mr du Verney a dû
être grand en cette occafion ,
puis qu'on doit toujours employer
les termes qui font
propres aux chofes dont on
veut faire la peinture , & que
dans celle qu'il fit , il fut obligé
de les éviter avec foin , en
faifant neanmoins compren
dre à l'Auditeur , ce qu'il
avoit deffein de luy faire remarquer.
Quoy que Mr de
Verney traitait la chofe avec
beaucoup de modeftie, les Sçavans
, accoutumez à voir les
chofes naturelles , fans autre
mouvement que celuy de la cu
34 MERCURE
riofité & de l'admiration , mais
auffi les perfonnes les moins
accoutumées à fuivre le détail
de pareilles recherches, ont dû
regarder tout ce qui a efté dit
avec des yeux auffi Philofophes
que celuy qui en a parlé. La
diverfité a dû plaire beaucoup
dans ce Difcours , puis qu'elle
jetta les meilleursConnoiffeurs
dans une furpriſe tres agreable
, à mefure que l'Auteur
expliquoit tantoft ce qui concerne
les deux efpéces les plus
ordinaires des limaçons , tantoft
ce qui regarde les Limaçons
& les Vers de Terre ; les
GALANT
352
perfonnes mêmes à qui ces
matieres font moins familieres
& moins connues , fentirent
avec plaifir , fans pref
que s'y eftre attendues , leur
imagination paffer d'objets en
objets , tous fort intereffans
par la fingularité & la nouveauté
des faits . Car la maticre
, quoy que traitée déja par
d'autres , eftoit toute nouvelle
à caufe de l'exactitude des
Obfervations bien differentes
de celles qui ont efté faites
jufques à prefent fur ce fujet .
Ellefut approfondie d'une maniere
à donner de quoy faire
36 MERCURE
des reflexions à tous ceux qui
s'appliquent à ce genre d'étude.
En effet la ftructure & les
ufages des parties deſtinées à
la production de l'efpece de
ces animaux , renferme une
Phyfique & une Mécanique fi
furprenante & fi remarquable,
que ceux qui voudront s'en affeurer
par eux mêmes , reconnoîtront
aisément la verité de
ce que dit M. l'Abbé Bignon
aprés ce Difcours , puis que cet
Abbé dit , qu'ilfuppofoit d'auffi
longs travaux
& une auffi
grande provifion de Science que
1
GALANT
37
celle que Mr Duverney avoit
faite ; qu'il ajouta, qu'on de voit
bien admirer l'Auteur de la Nature
dans cette prodigieufe varieté
qu'il a répanduë fur fes Onurages
par rapport à ces matieres,
qui font les plus propres à faire
fentirfa puiffance &fa fazeffe
infinie ; & qu'on ne devoit pas
croire que ces fortes de traitez
fuffent inutiles , quoy qu'ils paruffenntt
tels d'abord; que ces Obfervations
qui n'étoient maintenant
que curieufes, deviendroient
Avec le temps tres utiles pour la
perfection de l'Anatomie du corps
humain , par les rapports que l'on
38 MERCURE
ne manqueroit pas de trouver entre
luy & les animaux fur qui
ces Obfervations ont efté faites.
Voicy un extrait fort abregé
de quelques endroits du
Difcours de Mr Duverney :
il commença par faire voir ,
que ces reptiles font , comme
on l'a déja dit , hermaphrodites
, & qu'ils ont chacun les
parties des deux fexes .
Outre ces parties , ils ont
chacun une efpece d'étuy , lequel
renferme un aiguillon ,
qui a la figure du fer d'une
lance à quatre ailes . Ils dardent
mutuellement l'un conGALANT
39
tre l'autre cet aiguillon , dont
on ne peut déterminer certainement
l'ufage ; mais on peut
juger que cette piqueure fert
à avertir ces animaux , que celuy
qui les approche , eſt dans
la difpofition neceffaire pour
la production de l'efpece .
Mr Duverney fit une defcription
fort exacte de toutes
les parties qui y contribuent :
mais cela regardaut uniquement
l'anatomie , je n'entreray
point dans ce détail , que
l'on pourra voir tout entier
dans les Mémoires de l'Academie
, qui feront imprimez :
40 MERCURE
& je diray feulement , que par
les obfervations qu'il a faites ,
il eft venu à bout de déter .
miner précisément les parties
de ces reptiles , qui font propres
au fexe maſculin , & celles
qui font propres au fexe
feminin.
Il tira de ces Obfervations
plufieurs confequences favorables
à l'opinion de plufieurs
Modernes ; par exemple , que
les oeufs des femelles ne font
pas feconds immediatement
dans l'ovaire & dans les trompes
, puifque dans les limaçons
& dans les limaces , la féconGALANT
41
dation ne fe fait que par le
moyen du fang & des efprits.
Il parla auffi à cette occafion
, des vers de terre , qui
non feulement
font hermaphrodites
, mais qui le font
doublement ; en forte que chacun
de ces infectes eft deux
fois mâle , & deux fois femelle ,
Il fit remarquer que les limaçons
gris de jardin , ccux
de vigne , les limaces & les
vers de térre s'uniffent differemment
pour la production
de l'efpece.
Qu'ils choififfent prefque
toûjours le temps de la nuir
Decembre 1708. D
42 MERCURE
pour s'unir , & que leur union
differe dans la durée ; celle des
limaçons gris de jardin , durant
au moins dix heures , au lieu
que celle des limaçons de vignes
& des limaces , dure tres
peu en comparaiſon
.
Il fit obferver que les germes
des limaçons font vivans
avant que d'entrer dans l'uterus
, où ils s'enferment dans
un oeuf , qui groffit à meſure
qu'ils avancent dans le canal
qui compofe cette partie .
Cesfortes d'animaux pondent
leurs oeufs par l'endroit
où ils ont efté fécondez , qui
GALANT: 43
eft au côté droit du coû. Is
pondent ordinairement foixante
ou foixante & dix oeufs,
par un artifice furprenant .
Quand le Lançon eft preft
à pondre , il fe retire dans quelqu'endroit
frais & humide , &
alors il ouvre la terre avec
fon mufle , de même que les
cochons , en forte que l'ouverture
n'eft que de la grandeur
neceffaire pour y paffer
fa rete & fon cou ; & lorfque
ce trou a quelque profondeur ,
pour jetter dehors la terre qu'il
en tire , il fe fert de fon empattement
, avec lequel il la
.
Dij
44 MERCURE
pouffe de plis en plis jufqu'au
dehors .
Ce trou eft femblable à un
four ;les parois en font durs ,
la terre ait efté pref
foit
que
fée
avec
la
tête
de
l'animal
,
foit
qu'il
y ait
répandu
unc
bave
, qui
en
ait
joint
les
par
-s
ties.
C'eft dans ce trou qu'il dépofe
fes oeufs , en yallongeant
fa tête & fon col. Ils fe trouvent
fouvent arrangez les uns
fur les autres en forme de
pain , & unis entre eux par une
efpece de glu : enfuite il ferme
l'entrée de fon trou avec de
GALANT 45
la terre qu'il détrempe avec
fa bave ; ce qu'il fait avec
tant d'artifice , qu'on a beaucoup
de peine à retrouver les
endroits où on les a veus pondre
.
Mr Duverney n'expliqua
point les changemens qui arrivent
à ces oeufs pendant qu'ils
font dans ce nid foûterrain ;
& il dir qu'il refervoit d'en
parler dans une autre Affemblée
, auffi bien que des autres
parties des limaçons & des vers
de terre .
Le Difcours de Mr du Vernay
, fait bien voir que ce
46 MPRCURE
qui paroift le plus vile aux
ignorans , eft une fource féconde
de mille recherches curieufes
pour les Philofophes ;
& comme on marche tous les
jours fur les limaçons , qui cût
dit qu'ils euffent dû tant exercer'l
habileté de Mr Duverney ,
dont on ne peut trop admirer
la penetration , & qui ne laiffe
rien échaper des matieres dont
il traite ?
Je vous envoye la feconde
Suite de l'Ouvrage de Mr de
Woolhouse .
Dans l'Abregé des Remarques
que j'ayfaut fur le Systéme préGALANT
47
tendu nouveau de Mrs Briffeau
Antoine, touchant les Catara-
&tes , je me fuis engagé de refuter
( dans la feconde partie de mon
Difcours ) les principaux Argumens
, raifons & preuves que
ces deux Mrs alleguent en faveur
de l'innovation dont il s'agit.
Je vais m'acquitter de ma
promeffe.
Mr Antoine s'efforce fur
tout, de perfuader dans le premier
Chapitre de la premiere partie de
fon Livre , que fon Systéme renouvelle
, eft appuyé du fuffrage
unanime des Anciens , qui vivoient
avant Galien . Il n'en don
48 MERCURE
ne pas pourtant unefeule preuve ;
& il veut apparemment qu'on le
croyefur la bonnefoy qu'on a déja
vue de luy, dansfon Hypothefe,
compofee de plufieurs morceaux
ramaffez cependant fon affirmation
pofitive exige la citation
( au moins ) d'un de ces anciens
Auteurs pour contrebalancer l'autorité
précife de Celfe , qui copioit
fidellement les Grecs fes prédeceffeurs
, & fur tout Hippocrate
, que Mr Antoine voudroit
infinuer eftre auffi de fon fentiment,
pag. 107. ›› au nombre def-
» quels ( dit Mr A ) je pourrois
mettre Hippocrate , & c.
ر د
Je
1
GALANT 49
Je ne fçay fi Mr Antoine ne
s'eftpasfervi de ces paroles , comme
par maniere d'acquit , & pour
embellir fa periode ; puifqu'il eft
tres - certain que dans les Ecrits
qui nous reftent de ce grand Homme
, on trouve des paffages confiderables
, pofitivement contrai
res à l'Hypotheſe reformée de
Mrs Ant. & B. touchant les
Cataractes internes , & pas un
feul endroit qui les favorife le
moins du monde..
1
Pour mettre cette verité dans
tout fon jour , il fera à propos
d'examiner lesplus notablespaẞages
ou Hippocrate traite à ja
Decembre 1708, E
150 MERCURE
maniere ,
les Maladies
que
nous
appellons proprement
Cataractes
,
Glaucomes
, puifque l'on fait
cas de l'autorité d'Hippocrate
,
comme d'un veritable Oracle ; &
qu'il eft le plus ancien Medecin
qui ait traité cette matiere à fond
en divers endroits de fes Ouvrages
.
Dans cet examen , je me tiendray
rigoureufement
au Grec ,
pour ce qui regarde nôtre difpute
, ayant obfervé que les Traducteurs
ont fort mal compris le
fens d'Hippocrate
, aux endroits
qui traitent de ce fujet .
Nous lifons au Livre fecond
GALANT SI
de Prorrh. fect 28. Pupillæ
glaucefcentes ( flavefcentes )
aut argenti fpeciem referen "
tes , aut cyance ( cæruleæ )
ne quid boni ( prognofticant.
) Ce que je traduis de la
forte:
сс
** Quand toutes les deux Prunelles
deviennent également
& à la fois , de couleur d'opale
, ou de couleur d'argent , ou
de couleur bleuë , ou des
blenëts, il eſt à craindre qu'il n'y
ait des glaucomes deffous.
On voit une pareille fentence
au commencement du pet t Traité
de la Veuë , que Mr A. cite ,
E ij
52 MERCURE
دو
pag. 204. de fon Livre.
Pupilla corruptæ
, fpontè
quidem cyanea facte , de
,, repentè tales fiunt ; & poftquam
facta fuerint , non eft
,, ibi ) curatio..
و ر
9
Tout le monde convient , qu-
Hippocrate entensparler icy du
veritable Glaucome qui fe fait
d'ordinaire en peu de temps ( eu
égard à la longueur du temps
que demandent la plupart des
Cataractes) aux deux yeux
à la fois , eftant reluifant comme
de l'argent , & qui , pour cette
raifon , paffe avec Mr A. pour
fauffe Cataracte , on tres fufGALANT
53
pecte , à la page 207. comme aufft
avecMr Briffeau , pag. 2. de
la fuite de fes Obfervations , &c.
Cependant rien n'est plus certain
qu'une Cataracte [ entendue
, corps étranger , on Membrane
) de la couleur d'argent ,
eft tres bonne e tres louable ,
pourvu que les autres Diagnoftics
s'y trouvent conformes , ce
qui arrive naturellement. Mais
quand le mal vient fpontè , &
de repente , fans caufe manifefte
, fubitement aux deuxyeux
à la fois , il y a toujours foupçon
d'un Glaucome ; ce qu'on
connoîtra d'avec une vraye Ca
E ij
54 MERCURE
taracte , par la fituation profon
de & enfoncée du corps opaque,
qu'on apperçoit bien enavant dans
l'oeil.
Hippocrate poursuivant le
fil de fon difcours dans ce Livret
de Vilu , nous a laiſſe une juſte
defcription de la Cataracte , dans
les paroles fuivantes.
و د
"
Quæ verò Pupilla marini
funt coloris , paulatim poft
multum tempus procedendo
», corrumpuntur ; & fæpè alte
,, ra pupilla longo poft tempore
indè corrupta eft. Hu-
,, jus caput purgare opor
,, tet , & venas urere ; & fi
و د
GALANTM55
quis ab initio curatus fuerit , "
hoc modo malum fedatur ,
& in deterius non procedit.
At quæ colorem inter cyaneum
& marinum medium referunt "
fi quidem puero tales fiunt ,
ubi fenior fit , fedantur , &c.
Ce qu'on ne sçauroit interpreter
de Glaucomes
lins
"
ou de Cristalalterez)
puifqueHip. Aph . 31 .
fect. 3 dit que les vieillardsfontfort
fujets aux Glaucomes , bien loin
d'en eftre delivrez par l'âge , où
ily a une diminution confiderable
des humeurs fuperfluës ; ce
qui peut naturellement arrefter le
progrés de la Cataracte ( enten-
E iiij
56 MERCURE
due Humeur heterogéne concrete
au même temps caufer
la fechereffe du Criſtallin .
Les purgations auffi du cerveau ,
l'inultion , on barrement des
veines & arteres ; & le cautere
à la tête , qu'Hippoc. ordonne icy
peuvent tarir la fource du mal ,
ou la détourner la divertir.
Quoy qu'il enfoit, on ne fait pas
non plus l'operation de la Cataracte
aux enfans. Il faut attendre
que
les malades ayent de l'âge,
pour pouvoir fouffrir cette operation
avec raifon & patience , ce
qu'Hippocrate enfeigne plus expreffement
en bon Praticien , quel
GALANT ST
сс
ques lignes plus bas ', en cestermes :
Si verò fiant ( fuffufiones )
feniori feptem habenti an
nos , videt magna valdè , &
fplendida ; & videt quidem à
longè , fed non diftinctè , & fi "
quid valdè ad oculum appo
fuerit, etiam hoc videt , aliud "
autem nihil : à caufe des differentes
ouvertures & refferremens de la
Prunelle , felon les divers éloignemens
des objets.
Or il eft à propos de remar→
quer icy , qu'Hippocratefait cette
diftinction characteristique entre
les Glaucomes & les Catara
Ates , qu'on voit aprés que les
58
MERCURE
Cataractes font formées ; mais
il n'a garde de dire la même chose
touchant les
Glaucomes qu'il
vient d'expedier en peu de mots
( comme un mal defefperé ) aux
premieres lignes de ce petit Ecrit
de Vifu , dont Mr Ant. même
convient , pag. 204. de fon Livre
, de la maniere fuivante :
» Hippocrate a connu cette
Maladie ( àfçavoir le Glaucoine
comme il eft aifé de le ju-
», ger, en lifant le commencement
de fon Livre de Vifu , & la
,,fin du 31. Aphorifme de la trois
fiéméme fection , &C.
Hippocrateprocede :
ود
GALANT 592
Confert autem huic capitis
purgatio , & capitisuftio ,
fanguinem verò his detra- "
here non convenit , neque
cyanea , neque marina ; & vi- «
fum [impeditum] in oculis ,
humore crystallino fano exif- "
tente [ pupillâ integrâ , aut
oculo aut vifu fano ] in junioribus
hominibus ,
femellis ,tum mafculis , quicquam
faciendo nihil juveris ,
quandiù adhuc augefcit corpus
: quum autem non ampliùs
augefcit corpus , ipfius
oculi palpebras intuitus, &c ;
intrinfecus inurito , ferra- "
tum
re
<<
60
MERCURE
mentis leviter candentibus. "
Il fant obferver que le mot
d'Opfis que tous les Traducteurs
Commentateurs ont mal traduit
( en cet endroit ) doit eftre
expliqué ( comme au
commencement
de ce petit Livre de la Veuë)
par des termes defignans l'humeur
Cryſtaline. Car ce mot d'Opfis
en Hipp eft un
Homonyme ,
fignifiant tantoft la veuě , tantoft
l'ail , tantoft la
prunelle
tantoft les ners optiques , tantoft
les
humeurs de l'oeil en general
, & quelquefois même l'humeur
Cryftalline (
particulierement
) qu'Hipp . croyoir eftre le
GALANT 61
principal inftrument de la veuë ,
qu'il nomme [ lans ces Ouvrages
) oculorum vis vifiva , videns
pellucidum , videndi caufa
, &c. & que Celfe a traduit
en cetendroitpar [ interior potentia
.]
Qui plus eft , Mr A. a pris
Opfispour l'humeur Cryſtalline
auffi bien que moy , au même article
du petit Effais de Vifu , où
il entend Hip. parler des Cata-
Etes incurables ou Glaucomes
de l'humeur Chryftalline.
Au reste le terme de Kore
dont Hippocr. s'eft fervi au
Livre 2. des Predict : cy - deffus..
62 MERCURE
cité pour lequel on a traduit
Pupilla Glaucefcentes
, eft expliqué
[ au commencement
de ce
petit écrit de la Veuc ] par cette
même diction d'Opfis. Hipp.
nous enfeigne au long qu'est ce
que c'eft que la Kore de l'ail
dans fon Livre de Principiis aut
carnibus
, & c.
"
&
Quæ vero Kore [ humor
Crystallinus ] pupilla oculi
appellatur, nigra apparet,
ob id quod in profundo cft,
,, & tunica circum ipfam nigræ
funt
"
",, • · eft autem
non nigra fiquis infpiciat,fed
,, alba acpellucida .
GALANT 63
Ariftote auffi cap. 9. lib. 1 .
de Hiftoriâ animalium , dit
Humor oculi interior quo
583, videmus eft Kore.
Il eſt impoſſible de concilier les
paroles Grecques d'Hipp . au bon
fens(de quelle maniere qu'on puiffe
les tourner ) fans leur donner
la conftruction & l'interpretation
• que je viens d'en faire , contre la
foule des Traducteurs & Commentateurs
qui nous ont precedé
quiy ont manqué aux termes
propres pour ne pas avoir efté
Oculistes de Profeſſion ou d'étude ,
car fi on traduifoit le mot d'Opfis
[dans ce paffage , comme d'ordi
康
64 MERCURE
naire ailleurs par celuy de la
gene, au lieu de le traduire [ l'humeur
Cryſtalline] il y auroit une
contradiction manifſte puis
qu'Hipp. dit qu'en ces cas le malade
ne voit pas diftinctement ni
éloi- en toutes les fituations ,
gnemens , bien loin d'avoir la
veuë faine & entiere [ vifu fano
& integro. ]
la
On nesçauroit non plus prendre
icy le mot d'Opfis pour les
nerf, Optiques , à cause que
goutte fereine devient d'autant
plus incurable qu'elle eft plus in•
veterte : puis il y a un paffage
particulier , vers la fin de ce
GALANT 65
petit écrit d'Hipp . fur la veuë ,
qui traite exprés de l'Obftruction.
des nerfs optiques , en prenant
le mot d'Opfis pour ces mêmes
nerfs . Voicy cet endroit.
¿'Hip. ,, Si cui oculi` dum fani
funt , vifum corrumpant
&c. où les paroles de oculi dum
fani funt donnent à entendre que
le mal eft hors du globe de l'oeil ,
le Trépan qu'Hippocrate y
ordonne pour l'évacuation des
eaux , démontre qu'Hipp. y prétend
que la caufe du mal dont ily
parle regarde desferofitez au cer
veau .
On ne peut auffi prendre le
Decembre 1708. F
66 MERCURE
mot d'opfis , dans leprecedentpaffa
de ( & vifum impeditum , in
oculis humore cryftallino, &c. ]
pour la prunelle exterieurement
couverte par une taye ou un nuage
, puifque ces maux deviennent
pires , moins gueriffables à la
longueur du temps : &qu'on en
guerit fort bien les plus petits enfans.
Enfin , fi au lieu du mot de
fana , ily avoit eu celuy de corrupta
, comme au commencement
de ce Livret de Viſu , Mr A.
auroit quelque lieu de dire qu'-
Hipp. y entendoit le cryſtallin
corrompu , la vûe reſtaurable
parfon abbattement. Mais le
GALANT 67
terme d'hygies [ fana aut inintegra
] oppofé à l'omma ( la vi
fion empêchée on perdue ) ôte toute
forte de pretexte aux chicanes.
Sur tout quand nous voyons Cel-
Le exprimer, comme s'enfuit , cet
endroit d'Hippocrate touchant les
Cataractes.
Neque idonea curationi fenilis
ætas eft , ac ne puerilis
quidem , fed inter has media
ætas. Par lequel on voit que tout
glaucome feroit incurable ( au
moins aux yeux des vieillards ,
qui font pourtant les gens lesplus
fujets à ce mal felon le fameux
Aphorifme de noftre grand Au-
Fij
68 MERCURE
theur. Ce qui me fait reſſouve
nir fort à propos de ce que Braffavolus
dans fes Commentaires
fur ce 31. Aphorifme , rapporte
qu'il a vu un Medecin Oculifte
qui prenant ces glaucomes pour
des fuffufions aveugloit les Malades
en voulant abbattre ces prétenduës
Cataractes .
Pour ce qui eft de la bonnefemme
hydropique ( dont Hippocrate
raconte l'histoire au livre 4. de
morbis vulgar . ) à qui les
prunelles
(ou les humeurs des yeux )
avoient changé lapurité ( glaucefceban
) àfçavoir à qui le noir des
cux eftoit devenu tout limpide,
GALANT 69
unpeufur le blaffard, ou clair
&pafle,fans qu'on s'en mit beaucoup
en peine , ( ubi oculorum
acies cæfia reddebatur ; ac ipſa
quidem oculorum cura paulo
lenior erat , dit la traduction de
Foëfius ) certainement il n'eſt pas
raisonnable de croire
qu'Hippocratey
entendoit que cette femme fut
atttaquée , foit des Cataractes
fort des Glaucomes ( quoy que le
mot grecfemble d'abord l'intimer)
mais il a voulu dire que les prunelles
eftoient alterées , troublées ,
devenues mornes , comme aux
tendres enfans ; ce qui n'est pas
rare dans la
Leucophlegmatic
70 MERCURE
Ily a méme des gens qui ont na
turellement certe effece impropre
de glaucofie. Le noir de leurs
yeux eftant d'une teinture dé
languide comme aux layée
fuffufions naiffantes.
Hippocrate [ parlant des gens
qui voyoient mieux la nuit que
jour ] femble entendre parler de
cette espece de glaucofic.Popular.
fect. 7... Fiebant autem ( nyctalopiæ
) pueris -maximè : oculorum
vero nigra , ( à fçavoir
les prunelles ) variabantur ( variegabantur)
eftoient changées, ou
bigarrées de diverfes couleurs.
Mais le texte d'Hippocrate ,.
A
GALANT
71
de locis in homine , fect. 4.
nous fervira d'éclairciffement au
fujet des yeux de la bonne vicille
en question.
و د
د ر
Quod fi vero inVertebras
& carnes ( fluxio ) fubierit
aqua inter cutem fuboritur.
Inde vero dignofcas licet ,
», quod anteriores partes ficcæ
funt , caput fcilicet nares &
Oculi. Quin & oculorum
», caligo accidit , & una cum
,, reliquo corpore ex virore
pallefcunt, neque quicquam
», expuitur , &c.
د و
Il fe fert du même terme de
chloros à l'égard des yeux au li72
MERCURE
"
les
vre de Prifcâ medicinâ . ,, Oculi
pallidiores fiunt inediâ .
Car il faut obferver que
mots de Glaucus , Chloros &
Ochros font Synonimes chez
Hipp. & il s'en fert indifferemment
dans un fens fort étendu
pour tout changement de couleur
contre nature .
Apparemment Hipp . entend
auffi cette efpece de Glaucofic an
fecondd'epidem. fect. 6 .
Qui capite eft parvo , neque
balbutiet , neque calvefcet nifi
Glaucus fuerit .
Car au Livre 6. d'Epidem .fect.
» 4. Hipp. dit , Oculi
pro UE
validi
GALANT 73
validi filerint , ita etiam
corpus , fed color ni pejus
aut melius vergit.
Or Galien in arte parvâ ,
nous enfeigne que l'oeil
paroist
Glaucus , foit à caufe de fa magnitule
, foit à caufe de fa plendeur
& lucidité : ou à raison de
fa difpofition convexe , &forjet
tement en dehors à fleur de tefte ;
ou à cause de la paucité , de la
purité , & de lafubtilué de l'humeur
aqueufe.
Ily a un bel endroit d'Ariftote,
pour efclaircir à fond cette affaire.
Vid. Arift de generat animal.
lib. 5. cap. 1.
Decembre 1708. G
Oculi
74 MERCURE
omnium infantium nuper
natorum glauciores funt
caufa eft quod partes nuper
,, natorum imbecilliores funt
Glaucoles enim imbccilll-
و د
و د
و ر
و د
,,
tas eft .
Glaucos interdiu
acutè cernere non poffe
fcilicet ob aquæ inopiam.
Glauci qui parum habent
humoris , ut in mari etiam
cernitur , etenim quantum
ejus fatis tranfpicitur glau
cum apparet , quanto minus
aquinum, Quantum præ
gurgite alto non præfini-
,, tur id opacat & nigrum
aut ( cyaneum) cæruleum fen-
و ر
و ر
و د
د و
و ر
GALANT 75
r titur. Qui autem medium intrahos
, Oculos habent co 66
jam differunt , quod magis
minufve ita confteterint
&c. "
CC
Ægritudines
etiam oculo . "
rum utrorumque
judicium
Glaucoma enim "
facilunt.
Glaucis potius accidit , luſciofitas
aut nyctalopia nigris
v
<<
<<
oculis , eft autem glaucoma
ficcitas potius oculorum ,
itaque fenefcentibus magis
evenit , nam oculi quoque
ut reliquum corpus . Senec- "
tute fenefcunt. Lufciofitas vero
humoris copia eft , quacc-
Gij
76 MERCURE
ر د
ود
, propter minoribus
natu
potius accidit , cerebrum
cnim corum humidius eft ,
& c. & plus bas ,
Pueri vero paucitate humo
5 , ris , aquei , glauci principio.
,, apparent, fed & altero oculo
glauci ( cæfii ) præcipuè
homines atque equi gignun
و ر
,, tur, & c.
و د
Par les paroles de altero oculo
glauci &c. il faut entendre le
Philofophe parler desyeux dont
la couleur de l'iris ( qui environne
la prunelle ) eftoit bleue ou perfe ,
ce que Platon dans fon Phædre
explique par le motcompofe glauGALANT
77
commatos ( cafioculus , ) comme
une des qualitez d'un mauvais
cheval . Pline nous a laifféune
helle deſcription de cette iris de
la prunelle , qui vient icy àpropos
. Plin. nat . hiſt . lib . 1 1. cap.
37.
Oculi homini tantum di- "
verfo colore : cæteris in fuo "
cuique genere fimiles , & e- «
quorum quibufdam glauci ,
fed in homine numerofiffima
varietatis atque differentiæ ,
& c."
<<
rr
Media eorum ( oculorum " "
cornea feneftravit pupilla cujus
anguftiæ non finunt va-
Ce
Giij
78 MERCURE
د ر
و د
gari incertam aciem , & velut
canali dirigunt , obiter-
,, que incidentia facile declinant
: allis nigri , alliis arri ,
aliis rufi , aliis glauci coloris
orbibus circundatis , ut habili
miftura & accipiatur circumjecto
candore lux , &
temperato repercuffu non
obftrepat , & c.
د ر
د و
و ر
ود
Je continueray le mois prochain
à vous envoyer la fuite
de l'Ouvrage de Mr de Voolhouze.
On a appris par des VaifGALANT
79°
feaux Danois arrivez depuis
peu de Pondichery , la mort
de Mr Martin , Ecuyer , Confeiller
du Roy , Directeur General
de la Compagnie des Indes
Orientales , General des
Troupes Françoifes , tant par
mer que par terre , Gouverneur
de la Ville & Fort de
Pondichery,Chevalier de l'Ordre
de Nôtre Dame de Mont-
Carmel & de Saint Lazare de
Jerufalem ; né à Paris. Il eft
mort dans fa foixante - quinziéme
année , aprés en avoir
paffé plus de quarante à établir
& à affermir le commerce
Giiij
80 MERCURE
dans cette partie des Indes ,
où il a efté extremement
regretté , tant de ceux de fa
Nation , que des habitans du
Pays , à caufe de fon merite
& de fon amour pour la Religion.
La Compagnie des Indes ,
qui fut eſtablie en 1664. l'y
avoit employé dés l'année
1665. & l'avoit choify aprés
qu'il eût exercé divers Emplois
avec diftinction , pour
Directeur General & Chef
du Confeil Souverain de Pondichery
, pour fon commerce
& fon eftabliffement dans tous
GALANT 81
les Etats de la Cofte de Coromandel
, du Golfe de Bengale
, & autres Parties Orientales.
Il s'y eftoit rendu fi habile
, & il y avoit acquis des
lumieres fi juftes & fi éten
duës par fon application def
intereffée , qu'il s'eftoit concilié
avec grande reputation la
confiance & l'amitié des Souverains
& des peuples , en forte
qu'en l'année 1676. Chircan
Londy , General des Armées
du Roy de Vifapour , qu'il
avoit mis dans l'alliance des
François , le chargea de s'em82
MERCURE
parer
de la fameufe Forrereffe
de Valdaour , fituée proche.
de Pondichery , qui eftoit au
pouvoir du Prince de Chingy,
quis'eftoit fouftrait de l'obéiffance
du Roy de Vilapour ;
ce que Mr Martin executa
avec tant de prudence & de
valeur , qu'ayant fait efcalader
la Fortereffe par deux endroits,
pendant qu'il faifoit donner
une fauffe attaque à la grande
Porte , il s'en rendit maître en
une demie heure de temps ,
quoiqu'il n'eût que quarante
Soldats François , avec les gens
pays , qu'il avoit affemblez du
GALANT 83
pour
l'execution d'une entreprife
de cette confequence ; il
conferva cette conquefte , & il
alla mettre le fiege devant une
autre Fortereffe , appellée Tendinanon,
avec unCorps de Troupes
du détachement de l'Armée
de Chircan Londy , qui
affiegeoit Chingy , avec lequel
il facilita un Traité .
