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1708, 11
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LAVAL
. S.
J.
J
Z494 :
BIBLIOTHÈQUE
" Las Fallaines "
60 - CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
NOVEMBRE
, 1708 .

A PARIS ,
Chez Micher BRUNET , gran
Palais , au Mercure Galan
Saile du
Poe( 29e972ac( 272
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez, étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'us veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
·aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galaut.
M. DCC.VIII.
Avec Privilege du Roy .
5
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1708.
A
Peine ceux qui ont fait
des actions éclatantes , &
dont l'heureuſe valeur a répondu
à leur zele pour le fervice
d'unMonarque que l'on ne fert
jamais inutilement , ont ils le
A iij.
6 MERCURE
datemps
de fouhaiter quelques
recompenfes lorfqu'ils ont rendu
quelques fervices importans
, qu'ils fe trouvent fouvent
recompenfez , & quelques
-fois même avant que
voir appris fileurs fervices ont
efté fçus d'un Monarque qui
s'eft toûjours fait un plaifir
tres fenfible de recompenfer
promptement le merite & la
valeur , fçachant que c'eſt dön
ner deux fois que de ne point
faire attendre. On en vient de
voir des preuves dans des recompenſes
données par Sa Majefté
, auffi toft aprés la priſe
GALANY 7
de la Ville de Lille , puifqu'Elle
a donné à Mr de Surville une
penfion de 10000. livres ; qu '
Elle a fait affurer Mr de Lée ,
qu'Elle luy donneroit la premiere
grande Croix de Saint
Louis qui vacqueroit ; qu'Elle
a nommé Mr de la Frefeliere ,
Lieutenant Gene al ; Mrs de
Valori , de Tournefort , de
Serville , de Permangle , de
Coerquen , de Ravignan , & de
Rannes , Maréchaux deCamp;
& Mrs de Bouflers - Remiencourt
, de Belifle , de Surry ,
de la Caſſagne , de Buffy , & le
Marquis de Thil , Brigadiers ;
A
iiij
8 MERCURE
& qu'Elle a donné en même
temps , une penfion de 3000.
livres à Mr du Puy- Vauban ,
Ingenieur , & neveu de feu Mr
le Maréchal de Vauban.
Comme je commence ma
Lettre dés les premiers jours
du mois , quoyque je ne vous
l'envoye qu'à la fin du même
mois , je crois que je ne la
fermeray pas fans vous parler
encore d'autres recompenfes
données par Sa Majefté , tous
ceux qui ont l'honneur de la
fervir s'efforçant d'en meriter ,
puifque la gloire n'eft pas
moins attachée que l'utilité aux
1
GALANT
9
recompenfes données par un
Monarque qui ne fe laiffe point
ébloüir par le faux merite.
Je ne doute point que vous
n'attendiez avec impatience la
fuite de l'ouvrage de Mr de
Woolhoufe dont je vous ay
envoyé le commencement le
mois paffé , tout ce qui peut
fervir à la fanté des hommes
& à guerir les maux aufquels
ils font fujets , devant toujours
eftre fort fouhaité.
A l'égard de ce qui regarde le
dommage & la deftruction que
Mr Antoine ſuppoſe ( par tout
Le cinquiéme & le fixieme cbapi10
MERCURE
}
tre de fon Livre ) arriver à la
membranne qui recouvre le Cryſtallin
&c. on le peut voir bien
indiqué dans l'Anatomie de
Thomas Bartholin , quartùm
renovatâ , Lugduni 1684. dans
lequel en parlant de l'humeur
Crystalline , il fe fert de ces termes.
1
و ر
Vidi in Balenæ Cryſtalli-
,, no exficcato fenfim decorticari
, velut talcum in laminulas
fplendentes ; in ficcis
verum id effe poteft, & à calore
exficcatis ; alias in ca-
ه و
و ر
و د
و د
taractâ
,, morifque

colliquefcere , humembranulam
GALANT II
و ر
و د
diffolutam pupillæ adhærere
, nuper Parifienfes Ocularii
fufpicati funt , quod in
›› quodam cataractâ defuncto
id viderint.
وو
Outre que Mr de la Vauguyon
dans fon traité des Operations
de Chirurgie imprimé
à Paris chez Girin 1698. auroit
pú donner à noftre Autheur l'idée
de la corrofion de la MembranneCryſtalline
&c.mentionnée
aux pages 126. 127. &c.
en bien d'autres endroits de
fon livre en differens termes ; car
ledit Mr de la Vauguyon à la
pag. 348. defon traité nous inf12
MERCURE
"

truit que
quelques- uns
croyent
que la
Cataracte n'est qu'une
» petite pellicule
quife détache du
Cryftallin , & qui flotte dans
l'humeur
aqueufe , ce que Mr
Antoine a
tranferit aſſez auu long
tag. 109.
ور
د ر
Mr de la
Vauguyonpourfuit.
Perfuadez qu'ils font que
parties font formées
toutes les
در
و ر
ر و
de la
premiere
conformation ,
,, de forte qu'il ne
s'engendre jamais
de
membrannes ni de kyst
», contre
nature , mais que ce
que cefont
developemens
des
membranes
des
parties
voisines &c. ce que
noftre
Compilateur a varié un
و ر
و ر
ر د
des
}
GALANY 13
d'en

peu , & en afait une grande paragraphe
, fans fe donner la peine
en nommer l'Auteur , crainte
qu'on y trouvefon meilleur raifonnement
contre la Cataracte ,
fuppofee membranne ou amas de
pituite recuite & concrete.
Qui a jamais obfervé ( dit
Mr Antoine pag. 180. ) que
de nouvelles membrannes fe ,,
foient formées chez nous aprés
noftre naiffance ? Elles tirent
leur origine des parties aufquel ,
les elles font toujours adheren- ,,
tes , & c.
ر و
ر و
و د
و د
د و
Quoyque ce beau raifonnement
foit détruit par l'exemple de l'On14
MERCURE
gleton Pterygion dont Mr Ant .
traite pag. 420. 421, &c. (Sans
aller refuter noftre Chirurgien
hors de fon propre Traité , ni
plus loin que l'oeil même ) ; cependant
perfonne que je fçache n'a jamais
pretendu que la Cataracte
fuft une veritable membranne
(proprement parlant ) à l'exclufion
de toute dépendance ,foit des glandes
, foit des membrannes internes
de l'oeil , comme Mr Ant. veut
infinuer qu'on la croit.
A la page 99. defon Livre
noftre Ecrivain pretend( aprés
Mr Brificau qui s'explique in-
»,finiment mieuxfur cet article
و د
GALANT 15
ر د
Ce
en copiant , par tout , Gaffendi ,
Verbatim ) Mr Ant. dis - je
pretend que le Criftallin ne peut“.
être détourné qu'en même temps 66
le corps vitré n'occupefaplace ,
n'y forme une boſſe ronde qu'imie
en quelque façon lafuper- “
ficie anterieure du Criſtallin , "
& pag. 113. à l'égard d'une "
Cataracte qu'il dit avoir ab. “
batuë( avoir ouvert l'oeil "
aprés la mort de la malade ) il "
eut le plaifir d'y voir
Criſtallin neftoit plus dans les
lieu qu'il devoit occuper , qui
eft le milieu de la partie ante- "
rieure du corps vitré. Cet en- "
que
less
16 MERCURE
,, droit du corps Vitré , eftoit élevé
en une boffe fort égalle qui
,, imitoit lafurface anterieure d'un
Cryftallin , hors qu'elle n'eftoit
», pas deprimée.
Il eftfort naturel de remarquer
en paffant , que par le plaifir que
Mr Ant. témoigne avoir reçû
en cette occafion , il eftoit déja tout
prevenu en faveur de fon hypothefe
dans laquelle il paroift qu'il
Je donna trop legerement , avant
même d'avoir ouvert un feul
ail operé , pour en eftre defabufé,
comme on apperçoit par les
tre premieres Obfervations
du
Chapitre troifiéme de la vraye
quaGALANT
17
Cataracte pagg. 111.
& c.
Pag. 119. Il dit
"
II 2 .
qu'éle-.
>>
"
vant l'uvée avec le bout d'un
ftilet , il appercût le Cristalin
en fa partie inferieure audeffous
de l'Iris où il avoit efté ,,
placé lors de l'operation.
Je vis tout le Criſtallin au
licu dit , où il eftoit affermy »
par le corps vitréqui estoit enfoncé
à l'endroit qui touchoit
le Cryftallin , & par une efpece
de glu qui le colloit lege- ,,
rement à l'uvée, & àla mem- ,,
branne du corps vitré , &c.
On peut conclure
Novembre 1708 .
"
par
les
рент
B
18 MERCURE
roles precedentes ( que Mr Ant.
attribuë à l'humeur Vitrée ce que
les Anciens attribuoient à l'humeur
Cryſtalline. Mais il n'eſt
pas non plus le premier qui a parlé
fi avantageufement de l'huque
Gaf meur vitrée . Car outre
fendi , & Mr Peireſck (felon
le rapport du même Gaffendi )
eftoit pour la vitrée comme principal
organe de la venë : nous
avons encore le Syfteme de Mr
Brunet qui croyoit le vitré,
ne immediat de vifion ; ce qu'il
tâcha de prouver bien autrement
( que n'a fait noftre Autheur
dans les Journaux de Medecine
orga-
1
GALANT 19
des mois d'Aouft , Septembre
Octobre de l'année 1686 .
Imprimé à Paris chez Daniel
Hortemels
, ruë de la Harpe ,
au Macenas.
de
:
part
Et à l'endroit de l'hypoquant
thefe , le mieux imaginé , où Mr
Ant. prétend que le defaut du
Cryftallin abbatu eft reſtabli par
la boffe de l'humeur vitrée le
fameux Gaffendi a trop
à ce bel endroit particulierement ,
par confequent à tout le nouveau
Systême en general, pource
que nous ne prenions pas la peine
de tranfcrire fes propres paroles
au longpour juftifierfon bon droit,
fon efprit.
Bij
20 MARCURE
GaffendiPhificæ Sectio 3.membrum
pofterius lib . 7. de
fenfibus fpeciatim .
DE VISU ET VISIONE.
و د
ر و
و ر
›› Quanquam
non videtur
deinceps ad id comprobandum
argumentis
opus , poſt-
,, quàm eximius ille Parifinus
,, Chirurgus
& obfervavit
&
demonftravit
poffe animal
abfque cryftallino
videre ;
fcilicet
quem morbum Ca-
""
و د
و و
و و
"
taractam vocant , declaravit
effe non pelliculam aliquam
inter uveam & cryftallinum
GALANT 21
"
" .
"
humorem
fubnatam , quæ ,,
veluti jam maturefcens
acu
immiffa deripi , & ad partem ,,
oculi
inferiorem fifti poffit ; › ,
fed ipfum effe cryſtallinum ,,,
qui temporis
tractu flaccefcat
& ab ipfis proceffibus
ciliaribus
fic fecernatur , ut ficuti ,
matura glans à fuo calice
fponte dimoveatur
, fic ipfe,
nullo penè negotio emovea ,
tur ,deprimaturque
in ipfum.
vitrei humoris
fundum , tantulâ
interim parte vitrei invadente
locum ab ipfo relictum.
Ex quo efficitur , ut ,,
quia vitreus fungitur
cryftal- ,,
ر د
و د
"
و د
22 MERCURE
و د
د ر
(
„ , lini vice , rádios non longè
fecus refringat ; atque idcirco
vifio fine cryftallino peragatur.
Prætereo autem quod
redire interdum Cataracta
,, dicitur , ex eo effe quod criftallinus
non fatis depreffus
fatisque compulfus firmatuſ-
,, que fub vitreo fuerit ; tunc
,, enim redire , & in locum
fuum fiftere fe iterùm poteft,
undè novo labore dejicien-
,, dus fit, & c .
و ر
>>
و و
MrBriffeau a fort bien fçû fe
fervir de ces lignes de Gaffendi
Voicy comme il les met à profit ,
pag: 30. des Nouvelles ObferGALANT
23
vations , &c. imprimées à Tournay.
La Cataracte quelquefois remonte
, quand elle a efté déta- "
chée & abbatuë ; parce que le «
Cryſtallin n'a point efté tout- à- “
fait plongéjufqu'au fonds de "
.cc
l'humeur vitrée ; & que ne
l'ayant penetrée qu'en partie ,
c. Voicy de quelle maniere
ilcontinueen la page 2. Mais
- lorfque par l'effort de l'éguille "
il a penetré toute l'humeur vi- “
trée , & qu'il a esté placé an
deffous de cette humeur , bien “
loin d'aider à le repouffer dans “
fa loge ou chaton , fert d'obfta. "
cc
24 MERCURE
ور
د و
cle parfa refiftance pour qu'il
ne puiffe remonter; &pag. 51.
, comme le Globe de l'eil eft ab-
,,folument plein , & qu'unepar-
-5, tie ne fçauroit quitter fa place
»,fans qu'une autre la remplace
,, d'abord , l'humeur vitrée rem-
,, plit dans l'inftant non feulement
le chaton , pour ſe mettre
i de niveau , mais elle occupe
,, auffi tout l'espace que le Cryftallin
avoit laiffe en la quit-
,, tant, &forme unfecond Cry-
,, ftallin en figure. Ce qu'il appel-
,, le , pag. 52. lenouveau Cry-
, ftallin formé par l'humeur vitrée
, plus bas : La furfaa
се
GALANT 25
""
ce convexe de l'humeur vitrée
,, qui fait l'office du Cryſtallin,
,, pag. 18. le Crystallin n'eft
,,point abfolument neceffaire pour
,, voir , &c.
Maispourretourner à Mr Ant.
ne doit t'on pas conclure de toute
fa grande conformité & reffemblance
avec les Autheurs qui ont
écrit avant luy , que fi de beaux
Efprits fe peuvent quelquesfois
heureuſement rencontrer, & avoir
non feulement les mêmes idées ,
mais auffi les mêmes manieres de
s'énoncer : que cependant on aura
de la peine àfe perfuader , qu'une
méme Perfonne puiffe avoir ,
Novembre 1708. C
26 MERCURE
de fon propre fonds , les conceptions
& les expreffions particu
lieres de tant d'autres unis enfemble
& prefque concentrez en luy
feulement. N'eft ilpas bienplus
que
Mr Antoi- naturel de croire
ne'a trié épluché par cy par là,
avec une industrie & une exactitudefinguliere
, tout ce qu'il a pú
generalement ramaffer de matiere,
pour en compiler fon nouveau
Systéme , qui est à la verité , un
affortiment mal- entendu , & qui
ne donne au Lecteur aucune idée
fimple , claire , ni diftincte de fa
nouvelle façon de Cataracte ,
composée d'un Cryſtallin corGALANT
27
rompu & des accompagnemens
de plufieurs efpeces , flottans dans
l'humeur aqueuse de l'oeil , &c.
mais on conçoitpar là d'abord un
veritable glaucome , accompagné
de quelque espece de Cataracte ,
les ac- plus ou moins formée,
com agnemens de Mr Ant. ne
paffent que pour une logomachie
ou difpute de mots comme uons
allons voir.
Enfin Mr Ant. nous recommande
fa nouvelle definition du
Glaucome à la pag. 220055..ddeefon
Livre.
و ر
,, Le Glaucome,dit- il, eft une
و ر
alteration toute particuliere du
Cij
28 MERCURE
و ر
").
و ر
"
Crystallin , par laquelle il fe
deffeiche , diminuë en volume,
change de couleur , & perd fa
transparence en confervant fa
figure naturelle , & devenant
» plus folide qu'il ne doit l'eftre
naturellement. Cependant à la
pag. 208. le méme Mr Ant.
avouë fort ingennement , qu'il
n'a pas trouvé d'occafion d'ob-
»,ferver cette maladie aprés la
mort des Perfonnes qui en ont
efté travaillées , ce qui me femble
tout-à -fait extraordinaire
puifque M. Ant. me paroift un
homme fort curieux à cet égard ;
`qu'il a travaillé long- temps à
در
د و
و ر
د ر
GALANT. 29
temps a troul'Hoftel-
Dieu de Paris , & qu'il´
n'eſt pas fort jeune.
Quoy qu'il enfoit , j'en ay rencontré
quelques centaines , tant
auxyeux d'hommes qu'auxyeux
de beftes de toutes fortes ; & Mr
Briffeau en peu de
vé cing Glaucomes de cette ef
pecé , comme il declare pag. 4. de
la fuite de ces Obfervations ;
&c. Mais Mr B. veut abfolument
que ces veritables Glaucones
( incurables ) de Mr Ant .
foient de vrayes Cataractes gueriffables
, quoy que Mr Ant .
nous affure que
ractes curables font toujours acles
vrayes Cata-
C iij
30 MERCURE
compagnées de leurs appendices ,
additions , ou excroiffances , &c.
aufquels il donne le
pagnemens
, vid.
nom d'accomvid.
pag. 120. 124.
126. 127. 142. 134. 135.
136. 137. 138. c.
D'autre part Mr Briffeaufuppofe
que le Glaucome incurable eft
fitué dans l'humeur vitrée , vid.
pag.
11. 12. 13. &c. des nouvelles
obfervations fur la Cataracte
propofées à l'Academie
Royale des Sciences , &c.
ce point eft la feule chofe nouvelle
que j'ay pu remarquer dans
le Siftéme uniforme , net & ingenieux
que Mr Briſſeau a adop ·
GALANT 31
Co
сс
té pour le fien propre , quoyqu'il
foir veritablement de Mr Galfendi
: mon opinion fur ces “
deux maladies ( dit Mr Brif- “
feau aux endroits cy- deſſus ) eft
que la Cataracte , qui eft ordinairement
blanche ( ou tirant
fort fur cette couleur ) n'eſt que
l'obfcurciffement & l'endurciffement
du Cryftallin , &
le Glaucome , qui eft incurable "
eft un obscurciffement de l'hu- "
meur vitrée changée en vert ,
dont la couleur paroift au travers
du Crystallin , &c. cette
definition du Glaucome eft feulement
du propre fonds de Mr
Briffeau. C iiij
que
se
(C
32 MERCURE
Cependant Mr Briffeau n'a
pas vu ( non plus que Mr Ant . )
feul exemple defon Glaucome
Siftématique
, & il eft furpredant
qu'il s'étonne même ( à la
pag. 24. de la fuite de fes obfervations
, &c. ) que l'humeur
vitrée ne s'iftoit pas alterée à
l'occafion d'un Crystallin corrompu
; de même quefi Mr Briſſeau
admireroit en effet qu'une maladie
ne s'accommode
pas à une hypothefe
bien imaginée
.
L'oppofition fi formelle de ces
deux Meffieurs l'un contre l'autre
, & leur opiniarreié à foûtenir
des chofes qu'ils n'ont jamais
-1
GALANT 33
veuës , & que tout au plus )
d'autres Sçavants auffibien qu'
eux , fe font figurées avec quelque
vrayfemblance trompeufe , ces
bevues , dif-je des hommes ( autrement
diftinguez dans leurprofeffion
) m'obligent icy à me fervir
des propres paroles du livre
de Mr Antoine pag. 116. il
dit

сс
Que pour detruire une opinion
univerfellement reçûë , il fal
loit des obfervations qui ne laiffaffent
ancun doute , ce qui me "
donne lieu d'admirer la facilité "
avec laquelle on embraffe une
opinion peu foutenable , & la «
34 MERCURE
" peine
que
l'on a de l'abandonner
quand on en est une fois prévenu.
que
Rien n'est pourtant plus aifé
de concilier tout ce que ces
deux Meffieurs avancent , comme
de fait , à l'ancien Systéme des
Cataractes des Glaucomes
aufquels ils rendent tous deux
foy & hommage, malgré leur oppofition
apparente.
Ils conviennent tous deux
d'avoir vu des Cryſtallins alterez
; ils veulent tous deux également
appeller ce mal Cataracte
( aprés le Chirurgien Anonime
de Gaffendi ) au lieu de le nomGALANT
35
mer Glaucome à la maniere de
tous leurs Anceftres. Mr Ant. a
veritablement rencontré le plus
fouvent des Cataractes fimples
de differentes efpeces , felon les dif
ferens temperamens de fes malades.
Leur varieté , leurs differentes
confiftances , leur figure , leur
reffort & c. embaraffentfort Mr
Ant. en d'autres occafions Mr
Ant. a rencontré de pareilles Cataractes
aux mêmes
yeux
avec
des Glaucomes , trompé par
les apparences , il abbat l'une
l'autre également . Il réuſſit aux
Cataractes fimples , & rend la
veuë aux malades , fans s'eftre
36 MERCURE
aperçu de la diftinction qu'il falloit
faire outre les fuffufions fimples
& les fuffufions compliquées ,
foit avec la goutte fereine , foit
avec des Glaucomes aufquels il
n'a pas pû rénfir. Quoyque la meprife
à cet égard foit confiderable ,
il est pourtantfort aifé de la faire
(j'entens à l'égard des Cataracglaucomatiques
) même à
un bon Oculifte qui a la Prefbeia
ou la veuë longue , ou quine
Je donne pas la peine de regarder
l'oeil à plufieurs repriſes avec attention
, en toutes fortes de
de fituations pour aprotes
jours
fondir le miftere , d'où dépend cette
A
GALANT
37
connoiffance qui s'échape même
ceux qui fe fervent de lunettes ,
& qu'on ne trouve décrite en aucun
livre.
Or Mr Ant. veut appeller indifferemment
ces differentes Cataractes
autant de differens accompagnemens
autant de diverfes
croiffances , c. n'ayant jamais
ouvert d'oeils travaillez d'une
fimple Cataracte à ce qu'il paroît
pag. 134. parce que , dit-il, fi cela
,, eftoit , on trouveroit quelquesfois
de femblables excroiffances
dans l'efpace que cette humeur
aqueufe occupe , fans que le
Crystallin fuft alteré. Voila une
ود
و د
و ر
28 MERCURE
belle prefomption , au lieu d'une
de la chofe en question :
preuve
car mille mille autres ont vu
cette même chose que Mr Ant.
fuppofen'eftrepas réelement vraye
pour nepas l'avoir rencontrée luymême.
Eft-il jufte de juger ainfide
la verité &de lafcience de tant
de Sieclespar noftrepropre connoiffance
& autopfie de trente ou de
quarante années? Le Poëte Comique
nous donne la deffus une belle
leçon. Terence in Adelph .
Nunquàm ita quifquam ود
,, benè fubductâ ratione ad
vitam fuit ,
د ر
,, Quin res , ætas , ufus femGALANT
39
* même
divers
per aliquid adportet novi ,
Aliquid moneat , ut illa "
quæ te fçire credas , neſcias ‹‹
Et quæ tibi putaris prima “
in experiundo repudies .
On n'a qu'à lire la defcription
que Mr Ant. a fait defes
accompagnemnes pour être
pleinement convaincu qu'ils ne
font pour l'ordinaire qu'autant de
fuffufions en differens degrez de
maturité , d'épaiffeur , d'élaſticité,
c. felon lefquels Mr Ant. appelle
fes accompagnemens , flexibles
, tendres , naiffans , folides
nombreux , en mediocre quantité ,
fibreux , &c. Il arrive auſſiqu'en
40 MERCURE
tant
abatant une veritable Cataracte
membraneufe , qu'on en rompt affez
fouvent fa tiffure & draperie
, qui fournit à Mr Ant. aud'accompagnemens
qu'ily en
a de parcelles ; même on ne rencontre
guere de Cataractes dans une
fi jufte maturité de concretion par
tout fon corps , qu'il ne s'en détache
quelques filamens , quelques
particules , c. dans l'operation
cela donne plus ou moins d'accompagnemens
à Mr Ant. encore
Mr Ant . en couchant quelquesfois
fes Cryftallins Glaucomatiques
, en a-t- il feparé quelque
portions avec lapointe defon aiGALANT
41
guille , & voila toûjours des accompagnemens
. Quelques -fois même
il enleve en operant , la partie
anterieure de la Tunique aranée
, voila une excroiffance ; mais
il a quelquefois trouvé les Cryltallinsfipolis
, leurfurface anterieure
fi dure , leur convexité
interne fi adherente au finus de
l'humeur vitréc , qu'il n'eſt pas
venu à bout de fon operation ;&
c'eft-là fon veritable Glaucome ,
fon efpece de Cataractefauffe &
incurable , quoyque cenfée eftre la
bonne Cataracte par Mr Brifque
de ces ſeau qui n'a rencontré
fimples Glaucomes , & fimples
Novembre 1708. D
2 MERCURE
ataractes. Mr Briffeau pourntfe
formalife de cette contraction
, & à la pag. 25. 26.
e la fuite de fes Obfervations ,
&'c.
و د
ود
ور
Il declare que s'il n'eftoit pas
auffi perfuadé qu'il l'eft de la
bonne foy de Mr Ant. il croiroit
que ces accompagnemens ne
feroient qu'une invention pour
rendre l'operation plus miſterieu-
„ fe , &c.
و د
د ر
ور
Quoy qu'il en soit , je me
rends garent , s'il plaift à Mr
Briffeau , de la réelle verité du
fait en queftion entre luy & Mr
Ant.à favoir qu'ilfe trouve fort
C
GALANT 43
fouvent au même temps , une
vraye Cataracte ( ou des accompagnemens
, pour ne pas difputer
de mots) un Glaucome effectif
( ou un Cristallin alteré ) dans le
même oeil malade. De plus , il arrive
affez fouvent que toute la
cavité de la Choroïde ( entre le`
Criftallin , & le trou de l'uvée )
n'eft remplie & diftenduë même
que d'une matiere morbifique de
Cataracte qui ne s'accolle pas
feulement au Cristallin ; mais
qui paffe quelquefois par
de la prunelle , & remplit auffi la
petite efpace qui fe trouve en-
·le trou
Dij
44 MERCURE
tre la cornée l'iris . Les Anciens
confondoient cette derniere
efpece , avec la Synchy fi ordinaire
, quoy que trés - differente ,
comme j'ay reconnu par l'ouverture
de plufieurs yeux d'hommes
de beftes. Au refte M Ant .
eft, en effet, autant éloigné d'eftre
inventeur du Phenomene des
accompagnemens defa Cataracte
qu'il eft veritablement éloigné
d'eftre l'Auteur de l'Hypotefe.
pretendue nouvelle. Confultons
un peu , àà cceett ééggaarrdd ,, Aëtius ,
Cap. 50. Sermo 3 .
GALANT 45
DE GLAUCO SI .

