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BIBLIOTHEQUE
"
Las
Fendzines "
SJ
60
CHANTILLY
BIB .
DOM.
LAVAL. S. J.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant .
}
C
t
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablementles
frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche- .
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy ,
AU LECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgréles prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE , 1768.
E jour de la Fefte de S.
LE Louis , le
Panegyrique
de ce Saint fut prononcé dans
la Chapelle du Louvre , devant
Mrs de l'Academie Françoife ,
& dans l'Eglife des Preftres de
A iij
6 MERCURE
l'Oratoire devant Mrs de l'Academie
Royale des Medailles
& Infcriptions , & devant Mrs
de l'Academic Royale des
Sciences . Mr Huet , ancien
Evêque d'Avranches , de l'Academie
Françoife , & le Pere
Sebaſtien , Carme , de l'Academie
des Sciences , celebrerent
la Meſſe , l'un dans la Chapelle
du Louvre , & l'autre dans l'Eglife
de l'Oratoire . Pendant
qu'on celebra ces Meffes à baffe
voix , Mr du Bouffet , fit chanter
des Motets accompagnez
d'une tres- belle Symphonie ,
& d'un Domine falvum fac ReGALANT
7
gem. La premiere de ces Meffes
commença à huit heures ,
& la feconde à onze . Les Panegyriques
de Saint Louis furent
prononcez par Mr. l'Abbé de
la Fare , âgé d'environ vingtquatre
ans , & par le fçavant
Pere Turquois , Feuillant . Voicy
à peu prés fur quoy
roulerent
les deux Panegyriques
qu'ils firent de ce faint Roy ,
dans lefquels ils firent entrer
fort naturellement
, & avec
beaucoup d'efprit ; des Eloges
de Sa Majefté , que vous trou
verez dans ce que je vous envoye.
A iiij
8 MERCURE
Le Texte du Sermon de Mr
l'Abbé de la Fare , tiré de l'Apocalypfe
, luy donna lieu de
faire une belle defcription de
la Royauté. Il en fit voir les peines
& les écüeils ; &en leur oppofant
les plaifirs enchanteurs
attachez à la condition des
Grands , il conduifit l'Auditeur
à conclurre naturellement que
tout eft precipice , & que tout eft
illufion dans cet eftat pour ceux qui
n'y font pasfoutenus par
toute - puiffante de Dieu. Aprés
cette peinture , il entra dans le
partage de fon difcours ; il fit
la main
voir Saint Louis humble & mo
GALANT
9
*
defte dans les plus éclatantes
profperitez ; ferme & inébranlable
dans les plus grands revers
& dans les plus furprenantes
revolutions. Il fit voir
en commençant fon premier
Point , que l'humilité eft une
3 vertu qui a efté inconnuë aux Sages
du Paganifme , &dont on n'a
connu la neceffité que depuis la venue
du Redempteur des hommes.
Il dit enfuite pour prouver l'ufage
que le faint Roy a fait de
cette divine vertu qu'il ne s'étoit
point glorifié de la conqueste qu'il
avoit faite à l'âge de quatorze ans
d'une Ville qui jufques là avoir
10 MERCURE
حون
paru imprenable , cela dans un
âge où les paffions font dans leur
plus grande force , où l'orgueil
fur tout, empoisonne les actions faites
felon la plus exacte juſtice .
Aprés un fuccés qui pouvoit réveiller
, non feulement l'amour
propre , mais même toute la
vanité des hommes les plus
moderez ; le faint Roy , dit-il ,
fe profterna devant Dieu , fe confondit
auxpieds defon Trône , &
tuy abandonna la gloire de l'acantage
qu'il venoit de remporter. Son
humilité & la modeftie ne fe
firent pas moins remarquer ,
ajoûta-t-il , dans les furcés qu'il
GALANT II
eut contre les Comtes de Cham
pagne & de la Marche ; aprés
avoir foûmis ces Princes remuans
qui vouloient fecoüer
le joug de l'autorité du Prince
dont ils relevoient , fes peuples
ne le trouvèrent pas moins
acceffible , moins difpofé à
écouter leurs plaintes , moins
prompt à les fatisfaire , &
moins patient & indulgent à
leur égard , foit en defcendant
dans le languiffant détail de
divers intereft qui les animoit
; foit en leur pardonnant
leurs égaremens lorfqu'ils recouroient
fincerement à fa
12 MERCURE
clemence. Cet Abbé , aprés
avoir raffemblé & fait voir en
même temps toutes les actions
memorables qui avoient donné
occafion à Saint Louis d'exercer
cette vertu , qui eſt avec
la charité, le fondement de toutes
les autres ; qui en eft la racine
, & fans laquelle enfin pour
fuivre la penſée de l'Orateur ,
elles ne peuvent porter aucun
fruit ; il demanda par une efpece
de figure qui fervit d'un
grand ornement à fon difcours
,files mêmes qualitez qu'on
admire aujourd'huy dans un de fes
plus dignes Succeſſfeurs , pouvoient
GALANT 13
1
I
eftre une raifon legitime de refuſer
un tribut d'admiration au Saint
Roy ,fi parce que Louis le Grand
a efté auffi humble , auffi modefte
dans les plus furprenans fuccés ,
dans les conqueftes les plus rapides ,
que l'a efté fon faint Ayeul , c'eft
une raifon de refufer à celuy- cy ou
de diminuer l'admiration que les
derniers fiecles ont euëpourſes vertus
; au contraire , dit-il , le vrai-
Semblable & l'exacte verité qui
marchent fi rarement du mêmepas,
pourront à l'aide de la conformité
qu'il y a entre ces deux regnes , le
raprocher ; on pourra par les merveilles
qu'on admire dans le cours
14 MERCURE
du regne du Petit-fils , croire toutes
celles qu'on raconte de celuy de
l'Ayeul. Cet endroit fut touché
tresdelicatement
& parut
à toute l'Affemblée puifé
du fonds même du fujet. Ce
qu'il dit en cette occafion à
l'Academie qu'il avoit déja
apoftrophée à la fin de fon
Exorde par des traits auffi neufs
que brillans , plut beaucoup ;
il s'adreffa à cette
Compagnie
comme à celle qui fçait parler
dignement des grands Rois , &
à qui feule il eft refervé d'en
parler avec dignité .
Le fecond Point où il parla
GALANT 15
pour
de la fermeté de faint Louis
dans les plus grands defaſtres ,
ne fut pas moins brillant que
le premier ; il reprefenta d'abord
ce Monarque comme un
Apôtre qui a une Miffion particuliere
faire la
guerre
aux vices. Sous fon regne , l'herefie
détruite , le parjure & le
blafphême puni , l'ufure profcrite
, & le duel aboli , furent
autant de traits que ce jeune
Orateur employa avec habileté.
L'herefie des Albigeois qui
avoit raffemblé dans fon fein
toutes les horreurs de celles
qui l'avoient precedée , ou plû16
MERCURE
toft qui l'avoient enfantée
forcée dans tous fes retranchemens
, fournit un beau champ
cet Abbé ; il fit voir le Comte
Raymond de Toulouſe qui
avoit herité de fes anceftres le
venin de cette herefie avec leurs
Etats , & par une fuite malheureufe
, l'erreur des Manichéens
& de la pluſpart des Gnoftiques
des premiers fiecles ; il fit
voir , dis- je , ce Comte nourry
& confirmé par les préjugez de
l'éducation dans ces monftrucuſes
erreurs , humilié fous
le poids de l'autorité du Saint
Monarque , dans un eftat de
GALANT 17
penitence , & courbé fous la
verge falutaire de l'Eglife qui
fervit à luy faire expier à la
vûë de tout fon peuple , les
égaremens de fa jeuneffe , &
les defordres où fes folles erreurs
l'avoient fait tomber.
Ce malheureux Comte donnant
à toute l'Europė attentive
au fuccés de cette guerre ,
un fpectacle tout enſemble
édifiant & digne de compaffion
, fournit à l'Orateur la matiere
d'un riche & brillant E-:
pifode. Le Saint Monarque
dans les fers , le pieux Roy attaqué
de la contagion , don-
Septembre 1708.
B
18 MERCURE
nerent enfuite lieu à de pieuſes
reflexions fur les mifterieux &
impenetrables Jugemens de
Dieu ; un Prince armé pour la
gloire de fon nom en paroiſt
abandonné , aprés les premiers
fuccés où la victoire avoit
d'abord femblé juftifier fon
entrepriſe ; un Prince armé
pour faire adorer le vray Dieu ,
& le faire connoiftre à des Nations
entieres , en eftre abandonné
d'une maniere qui auroit
defefperé tout autre qu'un
Saint ; un Prince le plus jufte
qui fut jamais , reduit à une
honteufe captivité, eft un de
37
GALANT 19
ces Paradoxes qu'une fiere &
fuperbe raifon ne fauroit comprendre
mais un Prince armé
de fa feule vertu paroiftre plus
terrible à fes Ennemis , tout
chargé de chaines qu'il eft ,
qu'à la tête de fes Armées
triomphantes , eft une verité
à la portée d'un homme felon
le coeur de Dieu . Damiette foumife
à l'entrée de ce Monarque
dans la Paleſtine , & ce
même Monarque chargé de
fers , eft un Contrafte qui fut
bien touché. La contagion
dont ce Saint Roy fut frappé
dans fon fecond voyage , four-
Bij
20 MERCURE
gc
nit enfuite un ample ſujet aux
pieuſes reflexions du Predicateur
; une mort fainte couronnée
, une vie terminée par une
maladie qui paroiſt honteuse à
qui ne raifonne que felon les
vûës humaines , termina l'Elode
Saint Louis , & Mr l'Abbé
de la Fare finit fon difcours
par les remerciemens qu'il fit à
la Compagnie qui l'avoit choiſi
pour faire ce Panegyrique , de
I'honneur qu'elle luy avoit fait ;
il loüa encore le Roy dans cette
occafion en difant qu'il n'ofoit
entreprendre de parler d'un grand
Monarque qui a fait jufqu'apreGALANT
21
: fent par mille vertus opofées, l'admiration
de tout l'Univers , devant
une Compagnie à qui feule
il eftoit refervé d'en parler dignement
, que ce feroit auprés des illuftres
Membres de cette Compagnie
qu'il apprendroit à en parler
éloquemment, & il parut qu'en
cette occafion il faifoit des
voeux ardens pour eftre un jour
élevé à la qualité d'Academicien
; il ajoûta que l'honneur
que l'Academic luy avoit fait
de luy denouer la langue , luy
eftoit un ſeur garant du fuccés
qu'il auroit dans ce miniftere
, & il promit à ſon Audi22
MERCURE
a toire de confacrer fa plume à
la gloire d'un Prince qui ne fe
rend pas moins mailtre du
coeur de fes fujets , qu'il l'eft
par le droit de fa Naillance de
leurs perfonnes. Ce difcours
plein de penſées neuves & d'un
tour tres - nouveau reçût de tres
grands applaudiffemens .
Le Difcours du Pere Turquois
fut mêlé prefque par tout
de moralitez & d'éloges ; il fit
voir les qualitez qui conviennent
à un Roy par oppofition
aux vices dont ceux qui font
fur le Trône ne font que trop
fouvent infectez , & enfuite il
GALANT -23
fit connoiftre que ces qualitez.
avoient fait le fonds du caractere
du S. Monarque dont
il faifoit l'éloge ; il le repreſenta
comme homme particulier , &
comme grand Roy ; ille fit
voir comme un parfait chrêtien
, & comme un grand Roy,
ce ,qui fut fa divifion tirée du
fonds même de fontexte ; Saint
Louis parut un parfait chrêtien
par l'ufage exact & continuel
qu'il fit de toutes les vertus
chrêtiennes , de celles même
qui font le moins acceffibles au
Trône , par fa foumiffion aux
ordres de Dieu dans les plus
24 MERCURE
accablantes infortunes , par fa
modeftic & fa moderation dans
les fuccés , ou les plus inefperez
, ou les plus glorieux ; & les
Champenois , les Albigeois foumis
& calmez luy fournirent un
grand & vafte champ pour faire
voir le parfait chrêtien ; la
guerre déclarée aux vices , à
ceux même qui ne paſſent aujourd'huy
que pour des ufages
tres- permis & tres- indif
ferens , fi même ils ne font pas
utiles felon les faux raifonnemens
des mondains , le fit élever
contre les plaiſirs du temps
d'une maniere qui luy fit plus
d'honneur
h
25
GALANT
1
•
d'honneur qu'elle ne fervira à
ceux qui l'entendirent . La fer-
S meté de Saint Louis à foûtenir
les droits de fa Couronne con-
S tre les entrepriſes même du
Chef de l'Eglife , fon habileté
1 à diftinguer en cette occafion
le fouverain Paſteur du Prince
temporel , & à oppoſer aux
entrepriſes de la Cour de Rome
, une fainte & judicieuſe
Pragmatique , ne fut pas l'endroit
le moins beau de ce dif
S
dit à cette occours
, & ce que
cafion le Perc Turquois , parut
tres -judicieux.
5 Dans la feconde partie où
Septembre 1708. C
26 MERCURE
il eftoit queſtion de montrer à
l'auditoire un grand Roy en la
perfonne de Saint Louis , le Pe-
-re Turquois le fit par un détail
exact , mais bien orné des
Conqueftes de ce Saint Monarque
dans la Paleſtine , & de ſa
fermeté dans les occafions où
la victoire l'avoit abandonné .
Cette fermeté fur tout parut
dans les chaifnes & dans le lit
de la mort , où ce Saint Roy
attaqué de la pefte qui fait fuir
tout le monde , donne d'admirables
confeils à Philippe le
Hardy fon fils , & luy donne
les excellentes leçons de GouGALANT
27
S
vernement , qui par tradition
font venues enfin au plus
grand Roy du monde , qui les
a fibien fçû mettre en pratique,
& en qui on admire tout à la
fois un grand Roy , un honeſte
homme , & un parfait chrêtien.
Ces trois caracteres qui
é pourroient faire la matiere de
trois difcours differens , furent
raffemblez & formez par un
petit nombre de paroles qui
prefenterent un chef d'oeuvre
de l'art , d'autant moins imitable
qu'il eft auffi difficile de
louer un auffi grand Roy en
peu de mots dans une telle
Cij
28. MERCURE
abondance de matieres , qu'il
eft difficile de le louer dignement.
Mrs des Academies des Scien
ces & des Infcriptions furent
loüez par des traits particuliers
à chacune de ces Compagnies
,
& qui découvroient le caractere
de leur travail & la nature
de leurs occupations . L'Affemblée
qui fe trouva à ces deux
Sermons , fut nombreuſe &
illuftre .
Il y a déja quelque temps
que le Pere François Grandi'de
la Compagnie de Jefus , prononça
un Difcours dans la Salle
GALANT 29
I
5
la
du Palais de Luques , devant le
Senat de cette Ville , qui reçut
de grands applaudiffemens .
Le deffein en eftoit tres- pieux;
il s'agiffoit de prouver que les
projets de la politique la mieux
concertée ne réuffiffent qu'autant
que Dicu y concourt ;
politica umana fenza Dio , non
ha fortuna. Il fit voir dans ſa
premiere partie que l'homme eft
fi prefomptueux qu'il voudroit ef
tre connú de toute la terre , même
S de ceux qui viendront quand il
nefera plus , & qu'il eſt en même
temps fi vain que l'estime de
cinq ou fix perfonnes qui l'envi-
C
X
爵
C iij
30 MERCURE
ronnent , l'amufe le contente ;
il paffa delà à l'orgueil de l'hom
me ; fa vanité , dit- il , eftfi gran
de , elle eft fi affermie dans le
fonds de fon coeur , qué le plus
abject même & le plus méprifa
ble de tous les mortels veut avoir
fes admirateurs , & que c'eft cet
amour exceffif de la gloire , cette
envie de nous acquerir l'eftime
des autres hommes qui nous fair
former ces deffeins fifouvent chi
meriques toujours inutiles ,
lorfqu'ils n'ont pas pour objet la
derniere fin , c'est- à - dire ces biens
qui font à l'épreuve du temps , &
qui ne dépendent point du caprice
GALANT
31
a
des Grands. Cette morale le conduifit
à une deſcription fort
vive , mais bien naturelle de la
Fortune , & de ceux qu'elle favorife
, & il fit remarquer que
ce qui foûtient le plus les Grands
de la terre dans les places qu'ils
occupent, eft qu'ilsfont continuellement
détournez de penser à eux;
de- là vient, dit- il , qu'on fe plaît
tant au jeu , à la chaffe , & aux
autres divertiffemens qui occupent
toute la capacité de l'ame : ce n'eft
pas , continua- t- il , qu'ily ait en
effet un bonheur réel dans ce que
F'on peut acquerirpar le moyen de
cesjeux , ni qu'on s'imagine que
C
iiij
32 MERCURE
le vray bonheur confifte dans l'argent
qu'on peut gagner au jeu , ou
dans le plaifir que l'on y prend;
mais c'est parce que le tumulte &
l'agitation des plaifirs nous empêchent
de penser à noftre malheureufe
condition : delà vient encore,
dit - il , que les hommes aiment tant
le bruit & le tumulte du monde ;
que la prifon ; leur est un ſupplice
fi horrible , & qu'ily a fi peu
de perfonnes qui foient capables de
foutenir la folitude. Il parcourut
enfuite les plus grands évenemens
qui fe font paſſez dans
les quatre premieres Monarchies
, & dont l'Hiftoire nous
IN
GALANT
33
"
a confervé le fouvenir , & il
fit voir que la veritable caufe de
la décadence de ces Etats & de la
chûte fouvent honteufe des Princes
qui les ont gouvernez , ne venoit
que du peu de rapport qu'il y
avoit entre les veuës de ces Momarques
, celles de la Providence
, que les Conquerans de l'Afie
des autres Parties du Monde
n'avoient pour objet que leur
gloire particuliere ; l'homme , ditil
, abandonné à luy- même ne fe
de la vie qu'il a en
contente pas
luy & en fon propre être , il veut
encore
vivre
dans l'idée des autres
d'une vie
imaginaire
, &
34 MERCURE
dans ce deffein il travaille continuellement
à embellirà conferver
cet être imaginaire , pendant
qu'il neglige le veritable ;
la douceur de la gloire eft fi grande
, continua-t-il , qu'à quelque
chofe qu'on l'attache , même
à la mort , on l'aime & on la recherche
. Le Pere Grandi entra
alors dans un détail qui fut ttestouchant
, & qui luy attira
beaucoup d'applaudiffemens .
L'éloge de la Republique de
Luques ne fut pas l'endroit le
moins bien touché de ce Difcours
; il établit fon Antiquité
fur des preuves inconteſtables ;
GALANT
35
il parla de l'éclat qu'elle avoit
cu autrefois , de l'amour que
fes Magiftrats ont toûjours cus
pour la Justice , & des grands
Hommes qu'elle avoit produits
en divers temps ; il en
nomma plufieurs , & les caracterifa
tous par des traits particuliers
, & qui plûrent fort à
l'illuftre Affemblée devant laquelle
il parloit. Le compli
ment qu'il fit au Chefde cette
Republique , & à ceux qui
rempliffent aprés luy les premieres
Charges , fut d'une
grande delicateffe ; les penfées
en eftoient vives & brillantes,
36 MERCURE
& l'expreffion fine & tres - recherchée.
Il y eut une grande
affluence de monde à ce Dif
cours ; toute la Nobleffe de
Luques & des environs s'y étant
trouvée , & le lendemain
le Senat deputa deux membres
du College des Nobles pour
aller remercier le Pere Grandi ,
& luy témoigner la fatisfaction
que la Republique avoit euë
de l'entendre , & la reconnoiffance
qu'elle conferveroit toûjours
du foin qu'il avoit pris de
mettre dans tout fon jour la
gloire de l'Etat & Souveraineté
de Luques.
GALANT
37
Vous ne croirez pas fans doute
, en commençant la lecture
de l'article qui fuit , y devoir
trouver des chofes curicufes
qui font renfermées dans cet
article , dans lequel on voit divers
effets des bizarreries de la
Fortune , & l'élevation d'un
homme qui ne doit ſa fortune
qu'à fon efprit , & qui dans
tous les états où il s'eft trouvé ,
n'a en vûë que le bien des pauvres.
Lè Dimanche 15. Juillet on
celebra dans leCollege deMontaigu
avec beaucoup de folemnité
la Fefte de la divifion des
38 MERCURE
Apôtres , qui eft celle de ce
College. Mr Langlantier un
des Bourfiers , prononça le matin
un Eloge latin de Jean Stan .
donht Bienfaiteur de ce College
, dont il a cfté Principal. Gilles
Affelin Archevêque
de
Roüen le fonda en 1314. &
Jean Standonht luy fit de
grands biens. Ce dernier étoit
Flamant & né à Malines , où il
commença les études ; mais la
pauvreté de fes parens l'ayant
obligé d'en fortir , il alla à Goude
en Hollande , où on luy avoit
dit qu'il y avoir une Communauté
appelléc les Denotai
GALANT 39
res , qui enfeignoient gratuitement
les Humanitez aux pauvres
écoliers ; il y fut reçû &
inftruit dans les Belles- Lettres ;
il vint enfuite à Paris , où fe
trouvant encore dans la раш-
vreté , il fut obligé de fe mettre
au fervice de la Communauté
de l'Abbaye de Sainte
Geneviève , où on l'employa
dans les offices les plus bas &
les plus abjects : il fit cependant
un fi jufte partage de fon temps
qu'il en trouva affez pour étudier
, & pour fe rendre capable
de Regenter ; il obtint en
effet peu de temps aprés une
40 MERCURE
Chaire dans le College de Ste
Barbe , & aprés y avoir profeffé
quelques années , le Chapitre
de Noftre- Dame connoiffant
le merite & la capacité
de Standonht , le nomma en
qualité de Patron du College
de Montaigu , à la place du
Principal qui venoit de mourir ,
& avec qui il avoit eſté lié durant
plufieurs années par une
tendre amitié ; & par cette nomination
le Chapitre de Nôtre-
Dame en faveur du merite
& de la reputation de ce Flamant
, fit une infraction aux
Loix de ce College , qui porGALANT
41
toient que le Principal feroit
toûjours choifi dans la Nation
de France . Peu de temps aprés
le nouveau Principal fut élû
Recteur de l'Univerfité , & fe
rendit enfuite celebre par fes
Predications vives & hardies.
Standonht eftoit rempli de zele
& d'affection pour les pauvres,
& il établit en leur faveur plufieurs
Communautez , à Cambray
, à Louvain , à Valenciennes
, à Malines & à Paris : il
deftina même en 1491. une
partie de fon College pour lo
ger une Communauté de pau ·
vres écoliers , auquels il four-
Septembre 1708. D
"
42 MARCURE
niffoit tous les fecours neceffaires
à la vie , excepté le pain que
les Peres Chartreux leur donnoient
à fa follicitation , ce que
ces Peres continuent encore
aujourd'huy en y ajoûtant plufieurs
autres chofes . L'Amiral
Malet de Graville , un des
ayeuls de Mr de Valfemé qui
vient de mourir , connut Standonht
dans le temps que le Roy
Charles VIII.entreprit le voyage
d'Italie pour la Conquefte
du Royaume de Naples. Cet
Amiral le choifit pour fonConfeffeur
, & l'engagea de paffer
les Monts avec luy , & quelGALANT
43
ques
années aprés ce Seigneur
fit à fa confideration
conftruire
la plus grande partie du Bâtiment
de ce College , & la Chapelle
où l'on fait tous les jours
l'Office comme dans une Eglife
Paroiffiale. Le College
cftant donc fort augmenté le
zelé Principal en
augmenta lc
nombre des pauvres Ecoliers
qu'il y faifoit fubfifter , au
nombre de 72. en memoire
des 72. Difciples de Nôtre-
Seigneur , & il leur donna 12 .
Maiftres pour les élever & les
inftruire , qui tous menoient ,
ainfi qu'ils font encore aujour
Dij
44 MERCURE
d'huy , une vie tres- fobre &
tres frugale. Mais les oeuvres
de charité n'occupoient
pas
tout le temps de Standonht ;
il en employoit encore une
partie à reprendre avec courage
les vices de fon temps qui
cftoient affez fcandaleux. La liberté
de fon zele luy fufcita
des affaires tres mauvaiſes. En
effet le Duc d'Orleans ayant
fuccedé à Charles VIII . fous le
nom de Louis XII . en 1495.
& ayant répudié la Reine Jeanne
fa femme , fille de Louis XI.
& foeur de Charles VIII . dans
le deffein d'épouſer Anne heGALANT
45
ritiere de Bretagne , veuve de
fon Predeceffeur , & qu'il avoit
fort aimée en Bretagne avant
qu'elle vint en France , un des
Difciples de Standonht parla &
s'éleva hautement contre l'injuftice
du procedé de ce Monarque
, & ce Prince qui voulut
faire arrefter l'Ecolier
ayant appris qu'il s'eftoit évadé
la nuit par l'avis de Standonht ,
tourna contre le Maiftre toute
fon indignation , & le fit condamner
à la mort ; mais cette
peine à la priere des amis du
Principal , & fur tout de l'Amiral
de Graville fut changée en
* ་
46 MERCURE
un exil de deux ans . Standonht
alla paffer fon ban à Cambray,
où l'Evêque qui cftoit fon ancien
Ami le reçut avec de
grands accueils , & ce Prelat
qui alla peu aprés en Espagne ,
le fit fon Vicaire General & luy
confia l'adminiftration de tout
fon Dioceſe. Standhonht pen
dant ce temps là y établit plufieurs
Colleges en faveur des
pauvres Etudians , dont il avoit
toûjours l'inftruction en vûë ,
& il étendit même fon zele
jufqu'en Hollande ; il y fit un
voyage pour y reformer plufieurs
Maifons religieufes , &
GALANT
47
il fut foûtenu dans l'execution
de ce pieux deffein par l'autorité
d'un Comte de Naffau..
Enfin les deux années de fon
exil finies , il revint à Paris ,
l'Amiral fon cher Protecteur
ayant obtenu la grace du Roy,
& une partie de l'Univerfité
alla au - devant de luy avec de
grandes acclamations . Un nouvel
incident luy cauſa du déde
temps aprés fon
plaifir peu
retour ; à une Proceffion du
Recteur un malheureux Ecolier
, poffedé d'un efprit de fuarracha
l'Hoftie confa- reur ,
crée des mains du Preftre qui
48 MERCURE
celebroit la Meffe qu on a cou -
tume de dire à cette folemnité ,
& la foula aux pieds . Ce furieux
ayant
efté arrefté fur le
champ , fut mis en priſon , où
les principaux Docteurs de
Sorbonne n'ayant pû luy faire
reconnoître fa faute & fon facrilege
, Standonht qui l'exhorta
auffi fortement à la reconnoiſtre
, mais fans aucun fuccés
en conçut un fi vif déplaifir
qu'il en mourut aprés une longue
maladie. On voit encore
aujourd'huy fon tombeau à
l'entrée de la Chapelle de fon
College , où il ordonna que
fon
GALANT
49
fon corps fuft inhumé avec
l'Epitaphe fuivant , qui fait
voir un grand exemple de modeftie
, Pauperis me , mentote
Standonis. Voila les principaux
traits dont Mr Langlantier fe
fervit pour faire l'éloge de
Standonht.
Mre Henry Jofeph de Peyre
, Comte de Tréville , ou
pour parler plus jufte , de Trois-
Villes , eft mort âgé de foixante-
fix ans , & regretté de tous
ceux qui le connoiffoient . Son
efprit & fon érudition le faifoient
eftimer . Il avoit fait une
étude prefque continuelle des
Septembre 1708 .
E
50 MERCURE
,
Peres de l'Eglife , & particulierement
des Peres Grecs ; &
qu'il avoit lûs plufieurs fois
dans la fource. Cette longue
& continuelle application a
augmenté fes infirmitez naturelles
& a fans doute abregé le
nombre de fes jours . Il avoit
elté Colonel d'Infanterie dans
fa jeuneffe , & il avoit fervi en
cette qualité quelques Campagnes
en Candie , fous Mr le
Comte de Coligny General
des Troupes que le Roy y envoya.
Il y reçut deux coups de
moufquet au travers du corps
dont il a efté incommodé touGALANT
51
te la vie . Sa pieté a édifié tous
ceux qui l'ont connu ; elle s'eft
foûtenuë jufqu'à ſon dernier
moment , & il a voulu eftre enterré
fans ceremonie & avec
deux fimples cierges à Saint
Nicolas du Chardonnet fa Paroiffe
. Il a donné fa Bibliotheque
qui eftoit tres - belle & tresnombreuſe
, aux Carmes Déchauffez
du Fauxbourg Saint
Germain , & il a inftitué fon
heritier univerfel , le jeune
Marquis de Monnins , fon coufin
, qui eft à l'Academie , fils
de Mr le Comte de Monnins ,
Gentilhomme de Bearn , qui a
E ij
52 MERCURE
époufé N.... de' Trois- Ville ,
coufine germaine du Comte
dont je vous apprens la mort.
Il eftoit fecond fils de feu Mr
le Comte de Tréville Capitaine-
Lieutenant des Moufquetaires
fous Louis le Jufte , &
dont la conduite & la fermeté
luy attirerent de grandes confiderations
fous le règne de ce
Monarque. Il fut toûjours attaché
aux interefts de fon Maître
; il ne fçut ce que c'eftoit
que de mollir fous l'autorité
de ceux qui eftoient à la teſte
des affaires . Il s'eftoit élevé par
fon merite, & il eftoit forti de
GALANT
53
Bearn fa Province , avec la fimple
& fterile qualité de Gentilhomme
Gafcon ; fa valeur &
fa bonne conduite l'éleverent
par degrez . Il donna ſur la fin
de fes jours la démiffion de fa
Charge de Capitaine des Mouſquetaires
, fous le Miniſtere de
Mr le Cardinal Mazarin. Il en
eut pour dédommagement le
Gouvernement de Foix , avec
la furvivance pour fon cadet
qui vient de mourir , & qui le
vendit enfuite à Mr de Mirepoix
, d'où il a paſſé à Mr le
Comte de Tallard aujourd'huy
Maréchal de France , & de ce
1
E iij
54 MERCURE
dernier à Mr de Segur . Mr de
Treville eut auffi la Cornette
de la Compagnie qu'il quittoit
pour fon fils , & l'Abbaye de
Montirandé pour fon fils aîné
, qui n'eftant pas propre
pour la profeffion des armes ,
à caufe des incommoditez qu'il
avoit , & qui l'obligerent même
à fouffrir l'operation de la
taille , ceda fon droit d'aîneffe
à celuy qui vient de mourir
& qui eftoit fon cadet . L'Abbaye
de Montirandé avoit
efté poffedée par le free de feu
Mr le Comte de Treville , Capitaine
- Lieutenant des MoufGALANT
55
quetaires , & ce Comte aprés
l'avoir procurée à fon frere , la
demanda pour fon fils aîné ,
qui eft mort depuis quelques
années.
M" Louis - Huges de Lionne
Marquis de Berni & de Clavefon
, Maiftre de la Garderobe
du Roy, cft mort âgé de foixante
ans . De Dame Renée de
Lionne fa coufine , heritiere du
Marquifat de Clavefon , & de
la branche aînée de la Maiſon
de Lionne , il laiffe M' le Marquis
de Lionne , Colonel d'Infanterie
, déja connu par pluficurs
actions de valeur. Mr le
E iiij
56 MERCURE
Marquis de Berny eftoit frere
de Mr l'Abbé de Lionne
Abbé de Marmoutier
, &c .
& Prieur de Saint Martin des
Champs ; de Mr Artus de Lionne
Evêque de Rofalie dans la
Chine , & celebre par fes Miffions
dans l'Orient ; de Luc de
Lionne , Chevalier de Malthe ;
& de feuë Dame Madeleine de
Lionne,mariée à François- Hannibal
d'Eftrées , Marquis de
Coeuvres , depuis Duc & Pair
de France , morte en 1684.
Elle eftoit mere de M' le Duc
d'Eftrées d'aujourd'huy. Mr le
Marquis de Berny eftoit fils
GALANT 57
「
aîné d'Hugues de Lionne , Miniftre
& Secretaire d'Etat , &
de Dame Paule Payen , morte
en 1704. aprés avoir donné de
frequentes marques de fa pieté
& du zele qu'elle avoit pour la
Propagation de la Foy Catholique
, à laquelle elle a contribué
par fes aumônes & par
fes bonnes oeuvres . Feu Mr de
Lionne Miniſtre d'Etat fut premier
Commis de Mr de Servien
fon oncle , à l'âge de dixhuit
ans , & l'eftime que Mr le
Cardinal de Richelieu avoit
pour luy , fut caufe qu'il ſe
maintint dans les affaires mal58
MERCURE
gré la difgrace de fon oncle ;
il prit ce temps pour aller faire
un voyage à Rome , où ayant
connu Mr le Cardinal Mazarin
, il eut le bonheur de gagner
fon eftime & fa confiance,
ce qui le fit élever au Poſte où
onl'a vû depuis .Il étoit fils d'Artus
de Lionne & d'Ifabelle Servien
, foeur du Surintendant des
Finances , dont je viens de parler
. Mr de Lionne ayant perdu
fon époufe âgée feulement de
vingt- un an , tourna toutes fes
penſées vers Dieu & s'engagea
dans les Ordres facrez. Il fut
nommé Evêque de Gap en
GALANT
59
1638. & ne voulut point quitter
cette dignité pour l'Archevêché
d'Embrun qu'on luy offrit.
Il eftoit fils cadet de Sebaftien
de Lionne & de Bonne
de Portes . Ce Sebaftien fe diftingua
par fa fidelité fous le
Roy Henry IV . il ſe jetta dans
Pont de Royans , Place alors
confiderable en Dauphiné , &
il contribua beaucoup par fes
foins à faire revenir les Places
& les Fortereffes du Royanez
fous l'obéiffance du Roy. La
Maifon de Lionne eft originaire
de Dauphiné , où elle eftoit
déja connue du temps des an60
MERCURE
ciens Dauphins. Humbert de
Lionne eftoit Gardien de la
Chambre du Dauphin Humbert
en 1339. Mr le Marquis
de Berny a efté inhumé à Saint
Euſtache fa Paroiffe . Mr l'Evêque
de Rofalie fon frere , &
Mr Maigrot Evêque de Conon
dans la Chine , ont affifté
à fes obfeques
.
Mre N.... de Chomart
Doyen de l'Eglife de Saint
Mederic , eft mort dans un
âge tres- avancé , & dans de
grands fentimens de pieré. Il
a donné dans le cours de fa
vie de frequentes preuves de
GALANT 61
fon zele pour le fervice de Dicu
& de l'Eglife , & il a travaillé
à la converfion des Heretiques
avec beaucoup de fuccés. Il
eftoit d'une famille ancienne
de Paris , & qui y eftoit connue
dés le Regne de François
II. il defcendoit du côté maternel
des maifons de la Roche-
Breüillet & de la Baroüaire,
& de celle du Terrail fi connuë
en Dauphiné . Mr Gabriel
Vignar , un des plus fçavans
hommes du dernier Siecle , étoit
fon proche parent , de
même que François Salindre de
la Salle , & Guillaume la Comi
62 MERCURE
be de la Salle . Un Guillaume
•
la
Chomart fe fignala fous le Regne
de Charles IX. pour
deffenfe de la Religion Catholique.
Il fe déclara ennemi de
tous ceux qui favorifoient les
nouvelles opinions , & il entroit
en difpute avec eux par
tout où il les trouvoit , ou pour
les convaincre , ou pour les ramener
au ſein de l'Eglife . André
Chomart fon neveu , & élevé
fous fes yeux , fut auffi zelé
que luy pour la Religion
dans laquelle il avoit eu le bonheur
de naiftre. Le zele de l'oncle
& du neveu fut fort loüé à
GALAN 63
la Cour , & donna lieu à Charles
IX. & à Henry III . de répandre
leurs biensfaits fur cette
famille. Le petit- fils de Guillaume
Chomart ne donna pas
de moindres marques de fa fidelité
au Roy Henry IV. en
1589. lorsque ce Prince par le
droit de fa Naiffance fut monté
fur le Trône de ſes Ancêtres.
Il reſiſta avec force aux
offres féduifantes qui luy furent
faites plufieurs fois de la
part des Princes de la maiſon
de Guife , & rien ne put affoiblir
les fentimens de fidelité que
la juſtice avoit gravez dans le
$
1
64 MERCURE
fond de fon coeur pour les Princes
de la maifon de Bourbon .
Mr Chomart qui vient de mourir
, avoit une grande étenduë
de lumieres ; il eft peu de fciences
dont il n'eut quelque teinture
; il fçavoit parfaitement
les Belles Lettres , & il avoit fur
tout un talent marqué pour la
Poëfie latine. Le Pere Robert
Rault Jefuite , quia traduit en
latin avec tant de delicateffe
deux Odes de Mr de la Mothe,
ne faifoit rien fans le confulter
, cftant affuré de trouver
dans les confeils de Mr Chomart
le vray gouft de la belle
GALANT
65
Latinité , & la fineffe de la Poëfie
latine. Le Deffunt fçavoit
parfairement les Langues Orientales
, & il s'eftoit fur tout
fort exercé dans la Langue Hebraïque.
Mre N... de Courcelles
Religieux non Profés de l'Abbaye
de Baume en Franche-
Comté, eft mort en cette Ville
où il eftoit depuis plufieurs années
, âgé d'environ 40. ans.
Il eftoit aimé & eftimé de tous
ceux qui le connoiffoient . Il
avoit prêché avec fuccés en
Province , & pendant le fejour
qu'il a fait dans le Seminaire
Septembre 1708. F
66 MERCURE
des Bons Enfans. Il avoit un
grand fond de lecture , & il
eftoit dans le deffein , lorfque
la mort l'a enlevé , de donner
un abregé de tous les Ouvrages
de feu Mr Maimbourg , &
de revoir une Traduction françoife
qu'un Etranger a faite de
l'Hiftoire d'Espagne de Mariana
, pour luy donner le tour
de noftre langue , & y répandre
la delicateffe des expreffions
qu'un Etranger ne trouve pas
aifément. Mr l'Abbé de Courcelles
eftoit Docteur en Theologie
dans l'Univerfité de Befançon;
il n'a point voulu prem
GALANT 67
dre les Ordres facrez parce
qu'il eftoit perfuadé de la difficulté
qu'il y avoit de bien répondre
à la fainteté de ce Miniftere.
Il eftoit d'une des meilleures
maifons du Comté de
Bourgogne . Elle a donné des
Connêtables à cette Province
dans le temps des premiers
Ducs de Bourgogne . L'Abbaye
de Baume dont Mr l'Evêqué
de Senlis eft Abbé , eſt une
de celles ou l'on fait les plus rigoureufes
preuves . Mr l'Abbé
de Courcelles laiffe plufieurs
freres ; l'aîné aprés avoir ſervi
long temps s'eft retiré dans fes
Fij
68 MERCURE
terres ; Mrle Chevalier de Courcelles
eft premier Capitaine du
Regiment d'Infanterie de Medavi
; il y en a trois Religieux
Auguſtins , & un Jefuite , tous
diftinguez par leur merite &
par leur fageffe ; ils font parens
de Mr l'Evêque de Meaux
& de la maifon de Thyard-
Biffi.
Mre N .... le Bigot , Seigneur
de Gatines , Intendant
de la Marine , & Directeur du
Commerce des cEhelles du Levant
, eſt auſſi mort en cette
Ville ; il eftoit d'une ancienne
famille de la Robe qui s'eft toû
GALANT 69
jours diftinguée par une exacte
probité , & un attachement
au fervice de leurs Souverains.
Mr de Gatines aujourd'huy
Confeiller au Parlement , &
nevçu de celuy dont je vous
apprens la mort , eft un Juge
tres eftimé dans fon Corps .
Le deffunt avoit long - temps
voyagé , & c'est par l'experience
que fes longs voyages luy
avoient donnée de tout ce qui
regarde le commerce du Levant
, qu'on luy en avoit donné
la direction , qui eſt d'un
détail & d'une étenduë tresconfiderable;
il connoiffoit par
70 MERCURE
faitement le genie des Orientaux
; le fejour qu'il avoit fait
parmi eux luy ayant rendu leurs
Coûtumes & leurs ufages tres
familiers ; il avoit demeuré
long-temps enPeffe & dans le
Royaume d'Aftracan qui appartient
au grand Duc de Mofcovie
. Les memoires qu'il avoit
dreffez fur les lieux de tout ce
qui regarde le commerce de ces
Peuples , peuvent fervir d'inf
tructions pour tous ceux qui
voudront y entrer . Ses voyages
n'avoient fervi qu'à le dégoûter
du monde , & perfuadé
de fon inconftance , & du
GALANT 71
peu de fonds qu'il y a à faire
fur tout ce qui en dépend , il
avoit choifi une folitude prés
de Saint Victor , où il a paffé
les dernieres années de fa vie ,
& où il eft mort dans de grands
fentimensde pieté.
Mr Obrecht qui paffoit pour
l'un des plus fçavans hommes
de l'Europe , & d'une des plus
anciennes familles de Strafbourg
, eft mort depuis peu.
On luy doit la verfion latine
de la vie de Pythagore écrite en
grec par Jamblique , & il l'avoit
fait imprimer fous le grec
avec un tres grand foin. Mr
72 MERCURE
Kufter Auteur de la belle édition
de Suidas , publiée depuis
quelque temps à Cambridge ,
a fait imprimer à Amfterdam
cette même vie de Pythagore
en deux colonnes recque & latine
, perfuadé que rien ne pouvoit
tant faire d'honneur au
grec de Jamblique que le latin
de Mr Obrecht. Mr Kufter à
-revû le texte fur un manufcrit
de la Bibliotheque du Roy qui
luy a cfté communiqué par Mr
Clement Sous - Bibliotecaire de
S. M. & qui fe fait un plaifir
de communiquer les tréfors
dont il eft dépofitaire , à tous
les
GALANT
73
les Sçavans de l'Europe . Par le
moyen de ce manuſcrit Mr
Obrecht a corrigé un grand
nombre de fautes qui avoient
paffé dans les autres éditions ,
& il a remply beaucoup de lacunes,
& mis quantité de notes
au bas des pages. Mrs d'Obrecht
ont eftélong temps Preteurs
de Strasbourg , qui eft la
premiere Charge de cette Ville.
Mre Jacques de Boifadam ,
Curé d'Acheres prés S. Germain
en Laye , mourut le mois
paffé , âgé de plus de quatrevingt
ans , puiſqu'il a deſſervi
cette Cure prés de foixante an-
Septembre 1708. G
74 MERCURE
nées. Il eftoit le Doyen des
Curez de France. Il n'a pas ceffé
de faire paroître fon zele
pour le fervice de l'Eglife dans
toutes les fonctions Curiales ,
ayant même adminiftré les Sacremens
juſqu'à la veille de ſa
mort , nonobftant la refignation
qu'il avoit faite de fon
Benefice à Mr l'Abbé Vieillard
fon parent , que fon metite
avoit fait choifir par Monfieur
l'Evêque de Chartres ,
pour luy fucceder . Il eftoit
fort connu des plus grands
Seigneurs de la Cour , & même
de Sa Majeſté , qui luy avoit
"
GALANT 75
t
donné plufieurs fois des marques
de fa bonté pendant les
Camps & les Revues de la Plaine
d'Acherès , & il eftoit regardé
non -feulement comme
un bon Ecclefiaftique , mais
auffi comme un bon Gentilhomme
, eftant de la famille
de Boifadam , qui eſt des meilleures
& des plus anciennes de
Bretagne , comme il fe voit par
la nouvelle Hiftoire de ce Pays ,
qui paroift depuis peu : & du
cofté de fa mere Elifabeth du
Pont de-Compiegne , il eftoit
ainfi que M de Crecy , de
Compiegne , de Vicillard , de
Gij
76 MERCURE
Chezelle , & de Bourqueville ,
proche parent de Mr de Compiegne
, à qui le Roy vient
d'accorder la furvivance pour
fon fils de la Charge de Capitaine
& Chef du Vol pour les
Champs de la Chambre de Sa
Majefté qui honore de ſa bienveillance
cette famille originaite
de Beran , que le Roy Henry
IV. confideroit fort , &
qu'il fit venir en France avec
luy pour l'attacher à ſon fervice.
Mr du Reveft de Vachieres ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Exempt des
GALANT 77
Gardes du Corps de la Compagnie
de Noailles, qui avoit reçu
un coup de Moufquet dans
la cuiffe au Combat d'Oudenarde
, mourut à Gand le 16 .
du mois paffe de la bleffure
qu'il avoit reçûë dans ce Combat.
Il fervoit depuis trentecinq
ans , & il avoit eu l'honneur
d'eftre choifi par Sa Majefté
pour fuivre en cette qualité
Meffeigneurs les Princes au
voyage d'Espagne , & l'année
derniere à celuy que Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne
& de Berry devoient faire en
Provence. Ce Gentilhomme
G iij
78 MERCURE
eftoit d'une des meilleures Maifons
de Provence , & la manicre
dont il a vêcu , & celle dont
il a fervi , le font regretter de
tous ceux qui le connoiffoient .
Dame N.... Begon époufe
de Mr le Marquis de la Galiffoniere
, eft morte à l'âge de
37. ans . Elle eftoit fille de Mr
Begon Intendant de Rochefort
, & Pays d'Aulnis , & de
la Rochelle , & foeur de Mr
l'Abbé Begon Docteur de Sorbonne.
Cette Dame a efté univerfellement
regrettée . Les qualitez
de fon coeur ainfi que celles
de fon efprit , luy avoient
GALANT 79
་
acquis l'eftime de tous ceux qui
la
connnoiffoient. Mr Begon
fon pere a toûjours aimé les
Sciences & les beaux Arts , &
protegé ceux qui s'y attachoient
; ainfi on ne doit pas
s'étonner s'il avoit pris tant
de foin à cultiver l'efprit de la
Dame dont je vous apprens la
mort. Elle fçavoit des belles-
Lettres & des Sciences tout ce
qu'il eft permis aux perfonnes
de fon fexe d'en fçavoir , &
elle accompagnoit toutes fes
lumieres d'une grande modeltie.
La famille de Mr Begon
eft originaire de Blois , & alliéc
Giij
80 MERCURE
à la maifon de Colbert dont
eftoit la mère de Mr l'Intendant
de Rochefort ; il a acquis
dans l'adminiftration des affaires
dont il a efté chargé , une
grande reputation ; fa douceur
& fon équité naturelle l'ont
rendu cher aux Peuples de fa
Generalité . Nous luy devons
l'édition des éloges des Hommes
Illuftres de feu Mr Perrault
; il a fait la dépenſe de
tous les Portraits gravez par
les plus habiles Maiftres , & il
engagea Mr Perrault de travailler
à leur hiftoire fous la
forme & la methode qu'il luy
GALANT
81
prefcrivit. Mr de Muyn pere
de Mr de Muyn Confeiller au
Parlement , & de Mr l'Abbé
de Premontré , a cfté Intendant
de cette Generalité avant luy ,
& ils fe font trouvez tous deux
en fonction dans des temps
temps affez
difficiles , puifque ce fut
dans le temps de la revocation
de l'Edit de Nantes , & aprés
cette revocation . La maniere
dont les Proteſtans parlent de
Mr Begon , peut faire feule
fon éloge ; ils font naturellement
fi portez à s'élever contre
les Intendans qu'ils regardent
comme les auteurs de leur
82 MERCURE
deſtruction , que lorſqu'il leur
arrive d'en dire du bien , on
doit croire qu'il y en a beaucoup
à dire. La maiſon de la
Galiffoniere eft des plus qualifiées
de Poitou , & qui s'eft
foûtenue depuis plus de deux
Siecles par les dignitez qu'elle
a remplies , & par les alliances
qu'elle a faites. Elle a produit
des perfonnes diftinguées dans
la profeffion des Armes par leur
valeur , & par des actions d'é
clat ; elle eft originaire de Poitou
, ou elle fubfifte depuis prés
de quatre Siecles.
MreHenry Emanuel Hurault
GALANT 83
Chevalier Marquis deVibray
& autres lieux , qui eftmort dans
un âge fort avancé , avoit porté
les Armes pendant plufieurs
années , & il avoit long- temps
commandé un Regiment d'Infanterie
. De Me la Marquife de
Vibray fon épouſe , & Dame
d'honneur de feuë Me la Du-
•
cheffe de Guife , dont je vous
appris la mort il y a environ
deux ans ; il a laiffe Mr le Marquis
de Vibray Lieutenant general
des Armées du Roy , qui
a des enfans de Dame Françoife
-Julie de Grignan , fille de
François Adhemar de Monteil
84 MERCURE
Comte de Grignan , Chevalier
des Ordres du Roy , & Lieutenant
general en Provence ;
& de Dame Angelique - Claire
d'Angennes Rambouillet foeur
de feuëMe la Ducheffe deMontaufier
. Mr le Marquis de Vibray
defcendoit de Philippe
Hurault Comte de Cheverni ,
Chancellier de France . Les Memoires
du Chancelier de Cheverni
font tres- curieux ; d'Anne
de Thou fille du premier
Preſident de ce nom , il laiffa
Philippes Evêque de Chartres,
&Henry Comte de Cheverni ,
& Gouverneur du Pays CharGALANT
85
train. Elifabeth Hurault fa fille
femme de François de Paule de
Clermont , Marquis de Montglat
, Chevalier des Ordres du
Roy , fut fon heritiere. Le
Chancelier de Lhôpital n'eut
qu'une fille qui épousa Robert
Hurault Seigneur de Beleſbat .
Chancelier de Marguerite Ducheffe
de Savoye . Cette branche
de la maifon d'Hurault a
produit deux Archevêques
d'Aix. Guy Hurault qui fut le
fecond mourut en 1625. eftimé
par fa grande vertu Le celebre
Mr de Thou fait une
mention tres -honorable de la
86 MERCURE
maifon d'Hurault au quatre &
cinquième livre de fon hiſtoire ,
de même que l'Abbé de Brantôme
dans l'éloge du Chancelier
de Lhôpital .
Mr le Marquis de Vibray ,
fils du deffunt , fut nommé il y
a quelques mois , Commandant
de Saint Malo , à la place
de feu Mr leMarquis de Thianges.
CeCommandement eſt important
, & demande un homme
intelligent , prudent & brave.
Il eft à fouhaiter que ceux
dont vous trouverez les mariages
dans les articles fuivans ,
GALANT 87
reparent la perte de ceux dont
Vous venez d'apprendre
la
mort.
de
Mre N.... du Mont Baron
de Blagnac a épousé depuis
quelques jours Dame N.. Duploffis-
Befançon , d'une ancienne
famille originaire de Bourgogne
, & alliée aux maifons
Pleffis - Guenegaud & Pleffis
Belanger. Mr le Baron de Blagnac
a eſté cy- devant Enſeigne
de Vaiffeau , & dans les
occafions Jù il s'eft trouvé , il
a donné des marqués de fa valeur.
Feu Mr le Baron de Blagnac
fon pere avoit porté les
88 MERCURE
Armes toute fa vie , & il y a
voit acquis beaucoup de gloire ;
il avoit épousé en feconde nôces
l'heritiere de l'illuftre maifon
de Blagnac qui defcend des
anciens Comtes de Touloufe ;
celuy qui porte aujourd'huy
ce nom eft de la même famille
que Mr du Mont , Ecuyer du
Roy fervant prés de Monfeigneur
le Dauphin & Gouverneur
de Meudon , & elle eft
connue dans le Languedoc depuis
quelques Siecles . La nouvelle
Baronne de Blagnac a la
reputation d'avoir beaucoup
d'eſprit ; ſon goût eſt ſeur , &
GALANT 89
elle peut tirer d'une grande lecture
tout le fruit qu'on en peut
tirer . Elle eft focur de Madame
Pic femme de Mr Pic Confeiller
au Châtelet , & qui eſt auſſi
tres- confiderée . Me de Blagnac
cft alliée à la Maifon de Courtenay
, Louis - Charles , Prince
de Courtenay, Comtede Cefy,
ayant épousé en 1688 , en feconde
noces Helene du Pleffis
- Befançon , fille de N.... de
Pleffis Befançon , Lieutenant
general des Armées du Roy, &
Gouverneur d'Auxonne ; ce
Prince a eu de ce mariage Helene
Dlle de Courtenay , née
H
Septembre 1708 .
90 MERCURE
en 1690. & une des plus belles
perfonnes de cette Ville .
Mr le Prince de Courtenay
avoit épousé en premieres noces
Marie de Lamet , fille aînée
d'Antoine - François , Marquis
de Buffy , Gouverneur de
Mezieres , dont il a eu Louis-
Gaſton , tué au Siege de Mons
en 1691. eſtant Moufquetaire
du Roy ; & Roger Prince de
Courtenay , qui a époufé Mlle
de Vertus , fille de Claude Marquis
d'Avaugour , Comte de
Vertus . Ce jeune Prince eft neveu
de Roger de Courtenay ,
Abbé des Echâlis .
GALANT
gr
·
La maifon du Pleffis - Befançon
a d'autres illuftres alliances ;
feuë Me la Ducheffe de Gefvres
, premiere femme du feu
Duc de Gefvres , eftoit alliée à
cette maiſon , de même qu'à
celle de Moncaut - Navailles ,
& à celles de Terlon & de
Comminges la - Trefne .
Meffire Nicolas Petit de
Villeneuve , Preſident de la
Cour des Aides de Paris , fils
feu Mr Petit de Ville- neuve ,
Confeiller en la même Cour ,
& de Marie - Anne Foucault , -
fille de Mr Faucault , Secretaire
du Confeil , & foeur
,
Hij
92 MERCURE
de Mr Foucault , Marquis de
Magny, aujourd'huy Confeiller
d'Etat , & de Me la Mar-
,
quife d'Avaray , épouſe de Mr
le Marquis d'Avaray , Licutenant
general des Armées du
Roy en Espagne , époufa le 8 .
de ce mois dans l'Eglife de S.
Euſtache , Marianne Neyret ,
fille de Mr Neyret , dont le
pere & le grand- pere ont efté
Echevins de la Ville de Lyon ;
le foupé de la nôce ſe fit à
Charonne dans la maifon de
feuë Madame de Nemours , où
deux tables de vingt couverts
chacune furent magnifiqueGALANT
93
ment fervies ; le fameux Mr
du Bouffet avoit fait en fayeur
des nouveaux Mariez
l'Air dont voicy les paroles ,
qu'il -
chanta tres agreablement.
AIR NOUVEAU.
Pourformer de fi beaux noeuds ,
Amour , dans cette journée , **
Viens joindre tes plus douxfeux
Au flambeau de l'Himenée .
Ce Dieu triomphe aujourd'huy
Satisfait defa Conquefte ;
Viens partager avec luy
Les honneurs de cette Fefte .
96 MERCURE
En faveur de ces Epoux
Uniffez- vous , Dieux aimables ;
Leur bonheur dépend de vous ,
Rendez leurs plaifirs durables .
Mais l'Affemblée fut encore
plus furpriſe d'entendre les
Trompettes , Timballes & toute
la Symphonie de l'Opera ,
qui eftoit cachée dans un endroit
du Bois , que Mr le Prefident
de Ville neuve avoit fait
illuminer ; tous les Conviez
furent charmez de cette Fefte ,
qui parut d'autant plus belle
qu'elle n'eftoit pas attenduë .
GALANT
95
Le grand - pere de Mre Nicolas
Petit eut 17. enfans , dont
II . furent bien établis , le refte
mourut en bas âge ; c'eftoit
Mre François Petit , Seigneur
de Paffy ; Ville- neuve , Ravannes
, d'Etigny , & autres lieux .
Il vécut 83. ans , & fes enfans
font :
qu'il établit tous ,
Antoine Petit , Doyen du
Parlement de Mets.
Michel Petit , Treforier de
France à Paris .
Gabriel Petit , Chanoine de
Noftre Dame , Confeiller de la
grand'Chambre .
François Petit , Confeiller
96 MERCURE
de la Cour des Aides .
Nicolas Petit , Confeiller
au grand Confeil.
Madeleine Petit , époufe de
Mr de Bonneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Marie Petit , épouse de Mr
Meliand , Confeiller de la grande
Chambre .
Eliſabeth Petit , époufe de
Mr Gilbert , Confeiller de la
grande Chambre .
Marguerite Petit , Religieufe
au Convent de Popincourt.
Catherine Petit , Religieufe
au même Convent.
Dame Madeleine de Louvencour
,
GALANY 97
vencour , leur mere , mourut le
15 Oct. 1675 âgée de 65 ans.
Il m'eft échapé un Mariage
de confideration qui s'eft fait
en Bretagne il y à environ 8 .
à 9. mois ; c'eſt celuy de Mr le
Marquis de Lannion . Il a éƑoufé
Mlle de Mornay de Monchevreuil
, fille de feu Mr le
Comte de Montchreveül , & de
Dame N... de Barrin , fille de
Mr le Comte de Barrin , premier
Maistre d'Hoftel de Son
Alteffe Royale feu Monficur.
Vous ayant fouvent parlé dans
mes Lettres de la Maifon de
Mornay , je paffe à celle de
Septembre 1708. I
98 MERCURE
Lannion, que laBretagne regarde
comme une des plus diftinguées
qu'elle ait produites , &
des plus illuftres de fa haute
Nobleffe. On voit par une
Tranfaction paffée l'an 1282 .
avec Jean II . Duc de Bretagne ,
Roland de Dinan s'engage
que
à dédommager Guiomar de
Lannion d'un retour de partage
fur la terre de Leon . Guiomar
fut de Briant 1. qui
perc
d'Adelife de Kergorlai eut
Briant 2. Celuy cy fut un de
ces braves Bretons qui furent
Compagnons d'Armes de Bertrand
du Guefclin ; & à la prife
GALANT 99
de Mantes il fit prifonnier
Legier d'Orgeffin , fils de
Jean d'Orgeflin , Seigneur de
Sainte- Meſme , & grand Veneur
de France ; mais qui s'étoit
jetté dans le party Anglois.
Briant 2. reçut plufieurs
gratifications du Roy Charles
V. Ilfut Gouverneur de Montfort
& Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance . Mais
dans la guerre civile de Bretatagne
pour la fucceffion à ce
Duché , il s'attacha à Jean de
Monfort contre Charles de
Blois , & combattit à la Journée
d'Avray, qui decida ce long
I ij
100 MERCURE
differend . Il fut enfuite Deputé
par les Etats de Bretagne
au Roy Charles V I. pour luy
demander l'honneur de fes
bonnes graces envers le nouveau
Duc , ainfi que la Paix , ce
qu'il obtint l'an 1380. Deux
ans aprés il paffa en Angleterre
en qualité d'Ambaſſadeur ;
& en 1383. il figna à la fondation
de l'Eglife de S. Michel
prés d'Avray , où eſt maintenant
une celebre Chartreufe .
Il avoit épousé Marguerite du
Cruguil , de laquelle il eut Jean
1. qui épousa Anne de Langueroes
, & fut pere de Roland.
GALANT 101
Du mariage de Roland avec
Guyonne de Grézy vinrent
Jean 2. Olivier & Yvon : ces
deux derniers furent l'un aprés
l'autre Vice - Amiraux de Bretagne
. Leur aîné cut grande
part dans la faveur de Jean V.
Duc de Bretagne , avec les
Charges de fon Chambellan
& de Maiftre de fon Hôftel :
il fut auffi Gouverneur des
Villes de Dol , de Gerrande &
du Croific. Il accompagnoit
le
Duc à Chantoceaux
, quand
ce Prince fut enlevé par Oli - ´
vier de Penthievre , & il fut
arrefté avec luy ; aprés fa déli-
I iij
102 MERCURE
vrance il pourfuivit juſqu'en
Hainaut les Penthievres qui s'y
eftoient retirez , prit fur eux
Avefnes , dont il traita avec le
Duc de Baviere. De fon mariage
avec Helene de Cliffon
il cut François 1. Duquel & de
Françoiſe Lotz nacquit François
2. qui époufa Julienne Pinarr
, foeur de Jeanne Pinart ,
mariée dans la maifon de Goulenne
, & il fut pere de Claude 1 .
& de Jean Seigneur des Aubrais
, dont la branche eft tombée
, & à porté de grands biens
dans la maifon de Poncalec.
Claude 1. épouſa Renée de
GALANT 103
Quelen , Dame du Vieux-Chatel
. Son fils Pierre 1. époufa
Renée - d'Aradon , fille unique
& heritiere de René d'Aradon ,
Seigneur d'Aradon , Quinipili ,
Camor , Gouverneur des Villes
de Vannes & d'Avray , Capitaine
de cinquante Hommesd'Ordonnance.
Ce Pierre de
Lannion Baron du Vieux Châtel
entra dans les engagemens
.
qu'avoient les Seigneurs d'Aradon
avec le Duc de Mercoeur,
& rendit d'importans fervices
à fon parti : enfin il fe remit à
l'obéillance de Henry II . de qui
il obtint de grandes graces.
I iiij
104 MERCURE
Pierre 1. cut Claude 2. Comte
de Lannion , Baron du Vieux-
Chaſtel , Seigneur du Cruguil
Aradon , Quinipili , Camor &
autres lieux , Baron de Malétroit
& des Etats de Bretagne ,
Gouverneur des Villes de Vannes
& d'Avray , Capitaine du
Ban & Arriere -Ban du Diocefe
de Vannes , des Coftes & Rades
de Morbihan & de Quiberon
. Claude 2. époufa en premieres
noces Therefe Huteau
de Cadillac , & il en eut plufieurs
enfans ; Pierre 2. dont il
fera ci- aprés parlé ; Mr l'Abbé
de Lannion dont l'efprit & le
GALANT 105
fçavoir font connus , & Mr le
Chevalier de Lannion fort eftimé
dans la Marine par fa valeur
& par fes manieres nobles
; il eftoit Capitaine de
Vaiffeau , & à la veille de ſe
voir élevé aux plus hauts honneurs
de la guerre , lorsqu'il
fut tué au Combat de Malaga ;
Me la Marquife de Carcado ,
mere de Mr le Marquis de
Carcado tué devant Turin ;
cinq filles Religieuſes à Vannes
, diftinguées par leur vertu
ainfi que par leur naiffance . Il
fit une feconde alliance avec
N.... de Belingan , dont il cut
106 MERCURE
N..... de Lannion , nommé
Marquis de Crenan , tué avec
fon frere le Chevalier de Lannion
& du même coup de canon
au combat de Malaga.
Pierre 2. eft Mr le Comte de
Lannion , qui fert depuis fa
premiere jeuneffe , & qui s'eſt
acquis la réputation d'un des
meilleurs Officiers du Royaume.
Après avoir efté Capitaine
de Cavalerie , il fut fait Sous-
Lieutenant des Gendarmes
d'Anjou , & il eut en même
temps un Brevet de Mestre de
Camp ; il eut enfuite la Charge
de Capitaine - Lieutenant des
GALANT 107
Gendarmes de la Reine ; en
1688. il fut fait Brigadier des
Armées du Roy ; en 1693 .
Maéchal de Camp , & en1702
Lieutenant general . Il merita
l'eftime & l'affection de Mr de
Turenne , ce qui pourroit feul
faire fon éloge. Il a toûjours
depuis parfaitement répondu
à l'idée que ce grand homme
s'en eftoit formée . Sa valeur
éclata dans les deux Batailles
d'Hochftet. Son épouſe Françoife
Efchallard de la Mark a
encore apporté un nouveau
luftre à la Maiſon de Lannion .
On fe fouvient des bontez fin108
MERCURE
gulieres de la Reine pour Mlle
de la Mark , élevée fille d'honneur
auprés de cette grande
Princeffe ; elle s'eft fait des
principes de vertu & de pieté ,
qui avec le meilleur & le plus
genereux coeur du monde , la
rendent une Dame tres-accomplie.
Les enfans de Mr le Comte
de Lannion font : Mr le
Marquis de Lannion , Colonel
du Regiment de Xaintonge ;
Mr le Chevalier de Lannion ,
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom ; Mr le Vicomte
de Maletroit , Capitaine des
Grenadiers du même RegiGALANT:
109
ment. Ils marchent tous fur
les traces que leur a marquées ,
Mr le Comte de Lannion leur
pere. Ils ont deux foeurs ; l'aînée
, dont le merité eft fingu
lier , a époufé Mr le Marquis
du Caftelet d'une des premieres
Maifons du Comtat d'Avignon
, dont les manieres nobles
répondent à la naiſſance ,
& qui eft Colonel d'un Regiment
de fon nom à la tefte
duquel il fe diftingua au Siege
de Landau foûtenu par feu Mr
de Laubanie ; la cadette a auffi
beaucoup de merite , & elle
eft Chanoineffe de Bélife ,
,
1
110 MERCURE
dans le Pays de Liege.
Mr le Marquis de Lannion
qui vient d'époufer Mlle de
Mornay eft d'une valeur éprouvée
; il eft Colonel du Regiment
de Xaintonge , & il vient
de donner de nouvelles marques
de fon intrepidité. Les
ennemis s'eftant dernierement
répandus dans l'Artois , ainfi
que vous l'avez fçû , un gros
Corps de leur Cavalerie fe
preſenta devant Lens . Chacun
fçait que depuis long - temps
cette Place n'eft pas en eftat de
deffenfe , par ce qu'eftant trop
avancée dans le Pays , elle ne
GALANT III
>
devoit rien apprehender avant
la derniere guerre. Mr le Marquis
de Lannion s'y eftoit jetté
avec un Corps de huit à neuf
cens hommes d'Infanterie
dans le deffein feulement d'arrefter
les courfes des Partis
ennemis . Il fut fommé de fe
rendre ; mais bien loin d'eftre
épouventé des menaces des
ennemis , il prit la refolution
de fe maintenir dans fon Pofte ;
mais Mr le Maréchal de Berwick
ayant efté informé que
tes ennemis y faifoient conduire
du canon , envoya ordre
ce Marquis d'abandonner
112 MERCURE
cette Place . Il obeït avec beaucoup
de peine , & il fit fa re-
→ traite devant les ennemis avec
tant de fermeté qu'ils n'oferent
l'approcher ; de maniere qu'il
ne perdit pas un feul homme.
La fermeté & la prudence
qu'il a fait voir en cette ocaſion
ont efté fort loüées.
Mr le Marquis de Curton-
Chabannes , a époufé Mlle de
la Chaux -d'Achis. Ce jeune
Marquis a porté les armes pendant
plufieurs années , & aprés
avoir été fuccefivement Moufquetaire
, Lieutenant & Capitaine
de Cavalerie , il a eu un
GALANT 113
Regiment de Cavalerie à la
refte duquel il s'eft ſouvent dif
tingué dans les principales ac
tions qui fe font paffées dans
cette guerre. Feu Mr le Marquis
de Curton , fon pere , ne
s'eftoit pas moins diftingué
dans les
guerres
de
fon
temps
à la tefte du Regiment qui portoit
fon nom . Il defcendoit de
Jean de Chabanes qui époufa
en 1507. Françoiſe de Blanchefort.