En 1693. Mr Martin fut
affiegé par les Hollandois dans
Pondichery , qui eftoit fans
fortifications
. Ils avoient quarante
quatre pieces de Canon
& fix Mortiers . Il s'y deffen .
dit pendant plufieurs jours ,
84 MER CURE
1 2
avec une valeur plus qu'humaine
; la Capitulation luy fut
des plus honorables ; il fut arrefté
entre le General des Hollandois
& ce Gouverneur , que
les François fortiroient de la
Place, Enfeigne déployée, tambour
battant , & moufquet fur
l'épaule, méches allumées, avec
deux pieces de Canon , juf
qu'au bord de la Mer , où ils
devoient s'embarquer. Sed pedi
Par la Paix de Rifwick
Pondichery a efté rendu aux
François , & Mr Martin en reprit
poffeffion.
Ces actions , & plufieurs
GALANT 85
autres de cette importance ,
luy ont fait meriter la protection
& l'amitié des Souverains
, & des peuples de cette
partie de la Terre ; & il a fi
bien fait
fes foins , que
par
Pondichery , qui n'eftoit qu'un
fort petit Village , eft devenu
une bonne Ville Françoile ,
qu'il a fait fortifi er .
Il y a fair bâtir un Fort à
cinq Baſtions Royaux , de deux
cens toifes , & revétu de maçonnerie.
Il fut commencé
vers la fin de l'année 1701 .
& il a efté achevé au mois
de May 1706. par la conf
86. MERCURE
duite , & fur les deffeins de
Mr Nion , Ingenieur ordinaire
du Roy , Capitaine commandant
les Troupes de la Garnifon.
La premiere Pierre fut
pofée le neuviéme May 1702 .
ainfi qu'il paroift par l'Infcription
fuivante , gravée ſur deux
Tables de Cuivre, l'une en Latin
& l'autre en Langue Malabare,
qui eft celle du pays ; elles
ont efté jettées dans les fondemens
avec une Medaille du
Roy.
Regnante
in Gallia
Ludovico
Magno
GALANT 87
Semper invicto femper Augufto.
D.D. Francifcus Martin Eques
Regi à Confiliis
Urbis Pondicheriana Vigilantiffimo
Gubernator
Et Indiarum Commercii intelligentiffimus
Difpenfator
Nova hujus arcis fundamenta
2.
pofuit
Impenfis nomine Regis focietatis
indica.
Die nona menfis Maii anno
Domini
M. D. CC. II.
Opera Dionify de Nion Pari88
MERCURE
fienfis
Regiarum arcium infuctoris.
"
Cette Fortereffe met Pondichery
hors d'état d'eftre infultée
, & fert de retraite , non
feulement aux Vaiffeaux & aux
Troupes que le Roy envoye
aux Indes , mais auffi aux Nations
voifines qui font en
guerre avec le Mogol ; cet azile
fert auffi pour la fureté &
correfpondance des Miffionnaires
, & contre les infultes
des Anglois & des Hollandois
qui font établis prés de Pondichery
fur la même Cofte.
la
GALANT 89
Enfin Mr Martin a étably
des Comptoirs dans les autres
Royaumes & Etats , & partidire
que
culierement dans ceux deGolconde
de Bengale & d'Achem
& autres, &l'on peut
la Nation Françoiſe luy eft
redevable des progrés qu'elle
a fait en ces pays éloignez.
C'est pourquoy S. M. en reconnoiffance
de fon merite &
de ces fervices luy avoit accordé
pour luy & pour toute
fa pofterité des Lettres de Nobleffe
dés l'année 1692 & l'avoit
nommé Chevalier de l'Or
dre de faint Lazare le trente-
Decembre , 1708. H
90 MERCURE
>
uniéme Decembre 1700 .
Meffire N.. du Sauffay ancien
Prevoft des Marchands
de la Ville de Lyon , & ancien
Lieutenant particulier du Siege
Prefidial de cette même Ville,
eft mort âgé de prés de 90 .
ans . Il étoit d'une ancienne
Famille du Lyonnois qui a toujours
efté fort attachée à la
Maifon de Villeroy & qui eft
alliée à celle d'Orneyfon Chamarende.
Mr du Sauffay d'aujourd'huy
, étant parent au
troifiéme degré de Mr le Marquis
de Chamarande , Lieutenant
General des Armées du
GALANT - 91
.
}
Roy. Celuy dont je vous apprens
la mort , a
exercé avec
l'aprobation du Public , les
premiers emplois de la Magi
ftrature de Lyon, & fa memoire
y fera long- temps en
benediction. Il fit faire pendant
fon Adminiſtration de
la Charge de Prevoſt des
Marchands, un beau Quay ,
qu'on nomme encore aujourd'huy
le Quay de Roanne , &
qui eft d'une grande commodité
pour le Public. De feue D
N.... de Crouper d'une des
plus anciennes Maifons de
Lyon , & pour laquelle on a
Hij
92 MERCURE
fervilongune
grande veneration en
cette Ville- là , Mr du Sauffay
a eu feu Mre N... du Sauffay
de Jarnoffe qui a fervi longtemps
; & qui fe retira chez
luy pour fe livrer entierement
au gouft qu'il avoit pour les
Mathematiques & pour les
Fortifications . Mr le Marquis
de Lhoſpital eftimoit beaucoup
ce Gentilhome . Mr du
Sauffay,a auffi cu Mr du Sauffay
Chanoine d'Efnay de Lyon ,
qui a efté pourveu d'un Pricuré
prés de Fontainebleau . Mre
N .. du Sauffay Abbé de faint .
Rigault en Bourgongne , dis
GALANT 93
gnité qui luydonne fceance aux
Etats de la Province , où il a cu
une fois l'honneur d'haranguer
avec un grand applaudiffement
Mre N... Chevalier du
Sauffay Enfeigne de Vaiffeau ,
qui a époufe depuis N... de
Baret d'une bonne Famille de
Lyon. Il fut député à la Cour
par Mrs de Vauvré & de Langeron
pour y porter la nouvelle
de la levée du Siege de
Toulon. Le celebre Mr du
Sauffay Auteur d'un excellent
Martyrologe , que Mr de Til
lemont & les autres Hiftoriens
Ecclefiaftiques citent fouvent
94 MERCURE
avec Eloge eftoit de cette même
Famille , de même que Mr.
l'Abbé du Sauffay , Chanoine
& Grand Penitentier de l'Eglife
d'Orleans, fort eftimé de
feu Mr le Cardinal de Coiflin .
Les Abbez du Sauffay dont je
viens de parler ont eu une
partie de leurs Benefices ; de
feu Mr. l'Abbé de Chamaran=
de leur Oncle , Chanoine de
faint Juft de Lyon .
Quoique je vous aye déja
parlé de la mort de Me la
Marquife de la Galiffonniere ,
jay crû devoir encore vous
envoyer l'Article fuivant , parGALANT
95
ce qu'il eft beaucoup plus exact
que celuy que vous avez déja
vû.
Dame Catherine Begon ,
âgée de 37. ans, Epoufe de Mr
Barin , Marquis de la Gallif
fonniere , Chevalier de Saint
Louis , Chef d'Eſcadre , de
Commandant la Marine au
Departement de Rochefort ,
fille de Mr Begon Intendant
de la Generalité d'Aulnis , &
de la Marine au
Departement
de Rochefort , foeur de Mr
Begon Ordonnateur au Port
de Rochefort , de Mr l'Abbé
Begon Docteur de Sorbonne ,
96 MERCURE
& de Mr Begon Enfeigne de
Vaiffeau , eft decedée , ainfi
que vous l'avez déja ſçû . Certe
Dame eft univerfellemens
regrettée. Elle s'étoit acquit
dés fa tendre jeuneffe , une
vertu , qu'elle perfectionnoit
tous les jours , eftant tres attentive
à fes devoirs , & tres
fevere , fur ce qui la regardoit.
Elle a fait voir pendant
le cours de fa vie une pieté folide.
Elle avoit cfté élevée chez
Mr Begon fon grand Pere ,
dont le merite & la pieté étoient
connues ; & quoy qu'il
puft par fes qualitez relevées ,
profiter ,
GALANT 97
2
profiter de l'avantage d'eftre
Oncle de Madame Colbert . Il
s'étoit retiré dans fa Famille ,
ayant renoncé aux biens de la
fortune. Il avoit travaillé à
perfectionner les bonnes difpofitions
qu'il trouvoit dans
La petite fille qui avoit l'efprit
vif & capable des meilleures
impreffions , ce qui l'obligea
à prendre luy même foin de
fon éducation , & à lui marquer
les Livres dont elle tireroit le
plus de profit de la lecture ,
Elle avoit fi bien fecondé les
bonnes intentions d'un Maî
trefi attaché, que l'on peut di-
Decembre 1708. I
a
$
98 MERCURE
re que ſon eſprit , eſtoit formé
avant l'âge ordinaire , ce qui
l'a rendue pendant la vie auffi
refpectable qu'aimable . Le
polte que tient aujourd'huy
Mr Begon fon Pere, fait connoltre
fon merite , & le diftingue
beaucoup. Il eſt un
des anciens Intendans du
Royaume, Son defintereffe .
ment & fon attachement au
ſervice du Roy, la vertu , fon
équité luy donnent des qualitez
qui le font eftimer de tous
ceux qui le connoiffent . Son
Epouſe étoit d'une vertu
xemplaire , & les pauvres con
GALANT 99
ferveront toujours fa memoire
, ayant efté pendant fa vie
tres attachée à les foulager ; il
ya à Rochefort un établiffement
d'orphelines, qui eſt d'un
grand fecours à ces pauvres
enfans , qui y font éleve z . Mr
Begon eft originaire de Blois ,
fon pere & fa mere, qui étoient
Viare , fonr allicz à plufieurs
familles diftinguées.
Mr Barin elt de Bretagne ,
& d'une famille diftinguée depuis
plufieurs ficcles ; il eſt fils
de Mr Barin Marquis de la
Galliffonniere, Maistre des Requeftes
, cy - devant Intendant
I ij
100 MERCURE
à Rouen & à Orleans , Confeiller
d'Eftat . Sa Mere eft
Boulanger ; il avoit efté Chevalier
de Malte , il étoit fur le
point d'avoir une Commanderie
lors qu'il fe maria. Il fut
nommé Chef d Efcadre aprés
l'affaire de Vigo , où il ſẹ diftingua
par fa valeur , & par
fon fçavoir dans la bonne Manoeuvre
qu'il fit pour ne pas
laiffer prendre fon Vaiffeau &
pour fauver fon Equipage , &
il foutint tout le feu des ennemis.
Mre Jacques Duding,Commandeur
, Clerc de l'Ordre de
GALANT ΙΟΙ
6
faint Jean de Jerufalem , fut
facré Evêque de Laufanne le
Dimanche 4. Novembre par
Mr de Montmorin Archevêque
de Vienne , aſſiſté de Mr
Madot Evêque de Belley , &
de Mr de Montmartin Evê.
que de Grenoble dans l'Eglife
Cathedrale de Vienne. Il y a
30. ans qu'il eft dans l'Ordre
de Malte , & il eft de la langue
d'Allemagne , & du Corps du
Clergé de cet Ordre Militaire.
Il y a trois fortes de Chevaliers
à Malte , les Nobles , les
Servans , qui font les plus anciens
, puis qu'ils établirent
I iij
102 MERCURE
l'Hôpital de Jerufalem fous la
direction du Frere Guerin , &
les Diaconos . Mr du Ding a
demeuré long temps à Mal
te où il a toujours efté fort.
cher aux Grands Maiftres , &
fur tout à celuy qui occupe
aujourd'huy cette place qui
luy a donné des marques d'une
diftinction particuliere
, &
principalement dans cette occafion
, où il a foutenu à Rome
fon êlection avec beau
coup de vigueur . Le nouvel
Evêque eft de Fribourg, Canton
Catolique ; il eft allié à la
famille de Montenach qui fe
GALANT 103
glorifie d'eftre la plus anciene
de l'Estat & la plus renommée
dans le Confcil de Fribourg
par lesChargesqu'elle y
a poffedées , & par le nombre
de ceux decenom quiont compofé
& qui compofent encore à
prefent ce Confeil; depuis 7.ou
8 generations on a vû beaucoup
de Comandeurs de Malte
de la famille du Ding. L'E
vêque de Laufanne d'aujourd'huy
a trois Commanderies ,
une à Aix la Chapelle , une
autre à Aufpurg & la troifiéme
à Fribourg , lieu de fa refidence.
Mr du Ding fon Ne-
"
I iiij
104 MERCURE
veu de la Langue d'Allemagne
a auffi un pareil nombre
de Commanderies , & c'eſt un
Ecclefiaftique d'un grand merite.
La conduite du nouveau
Prelat a toujours efté
fort reguliere , & c'est ce qui
lui a fait meriter l'eftime de
tous les Grands Maiſtres qui
ont gouverné l'Ordre de Malte
depuis qu'ilen eft membre.
Mr du Ding fon frere , du
même Ordre , a eu auffi l'approbation
& l'eftime de tous
ceux qui le connoiffoient . Mr.
l'Evêque de Lauſane a environ
60 ans. Mr P'Archevêque
GALANT 105
de Vienne donna un fplendi
de repas au Prelat confacré &
aux deux Affiftans. Mr. l'Evêque
de Belley qui en eſtoit un
cft Comprovincial du nouvel
Evêque , eftant tous deux fuffragans
de Befançon , iqli
Laufane cft une Ville de
Suiffe vers le Lac de Geneve ,
dans le Canton de Berne ; les
Geographes Latins la nomment
Laufonnium & Laufanna.
Il y a un Siege Epifcopal , mais
quia efté transferé à Fribourg
depuis l'an 1535. que les Calviniftes
fe rendirent Maiftres
de cette Ville. Ce Siege E106
MERCURE
pifcopal eftoit autrefois à Wi-
Afbourg que les Auteurs Latins
nomment Aventicum ,
Prolomée, AmmianMarcellin,
Tite- Live, Salufte , Tacite , &
divers autres anciens Aureurs
en font mention . Un des plus
grands droits de l'Evêque de
Laufane eft celuy de Confacrer
l'Archevêque.de Be-
Lançon Metropolitain. Cela fe
prouve par un Manufcrit qui a
plus de 700 ans d'antiquité, &
que l'on conferve dans les Ar
chives de l'Eglife Metropolitaine
de Befançon . Laufane
cft à 8 lieues de Fribourg & à
GALANT 107
dix de Geneve. L'Eglife Cathedrale
eftoit lune des plusbelles
qu'on pût voir , & l'on n'en
peut regarder les triftes reftes
fans en eftre attendri. Ledernier
Evêque qui a refidé en
cette Ville, & que les Proteftans
en chafferent eftoit de la
Maifon de Montfalçon , une
des plus grandes de Savoye
dont eft Mr de faint Pierre .
Cet Evêque eftoit tres puiffant
, & il avoit de tres beaux
droits fur la Ville Epiſcopale,
dont il étoit en partie Souverain
. Il étoit tres folide Theologien
, il en a donné de fre
quentes marques.
108 MERCURE
rs
M's les Comtes de Saint
Jean de Lyon , ont fait dans
leur Eglife qui eft la Cathedrale
, un Service Solemnel pour
feüe Mila Marechale de Villeroy.
Il y avoit fur la Tenture
du Choeur deux lais de velours
noir chargez d'Ecuffons où
étoient les Armes de la Maifon
de Villeroy & de celle de Cof.
fe , & entre ces Ecuffons il y
en avoit où étoient les chiffres
de Duc & Pair. La Repre
fentation avoit tout l'éclat
que l'on peut donner à un
appareil Funebre. Le Poil étoit
preſque à la hauteur du defGALANT
109
5
fus des formes des Comtes. Il
étoit couvert d'un Manteau
de Ducheffe ; il y avoit une
Couronne couverte d'un crefpe
qui trainoit jufques à tetre .
Le Dais étoit magnifique &
tres élevé. Toute l'Eglife étoit
brillante de lumiere . Mr le
Doyen , de la Maiſon de Damas
Rouffer, officia . Il avoit
pour Diacre Mr le Comte du
Rouffetfon frere , & Prevoſt
de la même Eglife , & pour
Soufdiacre Mr le Comte de la
Chaize- Chantelau , parent
du Pere de la Chaize . Toutes
les Compagnies de la Ville Y
110 MERCORE
affifterent fçavoir lePrefidial, la
Cour des Monnoyes , l'Hôtel
de Ville, & le Bureau des Treforiers
de France. Le Prefidial
& la Cour des Monnoyes étoient
à la droite , du cofté de
l'Epitre , la Ville du cofté de
l'Evangile , & les Treforiers de
France vis à vis l'Autel fur des
Sieges qu'on leur avoit pratiquez
, & toutes ces Compagnies
étoient dans leSanctuaire
au deffus des formes des Chanoines.
Mr le Comte de Ro
chebonne frere de Mr PEvêque
de Noyon , & Cominandant
dans le Lionnois ,
GALANT
Forez & Beaujollois, s'y trou
va de même que l'ancien Abbé
de Saint Antoine , frere de
Mr l'Abbé de Maulevrier Langeron
Aumonier du Roy . Me
la Comteffe de Soiffons qui
fait fa refidence chez les Dames
de Saint Pierre , s'y trou
va auffi , de même que Mr le
Prince d'Harcourt qui étoit
auprés d'elle. On y remarqua
auffi Mr le Comte de Verdun
Beau pere de feu Mr. le Marquis
de la Baume
Compagnie étoit auffi nombreuſe
que diftinguée . Il Y
avoit fur l'Aurei fix Chande
& la
112 MERCURE
il
liers & une Croix d'Argent ,
qui coûterent 2 5. mille livres
y a quatre ou cinq ans .
Quoy que je vous aye marqué
que je remettois au mois
prochain à vous parler des
Difcours dont je ne vous ay
encore rien dit , & qui ont efté
prononcez dans les Academies
dont je viens de vous entretenir
, je crois neanmoins devoir
ajouter à ceux dont je
vous ay déja parlé , qu'aprés
la lecture de l'Ode de Mr l'Abbé
Boutard , Mr l'Abbé Fraguier,
de l'AcademieFrançoiſe ,
& qui eft auffi Membre de celGALANT
113
le des Infcriptions , lut une
Differtation fur Eclogue. Il
la regarda comme un Poëme
Dramatique ; & fuivant cette
ideé il traita de quatre chofes
qui ont raport au Drame , & il
examina 1. le lieu de la Scene ,
2. les Acteurs. 3. ce qui fe
paffe & ce qui fe dit fur la Scene
4°. le ftile & les expreffions de
l'Eglogue . Le but de tout l'Ouvrage
eft d'établir ce que c'eft
precifement qu'Eclogue conformement
à l'acception Françoiſe
de ce mot , & d'en donner
une idée jufte , precife
& incommunicable , qui la
Decembre 1708. K
114 MERCURE
diftingue de tout autre genre
de Poëfic.
Il trouve que l'Eclogue eft en
Poëfie ce que le paysage ruftique
eft en Peinture . Cette no
tion lui fit établir des principes,
felon , lefquels il eft aifé de
conclure qu'il y a en effet fort
peu d'Eclogues , quoi qu'il y ait
beaucoup de pieces qui en
ayent le Titre. Il établit avec
foin la difference de l'Eclogue
& de l'Idylle ; il marqua d'où
ces deux mots ont tiré leur
origine , auffi bien que la dénomination
de Poëfie Bucolique.
Toutes ces chofes furent trai
GALANT 115
tées avec beaucoup d'ordre ,
d'élegance & de netteté & avec
un heureux choix de differens
endroits de Theocrite & de
Virgile , qui font les deux feuls
Auteurs dont il a tiré fes exem
ples , parceque ce font les originaux.
Dans toute fa Differta
tion qui fut affez longue il ne fe
fervit que de fes feules penſées ;
mais ce fut avec unejufteffe de
critique & avec un ftile poli
qu'on ne trouve pas toujours
dans les ouvrages des Sçavans.
Ilne s'attacha à fuivre ny à
refuter aucun de ceux qui ont
traité cette matiere avant luy ;
2
Kij
116 MERCURE
parmi lesquels il y à des per
fonnes pour qui il ne pouvoit,
ajouta t -il , marquer trop d'eftime
& de confideration .
ges
M' l'Abbé Fraguier ayant
ceffé de parler , Mr l'Abbé Bignon
donna de grandes loüanàfa
Differtation , & comme
il y avoit plus de demie
heure que le temps de la Séance
eftoit paffé il marqua qu'il
cftoit fâché qu'il ne luy reſtaſt
affez de temps pour entrer
dans le détail des differentes
parties dont elle eftoit compofée
, & d'en approfondir
tous
les
principes.
pas
GALANT
1171
J'ay écrit eclogue , comme
l'écrit l'Auteur.
Je paffe à un Article de même
nature , que vous trouverez
tres curieux , & tres digne
de votre attention
, par la varieté
des chofes qui s'y trou
vent. Ce que vous allez lire
m'avoit cfté promis par un
homme dont les Relations
ont toûjours fait beaucouo de
plaifir à ceux qui les ont luës ,
ainfi j'avois lieu d'en attendre
une auffi belle que celle que
jeviens de recevoir.
128: MERCURE
ह.
A Perpignan le 30 Novembre
1708..
Vous ayant promis de vous en
voyer toutce qui a efté fait en ces
quartiers pourhonorer la memoire
de Mrle Maréchal de Noailles ,
il eft jufte de vous fatisfaire. Je
m'en acquitte un peu tard , parce
que ces honneurs fanebres com
mencez ily a plus de fept femai
nes , ne font finis que d'hier. Ons
a fait tant de chofes pour marquer
la veneration que l'on avoit pour
ce cher Gouverneur
, & pour exprimer
la reconnoiffance dont ony
GALANT 119
eft
veritablement penetré , que
j'apprehende
d'eftre long dans mon
recit.
Fe commence par Mr le Duc
de Noailles fon fils. Je ne vous
diray pourtant rien de fa vive
douleur , lorfqu'il appris une mors
à laquelle il ne s'attendoit nullement
: vous vous lafigurerez par
fes belles qualitez qui l'élevent fa
fort au deffus de la plupart des
hommes. Un Courrier extraordi
naire luy apporta cette trifte nouvelle
le 8. d'Octobre , e aprés
avoir donné amplement à la nature
ce qui luy eftoit dû , la Religion
vint àfonfecours , & luyfit vois
120 MERCURE
"
qu'il eftoit temps de fonger au fou
lagement de l'ame d'un Pere qui
luy eftoit fi cher. Il pria donc Mr
noftre Evefque qui eftoit venu
chez luy pour le confoler , d'envoyer
dans toutes les Eglifes de la
•Ville , qui font en grand nombre ,
retenir pour le lendemain toutes
les Meffes que l'on y pourroit ce
lebrer.
Ce jour- là la douleur de Mrle
Duc de Noailles fur bien augmentée
, lorsqu'il reçut par le Courrier
ordinaire des lettres de Mr le
Maréchal fon pere. Elles eftoient
accompagnées de Provisionsfignées
de luy , en faveur d'un Officier du
Confeil
GALANT 121
Confeil Souverain , qu'il avoit
nommé Juge de la Capitainerie
de cette Province. Ainfi on peut
direque MrleMaréchal de Noailles
eft mort comme il avoit vécu ,
les bien-faits à la main ,puiſqu'une
de fes dernieresfignatures a efté
une grace accordée à un des hommes
du Rouffillon , qui , durant
qu'il a vécu ont ens un dévouëment
entier pour fes volontez :
mais Mr Collarés , penetré de la
mort de fon bien-faicteur , ne luy
a furvécu que cingfemaines.
Le 13. d'Octobre , Mr le Duc
fit faire un Service folemnel dans
la Cathedrale. Ony éleva par fes
Decembre 170 L
122 MERCURE
ordres un magnifique Maufolée,
dont les quatre degrezfurent chargez
d'un nombre confiderable
de lumieres. Mrs du Confeil
Souverain yy aaffffiifftteerreenntt en robes
noires , auffi bien que Mrs les
Confuls , accompagnez de ceux de
leurs Predeceffeurs en Charge qui
fe trouverent dans la Ville. La
Nobleffe du Pays n'y manqua
pas , non plus que les Officiers qui
eftoient alors icy en nombre confiderable.
Ils parurent à cette trifte
Coremonie , ( de même qu'ils ont
fait aux autres qui l'ontfuivie)
les Principaux en grand deüil
les autres avec de grandes écharpes
de crefpe & autres ornemens
AGALANT 123
lugubres convenables à leur état,
Mr l'Evêque officia. La Meffe
fut chantée en Mufique. L'Offrande
fe fit en ceremonie , &
aprés que
les buit Bourdonniers
eurent paffé ( ce font huit Chappiers
qui Choeur
, &
le
qui fuivant le Ceremonial Romain
ont en main de grands Bourdons
d'argent. ) Mr le Duc marcha
en manteau long & offrit un
cierge tres- garni de pieces d'or.
Mrs les Chanoines fuivirent
avea tout leurClergé, faisant en
tout 120. Preftres. On doit remarquer
que nul nepeut porter
Surplis dans le Choeur , qu'il ne
Lij
124 MERCURE
foit Prétre. ) Puis Mrs du Confeil
ayant à leur tefte Mr le Premier
Prefident ; Mrs les Confuls &
leurfuite ; & les principales Dames
de la Ville en grand deüil. A
la fin de la Meffe quatre desprincipaux
Chanoines ou Dignitez de
l'Eglife , firent les Abfoutes avec
Mr l'Evêque.
La femaine fuivante le Confeil
Souverain s'acquitta de ce devoir
de pieté dans Eglife qui lui
fert de Chapelle. Elle fut toute
tenduë de noir , remplie de
quantité deflambeaux de cire blanche.
Les Confuls invitez de la
part de Mrs du Confeil y affifteGALANT
125
rent , & Mr Defprez , Confeiller
d'Honneur & Grand- Vicaire
de ce Dioceſe , homme autant venerable
parfon merite , que parfon
âge , fit l'Office.
Le Chapitre de l'Eglife de S.
Jean, qui eft la Cathedrale, fit auffi
fon Service & celapar une déliberation
particuliere , n'en ayant ja
mais fait pour perfonne ; mais en
cette conjoncture il crut devoir
paffer furfes anciens ufages , en
reconnoiffance de ce que feu Mrle
Maréchal avoit fait pour luy en
plufieurs occafions. La dépense fut
confiderable , le Cenotaphe tresilluminé
, & Mr l'Evêque offi-
Liij
126 MERCURE
cia en prefence du Confeil & des
Confuls. Mrle Duc de Noailles
qui avoit affifté à toutes cesfaintes
& triftes Ceremonies , alla en long
manteau , fuivi d'un nombreux
cortege , remercier Mrs du Confeil
dans la Salle d'Audience : Mrs
du Chapitre affemblez dans leur
Salle Capitulaire & Mrs les
Confuls dans l'Hoftel de Ville. Il
fit à chacun de ces Corps un complimentparticulier
, mais d'un ſtile,
fi noble , fi élevé , & en même
tempsfitendre & fi touchant qu'aprés
que ces Mrs eurent tous admiré
l'éloquence naturelle de celuy
qui leur parloit , plufieurs émus de
GALANT 127
ce qu'il leur difoit, ne pûrent rète-..
nir leurs larmes.
Rien ne peut nous donner une
plus haute idée de la pieté e de
la Religion de Mr le Duc de
Noailles , que ce qu'il fit quelques
jours avant fon départ de cette
Ville. Ce fut un Contrat de Fondation
qu'il paffa avec Mrs du
Chapitre de S. Jean , & Mrs de
la Communauté de la même Eglife
, qui font deux Corps feparez ,
lefquels fe réuniffant en un , font
ce nombre de 120. Preftres dont
je viens de parler. Mr le Ducleur
donna unefomme confiderable pour
eftre miſe enfonds , dont la rentè
Liiij
128 MERCURE
celebré
fera employée à une retribution
une foisplus forte qu'on ne la paye
en pareilles occafions pour un Ser
vice & un Anniversaire general
perpetuel , qu'il prétend estre
folemnellement dans leur
Eglife , tous les ans le 20. de Novembre
, pour les ames de fon Pere
& defon Ayeu!; & celles de tous
les Gouverneurs
& Capitaines
Generaux du Rouillon de fa
Maifon , qui luy fuccederont à
l'avenir dans cette Charge . Pour
les ames encore des Dames époufes
de ces Seigneurs , auffi bien que
pour celles de fes plus proches parens
, decedez à deceder , auGALANT
1298
quel il entend qu'affiftent tous ces
fix-vingts Preftres. Les Chanoi
nes en acceptant cette Fondation
ont déliberé que cette Meffe feroit
toûjours celebrée par l'un d'eux ;
affifté d'un Diacre & d'un Soudiacre
du même Corps , & cela ,
difent - ils , en reconnoiffance
des bien - faits reçûs par l'illuf
tre Maifon de Noailles , & en
particulier de Mr le Maréchal
& de Mr le Duc fon fils. Le
Chapitre de la Communauté de S.
Fean a mis auffi dans fon Acte
Capitulaire , qu'il acceptoit toutes
les conditions du Contrat ,
quoy qu'il y en ait quelques130
MERCURE
unes de contraires aux ufages
de leur Eglife ; pour mieux témoigner
à Mr le Duc de Noailles
, fa reconnoiffance des
bien - faits que la Communauté
a reçues de luy & de ſes ancêtres
& le defir qu'il a de feconder
fes pieufes intentions . Le
Confeil Souverain s'eft obligé
par une deliberation unanime d'af
fifter en Corps tous les ans à ce
Service , pour témoigner par
là la reconnoiffance des bienfaits
que la Compagnie & toute
la Province ont reçus de cette
illuftre Maiſon . Les Confuls
le Confeil , dit des Douze ,
GALANT 131
préposépour les ceremonies des Funerailles
des Obfeques , tous
gens notables dont la plupart ont
efté Confuls , ont pris cet engagepar
reconnoiffance
auffi
ment
des bien faits reçus de la Maifon
de Noailles. Ils fpecifient en
particulier , fçavoir, que l'Ayeul
de Mr le Duc dans un temps calamiteux
de guerre & de pefte ,
avança àla Ville & àla Provin
ce une fomme confiderable qui leur
procura des vivres en abondance ;
que c'eft à la puiffante Protection.
de Mr le Maréchal qu'ils doivent
confirmation de leurs Privile
ges , celle de leurs glacieres , & ce
la
132 MERCURE
qui eftdeplus confiderable que c'eft
ce Seigneur qu'ils nomment leur
Pere commun , qui a maintenu
le Corps des Bourgeois nobles
dansfes
prerogatives ; enfin que
Mr le Duc leur a déja donné en
plufieurs occafions des marques de
fon affection & de fa tendreffe
qu'il a puifée (ainfi qu'il l'a dit
folemnellement dans le fein de
Jes
Predeceffeurs.
Vous voyez par toutes ces chofes
qu'elle eft la fenfibilité de tous
les Corps de cette Province ,pour
tous les biens qu'elle a reçûs des
Seigneurs de Noailles , & combien
cette illuftre maiſon eft honoGALANT
133
rée & aimée dans ce pays . Je ne
dois pas finir cet articlefans vous
faire remarquer que cette Fondation
faite par Mrle Duc de Noailles
, n'eft pas la premiere preuve
qu'il a donnée de fa confiance aux
fuffrages de l'Eglife , puifqu'en
1702. aprés que fon jeune frere
le Marquis de Noailles fut mort
à Srafbourg d'une bleffure qu'il
avoit reçue fur le Rhin , il y
fonda une meffe qui devoir eftre
celebrée tous les jours pour le repos
de fon ame, & que tous les
ans en quelque endroit qu'il fe
trouve , il y fait chanter un fervice
folemnel pour le deffunt , le
jour de fon decés.