Claucofis duobus modis "
dicitur , Glaucedo enim pro- "
priè mutatio eft ad Glaucum "
colorem, ficcitáfque & conge- "
latio Cristalini humoris . Altera
autem fpecies Glaucofios
fit ex precedente hypochy- “
mate, humore valde conden- "
fato juxta pupillam , & treſic- “
cato. Et hæc fpecies incura- “
bilis eft. Et propriè dictum
Glaucoma in principio poteft "
aliquando curari , &c.
On doit obferver ici , premie
CC
46 MERCURE
rement qu'Aëce entend que la feconde
espece de Glaucome n'eft
pas fans atteinte du Criſtallin
non plus que la premiere , & c'eſt
par la principalement qu'Aëce le
qualifie d'incurable ; & la diffe
rence effentielle confifte là-dedans
bien plus qu'en leurs couleurs , le
Glaucomefimple eftant de diverfes
couleurs fefaiſant voir au
travers de l'humeur acqueufe de
l'oeil ; mais le Glaucome compofe
nefevoitpas, c'eft laCataractequi
eft par deffus, & qui l'a précédée
qu'on voit au travers de la
nelle , & qui eft feulement plus
n'eft le Glaucome;mais
claire
que
pruGALANT
47

qui eft pour le moins autant équivoque
en couleurs.Or le tourbillon
de l'humeur acqueufe eftant tout
occupé de l'humeur concrete de la
Cataracte depuis les bords internes
de la prunelle , jusqu'au
Criftallin Quel moyen d'y apporterguerifon
, foit par des remedes
( qu'Aëce ordonne dans ce
Chapitre pour le fimple Glaucome
naiffant)foitpar l'abbatement
pretendu du Criftallin ,puifque la
matiere épaiffe de la Suffufion
( qui a precedé ce Glaucome )
feroit pour le moins un obſtacle
la vifion , quand même on auroit
heureufement abbatu le Criſtallin?
Cependant, c'est justement cette
48 MERCURE
espece compliquée de Claucome
incurable
que Mr Ant. a choifi
pour la Suffufion gueriffable
"( ce qu'il eft bon de repeter fouvent
pour que le Lecteury apporte
toute fon attention examen)
&affurément Mr Ant.ſurpaſſe,
en cette grande entrepriſe , tous
fes fçavans Predeceffeurs , & ny
Mr B. luy-même , ni le Chirurgien
anonyme de Gaffendi , ne
fçauroient en ce point ) partager
avec luy la gloire de la déconverte.
C'eft affez pour eux de rendre
la vue par l'abbattement des
fimples Glaucomes . Toute la difficulté
eft de reduire à la pratique
ce
GALANT 49
ce
que Mr Ant. a fi facilement
ébauché dans fon cabinet , en confondant
enfemble la Cataracte
avec le Glaucome compliquez,
&n'en faifant qu'une feule maladie
numerique
.
En fecond lieu , il eft à propos
d'obferver que Mr B. pag. 11 .
de les nouvelles Obfervations,
&c. dit :
ce.
Qu'Alius ( auffi bien que '
Kuffus Galien ) ont con- C.6
fondu les deux maladies de la «
Cataracte , & du Glaucome ,
& qu'ils ont appellé Glauco . "
me, toute opacité de l'oeil par les
vice du Cristallin , foir qu'elle "
Novembre 1708 . E
50 MERCURE
&
σε
für verte ou blanche , quoy que
Aëtius appelle la premiere
Glaucoma proprement dit ,
l'autre improprement.
On voit pourtant que la diftin-
Etion qu'en afait Aëce est bien
defferente de ce qu'en dir Mr B.
qui l'a apparemment , diffimulé
pour de fortes raifons. Je feray
voir dans la fuite , qu'il n'en a
pas mieux ufé envers Ruffus
Galien,
Troisièmement , Mr B. dit,
que Ruffus , Galien & Etius
ont confondu. ces deux maladies ,
c. ma's Mr Ant. fouftient le
contraire avec plus de verité ( à
GALANT 51
lapag. 124) y eftant obligé par la
force de la fimple verité, quoy
que Mr Antoine luy méme les
confonde enfemble d'une maniere
tres impliquée , & difficile à démefler
à tout Sçavant qui n'eft
guere verfé dans les Operations
mêmes , & qui n'a pas ouvert
une grande quantité d'yeux travaillez
de ces differens maux.
Enfin Mr Ant. à la pag. 100 .
ditque les Anciens avani Galien,“
croyoient que la Cataracte für
une alteration du Cryſtallin ,"
mais Mr B. au contraire pag. 4.
( de fes nouvelles Obfervations )
nous affeure qu'on a toujours
«
E ij
52 MERCURE
crû
que
la Cataracte eftoit une
efpece de taye on pellicule entre le
,, Cryftallin
la pruvelle , &
pag. 6. F. fçay , dit- il , qu'il
,, n'eft pas aife de détruire les pre-
» jugez fur tout en des matieres
qui ont paru de tout temps inconteftables
, comme celle de la
Cataracte.
ود
;">
ر د
د ر
Voyons lequel de ces deux
Meffieurs s'acquitera mieux de
fon entreprife, & examinons à
part les propres raifons de chacun
d'eux Le fçavant Lecteur
prendra peut- eftreplus de fatisfaction
qu'il n'afait dans l'Analyfe
de deux Syftêmes pretendus
3
GALANT 53
nouveaux ; mais remettons cet
examen au mois prochain , & finiffons
cet Article parce qu'un habile
Phyficien Anglois a dit dans
Les tranfactions Philofophiques
d'Angleterre que j'ay traduites
plus ou moins exactement de la
maniere fuivante.
Il est bien furprenant , dit-il ,
comment l'efperance d'avoir inventé
quelque nouveauté ( qui.
auroit échapé à l'obfervation de
tout le refte du genre humain )
,,flatte la vanité de nos natures.
Les apparences d'une ingenieu-
,, fe découverte nous empêche de
penfer à d'autres chofes qu'à
و د
E
iij
54 MERCURE
"
"
و ر
د ر
و د
nous eriger en Autheur de quelque
bypotbefe bien trouvée , &
pendant que nous ne laiffons
pas refroidir nos penfees , &
ne deliberons pas de fens raffis
nous paffonsplufieurs belles cho-
» fes que nous aurions remarquées
defangfroid , eftre bien dignes
d'une recherche plus exacte ;
deforte que dans noftre empreffement
& tranfport, nous nous
égarons , pour la plupart ,
nous nous éloignons de la fim-
„ ple verité que nous avions tout
à fait perduë de veuë.
ود
و د
و د
در
و د
&
Ce que Mr de Woolhouſe.
promet dans la fuite , doit
GALANT 55
exciter la curiofité de tous
ceux qui font attention aux
maux qui peuvent arriver aux
hommes . Je ne vous enverray
la réponse que l'on fera à ce
fçavant Oculiſte , en cas qu'on
Huy en faffe , qu'aprés vous
avoir envoyé la fin de fon ouvrage
, fuppofé que ce qu'on
écrira contre luy fe trouve
dans les regles de l'honnefteté ,
& je vous enverray la réponſe
que l'on y fera dans mes Letires
de plufieurs mois , en cas
que l'ouvrage foir trop long
pour pouvoir trouver place
dans une feule de mes Let-
E iiij tres.
1
56 MERCURE
Quoy qu'il ne s'agiffe que
d'une mort dans l'Article fuivant
, il doit paroître tres curieux
, & particulierement aux
Perfonnes fçavantes , à cauſe
d grand nombre d'Ouvrages
d'érudition dont il y eeflt parlé
, & je crois qu'il le trouve
peu d'Auteurs qui ayent autant
écrit que le Pere qui fait
le fujet de cet Arricle.
L'Italie vient de perdre un de
fes plus grands ornemens par
la mort du Pere Paul Caſati ,
Jefuite , arrivée à Parme depuis
quelques mois . Il avoit
prés de 92. ans , étant né à
GALANT
57
Plaifance en 1617. Il entra ,
étant encore fort jeune , dans
la Compagnie de Jefus. Il enfeigna
les Mathematiques
Rome avec beaucoup de fuccés
, dans un âge où les hommes
ordinaires ont à peine l'efprit
affez formé pour en commencer
l'étude. Quelque tems
aprés il y eut une Chaire de
Theologie , & il la rempliffoit
avec reputation lorfque le Pere
Gofvin Niket , fon General
le nomma avec un autre Pere
de fa Compagnie , pour
aller en Suéde deguifé , conferer
avec la Reine Chriftine que
58
MERCURE
la grace commençoit à toucher
, & que les inftructions
du Pere Cafati déterminerent
enfin , même au prix de fa Couronne
, à quiter les erreurs où
fa
Naiffance l'avoit engagée.
Ce pieux Jefuite aprés un fuccés
fi
confiderable
, revint en
Italic en 1652. où malgré l'atachement
qu'il avoit pour les
Sciences , & le progrés qu'y
faifoient ceux qui les culti
voient fous luy , fes Superieurs
l'employerent dans le
Gouvernement
de la Compagnie
, perfuadez qu'elle tireroit
de grands avantages de fon
GALANT 59
adminiſtration . Il a eſté pendant
plufieurs années Recteur
du College de Parme , de la
Maifon Profeffe , & de plufieurs
Colleges de la Province
de Venife , & dans toutes les
Maifons qu'il a gouvernées ,
le temps de fon adminiftration
a toujours paru trop court
à ceux qui avoient le bonheur
d'eftre fous fa conduite , & on
peut dire de luy que fi fon
exemple infpiroit la vertu , fes
manieres le faifoient aimer . Le
Pere Cafati malgré les embaras
du gouvernement
, trouva
toujours affez de temps pour
60 MERCUR Z
cultiver le gouft qu'il avoit
pour les Sciences , & comme
l'on en trouve affez pour ce
que l'on aime , ce Pere aprés
avoir donné aux emplois qui
luy eftoient confiez , le temps
neceffaire pour y réüffir , s'en
menagea affez pour compofer
un grand nombre d'ouvragès
qui l'ont fait connoiſtre à toute
l'Europe pour un grand
Philoſophe , un Mathematicien
, un Theologien , & un
Auteur du premier ordre. A
l'âge de 88. ans , & ayant perdu
la veuë , il s'attacha à l'étude
de l'Optique , & il com-
I
GALANT 61
pofa un Ouvrage fur cette
fcience , dont le fuccés a cfté
grand. Il a publié plufieurs
Ouvrages Latins & Italiens .
Il fit imprimer à Genes dans la
premiere de ces Langues en
1649. unTraité qui avoit pour
titre , le Vuide profcrit ; à Rome
en 1655. un autre Traité intitulé
, la Terre foulevée avec
des machines. Ce fçavant Phificien
y fixe la meſure & la pefanteur
de la Terre. En 16.84 .
il fit imprimer à Lyon chez
Mr Aniffon un Traité divifé
en huit Livres fur la Mechanique
, & il le dédia au Roy ,
62 MERCURE
qui en accepta la dédicace avec
des termes pleins d'eftime pour
l'Auteur
. Neufans auparavant
il avoit publié à Parme des Problêmes
de Geometric qui luy
firent beaucoup d'honneur ;
& 12. ans aprés il fit imprimer
à Venife des Differtations
Phifiques fur le feu , & il en
publia la derniere en 1695 .
Ses Differtations Hydroſtatiques
parurent la même année.
En 1703. il publia à Plaiſance
fes difputes Theologiques
fur
les Anges , & en 1705. à Parme
fes Differtations fur l'Optique.
Voila les titres des OuGALANT
63
vrages qu'il a donnez en Langue
Latine. Ceux qu'il a mis
au jour en Langue Italienne ,
font la conftruction & l'ufage
du Compas de Proportion
, imprimé à Bologne en
1664. la Trompette parlante
à Parme en 1673. & dans le
même livre , les cendres de l'Olimpe
jettées au vent en 1667.
il y combat l'opinion vulguaire
de ceux qui croyent qu'il y
a une fi grande tranquilité fur
le fommet
de l'Olimpe que
le moindre fouffle de vent ne
s'y fait point fentir ; il y détruit
auffi la fable qui porte
1
64 MERCURE
que les cendres du Sacrifice :
annuel y demeuroient
l'année
entiere fur l'Autel , expofécs
à l'air fans eftre diffipées
. Le
Pere Cafati eftoit un grand
Orateur
; il en donna des preuves
dans l'Oraifon Funebre de
Dom Paul Conti , Duc de Pauli
qu'il prononça à la mort de
ce Prince , & qui fut imprimée
en Italien à Parme en
1666. Ce Pere eftoit d'une des
plus illuftres Maifons de Plaifance
, & quoyque fa naiffance
fuft tres diftinguée
, on peut
dire que c'eft le moindre avantage
dont la nature l'avoit fa
GALANT 65
vorifé. Il avoit une fi grande
devotion pour Jeſus Chriſt ,
que toutes les fois qu'on parloit
de fa Paffion , ou qu'il
l'entendoit lire , il répandoit
des larmes. Il dirigeoit grand
nombre de confciences , & le
Duc de Parme le confideroit
beaucoup.
Mr de Bourzeis qui promettoit
beaucoup quoyque
dans un âge peu avancé , &
d'une des meilleures familles
de Riom en Auvergne, eft mort
à Paris
univerfellement regretté
de tous ceux qui le connoiffoient
, à caufe du progrés
Novembre 1708. F
66 MERCURE
qu'il faifoit dans les Sciences .
Le chagrin qu'on a eu de fa
mort a efté d'autant plus fenfible
à ceux qui fe fouviennent
encore du celebre Abbé
de Bourzeis de l'Academie
Françoife , fon grand oncle , fi
connû fous le Miniftere du
Cardinal de Richelieu , qu'il
eftoit le feul qui reftoit de cette
famille , & que par fa mort
elle fe trouve entierement éteinte.
Il eftoit neveu à la mode
de Bretagne de Mr de Beffat
Maiftre des Comptes , auffi
neveu de Mr l'Abbé de Bourzeis
& l'heritier de fes vertus
1
GALANT 67
ainfi que de fon amour pour
les belles - Lettres . C'eft de feu
Mr l'Abbé de Bourzeis que
Mr de Beſſat a aujourd'huy un
excellent Manufcrit que les
Sçavans fouhaitent fort qu'il
donne au Public : ce font les
Notes Grecques que feu Mr
Nicole a écrites de la main fur
le Texte Grec de la Caffandre
de Lycophron , le plus tenebreux
& le plus fçavant Poëte
de l'Antiquité . Ces Notes font
accompagnées d'une gloſe interlinaire
, & du Commentaire
d'Ifaac Tzetzés . Si laCaffandre
de Lycophron eftoit un peu
Fij
68 MERCURE
plus intelligible , elle pourroit
paffer pour un des plus beaux
Ouvrages de l'Antiquité .
Mr l'Abbé de Bourzeis Oncle
de celui dont je vous aprens
la mort , fut un des plus beaux
efprits de fon temps . Il a donné
au Public un Difcours adreffé
à feu Mr le Prince Edouard ,
Electeur Palatin , pour l'exhorter
à entrer dans la Communion
de l'Eglife Catholique.
Cette piece eft une des plus folides
qui ayent efté faites en ce
genre. L'éloquence & la doctrine
y regnent par tout . Ce
Difcours eft un Traité de ReGALANT
69
ligion des plus folides . Il a auffi
donné au Public un volume de
Sermons préchez dans plufieurs
Chaires de Paris , ainfi
qu'un autre Ouvrage dans lequel
il donne l'avantage à la
Langue Latine fur la Langue
Françoiſe en matiere d'Infcriptions.
Feu Mr Charpentier auffi
de l'Academie Françoife , &
zelé Partiſan de ſa Langue , luy
répondit dans fon Ouvrage
de l'Excellence de la Langue
Françoife . Mre Amable de
Bourzeis eftoit Abbé de Saint
Martin de Cores , Abbaye que
feu Mr l'Abbé Gallois a pof70
MERCURE
fedée long- temps . Cet Abbé
fut mêlé dans les affaires qui
partagerent les Theologiens
fur les matieres de la Grace ,
vers le milieu du dernier Siecle ;
il fit même un voyage à Rome
fur ce fujer . Le deffunt qui
donne lieu à cet article , eftoit
deftiné à des emplois de Magiftrature
, & le progrés furprenant
qu'il avoit fait dans
les études aufquelles il s'eftoit
déja appliqué , donnoit de
grandes efperances qu'il foûtiendroit
la reputation du nom
de Bourzeis fi celebre parmi
gens de Lettres .; les
GALANT 71
Quoyque le fiecle où nous
vivons & quelques - uns de ceux
qui l'ont precedé , ne foient
plus fi fertiles en Saints que
l'eftoient ceux de l'Eglife naiffante
; cependant on en voit de
temps en temps , & Dieu fe
plaiſt à montrer au monde en
la perfonne de quelques particuliers
, des hommes d'une vertu
éminente & d'une vie plus
angeliqué qu'humaine , foit
pour réveiller la pieté des autres
hommes , foit pour leur
faire connoiftre que le bras de
fa mifericorde n'eft pas raccourci
. Mre Joſeph de Sainte72
MERCURE
Colombe , Preftre , d'une des
plus anciennes Maifons de
Dauphiné , eftoit de ce nombre.
Il eft mort depuis quelque
temps en odeur de fainteté
dans l'Hofpital de Bourg en
Breffe, dont , par un excés d'humilité
rare parmi les gens de
fa naiffance , il s'eftoit bien
voulu faire Aumônier . Il eftoit
fils d'un pere & d'une mere
tous deux morts en odeur de
fainteté , & qui s'eftoient plûs
à élever leur fils dans la pratitique
la plus rigoureufe des
vertus chreftiennes . Feu Mr de
Sainte Colombe fon pere,dontla
GALANT
73
la famille eſt à preſent établic
en Lorraine , aprés avoir eu le
caractere d'Envoyé de Mr le
Duc de Lorraine à la Cour de
Vienne , & mort Gouverneur
de Chaſtel en Lorraine , Gouvernement
que le Roy , qui
connoiffoit fon merite , luy
avoit donné. Feu Mr de Sainte
Colombe , oncle de celuy
dont je vous apprens la mort ,
fut honoré de la qualité de Miniftre
d'Etat de feu Mr le Duc
de Lorraine , & une de fes tantes
avoit épousé un Miniſtre
d'Etat de Mr le Duc de Savoye.
Cette famille a donné
Novembre 1708 . G
74 MERCURE
aux Armées de France & aux
Troupes de Lorraine des Generaux
d'une grande reputation
, & à l'Eglife des Prelats
d'une vertu éminente . Le pieux
Ecclefiaftique qui vient de
payer le tribut qu'il devoit à la
nature , né dans une famille fi
illuftre , ne s'enorgücillit pas
des avantages de fa naiffance ;
il donna au contraire par tout
où il fe trouva des marques
d'une humilité fort édifiante ;
le bruit de fes vertus & de fa
pieté l'ayant fait connoiſtre à
Paris , plus qu'il n'eut fouhaité ,
& fa réputation y croiffant tous
GALANT
75
les jours , chacun le vouloit
confulter pour profiter des
leçons de pieté qu'il donnoit
à ceux qui eftoient admis dans
fa familiarité. Ce ferviteur de
Dieu prévoyant que le concours
de monde qui venoit à lui
de toutes parts , troubleroit le
recueillement & la folitude où
il vouloit vivre , penſa à quitter
cette grande Ville , où il
avoit refufé des établiſſemens
confiderables , & des dignitez
dans l'Eglife , convenables à ſa
naiffance ; aprés avoir donc diftribué
aux pauvres tout ce qu'il
poffedoit à Paris , il fe retira
Gij
76 MERCURE
en Provence , où il ne demeura
pas long - temps fans que l'éclat
de fes vertus l'y fiffent reverer
comme un homme extraordinaire
& un faint favorifé des
dons les plus marquez de la
grace : il fe retira encore d'un
lieu où il trouvoit qu'il eftoit
trop confideré , & il prit la
route de Lyon dans le deffein
de s'aller confiner dans quelque
retraite , où il ne puft eftre
découvert de perfonne ; & où
il puft fe cacher à tout le monde.
Il paffa quelques jours dans
cette derniere Ville , dans la
pratique des plus grandes morGALANT
77
tifications & de la priere la plus
ardente pour découvrir s'il
pouvoit ce que Dieu vouloit
faire de luy ; enfin éclairé d'une
lumiere furnaturelle & pouffé
par une fecrette impulfion de
l'efprit de Dieu , il prit le chemin
de Bourg , où il arriva au
mois d'Octobre de l'an 1700.
Illogea d'abord dans la maiſon
d'un Boulanger , & le jour fuivant
il alla dire la Meffe dans
la Chapelle de l'Hofpital , durant
laquelle ( ainfi qu'il l'a plufieurs
fois avoué ) il fentit de
grandes douceurs & de vives
confolations . Ce fut pendant
J
Giij
78 MERCURE
cette Meffe qu'il demanda ardemment
à Dieu de luy faire
connoiftre fa volonté dans
quelques jours , & il crut la
découvrir enfuite dans la priere
que Mrs les Recteurs luy firent
de vouloir bien accepter l'employ
d'Aumônier de cet Hôpital
, où il n'y en avoit point
eu depuis trois ficcles . Ces Mrs
furent déterminez à luy faire
cette demande aprés avoir ouï
une de fes Meffes , où ils furent
frappez à la vûë d'un homme
qui paroiffoit un ange dans un
corps mortel . Mr de Sainte-
Colombe entra donc dans
GALANT 79
l'exercice de cet employ fous
la condirion qu'il exigea qu’-
on ne luy donnneroit qu'un
petit reduit pour eftre à couvert
des injures du temps
& c'eft où il a fantifié les fept
ou huit dernieres années de fa
vie dans l'exercice de la charité
la plus vive & la plus ardente .
Mr. l'Evêque de Poitiers qui
eftoit alors grand Vicaire de
Lyon & Mr de Marillac Doyen
de Lyon , & qui avoit le même
employ , ont fouvent dit que
c'eltoit un trefor que tout
le monde voudroit poffèder.
Il cftoit entré dans la carriere
Giiij
80 MERCURE
des Sciences pat la belle Philofophie
& la plus profonde
Theologie. Il eftoit excellent
Phyficien , & il eftoit tres - verfé
dans la Morale . Il fçavoit
parfaitement l'Hiſtoire Ecclefiaftique
& la Profane , ainſi
que le Droit Civil & Canonique.
Il avoit particulierement
étudié Saint Auguftin , & il en
fçavoit les principaux paffages
dont il s'eftoit fouvent fervi
avec fuccés contre les Novateurs.
Mais il fçavoit encore
micux l'Ecriture ; il avoit étudié
toute fa vie ce divin Livre ;
il en fçavoit tous les termes &
GALANT 81
il en penetroit tous les fens ;
il avoit pris par humilité & pour
fe cacher , le nom de Jourdan ,
& c'eſt ſous ce nom qu'il a efté
connu pendant les dernieres
années de fa vie. Lorsqu'il fentit
les approches de la mort il
demanda avec inftance d'eftre
enterré comme un pauvre &
fans aucune ceremonie , dans
la Chapelle de l'Hoſpital ; mais
on ne pût refufer au peuple de
Bourg de le porter à l'Eglife
Collegiale de Nôtre Dame ,
où il fut inhumé avec beaucoup
de pompe , & quinze jours
aprés le P. Poiffon Cordelier
82 MERCURE
de la Reguliere Obfervance du
Convent de Bayeux , & qui cft.
à prefent dans le Convent de
Meaux en Brie , prononça l'Oraiſon
funebre , qui a efté enfuite
imprimée
à Bourg en
Breffe .
Mr du Rochet qui comman
doit ci- devant le fecond Bataillon
du Regiment de Dauphiné
eft mort à Auxerre où
il tomba malade en allant à la
Cour , dans le deffein de rentrer
dans le fervice , que fes incommoditez
l'avoient obligé
de quitter. Il eftoit de Bouleine
dans le Comtat Venaiſſin , &
GALANT 83
d'une ancienne famille du pays.
Il avoit donné en plufieurs occafions
des marques de fa valeur
& de fa conduite , & il s'étoit
attiré l'eftime de tous les
Generaux fous lefquels il avoit
fervi. Il laiffe des freres
& des foeurs . Son frere aîné
a long- temps porté les armes
, & Mr le Prieur du Rochet
fon frere , fe fait eftimer
dans l'eftat ecclefiaftique par
la pureté de fes moeurs & par
la regularité de fa conduite. Il
avoit une foeur mariée à Mr
Valerien , Gentilhomme du
Languedoc , & établi au Pont
84 MERCURE
Saint- Efprit , dont elle a cu
plufieurs enfans , entr'autres
Mr Valerien Capitaine dans le
Regiment de Dauphiné , &
Mr le Chevalier Valerien . Feu
Mr du Rochet eftoit fort ami
de Mr de Julien Lieutenant general
des Armées du Roy ; ils .
eftoient compatriotes & alliez ,
& Mr de Julien luy avoit ménagé
de l'employ lorfqu'il avoit
voulu rentrer dans le fervice.
Il eftoit auffi fort lié avec Mr
l'Archevêque de Barcelonne ,
qui fait fon fejour à Avignon
depuis la guerre de Catalogne.
Son érudition & le gouft qu'il

GALANT 85
avoit pour les belles Lettres
l'avoient rendu cher au Prelat
dont je viens de parler , & qui
cultive le fien pour les plus
hautes fciences , pendant le loifir
que fon fejour à Avignon
luy donne , par le commerce
de tous les gens d'efprit répandus
dans le Comtat . Sa maifon
leur est ouverte en tout temps ,
& l'amour des belles Lettres
fait recevoir favorable- les
y
ment .
Mre N... de Guyon Auditeur
de Rotte à Avignon y
cft mort dans un âge affez avancé
, & dans la reputation
86 MERCURE
d'un des plus fçavans hommes
dans les matieres Ecclefiaftiques.
Il étoit d'une des meilleures
& des plus anciennes Familles
du Comtat Venaiffin. II
laiffe plufieurs Enfans de Dame
N... de Crochant fon épouſe
qui eft auffi d'une des plus confiderables
Familles de cette
Province. Elle eft foeur de Mr
l'Abbé de Crochant Prevoft
de l'Eglife d'Orange & de Mr
le Chevalier de Crochant
diftingué par fa valeur . Mr de
Guyon a eu la confolation de
voir établir toute fa Famille
avant de mourir. Son fils aîné
GALANT 87
eft unGentilhomme tres- eftimé
à Avignon , & qui s'y eſt allié
à une Famille trés confiderable.
Il en a un autre à Rome
qui s'y cft attaché à la Jurif
prudence Canonique avec un
fi grand fuccés qu'il y eft confulté
de toutes parts , fur ce
qu'il y à de plus épineux fur le
droit Canon.
Mr l'Abbé de Guyon Coadjuteur
de Mr le Prevoft
d'Orange fon Oncle , eſt auſſi
fils de feu Mr Guyon : il a eſté
élevé dans le Seminaire de Saint
Sulpice de cette Ville, & il a fait
une partie de fes Exercices dans
88 MERCURE
le College de Navarre . Mr de
Guyon laiffe encore plufieurs
autres Enfans , dont l'un eft
Pere de la Doctrine Chrêtienne
, & un autre Capucin , tous
deux trés - eftimez par leur picté
& par leur doctrine . Il laiffe
auffi plufieurs filles , dont quelques
- unes font Religieufes , &
une autre mariée à Mr de
Manti d'une Maifon trés - qualifiée
du Comtat , & établie à
Avignon La Maifon de Guyon
de même que celle de Crochant
ont donné il y a longtemps
des Chevaliers à l'Ordre
de Malte ; celle de Guyon
eftoit
GALANT 89
eftoit déja connue à Avignon
dans le temps que les Papes y
transfererent le Saint Siege .
Les Auditeurs de la Rotte font
les premiers Magiftrats de la
Cour Ecclefiaftique de cette
Ville , & ils y font, ce que font
les Confeillers dans les autres
Parlemens du Royaume. Mr
de Guyon s'y eftoit fait une
grande reputation par l'étendue
de fes lumieres & par fon
exacte probité.
Dame N.... de Mignot ,
veuve en premieres nôces de
Mre N... de Moyria , Comte
de Marilla ; & en feconde des
Novembre 1708. H
90 MERCURE
Mre N... Bouvard de Rouffillon
, Seigneur de Beauretour
, eft morte à Belley où
elle demeuroit depuis quelques
années. Elle eftoit âgée de prés
de 70. ans , & elle avoit paffé
le temps de fon veuvage dans
l'exercice des vertus chrétiennes
. Elle eftoit foeur de feu Mr.
Mignot , Lieutenant General
de Ville- Franche en Beaujolois
, & tante de Mr Mignot
qui exerce aujourd'huy la même
Charge avec beaucoup de
reputation . Mr le Comte de
Mailla , Chef d'une des plus
grandes maifons de Bugey ,
GALANT
l'avoit épousée en fecondes nôces
; il en eut trois fils & une
fille. Laîné des fils aprés avoir
efté long- temps Capitaine dans
le Regiment de Champagne ,
& dans le Bataillon que Mr le
Chevalier de Moyria fon oncle
commandoit , a épousé à
Bezieres une Demoiſelle d'une
maifon tres confiderable de la
même Ville ; fes deux autres
fils font Religieux , l'un Jefuite
& l'autre Chartreux . Le premier
eft dans les Miffions des
Indes depuis quelques années ,
& l'on aprend qu'il y fait de
tres grands progrés . Il y alla
Hij
92 MERCURE
aprés avoir enfeigné lesHuma
nitez en divers Colleges de fa
Compagnie avec beaucoup
d'aplaudiffement ; l'autre eft
Procureur de la grande Chartreufe
, & chargé de la plus
grande partie des affaires de
cette maifon. Le feu Pere Ge
neral des Chartreux
, & celuy
qui l'eft aujourd'huy l'ont toujours
honoré d'une confiance
tres- particuliere , & il eſt un
des Religieux les plus cftimez
de cet Ordre. La fille eft morte
depuis quelques années Religieufe
dans l'Abbaye Royale
de Noftre Dame de Bons à
GALANT 93
Belley . Elle a fait du bruit autrefois
par fa beauté. Feu Mr
le Comte de Mailla avoit é-"
poufé en premieres nôces une
Demoiſelle de la maifon du
Faur , en Dauphiné , dont il a
eu Mr le Comte de Mailla
d'aujourd'huy. La Dame qui
donne lieu à cet article , n'a
point eu d'enfans de feu Mr de
Beauretour , fon fecond mary,
qui eftoit auffi d'une tres- ancienne
famille du Bugey. La
famille de Mr Mignot dans le
Beaujolois eft tres - ancienne , &
elle a produit plufieurs perfonnes
celebres par leur merite , &
94 MERCURE
par le progrés qu'elles ont fait
dans la Jurifprudence
.
Quoy que dans l'Article
de
la mort de feu Mr le Maref
chal Duc de Noailles
que je
vous envoyay'le
mois dernier ,
vous ayez trouvé plufieurs
morceaux
d'Hiftoire
dignes de
la curiofité
du Public
, & particulierement
touchant
la
precedente
guerre de Catalogne
,
il vient neanmoins
de tombre
un Memoire
entre
mes mains , dans lequel ces
morceaux
d'Hiftoire
étant
beaucoup
plus étendus
, pourront
faire plaifir à ceux qui les
GALANT
95
liront , & qui font amateurs
de la verité.
Mr le Marefchal de Noailles
commença à fervir le Roy dés
l'âge de Is. ans qu'il alla en ·
Hollande en 1665. avec un détachement
des Gardes du Corps
du Roy que Sa Majesté y envoya
dans
le corps
des
Troupes
qu'elle
donna
aux
Hollandois
contre
l'Evêque
de Munster
. Il avoit
efté pourveu
en furvivance
dés
l'âge
de douze
ans
de la
Charge
de premier
Capitaine
des Gardes
du Corps
de Sa Majefté
; il commanda
en cette
qualité
, les 4 Compagnies
qui
la fuivirent
à
96 MERCURE
la premiere conquefte de la Franche
Comté. Il commanda auffi les
mêmes Gardes lors que S. M. envoyafes
Troupes en Lorraine &
la réduifitfous fon obeiſſance.
Il eut l'honneur de fuivre le
le Roy en 1672. à la conqueste
de la Hollande de le fervir en
qualité de l'un de fes Aides de
Camp. Il alla à tous les Sieges
que le Royfit en perfonne. Il fuivia
l'année fuivante S. M. au
Siege de Maftrich où elle l'hono
ra fouvent , plus particulierement
defes ordres . Il fuivit auffi
S. M. l'année d'aprés à la feconde
conquefte de laFranche- Comté.
,
Qu'il
GALANT 197
Il fut nommé Marefchal de
de Camp en 1677. Il eut l'honneur
defervir le Roy auprés defa
perfonne & àfa garde dans tout
le refte de laguerre contre la Holande.
S. M. le nomma Lieutenant
General defes Armées en 1682 .
& luy donna le Commandement
en chef de la Province de Languedoc
pendant le bas âge de
Monfieur le Duc du Maine, avec
tous les pouvoirs & honneurs attribuez
aux Gouverneurs de cette
Province.
Ily fut receu avec une joye
nonpareille des honneurs infi-
Novembre 1708.
I
98 MERCURI
nis , chacun s'éjorçant de luy en
rendre. Sa dépenfey fut des plus
grandes il y foutintfon Emplay
avec beaucoup de dignité &
de magnificence. Que n'a - til pas
fait dans cette Province en fuivant
les ordres du Roy pour la ceffationde
l'Exercice de la Religion
Prétendue-Reformée, & pour
démolition des Temples ? ce qu'il
executa avec hauteur & ferme
té , mais avec beaucoup de juſtice
de douceur &fans, foibleffe ;
de maniere qu'il ne laiffa donner
aucune atteinte à l'authorité du
Roy ; il fe conduifit en forte que
les Peuples en plufieurs occafions,
خنوي
la
GALANT 99
en marquerent leur reconnoiffance,
en même temps que leur foumiffion
aux ordres de Sa Majefté.
En 1683. eftant fur le Rhofne
pour fe rendre en Languedoc , il
fçut que les Religionaires avoientpris
les armes dans le Vivarets
& tiréfur les Troupes du
Roynonobftant l'amniftie . Il def
cendit à terre à Tournon , & fe
mit à la tefte de ces mêmes Troupes
; ils tirerent auffifur luy . Il
Les pouffa , en tua plufieurs , &
enfuite les força dans la Ville de
Chalencon où ils s'eftoient retirez,
il y fit démolir leur Temple , &
en ufa de même à faint Fortunat
I ij
100 MERCURE