Ce Jean eftoit Senefchal
de Toulouſe , & Chevalier
d'honneur de la Reine Catherine
de Medicis , à laquelle il
avoit l'honneur d'appartenir.
Septembre 1708.
K
114 MERCURE
Mrs de Chabanes - Curton
avoient auffi l'honneur d'appartenir
à feuë Son Altelle
Royale Mademoiſelle , du côté
de l'heritiere de Montpenfier
fa mere. La Maiſon de Chabannes
eft une des plus illuf
tres du Royaume. Elle a eu des
Maréchaux de France , & d'autres
perfonnes conftituées en
dignité , & elle compte parmi.
fes alliances celles de Levi Ventadour
, Efteing , Anjou - Calabre
, Pompadour , Bar Baugi,
la Rochefoucauld , Nanteüil ,
Vienne , Beaufort Canillac , &
Coligny. Le fameux Antoine
GALANT 115
de Chabannes, Comte de Dammartin
, Chevalier des Ordres
du Roy , fut grand Pannetier
& enfuite grand Maitre de
France , dans le quinziéme ſiecle.
M la Marquife de Curton
eft heritiere de la premiere
branche de la Maifon de la
Chaux-d'Achis , une des plus
anciennes du Royaume. Feu
Mr le Marquis d Achis , fon
pere ,
fi connu dans le temps
que Mr le Maréchal de Turenne
, à qui il eftoit tres - cher ,
commandoit les Armées du
Roy , a long- temps efté Colo-
Kij
116 MERCURE
nel d'Infanterie , & fans de
grandes incommoditez qui ne
luy ont pas permis de continuer
le fervice , il auroit pû
monter aux premieres dignitez
militaires. La Maiſon de
à celle de Chabannes - Curton
Chaux d'Achis étoit déja alliée
par le mariage de Marguerite
fille & heritiere de Renaud ,
Seigneur d'Achis , & de Marie
Fayel , Comteffe de Dammartin
, avec Antoine de Chabannes
, grand Maistre de France ,
dont je vous ay déja parlé.
Mr le Chevalier du Bourk ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
GALANT 117
de Saint Jacques en Eſpagne ,
Gentilhomme de la Chambre
de Sa Majefté Britanique &
fon Envoyé Extraordinaire
auprés de Philippe V. a épouſé
icy , il n'y a pas un mois Mlle
de Varenne , fille de Mr le
Marquis de Varenne Lieutenant
General des Camps &
Armées du Roy , fort proche
parente de Mr le Marêchal
d'Uxelles & de Mr le Marquis
de Beringhen premier Ecuyer.
Elle eft auffi alliée aux Maifons
de Rohan , de la Rochefoucauld
& à beaucoup d'autres
des plus confiderables . Jamais
118 MERCURE
Mariage n'a efté mieux aſſorti
& par la naiffance
& par le
merite perfonnel. Me du
Bourk eft d'une taille , d'un air
& d'une repreſentation à s'attirer
de l'eftime & du refpect
par fa feule prefence . Elle a
tous les avantages de fon fexe
& n'en a pas un ſeul deffaut .
Avec un grand air de diftinction
, elle a une modeftie qui
previent en ſa faveur. Ses difcours
font auffi fages que fa
conduite , & elle n'a pas moins
d'efprit que de beauté . Quant
à Mr le Chevalier du Bourk
je vous ay parlé en plufieurs
GALANT 119
rencontres de fa naiffance , de
fon efprit , de fon merite &
des grandes qualitez qui le
diftinguent ; & qui luy ont
attiré tant d'agrémens & tant
d'honneurs à la Cour d'Angleterre
, à la Cour de Rome , à
la Cour de France , & fur tout
à la Cour d'Eſpagne où il eſt
regardé avec beaucoup de
confideration. Il est né en Irlande
& fa maiſon y a tenu
pendant plufieurs ficcles un
un rang des plus confiderables.
Le zele & l'intereft de la veritable
Religion le firent fortir
de fon pays dés fa premiere120
MERCURE
jeuneffe . Il vint en France où il
reçût une éducation digne de fa
naiffance & de fes talens . Il alla
à Rome , où il s'acquit bien toſt
l'eftime & l'affection du dernier
Pape , qui l'honora d'une penfion
que luy a continué le Pontife
qui luy a fuccedé ; il paffa à
Madrid à la priere de S. S. avec
Mr le Nonce Extraordinaire
Zanzedari , comme fon Ami .
La Reine d'Espagne ( Philippes
V. eftant pour lors en
Italie ) luy donna la Croix de
Saint Jacques , aprés quoy toute
la Cour ne l'appelloit plus
Chevalier de la Reine . Il s'y
que
eft
GALANT 121
eft rendu utile par fon intelligence
& par la fageffe de fes
avis. Je vous ay déja dit en
d'autres occafions que les Irlandois
font Regnicoles en Efpagne
, & qu'ils y joüiffent des
mêmes prerogatives que les
Caftillans ; ce qui eſt fondé fur
une des plus anciennes Traditions
, que l'Irlande , dans l'Antiquité
la plus reculée , n'eftoit
qu'une Colonie d'Eſpagne , ce
qui a mis en eftat Mr le Chevalier
du Bourk de profiter des
graces & des bienfaits de Sa
Majefté Catholique . Il eft fi
connu & fi eftimé que perfon-
Septembre 1708 .
L
122 MERCURE
ne ne fera furpris des biens &
des honneurs qui pourront luy
arriver. Il retourne à Madrid ,
où Me du Bourk ne s'attirera
pas moins de diftinction
que le
Chevalier
fon époux s'y en eſt
attiré.
Je vous ay parlé du Mariage
de Mr le Prince Leon , dans
le temps qu'il a efté arreſté ;
mais je ne vous en ay rien dit
dans le temps qu'il a efté cons
fommé , ce qui s'eft fait au
grand contentement
des époux
qui ont marqué toute la déference
imaginable au pouvoir
de l'amour , n'ayant écouté
GALANT
123
que
fes loix fans avoir eû d'attention
qu'à obeïr à ce Maître
des Dieux . Mr de la Motte
auffi connu qu'cftimé dans
l'Empire des Vers , ayant fait
une Epithalame furce Mariage
& la lecture de tout ce qui part
de fa veine faiſant beaucoup
de plaifir ; j'ay crû vous la devoir
envoyer.
EPITHALAME.
Viens unir deux Amans d'une
chaine éternelle ,
Viens ,favorable Himen , c'est l'Amour
qui t'appelle.
Sice Dieu fur tespas nefait marcher
les Ris
Lij
124 MERCURE
Ton regne n'eft fouvent qu'une longue
querelle ,
Mais qu'avec luy la Fefte devient
belle ,
Et que ton regne eft doux quand
vous eftes unis.
Viens unir, &c.
2
Nefeparons jamais ces Dieux ,
L'un eft trop fol , l'autre eft trop
fage
L'Himenfeul eft trop ennuyeux ;
L'Amourfeul feroit trop volage
·Ilfaut qu'un heureux aſſemblage
Rende l'Himen riant & l'Amour
ferieux.
Viens unir , &C.
$
Vole , c'est trop tenir leur bonheurfufpendu
,
Aux vaux les plus ardens hafte- toy
de terendre,
GALANY 125
Quoy que le noeud charmant que in
leur fais attendre-
Merite bien d'eftre attendu
Ceft oujours pour l'Amour autant
de temps perdu.
Viens unir , &c.
&
Defcends du celefte fejsur :
Que voy-je ! on te retient , on te fais
violence ,
Quels Dieux en t'arrftant veulent
tirervengeance
De n'avoir pu commanderà l'Amouri
Par unpeu de fierté s'il ofa leur déplaire
,
C'eft affez de fes voeux interrompre
Peffer.
Peut-on contre l'Amourgarder quelque
colere ;
Liij
126 MERCURE
Ce qu'il eft , doit fervir d'excuſe à ce
qu'il fait
Viens unir , &c.
2
Mais d'en eft fait , tes pas ne font
plus arreftez ,
Au devant de toy Amour vole ,
Et Jupiter d'une parole
Vient de rendre le calme à ces Dieux
irritez:
Viens donc de nos Amans couronner
la conftance ,
Par les noeuds que l'Amour t'a longtemps
demandez ;
Et que ces Dieux charmez de voftre
intelligence
Prennent part aux plaifirs qu'ils
avoient retardez ,
Viens unir deux Amans d'une
chaifne éternelle ,
GALANT 127
Viens,favorable Himen , c'est l' Amour
qui i'appelle.
Je vous ay parlé dans ma Lettre
du mois de Juin d'un nouveau
Livre intitulé : Mital , ou
Avanturesincroïables
, toutefois
་ ་
c.Comme ce Livre eft nonfeulement
tres- amufant , mais
qu'il eft auffi des plus extraordinaires
qui ayent jamais paru ,
il a donné beaucoup d'exercice
à ceux qui ont crû qu'il renfermoit
de grands mysteres ,
jufques- là même qu'il s'eft
trouvé de beaux efprits qui fe
font extrêmement égarez dans
la recherche de ces prétendus
Liiij
128 MERCURE
myfteres. Enfin , pour faire
ceffer ces interpretations , on
vient de donner la Clef qui explique
le deffein qu'on a eu
dans le recit des prodigieufes
Avantures que cet Ouvrage
contient , avec quelques Scenes
qui doivent faire plaifir.
Vous ferez bien étonnée lors
que vous trouverez dans cette
Clef prés de trois mille citations
de plus de cent quatrevingt
Auteurs , qui autoriſent
ce qui y paroift incroyable , fi
l'on eft d'humeur à le croire .
Il eſt enfin conſtant qu'il y a
dans Mital un précis de tout
1
GALANT 129
ce qui a été écrit de plus furprenant
; de plus bizarre par rapport
aux chofes naturelles ,
aux Coûtumes , aux opinions ,
&c . La Clef & le Livre ſevendent
chez Charles le Clerc
Quay des Auguftins , du côté
du Pont Saint Michel , la Toifon
d'or.
Les Peres Barnabites de Montargis
aprés avoir fait bâtir leur
Eglife , qui eft une des plus belles
de la Province , font auffi
bâtir leur College , où ils font
établis depuis 1620. feuë Son
A. R. Monfieur ayant mis la
premiere pierre de l'Eglife en
130 MERCURE
1679. S. A. R. Madame a bien
voulu que celle du College fuft
miſe en fon nom . Cette Ceremonie
fe fit le 30. du mois.
paffé . Le Clergé de la Ville , le
Maire & les Echevins precedez
des Compagnies de toute la
Bourgeoific fous les armes
les Officiers du Prefidial , de
l'Election , de la Prevofté , de
la Maréchauffée , & des Eaux
& Forefts , y ont affifté par ordre
de Son Alteffe Royale .
Mr de la Motte , Lieutenant
general de Police & Procureur
du Roy& de Son Alteſſe Royale
, a mis la premiere pierre au
GALANT 131
nom de Madame . Les Ecoliers
du College reciterent avant la
Ceremonie plufieurs Pieces de
Vers à la louange de cette Princeffe
& de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans.
La place de Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris , qui
a toûjours efté tres- confiderable
, eft encore devenuë plus
importante à cauſe de la nouvelle
étenduë que l'on a donnée
au pouvoir de ceux qui en font
pourvûs , Mr Boucher d'Orfay
ayant efté Prevoſt des Marchands
pendant neuf ans , durant
lefquels il a fait voir la
132 MERCURE
fageffe & la probité qui font
hereditaires dans fon illuftrc
famille , vient d'avoir pour fuc.
ceffeur , Mr Bignon l'aîné
Confeiller d'Etat. Cette place
devoit eftre remplie par un
homme d'un auffi grand nom
& d'une auffi grande diftinction
pour confoler le Peuple
de Paris de la perte qu'il venoit
de faire. Mais il trouve heureufement
dans la perfonne de
Mr Bignon un Magiftrat diftingué
par fon rang ; doux
affable , populaire , équitable ,
éclairé , capable de gouverner
les affaires publiques , & qui a
GALANT 133
toûjours trouvé moyen de concilier
les interefts du Roy avec
ceux du Public , d'une manicre
qui luy a toûjours attiré
beaucoup de louanges . Il eftoit
encore fort jeune lorfque fon
efprit commença à briller dans
la Charge d'Avocat du Roy au
Chaftelet. Il ne s'eft pas moins
diftingué enfuite dans l'exercice
de la Charge de Confeiller
au Parlement , ainfi que
l'Intendance de Normandie ,
& dans celle de Picardie &
d'Artois , où il a efté extrêmement
regretté. Il a fait voir
que les temps les plus difficiles
dans
134 MERCURE
ne l'eftoient pas pour luy , &
qu'il fçavoit en tout temps
contenter le Roy & les Peuples
; ce qui engagea Sa Majefté
il y a quelques années à le
nommer Confeiller d'Etat >
pour recompenfer fon merite
& fes fervices. C'eft un avantage
qui luy eſt commun avec
Les illuftres parens , tant du
cofté paternel que maternel .
Il fuffit de nommer les Bignons
, & les Phelypeaux pour
faire en peu de mots connoître
au Public les honneurs &
les prerogatives qui font attachées
à ces illuftres noms , foit
GALANT 135
dans la Robbe , foit dans le
Miniſtere & dans la Republique
des Lettres .
Quelques jours aprés la nomination
du nouveau Prevost
des Marchands , ce grand Magiftrat
alla à Fontainebleau ,
accompagné du Corps de Ville
, pour prefter ferment entre
les mains du Roy , & le Scrutin
fut preſenté à Sa Majeſté
felon l'ufage ordinaire , par
Mr de Grife Noire , Confeiller
au grand - Confeil , & grand
Rapporteur au Sceau , fecond
fils de Mr Chauvelin Confeiller
d'Etat . Il fait un Difcours
P
136 MERCURE
qui ne parut pas moins éloquent
que judicieux , & qui
fit connoiftre qu'il eft tres-digne
du fang d'un pere qui s'eft
diftingué dans tous fes emplois
, & fur tout dans celuy de
I'Intendance , & d'un frere
aîné qui s'eftoit auffi attiré de
grands applaudiffemens
en preprefentant
le Scrutin à S. M.
dans une pareille occaſion , &
qui a efté mis , quoy que fort
jeune , en qualité de Maiſtre
des Requeſtes , dans le premier
Tribunal du Royaume
. La
maniere & le fuccés avec lefquels
il exerce cette grande
GALANT 137
Charge , joints aux grandes
qualitez qui le font eftimer ,
donnent lieu d'en concevoir
les plus hautes efperances .
Vous fçavez qu'il y a toûjours
quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens
fortent tous les ans de l'Echevinage
, & que l'on en choiſit
deux nouveaux pour remplir
leur place. Ceux qui viennent
de quitter cet employ , font :
Mr Scoujon , & Mr Denis . Ils
en ont rempli toutes les fonctions
avec un applaudiffement
general . On peut dire que tous
ceux qui fortent de l'Echevi-
Septembre 1708 .
M
138 MERCURE
1
>
nage , & que tous ceux qui y
entrent font d'une probité
reconnue . Les Statuts font tresrigoureux
là- deffus , & un homme
qui auroit été arrêté prifonnier
quoi qu'injuftement , ne
peut eftre élû Echevin , & l'on
doit avant d'y parvenir avoir
paffe par beaucoup d'emplois
qui font connoiftre le merite ,
& l'exacte probité de ceux qui
les ont remplis .
Les nouveaux Echevins qui
ont efté nommez , font : Mr
Bloüin , Quartinier , & Commis
aux Greffe du Confeil du
Roy ; & Mr Regnault , MarGALANT.
139
chand , qui s'eft acquis une
grande réputation dans le negoce
. Ces nouveaux Échevins
prefterent ferment aprés Mr le
Prevoft des Marchands , & S.
M. leur fit à tous un accueil
tres - favorable , & leur parla
avec la maniere obligeante qui
eft fi naturelle à ce Monar-.
que.
Le Roy eſtant encore dans
un âge peu avancé , & qui ne
luy permettoit pas de fe mettre
à la tefte de fes Armées , ne
laiffoit pas avant la Paix des
Pyrenées de quitter Paris à
l'ouverture de toutes les Cam140
MERCURE
pagnes , pour aller tenir fa
Cour dans une des Villes les
plus frontieres
du lieu où l'on
devoit faire quelque
Siege ,
afin que l'on y pût recevoir
plus promptement
fes ordres ,
& que fa prefence donnaft plus
de chaleur aux Troupes
qu'il
vifitoit quelquesfois
felon qu'-
on le jugeoit
à propos pour
bien de fes affaires. Les mouvemens
continuels
que ce Prince
fe donnoit , furent caufe
qu'il tomba malade à Calais
où il auroit perdu la vie fi le
Vin - Emethique
, ne l'eut tiré
de l'extremité
où il fe trouva
le
GALANT 141
réduit. La Ville de Paris fçachant
l'eftat où eftoit ce Monarque
, fit voeu pour le recouvrement
de fa fanté , & pour
la confervation de ce Prince ,
de faire chanter tous les ans le
jour de la Fefte de Saint Louis ,
une Meffe folemnelle de Saint
Roch , dans la Chapelle du
Louvre , & les Carmes du grand
Convent furent choifts pour
cet effet. C'est pourquoy on
les voit tous les ans le jour de
Saint Louis , traverfer la Ville
en Proceffion en Chappes , faifant
porter beaucoup de Reliques
, au fon de plufieurs Inf
142 MERCURE
trumens & particulierementdes
Trompettes . Cette Proceffion
eft toûjours fuivie du Corps de
Ville , qui a l'avantage de voir
marcher à fa tefte , Mr le Gouverneur
de Paris , & Mr le Prevoft
des Marchands accompagnez
de la plus grande partie
des trois cens Archers de Ville ,
& de leurs Officiers. Les Carmes
ont foin tous les ans d'inviter
par un Compliment Mr
le Gouverneur de Paris ; Mr le
Prevoft des Marchands , & le
Corps de Ville , de fe trouver
à cette Proceffion . Le Pere de
Pigray, eft celuy quia efté charGALANT
143
gé cette année du Compliment
d'invitation , & ce Pere
n'ayant point trouvé Mr le
Duc de Trefmes , Gouverneur
de Paris , parce qu'il eftoit à
Fontainebleau avec Sa Majefté ,
fit le Compliment ſuivant à
Mr le Marquis de Trefmes fon
fils.
MONSIEUR,
la
Si la grandeur du Roy pour
confervation duquel nous venons
intereffer la pieté de voftre illuftre
pere , luy eftoit moins connuë , nous
ferions une éloge , cet élo144
MERCURE
pas
ge quoyque toujours inferieur à
fon augufte caractere , ne laifferoit
d'animer ce zele qu'ilfait pa
roiftre dans toutes les occafions où
il s'agit de la gloire de S. M.
mais ce deffein tout glorieux qu'il
eft, neferoit- ilpas temeraire ?
C'eft de luy, Monfieur
, que
nous devons apprendre à offrir des
voeux pour un Souverain , dont
il approche le Trône de fi prés ,
dont il interprette fi fouvent les
volontez , & duquel les grandes
vertus luy font bien mieux connuës
qu'à nous ; c'est la parfaite
intelligence
qu'il a des excellentes
qualitez qui font fingulieres
Al
GALANT 145
a
au plus grand Roy du monde , qui
l'aplacé au deffus des peuplespour
leur infpirer les mêmes fentimens
de zele & d'attachement qu'il
pour le fervice de Sa Majefté.
Nous venons le Supplier
Monfieur , de paroiftre dans un
jour de folemnité à la tefte de ce
peuple qui a efté commis à fonfage
gouvernement , pour luy eftre
un modele de la pieté la plus fincere
& la plus édifiante ; elle a
efté exemplaire , elle a efté magnifique
, cette picté , dans la perfonne
de vostre ayeul , voftre illuftre
Maiſon l'a reçûë de luy comme
une fucceffion qu'elle prefere à l'é-
Septembre 1708. N
146 MERCURE
clat des Emplois & à la pompe des
Dignitez uneSageffe prematurée
l'a fait briller en vous dés les premieres
lueurs de la raison ; nous
devons en recevoir des témoigna
ges publics. Que ces témoignages
feront avantageux ? de fi dignes
offrandes prefentées pour la confervation
du Roy , feront reçues en
odeur de fuavité fur les autels du
Tout Puiffant ; ces voeux feront
du caractere de ceux qui ont le
pouvoir de toucher le coeur de
Dieu ; ils donneront une nouvelle
force à nos prieres , & ils feront
naiftre une tendre devotion
dans les coeurs des citoyens.
GALANT 147
Le même Pere s'eftant enfuite
rendu à l'Hôtel de Ville ;
fit le compliment fuivant à Mr
le Prevoft des Marchands & à
Mrs de Ville .
MESSIEURS.
S'il s'agiffot icy de vous propofer
quelqu'une de ces feftes pu
bliques que vostre zele a fifouvent
décernées aux Triomphes de
Louis le Grand , je laifferois à de
celebres Orateurs les foins glorieux
de vous peindre par de vives expreffions
, & la grandeur de ce
heros , & l'ardeur de ce zele qui
Nij
148 MERCURE
vous a toûjours animé à publier
fa gloire.
Mon difcours doit renfermer
quelque chofe deplus vif, de plus
preffant; Je viens en Orateur
chrêtien vous demander les offices
d'une pieté qui vous eft ordinaire ;
l'animer cette fincere pieté , pour
n'est-cepas affez de vous dire que
je veux l'intereffer
à la confervation
du plus religieux
, du plus
grand de tous les Souverains
, je
viens , dif-je , vous rappeller
les
triftes idées de ces jours de deüil ,
où vos peres dans l'amertume
de
leurs coeurs , épancherent
leurs â–
mes devant Dieu , pour
ádétourner
GALANT 149
ob..
la violence du mal qui menaçoit
la vie du plus grand de nos Roys ,
c'est vous expofer d'un feul trait
cesjours d'allegreffe
publique , auf
quels des voeux ardents ayant
tenu l'entiere guerifon de ce Prince
admirable , vos illuftres pre-·
deceffeurs reprirent les premiers ornemens
de leur joye.
-
Ce n'eft donc pas , Meſſieurs
dans un jour de larmes que je demande
la continuation de ces voeux
que la religion de vos peres a con-
Jacrez , & qu'elle a voulu transmettrejusqu'à
vous ; c'est dans un
jour de prieres que vostre pieté a
preferit , pour demander à ce divin
N iij
150 MERCURE
Seigneur qui tient en fes mains la
durée de nos jours , la confervation
d'un Roy qui devroit toûjours
vivre , s'il eftoit poffible , pour
nous rendre toujours heureux :
jur d'actions de graces !jour defupplications
auquel vous implorez
laprotection d'un Saint dont l'interceffion
eft fameuse dans tout le
monde chrétien , auquel vous bonorez
la Confrerie érigée en fon
nom ; vous la foûtenez de vos
biensfaits , vous fatisfaites aux
tendres fentimens de vostre devotion
, vous entrez dans les pieux
deffeins d'un Roy tres - chrétien ,
vous reprefentez la religion des
GALANT 151
peuples dont vous eſtes établis les
peres.
Quoy de plus folide , Mrs ,
quoy de plus touchant
plus
que
le motifqui
doit animer icy voftrepieté ?
Elle a en vue la confervation du
Religieux , du plus grand de
tous les Rois ; qu'il ait regné
qu'il regne encore tout couvert de
lauriers , que ce Roy glorieux furpaffe
tous les heros ,fa piété n'a-t'elle
pas toujours égale fa gloire ? ne
Pa - t'elle point emporté fur fa valeur
, n'en a- t'elle pas efté la
fource ? Que fon Regne , comme
celuy de Salomon , ait faitfleurir
la juftice dans cet augufte Royau-
Niiij
152 MERCURE
me? C'est par les confeils éclairez
d'unefageffe qu'il a reçuë de Dieu ,
qu'environné de toute la gloire
des Conquerans , il ait plufieurs
fois preferé le repos du monde à
Intereft d'agrandirfes Etats ; c'eft
par une clemence qui eft le propre
de la Divinité dont il eft l'image
fur la terre : le zele de la maifon
de Dieu a toujours efté l'âme de
fes actions : comme David il pa
roift le premier devant l'Arche cà
la tête de tout Ifraël : comme Exchias
il n'a pu voir les Chapelles
de divifion que l'herefie avoit élevées
fur les hauteurs de Garizim ,
*fans les détruire ; il a reüni les
GALANT 153
coeurs par les liens d'uue même re
ligion , ramené les efprits à l'unité
d'une même foy : files pechez
du peuple l'ont fait ceffer quelques
momens d'eftre victorieux , il n'a
pas ceffé d'eftre vainqueur : cette
conftancefidigne du heros chrétien
ne l'a pas abandonné ; l'esprit de
force qu'il a confervédans des évenemens
contraires n'eft -ilpointfuperieur
à l'éclat des plus fameufes
victoires?
LeMotifde voftre devotion n'eut
donc , Mrs , jamais rien de plus
jufte , jamais rien de plus faint :
auffi qu'elle pieté fut jamais plus
fincere , plus veritable
que
la
1
154 MERCURE
vôtre? vous eftes ces hommes de
mifericorde felon le coeur de Dieu;
une diftinction qui vous eftoit dûë
vous a mis à la tête des Citoyens
pour les foûtenir , les deffendre , les
proteger ; vous eftes les delices ,
L'ornement , la gloire de la Patrie,
vous veillez à fa feureté ; vous
en affeurez le repos : Le Monarque
parle- t- il àfes fujets , il s'explique
par vos bouches : les peuples
s'affemblent-ils pour offrir des
voeux au Ciel, vous eftes les Interpretes
des fentimens publics.
N'est- ce pas Meffieurs dans la
connoiffance des hautes vertus qui
vous diftinguent, que le Roy dont
GALANT
155
la penetration est toujours vivė ,
dont les choix font toujours les
choix de Dieu , vous a donnépour
chef un Magiftrat d'une integri
té reconnue , d'une intelligence fuperieure
, iffu de cette illuftre maifon
où l'amourde la justice eft hereditaire
; ce zele de justice qui
regle tout avec prudence , qui ne
peut eftre furpris ni par la prevention
, ni par la faveur , n'a- til
pas brillé dans fes actions , dans
fes jugemens avec un éclat qui
égale celuy de fes Ancêtres dans
l'importante adminiſtration de la
Picardie du Pays d'Artois ?
une fage conduite qui veillepour
156 MERCURE
les interefts de fon Souverain ?
n'a- t- elle pas efté en luy de concert
avec une tendre mifericorde
quifoûlage les peuples ?
C'eft de fes mains , c'eft des
vôtres , Meffieurs, que la pietépublique
exige des encens ; ce fupréme
Seigneur pourroit-il en recevoir
deplusfaints , de plus agreables
? puiſqu'ils feront offerts par
des mains pures , innocentes , tout
occupées à la diftribution de la
juftice, au foulagement des peuples
; ils feront reçûs en odeur de
Suavité , puifqu'ils fumeront fur
nos Autels pour obtenir au plus
religieux de tous les Roys , la conGALANT
157
fervation de fes jours fi precieux
à l'honneur du Sanctuaire à , la
gloire de la Monarchie ; à la felicité
des peuples .
On doit remarquer que l'on
rend tous les ans le Pain benit
à la Meffe folemnelle dont je
viens de vous parler , & que
ce Pain benit eft rendu tous
les ans par une perfonne differente
; mais de la plus haute
diftinction, invitée pour cet effet
. Mr le Duc de Gefvres l'avoit
rendu il y a 21. an , &Mr
le Duc de Trêmes fon fils , Gouverneur
de Paris , l'a rendu cette
158 MERCURE
année avec toute la pompe &
tout l'éclat convenable à un
homme de fon rang & de fa
naiffance. Les Trompettes &
les Hauts-bois de Sa Majesté
accompagnerent
fix Pains benits
, ainfi que la Compagnie
des Gardes , & la maison de
ce Gouverneur tres - leftement
vêtuë . Les Pains benits eftoient
portez par douze Suiffes qui
avoient la livrée de la maifon
de Trêmes . Ces Pains benits
eftoient garnis de Cierges & de
Banderoles aux Armes de la
même maifon , & le Cierge qui
fut preſenté à l'Offrande , éGALANT
159
toit garni de plufieurs pieces
d'or.
On a depuis peu jugé un
Procés qui depuis quelques années
faifoit grand bruit par
toute la France , & dont les
Factums eftoient recherchez &
lûs avec avidité , & particulierement
du beau fexe , qui'regardoit
cette affaire comme la
fienne propre. Ce Procés eftoit
entre un mary & une femme ,
& l'on affure que celuy de la
Dame intereffée a efté fait
par elle - même , ce qui excitoit
encore plus de curiofité . Elle
eftoit malheureufe ; elle avoit
160 MERCURE
du merite & de l'efprit , & cela
fuffifoit pour la faire plaindre
.
Je ne vous nomme point les
Parties , ayant toûjours évité
de chagriner perfonne.
Ainfi je n'apprens rien par
cet Article à ceux qui ne les
connoiffent
pas , non plus qu'à
ceux qui en ont une parfaite
connoiffance de maniere que
perfonne ne peut fe plaindre de
moy.Je dirayſeulement queMr
Fagon, Confeiller de la Cour
fils de Mr Fagon , Conſeiller
d'Etat & premier Medecin du
Roy , a cité Rapporteur de ce
Procés. L'affaire paroiffoit fi
GALANT 161
embaraffée , & elle eſtoit remplie
d'un fi grand nombre de
pieces , qu'on la regardoit comme
un cahos qu'il paroiffoit
difficile qu'aucun Juge puft
developper. Cependant , Mr
Fagon a fait fon rapport avec
tant de netteté , & il a juſtifié
tout ce qu'il a dit par des preuves
fi convainquantes , & par
des raifons fi folides , que loin
que les Juges ayent balancé fur
fon raport à prononcer en faveur
de la Dame , ils ont même
condamné l'époux aux dépens
, ce qui fait beaucoup
d'honneur au Raporteur , & ce
Septembre 1708.
162 MERCURE
qui prouve la bonté de la Cauſe
de la Dame , & fait connoif-
Mr le Confeiller
Fagon
tre
que
eft capable de remplir les premiers
Employs de Judicature ,
& que s'il devenoit un jour Intendant
de Province , comme
l'affaire qu'il vient de rapporter
a fait dire a beaucoup de
gens qu'il le meritoit , la Province
qui l'auroit pour Intendant
feroit heureufe.
On doit remarquer qu'un
Confeiller de la même Chambre
de Mr Fagon ayant eſté
nommé pour Raporteur, aprés
avoir examiné cc . Procés penGALANT
163
dant deux mois , trouva que le
Raport en eftoit fi difficile qu'il
remit le Procés au Greffe aprés
avoir dit pendant fix femaines
de femaine en femaine , qu'il le
raporteroit. Le même jour que
le Procés fut remis au Greffe ,
le Prefident le diftribua à Mr
Fagon , lequel le rapporta dans
le huitième jour , de quoy l'on
ne peut trop s'étonner , vû le
grand nombre de pieces , ainfi
que je l'ay déja dit , qu'il y avoit
à examiner, & que cette affaire
ne devoit pas eftre raportée
fans avoir efté murement examinée
; d'autant plus que toute
O ij
164 MERCURE
la France , & l'on peut même
dire une partié de l'Europe , y
faifoient attention , & qu'en
concluant pour la Dame interreffée
, il fe déclaroit contre un
homme d'un grand poids, d'un
grand nom , & qui tient un des
premiers rangs dans la Magiftrature
, & dont les lumieres
font grandes . Tout cela n'a
point étonné Mr Fagon ; il n'a
cu que la juftice en vûë , & il
s'eft attiré un applaudiffement
d'autant plus general , que trois
Prefidens & dix Confeillers qui
ont efté les Juges de cette affaire
, ont tous eſté du même
GALANT 165
fentiment ; de maniere que la
Sentence a paffé tout d'une voix
dans une Chambre qui a la réputation
d'eftre l'une des plus
integres du Parlement. La Sentence
porte feparation de corps
de biens , reftitution de la Dotte
de la Dame , qui eft de 350000.
liv. avec l'intereft , à commencer
du jour de la demande en fépara
tion , fa part en la Communauté
, & avec dépens :
Quoyque la Sentence ne foit
que par forclufion , deux chofes
font qu'il n'y a pas d'apparence
qu'elle puiffe eftre infirmée;
l'une eft parce que l'époux
166 MERCURE
a dit qu'il vouloit bien eftre
jugé fur ce que fa femme avoit
avancé qui le concerne , & l'autre
, parce que la Chambre qui
a jugé cette affaire , eft non
feulement remplie de Juges
dont l'integrité eft reconnuë ;
mais auffi parce qu'elle a donné
toute l'application imaginable
à cette affaire , & qu'elle
n'a jugé qu'aprés avoir vu toutes
les picces , les avoir bien
examinées , & avoir bien peſé
toutes les raisons des deux Parties
.
Selon l'ufage obfervé depuis
long- temps dans la FaculGALANT
167
té de Medecine de Paris , les
nouveaux Docteurs qui prennent
poffeffion de la Chaire
publique de leurs Ecoles , font
une espece de petite difpute appellée
Paftillaire. Mr Enguehard
y en a fait une en entrant
dans l'exercice d'une de ces
Chaires ; en voicy le titre .
Pro Paftillaria M. J. B. Enguchard
Doctoris Medici Parifienfis
in fcolis Medicorum. La
queftion qui y fut agitée confiftoit
à fçavoir files folides
mettent en mouvement les liquides
du corps humain . An liquida
corporis humani moveantur àfo168
MERCURE
lidis , an affidua acceffionée der
ceffione perficiantur. Mr Chemineau
Docteur de la Faculté parla
avec beaucoup d'érudition ;
ce qu'il dit fur le mercure lumineux
fut écouté avec beaucoup
de plaifir ; le latin de Mr
Chemineau fut trouvé fort
beau , & tous les Docteurs
qui parlerent, s'attirerent beaucoup
d'applaudiffemens. Mr
Enguchard fut écouté avec une
grande attention , & tout ce
qu'il dit fur les liquides & fur
les folides parut tres intereffant
à ceuxfur tout qui ont un goût
particulier pour ce qui regarde
l'oeconomic
GALANT 169
f
l'oeconomie du corps humain.
Il s'expliqua en fort beau latin ,
& toutes les veritez dont il établit
les principes , parurent fenfibles
à toute l'Afſemblée qui
donna à la fin de l'action de
grands éloges à MrEnguehard ,
& à tous ceux qui avoient parlé.
Mr le premier Medecin qui
anime tous les jeunes Medecins
à la culture des fciences naturelles
, doit eſtre regardé comme
l'auteur des progrez qui fe
font depuis quelques années
dans la Faculté de Medecine;
il les anime par fon exemple ,
par la protection qu'il accorde
Septembre 1708. P
170
MERCURE
à ceux qui s'attachent
à leur
profeffion
, & par les fecours
qu'il leur procure
.
L'Empereur
a accordé
au
Duc de Guastalla
l'Investiture
des Fiefs de Sabionetta & de
Bozzolo comme eftant le plus
proche heritier de Mre Jean-
François de Gonzague qui les
poffedoit. Guastalla eft une Vil
le de Lombardie dans le Duché
de Mantoüe proche le Pô ;
elle a le titre de Duché . Le Pape
Pafchal y aſſembla un Concile
en 1106.Bozzolo
a donné pendant
plufieurs années le nom à
une branche de la maifon de
GALANT 171
Gonzague . Vincent de Gonzague
2. du nom aprés avoir
fuccedé à Ferdinand Duc de
Mantoüe fon frere , & auparavant
Cardinal, mort fans laif-
-fer d'enfans de Catherine de
Medicis , fille de Ferdinand
grand Duc de Toſcane , & de
Catherine de Lorraine , épouſa
Ifabelle de Gonzague - Novarole
, nommée Princeffe de Boz
zolo qu'il voulut répudier dans
la fuite ; cette Princeffe eftoit
de la branche dont le Duc de
Guaftalla vient de receüillir la
fucceffion . Le Duc Ferdinand
de Gonzague, ayeul du Duc de
Pij
172 MERCURE
Guaftalla d'aujourd'huy , embellit
extremément Guaftalle
fur le Pô , & il en fit une des
plus agreables Villes d'Italié.
Anne- Ifabelle de Gonzague ,
fille de Ferdinand de Gonzague
3 .
du
nom ,
Prince de
Guaftalle , & de Marguerite
d'Eft -Modene , & premiere
femme du dernier Duc deMantoüe
, eftoit tante de Mr le Duc
de Guaftalle . Cette Princeffe a
vêcu & eft morte dans une haute
réputation de vertu . La branche
de Guaftalle a efté féconde
en grands Capitaines & en
perfonnes illuftres . Louis de
GALANT 173
Gonzague 1. de ce nom , Marquis
de Mantoüe deffit au commencement
du 14. Siecle , Pafferino
Bonicolfa , Tiran de
Mantoüe.
Mre N.... de Voyfins Seigneur
de la Porte , Saint Paul ,
& autres lieux , & Prefident
d'une des Chambres des Enqueſtes
, eſt mort à la fleur de
fon âge regretté de tous ceux
qui le connoiffoient ; il s'eftoit
acquis , quoyque fort jeune encore
, une grande réputation
dans le Parlement ; fon exacte
probité & fon défintereffement
luy avoient gagné l'eftime & la
P iij
174 MERCURE
confiance de tous ceux qui avoient
eu relation avec luy ,
ou dont il avoit cfté Juge ; il
eftoit fils de Mr de Voyfins
Confeiller au Parlement de
Rouen , & l'un des Magiftrats
de ce Corps, le plus eftimé ; it
eftoit proche parent de Mr de
Voyfins de la Noyraye Confeiller
d'Etat;deMrs lePelletier ;
& de Mr Trudaine Intendant
de Lyon.La famille de Mr Voyfins
eft originaire de Normandie,
& elle eft confiderable dans
la Robe depuis le commencement
du dernier Siecle . Le Roy
Henry IV. aprés avoir pacifié
GALANT 175
fon Royaume , & y avoir rétably
l'ancien ordre de la Juftice,
fefervit avec utilité des confeils
d'un Mr Voyfins , alors Of
ficier dans le Parlement , & ce
fut à la prudence de ce Magiftrat
, & à celle de Mr Lullier,
alors Prevoft des Marchands ,
qu'on dût la reduction de cette
grande Ville fous l'obeïſſance
de fon legitime Maiſtre. Gilbert
Voyfins Religieux de l'Or
dre de Saint Benoist fut dans
le 16. Siecle une des plus grandes
lumieres de fa Congregation.
Le talent qu'il avoit pour
la Predication , & le zele avec
Piiij
176 MERCURE
lequel il annonçoit les veriteż
de la Religion , le rendirent
celebre à la Cour de François
I. & d'Henry II. fon fils ; il refufa
plufieurs Dignitez Ecclefiaftiques
qu'on luy offroit , &
s'en montra par là plus digne ;
il mourut fur la fin du Regne
d'Henry II . qui avoit réfolu
de le prendre pour fon Confeffeur.
Mr de Voyfins eft mort
fans alliance , & fa foeur unique
eft fon heritiere.
Mre N......de Gourgues ,
Confeiller Clerc au Parlement ,
eft auffi decedé. Il eftoit frere
de Mr de Gourgues Me des .
GALANT 177
&
Requeftes , & de Mr l'Evêque
de Vabres .La Maifon de Gourgues
, ancienne dans la Robbe ,
eft originaire de Guienne ,
elle a efté établie long- temps
dans la Navarre , & dans le
Diocefe de Vabres où font
encore fituées toutes les terres
de cette maiſon . Mrs de Gourgues
ont efté long- temps dans
le Parlement de Toulouſe où
ils ont exercé des Charges de
-Prefident & de Confeiller ; ils
s'établirent dans le Parlement
de Paris vers le milieu du der,
nier Siecle , & ils s'y font toûjours
diſtinguez par leur droi178
MERCURE
-4
ture dans l'adminiſtration de
la juftice , & par leur zele pour
le fervice du Roy . Mr de Gourgues
dont je vous apprens la
mort , s'étoit engagé dans l'Etat
Ecclefiaftique il y a quelques
années ; le Roy luy donna
peu de temps aprés une
Abbaye dont il a joüi jufqu'à
fa mort ; il s'eftoit rendu eftimable
par la pureté de fa conduite
& par l'étenduë de fes
lumieres ; il avoit beaucoup
d'intelligence , & il eftoit treseftimé
dans fa Chambre. La
maiſon de Gourgues eft alliée
à celles de Fieubet , de FiefGALANT
179
Marcon , Duranty , Donneville
, Nicolaï , Harlay , le Coq ,
Briçonnét , & à d'autres maifons
des plus confiderables de
cette Ville ; elle eft connue dans
la Guterine dés le rs . Siecle ,
& elle donna au Parlement de
Bordeaux , peu aprés fon Inftitution
, de celebres Magiftrats,
Dame N.. Dublé d'Ůxelles ,
veuve de feu Mr le Comte de
Marcilly , eft morte dans un
âge affez avancé . Elle eftoit
proche parente de Mr le Maréchal
d'Uxelles , & elle portoit
le même nom que luy. La
maifon Dublé d'Uxelles eft
180 MERCURE
de
originaire de Champagne &
trés-ancienne. Elle a produit
de grands hommes dans la profeffion
des Armes ; le pere
Me la Comteffe de Marcilly.
avoit fervi toute la vie avec
beaucoup de diſtinction à la
tefte d'un Regiment de Cavalerie
qui portoit fon nom, feu Mr
le Maréchal de Turenne fous
qui il avoit eu des commandemens
confiderables l'eftimoit
beaucoup & l'honoroit d'une
confiance tres particuliere . La
maifon Dublé ne s'eft pas rendue
moins confiderable dans
l'Eglife & parmi les celebres
GALANT 181
Ecclefiaftiques qu'elle a produits
on ne doit pas oublier
un grand Prieur de l'Ordre de
Cluni qui s'y diftingua par de
beaux talens , & fur tout par
un zele infatigable pour la foi
& pour la difcipline Monaftique.
La Mere de Mr le Marquis
de Beringhen , eftoit de
cette Maifon . Me la Comteffe
de Marcilly a eu deux filles
de feu Mr le Comte de Marcilly
, fçavoir , Me la Comteffe
de Rouffillon , qui a efté élevée
à Paris & qui y a brillé
par fa beauté
& par fon efprit
,
& Mlle de Marcilly qui joint
182 MERCURE
à une naiffance confiderable
un efprit fort cultivé & orné
de toutes les connoiffances qui
peuvent fairele plus d'honneur
aux perfonnes de fon ſexe, La
Maifon de Marcilly eſt tresancienne
& fort illuftre ; elle
eft originaire de Bourgogne ;
elle a produit dans le feizième
fiecle le celebre Baron de Cipierre
, Seigneur de Marcilly
qui fut Gouverneur du Roy
Charles IX. & qui pafla pour
un des plus fages hommes de
fon tems. La maifon de Rouf
fillon dans laquelle eſt entrée
Mlle de Marcilly , eft auffi de
Bourgogne .
GALANT 183
Mre N ... de Tricaud
Prêtre & Chanoine de l'Eglife
Cathedrale de Belley , y eft
mort apres avoir rempli fes
devoirs avec beaucoup d'exatitude
, âgé d'environ foixan
te ans ; il eftoit fils de feu Mre
Jean de Tricaud d'une maifon
qualifiée de Bugei , & de Dame
N.... d'Oncieux , d'une des
plus anciennes maifons de
Dauphiné , & alliée à celle
d'Alleman - Montmartin ; & il
eftoit frere de Mr de Tricaud,
qui fait fon fejour à Belley,
apres avoir longtems porté les
armes pour le fervice du Roy,
184 MERCURE
& de Mr de Tricaud Brigadier
des Armées de Sa Majeſté , &
Lieutenant Colonel du Regiment
Lyonnois. Mr l'Abbé de
Tricaud laiffe auffi deux fours
Religieufes Urfulines à Belley,
& dont la cadette eft Superieu-
' re de cetteCommunauté , qu'elle
gouverne avec beaucoup de
fageffe & d'édification .
Celuy dont je vous aprens
la mort eftoit bon Theologien
& il aimoit les belles lettres . Il
avoit beaucoup voyagé ; il
avoit refufé il n'y avoit pas
longtems une des premieres
dignitez de fon Chapitre , ne
>
GALANY 185
voulant plus eftre chargé de.
rien qui l'attachât à la terre.Les
exemples d'un pareil defintereffement
font d'autant plus
louables qu'ils font fort rates .
a laiffé fes biens à Mr de Tricaud
fon Nevcu , Capitaine
dans le Regiment Lyonnois .
Son Canonicat a efté donné
par Mrs du Chapitre de Belley
à Mr l'Abbé de Longecombe
parent de Mr. le Marquis de
Thoy , Lieutenant General des
Armées du Roy , chef d'une
branche de la maifon de Longecombe
, une des plus illuftres
du Bugey ; ce jeune Abbé eſt
Septembre 1708.
186 MERCURE
fils de Mr de Longecombe cydevant
Capitaine dans le Regiment
Etranger de Thoy , &
qui a porté enfuite le nom
d'Albert , & de Dame N ... de
Poncetton de la Franchiſe ,
foeur de Me la Comteffe de
Brion & de Me de la Franchife
Religieufe , de l'Abbaye
Royale de Bon.
Mre N • · • Pilleron >
Chanoine de l'Eglife Cathedrale
de la Rochelle , eft mort
à la fleur de fon âge dans les
fentimens de la plus fincere
pieté ; il eftoit parent de Mr
l'Evêque de la Rochelle , & à
GALANT 187
la confideration de ce Prelat le
Roy luy donna le ferment de
fidelité de l'Eglife de la Rochelle
, à la derniere vacance
de ce Siege ; il a cfté Directeur
des Cordelieres de la rue de Grcnelle
Faux -bourg S. Germain.
Il avoit efté auparavant Chanoine
d'une Eglife Collegiale
de Clermont en Auvergne
d'où il eftoit , & il avoit pris
les femences de vertu qui viennent
de produire une fainte
mort dans le Seminaire des
Miffions Etrangeres , où il a
cité élevé , & où il a donné
de grands exemples de pieté
Qij
188 MERCURE
pendant plufieurs années . Il
eftoit d'une famille confiderable
de Clermont , & il y eftoit
generalement
eftimé ; il ne l'étoit
pas moins à la Rochelle.
Mrs du Chapitre de cette Cathedrale
l'ont d'autant plus regretté
qu'ils perdent en luy un
de leur plus zelez Confreres. Il
avoit foûtenu les interefts de
fa Compagnie en plufieurs occafions
avec beaucoup de chaleur
, & il leur avoit même quelquefois
par une delicatele de
confcience facrifié les droits du
Choeur , ce qu'exigeoient
de lui
les loix de la reconnoiffance
.
GALANT 189
moy
Il y a tres peu de choſe de
dans l'article que vous allez
lire , & qui a efté composé
par un des amis de feu Mr le
Fevre. Vous trouverez dans
cet article un ftile beaucoup
plus élevé que celuy dont je
me fers ordinairement
pour
vous écrire , croyant n'avoir
befoin que d'un ftile fimple &
narratif pour vous faire entendre
ce que je vous mande, comme
je ferois en converſation ;
ce n'eft pas que je defaprouve
l'éloquence de ceux qui m'envoyent
des articles où ils ont
cru la devoir employer
, pour
190 MERCURE
mettre dans un plus beau jour
ce qui leur fournit de quoy
exercer leur éloquence .
Nous venons de perdre un
de ces hommes du premier Ordre
, en qui le concours de toutes
les graces forme l'homme
parfait , foit pour le naturel ,
foit pour le furnaturel ; c'eſt
Meffire Nicolas le Fevre cydevant
Sous - Precepteur du
Roy d'Eſpagne , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& de Monſeigneur le Duc de
Berry. La délicateffe , la ſolidité
, le brillant , & la pénetration
de fon efprit , la juſteſſe de
GALANT 191
fon difcernement, les agremens
naturels de fa perfonne , la politeffe
de fes manieres , les progrés
qu'il fit en tres - peu de
temps dans les belles Lettres ,
& la regularité de fa conduite
dés fes plus jeunes années , firent
former à Mr le Fevre fon
le deffein de luy donner
une Charge confiderable ; mais
la dignité, l'éclat & l'honneur
qui accompagnent la noble
profeffion d'Avocat , luy plûrent
davantage , & luy firent
préferer cet éclatant Employ à
toutes les Charges qui donnant
moins d'occupation , font
perc
que
192 MERCURE
l'on tombe dans l'oifiveté.
Mr le Fevre fe donna tout
entier à la profeſſion qu'il venoit
d'embraffer , & il luy fut
aifé de meriter un applaudiffement
qui paffoit la portée de
fon âge , mais ce n'eftoit pas là
où le Ciel avoit refolu qu'il our le :
brilleroit , auffi ne fuivit - il pas
long - temps ce chemin ſans s'apercevoir
des precipices dont
il eftoit borde , & la grande
délicateffe de confcience qu'il a
confervée jufqu'à fon dernier
foupir , luy fit defirer de marcher
par une voye plus feure ,
pour arriver à une heureuſe,
Eternité
GALANT 193
Eternité , & il tourna vers le
Sanctuaire qu'il crut plus propre
que le Bareau pour nourir
en luy l'innocence de fon coeur,
la pureté de fes moeurs , le defintereffement
de les intentions
, la probité & la droiture
de fes actions avec tous les
fentimens de pieté qu'une folide
religion avoit formez en luy.
Sa famille qui fe promettoit de
fes grands talens naturels de le
voir un jour avancé dans le
monde, traverfa fortement fon
deffein ; mais il rendit fes oppofitions
inutiles,enſe hâtant de fe
confacrer à Dieu par la Clerica-
Septembre 1708 .
R
194 MERCURE
ture qu'il reçut bien tôt aprés .
La réputation
que luy acquit
fon rare merite le fit rechercher
par un des plus grands
Seigneurs
Ecclefiaftiques
attachez
à la Cour qui ayant connu
à fond fes excellentes
qualitez
, defira de fe l'attacher ,
& pour y réuffir . il luy offrit
des Benefices confiderables
qui
eftoient à fa collation ; mais rien
ne fut capable d'entamer
fon
defintereffement
qui le rendit
infenfible
à des offres fi avantageux
, & en remerciant
humblement
celuy qui vouloit être
fon bienfaicteur
. Les vives luGALANT
195
mieres & l'abondance des gra
ces dont Dieu le prevenoit
dés lors , l'ayant fortement dégouté
des chimeriques fortunes
de ce monde , & de fes frivolles
efperances , il s'attacha
entierement au fervice des
fe
donner tout
hommes
pour
entier
à celuy
de Dicu
.
Dans
ce deffein
il ſe retira
de la Cour
, où il avoit
eu
l'honneur
de
donner
quelquefois
des
leçons
à
Monseigneur
le Dauphin
, & à L. A. S. Meffieurs
les
Princes
de
Conty
&
de la Roche
- Sur - Yon
au defaut
de leurs
Precepteurs
or-
Rij
196 MERCURE
dinaires ; il s'enferma enfuite
dans une des Maifons de l'Hôpital
General pour s'y devoüer
au ſervice des pauvres , & s'y
fanctifier dans les pratiques de
la plus ardante charité , & dans
les exercices journaliers d'une
humilité la plus exemplaire.
Mais la Providence de Dieu
qui ne paroît jamais plus admirable
, qu'en tirant la lumie-
Te des tenebres , fe manifefta
fenfiblement en fa faveur
lorfqu'elle infpira au Roy de
le demander ; & aprés l'avoir
tiré d'auprés des pauvres , comme
un autre David que Dieu
2
GALANT 197
avoit tiré d'auprés des Troupeaux
pour le mettre fur le
Trône , S. M. le mit aupres
des Princes fes petits Fils , dont
elle le nomma Sous - Precepteur,
& luy confia leur éducation
pour les Lettres conjointement
avec Mr l'Abbé Fleury , ayant
toujours eu une grande conformité
de talens & de fentimens.
L'amour de Mr le Fevre
pour la retraite ; ſon éloignement
pour l'éclat & pour la
pompe , & fa modeſtie naturelle
, le porterent à fe défendre
d'accepter ce grand employ
; mais S. M. dont les choix
R iij
198 MERCURE
font toujours auffi fages &
auffi juftes qu'ils font fouvent
furprenants , ayant marqué
qu'Elle le fouhaitoit , Mr l'Ab.
bé le Fevre s'y rendit avec
toute la foumiffion qu'il devoit.
Il fortit donc de l'obfcurité
de fa retraite , où il s'étoit
rempli de la vraye fageffe comme
un autre Jofeph , & il fe
rendit auprés des Princes , où
il a demeuré pendant huit ans
avec une exacte affiduité. La
conduite qu'il y a gardée , a
bien juftifié le fage difcernement
de S. M. dans ce choix ,
Mr le Fevre s'eltant acquis une
GALANT 199
grande cftime des plus fages
perfonnes de la Cour qui l'ont
toujours regardé avec admiration
; le genre de vie qu'il y a
mené , ayant fceu fe bâtir une
folitude au milieu du plus magnifique
Palais du monde , à
vivre avec la plus fevere frugalité
au milieu des délices de la
plus agreable & de la plus
fomptueufe Cour de l'Univers,
trouvant le moyen d'accommoder
ces heures de fa picté,
avec celles de l'étude des Princes
, ne fe montrant à la Cour
qu'aux heures de cette étude..
Tout l'éclat dont il s'eft vû en-
R iiij
200 MERCURE
vironné &
l'approbation que
le Roy luy a donnée en plufieurs
occafions , les témoigna
ges de fatisfaction de S. M.
Ir la conduite & fur les manieres
de cet Abbé , quelque
chere qu'ils luy fuffent d'ail
leurs ne fervirent neanmoins
qu'à luy faire aimer davantage
fa retraite , & n'ayant jamais
voulu faire la moindre démarche
pour fe procurer aucune
des faveurs de la Cour aufquelles
fon merite , fon employ,
&fes fervices fembloient
luy donner lieu de prétendre ,
il s'en retira , aprés avoir diGALANT.
201
gnement rempli fon Miniſtefe
fans autre recompenfe
que
l'honneur
& la confolation
d'avoir travaillé avec fuccés
à former & à nourir dans les
coeurs des Princes confiez à fes
foins , les vertus Royales qui
les rendent l'admiration
de
tout l'Univers , & qui font le
bonheur
& la gloire de la
France & de l'Efpagne ; & le
merite fingulier qu'il s'eftoit
acquis en donnant ce grand
exemple de defintereffemrnt
dans un fiécle où les hommes
ſemblent
n'agir plus que par
intereft , luy fit meriter de
A
202 MERCURE
grandes louanges . Sa pieté fe
foutenant toûjours , lorsqu'il
revint à Paris, il fe chargea d'une
tres nombreuſe , mais encore
plus pauvre Communauté de
filles que Monfieur le Cardinal
de Noailles commit à fes foins ,
& envers lefquelles il a pratiqué
une charité la plus utile au public
, & qui foulage le plus les
familles particulieres ; c'eft la
maifon de fainte Aure ruë neuve
Sainte Genevieve , Ecole publique
de tous les exercices qui
conviennent aux filles , & azile
afluré de leur pureté. On leur
donne en ce lieu les principes
GALANT 203
d'une folide vertu en les faifant
travailler aux ouvrages qui conviennent
à leur fexe , afin de
les rendre dans la fuite plus utiles
au public & à leurs familles,
& de leur faire contracter de
bonne heure l'heureufe & loüable
coûtume de n'être jamais
oifives.
Enfin , Mr l'Abbé le Fevre
ayant employé tous les momens
de fa vie dans les exercices
de pieté dont je viens de
vous parler , & ayant acquis les
trefors de la grace pour meriter
le Ciel , mourut le 24.
d'Aouſt âgé de 65.ans & quel204
MERCURE
ques mois . Une vie fi chrétienne
, fi exemplaire , & fi uniformement
foûtenue dés le berceau
, ne promettoit pas moins,
que la douce & precieuſe mort
qui a fini le nombre de fes jours
comme le furent ceux de Moïfe
, dans le baiſer du Seigneur
,
ne laiffant pas lieu de douter
qu'il ne l'air reçû à ſon dernier
ſoupir , qu'il a rendu dans le
calme & la paix de fon coeur
goutant par avance les douceurs
du repos éternel . Sa devotion
tendre envers le tresporta
à le
faint Sacrement , le
recevoir plufieurs fois pendant
GALANT 205
J
à
le cours de fa maladie qui a
efté longue , mais qui lui a laiſ
fé une entiere liberté des fens
& de la raifon jufqu'au dernier
moment ; auffi les a - t- il mis à
profit pour fon falut éternel ,
les employant tous fans relâche
pratiquer des actes de toutes
les vertus Chrétiennes dignes
de fa grandeur , digne de l'élevation
de fon genie , & de fa
religion fi folide & fi vive . Les
graces du Ciel qu'il a reçues en
mourant, ont efté le fruit de la
fainteté de fa vie , & qui l'ayant
rendu fi aimable à Dieu , & fi
reſpectable aux hommes , fera
206 MERCURE
paffer fa memoire en benedi-
Єtion chez tous les gens de bien
qui l'ont connu , & aufquels il
laiffe le fincere regret de l'avoir
perdu , ou plûtôt la douce confolation
d'avoir efté honoré de
l'eftime & de l'amitié d'un fi
digne homme , qui n'auroit jamais
dû mourir , ou qui auroit
dû vivre plus long - temps
fes excellentes vertus n'avoient
merité que la bonté de Dicu ,
& fa juſtice avançaffent le
temps de ſa recompenſe & de
fa gloire.
fi
Mlle de Rey,fille âgée de cent
dix ans bien prouvez , mourut
GALANT . 207
le 5. de ce mois à deux lieues
les
.
de Montauban , dans un Village
nommé Vigueron , qui appartient
à Me la Marquife
Doüairiere de Mirepoix , & qui
dépend du Comté de Terride.
Cette Demoiſelle avoit joüi
d'une fanté parfaite juſqu'à
l'âge de 93. ans , qu'elle tomba
malade d'une maladie douloureufe
qui l'a tenue 17. ans
au lit avec une fi grande fenfibilité
, qu'on ne pouvoit ni la remuer
, ni la toucher fans luy
faire fouffrir des douleurs aigues
. Elle a paffé tout ce temps
dans un continuel exercice des
208 MERCURE
plus grandes vertus, & avec une
parfaite refignation à la volonté
de Dieu . Elle fe confeffoit
& elle communioit tous les
huit jours. Elle s'exhortoit elle-
même à la patience , & elle
confoloit par fes pieufes reflexions
ceux qui la voyoient dans
cet état cruel , étant fort fenfibles
à fes fouffrances . Enfin ,
aprés 17. ans de maladie , &
cent dix ans d'âge bien atteſtez,
elle a terminé la vie par une ficvre
continuë de dix jours , &
par un redoublement des plus
violens . Elle redoubla fortement
aux approches de la
GALANT 209
mort , fa foy , fa patience & fa
refignation. Pendant toute ſa
maladie elle avoit eſté effrayée
des Jugemens de Dieu , & à fa
mort elle ranima ſon eſperance
. Elle s'exhorta elle- même ,
& voicy en propres termes les
dernieres paroles qu'elles prononça
Fefus , vous eftes mon
tout ; Jefus , vous eftes mon efperance.
Jefus, vous eftes mon amour.
A ce dernier mot prononcé
bien diftinctement elle rendit
l'ame ; & elle couronna par ce
dernier acte d'amour de Dieu
toutes les vertus dont elle avoit
édifié tout le païs pendant
Septembre 1708
S
210 MARCURE
une fi longue vic .
Feu Mr Luillier avoit un fi
grand nombre d'Amis , & il
en eftoit fi tendrement aimé
que l'on ne doit pas s'étonner
s'il s'en eft trouvé
qui ont pris
foin de l'Article
fuivant
, dans
lequel
ils ont épanché
leur
amour
& leur reconnoiffance
pour cet illuftre Défunt.
Mre Jean Luillier , Chevalier
, Seigneur
de Labbeville
Fontaine
& Morenville
, âgé
de foixante
-fept ans , mourut
à Paris la nuit du 9. au 10. du
mois dernier
, pleuré d'un grand
nombre
d'Amis
, eftimé
de
GALANT 201
ceux qui ne le connoiffoient
qu'à peine , ainfi que de ceux
qui fe faifoient honneur d'eftre
connus de luy , & regretté de
tous. Jamais homme n'a joint
plus de qualitez aimables a plus
de vertus folides. Il aimoit la
magnificence ; il eftoit liberal
jufqu'à la profufion , genereux
jufqu'au dernier defintereffement
& charitable jufqu'à
preferer les befoins des pauvres
aux dépenſes qu'il faiſoic
avec le plus de plaifir . Jamais
pauvre n'a eſté renvoyé à fa
porte , & jamais indigent n'a
eu recours à luy fans effet . Il fe
Sij
212 MERCURE
faifoit un plaifir particulier de
foulager de pauvres vieillards
que leur âge ou leurs infirmitez
retenoient dans leur lit &
dans leur maiſon , & de faire
élever de jeunes gens qui paroiffoient
difpofez au bien
d'une maniere qui pouvoit leur
donner licu de ſe diſtinguer &
de s'établir. Cette charité luy a
fouvent réüffi , & Paris eft rempli
de gens eftimez & fouhaitez
par tout , qui luy doivent leur
reputation & leur fortune. It
cherchoit avec autant de foin
les occafions de donner , que
d'autres les évitent . Il commuGALANT
213
niquoit facilement fes grands
biens ; mais toûjours avec proportion
& avec choix . Il avoit
plus de facilité à les répandre
qu'il n'avoit d'attention à les
recueillir. Il fe plaifoit fur tout
à fe cacher lorſqu'il répandoit
fes graces & fes liberalitez . Il
avoit toûjours des témoins de
la maniere
voit
maible
dont il viil
prenoit foin de
n'en avoir pas , des bonnes ocuvres
qu'il fe plaifoit à faire . Ses
propres domeftiques les ignoroient
, fes meilleurs Amis n'en
fçavoient rien , & dés qu'il s'en
eftoit acquitté à fon gré , ceux.
1
214 MERCURE
à qui il avoit fait du bien auroient
dit qu'il l'ignoroit tant
il prenoit de foin de l'oublier .
Jamais pauvre honteux ne s'eft
autant caché pour luy demander
, qu'il s'eft caché luy même
pour luy ouvrir ſa bourſe ; &
il ne fentoit jamais fi bien le
plaifir d'eftre riche que lorsqu'il
joüiffoit à fon gré du plaifir de
donner . Il avoit de l'efprit &
du fçavoir , & il ne s'en fervoit
jamais plus heureuſement avec
autant d'attention que lorfqu'il
les employoit à louer ceux
en qui ilen trouvoit . Tout genre
de merite luy eftoit bon .
GALANT 215
Tout beau talent luy eftoit
cher, & toute bonne qualité luy
eftoit agreable. Il aimoit les ouvrages
d'efprit , il les critiquoit
avec peine , il les approuvoit
avec plaifir,& il attiroit chez lui
ceux qui en faifoient , ou qui
eftoient capables d'en faire ,
& toûjours dans l'idée d'ajoûter
quelque récompenſe à
fon approbation. Il avoit un
grand gouft pour toutes cho-
Les ; mais fur tout pour les Bâtimens
& pour la Mufique , &
il employoit utilement les Architectes
& les Muficiens . C'étoit
un titre pour eux lorf
216 MERCURE
qu'il les employoit . Ses penfées
eftoient vives , fes idées juftes ,
fes lumières pures , fon choix
toûjours für & fon gouſt toûjours
approuvé. Il avoit fait
de toutes fes maifons tant à
Paris qu'à la Campagne , autant
de reduits charmans inacceffibles
à l'ennuy , & d'où fa
feule preſence eftoit en poſſeſfion
de bannir le chagrin & la
trifteffe. Enfin aprés avoir vêcu
en Philofophe , il eft mort
en Chreftien .
Dés qu'on luy cut annoncé
que l'eftat où il fe trouvoit le
devoit obliger de fonger à fes
affaires
,
GALANT 217
le
fe
affaires , il ne ſouhaitta plus que
temps qu'il luy falloit pour
preparer à recevoir dignement
les derniers Sacremens de
l'Eglife . Il les demanda avec
inftance , & il les reçut tous
avec la plus grande édification .
Il conferva jufqu'au dernier
foupir fa connoiffance , fon
bon efprit , & fon bon coeur ,
& il ne s'en fervit plus que
pour
faire des actes de contrition
& d'amour de Dieu . Rien
ne prouve mieux fa religion
fes dernieres difpofitions
.
Il a laiffé deux cens mille livres.
que
aux pauvres ; & de
Septembre 1708.
peur de
T
218 MERCURE
n'avoir
pas fait un bon uſage
d'un bon Benefice , qu'il avoit
poffedé affez long - temps , il
a laiffé aux Paroiffes qui en
payoient les revenus , cent foixante
mille livres. Il n'appartenoit
qu'à la Religion de couronner
une fi belle vic & une
fi fainte mort.
Je ne vous détailleray pas
icy fagenealogie , tout lemonde
fçait que les Luilliers ont
toûjours efté regardez , comme
eftant de la premiere Nobleffe
& de la plus grande antiquité
de la Ville de Paris. Ils
avoient trois Coquilles pour
GALANT 219
Armes ou pour Sceau , longtemps
avant que le Blafon fuft
déterminé en France . Sans remonter
à une antiquité plus
reculée , il est bien prouvé que
dés l'an 1269. il y avoit un
Pierre Luillier à qui on donnoit
le titre de Monfeigneur , peu
ufité en ce temps - là . Il avoit
époufé Maric Boucher d'une
des plus anciennes familles de
Paris , & tante de Jean Boucher
Confeiller au Parlement dés
l'an 1315. C'eft de celuy - cy
que defcend Mr Boucher d'Orſay
, qui vient d'exercer ſi dignement
l'employ important
Tij
220 MERCURE
de Prevoft des Marchands . Ce
Pierre Luillier & Marie Boucher
fa femme firent entierement
bâtir l'Eglife des Blancs-
Manteaux à Paris, On voit encore
aujourd'huy à toutes les
voûtes de cette Eglife les armes
des Luilliers qui font d'azur à
trois coquilles d'or, Mre Philbert
Luillier , Chevalier , Capitaine
& Gouverneur de
la Baftille , eftoit fils de ce
Monſeigneur Pierre Luillier en
l'an 1319. ainfi qu'on le trouve
à la Chambre des Comptes .