134 MERCURE
Je reviens aux prieres faites
pour Mr le Maréchal on chanta
dans toutes les Paroiffes de la
Ville , & dans toutes les Maifons
Religieufes de l'un & de l'autre.
fexe , un fervice avec le plus de
folemnité qu'ilfut poffible ; mais
le Prieur de l'Eglife du Temple
de l'Ordre de Malthe , Frerefo
feph Canta , fe diftingua dans cés
honneursfunebres.Son Eglife tou
te tendue de noir tres- éclairée ,
prefentoit une lugubre décoration
"desplusfingulieres, & qui ne laiffa
pas de contenter fort les yeux,
Tous les Chevaliers de Malthe
quife trouvèrent alors dans PerGALANT
135
pignan , y affifterent en habit de
deuil. Mr de Montmejan
, Officier
d'un merite diftingué , d'une
ancienne famille de fon nom, prés
de Milbau , en Rouergue , Ma-
Commandant de noftre Ci- jor
tadelle ,fit auffichanter avec beaucoup
d'éclat , & en Müfique , un
Service dans laChapelle de la Citadelle
quifut toute tendue de noir,
& au milieu de laquelle on vit
une reprefentation élevée de plufieurs
gradins , chargez de nombre
confiderable de flambeaux &
de cierges.
Toutes les Villes du Diocéfe
tous les lieux de la Campagne
136 MERCURE
où ily a Communauté de Prêtres ,
en ont auffi chanté par ordre de
Mr noftre Evêque avec le plus
de pompe qui leur a efté poffible.
Mr l'Abbé Gaillard, non moins
devoué à la maifon de Noailles
que fon frere , le R. P. Gaillard
Jefuite , premier Confeiller d'honneur
du Confeil Souverain de
Rouillon, Abbé regulier de
Noftre- Dame d' Arles , qui eft une
Abbaye confiderable , fituée àfept
lieues d'icy , & dépendante immediatement
du S. Siege , donna
fes ordres pour faire des fervices
des prieres particulieres dans
toutes les Paroiffes defa Jurifdic-
లో
GALANT 187
tion. Celuy qui fut chanté dans
fon Eglife fut tres-folennel , &
l'Etat Major du Fort de Bains
qu'ily avoitfait inviter , s'y trou
va , ayant àfa tête Mr de Courtade
qui en eft Gouverneur.
Enfin le jour pris par Mrs de
Ville pour s'acquiter de ce devoir ,
arriva ; c'eftoit le 30. d'Octobre.
Mr le Ducde Noailles eftoit par-
27.pour la Cour. On vit élever
dans l'Eglife de Saint Jean
un Superbe Cenotaphe à quatre
Eftrades tres- hautes , qui estoient
toutes de differensplans ; celle d'en
bas eftoit un quarré regulier , aux
coins duquel on avoit placé quatre
Decembre 1708. M
ti le
138 MERCURE
a
pieds d'Eftaux foûtenant de hautes
Piramides de marbre noir , ſemées
de larmes , & couronnées ,
l'uneparles Colliers des Ordres du
Roy , l'autre par les Bâtons de
Maréchalde France , & les deux
de derriere par des Couronnes de
Ducs de Comtes . La feconde
•Eftrade reprefentoit en quelque
maniere la Croix du Saint Efprit.
La troifiéme avoit unefigure
ovalepar raport à la Medaille du
Collier de Saint Michel , & celle
d'en haut formoit une Lofange
par allusion à l'Ecuffon de la Ville
qui a cette figure. Dans chacune
des faces de cette quatrième EftraGALANY
139
*
de , on voyoit des pieds d'Eftaux
couverts desArmoiries de la Ville ,
fur lesquels eftoient pofées des
Colonnes torfes , formées de branches
de Ciprés , qui foûtenoient un
Baldaquin de velours noir , dont
le fommet eftoit couronné d'une
Croix. Ce Baldaquin ombrageoit
un Tombeau de marbre fur lequel
eftoit étendu negligemment le
Manteau Ducal , & au milieu
apercevoit fur une petite éle
vation un Carreau chargé defymboles
des dignitez du deffunt , cou
verts d'un grand Crêpe . Quatre
gros Sauvages au naturel
fis foutenoient comme en gemifaf
Mij
140 MERCURE
fant , les encoignures de ce Tombeau
, parrapport aux Tenants des
Armes de la maifon de Noailles.
Tous ces plans eftoient couverts de
deüil , & ornez de grands & de
petits Ecuffons aux Armes du deffunt
; de Bâtons de Maréchal de
France , pofez en Sautoir , &
liez par le Cordon bleu ; de Trophées
d'Armes & de magnifi
ques Infcriptions ; le tout éclairé
d'un grand nombre de flambeaux
de poing difpofez avec art. Les
deux autres Maufolées qui a-
Joient efté élevez dans la même
Eglife , l'un par les ordres de Mr
le Duc de Noailles , l'autre par
11
GALANT 141
les ordres de Mrs du Chapitre ,
eftoient à peu prés de cette magnificence
; mais de differens deffeins
avec des Infcriptions differentes.
Le 29. au foirtoutes les Eglifes
de laVillefonnerent leurs Ĉlo-
&
ches ; dans la matinée du lendemain
toutes les Paroiffes & toutes
les Communautez de Religieuxfe
rendirent , chacune en particulier
proceffionellement , à l'Eglife
de Saint Jean pour y chanter un
Libera , & pouryfaire une Abfonte
: enfuite on celebra la meſſe
chantée par la Mufique : Mrs du
Confeil qui y avoient eſté invi142
MERCURE
tez par Mrsles Confuls , s'y rendirent
en Corps , ayant à leur tête
Mr de Quinfon , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
Commandant dans la Province.
L'Oraifon Funebre fut prononcée
par le R. P. de Macés Jefuite ,
qui n'avoit pas eu beaucoup de
temps pour s'y preparer: fon texte
fut Deum timete , Regem honorificate
, ilfit voir que Mr
le Maréchal de Noailles , en craigant
le Seigneur , & honorant le
Souverain fous lequel il eftoit né,
s'eftoit montré un homme felon le
coeur de Dieu & felon le coeur du
Roy; mais qu'il n'avoit eftéfelon
GALANT 143
le coeur du Roy , que parce qu'il
eftoit felon le coeur de Dieu.
Les Auguftins déchauſſez furent
les derniers qui s'acquiterent
de ce qu'ils devoient à cet illuftre
deffunt ; mais ils n'avoient pas
efté des derniers à prier pour luy ,
puifqu'auffi- toft aprés qu'ils eurent
appris fa mort , ils s'obligerent
volontairement à celebrer
100. meffes pour le repos de fon
ame.Comme ils ont des obligations
effentielles à la maifon de Noail
les , qui les a toûjours honorez
de fa protection ; que cefutpar le
pere de Mr le Maréchal qu'ils
furent appellez en cette Ville , of
144 MERCURE
il les établit Aumoniers de la Citadelle;
Employ de confiance qui
occupe toujours deux de leurs
Prêtres , & dans lequel le fils
les a toûjours maintenus ; que Mr
le Maréchal a contribué largement
au bâtiment de leur Eglife ,
enforte qu'il en peut eftre regardé
comme le Fondateur ; qu'il leur a
procuré beaucoup d'avantagespendantfa
vie , & qu'il n'avoit pas
dedaigné d'eftre affocié lug & tou
te fa famille , à leur Congrega
tion , ils crurent devoir fe fignaler
en cette occafion.
Ce fut donc ce qui fit differer
ees Religieux jufqu'au 28. de ce
mois
GALANT 145
mois afin de donner le temps à l'un
des leurs de travailler à la gloire de
leur bien faicteur. Cejour là leur
Eglife tenduë de noir avec une
grande Litre chargée d'Ecuffons
aux Armes du deffunt , entrelaffez
de bâtons enfautoirs de Maréchaux
de France , prefentoit aux
Spectateurs un Theatre lugubre ,
compofe de cinq grands étages
formant un demy octogone qui
s'élevoit jufqu'à la motié de l'Edifice
, & qui occupoit toute la
Façade du Maistre Autel. Il
eftoit tout couvert de drap noirfemé
de larmes , &reprefentoit en
quelque maniere le triomphe de
Decembre 1708. Ne
146 MERCURE
a
la Mort. On la voyoit tout au
haut affifefur une espece de Trône
paroiffantfouler à fespieds toutes
lesgrandeurs du monde. Elle
étoit à demy couverte d'une draperie
blanche , femée de larmes
noires , la tefte couronnée de lauriers
appuyée d'un cofté fur fa
Faux , tenant d'une main fon
horloge de fable , comme pour
montrer que l'heure de tous les
hommes eft marquée , & de l'autre
elle portoit comme en trophée le
cordon bleu , le bafton de Maréchal
, la Couronne Ducale , triftes
dépouilles du deffunt. Ce
Theatre étoit tres illuminé , &
GALANT
147
le tout étoit du deffein de Mr
Guerre , Peintre du Roy d'Efpagne,
& l'un des Eleves du fameux
Mr Rigautfon compatriote.
Il avoit auſſidonné le deſſein
du Maufolée que Mrs de Ville
avoient fait élever dans faint
Jean. Ce fut fur un Autel dreffé
aux pieds de ce trifte Monument
que l'on celebra la Meffe ,
à laquelle affifterent Mr de Quinfon
Commandant de la Provin-
се Mr l'Intendant , Mrs du
Confeil , Mrs les Confuls , tout
l'Etat Major , ce qu'il y a de
plus diftingué dans laVille de l'un
l'autre fexe, & un nombrè
f
Nij
}
£48 MERCURE
confiderable d'Ecclefiaftiques de
Religieuxde tous les Ordres .
A la fin du Service & avant
Abfoute, le R. P. Gafpard, l'un
des Aumôniers de la Citadelle ,
monta en Chaire , & prononça
l'Oraiſon Funebre.
.
Il prit pour texte ces paroles
du cinquième Livre des Rois
chapitre 11. Pepigit foedus inter
Dominum , & inter Regem
, & inter populum , & il
fit voir que ce qu'avoit fait autrefois
un homme de Dicu
dans une rencontre particu
liere , animé de cet efprit principal
qu'infpire le zele de la ReGALANT
149
ligion & l'amour de la Juftice
, Mr le Maréchal de Noaille
l'avoit fait durant tout le
cours de fa vie. Après avoir expliqué
de quoy nous fommes redevables
à Dieu & aux hommes ,
foit qu'ils foient nos fuperieurs ,
foit qu'ils fe trouvent nnooss inferieurs
; il dit
c'eftoit à ces
trois objets , Dieu , le Roy &
le Peuple , que cet illuftre mort
avoit raporté toutes les penfées
, fes actions & fa conduite
; que Dieu fut l'objet de fa
pieté , le Roy celuy de fes fervices
, & le peuple celuy de fes
biensfaits que la fageffe l'éque
Niij
150 MERCURE
clairant de fes plus vives lumieres
, luy donna de grands
fentimens de fon Dieu ; quela
valeur & la prudence le conduifant
dans fes entrepriſes ,
luy firent faire des actions dignes
de fon Roy , & que la
bonté animant toute fa conduite
, luy fit répandre des
bien faits , qui par leur nombre
auffi - bien que par leur
qualité , remplirent & furpafferent
les befoins & l'attente
de tout le monde.
Il entra dans fon premierpoint
par ces paroles , avoir reçû le
jour de parens illuftres par leur
GALANT
151
pieté autant que par leur naiffance
; faire revivre leur vertu
dans le cours de fa vie , la cultiver
, ou même l'égaler ; ne
la démentir jamais ; ce n'eſt
point là Mrs un portrait d'imagination
; vous comprenez
affez que celuy que nous pleurons
en eft le fujet , & qu'il
m'a fervi d'idée pour le compofer
. Il dit enfuite que s'il avoit
à traiter une maciere
moins abondante en merite
& en vertu , il pourroit avoir
recours à une Genealogie ancienne
, qui par fes alliances
s'eft unie avec les plus gran-
Niiij
152 MERCURE
des maifons. Il le feroit voir
le quinziéme Seigneur du nom.
de Noailles par ordre de generation
, depuis Geraud de
Noailles qui vivoit fur la fin
du onziéme fiecle. Il parleroit
de Jean de Noailles marié en
1439 à fa couſine Jeanne de
Gimel , foeur de Blanche de Gimel
, qui époufa Pierre Roger
, Comte de Beaufort , Vicomte
de Turenne , Neveu des
Papes Clement VI. & Gregoire
XI. Il feroit paroiftre le grand
Antoine de Noailles accompagnant
en Eſpagne François
II . de la Tour d'Auvergne ,
GALANT 153
Vicomte de Turenne , fon parent,
quialloit époufer au nom
du Roy François I. la foeur de
l'Empereur Charles V. & ayant
l'honneur de figner au
contrat de mariage de cette
Princeffe, Il raporta les autres
Emplois de cet Antoine de Noailles
, d'Ambaffadeur , de Commandant
des Armées Navales , avec
Commiffion d'Amiral , de Gouverneur
de la perfonne des Princes
, Fils du Roy Henry II. pendant
que fa femme de l'illuftre
maifon de Gontaud eftoit Gouver
nante des Filles de France , &
Dame d'honneur de la Reine. Le
154 MERCURE
pere & l'ayeul de Mr le Maréchal
ne furent point oubliez non
plus que fon oncle Henry , Comte
d'Ayen tué à la bataille de Rocroy
, comme fon frere l'avoit efté
devant Maftrick, L'éloge abregé
des deux fameux Evêques de
Dax , François & Gilles de
Noailles , & leurs Ambaffades
furent mentionnées auffi bien que
ce qu'avoientfait pour la Chrêtienté
Alophe Adrien de Vignacourt
, Grands Maiftres de
Malthe ,fes grands oncles mater ·
nels . Mr le Cardinal de Noailles
qui en rempliffant une des plus
éminentes dignitez de l'Eglife ,
GALANT 155
s'éleve beaucoup au deffus d'elle
par fes vertus perfonnelles , y
trouva auffifaplace ; puis par une
faillie veritablement chrétienne
il s'écria ; mais qu'est - ce que
tout cela devant vous , ô mon
Dieu , s'il n'eft foûtenu par cette
crainte filiale qui fait en nous
commencement de la fagelfe
? Qu'est- ce que la gloire du
monde ? Que font les grandeurs
de la terre ; les richeffes
périffables ; les emplois les plus
élevez ; les fortunes les plus ..
éclatantes, fi la grace ne les ani-
& fi la pieté ne leur fert
le
me ,
de fondement ? Ce n'est que
156 MERCURE
fumée qui fe diffipe , que le
fon d'un airain retentiffant qui
fe perd en l'air ; ce ne font là
que des feuilles qui n'empcfcheront
pas le figuier fterile &
infructueux d'eftre coupé &
jetté au feu .
Ce fut ainfi , ajouta- il , que
les regarda toûjours Mr de
Noailles. Ilparla de fon éducation
fous les foins d'une mere qui
durant la vie à la mort ,fut
l'édification de l'Eglife & Padmiration
de la Cour ; & duprogrés
que firent chez luy les fe
mences de vertu qu'elle y jetta. Il
fit un détail de la conduite de ce
GALANT 157
jeune Seigner dans fa dix -feptiéme
année , qui engagea le Roy à la
penetration & à la vigilance duquel
le vray merite n'a jamais é–
chapé, & l'a toujours mis à fa
place , de le nommer fon premier
Capitaine des Gardes du Corps ,
degré d'honneur qui ne fit rien
perdre à ce jeune Seigneur de fa
ertu , s'eftant mis à dix- neuf
ans à la tefte de fa Compagnie ;
loin d'oublier Dieu pourfervir le
Roy, il crût au contraire ne le
fervir jamais mieux qu'en s'attachant
au fervice du Roy des Rois ,
rendant à Dieu ce qui est dû à
Dieu , & à Cefar ce qui est à
158 MERCURE
Cefar; fans imiter ces fauxfages
de l'Antiquité dont parle Saint
Paul, qui transfererent aux creatures
par une temeritéfacrilege ,
le fervice , l'attachement & la
gloire qui n'eft dûë qu'au Createur.
Le reste de ce point fut rempli
des caracteres de la vraye pieté
d'un homme de Cour , dont Mr
le Maréchal de Noailles fut un
efpece de modele , ce qui fit par
contrafte la condamnation de tous
les caracteres de la fauſſe pieté ,
qui eftfaftuenfe , inconftante , partagée
tantoft à Dieu , tantoft au
monde , que la feule politique &
GALANT 159
l'intereft animent , qui ne cherche
que lafingularité & la diftinction
; dans tout cela il
traplufieurs traits particuliers de
la vie du Maréchal , ce qui finit
par une morale tirée dufujet , &
adreffée aux Auditeurs.
Le commencement du fecond
pointfut un principe tiré de Saint
Paulfur la foumiffion due aux
Souverains , & l'affujetiſſement
qu'ilfaut avoir à leurs volontez ,
non pas par une vuë depolitique ,
mais par principe de religion , non
pas par un motifde crainte , mais
-par un devoir de confcience , non
folum propter iram ,
fed prop160
MERCURE
ter confcientiam. Ce principe
établi l'Orateur montra comment
Mr le Maréchal de Noailles ne
l'avoitjamais perdu de vûë dans
tout fon attachement à laperfonne
du Roy, & dans les fervices
qu'il avoit rendus à S. M. à la
tefte de fes Armées. Cela futfuivi
d'une énumeration vive defes
Services ; puis par un retour de
Predicateur Chrétien , il fit voir
que toutes ces chofes , Villes
emportées , Batailles gagnées ,
& c. font des oeuvres de mort ,
qui périffent avec ceux qui les
font , & qui ne fubfiftent point
dans l'Eternité , & que fi fon
GALANT 161
Heros n'avoit pas eu d'autres
vûës dans ces actions , que
d'acquerir de l'eftime & de la
gloire devant les hommes , il
auroit bien plus fujet de le
plaindre que de le loüer ; que
fon nom , quoyque recommandable
en France & refpectable
à la Pofterité , ne meriteroit
pas des éloges dans la
Chaire de verité deft née à
loüer les Conquerans du Ciel ,
& non pas ceux de la terre ;
mais que comme il eſt une valeur
chrêtienne , reglée par
prudence , animée par la foy ,
confacrée par la picté , recti-
Decembre 1708. O
la
162 MERCURE
fiée par la religion : qui n'a
pour but que le fervice du
Roy , le bien de la Paix , le
foûtient de l'Etat , le falut de
la Patrie , le zele de la religion ,
& qu'en nous faifant expofer
noftre vie pour la juſtice , pour
noftre devoir , elle nous en
fait faire un facrifice à Dieu :
il avoit crû par ces raifons pouvoir
élever celle du Maréchal
de Noailles qui a eu tous ces
caracteres .
Cela le conduifit infenfiblement
àpropofer aux Guerriers aux Guerriers qui l'écoutaient
, ce modele de valeur
chreftienne àqui par un ufage étaGALANT
163
bli depuis les premiers fiecles de
l'Eglife , on peut donner de juſtes
louanges , dont on peut exalter
le merite jufqu'aux pieds du trône
de Dieu . Sans ces motifs , leur
dit-il , fans cette fin , cuffiezvous
combatu comme ces braves
& genereux Athletes dont
parle S. Paul , qui , pour être
plus libres dans la courſe , &
moins embaraffez dans le combat
, fe dépouilloient de tour ,
vous n'avez gagné qu'une couronne
corruptible , qui finit
avec le temps , au lieu qu'étant
éclairez des lumieres de la
Foi , fi vous aviez porté vos
O ij
164 MERCURE
des
vûës plus loin ; fi vous cuffiez
couru dans la carriere du falut
qui vous eftoit ouverte , vous
cuffiez remporté la couronne
incorruptible & éternelle.
Vous n'avez donc fait que
actions qui nous font communes
avec les Payens : vous avez
cherché l'eftime & l'approbation
des hommes : vous l'avez
cuë , voila voftre récompenſe :
n'en attendez point d'autre.
·Le refte de cette Morale fut trespreffant
rempli de naturelles
vives expreffions de la Sainte
Ecriture .
Le III. Point fit voir d'abord ,
GALANT 165
fouque
fi les hommes euffent perfeveré
dans l'état d'innocence,
il n'y auroit eu ny grands ny
petits parmi eux , e que
mis à Dieu feul , peu inferieurs
aux Anges , fuperieurs au refte
des creatures , ils auroient tous
vêcu dans cette égalité de nature
, dans laquelle ils eftoient
nez. Ilfit voir que la dépendance
où font la plus grande partie
des honneurs n'eftoit donc
qu'une fuite du peché : mais
en même temps il fit connoiftre.
combien ceux de qui nous dépendons
doivent eftre attentifs
pour adoucir ce joug : en
166 MRCURE
un mot , que Dieu ne leur a mis
l'autorité
en main que pour la
faire fervir toute entiere au
profit des autres. Ce fut - là ,
continua- t- il , l'idée qu'en cut
toûjours Mr le Maréchal de
Noailles , qui crut que Dieu ne
l'avoit élevé au- deflus du
*
commun du peuple que pour
luy fervir d'appuy , de Protecteur
, & de Pere. Il entra
dans un détail d'une partie du
bien qu'il avoit fait , & il appuya
beaucoup fur la maniere
dont il l'avoit fait. Ilfit voir en
paſſant comme un effet de cette bonted'ame
avec laquelle il eftoit né ,
té
GALANT 167
fortitus animam bonam : la
generofitédont il ufa avec quelques
Officiers qui avoient voulu blâmer
fa conduite. Il appella fes
Auditeurs en témoignage de cette
bonté d'ame , & fit dire par euxmêmes
tous les bienfaits qu'ils en
avoient reçus ; il fçut fe fervir
adroitement de leurs propres expreffions
dans les Actes du Corps
de la Ville , dont je dois vous parler.
Enfin cette partie fut une des
plus touchantes des mieux maniées.
Ce fut-là que par un tour
d'Orateur , il dit , qu'il croyoit
pouvoir mefler fes lamentatations
aux leurs , que
fi
168 MERCURE
c'eftoit à fon Aycul que fes
Freres devoient l'honneur de
leur établiffement dans la Ville
, c'eftoit à luy qu'ils eftoient
redevables des avantages dont
ils joüiffent. Ordre , s'écria- t il ,
qu'il a comblé de fes bien - faits
durant la vie , & qu'il a coûjours
honoré d'une cftime &
d'une confiance particuliere :
& vous Temple facré , monu
ment éternel de fa pieuſe liberalité
, faites tous enfemble retentir
jufqu'au Ciel des voeux
pour voitre luftre Fondateur .
Mais s'appercevant qu'en remettant
devant les yeux de fes
Auditeurs
GALANT 169
Auditeurs les bien -faits dont le
deffunt les avoit favorifez , il renouvelloit
leur douleur , il chercha
auffi- toft à les confoler en leur
difant que cette perte qui eftoit
commune à tous, feroit regardée
comme irreparable fi on
n'avoit le bonheur de le voir
en quelque façon revivre en la
perfonne du Duc fon fils ,
qui par fa bonté , fa fageffe
, fa valeur , & ſa picté ,
continue , à retracer à nos
yeux les vertus de fon
pere &
à qui il n'a rien manqué pour
eſtre auffi grand que luy , que
Decembre 1708. P
170 MARCURE
les occafions de le devenir.
Peuples heureux fous un Gouverneur
de ce caractere , que
n'avez - vous pas à attendre ,
aprés qu'il a bien voulu aſſurer
luy même que cette affection ,
cette tendreffe qu'il a puiſée
dans le fein de fes Ayculs , &
dont vous avez déja reffenti
plus d'une fois les effets , ne
vous manquera jamais . Ilfinit
par des moralitez fur la Mort ,
c. par une Priere pour celuy
dont il venoit de faire l'élogr.
Voilà , Mr , tout ce que ma
memoire a pú retenir d'un DifGALANT
€171
cours quej'entendis avec une grande
attention parce qu'il me faifoit
un vray plaifir ; mais j'ay
affoibli en plus d'un endroit les expreffions
de l'Orateur ; vous fçavez
qu'en pareil cas il échape bien
des chofes. Lapiece fut prononcée
avec beaucoup d'onction ,
me parut que les Auditeurs s'en
retournerentfatisfaits.
il
Le lendemain tous ces honneurs
funebres fe terminerent par
un Service que fit chanter dans la
même Eglife Mr de Villedomar
Capitaine des Gardes de Mr le
Duc de Noailles , & qui eftoit le
premier Conful de Perpignan l'an-
Pij
172 MERCURE
née derniere. Ils euffentfans doute
eſtépouſſez plus loin , fi lesfacultez
des particuliers euffent répondu
auxfentimens de leur coeur , ac
coûtumez quefont cespeuples aux
Ducs de Noailles : familiarifez,
pour ainsi dire, avec cette Maiſon
depuis qu'ils refpirent l'air François
; c'eſt - à-dire , depuis plus de
foixante- cinq ans , &penetrez de
la bonté & de la douceur de ces
fages & prudens Seigneurs qui
durant unfi longtemps les ont gouvernezfans
hauteur&fans violence
; ce qu'ils auroient le plus
apprehendé, & qui leurferoit le
le moins convenu ; ils ne parlent
GALANT 173
du Pere qu'avec veneration , ils
pleurent le fils amerement , & il
n'y a que lafageffe , la prudence
& la valeur du petit -fils , qui
puiffent les confoler. Comme ce
Seigneur a des vûës extrêmement
étendues , qu'il n'ignore rien ,
qu'en particulier il connoift cette
Province mieux qu'un autre qui
y auroit fait trente années de feen
prévient tous les befoins
, il entre dans tour , il va aw
devant de tout : & cette fage
conduite charme fifort les grands
lespetits , que tous luy donnent
leurs coeurs , comme ils les avoient
donnez au Maréchal fon pere
jour ,
il
Piij
174 MERCURE
ils le regardent avec respect, &
toutes fes aimables qualitez leur
donnent de brillantes efperances
capables de les confoler , s'il eft
poffible , de la grande perte qu'ils
viennent de faire .
Je finirois icyfi je ne me fouvenois
qu'il s'eft paffé ces jours cy à
noftre Confeil Souverain une
Ceremonie dont j'ay cru que
vous feriez ravi d'eftre inftruit
s'y eftant paffe beaucoup de chofes
qui ont grand rapport à la
Maifon de Noailles.
Peu de jours aprés la mort de
Mrle Marechal de Noailles Mr
Fournier troifiéme Prefident à
GALANT
1756
ن ی ر ب
Mortier , Magiftrat de poids
d'une grande érudition , eftant
décedé en cette Ville les charges
du Confeil n'eftant point icy
venales , il fut question de penfer
à remplir cette place. Mr le Duc
de Noailles , de concert avec Mr
le Premier Prefident , propofa
au Roy Mr de Villar , Confeiller
&premier Avocat General ,
& en cas que cet Officier plút
Sa Majesté; Mr Ortega homme
tres-profond dans la Jurisprudence
, ancien Avocat , & Juge du
Viguier ( c'est le Tribunal des Nobles
) pour occuper la Charge de
Confeiller; & Mr Gispert, Avo-
Piuj
176 MERCURE
cat & Profeffeur en Droit pour
celle d'Avocat General. Tous ces
hoixfurent agreés par le Roy ,
ce qui marque bien le bon goût ,
la penetration d'esprit de noftre
Gouverneur. Mr Gifpert eft un
fujet brillant, & bien digne d'eftre
affocié à Mr Bonnet de Romagnac
, qui depuis quelques mois
avoit efté tiré du Corps des Avocats
pour l'autre Charge d'Avocat
General , vacante par
de Mr de Calvo , qui eftoit excellent
dans fon genre.
la mort
On choifit donc le jour deſtiné
à recevoir annuellement le Serment
des Officiers de Juſtice , pour
GALANT 177
l'inſtallation de ceux - cy : mais
avant que d'y proceder , Mr de
Villar s'acquitta pour la derniere
fois des fonctions d' Avocat General
, & fit ce que nous nommons
à Paris la Mercuriale . Son dif
coursfut beau , élevé, touchant :
on y remarqua beaucoup d'endroits
mariez avec art : & le tout fut
prononcé avec le poids & la
vité , qui conviennent à un Magiftrat
qui eft déja avancé en âge.
Ayant reprefenté aux Avocats ,
les années precedentes , l'obligation
qu'ils avoient de tendre à la vertu
; il crut devoir ,ppoouurrderniere
inftruction , leur enfeigner les
gra178
MERCURE
que
moyens d'y arriver : & leur dit
le plus fûr eftoit l'étude
de foy- même. Il marqua pour
cet effet la neceffité où tout homme
eft de fe connoiftre foy - même ,
fur tout ceux qui font deſtinez
à procurer ou à rendre la Fuftice
aux autres , ce qu'il prouva
de beaux raiſonnemens
; ainfi
que la facilité que
l'on a de parvenir
à cette connoiffance
, enfui
vant la raifon qui nous éclaire ,
la loy qui nous dicte ce que nous
devons faire , & la conscience qui
ne manque jamais de nous reprosher
nos moindres écarts. Il dit à
e fujet que le Roy n'eftoit parpar
ce
GALANT 179
venu au faîte de la vraye grandeur
qu'il n'avoit acquis cette
foule de vertus par lesquelles
il honore plus le Trône que
les autres Rois ne font honorez
par celuy fur lequel ils
font affis ; qu'en fuivant ces
trois guides infaillibles , fa raifon
, la loy de Dieu à laquelle
feule il eft foumis , & la conf.
cience. Il répandit enfuite quelques
fleurs fur Mr de Quinfor
qui eftoit à la tête du Confeil ,fur
Mr le Premier Prefident & fur
Meffieurs. Il prit enfuite congé
des Avocats , en leur difant qu'-
il honoreroit toûjours un
180 MERCURE
Corps fi noble dont il tiroit
gloire d'avoir efté membre durant
plufieurs années , & qu'il
n'oublieroit jamais fon premier
& fon plus cher employ.
Ce Difcours eftant fini , celuy
qui l'avoit prononcé & les deux
autres deftinez à remplirfes Char
ges , prêterent le ferment , &furent
fe revêtir de robes rougespour
venir enfuite occuper leurs places.
Tous les Officiers des Juftices fubalternes
, les Avocats , les Pro..
cureurs ayant auffi prêté ferment
(la veille Mrs du Confeil s'étoient
acquitez de ce devoir à buis clos )
Mr de Ponte , Comte d'Albaret ,
GALANT 18
Premier Prefident de ce Corps ,
Intendant de la Province ,
prit la parole , & fit un difcours
pour montrer que l'honneur doit
toujours animer les Magiftrats
dans leurs fonctions. Son file fut
laconique & fententieux , & digne
de laplace qu'il remplit. Apres
avoirprouvé cequ'il avoitavancé,
il remit infenfiblement devant
lesyeux de Mrs du Confeil , la
protection dont feu Mr le Maréchal
de Noailles avoit toujours
honoré le Corps , & les grandes
obligations qu'ils luy avoient tous
en particulier. Il leur retraça en
termes tres-energiques le caractere
•
182 MERCURE
de probité , d'honneur , de bienveillance
, de bonté , d'affabilité ,
de generofité & de grandeur d'ame
de cet illuftre mort . Cet heureux
affemblage de tant de vertus
qui avoient éclaté dans toute
fa vie , fur tout au bien & à la
confolation de cette Province . Il
n'oublia pas fes brillantes Campagnes
qui avoient jetté la confternation
chez nos voisins ,
mis cette Frontiere à couvert de
toutes les entreprises des jaloux de
Jon repos.
