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1708, 08
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Eur.
511th
1708,8
Mercire
<36624505060012
<36624505060012
Bayer. Staatsbibliothek
1:
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
AOUST, 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
*
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais
Galant.
au Mercure
M. DCC VIIL
Avec Privilege du Roy
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , etantimpoffible
de deviner le nom d'une Ter-
"
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en en- !
voyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
J
AQUST , 1708.
E crois ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre que
par l'ouvrage fuivant . Les actions
dont il parle doivent
vous faire connoiftre qu'il
y a déja plufieurs mois que
A iij
6 MERCURE
cet ouvrage eſt compoſe.
AURO Y.
POEM E.
Magnanime
Heros , dont
la grandeur fuprême
Et le prix éclatant d'une fageffe
extrême.
Toy , qui fçais en tout temps
commander & regner ,
Et pour combler nos voeux , te
plaift à l'enſeigner ;
Charmé de tes vertus , plein du
feu qui m'anime .
LOUIS , je viens t'offrir un encens
legitime.
Je celebre ta gloire , heureux fi
mes accords
GALANT 7
Répondent à mon zele , & fuivent
mes tranfports.
Ma Muſe à tes hauts faits mille
fois attentive ,
T'a chanté , couronné de lauriers
& d'olive ,
Tantoft fier , intrepide au milieu
des hafards ,
Dontjadis l'afpect feul fit fremir
les Cefars ,
Forçant les plus hauts murs ,
furmontant mille obftacles ,
Dans tes moindres projets enfantant
des miracles :
Eclairant tes Confeils , animant
tes Soldats ,
Maîtrifant la Victoire attachée
à tes pas :
Tantôt Heros modefte , & Vainqueur
toûjours fage ;
A iiij
8 MERCURE
Du Demon des combats arietant
le carnage ,
Et dans l'éclat pompeux des
Triomphes guerriers ,
Aux douceurs de la Paix * immolant
tes lauriers ,
Uniffant dans ton coeur le Heros
au Roy jufte ;
La vaillance de Jule & la bonté
d'Augufte ,
Sufpendant le Tonnerre , &
content de tonner ,
Auffi lent à punir que promptà
pardonner ;
Et par les nobles traits d'une
vertu fi pure
Du Monarque des cieux retraçant
la peinture ,
Ouy , Grand Roy , ta fageffe &
tes exploits divers
* La Paix de Nimegue .
GALANT 9
Ont efté mille fois l'objet de
mes concerts .
Quede chants folemnels , quand
je vis ta clemence
Dérober à ton bras les droits de
ta vaillance ,
Et ton coeur genereux prévenant
nos fouhaits
Moiffonner des lauriers dans le
champ de la Paix !
Quand dédaignant l'éclat d'une
gloire commune ,
Maitre de tes defirs , plus grand
que la Fortune ,
Devenant le falut de cent Peuples
vaincus ,
Tu trouvois dequoy vaincre en
ne les vainquant plus :
Quand le Duel détruit , les Erreurs
étouffées ,
Tous les jours à ta gloire éri
geoient des trophées .
10 MERCURE
Et ton pouvoir fuprême appelloit
à tes pieds
Des Souverains jaloux , foûmis ,
humiliez ,
Qui faifant fucceder leur amour
à leurs haines *
Venoient baifer la main qui leur
donnoit des chaînes ;
1
Et frappez de l'éclat qui brilloit
à leurs yeux ,
Rempliffant l'Univers de ton
nom glorieux.
Quels chants , lorfque forcé de
reprendre ta foudre ,
A cent nouveaux Titans tu fis
mordre la poudre ,
Et
que montrant par tout ta
puiffance & tes droits ,
On te vit proteger , vaincre ,
faire des Rois ,
* Le Doge de Gennes .
GALANT II
Prevenir , diffiper la tempête &
l'orage.
Effrayer le Danube & raffurer
le Tage ,
Le rendre plus celebre , augmenter
les tréſors ,
Inftruire un jeune Marsa def
fendre les bords ;
Renouveller du Rhin les allarmes
fanglantes ;
.
Faire fremir l'Oder fous tes
Armes tonnantes ;
Difpofer du deftin de cent
Combats divers ,
D'une feule Campagne * éton- ,
ner l'Univers ?
Mais que vois- je ! tout change,
& Mars & la Victoire
Grand Roy , femblent tourner
leurs traits contre ta gloire ;
* La Campagne de 1703 .
12 MERCURE
Quoi ! ces Dieux aujourd'huy
confpirent contre toi
Qui t'aidoient à ranger l'Univers
fousta Loy ;
Vains & foibles efforts ! tous
fert à ta fageffe
Tu vainquois fans orgueil , tu
cedes fans foibleffe ,
Rien n'abbat ton grand coeur;
la vertu le foutient
Les Deftins font contens
Victoire revient ;
la
Elle s'offre à tes yeux avec fes
premiers charmes ,
Au party qui la perd renvoyant
les allarmes
D'un front qui les ternit arrachant
fes Lauriers ,
Au champs Hefperiens elle fuit
Les Guerriers ,
GALANY
13
1
Et déja fur les pas
de ta race ,
du fier Duc
De l'Aigle au becs affreux elle
confond l'audace >
Renduë à la valeur , foumiſe à
l'équité ,
Elle enchaîne & punit le Rebelle
dompté ;
Et par tout deteftant l'orgueil
qui l'a furpriſe ,
Elle expie à ton gré ſa fatale
méprile.
Mars feconde tes voeux fur la
terre & les flots ,
Icy l'Anglois s'arreſte à l'aſpect
du Heros ,
*
Dont l'Adda fur les bords vit la
fiere vaillance
D'un fuperbe Guerrier confondre
l'arrogance ;
* Mr le Duc de Vendofme,
14 MERCURE
Là le feu dans les yeux , & la
foudre à la main ,
Le Vainqueur a du Danube
épouvante le Rhin .
Plus prés , ces fiers Titans , qui
par mer b & par terre
Vont juſques dans tes Ports défier
ton tonnerre :
Prévenus , repouffez , déchûs de
tout espoir ,
Eternifent ta gloire, & montrent
ton pouvoir ;
Et ce nuage affreux gros de mille
tempeftes
Qui menaçoit tes Lis , va crever
fur leurs teftes.
a Mr le Maréchal de Villars.
La Levée du Siege de Toulon.
GALANT 15
Si je fçavois le nom de
l'Auteur de cet ouvrage , je luy
rendrois la juſtice qui luy eft
dûë.
grace de la
Je vous envoye une Homelie
de Sa Sainteté ; elle n'eft pas
nouvelle : mais comme il n'en
a point encore paru de Traduction
, celle que je vous envoye
doit avoir la
nouveauté. Cette Homelie eft
d'autant plus recherchée qu'il
fe trouve toûjours beaucoup
d'onction dans les ouvrages
du Saint Pere , & que dans
toutes celles qu'il prononce
, il parle toûjours des
16 MERCURE
affaires du temps , felon la fituation
où elles fe trouvent
en les couvrant néanmoins
d'un voile délicat , & qui n'empêche
pas qu'on ne les reconnoiffe.
HOMELIE
De N. S. P. le Pape CLEMENT
XI. prononcée à Rome dans
l'Eglife de Saint Pierre le
jour de Noël dernier.
Le fils de Dieu , le fils unique
du Pere Eternel dans la vuë de
nous faire enfans de Dieu , s'eft
-
GALANT 17
incarné & a eftéfaitfils de l'homme;
il apris chair a esté fait
d'une femme ; & pour racheter
ceux qui estoientfoumis à la Loy,
il s'y eft luy- même foumis pour
nous faire recevoir , & nous rendre
dignes de l'adoption des enfans :
mais de quels enfans ? des enfans
du jour , des enfans de lumiere ,
& non des enfans de tenebres &
des enfans de la nuit , des enfans
de la libre & non de l'esclave non
fumus ancillæ filii , fed libera:
bien heureufe liberté
demption de Jefus- Chriſt nous a
procurée, par laquelle nous
avons un droit incontestable de
Aouft
. 1708.
que
B
la re18
MERCURE
pretendre à la gloire des enfans de
Dieu , à la gloire celefte : or le Redempteur
a donné la puiffance de
devenir enfans de Dieu à tous
ceux qui ont reçu ce glorieux don
de liberté : reflechiffez donc, tresvenerables
Freres&nosplus chers
enfans , confiderez qu'elle a efté
la mesure & l'excés de l'amour
du Pere Eternel pour tous les hommes
, de permettre que nous prenions
, & qu'on nous donne la
qualité d'enfans de Dieu , & de
vouloir
que nous Soyons en effet
fes enfans ; & par la même raifon
que nousfommes fes enfans
nous fommes auffifes heritiers ; je
GALANT
19
veux dire heritiers du Pere Celefte
, & coheritiers de fonfils F.
C. quels termes affez expreffifs
& affez forts pourroient exprimer
la bonté admirable de Dien
pour nous ; ils nous manquent en
effet : quel eft l'Ange & à quelle
Intelligence celefte s'eft - il jamais
abbaifé de dire , Tu és mon Fils
& je t'ay engendré aujourd'huy.
FILIUS MEUS ES
a
TU , EGO HODIE GENUI
TE : Cependant le nom qu'il
nous donnne ; c'est le titre dont
il nous honore , c'est 14 grace
qu'il nous fait , & c'est le
rang où il nous veut bien élever.
Bij
20 MERCURE
Une grace d'une telle diftinction.
eft un mystere , mais un myſtere
bien relevé, & on peut dire que
ce don furpaffe tous les dons , de
dire & de pouvoir dire
appelle l'Homme fon Fils , & que
par un heureux retour l'Homme
puiſſe appeller Dieu fon Pere. Il a
que
Dieu
"donné le pouvoir de devenir enfans
de Dieu , à tous ceux qui ont
reçu ce don ; difons donc, & difonsle
hardiment
que
Dieu est noftre
Pere & que nous fommes devenus
fes enfans. Ouy , Venerables
Freres , nous fommes devenus les
Les enfans du Tres-Haut ; nous
fommes devenus les enfans du
GALANT 21
Dieu vivant. Ecoutons le Sei
&neur; que fi je fuis le Pere , où
eft le respect que l'on me doit ! St
nous avons la qualité d'enfans de
Dieu , fi nous la portons , &fi
nous sommes effectivement fes enfans
qu'est- ce qui nous fait paroiftre
dignes d'un rang fi élevé ?
Ceux qui fe laiffent conduire par
l'efprit de Dieu , font les veritables
enfans de Dieu ; mais celuy
que l'adverfité abbat , ou que
profperité corrompt , neferajamais
cenfe fe conduire par l'esprit de
Dieu. En effet , celuy qui fe qualifie
du glorieux nom d'enfant de
Dieu , peut- il s'avilirjusqu'à don
la
1
22 MERCURE
&
ner fon eftime aux chofes de la
terre ; y a-t- il quelqu'un affez
déraisonnable pour regarder ceux
qui fe plaifent aux chofes qui ne
font pas agreables à Dieu & qui
cherche fon plaifir fa fatisfaction
dans ce qu'il fçait dont Dieu
eft offense ? On ne sçauroit dire
que c'eft - là le caractere des vrais
enfans de Dieu ; l'éclat & l'honneur
d'une fi glorieufe adoption ne
peuventfubfifter avec une conduite
qui luy eft fi contraire , &fi même
parmy les fils des hommes les
vices détruifent l'éclat d'une naif-
・fance relevée , de maniere que
gloire & la réputation des aаyуeсuиxх,
la
GALANT 23
nefervent qu'à abaiſſer & humilier
un indigne rejetton , qui foutient
fi mal leur nom l'éclat de
leurs vertus ; quelle confufion pour
ces hommes qui eftant du peuple
choifi de la race des Elus , terniffent
par d'indignes bafſſeſſes & dégenerent
de ce rang glorieux , ou
Jefus-Chrift venu dans le monde
pour les racheter , les a placez; il
'n'est donc que trop vray que
Seigneur a tous les jours unfujet
qui n'est que tropjufte & trop veritable
, de renouveller aux hommes
ces reproches qu'il leurfaifoit
autrefois : FILIOS ENUTRIVE
le
ET EXALTAVI , IPSI AUTEM
24 MERCURE
SPREVERUNT ME ! J'ay donné
la pâture à des enfans , je
les ay élevez , & je n'en ay cu
pour reconnoiffance qu'un parfait
mépris ! C'est donc un Pere
de qui nous avons la pâture & à
qui nous devons l'élevation où
nous fommes , que nous avons méprife
; Enfans ingrats , que nous
fommes ; enfans méconnoiffans des
celeftes bienfaits , dont nous avons
efté comblez; enfans de defertion ;
enfans defoupçon de méfiance ;
enfans rebelles à la loy divine ,
que nous craignons même d'oüir ;
enfans dénaturez qui n'attendons
& n'efperons de fecours que
des
Egiptiens
GALANT 25
ces mé-
Egyptiens & de la force de Pharaon
à qui l'ombre de la malheu
reufe Egypte infpire uniquement
la confiance. L'amour dont Dieu
eft enflammépour les hommes , l'a
fait defcendre d'en haut e5 l'a attiré
auprés de ces mêmes hommes ;
& c'eſt au feul mépris que
mes hommes ont pour Dieu qu'ils
doivent l'éloignement où ils font
de Dieu . Ainfi fommes - nous en
droit de nous plaindre des malheurs
des temps des calamitez
la
que guerre traîne aprés elle ,
లో dont elle remplit la terre & la
mer. Doit-on eftre furpris de voir
les campagnes femées de cadavres ,
Aouſt 1708 C
26 MERCURE
& ce Pays ,jadis fi celebre & fi
florifant , defolé ruiné
continuels ravages qu'y font les
par
les
troupes amies & ennemies ! Devons
- nous nous élever contre le
débordement des rivieres , contre
l'allarme & le defefpoir de ces
peuples que l'image de la mort accompagne
par tout , & qu'ils ont
లో
toujours devant lesyeux . Devonsnous
enfin nous récrierfur ces effroyables
tremblemens de terre qui
ont abîmé plufieurs Villes les
ont renverséesfans qu'ilenrefte le
moindre veftige ! Que dirons - nous
de cette difcorde interieure qui ne
fait pas moins de ravages dans les
GALANT 27
Monarchies
que
dans les Armées
étrangeres ! Que diray je , en un
mot , du tragique & déplorable
eftat où toute l'Europe , & particulierement
la Religion chreftienne
, ébranlée & agitée par les atteintes
qu'on luy donne tous les
jours qui fe voit tous les jours ,
l'avoüeray je ! fur le penchant de
fa ruine , fe trouvent aujourd'hui
reduites ! C'est donc avec juftice
que ce Pere couroucé chaftie fes
enfans : Ingrats & dénaturez enfans
que nousfommes , qui l'avons
fans raifon & fans aucun fondement
négligé FILIOS ENU-
:
TRIVI ET EXALTAVI :
Cij
28 MERCURE
IPSI AUTEM S PREVERUNT
ME. Jay nourri mes
enfans ; je leur ay procuré des
honneurs , & ils m'ont outragé
par leurs mépris . Nous devons
plutoft gemir fur les fautes qui
font la caufe de nos maux , que
fur nos maux - mêmes ; & nous
devons nous affliger de ce qu'ayant
efté élevez au glorieux eftat d'adoption
des enfans de Dieu , nous
n'avons pas reconnu le prix &
l'éclat de noftre élevation . Pleuronsfur
les meurs corrompues dont
le monde eft plein ; Pleurons fur
le mépris que l'on a pour les Loix ,
&fur la Difcipline de l'Eglife.
GALANT 29
Pleurons de voir la fainteté des
Temples violée ; fainteté qu'on
avoit respectéependant un fi grand
nombre de fiecles ; pleurons de voir
anéantie la reverence due aux Miniftres
de l'Eglife , & le respect
qu'on leur avoit porté fi longtemps
, détruit : gemiffonsfur l'affoibliffement
de cette autorité qu'on
doit attendre des Chreftiens & que
nous voyons à prefent fi tiede
fi languiffante. Pleurons de voir
que les plus renommez enfans de
Sion, lesplus illuftres, ceux mêmes
qui font couverts de l'or le plus
brillant , ont la lâcheté d'applandir
aux orages qui s'excitent con-
C iij
30 MERCURE
fre
tuaire
que
re la Ville même de Sion ; gemiffons
fur la lâcheté qu'ils n'ont pas
honte de commettre , & de voir la
profanation des pierres du Sancl'on
jette avec confufion
dans les Places publiques.
Pleurons en voyant les enfans de
noftre Mere armez & élevez
contre nous que dis -je ! attaquer
avec la derniere infolence & combattre
contre leur propre mere. Ge
miſſons fur nos pechez qui ont armé
contre nous des foudresfi terribles
la main de Dieu ; Pleurons
fur nous qui n'apprehendons point
de perdre la Robe preticufe des enfans
, de nous voir replonger
:
GALANT 31
que
du
dans le vile & honteux esclavage
d'où nous eftions fortis . Enfans
élevez nourris dans un eftat de
grandeur , nous n'avons
méprispour noftre pere , qui répand
enfin aujourd'huy fur nous toute
fa colere , toute fon indignation ,
dont il nous fait reffentir les trop
juftes effets . Mais , mes chers enfans
, feroit - il poffib'e que Dieu.
nous euft rejetté pour toujours ,
qu'il ne vouluft plus reprendre fes
anciens fentimens de douceur &
de bonté pour nous ! ce Dieu de
mifericorde renoncera t il à fapremiere
bonté , à ſa premiere indulgence
, &fa colere jointe à l'indi-
C iiij
32 MERCURE
qui
gnation , détruira t-elle en luy tous
lesfentimens tous les mouvemens
de fa mifericorde ! Non ne
le craignons-pas ! non ne nous laiffons
pas furprendre à des penfees
conviennent fi peu au caractere
d'un pere
bon er juste. Il eft
vray que le Seigneur du ciel &
de la terre fe courrouce , mais fa
colere ne doit pas durer toûjours
s
il menace , il est vray , mais fes
menaces ne font que menaçantes
& elles nefont quepour un temps.
Il n'a pas oublié les bontez d'un
pere à l'égard de fes enfans , ainſi
que nous avons oublié les devoirs
d'un fils à l'égard de fon pere. Il
GALANY
33
femble que fes entrailles paternelles
s'émeuvent pour nous donner une
feconde naifance , & qu'elles l'excitent
à nous engendrer une fecondefois
en nous pardonnant. Il veut
fe fouvenir uniquement qu'il eft
Pere, & oublier qu'il eft fuge ;
cherchant plutoft noftre retour que
noftre perte , au lieu d'une Sentence
de mort , il prononce celle de noftre
pardon. Redeamus itaque ad
Patrem. Retournons donc à ce
Pere qui eftdans les cieux ; retournons
à noftre Pere , à ce Pere qui
raffafie dansfa maifon tant de mercenaires
: In cujus domo mercenarii
multi abundant pani34
MERCURE
: bus à ce Pere qui nous a figenereufement
offert les moyens de devenir
enfans de Dieu , & d'avoir
part àfon heritage. Puifque nous
avons efté privez fi longtemps des
douceurs de la maifon de noftre
Pere , fuivons l'exemple de l'Enfant
de l'Evangile ! imitons fon
repentir ! faifons comme cet
Enfant prodigue , qui aprés avoir
abandonnéfon pays pour ſe retirer
dans une terre étrangere & éloi
gnée, &y avoir diffipé tous les
brens que fon pere luy avoit donnez,
de retour auprés de ce Pere ;
luy dit d'une voix lamentable :
Fay peché, o mon Pere , contre le
GALANT 35
ciel, contre vous : Pater peccavi
in coelum , & coram te.
Je ne merite plus de porter la qualité
de vostre Fils : Jam non fum
dignus vocari Filius tuus. Imitons
ce libertin , ce deferteur dans
fon retour vers le Pere de famille ,
puifque nous l'avons imité dans
fa fuite , dans l'abandon de la
maifon paternelle. Marchons vers
ce Pere , allons le trouver , crions
vers luy Clamemus ad Patrem
; invoquons le , mais
foit avec une foy fincere , une efperance
ferme une charité vive
ardente : car
& puiſqu'il nous
•
que
ce
predeftinez en nous faisantpart
36 MERCURE
a
de fon heritage , puifqu'il nous a
prédeftinez par l'adoption de fes
enfans ; puifqu'il eft toûjours preſt
àécouter favorablement ceux qui
s'adreffent à luy & qui l'invoquent
fincrement , nous devons
efperer , & nous devons nous remplir
de confiance , qu'il nous rendra
noftre premiere robe , cette robe
pretienfe , gage de l'Amour de
Dieu , & qu'il nous comblera des
trefors de fa mifericorde ; de cette
mifericorde qui nous afait obtenir
rang & la qualité d'enfans de
Dieu. Si reconnoiffant les pechez
les fautes que l'ont irrité
nous ; fi , dis - je , reconnoiffant
le
conGALANT
37
dans les fentimens d'une humble
douloureufe confeffion nos éga
remens nos infidelitez paffées ,
nous luy en demandons pardon de
tout noftre coeur , &finous faifons
de dignes fruits de penitence : Si
noftras , quibus illum offendimus
, iniquitates humili confeffione
agnoverimus , dignofque
poenitentiæ fructus fecerimus.
Ainfifoit-il.
Sa Sainteté a donné à l'Abbé
Gualterio , frere du Cardinal de
ce nom , & Legat de la Romagne
, l'Evêché de Veroli dans
la Campagne de Rome.
38 MERCURE
Veroli eft une Ville Epifco
pale qui ne dépend que du Siege
de Rome . Peu de Sieges Epifcopaux
ont cet avantage. Cette
Ville eft proche du Mont
Cofa , fi celebre par les Hiftoriens
, & peu éloigné d'Alary ,
qui eft fur les frontieres du
Royaume de Naples . Mr l'Abbé
Gualterio a reçû des complimens
de toute la Cour de
Rome fur la nouvelle dignité ;
& on luy a rendu la juſtice de
dire qu'il la meritoit par fa naiffance
& par fon mérite. Il eſt
d'une ancienne famille originaire
de la Campagne de Rome
GALANT
39
& qui y étoit déja connue fous
le Pontificat de Leon XI. Ce
fut tres-
Pontife dont le regne
court attacha à la Cour un
Hieronimo Gualterio qui s'y fit
fort eftimer fous le Pontificat
fuivant. Mr le Cardinal Gualterio
, Evêque d'Imola & Arhevêque
titulaire d'Athenes ,
efté longtemps Nonce en
France , & il s'y eft acquis l'cftime
& la confideration de tous
les honneftes gens. Il aimoit
fort les Lettres , ce qu'il a de
commun avec Mr l'Evêque de
Veroli , qui les a cultivées avec
beaucoup de fuccés , & qui eſt
40 MERCURE
de plus un tres habile Canonif.
te ; il en a donné des marques en
plufieurs occafions importan
.tes .
Mr Crifpin Evêque de Samogitie
étant mort, le Roy Stanif
las avoit nommé à cette dignité
Mr Galinski Suffragant de
Vilna ; mais ce Prelat alla exprés
à Soly pour remercier S.
M. P. & s'excufer d'accepter
cette place. Il s'eft contenté
de l'Archidiaconé que ce Prinde
luy a donné; fur le refus de
Mr Galinski , S. M. a nommé
à cette dignité Mr Polubinski
pour qui on a déja demandé
GALANT
4
I
des Bulles au Pape . Ce nouveau
Prelat eft d'une tres grande
maifon de Pologne , & proche
parent de celle de Towienski
dont eft Mr le Comte de
Towienski neveu du feu Cardinal
Primat & qui a épousé une
Princeffe Lubomirski qui eft à
prefent en cette Ville avec fon
époux. Feu Mr l'Evêque de Samogitic
étoit proche parent de
Mr Crifpin , Staroſte de Plungian
,un des premiers Generaux
du Roy de Pologne ; c'eſt
le même qui avec le Prince
MichelWieſnowieski petit General
de Lithuanie & le Gene--
Aout 1708. D
42 MERCURE
ral Meyerfeldt a fervi contre
le General Mazeppa , l'un des
Generaux du Czar & qui a
coupé la communication des
Cofaques avec les Mofcovites
. La Samogitic eft une Province
de Pologne entre la Lithuanie
, la Curlande , la Prufle
Ducale & la Mer Baltique .
Elle a trente - cinq licucs germaniques
de longueur du Levant
au Couchant , mais elle
n'eſt pas fi large. Elle eftoit
autrefois divifée en douze gouvernemens
; mais il n'y en a
plus que deux aujourd'huy.
Les Villes principales font ,
?
43.
GALANT
Miedniki , Roffieme , &c . Le
lieu de la refidence de l'Evêque
eſt Medniki ; ( en latin Mednicia
, & aufli nommée Warmie.
Elle eft fituée vers la fource du
fleuve Wirwits . Le Siege Epifcopal
y fut fondé par Wenceflas
Roy de Pologne en 1413.
Mr l'Evêque de Samogitie qui
vient de mourir a fait beaucoup
de bien à fon Eglife , &
il luy a donné des marques de
fon amitié paternelle dans les
derniers temps de la vie .
Les quatre premiers Articles
de morts que vous allez lire ,
regardent des perfonnes de
Dij
44 MERCURE
diftinction qui ont eſté tuées
au Siege de Tortofe.
Mr de Labat Lieutenant-
Colonel reformé , & Aide de
Camp de Mr le Comte de Bezons
, a efté tué devant Tortofe
. Il eftoit eftimé de tous les
Officiers , & S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans fit publiquement
ſon éloge le jour qu'il fut
tué , en difant à Mr le Comte
de Bezons que le Roy perdoit un
de fes meilleurs Officiers , & que
Les fuccés les plus confiderables ne
pouvoient dédommager de pareilles
pertes . Mr de Labat eftoit d'une
des meilleures Maifons de
GALANT
45
Bearn , & plufieurs branches de
fa maifon qui fe font établies
dans la Guyene , dans le Gevau
dan, & dans la Xaintonge , ont
produitde grands hommesdans
l'Eglife & dans l'Epée . Un des
ayeux de Mr Labat fe diftingua
fort en is 90 à la bataille d'Ifoire,
pour le fervice du Roy Henri
IV . Ce Prince qui fut témoin
de fa valeur luy témoigna
une grande reconnoiffance du
zele qu'il avoit marqué pour
fes interefts , & luy fit des dons
confiderables. Celuy dont je
vous apprens la mort fe trouva
à la Bataille de Luzzarra , où il
46 MERCURE
fe diftingua beaucoup fous les
yeux mêmes du Roy d'Eſpagne
qui le loua fort.
Mr de Monchant qui a eu
le même fort , eftoit Major
general de l'Armée d'Espagne ,
Brigadier des Armées du Roy,
& Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui portoit fon
nom , & qui avoit & qui auparavant
celuy de Sillery ; feu Mr le
Marquis de Sillery tué à la Bataille
d'Almanza en ayant efté
Colonel , & Mr de Monchant
l'ayant eu aprés la mort de ce
Marquis. Ce Regiment avoit
auparavant porté le nom de
GALANT 47
·
Catinat: Mr de Monchant avoit
dabord fervi dans les
Moufquetaires , dont il fut fait
Brigadier peu de temps aprés
qu'il fut entré dans ce Corps ;
il en fortit pour prendre une
compagnie de Grenadiers du
Regiment de Bourbonnois , fa
valeur qui eftoit déja connuë
l'ayant fait nommer pour remplir
ce pofte. Le Roy le choific
quelque temps aprés pour
aller en Espagne , & luy ordonna
de ne point quitter la Perfonne
de S. M. C. dans toutes
les occafions où Elle fe trouveroit
; ainſi il alla en Eſpagne,
48 MERCURE
& accompagna ce Monarque
en fon voyage d'Italie ; il fut
fait Colonel aprés la Bataille
d'Almanza , ainfi que je l'ayremarqué
, & un an aprés Brigadier
& Major general de l'Armée
d'Espagne. Il a donné dans
tous les poftes qu'il a remplis
& dans toutes les occafions ou
il s'eft trouvé , des marques
d'une intrepidité peu commune
, & qui luy a attiré de grands
éloges du Roy & de S. M. C.
Il eftoit de la maifon de Caf--
tillon dans le Condomois
qui eft une des plus anciennes
du Pays . La petite Ville de Caftillon
GALANT 49
tillon en Perigord & fi cele_
brefous Charles I X.a corn
nom à cette maiſon. Mr de
Monchant avoit deux freres ,
Mr l'Abbé de Monchant
Doyen de l'Eglife de Condom ,
& cy- devant grand Vicaire du
même lieu , & Mr de Corbean
qui a fervi avec diſtinction , &
qui a commandé pendant une
campagne la Nobleſſe de fa
Province. Ces Mrs avoient un
frere aîné , mort depuis quelques
années , & qui a laiffe un
fils que S. M. C. a demandé
pour en prendre foin , & il eſt
parti pour
Aovft 1708.
fe
rendre en Eſpa-
E
50 MERCURE
gne avec la permiffion du Roy.
Peu de temps aprés la mort
de Mr de Monchant, Mr l'Abbé
de Monchant fut preſenté
au Roy , & S. M. luy dit qu'elle
avoit perdu en la perfonne de fon
frere , un defes meilleurs Officiers,
& qu'elle feroit toûjours avec
plaifir ce qu'elle pourroit pour
vancement de ceux qui portent
fon nom.
l'a-
Mr de Caroll Brigadier des
Armées du Roy , & Lieutenant
Colonel du Regiment d'Infanterie
de Berwick tué au même
Siege , eftoit d'une des meilleures
maifons d'Irlande , & al-
1
GALANT 51
liée à celles de Dillon , dont
Mr de Dillon Lieutenant general
des Armées du Roy cft chef,
de Mahony, de Striche , & autres
de cette confideration ; il
s'eftoit diftingué dans toutes les
occafions où il s'étoit trouvé dep.
is qu'il portoit les armes pour
le fervice de S. M. il paffa en
France avec le feu Roy Jacques
II. dans le temps de la revolution
d'Angleterre , & depuis ce
temps là il a toûjours eſté ſi
fortement attaché à la France ,
qu'à quelque épreuve qu'on ait
mis fa fidelité , il a fait connoître
que rien n'eftoit capa-
"
Eij
52 MERCURE
ble de l'en détacher.
Mr de Caroll eftoit auffi allié
aux Ducs d'Ormond & de
Quenſbury, & on peut dire fans
le flatter qu'il a facrifié à fon
honneur & à ſa fidelité , une
fortune bien brillante . Mr le
Duc de Berwick qui l'avoit mis
à la tête de fon Regiment avoit
beaucoup de confiance en
luy , & il combattit toûjours
à la Bataille d'Almanza auprés
de ce Duc , qui rendit témoignage
de fa valeur au Roy d'Efpagne
, & à S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans . Mr.de Caroll
joignoit à une valeur ſouGALANT
53
vent éprouvée , une pieté fin-
- cere qui le faifoit a proch er tresfouvent
des Sacren ens; ce qu'il
avoit fait deux jours avant fa
mort : il eftoit proche parent
de Mr de Caroll qui a publié
depuis peu une differtation fur
le dixiéine Chapitre du quatriéme
Livre de l'Effay de Mr Locke
touchant l'Entendement bumain
; il y découvre , & il réfute
les efforts que Mr Locke avoit
faits pour établir dans fon
livre , l'hypothefe de Spinoſa ,
& il y a ajoûté des remarques
fur quelques livres qui ont paru
depuis peu , & particuliere-
E iij
54 MRCURE
ment fur celuy qui eft intitulé
les Droits de l'Eglife Chretienne
, & c.
de
Mr Daffier, Lieutenant Colonel
du Regiment de Sourches,
a auffi efté tué d'un coup
moufquet devant Tortofe . Il
eftoit Chevalier de S. Louis ,
& d'une ancienne famille de
Bearn . Il avoit toujours fervi
dans l'Infanterie , & M.le Chevalier
de Sourche fon Colonel,
avoit une confiance particuliere
en luy
Meffire N.. Dalbon Abbé
de S. Jean de Falaize eft mort
dans la fleur de fon âge , & reGALANT
55
greté de tous ceux qui le connoiffoient.
La pureté de fes
moeurs , fon attention à remplir
tous les devoirs de fon état,
& fa bonté luy avoient gagné
les coeurs de tous ceux qui avoient
quelques relations avec
luy. Il avoit fait un grand ufage
de fes lumieres ; il avoit paffé
les premieres années de ſa
vie dans l'étude des faintes Lettres
, & il y avoit fait de trés
grands progrés. Cet Abbé
eftoit frere de Madame Thomé
& il eftoit d'une bonne & ancienne
famille de cette Ville.
Il s'eftoit deſtiné à l'Egliſe auf-
E iiij
56 MERCURE
fitôt qu'il avoit efté en âge de
fe choifir un état de vie , & on
a eu lieu de juger par toute fa
conduite que fa vocation venoit
d'en haut . Peu de temps
avant la mort il donna le
Prieuré de S. Eftienne de Fálaize
dans le pays du Maine à
Mr Fauvet Chanoine Regulier
de Ste Croix de la Breton
nerie , de l'Ordre de S. Auguftin
, & frere de Mr l'Abbé
Fauvel Chapelain du Roy . Mr
Fauvel avoit merité la bienveillance
de Mr l'Abbé Dalbon
par fa pieté exemplaire & par
la reputation qu'il s'eſt acquiſe
GALANT 57
parmi les gens de Lettres . En
effet peu de perfonnes ſont
plus verfées que luy dans la
connoiffance
de l'antiquité &
des Livres , & le choix que Mr
l'Abbé d'Albon en a fait pour
remplir le Prieuré de S. Eftienfait
beaucoup d'honne
neur à fa memoire : c'eſt le dernier
Benefice qu'il a donné , &
il est mort peu de temps aprés.
A peine les Chanoines Reguliers
de S. Jean de Falaize ont
ils commencé à fentir leur perte
, que le Roy leur a donné
pour les en confoler , Mr l'Ab
bé de S. Aulaire qui joint à
58 MERCURE
une naiffance diftinguée , un
merite generalement reconu .
Mre N... d'Areftel , Seigneur
de Belmont , d'Hoſtel & de
Teyfieu en Bugey , eft mort à
Chambery ; il avoit porté les
armes dans fa jeuneffe dans les
Troupes de Monfieur le Duc
de Savoye où il acquit beaucoup
de reputation ; il laiſſe un
fils & deux filles , dont il y en a
une de mariée à un Gentilhomme
de Savoye , de Dame
N... de Beaumont d'une des
meilleuresMaifons de ce Duché .
Cette Dame eft foeur de Me la
Marquise de Chales , qui a été
GALANT 59
fille d'honneur de Me la Duceffe
de Savoye , de Me la Marquife
de Lullins , de feuë Me
d'Oncieux & de feue Me de
Longprez d'Angeville , dont le
mary Lieutenant Colonel du
Regiment d'Albaret fut tué à
la Bataille d'Hochftet. Mr
d'Areftel dont je vous apprens
la mort , étoit d'une des
plus grandes Maiſons de Savoye
, & allié à tout ce qu'il y a
de plus illuftre dans cette Cour;.
il étoit fils de Claude Gafpard
d'Areftel , Seigneur d'Hoftel ,
& d'Adriene de Montfalcon ,.
Seigneur de S. Pierre , d'Eryo60
MERCURE
:
net de Truchet , premier Prefident
de la Chambre des
Comptes de Savoye . Adriene
de Montfalcon aprés la mort
de fon mary fe remaria à Mr
d'Emerandes , Prefident en la
Chambre des Comptes de Savoye
, dont elle a eu Mr de
Valerieu aujourd'huy Senateur
de Chambery , & une fille
mariée à un Officier de ce
Parlement la branche de la
Maifon de Montfalcon qui
porte le nom de S. Pierre , fubfifte
encore aujourd'huy en Savoye
avec beaucoup d'éclat ;
Mr le Marquis de S. Pierre eft
:
GALANT 61
fort connu par fes fervices. Il
eft frere de Dame N. .de Montfalcon
femme de Mr de Chamoffet
, cy - devant premier
Prefident du Senat de Chambery
avant que le Roy fût
maître de la Savoye. Claude
Gafpard d'Areftel , dont je
viens de parler , & pere de celuy
qui vient de mourir , étoit
frere de Sigifmonde d'Areſtel
épouſe de Côme Mariny, Chevalier
, Marquis de Bourgfranc
en Piedmont , fils de
Claude Mariny Marquis de
Bourgfranc, Gentilhomme Genois
, & Ambaſſadeur du Roy
62 MERCURE
,
en Savoye , & ils étoient fortis
du mariage de Claude Gafpard
d'Areftel qui eft Seigneur dudit
lieu Gentilhomme
tresqualifié
de Savoye , & de Françoiſe
Gautier Dame d'Hoſtel &
de Teyfieu , fille unique de Catherin
Gautier Confeiller de
Mr le Duc de Savoye , Prefident
en la Chambre des Com,
ptes de Chambery , General
des Etapes & Commiffaire
general des guerres deçà les
Monts.Françoife Gautier étant
veuve de Claude Gafpard d'Areſtel
, épousa en ſecondes nôces
Sigifmond d'Eſt , Marquis
GALANT 63
de Lans , Prince du S. Empire ,
Chevalier du grand Ordre &
Gouverneur de Savoye , dont
elle cut Philippe François d'Eft ,
Marquis de Lans , Chriftine
d'Eft, Dom Charles d'Eft ; c'eft
parlà que le Gentilhomme dont
je vous apprens la mort
avoit l'honneur d'appartenir
à la Maifon de Modene & à la
Reine d'Angleterre , Claude
Gafpard d'Areſtel , étoit fils de
Louis d'Areftel Ecuyer , Seigneur
du même lieu , & d'Yolande
Dupont , un des plus
beaux efprits de fon temps.
Mr d'Areftel , qui eſt mort ,
64 MERCURE
avoit un fils aîné qui mourut
au commencement de la derniere
guerre en Piedmont dans
les Troupes de Mr le Duc de
Savoye.
Mr N....le Comte de Dortans
, Capitaine de Cavalerie
dans les Troupes de Sa Majefté,
eft mort à Strasbourg à la fleur
de fon âge fans laiffer d'enfans
de Dame N ... Camus d'Y.
vours fon épouse, de l'ancienne
famille des Camus , dont il y
a plufieurs branches en cette
ville . Mr le Comte de Dortans
portoit les armes depuis plus
de 2 5. ans , & il s'eſt diſtingué
GALANT 65
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé. Il laiffe deux foeurs
dont l'une a époufé Mr de
Chapelles Gentil homme de
Bugey. Il eftoit fils de feu Gafpart
Comte de Dortans qui eut
une jambe emportée d'un
coup de canon à l'un des Sieges
de Turin , eftant Capitaine.
au Regiment de Lefdiguieres ,
& qui s'eft trouvé dans les
plus celebres occafions de fon
temps , où il donna des marques
de fa valeur & particulierement
dans les Guerres de Loraine
& d'Allemagne fousle s
Marechaux de la Force & d e
Aouft 1708 ..
F
66 MERCURE
Gaffion , & de Dame N ...
Dupré foeur de feue Me la
Comteffe de Fortilles , morte
en cette Ville il y à quelques.
années. Gafpard Comte de
Dortans , efloit frere de feu
Jean François de Dortans Seigneur
du Martrey qui a fait
la branche du Martrey en
Dauphiné , qui eft pere de Mr
du Martrey Capitaine de Cavalerie
& de Me Dorlier une
des plus belles perfonnes de
Savoye. Ces Mrs eftoient fils
de Jean Philibert de Dortans
qui porta long- temps les Armes
pour le fervice du Roy
GALANT 67
en Italie , & de Claudine de
Virieu fille d'Archaud de Virieu
d'une des plus illuftres
Maifons de Dauphiné , & de
Claudine de Maubec , eft pctite
fille de Pierre Antide de
Dortans Gentilhomme ordinaire
de la maiſon du Duc de
Savoye & de Catherine de la
Baulme fille de Louis de la
Baulme Comte de S. Amour
Chevalier de l'Ordre de Savoye
& de Claudine de la Teïffonniere
; celuy cy eftoit petit
fils de Perceval de Dortans
grand Chambellan des Ducs
de Savoye Philibert & Charles
Fij
68 MERCURE
Gouverneur de Geneve & de
Verceil & de Claudine de Parpillon
. La Maiſon de Dortans
eft une des plus anciennes familles
du Bugey. Elle fleuriflɔit
déja fur la fin du douzième
fiecle. Dés le quatorziéme ficcle
Hugonin & André de Dortans
pere & fils furent Confeillers
&Chambellans desires
de Thoires , Souverains d'une
partie du Bugey & de la Breffe.
Hugonin époufa Jeanne de la
Baulme de la même Maifon.
que Mr le Marechal de Montrevel
& André Helene de Beaufremont
de la même maifon
GALANT 69
5
que le Marquis de Mr Liftenois
qui a époufé Mlle de Mailly.
Guillaume de Dortans fur la
fin du même fiecle fut Chambellan
& Gouverneur
du Comte
deGeneve & d'Annecy.Louis
de Dortans fon frere fut Chanoine
& Comte de Lyon . Hugonin
de Dortans vers le milieu
du quinziéme fiecle fut Ecuyer
ordinaire
du Duc de Savoye ,
& il époufa Guillemette de
Vincelle niece de Jean de Vincelles
, Abbé de S. Claude.
Guillaume un de fes fils , fut
Religieux & grand Chambrier
de S. Claude , où l'on fait des
70 MERCURE
preuves comme à Lyon & à
Malte. Perceval dont j'ay déja.
parlé & qui vivoit au commencement
du feiziéme fiecle a fait
beaucoup d'honneur à cette
maiſon ; il fut fouvent Envoyé
des Ducs de Savoye fes
Maiftres vers le Conneftable
de Bourbon , le Viceroy de
Naples , & la Princeſſe d'Orange.
Il fut Ecuyer Trenchant du
Prince Philibert . Ce Prince
l'employa pour negocier avec
les habitans de Genève le rétabliffement
de leur Evêque , ce
qui n'eut pourtant aucun fuccés.
Sur la fin du même fiecle.
GALANT 70
Claude dé Dortans Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, fut Gouverneur de l'If
le de Goze , qu'il deffendit courageufement
contre une Armée
Navale de Turcs. Il mourur
Commandeur du Genevois..
Jean Antoine fon frere , du
même Ordre Commandeur de
Levreux & de Bellecombe , à
la revûë de l'Armée Chref
tienne , qui fe fit à Meffine
aprés la fameufe bataille de
Lepante , où il s'eftoit trouvé ,,
cut la charge de porter l'Etendart
General de la Religion
au premier combat qui fe donneroit..
72 MERCURE
La branche aînée de cette illuftre
maiſon eft éteinte par la
mort de Mr le Comte de Dor
tans . Il en refte trois , Marterey ,
Bonaz & Chatonnaz.
Dame N... de Gayardon-
Greffolles épouse de Mre N...
de Riverie Seigneur de Clerinbert
en Foreft , eft morte
dans un âge peu avancé ; elle
eftoit foeur de Mre N ... De
Gayardon Seigneur de Tiranges
qui a efté long- temps Capitaine
dans le Regiment Lyonnois
, & qui a épousé la foeur
de Mr du Fenoil Me des Requeftes
, & fille de feuc Mre N..
de
GALANT
73
C
De
7.
C
"
de Gayardon - Greffolles Scigneur
de Tiranges , mort Major
du Regiment Lyonnois ,
& de Dame N ... de Cotton
de la même famille que le feu
Pere Cotton , Jefuite & Confeffeur
du Roy Henry IV. &
que feuë Me du Lieu - Genevoux
femme de feu Mr du
Lieu Genevoux Confeiller du
du Roy & Me ordinaire en fa
Chambre des Comptes de Paris
, & mere de Mr de Genevoux
qui a la même Charge.
La Dame dont je vous aprens
la mort , eftoit niece de Mr
de Greffolles , Chanoine d'Ef
Aoust 1708 .
G
74 MERCURE
nay de Lyon , & de Mr de
Greffolles Doyen de l'Eglife
Royale de Montbriffon , Elle
eftoit Coufine germaine de Mr
de Greffolles , aîné de la maifon
de Gayarden
, qui a épouſé
une foeur de Mr Cachet de
Montezan cy - devant Prevôt
des Marchands
de Lyon , &
premier Prefident du Parlement
de Dombes ; de Mr de
Greffolles Chanoine de Montbriffon
; & de Me de Greffolles à
qui le Roy donna une Abbaye
en Foreſt il y a environ dixfept
mois . La maiſon de Gayardon
- Greffolles eft alliée à
GALANT 75
celle de la Chaife , & la branche
de Tiranges l'eſt encore
par feüe Me de Greffolles Tiranges
qui eftoit de la même
famille que le Pere Cotton
oncle du Pere de la Chaife.
Mrs de Greffolles font d'uné
ancienne
Forez.
nobleffe de
Mr de Clerinbert mary de
la Dame dont je vous aprens
la mort , eft fils de feu Mr de
Clerinbert qui a porté les Armes
toute fa vie avec beaucoup
de diſtinction , & de feüe
Dame N ... de la Balme d'une
tres ancienne nobleffe de Dau-
Gij
76 MERCURE
phiné , & alliée aux meilleures
maifons de ces Provinces
comme Grolée Meſpieu , Saffenage
, Fenoil , Oncieux , Pronier
, S. André , & Simianes de
Gordes.
Damoiſelle N ... Chevalier
de Fernex , eft morte
dans de grands fentimens de
Religion , & à la fleur de fon
âge dans la Communauté de
l'Union Chrétienne, dépendante
de celle de S. Chaumont.
Elle avoit fuccé avec le lait les
erreurs de Calvin : mais defabufée
des préjugés de l'éducation
, elle avoit abjuré la Reli-
1
GALANT
77
с
e
e
コー
S
gion Proteftante depuis quelques
années , & avoit vécu
dans la veritable, d'une maniere
pieuſe & édifiante. Elle étoit
foeur de Mr l'Abbé de Fernex
Curé d'Oxnaix au pays de Gex-
& l'un des plus ingenieux
hommes de fon temps , & de
Mr de Fernex , Capitaine de
Grenadiers & fort eftimé dans
les Troupes . Le Roy en confideration
de leur changement
de Religion leur avoit affigné
des penſions ; ils eftoient tous
enfans de feu Mr de Fernex
Gentil homme du Pays de Gex
& qui fut en qualité de Pro-
G iij
78 MERCURE
teftant donné pour Adjoint à
feu Mr Bouchu
Intendant de
Bourgogne , lorfqu'en
1661 .
le Roy envoya deux Commiffaires
dans toutes les
Provinces,
l'un Catholique
& l'autre Reformé
, pour examiner
fur les
lieux ce que les Prétendus reformez
avoient ufurpé au delà
des Edits & des
Declarations.
Leur
Commiffion eftoit du 1 5
Avril 1661. & leur
principale
Occupation
fut d'examiner
les
droits d'exercice des Proteftans
dans le Bailliage de Gex . Ces
Commiffaires
jugerent le 24 .
Novembre de la même année ,
GALANT
79
les queſtions agitées entre le
Clergé du Baillage & les Prétendus
reformez ; mais s'eftant
trouvez partagez fur vingt fix
Articles, Mr Bouchu figna feul
l'Ordonnance qu'ils avoient
faite , Mr de Fernex ayant refuſé
de la ſigner, à caufe des 26 .
Articles ; & le Roy par Arreſt
du 16. Janvier de l'année fuivante
, confirma l'avis de Mr
Bouchu . Le premier des vingtfix
Articles conteftez entre les
Commiffaires regardoit les Eglifes
des Proteftans dans le
Pays de Gex . De vingt - cinq
qu'ils y avoient fur de faux ti-
G iiij
80 MERCURE
>
tres fans doute , Mr Bouchu
leur en ofta vingt-trois , & ne
permit de faire leurs exercices
qu'à Sergi & à Fernex . Une
des raifons de cette diminution
fut qu'il n'y avoit que vingtfix
Paroiffes dans le Bailliage ;
que les Catholiques n'y avoient
que dix-fept Eglifes & autant
de Curez ; & que le Pays eftoit
petit , n'ayant que quatre ou
cinq lieues de long & deux &
demie de large. De plus Mr
Bouchu défendit à Mr de Beauchafteau
, grand pere de Mr le
Curé d'Andilly , d'exercer la
Charge de Chaſtelain dont il
GALANT 81
avoit joui fans Provifions du
Roy , & S. M. en confirmant
cet Article , approuva celuy
que cet Intendant avoit nommé
en attendant que Monfieur
le Prince de Condé Seigneur
du Pays en euſt nommé un autre
; mais Mr de Beau - chafteau
en fe faifant Catholique recouvra
fa Charge. Mr de Fernex
refufa auffi de figner l'Ordonnance
que Mr Bouchurendit
le 13. de Fevrier 1662 .
pour l'execution de l'Arreſt
emporté par les préjugez du
party où il eftoit engagé. Ce
Gentilhomme avoit beaucoup
82
MERCURE
d'efprit. Il eftoit bon Poëte ,
& il a laiffé divers écrits , & fur
tout un Recueil de Voyages ,
qui a eu beaucoup de fuccés.
Le fils aîné de Mr de Fernex
eft mort il y a déja quelques
années , & il n'a laiffé qu'un fils
qui eftoit dans le fervice de la
Marine , & qui fe noya malheureufement
l'année derniere.
La famille de Chevalier-
Fernex eft ancienne dans le
pays de Gex , & clle y eft alliée
aux principales maifons de
ce Canton
. Mrs de Fenex ont
auffi beaucoup d'alliances
en
Suiffe , & fur tout dans le CanGALANT
83
S.
X®
ES
a
ton de Lucerne & dans le pays
de Vaud .
La Relation fuivante eft de
Mr l'Abbé Pech, Chanoine de
Saint Paul de Narbonne , Official
Primatial , dont le merite
cft connu par d'autres ouvrages
qu'il a donnez au Public ;
elle eft remplie de recherches
curieufes qui doivent faire
beaucoup de plaifir à ceux qui
la liront.
84 MERCURE'
CEREMONIE
FAITE A NARBONNE ,
Pour pofer la premiere
Pierre de la Nef de l'Eglife
Metropolitaine &
Primatiale Saint Juft , &
Saint Paſteur.`
On a de tout temps pris foin
de faire avec tout l'éclat poffible
les ceremonies avec lesquelles on
met la premiere pierre des grandes
Eglifes ; les Evêques y
préchoient , & le Clergé avec
GALANT 85
le Peuple y faifoient des voeux
d'autant plus ardents pour la prof
perité de leurs Souverains ; que
c'eftoit ordinairement aux années
de leurs Quinquennales ou Décennales
qu'on jettoit les fondements
de ces faints & magnifiques Edifices.
L'Eglife de Narbonne baftie
dans les premiers Siecles du Chrif
tianifme , ayant efté brûlée dans
le cinquième , fut relevée par S.
Ruftique Evêque de la même Ville
, qui y mit la premiere pierre
l'an 441. auquel tomboit la huitiéme
Quinquennale de Theodofe
Le Jeune. Ellefut bâtie par les li86
MERCURE
beralitez de plufieurs Evêques
& Seigneurs de la Province
& fut achevée quatre
ans aprés , felon l'ancienne Infcription
que l'on voit encore prés
du portail de l'Archevêché, & qui
eft raportée dans Catel , Gruterus
& Sainte Marthe , & expliquée
par le Pere Pagi.
Cette Eglife quoyque reparée
dans la fuite par les liberalitez de
Charlemagne , tomba entierement
en ruine. Guido Groffus natif de
Saint Gilles , Officier de la Maifon
de Saint Louis , & celebre Predicateur
, ayant efté élevé à l'Archevêché
de Narbone ,fongea aufGALANT
87
fitôt à la faire rebâtir ; il obtint
même du Pape Urbain IV. des
Indulgences enfaveur de ceux qui
contribueroient à ce pieux deſſein ;
mais l'execution enfut differée par
fon exaltation fur la Chaire de
Saint Pierrefous le nom de Clement
IV. les occupations de ce
grand Pape ne luy firent pas oublier
une fifainte entrepriſe : pour
la rendre plus prompte & plus facile
, il accorda de nouvelles Indulgences
, & envoya même de
Rome la pierre fondamentale , benite
ornée d'une Croix d'or. ថ
Cette pierre fut pofée par l'Archevêque
Maurin le 3. d'Avril
88 MERCURE
1272. Ce nouvel Edifice fut
d'abord continué avec fuccés , &
l'on commença d'y faire le fervice
divin le jour de Pâques de l'an
1332. mais lapieufe liberalitédes
fideless'étant refroidie, un ouvrage
entrepris avec tant de zele & de
magnificence , demeura imparfait :
on n'en fit alors que le Choeur , les
Ailes & les Chapelles qui font à
l'entour , avec les deux groffes
Tours qui fervent de Clocher , &
depuis ce temps-là , c'est à dire depuis
prés de quatre Siecles , per-
Sonne n'avoit ofe vaincre les obftacles
qui ont fi long-temps arrêté
la continuation d'un fi augufte
GALANT 89
Temple ; il femble que cette
gloire étoit refervée à l'illustre
Prelat qui fait aujourd'huy nôtre
bonheur. Dés que la Providence
de
l'eut placéfur le Siege de cette Eglife
, il forma le deffein de continuer
un Edifice qui fait l'ornement
de cette Ville & l'admiration
des étrangers qui y paffent.
Enfin , ayant choifi le 17.
Fuin de cette annéepour benir &
pofer la premiere pierre de la Nef,
il voulut que cette Ceremonie fe
fift avec toute la pompe qui pouvoit
la rendreplus folemnelle. On
avoit fait preparer une grande
pierre quarrée , & une plaque de
Aouft 1708. H
90 MERCURE
plomb avec l'infcriptionſuivante.
D. O. M.
Anno Domini M. D. CC VITE
Imperii Ludovici Magni
LXVI. die 17. Dominica
III. poft Pentecoften. Carolus
Archiepifcopus , &
Primas ; Capitulum Metropolitanum
& Primatiale ;;
civefque Narbonenfes ; Primarium
hujus perficiendi
Templi lapidem pofuerunt ..
Les Epoques de cette Infcription
GALANT 91
font d'autant plus remarquables ,
qu'on y voit lafeptieme decennale
de la vie du Roy , &la quatorziéme
quinquennale de fon Regne:
On ne pouvoit prendre une année
plus convenable felon l'efprit de
l'ancienne difcipline , que Saint
Rustique avoit fuivie dans la
conftruction de la premiere Eglife,
dont il fut le Reftaurateur. Ce
grand Saint avoit alors posé une
pierre quarrée ; c'est leplus ancien
, & peut être le feul témoignage
qu'on trouve dans l'antiquité
de cet ufage , que le Pontifical
prefcrit encore aujourd'huy . On
avoit auffi coûtume d'y mettre des
Hij
92 MERCURE
Reliques des Saints : Alexandre
II. en mit dans les fondemens de
l'Eglife du Mont- Caffin : & c'est
fur cesgrands exemples que Monfieur
l'Archevêque réfolut d'honorer
lesfondations de cette nef des
Reliques de Saint Juft & Saint
Pafteur , nos Patrons.
L'occafion n'en pouvoit eftre
plus favorable : ce Prelat faifant
actuellement la vifite defon Eglife
Primatiale avoit fait defcendre,
les Corps de ces Illuftres Martyrs
dont il
prononça le panegyrique
avec cette éloquence & cette onction
qui luyfont finaturelles , &
officié enfuite à une Proceffion geGALANT
93
S
t
e
nerale en chappe , où les Chaffes
de ces Saintsfurent portées en proceffion
par la Ville. Il en avoit tiré
quelques Reliques qu'il enferma
dans une boëtte d'argent faite en
maniere de Medaillon pour eſtre
inferée dans la pierre fondamentale
à la place des medailles qu'on
jette dans les fondations des édifices
prophanes. Cette boëte a pour
Legende ce paßage du Prophete
Aggée de la continuation au fujet
du bâtiment du Temple.
Sufcitavit Dominus fpiritum
Ducis Juda , & fpiritum Sacerdotis
magni , & fpiritum reliquorum
de omni populo : &
94 MERCURE
ingreffi funt , & faciebant opus.
in domo Domini ,
On trouve ces mots dans l'Exerque
:
Sancti Jufte & Paftor , orate
pro nobis.
Tout eftant donc difpofé pour le
jour marqué , Mr l'Archevêque
celebra la Meffe pontificale , Mr
JuifChanoine & Archidiacre &
Abbé de faint Sabin , & Mr de
Serignan , Chanoine de faint
Juft & Abbé de Foncaude luyfervants
de Diacre & de Sous-Diacre
d'honneur avec les autres Officiers
qui ont coûtume de l'affifter.
Apres la Meffe , le Chapitre
GALANT
95
de
Mrl' Arche- fe mir en chappes :
vêque en mitre & en pluvial,
fuivi de Mr des Ifles Lieutenant
de Roy de Narbonne , de Mr Augier,
Viguier & Maire , des Confuls
& de tous les Gentilshommes
de la Ville qu'on avoit invités à
cette ceremonie , alla à la Proceffion
à l'endroit destiné pour les fondemens
du nouvel édifice , eftant
precedé de Mr d'Hautpoul Chanoine
& Succenteur, lequelportoit
furun voile de drap d'or la plaque
où eftoit l'infcription avec la boëte
d'argent où les Reliques font enfermées.
En cet ordre on defcendit dans
96 MERCURE
les foffez larges de trois toifes
profonds de trois toifes & demie.
Alors les Soldats de la Garde
E ceux de la milice Bourgeoife
firent leur premiere décharge de
moufqueteriepar une falve generale
; les cloches fe firent entendre
par leur fonnerie harmonieuſe
l'une desplus belles du Royaume ;
&le bruit meflé aux acclamations
aux cris de joye reiterés , rendit
cette fainte cerémonie plus majestueufe
& plus touchante . On fe
rangea cependant dans les foffez,
oùtout avoit estédifpofé d'une maniere
convenable le lieu de la cérémonie
effant couvert de tentes &
orné
GALANT 97
e
ن
par
le
orné de tapifferies : Les prieres du
Pontifical furent chantées
Clergé, tandis que Mr l'Archevêque
faifoit la bénédiction de la
pierre fondamentale , & qu'il y
renfermoit la boëte des Reliques
avecla plaque de plomb enchaſſée
par deffus . Enfuite le Prélat pofa
la pierre avec les cérémonies prefcrites
au bruit des nouvelles falves
S de moufqueterie & d'artillerie ;
aprés quoy il alla dans tous les endroits
deftinés pour les Piliers , &
benit à trois reprifes les foffes
creuſez pour l'édifice , conformé
ment au Pontifical.
Le Clergé,la Nobleffe & le peu-
Aouſt 1708.
I
1
98 MERCURE
ple étant rentrez dans le Choeur ,
noftre Prelat monta en chaire ,
fit un Sermonfur le fujet dont il
s'agit. Il prit pour texte les mef
mes paroles d'Aggée qui font gragravéesfur
la Boëte des Reliques ,
& fit voir avec fon éloquence ordinaire
, les
rapports merveilleux
naturels qu'il y avoit entre la
Ceremonie qu'on venoit defaire ,
&
tout ce quedit ce Prophete pour
exciter le peuple de Dieu à continuer
l'Edifice du Temple qui avoit
été interrompu .
Il ne m'eft pas poffible de rapporter
icy la quantité de belles chofes
que fon érudition fi connuë luy
GALANT
99
J
I
fuggera dans cette rencontre. La
joye l'admiration étoient peintes
fur le vifage de tous fes Auditeurs
; mais le trouble & la
confternation_regnerent dans fon
Auditoire , lorfque vers la fin de
fon difcours , il dit qu'aprés la
con olation qu'il venoit de reffentir
en pofant cette premiere
pierre pour la continuation
du Temple du Seigneur , il
n'attendoit plus qu'une feule
& feconde confolation ; c'étoit
que quand le Prince des Pafteurs
l'auroit retiré du milieu
de fon peuple pour luy faire
rendre compte de fon admini-
Lij
100 MERCURE
ftration & de fa conduite , ce
cher peuple , pour qui il avoit
employé fes veilles & fes travaux
, voulut bien luy accorder
la fepulture dans cette même
terre qu'il venoit de confacrer
au Dieu vivant ; Que fes
cendres repoſaſſent auprés des
Reliques de ces grands Saints ,
afin que cette Terre luy fervit
d'azile dans le jour de la colere
de fon Dieu ; Que les offemens
de ces Martyrs ranimez dans ce
jour de leur gloire criaffent
devant le Thrône du fouverain
Juge , pour luy obtenir mifericorde
, & qu'en attendant
GALANT 101
ce jour fi terrible renfermé
dans ce tombeau , fon cher
peuple fe fouvint quelquefois
dans fes prieres d'un Paſteur
qui n'a rien eu tant à coeur que
fa fanctification
, ny rien
fouhaitté plus ardemment que
d'employer fa vie & tout ce qui
dépendoit de luy pour fon uti-
C lité & pour fon fervice .
S
ES
C
S
[
3
Ce fut alors qu'un torrent de
larmes coula des yeux de tous les
Auditeurs , & qu'on reffentit
jufques à quel point un fi bon
Pafteur étoit aimé , & meritoit
de l'être. Les pleurs ne finirent.
qu'avec le Sermon , & chacun fe
I iij
102 MRCURE
retira penetré d'eftime , d'admiration
d'une tres- respectueuse
tendreffe pour un Prelat à qui il
eft impoffible de refufer ces fentimens
, quand on a le bonheur de le
connoître. Lefoir ily eutdes Illu
minations en plufieurs endroits de
la Ville. La grande Tour du Pa
lais Archiepifcopal parut toute er
feu. Onfit quantité de décharge.
de boëtes & de moufqueterie ; &
les Tours de la grande Eglife fu
rent illuminéesjufques bien avant
dans la nuit , ce qui ne pouvoit
faire qu'un tres- bel effet à cause de
leur hauteur , qui eft de trente
toifes.
>
a
GALANT 103
ע
que
c'est
A l'égard du reste de l'Edifice ,
ilfuffira de dire un mot de fon Architecture
; d'où l'on pourra juger
combien juftement on dit
une des plus belles Eglifes de
France. On eftime fur tout la délicateffe
des ornemens exterieurs ,
la hardieffe des piliers du dedans
& la beauté des proportions gene-
Tales. Le Choeur a de largeur 7.
toifes 4. pieds 8. pouces . La croisée
en aura autant, & 2 3. toifes de
longueur, ce quifait environ trois
fois la largeur. La hauteur eft de
21. toife demie , qui eft un peu
moins
?
que trois largeurs : les
Sçavans en Architecture , difent
I iiij
104 MERCURE
"que les Eglifes quifont plus hautes,
le font trop. Toute la longueurfera
de 67. toifes ; les ailes du
Choeur ou bas coftez ont de hauseur
10. toifes & demie & de
longueur 3.taifes 4. pieds ¿ les Chapelles
qui font alentour , ont la
niême hauteur & la même largeur
, avec de grands vitrages ;
ellesforment au deffus une terraße
carrelée de pierre de 7. Toifes de
large, qui peut eſtre n'a rien d'égal
dans le Royaume en cette efpece.
Il eſtſurprenant qu'uneſi grande
maffe ait été bâtie en fi peu de
temps , que durant tant defiécles
elle foit restée imparfaite. Le
عون
GALANT 105
premier fuccés avec lequel on y
travailla d'abord , vint de ce que
ce fut alors que l'on
commença
à
commuër les pénitences cañoniques
en aumônes pour les bâtimens des
Eglifes , ce qu'on n'avoit encore
jamaisfait quepour les Croisades:
auffi la plupart des grandes Eglifes
ont - elles été bâties dans ce fiecle ;
&celles qui nefurent pas achevées
en ce temps-là , ne l'ont été
que
fort difficilement. Le Choeur de
Eglife de Narbonne fut élevé
par ce moyen , lequel ayant ceffé,
l'édifice demeura imparfait jufques
à ce que le Ciel ait fufcité notre
Archevêque comme un autre
106 MERCURE
Efdras , pour donner au Dieu vivant
un Templeparfait , & achever
l'ouvrage de tant de fiecles.
Quelques jours aprés la Ceremonie
qui donne occafion à cette
Relation , les Peres de la Doctrine
Chrétienne , qui ont le College
de cette ville , ne voulant pas
garder le filence dans une joye fi
generale , firent à ce fujet & à la
louange de M. l'Archevêque une
action publique , ou rien de tout ce
qui peut donner de l'éclat à une
fête de College ne fur oublié.
M. l'Evefque d'Alet étoit venu
voir M. l'Archevefque
, & ces
deux grands Prelats voulurent
و
GALANT 10%
bien honorerc ette Fefte de leur prefence
, pour donner de l'émulation
aux Ecoliers dans leurs exercices
de literature.
Aprés un fort beau compliment
Latin, on recita des vers Grecs, qui
furent estimez de tous ceux à qui
cette langue eft auffifamiliere qu’-
aufçavant Prelat à qui ils étoient
adreffez. On entendit enfuite un
Poëme Latin , où la fiction qui
fait la beauté des Poëmes épiques ,
ne fut pas moins admirée que l'élegance
& la nobleffe des Vers.
On declama enfuite toutes fortes
d'ouvragesfur le mefme fujet , &
en toutes langues , Odes , Son108
MERCURE
•que
nets , Rondeaux , Epigrammes ,
tout fut mis en oeuvre , & d'autant
plus eftimé , qu'on n'avoit eu
huit jours pour fe preparer.
L'execution répondit parfaitement
à la beauté des ouvrages ; & la
grace avec laquelle ces jeunes Enfars
declamerent leurs Vers , fou
tint fort bien l'érudition & la
reputation de leurs Maîtres.
Les huit Articles que je vous
envoye ; & qui regardent l'Efpagne
, ne vous paroiftront
pas d'abord tout - à - fait nouveaux
, quelques Nouvelles
publiques en ayant déja parlé ;
GALANT 109
mais elles l'ont fait avec fi
peu
d'étenduë
que
pour
peu que l'on faffe de reflexion
fur ce qu'elles ont dit ,
on trouvera qu'elles n'ont fait
qu'annoncer
les Articles dont
il elt queſtion
.
Le Roy d'Espagne a donné à
Mr le Duc d'Atri ,le Comtéd'El .
da dans le Royaume de Valence,
confifqué fur le Comte d'Elda
, l'un des chefs des Rebelles .
Mr le Duc d'Atri eft de l'illuftre
Maiſon Aquaviva , originaire
du Royaume de Naples.
Cette Maiſon a produit
de grands hommes , entr'au110
MERCURE
›
pere
tres le Cardinal Octavio Aquaviva
, Archevêque de Naples ,
de Jerôme Duc d'Atri. Il
fut dans le feiziéme fiecle un
des plus grands hommes de
toute l'Italie. Le Pape Sixte V.
qui l'avoit connu à Rome travailla
à fon élevation ; il le fit
d'abord Referendaire de l'une
& l'autre Signature , & Vicelegat
du Patrimoine de Saint
Pierre. Gregoire XIV . fon Succeffeur
le fit Cardinal en 1591 .
& en cette qualité il ſe trouva
aux élections d'Innocent IX.