à faint Hipolite. Cette action
fut tres vigoureuſe & tres-glorieufe
pour luy ; car elle futfuivie
du calme qu'il mit par tout ; en
fuite il retourna fur le Rhone
pourcontinuer faroute & fe rendre
à Montpellier. Lors qu'ily
arriva il trouva à une lienë
Monfieur le Cardinal de Bonzy
avec Meffieurs les Evêques qui
venoient au devant de luy en
corpspour le feliciter fur ce qu'il
venoit de faire pour la Religion
pour l'authorié du Roy , & pour
Ja gloire particuliere. Enfuite
toutes les Cours le baranguerent ,
& il fut receu à Montpellier
GALANT 101
avec un applaudiffement fort
grand ; les deux années fuivantes
il achewa la converfion de
tout le refte du Languedoc.
En 1688. la Guerre ayant
efté declarée à l'Empire , & l'Ef
pagne s'eftant liguée avec les Ennemis
du Roy de l'Etat , S.
M. nomma le Duc de Noailles en
1689. pour commander fon Armée
en Rouffillon , & bien qu'elle
ne fuft pas nombreuse , le Roy
ayant befoin de fes Troupes en
plufieurs autres lieux pour oppofer
à tant d'Ennemis unis enfemble,
il ne laiffa pas avecun petit nombre
de Troupes , & nouvellement
3
I iij
102 MERCURE
levées d'ouvrir la Campagne de
bonne heure par le Siege de Came
predon qu'il prit en cinq jours de
Tranchée , ce qu'il n'eût púfaire
s'il eut differé, l'Armée ennemie
eftant beaucoup plusforte que celle
du Roy, & compofée de vieilles
Troupes ; cette place eftoit d'autant
plus neceffaire à prendrequ'elle nous
rendoit Maiftres des montagnes ,
&qu'a cause de l'importance dons
elle eftoit , les Ennemis ne fongerent
qu'à la reprendre , & toutes
leurs vues qui eftoient tournées
fur le Rouffillon fe fixerent au
Siege de Campredon ; lorsqu'il
fut formé le Duc de Noaillesy
GALANT 103
ameña l'Armée du Roy, quoy que
fort diminuée
par les Maladies
n'y reftantpas 6000 hommes en
eftat defervir , & il marcha par
les hauteurs dés Montagnes au
fecours de cette Place , & s'en
eftant approché , lorfqu'on vitque
les Ennemis
s'opiniâtroient
d'en
faire le Siege avec 14000 hommes
de Troupes reglées & plus de
6000 hommes de Milices , &
que la Tranchée
eftoit ouverte depuis
douze jours , on évacua la
Place , on fit des fourneaux
tout
autour , & aprés l'avoirfait fauter
à la vue des Ennemis & retiré
le Canon & la Garnifon ,
I iiij
104 MERCURE
l'Armée du Roy marcha en bon
ordre , le Duc de Noailles eftant
à l'arriere-garde fans qu'ils ofaffent
l'attaquer ; ce Siege coûta
beaucoup de monde aux Ennemis.
a
En 1690. l'Armée du Roy
qu'il commandoit eftant inferieure
celle des Ennemis , il ne pût entrer
en Catalogne par la Plaine,
Ø la démolition de Campredon,
luy laiffant les Montagnes plus
libres ; il fit affieger Saint Jean de
Lafabadeffes que les Ennemis
avoient accommodé pendant l'hyver
pour dominer les Montagnes
au deffaut de Campredon , aprés
GALANT 105
aucirpris SaintJean de Lafabadeffes
, & les Troupes qui le gardoient
prifonnieres de Guerre, pour
rendre fes derrieres libres & affeurer
le Commerce du Rouffillon;
il s'avança à Aulot au milieu de
la Catalogne , d'où il envoya un
gros détachement jufques à Vic ,
Ville de Catalogne à neuf lieuës
de Barcelonne qui luy en voya
quatre Deputez pendant ce
temps - là , il prenait des mesures
pour faire le Siege de Caftelfollit;
mais le Roy ayant déclaré la
Guerre au Duc de Savoye &
ayant befoin de Troupes en ce
Pais-là , tira plus du tiers de
106
MERCURE
l'Armée de Catalogne , ce qui
obligea le Duc de Noailles de revenir
en Rouffillon & de travailler
aux moyens d'empefcher les
Ennemis d'y entrer , & d'execu
ter leurs deffeins fur les Places de
ce Païs , ce qu'il executa.
En 1691. il fut le Siege d'Urgel
; il y avoit dedans 12 à 1500
hommes de vieilles & bonnes
Troupes , beaucoup d'Officiers
fans les Paifans qui portoient les
armes ; mais cette Place qui ne
pouvoit fe foutenir , que , parce
qu'on on ne croyoit pas poffible d'y
mener du Canon , fut prife quatre
jours aprés l'arrivée de l'ArtilleGALANT
107
rie , elle en avoit déja tenu fix de
Tranchée ouverte toutes les
Troupes qui estoient dedans ,
l'Officier qui les commandes
chemins
doit furent faits Prifonniers de
Guerre ; l'on avoit fait marcher
le Canon pendant plus de dix
lieuës de France
par
impraticables juſqu'alors , ce qui
ne pût eftre fait qu'à force de
fourneaux de Travailleurs
dans des Rochers inacceffibles.
Le Roy n'ayant pú donner de
Troupes d'augmentation pour pouvoirfoutenir
la conqueste d'Urgel
, où il falloit mettre une groffe
Garnifon pour eftre Maistre du
108 MERCURE
Pais , il fallut prendre le party
d'ouvrir cette Place&de la rafer
, ainsi qu'une douzaine de
Chafteaux des environs qui fervoient
de retraite aux Ennemis ;
mais comme il eftoit important de
fe rendre Maistre de la Cerdagne
Espagnole de l'entrée des Montagnes
du côté d'Urgel , le Roy
approuva la propofition que luy
fit le Duc de Noailles de fortifier
Belver; l'Armée Ennemie marcha
pour s'opposer à ce deffein ,
mais ils trouverent les Troupes fi
bien poftées qu'ils n'oferent defcen
dre dans la Plaine , &prirent la
refolution d'aller faire le Siege de
GALANT 109

Prats deMollon enRouffillon; mais
ayant fçû que le Duc de Noailles
avec l'Armée du Roy commençoit
à s'ébranler pour l'aller feconrir
, ils n'oferent fuivre leur entrepriſe
; le Chasteau de Valence
confiderable
parfa fituation à demie
lieue du Pais de Foix , & capable
de contenir un Corps confiderable
fut pris & rafépar un détachement
que le Duc de Noailles
y envoya.
En 1692. les Espagnols contre
leur coûtume s'eftant mis de
tres bonne heure en campagne ,
& avant méme que
Royfuft affemblée, s'avancerent
l'Armée du
110 MERCURE
furla Frontiere du Rouffillon. Sur
la nouvelle de leur aproche le Duc
de Noailles affembla les Troupes
qui eftoient en Rouſſillon , &
marcha vers la Frontieré. Les Efpagnols
entrerent par les Montagnes
dans le Pays ; il ne leur reftoit
que
que de defcendre pour occuper
un pofte excellent & fort parfa
fituation ; enforte qu'ayant leurs
derrieres libres , ils yferoient demeurez
toute la Campagne. Le
Duc de Noailles marcha à eux
avec l'Armée , &fe pofta de maniere
qu'il arrefta celle des Efpagnols
, l'obligea de retourner en
arriere & de rentrer dans leur
GALANT III
Pays , qoyque plus forte que celle
du Roy dont les Troupes n'eftoient
pas même arrivées. L'Armée de
l'Ennemy auroit fouffert dans fa
retraite , fi elle n'avoit profité d'u
ne nuit obfcure & d'un brouillard
tres- épais , pour dérober fa
marche , chofe ordinaire dans les
Montagnes. L'Armée du Roy
entra enfuite dans la Plaine du
Lampourdan , & tint celle de
l'Ennemy pendant deux mois
demi dans un même Camp , ce
qui leur fit perdre beaucoup de
les maladies.
monde par
En 1693. il fut fait Maréchal
de France. Cette même an112
MERCURE
née il fit le Siege de l'importante
Place de Rofes , la prit an
bout de fix jours de Tranchée ouverte
, quoyqu'e
quoyqu'elle en eut tenu
autrefois 57. devant une Armée
plus groffe que celle qu'il commandoit
, & qu'alors Barcelonne
fut au Roy , dans le temps que
l'Armée de Sa Majesté alloit marcher
à Palamos . Ce Prince trouva
à propos d'en ofter un Corps.
તે
affez confiderable de Cavalerie ,
Dragons & Infanterie pour aller
en Italie , ainfi il fallut achever
la Campagne fur la deffenfive
fe mettre en état d'empefcher
l'Ennemy d'entreprendre le Siege
de Belver.
GALANT 113
le
En 1694. Sa Majesté ayant
renforcé fon Armée de Catalogne
le Maréchal de Noailles continua
de la commander ; celle des
Ennemis ne laiffoit pas d'eftre
plus forte que celle du Roy de 4.
a sooo. hommes . Dés
que
Viceroy fçut que l'Armée eftoit
affemblée , il s'avançafur la Fluvia
pour en difputer le paffage ;
mais cela n'arresta pas le Maréchal
de Noailles , qui aprés avoir
paffé cette Riviere s'avançafur
le Ter où il trouva l'armée Ennemie
poftée & retranchée . Ce Maréchal
ayant dérobé fa marche aux
Ennemis pendant la nuit , paffa
Novembre 1708. K
114 MERCURE
la Riviere en plein jour malgré
leur refiftance en trois endroits differens
, quoyque large de 150.
toifes , battit toutes les Troupes
qu'il rencontra. La deffaite enft
efté entiere , fi l'Armée du Roy
n'avoit pas efté obligée de paffer
un Canal qui eftoit au delà de la
Riviere du Ter par trois defilez
où l'on ne paffoit que deux à deux,
ce qui donna lien aux Ennemis
de fe rallier & de fe retirer en
meilleur ordre ; neanmoins on les
chargea plufiurs fois , & on les
Suivit pendant trois ou quatre
eienes de France. Les Espagnols
urent 1000. hommes de tuez ,
GALANT 115
des
on fit 3500. prifonniers ; on
prit tout le bagage du Viceroy ,fa
vaiffelle & fa caffette , de plufieurs
Officiers Generaux
Troupes. Il y eut prés de 800.
Officiers de pris , parmi leſquels
il y avoit plufieurs Colonels , des
Officiers Majors , & le General
de la Cavalerie. Aprés cette Victoire
l'Armée Ennemie ne fongea
plus qu'à fe feparer dans les Places
pour les mieux foûtenir ;
quoyqu'il y euft 3500. hommes
dans Palamos , le Maréchal de
Noailles y marcha pour en faire
le Siege . Il emporta la Ville d'affaut
aufeptième jourde Tranchée ,
Kij .
16 MERCURE
il prit la Citadelle aprés quatre ›
& fit prifonniers de guerre toutes
les Troupes qui la deffendoient.
Aprés ce Siege il marcha droit à
Gironne , qu'il attaqua en perſonne
en plain midi. Cette Place qui
fe glorifioit de n'avoir jamais efté
conquife , fut prife le feptiéme
jour. La Capitulationfutfravantageufe
qu'elle ofta aux Ennemis
autant de Troupes que fi elles avoient
efté prifonnieres , les deux
tiers de la Cavalerie étant fortis
àpied , la routepar où ellefut &
onduite étant fi longue que d'environ
5000. hommes , il n'enrefta
que 1300. quand ils arriverent
GALANT 117
en Arragon. Aprés ce Siege le
Maréchal de Noailles marcha à
Oftalric. Onfe rendit Maistre de
la Place en arrivant , & dés le
foir même on attaqua le Château .
Le lendemain à l'heure de midi
trois foldats s'étant jettez dans
un retranchement des Ennemis ,
appellerent leurs Camarades en
criant tuë tuë , les uns
tres furent foûtenus ; on emporta
Sept retranchemens l'un fur l'autre
, & on entra avec les Ennemis
pefle mefle dans le Château.
Cet évenement parut incroyable ;
Le Gouverneur avec tous les Officiers
furent pris avec 500. homles
au118
MERCURE
"
mes de Garniſon de d'élite
gens
qu'on avoit jettez dans le Château
pour le deffendre. Quelques
jours aprés on alla à Castelfollit
quifut pris au quatrième jour de
Tranchée , & la Garnison au
nombre de 1200. hommes fut
guerre.
1 Dés
faiteprifonniere de
que les Ennemis virent l'Armée ,
quoyque fort diminuée , tournée
du côté de cette Place , ils marcherent
avec 8000. hommes pour
faire le Siege d'Oftalric ; mais la
diligence avec laquelle on s'avança
pour allerfecourir cette Place ,
leur fit lever le Siege aprés dix
jours de Tranchée. Cette Action .
GALANT 119
fut la derniere de la Campagne ;
te Maréchal de Noailles eftoit
fort malade d'une groffe fievre ,
lorfqu'il marcha au fecours d'Oftalric,
fes incommoditez ayant
augmenté, l'empêcherent de continuer
de fervir àla tête defon Armée,
& l'obligerent au mois de
Fuin de l'annéefuivante 1695.
d'en abandonner le commandement
, ayant déja commencé la
Campagne par des fuccés heureux
en ce Pays- là.
En 1700. le Roy le choifit
pour fuivre conjointement avec
Mr leDucde Beauvilliers, Monfeigneur
le Duc d'Anjou devenu
120 MERCURE
l'heritier de la Monarchie d'Efpagne
par le Teftament de Char
les II. Monfeigneur le Duc de
Monfeigneur le Bourgogne
Duc de Berry fuivirent ce nouveau
Roy leur frere jufques fur
la Frontiere , e enfuite le Maréchal
de Noailles eut l'honneur
de les accompagner feul depuis la
Frontiere d'Espagne jufqu'à Toulon
, & dans tout le reste de leur
voyage, & acheva comme il avoit
commencé avec toute lamagnificence
imaginable , un Employ
qui eftoit un pur effet d'une
confiance particuliere du Roy pour
ce Maréchal,
GALANT 121

Il avoit époufe Marie Francoife
de Bournonville fille unique
d'Ambroife Duc de Bournonville,
Chevalier d'Honneur de la
Reine , Gouverneur de Paris ,
de Lucrece de la Vieuille ;
elle a efté Dame du Palais de la
feue Reine , il a eu de ce mariage
les enfans fuivans .
Marie- Chriftine de Noailles,
mariée en 1687. avec Antoine
de Gramont Ducde Guiche , Pair
de France , Meftre de Camp General
des Dragons , depuis Colonel
du Regiment des Gardes
Françoifes , Lieutenant General
des Armées du Roy.
Decembre 1708. L
122 MäRCURE
Deux enfans morts en naiffant
en 1673. en 1674.
Louis - Marie de Noailles
Comte d'Ayen né en 1675 , mort
jeune.
Louis- Paul de Noailles , Comte
d'Ayen né en 1676. mort
jeune.
Marie - Charlote de Noailles
née en 1677. mariée en 1696.
à Malo Augufte Marquis de
Coetquen , Meftre de Camp d'un
Regiment.
Adrien Maurice de Noailles,
qui fuit cy-aprés.
Anne-Loüife de Noailles , née
en 1679. morte jeune.
GALANT
123
à
Un Fils , né en 1680. mort
4. ans.
Jean-Anne de Noailles , né en
1681. mortjeune .
Julie Françoife de Noailles, née
en 1682. morte jeune .
Lucie - Felicité de Noailles ,
mariće en 1698. à Victor Marie
Comte d'Eftrées Grand d'Efpagne
, Commandeur des Ordres du
Roy , Vice- Amiral & Marefchal
de France , Lieutenant General
en Bretagne , & Gouverneur
de Nantes.
Marie -Therefe de Noailles,
I
mariée en 1698. à Charles.
François de la Baume-le-Blanc
Lij
124 MERCURE
Marquis de la Valiere , Gouver
neur de Bourbonnois , Meftre de
Camp General de la Cavalerie-
Legere de France.
Emanuel - Jules Comte de
Noailles , né en 1686. nommé
Lieutenant General en Guyenne
en 1694. blessé à la tefte en
Allemagne allant avec le Marefchal
de Catinat en une rencontre
où les Ennemis vouloient
emporter une redoute dans une
des Iles du Rhin ; de là , il fut
porté à Strasbourg, où il mourut
le 43° jour de fableffure le 20.
Octobre 1702.
Maric-Françoife de Noailles,
mariée en 1703. à EmanuëlGALANT
125
Henry Marquis de Beaumanoir¸
& de Lavardin , Lieutenant
General pour le Roy en Bretagne,
Colonel d'un Regiment de Cavalerie
fon Coufin Germain, tué
fans Enfans à la Bataille de
Spire.
Marie - Victoire - Sophie de
Noailles,mariée en 1707.àLoüis
de Pardaillan , Marquis de Gondrin
, Colonel de Cavalerie.
Emilie de Noailles , née en
1689.
Jules- Adrien Comte deNoailles
né en 1690. Lieutenant
General de la Province d'Auvergne,
a fait fapremiere Cam-
Liij
126 MERCURE
pagne Mousquetaire
au combat
d'Oudenarde
en 1708
.
Marie- Uranie de Noailles, née
cu 1691.
Jean-Emanuel , Marquis de
Noailles , né en 1692. Lieute
nant General de la Province de
Guyenne , eft Moufquetaire.
Anne-Loüife de Noailles.
ن م
Adrien Maurice Duc de -
Noailles, Pair de France , Comte
d'Ayen , Marquis de Moncy le
Chaftel , Seigneur de Malemort
de Brive en partie , &c.
Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or , Premier Capitaine des
Gardes du Corps du Roy par la
démiſſion du Marefchal fon pere,
GALANT 127
Capitaine General & Gouver
neurpour Sa Majesté des Comtez
Vigueries de Rouffillon , Conflans
& Cerdaigne , Gouver
neur particulier des Ville , Chateau
Citadelle de Perpignan,
de la Province de Berry ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Commandant celle
de Rouſſillon
. pl.
Il a esté premierement Mouf
quetaire, puis Cornette en 1693 ,
Ilfut la même année au Siege de
Rofes , en 1694. Capitaine de
Cavalerie. Il étoit à la bataille
Adu Ter gagnée par le Marefchal
fon pere avec lequel il alla la mê-
F
128 MERCURE
1
me campagne aux Sieges de Palamos
, de Gironne , d'Oftalric , &
de Caftel- Follit , & à ta levée
du Siege que les Ennemis firent
d'Oftalric , en 1695. Ilfut Colonel
de Cavalerie , & continua
de fervir en Catalogne fousMonfieur
le Duc de Vendofme : il
fe trouva à la levée du Siege
de Palamos que les Ennemis avoientformé”;
en 1696. ilfervit
en Flandres , en 1697. ilfut
au Siege d'Ath. En 1700. il fut
choifipar le Roy pour accompagner
le Roy d'Espagne à Madrid, qui le
créa Chevalier
de la Toifon qu'il
reçût à fon retour des mains de
Monfeigneur le Duc de Berry .