Rien n'eftoit plus capable de
rappeller à Mrs du Confeil , &
à tous les Auditeurs , cette douGALANT
183
bien touché
leur dont tous fontpenetrez depuis
la mort de cet aimable Gou=
verneur ; mais Mr le premier
Prefident ne les laiffa pas longtemps
dans cet état de trifteffe , &
releva bien- tôt leurs coeurs abatus
par le Portrait qu'il fit en `racourcy
; mais vif
de Mr le Duc fon fils. La fage
conduite de ce Seigneur , qui depuis
la mort de fon pere vient de
faire remplir par des naturels du
Pais , les places qui vaquoient
dans le Confeil ; lui fervit utilementpour
faire connoiftre ce qu'ils
devoient tous attendre d'unfi prudent
Gouverneur. Ce fut encore
84 MERCURE
ces nouune
belle occafion qu'il ne laiffa
pas échaper pour animer les Avocats
, du Corps duquel
veaux Officiers ont été tirez , de
fediftinguer dans leur Profef
fion ,flatez qu'ils devoient être ,
deparvenir un jour au même degré
d'honneur où ils voyoient
leurs Confreres élevez : fur tout
fi par leur affiduité au travail, &
parleur attention àfoutenir l'honneur
de leur profeſſion , ils fçavoient
attirer fur eux les regards
d'un Gouverneur , fi capable de
juger par luy-même du vray merite
, & à la penetration duquel
rien ne peut échaper.
GALANT [85
Enfin l'Eloge du Roy , qui
fçait luy-même donner de fages
Gouverneurs aux Provinces de
fon vafteEmpire, entra naturelle.
ment dans ce Difcours. Et Mr le
premier Prefident adreffant la pa
role à l'Affemblée qui étoit confiderable
nombreufe , fit fentir
en peu
de mots, mais dans des termes
choifis & touchants , combien
eft grand le bonheur de
cette Province , toute frontiere
qu'elle foit , d'eftre à couvertfous
la puiffance du plus grand des
Rois , des triftes fuites de la guerre
, qui font fifort gemir nos voifins.
Decembre 1708. a
186 MERCURE
Il est temps definir, j'irois trop
loin fi j'entreprenois de vous marqueren
particulier toutes les beautez
des deux Difcours dont je
viens de vous parler. Vous conviendriez
aſſurément , que quoy
quefaits aux dernieres extremitez
du Royaume , ils n'auroient
pas efté indignes d'eftre prononcez
dans le centre de l'Eloquence
& du bon goût. Je fuis , & c.
Comme vous
permettez
que les Lettres que je vous
envoye tous les mois deviennent
publiques , & qu'il y a
peu de Cours en Europe où
GALANT 187
elles ne foient veuës , pour ne
pas dire qu'elles s'étendent
plus loin , & qu'on en a ſouvent
trouvé jufques dans les
Indes , je crois que les Arti .
cles que j'y mets qui peuvent
eftre de quelque utilité au Public
, doivent auffi faire beaucoup
de plaiſir à ceux qui les
regardent , puis que par ce
moyen , ils parviennent
plutoft
aux buts qu'ils fe font propofez.
C'est pourquoy je crois
devoir inferer dans ma Letrre
ce qui regarde la Lotterie de
S. A. R. Madame la Princeffe
d'Angleterre. On ne peut
Qij
188 MERCURE
trop admirer en cette occafion
, le zele de cette grande
Princeffe , puifque l'affaire
dont fa pieté feule l'engage
à fe mêler , ne peut que luy
caufer beaucoup de foins , &
luy faire perdre un temps
qu'elle pourroit employer plus
agreablement ; mais quand on
eft excité par un veritable
zele de Religion , comme il
paroift que toute la Cour
d'Angleterre elt animée , &
que l'on cherche à faire du
bien à la Religion & à fon
prochain , de quoy n'eft- on
pas capable ? Voicy donc le
GALANT 189
、
projet de la Lotterie dont je
viens de parler, & qui , bien
qu'il ait cfté publié à Paris ,
n'eft pas affez répandu en
France ; & dans les Etats voifins
, pour produire l'effet
que l'on en attend .
190 MERCURE
LOTERIE
De Son Alteffe Royale Madame
la Princeffe d'Angleterre
, en faveur de l'Abbaye
Royale des Benedictines Irlandoifes
de Dublin , établies
à Ypres.
Lefond eft de fix cens mille liv...
Il y aura trois mille Lots .
Le Roy ayant efté informé que
les malheurs arrivez en Irlande ,
ont obligé Madame de Butler ,
Abbeffe de l'Abbaye Royale des
GALANT 191
Benedictines Irlandoifes , fondée
à Dublin par JACQUES II.
Roy d'Angleterre de glorienfe memoire
, de revenir avec fes Religienfes
à Ypres , dans le Convent
d'où elle avoit efté tirée ; a eu
la bonté d'accorder une Loterie à
S. A. R. Madame la Princeffe
d'Angleterre , pour faire aggrandir
rebâtir ce Monaftere qui
tombe en ruine , & qui eft l'unique
afyle des Religieufes & Demoifelles
Irlandoifes qui veulent
fe donner à Dieu.
Cette Loterie eft composée de
fix cens mille billets , de vingt
fols complets chacun , & diſtri92*
MERCURE
buée dans les Trois mille Lots
cy-aprés.
Les Regiftres feront paraphez .
par Monfieur d'Argenfon , Lieu
tenant General de Police'; & les
Billets feront fignez par les Receveurs
particuliers qui les diftribuëront.
que
On prie les perfonnes qui mettront
à la Loterie , de ne donner
des Devifes conçues en peu
de mots , de les porter écrites ,
autantqu'ilfe pourra faire.
Les deniers de la Recetteferont
remis tous les huit jours , par les
Receveurs particuliers , à Mon.
feur Cantillon , Marchand Banquier
,
GALANT 193
quier, rue des mauvaifes Paroles ,
pour eftre enfermez dansfes coffres
fous deux differentes clefs , dont
Pune fera mife entre les mains de
Mr d'Argenfon , & l'autre restera
dans celles dudit fieur Cantil-
Lon
Lorfque cette Loterie fera remplie
, ellefera tirée comme celles qui
ont efté accordées en faveur des
Paroiffes de S. Roch de S.Nicolas
, en preſence de S. A. R. Madame
la Princeffe d'Angleterre, &
de Mrd' Argenfon. Tous les Inte
reffez pourront y eftre prefens.
La valeur des Lots fera payée
fans aucune diminution , & en ar-
Decembre 1708. R
194 MERCURE
>
gent comptant immediatement
aprés qu'elle fera tirée ; & on ne
recevra aucunee faifie fous quelque
pretexte que ce puiffe eftre.
DIVISION DES LOTS.
Deux , de Trente mille livres
chacun , cy
60000.liv.
Deux , de quinze mille livres
chacun , cy 30000.
liv.
Deux , de dix mille livres
chacun , cy 20000. liv.
Deux , de fix mille livres chacun
, cy 12000. liv.
Deux , de quatre mille livres
chacun , cy Sooo . liv.
Deux , de deux mille livres
i
GALANT ( 195
chacun , cy
Huit , de mille
4000.
liv.
livres chacun
, cy
8000. liv.
Vingt , de cinq cens livres
10000. liv.
Soixante , de trois cens livres
chacun , cy
chacun , cy
18000. liv .
Cent , de deux cens livres
chacun , cy
20000. liv.
Huit cens , de cent cinquante
livres chacun , cy 120000. liv.
Deux mille , de cent livres
200000. liv.
Total , trois mille Lots.
chacun , cy
Noms demeures des Receveurs.
Mr Chantillon , rue des
Rij
196 MERCURE
Mauvaifes Paroles , proche la
grande Pofte .
Mr de la Porte , rue des deux
Portes, proche la rue de la Verrerie.
Mr de la Caille , tuë S. Jacques
, proche la Fontaine S. Benoift.
Mr Pugeneſt , Marchand ,
aux Baftons Royaux , ruë S.
Honoré, aya be
Mr Defeaux , Fils , à l'entrée
du Cloître S. Germain l'Auxerrois
.
Mr Dupuis , rue des Barres ,
proche l'Hoftel de Charny
Mr de la Ruelle , proche les
GALANT 197
Jefuites , rue S. Antoine .
M. Machoud , rue des cinq
Diamans .
Mr Loftus , rue aux Ours .
Mr Mouffinot , Fils , Parvis
Noftre Dame.
Mr Jacques , Juré Cricur ,
rue S. Denis , & à la Croix des
Petits Champs.
Mr Cochois , Fils , vieille
Cour du Palais , prés du May.
Mr Moyen , rue Montorgueil
, proche les petits Carreaux
.
Mr de Bey , Marchand , visà-
vis la Barriere , rue Saint Honoré.
R iij
198: MERCURE
Mr Huart , Libraire , Quay
des Auguſtins , proche le Pont
S. Michel.
Mr Maffon , Marchand
Pont Noftre Dame au Bras
d'or.
Mr Ponée , Marchand Orfévre
, rue de Gefvres , au Louis
d'or.
Mr Malherbe le jeune , Márchand
, Salle neuve du Palais ,
vis -à - vis la Cour des Monnoyes.
Mr Louver, Fils , Marchand,
rue de Buffy , Fauxbourg Saint
Germain .
Mr Gohard , Marchand
GALANY 199
rue du Four , proche la Croix
rouge.
Mr Lucquet , rue Dauphine ,
à la Tefte d'or.
Mr Foilly , rue Montmartre ,
au coin de la rue neuve S. Euf
rache.
AS. Germain en Laye.
Mr Moinot , rue de la Salle.
AVerſailles .
Mr de la Fontaine , au Magafin
des Plombs .
Mr le Marechal de Villeroy,
eftant Seigneur foncier de Ma
gny , dans le Vexin François
& d'ailleurs ce Marechal y
R iiij
200 MERCURE
étant fort confideré & aimé à
caufe des bienfaits que la
Ville en a reçûs , & Mc la Maréchale
fon époufe y étant fort
regrettée , parce que fon coeur
avoit toujours efté remply de
tendreffe & de charité pour
tous les pauvres , & particulie
rement pour ceux de Magny ,
leurs miferes luy cftant mieux
connues . Toutes ces raifons ,
furent caufe que dés qu'on y
apprit la nouvelle de la mort
de cette illuftre défunte , la
Paroifle & toutes les Communautez
de la Ville , & même
les Paroiffes des Villages du 2
GALANT 201
Domaine avoient prévenu
par des Services & par des
Prietes publiques l'ordre qu'ils
reçurent dans la fuite. najve
On doit remarquer que le
Dimanche qui préceda le Ser ,
vice Solemnel dont je vais vous
parler , Mrle Curé de Magny ,
en annonçant le jour qu'il devoit
le faire , crut devoir faire
un éloge Funebre de Me la
Marechale de Villeroy', parce
que l'on ne pouvoit prononcer
d'Oraifon Funebre le jour de
cette Solemnité comme l'on
fait par
par tout ailleurs en pareille
ocafion , à caufe que felon l'ufa202
MERCURE
ge du Diocefe , on celebre trois
Meffes hautes ; la prémiere du
S. Efprit ; la feconde de la Vierge
; & la troifiéme des Trépaffez.
Mr le Curé de Magny ;
dans l'éloge qu'il fit de l'illuftre
défunte , avec des traits fort
vifs , fit remarquer , aprés
avoir parlé des vertus de cette
Dame , qu'Elle avoit eſté pour
le Peuple de Magny , une Efter
en la Cour d'Affuerus , toujours
compatiffante àfon affliction
àfes befoins , & toujours prête
employerfon creditpourfonfoulagement.
Le Service Solemnel , qui fe
GALANT 203
fit le 20. Novembre dans l'E
glife Paroiffiale , fut annoncé
la veille par toutes les Cloches
de la Ville qui inviterent par
leurs fons lugubres , à prier
Dieu pour l'ame de la defunte..
Les Vigiles furent chantez par
un Clergé nombreux.
Le lendemain dés cinq heures
du matin , les Prieres commencerent
par un grand nombre
de Meffes baffes , qui ne
difcontinuerent point dans la
Chapelle de Villeroy , jufques
àmidy . Quelques heures aprés
que l'on cut commencé à celebrer
ces Meffes , on dit dans
204 MERCURE
le Choeur , où eftoit la Repres
fentation , la premiere des trois
grandes Meffes dont je viens
de vous parler , & elles furent
celebrées de fuite . Toute l'Eglife
eftoit tendue de noir . La
Repreſentation eftoit ſous un
Dais fort élevé , femé de larmes
blanches. Le Poële eftoit
de fatin blanc , avec les Armes
de la Maifon de Villeroy. La
Couronne Ducale eftoit deffus,
& couverte d'un grand crefpe.
Les gradins de cette Repreſentation
eftoient garnis d'un
grand nombre de chandeliers
d'argent remplis de gros cier- !
GALANT 205
4
ges de cire blanche . La décoration
du Maître - Autel , & la
tenture du Choeur , repondoient
à cette Reprefentation
;
& la Chapelle de Villeroy , où
font les Tombeaux de cette
maifon,qui peuventpaffer pour
de tres beaux Maufolées , eftoit
tenduë comme le Choeur , &
l'on y voyoit plufieurs bandes
de deuil , garnies d'armoiries &
de larmes. Tous les Magiftrats
& les perfonnes confiderables
de la Ville , affifterent en habits
de dcüil , aux grandes Meffes
qui furent celebrées , & l'on
-remarqua que les Marchands
206 MERCURE
*
eftoient auffi en deuil. Les Laboureurs
& les autres Habitans
des Villages de la dépendance
de Mr de Villeroy , s'y étoient
rendus en foule . Mrle Lieutenant
general & tous les Officiers
du Bailliage , de l'Election
& de la haute- Juftice , & les
Maire & Echevins , allerent à
Offrande aprés le Clergé
tous en Robbe , &jetterent de
Eau-benite , fuivis de tout
le Peuple de la Ville & de la
Campagne. Mr l'Abbé Foulon
, Chapelain de la Chapelle ,
en bonnet quarré & en manateau
long , prefenta l'AfperGALANT
207
foir ; mais comme l'uſage eft
en ce lieu -là de jetter de l'Eaubenice
aprés l'Offrande , cette
ceremonie auroit duré trop
long -temps fi on ne l'euſt interrompue
pour cftre continucé
à la fin de la Meffe : on
doit remarquer que pour faire
plus d'honneur à la maiſon
de Villeroy , tous les Marchands
avoient tenu leurs Boutiques
fermées pendant tout
le fervice , ce qui donna licu
à tout le peuple d'y affifter.
Il s'eft fait un pareil Service
en l'Eglife des Dames Religieufes
du Calvaire , au Marais
208 MERCURE
du Temple , pour Madame la
Maréchale de Villeroy , dont
la fille qui eft d'une vertu diftinguée
& d'un merite qui luy
peut faire foûtenir les premieres
Charges de l'Ordre , eft
Souprieure . L'appareil funebre
eftoit accopagné de tout l'éclat
qu'on peut donner à ces
fortés de ceremonies
, & quoy
que l'Eglife foit petite , l'affluence
de toutes les perfonnes
de la premiere qualité fut tresgrande
. Mr l'Abbé de Villeroy
, Abbé de Fécamp , fils de
la deffunte , officia , & toute
Filluftre Compagnie fortit pe
GALANT 209
netrée de douleur d'un cofté ,
& charmée de l'autre par les
belles voix des Religieufes
qui avoient chanté pendant la
meffe .
Comme on fe diftingue par
le merite dans toutes fortes d'états
, je dois vous dire que la
mort vient d'enlever deux
hommes dont les Ouvrages de
Theatre ont efté reçûs du public
avec de grands applaudiſfemens
, & qui cependant avoient
ceffé depuis plufieurs
années de travailler à des ouvrages
qui leur avoient acquis
beaucoup de reputation . Le
Decembre 1708 .
t
S
210 MERCURE
premier eft Mr de la Foffe ori
ginaire de Paris ; il avoit compofé
quatre Tragedies ; fçavoir
Polixene , Manlius , Thefee
Corefus. La Tragedie de Polixene
cut un fi grand fuccés ,
que Monfeigneur le Dauphin
ayant refolu de venir voir le
nouveau Theatre des Comediens
, qui eft celuy où ils
joüent prefentement , & qu'ils
avoient fair bâtir ; demanda
que le jour qu'il viendroit voir
ce Theatre , on reprefentât la
Tragedie de Polixene , & cette
piece reçût de ce Prince & de
la nombreuſe Cour qui l'ac
*
GALANT 211
7
compagnoit d'auffi grands
applaudiffemens que ceux que
le public luy avoit déja don
nez. Ces quatre Tragedies , &
quelques Pieces comiques de
la compoſition du même Auforment
un Volume qui reur
fe vend fous le nom d'Oeuvres
de Mrde la Foffe.
Le même a auffi fait une Tra
duction d'Anacreon en vers
qui eft fort estimée , avec des
remarques , ce qui avec quelques
autres Ouvrages en vers ,
contient un autre volume des
Ouvrages du même Autheur.
Il s'eftoit acquis l'eftim: de plu-
Sij
212 MERCURE
ficurs perfonnes de la premiere
qualité , & il eftoit fort confideré
de feu Mr le Marquis de
Crequi ; il ne l'eftoit pas moins
de Mr le Duc d'Aumont , dans
l'Hoftel duquel il eft mort.
Le fecond eft Mr de Pechantré
né à Touloufe , où il
avoit remporté les trois Prix ou
fleurs , avant que la Compagnie
des Jeux Floraux cût cfte
érigée en Academie ſous la
protection des Chanceliers de
France. Les applaudiffemens
que l'on donna aux Chants
Royaux & aux Sonnets qui luy
firent remporter les Prix dont
GALANT
213
4
T
je viens de parler , furent cau
fe qu'il prit la refolution de
travailler pour le Theatre : il
vint à Paris dans ce deffein , &
le premier Ouvrage qu'il mit
au jour , fut la Tragedie de
Getha ; cet Ouvrage qui paroift
encore de temps en temps
fur la Scene , reçût de fi grands
applaudiffemens , qu'ils luy
donnerent lieu de le dedier à
Monfeigeur , & ce Prince pour
luy marquer l'eftime qu'il en
faifoit , & qu'il en approuvoit
la dédicace , luy donna des
marques de fa liberalité. Cet
heureux fuccés l'engagea
3
à
214 MERCURE
continuer de travailler pour fe
Theatre , & il fit deux autres
Tragedies , qui fontJugurta &
la mort de Neron : il fit auffi
pour le College d'Harcourt ,
deux autres Tragedies ; fçavoir
Jofeph vendu par fes freres , &
le Sacrifice d'Abraham . Il venoit
d'achever l'Opera d'Amphion
& Parthenope lorfqu'il eft
વીર
mort , à la referve du Prolo
gue . On fait efperer que l'on
donnera fes Oeuvres Pofthumes
au public.
3
L'Article qui fuit vous paroiftra
bien different quoy,
qu'il s'agiffe auffi d'une mort;
GALANT 215
mais pourvû que chacun vive
moralement
bien dans l'étar
qu'il a embraffé,on ne peut rien
demander davantage . Le Monde
compofe un Tableau ou
chacun paroift differemment
,
felon le perfonnage
qu'il reprefente
; & comme il faut du
Clair & du Brun dans un Tale
rendre parfait
;
bleau , pour
il eft aifé d'en trouver
dans les
differens
états
de la vie des
hommes
.
Meffire François de Laval ,
de la Maiſon de Laval , premier
Evêque de Quebec dans
la Nouvelle France , mourut à
216 MERCURE
Quebec le 6 May dernier au
commencement de fa 86.
année.
Il paffa en Canada pour la
premiere fois en 1653. en
qualité de Vicaire Apoftolique)
Il eftoit alors Evêque de Petrée...
En 1672 S.M. le nomma Evéque
de Quebec , où l'on n'avoit
point encore crigé d'Evêché
, il repaſſa en Canada en
1675. titulaire de cet Evêché,
& il y arriva le 9. Septembre
1675. Ce Prelat dont la vie.
eftoit exemplaire & fainte ,
cftoit grand Aumonier , vi-
1
voit
GALANT 217
voit fimplement & frugalement
, & il peut eſtre nommé
le Pere de la Nouvelle France .
lly aerigé le Chapitre de Quebec
, & fondé le Seminaire de
Canada , dans lequel on éleve
la jeuneffe du pays , établides
habitations confiderables.
Vous trouverez dans les deux
Extraits des Lettres qui fuivent
, plufieurs chofes qui regardent
ce Prelat.
A Quebec le 25. Juin 1708,
Le Seigneur retira à luy le 6 .
de May de cette année Monfei-
Decembre 1708. T
218 MERCURE
gneur de Laval , premier Evéde
Canada , il eft mort enfaint
comme il avoit vécu. Je ne puis
vous exprimer l'eftime & la
que
que
tout le Canada a
veneration
pour la memoire de cet illuftre defl'invoque
comme un'
funt ,
оп
Saint , Dieu a fait défia
pour faire éclater fon merite plufieurs
guerifons , & autres chofes
que l'on tient pour miraculeufes
, que je fuprime icy , estant
tres affuré que vous en ferez
informé dans le temps . Mrs du Scminaire
n'ont rien épargné pour
rendre fes obfeques magnifiques ;
elles l'ont efte de telle forte , qu'en
GALANT 219
plufieurs endroits de la France il
auroit efté difficile de les furpaffer.
Mr de la Colombierefitfon Oraifon
Funebre le troifiéme jour aprés
fon decés.
Extrait d'une autre Lettre du
fixiéme Juillet 1708.
Vous aprendrez la perte que
le Seminaire a faite par la
mort de Monfeigneur
l'Ancien
arrivée le fixiéme May ,
nous efperons qu'aprés unefifainte
vie qu'il fervira d'un puiſſant
protecteur auprés de Dieu pour
cette Eglife , pour l'établiſſement
de laquelle il a tant travaillé auſſi
bien que pour la Colonic. Mr de
Tij
220 MERCURE
Colombier à fait l'Oraifon Funebre
de ce grand & faint Prelat,
c'est ainsi que les grands & les
petits le nomment. Vous auriez eu
peine à ne pas
mêler vos larmes
aveccelles de tout le monde pendantfonConvoy
, ou tout, tant les
les peuples les plus Curez
que
éloignez
ont
affifté
. Le lieu
où
fon
corps
repofoit
eftoit
toujours
rempli
de monde
, & les Preftres
ne pouvoient
fournir
à faire
toucher
des Chapelets
& autres
chofes
de devotion
. Il nous
a fallu
rendre
aux
inftantes
prieres
qu'on
nous
afaites
de porter
& faire
repofer
fon
corps
dans
les quatre
GALANT 221
1
Eglifes de la Haute-Ville.
L'Ouvrage intitulé de doctrina
Canonum corpore juris incluforum
, circa requifitum ad fi
liorum matrimonia parentum confenfum
hiftorica difquifitio , eft
divifé en quatre parties. Dans
la quatriéme qui a donné occafion
aux autres , on donne
un plan d'une Edition nouvelle
du corps du Droit Canon , &
dans ce plan on propofe de
faire cinq fortes de notes , fçavoir
pratiques , critiques , hiftoriques
, cronologiques &
geographiques : l'utilité qu'on
peut en tirer outre celle de l'é-
Tiij .
222 MERCURE
dition , eft qu'on y apprend à
lire les collections des Canons
comme elles doivent eftre lûes,
& à profiter de tout ce qu'on
y lit.
i
Les trois autres parties font
comme un effai de l'execution
de ce plan , qui ne laiffe pas d'avoir
fon utilité independemment
de cette execution , puifqu'on
y explique 1 ° . tous les
textes du corps du Droit Canon
, touchant la puiffance des
peres fur le mariage de leurs
enfans , & on applique à cha
cun de ces textes , les notes
qu'on doit appliquer aux auGALANT
223
tres du même corps du Droit
Canon , d'une maniere pourtant
bien differente , parce
qu'on s'étend plus dans ces notes
qu'on ne fait dans les autres
. 2. on tire de la doctrine
de ces textes , favorable aux peres
, cette confequence , que le
Decret du Concile de Trente ne
peut leur eftre contraire , & on
en juftifie la confequence par
diverfes reflexions. A l'explication
de ces textes , on joint
les Loix tant Civiles qu'Ecclefiaftiques
qu'on a pû trouver
depuis Jefus Chrift jufqu'à
nous , touchant le même fujet ;
224 MERCURE
on les raporte en leur langue ,
& l'on fait un fommaire de
celles qui font en langue vulgaire.
Ces Loix font rangées
par ordre des temps ; il y en a
de tous les pays comme de
tous les temps.
Enfin on refout les principales
difficultez tirées de l'Ecriture
, des Peres , des Livres Rituels
, & de tous autres monumens
de l'Hiftoire Ecclefiaftique
; les difficultez en font
affez étendues , & on y met
leur fondement dans tout fon
jour : ainſi on a dans ces trois
parties tout ce qui regarde l'ar
GALANT 225
ticle de la puiflance paternelle
fur le mariage des enfans de famille
, foit par maniere de preuves
, foit en forme d'objections
; enforte qu'on peut les
regarder comme une differtation
pour & contre tres utile
aux Theologiens qui aiment
la pofitive.
Ce livre fe vend à Paris,chez
Pierre Emery au bout du
Quay des Auguftins , vis- àvis
le Pont neuf, à l'enſeigne
de Saint Auguſtin .
le
Si ce que je vous envoyay
mois dernier touchant les Dif
cours qui ont efté prononcez
226 MERCURE
le landemain de la faint Martin
dans la Grand Chambre aprés
la Meffe folemnelle qui fe celebre
tous les ans à pareil jour , &
à l'ouverture des Audiences de
la Cour des Aydes qui fe fait
toujours le méme jour . Si disje,
tout ce que je vous ay raporté
des quatre Difcours qui y
ont reçu de grands aplaudiffemens
, a efté admiré de ceux
qui l'ont lû , les cinq Difcours
dont j'ay à vous parler aujour
d'huy , ne feront pas moins
d'impreffion fur lear efprit .:
Auffi tous ceux qui ocupent
les premiers rangs dans le plus
Augufte Senat du Monde , ontils
toujours paffé pour de
grands hommes , & d'un Genie
fuperieur.
GALANT
227
Le vingt - fix du mois dernier
Mr le Nain premier Avocat
General , ouvrit les grandes Audiances
du
Parlement par un
difcours dont la nobleffe & la
folidité marquoient l'étenduë
& la grandeur de fon heureux
genie ; le fujet de fon difcours
fut de faire voir en quoy confifte
la veritable éloquence du Barreau ,
tous ceux qui l'entendirent dirent
lorsqu'il eut ceffé de parler
, qu'il venoit de faire le
trait du parfait Orateur dont il
eftoit luy - même un modele accomply.
por
Il dit
d'abord que
l'éloquence
& la probité eftoient
également neceffaires
pour former un parfait Ora
your , que quoyque la probité fuft
la
principale partie de l'Avocat ,
228 MERCURE
elle ne fuffifoit pas cependant , s'il·
ne joignoit le talent de la parole à
La droiture du coeur.
C'eft la force de l'éloquence , ditil
, qui remué , qui excite les grands
mouvemens , & qui perfuadant infenfiblement
, emporte la prevention
& lejugement de l'Auditeur , mais
fi la vertu de l'Orateur eft fufpecte ,
s'il n'eft pas generalement reconnu
pour homme de bien , fon difcours
infpirera de la defiance à ceux qui
L'écouteront; onfera toujours engarde
contre fes paroles , & dans la
crainte de fe laiſſer ébloüir par la
fauffe clarté de quelques traits heureufement
hafaidez, on aura de la
peine àfe laiffer perfuader , la verité
court rifque de perdre la force
&fon credit enpaffunt parfa bouche
; quelquefois la mauvaiſe repuputation
GALANT 229
putation du deffenfeur luy fera perdre
la même Caufe qu'un autre d'une
reputation entiere , auroit peuteftre
fait réülfir.
C'est la verité qui donne ce carattere
de candeur à toutes les actions
de l'Orateur ; fi le jugement
y regne aufi bien que la fidelité ,
nous livrons avec plaisir noßre efprit
à tous fes difcours , nous luy donnons
noftre confiance , & nous nous
laiffons facilement perfuaderpar la
feule force de la verité.
C'eft auffi de cette maniere qu'un
homme de bien fans prétendre à la
qualité d'éloquént , peut quelquefois
faire connoiftre la verite , &
perfuader par le fimple ufage de la
parole fans aucun fecours de l'art ,
ni d'autres ornemens étrangers.
Il dit enfuite qu'il feroit inu-
Decembre 1708. V
230 MERCORE
tile de s'étendre davantage pour
faire voir la necefité de cette vertu
principale de l'Orateur ; les Avicats
charmez du fouvenir des difcours
qu'ils ont entendue l'anné derniere ,
& qui ne s'effaceront jamais de
Leur coeur , font trop convaincus que
la probite doit toujours cftie la premiere
regle de leurs actions.
Il est vray , continua- t - il ,
la beauté du ftile & la nicheſſe que
des ornemens ne font pas moins paroiftre
la verité que la cand ur &
la fimplicité de l'Orateur . Son devor
eft d'inftruire pour pouvoir perfuader
, de forcer les esprits par un
nable artifice à fe rendre à la lumiere
de la raifon , de s'appliquer
avec soin à y graver les veritež dé.
cifive qui doivent determiner , de
les peindre avec force , & de les reGALANT
231
prefenter fi vivement , que l'esprit
en foit tellement penetré , qu'il ne
puiffe jamais enperdre la memoire ,
& qu'il conferve toujours l'impreffion
qu'il en a reçûë : qu'il joigne
à la force du genie , l'abondance de
la doctrine , qu'il faffe avec jufteße
l'aplication des termes de la
loy, qu'il remonte mème aux premiers
principes , & qu'il épuise pour
ainfi dire la matiere ; mais s'il në
doit rien obmettre de ce qui peut
eftre neceffaire , il doit abfolument
negliger le fuperflu , aſſuré que
la verité pour fe faire aimer , n'a
qu'à fe faire connoiftre , & que belle
dans fa fimplicité , elle n'a befoin
d'aucuns ornemens étrangers.
L'Orateur ne doit d'abord chercher
qu'à plaire , parce qu'il doit
• Sçavoir que ce qui plaift fefat tou
232 MERCURE
jours écouter agreablement ; mais
qu'il prenne garde qu'un file trop
empoule nefalle perdre à fes Auditeurs
, les idées qu'il vouloit leur
infpirer, & qui doivent faire l'u .
nique but de fon action ; qu'il craigne
aulli qu'unftile bas & rempant
ne lefaffe mépriferluy- même , qu'il
reffente dans une heureufe moderation
, la volupté qu'il voudroitfaire
goûter aux autres par la delicateffe
de fon difcours , & qu'il confacre
en même temps cette même volupté
pour fervir de guide à la verité&
d'introductrice à la raifon.