En 1404 Robert Luillier épou
fa Alix de Leftre , de la même
GALANT 221
famille du Chancelier de ce
nom . Les Luilliers fe font auffi
alliez aux Chanceliers de Marle
, de Dormans & d'Orgemon .
Sous Charles V. Jean Luillier.
Chevalier, fils de Robert , fut
Avocat general , & un de fes
enfans appellé Mre Jean Luillier
en 1483. fur Evêque de
Meaux , Proviſeur de Sorbonne
, grand Aumônier de France
Confeffeur du Rôy , &
Doyen
Doven de Nôtre- Dame de Paris.
L'éclat de cette illuftre famille
s'eft toujours foûtenu
par les plus grands emplois &
par les plus belles alliances.
Tiij
222 MERCURE
L'ayeul de feu Mr Luillier fur
la fin du quinziéme fiecle , remit
Paris fous l'obéïffance du
Roy , & y reçut Henry IV. en
qualité de Prevoſt des Marchands.
Feu Mr Luillier.
pouvoit
fe flatter d'eftre allié aux
plus anciennes Maiſons , &
même à celle de Lorraine , mais
cette vanité n'avoit point d'accés
auprés de luy.
Mr le Prince d'Ooſtfriſe ,
autrement d'Embden eft mort
d'apoplexie à Aurich , tres - regretté
de tous fes Sujets , dont
il eftoit fort aimé , à caufe de
fes manieres engageantes & de
GALANT 223
fa bonté naturelle . Aurich eft
la ville Capitale de la Frife Orientale
, & les Comtes d'Embden
y refidoient autrefois. Cette
Ville eft gouvernée par fes
Magiftrats , & elle dépend en
quelque maniere des Etats Generaux
, qui ont trouvé moyen
de s'en affurer ; ils en font Scigneurs
du moins mediats depuis
la Paix de 1606. que
Roy d'Angleterre Jacques II .
procura par fes foins. Cette
Ville avoit des Seigneurs particuliers
qui portoient le titre
de Comtes vers l'an 1465.
Edzard Comte d'Embden , qui
le
Tiiij
224 MERCURE
vivoit fur la fin du feizième fie .
cle cut quelques conteſtations
avec les Citoyens de cette Ville
; un Miniftre nommé Mentzo
Alting, les porta à la revolte ,
& les engagea de fe mettre fous
la protection des Hollandois
qui mirent garnifon à Embden.
Le Comte fe refugia en
Allemagne & laiffa cinq fils ,
Ennon , Guftave , Jean , Chriftophe
, & Charles . Ennon voulut
rétablir fon autorité dans
Embden en 1602. mais les Habitans
coururent aux armes &
l'obligerent de fe retirer en Allemagne
, fortifiez par le
le feGALANY
225
cours des Etats des Provinces-
Unies , qui vouloient demeufer
maiſtres abfolus de cette
Ville , dont l'importance pour
le commerce , faifoit l'objet de
de leur ambition . Les Hollandois
vinrent à bout de ce deffein
, & Ennon donna fa fille à
Jean fon frere qui avoit embraffé
la Religion Catholique ,
qui l'époufa avec difpenfe du
Pape , Mr le Prince d'Ooftfrife
4
dont je vous
ens la mort
de
en defcendoit. Ses ancêtres
aprés avoir eſté dépouillez dé
la ville d'Embden , avoient fixé
leur ſejour à Aurik , qui eſt à
226 MERCURE
trois lieues d'Embden ; elle eſt
fituée dans un pays aſſez ſterile,
dont elle eft Capitale ; & on
nomme ce Pays Aurikerland ;
le Palais des Comtes d'Embden
eft dans un petit Bourg contigu
à la ville d'Aurik.
Le Roy d'Efpagne a nommé
à l'Evêché de Nicaragua
dans la nouvelle Efpagne , Don
Benito Garret Religieux de
l'Ordre de Premontré. Ce nouveau
Prélat eft d'une famille
originaire du Royaume de
Leon , mais fa vertu & fon
merite le rendent plus confiderable
que l'éclat qu'il peut tirer
1
GALANT 227
d'une maiſon illuftre; il a toutes
les qualitez qui conviennent
à un bon Evêque : Il eft éclairé
, & il a le don de la parole ;
il a préché dans les meilleures
Chaires d'Efpagne avec de trés
grands aplaudiffemens. Nicaragua
eft dans l'Amerique Septentrionale
, & dans le Gouvernement
de Guatimala ; fon
territoire eft fort étendu entre
la Mer du Nord qui le borne
vers l'Orient , & la Mer du
Sud à l'Occident & au Midy ,
où il a pour frontiere le Païs
de Veragua , & au Septentrion
il confine avec les Païs de Gua228
MERCURE
pas
timala & de Honduras.
Pais a efté découvert par les
Efpagnols qui le poffedent de
puis plus de 160. ans , quoysi
202
qu'il y ait beaucoup d'endroits
où les peuples ne leur obéiffent
pas , parce qu'ils n'ont
affez de colonies pour les bou
pouvoir
tenir dans la dépendance.
Ce Païseft divifé en huit Provinces
, & les Peuples y font affez
civilifez ; on commence même
ày cultiver les terres . Il y a
un grand nombre de Religieux
, & la fuperftition y eft
prefque entierement détruite.
Le feu Evêque de Nicaragua a
GALANT 229
1
beaucoup travaillé dans ce vafte
Dioceſe , & fa memoire y
eft dans une grande veneration.
Sur la demiflion que Mr le
Prince Sapieha grand General
de Lithuanic , & fon frere
grand Maréchal de la même
Province , ont donnée de ces
deux Charges, le Roy Stanislas
a conferé la premiere , à Mr le
Prince Sapieha Starofte de Bobruis
qui avoit déja des Patentes
pour en prendre poffeffion
quand elle viendroit à vacquer.
Mr le Prince Sapieha qui vient
de fe demettre de la Charge
de grand General a époufé Me
230 MERCURE
la Palatine de Vilna . Comme
il eft furvenu de grandes conteftations
touchant la Charge
de grand Maréchal de Lithuanic
, elles ont efté mises à la
decifion d'une Diette generale
dans laquelle on examinera fi
deux grandes Charges peuvent
eftre poffedées par des perfonnes
d'une même maifon , celle
de grand Maréchal ayant auffi
été donnée à un Prince Sapicha
, qui s'eft obligé à fe foumettre
à ce qui fera decidé par
la Republique. Mr le Starof
te de Bobruis nouveau grand
General , eft proche Parent de
GALANT 231
Mr le General Major Jofeph
Sapicha : ils fe diftinguent l'un
& l'autre dans la guerrequi cft
allumée en Pologne , & ils y
ont les principaux Commandemens.
La Maiſon Sapicha
eft une des illuftres de Pologne ;
elle y eft connue depuis le
Regne des Jagellons , & fous
le Roy Eftienne Bathori , qui
de Prince de Tranfilvanic fut
élu Roy de Pologne , aprés
que le Roy Henry III. fut
party de Varfovie. Les Princes
de la Maiſon Sapieha occupoient
les premieres dignitez
de la Cour de ce Monarque ;
232 MARCURE
ils s'y firent confiderer par leur
merite & par leur valeur dont
ils donnerent de frequentes
marques contre les Turcs . La
Maifon Sapicha eft alliée à celles
de Radienski , de Tovienf
Ki , & de Lubomirski : elle
produit dans les deux derniers
ficcles plufieurs perfonnes de
Lettres & de grands Prélats,
qui ont l'ornement des
Eglifes du Nord , un Evêque
de cette maifon écrivit beaucoup
dans le penultiéme fiecle
contre les erreurs des Lutheriens
, & des Sociniens qui infecterent
en ce tems là toute
Y
elté
GALANT 233
la Pologne. Crellius & Epifcopius
chefs de ces derniers ne
trouverent point de plus ru
des adverfaires dans les établiffemens
qu'ils voulurent faire
en Pologne , que les Princes de
la Maifon Sapicha. Un Religieux
de S. Benoift de cette
famille , écrivit contre Calvin ,
& particulierement contre fon
Livre de l'Inftitution avec beaucoup
de force & de folidité ;
& il deffendit les principaux
Dogmes de la Religion Catholique
d'une maniere qui lui
attira de grands éloges du Pape
Paul III. Ce Religieux fur in-
Septembre 1708. V
234 MERCURE
до
vité d'affifter au Concile de
Trente mais une maladie
mortelle dont il fut attaqué
en ce tems- là , l'empêcha de
s'y trouver. Mrs Sapicha éfoient
alliez de la Maiſon
Royale des Jagellons ; & ils
procurerent par leurs foins le
Mariage de l'Heritiere de cette
Maifon avec le Roy Eſtienne
Bathori , ils retablirent même
fouvent l'intelligence entre ce
Prince & cette Princeffe , que
la difference de leur âge rompit
plufieurs fois.
Je vous envoye une Relation
qui vous attachera plu¬
GALANT 235
qu'elle ne vous divertira . Je
crois que vous avez déja oüy
parler de ce qui en fait le fujer .
Vous verrez que ce que l'on en
avoit dit d'abord , eft bien
moins confiderable
que ce que
vous trouverez dans ce que
vous allez lire.
›
RELATION DES
Tremblemens de terre arrivez
le mois dernier à Manofque
en Provence.
Le premier de ces Tremblemens
l'on a regardé comme leplus
violent , arriva le 14. à fix ben .
que
Vij
236 MERCURE
res demiedu matin. Ilfe fitfentir
differemmentfelon les diverfes fi
tuations du terroir; on entendit en
quelques endroits comme une repetition
de plufieurs coups de canon
, en d'autres comme un épouvantable
mugiffement
e
en
d'autres comme certains roulemens
de tonnerre fourds affreux.
Quelques perfonnes qui estoient à
la campagne , crurent voir tout à
coup la ville en l'air , & la crurent
enfuite entierement renverfée
; elle a efté tellement fecouée &
ébranlée auffi bien que tout le terroir,
qu'on n'y peut trouver une
maiſon qui ne foit marquée de la
GALANT 237
main du Seigneur , quelques - unes
font renverfées à demi , & les
autresfont
e
fendues depuis les fon
demens jufqu'à la couverture ; le
Chateau des anciens Comtes de
Forcalquier, qui appartient prefentement
àMeffieurs de Malthe ,
& qu'on avoit toûjours regardé
defolidité de l'épaiffeur defes
e un rocher à caufe de fagranfondemens
, menace ruïne de tous
côtez. Iln'y a ni muraille,ni tour¸
ni voute qui ne foit endommagée.
Il en eft de même des Eglifes les
plus folides , comme font celles de
faint Sauveures de Noftre Dame;
le Convent des RR. Peres
238 MERCURE
Obfervantins n'eft plus logeable ;
les murailles de la ville font ren-`
verfées en differens endroits ; la
terre s'eft ouverte en plufieurs
lieux , les rochers fe font fendus , {
& ce qui paroift le plus furprenant
, eft un rocher fitué à demi
de lieuë de la ville,
quart qui s'eftant
ouvert a fait voir plufieurs
fourcesprodigieufes , les unes d'eau
fouffrée , & les autres d'eau douce.
Plufieurs nourrices ont perdu
leur lait , ce qui a caufé la mort de
quelques-uns de leurs enfans. La
frayeur a renduplufieurs perfonnes
malades , quelques-
& en
font devenues bebetées , & d'auGALANT
239
tres ont tout- à-fait perdu l'efprit ;
les beftes même ont reſſenti quelque
alteration , & l'on ne voit
plus dans tout le terroir que quelques
oyfeauxpaffagers ; depuis le
14. jusqu'au 20. on a fenti tous
les jours plufieurs fecouffes , mais
fi legeres , qu'on y faifoit à peine
attention de forte qu'on croyoit
qu'il n'y avoit plus rien à craindre,
chacun fongeoit à reparer
une partie des ruïnes de fa maifon
pour s'y loger enfûreté, lorsque le
20. ily eut trois tremblemens dont
le dernier arriva à deux heures
aprés midi avec des bruits plus
épouvantables , & plus violens
240 MERCURE
que ceux du 14. & qui retentirentfifort
en l'air & dans les lieux
foufterrains
, que chacun crut que
tafin du monde eftoit venue : on
n'entendoit
par tout que pleurs ,
que cris, & quegemiffemens
, & la
ville fut entièrement
deferte en
moins d'un demi quart d'heure !
les Religieux & les Religieufes
abandonnerent
leurs Convents ,
&fept à huit milleperfonnes qui
-fortoient en foule de cette Ville
dans la feule penfée d'éviter la
mortfe trouverent
tout d'un coup
fans pain & fans vin , n'ofant
plus rentrer dans la Ville pour
s'en pourvoir, ce qui les contraignit
GALANT 241
{
gnit d'avoir recours aux villes &
aux villages voifins où quelques
familles refterent, les autres camperent
à la campagne aux endroits
les plus éloignez des bâtimens,
Ces Tremblemens ont continué
tous les jours à plufienrs repriſes
depuis le 20. jufqu'au 30. &
même quelques - uns ont encore efté
affez violens. Les habitans qui
campoient, ont beaucoup fouffert
par les pluyes qui fontfurvenuës
le 27. le 28. ce qui en a
encore retirer plufieurs aux Villages
voisins ; Il n'y a eu perfonne
de tuéfous les ruïnes de cette Ville ,
అ les bleffez ont efté en petit nom-
Septembre 1708. X
fait
242 MERCURE
bre. On a reffenti ces Tremblemens
de 7. à 8. lieuës à la ronde ;
les Villages de Corbieres , Sainte
Tulle & Monfuron
qui font à
deux lieuës de Manofque
ont fouffert
quelques dommages , & celuy
de Peyrevert, qui n'en est qu'à
une petite lieuë , a cfté preſqu'autant
endommagé
que Manofque
.
Il y a eu depuis peu une
conteftation entre l'Univerfité
d'Oxford & l'Academie de
Geneve qui a beaucoup fait
de bruit. Quelques Vers faits
par de jeunes Ecoliers de
1 Univerfité d'Oxford dans
leurs exercices publics y ont
GALANT 243
"
donné occafion . Ces jeunes
Gens avoient donné dans leurs
vers quelques loüanges à l'Eglife
Catholique , & répandu
quelques traits peu
favorables
à l'Academie de Geneve. Les
Miniftres de cette derniere Ville
prirent feu , & ils en porterent
leurs plaintes à Mr l'Evêque
de Londres. Ce Prélat dans
la réponſe qu'il leur fit les affura
que par le mot de Geneve
que ces jeunes Gens avoient employé
dans leurs Vers , ils n'avoient
voulu parler que des Pref
byteriens , qui faifoient autrefois
valoir le témognage de l'Eglife de
X ij
244 MERCURE
Geneve , pour colorer leurſeparation
de l'Eglife Anglicane. Sur
cela Mrs de Geneve écrivirent
une Lettre à l Univerfité d'Oxford
, où ils déclarent les fentimens
où ils font à l'égard de
l'Eglife Anglicane , & ils écrivirent
en même temps à Mr
l'Archevêque de Cantorbery ,
fucceffeur du Docteur Tillolfon
, qui avoit épousé la niece
de Cromwel , & qui étoit fille
du Docteur Wilkins , Evêque
de Chefter . Mrs d'Oxford répondirent
par une Lettre tresobligeante
, & dans laquelle ils
établiffent la difference qu'ils
GALANT 245
mettent entre les Presbyteriens
de Geneve , & ceux qui font
une fecte confiderable en Angleterre.
Toutes ces Lettres ont
été rendues publiques par l'Univerfité
d'Oxford . Les Prefbyteriens
qui fe font vûs attaquez
jufques dans leurs retranchemens
, fe font mis en état
de deffence , & ils ont pour
ce fujet publié un petit Livre
Anglois dont voici le Titre :
Apologie des Non- Conformistes
Anglois par les Confeffions de foy
de's Eglifes Proteftantes , étrangeparticulierement
par des res
Lettres de celle de Geneve , qui
X iij
246 MERCURE
peuvent fervir de réponſe à plufieurs
Lettres des Pafteurs de l'Eglife
de Geneve , à l'Archevêque ··
de Cantorbery, à l'Evêque de Londres
à l'Univerfité d'Oxford ,
avec leurs réponses.
س
a
Le Presbyterien qui a publié
cette Apologie fe fert de
l'autorité & des Confeffions de
Foy des Eglifes Proteſtantes ,
des Suiffes & des Pays - Bas , & il
fait voir par les Actes du Synode
de Xanzen en Pologne , que
ce qu'on nomme en ce Pays - là
les Superintendans , n'eft pas
même chofe que les Evêques ou
les Epifcopaux d'Angleterre : il
remarque enfuite que l'Eglife
la
GALANT 零
247
Proteftante d'Ecoffe avoit peu
aprés la prétenduë reformation
des Superintendans : mais qu'on
les fupprima, parcé, dit- il , que la
la Cour s'en fervoit comme d'un
moyen pour introduire l'Epiſcovat.
Un fragment d'une Lettre de
Beze , écrite à Cnox le 12 .
Avril 1578 luy fert de preuve.
Cnox avoit donné avis à
Beze du deffein de la Cour , &
on voit dans cette Lettre que
ce dernier ne parle pas d'une
maniere fort avantageufe des
'Evêques. L'Apologifte
raporte
enfuite le fentiment des
Confeffions
de foy Proteftan-
X iiij
248 MERCURE
tes , étrangeres fur la Difcipline
de l'Eglife ; l'Office des
anciens , & les Ceremonies
de
l'Eglife , & il s'en fert à juſti
fier la Doctrine des Presbyteriens
Anglois. Enfin on trouve
dans cet écrit une réponſe del'Eglife
de Geneve aux queſtions
de quelques Anglois Presbyteriens,
vivant fous le Regne de la
Reine Elizabeth
, & qui ne pouvant
pas fe conformer à l'Eglife
qui eftoit alors la dominante ,
la confultoient
fur ce qu'ils devoient
faire ; cette réponſe en
datte du 24. Octobre 1564 .
& foufcrite
par Beze & par
GALANT 249
dix fept autres Miniftres , paroît
favorable aux Presbyteriens.
La fameufe Lettre que
Calvin écrivit à Cnox & à
quelques autres Miniftres Pref.
byteriens qui s'eftoient réfugiez
à Francfort , finit ce petit
Livre. C'eft dans cette Lettre
que l'Herefiarque en parlant de
la Liturgie de l'Eglife Anglicane
, dit qu'il y reste encore
quelques bagatelles : mais quifont
tolerables ; TOLERABILES
INEPTIÆ . Ces bagatelles étoient
quelques ceremonies de l'Egli
fe qui font encore aujourd hui
en uſage dans l'Eglife Anglicane
.
250 MERCURE
pas
ge
Le principal different qui eft
à prefent entre les Epiſcopaux
& les Presbyteriens , eft que
ceux - cy fe fondant fur les
principes de leur prétenduë
Reformation , qui ne veulent
fe fonder fur le temoigna
des hommes en matiere de
Religion mais uniquement
fur la parole de Dieu écrite ,
ſe plaignent que leurs freres
les Epifcopaux s'éloignent de
cette regle ; la feule qui peut
terminer leur difpute , & ils
difent que puifque ces freres peu
fideles à garder la foi de leurs
peres , en appellent au témoignage
GALANT 251
des hommes , ils ne doivent pas
trouver mauvais qu'on fe ferve
contr'eux des mêmes armes ; avec
cette difference cependant qu'ils puiferont
leurs autoritez dans lesĊonfeffions
de foi des Eglifes Prote-
Stantes étrangeres qui n'ont aucun
raport aux difputes préfentes , &
qui font d'une plus grande force
que le fentiment de quelque.compagnie
particuliere.
Cette affaire a fait beaucoup
de bruit , & elle a eſté
fur le point de divifer entierement
les Presbyteriens & les
Epifcopaux qui ne font pas
déja d'une trop bonne intelli252
MERCURE
ligence. Le Docteur Burnet
Evêque de Saliſbury doit même
êcrire fur ce fujet . Perfonne
n'ignore qu'il eſt un zelé
Partifan des Epifcopaux , du
nombre defquels il eft depuis
quelques années .
Les Vers qui fuivent n'exciteront
point de difpute comme
ceux dont il eft parlé dans
l'Article que vous venez de lire.
Ils ont été faits fur un ouvrage
qui doit autant durer que
monde , par Mr Moreau de
Mautour,qui travailleà immortalifer
fon nom. L'ouvrage eft
le Dictionnaire Geographique
le
GALANT.
253
& Hiftorique de Mr de Corneille
, qui doit cftre rendu public
dans le temps que vous recevrez
ma Lettre. Je ne vous
dis rien de cet ouvrage dont
je vous ay amplement parlé le
mois paffe , & qui eſt attendu
avec impatience , non - feulement
de toute l'Europe ; mais
même de toute la terre , s'il
m'eſt permis de parler ainſi.
MADRIGAL.
L'efpritfaitfes Heros , ainfi que la
valeur.
Cet ouvrage immortel
voyonsparoiftre,
que nous
254 MERCURE
Acheve d'affurer la gloire à fon
Auteur:
Les Mufes & les Arts l'ont déja
fait connoiftre,
Frere du grand Corneille il marche
fur fes pas.
Mais lorfquefa plumefeconde
Décrit ce que le Cielfousfes vaftes
climats ,
Comprend fur la terre & fur
l'onde ;
Il confervefon nom au-delà du trépas
,
Et confond fa durée avec celle du
monde.
Je paffe aux nouveaux IntenGALANT
255
dans de
Commerce dont j'aurois
dû vous parler il y a longtemps
; mais il s'eft trouvé un
fi grand nombre de prétendans
à ces nouvelles Charges ,
& on les a données dans le monde
à tant de gens qui n'ont pû
en avoir , que j'ay crû devoir attendre
à vous en parler , que
ces Charges fuffent remplies ,
& qu'il n'y cut plus de changemens
à apprehender
.
Mr Amelot de Chaillou
Maistre des Requeſtes a eſté
pourvû de l'une de ces Charges.
Ileft proche parent de Mr Amelot
de Gournay, Confeiller d'E256
MERCURE
tat & Ambaffadeur en Efpagne
, & dc Mr Mignard de Bernieres
, Intendant de Flandres.
Il eft auffi allié à la Maiſon de
Faucon - de - Ris , qui a donné
des premiers Prefidens au Parlement
de Roüen. Le dernier
premier Prefident de ce nom
eftoit fils de N..... de Maignard
de Bernieres , qui eftoit
fille de Mr. de Bernieres Confeiller
au Parlement de Paris , &
de N... Amelot , qui en qualité
Commiffaire du Roy a fait
executer l'Edit de la Revocation
de celuy de Nantes , en
Poitou & en Xaintonge. Il ſc
GALANT 257
fervit de fon efprit & de fa douceur
pour contenir les Protef
tans dans leur devoir , & cependant
il fit executer tresexactement
les ordres de la
Cour. On trouve fon éloge
dans les deux premiers volumes
de l'Hiftoire de l'Edit de Nantes
, imprimée en Hollande .
Mr de Caumartin de Boiffy,
ci - devant Confeiller au grand
Confeil , & enfuite Maitre des
Requeftes , a eu la feconde
Charge d'Intendant du Commerce.
Il eft fils de feu Louis-
François le Févre , Seigneur
de Caumartin , premierement
Septembre 1708
Y
258 MERCURE
Confeiller au Parlement , enfuite
Maistre dès Requeſtes ,
Garde des Sceaux des Grands-
Jours tenus en Auvergne en
1666. & enfin Intendant en
Champagne & Confeiller d'E
tat ordinaire , & de Dame Catherine-
Madelaine de Verthamon
, tante de Mr le premier
Prefident du grand Confeil.
Feu Mr de Caumartin avoit eu
d'Urbaine de Sainte Marthe fa
premiere femme , Mr de Caumartin
Intendant des Finances.
Du fecond mariage , outre Mr
de Boiffy , marié à Mlle Bernard
coufine de Mr d'Haute-
*
GALANT 259
-i
roche Confeiller au Parlement,
il a eu Mr l'Abbé de Caumartin
de l'Academie Françoife &
Abbé de Buzay en Bretagne.
Mr de Caumartin de Maizy ,
Capitaine de Fregate , mort en
1696. & Paul- Victor- Auguf
te Chevalier de Malte qui fert
fur mer ; & cinq filles , fçavoir ,
feue Me Mafcrany , femme
du Maistre des Requeſtes , Me
d'Argenfon , Me de la Cour ,
femme du Maistre des Requeftes
de ce nom ; Me d'Aulede ,
belle-fille du feu premier Prefident
de Bordeaux ; & Me de
Thuify , femme du Maitre des
Y ij
260 MERCURE
Requeſtes de ce nom . Ils font
tous iffus de Louis le Févre de
Caumartin Garde des Sceaux ,
leur bifayeul . Ce grand Magiftrat
fut chargé de la Garde des
Sceaux aprés la mort de Mr de
Vicq , au Camp devant Montpellier
le 2 3. Septembre de l'an
1622. , & il mourut le 21. Janvier
de l'année fuivante , univerfellement
regretté.
Mr de Machault Seigneur
d'Arnouville a eu la troifiéme
place d'Intendant
du Commerce.
Il eft Maître des Requêtes
il y a déja quelques années
: il eft d'une ancienne faGALANT
261
mille de la Robe , dont on voit
de glorieux veftiges dans l'Eglife
de S. André des Arcs.
Cette Maiſon eftoit déja connue
dans le Parlement fous le
Regne de Charles IX. & il y
eut un Georges de Machault
fous ce Regne , qui eut beaucoup
de part
ce de la Reine Catherine de
Medicis. Il fit même ce qu'il
put dans la fuite pour empêcher
la funefte journée de la
S. Barthelemi , & fi fes confeils
euffent efté fuivis , la France
auroit évité bien des maux.
Les liaiſons qu'il avoit euës avec
dans la confian262
MERCURE
l'Amiral de Coligny qui périt
dans cette journée , rendirent
fes confeils fufpects , & empêcherent
laCour de les fuivre.On
pretend même qu'il mourut de
chagrin des maux qui accablerent
le Royaume dans ce temslà
, vers l'an 1630. Mre N ...
de Machaut eftoit Intendant
de la Generalité de Bourgogne
; il y fignala fon zcle
contre les Huguenots qu'il fit
exclure de la Maiftrife de tous
Arts & Metiers.
Mr Rouillé Seigneur de
Fontaine Guerin Maître des
Requêtes a la 4 Charge d'In- 4°
C
*
GALANT 263
tendant du Commerce. Il étoit
cy- devant Intendant de Limoges,
& il eft frere de Mr Rouillé
Directeur General des Poftes.
Mr Boucher d'Orsay, Maiftres
des Requêtes a été pourvû
de la cinquiéme Charge
d'Intendant du Commerce . Il
eft fils de Mr d'Orſay Confeiller
au Parlement , & de feüc
Dame N.... de Mornay foeur
de feu Mr le Marquis de Montchevreuil
, Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur
de S. Germain en Laye , frere
de Mr l'Abbé d'Orſay , Abbé
264 MERCURE
que
de Beaulieu , & Maistre des
Requêtes depuis l'an 1702. &
il fut reçu avec beaucoup de
diftinction . Perfonne n'ignore
la famille de Mr Boucher
d'Orfay eft une des plus anciennes
de la Robe ; elle eſt
connue dans le Parlement de
Paris depuis que cette Compagnie
fut renduë fedentaire ;
& elle
y a toujours rempli les
Charges les plus importantes.
Celuy qui donne lieu à cet article
, eft tres eftimé dans le
Confeil , & fon intelligence
dans les Affaires , quoy qu'il
foit dans un âge tres- peu avancé
GALANT. 265
cé , l'a fait choifir pour remplir
cette place.
Mr de Noirat , Confeiller à
la troifiéme Chambre des Enqueftes
, & fils de Mr Lefcalopier
Confeiller à la grand-
Chambre , où il eft fort eftimé ,
a eu la fixiéine Charge d'Intendant
du Commerce ; & comme
il faut eftre Maiftre des Re
queftes pour eftre reçu dans
cerce Charge d'Intendant , il
s'eſt pourvû en
d'une de ces
même
temps
Charges , & il a
efté reçu dans l'une & dans l'autre
avec tout l'agrement imaginable
tant à caufe de la ré-
1 Septembre 1708. Ꮓ
266 MERCURE
putation d'un homme fage
qu'il s'eft acquife , qu'à caufe
de fa naiffance. La Maiſon de
Lefcalopier eft fi connuë que
que je ne crois pas devoir étendre
davantage cet article en
vous en entretenant.
Aprés vous avoir parlé de
ceux qui doivent dorefnavant
decider des affaires du Commerce
avec le Confeil établi
depuis longtemps pour ces fortes
d'affaires ,dont Mr Dagueffeau
Confeiller d'Etat , cft Chef,
& dans lequel Mr d'Argenfon
a voix , je paffe à quelques articles
qui doivent beaucoup
GALANT 267
chagriner les Commerçans
d'Angleterre & de Hollande ,
puifqu'il s'agit de la prife de
plufieurs de leurs Vaiffeaux.
Mr Caffart , Commandant
un Vaiffeau du Roy , nommé
le Ferzey , & armé en courſe
pour des particuliers , ayant
rencontré le troifiéme de ce
mois prés des Ifles Sorlingues ,
une Flotte Angloife de trentecinq
Vaiffeaux eſcortée par un
Vaiffeau de guerre plus fort
que celuy qui eftoit commandé
par Mr Caffart , il fe mit neanmoins
en devoir de l'attaquer ;
mais le Commandant Anglois
Zij
268 MERCURE
a
n'ayant pas jugé à propos de
l'attendre , Mr Caffart prit
cinq Vaiffeaux de cette Flotte
qu'il amena le 8. de ce mois à
Saint Malo. Cette prife eft eftimée
cinq cens mille livres , Elle
efté fuivie d'une autre de huit
Vaiffeaux Marchands qui venoient
d'Antigoa. Ils ont efté
pris vis- à- vis de l'Ile de Silly ,
par un Vaiffeau Franço is de
foixante canons. On ne fqait
pas encore le détail de cette
affaire ; mais elle eſt ſûre , puifque
les Lettres d'Agnleterre qui
en parlent, rapportent les noms
des Vaiffeaux qui ont efté pris
GALANT 269
& dans lefquels il y a une tresgrande
quantité de fucre.
簪
a
du
Il eft furprenant qu'apres
ce que les Lettres d'Angleterre
& d'Hollande ont dit cinq ou
fix ordinaires de fuite de la
perte des Gallions d'Espagne ,
elles tiennent prefentement
un langage contraire ,
moins à l'égard du Gallion
pris par les Anglois , & dont,
felon les derniers Actes du Parlement
les effets devoient apartenir
à la Reine , & cette Princeffe
a compté pendant plus
d'un mois fur vingt - un millions
dont on difoit que ce
Y iij
270 MERCURE
Gallion eftoit chargé , cependant
on a appris par les Lettres
d'Angleterre
, que cette Prin
ceffe avoit eu des nouvelles
certaines que la charge de ce
Gallion ne montoit qu'à quinze
mille livres ſterling , ce qui
luy a donné un fi grand chagrin
qu'elle a renoncé aux
droits que le Parlement luy
donnoit fur cette fomme ,
ayant mieux aimé l'abandonner
aux Armateurs
que d'envoyer
audevant de ce Gallion
comme elle devoit faire avant
que d'avoir appris que fa charge
eft fi modique. Rien ne
GALANT 271
prouve mieux que ces trois
Bâtimens dont on a parlé ne
font point les, Gallions , puifque
l'on a dit qu'il y avoit plus
de trente millons fur celuy qui
a fauté , & que celuy qui a fair
naufrage étoit chargé de plus
vingt millons, & qu'il étoit auf
fi riche que celuy fur lequel
toute l'Angleterre a cru qu'il
y avoit vingt - un millions qui
devoient apartenir à la Reine.
Il n'y a pas de vray- ſemblance
que de trois Bâtimens qui
étoient enſemble , & que l'on
a cru eftre les Gallions , il y en
ait eu deux chargez de tant de
Z iiij
272 MERCURE
millions , & que le troifiéme
fe foit trouvé fans charge.
puiſque quinze mille livres Återling
devoient eftre comptées
pour rien en comparaifon de
la charge des deux autres que
l'on faifoit monter enſemble
à plus de cinquante millions ;
& ce qui fait voir que cette
prife des Gallions ne peut être
qu'une chimere , eft que felon
les reglemens qui ont efté faits,
on ne doit pas mettre plus de
quatorze millions fur un Gallion
feul. Toutes ces chofes
doivent faire conclure que les
trois Bâtimens en queftion ne
#GALANT 273
pouvoient eftre que des Vaiffcaux
qui venoient de trafiquer
& dont la charge pouvoit con
tenter des particuliers.
L'Article que vous venez
de lire doit donner autant de
chagrin aux Alliez , que celui
quiofuit a donné de plaifir à
la Cour d'Espagne & au Peuple
de Madrid.
A
Ho La Cour & le peuple de cette
Ville ont celebré la feſte de
Saint Louis d'une maniere qui
fait voir que leur zele & leur
affection pour le Roy d'Efpagne
& pour la Maiſon Royale
ont toûjours la même vivacité.
274 MERCURE
On tira le foir de la veille de
cette Fefte des feux d'artifice
en pluſieurs endroits de la Ville
; on en avoit preparé un vers
la Place de la Cevade prés la Porte
de Tolede par les foins des
Bourgeois de ce Quartier ; il
fut trouvé des plus beaux ; mais
celuy que Mr le Comte de las
Torres avoit fait dreffer au mi
lieu de la plus fpacieufe des
Cours du Buen- Retiro , qui eft
celle par où l'on entre au Collifée
,fut encore plus admiré.
On avoit élevé deux manieres
de Baldachins femblables à
deuxPavillons qui partageoient
GALANT 275
cette Cour ; l'un eftoit orné de
Feftons de verdure au milieu
defquels paroiffoit une grande
Coquille d'où une fontaine de
vin coula toute l'aprés - dînée
& pendant une partie de la nuit,
& l'autre reprefentoit le Palais
du Soleil ; la Statuë de ce Dieu
eftoit en pied au milieu ; elle
eftoit dorée en plein ; il y avoit
des Infcriptions fur toutes les
Façades , & cette demeure du
plus brillant des Dieux parut
toute de lumiere lorſqu'on mit
le feu à l'artifice qui avoit eſté
difpofé pour cet effet . Cette
Cour eftoit entourée de Fa
276 MERCURE
naux placez en fymetrie & élevez
de dix pieds de haut qu'on
appelle à Madrid Luminarias ,
& generalement toutes les feneftres
qui ont vûë fur cette
grande Place eftoient garnies
de flambeaux . Pendant tout le
temps que la varieté de ces
feux divertiffoit tres - agreablement
la vûë , on eut le plaifir
d'entendre un million de vivat
meflez au bruit des Timballes
& des Trompettes qui de differens
endroits fe répondoient
par échos . Ces preludes annoncerent
pour le jour fuivant des
Spectacles d'une beaucoup plus
GATANT 277
grande magnificence.
La Place la plus frequentée
de Madrid eft celle qu'on nom
me la Porte du Sol ; ſept des
plus grandes rues de la Ville y
aboutiffent ; toute l'Architec
ture d'une belle fontaine qui
eft au milieu , eftoit ornée de
fleurs & de verdure ; un peu
plus bas du côté de la Calle-
Major , ou grande ruë, on avoit
dreffé un Château de feu à trois
étages & fort élevé , on y voyoit
des Infcriptions de tous côtcz
à la louange de leurs Majeſtez
Catholiques , qui estoient remplies
d'Augures heureux qui
278 MERCURE
regardoient
le Prince des Aftu
ries . A la Façade des maiſons de
cette Place oppofée à celle de
l'Eglife nommée du Bon Succés,
on avoit placé un Dais magnifique
, au haut duquel on avoit
mis le Portrait de Saint Louis
en pied ; celuy du Roy cftoit
au deffous ; celuy de S. M. C.
à fa droite ; celuy de la Reine
à fa gauche , & au deffous celuy
du jeune Prince des Afturies
: des tapifferies d'une gran
de beauté , les Tableaux d'autres
Princes de la MaiſonRoyale
, & de riches ornemens qu'on
nomme Colgaduras accompaGALANT
279
gnoient le Dais , & paroient
tous les balcons de la Place
d'une maniere auffi galante que
bien entendue , & l'on doit avouer
que les Eſpagnols fçavent
parfaitement arranger
tout ce qui peut entrer dans la
difpofition de ces fortes de Fêtes.
Dés que la nuit fut fermée
tous ces balcons furent illumi
ncz de grands flambeaux de
cire blanche de cinq livres chacun
, toutes les rues bordées des
Luminarias dont j'ay déja parlé,
& enfin fur les neuf heures on
tira le feu qui fut executé de
la maniere du monde la plus
280 MERCURE
vive & la plus agreable.
Pendant que la Ville eftoit
occupée de ces plaifirs, la Cour
joüiffoit au Buen - Retiro d'un
fpectacle digne de la Majefté
des perfonnes qui l'honoroient
de leurs prefences . Mr le Comte
de Las-Torres avoit demandé
au Roy d'Eſpagne depuis
plus de quatre mois la permiffion
de luy donner une Felte ;
S. M. C. luy marqua le jour de
Saint Louis ; ce Comte quieft
riche , dont la valeur eft connuë
, & qui eſt attaché à ſon
maître par le zele le plus ardent
& l'affection la plus fincere , fit
GALANT 281
reprefenter fur le Theatre du
Colifée , un Opera des plus magnifiques
qui ayent efté vûs en
Efpagne ; les Décorations étoient
des plus brillantes , &
les habits de plus de cent Acteurs
eftoient des plus fuperbes;
l'Orqueftre charma tout le
monde par la varieté de la fimphonie
qui fut trouvée admirable
, & qui fut tres - bien executée
, & les Etrangers qui ont
du gouft & du difcernement ,
convinrent tous que fi la Mufique
Espagnole eftoit deformais
traitée par des perfonnes
auffi fçavantes , il ne luy man-
Septembre 1708. A a
1
282 MERCURE
queroit que les voix qui executent
les grands choeurs , pour
égaler la Mufique Italienne .
Cet Opera a efté imprimé , &
il eft dedié à Madame la Princeffe
des Urfins .
Enfin on ne parle à Madrid
que de ce grand Spectacle pour
lequel Mr le Comte de Las-
Torres a dépensé de l'aveu de
tout le monde plus de 30000.
écus ; il y a des habits d'Actrices
qui ont coûté plus de 100 .
piftolles . Il eft aifé de croire
que Leurs Majeſtez Catholiques
qui ont fait connoiftre
combien Elles ont efté fatisfaiGALANT
283
tes de cette Feſte , font auffi fenfibles
qu'Elles le doivent au té
moignage fignalé que Mr de
Las Torres leur a donné de
fon dévouement à leur fervice .
Si les Imprimez qui regardent
cette Fefte tombent ent
tre mes mains , je vous envoyeray
une traduction de
tout ce qui manque à cette
Relation , & particulierement
des Inſcriptions qui regardent
la gloire de Leurs Majeftez
Ctholiques.
Je paffe à un article bien different
, & qui vous fera voir
que la Flotte menaçante
des
A aij
284 MERCURE
Anglois par laquelle on a cherché
d'intimider la France &
l'Eſpagne pendant toute la
Campagne , à caufe des entreprifes
fecrettes qu'elle devoit
faire , a vû achever d'échoüer
fes deffeins du côté de
la Hogue , comme elle avoit
fait auparavant en d'autres endroits
le long des Coftes de
Normandie.
GALANT 285
JOURNAL
Des tentatives que la Flotte
Angloife , commandée par
l'Amiral Bings , a faites devant
la Hogue.
Le Mardy 21. Aouft, fur les deux
-beures aprés midy on fit de la bauteur
de la Pernelle les fignaux qui
marquoient , qu'on voyoit une Flottes
on envoya fur cette hauteur pour découvrir
fi elle eftoit amie ou ennemie.
Sur les fix heures du foir on fut amplement
informé que c'eftoit la Flotte
Angloife commandée par l'Amiral
Bings , qui faifoit route du cofté de
Cherbourg ; ce qui obligéa Mr de
Fontenay Capitaine de Vaiffean ,
286 MERCURE
Commandant la Marine à la Hogue
, `den informer Mr de Matignon,
ilfitfaire toute la nuit les
fignaux d'allarmes , par plufieurs
coups de canon & par le fon des clo
ches des Paroiffes circonvoisines.
Le Mécredy 22. fur les neufheures
du matin , on fit de la Pernelle lesfignaux
qui marquoient qu'on voyoit
la Flotte qui venoit de Cherbourg ,
& fur les deux heures aprés midy on
la vit arriver au Nord- Eft de l'Ifle
de Talybou , où elle moüïlla au nombre
de quatre- vingt- deux Vaiffeaux
qui paroiffoient eftre tres -forts , &
l'on jugea qu'il n'y en avoit que
trois ou quatre de trois Ponts . Ils envoyerent
plufieurs Chaloupes fonder
dans toute la Rade juſqu'à terre du
cofté de Quineville & de Grenneville.
GALANT 287
Le Jéudy 23 , au matin ils appareillerent
& pafferent proche le Fort
dela Hague & fe mirent enbataille
au travers de Quineville . Enfuite
dequoy ils firent débarquer leurs
Troupes dans leurs Chaloupes , que
l'on crut eftre au nombre de cinquan .
te-deux ; on leur tira plusseurs bombes
,dont quelques - unes approcherent
affez prés de leurs Vaiſſeaux ,
même ily en eut une qui tomba fur
une de leurs chaloupes chargée de
Soldats qui eftoit à l'arriere du vaif
feau , quifut coulée bas , ce que l'on
doit du moinsfuppofer,puiſque le lendemain
on trouva plufieurs corps fur
la grève.Cependant aprés avoirfait
tous les preparatifs qui denotoient
une defeente affurée ,furles troisheures
aprés midi , il s'éleva un vent frais
qui les obligea d'appareiller & de
288 MERCURE
prendre le large, & l'on jugeapar
Lears manoeuvres qu'ils s'eftoient
trop avancez; il y eut même un de
leurs Vaiffeaux qui toucha contre
une roche, & ils eurent affez de pei
ne à le retirer , & allerent moüiller
un peu plus au large entre la Hogue
& Lifle de Saint Marcoul
Leurdroite au Nord , & leur gau.
che au Sud- Sud- Est,
Le Vendredy 24. il s'éleva un
gros brouillardqui les déroba à notre
vûëjufques à prés de neufheures , où
uous les vifmes dans la mème fituation
où ils eftoient le foir precedent.
Pendant toute cette journée on ne leur
vit fare aucune manoeuvre digne
d'attention ; on vit feulement plufieurs
de leurs Chaloupes aller çà &
là , & du coté des Veys , que.
jugea eftre à la pêche. Sur les qua-
L'on
tre
HGALANT 289
are à cinq heures dufoir on vit venir
àtoute voile du cofté de Cherbourg
unpetit Brigantin qui vint joindre
leur aimée ,& dans l'inftant mème,
il reprit la même route par laquelle
on l'avoit vû venir , & ilprit même
le large comme s'il avoit voulu aller
en Angleterre , ce qui fit juger que
c'eftoit un porteur de nouvelles.
Le Samedy 25. au matin le temps
fut fort clair , & on les vit toûjours
dans leur même patage ; ils tirerent
à huit heures deux coups de canon
pourfaire lefignal d'appareiller , &
fur les neufheures ils firent voile vers
le Nord , ayant prefque le vent debout.
Sur les deux heures on s'apperçut
qu'ils portoient le cap vers
Cherbourg ; ce qui obligea Mr de
Matignon de faire filer en toute
diligence des Troupes de ce coſté-là
Septembre 1708. Bb
490 MERCURE
afin d'etre à portée pour s'y jetter
en cas de befoin. Sur les quatre heures
ils firent unfignal de deux coups
decanon , &on les vit mettre en panne
& fe laifferent dériver au flot ,
comme s'ils avoient voulu venir
à la Hogue , mais fur les fix heures
ils remirent à la voile , & on les
vit prendre le large du côté d'Angleterre.
La nuit ils revirerent de bord
pour aller du côté de Cherbourg, ow'ils
mouillerent à trois lieues au large.
Le Dimanche 26. on les vit toujours
à la hauteur de Cherbourg
trois lieues au large-
·
Le Lundy 27. ils referent dans
le même parage
.
Le Mardy 28. fur les dix - heures
les fignaux firent connoiftre qu'on les
voioit venir à la Hogue , ce qui
obligea de faire les fignaux d'àlGALANT
291
larmes par plufieurs coups de canon
; ils vinrent mouiller fur les
deux heures apres midy entre Tatyhou
& la Hogue . Le vent tres
gros venu du Sud- Ouest .
Le Mercredy 29. l'on vit les
Ennemis dans la même fituation ;
un de leurs gros vaiffeaux fur les
fix heures du matin mit a la voile
& fit route vers Cherbourg ; fur les
dix heures il s'éleva un tres grós
vent Sud- Sud- eft qui dura toute la
journée . On vit quelqu'uns de leurs
Vaiffeaux deriver , & la nuit il fit
une tempefte qui les obligea d'amener
leurs mats de Hune , & de mettre
leurs vergues à pie, & l'on remarqua
le matin qu'il y en avoit plufieurs
qui avoient dérade & qui
remouillerent enfuite ; fur le minuit
les vents fauterent au Nord- Oüeft
8
Bb ij
292 MBRCORE
& le temps fe tourña au beau.
Le Jeudy 39. le tems fur affer
beau , & laflotte s'occupa àfe radouber
des vents de la nuit. Ils envoyerent
plufieurs de leurs Chalonpes
vers les Illes de S. Marcoul
& vers Quineville ; on crut qu'ils
estoient à la pesche of hoog
Le vendredy 31. le tems fut tres.
beau , & ils demeurerent dans le
mefme parage . Ilsfirentfaire quel
q is mouvemens à plufieurs de leurs
Kaißeaux pour le remettre dans
kurs vents que la tempête du jour
precedent avoit fait denver le vent
eftant au Sud- Ouest. 21 pad
Le Samedy 1. Septembre la flo
eftoit toujours dans la meme fitution
& meme parage fur les
onze heures elle fait partir un de fes
Kaiffeaux qui prit la route d' An"
GALANT 293
2
gleterre. Sur les quatre beures du
foir l'on vit arriver unes de leurs
découvertes cejour là fut tres-bean
Le Dimanchez le tems fut fort
calme , & la flotte dans la meme
fituation excepté qu'elle s'approx
cha un peu des Ifles de S. Marcoul
Pour se montrer dans un meilleur
mouillage , &pour eftre à portée de
defcendre fes malades dans ladite
Ifle. Sur les cinq heures du ſoir on
vit une de fesfregates apareiller &
aller vers la cote de Ravenoville
& courrir plufieurs bordées ça & là.
Elle avoit deux Chaloupes aprés elle
; les vents fraichis eftoient venus
du Sud- Ouest.
:
3
-\\Le Lundy 3. le tems eftant fort
calmes à la pointe du jour on vit
apareiller trente Vaißeaux qui ſe
taißerent dériver aux flots entre
Bb iij
294 MERCURE
Quineville & Ravenoville fuivis
de prés de foixante Chaloupes chargées
de troupes , qui fur les neuf
heures marcherent en bataille vers
la Côte de Ravenoville efcortées de
deuu
x Frigates qui marchoient l'une
à droite & l'autre à gauche. Après
avoir efté quelque tems à la vuede
la terre & toutes preftes à débar
quer & aßez proche pour s'attirer
plufieurs coups de Canon de la
redoute de Ravenoville , fur les onze
heures on fut fort furpris de les voir
revirer de bord & prendre le large ,
chaque Chaloupe regagner le
bord de leurs Vaiſſeaux , & en s'en
retournant ils tirerent plus de cinq
cens coups de fufil , ce qui fuprit
fort tous les fpectateurs , & fur tout
les Troupes, qui eftoient tres difpofées
à les bien recevoir , & l'on
GALANT 295
\ vents
auroit fouhaité qu'ils fullent defcendusgrave
penal
Le Mardy 4 le temps fut tresbeau
, les eft int au Su eftant
Sud - Est , l'on vit les trente Vaiffeaux
qui s'eftoient avancés le jour
précedent pour la defcente , & qui
avoient rifté dans la même fiuation
metire à la voile pour rejoindre
Le corps de leur Armée. Le matin
Lan tir quelques coups de canon
fur une Fregate qui la nuit efloit
venue maüiler trop proche de ille
de Tatihou Sur les fix heures du
foir l'on vit venir du large un Bàtiment
que Pon jugea eftre un porteur
de nouvelles.
<
• Le Mercredy 5. La Flotte refta
dans la même fituation , le tems
fut convert avec beaucoup de pluye,
des vents estoient au Sud- Sud Eft
Bbiiij
P
296 MERCURE ļ
Ze feady 6! ils demeurerent dans
la même fituation , le temps affer
beau , & les vents furent au Sud-
Ouest remp's rorvitsMob M
29Le vendredy 7 la Flotte resta
encore dans le même parage , le
tems fut couvert , & les vents au
Sud- Ouest , furent tres gros . A une
beure aprés midy , l'Amiral tira
un coup de canon pour le fignal d'as
pareiller , & fur les deux heures on
les vit d'filer & faire route du côté
de Cherbourg. L'on remarqua à
leurs manoeuvres qu'ils n'eftoient pas
fort d'équipages.
Top langheg
On doit dire à l'avantage des
Troupes qui fe ſont renduës fur
la Côte pour la défenſe du Pays,
compofées de la Nobleffe de
Bougeois & de Payfans , qu'elles
ont prévenu par leur zele , par
GALANM 297
leur fidelité, & par leur courage ,
dés qu'elles ont vu paroître la
Flotte Ennemie , les ordres que
Mr de Matignon s'empreffa de
donner pour les faire affembler
& marcher aux Ennemis , n'ayant
en vûë que la gloire de
leur Prince , & n'agiffant que
pour le maintenir fous la domi
nation . Ceux de Valogne qui fu
rent les premiers affurez de la
verité de cette nouvelle par les
Courriers qui venoient de mo
ment en moment au quartier
general qui eftoit dans cette
Ville , le trouverent les premiers
en état de marcher , avec
deux Compagnies de jeunes
Gentils - hommes qui y eftoient
alors , & qui logeoient chez les
Bourgeois . A peine le jour eut298
MERCURE
il paru le Mercredy 22 Aouſt
qu'ilspartirent, quoy que les che
mins fuffent tres mauvais , à caufe
des pluyes qui avoient duré
toute la nuit . Mr de Matignon
& les autres Generaux qui
eftoient à la tefte de tout ; les
deux Compagnies de Cadets de
cent hommes chacune eftoient
commandées
par Mrs d'Aigremont
& de Barenton . La Bour
geoifie formoit deux bataillons
dont le premier eftoit comman
dé par Mr de Courcy Gouver
neur de Valogne , & le fecond
par Mr-d'Armanville . Ils ferendirent
fur la Côte vers la Hogue
avec une diligence extrême.
On doit remarquer que le zele
qu'ils avoient de fer diftinguer
eftoit fi grand que non feules
GALANT 299
ment ceux qui estoient du détachement
; mais auffi ceux qui
eſtoient en eftat de porter les
armes , à l'exception feulement
des vieillards infirmes , s'étoient
empreffez de fe rendre
fous les Drapeaux , & avoient
paru animez d'un defir ſurprenant
d'aller aux Ennemis .
On peut dire à ppeeuu près la - prés
même chofe de plufieurs Regimens
de Milices du Pays , compofez
d'hommes détachez de
toutes les Paroiffes , qui à l'exemple
& fous le commandement
de plufieurs braves Gentilhommes
qui en font les Officiers
, s'avancerent tous en
diligence & fe rendirent for
la Côte fuivant les ordres du
General ; de forte qu'il s'y er
en
300 MERCURE
trouva en peu de temps un nombre
fuffifant & affez animé pour
recevoir les Ennemis , s'ils euf
fent entrepris une defcente . Ces
Troupes ont resté pendant prés
de trois ſemaines cantonnant la
nuit dans les Paroiffes voisines
de la Côte , & le jour en bas
taille fur l'Eftran jufqu'à ce
qu'on cut efté affeuré du retour
de la Flotte à l'Ifle de Wigt ,
aprés quoy elles ont eſté congediées.
coSon
nas alok insa919-
On remarqua parmi ces Trou
pes plufieurs Curez qui veu
noient encourager leurs Paroif
fiens , & même toutes les Troupes
, & qui ouvroient leurs
bourfes & leur diftribuoient de
l'argent pour aider à leur ſubſiſtance.
On remarqua entr'au
GALANT 301
tres Mr le Curé d'Yvetot prés
de Valongne âgé d'environ 68 .
ans , qui dés le premier jour de
l'alarme , marcha à la tefte d'u
ne Compagnie de 60. des meilleurs
hommes de fa Paroiffe
qu'il conduifits au Camp , les
animant & les exhortant de fuib
vre fon exemple , & de com
battre genereufement pour l'in
tereſt de la Religion , de leur
Monarque & de leur Patric 5
&
prenant foin en même temps
de fournirà leurs befoins , en
leur donnant de l'argent & des
vivres ,
ainfi qu'à ceux de leurs
familles qui auroient fouffert de
leur abfence , fans les charitez
qu'il leur faifoit , & dont il
chargeoit fon Vicaire , emprun
tant même les jours qu'il ne
302 MERCURE
pouvoit fournir à cette liberalite.
On raporte auffi de luy ,
qu'eftant arrivé fur la Côte , &
voyant les Ennemis en eftat de
faire une defcente , il envoya
un Exprés toute la nuit du Mercredy
au Jeudy pour affembler
encore dans fa Paroiffe ceux qui
y estoient restez , & les luy envoyer
, ce qui augmenta fa Compagnie
de plus de 60. hommes
qui l'allerent joindre dés le lendemain
matin , de maniere qu'il
ne refta que les vieillards & les
malades dans fa Paroiffe , qui
fournifloit elle feule par ce détachement
general plus que
plufieurs autres enfemble , ce
qui provenoit de fon zele , de
fon affection & de fa generofité
pour les Ouailles ; lorfque la
GALANT 303
manoeuvre de la Flotte faifoit
croire que le combat eſtoit ſur
le point de s'engager , il fe por
toit dans tous les rangs pour
animer le courage des Troupes ,
& leur, infpirer d'avoir de la
confiance en Dieu.
Le 26. Juillet 1706. il avoit
fait à peu- prés la même chofe
dans une alarme où il fit prendre
à ceux de fes Paroiffiens
qui n'avoient point d'armes ,
des faux , des haches , & même
des fourches .
J'ay fini ma derniere Lettre
par l'article de 16. pieces de
canon enclouées aux Ennemis ;
par la deffaite de 17. Compagnies
de Grenadiers , fur lefquels
dans la même occafion
les Troupes qu'avoit fait fortir
304 MERCURE
Mr le Maréchal de Bouflers ,
tomberent , & par la jonction
de l'Armee de Monſeigneur le
Die de Bourgogne avec celle
de Mr le Maréchal de Berwick;
ainfi je vais reprendre la fuites
tant de ce qui regarde les Armées
des Alliez que la nôtre ,
que de de qui regarde le Siege ,
& je commence par l'attaque
de la Contrefcarpe que le Prince
Eugene fit attaquer du côté
de la Porte de la Madelaine la
nuit du 6. au 7. , & ce qui doit
vous furprendre eft que le ra
port que je vais vous faire de
ce qui s'eft paffé aux trois attaques
données à cette Contref
carpe , eft tiré d'une lettre des
Ennemis mêmes , ainſi vous pouvez
croire qu'il n'y aura rien
HGADANN 1305
d'exagere dans ce que je vais
vous dire; cependant il faur
que l'affaire foit fort confiderable,
puifqu'elle l'eft au raport
des Ennemis mêmes , & l'on
peut ajoûter à l'extrait que je
yais vous donner d'une de leurs
lettres , qu'ils doivent avoir
beaucoup perdu , puifque felon
les Imprimez d'Holande , les
Alliez y ont perdu 3200. hommes,
& que les uns difent qu'ils
ont perdu dans cette attaque
1.Ingenieurs , & que les autres
avoüent qu'il y en a eu onze
de bleffez & quatre de tuez.
La Lettre du Prince de Naffau
imprimée dans les mêmes Relations
, aprés plufieurs adouciffemens
faits pour diminuer l'affaire
, ne laiffe pas de faire con-
Septembre 1708. Cc
Pine
306 MERCURE
*
noiftre que la perte des Alliez
fe raporte à ce qu'en difent les
Imprimez . La Lettre particuliere
dont j'ay commencé à vous
parler , entre un peu plus dans
le détail , & voicy un Extrait
de ce qu'elle raporte.
Un Officier general ayant efte
détaché pour chaffer de la Contref
carpe les deux cens hommes em→
ployez à deffendre l'angle attaqué ,
s'y avança à la tefte de deux Regimens
avec beaucoup d'intrepidité ;
mais les Affiegez luy tuerent d'a
bord 80. hommes toutes les fois
qu'il le prefenta il fut repòuffé avec
pertes ces deux Regimens furent
chargez en flanc par un de Dragons
forty de la Place , & ils y auroient
efte entierement ruinez filon
n'avoit pas fait avancer la grande,
GALANT 307
Garde pour lesfoutenire pourfavo
rifer leur retraite enfin les Lettres
venues du Camp conviennent que
tant dans la premiere attaque de
cet angle que dans les fuivantes
depuis le 7. jufqu'au 10. les Alliez
ont perdu cinq ou fix mille hommes
fans en eft e plus avancez; car on
ajoute que le Prince Eugenefe plaigooit
extremement des Ingenieurs ,
fur lesquels il rejettoit la faute d'avoir
mal placé les batteries , comme
fi ce n'eftoit pas luy qui les euftror.
données de mème que les deux at.
taques ; & comme s'il n'avoit pas
duprévoir auffi bien qu'eux , toutes
les incommoditez qu'il pourroit, recevoir
des batteries baffes des Af
fiegez, & eftre informé que la Pla-
Ce eftoit incomparablement plus forte
qu'il ne fe l'estoit imaginé ; ainſi
*
4
Ccij
208 MERCURE
eques
il est aisé dejuger la ville
n'eft nullement preffée , & quefiles
Alliez s'obftinent à en continuer le
Siege , comme ilsferont apparemment
, ils y perdront encore beaucoup
de monde , & qu'ainfi les François
ne feront pas fi-toft obligez d'en tenter
le fecours , puifqu'ilfemble qu'il
Toit de leur intereft de ne le faire ,
qu'aprés que ceux -là y auront confommé
unepartie de leurs meilleures
Troupes .
Voicy ce que porte une Lettre
de Verfailles touchant la
même action .
! Mr de Bouflers mande au
Roy qu'aprés avoir fait fauter
les Ennemis fur les angles de la
Contrefcarpe , ce qui avoit fort
rebutté leurs foldats , il avoit
fait compter ceux qui avoient
GALANT 109
efté tuez dans les trois attaques ,
& qu'il s'en eftoit trouvé deux
mille effectifs , de maniere qué
fuivant les fupputations ordinaires
, les Ennemis devoient
avoir eu quatre mille bleffez.
Pendant que ces chofes fe paffoient
l'Armée de Mylord Marlborough
, nommée l'Armée d'obvation
, parce qu'elle eftoit hors
des lignes pour obferver celle
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & pour empêcher
ce Prince de penetrer jufqu'au
Camp du Prince Eugene qui
eftoit enfermé dans les lignes ,
& qui commandoit au Siege .
Pendant dis- je que la Place fe
deffendoit à merveille , & que
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
après avoir joint l'Ar310
MERCURI
*
mée de Mr le Maréchal de
Berwicks'avançoit defon côtés
Mylord Marlborough qui s'étoit
avancé à l'entrée de la Plai
ne de Lille , & qui avoit efte
le maitre de choisir un Camp
avantageux , s'y fortifioits voicy
dans quelle fituation il étoit.
La Droite de fon. Armée eftoit
au delà de Seclin appuyée àun
Marais , & couverte par plus
fieurs favins ; la Gauche qui
s'étendoit à Fretin prés de la
Marque , eftoit aufli appuyée à
un Marais , le tout couvert d'un
pays fourré & difficile , & Mylord
Marlborough fit fortifier
au centre , les Villages de Tem.
ple Mars & d'Entiers . Les Ennemis
firent enfuire des Lignes
qui occupoient toute la crefte
AGALANT 211
de la Plaine , & qui avoient
une lieuë de long , douze pieds
de largeur , & fix de profondeur
; elles eftoient à l'épreuve
du
canon .
Les Ennemis eftant ainfi difpo
fez à nous bien recevoir , Mon.
feigneur le Duc de Bourgogne
ne laiffa pas de prendre le parti
d'avancer pour les attaquer ,
& ce Prince quitta le Camp
d'Orchies pour venir à Mons en
Peule , où il arriva le 4. mais
fon artillerie n'y put arriver que
les . il fit camper fon Armée fur
quatre lignes ; la droite vers.
Blocus , la gauche vers Tumieres;
& la referve & les Dragnons
à Affignay fur la Marque ;
ce Prince fe difpofa enfuite à aller
attaquer les Ennemis , &
312 MARCURE
pour cet effet il fit faire huit
chemins à la droite du Chàteau
du Rozeau où commence
un Pays impraticable , & il fit
marcher la groffe artillerie vers
Fallengin. Tout eftant ainfi dif
pofé Monfeigneur le Duc de
Bourgogne envoya au Roy l'ordre
de bataille qui fuir
Mr de la Croix fameux Partifan
, à la tefte de 1500. hom
mes comme enfans perdus.
Deux cens Compagnies de
Grenadiers .
Tous les Dragons de l'Armée
à pied , foûtenus d'un cô
té par les Grenadiers à cheval,
& de l'autre par les Moufquetaires
.
Une ligne de toute l'Infanterie
foûtenue par quatre Troupes
GALANT 313
pes de toute la Cavalerie pour
le porter par tout où l'on voudroit.
Mt de Chemeraut devoit commander
l'Avantgarde .
$
Le 10. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne paffa la Marque.
Ce Prince mit la droite de fon
Armée à Ennevelin , la gauche
à Atiche , le centre à Entreulle;
on poufa en arrivant plufieurs
Troupes des Ennemis qui fe
retirerent fous le feu des Villa .
ges
d'Antiers d'où l'on tira dabord
quelques coups de canon }
mais Monfieur de Vendôme en
fit avancer 6. pieces à la droite
de la chauffée qui fit auffi - tôt
taire celuy des Ennemis battant
à revers les Villages & les retranchemens
dont ils eftoient
Septembre 1708. Dd
314 MERCURE
entourez. Le canon tira jufqu'à
l'entrée de la nuit pendant laquelle
on commanda 4000.hommes
pour faire une ligne depuis –
les hayes de Seclin , jufqu'à celles
qui font en delà de la chauf
fée , pour y placer beaucoup de
gros canon afin de commencer
à battre à la pointe du jour les
deux villages d'Antiers , & d'où
il eftoit important de chaffer les
Ennemis avec un grand feu de
canon : ils y avoient fept bataillons
& plufieurs pieces de canon
. Le même jour les Ennemis
firent avancer deux batail .
lous pour s'emparer du Château
d'Aigremont où Mr le Comte
d'Artagnan avoit mis Mr Becquet
Capitaine dans le Regiment
d'Ifenghin avec 200. homGALANT
315
mes , & il s'y deffendit avec
tant de fermeté , qu'il repouffa
les Ennemis qui eurent en cette
occafion environ 150 hommes
tuez fans compter les bleffez ;
un Officier general & fept autres
Officiers furent du nombre
des morts .
* Leoir au foir Monfeigneur
le Duc de Bourgogne fit attaquer
le Village de Seclin , &
aprés qu'il eut efté emporté , il y
fit mettre la gauche de fon Arméely
Pendant cette expedition un
détachement de la Garnifon de
Lille fit une fortie qui luy fut
fort avantageufe ; cette fortie
eftoit commandée par Mr de
Permangle , & par Mr le Marquis
de Maillebois , tous deux
Dd ij
316 MERCURE
Colonels, Ils chafferent les Ennemis
des angles du Glacis de
la Contrelcarpe , détruifirent
leurs logemens , enleverent tous
leurs outils , & firent 40. pri
fonniers. Il eft aiſé de juger par
les ouvrages que l'on détruifit ,
par tout ce que l'on enleva aux
Ennemis , & par la vivacité avec
laquelle ils furent repouffez fans
qu'on leur eut prefque laiffé le
temps de fe reconnoiftre , qu'ils
perdirent beaucoup de monde
en cette occafion ; auffi Mr le
Marquis de Mailbois , quoyqu'il
n'ait encore que 22 ans , s'étoit il
promis de ne point rentrer dans
Lille fans s'eftre fignalé , & il
avoit promis aux Troupes qui
devoient l'accompagner
, de leur
donner des marques de fa libeGALANT
317
ralité fielles ne l'abandonnoient
pas, de maniere que ces Troupes
l'accompagnerent auffi avant
qu'il eftoit poffible d'aller.
Je reviens au Camp de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne .
Ce Prince eftoit tous les jours
en mouvement pour examiner
par où il feroit plus facile d'attaquer
les ennemis . Cependant
on commençoit à y trouver de la
difficulté , à caufe de la force de
leurs retranchemens . C'eſt une
chofe incroyable que la quantité
de terre qu'ils avoient remuée
en
peu de temps
, les Allemans
ayant appris cette manoeuvre
des Turcs qui donnent toutes
fortes de figures à la terre qu'ils
ont remuée , ce qui les a fouvent
fauvez en arreftant leurs enne-
Dd iij
318 MERCURE
mis qui n'auroient pas manqué
d'en triompher à coups de
main. L'empreffement que les
Generaux & toute l'Armée avoient
de combattre , fut caufe
que Melleigneurs les Princes ,
animez de la même impatience ,
allerent reconnoiftre les ennemis
à une fort petite diftance
de leurs retranchemens , accompagnez
de plufieurs Officiers
Generaux & d'autres Officiers
de diſtinction ; & ce qui marque
qu'ils s'eftoient beaucoup avancez
, eft qu'un Major eut à dix
pas d'eux , un cheval tué fous
luy.