GALANT 129
&
En 1701 il fervit en Allema
gne & dans le pays de Liege fous
les Marefchaux de Villars er de
Tallart : Ilfut fait Brigadier des
Armées du Roy , & fervit en
cette qualité en Allemagne fous
le Marefchal de Catinat , où le a
Marquis de Noailles fon frere
fut bleffé à fes coftez en une rencontre
où les Ennemis vouloient
emporter une Redoute dans une
des Ifles du Rhin. Il étoit auffi à
la prife de Neubourg , & fur law .
fin de la campagne , aprés la bataille
de Frit Lingue , dont le
Marquis de Choifeul avoit apporté
la nouvelle , le Marefchal
130 MERCURE
à
de Villars le choifit pour apporter
au Roy les Drapeaux , & les Eftendars
, & pour rendre compte
Sa Majefté de la fituation où
eftoit l'Armée ,
pourla jonction avec celle de l'Electeur
de Baviere.
P
des projets
En 1703. ilfervit fous Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
fous le Marefchal de Tallart,
lors qu'on força les lignes de Wif
Sembourg & au Siège de Brifar.
Enfuite il fut fait Marefchal
de Camp en1704- En 1705. il
fut nommé & partit en Decembre
pour commander le corps de
Troupes qui eftoit en Rouffillon ,
1
NGALANT 131
d'où en 1706.il éloigna les Ennemis
de la France , paffa les
rivieres de Fluvia du Ter , &
ouvrit les paffages aux Troupes
qui venoient de Francepour faire
le Siege de Barcelone ou il alla . Le
Roy d'Efpagne ayantjugéàpropos
defe retirer de devant cette place
avecfon Armée: leDucdeNoailles
commanda l'arriere-garde , &y
foutint avecfuccez plufieurs atdes
Ennemis ; lors que
Prince fut arrivé à Perpignan
le Duc de Noailles l'accompagna
jufques à Madrid, d'où il revint
en Rouffillon où il continua de commander
le refte de la campagne en
ques
ce
132 MERCURE
qualité de Lieutenant
General.
En 1707. il commanda
l'Armée
de Rouffillon
pendant toute
la campagne , & il chaffa les Ennemis
du Lampourdan
, foumit
la Sardagne
Espagnole
, fe rendit
maistre de Puycerda
où il fir
faire un fort de cing Baftions
&fortifier Belver que
rafe à la paix. En 1708. il a
continué de commander
l'Armée
du Roy en Rouffillon .
l'on avoit
Il epoufa le dernier Mars
1698. Françoife Charlote Amable
d'Aubigné , fille de Charles
Comte d'Aubigné Chevalier
des Ordres du Roy , & Gouver
GALANT
133
neur de Berry , dont il a en deux
filles.
Françoife - Adelaide de Noailles
née le 1. Septembre 1704.
Et Amable Gabrielle de Noailles,
Le Marefchal de Noailles
ayant efté dangereuſement malade
le Roy agrea qu'ilfe demit de
fa Charge de premier Capitaine
des Gardes du Corps , entre les
mains du Duc de Noailles fon
fils qui en fut pourven le 17
Fanvier 1707.
Le Dimanche 21. d'Octobre
on folemnifa dans l'Eglife
de la Maifon de Sorbonne la
Fefte de fainte Urfule qui en eft
134 MERCURE
titulaire. Monfieur Maigrot
Evêque de Conon en la Chine,
dont il eft revenu depuis peu ,
aprés y avoir couru de grands
perils pour la foy Catholique ,
y officia avec beaucoup de
pompe. Ce Prelat eft Docs
teur de la Maifon & Societé de
Sorbonne , & les Docteurs de
cette Maifon eurent une grande
confolation de voir officier
un Evêque Docteur de leur
Maifon, & qui fait tant d'honneur
à l'Ordre Epifcopal. Un
nombre confiderable de perfonnes
de confideration y affifterent
, attirées par la veneGALANT
135
ration que tout le Royaume
a pour cet illuftre Prelat qu'on
doit regarder comme un Athlete
de la Foy, pour laquelle il
s'eft fouvent vû preft de répandre
tout fon ſang , pen,
dant une longue prifon. Ce
Prelat dîna enfuite dans le Re,
fectoire de la Maiſon de Sorbonne
, & on luy fervit un diner
fort frugal , puifqu'il vou
lut avoir une fimple portion
de Docteurs, & qu'il exigea
expreffement qu'on n'euc
point d'autres manieres pour
luy que celle qu'on avoit cûë
autrefois quand il demeuroit
136 MERCURE
dans la Maiſon. Il monta aprés
le dîner dans la Bibliotheque
où il paffa une partie de la
journée , & il alla enfuite voir
Mr le Senieur , & rendit quelques
autres vifites dans la Maifon
à fes anciens Confreres qui
étoient tous charmez de voir
un Prelat qui faifoit tant
d'honneur à leur Maiſon par
fa vertu & par fa fermeté Evangelique.
Il entretint fort longtemps
ces Meffieurs de l'état
de l'Eglife de la Chine , & il
les affura plufieurs fois, que s'il
étoit en fon pouvoir de fe
choifir un fejour dans le monde,
GALANT 137
de , il n'en choifiroit pas d'autre
que la Chine à caufe de la
douceur du climat & de la politeffe
des Habitans .
Monfieur l'Archevêque de
Lyon, de concert avec les Comtes
de faint Jean , vient d'établir
un Seminaire prés de l'Eglife
Cathedrale pour lesClercs
de cette Eglife. Monſieur Terraffon
Cuftode de fainte Croix
en a la direction . Monfieur
l'Archevêque & Meffieurs de
faint Jean fourniffent le fond .
On ne peut trop louer la pieté
de ce Prelat , non plus que cele
de Meffieurs les Comtes de
Novembre 1708. M
138 MERCURE
faint Jean.
Monfieur l'Evêque de Mande
fit le 20. Septembre fon entrée
dans fa Ville Epifcopale à
huit lieues de laquelle la plus
grande partie de la Nobleffe
duComté de Gevaudan alla au
devant de luy & l'accompagna
jufqu'aux portés de la Ville
où il fur reçû par les Magiftrats
& par les Officiers du
Confulat en robbe, & qui l'attendoient
avec un Dais de damas
blanc , fous lequel il entra
aprés qu'on luy eut preſenté
les clefs de la Vile . Le chef du
Confulat le harangua ( d'une
SGALANT 139
maniere qui fut tres applaudie
; il loua fon zele pour la
faine doctrine , fon attachement
aux devoirs de fon miniftere
, le fucés de fes travaux,
dans le Diocefe de Poitiers où
il a partagé le poids de l'Epif
copat pendant plus de trente
ans avec trois Evêques , il entra
naturellement alors dans
l'éloge de feu Monfieur l'Evê-
3 que de Poitiers fon Oncle &
il fit remarquer que le feul
merite de ce Prelat fit jetter
les yeux fur luy pendant qu'il
eftoit dans la congregation de
de l'Oratoire , pour remplir
Mij
140 MERCURE
lefiegede Treguier d'où il paffa
à celuy de Poitiers , il parla enfuite
de l'union étroite qu'il y
a toujours eu entre ce Prelat
tant qu'il a vécu , & le Pere la
Chaife qui prit foin de faire
connoiftre fon merite au Roy
en parlant de la Maiſon de
Baglion Lafalle , dont eft ce
Prelat, il n'oublia pas le General
de la Cavalerie Florentine à la m
bataille de Fornoüe , dont je
vous parlay lors du Sacre de
ce Prelat. La Harangue finie,
Monfieur l'Evêque de Mende
fe rendit avec tout fon cortege
à l'Eglife Cathedrale , preGALANT
141
ccdé de tout fon Clergé qui
s'eftoit auffi rendu à la porte
de la Ville. Les rues par où il
paffa eftoient fablées & tapif
tées. Il fut
harangué à la porte
de l'Eglife par le chef du
Chapitre , & enfuite il pric
poffeffion de fon Siege Epif
copal. Mr le Comte de la Salle
fon pere qui eftoit à Mende
il y a quelques mois , où il
l'attendoit , fur toûjours à fes
côtez , & il fut témoin de tous
les honneurs qu'on rendit à ce
Prelat , qui répondit à tou-
- tes les harangues qu'on luy
fit avec beaucoup de delica
142 MER CURE
teffe & de modeftic ; fans a
voir eu le temps de s'y pre
parer. Monfieur l Evêque de
Mende eft Seigneur Suzeraim
, de tout fon Diocefe ;
ainfi il ne faut pas cftre fur
pris fi on luy a fait plus
d'honneurs qu'on n'en fait
ordinairement aux autres Evêques.
Mr Dulac de Vintimille
Archevêque d'Aix , prit poffeffion
de ce Siege le Dimanche
4 de Novembre, il receût
le matin le Pallium , & il preta
l'aprêdînée le ferment accoûtumé
dans la Maifon de
A
GALANT 143
&
c
Ville entre les mains de Mr
Audibert , Conful - Aſſeſſeur.
Je dois vous dire à l'occafion
du Pallium , que c'eſt une efpece
de Manteau Imperial ,
dont les Empereurs Chreftiens
commencerent à honorer les
Prelats de l'Eglife dans le 4
Siecle, voulant que ce fut l'ornement
de ces Prelats , & la
marque de leur autorité pour
le fpirituel fur les ordres
inferieurs de leurs Eglifes ,
comme les Empereurs -
voient pour le temporel fur
ceux de leur Empire . Au commencement
le Pallium cou-
1
144 MERCURE
vroit le corps de l'Archevêque
en defcendant depuis le col ,
jufqu'aux talons , à peu prés
comme les Chapes,à la referve
qu'il eftoit fermé par devant
, & tiffu non de foye ny
de lin , mais de laine pour reprefenter
la Brebis que J. C.
le bon Paſteur porte fur fes
épaules. Il devint depuis comme
une espece d'Etole feulement
, qui pendoit pardevant
& par derriere , & il eftoit
-chargé de 4 Croix d'écarlate,
difpofées fur 4. côtez, c'eſt- àdire
fur l'eftomach , fur le dos,
-& fur les 2% épaules , ce qui
forme
GALANT
145
formoit à peu prés la figure des
Pallium d'aujourd'huy. Les
Patriarches prenoient le Pallium
fur l'Autel dans la ceremonie
de leur confecration.
Ils en envoyoient un aux Archevêques
de leur Patriarchat
lors qu'ils confirmoient leur
élection , & ceux - cy le donnoient
aux Evefques de leurs
Provinces ; les Prelats n'eu
rent cet ornement dans l'Eglife
d'Occident que vers le
commencement
du 6 Siecle.
Le Pape Symmaque l'envoya
pour la premiere fois à Cefarius
Metropolitain d'Arles , &
Novembre 1708. N
С
146 MERCURE
qui eftoit fon Vicaire dans les
Gaules. La laine dont eft fait le
Pallium eft prife de la toiſon
de deux Agneaux que l'on
offre tous les ans fur l'Autel
de Saint Agnés à Rome le jour
de la Fefte de cette Sainte.
Mr l'Abbé de Rochebonne,
Comte & Chantre de l'Eglife
de Saint Jean de Lyon , & l'un
des Grands Vicaires de Poitiers
a efté facré Evêque de Noyon
dans l'Eglife de Poitiers par l'Evêque
de ce lieu, qui a eſté auſſi
Comte de l'Eglife de Lyon ,
fous le nom de Comte de la Poype.
Mr de Poitiers eftoit aflifté
de Mr l'Evêque de Xaintes ,
GALANT 147
autrefois Prevoft de l'Eglife .
Collegiale de Mâcon , de la
Maifon de Chévriers Saint
Mauris , & de Mr l'Evêque de
Limoges auffi Confrere des
Evêques de Poitiers & de
Noyon , ayant cfté auſſi eſté
Comte de Lyon. La ceremonie
fe fit avec beaucoup d'éclat
; la plus grande partie de
la Nobleffe de Poitou s'y
trouva. Mr l'Evêque de Poitiers
, donna à fa Maifon de
Campagne une magnifique
Fefte aux 3. Prelats, fept jours
aprés la confecration du nou .
vel Evêque. Mr l'Evêque de
Nij
148 MERCURE
Noyon a prêté depuis ce
temps- là ferment de fidelitéentre
les mains du Roy , &.
prit poffeffion des honneurs
du Louvre en qualité de Comte
& Pair , & de fa Séance aut
Parlement en cette qualité:
Mr le premier Prefident fit un
beau diſcouts fur ce fujet.
Mr l'Evêque de Noyon a
réfigné fa dignité de Chantre
de l'Eglife de Lyon à Mr
l'Abbé de Rochebonne, auffi
Comte de Lyon , & qui eft
à prefent auprés de Mr l'Evêque
de Carcaffonne fon Oncle
, avec lequel il a fermé les
GALANT 149
yeux à Mr l'Evêque d'Aleth
qui vient de mourir . Mr l'Evêque
de Noyon a refigné fa
Comté à Mr l'Abbé de Maugiron
proche parent du Gouverneur
de Vienne . Noyon
eft l'une des douze anciennes
Pairies du Royaume . Cefar la
nomme dans fes Commentaires
Noviodunum Belgarum
l'Evêché de Vermandois
y fut
transferé environ l'an 520 .
cent ans aprés la fondation
de la Monarchie , la Capitale.
dite Augufta Viromanduorum
,
ayant efté ruinée par les Barbares
; Saint Lainbert en eftoit
N iij
150 MERCURE
alors Evêque ; Saint Eloy fut
un de fes fucceffeurs: Immon
cftoit Evêque de Noyon en
859. Waldermar Evêque de
Noyon vers le milieu du 9
Siecle avoit un differend pour
la Jurifdiction avec Rotarde
Evêque de Soiffons , & WalfaireMetropolitain
deRheims ,
tint un Concile à Noyon
pour les accommoder . Guy de
Prés eftoit Evêque de Noyon
en 1272.0n tint alors un Concile
dans fon Eglife pour les
Libertez de l'Eglife . Ce Prelat
avoir efté fort cher à S. Louis .
Jean de Vienne Archevêque
GALANT 151
-1
de Rheims affembla un autre.
Concile en 1344. à Noyon où
Fon fit plufieurs beaux Reglemens
pour la difcipline Ecclefiaftique.
N ..... Meuſnier
Evêque de Noyon , il y a plus
de so ans eftoit un grand Philofophe
; enfin dans l'énumeration
des Scivans Prelats qui
ont efté fur le Sige de Noyon,
on ne doit pas oublier les 2 .
derniers . Mr d'Aubigné , fur
tout,àqui fon beau Mandement
donné à Charks Pont le 22 .
Mars de cette année a attiré
beaucoup de loüanges .
La piece qui fuit eft digne de
N iiij
152 MERCURE
voftre attention . Elle eft d'un
homme dont les Ouvrages
ont fait grand bruit dans le
monde , & ont efté fort recherchez
. Elle convient au
temps prefent. Je ne vous en
diray pas davantage afin de
vous laiffer en pleine liberté
d'en
juger.
MANDEMENT
De Monſieur l'Archevêque de
Cambray , qui ordonne
des Prieres pour la Paix .
1
Si le Monde n'avoit jamais
vú la guerre allumée entre les
GALANT 153
vi-
Nations voifines , il auroit peine
à croire que les hommes puffent
s'armer les uns contre les autres.
eux qui font accablez de leurs
miferes de leur mortalité ; ils
augmentent avec induftrie les
playes de la ' Nature , & inventent
de nouvelles morts ; ils
n'ont quelques momens à
que
vre , ils ne peuvent fe refoudre
à laiffer couler enpaix ces triftes
momens ; ils ont devant eux
des regions immenfes qui n'ont
point trouvé de poffeffeurs , & ils
s'entre- déchirent pour un coin de
terre. Ravager, répandre dufang,
détruire l'humanité , c'est ce que
154 MERCURE
l'on appelle l'art des grands hommes
; mais les guerres ne font ( dit
faint Augustin ) que des Specta
cles , où le Demon fe jouë cruellementdu
Genre humain : LUDIT
DEMONIUM , les Princes les
plusjuftes font reduits à prendre
les Armes : malheur d'autant plus
déplorable qu'il eft devenu neceffaire
: Dieu méme fait entrer la
guerre dans fes deffeins , comme
n fait entrer les Poifons les plus
mortels , dans les compofitions des
remedes lesplusfalutaires : qu'elle
doit eſtre l'extrémité de nos maux,
puis que nous avons befoin d'un
figrand remede ; ( une longue
on
GALANT 155
paix ( dit faint Cyprien ) corrompt
la difcipline que Dieu
avoit donnée aux hommes. Il
faut qu'un chaſtiment Celefte
vienne reveiller noftre foy comme
abatuë & endormie , Dieu punit
lespeuples les uns par les autres ,
parceque tous ont peché. Il frape
ces grands coups qui ébranlent
toute la Terre , dit faint
Auguftin , pour dompter l'orgueil
des méchans , & pour
exercer la patience des bons :
Ily a déja huit années , Mes
tres cheres freres , que fa main eft
élevée , on ne la reconnoift pas.
Lespecheursfont abatusfans eftre
156 MERCURE
convertis ; jamais on ne vit tant
de fafte & tant de moleffe
tant de baffeffepour l'intereft , &
tant de hauteur contre les vertus:
Le luxe ne vit que d'intrigues
l'état violent ou chacun fe jette ,
fappe lesfondemens de toute probité,
& corrompt lefond des Nations
entieres, l'humilité eftfoulée
aux pieds , lafimplcité Chretienne,
eft tournée en dérifion , l'autorité
de l'Eglife , n'eft plus qu'un
grand nom : feroit- ce que nous approcherions
du dernier terme où la
charitéfera refroidie , l'iniquité
abondante , ou le Fils de l'Homme
trouvera à peine de la Fay
GALANT 157
Jut la Terre ? Ne cherchons pas
ailleurs qu'en nous- mêmes la
fource de nos maux , nos peehez
font nos plusgrands Ennemis , ils
nous attirent tous les autres ;
nous combattons contre les uns,
&
cy, nous
су
loin de vaincre ceuxnous
livrons lâchement à eux,
nous ne pouvons calmer la
tempefte qui agite les Nations.
Chretiennes , qu'en appaisant la
jufte colere de Dieu : Il aime à
eftre defarmé par des coeurs contrits
humiliez, aprés s'étre.
irrité,ilfe refouvientdefesancien
nes mifericordes , demandons luy ,
mes tres cheresfrères , non la dé-
1
158 MERCURE
truction de nos Ennemis qui në
ceffent point d'eftre nos freres :
mais noftre reunion avec eux par
-une bonne paix ; non pour flatter
nos paffions , pour nous attacher.
aux douceurs trompeufes de noftre
pelerinage , pour nous faire
oublier noftre veritable patrie ;
mais au contraire afir que
nous foyons plus libres , plus
tranquiles , plus recueillis , &
plus propres pour le Royaume de
Dieu , afin qu'il nous procure feton
fes deffeins un repos qui confole
l'Eglife auffi bien que
Peuples , & quifoitfur la Terre
les
GALANT 159
nne Image du repos Celeste.
Le Roy d'Efpagne a nommé
Don Gafpard de Zuñiga
Brigadier de fes Armées , en
confideration des fervices qu'il
luy a rendus en Italie . Il eft.
d'une des plus anciennes familles
de l'Andaloufie , où elle
eftoit déja connûë fous le regne
de Ferdinand & Iſabelle ;
fon Aycul fe diftingua par
zéle pour le fervice de Philippe
II . dans le temps de la
revolte des Pays - bas. Il fit tout
ce qu'il pût pour ramener une
partie des Reblles à l'obéïffance
deleur ancien Maiftre ; mais
fon
160 MERCURE
ils avoient à leur tefte d'habiles
Generaux , & que leur haine
contre la Maifon d'Autriche
, rendit invincibles .
Mrs de Zuniga ont toujours
fuivi la profeffion des
Armes , & ils ont rendu de
grands fervices aux Princes de
fa Maifon d'Autriche . Le pere
de celuy qui donne lieu à cet
article eftoit un des plus fçavans
hommes de toute l'Efpagne
, & il avoit fait des progrés
étonnans dans les Sciences
. Il eftoit en grande relation
avec l'illuftre Abbé de la Garde
, dont la memoire eft fi cheGALANT
161
re aux fçavans . Celuy que S.
M. C. vient d'honorer du titre
de Brigadier , eſt fort eſtimé
à la Cour d'Espagne, Il fert
avec beaucoup de zele , & il a
donné des marques de fa valeur
en plufieurs occaſions .
Le même Monarque vient
de donner des marques publi
ques de fa fatisfaction à la Ville
de Soz qui a fignalé fa fidelité
pour fon fervice , quoyqu'enclavée
dans les Pays qui
s'eftoient fouftraits de fa domination.
Soz eft fituée dans
la partie du Royaume d'Aragon
qui aproche de la Fron-
Novembre 1708. O
162 MERCURE
tiere de Navarre , à fix lieuës
de Lobera , fur le Torrent d'Ozella
. Cette Ville cut l'honneur
de donner la naiffance en
1452. à Ferdinand cinquième
Roy d'Arragon , & elle vient
d'eftre honorée par S. M. C.
du titre de tres-fidele & de tresvictorienfe
, & ce Prince l'a confirmée
dans les privileges qui
-luy ont efté donnez par le Roy
DonJuan , l'un defquels déclare
tous les Habitans nobles ,
fans que la Charue ou les Arts
Mechaniques qu'ils profeflent ,
dérogent à la Nobleffe . Le Roy
d'Eſpagne a ajoûté à ces priviGALANT
163
leges qu'elle fera la Capitale de
cinq autres Villes qui font dans
le voisinage , & que les Benefices
& les Charges à la nomination
du Roy ne feront conferées
qu'aux Citoyens de cette Ville fidele.
Les Habitans y: confervent
encore precieufement le
fouvenir de la naiſſance du Roy
Ferdinand V. Ce Prince naquit
dans le quinziéme Siecle ,
& il époufa Ifabelle de Caftille
, foeur d'Henry II . dit l'Impuiffant
que les Peuples dépoferent
en 1465. & en 1469 .
Ferdinand époufa Iſabelle qui
eftoit devenue heritiere de cet
O ij
164 MERCURE
Etat . Il gagna la fameufe bataille
du Toro contre Alphonfe
cinquiéme Roy de Portugal
qui avoit voulu envahir
une partie de fes Etats , & il
conquit auffi le Royaume de
Grenade; & ce fut par les foins
& la fage conduire du Cardinal
Ximenés , Miniftre des
deux Royaumes de Caſtille &
d'Arragon , ainfi qu'on le voit
dans fa vie compofée par Mr.
Marfolier , & fur laquelle le
Pere Seraphin Touzart , Superieur
des Recolets de la Citadelle
de Montpellier , a fait
de fi doctes remarques dans un
GALANT 165
4
ouvrage imprimé cette année.
Le Roy Ferdinand V. étoit fils
de Ferdinand
IV. Roy d'Arragon
, & de Jeanne Henriquez
fa feconde femme . La Ville de
Soz eſt une des plus anciennes
de tout l'Arragon
. Henry
l'Impuiſſant , dont j'ay parlé ,
quoiqu'il n'en fût pas Souverain
, y demeura quelques mois
dans les premieres années de
fa jeuneffe ; la douceur des
Habitans & la bonté du clmat
, luy avoient rendu cher
ce féjour ; ne prevoyant
pas
alors , fans doute , qu'un Prince
qui y étoit né , devoit un
166 MERCURE
jour jouir de fes Etats , aprés
que fa Soeur l'en auroit depoüillé.
Ce que cette Ville a
fait pour Philippe V. n'eft pas
la premiere marque de fidelité
qu'elle ait donnée aux Rois
fes Maîtres aprés la mort de
Ferdinand V. fon Souverain ,
plufieurs Villes d'Espagne étoient
difpofées à fuivre les
vûës que ce Prince avoit euës
pour faire tomber une partie
de fes Etats à l'Archiduc Ferdinand
fon Petit - fils , au prejudice
du Roy Charles , qui
fur dans la fuite Empereur ,
fous le nom de Charles -Quint
GALANT 167
La Ville de Soz ne voulut point
écouter les propofitions qu'on
luy fit , d'entrer dans le party
de l'Archiduc Ferdinand , &
elle fit declarer aux Miniftres
de ce jeune Prince , qu'elle n'abandonneroit
jamais les interefts
du Roy Charles , que la
nature luy avoit donné pour
Maître. Le Cardinal Ximenés
alors Regent des deux Royaumes
, en informa le jeune Roy
Charles , qui en fit remercier
cette Ville , mais d'une manicre
fterile , & qui ne luy a pas
fi avantageufe que celle dont
s'eft fervi Philippe Y..
efté
168 MERCURE
La douceur du Regne de ce
Monarque , l'empreffement
qu'il témoigne à recompenfer
tous ceux qui le fervent , & qui
leur laiffe à peine le temps de
fouhaiter , & par confequent
de demander des recompenfes,
devroient avoir fait redoubler
l'inviolable fidelité que
tous les fujets , felon les Loix
humaines & divines , doivent
à leurs Souverains , fans qu'aucun
pretexte , tel qu'il pût eftre,
puiffe les en difpenfer ; mais
les hommes font fi fouvent .
aveuglez , & fi ennemis d'euxmêmes
, qu'il s'en trouve qui
tombent
GALANT 169
tombent dans des fautes qui
les rendent ordinairement malheureux
pendant le refte de
leur vie , lors qu'ils peuvent
échaper aux châtimens qui leur
font dûs.
Les Bouts- rimez font fi
difficiles à remplir , qu'on voit
peu d'ouvrages de ce genre ,
où le naturel fe rencontre.
Si un Sonnet , qui eft l'ouvrage
dont on fe fert ordinairement
pour cette forte de
Poëfie , eft fi difficile , lorfque
l'on veut éviter que les rimes
paroiffent forcées , un ouvrage
prefque une fois plus long
Novembre 1708 .. P
170 MERCURE
qu'un Sonnet ; & tout fur une
même rime , doit paroiftre infiniment
plus difficile, les Sonnets
ayant plufieurs rimes differentes.
Cependant Mr l'Abbé
de Poiffy vient de remplir
vingt- &- un Vers fur la même
rime , au lieu qu'il n'en auroit
eu que quatre à remplir fur
une même rime , s'il n'avoit
efté queſtion que d'un Sonnet
, & ce qu'il y a de furprenant
, eft qu'il a remply ces
rimes fur la champ en ptefence
d'une illuftre Affemblée ,
qui luy en fit la propofition.
Il femble que le nom de Mr.
GALANTA171
de
Vendôme qui fe trouve
dans le premier Vers de cet
ouvrage ait échauffé fon génie
, & luy ait donné lieu de
fe tirer d'affaires , fi bien , & fi
promptement
;Voicy ces bouts
rimez.
Je pretens pour le grand... Vendôme
Epuifer les rimes en ... ôme
En Grec que ne fuis -je un ….. Jerôme
En éloquence un ...Chryfoftôme
Que n'ay-je l'esprit de ... Brantôme
Pij
172 MERCURE
Ce Prince auroit un ample ...
Tôme
Mais je fuis prés d'eux un .
Atôme
Qui fçait peu le fens d'un …..
Idiôme
Fe ne connois point un ... Amôme
Fe connois bien mieux un .. Symptôme
Que ceux que l'on voit à S ...
Côme
Si je vivois comme un ... Pacôme
Du Pape j'aurois un . . . Diple-
F'explique tres - bien un …….
me
Axiôme
GALANT 173
Sans eftre fort bon ... Aſtronôme
Que n'ay -je le pouvoir d'un .
Gnôme
Vendôme auroit un brillant . . .
Dôme
Plus celebre que l' ... Hypodrôme
Des Soldats il eft ... Oeconôme
·Sa valeur n'eftpoint un … Phan-
...
tôme
Icy finit fon .
· •
Epitôme.
Voicy un autre Impromptu
. Il eft de Mr Moreau de
Mautour ; c'eft un Madrigal
Piij
174 MERCURE