L'Orateur trouvera encore un
moyen indubitable de plaire en proportionnant
fon file à la qualité
à la nature des matieres qu'il
veut traiter ; il doit l'élever avec
dignité , fi le fujet eft important ,
GALANT
233
& le faire couler avec plus de fimplicité
dans un fujet plus fimple ;
far tout qu'il n'oublie pas les égaras.
qu'il doit aux perfonnes devant lef
quelles il parle ; trop de hardieffe ou
trop de baffeffe dans fes expreffions ,
lay feroient perdre l'eftime de fes
Auditeurs ; qu'il fe fouvienne toujours
que la bienfceance de l'oratear
exactement obfervée contribue
beaucoup à la force & à la graie
de fon difcours.
Celuy qui a reçû du Ciel le precieux
talent de l'éloquence faura
Je fervir de ces preceptes avec art ,
ilfcaura decouvrir aux hommes des
roatesfaciles & agreables pour conduire
plus aifement leurs efprits in
la connoiffance parfaite de la veri
te; tantoft il élevera (on file par
la nobleffe & parla for è de fes ex-
Viij
234 MERCURE
prellions , tantoft il l'abaissera is
propos par la justeſſe & par la delicateffe
de fes pensées , tantoft il
fe precipitera comme ces Torrens impetueux
dont les eaux roulent d'Abimes
en Abimes , tantoft femblable
à ces Fleuves tranquiles qui
Serpentent dans une vafte Plaine ,
il coulera avec plus de fimplicité.
Pericles eftoit toujours éloquent s
mais il ne tonnoit pas toujours devant
le peuple.
$
Unjufte difcernement luyfera con .
noiftre les fujets qu'il doit embellir
de figures & d'ornemens , & ceux
qu'il doit traiter avec plus de fim
plicité ; il n'affectera point d'orner
ce qui fe peut facilement entendre
de foy même , fuyant fur tout tou
jours cet amas confus de grands mots.
qui étourdiffent & qui ne fignifient
GALANT
235
rien; mais s'il trouve un endroit où
il luy foit permis de donner l'effort
à l'étendue de fon efprit , & defon
imagiuation , prenant pour lors un
vol rapide , il s'élevera tout d'un
coup parla dignité de fes expreffions ,
par la majesté & la force de fon
file , & par l'ordre & l'arrangement
de fa compofition ; non feulement
il trouvera le moyen de plaire
à fes Auditeurs ; mais auffi de les
charmer , de les enlever , & de les
ravir.
Au contraire dans les endroits
où il voudra émouvoir & toucher
veritablement les coeurs , modefte
dans fon élevation , il fefervira de
termes infinuans pour s'attirer leur
confiance & par des traits naturels
& fenfibles , il excitera leur compallion
& entraifnera leurfentiment
236 MERCURE
enfa faveur ; la foliditéfera jointe
à l'éclat de fon difcours , & le ves
ritable& l'extraordinaire s'acque
revons l'admiration , la fenfibilité
la croyance
.
Il ajoûta que celuy à qui la nature
n'avoit pas donné toute cette
grande force d'une éloquence vive &
naturelle, ne devoit pas toujours apprehenderpour
cela d'embrasfer & de
fuivre une profefſion fi bonorable ,
l'amour de la Justice , un bonfens naturel
& un jugement folide peuvent
quelquefois fuppléer à ce diffaut ,
mais il doit connoiftre fon genie pour
lefuivre , & l'étendue de fes forces.
pour ſe meſurer aux affaires dont il
fe chargera , qu'une noble fimplicité
regne toujours dans fon difcours
qu'il ne cherche point à l'orner de
fleurs qui le fuyent qui mal arGALANT
237
rangées ne pourroient y caufer que de
la confufion de l'obfcurité ; il eft
rare que l'on déplaife quand on fçait
fe tenir dans les bornes d'une jufte
moderation , & que connoiffant également
la vivacité de fon efprit &
P'étendue defonjugement , on ne cherche
point à forcer la nature , en l'affujetiffant
aux regles d'un Art qui
fans elle nepeut avoir aucun agrément
.
L'age doit à peuprès produire dans
leftyle de l'Orateur le même changement
qu'il produit dans l'efprit , le
brillant , le luxe & l'abondance qui
fièent fi bien dans la jeuneſſe plaifent
beaucoup moins dans un age
plus avancé ce fut par ce deffaut
qu'Hortenfius perdit en vieilliffant
la réputation qu'il s'eftoit acquife
dansfes premieres années.
;
238 MERCURE
Mais que tout Orateur fe fou
vienne , continua - t - il , que né
pour le bien de fa patrie , il est tenu,
pour s'acquitter honorablement du
noble Employ auquel il s'est dévoué ,
de donner tousfes foins à deffendre le
bon droit de ceux qui implorent fon
fecours, & que devantfon temps &
fon travail au public , il le doit à
chaque particulier.
Qu'il conferve toùjours , dit il enfuite
, dans fesdifcours ce caractere
de moderation qui fait l'appanage
de l'honnefte - homme , que jamais
ny un emportement criminel , ny ane
crainte trop fervile ne le faffe écar
ter de fon devoir , qu'il évite avec
Join ces mots puiquans ou ces railleries
infipides , étrangeres le plusfou
vent àfa caufe , & qui conviennent
fi peu à la dignité du Bareau , qu'il
GALANT 239
ne s'expofe point à l'aigreur d'une
jufte repartie qui feroit retomber fur
buy même les traits de fa tropgrande
vivacité de fon indifcretion.
Refpectez- vous vous- me/me , pourfuivit-
il , mais refpectez encore plus
cet Augufte Temple de la Juftice ;
dans lequel vous avez l'honneur de
paroiftre , il ne vous doit rien échaper
qui puiffe bleffer la moderation & la
regularité avec laquelle on doit s'y
comporter ;fi vous ne cherchez que
Justice , vous n'avez besoin que de la
verité , & vous parlez devant des
Juges équitables & éclairez, qui ,
infenfibles à tous autres mouvemens ,
ne connoiffent que celuy de remplir
dignement & avec équité tous les
devoirs de la Magiftrature .
N'affaibliffez - point cependant
la
par une deffenfefoible & langu fan240
MERCURE
te les Caufes dont vous etes chargez
, fuivez avec transport le zele
qui vous anime pour le bien de vos
Parties , portez la lumiere dans l'ef
prit des Juges ; diffipez l'obscurité des
affaires épineufes , mais faites toùjours
enforteque le triomphe de voftre
éloquencefoit le triomphe de la Jufti,
ce.
Mr l'Avocat General s'adreffant
enfuite aux Procureurs.
leur dit qu'ils n'avoient befoin que
d'exactitude & de fidelité pour fatisfaire
aux devoirs de leurs Charges
qu'ils devoient laiffer aux Avocats
la gloire de bien dire partager
avec eux celle de bien faire.
Mr le Premier Prefident prit
enfuite la parole & fit un difcours
rempli de traits nobles &
de raifons folides qui répondoient
GALANT 241
doient parfaitement à la fplendeur
& à la majefté du rang au
quel fon grand merite l'a élevé ,
il fit voir la neceffité des preceptes
que Mr l'Avocat General
venoit de donner aux Avocats'
; il dit que
Le difcours qu'ils
venoient d'entendre
devoit leur fervir
de preceptes
& de modele pourregler
leurs actions ; qu'après
leur
avoir tracéla probité comme la prin.
cipale partie de l'Orateur , Mr l'A.
vocat General leur avoit fait voir
la necefité
de remplir quelquefois
leur difcours de traits vifs dont l'éloquencefe
fert.
"
Il dit qu'il n'eftoit pas permis à
ceux qui afpiroient au Bureau de
n'avoir point d'éloquence ; qu'ilfalloit
fe connoistre & confulter fes talens
particuliers avant que d'em-
Decembre 1708. X
242 MERCURE
braſſer un estatfi difficiles que cependant
celuy qui ne poſſedoit par
cette éloquence naturelle fe trouvant
doué d'un jugement folide , pouuoit
rectifier ce deffaut par la droiture de
fon efpris , que tout Orateur avoitfes
talens particuliers.
Il dit enfuite que tous les fujets
ne demandaient pas à eftre ornez ,
qu'il falloit diftinguer les Caufes
importantes de celles qui ne l'eftoient
Pass & que les dernieres ne demandoient
que de la netteté, mais que
dans les Caufes du premier ordre ,
L'Orateur devoit fefervir de toutefon
èloquence , que s'il ne charmoit pas ,
s'il n'enlevoit pas , il déplaifoit &
refroidiſſoit,
Il fit voir les écueils de ceux
qui ne cherchent qu'à remplir
leurs difcours que d'une élo
GALANT 243
quence affectée & toûjours mal
rangée. Il vaut mieux , dit- il ,
eftre folide fans eftre élegant , qu'élegant
fans eftre folide . Banniffon's
l'élegance frivole qui ne confifte qu'-
en degrands mots , ce n'eft que lafolidité
des pensées qui fait toute la
beauté du difcours ; en effet , fans la
raiſon peut-on perfuader un homme
raifonnable?
Il recommanda fur tout aux
Avocats la précifion dans leurs
plaidoyerie , il les exhorta d'éviteravec
foin ces pointes fpirituelles
, ou bons mots , qui rendent
le plus fouvent un difcours
ridicule : L'efprit ; ajouta- t- il ,
doitfe cacher, & la belle eloquence
eft celle qui paroift naturelle. Prefervez-
vous d'un autre écueil , l'abondance
vicieuſe d'une érudition
X ij
244 MERCURE
mal placée ennuye & fatigue les
tiens
de rendre la
justice,
Juges
ceux qui cherchent à plaire ne plaifnt
point . Enfin la grande regle de
vofre Art eft de n'en pointfaireparoiftre
; une nobleffe de fentimens , un
Ayle male & naturel fait toute la
beaute du difcours. Les Orateurs
nes & de Rome fe trouvoient
obligez defaire des declamations les
plus vehementes
, parce qu'ils parloient
à des peuples entiers dont chacun
avoit un efprit & un fentiment
fingulier ; dans une Republique où
le moindre particulier avoitfa voix
Ils fe fervoient des figures les plus
fortes pour exciter ces grands mouvemens
qui entrainent & qui forcent
les efprits à fe laiffer perfuaders
mais icy vous parlez devant des
Magiftrats , qui , fans aucune préGALANT
247
vention , nefont tous animez que de
l'amour de la verite & de la justice.
Ne vous écartez done point de la
vope de la verités puifqu'elle eft le
feul objet de l'homme veritablement
juste , & foyez convaincus qu'il n'y
arten defolidement beau que ce qui
eft veritable . Tels eftoient les Avocats
qui dans les ficcles paffer ont
fait le principal ornement du Bas
reaus telsfont encore ceux que nous
voyons prefentement diftinguez par
bear merite & par leur capacité , tel
doit efire enfin l'Orateur qui cher
chant a plaire , veut s'attirer la
confiance & l'attention du Senat.
Il finit en cet endroit en rapportant
en tres peu de paroles
mais tres vives & tres expreffives
toutes les qualitez qui fonc
neceffaires pour rendre un Ora-
X iij
246 MERCUR
teur parfait & accompli . Il recommanda
aux Procureurs d'ap
porter plus de netteté dans
leurs procedures , & il les exhorta
à conferver parmi eux cet
efprit d'union fi recommandable
& fi neceffaire dans toutes
les Communautez .
Le Mercredy 18. on fit les
Mercuriales , & felon l'ufage
Mr le Premier Prefident adreffa
la parole à Mrs les Gens du
Roy ; voici de quelle maniere
il parla , en leur difant : Nous
n'avons qu'à vous exhorter de continuer
àremplir toujours avec le même
zele les fonctions penibles d'un
fi grand miniftere , & de fervir de
lumieres aux decifions & jugemens
les plus difficiles , toujours prefts à
écouter vos avis , Pexperience nous
GALANT 247
a appris quelle attention nousy devons
avoir , & avec quelle confiance
nous pouvons les fuivre.
Mr Dagueffeau Procureur
General prit enfuite la parole ,
& il dit: C'est le comble de l'injuſtice
que de vouloir paroître jufte fans
l'eftre en effet ; la diffimulation ne
fert de rien aux yeux des hommes
il faut eftre veritablement homme de
bien pour le paroiftre. Miniftres de
la Juftice , que voftre rang auguste
éleve avec tant d'éclat au - deffus
des autres hommes , n'efperez pas
de pouvoir vous cacher & vous dérober
à leur cenfure & vous jugez leurs
differens , mais ils jugent voftre
justice vous ne sçauriez cacher à
Leurs yeux ny vos vertus ny vos vi
ces , accoûtumez à voir lafuftice de
prés , & familiarifez pour ainfi
248 MERCURE
dire avec elle , les hommes ne sy
trompent pluss its agiffent fouvent
mal , mais ils jugent bien. C'eſt
en vain qu'un juge efpere de pouvoir
long- temps fe déguiferfous be
mafque de la diffimulation & de
Ehypocrifie les anspar unejufte ins
elinationpour la vertu, & parborreurpour
le vice , les autres par hai.
ne ou par envie, d'autres même par
uneambitionfaftucafe entreprennent
de fe faire connoifre & viennent
à bout de leur devoir. A ces ennes
mis étrangers fe joignent des enne
mis domestiques qui le tourmenters
continuellement femble que les
3 il ; il
palons du Magiftrat agiffent de
concert avec les autres hommes
pour leur faire découvrir ce qu'il
voudroit leur cacher avec tant de
fein. Si fa vanité fait en luy l'offi
GALANY 249.
ce de la vertufes dehors trompeurs
découvriront bien- toft lefafie & l'orgueil
quife font rendus maistres de
Son coeur, la voluptéfera bientoft
tomber le voile qui couvre
les apparences de cette fauffe verix .
Une ame livrée à l'iniquité , eft un
paysfeditiex qui change de maiftre
à tous momens ; fi la vanité du
Magiftrat effans borne , fa fauffe
fageffe paroifra d'abord fans
mesure , on verra le vain Imitateur
de la vertu , faifir l'image de
la probité , pour la probité même ;
mais bientoft cet excés paffagerfera
fuivi d'un deffaut encore plus confiderable
; l'injuftice regnera dans
fon coeur , & il s'abandonnera à
toutes ces paffions fous le voile fpecieux
de la justice la plus fevere s
quelquefois fa vanité gardera en
250 MERCURE
core quelques ménagemens aver
la vertu , il affectera de fe declarer
contre l'injustice ; mais que la
destinée de la justice fera malheu
reufe , s'il fe trouve en eftat de la
pouvoir trahir , fur toutfi la nature
Luy a fait le don fatal d'un efprit
fabril & captieux.
Il femble que tenant à fa main
un de ces Anneaux enchantez y cet
efprit fi fecond eft capable de donner
à une affaire , le tour que fa paffon
le luy fuggere , santofi il inf
pirera de l'indignation contre an
innocent , tantoft de la pitiépour un
coupable , tantoft paroiſſant apuyer
fa decifion fur la rigueur de la juf
sice , il tachera de forcer le fentiment
des autres en faveur de celug
qu'il protege injustement ; tanto
fe parant d'une fauffe clemence , &
GALANT
251
par une trop douce interpretation de
la loy , il n'befitera pas à rendre
le crime impuni , au dépens mème
du malheureux , malgré fon innocence
; mais l'homme jufte reconnoiftra
facilement tous les détours de
cet efprit trompear , en garde contre
toutes fes fubtilitez , une fecrette
défiance s'emparira de fon coeur ; il
fufpendrafon jugement , & dans une
crainte continuelle de fe laiffer abufer,
il ne pourra donner defoy à ce
qui luy paroitroit d'ailleurs tresvray
-femblable.
3
La veren ni le vice ne peuvent
fouffrir un mélangefi extraordinai.
re: donner Pexterieur à l'un &
l'interieur à l'autre , c'est un partage
trop contraire à la raison & à
La justice pourſe pouvoir long - temps
fouvenir avec fuccès 3 la fauße ver252
MERCURE
Lu fuccombera un jour avec éclats
& fans attendre long- temps cette
grande revolution , malgréfon affellation
, elle découvrira elle- mêmefes
injuftices dans lesplus beaux
jours de fon hipocr fie.
Mr le Procureur General aprés
avoir peint avec des traits
vifs & naturels le caractere de
la diffimulation & de l'hipocrifie
, fit un beau portrait du Juge
fincere & veritablement jufte
, & qui répondoit parfaitement
à la candeur de fon coeur
& à la grande probité qui l'ac
compagne , & qu'il orne des autres
vertus les plus rares.
Il dit que l'hommede bien content
du temoignage de fon coeur
menoit toujours une vie douce &
tranquile ; que ne craignant au
сить
GALANT 253
fa
can reproche , il trouvoit dans fa
vertu une confiance modefte & une
heureufe fecurité qui faifoient toute
fatisfaction , Ilfait , continuail
, le bien pour avoir le plaifir de
le faire aucun motif , aucun intereft
n'eft capable de le détourner de
l'amour qu'il reffent pour la verité
& pourla justice ; ferme & inebranlable
dans fes devoirs , il refifte à
toutes les impreffions qu'on voudroit
luy donner , & dans la fimplicité
d'une vie tranquile , il goûte les
folides plaifirs de la veritable grandeur.
Il fit voir enfuite la difference
de ces deux caracteres
par une oppofition tres - jufte ,
il infpira à tous les auditeurs de
Phorreur pour la diffimulation ,
& de l'amour pour la fincerité.
Decembre 1708. Y
254 MERCURE
Bien loin , dit- il , que cette vaf
te affectation du Magiftrat puffe
eftre comparée avec une fi noble
fimplicité , en vain fon zele impofteur
paroitroit plus ardent , abandonné
à toutes fes pallions qui le
tourmentent interieurement , il ſe
découvrira luy même , & s'attirera
toft ou tard le blame & le mépris de
tous ceux qu'il aura tàché d'abuſer
parles artifices.
Qu'il ne fe flatte pas davanta
ge , quand mêmefan affectation feroit
d'abord plus heureufe , il ne
pourra foutenir long- temps un per
fonnage fi force, il fe trouvera
infailliblement accablé fous les debors
trompeurs de fa diffimulation.
Il exhorta les Juges à fuivre
toûjours le chemin de la vertu,
& à faire leurs efforts pour parGALANT
255
venir à fon fuprême degré ; deft
le privilege de la vertu , pourfuivit-
il , de n'avoir qu'une feule voye ,
celuy qui a gouté combien elle eft aimable
, ne ceffera jamais de l'aimer
; la douceur de fes fruits luy
donnera des forces pour furmonter les
obftacles qui s'y pourroient rencontrer,
& toujours animé d'un zele
ardent , ilfe trouvera au comble de
la vertu , fan s'eftre aperçu despeines
& des perils qu'il a eu à furmonter
poury parvenir .
C'est un trefor caché à celuy qui
n'a que l'apparence de la juftice ;
privé des douceurs & des plaisirs que
donne la vertus foûtenu feulement
par un effort d'ambition & de va
nité , il fe revetlle tout d'un coup
comme un homme las &fatigué d'un
jongepenible ; mais il retombe auf-
Y ij
256 MERCURE
fi - toft dans un affoupiffement encore
plus profond & beaucoup plus à
plaindre. Sa vertu eft fans armes ,
parce qu'elle eft fans effort , & il
éprouvera bien toft qu'il eft un der.
nier degré de confufion pour la diffimulation
& l'hipocrifie ; il aper
du la confiance publiques en vain
travailleroit- il à la recouvrer ; c'eſt
un bien qui fe perd fans retour , &
aprés avoir paffe pendant quelque
temps pour homme de bien ,
de bien , Jans
l'eftre en effet , il le feroit aprés inu.
tilement fans le paroifte : enfin accablé
de honte & de mepris , il tombera
dans le defespoir de n'eftre ni
de ne pouvoir paroistre homme de
bien ; eftre connu c'est la punition de
l'hypocrifie &la recompenfe de l'honneste
homme.
Le Juge au contraire , dit- il en
GALANT 257
finiffant, qui n'a pour guide que la
vertu & la probité fatisfait de la
candeur defon ame & de la pureté
de fes actions , mettra au
deffous de luy tout ce qui pourroit flatter
fon amour propre , & latisfaire
une vaine oftentation qu'ilfuit comme
inutile & préjudiciable à la droiture
de fon coeur ; les mépris des
louanges eleve l'homme jufte , & la
voye qui fait eft ung trace impercepti
ble de lumiere qui augmente à chaquepas
& le conduit enfin à ce baut
point de felicité & de grandeur qui
eft la récompenfe de l'honnefte homme
, la gloire ne s'éteint pas avec
lay dans le tombeau , & confacrant
la memoire du jufte , elle apprend
aux Magiftrats la route certaine
qu'ils doivent faire pour y parve
nir.
ala
Y
iij
258 MERCURE
Mr le Premier Prefident reprit
la parole , & en s'adreffant
à la Cour , il dit que fi les Juges
trouvent tant d'obstacles à rendre la
justice aux autres , ils en trouvent
encore davantage à fe la rendre euxmêmes
, éclairez dans les affaires
des autres , il femble fouvent que l'ef
prit de confeil& de fagelle les abandonne
lorfqu'il s'agit d'examiner&
de regler les leurspropres ; un Magiftrat
doit avoir dela peine à defcendre
de la place de Juge pour prendre
celle de Partie ; ilfemble fe dégrader
en plaidant , & s'il s'y trou
ve force non-feulementfondroondoit
eftre legitime , il faut encore qu'il
foit incontestable. I eft vray qu'une
deffenfe legitime eftant permife à
tout le monde l'eft auffi au Magif
trat , mais avant que d'y entrer, it
GALANT 259
doit peferfes prétentions au poids du
Sanctuaire , & accoûtumé à juger
Aes autres , il doit commencer par fe
juger luy- meme. Qu'il confulte fon
droit , qu'il écoute fans prévention
pour la justice de fa Caufe ; les con
Jeilsde perfonnes fages & éclairées ,
qu'il n'hefite pas de les fuivre quoy
que peut- eftre contraires à fes interefis
, & qu'il ne s'imagine pas que
'quand on paroift douter defes raiſons
ou doute auffi de fa probité. Le Juge
s'éleve quelquefois , à la bonte de
la Magiftrature , contre ceux qui
of nt intenter contre luy une action
qui leur eft legitimement acquife ,
ilprendpour infulte ce que la neceffité
de lear deffenfe les oblige d'avancer
, & il cherche pour larepoufsfer
tout ce qu'un mauvais efprit de
chicanne ou de malignité luy peu-
Y
iij
260 MERCURE
v
le
vent fuggerer. Il faut , continuat-
il , que
Magiftrat s'abftienne
fur tout de ces brigues & de ces caballes
fi dangereufes pour l'honneur
de la Justice &fi peu convenables au
rang& à la dignité dont il eft reve-
18. Si par malheur fes efperances fe
trouventfruftrées , s'il eft condamné
qu'à l'exemple des plus viles ilfaut
qu'il refpecte toujours le Tribunal
de la Justice , qu'il fe garde bien de
changer fes raifons en déclamations
enfatyres outrées , contre fes Juges
& fes Confreres , qu'il ne devienne
pas l'ennemy de ceux aufquels
il paroiftra le plus attaché ,
qu'ilfub ffe fon jugement fans murmure
, qu'il refpecte fes Juges , fon
414 propre caractere , & qu'il donne
"Pexemple à ceux qu'il eft preft luymême
de condamner.ch .
? GALANT 261
Mr l'Abbé de Galiczon , Grand
Chantre de l'Eglife de faint
Martin de Tours , & Docteur
de la Maifon & Societé de Sorbonne
, aeftéfacré Evêque d'Agathopolis
, & Coadjuteur de
Babylone , dans la Chapelle de
l'Archevêché , par Mr le Cardinal
de Noailles , affifté de
Mr Maigrot auffi Docteur de
la Maifon & Societé de Sorbon .
ne , Evêque de Conon en la
Chine , & Vicaire Apoftolique
de la Province de Fokien dans
lemême Royaume , & de Mr de
Lyonne Evêque de Rofalie auffi
dans le même Royaume . Le
grand âge de Mr l'Evêque de
Babylone , frere de Mr de faint
Olon , Gentilhomme ordinaire
de la Maiſon du Roy , l'a obli292
MERCURE
géde demander un Coadjuteur
à S. S. qui a nommé Mr l'Abbé
de Galiczon avec l'agrément du
Roy. Je vous parlay du merite
de ce nouveau Prelat lors de la
nomination par le Pape & par
S.M. Je dois remarquer à prefent
, c'eft une grande queſtion
entre les Geographes , de fçavoir
fi la Ville qu'on nomme
aujourd'huy Bagdat , eft au même
lieu qu'eftoit l'ancienne Babylone
dont quelques- uns luy
font encore porter le nom . Le
Docte Mr. Bochart , à l'autho
rité duquel on doit foufcrire ,
pretend que Bagdat eſt à l'endroit
où étoit l'ancienne Seleucie
, puis que les deux Villes
font fur le bord du Tigre , &
que Seleucie fut baſtie autreGALANT
263
fois des ruines de Babylone par
Nicanor à 300 ftades de cette
Ville qu'on nommoit Baby,
Jone .....
-
La Compagnie qui affifta au
Sacre fut tres nombreufe , &
la curiofité de voir trois Evêques
des Miffions d'Orient ,
dont deux confacroient le troifiéme
, y attira beaucoup de
monde . Mr le Cardinal de
Noailles donna un magnifique
dîner à ces Prelats , où fe trouva
Mr le Cardinal d'Eftrées qui
avoit affifté au Sacré , & dont la
Niece , feuë Me la Ducheffe
d'Eftrées étoit foeur de Mr l'Evêque
de Rozalic . Une partic
de la converfation roula pendant
& aprés le difner fur l'état
des Miffions d'Orient . Mr l'E
264 MERCURE
vêque de Conon qui en eft revenu
depuis peu en fit une Def
cription touchante , & qui fic
plaifir à toute l'Affemblée , &
ce Prelat ajoufta qu'il partiroit
bien -toft pour Rome afin d'en
aller rendre compte à S. S. qui
le fouhaitoit ainfi.
500
Sa Majesté a donné le Gouvernement
de la Baftille à Mr.
de Bernaville qui en étoit déja
Lieutenant de Roy, & qui avoit
eu long - temps un pareil employ
à Vincennes , dont il
s'étoit acquité dignement . Le
choix que le Roy a fait pour
remplir cette place importante
d'un homme generalement
eftimé , a cfté fort applaudi,
On ne pouvoit faire un meilleur
pour un Employ qui de- choix
GALANT 265
T
mande un homme de confiance.
Mr de Bernaville ayant toutes
les qualitez neceffaires pour
le bien remplir, puis qu'il avoit
déja donné des preuves de fon
attention pour tout ce qui regarde
un pareil fervice , ainfi
que de fon zele & de fon defin--
tereffement . Il est d'une Nobleffe
auffi ancienne que diftinguée
, & d'un merite reconnu ,
& la conduite a déja fait connoiftre
que le Gouvernement
qui luy a efté confié , ne pouvoit
eftre remis en de meilleures
mains . La Lieutenance de oy
en a efté donnée à Mr le Che
valier d'Avignon , fort eftimé
& fort connu par les fervices ,
s'étant diftingué avec éclat en
plufieurs occafions . Ileft Che266
MERCUR
valier de faint Louis , & frere
Cadet de Mr d'Avignon , Major
des Gardes du Corps , fort
confideré par toutes les grandes
qualitez qui le diftinguent .
Mr de Cais premier Prefident
de la Cour des Aides de.
Montauban , a épousé Mlle de
Caulet , fille de Mr de Caulet
Prefident à Mortier au Parlement
de Touloufe. La maifon
de Caylet eft fort ancienne ,
& fa Nobleffe eft connue, il y a:
long - temps . Le grand pere de
la nouvelle époufe eftoit auffi
Prefident à Mortier , & fon bifaycut
eftoit Prefident du Bureau
des Finances ; il avoit épousé
une foeur de Mr le Prefident
Doneville , & le Prefident fon
fils avoit épousé une fille
de
GALANT 267
Mr de Gragnague , auffi Prémere
de
1 .
266 MERCUR
valier de faint Louis , & frere
Cadeado Me d'Avignon . MaGALANT
267
Mr de Gragnague , auffi Préfident
à Mortier . La mere de
Me de Cais eft fille de Mr de
Saint Simon , Confeiller au Párlement
de Touloufe ; fon oncle
eft Commandeur de Malthe.
Mr le Gendre , Intendant
de Montauban a beaucoup contribué
à ce mariage qui s'eft
fait avec une grande magnificence.
Les paroles de l'air que je
vous envoye font traduites d'une
Chanfon Efpagnole , inferée
dans le Livre intitulé , le Diable
boiteux , par Mr de la Fevrerie.
AIR NOUVEAU.
Que l'Amour cause de foibleff ,
Je brufle & je pleure fans ceffe ,
S
K
1
268 MERCURE
Depuis queje fuis amoureux ;
Mais érrange effet de fes charmes!
Meslarmes pour me rendre encore
plus malheureux,
Nefçauroient éteindre mes feux,
Nimes feuxconfumer mes larmes.
Mr le Marquis d'Antin a fait
l'honneur à l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture d'y
venir prendre feeance pour la
premiere fois comme fon Protecteur
; vous fçavez que cette
qualité confifté à eftre le Mediateur
de cette Compagnie
auprés du Roy , le Miniftre par
lequel il plaift à Sa Majesté de
luy expliquer les volontez &
fes ordres , & comme le canal
de toutes les graces qu'elle luy
GALANT 269
accorde pour la maintenir dans
l'état floriflant où Elle l'a mife
dés fon établiffement ; & que
quoyque l'Academie foit en
liberté par l'article 8. de fes
Statuts de choisir telles perfonnes
qu'il luy plaira des plus éminentes
dignitez & conditions
du Royaume pour fa protection
& vice- protection , cette
Compagnie a toujours reglé
fon choix & jetté les yeux fur
celuy qui eft destiné à préfider
aux Arts , par un Prince qui
dans la diftribution des Emplois
de fon Etat , fçait faire du
vray merite , un difcernement
fi judicieux .
Mr le Marquis d'Anrin avoit
efté prié d'agréer la Protection
de l'Academie peu de jours a
Décembre 1708. Z
270 MERCURE
prés avoir cfté nommé Directeur
General des Bâtimens. It
l'accepta en donnant beaucoup
de marques d'eftime & de confideration
pour la Compagnies
mais le voyage du Roy à Fontainebleau,
& les premiers foins
qu'il devoit donner aux fonc- Faux
tions d'un Employ d'une fi vaſte
étendue , l'avoient empefché
jufqu'alors de donner à l'Academie
, la joye de l'y voir préfider.
Il fut reçû à l'entrée des
Sales par les fix Officiers de la
Compagnie qui felon le regle
ment , font commis à cette Ce.
remonie ; fçavoir le Directeur ,
le Chancelier , le Recteur en
quartier , le Profeffeur en mois ,
le plus ancien des Adjoints Reccteurs
, & le plus ancien des
GALANT 271
Adjoints Profeffeurs . Ils le
conduifirent dans la Sale principale
où toute la Compagnie
eftoit affemblée pour le recevoir
, & aprés que ce Marquis
eut pris fa place , le Secretaire
au nom de la Compagnie , lût
le compliment qui fuit .
"
MONSEIGNEUR ,
Il est pardonable à l'Academie
d'avoir fouhaité avec quelque em
preffement de jouir de l'honneur qu'
elle recoit aujourd'huy en cette Affemblée.