La Garnifon de Lille ne demeuroit
pas oifive pendant ce
temps - là , puifque la nuit du 13 .
au 14. elle combla une partie de
ALANT
319
"
la tranchée & des ouvrages voifins
, & l'on apprit en même
temps que la place n'eftoit aucunement
preffée , & que les ennemis
commençoient à manquer
de munitions & de vivres . Ces
nouvelles firent prendre un party
que la prudence demandoit
que l'on prift en pareille occafion
, & l'on trouva que puis
qu'il eftoit facile d'empefcher
en décampant , que les ennemis
puffent à l'avenir recevoir de
Convois , il eftoit beaucoup plus
à propos de les faire perir de
cette maniere fans perdre perfonne
, que d'expofer l'Armée à
remporter une funefte victoire ,
puifqu'il eftoit impoffible qu'elle
forçaft les retranchemens des
ennemis fans faire une perte
320 MERCURE
tres confiderable ; & que puifqu'il
ne s'agiffoit que de fauver
Lille; il n'importoit pas de quelle
maniere cette Place fuft fauvée.
Au contraire il eftoit avantageux
que ce fuft fans combat ,
puifque pendant que nos Troupes
ne feroient que les obferver
, & empêcher qu'ils ne reçuffent
aucuns Convois , celles
qui faifoient le Siege periroient
en même temps de deux manieres
; fçavoir , par la difette de
toutes chofes qui commençoit à
devenir grande dans leur Camp ,
& par les pertes qu'elles feroient
dans les frequentes attaques
qu'elles donneroient
pour le tirer du mauvais pas où
elles eftoient , & dans lesquelles
elles ne pouvoient manquer de
-
GALANT 321
perdre beaucoup de monde , les
Attaquans perdant toûjours
beaucoup plus dans de pareilles
occalions que ceux qui deffendent
leurs ouvrages
.
Toutes ces chofes furent caul'Armée
repaffa la
·fe que le is.
Marque ,
fiffent aucun mouvement pour
l'empêcher , & elle alla camper
la droite à Berfée , entre Orchies
& Mons en Peule , d'où
vingt Efcadrons
& quelques
Bataillons
furent envoyez à
Douay ; fept Efcadrons
& deux
Bataillons à Arras ; & un pareil
nombre à Bethune , pour refferrer
les ennemis & pour empê
cns
que
les
ennemis
cher leurs courſes . t
Le 16. l'Armée alla camper
au- deffous de Tournay , & le 17.
322 MERCURE
elle paffa l'Efcaut . Voici les Poftes
qu'elle occupa.
Mr de Chemeraut avec qua
rante Bataillons & vinge quatre
Efcadrons fur les hauteurs
d'Oudenarde .
Mr de Souternon avec deux
Brigades de Cavalerie & deux
d'Infanrerie , du cofté d'Eſcal
naffe.
1
Mr le Chevalier de Croiffy ,
avec une Brigade de Cavalerie
& une d'Infanterie , à Potte .
Mr le Comte de Coignies ,
avec fon Corps de Dragons , à
Herines.
Le Quartier general eſt au
Saulfoy , qui eft une Abbaye de
Filles . On doit remarquer que
tous ces Camps le pouvoient
joindre en fix heures.
GALANT 彗
223
Mr le Marquis de Conflans
eſt reſté du colté de Douay avec
trente -cinq Escadrons .
Comme on avoit deffein de
faire des retranchemens devant
Oudenarde ,
› pour empêcher les
Convois d'en fortir , on envoya
demander aux Etats d'Artois ,
deux mille cinq cens pionniers ,
aufquels onen devoit joindre encore
un grand nombre qui devoient
venir des autres Provinces.
Les
retranchemens que l'on
a faits ne font pas feulement
pour empêcher les Convois de
fortir
d'Oudenarde ; mais auffi
pour empêcher la retraite des
ennemis de ce coſté- là .
Le 18 , on détacha trois Regimens
de Cavalerie pour aller
324 MERCURE
joindre les Troupes qui avoient
marché du cofté de Bruxelles
pour empêcher le Convoy des
ennemis d'en fortir . Ces Troupes
ont ruiné les Eclufes des
trois Fontaines .
Mr le Comte de la Motte cut
ordre de retourner du cofté de
Bruges , de crainte que les ennemis
n'allaffent fe faifir de cette
Ville & du Fort de Plaffendal
, par où ils auroient pû faire
venir tous leurs Convois d'Oftende.
Peu de temps aprés le décampement
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Mylord Marlborough
alla camper le long de
la Lys , entre Courtray & Lille ,
dans le deffein , à ce que l'on
crut , de favorifer un Convoy
qui
GALANT 2
325
qui venoit
d'Oftende ; & comme
quelques Troupes du Siege
avoient groffi fon Armée , il les
renvoya dans le Camp des Affiegeans.
7 Cependant comme Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne
vouloit eftre informé à fond de
tout ce qui ſe paffoit veritablement
dans Lille , & de la fituation
où s'y
trouvoient toutes
chofes afin de regler fes mouvemens
fur tout ce qu'il apprendroit
, & fur le temps qu'il feroit
affuré que la Place pourroit
tenir , il fe fervit pour cet effet
de Mr du Bois ,
Capitaine dans
le Regiment de Beauvoifis , hom
me intrepide & rempli d'expediens
, qui s'eftoit déja offert à
luy pour executer tous les or-
Septembre 1708. Ee
326 MERCURE
1
*
dres qu'il plairoit à ce Prince
de luy donner . Il le chargea
d'aller à Lille , & de remarquer
s'il trouvoit dans les Habitans ,
tout le zele & toute la bonne
volonté qu'ils avoient fait parre
jufqu'alors . Mr du Bois partit
, & fit connoiftre
par l'impatience
qu'il avoit d'executer
les
ordres du Prince qui l'envoyoit,
que fon voyage feroit heureux ,
Il partit donc , & s'eftant des habillé
auprés du premier Canal
qu'il trouva , il cacha fes habits
dans un lieu où il crut qu'il
pourroit les retrouver à fon retour
, & il paffa fept Canaux à
la nâge avant que d'arriver à
Lille , où il entra tout nud ,
eſtant fort fatigué & fort abattu
; mais Mr de Bouflers luy
GALANT.
327
ayant fait donner un habit , &
ayant pris quelques momens
de repos , il accompagna ce
Maréchal , qui fe donna la pei
ne de le conduire luy - même
dans tous les lieux d'où il pouvoit
voir l'eftat de toutes cho--
fes . Aprés qu'il eut bien examiné
tout , Mr le Maréchal de
Boufflers luy dit de dire à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
qu'il n'eftoit point preffé ; qu'-
il avoit fait des retranchemens
dans l'endroit des bréches avec
de gros arbres bien enchaînez &
contre lefquels le canon ne pou •
voit rien , & que lorsqu'il y en
avoit quelqu'un de rompu ou
un eu dérangé , ce qui pouvoid
neanmoins empêcher tous.
les efforts des Affiegeans , la
Ec ij .
328 MERCORE
nuit fuivante tout eftoit reparés
que les Ennemis n'avoient encore
rien gagné fur luy , & qu'il
eftoit perfuadé que s'ils n'avoient
pas reçû le dernier convoy
, ils auroient efté obligez
d lever le Siege , parce qu'ils
ne tiroient prefque plus faute
de munitions , & que l'on pouvoit
compter qu'ils ne feroient
maiftres de la Ville , en cas qu'il
ne fuft pas fecouru , que du 6.
au 10. du mois prochain , aprés
quoy le Siege de la Citadelle
les meneroit fi loin , qu'il ne pa
roifloit pas poffible qu'ils puf
fent eftre en eftat d'en attendre
la fin , Mr du Bois ayant remply
fort exactement tous les devoirs
de fa commiffion , repaſſa
la nuit fuivante 15. de ce mois
GALANT 329
les fept Canaux qu'il avoit déja
traverfez , & fut fur le point de
fe noyer au dernier , ayant cfté
embaraffé dans des herbes . Il
avoit trouvé le fecret de cacher
un petit billet dans fa bouche
fans qu'il paft eftre gafté par
l'humidité Il fut affez heureux
pour retrouver fes habits où il
les avoit cachez , & il vint rendre
un compte exact à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne de
tout ce qu'il avoit fait , de tout
ce qu'il avoit vû , & de tout ce
qu'on luy avoit dit ; de maniere
que ce Prince fut extremément
fatisfait du compte qu'il luy
rendit de la commiffion qu'il
luy avoit donnée.
Milord Marlborough fçachant
la fituation où eftoit l'Ar-
Ee iij
330 MERCURE
mée de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & aprehendant
toûjours quelque furpriſe de la
<part
de ce Prince
, vic
camper
le 18. vis - à- vis de l'Abbaye du
Saulfoy -l'Efcault entre les deux
Armées . Il y eut plufieurs converſations
par deffus cette Riviere
entre les Officiers des
deux Partis , & même entre les
foldats. Les premiers demanderent
du vin de Champagne
à ceux de noftre Armée qui leur
en envoyerent ; nos foldats jetterent
du pain aux autres qui
en échange leur jetterent du
tabac , ce qui fut deffendu , &
l'on mit même des fentinelles
pour l'empêcher . Mylord Marlborough
fit demander qu'il fuſt
permis que l'on fît boire de part
GALAND 331
"
& d'autre les chevaux à PELcant
, 'ce qu'il ne put obtenir ,
& ce qui fut fans doute caufe
qu'il délogea peu de temps aprés
fans Tambour & fans Trompettes
, pour fe raprocher de Lille
où Mr de Bouflers a fçû trouver
le
moyen de s'engager les
coeurs de tous les Habitans qui
s'expofent de la meilleure foy
du monde , & avec tout le zele
imaginable , aux perils les plus
évidens , & qui vont au devant
de tout ce qui peut etre utile
au fervice du Roy , & dont plufieurs
ont vû abattre leurs maifons
avec joye , parce qu'elles.
pouvoient fervir aux retranchemens
ordonnez par ce Maréchal.
Il ne s'eft point fait de
forties de la Vill :, foit foit
pour la
332 MERCURE
数
deffenſe des dehors , ou pour aller
chaffer les Ennemis des pof
ftes qu'ils avoient occupez , fans
qu'il y ait eu au moins 400. Bourgeois
parmi les Troupes qui
font forties , & on affure qu'outre
cela il ſe trouve beaucoup
de gens de metier qui remplif
fent les places de ceux qui font
tuez dans chaque Compagnie ,
& qui même confentent a s'enroller
; mais feulement pour le
temps que durera le Siege.
Ceux qui font employez aux
forties ne font point d'autre fervice
, n'eftant occupez ou qu'à
repouffer les Ennemis lorsqu'ils
font quelques atraques , ou à les
attaquer eux-mêmes lorfqu'on
a refolu de les chaffer de quelque
pofte , ou de combler quel
R
GALANT 333
ques uns de leurs travaux comme
fit Mr le Marquis de Mailbois
dans la fortie du 11 .
Quant à ce qui regarde la
reparation des dommages faits
aux ouvrages , il y a 5000. hommes
qui n'ont point d'autre occupation
, & qui travaillent toutes
les nuits , de maniere que
le jour ne recommence jamais
fans que tout foit reparé.
Mr le Maréchal de Bouflers
a imaginé des manieres de batteaux
couverts dans lefquels les
Troupes tirent par des especes
de crenaux , & ces Troupes ont
le fecret d'enlever autant de facines
que les Ennemis en jettent
dans les foffez dont on fait
en même temps groffir l'eau par
des efpeces de robinets qui fai334
MERCURE
fant vogner ces facines , font
qu on les enleve plus facilement.
Mr de la Frezeliere a inventé
une espece d'Amphiteatre
roulant , fur lequel on a placé
du canon , & cette machine
trompe tellement les Ennemis ,
que lorfqu'ils fe font preparez à
tirer aux endroits d'où ils ont
vù fortir le feu , ils le yovent
d'un autre côté , ce qui leur
fait perdre beaucoup de monde.
Je ne finirois point li je voulois
parler de toutes les inventions
dont les Affiegez fefervent tant
pour le deffendre que pour embaraffer
& fatiguer les Ennemis
en leur faifant perdre beaucoup
de monde , à quoy l'on peut a
outer que l'union qui fe trouGALANT
335
ve parmi les principaux Officiers
de la Garnifon ne contri
bue pas peu , & Mr de Bouflers
ſee plaift tellement à leur rendre
juſtice , qu'il a écrit que lorfqu'on
avoit dans une Place des
Officiers comme Mrs de Surville
, de la Frezeliere , & de
Lée , un Commandant n'avoit
pas beaucoup de chofes à faire ,
& qu'il pouvoit fe repofer fur
eux enfin loin que les demelez
nuifent à la deffenfe de la Place,
comme il fe trouve fouvent dans
plufieurs Villes affiegées , leur
union contribue à la deffenfe
de Lille , & ils fe donnent des
loüanges à l'envy l'un de l'autre,
Rien n'eft plus ordinaire que
de trouver beaucoup de faufferez
dans tout ce que l'on écrit
336 MERCURE
qui regarde le Camp des Troupes
qui affiegent une Place ; &
comme dans toutes les Villes
des environs on tâche à fçavoir
ce qui fe paffe dans le Camp des
ennemis , afin d'écrire quelques
nouvelles agreables , on regarde
comme autant de veritez tour
ce que difent des Deſerteurs
qui ne cherchent qu'à faire
plaifir à ceux qui les interrogent
, & tout ce que rapportent
des Efpions qui croiroient qu'on
leur imputeroit de s'eftre mal
acquittez de leur commiffion
s'ils ne rapportoient des nouvelles
agreables , & c'est pourquoy
l'on écrit fouvent beaucoup de
chofes fauffes des lieux qui ne
font pas éloignez des Places qui
font affiegées. En voicy une
preuve
.
GALANY
337
preuve bien claire. On n'a prefque
point ceffé de mander de
tous coftez que le pain eftoic
fort cher dans le Camp des Alliez
, & l'on a même fouvent
écrit que le pain de munition y
revenoit jufqu'à 15. & 20. fols
la livre , ce qui n'a point efté ,
& ce qui n'a pû eftre , comme
l'on verra en lifant l'Extrait d'une
Lettre écrite par un Deputé
de's Etats d'Artois .
Il n'a paffé de bleds d'Artois aux
ennemis que 4300. Razieres. Ce
calcul eft jufte & conforme au Role
d'un Commis que nous avons eu à
leur Armée pendant qu'on nous a
permis d'en livrer. Ils nous en
avoient demandé 17000.mais nôtre
livraison n'a feurement pas efté plus
Septembre 1708. Ff
338 MERCURE
loin , & actuellement & depuis le
11. de ce mois on n'en mene pas un
grain attendu les deffenfes rigoureufes
qui en ont eftéfaites . Ceft donc
à tort qu'on accufe nofire Province
de rendre les vivres à fi bon marché
dans l'Armée ennemie . Ce qui les
met fi à leur aife pour le bied , eft
qu'ils n'ont pas commencé par fou
rager la Chaftellenie de Lille & les
Frontieres de noftre Artois. Les
Payfans fe font preffez de battre
leurs grains qu'ils ont retirez dans
des Eglifes & dans des Chateaux ,
où ils ont mis des Sauvegardes , que les
ennemis leur ont accordées à grands
frais , & qu'ils ont bien payées.
Mais les ennemis ont violé la fureté
de ces Sauvegardes , forcé la foy
des Traitez de Contributions , & ils
ont pillé tous cesgrain , qui leur don.
GALANT 339
nent une fubfiftance dont on ne doit
pas s'étonner.
Jamais ils n'ont fait voir plus
manifeftement
leur mauvaiſe
foy au mépris de leur parole &
de leur honneur , qu'ils ont fait
voir pendant ce Siege ; & l'apprehenfion
de ne pouvoir reuffir
dans leur entreprife aprés
s'eftre trop vantez d'un heureux
fuccés , leur a fait indifferemment
tout mettre en ufage
pour ne pas avoir le démenty à
la vue d'une grande partie des
plus puiffans Princes d'Allemagne
. Après avoir tiré d'Antiers
8000. mefures d'avoine , &
avoir promis à fes Habitans toutes
fortes de feuretez , ils n'ont
pas laiffé de brûler ce Village ,
-Ff ij
340 MERCURE
& de violer en cela les plus faintes
loix de la guerre . Mr de Chamillart
qui fe trouvoit alors à
l'Armée pour le ſervice du Roy ,
leur écrivit touchant cette contravention
aux loix de la guerre
& s'en plaignit hautement.
Je dois encore ajoûter icy , vous
ayant parlé des provisions dont
les ennemis avoient avec quelque
forte
d'abondance , & celles
ont ils
n'avoient
crement >
que medioqu'ils
n'ont point
manqué de viande dans leur
Camp ; mais qu'elle y a toûjours
efté chere . Il est même à prefumer
qu'elle y auroit manqué
il y a longtemps , fi elle avoit
efté auffi neceffaire aux Soldats
que le pain . Voila de quelle maniere
on en a toûjours parlé à
GALANT 341
4
la Haye , où la fincerité Hollandoife
paroift fouvent plus à
découvert que dans les Imprimeż
d'Hollande qui font prefque
tous faits par des Etrangers.
Il n'en a pas été de même
à l'égard des fourrages , & l'on
n'a prefque point reçu de Lettres
d'Hollande depuis le commencement
du fiége qui n'ait
marqué que le fourrage manquoit
dans le Camp des Ennemis
; & comme il y a manqué
d'abord leur Cavalerie & tous
leurs Chevaux de charge & de
charroy doivent être dans le
plus pitoyable état du monde ;
& l'on doit regarder la Cavalerie
de leur armée comme une
*
Cavalerie ruinée , & peu nom-
Ffiij
342 MERCURE
breufe , la mortalité s'eftant
miſe parmi leurs Chevaux qui
ont manqué de fourrage dés
l'ouverture de la Campagne , de
maniere que cette Cavalerie ſe
trouveroit peu en état de rendre
fervice un jour d'action .
L'Infanterie eft encore plus
ruinée à proportion , & fe trouveroit
encore moins en état de
fe diftinguer dans un combat ,
d'autant plus que l'on n'a mis
que des Grenadiers , des Dragons
, & des Troupes choifies
à la tête des détachemens qui
ont été faits pour les les attaques
,
où ces Troupes ont combattu ;
& comme tous ces détachemens
ont prefque entierement péri
on peut dire que l'Armée des
Ennemis a plus perdu en perGALANT
343
dant ces Troupes délite , qu'el
le n'auroit fait en perdant troisfois
autant de monde dans une
Action generale qui luy auroit
couté beaucoup plus de Soldats,
mais qui n'auroient pas été tous
choifis & diftinguez par une valeur
reconnue. On doit juger
par là du mauvais état où fe
doit trouver l'Armée des Alliez
& dequoy elle pourroit être ca.
pable dans une grande affaire.
Elle ne peut être de longtemps
remife des pertes qu'elle a faites.
Elle peut redevenir auffi
nombreufe qu'elle a été , &
trouver des hommes ; mais ces
hommes dont la plupart n'auront
jamais vu le feu , ne rempliront
de longtems ceux qui
étoient aguerris , & qui ont
344 MERCURE
donné pendant plufieurs années
, de continuelles preuves
de leur valeur.
A l'égard de l'eau , il eft
conftant que les Affiégeans n'en
ont pas en abondance dans leur
Camp j'entens d'eau pour
boire car ils voudroient en
avoir moins de celle qui les
incommode beaucoup.
Les Lettres de leur Camp,
& celles d'Hollande n'ont pas
ceffé depuis le commencement
du Siége , de tenir le même
langage fur cet Article.
Quant à la poudre & aux
boulets , on ne doit pas s'éton
ner s'ils en ont manqué de bonne
heure , quoy qu'ils en euffent
d'abord en affez grande quanti .
té pour executer le projet qu'ils
τέ
GALANT 345
avoient formé. Il eft conftant,
& j'en ay une certitude entiere,
qu'ils avoient compté , comme
font ordinairement les Allemans
, d'abimer d'abord la Pla
ce , avec leur canon , & avec
leurs bombes , & ils croyoient
d'autant plus que cela reüffiroit
comme ils fe l'étoient imaginé ,
que la Ville de Lille étant remplie
d'une fort grande quantité
de peuple , & de Bourgeois fort
accommodez , les bombes y feroient
un fi grand fracas que
tout le peuple fe fouleveroit &
fe trouvant plus fort que la
Garnifon, demanderoit que l'on
capitulât pour éviter de voir
reduire la Ville en cendre .
Dans cette penfée les Affiégeans
ont d'abord prodigué
346 MERCURE
leur poudre & leurs boulets
avec fi peu de ménagement que
les lumieres de la plus grande
partie de leurs canons le font
ouvertes , & font par là devenus
inutiles, mais ayant reconnu leur
erreur , ils fe font trouvez fort
embaraffez à caufe de la difficulté
de recevoir des Convois ,
ce qui fera peut - être le denouement
de cette grande affaire
, c'est ce que nous verrons
dans la fuite.
Le 17. Mr le Maréchal de
Bouflers qui étoit toujours en
action , fit une revûë de fa
Garnifon , non feulement pour
fçavoir en quoy elle confiftoit ;
mais encore pour continuer d'animer
les Troupes ; pour voir
leur contenance , & pour faire
GALANT 347
connoître aux Bourgeois que fa
Garnifon étoit toujours nombreufe
, & bien difpofée à recevoir
les Ennemis , afin d'engager
le peuple à perfifter dans
la réfolution qu'il avoit prife
de fe bien défendre , & de garder
une exacte fidélité . La Garnifon
fe trouva ce jour - là d'onze
mille deux cens hommes en
état de combattre fans compter
les Officiers.
Mr de Bouflers qui fçait qu'il
ne fuffit pas de fe bien battre
pour bien deffendre une Place ,
& qu'il eft tres - important d'être
informé de ce que font les
Ennemis , parce que non feulement
on évite par - là d'être
furpris , & que l'on se tient en
garde contre les attaques qu'ils
348 MERCURE
4
doivent faire ; mais auffi parce
que ces avertiffemens donnent
fouvent lieu de les prévenir
ou de faire échouer leurs deffeins.
Mr de Bouflers , dis- je , toujours
bien informé de tout ce
que faifoient les Ennemis , apprit
que ce jour là 17. les Ennemis
avoient fait un pont de
fafcines ,fur lequel un bataillon
pouvoit paffer de front . Ce
Pont étoit à la fortie de la
Deule fur le foffé du Tenaillon ,
ouvrage en forme de Baſtion
détaché & couvert par deux
efpeces de demi- Tenailles ou
Tenaillons .
Ces Tenaillons furent attaquez
la nuit du 18. au 19. & celle
du 19. au 20 , les Ennemis y
donnerent 4. affauts pendant
ces
GALANT 349
ces deux nuits , & on les repouffa
avec tant de vigueur , qu'ils
furent obligez de repaffer leur
Pont de fafcines que l'on brûla ,
ce que l'on n'auroit peut - être
pas fait faute d'y eftre preparé,
files Efpions de Mr de Bou-
Alers ne l'avoient averti la veille ,
comme l'on vient de le marquer,
que les Ennemis avoient fait ce
Pont. La perte qu'ils firent dans
ces attaques fut fi grande , que
le Prince Eugene voyant qu'elle
pouvoit aller à quatre mille
morts , demanda une ſuſpenſion
d'armes pour les enterrer ; ce qui
luy fut refusé de crainte qu'on
ne fe fervît de l'occafion, pour
découvrir l'état des dé enfes
& pour tracer leurs ouvrages.
Ce qu'il y eut de furpresant eft
Spiembre 1708 Gg
35° MERCURE
que ces attaques pendant lefquelles
les Ennemis perdirent
beaucoup d'Ingenieurs , ne nous
en ont pas couté un feul , ce que
Mr de Bouflers marque expreffement
dans une de fes Lettres.
Nos Troupes combattirent
avec tant de vivacité , qu'un
Capitaine du Regiment de Brancas
fe laiffant emporter par fa
valeur , fans faire attention où
il alloit , s'étant trop avancé en
pourfuivant les Ennemis fut
bleflé & pris , & enfuite conduit
au Prince Eugene qui le traita
fort honneftement ; & aprés luy
avoir dit qu'il ne feroit pas bien
dans fon camp , il le fit conduire
dans un Brancart à Tournay .
Ce Capitaine rapporta qu'il
avoit crâ quel'horrible infection
"
GALANT 351
des corps morts fur le Glacis &
dans les retranchemens des Ennemis
, eſtoir capable de le fairep
mourir , & qu'elle l'avoir
beaucoup plus fait fouffrir que
fa bleffure . CURAGED 105ayca
Pendant que les Ennemis eftoient
repouffez dans toutes les
ataques qu'ils faifoiention jugea
par la grande quantité de poudre
qu'ils employoient , & parce
que l'on avoit trouvé moyen
de fçavoir l'état de leurs munitions
, que ne pouvant pas enco
re durer long temps , il étoit
abſolument neceffaire qu'ils reçuffent
des convois qui leur en
apportaflent ; c'est pourquoy il
fat refolu de mettre tout en ufa
ge pour empêcher qu'ils n'en re.
çuffent aucun , & pour cet effet
4
Gg ij
352 MERCURE
Mr de Vendôme envoya le 20.
quatre Courriers qui porterent
des ordres à Gand & à Bruges,
& en divers autres lieux de lâcher
les Eclufes. Cette précaution
falutaire a été tres - utile ,
comme l'on verra dans la fuite .
Cependant les ennemis crurent
qu'ils nous rebuteroient en ne
fe rebutant pas , & refolurent de
recommencer leur attaques le
21. fans avoir laiflé à nos Troupes
le temps de reprendre , haleine
& fans l'avoir reprife euxmêmes
.
Pour cet effet Mylord Marlborugh
fit un détachement de
fon Armée pour envoyer à celle
des Affiegeans , de dix hommes
par Compagnie de Grenadiers ,
& de fix hommes choifis par
GALANT 353
Compagnie d'Infanterie. Ces
Troupes , avec quelques Troupes
choifies du Camp des Affiegeans
,
& celles des deux tranchées
, compofoient deux Corps
dont l'un de fept à huit mille
hommes , fut employé aux attaques
, eſtant foûtenu par l'au .
tre Corps.omandas von alitup
On doit remarquer que les
ennemis ayant fait un grand
nombre d'attaques , où ils
avoient toûjours efté battus ,
les Troupes rebutées ne vouloient
plus donner , ce qui fut
caufe qu'on joignît à celles du
Camp le détachement dont je
viens de parler ; mais ce n'eftoit
pas encore affez pour engager
les Troupes à marcher avec
confiance , il fallut que le Prin-
Gg iij
354 MERCURE
ce Eugene leur dit qu'il ne les
abandonneroit pas , & qu'il fe
roit témoin de leurs actions ; &
deux cens Officiers affurerent
en même temps ce Prince qu'ils
l'accompagneroient par tout.
Tout cet appareil eftant formidable
, devoit faire concevoir
de grandes efperances aux Als
fiegeans. Cependant la fuite a
fait voir que tant de Troupes
choifies n'ont fervi qu'à augmenter
la gloire des Affiegez .
Il est temps de paſſer à l'action ;
cependant je crois devoir dire
avant que d'entrer dans ce qui
en regarde le détail que Mrs de
Permangle , de Maillebois & de
Chateau -neuf , commandoient
au chemin csuvert de la droite ;
-Mrs de Ravignan , de Soury &
1
GALANT 355
d'Angennes , à celuy de la gauche
que Mr de Surville donnoit
les ordres à la droitc ; &
Mr de Lée à la gauche.h
L'action commença fur le foir.
Les ennemis embrafferent toutes
les deffenfes du Tenaillon ;
ils furent repouffez deux fois
avec beaucoup de vigueur ; & à
la troifiéme attaque ils pene,
trerent fur la pointe du Baftion
gauche du Tenaillon ; mais ils
ne purent aller plus avant , ce
Baftion eftant coupé par un fort
retranchement fraifé & paliladé
, dont ils ne purent fe rendre
maiſtres ; de maniere qu'on
demeura toûjours en poffeffion
du chemin couvert , quoy que
les Troupes ennemies fuffent
logées fur la pointe du Baſtion ,
7
356 MERCURE
Ry
parce que celles des Affiegez
les tenoient ferrées par le retranchement
dont je viens de
parler , Pendant tout le temps
que ces attaques durerent , nos
Troupes furent foûtenues par
un tres - grand feu de la Ville.
Les ennemis furent auſſi chaffez
de plufieurs logemens qu'ils
avoient commencez , & on leur
brûla ou emporta plus de cent
gabions ; & ce ne fut qu'aprés
trois heures d'attaques qu'ils
emporterent la pointe du demi
Baftion gauche du Tenaillon ,
où ils firent un logement de
trente à quarante hommes.
Il y a des Relations qui portent
que par une manoeuvre digne
des plus grands Capitaines
quinze cens Grenadiers des
GALANTM 357
#
Ennemis , ayant efté coupez
pendant les attaques , furent
taillez en pieces , & qu'il en
refta tres- peu, susbus ,, 15hug
Les premieres nouvelles qui
vinrent de la perte des Ennemis
portoient qu'ils avoient eu
deux- mille hommes tuez fur la
place ; mais celles qui vinrent
enfuite affarerent qu'ils en
avoient eu cinq mille hors de
combat .
18
Mr de Bouflers fut tellement
content des Troupes qui avoient
combattu en cette occafion .
qu'il écrivit aprés cette action
qu'il n'avoit efté que fpectateur
de la valeur des Officiers & des
Soldats , & qu'il n'avoit perdu
aucun Officier de marque . Les
Ennemis ne peuvent dire lá
358 MERCURE
f
même chofe, & il eſt certain qu'-
ils en ont perdu beaucoup dont
on affecte de cacher les noms.
Onprétend même qu'il y en a
du premier rang ; mais ces fottes
de mifteres ne pouvant durer
longtemps , je fuis perfuadé que
j'en apprendray les noms avant
que de fermer ma Lettre, r )
Quant aux Troupes de la
Ville qui ont foûtenu les attaques
, & qui n'ont perdu perfonne
de marque , ainfi que vous
venez de voir , elles ont eu feulement
trois Officiers de diftin-
&tion bleffez , qui font Mr de
Ravignan , Brigadier d'infanterie
, bleffé à l'estomach ; Mr
le Comte d'Augennes , auffi Brigadier
, bleffé à la cuiffe , &
Mr de Soury , Lieutenant CoGALANT
359
lonel de Greder , bleffé au bras:
ces trois bleffures font legeres.
Mais comme une action auffi
vive & dans laquelle les coups
de main & de feu ont eu part,
& qui coute plus de deux mille
hommes aux Ennemis fans les
bleffez , ne fe pouvoit paffer .
fans perte du cofté des Affiégez ;
ils y ont eu quatre cens hommes
tant tuez que bleffez • ce
qui eft peu confiderable par ra
port à la grandeur de l'Action .
Le Prince Eugene s'étant
avancé fur le revers de la
Tranchée au troifiéme Affaut
pour animer les Troupes , eut
le malheur d'y eſtre bleffé à la
tefte , & ce Prince fut auffitoft
porté dans la Berline du Prince
de Saxe qui le mena à fa Tente.
360 MERCURE
J'ay vû cent Lettres qui toutes
ont parlé differemment de la
bleffure de ce Prince ; de maniere
qu'il eft tres difficile d'en
demêler la verité à moins qu'elle
ne vienne du cofté des Ennemis.
Cependant il n'y a pas d'ap
parence que fa bleſſure foit
flegere que quelques uns le
publient , puifque fi cela eftoit ,
ce Prince auroit affecté de fe
faire voir , & que les attaques
du 23. ſe feroient encore données
fous fes ordres , au lieu
qu'il n'a efté parlé dans ces attaques
que de Mylord Marlbo .
rough , & des Troupes qu'il
avoit amenées pour cette action ,
tirées de l'Armée d obfervation
qu'il commande. Je laiffe done
tout
GALANT 361
*
tout ce qui s'eft dit de la bleffure
du Prince Eugene dont je
ne crois devoir vous rapporter
que les plus fraiches nouvelles ,
& pour cet effet je vous envoye
ce que je viens de tirer d'une
lettre de Tournay dattée du
27. Il en vient fouvent des nouvelles
fures , & le Gouverneur
de cette Place dont le fçavoir
faire répond à la valeur , a prefque
toujours des Efpions dans
le Camp des Affiégeans ; voicy
l'Extrait qui regarde le Prince
Eugene , dans la Lettre dont je
viens de vous parler ..
On continue de croire tant à l'Armée
qu'icy , que le Prince Eugene
a été bleffé aux attaques du 21. au
22. On affure qu'il a le coup au
front , & que quoyque fa Calotie
Septembre 1708. Hh
362 MERCURE
Paye garenti , il a efté jetté à la
renverse , & qu'on le réleva comme
an homme mort. On prétend que fes
Medecins & Chirurgiens craignant
les fuites facheufes d'un contre - coup
l'empêchent de parler à qui que ce
fait.
Aprés l'Action du 21. au 22 .
les Ennemis firent demander
comme ils avoient déja fair
aprés les attaques précedentes ,
une fufpenfion d'Armes afin de
faire enlever leurs morts , ce
qui leur fut encore refufé ; mais
ils ne la demanderent aparemment
qu'afin de prier fur ce refus
qu'on leur permit de faire ve
nir des remedes de Tournay ;
mais cette demande ne leur
reüffit pas mieux que les autres .
Il y a des Lettres qui portent *
GALANT 363
que Mylord Marlborough eftoit
dans le Camp pendant l'action ,
& qu'il ne retourna à fon Armée
qu'à minuit .
Les Ennemis furent d'autant
plus chagrins de voir qu'ils n'avoient
pas fait une attaque depuis
le commencement du Siege
, que le Prince Eugene &
Mylord Marlborough avoient
engagé une partie des Princes
les plus confiderables d'Allemagne
de venir voir la maniere
dont ils attaquoient les places ,
& qu'au lieu que ces Princes
euffent efté témoins de leur
gloire , ils l'avoient eſté de leurs
défaites continuelles , & de la
manieré dont ils avoient efté
battus toutes les fois qu'ils avoient
voulu attaquer , ou qu'ils
Hhij
364 MERCURE
ques
avoient efté attaquez.
Comme on aprehenda que la
bleffure du Prince Eugene ne
produifit de mauvais effets parmiles
foldats , & qu'en les décourageant
elle ne relevât le
courage des Affiegez , on refolut
de faire de nouvelles attafans
leur laiffer le temps
de refpirer , & l'on crût que
devant eftre perfuadez que le
Prince Eugene ne pourroit agir
fi - toft , ils feroient moins preparez
à foûtenir les nouvelles
attaques que l'on feroit . Mylord
Marlborough
le fouhaitoit avec
ardeur , parce qu'il devoit commander
dans ces attaques à la
place du Prince Eugene , &
qu'il avoit refolu de les faire
faire par l'élite des Troupes de *
GALANT 365
:
fon Armée ; mais lorsque l'on
vint à examiner la chofe de
prés , il s'y trouva une grande
difficulté , pour ne pas dire une
impoffibilité , c'eſt le manquement
de poudre fuffifante pour
faire ces attaqués dont il fe trouva
tres peu dans le Camp des
Afliegeans . On confulta fi l'on
en feroit venir de Menin ; mais ;
il fut refolu que non , parce
qu'il n'en reftoit que cent milliers
dans la place qui ne fuffiroient
pas pour la deffendre
fi elle eftoit attaquée , & que
l'Armée en auroit befoin firelle
eftoit obligée de fe retirer de ce
côté- là . D'ailleurs on ne crût
pas que le Gouverneur voulûc
s'en dégarnir , quand même il
recevroit des ordres . Toutes ces
Hh iij
366 MERCURE
chofes furent fur le point d'em
pêcher qu'on ne fift les attaques
que l'on venoit de refoudre ;
mais Mylord Marlborough qui
les fouhaitoit parce qu'il y
devoit
commander , offrit de tirer
dix Tonnes de poudre de fon
parc d'Artillerie . Ces offres furent
acceptées , & l'attaque refolue
pour le 23. au foir. Marlborough
fe rendit au Camp des
Affiegeans avec 2000. Grenadiers
& un grand Corps de Dragons
; mais ce Mylord fut bien
furpris lorfqu'il s'aperçut qu'aprés
avoir donné l'ordre , les
Troupes refufoient de marcher,
& voyant que la terreur eftoir
fi grande parmi elles , qu'il n'étoit
pas poffible que toutes les
exhortations du monde puffent
GALANT 367
les y engager , il prit le party
de faire pendre deux Dragons ;
ce qui ne produifit pas encore
tout l'effet qu'il s'eftoit imaginé
; de maniere qu'il fallut les
obliger à marcher à force de
menaces & de coups. Le Combat
fut tres- rude , & aprés plufieurs
affauts ils fe rendirent
maiftres de la pointe droite du
Tenaillon , ayant confervé la
gauche qu'ils avoient emportée
le 21. Cet ouvrage eft auffi coupé
( ainfi que je vous ay marqué
que l'eft celuy qu'ils avoient
déja pris ) par un retranchement
bien fortifié , Les Ennemis ont
perdu 2000. hommes en cette
occafion , & les Affiegez environ
100. Ces derniers firent
joner un fourneau qui contri-
མ་ཡིན། །
368 MERCURE
bua beaucoup à la grande perte
que firent les Affiegeans , qui
en fe retirant laifferent beaucoup
de Gabions qui furent brûlez
par les Affiegez , qui pourfuivirent
les Ennemis jufques
dans leur tranchée ."
8
Je dois ajoûter icy qu'il furvint
un grand orage pendant
les attaques , qui les fit ceffer
pendant quelque temps ; mais
que l'on eftoit fi animé au combat
de part & d'autre , qu'il
recommença auffi - toft qu'il fut
ceffé.
Pendant que ces chofes fe paffoient
, on fit fortir de Bruxel
les 60. chevaux chargez de poudre
qui devoient gaguer le
Camp des Affiegeans par des
chemins détournez ; mais ils furent
arrêtez .
GALANT 369
Aprés les attaques du 23. les
Ennemis demeurerent 24. heures
fans tirer , & comme pendant
cet intervale on leur vit
ramener du canon à Menin
rompre les Ponts qu'ils avoient
fur la Marque , relever les poftes
, & mettre une grande partie
de leurs Troupes en marche,
on crut qu'ils levoient le Siege ;
cependant ils n'avoient renvoyé
que les canons qui estoient hors
d'état de fervir , parce que leurs
lumieres eftoient trop ouvertes,
& les Troupes qui s'eftoient
miſes en marche ne l'avoient
fait , que pour aller chercher le
Convoy qu'ils avoient à Oftende
.
Comme il n'eſt rien d'impoffible
, lorfque l'on employe des
370 MERCURE
h
gens hardis & intelligens pour
découvrir tout ce qui fe paffe
dans le Camp des ennemis , &
que ceux qui font employez ne
manquent point de ce qui fait
reüffir les chofes les plus diffici
les , on a trouvé moyen d'avoir
un Etat de la perte des ennemis
depuis le commencement du
Siege ; cet Etat s'est fait chaque
jour à mefure que l'on a fait
quelque perte. La perte des en
nemis felon cet Etat , monte à
fix Lieutenans generaux ; quinze
Maréchaux de Camp & Brigadiers
; trente un Colonels ;
huit cent tant Lieutenans Colonels
que Majors , & Capitaines
morts ; un nombre d'Officiers
fubalternes à proportion , &
plus de feize mille Soldats tuez
GALANT 371
ou bleffez depuis le commencement
du Siege jufqu'aprés les
affauts du 23. & de foixante
des principaux Ingenieurs qu'ils
avoient , il ne leur en refte plus
que dix , fuivant cet Etat .
Je vous ay parle des Inventions
nouvelles qui ont efté
trouvées par Mr le Maréchal de
Bouflers , & par Mr de la Frezeliere
, pour allonger le Siege ,
& incommoder beaucoup les
ennemis. Je dois vous parler
prefentement d'une autre Machine
ou efpece de Pompe , par
le moyen de laquelle les Affiegez
jettent de l'huile , de l'eau
bouillante , & de la poix fonduë
meflées enfemble , fur les Affiegeans
; ce qui les defole beaucoup
, & ce qui eft caufe en par372
MERCURE
ر د
tie qu'ils refufent d'aller aux
affauts , où ils vont rarement
fans eftre enyvrez d'eau de vie .
Je dois encore ajouter icy ,
que les Batteaux plats dont je
vous ay déja parlé , & dont on
attribue l'invention à Mr le
Marquis de Lée , ont chacun
deux petites pieces de canon
chargées à cartouche ; ce qui
produit de merveilleux effets ,
& dont on tire de grandes utilitez
.
Je paffe à la fuite des Nouvelles
qui regardent le Siege.
Le 25. un Parti forti de Lille
par la Porte des Malades , enleva
dans le Camp des ennemis du
cofté du Pont à Bouvines centcinquante
Vaches qu'il amena
à la Ville. Le même Party-amena
GALANT. 373
na auffi
quatre cent Moutons ,
qu'il prit dans d'autres Villages
voifins , que les ennemis ne pouvoient
garder à cauſe du grand
nombre de Détachemens qu'ils,
ont efté obligez de faire.
de
Le 27. on foüetta à l'Armée
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
foixante femmes du Pays
de Liege , arreſtées en differens
temps & en divers endroits , portant
des hottes chacune avec
deux boulets & de la poudre aux
ennemis .
Un Bourgeois de Douay avant
efté retenu au Camp des Ennemis
pendant quelques jours , fe
trouva enveloppé le 26 par un
Parti de Lille . Il fut mené à
Mr le Maréchal de Bouflers ,
qui luy permit de s'en retour-
Septembre 1708. I i
374 MERCURE
ab ner , en le chargeant de dire à
Mr de Pommereu Gouverneur
de Douay , qu'il efperoit de renouveller
le Magiſtrat à Lille à
l'ordinaire le premier Novembre
, toutes les brèches eftant
réparées.
Le 28. on rapporta à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne que
la bleffure du Prince Eugene
eftoit dangereufe , parce que
l'os eftoit découvert , & que
l'on croyoit qu'il le faudroit tré.
paner.
Une fille âgée feulement
d'onze ans , ayant un petit
chien fous fon bras , étant fortie
de Lille toute éplorée entra
dans le Camp des Affiégeans ,
& demanda à parler au Prince
Eugene à qui elle fut menée.
GALANT 375
pere Elle dit à ce Prince que fon
& fa mere qui eftoient fortis de
Lille il y avoit quelque temps ,
l'avoient laiffée chez une tante ,
à qui ils avoient donné quelques
provisions pour elle ; mais
qu'une Bombe eftant tombée fur
ce logis , & y ayant mis le feu,
les Soldats qui eſtoient venus
pour l'éteindre avoient pillé
tout ce qu'il y avoit dans le logis
, & que n'ayant plus dequoi
vivre , elle eftoit fortie pour aller
chez des parens qu'elle avoit
dans un Village voifin , & qu'elle
le prioit de la faire feulement
conduire hors du Camp ; &
qa'enfuite elle trouveroit bien
le lieu où elle vouloit aller , qui
n'eftoit pas éloigné . Aprés que
le Prince Eugene eut fait exa-
Ii ij
376 MERCURE
miner s'il n'y avoit point de lettres
fur elle , & qu'il luy eut
fait donner quelque argent , il
ordonna qu'on la conduifit hors
du Camp, ce que l'on fic auffitôt
. Elle n'alla pas loin fans
trouver des perfonnes de qui
elle eftoit attenduë , & qui la
conduifirent à Manfeigneur le
Duc de Bourgogne , devant
qui elle joua un autre rôle que
celuy qu'elle avoit fait devant
le Prince Eugene , ayant paru
auffi gaye en entrant dans la
Tente de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , qu'elle avoit
paru éplorée devant le Prince
qu'elle avoit deffein de tromper
& dont effectivement elle venoit
de faire une Dupe. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
GALANT 377
l'a reçut fort agréablement , &
cette jeune fille ayant défait un
méchant linge qui eftoit autour
du col du chien qu'elle portoit ,
elle en tira un Billet de Mr le
Maréchal de Bouflers qu'elle
prefenta au Prince pour qui elle
venoit de jouer à l'àge d'onze
ans , un perfonnage dont les filles
les plus mures feroient à
peine capables , & qui auroit pu
en embaraffer beaucoup d'autres
...
Cette jeune perfonne peut fe
venter qu'à proportion de l'âge
& du fexe , elle a du moins autant
fait
que Mr du Bois
qui
traverla
les fept
canaux
à la nâge
.
J'interromps
la fuite
du fiege
qui attire
aujourd'huy
l'atten-
Ii ij
378 MERCURE
tion de toute l'Europe , que je
reprendray , aprés vous avoir
fait part de deux ou trois nou .
velles dont je vous entretiendray
en peu de paroles . Vous
avez dû remarquer que Mr le
Marquis de Maillebois ne s'eft
pas feulement diftingué dans
l'action où il poursuivit les Ennemis
jufques dans leur Tranchées
où il leur enleva 40. hommes
& tous les outils qui s'y trouverent
; mais que depuis ce jourlà
il s'eft encore diftingué en
plufieurs occafions où il a eu le
bonheur de fe trouver. Mr le
Marefchal de Bouflers en a écrit
au Roy fi avantageufement que
S. M. n'a pas balancé à le nommer
Brigadier de les Armées ,
pour montrer qu'on peut afpiGALANT
379
8
rer à tout âge , à tous les hanneurs
de la guerre lorfque l'on
s'en rend digne , & qu'on les merite
par d'auffi frequentes marques
de valeur qu'a fait Mr le
Marquis de Maillebois .
*
Le Roy a nommé Marefchal
de Camp , Mr Rigollot , Lieutenant
General de l'Artillerie ,
& qui commande celle des deux
Couronnes en Eſpagne . S. A. S.
Monfieur le Duc du Maine qui
protege le vray merite , luy a
procuré cette grace avec des ditinctions
agreables qui en rele
vent beaucoup le prix . Il y a peu
d'Officiers dans le Royaume qui
ayent vû plus d'actions . Il s'eft
trouvé depuis 54 ans qu'il fert
à 17. Batailles & à 42. Sieges.
Les derniers où il s'eft trouvé ,
380 MERCURE
& qui ne luy ont pas moins fait
d'honneur que les autres , font
ceux de Cartagene en Espagne ,
de Lerida & de Tortofe.
Les Imprimez d'Angleterre
& de Hollande ont repeté plufieurs
fois depuis fix femaines ,
que Mr Ducaffe en efcortant la
flotte du Mexique , arrivée le
mois paffé au Port du Paffage ,
avoit pris fur la route fix de leurs
vaiffeaux cependant on a cfté
furpris d'apprendre à fon retour
qu'il n'en avoit amené aucun
, & qu'il n'en avoit pas même
rencontré ; mais on vient
d'apprendre que les vaiffeaux
dont on luy attribuoit la priſe,
ont efté enlevez par Mrs d'O .
rogne & du Drefnay , Capitaines
de vaiffeau , en convoyant
3
GALANT 381
la Flotte de Cadix aux Indes de
la nouvelle Efpagne ; de manie
re que fi vous joignez ces Vaiffeaux
aux 13. dont je vous ay déja
marqué la priſe dans ma lettre
, vous trouverez qu'en peu
de temps les François fe font
emparez de 9. gros Vaiffeaux
richement chargez.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit les Quatre Elemens .
Ceux qui l'ont trouvé font Mrs
de Montignac , da Portail - Imbert
, de Limoges ; de Clerfeüille
; de Fontaine , d'Arbrifelle ;
de Claireau ; de Launois ; le
jeune Abbé de la ruë Saint Antoine
; la Ferriere ; Tamyriſte' ;
le Voifin du cerceau de la ruë
Bertin- Poiré ; l'Amant en idée;
382 MERCURE
J
le Protecteur des Romans ; le
Mechanicien de Cour- Cheverny
, en Sologne ; l'Anti - Diable
boiteux , Miles de la Cofte ; de
Clamaret ; de Panneval ; d'Orbuftieres
; Madelon Robinet de
la ruë Saint Martin ; la jeune
Mufe renaiffante G. O. la plus.
jeune des belles Dames de la
rue des Bernardins ; la Soli-.
taire de la rue aux Feves ; Cato
du Bourgkachar ; la Pouponne
de la rue Saint Honoré ; l'Amante
trifte & dolente de la ruë
Saint Denis , & Janneton la
nouvelifte.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ; elle eft de Mr Du ...
d'Har.... de Bezançon .
GALANT 383
ENIGME.
Celuy qui créa tout ne mefitpourtant
point ,
Et l'homme , cet ouvrage acomply de
tout point ,
N'égale pas encore mon ancienne
naiſſance.
Jefuis avec le pauvre ainfi qu'avec
le Roy ;
Aveugle , je les fuis avec grande
affeurance
•
Sans qu'ils s'embaraffent de moy.
Quoyqueje fois fans yeux , je donne
des lumieres
Aufquelles les Sçavans ont tres -fou
vent recours ,
Leur eftant neceffaires
Poour bien regler leurs jours.
384 MERCURE
Je crois que la Chanſon
qui
fuit vous fera plaifir.
AIR NOUVEAU.
Quand on eft loin de ce qu'on aime,
On n'a ni repos ni plaiſirs ;
Et quand la tendreffe eft extrême ,
L'abfence augmente les defirs.
Par le dernier Courier que
l'Archiduc a envoyé à Vienne ,
il prie l'Empereur fon frere de
luy envoyer des remiſes pour
payer les Troupes , afin d'en empêcher
la defertion , & d'eftre
en état de fe maintenir en Catalogne
, & comme il prevoit bien
que S. M. I. n'eft guere en état
de luy fournir de grandes fommes
, il le prie de joindre fes
follicitations
GALANT 385
follicitations aux fiennes dans
les Cours de Londres & de la .
Haye qu'il croit inépuifables .
Les inftances ont eſté déja faites
par les Miniftres d'Autriche,
lefquels n'ont eu que des réponfes
ambiguës , & ils ont efté renvoyez
à la fin des Campagnes
de Flandre & de Piemont
Les Troupes Angloifes deftinées
pour le Portugal , & que
l'on y attend depuis plufieurs
mois avec une grande impatience
, ayant efté débarquées à Oftende
pour fervir en Flandre ,
l'Envoyé de Portugal qui eft
à Portsmouth , en a fait des
plaintes d'autant plus grandes ,
que ces Troupes y efloient attendues
pour commencer la
Campagne d'Automne ; mais
Septembre 1708. K k
386 MERCORR
quelque plainte qu'il ait faite la
deffus , on luy a remontré que
dans une conjoncture auffi preffente
, elles ne pouvoient eftre
mieux employées qu'en Flandre
pour l'avantage de la caufe
commune ; & comme c'eftoit
une affaire faite , il a efté obligé
de ceffer fes plaintes , ce qu'il
n'a pas fait fans faire connoiftre
par de vives raifons que le
Portugal qui avoit compté fur
ces Troupes , fouffriroit peuteftre
beaucoup , s'il ne les recevoit
pas.
On peut dire que le fecret eſt
l'ame des grandes entrepriſes
& que c'eft en partie ce qui les
fait fouvent réüfir . Quoyqu'il
y ait fuffifamment de poudre
dans Lille pour foûtenir un
GALANT 387
Jong Siege & qu'il y ait un affez
grand nombre de Moulins à
poudre , ce qui peut - être d'une
grande utilité dans une grande
Ville affiégée , Mr le Maréchal
de Boulers crut qu'il eftoit bon
de le précautionner , & de ne
pas attendre qu'il pût avoir befoin
de poudre pour travailler
aux moyens d'en faire entrer
dans la Place ; & comme les
Armes s'échauffent beaucoup
lorfqu'elles tirent fouvent , il
voulut le précautionner contre
tout ce qui pourroit arriver à
cet égard , & il concerta avec
Mr le Chevalier de Luxembourg,
les moyens de faire entrer
dans la Place un fecours
d'hommes , d'armes & de pou.
dre , & ils convinrent enſemble
KK ij
388 MERCURE
que toutes ces chofes entreroient
par la Porte de Nôtre-
Dame , où Mr de Bouflers les devoit
aller recevoir . Tout à été
executé de la même maniere
qu'il a été projetté , le fecret
fort exactement obfervé , &
tout a été conduit d'une maniere
qu'il n'a pas été poffible que
l'on ait pu deviner la moindre
chofe du projet qui avoit été
formé. Tout étant dans l'état
que l'on pouvoit fouhaiter , on
mit à execution ce projet le 28.
de ce mois comme il avoit été
arrefté.
Le Corps de deux mille Chevaux
que l'on avoit réfolu de
faire paffer avec la poudre &
les armes , étant arrivé à la Barriere
par laquelle on avoit reGALANT
389
folu de paffer , la Garde cria ,
qui vive , à quoy on répondit
Détachement qui vient de l'Armée
>
de la Guerre. Comme il n'étoit
pas jour , ils ne furent point
reconnus & ils pafferent au
grand trot , & feize à dix -fept
cens ayant continué leur marche
entrerent dans la Ville .
Mais le jour ayant fait reconnoître
ceux qui fuivoient , la
fentinelle cria ce font des Ennemis,
Le Corps de Garde jetta auffitôt
des Grenades , dont quelques
unes tomberent fur quelques
facs de poudre où elles
mirent le feu , dont fix hommes
& huit chevaux furent bleffez .
Le reste de la Cavalerie fe
voyant découvert tourna bride .
MrleChevalier de Luxembourg
Kk iij
390 MERCURE
étoit à la tête de ce détâchement
, dont tous les Cavaliers
portoient chacun deux Moufquets
& un fac contenant cinquante
à foixante livres de poudre
de maniere que l'on dit
qu'il y en avoit environ cent
milliers
Les Troupes qui font entrées
font la Compagnie franche de
Parpaille ; celle des Sauve gardes
du Roy ; les Régimens de
Dragons de la Reine , de Bourgogne
, de S. Agnan , de Martinville
, de la Breteche , de
Fontaine , & de Foffart ; un
Détachement de cent Chevaux ;
quarante Dragons de Belabre ,
& deux Compagnies de Grenadiers
des Regimens qui font à
Doily .
"
GALANT 391
Mr.le Chevalier de Luxembourg
, prevoyant bien qu'il ne
pouroit fçavoir au jufte ce qui
fe pafferoit à la queue de fes
Troupes en cas qu'elles fuffent
découvertes avant que d'eftre
toutes paffées , & qu'il ne pouroit
, étant arrivé à Lille , faire
fçavoir fitôt au Roy qu'il y étoit
entré , parce que ceux qui en
fortent pour porter des nouvelles
font fouvent obligez de faire
plufieurs détours avant que de
fortir du Camp des Affiégeans,
avoit pris la precaution d'ordonner
à fon Secretaire d'examiner
tout ce qui fe pafferoit à
la Barriere par où il devoit entrer
; & de fe retirer enſuite à
Douay d'où il depecheroit deux
Courriers, l'un au Roy & l'au
392 MERCURE
tre à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & qu'il rendroit
compte à S. M. & à ce Prince,
de tout ce qu'il auroit obſervé ,
ce qu'il a fait fort ponctuellement
, tout le détail de l'entrée
des Troupes à la Barriere
que vous venez de voir eftant
de luy. Il ajoûte à ce qu'il a
mandé , & dont vous venez de
voir le détail , que les Regimens
de Tourot & de Tarnaut , n'ayant
pu paffer outre aprés que
l'on eut découvert que les
Troupes qui les précedoient
étoient Troupes Ennemies , étoient
retournez à Douay ; mais
que Mr de Tourot , trois Capitaines
de fon Regiment , &
plufieurs Cavaliers manquoient
que l'on n'avoit encore pu
&
GALANT. 393
fçavoir ce qu'ils étoient deve
nus .
Voila le raport qui a efté fait
au Roy par Mr le Duc de Luxembourg
, de ce qui s'eſt paffé
dans une action qui continue de
faire vivre le nom de fon illuftre
Maifon . On a peu vû d'actions
plus hardies , executées avec
plus d'intrepidité , mieux conduites
, & dont le fecret ait été
mieux gardé , ce qui a extremement
réjoui la Garniſon &
le peuple de Lille , car quoy
qu'ils fuflent bien éloignez d'avoir
encore befoin de tout ce
qui eft entré dans leur Place ,
de pareils fecours font toûjours
plaifir lorſqu'on a refolu de fe
deffendre jufqu'à l'extrémité :
d'ailleurs les Affiegeans épou
394 MERCURE
ventez de la vivacité avec laquelle
la Garniſon ſe deffend ,
& n'allant plus aux affauts fans
y eftre forcez , & même à coups
de bâtons , fuivant qu'il eft raporté
dans plufieurs Lettres , &
fans eftre enyvrez d'eau de vie ,
ce qui a commencé à la rendre
fi rare dans le Camp , que l'on
a efté obligé de mander que l'on
en mit beaucoup dans les Coavois
que l'on y attendoit . Les
A fliegeans , dis - je , voyant la
Garnifon fortifiée de toutes
chofes , auront plus de repugnance
qu'ils n'ont encore eu
jufqu'à prefent à monter aux
affauts , & la Garnifon encou .
ragée par tous les fecours qu'elle
a reçûs , fera plus animée
qu'elle n'a encore efté , non feuGALANT
395
lement à bien deffendre tous les
dehors de la Place , mais auffi à
pourfuivre les Ennemis jufques
dans leur Camp , & à détruire
leurs Travaux , comme elle a
déja fait plufieurs fois depuis le
commencement du Siege.
On apprend tous les jours que
depuis les mauvais traitemens
que Mylord Marlborough a fait
faire aux Troupes pour les forcer
à donner l'affaut du 23. il
s'eft non feulement aliené l'efprit
des Troupes , ainſi qu'il a
déja efté marqué , mais que ce
mauvais traitement & les deux
Dragons pendus , ont caufé une
defertion qu'il eft difficile d'arrêter
, & qui continue encore
tous les jours , les Anglois fu
Eportant impatiemment les mau
396 MERCURE
vais traitemens , & fe regardant
en quelque maniere comme Peuples
libres depuis qu'ils font fous
la domination d'une Princeſſe
à qui le Trône n'apartient pas ,
& qui par confequent au lieu
de fouffrir qu'on les maltraite ,
les doit beaucoup menager : on
pretend que ce que Mylord
Marlborough a fait en cette occafion
empêchera que beaucoup
d'Anglois ne s'enrollent à l'avenir
, & ceux qui font dans fon
Armée le difent hautement .
Je reviens à l'action de Mr
le Chevalier de Luxembourg.
Elle a tellement plû au Roy ,
& elle a efté trouvée fi belle ,
que l'on en a peu vû recevoir
autant d'aplaudiffemens , chacun
s'eftant fait un plaifir à la
Cour
GALANT 397
Cour de fe la faire raconter auffi-
toft que la nouvelle en fut
arrivée ; ce qu'il y a de remarquable
eft que cette action ayant
d'abord frapé le Roy , & luy
ayant fait un extrême plaifir ,
S. M. dit fans prendre un moment
pour fe confulter Ellemême
, je le fais Lieutenant General.
Ainfi l'on ne peut dire que
ce degré d'honneur qui ne laiffe
plus qu'un pas à faire pour
arriver aux premiers honneurs
de la Guerre , ait eſté donné à
ce Chevalier fans l'avoir folli
cité , & fans qu'il ait efté obligé
de le demander : auffi peut - on
dire, à fa gloire qu'il eft un des
plus braves hommes du Royaume
, des plus intrepides , & des
plus actifs , comme on a pû le
Septembre 1708 .
LT
398 MERCURE
remarquer dans le combat d'Oudenarde
pendant lequel , felon
plufieurs Lettres écrites du
Camp & de Verſailles , ce Chevalier
a mené jufqu'à dix fept
fois les Troupes à la charge.
La nouvelle de l'arrivée dans
Lille des Troupes qui y ont été
conduites par Mr le chevalier
de Luxembourg , chagrinera
d'autant plus les Etats Generaux
qu'elles pouront fervir à
faire durer le Siege plus longtemps
; & comme ce Siege leur
coûte déja beaucoup de toutes
manieres , ils ont écrit au: Prince
Eugene & à Mylord Marlborough
, qu'il coûtoit déja 7.
à 8. mille hommes aux feules
Troupes Hollandoifes ,
compter un grand nombre de
fans
GALANT 399.
malades & de bleffez dont
plufieurs ne pouvoient recha .
per , & que d'ailleurs la Campagne
leur coûtant déja 15. millions
d'écus , avoit tellement é
puifé toutes les Provinces qu'el
les fe trouvoient hors d'état de
fournir de nouvelles fommes .
Mr le Maréchal de Bouflers
s'étant aperçu que les Ennemis
avoient par la fappe pratiqué
deux Mines qui devoient renverfer
une partie de la Contref
carpe dans le foffé du côté des
attaques , il en a fait éventer
une , & l'autre a joüé fans faire
l'effet qu'ils en , attendoient . Le
29. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne reçût une Lettre de
Mr de Bouflers , par laquelle
il luy mandoit que depuis 40 .
Llij
400 MERCURE
1
jours de tranchée ouverte , les
Ennemis n'eftoient encore en
poffeffion d'aucun ouvrage entier
Le même jour 29. Mr le Comte
de la Motte fçachant que les
Carettes qui avoient chargé à
Oftende une partie des chofes
que la Flotte Angloife avoit débarquées
pour être transportées
au Camp du Prince Eugene , étoient
en marche pour s'y rendre
, & qu'elles eftoient déja
proche de Koquelar , & craignant
que tout le Convoy ne
paffaft s'il differoit d'avancer
pour en arrêter la marche , crut
devoir attaquer les Ennemis ,
ce qu'il fit en effer fans attendre
qu'il eut efté joint par
les Troupes qui avoient ordre
GALANT 401
de le joindre. Ainfi il engagea
le combat quoy qu'il fut plus
foible qu'eux , mais il ne les
put enfoncer. Cependant il
continua le Combat , afin de
laiffer avancer les Troupes qu'il
attendoit & qui le joignirent
deux heures aprés l'action . Mais
les Ennemis s'eftoient retirez ,
tant parce que la nuit furvint ,
que parce que fçachant qu'il
venoit un renfort à Mr de la
Motte ils apprenhendoient d'être
coupez . Les Troupes Efpagnoles
ont fait merveille en
cette occafion , où Mr de la
Motte n'a perdu qu'environ
cinq cens hommes , & les Ennemis
beaucoup davantage , fe
lon le raport de plufieurs Lettres
. Ce Comte à mandé , qu'-
a
402 MERCURE
ayant reçu fon renfort , il alloit
de nouveau attaquer les Ennemis
qui eftoient à Odembourg
.
Il n'a paffé tres certainement
que deux cens charettes chargées
de Sel , d'Eau - de - vie &
de Vinaigre , dont les Ennemis
avoient grand befoin pour ra
fraichir leurs canons . Il y avoit
auffi fur ces charettes plufieurs
Officiers & Soldats qui avoient
efté bleffez dans le Combat qui
venoit de fe donner . Un Tambour
dit avoir compté les deux
cens charettes qui font arrivées
à Menin , & qu'il n'y
en eft pas entré une davantage .
Mr le Maréchal de Bouflers
a écrit qu'il tiendroit dans la
Ville feule jufqu'à la fin du mois
d'Octobre, & toutes les breches
GALANT 403
font heriffées de pointes de fer
qui ne laiffent aucune prife. Je
crois que vous vous appercevez
bien que les nouvelles de Guerre
qui fe trouvent fur la fin
de ma Lettre, occupant la place
de plufieurs autres Articles .
je me trouve obligé de les referver
pour le mois prochain . Je
fuis Madame , voftre . & c .
A Paris ce 30. Septembre 1708.
A VIS.
Le mois prochain commençant
par quatre Fêtes de fuite
qui empêcheront de relier le
Mercure , on ne vendra celuy
d'Octobre que le feptième de
Novembre.
L
TABLE.
Panegyriques de Saint Louis
prononcez dans la Chapelle du
Louvre , & dans l'Eglife des
Preftres de l'Oratoire ,
Difcours prononcé par le Pere Gran-
5
28
´di ,
Fefte de la Divifion des Apoftres ,
celebrée avec beaucoup de folemnité
, dans laquelle on voit un élo.
ge tres- curieux , où l'on remarque
plufieurs effets de la bizarrerie de
la Fortune ,
r
Premier Article des Morts ,
Mariages ,
Epithalame ,
Clefde Mital,
37
49
87
123
227
Premiere Pierre du College des Bar
nabites de Montargis , pofèe par
S. AR. Madame , I29
Article concernant tout ce qui s'eft
TABLE.
paffé à l'occafion de l'élection d'un
nouveau Pervoft des Marchands;
le Scrutin prefenté au Roy , & les
Ceremonies obfervées par la Ville
-en Corps , le jour de la Fefte de
Saint Louis , avec les barangues
prononcées à cette occafion ,
Jugement d'un Procés qui faifoit
grand bruit depuis plufieurs années
,
131
159
Dispute appellée Paftillaire ,faite
felon l'ufage , par les nouveaux
Docteurs en Medecine , 166
Inveftiture de quelques Fiefs accordée
par l'Empereur ,
Second Article des Morts ,
170
173
Nomination faite par le Roy d' E(-
pagne à l'Evefche de Nicaragua ,
226
Charges données par le Roy Stanif
las , 229
TABLE.
235
Tremblemens de Terre arrivez à
Manofque en Provence ,
Conteftation entre l'Univerfité d'Oxford
& Academie de Genève ,
242
Madrigal fur le Dictionnaire Geo-
:graphique & Hiftorique de Mr
de Corneille
253
Nouveaux Intendans du Commerce,
255
Article qui fait voir que l'on s'eft
trompé en Angleterre , lors qu'on
y a comptéfur la prise d'un Gallion
, riche de 21. millions , avec la
prife de plufieurs Vaiffeaux faites
par des Amateurs François ,
267
Réjouifances publiques faites à
Madrid la veille & le jour de la
Fete de S. Louis ,
Journal des tentatives inutiles , fai-
273
TABLE
tes par la Flotte d'Angleterrefur
les Coftes de Normandie, & principalement
à la Hogue , 285
fournal du Siege de Lille , contenant
un grand nombre de faits qui
n'ont point encore efté fçus , 303.
Vaiffeaux prispar Mrs Dorogne &
du Drefnay , 380
381
Article des Enigmes ,
L'Archiducfait de preſſantes iuftances
a l'Empereur pour avoir de
l'argent , afin d'empêcher la defertion
defes Troupes , 384
Plaintes de l'Envoyé de Portugal ,
de ce que l'on a débarqué à Oftende
les Troupes qui estoient def
tinées pour le renfort de l'Armée
du Royfon Maiftre , 385
Suitte du Journal du Siege de Lille ,
386
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par , Pour
former de fi beaux noeuds ,
page 93.
L'Air qui commence par
Quand on eft loin de ce qu'on
aime , page 384.