fur le mot de favorifer, qu'une
Dame reprit à un Cavalier qui
l'avoit priée de le favorifer
d'une prife de tabac.
MADRIGAL.
L'Amour ainsi que la fortune
Atoûjours eu fesfavoris ,
Et la maxime en eft commune ;
Mais pourquoy s'étonner, ſipour
l'aimable Iris ,
Qui de fes faveurs eft avare
Favoriler paro ft un terme unpeu
barbare
Elle en ignore tout le prix.
Ilfaudroitpour le bien comprendre
GALANT 175
Qu'elle cuft un coeur fenfible &
tendre ,
Que par malheur elle n'a pas .
Ses yeux ,fa main , fabouche &
mille
autres apas ,
Que la Nature en elle a prisfoin
de répandre ,
Pourroient bien- toft luy faire
entendre ,
Sifon coeur de l'amour fuivoit les
douces loix ,
Ce
que
favorifer, veut dire en
bon françois.
Je crois ne pouvoir mieux
placer qu'icy la Chanfon fuivante
, dont l'air & les paro-
P iiij.
les font de Mr Thibault.
176 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Malgré tous mes fermens mon
creur enfin foupire ;
Mais onfe rit de mon martyre:
On méprife mesfeux , & je foupire
en vain.
Helas , charmans ruiffeaux , que
voftre doux murmure
Seroit propre à charmer les peines
que j'endure ,
Si vous rouliez desflots de vin.
On a beau lire & chanter ,
rien n'empefche les aproches.
de la mort. Elle va toûjours
GALANT 177
fon chemin , & fes triomphes
font fi frequens & en figrand
nombre , qu'à peine ay- je placé
cinq ou fix articles dans les
Lettres que je vous envoye ,
que je dois recommencer à
vous parler des perfonnes decedées
depuis ma Lettre precedente.
Mre N...de Séve , Seigneur
de Laval , cy - devant Premier
Prefident du Parlement de
Dombes , eft mort dans un
âge tres- peu avancé ; il étoit
fils de feu Mre N .. de Séve
auffi Premier Prefident du méme
Parlement , & Premier Pre178
MERCURE
fident au Siege Preſidial de
Lyon , Charge qu'il avoit auffi
long-temps exercée , & de
Dame N ... des Vignes , d'une
noble Famille du Confulat de
Lyon . L'Ayeul de Mr de Laval
dont je vous apprens la mort ,
avoit eu les mêmes Charges ,
& il y avoit prés de cent ans
que ces deux Charges étoient
dans cette Maiſon . La Dignité
de Prevoft des Marchands y
avoit auffi efté plufieurs fois .
Mr de Flecheres Lieutenant
General du Siege Prefidial de
Lyon , & Premier Preſident
de la Cour des Monnoyes qui
1
GALANT 179
y eft à prefent établie , porte
le nom & les armes de Séve ;
& feu Mr le Premier Prefident
du Parlement de Mets ,
frere de de Mr l'Evêque d'Arras
, & Pere de Mrs les Abbés
de Séve , & de feuë Me
la Comteffe de Montmartin ,
étoit Chef d'une autre Branche
de cette Maiſon . Mr de
Laval , qui vient de mourir ,
étoit veuf depuis quelques années
de Dame N .. de Château-
Morant , foeur de Mr le Mar
quis de Château - Morant ,
Chef d'une Branche de l'illuftre
Maifon de Levi , & for-
1
180 MERCURE
tie de celle de Charlus ; il en
avoit eu un Fils & une Fille ;
le fils eft mort Colonel d'un
Regiment qui portoit fon
nom , il y a environ deux ans ;
& la fille , qui eft très bien
faite , & un des plus grands
Partis du Royaume , reſte heritiere
de la Maifon de Séve-
Laval. Mr. l'Abbé de Laval ,
frere du deffunt , eft un Ecclefiaftique
d'un genie tres fuperieur
; ces Mrs ont trois foeurs
mariées , fçavoir , Me de la
Tour , mariée à un Gentilhomme
de Franche -Comté ,
dont elle a deux fils Chanoi -
GALANT 18
nes de faint Nifier de Lyon ;
cette Famille , dont le nom
eft , Michaud , elt ancienne ;
Me de Langes , veuve de feu
Mr de Langes , qui avoit l'honneur
d'appartenir à la Reine
Douairiere de Pologne , &
dont un des fils eft Officier de
cette Princeffe , & Me de Chamouffet
veuve de Mr d'Aubarede
. Mrde Laval a efté enterré
dans l'Eglife des Religieufes
de fainte Claire , où
eft la fepulture de fa Maiſon .
Mr le Preſident de Laval
voulant joür parfaitement de
fon repos , fe défit de ſes
182 MERCUR B
Charges il y a quelques années
; il vendit , avec l'agréement
de Mr le Duc du Maine,
fa Charge de Premier Prefident
du Parlement de Dombes
, à Mr de Montleron Prefident
à Mortier du même
Parlement , & celuy- cy a eſté
fait Prevôt des Marchands de
Lyon ; Mr de Rioux - Meſſimy
a fa Charge. Mr de Laval
a efté regretté de tous ceux
qui le connoiffoient , & il étoit
tres eftimé .
Le Cardinal Jacques Antoine
Moriggia mourut à Pavie
le 8. Octobre. Il étoit de
GALANT 183
Milan , & de l'ancienne famille
des Moriggia , fort connuë
dans le Milanez par les fervices
qu'elle a rendus à l'Egliſe
& à l'Etat. Saint Nabor &
Saint Felix qui fouffrirent le
Martyre fous Diocletien , étoient
de cette illuftre famille .
Le Cardinal Moriggia entra
dans la Congregation des Barnabites
, aprés avoir fait fa
Rhetorique dans leur College
de Milan. Il continua fes études
aprés fa profeffion , & il s'y acquit
tant d'honneur dans toutes
les Thefes qu'il foutint ,
qu'on lejugea bien- toft capa184
MERCURE
ble d'enfeigner la Philoſophie,
& enfuite la Theologie dans
l'Univerfité de Milan. Quelques
années enfuite Monfieur
le Grand cle
choifit
pour
fon Theologien. Ce Prince
fut fi fatisfait de ſa capacité ,
qu'il luy procura un Evêché ,
& enfuite l'Archevêché de
Florence. Le Pape Innocent
XII . qui le connoiffoit particulierement
l'honora du Chapeau
de Cardinal , & le declara
Archi-Preftre de Sainte Marie-
Majeure. Il eut 34 voix au
dernier Conclave pour la Papauté
. Il s'eftoit retiré dans le
GALANY 185
-que
1
Milanez depuis trois ou quatre
ans . Clement XI . luy avoit
donné l'Evêché de Pavie , parce
qu'il s'étoit démis de l'Archevêché
de Florence . Alexandre
VII. l'auroit fait Evêdés
le commencement de
fon Pontificat , fi fon âge l'eut
-permis , mais il n'avoit alors
que 25. à 26 ans. Cependant
il étoit déja connu de la Cour
de Rome où on le croyoit plus
âgé à cauſe des grandes qualitez
qui brilloient déja en fa
perfonne. Les plus hautes dignitez
ne l'ont point fait changer
, & n'ont fervi qu'à don-
Novembre 1708. Q
186 MERCURE
ner plus d'éclat à fes vertus.
Quoy qu'Evêque & Cardinal ,
il n'a point oublié qu'il étoit
Religieux. Il a toûjours efté
humble , & toujours modefte
dans toutes les actions . Il aimoit
beaucoup fa Congregation.
Il l'appelloit ordinairement
fa Mere. Il eft mort
âgé de 76 ans , regreté de
fon Dioceſe , de fon Ordre ,
de Monfieur le grand Duc
& de tout le College des
Cardinaux.
Mre Louis Mathieu de
Montmorency , Abbé de Geneton
âgé de 58 ans , eſt aufſi
GALANT 187
& dont du
decedé. Je ne vous dirày rien
de la Maifon de Montmorency
, dont toutes les Hiſtoires
font remplies
Cheſne a donné un gros Volume
au Public . Cette Maiſon
Aleuriffoit déja vers l'an 845 .
que Leuto ou Leutard , avoit
époufé Everarde fille d'un
Comte de Ponthieu : & comme
fon illuſtration a augmenté
de Siecle en Siecle , il eft aifé
de juger qu'elle eft parvenue
aux premiers honneurs , &
qu'il y a peu de Dignitez en
France qui ne foient entrées
dans cette Maiſon .
;
Qij
188 MERCURE
Dame N .... Doremiculx
Abbeffe de Neufchaftel eft
morte dans de grands fentimens
de pieté ; elle eftoit iffuë
d'une ancienne Maiſon originaire
de Dauphiné , & alliée
aux plus anciennes de la Province
. Cette Abbeffe eft morte
dans fon Abbaïe , & au milieu
de fes Filles dont elle a efté
fort regrettée , n'ayant eſté à
leur tefte que tres- peu de
temps ; mais on peut dire ,
que fes jours ont efté bien
remplis , puifque pendant une
fort courte adminiftration ',
elle a fait beaucoup de bien à
GALANT 189
fa Maiſon dont elle a achevé
la plus grande partie des Bâtimens
qu'elle avoit trouvez à
fon arrivée dans un fort mauvais
état . Elle avoit fait des
progrés étonnans dans les
Sciences humaines ; outre la
connoiffance exacte qu'elle avoit
de la Langue Latine , elle
fçavoit affez les Langues Orientales
pour pouvoir lire dans
fa fource la Sainte Ecriture ; elle
avoit lû ce divin Livre avec
une attention extraordinaire ;
& elle s'en eftoit fait un ufage
fr familier que perfonne n'en
penetroit mieux le fens : elle a
190 MERCURE
A
lûës
même laiffé des Remarques
fur les parties les plus difficiles
de ce Livre ; ſçavoir ,
fur
les Pfeaumes & fur l'Apocalypfe
, & ceux qui les ont
lues y trouvent beaucoup de
juſteſſe , & une grande étenduë
de lumieres . Cette Dame
eftoit en Relation avec les
perfonnes les plus fçavantes
de ce temps , & même fa réputation
eftoit connue dans
les Païs Etrangers , le Sçavant
Mr Vitringa luy a fouvent
donné dans fes Lettres des
marques de l'estime qu'il avoit
pour elle.
GALANT 191
Mc la Comteffe de Serillac
de la Maiſon du Prat , mourut
d'une fauffe couche au commencement
du mois dernier
au Chafteau de Courteille dans
le Païs du Maine âgée feulement
de dix - huit à dix - neuf
ans . Elle eftoit auffi parfaite
que fa beauté eftoit accomplie
, puis qu'outre la régularité
de fes traits , la délicateffe
& la vivacité de fon teint ,
elle avoit une taille aifée &
majeſtucuſe , & un elprit fublime
& infiniment audeffus
de fon âge , qu'elle perfectionnoit
tous les jours par la le192
MERCURE
cture des bons livres elle
:
:
avoit une voix charmante , une
adreffe & une application merveilleuse
pour toutes fortes
d'ouvrages il y avoit à peine
deux ans qu'elle avoit époufé
Mr le Comte de Serillac , chef
de l'illuftre & ancienne Maifon
de Faudoas Barbazan ,
dont elle n'a laiffé qu'une fille .
Elle étoit connuë d'un grand
nombre de perfonnes de diftinction
, qui l'ont extremement
regretttée. Un fameux
Poëte a commencé un ouvragc
à la gloire de cette illuſtre
Défunte , intitulé. Difpute
des
GALANT 193
des Dieux , entre Mercure , Apollon
, Minerve , Venus , & autres
Divinitez , pour fçavoir qui
a le plus depart à ce Chef d'auvre
de la Nature .
Dame Marie Marguerite de
Coffe -Briffac , Marechale de
Villeroy , eft morte âgée de
60. ans . Elle étoit fille de Louis
de Coffe Duc de Briffac , & de
Marguerite de Gondy , & c'eft
de ce côté que cette Marechale
étoit la plus proche parente
, & la plus habile à fucceder
à Me la Ducheffe Doüairiere
de Lefdiguieres ; & que
Mr le Duc de Villeroy fon
Novembre 1708 . R
194 MERCURE
fils , qui la reprefente, heritera
des droits que Me de Lefdiguieres
peut avoir fur la fuc
ceffion de Neufchâtel , par
Leonor d'Orleans , un des
Ayeux de cette Ducheffe .
Louis Duc de Briffac, étoit frere
de Timoleon Comte de Coffe,
Grand Pannetier de France ,
Ayeul de Mr le Duc de Briffac
d'aujourd'huy, & qui étoit neveu
, à la mode de Bretagne
de Me la Marechale de Villeroy.
Louis Duc de Briffac ,
étoit fils de Charles Duc de
Briffac , & de N .. de Ruelan ;
& Charles étoit fils de CharGALANT
195
les , auffi Duc de Briſſac , &
petit-fils de François, Marechal
de France. Me la
Marechale
de Villeroy , outre les enfans
qu'elle laiſſe , avoit eu Mr le
Chevalier de
Villeroy , qui fut
noyé fur une des Galeres de
Malte , qui périt dans un
Combat naval , qui fe donna :
en 1700.
Me la Marechale de Villeroy
laiffe cinq enfans , Mr le
Duc de Villeroy Capitaine des
Gardes du Corps , Mr l'Abbé
de Villeroy Licentié de Sorbonne
, Abbé de Fécamp , &
Grand Vicaire de Poitiers ,
Rij
T
196 MERCURE
da dont on ne peut dire trop
bien ; Me de Villeroy
Religieufe
au Calvaire
du Marais ,
& Me de Villeroy
Carmelite
à Paris , & qui gouverne prefentement
à Lyon le Convent
des Carmelites
, qui a efté
fondé par la Maifon
de Vil- .
leroy ; & une autre fille mariée
à Mr le Comte
de Prado
, fils de Mr le Marquis
das
Minas , qui commande
les Armées
de Portugal :
on doit
remarquer
que tous les Portugais
qui font Comtes
ou Marquis
, jouiffent
de la Grandeffe
,
ce qui n'eft pas en Eſpagne
.
GALANT 197
Dés qu'on cut appris à Lyon
la mort de Me la Maréchale
de Villeroy, les cloches de toutes
les Eglifes , tant Cathedrale
& Collegiale , que Regulieres
, fonnerent pendant
un jour entier ; on fit dire dans
toutes les Eglifes un nombre
infini de Meffes baffes , & Me
de Villeroy Carmelite , fit faire
un Service magnifique dans
l'Eglife des Carmelites , où Mr
le Prince d'Harcourt , Me la
Comteffe de Soiffons qui demeure
à l'Abbaye de faint
Pierre ; tous les Comtes de
faint Jean , Mr le Comte de
R iij
198 MERCURE
Rochebonne , Commandant
de la Province , la Cour des
Monnoyes, le Prefidial , le Prevôt
des Marchands , & tout le
Confulat , affifterent . On en
doit faire encore un plus confiderable
dans quelque temps ,
où l'on prononcera l'Oraifon
funebre de l'illuftre Défunte .
Elle a voulu eftre enterrée dans
l'Eglife du Calvaire de Paris ,
que la Maifon de Longueville
dont elle defcend par les femmes
, a fondée .
Louis Alphonfe de Valbelle-
Montfuron , Docteur de
Sorbonne , Evêque de faint
GALANT 199
Omer , eft mort dans fon Diocefe
le 19. du mois paffé . Il
avoit éfté plufieurs fois deputé
aux Affemblées du Clergé , &
Agent General du même Clergé.
Il avoit auffi efté Aumonier
Ordinaire du Roy , Maître
de fon Oratoire , Evêque
d'Alet , & Evêque de faint
Omer : il a eu pendant fa vie
grand foin du Seminaire de
faint Omer ; il en a augmenté
les revenus , & le bourfes ; &
en mourant , il luy a laiffé fa
biblioteque. Il a étably & fondé
un Hôpital General à faint
Omer , à qui il donné par fon
R iiij
200 MERCURE
Teftament ſes meubles , fa
vaifelle d'argent , fon argent
comptant , & tous les revenus
qui pourroient luy cftre dûs
de fes biens Ecclefiaftiques jufques
au moment de fa mort.
La Maifon de Valbelle eft une
des plus confiderables de Proelle
tire fon origine des vence ;
anciens Vicomtes de Marſeille .
Je n'en feray pas icy un plus
long détail , vous en ayant déja
parlé pluſieurs fois.
Pendant que la mort travaille
tous les jours à la deftruction
des hommes , Hymen
n'oublie rien pour en perpeGALANT
201
tuer la race , par les frequens
mariages aufquels il prefide.
Voicy quelques uns des derniers
, à la fête defquels il a af
· fiſté.
Mr le Marquis d'Eſcars a
époufé Mlle de Verthamont ,
fille de Monfieur de la Villeaux
-Clercs Confeiller au Parlement
, & niéce de Mr l'Evêque
de Pamiers , & de Mr
de Villemenon auffi Confeiller
au Parlement . Cette Demoifelle
eft niéce du côté de
fa mere , premiere femme de
Mr de la Ville- aux- Clers , de
Mr le Marquis de Jerzé , cy202
MERCURE
devant nommé Ambaſſadcur
Extraordinaire de S. M. prés
des Cantons Suiffes. Il y a
une autre Branche de la Maifon
de Verthamont , dont eſt
chef Mr le Premier Prefident
au Grand Confeil . Cette Maifon
, qui eft tres ancienne &
tres diftinguée dans la Robe ,
eft originaire de Limofin ; Mezeray
en fait une mention honorable
; & il y a prés de deux
fiécles , qu'un Verthamont étoit
General des Finances d'un
de nos Rois elle a donné divers
Confeillers d'Etat , & plu
fieurs Officiers aux Cours Supericures.
GALANT 203
La Maiſon d'Eſcars , dont
l'ancien nom est la Peruze , eft
originaire de Rouergue . François
d'Efcars Seigneur de la
fut Chevalier
Vauguion
d'honneur & premier Ecuyer
de la Reine Eleonor d'Autriche
, femme de François 1 .
Il eut l'honneur d'époufer Ifabelle
de Bourbon , fille & heritiere
de Charles de Bourbon
Seigneur de Carency,& de Catherine
d'Alegre : il en eut
Jean , Prince de Carency , &
Chevalier des Ordres du Roy,
Maréchal , Sénechal , & Gouverneur
de Bourbonnois , qui
204 MERCURE
d'Anne de Clermont , fille
d'Antoine Comte de Tonnerre
, laiffa Diane , Dame de la
Vauguyon , heritiere de cette
Branche , & qui en porta les
biens à Louis Stuert de Cauffade
Comte de faint Megrin ,
Chevalier des Ordres du Roy.
Marie Stuert de Cauffade, porta
cette fucceffion dans la Maifon
de Quelen du Broutay ;
Nicolas de Quelen leur fils ,
Comte de la Vauguyon , a époufé
N... de Bourbon- Buffet
, & il en a un Fils qui porte
le nom de Prince de Carency.
Mr le Marquis d'Eſcars qui
GALANT 205
1
donne lieu à cet article eft
chef d'une branche cadette ,
& defcend de Jacques de la
Perufe , & de Jeanne Jourdain
de Lifle , Dame de Merville.
Charles Evêque de Langres eft
forti de ce mariage , de même
que François d'Elcars Confeiller
d'Etat , Capitaine de 100 .
hommes d'Armes , & Chevalier
de l'Ordre du Saint Efprit
de la premiere création , faite
le 31. Decembre 1678 , François
eftoit frere d'Anne d'Efcars
, Cardinal de Giury , Evêque
de Metz , & qui l'avoit
efté auparavant de Lizieux . Le
206 MERCURE
Pape Clement VIII. le fit Cardinal
en 1596. ſans la particition
de la France ; mais Henry
IV. qui connoiffoit fon merite
, confentit enfuite à fonélevation
à cette dignité.
Monfieur de Chafteüil autrefois
connu fous le nom de
Chevalier de Chaftüeil , ſe trouvant
aujourd'huy l'heritier , &
le feul qui refte de la noble
& ancienne famille de Gallaup
, à cedé à l'empreffement
que les parents & fes amis
qui font en grand nombre
ont eu de ne pas voir éteindre
un nom qui eſt cher depuis
GALANT 207
plufieurs ficcles à la Provence .
Ce Gentilhomme encore plus
recommandable par fon merite
& par les qualitez de fon
efprit , que par fa naiffance
quelque confiderable qu'elle
foit , vient d'époufer Mlle
de Michalis d'une des plus anciennes
Maifons , & des plus
qualifiées de la Ville d'Aix.
Ĉette Maiſon a donné depuis
156. années plufieurs Magiftrats
dans l'une & dans l'autre
des Compagnies fuperieurs de
la même Ville , c'eſt à dire au
Parlement , & à la Cour des
Aydes , & il y a encore au208
MERCURE
jourd'huy un Officier de cel
nom dans le Parlement d'Aix ,
& un autre dans la Cour des
Aydes qui eft jointe à la
Chambre des Comptes .
La Maiſon de Gallaup eft
originaire de Naples , & elle
s'eft établie en Provence il y a
prés de 3. fiecles . Monfieur de
Chaftcüil , dont le Mariage
donne lien à cet article , herita
il y a prés de 2. ans des biens
de la Maifon de Mr de Chaftueil
fon neveu , Officier de
Galeres feu Mr de Chafteuil
pere de celuy qui donne lieu à
cet article étoit Procureur Ge
GALANT 209
Chambre des neral de la
Comptes d'Aix , & fon frere
aifné pere de l'Officier de
de Galeres , étoit Avocat
General du Parlement . Le
Solitaire du Mont - Liban fon
Oncle, cft mort dans une grande
reputation de fainteté.
Vous ayant parlé tres - fuccinctement
du Mariage de
Mr le Baron de Blaignac ,
avec Mlle de Bezançon
voicy ce que j'ay cru devoir
être ajouté à l'Article
que je vous en ay déja donné .
Mr le Baron de Blaignac eft
entré dans le Service dés l'âge
Novembre 1708, S
>
210 MERCURE
de 1 3. ans , ayant efté prefentê
à Sa Majefté pas feu Meffire
Charles du Mont , Baron de
Blaignac fon pere , qui a fervy
pendant 40. ans en qualité de
Commiffaire & Infpecteur general
de la Marine . Il ne quitta
cette Charge que pour prendre
celle de Grand Maiftre des.
Eaux & Forests de Guyenne ,
qu'il a remplie avec toute la
droiture poffible. Cette famille
eft originaire de Breffe ,
& la Terre de Senelle luy apartenoit
il y a plus de 200 ans.
Elle s'eft répandue en divers.
endroits du Royaume , & .fur
tout dans le Maine & dans le
GALANT 210
Languedoc , où le pere de Mr
le Baron de Blaignac s'eſt allié
à la Noble & ancienne Maifon
de Voifins , en époufant
Theritiere de Blaignac , defcendue
des anciens Comtes de
Touloufe ; & Dame Charlote
du Mont , foeur de Mr
de Blaignac , dont je vous apprens
le Mariage , à Mr de
Gargas , Seigneur de Montrave
d'une des plus illuftres Maifons
de Touloufe , qui a donné
au même Parlement un
grand nombre de Magiftrats
depuis qu'il a efté rendu fedentaire
, ainfi que quelques Prelats.
Sij
212 MERCURE
Mr. le Baron de Blaignac ,
qui fait le fujet de cet Article ,
& qui s'eft acquis l'eftime de
tous les honneftes gens , ayant
porté les armes dés l'âge de 1 3 .
ans , tant fur Terre que fur
Mer , & dans toute l'Amerique
, a fuivi par tout les traces
qui luy avoient efté marquées
par fes Anceftres. Il fe fignala à
la prife de Cartagene , où il fit
fous les yeux de fon General ,
tout ce qu'auroit pû faire l'Officier
le plus experimenté . Ila
fervy pendant 22 années , &
il s'eft acquis dans le monde ,
la reputation d'un veritable
GALANT 213
honnefte homme, & s'eft fait
eſtimer par fes manieres obligeantes
de tous ceux qui le connoiffoient.
Quant à Mlle de Bezançon
fon épouſe , on ne peut
rien ajoûter aux belles qualitez
qui la font eftimer . Sa
maifon a donné fept Confeillers
au Parlement de Paris ;
un Evêque à fon Eglife ; un
Archevêque à celle de Reims ,
qui cut l'honneur de facrer
Charles VI. & aux Armées
plufieurs Lieutenants Generaux
. Cette Maifon peut fe
vanter d'eftre alliée à plufieurs
214 MERCURB
des meilleures Maifons du
Royaume , fçavoir à celles de
Courtenay ; de Gelvre ; de Dupleffis
- Praflin ; de Grancey ;
de Bouflers ; de Marillac ; de
la Moignon ; de Novion ; de
Briçonnet' ; de Longüeil ; de
Bullion ; de Marle & Olivier
Chancelliers de France , & à
celle de Mr Boucher d'Orlay
cy devant Prevolt des Marchands
. La Sepulture de cette
Maifon eft aux Cordeliers ,
dans la Chapelle que fonda
Hugues de Bezançon , Confeiller
au Parlement en 1314 .
ainfi que le remarque BlanGALANT
215
chard. C'eſt à Mr le Marquis
du Pleffis- Bezançon , grand
oncle de la nouvelle époufe ,
pere de Me la Conteffe de
Grancey , & de Me la Princeffe
de Courtenay d'aujourd'huy
, que les jefuites doivent
leur retabliffement
dans
tous les Etats de Veniſe , oú
ce grand bomme a laiffé des
Monumens éternels de fa fageffe
pendant fon Ambaffade ,
ainfi que le remarque Mr l'Abbé
de Marolles , dans fon abregé
de l'Hiftoire de France.
Son frere aîné eftoit Mr le
Comte de Bezançon , Cheva216
MERCURE
lier Seigneur de Courcelle ,
Baron de Bazoche , Vicomte
de Neuf- Chaftel & autres
licux , Commiffaire & Licutenant
General des Armées du
Roy, qui a eu l'honneur de
fervir . pendant 45. ans fous
Louis XIII. & fous Louis
XIV. Mlle de Bezançon
, prefentement
Me de Blaignac , a
pour four aînée , Dame Elifabeth
de Bezançon , veuve de
Mre Jean- Baptifte Piques , Seigneur
de Montarvaux , d'une
des plus anciennes & des plus
confiderables Maiſons de Paris
, & alliée aux meilleures
Maifons
GALANT 217
Maifons de la Robe. Sa cadette
eft Dame Charlotte de Bezançon
qui a époufé Mre Gabriel
, Marquis de la Val-
Montmorency , Seigneur de
Montigny & de Montbaudry .
Cette Dame dont le merite eft
a cu
generalement reconnu
trois filles de fon mariage avec
Mr le Marquis de la Val , qui
donnent lieu d'efperer tout
ce que l'on peut attendre des
perfonnes de leur naiſſance .
Le lendemain de la Saint
Martin on chanta à l'ordinaire
dans la grande Salle du Palais ,
une Meffe Solemnelle , vulgai-
Novembre 1708. T
218 MERCURE
rement nommée, laMeffeRouge
parce que tout le Parlements'y
trouve en Robes Rouges. Cette
Meffe eft toûjours celebréc
par un Evêque , invité au nom
du Parlement , & pendant laquelle
la Mufique fe fait entendre,
Mr l'Evêque de Toul
qui a officié cette année , entra
dans la Grand Chambre à l'iffuë
de la Meffe , entre Mr le
Premier Prefident & Mr le
Preſident Portail ; & lorfque
Fon eut pris feance , Mr le Premier
Prefident prit la parole ,
& s'adreffant à cet Evêque il
le remercia d'abord de ce qu'il
GALANT
219
د
venoit d'offrir , au nom du Parlement
le Saint Sacrifice de
la Meffe pour implorer le fecours
du Ciel , afin d'en obtenir
cet efprit de lumieres , fi
neceffaire aux Juges pour l'intelligence
des Loix , & pour
rendre la juftice . Il ajoûta qu'aprés
avoir gouverné ungrand Diocefe
dans un âge peu avancé , &
aprés avoir travaillé à détruire
therefie qui en infectoit unepartie,
fon merite & fes talens extraordinaires
l'avoient élevé à
l'Epifcopat
; que chargé de la conduite
d'un peuple compofe des Sujets de
differens Princes, & qu'il falloit
Tij
220 MERCURE
conformement à la pieté du Roy,
réunir au fein de l'Eglife , il y
avoit toûjours fait paroiftre une
fageffe confommée , & que fuivant
les traces d'un grand Pape
qui l'avoit precedé , il avoit fçû
également réunir tant d'efprits divifez
, & remplir les devoirs
d'un fi grand Miniftere; que
fon zele avoit toujours efté pur ;
qu'il en avoit donné des marques
éclatantes , enfoûtenant avecforce
les interefts de la Religion &
de l'Eglife Gallicane , contre ceux
qui en avoient voulu ataquer les
Libertez. Il finit en difant que
fa pieté luy fervoit de garent de
GALANT 221
l'exaucement de ſes voeux , & en
l'affurant de l'eftime & de la
reconnoiffance
particuliere de
La Compagnie .
Mr. l'Evêque
de Toul répondit
par un difcours
remply
de traits brillans
, & dans
lequel
fon efprit ne fe fit pas
moins
admirer
que. la grace
avec laquelle
il le prononça
il dit qu'éloigné
par fon employ
d'un Corps qui faifoit
toute fon
admiration
, il n'avoit
ofé s'attendre
à l'honneur
qu'il venoit de
recevoir
en preſentant
à Dieu les
voeux d'une Compagnie
fi Augufte
; que s'il efperoit
que les
Tij
222 MERCURE
fiens feroient exaucez , ce feroit
un effet de la recompenfe de l'habitude
dans laquelle eftoit le Parlement
de ne juger que par les Lumieres
du Ciel ; qu'il n'avoit
point d'autres idées de ce Parlement
,
que
1
celles
que
les Etrangers
auffi
bien
que les Sujets
du
Roy
luy
donnoient
de fa Majefté,
& de l'équité
de fes Oracles
; mais
que
ce qu'il
voyoit
,
furpaffoit
les grandes
idées
qu'il
en avoit
conçues
. Il donna
des
loüanges
tres- delicates
à Meffieurs
du Parlement
en general
; il dit
que
ceux
qui en occupoient
les
places
, eftoient
remplis
de ces émi
GALANT 223
nentes vertus que poffedoient les
grands hommes qui les avoient precedez;
que plus parez de leur
probité que de la Pourpre dont ils
eftoient reveftus , ils avoient confervé
dans leur coeur une Loy vivante
, que plus ils fe trouvoient
éloignez des premiers temps
de leur établiſſement , plus ils en
augmentoient la gloire , femblables
à ces grands Fleuves qui plus
ils s'éloignent de leur fource , roulent
leurs eaux avec plus de majefté.
Aprés eftre entré dans le
détail des devoirs des Juges ;
voftre integrité, dit-il , eft pure ;
Eclairez pour la Caufe, Aven-
T iiij
224 MERCURE
gles ponr la perfonne , vos vertus
ont engagé les Teftes Couronnées
à vous rendre Arbitres de leurs
differens , & à choisir parmi vous
des Magiftrats pour remplir les
premieres Places des autres Parlemens
du Royaume .
dit-
Il parla enfuite de Meffieurs
les Gens du Roy dont il éleva
l'exactitude , & la vigueur avec
laquelle ils s'acquitent de leurs
fonctions
: Sous vos yeux ›
il , & dans un âge tres -peu avancé
, ils fe font perfectionnez ,
& la Cour a le plaifir de voir
qu'elle éleve dans fon fein ceux
qui doivent eftre un jour à fa
tefte.
GALANT 225
Il dit en parlant de Monfieur
le Premier Preſident que
le premier devoir des Souverains
eftant de rendre la justice à leurs
Sujets , ils s'eftoient toujours apliquez
à faire choix de perfonnes
fages & éclairées pour les rendre
depofitaires de leur autorité ; que
celuy que
le Roy avoit fait de
fa perfonne en l'élevant à la teſte
du premier Parlement du Royaume
, avoit fait éclater fa juſtice ,
puifque cette place eftoit dûë àfon
merite perfonnel , plus qu'aux
fervices que fon pere avoit rendus
à l'Etat ; & que la voix des
peuples avoit prevenu le choix
226 MERCURR
que Sa Majesté avoit fait de fa
perfonne. Il peignit enfuite toutes
les vertus de Monfieur le
Premier Prefident avec des
couleurs tres - vives , & fur tout
cet abord facile , cet air enga
geant , & cette douceur infinuante
qui gagnent l'affection
& le coeur, de tous ceux qui
aprochent de fa perfonne.
Ce choix luy donna lieu de
faire un Eloge du Roy qui plut
beaucoup . Il dit qu'il laiffoit
à l'Eloquence profane le foin de
relever les qualitez heroïques
qu'il poffedoit ; mais qu'il nepouvoit
pafferfous filence les vertus
GALANT 227
qui le rendoient grand devant
Dieu. Il admira fon zele pour
la Religion & pour la deftruction
de l'herefie , ſa ſageffe
pour regler les mouvemens de
fon coeur , fa pieté envers les
pauvres , fon aplication dans
le choix des Miniftres de l'Eglife
, & fa foumiffion aux
ordres de cet Eftre Souverain
qui donne & qui ofte les Victoires
comme il luy plaiſt.
Il fit auffi l'Eloge de Mr le
Premier Prefident deHarlay. Il
affura enfuite le Parlement qui'l
auroit toute ſa vie une parfaite
reconnoiffance de l'hon228
MERCURE
neur qu'il venoit de recevoir .
L'ouverture de la Cour des
Aides s'étoit faite dés le ma
tin du même jour aprés la
lecture des Ordonnances en
la maniere accoutumée , &
Mr le Camus Premier Prefi
dent , aprés le ferment prêté,
fit connoître aux Huiffiers &
aux Greffiers tout ce qui regardoit
leur devoir, & ce qu'ils
devoient faire pour le remplir;
ils les loua d'y avoir ſi bien fatisfait,
depuis qu'ils occupoient
leurs places , & les exhorta à
continuer , & à s'attirer par
un travail affidu les aplaudifGALANT
229
femens que le Public ne refufoit
jamais à ceux qui les meritoient.
Il adreffa enfuite la parole à
la Cour , & fit connoiſtre par
un difcours fort relevé la reffemblance
qui fe trouve entre
le Gouvernement
du Ciel
& le gouvernement de la Juftice
; La regularité &l'exactitude
avec laquelle la Justice eft
rendue dans les Etats bien policez,
peut eftre , dit- il , juſtement
• comparée aux mouvemens reguliers
des Cieux.
Etfiles Rois,ajouta- t'il ,font les
Images de Dieu fur la terre , les
230 MERCURE
Fuges yfont les images des Rois .
C'est en cette qualité , continua-
t'il , que pour affurer la paix
& la tranquilité dans leurs Etats
, les Rois doivent à l'exemple
de Dieu , bannir la confufion
& le defordre dans leur Royaume,
e par le choix qu'ils doiventfaire
defuges fages & éclairez,
maintenir fur la terre le même
ordre dans la justice que l'on
admire dans les
mouvemens du
Ciel.
Toutes les Vertus de la justice
& qui doivent remplir le coeur
d'un parfait
Magiftrat dependent
donc de lajufteſſe de l'exaGALANT
231
Etitude avec laquelle il doit remplir
tous les devoirs qui font atchez
àunfi noble Miniftere.
Il peignit en cet endroit le
parfait Magiftrat : il fait voir
que l'exactitude eftoit une des
principales vertus qui en faifoient
l'ornement , foit dans le cours ordinaire
de la fuftice pour écouter
recevoir les plaintes des Plaideurs,
foit dans fes Fugemens mémequi
le rendent Arbitre & Juge
fouverain de la vie des hommes.
Si le monde , continua t'il ,
ceffoit d'eftre gouverné avec la
même exactitude qu'il l'a efté de232
MERCURE
d'un
puisfa Creation , fi fes mouvevemensfijuftes
& fi reguliers fe
trouvoient dérangez , toute la Narureſe
retroue-vroit confonduëdans.
le même Chaos dont la main de
Dieu l'afaitfortir , & l'horreur
& les tenebres feroient la fuite
boulverſementfi affreux.
Ainfi les Rois doivent bannir
la confufion de leurs Etats en établiffant
des Loix falutaires, &
en les faifant religieufement obferver
à l'exemple de Dieu , qui
aprés avoir diffipé le Chaos dont il
crea le Monde , établit des Loix ,
qu'il confia à Moife en luy ordonnant
d'élire douze viellards
a
GALANT 233
ouFuges pour faire obferver ces
mêmes Loix.
Mais on rentreroit dans un
la
la
chaos auffigrandfi l'ordre de lafuf
tice fe trouvoit interrompuë par la
moleſſe dufuge; fileJuge ne confer- ..
voit pas toujours la même ardeur
pour l'amour de la juſtice , &
même exactitude dans les fonctions
de la Magiftrature ; fi fon
fe laiffoit furprendre par
prevention , quelque legere qu'elle
pút eftre , l'injuftice regneroit impunement
, les Familles feroient
détruites ; les pauvres opprimez,
les malheureux accablez fous le
poids de leur mifere , & le defor-
Novembre 1708. V
Ame