Cette agreable circonftan.
ce manquoit encore à la grace que
vous luy accordez de votre protection
auprés du Grand Roy qui luy a donwé
l'estre , & qui n'a point ceffé de
lafavorifer de fon attention . Cette
Zij
272 MERCURE
19
Compagnie eft bienperfuadée, Monfeigneur
, qu'ayant autant d'eftime
& d'amour que vous en avez pour
les Arts , cette auguste qualité de
Protecteur ne pouvoit convenir
perfonne qui prit plus de part
un établiffement , que Mr le
Cardinal Mazarin & Mr le
Chancelier Seguier , ont fi heureufement
commencé. Ces deux grands
hommes , aufi illuftres par leur penetratton
dans les interefts de l'Etat
, que par leur dignité , avoient
bienprevu qu'entre les beaux Arts ,
quifons ce glorieux regne , ont acquis
tant d'eftime & de ſplendeur
à la France , la Peinture & la
Sculpture eftoient ce qui devoit luy
donner plus de pompe & de magni
ficence. E les ont en effet cet avan
tage , qu'outre cette élevation na-
*
GALANT 273
Turelle qui leur eft commune avec
les autres Arts Liberaux , ce font
elles qui font l'ame & la vie des
Arts inferieurs , qui leur infpire la
politeffe dont ils fontfufceptibles , &
qui joignant le grandgoût de l'antique
à la delicateffe du Genie François
, ont répandu far tous les Ouvrages
qui fe font dans Paris &
dans le reste du Royaume , pour la
décoration & l'embeliffement , un
caractere d'élégance & de nobleffe
qu'il n'apartenoit qu'à ces Arts de
leur donner
Ce font des fraits que l'on devoit
attendre de la formation de cette
Compagnie , & des Fonitions Academiques
dont il a plù au Roy de
Luy confier l'exercice . Elle fe propofe
fous vostre protection , Monfeigneur,
qu'elle conçoit toute favorable , de
274 MERCURE
·les continuer avec le mème zele dons
elle a toujours efté animée , & elle
ne doute point que témoins de fes
foins & de fon application , vous
ne les falliez connoiftre au Prince
incomparable à qui elle defire ardemment
de plaire.
Entre les graces que le Roy accorde
à l'Academie , celle de donner
tous les trois mois des Prix aux Eleves
, n'eft pas feulement un preffant
motif d'exciter leur émulation , elle
a beaucoup d'éclat dans le public.
Vous avez donné vos ordres , Monfeigneur,
de continuer cette contume
digne de la liberalité du Roy. L'Academie
prendra la liberté de vous
prefenter ceux qu'Elle a jugé lès
avoir meritez
Mr le Marquis d'Antin répondit
à ce difcours en remerGALANT
275
ciant la Compagnie des marques
qu'elle luy donnoit de fon
eftime , & des bons fentimens
qu'elle avoit conçûs de luy par
raport aux Arts qu'il avoit tou
jours aimez . Qu'il avoit bien du
plaifir de voir dans la Compagnie
tant de zele à concourir à ce progrés
& à cette élevation où l'on les
voit aujourd'huy en France ; qu'il
ne manqueroit pas de le faire connoiftre
au Roy qui a toujours eu en
veuë de lesfaire fleurirfous fon regne
, & qu'il n'obmettroit rien de
fa part de tout ce qui pourroit contribuer
aux interefts , à l'utilité ,
& à la gloire de l'Academie , lors
qu'il en feroit informé.
Il diftribua enfuite les petits
Prix que le Roy accorde tous
les trois mois aux Ecoliers qui
276 MERCURE
deffinent d'aprés le modele.
L'on avoit differé cette diſtribution
juſqu'au jour que Mr le
Protecteur trouveroit la commodité
de la faire , & il y avoit
à donner ceux qui ont efté adjugez
pendant l'année entiere
1707. & les 3. quartiers échûs
de la prefente année ; de forte
que ces Prix confiftoient en
vingt medailles d'argent de la
fuite de l'Hiftoire du Roy de
differentes grandeurs .
On ne doit pas confondre ces
Prix avec les grands prix qui
font des medailles d'or de la
même Hiftoire , qui fe délivrent
à la Saint Louis , aux
Etudians les plus avancez , fur
des Ouvrages de Peinture &
de Sculpture qu'ils font dans
眼
l'Academic
GALANT 277
l'Academie , en des lieux particuliers
deftinez à ces ulages ,
& qui outre cela font une maniere
d'épreuve , pour connoître
ceux qui font capables d'être
envoyez à Rome , avec la
penfion du Roy dans l'Academie
que Sa Majesté y a établie
pour y perfectionner les Peintres
& les Sculpteurs fur les
reftes del'Antiquité qui fe trou.
vent encore dans cette fameufe
Ville.
Ces Prix de quartier , que
l'on appelle les petits Prix pour
les diftinguer des autres , ont
efté accordez pour exciter l'émulation
des Etudians dans lécole
du Modele. L'on divife ces
Etudians en trois Claffes , felon
Decembre 1708 Aap
278 MERCUKE
qu'ils font plus ou moins avancez
, pour leur donner lieu d'y
pouvoir tous eſperer , & l'on
y ajoûte même une precaution ;
fçavoir que celuy qui a eu un
Prix dans l'une de ces Claffes ,
ne peut dans la même Claffe , y
prétendre pendant l'anné , s'il
ne s'éleve dans une autre par
fon travail.
Aprés la diftribution de ces
Prix Mr le Marquis d'Antin
finit la fceance , & fur conduit
par toute la Compagnie jufqu'au
bas de l'efcalier du Louvre
.
Mr l'Abbé de la Fleutrie
-Prieur de Sorbonne , y a prononcé
, fuivant l'ufage ordinaire
à la cloture des Sorboniques ,
un difcours qui a efté fort apGALANT
279
plaudy par Mr. le Cardinal de
Noailles , ainfi que par plusieurs
perfonnes de diftinction qui s'y
trouverent . L'éloge du Cardinal
de Richelieu fut le fujet de
ce Difcours I loüa ce Miniftre
du foin qu'il avoit pris de
faire fleurir les Arts , & il s'étendit
fur ce qu'il a fait en faveur
de la Religion , qui devoit
faire éternellement vivre
fa memoire . Il parla dans fon
premier point des louanges que
l'Academie Françoife qu'il a é
tablie , luy donne toutes les
fois qu'elle reçoit quelque Academicien
nouveau . Je dois icy
à cette occafion vous faire fouvenir
que tous les Academiciens
font obligez , fuivant leurs
Statuts , de faire l'élogede leur
A a ij
280 MERCURE
Fondateur & de leur Protecteur
, les jours de leur reception
; mais l'on peut dire aujourd'huy
que cette Academie
ne doit pas moins au Roy qui la
protege , qu'à celuy qui l'a éta
blie , & que ce Monarque peut
paffer pour un fecond Fondateur
de cet illuftre & fçavant
Corps , puifqu'il a augmenté fes
Privileges , & qu'il luy a fait
l'honneur de la loger dans le
Louvre. Mr de la Fleutrie finit
fon premier point , en faifant
connoiftre que les éloges que
l'Academie donnoit au Cardinal
de Richelieu , la rendoit
elle même digne de louanges.
Cet Abbé fit connoiftre dans
fon fecond point , ce que le Cardinal
de Richelieu a fait en faGALANT
281
veur de la Religion , & il fit
une tres - belle peinture de ce
que la Rochelle eftoit dans le
temps qu'elle fervoit d'azile à
l'herefie , & de ce qu'elle eft
aujourd'huy , ce qui luy donna
lieu de parler de l'infolence paffée
de l'herefie , & de fon humiliation
prefente .
Leg de ce mois Mr Alamanno
Salviati , Nonce Extraordinaire
du Pape , fit fon Entrée
Publique en cette Ville Je ne
vous diray rien de tout ce qui
regarde le Ceremonial , qui eft
le mê ne qui s'obferve pour tous
même
les Nonces de fon caràctere ,
dont je vous ay déja donné plufieurs
fois le détail , & que vous
trovverez dans tous les Imprimez
qui renferment des Nou-
A a iij
282 MERCURE
velles publiques ; mais comme
les Equipages de ces Nonces
font fouvent differens felon les
temps , & felon qu'ils font plus
ou moins magnifiques , je vous
parleray de celuy de ce dernier
Nonce Extraordinaire , à la magnificence
duquel on ne peut
rien ajoûter. Il avoit quatre
Caroffes d'une beauté furprenante
, & dont les ornemens
dorez jettoient un éclat qui ébloüiffoit
, & qui empêchoit
d'en bien diftinguer tous les or
nemens . Chacun de ces Caroffes
pouvoit paffer feparement
pour le Caroffe du Corps , &
il n'y a perfonne qui en en
voyant qu'un feul , ne l'euft
pris feparement pour le Caroffe
de parade de Mr le Nonce ; ceGALANT
283
pendant l'un des quatre furpaffoit
infiniment les trois autres
par la beauté de fa fculpture
, qui reprefentoit plufieurs.
figures feparées & groupées ,
avec plufieurs ornemens de relief
, qui s'étendoient jufques
fur l'Imperial qui en eftoit pref
que entierement couvert . Le
dedans de ces Caroffes répondoit
à la richeffe des dehors ,
& rien ne manquoit à la beauté
des chevaux & de leurs harnois
La Livrée eftoit d'un drap
gris- brun , couvert d'un grand
galon de foye , reprefentant des
Aeurs de diverfes couleurs , ac
commpagné d'un galon d'argent
de chaque cofté , & les
veftes , fuivant l'ufage , étoient
A a iiij
284 MERCURE
beaucoup plus riches que les
habits. Il y avoit trente valets
de pied vêtus de cette maniere ,
auffi bien que les Cochers & les
Poftillons. Il y avoit quatre Pages
tres - bien montez , & dont.
les habits auffi bien que les veftes
, eſtoient encore plus magnifiques
que ceux dont je vous
viens de parler On peut juger
par les habits des gens de Livrée
, de la magnificence de
ceux des Officiers de ce Nonce
Extraordinaire , qui l'eftoit ve
ritablement de plus d'une maniere
, ayant fourni de fon propre
fond , à la dépenſe de ces ...
habits ; de forte que l'on peut
dire que fi l'Employ que le Pape
luy a donné , luy a fait honneur,
il a de fon cofté fait beaucoup
GALANT 285
d'honneur à fon Employ. Je
ne vous dis point qu'aprés qu'il
cut elté conduit à fon Hoftel
dans les Caroffes du Roy , accompagnez
de tous ceux des
Princes & Princeffes de la Maifon
Royale , fuivis de celuy de
Mr le Marquis de Torcy , Miniftre
& Secretaire d'Etat , à
qui fa charge donne droit d'en .
voyer un Caroffe à ces fortes de
Ceremonies ; il fut complimen
té de la part du Roy , par Mr
le Duc de la Tremoille , premier
Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté , & par les principaux
Officiers des Princes &
Princeffes de la Maifon Royale.
Le 11. les Caroffes du Roy
& de Madame la Ducheffe de
Bourgogne le vinrent prendre
280 MERCURE
en fon Hoſtel avec Mr le Com
te de Brionne , & Mr de Saintot
Introducteur des Ambaffadeurs
, qui l'avoient accompagné
le jour de fon Entrée , pour
le conduire à Verfailles . Il
trouva à fon paffage dans l'avant
- Court du Chateau , les
Gardes Françoiſes & Suifles en
haye & fous les Armes , les Tambours
appellant dans la Cour
les Gardes de la Porte & ceux,
de la Prevolte auffi en haye &
fous les Armes à leurs Poftes .
Il fut reçû au Veſtibule par Mr
des Granges , Maiftre des Ceremonies
, où eftoient les Cent-
Suiffes , auffi bien que fur l'Ef
calier , la halebarde à lamain
& à la porte de dedans de la
Salle des Gardes , par Mr le
GALANT 287
Maréchal Duc d'Harcourt, Capitaine
des Gardes du Corps ,
qui y eftoient en haye fous les
Armes.
Le Compliment que Mr le
Nonce fit au Roy , fut en Langue
Italienne , & il s'étendit
far l'eftime de Sa Sainteté pour
Sa Majefté & pour toute la
Maifon Royale , & fur ce qu'elle
envoyoit les Langes benits
avec la benediction pour accompagner
les graces que le
Ciel avoit faites à la France en
luy donnant Monfeigneur le
Duc de Bretagne . Il ajouta
que Sa Sainteté efperoit de ce Mo
narque pour le foutien de l'Eglife
les mêmesfecours qu ' Elle avoit reçus
defes Anceftres.
Mr le Nonce fit une espece de
288 MERCURE
pofe en cet endroit , fans s'ar .
refter
pourtant , & en paroiffant
comme étonné en regardant
le Roy , il fit connoiftre
qu'il ne fçavoit que dire, parce
qu'il avoit trop de chofes à dire ,
& ajouta , qu'il çavoit bien qu'il
parloit au plus grand Roy que la
France , l'Europe , & le Monde entier
, ayent vû depuis plufieurs fiecles.
Quant à ce qui me regarde
continua- t'il , Je (upplie Poftre
Majefte , de m'honorer defa prote-
Etion , comme vos Ancefres ont eu
la bonté de l'accorder à ceux de ma
Maiſon
Le Roy repondit , qu'il remer
cioit Sa Sainteté ; & Sa Majesté
ajouta avec une espece d'émo
tion qui faifoit connoiſtre les
bons fentimens qu'Elle avoit
GALANT 289
pour le Pape , qu'Elle n'en pouvoit
dire davantage , & à l'égard
de Mr le Nonce , Sa Majesté
luy dit , qu'Elle étoit tres contente
de ce que Sa Saintet l'avoit choisi
Pour remplir lesfonctions qu'il eftoit
venu faire.
Mr Salviati parla avec autant
de grace que de fermeté ,
& avec beaucoup d'éloquence.
Tous ceux qui l'entendirent en
furent charmez & l'Audiance
étant finie , toute la Cour retentit
de fes louanges .
Le Roy paffa aprés l'Audiance
dans fon Cabinet , accompagné
de Mrle Nonce . Sa Majefté
y vit 4. Langes benits envoyez
par Sa Sainteté à Monfeigneur
le Duc de Bretagne.
Ces Langes eftoient garnis de
290 MERCURE
tres belles dentelles , & accompagnez
de quatre chemiſes , &
de tout ce qui peut fervir à un
Enfant au nombre de quatre , le
tout auffi garny de dentelles
tres belles & tres fines, Il y avoit
auffi un Manteau Royal ,
brodé d'or & de Perles .
Mr le Nonce étant forty de
chez le Roy , eut audiance de
Monfeigneur le Dauphin , &
enfuite de toute la Maiſon
Royale . Madame la Ducheffe
de Bourgogne luy ayant donné
audiance chez elle , cette Princeffe
en fortit auffi - toft aprés
pour fe rendre chez Monſeigneur
le Duc de Bretagne, afin
dele trouver à l'Audiance que
ce Prince devoit luy donner , &
elle vit les Langes benits dont
GALANT 291
je viens de vous parler , que
Mr le Nonce luy prefenta de la
part du Pape , & dans le même
temps ; au lieu de Compliment
il prononça une Oraifon Latine
, que l'on apelle Oraifon Sacrée
, qui fut trouvée tres belle
& tres touchante .
Toutes les Audiances finies ,
Mr le Nonce fat magnifiquement
traité par les Officiers
du Roy , & il alla à l'iffue du
dîner , rendre vifite à Mr le
Marquis de Torcy. Il fut en
fuite reconduit à Paris • par
Mr de Saintot , dans les Caroffes
du Roy , & de Madame la
Ducheffe de Bourgogne.
Tousdis
rien
de
la
Maifon
Salviati , qui eſt alliée à la
" Maifon de Medicis , & par
+2
292 MERCURE
confequent à plufieurs teftes
Couronnées , ainfi qu'à celles
de plufieurs grands Princes , &
aux meilleures Maifons d'Italie
, dont la plus part comp.
tent des Souverains dans leur
Famille. La moindre qualité
de cet illuftre Nonce , eft fa
grande Naiffance . Il aime les
Lettres. Il accorde fa protection
aux Sçavans , ainfi que
ceux de fa Maiſon ont toujours
fait . Il a beaucoup de fçavoir ,
& fa politeffe égale fa generofité,
Quoy que perfonne n'ait droit
de fepulture dans l'Eglife de
Paris que Me la Ducheffe de
Lefdiguieres de la maifon de
Gondy , dont il y a eu quatre
Evêques ou Archevêques de
GALANT 293
fuite ; néanmoins le Chapitre de
cette Eglife ayant par une diftinction
particuliere , offert à
Mr le Cardinal une Chapelle
pour la fepulture de Mr le Maréchal
Duc de Noailles fon frere.
Son corps qui eftoit en depoft
en l'Eglife des Capucines ,
depuis le 5. Octobre dernier , y
fut tranfporté la nuit du 2. au 3.
Decembre , & en même temps
huit enfans de ce Maréchal ,
morts jeunes , qui eftoient inhumez
aux Capucines . Sur la
minuit quatre Beneficiers de
l'Eglife de Paris , nommez par
le Chapitre fe tranfporterent en
l'Eglife des Capucines où aprés
les Prieres accoûtumées , les
corps furent mis dans des Caroffes
, & tranfportez à Noftre-
Decembre 1708. Bb
294 MERCURE
Dame , fuivis de tous ceux de
la famille éclairez d'un grand
nombre de flambeaux . Quoyque
cette ceremonie fe fit ncognito.
Mr le Duc de Noailles
voulut s'y trouver & affiſta à
toute la ceremonie. Les Corps
eſtant arrivez à Notre - Dame
à la fin de Matines, Mr le Doyen
vint à la tefte du Chapitre le
recevoir à la porte de l'Eglife ,
& il les conduisit à la Chapelle
qui eftoit preparée , où ils furent
inhumez après les Prieres ordinaires.
Le même jour 3. Decembre ,
l'on celebra dans la même Eglife
un Service folemnel par ordre
de M. le Cardinal de Noailles
, où ce Prelat officia . Toute
l'Eglife eftoit tenduë jufqu'à la
·
GALANT
295
voûte, avec deux lez de velours ,
& un rang de grandes armes
hautes de deux aulnes tout au-
Reprefentour
du Choeur. L tout
tation eftoit fur une eftrade à
quatre degrez au milieu du
Choeur , couverte d'un poëfle
de velours bordé d'hermines ,
avec la Couronne Ducale , les
Baltons de Maréchal de France
& le Collier des Ordres fur des
carreaux de yelours couverts
de crefpes , le tout fous un grand
Dais de velours à crefpines d'argent
, fufpendu du haut de la
voûte. Il y avoit un nombre
confiderable de chandeliers
d'argent avec des cierges garnis
d'armoiries fur les degrez de
l'eftrade , ainsi qu'au pourtour du
Chocur; deforte qu'à dix heures
粤
Bb ij
296 M RCURH
dumatin l'Eglife n'étoit éclairée
que par la lumiere des cierges .
A l'heure marquée tous les Prelats
s'étant affemblez à l'Arche
vêché vinrent en corps à l'Egli
fe, où ils furent placez dans des
fauteuils fur une grande eftrade
qui avoit esté dreffée exprés à
cofté de l'Autel du coſté de l'Evangile.
Toute la famille qui
eft nombreuſe , ainfi que tout ce
qu'il y a de plus confiderable à
la Cour & à Paris s'y trouverent
en tres -grand nombre ; de forte
que l'on n'y voyoit que Prelats ,
Ducs , Chevaliers des Ordres
du Roy , & de plufieurs autres
Souverains , Prefidens à Mortier
, Confeillers d'Etat , Gene- 4
raux d'Ordre , & autres perfon - E
nes du premier rang. Quatre
GALANY
297
Archers de la Conneftablie
eſtoient aux coins de la Repre .
ſentation , leurs armes baffes
ayant deux Officiers à leur tefte
affis : Le nombre des Dames qui
affifterent à ce Service , ne fut
pas moins grand , & quoy qu'el
les fuffent auffi placées dans le
Choeur , il n'y eut aucune confuſion
, à cauſe des précautions
que l'on avoit prites de faire
garder les portes & les avenuës.
La Meffe fut chantée par la Mufique
, qui fut placée fur un Ju .
bé fait exprés à la porte du
Choeur. L'Offrande fut portée
par trois Gentilshommes de Mr
le Maréchal , & à la fin de la
Meffe , Mr le Cardinal vint à la
Repreſentation , où il fit les Abfolutions
, afperfions & encen298
MERCURE
femens ordinairemens.
*
Je dois ajouter à ce que vous
fçavez de la prife de l'Ile de
faint George faite par Mr du
Gué- Trouin, que cette Ifle eft
l'une des Açores . Elle est à huit
ou neuf lieuës de celle de Tercera
verd le Nord Oueft. Sal
longueur eft de douze lieuës
& la largeur de deux ou trois
tout au plus . Elle produit quantité
de vivres & du Paftel . Le
Pays eft rude , & plein de Montagnes
qui donnent beaucoup
de bois de Cedre , dont les habitans
trafiquent avec les Menuifiers
de Tercera. Vous devez
juger par toutes ces chofes ,
& fur tout par l'étenduë de l'Ifle
que cette conquefte eft confiderable
. On ne devoit pas ar→
GALANT 299
El
tendre moins de l'armement de
Mr de Gué- Trouin , qui femep
rarement en mer , fans venir
bout des entrepriſes qu'il a pro
jettées , ou du moins d'une partie
, les mefures qu'il prend étant
toujours fi juftes , & d'ailleurs
fa valeur ne manquant jamais
de répondre à la grande
experience. C'est pourquoy les
avantages qu'il remporte fouvent
ne doivent pas furprendre .
Ceux¹ que nous avons eus fur
mer depuis deux mois en divers
endroits font confiderables , &
ceux qui fe donneront la peine
de raffembler les fommes qui
-en doivent revenir , trouveront
pertes que
les Ennemis
ont faites , leur doivent eſtre
fort prejudiciables ; ces pertes,
que
les
300 MERCURE
que je n'ay pas le temps de raf
fembler pour vous en faire un
détail fe trouvent faire un
en divers imprimez
publics , & même dans
ceux des Ennemis .
-Les Ennemis ont fait deux
pertes au commencement de ce
mois , fans compter celle de
plufieurs foldats des Troupes
Etrangeres à qui le paffage de
l'Efcauta donné lieu de deferter,
ce qui provient de ce qu'il y a
prés de trois mois qu'elles font
en Campagne au delà du temps
porté par les Traitez faits avec
les Puiffances dont elles dépendent
, ce qui empêchera que
ces Corps étrangers ne foient
en état d'entrer en Campagne
dans le temps acoutumé , puis
qu'a peine feront ils arrivez
dans
GALANT 301
dans les Etats des Princes qui
les ont mis fur pied , qu'ils
doivent eftre obligez d'en partir
pour fe rendre dans les lieux
qui leur feront deſtinez pour
l'ouverture de la Campagne ;
de forte qu'ils ne pourront avoir
, ni le temps de fe repofer,
ni celuy de faire des recrues ,
dont ils ont un extrême befoin ,
à caufe des grandes pertes qu'ils
ont foufertes pendant le Siege
de Lille , & pendant celuy de
la Citadelle de la même Ville ,
ainfi que pendant les courſes
qu'ils ont faites en plufieurs endroits
pour chercher les
moyens de fubfifter , ces courfes
n'ayant pas efté faites
à autre intention , puifqu'ils ont
abandonné tous les lieux où ils
Dicembre 1708 . 1708. Cc
1.
302 MERCURE
1
ont efté , & que ces fortes de
courfes ne le font pas fans , que
les Payfans qui fe trouvent obligez
de deffendre leurs biens &
leur vie , pouffez par un defefpoir
legitime , n'affomment
beaucoup de monde . Les Alliez
ont auffi perdu un grand nombre
de foldats dans les inarches
qu'ils ont faites pour favorifer
le paffage de quelques efpeces
de Convois qu'ils ont bien achetez
, par ce qu'ils leur ont
coûté d'hommes & de chevaux .
Dans les premiers jours de
ce mois , s'eltant avancez jufqu'au
Pont à Rache pour faire
un grand fourage , ils furent
chargez par plusieurs partis qui
leur enleverent 500 , chevaux ;
de forte
que la plus grande parGALANT
303
tie de ces Fourageurs fut obligé
de fe retirer fans rien emporter.
dDeux jours aprés l'une des
grandes Gardes de leur Armée
fut entierement enlevée , се
qui caufa de grandes alarmes
dans leur camp .
Les Ennemis s'étant empaparcz
de faint Guilain , auffitoft
aprés le paffage de l'Efcaut ,
à peine eurent-ils le temps de
s'apercevoir qu'ils avoient fait
cette conquefte , dans laquelle
on ne leur laiffa pas le
temps
de refpirer. Mr le Marquis
d'Hautefort attaqua cerse Place
au delà de l'Haine , & Mr
le Comte d'Albergotry , l'attaqua
en deça de la même rivie .
re , & le Siege fut fi vivement
pouffé que la Place fut empor-
Ccij
304 MERCURE
tée auf - toft qu'affiegée , &
la Garniſon faite prifonniere
de guerre. Mr le Marquis de
Villers , premier Capitaine des
Grenadiers du Regiment du
Roy , s'étant diftingué en cette
occafion d'une maniere qui
luy attira beaucoup de louanges
, en fut fait Gouverneur .
1
Quoy que je vous aye déja
parlé du transport du Corps
de feu Mr le Maréchal de
Noailles à Noftre Dame , pour
y eftre inhumé avec plufieurs
de fes Enfans decedez , & de
tout ce qui s'eft paffé à cette
occafion dans cette Eglife Metropolitaine
, de nouveaux Memoires
qui viennent de tomber
entre mes mains , m'obligent
de vous parler de nouveau de
et Article , à caufe de quel
GALANT 305
ques circonftances qui ne fe
trouvent pas dans l'Article que
vous en venez de lire . Je feray
obligé pour mettre ces circonftances
dans leur jour , de repeter
quelque chofe de ce que
j'ay déja dit dans le premier
Article ; mais le cas eft fi nouveau
, & l'on enterre fi peu de
Laïques à Noftre - Dame , que
je ne dois rien oublier de ce
qui le regarde.
Le transport du Corps fe fic
peu prés de la maniere dont je
vous ay déja parlé. Le Corps
de ce Maréchal eftoit feul
dans un Caroffe , Ces deux Caroffes
étoient fuivis de huit autres
en Deüil , dans lefquels étoient
Mrsle Duc & Marquis de
Noailles , accompagnez de plufieurs
Gentilshommes de le
306 MERCURE
maifon . Cette marche fut éclai
rée par un grand nombre de
Flambeaux , dont il y en avoit
douze aux coftez des deux Caroffes
où eftoient les Corps.
Ce Convoy arriva à Noſtre-
Dame environ à minuit , où le
Chapitre avoit commencé Matines.
Lorfqu'elles furent finies ,
Mr le Doyen & tout le Chapitre
vinrent recevoir les Corps à
la porte du cofté du Cloiftre ,
pour les porter dans la Cave
qui eft dans l'une des Chapelles
de ce même cofté . On chanta
les prieres accoûtumées par
où finit la Ceremonie de ce
jour- là.
2
Le Service fe fit le lendemain
fur les onze heures dans le nouveau
Choeur de cette Eglife ,
GALANT 307
qui eftoit tenduë de noir jufqu'à
la voute .
Je vous ay déja parlé des
ornemens lugubres qui estoient
fur cette Tenture .
Il y avoit un fi grand nombre
de cierges dans des chandelliers
d'argent , qu'ils paroiffoient
le toucher les uns les autres
; auffi affure - t on qu'il y
en avoit cinq cent , fans compter
fix douzaines qui estoient
autour de la Repreſentation qui
eftoit au milieu du Choeur
fous un Dais fufpendu en l'air ,
& par confequent fans colonnes.
La Reprefentation eftoit élevée
d'environ trois pieds , couverte
d'un Poil de velours noir , croifé
de toile d'argent , & dont la
bordure d'hermine avoit plus
C iiij
308 MERCURE
3
>
d'un pied de haut . Mr le Cardi .
nal de Noailles officia , & S. E.
avoit pour Affiftans quatre
Chanoines , dont Mr le Doyen
eſtoit du nombre. La plus- part
des Chanoines avoient quitté
leurs Chaifes , qui furent occu
pées par les plus grands Seigneurs
de la Cour , & par quan
tité de perfonnes de la Ville ,
de la plus haute diftinction . Les
Dames les plus qualifiées furent
placées au bout de ces mêmes
Chaifes , dans l'efpace qui eft
entre ces Chaiſes & le grand
Autel , du coſté de l'Evangile .
Le Clergé, compofé d'un grand
nombre d'Evêques , eftoit de
l'autre cofté. Trois Gentilhommes
du deffunt allerent feuls à
l'offrande ; le premier portoit?
GALANT 309
un cierge chargé de Louis d'or
depuis le haut jufqu'au bas ; le
fecond portoit un pain , & les
troifiéme du vin dans un tresbeau
vaſe . La Mufique de Nôtre-
Dame fe fit entendre pendant
la plus grande partie du
Service , & elle fur trouvée
tres - belle , ainsi que le De profundis
qui fut auffi chanté en
Mufique.
Je dois vous parler du retour
de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans à Verfailles ; de celuy
de Monfeigneur le Duc des
Bourgogne , de Monfeigneur le
Duc de Berry qui arriva quelques
heures aprés ; de celuy de
Mr le Duc de Vendôme ; de
celuy de Mr le Chevalier des
Saint Georges , & de celuy de
3TO MERCURE
•
Mr le Maréchal de Bouflers . Je
devrois commencer par ce qui
regarde S. A. R. mais comme
il me manque encore quelques
Memoires touchant fon voyage
à Madrid , je remets à la fin de
ma Lettre , à vous parler du retour
de ce Prince .
Je viens à ce qui regarde Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
dont la Campagne a efté fi longue
, qu'elle a renfermé prés de
trois mois d'hiver contre l'ufage
ordinaire. Quoyque je vous aye
parle chaque mois de ce qui s'eft
paffé pendant cette Campagne ,
je dois neanmoins , non pas
vous le repeter ; mais vous rapeller
l'idée de tout ce qui s'y
eft fait , afin que vous la puif
fiez voir tout d'une veuë . Je
GALANT
311
crois la devoir feparer en trois
Articles , dont le premier re-.
gardera ce qui s'eft paffé depuis
que l'on eft entréen Campagne ,
jufqu'au jour que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne mit fon
Camp à Louvendeghem ; le fecond,
tout ce qui s'eft paffé pendant
que ce Prince eft demeuré
dans ce Camp , & le troifiéme
tout ce qu'il a fait dans le Camp
du Saulloy.