BIBLIOTHEQUE
"
Las
Fendzines "
SJ
60
CHANTILLY
BIB .
DOM.
LAVAL. S. J.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle du
Palais , au Mercure Galant .
}
C
t
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablementles
frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche- .
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy ,
AU LECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgréles prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE , 1768.
E jour de la Fefte de S.
LE Louis , le
Panegyrique
de ce Saint fut prononcé dans
la Chapelle du Louvre , devant
Mrs de l'Academie Françoife ,
& dans l'Eglife des Preftres de
A iij
6 MERCURE
l'Oratoire devant Mrs de l'Academie
Royale des Medailles
& Infcriptions , & devant Mrs
de l'Academic Royale des
Sciences . Mr Huet , ancien
Evêque d'Avranches , de l'Academie
Françoife , & le Pere
Sebaſtien , Carme , de l'Academie
des Sciences , celebrerent
la Meſſe , l'un dans la Chapelle
du Louvre , & l'autre dans l'Eglife
de l'Oratoire . Pendant
qu'on celebra ces Meffes à baffe
voix , Mr du Bouffet , fit chanter
des Motets accompagnez
d'une tres- belle Symphonie ,
& d'un Domine falvum fac ReGALANT
7
gem. La premiere de ces Meffes
commença à huit heures ,
& la feconde à onze . Les Panegyriques
de Saint Louis furent
prononcez par Mr. l'Abbé de
la Fare , âgé d'environ vingtquatre
ans , & par le fçavant
Pere Turquois , Feuillant . Voicy
à peu prés fur quoy
roulerent
les deux Panegyriques
qu'ils firent de ce faint Roy ,
dans lefquels ils firent entrer
fort naturellement
, & avec
beaucoup d'efprit ; des Eloges
de Sa Majefté , que vous trou
verez dans ce que je vous envoye.
A iiij
8 MERCURE
Le Texte du Sermon de Mr
l'Abbé de la Fare , tiré de l'Apocalypfe
, luy donna lieu de
faire une belle defcription de
la Royauté. Il en fit voir les peines
& les écüeils ; &en leur oppofant
les plaifirs enchanteurs
attachez à la condition des
Grands , il conduifit l'Auditeur
à conclurre naturellement que
tout eft precipice , & que tout eft
illufion dans cet eftat pour ceux qui
n'y font pasfoutenus par
toute - puiffante de Dieu. Aprés
cette peinture , il entra dans le
partage de fon difcours ; il fit
la main
voir Saint Louis humble & mo
GALANT
9
*
defte dans les plus éclatantes
profperitez ; ferme & inébranlable
dans les plus grands revers
& dans les plus furprenantes
revolutions. Il fit voir
en commençant fon premier
Point , que l'humilité eft une
3 vertu qui a efté inconnuë aux Sages
du Paganifme , &dont on n'a
connu la neceffité que depuis la venue
du Redempteur des hommes.
Il dit enfuite pour prouver l'ufage
que le faint Roy a fait de
cette divine vertu qu'il ne s'étoit
point glorifié de la conqueste qu'il
avoit faite à l'âge de quatorze ans
d'une Ville qui jufques là avoir
10 MERCURE
حون
paru imprenable , cela dans un
âge où les paffions font dans leur
plus grande force , où l'orgueil
fur tout, empoisonne les actions faites
felon la plus exacte juſtice .
Aprés un fuccés qui pouvoit réveiller
, non feulement l'amour
propre , mais même toute la
vanité des hommes les plus
moderez ; le faint Roy , dit-il ,
fe profterna devant Dieu , fe confondit
auxpieds defon Trône , &
tuy abandonna la gloire de l'acantage
qu'il venoit de remporter. Son
humilité & la modeftie ne fe
firent pas moins remarquer ,
ajoûta-t-il , dans les furcés qu'il
GALANT II
eut contre les Comtes de Cham
pagne & de la Marche ; aprés
avoir foûmis ces Princes remuans
qui vouloient fecoüer
le joug de l'autorité du Prince
dont ils relevoient , fes peuples
ne le trouvèrent pas moins
acceffible , moins difpofé à
écouter leurs plaintes , moins
prompt à les fatisfaire , &
moins patient & indulgent à
leur égard , foit en defcendant
dans le languiffant détail de
divers intereft qui les animoit
; foit en leur pardonnant
leurs égaremens lorfqu'ils recouroient
fincerement à fa
12 MERCURE
clemence. Cet Abbé , aprés
avoir raffemblé & fait voir en
même temps toutes les actions
memorables qui avoient donné
occafion à Saint Louis d'exercer
cette vertu , qui eſt avec
la charité, le fondement de toutes
les autres ; qui en eft la racine
, & fans laquelle enfin pour
fuivre la penſée de l'Orateur ,
elles ne peuvent porter aucun
fruit ; il demanda par une efpece
de figure qui fervit d'un
grand ornement à fon difcours
,files mêmes qualitez qu'on
admire aujourd'huy dans un de fes
plus dignes Succeſſfeurs , pouvoient
GALANT 13
1
I
eftre une raifon legitime de refuſer
un tribut d'admiration au Saint
Roy ,fi parce que Louis le Grand
a efté auffi humble , auffi modefte
dans les plus furprenans fuccés ,
dans les conqueftes les plus rapides ,
que l'a efté fon faint Ayeul , c'eft
une raifon de refufer à celuy- cy ou
de diminuer l'admiration que les
derniers fiecles ont euëpourſes vertus
; au contraire , dit-il , le vrai-
Semblable & l'exacte verité qui
marchent fi rarement du mêmepas,
pourront à l'aide de la conformité
qu'il y a entre ces deux regnes , le
raprocher ; on pourra par les merveilles
qu'on admire dans le cours
14 MERCURE
du regne du Petit-fils , croire toutes
celles qu'on raconte de celuy de
l'Ayeul. Cet endroit fut touché
tresdelicatement
& parut
à toute l'Affemblée puifé
du fonds même du fujet. Ce
qu'il dit en cette occafion à
l'Academie qu'il avoit déja
apoftrophée à la fin de fon
Exorde par des traits auffi neufs
que brillans , plut beaucoup ;
il s'adreffa à cette
Compagnie
comme à celle qui fçait parler
dignement des grands Rois , &
à qui feule il eft refervé d'en
parler avec dignité .
Le fecond Point où il parla
GALANT 15
pour
de la fermeté de faint Louis
dans les plus grands defaſtres ,
ne fut pas moins brillant que
le premier ; il reprefenta d'abord
ce Monarque comme un
Apôtre qui a une Miffion particuliere
faire la
guerre
aux vices. Sous fon regne , l'herefie
détruite , le parjure & le
blafphême puni , l'ufure profcrite
, & le duel aboli , furent
autant de traits que ce jeune
Orateur employa avec habileté.
L'herefie des Albigeois qui
avoit raffemblé dans fon fein
toutes les horreurs de celles
qui l'avoient precedée , ou plû16
MERCURE
toft qui l'avoient enfantée
forcée dans tous fes retranchemens
, fournit un beau champ
cet Abbé ; il fit voir le Comte
Raymond de Toulouſe qui
avoit herité de fes anceftres le
venin de cette herefie avec leurs
Etats , & par une fuite malheureufe
, l'erreur des Manichéens
& de la pluſpart des Gnoftiques
des premiers fiecles ; il fit
voir , dis- je , ce Comte nourry
& confirmé par les préjugez de
l'éducation dans ces monftrucuſes
erreurs , humilié fous
le poids de l'autorité du Saint
Monarque , dans un eftat de
GALANT 17
penitence , & courbé fous la
verge falutaire de l'Eglife qui
fervit à luy faire expier à la
vûë de tout fon peuple , les
égaremens de fa jeuneffe , &
les defordres où fes folles erreurs
l'avoient fait tomber.
Ce malheureux Comte donnant
à toute l'Europė attentive
au fuccés de cette guerre ,
un fpectacle tout enſemble
édifiant & digne de compaffion
, fournit à l'Orateur la matiere
d'un riche & brillant E-:
pifode. Le Saint Monarque
dans les fers , le pieux Roy attaqué
de la contagion , don-
Septembre 1708.
B
18 MERCURE
nerent enfuite lieu à de pieuſes
reflexions fur les mifterieux &
impenetrables Jugemens de
Dieu ; un Prince armé pour la
gloire de fon nom en paroiſt
abandonné , aprés les premiers
fuccés où la victoire avoit
d'abord femblé juftifier fon
entrepriſe ; un Prince armé
pour faire adorer le vray Dieu ,
& le faire connoiftre à des Nations
entieres , en eftre abandonné
d'une maniere qui auroit
defefperé tout autre qu'un
Saint ; un Prince le plus jufte
qui fut jamais , reduit à une
honteufe captivité, eft un de
37
GALANT 19
ces Paradoxes qu'une fiere &
fuperbe raifon ne fauroit comprendre
mais un Prince armé
de fa feule vertu paroiftre plus
terrible à fes Ennemis , tout
chargé de chaines qu'il eft ,
qu'à la tête de fes Armées
triomphantes , eft une verité
à la portée d'un homme felon
le coeur de Dieu . Damiette foumife
à l'entrée de ce Monarque
dans la Paleſtine , & ce
même Monarque chargé de
fers , eft un Contrafte qui fut
bien touché. La contagion
dont ce Saint Roy fut frappé
dans fon fecond voyage , four-
Bij
20 MERCURE
gc
nit enfuite un ample ſujet aux
pieuſes reflexions du Predicateur
; une mort fainte couronnée
, une vie terminée par une
maladie qui paroiſt honteuse à
qui ne raifonne que felon les
vûës humaines , termina l'Elode
Saint Louis , & Mr l'Abbé
de la Fare finit fon difcours
par les remerciemens qu'il fit à
la Compagnie qui l'avoit choiſi
pour faire ce Panegyrique , de
I'honneur qu'elle luy avoit fait ;
il loüa encore le Roy dans cette
occafion en difant qu'il n'ofoit
entreprendre de parler d'un grand
Monarque qui a fait jufqu'apreGALANT
21
: fent par mille vertus opofées, l'admiration
de tout l'Univers , devant
une Compagnie à qui feule
il eftoit refervé d'en parler dignement
, que ce feroit auprés des illuftres
Membres de cette Compagnie
qu'il apprendroit à en parler
éloquemment, & il parut qu'en
cette occafion il faifoit des
voeux ardens pour eftre un jour
élevé à la qualité d'Academicien
; il ajoûta que l'honneur
que l'Academic luy avoit fait
de luy denouer la langue , luy
eftoit un ſeur garant du fuccés
qu'il auroit dans ce miniftere
, & il promit à ſon Audi22
MERCURE
a toire de confacrer fa plume à
la gloire d'un Prince qui ne fe
rend pas moins mailtre du
coeur de fes fujets , qu'il l'eft
par le droit de fa Naillance de
leurs perfonnes. Ce difcours
plein de penſées neuves & d'un
tour tres - nouveau reçût de tres
grands applaudiffemens .
Le Difcours du Pere Turquois
fut mêlé prefque par tout
de moralitez & d'éloges ; il fit
voir les qualitez qui conviennent
à un Roy par oppofition
aux vices dont ceux qui font
fur le Trône ne font que trop
fouvent infectez , & enfuite il
GALANT -23
fit connoiftre que ces qualitez.
avoient fait le fonds du caractere
du S. Monarque dont
il faifoit l'éloge ; il le repreſenta
comme homme particulier , &
comme grand Roy ; ille fit
voir comme un parfait chrêtien
, & comme un grand Roy,
ce ,qui fut fa divifion tirée du
fonds même de fontexte ; Saint
Louis parut un parfait chrêtien
par l'ufage exact & continuel
qu'il fit de toutes les vertus
chrêtiennes , de celles même
qui font le moins acceffibles au
Trône , par fa foumiffion aux
ordres de Dieu dans les plus
24 MERCURE
accablantes infortunes , par fa
modeftic & fa moderation dans
les fuccés , ou les plus inefperez
, ou les plus glorieux ; & les
Champenois , les Albigeois foumis
& calmez luy fournirent un
grand & vafte champ pour faire
voir le parfait chrêtien ; la
guerre déclarée aux vices , à
ceux même qui ne paſſent aujourd'huy
que pour des ufages
tres- permis & tres- indif
ferens , fi même ils ne font pas
utiles felon les faux raifonnemens
des mondains , le fit élever
contre les plaiſirs du temps
d'une maniere qui luy fit plus
d'honneur
h
25
GALANT
1
•
d'honneur qu'elle ne fervira à
ceux qui l'entendirent . La fer-
S meté de Saint Louis à foûtenir
les droits de fa Couronne con-
S tre les entrepriſes même du
Chef de l'Eglife , fon habileté
1 à diftinguer en cette occafion
le fouverain Paſteur du Prince
temporel , & à oppoſer aux
entrepriſes de la Cour de Rome
, une fainte & judicieuſe
Pragmatique , ne fut pas l'endroit
le moins beau de ce dif
S
dit à cette occours
, & ce que
cafion le Perc Turquois , parut
tres -judicieux.
5 Dans la feconde partie où
Septembre 1708. C
26 MERCURE
il eftoit queſtion de montrer à
l'auditoire un grand Roy en la
perfonne de Saint Louis , le Pe-
-re Turquois le fit par un détail
exact , mais bien orné des
Conqueftes de ce Saint Monarque
dans la Paleſtine , & de ſa
fermeté dans les occafions où
la victoire l'avoit abandonné .
Cette fermeté fur tout parut
dans les chaifnes & dans le lit
de la mort , où ce Saint Roy
attaqué de la pefte qui fait fuir
tout le monde , donne d'admirables
confeils à Philippe le
Hardy fon fils , & luy donne
les excellentes leçons de GouGALANT
27
S
vernement , qui par tradition
font venues enfin au plus
grand Roy du monde , qui les
a fibien fçû mettre en pratique,
& en qui on admire tout à la
fois un grand Roy , un honeſte
homme , & un parfait chrêtien.
Ces trois caracteres qui
é pourroient faire la matiere de
trois difcours differens , furent
raffemblez & formez par un
petit nombre de paroles qui
prefenterent un chef d'oeuvre
de l'art , d'autant moins imitable
qu'il eft auffi difficile de
louer un auffi grand Roy en
peu de mots dans une telle
Cij
28. MERCURE
abondance de matieres , qu'il
eft difficile de le louer dignement.
Mrs des Academies des Scien
ces & des Infcriptions furent
loüez par des traits particuliers
à chacune de ces Compagnies
,
& qui découvroient le caractere
de leur travail & la nature
de leurs occupations . L'Affemblée
qui fe trouva à ces deux
Sermons , fut nombreuſe &
illuftre .
Il y a déja quelque temps
que le Pere François Grandi'de
la Compagnie de Jefus , prononça
un Difcours dans la Salle
GALANT 29
I
5
la
du Palais de Luques , devant le
Senat de cette Ville , qui reçut
de grands applaudiffemens .
Le deffein en eftoit tres- pieux;
il s'agiffoit de prouver que les
projets de la politique la mieux
concertée ne réuffiffent qu'autant
que Dicu y concourt ;
politica umana fenza Dio , non
ha fortuna. Il fit voir dans ſa
premiere partie que l'homme eft
fi prefomptueux qu'il voudroit ef
tre connú de toute la terre , même
S de ceux qui viendront quand il
nefera plus , & qu'il eſt en même
temps fi vain que l'estime de
cinq ou fix perfonnes qui l'envi-
C
X
爵
C iij
30 MERCURE
ronnent , l'amufe le contente ;
il paffa delà à l'orgueil de l'hom
me ; fa vanité , dit- il , eftfi gran
de , elle eft fi affermie dans le
fonds de fon coeur , qué le plus
abject même & le plus méprifa
ble de tous les mortels veut avoir
fes admirateurs , & que c'eft cet
amour exceffif de la gloire , cette
envie de nous acquerir l'eftime
des autres hommes qui nous fair
former ces deffeins fifouvent chi
meriques toujours inutiles ,
lorfqu'ils n'ont pas pour objet la
derniere fin , c'est- à - dire ces biens
qui font à l'épreuve du temps , &
qui ne dépendent point du caprice
GALANT
31
a
des Grands. Cette morale le conduifit
à une deſcription fort
vive , mais bien naturelle de la
Fortune , & de ceux qu'elle favorife
, & il fit remarquer que
ce qui foûtient le plus les Grands
de la terre dans les places qu'ils
occupent, eft qu'ilsfont continuellement
détournez de penser à eux;
de- là vient, dit- il , qu'on fe plaît
tant au jeu , à la chaffe , & aux
autres divertiffemens qui occupent
toute la capacité de l'ame : ce n'eft
pas , continua- t- il , qu'ily ait en
effet un bonheur réel dans ce que
F'on peut acquerirpar le moyen de
cesjeux , ni qu'on s'imagine que
C
iiij
32 MERCURE
le vray bonheur confifte dans l'argent
qu'on peut gagner au jeu , ou
dans le plaifir que l'on y prend;
mais c'est parce que le tumulte &
l'agitation des plaifirs nous empêchent
de penser à noftre malheureufe
condition : delà vient encore,
dit - il , que les hommes aiment tant
le bruit & le tumulte du monde ;
que la prifon ; leur est un ſupplice
fi horrible , & qu'ily a fi peu
de perfonnes qui foient capables de
foutenir la folitude. Il parcourut
enfuite les plus grands évenemens
qui fe font paſſez dans
les quatre premieres Monarchies
, & dont l'Hiftoire nous
IN
GALANT
33
"
a confervé le fouvenir , & il
fit voir que la veritable caufe de
la décadence de ces Etats & de la
chûte fouvent honteufe des Princes
qui les ont gouvernez , ne venoit
que du peu de rapport qu'il y
avoit entre les veuës de ces Momarques
, celles de la Providence
, que les Conquerans de l'Afie
des autres Parties du Monde
n'avoient pour objet que leur
gloire particuliere ; l'homme , ditil
, abandonné à luy- même ne fe
de la vie qu'il a en
contente pas
luy & en fon propre être , il veut
encore
vivre
dans l'idée des autres
d'une vie
imaginaire
, &
34 MERCURE
dans ce deffein il travaille continuellement
à embellirà conferver
cet être imaginaire , pendant
qu'il neglige le veritable ;
la douceur de la gloire eft fi grande
, continua-t-il , qu'à quelque
chofe qu'on l'attache , même
à la mort , on l'aime & on la recherche
. Le Pere Grandi entra
alors dans un détail qui fut ttestouchant
, & qui luy attira
beaucoup d'applaudiffemens .
L'éloge de la Republique de
Luques ne fut pas l'endroit le
moins bien touché de ce Difcours
; il établit fon Antiquité
fur des preuves inconteſtables ;
GALANT
35
il parla de l'éclat qu'elle avoit
cu autrefois , de l'amour que
fes Magiftrats ont toûjours cus
pour la Justice , & des grands
Hommes qu'elle avoit produits
en divers temps ; il en
nomma plufieurs , & les caracterifa
tous par des traits particuliers
, & qui plûrent fort à
l'illuftre Affemblée devant laquelle
il parloit. Le compli
ment qu'il fit au Chefde cette
Republique , & à ceux qui
rempliffent aprés luy les premieres
Charges , fut d'une
grande delicateffe ; les penfées
en eftoient vives & brillantes,
36 MERCURE
& l'expreffion fine & tres - recherchée.
Il y eut une grande
affluence de monde à ce Dif
cours ; toute la Nobleffe de
Luques & des environs s'y étant
trouvée , & le lendemain
le Senat deputa deux membres
du College des Nobles pour
aller remercier le Pere Grandi ,
& luy témoigner la fatisfaction
que la Republique avoit euë
de l'entendre , & la reconnoiffance
qu'elle conferveroit toûjours
du foin qu'il avoit pris de
mettre dans tout fon jour la
gloire de l'Etat & Souveraineté
de Luques.
GALANT
37
Vous ne croirez pas fans doute
, en commençant la lecture
de l'article qui fuit , y devoir
trouver des chofes curicufes
qui font renfermées dans cet
article , dans lequel on voit divers
effets des bizarreries de la
Fortune , & l'élevation d'un
homme qui ne doit ſa fortune
qu'à fon efprit , & qui dans
tous les états où il s'eft trouvé ,
n'a en vûë que le bien des pauvres.
Lè Dimanche 15. Juillet on
celebra dans leCollege deMontaigu
avec beaucoup de folemnité
la Fefte de la divifion des
38 MERCURE
Apôtres , qui eft celle de ce
College. Mr Langlantier un
des Bourfiers , prononça le matin
un Eloge latin de Jean Stan .
donht Bienfaiteur de ce College
, dont il a cfté Principal. Gilles
Affelin Archevêque
de
Roüen le fonda en 1314. &
Jean Standonht luy fit de
grands biens. Ce dernier étoit
Flamant & né à Malines , où il
commença les études ; mais la
pauvreté de fes parens l'ayant
obligé d'en fortir , il alla à Goude
en Hollande , où on luy avoit
dit qu'il y avoir une Communauté
appelléc les Denotai
GALANT 39
res , qui enfeignoient gratuitement
les Humanitez aux pauvres
écoliers ; il y fut reçû &
inftruit dans les Belles- Lettres ;
il vint enfuite à Paris , où fe
trouvant encore dans la раш-
vreté , il fut obligé de fe mettre
au fervice de la Communauté
de l'Abbaye de Sainte
Geneviève , où on l'employa
dans les offices les plus bas &
les plus abjects : il fit cependant
un fi jufte partage de fon temps
qu'il en trouva affez pour étudier
, & pour fe rendre capable
de Regenter ; il obtint en
effet peu de temps aprés une
40 MERCURE
Chaire dans le College de Ste
Barbe , & aprés y avoir profeffé
quelques années , le Chapitre
de Noftre- Dame connoiffant
le merite & la capacité
de Standonht , le nomma en
qualité de Patron du College
de Montaigu , à la place du
Principal qui venoit de mourir ,
& avec qui il avoit eſté lié durant
plufieurs années par une
tendre amitié ; & par cette nomination
le Chapitre de Nôtre-
Dame en faveur du merite
& de la reputation de ce Flamant
, fit une infraction aux
Loix de ce College , qui porGALANT
41
toient que le Principal feroit
toûjours choifi dans la Nation
de France . Peu de temps aprés
le nouveau Principal fut élû
Recteur de l'Univerfité , & fe
rendit enfuite celebre par fes
Predications vives & hardies.
Standonht eftoit rempli de zele
& d'affection pour les pauvres,
& il établit en leur faveur plufieurs
Communautez , à Cambray
, à Louvain , à Valenciennes
, à Malines & à Paris : il
deftina même en 1491. une
partie de fon College pour lo
ger une Communauté de pau ·
vres écoliers , auquels il four-
Septembre 1708. D
"
42 MARCURE
niffoit tous les fecours neceffaires
à la vie , excepté le pain que
les Peres Chartreux leur donnoient
à fa follicitation , ce que
ces Peres continuent encore
aujourd'huy en y ajoûtant plufieurs
autres chofes . L'Amiral
Malet de Graville , un des
ayeuls de Mr de Valfemé qui
vient de mourir , connut Standonht
dans le temps que le Roy
Charles VIII.entreprit le voyage
d'Italie pour la Conquefte
du Royaume de Naples. Cet
Amiral le choifit pour fonConfeffeur
, & l'engagea de paffer
les Monts avec luy , & quelGALANT
43
ques
années aprés ce Seigneur
fit à fa confideration
conftruire
la plus grande partie du Bâtiment
de ce College , & la Chapelle
où l'on fait tous les jours
l'Office comme dans une Eglife
Paroiffiale. Le College
cftant donc fort augmenté le
zelé Principal en
augmenta lc
nombre des pauvres Ecoliers
qu'il y faifoit fubfifter , au
nombre de 72. en memoire
des 72. Difciples de Nôtre-
Seigneur , & il leur donna 12 .
Maiftres pour les élever & les
inftruire , qui tous menoient ,
ainfi qu'ils font encore aujour
Dij
44 MERCURE
d'huy , une vie tres- fobre &
tres frugale. Mais les oeuvres
de charité n'occupoient
pas
tout le temps de Standonht ;
il en employoit encore une
partie à reprendre avec courage
les vices de fon temps qui
cftoient affez fcandaleux. La liberté
de fon zele luy fufcita
des affaires tres mauvaiſes. En
effet le Duc d'Orleans ayant
fuccedé à Charles VIII . fous le
nom de Louis XII . en 1495.
& ayant répudié la Reine Jeanne
fa femme , fille de Louis XI.
& foeur de Charles VIII . dans
le deffein d'épouſer Anne heGALANT
45
ritiere de Bretagne , veuve de
fon Predeceffeur , & qu'il avoit
fort aimée en Bretagne avant
qu'elle vint en France , un des
Difciples de Standonht parla &
s'éleva hautement contre l'injuftice
du procedé de ce Monarque
, & ce Prince qui voulut
faire arrefter l'Ecolier
ayant appris qu'il s'eftoit évadé
la nuit par l'avis de Standonht ,
tourna contre le Maiftre toute
fon indignation , & le fit condamner
à la mort ; mais cette
peine à la priere des amis du
Principal , & fur tout de l'Amiral
de Graville fut changée en
* ་
46 MERCURE
un exil de deux ans . Standonht
alla paffer fon ban à Cambray,
où l'Evêque qui cftoit fon ancien
Ami le reçut avec de
grands accueils , & ce Prelat
qui alla peu aprés en Espagne ,
le fit fon Vicaire General & luy
confia l'adminiftration de tout
fon Dioceſe. Standhonht pen
dant ce temps là y établit plufieurs
Colleges en faveur des
pauvres Etudians , dont il avoit
toûjours l'inftruction en vûë ,
& il étendit même fon zele
jufqu'en Hollande ; il y fit un
voyage pour y reformer plufieurs
Maifons religieufes , &
GALANT
47
il fut foûtenu dans l'execution
de ce pieux deffein par l'autorité
d'un Comte de Naffau..
Enfin les deux années de fon
exil finies , il revint à Paris ,
l'Amiral fon cher Protecteur
ayant obtenu la grace du Roy,
& une partie de l'Univerfité
alla au - devant de luy avec de
grandes acclamations . Un nouvel
incident luy cauſa du déde
temps aprés fon
plaifir peu
retour ; à une Proceffion du
Recteur un malheureux Ecolier
, poffedé d'un efprit de fuarracha
l'Hoftie confa- reur ,
crée des mains du Preftre qui
48 MERCURE
celebroit la Meffe qu on a cou -
tume de dire à cette folemnité ,
& la foula aux pieds . Ce furieux
ayant
efté arrefté fur le
champ , fut mis en priſon , où
les principaux Docteurs de
Sorbonne n'ayant pû luy faire
reconnoître fa faute & fon facrilege
, Standonht qui l'exhorta
auffi fortement à la reconnoiſtre
, mais fans aucun fuccés
en conçut un fi vif déplaifir
qu'il en mourut aprés une longue
maladie. On voit encore
aujourd'huy fon tombeau à
l'entrée de la Chapelle de fon
College , où il ordonna que
fon
GALANT
49
fon corps fuft inhumé avec
l'Epitaphe fuivant , qui fait
voir un grand exemple de modeftie
, Pauperis me , mentote
Standonis. Voila les principaux
traits dont Mr Langlantier fe
fervit pour faire l'éloge de
Standonht.
Mre Henry Jofeph de Peyre
, Comte de Tréville , ou
pour parler plus jufte , de Trois-
Villes , eft mort âgé de foixante-
fix ans , & regretté de tous
ceux qui le connoiffoient . Son
efprit & fon érudition le faifoient
eftimer . Il avoit fait une
étude prefque continuelle des
Septembre 1708 .
E
50 MERCURE
,
Peres de l'Eglife , & particulierement
des Peres Grecs ; &
qu'il avoit lûs plufieurs fois
dans la fource. Cette longue
& continuelle application a
augmenté fes infirmitez naturelles
& a fans doute abregé le
nombre de fes jours . Il avoit
elté Colonel d'Infanterie dans
fa jeuneffe , & il avoit fervi en
cette qualité quelques Campagnes
en Candie , fous Mr le
Comte de Coligny General
des Troupes que le Roy y envoya.
Il y reçut deux coups de
moufquet au travers du corps
dont il a efté incommodé touGALANT
51
te la vie . Sa pieté a édifié tous
ceux qui l'ont connu ; elle s'eft
foûtenuë jufqu'à ſon dernier
moment , & il a voulu eftre enterré
fans ceremonie & avec
deux fimples cierges à Saint
Nicolas du Chardonnet fa Paroiffe
. Il a donné fa Bibliotheque
qui eftoit tres - belle & tresnombreuſe
, aux Carmes Déchauffez
du Fauxbourg Saint
Germain , & il a inftitué fon
heritier univerfel , le jeune
Marquis de Monnins , fon coufin
, qui eft à l'Academie , fils
de Mr le Comte de Monnins ,
Gentilhomme de Bearn , qui a
E ij
52 MERCURE
époufé N.... de' Trois- Ville ,
coufine germaine du Comte
dont je vous apprens la mort.
Il eftoit fecond fils de feu Mr
le Comte de Tréville Capitaine-
Lieutenant des Moufquetaires
fous Louis le Jufte , &
dont la conduite & la fermeté
luy attirerent de grandes confiderations
fous le règne de ce
Monarque. Il fut toûjours attaché
aux interefts de fon Maître
; il ne fçut ce que c'eftoit
que de mollir fous l'autorité
de ceux qui eftoient à la teſte
des affaires . Il s'eftoit élevé par
fon merite, & il eftoit forti de
GALANT
53
Bearn fa Province , avec la fimple
& fterile qualité de Gentilhomme
Gafcon ; fa valeur &
fa bonne conduite l'éleverent
par degrez . Il donna ſur la fin
de fes jours la démiffion de fa
Charge de Capitaine des Mouſquetaires
, fous le Miniſtere de
Mr le Cardinal Mazarin. Il en
eut pour dédommagement le
Gouvernement de Foix , avec
la furvivance pour fon cadet
qui vient de mourir , & qui le
vendit enfuite à Mr de Mirepoix
, d'où il a paſſé à Mr le
Comte de Tallard aujourd'huy
Maréchal de France , & de ce
1
E iij
54 MERCURE
dernier à Mr de Segur . Mr de
Treville eut auffi la Cornette
de la Compagnie qu'il quittoit
pour fon fils , & l'Abbaye de
Montirandé pour fon fils aîné
, qui n'eftant pas propre
pour la profeffion des armes ,
à caufe des incommoditez qu'il
avoit , & qui l'obligerent même
à fouffrir l'operation de la
taille , ceda fon droit d'aîneffe
à celuy qui vient de mourir
& qui eftoit fon cadet . L'Abbaye
de Montirandé avoit
efté poffedée par le free de feu
Mr le Comte de Treville , Capitaine
- Lieutenant des MoufGALANT
55
quetaires , & ce Comte aprés
l'avoir procurée à fon frere , la
demanda pour fon fils aîné ,
qui eft mort depuis quelques
années.
M" Louis - Huges de Lionne
Marquis de Berni & de Clavefon
, Maiftre de la Garderobe
du Roy, cft mort âgé de foixante
ans . De Dame Renée de
Lionne fa coufine , heritiere du
Marquifat de Clavefon , & de
la branche aînée de la Maiſon
de Lionne , il laiffe M' le Marquis
de Lionne , Colonel d'Infanterie
, déja connu par pluficurs
actions de valeur. Mr le
E iiij
56 MERCURE
Marquis de Berny eftoit frere
de Mr l'Abbé de Lionne
Abbé de Marmoutier
, &c .
& Prieur de Saint Martin des
Champs ; de Mr Artus de Lionne
Evêque de Rofalie dans la
Chine , & celebre par fes Miffions
dans l'Orient ; de Luc de
Lionne , Chevalier de Malthe ;
& de feuë Dame Madeleine de
Lionne,mariée à François- Hannibal
d'Eftrées , Marquis de
Coeuvres , depuis Duc & Pair
de France , morte en 1684.
Elle eftoit mere de M' le Duc
d'Eftrées d'aujourd'huy. Mr le
Marquis de Berny eftoit fils
GALANT 57
「
aîné d'Hugues de Lionne , Miniftre
& Secretaire d'Etat , &
de Dame Paule Payen , morte
en 1704. aprés avoir donné de
frequentes marques de fa pieté
& du zele qu'elle avoit pour la
Propagation de la Foy Catholique
, à laquelle elle a contribué
par fes aumônes & par
fes bonnes oeuvres . Feu Mr de
Lionne Miniſtre d'Etat fut premier
Commis de Mr de Servien
fon oncle , à l'âge de dixhuit
ans , & l'eftime que Mr le
Cardinal de Richelieu avoit
pour luy , fut caufe qu'il ſe
maintint dans les affaires mal58
MERCURE
gré la difgrace de fon oncle ;
il prit ce temps pour aller faire
un voyage à Rome , où ayant
connu Mr le Cardinal Mazarin
, il eut le bonheur de gagner
fon eftime & fa confiance,
ce qui le fit élever au Poſte où
onl'a vû depuis .Il étoit fils d'Artus
de Lionne & d'Ifabelle Servien
, foeur du Surintendant des
Finances , dont je viens de parler
. Mr de Lionne ayant perdu
fon époufe âgée feulement de
vingt- un an , tourna toutes fes
penſées vers Dieu & s'engagea
dans les Ordres facrez. Il fut
nommé Evêque de Gap en
GALANT
59
1638. & ne voulut point quitter
cette dignité pour l'Archevêché
d'Embrun qu'on luy offrit.
Il eftoit fils cadet de Sebaftien
de Lionne & de Bonne
de Portes . Ce Sebaftien fe diftingua
par fa fidelité fous le
Roy Henry IV . il ſe jetta dans
Pont de Royans , Place alors
confiderable en Dauphiné , &
il contribua beaucoup par fes
foins à faire revenir les Places
& les Fortereffes du Royanez
fous l'obéiffance du Roy. La
Maifon de Lionne eft originaire
de Dauphiné , où elle eftoit
déja connue du temps des an60
MERCURE
ciens Dauphins. Humbert de
Lionne eftoit Gardien de la
Chambre du Dauphin Humbert
en 1339. Mr le Marquis
de Berny a efté inhumé à Saint
Euſtache fa Paroiffe . Mr l'Evêque
de Rofalie fon frere , &
Mr Maigrot Evêque de Conon
dans la Chine , ont affifté
à fes obfeques
.
Mre N.... de Chomart
Doyen de l'Eglife de Saint
Mederic , eft mort dans un
âge tres- avancé , & dans de
grands fentimens de pieré. Il
a donné dans le cours de fa
vie de frequentes preuves de
GALANT 61
fon zele pour le fervice de Dicu
& de l'Eglife , & il a travaillé
à la converfion des Heretiques
avec beaucoup de fuccés. Il
eftoit d'une famille ancienne
de Paris , & qui y eftoit connue
dés le Regne de François
II. il defcendoit du côté maternel
des maifons de la Roche-
Breüillet & de la Baroüaire,
& de celle du Terrail fi connuë
en Dauphiné . Mr Gabriel
Vignar , un des plus fçavans
hommes du dernier Siecle , étoit
fon proche parent , de
même que François Salindre de
la Salle , & Guillaume la Comi
62 MERCURE
be de la Salle . Un Guillaume
•
la
Chomart fe fignala fous le Regne
de Charles IX. pour
deffenfe de la Religion Catholique.
Il fe déclara ennemi de
tous ceux qui favorifoient les
nouvelles opinions , & il entroit
en difpute avec eux par
tout où il les trouvoit , ou pour
les convaincre , ou pour les ramener
au ſein de l'Eglife . André
Chomart fon neveu , & élevé
fous fes yeux , fut auffi zelé
que luy pour la Religion
dans laquelle il avoit eu le bonheur
de naiftre. Le zele de l'oncle
& du neveu fut fort loüé à
GALAN 63
la Cour , & donna lieu à Charles
IX. & à Henry III . de répandre
leurs biensfaits fur cette
famille. Le petit- fils de Guillaume
Chomart ne donna pas
de moindres marques de fa fidelité
au Roy Henry IV. en
1589. lorsque ce Prince par le
droit de fa Naiffance fut monté
fur le Trône de ſes Ancêtres.
Il reſiſta avec force aux
offres féduifantes qui luy furent
faites plufieurs fois de la
part des Princes de la maiſon
de Guife , & rien ne put affoiblir
les fentimens de fidelité que
la juſtice avoit gravez dans le
$
1
64 MERCURE
fond de fon coeur pour les Princes
de la maifon de Bourbon .
Mr Chomart qui vient de mourir
, avoit une grande étenduë
de lumieres ; il eft peu de fciences
dont il n'eut quelque teinture
; il fçavoit parfaitement
les Belles Lettres , & il avoit fur
tout un talent marqué pour la
Poëfie latine. Le Pere Robert
Rault Jefuite , quia traduit en
latin avec tant de delicateffe
deux Odes de Mr de la Mothe,
ne faifoit rien fans le confulter
, cftant affuré de trouver
dans les confeils de Mr Chomart
le vray gouft de la belle
GALANT
65
Latinité , & la fineffe de la Poëfie
latine. Le Deffunt fçavoit
parfairement les Langues Orientales
, & il s'eftoit fur tout
fort exercé dans la Langue Hebraïque.
Mre N... de Courcelles
Religieux non Profés de l'Abbaye
de Baume en Franche-
Comté, eft mort en cette Ville
où il eftoit depuis plufieurs années
, âgé d'environ 40. ans.
Il eftoit aimé & eftimé de tous
ceux qui le connoiffoient . Il
avoit prêché avec fuccés en
Province , & pendant le fejour
qu'il a fait dans le Seminaire
Septembre 1708. F
66 MERCURE
des Bons Enfans. Il avoit un
grand fond de lecture , & il
eftoit dans le deffein , lorfque
la mort l'a enlevé , de donner
un abregé de tous les Ouvrages
de feu Mr Maimbourg , &
de revoir une Traduction françoife
qu'un Etranger a faite de
l'Hiftoire d'Espagne de Mariana
, pour luy donner le tour
de noftre langue , & y répandre
la delicateffe des expreffions
qu'un Etranger ne trouve pas
aifément. Mr l'Abbé de Courcelles
eftoit Docteur en Theologie
dans l'Univerfité de Befançon;
il n'a point voulu prem
GALANT 67
dre les Ordres facrez parce
qu'il eftoit perfuadé de la difficulté
qu'il y avoit de bien répondre
à la fainteté de ce Miniftere.
Il eftoit d'une des meilleures
maifons du Comté de
Bourgogne . Elle a donné des
Connêtables à cette Province
dans le temps des premiers
Ducs de Bourgogne . L'Abbaye
de Baume dont Mr l'Evêqué
de Senlis eft Abbé , eſt une
de celles ou l'on fait les plus rigoureufes
preuves . Mr l'Abbé
de Courcelles laiffe plufieurs
freres ; l'aîné aprés avoir ſervi
long temps s'eft retiré dans fes
Fij
68 MERCURE
terres ; Mrle Chevalier de Courcelles
eft premier Capitaine du
Regiment d'Infanterie de Medavi
; il y en a trois Religieux
Auguſtins , & un Jefuite , tous
diftinguez par leur merite &
par leur fageffe ; ils font parens
de Mr l'Evêque de Meaux
& de la maifon de Thyard-
Biffi.
Mre N .... le Bigot , Seigneur
de Gatines , Intendant
de la Marine , & Directeur du
Commerce des cEhelles du Levant
, eſt auſſi mort en cette
Ville ; il eftoit d'une ancienne
famille de la Robe qui s'eft toû
GALANT 69
jours diftinguée par une exacte
probité , & un attachement
au fervice de leurs Souverains.
Mr de Gatines aujourd'huy
Confeiller au Parlement , &
nevçu de celuy dont je vous
apprens la mort , eft un Juge
tres eftimé dans fon Corps .
Le deffunt avoit long - temps
voyagé , & c'est par l'experience
que fes longs voyages luy
avoient donnée de tout ce qui
regarde le commerce du Levant
, qu'on luy en avoit donné
la direction , qui eſt d'un
détail & d'une étenduë tresconfiderable;
il connoiffoit par
70 MERCURE
faitement le genie des Orientaux
; le fejour qu'il avoit fait
parmi eux luy ayant rendu leurs
Coûtumes & leurs ufages tres
familiers ; il avoit demeuré
long-temps enPeffe & dans le
Royaume d'Aftracan qui appartient
au grand Duc de Mofcovie
. Les memoires qu'il avoit
dreffez fur les lieux de tout ce
qui regarde le commerce de ces
Peuples , peuvent fervir d'inf
tructions pour tous ceux qui
voudront y entrer . Ses voyages
n'avoient fervi qu'à le dégoûter
du monde , & perfuadé
de fon inconftance , & du
GALANT 71
peu de fonds qu'il y a à faire
fur tout ce qui en dépend , il
avoit choifi une folitude prés
de Saint Victor , où il a paffé
les dernieres années de fa vie ,
& où il eft mort dans de grands
fentimensde pieté.
Mr Obrecht qui paffoit pour
l'un des plus fçavans hommes
de l'Europe , & d'une des plus
anciennes familles de Strafbourg
, eft mort depuis peu.
On luy doit la verfion latine
de la vie de Pythagore écrite en
grec par Jamblique , & il l'avoit
fait imprimer fous le grec
avec un tres grand foin. Mr
72 MERCURE
Kufter Auteur de la belle édition
de Suidas , publiée depuis
quelque temps à Cambridge ,
a fait imprimer à Amfterdam
cette même vie de Pythagore
en deux colonnes recque & latine
, perfuadé que rien ne pouvoit
tant faire d'honneur au
grec de Jamblique que le latin
de Mr Obrecht. Mr Kufter à
-revû le texte fur un manufcrit
de la Bibliotheque du Roy qui
luy a cfté communiqué par Mr
Clement Sous - Bibliotecaire de
S. M. & qui fe fait un plaifir
de communiquer les tréfors
dont il eft dépofitaire , à tous
les
GALANT
73
les Sçavans de l'Europe . Par le
moyen de ce manuſcrit Mr
Obrecht a corrigé un grand
nombre de fautes qui avoient
paffé dans les autres éditions ,
& il a remply beaucoup de lacunes,
& mis quantité de notes
au bas des pages. Mrs d'Obrecht
ont eftélong temps Preteurs
de Strasbourg , qui eft la
premiere Charge de cette Ville.
Mre Jacques de Boifadam ,
Curé d'Acheres prés S. Germain
en Laye , mourut le mois
paffé , âgé de plus de quatrevingt
ans , puiſqu'il a deſſervi
cette Cure prés de foixante an-
Septembre 1708. G
74 MERCURE
nées. Il eftoit le Doyen des
Curez de France. Il n'a pas ceffé
de faire paroître fon zele
pour le fervice de l'Eglife dans
toutes les fonctions Curiales ,
ayant même adminiftré les Sacremens
juſqu'à la veille de ſa
mort , nonobftant la refignation
qu'il avoit faite de fon
Benefice à Mr l'Abbé Vieillard
fon parent , que fon metite
avoit fait choifir par Monfieur
l'Evêque de Chartres ,
pour luy fucceder . Il eftoit
fort connu des plus grands
Seigneurs de la Cour , & même
de Sa Majeſté , qui luy avoit
"
GALANT 75
t
donné plufieurs fois des marques
de fa bonté pendant les
Camps & les Revues de la Plaine
d'Acherès , & il eftoit regardé
non -feulement comme
un bon Ecclefiaftique , mais
auffi comme un bon Gentilhomme
, eftant de la famille
de Boifadam , qui eſt des meilleures
& des plus anciennes de
Bretagne , comme il fe voit par
la nouvelle Hiftoire de ce Pays ,
qui paroift depuis peu : & du
cofté de fa mere Elifabeth du
Pont de-Compiegne , il eftoit
ainfi que M de Crecy , de
Compiegne , de Vicillard , de
Gij
76 MERCURE
Chezelle , & de Bourqueville ,
proche parent de Mr de Compiegne
, à qui le Roy vient
d'accorder la furvivance pour
fon fils de la Charge de Capitaine
& Chef du Vol pour les
Champs de la Chambre de Sa
Majefté qui honore de ſa bienveillance
cette famille originaite
de Beran , que le Roy Henry
IV. confideroit fort , &
qu'il fit venir en France avec
luy pour l'attacher à ſon fervice.
Mr du Reveft de Vachieres ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Exempt des
GALANT 77
Gardes du Corps de la Compagnie
de Noailles, qui avoit reçu
un coup de Moufquet dans
la cuiffe au Combat d'Oudenarde
, mourut à Gand le 16 .
du mois paffe de la bleffure
qu'il avoit reçûë dans ce Combat.
Il fervoit depuis trentecinq
ans , & il avoit eu l'honneur
d'eftre choifi par Sa Majefté
pour fuivre en cette qualité
Meffeigneurs les Princes au
voyage d'Espagne , & l'année
derniere à celuy que Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne
& de Berry devoient faire en
Provence. Ce Gentilhomme
G iij
78 MERCURE
eftoit d'une des meilleures Maifons
de Provence , & la manicre
dont il a vêcu , & celle dont
il a fervi , le font regretter de
tous ceux qui le connoiffoient .
Dame N.... Begon époufe
de Mr le Marquis de la Galiffoniere
, eft morte à l'âge de
37. ans . Elle eftoit fille de Mr
Begon Intendant de Rochefort
, & Pays d'Aulnis , & de
la Rochelle , & foeur de Mr
l'Abbé Begon Docteur de Sorbonne.
Cette Dame a efté univerfellement
regrettée . Les qualitez
de fon coeur ainfi que celles
de fon efprit , luy avoient
GALANT 79
་
acquis l'eftime de tous ceux qui
la
connnoiffoient. Mr Begon
fon pere a toûjours aimé les
Sciences & les beaux Arts , &
protegé ceux qui s'y attachoient
; ainfi on ne doit pas
s'étonner s'il avoit pris tant
de foin à cultiver l'efprit de la
Dame dont je vous apprens la
mort. Elle fçavoit des belles-
Lettres & des Sciences tout ce
qu'il eft permis aux perfonnes
de fon fexe d'en fçavoir , &
elle accompagnoit toutes fes
lumieres d'une grande modeltie.
La famille de Mr Begon
eft originaire de Blois , & alliéc
Giij
80 MERCURE
à la maifon de Colbert dont
eftoit la mère de Mr l'Intendant
de Rochefort ; il a acquis
dans l'adminiftration des affaires
dont il a efté chargé , une
grande reputation ; fa douceur
& fon équité naturelle l'ont
rendu cher aux Peuples de fa
Generalité . Nous luy devons
l'édition des éloges des Hommes
Illuftres de feu Mr Perrault
; il a fait la dépenſe de
tous les Portraits gravez par
les plus habiles Maiftres , & il
engagea Mr Perrault de travailler
à leur hiftoire fous la
forme & la methode qu'il luy
GALANT
81
prefcrivit. Mr de Muyn pere
de Mr de Muyn Confeiller au
Parlement , & de Mr l'Abbé
de Premontré , a cfté Intendant
de cette Generalité avant luy ,
& ils fe font trouvez tous deux
en fonction dans des temps
temps affez
difficiles , puifque ce fut
dans le temps de la revocation
de l'Edit de Nantes , & aprés
cette revocation . La maniere
dont les Proteſtans parlent de
Mr Begon , peut faire feule
fon éloge ; ils font naturellement
fi portez à s'élever contre
les Intendans qu'ils regardent
comme les auteurs de leur
82 MERCURE
deſtruction , que lorſqu'il leur
arrive d'en dire du bien , on
doit croire qu'il y en a beaucoup
à dire. La maiſon de la
Galiffoniere eft des plus qualifiées
de Poitou , & qui s'eft
foûtenue depuis plus de deux
Siecles par les dignitez qu'elle
a remplies , & par les alliances
qu'elle a faites. Elle a produit
des perfonnes diftinguées dans
la profeffion des Armes par leur
valeur , & par des actions d'é
clat ; elle eft originaire de Poitou
, ou elle fubfifte depuis prés
de quatre Siecles.
MreHenry Emanuel Hurault
GALANT 83
Chevalier Marquis deVibray
& autres lieux , qui eftmort dans
un âge fort avancé , avoit porté
les Armes pendant plufieurs
années , & il avoit long- temps
commandé un Regiment d'Infanterie
. De Me la Marquife de
Vibray fon épouſe , & Dame
d'honneur de feuë Me la Du-
•
cheffe de Guife , dont je vous
appris la mort il y a environ
deux ans ; il a laiffe Mr le Marquis
de Vibray Lieutenant general
des Armées du Roy , qui
a des enfans de Dame Françoife
-Julie de Grignan , fille de
François Adhemar de Monteil
84 MERCURE
Comte de Grignan , Chevalier
des Ordres du Roy , & Lieutenant
general en Provence ;
& de Dame Angelique - Claire
d'Angennes Rambouillet foeur
de feuëMe la Ducheffe deMontaufier
. Mr le Marquis de Vibray
defcendoit de Philippe
Hurault Comte de Cheverni ,
Chancellier de France . Les Memoires
du Chancelier de Cheverni
font tres- curieux ; d'Anne
de Thou fille du premier
Preſident de ce nom , il laiffa
Philippes Evêque de Chartres,
&Henry Comte de Cheverni ,
& Gouverneur du Pays CharGALANT
85
train. Elifabeth Hurault fa fille
femme de François de Paule de
Clermont , Marquis de Montglat
, Chevalier des Ordres du
Roy , fut fon heritiere. Le
Chancelier de Lhôpital n'eut
qu'une fille qui épousa Robert
Hurault Seigneur de Beleſbat .
Chancelier de Marguerite Ducheffe
de Savoye . Cette branche
de la maifon d'Hurault a
produit deux Archevêques
d'Aix. Guy Hurault qui fut le
fecond mourut en 1625. eftimé
par fa grande vertu Le celebre
Mr de Thou fait une
mention tres -honorable de la
86 MERCURE
maifon d'Hurault au quatre &
cinquième livre de fon hiſtoire ,
de même que l'Abbé de Brantôme
dans l'éloge du Chancelier
de Lhôpital .
Mr le Marquis de Vibray ,
fils du deffunt , fut nommé il y
a quelques mois , Commandant
de Saint Malo , à la place
de feu Mr leMarquis de Thianges.
CeCommandement eſt important
, & demande un homme
intelligent , prudent & brave.
Il eft à fouhaiter que ceux
dont vous trouverez les mariages
dans les articles fuivans ,
GALANT 87
reparent la perte de ceux dont
Vous venez d'apprendre
la
mort.
de
Mre N.... du Mont Baron
de Blagnac a épousé depuis
quelques jours Dame N.. Duploffis-
Befançon , d'une ancienne
famille originaire de Bourgogne
, & alliée aux maifons
Pleffis - Guenegaud & Pleffis
Belanger. Mr le Baron de Blagnac
a eſté cy- devant Enſeigne
de Vaiffeau , & dans les
occafions Jù il s'eft trouvé , il
a donné des marqués de fa valeur.
Feu Mr le Baron de Blagnac
fon pere avoit porté les
88 MERCURE
Armes toute fa vie , & il y a
voit acquis beaucoup de gloire ;
il avoit épousé en feconde nôces
l'heritiere de l'illuftre maifon
de Blagnac qui defcend des
anciens Comtes de Touloufe ;
celuy qui porte aujourd'huy
ce nom eft de la même famille
que Mr du Mont , Ecuyer du
Roy fervant prés de Monfeigneur
le Dauphin & Gouverneur
de Meudon , & elle eft
connue dans le Languedoc depuis
quelques Siecles . La nouvelle
Baronne de Blagnac a la
reputation d'avoir beaucoup
d'eſprit ; ſon goût eſt ſeur , &
GALANT 89
elle peut tirer d'une grande lecture
tout le fruit qu'on en peut
tirer . Elle eft focur de Madame
Pic femme de Mr Pic Confeiller
au Châtelet , & qui eſt auſſi
tres- confiderée . Me de Blagnac
cft alliée à la Maifon de Courtenay
, Louis - Charles , Prince
de Courtenay, Comtede Cefy,
ayant épousé en 1688 , en feconde
noces Helene du Pleffis
- Befançon , fille de N.... de
Pleffis Befançon , Lieutenant
general des Armées du Roy, &
Gouverneur d'Auxonne ; ce
Prince a eu de ce mariage Helene
Dlle de Courtenay , née
H
Septembre 1708 .
90 MERCURE
en 1690. & une des plus belles
perfonnes de cette Ville .
Mr le Prince de Courtenay
avoit épousé en premieres noces
Marie de Lamet , fille aînée
d'Antoine - François , Marquis
de Buffy , Gouverneur de
Mezieres , dont il a eu Louis-
Gaſton , tué au Siege de Mons
en 1691. eſtant Moufquetaire
du Roy ; & Roger Prince de
Courtenay , qui a époufé Mlle
de Vertus , fille de Claude Marquis
d'Avaugour , Comte de
Vertus . Ce jeune Prince eft neveu
de Roger de Courtenay ,
Abbé des Echâlis .
GALANT
gr
·
La maifon du Pleffis - Befançon
a d'autres illuftres alliances ;
feuë Me la Ducheffe de Gefvres
, premiere femme du feu
Duc de Gefvres , eftoit alliée à
cette maiſon , de même qu'à
celle de Moncaut - Navailles ,
& à celles de Terlon & de
Comminges la - Trefne .
Meffire Nicolas Petit de
Villeneuve , Preſident de la
Cour des Aides de Paris , fils
feu Mr Petit de Ville- neuve ,
Confeiller en la même Cour ,
& de Marie - Anne Foucault , -
fille de Mr Faucault , Secretaire
du Confeil , & foeur
,
Hij
92 MERCURE
de Mr Foucault , Marquis de
Magny, aujourd'huy Confeiller
d'Etat , & de Me la Mar-
,
quife d'Avaray , épouſe de Mr
le Marquis d'Avaray , Licutenant
general des Armées du
Roy en Espagne , époufa le 8 .
de ce mois dans l'Eglife de S.
Euſtache , Marianne Neyret ,
fille de Mr Neyret , dont le
pere & le grand- pere ont efté
Echevins de la Ville de Lyon ;
le foupé de la nôce ſe fit à
Charonne dans la maifon de
feuë Madame de Nemours , où
deux tables de vingt couverts
chacune furent magnifiqueGALANT
93
ment fervies ; le fameux Mr
du Bouffet avoit fait en fayeur
des nouveaux Mariez
l'Air dont voicy les paroles ,
qu'il -
chanta tres agreablement.
AIR NOUVEAU.
Pourformer de fi beaux noeuds ,
Amour , dans cette journée , **
Viens joindre tes plus douxfeux
Au flambeau de l'Himenée .
Ce Dieu triomphe aujourd'huy
Satisfait defa Conquefte ;
Viens partager avec luy
Les honneurs de cette Fefte .
96 MERCURE
En faveur de ces Epoux
Uniffez- vous , Dieux aimables ;
Leur bonheur dépend de vous ,
Rendez leurs plaifirs durables .
Mais l'Affemblée fut encore
plus furpriſe d'entendre les
Trompettes , Timballes & toute
la Symphonie de l'Opera ,
qui eftoit cachée dans un endroit
du Bois , que Mr le Prefident
de Ville neuve avoit fait
illuminer ; tous les Conviez
furent charmez de cette Fefte ,
qui parut d'autant plus belle
qu'elle n'eftoit pas attenduë .
GALANT
95
Le grand - pere de Mre Nicolas
Petit eut 17. enfans , dont
II . furent bien établis , le refte
mourut en bas âge ; c'eftoit
Mre François Petit , Seigneur
de Paffy ; Ville- neuve , Ravannes
, d'Etigny , & autres lieux .
Il vécut 83. ans , & fes enfans
font :
qu'il établit tous ,
Antoine Petit , Doyen du
Parlement de Mets.
Michel Petit , Treforier de
France à Paris .
Gabriel Petit , Chanoine de
Noftre Dame , Confeiller de la
grand'Chambre .
François Petit , Confeiller
96 MERCURE
de la Cour des Aides .
Nicolas Petit , Confeiller
au grand Confeil.
Madeleine Petit , époufe de
Mr de Bonneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Marie Petit , épouse de Mr
Meliand , Confeiller de la grande
Chambre .
Eliſabeth Petit , époufe de
Mr Gilbert , Confeiller de la
grande Chambre .
Marguerite Petit , Religieufe
au Convent de Popincourt.
Catherine Petit , Religieufe
au même Convent.
Dame Madeleine de Louvencour
,
GALANY 97
vencour , leur mere , mourut le
15 Oct. 1675 âgée de 65 ans.
Il m'eft échapé un Mariage
de confideration qui s'eft fait
en Bretagne il y à environ 8 .
à 9. mois ; c'eſt celuy de Mr le
Marquis de Lannion . Il a éƑoufé
Mlle de Mornay de Monchevreuil
, fille de feu Mr le
Comte de Montchreveül , & de
Dame N... de Barrin , fille de
Mr le Comte de Barrin , premier
Maistre d'Hoftel de Son
Alteffe Royale feu Monficur.
Vous ayant fouvent parlé dans
mes Lettres de la Maifon de
Mornay , je paffe à celle de
Septembre 1708. I
98 MERCURE
Lannion, que laBretagne regarde
comme une des plus diftinguées
qu'elle ait produites , &
des plus illuftres de fa haute
Nobleffe. On voit par une
Tranfaction paffée l'an 1282 .
avec Jean II . Duc de Bretagne ,
Roland de Dinan s'engage
que
à dédommager Guiomar de
Lannion d'un retour de partage
fur la terre de Leon . Guiomar
fut de Briant 1. qui
perc
d'Adelife de Kergorlai eut
Briant 2. Celuy cy fut un de
ces braves Bretons qui furent
Compagnons d'Armes de Bertrand
du Guefclin ; & à la prife
GALANT 99
de Mantes il fit prifonnier
Legier d'Orgeffin , fils de
Jean d'Orgeflin , Seigneur de
Sainte- Meſme , & grand Veneur
de France ; mais qui s'étoit
jetté dans le party Anglois.
Briant 2. reçut plufieurs
gratifications du Roy Charles
V. Ilfut Gouverneur de Montfort
& Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance . Mais
dans la guerre civile de Bretatagne
pour la fucceffion à ce
Duché , il s'attacha à Jean de
Monfort contre Charles de
Blois , & combattit à la Journée
d'Avray, qui decida ce long
I ij
100 MERCURE
differend . Il fut enfuite Deputé
par les Etats de Bretagne
au Roy Charles V I. pour luy
demander l'honneur de fes
bonnes graces envers le nouveau
Duc , ainfi que la Paix , ce
qu'il obtint l'an 1380. Deux
ans aprés il paffa en Angleterre
en qualité d'Ambaſſadeur ;
& en 1383. il figna à la fondation
de l'Eglife de S. Michel
prés d'Avray , où eſt maintenant
une celebre Chartreufe .
Il avoit épousé Marguerite du
Cruguil , de laquelle il eut Jean
1. qui épousa Anne de Langueroes
, & fut pere de Roland.
GALANT 101
Du mariage de Roland avec
Guyonne de Grézy vinrent
Jean 2. Olivier & Yvon : ces
deux derniers furent l'un aprés
l'autre Vice - Amiraux de Bretagne
. Leur aîné cut grande
part dans la faveur de Jean V.
Duc de Bretagne , avec les
Charges de fon Chambellan
& de Maiftre de fon Hôftel :
il fut auffi Gouverneur des
Villes de Dol , de Gerrande &
du Croific. Il accompagnoit
le
Duc à Chantoceaux
, quand
ce Prince fut enlevé par Oli - ´
vier de Penthievre , & il fut
arrefté avec luy ; aprés fa déli-
I iij
102 MERCURE
vrance il pourfuivit juſqu'en
Hainaut les Penthievres qui s'y
eftoient retirez , prit fur eux
Avefnes , dont il traita avec le
Duc de Baviere. De fon mariage
avec Helene de Cliffon
il cut François 1. Duquel & de
Françoiſe Lotz nacquit François
2. qui époufa Julienne Pinarr
, foeur de Jeanne Pinart ,
mariée dans la maifon de Goulenne
, & il fut pere de Claude 1 .
& de Jean Seigneur des Aubrais
, dont la branche eft tombée
, & à porté de grands biens
dans la maifon de Poncalec.
Claude 1. épouſa Renée de
GALANT 103
Quelen , Dame du Vieux-Chatel
. Son fils Pierre 1. époufa
Renée - d'Aradon , fille unique
& heritiere de René d'Aradon ,
Seigneur d'Aradon , Quinipili ,
Camor , Gouverneur des Villes
de Vannes & d'Avray , Capitaine
de cinquante Hommesd'Ordonnance.
Ce Pierre de
Lannion Baron du Vieux Châtel
entra dans les engagemens
.
qu'avoient les Seigneurs d'Aradon
avec le Duc de Mercoeur,
& rendit d'importans fervices
à fon parti : enfin il fe remit à
l'obéillance de Henry II . de qui
il obtint de grandes graces.
I iiij
104 MERCURE
Pierre 1. cut Claude 2. Comte
de Lannion , Baron du Vieux-
Chaſtel , Seigneur du Cruguil
Aradon , Quinipili , Camor &
autres lieux , Baron de Malétroit
& des Etats de Bretagne ,
Gouverneur des Villes de Vannes
& d'Avray , Capitaine du
Ban & Arriere -Ban du Diocefe
de Vannes , des Coftes & Rades
de Morbihan & de Quiberon
. Claude 2. époufa en premieres
noces Therefe Huteau
de Cadillac , & il en eut plufieurs
enfans ; Pierre 2. dont il
fera ci- aprés parlé ; Mr l'Abbé
de Lannion dont l'efprit & le
GALANT 105
fçavoir font connus , & Mr le
Chevalier de Lannion fort eftimé
dans la Marine par fa valeur
& par fes manieres nobles
; il eftoit Capitaine de
Vaiffeau , & à la veille de ſe
voir élevé aux plus hauts honneurs
de la guerre , lorsqu'il
fut tué au Combat de Malaga ;
Me la Marquife de Carcado ,
mere de Mr le Marquis de
Carcado tué devant Turin ;
cinq filles Religieuſes à Vannes
, diftinguées par leur vertu
ainfi que par leur naiffance . Il
fit une feconde alliance avec
N.... de Belingan , dont il cut
106 MERCURE
N..... de Lannion , nommé
Marquis de Crenan , tué avec
fon frere le Chevalier de Lannion
& du même coup de canon
au combat de Malaga.
Pierre 2. eft Mr le Comte de
Lannion , qui fert depuis fa
premiere jeuneffe , & qui s'eſt
acquis la réputation d'un des
meilleurs Officiers du Royaume.
Après avoir efté Capitaine
de Cavalerie , il fut fait Sous-
Lieutenant des Gendarmes
d'Anjou , & il eut en même
temps un Brevet de Mestre de
Camp ; il eut enfuite la Charge
de Capitaine - Lieutenant des
GALANT 107
Gendarmes de la Reine ; en
1688. il fut fait Brigadier des
Armées du Roy ; en 1693 .
Maéchal de Camp , & en1702
Lieutenant general . Il merita
l'eftime & l'affection de Mr de
Turenne , ce qui pourroit feul
faire fon éloge. Il a toûjours
depuis parfaitement répondu
à l'idée que ce grand homme
s'en eftoit formée . Sa valeur
éclata dans les deux Batailles
d'Hochftet. Son épouſe Françoife
Efchallard de la Mark a
encore apporté un nouveau
luftre à la Maiſon de Lannion .
On fe fouvient des bontez fin108
MERCURE
gulieres de la Reine pour Mlle
de la Mark , élevée fille d'honneur
auprés de cette grande
Princeffe ; elle s'eft fait des
principes de vertu & de pieté ,
qui avec le meilleur & le plus
genereux coeur du monde , la
rendent une Dame tres-accomplie.
Les enfans de Mr le Comte
de Lannion font : Mr le
Marquis de Lannion , Colonel
du Regiment de Xaintonge ;
Mr le Chevalier de Lannion ,
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom ; Mr le Vicomte
de Maletroit , Capitaine des
Grenadiers du même RegiGALANT:
109
ment. Ils marchent tous fur
les traces que leur a marquées ,
Mr le Comte de Lannion leur
pere. Ils ont deux foeurs ; l'aînée
, dont le merité eft fingu
lier , a époufé Mr le Marquis
du Caftelet d'une des premieres
Maifons du Comtat d'Avignon
, dont les manieres nobles
répondent à la naiſſance ,
& qui eft Colonel d'un Regiment
de fon nom à la tefte
duquel il fe diftingua au Siege
de Landau foûtenu par feu Mr
de Laubanie ; la cadette a auffi
beaucoup de merite , & elle
eft Chanoineffe de Bélife ,
,
1
110 MERCURE
dans le Pays de Liege.
Mr le Marquis de Lannion
qui vient d'époufer Mlle de
Mornay eft d'une valeur éprouvée
; il eft Colonel du Regiment
de Xaintonge , & il vient
de donner de nouvelles marques
de fon intrepidité. Les
ennemis s'eftant dernierement
répandus dans l'Artois , ainfi
que vous l'avez fçû , un gros
Corps de leur Cavalerie fe
preſenta devant Lens . Chacun
fçait que depuis long - temps
cette Place n'eft pas en eftat de
deffenfe , par ce qu'eftant trop
avancée dans le Pays , elle ne
GALANT III
>
devoit rien apprehender avant
la derniere guerre. Mr le Marquis
de Lannion s'y eftoit jetté
avec un Corps de huit à neuf
cens hommes d'Infanterie
dans le deffein feulement d'arrefter
les courfes des Partis
ennemis . Il fut fommé de fe
rendre ; mais bien loin d'eftre
épouventé des menaces des
ennemis , il prit la refolution
de fe maintenir dans fon Pofte ;
mais Mr le Maréchal de Berwick
ayant efté informé que
tes ennemis y faifoient conduire
du canon , envoya ordre
ce Marquis d'abandonner
112 MERCURE
cette Place . Il obeït avec beaucoup
de peine , & il fit fa re-
→ traite devant les ennemis avec
tant de fermeté qu'ils n'oferent
l'approcher ; de maniere qu'il
ne perdit pas un feul homme.
La fermeté & la prudence
qu'il a fait voir en cette ocaſion
ont efté fort loüées.
Mr le Marquis de Curton-
Chabannes , a époufé Mlle de
la Chaux -d'Achis. Ce jeune
Marquis a porté les armes pendant
plufieurs années , & aprés
avoir été fuccefivement Moufquetaire
, Lieutenant & Capitaine
de Cavalerie , il a eu un
GALANT 113
Regiment de Cavalerie à la
refte duquel il s'eft ſouvent dif
tingué dans les principales ac
tions qui fe font paffées dans
cette guerre. Feu Mr le Marquis
de Curton , fon pere , ne
s'eftoit pas moins diftingué
dans les
guerres
de
fon
temps
à la tefte du Regiment qui portoit
fon nom . Il defcendoit de
Jean de Chabanes qui époufa
en 1507. Françoiſe de Blanchefort.