& de Paul V. & il fut Legat
d'Avignon ſous le Pape CleGALANT
III
ment VIII. Ce fut dans cette
Ville où il fe lia d'inclination
avec le celebre Mr de Peireſc ,
1
&
qui commençoit à fe diftinguer
parmi les gens de Lettres ,
qui fe fit dans la fuite une fi
grande réputation .
Claude Aquaviva , General
des Jefuites , eftoit auffi de Naples
, fils d'un Duc d'Atri .. Il
avoit efté Camerier du Pape
Pie V. & il avoit lieu d'en efperer
de plus grandes dignitez
lorfque fuivant l'attrait de la
Grace , il entra dans le nouvel
Inftitut des Jefuites. Il fucceda
en 1581. au P. Everard Me112
MERCURE
curien , qui en eftoit General ;
& il mourut en 1615. aprés
trente- quatre ans d'un Generalat
doux & moderé . Il compofa
divers ouvrages de pieté ,
& particulierement fur les matieres
de la Grace fur lefquelles
on commençoit alors à difputer.
Mr le Duc d'Atri , qui donne
lieu à cet Article , defcend
de Jean -Jerôme d'Atri , pere du
Cardinal dont je viens de parler
. Le Chefde la maifon d'Anglurre
de Bourlemont en France
, porte le titre de Duc d'Atri ,
à caufe d'une fille à qui ce Du-
- "
GALANT 113
C-
1-
a.
Mes
•
and
ché devoit appartenir , qui entra
dans cette maifon .
Sa Majefté Catholique a
donné le Collier de la Toifon
d'or à Mr le Prince Pio , gendre
de Mr le Marquis de los-
Balbazés , Viceroy de Sicile .
Les Pio Princes de Carpi , font
A. tres illuftres en Italie. Les Renealogiftes
font remonter leur
origine jufqu'à Conſtantin le
Grand , par une fille de Conftance
fils de ce Prince , & dite
Euridice. Quelque foit l'origi
ne de cette maiſon ; il eft certain
que les deux Manfredes
Pio furent deux grands Capi
Aouft 1708 .
ar-
11.
K
114 - MERCURE
taines fous l'Empereur Frederic
Barberouffe , du temps de
la Comteffe Matilde. Leurs
defcendans furent Princes de
Carpi . Albert perdit cette Principauté
, & mourut en cette
Ville. Lionello fon frere entra
dans cette Principauté , que fa
Pofterité perdit encore , & il
fut pere du Cardinal Rodolphe
Pio de Traian , de Conftans &
de Manfrede qu'il eut de deux
mariages. Charles Pio de Ferrare
fut fait Cardinal par le
Pape Clement VIII. & Evêque
d'Albano , & enfuite d'Oftic
; il mourut en 1641. Doyen
GALANT
115
des Cardinaux . Charles Pio
fon neveu , fait Cardinal par
Innocent X. fut Evêque de Sabine
, Protecteur des Royaumes
& Etats hereditaires de
l'Empereur & de l'Empire
ainfi que des Couronnes d'Arragon
& de Naples . Il mourut
en 1689. Albert Pio dont j'ay
déja parlé , & qui mourut d'un
accident de pelle , fut un Prince
d'une pieté exemplaire &
d'une vertu folide . Il avoit étudié
fous Alde Manuce. Les
Empereurs Maximilien I. &
Charlequint l'envoyerent en
Ambaffade auprés des Papes.
Kij
116 MERCURE
Jules II. Leon X. & Clement
VII. Il obtint le Chapeau de
Cardinal pour Adrien Florent,
qui fut depuis Pape fous le nom
d'Adrien V.I. Il eftoit à Rome
lorfque cette Ville fut pripar
de l'Armée de Charlequint
en 1627. On ne ſe ſouvint
gueres en cette occafion
des fervices qu'il avoit rendus
à l'Empereur . Il fut mis dans
une étroite prifon , d'où il ne
fortit qu'avec peine pour fe
refugier en France . L'Empereur
le dépouilla alors de tous
fes biens , & les donna à Profper
Colonna. Ce Prince comGALANT
117
.:
pola deux Traitez , un contre
Luther , & l'autre contre Erafme
, & Jean- Genis Sepulveda
fit enfuite l'Apologie de ce qu'-
il avoit écrit contre Erafme.
Baptifte Pio que Paul III. qui
avoit efté autrefois fon ami ,
fit venir à Rome , où il mourut
vers l'an 1540. âgé de quatre-
vingt ans , eftoit de cette
Maifon. Il a fait de tres bons
commentaires fur les Livres de
Cieron.
;
Mr le Prince de Chimay
prit il y a quelque temps poffeffion
des honneurs de la Grandeffe
de la premiere Claſſe &
118 MERCURE
fe couvrit devant S M. C.
Il fut conduit & accompagné
par Mr le Duc d'Havré. Ce
Prince qui prend la qualité de
Comte de Roux & de Prince
du Saint Empire eft Chevalier
de la Toifon d'or , Pair de Hainaut
, Confeiller au Confeil de
Guerre du Roy d'Espagne ,
devant General des Armées
de cette Couronne & Gouverneur
de Mons & du Hainaut.
Il a épousé Anne Antoinette
de Berghes , fille d'Eugene
Comte de Grimbergue , &
parente de Mr le Duc de Bouilcy
lon . Ce Prince eft fils d'Eufta-
"
GALANT 119
1
-
che de Croy Comte de Roux
Chevalier de la Toifon d'or,
Gouverneur de Lille & de
Douay mort en 1653. & de
Theodore Maric fille de
Guillaume Baron de Kelter
& d'Elifabeth Branchorts. Mr
le Prince de Chimay eft au
jourd'huy l'aîné de la maiſon
de Croy.
Mr le Marquis de Betmard a
pris auffi depuis quelque temps.
à Madrid poffeffion de l'honneur
de la Grandeffe ; il eft de
Pilluftre Maifon de la Cueva.
qui tire fon origine d'un Bourg
de la Caftille , & qui s'éleva
120 MERCURE
beaucoupfous le regne d'Henry
4. dit l'Impuiſſant; un peu aprés
le milieu du quinziéme fiecle
ce Prince donna le Comté de
Ledefma , le Duché d'Albukerque
, la grande Maîtriſe de
faint Jacques avec plufieurs
biens confiderables à fon favori,
Bernard de la Cueva qui étoit
fils de Dom Diego Fernandez
de la Cueva Vicomte
d'Helma & de Doña Alonfa ,
Mayor de Mercado. Cette
Maifon a produit dans le der
nier fiecle le celebre Alfonce
Cardinal de la Cueva , Evêque
d'Ovido & de Malaca en Efpagne
GALANT 121
pagne & de Paleſtrine dans la
Campagne
de Rome. Il fut
long- temps connû fous le nom
de Marquis de Bedmar. Le Roy
d'Espagne Philippe III . l'envoya
Ambaſſadeur
à Venife ,
& en 1618. il forma avec le
Duc d'Offone Gouverneur
| ' e
Naples , ce fameux projet dont
Mr l'Abbé de S. Val a donné
une fi belle Relation . Le Pape
Gregoire XV . le fit Cardinal en
1622. à la follicitation
du Roy
d'Eſpagne , qui le nomma enfuite
Gouverneur
des Pays-
Bas , & à fon retour de ce Gouvernement
il eut l'Evêché de
Aouft 1708.
L
122 MERCURE
Paleſtrine & de Malaca; ce Prelar
avoit beaucoup d'efprit &
beaucoup de doctrine ; il moufut
en 1655. Mr le Marquis
de Bedmar d'aujourd'huy qui
en defcend , a efté auffi Gouverneur
des Pays - bas pour le
Roy d'Espagne ; & il a fignalé
fon zele & fa fidelité dans toutes
les occafions qui fe font prefentées
pour Philippe V. depuis
qu'il eft monté ſur le Trône
d'Espagne .
Mr le Marquis de Bedmar
eft proche parent de Mr le
Comte de la Cueva Brigadier
des Armées du Roy d'ElpaGALANT
123
gne , & qui fere fous Mr le
Marquis de Bay en Eftramadourc
.
Le Roy
d'Efpagne pour recompenfer
la fidelité de la ville
de
Xixona fituée à
quatre
licuès
d'Alicante , l'a érigée en
C té avec
attribution d'un ter--
ritoire , en luy
permettant de
mettre une fleur de Lys dans fes
armes : de plus il l'a
exemptée
pour quatre ans de toutes fortes
de droits. Il y a
fupprimé
les rentes qui y
appartenoient
aux Seigneurs
rebelles , & il a
établi un Caftellan dans le Château
. La Ville de Xixona eft ce.
Lij
124 MERCURE
lebre par fon antiquité. Jean
Xiphilin Patriarche de Conftantinople
, y fit un long ſejour
dans le 11. Siecle . Ce Patriarche
étoit de Trebizonde ,
& avoit efté élevé dans un Monaftere.
Il fucceda à Conftantin
Patriarche de Conftantinople
mort en 1066. & il joüit
de cette dignité juſqu'à l'an
1080. qui fut celuy de fa mort ;
on a de luy un abregé de l'hiftoire
de Dion auquel il travailla
à Xixona. Cette Ville eft à
quatre lieues de la riviere de
Quadalaviar & à la même diftance
de la mer. La tempeGALANT
125
T
e,
C
UK
1
il
71
rature en eft rres douce , & le
terroir tres fertile fur tout en
legumes . Guillaume de Valen
de l'Ordre de faint Domi
nique & enfuite Evêque d'Evreux
y fit auffi autrefois un
affez long fejour ; & même une
ancienne tradition porte que
Zuleucus Legiſlateur des Locriens
y avoit demeuré quel
ques annnées ; mais cette tradition
cft peu autorisée par les
anciens monumens del Hiftoire
; & celle qui regarde Zoile
qui vivoit du temps de Prolomée,
& qui ofa fe declarer
Cenfeur des Ouvrages d'Ho-
L iij
126 MERCURE
mere , n'eft pas plus autorisée.
On a prétendu qu'il y avoit
quelques traits dans la premiere
Georgique de Virgile
& dans le quatriéme livre de
Tibulle qui faifoit alluſion aux
moeurs des habicans de Xixona.
Un Seigneur de la Maifon
Frangipani , qui eft une famille
Romaine tres ancienne , & alliée
aux plus grandes Maifons
de l'Europe , puifqu'elle com
proit parmi fes Cadets les Archiducs
d'Autriche & les Rois
d'Eſpagne , ayant voulu finir
fes jours en Espagne , chojfit la
ville de Xixona pour fon fe
GALANT 127
D
+1
S
S
I
a
jour. Ily mourut aprés y avoir
cultivé durant 19. ou 20. ans
le goût qu'il avoit pour lesfciences
occultes. Ileft peu de villes
en Efpagne dont les moeurs des
habitans foient plus douces ,
& où les étrangers foient reçûs
avec plus d'accueil ; ce qu'on
verta en lifant le Theatre des
Armoiries du Pere Gilbert de
Varenne & la huitiéme Epître
du Livre de Geofroy de Vendôme
, de même que la Chronique
de Conrad Abbé d'Urf
perg fur l'année 1227 .
Sa Majefté Catholique a accordé
à la Ville de Borja , le
Liiij
128 MERCURE
titre d'illuftre toûjours tresfidelle
, avec la permiffion d'ajoûter
à fes Armes une fleurde
- Lys & un Lion , avec telle
Infcription que les Habitans
jugeroient convenable. De
plus S. M. pour conferver à la
Pofterité la memoire de la fidelité
inviolable de la même
Ville , luy a donné féance &
voix dans les Cortez ou Etats ,
une Foire franche , avec exemption
de toute forte d'impoft
& de logemens. La Ville de
Borja eft dans le Royaume
d'Arragon , fur les frontieres
de la Navarre , à trois lieuës
GALANT 129
de Terrazone au Levant , fur
le chemin de Sarragoffe , &
auffi éloignée de la riviere d'Ebre.
Flora fameufe Courtifanne
de Rome ; & qui fut aimée
de Pompée , pour qui l'Hi
ftoire remarque la fidelité
le , paffa quelques années dans
le territoire de cette Ville. Elle
eftoit fi belle que Cecilius Metellus
la fit peindre , afin de conferver
fon Portrait avec plufieurs
autres dans le Temple de
Caftor & de Pollux , & l'on remarque
que ce n'eftoit la
premiere fois que le Portrait
d'une Courtilanne avoit reçu
pas
130 MERCURE
un pareil honneur. La Ville &
le terriroire ont des veftiges
d'une grande antiquité. Les
Hiftoriens Espagnols en ont
fort parlé
.
Don Jofeph de Anoz a cfté
nommé Corregidor de cette
Ville , pour la premiere fois.
C'eſt un Magistrat d'un grand
merite & dont la réputation
cft fort connue dans tout l'Arragon.
Il eſt du nombre de ceux
qui n'ont jamais quitté le parti
de Philippes V. leur legitime
Souverain .
Le Regiment de Cavalerie
de Don Placido Denticé a efté
1.
GALANT 131
donné à Don Virginio Colonna
, Exempt des Gardes du
Corps Italiens , & le Roy a aug,
menté de douze cens écus la
penfion de Don Camilla Doria
Gouverneur des Galeres de Si
cile . Don Placido Denticé a acquis
une grande reputation par
fes fervices , & il n'eft pas le
feul de fa famille qui s'eſt dif
tingué par fon zele pour le fervice
de fes Souverains. Don
Virginio qui a eu ce Regiment
eft de l'illuftre Maifon de Co,
lonna d'Italie , qui a trois bran,
ches principales , Chinazano ,
Gallicano , & Colona propre132
MERCURE
ment dit. Le Pape Martin V.
eftoit de cette Maifon. Il fut
élû au Concile de Conftance ,
& fe nommoit Eudes. Il eftoit
fils d'Agapet Colonna , & frere
de Jourdain Duc de Verouze
& Prince de Salerne . Celuy
qui donne lieu à cet Article fe
diftingua beaucoup à la Bataille
de Luzzarra , en prefence du
Roy d'Eſpagne. Don Camillo
Doria eft d'une des premieres
Maifons de Genes , à qui elle a
donné divers Doges . Jean André
Doria commandoit l'Armée
d'Espagne , lors de l'entreprife
de Tripoly en 1560. AnGALANT
133
toine Doria fut un des plus
grands Generaux de Charles
V.
Les Juges du S. Office de Madrid
, qui compofent le Souverain
Tribunal de l'Inquifition
,
ont donné de nouvelles marques
de leur zele par l'ouvrage
qu'ils ont fait publier pour rendre
public le nouveau catalogue
des Livres deffendus . Ils
font intitulé
: Index expurgatorius
Librorum prohibitorum
&
expurgatorum , pro Catholici Hif
panorum Regis Philippi V. Regis
Catholici , de Confiliofupremi Senatus
Inquifitionis, C'eſt un in134
MERCURE
folio qui contient prés de 1300%
pages . On a ajouté dans ce nouveau
Catalogue un grand nombre
de Livres & d'Auteurs qui
ne font pas dans les precedens ,
& comme c'eft le Tribunal de
l'Inquifition generale qui a fait
travailler à cet ouvrage , onl'a
publié avec beaucoup d'apareil
& de ceremonie . On a fait à
ce fujet une magnifique cavalcade
; tout le Tribunal de l'Inquifition
en eftoit avec fes Miniftres
& fes Qualificateurs
& il eftoit accompagné de la
plus grande partie de la No.
bleffe de Madrid , qui ſe fait
GALANT 135
honneur d'affifter à de pareils
fpectacles.
il y avoit auffi plufieurs
Grands d'Efpagne qui en ces
fortes de conjonctures fe picquent
& font gloire de montrer
l'exemple au peuple , en
rendant public leur zele pour
la Religion , & leur déference
refpectueuse pour le Saint Office.
L'affaire du P. Papebroch
que le grand Inquifiteur fait
tour de nouveau examiner
avec beaucoup de foin , quoy
qu'elle l'ait déja cſté , n'eſtant
pas encore entierement decidée
, les Livres de ce Pere n'ont
136 MERCURE
pas efté mis dans le nouveau
Catalogue ; ce qui a fait beaucoup
de plaifir à tous les Sçavans
qui ont beaucoup de veneration
& d'eftime pour ce fçavant
Religieux. Ce Catalogue
a cité prefenté à Leurs Majeftez
Catholiques , qui l'ont reçû
avec beaucoup de bonté , &
elles voulurent voir paffer des
feneftres de leur Palais cette
Cavalcade , qui leur fit d'autant
plus de plaifir qu'elle fe
fait affez rarement à Madrid.
L'Univerfité de Salamanque
a fait compofer un Livre qui
contient un grand détail des
GALANT 137
S.
Feftes & des Réjoüiffances qui
ont efté faites , à caufe de la
naiſlance du Prince des Afturies
, & cet ouvrage fut preſenté
à Leurs Majeftez par le Pere
-Diego de Villafranca , de la
Congregation des Clers Mineurs
, Député de la même Univerfité
, qui fut conduit par le
Marquis d'Aguilar del Campo.
Cet ouvrage eft fort exact , &
l'on y voit jufqu'aux moindres
circonftances qui regardent les
Réjoüiffances faites à l'occafion
de la naiffance du Prince
qui fait le fujet de cet ouvrage.
Le Pere Don Diego de Villa-
Aoust 1708 .
M
138 MERCURE
franca eftoit accompagné lorf
qu'il prefenta cet ouvrage par
un Profeffeur en Theologie ,
par celuy qui remplir la Chaire
deftinée à la Doctrine de Durand,
Auteur d'un Systême particulier
de Philofophie ; par
&
par
deux deux Pretendientes ,
Profeffeurs en Droit ; l'un du
Droit Civil , & l'autre du Droit
Canon. Ils eftoient tous en habits
de ceremonic.
Le compliment que fit le
P. Don Diego de Villafranca
à leurs Majeſtez Catholiques ,
reçut de grands applaudiffemens
, & aprés avoir preſenté
GALANT 139
au Roy & à la Reine un exemplaire
de cet ouvrage magnifiquement
relié , ils en donnerent
auffi aux principales perfonnes
de la Cour ; tout Ma
drid fut ravi de voir dans cet
ouvrage les marques de joye
que toutes les Villes & tous les
Corps d'Espagne avoient fait
voir dans une occafion fi importante.
Le Roy & la Reine d'Efpagne
ont fait des prefens confiderables
à ces Députez , & leurs
Majeftez ont témoigné publi
quement la fatisfaction qu'elles
ont cues des marques d'af-
Mij
140 MERCURE
fection que la principale Univerfité
de leur Monarchie venoit
de leur donner. S. M. C.
fit conduire ces Députez à Aranjuez
pour leur faire voir toutes
les beautez de cette delicieufe
Maiſon Royale , & on cut
foin de les y regaler de tout ce
que la faifon pouvoit offrir de
plus delicieux . Ils s'en retournerent
charmez de toutes les
honneftetez qu'il leur avoit
faites.
La Lettre qui fuit concernant
encore l'Espagne , tiendra
parfaitement bien fon rang
GALANT - 141
1
à la fuite des Articles que vous
venez de lire.
Au Camp de los Mazos de
Mora , le 25, Juillet 1708 .
Cen'est pas affez de vous avoir
mandé le détail de ce qui a précédéla
prife de Tortofe , qui fait tant
d'honneur à Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc d'Orleans. Je .
vois bien qu'il faut fuivre cette
affairejufqu'au bout , & ne rien
oublier de ce qui regarde la gloire
de ce Princepour fatisfaire entierement
le zele l'attachement
que vous avez pourfaperfonne.
142 MERCURE
dit
Son Alteffe Royale fit Feudi
dernier 19. de ce mois fon entrée
dans Tortofe ; lesJurats laregurent
à la porte de cette Ville fous un
dais fous lequel ce Prince ne mar
cha qu'un moment, & il fe renaccompagné
de ces furats & de
la Nobleffe , des Officiers Generaux
de ceux de fa Maiſon
paffant au milieu des Troupes qui
étoient en haye au bas d'une ruë
qui conduit à la Cathedrale où
Meffieurs du Chapitre l'attendoient.
Ils avoient au bas , de
cette rue fait dreffer un Autel ,
fur lequel ils avoient pofé
ane Croix où ils conferuent
GALANT 143
un morceau confiderable de la
vraye Croix de Noftre Seigneur
; elle étoit entourée de chandeliers
remplis de cierges ; le Treforier
en Chape avec deux autres
Dignitez de ce Chapitre aprés
avoir prefenté de l'Eau- benîte à
Son Alteße Royale , lui prefenterent
cette Croix à baifer ,
enfuite encenferent fon Alteffe
Royale à laquelle ils firent à peu
prés la même Ceremonie que lui
avoient fait l'an paffé Meffieurs
de Saragoffe , & ils la reçurent
au rang des Chanoines en luyfaifant
tenir une espece de devant
d'Autel dont ils portoient chacun
144 MERCURI
un Cordon avec fa houpe , &
ils marcherent tous en cet état
fe rendirent dans la Cathedrale.
Son Alteffe Royale étant arrivée
à la porte de l'Eglife , le
Treforier luy préfenta encore de
Eau benite & l'encenfa . Cette
marche étoit precedée par les Ecclefiaftiques
& les Muficiens de
cette Eglife , & devant & aprés
fon Alteße Royale , marchoient
fesOfficiers felon le rang de leur
Charge, & tout ce Cortege an
milieu des Troupes les, Muficiens
les Ecclefiaftiques chantant des
Cantiques & des Motets d'allegreffe.
GALANT 145
#
gragreffe.
On fe rendit dans cet ordre
devant le Maître Autel au milieu
duquel le Treforier qui eft la premie
re Dignité de cette Eglife , entonna
le Te Deum , à la fin duquel il
dit les Oraifons en actions de
les pour le Roy , & pour la Paix
quifont marquées dans le Rituel
Romain , avec une Oraifon pour la
confervation de la Perfonne de
Philippe Duc d'Orleans. Enfuite
le Treforier avecfes deux Dignitez
les Prêtres affiftans tirerent
du grand Autel un Reliquaire
d'or dans lequel eft renfermé
un morceau confiderable d'une
Ceinture de la Sainte Vierge ,
Aouſt 1708
. N
146 MERCURE
qui paroît prefque entiere. Cette
Relique eft dans tout le pays , &
même dans toute l'Espagne dans
une finguliere veneration . On dit
même que lorsque les Reines d'Efpagne
font fur le terme d'accoucher
, on leur porte en grande
ceremonie cette facrée Ceinture.
Ces Mrs l'avoient envelopée d'une
autre ceinture de ruban rouge
qu'ils tirerent de ce Reliquaire , &
en firent prefent à fon Alteffe
Royale qui la remit à Mr l'Abbé
Defrabines, Aumonier de ce Prince
qni avoit l'honneur de marcher en
Rocher à fa droite. Quand ces
Meffieurs les Chanoines eurent
GALANT 147
e
1
faitbaifer cette Relique à S. A
Royale, & que toute la Ceremonie
fut finie , ce Prince fortit de l'Eglife
& tout le Chapitre l'accompagna
jufques dans la ruë , aprés
quoi fon Alteffe Royale alla ” dîner
chez Mr Dasfeld , dans la
Maifon duquel elle travailla avec
fes Generauxdeux heures avant ,
deux heures aprés le dîner ; le
lendemain Vendredy vingtime
une partie des Troupes de l'Armée
& des Officiers de Son Alteffe
Royale vint camper à Tibens , le
le Samedi à Benifalet , & le Dimanche
à Gineftar où ce Prince ne
put fe rendre que le Lundi, & d'où
Nij
148 MERCURE
il vint camper ici le même jour.
Nous fommes vis - à - vis
une petite ville nommée Mora ,
l'Ebre entre cette Ville & nous.
Elle illumina tout le clocher de fa
principale Eglife lefoir du Lundi
on tira de cette Ville , dont toutes
lesfeneftres étoient illuminées , un
grands nombre de coups defufils.
Tous les Officiers qui fervent
auprés de S. A. R. le font
avec d'autant plus de plaifir ,
que ce Prince remarque avec
attention tous les fervices qu'ils
rendent . Il n'en demeure pas
là , puifqu'il ne laiffe échaper
aucune occafion de les fervir..
GALANT 149 .
M. de Saint André , Chevalier
de Malthe , ayant fervy auprés
de S. A. R. en qualité d'Aide
de Camp , depuis qu'Elle
commande les Armées des deux
Couronnes , & ce Prince ayant
remarqué fon zele & fon attachement
au fervice , a obtenu
pour luy du Roy un Brevet de
Meftre de Camp reformé . Ce
Chevalier eft Capitaine dans le
Regiment du Commiffaire General
de la Cavalerie . Il eft
d'une famille confiderable de
la Province de Dauphiné , où
plufieurs de fes Ancêtres ont
eu l'honneur de commander ,
N iij
150 MERCURE
& d'eftre à la tefte du Parlement
. La Famille de Saint André
eft alliée aux meilleures
Maifons de la Province , & elle
a auffi des alliances confiderables
en d'autres Provinces , &
à Paris . Mr le Chevalier de
Saint André promet beaucoup ;
il eft jeune & fage ; l'application
qu'il a pour le ſervice eft
au deffus de fon âge , & la bienveillance
finguliere dont l'honore
le Prince , fous les усих
duquel il a l'honneur de fervir,
fait mieux fous éloge que tout
ce que j'en pourrois dire . Ce
Chevalier eft frere de M. le
GALANT. 151
2
C
Marquis de Saint André , cydevant
Colonel du Regiment
de la Couronne , que fa mauvaiſe
fanté a obligé de fe retirer
du fervice , où il eftoit fort
cftimé.
Pendant les uns expoque
fent leur fang pour le fervice
du Roy & de l'Etat , les autres
fe marient afin que l'Etat ne
manque pas de braves , & qu'ils
puiffent fe fucceder les uns aux
autres. Il fe fait peu de mariages
de diftinction , fans que
quelques beaux Efprits exercent
leurs veines en faifant des
Epithalames. Celle qui fuit eft
N iiij
152 MERCURE
de Mr de la Foffe , dont les Pieces
de Theatre ont fouvent
brillé fur la Scene avec beaucoup
d'éclat.
EPITHALAME
Surle Mariage de Mr le Marquis
de Villequier , avec Mlle de
Guifcard.
A
Llume tes flambeaux à celuy
de l'Amour ;
Prepare tes doux noeuds , Himen
, voici ton jour.
Et vous , Soeurs d'Apollon , pour
celebrer la fefte ,
Venez , la lyre en main , les lauriers
fur la tefte ;
GALANT 153
Venez & fi mon choix , dés mes
plus jeunes ans ,
Aux biens les plus flatteurs prefera
vos prefens ;
Si l'ombre de vos Bois me fut
toûjours plus chere ,
Que l'éclat des grandeurs qu'adore
le vulgaire ,
De vôtre feu divin foutenez mes
efforts ,
Et fouffrez que ma voix s'uniffe
à vos accords .
Jamais fujet plus beau n'échauf
fa voftre zele ;
Jamais de deuxAmans une union
plus belle
Ne fit honneur au Dieu qui les
mit fous fa loi.
C'est l'Amour & Pfyché qui fe
donnent la foi.
L'un au beau fang d'AUMONT
doit le jour qu'il refpire .
154 MERCURE
Pour meriter vos foins , ce Nom
feul doit fuffire .
C'eft fous ce nom , reçu d'un long
ordre d'ayeux ,
Que fon Pere aujourd'hui , vôtre
appuy glorieux ,
Aux plus hautes vertus d'un
Heros magnanime
Mefle , pour les beaux Arts , fon
gouft & fon eftime.
C'eft chez luy , que trouvant un
fort tranquile & doux ,
J'éprouve en les bontez la tendreffe
pour vous .
Et n'apprehendez pas qu'à vos
chants moins fenfible ,
Son Fils montre pour vous un
coeur moins acceffible .
Touché de leur douceur , & de
la Gloire épris ,
Il écoute fa voix dans vos nobles
écrits.
GALANT 155
Plein des Tableaux fameux
d'Homere & de Virgile ,
Il s'anime aux Exploits & d'Enée
, & d'Achile ;
Il en aime avec gouft tous les
traits éclatans ,
Il y nourrit fon coeur. Bien - toft
viendra le temps ,
Ce temps fi defiré de fon jeune
courage ,
Où du mêtier de Mars le noble
apprentiffage
Luy fera pratiquer vos fublimes
leçons.
Quelle matiere alors à vos doctes
chanfons !
O qu'alors attentifà ſa nouvelle
gloire ,
J'efpere en confacrer l'immortelle
memoire
Par des fons fi puiffans , aidez de
yos fecours ,
..
156 MERCURE
Que vos eaux, pour m'entendre,
arreſteront leurs cours !
Mais où m'emportes
- tu , trop
flatteufe efperance
?
L'autre au fang de GUISCARD
doit fa haute naiffance .
En elle on voit briller cet éclat
respecté
Que la noble pudeur ajoûte à
la beauté .
Elle y joint l'efprit doux , vif ,
toujours feur de plaire :
Digne fruit de l'exemple & des
foins d'une mere.
Du bonheur d'un Epouxquels
préfages flatteurs !
Ma voix eft écoutée, & je vois
les neuf Soeurs.
Elles viennent à moy , pleines
d'impatience.
Je fens mes doux tranſports accrus
par leur preſence.
GALANT 157
Mais quels foudains éclairs
viennent fraper més yeux ?
Le Ciel s'ouvre , Venus , Venus
vient en ces lieux .
C'eſt elle , à fes côtez les Graces
demi - nuës ,
Son char pompeux roulant fur
de brillantes nuës ,
Pouffé par les Zephirs , par des
Cygnes tiré ,
Cette foule d'Amours dont il eft
entouré ,
L'air plus doux , plus ferein ,
dés qu'on l'a vû paroître ,
Ou plutoft les attraits la font
trop reconnoître.
Ce fut dans cet eftat qu'elle vint
autrefois
Se montrer à Paris , & demander
fa voix .
Mais ne va pas plus loin belle
Déeffe arrefte ;
158 MERCURE
A quels perils tu cours ! Il eft
dans cette Felte ,
Il eft , pour t'expoſer à de nouveaux
débats ,
Et plus d'une Junon , & plus.
d'une Pallas.
Par l'éclat tout puiffant de tes
beautez fatales ,
Tu vainquis , il eſt vrai , ces deux
fieres Rivales :
Mais enfin leurs attraits differens
, divifez ,
En devoient eftre aux tiens à
vaincre plus aifez .
Quel fuccés aura lieu de flatter
ton attente ,
Lorsque du jeune Epoux la Meré
ébloüiffante ,
A tes yeux montrera fes charmes
infinis ,
Où l'on voit tous les leurs , tous
les tiens réunis ?
GALANT 159
Je ne t'en dis point trop : A toutes
trois femblable ,
Elle a l'air de Junon , noble ,
grand , refpectable ;
Les vertus de Pallas , & fon port
gracieux ;
La douceur de tes traits , ton
foûrire , & tes yeux.
Croi moi , Déeffe , évite un affront
manifefte ,
Et remonte au plutoſt à la voûte
celefte :
Fui les cruels chagrins que tu
peux prévenir.
Mais pourquoy de ces lieux te
voudrois je bannir ?
Soit par tes propres yeux , ou par
la Renommée ,
Detoute la beauté tu dois eftre
informée ;
Et puifque tu pourſuis ton deffein
& tes pas ,
160 MERCURE
Tu viens prefte à ceder le prix à
Les appas
.
Les Epithalames eftant des
chants de joye , la Chanfon
qui fuit tiendra bien fa place
aprés l'Epithalame que vous
venez de lire.
AIR NOUVEAU.
Que je vous plaints , brillantes
fleurs,
De n'avoirpas plus de merite ,
Quand vous ferez auprés du fein de
Marguerite
Son éclat va ternir vos plus vives
couleurs.
Tout en cette belle eft aimable ,
Son teint vif,fa bouche admirable,
Une douce langueur, l'air tendre, un
oeil charmant ,
GALANT 161
Pourun heureux Amant
Rendroient Gogo toute adorable.
On a beau chanter & danfer,
il faut fouvent quitter tous les
divertiffemens pour penſer à
la mort ; & comme il n'y point
d'articles fi frequens dans mes
Lettres que ceux qui en parlent,
je fuis obligé de les recommencer
fouvent dans la meſme
Lettre.
Mre N.... de Gruel , Marquisde
la Frette, eft mort depuis
peu . Il eftoit fils de feu Mrc
Pierre de Gruel, Seigneur de la
Frette , Meftre de Camp , Capitaine
des Gardes de feu Mon-
Aouſt 1708.
O
162 MERCURE
fieur Gafton de France , & de
Dame Barbe Servien , qui avoit
époufé en premieres nôces Mr
le Feron , Confeiller au Parlement
, dont elle avoit cu une
fille unique ; fçavoir , Elizabeth
le Feron , mariée en 1651. à
Jacques Eftuart , Marquis de
Saint Maigrin , Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de
la Garde , & Lieutenant General
des Armées du Roy , tué
le 2. Juillet de l'an 1652. au
combat de la Porte faint Antoine
, & en 1655. avec Charles
d'Albert d'Ailly , Duc de
Chaunes , Pair de France, Gou- .
GALANT 163
"
verneur de Bretagne , & enfuite
de Guienne , deux fois Ambaffadeur
à Rome , & mort en
1698. Madame la Ducheffe de
Chaunes mourut le 6. Mars de
l'année fuivante ; ainfi elle
eftoit four uterine de Mr le
Marquis de la Frette , qui vient
de mourir . La Maifon de Gruel
eft une des plus anciennes de
Poitou & de la Marche ; elle y
cft alliée aux plus confiderables
de ces Provinces , elle y a foûtenu
la grandeur de fon origine
par de grands biens , de
grandes dignitez , & par de
hautes alliances . Feu Mr le
O ij
164 MERCURE
Marquis de la Frette , pere de
celuy qui vient de mourir, avoit
paffe une partie de ſa vie dans
le fervice , où il s'eftoit diftingué
par un grand nombre
d'actions de valeur. Ses enfans
ont fuivy de fi glorieux exemples
, & ils n'ont pas moins
marqué de fermeté dans toutes
les actions où ils fe font trouvez.
Celuy dont je vous apprens
la mort herita en 1699.
de Madame la Ducheffe dc
Chaunes fa foeur , morte fans
enfans . La Maifon de Gruel
a formé diverfes branches , qui
font prefque toutes éteintes.
GALANT 165
お
par
Elles ont produit en differens
temps de grands hommes dans
l'Eglife & dans l'épée . Barthelmy
de Gruel fut tres - celebre
fes faits d'armes fous Henry
II. & il fe diftingua beaucoup
au Siege de Mets.
Meffire Jean de Tirmois ,
Chevalier Seigneur d'Herqueville
, Soûdoyen des Confeillers
du Parlement dé Rouen ,
eft mort âgé de 88. ans , aprés
avoir raporté deux Procez le
jour precedent : il avoit beaucoup
de capacité & de probité :
il eftoit d'une ancienne nobleffe
, & le chef de fa famille
166 MERCURE
>
vint de Bretagne s'établir en
Normandie
en 1370 .
Me Gargam Veuve de Mre
Pierre de Larche , Prefident
aux Enquêtes du Parlement ,
eft morte âgée de plus de 90.
ans , ayant confervé le parfait
ufage de fa raifon juſqu'à
fon dernier foupir . Elle avoit
paſſé ſa vie dans l'exercice des
vertus Chrétiennes ; elle étoit
tres- officieufe amie. Sa famille
qui eft originaire de Champagne
, a produit beaucoup de
gens de lettres.
Mrs de Gargam font alliez
à Mrs de Couion originaires de
GALANT 167
té
la même Province de Champagne
, & à Mrs Jubert de
Bouville. Feu Mr le Prefident
de Larche étoit un des plus habiles
Magiftrats du Parlement
de Paris. Il s'étoit acquis une
eftime univerfelle par fa probipar
fon defintereffement &
par l'étenduë de fes lumieres.
Le Pere Charles le Gobien
de la Compagnie de Jefus eft
mort dans la Maiſon profeffe
des Jefuites de cette ville âgé de
57. ans ou environ ; il étoit de
Saint -Malo , & d'une Maifon
affez confiderable . Il entra jeune
dans la Compagnie de Je168
MERCURE
par
fus , & il s'y diſtingua bien-tôt
fa vertu & fon zele , pour
la fanctification
du prochain
encore plus que par fon efprit.
Il travailloit particulierement
à la Propagation de la Foy Catholique
, il a travaillé fans relâche
pendant tout le cours de
fa vie à un auffi faint ouvrage.
Il a fait un Recueil de huit volumes
de Lettres pieuſes & édifiantes
, écrites par les Miffionaires
de fa Compagnie dans
l'Orient. Dans le huitiéme Rccueil
publié dans le temps que
le Pere le Gobien eft mort
ce zelé Religieux a donné de
picules
GALANT 169
pieuſes & judicieuſes reflexions
fur la conduite des Miffionnaires
dans l'Empire de la Chine
& des Remarques fur la maniere
dont les étrangers y font
reçus & doivent s'y conduire ;
on ne peut rien voir de plus
édifiant ny qui réponde mieux
au titre de ce Recueil . La Preface
du 1.Volume, qui eft tresbelle
& tres - curieufe , renferme
la vie du Pere Verjus qui a
paffé laplus grande partie de fa
vie à travailler au progrés ou à
l'entretien des Miffions de l'a
rient. On y trouve des chofes
tres- intereffantes
qui regardent
Aoust 1708 .
Р
170 MERCURE
ce Pere , qui étoit frere de
Mr de Crecy Plenipotentiaire
à Nimegue & à Rifwik . Le
le P. Gobien n'étoit pas le feul
fçavant de fa famille , N ... le
Gobien qui vivoit dans le dernier
ficcle , & dont divers Auteurs
ont parlé avec éloge, luy
a fait beaucoup d'honneur .
Je dois ajouter que dans les
Lettres recueillies par le Pere le
Gobien dont je viens de vous
parler ; on trouve l'Hiftoire de
l'établiffement de deux nouvelles
Miffions dans l'Amerique
Meridionale, & l'Hiftoire de la
découverte des Ifles Marianes
GALANT 171
qu'on ne connoiffoit preſque
point il y a quelques années , &
il y rapporte avec une grande
exactitude , tout ce qui s'y eft
paffé depuis que les Miflionnaires
y ont penetré.
Mr de la Rue Capitaine de
vaiffeau , qui fut emporté d'un
boulet de canon dans une des
dernieres actions qui fe font
paffées fur mer , avoit époufé
Mlle Gobien , niece du Jefuite
dont je vous apprens la
mort , & fille de fon frère aîné ,
qui étoit chef d'une Maiſon
qualifiée de S. Malo .
Le Pere Dom Sanlecque ,
Pij
172 MERCURE
Prieur de la Chartreufe de Lu
ny , cft mort dans de vifs fentimens
de pieté. Il avoit eſté
Procureur de celle de Paris pendant
prés de 35. ans , & il en
a gouverné le temporel avec
beaucoup de fuccés. Ce Religieux
eftoit recommendable
par fa vertu & par les talens .
Il fçavoit les belles Lettres , &
il excelloit dans la partie de la
Phyfique qui regarde les Mechaniques.
Il fut tiré il y a 4.
ou 5. ans de la Chartreufe de
Paris pour gouverner celle de
Luny en Champagne , proche
la ville de Langres. C'eſt dans
GALANT 173
cette mefme Chartreuse qui
fubfiftoit déja dans le 13 ° ficcle
, que le fameux Impofteur
Tilon Colup , qui fe faifoit
paffer dans ce fiecle - là pour
l'Empereur Frederic II . excommunié
au premier Concile general
de Lyon , & mort en
1270. fuppofoit s'eſtre ſauvé
en 1268. aprés que Charles
d'Anjou Roy de Naples , y cut
fait trancher la tefte à Conra
din fon pretendu petit fils . Il
difoit pour colorer fon impofture
que s'appercevant qu'on
vouloit attenter à fa vie , il refolut
de s'enfermer dans un
Piij
174 MERCURE
Monaftere , & que par le fecours
d'un Serviteur fidele , il
eftoit entré dans la Chartreufe
de Squillace en Calabre , fous
un nom fuppofé , en qualité
de Frere Oblat , & de- là qu'il
eftoit paffé en celle de Luny en
Champagne. L'Empereur Rodolphe
I. chef de la Maiſon
d'Autriche l'ayant enfin en des
Habitans de Nuys , chez leſquels
il s'eftoit refugié , le fit
brûler . Le Pere Dom Sanlecque
eftoit coufin germain du
fameux Pere Sanlecque , Chanoine
Regulier de faint Auguftin
, de la Congregation de
GALANT 175
fainte Geneviève , connu par
fes talens , fur tout par celuy
qu'il a pour la Poëfie , & qui
avoit cfté nommé à l'Evêché
de Bethleem par feu Mr le Duc'
de Nevers fon amy; mais qui
ne jugea pas à propos de profiter
de cette grace.
Mr le Comte Leopold de
Lobcowitz , Chambellan de
l'Empereur , eft mort à Vienne
dans de grands fentimens
de pieté. Il a efté fort regreté
de cette Cour ; fes manieres
polies , fa generofité & la vertu
dont il avoit fait toute fa vie
une exacte profeſſion , l'y a-
P
inj
176 MRCURE
voient fait generalement eftimer.
Il eftoit d'une tres grande
Maiſon , originaire de Silefie
, & qui avoit produit en divers
temps de grands Hommes
dans le Miniftere & dans l'Epée.
Ce Comte avoit porté les
armes une partie de fa vie , &
il avoit donné des preuves de
fa valeur dans les guerres de
Hongrie , où il s'eftoit fignalé
pour le fervice de l'Empereur
fon Maiftre. Il eftoit fort amy.
de feu Mr Brockuys , tres- celebre
Poëte Latin , & dont on
vend à prefent en Hollande la
nombreuſe Bibliotheque . Il
GALANT 177
eftoit auffi amy de Mr Hof.
man , fameux Medecin , & un
des ornemens de la Cour de
Berlin , qui vient de publier
depuis peu des Differtations
choifies fur la Phyfique & fur
la Medecine. Il y avoit peu de
Sçavans en Allemagne qui
n'euffent des liaifons particulieres
avec ce Seigneur, qui s'appliquoit
à faire connoître leur
merite , & à leur procurer les
graces qui pouvoient dépendre
de fon miniftere. Il avoit efté
un peu mêlé dans la querelle
de Mr le Marquis Orfi , qui a
fait depuis peu des Remarques
178 MERCURE
fur la maniere de bien penſer,ſur
les Ouvrages d'efprit du Pere
Bouhours.
Mre Louis Deffalles , Seigneur
des Vouthons , eft mort
âgé de prés de quatre- vingts ans
dans fon Château de Condé
en Lorraine. Il étoit Bailli d'Epinal
, & Confeiller d'Etat de
S. A. R. Monfieur le Duc de
Lorraine. Ce Comte avoit
porté les armes avec beaucoup
de diftinction. Il avoit cité
Lieutenant Colonel du Regiment
de Marfin , & il avoit
exercé pendant 2. Campagnes
la Charge de Maréchal des loGALANT
179
gis de la Cavalerie de France en
Catalogne , fçavoir en 1673 .
& en 1674.
La Maiſon Deffales eft une
des plus anciennes du Royaume;
elle eft originaire du Bearn .
Antoine Deffalles vivoit fous
les regnes de Charles VII . & de
Louis XI.Pierre Deffales fon fils
fut nommé Page de la Chambre
de Louis XI. & il fe trouva
en l'année 1467. à la Bataille de
Montlhery ; en 1477. il fe
trouva à celle de Nancy où il
vit perir le Duc de Bourgogne
Charles le Guerrier. Il époufa
en l'année 1490. en premieres
180 MERCURE
nôces Dame Nicole de Vernancourt
de Gombervaux. Philippe
Deffales l'un des plus vaillans
hommes du feiziéme fiecle
fur marié auffi 2. fois ; Renée
d'Hauffonville Vaubecourt
grande tante de feu Mr le
Comte de Vaubecourt , & de
Mr l'Evêque de Montauban fut
fa feconde femme il l'époufa en
1755. il en cut 6. enfans , dont
Jean Deffalles fut l'aîné .
Ce dernier fut dans une grande
confideration à la Cour
de Lorraine , Charles III . Duc
de Lorraine le fit Confeiller
d'Etat , & luy donna la qualité
GALANT 181
de Chambellan . Chriftophle
Deffalles luy fucceda , & fut
de plus Gouverneur de Vitri .
Claude Deffales Maréchal de
Camp fous le Regne d'Henri
IV. en defcendoit ; il fuivit ce
Monarque dans toutes fes
Campagnes , & le fervit avec
une fidelité inviolable. Henri
Deffales fon fils fut Guidon des
Gendarmes de Mr le Duc de
Bouillon grandpere de celuy
qui porte aujourd'huy cenom ,
& il époufa Dame Elizabeth
de Meraude , niece & heritiere
de feu Mr l'Electeur de Treves
& de la même Maiſon que
182 MERCURE
Mlle de Meraude qui a épousé
depuis environ un an Mr le
Marquis de Plancy - Guenegaud.
Henry Deffalles cut de
cette Dame neuf enfans , du
nombre defquels étoit Henry
Deffales , Seigneur des Vouthons
qui de Marie- Magdelaine
d'Aubry eut Mr le Comte
Deffales qui vient de mourir,
& qui étoit allié aux meilleures
Maifons de Lorraine & de
France. Mr Deffales eft mort
dans grands fentimens de Religion
; il s'eft preparé à la mort
pendant plus d'une année , &
durant tout ce temps - là il n'a
GALANT 183
à
voulu entendre parler que des
chofes qui avoient rapport
fon falut. De fi faintes difpofitions
ont efté fuivies d'une
mort bien Chrêtienne & bien
édifiante. Ses dernieres paro
les ont efté remplies d'expreffions
du plus vif amour de
Dieu , & quoi qu'il n'eût aucun
goût pour la ſpiritualité
pendant la vie ,
on peut dire
qu'il en a pris tout d'un coup
dans fes derniers jours l'efprit
& les maximes . Mr le Duc de
Lorraine & Mr l'Evêque d'Ofnabrug
fon frere ont parlé à
l'occafion de cette mort d'une
184 MERCURE
maniere qui fait beaucoup
d'honneur à cette Maifon.
M' l'Abbé Miloni eſt mort
depuis quelque temps en Italic.
Il eftoit celebre par fa fageffe
& par l'égalité de fes moeurs.
On le confultoit de toutes
parts fur la conduite de la vie,
& perfonne ne penfoit plus
jufte que luy fur la morale. On
a publié depuis ſa mort à Rome
, un Livre Italien de fa compofition
, qui a pour titre : Les
Confolations de la Vieilleffe , dediées
à M' le Cardinal Colloredo
, ami particulier de cet
Abbé. Ce judicieux Auteur
GALANT 185
fait voir dans les deux parties
de cet ouvrage tout ce que
Dieu , comme Auteur de la nature,
fournit d'avantageux à la
Vieilleffe , & tout ce qu'il y
répand de benedictions , comme
Auteur de la grace . On voit
par là felon le Plan de cet
Abbé , que la foibleffe de ceux
qui,parvenus au periode de leur
vie , en trouvent le fardeau ,
pefant , & l'on y prépare les
autres , qui jeunes encore ne
l'envifagent qu'avec crainte ,
quoy qu'ils fouhaitent d'y ar
river..
Ciceron n'a l'avantage fur.
Aouft17.08.
Q
186 MERCURE
Mr l'Abbé Miloni dans l'ouvrage
excellent qu'il a fait fur
la Vicilleffe , que l'ancienneté ;
car cet Abbé pouffe auffi loin
fes raifonnemens & fes reflexions
fur les avantages & les
douceurs de la Vieilleffe , que
l'Orateur Romain.
Mr l'Abbé Miloni eftoitfort
lié avec Mr Berenga de Boulogne
, & il engagea autrefois cet
illuftre Italien à travailler à fon
Profeo Secretario . Mr Miloni
travailloit lorfqu'il elt mort , a
accommoder Mr Dini , Podef
tat de Boulogne , & Mr Tedefchi
, qui cftoient aux prifes il y
GALANT 187
a long- temps fur les bornes de
la Jurifdiction
de cette Ville.
Mr l'Abbé Miloni engagea
auffi , il y à quelques années ,
Mr Fabricius d'Hambourg
faire imprimer les Prefaces &
les Epitres de Grævius , qu'il
avoit entre les mains depuis la
mort de ce dernier
. Il engagea
auffi Mr Valdſchmidt
premier
Medecin
du Landgrave
de
Heffe , connu par fon attachechement
pour la Philofophie
Cartefienne
, à donner une édition
plus ample & plus correc
te de fes ouvrages , & qui a eſté
depuis publiée à Francfort , aux.
Qij
188
MERCURE
dépens de Frederic Knochius ,
celebre Libraire de cette Ville.
Il n'y avoit pas long- temps
que Mr Miloni , lorſqu'il eft
mort , avoit envoyé des Memoires
à M' Ouerbeck en Hol.
lande pour les inferer dans fa
deſcription des Monumens antiques
de Rome , gravez fur
les Deffeins levez à Rome même
, par fon couſin feu Mr
Querbeck en Hollande , Peintre
diftingué. On n'a rien vû
encore de plus exact fur cette
matiere . Mr de Barbeyrac qui
a donné une Traduction Françoife
des Sermons de feu Mr.
GALANT 189
Tillolfon Archevêque de Cantorbery,
cftoit un des meilleurs
amis de Mr Miloni ; ils s'étoient
fouvent vifitez , & s'eſtoient
mutuellement fait part de leurs .
lumieres ; & c'eſt à la priere de
ces deux illuftres amis que Mr
Leydeker avoit enfin pris la réfolution
de rendre public fon
fecond tome de la Repúblique
des Hebreux , où il traite de
l'état des Juifs depuis le Schifme
deJeroboam jufqu'à la ruine
de Jerufalem par Titus
frere de Domitien & fils de
Vefpafien. Mr Maffon , qui a
donné depuis peu la vie d'Ovi190
MERCURE1
de tirée de fes ouvrages , & diftribuée
par années fur le même
Plan qu'il avoit fait celle d'Horace
, avoit voulu la dedier à
Mr l'Abbé Miloni , qui ne voulut
point confentir à recevoir
cet honneur , quelques inftan·
fes amis & ceux de Mr.
a
ces
que
Maffon
luy
puffent
faire
fur
ce
fujet
: & il donne
en
cette
occafion
une
preuve
de l'humilité
qui
a toûjours
eſté
ſa vertu
dominante
. Jamais
homme
, en
effet
, n'a
plus
cherché
à ſe cacher
que
Mr
Miloni
, il eftoit
tellement
ennemi
des
loüanges
,
qu'il
fuffifoit
de luy
en donner
GALANT 191
par écrit, ou de vive voix , pour
n'eftre plus de fes amis ; & tous
ceux qui faifoient profeffion
d'en eftre , avoient fur cela une
circonfpection finguliere. Il a
fait ufage de cette vertu juf
qu'au dernier moment de fa
vie : ſes difpofitions teſtamentaires
en font voir des preuves
qui luy font beaucoup
d'honneur , & qui font trespropres
à édifier ceux qui les
verront.
Ferdinand Charles de Gonzague
, Duc de Mantouë & de
Montferrat , mourut à Padouë
les. Juillet aprés une indifpo
192 MERCURE
fition de quelques jours . Il
s'eftoit levéle matin de ce jourlà,
& avoit entendu la Meffe ,
où il avoir communié . Il prit
enfuite un bouillon , & fe mit
dans un fauteuil , où il expira
fans que fon Medecin qui y
eftoit prefent l'eût prevû en
aucune maniere. Il eftoit né
le 3. Aouft de l'an 1652. Il
avoit épousé en premieres nôces
au mois de Septembre de
l'an 1670. Anne Ifabelle de
Gonzague fa parente , fille de
Ferdinand de Gonzague 3 du
nom , Prince de Guaftalle , &
de Marguerite d'Eſt Modene .
Cette
GALANT 193
Cette Princeffe mourut le 18.
Novembre de l'an 1703. & le
8. Novembre de l'année fuivante
, Mr le Duc de Mantouë
époufa en fecondes nôces N…….
de Lorraine , fille de Charles
Duc d'Elbeuf, & de fa 3 ° femme
Françoise de Moncaut de
Navailles , & il n'en a eu aucun
enfant. Ce Duc avoit un frere
naturel , marié en Languedoc
à une fille de qualité , & qui a
porté les armes pour le fervice
du Roy. Le défunt eftoit fils
de Charles de Gonzague 3
du nom , Duc de Mantouë &
Marquis de Monferrat , & d'IAouſt
1708. R
194 MERCURE
с
fabelle Claire d'Autriche , fille
de Leopold d'Autriche , Archiduc
d'Infpruk. Cette Princeffe
mourut en 1685. & le Duc
fon époux eftoit mort dés l'an
1665. Ileftoit frere de l'Imperatrice
Eleonore de Gonzague
3 femme de l'Empereur Ferdinand
III. ayeul de celuy qui
regne aujourd'huy , & ils étoient
fortis du mariage de
Charles de Gonzague - Cleves ,
Duc de Rethelois , Prince de
grande efperance , qui mourut
l'âge de 22. ans , & de Marie
de Gonzague , Princeffe & heritiere
de Mantouë , ſa couſine
GALANT 195
germaine. Ce Duc de Rethelois
eftoit frere de Loüife - Maric
de Gonzague - Cleves , Reine
de Pologne , qui époufa fucceffivement
les deux freres , Ladiflas-
Sigifmond & Jean- Cafimir,
Rois de Pologne , & d'Anne
de Gonzague , qui époufa
le Prince Edouard , Comte Palatin
du Rhin 15 ° , fils de Frederic
V. Electeur Palatin , &
d'Elizabeth Stuart , fille de Jacques
I. Roy d'Angleterre . Elle
a eu de ce Prince trois filles ;
fçavoir , Madame la Princeffe
de Condé , Madame la Princeffe
Rhingrave de Salms , &
Rij
196 MERCURE
par
Madame la Ducheffe d'Hanover
, mere de l'Imperatrice regnante.
Feuë Madame la Princeffe
Palatine a efté celebre par
fon efprit , par fa beauté &
fa charité envers les pauvres
. Madame la Princeffe de
Condé eftoit tante à la mode
de Bretagne de Mr le Duc de
Mantouë qui vient de mourir .
Marie . Princeffe de Mantouë ,
& qui apporta ce Duché à
Charles de Gonzague , Duc de
Rhetelois fon coufin , eftoit
fille de François de Gonzague
4 du nom , Duc de Mantouë
& de Montferrat , & de MarGALANT
197
guerite de Savoye , fille aînée
de Charles Emanuel , Duc de
Savoye , & de Catherine Michelle
d'Autriche
: outre la
branche de Guaftalle
, il y en
à plufieurs autres de la Maiſon
de Gonzague ; ce font celles
de Vefcovato , de Caſtillon , de
Stivere , de Novarole , de Palazolli
, des Marquis de Gazolo
& Bozolo. Les Marquis de
Gonzague , les Barons de faint
Eftienne , & d'autres Seigneurs
fans appanage , & qui portent
fimplement le nom de Gonzague
, fortent auffi de cette
Maiſon. Feu Mr le Duc de
R iij
198 MERCURE
Mantouë eftoit fort aimé de
Les Sujets , & l'on peut dire que
fon égalité le rendoit eſtimable,
& qu'il gardoit inviolablement
les Traitez qu'il avoit
faits .
Vous avez , dites vous , apprehendé
pour Toulon , jufqu'à
ce que vous ayez ſçû la
nouvelle des premieres démarches
de Mr le Duc de Savoye ,
& vous me demandez des nouvelles
de cette Place . Je vous
en envoye qui doivent vous
faire plaifir.
On commença le premier
Février dernier fur la hauteur
GALANT 199
de l'Artigues , qui domine fur
celles de Sainte Catherine , un
petit Fort en forme de Redou--
te , qui eftoit fort avancé il y
à deux mois , & en eftat de faire
une forte refiftance avec dixhuit
pieces de canon , qui battront
tout le revers de ces hau-.
teurs.
On a auffi travaillé à la conftruction
d'un Fort fur les hauteurs
de la Malgue . Cet ou
vrage eft fort important , &
on en a pris le deffein fur une
parallellogramme. Ce figure
Fort a quatre baftions ; un ouvrage
à corne fur fon devant ,
:
R iiij
200
MERCURE
a
& une demi-lune fur celuy de
cet ouvrage à corne . On devoit
placer dans le tout cent - quatre-
vingt pieces de canon . Depuis
le quinziéme Avril dernier
fix à fept cens
hommes
ont
travaillé à ces
ouvrages . Ils
ont une ligne de
communication
, qui prend de l'angle flanqué
du Baſtion de l'entrée à
celuy de la demi - lune de la
courtine des
Minimes . On a
auffi
travaillé à des
chemins
couverts & à des glacis dans le
marais ; le tout fuivant le projet
arrefté par le Roy.
Le Fort Saint Louis qui fe
GALANT 201
trouve fitué dans la grande rade
& fous les hauteurs de la
Malgue , ruiné en partie par
les ennemis l'année derniere.
eft entierement rétabli , & ce
Fort eft devenu tres bon depuis
que celuy de la Malgue eft
parfait.
Le Pays a fourni 20000: piquets
& des fafcines à proportion
, pour rétablir les embrafures
de la Place qu'on avoit
faite l'année derniere , ce qui
n'eftoit que par précaution.
Les Lettres de Toulon du
9. de ce mois portent que l'on
Y armoit en diligence le Vaif202
MERCURE
feau le Temeraire , de foixante
canons , & la Fregate la Parfaite
, de quarante , pour aller
chaffer le Chevalier Palavichin
qui empêche le commerce de
l'Ifle avec la grande terre.
Je vous ay promis de vous
envoyer l'Avertiffement touchant
les Prix que l'Academie
des Jeux Floraux doit diftribuer
l'année prochaine. Voicy
ce qu'elle a fait imprimer fur
ce fujer.
GALANT 203
L'ACADEMIE
DES JEUX FLORAUX,
LA
que
Academie des Jeux Florauxfait
fçavoir au Public
le troifiéme jour du mois de
May de l'année 1709. Elle diftribuera
les quatre Prix ou Fleurs
qu'elle doit donner chaque année..
Le premier eft une Amaranthe
d'or de la valeur de quatre cens
livres , qui fera adjugé à une
Ode.
Lefecondeftune Violette d'argent
de la valeur de deux cens
cinquante livres , quifera adjugé
204 MERCURE
ligéà
un Poëme de foixantes Vers
au moins , & de cent Vers auplus,
tous Alexandrins & fuivis , ou
à Rimesplates , dont le fujet doit
être beroïque.
Le troifiéme eft une Eglantine
d'argent du prix de
vres , quifera adjugéà une Piece
de Profe d'un quart d'heure , ou
d'une petite demie heure de lecture ,
dont l'Academie desfeux Floraux
publiera toutes les années lefujet ,
qui fera pour l'année prochaine
1709.
250 .
L'INCERTITUDE DE L'AVENIR
EST UN BIEN QUI N'EST PAS
ASSEZ CONNU.
GALANT 205
Le quatrième Prix eft un
Souci d'argent de la valeur de
deux cent livres : on le donnera
une Elegie , à une Eglogue , on
une Idylle.
à
Avec ces quatres Prix , on
diftribuera encore en même temps
les deux Prix qui avoient efté
deftinez l'année prefente pour le
Poëme & pour la Profe , &
qui n'ont pas été adjugez.
Le fujet de toutes les fortes de
Poëfie qui peuvent 'prétendre à
ces Prix , fera au choix des
Auteurs.
A l'égard des Vers , ils doivent
être reguliers , & n'avoir
206 MERCURE
rien de burlefque, de fatirique ,
ni d'indecent.
Toutes perfonnes de quelque
qualité & pays qu'elles foient ,
de l'un & l'autre fexe , pourront
afpirer aux Prix.
Les Auteurs quiy prétendront,
feront remettre leurs Ouvrages
dans tout le mois de Janvier de
de l'année 1709. lequel étant expiré,
on n'en recevra plus.
Ilfaudra qu'on s'adreffe à Mr
de Lafaille , Secretatre perpetuel
des Feux Floraux , qui loge à la
Placefaint George..
Les Auteurs ne mettront point
leur nom à leurs Ouvrages , mais
GALANT 207
feulement une fentence , & ils
prendront les précautions neceffaires
pour n'en êtrepas reconnus &
nommez dans le Public comme
Auteurs ; avant que les Ouvrages
n'ayent été examinez & jugez.
Le Secretaire des Jeux en écrira
la reception fur un Registre
où il mettra le nom , la qualité &
la demeure des Perſonnes qui luy
auront délivré les Ouvrages ;
lefquels figneront le Registre , &
en même temps en recevront un
recepißé. Les Auteurs feront obligez
de luy fournir trois copies pareilles
& bien lifibles de chacun de
leurs Ouvrages
.
208 MERCURE
On avertit de nouveau les
Auteurs de ne fe point faire connoître
avant la diftribution des
Prix, & de s'abftenir de toute
follicitation ; le Statut de l'Academie
exclut du Prix tout Ouvrage
pour lequel on aura follicité.
Il a été executé cette année ,
le cas s'étant prefenté , afin d'em
pêcher les Auteurs de contrevenir
à cette loi : c'est ausujet d'une
Ode , qui par fon merite devoit
être examinée dans le Bureau genaral,
& qui ne l'a pas été par
cette feule raison , que
s'étoit fait connoître à des fuges ,
& les avoitfollicitez .
PAuteur
GALANT 209
On avertit encore que c'est une
loi de l'Academie de n'adjuger les
Prix qu'à des Ouvrages nouveaux
, & d'exclure ceux qu'on
reconnoîtra avoir déja paru : que
les Auseurs qui font courir leurs
Ouvrages avant qu'ils foient
examinez & jugez , contre -viennent
à cette loi qu'à l'avenir un
Ouvrage dont il aura couru des
copies dans le Public , nefera pas
regardé comme nouveau, & qu'il
fera exclus du Prix.
Les Ouvrages qu'on découvrira
n'avoir pas étéfaits par celuy
qui s'en dira l'Auteur , feront
auffi exclus du Prix. C'est un des
Aouft 1708 .. S
210 MERCURE
Statuts de l'Academie. On avertit
donc les Auteurs de qui les
Ouvrages auront remporté de
Prix , qu'ils feront obligez pour
les recevoir de fe prefenter euxmêmes
l'apréfmidy du troifiéme
jour du mois de Mai , s'ils font
dans la Ville de Toulouſe ; & en
ce cas on leur délivrerá les Prix
dés qu'ils fe prefenteront ; que
s'ils font étrangers & hors de
portée de venir les recevoir eux,
mêmes , ils feront obligez d'envoyer
à une perfonne domiciliée à
Toulouse une Procuration
bonne forme pour
Mr de Lafaille , avec le receen
la remettre à
GALANT 211
piẞé qu'il aura fait de l'Ouvrage.
·Aprés que les
Auteurs
fe feront
fait connoître on leur donnera
des atteftations , portant qu'un
tel , une telle année , pour un tel
Ouvrage par luy compoſé, a remportéun
tel Prix ; & l'Ouvrage
en Original y fera attachéfous le
contrefcel de Jeux. Un même
Auteur ne pourra neanmoins avoir
le même Prix que trois fois
enfa vie ; mais ilpoura les avoir
tous ou plufieurs en une
année.
en une même
Celuy qui aura remporté trois
Prix , l'un defquels fera l'Ama-
Sij
212 MERCUR E
rante , pourra obtenir des Lettres
de Maitre ; & il fera toute fa
vie du Corps des Jeux Floraux,
avec droit d'affifter & d'opiner
comme Fuge , avec le Chancelier,
les Mainteneurs
, les autres. లో
Maiſtres , aux Affemblées publiques
particulieres qui regarderont
le jugement des Ouvrages ,
l'adjudication des Prix.
On avertit auffi que ceux qui
remettront au Bureau de la Pofte
des Paquets adreffez à Monfuur
le Secretaire des feux , les doivent
affranchir , s'ils veulent qu'on
retire : fans cette précaution ils
doivent être affurez qu'on laissera
les
GALANT 213
1
leurs Paquets au Bureau, D'ailleurs
pour ce qui regarde les Ouvrages
qu'on envoyera pour les
Prix, il eft neceffaire de fe fervir
de la voye de quelque habitant de
Toulouse , qui remette les Ouvra
ges , & en retire le recepiffé de
Monfieur le Secretaire , pour éviter
l'embarras qui furviendroit, fi
une Piece ainfi remife par le Courier
à droiture à Monfieur le Secretaire
, venoit à être jugée digne
du Prix ; parce qu'on ne sçauroit
àqui le délivrer .
En finiffant il y a deuxmois ,
l'article dans lequel je vous en214
MERCURE
tretins de ce qui s'eſtoit paffé
cette année à l'Academic des
Jeux Floraux , à l'occafion de
la diftribution des Prix ; je
vous parlay d'une querelle qui
regardoit deux hommes d'ef
prit connus & eftimez par
leurs ouvrages . Cette querelle
a cfté terminée au gré des Parties
intereffées. Le prix de l'Ode
n'avoit aucune part au demêlé
, & quelque belle que fût
celle de Mr l'Abbé de Maumenet
, il ne pouvoit y prétendre
à caufe du tort qu'on luy
avoit fait en imprimant fon
Ode dans le temps qu'il l'enGALANT
215
voyoit à Toulouſe. On fçait
que l'Academie des Jeux Flo
raux rejette tous les Ouvrages.
imprimez ; cependant il y a
lieu de croire que cette Ode
qui eft à la gloire de Son Alteffe
Royale le M' Duc d'Orleans
, étoit fort du goût
des Juges , puifqu'ils firent examiner
avec attention s'il étoit
vrai qu'elle eût été imprimée ,
ce qui ne fe trouva que trop
veritable pour cet Abbé , qui
eft en poffeffion de faire de tresbeaux
Ouvrages , & de remporter
des Prix. Cet examen
luy donne lieu de fe confoler
216 MERCURE
de n'avoir pas remporté le Prix
qui auroit pû être dû à fon Ode,
ainfi que l'approbation que
l'on donne à tous fes Ouvrages.
Il vient de faire une Ode nouvelle
fur la prise de Tortofe
qui ne doit pas être trouvée
moins belle que celle que l'on a
fait imprimer à fon infçû, puifque
tout ce que fait cer Abbé
part d'un genie élevé . L'Ode
qui a remporté cette année le
Prix à Toulouſe pouvoit certainement
le meriter ; mais celle
de Mr l'Abbé de Maumenet
feroit affurement entrée en
concurrence. On verra l'année:
prochaine
GALANT 217
prochaine lequel l'emportera
de ces deux illuftres concurrens .
Il paroît depuis peu une feconde
Edition du Livre intitulé
Systême du Coeur , ou La connoiſſance
du coeur humain .
La plus commune opinion
eft que la feconde édition d'un
Ouvrage doit être une preuve
inconteftable de fa bonté. Ce
n'eft pas qu'il ne fe trouve fouvent
desperfonnes qui feroidif
fent contre le torrent, & qui ne
fe laiffent pas entraîner au jugement
du plus grand nombre ;
mais la pluralité des voix en
quelque occafion que ce foit, eft
Aouft 1708.