Depuis que ce Prince fe fut
rendu à l'Armée , jufqu'à la prife
de Gand & de Bruges , il ne
ceffa point d'inquieter les Ennemis
, & de les fatiguer beaucoup
par des marches , & des
contre-marches qui leur firent
fouvent prendre le change ; enforte
qu'eftant toujours en mou312
MERCURE
vement , leur Cavalerie fouffrit
beaucoup , & qu'ils perdirent
un grand nombre de chevaux ,
ainfi qu'ils faifoient ſouvent au
fourage. On doit remarquer que
l'Armée de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne en faifoit fouvent
de grands , & que ce Prince
alloit prefque toujours. Pendant
que ces chofes fe paffoient ,
il n'agiffoit pas moins dans le
Cabinet qu'en Campagne , puifqu'il
y prenoit des mefures pour
fe rendre maistre de Gand & de
Bruges , & ce qui fe paffa à cette
occafion fut traité avec tant
de fecret , que non feulement
les Ennemis n'en découvrirent
rien ; mais qu'ils ne s'en douterent
pas même . Cette affaire
fut auffi bien imaginee que bien
d
-
GALANT 313
> ce
conduite , & bien executée . Le
projet eftoit auffi de fe rendre
maiftre d'Oudenarde
que l'on auroit fait indubitablement
, fi l'on n'avoit point eſté
prevenu par les Ennemis . Ce ne
fut pas la faute de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce Prince
avoit refolu de partir plûtoft;
mais des perfonnes dont on ne
m'a point dit le nom , luy reprefenterent
qu'il devoit differer
fa marche de quelque heures, &
elles luy en donnerent tant de
raifons , & le prefferent fi fort ,
que ce Prince fe rendit à leurs
avis . Il y a lieu de croire , non
feulement qu'elles les croyoient
bons,mais même qu'ils l'étoient
en effet dans le tems qu'elles les
donnoient , & qu'il arriva quel
314 MERCURE
que cas imprevû qui fit changer
la face des chofes , Quoyqu'il
en foit , la marche reculée
fit manquer l'affaire , & fut caufe
du combat qui fe donna , dans
lequel Meffeigneurs les Princes
fe trouverent & demeurerent
jufqu'à la fin , ne s'eftant retirez
qu'avec les Troupes Je ne vous
dis rien davantage de cettejournée
, ce que je vous en ay écrit.
contenant un Volume , dans lequel
on voit une Lettre écrite
au Roy par Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , touchant l'entrée
des Troupes de Sa Majef
té dans Gand & dans Bruges ,
& tout ce qui avoit efté fair
pour le rendre maiitre de ces
Places. Cette Lettre fait voir
que le Prince qui l'a écrite ,
GALANT 315
connoift parfaitement tout ce
qui regarde le métier de la guerre
pour lequel il a beaucoup
d'application , comme il paroift
par le compte qu'il rend à Sa
Majefté .
Le Combat d'Oudenarde fit
on grand bruit dans toute l'Europe
, & l'on publia prefque
dans toutes les Cours qu'il avoit
efté fort defavantageux aux
François , & que toute leur Armée
avoit cfté défaite . Deux
chofes furent caufe que la Renommée
répandit ces nouvelles ,
Prefque dans toute l'Europe.
La premiere eft que l'Armée des
Alliez eft compofée de Troupes
d'un grand nombre de Souverains
differens dont les Generaux
ne manquent pas d'écrire
316 MERCURE
A
aà
leur Maiftre les avantages
que les Alliez prétendoient
voir remportez dans cette Journée.
La feconde raifon qui fit
répandre le faux bruit de cette
victoire imaginaire , eft qu'il ne
fe paffe aucune action heureuſe
ou malheureuſe , entre l'Armée
des deux Couronnes & celle des
Alliez , fans que les Anglois , &
particulierement les Hollandois
, rempliffent toute l'Europe
de fauffetez , en attribuant
toujours l'avantage aux Alliez
de quelque maniere que les chofes
ayent tourné ; on doit remar
quer que le nombre des Imprimez
qui paroiflent tous les mois
contre les deux Couronnes
puifqu'outre les Gazettes d'Angleterre
, huit Gazettes de BruGALANT
317
xelles , qui fe debitent tous les
mois , il y a dans la Hollande
feule fept Imprimez par femaine
, qui font vingt - huit par
mois , fans les Extraordinaires
; c'eft dequoy étourdir toute
l'Europe des faufletez dont
tous ces Ecrits font remplis , &
ce font par ces Imprimez que
les Alliez trompent leurs peuples
, les ruinent , & les engagent
infenfiblement à fournir
aux frais de la guerre , pendant
que les Generaux , & ceux qui
ont le maniement des affaires
font de groffes fortunes aux dépens
des peuples , & même dui
fang de ceux qui font employez
dans cette guerre , & qui croyant
combattre pour leur Patrie
combattent pour agrandir la
Decembre 1708. Dd
318 MRCUR
"
fortune de leurs Commandans.
On ne doit pas s'étonner fi
ces Peuples , accoûtumez à eſtre
trompez donrerent quelque
creance à ce que l'on publia de
la victoire remportée fur les
Troupes des deux Couronnes ,
puifque la victoire devoit d'abord
paroître douteuſe , & même
peu favorable aux François
avant que l'affaire fut entierement
éclaircie . La nuit avoit
efté caufe qu'une grande partie
de leur Armée avoit efté difperfée
, & s'estoit retirée dans
differentes Places , les Troupes
s'eftant égarées & ayant
pris de fauffes routes . Il n'en
falloit pas davantage à ceux qui
ont l'art de déguifer la verité ,
& qui même en accablant les
GALANT 319
Peuples de brillantes fauffetez ,
leur font croire des chofes dans
lefquelles ceux qui font bien
inftruits ne trouvent pas feulement
un ombre de verité . Il
n'en falloit pas davantage , disje
, que ce qui eftoit arrivé aux
François , en s'égarant pendant
la nuit pour faire croire à ceux
qu'il eft aifé de tromper , que
les François avoient efté bien
battus , & il falloit beaucoup de
temps pour les détromper. Cependant
ils le furent à mefure
que nos Troupes rejoignirent
l'Armée de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & ce qui
acheva de leur faire connoiſtre
entierement la verité , fut que
fi noftre deffaite avoir efté auffi
complette que les Alliez le pu-
Dd ij
320 MERCURE
blioient ils feroient d'abord rentrez
dans Gand & dans Bruges ,
au lieu qu'ils n'oferent feulement
regarder ces Places , &
que les François fe rendirent
maîtresde Plaffendal , & de plufieurs
autres Poftes.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
pour affurer les conquêtes
qu'il venoit de faire , mit fon
Camp à Louvendeghem , d'où
il fit trembler la Hollande jufque
dans fon centre , & d'où il
n'avoit qu'à envoyer des partis
pour les rendre riches , & pour
établir des contributions. MAA
Les Alliez voyant que leur
fauffe victoire , & les allarmes
qu'ils avoient crû donner en la
publiant ne produifoient rien
& qu'il n'y avoit rien à gagner
GALANT 321
6
du cofté où eftoit Monfeigneur
de Duc de Bourgogne , fe répandirent
du cofté de nos frontieres
pour faire retirer ce Prince
de celles d'Hollande ; mais leur
politique & leurs courſes furent
inutiles , ce Prince demeura ferme
dans le deffein de couvrir fes
conqueftes , & de faire trembler
la Hollande ; & en effet , plus
les Alliez firent de ravages fur
nos frontieres , plus celles de
Hollande , & l'interieur même
du Pays s'en reffentit , & les
contributions furent quatre fois
auffi fortes que celles que les
ennemis tiroient du cofté de
l'Artois , où leurs foldats étoient
fouyent affommez par les Payfans
, au lieu que les Hollandois
qui avoient peu de Trou322
MERCURE
peu
pes fur leurs frontieres faifoient
de mal au noftres . Ce fat.
pendant ce temps de petites
guerres , mais vives , que l'affaire
de l'Ile de Cadfandt arriva.
Elle eft fi connue , & elle a
fait tant de bruit icy qu'il n'eft
pas necefltire que j'en dife da
vantage pour la faire remettre
en memoire .
Enfin les Ennemis chagrins
de voir qu'aprés s'eftre tant
vantez ils ne tiroient aucun
avantage , & que leurs hauts
faits dont ils avoient remply
toute l'Europe par leurs écrits ,
ne produifoient rien , refolu
rent de mettre tout en uſage
pour faire les derniers efforts.
Ils demanderent de nouvelles
Troupes en Allemagne , & on
GALANTE 323
r
leur envoya toutes celles que
l'on pu détacher fans trop
rifquer. Ils en demanderent en
Angleterre , d'où l'on fit plufieurs
détachemens pour Flandre
, & les Hollandois tafcherent
de leur cofté de groffir
leurs Troupes , & les muni
tions , & les provifions leur
vinrent de plufieurs endroits ,
ce que l'on ne pouvoit empe
cher , parce que nos Troupes
ne pouvoient eftre par tout ,
& qu'elles eftoient trop avantageulement
poftées pour ne
pas avoir de grandes precautions
pour s'empecher de pren .
dre le change for de fauffes aparences
, à quoy les Ennemis
avoient toujours crû qu'ils
les pouroient engager. Enfin
X
324 MERCURE
voyant qu'ils ne manquoient
ni de Troupes ni des chofes
neceffaires pour commencer
un grand Siege , ils firent plufieurs
mouvemens pour nous
embarraffer , & en effet il étoit
dificile de pouvoir deviner à
quel fiege ils s'attacheroient ,
& peut eftre qu'ils l'ignoroient
eux-mêmes ; mais tout cela ne
fur pas capable de faire prendre
le change à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & il falloit pour
que ce Prince agit prudemment
qu'il attendit non - feulement
que les Alliez euffent mis le
Siege devant une Place ; mais
même qu'ils euffent commencé
à ouvrir la tranchée , & ce fentiment
eftoit general . Il atten
dit done que la Ville de Lille
fuft
GALANT 325
fuft affiegée dans les formes , &
même que la tranché fuft ouverte
, & jufques - là il ne fit aucun
mouvement , parce que s'ils
n'avoient pas efté affez engagez
à ce Siege pour ne s'en pouvoir
dédire , ils l'auroient levé au ffitoft
qu'ils feroient venus à leur
but , qui eftoit de le depofter
pour dégager la Hollande , &
découvrir Gand & Bruges ;
mais dés que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne eut efté perfuadé
qu'ils avoient refolu de
pourfuivre le Siege de Lille , &
qu'ils eftoient trop engagez
pour s'en dédire , il partit de fon
Camp de Louvendeghem avec
une précipitation & une vivacité
dans fa marche qui firent
connoiftre qu'il ne refpiroit que
·Decembre 1708 .
Ec
336 MERCUR
le combat , &
dont
on ne pourradouter
fi l'on examine tout
le chemin qu'il fit en tres- peu
de temps , ce qui fut caufe qu'il
joignit Mr le Maréchal de Barwick
beaucoup plutoſt que l'on
n'avoit crû . Comme les Trousipes
eftoient fort fatiguées lorfqu'elles
arriverents qu'il y a-
-vois plufieurs partis à prendre
qui paroiffoient tous avantageux
, & qu'il n'eftoit pas poſſi
ble de tenter une entrepriſe de
la plus haute confequence, nonfeulement
fans tenir Confeil ;
mais fans fonder les principaux
Officiers , & même les Troupes ,
la prudence ne voulant pas qu'-
aucun fe chargeaft feel d'une
affaire qui pouvoit eſtre deciſi.
ve , les deliberations durerent
C
GALANT 327
quelque temps ; & comme on
cut remarqué que toutes les
Troupes refpiroient le comlibaryon
refolut d'aller attaquer
-l'Armée d'obfervation des ennemis
qui estoit commandée par
de Duc de Marlborough. Cette
armée d'obfervation pouvoic
paffer prefque pour l'armée entiere
des Alliez , le Prince Eugene
eftant demeuré devant Lille
avec tres peu de monde . Auf-
Stfi n'eftoit-il pas neceffaire qu'il
en confervaft beaucoup , puifque
loin de pouvoir eftre attaqué
pendant le combat , il auroit
pû venir au fecours du Duc
de Marlborough
, & que fi ce
Duc avoit efté forcé dans les
retranchemens qu'il avoit faic
élever au devant de fon armée ,
Ecij
328 MERCURT
"
il pouvoit fe retirer dans les lignes
que l'on regardoit comme
inattaquables . On doit donc
remarquer que pour réuffir
dans le deffein qu'on avoit pris
d'attaquer les ennemis , il fal
loit premierement qu'une armée
encore fatiguée d'une longue
marche , attaquaft des retranchemens
d'une force furprenante
, & accompagnez de
foffez fort larges & fort profonds
. Je vous ay déja donné
une deſcription de ces fortifications
, qui font connoiſtre la
prodigieufe quantité de terre
que les ennemis avoient rel
muée en fi peu de temps , que la
chofe devroit paroîte incrêyable
à ceux qui n'en ont pas elté
témoins oculaires . Je dois ajoû.
GALANT 329
ter qu'il y avoit aux deux bouts.
de ces rais
deux
ma
rais inacceffibles . Il falloit pour
réüffir dans le deffein que l'on
avoit pris , forcer tous ces obftacles
par lefquels on auroit d'abord
efté arrefté. Il falloit enfaire
battre l'armée du Duc de
Marlborough , ce qui ne le
pouvoit faire entierement , parce
que dès qu'elle auroit commencé
à avoir du defavantage
, elle fe feroit retirée dans les
lignes où il auroit fallu forcer
les deux armées jointes enfemble
, pour faire lever le Siege ,
fans quoy tous les efforts que
l'on auroit faits n'auroient cfté
d'aucune utilité , quoi qu'ils euffait
perdre beaucoup de monde .
On doit juger aprés cela s'il n'é-
Eenj
330 MERCURE
toit pas de la prudence de nep
point expoſer une armée qui aus
roit prefque péri entierement eno
triomphant.
Les choſes ne pouvant eſtres
autrement , à moins d'un miracle
qu'il n'y avoit pas lieu d'ef
perer , Monfeigneur le Duc der
Bourgogne prit quelque temps
enfuite le party de garder l'Efcaut
, & fe rendit pour cet effet
quelques jours aprés au Camp
du Saulloy . On pouvoit tirer
divers grands avantages de cel
party , & auffi en a - t - on tiré
beaucoup ; les Ennemis onteſté
long- temps harcelez , & ont
fouvent manqué , tantofty de
provifions , tantoft de muni
tions . Ils ont efté obligez de réu
pandre des partis de cous côtez ,
T
GALANT133
qui fouvent n'en ont que peu ra- s
porté , & fouvent point du touts
mais il eft conftant que ces parei
tis ne revenoient jamais entiers , i
ce qui dans la fuite des temps
ne laiffoit pas de caufer une per
te confiderable . Pendant ce
temps il leur eft arrivé diverfes
mechantes affaires dans lefquel
les ils ont beaucoup perdu , L'affaire
de Leffingue eft de ce nombre,
ainfi que celle dans laquelle
trois Regimens de Brandebourg
leur ont
vezeté
enlevez
. Vous
a
vez vů des détails de ces affaires
, qui ne font pas les feules
qui leur font arrivées , où ils
ont perdu confiderablement
de
monde ; tout cela n'eftoit rien en
comparaison de ce qui leur de
voit arriver , puifqu'ils auroient
Ee inj
332 MRRCURE
dû eftre obligez d'abandonner
le Siege de Lille , & de demander
à
cap'ils
ne vou
loient mourir de faim ; mais il
falloit pour cela que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne pût
effre par tout où Mr de Vendôme
ne pouvoit le trouver ; ces
deux mots en difent affez , &
expliquent tout . Il eft fi vray
que ce parti eftoit auffi bien imaginé
qu'il avoit efté pris prudemment
, & l'on en doit juger
par l'extrait d'une Lettre du
General Schlik , Commiffaire
general de l'Armée Imperiale,
Cet extrait que j'ay oui lire ,
& quia efté tiré de la Lettre
originale de ce General contient
ces termes . La valeur indif
crete du Prince Eugene , & la va
GALANT 333
·
nité de Marlborough , coûteront cher
aux Alliez, &fi les Françoisgardent
bien l' Efcant , l'Empire en feia
ébranlé. Il n'en faut pas da
vantage pour juftifier ceux qui
avoient pris le party
de le garder
, & je ne dois pas entrer
dans un plus grand détail ; j'adjoûteray
feulement qu'il eft des
fatalitez qui font échouer toute
la prudence humaine,
Le 11. Monfeigneur le Duc
de Berri arriva à Verſailles
quelques heures aprés l'arrivée
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. Je n'ay rien à vous dire
de ce Prince , fi ce n'eft que toute
l'Armée a remarqué l'ardent
defir qu'il avoit de fe trouver
dans une action où il pût acquerir
de la gloire, & il s'eft com334
MERCURE
porté d'une maniere qui ne laiffe
aucun lieu d'en douter.2400V
Mr le Duc de Vendôme arrival
à Versailles le 15. Le Roy étoit
dans fon Cabinet , & comme il
ne fçavoit point fon arrivée , il ,
for furpris de le voir lors qu'il
en fortit. La joye parut d'abord
fur le vifage de Sa Majefté
, qui commença de loin à
luy marquer le plaifir qu'Elle i
avoit de fon retour , par un des
fes fourires qui ont jufqu'icy en
chanté tous ceux qui ont eu les
bonheur de s'en attirer. La fuite
répondit à ce commencement
& l'on ne peut eftre reçû pluss
agreablement que le fut cel
Prince. Je ne vous dis rien des
converfations qu'ils ont eu's
depuis , mon reffort ne s'éGALANTM
335
tendant pas juſques - là.akou
Vous avezfçu le retour deMon
fieur leChevalier de S. Georges
dont je n'entreprendray point
de vous dire tout le bien qu'on
en a dit à l'Armée pendant tou
tela Campagne il a de l'efprit
il eft gracieux , il eft prevenant ;
il a toutes les qualitez d'un par
fairement honnefte homme , &
l'engagement où il s'eft trouvé
une fois , a fait voir que l'on ne
pouroit pouffer la valeur & l'in
trépidité plus loin qu'il les
poufferoit , s'il en avoit occafon.
Il a tenu table pendant
toute la Campagne , & plufieurs
Officiers fe font fait un
plaifir d'aller manger chez luy ,
plûroft pour avoir la fatisfac
tion de le voir & de l'entendre ,
336 MARCURE
que pour aucune autre raiſon .
Sa réputation eftoit non feulement
établie parmi nos Trou.
pes , mais auffi parmi celles des
Alliez , où l'on fe faifoit un plai
fir d'en parler dans certains
Corps ; & je puis même vous
affurer que prefque toute une
Nation entiere n'en entend ja
mais parler qu'avec joye,
Quoy que ce foit icy le lieu
de vous marquer l'arrivée de
Mr le Marechal de Boufers
à Versailles , je dois neanmoins
vous parler auparavant de ce
que la Renommée n'a laillé
ignorer à perfonne ; mais com
me elle repand prefque toujours
les grands & heureux
événemens ainfi que les malheurs
éclatans , avec beaucoup
QALANT 337
>
de precipitation , elle oublie
quelques fois beaucoup de
circonftances fans lesquelles on
ne peut eftre informé à fond
des chofes qu'elle raporte . Je
vous diray donc que Mr le
Marechal de Bouflers aprés
avoir pendant quatre mois
défendu la Ville & la Citadelle
de Lille , & caufé de l'admiration
à toute l'Europe dont tous
les Peuples eftoient entre l'efperance
& la crainte , fuivant
Je pa le party qu'ils tenoient , & ne
pouvoient deviner celuy que
la Victoire embrafleroit . Mr
le Marechal de Bouflers , dis - je ,
ayant tenu pendant quatre mois
te l'Europe attentive , crut
que la prudence le devoit engager
de rendre la Citadelle
€338 MERCURE
#
de Lille , quoy qu'il fufto en
état de fe défendre encore quelque
temps ; mais comme cette
défenſe n'auroit rien produit
à caufe que les ennemis ayant
paffé l'Efcaut , il n'avoit plus
de fecours à efperer , quelque
longue refiftance qu'il puftefaipre
, & qu'au contraire cette
refiftance quelque vigoureuſe
& quelque longue qu'elle poft
étre ne pouvoit luy acquerir
qu'une gloire infructueuſe , &
farale aux Troupes qu'il commandoit
, puis qu'ellesn'auroit
pu l'empecher d'eftre fait prifonnier
de guerre , avec toute
fa Garniſon il fit battre da
Chamade. Il ne fallut pas
beaucoup de temps pour convenir
des Articles de la Capituła-
>
GALANYA 339
3
tion , puifque le Prince Eugene
idit qu'il ne vouloit point impofer
de loix à un fi brave
homme & qu'il le laiffoit le
maître de les dreffer & qu'il les
figneroit. Ainfi en vous difant
que cette Capitulation a efté
des plus honorables , c'eft affez
vous faire connoitre en quoy
elle confiftoit. A peine cur- elle
Meſté arreſtée que le Prince
Eugene , contre l'ufage ordinaire
, impatient d'embraffer
un homme dont la valeur & la
conduite venoient de caufer
rant détonnement à toute l Europe
, entra dans la Citadelle
acompagné de cinq perfonnes
feulement & il y demeura deux
heares . Vous pouvez juger que
pendant ce temps ces deux
340 MERCURE
grands Generaux le donnerent
des louanges reciproques ; que
Mr de Bouflers loua là vivacité
avec laquelle le Prince Eugene
l'avoit attaqué & que le Prince
Eugene loua la longue & vigoureufe
défenfe de Mr de Bouflers
.
Enfin toutes chofes étant
prétes pour l'evacuation de la
Citadelle , Mr le Marechal de
Bouflers fortit avec toutes les
marques d'honneur dont on
eftoit convenu ; c'eft à dire ,
avec plufieurs pieces de Canon
& quelques Mortiers , Tambour
battant , Enfeignes deployées
, & de la Poudre pour
tirer autant de coups que Mr de
Bouflers avoit demandé . La
Capitulation d'une Citadelle
GALANT 341
ne confifte ordinairement qu'en
ces fortes d'articles , puis qu'il
n'y a point d'Habitans , & que
la Capitulation de la Ville ,
lors qu'elle à efté prife la premiere
, doit avoir réglé toutes
les chofes qui font ordinairement
le fujet des Capitulations ,
Mr de Bouflers fut conduit à
Douay , ou 400. Cavaliers de
l'Efcorte qui luy avoit efté donnée
, voulurent bien entrer fur
fa parole , & où ils coucherent
aprés avoir efté bien regalez ,
Ces Troupes eftant retournées
à Lille , & la Commiflion
de Mr de Bouflers qui eftoit de
défendre la Ville & la Citadelle
eftant finie ce Marechal
pouvoit revenir à la Cour , cependant
pour fervir d'exemple
Decembre 1708 . Ff
342 MERCURE
.
3
aux Officiers qui prennent
quelques fois la liberté de quit
ter l'Armée fans congé , il ne
partite point de Douay qu'il
n'en reçut les ordres du Roy .
Il arriva le 16. à Verſailles. Je
ne vous dis point de quelle
maniere ily a efté reçu , mais il
eft aisé de fe l'imaginer. Le Roy
ne ſe contenta pas de luy mar
quer combien il eftoit fatisfait
de fes fervices ; mais il luy en
donna des preuves , en le nommant
Duc & Pair , ce Marechal
n'ayant eu juſqu'alors qu'un
Brever de Duc. Il luy donna
les grandes Entrées , à commencer
au premier jour de l'année,
& S. M. ajouta aux graces dont
elle venoit de l'honorer la
furvivance du Gouvernement
GACANT 343
de la Flandre Françoife pour
Mr le Marquis de Bouflers fon
fils .
Comme felon toutes les appa
rences , la prifejde la Citadelle
de Lille doit avoir mis fin à la
Campagne, examinons les avantages
qui ont efté remportez de
part & d'autre , & à qui le prine
cipal avantage eft demeuré. Les
Troupes des deux Couronnes
ont toujours harcelé les ennemis
depuis l'ouverture de la
Campagne jufqu'à la priſe de
Gand & de Bruges ; ces avantages
n'eftoient pas extrêmement
confiderables ; mais ils eftoient
frequens , & le nombre ne laiffe
pas d'eftre fort préjudiciable à
ceux qui font des pertes continuelles
. Gand , Bruges , Plaf-
Ff ij
344 MERCURE
fendal , plufieurs autres, Poftes ,
& Leffingue font demeurez aux
deux Couronnes , & la Ville &
la Citadelle de Lille aux Alliez ,
avec cette difference que les
conqueftes qui ont efté faites
par les Troupes des deux Couronnes
ne leur coûtent perfonne,
& que celle des Alliez a
fait diminuer leur Armée de
trente mille hommes , qu'ils ont
perdu une partie de leurs Grenadiers
, & de la tefte de leurs
Troupes , ce qui ne peut eftre
reparé par de nouvelles levées ,
puifqu'il faut du temps pour
rendre des Troupes auffi aguer
ries que celles que les Alliez
ont perdues , fans compter un
grand nombre de braves Officiers
& d'habiles Ingenieurs .
GALANT 345
Ce font des faits qui fetrouvent
dans toutes leurs Relations.
D'ailleurs un Siege auffi long
que celuy de Lille a tant coûte
de millions que je n'oferois marquer
ici le nombre auquel on le
fait monter , de crainte de paffer
pour exagerateur . Cependant
on doit remarquer que le
Siege de Lille a efté accompagné
d'une circonftance qui le
trouve rarement dans les autres
Sieges ; c'eft à - dire que pendant
quatre mois , les Alliez ont efté
comme affiegez dans leur Camp,
ce qui doit leur avoir coûté in
finiement d'hommes & d'ar
gent , ayant efté obligez d'avoir
toujours un grand nombre de
partis en Campagne pour chercher
des vivres , & qui ne font
346 MERCURE
jamais revenus entiers , & ayant
fouvent payé tres- cherement
ceux àqui l'avidité du gain , ou la
neceſſité a fait riſquer leur vie
pour leur en aporter contre les
défenfes qui leur en avoient efté
faites . Ainfi tout examiné,perte
d'hommes , dépenfe d'argent ,
Contributions tirées de l'Artois
& des frontieres d'Hol.
lande , la Campagne a infiniment
plus coûté aux Alliez
qu'aux deux Couronnes. Il ne
refte plus qu'à fcavoir lequel
des deux partis tirera dans la
faite le plus d'avantage de fes
Conqueftes. Celles des deux
Couronnes font en nombre
confiderable , & les Alliez n'ont
fait que celle de Lille qui eft
environnée de plufieurs Places
GALANT 347
auffifortes que grandes , & dont
les Garniſons incommoderont
beaucoup celle de Lille . Je
remplirois prefque un volume,
fi j'entreprenois de vous prouver
que les conqueftes des deux
Couronnes peuvent leur eftre
plus utiles , & les mener beaucoup
plus loin que la conqueste
de Lille ne menera les Alliez ,
& qu'ils trouveront toute la
France qui s'opofera à leurs
projets , au lieu que les deux
Couronnes trouveront
d'obſtacle du cofté de laHollande
, où l'Armée des Alliez ne
pourra eftre , puifque plufieurs
raifons doivent les obliger de
ne perdre pas Lille de veuë.o
Ilocft vray que comme les
dernieres actions font celles qui
peu
348 MERCURE
frapent le plus , fur tout lors
qu'elles font éclatantes, la Conquefte
de Lille femble avoir fait
oublier les Conqueftes qui ont
d'abord efté faites par les deux
Couronnes , ainfi que les fommes
immenfes que Lille coute
aux Alliez ; mais lors que le
bruit des Armes fera ceffé , &
que l'on examinera murement
tout ce qui s'eft paffé pendant
Ta Campagne , on trouvera
qu'elle doit eftre infiniment
plus avantageufe aux deux
Couronnes qu'aux Alliez qui
ont acheté cherement ce qu'ils
ont conquis , au lieu que les
Conqueftes des deux Couronronnes
ne leur coutent ni hommes
ni argent, & que s'il étoit
temps d'ouvrir la Campagne ,
7
ils
GALANT 349
ils trouveroient une Armée
nombreuſe , au lieu que celle
des Alliez eft fort diminuée , &
en fort mauvais état .
Son Alteffe Royale , Monfieur
le Duc d'Orleans étant
fur le point de retourner en
France aprés avoir fait une glorieufe
campagne , fit fi bien
preparer avant ſon départ toutes
les chofes neceffaires pour
la prife de Denia & pour celle
d'Alicante , & ce Prince donna
de fi bons ordres qu'il n'y avoit
pas lieu de douter que la victoi
re qui l'avoit accompagné pendant
toute la Campagne fuivroit
encore les Etendards des
Troupes des deux Couronnes
pendant une partie de l'Hyver,
ce Prince ne s'eft pas trompé ,
Decembre 1708. Cg
350 MERCURR
& les projets qu'il avoit formez
ont eu les fuccez qu'il en attens
doit. 705V070
--Vous avez fçu la prifel de
Denia , & cette Place s'eftant
fi peu défendue , que l'on peut
dire qu'elle s'est renduë pref
que fans aucune refiftance . Une
conquefte fi prompte a non feu
lement beaucoup avancé le
temps de la priſe d'Alicante ;
mais elle a donné les moyens de
faire ce dernier Siege avec plus
de facilité & moins de dépentes
Premierement , parce que ne
s'étant défenduë que tres peal
de temps , ont y a trouvé toutes
les Munitions & toutes les pro
vifions qu'on y avoit amaffées
pour foutenir un long Sieges
& en fecond lieu , parce que
GALANT . 351
toutes celles que l'on avoit
aportées pour faire ce Siege,
croyant que la Place pouroit
tenir long temps, font prefqu'entierement
reftées aux
Vainqueurs qui ne les avoient
prefque pas entamées lors
que la Place s'eſt renduë .
Ainfi cette prompte reddition
eftoit caufe que l'on fe trouvoit
le double des provifions necef
faires pour faire le Siege d'A
licante , au lieu que fi Denia
avoit tenu long - temps , il aus
roit falla en avoir de nouvle .
les pour le Siege d'Alicante ,
pour lequel on n'en a eu aucun
befoin . D'ailleurs l'Armée ſe ›
trouvoit auffi peu fatiguée &
auff entiere aprés le Siegende
Denia , que fi cette conquefte
1
Ggij
352 MERCUR
♬
?
no luy avoit rien couté du tout.
Theft aifé de juger par - là des
allarmes dont furent aprés la
prife de Denia , remplis les
coeurs de ce qu'il reftoit de
fujets rebelles dans le Pays . Auf
fis prirent- ils une telle épous
vante fur les premiers avis qu'ils
curent du départ des Troupes
quil marchoient pour aller inveftir
Alicante fous les ordres
de Don Petro Ronquillo , qu'ils
feujetterent dans certe Place.
Riemne fait mieux voir la mauvaife
fituation où ces Rebelles
feltrouvoient , & qne ne fçachant
quel party prendre, ils
en embrafferent un qui pouvoit
eftres caufe de leur perte , puifst
qu'en s'enfermant dans Alican
te , ils rifquoient par- là des fel
•
GALANIM 353
voir bientoft entre les mains du
Vainqueur , ce qui estoit tout
ce qu'ils vouloient éviter ; mais
par bonheur pour eux , le Gou
verneur manquant de vivres ,
& n'ayant aucune efperence
d'en recevoir , leur fit declarer
qu'il ne pouvoit leur donner de
fubfiftance que pour 4. jours ,
& qu'ainfi ils devoient chercher
les moyens de fe pourvoir ailleurs
. Il leur declara auffi qu'il
ne pouvoit en recevoir aucun
dans la Citadelle ; de maniere
´qu'ils fe retirerent avec preci
pitation , les uns ayant pris le
party de s'embarquer , & les aus
ttes de s'avancer dans le pays
le plus avant qu'il leur feroit
poffible . Le Gouverneur ne
fçachant quelles mesures pren
Ggij
354 MERCURE
dre pour éviter l'orage dont il
voyoit bien qu'il alloit eltre
accablé , propofa de faire ab
batre une partie des Fauxbourgs
, afin de rendre l'attaque
de la Ville plus difficile ; mais
cette propofition ayant efté rejettée
, parce que dans la fitua- b
tion où fe trouvoient les affai - i
res , elle ne pouvoit qu'eftreinutile;
& faire perdre , fans en tirer
aucune urilité , le bien de
plufieurs Habitans ; le Gouver
neur irrité de ces refus , fit em- si
prifonner dans le Château ,
ceux qui s'eftoient le plus opis : f
niatrement opofez à fes avis
Sur les premieres approches st
de l'arrivée de Mr le Chevalier
d'Asfeld devant Alicante , on
atsendoit icy un auffi heureux
GALANT
355
*
fuccés de cette
entrepriſe que
de celle de Denia , & lors qu'on
efperoit chaque jour d'en apprendre
la nouvelle , il arriva le
Is . aufoir un Courrier
extraordinaire
à Monfieur le Duc d'Albe
, qui eftoit parti le 7. de Madrid.