234 MERCURE
dre l'impunité des crimes entraineroient
la ruine entiere de
l'Etat le plus floriffant. Ainfi
les Fuges doivent apporter une
application entiere à la connoiffance
des Loix , conferver une
confcience pure
une conftance inébranlable : &
L'on n'a pasplutoft gouté lesfruits
d'une pareille conduite que leurs
douceurs en font oublier l'amertume.
timorée , &
Mr le Prefident le Camus ,
adreffa enfuite la parole à Meffieurs
les Gens du Roy , &
aprés avoir fait connoiftre ,
l'application
avec laquelle ils
GALANY 235
;
remplifoient les devoirs de
leur Miniftere. il finit en
exhortant tous lesJuges à conferver
toujours la mefme ardeur
pour l'amour de la juftice
; ce qu'ils ne pouvoient faire
qu'en ayant en même temps
toute l'exactitude neceffaire
dans les fonctions penibles de
la Magiftrature .
2
Ce Difcours fut trouvé tres
beau , & on reconnut aifement,
par la maniere dont il
fut prononcé que Mr le Camus
quoy que dans un âge
avancé eftoit toujours animé
de la même ardeur pour le
Vij
236 MERCURE
L
bien des Sujets du Roy , &
penetré luy - même des preceptes
qu'il venoit de donner , &
toujours preft à les mettre en
execution .
Mr Bellanger fecond Avo
cat General , prit auffitôt la parole
: le fujet de fon Difcours
fut , Qu'un Magiftrat ne pouvoit
estre bon Fuge , fi fon inclination
ne l'attachoit à cette profeffion.
Il fit voir d'abord , que
l'inclination
étoit la feule chofe
qu'un homme bien fenfé
devoit confulter
dans le choix
de l'état qu'il vouloit embrafGALANT
237
fer ; il dit , qu'elle luy rendoit fa
ciles tous les moyens de s'acquiter
defon devoir, qu'elle en applanif
foit toutes les difficultez , & qu²-
elle luy en découvroit toutes les
douceurs , fans luy faire connoître
les peines qui y font attachées.
L'inclination , dit il , eft le plus
puiffant des motifs qui engagent
le coeur de l'homme ; elle fait que
la profeffion qu'elle luy ordonne
de fuivre , paroift toûjours aimable
à fes yeux ; & elle fait naî
tre entre les perfonnes du même
rang , une certaine émulation ,
qui rend toûjours leurs ouvrages
plus parfaits.
238 MERCURE
le
Il fit voir la jufteffe de cette
penfée , pár une comparaifon
tres naturelle : L'incli
nation , pourfuivit - il , produit
le même effet dans les
Arts que dans les Sciences ;
elle excite l'ouvrier à travailler
avec delicateffe ; elle luy faitadmirer
fon propre ouvrage , &
plaifir qu'il reffent de le voirpref
que fini , luy donne des lumieres
plus vives , pourleperfectionner
davantage ; c'est en effet à l'inclination
l'on doit toutes les
que
merveilles de l'art , qui font
l'admiration du monde entier.
C'eft auffi l'inclination qui amiGALANT
239
1
&
qui
me le Juge dans fon miniftere ;
c'est elle qui diffipe l'obfcurité des
affaires les plus épineufes , qui
éclaire le
jugement
fait que la décifion eft folide,
& fondée fur les principes
du droit de l'équité. Le
Magiftrat qui fe plaît dans fon
état , goûte un parfait bonheur ;
infenfible à tout autre deftr
qu'à celuy d'accomplir fon devoir,
il fait que la vertu ne
fouffre point de rivale. L'in
clination eft comme une feconde
nature à ceux dont les lumieres
ne font pas fi penetrantes ;
elle les égale , & les faitfurpaf240
MERCURE
fer même ceux qu'un heureux
naturel à douez de tous les talens
neceffaires pour la Magiftrature.
Le Magiftrat qui ſe ſent animé
de l'amour de la juſtice , trouve
tout facile dans l'exercice de
fa profeffion ; un heureux penchant
luy rend les fonctions.
les plus difficiles de fa Charge
, aifées & remplies d'agréeil
ne regarde fon de- mens ;
voir, que comme un amusement
qui l'attache , fans le fatiguer :
la faveur & les richeſſes tente
roient vainement de l'éblouir , il
ne veut d'autre bien que celuy de
la vertu ; loin de luy ces laches
+
ménagemens
GALANT 241
ménagemens , qui l'engagent à ne
Je trouver pas auxJugemens des
Pauvres contre des Parties puif
fantes ; d'un autre côté, la pitié
ne fait rien fur fon coeur ; fon
inclination le rend affidu ; ferme
fans orgueil , tendre fans foibleſſe ,
il diftribuë indifferemment laJu--
ftice ,fans aucune diftinction des
perfonnes ; c'est ainsi qu'il s'attire
le refpect l'admiration de ceux
mêmes que fon devoir l'oblige de
condamner. Ce n'est pas feulement
dans les Tribunaux que
l'amour de la juſtice fait éclater
les vertus du parfait Magiftrat ;
elle les découvre encore dans la
Novembre 1708. X
242 MERCURE
vie privée , dans l'interieur de
fa maifon ; fon abord eft facile';
les grands & les petits y ont un
même accés ; c'est là , que fuyant
l'oifiveté , il écoute les plaintes
des Parties , découvre quelquefois
dans leurs difcours des
lueurs de verité , qui le conduifent
à la connoiffance parfaite de
leurs conteftations
. C'est là , que
convaincu parfa propre experience
, dede la varieté des matieres ,
& des difficultez qui fe rencontrent
dans l'étude du Droit , il
s'applique , par un travail continuel
, à découvrir le fens & l'efprit
des Loix. Ceux , au conGALANT
243
traire , qui n'aiment point leur
état , toûjours rebutez de leur devoir
, par leur inclination qui
s'y oppofe , ne viennent prendre
place dans les Tribunaux de la
Juſtice , que pour y joüir d'une
penible oifiveté ; on diroit même
qu'ils ont honte d'entrer dans un
lieu , ou leur plus grande gloire
eft d'y avoir efté admis : incapables
de faire aucune attention
aux fonctions d'un employ fi relevé
, ils ne fongent qu'à leurs
plaifirs palez ou à venir , &
deshonorent ainfi la dignité de la
Pourpre , dont ilsfont revétus ; la
Juftice gémit encore plus de leur
Xij
244 MERCURE
prefence , que de leur abfence.
Enflez d'orgueil , les Parties ne
aucun accés auprés
trouvent
:
d'eux leurs maisons font fermées
à tout Plaideur ; ils ne s'y
retirent que par une honteufe indolence
, & pour fe délaffer , non
de leurs travaux , mais de leur
ennuy ; & parce qu'ils n'ignorent
pas qu'il eft impoffible de tout fçavoir,
ils ne veulent pas fe donner
la peine de rien apprendre.
Aprés plufieurs traits auſſi
vifs , contre ceux qu'une molle
oifiveté rend incapables des
fonctions de la
Magiftrature ;
aprés avoir dépeint les dangers

GALANT 245
aufquels ils s'expofoient euxmêmes
, en embraffant une
profeffion fi penible, ſans avoir
auparavant
confulté leur inclination
, & examiné les difpofitions
de leur coeur , il leur
fit connoître l'obligation où
ils étoient de fe bannir euxmêmes
du Sanctuaire de la Juftice
, s'ils fe fentoient trop
d'infenfibilité ou de foibleffe
humaine, pour furmonter tous
les obftacles qui fe rencontrent
dans les fonctions de la
Magiftrature , puifque , dit- il ,
il est plus raisonnable de vivre
dans une vie privée ; que de lan-
X iij
246 MERCURE
guir dans un rang trop élevé,
dont on fe fent trop de foibleſſe
pour en pouvoir ſupporter
tout le poids. Ceux au contraire
, ajoûta- t - il , que leur inclination
porte à l'amour de la Fuftice
, & qui fe fentent affez de
fermeté de courage pour entrer
dans une carriere fi noble ,
continuënt toûjours à en fupporter
- les travaux avec la même ardeur
, affûrez que plus ils s'attacheront
à leur profeffion , plus ils
la trouveront aimable.
. Ce difcours fut trouvé tres
beau en toutes fes parties ;
les penfées en furent trou
GALANT 247
vées vives & nouvelles , & le
tour éloquent de maniere ,
qu'il eft aifé de s'imaginer qu'-
il reçût de grands applaudiſ.
femens.
Mre Charles Nicolas Taffoureau
de Fontaine, Evêque d'Aleth
, eft mort dans un âge affez
avancé , dans fon Diocefe
, où il a cité fort regretté :
il étoit de Normandie, & d'une
Famille confiderable ; il a eſté
long- temps Grand Vicaire de
Sens , & il rempliffoir ce poſte
à la fatisfaction de tout ce
grand Dioceſe , lorſque ſur le
bon témoignage que Mr l'Ar-
X iiij
248 MERCURE
chevêque de Sens rendit en fa
faveur , le Roy le nomma à
l'Evêché d'Aleth , fur la démiffion
de Mr de Meliand ,
qui eft aujourd'huy retiré dans
le Seminaire des Bons- Enfans.
Mr Taffoureau étoit Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne & il avoit remply
cette carriere avec tout le
fuccés imaginable . Mr l'Evêd'Aleth
a efté affifté dans
fes derniers momens
, par Mr
l'Evêque de Carcaffonne , qui
l'étoit allé voir fans fçavoir fa
maladie , & qui arriva lorfqu'il
rendoit les derniers fouque
GALANT 249
pirs . L'Evêché d'Aleth eft fuffragant
de Narbonne , & l'Evêque
a féance aux Etats de
Languedoc , comme les autres
Evêques de la Province . Mr
Meliand , par la démiſſion de
qui Mr Taffoureau eut cet
Evêché , avoit fuccedé à Mr
de Valbelle , qui fut enfuite
Evêque de Saint Omer , &
qui vient de mourir , & Mr
de Valbelle avoit fuccedé à
Mr. de Pavillon. Ce Siege a
produit de celebres Perſonna
ges , & il en eft peu , dont les
Evêques fe foient plus diftinguez
par leur doctrine & par
250 MERCURE
leurs vertus propres à l'Epi -
copat. Mr Taffoureau a fait
beaucoup de Legs aux Pauvres .
Mre N... de la Chaife du
But , Pricut Confiftorial de
Souvigny , & Abbé de Manlieu
en Auvergne , eft mort
Souvigny prés de Moulins ,
âgé de 64. ans . Il eftoit frere
du Pere de la Chaife Confeffeur
du Roy. Il avoit pris
l'Ordre de Preftrife depuis
quelques années. Il avoit vêcu
depuis ce temps- là dans une
grande retraite , & il avoit
donné de grands exemples de
vertu . Il avoit eu trois autres
GALANT 251
freres dont Mr le Marquis
d'Aix pere de Mr le Marquis
de Souternon Lieutenant Gcneral
des Armées du Roy , étoit
l'aîné ; Mr le Marquis de
Chaiſe Senechal de Lyon ,
& Capitaine des Gardes de la
Porte , & pere de Mr le Marquis
de la Chaiſe qui a aujourd'huy
la même Charge , & feu
Mr l'Abbé d'Aix Abbé d'Ambronay
en Bugey. Tous ces
Mrs de même que Me de la
Chaife , Superieure des Colinettes
de Lyon , qui font des
Religieufes de Sainte Elifabeth
de l'Ordre de Saint François ,
252 MERCURE
eftoient fortis du mariage de
feu Mr le Comte de la Chaife ,
& de Dame N ... de Rochefort
d'une ancienne famille de
Foreft , & tante de Mr de
Rochefort , pere de Mr l'Abbé
de Rochefort , Prevost de
l'Eglife d'Efnay à Lyon , & dc
Me l'Abbeffe de la Beniffon-
Dieu , & ils eftoient petits- fils
de N... de la Chaife & de
Dame N... de Cotton , foeur
du Pere Cotton , Jefuite &
Confeffeur du Roy Henry le
Grand d'heureufe memoire.
N... de Cotton foeur de cette
Dame & du Pere Cotton
GALANT 253
époufa Mr de Grefolle Gentilhomme
de Forefts , & Aycul
de Mr le Doyen de Montbriffon
, & de Mr de Grefolles
, Chanoine d'Efnay , tous
deux tres - eftimez dans leur
profeffion . Feuë N... de Rochefort
porta dans la Maiſon
de la Chaife , la Terre du but ,
dont l'Abbé qui vient de
mourir portoit le nom .
Charles de Lorraine , Comte
de Marfan , Sire de Pons ,
Prince de Mortagne , Souverain
de Bedeilles , & Chevalier
des Ordres du Roy , eft
mort en cette Ville âgé de 61.
254 MERCURE
an & 7. mois . Il fit fa premiere
Campagne à Gigeri à
l'âge de 13 à 14. ans , & il y
fit paroistre autant de valeur
que de fermeté. Quelque tems
aprés le Roy le fit Enfeigne
de fes Moufquetaires , où il
continua à donner des preuves
de fa valeur , & il accompagna
depuis ce temps -là Sa
Majefté dans toutes fes Campagnes
. Il époufa en premieres
nôces Dame Marie d'Albret ,
veuve de Mr d'Albret , & fille
de Mr.le Maréchal d'Albret
dont il n'a point eu d'enfans ,
& en fecondes nôces DameCaGALANT
255
therine Thereſe de Matignon ,
veuve de Mr le Marquis de Seignelay
dont il a laiffé deux enfans
, l'aîné nommé Prince de
Pons , âgé de 12. ans ,
& l'autre
Chevalier de Lorraine, âgé
d'onze ans , qui font tres -bicn
faits , & qui font au College
de Louis le Grand , aufquels le
Roy donna le jour même de
la mort de ce Comte , une penfion
de 12000. livres , fçavoir
8000. livres à l'aîné & 4000.
livres au cadet. Le Convoy s'eft
fait fans aucune pompe ainfi
que le deffunt l'avoit fouhaité.
Le Corps a efté porté à Saint
256 MERCURE
Sulpice fa Paroiffe , & enfuite
aux Capucines où il a efté inhumé
dans la Chapelle de la
Maifon de Lorraine . Ce Prince
pendant tout le cours de fa maladie
qui a duré quatre mois a
fait voir autant de patience
.
que de fermeté à foûtenir fes
maux , & une grande refignation.
Il eft mort dans des fentimens
vrayment chrêtiens , &
aprés avoir reçû tous fes Sacremens
; il a efté affifté à la
mort par le Pere . Gaillard Jefuite
, qui ne l'a point abandonné.
Ce Prince eftoit des
plus magnifiques , & il y a peu
GALANT 257
de Souverains en Europe auffi
fuperbement meublez qu'il l'étoit.
Il eftoit fils d'Henry de Lorraine
, Comte d'Harcourt ,
d'Armagnac & de Brionne ,
Vicomte de Marfan , Chevalier
des Ordres du Roy , grand
Ecuyer de France , Senechal
de Bourgogne , & Gouverneur
d'Anjou , qui avoit épou
fé au commencement de l'année
16 39.Marguerite du Cambout
, veuve d'Antoine de l'Age
Duc de Puylaurent , & fille
puinée de Charles du Cambout
, Baron du Pont - Chaf-
Novembre 1708. Y
258 MERCURE
teau , Chevalier des Ordres du
Roy , & Lieutenat General en
baffe Bretagne , & de Philippe
de Bruges la premiere femme.
Les enfans qui font fortis de
ce mariage font ; Louis de Lorraine
, Comte d'Armagnac
Grand Ecuyer de France ; Philippe
, Chevalier de Malte , dit
te Chevalier de Lorraine ; Alphonfe
-Louis Chevalier de
Malthe , & Abbé de Royaumont
dit le Chevalier d'Harcourt
, General des Galeres de
la Religion de Malthe ; Raimond
Berenger , Abbé de S.
Faron de Meaux , de S. Benoift
GALANT 259
fur Loire , & de S. Pere de
Chartres ; Charles , Comte de
Marfan , & Armande- Henriette
de Lorraine , Abbeffe de
Noftre -Dame de Soiffons.
Perfonne n'ignore la gran
deur & l'ancienneté de la Maifon
de Lorraine , feconde en
Heros ; & que la vie de feu Mr
de Comte d'Harcourt n'a efté
qu'un tiffu de Victoires , &
qu'il faudroit des Volumes entiers
pour les raporter.
Mr Pajor Controlleur general
des Poftes de France ,
Seigneur d'Ons en Bray & de
Villers , mourut le mois der-
Y ii
260 MERCURE
nier dans fa Terre de Villers.
Son pere avoit exercé la Charge
de Controlleur general des
Poftes pendant pluſieurs anncés.
Il eftoit Secretaire du
Roy ; Sa Majesté a efté fi contente
de leurs fervices qu'Elle
a accordé à Mr d'Ons en Bray
fils aîné de celuy dont je vous
aprens la mort , la Survivance
de la même Charge dont Mr
Pajot fon pere , & fes ayeuls
avoient eſté reveftus . Il laiffe
fix garçons dont un eſt Colonel
du Regiment de Beauvoifis
, & deux filles dont l'une
a époufé Mr le Gendre de
GALANT 261
Lormoy , Intendant de Montauban
; & l'autre , Mr le Jay ,
Gouverneur d'Aire qui a efté
Capitaine aux Gardes.
Me la Comteffe d'Harcourt-
Beuvron , époufe de Mre
Charles d'Harcourt , Comte
de Beuvron , Capitaine des
Gardes de feuë S. A. R. Monfieur
, eft auffi decedée le mois
dernier. Son nom eftoit Lidic
de Rochefort de Theobon .
Elle avoit efté fille d'honneur
de la Reine , & S. A. R. Madame
l'honoroit d'une eftime
& d'une confiance particuliere.
La morta auffi enlevé Mre
226 MERCURE
Gilles Dongois , Preftre , Abbé
, Licentié en Theologie de
la Faculté de Paris , Doyen des
Chanoines de la Sainte Chapelle
du Palais , Confeiller &
Commiffaire deputé du Clergé
de la Chambre Ecclefiaftique
Souveraine des Decimes ,
& du Bureau du Diocefe. Je
pourrois m'étendre beaucoup
fur cette Famille , dont eft
Mr des Preaux frere de Mr
Boileau auffi de l'Academic
Françoife , mort depuis plufieurs
années , & de feu Mr
Boileau de Puy- Morin , Controlleur
General de l'ArgenGALANT
263
terie , & c. Ainfi l'on peut dire,
que cette Famille eft diftinguée
dans l'Eglife , dans la Maiſon
du Roy , dans le Parlement , à
qui elle a donné des Greffiers
en Chef, & dans les belles Lettres
, ayant eu de fuite deux
Academiciens de l'Academie
Françoife. Je vous en entretiendray
plus amplement la
premiere fois que j'auray occafion
de vous en parler ,
n'ayant plus de place que pour
deux Articles de morts , ce
qui m'oblige d'en referver plufieurs
pour le mois prochain.
Meffire Louis François Hen264
MERCURE
1
nequin , Chevalier Seigneur de
Charmont , Fontaine , Colaverdey
& autres lieux , Confeiller
d'Etat &
Procureur general
du grand Confeil, mourut
le dix-huit de ce mois en
fa foixante & dixième année .
Il avoit efté reçû dés l'âge de
dix-fept ans Confeiller au
grand Confeil ; il fut pourvû
dix années aprés de la Charge
de Procureur general qu'il a
exercée pendant 30. ans avec
beaucoup d'integrité , de capacité
& de zele pour le fervice
du Roy. S. M. pour reconnoiftre
fes fervices le nomma
au
GALANT 265
au mois de Septembre de l'année
1691. Prefident du Parlement
de Rouen , mais il fupplia
fa Majefté de luy permettre
de ne point quitter la place
de Procureur General du Grand-
Confeil , dans le deffein qu'il
avoit de faire paffercette Charge
à lon fils , ce qu'ilfic quelques
années enfuite ; leRoy luy
donna des Lettres deProcureur
General honoraire
Charge de Confeiller d'honneur
au grand Confeil . Il a paffé
le refte de fa vie dans des
exercices de piété , fe preparant
à la mort par beaucoup de
Novembre 1708. ZᏃ
& une
266 MERCURE
prieres & de bonnes oeuvres.
Il eft mort d'une hydropifie
de poitrine qui peu à peu l'a
confommé , & tous les remedes
qu'il a faits pendant quatorze
mois que fa maladie a
duré , ont cfté inutiles . Il avoit
époufé en premieres nôces
Mlle de Poufmothe de l'Etoile
, fille de feu Mr de Pouf
mothe , Confeiller du Roy
en fes Confeils , Maiftre ordinaire
en la Chambre des Comptés
de Paris , foeur de feu Mr
de Montbrifeüil , Prefident des
Requeftes du Palais du Parlement
de Paris , & Mr de Gra
GALANT 267
ville , fecond Prèfident de la
Cour des Aides . Il n'en a
point d'enfans. Il laiffe de fon
fecond Mariage avec Melle
Lhofte , fille de feu Mr Lhofte
celebre Avocat , fix enfans ,
fçavoir,Mr l'AbbéHennequin
deCharmont, Prêtre ,Docteur
en Theologie , de la Faculté de
Paris , & Abbé de l'Abbaye
• au Dioceſe de Soif. de
...
fons
; Mr
Hennequin
de Charmont
Confeiller
d'Etat
, Secretaire
du
Cabinet
du
Roy
,
&
des
Commandemens
de
Monfeigneur
le Duc
de Bourgogne
, cy-devant
Procureur
Zij
268 MERCURE
General du Grand Confeil , &
Ambaſſadeur à Veniſe ; Mr
le Chevalier Hennequin , Capitaine
de Vaiffeau , & Chevalier
de l'Ordre de Saint Louis ;
& trois Filles , dont l'aînée eſt
Religieufe au Monaftere des
Cordelieres de la ruë de Grenelle
; la feconde épouſa au
mois de Mars 1706. Mre Jacques
d'Aubeterre , Chevalier-
Seigneur , Baron d'Aubeterre ,
Seigneur des Terres & Seigneuries
de Vaux , Foucheres ,
Vougré , les Bordes , Bragelogne
, Lentagé , & de la Baronnie
de Julles & autres lieux,
GALANT 269
& Capitaine de Cavalerie ; la
troifiéme eft Religieufe au
Monaftere d'Hautebrieres
, de
l'Ordre de Frontevault.
Je crois qu'en vous apprenant
la mort du Prince Georges
de Dannemark , Epoux
de la Princeffe Anne d'Angleterre
, il ne me reſte plus rien
à vous dire fur cet article , &
que vous fçavez tout ce qu'on
dire de luy , qui eft , qu'il
peut
a vécu , & qu'il eſt mort .
Voicy les noms de ceux qui
ont eu des Benefices dans la
derniere Promotion .
Le Roy a donné l'Evêché
Z iij
270 MERCURE
d'Aleth à Mr l'Abbé Maboul ,
Grand Vicaire de Poitiers . Il
eft frere de Mr Maboul Maitre
des Requeftes , Magiſtrat´
d'un grand merite . Cet Abbé
a exercé depuis plufieurs
années , avec beaucoup de zele,
fon miniftere , fous Mr de la
Poype , Evêque de Poitiers :
il prêche avec fuccés , & il a
la reputation d'eftre un des
meilleurs Theologiens de ce
temps. La Famille de Mr Maboul
eft fort ancienne dans la
Robe , & elle eftoit connuë
dés le 14 Siecle.
Mr l'Abbé de Valbelle AuGALANT
271
"
mônier du Roy, Maître defon
Oratoire , & Doyen de faint
Omer, a efté nommé à cet
Evêché. Ce nouveau Prelat eft
Abbé de Pontron , & de la
Branche de Tournes , de l'Illuftre
Maifon de Valbelle : Il
étoit neveu à la mode de Bretagne
, de feu Mre Loüis- Alfonfe
de Valbelle Docteutde
Sorbonne , & qui avoit auffi
efté Maître de l'Oratoire de Sa
Majefté. La Maiſon de Valbelle
eft une des plus illuftres
de Provence ; elle y eft connue
depuis plufieurs ficcles ,
& elle y a produit plufieurs
Z iiij
272 MERCURE
Branches . Celle de Montfuron ,
dont étoit Mr le Chevalier de
Montfuron , Chef d'Efcadre ,
& mort depuis quelques années
, a produit de celebres
Perfonnages . Mr l'Abbé de
Valbelle , à prefent Evêque de
Saint Omer , eft Docteur de
Sorbonne , & fa vie a toûjours
efté tres reglée ; il a un neveu
dans les Etudes de Sorbonne ,
dont on efpere beaucoup .
Mr l'Abbé Guyer , Doyen
de Saint Etienne de Dijon , &
frere de Monfieur Guyet Intendant
des Finances , cy - devant
Intendant de Lyon , a eu
GALANT 273
l'Abbaye de la Buffiere : ce
Abbé a beaucoup de vertu ; il
a efté employé en plufieurs
Miffions , où il a fait de grands
fruits ; il eft oncle de Me la
Comteffe de Chamillart ,. &
d'une Famille tres ancienne
dans le Parlement de Dijon."
L'Abbaye de la Buffiere eft à
fix lieuës de Dijon , & prés de
Beaune ; elle eft de l'Ordre de
Citeaux , & dans le Diocefe
d'Autun : elle fut fondée en
1140. dans la même année
que l'on affembla un Concile
à Sens , contre le fameux Abeilard
, où Saint Bernard fe trou274
MERCURE
va , & fit condamner cet Auteur.
L'Abbaye de Manlieu a eſté
donnée à Mr l'Abbé Mongon
,
frere de Mr le Marquis
de Mongon Lieutenant General
des Armées du Roy :
Cet Abbé eft Comte de Saint
Julien de Brioude , & Abbé
d'Iffoire il eft beaufrere de
:
feuë Me la Comteſſe de Mongon
, fille de Mr le Marquis
d'Heudicourt , & fils de feu
Mr le Comte de Mongon ,
d'une des meilleures Maifons
d'Auvergne ; elle y étoit déja
connue fous le Regne de Louis
ALANT 275
1
VII. dit , le Jeune; & un Seigneur
de Montgon fut employé
dans la Negotiation que
l'on fit pour reconcilier ce
Prince avec Thibaud , Comte
de Champagne ; elle eſt alliée
aux Maiſons d'Eſteing & de
Canillac , & prouve plus de
600. ans de bonne Nobleffe :
elle a formé autrefois plufieurs
Branches , toutes fecondes
en grands Hommes.
L'Abbaye de Manlieu étoit
vaccante par la mort de Mr
l'Abbé du But , frere du Pere
de la Chaife ; elle eft de l'Ordre
de Saint Benoist , & dans
276MERCURE
ges
la Diocefe de Clermont. C'eft
un des plus anciens Etablifffemens
Ecclefiaftiques du
Royaume ; & ony a veu dans
tous les fiecles des Perfonnad'une
vertu éminente , &
d'une grande érudition . Mr
l'Abbé de Mongon ſoutiendra
dignement la reputation
de fes Predeceffeurs ; il a beaucoup
de vertu , & un grand
fçavoir.
Le Roy a donné l'Abbaye
du Guet de Launay , à Mr
l'Abbé de Fontaine , premier
Aumônier de la petite Ecurie.
Il eft d'une ancienne FaGALANT
277
mille originaire de Normandie
; il a beaucoup de merite,
& il s'eft fort attaché à l'étude
des Langues Orientales ; il eſt
Abbé de Nifors , ou Beniffon-
Dieu ; L'Abbaye du Guet de
Launay eft dans le Dioceſe
du Mans , & de l'Ordre de
Saint Benoift , & eft prés la
Ferté Bernard , & une des plus
anciennes de l'Ordre de Saint
Benoist .
Celle d'Epaignes , de Filles ,
Dioceſe d'Amiens , a efté donnée
à Me Dutron , Religieufe
de Fontaine- Guerard ; la Famille
de Mrs Dutron , eft de
278 MERCURE
Roüen ; elle a donné des Prefidens
au Parlement de cette
Ville. L'Abbaye d'Epaignes ,
ou d'Espagne , eft de l'Ordre
de Saint Benoift ; de la Congregation
de Citeaux , & dans
Abbeville ; elle a produit des
Religieufes d'une grande vertu
, & d'une grande reputation.
de doctrine dans ledix feptiéme
Siecle ; furtout Flodoarde , qui
a écrit fur la vie interieure.
Me Dutron eft dans une eftime
generale , & elle a la reputation
d'avoir beaucoup
d'érudition.
L'Abbaye Reguliere de
GALANT 279
Montlheron à Dom Mellet ,
dont l'ancien nom de famille
cft , Millet ; il eft de l'Ordre de
Premontré , d'une grande regularité
, & d'une folide doctrine
: il a exercé les principales
Charges de fon Ordre , &
il poffede entierement la confiance
de fon General . Montlheron
, qu'on nomme à prefent
Macharoux , eft de l'Ordre
de Premontré , & dans le
Diocefe de Rouen .
Dom Langlée de Champignelle
, a eu celle de Voladoux
: il eft parent de feu Mr
de Langlée , & de Me la Com280
MERCURE
teffe de Guifcard : il eft bon
Geometre , & il fçait parfaitement
l'Algebre fpecieuſe , qui
eft la partie des Mathematiques
la plus difficile. L'Ab .
baye de Vauladoux eft de
l'Ordre de Citeaux ; de la filiation
de Clairvaux , & du Diocefe
de Langres.
Le Roy a auffi accordé deux
Penfions fur l'Evéché de faint
Omer , l'une de 1500 là Mr
Houlierl'Aumonierde
laCom .
gnie des Moufquetaires
gris ,
& l'autre à Mr. .Sr de
Prépetit Aumofnier de la Compagnie
desMoufquetaires
noirs
GALANT 281
Mr Houlier fert depuis plufieurs
années . Il a toujours
rempli les fonctions de fon
Miniftere avec beaucoup d'édification
, & fa Majesté l'a
même loué en divers occafions
fur l'attention qu'il apor
toit à remplir fes devoirs . Son
Confrere qui a eu auffi une
Penſion , eſt un Ecclefiaftique
de grand merite. Il a un gout
particulier pour les beaux Arts .
Le Roy a donné le Prieuré
de Sauffeuffe à " Mr l'Abbé
Bonne- Dame à prefent Grnd
VicairedeRouen , & qui l'a fté
auparavant de Noyon fous Mr
Novembre 1708. Aa
282 MERCURE
la
d'Aubigné qu'il a fuivi à
Rouen où il donne de grands
exemples de vertu . Cet Abbé
a beaucoup de talent pour
Predication ; il en a donné de
frequentes preuves à Noyon ,
& dans les Conferences Ecclefiaftiques.
La confiance que Mr
l'Archevêque de Roüen a en
luy fait feul fon Eloge.
Le Pere Molinier Preftre de
l'Oratoire , qui a compofé l'O.
raifon Funebre de Mr le Cardinal
le Camus , il la devoit
prononcer dans l'Eglife Cathedrale
de Grenoble en prefence
du Parlement ; mais comme ce
GALANT 283
Cardinal a mis une claufe
dans fon Teftament , par laquelle
il défend abſolument
qu'on luy faffe aucune Oraifon
Funebre,fes heritiers pour
executer fes modeftes & pieufes
intentions ont empêché
qu'elle fut prononcée publiquement
, & le Pere Molinier
l'a feulement recitée dans tous
les Convens de filles de Grenoble
àportes fermées . Cette piece
eft une des plus belles qu'on ait
veue en ce genre depuis plufieurs
années; les portraitsyfont
finis , les figures parfaitement
belles , & le corps du difcours
A a ij
284 MERCURE
n'eft qu'une expreffion continuelle
de l'Ecriture Sainte ,
dont les paffages traduits &
paraphrafez & liez continuellement
les uns aux autres font
un ouvrage achevé . L'Auteur
fait voir d'abord ce grand Cardinal
dans fes premieres années
& lors qu'il n'eftoit qu' Abbé
le Camus , & en avoüant que
fa vie étoit alors bien differente
de celle qu'il a menée dans
l'Epifcopat , il le juftific fur
beaucoup de chofes qu'on luy
a fauffement imputées ; il fait
connoiftre les foins qu'il fe
donna pour examiner fa vocaGALANT
285
tion lors qu'il fut appellé à l'Epifcopat,
la peine qu'il pritd'aller
confulter un fameux Evêque
de ce temps là dans le fond
du Languedoc , fa follicitude
continuelle pour fon Troupeau
, fes vifites affidues , &
l'ordre qu'il y obfervoit , la dif
tribution de la journée , le
foin qu'il prenoit de former
desEcclefiaftiques, & les dépenfes
qu'il faifoit
Les endroits où cet Orateur
parle du deffein que ce grand
Cardinal cut de reformer la
celebre Abbaye de Montfleuri
, qui eft dans fon Diocefe ,
L
pour les élever .
286 MERCURE
& l'approbaton qu'cut à Rome
fa morale qu'on y vouloit
faire cenfurer , font des
mieux touchez ; enfin l'Apologie
de fa conduite fur ce
qu'il amaffoit beaucoup d'argent
pour executer de grands
& pieux deffeins , eft fort eſtimée
, ainfi que celuy qui regarde
le talent fingulier que ce
Prelat avoit de dire de bons
mots. Je ne dois pas oublier
le Portrait que le Pere Molinier
fait à l'entrée de fon Difcours
du Clergé de Grenoble
lors que le Roy mit à ſa teſte
l'Abbé le Camus. Ce Portrait