T
218 MERCURE
toûjours un grand avantage, &
l'on peut dire que c'eſt preſque
tout ce que peuvent efperer
ceux qui travaillent , puiſqu'il
eft tres difficile de plaire generalement
à tout le monde , &
peut affurer que l'on
dans ces
fortes
d'ocafions la plus grande
partie eft prife pour le tout ;
de maniere que le nombre des
éditions d'un Ouvrage fait
toûjours que ceux- mêmes qui
ne l'ont pas en core lû , decident
en fa faveur , parce que
l'on prétend que le public fe
trompe rarement. J'ajoûterois
icy , fi je croyois qu'il me fuft
GALANT 219
que
permis de parler proverbe , celuy
qui dit la voix du peuple
eft la voix de Dieu ; ces fondemens
pofez , on ne peut douter
de la bonté du Livre dont
je vous parle.
Je dois avertir que ceux qui
en ont vu la premiere édition ,
ne doivent pas negliger d'en
voir la feconde , parce qu'ils la
trouveront beaucoup augmentée.
Ce Livre contient quatre
parties ; la premiere traite de
l'amour & de l'amitié ; la ſeconde
, de l'amour propre ; la
troifiéme , de l'amour en ge-
Tij
220 MERCURE
neral , & la quatrieme , fait
voir , d'où naît la diverfité des
impreffions que les objets font
fur nous.
On trouve auffi beaucoup
de maximes dans ce Livre ,
auffi fpirituelles que délicates .
Cet Ouvrage eft digne de la
curiofité du public , auffi bien
que de l'attention de ceux qui
le liront .
Ce Livre fe vend chez le
Sr Brunet , Libraire , dans la
grande Salle du Palais , à l'Enfeigne
du Mercure Galant .
Le même Libraire fait imprimer
un autre Livre intitulé ,
GALANT 221
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DÉS ARRESTS ,
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JURISPRUDENCE UNIVERSELLE
des Parlemens de France.
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Maximes du Droit Ecclefiaftique
, du Droit Romain ,
des Coûtumes & des Ordonnances
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, Furifconfultes & Commen
tateursfondées fur l'usage & fur
·les décifions des Cours Souveraines
, avec une citation fidele des
Arrefts anciens & modernes , &
une indication exalte de tous les
Auteurs.
Cet ouvrage contiendra trois
T iij
222 MERCURE
volumes in folio , & fera d'une
tres-grande utilité au public.
Enfin vous allez eftre contente
; le Dictionaire Hiftorique
& Geographique dont
vous m'avez demandé des nouvelles
tant de fois , eft fur le
point de paroiftre , & vous ,pou -
rez juger par vous -même dans
le mois d'Octobre prochain ,
s'il répond à l'attente que vos
amis vous en font avoir depuis
plus de deux ans que le fieur
Coignard Imprimeur & Libraire
ordinaire du Roy , en a
commencé l'impreffion ; il fera
bien difficile que cela n'arriGALANT
223
.
ve pas , puifqu'outre une ample
& forte exacte defcription
de ce qu'il y a de lieux remarquables
dans toute la terre ;
vous y trouverez ce qui a toûjours
fait un de vos plus grands
divertiffemens pendant les
heures que vous avez bien
voulu donner à la lecture , je
veux dire , les moeurs & les
coûtumes des Peuples , que de
vafles mers feparent de nous ;
leur Religion ; leur maniere de
s'habiller ; les ceremonies qu'ils
obfervent quand ils fe marient,
ou quand ils enterrent leurs
morts & quantité d'autres.
>
Tiiij
224 MERCURE
qui
chofes
extraordinaires ,
frappent & amufent d'autant
plus l'efprit, qu'elles font toutà
- fait hors de nos ufages . Ce
Dictionnaire eft divifé en trois
gros Volumes in folio . Quand
vous l'aurez, vous pourrez dire
que vous vous ferez fait une
petite Biblioteque des livres des
plus fameux Voyageurs , tels
que Thevenot , Tavernier
Olearius , Mandello , Bernier ,
Chardin
Doubdan , Jean
Struys , Coppin Thomas
Gage , Dampier & plufieurs
autres , qui nous ont donné
des Relations particulieres de
>
GALANT 225
ce qu'ils ont vû en certains
Pays , où la curiofité les a fait
aller . Ce que les Ambaffades
des Hollandois à la Chine &
au Japon contiennent de fingulier
, n'eſt
ce grand Ouvrage.
Quant à l'hiftorique , il y
-cft mêlé abondamment
, par
rapport à ce qui s'eft paffé de
plus digne d'eftre fçeu dans
tous les lieux dont il eft fait
mention ; & ce qui vous fera
fans doute plaifir , eft qu'il n'y
a aucun Royaume en Europe,
dont l'article ne foit accompagné
d'un Extrait de la vie de
pas oublié dans
226 MERCURE
tous les Rois qui l'ont gouverné.
Vous trouverez ce même
Extrait de la vie de quantité
de grands Hommes dans
les articles des Villes & Bourgs
qui ont efté leur Patrie. Il n'y
a perfonne qui ne foit bien aife
de fçavoir en quel temps ils
ont vécu , & par quel heureux
talent ils ont merité la gloire de
ne pas mourir entierement . Mr
de Corneille ne pouvoit marquer
mieux fon zele pour le Public
, qu'en finiffant fa carriere
par un Ouvrage, qui doit faciliter
à ceux qui le liront , la connoiffance
de mille choſes qu'il
"
GALANT 227
eft bon de fçavoir , au moins
fuperficiellement , & qu'ils ne
pourroient trouver dans les
Auteurs qui enont traité , qu'avec
de longues & penibles recherches.
Il a employé à les
faire , plus de quinze années
d'un travail prefque fans relâche
, & vous jugez bien qu'il
n'a pû en venir à bout , ni mettre
tant de diverſes matieres en
ordre alphabetique , comme il
s'eft attaché à les ranger , qu'en
lifant avec une extrême application
une infinité de Volumes
de toutes fortes , où elles font
répandues confufément , &
228
MERCURE
le foin de
prefqu'inutilement pour la plûpart
de
ceux que
leur fortune &
l'embarras de
leurs affaires ne
laiffent pas en
pouvoir de s'adonner à une
étude un peu ferieuſe. Ainfije
puis affeurer , fans craindre de
dire trop fur l'utilité de fon
Dictionnaire Univerfel , en ce
qui regarde la
Geographie ;
qu'il furpaffe de beaucoup ceux
qui ont efté faits jufques - àprefent
, non
feulement pour
la quantité d'articles qui ne
font dans aucun autre ; mais
encore pour les circonstances
qui en rendent le détail plus
GALANT. 229
étendu , & par
confequent plus
curicux & plus
agreable.
L'Evêché de
Rieux ayant
vacqué, & le Roy voulant remplir
ce Siege , S. M. qui depuis
plufieurs années prefere , lors
qu'il s'agit de nommer à l'Epifcopat
, ceux qui font inftruits
par eux - mêmes des devoirs
des Evêques , & qui en ont fait
les
fonctions avant que d'eftre
parvenus à cette dignité, nomma
le Vicaire General de cet
Evêché pour en remplir le Siege.
Mr Pine , Prebendier
du
Chapitre
de l'Abbaye
de Lezat
, qui fe trouve dans le Dio230
MERCURE
cele de Rieux , n'eut pas plutoft
appris que cet Evêque
eftoit en place , qu'il alla luy
faire compliment à la teſte de
fon Chapitre qui n'eft compofé
que de quatre Prebendiers .
Voicy le compliment qu'il fit
à ce nouvel Évêque.
MONSEIGNEUR ,
Le zele infatigable , & l'application
continuelle, qui vous rendoient
attentif depuis long-temps , fur
tous les befoins d'un grand &
vafte Diocefe , dont on vous avoit
confié le foin en qualité de Vicaire
GALANT 231
general ; eftoient comme les heureux
prefages du digne choix qu'-
un Monarque auffifage & auffi
éclairé que Louis le Grand , a fait
de vostre illuftre Perfonne , pour
remplir le Siege de l'Eglife de
Rieux qui vient de perdre fon
Paſteur. Sa Majesté en vous nommant
pour fucceder à un figrand
Prelat , ne pouvoit mieux nous
dédomager de fa perte , ni nous
faire connoître combien une longue
experience des travaux de l'Epif
copat fans être Evêque
Vous
avoit rendu capable de foutenir
l'éclat de la
grandeur de cette
Dignité , dont le poids fait trem232
MERCURE
bler les Anges mêmes. Il étoit
jufte, Monfeigneur , que ces excellentes
Vertus que le grand
Apôtre demandoit autrefois dans
fon cher Difciple , & qu'on voit
aujourd'huy toutes réunies en
Vous , y receuffent enfin un caractere
tout nouveau , qui y ajoûtant
& la grace & l'onction ,
Vous fit remplir dignement toutes
les fonctions du Miniftere Paftoral
dont vous venez d'eftre chargé.
C'est ainsi , Monfeigneur , que
formé à l'Epifcoparpar des difpofitionsfifaintes
, & élu par la pieté
d'un GrandRoy ; nous efperons de
voir revivre en Vous les vertus
GALANT 233
& le merite de tant defaints Evêques
qui ont gouverné l'Eglife de
Jefus- Chrift. Plaife à ce Pasteur
Eternel, & à cet adorable Evêque
de nos ames , de vous faire
entrer dans le deffein qu'il a eu de
toute éternitéde les fauver ! Vous
enferez deformais le Pere. Agréez
s'il vous plaît , Monfeigneur ,
qu'en Vous reconnoiffant pour tel ,
nous venions Vous rendre nos devoirs
, Vous offrir nos voeux &
nos refpects , Vous marquertajoye
l'efperance que nous donne vôtre
élevation , & Vous renouveler
fur tout l'obéiffance que nous
Vous avions déja jouée , entre les
Aouft 1708. V
234 MERCURE
mains de celuy qui Vous a precedé
dans le Gouvernement de cette
Eglife , dont Vous eftes devenu
l'Epoux. Ad longos annos.
Dixi.
•
Mr l'Abbé d'Uzés , Grand
Chanoine de Strasbourg, ayant
efté nommé prefque dans le
même temps à l'Abbaye de
Lezat ; & cet Abbé étant venu
prendre poffeffion de ce
Benefice ; Mr de Pine dont je
viens de vous parler , luy fit
auffi un tres beau compliment
, dans lequel il luy marqua
la joye que fon Chapitre
GALANT 2:35
•
reffentoit de l'avoir pour Abbé
. Il marque dans ſon Difcours
, que laprotection qu'il donnera
à ce Chapitre , luyfera d'au
tant plus avantageufe , qu'il eft
beaucoup élevé au deffus des Abbez
fes Predeceffeurs , tant par
l'éclat de fa Naiffance
, que par
un merite diftingué. Il trouve
enfuite moyen de parler de la
grandeur de la Maiſon de cet
Abbé , en donnant d'une maniere
éloquente , des raifons
pour faire voir que ce n'eft pas
le temps d'en parler , ſon Chapitre
& luy s'étant bornez à de
fimples complimens de con-
V. ij.
236 MERCURE
joüiffance & de felicitation . Il
parla enfuite de la modeftie de
ce nouvel Abbé , & il finit en
fouhaitant que la pieté du Roy
élevât bientôt Mr l'Abbé
d’Uzés à de plus hautes Dignitez
qui luy étoient juſtement
dûës , & que perfonne ne pouvoit
remplir plus dignement
que luy.
Le Samedy 11. d'Aouſt on
celebra dans la Chapelle du
Palais la Fête de la Couronne
d'Epines de Nôtre - Seigneur ,
qu'on y a expofée ce jour - là à
la veneration des Fidéles ; les.
Peres Jacobins du Grand ConGALANT
237
de
vent de la ruë S. Jacques s'y
rendirent en Proceffion , & ils
y officierent avec beaucoup
pompe. Peu de perfonnes
fçachant l'origine de ce Droit
attaché à l'Ordre de Saint Dominique
; jay cru qu'on feroit
bien aife d'en trouver icy un
détail. Lorfque Saint Louis
eût fondé la Sainte Chapelle
du Palais , il refolut de l'orner
des plus belles Reliques qu'il
pourroit trouver . Il fçavoit
que la Couronne d'Epines
étoit entre les mains des Empereurs
Grecs de Conftantinople
; il leur en fit demander
238 MERCURB
une portion , qu'il obtint par
la negotiation de deux Religieux
de l'Ordre de Saint Dominique
, qui fe rendirent exprés
à Conftantinople pour
obtenir ce précieux Veftige de
la Redemption des hommes.
Ces deux Religieux , chargez
de ce facré Dépôt , vinrent euxmême
l'apporter au faint Roy
de France , qui leur fçût tant
de gré du fuccez de leur negotiation
, & de la peine qu'ils
avoient prife d'avoir apporté
cette Relique en France, qu'à
leur confideration
, & pour
conferver à la pofterité la meGALANT
239
moire d'un Don fi confiderable,
fait par l'entreprise de deux
Religieux de faint Dominique,
il accorda à leur Ordre le droit
d'officier à la Sainte Chapelle
le jour de la Fête de cette Relique
, qui fut fixée au 11 .
d'Aouft. Les Religieux du
Convent de la ruë faint Jacques
, qui eft le plus ancien
des trois qui font en cette Ville,
fe rendirent à l'ordinaire à la
Sainte Chapelle , & ils y chanterent
une grande Meffe , pendant
que le Chapitre qui leur
avoit quitté la place , en chantoit
une dans la Sainte Cha-
•
240 MERCURE
pelle baffe ; & dans la Proceffion
qui fe fit autour de ces
deux Eglifes, les Religieux y affifterent
, fuivis des
Chanoines ,
& on y porta la Sainte Epine
avec beaucoup de pompe. Le
Pere Bonnefoy Jacobin prefcha
:( c'eſt toûjours un Religieux
de cet Ordre qui prefche
le jour de cette Ceremonie
) fon Difcours fut fort applaudi.
Aprés avoir fait l'Hiftoire
de la Relique , & un détail
circonftancié de tous les
hazards qu'elle avoit couru
avant que de tomber entre les
mains du Roy Saint Louis ; il
s'étendit
GALANT 241
s'étendit fur les merites de la
Paffion , dont elle avoit efté un
des plus terribles inftrumens
tout ce qu'il dit fur ce fujet fut
tres touchant & tres recherché,
& la morale qu'il en tira ne le
fut pas moins ; il déplora d'une
maniere fort vive, les excés &
les defordres qui rendent tous
les jours les merites de cette
Paffion inutiles.
Je ne fuis point furpris de
ce que vous me mandez àl'avantage
du fupplément de ma
Lettre du mois de Juillet , qui
fert de réponse aux faufletez
publiées , dans 31. Imprimez
Aouft 1708. X
242 MERCURE
-
publiez dans toute l'Europe
par les Alliez. Je ne demeurerois
pas fi facilement d'accord
de tout le bien que vous me
dites de cet Ouvrage , fi j'y
avois autant de part que j'ay
ordinairement dans les Lettres
que je vous envoye tous les
mois ; mais celle que vous vantez
tant , eft bien moins mon
ouvrage que celuy des Perſonnes
éclairées dans le Metier de
la Guerre , qui fe font trouvées
à la journée d'Oudenarde , &
qui en ont fait des Relations ;
auffi bien que de tout ce qui a
precedé cette fameuse JourGALANT
243
1
[
།
née, dont Monſeigneur le Duc
de Bourgogne a bien voulu ſe
donner la peine de faire une
Relation , qui vaut ſeule tout
le Supplément que je vous ay
envoyé. Ce Supplément contenoit
auffi diverfes Relations
écrites par des Officiers de diftinction
de l'Armée des Alliez ,
par des perfonnes qui tiennent
un rang confiderable dans
les Etats d'Holande ; toutes ces
Relations & ces Lettres enfemble
, accompagnées d'une
infinité de faits inconteftables,
& qui prouvent beaucoup
mieux que tout ce que j'aurois
&
X ij
244 MERCURE
pû vous dire , les faufferez que
l'on a publiées touchant la
Journée d'Oudenarde . Toutes
ces chofes , dis je , ont dû vous
faire un extreme plaiſir , ainfi
qu'à tous ceux qui ont lu ce
Supplément , dans lequel on
trouve douze Relations remplies
de faits de la plus haute
Valeur , & qui doivent faire
connoître jufqu'où peut aller
la Valeur Françoiſe . Enfin je
crois qu'il m'eft peu échapé
d'Actions les plus diftinguées ,
& je me fuis fait un fenfible
plaifir de les recueillir , afin que
la Pofterité puiffe un jour les
GALANT 245
apprendre , & que toutes les
Familles de ceux qui fe font
fignalez à la Journée d'Oudenarde
, puiffent un jour donner
moyen à tous leurs Def
cendans de les faire connoître
à la Pofterité la plus reculée ,
par le moyen de ce Supplément
qui a eſté rendu public ,
ce que vous apprendrez , je
crois , avec plaifir.
On ne peut donner trop de
loüanges au Regiment de Vendôme
, qui s'eft diftingué dans
cinq charges differentes , ainfi
que je vous l'ay déja marqué .
Mr Baudouin Lieutenant Co-
X iij
246 MERCURE
lonel de ce Regiment , y a efté
bleffé en fe diftinguant . Mr
de Limbeuf Major a fait pendant
ces Charges , tout ce que
l'on pouvoit attendre d'un
homme d'une valeur éprouvée.
Il mena le Regiment à la
haye où étoient les Ennemis ,
où il planta les Drapeaux , &
Mrs Paftourel & de Mauriac
ont eu beaucoup de part à la
vigueur avec laquelle ce Regi
ment chargea , ayant animé
les Soldats par leur exemple ;
& l'on peut dire que tous les
Officiers de ce Corps , ont fait
dans cette Journée memoraGALANT
247
ble , tout ce que l'on pouvoit
attendre des Officiers les plus
braves & les plus confommez
dans le mêtier de la Guerre .
Le Regiment de Boulonois,
qui étoit de la Brigade de Picardie
, ainfi que je vous l'ay
déja dit, chaffa avec fa Brigade,
les Ennemis des Hayes où ils
étoient ; il fe mit en bataille
dans la Plaine qu'ils occupoient
& fe retira des derniers . Mr le
Marquis de Crecy , Colonel de
ce Regiment s'eft beaucoup
diſtingué , & Mr le Marquis
de Caftaniet Lieutenant Colonel
, s'eſt acquis beaucoup de
#
X iiij
248 MRCURE
gloire , & a efté fort bleffé.
Je paſſe au Camp de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
. Je vous ay fait voir
dans le Supplément de ma derniere
Lettre , tout ce que ce
Prince a fait depuis le jour du
Combat d'Oudenarde
, jufqu'au
commencement
de ce
mois. Il s'eſt donné juſqu'au
10. tous les foins que les plus
grands Generaux ont accoûtumé
de fe donner ; & quoique
fon Armée n'ait fait aucun
mouvement ce Prince
n'a pas laiffé d'eftre dans une
agitation perpetuelle , allant
GALANT 249
fans ceffe vifiter tous les Quartiers
de l'Armée , s'informant
de toutes chofes , donnant des
ordres fort à propos ,
envoyant
des partis , tenant des Confeils,
écrivant fort fouvent , & au
milieu de tous ces foins , faifant
fouvent fes devotions
pour obtenir du Dieu des Armées
qu'il répande fes benedictions
fur celle que le Roy
a commiſe à fa prudence & à
fa valeur .
Ce Prince alla le 10. à Gand
pour y faire chanter le Te Deum
en action de graces de la prife
de Tortofe. Če qui fe paffa à
250 MERCURE
cette occafion eft digne d'eftre
fçu ; mais cependant vous n'en
auriez pas un détail parfait fi
je n'avois pris foin d'en faire
une Relation complette , tirée
de quatre Lettres differentes ,
dont chacune rapporte des circonftances
qui ne fe trouvent
point dans les autres , & cependant
je ne vous répons pas qu'-
aprés avoir pris de fi grands
foins , il ne manque encore
quelque chofe à cette Relation
dont la lecture doit neanmoins
vous faire beaucoup de plaifir ..
Le 10. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Monfeigneur
GALANT 251
le Duc de Berry , & Monfieur
le Chevalier de faint Georges'
monterent à cheval à neufheures
du matin pour fe rendre à
Gand où ils arriverent environ
fur les 11 heures.
Tous les Bourguemeftres &
les autres Magiftrats , accompagnez
de cent des plus notables
Bourgeois qui tenoient
chacun un flambeau de cire
blanche allumé , s'eftoient rendus
en deçà du Glacis pour y
recevoir Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , & pour prefenter
le Dais à ce Prince ; il
eftoit de velours cramoifi , or252
MERCURE
né de crépines & de galons
d'or , & foûtenu par dix des
principaux Magiffrats qui le
devoient porter ; Mais Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
les remercia en refufant
l'honneur qu'on vouloit luy
faire .
Il entra enfuite dans la Ville
au fon d'un grand nombre
d'inftruments ; le canon dont
on avoit refolu de faire plufieurs
falves , ne fe fit point entendre
, ce Prince l'ayant ainſi
fouhaité
, parce que les bleffez
qui estoient dans la place auroient
pû en eftre incommodez.
GALANT 253
La marche qui commença
par deux Efcadrons des Gardes
du Corps , fut fermée par deux
autres Escadrons du même
Corps.
Les ruës eftoient tenduës des
plus belles étoffes de Perſe &
des Indes , & garnies de feüillages
avec un rang de Caiffes
garnies d'orangers de chaque
cofté ; toutes les feneftres
eftoient remplies de Dames
dont les parures donnoient un
nouvel éclat à la fefte .
Les Bourgeois qui avoient
pris les armes , & dont on fait
monter le nombre à 12. ou
254 MERCURE
15000. hommes , bordoient
toutes les ruës.
Il y avoit un homme au
haut d'un des principaux clochers
de la ville , affis fur un
Dragon ; il tenoit un Drapeau
avec lequel il joua avec beaucoup
d'adreffe dans le temps
que Monfeigneur le Duc de
Bourgogne commença à paroiftre
dans la Ville , en criant
Vive le Roy, & tout le peuple
dont l'affluence eftoit fort
grande , luy répondit avec des
acclamations de Vive le Roy fi
fouvent reïterées , que ce concert
d'allegreffe dura pendant
GALANT 255
toute la marche , qui finit à 11.
heures & demie que l'on arriva
à l'Eglife de Saint Baüon , Cathedrale
de la Ville.
Mr l'Evêque de Gand qui
n'eft pas moins venerable par
fon âge que par fa dignité d'E .
vêque , attendoit Monfeigneur
le Duc de Bourgogne à la porte
de cette Eglife , accompagné
de tout fon Clergé ; il fit
un compliment à ce Prince ,
& luy prefenta le Livre des
Evangiles à baifer.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
les Tambours des Cens-
Suiffes battant de la même ma256
MERCURE
niere qu'ils font lorfque le Roy
va à la Meffe , ayant enfuite
traversé l'Eglife au milieu d'un
grand nombre de perfonnes de
diftinction &d'une grande foulede
peuple, entra dans le choeur
& fe plaça fur le Prie- Dieu qui
luy avoit efté preparé au haut
du même choeur.
Mr. l'Evêque de Gand commença
enfuite unegrande meffe
de la Trinité qui fut chantée
en mufique ; les voix furent
trouvées tres - agreables , & la
mufique plut beaucoup .
La meffe eftant finie , le Chantre
de cette Cathedrale eftant
GALANY 257
la
au bout de l'Autel , annonça
en latin & à haute voix , un
mandement du Pape qui ordonnoit
des prieres pour
profperité de fes Armées.
Le Te Deum ayant aprés cette
lecture efté entonné par Mr
l'Evêque , fut continué la
par
Mufique.
Toute la Ceremonie eftant
finie , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne fortit dans le même
ordre qu'il y eftoit entré , &
alla à l'Hoftel de Ville où fes
Officiers luy avoient preparé
à dîné aux dépens de Mrs de
Gand.
Aouft 1708.
Y
258 MERCURE
Le devant & les coftez de
l'Hoftel de Ville eftoient ornez
de rameaux verds entremêlez
de grands flambeaux de
cire blanche allumez . ·
La Tapifferie du lieu où l'on
devoit manger eltoit de velours
cramoify , fur laquelle on
avoit placé plufieurs Tableaux
de diſtance en diſtance , entre
lefquels eftoient plufieurs bras
garnis de bougies allumées
mais figrandes qu'on auroit pû
les prendre pour des cierges .
La Table eftoit ovale , &
le couvert qui faifoit beaucoup
de plaifir à voir , fe faifoit re-
;
GALANT 259°
marquer avec attention ; toutes
les ferviettes formoient
differens animaux , dont les
uns eftoient aëriens , & les autres
aquatiques , & chaque
eſpece d'animal étoit placé alternativement.
Le repas fut tres - magnifique
; on y fervit de tres - beauxpoiffons
, & le fruit fut trouvé
admirable. La Symphonie fe
fit entendre pendant tout le
repas , & fut trouvée fort bonne
. Il feroit impoſſible de bien
depeindre l'empreffement que
chacun marqua en cette occafion
pour voir dîner Meſſei-
Y ij
260 MERCURE
gneurs les Princes : toute la
Salle fetrouva remplie de tout
ce qu'il y a de perfonnes confiderables
dans la ville de
Gand . Monfieur le Chevalier
de Saint George dîna avec
Meffeigneurs
les Princes
avec lesquels plufieurs Officiers
du premier rang Efpagnols
& François curent
l'honneur
de manger
.
Le repas fini , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne monta à
cheval pour aller au Château,
Avant que ce Prince fortît de
l'Hoſtel de ville , on renouvella
les flambeaux
des cent NoGALANT
261
tables Bourgeois , qui devoient
encore accompagner ce Prince
; mais les ayant remerciez ,
ils le virent partir en le comblant
de benedictions , & ce
Prince fe rendit au Château
avec Monfeigneur le Duc de
Berry , & Monfieur le Chevalier
de Saint George au milieu
des acclamations publiques
& des cris de joye de tout le
peuple , qui ne pouvoit fe laffer
de les admirer.
Aprés qu'ils eurent vifité
tout le Château , ils remon
terent à cheval aux cris redoublez
de vive le Roy , & ils re
262 MERCURE
tournerent dans leur Camp ,
auffi fatisfaits de leur voyage ,
que tout le grand peuple de
Gand l'avoit efté de leur prefence
& de leurs manieres
honnêtes &
engageantes
.
Pendant les mouvemens que
fe donnoient les grandes armées
, Mr de la Croix qui paffe
avec raiſon pour l'un des
plus grands Partiſans qui ait ja -
mais efté , agiffoit de fon côté
d'une maniere qui ne laiffoir
pas de chagriner beaucoup les
ennemis , quoyqu'il n'ait le
commandement que de quelques
partis .Il envoya so.homGALANT
263
+
mes dans le Weſterwal qui
ayant paſſé le Rhin prés de
de Bonn , efcaladerent la ville
d'Aldenkirken ; mais n'étant
pas affez forts pour y demeurer
long-temps , ils enleverent
le Maire, les Magiftrats,
& quelques principaux Bourgeois
; & fur ce qu'on refuſa
de leur payer promptement
6000. Rifdales pour les frais
de leur courſe , ils brûlerent
quelques maiſons , ce qui fut
caufe que pour éviter l'effet
d'un plus grand incendie on
leur donna 5s.o0o0o0.. Florins outre
les ôtages. Ils en prirent
264 MERCURE
d'autres fur leur route , & ils
firent beaucoup de butin .
Je dois vous parler encore
de quelques perfonnes aufquelles
le Combat donné prés
d'Oudenarde a couté la vie.
Mr le Marquis de Ximenes,
Colonel du Royal Rouffillon
infanterie , eft de ce nombre.
Il eftoit de la Maiſon de Proizy
de Ximenes du Rouffillon ,
& fils de feu Mr de Ximenes ,
Colonel du même Regiment ,
& Lieutenant general des Armées
du Roy , qui avoit paſſe
par tous les emplois de ce Regiment
avant que d'en avoir le
CommanGALANT
265
Commandement : il en avoit
efté
fucceffivement Lieutenant,
Garçon-Major , Aide - Major ,
Capitaine , Major, Lieutenant-
Colonel , & il eut ce Regiment
à la mort de fon Colonel. Il
fut enfuite fait Brigadier ;
Maréchal de Camp , & il cft
mort Lieutenant General aprés
s'eftre fignalé dans les plus celebres
actions de fon temps. Son
fils qui vient de finir fa carriere
auroit fans doute fait le même
chemin , s'il cuft vêcu un peu
plus long-temps ; il eftoit generalement
eftimé , & il avoit
donné des marques de fa valeur
Aouft 1708. Ꮓ
266 MERCURE
en plufieurs occafions . Illa ffe
un fils qui donne déja de grandes
efperances & une fille de
Me la Marquile de Ximenes fon
épouse , d'une des plus anciennes
maiſons de Picardie , & cydevant
Chanoineffe
à Maubeuge
. Le Roy a donné fon Regiment
à Mr le Chevalier de Xi .
menes fon frere qui s'est déja fignalé
en diverfes occafions : &
Sa Majefté a fait connoître que
tant ce qu'il y auroit des Officiers
du nom de Ximenes , il
n'eftoit pas jufte que ce Regiment
fut donné à d'autres . Me
la Marquise de Tourouvre veu
ve de Mr le Marquis de Touroavre
Brigadier des Armées du
Roy eft foeur de ces Meffieurs .
Mre Louis Donneau de Vizé
GALANT 267
qui avoit eſté bleſſé au même
combat donné prés d'Oudenarde
, eſt mort à Gand de la bleffure
qu'il avoit reçûë à la jam-.
be. J'ay fi fouvent eu occafion
de vous entretenir de cette famille
que je me contenteray de
vous parler feulement aujourde
fes pere & mere & de fes empl
is. Il eftoit petit fils de Mre
N... Donneau de Vizé , Gouverneur
de Dammartin , & fils
de Gafpard Donneau de Vizé,
Lieutenant des Gardes du
Corps , & qui aprés avoir reçû
plufieurs bleffures en differentes
occafions , en reçut de nouvelles
au fiege de Fauconnier
qu'il emporta avec la feule Maifon
du Roy qu'il commandoit,
On doit remarquer une chofe
Z ij
268 MERCURE
qui n'a peut - être jamais eu d'exemple
; c'est qu'il fit ce fiege
avec de la Cavalerie feule , à
qui il fit mettre pied à terre , &
à la tefte de laquelle il traverſa
un foffé à la nage , ce qui furprit
tellement ceux qui défendoient
cette place , qu'ils fe rendirent
auffi -tôt à difcretion ; mais Mr
de Vizé ayant reçû de nouvelles
bleffures en cette occafion ,
& n'eftant plus en état de fervir
dans les armées de Sa Majeſté ,
fut nommé Maître d'Hoftel ordinaire
de la Reine. Il avoit époufé
fa Coufine Germaine du
même nom & armes , & la Reine
qui avoit fouhaité ce mariage ,
en avoit elle-même fait demander
en fon nom la diſpenſe au
Pape . Elle estoit fille d'Antoine
GALANT 269
Donneau de Vizé , qui eut l'honeur
de commander les Gardes
qui conduifirent Madame la
Grand Ducheffe à Florence
aprés fon mariage , & dont je
vous ai parlé en d'autres occafions.
-
Celuy dont je vous apprens
la mort avoit l'honneur d'être
filleul du Roy & de la Reine . Il
avoit efté élevé Page de Sa Majefté
: il entra enfuite dans les
Moufquetaires , d'où il fortit aprés
avoir fait quelques Campagnes
pour fervir dans les troupes
en qualité de Lieutenant de
Cavalerie , parce que l'ufage eft
d'obéir avant que de commander
;il fut fait enfuite Capitaine
dans le Regiment Royal Rouffillon
Cavalerie , & aprés s'être
Z iij
270 MERCURE
trouvé en cette qualité en differens
combats & en differens fieges,
il fe fignala à l'affaire de Turin
; il auroit pû fe difpenfer de
s'y trouver,ayant reçû quelques
jours auparavant le brevet d'E.
x mpt des Gardés du Corps :
mais il crut que lorfque fon devoir
le difpenfoit d'aller à cette
action ,fon honneur l'engageoit
de s'y trouver. Il y perdit tous
fes équipages , & fon frere qui
fervoit de Cornette dans fa
Compagnie , & qui avoit reçû
le Brevet de Capitaine dans le
temps qu'il avoit reçû celuy
d'Exempt , fut tué en fe diftinguant
dans la même occafion .
Celuy dont je vous apprens aujourd'huy
la mort , fe rendit en
Cour pour y recevoir le Bâton
GALANT
271
d'Exempt ; mais à peine cut - il
fervi quelques mois en cette
qualité qu'il fut nommé pour
commander pendant une année ,
felon l'ufage , les Gardes qui
fervent auprés de Madame la
Ducheffe de Bourgogne . Cet
employ eftoit fort brigué , &
l'on ne le donne qu'à des perfonnes
d'une fageffe reconnuë.
Au fortir de cet employ il retourna
dans fon Corps , & le
combat d'Oudenarde s'eftant
donné quelque temps aprés , il
y a reçû une bleffure à la jambe ,
dont il eft mort à Gand quelques
jours aprés , avec une conftance
& une refignation qui
doivent d'autant plus furprendre
, qu'après avoir rempli les
5 emplois que je viens de vous
Z iij
272 MERCURE
J
de marquer , & s'eftre trouvé à
trois ou quatre batailles , il eſt
mort àgé feulement de 26. ans .
Je ne vous dis point qu'il a eſté
fort regretté vous en devez juger
par tous les faits que je viens
d : vous raporter ; je dis faits ,
parce qu'il ne s'agit point de
raifonnemens , mais des chofes
réelles. J'aurois pû vous raporter
encore beaucoup de chofes
dont je ne vous ay point encore
parlé touchant fa famille ; mais
je ferois trop de violence à ceux
qui portent aujourd'hui ce nom
& qui fouhaitent avec la plus
forte paffion , qu'on ne parle
point d'eux , mais qu'on laiffe
feulement parler leurs actions .
Je dois vous parler de la mort
d'un homme qui avoit prefque
GALANT 273
cinq fois l'âge de feu Mr Devizé
; mais ce bonheur n'arrive
ordinairement qu'à ceux qui
fongent plus à vivre qu'à acquerir
de la gloire, & qui loin de
paffer leurs jours dans l'embarras
d'une vie tumultucufe , vivent
dans une tranquillité qui
ne leur faifant rien fouhaiter ,
ne leur fait rien fouffrir.
Etienne Ferrand , Bayle du
lieu nommé Befne , Paroiffe du
Dioceſe d'Alet , eftoit de ce
nombre . Il mourut le 23. Juin
dernier , âgé de 118. ans eftant
néen 1593. Il faut que l'air du
lieu où il eft mort , ne foit
pas
contraire à la fanté , puiſqu'un
de fes voifins & amis , nommé
Jean Tricoüer , y eftoit mort
deux ans auparavánt àgé de 111 .
ans.
274 MERCURE
Mre Michel Gobert , Preftre,
Chantre & Chanoine de la Sainte
Chapelle de Paris , eft morr
âgé d'environ cinquante - cinq
ans , après avoir mené une vie
tout - à - fait édifiante . Il eftoit
d'une fort bonne famille de Paris
& neveu de feu Mr Gobert ,
Maiſtre de la Mufique du Roy ,
& auffi Chantre de la Sainte
Chapelle. Sa Majesté pourvut
à fa confideration fon neveu , de
ces deux Dignitez ; il faifoit dés
lors de grands progrés dans les
vertus qui conviennent le plus
à un Ecclefiaftique .
Mrs Gobert de Paris font pa.
rens du celebre Gobert , riche
Banquier de la Rochelle , qui
obtint du Roy en 1655. des Lectres
de Nobleffe , & le Collier
GALANT 275
de l'Ordre de Saint Michel , à
caufe des fervices qu'il avoit
rendus à Sa Majesté & à l'Etat
.
La Dignité de Chantre de la
Sainte Chapelle eft élective par
des Conceffions particulieres
des Rois predeceffeurs de Sa
Majefté , & particulierement de
Philippes le Bel . Le Roy , qui
regle toutes fes actions fur la
plus exacte juftice , croyant
avoir droit de nommer à cette
dignité comme aux autres , &
aux Prebendes de cette Eglife ,
en confequence de la conteftation
que feu l'ancien Evêque
de Couftances , Treforier de la
Sainte Chapelle , eut avec fon
Chapitre , s'en defiſta aprés la
mort de ce Prelat , dés qu'on luy
276 MERCURE
cut fait connoiftre que fa prétention
ne pouvoit avoir lieu ,
& depuis ce temps- là Mrs de la
Sainte Chapelle ont nommé à
cette Dignité , ainfi qu'ils le
faifoient dans les fiecles qui approchoient
le plus de la fondation
de leur Eglife . Ils ont élû ,
aprés la mort de Mr Gobert ,
Mr l'Abbé de Vauroüis , l'ún
des derniers Chanoines nommez
par le Roy. Il eft Docteur
de Sorbonne , & joint à
une naiffance confiderable un
merite tres-diſtingué & une pie
té finguliere. Sa Majesté luy
avoit donné une Abbaye depuis
quelques années .
Le Canonicat , vacant par la
mort de Mr Gobert , a esté donné
à Mr l'Abbé Vafal , Preftre
GALANT 277
du Dioceſe de Chartres , & Licentié
de Sorbonne . Il eft fils
de Mr Vaffal , Huiffier du Cabinet
du Roy. Il eftoit de la
derniere Licence dans laquelle
il a paru avec diftinction .
L'Abbaye de Saint Loup de
Troyes en Champagne , Ordre
de Saint Auguftin , a efté donnée
à Mre Denis - François Bouthillier
, Evêque de Troyes , ci- .
2 devant Abbé de Baffe Fontaine
& d'Oigny , & Prieur de Beaumont
en Auge ; fils d'Armand-
1 Leon Bouthillier , Marquis de
Chavigny , Maistre des Requeftes
, & d'Elifabeth Boffuet. Cette
Maiſon a produit Victor
Bouthillier , Archevêque de
Tours , qui avoit cfté auparavant
Evêque de Boulogne , pre278
MERCURE
mier Aumônier de feu Monfieur
Gafton de France , & Maître
de fa Chapelle ; Sebaftien
Bouthillier Evêque d'Aire
mort en 1625. & l'ancien Evêque
de Troyes , oncle de celuy
qui donne lieu à cet Article.
Mr l'Evêque de Troyes eft frere
de feu Mr le Comte de Chavigoy
, Colonel du Regiment
d'Auvergne ; de Mr le Chevalier
de Chavigny , Colonel du
Regiment de Piémont ; de Mr
le Marquis de Chavigny , aujourd'huy
Brigadier des Armées
du Roy , & de Mr Bouthillier
de Chavigny , Conſeiller
honoraire au Parlement , qui
avoit épousé en premieres noces
Mlle Terrat ; & en fecondes ,
Mlle de Mefgrigny , dont il a
GALANT 279
cu Mr le Marquis de Chavigny,
Colonel d'Infanterie , tué au
fervice de S. M.
2
L'Abbaye de Saint Loup étoit
vacante par la démiffion de Mr
Fautrier , qui fe voyant dans un
âge fort avancé , a voulu renoncer
aux dignitez de l'Eglife,
pour ne plus s'occuper que des
affaires de fon falut . Cette Abbaye
eft dans la ville de Troyes.
Saint Loup , fon Patron titulaire,
en a efté le huitième Evêque .
Il empêcha Attila de ruiner
cette Ville , qui fut depuis
faccagée par les Normands.
Les Comtes de Champagne y
avoient leur Palais , & le Comte
Robert la repara. Le premier
Concile de Troyes y fut
teau en 867. pour l'affaire d'Eb280
MERCURE
bes ; & de Hincmar de Reims.
•
Mr le Marquis de Riantz Sou
Lieutenant des Gendarmes Anglois
, a eu la Compagnie des
Gendarmes de Berry , vacante
par la mort de Mr le Marquis de
Roquelaure. Ce Marquis eftoit
d'une fort ancienne maison du
Rouergue , qui n'a aucune liaifon
de parenté avec celle des
Ducs de ce nom ; il n'eftoit pas
moins diftingué par fon efprit
par fon merite perfonnel, que
par fa valeur & par fa naiffance.
Il faifoit un des principaux
ornemens de la Cour de Monfieur
le Duc & de Madame la
Ducheffe du Maine , ce qui peut
paffer pour une preuve inconteftable
de fon efprit.
&
Mr le Marquis de Riantz qui
GALANY 281
a cu la Compagnie eft fils de
Mr leMarquis de Riantz , Marquis
de Villeray qui porte fur
luy de glorieufes marques des
fervices qu'il a rendus autrefois
à Sa Majesté , & qui joint à une
valeur reconnuë de tous les
Guerriers de fon temps , un efprit
tres - élevé , & dont les lumieres
ont penetré ce que les
fciences les plus abftraites ont
de caché , & de Dame N ....
Hervé fille de feu Mr Hervé
Doyen du Parlement , & foeur
de l'ancien Evêque de Gap , &
de Mr Hervé Confeiller au
grand Confeil. Mr le Marquis
de Riantz qui donne lieu à cet
article , eft frere de Mr l'Abbé
de Riantz Docteur de Sorbonne
& ancien Recteur de l'Univer-
A a
282 MERCURE
fité qui a laiffé a fon cadet fes
droits d'aîneffe pour s'attacher
au fervice des Autels , & de
Mlle de Riantz dont la Renomée
a fouvent parle . Mr le Maquis
de Riantz leur pere eft frere
de Me de Riantz , l'un des
ornemens de l'Ordre de la Vifitation
, & Superieure d'un des
Convents de cet Ordre de la
Ville de Lyon ; cette Dame eft
dans une grande reputation de
vertu ; ils font fortis l'un & l'autre
du mariage de feu Mr. le
Marquis de Riantz , diſtingué
par fes fervices continuels , &
de Dame N ... de Rebé , foeur
de feu Mr de Rebé Archevêque
de Narbonne , & Commandeur
des Ordres du Roy , & ils
defcendent du celebre Denys
GALANT 283
de Riantz Prefident au Parlement
de Paris , qui a élevé cette
maifon fous le regne d'Henry
II. Ce grand Magiftrat commença
à fe faire connoiſtre par
le Bareau où il fe fit une grande
reputacion. Le Roy Henry II .
l'en tira en 551. pour le faire
fon Avocat General dans cet
augufte Corps . Il exerça cette
Charge pendant quatre ans avec
tant d'honneur & tant de probité
, & il fçut concilier les intereſts
de fon maiftre avec ceux
du public avec tant de fageffe
en diverses occafions , que le
même Prince luy donna un Office
de Préfident à mortier où il
fut reçû avec de grands applaudiffemens
. Cette illuftre Compagnie
perdit peu après l'acqui-
A a ij
284 MERCURE
fition qu'elle venoit de faire ;
ce fage Magiftrat mourut en ſa
maifon de Villeray en 1557. De
Gabrielle Sapin fon épouſe , il
laiffa Gilles de Riantz Baron de
Villeray qui fut auffi Prefident
au Parlement de Paris par conceffion
d'Henry le Grand ; il
avoit eſté Confeiller au Parlement
, & enfuite Maiftre des
Requeftes. Henry II I. le mit
dans fon Confeil d'Etat en 158 2 .
& fe fervit de luy en d'importantes
affaires. Aprés la mort
tragique de ce Prince il s'attacha
avec la même fidelité à Henry
IIII . qui le recompenfa
comme vous venez de voir . Il
mourut en 1597. âgé de 53 ans .
De Madelaine Fernel fille du celebre
Medecin Jean Fernel qui
GALANT 285
trouva le fecret de rendre foeconde
Catherine de Medicis ,
aprés 10. ans de fterilité ; il
laiffa François de Riantz Maître
des Requeſtes , & grand-pere
du vieux Marquis de Riantz
d'aujourd'huy , & qui leur a
fait dreffer l'Epitaphe qu'on lit
dans l'Eglife des Cordeliers ;
l'autre fille du Medecin Fernel
époufa Philibert Barjot , Seigneur
de Marchefray & d'Auneüil
, Maistre des Requeſtes
& Prefident au Grand Confeil
; il eft le Bifayeul des Comtes
d'Auneüil , & du Mazy, chef
de la maison des Barjots .
La maniere dont Mr le Marquis
de Riantz a eû fa Compagnie
, donne encore un nouveau
prix à la grace que le Roy viene
286 MERCURE
de lui faire. Il demanda à Sa
Majefté cette Compagnie ; & le
Roi lui répondit, fe vous la donne
de bon coeur, car vous la meritez bien;
& en même temps S. M. lui demanda
des nouvelles de fes bleffures
. Mr le Marquis de Riantz
aprés la journée dOudenarde a
étéobligéde quitter l'armée pour
aller prendre les Eaux de Bour.
bon où il eft à prefent , & en
paffant à Paris il demanda au
Roy la Compagnie qui estoit
vacante . Il eft encore incommodé
des bleffures qu'il a reçûes
en d'autres occafions .
-
Mr le Chevalier de Menou fe
trouvant le plus ancien Enfeigne
de la Gendarmerie , a eu la
Soûlieutenance qu'avoit Mr le-
Marquis de Riantz . Il est d'une
GALANT 287
tres-illuftre Maiſon de Touraine
, & dont il y a des branche
en Bourgogne, il eft fils de Mr le
Marquis de Charnizay cy - devant
Colonel d'infanterie , &
qui eftoit de cette Maifon ; Mr
le Doyen de Saint Agnan fait
beaucoup d'honneur à ce nom
-par fa vertu & par fon merite.
Mr Dupleffis la Corrée cft.
mort des bleffures qu'il a reçues
à la Journée d'Oudenarde ;
il fupplia le Roi en partant pour
la campagne , comme s'il eût prévû
qu'il n'en reviendroit pas ,
de le mettre en état de ne pas
faire perdre 24000. francs qu'il
devoit à fes creanciers . Ce
Prince toûjours rempli de bonté
pour ceux qui le fervent bien,
fe trouvant maître d'un Guidon .
288 MARCURE
qu'il avoit acheté autrefois
44000. francs pour en gratifier
un ancien Officier , il lui en affura
14000. & donna le furplus
à Mr de Trehans .
Mr le Comte d'Auger Exempt
des Gardes du corps , a efté fait
Major General de la Gendarmerie
; il eft d'une tres - ancienne
Maiſon originaire de Bretane
, & divifée en plufieurs branches
établies en Normandie &
dans le Perche . Il s'eft diftingué
dans toutes les occafions où
il s'eft trouvé , & particulierement
à Steinkerque ; fon frere
aîné eft Chef de Brigade dans
les Gardes du Corps . Feu Mr
le Comte d'Auger eft mort
Lieutenant General des Armées
du Roy.
Le
GALANT 289
Le Garçon Major a eſté
élevé à l'Aidemajorité ; tous les
Officiers de la Gendarmerie
ont rendu de fi grands temoignages
de fa valeur & de fa bonne
conduite , que Sa Majesté
s'eft determinée en fa faveur .
Le Roy a donné le Gouvernement
de Lanion en baffe Bre.
tagne à Mrdu Planty Exempt
des Gardes du Corps de la Com.
pagnie de Noailles : il eft de
la Maifon de Boifleve establie
en Anjou & en Bretagne Cette
Maiſon a donné des Lieutenans
Generaux au Prefidial
d'Angers & des Confeillers au
Parlement de Rennes , Mr l'Ab .
bé de Boifleve eft aujourd'hui
Confeiller Clerc au même Parlement
. Mr du Planui a donné
Aouft 1708. B b
290 MERCURE
des preuves de fa valeur dans
toutes les occafions où il s'eſt
trouvé : il eut un coup de moufà
l'affaire d'Eckeren , où
commandoit Mr le Marechal de
Bouflers .
quer
Lanion, Elaniónum en Latin, eft
une petite ville fituée vers la
Cofte de la Manche, au Dioceſe
de Trégu er en baffe Bretagne.
2
Le 23. Juillet Meffieurs les
Administrateurs de l'Hôpital
general de Tours , aïant à leur
tefte Mr Girault leur Prefident
& Treforier de France , homme
diftingué par la probité & par
fa vertu , firent celebrer un Service
folemnel dans l'Eglife de
cet Hôpital pour feue Me la
Marquife de Raffilly , en confideration
de la protection dont
1
GALANT 291
Mr le Marquis de Razilly fon
fils Lieutenant General pour le
Roy en Touraine , & Sous Gou
verneur de Meffeigneurs les
Princes a toûjours honoré cette
Maiſon . Toute la famille , qui
Left unedes plus diftinguées de la
Province , & plufieurs perfonn
de qualité fe trouverent à
ce Service où Mr l'Abbé de
Vallois , Parent de Mr le Marquis
de Rafilly , & nommé à
l'Abbaye de Monftierneuf , officia
folemnellement.
En vous parlant dans ma derniereLettre
du changement des
Intendans , la reffemblance des
noms a été cauſe que j'ay fait Mr
Rouillé de Marbeuf , Prefident
honoraire au grandConſeil , & M²
Rouillé , Confeiller de la pre-
•
Bb ij
;
292 MERCORE
miere Chambre des Requeſtes ,
parens de Mr Rouillé de Fontaine-
Guerin , quoy qu'il n'y ait
aucune parènté entr'eux .
J'ay dit auffi dans le même
Article que Mr Turgot , nommé
à l'Intendance d'Auvergne ,
eftoit neveu de Mr l'Abbé Tur .
got , Aumônier du Roy , & de
Me d'Aligre , quoy qu'il foit
frere de l'un & de l'autre .
.
Mr de Martangis qui va à
l'Intendance de Bourges , eft fils
de Mr de Martangis , ci- devant
Ambaffadeur en Dannemarck.
Sa mere n'est point
foeur de Mr Turgot de S. Clair ;
mais fille de Mr Daurat , mort
Doyen du Parlement Cependant
comme elle eftoit veuve
de Mr. Turgot , pere de l'InGALANT
293
tendant de Touraine , lorfqu'elle
époufa Mr de Martangis , le
nom de Turgot qu'elle portoit
a donné lieu à la méprile que
l'on a faite.
Comme j'ay toûjours fuivi
pas à pas S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , dans toutes les
Relations qui fe trouvent dans
més Lettres depuis que ce Prin
ce eft parti pour se rendre en
Efpagne , je tâcheray autant
qu'il me fera poffible de ne le
pas perdre de vûë un feul jour
dans toutes mes Lettres qui fuivront
celles dans lesquelles je
vous ay parlé de luy Je l'ay laiffé
au Te Deum que l'on chanta
à Tortofe le 19. du mois paffé ,
pour rendre graces à Dieu de
la prife de cette importante
Bij
294 MERCURY
Place. Voyons tous les mouvemens
de ce Prince depuis ce
temps - là , & ceux de toute fon
armée ,
Le 20. S. A. R. après avoi
mis fix Bataillons en garnifor
dans Tortofe , fit partir une par
tie de l'Armée qui occupoit le
Camp qu'il avoit formé prés de
cette Place pour aller camper
à Tibens , & l'Artillerie fut em.
barquée fur l'Ebro pour eftre
conduite à Miravet , & de là à
Cafpé . Mr le Chevalier d'Asfeld
retourna dans le Royaume
de Valence , avec les Troupes
qu'il en avoit amenées , & que
n renforça de quelques Regimens
.
Le 21. S. A. R , partit avec un
grand Corps de Cavalerie, pour
GALANT 295
fe rendre au Camp de Tibens .
Le 22. elle continua fa marche
avec toute l'Armée , & alla
camper à Benifalet .
Le 23 Mr de Heffy , Lieute
nant general , fut envoyé avec
un détachement
, pour occuper
des défilez , dont l'un eft nommé
le Pas de l'Afue.
Le 24. l'Armée s'arrefta quel
que temps pour laiffer repofer
les Troupes , & pour leur délivrer
beaucoup de chofes dont
elles avoient befoin dans leur
marche.
Le 25. l'Armée continua fa
marche : Mr de Heffy comman
doit l'avant - garde. Son A. R.
marcha le même jour , & Mr de
Silly qui commandoit l'arrieregarde
, efcortoit en même temps.
B iiij
296 MERCUKK
les Barques qui remontoient
l'Ebro. L'Armée alla camper ce
jour là à Binevra , d'où elle
continua fa marche au Camp
de Lerida .
។
Lei Aouft , l'Infanterie parti
du Camp de Lerida à dix
heures du foir , & elle marcha
toute la nuit pour éviter la
grande chaleur .
Le 2
2. S. A. R. partit de ce
même Camp à quatre heures du
matin avec la Cavalerie , & alla
joindre l'Infanterie au Camp
de Termens fur la Segre prés
de Balaguer .
L'armée fejournale 3 .
à caufe
qu'on fuc obligé d'envoyer
reconnoître les lieux où l'on
pourroit trouver de l'eau. Le
foir du même jour l'Infanterie
GALANI 297
partit pour aller camper à Mongav
fur le Sio.
S. A R. partit le 4 à trois
heures du matin avec la Cavale .
rie , & alla joindre l'Infanterie
qui eftoit campée ſur le bord du .
Sio qui eftoit fort fec , à la referve
de quelques endroits creux
où il eftoit resté de l'eau . Il y a
des Relations qui portent que
les Terres ayant un grand befoin
d'eau , à caufe de l'extrême
fechereffe , les Payfans avoient
fait des rigoles pour y faire répandre
l'eau .
Les. quoyque la difette d'eau
fit fouffrir ; on ne laiffa pas d'y
fejourner . S. A. R. monta ce
jour - là à cheval avec une efcorte
pour aller reconnoître le
Camp d'Agramunte . Mr d'Ef208
MERCURE
1
tain y arriva en même temps
avec fa Cavalerie , & aprit à S.
A. R, qu'il avoit eu avis que
le
fils de Mr le Marquis de las Minas
avoit ordre de venir s'emparer
de ce Camp avec 2500 .
chevaux & 6. pieces de canon,
& que Mr de Staremberg devoit
le fuivre avec toutes fes
Troupes. S A, R. retourna à
fon Camp , aprés avoir donné
ordre au Comte d'Eftain d'envoyer
reconnoîre les environs
du Sio pour fçavoir fi l'on pour
roit trouver moyen de faire des
retenues d'eau du Sio qui couloit
en cet endroit , mais fi peu
qu'à peine pouvoit on s'en appercevoir.
Le 6. à cinq heures du matin
Mrd'Eftain envoya dire à S. A.
GALANT 204
R. qu'il croyoit qu'en faifane
des puits au bord du ruiffeau ,
on pourroit avoir de l'eau fuffi
famment pour quelque temps ;
ce qui détermina ce Prince à
partir fur les huit heures avec
toute l'armée qui marcha fur
quatre colonnes le long du ruiffeau
, ayant lieu de croire , fuivant
ce que Mr d'Eftain luy avoit
mandé qu'il pourroit demeurer
dans ce Camp autant de
temps qu'il jugeroit à propos
d'y refter. Les Ennemis n'étoient
qu'à quatre lieues de ce
Camp , & fuivant le rapport de
leurs deferteurs dont il eftoit
venu plus de 60. depuis deux
jours ils raffembloient toutes
leurs troupes à deffein de venir
attaquer l'armée de S. A. R.
300 MERCURE
ce qui fic plaifir à toute l'armée
qui eftoit perfuadée que S A.
R. fouhaitoit de trouver une occafion
qui puft être decifive)
quoyque la prudence l'empechât
de découvrir fes fentimens.
Son armée est de 36. Bataillons ,
& de 70 , Efcadrons . On croïolt
alors felon le rapport des deferteurs
que les Ennemis avoient
66. Efcadrons , & que leur Infanterie
eftoit inferieure à celle
de S. A. R. qui reçût un Courrier
, par lequel Elle aprit que
l'on avoit revoqué l'ordre que
ce Prince avoit reçû quelque
temps auparavant d'envover 15.
Efcadrons à Mr le Maréchal de
Villars. al
On peut dire que l'on eftoit
alors dans la veritable Catalo
#GALANT 301
gne puifque l'on eftoit à douze
lieues de Barcelone , dans la
plaine d'Urgel . On pourroit
donner le nom de Montagne à
un côté de cette plaine .
Le 8. Mr de Carillo qui avoit
efté detaché pour aller couper
les retenues d'eau qu'on avoit
faites du Sio pour mettre dans
la Campagne , trouva quelques
Troupes de Cavalerie qu'il
pouffa ; mais qui ayant efté join-
Les par d'autres , le repoufferent
à leur tour juſqu'à ce qu'il
eut rencontré Mrs de Vigneau
& de Zerézeda qui eftoient à
la Guerre avec dix Troupes de
Cavalerie qui luy firent rechaffer
les Ennemis ; il s'en fallur
meme peu qu'ils ne priffent le
Commandant & quelques Offi302
MERCURE
ciers qui fe rafraichiffoient dans
un village d'où ils furent obligez
de le retirer avec precipi-
&tation on leur prit feulement
trois ou quatre chevaux de main,
& l'on fit quelques prifonniers
qui rapporterent que toute leur
Armée marchoit à deffein de
donner bataille .
Le 9. il vint fix deferteurs
qui rapporterent que le quartier
des Ennemis eftoit marqué
à Servere ; le foir quelques Payfans
donnerent avis qu'une partie
de leurs Troupes avoient
débuché le défilé , & comme
ce n'eftoit qu'à quatre lieuës
du Camp S. A R. envoya toute
la nuit des partis en Campagne
, on diftribua de la pou
dre & des bales aux foldats , &
GALANT 303
on s'attendoit de les voir paroître
à la pointe du jours u
Le 10. au matin S. A. R. fit
battre la Generale , & monta
à cheval pour aller reconnoiftre
les endroits propres pour un
Champ de Bataille aux environs
de fon Camp ; mais on apprit
que les Ennemis n'avoient fait
aucun mouvement , ce qui fut
caufe qu'on envoya au fourage
à deux heures aprés midy , ils
firentune décharge de jo . coups
de canon que l'on entendit fans
en fçavoir la raiſon .
Les deferteurs qui vinrent le
11 au matin rapporterent que
c'eftoit pour décharger & flamber
leur canon dont ils avoient
16. pieces ; celuy que S. A. R.
attendoit éſtoit arrivé depuis
304 MERAURB
deux jours , & Elle avoit reçû
le to au foir deux Eſcadrons de
Courtebonne venus de Bala
guer , Elle en attendoit le 11.
trois de Bouville & trois Efpagnols.
Sur l'avis qu'on cur que
les Ennemis avoient débouché ,
& qu'ils s'avançoient du côté
de Belpuche , S. A. R. monta à
cheval pour les y aller reconnoiftre,
& Elle ne trouva qu'un
Paylan qui venoit de leur Armée
, & qui dit à ce Prince
qu'ils eftoient encore à Servere
au delà du, défilé qu'ils avoient
feulement fait paffer à fix Bataillons
qui estoient campez fur
la hauteur pour leur fervir d'avant
garde , & qu'ils attendoient
encore cinq ou fix Efcadrons
qui venoient du LamGALANT
305
pourdan . On ne fçavoit pas à
quoy tout cela devoit aboutir 3
mais on eftoit perfuadé que s'ils
débouchoient en Plaine , il y
auroit certainement un combar.
On ne manquoit point d'eau au
Camp , S. A. R. ayant fait faire
tous les travaux neceſſaires
pour en avoir.
Je crois devoir ajoûter icy la
Relation fuivante.
Au Camp d'Agramunte le 11.
Aouft.
S. A. R. eft toûjours dans un
mouvement continuel pour obferver
ceux des Ennemis qui font camper
à Servere , qui eft à trois lieues de
noftre Camp ; nous avons crû qu'ils
viendroient nous attaquer ce matin ,
Aouſt 1708.
Cc
306 MERCURE
eftant plus forts en Cavalerie que
nous ; nous fommes dans un fort bon
Camp & nous avons plus d'Infanterie
qu'eux , ce quifait que nous
les attendons de pied ferme Il
vient d'arriver trois defertears qui
difenc qu'ils fe retranchent dans
Leur Camp , & que l'Archiduc doit
arriver cesjours- cy pour nous livrer
combat à la reste de fon Armée ; je
nedoute point que nous ne les bat.
tions , s'ils en font la folie.
Pendant que l'Armée de Son
Altefle Royale fe repofera , ou
du moins qu'elle attendra les
les ennemis , dans la pensée de
les bien recevoir , voyons les
mouvemens de celle de Mrle
Maréchal de Villars qui a toujours
efté en mouvement depuis
que les Ennemis ont comGALANT
307
&
+
mencé à faire connoître de quel
côré ils avoient refolu de diriger
leur marche , mais avant
que de paffer outre , voyons
l'état des Troupes avec lefquelles
il marche aux Ennemis ,
du nombredefquelles ne font pas
onze Bataillons qui font fous les
ordres de Mr le Comte de Medavy
& quelque Cavalerie
ric & Dragons qui font dans
quelques poftes .
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée commandée par
Mr le Maréchal de Villars.
Mr le Maréchal de Villars .
LIEUTENANTS GENERAUX,
Mellieurs ,
De Chemerault.
Ccij
308 MERCURE
HER Le Comte de Villars.
Officiers Generaux de la droite.
LIEUTENANS GENERAUX.
Meffieurs
D'Artagnan.
Dillon .
Officiers Generaux de la gauche..
Melieurs ,
De Thouy , Lieutenant General.
De Toralba , Maréchal de Camp.
PREMIERE LIGNE.
Mr le Guerchois , Brigadier,
INFANTERIE.
La Marine ,
Flandre ,
La Feüillade
Mr du Montet , Brig.
( Beauvoifis ,
Tournaifis
Bat.
3 .
2
22
GALANT 309
Vivarez ,
Dauphiné ,
de .
Brig.
Mr de
Mirabeau ,
La Marche,
Ponthieu ,
Cottentin
·6
Mr Cadrieux , Brig.
Bourgogne ,
Breffe ,
Baffigny ,
Gaftinois ,
6
Mr de Mauleyrier , Brig.
Bugey ,
Beaujolois
103
Forez
Anjou ,
7.
310 MERCURE
Officiers Generaux du Centre
de la feconde Ligne.hoops!
Melieurs ,
De S.Pater, Lieutenant General.
Le Comte de Teffé , Maréchal
de Camp.
Officiers Generaux de la droite.
Meffieurs
De Sailly , Lieutenant General.
De Muret , Marechal de camp.
Officiers Generaux de la
gauche .
Melieurs
D'Aubeterre , Lieutenant General.
*De Carraccioli , Maréchal de
Camp.
SECONDE LIGNE .
Mr de Sanzay , Brigadier.
Bretagne ,
Bat
GALANT 31
Cambrefis
Sanzay ,
6 .
Mr de Barville , Brigadier.
Caftellas ,
Soiffonnois , 2..
Mr de Croy , Brigadier.
Helly ,
Quercy ,
Croy a
3..
1 .
1.
Mr de Broglio , Brigadier.
D'Elgrigny ,
Vexin ,
Ile de France
La Sarre ,
Royal Artillerie,
6.
I.
Fufelliers de Montagnes, 1.
312 MERCURE
C
CAVALERIE.
Mr de Mongon , Lieutenant
General.
Manierres ,
Fourbin ,
Efca drons.
24
DRAGON S.
Dauphin ,
Fimarcon ,
3:
3.
10.
Dans le temps que l'allarme
eftoit la plus forte dans le
Dauphiné
, & que les perfonnes
les plus confiderables
de
Grenoble
vouloient
en faire
tranfporter
leurs effets , Mr de
Berulle, premier
Preſident
, fit
GALANT 313
paroiftre une fermeté qui raffura
tout le monde . Il declara
qu'il ne vouloit faire fortir de
la Ville aucuns de les effets , &
fçachant quelques jours aprés
qu'on le foupçonnoit d'en avoir
fait fortir fa vaiffelle d'argent ,
il donna un grand repas aux
principales perfonnes de la Ville
, dans lequel on vit paroistre
toute cette vaiffelle. Il avoit
eu foin auffi de faire tendre
dans tous les appartemens
de fon Hoftel , fes meubles
les plus precieux.
•
Vous avez déja fçu quelques
entrepriſes manquées par Monfieur
le Duc de Savoye Je dois
ajoûter icy , qu'il avoit refolu
de couper ce que l'on appelle
la petite Route , entre Grenoble
Aouft 1708.
Dd
314 MERCURE
& Briançon de laiffer par ce
moyen Briançon derriere luy ;
de prendre Embrun qui eft fans
deffenſe ; & de laiffer bloquez
non feulement Exilles & Fenef
trelles ; mais auffi Briançon &
Mont - Dauphin , ce qui feroit
arrivé fi on cut feulement perdu
un moment de temps . Ainfi l'on
peut dire que Monfieur de Savoye
ayant manqué l'execution
de ce dernier projet , avoit fait
marcher fes Troupes inutilement
par quatre Cols.
Voicy les premieres nouvelles
de l'action du 11. de la maniere
qu'elles ont efté apportées.
GALANT 315
Des Hauteurs au deffus de Sezanne
prés Saint Sicaire ,
le 12. Aouft ..
Monfieur le Maréchal de Villars
fit attaquer hier Sezanne
dont les Ennemis eftoient les maîtres,
& avoient pouffé des détachemens
à la defcente du Mont-
Genevre. Mr de Muret avec
treize Compagnies de Grenadiers ,
fix cens cinquante Fufeliers
defcendit du Mont- Genevre par
chemin de la droite , & Mr le
Guerchois avec un pareil nombre ,
par le grand chemin fur Sezanne.
Les détachemens des Ennemis
le
Ddij
316 MERCURE
eftoient d'environ quinze cens
hommes qui furent pouſſez jufques
à Sezanne , où nos Troupes
entrerent pefle - mefle avec eux.
Mr le Guerchois s'y établit , &
Mr de Muret s'empara des hauteurs
voisines. Mr de Thouy qui
eftoit de jour , commandoit cette
attaque. Ila eufes deux Aides de
Camp bleffez. Nous avons perdu
environ trente hommes , & les
ennemis plus de trois cens . Ily a
trois ou quatre Officiers bleßez.
Les nouvelles qui font venuës
enfuite font plus étenduës , &
portent ce qui fuit.
GALANT 317
Au Camp de Saint Sicaire le
12. Aouſt.
Nous avons fait une diligence
furprenante depuis noftre départ de
Barraux ; nous arrivâmes avanthyer
au Mont- Genevre que l'on fit
occuper d'abord par 1200 hommes
commandez par Mr de Muret foùtenu
par les 12. Bataillons qu'avoit
Mr d'Artaignan , & Mr le Ma ·
réchal reconnut le même jour l'Armée
ennemie campée fur les hauteurs
de Sezane , ayant de gros détachemens
fur des Plateaux au pied des
Montagnes pourretarder noftre marche
; en même temps Mr le Maréchal
refolut de les attaquer & d'em
porter les deux Villes de Sezane.