Ce
Courrier raporta que
lanouvelle de la prife de la Ville
d'Alicante , avoit eſté apportée
à S. M. C. par Mr le Marquis
de Santa Cruz , Grand
d'Efpagne , & Gentilhomme
de
la
Chambre en
exercice ; que
ce Marquis eftoit arrivé le 6. à
Madrid , & que toute la Cour
& toute la Ville avoient donné
des marques d'une grande joye .
Voicy le détail qu'en avoit apporté
Mrle Marquis de Santa
Cruz traduit de la Relation
356 MERCURE
que
Monfieur le Duc d'Albe en
a reçûë .
MPNG"
14
Le 1. de ce mois une partie
des Troupes ſe jetta tumultueufement
dans un des Fauxbourgs
qui fut emporté prefque fans
refiftance, Le 2. on s'empara des
autres Fauxbourgs , & le 3. au
matin on força l'épée à la main
un Retranchement que les Ennemis
avoient fait , quoyqu'il
n'y eût aucune brèche , les
Troupes impatientes de fe fi
gnaler ne s'eftant pas donné le
semps d'attendre que l'Artillerie
fast placée. Les Ennemis
furpris d'une pareille vivacité ,
& jugeant par- là que la Place
ne pouvoit éviter d'eftre bien
toft
emportée de force , & le
Gouverneur voulant fauver
K
GALANT 357
trois bons Regimens qui auroient
efté faits prifonniers de
guerre , prit le party de faire
battre la Chamade , & il fut ar
refté par la Capitulation que les
Miquelets & autres gens du
Pays fe rendroient à difcretion ,
& fe remettroient à la clemence
de S. M. C. que de trois Regimens
qui estoient dans la Ville ;
deux feroient embarquez pour
eftre transportez à Barcelone ,,
que le troifiéme entreroit dans
le Chasteau , & qu'il y auroit
de part & d'autre une fufpenfion
d'armes de fix jours ; mais
que les Ennemis ne pourroient
faire entrer dans le Chateau
ni vivres , ni munitions , ni Artillerie.
Ce Chafteau ne peut ,
eftre fecouru par Mer , & com
358 MERCURE
ner
trop
me l'on eft maistre de la Campagne
, & même de tout le pays
il ne peut éviter d'eftre obligé
de fe rendre. On ne peut don
o de louanges à Mrode
Chevalier d'Asfeld , quien
moins d'un mois , a fait trois
grandes Expeditions , ayant re
mis fous l'obeïffance de S. M.
C. Villajoiola , Denia & Alia
cante fans avoir perdu qu'envia
ron trente hommes , au lieu que
les Alliez y ont cu plus de doua
ze cens hommes tuez fou , faits
prifonniers . ganoM
Je crois devoir ajouter icy un
article tiré du nouveau Dic -l
tionnaire univerfel de Mendel
Corneille , dont le fuccés a rém
pondu à l'attente que l'on en
ayoit .
GALANT 359
Alicante Ville d'Efpagne,
dans le Royaume de Valence .
Elle eft fituée fur la côte de la
Mer Mediterannée , à trois
heuës de la Ville d'Elche du
côté du Levant , à dix de celle
de Murcie vers le Midy , & à
dix-huit de Valence . Quelques
uns tiennent que c'eſt l'ancienne
Illice ; mais la pluſpart affurent
que c'est l'Alona de Prolomée
, & de Pomponius . Son Port ,
fort renommé dans toute l'Europe
, eft au pied d'une haute
Montagne , avec un Château
au deffus bâti par le Roy Philippe
II. Il y a quelques plateformes
à l'entrée de ce Port
munies de plufieurs pieces de
Canon pour en défendre l'entrée.
Comme il n'a point la pro026
MERCURE
temps
fondeur neceffaire , les Vaiffeaux
font obligez de fe tenir à
la Rade , que deux petits Promontoires
qui l'environnent
mettent à couvert des vents.
Un petit Mole qui tient à l'abry
les Barques , fert en même
de commodité à décharger
les Marchandiſes . La Ville
qui n'eft pas de grande étendue,
a deux belles Places , dont la
plus grande qui eft du côté du
Port, a pour ornement une Fontaine
au milieu d'un grand baffin
, avec plufieurs belles maifons
à l'entour , & quelques unes
de Riches Marchands , qui font
trafic de Vin d'Espagne , qu'on
appelle Vind Alicante, de fruits
fecs , de raifins , de figues , d'o
lives , de capres , & autres chofes
GALANT , 361
fes qui croiffent dans le pays
abondamment , & en échange
defquelles les Etrangers qui les
vont querir par Mer , leur por
tent du bled , des toiles , des
étoffes, & même des pierreries,
ce qui rend Alicante un des
meilleurs Ports de la Mer d'EL
pagae L'autre Place eft au milieu
de la Ville , & fert de Marché
où l'on vend le Vin que les
Païfans apportent des Montagnes
. C'est un gros Vin rouge
& âpre ; mais tres - fort & plein
de fumée , qu'ils chargent dans
des peaux de Boucs . Il y a
dans Alicante un grand Fauxboug
où eft le Convent de faint-
François , & où plufieurs Ouvriers
travaillent en foye . L'Eglife
principale de la Ville eſt
Decembre 1708 . Hh
362 MERCURE
bâtie à l'Italienue , avec un
gros Dôme couvert de pierres.
Plufieurs hautes Colomnes de
Marbre foûtiennent fon maiſtre
Autel.
Quoy que je vous aye parlé
dés le moit paffé de la prise de
Denia. Je crois neanmoins de
voir ajouter à ce que je vous
en ay déja mandé , l'Extrait
d'une Lettre écrite des environs
de cette Place .
10
Je ne doute point que vous n'a--
preniez la prise de Denia por un
Coursier Extraordinaire avant
que ma Lettre vous foit renduë.
Cependant fi vous ne trouviez pas:
La prise de cette Place dans mas
Lettre vous auriez lieu de croire
que j'aurois à feltë de ne vous.cn
point parler. Je vous diray donc
#
GALANT ♪ 363
qu'on y a fait deux bataillons
Portugais prifonniers de guerre &
150. Cavaliers Anglois avec
quelques autres Troupes . Peu de
jours avant la reddition de cette
Place , environ 300. Miquelets
craignant d'eftre traitez comme i's
lemeritvient , tenterent de fefauver
mais ils tomberent dans nostre
Cavalerie quien te unepartie , &
fit une grande quantité de prifonniers
; demaniere qu'il ne s'enfauva
que trespeu . Ily avoit dans la
Place so . preces deCanon de fonte,
pluftcars Mortiers , & cent milliers
de Poudre.
J'ayvu une autre Lettre de
Madrid
, dont l'Extrait peuc
fuivre celuy que vous venez de
lire .
Hh ij
364 MERCURE
à Madrid ce 7 Octobre.
Ileft arrivé icy des Députez de
la Ville de Denia pour implorer la
clemence du Roy & prier S. M.
demaintenir la Ville dans fes
anciens privileges , & qui offrent
une groffe fomme pour eftre employée
aux befoins de l'Etat , & de lever
·
entretenir à fes dépens un Regiment
de Cavalerie . On doute
cependant qu'ils foyent écoutez ,
d'autant qu'ils ont efté les premiers
à ouvrir les Portes à l'Archiduc. On
croit même que la Ville & le Chafteau
feront razez.
La prediction de celuy qui
écrit cette Lettre pouroit bien
devenir veritable , puifque la
maxime du Roy d'Eſpagne eft
GALANT 365
de ne point laiffer la Rebellion
impunie , & de recompenfer
les Villes fidelles par des graces
que ce Monarque leur acorde ,
& par des privileges magnifiques
qu'il leur donne , ce que
vous avez fouvent vû dans mes
Lettres.
>
Il y a lieu de croire que les
Miquelets du Royaume de
Valence , & de la Principauté
de Catalogne , fans l'appuy
defquels les Alliez n'auroient
pu faire aucune expedition
ouvriront bien toft les yeux , &
remarqueront que prefque dans
toutes les Capitulations que
les Alliez font , ils les abandonnent
à la difcrection du
Vainqueur pendant qu'ils
obtiennent un meilleur par-
T
Hhij
366 MERCURE
ty pour leurs Troupes.
je viens d'apprendre une
nouvelle que je ne fçay encore
que confafement , & dont par
confequent je ne puis vous
donner de détail , & même
vous parler qu'imparfaitement.
Cette nouvelle eft que Mr de
Staremberg , voyant que l'on
avoit tiré une partie des Troupes
de la Garniſon de Tortofe
pour faire les nouvelles Expeditions
dont vous avez fçu le
détail , avoit refolu de furprendre
la Ville , & qu'il avoit pour
cet effet affemblé un Corps confiderable
; mais Mr de Maltefte
qui commande dans un pofte des
environs , ed ayant efté averty ,
fe rendit dans Tortofe avec une
partie de la Garniſon , & quel .
(
GALANT ) 367
ques autres Troupes qu'il af
fembla avec precipitation , &
fe jetta dans la Ville . Mr de
Staremberg qui n'en eftoit point
averty, vint avec un gros Corps
de Troupes , & entra dans l'un
des Fauxbourgs , & lorfqu'il
commençoit à efperer que fon
entreprife auroit un heureux
fuccés , on fit une fortie de la
Ville , dont ces Troupes qui ne
s'y attendoient pas , furent fi
furprifes & fi effrayées , qu'elles
fongerent plûtoft à fuir qu'à
combattre , & l'on affure que
Mr de Staremberg , qui ne fut
pas luy -même moins furpris que
les Troupes , a perdu beaucoup
de monde en cette occafion .
Vous me demandez, fi , a groffeffe
de la Reiue d'Espagne con368
MERCURE
*
tinue. Je vais vous en apprendre
des
nouvelles aprés que je
Vous auray dit que Madame la
Dacheffe de Loraine , fa tante
vient
d'acoucher d'un Prince .
Le Ciel en luy donnant une longue
pofterité , continue à verfer
fes graces fur leurs Alteffes Ro
yales. Il ne peut les repandre fur
des
Souverains quien
foyentplus
dignes , & qui foyent plus generalement
eftimez & aimez .
Je dois vous dire à l'ocafion
de Madame la Ducheffe de Lor.
raine qui fait les delices de fa
Cour , & qui eft aimée de tous
les Lorains , que feae S. A. R.
Monfieur , a eu trois filles qui
toutes trois par leur bonne conduite
, par leur douceur , & par
mille autres belles qualitez , ont
GALANT 369
1
charmé les ſujets des Souverains
qu'ils ont époulez , ces trois Princeffes
font la feuë Reine d'Efpagne
,premiere femme de Charles
II. Madame la Ducheffe de
Savoye ,
aujourd'huy regnante,
& Madamela Ducheffe de Lorraine
; vous fçavez que la Reine
d'Espagne eft fille de la feconde,
qui eft un exemple de fageffe &
de vertu , pour ne pas dire d'a
vantage.
La Reine d'Espagne dont vous
me demandez des nouvelles de
la groffeffe , étant fille de cette
Princeffe , on ne doit pas s'étonner
fi l'éducation qu'elle luy a
donnée , joint à l'efprit folide &
brillant qu'elle ne doit qu'à la
nature , l'ont fait aimer & admirer
, pour ne pas dire plus ,
370 MERCURE
de tous les peuples d'Efpagne ,
& particulierement de celuy de
Madrid qui rend tous les jours
graces au Ciel de la continuation
de la groffeffe de cette Princeffe
qui eft trés certainement
groffe de prés de cinq mois , &
qui fe porte parfaitement bien .
D'ailleurs toute l'Efpagne a lieus
de fouhaiter comme elle fait des
Princes nez d'un Roy & d'une
Reine qui font leurs delices.
Perfonne n'ignore que le Roy
d'Efpagne eft un Prince accom.
pli , & qui dés fa plus grande »
jeuneffe s'eft fait admirer par ,
une fageffe dont on trouvait peu
d'exemples . Ce Monarque a
beaucoup de moderation ; il eft
pofé , il ne parle qu'à propos ,
tout ce qu'il dit est toujours juf
GALANT 371
te , & il paroift être né pour les
Efpagnols qui croyent qu'une
trop grande vivacité eft contrai
reà la gravité que doivent avoir
les Rois d'Efpagne ; mais l'on a
dû remarquer que ce . Prince.
n'en a jamais manqué lorfqn'il a
efté à la tefte de fes Troupes.
On l'a vû en Italie combattre ,
en plufieurs occafions où il auroit
pû fe difpenfer de fe trouver
, & donner la chaffe avec
un petit nombre de Troupes à
des Corps beaucoup plus forts
que ceux qu'il commandoit . Je
vous ay donné dans le temps des
détails de toutes les Actions de..
vigueur qu'il a couronnées en :
s'expofant à la Bataille de Luzzira
, comme le plus fimple Soldat.
Je crois que vous vous fou
372 MERCURE
venez bien qu'il a traversé prefque
tout le Portugal à la tête de
les Troupes, & qu'il s'en eft peu
fallu qu'il n'ait été jufqu'à Lif
bonne . Rien n'égaloit la vivacité
que ce Monatque faifoit
voir dans toutes fes marches . 11
étoit toujours le premier à cheval
fa frugalité fe faifoit remarquer
, & il a paru ennemi du
repos dans toutes les Campagnes
qu'il a faites . On ne doit
pas s'étonner après cela fi tous
les Efpagnols fouhaitent d'avoir
des fucceffeurs d'un Roy qui
merite tant d'être aimé, & d'une
Princeffe auffi accomplie que
la Reine fon Epoufe..
Je paffe de ce Monarque au
grand Prince à qui l'Espagne
eft fi redevable. Vous devinez
bien
GALANT 373
>
bien que je veux parler de Mr
le Duc d'Orleans . S. A. R. jugeant
que la faifon ne permettoit
plus de faire des Expedi
tions confiderables , refolut de
retourner en France pour être
de retour dés que le Printemps
commenceroit à paroiftre ; mais
ne voulant pas que l'Espagne
ceffaft de faire des conqueftes ,
même pendant l'hiver Elle
prit de fi juftes meſures , & donna
de fi bons ordres à Mr le Che.
valier d'Asfeld , pour l'attaque
de quelques Places , & que ce
Chevalier qui eft capable des
plus grandes entrepriſes , a fi
bien executées , que l'on peut
dire que S. A. R. n'a pas ceffé
de triompher , même pendant
l'hiver & l'Espagne de faire
Decembre 1078. I i
374 MPRCURE
des conqueftes . Aprés des or
dres fi bien donnez ce Prince
envoya Mr le Comte de Bezons
à Madrid pour y concerter avec
les Miniftres , les moyens de faire
une glorieufe Campagne , &
de l'ouvrir de bonne heure , &
if partit enfuite pour Saragoffe
où il reçût des Lettres confecutives
du Roy & de la Reine d'Efpagne
par lesquelles ils le preffoient
avec les plus fortes inftances
de faire un tour à Madrid.
Il eut un peu de peine à fe
determiner , parce que fuivant
le projet qu'il avoit formé , it -
ne devoit pas demeurer longtemps
en France , ayant refolu
d'en partir dés le mois de Fe-
› vrier.
~ Ce Prince fut reçû à Saragoffe
GALANT 375
A
avec toutes les demonftrations
de joye imaginables Les rejoüiffances
y furent grandes ; ily eut
uo tres beau Feu d'Artifice , &
une Courſe de Taureaux aux
flambeaux , ce qui rendit ce
fpectacle des plus brillans . Cependant
il fit fçavoir au Roy
d'Efpagne qu'il partiroit incetfamment
ponr Madrid , ce que
S M. C. ayant fçû Elle envoya
fes Caroffes jufqu'à Torremol
ché , avec des Ecoyers & des
Pages ; c'eftoit le lieu où ce
Prince devoit arriver le fecond
-jour aprés fon départ de Saragoffe
, d'où il devoit aller coucher
à Calatajud . Depuis Toremolché
jufqu'à Madrid , on avoit
difpofé des Relais de mules
de 4. lieuës en 4 lieuës , &
I i ij
376 MERCUR
d'Alcala à Madrid des Relais de
Gardes de 2. lieuës en 2. lieuës ,
où ce Prince , arriva le 15 No.
vembre au foir. Il alla en arrivant
faluer Leurs Majeftez. Il
feroit difficile de bien dépeindre
l'accueil qu'elles luy firent ,
& les marques de tendreffe qu'-
Elles luy donnerent ; il foupa
enfuite au Palais qui luy avoit
efté préparé , où il fut fervi par
les Officiers de S. M; C , & de
la même manière qu'ils fervent
ce Monarque. Il a efté gardé
pendant tout fon fejour par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes Espagnoles & Walonnes
.
Je crois devoir ajoûter icy
l'extrait d'une Lettre de Madrid
qni dit beaucop en peu de
paroles .
GALANY 377
A Madrid le 26. Decembre,
02
}
Il s'eft tenu icy plufieurs Confeils
pendant le jour que Mr le Duc
d'Orleans a fait en cette Cour ,
ce Prince & Mr de Bezons ont ten -
jours affifté , & l'on y a deliberefur
les operations de la Campagné prochaine
, pour laquelle on va com.
mencer les preparatifs . On diftribue
deja l'argent pour les recrues des
Troupes , & pour la remonte de La
Cavalerie. Les officiers ont ordre
de tenir leurs Corps complets dans le
20. du mois de Janvier prochain ,
à peine de fire caffez. On va auli
diftribuer des Commisions pour la
levée de fix Regimens d'Infanterie,
quatre de Cavalerie & deux de
Dragons.
t
Ii iij
378 MERCURE
Je ferois obligé d'entrer dans
de trop grands détails , fi j'en ,
treprenois de vous faire une
peinture de toutes les marques.
de joye & de reconnoiffance
que les peuples ont données à
ce Prince pendant le fejour qu'-
il a fait à Madrid , d'où il
partit
le 26 .
Il alla coucher ce jour- là à
Quadraké. Le Roy luy avoit
fait preparer des Relais de 4.
lieues en 4. lieuës avec lesquels
il arriva en trois jours à Zintruenigue
, d'où il alla à Pampe.
lune où Mr le Prince de Tferclas
luy fit une reception magnifique.
Ce Prince alla le lendemain
coucher à Agaoa dans une mai .
fon que Mrs Hariague luy aGALANTA
379
voient fait preparer , & où il
trouva un grand foupé & digne
du zele de ces Meffieurs qui eurent
l'honneur de luy donner
auffi le lendemain à difner à
Bayonne.
嘴
S. A. R. alla de Bayonne à
la Bouhaine où Mr le Maréchal
de Montrevel l'avoit envoyé
recevoir. Ce Maréchal la rega .
la le lendemain à Bordeaux . II
y cut Opera ; un fouper magnifique
, une tres - belle Symphonie,
& un Feu d'Artifice accom .
pagné d'une grande Illumination
.
Ce Prince coucha le lendemain
à Chafteauneuf, où il fut
traitté par les Officiers de Mr
Begon , Intendant de Rochefort
qui l'y attendoient ; il cou380
MERCURE
cha le lendemain à Poitiers , &
le jour fuivant il foupa à Amboife
, où il étoit attendu par
Mr l'Intendant de Tours qui le
regala magnifiquement . Si A. R.
en partit à onze heures du foir
pour fe rendre à Verfailles , où
elle arriva le lendemain à 5.
heures & demie du foir , étant
venuë en 35. heures de Poitiers
à Verſailles . Je ne vous dis rien
de l'accueil qui luy fut fait par
le Roy , par toute la Mailon
Royale , & par toure la Cour ,
qui s'empreffa de luy donner
des marques de la joye qu'elle
avoit de le revoir .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé étoit le maron. Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs de l'Archat
; Hut , Contrôlleur des
GALANT 381
1.
Rentes de l'Hôtel de Ville ; de
la Gueriniere ; de Motte - ville ;
du Buiffon ; Camufet ; de Lagnac
, & Mrs Mongin , Altier &
Mazorier , Confreres ; le petit
Amy du Pont de la Tournelle ;
le Mechanicien de Cour - Cheverny
en Sologne ; l'agreable
Societé du Village de Clamare
prés de Meudon ; les Indiferens
de la rue S. Martin ; le Medes
cin qui prefere le Jeu d'Hombre
à fes Malades ; le Mifantrope
de la Place Royale; le Heros
des Caffez ; le trop Credule
Nouvellifte ; le Chercheur de
Trefors du Marais, & le Fidelle
Adonis de la ruë S. Denis . Mc
la Prefidente de l'Election de
Chaumont & Magny ; Mlles de
Clignacour ; de Beaulieu , du
382 MERCURE
Quartier S. Denis ; de la Valterie
, du Marais , de Pylo , &
de Belleville , de la ruë S. Antoine
; la Belle Marguerite
Brillant l'Aimable Benigne ,
de Valence en Dauphiné ; la
Gracieufe de Font Lauzier ; la
Nymphe aux deux Trumeaux ,
de la mêmeville ; & leur Charmanté
Coufine.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ; elle eft de Mr Galimard
.
ENIGM E.
On me connoift aux Champs comme
à la Ville :
GALANT 383
Je fuis rare en tres-peu d'endroits :
Aux petits comme aux grands , aux
Peuples comme aux Rois 253k
Je fuis également utile.
Tout mon merite vient du jour 3
Et la nuit qui lefuit , tout mon éclat
s'efface :
Ainfidans l'un & l'autre eſpace
Je meurs & je vis tour à tour.“
On faitgrandcas de mes franchiſes ;
Les plus fuperbes ornemens ,
tant des Palais que des Eglifes ,
Sont par moy garantis de l'injure
des temps,
Les paroles que je vous envoye
ont eſté miles en chant
Mr le Camus .
par
384 MERCURE
AIR NOUVEAU,
Perfide Amour , je renonce à tes
charmes ,
Mon Amant m'a manqué defoy :
Que tes plaifers coûtent de larmes :
Malheureux font les coeurs qui vivent
fous ta loy ;
Mais fi l'ingrat revenoit dans fes
chaifnes.;
Si touché de regret , il me rendoit
fon coeur ;
J'éprouverois encor tes plaifirs &
tes peines:
Je te demande Amour cettefaveur.
Mr
385
flers
Flan-
Ile de
& la
- déiverǝit
à
Mautes
t le
Tililoien
ees
in
il
t
38%
Pe
M
GALANT 385
Mr le Maréchal de Bouflers
eftant Gouverneur de la Flandre
Françoife , dont la Ville de
Lille eftoit la Capitale , & la
prife de cette Place ayant dérangé
les affaires de ce Gouvernement
, le Roy qui prévoit à
tout , y vient d'envoyer ce Maréchal
, afin d'y rétablir routes
les chofes qui concernent le
Gouvernement Civile & Militaire
, dans l'eftat où elles doivent
eftre , & pour veiller en
même temps fur tout ce qui regarde
la feureté de ce Gouvernement
; il y a peu d'hommes
au monde plus capables d'un
pareil employ que Mr le Maréchal
de Bouflers . C'eſt le plus
vigilant de tous les hommes ; il
examine tout avec foin ; il eſt
Decembre 1708. Kk
386 MERCURE
infatigable , & l'on peut dire
que tout ce que l'on confie à la
vigilance , eft bien confié . Je
n'avance rien qui ne foit connu
de toute l'Europe.
Mr le Chevalier de Luxembourg
, qui elt Lieutenant de
Roy du même Gouvernement
doit auffi agir de concert avec
Mr le Maréchal de Bouf ers
pour toutes les chofes qui regarderont
les affaires de ce Gouvernement,
qui s'y rétabliffent
tous les jours d'une maniere å
faire croire que la prife de Lila
n'empêchera pas qu'il ne foit
dans la fuite prefqu'auffi confide.
rablequ'il étoit auparavant la
raifon en eft évidente, & perfonne
ne pourra s'empêcher den
convenir lorfque l'on fçaura que
GALANT 387
les Habitans de Lille à qui par
la Capitulation , on eftoit obligé
de rendre les effets qu'ils ont
dans les autres places de ce Gouvernement
, au lieu de les envoyer
chercher , abandonnent
Lille , & viennent s'eftablir dans
les lieux où ils ont des effets.
ce que fontauffi beaucoup d'autres
quoy qu'ils n'y en ayent
point , & qui fortent journellement
de la même Ville pour s'établir
auffi dans les Places voifines
trois chofes font caufe de
cette deſertion .
1º . Parce que l'on y a déja
commencé à traiter en derifion
les mitteres de la Religion , com
me dans plufieurs places conquifes
par les Alliez , où l'on commet
tous les jours des irreveren388
MERCURE
ces qui en empêchent fouven
les exercic es publics
2. Parce que les Hollandois
ont déja commencé à y exercer
la Banque , & qu'ils ne feront
pas long- temps fans s'en attirer
tour le commerce
53 °. Parce que da ns toutes les
conqueftes faites par les Ale
mans & par les Anglois , & particulierement
par les Alemans ,
perfonne ne jouit feurement de
fon bien, & qu'outre les avanies
& les vols que les troupes font
tous les jours aux Habitans , ce
ne font que des exactions continuelles
, fuivant le procedé ordinaire
des Autrichiens qui abîment
tous ceux qui font nouvellement
fous leur domination .
Je vous en ay raporté une infinité
d'exemples .
GALANT 289
Les nouvelles de Gand , aprés
avoir longtemps varié , font que
ce Siege a efté formé , & même
fion en croit plufieurs Lettres
de Dunkerque , les ennemis ont
perdu 1200 , hommes prefque en
arrivant devant cette Place ,
dont huit cens ont efté tuéz ou
bleffez , & quatre cens faits prifonniers
. 11 eft certain que les
Alliez avoient des Magasins de
Foin proche la Porte du Rivage
à Bruxelles , & que ces Foins
ont efté confumez , le feu sy
eſtant mis . On ne dit point de
quelle maniere , mais le fait ef
conftant , & que ces foins ayant
efté amaffez pour le Siege de
Gand , cette perte incommode .
ra beaucoup les ennemis . Il y a
14. à 15000. hommes dans la Pla-
Kk iij
390 MERCURE
11
1
ce, & les Bourgeois font bien intentionnez
. Du refte , le fort des
armes eft fi douteux que je ne
me mêleray jamais d'en deviner
les évenemens .
Je n'ay jamais refervé tant
d'Articles de differentes natures
, que je fuis obligé d'en garder
pour le mois prochain , &
dont la Campagne de Flandre
qui a déja duré prés de trois
mois plus qu'elle ne dure ordinairement
, a pris la place. Je
fuis , Madame , voftre , & c .
AParis ce 19 Decembre 1708.
AVIS .
Le Mercure de Janvier ne fe
debitera que le 6. de Fevrier , à2
caufe des deux Feftes qui fe
trouvent au commencement du
mois .
TABLEPrelude
où il estparlé des Academies
établiespar le Roy .
S
Difcours prononcé par Mr Roy dans
l'Academie Royale des Medailles
& Infcriptions fur les feux de
la Grece , en general , & fur les
Feux Olympiques en particulier.13.
Ode de Mr Abbé Butard, lûë
29 dans la méme Academie .
Difcoursprononcé par Mr du Verney
, dans l'Academie des Sciences
, fur la maniere dont fe fait
la generation des Limaçons . 32
Seconde fuite de l'Ouvrage de Mr
de
Vvoolhouse
Premier Article des Morts , au
commencement duquel on trouve
des faits curieux qui regardent
Pondichery.
Sacre de Mr l'Evêque de Lauzan-
46
78
TABLE
ne 100
Servicefait par Mrs les Comé es de
faint Jean de Lyon , pour feuë
Me la Maréchale de Villeroy.
A 108
112
Differtation fur l'Eglogue luë dans
l'Academie Royale des Medailles
& Inſcriptions , par Mr. l'Abbé
Fraguier
Article tres curieux contenant tout
ce qui a cfié fait à Perpignan
pourhonorer la Memoire de feu
"Mr le Maréchal Duc de Noail
siles.
Charge remplie dans la même vil
le, & Mercuriale faite dans le
Confeilfouverain de Rouillon ,
118
4974
Lotterie de Madame La Princeffe
186
d'Angleterre.
Servicesfaits à Magny ; &à FaTABLE
.
cris , pour feuë Me la Maréchale
de Villeroy.
Second Article des Morts .
199
209
Livre Nouveau , touchant le Droit
Canon.
221
Mercuriales faites à la Grand
Chambre.
Sacre de Mr. l'Evêque d'Agatho-
225
261
polis.
Gouvernement de la Bastille donné
à Mr de Bernaville & la Lientenance
de Roy du méme lieu , donnée
à Mrd Avignon . 264
266
Mariage.
Ce qui s'eft pallé à l'Academie de
Peinture & de sculpture , le jour
que Mr le Marquis d'Antin y
a prisfceance
Difcours prononcé à la Clofture des
Sorboniques.
268
278
Entrée publique de Mr le Nonce
- TABLE.
extraordinaire en cette ville , avecce
qui regarde l'Audiance qu'il
euft du Roy deux jours enfuite ,
& de toute la Maifon Royale.
મ
281
Tranſport du corps de Mr le Maréchalde
Noailles à Noftre Dame,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé
à ce sujet
Nouvelles Maritimes.
292
Nouvellesde Flandres.
298
300
Addition à l'Article des Ceremonies
obfervées à l'occafion du
tranfport du Corps de Mrte Maréchal
de Noailles à Notre D
me.
304
RetourdeMeffeigneurs les Princes ,
de Mr de Vendome, de Monfieur
le Chevalier de faint Georges
& de Mr de Bouflers , avec une
recapitulation tres curieufede tout
,
TABIE.
ce qui s'eftpependant la Cam.
pagne de Flandre , & qui fait
connoiftre que tout ce que von publte
touchant les nouvelles de
gucure n'est pas toujours veritable.
309
Affaires du Royaume de Valene ,
Conquestes faites en ce Royaumelà.
349
Madame la Ducheffe de Lorrraine
accouche d'un Prince, & la grof
feffe de la Reine d'Efpagne con
tinuë , avec un Portrait au Roy™
367 d'Espagne.
Détail du Voyage de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans à Madrid-
Articles des Enigmes
372
380
Départde Mrle Maréchal de Bou
ferspourfon Gouvernement dela.
Flandre Françoise.
385
TABLE.
Ce Gouvernement fe rétablit tous
les jours. Faits curieux fur ce
fujet,
Suite des Nouvelles de Flandres.
386
389
Articles refervez 390
Avis pour placer les Figures .
L'Air qui commence par
Que l'Amour caufe de foibleffe
dost
regarder la page 267
Celuy qui commence par
Perfide Amour , doit regarder
la
page
384
Qualité de la reconnaissance optique de caractères