Ce Jean eftoit Senefchal
de Toulouſe , & Chevalier
d'honneur de la Reine Catherine
de Medicis , à laquelle il
avoit l'honneur d'appartenir.
Septembre 1708.
K
114 MERCURE
Mrs de Chabanes - Curton
avoient auffi l'honneur d'appartenir
à feuë Son Altelle
Royale Mademoiſelle , du côté
de l'heritiere de Montpenfier
fa mere. La Maiſon de Chabannes
eft une des plus illuf
tres du Royaume. Elle a eu des
Maréchaux de France , & d'autres
perfonnes conftituées en
dignité , & elle compte parmi.
fes alliances celles de Levi Ventadour
, Efteing , Anjou - Calabre
, Pompadour , Bar Baugi,
la Rochefoucauld , Nanteüil ,
Vienne , Beaufort Canillac , &
Coligny. Le fameux Antoine
GALANT 115
de Chabannes, Comte de Dammartin
, Chevalier des Ordres
du Roy , fut grand Pannetier
& enfuite grand Maitre de
France , dans le quinziéme ſiecle.
M la Marquife de Curton
eft heritiere de la premiere
branche de la Maifon de la
Chaux-d'Achis , une des plus
anciennes du Royaume. Feu
Mr le Marquis d Achis , fon
pere ,
fi connu dans le temps
que Mr le Maréchal de Turenne
, à qui il eftoit tres - cher ,
commandoit les Armées du
Roy , a long- temps efté Colo-
Kij
116 MERCURE
nel d'Infanterie , & fans de
grandes incommoditez qui ne
luy ont pas permis de continuer
le fervice , il auroit pû
monter aux premieres dignitez
militaires. La Maiſon de
à celle de Chabannes - Curton
Chaux d'Achis étoit déja alliée
par le mariage de Marguerite
fille & heritiere de Renaud ,
Seigneur d'Achis , & de Marie
Fayel , Comteffe de Dammartin
, avec Antoine de Chabannes
, grand Maistre de France ,
dont je vous ay déja parlé.
Mr le Chevalier du Bourk ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
GALANT 117
de Saint Jacques en Eſpagne ,
Gentilhomme de la Chambre
de Sa Majefté Britanique &
fon Envoyé Extraordinaire
auprés de Philippe V. a épouſé
icy , il n'y a pas un mois Mlle
de Varenne , fille de Mr le
Marquis de Varenne Lieutenant
General des Camps &
Armées du Roy , fort proche
parente de Mr le Marêchal
d'Uxelles & de Mr le Marquis
de Beringhen premier Ecuyer.
Elle eft auffi alliée aux Maifons
de Rohan , de la Rochefoucauld
& à beaucoup d'autres
des plus confiderables . Jamais
118 MERCURE
Mariage n'a efté mieux aſſorti
& par la naiffance
& par le
merite perfonnel. Me du
Bourk eft d'une taille , d'un air
& d'une repreſentation à s'attirer
de l'eftime & du refpect
par fa feule prefence . Elle a
tous les avantages de fon fexe
& n'en a pas un ſeul deffaut .
Avec un grand air de diftinction
, elle a une modeftie qui
previent en ſa faveur. Ses difcours
font auffi fages que fa
conduite , & elle n'a pas moins
d'efprit que de beauté . Quant
à Mr le Chevalier du Bourk
je vous ay parlé en plufieurs
GALANT 119
rencontres de fa naiffance , de
fon efprit , de fon merite &
des grandes qualitez qui le
diftinguent ; & qui luy ont
attiré tant d'agrémens & tant
d'honneurs à la Cour d'Angleterre
, à la Cour de Rome , à
la Cour de France , & fur tout
à la Cour d'Eſpagne où il eſt
regardé avec beaucoup de
confideration. Il est né en Irlande
& fa maiſon y a tenu
pendant plufieurs ficcles un
un rang des plus confiderables.
Le zele & l'intereft de la veritable
Religion le firent fortir
de fon pays dés fa premiere120
MERCURE
jeuneffe . Il vint en France où il
reçût une éducation digne de fa
naiffance & de fes talens . Il alla
à Rome , où il s'acquit bien toſt
l'eftime & l'affection du dernier
Pape , qui l'honora d'une penfion
que luy a continué le Pontife
qui luy a fuccedé ; il paffa à
Madrid à la priere de S. S. avec
Mr le Nonce Extraordinaire
Zanzedari , comme fon Ami .
La Reine d'Espagne ( Philippes
V. eftant pour lors en
Italie ) luy donna la Croix de
Saint Jacques , aprés quoy toute
la Cour ne l'appelloit plus
Chevalier de la Reine . Il s'y
que
eft
GALANT 121
eft rendu utile par fon intelligence
& par la fageffe de fes
avis. Je vous ay déja dit en
d'autres occafions que les Irlandois
font Regnicoles en Efpagne
, & qu'ils y joüiffent des
mêmes prerogatives que les
Caftillans ; ce qui eſt fondé fur
une des plus anciennes Traditions
, que l'Irlande , dans l'Antiquité
la plus reculée , n'eftoit
qu'une Colonie d'Eſpagne , ce
qui a mis en eftat Mr le Chevalier
du Bourk de profiter des
graces & des bienfaits de Sa
Majefté Catholique . Il eft fi
connu & fi eftimé que perfon-
Septembre 1708 .
L
122 MERCURE
ne ne fera furpris des biens &
des honneurs qui pourront luy
arriver. Il retourne à Madrid ,
où Me du Bourk ne s'attirera
pas moins de diftinction
que le
Chevalier
fon époux s'y en eſt
attiré.
Je vous ay parlé du Mariage
de Mr le Prince Leon , dans
le temps qu'il a efté arreſté ;
mais je ne vous en ay rien dit
dans le temps qu'il a efté cons
fommé , ce qui s'eft fait au
grand contentement
des époux
qui ont marqué toute la déference
imaginable au pouvoir
de l'amour , n'ayant écouté
GALANT
123
que
fes loix fans avoir eû d'attention
qu'à obeïr à ce Maître
des Dieux . Mr de la Motte
auffi connu qu'cftimé dans
l'Empire des Vers , ayant fait
une Epithalame furce Mariage
& la lecture de tout ce qui part
de fa veine faiſant beaucoup
de plaifir ; j'ay crû vous la devoir
envoyer.
EPITHALAME.
Viens unir deux Amans d'une
chaine éternelle ,
Viens ,favorable Himen , c'est l'Amour
qui t'appelle.
Sice Dieu fur tespas nefait marcher
les Ris
Lij
124 MERCURE
Ton regne n'eft fouvent qu'une longue
querelle ,
Mais qu'avec luy la Fefte devient
belle ,
Et que ton regne eft doux quand
vous eftes unis.
Viens unir, &c.
2
Nefeparons jamais ces Dieux ,
L'un eft trop fol , l'autre eft trop
fage
L'Himenfeul eft trop ennuyeux ;
L'Amourfeul feroit trop volage
·Ilfaut qu'un heureux aſſemblage
Rende l'Himen riant & l'Amour
ferieux.
Viens unir , &C.
$
Vole , c'est trop tenir leur bonheurfufpendu
,
Aux vaux les plus ardens hafte- toy
de terendre,
GALANY 125
Quoy que le noeud charmant que in
leur fais attendre-
Merite bien d'eftre attendu
Ceft oujours pour l'Amour autant
de temps perdu.
Viens unir , &c.
&
Defcends du celefte fejsur :
Que voy-je ! on te retient , on te fais
violence ,
Quels Dieux en t'arrftant veulent
tirervengeance
De n'avoir pu commanderà l'Amouri
Par unpeu de fierté s'il ofa leur déplaire
,
C'eft affez de fes voeux interrompre
Peffer.
Peut-on contre l'Amourgarder quelque
colere ;
Liij
126 MERCURE
Ce qu'il eft , doit fervir d'excuſe à ce
qu'il fait
Viens unir , &c.
2
Mais d'en eft fait , tes pas ne font
plus arreftez ,
Au devant de toy Amour vole ,
Et Jupiter d'une parole
Vient de rendre le calme à ces Dieux
irritez:
Viens donc de nos Amans couronner
la conftance ,
Par les noeuds que l'Amour t'a longtemps
demandez ;
Et que ces Dieux charmez de voftre
intelligence
Prennent part aux plaifirs qu'ils
avoient retardez ,
Viens unir deux Amans d'une
chaifne éternelle ,
GALANT 127
Viens,favorable Himen , c'est l' Amour
qui i'appelle.
Je vous ay parlé dans ma Lettre
du mois de Juin d'un nouveau
Livre intitulé : Mital , ou
Avanturesincroïables
, toutefois
་ ་
c.Comme ce Livre eft nonfeulement
tres- amufant , mais
qu'il eft auffi des plus extraordinaires
qui ayent jamais paru ,
il a donné beaucoup d'exercice
à ceux qui ont crû qu'il renfermoit
de grands mysteres ,
jufques- là même qu'il s'eft
trouvé de beaux efprits qui fe
font extrêmement égarez dans
la recherche de ces prétendus
Liiij
128 MERCURE
myfteres. Enfin , pour faire
ceffer ces interpretations , on
vient de donner la Clef qui explique
le deffein qu'on a eu
dans le recit des prodigieufes
Avantures que cet Ouvrage
contient , avec quelques Scenes
qui doivent faire plaifir.
Vous ferez bien étonnée lors
que vous trouverez dans cette
Clef prés de trois mille citations
de plus de cent quatrevingt
Auteurs , qui autoriſent
ce qui y paroift incroyable , fi
l'on eft d'humeur à le croire .
Il eſt enfin conſtant qu'il y a
dans Mital un précis de tout
1
GALANT 129
ce qui a été écrit de plus furprenant
; de plus bizarre par rapport
aux chofes naturelles ,
aux Coûtumes , aux opinions ,
&c . La Clef & le Livre ſevendent
chez Charles le Clerc
Quay des Auguftins , du côté
du Pont Saint Michel , la Toifon
d'or.
Les Peres Barnabites de Montargis
aprés avoir fait bâtir leur
Eglife , qui eft une des plus belles
de la Province , font auffi
bâtir leur College , où ils font
établis depuis 1620. feuë Son
A. R. Monfieur ayant mis la
premiere pierre de l'Eglife en
130 MERCURE
1679. S. A. R. Madame a bien
voulu que celle du College fuft
miſe en fon nom . Cette Ceremonie
fe fit le 30. du mois.
paffé . Le Clergé de la Ville , le
Maire & les Echevins precedez
des Compagnies de toute la
Bourgeoific fous les armes
les Officiers du Prefidial , de
l'Election , de la Prevofté , de
la Maréchauffée , & des Eaux
& Forefts , y ont affifté par ordre
de Son Alteffe Royale .
Mr de la Motte , Lieutenant
general de Police & Procureur
du Roy& de Son Alteſſe Royale
, a mis la premiere pierre au
GALANT 131
nom de Madame . Les Ecoliers
du College reciterent avant la
Ceremonie plufieurs Pieces de
Vers à la louange de cette Princeffe
& de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans.
La place de Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris , qui
a toûjours efté tres- confiderable
, eft encore devenuë plus
importante à cauſe de la nouvelle
étenduë que l'on a donnée
au pouvoir de ceux qui en font
pourvûs , Mr Boucher d'Orfay
ayant efté Prevoſt des Marchands
pendant neuf ans , durant
lefquels il a fait voir la
132 MERCURE
fageffe & la probité qui font
hereditaires dans fon illuftrc
famille , vient d'avoir pour fuc.
ceffeur , Mr Bignon l'aîné
Confeiller d'Etat. Cette place
devoit eftre remplie par un
homme d'un auffi grand nom
& d'une auffi grande diftinction
pour confoler le Peuple
de Paris de la perte qu'il venoit
de faire. Mais il trouve heureufement
dans la perfonne de
Mr Bignon un Magiftrat diftingué
par fon rang ; doux
affable , populaire , équitable ,
éclairé , capable de gouverner
les affaires publiques , & qui a
GALANT 133
toûjours trouvé moyen de concilier
les interefts du Roy avec
ceux du Public , d'une manicre
qui luy a toûjours attiré
beaucoup de louanges . Il eftoit
encore fort jeune lorfque fon
efprit commença à briller dans
la Charge d'Avocat du Roy au
Chaftelet. Il ne s'eft pas moins
diftingué enfuite dans l'exercice
de la Charge de Confeiller
au Parlement , ainfi que
l'Intendance de Normandie ,
& dans celle de Picardie &
d'Artois , où il a efté extrêmement
regretté. Il a fait voir
que les temps les plus difficiles
dans
134 MERCURE
ne l'eftoient pas pour luy , &
qu'il fçavoit en tout temps
contenter le Roy & les Peuples
; ce qui engagea Sa Majefté
il y a quelques années à le
nommer Confeiller d'Etat >
pour recompenfer fon merite
& fes fervices. C'eft un avantage
qui luy eſt commun avec
Les illuftres parens , tant du
cofté paternel que maternel .
Il fuffit de nommer les Bignons
, & les Phelypeaux pour
faire en peu de mots connoître
au Public les honneurs &
les prerogatives qui font attachées
à ces illuftres noms , foit
GALANT 135
dans la Robbe , foit dans le
Miniſtere & dans la Republique
des Lettres .
Quelques jours aprés la nomination
du nouveau Prevost
des Marchands , ce grand Magiftrat
alla à Fontainebleau ,
accompagné du Corps de Ville
, pour prefter ferment entre
les mains du Roy , & le Scrutin
fut preſenté à Sa Majeſté
felon l'ufage ordinaire , par
Mr de Grife Noire , Confeiller
au grand - Confeil , & grand
Rapporteur au Sceau , fecond
fils de Mr Chauvelin Confeiller
d'Etat . Il fait un Difcours
P
136 MERCURE
qui ne parut pas moins éloquent
que judicieux , & qui
fit connoiftre qu'il eft tres-digne
du fang d'un pere qui s'eft
diftingué dans tous fes emplois
, & fur tout dans celuy de
I'Intendance , & d'un frere
aîné qui s'eftoit auffi attiré de
grands applaudiffemens
en preprefentant
le Scrutin à S. M.
dans une pareille occaſion , &
qui a efté mis , quoy que fort
jeune , en qualité de Maiſtre
des Requeſtes , dans le premier
Tribunal du Royaume
. La
maniere & le fuccés avec lefquels
il exerce cette grande
GALANT 137
Charge , joints aux grandes
qualitez qui le font eftimer ,
donnent lieu d'en concevoir
les plus hautes efperances .
Vous fçavez qu'il y a toûjours
quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens
fortent tous les ans de l'Echevinage
, & que l'on en choiſit
deux nouveaux pour remplir
leur place. Ceux qui viennent
de quitter cet employ , font :
Mr Scoujon , & Mr Denis . Ils
en ont rempli toutes les fonctions
avec un applaudiffement
general . On peut dire que tous
ceux qui fortent de l'Echevi-
Septembre 1708 .
M
138 MERCURE
1
>
nage , & que tous ceux qui y
entrent font d'une probité
reconnue . Les Statuts font tresrigoureux
là- deffus , & un homme
qui auroit été arrêté prifonnier
quoi qu'injuftement , ne
peut eftre élû Echevin , & l'on
doit avant d'y parvenir avoir
paffe par beaucoup d'emplois
qui font connoiftre le merite ,
& l'exacte probité de ceux qui
les ont remplis .
Les nouveaux Echevins qui
ont efté nommez , font : Mr
Bloüin , Quartinier , & Commis
aux Greffe du Confeil du
Roy ; & Mr Regnault , MarGALANT.
139
chand , qui s'eft acquis une
grande réputation dans le negoce
. Ces nouveaux Échevins
prefterent ferment aprés Mr le
Prevoft des Marchands , & S.
M. leur fit à tous un accueil
tres - favorable , & leur parla
avec la maniere obligeante qui
eft fi naturelle à ce Monar-.
que.
Le Roy eſtant encore dans
un âge peu avancé , & qui ne
luy permettoit pas de fe mettre
à la tefte de fes Armées , ne
laiffoit pas avant la Paix des
Pyrenées de quitter Paris à
l'ouverture de toutes les Cam140
MERCURE
pagnes , pour aller tenir fa
Cour dans une des Villes les
plus frontieres
du lieu où l'on
devoit faire quelque
Siege ,
afin que l'on y pût recevoir
plus promptement
fes ordres ,
& que fa prefence donnaft plus
de chaleur aux Troupes
qu'il
vifitoit quelquesfois
felon qu'-
on le jugeoit
à propos pour
bien de fes affaires. Les mouvemens
continuels
que ce Prince
fe donnoit , furent caufe
qu'il tomba malade à Calais
où il auroit perdu la vie fi le
Vin - Emethique
, ne l'eut tiré
de l'extremité
où il fe trouva
le
GALANT 141
réduit. La Ville de Paris fçachant
l'eftat où eftoit ce Monarque
, fit voeu pour le recouvrement
de fa fanté , & pour
la confervation de ce Prince ,
de faire chanter tous les ans le
jour de la Fefte de Saint Louis ,
une Meffe folemnelle de Saint
Roch , dans la Chapelle du
Louvre , & les Carmes du grand
Convent furent choifts pour
cet effet. C'est pourquoy on
les voit tous les ans le jour de
Saint Louis , traverfer la Ville
en Proceffion en Chappes , faifant
porter beaucoup de Reliques
, au fon de plufieurs Inf
142 MERCURE
trumens & particulierementdes
Trompettes . Cette Proceffion
eft toûjours fuivie du Corps de
Ville , qui a l'avantage de voir
marcher à fa tefte , Mr le Gouverneur
de Paris , & Mr le Prevoft
des Marchands accompagnez
de la plus grande partie
des trois cens Archers de Ville ,
& de leurs Officiers. Les Carmes
ont foin tous les ans d'inviter
par un Compliment Mr
le Gouverneur de Paris ; Mr le
Prevoft des Marchands , & le
Corps de Ville , de fe trouver
à cette Proceffion . Le Pere de
Pigray, eft celuy quia efté charGALANT
143
gé cette année du Compliment
d'invitation , & ce Pere
n'ayant point trouvé Mr le
Duc de Trefmes , Gouverneur
de Paris , parce qu'il eftoit à
Fontainebleau avec Sa Majefté ,
fit le Compliment ſuivant à
Mr le Marquis de Trefmes fon
fils.
MONSIEUR,
la
Si la grandeur du Roy pour
confervation duquel nous venons
intereffer la pieté de voftre illuftre
pere , luy eftoit moins connuë , nous
ferions une éloge , cet élo144
MERCURE
pas
ge quoyque toujours inferieur à
fon augufte caractere , ne laifferoit
d'animer ce zele qu'ilfait pa
roiftre dans toutes les occafions où
il s'agit de la gloire de S. M.
mais ce deffein tout glorieux qu'il
eft, neferoit- ilpas temeraire ?
C'eft de luy, Monfieur
, que
nous devons apprendre à offrir des
voeux pour un Souverain , dont
il approche le Trône de fi prés ,
dont il interprette fi fouvent les
volontez , & duquel les grandes
vertus luy font bien mieux connuës
qu'à nous ; c'est la parfaite
intelligence
qu'il a des excellentes
qualitez qui font fingulieres
Al
GALANT 145
a
au plus grand Roy du monde , qui
l'aplacé au deffus des peuplespour
leur infpirer les mêmes fentimens
de zele & d'attachement qu'il
pour le fervice de Sa Majefté.
Nous venons le Supplier
Monfieur , de paroiftre dans un
jour de folemnité à la tefte de ce
peuple qui a efté commis à fonfage
gouvernement , pour luy eftre
un modele de la pieté la plus fincere
& la plus édifiante ; elle a
efté exemplaire , elle a efté magnifique
, cette picté , dans la perfonne
de vostre ayeul , voftre illuftre
Maiſon l'a reçûë de luy comme
une fucceffion qu'elle prefere à l'é-
Septembre 1708. N
146 MERCURE
clat des Emplois & à la pompe des
Dignitez uneSageffe prematurée
l'a fait briller en vous dés les premieres
lueurs de la raison ; nous
devons en recevoir des témoigna
ges publics. Que ces témoignages
feront avantageux ? de fi dignes
offrandes prefentées pour la confervation
du Roy , feront reçues en
odeur de fuavité fur les autels du
Tout Puiffant ; ces voeux feront
du caractere de ceux qui ont le
pouvoir de toucher le coeur de
Dieu ; ils donneront une nouvelle
force à nos prieres , & ils feront
naiftre une tendre devotion
dans les coeurs des citoyens.
GALANT 147
Le même Pere s'eftant enfuite
rendu à l'Hôtel de Ville ;
fit le compliment fuivant à Mr
le Prevoft des Marchands & à
Mrs de Ville .
MESSIEURS.
S'il s'agiffot icy de vous propofer
quelqu'une de ces feftes pu
bliques que vostre zele a fifouvent
décernées aux Triomphes de
Louis le Grand , je laifferois à de
celebres Orateurs les foins glorieux
de vous peindre par de vives expreffions
, & la grandeur de ce
heros , & l'ardeur de ce zele qui
Nij
148 MERCURE
vous a toûjours animé à publier
fa gloire.
Mon difcours doit renfermer
quelque chofe deplus vif, de plus
preffant; Je viens en Orateur
chrêtien vous demander les offices
d'une pieté qui vous eft ordinaire ;
l'animer cette fincere pieté , pour
n'est-cepas affez de vous dire que
je veux l'intereffer
à la confervation
du plus religieux
, du plus
grand de tous les Souverains
, je
viens , dif-je , vous rappeller
les
triftes idées de ces jours de deüil ,
où vos peres dans l'amertume
de
leurs coeurs , épancherent
leurs â–
mes devant Dieu , pour
ádétourner
GALANT 149
ob..
la violence du mal qui menaçoit
la vie du plus grand de nos Roys ,
c'est vous expofer d'un feul trait
cesjours d'allegreffe
publique , auf
quels des voeux ardents ayant
tenu l'entiere guerifon de ce Prince
admirable , vos illuftres pre-·
deceffeurs reprirent les premiers ornemens
de leur joye.
-
Ce n'eft donc pas , Meſſieurs
dans un jour de larmes que je demande
la continuation de ces voeux
que la religion de vos peres a con-
Jacrez , & qu'elle a voulu transmettrejusqu'à
vous ; c'est dans un
jour de prieres que vostre pieté a
preferit , pour demander à ce divin
N iij
150 MERCURE
Seigneur qui tient en fes mains la
durée de nos jours , la confervation
d'un Roy qui devroit toûjours
vivre , s'il eftoit poffible , pour
nous rendre toujours heureux :
jur d'actions de graces !jour defupplications
auquel vous implorez
laprotection d'un Saint dont l'interceffion
eft fameuse dans tout le
monde chrétien , auquel vous bonorez
la Confrerie érigée en fon
nom ; vous la foûtenez de vos
biensfaits , vous fatisfaites aux
tendres fentimens de vostre devotion
, vous entrez dans les pieux
deffeins d'un Roy tres - chrétien ,
vous reprefentez la religion des
GALANT 151
peuples dont vous eſtes établis les
peres.
Quoy de plus folide , Mrs ,
quoy de plus touchant
plus
que
le motifqui
doit animer icy voftrepieté ?
Elle a en vue la confervation du
Religieux , du plus grand de
tous les Rois ; qu'il ait regné
qu'il regne encore tout couvert de
lauriers , que ce Roy glorieux furpaffe
tous les heros ,fa piété n'a-t'elle
pas toujours égale fa gloire ? ne
Pa - t'elle point emporté fur fa valeur
, n'en a- t'elle pas efté la
fource ? Que fon Regne , comme
celuy de Salomon , ait faitfleurir
la juftice dans cet augufte Royau-
Niiij
152 MERCURE
me? C'est par les confeils éclairez
d'unefageffe qu'il a reçuë de Dieu ,
qu'environné de toute la gloire
des Conquerans , il ait plufieurs
fois preferé le repos du monde à
Intereft d'agrandirfes Etats ; c'eft
par une clemence qui eft le propre
de la Divinité dont il eft l'image
fur la terre : le zele de la maifon
de Dieu a toujours efté l'âme de
fes actions : comme David il pa
roift le premier devant l'Arche cà
la tête de tout Ifraël : comme Exchias
il n'a pu voir les Chapelles
de divifion que l'herefie avoit élevées
fur les hauteurs de Garizim ,
*fans les détruire ; il a reüni les
GALANT 153
coeurs par les liens d'uue même re
ligion , ramené les efprits à l'unité
d'une même foy : files pechez
du peuple l'ont fait ceffer quelques
momens d'eftre victorieux , il n'a
pas ceffé d'eftre vainqueur : cette
conftancefidigne du heros chrétien
ne l'a pas abandonné ; l'esprit de
force qu'il a confervédans des évenemens
contraires n'eft -ilpointfuperieur
à l'éclat des plus fameufes
victoires?
LeMotifde voftre devotion n'eut
donc , Mrs , jamais rien de plus
jufte , jamais rien de plus faint :
auffi qu'elle pieté fut jamais plus
fincere , plus veritable
que
la
1
154 MERCURE
vôtre? vous eftes ces hommes de
mifericorde felon le coeur de Dieu;
une diftinction qui vous eftoit dûë
vous a mis à la tête des Citoyens
pour les foûtenir , les deffendre , les
proteger ; vous eftes les delices ,
L'ornement , la gloire de la Patrie,
vous veillez à fa feureté ; vous
en affeurez le repos : Le Monarque
parle- t- il àfes fujets , il s'explique
par vos bouches : les peuples
s'affemblent-ils pour offrir des
voeux au Ciel, vous eftes les Interpretes
des fentimens publics.
N'est- ce pas Meffieurs dans la
connoiffance des hautes vertus qui
vous diftinguent, que le Roy dont
GALANT
155
la penetration est toujours vivė ,
dont les choix font toujours les
choix de Dieu , vous a donnépour
chef un Magiftrat d'une integri
té reconnue , d'une intelligence fuperieure
, iffu de cette illuftre maifon
où l'amourde la justice eft hereditaire
; ce zele de justice qui
regle tout avec prudence , qui ne
peut eftre furpris ni par la prevention
, ni par la faveur , n'a- til
pas brillé dans fes actions , dans
fes jugemens avec un éclat qui
égale celuy de fes Ancêtres dans
l'importante adminiſtration de la
Picardie du Pays d'Artois ?
une fage conduite qui veillepour
156 MERCURE
les interefts de fon Souverain ?
n'a- t- elle pas efté en luy de concert
avec une tendre mifericorde
quifoûlage les peuples ?
C'eft de fes mains , c'eft des
vôtres , Meffieurs, que la pietépublique
exige des encens ; ce fupréme
Seigneur pourroit-il en recevoir
deplusfaints , de plus agreables
? puiſqu'ils feront offerts par
des mains pures , innocentes , tout
occupées à la diftribution de la
juftice, au foulagement des peuples
; ils feront reçûs en odeur de
Suavité , puifqu'ils fumeront fur
nos Autels pour obtenir au plus
religieux de tous les Roys , la conGALANT
157
fervation de fes jours fi precieux
à l'honneur du Sanctuaire à , la
gloire de la Monarchie ; à la felicité
des peuples .
On doit remarquer que l'on
rend tous les ans le Pain benit
à la Meffe folemnelle dont je
viens de vous parler , & que
ce Pain benit eft rendu tous
les ans par une perfonne differente
; mais de la plus haute
diftinction, invitée pour cet effet
. Mr le Duc de Gefvres l'avoit
rendu il y a 21. an , &Mr
le Duc de Trêmes fon fils , Gouverneur
de Paris , l'a rendu cette
158 MERCURE
année avec toute la pompe &
tout l'éclat convenable à un
homme de fon rang & de fa
naiffance. Les Trompettes &
les Hauts-bois de Sa Majesté
accompagnerent
fix Pains benits
, ainfi que la Compagnie
des Gardes , & la maison de
ce Gouverneur tres - leftement
vêtuë . Les Pains benits eftoient
portez par douze Suiffes qui
avoient la livrée de la maifon
de Trêmes . Ces Pains benits
eftoient garnis de Cierges & de
Banderoles aux Armes de la
même maifon , & le Cierge qui
fut preſenté à l'Offrande , éGALANT
159
toit garni de plufieurs pieces
d'or.
On a depuis peu jugé un
Procés qui depuis quelques années
faifoit grand bruit par
toute la France , & dont les
Factums eftoient recherchez &
lûs avec avidité , & particulierement
du beau fexe , qui'regardoit
cette affaire comme la
fienne propre. Ce Procés eftoit
entre un mary & une femme ,
& l'on affure que celuy de la
Dame intereffée a efté fait
par elle - même , ce qui excitoit
encore plus de curiofité . Elle
eftoit malheureufe ; elle avoit
160 MERCURE
du merite & de l'efprit , & cela
fuffifoit pour la faire plaindre
.
Je ne vous nomme point les
Parties , ayant toûjours évité
de chagriner perfonne.
Ainfi je n'apprens rien par
cet Article à ceux qui ne les
connoiffent
pas , non plus qu'à
ceux qui en ont une parfaite
connoiffance de maniere que
perfonne ne peut fe plaindre de
moy.Je dirayſeulement queMr
Fagon, Confeiller de la Cour
fils de Mr Fagon , Conſeiller
d'Etat & premier Medecin du
Roy , a cité Rapporteur de ce
Procés. L'affaire paroiffoit fi
GALANT 161
embaraffée , & elle eſtoit remplie
d'un fi grand nombre de
pieces , qu'on la regardoit comme
un cahos qu'il paroiffoit
difficile qu'aucun Juge puft
developper. Cependant , Mr
Fagon a fait fon rapport avec
tant de netteté , & il a juſtifié
tout ce qu'il a dit par des preuves
fi convainquantes , & par
des raifons fi folides , que loin
que les Juges ayent balancé fur
fon raport à prononcer en faveur
de la Dame , ils ont même
condamné l'époux aux dépens
, ce qui fait beaucoup
d'honneur au Raporteur , & ce
Septembre 1708.
162 MERCURE
qui prouve la bonté de la Cauſe
de la Dame , & fait connoif-
Mr le Confeiller
Fagon
tre
que
eft capable de remplir les premiers
Employs de Judicature ,
& que s'il devenoit un jour Intendant
de Province , comme
l'affaire qu'il vient de rapporter
a fait dire a beaucoup de
gens qu'il le meritoit , la Province
qui l'auroit pour Intendant
feroit heureufe.
On doit remarquer qu'un
Confeiller de la même Chambre
de Mr Fagon ayant eſté
nommé pour Raporteur, aprés
avoir examiné cc . Procés penGALANT
163
dant deux mois , trouva que le
Raport en eftoit fi difficile qu'il
remit le Procés au Greffe aprés
avoir dit pendant fix femaines
de femaine en femaine , qu'il le
raporteroit. Le même jour que
le Procés fut remis au Greffe ,
le Prefident le diftribua à Mr
Fagon , lequel le rapporta dans
le huitième jour , de quoy l'on
ne peut trop s'étonner , vû le
grand nombre de pieces , ainfi
que je l'ay déja dit , qu'il y avoit
à examiner, & que cette affaire
ne devoit pas eftre raportée
fans avoir efté murement examinée
; d'autant plus que toute
O ij
164 MERCURE
la France , & l'on peut même
dire une partié de l'Europe , y
faifoient attention , & qu'en
concluant pour la Dame interreffée
, il fe déclaroit contre un
homme d'un grand poids, d'un
grand nom , & qui tient un des
premiers rangs dans la Magiftrature
, & dont les lumieres
font grandes . Tout cela n'a
point étonné Mr Fagon ; il n'a
cu que la juftice en vûë , & il
s'eft attiré un applaudiffement
d'autant plus general , que trois
Prefidens & dix Confeillers qui
ont efté les Juges de cette affaire
, ont tous eſté du même
GALANT 165
fentiment ; de maniere que la
Sentence a paffé tout d'une voix
dans une Chambre qui a la réputation
d'eftre l'une des plus
integres du Parlement. La Sentence
porte feparation de corps
de biens , reftitution de la Dotte
de la Dame , qui eft de 350000.
liv. avec l'intereft , à commencer
du jour de la demande en fépara
tion , fa part en la Communauté
, & avec dépens :
Quoyque la Sentence ne foit
que par forclufion , deux chofes
font qu'il n'y a pas d'apparence
qu'elle puiffe eftre infirmée;
l'une eft parce que l'époux
166 MERCURE
a dit qu'il vouloit bien eftre
jugé fur ce que fa femme avoit
avancé qui le concerne , & l'autre
, parce que la Chambre qui
a jugé cette affaire , eft non
feulement remplie de Juges
dont l'integrité eft reconnuë ;
mais auffi parce qu'elle a donné
toute l'application imaginable
à cette affaire , & qu'elle
n'a jugé qu'aprés avoir vu toutes
les picces , les avoir bien
examinées , & avoir bien peſé
toutes les raisons des deux Parties
.
Selon l'ufage obfervé depuis
long- temps dans la FaculGALANT
167
té de Medecine de Paris , les
nouveaux Docteurs qui prennent
poffeffion de la Chaire
publique de leurs Ecoles , font
une espece de petite difpute appellée
Paftillaire. Mr Enguehard
y en a fait une en entrant
dans l'exercice d'une de ces
Chaires ; en voicy le titre .
Pro Paftillaria M. J. B. Enguchard
Doctoris Medici Parifienfis
in fcolis Medicorum. La
queftion qui y fut agitée confiftoit
à fçavoir files folides
mettent en mouvement les liquides
du corps humain . An liquida
corporis humani moveantur àfo168
MERCURE
lidis , an affidua acceffionée der
ceffione perficiantur. Mr Chemineau
Docteur de la Faculté parla
avec beaucoup d'érudition ;
ce qu'il dit fur le mercure lumineux
fut écouté avec beaucoup
de plaifir ; le latin de Mr
Chemineau fut trouvé fort
beau , & tous les Docteurs
qui parlerent, s'attirerent beaucoup
d'applaudiffemens. Mr
Enguchard fut écouté avec une
grande attention , & tout ce
qu'il dit fur les liquides & fur
les folides parut tres intereffant
à ceuxfur tout qui ont un goût
particulier pour ce qui regarde
l'oeconomic
GALANT 169
f
l'oeconomie du corps humain.
Il s'expliqua en fort beau latin ,
& toutes les veritez dont il établit
les principes , parurent fenfibles
à toute l'Afſemblée qui
donna à la fin de l'action de
grands éloges à MrEnguehard ,
& à tous ceux qui avoient parlé.
Mr le premier Medecin qui
anime tous les jeunes Medecins
à la culture des fciences naturelles
, doit eſtre regardé comme
l'auteur des progrez qui fe
font depuis quelques années
dans la Faculté de Medecine;
il les anime par fon exemple ,
par la protection qu'il accorde
Septembre 1708. P
170
MERCURE
à ceux qui s'attachent
à leur
profeffion
, & par les fecours
qu'il leur procure
.
L'Empereur
a accordé
au
Duc de Guastalla
l'Investiture
des Fiefs de Sabionetta & de
Bozzolo comme eftant le plus
proche heritier de Mre Jean-
François de Gonzague qui les
poffedoit. Guastalla eft une Vil
le de Lombardie dans le Duché
de Mantoüe proche le Pô ;
elle a le titre de Duché . Le Pape
Pafchal y aſſembla un Concile
en 1106.Bozzolo
a donné pendant
plufieurs années le nom à
une branche de la maifon de
GALANT 171
Gonzague . Vincent de Gonzague
2. du nom aprés avoir
fuccedé à Ferdinand Duc de
Mantoüe fon frere , & auparavant
Cardinal, mort fans laif-
-fer d'enfans de Catherine de
Medicis , fille de Ferdinand
grand Duc de Toſcane , & de
Catherine de Lorraine , épouſa
Ifabelle de Gonzague - Novarole
, nommée Princeffe de Boz
zolo qu'il voulut répudier dans
la fuite ; cette Princeffe eftoit
de la branche dont le Duc de
Guaftalla vient de receüillir la
fucceffion . Le Duc Ferdinand
de Gonzague, ayeul du Duc de
Pij
172 MERCURE
Guaftalla d'aujourd'huy , embellit
extremément Guaftalle
fur le Pô , & il en fit une des
plus agreables Villes d'Italié.
Anne- Ifabelle de Gonzague ,
fille de Ferdinand de Gonzague
3 .
du
nom ,
Prince de
Guaftalle , & de Marguerite
d'Eft -Modene , & premiere
femme du dernier Duc deMantoüe
, eftoit tante de Mr le Duc
de Guaftalle . Cette Princeffe a
vêcu & eft morte dans une haute
réputation de vertu . La branche
de Guaftalle a efté féconde
en grands Capitaines & en
perfonnes illuftres . Louis de
GALANT 173
Gonzague 1. de ce nom , Marquis
de Mantoüe deffit au commencement
du 14. Siecle , Pafferino
Bonicolfa , Tiran de
Mantoüe.
Mre N.... de Voyfins Seigneur
de la Porte , Saint Paul ,
& autres lieux , & Prefident
d'une des Chambres des Enqueſtes
, eſt mort à la fleur de
fon âge regretté de tous ceux
qui le connoiffoient ; il s'eftoit
acquis , quoyque fort jeune encore
, une grande réputation
dans le Parlement ; fon exacte
probité & fon défintereffement
luy avoient gagné l'eftime & la
P iij
174 MERCURE
confiance de tous ceux qui avoient
eu relation avec luy ,
ou dont il avoit cfté Juge ; il
eftoit fils de Mr de Voyfins
Confeiller au Parlement de
Rouen , & l'un des Magiftrats
de ce Corps, le plus eftimé ; it
eftoit proche parent de Mr de
Voyfins de la Noyraye Confeiller
d'Etat;deMrs lePelletier ;
& de Mr Trudaine Intendant
de Lyon.La famille de Mr Voyfins
eft originaire de Normandie,
& elle eft confiderable dans
la Robe depuis le commencement
du dernier Siecle . Le Roy
Henry IV. aprés avoir pacifié
GALANT 175
fon Royaume , & y avoir rétably
l'ancien ordre de la Juftice,
fefervit avec utilité des confeils
d'un Mr Voyfins , alors Of
ficier dans le Parlement , & ce
fut à la prudence de ce Magiftrat
, & à celle de Mr Lullier,
alors Prevoft des Marchands ,
qu'on dût la reduction de cette
grande Ville fous l'obeïſſance
de fon legitime Maiſtre. Gilbert
Voyfins Religieux de l'Or
dre de Saint Benoist fut dans
le 16. Siecle une des plus grandes
lumieres de fa Congregation.
Le talent qu'il avoit pour
la Predication , & le zele avec
Piiij
176 MERCURE
lequel il annonçoit les veriteż
de la Religion , le rendirent
celebre à la Cour de François
I. & d'Henry II. fon fils ; il refufa
plufieurs Dignitez Ecclefiaftiques
qu'on luy offroit , &
s'en montra par là plus digne ;
il mourut fur la fin du Regne
d'Henry II . qui avoit réfolu
de le prendre pour fon Confeffeur.
Mr de Voyfins eft mort
fans alliance , & fa foeur unique
eft fon heritiere.
Mre N......de Gourgues ,
Confeiller Clerc au Parlement ,
eft auffi decedé. Il eftoit frere
de Mr de Gourgues Me des .
GALANT 177
&
Requeftes , & de Mr l'Evêque
de Vabres .La Maifon de Gourgues
, ancienne dans la Robbe ,
eft originaire de Guienne ,
elle a efté établie long- temps
dans la Navarre , & dans le
Diocefe de Vabres où font
encore fituées toutes les terres
de cette maiſon . Mrs de Gourgues
ont efté long- temps dans
le Parlement de Toulouſe où
ils ont exercé des Charges de
-Prefident & de Confeiller ; ils
s'établirent dans le Parlement
de Paris vers le milieu du der,
nier Siecle , & ils s'y font toûjours
diſtinguez par leur droi178
MERCURE
-4
ture dans l'adminiſtration de
la juftice , & par leur zele pour
le fervice du Roy . Mr de Gourgues
dont je vous apprens la
mort , s'étoit engagé dans l'Etat
Ecclefiaftique il y a quelques
années ; le Roy luy donna
peu de temps aprés une
Abbaye dont il a joüi jufqu'à
fa mort ; il s'eftoit rendu eftimable
par la pureté de fa conduite
& par l'étenduë de fes
lumieres ; il avoit beaucoup
d'intelligence , & il eftoit treseftimé
dans fa Chambre. La
maiſon de Gourgues eft alliée
à celles de Fieubet , de FiefGALANT
179
Marcon , Duranty , Donneville
, Nicolaï , Harlay , le Coq ,
Briçonnét , & à d'autres maifons
des plus confiderables de
cette Ville ; elle eft connue dans
la Guterine dés le rs . Siecle ,
& elle donna au Parlement de
Bordeaux , peu aprés fon Inftitution
, de celebres Magiftrats,
Dame N.. Dublé d'Ůxelles ,
veuve de feu Mr le Comte de
Marcilly , eft morte dans un
âge affez avancé . Elle eftoit
proche parente de Mr le Maréchal
d'Uxelles , & elle portoit
le même nom que luy. La
maifon Dublé d'Uxelles eft
180 MERCURE
de
originaire de Champagne &
trés-ancienne. Elle a produit
de grands hommes dans la profeffion
des Armes ; le pere
Me la Comteffe de Marcilly.
avoit fervi toute la vie avec
beaucoup de diſtinction à la
tefte d'un Regiment de Cavalerie
qui portoit fon nom, feu Mr
le Maréchal de Turenne fous
qui il avoit eu des commandemens
confiderables l'eftimoit
beaucoup & l'honoroit d'une
confiance tres particuliere . La
maifon Dublé ne s'eft pas rendue
moins confiderable dans
l'Eglife & parmi les celebres
GALANT 181
Ecclefiaftiques qu'elle a produits
on ne doit pas oublier
un grand Prieur de l'Ordre de
Cluni qui s'y diftingua par de
beaux talens , & fur tout par
un zele infatigable pour la foi
& pour la difcipline Monaftique.
La Mere de Mr le Marquis
de Beringhen , eftoit de
cette Maifon . Me la Comteffe
de Marcilly a eu deux filles
de feu Mr le Comte de Marcilly
, fçavoir , Me la Comteffe
de Rouffillon , qui a efté élevée
à Paris & qui y a brillé
par fa beauté
& par fon efprit
,
& Mlle de Marcilly qui joint
182 MERCURE
à une naiffance confiderable
un efprit fort cultivé & orné
de toutes les connoiffances qui
peuvent fairele plus d'honneur
aux perfonnes de fon ſexe, La
Maifon de Marcilly eſt tresancienne
& fort illuftre ; elle
eft originaire de Bourgogne ;
elle a produit dans le feizième
fiecle le celebre Baron de Cipierre
, Seigneur de Marcilly
qui fut Gouverneur du Roy
Charles IX. & qui pafla pour
un des plus fages hommes de
fon tems. La maifon de Rouf
fillon dans laquelle eſt entrée
Mlle de Marcilly , eft auffi de
Bourgogne .
GALANT 183
Mre N ... de Tricaud
Prêtre & Chanoine de l'Eglife
Cathedrale de Belley , y eft
mort apres avoir rempli fes
devoirs avec beaucoup d'exatitude
, âgé d'environ foixan
te ans ; il eftoit fils de feu Mre
Jean de Tricaud d'une maifon
qualifiée de Bugei , & de Dame
N.... d'Oncieux , d'une des
plus anciennes maifons de
Dauphiné , & alliée à celle
d'Alleman - Montmartin ; & il
eftoit frere de Mr de Tricaud,
qui fait fon fejour à Belley,
apres avoir longtems porté les
armes pour le fervice du Roy,
184 MERCURE
& de Mr de Tricaud Brigadier
des Armées de Sa Majeſté , &
Lieutenant Colonel du Regiment
Lyonnois. Mr l'Abbé de
Tricaud laiffe auffi deux fours
Religieufes Urfulines à Belley,
& dont la cadette eft Superieu-
' re de cetteCommunauté , qu'elle
gouverne avec beaucoup de
fageffe & d'édification .
Celuy dont je vous aprens
la mort eftoit bon Theologien
& il aimoit les belles lettres . Il
avoit beaucoup voyagé ; il
avoit refufé il n'y avoit pas
longtems une des premieres
dignitez de fon Chapitre , ne
>
GALANY 185
voulant plus eftre chargé de.
rien qui l'attachât à la terre.Les
exemples d'un pareil defintereffement
font d'autant plus
louables qu'ils font fort rates .
a laiffé fes biens à Mr de Tricaud
fon Nevcu , Capitaine
dans le Regiment Lyonnois .
Son Canonicat a efté donné
par Mrs du Chapitre de Belley
à Mr l'Abbé de Longecombe
parent de Mr. le Marquis de
Thoy , Lieutenant General des
Armées du Roy , chef d'une
branche de la maifon de Longecombe
, une des plus illuftres
du Bugey ; ce jeune Abbé eſt
Septembre 1708.
186 MERCURE
fils de Mr de Longecombe cydevant
Capitaine dans le Regiment
Etranger de Thoy , &
qui a porté enfuite le nom
d'Albert , & de Dame N ... de
Poncetton de la Franchiſe ,
foeur de Me la Comteffe de
Brion & de Me de la Franchife
Religieufe , de l'Abbaye
Royale de Bon.
Mre N • · • Pilleron >
Chanoine de l'Eglife Cathedrale
de la Rochelle , eft mort
à la fleur de fon âge dans les
fentimens de la plus fincere
pieté ; il eftoit parent de Mr
l'Evêque de la Rochelle , & à
GALANT 187
la confideration de ce Prelat le
Roy luy donna le ferment de
fidelité de l'Eglife de la Rochelle
, à la derniere vacance
de ce Siege ; il a cfté Directeur
des Cordelieres de la rue de Grcnelle
Faux -bourg S. Germain.
Il avoit efté auparavant Chanoine
d'une Eglife Collegiale
de Clermont en Auvergne
d'où il eftoit , & il avoit pris
les femences de vertu qui viennent
de produire une fainte
mort dans le Seminaire des
Miffions Etrangeres , où il a
cité élevé , & où il a donné
de grands exemples de pieté
Qij
188 MERCURE
pendant plufieurs années . Il
eftoit d'une famille confiderable
de Clermont , & il y eftoit
generalement
eftimé ; il ne l'étoit
pas moins à la Rochelle.
Mrs du Chapitre de cette Cathedrale
l'ont d'autant plus regretté
qu'ils perdent en luy un
de leur plus zelez Confreres. Il
avoit foûtenu les interefts de
fa Compagnie en plufieurs occafions
avec beaucoup de chaleur
, & il leur avoit même quelquefois
par une delicatele de
confcience facrifié les droits du
Choeur , ce qu'exigeoient
de lui
les loix de la reconnoiffance
.
GALANT 189
moy
Il y a tres peu de choſe de
dans l'article que vous allez
lire , & qui a efté composé
par un des amis de feu Mr le
Fevre. Vous trouverez dans
cet article un ftile beaucoup
plus élevé que celuy dont je
me fers ordinairement
pour
vous écrire , croyant n'avoir
befoin que d'un ftile fimple &
narratif pour vous faire entendre
ce que je vous mande, comme
je ferois en converſation ;
ce n'eft pas que je defaprouve
l'éloquence de ceux qui m'envoyent
des articles où ils ont
cru la devoir employer
, pour
190 MERCURE
mettre dans un plus beau jour
ce qui leur fournit de quoy
exercer leur éloquence .
Nous venons de perdre un
de ces hommes du premier Ordre
, en qui le concours de toutes
les graces forme l'homme
parfait , foit pour le naturel ,
foit pour le furnaturel ; c'eſt
Meffire Nicolas le Fevre cydevant
Sous - Precepteur du
Roy d'Eſpagne , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& de Monſeigneur le Duc de
Berry. La délicateffe , la ſolidité
, le brillant , & la pénetration
de fon efprit , la juſteſſe de
GALANT 191
fon difcernement, les agremens
naturels de fa perfonne , la politeffe
de fes manieres , les progrés
qu'il fit en tres - peu de
temps dans les belles Lettres ,
& la regularité de fa conduite
dés fes plus jeunes années , firent
former à Mr le Fevre fon
le deffein de luy donner
une Charge confiderable ; mais
la dignité, l'éclat & l'honneur
qui accompagnent la noble
profeffion d'Avocat , luy plûrent
davantage , & luy firent
préferer cet éclatant Employ à
toutes les Charges qui donnant
moins d'occupation , font
perc
que
192 MERCURE
l'on tombe dans l'oifiveté.
Mr le Fevre fe donna tout
entier à la profeſſion qu'il venoit
d'embraffer , & il luy fut
aifé de meriter un applaudiffement
qui paffoit la portée de
fon âge , mais ce n'eftoit pas là
où le Ciel avoit refolu qu'il our le :
brilleroit , auffi ne fuivit - il pas
long - temps ce chemin ſans s'apercevoir
des precipices dont
il eftoit borde , & la grande
délicateffe de confcience qu'il a
confervée jufqu'à fon dernier
foupir , luy fit defirer de marcher
par une voye plus feure ,
pour arriver à une heureuſe,
Eternité
GALANT 193
Eternité , & il tourna vers le
Sanctuaire qu'il crut plus propre
que le Bareau pour nourir
en luy l'innocence de fon coeur,
la pureté de fes moeurs , le defintereffement
de les intentions
, la probité & la droiture
de fes actions avec tous les
fentimens de pieté qu'une folide
religion avoit formez en luy.
Sa famille qui fe promettoit de
fes grands talens naturels de le
voir un jour avancé dans le
monde, traverfa fortement fon
deffein ; mais il rendit fes oppofitions
inutiles,enſe hâtant de fe
confacrer à Dieu par la Clerica-
Septembre 1708 .
R
194 MERCURE
ture qu'il reçut bien tôt aprés .
La réputation
que luy acquit
fon rare merite le fit rechercher
par un des plus grands
Seigneurs
Ecclefiaftiques
attachez
à la Cour qui ayant connu
à fond fes excellentes
qualitez
, defira de fe l'attacher ,
& pour y réuffir . il luy offrit
des Benefices confiderables
qui
eftoient à fa collation ; mais rien
ne fut capable d'entamer
fon
defintereffement
qui le rendit
infenfible
à des offres fi avantageux
, & en remerciant
humblement
celuy qui vouloit être
fon bienfaicteur
. Les vives luGALANT
195
mieres & l'abondance des gra
ces dont Dieu le prevenoit
dés lors , l'ayant fortement dégouté
des chimeriques fortunes
de ce monde , & de fes frivolles
efperances , il s'attacha
entierement au fervice des
fe
donner tout
hommes
pour
entier
à celuy
de Dicu
.
Dans
ce deffein
il ſe retira
de la Cour
, où il avoit
eu
l'honneur
de
donner
quelquefois
des
leçons
à
Monseigneur
le Dauphin
, & à L. A. S. Meffieurs
les
Princes
de
Conty
&
de la Roche
- Sur - Yon
au defaut
de leurs
Precepteurs
or-
Rij
196 MERCURE
dinaires ; il s'enferma enfuite
dans une des Maifons de l'Hôpital
General pour s'y devoüer
au ſervice des pauvres , & s'y
fanctifier dans les pratiques de
la plus ardante charité , & dans
les exercices journaliers d'une
humilité la plus exemplaire.
Mais la Providence de Dieu
qui ne paroît jamais plus admirable
, qu'en tirant la lumie-
Te des tenebres , fe manifefta
fenfiblement en fa faveur
lorfqu'elle infpira au Roy de
le demander ; & aprés l'avoir
tiré d'auprés des pauvres , comme
un autre David que Dieu
2
GALANT 197
avoit tiré d'auprés des Troupeaux
pour le mettre fur le
Trône , S. M. le mit aupres
des Princes fes petits Fils , dont
elle le nomma Sous - Precepteur,
& luy confia leur éducation
pour les Lettres conjointement
avec Mr l'Abbé Fleury , ayant
toujours eu une grande conformité
de talens & de fentimens.
L'amour de Mr le Fevre
pour la retraite ; ſon éloignement
pour l'éclat & pour la
pompe , & fa modeſtie naturelle
, le porterent à fe défendre
d'accepter ce grand employ
; mais S. M. dont les choix
R iij
198 MERCURE
font toujours auffi fages &
auffi juftes qu'ils font fouvent
furprenants , ayant marqué
qu'Elle le fouhaitoit , Mr l'Ab.
bé le Fevre s'y rendit avec
toute la foumiffion qu'il devoit.
Il fortit donc de l'obfcurité
de fa retraite , où il s'étoit
rempli de la vraye fageffe comme
un autre Jofeph , & il fe
rendit auprés des Princes , où
il a demeuré pendant huit ans
avec une exacte affiduité. La
conduite qu'il y a gardée , a
bien juftifié le fage difcernement
de S. M. dans ce choix ,
Mr le Fevre s'eltant acquis une
GALANT 199
grande cftime des plus fages
perfonnes de la Cour qui l'ont
toujours regardé avec admiration
; le genre de vie qu'il y a
mené , ayant fceu fe bâtir une
folitude au milieu du plus magnifique
Palais du monde , à
vivre avec la plus fevere frugalité
au milieu des délices de la
plus agreable & de la plus
fomptueufe Cour de l'Univers,
trouvant le moyen d'accommoder
ces heures de fa picté,
avec celles de l'étude des Princes
, ne fe montrant à la Cour
qu'aux heures de cette étude..
Tout l'éclat dont il s'eft vû en-
R iiij
200 MERCURE
vironné &
l'approbation que
le Roy luy a donnée en plufieurs
occafions , les témoigna
ges de fatisfaction de S. M.
Ir la conduite & fur les manieres
de cet Abbé , quelque
chere qu'ils luy fuffent d'ail
leurs ne fervirent neanmoins
qu'à luy faire aimer davantage
fa retraite , & n'ayant jamais
voulu faire la moindre démarche
pour fe procurer aucune
des faveurs de la Cour aufquelles
fon merite , fon employ,
&fes fervices fembloient
luy donner lieu de prétendre ,
il s'en retira , aprés avoir diGALANT.
201
gnement rempli fon Miniſtefe
fans autre recompenfe
que
l'honneur
& la confolation
d'avoir travaillé avec fuccés
à former & à nourir dans les
coeurs des Princes confiez à fes
foins , les vertus Royales qui
les rendent l'admiration
de
tout l'Univers , & qui font le
bonheur
& la gloire de la
France & de l'Efpagne ; & le
merite fingulier qu'il s'eftoit
acquis en donnant ce grand
exemple de defintereffemrnt
dans un fiécle où les hommes
ſemblent
n'agir plus que par
intereft , luy fit meriter de
A
202 MERCURE
grandes louanges . Sa pieté fe
foutenant toûjours , lorsqu'il
revint à Paris, il fe chargea d'une
tres nombreuſe , mais encore
plus pauvre Communauté de
filles que Monfieur le Cardinal
de Noailles commit à fes foins ,
& envers lefquelles il a pratiqué
une charité la plus utile au public
, & qui foulage le plus les
familles particulieres ; c'eft la
maifon de fainte Aure ruë neuve
Sainte Genevieve , Ecole publique
de tous les exercices qui
conviennent aux filles , & azile
afluré de leur pureté. On leur
donne en ce lieu les principes
GALANT 203
d'une folide vertu en les faifant
travailler aux ouvrages qui conviennent
à leur fexe , afin de
les rendre dans la fuite plus utiles
au public & à leurs familles,
& de leur faire contracter de
bonne heure l'heureufe & loüable
coûtume de n'être jamais
oifives.
Enfin , Mr l'Abbé le Fevre
ayant employé tous les momens
de fa vie dans les exercices
de pieté dont je viens de
vous parler , & ayant acquis les
trefors de la grace pour meriter
le Ciel , mourut le 24.
d'Aouſt âgé de 65.ans & quel204
MERCURE
ques mois . Une vie fi chrétienne
, fi exemplaire , & fi uniformement
foûtenue dés le berceau
, ne promettoit pas moins,
que la douce & precieuſe mort
qui a fini le nombre de fes jours
comme le furent ceux de Moïfe
, dans le baiſer du Seigneur
,
ne laiffant pas lieu de douter
qu'il ne l'air reçû à ſon dernier
ſoupir , qu'il a rendu dans le
calme & la paix de fon coeur
goutant par avance les douceurs
du repos éternel . Sa devotion
tendre envers le tresporta
à le
faint Sacrement , le
recevoir plufieurs fois pendant
GALANT 205
J
à
le cours de fa maladie qui a
efté longue , mais qui lui a laiſ
fé une entiere liberté des fens
& de la raifon jufqu'au dernier
moment ; auffi les a - t- il mis à
profit pour fon falut éternel ,
les employant tous fans relâche
pratiquer des actes de toutes
les vertus Chrétiennes dignes
de fa grandeur , digne de l'élevation
de fon genie , & de fa
religion fi folide & fi vive . Les
graces du Ciel qu'il a reçues en
mourant, ont efté le fruit de la
fainteté de fa vie , & qui l'ayant
rendu fi aimable à Dieu , & fi
reſpectable aux hommes , fera
206 MERCURE
paffer fa memoire en benedi-
Єtion chez tous les gens de bien
qui l'ont connu , & aufquels il
laiffe le fincere regret de l'avoir
perdu , ou plûtôt la douce confolation
d'avoir efté honoré de
l'eftime & de l'amitié d'un fi
digne homme , qui n'auroit jamais
dû mourir , ou qui auroit
dû vivre plus long - temps
fes excellentes vertus n'avoient
merité que la bonté de Dicu ,
& fa juſtice avançaffent le
temps de ſa recompenſe & de
fa gloire.
fi
Mlle de Rey,fille âgée de cent
dix ans bien prouvez , mourut
GALANT . 207
le 5. de ce mois à deux lieues
les
.
de Montauban , dans un Village
nommé Vigueron , qui appartient
à Me la Marquife
Doüairiere de Mirepoix , & qui
dépend du Comté de Terride.
Cette Demoiſelle avoit joüi
d'une fanté parfaite juſqu'à
l'âge de 93. ans , qu'elle tomba
malade d'une maladie douloureufe
qui l'a tenue 17. ans
au lit avec une fi grande fenfibilité
, qu'on ne pouvoit ni la remuer
, ni la toucher fans luy
faire fouffrir des douleurs aigues
. Elle a paffé tout ce temps
dans un continuel exercice des
208 MERCURE
plus grandes vertus, & avec une
parfaite refignation à la volonté
de Dieu . Elle fe confeffoit
& elle communioit tous les
huit jours. Elle s'exhortoit elle-
même à la patience , & elle
confoloit par fes pieufes reflexions
ceux qui la voyoient dans
cet état cruel , étant fort fenfibles
à fes fouffrances . Enfin ,
aprés 17. ans de maladie , &
cent dix ans d'âge bien atteſtez,
elle a terminé la vie par une ficvre
continuë de dix jours , &
par un redoublement des plus
violens . Elle redoubla fortement
aux approches de la
GALANT 209
mort , fa foy , fa patience & fa
refignation. Pendant toute ſa
maladie elle avoit eſté effrayée
des Jugemens de Dieu , & à fa
mort elle ranima ſon eſperance
. Elle s'exhorta elle- même ,
& voicy en propres termes les
dernieres paroles qu'elles prononça
Fefus , vous eftes mon
tout ; Jefus , vous eftes mon efperance.
Jefus, vous eftes mon amour.
A ce dernier mot prononcé
bien diftinctement elle rendit
l'ame ; & elle couronna par ce
dernier acte d'amour de Dieu
toutes les vertus dont elle avoit
édifié tout le païs pendant
Septembre 1708
S
210 MARCURE
une fi longue vic .
Feu Mr Luillier avoit un fi
grand nombre d'Amis , & il
en eftoit fi tendrement aimé
que l'on ne doit pas s'étonner
s'il s'en eft trouvé
qui ont pris
foin de l'Article
fuivant
, dans
lequel
ils ont épanché
leur
amour
& leur reconnoiffance
pour cet illuftre Défunt.
Mre Jean Luillier , Chevalier
, Seigneur
de Labbeville
Fontaine
& Morenville
, âgé
de foixante
-fept ans , mourut
à Paris la nuit du 9. au 10. du
mois dernier
, pleuré d'un grand
nombre
d'Amis
, eftimé
de
GALANT 201
ceux qui ne le connoiffoient
qu'à peine , ainfi que de ceux
qui fe faifoient honneur d'eftre
connus de luy , & regretté de
tous. Jamais homme n'a joint
plus de qualitez aimables a plus
de vertus folides. Il aimoit la
magnificence ; il eftoit liberal
jufqu'à la profufion , genereux
jufqu'au dernier defintereffement
& charitable jufqu'à
preferer les befoins des pauvres
aux dépenſes qu'il faiſoic
avec le plus de plaifir . Jamais
pauvre n'a eſté renvoyé à fa
porte , & jamais indigent n'a
eu recours à luy fans effet . Il fe
Sij
212 MERCURE
faifoit un plaifir particulier de
foulager de pauvres vieillards
que leur âge ou leurs infirmitez
retenoient dans leur lit &
dans leur maiſon , & de faire
élever de jeunes gens qui paroiffoient
difpofez au bien
d'une maniere qui pouvoit leur
donner licu de ſe diſtinguer &
de s'établir. Cette charité luy a
fouvent réüffi , & Paris eft rempli
de gens eftimez & fouhaitez
par tout , qui luy doivent leur
reputation & leur fortune. It
cherchoit avec autant de foin
les occafions de donner , que
d'autres les évitent . Il commuGALANT
213
niquoit facilement fes grands
biens ; mais toûjours avec proportion
& avec choix . Il avoit
plus de facilité à les répandre
qu'il n'avoit d'attention à les
recueillir. Il fe plaifoit fur tout
à fe cacher lorſqu'il répandoit
fes graces & fes liberalitez . Il
avoit toûjours des témoins de
la maniere
voit
maible
dont il viil
prenoit foin de
n'en avoir pas , des bonnes ocuvres
qu'il fe plaifoit à faire . Ses
propres domeftiques les ignoroient
, fes meilleurs Amis n'en
fçavoient rien , & dés qu'il s'en
eftoit acquitté à fon gré , ceux.
1
214 MERCURE
à qui il avoit fait du bien auroient
dit qu'il l'ignoroit tant
il prenoit de foin de l'oublier .
Jamais pauvre honteux ne s'eft
autant caché pour luy demander
, qu'il s'eft caché luy même
pour luy ouvrir ſa bourſe ; &
il ne fentoit jamais fi bien le
plaifir d'eftre riche que lorsqu'il
joüiffoit à fon gré du plaifir de
donner . Il avoit de l'efprit &
du fçavoir , & il ne s'en fervoit
jamais plus heureuſement avec
autant d'attention que lorfqu'il
les employoit à louer ceux
en qui ilen trouvoit . Tout genre
de merite luy eftoit bon .
GALANT 215
Tout beau talent luy eftoit
cher, & toute bonne qualité luy
eftoit agreable. Il aimoit les ouvrages
d'efprit , il les critiquoit
avec peine , il les approuvoit
avec plaifir,& il attiroit chez lui
ceux qui en faifoient , ou qui
eftoient capables d'en faire ,
& toûjours dans l'idée d'ajoûter
quelque récompenſe à
fon approbation. Il avoit un
grand gouft pour toutes cho-
Les ; mais fur tout pour les Bâtimens
& pour la Mufique , &
il employoit utilement les Architectes
& les Muficiens . C'étoit
un titre pour eux lorf
216 MERCURE
qu'il les employoit . Ses penfées
eftoient vives , fes idées juftes ,
fes lumières pures , fon choix
toûjours für & fon gouſt toûjours
approuvé. Il avoit fait
de toutes fes maifons tant à
Paris qu'à la Campagne , autant
de reduits charmans inacceffibles
à l'ennuy , & d'où fa
feule preſence eftoit en poſſeſfion
de bannir le chagrin & la
trifteffe. Enfin aprés avoir vêcu
en Philofophe , il eft mort
en Chreftien .
Dés qu'on luy cut annoncé
que l'eftat où il fe trouvoit le
devoit obliger de fonger à fes
affaires
,
GALANT 217
le
fe
affaires , il ne ſouhaitta plus que
temps qu'il luy falloit pour
preparer à recevoir dignement
les derniers Sacremens de
l'Eglife . Il les demanda avec
inftance , & il les reçut tous
avec la plus grande édification .
Il conferva jufqu'au dernier
foupir fa connoiffance , fon
bon efprit , & fon bon coeur ,
& il ne s'en fervit plus que
pour
faire des actes de contrition
& d'amour de Dieu . Rien
ne prouve mieux fa religion
fes dernieres difpofitions
.
Il a laiffé deux cens mille livres.
que
aux pauvres ; & de
Septembre 1708.
peur de
T
218 MERCURE
n'avoir
pas fait un bon uſage
d'un bon Benefice , qu'il avoit
poffedé affez long - temps , il
a laiffé aux Paroiffes qui en
payoient les revenus , cent foixante
mille livres. Il n'appartenoit
qu'à la Religion de couronner
une fi belle vic & une
fi fainte mort.
Je ne vous détailleray pas
icy fagenealogie , tout lemonde
fçait que les Luilliers ont
toûjours efté regardez , comme
eftant de la premiere Nobleffe
& de la plus grande antiquité
de la Ville de Paris. Ils
avoient trois Coquilles pour
GALANT 219
Armes ou pour Sceau , longtemps
avant que le Blafon fuft
déterminé en France . Sans remonter
à une antiquité plus
reculée , il est bien prouvé que
dés l'an 1269. il y avoit un
Pierre Luillier à qui on donnoit
le titre de Monfeigneur , peu
ufité en ce temps - là . Il avoit
époufé Maric Boucher d'une
des plus anciennes familles de
Paris , & tante de Jean Boucher
Confeiller au Parlement dés
l'an 1315. C'eft de celuy - cy
que defcend Mr Boucher d'Orſay
, qui vient d'exercer ſi dignement
l'employ important
Tij
220 MERCURE
de Prevoft des Marchands . Ce
Pierre Luillier & Marie Boucher
fa femme firent entierement
bâtir l'Eglife des Blancs-
Manteaux à Paris, On voit encore
aujourd'huy à toutes les
voûtes de cette Eglife les armes
des Luilliers qui font d'azur à
trois coquilles d'or, Mre Philbert
Luillier , Chevalier , Capitaine
& Gouverneur de
la Baftille , eftoit fils de ce
Monſeigneur Pierre Luillier en
l'an 1319. ainfi qu'on le trouve
à la Chambre des Comptes .