On commanda 2600. hommes moi~
Dd iij
318 MERCURE
lié Grenadiers commandez par Mrs
de Muret & de Guerchois , Briga
diers d'Infanterie , avec Mrs d'Autré
Pajot de Villeperault , Colonels
de la Stare & de Beauvoifis;
l'on marcha par les deux routes qui
defcendent du Mont -Genevre , les
Troupes également partagées ; nous
trouvâmes 7. a 800. des Ennemis
en decà de Sezane qui foûtinrent
noftre feu avec beaucoup de fermetés
l'actionfut tres- vive ; Mr de Guerchois
ayant efté arrefté une demiebeure
plus qu'on ne croyoit par des
chemins que les Ennemis avoient
rompus , arriva lorfqu'ils commençoient
à fe retirer dans les deux
Villes de Sezane. Pendant ce temps
Là les Ennemis defcendoient en Bataille
, & trois de leurs Bataillons
vinrent àla portée du piſtolet de SeGALANT
319
;
fane fur des hauteurs qui dominent
les deux Villes qui font fermées de
murailles bien crenelèes. Mr de Savoye
qui avoit couché cette même
nuit dans Sezane , eftoit à la tefte
defes Troupes les Camps de Chan
Las & de Seftrieres defcendirent ; ce ~
pendant nos Troupes avec une intrepidité
que l'on ne peut trop louer,
Pafferent la Doire & forcerent les
Troupes qui s'eltoient retirées dans
les deux Villes ; le feu a efté tresvifs
nos Grenadiers n'ont point fait
de quartier, Mr le Maréchal fe loue
fort de Mrde Thouy , Lieutenant general
dejour , qui a efté dans le plus
grand feu auffi bien que de Mvs de
Muret& de Guerchois , de Mr d Autré
Colonel de la Sarre , de Mr Pajot
de Villeperault , & en un mot
de tout ce qui a efté à cette action ,
Dd iiij
320 MERCURE
Officiers & Soldats , tout le monde
ayantparfaitement bien fait.
Ceux qui connoient ce pofte feront
furpris que l'on ait emporté ces
deux Villes protegées d'une partie
de l'Armée ennemie , Mr de Savoye
eftant à la tefte. Nous marchons
dans ce momentpour fuivre les Ennemis
qui nous ont abandonné tous
Les Camps qu'ils tenoient byer.
Je dois ajoûter icy une action
qui merite d'eftre remarquée, &
dont quelques lettres ont parlé
Lorfque les Ennemis le voyant
pourſuivis de fort prés , le jetterent
dans Sezane , & qu'ils
eurent levé le Pont - levis aprés
cux , un Lieutenant de la vieil -
le Marine , découvrant à la mu
raille de cette Ville , une bréche
à la hauteur de 7 à 8. pieds,
GALANT 321
s'y jetta à la teſte de vingt fol
dats , & alla baiffer le Pont - levis
, & ouvrir à nos Troupes
une porte de cette Ville , ce qui
en facilita la priſe .
Je crois devoir fuivre l'ordre
des dattes dans les Relations
que je vous envoye ; vous trouverez
dans celle qui fuit , quelques
faits qui font auffi dans
la precedente ; mais avec des
circonftances differentes , &
d'ailleurs ayant efté écrite fix
jours plus tard , vous y trouverez
des chofes nouvelles .
Du Camp du Puiy de Pragelas
le 8. Aouft.
Sur les nouvelles qu'eut Mr le Marechal
de Villars que les Ennemis ,
ja
322 MERCURE
au lieude continuer leur marche par
laTarentaiſe & de prendre le chemin
du Rhone , comme ily avoit
Lieu de l'apprehender , avoient paſſe
le col de la Rouë ; il fit avancer Mr
de Medavi avec le Corps de troupes
qu'il commandoit & il le fuivit
´de prés avec l'armée qui eftoit aux
environs de Barraux.
Toutes ces Troupes prirent le chemin
de faint Jean de Maurienne ,
où Mr le Marechal laiſſa Mr de
Medavy avec un Corps de douze Bataillons
& deux Regimens de Dragons.
Il marcha avec le refte de
de l'arméepar le Col du Galibie ,
&fe rendit le 11 au Mont- Genevre
avec 55. Bataillons 3.2 . Regimens
de Dragons & un de Cavalerie.
Lemêmejour ilfit attaquer Seza
ne avec 25. Compagnies de Grena -
GALANT 323
diers & 1300. hommes detachezfou
tenus de 12. Bataillons ; il fe rendit.
maitre de ce pofte après deux heures
de combat ; ilconfifte en deux villagesfermez
de murailles crenellées &
affez hautes & un pont entre deux,
qui donne un paffage fur la Doire.
Les Ennemis avoient avancé de
großes gardes & des Grenadiers entre
le Mont Genevre & ce pofte , qui
furent forcées & fuivies de fi prés
dans ce poffe que nos Troupes y entrerentpelle
- meße , & l'emporterent
malgre 26. Bataillons qui eftoient
fur leshauteursde faint Sicaire pour
les foutenir.
Le même jour une partie de l'armee
vint camper à Sezanne & le
lendemain à faint Sicaire , que les
ennemis avoient abandonné; le refte
de l'armée qui avoit campé à Mont
324 MERCURE
Genevre , s'avança à Sefanne.
Nous apprimes que les Ennemis fe
retiroient engrande diligence du côté
de Pragelas & de celuy d'Exiles
que nous avions d'autant plus d'efperance
de fecourir que l'épouvante
eftoit grande parmi les Ennemis .
qu'ils ne le battoient que depuis
deux jours.
Mrle Marquis de Thoüy Lieutenant
General de jour , commandoit
l'attaque de Sezanne , ayant fous
luy Mrs de Muret & de Guerchois
Brigadiers , Mrs d'Autre & Pajot
Colonels& M's de Baucorroy & du
Barry Lieutenants Colonels ; Mrle
Marechaly eftoit prefent.
Le
13. Parmée
marcha
far
deux
colonnes
vint
camper
occupant
les
bauteurs
d'Oulx
tirant
vers
le Col
de
Bourget
, Mr
de
Villars
eut
le
GALANT 325
foir la douleur d'apprendre qu'Exiles
s'eftoit rendu , quoyqu'il n'y eut
point de brechefaite . Il marcha le
14 avec un gros détachement fur les
hauteurs entre Exiles Salbertrand
où la nouvelle de la prife de
cette place luy fut confirmée.
Ze 15. ce Marechal marcha avec
les Brigades de la Marine , de .
Beauvoifis , de Mirabeau , de
Bretagne & de Caftelas , fur les
hauteurs de cette place & col d'Argueuil
d'où il chaffa les Ennemis.
Son deffein eftoit de fe rendre maiftre
du col de la Vallette pour attaquer
enfuite celuy de Faciere & de la Feneftre
, par ce moyen obliger le
Corps des Ennemis qui eftoit a Balbottet
Ußeaux de fe retirer ; mais
Les Ennemis occuperent avec tant de
troupes le col de la Vallette qu'il ne
326 MERCURE
futpaspolible d'en tenter l'attaque;
ilfitretirerMrde Guerchois & M
le Chevalier de Givry qui eftoient
à l'avantgarde avec 500. Grenadiers
& 500 Fufiliers. Il vint cam
per as Puy de Pragelas le 16.
Mr de Givryfut encore detaché
avec 500. Grenadiers & 500. Fu
filiers pour aller occuper le Col
d'Abbergean , en cas que les Ennemis
ne l'occupaffentpas avec de trop
grandesforces.
La nuit du 16. au 17. la
Brigade
de Caftelas marcha pour lefoutenir;
on y trouva les Ennemis avec de
tres grandes forces . Mr le Marechaly
marcha hier luy- même pour le
faire attaquer ; mais il ne trouva
pas la chofe faifable à caufe de la
bonté du Pofte.
Mr de Thoüy eft aux fauze d'Oulx
GALANT 327
avec les Brigades d'Anjou & de la
Sarre, de la Cavalerie & des Dra.
gons ; la Brigade de Bourgogne nous
joignit hier.
La Relation qui fuit , quoyque
de plus fraiche datte que les autres
, ne laiffe pas que de reprendre
les chofes de plus haut ;
& elle décrit quelques marches
de Mr le Duc de Savoye , dont
les autres n'ont point parlé.
Vousus y trouverez encore l'affaire
des deux Sefanes : mais
encore differemment expliquée.
Ainfi toutes ces Relations
doivent avoir la grace de la
nouveauté .
328 MERCURE
Au Camp du Puy le 19 .
Aouft .
Monfieur le Duc de Savoye ,
comme vous fçavez, ayant pris
le chemin du Mont- Cenis & de
la
Savoye ,porta
la terreur
dans
la Breffe
& dans
le Lyonnois
;
on craignit
auffi
pour
le Dauphi
né , & Mr
le Maréchal
de Villars
jugea
à propos
, avec
raison
,
de faire
un Camp
fous
Barraux
;
mais
le deffein
de Mr
de Savoye
eftant
de le faire
fortir
du Briançonnois
, marcha
au Col de la Ronë
qui
est unpaffage
horrible
dans
les
GALANT 329
Montagnes , entre la Vallée de
Modane en Sa- Bardonnache ,
voye; ilyfitpaffer environ 15000 .
hommes qui s'emparerent des Cols ;
de l'Efchel , du Mont -Genevre ,
de la Vachette , & de Serviere
fans aucune peine , & il fit rebrouffer
le refte de fes Troupespar
le Mont- Cenis ; il refolut enfuite.
d'attaquer Briançon , & ilfit pour
cet effet tater le Col de Galibié
prés du Lautareft où Mr d' Artagnan
fe trouva , & qui le repousfa
; fi Mr de Savoye s'en eftoit
avife plutôt , il n'y avoit perfonne
, & nous n'aurions pû en évila
perte , ne pouvant y aller
Aouſt 1708.
Ee
ter
330
MERCURE
par lapetite route , & il luy auroit
e fté facile de couper le chemin
de la grande , eftant maiſtre
de Serviere & des Hauteurs.;.
Fortifications de cette Place n'étant
pas achevées. Ce coup eftant
paré, Monfieur de Savoye décamde
la Vachette ,
les
pa
de Servie
res , brûla le Mont-Genevre &ſe
jetta à Sezanne. Mr le Maréchal
marcha continuellement &fa tefte
eftant arrivée à Briançon , nous
marchames avec douze Bataillons
à la Vachette. Nous allâmes le
lendemain camper au Mont - Genevé
, & nous chaẞâmes leurs
gardes des hauteurs & des défilez.
GALANT 331
Le jour fuivant nous allâmes attaquer
Sezanne , qui fut emporté
l'épée à la main ; on ne vouloit
que Sezanne d'en- deçà la riviere;
mais l'ardeur des Troupes la leur
fit paßer, elles entrerent avec
les ennemis de l'autre cofté. Ces
deux Places font fortifiées d'une
bonne muraille baftionnée & crenelée.
Monfieur
de Savoye qui
eftoit avec cinq ou fix mille hommes
fur la hauteur voyoit fort
impatiemment ce qui fe paffoit.
Comme nous n'avions que les dou-
Ze Bataillons de l'avant -garde
quinze cens hommes détachez
nous n'eftions pas affez forts pour
Ecij
332 MERCURE
aller à luy . Il décampa dés que la
nuit parut , & iljetta fes Troupes
au Col de la Feneftre , & à Uf
feau prés de Feneftrelles. Le refte
de noftre Armée arriva la nuit
& le lendemain ; dés qu'elle fut
arrivée nous nous mêmes en chemin
pour aller à Exilles . Les Ennemis
abandonnerent Oulx , où ils
avoient douze mille hommes ,
rompirent les Ponts &fe joignirent
au gros à Exiles ; dés que
nous fúmes à Oulx , nous apprî-
Exiles venoit de fe renmes
que
P
dre fans bréche &fans qu'on eut
ouvert la tranchée , n'ayant efté
trois jours & demy. battu
que
GALANT 333
Comme dans ces montagnes l' Armée
& les équipages paffent par
le même chemin , nous attendimes
le reste de l'armée ; & le
jour fuivant nous gagnâmes par
le Col de Plane la hauteur &
le terrain qui va aux cols de
de la Fenêtre pour fecourir Feneftrelle
mais nous trouvâmes
Le Col de Fabier, pofte inacceffible
en deçà du Col de la Feneftre occupé
, nous vimes arriver
l'Armée de Monfieur de Savoye
" Uffeau, à Barbofet, & au Cols
qui font des poftes impenetrables.
Mr le Maréchal fit paſſer mille
Grenadiers on Volontaires par un
:
334 MERCURE
endroit où jamais Troupes n'avoient
passé pour tomber fur les
hauteurs fur les derrieres de Feneftrelles.
Mais les Ennemis y
afriverent une heure avant nous.
On fit feu fur eux , & on leur
tua ou blessa environ cent hommes
; mais ils s'emparerent de la
hauteur , & s'y retrancherent
fur le champ. Mr de Muret qui
avoit marché avec une Brigade,
& Mr le Maréchal enfuite
trouverent qu'il étoit impoffible
d'en chaffer les Ennemis.
On ouvrit avant hier la Tranchée
devant Feneftrelles , &
nous en fommes à une lieuë ن م&
GALANT 335
demiefans pouvoir le fecourir.
Ce n'eft pas la faute de Mr le
Maréchal de Villars , qui a fait
toute la diligence poffible pour fe
courir Exiles ; mais bien celle de
celuy qui commandoit dans cette
Place , dont la perte entraîne celle
de l'autre.
Je dois en vous parlant de Mr
le Maréchal de Villars , vous
entretenir d'une Thefe qui
vient de lui être dediée , &
dans laquelle le Doyen de la
Faculté des Ecoles de Droit
& le foûtenant ont fait l'éloge
de ce Maréchal . Cette Theſe
eft celle de Licence , & elle a
efté foûteuë par Mr Rouffet ,
Avocat au Parlement , fils de
336 MERCURE
1
Mr Rouffer ancien Echevin de
la ville de Melun , & Bailly du
Duché de Villars.
L'ouverture de cette Theſe
fe fit à quatre heures aprés midi
par l'expofé des matieres qui
luy étoient échûës au fort . Pour
le droit Canonique , qui eftoit
le titre des Appellations , il en
fit connoître la neceffité & les
regles ; il prouva auffi avec
combien de fageffe les Jurif
confultes avoient interdit le
mariage aux Tuteurs avec leurs
pupilles , & il en rapporta toutes
les raifons ; c'étoit le titre "
du Droit civil : Il ajouta que
Selon la Coutume introduite en la
Faculté , il avoit efté obligé d'expliquer
ces chofes avant d'entrer
dans les queftious de la Thefe qu'il
avoit
GALANT 337
avoit l'honneur de défendre fous les
beureufes aufpices de Monfieur le
Maréchal Duc de Villars , Vicomte
de Melun , Chevalier des
Ordres du Roy, & General de fes
Armées , dont les actions éclatantes
eftoientfi extraordinaires , qu'il
ofoit avouer publiquement que le
temps de fa difpute eftoit trop court ,
& les forces de fon art trop foibles.
porles rapporter comme elles le meritoie
t. L'Affemblée fut auffi
illuftre que nombreuſe .
Doyen de la Faculté , qui difputa
aprés le Preſident , dit à l'ouverture
de fon difcours , que le
Graveur , quoiquefort habile , s'étoit
trompé ; qu'il avoit dû peindre
Mars même , puifque Villars
dans l'Art militaire l'avoit cent
Le
fois égalé , pour ne pas dire ſurpaſſér
Aouft 1708 .
Ff
338 MERCURE
&les termes Latins dont il fefervit
exprimerent beaucoup mieux fa
penfees qué s'il s'eftoit fervi de nos
tre Langue. On fut fort content
des folutions du Soutenant , qui
fut reçû cinq ou fix jours aprés
au ferment
d'Avocat
par Mr
le premier Prefident , ayant efté
prefenté par Mr Nivelle , fa
meux Avocat.
Mr Rouffet écrivit une Lettre
fort éloquente à Mr le Maréchal
de Villars , fur la liberté
qu'il venoit de prendre de luy
dedier fes derniers travaux de
la Jurifprudence ; ce qui luy
donna ieu de faire un tres beau
Panegyrique de ce Duc , que je
vous envoyerois , fi je n'étois
obligé de paffer à d'autres articles
qui regardent les plus imGALANT
339
portantes
affaires du temps
,
Je dois vous entretenir du
grand démêlé qui eft aujour
d'huy entre le Pape & l'Empe
reur ; mais il feroit- mal aisé
que
tout ce que je vous en pourrois
dire vous fit connoître en quel
état il eft , & ce qui en peut refulter
, fans vous faire un plan
de la fituation où fe trouvent
prefentement toutes les Puif-
Tances d'Italie ,
Jamais le Royaume de Naples
ne s'eft vû dans un état plus
miferable qu'il y eft infenfiblement
tombé à la perſuaſion de
quelques traitres . Ils gagnerent
d'abord une partie du peuple,
aprés s'eftre attiré par quelque
argent , fecretement diftribué ,
les voix des plus mutins ; & cet-
Ff ij
340 MERCURE
te partie du peuple engagea
l'autre , qui connut bien qu'elle
n'eftoit pas en état de refifter
, & que la confpiration
pour enlever cette Couronne à
Philippe V. eftoit trop forte
pour s'y oppoſer avec fuccés,
mais aujourd'huy tout eft dans
la defolation en ce Royaume , à
l'exception des principaux traitres
qui s'enrichiffent aux dépens
du peuple , & même des
perfonnes les plus confiderables
de l'Etat.CeRoyaume a eu trois
Vice- Rois en une année qui
ont cru fe devoir autant enrichir
pendant le peu de temps ,
qu'ils ont eu l'autorité en main ,
que s'ils avoient gouverné pendant
plufieurs années & ce
Peuple a aujourd'huy le mal-
>
1
GALANT 341
heur de fe voir gouverné par un
Vice.Roy qui tiendroit mieux
fa place à la tefte d'une troupe
de Bandits qu'à la tefte de la
Nobleffe d'un Etat auffi confiderable
Ceux qui feront reflexion
fur quelques actions de
l'Abbé Grimani , ne trouveront
pas que j'en dife trop . Le peuple
de Naples ne s'eft pas plutôt vû
fous l'obeiffance de l'Empereur
, que la difette de bled
a commencé à le faire fouffrir.
On en a enfuite tiré des fommes
immenfes ; je dis immenfes ,
parce que fuivant l'ufage de la
Maifon d'Autriche , les droits
qui font les revenus d'un Etaṛ ,
font peu de chofe , quelques
grands qu'ils foient , en comparaifon
de ce que l'on en tire
Ff iij
342 MERCURE
continuellement , & de la maniere
que l'on en uſe , il ſemble
que ces revenus foient comptez
pour rien , puifque dés qu'il ar- ✨
rive quelque évenement heureux
ou malheureux fous la domination
de la Maifon d'Autriche
, les peuples font auffi - toft
taxez ; s'il s'agit d'un mariage ,
on demande auffi - toft ce qu'on
appelle Donnatifs , pour les frais
du mariage . S'il s'agit d'une
guerre , on fait la même chofe ;
ce que l'on continuë fuivant
tout ce qui arrive d'heureux &
de malheureux. Après avoir
épuifé les Napolitains , on leur
a fait voir qu'on n'avoit pas deffein
d'en demeurer là , puifque
l'on a voulu fçavoir à quoy pou
voient monter les revenus de
4.
GALANT
243
chaque famille , afin d'en tirer
de nouvelles fommes felon les
befoins de l'Empereur , qui doivent
eftre frequens . Et comme
on connoift bien que l'on a lieu
de craindre d'un peuple qui fe
trouve accablé de toutes manieres
, le Cardinal Grimani ,
qui fçait qu'il ne peut eſtre aimé
, parce qu'il eft trop connu ,
a cru qu'il ne pouvoit estre en
feureté , & qu'il ne pourroit
empêcher la revolte s'il n'obligeoir
tous les Habitans à remettre
leurs armes , ce qui les rend
inconfolables . Enfin ils fe trouvent
aujourd'huy , pour prix de
leur infidelité, prefque fans pain
& fans argent , ainfi que fans armes
pour deffendre leur vie ,
& leur liberté. Bel exemple
344 MARCURE
pour ceux qui manquent à la
fidelité de leurs legitimes Souverains
!
Si les Peuples du Milanez
n'ont pas efté traitez avec la
même rigueur , on ne les a pas
épargnez du coté de ce que les
Autrichiens appellent Donnatifs.
Ce nom eft d'autant plus
contraire à ce que l'on appelle
Don , que tout Don doit estre
volontaire , & non - impofé , &
exigé avec violence de ceux qui
ne payent pas affez promptement.
Les fommes que l'on en
a tirées , outre ce que le Pays
paye ordinairement pour les
Droits que ces Souverains en
tirent , font exorbitantes . Je ne
les repete point icy , puifque
les nouvelles imprimées en ont
GALANT 345
dont
efté toutes remplies . L'Archiducheffe
leur a coûté cher : &
& les Troupes de Sa Majesté
Imperiale ne leur ont pas moins
coûté. Il y a aujourd'huy de
grands chagrins & de grandes
plaintes dans cet Etat pour un
procedé affez nouveau ,
voicy le fait. Quelques perfonnes
que l'on croit avoir efté gagnées
pour avoir fait la propofition
qui chagrine aujourd'huy
plufieurs familles , propoferent
à quelques jeunes gens de l'Etat
, & à leurs parens , de former
une Compagnie de Gardes
pour fervir auprés de l'Archiducheffe
, pendant tout le temps
qu'elle demeureroit dans le Milanez
, & pour l'accompagner
jufqu'au lieu où elle s'embar346
MERCURE
queroit. Cette propofition fut
écoutée , parce que ceux qui la
firent donnerent lieu de croire
par leurs difcours que ceux qui
entreroient dans cette Compa
gnie , feroient plaifir à l'Empe
reur ; qu'il auroit de la confideration
pour eux ; qu'ils en obtiendroient
preferablement aux
autres , les Emplois qui viendroient
à vacquer , & comme il
ne s'agiffoit alors que de Feftes
& de Réjouiffances publiques ,
cette Compagnie fut bien - tolt
formée , & fervit auprés de l'Archiducheffe
. Elle partit enfin
accompagnée de cette brillante
Jeuneffe qui fongeoit plus à la
joye qu'à la guerre. Lorfque la
Princeffe fut arrivée dans le
lieu où elle devoit s'embarquer
GALANT
347
l'empreffement fut grand d'entrer
dans les Vaiffeaux pour les
voir , la plupart de cette jeunelle
n'ayant pas encore eu d'oc
cafion d'en voir de fi confiderables
; & l'on prit des meſures fi
juftes , qu'un jour que la Compagnie
fe trouva entiere fur les
Vaiffeaux , on leva l'ancre &
l'on fit voile . L'étonnement fut.
grand , & les plaintes furent
fouvent réiterées ; mais il fallut
fe laiffer conduire au vent , &
faire de neceflité vertu . Pendant
que la plus grande partie
de cette jeuneffe , fans équipages
, & fans vocation pour la
guerre , marquoit fon chagrin
& fa douleur , ceux à qui elle
touchoit le plus dans le Milanez
, ne fçavoient à qui adref348
MERCURE
fer leurs plaintes , & il s'en fallut
peu que quelques uns n'engagcaffent
le peuple à fe foûlever.
Enfin les chofes en font
demeurées là , & tout le Milanez
eft remply de Mécontens
qui ont beaucoup d'autres fu.
jets de fe plaindre . Philippe V.
avoit gagné les coeurs de ces
Peuples lorfqu'il paffa dans cet
Etat aprés fon avenement à la
Couronne , & plufieurs dirent à
haute voix , que s'il leur avoit
eftépermis de fe donner eux - mêmes
un Roy , ils n'en auroient pas choifi
d'autre . Ces peuples eftoient
auffi charmez du gouvernement
de Monfieur le Prince de Vaudemont
; le Roy qui le fçavoit ,
& qui d'ailleurs eftoit fort content
de ce Prince , avoit la bonté
GALANT 349
té de le leur laiffer . Ces peuples
fe trouvent aujourd'huy fous
une domination bien differente ,
& tous les Allemans qui font
chez eux ne fongent qu'à s'enrichir
, & leur donnent tous les
jours de nouveaux fujets de
plaintes qui ne font pas écou
tées . Toutes ces chofes doivent
faire juger de la ſituation où ſe
trouve l'Etat de Milan , & il y à
lieu de croire que s'il avoit occafion
de ſe revolter , il embraf,
feroit d'autant plutoft ce party ,
que ce que les Autrichiens appelleroient
Revolte , n'en feroit
pas une , & que ces Peuples ne
feroient que rentrer fous l'obéïffance
de leur legitime Souverain
.
Je paffe à ce qui regarde
Aoust 1708. Gg
350 MERCURE
Monfieur le Duc Parme , dont
la juftice des fujets de plaintes
qu'il a contre la Maiſon d'Autriche
, va au- delà de tout ce
que l'on peut s'imaginer . Ce
Prince a toûjours gardé une
exacte neutralité , & c'est tout
ce que la Maifon d'Autriche
pouvoit attendre de luy , puifqu'il
auroit pû l'embaraffer
s'il en avoit ufé autrement . Ce
pendant l'Empereur fe trouvant
en estat de faire ſentir à ce
Duc , des effets de fa colere , &
du procedé ordinaire aux Allemans
, luy a fait demander des
fommes qui excedoient fon pouvoir
. Et comme il ne fe trouvoit
pas en eftat de les fournir , il a
abandonné au pillage une partie
de l'Etat de Parme aux TrouGALANT
351
pes de Brandebourg , pour payement
de ce qui leur eftoit dû .
Il ne faut pas beaucoup de faits
femblables pour donner lieu de
croire que les peuples de cet
Etat mettront toûjours tout en
ufage pour éviter autant qu'ils
pourront de vivre fous la domi.
nation de l'Empereur , qui d'ail ,
leurs demande à Monfieur le
Duc de Parme , de prendre de
luy l'inveftiture de fes Etats , ce
qu'il ne peut faire avec juftice ,
puifqu'il n'appartient pas à Sa
Majesté Imperiale de la donner,
& qu'ils relevent du S. Siege .
La maniere dont l'Empereur
a traité Monfieur le Grand Duc
& la Republique de Genes ,
depuis qu'il a commencé à dominer
en Italie , eft fi imperieu-
Gg ij
352 MERCORE
fe & fi outrageante qu'il eft
furprenant que ces Puiffances
ayent pû avoir autant de moderation
que celle qu'elles ont fait
voir jufqu'aujourd'huy . S. M.
I. ne leur fait pas feulement
demander de temps en temps
des fommes exorbitantes , ainfi
qu'il a paru dans tous les Imprimez
publics , ce qui m'empêche
d'en faire icy un plus
grand détail ; mais elle leur a
auffi fouvent impofé des loix ,
& on ne leur dit rien de fa part
fans leur parler fur le même
ton que l'on ffeerrooiitt , fi ees Puiffances
eftoient foûmifes au Gou
vernement arbitraire de la Maifon
d'Autriche .
L'Empereur s'explique un peu
moins clairement avec la ReGALANT
353
publique de Venife ; mais il ne
laiffe pas neanmoins de faire affez
connoiftre que s'il s'eftoit
rendu maistre de toutes les Puiffances
d'Italie , felon le projet
qu'il en a formé , cette Republique
feroit obligée de fe foûmettre
à fon tour , puifqu'elle
feroit trop foible , fielle eftoit
feule à fe deffendre. Il n'eft pas
queſtion d'avoir de legitimes
droits lorfqu'on veut ufurper un
Etat. On fe brouille fur divers
pretextes ; on forme des fujets
de plaintes ; on déclare la guerre
; on fait valoir le droit de
conquefte ; on joüit fous ce titre
, & le plus fort le fait toûjours
valoir.
Toutes chofes eftant en Italie
dans l'état que vous vencz
G giij
354 MERCURE
de voir , l'Empereur a crû qu'il
pouvoit auffi attaquer le Pape
fous differens pretextes , qui
font plutoft voir fon ambition
demefurée , que la justice de fa
caufe. Il n'en n'eſt pas demeuré
au temporel de l'Eglife ; mais il
a attaqué l'Eglife même , en
faifant voir par le Manifefte
qu'il a fait publier , qu'il vouloit
luy ravir fes droits , & S. S.
voyant alors qu'elle avoit à deffendre
les interefts de l'Eglife ,
a fait voir une fermeté auffi
fainte qu'heroïque , & fe met
tous les jours de plus en plus
en état de deffendre le Patrimoine
de Saint Pierre , & de
la maniere dont ce Pontife pouf
fe les chofes , l'Empereur fera
bien toft fort embaraffé. Tout
GALANT 355
eft en mouvement pour concourir
à la deffenſe du Saint Siége ,
& toutes les Puiffances outra .
gées par l'Empereur , ainfi que
Vous venez de voir , doivent ,
fi elles veulent fauver l'Italie ,
& s'empêcher de tomber fous la
domination Autrichienne , conferver
entre- elles une parfaite
union , & travailler enſemble
à la confervation de leurs Etats
puifque pour peu
qu'elles fe defuniffent , l'Empereur
parviendra au but qu'il s'eft
propofé. Mr le Duc de Savoye
même , quelque parfaite intelligence
qu'il y ait entre l'Empereur
& luy , feroit fort fâché
de le voir maiftre de toute l'Italie
, puifqu'il ne manqueroit
pas de pretextes pour ſe rendre
communs
356 MERCURR
auffi un jour maître de les Etats;
parce que s'il fouffroit en Italie
quelque puiffance qui ne fuft
pas fous fa domination , cette
Puiffance pouvant s'unir avec
les autres , fes Etats pourroient
leur fervir de quartier d'Affemblée,
Mr de Savoye doit avoir
plus d'attention qu'un autre fur
les démarches de l'Empereur ,
puifqu'eftant hardy , puiffant &
entreprenant , il ne defefpere
pas de pouvoir un jour fe rendre
maistre de toute l'Italie .
L'affaire à la verité feroit fort
difficile ; mais un Prince quifacrifie
tout à fa politique , peut
former les plus vaſtes projets ;
peut fe mettre des chimeres en
tefte , & il arrive de temps en
temps des revolutions dans le
GALANT 357
monde qui estoient fi éloignées
de la vray - femblance , qu'elles
n'ont pas dû eftre prevûës : enfin
felon la politique de l'Em :
pereur & celle de Monfieur le
Duc de Savoye qui regne aujourd'huy
, & l'immenfité de
leurs deffeins , ces deux puiffances
doivent eftre en défiance
l'une de l'autre ; cependant felon
ce qui paroift aujourd'huy,
l'Empereur prend de fauffes mefures
, & il ne doit pas efperer
de faire la conqueste de l'Italie
dans le temps que prefque toutes
les Puiffances ayant lieu de
fe plaindre de luy , doivent fe
liguer pour éviter de tomber
fous fa domination .
Pendant que 1 Empereur fait
de fauffes démarches en Italie ,
358 MERCURE
&
que loin d'y faire des amis ;
il a donné lieu à la plupart des
Puiffances , indignées de la maniere
dont il en ufe avec Elles ,
de fe liguer contre luy , l'Archiduc
fon frere , a fait en Catalogne
une faute qui n'eft pas
moins groffiere , & qui fait voir
qu'il agit fans reflexion , & qu'il
n'eft pas guidé par la prudence.
Le Siege de Tortofe , & les continuels
avantages remportez par
S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
, ayant fort inquieté le
Peuple de Barcelone , où fe
trouvoit alors l'Archiduc , ce
Prince fit publier , pour arrefter
les mouvemens que ce Peuple
commençoit à fe donner , que,
le Siege de Tortofe eftoit levé,
& que l'Armée de S. A. R. avoit
GALANT 359
·
efté miſe en déroute . Quoique
ce Prince rilquât beaucoup en
faifant publier des fauffetez fi
manifeftes , il pouvoit neanmoins
eſtre excufable en quelque
façon , puifque lorsque le
danger eft preffant , on tàche à
s'en tirer par tout ce qui le prefente
alors à l'imagination .
Ainfi , fi l'Archiduc peut eftre
excuſe de s'eftre fervy de ce qui
luy eſt d'abord venu en penſée
pour appaiſer le tumulte du
Peuple qui pouvoit aller trop.
loin , il n'eft pas excufable d'avoir
fouffert après ce qu'il avoit
dit , que la Garniſon de Tortofe
vint à Barcelone , & cette imprudence
eft fi grande , qu'elle fe
peut à peine concevoir , & qu'il
luy en a prefque coûté la vie .
360 MERCURE
Le Peuple de Barcelone fut
moins furpris en y voyant entrer
la Garnifon de Tortole ,
que de ce qu'on luy avoit afluré
affirmativement que le Siege en
avoit efté levé , & il fe chagrina
plus de ce qu'on avoit voulu le
tromper , que de ce qu'on avoit
laiffé prendre Tortofe ; de maniere
que n'écoutant plus que
fon dépit & fon emportement ,
il courut tumultueuſement les
armes à la main au Palais de
l'Archiduc , pour y faire main
baffe fur tout ceux qu'il rencontreroit
. Ce Prince crut qu'en
fe montrant fur un Balcon , il
appaiferoit cette Populace; mais
on luy tira un coup de Carabine
, dont l'un de fes Valets de
Chambre qui eftoit auprés de
luy
GALANT 361
lay fut tué , & il y eut en mefme
temps 40. à 50. hommes tuez ,
tant dans le Palais qu'aux environs.
Il y a déja quelque temps que
j'avois ouy parler de cette affaire
fans y ajoûter foy ; mais ayant
veu des Lettres de Madrid adref
lées icy à des Perfonnes qui
rempliffent les premiers Poftes
de l'Etat , j'ay crû que je ne
pouvois me difpenfer de vous
en faire part.
Je paffe aux dernieres nouvelles
venues du Camp de Son
Alteffe Royale.
Au Camp d'Agramunte ,
ce rs. Aouft.
Dimanche 11. on fit la revue de
Aouſt 1708. Hh
·362 MERCURE
C
notre Infanterie qui fe trouva com
pofee de 15046. foldats en état de
fe fervir du moufquet, ac & mob
Le 13.11 . beure's du matin Son
Altele Royale étant informée qu'il
y avoit dans lapetite ville de Pons
à trois lieues d'icy 400. Miquelets."
་ ་
180. hommes de Troupes reglées
fit partir 1500. Chevaux comman
dez pat Mr de la vergne quiy ar-s
riverent à deux heures, Les Dragons
mirent auli-tôt pied à terre ,
& ils en enfoncerent les portes pen- .
dant que les Ennemis fe fauvoient
la montagne contre laquelle cettepetite
ville eftfituée. Mr le Mar.
quis de la Vergne avec les Houf
fards & le refte de la Cavalerie
voulut tourner pour les couper ; mais .
iltrouva un gros ravin qui l'empecha
de feconder les Dragons qui
Par
"
GALANT 363
ར་ ས་
de
les pourfuivoient. Ils en tuerentpeus
ils en amenerentfeulement quin
ze , dont 8. ou To. fe dirent deferteurs
; mais la ville fut entièrement
pillée par les Dragons qui
trouverent las vaiffelle d'argent de
celuy qui y commandoit , fur la ta
bie qu'on n'avoit pas eû le temps
defervir Le mêmejour Mr d'Oze
ville qui à Balaguer
ayant envoyé des charettes aux bois
and commande
avec une escorte de quinze Grenadiers
de Clairefontaine , ils virent
venir à eux 140. Miquelets . Les
Charetiers prirent la faite ; mais
les Grenadiers fans avoir égard an
nombre fe pofterent le mieux qu'ils
purent entre des rochers & leurs charettes
, & firent forme. Au brait
du feu qu'ils faifoient , un Lieute
nant Colonel reforme du Regiment
Hhij
364 MERCURE
de Lanceroty qui étoit au fourage
aux environs , y accourut avec 89.
Maiftres qu'il partagea en deux,
il envelopa ces Miquelets dont
on "tua 60. & l'onfit 50. prifonniers
, avec quatre de leurs principaux
Officiers. Ces 2. petites affaires
ont étonné quelques Villages
de Miquelets qui vinrent hier
demander des Sauvegardes . On dit,
mais fans certitude , que Mr d'Af
feld eft entré dans la Plaine de
Tarragone ; ce qui a obligé les Ennemis
a faire un détachement de
Leur Armée. Si cela eft , il n'y aura
pas de Bataille , & certainement
on commence à croire qu'ils n'ont
plus envie de nous venir attaquer.
quoyque leurs Deferteurs publient
qu'ils attendent le reste de leurs
Troupes pour cet effet.
M
GALANT 365
Je vous envoye une Lettre
de plus nouvelle datte , par laquelle
vous verrez que les chofes
étoient encore dans la même
fituation où elles font dans la
premiere Lettre .
Au Camp d'Agramunte le 18.
Aouft .
Zes Ennemis font toujours dans leur
même Camp à Servera, &nous dans
le noire où nous fommes affez bien.
Nous avons cru qu'ils viendroient
nous y attaquer ; ce qu'ils n'ont
ofé faire , parce qu'ils craignent
noftre Infanterie , & ils ont raifon
de la craindre. Nous faifons des
fourages degrain de deux jours l'un ,
& l'on affomme toujours quelques
Miquelets.
Hb ij
366 MERCURB
99
Je paffe de Barcelone en Allemagne.
Mr le Duc d'Hanovre
qui avoit formé de grands projets
pour meriter d'eftre reçû
9 Electeur , & qui en cette confideration
avoit fourni le plus
de troupes & le plus d'argent
qu'il lui eftoit poſſible , afin de
faire une Campagne glorieufe ,
avoit d'abord publié qu'il pafferoit
le Rhin, & cependant loin
que les projets ayent eu aucum
effet , il n'a pas feulement tâ
ché de les mettre en execution.
Il voudra peut- eftre s'excufer
fur ce que l'on a fait marcher
en Flandre une grande partie
fon Armée ; mais Mr l'Electeur .
de Baviere pourroit dire la mê
me chofe , puifque l'on a encore
plus tiré de troupes de la fienne
GALANT 267
pour marcher auffi en Flandre.
Cependant ce Prince n'a pas
laiffé que de paffer le Rhin.
Mr d'Ha a menacé a fans
rien faire , & Mr de Baviere a
fait fans avoir menacé. Il eft
refté au- delà du Rhin autant
qu'il a jugé à propos d'y demeu
rer , & aprés y avoir fait vivre
fes troupes pendant quelque
temps , & avoir fait plufieurs
executions , il a jugé à propos
de le repaffer , n'eftant pas en
état de faire de grandes executions
. Pendant ce temps Mr le
Duc d'Hanovre qui n'eftoit occupé
qu'à faire manger les fourages
qui eftoient entre Philif
bourg & Landau , méditoit une
entrepriſe fur la haute Alface ;
mais foit que Mr de Baviere en
4
368 MERCURE
cut efté averti , foit que fa prudence
lui cut fait prendre des
mefures fur toutes les chofes
qu'il pouvoit avoir lieu de craindre
, les marches qu'il a fait faire
à Mr de Vivans ont rompu toutes
les mefures qui avoient eſté
prifes pour l'execution des projets
fur la haute Alface. De
maniere que le General Mercy
qui en eftoit chargé , a eſté obligé
de s'en retourner honteusement
, & de rejoindre Mr d'Hanovre,
Quelques Soldats habillez
en Païfans ont tenté de penetrer
par la Suiffe en Alface ;
mais trois cens ayant eſté reconnus
à Schafoufe , on leur a non
feulement refufé le paffage , mais
le Corps des Cantons en a fait
de fortes plaintes au Comte de
GALANT 369
Trautmandorf , en l'avertiffane
qu'on ne devoit plus entrepren
dre de pareilles chofes au prejudice
de leurs anciennes Alliances
& conventions.
Les Notes de la Musique faifoient
le fujet de l'Enigme du
mois dernier , & cette Enigme
s'eftant trouvée fort difficile
elle n'a efté devinée que par
tres- peu de perfonnes . Ce font
Mrs de la Fleutrerie ; B .....
Notaire , Philippe Paradis , D.
V. de Tours ; le Berger par excellence
; Caftor & Pollux ;
l'Enfant gafté , de la ruë faint
Martin ; Amant rebuté , de la
mefme ruë ; l'Amadis Moderne;
le Mechanicien , de Cour Cheverty
en Sologne . Mlles l'A370
MERCURE
mi , & de Marcüil , du Faux
bourg S. Antoine ; la Jeune
Mufe renaillante
, G.O PA
mante d'Alexandre, la plus jeune
des belles Dames de la ruc
des Bernardins ; la Femme pucelle
, du Quartier du Palais ;
& la belle Gantoiſe .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Nous femmes quatre enfans auſſi
vieux que le monde
Qui dans un vafte lieu d'unefigure
ronde ,
Bati fans aucuns fondemens ,
Occupons quatre appartemens ,
Aquatre differentes eftages ,
GALANT
371
Où le Pere commun en faifant nos
espartages
& Bindoor A
Nous micaprés qu'il nous eut faits ,
Pour fufpendre
setelleguerres fo
er
d'ane
immor-
Capable de confondre & le Ciel &
la terre ,
Et nous faire jouir d'une durable
paix.
S
Quoyque fouvent prefts à nous battre
>
Mille & mille fujets nous renferment
tous quatre ,
Ce n'est quepar nos bons accords
Que fubfiftent les plus beaux
corps ,
Ilsfont tous compofez du nôtre,
Et fi quelqu'un de nous devient plus
fort que l'autre
Dans la haute , moyenne , ou baffe
Region ,
372 MERCURE
Par de funeftes coups que l'on ne
peut comprendre ,
Nos ouvrages détruits & retournez
en cendre ,
Nous reprochent bien-töt nôtre def
union.
Je vous envoye une Chanſon
nouvelle , dont l'air & les paroles
font de Mr Thibaut.
AIR NOUVEAU.
ma
De vos rigueurs , må Bergere ,
Je me plaignois aux Echos.
Je foulageois ma mifere
En leur apprenant mes maux j
Mais , belle Iris , de nos plaifus
fecrets
Je n'ay garde de les inftruire s
Les Echos font des indifcrets ,
Amesrivaux ilspourroient le redire,
Extrait
GALANY 373
Extrait d'une Lettre du Camp
Louvendeghem , du 25.
Aoult .
32.
Mr le Comte de la Motte nous
a joints avant hier. Nous faifons
tous les jours des prifes confiderables
fur les Ennemis , prifonniers , che
vaux , charettes , & autres , bonnes
chofes . Jay và ce matin
charettes chargées d'eau de vie , &
d'autres munitions prifes par un
feul Partifan ; & Mr Jacob Brigadier
, a pris luy feul cinquante
charettes ou chariots chargez de munitions
de guerre. Les chevaux fe
donnent icy pour rien , & on n'en
veut plus à l'Armée de Mr de Barvick.
Nous avons fait aujourďbuy
'un fourage general , que l'on dit
devoir être le dernier.
Aouft 1708 .
Ii
374 MERCUR
Il y a plufieurs Leures de
Mons , qui tiennent le même
langage , touchant les Prifes que
l'on y amene tous les jours.
Enfin la Flotte commandée
par l'Amiral Bings , que l'on a
publié depuis trois mois dans
toutes les Nouvelles imprimées
devoir faire une entreprife importante
que l'on tenoit fecrette
, eft retournée aux Dunes ,
n'ayant plus d'expeditions à faire
à moins que le Confeil d'Angleterre
ne donne de nouveaux
ordres pour tenter quelque entreprise
nouvellescelle qui avoit
efté formée fur les Coftes du
Boulonnois eftant entierement
échouée , aprés avoir tenté la
defcente dans tous les endroits
3. qui font le long de ces Coftes ,
GALANT 375
E
fans avoir pu
oû reüffir d'aucun
cofté , les quatre ou cinq cens
hommes que cette Flotte avoit
fait débarquer vers Etaples
ayant efte obligez de fe rembarquer
au plutoft . Enfin la Nobleffe
, les Habitans , & lés Payfans
, ont paru fur ces Coffes ,
& ont fait voir une fi grande
fermeté , qu'ils ont infpiré de la
terreur à ceux qui avoient cru
leur en devoir donner ; & les
Anglois s'eftant démentis en
cette occafion , fe font retiréz
jufqu'aux Dunes , ainfi que vous
venez de voir . Voila à quoy
ont abouti tant de preparatifs ,
tant de Troupes embarquées ,
& tant d'outils à remaër la
terre .
-
Je dois vous faire remarquer
Ii ij
376 MERCORE
avant que d'entrer dans ce qui
regarde le Siege de Lille que
depuis l'ouverture de la Campagnes
jufqu'au jour que les
Troupes du Roy font entrées
dans les Villes de Gand & de
Bruges , l'Armée du Dục de
Marlborough , n'a fait aucun
mouvement qui puſt marquer
qu'elle eut deffein d'attaquer
celle de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , ny de luy donner
même aucune inquietude ;
qu'au contraire elle l'a toûjours
obfervée foigneuſement afin d'éviter
d'en eftre attaquée ; qu'elle
a toûjours pris le change
toutes les fois que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne a décampé
, ou feint de décamper ; que
les Partis de l'Armée de ce
L
GALANT 377
1
Prince ont remporté des avantages
fur elle en plufieurs occafions
, & que fes chevaux qui
manquoient de fourage ont extrêmement
fouffert . Enfin les
chofes s'eftant paffées ainfi pendant
prés de deux mois , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
prit de fi juftes mesures , que
trompant le Duc de Marlborough
par fes marches & par fes
contremarches , il eut le temps
de s'emparer de Gand & de
Bruges, fans que l'Armée des
Alliez mift aucun obftacle au
projet qu'il avoit formé de s'emparer
de ces Places. Tout ce
que je viens de dire ne confiftant
qu'en faits inconteftables
ne peut eftre nié .
•
Les Alliez voyant le mauvais.
Li iij
378 MERCURE
eftat de leurs'affaires du coſté
de Flandre , s'avancerent pour
empêcher l'Armée de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne de
faire de nouvelles conqueftes ,
& pour tâcher , s'il eftoit poffi
ble de chaffer ce Prince de celles
qu'il venoit de faire ; mais
n'ayant pû réüffir dans le deffein
de reprendre Gand & Bruges ,
comme ils auroient fait inconteſtablement
s'il euft efté vray
que l'avantage du Combat don
né prés d'Oudenarde leur fut
demeuré mais fe voyant hors
d'eſpoir de reprendre ces Places ,
ils crurent que pour rétablir
leur réputation & empêcher
qu'on ne fift reflexion fur
l'impuiffance où ils eftoient de
reprendre Gand & Bruges , de.
}
GALANT 379
voir faires de ces chofes éclatantes
, qui dans le fond ne pro.
duiſent rien , telles que font les
courſes dans un Païs ennemy ,
dont on fçait que l'on fera bientôt
obligé de fe retirer , aprés
avoir tour au plus établi quelques
contributions C'est ce que
les Alliez ont fait en envoyant
de gros Partis jufques dans l'Artois
; mais par malheur pour
eux, lorfqu'ils les y établiffoient,
Monseigneur le Duc de Bour,
gogne en tiroit de quatre fois
plus fortes , ainsi que je l'ay
déja marqué , des frontieres
d'Hollande , & de la Hollande
meſme. Ces faits qui ne font pas
moins inconteftables que ceux
que je viens de marquer , doivent
faire connoître combien
380 MERCURE
·
ceux qui fe font laiſſez éblouir
par les Relations de la Victoire
remportée par les Alliez , fe font
laiffez tromper
. 4956531
Ces derniers aprés avoir tenu
divers Confeils , pour déliberer
fur ce qu'ils devoient faire pendant
le reste de la Campagne ,
qui jufques - là leur avoir efté
delavantageufe , puifque Gand ,
Bruges & Plaffendal demeuroient
entre les mains des François
, & que leur Victoire imaginaire
ne leur avoit produit
que quelques contributions qui
leur coûtoient cher ; que pendant
qu'ils travailloient à les
établir , ainfi que je viens de
dire , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne en établiffoit de fon
côté d'infiniement plus fortes.
GALANT 381
Les Alliez , dis - je , voulant finir
la Campagne plus glorieufement
qu'ils ne l'avoient commencée
, & tâcher à reparer les
pertes qu'ils avoient faites dans
la fuite de cette mefme Campagne
, tinrent Confeil , & aprés
beaucoup de déliberations , on
refolut d'entreprendre le fiege
de Lille ; mais fans avoir tout.
à-fait en vûë de le pourfuivre ,
le fuccés de cette entrepriſe
eftant fort douteux ; & ce qui
obligea du moins à le former ,
fut que
cette entreprife feroit
beaucoup d'éclat dans toutes,
les Cours de l'Europe , & qu'elle
y feroit croire que leurs affaires
eftoient dans une meilleure fituation
, ce qui pourroit leur
produire de l'argent & des hom-
4
382 MERCUTOE
mes des Puiffances dont les
troupes groffiffoient l'Armée de
Flandre, ali , erbaanqu
?
Als crurent auffi que le bruit
que feroit ce fiege , obligeroit
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
à quitter fon Camp de
Louvendeghem avant que de
s'eſtre bien affermi dans fesCons
queftes , & d'avoir pris des me
fures pour les conferver ; mais
ce qu'ils croyoient devoir le
plus rétablir leurs affaires
eftoit que Monfeigneur le Duc
de Bourgogne ne pouvant que
difficilement joindre Mr le
Maréchal de Barvick , ils bat
teroient feparement l'une ou
l'autre de ces Armées , & qu'en
cas que ce bonheur leur arri
vâca
8
ils pourroient pourfuiGALANT
382
vre le Siege de Lille. Mais
comme il eftoit queftion de l'ens
treprendre , ils le firent avec
le plus d'éclat qu'ib leur fut
poffible , afin que le bruit s'en
répandit par toute la terre Ils
mirent tout en mouvement pour
faire affembler une groffe Ar
tillerie ; on fit venir des Che
vaux de tous côtez , & tous les
Officiers de leur Armée furent
obligez d'en envoyer à proportion
qu'ils en avoient dans leur
Equipage . Tous ces Chevaux
devoient eftre employez à conduire
l'Artillerie , & toutes les
chofes neceffaires à un fi grand
fiege. On engagea un tres - grand
nombre de Païfans à fervir de
Pionniers , & tout abonda à
Bruxelles où l'on affembla tou384
MERCURE
tes ces chofes. Je dois vous dire
avant que d'entrer dans un plus
grand détail , une chofe qui
prouve que les Ennemis , mefme
aprés avoir commencé ce ſiege ,
n'eftoient affurez de le continuer
, ainſi que je vous l'ay déja
dit; c'eft que leur Artillerie fut
conduite à Menin pour eſtre enfuite
conduite à Lille , & que les
Affiegeans envoyerent deux ou
trois fois des ordres pour la faire
marcher , qui furent revoquez
autant de fois ; ce qui prouve
bien l'incertitude où ils eftoient ,
li eft temps de vous parler de
tout ce qui s'est fait avant l'ouverture
de la tranchée ; mais
comme il feroit impoffible d'y
donner un ordre , & qu'on n'eft
pas regulierement informé de
tout
GALANT 385
tout ce que l'on fait dans un
Camp Ennemi , je vous en parleray
confufement fans pretendre
que les faits que je vous ra
Porteray foient dans un ordre
bien regulier . Je feray en forte
que ce qui regardera les jours
de tranchée foit plus exact , &
que chaque chofe foit placée
dns fon jour. Cependant voici
tout ce qui a precedé l'ouverture
de la tranchée. Souvenezvous
que tout ce que vous allez
lire , vient ou du Camp des Ennemis
, ou des Lettres des Villes
prochaines , d'où l'on n'a écric
que fur des raports incertains .
ou de Lille mefme , & que l'on
doit ajoûter foy à ce qui eft venu
de cette derniere Ville . Je
dois commencer par vous dire
Aouft 1708 .
Kk
386 MERCURE
qu'il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit entierement inveſtie
qu'elle ne l'eft que par pelotons
du côté de Menîn ; c'eſt - à dire,
qu'il n'y a de ce côté là que des
Poftes écartez les uns desau
tres , où l'on a pris un Officier
General. Je dois auffi ajoûter
a cela que le 19. il y avoit en
core une Porte de la Ville en
tierement libre, en
Le 5. au matin quelques troupes
ennemies parurent à la vue
de Lille . Mr le Maréchal de
Bouflers les envoya reconnoître
par une partie des Dragons &
des Grenardiers qui y font en
Garnifon , ce qui les empêcha
d'achever de rompre les Eclufes
pour empêcher pendant queln
de la
que temps la navigation
పి
Dish GALANT
387
8
3
& pour donner Baffe Deule , de
plus de facilité au tranfport de eau
Jeurs Munitions .
Le 12 ils inveftirent la Place.
Leur Droite s'étend depuis la
Haute- Deule , jufqu'à la Marque
. Elle commence à une ligne
qui prend à l'Abbaye de Loo ,
à une lieuë de Lille , & va juf
qu'au Pont à Marque , & ils pretendent
fe mettre en bataille
dans cette ligne en cas qu'ils
foient attaquez de ce côté- là .
Cette ligne paffe à Lambrefart ,
à l'Abbaye de Marquette , à
Flers , & elle finit en un lieu
nommé Haubourdin. Ils avoient
d'abord travaillé à des lignes
Plus prés de la Place ; mais le
grand feu du canon les obligea
de les reculer.
Kk ij
388 MERCURE
Le 13. au foir les Ennemis
voulurent s'emparer d'un petit
Fort qui eft du côté de Marquette
, vis- à -vis la Porte faint
André , & qu'ils ne crovoient
que de terre , quoy qu'il fut revêtu
. Ils fitent fommer l'officier
qui y commande , & il leur
répondit par deux pieces de canon
chargées à cartouche , ce
qui les écarta d'abord -après
avoir eu un affez grand nombre
de Soldats tuez & bleffez.
Le 14 le Prince Eugene vou ,
lant faire faigner en plein jour
une Flacque d'eau du côté de
la Citadelle avec 2000. hommes
, il en fut chaffé par le
grand feu de l'artillerie de la
Place. Mais Mr de Bouflers jugeant
que les
Ennemis
pourGALANT
389
*
roient revenir à la faveur de la
nuit , fe prepara à les bien recevoir
, ce qui lui réüffit comme
il fe l'étoit imaginé . Ils revinrent
, & leur ayant laiffé
commencer leur travail , il les
fit charger fi à propos & fi vivement
qu'il refta plus de 400 .
morts fur la place , & l'on mena
dans la Ville un grand nombre
de prifonniers. Il y eut auffi
en cette occafion beaucoup de
bleffez qui ont efté conduits à
Menin
*
Quoique l'on puiffe dire que
les Ennemis n'avoient encore
qu'à peine pris poſte devant la
Place , les Pionniers dont la
plûpart avoient efté pris par force,
deferierent en foule, & cette
defertion quina toûjours conti
Kk iij
390 MERCURE
nué, a été cauſée par la cherté
du pain , & par la diferte d'eau,
tous les petits ruiffeaux des environs
eſtant deffechez.s3
Milord Marlborough geftoit
alors campé à Elchin , ayant
fix Ponts fur l'Eſcaut .
On affure que les lignes des
Ennemis ont is. pieds de las
geur , & 9. de profondeur. Berg
Le 18. ils avoient achevé dif.
ferens petits boyaux pour fe
mettre à couvert du grand feu
de la Place & de la Citadelle ,
ce qui fit croire qu'ils avoient
ouvert la tranchée . Ils travail.
loient ce jour- là à 30 batteries
de canon & à une de mortiers ,
pour écrafer , difoient - ils , la CIS
sadelle. On apprit que la defer
tion des Pionniers continuoit &
GALANT 39
qu'ils defertoient par bandes
afin d'éviter le canon dont ils
aftoient fort incommodeź. 2003
Le même jour Mr le Marquis
d'Hautefort arriva à Valenciennes
avec les Troupes qui
eftoient du cofté de la Mer
pour joindre Mr de Barvick,
Tout eftoit en mouvement pour
groffir fon Armée ; les Milices
du Boulonnois remplacent les
Troupes qui eftoient le long
de la mer & à Ypres ; les Gar
nifons de Thionville & de Saar
Louis ont marché à Luxem
bourg , & celles de Luxembourg,
& de Namur font venues
à l'Armée. Le fameux Mr de la
Croix a tiré quelques mille hom
mes des Troupes qui font fous
fes ordres en diverfes Places , &
ངས་ཐ
3
"
392 MERCURE
les a amenez à Mr de Barvick.
Mr le Maréchal de Bouflers
fait eamper la Garnifon fur le
glacis. Il a fait pouffer des refranchemens
au de - là , où il a
fait faire des Batteries qui incommodent
fort la circonvallation
des ennemis qui eſt à cinq
quarts de lieuë de la Place .
On affure que tous les Gentilshommes
des environs de Lilde
n'ont point voulu fe retirer
ailleurs que dans la Ville , demandant
a estre employez pour
contribuer à la deffendre .
On a coupé tous les arbres
qui formoient de belles allées
fur l'efplanade de la Ville à la
Citadelle , & on a fait derriere
les Poligones attaquez , de bons
ouvrages pour les foûtenir,
GALANT 393
Le Prince de Naffau , Stadhouder
de Frife , eftant campe
fort prés de la Place avec les
Troupes qui font fous fon commandements
on luy reprefenta
que le Canon les faifoit trop
fouffrir , & qu'il devoit les faire
reculer. Il ne voulut point fuivre
cet avis , & il s'en est peu
fallu que fon obftination ne luy
ait coûté la vie , puifqu'un de
Valets- de- Chambre en pofant
fa perruque fur fa tefte , la
fienne fut emportée par un boulet
de Canon , dont le fang , &
une partie de la cervelle rejaillirent
fur ce Prince.
fes
Le 22 entre fept & huit heures
du foir , les ennemis ouvrirent
la tranchée , quoy que leurs
lignes de circonvallation & de
394 MERCURE 1004
ག་་ ་་་ ་
contrevallation ne fuffent pas
encore achevées. Cette trang
chée fut ouverte de deux coftez,
fçavoir depuis la baffe Deule du
cofté de la Porte de la Made laine ; & de l'autre cofade
de la
baffe- Deule , vers la Porte Saint
André.
Mr le Maréchal de Bouflers
fit pendant la nuit à la tefte de
tous les Dragons , une fortie
qui eut tout le fuccés qu'il en
attendoit en feignant de fe
, des
retirer , il attira les ennemis
dans un endroit où l'on avoit
placé trois pieces de Canon
chargées à cartouche , qui firent
beaucoup d'effet. 3b
Le même jour 22 Milord
Marlborough qui avoit palé
Efcaut , alla camper à VaudriGALANT
295
pont fur la Ronne, à deux lieuës
de l'Efcaut , où il eft encore
prefentement.
Le 23 les ennemis continue
rent
de pouffer leur tranchée,
On doit remarquer qu'à droit
& à gauche des Poligones que
l'on attaque , il y a deux Quvrages
à corne . Ceux qui font
furpris de voir la Place attaquée
par un endroit fi fort
ignorent peut- eftre qu'elle eft fi
bien fortifiée par tout , que cet
endroit a efté jugé le plus foible.
Le 16. leur Canon commença
à tirer, & le 17. ils en avoient
40. pieces en baterie.
En vous parlant de l'Armée
de Monfieur l'Electeur de Baviere
, je devois ajouter que
le Gouverneur de Landau en
396 MERCURE
eftant forti à la teſté d'un före
gros party , cet Elécteur qui eft
eft toûjours bien informe de
tout ce que font les ennemis ,
en ayant eſté averti , prit de
juftes meſures pour le battre.
Il envoya un party à peu prés
égal à celuy du Gouverneur
.
De maniere , que ce Gouver.
neur croyant les Troupes qui
venoient à luy ' inférieures
aux
fiennes , ne refufa point d'engager
le Combat ; mais à peine
les premiers coups curent? ils
efté donnez de part & d'autre ,
que des Troupes qui effoient
embufquées
à droit & à gauche
par les ordres de Mr l'Electeut
de Baviere , enveloperent
le
party ennemy
de forte que
tous ceux qui le compofoient
furent
GALANT 397
furent tuez ou bleffez & menez
prifonniers à Strasbourg.
Le Gouverneur ayant pris le
parti de fe faire jour au milieu
de nos Troupes , eut le bonheur
de fe fauver.
:
Je devois en vous parlant du
mauvais fuccés que l'Amiral
Bings a eu fur les Cotes du
Foulonois , qu'il n'a pas eſté
plus heureux vers Ambleteufe.
Soixante Chaloupes chargées
de Troupes s'avancerent ; mais
toute la Nobleffe & les Troupes
du Pays , Cavalerie & Infanterie
eftant accouruës , & s'eftant
rangées ſur la Cofte , les ennemis
n'oferent tenter de defcente.
Le bruit vient de fe répandre
que les mêmes Anglois avoient
Aouft 1708.
LI
398 MERCURE
fait une defcente à la Hogue
qu'on leur a laiffé la liberté
de débarquer , & que les feales
Milices du Pays ont taillé en
pieces toutes les Troupes débarquées
, dont le nombre étoit
confiderable.
૨
,
J'apprens en ce moment l'arrivée
de la Flotte du Mexique
Pagejon la croit riche d'environ
30 millions de piaftres ,
mais je n'ay le temps que de
vous annoncer cette nouvelle
fans vous en pouvoir rien dire
davantage.
I
5
Je reprens l'Article qui regarde
le Siege de Lille Le 29 .
Mr le Maréchal de Bouflers fit
faire une fortie de 4000. hommes
de fa Garnifon , foûtenus
par un autre corps confiderable.
GALANT
0399
Les ennemis ont perdu en cette
occafion 17. Compagnies de
Grenadiers qui ont tous efté
tuez ou pris , avec leur principal
Ingenieur ; on leur a encloué
feize pieces de Canon , &
renversé trois de leurs Batte
ries .
Enfin la jonction de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
avec Mr le Marechal de Bervick
, a efté faite le 30. à Leffnes
. Ce Maréchal pour affurer
fa marche a toûjours fait border
les bois par fon Infanterie
pendant que fa Cavalerie a marché
en Plaine .
Mr de la Fontaine qui a apporté
cette nouvelle , a dit que
Monfeigneur
le Duc de Bourgagne
menoit la tefte de l'Ar-
*
Llij
400 MERCUR
E
mée , & que Mr de Barvick
eftoit à l'arriere-garde.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
devoit estre le i de Septembre
lous Tournay , où il
det trouver deux cens pieces
de Canon en eftat de marcher.
Ce Prince a laifié douze Bataillons
à Gand , & fix à Bruges.
L'abondance de la matiere
m'oblige à remettre au mois
prochain à vous parler du nouveau
Prevoft des Marchands ,
ainfi que du Panegyrique de S.
Louis , prononcé le jour de la
Fefte de ce Saint , dans la Chapelle
du Louvre , par Mr l'Abbé
de la Fare , en prefence de
Meffieurs de l'Academie Françoife
, & de celuy du même S.
que le Pere Turquois , FeüilCALANT
401
lant fit le même jour dans l'Eglife
des Preftres de l'Oratoire ,
devant Meffieurs de l'Academic
des Infcriptions & des Sciences .
Je fuis , Madame , voftre , & c.T
L
A Paris ce 31. Aout 1708 .
RAVI S.
Le Mercure de Septembre fe
debitera le Mercredy 3. Octobre.
15
L1 iij
TABLE
P
37
Oëme au Roy,
Homelie prononcée par le Pape, S
Evêchez donnez , oftem zak
Premier Article des Morts , a 43
Ceremonie faite à Narbonne pour
pofer la premiere pierre de la
Nef de l'Eglife Metropolitaine
PrimatialefaintJuft &faint
Pafieur,
Dons faits par le Roy d'Efpa
83
******108 .
gne
Détail
des Ceremonies
qui fe font
faites à Tortofe
lorfque S. A,
R. s'eft trouvée au Te Deum
qu'elley a fait chanter en actions
de graces de la reduction
de la
même Villes
dues
Brevet
de Mestre de Camp reformé
the obtenu par S. A. R. pour Mr de
140
TABLE.T
faint André ,
Epithalame ,
Second Article des Morts ,
Etat des fortifications nouvellement
TOR .
198
Vaißeaux équipez à Toulon , 201
faites à Toulon ,
Avertisement donné par Mrs de
Academie des feux Floraux, 202
Querelle terminée entre deux beaux
213
Syfteme du Coeur, 217
Efprits ,
Dictionnaire des Arrests ou Jurif
Seprudence univerfelle des Parlemens
de France 221
Dictionnaire Hiftorique & Geo-
222
graphique ,
Complimens faits à Mr l'Evêque
Opde Rieux & à Mr l'Abbé ďU-
46 940229
zés ,
Fêtes
de la Couronne
d'épines
de
TABLE.
3
Notre Seigneur
Sainte Chapelle ,
celebrée à la
236
245
Article touchant le fupplément
du Mercure de Juillet , qui dé
truit les faufletez qui ont efté
publiées dans 31. Imprimez
d'Hollande, à l'occafion du com
bat donné prés d'Oudenarde, 241
Addition à ce Supplément, touchantles
Regimens dont on n'y avoit
pu parler, 55245
Détail auffi exact que curieux de
tout ce qui s'eft paße à Gand
lorfque Monfeigneur le Duc de
? Bourgogne y a fait chanter le
Te Deum pour remercier Dieu!
de la prife de Tortofe , 248
Expeditions faites par Mr de Ia
Croix fameux & Partiſan 168
Troifiéme article des morts, dans leTABLE.
quel il eft parlé de deux hommes
dont l'un a vécu III ans & l'antre
118.
264
Benefices donnez parle Roy 276
Charges remplies dans la Gendarmerie
, & autres dons faits par
Le
Roy "
Service fait à Tours ,
Fantes reparées ,
280
290
291€
Suite des marches de Son Alteffe
Royale depuis le Siege de Tortofe
, & ce qui s'eft paffé dans ces
Marches , 293
Ordre de Bataille de l'Armée de Mr
le Maréchal de Villars , 306
Fermeté de Mr de Berulle , premier
Prefident du Parlement de Grenoble,
312
Relations de l'Armée de Mile
Maréchal de Villars ,
1
313
TABLET
Thefe de Droit dediée à Mr le
Maréchal de Villars ,
335
Article touchant les affaires d'Iralie
à l'occafion du Pape , & de
l'Empereur ,
Sedition arrivée à Barcelone,
339
353
Suite des Relations du Camp de
Sen Alteffe Royale Monfieur le
d'Orleans,
Affaires d'Allemagne ,
Article des Enigmes ,
36г
366
369
Prifes faites par plufieurs partis
de l'Armée de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & de Mile
: Maréchal de Barvick. 373
Entreprifes de l'Amiral Bings ,
échouées
Siege de Lille ,
374
375
395
Saite des Affaires``d'Allemagne ,
TABLE.
Suite des Entreprifes manquées par
l'Amiral Bings ,
Arrivée des Gallions au Paffage ,
و ت
397
398
Suite du Siege de Lille , & jonition
des deux Armées ,
Conclufion ,
Avis,
idem .
400
401
$
THAZAD
Avis pour placer les Figures.
1
L'Air qui commence par ,
Que je vous plains , doit regarder
la page 160,
Celuy qui commence par ,
De vos rigueurs , doit regarder
la page 372
511th
1708,8
Mercire
<36624505060012
<36624505060012
Bayer. Staatsbibliothek
1:
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN
AOUST, 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
*
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais
Galant.
au Mercure
M. DCC VIIL
Avec Privilege du Roy
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , etantimpoffible
de deviner le nom d'une Ter-
"
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en en- !
voyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
J
AQUST , 1708.