*
GALANT 287
eft des mieux touché.
10
Mr Charrier Lieutenant Particulier
du Siege Prefidial de
Lyon, & Prefident à la Cour des
Monnoyes de la même Ville ,
fit l'ouverture des Audiances
le Lundy douziéme de ce mois,
par un beau Difcours qu'il
prononça , & qui reçut de
grands applaudiſſemens. Il parla
des droits des Cours fuperieures
avec beaucoup de dignité
, & en homme qui cftoit
bien penetré de ceux de la jurifdiction
dont il eft membre;
& il s'éleva fort contre les atteintes
que de petites Jurifdic288
MERCURE
tions cherchoient à leur donner.
Ce Difcours prononcé
avec beaucoup de grace &
d'un ton plein de conftance;
receut beaucoup d'éloges ,
& quelque long qu'il fut , tout
le monde parut faché de le
voir fitoft finir. Mr Charrier
le termina par le Maréchal de Villeroy , &
de feueMe la Marefchale
dont
il dit des chofes fort avantageufes
.
un
éloge de Mr
Vous me demandez une
Cantade , dont les Vers font
de Mr Danchet , & la Mufique
de Mr de Lalloüette, Je me
fuis
GALANT 289
fuis informé à quelle occafion
cette Cantade avoit cfté faite ,
& j'ay fçu que la Tragedie de
Policucte ayant eſté repreſentée
par les Penfionnaires de
l'Abbaye de Chelles , fuivant
un ufage établi en plufieurs
Convents de reprefenter des
Pieces Saintes , parce que cet
amufement aide beaucoup à
former les jeunes Demoiselles.
Ce fut à la fin de cette Tragedie
que cette Cantade fut chantée
par d'excellentes voix .
Comme elle eft à la gloire de
Me l'Abbeffe de Chelles , & de
Mr le Maréchal de Villars fon
Novembre 1708. Bb
290 MERCURE
frere , on ne l'avoit point avertie
que cette Cantade devoit
eftre chantée , ce qui furprit
agreablement toute l'Affemblée
, & luy fit beaucoup de
plaifir. Cette galanterie avoit
cfté imaginée par le frere d'une
des Actrices . Voici la Cantade
que vous fouhaitez .
Fuycz , coupables feux , enfans de la
moléße ,
Vains Spectacles , qui dans les
coeurs
Nourriffez de folles ardeurs ,
Tout infpire icy lafageffe.
Celle qui dans ces lieux
S'occupe àformerpour les Cieux
GALANT 291
Une Troupe jeune
Pard'utiles amuſemens
timide
Lay trace les leçons d'une vertufolide
Et des plus nobles fentimens
Quel bouheur de vivre
Sous ces fages loix !
Quelbonheur de faivre
Son aimable voix.
L'amour qu'elle infpire
Fait que fon empire
Plait à tous les coeurs ;
Le devoir auftere
N'a
que
des douceurs ,
"La vertu pour plaire
Separe defleurs.
Quelbonheur de vivre , &c.
$
c'est le deftin du fang dont elle a pris
naiffance,
Enfaisatobéir de pouvoir être aimé z
Tel eft ce guerrier renommé
Bb ij
292 MERCURE
Dont le bras triomphantfoutien notre
puiffance.
5
Eclatante
Trompette
Répondez
à nos voix
Qu'ici tout repete
Ses brillants exploits
Sa valeur étonne
Les plus fiers Guerriers ,
Toujours il moiffonne
De nouveaux lauriers.
Eclatante Trompette , &c.
Le Dieu de la Thrace
Témoin de fes coups
De fa noble audace
Peut eftre jaloux.
Eclatante Trompette , & c.
Le Roy ayant remarqué que
de temps que Mr
depuis le peu
Defmaretz
a pris le maniement
des Finances
, il a penetré
dans ´
GALANT 293
·
tout ce qu'elles ont de plus difficile
& de plus obfcur , & qu'il
avoit lieu d'efperer que fes lumieres
& fa penetration luy feroient
trouver les fonds neceffaires
pour finir glorieuſement
la guerre , fans que ceux qui
contribuëroient à ces fonds
fuffent lezez en aucune maniere
, puifqu'au contraire , la fuite
fait voir que la plupart retirent
de grands avantages de
leurs avances , Sa Mejefté prenant
fur Elle -même , prefque
dans toutes les affaires qui ſe
font , & cftant fatisfaite de Mr
Defmaretz , dont les lumieres
Bb iij
294 MERCURE
&
& la penetration luy ont efté
d'un grand fecours depuis qu'il
eft Controlleur General
voyant qu'Elle en pouvoit encore
tirer de grands avantages
dans la fuite , a crû qu'il ne luy
feroit pas moins utile dans fon
Confeil le plus fecret , que dans
fes Finances . C'est pourquoy
Elle vient de luy donner une
place dans ce Confeil , en le
nommant Miniftre d'Etat . Je
ne vous dis rien de l'applaudiffement
que ce choix a reçû ;
il n'eft ignoré de perfonne.
Je paffe a un Article qui
doit vous paroître curieux. Il
GALANT
295
cft conftant que le Pape étant
Chef de l'Eglife , & le Pere commun
de tous les Catholiques
qui fe trouvent oppreffez , il eſt
de fon devoir de leurs donner
tous les fecours qui dépendent
de luy , & fur tout lorſque la
Religion s'y trouve intereffée.
Ainfi Sa Sainteté a dû ,
comme elle a fait , entrer dans
le deffein projetté pour faire
paffer le Roy d'Angleterre en
Ecoffe , Chacun doit agir en
faveur de fa Religion ; & quoique
les Anglois ne profeffent
pas la veritable , les Princes Catoliques
n'entreprennent point
Bb iii j
296 MERCURE
de leur faire la guerre , pour
cette raifon. Ils peuvent faire
tout ce qui leur plaît en faveur
de leur Religion , fans qu'on
leur en doive faire un crime ,
& le Pape peut faire la même
chofe à l'égard de la Religion
Catholique
, qu'il eft obligé
de proteger
; & lorfqu'il
eft
entré dans les interefts du Roy
d'Angleterre
, la Religion
feule
l'y a fait entrer ; & tous les
Souverains
du Monde , ne fe
doivent
point plaindre les uns
des autres , lorfque
les feuls
motifs de leur Religion les font
agir . Cependant
l'Angleterre
GALANT 297
a trouvé mauvais que le Pape
ait fait fon devoir , en s'intereffant
pour fon Monarque ;
je dis fon Monarque , puifqu'il
n'eft pas inoins Roy d'Angleterre
, que s'il y regnoit . Cette
Nation , ou plutôt la Princeffe
par laquelle elle fe laiffe .
gouverner , ne cherchant qu'à
perpetuer la guerre en Europe ,
pour les raifons dont j'ay fouvent
donné des détails , a exigé
de l'Empereur , pour recompenfe
des fecours qu'elle
luy donnoit en divers endroits ,
de declarer la guerre au Pape.
S. M. I. qui s'y trouvoit na298
MERCURE
turellemene portée , ayant refolu
de rendre toute l'Italie
efclave , n'a ofé faire connoître
au Public, qu'Elle ne commençoit
cette guerre , que pour
fatisfaire au reffentiment de
l'Angleterre , rien ne devant
eftre plus indigne d'un Prince
qui fait profeffion d'eſtre Catholique,
que d'attaquer le Suc
ceffeur de Saint Pierre , & le
Chef de l'Eglife , en faveur des
Ennemis de la Religion , &
parce qu'il eft entré dans les
interêts d'un Roy Catholique,
S. M. I. voulant donc cacher
les veritables motifs qui l'enGALANT
299
Y
pas
gageoient à entrer en action
dans les Etats de Sa Sainteté ,
duy a fait , afin d'avoir lieu
d'entrer en guerre , des demandes
injuftes , & que Sa
Sainteté ne pouvoit , & ne devoit
pas accorder , n'étant
en fa difpofition de renoncer
à des Droits qui appartiennent
au Saint Siege ; & fa renonciation
, quand même Elle
l'auroit faite , ne pouvant eftre
valable. Voilà ce que l'on a
découvert en Angleterte
, &
ce que le Miniftre de l'Empereur
n'a pû s'empêcher de découvrir
aux Catholiques
, qui
300 MERCURE
l'accabloient de plaintes touchant
la guerre declarée au
Pape par S. M. I. mais il leur
a dit feulement , que l'Empereur
avoit de fi grandes obligations
à l'Angleterre , qu'il
n'avoit pû s'empêcher d'époufer
fon reffentiment, & de faire
agir fes Troupes contre le Pa-
-pe ; mais fans leur declarer que
S. M. I. étoit ravie d'entreprendre
une guerre qu'Elle
avoit fecrettement refoluë ,
afin de s'affujettir toute l'ltalie
, & qu'Elle étoit au comble
de fa joye , de ce que les
chofes avoient tourné de maGALANT
301
niere que l'Angleterre fe trouvoit
engagée de luy fournir.
les fonds pour l'execution d'un
le Confeil Impedeffein
que
rial
s'étoit
propofé
depuis
long
- temps
. On
peut
connoître
par
là , que
tous
les
pretextes
dont
l'Empereur
fe fert
pour
attaquer
le Pape
, font
faux
&
inventez
, pour
empêcher
qu'on
ne connoiffe
que
fon
ambition
, & les
promeffes
qu'il
a faites
à l'Angleterre
,
l'ont
fait
commencer
à agir.
Il y aa des
Lettres
qui
portent
que
c'eft
par
un
ordre
exprés
de
la
Reine
Anne
, que
les
302 MERCURE
Troupes Imperiales font entrées
dans Comacchio .
Voicy un fait affez fingu .
lier , & qui regarde la même
affaire . La Reine Anne craignant
que le Grand Duc , les
autres Souverains d'Italie , &
les Republiques n'entraffent
dans une Ligue avec le Pape,
pour fauver l'Italie leur a
écrit d'une maniere fi haute
& fi forte , qu'on eft perfuadé
en Angleterre , que ces
Puiffances n'oferont entrer
dans aucune Ligue , de crainte
que les Anglois ne s'en reffenmais
s'ils connoiffent tent
GALANT 303
"
leurs veritables interefts , &
s'ils fuivent les confeils d'une
faine politique , ils doivent
s'unir le plutôt qu'il leur fera
poffible puifque le deffein de
Empereur étant de ſe rendre
maître de toute l'Italie , il luy
fera aifé de les attaquer & de
les vaincre les uns aprés les
autres , s'ils ne font pas liguez ;
c'eſt leur affaire ; ils doivent
fonger que ce n'eft quelquefois
point avoir de politique , que
d'en avoir trop , & qu'il ne
fera plus temps de chercher à
s'unir , lorfqu'ils commenceront
a ouvrir les yeux fur tous
304 MERCURE
leurs malheurs , & qu'il ne fera
plus temps d'avoir recours au
remede qu'ils auront negligé;
& ils trouveront que pour
avoir eu trop d'égard pour
l'Empereur ils n'en auront
point eu pour eux- mêmes.
On voit tous les jours bien
des chofes dont la fin ne répond
pas au commencement
La Maiſon d'Autriche a com
mencé à briller par des Actes
éclatans de Religion , & il
femble que des Actes tous con
traires la doivent faire finir ; car
quoy qu'elle ait nouvellement
acquis quelques Etats , comGALANT
305
me ce n'eft que par une cpece
de revolution , & que l'on
perd fouvent ces fortes de
Conquestes prefque en aufſi
peu de temps qu'on les a faites
, l'Empereur ne ſe trouvera
pas fort puiffant fi cela arrive ,
puis qu'il n'eft prefentement
en poffeffion que d'une petite
partie de fes Etats hereditaires
, & que fi les Puiffances de
l'Empire ceffent de le méler
d'une affaire qui ne les regarfçavoir
de la fuccefde
pas ,
fion
de
la
Couronne
d'Efpafa
Puiffance
fe
rrouvera
gne ,
fort bornéc , ce qui poura ar-
Novembre 1708 Co
306 MERCORE
tiver , s'il continuë de faire la
guerre aux fucceffeurs de faint
Pierre , en faveur des plus mortels
Ennemis de la Religion .
Aprés vous avoit parlé d'un'
fait fi extraordinaire , je paffe
à deux autres qui ne le font pas
moins , chacun en leur efpece.
Madame la Gouvernante de
Chaſteau - Dun , âgée de 48. à
50. ans , étant devenue exceffivement
enflée , on ne douta
point que cette enflure ne fuft
caufée par l'hydropifie , de forte
qu'on refolut de luy faire
une incifion au cofté ; mais on
fut bien furpris , lors qu'au
lieu des eaux qu'on s'attendoit
de voir fortir , l'on remarqua
qu'elle étoit enceinte , & en
effet , elle mit au monde fept
GALANT 307
que
enfans , fçavoir quatre garçons
& trois filles , & dont chacune
des filles étoit adherante à
un male , de la même maniere
le Coïtus , avec une espece
de Cordon de faint François
qui leur lioit le corps.
Le garçon
qui reftoit étoit affis , & tenoit
à la main une maniere de
petit bafton , & il avoit fur la
tefte une espece de bonnet en
forme de Mitre Les Medecins
ne fçavent que dire d'un
fait fi extraordinaire
finon
que cette Dame doit avoir conçû
pendant le figne des Jumeaux
, où les femmes font plus
fujettes à concevoir de ces fortes
de Monftruofitez .
On voit dans la même Ville
de Chasteau - Dun , le nommé
Cc ij
308 MERCURE
Vincent Périer , natifde Cham .
pagne , & né en 1598. Son âge
neft pas ce qui paroift en luy
de plus extraordinaire , mais
on trouve furprenant , que les
dents luy repouffent comme
elles feroient à un jeune Enfant
. Il a une penfion du Roy ,
& il fait encore le voyage à
pied , de Chasteau- Dun à Verfailles
en deux jours , quoy qu'il
y ait au moins vingt - fix lieuës .
Il boit & mange comme feroit
un homme de 40. ans & il travaille
de même.
Dans les Journaux que je
vous ay envoyez dans deux de
mes Lettres , de ce qui s'eft paf- :
fé pendant le Siege de Lille , & .
particulierement des actions des
braves qui s'y font diftinguez ,
GALANTM309
je ne vous ay point parlé de
Mr le Chevalier du Dognon ,
Capitaine dans le Regiment de
Touraine . Ce Chevalier qui
commandoit au Tenaillon de la
droite , l'a deffendu pendant
trente-fept jours , & il y a foûtenu
quatre affauts , avec toute
la valeur & toute la fermeté
poffible. Mr le Maréchal de
Boufflers ne pouvant trop admirer
fon zélé pour le Service ,"
& fon intrepidité , il luy envoya
aprés le deuxième affaut , un
Brevet de Lieutenant Colonel ,
avec les plus beaux éloges que
T'on puiffe donner à un Offi
cier qui s'eft extremement dif.
tingué . Les Ennemis , aprés le
quatriéme affaut foûtenu par ce
Chevalier fe logerent fur la

310 MERCURE
breche de ce Tenaillon , tant
de fois deffendu fi vigoureufe
ment ; mais ce Chevalier y fit
faire auffitôt des coupures , pour
les empêcher de s'étendres &
il y auroit fait une plus longue
réſiſtance , fi Mr le Maréchal de
Bouflers , content de fes fervices
, ne l'eût fait venir auprés
de luy , où il ne fur pas moins
expofé,puifque ce Maréchal n'avoit
point d'autre apartement
que les remparts & les breches ,
où on luy fervoit fouvent à dîner.
Mr du Dognon s'étant attiré
l'admiration des Bourgeois
& des Ennemis même, pendant
tout le temps qu'il a fervi , tant
dans le Tenaillon , qu'auprés de
la perfonne de Mr le Maréchal
de Bouflers , les Alliez , dans
GALANT 311
le temps de la Capitulation , demanderent
ce qu'étoit devenu
l'Officier qui commandoit dans
le Tenaillon de la droite , & ils
furent furpris d'apprendre qu'il
fe portoit bien , après avoir effuyé
autant de feu & de périls
qu'il avoit fait ; & ils dirent hautement
, qu'ils n'avoient jamais
vfi d'Officier plus brave , & qui
eût fait voir plus d'experience
dans le métier de la guerre .
L'Article de Lille de ma derniere
Lettre , finit par la prife
de cette Place ; & je dois ajoûtter
à cet Article , qu'il y avoit
trois brèches , derriere l'une defquelles
on n'avoit pû faire aucun
retranchement , parce que
la Riviere bat au dedans de la
Ville , au pied du rempatt ; de
312 MERCURE
maniere que Mr le Maréchal
de Bouflers ayant beaucoup à
craindre de ce côté - là , & les
Ennemis ayant refolu de donner
trois affauts en même temps
aux trois bréches , il avoit crû
devoir capituler , tant par cette
raifon , que parce qu'il en avoit
beaucoup d'autres , dont je vous
ay fait un détail le mois paffé.
Ce Maréchal s'étoit tellement
fait aimer des Bourgeois ,
que dans le temps qu'il faifoit
voiturer dans la Citadelle toutes
les chofes neceffaires pour
fa deffenfe , plufieurs Particuliers
luy offirirent tout ce qui
étoit en leur pouvoir , & même
leur bourſe , mais il ne prit que
peu d'argent. Quant au refte
il fit entrer dans la Citadelle ,
>
avec
GALANT
313
avec abondance , toutes les chofes
dont il pouvoit avoir beſoin
pendant un long Siége ; & il eft
aifé de croire que rien ne luy
manque , & que rien ne luy manquera
, puifqu'aprés fon entré
dans la Citadelle , les vivres
ont encore efté pendaut quelque
temps à un prix raifonna-
-ble dans la Ville ; ce qui fait
voir que ce Maréchel en auroit
pû encore tirer davantage de
la Ville , s'il en avoit eu befoin,
La confternation a efté au delà
de tout ce que l'on peut s'imaginer
parmi les Habitans ,
aprés la prife de la Ville , &
les Troupes alliées ayant commis
d'abord toutes fortes d'excés
, ces Habitans n'ont pû fe
contraindre , & il n'eft pas vray
Dd
314 MERCURE
que les Magiftrats ayent affifté
en Robes de ceremonie , au Te
Deum que les Alliez firent chanter
aprés la réduction de la Place
, ainfi que tous leurs imprimez
publics ont publié : au coutraire
ils refuferent de s'y
trouver ; de forte qu'on fut obligé
de le faire chanter par l'Aumônier
du Prince Eugene , affité
de quelques autres Aumôniers
de l'Armée .
Les Alliez ne fe trouverent
en état d'ouvrir la tranchée devant
la Citadelle , que le 29, du
mois paffé , & ils refolurent en
même temps de ne pouffer leurs
attaques que par la fappe , parce
qu'ils manquoient de poudre.
Cette refolution fut tenuë
fecrette , & pour faire croire
GALANT 315
que la poudre ne leur manquoit
pas , ils firent travailler à plufieurs
batteries de canon & de
Mortiers , & enmême temps
tous les Imprimez publics dirent
, pour trompertous les fujets
des Alliez qu'ils battoient
la placeavec un grand nombre
bre de batteries , & que pendant
que ces batteries ne ceffoient
point de tirer , celles des
Affiegez demeuroient dans le
filence. Cependant c'étoit tout
le contraire , puis que les A fie
gez n'ont pas ceffé de tirer de
leurs batteries , & que le 24. de
ce mois , celles des Affiegeans
n'avoient pas encore commencé
à tirer. Voicy en peu de
paroles ce qui s'eſt paffé de
Ddij
316 MERCURE
plus cofiderable depuis l'ouverture
de la tranchée devant la Citadelle;
& comme il n'eft pas aifé
d'en fçavoir la verité , à cauſe
de la difficulté d'en recevoir
des nouvelles , je crois devoir
remettre à en parler plus amplement
, lors que l'affaire fera
entierement finie ,
Je crois avant que d'entrer
plus avant dans ce qui regarde
le Siege de la Citadelle , devoir
vous faire connoiftre la fi
tuation où étoient toutes nos
Troupes , même , avant la prife
de Lille ; & comme elle eft
encore à peu prés la même aujourd'huy
, vous connoiſtrez
combien cette fituation doit
embaraffer les Ennemis , tant
pour les empêcher de recevoir.
GALANT 317
toutes les chofes dont ils ont
befoin , que pour fe retirer lors
qu'une neceffité abfoluë les y
engagera.
Etat de l'Infanterie , tant
à l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, que dans les
Camps Separez.
Picardie , 2 . , z . Bataillons.
Xaintonge ,
Bourbonnois
Mortemari ,
Gardes Françoiſes ,
Gardes Suiffes ,
Lée ,
Obrien ,
6
26
3
Dd iij
318 MERCURE
Dorington ,
Oudouanel ,
Galmois >
Gardes de Cologne ,
Royal Artillerie ,
Bombardiers ,
21.
A POT E.
I
Au Camp de Mr le Chevalier
de Croify.
Le
Roy ,
Gondrin ,
Royal Italien ,
3
2
I
Louvignies ,
Alface , 4
II.
A ES CANA F È.
Au Camp de Mr de la Chatte.
Piémont ,
GALANT 319
Lorraine ,
3.
A BERKE M.
Champagne ,
3
VIS-A-VIS D'OUDENARDE.
Au Camp de Mr de Hautefort.
La Reine ,
Enguien ,
Beaufermé ,
Dauphin ,
Brandely,
May ,
Surbex ,
Charoft ,
Auxerrois
Poitou ,
Saint Valier ,
3
1
3
3
3
2
I
320 MERCURE
Mouroux ,
Royal Rouffillon ,
Noailles
Bourbon ,
Luxembourg ,
La
Marque ,
Spaar ,
Baffigny ,
2
33.
De ces trente - trois Bataillons
, on en a detaché treize ,
pour s'approcher de Gand , afin
de joindre Mr de Vendôme , en
as qu'il en eût encore befoin .
Au Camp de Mr de la Mothe:
Navarre ,
Royal ,
Ifenghien ,
3
GALANT 321
Deflandes ,
Lannois ,
Nivernois ,
Greder , Alleman ,
Bearn ,
Boulonnois ,
Perche ,
Santerre ,
Royal la Marine ,
Agenois ,
Gaffion ,
Provence
Guyenne ,
Condé ,
Vendôme
Beauffe ,
Laferre ,
Bournonville ;
Doigny
Amalle ,
Laern ,
I
2
I
2
I
22 H.2
I
I
322 MERCURE
Obergeits ,
Rupelmonde ,
Couriere ,
Chambourg ,
Grimaldy ,
Pontoka ,
Onland
47
DANS GAND.
Villars ,
Greder , Suiffe ,
Phiffer ,
Solre ,
Chartres ,
Boufflers ,
Saint Second ,
Silly ,
Naffau
,
Ringraff
,
I
I
I
GALANT 323
A BRUG E S.
Vemmel ,> 1
Et 5. des Troupes que Mr de
la Mothe avoit au commencement
de la Campagne.
Dans les Places.
A SAINT AMANT .
Nice ,
Derriere le Canal de Douay.
Barville ,
A DOUAY.
Rochebon ,
A ARRA S.
Saint Evremont ,
Şeneterre ,
La Chachaux ,
Total ,
A BETHUNE.
I
I
I
I
I
I
149. Bataillons
.
324 MEKCUR
E
Difpofitions de la Cavalerie
de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne
.
BRIGADES.
Au Camp de Saulfoy.
› Mommain , Maiſon du Roy , 13
Efcadrons.
Beauveau , Gendarmerie ,
Krukemberg , Cravates ,
Dauphin Etranger ,
Royal Alleman ,
13
5
5.
I
I
3
5 :
3
Mortany , Royal Etranger ,
Aubuffon ,
· Mimure , Meſtre de Camp ,
2
3
La
GALANT 325
La Reine ,
Quad , Commiffaire ,
Chartres ,
Cherify ,
3
3
3
2
8.
Rofen , Pe , de Lambec ,
Rofen ,
Biron ,
Duras , Le Roy ,
Villeroy ,
Duras ,
Nil , Dauphin ,
Courcillon ,
Livry , Livry ,
Orleans
De Lille , De Lille ,
Hudicourt ,
7
MN N
322
3N2
2NM
3
5
Novembre 1708. Ec
326 MERCURI
:
Touloufe ,
Colonelle Generale ,
3
IO
Referve de S. Maurice.
Dopleftin, Gardes de Cologne, I
Dopleftin ,
Arco ,
Bellefond ,
5
Choifüil ,
4
Quatre- vingt- cinq.
A MELDER T.
Mr
d'Hautefort.
Capy , Capy ,
De Nonancour , 2
GALANT 327
Biffy ,
Chamfleur , Beaujeu ,
Carolles ,
Paon ,
Uzés , Royal Piemond
6
2
6 .
3
Tarente ,
Uzés ,
Neugent , Marfillac
,
Caïeux ,
Neugent ,
7
2
Koske , Saint Fal ,
Bracq ,
6
2
2
4
3MN
Acofta , Roïal Rouillon ,
Acolta ,
Sea , Matignon ,
5.
Ee ij
328 MERCURE
Flandre
4.
A BECHE M.
Mr de Souternon.
Beringhen , Beringhen ,
D'Alfan ,
Cardenas , Condé ,
Brabant,
A ESCAN FE.
Mr de la Chaftre.
Carabiniers ,
Lacatoire , Lacatoire ,
Roy ,
3
3
2
10
ΙΟ
4
GALANY 329
Soucarriere , 2
Caëtano ,
4
A POTT E.
Mr le Chevalier de Croify.
S. Poüanges , S. Poüanges ,
Benauville ,
Noailles ,
6
Soixante- douze Eſcadrons .
Aux Ordres de Mr
de la Mothe.
Cano , Vaudré ,
Dotane ,
Cano ,
6
Ec iij
230 MERCURE
Frefin , Egmont ,
La Tour ,
Frefin ,
A LILLE.
Bourgogne ,
Saint Aignan ,
La Bretêche ,
Marteville ,
Fontaine ,
Forfac ,
I
I
2
2
2
10
A DOUA Y.
Defmarets ,
Melun ,
La Motte ,
Tourotte ,
2
2
2
GALANT 331
Tarnau ,
10
A ARA S.
Barentin
Ligondez ,
A BETHUNE ,
Du Maine ,
Deinvilliers ,
3
21
5
AAGAN D.
Druot ,
Danfy ,
Harcourt ,
332 MERCURE
Depuis que cette difpofition
a efté faite , les Ennemis fe trouvent
encore plus referrez , à
caufe de la prife de Leffingue ,
& de la Ligne que l'on a fortifiée
depuis ce Pofte jufqu'à
Plaffendal .
Je reviens à ce qui regarde le
Siege de la Citadelle de Lille
dont je vous raporteray peu de
chofe , tant parce que la verité
de ce qui s'y eft paffé depuis
l'ouverture de la tranchée eft
difficile à deréler , que parce
qu'il fort bien moins de monde
de cette Citadelle , qu'il n'en
fortoit de la ville lors qu'elle
étoit affiegée , & que les Ennemis
affectent de déguifer la verité
, & de faire publier dans
les Imprimez publics , des choGALANT
, 333.
fes qui y font entierement contraires
, & dont la verité ne
pourra eftre connuë qu'à la fin
de ce Siege .
Le 29. la
tranchée
ayant
efté
ouverte
à 3. heures
aprés
midi
devant
la
Citadelle
, du
coſté
de
la Ville
, les
Affiegez
firent
.
un
grand
feu
d'artillerie
.
+3
Le même jour ils commencerent
à travailler à une paralel
le pour fe couvrir du grand feu
que l'on faifoit fur eux. Ils.
poufferent ce jour là par la fappe
, leur tranchée à 40. pas de
l'angle faillant du premier chemin
couvert . On doit remarquer
qu'il y a deux cheinins
couverts à la Citadelle , & qu'il
n'y en a qu'un à la Ville .
Ce travail étoit conduit par
.
334 MERCURE
Mr Muller , Ingenieur , qui fut
tué le deux de ce mois. Mr de
Keyfer Capitaine dans le Regiment
de Rechteren , eut le même
jour une jambe emportée
d'un coup de canon , dont il
mourut peu de temps aprés .
Le Prince Eugene ayant jugé
par le grand feu que l'on faifoit
de la Citadelle , & par les pertes
confiderables qu'il avoit faites
en cinq jours , que les vingt
Bataillons qu'il avoit refervez
pour faire le Siege de la Citadelle
, ne luy fuffiroient pas , en
fit demander neuf à Mylord
Maribourough , qui luy envoya.
Depuis le 2. jufqu'au 9. les
Ennemis continuerent à avancer
leurs travaux par la fappe ,
GALANT 335

& à travailler à deux grandes
batteries de canon & à une de
mortiers ; mais la fuite a fait voir
qu'ils vouloient feulement faire
croire qu'ils avoient dequoy les
mettre en ufage. Cependant ,
felon toutes les
apparences , la
poudre leur manquoit , puifque
fuivant ce que l'on verra dans la
fuite , ces Batteries n'avoient
pas encore commencé à tirer le
24. quoy qu'ils fuffent accablez
par une grande quantité de pierres
qui leur eftoient jettées par
lesmortiers des Affiegez , qui paroiffoient
eſtre en eltat de faire
un longue deffen'e , & qui envoyoient
tous les jours reconnoiftre
les travaux des Affiegeans
. Mr de Surville qui fe
donnoit de grands mouvemens
,
336 MR CURE
& qui cherchoit toûjours de
nouvelles occafions de fe fignaler
, eftant allé vifiter les dehors
, à la deffenfe defquels il
fe preparoit , y reçut un coup
de moufquet au travers du
corps , que l'on crut d'abord
mortel. Vous fçavez qu'il fut
tranfporté à Douay , d'où l'on
apprit quelque temps aprés ,
que fa bleffure n'eftoit pas mortelle
.
Le 9. les ennemis fe logerent
fur deux angles faillans du premier
chemin couvert,
Le 11. ils s'emparerent d'une
partie de ce chemin couvert du
cofté de la Porte Royale ; mais
les Affiegez ne leur laifferent
pas le temps de s'y établir , &
ils les y attaquerent fi vivement
qu'ils
GALANT 337
qu'ils les obligerent de fe retirer
aprés leur avoir tué environ
deux cens hommes.
Le 12. au matin les Affiegeans
firent jouer une mine fous un
angle faillant du premier chemin
couvert devant la demilune
, qui renverfa environ cinq
toifs de paliffades ;mais on les
rétablit d'abord , fans que les
ennemis en euffent tiré aucun
avantage.
Le même jour Mr le Chevalier
de Luxembourg & Mr le
Marquis de Coëtquen firent une
fortie , & chafferent les ennemis
de leurs boyaux jufqu'auprés
de l'Eglife de Sainte Catherine
. Cette affaire leur coûta
beaucoup de monde , & ils
perdirent dix - fept Capitaines ,
Novembre 1708. Ff
338 MERCURE
que le Prince Eugene regretta
plas que tous les Officiers qui
avoient péri pendant le Siege
de la Ville .
Vous trouverez à la fin de
ma Lettre , la fuite de ce qui fe
fera paffé devant la Citadelle
de Lille , jufqu'au jour que je
la finiray pour vous l'envoyer.
Cependant je paffe à d'autres
actions par lesquelles vous connoîtrez
qu'après avoir perdu
quatre Compagnies de Grenadiers
, nous avons pris trois Regimens
entiers aux ennemis , &
remporté plufieurs autres avantages
confiderables.
Le 8. le Corps d'Armée des
des ennemis , commandé par Mr
de Cadogan , qui campoit depuis
quelque temps au Village
GALANT 339
de Koquelar , en décampa , &
paffa le Canal qui va dYpres
a Nieuport , pour entrer dans
le pays de Furnembach.
*
Le 9. il inveftit le Fort de
Haut- Pont prés de Dixmude ,
qui fe rendit aprés s'eftre défendu
affez vigoureufement pen-.
dant trois heures , & quatre
Compagnies de Grenadiers ,
commandées par un Lieutenant
Colonel de la Garnifon de
Dunkerque , à qui l'on n'avoit
pû donner ordre de fe.
retirer , furent obligées de
fe rendre . Et comme on appre..
hendoit que ce Corps ne tentaft
de fe rendre auffi maitre .
du Fort de Neulpe , ce qui auroit
ouvert un paffage affuré.
aux ennemis fur le Canal de
Ff ij
340 MERCURE
Furnes à Bergues ,pour aller aux
Dunes & à la mer , Monfieur de
Vendofme fit marcher deux Brigades
d'Infanterie , une de Dragons
, & une de Cavalerie pour
border le Canal, où l'on fit 13 .
coupures pour faire les inondations
; ainfi cet endroit eft à prefent
hors d'infulte ,
Le Corps d'Armée des Ennenemis
après avoir paffé le Canal
de Dixmude , & à la portée du
canon du Fort de la Kenoque ,
qui les falua de plufieurs volées,
s'arrêta au Bourg de Loo , où Mr
de Cadogan fit raffembler tous
les grains en paille qui fe trouverent
aux environs pour les
faire battre & enfuite tranfporter
au Camp de Rouffelar, où la
difette eftoit grande . Mais cet:
#GALANT 341
Le courfe n'a pas été d'un grand
Lecours aux ennemis , parce que
lorfqu'ils l'ont faite , il y avoie
fix femaines que les Payfans
battoient les grains par ordre
des Commandans des Places
voifines , & qu'on les faifoit en
fuite transporter à Nieuport , à
Furnes , à Bergues , & à Ypres.
pour ôter cette reffource aux
ennemis .
Ex
Les Troupes qui avoient esté
détachées par Monfieur de Vendôme
, ainfi que vous venez de
voir , eftoient commandées par
Mr de Mouroux , Colonel d'un
Regiment , Etranger , & Maréchal
de camp qui ayant eu avis le
13 que les ennemis avoient envoyé
deux Regimens d'Infanterie
& un de Cavalerie à
342 MERCURE
Hontfcote , entre Furnes &
Berg-Saint- Vinox , partit de
Furnes le 13. au foir , & le 14,3 ·
automatin , les attaquar & les
défit entierement. On compte
que ce Corps eftoit composé de
13. à 1400. hommes , dont il y
eut plus de 200. tuez , & le
refte fut fait prifonnier. Ces
Troupes eftoient Pruffiennes ,
& commandées ; fçavoir , les
deux Efcadrons de Cavalerie
par Mrs de Katte & de Heyde ,
& les deux Regimens d'Infan
terie par le Prince Albert , &
par Mr de GromKow . Outre
ces Officiers principaux , il fe
trouve parmi les prifonniers
deux Lieutenans - Colonels , un
Major, & trente - trois Officierst
On leur prit auffi 8. Drapeaux ,
GALANT 343
2. Etendarts , & 7. à Soo. facs
de bled qu'ils avoient amaffez
& l'on le faific auffi de 400, chariots
qu'ils avoient amenez pour
les tranfporter. Mr le Comte
d'Houdancourt , Colonel d'Infanterie
, fils de Mr le Comte
de la Motte , ayant efté envoyé
à Monfeigneur le Duc de Bourgogne
pour luy porter cette
nouvelle , ce Prince fur fi fatis
fait du recit qu'il luy en fir , qu'il
crut le devoir envoyer au Roy
pour luy porter la même nouyelle
, dont il fit le détail à Sa
Majefté d'une maniere qui luy
plut beaucoup , & qui fic connoistre
qu'il a une parfaite in
telligence du mêtier de la guer,
re. Il preſenta en même temps
à Sa Majesté les 8. Drapeaux
344 MERCURE
:
& les 2. Etendarts. Ces Dra
peaux & ces Etendarts eftoient
accompagnez des fers des lances
que l'on en avoir ôtez , &
fur lefquels on remarqua les
Armes & les Chiffres de Pruffe.
Pendant que l'on remportoit
d'un cofté ces avantages , on
avoit envoyé de gros parcis dans
le Brabant Hollandois , en reprefailles
des courfes reque
les
Ennemis ont faites, dans le pays
d'Artois , & des Villages qu'ils
y ont brulez , on y enleva une
grande quantité de grains & de
beftiaux , & l'on y brula quatre
Villages bogom s
Il y a déja quelque temps
que l'on a jugé a propos de revoquer
les Paffeporis que l'on
GALANT 345
avoit donnez aux Ennemis , &
qui n'ont eu lieu que jufqu'au
vingtième de ce mois . Leur
mauvaiſe foy en a eſté cauſe , &
l'on a remarqué que les Maitres
d'Hôtels , au lieu de n'emporter
que les Provifions neceffaires
pour la Table de leurs
Maîtres , en enlevoient une affez
grande quantité pour nourrir
un grand nombre de Troupes
, & il fe trouva un jour qu'un
Maiſtre d'Hôtel qui avoit déclaré
qu'il devoit emporter pour
cent francs de Poiffon , en avoit
fait charger pour mille livres ;
& comme on en ufoit de même
à proportion touchant les autres
provifions neceffaires aux
Tables des Generaux , on jugea
à propos de revoquer les
346 MERCORE
Paffeports, ainfi qu'il vient d'être
marqué.
Le 15 de ce mois , Mr le
Maréchal de Barvick prit congé
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne pour aller commander
en Alface . Ce départ inopiné
a fort furpris les Ennemis
, & les obligeant de le tenir
fur leurs gardes , leur a fait faire
des mouvemens tous contraires
à ceux qu'ils avoient refolu
de faire , & les empefche de penfer
feulement à faire paller aucunes
Troupes en Flandres.
Un Efpion du Prince Eugene
, ayant eſté arreſté , on luy
a trouvé une Lettre de ce Prince
adreffée à
l'Empereur , par
laquelle il prie S. M. I. avec des
inftances tres preffantes , de
GALANT 347
donner fes ordres pour faire
raffembler autant de Troupes
de l'Empire qu'il fera poffible ,
afin de les envoyer en Flandre ,
ce fecours luy étant abfolument
neceffaire dans la fituation
où s'y trouvent les affaires
de la guerre ; mais quand l'Empereur
fe trouveroit porté à accorder
au Prince Eugene ce
qu'il luy demande , l'arrivée
de Mr le Maréchal de Barwick
en Alemagne luy feroit bientoft
changer de refolution , puis
qu'il paroift par tous les mouvemens
qui fe font de ce coftélà
, que Mr de Barwick ait def
fein de faire quelque expedition
; de maniere qne fi les
Troupes de l'Empire fe raflembloient
, ce feroit pluftoft pour
348 MERCURE
parer les coups dont l'Empire
eft menacé , que pour paffer en
Flandre .
201
Vous fçavez fans doute que
les Ennemis ont abandonné
faint Venant , ce qu'ils ont
fait avec beaucoup de precipita
tion . A peine Mr de Cheladet
cut il efté averty qu'ils avoient
quitté cette place , qu'il donna
des ordres pour y faire entrer
200. Fantaffins qui étoient à
portée. Il y en a fait depuis
entrer 3. autres avec la Ca +
valerie qui êtoit à Bethune .
Mr l'Intendant s'y rendit auffi
toft , & les Etats d'Artois com
manderent 600 Pionniers pour
commencer à y remuer la terre,
& l'on en devoit encore commander
600 autres pour le même
effet.
Quoy
GALANT 349
Quoy que fuivant le détail
que vons avez vû le mois pallé
des provifions que Mr de Vendofme
a fait entrer dans Gand
& dans Bruges , il parroiffe que
ces Places n'en doivent manquer
de long - temps
› on a
neanmoins donné ordre aux
Etats d'Artois de fournir cinquante
mille facs de bled pour
y envoyer , & qui ont dû être
payez par Mr de Bergheik
felon le prix courant des marchez
.
Pendant qu'on cherchera à
developer les deffeins de Mr le
Maréchal de Barvick Vous
pourrez lire les noms de ceux
qui ont developé le veritable
mot de la derniere Enigme , qui
étoit le Miroir. Ce font , Mrs
Novembre 1708. Gg
350 MERCURR
1
le Chevalier Drony , de la ruë
de Bourtibourg ; Clerfeüille ,
de la Truaudiere ; de Clairon ;
de Haute- Maifon ; Moufet ; le
Pedagogue Chretien , de la ruë
Bourtibourg ; la Communauté
des Precepteurs du College des
Quatre Nations ; l'Ami fidele du
charmant Loulou de la ruë Co.
quilliere ; M. L. B. D. M. B.
les bons Amis du Village de
Clamare , prés de Meudon ; le
Mechanicien de Cour- Cheverny
, en Sologne ; les Nouvelliftes
affociez , & le Sage malgré
luy. Miles , de Bus ; Pafferaus
de la Ferriere ; Coquelin ; de
la Lanne ; de Belle - val , de la
rue Saint Antoine ; la jeune
Mufe renaiffante G. O ; la Solitaire
de la rue aux Feves ; la
GALANT 351
plus jeune des belles Dames
de la rue des Bernardins, ; l'Amante
d'Alexandre ; les belles
Vandangeufes ; la tendre Hofpitaliere
la plus Belle du Quartier
du Palais ; & la nouvelle
Sapho.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGM E.
Jefuis d'unehaute naiffance ;
Maispetit , d'un teinbazané ,
Tirantbeaucoupfur le tanné ;
Sanspareil, &fans reſſemblance ,
Si ce n'eft qu'on me prit pour un vray
heriffon ,
De tres petite & base mine
Ou bien pour un fagot d'épine ,
Piquat , & froid comme unglaçon.
Ggij
352 MERCURE
Quandj'étois encore en ma place,
Perfonne n'ofait m'aprocher ,
Nim'offenfer , ni me toucher ,
Tant jefaifois laide grimace :
Mais quand de mon Palais chaffé
par les deftins ,
Je tombe fans robe par terre ,
Tout le monde me fait la guerre
Et m'écrafe dans lesfeftins .
2
Je reprefente ainfi l'image
De ces efprits rudes &fiers ,
Qui n'écoutentpas volontiers
Ceux quifontd'unplus bas étage,
Et qui n'ont jamais fçu ce que c'eft
d'eftre humains ,
Que quandla Fortune trop laffe ,
Par une fubite difgrace
Vient à s'échaper de leurs mains .
2.
IN
553
Rs at
eux
lice

us.

352
MB
M
Et
GALANT 3537
1
De même , étantfur le pinacle ,
Bien enfermé dans mon donjon ,
Pour me faire devenir bon
ز
Il tefaudroitfaire un miracle
Maisfima chute , belas ! tupeux
attendre un peuvỷ van mno
Tuferas de moy tan delice ,
Quand j'auray fouffers le fuplice
Du glaive tranchant &dufeu .
Je vous envoyé un Air nou,
veau , dont les paroles ont esté
mifes en chant par Mr le Camus.
AIR NOUVEAU
Que je fuis miferable ,
De n'avoir à donner qu'un coeur ✯
wassapes bjov
Mille coeurs ne fuffiroient pas ,
Gg iij
354 MERCURE
Pour vous aimer autant que vous êtes
aimable.
Vous me demandez le nom
de l'Auteur du Poëme qui eft au
commencement de ma Lettre
du mois d'Aouft , & vous avez
raifon de dire que je devois rendre
juftice à l'Auteur d'un fi
bel Ouvrage , mais fon nom ne
m'étoit pas encore connu lors
que je vous l'ay envoyé , & je
ne viens que d'apprendre qu'il
eft de Mr Baratet , Maire perpetuel
de Villeneuve d'Agenois.
Il vient de tomber une Lettre
entre mes mains , dont je
vous envoye l'Extrait,
GALANT
355
A Bord du Temeraire , dans la
Rade de Meffine , le 26 .
Octobre 1708.
Nous fommes de retour depuis
deux tours de Siracuze où le mé
chant temps nous avoit contraint
d'entrer en allant croifer fur le Cap
Paffero. Noftre relache n'a pas efté
inutile,, car ayant trouvé dans cet
te Rade deux Baftimens *** char-
& ༩༢ . de bled qui fe feroient volontiers
difpenfez d'aller à Mefine , nous
avons pris le party de lés y amener
ou on leur a payé leur bled de grè à
gre, Monfieur le Marquis de Los-
Balbafes a écrit en Cour pour de
mander au Roy qu'il luy permit de
nous laiffer encore quelque temps
fur les coftes de sicile . Ainfi ie comp356
MERCURE
te que nous pafferons icy tout l'Hyver.
Larevolte de Palerme paroift
amortie. Quant à Meffine , onpeut
compter furementfurfa fidelite. Le
crois vousfaire plaifir en vous donnant
avis que leprix du Caffé va
diminuer , puis que le Bacha d'A
·lexandrie a permis d'en charger,
& ie fçay qu'il y a actuellement
plufieurs Batimens qui en font fretez,
& qui font route pour Marfeille.
Les Ennemis eftant juſqu'à
la Baffée , dans le deffein feulement
d'enlever des bleds , en
trouverent beaucoup moins qu'
ils n'avoient efperé, parcequ'on
avoir eu foin d'en mettre la plus
grande partie à couvert , en la
faifant paffer dans les Places fortes
, ou en la tranfportant plus
GALANT. 357
avant dans le pays ; de maniere
qu'ils n'en trouverent prefque
point en grains , & qu'ils furent
obligez de faire battre le peu
qu'ils enleverent , Ils parurent
d'abord fort incertains fur le
parti qu'ils prendroient ; mais
enfin ils firent venir un grand
nombre de Payfans , & firent
travailler à des Fortifications
de terre capables de les mettre
à couvert de toute infulte . Ils
demeurerent quelque temps
dans cette fituation , qui ne leur
produifoit que l'avantage de fe
rétablir un peu de leurs fatigues
, & de la diferte qu'ils
avoient foufferte dans leur
Camp. Après une affez longue
inaction ils reçurent des ordres
precis de s'en retourner ,
358 MERCURE
toutes les Troupes qu'ils avoient
dans le Pays s'eftant déja
retirées ; & comme ils fe preparoient
à executer ces ordres
de
ils en
reçurent d'autres
peu
temps aprés , par lefquels
il leur
eftoit ordonné
de demeurer
. Ils
prenoient
toutes
les mesures
pour les executer
, & demeurer
dans le Pays avec feureté
, lors
qu'ils crurent
devoir ſe retirer
fans attendre
de nouveaux
ordres
. Ils y furent
obligez parce
qu'ils aprirent
que мr de Cheyladet
marchoit avec 15000. h .
& 20. pieces de canon , pour
attaquer
. Ainfi tout le pays demeura
fans Troupes
ennemies
,
celles qui avoient paru auprés
de Lens , & celles qui estoient
entrées dans Saint Venant , s'éles
GALANT
359
tant retirées , ainfi que je vous
l'ay déja marqué ; il n'y étoit
refté que les quatre Bataillons
qui eftoient dans la Baffée .
Dans le temps que l'on attendoit
des nouvelles de ce qui
fe feroit paffé à l'ouverture de
ła tranchée devant Denia, dont
Mr le Chevalier d'Asfeld Lieutenant
general avoit eu ordre
de faire le fiege avec vingt
pieces de batterie & dix mortiers
, on a esté furpris d'apprendre
par des Lettres apportées
par un Courrier parti de
Madrid le 22. de ce mois , que
l'artillerie & les bombes avoient
en peu de temps fait un fi grand
effet , & que les Troupes des
deux Couronnes avoient fait
voir tant de valeur & tant d'in360
MERCURE
trepidité que la baffe & la haute
Ville avoient efté obligées
de capituler , que leurs garnifons
avoient efté faites prifonnieres
de guerre , auffi bien que
les Miquelets qui eſtoient dans
ces deux Villes , & que la
gar.
nifon du Chateau avoit efté
obligée de fe rendre à difcretion.
Cette Place eft d'une
grande importance à caufe de
fa fituation & de fon Port de
Mer. C'étoit la feule reflource
qui reftoit à l'Archiduc dans
le Royaume de Valence , il
comptoit qu'elle luy ferviroit à
conferver Alicante qui paroit
ne pouvoir refifter long- temps
aprés cette perte . Dénia eft fitué
entre la ville de Valence
& celle d'Alicant , à 15 , lieuës
de
GALANT & 361
de la premiere , & ià douze de
l'autre.
L'armée victorieuſe a marché
à Alicante où l'on ne s'attendoit
pas à la voir fitoft , parce
l'on y étoit perfuadé que le Siege
de Denia feroit long , &
fon efperoit même qu'on
pourroit encore lever le Siege
de cette Plece ; de maniere
qu la nouvelle de la prife aura
fans douse rompu toutes les mefures
que l'on auroit pû prendre
pour la deffenfe d'Alicante
qui fe trouvant affiegé plutoft
que l'on n'auroit crû , ne
fera peut eftre
pas tout-à-fait
en eftat de fe défendre , & d'ailleurs
la prefence d'un vainqueur
rapide fait ſouvent perdre
(courage à ceux qui s'en
Novembre 1708. Hh
362 MERCURE
trouvent inopinément affiegez.
Je reviens au Siege de la Citadelle
de Lille , dont le dé
tail que je vous ay donné , va
jufqu'au 13. de ce mois . Cependant
j'ay oublié de vous
dire , que dans la fortie que
Mr.le Maréchal de Bouflers
fit faire le 10. le Prince de
Beveren , de la Maifon de Wolfembutel
, reçut un coup de
Moufquet à la tefte qui l'obligea
le 11. à fe retirer & à
fe faire porter à Aix la Chapelle
avec Paffeport.
*
Je dois encore ajoûter ce qui
fait à ce qui fe paffa la nuit du
10. au 11. Le Prince Eugene
eſtant à la tranchée , un de fes
Aides de Camp fut tué auprès
GALANT 3.63
de luy , ainfi que Mr Noo Ingenieur
; & Mr Meyboom , aufli
Ingenieur y fut bleffé.....
Le 14. les ennemis fe logerent
fur deux angles faillans de
l'avant- chemin-couvert , dont
les affiegez confervoient encore
deux places d'armes.
Une Lettre de Mr le Maréchal
de Bouflers , dattée du 21 .
porte que les ennemis n'eftoient
pas encore ce jour- là maiftres
du chemin couvert ; que les
Affiegeans ne travailloient encore
qu'à la fappe , & n'avoient
pas encore tiré un coup de canon
; mais que leurs batteries
eftoient preftes , & qu'ils commençoient
à ouvrir leurs embrafures
; de maniere qu'il
'croyoit qu'ils pourroient com-
Hhij
364 MERCUR
E
?
mencer à tirer le lendemain.
La Lettre de Mr de Bouflers
ajoûtoit , qu'il avoit fait tirer
beaucoup de canon à cartouche
, qu'il avoit fait faire plufieurs
forties qui avoient eu des
fuccés tres- avantageux , & qui
devoient avoir fait perdre beaucoup
de monde aux ennemis .
En effet , les Lettres qui font
venues depuis de la Ville , où
l'on pouvoit mieux fçavoir que
dans la Citadelle , le dommage.
que ces forties avoient cauſe
aux Affiegeans , portent qu'elles
leur ont coûté plus de cinq
cens hommes , & qu'ils ont eu
quelques pieces de canon renverfées.
poi
Monfieur l'Electeur de Baviere
, quiavoit affiegé BruxelGALANT
365
les , & qui avoit lieu de fe promettre
un heureux fuccés de
cette entrepriſe , ayant eu avis
que Mylord Marlborough avoit
paffé l'Efcaut , avec environ
quarante mille hommes , & qu'il
marchoit avec diligence pour
fecourir la Place , a fait une
belle rettaite . Sa prudence &
fa prefence d'efprit en cette occafion
, doivent luy tenir lieu
des louanges qu'il eftoit fur le
point de s'acquerir en reduifant
une Place fi importante
& l'on peut dire que fans ce fecours
inopiné , & qu'il n'avoit
pas lieu d'apprehender , il avoit
pris de fi juftes mesures qu'il
avoit lieu d'en attendre le plus
heureux fuccés ; mais fe voyant
fur le point d'eftre attaqué par
Hh iij
266 MERCURE
des Troupes infiniment fuperieures
aux fiennes , la prudence
vouloit qu'il ſe retiraft auffi
promptement qu'il a fait , &
lorfque ces fortes de retraites
font faites à propos & avec intelligence
, elles donnent fou
vent plus de gloire aux Generaux
qui les font que les Conqueftes
qui font perir des milliers
d'hommes , & qui ruinent
les Armées & les Puiffances qui
les ont mifes fur pied . J'efpere
que vous trouverez dans ma
Lettre du mois prochain, beaucoup
de chofes dignes de voſtre
curiofité & de voftre attention-
Je fuis , Madame , voftre , & c.
A Paris ce 30. Novembre 1708.
A VIS.
Le Mercure de Decemb. fe ven.
dra fûrement le 2. de Janvier..
25522252225SSSSSS
TABLE.
5
PRelude , qui fait voir que le
Royprevientles fouhaits de ceux
qui meritent des recompenfes ,
Suite de l'Ouvrage de Mrde Vool
houfe, touchant les Catharaitės , 9
Premier Article des Morts ,
Article , qui regarde encore la mort
de Mr le Maréchal Duc de
Noailles , & qui peut servir à
Hiftoire,
Fète de Sainte Vrfule , celebrée en
56
94
133
Sorbonne ,
Seminaire étably à Lyon , par Mr
l'Archevêque , & par les Comtes
-de Saint Jean , 137
138
Entrée de Mr l'Evêque de Mende
dans fa Ville Epifcopale,
TABLE.
Mr l'Archevêque d'Aix , prendpof-
Selion de fon Siege Archiepifco-

142 pal,
Sacre de Mr l'Evêque de Noyon , 146
Mandement de Mr l'Archevêque
de Cambray, qui ordonne des Prieres
pour la Paix ,
Recompenfes données par le Roy
d'Espagne,
Bouts -rimez › fur le mot de Vendôme
,
152
159
-169
Madrigal , fur le mot de favori
fer ,
Second Article des Morts,
173-
176
200
Mariages ,
Difcours prononcez au Parlement &
à la Cour des Aides , le lende
main de la Saint Martin , 217
Troifiéme Article des Morts , 247
Benefices donnez par le Roy, dans la
derniere Promotion
269
TABLE
282
Oraifon funebre defeu Mr le Car
dinal le Camus ,
Ouverture des Audiances du Prefi
dial de
Lyon ,
Cantade , à la gloire de Me l'Abbeffede
Chelles & de Mr le Maréchal
de Villars
287
288
Mr Defmarets eft nommé Miniftre
d'Etat ,
Affaires d'Italie ,
Prodiges furprenants ,
292
294
306
Suite des affaires de Lille , & de la
Citadelle ,
308
Departde Mrle Maréchal de Barvick,
pour l'Allemagne , 346
Saint Venant abandonnépar les Ennemis
,
Article des Enigmes ,

348
349
Juftice rendue à Mr Baratet, Maire
Perpetuel de Villeneuve d'Agenois
, 354
TABLE.
Extrait d'une Lettre écrite à la Rade
de Meline , 355
Les Ennemis fe retirent de la Baffée,
Prife de Denia ,
356
359
Seconde fuite des affaires de Lil
le ,
362
Suite des affaires de Flandre , 364
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Malgré tous mes fermens , doit
regarder la page 176 .
"
Celuy qui commence par ,
Que jefuis miferable , doit regarder
la page 353
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le