En 1404 Robert Luillier épou
fa Alix de Leftre , de la même
GALANT 221
famille du Chancelier de ce
nom . Les Luilliers fe font auffi
alliez aux Chanceliers de Marle
, de Dormans & d'Orgemon .
Sous Charles V. Jean Luillier.
Chevalier, fils de Robert , fut
Avocat general , & un de fes
enfans appellé Mre Jean Luillier
en 1483. fur Evêque de
Meaux , Proviſeur de Sorbonne
, grand Aumônier de France
Confeffeur du Rôy , &
Doyen
Doven de Nôtre- Dame de Paris.
L'éclat de cette illuftre famille
s'eft toujours foûtenu
par les plus grands emplois &
par les plus belles alliances.
Tiij
222 MERCURE
L'ayeul de feu Mr Luillier fur
la fin du quinziéme fiecle , remit
Paris fous l'obéïffance du
Roy , & y reçut Henry IV. en
qualité de Prevoſt des Marchands.
Feu Mr Luillier.
pouvoit
fe flatter d'eftre allié aux
plus anciennes Maiſons , &
même à celle de Lorraine , mais
cette vanité n'avoit point d'accés
auprés de luy.
Mr le Prince d'Ooſtfriſe ,
autrement d'Embden eft mort
d'apoplexie à Aurich , tres - regretté
de tous fes Sujets , dont
il eftoit fort aimé , à caufe de
fes manieres engageantes & de
GALANT 223
fa bonté naturelle . Aurich eft
la ville Capitale de la Frife Orientale
, & les Comtes d'Embden
y refidoient autrefois. Cette
Ville eft gouvernée par fes
Magiftrats , & elle dépend en
quelque maniere des Etats Generaux
, qui ont trouvé moyen
de s'en affurer ; ils en font Scigneurs
du moins mediats depuis
la Paix de 1606. que
Roy d'Angleterre Jacques II .
procura par fes foins. Cette
Ville avoit des Seigneurs particuliers
qui portoient le titre
de Comtes vers l'an 1465.
Edzard Comte d'Embden , qui
le
Tiiij
224 MERCURE
vivoit fur la fin du feizième fie .
cle cut quelques conteſtations
avec les Citoyens de cette Ville
; un Miniftre nommé Mentzo
Alting, les porta à la revolte ,
& les engagea de fe mettre fous
la protection des Hollandois
qui mirent garnifon à Embden.
Le Comte fe refugia en
Allemagne & laiffa cinq fils ,
Ennon , Guftave , Jean , Chriftophe
, & Charles . Ennon voulut
rétablir fon autorité dans
Embden en 1602. mais les Habitans
coururent aux armes &
l'obligerent de fe retirer en Allemagne
, fortifiez par le
le feGALANY
225
cours des Etats des Provinces-
Unies , qui vouloient demeufer
maiſtres abfolus de cette
Ville , dont l'importance pour
le commerce , faifoit l'objet de
de leur ambition . Les Hollandois
vinrent à bout de ce deffein
, & Ennon donna fa fille à
Jean fon frere qui avoit embraffé
la Religion Catholique ,
qui l'époufa avec difpenfe du
Pape , Mr le Prince d'Ooftfrife
4
dont je vous
ens la mort
de
en defcendoit. Ses ancêtres
aprés avoir eſté dépouillez dé
la ville d'Embden , avoient fixé
leur ſejour à Aurik , qui eſt à
226 MERCURE
trois lieues d'Embden ; elle eſt
fituée dans un pays aſſez ſterile,
dont elle eft Capitale ; & on
nomme ce Pays Aurikerland ;
le Palais des Comtes d'Embden
eft dans un petit Bourg contigu
à la ville d'Aurik.
Le Roy d'Efpagne a nommé
à l'Evêché de Nicaragua
dans la nouvelle Efpagne , Don
Benito Garret Religieux de
l'Ordre de Premontré. Ce nouveau
Prélat eft d'une famille
originaire du Royaume de
Leon , mais fa vertu & fon
merite le rendent plus confiderable
que l'éclat qu'il peut tirer
1
GALANT 227
d'une maiſon illuftre; il a toutes
les qualitez qui conviennent
à un bon Evêque : Il eft éclairé
, & il a le don de la parole ;
il a préché dans les meilleures
Chaires d'Efpagne avec de trés
grands aplaudiffemens. Nicaragua
eft dans l'Amerique Septentrionale
, & dans le Gouvernement
de Guatimala ; fon
territoire eft fort étendu entre
la Mer du Nord qui le borne
vers l'Orient , & la Mer du
Sud à l'Occident & au Midy ,
où il a pour frontiere le Païs
de Veragua , & au Septentrion
il confine avec les Païs de Gua228
MERCURE
pas
timala & de Honduras.
Pais a efté découvert par les
Efpagnols qui le poffedent de
puis plus de 160. ans , quoysi
202
qu'il y ait beaucoup d'endroits
où les peuples ne leur obéiffent
pas , parce qu'ils n'ont
affez de colonies pour les bou
pouvoir
tenir dans la dépendance.
Ce Païseft divifé en huit Provinces
, & les Peuples y font affez
civilifez ; on commence même
ày cultiver les terres . Il y a
un grand nombre de Religieux
, & la fuperftition y eft
prefque entierement détruite.
Le feu Evêque de Nicaragua a
GALANT 229
1
beaucoup travaillé dans ce vafte
Dioceſe , & fa memoire y
eft dans une grande veneration.
Sur la demiflion que Mr le
Prince Sapieha grand General
de Lithuanic , & fon frere
grand Maréchal de la même
Province , ont donnée de ces
deux Charges, le Roy Stanislas
a conferé la premiere , à Mr le
Prince Sapieha Starofte de Bobruis
qui avoit déja des Patentes
pour en prendre poffeffion
quand elle viendroit à vacquer.
Mr le Prince Sapieha qui vient
de fe demettre de la Charge
de grand General a époufé Me
230 MERCURE
la Palatine de Vilna . Comme
il eft furvenu de grandes conteftations
touchant la Charge
de grand Maréchal de Lithuanic
, elles ont efté mises à la
decifion d'une Diette generale
dans laquelle on examinera fi
deux grandes Charges peuvent
eftre poffedées par des perfonnes
d'une même maifon , celle
de grand Maréchal ayant auffi
été donnée à un Prince Sapicha
, qui s'eft obligé à fe foumettre
à ce qui fera decidé par
la Republique. Mr le Starof
te de Bobruis nouveau grand
General , eft proche Parent de
GALANT 231
Mr le General Major Jofeph
Sapicha : ils fe diftinguent l'un
& l'autre dans la guerrequi cft
allumée en Pologne , & ils y
ont les principaux Commandemens.
La Maiſon Sapicha
eft une des illuftres de Pologne ;
elle y eft connue depuis le
Regne des Jagellons , & fous
le Roy Eftienne Bathori , qui
de Prince de Tranfilvanic fut
élu Roy de Pologne , aprés
que le Roy Henry III. fut
party de Varfovie. Les Princes
de la Maiſon Sapieha occupoient
les premieres dignitez
de la Cour de ce Monarque ;
232 MARCURE
ils s'y firent confiderer par leur
merite & par leur valeur dont
ils donnerent de frequentes
marques contre les Turcs . La
Maifon Sapicha eft alliée à celles
de Radienski , de Tovienf
Ki , & de Lubomirski : elle
produit dans les deux derniers
ficcles plufieurs perfonnes de
Lettres & de grands Prélats,
qui ont l'ornement des
Eglifes du Nord , un Evêque
de cette maifon écrivit beaucoup
dans le penultiéme fiecle
contre les erreurs des Lutheriens
, & des Sociniens qui infecterent
en ce tems là toute
Y
elté
GALANT 233
la Pologne. Crellius & Epifcopius
chefs de ces derniers ne
trouverent point de plus ru
des adverfaires dans les établiffemens
qu'ils voulurent faire
en Pologne , que les Princes de
la Maifon Sapicha. Un Religieux
de S. Benoift de cette
famille , écrivit contre Calvin ,
& particulierement contre fon
Livre de l'Inftitution avec beaucoup
de force & de folidité ;
& il deffendit les principaux
Dogmes de la Religion Catholique
d'une maniere qui lui
attira de grands éloges du Pape
Paul III. Ce Religieux fur in-
Septembre 1708. V
234 MERCURE
до
vité d'affifter au Concile de
Trente mais une maladie
mortelle dont il fut attaqué
en ce tems- là , l'empêcha de
s'y trouver. Mrs Sapicha éfoient
alliez de la Maiſon
Royale des Jagellons ; & ils
procurerent par leurs foins le
Mariage de l'Heritiere de cette
Maifon avec le Roy Eſtienne
Bathori , ils retablirent même
fouvent l'intelligence entre ce
Prince & cette Princeffe , que
la difference de leur âge rompit
plufieurs fois.
Je vous envoye une Relation
qui vous attachera plu¬
GALANT 235
qu'elle ne vous divertira . Je
crois que vous avez déja oüy
parler de ce qui en fait le fujer .
Vous verrez que ce que l'on en
avoit dit d'abord , eft bien
moins confiderable
que ce que
vous trouverez dans ce que
vous allez lire.
›
RELATION DES
Tremblemens de terre arrivez
le mois dernier à Manofque
en Provence.
Le premier de ces Tremblemens
l'on a regardé comme leplus
violent , arriva le 14. à fix ben .
que
Vij
236 MERCURE
res demiedu matin. Ilfe fitfentir
differemmentfelon les diverfes fi
tuations du terroir; on entendit en
quelques endroits comme une repetition
de plufieurs coups de canon
, en d'autres comme un épouvantable
mugiffement
e
en
d'autres comme certains roulemens
de tonnerre fourds affreux.
Quelques perfonnes qui estoient à
la campagne , crurent voir tout à
coup la ville en l'air , & la crurent
enfuite entierement renverfée
; elle a efté tellement fecouée &
ébranlée auffi bien que tout le terroir,
qu'on n'y peut trouver une
maiſon qui ne foit marquée de la
GALANT 237
main du Seigneur , quelques - unes
font renverfées à demi , & les
autresfont
e
fendues depuis les fon
demens jufqu'à la couverture ; le
Chateau des anciens Comtes de
Forcalquier, qui appartient prefentement
àMeffieurs de Malthe ,
& qu'on avoit toûjours regardé
defolidité de l'épaiffeur defes
e un rocher à caufe de fagranfondemens
, menace ruïne de tous
côtez. Iln'y a ni muraille,ni tour¸
ni voute qui ne foit endommagée.
Il en eft de même des Eglifes les
plus folides , comme font celles de
faint Sauveures de Noftre Dame;
le Convent des RR. Peres
238 MERCURE
Obfervantins n'eft plus logeable ;
les murailles de la ville font ren-`
verfées en differens endroits ; la
terre s'eft ouverte en plufieurs
lieux , les rochers fe font fendus , {
& ce qui paroift le plus furprenant
, eft un rocher fitué à demi
de lieuë de la ville,
quart qui s'eftant
ouvert a fait voir plufieurs
fourcesprodigieufes , les unes d'eau
fouffrée , & les autres d'eau douce.
Plufieurs nourrices ont perdu
leur lait , ce qui a caufé la mort de
quelques-uns de leurs enfans. La
frayeur a renduplufieurs perfonnes
malades , quelques-
& en
font devenues bebetées , & d'auGALANT
239
tres ont tout- à-fait perdu l'efprit ;
les beftes même ont reſſenti quelque
alteration , & l'on ne voit
plus dans tout le terroir que quelques
oyfeauxpaffagers ; depuis le
14. jusqu'au 20. on a fenti tous
les jours plufieurs fecouffes , mais
fi legeres , qu'on y faifoit à peine
attention de forte qu'on croyoit
qu'il n'y avoit plus rien à craindre,
chacun fongeoit à reparer
une partie des ruïnes de fa maifon
pour s'y loger enfûreté, lorsque le
20. ily eut trois tremblemens dont
le dernier arriva à deux heures
aprés midi avec des bruits plus
épouvantables , & plus violens
240 MERCURE
que ceux du 14. & qui retentirentfifort
en l'air & dans les lieux
foufterrains
, que chacun crut que
tafin du monde eftoit venue : on
n'entendoit
par tout que pleurs ,
que cris, & quegemiffemens
, & la
ville fut entièrement
deferte en
moins d'un demi quart d'heure !
les Religieux & les Religieufes
abandonnerent
leurs Convents ,
&fept à huit milleperfonnes qui
-fortoient en foule de cette Ville
dans la feule penfée d'éviter la
mortfe trouverent
tout d'un coup
fans pain & fans vin , n'ofant
plus rentrer dans la Ville pour
s'en pourvoir, ce qui les contraignit
GALANT 241
{
gnit d'avoir recours aux villes &
aux villages voifins où quelques
familles refterent, les autres camperent
à la campagne aux endroits
les plus éloignez des bâtimens,
Ces Tremblemens ont continué
tous les jours à plufienrs repriſes
depuis le 20. jufqu'au 30. &
même quelques - uns ont encore efté
affez violens. Les habitans qui
campoient, ont beaucoup fouffert
par les pluyes qui fontfurvenuës
le 27. le 28. ce qui en a
encore retirer plufieurs aux Villages
voisins ; Il n'y a eu perfonne
de tuéfous les ruïnes de cette Ville ,
అ les bleffez ont efté en petit nom-
Septembre 1708. X
fait
242 MERCURE
bre. On a reffenti ces Tremblemens
de 7. à 8. lieuës à la ronde ;
les Villages de Corbieres , Sainte
Tulle & Monfuron
qui font à
deux lieuës de Manofque
ont fouffert
quelques dommages , & celuy
de Peyrevert, qui n'en est qu'à
une petite lieuë , a cfté preſqu'autant
endommagé
que Manofque
.
Il y a eu depuis peu une
conteftation entre l'Univerfité
d'Oxford & l'Academie de
Geneve qui a beaucoup fait
de bruit. Quelques Vers faits
par de jeunes Ecoliers de
1 Univerfité d'Oxford dans
leurs exercices publics y ont
GALANT 243
"
donné occafion . Ces jeunes
Gens avoient donné dans leurs
vers quelques loüanges à l'Eglife
Catholique , & répandu
quelques traits peu
favorables
à l'Academie de Geneve. Les
Miniftres de cette derniere Ville
prirent feu , & ils en porterent
leurs plaintes à Mr l'Evêque
de Londres. Ce Prélat dans
la réponſe qu'il leur fit les affura
que par le mot de Geneve
que ces jeunes Gens avoient employé
dans leurs Vers , ils n'avoient
voulu parler que des Pref
byteriens , qui faifoient autrefois
valoir le témognage de l'Eglife de
X ij
244 MERCURE
Geneve , pour colorer leurſeparation
de l'Eglife Anglicane. Sur
cela Mrs de Geneve écrivirent
une Lettre à l Univerfité d'Oxford
, où ils déclarent les fentimens
où ils font à l'égard de
l'Eglife Anglicane , & ils écrivirent
en même temps à Mr
l'Archevêque de Cantorbery ,
fucceffeur du Docteur Tillolfon
, qui avoit épousé la niece
de Cromwel , & qui étoit fille
du Docteur Wilkins , Evêque
de Chefter . Mrs d'Oxford répondirent
par une Lettre tresobligeante
, & dans laquelle ils
établiffent la difference qu'ils
GALANT 245
mettent entre les Presbyteriens
de Geneve , & ceux qui font
une fecte confiderable en Angleterre.
Toutes ces Lettres ont
été rendues publiques par l'Univerfité
d'Oxford . Les Prefbyteriens
qui fe font vûs attaquez
jufques dans leurs retranchemens
, fe font mis en état
de deffence , & ils ont pour
ce fujet publié un petit Livre
Anglois dont voici le Titre :
Apologie des Non- Conformistes
Anglois par les Confeffions de foy
de's Eglifes Proteftantes , étrangeparticulierement
par des res
Lettres de celle de Geneve , qui
X iij
246 MERCURE
peuvent fervir de réponſe à plufieurs
Lettres des Pafteurs de l'Eglife
de Geneve , à l'Archevêque ··
de Cantorbery, à l'Evêque de Londres
à l'Univerfité d'Oxford ,
avec leurs réponses.
س
a
Le Presbyterien qui a publié
cette Apologie fe fert de
l'autorité & des Confeffions de
Foy des Eglifes Proteſtantes ,
des Suiffes & des Pays - Bas , & il
fait voir par les Actes du Synode
de Xanzen en Pologne , que
ce qu'on nomme en ce Pays - là
les Superintendans , n'eft pas
même chofe que les Evêques ou
les Epifcopaux d'Angleterre : il
remarque enfuite que l'Eglife
la
GALANT 零
247
Proteftante d'Ecoffe avoit peu
aprés la prétenduë reformation
des Superintendans : mais qu'on
les fupprima, parcé, dit- il , que la
la Cour s'en fervoit comme d'un
moyen pour introduire l'Epiſcovat.
Un fragment d'une Lettre de
Beze , écrite à Cnox le 12 .
Avril 1578 luy fert de preuve.
Cnox avoit donné avis à
Beze du deffein de la Cour , &
on voit dans cette Lettre que
ce dernier ne parle pas d'une
maniere fort avantageufe des
'Evêques. L'Apologifte
raporte
enfuite le fentiment des
Confeffions
de foy Proteftan-
X iiij
248 MERCURE
tes , étrangeres fur la Difcipline
de l'Eglife ; l'Office des
anciens , & les Ceremonies
de
l'Eglife , & il s'en fert à juſti
fier la Doctrine des Presbyteriens
Anglois. Enfin on trouve
dans cet écrit une réponſe del'Eglife
de Geneve aux queſtions
de quelques Anglois Presbyteriens,
vivant fous le Regne de la
Reine Elizabeth
, & qui ne pouvant
pas fe conformer à l'Eglife
qui eftoit alors la dominante ,
la confultoient
fur ce qu'ils devoient
faire ; cette réponſe en
datte du 24. Octobre 1564 .
& foufcrite
par Beze & par
GALANT 249
dix fept autres Miniftres , paroît
favorable aux Presbyteriens.
La fameufe Lettre que
Calvin écrivit à Cnox & à
quelques autres Miniftres Pref.
byteriens qui s'eftoient réfugiez
à Francfort , finit ce petit
Livre. C'eft dans cette Lettre
que l'Herefiarque en parlant de
la Liturgie de l'Eglife Anglicane
, dit qu'il y reste encore
quelques bagatelles : mais quifont
tolerables ; TOLERABILES
INEPTIÆ . Ces bagatelles étoient
quelques ceremonies de l'Egli
fe qui font encore aujourd hui
en uſage dans l'Eglife Anglicane
.
250 MERCURE
pas
ge
Le principal different qui eft
à prefent entre les Epiſcopaux
& les Presbyteriens , eft que
ceux - cy fe fondant fur les
principes de leur prétenduë
Reformation , qui ne veulent
fe fonder fur le temoigna
des hommes en matiere de
Religion mais uniquement
fur la parole de Dieu écrite ,
ſe plaignent que leurs freres
les Epifcopaux s'éloignent de
cette regle ; la feule qui peut
terminer leur difpute , & ils
difent que puifque ces freres peu
fideles à garder la foi de leurs
peres , en appellent au témoignage
GALANT 251
des hommes , ils ne doivent pas
trouver mauvais qu'on fe ferve
contr'eux des mêmes armes ; avec
cette difference cependant qu'ils puiferont
leurs autoritez dans lesĊonfeffions
de foi des Eglifes Prote-
Stantes étrangeres qui n'ont aucun
raport aux difputes préfentes , &
qui font d'une plus grande force
que le fentiment de quelque.compagnie
particuliere.
Cette affaire a fait beaucoup
de bruit , & elle a eſté
fur le point de divifer entierement
les Presbyteriens & les
Epifcopaux qui ne font pas
déja d'une trop bonne intelli252
MERCURE
ligence. Le Docteur Burnet
Evêque de Saliſbury doit même
êcrire fur ce fujet . Perfonne
n'ignore qu'il eſt un zelé
Partifan des Epifcopaux , du
nombre defquels il eft depuis
quelques années .
Les Vers qui fuivent n'exciteront
point de difpute comme
ceux dont il eft parlé dans
l'Article que vous venez de lire.
Ils ont été faits fur un ouvrage
qui doit autant durer que
monde , par Mr Moreau de
Mautour,qui travailleà immortalifer
fon nom. L'ouvrage eft
le Dictionnaire Geographique
le
GALANT.
253
& Hiftorique de Mr de Corneille
, qui doit cftre rendu public
dans le temps que vous recevrez
ma Lettre. Je ne vous
dis rien de cet ouvrage dont
je vous ay amplement parlé le
mois paffe , & qui eſt attendu
avec impatience , non - feulement
de toute l'Europe ; mais
même de toute la terre , s'il
m'eſt permis de parler ainſi.
MADRIGAL.
L'efpritfaitfes Heros , ainfi que la
valeur.
Cet ouvrage immortel
voyonsparoiftre,
que nous
254 MERCURE
Acheve d'affurer la gloire à fon
Auteur:
Les Mufes & les Arts l'ont déja
fait connoiftre,
Frere du grand Corneille il marche
fur fes pas.
Mais lorfquefa plumefeconde
Décrit ce que le Cielfousfes vaftes
climats ,
Comprend fur la terre & fur
l'onde ;
Il confervefon nom au-delà du trépas
,
Et confond fa durée avec celle du
monde.
Je paffe aux nouveaux IntenGALANT
255
dans de
Commerce dont j'aurois
dû vous parler il y a longtemps
; mais il s'eft trouvé un
fi grand nombre de prétendans
à ces nouvelles Charges ,
& on les a données dans le monde
à tant de gens qui n'ont pû
en avoir , que j'ay crû devoir attendre
à vous en parler , que
ces Charges fuffent remplies ,
& qu'il n'y cut plus de changemens
à apprehender
.
Mr Amelot de Chaillou
Maistre des Requeſtes a eſté
pourvû de l'une de ces Charges.
Ileft proche parent de Mr Amelot
de Gournay, Confeiller d'E256
MERCURE
tat & Ambaffadeur en Efpagne
, & dc Mr Mignard de Bernieres
, Intendant de Flandres.
Il eft auffi allié à la Maiſon de
Faucon - de - Ris , qui a donné
des premiers Prefidens au Parlement
de Roüen. Le dernier
premier Prefident de ce nom
eftoit fils de N..... de Maignard
de Bernieres , qui eftoit
fille de Mr. de Bernieres Confeiller
au Parlement de Paris , &
de N... Amelot , qui en qualité
Commiffaire du Roy a fait
executer l'Edit de la Revocation
de celuy de Nantes , en
Poitou & en Xaintonge. Il ſc
GALANT 257
fervit de fon efprit & de fa douceur
pour contenir les Protef
tans dans leur devoir , & cependant
il fit executer tresexactement
les ordres de la
Cour. On trouve fon éloge
dans les deux premiers volumes
de l'Hiftoire de l'Edit de Nantes
, imprimée en Hollande .
Mr de Caumartin de Boiffy,
ci - devant Confeiller au grand
Confeil , & enfuite Maitre des
Requeftes , a eu la feconde
Charge d'Intendant du Commerce.
Il eft fils de feu Louis-
François le Févre , Seigneur
de Caumartin , premierement
Septembre 1708
Y
258 MERCURE
Confeiller au Parlement , enfuite
Maistre dès Requeſtes ,
Garde des Sceaux des Grands-
Jours tenus en Auvergne en
1666. & enfin Intendant en
Champagne & Confeiller d'E
tat ordinaire , & de Dame Catherine-
Madelaine de Verthamon
, tante de Mr le premier
Prefident du grand Confeil.
Feu Mr de Caumartin avoit eu
d'Urbaine de Sainte Marthe fa
premiere femme , Mr de Caumartin
Intendant des Finances.
Du fecond mariage , outre Mr
de Boiffy , marié à Mlle Bernard
coufine de Mr d'Haute-
*
GALANT 259
-i
roche Confeiller au Parlement,
il a eu Mr l'Abbé de Caumartin
de l'Academie Françoife &
Abbé de Buzay en Bretagne.
Mr de Caumartin de Maizy ,
Capitaine de Fregate , mort en
1696. & Paul- Victor- Auguf
te Chevalier de Malte qui fert
fur mer ; & cinq filles , fçavoir ,
feue Me Mafcrany , femme
du Maistre des Requeſtes , Me
d'Argenfon , Me de la Cour ,
femme du Maistre des Requeftes
de ce nom ; Me d'Aulede ,
belle-fille du feu premier Prefident
de Bordeaux ; & Me de
Thuify , femme du Maitre des
Y ij
260 MERCURE
Requeſtes de ce nom . Ils font
tous iffus de Louis le Févre de
Caumartin Garde des Sceaux ,
leur bifayeul . Ce grand Magiftrat
fut chargé de la Garde des
Sceaux aprés la mort de Mr de
Vicq , au Camp devant Montpellier
le 2 3. Septembre de l'an
1622. , & il mourut le 21. Janvier
de l'année fuivante , univerfellement
regretté.
Mr de Machault Seigneur
d'Arnouville a eu la troifiéme
place d'Intendant
du Commerce.
Il eft Maître des Requêtes
il y a déja quelques années
: il eft d'une ancienne faGALANT
261
mille de la Robe , dont on voit
de glorieux veftiges dans l'Eglife
de S. André des Arcs.
Cette Maiſon eftoit déja connue
dans le Parlement fous le
Regne de Charles IX. & il y
eut un Georges de Machault
fous ce Regne , qui eut beaucoup
de part
ce de la Reine Catherine de
Medicis. Il fit même ce qu'il
put dans la fuite pour empêcher
la funefte journée de la
S. Barthelemi , & fi fes confeils
euffent efté fuivis , la France
auroit évité bien des maux.
Les liaiſons qu'il avoit euës avec
dans la confian262
MERCURE
l'Amiral de Coligny qui périt
dans cette journée , rendirent
fes confeils fufpects , & empêcherent
laCour de les fuivre.On
pretend même qu'il mourut de
chagrin des maux qui accablerent
le Royaume dans ce temslà
, vers l'an 1630. Mre N ...
de Machaut eftoit Intendant
de la Generalité de Bourgogne
; il y fignala fon zcle
contre les Huguenots qu'il fit
exclure de la Maiftrife de tous
Arts & Metiers.
Mr Rouillé Seigneur de
Fontaine Guerin Maître des
Requêtes a la 4 Charge d'In- 4°
C
*
GALANT 263
tendant du Commerce. Il étoit
cy- devant Intendant de Limoges,
& il eft frere de Mr Rouillé
Directeur General des Poftes.
Mr Boucher d'Orsay, Maiftres
des Requêtes a été pourvû
de la cinquiéme Charge
d'Intendant du Commerce . Il
eft fils de Mr d'Orſay Confeiller
au Parlement , & de feüc
Dame N.... de Mornay foeur
de feu Mr le Marquis de Montchevreuil
, Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur
de S. Germain en Laye , frere
de Mr l'Abbé d'Orſay , Abbé
264 MERCURE
que
de Beaulieu , & Maistre des
Requêtes depuis l'an 1702. &
il fut reçu avec beaucoup de
diftinction . Perfonne n'ignore
la famille de Mr Boucher
d'Orfay eft une des plus anciennes
de la Robe ; elle eſt
connue dans le Parlement de
Paris depuis que cette Compagnie
fut renduë fedentaire ;
& elle
y a toujours rempli les
Charges les plus importantes.
Celuy qui donne lieu à cet article
, eft tres eftimé dans le
Confeil , & fon intelligence
dans les Affaires , quoy qu'il
foit dans un âge tres- peu avancé
GALANT. 265
cé , l'a fait choifir pour remplir
cette place.
Mr de Noirat , Confeiller à
la troifiéme Chambre des Enqueftes
, & fils de Mr Lefcalopier
Confeiller à la grand-
Chambre , où il eft fort eftimé ,
a eu la fixiéine Charge d'Intendant
du Commerce ; & comme
il faut eftre Maiftre des Re
queftes pour eftre reçu dans
cerce Charge d'Intendant , il
s'eſt pourvû en
d'une de ces
même
temps
Charges , & il a
efté reçu dans l'une & dans l'autre
avec tout l'agrement imaginable
tant à caufe de la ré-
1 Septembre 1708. Ꮓ
266 MERCURE
putation d'un homme fage
qu'il s'eft acquife , qu'à caufe
de fa naiffance. La Maiſon de
Lefcalopier eft fi connuë que
que je ne crois pas devoir étendre
davantage cet article en
vous en entretenant.
Aprés vous avoir parlé de
ceux qui doivent dorefnavant
decider des affaires du Commerce
avec le Confeil établi
depuis longtemps pour ces fortes
d'affaires ,dont Mr Dagueffeau
Confeiller d'Etat , cft Chef,
& dans lequel Mr d'Argenfon
a voix , je paffe à quelques articles
qui doivent beaucoup
GALANT 267
chagriner les Commerçans
d'Angleterre & de Hollande ,
puifqu'il s'agit de la prife de
plufieurs de leurs Vaiffeaux.
Mr Caffart , Commandant
un Vaiffeau du Roy , nommé
le Ferzey , & armé en courſe
pour des particuliers , ayant
rencontré le troifiéme de ce
mois prés des Ifles Sorlingues ,
une Flotte Angloife de trentecinq
Vaiffeaux eſcortée par un
Vaiffeau de guerre plus fort
que celuy qui eftoit commandé
par Mr Caffart , il fe mit neanmoins
en devoir de l'attaquer ;
mais le Commandant Anglois
Zij
268 MERCURE
a
n'ayant pas jugé à propos de
l'attendre , Mr Caffart prit
cinq Vaiffeaux de cette Flotte
qu'il amena le 8. de ce mois à
Saint Malo. Cette prife eft eftimée
cinq cens mille livres , Elle
efté fuivie d'une autre de huit
Vaiffeaux Marchands qui venoient
d'Antigoa. Ils ont efté
pris vis- à- vis de l'Ile de Silly ,
par un Vaiffeau Franço is de
foixante canons. On ne fqait
pas encore le détail de cette
affaire ; mais elle eſt ſûre , puifque
les Lettres d'Agnleterre qui
en parlent, rapportent les noms
des Vaiffeaux qui ont efté pris
GALANT 269
& dans lefquels il y a une tresgrande
quantité de fucre.
簪
a
du
Il eft furprenant qu'apres
ce que les Lettres d'Angleterre
& d'Hollande ont dit cinq ou
fix ordinaires de fuite de la
perte des Gallions d'Espagne ,
elles tiennent prefentement
un langage contraire ,
moins à l'égard du Gallion
pris par les Anglois , & dont,
felon les derniers Actes du Parlement
les effets devoient apartenir
à la Reine , & cette Princeffe
a compté pendant plus
d'un mois fur vingt - un millions
dont on difoit que ce
Y iij
270 MERCURE
Gallion eftoit chargé , cependant
on a appris par les Lettres
d'Angleterre
, que cette Prin
ceffe avoit eu des nouvelles
certaines que la charge de ce
Gallion ne montoit qu'à quinze
mille livres ſterling , ce qui
luy a donné un fi grand chagrin
qu'elle a renoncé aux
droits que le Parlement luy
donnoit fur cette fomme ,
ayant mieux aimé l'abandonner
aux Armateurs
que d'envoyer
audevant de ce Gallion
comme elle devoit faire avant
que d'avoir appris que fa charge
eft fi modique. Rien ne
GALANT 271
prouve mieux que ces trois
Bâtimens dont on a parlé ne
font point les, Gallions , puifque
l'on a dit qu'il y avoit plus
de trente millons fur celuy qui
a fauté , & que celuy qui a fair
naufrage étoit chargé de plus
vingt millons, & qu'il étoit auf
fi riche que celuy fur lequel
toute l'Angleterre a cru qu'il
y avoit vingt - un millions qui
devoient apartenir à la Reine.
Il n'y a pas de vray- ſemblance
que de trois Bâtimens qui
étoient enſemble , & que l'on
a cru eftre les Gallions , il y en
ait eu deux chargez de tant de
Z iiij
272 MERCURE
millions , & que le troifiéme
fe foit trouvé fans charge.
puiſque quinze mille livres Återling
devoient eftre comptées
pour rien en comparaifon de
la charge des deux autres que
l'on faifoit monter enſemble
à plus de cinquante millions ;
& ce qui fait voir que cette
prife des Gallions ne peut être
qu'une chimere , eft que felon
les reglemens qui ont efté faits,
on ne doit pas mettre plus de
quatorze millions fur un Gallion
feul. Toutes ces chofes
doivent faire conclure que les
trois Bâtimens en queftion ne
#GALANT 273
pouvoient eftre que des Vaiffcaux
qui venoient de trafiquer
& dont la charge pouvoit con
tenter des particuliers.
L'Article que vous venez
de lire doit donner autant de
chagrin aux Alliez , que celui
quiofuit a donné de plaifir à
la Cour d'Espagne & au Peuple
de Madrid.
A
Ho La Cour & le peuple de cette
Ville ont celebré la feſte de
Saint Louis d'une maniere qui
fait voir que leur zele & leur
affection pour le Roy d'Efpagne
& pour la Maiſon Royale
ont toûjours la même vivacité.
274 MERCURE
On tira le foir de la veille de
cette Fefte des feux d'artifice
en pluſieurs endroits de la Ville
; on en avoit preparé un vers
la Place de la Cevade prés la Porte
de Tolede par les foins des
Bourgeois de ce Quartier ; il
fut trouvé des plus beaux ; mais
celuy que Mr le Comte de las
Torres avoit fait dreffer au mi
lieu de la plus fpacieufe des
Cours du Buen- Retiro , qui eft
celle par où l'on entre au Collifée
,fut encore plus admiré.
On avoit élevé deux manieres
de Baldachins femblables à
deuxPavillons qui partageoient
GALANT 275
cette Cour ; l'un eftoit orné de
Feftons de verdure au milieu
defquels paroiffoit une grande
Coquille d'où une fontaine de
vin coula toute l'aprés - dînée
& pendant une partie de la nuit,
& l'autre reprefentoit le Palais
du Soleil ; la Statuë de ce Dieu
eftoit en pied au milieu ; elle
eftoit dorée en plein ; il y avoit
des Infcriptions fur toutes les
Façades , & cette demeure du
plus brillant des Dieux parut
toute de lumiere lorſqu'on mit
le feu à l'artifice qui avoit eſté
difpofé pour cet effet . Cette
Cour eftoit entourée de Fa
276 MERCURE
naux placez en fymetrie & élevez
de dix pieds de haut qu'on
appelle à Madrid Luminarias ,
& generalement toutes les feneftres
qui ont vûë fur cette
grande Place eftoient garnies
de flambeaux . Pendant tout le
temps que la varieté de ces
feux divertiffoit tres - agreablement
la vûë , on eut le plaifir
d'entendre un million de vivat
meflez au bruit des Timballes
& des Trompettes qui de differens
endroits fe répondoient
par échos . Ces preludes annoncerent
pour le jour fuivant des
Spectacles d'une beaucoup plus
GATANT 277
grande magnificence.
La Place la plus frequentée
de Madrid eft celle qu'on nom
me la Porte du Sol ; ſept des
plus grandes rues de la Ville y
aboutiffent ; toute l'Architec
ture d'une belle fontaine qui
eft au milieu , eftoit ornée de
fleurs & de verdure ; un peu
plus bas du côté de la Calle-
Major , ou grande ruë, on avoit
dreffé un Château de feu à trois
étages & fort élevé , on y voyoit
des Infcriptions de tous côtcz
à la louange de leurs Majeſtez
Catholiques , qui estoient remplies
d'Augures heureux qui
278 MERCURE
regardoient
le Prince des Aftu
ries . A la Façade des maiſons de
cette Place oppofée à celle de
l'Eglife nommée du Bon Succés,
on avoit placé un Dais magnifique
, au haut duquel on avoit
mis le Portrait de Saint Louis
en pied ; celuy du Roy cftoit
au deffous ; celuy de S. M. C.
à fa droite ; celuy de la Reine
à fa gauche , & au deffous celuy
du jeune Prince des Afturies
: des tapifferies d'une gran
de beauté , les Tableaux d'autres
Princes de la MaiſonRoyale
, & de riches ornemens qu'on
nomme Colgaduras accompaGALANT
279
gnoient le Dais , & paroient
tous les balcons de la Place
d'une maniere auffi galante que
bien entendue , & l'on doit avouer
que les Eſpagnols fçavent
parfaitement arranger
tout ce qui peut entrer dans la
difpofition de ces fortes de Fêtes.
Dés que la nuit fut fermée
tous ces balcons furent illumi
ncz de grands flambeaux de
cire blanche de cinq livres chacun
, toutes les rues bordées des
Luminarias dont j'ay déja parlé,
& enfin fur les neuf heures on
tira le feu qui fut executé de
la maniere du monde la plus
280 MERCURE
vive & la plus agreable.
Pendant que la Ville eftoit
occupée de ces plaifirs, la Cour
joüiffoit au Buen - Retiro d'un
fpectacle digne de la Majefté
des perfonnes qui l'honoroient
de leurs prefences . Mr le Comte
de Las-Torres avoit demandé
au Roy d'Eſpagne depuis
plus de quatre mois la permiffion
de luy donner une Felte ;
S. M. C. luy marqua le jour de
Saint Louis ; ce Comte quieft
riche , dont la valeur eft connuë
, & qui eſt attaché à ſon
maître par le zele le plus ardent
& l'affection la plus fincere , fit
GALANT 281
reprefenter fur le Theatre du
Colifée , un Opera des plus magnifiques
qui ayent efté vûs en
Efpagne ; les Décorations étoient
des plus brillantes , &
les habits de plus de cent Acteurs
eftoient des plus fuperbes;
l'Orqueftre charma tout le
monde par la varieté de la fimphonie
qui fut trouvée admirable
, & qui fut tres - bien executée
, & les Etrangers qui ont
du gouft & du difcernement ,
convinrent tous que fi la Mufique
Espagnole eftoit deformais
traitée par des perfonnes
auffi fçavantes , il ne luy man-
Septembre 1708. A a
1
282 MERCURE
queroit que les voix qui executent
les grands choeurs , pour
égaler la Mufique Italienne .
Cet Opera a efté imprimé , &
il eft dedié à Madame la Princeffe
des Urfins .
Enfin on ne parle à Madrid
que de ce grand Spectacle pour
lequel Mr le Comte de Las-
Torres a dépensé de l'aveu de
tout le monde plus de 30000.
écus ; il y a des habits d'Actrices
qui ont coûté plus de 100 .
piftolles . Il eft aifé de croire
que Leurs Majeſtez Catholiques
qui ont fait connoiftre
combien Elles ont efté fatisfaiGALANT
283
tes de cette Feſte , font auffi fenfibles
qu'Elles le doivent au té
moignage fignalé que Mr de
Las Torres leur a donné de
fon dévouement à leur fervice .
Si les Imprimez qui regardent
cette Fefte tombent ent
tre mes mains , je vous envoyeray
une traduction de
tout ce qui manque à cette
Relation , & particulierement
des Inſcriptions qui regardent
la gloire de Leurs Majeftez
Ctholiques.
Je paffe à un article bien different
, & qui vous fera voir
que la Flotte menaçante
des
A aij
284 MERCURE
Anglois par laquelle on a cherché
d'intimider la France &
l'Eſpagne pendant toute la
Campagne , à caufe des entreprifes
fecrettes qu'elle devoit
faire , a vû achever d'échoüer
fes deffeins du côté de
la Hogue , comme elle avoit
fait auparavant en d'autres endroits
le long des Coftes de
Normandie.
GALANT 285
JOURNAL
Des tentatives que la Flotte
Angloife , commandée par
l'Amiral Bings , a faites devant
la Hogue.
Le Mardy 21. Aouft, fur les deux
-beures aprés midy on fit de la bauteur
de la Pernelle les fignaux qui
marquoient , qu'on voyoit une Flottes
on envoya fur cette hauteur pour découvrir
fi elle eftoit amie ou ennemie.
Sur les fix heures du foir on fut amplement
informé que c'eftoit la Flotte
Angloife commandée par l'Amiral
Bings , qui faifoit route du cofté de
Cherbourg ; ce qui obligéa Mr de
Fontenay Capitaine de Vaiffean ,
286 MERCURE
Commandant la Marine à la Hogue
, `den informer Mr de Matignon,
ilfitfaire toute la nuit les
fignaux d'allarmes , par plufieurs
coups de canon & par le fon des clo
ches des Paroiffes circonvoisines.
Le Mécredy 22. fur les neufheures
du matin , on fit de la Pernelle lesfignaux
qui marquoient qu'on voyoit
la Flotte qui venoit de Cherbourg ,
& fur les deux heures aprés midy on
la vit arriver au Nord- Eft de l'Ifle
de Talybou , où elle moüïlla au nombre
de quatre- vingt- deux Vaiffeaux
qui paroiffoient eftre tres -forts , &
l'on jugea qu'il n'y en avoit que
trois ou quatre de trois Ponts . Ils envoyerent
plufieurs Chaloupes fonder
dans toute la Rade juſqu'à terre du
cofté de Quineville & de Grenneville.
GALANT 287
Le Jéudy 23 , au matin ils appareillerent
& pafferent proche le Fort
dela Hague & fe mirent enbataille
au travers de Quineville . Enfuite
dequoy ils firent débarquer leurs
Troupes dans leurs Chaloupes , que
l'on crut eftre au nombre de cinquan .
te-deux ; on leur tira plusseurs bombes
,dont quelques - unes approcherent
affez prés de leurs Vaiſſeaux ,
même ily en eut une qui tomba fur
une de leurs chaloupes chargée de
Soldats qui eftoit à l'arriere du vaif
feau , quifut coulée bas , ce que l'on
doit du moinsfuppofer,puiſque le lendemain
on trouva plufieurs corps fur
la grève.Cependant aprés avoirfait
tous les preparatifs qui denotoient
une defeente affurée ,furles troisheures
aprés midi , il s'éleva un vent frais
qui les obligea d'appareiller & de
288 MERCURE
prendre le large, & l'on jugeapar
Lears manoeuvres qu'ils s'eftoient
trop avancez; il y eut même un de
leurs Vaiffeaux qui toucha contre
une roche, & ils eurent affez de pei
ne à le retirer , & allerent moüiller
un peu plus au large entre la Hogue
& Lifle de Saint Marcoul
Leurdroite au Nord , & leur gau.
che au Sud- Sud- Est,
Le Vendredy 24. il s'éleva un
gros brouillardqui les déroba à notre
vûëjufques à prés de neufheures , où
uous les vifmes dans la mème fituation
où ils eftoient le foir precedent.
Pendant toute cette journée on ne leur
vit fare aucune manoeuvre digne
d'attention ; on vit feulement plufieurs
de leurs Chaloupes aller çà &
là , & du coté des Veys , que.
jugea eftre à la pêche. Sur les qua-
L'on
tre
HGALANT 289
are à cinq heures dufoir on vit venir
àtoute voile du cofté de Cherbourg
unpetit Brigantin qui vint joindre
leur aimée ,& dans l'inftant mème,
il reprit la même route par laquelle
on l'avoit vû venir , & ilprit même
le large comme s'il avoit voulu aller
en Angleterre , ce qui fit juger que
c'eftoit un porteur de nouvelles.
Le Samedy 25. au matin le temps
fut fort clair , & on les vit toûjours
dans leur même patage ; ils tirerent
à huit heures deux coups de canon
pourfaire lefignal d'appareiller , &
fur les neufheures ils firent voile vers
le Nord , ayant prefque le vent debout.
Sur les deux heures on s'apperçut
qu'ils portoient le cap vers
Cherbourg ; ce qui obligea Mr de
Matignon de faire filer en toute
diligence des Troupes de ce coſté-là
Septembre 1708. Bb
490 MERCURE
afin d'etre à portée pour s'y jetter
en cas de befoin. Sur les quatre heures
ils firent unfignal de deux coups
decanon , &on les vit mettre en panne
& fe laifferent dériver au flot ,
comme s'ils avoient voulu venir
à la Hogue , mais fur les fix heures
ils remirent à la voile , & on les
vit prendre le large du côté d'Angleterre.
La nuit ils revirerent de bord
pour aller du côté de Cherbourg, ow'ils
mouillerent à trois lieues au large.
Le Dimanche 26. on les vit toujours
à la hauteur de Cherbourg
trois lieues au large-
·
Le Lundy 27. ils referent dans
le même parage
.
Le Mardy 28. fur les dix - heures
les fignaux firent connoiftre qu'on les
voioit venir à la Hogue , ce qui
obligea de faire les fignaux d'àlGALANT
291
larmes par plufieurs coups de canon
; ils vinrent mouiller fur les
deux heures apres midy entre Tatyhou
& la Hogue . Le vent tres
gros venu du Sud- Ouest .
Le Mercredy 29. l'on vit les
Ennemis dans la même fituation ;
un de leurs gros vaiffeaux fur les
fix heures du matin mit a la voile
& fit route vers Cherbourg ; fur les
dix heures il s'éleva un tres grós
vent Sud- Sud- eft qui dura toute la
journée . On vit quelqu'uns de leurs
Vaiffeaux deriver , & la nuit il fit
une tempefte qui les obligea d'amener
leurs mats de Hune , & de mettre
leurs vergues à pie, & l'on remarqua
le matin qu'il y en avoit plufieurs
qui avoient dérade & qui
remouillerent enfuite ; fur le minuit
les vents fauterent au Nord- Oüeft
8
Bb ij
292 MBRCORE
& le temps fe tourña au beau.
Le Jeudy 39. le tems fur affer
beau , & laflotte s'occupa àfe radouber
des vents de la nuit. Ils envoyerent
plufieurs de leurs Chalonpes
vers les Illes de S. Marcoul
& vers Quineville ; on crut qu'ils
estoient à la pesche of hoog
Le vendredy 31. le tems fut tres.
beau , & ils demeurerent dans le
mefme parage . Ilsfirentfaire quel
q is mouvemens à plufieurs de leurs
Kaißeaux pour le remettre dans
kurs vents que la tempête du jour
precedent avoit fait denver le vent
eftant au Sud- Ouest. 21 pad
Le Samedy 1. Septembre la flo
eftoit toujours dans la meme fitution
& meme parage fur les
onze heures elle fait partir un de fes
Kaiffeaux qui prit la route d' An"
GALANT 293
2
gleterre. Sur les quatre beures du
foir l'on vit arriver unes de leurs
découvertes cejour là fut tres-bean
Le Dimanchez le tems fut fort
calme , & la flotte dans la meme
fituation excepté qu'elle s'approx
cha un peu des Ifles de S. Marcoul
Pour se montrer dans un meilleur
mouillage , &pour eftre à portée de
defcendre fes malades dans ladite
Ifle. Sur les cinq heures du ſoir on
vit une de fesfregates apareiller &
aller vers la cote de Ravenoville
& courrir plufieurs bordées ça & là.
Elle avoit deux Chaloupes aprés elle
; les vents fraichis eftoient venus
du Sud- Ouest.
:
3
-\\Le Lundy 3. le tems eftant fort
calmes à la pointe du jour on vit
apareiller trente Vaißeaux qui ſe
taißerent dériver aux flots entre
Bb iij
294 MERCURE
Quineville & Ravenoville fuivis
de prés de foixante Chaloupes chargées
de troupes , qui fur les neuf
heures marcherent en bataille vers
la Côte de Ravenoville efcortées de
deuu
x Frigates qui marchoient l'une
à droite & l'autre à gauche. Après
avoir efté quelque tems à la vuede
la terre & toutes preftes à débar
quer & aßez proche pour s'attirer
plufieurs coups de Canon de la
redoute de Ravenoville , fur les onze
heures on fut fort furpris de les voir
revirer de bord & prendre le large ,
chaque Chaloupe regagner le
bord de leurs Vaiſſeaux , & en s'en
retournant ils tirerent plus de cinq
cens coups de fufil , ce qui fuprit
fort tous les fpectateurs , & fur tout
les Troupes, qui eftoient tres difpofées
à les bien recevoir , & l'on
GALANT 295
\ vents
auroit fouhaité qu'ils fullent defcendusgrave
penal
Le Mardy 4 le temps fut tresbeau
, les eft int au Su eftant
Sud - Est , l'on vit les trente Vaiffeaux
qui s'eftoient avancés le jour
précedent pour la defcente , & qui
avoient rifté dans la même fiuation
metire à la voile pour rejoindre
Le corps de leur Armée. Le matin
Lan tir quelques coups de canon
fur une Fregate qui la nuit efloit
venue maüiler trop proche de ille
de Tatihou Sur les fix heures du
foir l'on vit venir du large un Bàtiment
que Pon jugea eftre un porteur
de nouvelles.
<
• Le Mercredy 5. La Flotte refta
dans la même fituation , le tems
fut convert avec beaucoup de pluye,
des vents estoient au Sud- Sud Eft
Bbiiij
P
296 MERCURE ļ
Ze feady 6! ils demeurerent dans
la même fituation , le temps affer
beau , & les vents furent au Sud-
Ouest remp's rorvitsMob M
29Le vendredy 7 la Flotte resta
encore dans le même parage , le
tems fut couvert , & les vents au
Sud- Ouest , furent tres gros . A une
beure aprés midy , l'Amiral tira
un coup de canon pour le fignal d'as
pareiller , & fur les deux heures on
les vit d'filer & faire route du côté
de Cherbourg. L'on remarqua à
leurs manoeuvres qu'ils n'eftoient pas
fort d'équipages.
Top langheg
On doit dire à l'avantage des
Troupes qui fe ſont renduës fur
la Côte pour la défenſe du Pays,
compofées de la Nobleffe de
Bougeois & de Payfans , qu'elles
ont prévenu par leur zele , par
GALANM 297
leur fidelité, & par leur courage ,
dés qu'elles ont vu paroître la
Flotte Ennemie , les ordres que
Mr de Matignon s'empreffa de
donner pour les faire affembler
& marcher aux Ennemis , n'ayant
en vûë que la gloire de
leur Prince , & n'agiffant que
pour le maintenir fous la domi
nation . Ceux de Valogne qui fu
rent les premiers affurez de la
verité de cette nouvelle par les
Courriers qui venoient de mo
ment en moment au quartier
general qui eftoit dans cette
Ville , le trouverent les premiers
en état de marcher , avec
deux Compagnies de jeunes
Gentils - hommes qui y eftoient
alors , & qui logeoient chez les
Bourgeois . A peine le jour eut298
MERCURE
il paru le Mercredy 22 Aouſt
qu'ilspartirent, quoy que les che
mins fuffent tres mauvais , à caufe
des pluyes qui avoient duré
toute la nuit . Mr de Matignon
& les autres Generaux qui
eftoient à la tefte de tout ; les
deux Compagnies de Cadets de
cent hommes chacune eftoient
commandées
par Mrs d'Aigremont
& de Barenton . La Bour
geoifie formoit deux bataillons
dont le premier eftoit comman
dé par Mr de Courcy Gouver
neur de Valogne , & le fecond
par Mr-d'Armanville . Ils ferendirent
fur la Côte vers la Hogue
avec une diligence extrême.
On doit remarquer que le zele
qu'ils avoient de fer diftinguer
eftoit fi grand que non feules
GALANT 299
ment ceux qui estoient du détachement
; mais auffi ceux qui
eſtoient en eftat de porter les
armes , à l'exception feulement
des vieillards infirmes , s'étoient
empreffez de fe rendre
fous les Drapeaux , & avoient
paru animez d'un defir ſurprenant
d'aller aux Ennemis .
On peut dire à ppeeuu près la - prés
même chofe de plufieurs Regimens
de Milices du Pays , compofez
d'hommes détachez de
toutes les Paroiffes , qui à l'exemple
& fous le commandement
de plufieurs braves Gentilhommes
qui en font les Officiers
, s'avancerent tous en
diligence & fe rendirent for
la Côte fuivant les ordres du
General ; de forte qu'il s'y er
en
300 MERCURE
trouva en peu de temps un nombre
fuffifant & affez animé pour
recevoir les Ennemis , s'ils euf
fent entrepris une defcente . Ces
Troupes ont resté pendant prés
de trois ſemaines cantonnant la
nuit dans les Paroiffes voisines
de la Côte , & le jour en bas
taille fur l'Eftran jufqu'à ce
qu'on cut efté affeuré du retour
de la Flotte à l'Ifle de Wigt ,
aprés quoy elles ont eſté congediées.
coSon
nas alok insa919-
On remarqua parmi ces Trou
pes plufieurs Curez qui veu
noient encourager leurs Paroif
fiens , & même toutes les Troupes
, & qui ouvroient leurs
bourfes & leur diftribuoient de
l'argent pour aider à leur ſubſiſtance.
On remarqua entr'au
GALANT 301
tres Mr le Curé d'Yvetot prés
de Valongne âgé d'environ 68 .
ans , qui dés le premier jour de
l'alarme , marcha à la tefte d'u
ne Compagnie de 60. des meilleurs
hommes de fa Paroiffe
qu'il conduifits au Camp , les
animant & les exhortant de fuib
vre fon exemple , & de com
battre genereufement pour l'in
tereſt de la Religion , de leur
Monarque & de leur Patric 5
&
prenant foin en même temps
de fournirà leurs befoins , en
leur donnant de l'argent & des
vivres ,
ainfi qu'à ceux de leurs
familles qui auroient fouffert de
leur abfence , fans les charitez
qu'il leur faifoit , & dont il
chargeoit fon Vicaire , emprun
tant même les jours qu'il ne
302 MERCURE
pouvoit fournir à cette liberalite.
On raporte auffi de luy ,
qu'eftant arrivé fur la Côte , &
voyant les Ennemis en eftat de
faire une defcente , il envoya
un Exprés toute la nuit du Mercredy
au Jeudy pour affembler
encore dans fa Paroiffe ceux qui
y estoient restez , & les luy envoyer
, ce qui augmenta fa Compagnie
de plus de 60. hommes
qui l'allerent joindre dés le lendemain
matin , de maniere qu'il
ne refta que les vieillards & les
malades dans fa Paroiffe , qui
fournifloit elle feule par ce détachement
general plus que
plufieurs autres enfemble , ce
qui provenoit de fon zele , de
fon affection & de fa generofité
pour les Ouailles ; lorfque la
GALANT 303
manoeuvre de la Flotte faifoit
croire que le combat eſtoit ſur
le point de s'engager , il fe por
toit dans tous les rangs pour
animer le courage des Troupes ,
& leur, infpirer d'avoir de la
confiance en Dieu.
Le 26. Juillet 1706. il avoit
fait à peu- prés la même chofe
dans une alarme où il fit prendre
à ceux de fes Paroiffiens
qui n'avoient point d'armes ,
des faux , des haches , & même
des fourches .
J'ay fini ma derniere Lettre
par l'article de 16. pieces de
canon enclouées aux Ennemis ;
par la deffaite de 17. Compagnies
de Grenadiers , fur lefquels
dans la même occafion
les Troupes qu'avoit fait fortir
304 MERCURE
Mr le Maréchal de Bouflers ,
tomberent , & par la jonction
de l'Armee de Monſeigneur le
Die de Bourgogne avec celle
de Mr le Maréchal de Berwick;
ainfi je vais reprendre la fuites
tant de ce qui regarde les Armées
des Alliez que la nôtre ,
que de de qui regarde le Siege ,
& je commence par l'attaque
de la Contrefcarpe que le Prince
Eugene fit attaquer du côté
de la Porte de la Madelaine la
nuit du 6. au 7. , & ce qui doit
vous furprendre eft que le ra
port que je vais vous faire de
ce qui s'eft paffé aux trois attaques
données à cette Contref
carpe , eft tiré d'une lettre des
Ennemis mêmes , ainſi vous pouvez
croire qu'il n'y aura rien
HGADANN 1305
d'exagere dans ce que je vais
vous dire; cependant il faur
que l'affaire foit fort confiderable,
puifqu'elle l'eft au raport
des Ennemis mêmes , & l'on
peut ajoûter à l'extrait que je
yais vous donner d'une de leurs
lettres , qu'ils doivent avoir
beaucoup perdu , puifque felon
les Imprimez d'Holande , les
Alliez y ont perdu 3200. hommes,
& que les uns difent qu'ils
ont perdu dans cette attaque
1.Ingenieurs , & que les autres
avoüent qu'il y en a eu onze
de bleffez & quatre de tuez.
La Lettre du Prince de Naffau
imprimée dans les mêmes Relations
, aprés plufieurs adouciffemens
faits pour diminuer l'affaire
, ne laiffe pas de faire con-
Septembre 1708. Cc
Pine
306 MERCURE
*
noiftre que la perte des Alliez
fe raporte à ce qu'en difent les
Imprimez . La Lettre particuliere
dont j'ay commencé à vous
parler , entre un peu plus dans
le détail , & voicy un Extrait
de ce qu'elle raporte.
Un Officier general ayant efte
détaché pour chaffer de la Contref
carpe les deux cens hommes em→
ployez à deffendre l'angle attaqué ,
s'y avança à la tefte de deux Regimens
avec beaucoup d'intrepidité ;
mais les Affiegez luy tuerent d'a
bord 80. hommes toutes les fois
qu'il le prefenta il fut repòuffé avec
pertes ces deux Regimens furent
chargez en flanc par un de Dragons
forty de la Place , & ils y auroient
efte entierement ruinez filon
n'avoit pas fait avancer la grande,
GALANT 307
Garde pour lesfoutenire pourfavo
rifer leur retraite enfin les Lettres
venues du Camp conviennent que
tant dans la premiere attaque de
cet angle que dans les fuivantes
depuis le 7. jufqu'au 10. les Alliez
ont perdu cinq ou fix mille hommes
fans en eft e plus avancez; car on
ajoute que le Prince Eugenefe plaigooit
extremement des Ingenieurs ,
fur lesquels il rejettoit la faute d'avoir
mal placé les batteries , comme
fi ce n'eftoit pas luy qui les euftror.
données de mème que les deux at.
taques ; & comme s'il n'avoit pas
duprévoir auffi bien qu'eux , toutes
les incommoditez qu'il pourroit, recevoir
des batteries baffes des Af
fiegez, & eftre informé que la Pla-
Ce eftoit incomparablement plus forte
qu'il ne fe l'estoit imaginé ; ainſi
*
4
Ccij
208 MERCURE
eques
il est aisé dejuger la ville
n'eft nullement preffée , & quefiles
Alliez s'obftinent à en continuer le
Siege , comme ilsferont apparemment
, ils y perdront encore beaucoup
de monde , & qu'ainfi les François
ne feront pas fi-toft obligez d'en tenter
le fecours , puifqu'ilfemble qu'il
Toit de leur intereft de ne le faire ,
qu'aprés que ceux -là y auront confommé
unepartie de leurs meilleures
Troupes .
Voicy ce que porte une Lettre
de Verfailles touchant la
même action .
! Mr de Bouflers mande au
Roy qu'aprés avoir fait fauter
les Ennemis fur les angles de la
Contrefcarpe , ce qui avoit fort
rebutté leurs foldats , il avoit
fait compter ceux qui avoient
GALANT 109
efté tuez dans les trois attaques ,
& qu'il s'en eftoit trouvé deux
mille effectifs , de maniere qué
fuivant les fupputations ordinaires
, les Ennemis devoient
avoir eu quatre mille bleffez.
Pendant que ces chofes fe paffoient
l'Armée de Mylord Marlborough
, nommée l'Armée d'obvation
, parce qu'elle eftoit hors
des lignes pour obferver celle
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & pour empêcher
ce Prince de penetrer jufqu'au
Camp du Prince Eugene qui
eftoit enfermé dans les lignes ,
& qui commandoit au Siege .
Pendant dis- je que la Place fe
deffendoit à merveille , & que
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
après avoir joint l'Ar310
MERCURI
*
mée de Mr le Maréchal de
Berwicks'avançoit defon côtés
Mylord Marlborough qui s'étoit
avancé à l'entrée de la Plai
ne de Lille , & qui avoit efte
le maitre de choisir un Camp
avantageux , s'y fortifioits voicy
dans quelle fituation il étoit.
La Droite de fon. Armée eftoit
au delà de Seclin appuyée àun
Marais , & couverte par plus
fieurs favins ; la Gauche qui
s'étendoit à Fretin prés de la
Marque , eftoit aufli appuyée à
un Marais , le tout couvert d'un
pays fourré & difficile , & Mylord
Marlborough fit fortifier
au centre , les Villages de Tem.
ple Mars & d'Entiers . Les Ennemis
firent enfuire des Lignes
qui occupoient toute la crefte
AGALANT 211
de la Plaine , & qui avoient
une lieuë de long , douze pieds
de largeur , & fix de profondeur
; elles eftoient à l'épreuve
du
canon .
Les Ennemis eftant ainfi difpo
fez à nous bien recevoir , Mon.
feigneur le Duc de Bourgogne
ne laiffa pas de prendre le parti
d'avancer pour les attaquer ,
& ce Prince quitta le Camp
d'Orchies pour venir à Mons en
Peule , où il arriva le 4. mais
fon artillerie n'y put arriver que
les . il fit camper fon Armée fur
quatre lignes ; la droite vers.
Blocus , la gauche vers Tumieres;
& la referve & les Dragnons
à Affignay fur la Marque ;
ce Prince fe difpofa enfuite à aller
attaquer les Ennemis , &
312 MARCURE
pour cet effet il fit faire huit
chemins à la droite du Chàteau
du Rozeau où commence
un Pays impraticable , & il fit
marcher la groffe artillerie vers
Fallengin. Tout eftant ainfi dif
pofé Monfeigneur le Duc de
Bourgogne envoya au Roy l'ordre
de bataille qui fuir
Mr de la Croix fameux Partifan
, à la tefte de 1500. hom
mes comme enfans perdus.
Deux cens Compagnies de
Grenadiers .
Tous les Dragons de l'Armée
à pied , foûtenus d'un cô
té par les Grenadiers à cheval,
& de l'autre par les Moufquetaires
.
Une ligne de toute l'Infanterie
foûtenue par quatre Troupes
GALANT 313
pes de toute la Cavalerie pour
le porter par tout où l'on voudroit.
Mt de Chemeraut devoit commander
l'Avantgarde .
$
Le 10. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne paffa la Marque.
Ce Prince mit la droite de fon
Armée à Ennevelin , la gauche
à Atiche , le centre à Entreulle;
on poufa en arrivant plufieurs
Troupes des Ennemis qui fe
retirerent fous le feu des Villa .
ges
d'Antiers d'où l'on tira dabord
quelques coups de canon }
mais Monfieur de Vendôme en
fit avancer 6. pieces à la droite
de la chauffée qui fit auffi - tôt
taire celuy des Ennemis battant
à revers les Villages & les retranchemens
dont ils eftoient
Septembre 1708. Dd
314 MERCURE
entourez. Le canon tira jufqu'à
l'entrée de la nuit pendant laquelle
on commanda 4000.hommes
pour faire une ligne depuis –
les hayes de Seclin , jufqu'à celles
qui font en delà de la chauf
fée , pour y placer beaucoup de
gros canon afin de commencer
à battre à la pointe du jour les
deux villages d'Antiers , & d'où
il eftoit important de chaffer les
Ennemis avec un grand feu de
canon : ils y avoient fept bataillons
& plufieurs pieces de canon
. Le même jour les Ennemis
firent avancer deux batail .
lous pour s'emparer du Château
d'Aigremont où Mr le Comte
d'Artagnan avoit mis Mr Becquet
Capitaine dans le Regiment
d'Ifenghin avec 200. homGALANT
315
mes , & il s'y deffendit avec
tant de fermeté , qu'il repouffa
les Ennemis qui eurent en cette
occafion environ 150 hommes
tuez fans compter les bleffez ;
un Officier general & fept autres
Officiers furent du nombre
des morts .
* Leoir au foir Monfeigneur
le Duc de Bourgogne fit attaquer
le Village de Seclin , &
aprés qu'il eut efté emporté , il y
fit mettre la gauche de fon Arméely
Pendant cette expedition un
détachement de la Garnifon de
Lille fit une fortie qui luy fut
fort avantageufe ; cette fortie
eftoit commandée par Mr de
Permangle , & par Mr le Marquis
de Maillebois , tous deux
Dd ij
316 MERCURE
Colonels, Ils chafferent les Ennemis
des angles du Glacis de
la Contrelcarpe , détruifirent
leurs logemens , enleverent tous
leurs outils , & firent 40. pri
fonniers. Il eft aiſé de juger par
les ouvrages que l'on détruifit ,
par tout ce que l'on enleva aux
Ennemis , & par la vivacité avec
laquelle ils furent repouffez fans
qu'on leur eut prefque laiffé le
temps de fe reconnoiftre , qu'ils
perdirent beaucoup de monde
en cette occafion ; auffi Mr le
Marquis de Mailbois , quoyqu'il
n'ait encore que 22 ans , s'étoit il
promis de ne point rentrer dans
Lille fans s'eftre fignalé , & il
avoit promis aux Troupes qui
devoient l'accompagner
, de leur
donner des marques de fa libeGALANT
317
ralité fielles ne l'abandonnoient
pas, de maniere que ces Troupes
l'accompagnerent auffi avant
qu'il eftoit poffible d'aller.
Je reviens au Camp de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne .
Ce Prince eftoit tous les jours
en mouvement pour examiner
par où il feroit plus facile d'attaquer
les ennemis . Cependant
on commençoit à y trouver de la
difficulté , à caufe de la force de
leurs retranchemens . C'eſt une
chofe incroyable que la quantité
de terre qu'ils avoient remuée
en
peu de temps
, les Allemans
ayant appris cette manoeuvre
des Turcs qui donnent toutes
fortes de figures à la terre qu'ils
ont remuée , ce qui les a fouvent
fauvez en arreftant leurs enne-
Dd iij
318 MERCURE
mis qui n'auroient pas manqué
d'en triompher à coups de
main. L'empreffement que les
Generaux & toute l'Armée avoient
de combattre , fut caufe
que Melleigneurs les Princes ,
animez de la même impatience ,
allerent reconnoiftre les ennemis
à une fort petite diftance
de leurs retranchemens , accompagnez
de plufieurs Officiers
Generaux & d'autres Officiers
de diſtinction ; & ce qui marque
qu'ils s'eftoient beaucoup avancez
, eft qu'un Major eut à dix
pas d'eux , un cheval tué fous
luy.