E crois ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre que
par l'ouvrage fuivant . Les actions
dont il parle doivent
vous faire connoiftre qu'il
y a déja plufieurs mois que
A iij
6 MERCURE
cet ouvrage eſt compoſe.
AURO Y.
POEM E.
Magnanime
Heros , dont
la grandeur fuprême
Et le prix éclatant d'une fageffe
extrême.
Toy , qui fçais en tout temps
commander & regner ,
Et pour combler nos voeux , te
plaift à l'enſeigner ;
Charmé de tes vertus , plein du
feu qui m'anime .
LOUIS , je viens t'offrir un encens
legitime.
Je celebre ta gloire , heureux fi
mes accords
GALANT 7
Répondent à mon zele , & fuivent
mes tranfports.
Ma Muſe à tes hauts faits mille
fois attentive ,
T'a chanté , couronné de lauriers
& d'olive ,
Tantoft fier , intrepide au milieu
des hafards ,
Dontjadis l'afpect feul fit fremir
les Cefars ,
Forçant les plus hauts murs ,
furmontant mille obftacles ,
Dans tes moindres projets enfantant
des miracles :
Eclairant tes Confeils , animant
tes Soldats ,
Maîtrifant la Victoire attachée
à tes pas :
Tantôt Heros modefte , & Vainqueur
toûjours fage ;
A iiij
8 MERCURE
Du Demon des combats arietant
le carnage ,
Et dans l'éclat pompeux des
Triomphes guerriers ,
Aux douceurs de la Paix * immolant
tes lauriers ,
Uniffant dans ton coeur le Heros
au Roy jufte ;
La vaillance de Jule & la bonté
d'Augufte ,
Sufpendant le Tonnerre , &
content de tonner ,
Auffi lent à punir que promptà
pardonner ;
Et par les nobles traits d'une
vertu fi pure
Du Monarque des cieux retraçant
la peinture ,
Ouy , Grand Roy , ta fageffe &
tes exploits divers
* La Paix de Nimegue .
GALANT 9
Ont efté mille fois l'objet de
mes concerts .
Quede chants folemnels , quand
je vis ta clemence
Dérober à ton bras les droits de
ta vaillance ,
Et ton coeur genereux prévenant
nos fouhaits
Moiffonner des lauriers dans le
champ de la Paix !
Quand dédaignant l'éclat d'une
gloire commune ,
Maitre de tes defirs , plus grand
que la Fortune ,
Devenant le falut de cent Peuples
vaincus ,
Tu trouvois dequoy vaincre en
ne les vainquant plus :
Quand le Duel détruit , les Erreurs
étouffées ,
Tous les jours à ta gloire éri
geoient des trophées .
10 MERCURE
Et ton pouvoir fuprême appelloit
à tes pieds
Des Souverains jaloux , foûmis ,
humiliez ,
Qui faifant fucceder leur amour
à leurs haines *
Venoient baifer la main qui leur
donnoit des chaînes ;
1
Et frappez de l'éclat qui brilloit
à leurs yeux ,
Rempliffant l'Univers de ton
nom glorieux.
Quels chants , lorfque forcé de
reprendre ta foudre ,
A cent nouveaux Titans tu fis
mordre la poudre ,
Et
que montrant par tout ta
puiffance & tes droits ,
On te vit proteger , vaincre ,
faire des Rois ,
* Le Doge de Gennes .
GALANT II
Prevenir , diffiper la tempête &
l'orage.
Effrayer le Danube & raffurer
le Tage ,
Le rendre plus celebre , augmenter
les tréſors ,
Inftruire un jeune Marsa def
fendre les bords ;
Renouveller du Rhin les allarmes
fanglantes ;
.
Faire fremir l'Oder fous tes
Armes tonnantes ;
Difpofer du deftin de cent
Combats divers ,
D'une feule Campagne * éton- ,
ner l'Univers ?
Mais que vois- je ! tout change,
& Mars & la Victoire
Grand Roy , femblent tourner
leurs traits contre ta gloire ;
* La Campagne de 1703 .
12 MERCURE
Quoi ! ces Dieux aujourd'huy
confpirent contre toi
Qui t'aidoient à ranger l'Univers
fousta Loy ;
Vains & foibles efforts ! tous
fert à ta fageffe
Tu vainquois fans orgueil , tu
cedes fans foibleffe ,
Rien n'abbat ton grand coeur;
la vertu le foutient
Les Deftins font contens
Victoire revient ;
la
Elle s'offre à tes yeux avec fes
premiers charmes ,
Au party qui la perd renvoyant
les allarmes
D'un front qui les ternit arrachant
fes Lauriers ,
Au champs Hefperiens elle fuit
Les Guerriers ,
GALANY
13
1
Et déja fur les pas
de ta race ,
du fier Duc
De l'Aigle au becs affreux elle
confond l'audace >
Renduë à la valeur , foumiſe à
l'équité ,
Elle enchaîne & punit le Rebelle
dompté ;
Et par tout deteftant l'orgueil
qui l'a furpriſe ,
Elle expie à ton gré ſa fatale
méprile.
Mars feconde tes voeux fur la
terre & les flots ,
Icy l'Anglois s'arreſte à l'aſpect
du Heros ,
*
Dont l'Adda fur les bords vit la
fiere vaillance
D'un fuperbe Guerrier confondre
l'arrogance ;
* Mr le Duc de Vendofme,
14 MERCURE
Là le feu dans les yeux , & la
foudre à la main ,
Le Vainqueur a du Danube
épouvante le Rhin .
Plus prés , ces fiers Titans , qui
par mer b & par terre
Vont juſques dans tes Ports défier
ton tonnerre :
Prévenus , repouffez , déchûs de
tout espoir ,
Eternifent ta gloire, & montrent
ton pouvoir ;
Et ce nuage affreux gros de mille
tempeftes
Qui menaçoit tes Lis , va crever
fur leurs teftes.
a Mr le Maréchal de Villars.
La Levée du Siege de Toulon.
GALANT 15
Si je fçavois le nom de
l'Auteur de cet ouvrage , je luy
rendrois la juſtice qui luy eft
dûë.
grace de la
Je vous envoye une Homelie
de Sa Sainteté ; elle n'eft pas
nouvelle : mais comme il n'en
a point encore paru de Traduction
, celle que je vous envoye
doit avoir la
nouveauté. Cette Homelie eft
d'autant plus recherchée qu'il
fe trouve toûjours beaucoup
d'onction dans les ouvrages
du Saint Pere , & que dans
toutes celles qu'il prononce
, il parle toûjours des
16 MERCURE
affaires du temps , felon la fituation
où elles fe trouvent
en les couvrant néanmoins
d'un voile délicat , & qui n'empêche
pas qu'on ne les reconnoiffe.
HOMELIE
De N. S. P. le Pape CLEMENT
XI. prononcée à Rome dans
l'Eglife de Saint Pierre le
jour de Noël dernier.
Le fils de Dieu , le fils unique
du Pere Eternel dans la vuë de
nous faire enfans de Dieu , s'eft
-
GALANT 17
incarné & a eftéfaitfils de l'homme;
il apris chair a esté fait
d'une femme ; & pour racheter
ceux qui estoientfoumis à la Loy,
il s'y eft luy- même foumis pour
nous faire recevoir , & nous rendre
dignes de l'adoption des enfans :
mais de quels enfans ? des enfans
du jour , des enfans de lumiere ,
& non des enfans de tenebres &
des enfans de la nuit , des enfans
de la libre & non de l'esclave non
fumus ancillæ filii , fed libera:
bien heureufe liberté
demption de Jefus- Chriſt nous a
procurée, par laquelle nous
avons un droit incontestable de
Aouft
. 1708.
que
B
la re18
MERCURE
pretendre à la gloire des enfans de
Dieu , à la gloire celefte : or le Redempteur
a donné la puiffance de
devenir enfans de Dieu à tous
ceux qui ont reçu ce glorieux don
de liberté : reflechiffez donc, tresvenerables
Freres&nosplus chers
enfans , confiderez qu'elle a efté
la mesure & l'excés de l'amour
du Pere Eternel pour tous les hommes
, de permettre que nous prenions
, & qu'on nous donne la
qualité d'enfans de Dieu , & de
vouloir
que nous Soyons en effet
fes enfans ; & par la même raifon
que nousfommes fes enfans
nous fommes auffifes heritiers ; je
GALANT
19
veux dire heritiers du Pere Celefte
, & coheritiers de fonfils F.
C. quels termes affez expreffifs
& affez forts pourroient exprimer
la bonté admirable de Dien
pour nous ; ils nous manquent en
effet : quel eft l'Ange & à quelle
Intelligence celefte s'eft - il jamais
abbaifé de dire , Tu és mon Fils
& je t'ay engendré aujourd'huy.
FILIUS MEUS ES
a
TU , EGO HODIE GENUI
TE : Cependant le nom qu'il
nous donnne ; c'est le titre dont
il nous honore , c'est 14 grace
qu'il nous fait , & c'est le
rang où il nous veut bien élever.
Bij
20 MERCURE
Une grace d'une telle diftinction.
eft un mystere , mais un myſtere
bien relevé, & on peut dire que
ce don furpaffe tous les dons , de
dire & de pouvoir dire
appelle l'Homme fon Fils , & que
par un heureux retour l'Homme
puiſſe appeller Dieu fon Pere. Il a
que
Dieu
"donné le pouvoir de devenir enfans
de Dieu , à tous ceux qui ont
reçu ce don ; difons donc, & difonsle
hardiment
que
Dieu est noftre
Pere & que nous fommes devenus
fes enfans. Ouy , Venerables
Freres , nous fommes devenus les
Les enfans du Tres-Haut ; nous
fommes devenus les enfans du
GALANT 21
Dieu vivant. Ecoutons le Sei
&neur; que fi je fuis le Pere , où
eft le respect que l'on me doit ! St
nous avons la qualité d'enfans de
Dieu , fi nous la portons , &fi
nous sommes effectivement fes enfans
qu'est- ce qui nous fait paroiftre
dignes d'un rang fi élevé ?
Ceux qui fe laiffent conduire par
l'efprit de Dieu , font les veritables
enfans de Dieu ; mais celuy
que l'adverfité abbat , ou que
profperité corrompt , neferajamais
cenfe fe conduire par l'esprit de
Dieu. En effet , celuy qui fe qualifie
du glorieux nom d'enfant de
Dieu , peut- il s'avilirjusqu'à don
la
1
22 MERCURE
&
ner fon eftime aux chofes de la
terre ; y a-t- il quelqu'un affez
déraisonnable pour regarder ceux
qui fe plaifent aux chofes qui ne
font pas agreables à Dieu & qui
cherche fon plaifir fa fatisfaction
dans ce qu'il fçait dont Dieu
eft offense ? On ne sçauroit dire
que c'eft - là le caractere des vrais
enfans de Dieu ; l'éclat & l'honneur
d'une fi glorieufe adoption ne
peuventfubfifter avec une conduite
qui luy eft fi contraire , &fi même
parmy les fils des hommes les
vices détruifent l'éclat d'une naif-
・fance relevée , de maniere que
gloire & la réputation des aаyуeсuиxх,
la
GALANT 23
nefervent qu'à abaiſſer & humilier
un indigne rejetton , qui foutient
fi mal leur nom l'éclat de
leurs vertus ; quelle confufion pour
ces hommes qui eftant du peuple
choifi de la race des Elus , terniffent
par d'indignes bafſſeſſes & dégenerent
de ce rang glorieux , ou
Jefus-Chrift venu dans le monde
pour les racheter , les a placez; il
'n'est donc que trop vray que
Seigneur a tous les jours unfujet
qui n'est que tropjufte & trop veritable
, de renouveller aux hommes
ces reproches qu'il leurfaifoit
autrefois : FILIOS ENUTRIVE
le
ET EXALTAVI , IPSI AUTEM
24 MERCURE
SPREVERUNT ME ! J'ay donné
la pâture à des enfans , je
les ay élevez , & je n'en ay cu
pour reconnoiffance qu'un parfait
mépris ! C'est donc un Pere
de qui nous avons la pâture & à
qui nous devons l'élevation où
nous fommes , que nous avons méprife
; Enfans ingrats , que nous
fommes ; enfans méconnoiffans des
celeftes bienfaits , dont nous avons
efté comblez; enfans de defertion ;
enfans defoupçon de méfiance ;
enfans rebelles à la loy divine ,
que nous craignons même d'oüir ;
enfans dénaturez qui n'attendons
& n'efperons de fecours que
des
Egiptiens
GALANT 25
ces mé-
Egyptiens & de la force de Pharaon
à qui l'ombre de la malheu
reufe Egypte infpire uniquement
la confiance. L'amour dont Dieu
eft enflammépour les hommes , l'a
fait defcendre d'en haut e5 l'a attiré
auprés de ces mêmes hommes ;
& c'eſt au feul mépris que
mes hommes ont pour Dieu qu'ils
doivent l'éloignement où ils font
de Dieu . Ainfi fommes - nous en
droit de nous plaindre des malheurs
des temps des calamitez
la
que guerre traîne aprés elle ,
లో dont elle remplit la terre & la
mer. Doit-on eftre furpris de voir
les campagnes femées de cadavres ,
Aouſt 1708 C
26 MERCURE
& ce Pays ,jadis fi celebre & fi
florifant , defolé ruiné
continuels ravages qu'y font les
par
les
troupes amies & ennemies ! Devons
- nous nous élever contre le
débordement des rivieres , contre
l'allarme & le defefpoir de ces
peuples que l'image de la mort accompagne
par tout , & qu'ils ont
లో
toujours devant lesyeux . Devonsnous
enfin nous récrierfur ces effroyables
tremblemens de terre qui
ont abîmé plufieurs Villes les
ont renverséesfans qu'ilenrefte le
moindre veftige ! Que dirons - nous
de cette difcorde interieure qui ne
fait pas moins de ravages dans les
GALANT 27
Monarchies
que
dans les Armées
étrangeres ! Que diray je , en un
mot , du tragique & déplorable
eftat où toute l'Europe , & particulierement
la Religion chreftienne
, ébranlée & agitée par les atteintes
qu'on luy donne tous les
jours qui fe voit tous les jours ,
l'avoüeray je ! fur le penchant de
fa ruine , fe trouvent aujourd'hui
reduites ! C'est donc avec juftice
que ce Pere couroucé chaftie fes
enfans : Ingrats & dénaturez enfans
que nousfommes , qui l'avons
fans raifon & fans aucun fondement
négligé FILIOS ENU-
:
TRIVI ET EXALTAVI :
Cij
28 MERCURE
IPSI AUTEM S PREVERUNT
ME. Jay nourri mes
enfans ; je leur ay procuré des
honneurs , & ils m'ont outragé
par leurs mépris . Nous devons
plutoft gemir fur les fautes qui
font la caufe de nos maux , que
fur nos maux - mêmes ; & nous
devons nous affliger de ce qu'ayant
efté élevez au glorieux eftat d'adoption
des enfans de Dieu , nous
n'avons pas reconnu le prix &
l'éclat de noftre élevation . Pleuronsfur
les meurs corrompues dont
le monde eft plein ; Pleurons fur
le mépris que l'on a pour les Loix ,
&fur la Difcipline de l'Eglife.
GALANT 29
Pleurons de voir la fainteté des
Temples violée ; fainteté qu'on
avoit respectéependant un fi grand
nombre de fiecles ; pleurons de voir
anéantie la reverence due aux Miniftres
de l'Eglife , & le respect
qu'on leur avoit porté fi longtemps
, détruit : gemiffonsfur l'affoibliffement
de cette autorité qu'on
doit attendre des Chreftiens & que
nous voyons à prefent fi tiede
fi languiffante. Pleurons de voir
que les plus renommez enfans de
Sion, lesplus illuftres, ceux mêmes
qui font couverts de l'or le plus
brillant , ont la lâcheté d'applandir
aux orages qui s'excitent con-
C iij
30 MERCURE
fre
tuaire
que
re la Ville même de Sion ; gemiffons
fur la lâcheté qu'ils n'ont pas
honte de commettre , & de voir la
profanation des pierres du Sancl'on
jette avec confufion
dans les Places publiques.
Pleurons en voyant les enfans de
noftre Mere armez & élevez
contre nous que dis -je ! attaquer
avec la derniere infolence & combattre
contre leur propre mere. Ge
miſſons fur nos pechez qui ont armé
contre nous des foudresfi terribles
la main de Dieu ; Pleurons
fur nous qui n'apprehendons point
de perdre la Robe preticufe des enfans
, de nous voir replonger
:
GALANT 31
que
du
dans le vile & honteux esclavage
d'où nous eftions fortis . Enfans
élevez nourris dans un eftat de
grandeur , nous n'avons
méprispour noftre pere , qui répand
enfin aujourd'huy fur nous toute
fa colere , toute fon indignation ,
dont il nous fait reffentir les trop
juftes effets . Mais , mes chers enfans
, feroit - il poffib'e que Dieu.
nous euft rejetté pour toujours ,
qu'il ne vouluft plus reprendre fes
anciens fentimens de douceur &
de bonté pour nous ! ce Dieu de
mifericorde renoncera t il à fapremiere
bonté , à ſa premiere indulgence
, &fa colere jointe à l'indi-
C iiij
32 MERCURE
qui
gnation , détruira t-elle en luy tous
lesfentimens tous les mouvemens
de fa mifericorde ! Non ne
le craignons-pas ! non ne nous laiffons
pas furprendre à des penfees
conviennent fi peu au caractere
d'un pere
bon er juste. Il eft
vray que le Seigneur du ciel &
de la terre fe courrouce , mais fa
colere ne doit pas durer toûjours
s
il menace , il est vray , mais fes
menaces ne font que menaçantes
& elles nefont quepour un temps.
Il n'a pas oublié les bontez d'un
pere à l'égard de fes enfans , ainſi
que nous avons oublié les devoirs
d'un fils à l'égard de fon pere. Il
GALANY
33
femble que fes entrailles paternelles
s'émeuvent pour nous donner une
feconde naifance , & qu'elles l'excitent
à nous engendrer une fecondefois
en nous pardonnant. Il veut
fe fouvenir uniquement qu'il eft
Pere, & oublier qu'il eft fuge ;
cherchant plutoft noftre retour que
noftre perte , au lieu d'une Sentence
de mort , il prononce celle de noftre
pardon. Redeamus itaque ad
Patrem. Retournons donc à ce
Pere qui eftdans les cieux ; retournons
à noftre Pere , à ce Pere qui
raffafie dansfa maifon tant de mercenaires
: In cujus domo mercenarii
multi abundant pani34
MERCURE
: bus à ce Pere qui nous a figenereufement
offert les moyens de devenir
enfans de Dieu , & d'avoir
part àfon heritage. Puifque nous
avons efté privez fi longtemps des
douceurs de la maifon de noftre
Pere , fuivons l'exemple de l'Enfant
de l'Evangile ! imitons fon
repentir ! faifons comme cet
Enfant prodigue , qui aprés avoir
abandonnéfon pays pour ſe retirer
dans une terre étrangere & éloi
gnée, &y avoir diffipé tous les
brens que fon pere luy avoit donnez,
de retour auprés de ce Pere ;
luy dit d'une voix lamentable :
Fay peché, o mon Pere , contre le
GALANT 35
ciel, contre vous : Pater peccavi
in coelum , & coram te.
Je ne merite plus de porter la qualité
de vostre Fils : Jam non fum
dignus vocari Filius tuus. Imitons
ce libertin , ce deferteur dans
fon retour vers le Pere de famille ,
puifque nous l'avons imité dans
fa fuite , dans l'abandon de la
maifon paternelle. Marchons vers
ce Pere , allons le trouver , crions
vers luy Clamemus ad Patrem
; invoquons le , mais
foit avec une foy fincere , une efperance
ferme une charité vive
ardente : car
& puiſqu'il nous
•
que
ce
predeftinez en nous faisantpart
36 MERCURE
a
de fon heritage , puifqu'il nous a
prédeftinez par l'adoption de fes
enfans ; puifqu'il eft toûjours preſt
àécouter favorablement ceux qui
s'adreffent à luy & qui l'invoquent
fincrement , nous devons
efperer , & nous devons nous remplir
de confiance , qu'il nous rendra
noftre premiere robe , cette robe
pretienfe , gage de l'Amour de
Dieu , & qu'il nous comblera des
trefors de fa mifericorde ; de cette
mifericorde qui nous afait obtenir
rang & la qualité d'enfans de
Dieu. Si reconnoiffant les pechez
les fautes que l'ont irrité
nous ; fi , dis - je , reconnoiffant
le
conGALANT
37
dans les fentimens d'une humble
douloureufe confeffion nos éga
remens nos infidelitez paffées ,
nous luy en demandons pardon de
tout noftre coeur , &finous faifons
de dignes fruits de penitence : Si
noftras , quibus illum offendimus
, iniquitates humili confeffione
agnoverimus , dignofque
poenitentiæ fructus fecerimus.
Ainfifoit-il.
Sa Sainteté a donné à l'Abbé
Gualterio , frere du Cardinal de
ce nom , & Legat de la Romagne
, l'Evêché de Veroli dans
la Campagne de Rome.
38 MERCURE
Veroli eft une Ville Epifco
pale qui ne dépend que du Siege
de Rome . Peu de Sieges Epifcopaux
ont cet avantage. Cette
Ville eft proche du Mont
Cofa , fi celebre par les Hiftoriens
, & peu éloigné d'Alary ,
qui eft fur les frontieres du
Royaume de Naples . Mr l'Abbé
Gualterio a reçû des complimens
de toute la Cour de
Rome fur la nouvelle dignité ;
& on luy a rendu la juſtice de
dire qu'il la meritoit par fa naiffance
& par fon mérite. Il eſt
d'une ancienne famille originaire
de la Campagne de Rome
GALANT
39
& qui y étoit déja connue fous
le Pontificat de Leon XI. Ce
fut tres-
Pontife dont le regne
court attacha à la Cour un
Hieronimo Gualterio qui s'y fit
fort eftimer fous le Pontificat
fuivant. Mr le Cardinal Gualterio
, Evêque d'Imola & Arhevêque
titulaire d'Athenes ,
efté longtemps Nonce en
France , & il s'y eft acquis l'cftime
& la confideration de tous
les honneftes gens. Il aimoit
fort les Lettres , ce qu'il a de
commun avec Mr l'Evêque de
Veroli , qui les a cultivées avec
beaucoup de fuccés , & qui eſt
40 MERCURE
de plus un tres habile Canonif.
te ; il en a donné des marques en
plufieurs occafions importan
.tes .
Mr Crifpin Evêque de Samogitie
étant mort, le Roy Stanif
las avoit nommé à cette dignité
Mr Galinski Suffragant de
Vilna ; mais ce Prelat alla exprés
à Soly pour remercier S.
M. P. & s'excufer d'accepter
cette place. Il s'eft contenté
de l'Archidiaconé que ce Prinde
luy a donné; fur le refus de
Mr Galinski , S. M. a nommé
à cette dignité Mr Polubinski
pour qui on a déja demandé
GALANT
4
I
des Bulles au Pape . Ce nouveau
Prelat eft d'une tres grande
maifon de Pologne , & proche
parent de celle de Towienski
dont eft Mr le Comte de
Towienski neveu du feu Cardinal
Primat & qui a épousé une
Princeffe Lubomirski qui eft à
prefent en cette Ville avec fon
époux. Feu Mr l'Evêque de Samogitic
étoit proche parent de
Mr Crifpin , Staroſte de Plungian
,un des premiers Generaux
du Roy de Pologne ; c'eſt
le même qui avec le Prince
MichelWieſnowieski petit General
de Lithuanie & le Gene--
Aout 1708. D
42 MERCURE
ral Meyerfeldt a fervi contre
le General Mazeppa , l'un des
Generaux du Czar & qui a
coupé la communication des
Cofaques avec les Mofcovites
. La Samogitic eft une Province
de Pologne entre la Lithuanie
, la Curlande , la Prufle
Ducale & la Mer Baltique .
Elle a trente - cinq licucs germaniques
de longueur du Levant
au Couchant , mais elle
n'eſt pas fi large. Elle eftoit
autrefois divifée en douze gouvernemens
; mais il n'y en a
plus que deux aujourd'huy.
Les Villes principales font ,
?
43.
GALANT
Miedniki , Roffieme , &c . Le
lieu de la refidence de l'Evêque
eſt Medniki ; ( en latin Mednicia
, & aufli nommée Warmie.
Elle eft fituée vers la fource du
fleuve Wirwits . Le Siege Epifcopal
y fut fondé par Wenceflas
Roy de Pologne en 1413.
Mr l'Evêque de Samogitie qui
vient de mourir a fait beaucoup
de bien à fon Eglife , &
il luy a donné des marques de
fon amitié paternelle dans les
derniers temps de la vie .
Les quatre premiers Articles
de morts que vous allez lire ,
regardent des perfonnes de
Dij
44 MERCURE
diftinction qui ont eſté tuées
au Siege de Tortofe.
Mr de Labat Lieutenant-
Colonel reformé , & Aide de
Camp de Mr le Comte de Bezons
, a efté tué devant Tortofe
. Il eftoit eftimé de tous les
Officiers , & S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans fit publiquement
ſon éloge le jour qu'il fut
tué , en difant à Mr le Comte
de Bezons que le Roy perdoit un
de fes meilleurs Officiers , & que
Les fuccés les plus confiderables ne
pouvoient dédommager de pareilles
pertes . Mr de Labat eftoit d'une
des meilleures Maifons de
GALANT
45
Bearn , & plufieurs branches de
fa maifon qui fe font établies
dans la Guyene , dans le Gevau
dan, & dans la Xaintonge , ont
produitde grands hommesdans
l'Eglife & dans l'Epée . Un des
ayeux de Mr Labat fe diftingua
fort en is 90 à la bataille d'Ifoire,
pour le fervice du Roy Henri
IV . Ce Prince qui fut témoin
de fa valeur luy témoigna
une grande reconnoiffance du
zele qu'il avoit marqué pour
fes interefts , & luy fit des dons
confiderables. Celuy dont je
vous apprens la mort fe trouva
à la Bataille de Luzzarra , où il
46 MERCURE
fe diftingua beaucoup fous les
yeux mêmes du Roy d'Eſpagne
qui le loua fort.
Mr de Monchant qui a eu
le même fort , eftoit Major
general de l'Armée d'Espagne ,
Brigadier des Armées du Roy,
& Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui portoit fon
nom , & qui avoit & qui auparavant
celuy de Sillery ; feu Mr le
Marquis de Sillery tué à la Bataille
d'Almanza en ayant efté
Colonel , & Mr de Monchant
l'ayant eu aprés la mort de ce
Marquis. Ce Regiment avoit
auparavant porté le nom de
GALANT 47
·
Catinat: Mr de Monchant avoit
dabord fervi dans les
Moufquetaires , dont il fut fait
Brigadier peu de temps aprés
qu'il fut entré dans ce Corps ;
il en fortit pour prendre une
compagnie de Grenadiers du
Regiment de Bourbonnois , fa
valeur qui eftoit déja connuë
l'ayant fait nommer pour remplir
ce pofte. Le Roy le choific
quelque temps aprés pour
aller en Espagne , & luy ordonna
de ne point quitter la Perfonne
de S. M. C. dans toutes
les occafions où Elle fe trouveroit
; ainſi il alla en Eſpagne,
48 MERCURE
& accompagna ce Monarque
en fon voyage d'Italie ; il fut
fait Colonel aprés la Bataille
d'Almanza , ainfi que je l'ayremarqué
, & un an aprés Brigadier
& Major general de l'Armée
d'Espagne. Il a donné dans
tous les poftes qu'il a remplis
& dans toutes les occafions ou
il s'eft trouvé , des marques
d'une intrepidité peu commune
, & qui luy a attiré de grands
éloges du Roy & de S. M. C.
Il eftoit de la maifon de Caf--
tillon dans le Condomois
qui eft une des plus anciennes
du Pays . La petite Ville de Caftillon
GALANT 49
tillon en Perigord & fi cele_
brefous Charles I X.a corn
nom à cette maiſon. Mr de
Monchant avoit deux freres ,
Mr l'Abbé de Monchant
Doyen de l'Eglife de Condom ,
& cy- devant grand Vicaire du
même lieu , & Mr de Corbean
qui a fervi avec diſtinction , &
qui a commandé pendant une
campagne la Nobleſſe de fa
Province. Ces Mrs avoient un
frere aîné , mort depuis quelques
années , & qui a laiffe un
fils que S. M. C. a demandé
pour en prendre foin , & il eſt
parti pour
Aovft 1708.
fe
rendre en Eſpa-
E
50 MERCURE
gne avec la permiffion du Roy.
Peu de temps aprés la mort
de Mr de Monchant, Mr l'Abbé
de Monchant fut preſenté
au Roy , & S. M. luy dit qu'elle
avoit perdu en la perfonne de fon
frere , un defes meilleurs Officiers,
& qu'elle feroit toûjours avec
plaifir ce qu'elle pourroit pour
vancement de ceux qui portent
fon nom.
l'a-
Mr de Caroll Brigadier des
Armées du Roy , & Lieutenant
Colonel du Regiment d'Infanterie
de Berwick tué au même
Siege , eftoit d'une des meilleures
maifons d'Irlande , & al-
1
GALANT 51
liée à celles de Dillon , dont
Mr de Dillon Lieutenant general
des Armées du Roy cft chef,
de Mahony, de Striche , & autres
de cette confideration ; il
s'eftoit diftingué dans toutes les
occafions où il s'étoit trouvé dep.
is qu'il portoit les armes pour
le fervice de S. M. il paffa en
France avec le feu Roy Jacques
II. dans le temps de la revolution
d'Angleterre , & depuis ce
temps là il a toûjours eſté ſi
fortement attaché à la France ,
qu'à quelque épreuve qu'on ait
mis fa fidelité , il a fait connoître
que rien n'eftoit capa-
"
Eij
52 MERCURE
ble de l'en détacher.
Mr de Caroll eftoit auffi allié
aux Ducs d'Ormond & de
Quenſbury, & on peut dire fans
le flatter qu'il a facrifié à fon
honneur & à ſa fidelité , une
fortune bien brillante . Mr le
Duc de Berwick qui l'avoit mis
à la tête de fon Regiment avoit
beaucoup de confiance en
luy , & il combattit toûjours
à la Bataille d'Almanza auprés
de ce Duc , qui rendit témoignage
de fa valeur au Roy d'Efpagne
, & à S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans . Mr.de Caroll
joignoit à une valeur ſouGALANT
53
vent éprouvée , une pieté fin-
- cere qui le faifoit a proch er tresfouvent
des Sacren ens; ce qu'il
avoit fait deux jours avant fa
mort : il eftoit proche parent
de Mr de Caroll qui a publié
depuis peu une differtation fur
le dixiéine Chapitre du quatriéme
Livre de l'Effay de Mr Locke
touchant l'Entendement bumain
; il y découvre , & il réfute
les efforts que Mr Locke avoit
faits pour établir dans fon
livre , l'hypothefe de Spinoſa ,
& il y a ajoûté des remarques
fur quelques livres qui ont paru
depuis peu , & particuliere-
E iij
54 MRCURE
ment fur celuy qui eft intitulé
les Droits de l'Eglife Chretienne
, & c.
de
Mr Daffier, Lieutenant Colonel
du Regiment de Sourches,
a auffi efté tué d'un coup
moufquet devant Tortofe . Il
eftoit Chevalier de S. Louis ,
& d'une ancienne famille de
Bearn . Il avoit toujours fervi
dans l'Infanterie , & M.le Chevalier
de Sourche fon Colonel,
avoit une confiance particuliere
en luy
Meffire N.. Dalbon Abbé
de S. Jean de Falaize eft mort
dans la fleur de fon âge , & reGALANT
55
greté de tous ceux qui le connoiffoient.
La pureté de fes
moeurs , fon attention à remplir
tous les devoirs de fon état,
& fa bonté luy avoient gagné
les coeurs de tous ceux qui avoient
quelques relations avec
luy. Il avoit fait un grand ufage
de fes lumieres ; il avoit paffé
les premieres années de ſa
vie dans l'étude des faintes Lettres
, & il y avoit fait de trés
grands progrés. Cet Abbé
eftoit frere de Madame Thomé
& il eftoit d'une bonne & ancienne
famille de cette Ville.
Il s'eftoit deſtiné à l'Egliſe auf-
E iiij
56 MERCURE
fitôt qu'il avoit efté en âge de
fe choifir un état de vie , & on
a eu lieu de juger par toute fa
conduite que fa vocation venoit
d'en haut . Peu de temps
avant la mort il donna le
Prieuré de S. Eftienne de Fálaize
dans le pays du Maine à
Mr Fauvet Chanoine Regulier
de Ste Croix de la Breton
nerie , de l'Ordre de S. Auguftin
, & frere de Mr l'Abbé
Fauvel Chapelain du Roy . Mr
Fauvel avoit merité la bienveillance
de Mr l'Abbé Dalbon
par fa pieté exemplaire & par
la reputation qu'il s'eſt acquiſe
GALANT 57
parmi les gens de Lettres . En
effet peu de perfonnes ſont
plus verfées que luy dans la
connoiffance
de l'antiquité &
des Livres , & le choix que Mr
l'Abbé d'Albon en a fait pour
remplir le Prieuré de S. Eftienfait
beaucoup d'honne
neur à fa memoire : c'eſt le dernier
Benefice qu'il a donné , &
il est mort peu de temps aprés.
A peine les Chanoines Reguliers
de S. Jean de Falaize ont
ils commencé à fentir leur perte
, que le Roy leur a donné
pour les en confoler , Mr l'Ab
bé de S. Aulaire qui joint à
58 MERCURE
une naiffance diftinguée , un
merite generalement reconu .
Mre N... d'Areftel , Seigneur
de Belmont , d'Hoſtel & de
Teyfieu en Bugey , eft mort à
Chambery ; il avoit porté les
armes dans fa jeuneffe dans les
Troupes de Monfieur le Duc
de Savoye où il acquit beaucoup
de reputation ; il laiſſe un
fils & deux filles , dont il y en a
une de mariée à un Gentilhomme
de Savoye , de Dame
N... de Beaumont d'une des
meilleuresMaifons de ce Duché .
Cette Dame eft foeur de Me la
Marquise de Chales , qui a été
GALANT 59
fille d'honneur de Me la Duceffe
de Savoye , de Me la Marquife
de Lullins , de feuë Me
d'Oncieux & de feue Me de
Longprez d'Angeville , dont le
mary Lieutenant Colonel du
Regiment d'Albaret fut tué à
la Bataille d'Hochftet. Mr
d'Areftel dont je vous apprens
la mort , étoit d'une des
plus grandes Maiſons de Savoye
, & allié à tout ce qu'il y a
de plus illuftre dans cette Cour;.
il étoit fils de Claude Gafpard
d'Areftel , Seigneur d'Hoftel ,
& d'Adriene de Montfalcon ,.
Seigneur de S. Pierre , d'Eryo60
MERCURE
:
net de Truchet , premier Prefident
de la Chambre des
Comptes de Savoye . Adriene
de Montfalcon aprés la mort
de fon mary fe remaria à Mr
d'Emerandes , Prefident en la
Chambre des Comptes de Savoye
, dont elle a eu Mr de
Valerieu aujourd'huy Senateur
de Chambery , & une fille
mariée à un Officier de ce
Parlement la branche de la
Maifon de Montfalcon qui
porte le nom de S. Pierre , fubfifte
encore aujourd'huy en Savoye
avec beaucoup d'éclat ;
Mr le Marquis de S. Pierre eft
:
GALANT 61
fort connu par fes fervices. Il
eft frere de Dame N. .de Montfalcon
femme de Mr de Chamoffet
, cy - devant premier
Prefident du Senat de Chambery
avant que le Roy fût
maître de la Savoye. Claude
Gafpard d'Areftel , dont je
viens de parler , & pere de celuy
qui vient de mourir , étoit
frere de Sigifmonde d'Areſtel
épouſe de Côme Mariny, Chevalier
, Marquis de Bourgfranc
en Piedmont , fils de
Claude Mariny Marquis de
Bourgfranc, Gentilhomme Genois
, & Ambaſſadeur du Roy
62 MERCURE
,
en Savoye , & ils étoient fortis
du mariage de Claude Gafpard
d'Areftel qui eft Seigneur dudit
lieu Gentilhomme
tresqualifié
de Savoye , & de Françoiſe
Gautier Dame d'Hoſtel &
de Teyfieu , fille unique de Catherin
Gautier Confeiller de
Mr le Duc de Savoye , Prefident
en la Chambre des Com,
ptes de Chambery , General
des Etapes & Commiffaire
general des guerres deçà les
Monts.Françoife Gautier étant
veuve de Claude Gafpard d'Areſtel
, épousa en ſecondes nôces
Sigifmond d'Eſt , Marquis
GALANT 63
de Lans , Prince du S. Empire ,
Chevalier du grand Ordre &
Gouverneur de Savoye , dont
elle cut Philippe François d'Eft ,
Marquis de Lans , Chriftine
d'Eft, Dom Charles d'Eft ; c'eft
parlà que le Gentilhomme dont
je vous apprens la mort
avoit l'honneur d'appartenir
à la Maifon de Modene & à la
Reine d'Angleterre , Claude
Gafpard d'Areſtel , étoit fils de
Louis d'Areftel Ecuyer , Seigneur
du même lieu , & d'Yolande
Dupont , un des plus
beaux efprits de fon temps.
Mr d'Areftel , qui eſt mort ,
64 MERCURE
avoit un fils aîné qui mourut
au commencement de la derniere
guerre en Piedmont dans
les Troupes de Mr le Duc de
Savoye.
Mr N....le Comte de Dortans
, Capitaine de Cavalerie
dans les Troupes de Sa Majefté,
eft mort à Strasbourg à la fleur
de fon âge fans laiffer d'enfans
de Dame N ... Camus d'Y.
vours fon épouse, de l'ancienne
famille des Camus , dont il y
a plufieurs branches en cette
ville . Mr le Comte de Dortans
portoit les armes depuis plus
de 2 5. ans , & il s'eſt diſtingué
GALANT 65
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé. Il laiffe deux foeurs
dont l'une a époufé Mr de
Chapelles Gentil homme de
Bugey. Il eftoit fils de feu Gafpart
Comte de Dortans qui eut
une jambe emportée d'un
coup de canon à l'un des Sieges
de Turin , eftant Capitaine.
au Regiment de Lefdiguieres ,
& qui s'eft trouvé dans les
plus celebres occafions de fon
temps , où il donna des marques
de fa valeur & particulierement
dans les Guerres de Loraine
& d'Allemagne fousle s
Marechaux de la Force & d e
Aouft 1708 ..
F
66 MERCURE
Gaffion , & de Dame N ...
Dupré foeur de feue Me la
Comteffe de Fortilles , morte
en cette Ville il y à quelques.
années. Gafpard Comte de
Dortans , efloit frere de feu
Jean François de Dortans Seigneur
du Martrey qui a fait
la branche du Martrey en
Dauphiné , qui eft pere de Mr
du Martrey Capitaine de Cavalerie
& de Me Dorlier une
des plus belles perfonnes de
Savoye. Ces Mrs eftoient fils
de Jean Philibert de Dortans
qui porta long- temps les Armes
pour le fervice du Roy
GALANT 67
en Italie , & de Claudine de
Virieu fille d'Archaud de Virieu
d'une des plus illuftres
Maifons de Dauphiné , & de
Claudine de Maubec , eft pctite
fille de Pierre Antide de
Dortans Gentilhomme ordinaire
de la maiſon du Duc de
Savoye & de Catherine de la
Baulme fille de Louis de la
Baulme Comte de S. Amour
Chevalier de l'Ordre de Savoye
& de Claudine de la Teïffonniere
; celuy cy eftoit petit
fils de Perceval de Dortans
grand Chambellan des Ducs
de Savoye Philibert & Charles
Fij
68 MERCURE
Gouverneur de Geneve & de
Verceil & de Claudine de Parpillon
. La Maiſon de Dortans
eft une des plus anciennes familles
du Bugey. Elle fleuriflɔit
déja fur la fin du douzième
fiecle. Dés le quatorziéme ficcle
Hugonin & André de Dortans
pere & fils furent Confeillers
&Chambellans desires
de Thoires , Souverains d'une
partie du Bugey & de la Breffe.
Hugonin époufa Jeanne de la
Baulme de la même Maifon.
que Mr le Marechal de Montrevel
& André Helene de Beaufremont
de la même maifon
GALANT 69
5
que le Marquis de Mr Liftenois
qui a époufé Mlle de Mailly.
Guillaume de Dortans fur la
fin du même fiecle fut Chambellan
& Gouverneur
du Comte
deGeneve & d'Annecy.Louis
de Dortans fon frere fut Chanoine
& Comte de Lyon . Hugonin
de Dortans vers le milieu
du quinziéme fiecle fut Ecuyer
ordinaire
du Duc de Savoye ,
& il époufa Guillemette de
Vincelle niece de Jean de Vincelles
, Abbé de S. Claude.
Guillaume un de fes fils , fut
Religieux & grand Chambrier
de S. Claude , où l'on fait des
70 MERCURE
preuves comme à Lyon & à
Malte. Perceval dont j'ay déja.
parlé & qui vivoit au commencement
du feiziéme fiecle a fait
beaucoup d'honneur à cette
maiſon ; il fut fouvent Envoyé
des Ducs de Savoye fes
Maiftres vers le Conneftable
de Bourbon , le Viceroy de
Naples , & la Princeſſe d'Orange.
Il fut Ecuyer Trenchant du
Prince Philibert . Ce Prince
l'employa pour negocier avec
les habitans de Genève le rétabliffement
de leur Evêque , ce
qui n'eut pourtant aucun fuccés.
Sur la fin du même fiecle.
GALANT 70
Claude dé Dortans Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, fut Gouverneur de l'If
le de Goze , qu'il deffendit courageufement
contre une Armée
Navale de Turcs. Il mourur
Commandeur du Genevois..
Jean Antoine fon frere , du
même Ordre Commandeur de
Levreux & de Bellecombe , à
la revûë de l'Armée Chref
tienne , qui fe fit à Meffine
aprés la fameufe bataille de
Lepante , où il s'eftoit trouvé ,,
cut la charge de porter l'Etendart
General de la Religion
au premier combat qui fe donneroit..
72 MERCURE
La branche aînée de cette illuftre
maiſon eft éteinte par la
mort de Mr le Comte de Dor
tans . Il en refte trois , Marterey ,
Bonaz & Chatonnaz.
Dame N... de Gayardon-
Greffolles épouse de Mre N...
de Riverie Seigneur de Clerinbert
en Foreft , eft morte
dans un âge peu avancé ; elle
eftoit foeur de Mre N ... De
Gayardon Seigneur de Tiranges
qui a efté long- temps Capitaine
dans le Regiment Lyonnois
, & qui a épousé la foeur
de Mr du Fenoil Me des Requeftes
, & fille de feuc Mre N..
de
GALANT
73
C
De
7.
C
"
de Gayardon - Greffolles Scigneur
de Tiranges , mort Major
du Regiment Lyonnois ,
& de Dame N ... de Cotton
de la même famille que le feu
Pere Cotton , Jefuite & Confeffeur
du Roy Henry IV. &
que feuë Me du Lieu - Genevoux
femme de feu Mr du
Lieu Genevoux Confeiller du
du Roy & Me ordinaire en fa
Chambre des Comptes de Paris
, & mere de Mr de Genevoux
qui a la même Charge.
La Dame dont je vous aprens
la mort , eftoit niece de Mr
de Greffolles , Chanoine d'Ef
Aoust 1708 .
G
74 MERCURE
nay de Lyon , & de Mr de
Greffolles Doyen de l'Eglife
Royale de Montbriffon , Elle
eftoit Coufine germaine de Mr
de Greffolles , aîné de la maifon
de Gayarden
, qui a épouſé
une foeur de Mr Cachet de
Montezan cy - devant Prevôt
des Marchands
de Lyon , &
premier Prefident du Parlement
de Dombes ; de Mr de
Greffolles Chanoine de Montbriffon
; & de Me de Greffolles à
qui le Roy donna une Abbaye
en Foreſt il y a environ dixfept
mois . La maiſon de Gayardon
- Greffolles eft alliée à
GALANT 75
celle de la Chaife , & la branche
de Tiranges l'eſt encore
par feüe Me de Greffolles Tiranges
qui eftoit de la même
famille que le Pere Cotton
oncle du Pere de la Chaife.
Mrs de Greffolles font d'uné
ancienne
Forez.
nobleffe de
Mr de Clerinbert mary de
la Dame dont je vous aprens
la mort , eft fils de feu Mr de
Clerinbert qui a porté les Armes
toute fa vie avec beaucoup
de diſtinction , & de feüe
Dame N ... de la Balme d'une
tres ancienne nobleffe de Dau-
Gij
76 MERCURE
phiné , & alliée aux meilleures
maifons de ces Provinces
comme Grolée Meſpieu , Saffenage
, Fenoil , Oncieux , Pronier
, S. André , & Simianes de
Gordes.
Damoiſelle N ... Chevalier
de Fernex , eft morte
dans de grands fentimens de
Religion , & à la fleur de fon
âge dans la Communauté de
l'Union Chrétienne, dépendante
de celle de S. Chaumont.
Elle avoit fuccé avec le lait les
erreurs de Calvin : mais defabufée
des préjugés de l'éducation
, elle avoit abjuré la Reli-
1
GALANT
77
с
e
e
コー
S
gion Proteftante depuis quelques
années , & avoit vécu
dans la veritable, d'une maniere
pieuſe & édifiante. Elle étoit
foeur de Mr l'Abbé de Fernex
Curé d'Oxnaix au pays de Gex-
& l'un des plus ingenieux
hommes de fon temps , & de
Mr de Fernex , Capitaine de
Grenadiers & fort eftimé dans
les Troupes . Le Roy en confideration
de leur changement
de Religion leur avoit affigné
des penſions ; ils eftoient tous
enfans de feu Mr de Fernex
Gentil homme du Pays de Gex
& qui fut en qualité de Pro-
G iij
78 MERCURE
teftant donné pour Adjoint à
feu Mr Bouchu
Intendant de
Bourgogne , lorfqu'en
1661 .
le Roy envoya deux Commiffaires
dans toutes les
Provinces,
l'un Catholique
& l'autre Reformé
, pour examiner
fur les
lieux ce que les Prétendus reformez
avoient ufurpé au delà
des Edits & des
Declarations.
Leur
Commiffion eftoit du 1 5
Avril 1661. & leur
principale
Occupation
fut d'examiner
les
droits d'exercice des Proteftans
dans le Bailliage de Gex . Ces
Commiffaires
jugerent le 24 .
Novembre de la même année ,
GALANT
79
les queſtions agitées entre le
Clergé du Baillage & les Prétendus
reformez ; mais s'eftant
trouvez partagez fur vingt fix
Articles, Mr Bouchu figna feul
l'Ordonnance qu'ils avoient
faite , Mr de Fernex ayant refuſé
de la ſigner, à caufe des 26 .
Articles ; & le Roy par Arreſt
du 16. Janvier de l'année fuivante
, confirma l'avis de Mr
Bouchu . Le premier des vingtfix
Articles conteftez entre les
Commiffaires regardoit les Eglifes
des Proteftans dans le
Pays de Gex . De vingt - cinq
qu'ils y avoient fur de faux ti-
G iiij
80 MERCURE
>
tres fans doute , Mr Bouchu
leur en ofta vingt-trois , & ne
permit de faire leurs exercices
qu'à Sergi & à Fernex . Une
des raifons de cette diminution
fut qu'il n'y avoit que vingtfix
Paroiffes dans le Bailliage ;
que les Catholiques n'y avoient
que dix-fept Eglifes & autant
de Curez ; & que le Pays eftoit
petit , n'ayant que quatre ou
cinq lieues de long & deux &
demie de large. De plus Mr
Bouchu défendit à Mr de Beauchafteau
, grand pere de Mr le
Curé d'Andilly , d'exercer la
Charge de Chaſtelain dont il
GALANT 81
avoit joui fans Provifions du
Roy , & S. M. en confirmant
cet Article , approuva celuy
que cet Intendant avoit nommé
en attendant que Monfieur
le Prince de Condé Seigneur
du Pays en euſt nommé un autre
; mais Mr de Beau - chafteau
en fe faifant Catholique recouvra
fa Charge. Mr de Fernex
refufa auffi de figner l'Ordonnance
que Mr Bouchurendit
le 13. de Fevrier 1662 .
pour l'execution de l'Arreſt
emporté par les préjugez du
party où il eftoit engagé. Ce
Gentilhomme avoit beaucoup
82
MERCURE
d'efprit. Il eftoit bon Poëte ,
& il a laiffé divers écrits , & fur
tout un Recueil de Voyages ,
qui a eu beaucoup de fuccés.
Le fils aîné de Mr de Fernex
eft mort il y a déja quelques
années , & il n'a laiffé qu'un fils
qui eftoit dans le fervice de la
Marine , & qui fe noya malheureufement
l'année derniere.
La famille de Chevalier-
Fernex eft ancienne dans le
pays de Gex , & clle y eft alliée
aux principales maifons de
ce Canton
. Mrs de Fenex ont
auffi beaucoup d'alliances
en
Suiffe , & fur tout dans le CanGALANT
83
S.
X®
ES
a
ton de Lucerne & dans le pays
de Vaud .
La Relation fuivante eft de
Mr l'Abbé Pech, Chanoine de
Saint Paul de Narbonne , Official
Primatial , dont le merite
cft connu par d'autres ouvrages
qu'il a donnez au Public ;
elle eft remplie de recherches
curieufes qui doivent faire
beaucoup de plaifir à ceux qui
la liront.
84 MERCURE'
CEREMONIE
FAITE A NARBONNE ,
Pour pofer la premiere
Pierre de la Nef de l'Eglife
Metropolitaine &
Primatiale Saint Juft , &
Saint Paſteur.`
On a de tout temps pris foin
de faire avec tout l'éclat poffible
les ceremonies avec lesquelles on
met la premiere pierre des grandes
Eglifes ; les Evêques y
préchoient , & le Clergé avec
GALANT 85
le Peuple y faifoient des voeux
d'autant plus ardents pour la prof
perité de leurs Souverains ; que
c'eftoit ordinairement aux années
de leurs Quinquennales ou Décennales
qu'on jettoit les fondements
de ces faints & magnifiques Edifices.
L'Eglife de Narbonne baftie
dans les premiers Siecles du Chrif
tianifme , ayant efté brûlée dans
le cinquième , fut relevée par S.
Ruftique Evêque de la même Ville
, qui y mit la premiere pierre
l'an 441. auquel tomboit la huitiéme
Quinquennale de Theodofe
Le Jeune. Ellefut bâtie par les li86
MERCURE
beralitez de plufieurs Evêques
& Seigneurs de la Province
& fut achevée quatre
ans aprés , felon l'ancienne Infcription
que l'on voit encore prés
du portail de l'Archevêché, & qui
eft raportée dans Catel , Gruterus
& Sainte Marthe , & expliquée
par le Pere Pagi.
Cette Eglife quoyque reparée
dans la fuite par les liberalitez de
Charlemagne , tomba entierement
en ruine. Guido Groffus natif de
Saint Gilles , Officier de la Maifon
de Saint Louis , & celebre Predicateur
, ayant efté élevé à l'Archevêché
de Narbone ,fongea aufGALANT
87
fitôt à la faire rebâtir ; il obtint
même du Pape Urbain IV. des
Indulgences enfaveur de ceux qui
contribueroient à ce pieux deſſein ;
mais l'execution enfut differée par
fon exaltation fur la Chaire de
Saint Pierrefous le nom de Clement
IV. les occupations de ce
grand Pape ne luy firent pas oublier
une fifainte entrepriſe : pour
la rendre plus prompte & plus facile
, il accorda de nouvelles Indulgences
, & envoya même de
Rome la pierre fondamentale , benite
ornée d'une Croix d'or. ថ
Cette pierre fut pofée par l'Archevêque
Maurin le 3. d'Avril
88 MERCURE
1272. Ce nouvel Edifice fut
d'abord continué avec fuccés , &
l'on commença d'y faire le fervice
divin le jour de Pâques de l'an
1332. mais lapieufe liberalitédes
fideless'étant refroidie, un ouvrage
entrepris avec tant de zele & de
magnificence , demeura imparfait :
on n'en fit alors que le Choeur , les
Ailes & les Chapelles qui font à
l'entour , avec les deux groffes
Tours qui fervent de Clocher , &
depuis ce temps-là , c'est à dire depuis
prés de quatre Siecles , per-
Sonne n'avoit ofe vaincre les obftacles
qui ont fi long-temps arrêté
la continuation d'un fi augufte
GALANT 89
Temple ; il femble que cette
gloire étoit refervée à l'illustre
Prelat qui fait aujourd'huy nôtre
bonheur. Dés que la Providence
de
l'eut placéfur le Siege de cette Eglife
, il forma le deffein de continuer
un Edifice qui fait l'ornement
de cette Ville & l'admiration
des étrangers qui y paffent.
Enfin , ayant choifi le 17.
Fuin de cette annéepour benir &
pofer la premiere pierre de la Nef,
il voulut que cette Ceremonie fe
fift avec toute la pompe qui pouvoit
la rendreplus folemnelle. On
avoit fait preparer une grande
pierre quarrée , & une plaque de
Aouft 1708. H
90 MERCURE
plomb avec l'infcriptionſuivante.
D. O. M.
Anno Domini M. D. CC VITE
Imperii Ludovici Magni
LXVI. die 17. Dominica
III. poft Pentecoften. Carolus
Archiepifcopus , &
Primas ; Capitulum Metropolitanum
& Primatiale ;;
civefque Narbonenfes ; Primarium
hujus perficiendi
Templi lapidem pofuerunt ..
Les Epoques de cette Infcription
GALANT 91
font d'autant plus remarquables ,
qu'on y voit lafeptieme decennale
de la vie du Roy , &la quatorziéme
quinquennale de fon Regne:
On ne pouvoit prendre une année
plus convenable felon l'efprit de
l'ancienne difcipline , que Saint
Rustique avoit fuivie dans la
conftruction de la premiere Eglife,
dont il fut le Reftaurateur. Ce
grand Saint avoit alors posé une
pierre quarrée ; c'est leplus ancien
, & peut être le feul témoignage
qu'on trouve dans l'antiquité
de cet ufage , que le Pontifical
prefcrit encore aujourd'huy . On
avoit auffi coûtume d'y mettre des
Hij
92 MERCURE
Reliques des Saints : Alexandre
II. en mit dans les fondemens de
l'Eglife du Mont- Caffin : & c'est
fur cesgrands exemples que Monfieur
l'Archevêque réfolut d'honorer
lesfondations de cette nef des
Reliques de Saint Juft & Saint
Pafteur , nos Patrons.
L'occafion n'en pouvoit eftre
plus favorable : ce Prelat faifant
actuellement la vifite defon Eglife
Primatiale avoit fait defcendre,
les Corps de ces Illuftres Martyrs
dont il
prononça le panegyrique
avec cette éloquence & cette onction
qui luyfont finaturelles , &
officié enfuite à une Proceffion geGALANT
93
S
t
e
nerale en chappe , où les Chaffes
de ces Saintsfurent portées en proceffion
par la Ville. Il en avoit tiré
quelques Reliques qu'il enferma
dans une boëtte d'argent faite en
maniere de Medaillon pour eſtre
inferée dans la pierre fondamentale
à la place des medailles qu'on
jette dans les fondations des édifices
prophanes. Cette boëte a pour
Legende ce paßage du Prophete
Aggée de la continuation au fujet
du bâtiment du Temple.
Sufcitavit Dominus fpiritum
Ducis Juda , & fpiritum Sacerdotis
magni , & fpiritum reliquorum
de omni populo : &
94 MERCURE
ingreffi funt , & faciebant opus.
in domo Domini ,
On trouve ces mots dans l'Exerque
:
Sancti Jufte & Paftor , orate
pro nobis.
Tout eftant donc difpofé pour le
jour marqué , Mr l'Archevêque
celebra la Meffe pontificale , Mr
JuifChanoine & Archidiacre &
Abbé de faint Sabin , & Mr de
Serignan , Chanoine de faint
Juft & Abbé de Foncaude luyfervants
de Diacre & de Sous-Diacre
d'honneur avec les autres Officiers
qui ont coûtume de l'affifter.
Apres la Meffe , le Chapitre
GALANT
95
de
Mrl' Arche- fe mir en chappes :
vêque en mitre & en pluvial,
fuivi de Mr des Ifles Lieutenant
de Roy de Narbonne , de Mr Augier,
Viguier & Maire , des Confuls
& de tous les Gentilshommes
de la Ville qu'on avoit invités à
cette ceremonie , alla à la Proceffion
à l'endroit destiné pour les fondemens
du nouvel édifice , eftant
precedé de Mr d'Hautpoul Chanoine
& Succenteur, lequelportoit
furun voile de drap d'or la plaque
où eftoit l'infcription avec la boëte
d'argent où les Reliques font enfermées.
En cet ordre on defcendit dans
96 MERCURE
les foffez larges de trois toifes
profonds de trois toifes & demie.
Alors les Soldats de la Garde
E ceux de la milice Bourgeoife
firent leur premiere décharge de
moufqueteriepar une falve generale
; les cloches fe firent entendre
par leur fonnerie harmonieuſe
l'une desplus belles du Royaume ;
&le bruit meflé aux acclamations
aux cris de joye reiterés , rendit
cette fainte cerémonie plus majestueufe
& plus touchante . On fe
rangea cependant dans les foffez,
oùtout avoit estédifpofé d'une maniere
convenable le lieu de la cérémonie
effant couvert de tentes &
orné
GALANT 97
e
ن
par
le
orné de tapifferies : Les prieres du
Pontifical furent chantées
Clergé, tandis que Mr l'Archevêque
faifoit la bénédiction de la
pierre fondamentale , & qu'il y
renfermoit la boëte des Reliques
avecla plaque de plomb enchaſſée
par deffus . Enfuite le Prélat pofa
la pierre avec les cérémonies prefcrites
au bruit des nouvelles falves
S de moufqueterie & d'artillerie ;
aprés quoy il alla dans tous les endroits
deftinés pour les Piliers , &
benit à trois reprifes les foffes
creuſez pour l'édifice , conformé
ment au Pontifical.
Le Clergé,la Nobleffe & le peu-
Aouſt 1708.
I
1
98 MERCURE
ple étant rentrez dans le Choeur ,
noftre Prelat monta en chaire ,
fit un Sermonfur le fujet dont il
s'agit. Il prit pour texte les mef
mes paroles d'Aggée qui font gragravéesfur
la Boëte des Reliques ,
& fit voir avec fon éloquence ordinaire
, les
rapports merveilleux
naturels qu'il y avoit entre la
Ceremonie qu'on venoit defaire ,
&
tout ce quedit ce Prophete pour
exciter le peuple de Dieu à continuer
l'Edifice du Temple qui avoit
été interrompu .
Il ne m'eft pas poffible de rapporter
icy la quantité de belles chofes
que fon érudition fi connuë luy
GALANT
99
J
I
fuggera dans cette rencontre. La
joye l'admiration étoient peintes
fur le vifage de tous fes Auditeurs
; mais le trouble & la
confternation_regnerent dans fon
Auditoire , lorfque vers la fin de
fon difcours , il dit qu'aprés la
con olation qu'il venoit de reffentir
en pofant cette premiere
pierre pour la continuation
du Temple du Seigneur , il
n'attendoit plus qu'une feule
& feconde confolation ; c'étoit
que quand le Prince des Pafteurs
l'auroit retiré du milieu
de fon peuple pour luy faire
rendre compte de fon admini-
Lij
100 MERCURE
ftration & de fa conduite , ce
cher peuple , pour qui il avoit
employé fes veilles & fes travaux
, voulut bien luy accorder
la fepulture dans cette même
terre qu'il venoit de confacrer
au Dieu vivant ; Que fes
cendres repoſaſſent auprés des
Reliques de ces grands Saints ,
afin que cette Terre luy fervit
d'azile dans le jour de la colere
de fon Dieu ; Que les offemens
de ces Martyrs ranimez dans ce
jour de leur gloire criaffent
devant le Thrône du fouverain
Juge , pour luy obtenir mifericorde
, & qu'en attendant
GALANT 101
ce jour fi terrible renfermé
dans ce tombeau , fon cher
peuple fe fouvint quelquefois
dans fes prieres d'un Paſteur
qui n'a rien eu tant à coeur que
fa fanctification
, ny rien
fouhaitté plus ardemment que
d'employer fa vie & tout ce qui
dépendoit de luy pour fon uti-
C lité & pour fon fervice .
S
ES
C
S
[
3
Ce fut alors qu'un torrent de
larmes coula des yeux de tous les
Auditeurs , & qu'on reffentit
jufques à quel point un fi bon
Pafteur étoit aimé , & meritoit
de l'être. Les pleurs ne finirent.
qu'avec le Sermon , & chacun fe
I iij
102 MRCURE
retira penetré d'eftime , d'admiration
d'une tres- respectueuse
tendreffe pour un Prelat à qui il
eft impoffible de refufer ces fentimens
, quand on a le bonheur de le
connoître. Lefoir ily eutdes Illu
minations en plufieurs endroits de
la Ville. La grande Tour du Pa
lais Archiepifcopal parut toute er
feu. Onfit quantité de décharge.
de boëtes & de moufqueterie ; &
les Tours de la grande Eglife fu
rent illuminéesjufques bien avant
dans la nuit , ce qui ne pouvoit
faire qu'un tres- bel effet à cause de
leur hauteur , qui eft de trente
toifes.
>
a
GALANT 103
ע
que
c'est
A l'égard du reste de l'Edifice ,
ilfuffira de dire un mot de fon Architecture
; d'où l'on pourra juger
combien juftement on dit
une des plus belles Eglifes de
France. On eftime fur tout la délicateffe
des ornemens exterieurs ,
la hardieffe des piliers du dedans
& la beauté des proportions gene-
Tales. Le Choeur a de largeur 7.
toifes 4. pieds 8. pouces . La croisée
en aura autant, & 2 3. toifes de
longueur, ce quifait environ trois
fois la largeur. La hauteur eft de
21. toife demie , qui eft un peu
moins
?
que trois largeurs : les
Sçavans en Architecture , difent
I iiij
104 MERCURE
"que les Eglifes quifont plus hautes,
le font trop. Toute la longueurfera
de 67. toifes ; les ailes du
Choeur ou bas coftez ont de hauseur
10. toifes & demie & de
longueur 3.taifes 4. pieds ¿ les Chapelles
qui font alentour , ont la
niême hauteur & la même largeur
, avec de grands vitrages ;
ellesforment au deffus une terraße
carrelée de pierre de 7. Toifes de
large, qui peut eſtre n'a rien d'égal
dans le Royaume en cette efpece.
Il eſtſurprenant qu'uneſi grande
maffe ait été bâtie en fi peu de
temps , que durant tant defiécles
elle foit restée imparfaite. Le
عون
GALANT 105
premier fuccés avec lequel on y
travailla d'abord , vint de ce que
ce fut alors que l'on
commença
à
commuër les pénitences cañoniques
en aumônes pour les bâtimens des
Eglifes , ce qu'on n'avoit encore
jamaisfait quepour les Croisades:
auffi la plupart des grandes Eglifes
ont - elles été bâties dans ce fiecle ;
&celles qui nefurent pas achevées
en ce temps-là , ne l'ont été
que
fort difficilement. Le Choeur de
Eglife de Narbonne fut élevé
par ce moyen , lequel ayant ceffé,
l'édifice demeura imparfait jufques
à ce que le Ciel ait fufcité notre
Archevêque comme un autre
106 MERCURE
Efdras , pour donner au Dieu vivant
un Templeparfait , & achever
l'ouvrage de tant de fiecles.
Quelques jours aprés la Ceremonie
qui donne occafion à cette
Relation , les Peres de la Doctrine
Chrétienne , qui ont le College
de cette ville , ne voulant pas
garder le filence dans une joye fi
generale , firent à ce fujet & à la
louange de M. l'Archevêque une
action publique , ou rien de tout ce
qui peut donner de l'éclat à une
fête de College ne fur oublié.
M. l'Evefque d'Alet étoit venu
voir M. l'Archevefque
, & ces
deux grands Prelats voulurent
و
GALANT 10%
bien honorerc ette Fefte de leur prefence
, pour donner de l'émulation
aux Ecoliers dans leurs exercices
de literature.
Aprés un fort beau compliment
Latin, on recita des vers Grecs, qui
furent estimez de tous ceux à qui
cette langue eft auffifamiliere qu’-
aufçavant Prelat à qui ils étoient
adreffez. On entendit enfuite un
Poëme Latin , où la fiction qui
fait la beauté des Poëmes épiques ,
ne fut pas moins admirée que l'élegance
& la nobleffe des Vers.
On declama enfuite toutes fortes
d'ouvragesfur le mefme fujet , &
en toutes langues , Odes , Son108
MERCURE
•que
nets , Rondeaux , Epigrammes ,
tout fut mis en oeuvre , & d'autant
plus eftimé , qu'on n'avoit eu
huit jours pour fe preparer.
L'execution répondit parfaitement
à la beauté des ouvrages ; & la
grace avec laquelle ces jeunes Enfars
declamerent leurs Vers , fou
tint fort bien l'érudition & la
reputation de leurs Maîtres.
Les huit Articles que je vous
envoye ; & qui regardent l'Efpagne
, ne vous paroiftront
pas d'abord tout - à - fait nouveaux
, quelques Nouvelles
publiques en ayant déja parlé ;
GALANT 109
mais elles l'ont fait avec fi
peu
d'étenduë
que
pour
peu que l'on faffe de reflexion
fur ce qu'elles ont dit ,
on trouvera qu'elles n'ont fait
qu'annoncer
les Articles dont
il elt queſtion
.
Le Roy d'Espagne a donné à
Mr le Duc d'Atri ,le Comtéd'El .
da dans le Royaume de Valence,
confifqué fur le Comte d'Elda
, l'un des chefs des Rebelles .
Mr le Duc d'Atri eft de l'illuftre
Maiſon Aquaviva , originaire
du Royaume de Naples.
Cette Maiſon a produit
de grands hommes , entr'au110
MERCURE
›
pere
tres le Cardinal Octavio Aquaviva
, Archevêque de Naples ,
de Jerôme Duc d'Atri. Il
fut dans le feiziéme fiecle un
des plus grands hommes de
toute l'Italie. Le Pape Sixte V.
qui l'avoit connu à Rome travailla
à fon élevation ; il le fit
d'abord Referendaire de l'une
& l'autre Signature , & Vicelegat
du Patrimoine de Saint
Pierre. Gregoire XIV . fon Succeffeur
le fit Cardinal en 1591 .
& en cette qualité il ſe trouva
aux élections d'Innocent IX.
& de Paul V. & il fut Legat
d'Avignon ſous le Pape CleGALANT
III
ment VIII. Ce fut dans cette
Ville où il fe lia d'inclination
avec le celebre Mr de Peireſc ,
1
&
qui commençoit à fe diftinguer
parmi les gens de Lettres ,
qui fe fit dans la fuite une fi
grande réputation .
Claude Aquaviva , General
des Jefuites , eftoit auffi de Naples
, fils d'un Duc d'Atri .. Il
avoit efté Camerier du Pape
Pie V. & il avoit lieu d'en efperer
de plus grandes dignitez
lorfque fuivant l'attrait de la
Grace , il entra dans le nouvel
Inftitut des Jefuites. Il fucceda
en 1581. au P. Everard Me112
MERCURE
curien , qui en eftoit General ;
& il mourut en 1615. aprés
trente- quatre ans d'un Generalat
doux & moderé . Il compofa
divers ouvrages de pieté ,
& particulierement fur les matieres
de la Grace fur lefquelles
on commençoit alors à difputer.
Mr le Duc d'Atri , qui donne
lieu à cet Article , defcend
de Jean -Jerôme d'Atri , pere du
Cardinal dont je viens de parler
. Le Chefde la maifon d'Anglurre
de Bourlemont en France
, porte le titre de Duc d'Atri ,
à caufe d'une fille à qui ce Du-
- "
GALANT 113
C-
1-
a.
Mes
•
and
ché devoit appartenir , qui entra
dans cette maifon .
Sa Majefté Catholique a
donné le Collier de la Toifon
d'or à Mr le Prince Pio , gendre
de Mr le Marquis de los-
Balbazés , Viceroy de Sicile .
Les Pio Princes de Carpi , font
A. tres illuftres en Italie. Les Renealogiftes
font remonter leur
origine jufqu'à Conſtantin le
Grand , par une fille de Conftance
fils de ce Prince , & dite
Euridice. Quelque foit l'origi
ne de cette maiſon ; il eft certain
que les deux Manfredes
Pio furent deux grands Capi
Aouft 1708 .
ar-
11.
K
114 - MERCURE
taines fous l'Empereur Frederic
Barberouffe , du temps de
la Comteffe Matilde. Leurs
defcendans furent Princes de
Carpi . Albert perdit cette Principauté
, & mourut en cette
Ville. Lionello fon frere entra
dans cette Principauté , que fa
Pofterité perdit encore , & il
fut pere du Cardinal Rodolphe
Pio de Traian , de Conftans &
de Manfrede qu'il eut de deux
mariages. Charles Pio de Ferrare
fut fait Cardinal par le
Pape Clement VIII. & Evêque
d'Albano , & enfuite d'Oftic
; il mourut en 1641. Doyen
GALANT
115
des Cardinaux . Charles Pio
fon neveu , fait Cardinal par
Innocent X. fut Evêque de Sabine
, Protecteur des Royaumes
& Etats hereditaires de
l'Empereur & de l'Empire
ainfi que des Couronnes d'Arragon
& de Naples . Il mourut
en 1689. Albert Pio dont j'ay
déja parlé , & qui mourut d'un
accident de pelle , fut un Prince
d'une pieté exemplaire &
d'une vertu folide . Il avoit étudié
fous Alde Manuce. Les
Empereurs Maximilien I. &
Charlequint l'envoyerent en
Ambaffade auprés des Papes.
Kij
116 MERCURE
Jules II. Leon X. & Clement
VII. Il obtint le Chapeau de
Cardinal pour Adrien Florent,
qui fut depuis Pape fous le nom
d'Adrien V.I. Il eftoit à Rome
lorfque cette Ville fut pripar
de l'Armée de Charlequint
en 1627. On ne ſe ſouvint
gueres en cette occafion
des fervices qu'il avoit rendus
à l'Empereur . Il fut mis dans
une étroite prifon , d'où il ne
fortit qu'avec peine pour fe
refugier en France . L'Empereur
le dépouilla alors de tous
fes biens , & les donna à Profper
Colonna. Ce Prince comGALANT
117
.:
pola deux Traitez , un contre
Luther , & l'autre contre Erafme
, & Jean- Genis Sepulveda
fit enfuite l'Apologie de ce qu'-
il avoit écrit contre Erafme.
Baptifte Pio que Paul III. qui
avoit efté autrefois fon ami ,
fit venir à Rome , où il mourut
vers l'an 1540. âgé de quatre-
vingt ans , eftoit de cette
Maifon. Il a fait de tres bons
commentaires fur les Livres de
Cieron.
;
Mr le Prince de Chimay
prit il y a quelque temps poffeffion
des honneurs de la Grandeffe
de la premiere Claſſe &
118 MERCURE
fe couvrit devant S M. C.
Il fut conduit & accompagné
par Mr le Duc d'Havré. Ce
Prince qui prend la qualité de
Comte de Roux & de Prince
du Saint Empire eft Chevalier
de la Toifon d'or , Pair de Hainaut
, Confeiller au Confeil de
Guerre du Roy d'Espagne ,
devant General des Armées
de cette Couronne & Gouverneur
de Mons & du Hainaut.
Il a épousé Anne Antoinette
de Berghes , fille d'Eugene
Comte de Grimbergue , &
parente de Mr le Duc de Bouilcy
lon . Ce Prince eft fils d'Eufta-
"
GALANT 119
1
-
che de Croy Comte de Roux
Chevalier de la Toifon d'or,
Gouverneur de Lille & de
Douay mort en 1653. & de
Theodore Maric fille de
Guillaume Baron de Kelter
& d'Elifabeth Branchorts. Mr
le Prince de Chimay eft au
jourd'huy l'aîné de la maiſon
de Croy.
Mr le Marquis de Betmard a
pris auffi depuis quelque temps.
à Madrid poffeffion de l'honneur
de la Grandeffe ; il eft de
Pilluftre Maifon de la Cueva.
qui tire fon origine d'un Bourg
de la Caftille , & qui s'éleva
120 MERCURE
beaucoupfous le regne d'Henry
4. dit l'Impuiſſant; un peu aprés
le milieu du quinziéme fiecle
ce Prince donna le Comté de
Ledefma , le Duché d'Albukerque
, la grande Maîtriſe de
faint Jacques avec plufieurs
biens confiderables à fon favori,
Bernard de la Cueva qui étoit
fils de Dom Diego Fernandez
de la Cueva Vicomte
d'Helma & de Doña Alonfa ,
Mayor de Mercado. Cette
Maifon a produit dans le der
nier fiecle le celebre Alfonce
Cardinal de la Cueva , Evêque
d'Ovido & de Malaca en Efpagne
GALANT 121
pagne & de Paleſtrine dans la
Campagne
de Rome. Il fut
long- temps connû fous le nom
de Marquis de Bedmar. Le Roy
d'Espagne Philippe III . l'envoya
Ambaſſadeur
à Venife ,
& en 1618. il forma avec le
Duc d'Offone Gouverneur
| ' e
Naples , ce fameux projet dont
Mr l'Abbé de S. Val a donné
une fi belle Relation . Le Pape
Gregoire XV . le fit Cardinal en
1622. à la follicitation
du Roy
d'Eſpagne , qui le nomma enfuite
Gouverneur
des Pays-
Bas , & à fon retour de ce Gouvernement
il eut l'Evêché de
Aouft 1708.
L
122 MERCURE
Paleſtrine & de Malaca; ce Prelar
avoit beaucoup d'efprit &
beaucoup de doctrine ; il moufut
en 1655. Mr le Marquis
de Bedmar d'aujourd'huy qui
en defcend , a efté auffi Gouverneur
des Pays - bas pour le
Roy d'Espagne ; & il a fignalé
fon zele & fa fidelité dans toutes
les occafions qui fe font prefentées
pour Philippe V. depuis
qu'il eft monté ſur le Trône
d'Espagne .
Mr le Marquis de Bedmar
eft proche parent de Mr le
Comte de la Cueva Brigadier
des Armées du Roy d'ElpaGALANT
123
gne , & qui fere fous Mr le
Marquis de Bay en Eftramadourc
.
Le Roy
d'Efpagne pour recompenfer
la fidelité de la ville
de
Xixona fituée à
quatre
licuès
d'Alicante , l'a érigée en
C té avec
attribution d'un ter--
ritoire , en luy
permettant de
mettre une fleur de Lys dans fes
armes : de plus il l'a
exemptée
pour quatre ans de toutes fortes
de droits. Il y a
fupprimé
les rentes qui y
appartenoient
aux Seigneurs
rebelles , & il a
établi un Caftellan dans le Château
. La Ville de Xixona eft ce.
Lij
124 MERCURE
lebre par fon antiquité. Jean
Xiphilin Patriarche de Conftantinople
, y fit un long ſejour
dans le 11. Siecle . Ce Patriarche
étoit de Trebizonde ,
& avoit efté élevé dans un Monaftere.
Il fucceda à Conftantin
Patriarche de Conftantinople
mort en 1066. & il joüit
de cette dignité juſqu'à l'an
1080. qui fut celuy de fa mort ;
on a de luy un abregé de l'hiftoire
de Dion auquel il travailla
à Xixona. Cette Ville eft à
quatre lieues de la riviere de
Quadalaviar & à la même diftance
de la mer. La tempeGALANT
125
T
e,
C
UK
1
il
71
rature en eft rres douce , & le
terroir tres fertile fur tout en
legumes . Guillaume de Valen
de l'Ordre de faint Domi
nique & enfuite Evêque d'Evreux
y fit auffi autrefois un
affez long fejour ; & même une
ancienne tradition porte que
Zuleucus Legiſlateur des Locriens
y avoit demeuré quel
ques annnées ; mais cette tradition
cft peu autorisée par les
anciens monumens del Hiftoire
; & celle qui regarde Zoile
qui vivoit du temps de Prolomée,
& qui ofa fe declarer
Cenfeur des Ouvrages d'Ho-
L iij
126 MERCURE
mere , n'eft pas plus autorisée.
On a prétendu qu'il y avoit
quelques traits dans la premiere
Georgique de Virgile
& dans le quatriéme livre de
Tibulle qui faifoit alluſion aux
moeurs des habicans de Xixona.
Un Seigneur de la Maifon
Frangipani , qui eft une famille
Romaine tres ancienne , & alliée
aux plus grandes Maifons
de l'Europe , puifqu'elle com
proit parmi fes Cadets les Archiducs
d'Autriche & les Rois
d'Eſpagne , ayant voulu finir
fes jours en Espagne , chojfit la
ville de Xixona pour fon fe
GALANT 127
D
+1
S
S
I
a
jour. Ily mourut aprés y avoir
cultivé durant 19. ou 20. ans
le goût qu'il avoit pour lesfciences
occultes. Ileft peu de villes
en Efpagne dont les moeurs des
habitans foient plus douces ,
& où les étrangers foient reçûs
avec plus d'accueil ; ce qu'on
verta en lifant le Theatre des
Armoiries du Pere Gilbert de
Varenne & la huitiéme Epître
du Livre de Geofroy de Vendôme
, de même que la Chronique
de Conrad Abbé d'Urf
perg fur l'année 1227 .
Sa Majefté Catholique a accordé
à la Ville de Borja , le
Liiij
128 MERCURE
titre d'illuftre toûjours tresfidelle
, avec la permiffion d'ajoûter
à fes Armes une fleurde
- Lys & un Lion , avec telle
Infcription que les Habitans
jugeroient convenable. De
plus S. M. pour conferver à la
Pofterité la memoire de la fidelité
inviolable de la même
Ville , luy a donné féance &
voix dans les Cortez ou Etats ,
une Foire franche , avec exemption
de toute forte d'impoft
& de logemens. La Ville de
Borja eft dans le Royaume
d'Arragon , fur les frontieres
de la Navarre , à trois lieuës
GALANT 129
de Terrazone au Levant , fur
le chemin de Sarragoffe , &
auffi éloignée de la riviere d'Ebre.
Flora fameufe Courtifanne
de Rome ; & qui fut aimée
de Pompée , pour qui l'Hi
ftoire remarque la fidelité
le , paffa quelques années dans
le territoire de cette Ville. Elle
eftoit fi belle que Cecilius Metellus
la fit peindre , afin de conferver
fon Portrait avec plufieurs
autres dans le Temple de
Caftor & de Pollux , & l'on remarque
que ce n'eftoit la
premiere fois que le Portrait
d'une Courtilanne avoit reçu
pas
130 MERCURE
un pareil honneur. La Ville &
le terriroire ont des veftiges
d'une grande antiquité. Les
Hiftoriens Espagnols en ont
fort parlé
.
Don Jofeph de Anoz a cfté
nommé Corregidor de cette
Ville , pour la premiere fois.
C'eſt un Magistrat d'un grand
merite & dont la réputation
cft fort connue dans tout l'Arragon.
Il eſt du nombre de ceux
qui n'ont jamais quitté le parti
de Philippes V. leur legitime
Souverain .
Le Regiment de Cavalerie
de Don Placido Denticé a efté
1.
GALANT 131
donné à Don Virginio Colonna
, Exempt des Gardes du
Corps Italiens , & le Roy a aug,
menté de douze cens écus la
penfion de Don Camilla Doria
Gouverneur des Galeres de Si
cile . Don Placido Denticé a acquis
une grande reputation par
fes fervices , & il n'eft pas le
feul de fa famille qui s'eſt dif
tingué par fon zele pour le fervice
de fes Souverains. Don
Virginio qui a eu ce Regiment
eft de l'illuftre Maifon de Co,
lonna d'Italie , qui a trois bran,
ches principales , Chinazano ,
Gallicano , & Colona propre132
MERCURE
ment dit. Le Pape Martin V.
eftoit de cette Maifon. Il fut
élû au Concile de Conftance ,
& fe nommoit Eudes. Il eftoit
fils d'Agapet Colonna , & frere
de Jourdain Duc de Verouze
& Prince de Salerne . Celuy
qui donne lieu à cet Article fe
diftingua beaucoup à la Bataille
de Luzzarra , en prefence du
Roy d'Eſpagne. Don Camillo
Doria eft d'une des premieres
Maifons de Genes , à qui elle a
donné divers Doges . Jean André
Doria commandoit l'Armée
d'Espagne , lors de l'entreprife
de Tripoly en 1560. AnGALANT
133
toine Doria fut un des plus
grands Generaux de Charles
V.
Les Juges du S. Office de Madrid
, qui compofent le Souverain
Tribunal de l'Inquifition
,
ont donné de nouvelles marques
de leur zele par l'ouvrage
qu'ils ont fait publier pour rendre
public le nouveau catalogue
des Livres deffendus . Ils
font intitulé
: Index expurgatorius
Librorum prohibitorum
&
expurgatorum , pro Catholici Hif
panorum Regis Philippi V. Regis
Catholici , de Confiliofupremi Senatus
Inquifitionis, C'eſt un in134
MERCURE
folio qui contient prés de 1300%
pages . On a ajouté dans ce nouveau
Catalogue un grand nombre
de Livres & d'Auteurs qui
ne font pas dans les precedens ,
& comme c'eft le Tribunal de
l'Inquifition generale qui a fait
travailler à cet ouvrage , onl'a
publié avec beaucoup d'apareil
& de ceremonie . On a fait à
ce fujet une magnifique cavalcade
; tout le Tribunal de l'Inquifition
en eftoit avec fes Miniftres
& fes Qualificateurs
& il eftoit accompagné de la
plus grande partie de la No.
bleffe de Madrid , qui ſe fait
GALANT 135
honneur d'affifter à de pareils
fpectacles.
il y avoit auffi plufieurs
Grands d'Efpagne qui en ces
fortes de conjonctures fe picquent
& font gloire de montrer
l'exemple au peuple , en
rendant public leur zele pour
la Religion , & leur déference
refpectueuse pour le Saint Office.
L'affaire du P. Papebroch
que le grand Inquifiteur fait
tour de nouveau examiner
avec beaucoup de foin , quoy
qu'elle l'ait déja cſté , n'eſtant
pas encore entierement decidée
, les Livres de ce Pere n'ont
136 MERCURE
pas efté mis dans le nouveau
Catalogue ; ce qui a fait beaucoup
de plaifir à tous les Sçavans
qui ont beaucoup de veneration
& d'eftime pour ce fçavant
Religieux. Ce Catalogue
a cité prefenté à Leurs Majeftez
Catholiques , qui l'ont reçû
avec beaucoup de bonté , &
elles voulurent voir paffer des
feneftres de leur Palais cette
Cavalcade , qui leur fit d'autant
plus de plaifir qu'elle fe
fait affez rarement à Madrid.
L'Univerfité de Salamanque
a fait compofer un Livre qui
contient un grand détail des
GALANT 137
S.
Feftes & des Réjoüiffances qui
ont efté faites , à caufe de la
naiſlance du Prince des Afturies
, & cet ouvrage fut preſenté
à Leurs Majeftez par le Pere
-Diego de Villafranca , de la
Congregation des Clers Mineurs
, Député de la même Univerfité
, qui fut conduit par le
Marquis d'Aguilar del Campo.
Cet ouvrage eft fort exact , &
l'on y voit jufqu'aux moindres
circonftances qui regardent les
Réjoüiffances faites à l'occafion
de la naiffance du Prince
qui fait le fujet de cet ouvrage.
Le Pere Don Diego de Villa-
Aoust 1708 .
M
138 MERCURE
franca eftoit accompagné lorf
qu'il prefenta cet ouvrage par
un Profeffeur en Theologie ,
par celuy qui remplir la Chaire
deftinée à la Doctrine de Durand,
Auteur d'un Systême particulier
de Philofophie ; par
&
par
deux deux Pretendientes ,
Profeffeurs en Droit ; l'un du
Droit Civil , & l'autre du Droit
Canon. Ils eftoient tous en habits
de ceremonic.
Le compliment que fit le
P. Don Diego de Villafranca
à leurs Majeſtez Catholiques ,
reçut de grands applaudiffemens
, & aprés avoir preſenté
GALANT 139
au Roy & à la Reine un exemplaire
de cet ouvrage magnifiquement
relié , ils en donnerent
auffi aux principales perfonnes
de la Cour ; tout Ma
drid fut ravi de voir dans cet
ouvrage les marques de joye
que toutes les Villes & tous les
Corps d'Espagne avoient fait
voir dans une occafion fi importante.
Le Roy & la Reine d'Efpagne
ont fait des prefens confiderables
à ces Députez , & leurs
Majeftez ont témoigné publi
quement la fatisfaction qu'elles
ont cues des marques d'af-
Mij
140 MERCURE
fection que la principale Univerfité
de leur Monarchie venoit
de leur donner. S. M. C.
fit conduire ces Députez à Aranjuez
pour leur faire voir toutes
les beautez de cette delicieufe
Maiſon Royale , & on cut
foin de les y regaler de tout ce
que la faifon pouvoit offrir de
plus delicieux . Ils s'en retournerent
charmez de toutes les
honneftetez qu'il leur avoit
faites.
La Lettre qui fuit concernant
encore l'Espagne , tiendra
parfaitement bien fon rang
GALANT - 141
1
à la fuite des Articles que vous
venez de lire.
Au Camp de los Mazos de
Mora , le 25, Juillet 1708 .
Cen'est pas affez de vous avoir
mandé le détail de ce qui a précédéla
prife de Tortofe , qui fait tant
d'honneur à Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc d'Orleans. Je .
vois bien qu'il faut fuivre cette
affairejufqu'au bout , & ne rien
oublier de ce qui regarde la gloire
de ce Princepour fatisfaire entierement
le zele l'attachement
que vous avez pourfaperfonne.
142 MERCURE
dit
Son Alteffe Royale fit Feudi
dernier 19. de ce mois fon entrée
dans Tortofe ; lesJurats laregurent
à la porte de cette Ville fous un
dais fous lequel ce Prince ne mar
cha qu'un moment, & il fe renaccompagné
de ces furats & de
la Nobleffe , des Officiers Generaux
de ceux de fa Maiſon
paffant au milieu des Troupes qui
étoient en haye au bas d'une ruë
qui conduit à la Cathedrale où
Meffieurs du Chapitre l'attendoient.
Ils avoient au bas , de
cette rue fait dreffer un Autel ,
fur lequel ils avoient pofé
ane Croix où ils conferuent
GALANT 143
un morceau confiderable de la
vraye Croix de Noftre Seigneur
; elle étoit entourée de chandeliers
remplis de cierges ; le Treforier
en Chape avec deux autres
Dignitez de ce Chapitre aprés
avoir prefenté de l'Eau- benîte à
Son Alteße Royale , lui prefenterent
cette Croix à baifer ,
enfuite encenferent fon Alteffe
Royale à laquelle ils firent à peu
prés la même Ceremonie que lui
avoient fait l'an paffé Meffieurs
de Saragoffe , & ils la reçurent
au rang des Chanoines en luyfaifant
tenir une espece de devant
d'Autel dont ils portoient chacun
144 MERCURI
un Cordon avec fa houpe , &
ils marcherent tous en cet état
fe rendirent dans la Cathedrale.
Son Alteffe Royale étant arrivée
à la porte de l'Eglife , le
Treforier luy préfenta encore de
Eau benite & l'encenfa . Cette
marche étoit precedée par les Ecclefiaftiques
& les Muficiens de
cette Eglife , & devant & aprés
fon Alteße Royale , marchoient
fesOfficiers felon le rang de leur
Charge, & tout ce Cortege an
milieu des Troupes les, Muficiens
les Ecclefiaftiques chantant des
Cantiques & des Motets d'allegreffe.
GALANT 145
#
gragreffe.
On fe rendit dans cet ordre
devant le Maître Autel au milieu
duquel le Treforier qui eft la premie
re Dignité de cette Eglife , entonna
le Te Deum , à la fin duquel il
dit les Oraifons en actions de
les pour le Roy , & pour la Paix
quifont marquées dans le Rituel
Romain , avec une Oraifon pour la
confervation de la Perfonne de
Philippe Duc d'Orleans. Enfuite
le Treforier avecfes deux Dignitez
les Prêtres affiftans tirerent
du grand Autel un Reliquaire
d'or dans lequel eft renfermé
un morceau confiderable d'une
Ceinture de la Sainte Vierge ,
Aouſt 1708
. N
146 MERCURE
qui paroît prefque entiere. Cette
Relique eft dans tout le pays , &
même dans toute l'Espagne dans
une finguliere veneration . On dit
même que lorsque les Reines d'Efpagne
font fur le terme d'accoucher
, on leur porte en grande
ceremonie cette facrée Ceinture.
Ces Mrs l'avoient envelopée d'une
autre ceinture de ruban rouge
qu'ils tirerent de ce Reliquaire , &
en firent prefent à fon Alteffe
Royale qui la remit à Mr l'Abbé
Defrabines, Aumonier de ce Prince
qni avoit l'honneur de marcher en
Rocher à fa droite. Quand ces
Meffieurs les Chanoines eurent
GALANT 147
e
1
faitbaifer cette Relique à S. A
Royale, & que toute la Ceremonie
fut finie , ce Prince fortit de l'Eglife
& tout le Chapitre l'accompagna
jufques dans la ruë , aprés
quoi fon Alteffe Royale alla ” dîner
chez Mr Dasfeld , dans la
Maifon duquel elle travailla avec
fes Generauxdeux heures avant ,
deux heures aprés le dîner ; le
lendemain Vendredy vingtime
une partie des Troupes de l'Armée
& des Officiers de Son Alteffe
Royale vint camper à Tibens , le
le Samedi à Benifalet , & le Dimanche
à Gineftar où ce Prince ne
put fe rendre que le Lundi, & d'où
Nij
148 MERCURE
il vint camper ici le même jour.
Nous fommes vis - à - vis
une petite ville nommée Mora ,
l'Ebre entre cette Ville & nous.
Elle illumina tout le clocher de fa
principale Eglife lefoir du Lundi
on tira de cette Ville , dont toutes
lesfeneftres étoient illuminées , un
grands nombre de coups defufils.
Tous les Officiers qui fervent
auprés de S. A. R. le font
avec d'autant plus de plaifir ,
que ce Prince remarque avec
attention tous les fervices qu'ils
rendent . Il n'en demeure pas
là , puifqu'il ne laiffe échaper
aucune occafion de les fervir..
GALANT 149 .
M. de Saint André , Chevalier
de Malthe , ayant fervy auprés
de S. A. R. en qualité d'Aide
de Camp , depuis qu'Elle
commande les Armées des deux
Couronnes , & ce Prince ayant
remarqué fon zele & fon attachement
au fervice , a obtenu
pour luy du Roy un Brevet de
Meftre de Camp reformé . Ce
Chevalier eft Capitaine dans le
Regiment du Commiffaire General
de la Cavalerie . Il eft
d'une famille confiderable de
la Province de Dauphiné , où
plufieurs de fes Ancêtres ont
eu l'honneur de commander ,
N iij
150 MERCURE
& d'eftre à la tefte du Parlement
. La Famille de Saint André
eft alliée aux meilleures
Maifons de la Province , & elle
a auffi des alliances confiderables
en d'autres Provinces , &
à Paris . Mr le Chevalier de
Saint André promet beaucoup ;
il eft jeune & fage ; l'application
qu'il a pour le ſervice eft
au deffus de fon âge , & la bienveillance
finguliere dont l'honore
le Prince , fous les усих
duquel il a l'honneur de fervir,
fait mieux fous éloge que tout
ce que j'en pourrois dire . Ce
Chevalier eft frere de M. le
GALANT. 151
2
C
Marquis de Saint André , cydevant
Colonel du Regiment
de la Couronne , que fa mauvaiſe
fanté a obligé de fe retirer
du fervice , où il eftoit fort
cftimé.
Pendant les uns expoque
fent leur fang pour le fervice
du Roy & de l'Etat , les autres
fe marient afin que l'Etat ne
manque pas de braves , & qu'ils
puiffent fe fucceder les uns aux
autres. Il fe fait peu de mariages
de diftinction , fans que
quelques beaux Efprits exercent
leurs veines en faifant des
Epithalames. Celle qui fuit eft
N iiij
152 MERCURE
de Mr de la Foffe , dont les Pieces
de Theatre ont fouvent
brillé fur la Scene avec beaucoup
d'éclat.
EPITHALAME
Surle Mariage de Mr le Marquis
de Villequier , avec Mlle de
Guifcard.
A
Llume tes flambeaux à celuy
de l'Amour ;
Prepare tes doux noeuds , Himen
, voici ton jour.
Et vous , Soeurs d'Apollon , pour
celebrer la fefte ,
Venez , la lyre en main , les lauriers
fur la tefte ;
GALANT 153
Venez & fi mon choix , dés mes
plus jeunes ans ,
Aux biens les plus flatteurs prefera
vos prefens ;
Si l'ombre de vos Bois me fut
toûjours plus chere ,
Que l'éclat des grandeurs qu'adore
le vulgaire ,
De vôtre feu divin foutenez mes
efforts ,
Et fouffrez que ma voix s'uniffe
à vos accords .
Jamais fujet plus beau n'échauf
fa voftre zele ;
Jamais de deuxAmans une union
plus belle
Ne fit honneur au Dieu qui les
mit fous fa loi.
C'est l'Amour & Pfyché qui fe
donnent la foi.
L'un au beau fang d'AUMONT
doit le jour qu'il refpire .
154 MERCURE
Pour meriter vos foins , ce Nom
feul doit fuffire .
C'eft fous ce nom , reçu d'un long
ordre d'ayeux ,
Que fon Pere aujourd'hui , vôtre
appuy glorieux ,
Aux plus hautes vertus d'un
Heros magnanime
Mefle , pour les beaux Arts , fon
gouft & fon eftime.
C'eft chez luy , que trouvant un
fort tranquile & doux ,
J'éprouve en les bontez la tendreffe
pour vous .
Et n'apprehendez pas qu'à vos
chants moins fenfible ,
Son Fils montre pour vous un
coeur moins acceffible .
Touché de leur douceur , & de
la Gloire épris ,
Il écoute fa voix dans vos nobles
écrits.
GALANT 155
Plein des Tableaux fameux
d'Homere & de Virgile ,
Il s'anime aux Exploits & d'Enée
, & d'Achile ;
Il en aime avec gouft tous les
traits éclatans ,
Il y nourrit fon coeur. Bien - toft
viendra le temps ,
Ce temps fi defiré de fon jeune
courage ,
Où du mêtier de Mars le noble
apprentiffage
Luy fera pratiquer vos fublimes
leçons.
Quelle matiere alors à vos doctes
chanfons !
O qu'alors attentifà ſa nouvelle
gloire ,
J'efpere en confacrer l'immortelle
memoire
Par des fons fi puiffans , aidez de
yos fecours ,
..
156 MERCURE
Que vos eaux, pour m'entendre,
arreſteront leurs cours !
Mais où m'emportes
- tu , trop
flatteufe efperance
?
L'autre au fang de GUISCARD
doit fa haute naiffance .
En elle on voit briller cet éclat
respecté
Que la noble pudeur ajoûte à
la beauté .
Elle y joint l'efprit doux , vif ,
toujours feur de plaire :
Digne fruit de l'exemple & des
foins d'une mere.
Du bonheur d'un Epouxquels
préfages flatteurs !
Ma voix eft écoutée, & je vois
les neuf Soeurs.
Elles viennent à moy , pleines
d'impatience.
Je fens mes doux tranſports accrus
par leur preſence.
GALANT 157
Mais quels foudains éclairs
viennent fraper més yeux ?
Le Ciel s'ouvre , Venus , Venus
vient en ces lieux .
C'eſt elle , à fes côtez les Graces
demi - nuës ,
Son char pompeux roulant fur
de brillantes nuës ,
Pouffé par les Zephirs , par des
Cygnes tiré ,
Cette foule d'Amours dont il eft
entouré ,
L'air plus doux , plus ferein ,
dés qu'on l'a vû paroître ,
Ou plutoft les attraits la font
trop reconnoître.
Ce fut dans cet eftat qu'elle vint
autrefois
Se montrer à Paris , & demander
fa voix .
Mais ne va pas plus loin belle
Déeffe arrefte ;
158 MERCURE
A quels perils tu cours ! Il eft
dans cette Felte ,
Il eft , pour t'expoſer à de nouveaux
débats ,
Et plus d'une Junon , & plus.
d'une Pallas.
Par l'éclat tout puiffant de tes
beautez fatales ,
Tu vainquis , il eſt vrai , ces deux
fieres Rivales :
Mais enfin leurs attraits differens
, divifez ,
En devoient eftre aux tiens à
vaincre plus aifez .
Quel fuccés aura lieu de flatter
ton attente ,
Lorsque du jeune Epoux la Meré
ébloüiffante ,
A tes yeux montrera fes charmes
infinis ,
Où l'on voit tous les leurs , tous
les tiens réunis ?
GALANT 159
Je ne t'en dis point trop : A toutes
trois femblable ,
Elle a l'air de Junon , noble ,
grand , refpectable ;
Les vertus de Pallas , & fon port
gracieux ;
La douceur de tes traits , ton
foûrire , & tes yeux.
Croi moi , Déeffe , évite un affront
manifefte ,
Et remonte au plutoſt à la voûte
celefte :
Fui les cruels chagrins que tu
peux prévenir.
Mais pourquoy de ces lieux te
voudrois je bannir ?
Soit par tes propres yeux , ou par
la Renommée ,
Detoute la beauté tu dois eftre
informée ;
Et puifque tu pourſuis ton deffein
& tes pas ,
160 MERCURE
Tu viens prefte à ceder le prix à
Les appas
.
Les Epithalames eftant des
chants de joye , la Chanfon
qui fuit tiendra bien fa place
aprés l'Epithalame que vous
venez de lire.
AIR NOUVEAU.
Que je vous plaints , brillantes
fleurs,
De n'avoirpas plus de merite ,
Quand vous ferez auprés du fein de
Marguerite
Son éclat va ternir vos plus vives
couleurs.
Tout en cette belle eft aimable ,
Son teint vif,fa bouche admirable,
Une douce langueur, l'air tendre, un
oeil charmant ,
GALANT 161
Pourun heureux Amant
Rendroient Gogo toute adorable.
On a beau chanter & danfer,
il faut fouvent quitter tous les
divertiffemens pour penſer à
la mort ; & comme il n'y point
d'articles fi frequens dans mes
Lettres que ceux qui en parlent,
je fuis obligé de les recommencer
fouvent dans la meſme
Lettre.
Mre N.... de Gruel , Marquisde
la Frette, eft mort depuis
peu . Il eftoit fils de feu Mrc
Pierre de Gruel, Seigneur de la
Frette , Meftre de Camp , Capitaine
des Gardes de feu Mon-
Aouſt 1708.
O
162 MERCURE
fieur Gafton de France , & de
Dame Barbe Servien , qui avoit
époufé en premieres nôces Mr
le Feron , Confeiller au Parlement
, dont elle avoit cu une
fille unique ; fçavoir , Elizabeth
le Feron , mariée en 1651. à
Jacques Eftuart , Marquis de
Saint Maigrin , Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de
la Garde , & Lieutenant General
des Armées du Roy , tué
le 2. Juillet de l'an 1652. au
combat de la Porte faint Antoine
, & en 1655. avec Charles
d'Albert d'Ailly , Duc de
Chaunes , Pair de France, Gou- .
GALANT 163
"
verneur de Bretagne , & enfuite
de Guienne , deux fois Ambaffadeur
à Rome , & mort en
1698. Madame la Ducheffe de
Chaunes mourut le 6. Mars de
l'année fuivante ; ainfi elle
eftoit four uterine de Mr le
Marquis de la Frette , qui vient
de mourir . La Maifon de Gruel
eft une des plus anciennes de
Poitou & de la Marche ; elle y
cft alliée aux plus confiderables
de ces Provinces , elle y a foûtenu
la grandeur de fon origine
par de grands biens , de
grandes dignitez , & par de
hautes alliances . Feu Mr le
O ij
164 MERCURE
Marquis de la Frette , pere de
celuy qui vient de mourir, avoit
paffe une partie de ſa vie dans
le fervice , où il s'eftoit diftingué
par un grand nombre
d'actions de valeur. Ses enfans
ont fuivy de fi glorieux exemples
, & ils n'ont pas moins
marqué de fermeté dans toutes
les actions où ils fe font trouvez.
Celuy dont je vous apprens
la mort herita en 1699.
de Madame la Ducheffe dc
Chaunes fa foeur , morte fans
enfans . La Maifon de Gruel
a formé diverfes branches , qui
font prefque toutes éteintes.
GALANT 165
お
par
Elles ont produit en differens
temps de grands hommes dans
l'Eglife & dans l'épée . Barthelmy
de Gruel fut tres - celebre
fes faits d'armes fous Henry
II. & il fe diftingua beaucoup
au Siege de Mets.
Meffire Jean de Tirmois ,
Chevalier Seigneur d'Herqueville
, Soûdoyen des Confeillers
du Parlement dé Rouen ,
eft mort âgé de 88. ans , aprés
avoir raporté deux Procez le
jour precedent : il avoit beaucoup
de capacité & de probité :
il eftoit d'une ancienne nobleffe
, & le chef de fa famille
166 MERCURE
>
vint de Bretagne s'établir en
Normandie
en 1370 .
Me Gargam Veuve de Mre
Pierre de Larche , Prefident
aux Enquêtes du Parlement ,
eft morte âgée de plus de 90.
ans , ayant confervé le parfait
ufage de fa raifon juſqu'à
fon dernier foupir . Elle avoit
paſſé ſa vie dans l'exercice des
vertus Chrétiennes ; elle étoit
tres- officieufe amie. Sa famille
qui eft originaire de Champagne
, a produit beaucoup de
gens de lettres.
Mrs de Gargam font alliez
à Mrs de Couion originaires de
GALANT 167
té
la même Province de Champagne
, & à Mrs Jubert de
Bouville. Feu Mr le Prefident
de Larche étoit un des plus habiles
Magiftrats du Parlement
de Paris. Il s'étoit acquis une
eftime univerfelle par fa probipar
fon defintereffement &
par l'étenduë de fes lumieres.
Le Pere Charles le Gobien
de la Compagnie de Jefus eft
mort dans la Maiſon profeffe
des Jefuites de cette ville âgé de
57. ans ou environ ; il étoit de
Saint -Malo , & d'une Maifon
affez confiderable . Il entra jeune
dans la Compagnie de Je168
MERCURE
par
fus , & il s'y diſtingua bien-tôt
fa vertu & fon zele , pour
la fanctification
du prochain
encore plus que par fon efprit.
Il travailloit particulierement
à la Propagation de la Foy Catholique
, il a travaillé fans relâche
pendant tout le cours de
fa vie à un auffi faint ouvrage.
Il a fait un Recueil de huit volumes
de Lettres pieuſes & édifiantes
, écrites par les Miffionaires
de fa Compagnie dans
l'Orient. Dans le huitiéme Rccueil
publié dans le temps que
le Pere le Gobien eft mort
ce zelé Religieux a donné de
picules
GALANT 169
pieuſes & judicieuſes reflexions
fur la conduite des Miffionnaires
dans l'Empire de la Chine
& des Remarques fur la maniere
dont les étrangers y font
reçus & doivent s'y conduire ;
on ne peut rien voir de plus
édifiant ny qui réponde mieux
au titre de ce Recueil . La Preface
du 1.Volume, qui eft tresbelle
& tres - curieufe , renferme
la vie du Pere Verjus qui a
paffé laplus grande partie de fa
vie à travailler au progrés ou à
l'entretien des Miffions de l'a
rient. On y trouve des chofes
tres- intereffantes
qui regardent
Aoust 1708 .
Р
170 MERCURE
ce Pere , qui étoit frere de
Mr de Crecy Plenipotentiaire
à Nimegue & à Rifwik . Le
le P. Gobien n'étoit pas le feul
fçavant de fa famille , N ... le
Gobien qui vivoit dans le dernier
ficcle , & dont divers Auteurs
ont parlé avec éloge, luy
a fait beaucoup d'honneur .
Je dois ajouter que dans les
Lettres recueillies par le Pere le
Gobien dont je viens de vous
parler ; on trouve l'Hiftoire de
l'établiffement de deux nouvelles
Miffions dans l'Amerique
Meridionale, & l'Hiftoire de la
découverte des Ifles Marianes
GALANT 171
qu'on ne connoiffoit preſque
point il y a quelques années , &
il y rapporte avec une grande
exactitude , tout ce qui s'y eft
paffé depuis que les Miflionnaires
y ont penetré.
Mr de la Rue Capitaine de
vaiffeau , qui fut emporté d'un
boulet de canon dans une des
dernieres actions qui fe font
paffées fur mer , avoit époufé
Mlle Gobien , niece du Jefuite
dont je vous apprens la
mort , & fille de fon frère aîné ,
qui étoit chef d'une Maiſon
qualifiée de S. Malo .
Le Pere Dom Sanlecque ,
Pij
172 MERCURE
Prieur de la Chartreufe de Lu
ny , cft mort dans de vifs fentimens
de pieté. Il avoit eſté
Procureur de celle de Paris pendant
prés de 35. ans , & il en
a gouverné le temporel avec
beaucoup de fuccés. Ce Religieux
eftoit recommendable
par fa vertu & par les talens .
Il fçavoit les belles Lettres , &
il excelloit dans la partie de la
Phyfique qui regarde les Mechaniques.
Il fut tiré il y a 4.
ou 5. ans de la Chartreufe de
Paris pour gouverner celle de
Luny en Champagne , proche
la ville de Langres. C'eſt dans
GALANT 173
cette mefme Chartreuse qui
fubfiftoit déja dans le 13 ° ficcle
, que le fameux Impofteur
Tilon Colup , qui fe faifoit
paffer dans ce fiecle - là pour
l'Empereur Frederic II . excommunié
au premier Concile general
de Lyon , & mort en
1270. fuppofoit s'eſtre ſauvé
en 1268. aprés que Charles
d'Anjou Roy de Naples , y cut
fait trancher la tefte à Conra
din fon pretendu petit fils . Il
difoit pour colorer fon impofture
que s'appercevant qu'on
vouloit attenter à fa vie , il refolut
de s'enfermer dans un
Piij
174 MERCURE
Monaftere , & que par le fecours
d'un Serviteur fidele , il
eftoit entré dans la Chartreufe
de Squillace en Calabre , fous
un nom fuppofé , en qualité
de Frere Oblat , & de- là qu'il
eftoit paffé en celle de Luny en
Champagne. L'Empereur Rodolphe
I. chef de la Maiſon
d'Autriche l'ayant enfin en des
Habitans de Nuys , chez leſquels
il s'eftoit refugié , le fit
brûler . Le Pere Dom Sanlecque
eftoit coufin germain du
fameux Pere Sanlecque , Chanoine
Regulier de faint Auguftin
, de la Congregation de
GALANT 175
fainte Geneviève , connu par
fes talens , fur tout par celuy
qu'il a pour la Poëfie , & qui
avoit cfté nommé à l'Evêché
de Bethleem par feu Mr le Duc'
de Nevers fon amy; mais qui
ne jugea pas à propos de profiter
de cette grace.
Mr le Comte Leopold de
Lobcowitz , Chambellan de
l'Empereur , eft mort à Vienne
dans de grands fentimens
de pieté. Il a efté fort regreté
de cette Cour ; fes manieres
polies , fa generofité & la vertu
dont il avoit fait toute fa vie
une exacte profeſſion , l'y a-
P
inj
176 MRCURE
voient fait generalement eftimer.
Il eftoit d'une tres grande
Maiſon , originaire de Silefie
, & qui avoit produit en divers
temps de grands Hommes
dans le Miniftere & dans l'Epée.
Ce Comte avoit porté les
armes une partie de fa vie , &
il avoit donné des preuves de
fa valeur dans les guerres de
Hongrie , où il s'eftoit fignalé
pour le fervice de l'Empereur
fon Maiftre. Il eftoit fort amy.
de feu Mr Brockuys , tres- celebre
Poëte Latin , & dont on
vend à prefent en Hollande la
nombreuſe Bibliotheque . Il
GALANT 177
eftoit auffi amy de Mr Hof.
man , fameux Medecin , & un
des ornemens de la Cour de
Berlin , qui vient de publier
depuis peu des Differtations
choifies fur la Phyfique & fur
la Medecine. Il y avoit peu de
Sçavans en Allemagne qui
n'euffent des liaifons particulieres
avec ce Seigneur, qui s'appliquoit
à faire connoître leur
merite , & à leur procurer les
graces qui pouvoient dépendre
de fon miniftere. Il avoit efté
un peu mêlé dans la querelle
de Mr le Marquis Orfi , qui a
fait depuis peu des Remarques
178 MERCURE
fur la maniere de bien penſer,ſur
les Ouvrages d'efprit du Pere
Bouhours.
Mre Louis Deffalles , Seigneur
des Vouthons , eft mort
âgé de prés de quatre- vingts ans
dans fon Château de Condé
en Lorraine. Il étoit Bailli d'Epinal
, & Confeiller d'Etat de
S. A. R. Monfieur le Duc de
Lorraine. Ce Comte avoit
porté les armes avec beaucoup
de diftinction. Il avoit cité
Lieutenant Colonel du Regiment
de Marfin , & il avoit
exercé pendant 2. Campagnes
la Charge de Maréchal des loGALANT
179
gis de la Cavalerie de France en
Catalogne , fçavoir en 1673 .
& en 1674.
La Maiſon Deffales eft une
des plus anciennes du Royaume;
elle eft originaire du Bearn .
Antoine Deffalles vivoit fous
les regnes de Charles VII . & de
Louis XI.Pierre Deffales fon fils
fut nommé Page de la Chambre
de Louis XI. & il fe trouva
en l'année 1467. à la Bataille de
Montlhery ; en 1477. il fe
trouva à celle de Nancy où il
vit perir le Duc de Bourgogne
Charles le Guerrier. Il époufa
en l'année 1490. en premieres
180 MERCURE
nôces Dame Nicole de Vernancourt
de Gombervaux. Philippe
Deffales l'un des plus vaillans
hommes du feiziéme fiecle
fur marié auffi 2. fois ; Renée
d'Hauffonville Vaubecourt
grande tante de feu Mr le
Comte de Vaubecourt , & de
Mr l'Evêque de Montauban fut
fa feconde femme il l'époufa en
1755. il en cut 6. enfans , dont
Jean Deffalles fut l'aîné .
Ce dernier fut dans une grande
confideration à la Cour
de Lorraine , Charles III . Duc
de Lorraine le fit Confeiller
d'Etat , & luy donna la qualité
GALANT 181
de Chambellan . Chriftophle
Deffalles luy fucceda , & fut
de plus Gouverneur de Vitri .
Claude Deffales Maréchal de
Camp fous le Regne d'Henri
IV. en defcendoit ; il fuivit ce
Monarque dans toutes fes
Campagnes , & le fervit avec
une fidelité inviolable. Henri
Deffales fon fils fut Guidon des
Gendarmes de Mr le Duc de
Bouillon grandpere de celuy
qui porte aujourd'huy cenom ,
& il époufa Dame Elizabeth
de Meraude , niece & heritiere
de feu Mr l'Electeur de Treves
& de la même Maiſon que
182 MERCURE
Mlle de Meraude qui a épousé
depuis environ un an Mr le
Marquis de Plancy - Guenegaud.
Henry Deffalles cut de
cette Dame neuf enfans , du
nombre defquels étoit Henry
Deffales , Seigneur des Vouthons
qui de Marie- Magdelaine
d'Aubry eut Mr le Comte
Deffales qui vient de mourir,
& qui étoit allié aux meilleures
Maifons de Lorraine & de
France. Mr Deffales eft mort
dans grands fentimens de Religion
; il s'eft preparé à la mort
pendant plus d'une année , &
durant tout ce temps - là il n'a
GALANT 183
à
voulu entendre parler que des
chofes qui avoient rapport
fon falut. De fi faintes difpofitions
ont efté fuivies d'une
mort bien Chrêtienne & bien
édifiante. Ses dernieres paro
les ont efté remplies d'expreffions
du plus vif amour de
Dieu , & quoi qu'il n'eût aucun
goût pour la ſpiritualité
pendant la vie ,
on peut dire
qu'il en a pris tout d'un coup
dans fes derniers jours l'efprit
& les maximes . Mr le Duc de
Lorraine & Mr l'Evêque d'Ofnabrug
fon frere ont parlé à
l'occafion de cette mort d'une
184 MERCURE
maniere qui fait beaucoup
d'honneur à cette Maifon.
M' l'Abbé Miloni eſt mort
depuis quelque temps en Italic.
Il eftoit celebre par fa fageffe
& par l'égalité de fes moeurs.
On le confultoit de toutes
parts fur la conduite de la vie,
& perfonne ne penfoit plus
jufte que luy fur la morale. On
a publié depuis ſa mort à Rome
, un Livre Italien de fa compofition
, qui a pour titre : Les
Confolations de la Vieilleffe , dediées
à M' le Cardinal Colloredo
, ami particulier de cet
Abbé. Ce judicieux Auteur
GALANT 185
fait voir dans les deux parties
de cet ouvrage tout ce que
Dieu , comme Auteur de la nature,
fournit d'avantageux à la
Vieilleffe , & tout ce qu'il y
répand de benedictions , comme
Auteur de la grace . On voit
par là felon le Plan de cet
Abbé , que la foibleffe de ceux
qui,parvenus au periode de leur
vie , en trouvent le fardeau ,
pefant , & l'on y prépare les
autres , qui jeunes encore ne
l'envifagent qu'avec crainte ,
quoy qu'ils fouhaitent d'y ar
river..
Ciceron n'a l'avantage fur.
Aouft17.08.
Q
186 MERCURE
Mr l'Abbé Miloni dans l'ouvrage
excellent qu'il a fait fur
la Vicilleffe , que l'ancienneté ;
car cet Abbé pouffe auffi loin
fes raifonnemens & fes reflexions
fur les avantages & les
douceurs de la Vieilleffe , que
l'Orateur Romain.
Mr l'Abbé Miloni eftoitfort
lié avec Mr Berenga de Boulogne
, & il engagea autrefois cet
illuftre Italien à travailler à fon
Profeo Secretario . Mr Miloni
travailloit lorfqu'il elt mort , a
accommoder Mr Dini , Podef
tat de Boulogne , & Mr Tedefchi
, qui cftoient aux prifes il y
GALANT 187
a long- temps fur les bornes de
la Jurifdiction
de cette Ville.
Mr l'Abbé Miloni engagea
auffi , il y à quelques années ,
Mr Fabricius d'Hambourg
faire imprimer les Prefaces &
les Epitres de Grævius , qu'il
avoit entre les mains depuis la
mort de ce dernier
. Il engagea
auffi Mr Valdſchmidt
premier
Medecin
du Landgrave
de
Heffe , connu par fon attachechement
pour la Philofophie
Cartefienne
, à donner une édition
plus ample & plus correc
te de fes ouvrages , & qui a eſté
depuis publiée à Francfort , aux.
Qij
188
MERCURE
dépens de Frederic Knochius ,
celebre Libraire de cette Ville.
Il n'y avoit pas long- temps
que Mr Miloni , lorſqu'il eft
mort , avoit envoyé des Memoires
à M' Ouerbeck en Hol.
lande pour les inferer dans fa
deſcription des Monumens antiques
de Rome , gravez fur
les Deffeins levez à Rome même
, par fon couſin feu Mr
Querbeck en Hollande , Peintre
diftingué. On n'a rien vû
encore de plus exact fur cette
matiere . Mr de Barbeyrac qui
a donné une Traduction Françoife
des Sermons de feu Mr.
GALANT 189
Tillolfon Archevêque de Cantorbery,
cftoit un des meilleurs
amis de Mr Miloni ; ils s'étoient
fouvent vifitez , & s'eſtoient
mutuellement fait part de leurs .
lumieres ; & c'eſt à la priere de
ces deux illuftres amis que Mr
Leydeker avoit enfin pris la réfolution
de rendre public fon
fecond tome de la Repúblique
des Hebreux , où il traite de
l'état des Juifs depuis le Schifme
deJeroboam jufqu'à la ruine
de Jerufalem par Titus
frere de Domitien & fils de
Vefpafien. Mr Maffon , qui a
donné depuis peu la vie d'Ovi190
MERCURE1
de tirée de fes ouvrages , & diftribuée
par années fur le même
Plan qu'il avoit fait celle d'Horace
, avoit voulu la dedier à
Mr l'Abbé Miloni , qui ne voulut
point confentir à recevoir
cet honneur , quelques inftan·
fes amis & ceux de Mr.
a
ces
que
Maffon
luy
puffent
faire
fur
ce
fujet
: & il donne
en
cette
occafion
une
preuve
de l'humilité
qui
a toûjours
eſté
ſa vertu
dominante
. Jamais
homme
, en
effet
, n'a
plus
cherché
à ſe cacher
que
Mr
Miloni
, il eftoit
tellement
ennemi
des
loüanges
,
qu'il
fuffifoit
de luy
en donner
GALANT 191
par écrit, ou de vive voix , pour
n'eftre plus de fes amis ; & tous
ceux qui faifoient profeffion
d'en eftre , avoient fur cela une
circonfpection finguliere. Il a
fait ufage de cette vertu juf
qu'au dernier moment de fa
vie : ſes difpofitions teſtamentaires
en font voir des preuves
qui luy font beaucoup
d'honneur , & qui font trespropres
à édifier ceux qui les
verront.
Ferdinand Charles de Gonzague
, Duc de Mantouë & de
Montferrat , mourut à Padouë
les. Juillet aprés une indifpo
192 MERCURE
fition de quelques jours . Il
s'eftoit levéle matin de ce jourlà,
& avoit entendu la Meffe ,
où il avoir communié . Il prit
enfuite un bouillon , & fe mit
dans un fauteuil , où il expira
fans que fon Medecin qui y
eftoit prefent l'eût prevû en
aucune maniere. Il eftoit né
le 3. Aouft de l'an 1652. Il
avoit épousé en premieres nôces
au mois de Septembre de
l'an 1670. Anne Ifabelle de
Gonzague fa parente , fille de
Ferdinand de Gonzague 3 du
nom , Prince de Guaftalle , &
de Marguerite d'Eſt Modene .
Cette
GALANT 193
Cette Princeffe mourut le 18.
Novembre de l'an 1703. & le
8. Novembre de l'année fuivante
, Mr le Duc de Mantouë
époufa en fecondes nôces N…….
de Lorraine , fille de Charles
Duc d'Elbeuf, & de fa 3 ° femme
Françoise de Moncaut de
Navailles , & il n'en a eu aucun
enfant. Ce Duc avoit un frere
naturel , marié en Languedoc
à une fille de qualité , & qui a
porté les armes pour le fervice
du Roy. Le défunt eftoit fils
de Charles de Gonzague 3
du nom , Duc de Mantouë &
Marquis de Monferrat , & d'IAouſt
1708. R
194 MERCURE
с
fabelle Claire d'Autriche , fille
de Leopold d'Autriche , Archiduc
d'Infpruk. Cette Princeffe
mourut en 1685. & le Duc
fon époux eftoit mort dés l'an
1665. Ileftoit frere de l'Imperatrice
Eleonore de Gonzague
3 femme de l'Empereur Ferdinand
III. ayeul de celuy qui
regne aujourd'huy , & ils étoient
fortis du mariage de
Charles de Gonzague - Cleves ,
Duc de Rethelois , Prince de
grande efperance , qui mourut
l'âge de 22. ans , & de Marie
de Gonzague , Princeffe & heritiere
de Mantouë , ſa couſine
GALANT 195
germaine. Ce Duc de Rethelois
eftoit frere de Loüife - Maric
de Gonzague - Cleves , Reine
de Pologne , qui époufa fucceffivement
les deux freres , Ladiflas-
Sigifmond & Jean- Cafimir,
Rois de Pologne , & d'Anne
de Gonzague , qui époufa
le Prince Edouard , Comte Palatin
du Rhin 15 ° , fils de Frederic
V. Electeur Palatin , &
d'Elizabeth Stuart , fille de Jacques
I. Roy d'Angleterre . Elle
a eu de ce Prince trois filles ;
fçavoir , Madame la Princeffe
de Condé , Madame la Princeffe
Rhingrave de Salms , &
Rij
196 MERCURE
par
Madame la Ducheffe d'Hanover
, mere de l'Imperatrice regnante.
Feuë Madame la Princeffe
Palatine a efté celebre par
fon efprit , par fa beauté &
fa charité envers les pauvres
. Madame la Princeffe de
Condé eftoit tante à la mode
de Bretagne de Mr le Duc de
Mantouë qui vient de mourir .
Marie . Princeffe de Mantouë ,
& qui apporta ce Duché à
Charles de Gonzague , Duc de
Rhetelois fon coufin , eftoit
fille de François de Gonzague
4 du nom , Duc de Mantouë
& de Montferrat , & de MarGALANT
197
guerite de Savoye , fille aînée
de Charles Emanuel , Duc de
Savoye , & de Catherine Michelle
d'Autriche
: outre la
branche de Guaftalle
, il y en
à plufieurs autres de la Maiſon
de Gonzague ; ce font celles
de Vefcovato , de Caſtillon , de
Stivere , de Novarole , de Palazolli
, des Marquis de Gazolo
& Bozolo. Les Marquis de
Gonzague , les Barons de faint
Eftienne , & d'autres Seigneurs
fans appanage , & qui portent
fimplement le nom de Gonzague
, fortent auffi de cette
Maiſon. Feu Mr le Duc de
R iij
198 MERCURE
Mantouë eftoit fort aimé de
Les Sujets , & l'on peut dire que
fon égalité le rendoit eſtimable,
& qu'il gardoit inviolablement
les Traitez qu'il avoit
faits .
Vous avez , dites vous , apprehendé
pour Toulon , jufqu'à
ce que vous ayez ſçû la
nouvelle des premieres démarches
de Mr le Duc de Savoye ,
& vous me demandez des nouvelles
de cette Place . Je vous
en envoye qui doivent vous
faire plaifir.
On commença le premier
Février dernier fur la hauteur
GALANT 199
de l'Artigues , qui domine fur
celles de Sainte Catherine , un
petit Fort en forme de Redou--
te , qui eftoit fort avancé il y
à deux mois , & en eftat de faire
une forte refiftance avec dixhuit
pieces de canon , qui battront
tout le revers de ces hau-.
teurs.
On a auffi travaillé à la conftruction
d'un Fort fur les hauteurs
de la Malgue . Cet ou
vrage eft fort important , &
on en a pris le deffein fur une
parallellogramme. Ce figure
Fort a quatre baftions ; un ouvrage
à corne fur fon devant ,
:
R iiij
200
MERCURE
a
& une demi-lune fur celuy de
cet ouvrage à corne . On devoit
placer dans le tout cent - quatre-
vingt pieces de canon . Depuis
le quinziéme Avril dernier
fix à fept cens
hommes
ont
travaillé à ces
ouvrages . Ils
ont une ligne de
communication
, qui prend de l'angle flanqué
du Baſtion de l'entrée à
celuy de la demi - lune de la
courtine des
Minimes . On a
auffi
travaillé à des
chemins
couverts & à des glacis dans le
marais ; le tout fuivant le projet
arrefté par le Roy.
Le Fort Saint Louis qui fe
GALANT 201
trouve fitué dans la grande rade
& fous les hauteurs de la
Malgue , ruiné en partie par
les ennemis l'année derniere.
eft entierement rétabli , & ce
Fort eft devenu tres bon depuis
que celuy de la Malgue eft
parfait.
Le Pays a fourni 20000: piquets
& des fafcines à proportion
, pour rétablir les embrafures
de la Place qu'on avoit
faite l'année derniere , ce qui
n'eftoit que par précaution.
Les Lettres de Toulon du
9. de ce mois portent que l'on
Y armoit en diligence le Vaif202
MERCURE
feau le Temeraire , de foixante
canons , & la Fregate la Parfaite
, de quarante , pour aller
chaffer le Chevalier Palavichin
qui empêche le commerce de
l'Ifle avec la grande terre.
Je vous ay promis de vous
envoyer l'Avertiffement touchant
les Prix que l'Academie
des Jeux Floraux doit diftribuer
l'année prochaine. Voicy
ce qu'elle a fait imprimer fur
ce fujer.
GALANT 203
L'ACADEMIE
DES JEUX FLORAUX,
LA
que
Academie des Jeux Florauxfait
fçavoir au Public
le troifiéme jour du mois de
May de l'année 1709. Elle diftribuera
les quatre Prix ou Fleurs
qu'elle doit donner chaque année..
Le premier eft une Amaranthe
d'or de la valeur de quatre cens
livres , qui fera adjugé à une
Ode.
Lefecondeftune Violette d'argent
de la valeur de deux cens
cinquante livres , quifera adjugé
204 MERCURE
ligéà
un Poëme de foixantes Vers
au moins , & de cent Vers auplus,
tous Alexandrins & fuivis , ou
à Rimesplates , dont le fujet doit
être beroïque.
Le troifiéme eft une Eglantine
d'argent du prix de
vres , quifera adjugéà une Piece
de Profe d'un quart d'heure , ou
d'une petite demie heure de lecture ,
dont l'Academie desfeux Floraux
publiera toutes les années lefujet ,
qui fera pour l'année prochaine
1709.
250 .
L'INCERTITUDE DE L'AVENIR
EST UN BIEN QUI N'EST PAS
ASSEZ CONNU.
GALANT 205
Le quatrième Prix eft un
Souci d'argent de la valeur de
deux cent livres : on le donnera
une Elegie , à une Eglogue , on
une Idylle.
à
Avec ces quatres Prix , on
diftribuera encore en même temps
les deux Prix qui avoient efté
deftinez l'année prefente pour le
Poëme & pour la Profe , &
qui n'ont pas été adjugez.
Le fujet de toutes les fortes de
Poëfie qui peuvent 'prétendre à
ces Prix , fera au choix des
Auteurs.
A l'égard des Vers , ils doivent
être reguliers , & n'avoir
206 MERCURE
rien de burlefque, de fatirique ,
ni d'indecent.
Toutes perfonnes de quelque
qualité & pays qu'elles foient ,
de l'un & l'autre fexe , pourront
afpirer aux Prix.
Les Auteurs quiy prétendront,
feront remettre leurs Ouvrages
dans tout le mois de Janvier de
de l'année 1709. lequel étant expiré,
on n'en recevra plus.
Ilfaudra qu'on s'adreffe à Mr
de Lafaille , Secretatre perpetuel
des Feux Floraux , qui loge à la
Placefaint George..
Les Auteurs ne mettront point
leur nom à leurs Ouvrages , mais
GALANT 207
feulement une fentence , & ils
prendront les précautions neceffaires
pour n'en êtrepas reconnus &
nommez dans le Public comme
Auteurs ; avant que les Ouvrages
n'ayent été examinez & jugez.
Le Secretaire des Jeux en écrira
la reception fur un Registre
où il mettra le nom , la qualité &
la demeure des Perſonnes qui luy
auront délivré les Ouvrages ;
lefquels figneront le Registre , &
en même temps en recevront un
recepißé. Les Auteurs feront obligez
de luy fournir trois copies pareilles
& bien lifibles de chacun de
leurs Ouvrages
.
208 MERCURE
On avertit de nouveau les
Auteurs de ne fe point faire connoître
avant la diftribution des
Prix, & de s'abftenir de toute
follicitation ; le Statut de l'Academie
exclut du Prix tout Ouvrage
pour lequel on aura follicité.
Il a été executé cette année ,
le cas s'étant prefenté , afin d'em
pêcher les Auteurs de contrevenir
à cette loi : c'est ausujet d'une
Ode , qui par fon merite devoit
être examinée dans le Bureau genaral,
& qui ne l'a pas été par
cette feule raison , que
s'étoit fait connoître à des fuges ,
& les avoitfollicitez .
PAuteur
GALANT 209
On avertit encore que c'est une
loi de l'Academie de n'adjuger les
Prix qu'à des Ouvrages nouveaux
, & d'exclure ceux qu'on
reconnoîtra avoir déja paru : que
les Auseurs qui font courir leurs
Ouvrages avant qu'ils foient
examinez & jugez , contre -viennent
à cette loi qu'à l'avenir un
Ouvrage dont il aura couru des
copies dans le Public , nefera pas
regardé comme nouveau, & qu'il
fera exclus du Prix.
Les Ouvrages qu'on découvrira
n'avoir pas étéfaits par celuy
qui s'en dira l'Auteur , feront
auffi exclus du Prix. C'est un des
Aouft 1708 .. S
210 MERCURE
Statuts de l'Academie. On avertit
donc les Auteurs de qui les
Ouvrages auront remporté de
Prix , qu'ils feront obligez pour
les recevoir de fe prefenter euxmêmes
l'apréfmidy du troifiéme
jour du mois de Mai , s'ils font
dans la Ville de Toulouſe ; & en
ce cas on leur délivrerá les Prix
dés qu'ils fe prefenteront ; que
s'ils font étrangers & hors de
portée de venir les recevoir eux,
mêmes , ils feront obligez d'envoyer
à une perfonne domiciliée à
Toulouse une Procuration
bonne forme pour
Mr de Lafaille , avec le receen
la remettre à
GALANT 211
piẞé qu'il aura fait de l'Ouvrage.
·Aprés que les
Auteurs
fe feront
fait connoître on leur donnera
des atteftations , portant qu'un
tel , une telle année , pour un tel
Ouvrage par luy compoſé, a remportéun
tel Prix ; & l'Ouvrage
en Original y fera attachéfous le
contrefcel de Jeux. Un même
Auteur ne pourra neanmoins avoir
le même Prix que trois fois
enfa vie ; mais ilpoura les avoir
tous ou plufieurs en une
année.
en une même
Celuy qui aura remporté trois
Prix , l'un defquels fera l'Ama-
Sij
212 MERCUR E
rante , pourra obtenir des Lettres
de Maitre ; & il fera toute fa
vie du Corps des Jeux Floraux,
avec droit d'affifter & d'opiner
comme Fuge , avec le Chancelier,
les Mainteneurs
, les autres. లో
Maiſtres , aux Affemblées publiques
particulieres qui regarderont
le jugement des Ouvrages ,
l'adjudication des Prix.
On avertit auffi que ceux qui
remettront au Bureau de la Pofte
des Paquets adreffez à Monfuur
le Secretaire des feux , les doivent
affranchir , s'ils veulent qu'on
retire : fans cette précaution ils
doivent être affurez qu'on laissera
les
GALANT 213
1
leurs Paquets au Bureau, D'ailleurs
pour ce qui regarde les Ouvrages
qu'on envoyera pour les
Prix, il eft neceffaire de fe fervir
de la voye de quelque habitant de
Toulouse , qui remette les Ouvra
ges , & en retire le recepiffé de
Monfieur le Secretaire , pour éviter
l'embarras qui furviendroit, fi
une Piece ainfi remife par le Courier
à droiture à Monfieur le Secretaire
, venoit à être jugée digne
du Prix ; parce qu'on ne sçauroit
àqui le délivrer .
En finiffant il y a deuxmois ,
l'article dans lequel je vous en214
MERCURE
tretins de ce qui s'eſtoit paffé
cette année à l'Academic des
Jeux Floraux , à l'occafion de
la diftribution des Prix ; je
vous parlay d'une querelle qui
regardoit deux hommes d'ef
prit connus & eftimez par
leurs ouvrages . Cette querelle
a cfté terminée au gré des Parties
intereffées. Le prix de l'Ode
n'avoit aucune part au demêlé
, & quelque belle que fût
celle de Mr l'Abbé de Maumenet
, il ne pouvoit y prétendre
à caufe du tort qu'on luy
avoit fait en imprimant fon
Ode dans le temps qu'il l'enGALANT
215
voyoit à Toulouſe. On fçait
que l'Academie des Jeux Flo
raux rejette tous les Ouvrages.
imprimez ; cependant il y a
lieu de croire que cette Ode
qui eft à la gloire de Son Alteffe
Royale le M' Duc d'Orleans
, étoit fort du goût
des Juges , puifqu'ils firent examiner
avec attention s'il étoit
vrai qu'elle eût été imprimée ,
ce qui ne fe trouva que trop
veritable pour cet Abbé , qui
eft en poffeffion de faire de tresbeaux
Ouvrages , & de remporter
des Prix. Cet examen
luy donne lieu de fe confoler
216 MERCURE
de n'avoir pas remporté le Prix
qui auroit pû être dû à fon Ode,
ainfi que l'approbation que
l'on donne à tous fes Ouvrages.
Il vient de faire une Ode nouvelle
fur la prise de Tortofe
qui ne doit pas être trouvée
moins belle que celle que l'on a
fait imprimer à fon infçû, puifque
tout ce que fait cer Abbé
part d'un genie élevé . L'Ode
qui a remporté cette année le
Prix à Toulouſe pouvoit certainement
le meriter ; mais celle
de Mr l'Abbé de Maumenet
feroit affurement entrée en
concurrence. On verra l'année:
prochaine
GALANT 217
prochaine lequel l'emportera
de ces deux illuftres concurrens .
Il paroît depuis peu une feconde
Edition du Livre intitulé
Systême du Coeur , ou La connoiſſance
du coeur humain .
La plus commune opinion
eft que la feconde édition d'un
Ouvrage doit être une preuve
inconteftable de fa bonté. Ce
n'eft pas qu'il ne fe trouve fouvent
desperfonnes qui feroidif
fent contre le torrent, & qui ne
fe laiffent pas entraîner au jugement
du plus grand nombre ;
mais la pluralité des voix en
quelque occafion que ce foit, eft
Aouft 1708.
T
218 MERCURE
toûjours un grand avantage, &
l'on peut dire que c'eſt preſque
tout ce que peuvent efperer
ceux qui travaillent , puiſqu'il
eft tres difficile de plaire generalement
à tout le monde , &
peut affurer que l'on
dans ces
fortes
d'ocafions la plus grande
partie eft prife pour le tout ;
de maniere que le nombre des
éditions d'un Ouvrage fait
toûjours que ceux- mêmes qui
ne l'ont pas en core lû , decident
en fa faveur , parce que
l'on prétend que le public fe
trompe rarement. J'ajoûterois
icy , fi je croyois qu'il me fuft
GALANT 219
que
permis de parler proverbe , celuy
qui dit la voix du peuple
eft la voix de Dieu ; ces fondemens
pofez , on ne peut douter
de la bonté du Livre dont
je vous parle.
Je dois avertir que ceux qui
en ont vu la premiere édition ,
ne doivent pas negliger d'en
voir la feconde , parce qu'ils la
trouveront beaucoup augmentée.
Ce Livre contient quatre
parties ; la premiere traite de
l'amour & de l'amitié ; la ſeconde
, de l'amour propre ; la
troifiéme , de l'amour en ge-
Tij
220 MERCURE
neral , & la quatrieme , fait
voir , d'où naît la diverfité des
impreffions que les objets font
fur nous.
On trouve auffi beaucoup
de maximes dans ce Livre ,
auffi fpirituelles que délicates .
Cet Ouvrage eft digne de la
curiofité du public , auffi bien
que de l'attention de ceux qui
le liront .
Ce Livre fe vend chez le
Sr Brunet , Libraire , dans la
grande Salle du Palais , à l'Enfeigne
du Mercure Galant .
Le même Libraire fait imprimer
un autre Livre intitulé ,
GALANT 221
DICTIONAIRE
DÉS ARRESTS ,
ου
JURISPRUDENCE UNIVERSELLE
des Parlemens de France.
Contenant par ordre alphabetique
toutes les Matieres Beneficiales ,
Civiles & Criminelles , lesprincipalles
Maximes du Droit Ecclefiaftique
, du Droit Romain ,
des Coûtumes & des Ordonnances
tirées des plus celebres Canoniftes
, Furifconfultes & Commen
tateursfondées fur l'usage & fur
·les décifions des Cours Souveraines
, avec une citation fidele des
Arrefts anciens & modernes , &
une indication exalte de tous les
Auteurs.
Cet ouvrage contiendra trois
T iij
222 MERCURE
volumes in folio , & fera d'une
tres-grande utilité au public.
Enfin vous allez eftre contente
; le Dictionaire Hiftorique
& Geographique dont
vous m'avez demandé des nouvelles
tant de fois , eft fur le
point de paroiftre , & vous ,pou -
rez juger par vous -même dans
le mois d'Octobre prochain ,
s'il répond à l'attente que vos
amis vous en font avoir depuis
plus de deux ans que le fieur
Coignard Imprimeur & Libraire
ordinaire du Roy , en a
commencé l'impreffion ; il fera
bien difficile que cela n'arriGALANT
223
.
ve pas , puifqu'outre une ample
& forte exacte defcription
de ce qu'il y a de lieux remarquables
dans toute la terre ;
vous y trouverez ce qui a toûjours
fait un de vos plus grands
divertiffemens pendant les
heures que vous avez bien
voulu donner à la lecture , je
veux dire , les moeurs & les
coûtumes des Peuples , que de
vafles mers feparent de nous ;
leur Religion ; leur maniere de
s'habiller ; les ceremonies qu'ils
obfervent quand ils fe marient,
ou quand ils enterrent leurs
morts & quantité d'autres.
>
Tiiij
224 MERCURE
qui
chofes
extraordinaires ,
frappent & amufent d'autant
plus l'efprit, qu'elles font toutà
- fait hors de nos ufages . Ce
Dictionnaire eft divifé en trois
gros Volumes in folio . Quand
vous l'aurez, vous pourrez dire
que vous vous ferez fait une
petite Biblioteque des livres des
plus fameux Voyageurs , tels
que Thevenot , Tavernier
Olearius , Mandello , Bernier ,
Chardin
Doubdan , Jean
Struys , Coppin Thomas
Gage , Dampier & plufieurs
autres , qui nous ont donné
des Relations particulieres de
>
GALANT 225
ce qu'ils ont vû en certains
Pays , où la curiofité les a fait
aller . Ce que les Ambaffades
des Hollandois à la Chine &
au Japon contiennent de fingulier
, n'eſt
ce grand Ouvrage.
Quant à l'hiftorique , il y
-cft mêlé abondamment
, par
rapport à ce qui s'eft paffé de
plus digne d'eftre fçeu dans
tous les lieux dont il eft fait
mention ; & ce qui vous fera
fans doute plaifir , eft qu'il n'y
a aucun Royaume en Europe,
dont l'article ne foit accompagné
d'un Extrait de la vie de
pas oublié dans
226 MERCURE
tous les Rois qui l'ont gouverné.
Vous trouverez ce même
Extrait de la vie de quantité
de grands Hommes dans
les articles des Villes & Bourgs
qui ont efté leur Patrie. Il n'y
a perfonne qui ne foit bien aife
de fçavoir en quel temps ils
ont vécu , & par quel heureux
talent ils ont merité la gloire de
ne pas mourir entierement . Mr
de Corneille ne pouvoit marquer
mieux fon zele pour le Public
, qu'en finiffant fa carriere
par un Ouvrage, qui doit faciliter
à ceux qui le liront , la connoiffance
de mille choſes qu'il
"
GALANT 227
eft bon de fçavoir , au moins
fuperficiellement , & qu'ils ne
pourroient trouver dans les
Auteurs qui enont traité , qu'avec
de longues & penibles recherches.
Il a employé à les
faire , plus de quinze années
d'un travail prefque fans relâche
, & vous jugez bien qu'il
n'a pû en venir à bout , ni mettre
tant de diverſes matieres en
ordre alphabetique , comme il
s'eft attaché à les ranger , qu'en
lifant avec une extrême application
une infinité de Volumes
de toutes fortes , où elles font
répandues confufément , &
228
MERCURE
le foin de
prefqu'inutilement pour la plûpart
de
ceux que
leur fortune &
l'embarras de
leurs affaires ne
laiffent pas en
pouvoir de s'adonner à une
étude un peu ferieuſe. Ainfije
puis affeurer , fans craindre de
dire trop fur l'utilité de fon
Dictionnaire Univerfel , en ce
qui regarde la
Geographie ;
qu'il furpaffe de beaucoup ceux
qui ont efté faits jufques - àprefent
, non
feulement pour
la quantité d'articles qui ne
font dans aucun autre ; mais
encore pour les circonstances
qui en rendent le détail plus
GALANT. 229
étendu , & par
confequent plus
curicux & plus
agreable.
L'Evêché de
Rieux ayant
vacqué, & le Roy voulant remplir
ce Siege , S. M. qui depuis
plufieurs années prefere , lors
qu'il s'agit de nommer à l'Epifcopat
, ceux qui font inftruits
par eux - mêmes des devoirs
des Evêques , & qui en ont fait
les
fonctions avant que d'eftre
parvenus à cette dignité, nomma
le Vicaire General de cet
Evêché pour en remplir le Siege.
Mr Pine , Prebendier
du
Chapitre
de l'Abbaye
de Lezat
, qui fe trouve dans le Dio230
MERCURE
cele de Rieux , n'eut pas plutoft
appris que cet Evêque
eftoit en place , qu'il alla luy
faire compliment à la teſte de
fon Chapitre qui n'eft compofé
que de quatre Prebendiers .
Voicy le compliment qu'il fit
à ce nouvel Évêque.
MONSEIGNEUR ,
Le zele infatigable , & l'application
continuelle, qui vous rendoient
attentif depuis long-temps , fur
tous les befoins d'un grand &
vafte Diocefe , dont on vous avoit
confié le foin en qualité de Vicaire
GALANT 231
general ; eftoient comme les heureux
prefages du digne choix qu'-
un Monarque auffifage & auffi
éclairé que Louis le Grand , a fait
de vostre illuftre Perfonne , pour
remplir le Siege de l'Eglife de
Rieux qui vient de perdre fon
Paſteur. Sa Majesté en vous nommant
pour fucceder à un figrand
Prelat , ne pouvoit mieux nous
dédomager de fa perte , ni nous
faire connoître combien une longue
experience des travaux de l'Epif
copat fans être Evêque
Vous
avoit rendu capable de foutenir
l'éclat de la
grandeur de cette
Dignité , dont le poids fait trem232
MERCURE
bler les Anges mêmes. Il étoit
jufte, Monfeigneur , que ces excellentes
Vertus que le grand
Apôtre demandoit autrefois dans
fon cher Difciple , & qu'on voit
aujourd'huy toutes réunies en
Vous , y receuffent enfin un caractere
tout nouveau , qui y ajoûtant
& la grace & l'onction ,
Vous fit remplir dignement toutes
les fonctions du Miniftere Paftoral
dont vous venez d'eftre chargé.
C'est ainsi , Monfeigneur , que
formé à l'Epifcoparpar des difpofitionsfifaintes
, & élu par la pieté
d'un GrandRoy ; nous efperons de
voir revivre en Vous les vertus
GALANT 233
& le merite de tant defaints Evêques
qui ont gouverné l'Eglife de
Jefus- Chrift. Plaife à ce Pasteur
Eternel, & à cet adorable Evêque
de nos ames , de vous faire
entrer dans le deffein qu'il a eu de
toute éternitéde les fauver ! Vous
enferez deformais le Pere. Agréez
s'il vous plaît , Monfeigneur ,
qu'en Vous reconnoiffant pour tel ,
nous venions Vous rendre nos devoirs
, Vous offrir nos voeux &
nos refpects , Vous marquertajoye
l'efperance que nous donne vôtre
élevation , & Vous renouveler
fur tout l'obéiffance que nous
Vous avions déja jouée , entre les
Aouft 1708. V
234 MERCURE
mains de celuy qui Vous a precedé
dans le Gouvernement de cette
Eglife , dont Vous eftes devenu
l'Epoux. Ad longos annos.
Dixi.
•
Mr l'Abbé d'Uzés , Grand
Chanoine de Strasbourg, ayant
efté nommé prefque dans le
même temps à l'Abbaye de
Lezat ; & cet Abbé étant venu
prendre poffeffion de ce
Benefice ; Mr de Pine dont je
viens de vous parler , luy fit
auffi un tres beau compliment
, dans lequel il luy marqua
la joye que fon Chapitre
GALANT 2:35
•
reffentoit de l'avoir pour Abbé
. Il marque dans ſon Difcours
, que laprotection qu'il donnera
à ce Chapitre , luyfera d'au
tant plus avantageufe , qu'il eft
beaucoup élevé au deffus des Abbez
fes Predeceffeurs , tant par
l'éclat de fa Naiffance
, que par
un merite diftingué. Il trouve
enfuite moyen de parler de la
grandeur de la Maiſon de cet
Abbé , en donnant d'une maniere
éloquente , des raifons
pour faire voir que ce n'eft pas
le temps d'en parler , ſon Chapitre
& luy s'étant bornez à de
fimples complimens de con-
V. ij.
236 MERCURE
joüiffance & de felicitation . Il
parla enfuite de la modeftie de
ce nouvel Abbé , & il finit en
fouhaitant que la pieté du Roy
élevât bientôt Mr l'Abbé
d’Uzés à de plus hautes Dignitez
qui luy étoient juſtement
dûës , & que perfonne ne pouvoit
remplir plus dignement
que luy.
Le Samedy 11. d'Aouſt on
celebra dans la Chapelle du
Palais la Fête de la Couronne
d'Epines de Nôtre - Seigneur ,
qu'on y a expofée ce jour - là à
la veneration des Fidéles ; les.
Peres Jacobins du Grand ConGALANT
237
de
vent de la ruë S. Jacques s'y
rendirent en Proceffion , & ils
y officierent avec beaucoup
pompe. Peu de perfonnes
fçachant l'origine de ce Droit
attaché à l'Ordre de Saint Dominique
; jay cru qu'on feroit
bien aife d'en trouver icy un
détail. Lorfque Saint Louis
eût fondé la Sainte Chapelle
du Palais , il refolut de l'orner
des plus belles Reliques qu'il
pourroit trouver . Il fçavoit
que la Couronne d'Epines
étoit entre les mains des Empereurs
Grecs de Conftantinople
; il leur en fit demander
238 MERCURB
une portion , qu'il obtint par
la negotiation de deux Religieux
de l'Ordre de Saint Dominique
, qui fe rendirent exprés
à Conftantinople pour
obtenir ce précieux Veftige de
la Redemption des hommes.
Ces deux Religieux , chargez
de ce facré Dépôt , vinrent euxmême
l'apporter au faint Roy
de France , qui leur fçût tant
de gré du fuccez de leur negotiation
, & de la peine qu'ils
avoient prife d'avoir apporté
cette Relique en France, qu'à
leur confideration
, & pour
conferver à la pofterité la meGALANT
239
moire d'un Don fi confiderable,
fait par l'entreprise de deux
Religieux de faint Dominique,
il accorda à leur Ordre le droit
d'officier à la Sainte Chapelle
le jour de la Fête de cette Relique
, qui fut fixée au 11 .
d'Aouft. Les Religieux du
Convent de la ruë faint Jacques
, qui eft le plus ancien
des trois qui font en cette Ville,
fe rendirent à l'ordinaire à la
Sainte Chapelle , & ils y chanterent
une grande Meffe , pendant
que le Chapitre qui leur
avoit quitté la place , en chantoit
une dans la Sainte Cha-
•
240 MERCURE
pelle baffe ; & dans la Proceffion
qui fe fit autour de ces
deux Eglifes, les Religieux y affifterent
, fuivis des
Chanoines ,
& on y porta la Sainte Epine
avec beaucoup de pompe. Le
Pere Bonnefoy Jacobin prefcha
:( c'eſt toûjours un Religieux
de cet Ordre qui prefche
le jour de cette Ceremonie
) fon Difcours fut fort applaudi.
Aprés avoir fait l'Hiftoire
de la Relique , & un détail
circonftancié de tous les
hazards qu'elle avoit couru
avant que de tomber entre les
mains du Roy Saint Louis ; il
s'étendit
GALANT 241
s'étendit fur les merites de la
Paffion , dont elle avoit efté un
des plus terribles inftrumens
tout ce qu'il dit fur ce fujet fut
tres touchant & tres recherché,
& la morale qu'il en tira ne le
fut pas moins ; il déplora d'une
maniere fort vive, les excés &
les defordres qui rendent tous
les jours les merites de cette
Paffion inutiles.
Je ne fuis point furpris de
ce que vous me mandez àl'avantage
du fupplément de ma
Lettre du mois de Juillet , qui
fert de réponse aux faufletez
publiées , dans 31. Imprimez
Aouft 1708. X
242 MERCURE
-
publiez dans toute l'Europe
par les Alliez. Je ne demeurerois
pas fi facilement d'accord
de tout le bien que vous me
dites de cet Ouvrage , fi j'y
avois autant de part que j'ay
ordinairement dans les Lettres
que je vous envoye tous les
mois ; mais celle que vous vantez
tant , eft bien moins mon
ouvrage que celuy des Perſonnes
éclairées dans le Metier de
la Guerre , qui fe font trouvées
à la journée d'Oudenarde , &
qui en ont fait des Relations ;
auffi bien que de tout ce qui a
precedé cette fameuse JourGALANT
243
1
[
།
née, dont Monſeigneur le Duc
de Bourgogne a bien voulu ſe
donner la peine de faire une
Relation , qui vaut ſeule tout
le Supplément que je vous ay
envoyé. Ce Supplément contenoit
auffi diverfes Relations
écrites par des Officiers de diftinction
de l'Armée des Alliez ,
par des perfonnes qui tiennent
un rang confiderable dans
les Etats d'Holande ; toutes ces
Relations & ces Lettres enfemble
, accompagnées d'une
infinité de faits inconteftables,
& qui prouvent beaucoup
mieux que tout ce que j'aurois
&
X ij
244 MERCURE
pû vous dire , les faufferez que
l'on a publiées touchant la
Journée d'Oudenarde . Toutes
ces chofes , dis je , ont dû vous
faire un extreme plaiſir , ainfi
qu'à tous ceux qui ont lu ce
Supplément , dans lequel on
trouve douze Relations remplies
de faits de la plus haute
Valeur , & qui doivent faire
connoître jufqu'où peut aller
la Valeur Françoiſe . Enfin je
crois qu'il m'eft peu échapé
d'Actions les plus diftinguées ,
& je me fuis fait un fenfible
plaifir de les recueillir , afin que
la Pofterité puiffe un jour les
GALANT 245
apprendre , & que toutes les
Familles de ceux qui fe font
fignalez à la Journée d'Oudenarde
, puiffent un jour donner
moyen à tous leurs Def
cendans de les faire connoître
à la Pofterité la plus reculée ,
par le moyen de ce Supplément
qui a eſté rendu public ,
ce que vous apprendrez , je
crois , avec plaifir.
On ne peut donner trop de
loüanges au Regiment de Vendôme
, qui s'eft diftingué dans
cinq charges differentes , ainfi
que je vous l'ay déja marqué .
Mr Baudouin Lieutenant Co-
X iij
246 MERCURE
lonel de ce Regiment , y a efté
bleffé en fe diftinguant . Mr
de Limbeuf Major a fait pendant
ces Charges , tout ce que
l'on pouvoit attendre d'un
homme d'une valeur éprouvée.
Il mena le Regiment à la
haye où étoient les Ennemis ,
où il planta les Drapeaux , &
Mrs Paftourel & de Mauriac
ont eu beaucoup de part à la
vigueur avec laquelle ce Regi
ment chargea , ayant animé
les Soldats par leur exemple ;
& l'on peut dire que tous les
Officiers de ce Corps , ont fait
dans cette Journée memoraGALANT
247
ble , tout ce que l'on pouvoit
attendre des Officiers les plus
braves & les plus confommez
dans le mêtier de la Guerre .
Le Regiment de Boulonois,
qui étoit de la Brigade de Picardie
, ainfi que je vous l'ay
déja dit, chaffa avec fa Brigade,
les Ennemis des Hayes où ils
étoient ; il fe mit en bataille
dans la Plaine qu'ils occupoient
& fe retira des derniers . Mr le
Marquis de Crecy , Colonel de
ce Regiment s'eft beaucoup
diſtingué , & Mr le Marquis
de Caftaniet Lieutenant Colonel
, s'eſt acquis beaucoup de
#
X iiij
248 MRCURE
gloire , & a efté fort bleffé.
Je paſſe au Camp de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
. Je vous ay fait voir
dans le Supplément de ma derniere
Lettre , tout ce que ce
Prince a fait depuis le jour du
Combat d'Oudenarde
, jufqu'au
commencement
de ce
mois. Il s'eſt donné juſqu'au
10. tous les foins que les plus
grands Generaux ont accoûtumé
de fe donner ; & quoique
fon Armée n'ait fait aucun
mouvement ce Prince
n'a pas laiffé d'eftre dans une
agitation perpetuelle , allant
GALANT 249
fans ceffe vifiter tous les Quartiers
de l'Armée , s'informant
de toutes chofes , donnant des
ordres fort à propos ,
envoyant
des partis , tenant des Confeils,
écrivant fort fouvent , & au
milieu de tous ces foins , faifant
fouvent fes devotions
pour obtenir du Dieu des Armées
qu'il répande fes benedictions
fur celle que le Roy
a commiſe à fa prudence & à
fa valeur .
Ce Prince alla le 10. à Gand
pour y faire chanter le Te Deum
en action de graces de la prife
de Tortofe. Če qui fe paffa à
250 MERCURE
cette occafion eft digne d'eftre
fçu ; mais cependant vous n'en
auriez pas un détail parfait fi
je n'avois pris foin d'en faire
une Relation complette , tirée
de quatre Lettres differentes ,
dont chacune rapporte des circonftances
qui ne fe trouvent
point dans les autres , & cependant
je ne vous répons pas qu'-
aprés avoir pris de fi grands
foins , il ne manque encore
quelque chofe à cette Relation
dont la lecture doit neanmoins
vous faire beaucoup de plaifir ..
Le 10. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Monfeigneur
GALANT 251
le Duc de Berry , & Monfieur
le Chevalier de faint Georges'
monterent à cheval à neufheures
du matin pour fe rendre à
Gand où ils arriverent environ
fur les 11 heures.
Tous les Bourguemeftres &
les autres Magiftrats , accompagnez
de cent des plus notables
Bourgeois qui tenoient
chacun un flambeau de cire
blanche allumé , s'eftoient rendus
en deçà du Glacis pour y
recevoir Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , & pour prefenter
le Dais à ce Prince ; il
eftoit de velours cramoifi , or252
MERCURE
né de crépines & de galons
d'or , & foûtenu par dix des
principaux Magiffrats qui le
devoient porter ; Mais Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
les remercia en refufant
l'honneur qu'on vouloit luy
faire .
Il entra enfuite dans la Ville
au fon d'un grand nombre
d'inftruments ; le canon dont
on avoit refolu de faire plufieurs
falves , ne fe fit point entendre
, ce Prince l'ayant ainſi
fouhaité
, parce que les bleffez
qui estoient dans la place auroient
pû en eftre incommodez.
GALANT 253
La marche qui commença
par deux Efcadrons des Gardes
du Corps , fut fermée par deux
autres Escadrons du même
Corps.
Les ruës eftoient tenduës des
plus belles étoffes de Perſe &
des Indes , & garnies de feüillages
avec un rang de Caiffes
garnies d'orangers de chaque
cofté ; toutes les feneftres
eftoient remplies de Dames
dont les parures donnoient un
nouvel éclat à la fefte .
Les Bourgeois qui avoient
pris les armes , & dont on fait
monter le nombre à 12. ou
254 MERCURE
15000. hommes , bordoient
toutes les ruës.
Il y avoit un homme au
haut d'un des principaux clochers
de la ville , affis fur un
Dragon ; il tenoit un Drapeau
avec lequel il joua avec beaucoup
d'adreffe dans le temps
que Monfeigneur le Duc de
Bourgogne commença à paroiftre
dans la Ville , en criant
Vive le Roy, & tout le peuple
dont l'affluence eftoit fort
grande , luy répondit avec des
acclamations de Vive le Roy fi
fouvent reïterées , que ce concert
d'allegreffe dura pendant
GALANT 255
toute la marche , qui finit à 11.
heures & demie que l'on arriva
à l'Eglife de Saint Baüon , Cathedrale
de la Ville.
Mr l'Evêque de Gand qui
n'eft pas moins venerable par
fon âge que par fa dignité d'E .
vêque , attendoit Monfeigneur
le Duc de Bourgogne à la porte
de cette Eglife , accompagné
de tout fon Clergé ; il fit
un compliment à ce Prince ,
& luy prefenta le Livre des
Evangiles à baifer.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
les Tambours des Cens-
Suiffes battant de la même ma256
MERCURE
niere qu'ils font lorfque le Roy
va à la Meffe , ayant enfuite
traversé l'Eglife au milieu d'un
grand nombre de perfonnes de
diftinction &d'une grande foulede
peuple, entra dans le choeur
& fe plaça fur le Prie- Dieu qui
luy avoit efté preparé au haut
du même choeur.
Mr. l'Evêque de Gand commença
enfuite unegrande meffe
de la Trinité qui fut chantée
en mufique ; les voix furent
trouvées tres - agreables , & la
mufique plut beaucoup .
La meffe eftant finie , le Chantre
de cette Cathedrale eftant
GALANY 257
la
au bout de l'Autel , annonça
en latin & à haute voix , un
mandement du Pape qui ordonnoit
des prieres pour
profperité de fes Armées.
Le Te Deum ayant aprés cette
lecture efté entonné par Mr
l'Evêque , fut continué la
par
Mufique.
Toute la Ceremonie eftant
finie , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne fortit dans le même
ordre qu'il y eftoit entré , &
alla à l'Hoftel de Ville où fes
Officiers luy avoient preparé
à dîné aux dépens de Mrs de
Gand.
Aouft 1708.
Y
258 MERCURE
Le devant & les coftez de
l'Hoftel de Ville eftoient ornez
de rameaux verds entremêlez
de grands flambeaux de
cire blanche allumez . ·
La Tapifferie du lieu où l'on
devoit manger eltoit de velours
cramoify , fur laquelle on
avoit placé plufieurs Tableaux
de diſtance en diſtance , entre
lefquels eftoient plufieurs bras
garnis de bougies allumées
mais figrandes qu'on auroit pû
les prendre pour des cierges .
La Table eftoit ovale , &
le couvert qui faifoit beaucoup
de plaifir à voir , fe faifoit re-
;
GALANT 259°
marquer avec attention ; toutes
les ferviettes formoient
differens animaux , dont les
uns eftoient aëriens , & les autres
aquatiques , & chaque
eſpece d'animal étoit placé alternativement.
Le repas fut tres - magnifique
; on y fervit de tres - beauxpoiffons
, & le fruit fut trouvé
admirable. La Symphonie fe
fit entendre pendant tout le
repas , & fut trouvée fort bonne
. Il feroit impoſſible de bien
depeindre l'empreffement que
chacun marqua en cette occafion
pour voir dîner Meſſei-
Y ij
260 MERCURE
gneurs les Princes : toute la
Salle fetrouva remplie de tout
ce qu'il y a de perfonnes confiderables
dans la ville de
Gand . Monfieur le Chevalier
de Saint George dîna avec
Meffeigneurs
les Princes
avec lesquels plufieurs Officiers
du premier rang Efpagnols
& François curent
l'honneur
de manger
.
Le repas fini , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne monta à
cheval pour aller au Château,
Avant que ce Prince fortît de
l'Hoſtel de ville , on renouvella
les flambeaux
des cent NoGALANT
261
tables Bourgeois , qui devoient
encore accompagner ce Prince
; mais les ayant remerciez ,
ils le virent partir en le comblant
de benedictions , & ce
Prince fe rendit au Château
avec Monfeigneur le Duc de
Berry , & Monfieur le Chevalier
de Saint George au milieu
des acclamations publiques
& des cris de joye de tout le
peuple , qui ne pouvoit fe laffer
de les admirer.
Aprés qu'ils eurent vifité
tout le Château , ils remon
terent à cheval aux cris redoublez
de vive le Roy , & ils re
262 MERCURE
tournerent dans leur Camp ,
auffi fatisfaits de leur voyage ,
que tout le grand peuple de
Gand l'avoit efté de leur prefence
& de leurs manieres
honnêtes &
engageantes
.
Pendant les mouvemens que
fe donnoient les grandes armées
, Mr de la Croix qui paffe
avec raiſon pour l'un des
plus grands Partiſans qui ait ja -
mais efté , agiffoit de fon côté
d'une maniere qui ne laiffoir
pas de chagriner beaucoup les
ennemis , quoyqu'il n'ait le
commandement que de quelques
partis .Il envoya so.homGALANT
263
+
mes dans le Weſterwal qui
ayant paſſé le Rhin prés de
de Bonn , efcaladerent la ville
d'Aldenkirken ; mais n'étant
pas affez forts pour y demeurer
long-temps , ils enleverent
le Maire, les Magiftrats,
& quelques principaux Bourgeois
; & fur ce qu'on refuſa
de leur payer promptement
6000. Rifdales pour les frais
de leur courſe , ils brûlerent
quelques maiſons , ce qui fut
caufe que pour éviter l'effet
d'un plus grand incendie on
leur donna 5s.o0o0o0.. Florins outre
les ôtages. Ils en prirent
264 MERCURE
d'autres fur leur route , & ils
firent beaucoup de butin .
Je dois vous parler encore
de quelques perfonnes aufquelles
le Combat donné prés
d'Oudenarde a couté la vie.
Mr le Marquis de Ximenes,
Colonel du Royal Rouffillon
infanterie , eft de ce nombre.
Il eftoit de la Maiſon de Proizy
de Ximenes du Rouffillon ,
& fils de feu Mr de Ximenes ,
Colonel du même Regiment ,
& Lieutenant general des Armées
du Roy , qui avoit paſſe
par tous les emplois de ce Regiment
avant que d'en avoir le
CommanGALANT
265
Commandement : il en avoit
efté
fucceffivement Lieutenant,
Garçon-Major , Aide - Major ,
Capitaine , Major, Lieutenant-
Colonel , & il eut ce Regiment
à la mort de fon Colonel. Il
fut enfuite fait Brigadier ;
Maréchal de Camp , & il cft
mort Lieutenant General aprés
s'eftre fignalé dans les plus celebres
actions de fon temps. Son
fils qui vient de finir fa carriere
auroit fans doute fait le même
chemin , s'il cuft vêcu un peu
plus long-temps ; il eftoit generalement
eftimé , & il avoit
donné des marques de fa valeur
Aouft 1708. Ꮓ
266 MERCURE
en plufieurs occafions . Illa ffe
un fils qui donne déja de grandes
efperances & une fille de
Me la Marquile de Ximenes fon
épouse , d'une des plus anciennes
maiſons de Picardie , & cydevant
Chanoineffe
à Maubeuge
. Le Roy a donné fon Regiment
à Mr le Chevalier de Xi .
menes fon frere qui s'est déja fignalé
en diverfes occafions : &
Sa Majefté a fait connoître que
tant ce qu'il y auroit des Officiers
du nom de Ximenes , il
n'eftoit pas jufte que ce Regiment
fut donné à d'autres . Me
la Marquise de Tourouvre veu
ve de Mr le Marquis de Touroavre
Brigadier des Armées du
Roy eft foeur de ces Meffieurs .
Mre Louis Donneau de Vizé
GALANT 267
qui avoit eſté bleſſé au même
combat donné prés d'Oudenarde
, eſt mort à Gand de la bleffure
qu'il avoit reçûë à la jam-.
be. J'ay fi fouvent eu occafion
de vous entretenir de cette famille
que je me contenteray de
vous parler feulement aujourde
fes pere & mere & de fes empl
is. Il eftoit petit fils de Mre
N... Donneau de Vizé , Gouverneur
de Dammartin , & fils
de Gafpard Donneau de Vizé,
Lieutenant des Gardes du
Corps , & qui aprés avoir reçû
plufieurs bleffures en differentes
occafions , en reçut de nouvelles
au fiege de Fauconnier
qu'il emporta avec la feule Maifon
du Roy qu'il commandoit,
On doit remarquer une chofe
Z ij
268 MERCURE
qui n'a peut - être jamais eu d'exemple
; c'est qu'il fit ce fiege
avec de la Cavalerie feule , à
qui il fit mettre pied à terre , &
à la tefte de laquelle il traverſa
un foffé à la nage , ce qui furprit
tellement ceux qui défendoient
cette place , qu'ils fe rendirent
auffi -tôt à difcretion ; mais Mr
de Vizé ayant reçû de nouvelles
bleffures en cette occafion ,
& n'eftant plus en état de fervir
dans les armées de Sa Majeſté ,
fut nommé Maître d'Hoftel ordinaire
de la Reine. Il avoit époufé
fa Coufine Germaine du
même nom & armes , & la Reine
qui avoit fouhaité ce mariage ,
en avoit elle-même fait demander
en fon nom la diſpenſe au
Pape . Elle estoit fille d'Antoine
GALANT 269
Donneau de Vizé , qui eut l'honeur
de commander les Gardes
qui conduifirent Madame la
Grand Ducheffe à Florence
aprés fon mariage , & dont je
vous ai parlé en d'autres occafions.
-
Celuy dont je vous apprens
la mort avoit l'honneur d'être
filleul du Roy & de la Reine . Il
avoit efté élevé Page de Sa Majefté
: il entra enfuite dans les
Moufquetaires , d'où il fortit aprés
avoir fait quelques Campagnes
pour fervir dans les troupes
en qualité de Lieutenant de
Cavalerie , parce que l'ufage eft
d'obéir avant que de commander
;il fut fait enfuite Capitaine
dans le Regiment Royal Rouffillon
Cavalerie , & aprés s'être
Z iij
270 MERCURE
trouvé en cette qualité en differens
combats & en differens fieges,
il fe fignala à l'affaire de Turin
; il auroit pû fe difpenfer de
s'y trouver,ayant reçû quelques
jours auparavant le brevet d'E.
x mpt des Gardés du Corps :
mais il crut que lorfque fon devoir
le difpenfoit d'aller à cette
action ,fon honneur l'engageoit
de s'y trouver. Il y perdit tous
fes équipages , & fon frere qui
fervoit de Cornette dans fa
Compagnie , & qui avoit reçû
le Brevet de Capitaine dans le
temps qu'il avoit reçû celuy
d'Exempt , fut tué en fe diftinguant
dans la même occafion .
Celuy dont je vous apprens aujourd'huy
la mort , fe rendit en
Cour pour y recevoir le Bâton
GALANT
271
d'Exempt ; mais à peine cut - il
fervi quelques mois en cette
qualité qu'il fut nommé pour
commander pendant une année ,
felon l'ufage , les Gardes qui
fervent auprés de Madame la
Ducheffe de Bourgogne . Cet
employ eftoit fort brigué , &
l'on ne le donne qu'à des perfonnes
d'une fageffe reconnuë.
Au fortir de cet employ il retourna
dans fon Corps , & le
combat d'Oudenarde s'eftant
donné quelque temps aprés , il
y a reçû une bleffure à la jambe ,
dont il eft mort à Gand quelques
jours aprés , avec une conftance
& une refignation qui
doivent d'autant plus furprendre
, qu'après avoir rempli les
5 emplois que je viens de vous
Z iij
272 MERCURE
J
de marquer , & s'eftre trouvé à
trois ou quatre batailles , il eſt
mort àgé feulement de 26. ans .
Je ne vous dis point qu'il a eſté
fort regretté vous en devez juger
par tous les faits que je viens
d : vous raporter ; je dis faits ,
parce qu'il ne s'agit point de
raifonnemens , mais des chofes
réelles. J'aurois pû vous raporter
encore beaucoup de chofes
dont je ne vous ay point encore
parlé touchant fa famille ; mais
je ferois trop de violence à ceux
qui portent aujourd'hui ce nom
& qui fouhaitent avec la plus
forte paffion , qu'on ne parle
point d'eux , mais qu'on laiffe
feulement parler leurs actions .
Je dois vous parler de la mort
d'un homme qui avoit prefque
GALANT 273
cinq fois l'âge de feu Mr Devizé
; mais ce bonheur n'arrive
ordinairement qu'à ceux qui
fongent plus à vivre qu'à acquerir
de la gloire, & qui loin de
paffer leurs jours dans l'embarras
d'une vie tumultucufe , vivent
dans une tranquillité qui
ne leur faifant rien fouhaiter ,
ne leur fait rien fouffrir.
Etienne Ferrand , Bayle du
lieu nommé Befne , Paroiffe du
Dioceſe d'Alet , eftoit de ce
nombre . Il mourut le 23. Juin
dernier , âgé de 118. ans eftant
néen 1593. Il faut que l'air du
lieu où il eft mort , ne foit
pas
contraire à la fanté , puiſqu'un
de fes voifins & amis , nommé
Jean Tricoüer , y eftoit mort
deux ans auparavánt àgé de 111 .
ans.
274 MERCURE
Mre Michel Gobert , Preftre,
Chantre & Chanoine de la Sainte
Chapelle de Paris , eft morr
âgé d'environ cinquante - cinq
ans , après avoir mené une vie
tout - à - fait édifiante . Il eftoit
d'une fort bonne famille de Paris
& neveu de feu Mr Gobert ,
Maiſtre de la Mufique du Roy ,
& auffi Chantre de la Sainte
Chapelle. Sa Majesté pourvut
à fa confideration fon neveu , de
ces deux Dignitez ; il faifoit dés
lors de grands progrés dans les
vertus qui conviennent le plus
à un Ecclefiaftique .
Mrs Gobert de Paris font pa.
rens du celebre Gobert , riche
Banquier de la Rochelle , qui
obtint du Roy en 1655. des Lectres
de Nobleffe , & le Collier
GALANT 275
de l'Ordre de Saint Michel , à
caufe des fervices qu'il avoit
rendus à Sa Majesté & à l'Etat
.
La Dignité de Chantre de la
Sainte Chapelle eft élective par
des Conceffions particulieres
des Rois predeceffeurs de Sa
Majefté , & particulierement de
Philippes le Bel . Le Roy , qui
regle toutes fes actions fur la
plus exacte juftice , croyant
avoir droit de nommer à cette
dignité comme aux autres , &
aux Prebendes de cette Eglife ,
en confequence de la conteftation
que feu l'ancien Evêque
de Couftances , Treforier de la
Sainte Chapelle , eut avec fon
Chapitre , s'en defiſta aprés la
mort de ce Prelat , dés qu'on luy
276 MERCURE
cut fait connoiftre que fa prétention
ne pouvoit avoir lieu ,
& depuis ce temps- là Mrs de la
Sainte Chapelle ont nommé à
cette Dignité , ainfi qu'ils le
faifoient dans les fiecles qui approchoient
le plus de la fondation
de leur Eglife . Ils ont élû ,
aprés la mort de Mr Gobert ,
Mr l'Abbé de Vauroüis , l'ún
des derniers Chanoines nommez
par le Roy. Il eft Docteur
de Sorbonne , & joint à
une naiffance confiderable un
merite tres-diſtingué & une pie
té finguliere. Sa Majesté luy
avoit donné une Abbaye depuis
quelques années .
Le Canonicat , vacant par la
mort de Mr Gobert , a esté donné
à Mr l'Abbé Vafal , Preftre
GALANT 277
du Dioceſe de Chartres , & Licentié
de Sorbonne . Il eft fils
de Mr Vaffal , Huiffier du Cabinet
du Roy. Il eftoit de la
derniere Licence dans laquelle
il a paru avec diftinction .
L'Abbaye de Saint Loup de
Troyes en Champagne , Ordre
de Saint Auguftin , a efté donnée
à Mre Denis - François Bouthillier
, Evêque de Troyes , ci- .
2 devant Abbé de Baffe Fontaine
& d'Oigny , & Prieur de Beaumont
en Auge ; fils d'Armand-
1 Leon Bouthillier , Marquis de
Chavigny , Maistre des Requeftes
, & d'Elifabeth Boffuet. Cette
Maiſon a produit Victor
Bouthillier , Archevêque de
Tours , qui avoit cfté auparavant
Evêque de Boulogne , pre278
MERCURE
mier Aumônier de feu Monfieur
Gafton de France , & Maître
de fa Chapelle ; Sebaftien
Bouthillier Evêque d'Aire
mort en 1625. & l'ancien Evêque
de Troyes , oncle de celuy
qui donne lieu à cet Article.
Mr l'Evêque de Troyes eft frere
de feu Mr le Comte de Chavigoy
, Colonel du Regiment
d'Auvergne ; de Mr le Chevalier
de Chavigny , Colonel du
Regiment de Piémont ; de Mr
le Marquis de Chavigny , aujourd'huy
Brigadier des Armées
du Roy , & de Mr Bouthillier
de Chavigny , Conſeiller
honoraire au Parlement , qui
avoit épousé en premieres noces
Mlle Terrat ; & en fecondes ,
Mlle de Mefgrigny , dont il a
GALANT 279
cu Mr le Marquis de Chavigny,
Colonel d'Infanterie , tué au
fervice de S. M.
2
L'Abbaye de Saint Loup étoit
vacante par la démiffion de Mr
Fautrier , qui fe voyant dans un
âge fort avancé , a voulu renoncer
aux dignitez de l'Eglife,
pour ne plus s'occuper que des
affaires de fon falut . Cette Abbaye
eft dans la ville de Troyes.
Saint Loup , fon Patron titulaire,
en a efté le huitième Evêque .
Il empêcha Attila de ruiner
cette Ville , qui fut depuis
faccagée par les Normands.
Les Comtes de Champagne y
avoient leur Palais , & le Comte
Robert la repara. Le premier
Concile de Troyes y fut
teau en 867. pour l'affaire d'Eb280
MERCURE
bes ; & de Hincmar de Reims.
•
Mr le Marquis de Riantz Sou
Lieutenant des Gendarmes Anglois
, a eu la Compagnie des
Gendarmes de Berry , vacante
par la mort de Mr le Marquis de
Roquelaure. Ce Marquis eftoit
d'une fort ancienne maison du
Rouergue , qui n'a aucune liaifon
de parenté avec celle des
Ducs de ce nom ; il n'eftoit pas
moins diftingué par fon efprit
par fon merite perfonnel, que
par fa valeur & par fa naiffance.
Il faifoit un des principaux
ornemens de la Cour de Monfieur
le Duc & de Madame la
Ducheffe du Maine , ce qui peut
paffer pour une preuve inconteftable
de fon efprit.
&
Mr le Marquis de Riantz qui
GALANY 281
a cu la Compagnie eft fils de
Mr leMarquis de Riantz , Marquis
de Villeray qui porte fur
luy de glorieufes marques des
fervices qu'il a rendus autrefois
à Sa Majesté , & qui joint à une
valeur reconnuë de tous les
Guerriers de fon temps , un efprit
tres - élevé , & dont les lumieres
ont penetré ce que les
fciences les plus abftraites ont
de caché , & de Dame N ....
Hervé fille de feu Mr Hervé
Doyen du Parlement , & foeur
de l'ancien Evêque de Gap , &
de Mr Hervé Confeiller au
grand Confeil. Mr le Marquis
de Riantz qui donne lieu à cet
article , eft frere de Mr l'Abbé
de Riantz Docteur de Sorbonne
& ancien Recteur de l'Univer-
A a
282 MERCURE
fité qui a laiffé a fon cadet fes
droits d'aîneffe pour s'attacher
au fervice des Autels , & de
Mlle de Riantz dont la Renomée
a fouvent parle . Mr le Maquis
de Riantz leur pere eft frere
de Me de Riantz , l'un des
ornemens de l'Ordre de la Vifitation
, & Superieure d'un des
Convents de cet Ordre de la
Ville de Lyon ; cette Dame eft
dans une grande reputation de
vertu ; ils font fortis l'un & l'autre
du mariage de feu Mr. le
Marquis de Riantz , diſtingué
par fes fervices continuels , &
de Dame N ... de Rebé , foeur
de feu Mr de Rebé Archevêque
de Narbonne , & Commandeur
des Ordres du Roy , & ils
defcendent du celebre Denys
GALANT 283
de Riantz Prefident au Parlement
de Paris , qui a élevé cette
maifon fous le regne d'Henry
II. Ce grand Magiftrat commença
à fe faire connoiſtre par
le Bareau où il fe fit une grande
reputacion. Le Roy Henry II .
l'en tira en 551. pour le faire
fon Avocat General dans cet
augufte Corps . Il exerça cette
Charge pendant quatre ans avec
tant d'honneur & tant de probité
, & il fçut concilier les intereſts
de fon maiftre avec ceux
du public avec tant de fageffe
en diverses occafions , que le
même Prince luy donna un Office
de Préfident à mortier où il
fut reçû avec de grands applaudiffemens
. Cette illuftre Compagnie
perdit peu après l'acqui-
A a ij
284 MERCURE
fition qu'elle venoit de faire ;
ce fage Magiftrat mourut en ſa
maifon de Villeray en 1557. De
Gabrielle Sapin fon épouſe , il
laiffa Gilles de Riantz Baron de
Villeray qui fut auffi Prefident
au Parlement de Paris par conceffion
d'Henry le Grand ; il
avoit eſté Confeiller au Parlement
, & enfuite Maiftre des
Requeftes. Henry II I. le mit
dans fon Confeil d'Etat en 158 2 .
& fe fervit de luy en d'importantes
affaires. Aprés la mort
tragique de ce Prince il s'attacha
avec la même fidelité à Henry
IIII . qui le recompenfa
comme vous venez de voir . Il
mourut en 1597. âgé de 53 ans .
De Madelaine Fernel fille du celebre
Medecin Jean Fernel qui
GALANT 285
trouva le fecret de rendre foeconde
Catherine de Medicis ,
aprés 10. ans de fterilité ; il
laiffa François de Riantz Maître
des Requeſtes , & grand-pere
du vieux Marquis de Riantz
d'aujourd'huy , & qui leur a
fait dreffer l'Epitaphe qu'on lit
dans l'Eglife des Cordeliers ;
l'autre fille du Medecin Fernel
époufa Philibert Barjot , Seigneur
de Marchefray & d'Auneüil
, Maistre des Requeſtes
& Prefident au Grand Confeil
; il eft le Bifayeul des Comtes
d'Auneüil , & du Mazy, chef
de la maison des Barjots .
La maniere dont Mr le Marquis
de Riantz a eû fa Compagnie
, donne encore un nouveau
prix à la grace que le Roy viene
286 MERCURE
de lui faire. Il demanda à Sa
Majefté cette Compagnie ; & le
Roi lui répondit, fe vous la donne
de bon coeur, car vous la meritez bien;
& en même temps S. M. lui demanda
des nouvelles de fes bleffures
. Mr le Marquis de Riantz
aprés la journée dOudenarde a
étéobligéde quitter l'armée pour
aller prendre les Eaux de Bour.
bon où il eft à prefent , & en
paffant à Paris il demanda au
Roy la Compagnie qui estoit
vacante . Il eft encore incommodé
des bleffures qu'il a reçûes
en d'autres occafions .
-
Mr le Chevalier de Menou fe
trouvant le plus ancien Enfeigne
de la Gendarmerie , a eu la
Soûlieutenance qu'avoit Mr le-
Marquis de Riantz . Il est d'une
GALANT 287
tres-illuftre Maiſon de Touraine
, & dont il y a des branche
en Bourgogne, il eft fils de Mr le
Marquis de Charnizay cy - devant
Colonel d'infanterie , &
qui eftoit de cette Maifon ; Mr
le Doyen de Saint Agnan fait
beaucoup d'honneur à ce nom
-par fa vertu & par fon merite.
Mr Dupleffis la Corrée cft.
mort des bleffures qu'il a reçues
à la Journée d'Oudenarde ;
il fupplia le Roi en partant pour
la campagne , comme s'il eût prévû
qu'il n'en reviendroit pas ,
de le mettre en état de ne pas
faire perdre 24000. francs qu'il
devoit à fes creanciers . Ce
Prince toûjours rempli de bonté
pour ceux qui le fervent bien,
fe trouvant maître d'un Guidon .
288 MARCURE
qu'il avoit acheté autrefois
44000. francs pour en gratifier
un ancien Officier , il lui en affura
14000. & donna le furplus
à Mr de Trehans .
Mr le Comte d'Auger Exempt
des Gardes du corps , a efté fait
Major General de la Gendarmerie
; il eft d'une tres - ancienne
Maiſon originaire de Bretane
, & divifée en plufieurs branches
établies en Normandie &
dans le Perche . Il s'eft diftingué
dans toutes les occafions où
il s'eft trouvé , & particulierement
à Steinkerque ; fon frere
aîné eft Chef de Brigade dans
les Gardes du Corps . Feu Mr
le Comte d'Auger eft mort
Lieutenant General des Armées
du Roy.
Le
GALANT 289
Le Garçon Major a eſté
élevé à l'Aidemajorité ; tous les
Officiers de la Gendarmerie
ont rendu de fi grands temoignages
de fa valeur & de fa bonne
conduite , que Sa Majesté
s'eft determinée en fa faveur .
Le Roy a donné le Gouvernement
de Lanion en baffe Bre.
tagne à Mrdu Planty Exempt
des Gardes du Corps de la Com.
pagnie de Noailles : il eft de
la Maifon de Boifleve establie
en Anjou & en Bretagne Cette
Maiſon a donné des Lieutenans
Generaux au Prefidial
d'Angers & des Confeillers au
Parlement de Rennes , Mr l'Ab .
bé de Boifleve eft aujourd'hui
Confeiller Clerc au même Parlement
. Mr du Planui a donné
Aouft 1708. B b
290 MERCURE
des preuves de fa valeur dans
toutes les occafions où il s'eſt
trouvé : il eut un coup de moufà
l'affaire d'Eckeren , où
commandoit Mr le Marechal de
Bouflers .
quer
Lanion, Elaniónum en Latin, eft
une petite ville fituée vers la
Cofte de la Manche, au Dioceſe
de Trégu er en baffe Bretagne.
2
Le 23. Juillet Meffieurs les
Administrateurs de l'Hôpital
general de Tours , aïant à leur
tefte Mr Girault leur Prefident
& Treforier de France , homme
diftingué par la probité & par
fa vertu , firent celebrer un Service
folemnel dans l'Eglife de
cet Hôpital pour feue Me la
Marquife de Raffilly , en confideration
de la protection dont
1
GALANT 291
Mr le Marquis de Razilly fon
fils Lieutenant General pour le
Roy en Touraine , & Sous Gou
verneur de Meffeigneurs les
Princes a toûjours honoré cette
Maiſon . Toute la famille , qui
Left unedes plus diftinguées de la
Province , & plufieurs perfonn
de qualité fe trouverent à
ce Service où Mr l'Abbé de
Vallois , Parent de Mr le Marquis
de Rafilly , & nommé à
l'Abbaye de Monftierneuf , officia
folemnellement.
En vous parlant dans ma derniereLettre
du changement des
Intendans , la reffemblance des
noms a été cauſe que j'ay fait Mr
Rouillé de Marbeuf , Prefident
honoraire au grandConſeil , & M²
Rouillé , Confeiller de la pre-
•
Bb ij
;
292 MERCORE
miere Chambre des Requeſtes ,
parens de Mr Rouillé de Fontaine-
Guerin , quoy qu'il n'y ait
aucune parènté entr'eux .
J'ay dit auffi dans le même
Article que Mr Turgot , nommé
à l'Intendance d'Auvergne ,
eftoit neveu de Mr l'Abbé Tur .
got , Aumônier du Roy , & de
Me d'Aligre , quoy qu'il foit
frere de l'un & de l'autre .
.
Mr de Martangis qui va à
l'Intendance de Bourges , eft fils
de Mr de Martangis , ci- devant
Ambaffadeur en Dannemarck.
Sa mere n'est point
foeur de Mr Turgot de S. Clair ;
mais fille de Mr Daurat , mort
Doyen du Parlement Cependant
comme elle eftoit veuve
de Mr. Turgot , pere de l'InGALANT
293
tendant de Touraine , lorfqu'elle
époufa Mr de Martangis , le
nom de Turgot qu'elle portoit
a donné lieu à la méprile que
l'on a faite.
Comme j'ay toûjours fuivi
pas à pas S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , dans toutes les
Relations qui fe trouvent dans
més Lettres depuis que ce Prin
ce eft parti pour se rendre en
Efpagne , je tâcheray autant
qu'il me fera poffible de ne le
pas perdre de vûë un feul jour
dans toutes mes Lettres qui fuivront
celles dans lesquelles je
vous ay parlé de luy Je l'ay laiffé
au Te Deum que l'on chanta
à Tortofe le 19. du mois paffé ,
pour rendre graces à Dieu de
la prife de cette importante
Bij
294 MERCURY
Place. Voyons tous les mouvemens
de ce Prince depuis ce
temps - là , & ceux de toute fon
armée ,
Le 20. S. A. R. après avoi
mis fix Bataillons en garnifor
dans Tortofe , fit partir une par
tie de l'Armée qui occupoit le
Camp qu'il avoit formé prés de
cette Place pour aller camper
à Tibens , & l'Artillerie fut em.
barquée fur l'Ebro pour eftre
conduite à Miravet , & de là à
Cafpé . Mr le Chevalier d'Asfeld
retourna dans le Royaume
de Valence , avec les Troupes
qu'il en avoit amenées , & que
n renforça de quelques Regimens
.
Le 21. S. A. R , partit avec un
grand Corps de Cavalerie, pour
GALANT 295
fe rendre au Camp de Tibens .
Le 22. elle continua fa marche
avec toute l'Armée , & alla
camper à Benifalet .
Le 23 Mr de Heffy , Lieute
nant general , fut envoyé avec
un détachement
, pour occuper
des défilez , dont l'un eft nommé
le Pas de l'Afue.
Le 24. l'Armée s'arrefta quel
que temps pour laiffer repofer
les Troupes , & pour leur délivrer
beaucoup de chofes dont
elles avoient befoin dans leur
marche.
Le 25. l'Armée continua fa
marche : Mr de Heffy comman
doit l'avant - garde. Son A. R.
marcha le même jour , & Mr de
Silly qui commandoit l'arrieregarde
, efcortoit en même temps.
B iiij
296 MERCUKK
les Barques qui remontoient
l'Ebro. L'Armée alla camper ce
jour là à Binevra , d'où elle
continua fa marche au Camp
de Lerida .
។
Lei Aouft , l'Infanterie parti
du Camp de Lerida à dix
heures du foir , & elle marcha
toute la nuit pour éviter la
grande chaleur .
Le 2
2. S. A. R. partit de ce
même Camp à quatre heures du
matin avec la Cavalerie , & alla
joindre l'Infanterie au Camp
de Termens fur la Segre prés
de Balaguer .
L'armée fejournale 3 .
à caufe
qu'on fuc obligé d'envoyer
reconnoître les lieux où l'on
pourroit trouver de l'eau. Le
foir du même jour l'Infanterie
GALANI 297
partit pour aller camper à Mongav
fur le Sio.
S. A R. partit le 4 à trois
heures du matin avec la Cavale .
rie , & alla joindre l'Infanterie
qui eftoit campée ſur le bord du .
Sio qui eftoit fort fec , à la referve
de quelques endroits creux
où il eftoit resté de l'eau . Il y a
des Relations qui portent que
les Terres ayant un grand befoin
d'eau , à caufe de l'extrême
fechereffe , les Payfans avoient
fait des rigoles pour y faire répandre
l'eau .
Les. quoyque la difette d'eau
fit fouffrir ; on ne laiffa pas d'y
fejourner . S. A. R. monta ce
jour - là à cheval avec une efcorte
pour aller reconnoître le
Camp d'Agramunte . Mr d'Ef208
MERCURE
1
tain y arriva en même temps
avec fa Cavalerie , & aprit à S.
A. R, qu'il avoit eu avis que
le
fils de Mr le Marquis de las Minas
avoit ordre de venir s'emparer
de ce Camp avec 2500 .
chevaux & 6. pieces de canon,
& que Mr de Staremberg devoit
le fuivre avec toutes fes
Troupes. S A, R. retourna à
fon Camp , aprés avoir donné
ordre au Comte d'Eftain d'envoyer
reconnoîre les environs
du Sio pour fçavoir fi l'on pour
roit trouver moyen de faire des
retenues d'eau du Sio qui couloit
en cet endroit , mais fi peu
qu'à peine pouvoit on s'en appercevoir.
Le 6. à cinq heures du matin
Mrd'Eftain envoya dire à S. A.
GALANT 204
R. qu'il croyoit qu'en faifane
des puits au bord du ruiffeau ,
on pourroit avoir de l'eau fuffi
famment pour quelque temps ;
ce qui détermina ce Prince à
partir fur les huit heures avec
toute l'armée qui marcha fur
quatre colonnes le long du ruiffeau
, ayant lieu de croire , fuivant
ce que Mr d'Eftain luy avoit
mandé qu'il pourroit demeurer
dans ce Camp autant de
temps qu'il jugeroit à propos
d'y refter. Les Ennemis n'étoient
qu'à quatre lieues de ce
Camp , & fuivant le rapport de
leurs deferteurs dont il eftoit
venu plus de 60. depuis deux
jours ils raffembloient toutes
leurs troupes à deffein de venir
attaquer l'armée de S. A. R.
300 MERCURE
ce qui fic plaifir à toute l'armée
qui eftoit perfuadée que S A.
R. fouhaitoit de trouver une occafion
qui puft être decifive)
quoyque la prudence l'empechât
de découvrir fes fentimens.
Son armée est de 36. Bataillons ,
& de 70 , Efcadrons . On croïolt
alors felon le rapport des deferteurs
que les Ennemis avoient
66. Efcadrons , & que leur Infanterie
eftoit inferieure à celle
de S. A. R. qui reçût un Courrier
, par lequel Elle aprit que
l'on avoit revoqué l'ordre que
ce Prince avoit reçû quelque
temps auparavant d'envover 15.
Efcadrons à Mr le Maréchal de
Villars. al
On peut dire que l'on eftoit
alors dans la veritable Catalo
#GALANT 301
gne puifque l'on eftoit à douze
lieues de Barcelone , dans la
plaine d'Urgel . On pourroit
donner le nom de Montagne à
un côté de cette plaine .
Le 8. Mr de Carillo qui avoit
efté detaché pour aller couper
les retenues d'eau qu'on avoit
faites du Sio pour mettre dans
la Campagne , trouva quelques
Troupes de Cavalerie qu'il
pouffa ; mais qui ayant efté join-
Les par d'autres , le repoufferent
à leur tour juſqu'à ce qu'il
eut rencontré Mrs de Vigneau
& de Zerézeda qui eftoient à
la Guerre avec dix Troupes de
Cavalerie qui luy firent rechaffer
les Ennemis ; il s'en fallur
meme peu qu'ils ne priffent le
Commandant & quelques Offi302
MERCURE
ciers qui fe rafraichiffoient dans
un village d'où ils furent obligez
de le retirer avec precipi-
&tation on leur prit feulement
trois ou quatre chevaux de main,
& l'on fit quelques prifonniers
qui rapporterent que toute leur
Armée marchoit à deffein de
donner bataille .
Le 9. il vint fix deferteurs
qui rapporterent que le quartier
des Ennemis eftoit marqué
à Servere ; le foir quelques Payfans
donnerent avis qu'une partie
de leurs Troupes avoient
débuché le défilé , & comme
ce n'eftoit qu'à quatre lieuës
du Camp S. A R. envoya toute
la nuit des partis en Campagne
, on diftribua de la pou
dre & des bales aux foldats , &
GALANT 303
on s'attendoit de les voir paroître
à la pointe du jours u
Le 10. au matin S. A. R. fit
battre la Generale , & monta
à cheval pour aller reconnoiftre
les endroits propres pour un
Champ de Bataille aux environs
de fon Camp ; mais on apprit
que les Ennemis n'avoient fait
aucun mouvement , ce qui fut
caufe qu'on envoya au fourage
à deux heures aprés midy , ils
firentune décharge de jo . coups
de canon que l'on entendit fans
en fçavoir la raiſon .
Les deferteurs qui vinrent le
11 au matin rapporterent que
c'eftoit pour décharger & flamber
leur canon dont ils avoient
16. pieces ; celuy que S. A. R.
attendoit éſtoit arrivé depuis
304 MERAURB
deux jours , & Elle avoit reçû
le to au foir deux Eſcadrons de
Courtebonne venus de Bala
guer , Elle en attendoit le 11.
trois de Bouville & trois Efpagnols.
Sur l'avis qu'on cur que
les Ennemis avoient débouché ,
& qu'ils s'avançoient du côté
de Belpuche , S. A. R. monta à
cheval pour les y aller reconnoiftre,
& Elle ne trouva qu'un
Paylan qui venoit de leur Armée
, & qui dit à ce Prince
qu'ils eftoient encore à Servere
au delà du, défilé qu'ils avoient
feulement fait paffer à fix Bataillons
qui estoient campez fur
la hauteur pour leur fervir d'avant
garde , & qu'ils attendoient
encore cinq ou fix Efcadrons
qui venoient du LamGALANT
305
pourdan . On ne fçavoit pas à
quoy tout cela devoit aboutir 3
mais on eftoit perfuadé que s'ils
débouchoient en Plaine , il y
auroit certainement un combar.
On ne manquoit point d'eau au
Camp , S. A. R. ayant fait faire
tous les travaux neceſſaires
pour en avoir.
Je crois devoir ajoûter icy la
Relation fuivante.
Au Camp d'Agramunte le 11.
Aouft.
S. A. R. eft toûjours dans un
mouvement continuel pour obferver
ceux des Ennemis qui font camper
à Servere , qui eft à trois lieues de
noftre Camp ; nous avons crû qu'ils
viendroient nous attaquer ce matin ,
Aouſt 1708.
Cc
306 MERCURE
eftant plus forts en Cavalerie que
nous ; nous fommes dans un fort bon
Camp & nous avons plus d'Infanterie
qu'eux , ce quifait que nous
les attendons de pied ferme Il
vient d'arriver trois defertears qui
difenc qu'ils fe retranchent dans
Leur Camp , & que l'Archiduc doit
arriver cesjours- cy pour nous livrer
combat à la reste de fon Armée ; je
nedoute point que nous ne les bat.
tions , s'ils en font la folie.
Pendant que l'Armée de Son
Altefle Royale fe repofera , ou
du moins qu'elle attendra les
les ennemis , dans la pensée de
les bien recevoir , voyons les
mouvemens de celle de Mrle
Maréchal de Villars qui a toujours
efté en mouvement depuis
que les Ennemis ont comGALANT
307
&
+
mencé à faire connoître de quel
côré ils avoient refolu de diriger
leur marche , mais avant
que de paffer outre , voyons
l'état des Troupes avec lefquelles
il marche aux Ennemis ,
du nombredefquelles ne font pas
onze Bataillons qui font fous les
ordres de Mr le Comte de Medavy
& quelque Cavalerie
ric & Dragons qui font dans
quelques poftes .
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée commandée par
Mr le Maréchal de Villars.
Mr le Maréchal de Villars .
LIEUTENANTS GENERAUX,
Mellieurs ,
De Chemerault.
Ccij
308 MERCURE
HER Le Comte de Villars.
Officiers Generaux de la droite.
LIEUTENANS GENERAUX.
Meffieurs
D'Artagnan.
Dillon .
Officiers Generaux de la gauche..
Melieurs ,
De Thouy , Lieutenant General.
De Toralba , Maréchal de Camp.
PREMIERE LIGNE.
Mr le Guerchois , Brigadier,
INFANTERIE.
La Marine ,
Flandre ,
La Feüillade
Mr du Montet , Brig.
( Beauvoifis ,
Tournaifis
Bat.
3 .
2
22
GALANT 309
Vivarez ,
Dauphiné ,
de .
Brig.
Mr de
Mirabeau ,
La Marche,
Ponthieu ,
Cottentin
·6
Mr Cadrieux , Brig.
Bourgogne ,
Breffe ,
Baffigny ,
Gaftinois ,
6
Mr de Mauleyrier , Brig.
Bugey ,
Beaujolois
103
Forez
Anjou ,
7.
310 MERCURE
Officiers Generaux du Centre
de la feconde Ligne.hoops!
Melieurs ,
De S.Pater, Lieutenant General.
Le Comte de Teffé , Maréchal
de Camp.
Officiers Generaux de la droite.
Meffieurs
De Sailly , Lieutenant General.
De Muret , Marechal de camp.
Officiers Generaux de la
gauche .
Melieurs
D'Aubeterre , Lieutenant General.
*De Carraccioli , Maréchal de
Camp.
SECONDE LIGNE .
Mr de Sanzay , Brigadier.
Bretagne ,
Bat
GALANT 31
Cambrefis
Sanzay ,
6 .
Mr de Barville , Brigadier.
Caftellas ,
Soiffonnois , 2..
Mr de Croy , Brigadier.
Helly ,
Quercy ,
Croy a
3..
1 .
1.
Mr de Broglio , Brigadier.
D'Elgrigny ,
Vexin ,
Ile de France
La Sarre ,
Royal Artillerie,
6.
I.
Fufelliers de Montagnes, 1.
312 MERCURE
C
CAVALERIE.
Mr de Mongon , Lieutenant
General.
Manierres ,
Fourbin ,
Efca drons.
24
DRAGON S.
Dauphin ,
Fimarcon ,
3:
3.
10.
Dans le temps que l'allarme
eftoit la plus forte dans le
Dauphiné
, & que les perfonnes
les plus confiderables
de
Grenoble
vouloient
en faire
tranfporter
leurs effets , Mr de
Berulle, premier
Preſident
, fit
GALANT 313
paroiftre une fermeté qui raffura
tout le monde . Il declara
qu'il ne vouloit faire fortir de
la Ville aucuns de les effets , &
fçachant quelques jours aprés
qu'on le foupçonnoit d'en avoir
fait fortir fa vaiffelle d'argent ,
il donna un grand repas aux
principales perfonnes de la Ville
, dans lequel on vit paroistre
toute cette vaiffelle. Il avoit
eu foin auffi de faire tendre
dans tous les appartemens
de fon Hoftel , fes meubles
les plus precieux.
•
Vous avez déja fçu quelques
entrepriſes manquées par Monfieur
le Duc de Savoye Je dois
ajoûter icy , qu'il avoit refolu
de couper ce que l'on appelle
la petite Route , entre Grenoble
Aouft 1708.
Dd
314 MERCURE
& Briançon de laiffer par ce
moyen Briançon derriere luy ;
de prendre Embrun qui eft fans
deffenſe ; & de laiffer bloquez
non feulement Exilles & Fenef
trelles ; mais auffi Briançon &
Mont - Dauphin , ce qui feroit
arrivé fi on cut feulement perdu
un moment de temps . Ainfi l'on
peut dire que Monfieur de Savoye
ayant manqué l'execution
de ce dernier projet , avoit fait
marcher fes Troupes inutilement
par quatre Cols.
Voicy les premieres nouvelles
de l'action du 11. de la maniere
qu'elles ont efté apportées.
GALANT 315
Des Hauteurs au deffus de Sezanne
prés Saint Sicaire ,
le 12. Aouft ..
Monfieur le Maréchal de Villars
fit attaquer hier Sezanne
dont les Ennemis eftoient les maîtres,
& avoient pouffé des détachemens
à la defcente du Mont-
Genevre. Mr de Muret avec
treize Compagnies de Grenadiers ,
fix cens cinquante Fufeliers
defcendit du Mont- Genevre par
chemin de la droite , & Mr le
Guerchois avec un pareil nombre ,
par le grand chemin fur Sezanne.
Les détachemens des Ennemis
le
Ddij
316 MERCURE
eftoient d'environ quinze cens
hommes qui furent pouſſez jufques
à Sezanne , où nos Troupes
entrerent pefle - mefle avec eux.
Mr le Guerchois s'y établit , &
Mr de Muret s'empara des hauteurs
voisines. Mr de Thouy qui
eftoit de jour , commandoit cette
attaque. Ila eufes deux Aides de
Camp bleffez. Nous avons perdu
environ trente hommes , & les
ennemis plus de trois cens . Ily a
trois ou quatre Officiers bleßez.
Les nouvelles qui font venuës
enfuite font plus étenduës , &
portent ce qui fuit.
GALANT 317
Au Camp de Saint Sicaire le
12. Aouſt.
Nous avons fait une diligence
furprenante depuis noftre départ de
Barraux ; nous arrivâmes avanthyer
au Mont- Genevre que l'on fit
occuper d'abord par 1200 hommes
commandez par Mr de Muret foùtenu
par les 12. Bataillons qu'avoit
Mr d'Artaignan , & Mr le Ma ·
réchal reconnut le même jour l'Armée
ennemie campée fur les hauteurs
de Sezane , ayant de gros détachemens
fur des Plateaux au pied des
Montagnes pourretarder noftre marche
; en même temps Mr le Maréchal
refolut de les attaquer & d'em
porter les deux Villes de Sezane.
On commanda 2600. hommes moi~
Dd iij
318 MERCURE
lié Grenadiers commandez par Mrs
de Muret & de Guerchois , Briga
diers d'Infanterie , avec Mrs d'Autré
Pajot de Villeperault , Colonels
de la Stare & de Beauvoifis;
l'on marcha par les deux routes qui
defcendent du Mont -Genevre , les
Troupes également partagées ; nous
trouvâmes 7. a 800. des Ennemis
en decà de Sezane qui foûtinrent
noftre feu avec beaucoup de fermetés
l'actionfut tres- vive ; Mr de Guerchois
ayant efté arrefté une demiebeure
plus qu'on ne croyoit par des
chemins que les Ennemis avoient
rompus , arriva lorfqu'ils commençoient
à fe retirer dans les deux
Villes de Sezane. Pendant ce temps
Là les Ennemis defcendoient en Bataille
, & trois de leurs Bataillons
vinrent àla portée du piſtolet de SeGALANT
319
;
fane fur des hauteurs qui dominent
les deux Villes qui font fermées de
murailles bien crenelèes. Mr de Savoye
qui avoit couché cette même
nuit dans Sezane , eftoit à la tefte
defes Troupes les Camps de Chan
Las & de Seftrieres defcendirent ; ce ~
pendant nos Troupes avec une intrepidité
que l'on ne peut trop louer,
Pafferent la Doire & forcerent les
Troupes qui s'eltoient retirées dans
les deux Villes ; le feu a efté tresvifs
nos Grenadiers n'ont point fait
de quartier, Mr le Maréchal fe loue
fort de Mrde Thouy , Lieutenant general
dejour , qui a efté dans le plus
grand feu auffi bien que de Mvs de
Muret& de Guerchois , de Mr d Autré
Colonel de la Sarre , de Mr Pajot
de Villeperault , & en un mot
de tout ce qui a efté à cette action ,
Dd iiij
320 MERCURE
Officiers & Soldats , tout le monde
ayantparfaitement bien fait.
Ceux qui connoient ce pofte feront
furpris que l'on ait emporté ces
deux Villes protegées d'une partie
de l'Armée ennemie , Mr de Savoye
eftant à la tefte. Nous marchons
dans ce momentpour fuivre les Ennemis
qui nous ont abandonné tous
Les Camps qu'ils tenoient byer.
Je dois ajoûter icy une action
qui merite d'eftre remarquée, &
dont quelques lettres ont parlé
Lorfque les Ennemis le voyant
pourſuivis de fort prés , le jetterent
dans Sezane , & qu'ils
eurent levé le Pont - levis aprés
cux , un Lieutenant de la vieil -
le Marine , découvrant à la mu
raille de cette Ville , une bréche
à la hauteur de 7 à 8. pieds,
GALANT 321
s'y jetta à la teſte de vingt fol
dats , & alla baiffer le Pont - levis
, & ouvrir à nos Troupes
une porte de cette Ville , ce qui
en facilita la priſe .
Je crois devoir fuivre l'ordre
des dattes dans les Relations
que je vous envoye ; vous trouverez
dans celle qui fuit , quelques
faits qui font auffi dans
la precedente ; mais avec des
circonftances differentes , &
d'ailleurs ayant efté écrite fix
jours plus tard , vous y trouverez
des chofes nouvelles .
Du Camp du Puiy de Pragelas
le 8. Aouft.
Sur les nouvelles qu'eut Mr le Marechal
de Villars que les Ennemis ,
ja
322 MERCURE
au lieude continuer leur marche par
laTarentaiſe & de prendre le chemin
du Rhone , comme ily avoit
Lieu de l'apprehender , avoient paſſe
le col de la Rouë ; il fit avancer Mr
de Medavi avec le Corps de troupes
qu'il commandoit & il le fuivit
´de prés avec l'armée qui eftoit aux
environs de Barraux.
Toutes ces Troupes prirent le chemin
de faint Jean de Maurienne ,
où Mr le Marechal laiſſa Mr de
Medavy avec un Corps de douze Bataillons
& deux Regimens de Dragons.
Il marcha avec le refte de
de l'arméepar le Col du Galibie ,
&fe rendit le 11 au Mont- Genevre
avec 55. Bataillons 3.2 . Regimens
de Dragons & un de Cavalerie.
Lemêmejour ilfit attaquer Seza
ne avec 25. Compagnies de Grena -
GALANT 323
diers & 1300. hommes detachezfou
tenus de 12. Bataillons ; il fe rendit.
maitre de ce pofte après deux heures
de combat ; ilconfifte en deux villagesfermez
de murailles crenellées &
affez hautes & un pont entre deux,
qui donne un paffage fur la Doire.
Les Ennemis avoient avancé de
großes gardes & des Grenadiers entre
le Mont Genevre & ce pofte , qui
furent forcées & fuivies de fi prés
dans ce poffe que nos Troupes y entrerentpelle
- meße , & l'emporterent
malgre 26. Bataillons qui eftoient
fur leshauteursde faint Sicaire pour
les foutenir.
Le même jour une partie de l'armee
vint camper à Sezanne & le
lendemain à faint Sicaire , que les
ennemis avoient abandonné; le refte
de l'armée qui avoit campé à Mont
324 MERCURE
Genevre , s'avança à Sefanne.
Nous apprimes que les Ennemis fe
retiroient engrande diligence du côté
de Pragelas & de celuy d'Exiles
que nous avions d'autant plus d'efperance
de fecourir que l'épouvante
eftoit grande parmi les Ennemis .
qu'ils ne le battoient que depuis
deux jours.
Mrle Marquis de Thoüy Lieutenant
General de jour , commandoit
l'attaque de Sezanne , ayant fous
luy Mrs de Muret & de Guerchois
Brigadiers , Mrs d'Autre & Pajot
Colonels& M's de Baucorroy & du
Barry Lieutenants Colonels ; Mrle
Marechaly eftoit prefent.
Le
13. Parmée
marcha
far
deux
colonnes
vint
camper
occupant
les
bauteurs
d'Oulx
tirant
vers
le Col
de
Bourget
, Mr
de
Villars
eut
le
GALANT 325
foir la douleur d'apprendre qu'Exiles
s'eftoit rendu , quoyqu'il n'y eut
point de brechefaite . Il marcha le
14 avec un gros détachement fur les
hauteurs entre Exiles Salbertrand
où la nouvelle de la prife de
cette place luy fut confirmée.
Ze 15. ce Marechal marcha avec
les Brigades de la Marine , de .
Beauvoifis , de Mirabeau , de
Bretagne & de Caftelas , fur les
hauteurs de cette place & col d'Argueuil
d'où il chaffa les Ennemis.
Son deffein eftoit de fe rendre maiftre
du col de la Vallette pour attaquer
enfuite celuy de Faciere & de la Feneftre
, par ce moyen obliger le
Corps des Ennemis qui eftoit a Balbottet
Ußeaux de fe retirer ; mais
Les Ennemis occuperent avec tant de
troupes le col de la Vallette qu'il ne
326 MERCURE
futpaspolible d'en tenter l'attaque;
ilfitretirerMrde Guerchois & M
le Chevalier de Givry qui eftoient
à l'avantgarde avec 500. Grenadiers
& 500 Fufiliers. Il vint cam
per as Puy de Pragelas le 16.
Mr de Givryfut encore detaché
avec 500. Grenadiers & 500. Fu
filiers pour aller occuper le Col
d'Abbergean , en cas que les Ennemis
ne l'occupaffentpas avec de trop
grandesforces.
La nuit du 16. au 17. la
Brigade
de Caftelas marcha pour lefoutenir;
on y trouva les Ennemis avec de
tres grandes forces . Mr le Marechaly
marcha hier luy- même pour le
faire attaquer ; mais il ne trouva
pas la chofe faifable à caufe de la
bonté du Pofte.
Mr de Thoüy eft aux fauze d'Oulx
GALANT 327
avec les Brigades d'Anjou & de la
Sarre, de la Cavalerie & des Dra.
gons ; la Brigade de Bourgogne nous
joignit hier.
La Relation qui fuit , quoyque
de plus fraiche datte que les autres
, ne laiffe pas que de reprendre
les chofes de plus haut ;
& elle décrit quelques marches
de Mr le Duc de Savoye , dont
les autres n'ont point parlé.
Vousus y trouverez encore l'affaire
des deux Sefanes : mais
encore differemment expliquée.
Ainfi toutes ces Relations
doivent avoir la grace de la
nouveauté .
328 MERCURE
Au Camp du Puy le 19 .
Aouft .
Monfieur le Duc de Savoye ,
comme vous fçavez, ayant pris
le chemin du Mont- Cenis & de
la
Savoye ,porta
la terreur
dans
la Breffe
& dans
le Lyonnois
;
on craignit
auffi
pour
le Dauphi
né , & Mr
le Maréchal
de Villars
jugea
à propos
, avec
raison
,
de faire
un Camp
fous
Barraux
;
mais
le deffein
de Mr
de Savoye
eftant
de le faire
fortir
du Briançonnois
, marcha
au Col de la Ronë
qui
est unpaffage
horrible
dans
les
GALANT 329
Montagnes , entre la Vallée de
Modane en Sa- Bardonnache ,
voye; ilyfitpaffer environ 15000 .
hommes qui s'emparerent des Cols ;
de l'Efchel , du Mont -Genevre ,
de la Vachette , & de Serviere
fans aucune peine , & il fit rebrouffer
le refte de fes Troupespar
le Mont- Cenis ; il refolut enfuite.
d'attaquer Briançon , & ilfit pour
cet effet tater le Col de Galibié
prés du Lautareft où Mr d' Artagnan
fe trouva , & qui le repousfa
; fi Mr de Savoye s'en eftoit
avife plutôt , il n'y avoit perfonne
, & nous n'aurions pû en évila
perte , ne pouvant y aller
Aouſt 1708.
Ee
ter
330
MERCURE
par lapetite route , & il luy auroit
e fté facile de couper le chemin
de la grande , eftant maiſtre
de Serviere & des Hauteurs.;.
Fortifications de cette Place n'étant
pas achevées. Ce coup eftant
paré, Monfieur de Savoye décamde
la Vachette ,
les
pa
de Servie
res , brûla le Mont-Genevre &ſe
jetta à Sezanne. Mr le Maréchal
marcha continuellement &fa tefte
eftant arrivée à Briançon , nous
marchames avec douze Bataillons
à la Vachette. Nous allâmes le
lendemain camper au Mont - Genevé
, & nous chaẞâmes leurs
gardes des hauteurs & des défilez.
GALANT 331
Le jour fuivant nous allâmes attaquer
Sezanne , qui fut emporté
l'épée à la main ; on ne vouloit
que Sezanne d'en- deçà la riviere;
mais l'ardeur des Troupes la leur
fit paßer, elles entrerent avec
les ennemis de l'autre cofté. Ces
deux Places font fortifiées d'une
bonne muraille baftionnée & crenelée.
Monfieur
de Savoye qui
eftoit avec cinq ou fix mille hommes
fur la hauteur voyoit fort
impatiemment ce qui fe paffoit.
Comme nous n'avions que les dou-
Ze Bataillons de l'avant -garde
quinze cens hommes détachez
nous n'eftions pas affez forts pour
Ecij
332 MERCURE
aller à luy . Il décampa dés que la
nuit parut , & iljetta fes Troupes
au Col de la Feneftre , & à Uf
feau prés de Feneftrelles. Le refte
de noftre Armée arriva la nuit
& le lendemain ; dés qu'elle fut
arrivée nous nous mêmes en chemin
pour aller à Exilles . Les Ennemis
abandonnerent Oulx , où ils
avoient douze mille hommes ,
rompirent les Ponts &fe joignirent
au gros à Exiles ; dés que
nous fúmes à Oulx , nous apprî-
Exiles venoit de fe renmes
que
P
dre fans bréche &fans qu'on eut
ouvert la tranchée , n'ayant efté
trois jours & demy. battu
que
GALANT 333
Comme dans ces montagnes l' Armée
& les équipages paffent par
le même chemin , nous attendimes
le reste de l'armée ; & le
jour fuivant nous gagnâmes par
le Col de Plane la hauteur &
le terrain qui va aux cols de
de la Fenêtre pour fecourir Feneftrelle
mais nous trouvâmes
Le Col de Fabier, pofte inacceffible
en deçà du Col de la Feneftre occupé
, nous vimes arriver
l'Armée de Monfieur de Savoye
" Uffeau, à Barbofet, & au Cols
qui font des poftes impenetrables.
Mr le Maréchal fit paſſer mille
Grenadiers on Volontaires par un
:
334 MERCURE
endroit où jamais Troupes n'avoient
passé pour tomber fur les
hauteurs fur les derrieres de Feneftrelles.
Mais les Ennemis y
afriverent une heure avant nous.
On fit feu fur eux , & on leur
tua ou blessa environ cent hommes
; mais ils s'emparerent de la
hauteur , & s'y retrancherent
fur le champ. Mr de Muret qui
avoit marché avec une Brigade,
& Mr le Maréchal enfuite
trouverent qu'il étoit impoffible
d'en chaffer les Ennemis.
On ouvrit avant hier la Tranchée
devant Feneftrelles , &
nous en fommes à une lieuë ن م&
GALANT 335
demiefans pouvoir le fecourir.
Ce n'eft pas la faute de Mr le
Maréchal de Villars , qui a fait
toute la diligence poffible pour fe
courir Exiles ; mais bien celle de
celuy qui commandoit dans cette
Place , dont la perte entraîne celle
de l'autre.
Je dois en vous parlant de Mr
le Maréchal de Villars , vous
entretenir d'une Thefe qui
vient de lui être dediée , &
dans laquelle le Doyen de la
Faculté des Ecoles de Droit
& le foûtenant ont fait l'éloge
de ce Maréchal . Cette Theſe
eft celle de Licence , & elle a
efté foûteuë par Mr Rouffet ,
Avocat au Parlement , fils de
336 MERCURE
1
Mr Rouffer ancien Echevin de
la ville de Melun , & Bailly du
Duché de Villars.
L'ouverture de cette Theſe
fe fit à quatre heures aprés midi
par l'expofé des matieres qui
luy étoient échûës au fort . Pour
le droit Canonique , qui eftoit
le titre des Appellations , il en
fit connoître la neceffité & les
regles ; il prouva auffi avec
combien de fageffe les Jurif
confultes avoient interdit le
mariage aux Tuteurs avec leurs
pupilles , & il en rapporta toutes
les raifons ; c'étoit le titre "
du Droit civil : Il ajouta que
Selon la Coutume introduite en la
Faculté , il avoit efté obligé d'expliquer
ces chofes avant d'entrer
dans les queftious de la Thefe qu'il
avoit
GALANT 337
avoit l'honneur de défendre fous les
beureufes aufpices de Monfieur le
Maréchal Duc de Villars , Vicomte
de Melun , Chevalier des
Ordres du Roy, & General de fes
Armées , dont les actions éclatantes
eftoientfi extraordinaires , qu'il
ofoit avouer publiquement que le
temps de fa difpute eftoit trop court ,
& les forces de fon art trop foibles.
porles rapporter comme elles le meritoie
t. L'Affemblée fut auffi
illuftre que nombreuſe .
Doyen de la Faculté , qui difputa
aprés le Preſident , dit à l'ouverture
de fon difcours , que le
Graveur , quoiquefort habile , s'étoit
trompé ; qu'il avoit dû peindre
Mars même , puifque Villars
dans l'Art militaire l'avoit cent
Le
fois égalé , pour ne pas dire ſurpaſſér
Aouft 1708 .
Ff
338 MERCURE
&les termes Latins dont il fefervit
exprimerent beaucoup mieux fa
penfees qué s'il s'eftoit fervi de nos
tre Langue. On fut fort content
des folutions du Soutenant , qui
fut reçû cinq ou fix jours aprés
au ferment
d'Avocat
par Mr
le premier Prefident , ayant efté
prefenté par Mr Nivelle , fa
meux Avocat.
Mr Rouffet écrivit une Lettre
fort éloquente à Mr le Maréchal
de Villars , fur la liberté
qu'il venoit de prendre de luy
dedier fes derniers travaux de
la Jurifprudence ; ce qui luy
donna ieu de faire un tres beau
Panegyrique de ce Duc , que je
vous envoyerois , fi je n'étois
obligé de paffer à d'autres articles
qui regardent les plus imGALANT
339
portantes
affaires du temps
,
Je dois vous entretenir du
grand démêlé qui eft aujour
d'huy entre le Pape & l'Empe
reur ; mais il feroit- mal aisé
que
tout ce que je vous en pourrois
dire vous fit connoître en quel
état il eft , & ce qui en peut refulter
, fans vous faire un plan
de la fituation où fe trouvent
prefentement toutes les Puif-
Tances d'Italie ,
Jamais le Royaume de Naples
ne s'eft vû dans un état plus
miferable qu'il y eft infenfiblement
tombé à la perſuaſion de
quelques traitres . Ils gagnerent
d'abord une partie du peuple,
aprés s'eftre attiré par quelque
argent , fecretement diftribué ,
les voix des plus mutins ; & cet-
Ff ij
340 MERCURE
te partie du peuple engagea
l'autre , qui connut bien qu'elle
n'eftoit pas en état de refifter
, & que la confpiration
pour enlever cette Couronne à
Philippe V. eftoit trop forte
pour s'y oppoſer avec fuccés,
mais aujourd'huy tout eft dans
la defolation en ce Royaume , à
l'exception des principaux traitres
qui s'enrichiffent aux dépens
du peuple , & même des
perfonnes les plus confiderables
de l'Etat.CeRoyaume a eu trois
Vice- Rois en une année qui
ont cru fe devoir autant enrichir
pendant le peu de temps ,
qu'ils ont eu l'autorité en main ,
que s'ils avoient gouverné pendant
plufieurs années & ce
Peuple a aujourd'huy le mal-
>
1
GALANT 341
heur de fe voir gouverné par un
Vice.Roy qui tiendroit mieux
fa place à la tefte d'une troupe
de Bandits qu'à la tefte de la
Nobleffe d'un Etat auffi confiderable
Ceux qui feront reflexion
fur quelques actions de
l'Abbé Grimani , ne trouveront
pas que j'en dife trop . Le peuple
de Naples ne s'eft pas plutôt vû
fous l'obeiffance de l'Empereur
, que la difette de bled
a commencé à le faire fouffrir.
On en a enfuite tiré des fommes
immenfes ; je dis immenfes ,
parce que fuivant l'ufage de la
Maifon d'Autriche , les droits
qui font les revenus d'un Etaṛ ,
font peu de chofe , quelques
grands qu'ils foient , en comparaifon
de ce que l'on en tire
Ff iij
342 MERCURE
continuellement , & de la maniere
que l'on en uſe , il ſemble
que ces revenus foient comptez
pour rien , puifque dés qu'il ar- ✨
rive quelque évenement heureux
ou malheureux fous la domination
de la Maifon d'Autriche
, les peuples font auffi - toft
taxez ; s'il s'agit d'un mariage ,
on demande auffi - toft ce qu'on
appelle Donnatifs , pour les frais
du mariage . S'il s'agit d'une
guerre , on fait la même chofe ;
ce que l'on continuë fuivant
tout ce qui arrive d'heureux &
de malheureux. Après avoir
épuifé les Napolitains , on leur
a fait voir qu'on n'avoit pas deffein
d'en demeurer là , puifque
l'on a voulu fçavoir à quoy pou
voient monter les revenus de
4.
GALANT
243
chaque famille , afin d'en tirer
de nouvelles fommes felon les
befoins de l'Empereur , qui doivent
eftre frequens . Et comme
on connoift bien que l'on a lieu
de craindre d'un peuple qui fe
trouve accablé de toutes manieres
, le Cardinal Grimani ,
qui fçait qu'il ne peut eſtre aimé
, parce qu'il eft trop connu ,
a cru qu'il ne pouvoit estre en
feureté , & qu'il ne pourroit
empêcher la revolte s'il n'obligeoir
tous les Habitans à remettre
leurs armes , ce qui les rend
inconfolables . Enfin ils fe trouvent
aujourd'huy , pour prix de
leur infidelité, prefque fans pain
& fans argent , ainfi que fans armes
pour deffendre leur vie ,
& leur liberté. Bel exemple
344 MARCURE
pour ceux qui manquent à la
fidelité de leurs legitimes Souverains
!
Si les Peuples du Milanez
n'ont pas efté traitez avec la
même rigueur , on ne les a pas
épargnez du coté de ce que les
Autrichiens appellent Donnatifs.
Ce nom eft d'autant plus
contraire à ce que l'on appelle
Don , que tout Don doit estre
volontaire , & non - impofé , &
exigé avec violence de ceux qui
ne payent pas affez promptement.
Les fommes que l'on en
a tirées , outre ce que le Pays
paye ordinairement pour les
Droits que ces Souverains en
tirent , font exorbitantes . Je ne
les repete point icy , puifque
les nouvelles imprimées en ont
GALANT 345
dont
efté toutes remplies . L'Archiducheffe
leur a coûté cher : &
& les Troupes de Sa Majesté
Imperiale ne leur ont pas moins
coûté. Il y a aujourd'huy de
grands chagrins & de grandes
plaintes dans cet Etat pour un
procedé affez nouveau ,
voicy le fait. Quelques perfonnes
que l'on croit avoir efté gagnées
pour avoir fait la propofition
qui chagrine aujourd'huy
plufieurs familles , propoferent
à quelques jeunes gens de l'Etat
, & à leurs parens , de former
une Compagnie de Gardes
pour fervir auprés de l'Archiducheffe
, pendant tout le temps
qu'elle demeureroit dans le Milanez
, & pour l'accompagner
jufqu'au lieu où elle s'embar346
MERCURE
queroit. Cette propofition fut
écoutée , parce que ceux qui la
firent donnerent lieu de croire
par leurs difcours que ceux qui
entreroient dans cette Compa
gnie , feroient plaifir à l'Empe
reur ; qu'il auroit de la confideration
pour eux ; qu'ils en obtiendroient
preferablement aux
autres , les Emplois qui viendroient
à vacquer , & comme il
ne s'agiffoit alors que de Feftes
& de Réjouiffances publiques ,
cette Compagnie fut bien - tolt
formée , & fervit auprés de l'Archiducheffe
. Elle partit enfin
accompagnée de cette brillante
Jeuneffe qui fongeoit plus à la
joye qu'à la guerre. Lorfque la
Princeffe fut arrivée dans le
lieu où elle devoit s'embarquer
GALANT
347
l'empreffement fut grand d'entrer
dans les Vaiffeaux pour les
voir , la plupart de cette jeunelle
n'ayant pas encore eu d'oc
cafion d'en voir de fi confiderables
; & l'on prit des meſures fi
juftes , qu'un jour que la Compagnie
fe trouva entiere fur les
Vaiffeaux , on leva l'ancre &
l'on fit voile . L'étonnement fut.
grand , & les plaintes furent
fouvent réiterées ; mais il fallut
fe laiffer conduire au vent , &
faire de neceflité vertu . Pendant
que la plus grande partie
de cette jeuneffe , fans équipages
, & fans vocation pour la
guerre , marquoit fon chagrin
& fa douleur , ceux à qui elle
touchoit le plus dans le Milanez
, ne fçavoient à qui adref348
MERCURE
fer leurs plaintes , & il s'en fallut
peu que quelques uns n'engagcaffent
le peuple à fe foûlever.
Enfin les chofes en font
demeurées là , & tout le Milanez
eft remply de Mécontens
qui ont beaucoup d'autres fu.
jets de fe plaindre . Philippe V.
avoit gagné les coeurs de ces
Peuples lorfqu'il paffa dans cet
Etat aprés fon avenement à la
Couronne , & plufieurs dirent à
haute voix , que s'il leur avoit
eftépermis de fe donner eux - mêmes
un Roy , ils n'en auroient pas choifi
d'autre . Ces peuples eftoient
auffi charmez du gouvernement
de Monfieur le Prince de Vaudemont
; le Roy qui le fçavoit ,
& qui d'ailleurs eftoit fort content
de ce Prince , avoit la bonté
GALANT 349
té de le leur laiffer . Ces peuples
fe trouvent aujourd'huy fous
une domination bien differente ,
& tous les Allemans qui font
chez eux ne fongent qu'à s'enrichir
, & leur donnent tous les
jours de nouveaux fujets de
plaintes qui ne font pas écou
tées . Toutes ces chofes doivent
faire juger de la ſituation où ſe
trouve l'Etat de Milan , & il y à
lieu de croire que s'il avoit occafion
de ſe revolter , il embraf,
feroit d'autant plutoft ce party ,
que ce que les Autrichiens appelleroient
Revolte , n'en feroit
pas une , & que ces Peuples ne
feroient que rentrer fous l'obéïffance
de leur legitime Souverain
.
Je paffe à ce qui regarde
Aoust 1708. Gg
350 MERCURE
Monfieur le Duc Parme , dont
la juftice des fujets de plaintes
qu'il a contre la Maiſon d'Autriche
, va au- delà de tout ce
que l'on peut s'imaginer . Ce
Prince a toûjours gardé une
exacte neutralité , & c'est tout
ce que la Maifon d'Autriche
pouvoit attendre de luy , puifqu'il
auroit pû l'embaraffer
s'il en avoit ufé autrement . Ce
pendant l'Empereur fe trouvant
en estat de faire ſentir à ce
Duc , des effets de fa colere , &
du procedé ordinaire aux Allemans
, luy a fait demander des
fommes qui excedoient fon pouvoir
. Et comme il ne fe trouvoit
pas en eftat de les fournir , il a
abandonné au pillage une partie
de l'Etat de Parme aux TrouGALANT
351
pes de Brandebourg , pour payement
de ce qui leur eftoit dû .
Il ne faut pas beaucoup de faits
femblables pour donner lieu de
croire que les peuples de cet
Etat mettront toûjours tout en
ufage pour éviter autant qu'ils
pourront de vivre fous la domi.
nation de l'Empereur , qui d'ail ,
leurs demande à Monfieur le
Duc de Parme , de prendre de
luy l'inveftiture de fes Etats , ce
qu'il ne peut faire avec juftice ,
puifqu'il n'appartient pas à Sa
Majesté Imperiale de la donner,
& qu'ils relevent du S. Siege .
La maniere dont l'Empereur
a traité Monfieur le Grand Duc
& la Republique de Genes ,
depuis qu'il a commencé à dominer
en Italie , eft fi imperieu-
Gg ij
352 MERCORE
fe & fi outrageante qu'il eft
furprenant que ces Puiffances
ayent pû avoir autant de moderation
que celle qu'elles ont fait
voir jufqu'aujourd'huy . S. M.
I. ne leur fait pas feulement
demander de temps en temps
des fommes exorbitantes , ainfi
qu'il a paru dans tous les Imprimez
publics , ce qui m'empêche
d'en faire icy un plus
grand détail ; mais elle leur a
auffi fouvent impofé des loix ,
& on ne leur dit rien de fa part
fans leur parler fur le même
ton que l'on ffeerrooiitt , fi ees Puiffances
eftoient foûmifes au Gou
vernement arbitraire de la Maifon
d'Autriche .
L'Empereur s'explique un peu
moins clairement avec la ReGALANT
353
publique de Venife ; mais il ne
laiffe pas neanmoins de faire affez
connoiftre que s'il s'eftoit
rendu maistre de toutes les Puiffances
d'Italie , felon le projet
qu'il en a formé , cette Republique
feroit obligée de fe foûmettre
à fon tour , puifqu'elle
feroit trop foible , fielle eftoit
feule à fe deffendre. Il n'eft pas
queſtion d'avoir de legitimes
droits lorfqu'on veut ufurper un
Etat. On fe brouille fur divers
pretextes ; on forme des fujets
de plaintes ; on déclare la guerre
; on fait valoir le droit de
conquefte ; on joüit fous ce titre
, & le plus fort le fait toûjours
valoir.
Toutes chofes eftant en Italie
dans l'état que vous vencz
G giij
354 MERCURE
de voir , l'Empereur a crû qu'il
pouvoit auffi attaquer le Pape
fous differens pretextes , qui
font plutoft voir fon ambition
demefurée , que la justice de fa
caufe. Il n'en n'eſt pas demeuré
au temporel de l'Eglife ; mais il
a attaqué l'Eglife même , en
faifant voir par le Manifefte
qu'il a fait publier , qu'il vouloit
luy ravir fes droits , & S. S.
voyant alors qu'elle avoit à deffendre
les interefts de l'Eglife ,
a fait voir une fermeté auffi
fainte qu'heroïque , & fe met
tous les jours de plus en plus
en état de deffendre le Patrimoine
de Saint Pierre , & de
la maniere dont ce Pontife pouf
fe les chofes , l'Empereur fera
bien toft fort embaraffé. Tout
GALANT 355
eft en mouvement pour concourir
à la deffenſe du Saint Siége ,
& toutes les Puiffances outra .
gées par l'Empereur , ainfi que
Vous venez de voir , doivent ,
fi elles veulent fauver l'Italie ,
& s'empêcher de tomber fous la
domination Autrichienne , conferver
entre- elles une parfaite
union , & travailler enſemble
à la confervation de leurs Etats
puifque pour peu
qu'elles fe defuniffent , l'Empereur
parviendra au but qu'il s'eft
propofé. Mr le Duc de Savoye
même , quelque parfaite intelligence
qu'il y ait entre l'Empereur
& luy , feroit fort fâché
de le voir maiftre de toute l'Italie
, puifqu'il ne manqueroit
pas de pretextes pour ſe rendre
communs
356 MERCURR
auffi un jour maître de les Etats;
parce que s'il fouffroit en Italie
quelque puiffance qui ne fuft
pas fous fa domination , cette
Puiffance pouvant s'unir avec
les autres , fes Etats pourroient
leur fervir de quartier d'Affemblée,
Mr de Savoye doit avoir
plus d'attention qu'un autre fur
les démarches de l'Empereur ,
puifqu'eftant hardy , puiffant &
entreprenant , il ne defefpere
pas de pouvoir un jour fe rendre
maistre de toute l'Italie .
L'affaire à la verité feroit fort
difficile ; mais un Prince quifacrifie
tout à fa politique , peut
former les plus vaſtes projets ;
peut fe mettre des chimeres en
tefte , & il arrive de temps en
temps des revolutions dans le
GALANT 357
monde qui estoient fi éloignées
de la vray - femblance , qu'elles
n'ont pas dû eftre prevûës : enfin
felon la politique de l'Em :
pereur & celle de Monfieur le
Duc de Savoye qui regne aujourd'huy
, & l'immenfité de
leurs deffeins , ces deux puiffances
doivent eftre en défiance
l'une de l'autre ; cependant felon
ce qui paroift aujourd'huy,
l'Empereur prend de fauffes mefures
, & il ne doit pas efperer
de faire la conqueste de l'Italie
dans le temps que prefque toutes
les Puiffances ayant lieu de
fe plaindre de luy , doivent fe
liguer pour éviter de tomber
fous fa domination .
Pendant que 1 Empereur fait
de fauffes démarches en Italie ,
358 MERCURE
&
que loin d'y faire des amis ;
il a donné lieu à la plupart des
Puiffances , indignées de la maniere
dont il en ufe avec Elles ,
de fe liguer contre luy , l'Archiduc
fon frere , a fait en Catalogne
une faute qui n'eft pas
moins groffiere , & qui fait voir
qu'il agit fans reflexion , & qu'il
n'eft pas guidé par la prudence.
Le Siege de Tortofe , & les continuels
avantages remportez par
S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
, ayant fort inquieté le
Peuple de Barcelone , où fe
trouvoit alors l'Archiduc , ce
Prince fit publier , pour arrefter
les mouvemens que ce Peuple
commençoit à fe donner , que,
le Siege de Tortofe eftoit levé,
& que l'Armée de S. A. R. avoit
GALANT 359
·
efté miſe en déroute . Quoique
ce Prince rilquât beaucoup en
faifant publier des fauffetez fi
manifeftes , il pouvoit neanmoins
eſtre excufable en quelque
façon , puifque lorsque le
danger eft preffant , on tàche à
s'en tirer par tout ce qui le prefente
alors à l'imagination .
Ainfi , fi l'Archiduc peut eftre
excuſe de s'eftre fervy de ce qui
luy eſt d'abord venu en penſée
pour appaiſer le tumulte du
Peuple qui pouvoit aller trop.
loin , il n'eft pas excufable d'avoir
fouffert après ce qu'il avoit
dit , que la Garniſon de Tortofe
vint à Barcelone , & cette imprudence
eft fi grande , qu'elle fe
peut à peine concevoir , & qu'il
luy en a prefque coûté la vie .
360 MERCURE
Le Peuple de Barcelone fut
moins furpris en y voyant entrer
la Garnifon de Tortole ,
que de ce qu'on luy avoit afluré
affirmativement que le Siege en
avoit efté levé , & il fe chagrina
plus de ce qu'on avoit voulu le
tromper , que de ce qu'on avoit
laiffé prendre Tortofe ; de maniere
que n'écoutant plus que
fon dépit & fon emportement ,
il courut tumultueuſement les
armes à la main au Palais de
l'Archiduc , pour y faire main
baffe fur tout ceux qu'il rencontreroit
. Ce Prince crut qu'en
fe montrant fur un Balcon , il
appaiferoit cette Populace; mais
on luy tira un coup de Carabine
, dont l'un de fes Valets de
Chambre qui eftoit auprés de
luy
GALANT 361
lay fut tué , & il y eut en mefme
temps 40. à 50. hommes tuez ,
tant dans le Palais qu'aux environs.
Il y a déja quelque temps que
j'avois ouy parler de cette affaire
fans y ajoûter foy ; mais ayant
veu des Lettres de Madrid adref
lées icy à des Perfonnes qui
rempliffent les premiers Poftes
de l'Etat , j'ay crû que je ne
pouvois me difpenfer de vous
en faire part.
Je paffe aux dernieres nouvelles
venues du Camp de Son
Alteffe Royale.
Au Camp d'Agramunte ,
ce rs. Aouft.
Dimanche 11. on fit la revue de
Aouſt 1708. Hh
·362 MERCURE
C
notre Infanterie qui fe trouva com
pofee de 15046. foldats en état de
fe fervir du moufquet, ac & mob
Le 13.11 . beure's du matin Son
Altele Royale étant informée qu'il
y avoit dans lapetite ville de Pons
à trois lieues d'icy 400. Miquelets."
་ ་
180. hommes de Troupes reglées
fit partir 1500. Chevaux comman
dez pat Mr de la vergne quiy ar-s
riverent à deux heures, Les Dragons
mirent auli-tôt pied à terre ,
& ils en enfoncerent les portes pen- .
dant que les Ennemis fe fauvoient
la montagne contre laquelle cettepetite
ville eftfituée. Mr le Mar.
quis de la Vergne avec les Houf
fards & le refte de la Cavalerie
voulut tourner pour les couper ; mais .
iltrouva un gros ravin qui l'empecha
de feconder les Dragons qui
Par
"
GALANT 363
ར་ ས་
de
les pourfuivoient. Ils en tuerentpeus
ils en amenerentfeulement quin
ze , dont 8. ou To. fe dirent deferteurs
; mais la ville fut entièrement
pillée par les Dragons qui
trouverent las vaiffelle d'argent de
celuy qui y commandoit , fur la ta
bie qu'on n'avoit pas eû le temps
defervir Le mêmejour Mr d'Oze
ville qui à Balaguer
ayant envoyé des charettes aux bois
and commande
avec une escorte de quinze Grenadiers
de Clairefontaine , ils virent
venir à eux 140. Miquelets . Les
Charetiers prirent la faite ; mais
les Grenadiers fans avoir égard an
nombre fe pofterent le mieux qu'ils
purent entre des rochers & leurs charettes
, & firent forme. Au brait
du feu qu'ils faifoient , un Lieute
nant Colonel reforme du Regiment
Hhij
364 MERCURE
de Lanceroty qui étoit au fourage
aux environs , y accourut avec 89.
Maiftres qu'il partagea en deux,
il envelopa ces Miquelets dont
on "tua 60. & l'onfit 50. prifonniers
, avec quatre de leurs principaux
Officiers. Ces 2. petites affaires
ont étonné quelques Villages
de Miquelets qui vinrent hier
demander des Sauvegardes . On dit,
mais fans certitude , que Mr d'Af
feld eft entré dans la Plaine de
Tarragone ; ce qui a obligé les Ennemis
a faire un détachement de
Leur Armée. Si cela eft , il n'y aura
pas de Bataille , & certainement
on commence à croire qu'ils n'ont
plus envie de nous venir attaquer.
quoyque leurs Deferteurs publient
qu'ils attendent le reste de leurs
Troupes pour cet effet.
M
GALANT 365
Je vous envoye une Lettre
de plus nouvelle datte , par laquelle
vous verrez que les chofes
étoient encore dans la même
fituation où elles font dans la
premiere Lettre .
Au Camp d'Agramunte le 18.
Aouft .
Zes Ennemis font toujours dans leur
même Camp à Servera, &nous dans
le noire où nous fommes affez bien.
Nous avons cru qu'ils viendroient
nous y attaquer ; ce qu'ils n'ont
ofé faire , parce qu'ils craignent
noftre Infanterie , & ils ont raifon
de la craindre. Nous faifons des
fourages degrain de deux jours l'un ,
& l'on affomme toujours quelques
Miquelets.
Hb ij
366 MERCURB
99
Je paffe de Barcelone en Allemagne.
Mr le Duc d'Hanovre
qui avoit formé de grands projets
pour meriter d'eftre reçû
9 Electeur , & qui en cette confideration
avoit fourni le plus
de troupes & le plus d'argent
qu'il lui eftoit poſſible , afin de
faire une Campagne glorieufe ,
avoit d'abord publié qu'il pafferoit
le Rhin, & cependant loin
que les projets ayent eu aucum
effet , il n'a pas feulement tâ
ché de les mettre en execution.
Il voudra peut- eftre s'excufer
fur ce que l'on a fait marcher
en Flandre une grande partie
fon Armée ; mais Mr l'Electeur .
de Baviere pourroit dire la mê
me chofe , puifque l'on a encore
plus tiré de troupes de la fienne
GALANT 267
pour marcher auffi en Flandre.
Cependant ce Prince n'a pas
laiffé que de paffer le Rhin.
Mr d'Ha a menacé a fans
rien faire , & Mr de Baviere a
fait fans avoir menacé. Il eft
refté au- delà du Rhin autant
qu'il a jugé à propos d'y demeu
rer , & aprés y avoir fait vivre
fes troupes pendant quelque
temps , & avoir fait plufieurs
executions , il a jugé à propos
de le repaffer , n'eftant pas en
état de faire de grandes executions
. Pendant ce temps Mr le
Duc d'Hanovre qui n'eftoit occupé
qu'à faire manger les fourages
qui eftoient entre Philif
bourg & Landau , méditoit une
entrepriſe fur la haute Alface ;
mais foit que Mr de Baviere en
4
368 MERCURE
cut efté averti , foit que fa prudence
lui cut fait prendre des
mefures fur toutes les chofes
qu'il pouvoit avoir lieu de craindre
, les marches qu'il a fait faire
à Mr de Vivans ont rompu toutes
les mefures qui avoient eſté
prifes pour l'execution des projets
fur la haute Alface. De
maniere que le General Mercy
qui en eftoit chargé , a eſté obligé
de s'en retourner honteusement
, & de rejoindre Mr d'Hanovre,
Quelques Soldats habillez
en Païfans ont tenté de penetrer
par la Suiffe en Alface ;
mais trois cens ayant eſté reconnus
à Schafoufe , on leur a non
feulement refufé le paffage , mais
le Corps des Cantons en a fait
de fortes plaintes au Comte de
GALANT 369
Trautmandorf , en l'avertiffane
qu'on ne devoit plus entrepren
dre de pareilles chofes au prejudice
de leurs anciennes Alliances
& conventions.
Les Notes de la Musique faifoient
le fujet de l'Enigme du
mois dernier , & cette Enigme
s'eftant trouvée fort difficile
elle n'a efté devinée que par
tres- peu de perfonnes . Ce font
Mrs de la Fleutrerie ; B .....
Notaire , Philippe Paradis , D.
V. de Tours ; le Berger par excellence
; Caftor & Pollux ;
l'Enfant gafté , de la ruë faint
Martin ; Amant rebuté , de la
mefme ruë ; l'Amadis Moderne;
le Mechanicien , de Cour Cheverty
en Sologne . Mlles l'A370
MERCURE
mi , & de Marcüil , du Faux
bourg S. Antoine ; la Jeune
Mufe renaillante
, G.O PA
mante d'Alexandre, la plus jeune
des belles Dames de la ruc
des Bernardins ; la Femme pucelle
, du Quartier du Palais ;
& la belle Gantoiſe .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Nous femmes quatre enfans auſſi
vieux que le monde
Qui dans un vafte lieu d'unefigure
ronde ,
Bati fans aucuns fondemens ,
Occupons quatre appartemens ,
Aquatre differentes eftages ,
GALANT
371
Où le Pere commun en faifant nos
espartages
& Bindoor A
Nous micaprés qu'il nous eut faits ,
Pour fufpendre
setelleguerres fo
er
d'ane
immor-
Capable de confondre & le Ciel &
la terre ,
Et nous faire jouir d'une durable
paix.
S
Quoyque fouvent prefts à nous battre
>
Mille & mille fujets nous renferment
tous quatre ,
Ce n'est quepar nos bons accords
Que fubfiftent les plus beaux
corps ,
Ilsfont tous compofez du nôtre,
Et fi quelqu'un de nous devient plus
fort que l'autre
Dans la haute , moyenne , ou baffe
Region ,
372 MERCURE
Par de funeftes coups que l'on ne
peut comprendre ,
Nos ouvrages détruits & retournez
en cendre ,
Nous reprochent bien-töt nôtre def
union.
Je vous envoye une Chanſon
nouvelle , dont l'air & les paroles
font de Mr Thibaut.
AIR NOUVEAU.
ma
De vos rigueurs , må Bergere ,
Je me plaignois aux Echos.
Je foulageois ma mifere
En leur apprenant mes maux j
Mais , belle Iris , de nos plaifus
fecrets
Je n'ay garde de les inftruire s
Les Echos font des indifcrets ,
Amesrivaux ilspourroient le redire,
Extrait
GALANY 373
Extrait d'une Lettre du Camp
Louvendeghem , du 25.
Aoult .
32.
Mr le Comte de la Motte nous
a joints avant hier. Nous faifons
tous les jours des prifes confiderables
fur les Ennemis , prifonniers , che
vaux , charettes , & autres , bonnes
chofes . Jay và ce matin
charettes chargées d'eau de vie , &
d'autres munitions prifes par un
feul Partifan ; & Mr Jacob Brigadier
, a pris luy feul cinquante
charettes ou chariots chargez de munitions
de guerre. Les chevaux fe
donnent icy pour rien , & on n'en
veut plus à l'Armée de Mr de Barvick.
Nous avons fait aujourďbuy
'un fourage general , que l'on dit
devoir être le dernier.
Aouft 1708 .
Ii
374 MERCUR
Il y a plufieurs Leures de
Mons , qui tiennent le même
langage , touchant les Prifes que
l'on y amene tous les jours.
Enfin la Flotte commandée
par l'Amiral Bings , que l'on a
publié depuis trois mois dans
toutes les Nouvelles imprimées
devoir faire une entreprife importante
que l'on tenoit fecrette
, eft retournée aux Dunes ,
n'ayant plus d'expeditions à faire
à moins que le Confeil d'Angleterre
ne donne de nouveaux
ordres pour tenter quelque entreprise
nouvellescelle qui avoit
efté formée fur les Coftes du
Boulonnois eftant entierement
échouée , aprés avoir tenté la
defcente dans tous les endroits
3. qui font le long de ces Coftes ,
GALANT 375
E
fans avoir pu
oû reüffir d'aucun
cofté , les quatre ou cinq cens
hommes que cette Flotte avoit
fait débarquer vers Etaples
ayant efte obligez de fe rembarquer
au plutoft . Enfin la Nobleffe
, les Habitans , & lés Payfans
, ont paru fur ces Coffes ,
& ont fait voir une fi grande
fermeté , qu'ils ont infpiré de la
terreur à ceux qui avoient cru
leur en devoir donner ; & les
Anglois s'eftant démentis en
cette occafion , fe font retiréz
jufqu'aux Dunes , ainfi que vous
venez de voir . Voila à quoy
ont abouti tant de preparatifs ,
tant de Troupes embarquées ,
& tant d'outils à remaër la
terre .
-
Je dois vous faire remarquer
Ii ij
376 MERCORE
avant que d'entrer dans ce qui
regarde le Siege de Lille que
depuis l'ouverture de la Campagnes
jufqu'au jour que les
Troupes du Roy font entrées
dans les Villes de Gand & de
Bruges , l'Armée du Dục de
Marlborough , n'a fait aucun
mouvement qui puſt marquer
qu'elle eut deffein d'attaquer
celle de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , ny de luy donner
même aucune inquietude ;
qu'au contraire elle l'a toûjours
obfervée foigneuſement afin d'éviter
d'en eftre attaquée ; qu'elle
a toûjours pris le change
toutes les fois que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne a décampé
, ou feint de décamper ; que
les Partis de l'Armée de ce
L
GALANT 377
1
Prince ont remporté des avantages
fur elle en plufieurs occafions
, & que fes chevaux qui
manquoient de fourage ont extrêmement
fouffert . Enfin les
chofes s'eftant paffées ainfi pendant
prés de deux mois , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
prit de fi juftes mesures , que
trompant le Duc de Marlborough
par fes marches & par fes
contremarches , il eut le temps
de s'emparer de Gand & de
Bruges, fans que l'Armée des
Alliez mift aucun obftacle au
projet qu'il avoit formé de s'emparer
de ces Places. Tout ce
que je viens de dire ne confiftant
qu'en faits inconteftables
ne peut eftre nié .
•
Les Alliez voyant le mauvais.
Li iij
378 MERCURE
eftat de leurs'affaires du coſté
de Flandre , s'avancerent pour
empêcher l'Armée de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne de
faire de nouvelles conqueftes ,
& pour tâcher , s'il eftoit poffi
ble de chaffer ce Prince de celles
qu'il venoit de faire ; mais
n'ayant pû réüffir dans le deffein
de reprendre Gand & Bruges ,
comme ils auroient fait inconteſtablement
s'il euft efté vray
que l'avantage du Combat don
né prés d'Oudenarde leur fut
demeuré mais fe voyant hors
d'eſpoir de reprendre ces Places ,
ils crurent que pour rétablir
leur réputation & empêcher
qu'on ne fift reflexion fur
l'impuiffance où ils eftoient de
reprendre Gand & Bruges , de.
}
GALANT 379
voir faires de ces chofes éclatantes
, qui dans le fond ne pro.
duiſent rien , telles que font les
courſes dans un Païs ennemy ,
dont on fçait que l'on fera bientôt
obligé de fe retirer , aprés
avoir tour au plus établi quelques
contributions C'est ce que
les Alliez ont fait en envoyant
de gros Partis jufques dans l'Artois
; mais par malheur pour
eux, lorfqu'ils les y établiffoient,
Monseigneur le Duc de Bour,
gogne en tiroit de quatre fois
plus fortes , ainsi que je l'ay
déja marqué , des frontieres
d'Hollande , & de la Hollande
meſme. Ces faits qui ne font pas
moins inconteftables que ceux
que je viens de marquer , doivent
faire connoître combien
380 MERCURE
·
ceux qui fe font laiſſez éblouir
par les Relations de la Victoire
remportée par les Alliez , fe font
laiffez tromper
. 4956531
Ces derniers aprés avoir tenu
divers Confeils , pour déliberer
fur ce qu'ils devoient faire pendant
le reste de la Campagne ,
qui jufques - là leur avoir efté
delavantageufe , puifque Gand ,
Bruges & Plaffendal demeuroient
entre les mains des François
, & que leur Victoire imaginaire
ne leur avoit produit
que quelques contributions qui
leur coûtoient cher ; que pendant
qu'ils travailloient à les
établir , ainfi que je viens de
dire , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne en établiffoit de fon
côté d'infiniement plus fortes.
GALANT 381
Les Alliez , dis - je , voulant finir
la Campagne plus glorieufement
qu'ils ne l'avoient commencée
, & tâcher à reparer les
pertes qu'ils avoient faites dans
la fuite de cette mefme Campagne
, tinrent Confeil , & aprés
beaucoup de déliberations , on
refolut d'entreprendre le fiege
de Lille ; mais fans avoir tout.
à-fait en vûë de le pourfuivre ,
le fuccés de cette entrepriſe
eftant fort douteux ; & ce qui
obligea du moins à le former ,
fut que
cette entreprife feroit
beaucoup d'éclat dans toutes,
les Cours de l'Europe , & qu'elle
y feroit croire que leurs affaires
eftoient dans une meilleure fituation
, ce qui pourroit leur
produire de l'argent & des hom-
4
382 MERCUTOE
mes des Puiffances dont les
troupes groffiffoient l'Armée de
Flandre, ali , erbaanqu
?
Als crurent auffi que le bruit
que feroit ce fiege , obligeroit
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
à quitter fon Camp de
Louvendeghem avant que de
s'eſtre bien affermi dans fesCons
queftes , & d'avoir pris des me
fures pour les conferver ; mais
ce qu'ils croyoient devoir le
plus rétablir leurs affaires
eftoit que Monfeigneur le Duc
de Bourgogne ne pouvant que
difficilement joindre Mr le
Maréchal de Barvick , ils bat
teroient feparement l'une ou
l'autre de ces Armées , & qu'en
cas que ce bonheur leur arri
vâca
8
ils pourroient pourfuiGALANT
382
vre le Siege de Lille. Mais
comme il eftoit queftion de l'ens
treprendre , ils le firent avec
le plus d'éclat qu'ib leur fut
poffible , afin que le bruit s'en
répandit par toute la terre Ils
mirent tout en mouvement pour
faire affembler une groffe Ar
tillerie ; on fit venir des Che
vaux de tous côtez , & tous les
Officiers de leur Armée furent
obligez d'en envoyer à proportion
qu'ils en avoient dans leur
Equipage . Tous ces Chevaux
devoient eftre employez à conduire
l'Artillerie , & toutes les
chofes neceffaires à un fi grand
fiege. On engagea un tres - grand
nombre de Païfans à fervir de
Pionniers , & tout abonda à
Bruxelles où l'on affembla tou384
MERCURE
tes ces chofes. Je dois vous dire
avant que d'entrer dans un plus
grand détail , une chofe qui
prouve que les Ennemis , mefme
aprés avoir commencé ce ſiege ,
n'eftoient affurez de le continuer
, ainſi que je vous l'ay déja
dit; c'eft que leur Artillerie fut
conduite à Menin pour eſtre enfuite
conduite à Lille , & que les
Affiegeans envoyerent deux ou
trois fois des ordres pour la faire
marcher , qui furent revoquez
autant de fois ; ce qui prouve
bien l'incertitude où ils eftoient ,
li eft temps de vous parler de
tout ce qui s'est fait avant l'ouverture
de la tranchée ; mais
comme il feroit impoffible d'y
donner un ordre , & qu'on n'eft
pas regulierement informé de
tout
GALANT 385
tout ce que l'on fait dans un
Camp Ennemi , je vous en parleray
confufement fans pretendre
que les faits que je vous ra
Porteray foient dans un ordre
bien regulier . Je feray en forte
que ce qui regardera les jours
de tranchée foit plus exact , &
que chaque chofe foit placée
dns fon jour. Cependant voici
tout ce qui a precedé l'ouverture
de la tranchée. Souvenezvous
que tout ce que vous allez
lire , vient ou du Camp des Ennemis
, ou des Lettres des Villes
prochaines , d'où l'on n'a écric
que fur des raports incertains .
ou de Lille mefme , & que l'on
doit ajoûter foy à ce qui eft venu
de cette derniere Ville . Je
dois commencer par vous dire
Aouft 1708 .
Kk
386 MERCURE
qu'il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit entierement inveſtie
qu'elle ne l'eft que par pelotons
du côté de Menîn ; c'eſt - à dire,
qu'il n'y a de ce côté là que des
Poftes écartez les uns desau
tres , où l'on a pris un Officier
General. Je dois auffi ajoûter
a cela que le 19. il y avoit en
core une Porte de la Ville en
tierement libre, en
Le 5. au matin quelques troupes
ennemies parurent à la vue
de Lille . Mr le Maréchal de
Bouflers les envoya reconnoître
par une partie des Dragons &
des Grenardiers qui y font en
Garnifon , ce qui les empêcha
d'achever de rompre les Eclufes
pour empêcher pendant queln
de la
que temps la navigation
పి
Dish GALANT
387
8
3
& pour donner Baffe Deule , de
plus de facilité au tranfport de eau
Jeurs Munitions .
Le 12 ils inveftirent la Place.
Leur Droite s'étend depuis la
Haute- Deule , jufqu'à la Marque
. Elle commence à une ligne
qui prend à l'Abbaye de Loo ,
à une lieuë de Lille , & va juf
qu'au Pont à Marque , & ils pretendent
fe mettre en bataille
dans cette ligne en cas qu'ils
foient attaquez de ce côté- là .
Cette ligne paffe à Lambrefart ,
à l'Abbaye de Marquette , à
Flers , & elle finit en un lieu
nommé Haubourdin. Ils avoient
d'abord travaillé à des lignes
Plus prés de la Place ; mais le
grand feu du canon les obligea
de les reculer.
Kk ij
388 MERCURE
Le 13. au foir les Ennemis
voulurent s'emparer d'un petit
Fort qui eft du côté de Marquette
, vis- à -vis la Porte faint
André , & qu'ils ne crovoient
que de terre , quoy qu'il fut revêtu
. Ils fitent fommer l'officier
qui y commande , & il leur
répondit par deux pieces de canon
chargées à cartouche , ce
qui les écarta d'abord -après
avoir eu un affez grand nombre
de Soldats tuez & bleffez.
Le 14 le Prince Eugene vou ,
lant faire faigner en plein jour
une Flacque d'eau du côté de
la Citadelle avec 2000. hommes
, il en fut chaffé par le
grand feu de l'artillerie de la
Place. Mais Mr de Bouflers jugeant
que les
Ennemis
pourGALANT
389
*
roient revenir à la faveur de la
nuit , fe prepara à les bien recevoir
, ce qui lui réüffit comme
il fe l'étoit imaginé . Ils revinrent
, & leur ayant laiffé
commencer leur travail , il les
fit charger fi à propos & fi vivement
qu'il refta plus de 400 .
morts fur la place , & l'on mena
dans la Ville un grand nombre
de prifonniers. Il y eut auffi
en cette occafion beaucoup de
bleffez qui ont efté conduits à
Menin
*
Quoique l'on puiffe dire que
les Ennemis n'avoient encore
qu'à peine pris poſte devant la
Place , les Pionniers dont la
plûpart avoient efté pris par force,
deferierent en foule, & cette
defertion quina toûjours conti
Kk iij
390 MERCURE
nué, a été cauſée par la cherté
du pain , & par la diferte d'eau,
tous les petits ruiffeaux des environs
eſtant deffechez.s3
Milord Marlborough geftoit
alors campé à Elchin , ayant
fix Ponts fur l'Eſcaut .
On affure que les lignes des
Ennemis ont is. pieds de las
geur , & 9. de profondeur. Berg
Le 18. ils avoient achevé dif.
ferens petits boyaux pour fe
mettre à couvert du grand feu
de la Place & de la Citadelle ,
ce qui fit croire qu'ils avoient
ouvert la tranchée . Ils travail.
loient ce jour- là à 30 batteries
de canon & à une de mortiers ,
pour écrafer , difoient - ils , la CIS
sadelle. On apprit que la defer
tion des Pionniers continuoit &
GALANT 39
qu'ils defertoient par bandes
afin d'éviter le canon dont ils
aftoient fort incommodeź. 2003
Le même jour Mr le Marquis
d'Hautefort arriva à Valenciennes
avec les Troupes qui
eftoient du cofté de la Mer
pour joindre Mr de Barvick,
Tout eftoit en mouvement pour
groffir fon Armée ; les Milices
du Boulonnois remplacent les
Troupes qui eftoient le long
de la mer & à Ypres ; les Gar
nifons de Thionville & de Saar
Louis ont marché à Luxem
bourg , & celles de Luxembourg,
& de Namur font venues
à l'Armée. Le fameux Mr de la
Croix a tiré quelques mille hom
mes des Troupes qui font fous
fes ordres en diverfes Places , &
ངས་ཐ
3
"
392 MERCURE
les a amenez à Mr de Barvick.
Mr le Maréchal de Bouflers
fait eamper la Garnifon fur le
glacis. Il a fait pouffer des refranchemens
au de - là , où il a
fait faire des Batteries qui incommodent
fort la circonvallation
des ennemis qui eſt à cinq
quarts de lieuë de la Place .
On affure que tous les Gentilshommes
des environs de Lilde
n'ont point voulu fe retirer
ailleurs que dans la Ville , demandant
a estre employez pour
contribuer à la deffendre .
On a coupé tous les arbres
qui formoient de belles allées
fur l'efplanade de la Ville à la
Citadelle , & on a fait derriere
les Poligones attaquez , de bons
ouvrages pour les foûtenir,
GALANT 393
Le Prince de Naffau , Stadhouder
de Frife , eftant campe
fort prés de la Place avec les
Troupes qui font fous fon commandements
on luy reprefenta
que le Canon les faifoit trop
fouffrir , & qu'il devoit les faire
reculer. Il ne voulut point fuivre
cet avis , & il s'en est peu
fallu que fon obftination ne luy
ait coûté la vie , puifqu'un de
Valets- de- Chambre en pofant
fa perruque fur fa tefte , la
fienne fut emportée par un boulet
de Canon , dont le fang , &
une partie de la cervelle rejaillirent
fur ce Prince.
fes
Le 22 entre fept & huit heures
du foir , les ennemis ouvrirent
la tranchée , quoy que leurs
lignes de circonvallation & de
394 MERCURE 1004
ག་་ ་་་ ་
contrevallation ne fuffent pas
encore achevées. Cette trang
chée fut ouverte de deux coftez,
fçavoir depuis la baffe Deule du
cofté de la Porte de la Made laine ; & de l'autre cofade
de la
baffe- Deule , vers la Porte Saint
André.
Mr le Maréchal de Bouflers
fit pendant la nuit à la tefte de
tous les Dragons , une fortie
qui eut tout le fuccés qu'il en
attendoit en feignant de fe
, des
retirer , il attira les ennemis
dans un endroit où l'on avoit
placé trois pieces de Canon
chargées à cartouche , qui firent
beaucoup d'effet. 3b
Le même jour 22 Milord
Marlborough qui avoit palé
Efcaut , alla camper à VaudriGALANT
295
pont fur la Ronne, à deux lieuës
de l'Efcaut , où il eft encore
prefentement.
Le 23 les ennemis continue
rent
de pouffer leur tranchée,
On doit remarquer qu'à droit
& à gauche des Poligones que
l'on attaque , il y a deux Quvrages
à corne . Ceux qui font
furpris de voir la Place attaquée
par un endroit fi fort
ignorent peut- eftre qu'elle eft fi
bien fortifiée par tout , que cet
endroit a efté jugé le plus foible.
Le 16. leur Canon commença
à tirer, & le 17. ils en avoient
40. pieces en baterie.
En vous parlant de l'Armée
de Monfieur l'Electeur de Baviere
, je devois ajouter que
le Gouverneur de Landau en
396 MERCURE
eftant forti à la teſté d'un före
gros party , cet Elécteur qui eft
eft toûjours bien informe de
tout ce que font les ennemis ,
en ayant eſté averti , prit de
juftes meſures pour le battre.
Il envoya un party à peu prés
égal à celuy du Gouverneur
.
De maniere , que ce Gouver.
neur croyant les Troupes qui
venoient à luy ' inférieures
aux
fiennes , ne refufa point d'engager
le Combat ; mais à peine
les premiers coups curent? ils
efté donnez de part & d'autre ,
que des Troupes qui effoient
embufquées
à droit & à gauche
par les ordres de Mr l'Electeut
de Baviere , enveloperent
le
party ennemy
de forte que
tous ceux qui le compofoient
furent
GALANT 397
furent tuez ou bleffez & menez
prifonniers à Strasbourg.
Le Gouverneur ayant pris le
parti de fe faire jour au milieu
de nos Troupes , eut le bonheur
de fe fauver.
:
Je devois en vous parlant du
mauvais fuccés que l'Amiral
Bings a eu fur les Cotes du
Foulonois , qu'il n'a pas eſté
plus heureux vers Ambleteufe.
Soixante Chaloupes chargées
de Troupes s'avancerent ; mais
toute la Nobleffe & les Troupes
du Pays , Cavalerie & Infanterie
eftant accouruës , & s'eftant
rangées ſur la Cofte , les ennemis
n'oferent tenter de defcente.
Le bruit vient de fe répandre
que les mêmes Anglois avoient
Aouft 1708.
LI
398 MERCURE
fait une defcente à la Hogue
qu'on leur a laiffé la liberté
de débarquer , & que les feales
Milices du Pays ont taillé en
pieces toutes les Troupes débarquées
, dont le nombre étoit
confiderable.
૨
,
J'apprens en ce moment l'arrivée
de la Flotte du Mexique
Pagejon la croit riche d'environ
30 millions de piaftres ,
mais je n'ay le temps que de
vous annoncer cette nouvelle
fans vous en pouvoir rien dire
davantage.
I
5
Je reprens l'Article qui regarde
le Siege de Lille Le 29 .
Mr le Maréchal de Bouflers fit
faire une fortie de 4000. hommes
de fa Garnifon , foûtenus
par un autre corps confiderable.
GALANT
0399
Les ennemis ont perdu en cette
occafion 17. Compagnies de
Grenadiers qui ont tous efté
tuez ou pris , avec leur principal
Ingenieur ; on leur a encloué
feize pieces de Canon , &
renversé trois de leurs Batte
ries .
Enfin la jonction de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
avec Mr le Marechal de Bervick
, a efté faite le 30. à Leffnes
. Ce Maréchal pour affurer
fa marche a toûjours fait border
les bois par fon Infanterie
pendant que fa Cavalerie a marché
en Plaine .
Mr de la Fontaine qui a apporté
cette nouvelle , a dit que
Monfeigneur
le Duc de Bourgagne
menoit la tefte de l'Ar-
*
Llij
400 MERCUR
E
mée , & que Mr de Barvick
eftoit à l'arriere-garde.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
devoit estre le i de Septembre
lous Tournay , où il
det trouver deux cens pieces
de Canon en eftat de marcher.
Ce Prince a laifié douze Bataillons
à Gand , & fix à Bruges.
L'abondance de la matiere
m'oblige à remettre au mois
prochain à vous parler du nouveau
Prevoft des Marchands ,
ainfi que du Panegyrique de S.
Louis , prononcé le jour de la
Fefte de ce Saint , dans la Chapelle
du Louvre , par Mr l'Abbé
de la Fare , en prefence de
Meffieurs de l'Academie Françoife
, & de celuy du même S.
que le Pere Turquois , FeüilCALANT
401
lant fit le même jour dans l'Eglife
des Preftres de l'Oratoire ,
devant Meffieurs de l'Academic
des Infcriptions & des Sciences .
Je fuis , Madame , voftre , & c.T
L
A Paris ce 31. Aout 1708 .
RAVI S.
Le Mercure de Septembre fe
debitera le Mercredy 3. Octobre.
15
L1 iij
TABLE
P
37
Oëme au Roy,
Homelie prononcée par le Pape, S
Evêchez donnez , oftem zak
Premier Article des Morts , a 43
Ceremonie faite à Narbonne pour
pofer la premiere pierre de la
Nef de l'Eglife Metropolitaine
PrimatialefaintJuft &faint
Pafieur,
Dons faits par le Roy d'Efpa
83
******108 .
gne
Détail
des Ceremonies
qui fe font
faites à Tortofe
lorfque S. A,
R. s'eft trouvée au Te Deum
qu'elley a fait chanter en actions
de graces de la reduction
de la
même Villes
dues
Brevet
de Mestre de Camp reformé
the obtenu par S. A. R. pour Mr de
140
TABLE.T
faint André ,
Epithalame ,
Second Article des Morts ,
Etat des fortifications nouvellement
TOR .
198
Vaißeaux équipez à Toulon , 201
faites à Toulon ,
Avertisement donné par Mrs de
Academie des feux Floraux, 202
Querelle terminée entre deux beaux
213
Syfteme du Coeur, 217
Efprits ,
Dictionnaire des Arrests ou Jurif
Seprudence univerfelle des Parlemens
de France 221
Dictionnaire Hiftorique & Geo-
222
graphique ,
Complimens faits à Mr l'Evêque
Opde Rieux & à Mr l'Abbé ďU-
46 940229
zés ,
Fêtes
de la Couronne
d'épines
de
TABLE.
3
Notre Seigneur
Sainte Chapelle ,
celebrée à la
236
245
Article touchant le fupplément
du Mercure de Juillet , qui dé
truit les faufletez qui ont efté
publiées dans 31. Imprimez
d'Hollande, à l'occafion du com
bat donné prés d'Oudenarde, 241
Addition à ce Supplément, touchantles
Regimens dont on n'y avoit
pu parler, 55245
Détail auffi exact que curieux de
tout ce qui s'eft paße à Gand
lorfque Monfeigneur le Duc de
? Bourgogne y a fait chanter le
Te Deum pour remercier Dieu!
de la prife de Tortofe , 248
Expeditions faites par Mr de Ia
Croix fameux & Partiſan 168
Troifiéme article des morts, dans leTABLE.
quel il eft parlé de deux hommes
dont l'un a vécu III ans & l'antre
118.
264
Benefices donnez parle Roy 276
Charges remplies dans la Gendarmerie
, & autres dons faits par
Le
Roy "
Service fait à Tours ,
Fantes reparées ,
280
290
291€
Suite des marches de Son Alteffe
Royale depuis le Siege de Tortofe
, & ce qui s'eft paffé dans ces
Marches , 293
Ordre de Bataille de l'Armée de Mr
le Maréchal de Villars , 306
Fermeté de Mr de Berulle , premier
Prefident du Parlement de Grenoble,
312
Relations de l'Armée de Mile
Maréchal de Villars ,
1
313
TABLET
Thefe de Droit dediée à Mr le
Maréchal de Villars ,
335
Article touchant les affaires d'Iralie
à l'occafion du Pape , & de
l'Empereur ,
Sedition arrivée à Barcelone,
339
353
Suite des Relations du Camp de
Sen Alteffe Royale Monfieur le
d'Orleans,
Affaires d'Allemagne ,
Article des Enigmes ,
36г
366
369
Prifes faites par plufieurs partis
de l'Armée de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & de Mile
: Maréchal de Barvick. 373
Entreprifes de l'Amiral Bings ,
échouées
Siege de Lille ,
374
375
395
Saite des Affaires``d'Allemagne ,
TABLE.
Suite des Entreprifes manquées par
l'Amiral Bings ,
Arrivée des Gallions au Paffage ,
و ت
397
398
Suite du Siege de Lille , & jonition
des deux Armées ,
Conclufion ,
Avis,
idem .
400
401
$
THAZAD
Avis pour placer les Figures.
1
L'Air qui commence par ,
Que je vous plains , doit regarder
la page 160,
Celuy qui commence par ,
De vos rigueurs , doit regarder
la page 372
Qualité de la reconnaissance optique de caractères