La Garnifon de Lille ne demeuroit
pas oifive pendant ce
temps - là , puifque la nuit du 13 .
au 14. elle combla une partie de
ALANT
319
"
la tranchée & des ouvrages voifins
, & l'on apprit en même
temps que la place n'eftoit aucunement
preffée , & que les ennemis
commençoient à manquer
de munitions & de vivres . Ces
nouvelles firent prendre un party
que la prudence demandoit
que l'on prift en pareille occafion
, & l'on trouva que puis
qu'il eftoit facile d'empefcher
en décampant , que les ennemis
puffent à l'avenir recevoir de
Convois , il eftoit beaucoup plus
à propos de les faire perir de
cette maniere fans perdre perfonne
, que d'expofer l'Armée à
remporter une funefte victoire ,
puifqu'il eftoit impoffible qu'elle
forçaft les retranchemens des
ennemis fans faire une perte
320 MERCURE
tres confiderable ; & que puifqu'il
ne s'agiffoit que de fauver
Lille; il n'importoit pas de quelle
maniere cette Place fuft fauvée.
Au contraire il eftoit avantageux
que ce fuft fans combat ,
puifque pendant que nos Troupes
ne feroient que les obferver
, & empêcher qu'ils ne reçuffent
aucuns Convois , celles
qui faifoient le Siege periroient
en même temps de deux manieres
; fçavoir , par la difette de
toutes chofes qui commençoit à
devenir grande dans leur Camp ,
& par les pertes qu'elles feroient
dans les frequentes attaques
qu'elles donneroient
pour le tirer du mauvais pas où
elles eftoient , & dans lesquelles
elles ne pouvoient manquer de
-
GALANT 321
perdre beaucoup de monde , les
Attaquans perdant toûjours
beaucoup plus dans de pareilles
occalions que ceux qui deffendent
leurs ouvrages
.
Toutes ces chofes furent caul'Armée
repaffa la
·fe que le is.
Marque ,
fiffent aucun mouvement pour
l'empêcher , & elle alla camper
la droite à Berfée , entre Orchies
& Mons en Peule , d'où
vingt Efcadrons
& quelques
Bataillons
furent envoyez à
Douay ; fept Efcadrons
& deux
Bataillons à Arras ; & un pareil
nombre à Bethune , pour refferrer
les ennemis & pour empê
cns
que
les
ennemis
cher leurs courſes . t
Le 16. l'Armée alla camper
au- deffous de Tournay , & le 17.
322 MERCURE
elle paffa l'Efcaut . Voici les Poftes
qu'elle occupa.
Mr de Chemeraut avec qua
rante Bataillons & vinge quatre
Efcadrons fur les hauteurs
d'Oudenarde .
Mr de Souternon avec deux
Brigades de Cavalerie & deux
d'Infanrerie , du cofté d'Eſcal
naffe.
1
Mr le Chevalier de Croiffy ,
avec une Brigade de Cavalerie
& une d'Infanterie , à Potte .
Mr le Comte de Coignies ,
avec fon Corps de Dragons , à
Herines.
Le Quartier general eſt au
Saulfoy , qui eft une Abbaye de
Filles . On doit remarquer que
tous ces Camps le pouvoient
joindre en fix heures.
GALANT 彗
223
Mr le Marquis de Conflans
eſt reſté du colté de Douay avec
trente -cinq Escadrons .
Comme on avoit deffein de
faire des retranchemens devant
Oudenarde ,
› pour empêcher les
Convois d'en fortir , on envoya
demander aux Etats d'Artois ,
deux mille cinq cens pionniers ,
aufquels onen devoit joindre encore
un grand nombre qui devoient
venir des autres Provinces.
Les
retranchemens que l'on
a faits ne font pas feulement
pour empêcher les Convois de
fortir
d'Oudenarde ; mais auffi
pour empêcher la retraite des
ennemis de ce coſté- là .
Le 18 , on détacha trois Regimens
de Cavalerie pour aller
324 MERCURE
joindre les Troupes qui avoient
marché du cofté de Bruxelles
pour empêcher le Convoy des
ennemis d'en fortir . Ces Troupes
ont ruiné les Eclufes des
trois Fontaines .
Mr le Comte de la Motte cut
ordre de retourner du cofté de
Bruges , de crainte que les ennemis
n'allaffent fe faifir de cette
Ville & du Fort de Plaffendal
, par où ils auroient pû faire
venir tous leurs Convois d'Oftende.
Peu de temps aprés le décampement
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Mylord Marlborough
alla camper le long de
la Lys , entre Courtray & Lille ,
dans le deffein , à ce que l'on
crut , de favorifer un Convoy
qui
GALANT 2
325
qui venoit
d'Oftende ; & comme
quelques Troupes du Siege
avoient groffi fon Armée , il les
renvoya dans le Camp des Affiegeans.
7 Cependant comme Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne
vouloit eftre informé à fond de
tout ce qui ſe paffoit veritablement
dans Lille , & de la fituation
où s'y
trouvoient toutes
chofes afin de regler fes mouvemens
fur tout ce qu'il apprendroit
, & fur le temps qu'il feroit
affuré que la Place pourroit
tenir , il fe fervit pour cet effet
de Mr du Bois ,
Capitaine dans
le Regiment de Beauvoifis , hom
me intrepide & rempli d'expediens
, qui s'eftoit déja offert à
luy pour executer tous les or-
Septembre 1708. Ee
326 MERCURE
1
*
dres qu'il plairoit à ce Prince
de luy donner . Il le chargea
d'aller à Lille , & de remarquer
s'il trouvoit dans les Habitans ,
tout le zele & toute la bonne
volonté qu'ils avoient fait parre
jufqu'alors . Mr du Bois partit
, & fit connoiftre
par l'impatience
qu'il avoit d'executer
les
ordres du Prince qui l'envoyoit,
que fon voyage feroit heureux ,
Il partit donc , & s'eftant des habillé
auprés du premier Canal
qu'il trouva , il cacha fes habits
dans un lieu où il crut qu'il
pourroit les retrouver à fon retour
, & il paffa fept Canaux à
la nâge avant que d'arriver à
Lille , où il entra tout nud ,
eſtant fort fatigué & fort abattu
; mais Mr de Bouflers luy
GALANT.
327
ayant fait donner un habit , &
ayant pris quelques momens
de repos , il accompagna ce
Maréchal , qui fe donna la pei
ne de le conduire luy - même
dans tous les lieux d'où il pouvoit
voir l'eftat de toutes cho--
fes . Aprés qu'il eut bien examiné
tout , Mr le Maréchal de
Boufflers luy dit de dire à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
qu'il n'eftoit point preffé ; qu'-
il avoit fait des retranchemens
dans l'endroit des bréches avec
de gros arbres bien enchaînez &
contre lefquels le canon ne pou •
voit rien , & que lorsqu'il y en
avoit quelqu'un de rompu ou
un eu dérangé , ce qui pouvoid
neanmoins empêcher tous.
les efforts des Affiegeans , la
Ec ij .
328 MERCORE
nuit fuivante tout eftoit reparés
que les Ennemis n'avoient encore
rien gagné fur luy , & qu'il
eftoit perfuadé que s'ils n'avoient
pas reçû le dernier convoy
, ils auroient efté obligez
d lever le Siege , parce qu'ils
ne tiroient prefque plus faute
de munitions , & que l'on pouvoit
compter qu'ils ne feroient
maiftres de la Ville , en cas qu'il
ne fuft pas fecouru , que du 6.
au 10. du mois prochain , aprés
quoy le Siege de la Citadelle
les meneroit fi loin , qu'il ne pa
roifloit pas poffible qu'ils puf
fent eftre en eftat d'en attendre
la fin , Mr du Bois ayant remply
fort exactement tous les devoirs
de fa commiffion , repaſſa
la nuit fuivante 15. de ce mois
GALANT 329
les fept Canaux qu'il avoit déja
traverfez , & fut fur le point de
fe noyer au dernier , ayant cfté
embaraffé dans des herbes . Il
avoit trouvé le fecret de cacher
un petit billet dans fa bouche
fans qu'il paft eftre gafté par
l'humidité Il fut affez heureux
pour retrouver fes habits où il
les avoit cachez , & il vint rendre
un compte exact à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne de
tout ce qu'il avoit fait , de tout
ce qu'il avoit vû , & de tout ce
qu'on luy avoit dit ; de maniere
que ce Prince fut extremément
fatisfait du compte qu'il luy
rendit de la commiffion qu'il
luy avoit donnée.
Milord Marlborough fçachant
la fituation où eftoit l'Ar-
Ee iij
330 MERCURE
mée de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & aprehendant
toûjours quelque furpriſe de la
<part
de ce Prince
, vic
camper
le 18. vis - à- vis de l'Abbaye du
Saulfoy -l'Efcault entre les deux
Armées . Il y eut plufieurs converſations
par deffus cette Riviere
entre les Officiers des
deux Partis , & même entre les
foldats. Les premiers demanderent
du vin de Champagne
à ceux de noftre Armée qui leur
en envoyerent ; nos foldats jetterent
du pain aux autres qui
en échange leur jetterent du
tabac , ce qui fut deffendu , &
l'on mit même des fentinelles
pour l'empêcher . Mylord Marlborough
fit demander qu'il fuſt
permis que l'on fît boire de part
GALAND 331
"
& d'autre les chevaux à PELcant
, 'ce qu'il ne put obtenir ,
& ce qui fut fans doute caufe
qu'il délogea peu de temps aprés
fans Tambour & fans Trompettes
, pour fe raprocher de Lille
où Mr de Bouflers a fçû trouver
le
moyen de s'engager les
coeurs de tous les Habitans qui
s'expofent de la meilleure foy
du monde , & avec tout le zele
imaginable , aux perils les plus
évidens , & qui vont au devant
de tout ce qui peut etre utile
au fervice du Roy , & dont plufieurs
ont vû abattre leurs maifons
avec joye , parce qu'elles.
pouvoient fervir aux retranchemens
ordonnez par ce Maréchal.
Il ne s'eft point fait de
forties de la Vill :, foit foit
pour la
332 MERCURE
数
deffenſe des dehors , ou pour aller
chaffer les Ennemis des pof
ftes qu'ils avoient occupez , fans
qu'il y ait eu au moins 400. Bourgeois
parmi les Troupes qui
font forties , & on affure qu'outre
cela il ſe trouve beaucoup
de gens de metier qui remplif
fent les places de ceux qui font
tuez dans chaque Compagnie ,
& qui même confentent a s'enroller
; mais feulement pour le
temps que durera le Siege.
Ceux qui font employez aux
forties ne font point d'autre fervice
, n'eftant occupez ou qu'à
repouffer les Ennemis lorsqu'ils
font quelques atraques , ou à les
attaquer eux-mêmes lorfqu'on
a refolu de les chaffer de quelque
pofte , ou de combler quel
R
GALANT 333
ques uns de leurs travaux comme
fit Mr le Marquis de Mailbois
dans la fortie du 11 .
Quant à ce qui regarde la
reparation des dommages faits
aux ouvrages , il y a 5000. hommes
qui n'ont point d'autre occupation
, & qui travaillent toutes
les nuits , de maniere que
le jour ne recommence jamais
fans que tout foit reparé.
Mr le Maréchal de Bouflers
a imaginé des manieres de batteaux
couverts dans lefquels les
Troupes tirent par des especes
de crenaux , & ces Troupes ont
le fecret d'enlever autant de facines
que les Ennemis en jettent
dans les foffez dont on fait
en même temps groffir l'eau par
des efpeces de robinets qui fai334
MERCURE
fant vogner ces facines , font
qu on les enleve plus facilement.
Mr de la Frezeliere a inventé
une espece d'Amphiteatre
roulant , fur lequel on a placé
du canon , & cette machine
trompe tellement les Ennemis ,
que lorfqu'ils fe font preparez à
tirer aux endroits d'où ils ont
vù fortir le feu , ils le yovent
d'un autre côté , ce qui leur
fait perdre beaucoup de monde.
Je ne finirois point li je voulois
parler de toutes les inventions
dont les Affiegez fefervent tant
pour le deffendre que pour embaraffer
& fatiguer les Ennemis
en leur faifant perdre beaucoup
de monde , à quoy l'on peut a
outer que l'union qui fe trouGALANT
335
ve parmi les principaux Officiers
de la Garnifon ne contri
bue pas peu , & Mr de Bouflers
ſee plaift tellement à leur rendre
juſtice , qu'il a écrit que lorfqu'on
avoit dans une Place des
Officiers comme Mrs de Surville
, de la Frezeliere , & de
Lée , un Commandant n'avoit
pas beaucoup de chofes à faire ,
& qu'il pouvoit fe repofer fur
eux enfin loin que les demelez
nuifent à la deffenfe de la Place,
comme il fe trouve fouvent dans
plufieurs Villes affiegées , leur
union contribue à la deffenfe
de Lille , & ils fe donnent des
loüanges à l'envy l'un de l'autre,
Rien n'eft plus ordinaire que
de trouver beaucoup de faufferez
dans tout ce que l'on écrit
336 MERCURE
qui regarde le Camp des Troupes
qui affiegent une Place ; &
comme dans toutes les Villes
des environs on tâche à fçavoir
ce qui fe paffe dans le Camp des
ennemis , afin d'écrire quelques
nouvelles agreables , on regarde
comme autant de veritez tour
ce que difent des Deſerteurs
qui ne cherchent qu'à faire
plaifir à ceux qui les interrogent
, & tout ce que rapportent
des Efpions qui croiroient qu'on
leur imputeroit de s'eftre mal
acquittez de leur commiffion
s'ils ne rapportoient des nouvelles
agreables , & c'est pourquoy
l'on écrit fouvent beaucoup de
chofes fauffes des lieux qui ne
font pas éloignez des Places qui
font affiegées. En voicy une
preuve
.
GALANY
337
preuve bien claire. On n'a prefque
point ceffé de mander de
tous coftez que le pain eftoic
fort cher dans le Camp des Alliez
, & l'on a même fouvent
écrit que le pain de munition y
revenoit jufqu'à 15. & 20. fols
la livre , ce qui n'a point efté ,
& ce qui n'a pû eftre , comme
l'on verra en lifant l'Extrait d'une
Lettre écrite par un Deputé
de's Etats d'Artois .
Il n'a paffé de bleds d'Artois aux
ennemis que 4300. Razieres. Ce
calcul eft jufte & conforme au Role
d'un Commis que nous avons eu à
leur Armée pendant qu'on nous a
permis d'en livrer. Ils nous en
avoient demandé 17000.mais nôtre
livraison n'a feurement pas efté plus
Septembre 1708. Ff
338 MERCURE
loin , & actuellement & depuis le
11. de ce mois on n'en mene pas un
grain attendu les deffenfes rigoureufes
qui en ont eftéfaites . Ceft donc
à tort qu'on accufe nofire Province
de rendre les vivres à fi bon marché
dans l'Armée ennemie . Ce qui les
met fi à leur aife pour le bied , eft
qu'ils n'ont pas commencé par fou
rager la Chaftellenie de Lille & les
Frontieres de noftre Artois. Les
Payfans fe font preffez de battre
leurs grains qu'ils ont retirez dans
des Eglifes & dans des Chateaux ,
où ils ont mis des Sauvegardes , que les
ennemis leur ont accordées à grands
frais , & qu'ils ont bien payées.
Mais les ennemis ont violé la fureté
de ces Sauvegardes , forcé la foy
des Traitez de Contributions , & ils
ont pillé tous cesgrain , qui leur don.
GALANT 339
nent une fubfiftance dont on ne doit
pas s'étonner.
Jamais ils n'ont fait voir plus
manifeftement
leur mauvaiſe
foy au mépris de leur parole &
de leur honneur , qu'ils ont fait
voir pendant ce Siege ; & l'apprehenfion
de ne pouvoir reuffir
dans leur entreprife aprés
s'eftre trop vantez d'un heureux
fuccés , leur a fait indifferemment
tout mettre en ufage
pour ne pas avoir le démenty à
la vue d'une grande partie des
plus puiffans Princes d'Allemagne
. Après avoir tiré d'Antiers
8000. mefures d'avoine , &
avoir promis à fes Habitans toutes
fortes de feuretez , ils n'ont
pas laiffé de brûler ce Village ,
-Ff ij
340 MERCURE
& de violer en cela les plus faintes
loix de la guerre . Mr de Chamillart
qui fe trouvoit alors à
l'Armée pour le ſervice du Roy ,
leur écrivit touchant cette contravention
aux loix de la guerre
& s'en plaignit hautement.
Je dois encore ajoûter icy , vous
ayant parlé des provisions dont
les ennemis avoient avec quelque
forte
d'abondance , & celles
ont ils
n'avoient
crement >
que medioqu'ils
n'ont point
manqué de viande dans leur
Camp ; mais qu'elle y a toûjours
efté chere . Il est même à prefumer
qu'elle y auroit manqué
il y a longtemps , fi elle avoit
efté auffi neceffaire aux Soldats
que le pain . Voila de quelle maniere
on en a toûjours parlé à
GALANT 341
4
la Haye , où la fincerité Hollandoife
paroift fouvent plus à
découvert que dans les Imprimeż
d'Hollande qui font prefque
tous faits par des Etrangers.
Il n'en a pas été de même
à l'égard des fourrages , & l'on
n'a prefque point reçu de Lettres
d'Hollande depuis le commencement
du fiége qui n'ait
marqué que le fourrage manquoit
dans le Camp des Ennemis
; & comme il y a manqué
d'abord leur Cavalerie & tous
leurs Chevaux de charge & de
charroy doivent être dans le
plus pitoyable état du monde ;
& l'on doit regarder la Cavalerie
de leur armée comme une
*
Cavalerie ruinée , & peu nom-
Ffiij
342 MERCURE
breufe , la mortalité s'eftant
miſe parmi leurs Chevaux qui
ont manqué de fourrage dés
l'ouverture de la Campagne , de
maniere que cette Cavalerie ſe
trouveroit peu en état de rendre
fervice un jour d'action .
L'Infanterie eft encore plus
ruinée à proportion , & fe trouveroit
encore moins en état de
fe diftinguer dans un combat ,
d'autant plus que l'on n'a mis
que des Grenadiers , des Dragons
, & des Troupes choifies
à la tête des détachemens qui
ont été faits pour les les attaques
,
où ces Troupes ont combattu ;
& comme tous ces détachemens
ont prefque entierement péri
on peut dire que l'Armée des
Ennemis a plus perdu en perGALANT
343
dant ces Troupes délite , qu'el
le n'auroit fait en perdant troisfois
autant de monde dans une
Action generale qui luy auroit
couté beaucoup plus de Soldats,
mais qui n'auroient pas été tous
choifis & diftinguez par une valeur
reconnue. On doit juger
par là du mauvais état où fe
doit trouver l'Armée des Alliez
& dequoy elle pourroit être ca.
pable dans une grande affaire.
Elle ne peut être de longtemps
remife des pertes qu'elle a faites.
Elle peut redevenir auffi
nombreufe qu'elle a été , &
trouver des hommes ; mais ces
hommes dont la plupart n'auront
jamais vu le feu , ne rempliront
de longtems ceux qui
étoient aguerris , & qui ont
344 MERCURE
donné pendant plufieurs années
, de continuelles preuves
de leur valeur.
A l'égard de l'eau , il eft
conftant que les Affiégeans n'en
ont pas en abondance dans leur
Camp j'entens d'eau pour
boire car ils voudroient en
avoir moins de celle qui les
incommode beaucoup.
Les Lettres de leur Camp,
& celles d'Hollande n'ont pas
ceffé depuis le commencement
du Siége , de tenir le même
langage fur cet Article.
Quant à la poudre & aux
boulets , on ne doit pas s'éton
ner s'ils en ont manqué de bonne
heure , quoy qu'ils en euffent
d'abord en affez grande quanti .
té pour executer le projet qu'ils
τέ
GALANT 345
avoient formé. Il eft conftant,
& j'en ay une certitude entiere,
qu'ils avoient compté , comme
font ordinairement les Allemans
, d'abimer d'abord la Pla
ce , avec leur canon , & avec
leurs bombes , & ils croyoient
d'autant plus que cela reüffiroit
comme ils fe l'étoient imaginé ,
que la Ville de Lille étant remplie
d'une fort grande quantité
de peuple , & de Bourgeois fort
accommodez , les bombes y feroient
un fi grand fracas que
tout le peuple fe fouleveroit &
fe trouvant plus fort que la
Garnifon, demanderoit que l'on
capitulât pour éviter de voir
reduire la Ville en cendre .
Dans cette penfée les Affiégeans
ont d'abord prodigué
346 MERCURE
leur poudre & leurs boulets
avec fi peu de ménagement que
les lumieres de la plus grande
partie de leurs canons le font
ouvertes , & font par là devenus
inutiles, mais ayant reconnu leur
erreur , ils fe font trouvez fort
embaraffez à caufe de la difficulté
de recevoir des Convois ,
ce qui fera peut - être le denouement
de cette grande affaire
, c'est ce que nous verrons
dans la fuite.
Le 17. Mr le Maréchal de
Bouflers qui étoit toujours en
action , fit une revûë de fa
Garnifon , non feulement pour
fçavoir en quoy elle confiftoit ;
mais encore pour continuer d'animer
les Troupes ; pour voir
leur contenance , & pour faire
GALANT 347
connoître aux Bourgeois que fa
Garnifon étoit toujours nombreufe
, & bien difpofée à recevoir
les Ennemis , afin d'engager
le peuple à perfifter dans
la réfolution qu'il avoit prife
de fe bien défendre , & de garder
une exacte fidélité . La Garnifon
fe trouva ce jour - là d'onze
mille deux cens hommes en
état de combattre fans compter
les Officiers.
Mr de Bouflers qui fçait qu'il
ne fuffit pas de fe bien battre
pour bien deffendre une Place ,
& qu'il eft tres - important d'être
informé de ce que font les
Ennemis , parce que non feulement
on évite par - là d'être
furpris , & que l'on se tient en
garde contre les attaques qu'ils
348 MERCURE
4
doivent faire ; mais auffi parce
que ces avertiffemens donnent
fouvent lieu de les prévenir
ou de faire échouer leurs deffeins.
Mr de Bouflers , dis- je , toujours
bien informé de tout ce
que faifoient les Ennemis , apprit
que ce jour là 17. les Ennemis
avoient fait un pont de
fafcines ,fur lequel un bataillon
pouvoit paffer de front . Ce
Pont étoit à la fortie de la
Deule fur le foffé du Tenaillon ,
ouvrage en forme de Baſtion
détaché & couvert par deux
efpeces de demi- Tenailles ou
Tenaillons .
Ces Tenaillons furent attaquez
la nuit du 18. au 19. & celle
du 19. au 20 , les Ennemis y
donnerent 4. affauts pendant
ces
GALANT 349
ces deux nuits , & on les repouffa
avec tant de vigueur , qu'ils
furent obligez de repaffer leur
Pont de fafcines que l'on brûla ,
ce que l'on n'auroit peut - être
pas fait faute d'y eftre preparé,
files Efpions de Mr de Bou-
Alers ne l'avoient averti la veille ,
comme l'on vient de le marquer,
que les Ennemis avoient fait ce
Pont. La perte qu'ils firent dans
ces attaques fut fi grande , que
le Prince Eugene voyant qu'elle
pouvoit aller à quatre mille
morts , demanda une ſuſpenſion
d'armes pour les enterrer ; ce qui
luy fut refusé de crainte qu'on
ne fe fervît de l'occafion, pour
découvrir l'état des dé enfes
& pour tracer leurs ouvrages.
Ce qu'il y eut de furpresant eft
Spiembre 1708 Gg
35° MERCURE
que ces attaques pendant lefquelles
les Ennemis perdirent
beaucoup d'Ingenieurs , ne nous
en ont pas couté un feul , ce que
Mr de Bouflers marque expreffement
dans une de fes Lettres.
Nos Troupes combattirent
avec tant de vivacité , qu'un
Capitaine du Regiment de Brancas
fe laiffant emporter par fa
valeur , fans faire attention où
il alloit , s'étant trop avancé en
pourfuivant les Ennemis fut
bleflé & pris , & enfuite conduit
au Prince Eugene qui le traita
fort honneftement ; & aprés luy
avoir dit qu'il ne feroit pas bien
dans fon camp , il le fit conduire
dans un Brancart à Tournay .
Ce Capitaine rapporta qu'il
avoit crâ quel'horrible infection
"
GALANT 351
des corps morts fur le Glacis &
dans les retranchemens des Ennemis
, eſtoir capable de le fairep
mourir , & qu'elle l'avoir
beaucoup plus fait fouffrir que
fa bleffure . CURAGED 105ayca
Pendant que les Ennemis eftoient
repouffez dans toutes les
ataques qu'ils faifoiention jugea
par la grande quantité de poudre
qu'ils employoient , & parce
que l'on avoit trouvé moyen
de fçavoir l'état de leurs munitions
, que ne pouvant pas enco
re durer long temps , il étoit
abſolument neceffaire qu'ils reçuffent
des convois qui leur en
apportaflent ; c'est pourquoy il
fat refolu de mettre tout en ufa
ge pour empêcher qu'ils n'en re.
çuffent aucun , & pour cet effet
4
Gg ij
352 MERCURE
Mr de Vendôme envoya le 20.
quatre Courriers qui porterent
des ordres à Gand & à Bruges,
& en divers autres lieux de lâcher
les Eclufes. Cette précaution
falutaire a été tres - utile ,
comme l'on verra dans la fuite .
Cependant les ennemis crurent
qu'ils nous rebuteroient en ne
fe rebutant pas , & refolurent de
recommencer leur attaques le
21. fans avoir laiflé à nos Troupes
le temps de reprendre , haleine
& fans l'avoir reprife euxmêmes
.
Pour cet effet Mylord Marlborugh
fit un détachement de
fon Armée pour envoyer à celle
des Affiegeans , de dix hommes
par Compagnie de Grenadiers ,
& de fix hommes choifis par
GALANT 353
Compagnie d'Infanterie. Ces
Troupes , avec quelques Troupes
choifies du Camp des Affiegeans
,
& celles des deux tranchées
, compofoient deux Corps
dont l'un de fept à huit mille
hommes , fut employé aux attaques
, eſtant foûtenu par l'au .
tre Corps.omandas von alitup
On doit remarquer que les
ennemis ayant fait un grand
nombre d'attaques , où ils
avoient toûjours efté battus ,
les Troupes rebutées ne vouloient
plus donner , ce qui fut
caufe qu'on joignît à celles du
Camp le détachement dont je
viens de parler ; mais ce n'eftoit
pas encore affez pour engager
les Troupes à marcher avec
confiance , il fallut que le Prin-
Gg iij
354 MERCURE
ce Eugene leur dit qu'il ne les
abandonneroit pas , & qu'il fe
roit témoin de leurs actions ; &
deux cens Officiers affurerent
en même temps ce Prince qu'ils
l'accompagneroient par tout.
Tout cet appareil eftant formidable
, devoit faire concevoir
de grandes efperances aux Als
fiegeans. Cependant la fuite a
fait voir que tant de Troupes
choifies n'ont fervi qu'à augmenter
la gloire des Affiegez .
Il est temps de paſſer à l'action ;
cependant je crois devoir dire
avant que d'entrer dans ce qui
en regarde le détail que Mrs de
Permangle , de Maillebois & de
Chateau -neuf , commandoient
au chemin csuvert de la droite ;
-Mrs de Ravignan , de Soury &
1
GALANT 355
d'Angennes , à celuy de la gauche
que Mr de Surville donnoit
les ordres à la droitc ; &
Mr de Lée à la gauche.h
L'action commença fur le foir.
Les ennemis embrafferent toutes
les deffenfes du Tenaillon ;
ils furent repouffez deux fois
avec beaucoup de vigueur ; & à
la troifiéme attaque ils pene,
trerent fur la pointe du Baftion
gauche du Tenaillon ; mais ils
ne purent aller plus avant , ce
Baftion eftant coupé par un fort
retranchement fraifé & paliladé
, dont ils ne purent fe rendre
maiſtres ; de maniere qu'on
demeura toûjours en poffeffion
du chemin couvert , quoy que
les Troupes ennemies fuffent
logées fur la pointe du Baſtion ,
7
356 MERCURE
Ry
parce que celles des Affiegez
les tenoient ferrées par le retranchement
dont je viens de
parler , Pendant tout le temps
que ces attaques durerent , nos
Troupes furent foûtenues par
un tres - grand feu de la Ville.
Les ennemis furent auſſi chaffez
de plufieurs logemens qu'ils
avoient commencez , & on leur
brûla ou emporta plus de cent
gabions ; & ce ne fut qu'aprés
trois heures d'attaques qu'ils
emporterent la pointe du demi
Baftion gauche du Tenaillon ,
où ils firent un logement de
trente à quarante hommes.
Il y a des Relations qui portent
que par une manoeuvre digne
des plus grands Capitaines
quinze cens Grenadiers des
GALANTM 357
#
Ennemis , ayant efté coupez
pendant les attaques , furent
taillez en pieces , & qu'il en
refta tres- peu, susbus ,, 15hug
Les premieres nouvelles qui
vinrent de la perte des Ennemis
portoient qu'ils avoient eu
deux- mille hommes tuez fur la
place ; mais celles qui vinrent
enfuite affarerent qu'ils en
avoient eu cinq mille hors de
combat .
18
Mr de Bouflers fut tellement
content des Troupes qui avoient
combattu en cette occafion .
qu'il écrivit aprés cette action
qu'il n'avoit efté que fpectateur
de la valeur des Officiers & des
Soldats , & qu'il n'avoit perdu
aucun Officier de marque . Les
Ennemis ne peuvent dire lá
358 MERCURE
f
même chofe, & il eſt certain qu'-
ils en ont perdu beaucoup dont
on affecte de cacher les noms.
Onprétend même qu'il y en a
du premier rang ; mais ces fottes
de mifteres ne pouvant durer
longtemps , je fuis perfuadé que
j'en apprendray les noms avant
que de fermer ma Lettre, r )
Quant aux Troupes de la
Ville qui ont foûtenu les attaques
, & qui n'ont perdu perfonne
de marque , ainfi que vous
venez de voir , elles ont eu feulement
trois Officiers de diftin-
&tion bleffez , qui font Mr de
Ravignan , Brigadier d'infanterie
, bleffé à l'estomach ; Mr
le Comte d'Augennes , auffi Brigadier
, bleffé à la cuiffe , &
Mr de Soury , Lieutenant CoGALANT
359
lonel de Greder , bleffé au bras:
ces trois bleffures font legeres.
Mais comme une action auffi
vive & dans laquelle les coups
de main & de feu ont eu part,
& qui coute plus de deux mille
hommes aux Ennemis fans les
bleffez , ne fe pouvoit paffer .
fans perte du cofté des Affiégez ;
ils y ont eu quatre cens hommes
tant tuez que bleffez • ce
qui eft peu confiderable par ra
port à la grandeur de l'Action .
Le Prince Eugene s'étant
avancé fur le revers de la
Tranchée au troifiéme Affaut
pour animer les Troupes , eut
le malheur d'y eſtre bleffé à la
tefte , & ce Prince fut auffitoft
porté dans la Berline du Prince
de Saxe qui le mena à fa Tente.
360 MERCURE
J'ay vû cent Lettres qui toutes
ont parlé differemment de la
bleffure de ce Prince ; de maniere
qu'il eft tres difficile d'en
demêler la verité à moins qu'elle
ne vienne du cofté des Ennemis.
Cependant il n'y a pas d'ap
parence que fa bleſſure foit
flegere que quelques uns le
publient , puifque fi cela eftoit ,
ce Prince auroit affecté de fe
faire voir , & que les attaques
du 23. ſe feroient encore données
fous fes ordres , au lieu
qu'il n'a efté parlé dans ces attaques
que de Mylord Marlbo .
rough , & des Troupes qu'il
avoit amenées pour cette action ,
tirées de l'Armée d obfervation
qu'il commande. Je laiffe done
tout
GALANT 361
*
tout ce qui s'eft dit de la bleffure
du Prince Eugene dont je
ne crois devoir vous rapporter
que les plus fraiches nouvelles ,
& pour cet effet je vous envoye
ce que je viens de tirer d'une
lettre de Tournay dattée du
27. Il en vient fouvent des nouvelles
fures , & le Gouverneur
de cette Place dont le fçavoir
faire répond à la valeur , a prefque
toujours des Efpions dans
le Camp des Affiégeans ; voicy
l'Extrait qui regarde le Prince
Eugene , dans la Lettre dont je
viens de vous parler ..
On continue de croire tant à l'Armée
qu'icy , que le Prince Eugene
a été bleffé aux attaques du 21. au
22. On affure qu'il a le coup au
front , & que quoyque fa Calotie
Septembre 1708. Hh
362 MERCURE
Paye garenti , il a efté jetté à la
renverse , & qu'on le réleva comme
an homme mort. On prétend que fes
Medecins & Chirurgiens craignant
les fuites facheufes d'un contre - coup
l'empêchent de parler à qui que ce
fait.
Aprés l'Action du 21. au 22 .
les Ennemis firent demander
comme ils avoient déja fair
aprés les attaques précedentes ,
une fufpenfion d'Armes afin de
faire enlever leurs morts , ce
qui leur fut encore refufé ; mais
ils ne la demanderent aparemment
qu'afin de prier fur ce refus
qu'on leur permit de faire ve
nir des remedes de Tournay ;
mais cette demande ne leur
reüffit pas mieux que les autres .
Il y a des Lettres qui portent *
GALANT 363
que Mylord Marlborough eftoit
dans le Camp pendant l'action ,
& qu'il ne retourna à fon Armée
qu'à minuit .
Les Ennemis furent d'autant
plus chagrins de voir qu'ils n'avoient
pas fait une attaque depuis
le commencement du Siege
, que le Prince Eugene &
Mylord Marlborough avoient
engagé une partie des Princes
les plus confiderables d'Allemagne
de venir voir la maniere
dont ils attaquoient les places ,
& qu'au lieu que ces Princes
euffent efté témoins de leur
gloire , ils l'avoient eſté de leurs
défaites continuelles , & de la
manieré dont ils avoient efté
battus toutes les fois qu'ils avoient
voulu attaquer , ou qu'ils
Hhij
364 MERCURE
ques
avoient efté attaquez.
Comme on aprehenda que la
bleffure du Prince Eugene ne
produifit de mauvais effets parmiles
foldats , & qu'en les décourageant
elle ne relevât le
courage des Affiegez , on refolut
de faire de nouvelles attafans
leur laiffer le temps
de refpirer , & l'on crût que
devant eftre perfuadez que le
Prince Eugene ne pourroit agir
fi - toft , ils feroient moins preparez
à foûtenir les nouvelles
attaques que l'on feroit . Mylord
Marlborough
le fouhaitoit avec
ardeur , parce qu'il devoit commander
dans ces attaques à la
place du Prince Eugene , &
qu'il avoit refolu de les faire
faire par l'élite des Troupes de *
GALANT 365
:
fon Armée ; mais lorsque l'on
vint à examiner la chofe de
prés , il s'y trouva une grande
difficulté , pour ne pas dire une
impoffibilité , c'eſt le manquement
de poudre fuffifante pour
faire ces attaqués dont il fe trouva
tres peu dans le Camp des
Afliegeans . On confulta fi l'on
en feroit venir de Menin ; mais ;
il fut refolu que non , parce
qu'il n'en reftoit que cent milliers
dans la place qui ne fuffiroient
pas pour la deffendre
fi elle eftoit attaquée , & que
l'Armée en auroit befoin firelle
eftoit obligée de fe retirer de ce
côté- là . D'ailleurs on ne crût
pas que le Gouverneur voulûc
s'en dégarnir , quand même il
recevroit des ordres . Toutes ces
Hh iij
366 MERCURE
chofes furent fur le point d'em
pêcher qu'on ne fift les attaques
que l'on venoit de refoudre ;
mais Mylord Marlborough qui
les fouhaitoit parce qu'il y
devoit
commander , offrit de tirer
dix Tonnes de poudre de fon
parc d'Artillerie . Ces offres furent
acceptées , & l'attaque refolue
pour le 23. au foir. Marlborough
fe rendit au Camp des
Affiegeans avec 2000. Grenadiers
& un grand Corps de Dragons
; mais ce Mylord fut bien
furpris lorfqu'il s'aperçut qu'aprés
avoir donné l'ordre , les
Troupes refufoient de marcher,
& voyant que la terreur eftoir
fi grande parmi elles , qu'il n'étoit
pas poffible que toutes les
exhortations du monde puffent
GALANT 367
les y engager , il prit le party
de faire pendre deux Dragons ;
ce qui ne produifit pas encore
tout l'effet qu'il s'eftoit imaginé
; de maniere qu'il fallut les
obliger à marcher à force de
menaces & de coups. Le Combat
fut tres- rude , & aprés plufieurs
affauts ils fe rendirent
maiftres de la pointe droite du
Tenaillon , ayant confervé la
gauche qu'ils avoient emportée
le 21. Cet ouvrage eft auffi coupé
( ainfi que je vous ay marqué
que l'eft celuy qu'ils avoient
déja pris ) par un retranchement
bien fortifié , Les Ennemis ont
perdu 2000. hommes en cette
occafion , & les Affiegez environ
100. Ces derniers firent
joner un fourneau qui contri-
མ་ཡིན། །
368 MERCURE
bua beaucoup à la grande perte
que firent les Affiegeans , qui
en fe retirant laifferent beaucoup
de Gabions qui furent brûlez
par les Affiegez , qui pourfuivirent
les Ennemis jufques
dans leur tranchée ."
8
Je dois ajoûter icy qu'il furvint
un grand orage pendant
les attaques , qui les fit ceffer
pendant quelque temps ; mais
que l'on eftoit fi animé au combat
de part & d'autre , qu'il
recommença auffi - toft qu'il fut
ceffé.
Pendant que ces chofes fe paffoient
, on fit fortir de Bruxel
les 60. chevaux chargez de poudre
qui devoient gaguer le
Camp des Affiegeans par des
chemins détournez ; mais ils furent
arrêtez .
GALANT 369
Aprés les attaques du 23. les
Ennemis demeurerent 24. heures
fans tirer , & comme pendant
cet intervale on leur vit
ramener du canon à Menin
rompre les Ponts qu'ils avoient
fur la Marque , relever les poftes
, & mettre une grande partie
de leurs Troupes en marche,
on crut qu'ils levoient le Siege ;
cependant ils n'avoient renvoyé
que les canons qui estoient hors
d'état de fervir , parce que leurs
lumieres eftoient trop ouvertes,
& les Troupes qui s'eftoient
miſes en marche ne l'avoient
fait , que pour aller chercher le
Convoy qu'ils avoient à Oftende
.
Comme il n'eſt rien d'impoffible
, lorfque l'on employe des
370 MERCURE
h
gens hardis & intelligens pour
découvrir tout ce qui fe paffe
dans le Camp des ennemis , &
que ceux qui font employez ne
manquent point de ce qui fait
reüffir les chofes les plus diffici
les , on a trouvé moyen d'avoir
un Etat de la perte des ennemis
depuis le commencement du
Siege ; cet Etat s'est fait chaque
jour à mefure que l'on a fait
quelque perte. La perte des en
nemis felon cet Etat , monte à
fix Lieutenans generaux ; quinze
Maréchaux de Camp & Brigadiers
; trente un Colonels ;
huit cent tant Lieutenans Colonels
que Majors , & Capitaines
morts ; un nombre d'Officiers
fubalternes à proportion , &
plus de feize mille Soldats tuez
GALANT 371
ou bleffez depuis le commencement
du Siege jufqu'aprés les
affauts du 23. & de foixante
des principaux Ingenieurs qu'ils
avoient , il ne leur en refte plus
que dix , fuivant cet Etat .
Je vous ay parle des Inventions
nouvelles qui ont efté
trouvées par Mr le Maréchal de
Bouflers , & par Mr de la Frezeliere
, pour allonger le Siege ,
& incommoder beaucoup les
ennemis. Je dois vous parler
prefentement d'une autre Machine
ou efpece de Pompe , par
le moyen de laquelle les Affiegez
jettent de l'huile , de l'eau
bouillante , & de la poix fonduë
meflées enfemble , fur les Affiegeans
; ce qui les defole beaucoup
, & ce qui eft caufe en par372
MERCURE
ر د
tie qu'ils refufent d'aller aux
affauts , où ils vont rarement
fans eftre enyvrez d'eau de vie .
Je dois encore ajouter icy ,
que les Batteaux plats dont je
vous ay déja parlé , & dont on
attribue l'invention à Mr le
Marquis de Lée , ont chacun
deux petites pieces de canon
chargées à cartouche ; ce qui
produit de merveilleux effets ,
& dont on tire de grandes utilitez
.
Je paffe à la fuite des Nouvelles
qui regardent le Siege.
Le 25. un Parti forti de Lille
par la Porte des Malades , enleva
dans le Camp des ennemis du
cofté du Pont à Bouvines centcinquante
Vaches qu'il amena
à la Ville. Le même Party-amena
GALANT. 373
na auffi
quatre cent Moutons ,
qu'il prit dans d'autres Villages
voifins , que les ennemis ne pouvoient
garder à cauſe du grand
nombre de Détachemens qu'ils,
ont efté obligez de faire.
de
Le 27. on foüetta à l'Armée
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
foixante femmes du Pays
de Liege , arreſtées en differens
temps & en divers endroits , portant
des hottes chacune avec
deux boulets & de la poudre aux
ennemis .
Un Bourgeois de Douay avant
efté retenu au Camp des Ennemis
pendant quelques jours , fe
trouva enveloppé le 26 par un
Parti de Lille . Il fut mené à
Mr le Maréchal de Bouflers ,
qui luy permit de s'en retour-
Septembre 1708. I i
374 MERCURE
ab ner , en le chargeant de dire à
Mr de Pommereu Gouverneur
de Douay , qu'il efperoit de renouveller
le Magiſtrat à Lille à
l'ordinaire le premier Novembre
, toutes les brèches eftant
réparées.
Le 28. on rapporta à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne que
la bleffure du Prince Eugene
eftoit dangereufe , parce que
l'os eftoit découvert , & que
l'on croyoit qu'il le faudroit tré.
paner.
Une fille âgée feulement
d'onze ans , ayant un petit
chien fous fon bras , étant fortie
de Lille toute éplorée entra
dans le Camp des Affiégeans ,
& demanda à parler au Prince
Eugene à qui elle fut menée.
GALANT 375
pere Elle dit à ce Prince que fon
& fa mere qui eftoient fortis de
Lille il y avoit quelque temps ,
l'avoient laiffée chez une tante ,
à qui ils avoient donné quelques
provisions pour elle ; mais
qu'une Bombe eftant tombée fur
ce logis , & y ayant mis le feu,
les Soldats qui eſtoient venus
pour l'éteindre avoient pillé
tout ce qu'il y avoit dans le logis
, & que n'ayant plus dequoi
vivre , elle eftoit fortie pour aller
chez des parens qu'elle avoit
dans un Village voifin , & qu'elle
le prioit de la faire feulement
conduire hors du Camp ; &
qa'enfuite elle trouveroit bien
le lieu où elle vouloit aller , qui
n'eftoit pas éloigné . Aprés que
le Prince Eugene eut fait exa-
Ii ij
376 MERCURE
miner s'il n'y avoit point de lettres
fur elle , & qu'il luy eut
fait donner quelque argent , il
ordonna qu'on la conduifit hors
du Camp, ce que l'on fic auffitôt
. Elle n'alla pas loin fans
trouver des perfonnes de qui
elle eftoit attenduë , & qui la
conduifirent à Manfeigneur le
Duc de Bourgogne , devant
qui elle joua un autre rôle que
celuy qu'elle avoit fait devant
le Prince Eugene , ayant paru
auffi gaye en entrant dans la
Tente de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , qu'elle avoit
paru éplorée devant le Prince
qu'elle avoit deffein de tromper
& dont effectivement elle venoit
de faire une Dupe. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
GALANT 377
l'a reçut fort agréablement , &
cette jeune fille ayant défait un
méchant linge qui eftoit autour
du col du chien qu'elle portoit ,
elle en tira un Billet de Mr le
Maréchal de Bouflers qu'elle
prefenta au Prince pour qui elle
venoit de jouer à l'àge d'onze
ans , un perfonnage dont les filles
les plus mures feroient à
peine capables , & qui auroit pu
en embaraffer beaucoup d'autres
...
Cette jeune perfonne peut fe
venter qu'à proportion de l'âge
& du fexe , elle a du moins autant
fait
que Mr du Bois
qui
traverla
les fept
canaux
à la nâge
.
J'interromps
la fuite
du fiege
qui attire
aujourd'huy
l'atten-
Ii ij
378 MERCURE
tion de toute l'Europe , que je
reprendray , aprés vous avoir
fait part de deux ou trois nou .
velles dont je vous entretiendray
en peu de paroles . Vous
avez dû remarquer que Mr le
Marquis de Maillebois ne s'eft
pas feulement diftingué dans
l'action où il poursuivit les Ennemis
jufques dans leur Tranchées
où il leur enleva 40. hommes
& tous les outils qui s'y trouverent
; mais que depuis ce jourlà
il s'eft encore diftingué en
plufieurs occafions où il a eu le
bonheur de fe trouver. Mr le
Marefchal de Bouflers en a écrit
au Roy fi avantageufement que
S. M. n'a pas balancé à le nommer
Brigadier de les Armées ,
pour montrer qu'on peut afpiGALANT
379
8
rer à tout âge , à tous les hanneurs
de la guerre lorfque l'on
s'en rend digne , & qu'on les merite
par d'auffi frequentes marques
de valeur qu'a fait Mr le
Marquis de Maillebois .
*
Le Roy a nommé Marefchal
de Camp , Mr Rigollot , Lieutenant
General de l'Artillerie ,
& qui commande celle des deux
Couronnes en Eſpagne . S. A. S.
Monfieur le Duc du Maine qui
protege le vray merite , luy a
procuré cette grace avec des ditinctions
agreables qui en rele
vent beaucoup le prix . Il y a peu
d'Officiers dans le Royaume qui
ayent vû plus d'actions . Il s'eft
trouvé depuis 54 ans qu'il fert
à 17. Batailles & à 42. Sieges.
Les derniers où il s'eft trouvé ,
380 MERCURE
& qui ne luy ont pas moins fait
d'honneur que les autres , font
ceux de Cartagene en Espagne ,
de Lerida & de Tortofe.
Les Imprimez d'Angleterre
& de Hollande ont repeté plufieurs
fois depuis fix femaines ,
que Mr Ducaffe en efcortant la
flotte du Mexique , arrivée le
mois paffé au Port du Paffage ,
avoit pris fur la route fix de leurs
vaiffeaux cependant on a cfté
furpris d'apprendre à fon retour
qu'il n'en avoit amené aucun
, & qu'il n'en avoit pas même
rencontré ; mais on vient
d'apprendre que les vaiffeaux
dont on luy attribuoit la priſe,
ont efté enlevez par Mrs d'O .
rogne & du Drefnay , Capitaines
de vaiffeau , en convoyant
3
GALANT 381
la Flotte de Cadix aux Indes de
la nouvelle Efpagne ; de manie
re que fi vous joignez ces Vaiffeaux
aux 13. dont je vous ay déja
marqué la priſe dans ma lettre
, vous trouverez qu'en peu
de temps les François fe font
emparez de 9. gros Vaiffeaux
richement chargez.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit les Quatre Elemens .
Ceux qui l'ont trouvé font Mrs
de Montignac , da Portail - Imbert
, de Limoges ; de Clerfeüille
; de Fontaine , d'Arbrifelle ;
de Claireau ; de Launois ; le
jeune Abbé de la ruë Saint Antoine
; la Ferriere ; Tamyriſte' ;
le Voifin du cerceau de la ruë
Bertin- Poiré ; l'Amant en idée;
382 MERCURE
J
le Protecteur des Romans ; le
Mechanicien de Cour- Cheverny
, en Sologne ; l'Anti - Diable
boiteux , Miles de la Cofte ; de
Clamaret ; de Panneval ; d'Orbuftieres
; Madelon Robinet de
la ruë Saint Martin ; la jeune
Mufe renaiffante G. O. la plus.
jeune des belles Dames de la
rue des Bernardins ; la Soli-.
taire de la rue aux Feves ; Cato
du Bourgkachar ; la Pouponne
de la rue Saint Honoré ; l'Amante
trifte & dolente de la ruë
Saint Denis , & Janneton la
nouvelifte.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ; elle eft de Mr Du ...
d'Har.... de Bezançon .
GALANT 383
ENIGME.
Celuy qui créa tout ne mefitpourtant
point ,
Et l'homme , cet ouvrage acomply de
tout point ,
N'égale pas encore mon ancienne
naiſſance.
Jefuis avec le pauvre ainfi qu'avec
le Roy ;
Aveugle , je les fuis avec grande
affeurance
•
Sans qu'ils s'embaraffent de moy.
Quoyqueje fois fans yeux , je donne
des lumieres
Aufquelles les Sçavans ont tres -fou
vent recours ,
Leur eftant neceffaires
Poour bien regler leurs jours.
384 MERCURE
Je crois que la Chanſon
qui
fuit vous fera plaifir.
AIR NOUVEAU.
Quand on eft loin de ce qu'on aime,
On n'a ni repos ni plaiſirs ;
Et quand la tendreffe eft extrême ,
L'abfence augmente les defirs.
Par le dernier Courier que
l'Archiduc a envoyé à Vienne ,
il prie l'Empereur fon frere de
luy envoyer des remiſes pour
payer les Troupes , afin d'en empêcher
la defertion , & d'eftre
en état de fe maintenir en Catalogne
, & comme il prevoit bien
que S. M. I. n'eft guere en état
de luy fournir de grandes fommes
, il le prie de joindre fes
follicitations
GALANT 385
follicitations aux fiennes dans
les Cours de Londres & de la .
Haye qu'il croit inépuifables .
Les inftances ont eſté déja faites
par les Miniftres d'Autriche,
lefquels n'ont eu que des réponfes
ambiguës , & ils ont efté renvoyez
à la fin des Campagnes
de Flandre & de Piemont
Les Troupes Angloifes deftinées
pour le Portugal , & que
l'on y attend depuis plufieurs
mois avec une grande impatience
, ayant efté débarquées à Oftende
pour fervir en Flandre ,
l'Envoyé de Portugal qui eft
à Portsmouth , en a fait des
plaintes d'autant plus grandes ,
que ces Troupes y efloient attendues
pour commencer la
Campagne d'Automne ; mais
Septembre 1708. K k
386 MERCORR
quelque plainte qu'il ait faite la
deffus , on luy a remontré que
dans une conjoncture auffi preffente
, elles ne pouvoient eftre
mieux employées qu'en Flandre
pour l'avantage de la caufe
commune ; & comme c'eftoit
une affaire faite , il a efté obligé
de ceffer fes plaintes , ce qu'il
n'a pas fait fans faire connoiftre
par de vives raifons que le
Portugal qui avoit compté fur
ces Troupes , fouffriroit peuteftre
beaucoup , s'il ne les recevoit
pas.
On peut dire que le fecret eſt
l'ame des grandes entrepriſes
& que c'eft en partie ce qui les
fait fouvent réüfir . Quoyqu'il
y ait fuffifamment de poudre
dans Lille pour foûtenir un
GALANT 387
Jong Siege & qu'il y ait un affez
grand nombre de Moulins à
poudre , ce qui peut - être d'une
grande utilité dans une grande
Ville affiégée , Mr le Maréchal
de Boulers crut qu'il eftoit bon
de le précautionner , & de ne
pas attendre qu'il pût avoir befoin
de poudre pour travailler
aux moyens d'en faire entrer
dans la Place ; & comme les
Armes s'échauffent beaucoup
lorfqu'elles tirent fouvent , il
voulut le précautionner contre
tout ce qui pourroit arriver à
cet égard , & il concerta avec
Mr le Chevalier de Luxembourg,
les moyens de faire entrer
dans la Place un fecours
d'hommes , d'armes & de pou.
dre , & ils convinrent enſemble
KK ij
388 MERCURE
que toutes ces chofes entreroient
par la Porte de Nôtre-
Dame , où Mr de Bouflers les devoit
aller recevoir . Tout à été
executé de la même maniere
qu'il a été projetté , le fecret
fort exactement obfervé , &
tout a été conduit d'une maniere
qu'il n'a pas été poffible que
l'on ait pu deviner la moindre
chofe du projet qui avoit été
formé. Tout étant dans l'état
que l'on pouvoit fouhaiter , on
mit à execution ce projet le 28.
de ce mois comme il avoit été
arrefté.
Le Corps de deux mille Chevaux
que l'on avoit réfolu de
faire paffer avec la poudre &
les armes , étant arrivé à la Barriere
par laquelle on avoit reGALANT
389
folu de paffer , la Garde cria ,
qui vive , à quoy on répondit
Détachement qui vient de l'Armée
>
de la Guerre. Comme il n'étoit
pas jour , ils ne furent point
reconnus & ils pafferent au
grand trot , & feize à dix -fept
cens ayant continué leur marche
entrerent dans la Ville .
Mais le jour ayant fait reconnoître
ceux qui fuivoient , la
fentinelle cria ce font des Ennemis,
Le Corps de Garde jetta auffitôt
des Grenades , dont quelques
unes tomberent fur quelques
facs de poudre où elles
mirent le feu , dont fix hommes
& huit chevaux furent bleffez .
Le reste de la Cavalerie fe
voyant découvert tourna bride .
MrleChevalier de Luxembourg
Kk iij
390 MERCURE
étoit à la tête de ce détâchement
, dont tous les Cavaliers
portoient chacun deux Moufquets
& un fac contenant cinquante
à foixante livres de poudre
de maniere que l'on dit
qu'il y en avoit environ cent
milliers
Les Troupes qui font entrées
font la Compagnie franche de
Parpaille ; celle des Sauve gardes
du Roy ; les Régimens de
Dragons de la Reine , de Bourgogne
, de S. Agnan , de Martinville
, de la Breteche , de
Fontaine , & de Foffart ; un
Détachement de cent Chevaux ;
quarante Dragons de Belabre ,
& deux Compagnies de Grenadiers
des Regimens qui font à
Doily .
"
GALANT 391
Mr.le Chevalier de Luxembourg
, prevoyant bien qu'il ne
pouroit fçavoir au jufte ce qui
fe pafferoit à la queue de fes
Troupes en cas qu'elles fuffent
découvertes avant que d'eftre
toutes paffées , & qu'il ne pouroit
, étant arrivé à Lille , faire
fçavoir fitôt au Roy qu'il y étoit
entré , parce que ceux qui en
fortent pour porter des nouvelles
font fouvent obligez de faire
plufieurs détours avant que de
fortir du Camp des Affiégeans,
avoit pris la precaution d'ordonner
à fon Secretaire d'examiner
tout ce qui fe pafferoit à
la Barriere par où il devoit entrer
; & de fe retirer enſuite à
Douay d'où il depecheroit deux
Courriers, l'un au Roy & l'au
392 MERCURE
tre à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & qu'il rendroit
compte à S. M. & à ce Prince,
de tout ce qu'il auroit obſervé ,
ce qu'il a fait fort ponctuellement
, tout le détail de l'entrée
des Troupes à la Barriere
que vous venez de voir eftant
de luy. Il ajoûte à ce qu'il a
mandé , & dont vous venez de
voir le détail , que les Regimens
de Tourot & de Tarnaut , n'ayant
pu paffer outre aprés que
l'on eut découvert que les
Troupes qui les précedoient
étoient Troupes Ennemies , étoient
retournez à Douay ; mais
que Mr de Tourot , trois Capitaines
de fon Regiment , &
plufieurs Cavaliers manquoient
que l'on n'avoit encore pu
&
GALANT. 393
fçavoir ce qu'ils étoient deve
nus .
Voila le raport qui a efté fait
au Roy par Mr le Duc de Luxembourg
, de ce qui s'eſt paffé
dans une action qui continue de
faire vivre le nom de fon illuftre
Maifon . On a peu vû d'actions
plus hardies , executées avec
plus d'intrepidité , mieux conduites
, & dont le fecret ait été
mieux gardé , ce qui a extremement
réjoui la Garniſon &
le peuple de Lille , car quoy
qu'ils fuflent bien éloignez d'avoir
encore befoin de tout ce
qui eft entré dans leur Place ,
de pareils fecours font toûjours
plaifir lorſqu'on a refolu de fe
deffendre jufqu'à l'extrémité :
d'ailleurs les Affiegeans épou
394 MERCURE
ventez de la vivacité avec laquelle
la Garniſon ſe deffend ,
& n'allant plus aux affauts fans
y eftre forcez , & même à coups
de bâtons , fuivant qu'il eft raporté
dans plufieurs Lettres , &
fans eftre enyvrez d'eau de vie ,
ce qui a commencé à la rendre
fi rare dans le Camp , que l'on
a efté obligé de mander que l'on
en mit beaucoup dans les Coavois
que l'on y attendoit . Les
A fliegeans , dis - je , voyant la
Garnifon fortifiée de toutes
chofes , auront plus de repugnance
qu'ils n'ont encore eu
jufqu'à prefent à monter aux
affauts , & la Garnifon encou .
ragée par tous les fecours qu'elle
a reçûs , fera plus animée
qu'elle n'a encore efté , non feuGALANT
395
lement à bien deffendre tous les
dehors de la Place , mais auffi à
pourfuivre les Ennemis jufques
dans leur Camp , & à détruire
leurs Travaux , comme elle a
déja fait plufieurs fois depuis le
commencement du Siege.
On apprend tous les jours que
depuis les mauvais traitemens
que Mylord Marlborough a fait
faire aux Troupes pour les forcer
à donner l'affaut du 23. il
s'eft non feulement aliené l'efprit
des Troupes , ainſi qu'il a
déja efté marqué , mais que ce
mauvais traitement & les deux
Dragons pendus , ont caufé une
defertion qu'il eft difficile d'arrêter
, & qui continue encore
tous les jours , les Anglois fu
Eportant impatiemment les mau
396 MERCURE
vais traitemens , & fe regardant
en quelque maniere comme Peuples
libres depuis qu'ils font fous
la domination d'une Princeſſe
à qui le Trône n'apartient pas ,
& qui par confequent au lieu
de fouffrir qu'on les maltraite ,
les doit beaucoup menager : on
pretend que ce que Mylord
Marlborough a fait en cette occafion
empêchera que beaucoup
d'Anglois ne s'enrollent à l'avenir
, & ceux qui font dans fon
Armée le difent hautement .
Je reviens à l'action de Mr
le Chevalier de Luxembourg.
Elle a tellement plû au Roy ,
& elle a efté trouvée fi belle ,
que l'on en a peu vû recevoir
autant d'aplaudiffemens , chacun
s'eftant fait un plaifir à la
Cour
GALANT 397
Cour de fe la faire raconter auffi-
toft que la nouvelle en fut
arrivée ; ce qu'il y a de remarquable
eft que cette action ayant
d'abord frapé le Roy , & luy
ayant fait un extrême plaifir ,
S. M. dit fans prendre un moment
pour fe confulter Ellemême
, je le fais Lieutenant General.
Ainfi l'on ne peut dire que
ce degré d'honneur qui ne laiffe
plus qu'un pas à faire pour
arriver aux premiers honneurs
de la Guerre , ait eſté donné à
ce Chevalier fans l'avoir folli
cité , & fans qu'il ait efté obligé
de le demander : auffi peut - on
dire, à fa gloire qu'il eft un des
plus braves hommes du Royaume
, des plus intrepides , & des
plus actifs , comme on a pû le
Septembre 1708 .
LT
398 MERCURE
remarquer dans le combat d'Oudenarde
pendant lequel , felon
plufieurs Lettres écrites du
Camp & de Verſailles , ce Chevalier
a mené jufqu'à dix fept
fois les Troupes à la charge.
La nouvelle de l'arrivée dans
Lille des Troupes qui y ont été
conduites par Mr le chevalier
de Luxembourg , chagrinera
d'autant plus les Etats Generaux
qu'elles pouront fervir à
faire durer le Siege plus longtemps
; & comme ce Siege leur
coûte déja beaucoup de toutes
manieres , ils ont écrit au: Prince
Eugene & à Mylord Marlborough
, qu'il coûtoit déja 7.
à 8. mille hommes aux feules
Troupes Hollandoifes ,
compter un grand nombre de
fans
GALANT 399.
malades & de bleffez dont
plufieurs ne pouvoient recha .
per , & que d'ailleurs la Campagne
leur coûtant déja 15. millions
d'écus , avoit tellement é
puifé toutes les Provinces qu'el
les fe trouvoient hors d'état de
fournir de nouvelles fommes .
Mr le Maréchal de Bouflers
s'étant aperçu que les Ennemis
avoient par la fappe pratiqué
deux Mines qui devoient renverfer
une partie de la Contref
carpe dans le foffé du côté des
attaques , il en a fait éventer
une , & l'autre a joüé fans faire
l'effet qu'ils en , attendoient . Le
29. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne reçût une Lettre de
Mr de Bouflers , par laquelle
il luy mandoit que depuis 40 .
Llij
400 MERCURE
1
jours de tranchée ouverte , les
Ennemis n'eftoient encore en
poffeffion d'aucun ouvrage entier
Le même jour 29. Mr le Comte
de la Motte fçachant que les
Carettes qui avoient chargé à
Oftende une partie des chofes
que la Flotte Angloife avoit débarquées
pour être transportées
au Camp du Prince Eugene , étoient
en marche pour s'y rendre
, & qu'elles eftoient déja
proche de Koquelar , & craignant
que tout le Convoy ne
paffaft s'il differoit d'avancer
pour en arrêter la marche , crut
devoir attaquer les Ennemis ,
ce qu'il fit en effer fans attendre
qu'il eut efté joint par
les Troupes qui avoient ordre
GALANT 401
de le joindre. Ainfi il engagea
le combat quoy qu'il fut plus
foible qu'eux , mais il ne les
put enfoncer. Cependant il
continua le Combat , afin de
laiffer avancer les Troupes qu'il
attendoit & qui le joignirent
deux heures aprés l'action . Mais
les Ennemis s'eftoient retirez ,
tant parce que la nuit furvint ,
que parce que fçachant qu'il
venoit un renfort à Mr de la
Motte ils apprenhendoient d'être
coupez . Les Troupes Efpagnoles
ont fait merveille en
cette occafion , où Mr de la
Motte n'a perdu qu'environ
cinq cens hommes , & les Ennemis
beaucoup davantage , fe
lon le raport de plufieurs Lettres
. Ce Comte à mandé , qu'-
a
402 MERCURE
ayant reçu fon renfort , il alloit
de nouveau attaquer les Ennemis
qui eftoient à Odembourg
.
Il n'a paffé tres certainement
que deux cens charettes chargées
de Sel , d'Eau - de - vie &
de Vinaigre , dont les Ennemis
avoient grand befoin pour ra
fraichir leurs canons . Il y avoit
auffi fur ces charettes plufieurs
Officiers & Soldats qui avoient
efté bleffez dans le Combat qui
venoit de fe donner . Un Tambour
dit avoir compté les deux
cens charettes qui font arrivées
à Menin , & qu'il n'y
en eft pas entré une davantage .
Mr le Maréchal de Bouflers
a écrit qu'il tiendroit dans la
Ville feule jufqu'à la fin du mois
d'Octobre, & toutes les breches
GALANT 403
font heriffées de pointes de fer
qui ne laiffent aucune prife. Je
crois que vous vous appercevez
bien que les nouvelles de Guerre
qui fe trouvent fur la fin
de ma Lettre, occupant la place
de plufieurs autres Articles .
je me trouve obligé de les referver
pour le mois prochain . Je
fuis Madame , voftre . & c .
A Paris ce 30. Septembre 1708.
A VIS.
Le mois prochain commençant
par quatre Fêtes de fuite
qui empêcheront de relier le
Mercure , on ne vendra celuy
d'Octobre que le feptième de
Novembre.
L
TABLE.
Panegyriques de Saint Louis
prononcez dans la Chapelle du
Louvre , & dans l'Eglife des
Preftres de l'Oratoire ,
Difcours prononcé par le Pere Gran-
5
28
´di ,
Fefte de la Divifion des Apoftres ,
celebrée avec beaucoup de folemnité
, dans laquelle on voit un élo.
ge tres- curieux , où l'on remarque
plufieurs effets de la bizarrerie de
la Fortune ,
r
Premier Article des Morts ,
Mariages ,
Epithalame ,
Clefde Mital,
37
49
87
123
227
Premiere Pierre du College des Bar
nabites de Montargis , pofèe par
S. AR. Madame , I29
Article concernant tout ce qui s'eft
TABLE.
paffé à l'occafion de l'élection d'un
nouveau Pervoft des Marchands;
le Scrutin prefenté au Roy , & les
Ceremonies obfervées par la Ville
-en Corps , le jour de la Fefte de
Saint Louis , avec les barangues
prononcées à cette occafion ,
Jugement d'un Procés qui faifoit
grand bruit depuis plufieurs années
,
131
159
Dispute appellée Paftillaire ,faite
felon l'ufage , par les nouveaux
Docteurs en Medecine , 166
Inveftiture de quelques Fiefs accordée
par l'Empereur ,
Second Article des Morts ,
170
173
Nomination faite par le Roy d' E(-
pagne à l'Evefche de Nicaragua ,
226
Charges données par le Roy Stanif
las , 229
TABLE.
235
Tremblemens de Terre arrivez à
Manofque en Provence ,
Conteftation entre l'Univerfité d'Oxford
& Academie de Genève ,
242
Madrigal fur le Dictionnaire Geo-
:graphique & Hiftorique de Mr
de Corneille
253
Nouveaux Intendans du Commerce,
255
Article qui fait voir que l'on s'eft
trompé en Angleterre , lors qu'on
y a comptéfur la prise d'un Gallion
, riche de 21. millions , avec la
prife de plufieurs Vaiffeaux faites
par des Amateurs François ,
267
Réjouifances publiques faites à
Madrid la veille & le jour de la
Fete de S. Louis ,
Journal des tentatives inutiles , fai-
273
TABLE
tes par la Flotte d'Angleterrefur
les Coftes de Normandie, & principalement
à la Hogue , 285
fournal du Siege de Lille , contenant
un grand nombre de faits qui
n'ont point encore efté fçus , 303.
Vaiffeaux prispar Mrs Dorogne &
du Drefnay , 380
381
Article des Enigmes ,
L'Archiducfait de preſſantes iuftances
a l'Empereur pour avoir de
l'argent , afin d'empêcher la defertion
defes Troupes , 384
Plaintes de l'Envoyé de Portugal ,
de ce que l'on a débarqué à Oftende
les Troupes qui estoient def
tinées pour le renfort de l'Armée
du Royfon Maiftre , 385
Suitte du Journal du Siege de Lille ,
386
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par , Pour
former de fi beaux noeuds ,
page 93.
L'Air qui commence par
Quand on eft loin de ce qu'on
aime , page 384.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères