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1708, 07 (supplément, Contenant tout ce qui s'est passé en Flandre)
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SUPPLEMENT
DE
DU 807156
MERCURE
Du mois de Juiller
CONTENAN
Tout ce qui s'eft paffé en Flandre
depuis le vingtiéme de
Juin , jufqu'au commencement
du mois d'Aouſt.
3
De
LYON
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
M DCCVIII.
AVEC PRIVILECE DU ROY;
COLUL
gounes ? Jos On
2008
*
KELVCE
ANASANASA
D
PREFACE.
Epuis 33. ans ayant fait
des Volumes feparez de
toutes les Batailles qui fe font
données , j'ay crû devoir encore
au Public celuy du Combat
donné prés d'Oudenarde .
Je dis Combat & non Bataille
, parce qu'il y a beaucoup
de difference entre les Batailles
rangées qui fe donnent dans
des Plaines , & les Combats
comme font ceux de Steinkerque
, de Nervinde , & cea
ij
PREFACE.
luy donné prés
d'Oudenarde .
Quoyque
ces Combats ne
foient pas mis au rang des Batailles
, ils ne laiffent quelquefois
pas d'eftre plus confiderables
que de veritables Batailles ,
& le carnage sy eft fouvent
beaucoup plus grand . Ces fortes
de Combats font non - feulement
bien plus difficiles à décrire
que les autres , parce que
la verité ne s'en découvre pas
aifément , & qu'ils font fouvent
remplis d'efpeces de chocs
particuliers qui font répandre
beaucoup de fang, by a auffi
d'autres fortes de combats qui
PREFACE.
fe paffent entre un nombre
moins grand de Combattans ,
Se aufquels on donne le nom
de Journée , c'est pourquoy l'affaire
de Leuze fut nommée
Journée de Leuze,
19 Je reviens au Combat donné
prés d'Oudenarde . Les Hollandois
ont toûjours crû que
ceux qui rendent des premiers
des graces au ciel & qui font des
apremiers des feux de joye apres
une action éclatante , paffent
dans toute l'Europe pour Vainsqueurs
de maniere qu'ils fe
fonts empreffez de faire de
jees , Acces publics croyant
a 11j
PREFACE.
Co
qu'aprés cela on ne pourroit
plus leur difputer la Victoire ,
& qu'il feroit auffi difficile de
la leur difputer qu'il l'eſt fouvent
de chaffer d'un Pofte bien
fortifié ceux qui s'en font emparez
les premiers . Les voila
donc fondez en titre , & perfuadez
que parce qu'ils ont les
premiers chanté Victoire , toute
la terre les doit regarder en vainqueurs.
Ce titre imaginaire a
elté accompagné d'Imprimez
oùl'on n'a pas feulement ob.
fervé de garder la vrai - fem-
-blance & de conferver l'ombre
de la verité. C'est pourPREFACE.
quoy j'ay entrepris de la faire
connoiftre à toute la terre , en
me forvant beaucoup plus de
faits que de raifonnemens , &
en donnant des preuves au lieu
de paroles . J'ay commencé par
donner douze Relations du
combat , dans lesquelles la vetité
paroift toute nue. Je ne demande
pas que l'on y ajoûte entierement
foy, quoyque l'on en
daive croire les François , qui
n'outrent jamais les chofes que
lorfqu'elles font à leur defavantage
; mais je demande feule-
-ment, qu'on examine la vraifemblance
qui s'y trouve , &
PREFACE.
je fuis fûr qu'on demeurera
d'accord de ce qu'elles rappor
tent.my post plavab ancia
J'ay obfervé de ne mettre
dans ce Volume que des Relations
qui ne rapportaffent pas
les mêmes faits , excepté des
faits generaux dont chacune
doit parler , & qui s'y trou
vent pourtant differemment
dépeints.
1
SaurunisA
A l'égard des autres faits
particuliers , ils ne peuvent être
ſemblables , puiſque plufieurs
Officiers y racontent ce qui
s'eft paffe dans leurs Regimens,
& que ce qui s'eft fait dans les
2.
PREFACE.
dif
uns ne peur s'eſtre paffé dans
des autres , puifqu'il s'agit d'aétions
de valeur faites par
ferentes perfonnes.da yıl
• Il y a des remarques entre
toutes ces Relations , qui en
font voir la diverfité , la verité
de ce qu'elles avancent , &
la contrarieté qui fe trouve
entre ce que rapportent ces
Relations & les Imprimez de
Hollandes ob bugil A
Mais tout cela n'eft rien en
comparaifon des Lettres de
Bruxelles & de la Haye , écrites
les unes par des Officiers de l'ar
mée des Allicz, qui en verita
PREFACE.
-
bles gens d'honneur aiment
la verité ; & les autres , par de
finceres Hollandois qui font
profeffion de la dire ; & tout
ce qui fe trouve dans ces écrits
eft fi pofitif, & fi vrai ſemblable
, qu'il eft impoflible d'y
faire aucune repliquent anot
Tout cela eft accompagné
de cent preuves inconteftables
que je donne touchant
tous les faits que j'avance , & que
je ne repeteray point icy , parce
qu'il faudroit faire entrer
ce Volume dans la Preface ; il
fuffit de dire que tout ce qui
fe trouve dans ces preuves ,
BREFACE.
hele
eft fi fort , que perfonne ne le
peut imaginer Ainfi il faut
avoir recours à la lecture pour
enoftre perfuadeb nomlang
L'Amour que jay pour la
· Verité pour ma Patrie , &
y pour tous les Braves qui répandent
leur fang pour la gloire ,
d'un des plus grands , & des
plus fages Monarques , qui
ayent jamais porté la Couronne,
& pour la gloire de l'Etat ,
m'ont engagé , tout accablé de
mal que fuis , à travailler jour
& nuit pour faire ce Volume ,
quia efté compofé & imprimé
en douze jours , afin qu'il puft
T
TVPREFACE. 2
fervir de contre poifon aux
Relations envcnimées que l'on
a répandues par toute la terre
afin de tromper tous les Peuples
du monde.
La précipitation avec la
quelle cet ouvrage a efté com
pofé & imprimé , doit faire
pardonner les fautes de Dic.
tion & d' Impreffion que l'on y
trouvera fans doute en grand
nombre.
3 54 .
SUPPLEMENT
SUPPLEM
DU
BIBLIO
LYON
DE
MERCURE
Du mois de Juillet.
CONTENANT
Tout ce qui s'eft paffé en Flandre
depuis le vingtiéme de Juin ,
jufqu'au commencement
mois d'Aouft.
L
du
ES glorieufes & fatiguantes
marches de
Monfeigneur le Duc
Juillet 17.08.
Ad
2 SUPPLEMENT
Bourgogne , pendant lef
quelles ce Prince a paſſé
beaucoup de nuits fans ſe
coucher, afin de favorifer
les projets qu'il avoit formez
de faire rentrer les
Villes de Gand & de Bruges
fous l'obéiffance de S. M.C.
& d'empêcher que les Enenmis
ne les découvriffent .
L'entrée des Troupes duroy
dans ces deux Places & dans
Plaffendal ; les actions qui
ſe ſont paſſées enfuite , les
Fables qu'elles ont donné
DU MERCURE. 3
lieu auxEnnemis de publier;
les preuves des veritéz qui
les détruifent , & tout ce
qui s'eft paffé en Flandre ,
depuis ce que je vous en ay
dit avant la fin de ma Lettre
du mois de Juin , juſqu'-
au premier jour du mois
d'Aouft , me fourniffant
affez de matiere pour une
Lettre entiere, & par cette
raiſon ne trouvant point
de place pour la faire entrer
dans ma Lettre du
mois de Juillet , déja pref-
A ij
4 SUPPLEMENT
que toute remplie d'Articles
de Guerre, & fur tout
d'un Journal tres exact de
ce qui s'eft paffé chaque
jour & chaque nuit ſéparément
au Siege de Tortofe .
Toutes ces chofes , dis- je ,
ne me laiffant point de
place pour les affaires de
Flandre
, je vous en envoye
une Lettre entiere, qui fert
de Supplement à ma Lettre
du mois de Juillet .
Le 20. Monſeigneur
le
Duc de Bourgogne agiflant
DU MERCURE.
toûjours d'une maniere ou
d'une autre, & vifitant fouvent
les Troupes , monta à
cheval , & alla jufqu'au
centre de l'Armée .
Il fe fit le 21. nonobftant
la pluye qui fut continuelle
& froide, un fourrage pour
la droite de l'Armée ; mais
quoique la pluye n'euſt
point ceffé le lendema`n 22 .
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne monta à cheval
aprés fon dîné , & alla
voir la referve de la gauche.
A iij
6 SUPPLEMENT
Ce Prince monta à cheval
le 24. au matin , quoi
qu'il plût beaucoup , pour
aller au fourrage qu'il avoit
ordonné pour la gauche.
Il alla encore au fourrage
le 26. & il partit ce jour-là
à fix heures du matin ; ce
Prince voulant tout voir
par luy-même, ne ſe donnoit
pas toutes ces peines
fans fujet , & toutes les
chofes dont il eftoit témoin
fe faifoient toûjours mieux,
& avec plus d'exactitude &
de vivacité.
DU MERCURE. 7
Le 28.
Monfeigneur le
Duc de Bourgogne monta
à cheval , & en revenant
du centre il paſſa à la
gauche .
Ce Prince alla encore le
29. au fourrage , & il partit
à 8. heures du matin . Les
Ennemis qui avoient eſté
depuis long- temps dans
l'inaction , crurent qu'il leur
feroit plus facile d'enlever
ce jour-là quelques Chevaux
des Fourrageurs , &
pour cet effet ils envoyerent
A iij
8
SUPPLEMENT
plufieurs gros Partis. Un de
ces Partis prit d'abord
quelques Chevaux des
Carabiniers , qui s'en eſtant
apperceus coururent auffitoft
deffus , & ils firent une
décharge qui tua 8. ou 10 .
hommes de ce Parti , ils en
prirent 20. ou 30 avec leurs
Chevaux , & 20. ou 25. de
ceux des Ennemis . Un Capitaine
de
Carabiniers
fut
bleflé dans
cette
affaire .
Un autre Parti ſe mit aufſi
en
devoir de
prendre des
DU MERCURE .
ferent
Chevaux des Dragons ;
mais ceux- ci ne les repoufpas
moins vivernent
qu'avoient fait les Carabiniers,
puiſqu'aprés en avoir
tué plufieurs ils prirent 5.
Officiers , parmi lesquels
eftoient trois Capitaines &
15. ou 16. Soldats . On ne
perdit qu'un Dragon en
cette occafion . Il arriva
beaucoup de déferteurs ce
jour-là . Je ne dis rien des
Chevaux que nos Partis
leur prenoient prefque tous
les jours.
To SUPPLEMENT
Le 1. Juillet Monſeigneur
le Duc de Bourgogne fit
fes devotions , & le 2. ce
Prince alla au fourage qu'il
avoit ordonné pour la
droite. Il renvoya ce jourlà
les gros équipages coucher
à Genape avec ordre
d'aller enfuite à Charleroi.
Ce Prince avoit en vue de
donner le change aux Ennemis
, comme il avoit fait
fouvent , & de leur faire
croire qu'il décamperoit ;
mais il les trompa , & il ſe
DUMER CURE. II
contenta d'envoyer trois
pieces de Canon du côté
de Hall , pour foûtenir les
Fourageurs
.
Le 3. un des partis de
l'Armée , prit du côté de
Bruxelles , 3. Capitaines &
22. Cavaliers montez .
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne avoit fait donner
le 4. un ordre pour
faire un fourage pour la
gauche ; mais il envoya un
contre- ordre à la pointe du
jour , & le foir fur les 6.
12 SUPPLEMENT
heures , il y eut un ordre de
marcher. Voicy de quelle
maniere les Ennemis ont
parlé de ce decampement.
Les Ennemis aprés avoir
fait diverfes fois mine de
decamper de Braine- Laleu,
firent marcher le 4. ungros
détachement vers Tubife &
Lembeck , quiy paffa la
Riviere fur des Ponts confruits
quelques jours auparavant,
& vers le foir le
refte de l'Armée prit la même
route , le bruit etant que
DU MERCURE 13
c'est pour aller occuper
camp de Leffines.
le
Rien ne fait mieux l'éloge
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & ne fait
mieux connoître qu'il agiffoit
en Capitaine confommé
, ce qui fe voit encore
mieux dans une Lettre du
Camp d'Anderlech que je
vous envoye . On doit croire
ce qui vient des Ennemis.
mêmes lorſqu'il eſt à leur
defavantage.
14 SUPPLEMENT
EXTAIT D'UNE
Lettre écrite du Camp
d'Anderlech le 5. Juillet
entre II. heures & minuit.
Enfin les Ennemis aprés
avoir fait plufieurs feintes
& mouvemens , ont quitté
tout de bon leur Camp de
Braine- Laleu. Leurs Bagages
commencerent
le 2. à
défiler par la Chauffée vers
Genape , & le 3. aufoir tous
DU MERCURE.
leurs Bagages fortirent du
Camp & prirent la même
route , paffant par N. D.
de Foy, fur Promelle , &
plufieurs pieces de Canon
ont efté envoyées avec les
mêmes bagages. Le 4. au
matin , ils envoyerent plufieurs
petits détachemenspar
Lembeck qui fe raffemblerent
au petit Enghien , fous
les ordres du LieutenantGeneral
Grimaldy.Cedétachement
de 4. à 5.mille hommes
paffa par Leffines , &
16 SUPPLEMENT
il a efté aujourd'huyjufqu'à
Aloft , ayant rompu tous les
Ponts qu'il y avoitfur la
Dendre.
Comme on fout hier que
les
Ennemis étoient prefts à
marcher , on ordonna à nos
Chevauxd' Artillerie de revenir;
vers les deux heures
aprés minuit , toute l' Armée
eut ordre de fe tenir preste à
marcher , parce qu'à cette
heure-là on eut avis que les
Ennemis s'étoient mis en
marche hier à 9. heures du
DU MERCURE .
17
foir , leurgauche prenant par
Lembeck, Cette nouvellefut
confirmée une demi - heure
aprés, & auffi-tôt notre Armée
fe mit en marchefur 4 .
Colonnes; ellepaffa le Canal
& vint camper icy lagauche
contre la Chauffée la droite
jufqu'au - delà de Saint
Quintin de Lefnig.
On apprit
pendant notre marche
que les Ennemis ayantpaffé
la Senne entre Tubife Lembeck
& Hall marchoient
vers Enghien. Ils ont encore
Juillet 1708.
B
18 SUPPLEMENT
marché cet aprés midi. On
ne peut encore penetrer leur
deffein, ni dire fi c'est pour
aller vers Ath ou feulement
pour avoir occafion de couvrir
la Flandre & defe retirer
dans leurPays quand la
neceffité le demandera. On
n'a appris qu'aujourd'huy
qu'ils avoient rompu les
Ponts de la Dendre , &
Milord Duc a auſſi-tôt détaché
de l'aile droite 4. Regimens
de Cavalerie & de
Dragons fous le General
DU MERCURE. 19
4
MajorBotmar , & le Br..
gardier Chanclos pour aller
du côté de Dendermonde
obferver les Ennemis qui
ont encore laiffé du monde
à Aloft. On vient d'être
informé que leur Armée s'eft
avancée jusqu'à Ninove ,
& cela donne lieu de croire
qu'ils ont deffein de s'emparer
de Gand
Cette Lettre eft une
copie d'une Lettre de Mr
d'Auverkerque envoyée à
la Haye. Rien n'eſt plus
Bij
20 SUPPLEMENT
avantageux à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, que
tout ce qu'elle contient, &
les Lettres de fon Armée
ne pourroient rien dire qui
fuft plus glorieux à ce
Prince. Je ne croyois pas en
commençant ma Lettre ,
que Mr d'Auverкerque eût
dû mettre dans fon jour
toute la manoeure glorieufe
faite par Monſeigneur le
Duc de Bourgogne
, &
que j'euffe dû me fervir de
cette Lettre pour vous l'apDU
MERCURE Zł
prendre. On y doit ajoûter
que Monfeigneur le Duc de
Bourgogne avoit fait faire
pour embaraffer les Ennemis
des routes de tous côtez,
des Ponts fur toutes les
Rivieres, & que ce Prince
avoit ordonné qu'on établift
des Fours à Mons , a
Charleroy & à Namur ; &
que Mr de Chemeraut étoit
parti la veille du decampement
avec un gros corps
de Troupes pour ſe rendre
à Gand par le plus court
chemin.
22
SUPPLEMENT
Le 5. l'Armée continua
fa Marche & elle arriva le
6. au Camp de Ledde.
Le même jour 5. l'Armée
des Ennemis commença
à décamper à 4. heures.
du matin; Milord Marlboroug
eftoit à midi au Pont
de Laken . Son Armée traverfa
le Canal vers la Flandre
en 4. colomnes ; une
partie paffa par la Ville de
Bruxelles .
A peine l'Armée Ennemie
cut- elle decampé
, que
DU MERCURE. 23
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne en ayant efté
averti , ce Prince l'envoya
reconnoiftre , & il monta
luy-même fur la hauteur de
Tomberg, d'où il remarqua
que le rapport qu'on luy
avoit fait eftoit veritable.
Il fit mettre auffitoft la Cavalerie
en bataille en attendant
l'Infanterie , qui ſur
cet ordre fit une diligence
extraordinaire , & arriva
plûtoft qu'on eſperoit.Mais
ce Prince voyant que les
24 SUPPLEMENT
Ennemis
n'avançoient pas,
il continua fa Marche vers
Ninove.
Le 6.l'Armée marcha encore
, & les Colomnes fe
trouverent de fort bonne
heure au bord de la Dendre
pour la paſſer & Monſeigneurle
Duc de Bourgogne
ayant cu avis , que l'Armée
des Ennemis avoit paſſé le
Canal de Vilvorde , & pris
lechemin
d'Afche, il apprehenda
, qu'elle ne gagnât le
Camp d'Aloft avant luy :
c'eft
DU MERCURE.
25
c'eſt pourquoy il marcha
toute fa Cavalerie avec
droit à Aloft , où il paffa la
Dendre. L'Infanterie la
pafla à Ninoye , & l'Artillerie
&les menus bagages auprés
de l'Abbaye de Beaupré.
La referve de Mr de
Biron , & celle que commandoit
Mr le Comte de
Saint Maurice , qui devoient
couvrir les bagages
& l'artillerie , fe trouverent
à caufe de la promptitude
avec laquelle ils avoient
C
Fuillet 1708.
26 SUPPLEMENT
marché de l'autre côté de
la Riviere , fans rien ſçavoir
l'une de l'autre ; ce qui fut
fur le point de caufer quelque
defordre. Cependant
Milord Marlborough étoit
venu reconnoître avec deux
ou trois mille chevaux , &
deux mille Grenadiers , &
ayant donné dans la Colonne
des menus bagages ,
il en prit quelques- uns , ce
qui caufa d'abord quelque
confufion parmi la referve
de Mr de Biron croyant
DU MERCURE.
27
que
c'étoit toute l'Armée
Ennemie : mais on fe remit
bientôt , & Mr le Comte de
S. Maurice , s'étant avancé
avec toutes les Troupes de
S. A. E. de Cologne , qui
font fous fon commandement
, pour couvrir l'artillerie
, qui paffoit la Riviere ,
partagea fes Elcadrons en
deux , & les mit feulement
à deux de hauteur , pour tenir
un plus grand front , &
faire croire aux Ennemis ,
qu'il étoit plus fort , qu'il ne
Cij
28 SUPPLEMENT
l'étoit en effet . On luy vint
dire alors de fe retirer
promptement ; que toute
l'Armée Ennemie avançoit
, & qu'il alloit être
envelopé : mais il demeura
ferme , & répondit feulement
, qu'il fçavoit bien ce
qu'il avoit à faire , & qu'on
pouvoit en avertir Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, dont il executeroit
ponctuellement les ordres.
En effet , le bruit courut par
tour , & jufqu'à Mr le Duc
DU MERCURE . 19
de Vendôme , que toute
l'artillerie étoit prife , & que
les Troupes de l'Electeur de
Cologne étoient entierement
défaites . Ce Prince
monta d'abord à cheval
& courut du côté de l'Abbaye
de Beaupré , pour connoître
la verité par luy- même
; mais il trouva en chemin
Mr de $ Hilaire , qui
marchait fort tranquilletête
de fon artille- ment
ala
rie : ce qui luy donna beaucoup
de joye. Il loua fort
Ciij
SUPPLEMENT 30
Mr le Comte de Saint
Maurice , qui s'eft conduit
dans cette occafion avec autant
de prudence , que d'intrepidité
, ayant eu la précaution
de faire faire par fes
Dragons des routes dans
toute fa marche , pour paffer
plus commodement l'artillerie
: ce qui en avança
l'arrivée de plus de dix heures.
Ce foir-là même il vint
coucher à Ninove , & il joignit
l'Armée le lendemain :
Elle avoit fa droite appuyée
DU MERCURE
31
à Aloft , & fa gauche du
côté de Schellebelle fur l'Efcaut
, où l'on fit conſtruire
trois Ponts. Le quartier
General étoit à Ledde , &
les Ennemis à Afche , leur
droite tirant du côté de
Dendermonde , & leur
gauche du côté de Bruxelles
.
gneur
L'attention de Monfeile
Duc de Bourgogne
eftoit fi grande pour
qu'il ne manquât rien aux
Troupes, que toutes les pré-
Ciiij
32 SUPPLEMENT
cautions neceffaires ayant
efté priſes pour cet effet , il
partit de Tournay la nuit
du 6. au 7. un grand convoy
de pain fur des Chariots
d'Artois , de la Chaftellenie
de Lille , du Cambrefis
, du Tournefis & de
Valenciennes . Il en partit
un autre de la même Ville
le 7. au matin fur des batteaux
, où l'on avoit auſſi
mis de l'artillerie.
Pendant que toutes ces
chofes fe paffoient, l'affaire
DU MERCURE
33
pour laquelle tout eftoit en
mouvement dans les deux
Armées, & même prefque
dans tout le Pays , & qui
avoit eſté ménagée avec
tout le fecret imaginable ,
puifqu'on avoit commencé
à y travailler dés le mois
de May, fut executée de la
même maniere qu'elle avoit
efté projettée.Enfin la Ville
de Gand reçut les Troupes
que les fideles Sujets de
Philippes V. attendoient
avec une extrême inpa34
SUPPLEMENT
tience. Voici comment la
chofe fe paffa .
Mr de la Faille ci- devant
Grand- Bailli de Gand, arriva
le 5. au matin à la porte,
luy huitième , déguiſé en
Payfan. La fentinelle qui
reconnut un Sergent de fon
Regiment , tira deſſus & le
manqua ; mais neanmoins
il fe rendit facilement
maistre de la porte , eftant
fuivi par 60. hommes de
fon même Regiment
. Mr
de Grimaldi & Mr le Baron
DU MERCURE
35
de Capres Lieutenans Generaux
des Troupes d'Efpagne,
qui eftoient prés de
là cachez dans les bleds , entrerent
auffitoft fuivis des
premieresTroupes du corps.
qu'avoient amené Mr le
Comte de Chemeraut auffi
Lieutenant General, & Mr
de Ruffey Maréchal de
Camp,qui entrerent enſuite
dans la même Place avec
le reſte de leurs Troupes. A
peine ces Troupes furentelles
entrées dans la Ville,
36 SUPPLEMENT
qu'on les diftribua aux Portes
, & dans toutes les Places
publiques, & l'on fit publier
que les Bourgeois n'avoient
rien à craindre, & qu'il ne
leurferoit fait aucun mal ni
aucun tort dans leursperfonnes
ni dans leurs biens, non
plus que dans leurs Privileges.
Les Habitans firent alors
retentir les airs des cris de
Vive Philippe V. & l'on doit
eftre perfuadé que leur joye
eftoit fincere. Ils avoient
DU MERCURE 37
ceffé d'eftre fous une domination
bien differente de
celle où ils vivoient auparavant.
Ils ne voyoient plus
que des Ennemis de leur
Religion , qui commettoient
tous les jours mille irreverences
dans leurs Eglifes ;
& qui non contens des
contributions qu'ils trouvoient
tous les jours lieu de
tirer par cent moyens differens,
faifoient preſqu'entierement
ceffer leur Commerce
, en faisant venir de
38 SUPPLEMENT
chez eux des Marchandiſes
qu'ils debitoient dans leur
Ville , où leurs Banquiers
venoient faire le Change.
C'est ainsi qu'ils en ufent
dans toutes leurs nouvelles
Conqueftes, & c'est pourquoy
toutes les Places nouvellement
conquifes fouhaitent
avec tant d'ardeur
de rentrer fous la domination
de Philippe V. ce qui
doit faire connoiftre aux
Alliez que leurs Conqueftes
font mal affurées, & qu'ils
DU MERCURE 39
doivent apprehender tous
les jours de les perdre.
Le General Murrey qui
commandoit un petitCamp.
volant proche de Gand , y
avoit fait entrer le 26 Juin
un renfort de Dragons ;
mais il en eftoit refforti
pour retourner au Camp , &
voyant approcher les Troupes
des deux Couronnes ,
il fe retira vers le Sas de
Gand . Cependant deux à
trois cens Soldats Hollandois
qui eftoient dans la
40 SUPPLEMENT
1
Ville fe retirerent dans le
Château, dont le Gouverneurſe
conferva la porte de
la Ville appellée la porte
d'Anvers , parce qu'elle eſt
dominée par le Canon de
ce Château ; mais ſelon le
projet que l'on avoit formé,
on avoit poſté desTroupes
de l'autre côté, pour empefcher
que le fecours qui
auroit pû venir d'Anvers y
entraft.
On trouva dans la Ville
un Magazin de farine , de la
DU MERCURE . 41
groffe artillerie & beaucoup
de chofes en dépoft
pour un Siege que l'on difoit
que les Alliez avoient
refolu.
La priſe de Gand les
mortifia d'autant plus que
non feulement elle leur fit
perdre l'efpoir de faire aucune
entrepriſe ; mais auſſi
ils fe trouverent privez de
la ſubſiſtance qu'ils auroient
pû tirer quand ils en
auroient eu beſoin, du Pays
de Vaës , ce qui étoit d'au-
Juillet 1708.
D
42 SUPPLEMENT
tant plus fâcheux pour eux
qu'ils n'ont aucun Magazin
à Bruxelles , à Louvain , ni
à Malines.
La Ville de Bruges s'étant
renduë le même jour
que la Ville de Gand , rentra
fous les Loix de fon legitime
Souverain , Mr de
Fretteville, Major General
des Troupes commandées
par Mr le Comte de la Motte
, & envoyé au Roy par
ce Comte , rapporta à Sa
Majeſté , qu'étant venu de
DU MERCURE. 43
fon camp de Varneton , &
s'étant prefentédevant Bruges
, on luy tira 3. coups de
canon , le 3. fans boulet ; que
le principal Magiftrat qui
avoit eftéplacé par les Hollandois
, vouloit fe défendre
afin de gagner du temps pour
attendre des Troupes n'y
ayant aucun Soldat dans la
Place ; qu'il fit fonner la
Cloche pour affembler les
Bourgeois , qui declarerent
tous d'une voix , qu'ils ne
prendroient pas les armes
Dij
44
SUPPLEMENT
contre leur Souverain legitime
; que le Magiftrat
Je trouvant abandonnépar
le Peuple, & preffepar Mr
de la Motte , luy envoya demander
fur la fin des 24.
heures , la même Capitulation
qui avoit efté accordée
à la Ville de Gand , ce que
Mr le Comte de la Motte
ayantpromis , ilfe répandit
auffi- tot une grande joye
dans la Place dont les Por
tesfurent livrées , & que les
Troupesy avoient esté reDU
MERCURE . 45
çues avec des grandes acclamations.
Il arriva enfuite un Courrier
à Fontainebleau, depêché
par Mr de Bergheik
Intendant des Troupes Efpagnoles
, & qui a eu beaucoup
de part aux Negociations
qui fe font faites pour
la reddition de Gand & de
Bruges ; qui rapporta que
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ayant eu avis de
la priſe de Gand , avoit fait
paffer l'Eſcaur à 10. mille
46 SUPPLEMNET
hommes qui avoient inveſti
le Château du côté de la
Campagne ; qu'on l'avoit
vivement preffé , que les
Bourgeois s'en aprochoient
du côté de la Ville , & qu'ils
craignoient peu la Garnifon
qui fe défendoit.Il ajoû
ta que l'on eftoit entré en
pourparler
, & que par la
Capitulation qui devoit
eſtre ſignée le lendemain ,
la Garnifon en devoit fortir
le 8.
Vous trouverez dans la
DUMERCURE . 47
Relation fuivante un tres
beau détail de la Marche
de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne.
Au Camp de Ledde le 7.
Juillet 1708 .
Le projet qui avoit eſté
formé pour faire entrer les
Troupes du Roy dansGand
& dans Bruges , a eſté ſi
bien conduit , & l'heureuſe
execution de cette entrepriſe
, étant tres favorable
aux affaires du Roy , j'ay
48 SUPPLEMENT
cru en devoir faire une Relation
remplie de toutes les
circonftances qui l'ont accompagnée.
Ce deffein avoit eftéformé
depuis quelque-temps par
MrleComtedeBergheik,
on reconnoiftbien prefentement,
que ce n'eftoitpasfans
fondement , qu'il envoyoit
àla Courdefrequents Courriers
, & qu'il eftoit venu
à l'Armée conferer avec
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & Monfieur
de
DU MERCURE . 49
de Vendôme , ce quifaifoit
croire qu'il traitoit de la
Paix , tandis qu'il s'agiffoit
de la conquefte de Gand.
Pour mieux tromper les
Ennemis, on feignit les premiers
jours de ce mois , d'en
vouloir à Huy & aux autres
Places de la Meufe , &
d'avoir deffein de marcher
enpaffant la Dyle à Meldert
; pour cet effet , on renvoya
à Charleroy une partie
des Boulangers, & à Namur,
où l'on fit embarquer ·
Juillet 1708.
E
50 SUPPLEMENT
le gros canon ; on prepara
les cheminspourmarcherpar
notre droite à Meldert ;
l'onfit même despaffages fur
la Dyle & Mr de Vendome
reconnut le terrain entre
la Senne & l'Ifche.
Le 3. le pain arriva de
Charleroy pendant la nuit ;
il fut diftribué le 4. aux
Troupes , & lesgros Equipages
& les Caiffonsfurent
envoyez à Charleroy. Le même
jour il fut ordonné de
bonne heure , que la gauche
:
DU MERCURE . 51
iroit le lendemain aufourage
du côté deTubife & deHall,
& l'escorte y fut envoyée :
elle eftoit compofée de 1000.
Grenadiers & de 1000 .
Carabiniers choifis des meilleures
Brigades de la premiere
ligne , & de 2300.
Chevaux fous les ordres de
Mr le Comte de Chemerault.
Le 4. de grand matin ,
l'artillerie qui eftoit à la
gauche , marcha a la droite
versGenape,dans le deffein
E ij
52 SUPPLEMENT
de faire croire aux Ennemis
qu'on vouloit marcher
par la droite , le fouragefut
contremandé, & on feeût
le détachement de Mr
de Chemerault marchoit
par Enghuien vers la Dendre
: on crut alors que c'eftoit
pour inveftir Ath.
que
Le mêmejour à 8. heures
du foir , toute l'Armée
fem ten marche par la gauche
; le debouchement du
Camp fut long; mais enfin
on paffafur 4. Colonnes le
DU MERCURE.
53
د
a Ruiffean de Braine
Braine le Château , & un
peu au deffousfur 4. Ponts,
& on marcha entre la Foreft
de Soigne & la Senne ;
on paffa cette Riviere à
Lembeck , & fur les autres
Ponts qu'on y avoitfait entre
Hall , & Tubife , pour
aller à Ninove afin d'y paffer
la Dendre , ou de refter
en deça , fuivant la pre
de Gand, on l'entreprise
manquée ,dont on attendoit
des nouvelles. E iij
54
SUPPLEMENT
a
Comme Monfeigneur le
Duc de Bourgogne, & toute
l'Armée étoient le 5. à midy
en halte à Billinghen pour
pafferle ruiffeau de Pepimghem,
& le defilé de Caftergat
, Mr le Chevalier de
Rais arriva de Gand avec
l'agreable nouvelle que Mr
le Gomte de Chemerault y
eftoit entré le matin à la
pointe dujour avec fon détachement:
Les Ennemis n'y
avoient que peu deTroupes,
lesHabitans qui eftoient
DU MERCURE.
55
difpofez, en notre faveur ne
s'oppoferent point à l'entrée
des Troupes. A peine eut
onfceu la prise de Gand que
l'Armée marcha avec beaucoup
de diligence & dejoye
fous Ninove , pour y paffer
la Dendre & allerfoutenir
cette conquete.
Lors qu'on fut arrivé à
Joyck on vitparoître les Ennemis
à Saint Martin de
Lennik , carfur la nouvelle
de notre marche vers la
Dendre , ils décamperent
E iiij
56 SUPPLEMENT.
de grand matin , & marcherent
par Villeworde &
Bruxelles avec précipitation
; s'imaginant qu'on en
vouloit à Ath & ils s'éten
dirent depuis Anderlehk ,
jufqu'à Saint Martin de
Lennick où ils firent paroître
un gros de Cavalerie qui
s'avançoit fur nous par St
Quentin de Lennick. On
crut alors qu'il y auroit une
action , & que les Ennemis
vouloient nous combattre: on
fe difpofa à les bien recevoir,
a
DU
MERCURE . 57
& dés que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne & Mrde
Vendôme les eurent reconnus
, ils firent continuer la
marche de l'Armée vers
Ninove, & laifferent des
Troupes pourfaire l'arriere
garde fous les ordres de Mr
&
Albergotty.
L'Armée paffala Dendre
à l'entrée de la nuit à Ninove
& à Hamberg, &tou
te la nuit juſqu'au lendemain
onze heures. L'Artillerie
& les bagages y paf
58 SUPPLEMENT
ferent auffi. Mr de Biron
avecfa referve en fit l'arriere
garde depuis Genappe jufqu'icy
en paffantpar Steinkerque
.
On envoya hier des Trou
pes à lapointe dujourpourſe
Saifir & pour rompre les
Ponts de la Dendre , &
l'Armée qui avoit fait halte
pendant la nuit à la Plaine
de Ninove , pour attendre
le refte des Troupes , fe mit
en marche à fix heures du
matin , & elle vint camper
DU MERCURE.
59
ici , la droite à la hauteur
d'Aloft, & la gauche à
Schelbelle fur l'Escaut ; le
centre à Ledde , où elle a
trouvé une abondance prodigieufe
defourage.
Les
Ennemis
camperent
hier la droite à Afch fur la
Chauffée
de Bruxelles
à
Aloft, la gauche
à Anderlech.
Ce matin ils ont pris
leur gauche
à Afch, & leur
droite à Dendermonde
. Le
Prince
Eugene
eft arrivé
ce
matin
dans
leur Armée
:
60 SUPPLEMENT
Ses Troupes continuent à
s'avancer pour la joindre ,
& les noftres ont reçû ordre
de venir ici toujours enfeure
té, & dans les Lignes à hau
teur de l'Armée Ennemie.
Hier à Midi lesTroupes
de la referve de Mr de Chemerault
furent envoyées à
Gand, pourreduire le Château
, qui a capitulé & s'eft
rendu ce matin ; la Garnifon
enfortirale 10. pour être
conduite par batteau au Saz
de Gand.
DU MERCURE 61
Mrle Comte de la Motte
avec fa petite Armée , qui
avoit marché d'Ypres à
Gand , pour prêter la main
à Mr de Chemerault,marcha
hier à Bruges & s'en
rendit le maître, fibien que
voila la communication établie
entre Gand, Bruges&
la Flandre par Nieuport
& Furnes; ainfi nos vivres
viendrontcommodementpar
bateau à Gand qui va devenir
noftre Place. d'armes.
Le General Murray qui
62 SUPPLEMENT
eftoit campé à Mariekerke
fous Gand , furpris d'apprendre
la prise de la Place,
Je retira promptement
au
Saz deGand avecfon Corps
d'Armée. On doit faire demain
trois Ponts fur l'Efcaut
à Afchebelle pour paffer
dans le Pays de Vaes en cas
que les Ennemis vouluffent
,
aller.
Plus on examinera cette
Relation , plus on trouvera
qu'elle a efté faite
par
un
Officier qui entend parfaiDU
MERCURE. 63
tement bien fon métier, &
plus on y remarquera que
rien n'a eſté mieux imaginé
ni mieux conduit que
tout ce que Monſeigneur
le Duc de Bourgogne a fait
pour donner le change aux
Ennemis . Ainfi l'on ne doit
pas s'étonner fi l'entreprife
que ce Prince avoit
formée fur Gand & fur
Bruges , a fi heureuſement
réuſſi , tout ce qui a eſté fait
pour l'execution de cette
grande entrepriſe , ayant
64 SUPPLEMENT
dans toutes ſes parties fi
parfaitement répondu au
projet .
La Relation que vous venez
de lire, n'empêchera pas
que vous ne trouviez beaucoup
de chofes nouvelles
dans celle qui fuit.
Du Camp de Ledde le
huitième Juillet.
Nos affaires prennent un
tour trop avantageux en ce
Pays, pour que je n'aye pas
l'honneur de vous en informer
DU MERCURE. 65
mer. Les Villes de Gand &
de Brugesfont rentréesfous
L'obéissance de leur legitime
Souverain. Mrle Comte de
Bergheik Miniftre d'Efpagne,
quidepuis long-temps travailloit
a ce grand deffein, a
profité avec toute l'habileté
·& le fecret poffible de l'éloignement
des Troupes qui
eftoient deftinées pour la garde
de ces Places, que les Ennemis
ont retiréespourgroffir
leur Armée. Ilferendit dans
ce deffein le 3. de ce mois à
Juillet 1708.
F
66 SUPPLEMENT
la noftre , pour s'abboucher
avec Monfeigneur le Duc
de Bourgogne & Monfieur
de Vendofme, & delà il fe
porta à Namur , oùs pour
mieux cacher l'entrepriſe
projettée
fur la Flandre, il fit
commander des Pionniers
& des Chariots , comme fi
l'on cuft voulu entreprendre
quelque chofefur la Meufe.
Nos Generaux de leur côté
dans le Camp de Braine-
Laleu mirent tout en ufage
pour infinuer aux Ennemis,
DU
MERCURE 67
que c'eftoit là veritablement
noftre point de Mire.Onfit
à cet effet marcher tous nos
gros bagages dés le 3 .
de ce
mois du côté de Genappe
,
ony fit avancer auffi quelques
Brigades d'Artillerie,
comme fi effectivement
on
eût voulu tourner
noftre
Marche de ce côté-là. Les
Ennemis dans cette entrefaite
n'eftoient point endormis,
mais ils n'ont point eſté
affez, éclairez, pour penetrer
noftre veritable deffein.
F ij
€8 SUPPLEMENT
Leur Armée cependant
eut ordre de s'ébranler au
premier mouvement
que
nous ferions, ce qui fit differer
un peu noftre Marche ,
& nousfit pretexter un Fourage,
pour lequelfurent commande
2000. hommes de
pied & 2000. Chevaux
fous les Ordres de Mr de
Chemerault . Ce petit corps,
par differens pelotons &dif.
ferentes routes ,fe porta avec
toute la diligence & le fecret
poffible au rendez - vous auDU
MERGURE , 69
prés de Gand, dont on eftoit
convenu. La porte de Bruxelles
luy fut livrée par le
Parti François.
Le5. à 4. heures du matin
noftre Armée qui devoit
fuivre de prés , & qui
eftoit occupée pour le départ
du Fourage , dont elle manquoit
abfolument, eut ordre
de marcher le 4. par noftre`
gauche, lorsque l'on battroit .
la retraite qui devoit fervir
de Generale. Nous employâmes
toute la nuit àpaf70
SUPPLEMENT
fer les defile de Braine-
Laleu & de Braine-le- Château
qui rendoient noftre
Marche embaraffée
& pefante
: le jour la degagea
en la continuant nous nous
portâmes fur la Riviere de
Senne que nous paffâmes au
Château de Lembech , laiffant
les Villes de Hall &
de Bruxellesfur noftre droite.
Nous primes enfuite la route
de Ninove
, dirigeant noftre
Marche par les Villages de
Villinghem & de Pepimgheim.
DU MERCURE.
Là , dans la halte que
l'on fit faire aux Troupes,
pour attendre l'Artillerie ,
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne reçut l'agreable
nouvelle de Loccupation de
la Ville de Gand par nos
Troupes : il ordonna qu'on
en fit part aux Officiers &
Soldats des Colonnes de
l'Armée, quifur le champ ,
pour marquer l'excés de leur
joye firent retentir de toutes
parts des cris deVive le Roy.
Notre avant-garde décou
kiw
72 SUPPLEMENT
en
vrit quelquesTroupes Ennemiesfur
notre marche ,
nous voulantfaireprendre le
change par quelques Tentes
qu'elles avoientfait tendre
pour nousfaire croire
a
que
le
gros de leur Armée n'étoit
pas éloigné, & qu'elle étoit
plus à portée de la Dendre
quenous . Cepetit ftratageme
ne nous impofa point ; il
ne fit que convier Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
de preffer la marche de fon
avant-garde pour paffer la
Dendre
DU MERCURE 73
1-
ne
re
Dendre à Ninove & prenant
toutes les précautions
neceffaires pour lafeureté de
fon arriere-garde , qui fut
confiée à Mrs d'Albergotty
,
& de Cheyladet , avec les
Brigades
d'Infanterie
de
Navarre , de Bourbonnois
,
de Provence,& de Charoft.
On pofta cette Infanterie
tout le longdu bois de Lieforing
avec ordre de n'en partir
que lorfque toute l'arrieregarde
de Cavalerie , compofée
de la Maifon du Roy &
Juillet 1908.
G
74 SUPPLEMENT
de la Gendarmerie , feroit
paffee. Cependant Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
etant maitre du Paffage de
Ninove , ne negligea point
celuy d'Aloft , qui eftoit le
feulpar où les Ennemispouvoient
venir à nous . Ilenvoyapour
l'occuper & pour
enrompre les Ponts une Brigade
de Dragons , fous les
ordres de Mr d' Artaignan,
ce quifut executé. On apprit
par ce General que les
Ennemis avoient pris leur
DU MERCURE.
75
route du côté de Dendermonde
, s'eftant contentez, d'envoyer
un gros détachement
quipaffa parcette Villepour
aller du côté de celle de Gand
dans le deffein d'y échauffer
leurs Partifans,& de tâcher
d.fejoindre à euxpoury mal
mener Mr de Chemerault,
ou chercher à ſe jett.r dans
la Citadelle ; ils furent repouſſez
par nos Troupes &
par les Bourgeois de notre
parti, & ils furent obligeZ
de s'en retourner brufque-
Gij
76 SUPPLEMENT
ment pour ne pas rifquer de
fecommettre avec une refirve
entiere que nous y envoyâmes
dés que toute l' Armée
cut paffé la Dendre ,
ce quifut entierement achevéle
6. à 5. heures du matin.
Vous comprenez bien
que tous ces differents mouvements
, 10ints à l'étenduë
d'une auffi longue marche
nous ont livrez à degrandes
fatigues ; mais peut- on
s'en plaindre quand les
Princes n'en font pas
DU
MERCURE. 77
exempts, qu'ils nousfourniffent
dans eux-mêmes de
fi bons exemples , & que
d'ailleurs il en refulte de fi
grands avantages pour l'Etat.
De
Ninove nous primes
lagrande
route d'Aloftfans
autre interruption
dans le
cours de la marche ,
que celle
que les défilez nous obligeoient
neceffairement de
faire. Nous traverſames
cette Ville , & nous nous
jettâmesfur la Chauffee qui
1
Giiij
78 SUPPLEMENT
conduit à Gand , où encore
aprés quelques heures de
marche , nous affimes fur
les 6. heures du foir nôtre
Camp , notre droite s'etendant
vers Aloft , & nôtre
gauche aboutiffant au Village
de Schellebellfur l'Ef
caut à trois lieues de Gand.
Le quartier General eft à
Ledde à peu près le centre.
Le Gouverneur du Château
de Gand qui eftoit
Lieutenant de Roy de la
Ville , lorfque nous fumes
DU MERCURE . 79
obligez de l'abandonner,
qui pour recompenfe de fa
perfidie , avoit obtenu ce Gou
vernement , n'eft pas peu
embaraẞé, iln'a qu'une tres
foible garnifon , & quand
elle feroit plus confiderable ,
je doute qu'unfajet de cette
trempe, fcut bien s'enfervir.
Auffi n'y penfe-t-il pas,puifqu'on
affure qu'il a demandéjusqu'à
9. heures du matin
aujourd'huy pour ſe
rendre , s'il n'étoit pas fecouru.
Monfeigneur le Duc
Giiij
80 SUPPLEMENT
de Bourgogne veut faire reffentir
au Pays la douceur de
vivrefousfes Loix , parles
défenfes rigoureufes qu'il a
faitespour empêcher les maraudes.
A toutes ces bonnes
nouvelles , il faut ajouter
celle de la joye que
Peuple de Bruges eût de
nous recevoir. Je nefçay de
quelle maniere Mr de la
Motte y ménagea fon entrée
; mais l'on affûre que
dés qu'ilfut arrivé avec les
Troupes , toutes les ruës ,
DU MERCURE . 81
retentirent des cris de Vive
Philippe V. Ce General
apparemment
cherchera à
s'emparer de Damme , qui
eft la Place qui affûre la po
>
feffion de Bruges , pour nous
nous irons vray -jemblablement
à Gavre, entre Gand
& Oudenarde , pour étre
maître del Efcaut en s'emparant
de cette derniereplace.
Il eſt ſurprenant qu'aprés
avoir trouvé tant de nouvelles
particularitez dans la
premiere des deux Rela82
SUPPLEMENT
tions que vous venez de lire
touchant la Marche des
Troupes, pour ôter aux Ennemis
la connoiffance du
deffein que l'on avoit formé
pour s'emparer de Gand
& de Bruges, & pour empêcher
les Troupes des Alliez
de le traverfer ; la feconde
de ces Relations fe
trouve encore remplie d'un
tres grand nombre de faits .
tout nouveaux & qui
doivent faire admirer tous
les mouvemens que MonDU
MERCURE 83
feigneur le Duc de Bourgogne
a fait faire à fes Troupes
, pour parvenir au but
qu'il s'eftoit propofé en paroiffant
s'en éloigner, & ce
qu'il y a de remarquable eſt
que tous ces mouvemens
le font trouvez juftes , &
qu'aucun n'a manqué de
produire les effets qu'on
avoit lieu d'en attendre.
On doit remarquer qu'il
eftoit neceffaire
, & il y a
même lieu de croire que
l'on en eftoit convenu
, que
84 SUPPLEMENT
pour foûtenir la bonne volonté
des Gantois , que l'Armée
de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne fuft à
portée d'eux , & placée
entre celle des Ennemis &
Gand .
Ceux qui fçauront la dif.
ficulté du Pays auront dans
la fuite des temps de la
peine à comprendre , comment
une Armée auffi nombreuſe
aura pû ſe rendre de
Genape auprés de Gand ,
depuis le foir du 4. Juillet,
DU MERCURE. 85
jufqu'à 10. heures du matin
du 6.
La Relation qui fuit doit
vous faire un extrême plaifir
, puifqu'elle eft adreffée
à Sa Majefté, & qu'elle a été
écrite par Monfeigneur le
Duc de Bourgogne. Cette
Relation doit vous faire
connoiſtre l'efprit de ce
Prince ; ainfi que la modeftic
& la précifion avec laquelle
il écrit. Rien n'eft embaraf
fé dans cette Relation : elle
left claire & fans confufion ,
86 SUPPLEMENT
& cePrince explique en peu
de paroles toutes les chofes
qu'il veut faire entendre. Il
auroit pû dans tous les endroits
où il a eſté obligé de
parler de luy, étendre davantage
tout ce qu'il a fait,
& le mettre dans un jour
qui l'auroit fait valoir d'avantage
; mais il eſt aiſé de
connoiftre que fa modeftie
l'en a empêché . Ce Prince
dans cette Relation , rend
juſtice à tous les Officiers,
& ne dit de luy que ce qu'il
DU MERCURE 87
་
ne peut s'empêcher d'en
dire. Cependant il ne faut
qu'examiner ce qu'il a fait,
pour eftre convaincu des
louanges qu'il merite .
Au Camp de Ledde le 7.
Juillet 1708.
Quoique j'aye charge le
Comte de Gacé de rendre
compte à Voftre Majefté de
ce qui s'eftpaffe à la prise de
Gand, & dans une partie
de noftre Marche ; je crois
88 SUPPLEMENT
cependant que je dois luy
expliquer moy-même ce que
j'enfçay.
Fenvoyai le 3. de ce mois
au foir le Comte de Ruffey
avec 2000. Chevaux &
autant de Grenadiers
ou
Simples Soldats , fous pretexte
de faire une enceinte
de fourage, du côté du petit
Enguien , avec ordre lorf
qu'il yferoit,de s'avancerfur
Ninove. Chemerault partit
peu de temps aprés luy pour
l'allerjoindre, & quand il
DU MERCURE. 89
a
fut à la tefte du détachementil
marchafur Ninove,
où ilpaffa le 4. à trois heures
aprés midi, pour aller droit
fur Gand . Le 5. au matin
le Sr de la Faille arriva à
la porte luy buitiéme. La
Sentinelle qui reconnut un
Sergent .de fon Regiment ,
luy tira un coup de fufil &
le manqua ; mais neanmoins
ilferendit maître de la porte,
& il fut joint par 60. hommes
du même Regiment qui
lefuivoient de prés. Il envoya
Juillet 1708.
H
୨୦ SUPPLEMENT
auffitoft avertir le Comte de
Chemerault, dont les Troupes
tres-fatiguées n'avoient
pú arriver au rendez- vous
à l'heure marquée. Chemerault
arriva à toutes jambes
avec la Cavalerie, &
trouva en entrant des accla
mations du Peuple, de Vive
le Roy, avec des marques
d'unejoye & d'une affection
extraordinaire
. Il mit fa
Cavalerie en bataille fur les
Places, s'empara des portes
de Bruges, par où le Camp
DU MERCURE gr
de Vingelghem pouvoit fe
jetter dans la Ville , & envoya
le Sieur de Cano avec
300. chevaux, pour empêcher
à ces Toupes le paffage
du Canal du Saz, ce qui
réuffit ; car elles furent obligées
de fe retirer au Saz, de
Gand. L'Infanterie détachée
eftoit fi fatiguée qu'elle
nepust arriver, que quelques
heures apres la Cavalerie ;
mais l'affection des Bourgeois
eftoit telle qu'ils fe feroient
gardez eux-mêmes, s'il avoit
Hij
92 SUPPLEMENT
efté neceffaire. Nous avions
cependant marché avec l'armée
du Camp de Braine-
Laleu à 7. heures dufoirfur
plufieurs colonnes, la gauche.
à la tefte avec la referve du
Comte de Chemerault ; enfuite
l'Infanterie , puis la
droite fur 4. colonnes. Les
Troupes furent long-temps.
retardees
les
mauvais
par
chemins , la pluye qui com
mença à dix heures du foir
dura toute la nuit, & partie
de la matinée. La tefte de
DU
MERCURE 23
Armée eftoit prés de
Braine - Laleu à Oyerskerk..
Lorfque le jourparut deux
colonnes pafferent la Senne
• à Lembek , & deux à Tubize,
& l'on déboucha fur
haute Croix & fur Pepinkheme,
où l'on fit halte pour
laiffer joindre toutes les
Troupes; on jetta les menus.
Bagages & l'Artillerie fur
Bois-Seigneur- Ifac & Ňivelle,
pour aller par Braine
leComtefur Enghien & He
rive; & nous prîmes feule94
SUPPLEMNET
ment une Brigade d'Artillerie
haut-le-pied, qui mar
cha avec la feconde colonne
d'Infanterie , aprés une
halte de quelques heures.
L'Armée
marcha pour reprendre
fa routefur le moulin
de
Goiek , & à peine
avois -je paffé Kaéftergal ,
queje receus la nouvelle de
l'entrée des Troupes de V.
M. & du Roy
d'Espagne
dans Gand. Vous ne fçauriez
vous imaginer la joye
& la bonne volonté qu'elle
DU MERCURE 95
201
répandit dans l'Armée. Je
continuay la marche avec
la gauche de Cavalerie &
d'Infanterie fur ce moulin ,
tandis que les droites tenoient
lechemin de Fontberghem
, & Ninove par derriere
nous. Nous avions
"
déja des nouvelles que les
Ennemis, inftruits de notre
mouvement
, avoient commencé
a paẞer le Senne à
Bruxelles dés le matin , &
à peine étions nous au moulin
de Goieck, qu'on apper96
SUPPLEMENT
ceut quelques Troupes qui
marchoient en deça du moulin
de Pimberg. Elles s'arreterent
dés qu'on envoya les
reconnoitre , &firent plusfieurs
mouvemens , tantôt
en avant , &tantôt en arriere.
Comme il ne paroif
foit point que rien lesfuivit
de prés , le Duc de Vendocrut
qu'il étoit bon, de
gagner Ninovepourypaffer
la Dendre , & fe mettre en
tre Gand & les Ennemis.
me ,
On forma donc la gauche
fur
DU MERCURE 817
fur deux lignes ; onfit défiler
toujours l'Infanterie
qui marchoit avec un courage
étonnant ; & quand
Albergotty , en eutplacé4.
brigades à la tête des defilez
à une demi- lieue fur la gauche
dumoulin de Goyeck, la
Cavalerie s'ébranla , &
marcha droit fur Ninove.
Les Ennemis dont l'Armée
marchoit fur Saint Quentin
de Linnick parurent
, Cavalerie & Infan
terie fur les 6. heures dufoir;
Juillet 1708.
I
98 SUPPLEMENT
mais onmarcha toûjours , &
la tête , commença apaſſer à
Ninove : fur les 8. heures
on étendit les Troupes fur
le chemin d' Aloft ; elles firent
halte , à mesure que
l'on trouva du terrain pour
les placer ; & à lapointe du
jour , hier 6. de ce mois ,
onfe mit en marchefur deux
Colonnespourgagner Aloft,
qu'on avoit fait occuper dés
la nuit par des Grenadiers ,
furquoy laReferve deChemerault,
s'eftoit avancée. Ce
pendant l'artillerie & les ba
REQUE
DE
LAVILLE
LYON
1893*
DU MERCURE 99
VILLE
* 13
gages , dont les chegalft
eftoient extrement fatig
eftoient demeurez de l'autre
côté de la Dendre vers Pallare.
Biron eftoit avecfa Re-
Serve pour proteger les bagages,
& Saint Maurice avec
Us Troupes
de Cologne pour
efcorter l'artillerie. Les
Ennemis qui avoient commencé
à camper le 5. an
foir; la droite à Saint Mar
tin de Linnick , & la gauche
vers Anderlcht , &
quon' croyoit remarcher vers
I ij
100 SUPPLEMENT
Termonde , felon les avis
qui en eftoient venus , &
parce qu'ils avoient d'étendu
prefque auffi-tôt qu'ils
avoient commencé à tendre
' ,
• parurent
à l'arriere
garde
vers les fix heures
du matin
, les bagages
& l'artillerie
eftant
encore.de
l'autre
côté de la
Dendre
avec une partie
de
la Cavalerie
de la droite.
Bironfe mit auffi-tôt à la tete
des défile
avecfon Infanterie,
& il laiffa une Briga1
101
DU MERCURE
de de Cavalerie à laqueue,
& fe mit en bataille avec
le refte , fur la hauteur du
moulin de Paular. Le Com
te de Saint Maurice , fe
mit pareillement en bataille
; les Ennemis qui avoient
à ce que j'ay feen depuis ,
30. efcaderons & 6000 .
hommes depied , chargerent
quelques Troupes de l'arriere
garde , & un escadron
de Cano qui chargea fort
bien ; mais qui fut culbuté
par legrandnombre , & ils
702 SUPPLEMENT
pillerent quelques bagages ,
dont les chevaux outre
n'avoient peu fuivre avec
az de diligence , pour fe
couvrir du refte des Troupes
; mais quand ils virent
"Biron en bataille ; ils s'arreterent
; il y eut un Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Reine , quifaifoit
l'arriere garde avec
deux cens hommes , & qui
Je trouvant preffé, ſe jetta
dans un Château , & dans
une Oublonniere , où il tint
DU MERCURE . io3 .
bon. Les Ennemis qui l'y
Sommerent , ne purent le
refoudre à fe rendre & fe
retirerent totalement. Fay
ony dire ; que le Duc de
Marlboroughy eftoit en per-
# Jonne ; quefon Armée avoit
eu ordre de le furore , parce
qu'il croyoit la notre toute
entiere de l'autre côté de la
Dendre ; mais que quand
il nous avoit fceu paſſez, il
l'avoit contre - mandée &
l'avoit rejointe . Sur les 4 .
heures du foir , les bagages
I
iiij
104 SUPPLEMENT
de l'artillerie , & les Troi
pes acheverent donc de paffer
,fur les 6. heures dufoir;
pour moy j'estois déja icy
avec la tête de l'Armée.
Nous mêmes nôtre droite à
Crondghin , furla Chauffée
d'Aloft , à Gand ; le centrepaffe
icy, & la gauche à
Schellebell, fur le bords de
l'Escaut , où elle eft feparée
du refte de la ligne ; mais il
eft neceffaire de tenir l Ef
caut, poury établir les Ponts
qui nous doivent arriver de
DU MERCURE . 105
Gand
inceffamment.
En arrivant icy , j'ay receu
une Lettre du Comte de
la Mofthe qui étoit entré le
matin dans Bruges; &peu
aprés une du Comte de Chemerault
, qui me marque
que le Gouverneur du Château
de Gand , commençoit
capituler. Foubliois de
dire , à V. M. que quand
je fus arrivé à Aloft, ce qui
fat hierfur les dix heures du
matin , j'envoyai le Comte
d'Eftrades à Chemerault
à
106 SUPPLEMENT.
avecfareferve , pour en difpofer;
il n'yfut pas plutot
arrivé qu'il luy fit paffer
l'Escaut, pour investir le
Château , & il croit que cela
a contribué à faire parler au
Gouverneur de fe rendre ;
j'espere que j'en pourray
bien- tot dire la concluſion à
V.M. & qu'il ne ferapoint
neceffaire d'y tirer de canon.
Les
Ennemis
camperent le
foir à Affche , la droite vers
Dendermonde , & la ganche
vers Bruxelles
. Le
DU
MERCURE. 107
Prince Eugene arriva le
foir à leur Armée , & je
compte quefes Troupes qui
eftoient le 4. à Duerem , feront
ce foir à Maftrick.
Voila à peuprès ce qui
s'eft paffé depuis notre depart
de Braine- Laleu jufqu'à
l'arrivée icy. Les refer
ves de Biron & de Cologne
,font campées de l'autre
côté de la Chauffée , en tirant
vers Ninove avec
deux autres
brigades de
l'Infanterie du centre ; ily
108
SUPPLEMENT
en a trois brigades fur le
bord de l'Escaut à Schellebell,
&
l'artillerie eft parquée
à Ordeghemfur le chemin
de Gand. Tous les
Peuples de ce Pays- cy marquent
une joye extraordi
naire de rentrerfous l'obeif
fance de leur legitime Roy ;
nous fommes icy dans le
Pays le plus abondant que
jaye jamais veu , & s'il
eftoit neceffaire, onydemeu
reroit jufqu'à la fin de la
Campagne. Dès qu'on a
DU MERCURE 109
"
fçu la prife de Gand, le
Comte de Bergheik , qui
étoit resté à Ninove s'y eft
rendu , pour mettre ordre à
toutes chofes, On a affuré
3-
aujourd'huy le chemin d'icy.
à Gand , & il y aun commerce
établi d'icy à cetteVil
le , fans avoir befoin d'efcor
te. Je ne fçaurois encore affezrepeter
à V. M. qu'elle
eft mafatisfaction lorsque je
pense que j'ay pú contribuer
en quelque chofe , qui doit
étre fi utile à fes interêts.
ΓΙΟ SUPPLEMENT
H
a
que
F'oublions de vous dire
quand le Comte de la Motthe
, feprefenta à laporte de
Bruges , les Magiftrats
voulurentfçavoir , fiGand
étoit rendu, & que dés qu'ils
en furent certains , ils ouvrirent
leurs Portes avec
autant de demonftration de
Zele & d'attachement au
Roy leur Maître que ceux
de Gand; cela fait un extreme
plaifir à tous les bons
Sujets , &fur tout à ceux
qui font attachez à leur
DU MERCURE . in
Maître , par des liens auſſi
pleins de refpect & de tendreffe
que je fuis à Vôtre
Majesté.
Quoiqu'il nefoirpasfait
mention de la reddition du
Château de Gand, il eft
cependant tres - vray qu'il
s'eft rendu par capitulation .
Je ne doute point que
la lecture de cette Relation
ne vous ait fait beaucoup
de plaifir. Tous ceux qui
l'ont lûe en ont efté charmez,
& l'empreffement
112 SUPPLEMENT .
d'en avoir des Copies a été
fort
grand.
Comme
j'ay obfervé
autant
qu'il m'a eſté poſſible
de fuivre les dattes, dans
tout ce que vous venez de
lire, je dois vous marquer
ici, que j'ay oublié de vous
dire
que le
7.
le
Duc
de
Marlborough
envoya
un
Trompette
à Monſeigneur
le
Duc
de
Bourgogne
, pour
ſupplier
ce
Prince
de
permettre
que
quelques
provifions
de
bouche
qui
DU MERCURE. 113
étoient dans la Ville & qui'
luy appartenoient , luy
fuffent renvoyées , à quoy
ce Prince confentit auflitôt .
Il attendoit avec impatience
des nouvelles de ce qui
fe devoit eftre paffé à la
reddition du Château de
Gand ; car fuivant toutes .
celles qu'il avoit reçuës, ce
Château devoit eftre rendu
. On avoit pris des mefures
fi juftes & envoyé des
Troupes fi à propos qu'il
ne pouvoit eftre fecouru ,
Juillet 1708...
K
114 SUPPLEMENT
& d'ailleurs le Gouverneur
devoit eftre intimidé par le
bruit que les zelez Habitans
de la Ville avoient fait
répandre qu'il y eftoit entré
30. mille hommes , ce qui
embaraffoit fort le Gouver
neur; car d'un côté il n'étoit
pas fûr qu'il fuft entré un
auffi grand nombre de
Troupes dans la Ville, & il
fe perfuadoit qu'il auroit pû
rendre un grand ſervice aux
Alliez ; car fuppofé qu'il n'y
eût eu que peu de Troupes
DU
MERCURE. ITS
dans la Ville, & qu'il y eût
pû faire entrer les Alliez par
le Château, il pouvoit y faire
tout mettre à feu & à fang,
& vanger les Alliez de ce
que les Habitans y avoient
fait entrer les François.
Toutes ces chofes occuperent
quelque temps ſon
efprit ; mais ne voyant
point d'apparence d'eftre
fecouru , n'entendant point
de nouvelles des Alliez ; fçachant
que les François
avoient des Troupes du cô
Kij
16 SUPPLEMENT
té de la Campagne , qu'ils
eftoient maîtres de la Ville,
& voyant qu'outre la Garnifon
qui eftoit de 225.
Anglois ; que la Garniſon
de la Ville qui eftoit d'environ
250. Hollandois
avec 900. refugiez , tant
hommes que femmes ,
avoient augmenté le nombre
des bouches qu'il auroit
eues à nourrir; & d'ailleurs
ainfi que je viens de marquer,
n'ayant point d'efperance
de fecours, & voyant
•
DU MERCURE. 117
que toute l'Armée des deux
Couronnes eftoit en état de
l'empêcher , il demanda à
capituler, & fes propofitions
ayant été écoutées , voici de
quelle maniere la Capitulation
fut reglée. Il fut arrê
té, que la Garnifonfortiroit
avec armes & bagages , 3.
pieces de canon & des munitions
pour tirer 12 coups par
pieces, & qu'elle feroit con-
"duite à la plus prochaine
Garnifon appartenante aux
Alliez , avec une eſcortefuf118
SUPPLEMENTA
Jante, & par le plus court
chemin; & le Saz de Gand
fut choifi , comme eftant
la Place la plus prochaine.
Que le Commandant ref
teroit jufqu'au dix dans le
Château avecfa Garnison ;
mais
que
le 8. à 8. heures du
matin il en remettroit la
il
porte aux Troupes du Roy.
Que pendant
ce temps
ne fe commettroit
aucun
acte d'hoftilité de la Ville
contre le Château , ni du
Château contre la Ville.
DU MERCURE 119
and
Que toutes lesfemmes appartenantes
à l'Armée Anant
gloife , & qui eftoient alors
ane dans laville,fortiroient avec
rela Garnifon , & emporteesk
roient leurs meubles & ba
fon gages, fans qu'il leur fûtfait
es d aucun tort..
= la Qu'on ne travailleroit
à
Roy lever des batteries de part
il ni d'autre pendant
le temps
cun marqué, ni dans la Ville,
Vill ni dans le Château,
DS
сип
i du
le.
Que tous les Officiers de
la Garnifon du Chaftean
120 SUPPLEMENT
qui avoient des bagages ou
des meubles dans la Ville
pourroient les emporter fans
qu'on en puft rien retenir
fous quelque pretexte que ce
fuft; cet Article fut accordé
fous la parole d'honneur
du Commandant .
Qu'ilferoitfourni des voitures
à ces Officiers ,foit par
terre,foitpar eau, enpayant
les prix ordinaires.
Qu'ilferoitpayé au Commandant
du Chateau &
aux Officiers defaGarnife ,
1
les
DU MERCURE . 121
ur
Ent
es
les fervices que la Ville de
Gand a accoûtumé
depayer.
Et qu'en cas que le Com-.
mandant du Chateau fuft
fecouru avant le 9. à midi,
la Capitulation feroit nulle.
On dit qu'il y avoit dans
ce Château 22 pieces de
canon , 250. barils de poudre
& des outils
faire un Siege.
propres
à
Le. 8. à 10. heures & demie
du matin , Mr Schelton
l'un des Aides de Camp
de Monfeigneur le Duc de
Juillet 1708.
L
122 SUPPLEMENT
Bourgogne , apportá cette
capitulation à ce Prince ,
& il luy fit un tres fidéle
rapport de tout ce qui
s'eftoit paffé à cette occafion,
& la peine que l'on
avoit euë à faire refoudre le
Gouverneur à fe rendre .
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne aprés avoir eſté
informé de tout , & avoir
fait plufieurs queſtions à
Mr Schelton , touchant l'état
des chofes , ce Prince le
dépêcha pour porter auRoy
DU MERCURE . 123
5
la Capitulation qu'il luy
avoit apportée. Il fe rendit
à Fontainebleau avec le
plus de diligence qu'il luy
fut poffible, & vous pouvez
juger qu'il fut receu tres favorablement
du Roy , &
tres gracieuſement accueileli
de toute la Cour , qui le
felicita fur les nouvelles qu'il
avoit apportées. Sa Majeſté
aprés luy avoir témoigné
qu'elle luy rendroit ſervice
en tout ce qu'Elle pourroit,
luy dit lorfqu'il prit congé
Ljj
124 SUPPLEMENT
d'Elle , faites mes amitiez
au Duc de Bourgogne &
au Duc de Berry , & mes
complimens au Chevalier
de Saint Georges, enfuite de
quoy il partit pour Saint
Germain en Laye, pour faire
à la Reine & à la Princeffe
d'Angleterre des complimens
de la part de Monfieur
le Chevalier de Saint
Georges. Il ne fut pas moins
bien reçû en cette Cour ,
qu'il venoit de l'eftre à celle
de France .
DU MERCURE . 125
PA
SU
.
Tout ce que je vous ay
dit depuis le commencement
de ma Lettre, & qui
en peut eftre regardé comme
la premiere partie , ne
peut eftre contredit de perfonne,
& tout le monde en
demeure d'accord ,parceque
ce font des faits conftans ,
l'on ne peut alterer
&
que
ni
déguiſer
, parce
qu'il
n'y
a rien
qui
puiffe
exciter
des
doutes
, &
à quoy
l'on
puiffe
donner
des
fens
contraires
à la
verité
. Enfin
rien
n'y
Lij
116 SUPPLEMENT
peut donner prife , comme
dans ce qui doit regarder la
feconde partie de ma Lettre
par laquelle je prétens développer
tout ce qui regarde
le combat donné prés
d'Oudenarde, & qui a donné
lieu à ceux qui parlent
& qui écrivent en faveur
des Alliez , de dire & d'écrire
plufieurs choſes à leur
avantage , quoi qu'elles
foient entierement contraires
à la verité ; mais il
leur a fuffi , eftant fondez
DU MERCURE 127
es
nt
ur
eur
fur de
certaines
apparences,
qui puffent donner à ce
combat des faces qui leur
fuffent
avantageuſes .
Avant que d'entrer
davantage
en matiere, je dois
n parler du caractere des 2 .
Partis. Jamais Peuples n'ont
eu moins de déguiſement
que les François , & c'eſt
pourquoi le nom de Francs
les leur a efté donné , & ils
ncraignent tellement de le
si perdre qu'ils parlent fouvent
contr'eux , craignant
dez
Liiij
128 SUPPLEMENT
lorfqu'il s'agit de chofes qui
les regarde , que l'on ne
croye qu'ils parlent contre
la verité , ou qu'ils l'alterent
; & c'est pourquoy ils
croyent avoir beaucoup
perdu lorſqu'il n'ont pas
remporté un plein triomphe.
Enfin la politique ne
regne pas chez eux , &
comme ils font perſuadez
qu'elle altere fouvent la verité
, ils ne fçavent ce que
c'eft que de s'en fervir , &
lorfqu'aprés les premiers
DU MERCURE 129
e
Das
coups donnez dans une bataille
, il croyent n'avoir
pas eu l'avantage , il eſt
difficile de leur perſuader
qu'ils ne l'ont pas perdue ,
lors même que la victoire
s'eft declarée pour eux .
Il n'en eft pas de même
des Alliez qui fe laiſſent
& conduire par une politique
dez outrée, & qui fe declarent
d'abord contre les veritez
les plus apparentes , lorf-
& qu'elles leur font contraires .
Ils ne laiffent pas d'eftre per-
In
ne
veque
1CTS
130 SUPPLEMENT
fuadez que le temps qui découvre
toutes chofes , découvrira
un jour les fauffetez
qu'ils ont avancées , & qui
même font toûjours découvertes
pour ceux qui fe
donnent la peine d'approfondir
les chofes, & de ne
rien croire de leger. Le but
des Alliez en femant de
fauffes nouvelles à leur
avantage , eft d'empêcher
pour un temps que leur
perte ne leur nuife , & ils
publient ce qu'ils avancent
DU MERCURE . 131
avec tant de hardieffe, que
ceux mêmes qui ont eſté
témoins du contraire , font
embaraffez. Si lorſqu'il leur
arrive des pertes , la verité
I toute pure s'en répandoit
en Angleterre , les Peuples
de ce Royaume pourroient
ouvrir les yeux, & ſe laſſer
d'une guerre qui ne leur
produit rien , & qui leur
coûte fi cher. Si pendant
que les Confederez d'Hongrie
pouffent par tout vivement
les Troupes de l'Em132
SUPPLEMENT
pereur, on leur venoit dire
que ces Troupes
ont efté
battues, ils redoubleroient
leur vigueur , & trouveroient
encore plus de monde
& d'argent
pour continuer
la guerre , au lieu
qu'ils pourroient eſtre decouragez
s'ils apprenoient
que les Alliez de SaMajeſté
Imperiale font de continuelles
pertes ; & il faut que les
fauffes nouvelles
qu'ils envoyent
dans des Pays éloignez
, déguifent
la verité
DU MERCURE 133
VE-
30
ent
fous des apparences bien
grandes & bien plauſibles ,
puifqu'aujourd'huy
même
dans la Haye , on eft preft
de faire paffer l'emprunt
de quelques millions de
florins , fous prétexte que
de les Alliez viennent de remporter
une victoire complette
, ce qui eft fi contraiudre
à la verité , que je dois
leeftre perfuadé que perfonen-
1 ne ne doutera du contraire
lolorfque l'on aura lù ma Lettre
, les preuves que j'en
erite
134 SUPPLEMENT
donneray , eſtant inconteftables.
Je ne puis m'empêcher
de rapporter encore
une fois à cette occafion ,
ce que j'ay déja dit dans mes
Lettres , & que je crois ne
pouvoir trop dire , afin
qu'avec le temps , il ne foit
ignoré de perfonne .
Il eft conftant que Mr
de Vendôme
n'a point
ceflé de battre Monfieur le
Prince Eugene en Italie ;
qu'il a gagné plufieurs batailles
confiderables
contre
DU MERCURE . 135
ce Prince , dont celles de
Calcinato & de Caffano
fontfoy ; qu'il l'a chaffé
generalement de tous les
Poftes qu'il avoit en Italie ,
& qu'il luy a fait abandon-
Ener la défenſe de ceux qu'il
avoit entrepris de proteger,
& qu'enfin aprés luy avoir
fait abandonner plufieurs
Lacs , & plufieurs Poftes
avantageux , & l'avoir fou
vent pouffé fi avant dans
b les montagnes , que fes
Troupes ont efté obligées
tre
136 SUPPLEMENT
d'aller jufqu'à Trente pendant
ces expeditions , &
que la France retentiſſoit
des actions de graces que
l'on y rendoit au Ciel , les
Alliés de leur côté faifoient ·
la même chofe , & faifoient
imprimer des fables pour
empêcher que leurs peuples
ne connuflent la verité , &
pour en tirer des avantages,
lorfqu'ils n'en devoient
entendre que des plaintes.
Tout ce qu'ils ont publié
du combat donné prés
DU
MERCURE 137
,
d'Oudenarde eft fi outré
que l'on peut dire qu'il n'y
a pas la centiéme partie de
ce qu'ils ont avancé , de
veritable , & ceux qui fonc
le plus dans leur party ne
peuvent s'empêcher de rire,
voyant qu'ils nous font perdre
prés de 20. mille hommes
, lors qu'ils ont beaucoup
plus perdu que nous ,
comme l'on verra par plufieurs
Relations , & fur
tout par celles de quelques
Officiers de leur Armée
Juillet 1708.
M
138 SUPPLEMENT
qui font finceres , & qui
ont écrit la verité d'une
maniere ſi claire , & qui
prouve fi bien ce qu'ils
avancent , qu'il eſt impoffible
d'en douter, Mais
avant que d'entrer dans ces
preuves dont j'ay un bon
nombre , j'ay cru devoir
mettre icy plufieurs Relations
faites par des perſonnes
qui ont combattu , ou
que leurs emplois obligeoient
de refter dans le
combat, & qui.ont tout exaDU
MERCURE 139
Οι
miné avec beaucoup d'atention
. J'ay crû que je devois
me fervir de plufieurs Relations
pour faire mieux
connoistre la verité , parcequ'il
n'y en a aucune qui
ne rapporte quelque circonftance
qui ne fe trouve
dans les autres , & que
dans le Combat les uns fe
font trouvez dans des endroits
, dont les autres
étoient bien éloignez . Ainſi
ce qui eft vû des uns dans
un Combat n'eſt pas vû des
pas
Mij
140 SUPPLEMENT
autres , & l'on parle plus
feurement lorſque l'on ne
ne parle que de ce que l'on
a vû.
Je feray des remarques
à la fin de chaque Relation ,
qui aideront à faire déveloper
la verité dont on ne
devra point douter , puifque
les François font plus
accoûtumez
à écrire à leur
defavantage
qu'à leur avantage
; & quand toutes ces
Relations
auront fervi à
mettre la verité dans fon
a
DU MERCURE. 141
jour , je feray voir par celles
des Alliez même , qui
leur font beaucoup moins
favorables que celles des
François , que dans le combat
les Alliez ont infini-
Fe
ne
n-
Ces
pas
telles
qu'elles ont efté raportées ;
joint que quand les Alliez
Couronnes , ce que je juftifieray
encore par toutes les
chofes qui fe font paffées
depuis le combat , aufquelles
on a donné de faux jours,
& qui ne font
ment plus perdu que les 2 .
142 SUPPLEMENT
auroient eu quelques avantages
en deçà , ils ne font
pas à comparer à ce qu'ils
ont fouffert du côté de leurs
Frontieres où on les fait
veritablement contribuer ,
lorfqu'ils difent_faufſement
qu'ils font contribuer
l'Artois .
Je reprens la fuite des
Affaires
felon leurs dattes .
Aprés l'entrée
de nos
Troupes
dans le Fort de
Plaffendal
, dans Gand &
dans Bruges , les deux ArDU
MERCURE 143
mées commencerent à faire
de nouveaux mouvemens ;
fçavoir les Alliez pour empêcher
la fuite de leur perte,
& celle des deux Couronnes
pour s'emparer d'Oudenarde.
Vous trouverez
dans la Relation qui fuit ce
qui fe paffa à ce sujet , c'eſt
la premiere de celles que
je viens de vous promettre;
mais fi vous me croyez ,
vous ne porterez aucun ju-
* gement fur tout ce que ces
Relationscontiennent, qu'a144
SUPPLEMENT
prés que vous les aurez luës
toutes ; parce que quoy
qu'elles n'ayent eu que le
même fujet pour but , il
s'en trouve pourtant de
bien differentes , de manieque
qui ne verroit que deu x
ou troisRelations
d'un combat
, ne sçauroit pas tout
ce qui s'y eſt paſſé , & n'en
pourroit démêler la verité .
Au
DU MERCURE. 145
ent
Ite
Au Camp de l'Abbaye de
Walhem fur le bord du
Canal de Gand à Bruges
le 13. Juillet 1708.
Voici une Relation la plus
circonftanciée qu'il m'a efté
poffible de faire du Combat
d'Oudenarde qui fe donna
avant hier,quin'eftantpoint
une affaire décisive, ne peut
eftre appellée autrement que
du nom de Combat.
Le 11. on battit la Generale
au Camp des deux
Juillet 1708 .
N
146 SUPPLEMENT
Couronnes fur les deux
heures du matin ; mais les
Ponts qu'on avoit jettez fur
l'Efcant à Gavre, empécherent
qu'on ne fe mist en
marche qu'à 8. heures , leur
conftruction nous ayant arrefté
quatre heures pendant
un temps qui nous eftoit de
la derniere confequence
,pour
l'avantage de cette journée.
La marche commença
par
le Corps de referve , commandé
par Mr de Biron ,
qui eut ordre d'inveftir OuDU
MERCURE . 147
E.
En
arent:
denarde par ce côté- là de
l'Escautpendant lajournée,
pour empêcher la Garniſon
"de cette Place de nous inquieter
; car on ne sçavoit pas
que les Ennemis marchoient
pour se rendre fous cette
Place. Le
Campement marde
chort fur une autre colonne,
& s'avança jufqu'au Mou
elin de Moringem , où l'onfit
ar halte pourfairel'alignement
de l'Armée .Quand le Corps
de Refervefut àportée d'Ou-
O denarde, Mr de Biron
W
om-
-on,
ap-
Nij
148 SUPPLEMENT
percut grand
nombre
de
Troupes
Ennemies
, quipaf
foient l'Efcaut
, &fortoient
de la Ville
; & comme
il
n'avoit point d'ordre de
charger, & que mesme fon
Corps de Referve eftoit inferieur
à ce qui paroiffoit en
deça de l'Efcaut, il fit halte
en attendant la reponse de
ce qu'il avoit à faire . Le
Campement apperçut auſſi
toute l' Armée Ennemie qui
defcendoit la hauteur de
Matere de Volkeghem pour
DUMERCURE . 149
DIE
ne:
•
inf
Sede
L
venir paffer l'Escaut dans
Oudenarde , & fur 5. Ponts
qui avoient efté conftruits à
Betteremfous cette Place.
Mr de Vendome vint à
toute bride au Moulin de
Moringen ; il renvoya les
campemens à leurs Regimens.
hali & ordonna aux Cavaliers
éclopez de monter à cheval
& dejoindre leurs Regimens.
Ilfit auffitoft commander 30 .
Compagnies de Grenadiers
pour s'emparer des hayes &
pades chemins creux , qui reg-
Niij
250 SUPPLEMENT
noient le long de la Plaine,
&qui nous feparoient des
Ennemis. Ce Prince ayant
efté luy-mefme pofter les
9
ça
Grenadiers ,
s'apperçut que
les Ennemis eftoient déja
enplusgrandnombre en dede
l'Efcant, qu'il ne penfoit
; c'eft pourquoi il envoya
ordre aux Troupes de s'avancer
promptement
, dans
la refolution
d'engager une
affaire.
Les Ennemis à mesure
qu'ils paffoient s'alongeoient
DU MERCURE . 15
e
fur leur droite le long de la
Plaine , joignant l'Escaut,
ce qui obligea le Corps de
Referve deMr de Biron de
la quitter & de repaſſer les
hayes & les défile ; ce qui
engagea Mr de Vendome de
faire pofter une batterie de
10. Pieces de canon à laChapelle
, au deffus de Huiffe ,
qui ayant tiré dans cette
Plaine, qu'elle commandoit,
obligea les Ennemis de fe
retirer avec quelqu'efpece de
defordre vers Oudenarde,
N iiij
152
SUPPLEMENT
defaire reculer leurs colonnes
laiffant quelques morts fur
la Place.
Pendant ce temps- là la
Cavalerie de la droite s'ef
tant formée à fon pofte, &
l'Infanterie
eftant arrivée ,
on la plaça dans les hayes
& dans les chemins creux
du centre. Quant à ce qui
regarde la premiere ligne, on
y mit encore une Brigade de
canon, qui eftoit toute l'Artillerie
qui avoit pu arriver.
Les
Ennemis ayant fait
DU MERCURE 153
avancer leurInfanterie dans
ces hayes & chemins creux,
ne tarda guere à en venir
aux mains ; & le feu commença
vivement fur les 4.
heures aprés midi, au centre
à la droite de l'Infanterie.
Mr de Vendôme s'y
eftant rendu, fit forcer &
plufieurs fois reculer les
lignes des Ennemis : mais
comme ils avoient encore
Ar derriere eux une infinité de
foffer & de hayes , c'eftoit
0%
del
Der
fait toujours à recommencer. Ce
154 SUPPLEMENT
Prince fit des actions de
valeur furprenantes en cette
occafion, & s'y diftingua en
Capitaine & en Soldat , &
ilent deux de fes Gens tuez
àfes côtez .
2
Cependant
la Cavalerie
eftoit en bataille, fans pouvoir
entrer en action, tant
la droite qu'à la gauche
qu'elle s'étendoit
juſqu'à
Efcaut prés d' Apres , à
caufe des defilez des coupures
qui l'empêchoient
de
fe former. La Maison du
DU
MERCURE . 155
a
1,0
aleri
Roy & quelques autres
Corps de la droite de Cavalerie,
ayant voulu s'avan
cer pour attaquer s'engathe
gerent dans des chemins
creux, où ilsfouffrirent beau
coup du feu de l'Infanterie,
соцр
po qui enfin les obligea à fe re
Ant tirer ; mais la Gendarmerie
attaqua fià propos 15. Efca
drons de Dragons Ennemis
qui vouloient attaquer quel
sco ques-uns de nos Bataillons
en Plaine , qu'elle renversa,
tailla en pieces la plusgrande
uche
es,
SCOM
int
a
156 SUPPLEMENT
partie, &pourfuivit le refte
jufque dans leurs lignes.
Les Princes defirant foûtenir
le combat d'Infanterie
, & les avantages qu'on
yavoit , firent avancer la
feconde ligne , qui n'avoit
point combattu. Les Ennemis
s'en eftant apperçûs , &
qu'il n'y avoit plus rien entre
Noringhem & le centre,
firent couler le long des chemin's
creux entre la droite de
l'Infanterie , & la gauche
de la Cavalerie de la droite ,
DU MERCURE is
une Colonne de Cavalerie
& de Dragons qui vint
dans cette Plaine , charger
quelques Efcadrons de Cavalerie
qui y étoient & un
gros où eftoient les Princes
qui effectivement furent
dans ungrand danger dans
cette occafion , & effuyerent
la décharge de ces Troupes
avec beaucoup de fermeté
& de courage. Cela caufa
cependant une espece de déroute,
jusqu'au lieu où eftoit
le Corps de Referve des
158 SUPPLEMENT
bleffez , où ayant fait ferme,
& laCavalerie de lafeconde
ligne accourue pour charger
les Ennemis , ils furent reporffez
& poursuivis avec
plus de defordre , qu'ils ne
nous en avoient caufe , &
les Princes retournerent au
Moulin de Moringhem , où
ils eurent avis que Mr le
Comte de Coignies à la tefte
des Dragons, avoit remporté
quelques avantages à la
droite. Cefut en quelquefaçon
la derniere catastrophe
a
DU
MERCURE . 159
de cette journée ; car la nuit
eftant entierement venuë, le
feu ceffa depart & d'autre,
3. fur les 9. heures dufoir, n'y
ayant pas d'apparence
de
forcer les Ennemis qui te
noient de pofte en pofte , où
teffe
ils trouvoient continuellement
de nouveaux retranchemens
naturels ; & qui
l'auroit voulu
entreprendre
,
auroit vú perir le dernier
Soldat de l'Armée.
Les
Regimens du Roy,
Spaar, Saint Second, Bou160
SUPPLEMENT
flers , Royal Rouillon , &
de Vendome , font ceux qui
ont leplusfouffert on croit la
perte égale de part & d'autre
, tant tuez que bleffez.
Je ne fuis pas encore bien
informé de tous les Officiers
de remarque qui nous manquent
; mais voici ceux qui
font venus àma connoiffance
Le Marquis de Ximenes
lonel du Royal Rouſſillon , le
Chevalier dePezeux Brigadier
de Dragons & Colonel,
le Marquis de Chapizean
CoDU
MERCURE . 161
de la Maifon du Roy.
L'Arméequittafespoftes,
& le Champ de bataille
aprés minuit en très bon ordre,
& prit la route de Gand
où Meffeigneurs
les Princes
& Mr de Vendôme fe rendirent
.
Les
Ennemis à la pointe
du jour du 12. Juillet, s'eftant
apperçus
de cette retraite
voulurent
donner fur l'arviere
garde; mais les Grenadiers
& les Carabiniers
les
repoufferent
toûjours
avec
Juillet 1708.
162 SUPPLEMENT
perte ; mais ils firent priſonniers
tous les Soldats bleſſe
qui ne nous purent Suivre.
Le même jour l' Armée traverfa
la Ville de Gand &
alla camper audelà , fur le
>
bord du Canal de Gand à
Bruges , la droitefur le chemin
de cette derniere Ville
&la gauche à Gand , & le
Quartiergeneral icy ; l'Ar
mée fut rejointe par un
grand nombre de Soldats.
Il y a beaucoup de chofes
effentielles dans cette
DU MERCURE. 16
Relation qui doivent eftre
remarquées , dont la prem'ere
eft que la conftruction
des Ponts fur l'Efcaut
ayant arrêté les Troupes
pendant 4. heures , on auroit
peut- eſtre pû arriver
affez tôt pour s'emparer des
Poftes que les Ennemis occuperent
.
La perte du temps que
la conſtruction de ces
Ponts a fait perdre, ne peut
eftre imputée à perfonne;
& comme l'on ne pouvoit
O ijs
164 SUPPLEMENT
y
fe difpenfer de les faire , il
falloit employer
le temps
neceffaire , & fi cela en a
fait perdre , c'eſt un malheur
& non pas une faute.
On voit dans la même
Relation qu'il n'y a point
eu de temps perdu enfuite,
& qu'auffi-tôt que Mr de
Vendôme cut aperçu les
Ennemis , & confideré l'état
des choſes , il fit faire
tous les mouvemens neceffaires
pour commencer le
combat , & que ce Prince
l'engagea.
DU MERCURE 165
cer
I
Il paroift qu'il fit reculer
d'abord la colonne des Ennemis.
On voit qu'il eut encore
le même avantage quelque
temps aprés , mais qu'il eftoit
obligé de recommencer
toûjours de nouvelles
attaques , parce que les Ennemis
avoient derriere eux
une infinité de hayes & de
foffez ; de maniere que fifa
Cavalerie avoit pû agir ,
comme il paroift dans la
fuite de cette Relation qu'el
166 SUPPLEMENT
le tenta de faire , elle auroit
moins fouffert , & les
Ennemis auroient eſté accablez.
On y voit de plus que
Meſſeigneurs
les Princes y
firent des merveilles en voulant
foûtenir le combat , &
qu'ils furent même en
grand danger , à cauſe de
la colonne de Cavalerie ennemie
qui furvint , & dont
ils furent fur le point d'eftre
envelopez ; mais qu'en
ayant effuyé la décharge
DU MERCURE. 167
avec beaucoup de conſtance
& de fermeté , cela donna
lieu d'attendre la Cava-
Ierie de la ſeconde ligne qui
repouffa les Ennemis avec
plus de defordre qu'ils n'en
avoient caufé .
Enfin il refulte de cette
Relation qui paroiſt fort
detaillée , que pendant que
tous les coups de main ſe
font donnez , nous avons
toûjours eu l'avantage , &
que la victoire nous feroit:
demeurée , s'il avoit efté
168 SUPPLEMENT
poffible de forcer toûjours
des hayes , & de paffer toûjours
des foffez , & que cependant
nôtre perte ne peut
avoir efté auffi confiderable
à beaucoup prés que les Ennemis
le publient ; que tous
les Drapeaux & les Etendars
qu'ils difent avoir pris , font
autant de chimeres ; que
nous n'avons ceffé le combat
, que parce qu'il eſtoit
impoffible de forcer un
nombre infini de Poftes défendus
par la Nature , &
ཝཱ
que
DU MERCURE. 169
que lorsque le combat a
ceffé , nous étions maîtres
de le recommencer
ou de
nous retirer , ce qui fe prouve
par deux chofes inconteftables
, l'une que l'on agita
dans un Confeil fi l'on
attaqueroit de nouveau les
Ennemis , ou fi l'on fe retireroit
: le dernier party fut
fuivi ; mais comme le com-
10
e
bat avoit ceffe avec le jour,
& que l'on ne quitta le
Camp que quelques heures
aprés minuit , & que
Juillet 1708.
P
370
SUPPLEMENT
font
ces deux chofes font generalement
connues de tout
le monde , & qu'elles ne
pas même contredites
par les Ennemis , il eft conf
tant qu'il n'y a rien dans
tout cela qui fente la déroute
d'une Armée , ni mê
me qui en aproche ; & lorfqu'il
n'y a ni défaite ni déroute
, il n'eft pas poffible
que l'on ait fait beaucoup
de prifonniers
, puifque l'on
n'en peut faire que lorfque
l'épouvante fe met dans des
DU MERCURE. 377
Troupes qui s'enfuyent , &
que celles de l'Armée des
deux Couronnes fe repoſerentlong-
temps aprés lecom
bat , & que prefque toute
l'Armée qui avoit lieu d'ef
tre fatiguée , eftoit endormie
, lorfqu'on y reçut les
ordres de marcher du côté
de Gand ; la nuit fut cauſe
que plufieurs s'égarerent ,
& les Ennemis ayant oüy
dire qu'il nous manquoit
beaucoup de Troupes , crurent
qu'ils pouvoient pu-
Pij
171 SUPPLEMENT
.
blier qu'elles eftoient prifonnieres,
& peut- eſtre même
que quelques uns ſe l'imaginerent
, n'ayant pas
combattu du côté où ces
prifonniers fupofez avoient
efté faits. Ce font des verife
tez qui ont efté éclaircies
par le temps , & qui quelques
jours aprés le combat,
ne furent ignorées de perfonne.
Pour mêler les Relations ,
je vous en envoye une qui
n'eft pas fort étenduë , mais
DU
MERCURE. 173
que vous trouverez fort naturelle
; elle eft du . Chirurgien
d'une des Compagnies
des Gardes du Corps .
Au Camp prés de Gand ce
13. Juillet 1708.
Mercredy fur les onze
heures du matin ; ayantfait
paffer notre Armée fur l'Efcaut
à trois lieues de Gand,
nous marchâmes où plûtôt
nous courûmes jufques visà-
vis Oudenarde , où aprés
P iij
174 SUPPLEMENT
plufieurs mouvemens on attaqua
les Ennemis qui nous
recurent fort bien ; c'eftoit
dans un Pays extremément
couvert de hayes & de brouffailles
; ainfi il eftoit avantageux
aux Ennemis qui
ont une tres- bonne Infanterie.
Onpofta la Maifon du
Roy derriere l'Infanterie ;
je l'accompagnay jusqu'au
dit lieu ; mais dés le moque
notre
ment que je vis
Aumônier fe difpofoit à
donner l'Abfolution
, je pris
DU
MERCURE . 175
le large , & je paffay derriere
hors la portée du fufil, &
de crainte d'eflre incommode
du canon , je me mis derriere
un gros arbre ; je n'y
demeuray pas long-temps ,
& voyant que les bales venoient
juſqu'à nous , je m'énd
loignay encore ; il fe faifoit
de part & d'autre un feu
terrible , c'est- à- dire des plus
furieux que l'on puiſſe faire;
otre la Maifon du Roy eftoit en
butte à tous les coups de
moufquets, & ilfaut que
mo
Piiij
176 SUPPLEMENT
les Ennemis foient bien maladroits
, puifqu'aufeu qu'ils
faifoient , on auroit dû croire
que cette Maiſon auroit
du périr entierement ; cela
n'a pas empêché qu'il n'y en
ait eu quelques- uns de tuez
& de bleffez , cependant
nous n'avons eu dans nos
deux Efcadrons de Villeroy
que cinq bleffez, quatre
Gardes , & Mr de Neuchelle
bleffé legerement à la
joue d'une bale morte qui
n'a pas eu laforce de percer
DU MERCURE 177
·lajouë depart enpart, étant
reftée fous la peau , & qui.
eftfortie lorsqu'on a tiré un
bouquet de cheveux de fa
perruque qui estoit entré
dans la joue avec la bale:
Notre Aumônier me cria
de venirpanfer Mr de Neuchelle
; jy courus auſſi-tôt,
maisj'eus bien de la peine à
le panfer en repos , car les
bales nous importunoient de
tous côtes je le panfaypour
tant un peu à la hafte , &
erer comme il vouloit retourner
Tex178
SUPPLEMENT
à la Troupe , je luy dis qu'il
n'eftoit pas en état ayant la
tête
bandée , il prit le party
d'aller auprés des Princes
qui eftoient peu éloignez, de
là ; mais à peine y fumes
nous arrive , qu'il fortit .
•
une groffe troupe de Houfards
& de Dragons ennemis
qui fit un tres-grosfeu
fur nous . Je dois vous faire
remarquer
qu'ils tiroient
trop haut , ce qui eftoit cau
fe qu'ils bleffoient peu de
gens. Il eftoit prefque nuit
DU
MERCURE. 179
lorfque le combatfinit ; nous
vinmes juſqu'au prés d'un
moulin-à- vent où l'on avoit
donné l'ordre du ralliement,
& d'où un peu avant lejour
les Princes partirent pour
orvenir à Gand. Nous cam-
Ho pâmes par delà , & nôtre
droite oujefuis, en eft à trois
lieues fur le Canal de Brufam
ges ; les Ennemis ont perdu
dans cette affaire du moins
autant de monde
nik
cal
que nous.
Quatre Escadrons de la
Gendarmerie
ont fait mer→
180 SUPPLEMENT
veilles , &peu enfont reve
nus fans eftre bleſſe . Nos
Princes , comme je viens de
vous marquer , ont couru
rifque d'y eftrepris ; cépendant
ce n'a efté qu'un combat
d'Infanterie , peu de Cavalerie
ayant donné à caufe
de la difficulté du terrain .
On doit ajoûter plus de
foy à de pareilles Relations
qu'à beaucoup d'autres ,
d'autant que la nature y
parle , ainfi que je vous l'ay
DU MERCURE 181
4
déja dit , & qu'un homme,
qui raporte ce qu'il a vû &
qui n'eft pas tout à fait du
métier , parle avec d'autant
moins de déguiſement
qu'il luy feroit mal - aifé de
bien déguiſer leschofes qu'il
raporte . On voit dans cette
Relation la fermeté de la
es
Maiſon du Roy bien dépeinte
, & que les Ennemis
ne font pas d'habiles tireurs
; s'ils ont tiré pendant
tout le combat de la même
maniere qu'il eft marqué
182 SUPPLEMENT
dans cette Relation , on
peut dire qu'ils ont faitplus
de bruit que de mal , & la
maniere dont on marque
qu'ils ont tiré, eft celle dont
fe fervent ordinairement
ceux qui ont peur.
On voit auffi dans cette
Relation le rifque que les
Princes , avec lefquels vous
fçavez que Mr le Chevalier
de Saint Georges eft
toûjours , ont couru ; il faut
que ce riſque ait eſté grand,
& qu'ils ayent fait voir
DU MERCURE 183
beaucoup de valeur & d'intrepidité,
puifqu'une colonne
des Ennemis ayant percé
jufqu'à eux , ce qui fai
foit un furcroy d'Ennemis
à combattre; ils fe font neanmois
tirez d'affaire. Toute
çette Relation ne donne pas
lieu de croire que nous
ayons fait une grande perete
, ce qui feroit d'autant
mieux marqué fi elle avoit
fa efté grande , que celuy qui
l'a écrite ne marquant
pas
qu'il fuſt exempt de crainand
184 SUPPLEMENT
te , il auroit chargé le mal
s'il avoit efté grand; &
comme il le fait peu confiderable
, on doit croire
qu'il l'a encore efté moins,
La Relation qui fuit vient
d'une perfonne de diſtinction
, & qui a dû eſtre bien
informée de ce qu'elle a
dit.
L'Armée du Roy partit
de Ledde leo. de ce mois ;
elle campa le foir à Schelderodefur
l' Efcaut , la droite
à Gavre;.& la gauche à
DU MERCURE. 185
Mile , fur la Chauffée de
Gand. Les Ennemis qui
étoient campe leur droite
à Herfelinghen,&& leurgauche
à Gammarache pafferent
la Dendre , le même
jour 10. à Gramont & à
Acrenprés de Leffines marchant
vers Oudenarde.
L'on avoit conftruit trois
Pontsfurla Gavre , & l'on
fe mit en mouvement le 11.
pourypaffer l'Escaut avec
Paile droite & le centre ; les
deux lignes de Cavalerie de
Juillet 1708.
186 SUPPLEMENT
Paîle gauche, & les Brigades
d'Infanterie de Navar
re & de Condé, furent envoyées
pour paſſer cette Riviere
à Gand.
L'on apprit vers les 10.
beures du matin que les
Ennemis paffoient l'ES
caut ; l'on ordonna de pref
fer la marche des Troupes
du Roy. Mr de Biron qui
étoit de l'autre côté de la
Riviere avec fa Referve ,
s'avança le matin fur les
hauteurs d'Oudenarde ; il
DU
MERCURE . 187
fit avertirfur les deux heures.
de l'apref- midy , qu'il voyoit
fous cette Place au moins
vingt Efcadrons qui avoient
-paffe l'Efcant , & même de
Infanterie. Monfeigneur
Le Duc de
Bourgogne qui
recent cet avis au Moulin
de Gavre , donna ordre de
faire achever de passer les
Troupes: ilfe rendit de l'autre
côté de la Riviere avec
Mr le Duc de Vendôme ,
its s'avancerent fur les
Treux. Toute l'Armée étant
Qij
188 SUPPLEMENT
pafféefur les trois heures de
l'apres-midy, l'on rompit les
Pants. Lorfque l'on arriva
fur les hauteurs d'Oudenarde
, les Troupes que les Ennemis
avoient fait paffer ,
étoient augmentées ; elles
salongerentfur leur droite ;
on jetta des Grenadiers
dans des Chemins creux ,
& dans des Hayes dont on
chaffa les Ennemis ; ils en
occuperent d'autres de leur
côté, & dix pieces de canon
placées fur la hauteur prés
3
DU MERCURE 189
10
es
d'une Chapelle , endomagerént
un Corps de Cavalerie
Ennemie , qu'ils avoient
fait deborder par leur droite
dans la Plaine .
Les Troupes des Ennemis
paffoient cependant
avec précipitation à Oudenarde
& au deffous , &
dans cette état le Combat
engagé peu aprés à quatre
beures de l'apres-midy par
un tres-grand feu de moufqueteriescontinuajufqu'à
la
Buit. L'Infanterie Enne190
SUPPLEMENT
mie fut d'abord fort mal
traitée ; on fe difputa enfuite
les hayes & bes chemins
avec uneperte presque.
égale de part & d'autre.
Pendant ce temps là quelques
Efcadrons de la
droite des Ennemis cauferent
de l'embarras dans
•
quelques Corps de l'Infanterie
de l'Armée du Roy.
Meffeigneurs les Princes ,
ainfi que Monfieur le Chevalier
de Saint George qui
fe trouverent dans le plus
DU MERCURE . 191
fort de l'action , animerent
leurs Troupesparleurs prefence
; la nuit ayant fait
ceffer le combat , l'ongarda
de part & d'autre lespoftes
que l'on occupoit ; l'Armée
du Roy.demeura donc dans
cet eftat juſqu'au 12. an
matin qu'elle marcha pour
paffer la Lys & le Canal ,
& pour le camper dans le
pofte qu'elle occupe, fa droite
à Bellem- Bruggen , fagau
che vers Gandle Canal devant
elle. Elle y arriva le
y
192 SUPPLEMENT
mêmejour. Quelques Troupes
legeres des Ennemis sapprocherent
de l'arriere-garde,
qui étoit commandée par
Mr le Chevalier du Rozel
& par Mr le Marquis de
Nangis ; elles ne peurent
l'entamer.
L'onignore encore laperte
que l'on a faite de part &
d'autre; Mr de Biron eft
refté parmi les prifonniers
faitsfurnous. Mr le Duc
de Saint Agnan & Mr
Danceny Colonels de Cavalerie
бU MERCURE . 193
valerie font auffi de ce nombre.
Mr de Biron a été
bleffé; Mr de Ximenes Colonel
du Regiment Royal
Rouffillon a esté tué , &
Mr le Comte d'Angene ,
Colonel du Regiment Royal
de la Marine & Brigadier
bleffé ; on le croit prifonnier.
Nous avons entr'autres
de ceux des Ennemis , le
Major General des Troupes
Angloifes qui eft en eftime
dans leur Nation.
Les Princes & Mr de
Juillet 1708.
R
194 SUPPLEMENT
Vendome ont agy avec beau
coup de valeur & de conduite
& ils ont eftéfort expofez
pendant toute l'ac
ction.
On voit bien que cette
Relation doit eftre non feulement
d'un homme du
mêtier ; mais auffi d'un
homme qui en eft parfaitement
inftruit.
Rien n'eft mieux marqué
que le font les marches
des deux Armées au commencement
de cette Rela-
W
DU
MERCURE 195
tion. Le reſte eft précis ,
& ne laiffe pas de confirmer
ce qui eſt beaucoup plus
étendu dans d'autres Relations
, & l'on doit remarquer
qu'elle ne donne pas
plus d'idée d'une grand perte
que les autres en ont donné
; de maniere que comme
il y paroît un grand air
de verité , elle fert à confirmer
que tout ce que les
Ennemis ont dit de nos
pertes eft outré , & que
leurs exagerations doivent
Rij
196 SUPPLEMENT
ettre regardées comme des
fables , & je vous en donneray
des preuves dans la
fuite , ainfi que je vous l'ay
promis .
Vous trouverez la Relation
qui fuit , remplie de
beaucoup de faits nouveaux.
Que le 9.Juillet fur les 9.
heures du foir, l'on rapporta
à nos Generaux que les Ennemis
eftoient décampez,&
qu'ils marchoient pour aller
camper à Enguien , &conDUMERCURE
197
noiffant que c'eftoit la verité,
ils donnerent les ordres à
toute noftre Armée de décamper
, fi bien le lenque
demain 10de ce mois à la
petite pointe du jour , on fit
battre la Generale & l'Affemblée,
& auffitoft on fit
marcher du côté de Gavre,
où eftant arrivez à une bonne
lieuë prés, nos Generaux
coucherent dansunChâteau,
&toute noftre Armée dans
la Plaine , fans tendre les
Tentes . Le lendemain II.
R iij
198 SUPPLEMENT
du mois, à 4. heures du matin
, l'on fit marcher toute
noftre Armée en bataille en
bon ordre, & partrois colonnes
pour paffer Escaut à
Gavre; les Ennemis voyant
cela
marcherent auſſi pour
Oudenarde, & ils pafferent
auffi la méme Riviere , &
s'embufquerent dans des
hayes & des marécages;
pour difputer le paffage du
"Pont d'Efpieres. Pendant ce
temps, l'avantgarde de notre
Armée paſſa la Riviere, &
DU MERCURE. 19
ON
marcha droit à eux pour
•pour leur
faire tefte ; en attendant
le
gros de toute noftre Armee,
eftant tous paffez par differens
Ponts, l'on nousfit marcher
en bon ordre & àgrands
pas pour gagner
la Plaine
TELA VILLE
joindre noftre avantgarde,
qui commençoit à efcarmoucher:
lorfque nousfumes
dans la Plaine , nous appergumes
la Cavalerie ennemie
qui eftoit par Efcadrons; on
nous fit auffitôt charger nos
Armes, mettre en état de dé
Riiij
200 SUPPLEMENT
fenfe, & prendre nos poftes;
nous bordâmes un petit ruif-
Seau pendant une bonne
heure. Durant ce temps
noftre canon tira toûjours
furla Cavalerie des Ennemis
, leur tua beaucoup de
के
monde : Noftre Cavalerie
paffa enfuite prés de noftre
pofte parun chemin où l'on
pouvoit défiler quatre
quatre. Eftant tous en pied
dans la même Plaine , les
uns devant les autres , nos
Gensfe mirent en bataille ,
DU MERCURE . 201
marcherent droit à eux
àgrands coups de fufil & .
defabre; ils les poufferent fi
vivement, qu'ilsfurent contraints
de fe retirer & de repaffer
la Riviere enfoulle; de
maniere qu'il y en eut beaucoup
de noye Noftre Cava
lerie aprésles avoirfi vivement
repouffez , revintpar le
même chemin pour feconder
noftre droite , qui faifoit un
feu terrible. Nos Officiers
voyant qu'il n'y avoit plus
rien à craindre , nous firent
202 SUPPLEMENT
quitter noftre pofte , & remonter
la hauteur pour gagner
la Plaine. Lorsque nous
fumes arrivez les Gardes
Suiffes & nous qui enfembon
ble font une Brigade , on nous
fit marcher en bataille & en
ordre ,pourallerdroit aux
Ennemis . Nous defcendêmes
dans unVillage par où il
fallut défiler, & l'on nousfit
couler le long d'un bois d'un
bon quart de lieuë de long ,
où eftant tous arrive , l'on
nous fit remettre en bataille
DU
MERCURE 203
T
marcher en Plaine droit
aux Ennemis , & lorsque
nous en fûmes à la portée
du canon , l'on nousfit mettre
la bayonnette au bout du fu
fil, & marcher fur eux le
long d'une haye vive ; peu
temps aprés, il vint une colomne
d'Infanterie des Ende
nemis, quifirent leur déchargefur
nous, & nous fureux,
ce qui ne fe put faire fans
qu'il y euft un fort grand
nombre de tuez & de bleſſeZ
Nousrechargeâmes nos Ar
204 SUPPLÉMENT
mes 4.à 5.fois & nousfimes
toujours les mêmes dechar
ges les uns fur les autres , notre
droitefit des merveilles .
Lefeufut continuel , il dura
5. ou 6. heures ; les Ennemis
furent repouffez plufieursfois
, & nous criames
3. fois , Vive le Roy , en
faifant voller nos chapeaux
en l'air croyant que
la bataille étoit gagnée , ce
qui feroit arrivéfiles deux
Armées euffent été dans une
belle Plaine ; Mais la nuit
DU MERCURE 203
étant furvenuë , nous fumes
depart & d'autre contraints
de nous retirer. Les
Ennemisfe retirentfous Ou
denarde tant dans les chemins
couverts que dans les
Paliffades , & nôtre Arméefe
retira à une petite demilieuë
de la Ville dans une
Plaine où nous couchâmes
fort las & fort fatiguez , ce
qui n'empêcha pas qu'à
deux heures aprés minuit les
ordres nefuffent donnezpour
marcher du côté de Gand,
206 SUPPLEMENT
ce qui futfait , & l'on nous
fit prendre notre route par
une grande Foreft qui n'a
qu'un grand chemin où l'on
ne peutpafferque dix hommes
defrontparoù il afallu
que toute l'Armée ait defilé,
&&toute l' Artillerie &ſans
Tambour
ni Trompette
parce que l'onfe doutoit bien
que les Ennemis donneroient
fur notre arriere -garde
, ce qu'ils ontfait ; mais
étant compofie de la maison
du Roy , de Carabiniers &
DU
MERCURE. 207
de Dragons , ils furent fi
bien receus , qu'ils furent
obligez de fe retirer aprés
nous avoir caufé une legere
perte. Nous poursuivimes
notre chemin en bon ordre
jufqu'à Gand, où étant arrivez
fur le Glacis , l'on
nous fit mettre en Bataille ,
& nous bordâmes la Riviere
craignant que les Ennemis
ne vinffent pour la
paffer, & nousy demeurâmes
pendant fix heures entieres.
On nous fit enfuite
208 SUPPLEMENT
1
marcher fur trois Colonnes
à travers de la Ville de
Gand , & lorfque nous fûmes
tous paſſez de l'autre
côté , nous marchâmes
deux
lieuës le long du Canal qui
conduit de Gand à Bruges,
& la nuit étant venue à ne
plus voir marcher , nous ne
paflames pas outre , & à
quatre heures du matin on
appella les Sergens & les
Fouriers
pour marquer
Camp. Si bien que toute
notre Armée eft campée
à
le
DU MERCURE 209
preſent tout le long du Canal
, nefaifant qu'une ligne
qui contient trois grandes
lieuës ; on a laiffé deux Brigades
d'Infanterie dans la
Ville de Gand pour la garder.
Le 14. on commanda
quantité de Soldats pour
ར
travailler àfaire des retranchemens
le long du Canal.
Pour peu que l'on examine
cette Relation avec
l'attention qu'elle merite ,
on y remarquera beaucoup
de faits nouveaux , c'eſt - à-
Juilllet 1708. S
210 SUPPLEMENT
dire qui ne fe trouvent
point dans les precedentes,
& c'eſt la feule qui ſe ſoit
étendue fur plufieurs choſes
qui fe font paffées avant que
l'Action devint prefque generale.
Je dois parler ainfi
d'une Action où l'une des
ailes de nôtre Armée a feulement
combattu , & où
la Cavalerie fe trouvoit en
butte aux coups des Ennemis
fans pouvoir agir , ce
qui luy a attiré l'admiration
de tout le monde , amis &
DU MERCURE. 211
ennemis , puifque rien n'a
eſté capable de l'ébranler ,
& que fuivant quelques Relations
elle offroit fa poitrine
aux coups de la meilleure
grace du monde .
Quant à ce que je dois
vous dire qui s'eſt paſſé
avant le combat principal,
c'eft que nos gens poufferent
fi vivement les Ennemis
au choc de la Riviere,
comme vous venez de voir
dans la Relation que vous
venez de lire , qu'il y en eut
憋
R ij
212 SUPPLEMENT
un grand nombre de culbutez
dans l'eau ; ce qui a
du
raport
à une Relation
faite par un Officier des
Ennemis même , dont je
vous feray part , & qui porte
qu'il y avoit eu plus de
mille Anglois noyez. On
l'en doit croire , puiſqu'il le
doit mieux fçavoir que
l'Officier François qui a
fait la
Relation , qui en parle
, & qui ne pouvoit pas fi
bien fçavoir le nombre des
noyez que les Ennemis qui
DU MERCURE 273
ont fait cette perte.
On voit dans cette mê
me Relation que lorſque la
colonne des Ennemis perça
une partie de nôtre Armée
, le combat fut rude ,
& que l'on fit quatre à
cinq décharges fur cette
colonne , qui ayant eſté
obligée de ſe retirer , donna
lieu à nos gens de croire
qu'ils avoient gagné la bataille
, & en effet ils pouvoient
fe vanter d'avoir
remporté un grand avan
214 SUPPLEMENT
tage ; auffi jetterent -ils jufqu'à
trois fois leurs chapeaux
en l'air en criant vive
le Roy , ce qui ne ſe fait
qu'aprés le gain d'une bataille
; hé en verité les Ennemis
ont mauvaiſe grace
lorfqu'ils parlent de la déroute
de nos gens , & qu'ils
s'attribuent le gain de la
bataille ! ils doivent plûtôt
fonger qu'ils l'auroient perdue
pleinement fans les
hayes & les marécages qui
les ont fauvez , & ils eftoient
DUMERCURE . 215
perdus fi l'on eut combattu
en Plaine.
On voit auffi dans cette
Relation des marches que
nôtre Armée a faites aprés
le combat , ce qui ne fe
trouve pas dans les autres
Relations .
Celle que vous allez lire
eft adreffée à Mr le Comte
de Lionne premier Ecuyer
du Roy , &c. par Mr de
Valernod Capitaine de Grenadiers
au Regiment de Navarre
, diftingué par beau216
SUPPLEMENT
coup d'actions
d'éclat . Je
retranche
ce qui eſt à la
tête de cette Relation , &
qui ne regarde point la
guerre , afin de venir d'abord
au fait.
Ily eut une affaire le 11.
de ce mois entre les deux
Armées. Sur l'avis que nos
Generaux eurent que les
Ennemis marchoient du cô
té d'Oudenarde dans le def
fein d'y paffer l'Escaut,
nous le paffames du côté de
Gand
DU
MERCURE . 217
Gand pour nous acheminer
de ce côté là; mais il nefut
paspoffible deprimer celle des
Ennemis qui avoient déja
paffé toute fon Infanterie ,
& quil'avoient établie dans
des
lieux tresavantageux
,
+
avec quelques pieces de canon
en deçà de ce Fleuve ;
le Pays eftoitfi couvert qu'il
eftoit difficile de bienjuger de
leur
veritable fituation ; cependant
comme il y avoit
lieu de croire par la
grande
marche qu'ils avoientfaite,
Juillet 1708. T
218 SUPPLEMENT
ว
que ce ne pouvoit eftre qu'une
partie de leurs forces qui
avoit paffe ; on prit le party
de les attaquer
, & on
ne fut diffuadé
de ce préjuge
que par la grande refifftance
que l'Infanterie
enne
mie fit pour deffendre
fon
terrain , qu'elle perdit avec
fon canon qu'elle regagna
dans la fuite , & duquel enfin
aprés un auffi grand feu
de moufqueterie que j'aze
entendu de ma vie , elle refta
maîtreffe ; la nuit eſtant
DU
MERCURE. 219
furvenue , fepara les Combattans
, defquels le Regiment
ne fut pas ; c'eſt celuy
de Navarre , nôtre deftinée
l'ayant mis cejour là
à l'arriere-garde où quelque
diligence que nous puf-
Jions faire pour gagner la
tête, nous ne pûmesy arriver
que lorsque l'affairefut
commencée , & nous fumes
obligezdefervir par là comme
d'une espece de referve.
Nos Generaux ayant reflechypendant
la nuitfurl'état
Tij
220 SUPPLEMENT
où eftoit notre Infanterie
que plufieurs charges réiterées
avoientfort mêlées enfemble
, & ayant d'ailleurs
lieu de croire
que
les Ennemis
avoient reçû leurs renforts
de Troupes par l'arri
vée du Prince Eugene , cru
rent que le party le plusfage
eftoit celuy de fonger à la
retraite , & ilfut ordonné
de fe retirer à Gand : nous
fumes chargez de l'Artillerie
comme de ce que nous
avions de plus precieux
;
DU MERCURE. 21f
nous la mêmes en marche
avec notre Brigade à deux
heures aprés minuit ; tout
lerefte de l'Armée nousfuivit
marchant fur deux colones
; cellefur laquelle nous
eftions, & qui eftoit celle qui
eftoit le plus à portée des Ennemis
, fut attaquée à fon
arriere-garde : comme c'eftoit
à l'entrée d'un défilé tresdifficile
, ils ne purent venir
engrand nombre : dix Compagnies
de Grenadiers qui
y eftoientfous les ordres de
Tiij
222 SUPPLEMENT
par
Mr le Marquis de Nangis
, les reçurent tres-bien ,
mais enfuite accablées
le nombre , elles plierent &
Lifferent la liberté aux Ennemis
de fe porter fur les
Regimens de Rifbourg Dra
gons Espagnols , & fur la
Colonelle Generale Cavalerie
qui fouffrirent un peu,
& fur tout les Dragons , à
qui l'on avoit fait mettre
pied à terre : quelqu'Infanterie
qui furvint avec les
Grenadiers
, fit retirer les
DU MERCURE 123
Ennemis , & ils ne reparurent
plus. Mr le Marquis
de Nangis s'ydifiinguafort:
nous continuâmes
noftre
marche fort tranquillement,
& nous nous portâmes en
traverfant la Ville de Gand
dans le Camp où nousfommes
, entre cette Ville &
eft
Bruges, ayant le Canal devant
nous , & noftre Pofte
tres - avantageux
: il n'y
a eu qu'une Brigade de Cavalerie
qui ait donné , &
une ou deux Troupes de
Tiiij
224 SUPPLEMENT
Gendarmerie: la Brigade
de Cavalerie chargea &
renverfa quelques Regimens
de celle des Ennemis qu'ils
avoient pouffez au delà de
leur Infanterie, vers la Plai
ne. La perte qu'ils ont faite
eft plus confiderable que
la nôtre : les deux Efcadrons
de Gendarmerie dont
j'ay parlé cy-deffus , fe formant
auprés de noftre Infanterie,
rencontrerent dans
un chemin creux un gros
Cavalerie ennemie qu'ils
de
DU MERCURE . 223
renverferent entierement
& le rejetterent fous le feu
de noftre Infanterie où ilfut
tres- maltraité : ils ont fait
quelques prifonniers , &fur
tout dans la retraite : enfin
quand nous aurons reçû nos
renforts d'Allemagne, nous
acheverons une affaire qui
na efté qu'ébauchée.
Cette Relation eft la
premiere de celles que vous
7 venez de lire qui porte
qu'on fe faifit d'abord du
226 SUPPLEMENT
canon des Ennemis , ce que
quelques Relations ont oublié
, & ce qui eft neanmoins
veritable , ce fait é
tant confirmé par plufieurs
autres Relations .
On doit inferer delà que
les Ennemis doivent avoir
fait d'abord une perte confiderable,
puiſqu'il n'y a pas
d'apparence qu'ils ayent
laiflé prendre leur canon
fans l'avoir deffendu avec
d'autant plus de vivacité,
que l'on en doit avoir beauDUMERCURE,
127
coup au commencement
d'un combat
, parce que
l'on ne s'eft pas encore fatigué
en combattant ; ainſi
les Ennemis doivent avoir
ſouffert beaucoup en cette
occafion , puifqu'ils ont été
repouffez , & qu'il eſt rare
de perdre du canon fans
perdre plufieurs Officiers
d'Artillerie qui ont ordinairement
beaucoup d'experience
& de valeur , de
maniere que la perte que
l'on fait de ces fortes d'Of
228 SUPPLEMENT
ficiers , ne ſe repare pas tou
jours fi facilement
autres
pertes .
que les
J'ay bien fait de vous
avertir d'abord, qu'à moins
qu'on ne lût un grand nombre
ce Relations , il eftoit
bien difficile de fçavoir à
fond tout ce qui s'eft paffé
dans le combat , & d'en
bien déveloper toute la verité
; la Relation que vous
venez de lire en eft une
forte preuve , puifque c'eft
la feule qui a donné un déDU
MERCURE 229
tail de l'attaque de l'arrieregarde
aprés le décampement
de l'Armée. Ce détail
eft tres-beau & tres curieux
, & il doit eftre d'autant
plus recherché , qu'il
ne s'en trouve point d'autre
. On y doit ajoûter foy,
puifque Mr de Valernod
qui s'eft donné la peine de
le faire , a efté témoin de
tout ce qui s'eſt paſſé étant
à la tête des Grenadiers qui
ont combattu .
Voicy ce que j'ay tiré
130 SUPPLEMENT
d'une autre Relation
qui
parle auffi du combat de
l'arriere-garde , mais fort
fuccinctement
.
Mr le Marquis du Rozel
voyant que les Ennemis
tiroient vivement fur
nous , nous fitfaire volte -face
; mais ayant remarqué
qu'ils tâchoient
de nous
couper , ilfit precipiter nôtre
marche , de maniere que
les Ennemis
ne firent pas
une Expedition
confiderable
DU MERCURE. 231
Avec leur grand monde. Je
m'étendrois d'avantage fur
cette affaire , fije n'eftois
preffe de finir ma Lettre.
Mrle Marquis de Bouron
fut bleffe dangereusement au
bas de la jambe.
Vous ferez vous même
les reflexions que vous jugerez
à propos fur cet extrait
de Relation , à quoy
j'ajoûteray ſeulement que
dans une Action qui n'a
pas eſté generale à beau232
SUPPLEMENT
de
coup prés , les deux
Partis
ne doivent
pas avoir
fait
perte
confiderable
.
La Relation
qui ſuit eſt
d'une
perfonne
d'une
groffe
diftinction
. Je fuis perfuadé
qu'elle
ne vous
ennuiera
pas
.
Au Camp de Louvendeghem
le 12. Juillet .
Nous entrâmes hier en
action dans le temps que
nous nous y attendions le
moins.Je meportay dans le
DU 233 MERCURE .
même moment à la droite
avec Mr de Biron, qui devoit
charger lepremier: mais
les
Ennemis pofterent toute
leur Infanterie à des Ponts
qu'ilsavoientfaits audeffous
d'Oudenarde.fejoignis Mr
de
Vendôme: nous primes
20. Bataillons que nous
fimes marcher pour une ſeconde
ligne qui eftoit un peu
éloignée : nous attaquâmes
tous leurs poftes en même
temps & nous lesfimes plier:
mais ils eftoient fur plus-
Juillet 1708.
V
234 SUPPLEMENT
fieurs lignes: ily eut de part
& d'autre ungrandfeu;je
rétablis le defordre de mon
côté, & Mr de Vendôme
du fien. Ils revinrent à la
charge : jefis avancer de nouveaux
Bataillons , & lefeu
devint plus grand : mais il
nous fut impoffible de les dépofter;
le combat dura juf
qu'à la nuit, qui nousfepara.
Je ne crois pas que celui de
Nervinde aitefté plus rude .
QuelquesEfcadrons deGendarmerie
qui foûtenoient
DU MERCURE. 235
noftre Infanterie, firent des
chofes extraordinaires, & ce
matin bien las & fatiguez
de part & d'autre , nous
nousfommes retirez, dans le
Camp où nous fommes.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne vit tout ce qui fe
paſſa & donna par tout fes
ordres en bon General .Je me
Louë fort des
Troupes que
jayfait charger.
La maniere dont parle
celui qui a fait cette Rela-
V
ij
236 SUPPLEMENT
tion , doit vous faire connoiftre
qu'il y a peu de perfonnes
dans l'Armée au deffus
de luy. Elle eft fi courte
qu'elle ne peut donner lieu à
de grands raiſonnemens
mais on y voit que le combat
a été vif, & que lesTroupes
doivent avoir bien fait,
puiſqu'un homme qui femble
avoir efté en cette occa--
fion , de pair avec Mr de
Vendôme , marque qu'il en
eft tres fatisfait .
La Relation qui ſuit eſt
DU MERCURE. 237
moins une Relation du
Combat , qu'un détail de
tout ce que le Regiment du
Roy a fait pendant le Combat,
& comme ce détail eft
tres -curieux , & que l'on
n'y voit rien de repeté , ou
du moins tres peu de choſes
de ce qui fe trouve dans les
autres Relations , je crois
que vous prendrez d'autant
plus de plaifir à le lire que
yous trouverez que l'on y
rend juſtice à tous ceux de
ce Regiment qui ſe font:
238 SUPPLEMENT
diſtinguez , & que vous aimez
à la voir rendre aux
Braves , ce que l'on ne fait
pas dans la plus grande partie
des Relations , où l'on
paſſe ſous filence les actions
des Particuliers, quoiqu'on
doive fouvent à leur valeur
la plus grande partie du
gain d'une Bataille. C'eft
pourquoi tous ceux qui
font desRelations devroient
toûjours y marquer les actions
éclatantes des Particuliers
, rien n'eſtant plus
DU MERCURE 239
capable de les exciter à continuer
d'expofer leur fang
pour le bien & la gloire de
l'Etat , que la juſtice qu'on
rend à leur valeur , ce qui
dans la fuite des temps peut
eſtre utile à leur pofterité.
Cette Relation doit avoir
efté écrite par un Officier
du Regiment n'eftant pas
poffible que d'autres euffent
pû entrer dans les détails où
il est entré.
J'ay crû devoirretrancher
comme j'ay fait en plufieurs
A
240 SUPPLEMENT
Relations , ce qui ſe trouve
au comencement , afin d'entrer
d'abord en matiere.
Au Camp de Louvendeghem,
ce 28. Juillet.
Je vous diray que le Regiment
du Royfaifoit la troifiéme
Brigade de la droite
de la premiere ligne , ayant
celle de Piémont & de Picardie
à fa droite , & celle
de Poitou à fa gauche ; cette
premiere ligne avoit la fesonde
Colonne dans la mara
che
DU MERCURE. 24T
a
che , & marchant par fa
droite , paffa l'Escaut à
Gavre , dans l'ordre qu'elle
étoit campée , & s'allon-
• gea comme toutes les autres
Colonnes à la hauteur d'Oudenarde
, où les Ennemis de
de leur côte ,
paffoient pour
lors cette même Riviere , fur
plufieurs Ponts & fe portoient
à mefure , dans les endroits
les plus coupez & les
plus avantageux quife trosvoient
à portée de leur débouchez
.
Juillet 1708. X
242 SUPPLEMENT
Ce fut dans ces mêmes
poftes où il étoit difficile de
juger du nombre & de lafuperioritédes
Ennemis qui les
occupoient , que le Regiment
de Sa Majesté avecla Brigade
de Poitou , eut ordre
de les charger fous le commandement
de Mr de Grimaldy
Maréchal de Camp,
lefquelles deux Brigades du
Roy & de Poitou qui étoient
compofées de buit Battaillons
, en toutfurent poftées
en avant à cet effet &Sepa
DU
MERCURE . 243
rées des deux Brigades de la
droite & de toutes celles de
la premiere ligne.
Mr de
Grimaldy s'y prefenta
avec beaucoup de valeur,
& ces deux Brigades
fuivantfon exemple , celle
du Roy conduite par Mr du
Barail qui eft Colonel &
Brigadier & celle de Poitou
par Mr de Monchy Brigadier
, allerent attaquer
toutes ces Troupes , "qui
quoique poftées avec avantagefurent
ébranlées à cette
premiere charge. Xij
244 SUPPLEMENT
Mais trouvant
des
Troupes qui nous débordoient
de toute parts &Sou-.
tenuës par plufieurs lignes,
les nôtres furent enfin contraintes
de ceder à la fuperiorité
de leur feu , fous lequel
cependant elles furent
ralliees & ramenées à la
charge en prefence de Monfieur
le Duc de Vendôme qui
fe trouva pour lors à la tête
de la Brigade du Roy
avec Mr le Maréchal de
Matignon , Mrs d'Artai-
2
DU MERCURE 24
gnant , d'Albergotty , le
Chevalier
de Luxembourg
& Palavicin ; nous rentrâpour
lors avec toute la vigueur
poffible dans les hayes
où les Ennemis eftoientpof
tez.
Les Brigades de Picardie
& de Piémont qui arrivoient
pour lors , chargereut
auffi les Ennemis de
leur côté, & penetrerent
dans les mêmes Poftes où
nous nous foûtinmes longtemps
; mais la quantité de
X iij
246 SUPPLEMENT
les
hayes & de foffe dont ce
Pays eft coupé , ne nous permettant
pas dejoindre
Ennemis qui y avoient pof
té toutes leurs forces , nos
Troupes furent obligées de
quitter les hayes ,fans pour
tant s'en éloigner ; nous les
menâmes de cette maniere
fix ou fept fois à la charge,
& les fimes demeurer
à découvert pendant
toute cette Action fous le
feu des Ennemis , laquelle
commença à quatre heures
DU MERCURE . 247
aprés midy , & nefinit qu'à
neuf du foir que la nuit
nous fepara , & fit prendre
le party de la retraite qui
ne fut pas fans difficulté
pour toutes les Troupes qui
avoient toujours efté comme
nous fur les Ennemis ,
qui profitant de l'engagement
où nous eftions , nous
auroient envelopez ; de maniere
qu'on les rencontroit
par tout enfe retirant ; cet
inconvenient pendant une
nuit obfcure Jepara beau-
X iiij
248 SUPPLEMENT
coup d'Officiers & de foldats
de leurs Corps, &donna
aux Ennemis quelquesprifonniers
qui ne purent les
eviter ; car nous eftionsfuivis
de leur Infanterie , &
nous trouvámes leur Cavalerie
qui occupoit presque
tous les Paffages par où.
nous pouvions nous retirer;
enfin nous nous fimes jour
& nous nous retirâmes le
Lendemain fous Gand avec
toute l'Armée.
Le Regiment du Roy a
DU MERCURE. 249
eu affaire dans cette Action
aux Gardes de Hollande
& à des Bataillons des
Troupes de Dannemark ,
de Brandebourg d'Han-
• novre .
Vous jugez bien qu'une
Action auffi vive & auſſi
longue qu'a efté celle là , ne
Se paffe point fans qu'il en
coute beaucoup aux Trou
pes qui y ont combattu depuis
le commencement juf
qu'à la fin , comme a fait
le Regiment de Sa Majef
250 SUPPLEMENT
té ; auffi y at-ilperdu beaucoup
de monde ; 150. bleffez
ou environfe font trainez
aux Hôpitaux de
Gand, & il y en a plus de
50. à Oudenarde , que les
Ennemis ont emportez du
Champ de Bataille , & ils
ontfait environ 100. prifonniers:
à l'égard des Of
ficiers la perte eft tres-confiderable
, puifqu'il y en a
42. tant tuez que blesse ,
ou prifonniers. On doit remarquer
que tous ces Of
DU MERCURE 25t
ficiers font gens de diftinction
& de naissance, puifqu'il
n'y en a point d'autres
dans le Regiment du Roy.
Le nombre de morts & de
bleſſez ne vous doit point
étonner , puifque le Regi-
- ment de Sa Majesté a
toûjours efté dans le feu
depuis le commencement du
combatjuſqu'à lafin, &que
ces Bataillons eftoient complets
, ainfi la perte eft
moins confiderable. Mr de
Feneftranges de la Maiſon
252 SUPPLEMENT
de
Roubault , &
confingermain
de Mr le
Marquis
de
Gamaches ,
commandant
le quatrieme
Bataillon
, a efté tué; Mr de S.
Fuft Capitaine , fils du Gou
verneur de la Citadelle de
Valanciennes , tué ; Mrde
Bienaffis , d'une bonne &
ancienne maifon de Bretagne
Capitaine , tué; Mrs
de Vaugenlieu & de Fontlebon
Lieutenants , morts
de leurs bleffures , ainfi que
Mrs de Bimar & de CaDU
MERCURE. 253
feaux auffi Lieutenants :
tous Officiers qui doivent
eftre regrette à caufe de
leur valeur & de leur merite.
Mr d'Orbeffan commandant
le fecond Bataillon ,
bleffe , auffi bien que Mrs
de la Roque, de Saint Mau
rice , de Pleaux , Dreux ,
Aubeterre , Perroft , tous
Capitaines de même que
Mr de Rybeyre qui eft du
nombre des prifonniers ; les
Lieutenant's bleffez font ,
354 SUPPLEMENT
J
Mrs d'Eftrées , Saint Prie,
la Neuville , la Bonſaudiere
, Rainault , & Bofte
nivifnen l'aîné , & dansle
nombre des prifonniers
,
Mrs le Chevalier de Megrigny
, de Selette ; & du
Auzet font auffi bleffez.
Voicy ceux qui font prifonniers
, Mr de la Chevalerie
commandant le troifiéme
Bataillon avec Mrs
d'Artigalonne , de Ribeyre,
Saint Julien , Beaulieu ,
Dalmans , du Fay, d'Oi-
•
DU
MERCURE 255
feau & Vaffan , tous Capitaines
; les Lieutenantsfont,
Mr le Chevalier Dalmans
, de Pleaux , la Poivriere
, Cliffay , Gleze ,
Malras , Selette , du Cluzet
, & le Chevalier de
• Megrigny.
Je ne vous parle pas de
ceux qui ont reçu des blef
fures legeres ou des . contufions
; car il n'y a prefque
• pas d'Officier de ce Regiment
qui n'ait raporté fur
foy ou dans fes habits des
256 SUPPLEMENT
marques du peril où ils'eft
trouvé. Mr du Barail Colonel
Lieutenant & Bridier
y a combattu avec tou
te la conduite & la valeur
poffible ; il a eu fon cheval
tué fous luy de plufieurs
coups . Mr de Beaupuy
Lieutenant Colonel s'y eft
comporté avec toute lavaleur
imaginable. Mr de Vidampierre
Major fe trouvant
incommode de lagoutte
au pied gauche qui ne
pouvoit fe foûtenir depuis
DU MERCURE 257
fix jours , & qui fuivoit
pour lors le Regiment en
chaife , oublia fon mal à
l'aproche des Ennemis, coupa
toutefa botte pour monter
à cheval , & il eut affez
deforce pourfaire toutes
les fonctions defon employ
pendant toute cette Ac
tion , d'où il revint avec
•
fon habit tout brûlé ou déchire
par les coups. Les
Sieurs de Saint Martin ,
de Villers & Defclavels
Capitaines de Grenadiers ,
258 SUPPLEMENT
s'y font comporte avec tou
te la valeur poffible. Mr
de Crevecoeur quatrième
Capitaine de Grenadiers ,
eftoit depuis huitjours détaché
à Gand. Mr de la
Buffiere Aide- Major a eu
fon cheval tue fous luy , &
y a remply tous fes devoirs
auffi bien que tous les autres
Officiers Majors , & generalement
tous les Capitaines
& les Lieutenants qui
compofent ce Regiment.
Sij'avois de pareilles ReDU
MERCURE . 259
lations de tous lesCorps qui
ont combattu , le tout enfemble
formeroit le plus
bel ouvrage qui eut jamais
paru de la nature de celuy
que je vous envoye aujourd'huy
, & cette Relation
doit fervir de modele à
tous ceux qui voudront
parler de leurs Corps , lorfque
ces Corps fe feront
trouvez dans des Actions
éclatantes.
Quoyqu'elle paroiffe
n'avoir efté faite que
pour faire connoiſtre tout
Y ij
260 SUPPLEMENT
ce que le Regiment du Roy
a fait dans le combat donné
prés d'Oudenarde , de
digne du grand nom qu'il
porte , & pour rendre juftice
à tous les Officiers qui
le rempliffent, dont le nombre
eft grand , puifqu'il eſt
compofé de quatre Bataillons.
Quoyque dif- je, cette
Relation paroiffe n'avoir
oublié aucun des noms de
ceux qui dans cette grande
affaire , ont merité par une
valeur & par une fermeté
DU MERCURE. 267
incroyable d'eftre immortaliſez
, elle ne laiffe pas de
donner une idée de la maniere
dont tout le combat
s'eft paffé , & de rendre
juſtice aux autres Corps
qui fe font trouvez aſſez
heureux pour repandre leur
fang dans une occafion auffi
perilleuſe , pour la gloire de
leur Roy & de leur Patrie,
& pour le bien de l'Etat.
Je paffe à la derniere Relation
dont j'ay refolu de 1
vous faire part dans cette
262 SUPPLEMENT
Lettre , quoyque j'en aye
un grand nombre d'autres
qui meriteroient d'eſtre rendues
publiques ; mais il me
reſte à vous parler de tant
de chofes pour remplir le
deffein que je me ſuis propofé
, que je ne pourrois
trouver de place pour vous
en entretenir même tresfuccintement
, fi je ne me
faifois violence pour m'arrêter
au milieu d'une Carriere
où je fuis emporté par
la rapidité du penchant qui
DU MERCURE . 263
me porte à ne rien laiſſer
en arriere de tout ce qui regarde
le grand deffein que
j'ay entrepris ; mais comme
il eft compofé de plufieurs
parties , il faut que je trouve
de la place pour toutes,
ace que je ne pourrois faire
fi je continuois de remplir
cet ouvrage de toutes les
Relations qui meriteroient
d'y trouver place , cependant
je ne puis m'empêcher
d'y joindre encore la
Relation fuivante , puif264
SUPPEMENT
.qu'elle regarde un des plus
beaux & des plus anciens
Regimens de France , pour
ne pas dire le plus ancien ,
fi je fuivois l'opinion de
ceux qui en parlent de la
forte , les gens du mêtier
connoiftront d'abord que
je veux parler du Regiment
de Picardie. Je vous
envoye donc une Relation
écrite par un Officier d'un
des plus grands Corps qui
ait jamais efté. Voicy cette
Relation.
A
DU MERCURE 265
J.
A Gand ce 12. Juillet 1708.
Nous eûmes hier un
des gros combats d'Infanterie
qui fe foit donné depuis
long-temps ; nous attaquâmes
les Ennemisfous
Oudenarde ; le combat commença
à quatre heures aprésmidy
, & durajuſqu'à
neufheures. La Cavalerie
ne chargea point , & nous
fumes toujours dans des
Pays épouventables entou
rez de hayes tres-épaiffes,
Juillet 1708.
Ꮓ
266 SUPPLEMENT
de vadragands & de foffez
méme où il y avoit de
leau; noftre Brigade attaqua
la premiere ; nous eûmes
à faire aux Effois &
aux
a
Brandebourgeois que
nous eûmes le plaifir de renverfer
en prefence de Mr
de Vendôme qui vint à nôtre
tefte ; nous les repouf
fames de hayes en hayesjuf
ques dans la plaine où eftoit
formé leur Cavalerie. Mr
de Vendome ordonna à Mr
le Prince de Montbazon
DU
MERCURE. 267
notre Colonel, de s'arrêter
& de fe ranger en bataille
afin de nous raffembler tous ,
& pendant ce temps - là ce
General alla faire charger
de côté & d'autre : il dit à
notre
Colonel en le
quittant
qu'il eftoit content de nôtre
Brigade. Ce Colonel lafit
encore charger quatre fois
depuis que ce Prince luy eut
parlé de la forte , & toûjours
avec
avantage , quoyque
le terrain
empêchaft
qu'elle ne fuftfoutenue, Sur
Zij
268 SUPPLEMENT.
les huit heures du foir nos
foldats eftoientfi fatigue
du grandnombre de charges
qu'ils avoient faites , qu'il
paroiffoit difficile que leurs
forces pullent répondre à leur
zele. Comme toute la Mai-
.
fon du Roy & la Gendarmerie
eftoient derriere nous,
pofte dans une plaine en-
Z
tourée de hayes & de défilez
, Mr de Gaffion vint
dire à notre Colonel qu'il
falloit encore donner un
coup de collier , parce que
DU MERCURE. 269
fi nous nous retirions , toute
cette Cavalerie courroit
rifque d'eftre affommée par
le feu de l'Infanterie ennemie
, ne pouvant ſe retirer
que par des défilez , & qu'il
luy falloit donner le temps
de pouvoir paffer. Mrle
Prince de MontbaZon fe
remit à la tête de la Briga
1
de, & la pofta dans des
hayes vis -à- vis les Ennemis
, où il luy fit faire halte
, elle y demeura affe
long-temps pour donner lieu
Z
iij
270 SUPPLEMENT
à nôtre
Cavalerie de fe retirer
: nous
demeurâmes pen
dant une heure expoſe au
feu des Ennemisfans bran
lr , & c'eftpendant ce temps
là que nous avons le plus
perdu de monde. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
fit l'honneur de dire à Mr le
Prince de
MontbaZon qu'il
eftoit tres content de lama
niere dont nous nous étions
-
comportez. Jene vous diray
rien de plus ; le public vous
apprendrale refte ; nous n'a
DU MERCURE. 271
vonspas perdu unfeul Dra
peau , & nous en avons
même pris aux Ennemis
pendant l'Action. Nous
fommes derriere le Canal de
Bruges , ne voulanspas nous
expofer le lendemain à un
fecond combat d'Infanterie:
nous n'avonsperdu ni canon
• ni équipages , ainfi on ne
= peut dire que nous avons été
buttus . Il y a 60. Bataillons
& toute la Cavalerie
qui n'ont point chargé, &
qui fe font retirez, avec la
Z iiij
172 SUPPLEMENT
meilleure
contenance du
monde.
Je dois vous dire pour
rendre juſtice aux deux Ba
taillons du Regiment de
Boulonnois, qu'ils faifoient
partie de la Brigade de Picardie
dont je viens de vous
parler; & qu'ainfi ils doivent
partager la gloire dont cette
Brigade s'eft couverte dans
le combat qui fait aujourd'hui
tant de bruit. Je fuis
perfuadé que ce que vous
DU
MERCURE 273
en avez appris a dû vous
faire plaifir ; & de la maniere
quetout ce que la Brigade
de Picardie a fait eft
rapporté dans la Relation
que vous venez de lire , il
eft impoffible qu'il ne réponde
pas à la verité , &
l'on ne peut fans eftre tou
ché & fans admirer la valeur
& l'intrepidité de tant
S de
braves
gens ,
reilles
Relations
.
lire de
pa-
Il vient en ce moment
de tomber entre mes mains
274 SUPPLEMENT
une Relation qui regarde
encore le Regiment de Pi-.
cardie . J'ay cru qu'ellemeritoit
d'être vûë auffi bien que
celle que vous venez de lire.
Au Camp de Louvendeghem
ce 31. Juillet 1708.
La Brigade de Picardie
tenoit la droite de la premiere
ligne d'Infanterie qui
eft fon pofte ordinaire. El
le eftoit compofee des trois
bataillons du Regiment &
DU MERCURE . 27
$
des deux de Boulonnois ;
c'eftoit Mr le Prince de
Montbafon qui la comman
doit. Elle fut des premieres
E qui chargerent ; ce fut à des
Suiffes à qui nous eûmes
affaire dans ce premierfeu,
qui tinrentfortpeu & abandonnerent
leur pofte ; nous
les pourfuivimes toûjours de
bayes en hayes juſqu'à l'entrée
de la Plaine qui est au
bord du glacis d'Oudenarde
, où les ennemis eftoient ,
qui daubloient leurs lignes ,
276 SUPPLEMENT
faifant marcher des Troupes
par leur gauche pour
nous attaquer par noftre
flanc.
Mr le Prince de Montbafon
qui a fait paroiftre
dans cette action toute la valeur,
l'intrepidité , & toute
la prudence d'un homme
confommé dans l'Art de la
Guerre ,
s'apperçut par ce
mouvement que nous eftant
trop avancez nous pouvions
eftre entourez par notre
droite , où ily avoit un
DU MERCURE 277
terrain que pouvoient occuper
les ennemis , couvert par
des hayes vives & des vadragans.
Effectivement c'étoit
leur deffein ; il nous fit
remarcher en bon ordre pour
occuper ce terrain, où nous
nous mifmes en bataille.
Cet endroit eftoit les hayes
derriere lefquelles la Maifon
du Roy eftoit rangée en
bataille pour nous foutenir.
Nous fumes aprés cela attaquer
un front de Troupes
Heffiennes & Hambour
178 SUPPLEMENT
geoifes , qui paroiffoit fur
noftre gauche. Le feu de
part& d'autre fut tres- vif;
nous chargeâmes cinq fois
differentespendant l'action,
& la nuit nous prit aprés
quatre heures de combat . Je
puis vous affurer que quoy
que ces gens-lâ nous oppofaffent
de temps en temps
des Troupes fraîches , ils ne
nous ont pas fait perdre un
poulce de terrain ; nous
nous retirâmes lefoir en bon
ordre ; la Maifon du Roy
DU
MERCURE . 279
す
T
י ז
peut rendre un témoignage
authentique de ce que j'avance;
elle a vû toutes nos
manoeuvres. Tous nos Officiers
à l'imitation de Mr le
Prince de Montbafon qui
s'eftfignalé de l'aveu de tout
Le monde , puifqu'il nous a
toujoursluy-même mené à la
charge , ont également bien
fait , & fe font également
diftinguez à l'envi les uns
des autres.
Je ne vous parle point de
noftre retraite du lendemain;
280 SUPPLEMENT
car les ennemis ne nous
fuivirent point. A l'égard
des Prifonniers qu'on nous
a faits , cefont des gens
qui font demeure bleſſez
fur le Champ de bataille ,
ou qui outrez, de fatigue
, fe font endormis le
long des chemins. Voilà
un récitfidelle de ce qui s'eft
paſſé.
Rien ne prouve mieux
que cette Relation , que
tout ce que les ennemis ont
DU MERCURE . 281
les
dit de la pleine victoire
qu'ils fuppofent avoir remportée,
eft abfolumentfaux,
puiſqu'elle fait voir que
ennemis n'ont pû gagner
un ſeul poulce de terre fur
la Brigade de Picardie
compofée de cinq Bataillons
. Enfin rien n'y peut
donner l'idée de tout ce que
les ennemis ont avancé
dans leurs Nouvelles imprimées.
Je dis dans leurs Nouvelles
imprimées , parce:
qu'il s'en faut beaucoup.
Juillet 1708.
A a
282 SUPPLEMENT
que tous les Officiers qui
ont écrit touchant ce combat
, ne tiennent le même
langage. Auffi les
gens
de
coeur ont-ils naturellement
plus de franchiſe que les
Politiques intereffez qui
font répandre de fauffes
nouvelles pour ébloüirleurs
Peuples , fçachant bien qu'-
ils auroient beaucoup de
peine à les contenir aprés un
malheureux évenement , fi
par de fauffes Relations ;
des Actions de graces au
DU MERCURE 183
Ciel dont ils fe joüent , &
par des feux de joye , ils
n'arreſtoient les premiers
mouvemens des Peuples
qui n'apprennent
enfuite
que peu à peu , & lorſqu'ils
ont commencé à fe remettre
de leur frayeur , ce que
les Troupes qui les deffendent
ont fouffert , & ce que
l'on prend foin de leur déguifer
fi bien qu'ils ne le
Ifçavent jamais dans toute
fon étendue ; & c'eſt pourquoy
les honneftes gens.
Aa ij
284 SUPPLEMENT
d'Angleterre & de Hollande
. Je n'avance rien
fans en avoir eu plufieurs
Lettres ) difent ordinairement
, lorſqu'il s'eſt paſſé
quelque grande action , qu'-
ils attendent les Nouvelles.
imprimées en France , pour
fçavoir la verité , qu'ils ne
peuvent démêler à travers
de toutes les Fables que l'on
fait imprimer en Hollande
& en Angleterre.
Je dois ajoûter à toutes
les Relations que vous veDU
MERCURE . 286
1
nez de voir, la maniere dont
le Major General des Troupes
Angloiſes a efté fait pri
fonnier .
Vous fçavez qu'il y a des
galons d'argent fur les habits
des Gardes du Roy ;
mais vous ignorez peut-être
que lesAnglois ont des troupes
habillées de draps de la
même couleur , & fur lef
quels fontdes galons blancs ;
de maniere que lorsque l'on
eft affez éloigné pour ne
pas difcerner l'argent , &
186 SUPPLEMENT
que l'on ne voit que des
galons blancs fur les uns
& fur les autres habits ,
l'on peut aiſement ſe méprendre
: c'eſt ce qui arriva
aux Anglois fur la fin du
combat lorſque la nuit fut
furvenuë, les Anglois ayant
crû que les Gardes du
Corps de Sa Majeſté pouvoient
eſtre de leurs Troupes
, ce qui empêcha fix
Regimens Anglois de tirer
deffus : le Major General
des Anglois en eftoit auffi
DU MERCURE 287
"
[
prefque perfuadé; mais vou
lant en eftre mieux affuré ,
il prit le party d'avancer ;
mais à peine fut-il proche
du lieu où eftoient les Gardes
du Corps , qu'un Officier
de ces Gardes s'eftant
avancé , luy mit le piſtolet
fous le nez , & luy cria que
vive , à quoy ce Major repondit
, croyant parler àſes
Troupes , voyez, Anglois ,
l'Officier luy repliqua demeure
là , ou je te tuë : voilà
de quelle maniere ce Ma
288 SUPPLEMENT
jor fut fait prifonnier. Om
peut dire que la conformité
des galons blancs a épargné
beaucoup de fang qui
auroit efté repandu de part
& d'autre , fi elle ne l'avoit
empêché ..
Comme toutes les Relations
qui font mention de
la priſe du Fort de Plaffendal
, en ont parlé fans dire
comment ni par
avoit efté pris , & que je
n'en ay rien dit moy - même
lorfque j'en ay parlé , parce
v
¢
ce Fort
que
DU MERCURE. 289
que je n'en eftois pas informé
, je crois devoir ajoûter
icy ce qui fuit.
Le neuf Juillet Mr le
Comte de la Motte détacha
Mr de Villemort Brigadier,
avec fept compagnies
de Grenadiers pour
s'emparer du Fort de Plaf
fendal : il fut emporté la
nuit du 10. au 11. l'épée à
la main : Mr Boët Lieutenant
de Grenadiers du Regiment
de Luxembourg
qui eftoit entré le premier
-Juillet 1708
Bb
190 SUPPLEMENT
dans ce Fort , y fut tué. On
ne perdit que cet Officier
en cette occafion où il y
eut un Sergent de fa compagnie
bleffé à la tête. Mr
Boet s'eftoit diftingué en
plufieurs occaſions , & fur
tout aprés l'Affaire d'Hochſtet,
ayant avec 30. Grenadiers
empêché que 3000.
chevaux paffaffent fur le
Pont de Germershein , &
fait rompre ce Pont en leur
preſence.
Quoyque l'on trouve
DU
MERCURE
291
dans les
Relations qui font
renfermées dans ma Lettre ,
un grand nombre
d'Actions
de la plus haute valeur
, il en eft neanmoins
venu encore beaucoup d'autres
à ma
connoiſſance qui
meritent d'occuper une des
parties de ma Lettre . Vous
10 en jugerez parce que vous
allez lire .
$ Auffi-toft aprés que nos
Troupes
furent
entrées
dans
Gand , il
parut un
Corps
de trois
Eſcadrons
Bb ij
292 SUPPLEMENT :
& de deux Bataillons qui
venoient pour ſe jetter dans
la Place , où ils croyoient
pouvoir entrer la bayonnette
au bout du fufil. M
de Cano , qui commandoit
trois cens chevaux & qui
eftoit pofté à l'entrée de la
Ville proche la porte par
où les ennemis avoient refolu
d'entrer , fortit de la
Place auffi- toft qu'il eut
appris qu'ils s'en approchoient
, & il donna ordre
que dés qu'il en feroit forti
DUMERCURE 293
on abbatift le Pont - levis.
Les ennemis le voyant marcher
à eux , & craignant
qu'il ne fuft fuivi d'un
lant
Corps d'Infanterie qui auroit
pû les envelopper , fe
retirerent auffi-toft, ne voupas
s'engager dans une
action . On peut dire que
rien n'égale l'intrepidité
que Mr de Cano a fait voir
en cette occaſion , puiſque
0. le Corps, au devant duquel
il marcha pour luy livrer
combat , eftoit infiniment
Bb iiij
re 3
294 SUPPLEMENT
fuperieur au fien , & que
fi le combat euſt eſté engagé
& qu'il euft eu du defavantage
, il eftoit affuré
qu'on n'auroit pas abattu
le Pont-levis de la Porte de
Gand par où il eftoit forti
pour aller aux ennemis
parce qu'ils feroient entrez
avec luy dans la Ville.
Ainfi iln'y a point à douter
que lorsqu'il en fortit il
avoit pris la refolution de
vaincre ou de perir.
On ne peut rien ajoûter
DUMERCURE 295
5.
à la valeur que Mr le Che
valier de Luxembourg a
fait paroiftre pendant tout
le temps que le combat a
duré , puifqu'il a mené juſqu'à
quinze fois à la charge,
les Troupes qui estoient
fous fon commandement.
Ce fait paroift conſtant , &
comme il eft fort extraordinaire
& qu'il ſe trouve
même des gens du métier
qui affurent qu'il n'eſt pas
poffible que l'on puifle
charger quinze fois en cinq
Bb iiij
196 SUPPLEMENT
ou fix heures de temps , je
ne vous en parle
qu'aprés
avoir vû cinq ou fix Lettres
qui affurent toutes la même
chofe , & il s'en trouve même
une à la Cour , écrite
par une perfonne
de diftinction
, qui
marque que
ce
Chevalier a mené juf
qu'à dix-fept fois à la charge
le Troupes qu'il
commandoit.
On ne peut donner trop
de louanges à Mr le Marquis
de Fervaque , ColoDU
MERCURE 197
nel du Regiment de Piémont
, puifqu'il a eſté jufqu'à
dix fois à la charge, à
la tefte de ce Regiment. Il
eft aifé de juger que les
Troupes qui ont eſté ſi ſouvent
à la charge doivent
avoir remporté autant de
fois des avantages confide
rables fur les ennemis , puifque
fi elles avoient eſté
battues , elles n'auroient pas
Of
eſté en estat d'y retourner.
Ce n'eft
pas que pour peu
que l'on perde de monde à
298 SUPPLEMENT
chaque charge , un Regiment
ne fe trouve fort affoibli
aprés un pareil combat
; mais il doit avoir caufé
beaucoup plus de dommage
aux ennemis qu'il ne
peut en avoir reçu .
Vous avez vû dans la
derniere des Relations qui
font dans ma Lettre , que
le Regiment de Picardie a
auffi efté pluſieurs fois à la
charge , & qu'ayant Beaucoup
fouffert , Mr le Prince
de Montbazon
qui le comTHEATE
DUMERCURE
LYON
= mande
, auroit
pû fedifpen
DE
A
VILLE
fer de l'y mener la derniere
fois qu'il y alla , mais il
y marcha avec la même intrepidité
& la même confiance
que s'il n'avoit encore
perdu perfonne , lorfque
Mr de Gaffion Lieutenant
general vint luy dire
luy-même de donner encore
un coup de collier , ce qu'il
fit de la meilleure grace du
monde.
1
Mr le Marquis de Gondrin
, fils aîné de Mr le Mar300
SUPPLEMENT
quis d'Antin , s'eft auffi fort
diftingué à la tefte de fon
Regiment
. On remarqua
qu'il avoit combattu de la
main à la main avec avantage
contre plufieurs Officiers
ennemis
; mais ayant
enfin eſté preſque entouré
de plufieurs Soldats , &
eftant fur le point de recevoir
un coup de fabre , un
de fes Domestiques
qui ne
l'avoit point quitté pendant
tout le combat , luy ſauva
ce coup dans le temps qu'il
DU MERCURE. 30
alloit tomber fur fa tefte.
Ce domestique zelé reçut
ce coup de fabre fur fon
bras , & il reçut en même
temps un coup de feu à la
2
jambe.
Mr le Marquis de Beauveau
Infpecteur general de
la Cavalerie , aprés avoir
efté plufieurs fois à la charge
, combatit long-temps
aprés qu'un coup de moufquet
luy eut emporté fa
perruque & fon chapeau ,
& l'on eut beaucoup de pei302
SUPPLEMENT
ne à le faire retirer , tant il
eftoit attaché au combat
qu'il ne vouloit point quitter.
Mr le Comte d'Uzés
frere du Duc de ce nom ,
eftant fort avant dans la
mêlée , eut le bonheur d'éviter
plufieurs coups dont
il auroit dû eftre accablé ,
& il auroit efté tué d'un
coup de piftolet , s'il n'eut
fort à propos écarté le piftolet.
Rien ne marque mieux la
DU MERCURE. 303
vigueur avec laquelle nos
Troupes ont combattu
que ce qu'a fait Mr de Monmein
, qui s'étant enfoncé
parmi les Ennemis à la tête
de 80. Gendarmes , &
fe faifant jour par tout
trouva à la fin qu'il avoit
traversé tout le Camp des
Ennemis ; de maniere qu'il
fe retira à Tournay avecfa
Troupe. Les Ennemis étonnez
de voir tant de valeur
& tant d'intrepidité enſemble
, eftant devenus comme
304 SUPPLEMENT
immobiles , & l'ayant laiffé
paffer comme un Torrent
qu'il eft dangereux de
vouloir arrêter , & qui entraîne
tout ce qui veut
s'opoſer à fon cours.
Mr de Cambronne Lieutenant
Colonel du Regiment
de Lorraine Infanterie
, s'eſt auſſi fort diſtingué ,
il mena trois fois à la charge
le Bataillon qu'il commandoit
: on remarqua
qu'il tua de fà main quatre
hommes qui paroifloient
DU MERCURE . 305
acharnez aprés luy ; il arracha
avec la vie à un jeune
Officier Alleman , un Drapeau
que cet Officier avoit
enlevé à l'un de nos Regimens
: l'action fut fi vigoureufe
, & il deffendit fon
Drapeau repris avec tant
de valeur contre une Troupe
d'Anglois qui vint pour.
le reprendre , que Mr de
Mouchy fon Colonel , qui
s'eft aufli fort diftingué pendant
tout le combat , étant
accouru pour
Juillet 1708.
le
feconder ,
Cc
306 SUPPLEMENT
fit remarquer ſon action à
Mr de Vendôme . Ce General
ayant voulu connoître
plus particulierement
Mr de Cambronne
, a ſçû
que quoyqu'il ferve depuis
un grand nombre d'années,
il n'a jamais quitté fon Regiment
, & n'a jamais paru
à la Cour. Ce Prince
furpris d'une auffi grande
nouveauté
l'a fait fçavoir
au Roy , en rendant compte
à Sa Majefté de ſes fervices
, & ce Monarque
a
DU MERCURE . 307
témoigné qu'il feroit bien
aife de le voir à la fin de
la Campagne , & qu'il fe
fouviendroit
de luy.
Mr Duclos Officier de
Carabiniers
, n'ayant que
160. hommes avec luy , &
fe trouvant envelopé par
400. chevaux ennemis ,
prit la refolution de les combattre,
afin de fe faire jour,
& il anima tellement fa
Troupe , qui à fon exemple
fit plus que l'on n'en
pouvoit attendre; de manie-
Ccij
308 SUPPLEMENT
re qu'il échapa peu de ces
400. Cavaliers dont fept
Officiers furent faits priſonniers,
Mr d'Ingulville auffi Of
ficier dans les Carabiniers,
à fait une action qui n'a pas
paru moins vigoureuſe &
moins éclatante , puifque
n'ayant que 100. hommes
avec luy , & eftant pourfuivi
par 300. il fit volteface
, les combatit , en tua
100. & en prit 154. ·
Mr le Marquis de NanDU
MERCURE 309
gis , qui comme vous avez
fçû a efté fait Brigadier dans
la derniere promotion d'Of
ficiers Generaux , a fait con-
( noiftre pendant le combat,
( ayant attaqué les Ennemis
dans plufieurs de leurs poftes
à la tête des Grenadiers )
qu'il eftoit digne de l'honneur
que le Roy vient de
luy faire , & le lendemain
voyant que Mr du Rozel
conduifoit les 100. Eſcadrons
de l'arriere -garde aufquels
il avoit fait paffer de
310 SUPPLEMENT
grands defilez , il ſe plaça
avec 500. Grenadiers à la
tête des mêmes défilez , où
il foûtint avec une vivacité
extraordinaire , l'effort des
Ennemis qui vinrent charger
cette Cavalerie.
Je devrois faire icy des
Eloges particuliers de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, & de Monfeigneur
le Duc de Berry ; mais la
plupart de ceux dont j'ay
mis les Relations dans ma
Lettre , ont pris ce foin , &
DU MERCURE 311
comme ils ont efté témoins
oculaires de ce qu'ils ont
raporté , je ne pourrois rien
dire qui n'ait efté déja ſçû ;
perfonne n'ignore l'empreffement
que ces Princes ont
eu de chercher depuis qu'ils
font en campagne
, les occafions
de fe fignaler en
combattant
les Ennemis ;
ils n'ont prefque point laiffé
paffer de jour fans monter
à cheval , & ils fe font trou
vez preſqu'à tous les fourages
qui ont efté faits , par372
SUPPLEMENT
ce que les fourages donnent
fouvent occafion d'engager
quelque Action ; lorfqu'il
a fallu faire des marches ils
ont toûjours esté des premiers
à cheval , dans l'efperance
qu'elles pourroient
leur faire rencontrer les Ennemis
; c'eft-pourquoy au
lieu de fe rebuter des longueurs
de ces marches qui
ont fouvent efté auffi longues
que vives , il paroiffoit
que ce n'étoient que des
promenades pour eux , tant
ils
DU MERCURE
315
E
1
ils avoient de plaifir à les faire
dans l'efperance qu'elles
leur feroient enfin trouver
ce qu'ils cherchoient . Je ne
vous dis point que pendant
le combat ils fe font trouvez
dans des endroits tresperilleux,
& qu'ils n'ont
pas efté moins expofez aux
coups que les moindres foldats
de l'Armée : enfin tout
le monde fçait , & la plûpart
des Relations en font
foy ,
lorfqu'elles raportent
qu'une colonne des Enne-
Juillet 1708. Dd
314 SUPPLEMENT
~
mis ayant percé jufqu'à eux.
il s'en fallut peu qu'ils ne
fuffent entierement envelopez
; cependant Monfejgneur
le Duc de Bourgo
gne continua toûjours de
donner les ordres avec le
plus grand fens froid & la
plus grande prefence d'efr
prit que l'on puifle imaginer.
A l'égard de Monfieur le
Chevalier de Saint Geor
ges , il s'applique au mêtier
de la guerre d'une maniere
DU MERCURE. 318
qui donne lieu de croire
qu'il ne luy faut pas beau
coup de temps pour y de-
1 venir fort habile . Il eft fort
long-temps à cheval , & le
defir qu'il a de fe fignaler
le rend infatigable . Meffeigueurs
les Princes en font
charmez , auffi bien que
tous ceux qui le voyent , &
il y a certains Etrangers
dans l'Armée des Alliez
qui prennent beaucoup de
plaifir à en entendre parler ,
& à le voir , ce qui adoucit ,
Ddij
316 SUPPLEMENT
difent - ils , leur malheur ;
lorfqu'ils ont celuy d'eſtre
faits prifonniers . Enfin voicy
ce que j'ay tiré d'une
Lettre de l'Armée qui parle
de ces Etrangers. Ils demandent
de fes nouvelles
lorfqu'ils en trouvent occafion
; ilsfontravis de ce qu'
on les affure qu'il devient
fort & robufte ; qu'il aime
la guerre ; qu'il s'inftruit
avec ardeur ; qu'il eft doux ,
honnefte , poly , bien -faifant
à tout le monde , & qu'il eft
.
DU MERCURE 317
adoré remply de belles
Equalitez. Je ne vous en diray
rien de plus , puiſqu'il
feroit mal-aifé d'en dire davantage
.
Je dois avant que de finir
cette partie de ma Lettre
qui n'a regardé que les perfonnes
qui fe font diſtinguées
dans le combat dont
on tâche de ravir aux François
la plus grande partie
de la gloire qui leur est dûë ,
vous parler de quelques
bleffez qui ne doivent pas
D d iij
318 SUPPLEMENT
eftre oubliez.
Vous fçavez déjà , & je
trois devoir le repeter icy ,
puifque l'on n'en fçauroit
trop parler , que Mr de
Neuchelles, aprés avoir eſté
bleffé à la jouë , & avoir
eſté panſé , voulut , nonobftant
le bandage qui eft
affez difficile & affez incommode
en cet endroit ,
retourner à la charge ; ce
qu'il auroit fait fi le Chi
rurgien Major qui l'avoit
panſé , ne l'en avoit détourDU
MERCURE, 319
f
15
né , cé qu'il ne fit pas fans
peine.
Mr le Chevalier de Bro
glio , âgé de dix- neuf ans ,
& Guidon de la Gendarmerie
, ayant eu le coudé
caffé , on a efé obligé de
luy couper le bras. Il a ſouffert
l'operation d'une mai
niere toute heroïque , &
infiniment au deffus de fon
âge , ce qui luy à attiré dè
l'admiration
de tous ceux
4
qui ont oüi parler de ſa fermeté.
L'operation
ayant
Dd iiij
310 SUPPLEMENT
efté faite , il dicta une Lettre
pour Mr fon pere , qu'il
figna de la main gauche , &
la maniere dont on remarqua
qu'il fupportoit fon
mal,fembloit faire plus fouf-,
frir ceux qui le voyoient ,
qu'il ne fouffroit luy-même.
On a remarqué la valeur
du fils d'un Gendarme
, qui
ayant efté prefenté au Roy
par fon pere avant l'ouverture
de la Campagne pour
eftre admis dans ce Corps ,
DU MERCURE
n'y fut point reçu , parce
que Sa Majesté le trouva
trop jeune. Cependant
luy
ayant permis de fuivre ce
Corps , il le fit avec une
joye incroyable. Il reçut
dans le combat un coup de
moufquer au pied , & un'
Officier ayant voulu le faire
fortir des rangs , en luy
difant qu'il devoit s'aller
faire panfer ; il répondit
qu'il avoit toujours oui dire
qu'on ne devoitjamais quitter
le fervice pendant une
322 SUPPLEMENT
action , à moins qu'on n'euft
reçu un coup au travers du
corps , & il ne quitta point
pendant tout le temps que
la Gendarmerie combattit.
Belle leçon pour les faux
Braves !
Je vous diray peu de
chofe des morts , des bleffez
, des prifonniers , parce
que les Relations qui
font dans ma Lettre en ont
parlé ; & que d'ailleurs plufieurs
de ceux que l'on a
cru morts font reffufcitez ;
DUMERCURE. 323
que plufieurs que l'on a
cru prifonniers font revenus
, & que les ennemis
en ont beaucoup tué & faits
prifonniers fur le papier
dont les premiers
fe portent
bien , & les derniers
ne font point chez eux . J'ajoûteray
donc ſeulement à
Mrs de Neuchelles &
Chazeron Lieutenans des
Gardes du Corps qui ont
efté bleffez ,
que
Devizé
, Exempt du meſine
Corps , & qui comman324
SUPPLEMENT
doit l'année derniere les
Gardes qui fervoient auprés
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne
, a
efté bleffé à l'os de la jambe ,
& qui eft inort depuis de fa
bleſſure ; que Mr Vacher ,
auffi Exempt dans ce
Corps , a esté tué ; que Mr
Chapizeau qui en eft Enfeigne
, a efté bleffé ; &
que Mr Coëdelet Capitaine
aux Gardes , a auſſi eſté
bleffé.
Plufieurs Officiers de dif
DU MERCURE 329
tinction ont auffi efté bleffez
dans divers Corps ; ce
[ font Mrs de Caſtelas , d'Arpajou
, du Pleffis , de Tournemine
, de la Roche , le
Chevalier de Broglio , de
Mimure , de Nefle & de
Roquelaure de la Gendar-
"A!
merie. Ce dernier eft mort
de fes bleffures avec une
conftance heroïque & des
fentimens dont le Roy a
efté touché . Il laiffe fes
biens à fon frere le Chevalier
, Capitaine dans Gon316
SUPPLEMENT
drin , avec fon zele , fon dévouement
& fa fidelité
pour le Roy. Sa Majeſté a
dit que ce Teftament Militaire
devoit eftre rendu
public.
Mr de Ximenes , Mr de
la Breteſche , & un Capi,
taine de Gendarmerie , font
auffi du nombre des morts.
Al'égard des prifonniers on
compte 21.Officier de mar
que , avec un plus grand
nombre de Subalternes. La
plufpart de ceux qui font
DU MERCURE. 324
du nombre des prifonniers
n'ont efté pris que parce
que leurs bleffures ne leur
a pas permis de fe retirer ;
mais ilauroit efté plus'avantageux
aux ennemis qu'ils
n'euffent point eſté fairs
prifonniers
, puiſque beaucoup
des leurs n'auroient
pas efté tuez . Les principaux
Officiers font , Mis
de Biron ; de Ruffey ; de
Filtzgerald ; la Vierve ; de
1 Pourieres ; de Crouy ; de
Couvieres
; d'Illiers de
2
3.8 SUPPLEMENT
Chapizeau
; de Rohan &
fon frere , le Duc de Saint
Aignan
; le Chevalier
de
Louville ; de Belabre ; de
Druhot ; de Sepville , de
4
P
Charnezey ; de Crecy ; de
Graves ; d'Angenes
, &
d'Ancenis .
On doit remarquer que
les Liftes de morts , de bleffez
, & de prifonniers font
rarement correctes.Ainfi
je
neprens pasfur moncompte
les erreurs qui fe pourroient
trouver dans tout ce que je
DU MERCURE. 329
vous envoye qui les regarde.
Je vous diray ſeulement
que bien loin de vouloir cacher
noftre perte , je n'ay
retranché aucun nom de
tous les morts , des bleffez ,
& des prifonniers qui font
venus à ma connoiffance ,
non - feulement parce que
bce font des Titres d'honneur
pour leurs familles ;
mais parce que quelques re-
매 cherches que j'aye pu faire ,
le nombre de ces Braves eft
infiniment au deffous de
Juillet 1708.
Ee
330 SUPPLEMENT
celuy dont les ennemis
donnent des Liftes . Il eft
vray qu'ils ne nomment
perfonne & qu'ils ſe ſont
contentez de mettre des
numero qui vont à l'excés
, & qu'en parlant des
Officiers Generaux dont
ils n'ont pris que trois ou
quatre , ils en mettent dans
leurs Liftes , plus qu'il n'y
en a dans toutes les Armées
du Roy enſemble ; & comme
ils parlent du reste à
proportion , on peut juger
DU MERCURĚ . jji 33
des exagerations qui s'y
trouvent , & quoy qu'ils
n'ayent prefque point pris
de Drapeaux & d'Eten
dars , fi ce n'eft deux ou
trois , felon qu'il le trouve
-dans la Relation d'un Lieutenant
general qui a mené
stles Troupes au combat pendant
toute l'Action . Quoy
que , dis - je , ils en ayent
pris un fi petit nombre , &
que nous en ayons peutêtre
davantage des leurs ,
il paroift à les
entendre part
A
Ecij
332 SUPPLEMENT
ler , qu'ils les ont pris par
centaines. Il faut qu'ils
ayent regardé comme leurs
prifonniers, toutes les Troupes
que la nuit avoit fait
égarer , & qui fe font rendues
dans nos Places , &
qu'ils ayent compté les
Drapeaux & les Etendars
de ces Troupes ; mais quand
cela ne leur feroit pas venu
en idée , ils croyent qu'il leur
fuffit de faire d'abord imprimer
des Relations remplies
de Fables ; de rendre
DU MERCURE. 333
ي ل ا
des actions de graces au ciel,
& de faire des feux de joye ,
& qu'aprés cela toute l'Europe
n'en doit point appeller
, & qu'elle les doit croi-
Ire. J'ay déja fait voir les raifons
politiques qui les oblige
d'en ufer de la forte . Je
paffe à un Article qui en
peut renfermer plufieurs ,
& dans lequel je prétens
prouver plus par ce qu'ont
fait , dit & écrit , les honneftes
gens qui fe trouvent
parmi les ennemis même
334 SUPPLEMENT
car il s'en trouve par tout ,
qu'ils ont plus perdu dans
le combat dont il s'agit ,
que parce que nous en rapportons
nous - même , ce
qui n'eft pas difficile à
croire , puifque nous augmentons
toûjours nos pertes
, fur lesquelles ils rencheriffent
à outrance , lors
que dans les occafions ils
diminuent les leurs y que
fi on examinoit tout ce qu '
ils ont écrit depuis le com
mencement de la guerre ¡
DU MERCURE. -
C
335
on trouveroit qu'ils n'ont
perdu prefque perfonne.
Avant que d'entrer plus
avant dans cet article , on
doit confiderer que plufieurs
chofes qui devroient
avoir efté defavantageufes
à l'Armée du Roy, ont tourné
à fa gloire ; les Ennemis
avoient l'avantage du terrain
; il n'y a eu qu'une feule
aîle de cette Armée qui
ait pu combattre ; ſa Cavalerie
n'a pû agir, à la reſerve
de quelques Corps qui ont
336 SUPPLEMENT
donné , puifque les hayes
& les ravins l'empêchoient
d'avancer, & que la fuperiorité
des Ennemis leur
avoit donné le moyen de
faire gliffer des Troupes
des deux côtez pour enveloper
les Corps qui avoient
combattu .
Aprés vous avoir fait
voir la plus grande partie
des Relations
qui ont eſté
écrites par divers Officiers ,
touchant
ce qui s'eſt paſſé
au combat donné prés
d'Oudenarde
DU
MERCURE 337
je dois
d'Oudenarde, & vous avoir
raporté beaucoup
de cho
fes
curieufes fur ce fujet ,
pour
ainfi dire quitter
la France pour voir tout
ce qui s'eſt dit , & tout ce
qui s'eft écrit du côté des
.Ennemis.
Auffi -toft aprés le
combat
, le premier
foin de Milord
Marlborough
& des
Deputez
des Etats à l'Armée
, furent de faire fçavoir
aux
mêmes Etats tout
ce qui
s'eftoit paffé au com
Ff Juillet 1708.
338 SUPPLEMENT
bat qui venoit d'eſtre donné.
On doit remarquer
qu'ils n'envoyerent point
de Relations , parce qu'ayant
refolu de donner aux
Alliez tout l'avantage du
combat , il auroit efté difficile
de pallier leur perte ,
& que les Relations qu'ils
auroient faites , auroient
efté contredites par des
d'honneur de l'un & gens
de l'autre party ; ils s'en
tinrent donc aux Relations
verbales , & crurent que
DU MERCURE 339
les
Actions de graces que
l'on
rendroit
auffi -toft aprés
, & les feux de joye
que l'on feroit allumer
, fuffiroient
pour impoſer
à toute
l'Europe
, & pour faire
croire que les Alliez avoient
remporté
une victoire
complette
. Les Deputez
firent.
donc aux Etats la Relation
verbale de tout ce qui s'étoit
paffé, & l'on publia enfuite
de nouveau que la victoire
eftoit des plus grandes
, & que l'on en devoit
F f ij
340 SUPPLEMENT
rendre graces au Ciel ; mais
ce qu'on appelle les Zele
en Hollande , dont le nombre
eft affez grand , & qui
exagerent tellement tout
ce qu'ils difent , qu'ils n'y
laiffent pas même de vrayfemblance
; ces Zelez , difje
, n'eſtant pas contens de
ce qu'il ne paroiffoit aucune
Relation imprimée , refolurent
, quoyque fans permiflion
des Etats , d'en faire
imprimer ; mais de fi outrées,
que pour avoir pouffé.
DU MERCURE.
341
les chofes à un trop grand
excés , la fauffeté en a fauté
aux yeux des perfonnes
les moins éclairées . Voicy
ce qui a efté écrit fur ce fujet
par un fage Hollandois
,
& qui paroift n'avoir deffein
que de prendre le party
de la verité .
A la Haye ce 16. Juillet .
Nos nouvelles imprimées
fontfi remplies de la victoire
importante que les Alliez,
Ff iij
342 SUPPLEMENT
croyent avoir remportée prés
d'Oudenarde
, que l'on n'y
peut rien ajoûter; mais feu
lement faire quelques remarquesfur
tout ce qu'on a
donné au Public.
Il est donc à
remarquer
que le Sieur Pany Ajudant
General de Mr d'Auverkerque
, n'a point aporté de
Relation avec luy , & que
ce n'est que fur les raports
qu'il a faits , tant aux Etats
qu'à diverfes perfonnes,
qu'on a compofé cette RelaDU
MERCURE . 343
ni
par
lation qui n'a efté imprimée
l'ordre , ni par l'Imprimeur
de l'Etat. Celle du
Sieur Vleertman eft de la
même nature ; il a esté dépêché
par le Major General
Rantzau qui vouloit
aparemment
qu'on fit mention
de luy auffi bien que du
Sieur Cadogham , & ces 2.
Exprés ont orné leur raport
de tout ce qu'il y avoit de
plusflateur & deplus outré.
C'eft naturellement aux
Lettres de Mrs les Depu-
F f iiij
344 SUPPLEMENT
tez de l'Etat , de Milord
Duc , & de Mr d'Auver
kerque qu'on devroit s'attacher
; mais elles n'en difent
pas affez pour fatisfaire le
Public , &fi nos Ñouvel-·
liftes s'en eftoient tenus à
ces Lettres , nos Zelez les
auroient
regardez de travers
: c'est par cette raifon
qu'on a affecté de ne point
inferer la Lettre de Mrs
les Deputez, de l'Etat , ni
celle de Mr
Geldermalsen
dans laquelle on voit que
DU MERCURE. 345
M
ce n'a pas efté une Bataille
generale , mais un combat
d'Infanterie, pendant lequel
on a pouffe les Ennemis une
demie lieue au delà des
hayes & des chemins coupez
& une lieuë au delà
d'Oudenarde
, le terrain ne
permettant pas de faire autre
chofe : ony voit auffi que
Mr Geldermalsen
eftoit venu
à Oudenarde pour y établir
un Hofpital
pour le
le grand nombre de bleſſez
que nous avons eus dans ce
346 SUPPLEMENT
combat: fi l'on avoit pufupprimer
la Lettre du Duc de
Marlborough quifelicite L.
H. P. fur un heureux fuccés
feulement , & qui parle
de noftre perte , on l'auroit
fait ; car le Public , & fur
tout le Peuple , veut que ce
foit une victoire complette.
Plufieurs perfonnes de
bonfens qui ont fait ces remarques
, doutent que cet
avantage ait efté auffigrand
& auffi décifif qu'on publie,
parce que ces Lettres eftant
DU MERCURE . 347
toutes du 12. & aucun autre
Exprés n'eftant venu
depuis , il y a de l'apparence
qu'il n'y a point eu
tre choc que celuy-là.
d'au
Cette Lettre s'explique
fi bien que rien ne peut
donner une idée plus juſte
de la verité de ce qui s'eſt
paffé dans le combat ; elle
fait
connoiftre que ce que
les Deputez de l'Etat en
ont dit dans leur Lettre ,
n'a rien qui approche des
348 SUPPLEMENT
Relations imprimées dans
toute la Hollande , & l'on
n'y parle pas même de blef
fez & de prifonniers , tant
l'on aprehende de toucher
cette corde . On y voit feulement
une chofe qui marque
que les Alliez en ont
eu beaucoup , puifqu'elle
porte que Mr Geldermalfen
eftoit allé à Oudenarde
pour y établir un Hoſpital
pour le grand nombre de
bleffez qu'on avoit eus dans
ce combat . Voicy la Lettre
DU MERCURE 349
écrite aux Etats par Milord
Marlborough dont il eft
parlé dans celle que vous
venez de lire.
D'Oudenarde ce 12 .
Juillet.
Je me donne l'honneur de
feliciter vos H. P. fur l'heureuxfuccés
que le bon Dieu
vient de donner aux Armes
des hauts Allie . Mrs
les Députez & Mr le Velt-
Maréchal leur communi-
23
350 SUPPLEMENT
queront les particularitez
connues jufqu'à prefent ; la
pourfuite des Ennemis qui
continuë toûjours ne permettant
pas de donner une
lifte exacte des prisonniers ,
ni de laperte que nous avons
faite. Fefuis , &c.
On doit
remarquer que
dans cette Lettre , il n'eft
pas échapé à ce Milord un
mot de Bataille
gagnée ,
non plus que de morts &
de bleffez dont il ne parle
point ; il ſe ſert ſeulement
DU MERCURE
351
du mot d'heureux fuccés
qui eft bien affoibli dans la
fuite de fa Lettre où il dit
qu'il n'a pas le temps de
donner une lifte de la perte
que les Alliez ont faite , ce
qui ne peut fignifier autre
chofe que cette perte eft
grande , puifqu'il faut beaucoup
de temps pour en eſtre
éclaircy. Voicy ce que contient
une autre Lettre de la
Haye , écrite aprés celle de
la même Ville que vous venez
de lire.
352 SUPPLEMENT
Les Lettres de Flandre
& de Brabant , n'ont que
trop bien confirmé ce que je
vous ay mandépar ma derniere.
L'action prés d'Oudenarde
n'a point esté generale
; il n'eftoit pas poffible
qu'elle le fuft , & même
fi l'on en veut croire les avis
de Gand du 15. il n'y a eu
que fix Brigades d'Infan
terie & deux de Cavalerie
Françoife qui ont effé expofees
, & qui ont eu part à
ce que cette action a eu de
DU MERCURE
35€
plus furieux : on affure qu'-
elle a efté des plus meurtrieres
, & que les deux partis
yont beaucoup perdu . Quoy
qu'il en foit , la marche de
l'Armée ennemie à qui l'on
donne dans nos Relations
brodées , le nom d'une fuite
ou d'une retraite précipitée ,
s'eftcontinuée fans autre accident
, & l'on mande qu'elle
eftoit dés le 13, campée
avantageufement
dans les
terres de la vieille contribu-
Juillet 1708. Gg.
354 SUPPLEMENT
a
tion entre la Lis & le Canal
de Bruges , ayant fon
Quartiergeneral à Bellem ,
&s'étendantjufqu'à Gand,
& Deinfe qu'elle a devant
elle ; qu'elle a des Pontsfur
le baut & bas Efcaut ,fur
le Canal de Bruges , audelà
duquel les Princes ont
pris leur Quartier au Château
de Lovendeghem , &
auffi fur le Canal du Sas
de Gand ; ce qui eft remarquable
, car ils fervent de
communication avec Aloft,
DUMERCURE 3551
avec tout le Pays de
Waës qui s'étend jufqu'à la
tefte de Flandre & jufqu'-
auprés d'Anvers ; cette fituation
n'a nullement l'air
d'une Armée fuyarde &
battuë. Fe finis en ajoutant
I
a
que Oudenarde ne pouvant
pas contenir le grand nombre
de nos Officiers & Soldats
Anglois & Hollan-
S dois bleffez , on envoya
Bruxelles le 13. & le 14.
une tres-grande quantité de
Caroffes, de Chariots & de
Gg ij
356 SUPPLEMENT
Charrettes qui en estoient
toutes remplies.
Je n'ay rien à dire touchant
cette Lettre , puifque
je ne pourrois rien dire
qui fuft plus avantageux
que tous les faits qu'elle
rapporte. En effet , plus
on examine à fond tout ce
ce qui s'eſt paffé dans le
combat , plus on trouve
que tout ce que l'on a imprimé
en Hollande eſt abfolument
faux ..
DU
MERCURE. 357
Noftre Artillerie n'a
point efté priſe , ainſi que
le portent les Imprimez ,
l'on a pû voir dans dece que
la Relation de Mr de Valernod
, rapportée ci - devant
& dans laquelle l'on a vû
auffi le combat de l'arrieregarde
attaquée , que l'on a
voulu faire paffer pour une
efpece de fecond combat.
Cependant l'on a vû par le
détail que cet Officier a
donné , que ce n'eftoit rien
moins que cela . L'arriere
358 SUPPLEMENT
peu
garde feule fit volte - face
& aprés s'eftre deffenduë
comme l'on a vû , & avec
de perte , elle continua
fa marche. Mr de Valernod
qui y eftoit des premiers ,
parce qu'il commandoit les
Grenadiers , en a pû rendre
un meilleur compte que
perfonne , & toutes les Relations
qui ont parlé de cette
arriere - garde , ont fait
voir que c'eftoit tres- peu de
chofe , & même , on n'y auroit
prefque rien perdu , ſi
DUMERCURE 359
pour ne pas arrefter la marce
de l'Armée , on n'avoit
laiffé quelques bleffez en
arriere . Voila cette feconde
action dont on a fait un fi
grand bruit.
Toutes nos Relations
font voir que nous n'avons
perdu ni Artillerie , ni Dra-
Ipeaux , ni Etendars , ni Bagages
, ce qui eft particulierement
marqué , dans
une de ces Relations , faite
par un Officier du Regi-
Iment de Picardie. Ce n'eft
A
360
SUPPLEMENT
pas que je ne demeure d'accord
que l'on n'en ait pris
trois ou quatre , felon le
rapport d'un Lieutenant general
dont je vous ay déja
parlé , & à bien examiner
les chofes , on trouvera que
nous avons plus des leurs
qu'ils n'ont des noftres , ce
que des perfonnes du premier
rang aſſurent .
Les Hollandois avoüent,
même dans leurs Imprimez ,
qu'ils ont perdu un Major
general , deux Colonels , &
quarante
DU
MERCURE. 361
en
quarante Officiers fubalternes
; qu'ils ont eu de bleffez,
deux
Brigadiers ;
quatre
Colonels ; & cent - foixante
moindres
Officiers , avec
leur
deux mille fimples Soldats ;
& qu'ils ont eu mille hommes
tuez fur la place . On
doit juger par là que
perte doit avoir eſté infiniment
plus grande ,
puifque
leur
principal foin a eſté
d'obfcurcir la verité , lorfqu'ils
ont fait
quelque perte.
Juillet 1708. Hh
362 SUPPLEMENT
Les deux actions faites
par deux Officiers
de Carabiniers
, dont vous avez
ci - deffus trouvé le détail ,
coûtent feules prés de
fept cens hommes aux ennemis
, fans compter mille
Anglois noyez , dont j'ay
auffi déja parlé , & dont
une Lettre de Bruxelles que
vous allez voir , & qui vient
des ennemis mêmes , fait
mention.
Quoy que les quatre
Compagnies des Gardes du
DU MERCURE . 263
Corps ayent prefque continuellement
efté exposées
au feu des ennemis , il eſt
cependant conftant que
perte
a efté leur
perte a
peu confiderable
, & voici ce qu'en
rapporte le Chirurgien Major
qui doit eftre là - deſſus
plutoft crû qu'un autre
puiſque les bleſſez font de
fon reffort.
>
Je joignis le lendemain
,
&je ne trouvay
que trois
bleſſezque jepanfay, & qui
Je portent tres-bien , & trois
Hh ij
264 SUPPLEMENT
quifont reste
à Gand
. La
Compagnie
de Bouflers
n'a
perdu
que deux
Gardes
& deux
bleffez
; à l'égard
d'Harcourt
& de Noailles
,
ils ontperdu
davantage
.Je
vous avoie
que c'est une efpece
de miracle
, comment
il
en eft revenu
un feul , car
ils eftoient
tous
entourez
,
d'ennemis
; mais
la nuit a
efté favorable
à la Maifon
du Roy
.
On doit remarquer
qu'il
ne parle
point
dans ce que
DU MERCURE. 265
vous venez de lire , de la
Compagnie de Villeroy ;
mais il en a parlé dans la
Relation que vous avez
vue de luy. C'est celle
où il a parlé de la bleffure
de Mr de Neuchelles
qu'il empêcha de retourner
au combat aprés avoir eſté
panſé .
Il eft aifé de faire voir
que toutes nos Troupes qui
ont combattu n'ont pas
autant fouffert que les ennemis
l'ont publié. Le Re-
Hh iiij
266 SUPPLEMENT
giment de Duras en fournit
une preuve éclatante ,
puifque Mr de Maugcon ,
Major de ce Regiment, qui
a efté tué dans le combat ,
eft le feul de fon Regiment
qui ait eſté tué ou bleſſé.
Cependant on ne peut dire
que ce Regiment qui a fait
des merveilles
, n'ait pas
combattu , puiſque fon Major
a eſté tué pendant l'action
. On doit inferer de là
que tous les Regimens qui
ont combattu n'ont pas efté
DU MERCURE 367
maltraitez comme le portent
les Relations des ennemis.
Je luis affuré que la Lettre
fuivante vous fera d'autant
plus de plaifir , qu'elle
vient des ennemis mêmes ,
& qu'elle vous éclaircira de
beaucoup de chofes dont
on pourroit douter encore.
Extrait d'une Lettre particuliere
écrite de Bruxelles
le 19. Juillet .
Vous voulez (çavoir le
Hh iiij
368 SUPPLEMENT
détail au jufte de l'Action
du 11. du courant. Il feroit
bien difficile de vous fatisfaire
chacun en parlant àfa
fantaisie , felon fon inclination
tout ce qu'on peut
dire de plus vrai-femblable
touchant l'action qui s'eft
paffée le 11. de ce mois , est
que le choc a eftéfort rude ;
qu'on s'est bien battu de
part & d'autre ; les ennemis
pafferent le lendemain
la Lys , pour fe mettre le
long du Canal de Bruges ,
DU MERCURE . 365
de crainte qu'on ne leur coupaft
la communication avec
cette derniere Ville : dans
l'action nous avons perdu
plus de monde
que
les ennemis,
on n'a envoyéicy que
deux mille prifonniers. No
tre Armée ne peut fubfifter
long-temps où elle eft par
rapport aux vivres.
On voit icy plufieurs autres
Lettres qui ajoûtent
que fi l'Armée du Prince
Eugene ne futpromptement
revenue camper à Ander370
SUPPLEMENT
lecth , elle n'auroit pasfeulement
couru risque d'eftre
coupée , mais auffi d'eftre
bien battuë , tant par celle
du Maréchal de Barwick ,
que parun
gros de Cavalerie
de Grenadiers
que
Mr de Vendôme faifoit
avancer vers Aloft , à deffein
de fondre Jur elle en
même temps , où bien de fe
rendre maistres de cette Ville
, en cas qu'elle euft continué
de s'en éloigner pour aller
joindre la grande ArDU
MERCURE. 371
mée du cofté de Menin. En
un mot , les affaires font.
dans une telle fituation que
fi les Alliez veulent fe
maintenir icy dans Louvain
& dans Malines , il
faut qu'ils ayent continuellement
un Corps de Troupes
affez fort pour les defque
la fendre , & même
grande
Arméeyrevienne
.
L'une de ces Lettres eft
fondéefur les dernieres
Lettres
de Mrs les Députez
de l'Etat à L. H. P. dans
372 SUPPLEMENT
Lejquelles après avoir parlé
fur un ton moins victorieux
que dans leurs precedentes ,
ils reconnoiffent francheque
les
ennemis font ment
trop forts , & fi avantageufement
poftez à Gand ,
& dans les autres lieux
qu'ils occupentaux environs
de cette Place , qu'il n'eft
pas poffible de les en faire
déloger ny de lesy attaquer,
quand même nos forces feroientfuperieures.
Mr Geldermalfen
appuye cette reDU
MERCURE. 375
montrance par des exempus
de la derniere guerre , qui
prouvent
que les ennemis
n'oferentjamais attaquerles
Alliez retranchezdans les
mêmes poftes , quoy qu'ils
fuffent presque une fois plus
forts que ceux-cy. Il conclut
enfuite que pour maintenir
la reputation des armes de
L.H.P. & de leurs AllieZ,
il croit qu'on doit faire une
puiffante diverfion dans les
Pays conquis , afin d'obliger
les ennemis à les venir
374 PLEMENT
deffendre ; il propofe enfin
d'affieger une de leurs principales
Fortereffes ; & il
prie pour cet effet L. H. P.
d'envoyer inceffamment à
l'Armée , l'Artillerie & les
Munitions
neceffaires pour
une entreprise de cette importance
, &fur tout de ne
la pas laiffer manquer de
vivres & deprovifions.
Cependant un pareil def
fein trouve de tres grands
obftacles.Car outre qu'ilfaut
que toutes ces chofes fe tirent
DU MERCURE 375
d'Hollande , , combien de
temps ne faudra - il point
pourlespréparer& les tranf
porter fi loin ? & quels rif
ques ne courreront point les
convois qui ne pourront
eftre envoyez que par
xelles?
Bru-
Nous apprenons que par
ordre des Etats tous les Bat
teaux qui font fur la
Meufe, &c. ont efté arref
tezpour transporter à Anvers
& à Bruxelles les
vivres , les fourages &
376 SUPPLEMENT
toutes les autres provifions ,
dont noftre Armée a befoin,
& qu'on doit défendre incef
Samment d'en transporter
aucunes au Saz, de Gand ,
dans l'efperance d'en faire
manquer
aux Ennemis
;
mais cette précaution ne
leur fera pas grand tort ;
car outre que le Pays qu'ils
occupent eft fort gras, ils en
tirent de leurs Places de
Flandres par Furnes &
par Dixmudefans obftacle,
& autant qu'il leur plaift.
DU
MERCURE 377
On ne doit pas oublier de
dire que par l'état envoyé
à la Haye , les Hollandois
feuls ont eu 7. à8c0 . konmes
tuez fur la Place , &
prés de 2000. bleffez au
Combat. Il y a eu plus de
1000. Anglois noyez &4:
de leurs Regimens , dont il
ne s'eft pas sauvé 40.
hommes, y font reftez : On
ne fait point encore leur
perte au jufte , ni celle des
Danois, des Pruffiens & des
Troupes d'Hanover. Si je
Juillet 1708.
Ii
378 SUPPLEMENT
puis l'apprendre, je vous en
feraypart ; vous pouvezce
pendant juger que la perte
des Alliez engeneral a efté
tres confiderable.
Le mot de choc que
l'on trouve dans la Lettre
que vous venez de lire pour
parler de la grande action
qui s'eft paffée , fait bien
connoistre qu'elle n'eft pas
regardée chez les Ennemis.
comme une Bataille , &
que par conſequent ce ne
peut eſtre une action décifive
DU MERCURE . 379
Rien n'eſt plus fort que
les mots fuivans qui fe trou
vent dans la même Lettre ,
& que je crois devoir repeter
ici. Dans l'action nous
avons perdu plus de monde
que les Ennemis.
On doit
remarquer que
fuivant la Lettre de Bruxelles
, il n'y eft entré que
2000. Priſonniers
, ce qui
donne lieu de croire que
les
Ennemis ne peuvent en
avoir fait davantage, puiſqu'il
ne paroift point que
Li i
380 SUPPLEMENT
l'on en ait conduit dans
aucune autre Place , ce
qu'ils n'auroient pas manqué
de dire avec exageration
, s'ils en avoient envoyé
en d'autres lieux.
Ce que l'on cite dans
cette Lettre que Mr de
Geldermalfen
a écrite aux
Etats pour leur faire connoiftre
l'impoffibilité
qui
fe trouve
d'attaquer
la
grande Armée de France
dans fon Camp , eſt tres
vrai-femblable
& fondé en
DU MERCURE. 38r
exemple , & ce Deputé ne
pouvoit parler plus jufte ;
mais à l'égard du Siege
qu'il propofe, les difficultez
doivent eftre grandes, parce
que les Alliez pourront
difficilement avoir affez de
vivres en le commençant ,
pour fubfifter , jufqu'à ce
qu'ils ayent reduit la Place
qu'ils attaqueront , puifque
fi l'on examine bien les
choſes , en comptant les
5 Troupes que les François
& les Alliez ont en
382
SUPPLEMENT
Flandre , on trouvera que
celles de ces premiers font
fuperieures, & qu'ainfi il ſera
difficile aux Alliez de
faire paffer des convois dans
leur Camp, fans qu'il y en
ait beaucoup de pris , &
d'ailleurs les Alliez ne peuvent
faire ce Siege fans
avoir une Armée d'obfervation
, & ils ne peuvent
en avoir d'affez fortes pour
s'oppoſer à celles qui les attaqueroient.
Je n'affure pas
toutefois qu'ils ne feront
DU MERCURE 383
point de Sieges, ils peuvent
avoir des vues difficiles à
penetrer, & je ne dis que
ce qui paroift tres vraifemblable
dans la fituation.
préſente .
Je dois ajoûter ici que de
l'aveu même des Ennemis
la perte des Anglois & des
Hollandois eft fi grande ,
qu'elle pourroit prefque ba
lancer la noftre , fans compter
ce que les Troupes.
Danoiſes , Pruffiennes , &
d'Hanover ont perdu.
384 SUPPLEMENT
J'eftois preft de commencer
la quatriéme & derniere
partie de cette Lettre , lorfqu'il
eft tombé entre mes
mains une nouvelle Relation
qui regarde ce que le
Regiment de Bouflers a
fait dans le Combat , &
j'ay crû que je déroberois
la gloire dûë à ce Regiment,
fi je fermois ma Lettre fans
vous en parler ; c'eſt pourquoi
j'ay crû la devoir ajoûter
ici.
Au
DU MERCURE . 3
Au Camp fous Gand le 3.
Aouſt 1708 .
Le Regiment de Bouflers
Feftoit de la Brigade de Vendome
qui a donné à l'attaque
de la droite ; elle a combatu
à lagauche de la Brigade
de Piedmont : cette
Brigade a attaquéfept fois
les Ennemis qui eftoient retranchez
dans des hayes
Punefur l'autre & lignefur
ligne , à lafeconde ; troifié
Juillet 1708. Kk
386 SUPPLEMENT
me & fixiéme charge : elle
força les Troupes Suiffes
qui font à la folde de Hollande
, & qui gardoient les
premiere hayes : cette Brigade
força une feconde haye
qui eftoit gardéeparles Gar
des bleues d'Hollande ; mais
retrouvant encore une ligne
au delà des Gardes de la
Reine d'Angleterre
, il falut
ceder à la force , n'eftant
foutenue d'aucune Troupe,
& lesRegimens de cette Brigade
n'eftant pas en état de
DU MERCURE. 387
faire un troifiéme effort aprés
les deux lignes d'Infanterie
qu'ils venoient de forcer : les
Ennemis occupoient non feulement
un terrain presqu'impenetrable
par les hayes &
par les foffez qui le coupoient
, mais de plus ils étoient
quatre contre un.
On ne peut affel vanter
la valeur de Mr de Bombelle
Major du Regiment
de Bouflers: il a toûjours
combatu à cheval à la tefte
du Regiment , effuyant tout
Kk ij
388 * SUPPLEMENT
le feu des Ennemis avec une
fermeté inébranlable , ralitant
toujours les foldats &
les ramenant luy- même à
la charge , de même que
Mrs le Brun, Manin &
Ricquebourg Capitaines
qui s'yfontparticulierement
diftinguez , ainsi que Mr.
de Pelloquin Aide- Major
du premier Bataillon, qui a
efté bleffé à l'épaule d'un
coup de feu : Mr de Bombelle
voyant fur la fin du
combat que le Regiment é
DU ME RE. 389
eftoit envelope par les Ennemis,
prit deux Drapeaux
du même Regiment , & s'étant
entortillé dedans, fuivi
de quelques foldats il perça
les Ennemis , & enſe faifant
jour au travers d'eux,
ilfit ainfi fa retraite avecfes
deux Drapeaux. Ily a en
en cette occafion 28. Officiers
de ce Regiment tuez
ou bleffez mais dont la plûpart
n'ont efté que bleffez .
Cette Relation quoyque
fuccincte ne laiffe pas de
Kk iij
3.90 SUPPLEMENT
•
donner une idée qui doit
eſtre fort glorieuſe à la Brigade
de Vendôme , & de
faire voir qu'ayant chargé
juſqu'à ſept fois les Ennemis
, elle doit leur avoir fait
perdre beaucoup de monde.
On ne peut trop admirer
la valeur de Mr de Bombelle
, lorfqu'il fe retire envelopé
de deux Drapeaux
de fon Regiment , Il feroit
fâcheux que de pareilles
actions fuffent enfevelies ,
puifque rien n'eft plus caDU
MERCURE 391
E
`pable d'animer des Troupes
& de leur donner du
courage .
Il eſt conſtant qu'il y a
des chofes qui ne laiffent
pas d'avoir quelque efpece
de vrai - femblance quoy
qu'elles foient abfolument
fauffes. Je n'entreprendrois
pas de combattre celles qui
font de cette nature , quoyqu'il
y eut de la juſtice à le
faire , & que je ne parlaffe
qu'en faveur de la verité ;
mais lorsqu'il s'agit de dé
KK iij
392 SUPPLEMENT
truire ce qu'ont donné au
Public des Ecrivains emportez
, & qui croyent que
ce qu'ils avancent eft bien
prouvé lorſqu'ils l'ont repeté
dans un grand nombre
d'Imprimez , & qu'ils l'ont
apuyé par le canon qu'on a
tiré, & par les feux de joye
qu'on a fait briller ; lors ,
dif-je , que ce qu'ils ont pu
blié de faux , femble eſtre
fcellé par toutes ces choſes;
tout ce que l'on peut dire
pour les détruire de
DU
MERCURE. 393
vient abfolument inutile
, parce que les perfonnes
enteſtées ne font point d'attention
à tout ce qui contredit
ce qu'ils croyent a
voir efté étably par tout ce
que je viens de dire : c'eſtpourquoy
j'emploiray
peu
de raifonnemens pour com
battre ce que les Ecrivains
d'Hollande ont continuellement
repeté pendant 15.
jours dans 12. imprimez
qu'ils donnent chaque femaine
, & qu'ils ont tour394
SUPPLEMENT
né de plufieurs manieres
pour éblouir premierement
tous les Peuples d'Hollande,
& tromper enfuite tous
ceux de l'Europe. Je veux
parler des liftes des morts ,
des bleffez , & des prifonniers
dont ces grands exagerateurs
parlent dans leurs
Relations , du combat don
né prés d'Oudenarde
, &
du grand nombre de Drapeaux
, d'Etendars
& de
Timbales qu'ils difent eftre
entre les mains des Alliez ,
DU MERCURE . 395
& qu'ils regardent comme
des marques d'une victoire
complette . Il n'y a point
de doute qu'elles en pourroient
fervir , fi ce que ces
Ecrivains avancent là-deffus
eftoit veritable ; mais
leurs exagerations font fi
outrées , ce qu'ils affurent
a fi peude vray-femblance,
& il eſt tellement éloigné
du fens commun
, que pour
en faire voir la faufferé , il
fuffit de le repeter aprés
eux, & de demander à ceux
396 SUPPLEMENT
qui le liront d'y faire unpeu
d'attention , & je fuis fûr
qu'ils auront honte de l'avoir
crû un moment , s'il
eft vray qu'il y ait des per
fonnes affez credules pour
y avoir ajoûté foy. Vous
pouvez croire que fi ma
caufe eftoit douteufe , &
que s'il y avoit la moindre
vray-femblance, & le moindre
ombre de verité dans
tout ce que les Ecrivains ,
dont je viens de vous parler
, ont avancé ; je me donDU
MERCURE. 397
$
nerois bien de garde d'en
parler , & loin de le mettre
de nouveau au jour , je
me fervirois de tous les
moyens imaginables , s'il
eftoit poffible d'en trouver,
pour faire enforte qu'il fuft
a jamais ignoré ; mais je
crois qu'en le mettant au
jour de nouveau , ces Ecrivains
auront honte euxmêmes
de ce qu'ils ont écrit
dans la fureur de leur
premier emportement pour
élever la gloire des Trou398
SUPPLEMENT
pés des Alliez , & pour abaiffer
celle des Troupes
des deux Couronnes . Voicy
Les liftes qu'ils ont données
tant de fois, afin qu'elles
puffent , s'il eftoit poffible
, fe répandre par toute
la terre . Vous devez remarquer
que ces Liftes ne
regardent que les François.
Trois mille vingt morts.
Quatre mille bleffez .
Sept cens foixante & un
Officiers prifonniers , du
nombre defquels ſont onze
Generaux .
DU
MERCURE. 322
- Dix mille fix cens
rante-feptSoldats , tan J
fonniers
que
Total
LYON
手作
BE
LA
VILVILLE
Déferteurs
A
18428
A l'égard des Drapeaux,
des Etendars & des Timbales
, ils difent qu'ils ont
pris
Quatre-vingt huit Drapeaux
ou Etendars , & II .
Paires de Timbales .
On doit remarquer qu'ils
affurent que nous avons fait
toutes ces pertes dans une
feule aîle de noftre Armêe, ·
400 SUPPLEMENT
& de la maniere dont ils
parlent , ils prétendent que
celles que nous avons faites
à l'autre aîle ne font pas
moins confiderables, de maniere
qu'en les doublant ;
nous devons avoir perdu
à leur compte , environ
trente- fept mille hommes,
cent-foixante & feize Dra
peaux ou Etendars & 22.
paires de Timbales .
Je ne dis rien d'une pareille
exageration qui doit
revolter tous les gens de
DU MERCURE. 401
4
bon feas, puifqu'il eft conftant
que dans le Combat
dont il eft queſtion , il s'en
faut beaucoup que le nombre
de nos Troupes qui a
combattu , n'approche de
a celui des pertes que ces
Ecrivains nous font faire .
A l'égard des Drapeaux
& des Etendars pris , dont
ils paroiffent vouloir à peu
prés égaler le nombre dans
leurs Relations , il eftoit dif
ficile de prendre des Etendars
à la Cavalerie , puif-
LI
Juillet 17.08
402 SUPPLEMENT
qu'elle n'a prefque point
combattu de la main à la
main. Il eſt vray qu'elle a
beaucoup fouffert ; mais
lors qu'on eſt éloigné on
ne prend pas des Etendars
avec des coups de moufquet.
D'ailleurs il paroiſt
felon toutes les Relations,
que peu de Regimens de
Cavalerie ont combattu ..
Vous fçavez que lors que
dans une Bataille on a pris.
beaucoup de Drapeaux &
d'Etendars , l'ufage eft étaDU
MERCURE 403
bli depuis un temps immemorial
de les promener devant
le peuple ; de les laiffer
quelque temps dans des
Places publiques , & de les
porter dans des Temples.
Cependant rien de tout
cela ne s'eft fait dans aucune
Place appartenante aux
Alliez , & l'on s'eft feulement
contenté de mettre
I dans les Nouvelles imprimées
qu'il ont efté pris fans .
en avoir rien dit davanta-.
ge , & fans que l'on en ait
Llij
404 SUPPLEMENT
oüi parler depuis ce tempslà.
A l'égard des Prifonniers,
fi les Alliez en avoient fait
un auſſi grand nombre que
celuy qui eft marqué dans
leurs Relations imprimées ,
on n'auroit pas manqué de
marquer dans quelles Villes
on en auroit conduit ,
& leurs Places ne font
en affez grand nombre pour
que l'on n'eut pas ſçû dans
quelles Villes ces Prifonnniers
auroient eſté diftriss
pas
DU MERCURE 405
buez ; mais il a paru feulel'on
en avoit enment
que
voyé deux mille à Bruxelles
, ce qui femble d'autant
plus veritable
qu'il y a
des veritez fi manifeftes
qu'elles ne peuvent eſtre
niées , & c'eft un avantage
pour nous , puiſque
s'ily avoit des François prifonniers
ailleurs que dans
Bruxelles , cela feroit connu.
de tout le monde . Il n'y a
pas d'apparence que l'on en
ait laiffé dans Oudenarde ...
406 SUPPLEMENT
Auffi n'en parle-t-on point,
& la raiſon en eft évidente.
Il eft conftant , & les Lettres
de Hollande en font
foy , ainfi que vous avez
dûle remarquer, que les Alliez
ont eu un fi grand nom
bre de bleffez à Oudenarde
aprés le combat , que
Mr Geldermalſen a efté
obligé d'y aller faire établir
de nouveaux Hôpitaux
& ces bleffez eftoient en fi.
grande quantité , que ne
pouvanty demeurer tous, il.
DU MERCURE 407
a fallu en remplir un grand
nombre de Caroffes , de
Chariots , & de Charettes
pour les conduire à Bruxelles
; ce qui a eſté trop public
pour pouvoir eſtre nié .
Il eft vray qu'il a paru que
l'on a conduit à Breda des
Officiers François qui ont
efté faits prifonniers ; mais.
on a marqué en même
temps qu'ils avoient eſté
tirez des deux mille prifon
niers qu'on avoit conduits .
à Bruxelles , & dont le nom
408 SUPPLEMENT
bre eft prefentement diminué.
Quant à ce qui regarde
les morts & les bleffez qui
n'ont point eſté entre les
mains des Alliez , & dont
ils donnent un compte, ileft
tout-à-fait hors de la vraifemblance
qu'ils puiſſent
l'avoir fçû , & l'on peut dire
même que c'eſt unechofe
abfolument impoffible ,
& je fuis psrfuadé qu'il eft.
difficile que l'on en fçache
encore fi-toft: en France le
veritable
DU MERCURE . 409
veritable nombre. Cependant
Mrs les Ecrivains de
3 Holande prétendent l'avoir
fçû dés le lendemain de la
Bataille , & avant que l'on
ait fait en France des Etats
& des Revues pour en être
bien éclaircy, & il faut même
beaucoupde temps pour
le fçavoir fûrement , parce
que l'on voit fouvent revenir
long-temps aprés un
combat , des gens que l'on
avoit crû morts. Cependant
le combat n'eftoit
Juillet 1708. Mm
410 SUPPLEMENT
les
qu'à peine ceflé , que
Ecrivains de Hollande ont
mis la main à la plume pour
rendre compte au public
du nombre de nos morts
& de nos bleffez , &. s'ils
ne fe font point trompez
dans ce qu'ils ont écrit làdeffus
, il faut qu'ils l'ayent
appris par quelque efprit
familier .
Je dois leur demander en
dernier lieu , pourquoy
,
s'ils ont gagné une Bataille
auffi complette qu'ils l'affu
DU MERCURE. 41T
rent , ils n'ont pas profité
de leur victoire comme il
arrive ordinairement lorfque
le gain d'une Bataille
eft complet , & pourquoy
ils n'ont pas tout d'une halejne
repris les Villes de
Gand & de Bruges , &
qu'au lieu de cela ,
fouffert que nous ayons
pris quelques Poftes aux
environs , && que
ils
ont
dans tout
le Pays nous ayons agi en
vainqueurs , comme nous
faifons encore aujourd'huy.
Mm ij
412 SUPPLEMENT
Je foûtiens que prefque
toutes les fuites de la Bataille
nous ont efté beaucoup
plus avantageuſes qu'-
aux Alliez , & l'on en pourra
juger lorſque j'auray fait
le dénombrement des actions
qui fe font paffées depuis
le combat , & des avantages
qui ont eſté remportez
par chacun des deux
partis. On pourra alors
les mettre dans la balance ,
& porter un jugement fûr ;
mais avant que d'entrer
DU
MERCURE 413
dans ce détail , je dois vous
envoyer un Etat des Troupes
d'Allemagne qui ont
paffé en Flandre fous le
commandement de Mr le
Maréchal Duc de Barwick .
Mr le Maréchal de Barwick.
LIEUTENANS GENERAUX .
Meffieurs ,
De Saint - Fremont .
Le Marquis d'Hautefort .
Le Marquis de la Châtre ,
De Lée.
Mm iij
414 SUPPLEMENT
Milord
Galmoy.
MARE CHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
Le
Chevalier de Croiffy .
Le
Chevalier de Broglio .
Le Comte de Chamillart.
Le Prince Charles.
D'Avelda.
De Fraula .
Le Prince de Naffau.
CAVALERIE .
Regimens. Efcadr
3 Me de Camp generale ,
Commiffaire generale , 3
Du Roy,
3
DU MERCURE. 415
La Reine ,
Chartres ,
Prince Lambefe ,
Heudicourt ,
Vaudré ,
Saint-Poanges ,
Lenoncourt ,
Cappy ,
Billy ,
Melun ,
Noailles ,
Choifeul ,
Beaujeu ,
D'Autane ,
L'Ile-du-Viguier ,
2
2
M3M2 N N N N N N N N N N N
2
2
2
2
2
2
2
*Mm iiij
416 SUPPLEMENT
Brabant ,
Flandre ;
Coralles ,
DRAGONS .
Colonelle generale ,
Liftenois ,
Belle- Ifle ,
Verac ,
Rannes ,
2
2
2
3
3
3
3
3
mmmm2
Pignatelly ,
65
INFANTERIE .
Regimens.
Bataill.
Champagne ,
Coëtquin ,
32
1
DU MERCURE . 417
Touraine ,
2
Beaufermé ,
Bourbon ,
Santerre ,
Xaintonge ,
Foix ,
Baffigny ,
2
2 2 2
2
2
I
Lée , I
Doringthon ,
I
| Galmoy ,
I
La Chaux , I
La Fond , I
| Chafteau-neuf, I
Anguien ,
I
Noailles , 1
418 SUPPLEMENT
Senneterre ,
Bergues ,
Fufelliers d'Espagne ,
Rupelmonde ,
Schawembourg ,
Pratoameno ,
Billant ,
Damal ,
I
I
I
I
1
I
I
I
34
Vous avez dû
remarquer
que pendant que ce renfort
marchoit en Flandre , celui
qui eftoit commandé
par
Mr le Prince Eugene , &
DU
MERCURE 419
que l'on tient un peu plus
fort, marchoit d'un autre
côté pour ſe rendre auffi en
Flandre ; & comme il y
eftoit arrivé avant la Bataille,
& que celui qui eft
fous les ordres de Mr le
Maréchal de Barwick n'y
arriva que quelques jours
enfuite, les Alliez eftoient
beaucoup plus forts que
nous immediatement aprés
la Bataille ; de maniere que
s'il euſt eſté vray qu'ils l'euffent
gagnée auffi pleine &
1
420 SUPPLEMENT
entiere qu'ils l'affurent , ils
auroient dû cueillir les lauriers
que l'on remporte toû
jours aprés une grande victoire
, non feulement parce
qu'ils eftoient plus forts que
nous à cauſe du renfort qui
leur eftoit venu avant que
Mr le Maréchal de Barwick
euft receu les Troupes qui
le fuivoient ; de maniere
qu'ils eftoient beaucoup
plus forts , non ſeulement
par cette raison ; mais à
caufe des pertes exorbitanDU
MERCURE. 421
tes qu'ils foûtiennent que
nous avons faites dans le
Combat. Ainfi il leur doit
eftre honteux de n'avoir pas
repris Gand & Bruges, leurs
Troupes eſtant fi fupericures
aux nôtres.
Je viens à ce qui s'eſt paffé
de part & d'autre aprés
la journée d'Oudenarde.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne n'ayant pour
but aprés le Combat , que
de défendre fes Conqueftes,
fe pofta avantageufement ,
422 SUPPLEMENT
& femit en état de les difputer
aux Troupes qui au→→
roient voulu les attaquer.
Ce Prince faifoit voir en fe
mettant en cette poſture ,
qu'il agiffoit plutoft en
Vainqueur qu'en General
qui venoit d'eftre battu ,
ainfi que les Ennemis commencerent
fauffement à le
publier , auffitoft que le
Combat fut fini.
les
S'il euft efté vray que
Ennemis
euffent
remporté
tout l'avantage
de ce ComDUMERCURE
413
bat, ils auroient dûagir tout
autrement qu'ils n'ont fait
aprés cette fanglante Journée
, & faire voir dés le lendemain
en travaillant à reprendre
les Places qui venoient
de leur eſtre enlevées,
que tout l'avantage de
la Journée d'Oudenarde.
leur eftoit demeuré . Mais
bien loin d'agir en Vainqueurs
, toutes leurs manoeuvres
firent voir qu'ils
ag ffoient en vaincus , &
qu'ils n'ofoient même re-
L.
424 SUPPLEMENT
garder les Ennemis, contre
lefquels ils venoient de combattre
, & ils s'éloignerent
d'eux, comme.fi leur feule
préſence leur avoit fait peur.
Je n'avance rien qui ne foit
connu de tout le monde ,
& ce font des faits qui ne
peuvent eſtre niez . Ils firent
paroiftre en s'approchant
de nos frontieres , qu'ils
avoient deſſein d'obliger
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne d'abandonner
fon Camp, & de laiffer fes
DU
MERCURE .425
Conqueftes à découvert.
Cette maniere d'agir , dont
le fuccés eft fort douteux ,
marque moins de valeur
que de politique , & l'on
peut même dire qu'il y avoit
peu d'apparence que cette
politique euft le fuccés
qu'on en attendoit, & qui
felon toutes les
apparences
n'arrivera pas . Voyons en
attendant les fuites qu'elle
daura , les avantages qui ont
efté remportez par les deux
Partis ; mais remarquons
Juillet 1708.
Nn
426 SUPPLEMENT
avant que de paſſer outre,
l'attention de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
pour empêcher que les
manquaffent
Provifions
dans Gand, en cas que les
Ennemis tentaffent d'en
faire le Siege. On y en a
jetté deux fois , & Mr Defchiens
y fit entrer peu de
temps aprés le Combat
25000. feptiers de farin e,
& quelque temps aprés on
tira du Pays de Vaës & de
la Châtellenie d'Aloft 25 .
DU MERCURE. 427
à 30000. facs de grains
que l'on fit conduire dans
la même Ville .
Dés le lendemain du Combat,
Mr de Montbec Capitaine
dans les Troupes de
S. A. E. de Cologne
n'ayant que 50. Maîtres ,
trouva un affez gros détachement
des Ennemis, qu'il
chargea & qu'il défit entierement
.
Quelques jours aprés
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne fit attaquer le
Na ij
428 SUPPLEMENT
Fort de Rodenhuis , fitué
à la tefte du Saz de Gand,
qui fut emporté l'épée à la
main.
Les Ennemis fçachant
que nous faifions venir un
Convoy de Nieuport à
Bruges par le Canal , le
Gouverneur d'Oftende détacha
400. hommes de fa
Garnifon pour furprendre
ce Convoy ; ils furent envelopez
par des Troupes
qui venoient rejoindre l'Armée
, & faits priſonniers.
DU
MERCURE 419
de Guerre , ce qui fut caufe
que ce Gouverneur
voyant fa Garniſon trop affoiblie
par cette perte , fit
lâcher les Ecluses , & fit
rompre quelques Digues.
pour la fureté de la Place ;
mais cette inondation s'é-
.
tant trop étendue , cauſe
une perte tres confiderable
au Pays.
Les Alliez faifant conduire
à Bruxelles la plus grande
partie des prifonniers.
qu'ils avoient faits dans le
430 SUPPLEMENT
combat , Mr du Rozel attaqua
l'Eſcorte , l'a battit
fit des prifonniers , & délivra
800. de nos foldats :
les Officiers qui avoient
auffi eſté faits priſonniers ,
& qui eftoient avec cette
Troupe , refuferent de fuivre
Mr du Rozel , difant
qu'ils avoient donné leur
parole d'honneur de fe rendre
au lieu où on les menoit
, Mr du Rozel les laiffa
paſſer ; il renvoya fur leur
parole les Officiers enneDU
MERCURE. 431
mis qu'il avoit pris , & qui
commandoient l'Eſcorte ,
& les chargea de dire au
Prince Eugene & à Milord
Marlborough, qu'il préten
doit que par cet échange
les Officiers François étoient
dégagez , & qu'il en
laiffoit juges ces deux Generaux
.
Pendant que ces chofes
fe paffoient , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne qui
cftoit attentifà tout.ce qu'il
croyoit neceffaire pour le
432 SUPPLEMENT
ſervice du Roy, faifoit creufer
les Quais du Canal de
Bruges , aplanir le terrain
d'un côté , élever des Parapets
de l'autre , conftruire
de bonnes Redoutes , & ·
placer des batteries d'efpace"
en eſpace.
Les Ennemis ayant un
gros Corps de Troupes à
Armentieres
, en firent un
détachement de 1500. hommes
pour aller mettre l'Artois
fous contribution : il
entrafort avant dans le Pays
où
DU MER CURE. 433
où ayant refolu de porter.
la terreur , afin d'en tirer
plus facilement des Orages,
il mit le feu à quelques maifons
qui brûlerent d'autant
plus facilement que les toits
n'eftoient que de chaume :
ils enleverent enfuite des
Orages , parmi lesquels on
dit qu'il y avoit quelques
Religieux de l'Abbaye de
Saint Eloy ; mais à peine
avoient - ils commencé à
marcher pour retourner
d'où ils eftoient venus , que
Juillet 1708
Oo
434 SUPPLEMENT
les Payfans de tous les Villages
qui eftoient fur leur
route fonnerent le tocfin
qui avoit commencé à
fe faire entendre dans un
Village où s'eſtoit trouvé
un Religieux de l'Abbaye
de Saint Eloy , qui fçachant.
qu'on emmenoit quatre de
fes Confreres
,
commença
le premier à exciter les Payfans
à prendre les armes ,
& fonna le tocfin , dont
le bruit ayant efté entendu
des plus prochains Villages,
DU
MERCURE
435
paſſa enſuite aux autres , &
mit tout le Pays en alarme .
On doit
remarquer que les
gens de ce party n'emmenoient
pas feulement des
Otages ; mais auſſi tout le
butin qu'ils avoient fait
dans leur courfe , & que les
Curez ,
quelques Religieux
& plufieurs autres perſonnes
qui auroient pû eftre enlevez
pour fervir d'Otages,
a s'eftoient cachez dans les
bleds où ils eftoient demeurez
pendant la courſe , &
Ooij
436 SUPPLEMENT
ty
dont ils ne fe fauverent
qu'avec les Otages qui avoient
efté emmenez , &
qui avoient auffi pris le parde
fe cacher dans les bleds
pendant un rude combat
qui fe donna entre les gens
de ce party , & les Payfans
joints à quelques Partis envoyez
par Mr le Maréchal
de Barwick , qui en tuerent
trois ou quatre cens prés
de Richebourg à deux
lieues de Bethune , fans
compter les fuyards dont ils
DU MERCURE . 437
tuerent auffi un grand nombre
; de maniere que tous
les Orages furent repris ainfisque
tout le butin qui avoit
efté enlevé , parmi lequel
il y avoit quelques
chevaux.
Mais Milord Marlborough
ayant appris le defavantage
de ce Party , envoya
500. Houſſards
foûtenus
d'un gros d'Infanterie
pour le fortifier , & ces
Troupes eurent le même
fort des premieres .
Oo iij
438 SUPPLEMENT
Je dois ajoûter icy que
le premier Party fut d'au
tant plus facilement batru ,
qu'il donna dans une Embufcade
, & qu'avant d'avoir
le temps de ſe recon
noiſtre,il efluya 400. coups
de fufil.:
Dans le même temps le
Lieutenant
deRoy de Tournay
ayant eu avis qu'un
Convoy eftoit forty d'Oudenarde
pour l'Armée des
Alliez , fortit avec un détachement
de fa Garniſon,
F
DU MERCURE 439
attaqua ce Convoy , battit
l'Eſcorte
, & amena 100 .
prifonniers , 80. chevaux ,
& 50. chariots.
Pendant que ces chofes
fe paffoient de ce côté- cy ,
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne qui de ſon côté
étendoit toûjours les
Contributions , & faifoit
continuer les travaux du
retranchement commencé
le long du Canal de Bruges
, donna ſes ordres pour
Fattaque du Fort Rouge ,
Oo iiij
440 SUPPLEMENT
fitué fur le Canal qui va au
Saz de Gand ; ce Fort fut
emporté l'épée à la main ,
& 200. hommes qui y étoient
, furent tous tuez ou
pris.
Mr de Bruzac Aide -Major
des Gardes du Corps
ayant eu ordre d'aller avec
un détachement rompre les
Digues d'Aloſt , réüffit heureuſement
dans cette entreprife
; de maniere que la
Dendre eft prefentement
innavigable pour les Ennemis
.
DU MERCURE. 441
Enfin les Alliez voyant
que leurs pertes avoient eſté
continuelles depuis le combat
, nos partis les battant
prefque tous les jours , &
qu'ils avoient perdu beaucoup
de monde dans les
4
courfes qu'ils avoient faites
dans le Pays d'Artois , refolurent
d'y envoyer une
petite armée. Elle eftoit
compofée de feize Bataillons
, de trente Efcadrons ,
d'environ milleGrenadiers,
de trois cens Houffards ,
442 SUPPLEMENT
& de fix petites pieces de canon.
Ces Troupes eftoient
commandées par Mr le
Comte de Tilly , Mr de
Rantzau , & Milord Or-
Kenay, & le 26. à 3. heures
aprés midy , elles marcherent
du cofté de Lens.
Un Détachement de ces
Troupes fut envoyé à Doullens
, dans la pensée qu'il
pourroit furprendre cette
Ville , en donnant lieu de
croire que ce Détachement
eftoit de Troupes FrançoiDU
MERCURE . 443
fes qui venoient ſe jetter
dans la Place pour la deffendre
en cas de befoin ; mais
Mr de Barwick ayant envoyé
des Dragons , ils empêcherent
qu'on ne donnaft
dans le piege que les ennemis
avoient tendu pour
furprendre la Place , & ils
furent repouffez à grands
coups de moufquet .
Je paffe à un Article tresconfiderable
qui eft celuy
des Contributions . Pendant
que les ennemis fe
444 SUPPLEMENTO
donnoient de grands moul
vemens pour faire contribuer
le Pays d'Artois , ce
qui à bien examiner toutes
les actions qui fe font paf
fées pour cet effet , & tous
les coups qui fe font don
nez ,leurcoûte au moinshuit
à neuf cens hommes, Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
a fait contribuer ,
fans qu'il en ait coûté prefque
perfonne , les Mairies
de Bofleduc & de Breda ,
le Betau , & la Zelande.
DU MERCURE 445
L'expedition de l'Ile de
Cadfandt , qui s'eft faite à
l'occafion des Contribu
tions , eft tres- confiderable ,
& je ne doute point que le
détail de cette affaire ne
vous faffe beaucoup de plaifir
. Je crois vous devoir
faire une Deſcription de
cette Ifle , avant que d'entrer
dans ce détail.
L'Ifle de Cadfandt eft en
Hollande fur la Cofte de
Flandre vis- à-vis de la Zelande
& de la Ville de
446 SUPPLEMENT
Fleffingue à une lieuë de
l'ancienne
Sluis, & à quatre
de la Ville de Bruges au
Levant . Elle a 5. lieues de
longueur fur 4. de largeur .
Les Hollandois fe faifirent
au commencement
du dernier
fiécle de la Fortereffe
de Cadfandt. Cette Iſle eft
remplie de Maiſons de
Plaifance qui appartiennent
aux plus riches Habitans
d'Hollande, ce qui en rend
la vûë tres belle . Au bout
de l'Ifle & au delà de l'EDU
MERCURE. 447
clufe, on a pour point de
vûë Hiffandick , qui n'en
eft feparée que par un petit
bras de Mer. C'eſt une
tres belle & tres forte Place,
prés de laquelle on apperçoit
l'Ifle de Tourneuſe ,
qui n'eft pas fi confiderable
que celle de Cadfandt ;
mais dont la
temperature
n'eft pas moins bonne , ni
le climat moins doux . Jean
fans Terre , Roy d'Angleterre,
ayant eſté inveſti du
Royaume d'Irlande dans.
448 SUPPLEMENT
l'Affemblée des Seigneurs
Anglois que le Roy Henry
fon pere fit à Oxford , ce
Prince , dans un voyage
qu'il fit dans les Pays-bas ,
trouva la fituation de l'Ifle
de Cadftandt fi agreable ,
qu'il y voulut paffer quelques
femaines pour y goûter
un air plus pur.
Rien ne peut mieux fuivre
la Defcription de cette
Ifle , que ce que les ennemis
ont écrit eux - mêmes
touchant ce qui s'y eft paffé
1
DU MERCURE 449
forfque les François y font
entrez.
Le 28. les François forcerent
les Lignes que le General
Fagel avoit fait élever
depuis l'Eclufe jufqu'à
Iffendick , & de là jusqu'à
Philippine , & Biervliet ,
dont ils ont fait fauter le
Magafin. Ce General qui
eftoit derriere avec deux à
י
Itrois mille hommes
pour
le
deffendre , fut obligé de céder
à la force , & nefe fauva
qu'à peine dans une chajuillet
1708. Pp
450 SUPPLEMENT
loupe à l'Eclufe. On dit que
quelques - unes de fes Troupes
s'y font auffi fauvées ;
mais plufieurs avis affurent
que la plus grande partie à
efté faite prifonniere deguer
re, & l'on ajoûte que te
Lord Murray ne pouvant
plus tenir dansfon Pofte de
Philippine ny le deffendre ,
s'eft auffi retiréfort à propos
à l'Eclufe avec deux
Regimens d'Infanterie Angloife
& un de Dragons
qu'il commandoit. Enfin on
<
DU MERCURE. 451
écrit que la confternation eft
fi grande en ces quartiers-là
que la plupart des riches
Habitans du Pays de Cadfandtfe
retirent à Fleffingue
, & ceux du Pays de
Waes à Hulft qu'on a mis
fous les eaux. On ne paroift
gueres moins confterne en
.
Zelande , fur tout à Middelbourg,
où l'on apprehende
fort que les ennemis n'ayent
deffein depenetrer.
Le 29. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne apprit
Pp ij
450 SUPPLEMENT
Lord Murray
loupe à l'Eclufe. On dit que
quelques - unes de fes Tronpes
s'y font auffi fauvées
maisplufieurs avis affurent
que la plus grande partie d
eftéfaiteprifonniere degue
re , & l'on ajoute qu
plus te
Ph
fiers
Come
C
Vette
the
wac
oinze
PLEN
DU MERCURE
cafe écrit
que
la confternation
fi
grande
en ces
quartiers
que
la plupart
des
dix
Habitans
du
Pays
dels
les
t
fandt fe retirent defterent
gue , & ceux dirent leur
Waes à Hulf
execution
fous les e
arrefté touguer
Zel
ribution que
ayer. Il n'y a
edition
que
cuez & trois
pillage qui
rd a efté fi
que tous les
452 SUPPLEMENTI
par un Courrier qui luy
avoit efté dépêché par Mr
du Rozel , qu'il eſtoit entré
dans l'Ifle dont vous venez
de voir la Deſcription . Son
Détachement eftoit de fixt
mille hommes
, compofé
d'un Corps de Cavalerie de
la Maiſon du Roy , de Grenadiers
& de Dragons, f
Il commença pour ve
nir à bout du deffein qu'il
avoit d'engager le peuple
de cette Ifle à contribuer ,
par brûler quinze Cenfest
DU MERCURE 453
Les Habitans entrérent
auffi -toft aprés en compofition
, & ils donnérent dix
ôtages , outre leſquels les
5 principaux qui refterent
dans l'Ifle donnerent leur
fignature pour l'execution
de ce qui feroit arreſté touchant
la contribution que
l'Ile devroit payer. Il n'y a
eu à cette expedition que
deux Soldats tuez & trois
de noyez . Le pillage qui
s'eft fait d'abord a efté fi
confiderable que tous les
454 SUPPLEMENT
Soldats fe font enrichis. On
amena de cette Iſle deux
mille chevaux , & trois mil
le vaches. Les chevaux ferviront
au remplacement de
ceux qu'on a perdus dans le
combat. Ainfi rien ne peut
eftre d'une plus grande utilité
que cette capture quidoit
beaucoup chagriner
les ennemis. Les ôtages ont
efté menez à Gand , où l'on
a cominencé à travailler
aux Articles dont il eſt à
propos de convenir pour
DU MERCURE . 455
le
payement de la contribution
, & l'on affure que
ce Pays fera traité à cet
égard , de la même maniere
que le Pays d'Artois fera
traité par les Alliez . Ceux
qui font revenus de cette
Me , rapportent qu'il y à
vingt- fept Villages , & que
les maifons en font tresbelles
& tres- bien bafties.
Il y a plus de foixante ans
que les peuples qui l'habitent
n'ont payé de contributions
, quelques tentati
456 SUPPLEMENT
tives que l'on ait faites pour
les y
engager
.
Je dois ajoûter à toutes
ces chofes que Mr du Rozel
, avant que d'en partir
fit combler les retranchemens
, abattre les redoutes,
& encloüer tout le canon .
Tant de partis ennemis
battus depuis le combat
tant de contributions établies
en divers endroits , la
Ville de Gand remplie de
toutes fortes de munitions ;
celle de Lille pourvuë de
toutes
DU MERCURE 457
toutes chofes , & dans laquelle
on a jetté 800. milliers
de poudre , font autant
d'effets des foins de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, & toutes ces chofes
faites en 17. jours ; fçavoir,
depuis le jour du combat
jufqu'au 29. de Juillet , font
connoiftre que fi ce Prince
avoit perdu une Bataille
complette , il n'auroit
efté en eftat d'agir par tout
en vainqueur , comme il a
Juillet 1708. Qq
pas
458 SUPPLEMENT
toûjours fait depuis le jour
de la Bataille.
Voyons prefentement
quels ont efté les projets
des ennemis , pendant le
même eſpace de temps . Il
eft für que s'ils n'ont pas
fait de grandes expeditions ,
leurs Nouvelles imprimées
ont du moins fait grand
bruit.
Depuis le Combat , Milord
Marlboroug & le Prin
ce Eugene ont fait rafer
DU MERCURE 459
les lignes de Comines
& ſe ſont emparez du Fort,
dans lequel il y avoit 100.
hommes qui ne fe font rendus
qu'aprés avoir fait une
tres forte reſiſtance ; de maque
niere que l'on peut dire
la prife de ce Fort a prefque
autant
coûté d'hommes
aux Ennemis
, qu'ils ont
fait de Prifonniers
.
Ils ont enfuite attaqué
Varneton, dans lequel il y
avoit 500. hommes qui
ont obtenu une Capitula
Qq ij
460 SUPPLEMENT
tion honorable. Le Gouverneur
Irlandois qui les
commandoit eſt un homme
de tefte & de vigueur,& qui
avoit refolu de perir plutoft
que de fe rendre fans
avoir obtenu une Capitulation
qui luy fift honneur.
¿ On doit remarquer qu'il eft
honteux aux Alliez de n'avoir
pas fait cette Garniſon
Prifonniere de Guerre , &
comme ils l'ont manquée ,
on peut dire que les expedi
tions qu'ils ont faites deDUMERCURE
461
puis le Combat , ont eſté
peu confiderables
.
Je veux mettre au nombre
des avantages qu'ils ont
remportez depuis le Combat,
les courfes qu'ils ont
faites dans l'Artois , afin
d'engager ce Pays à contribuer
, & quoique pour y
parvenir ils ayent perdu
beaucoup de monde , comme
il a efté marqué ci- deffus
, & qu'on leur ait fait
quantité de Prifonniers , je
yeux neanmoins mettre ces
Qq iij ?
462 SUPPLEMENT
courfes au nombre de leurs
Exploits faits depuis le
Combat, ne trouvant pref
que rien de leur part pour
eftre mis dans la balance
avec dix ou douze faits
éclatans que je vous viens
de rapporter, & qui ont fait
connoistre que les vaincus
fuppofez , ont toûjours eu
par tout depuis le Combat,
la fuperiorité des Vainqueurs
, & que preſque
tout ce qui s'eft paſſé à
tourné à leur avantage.
A
ME
KE. 463
Les Ennemis outrez de
chagrin dufang & des hommes
que leurs courſes leur
coûtoient , refolurent d'envoyer
au lieu de partis ,
une petite Armée en courfe.
Je vous ay fait voir ce
que ce grand Corps qui a
marché avec du Canon
avoit produit, que les Villes
de Lens & de Doullens
en avoient efté fort allarmées
; mais que l'on pour
voit dire que ces Villes
avoient eu plus de peur que
Q iiij
464 SUPPLEMENT
de mal. Je ne doute point
que tous le Pays où ces
Troupes ont efté ne contribuë
; mais qu'eſt - ce que
ces contributions , fi on les
compare à toutes celles
dont je vous ay fait un dénombrement,
que les Hollandois
payent , & qui
doivent fans doute eftre
prefentement fort augmentées
du côté de la Zelande?
Je dois ajoûter ici une
choſe touchant ces contributions
qui feront payées
DU MERCURE. 46
par les Pays qui font fous la
domination
du Roy. C'eft
que le produit de ces contributions
fera ſeparé en
trois fommes, dont il en reviendra
une au Prince Eugène,
la feconde au Duc
de Marlborough , & la troifiéme
aux Hollandois ; de
maniere qu'ils n'auront que
ce tiers pour les indemnifer
des contributions immenfes
que paye la Hollande &
tous les Pays des environs
qui appartiennent aux Hol
466
landois , de ſorte que fi
l'on paye encore long temps
des
contributions de part
& d'autre , les Peuples
d'Hollande acheveront
bientoft d'eftre abîmez à
l'égard de ce qui regarde
l'argent , car ils ne s'en
cachent point depuis trois
ans, & tout ce qui fe fait
& qui fe dit là deffus en
Hollande eft à découvert
depuis le temps que je viens
de marquer, y eft d'une fi
grande rareté , que la plufMERCURE
467
part des Provinces ne veu
lent plus contribuer aux
befoins de l'Etat, & perfonne
n'ignore les difficultez
qui fe trouvent aux einprunts
que l'on veut faire
en Hollande, & les difficultez
exrrêmes qui fe font
trouvées depuis trois ans ,
toutes les fois que l'on a
voulu faire des fonds pour
la Campagne ; de forte qu'
elle eftoit fouvent preſte
de s'ouvrir , fans que ces
fonds fuffent faits. berg
68 SUPPLEMENT
C
290
Je reviens au détail que
yous venez de voir de ce
que les Troupes de France
ont fait depuis le combat ,
& de ce que les Alliez ont
executé de leur côté , & je
demande s'il n'eſt pas aifé
de voir de quel côté la balance
doit pancher , & fi les
Hollandois ne doivent pas
eftre au defeſpoir lorsqu'ils
ne tirent que la troifiéme
partie d'une Contribution
qui n'aproche pas de la dixiéme
partie de ce qu'ils
DU MERCURE . 464
font feuls obligez de payer?
& felon toutes les apparences
on doit croire qu'ils
payeront
encore
longtemps
ces Contributions
;
Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne eftant non feulement
bien affermy dans
fon Camp & dans tout le
Pays , & y demeurant avec
d'autant plus de plaifir , que
tous les coeurs des Peuples
font pour luy . Les Gantois
l'adorent , & luy offrent
leurs bourfes & tout ce qui
470 SUPPLEMENT
dépend d'eux ; ils viennent
fouvent le voir manger , &
?
ils le régalent quelques foisi
de la Mufique du Paysa
Monſeigneur leDuc de Ber
ry ayant bû un jour à leur
fanté , ils luy parurent ſi
remplis de joye que ce Prince
ordonna qu'on leur don
naft un muid de vin de la
bouche , c'est - à - dire du
meilleur qu'il y eut , & du
même dont ce Prince buvoit
, pour boire à ſa ſanté.
Monſeigneur le Duc de
DU MERCURE . 47
Bourgogne leur paroiſt
grand en tout ce qu'il fait ;
il fait des liberalitez continuelles
aux bleffez & aux
prifonniers , & beaucoup
d'autres fe reffentant auffi
de fes liberalitez
, on peut
dire que ce Prince donne
tout ce qu'il a ; auffi peuton
dire qu'il ne manque de
rien de tout ce qui peut regarder
le fervice du Roy ,
tant chacun cherche avec
empreffement à remplir fes
fouhaits.
472 SUPPLEMENT
Les Recrues, des Regimens
qui ont fouffert font
fort avancées par le foin des
Gantois , & l'on trouve
tous les chevaux dont on a
befoin .
Enfin
l'abondance eſt
dans le Camp de ce Prince,
pendant que la difette , ou
du moins une grande cherté
de toutes chofes , fe
trouve parmy les Troupes
des Alliez .
J'apprens en ce moment
que les Ennemis ont fait
DUMERCURE. 473
quelques tentatives du côté
d'Oftende pour nous of
ter la communication
par
le Canal de Nieuport à Bruges
, en enfonçant des bat
teaux , & en faifant des cou
pures pour inonder les terres
& le Canal ; mais Mr
le Comte de la Motte qui
eft furveillant
à tout , les a
fait retirer , & on luy a envoyé
une Brigade d'Infanterie
pour placer à Mari-
Kerque prés d'Oftende , afin
d'empêcher qu'il ne for
Fuillet 1708 Rr
474 SUPPLEMENT
te plus rien de cette Place.
J'apprens auſſi dans le
même temps que Mr du
Rozel , cut ordre le 30. du
mois paffé , de retourner
dans l'Ifle de Cadfandt ; on
en fçaura bien- toft la raifon.
On remarque tous les
jours que les foldats qui étoient
à l'expedition de cette
Ifle , font revenus encore
plus riches que l'on n'a
dit , & qu'ils avoient eu la
précaution d'enlever tout
ce qui s'eftoit pûr emporter
#
IDU MERCURE. 475
des lieux où ils avoient mis
le feu , avant que l'incendie
fuft commencé .
Je dois ajoûter icy avant
que de fermer ma Lettre
que je viens de voir une Lifte
imprimée en Hollande ,
des noms de tous les Officiers
que l'on pretend avoir
efté pris dans le combat ;
inais outre qu'il s'y en trouve
plus de deux cens moins
que dans celles qui font imprimées
dans les Nouvelles
publiques où l'on ne nom-
Rrij
476 SUPPLEMENT
ine que quelques Officiers
principaux que l'on traite
tous indiferemment
d'Officiers
Generaux ; outre ,
dif-je que l'Etat que je viens
de voir diminue beaucoup
le nombre
des prifonniers
,
dont tant d'Imprimez
ont
fait un fi grand bruit ; la
Lifte dont je vous parle , &
dans laquelle les Officiers
prifonniers font nommez
met pour faire honneur à
la Maifon du Roy , les Gardes
, les Grenadiers
, les
DU MERCURE 477
P
Mouſquetaires
, & les Gendarmes
, au nombre des Officiers
faits prifonniers : ainfi
l'honneur qu'on fait par
là à cette Maifon, doit vous
faire beaucoup de plaifir ,
puifqu'il fait connoiftre que
c'eft ce qui a donné lieu de
publier que les Ennemis.
avoient infiniment plus
d'Officiers qu'ils n'en ont
en effet.
Outre les feuilles volantes
de nouvelles qui ſe debitent
enHollande au nom478
SUPPLEMENT
bre de 48. par mois ; on y
voit auffi des livres entiers
qui ne contiennent que des
nouvelles , & c'eft d'un de
ces volumes que j'ay tiré
l'Extrait fuivant.
Les ennemis , à lafaveur
de la nuit fe retirent vers
Gand, à la referve de quel
ques-uns de leurs Efcadrons
, qui ayant effé coupez
du reste de l'Armée ,
s'enfuirent vers Tournay.
Mais le matin à la pointe
DU MERCURE . 479
du jour , on envoya
à leur
pourfuite Mr le Brigadier
du Portail qui revint fur
les dix heures avec quatre
Drapeaux
, trente-fix Officiers,
& deux ou trois cens
autres Prifonniers .
Cet Extrait fait voir que
pas bien d'accord l'on n'eft
en Hollande du nombre
des Prifonniers dont on y
fait fi grand bruit , & que
chacun y parle felon fa
paffion , & felon fa poli480
SUPPLEMENT
tique. Je fuis , Madame ,
vôtre , &c.
THEQUE
LYON
VALLE
* 1893
A VI S.
On donnera , par une espece
de liberalité , & pour cette fois
feulement , le Supplement du
Mercure pour 26. fols , en
veau ; 22. fols , en parchemin ;
21. fols , en brochure ; & 20 .
fols , en blanc.
DE
DU 807156
MERCURE
Du mois de Juiller
CONTENAN
Tout ce qui s'eft paffé en Flandre
depuis le vingtiéme de
Juin , jufqu'au commencement
du mois d'Aouſt.
3
De
LYON
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
M DCCVIII.
AVEC PRIVILECE DU ROY;
COLUL
gounes ? Jos On
2008
*
KELVCE
ANASANASA
D
PREFACE.
Epuis 33. ans ayant fait
des Volumes feparez de
toutes les Batailles qui fe font
données , j'ay crû devoir encore
au Public celuy du Combat
donné prés d'Oudenarde .
Je dis Combat & non Bataille
, parce qu'il y a beaucoup
de difference entre les Batailles
rangées qui fe donnent dans
des Plaines , & les Combats
comme font ceux de Steinkerque
, de Nervinde , & cea
ij
PREFACE.
luy donné prés
d'Oudenarde .
Quoyque
ces Combats ne
foient pas mis au rang des Batailles
, ils ne laiffent quelquefois
pas d'eftre plus confiderables
que de veritables Batailles ,
& le carnage sy eft fouvent
beaucoup plus grand . Ces fortes
de Combats font non - feulement
bien plus difficiles à décrire
que les autres , parce que
la verité ne s'en découvre pas
aifément , & qu'ils font fouvent
remplis d'efpeces de chocs
particuliers qui font répandre
beaucoup de fang, by a auffi
d'autres fortes de combats qui
PREFACE.
fe paffent entre un nombre
moins grand de Combattans ,
Se aufquels on donne le nom
de Journée , c'est pourquoy l'affaire
de Leuze fut nommée
Journée de Leuze,
19 Je reviens au Combat donné
prés d'Oudenarde . Les Hollandois
ont toûjours crû que
ceux qui rendent des premiers
des graces au ciel & qui font des
apremiers des feux de joye apres
une action éclatante , paffent
dans toute l'Europe pour Vainsqueurs
de maniere qu'ils fe
fonts empreffez de faire de
jees , Acces publics croyant
a 11j
PREFACE.
Co
qu'aprés cela on ne pourroit
plus leur difputer la Victoire ,
& qu'il feroit auffi difficile de
la leur difputer qu'il l'eſt fouvent
de chaffer d'un Pofte bien
fortifié ceux qui s'en font emparez
les premiers . Les voila
donc fondez en titre , & perfuadez
que parce qu'ils ont les
premiers chanté Victoire , toute
la terre les doit regarder en vainqueurs.
Ce titre imaginaire a
elté accompagné d'Imprimez
oùl'on n'a pas feulement ob.
fervé de garder la vrai - fem-
-blance & de conferver l'ombre
de la verité. C'est pourPREFACE.
quoy j'ay entrepris de la faire
connoiftre à toute la terre , en
me forvant beaucoup plus de
faits que de raifonnemens , &
en donnant des preuves au lieu
de paroles . J'ay commencé par
donner douze Relations du
combat , dans lesquelles la vetité
paroift toute nue. Je ne demande
pas que l'on y ajoûte entierement
foy, quoyque l'on en
daive croire les François , qui
n'outrent jamais les chofes que
lorfqu'elles font à leur defavantage
; mais je demande feule-
-ment, qu'on examine la vraifemblance
qui s'y trouve , &
PREFACE.
je fuis fûr qu'on demeurera
d'accord de ce qu'elles rappor
tent.my post plavab ancia
J'ay obfervé de ne mettre
dans ce Volume que des Relations
qui ne rapportaffent pas
les mêmes faits , excepté des
faits generaux dont chacune
doit parler , & qui s'y trou
vent pourtant differemment
dépeints.
1
SaurunisA
A l'égard des autres faits
particuliers , ils ne peuvent être
ſemblables , puiſque plufieurs
Officiers y racontent ce qui
s'eft paffe dans leurs Regimens,
& que ce qui s'eft fait dans les
2.
PREFACE.
dif
uns ne peur s'eſtre paffé dans
des autres , puifqu'il s'agit d'aétions
de valeur faites par
ferentes perfonnes.da yıl
• Il y a des remarques entre
toutes ces Relations , qui en
font voir la diverfité , la verité
de ce qu'elles avancent , &
la contrarieté qui fe trouve
entre ce que rapportent ces
Relations & les Imprimez de
Hollandes ob bugil A
Mais tout cela n'eft rien en
comparaifon des Lettres de
Bruxelles & de la Haye , écrites
les unes par des Officiers de l'ar
mée des Allicz, qui en verita
PREFACE.
-
bles gens d'honneur aiment
la verité ; & les autres , par de
finceres Hollandois qui font
profeffion de la dire ; & tout
ce qui fe trouve dans ces écrits
eft fi pofitif, & fi vrai ſemblable
, qu'il eft impoflible d'y
faire aucune repliquent anot
Tout cela eft accompagné
de cent preuves inconteftables
que je donne touchant
tous les faits que j'avance , & que
je ne repeteray point icy , parce
qu'il faudroit faire entrer
ce Volume dans la Preface ; il
fuffit de dire que tout ce qui
fe trouve dans ces preuves ,
BREFACE.
hele
eft fi fort , que perfonne ne le
peut imaginer Ainfi il faut
avoir recours à la lecture pour
enoftre perfuadeb nomlang
L'Amour que jay pour la
· Verité pour ma Patrie , &
y pour tous les Braves qui répandent
leur fang pour la gloire ,
d'un des plus grands , & des
plus fages Monarques , qui
ayent jamais porté la Couronne,
& pour la gloire de l'Etat ,
m'ont engagé , tout accablé de
mal que fuis , à travailler jour
& nuit pour faire ce Volume ,
quia efté compofé & imprimé
en douze jours , afin qu'il puft
T
TVPREFACE. 2
fervir de contre poifon aux
Relations envcnimées que l'on
a répandues par toute la terre
afin de tromper tous les Peuples
du monde.
La précipitation avec la
quelle cet ouvrage a efté com
pofé & imprimé , doit faire
pardonner les fautes de Dic.
tion & d' Impreffion que l'on y
trouvera fans doute en grand
nombre.
3 54 .
SUPPLEMENT
SUPPLEM
DU
BIBLIO
LYON
DE
MERCURE
Du mois de Juillet.
CONTENANT
Tout ce qui s'eft paffé en Flandre
depuis le vingtiéme de Juin ,
jufqu'au commencement
mois d'Aouft.
L
du
ES glorieufes & fatiguantes
marches de
Monfeigneur le Duc
Juillet 17.08.
Ad
2 SUPPLEMENT
Bourgogne , pendant lef
quelles ce Prince a paſſé
beaucoup de nuits fans ſe
coucher, afin de favorifer
les projets qu'il avoit formez
de faire rentrer les
Villes de Gand & de Bruges
fous l'obéiffance de S. M.C.
& d'empêcher que les Enenmis
ne les découvriffent .
L'entrée des Troupes duroy
dans ces deux Places & dans
Plaffendal ; les actions qui
ſe ſont paſſées enfuite , les
Fables qu'elles ont donné
DU MERCURE. 3
lieu auxEnnemis de publier;
les preuves des veritéz qui
les détruifent , & tout ce
qui s'eft paffé en Flandre ,
depuis ce que je vous en ay
dit avant la fin de ma Lettre
du mois de Juin , juſqu'-
au premier jour du mois
d'Aouft , me fourniffant
affez de matiere pour une
Lettre entiere, & par cette
raiſon ne trouvant point
de place pour la faire entrer
dans ma Lettre du
mois de Juillet , déja pref-
A ij
4 SUPPLEMENT
que toute remplie d'Articles
de Guerre, & fur tout
d'un Journal tres exact de
ce qui s'eft paffé chaque
jour & chaque nuit ſéparément
au Siege de Tortofe .
Toutes ces chofes , dis- je ,
ne me laiffant point de
place pour les affaires de
Flandre
, je vous en envoye
une Lettre entiere, qui fert
de Supplement à ma Lettre
du mois de Juillet .
Le 20. Monſeigneur
le
Duc de Bourgogne agiflant
DU MERCURE.
toûjours d'une maniere ou
d'une autre, & vifitant fouvent
les Troupes , monta à
cheval , & alla jufqu'au
centre de l'Armée .
Il fe fit le 21. nonobftant
la pluye qui fut continuelle
& froide, un fourrage pour
la droite de l'Armée ; mais
quoique la pluye n'euſt
point ceffé le lendema`n 22 .
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne monta à cheval
aprés fon dîné , & alla
voir la referve de la gauche.
A iij
6 SUPPLEMENT
Ce Prince monta à cheval
le 24. au matin , quoi
qu'il plût beaucoup , pour
aller au fourrage qu'il avoit
ordonné pour la gauche.
Il alla encore au fourrage
le 26. & il partit ce jour-là
à fix heures du matin ; ce
Prince voulant tout voir
par luy-même, ne ſe donnoit
pas toutes ces peines
fans fujet , & toutes les
chofes dont il eftoit témoin
fe faifoient toûjours mieux,
& avec plus d'exactitude &
de vivacité.
DU MERCURE. 7
Le 28.
Monfeigneur le
Duc de Bourgogne monta
à cheval , & en revenant
du centre il paſſa à la
gauche .
Ce Prince alla encore le
29. au fourrage , & il partit
à 8. heures du matin . Les
Ennemis qui avoient eſté
depuis long- temps dans
l'inaction , crurent qu'il leur
feroit plus facile d'enlever
ce jour-là quelques Chevaux
des Fourrageurs , &
pour cet effet ils envoyerent
A iij
8
SUPPLEMENT
plufieurs gros Partis. Un de
ces Partis prit d'abord
quelques Chevaux des
Carabiniers , qui s'en eſtant
apperceus coururent auffitoft
deffus , & ils firent une
décharge qui tua 8. ou 10 .
hommes de ce Parti , ils en
prirent 20. ou 30 avec leurs
Chevaux , & 20. ou 25. de
ceux des Ennemis . Un Capitaine
de
Carabiniers
fut
bleflé dans
cette
affaire .
Un autre Parti ſe mit aufſi
en
devoir de
prendre des
DU MERCURE .
ferent
Chevaux des Dragons ;
mais ceux- ci ne les repoufpas
moins vivernent
qu'avoient fait les Carabiniers,
puiſqu'aprés en avoir
tué plufieurs ils prirent 5.
Officiers , parmi lesquels
eftoient trois Capitaines &
15. ou 16. Soldats . On ne
perdit qu'un Dragon en
cette occafion . Il arriva
beaucoup de déferteurs ce
jour-là . Je ne dis rien des
Chevaux que nos Partis
leur prenoient prefque tous
les jours.
To SUPPLEMENT
Le 1. Juillet Monſeigneur
le Duc de Bourgogne fit
fes devotions , & le 2. ce
Prince alla au fourage qu'il
avoit ordonné pour la
droite. Il renvoya ce jourlà
les gros équipages coucher
à Genape avec ordre
d'aller enfuite à Charleroi.
Ce Prince avoit en vue de
donner le change aux Ennemis
, comme il avoit fait
fouvent , & de leur faire
croire qu'il décamperoit ;
mais il les trompa , & il ſe
DUMER CURE. II
contenta d'envoyer trois
pieces de Canon du côté
de Hall , pour foûtenir les
Fourageurs
.
Le 3. un des partis de
l'Armée , prit du côté de
Bruxelles , 3. Capitaines &
22. Cavaliers montez .
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne avoit fait donner
le 4. un ordre pour
faire un fourage pour la
gauche ; mais il envoya un
contre- ordre à la pointe du
jour , & le foir fur les 6.
12 SUPPLEMENT
heures , il y eut un ordre de
marcher. Voicy de quelle
maniere les Ennemis ont
parlé de ce decampement.
Les Ennemis aprés avoir
fait diverfes fois mine de
decamper de Braine- Laleu,
firent marcher le 4. ungros
détachement vers Tubife &
Lembeck , quiy paffa la
Riviere fur des Ponts confruits
quelques jours auparavant,
& vers le foir le
refte de l'Armée prit la même
route , le bruit etant que
DU MERCURE 13
c'est pour aller occuper
camp de Leffines.
le
Rien ne fait mieux l'éloge
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & ne fait
mieux connoître qu'il agiffoit
en Capitaine confommé
, ce qui fe voit encore
mieux dans une Lettre du
Camp d'Anderlech que je
vous envoye . On doit croire
ce qui vient des Ennemis.
mêmes lorſqu'il eſt à leur
defavantage.
14 SUPPLEMENT
EXTAIT D'UNE
Lettre écrite du Camp
d'Anderlech le 5. Juillet
entre II. heures & minuit.
Enfin les Ennemis aprés
avoir fait plufieurs feintes
& mouvemens , ont quitté
tout de bon leur Camp de
Braine- Laleu. Leurs Bagages
commencerent
le 2. à
défiler par la Chauffée vers
Genape , & le 3. aufoir tous
DU MERCURE.
leurs Bagages fortirent du
Camp & prirent la même
route , paffant par N. D.
de Foy, fur Promelle , &
plufieurs pieces de Canon
ont efté envoyées avec les
mêmes bagages. Le 4. au
matin , ils envoyerent plufieurs
petits détachemenspar
Lembeck qui fe raffemblerent
au petit Enghien , fous
les ordres du LieutenantGeneral
Grimaldy.Cedétachement
de 4. à 5.mille hommes
paffa par Leffines , &
16 SUPPLEMENT
il a efté aujourd'huyjufqu'à
Aloft , ayant rompu tous les
Ponts qu'il y avoitfur la
Dendre.
Comme on fout hier que
les
Ennemis étoient prefts à
marcher , on ordonna à nos
Chevauxd' Artillerie de revenir;
vers les deux heures
aprés minuit , toute l' Armée
eut ordre de fe tenir preste à
marcher , parce qu'à cette
heure-là on eut avis que les
Ennemis s'étoient mis en
marche hier à 9. heures du
DU MERCURE .
17
foir , leurgauche prenant par
Lembeck, Cette nouvellefut
confirmée une demi - heure
aprés, & auffi-tôt notre Armée
fe mit en marchefur 4 .
Colonnes; ellepaffa le Canal
& vint camper icy lagauche
contre la Chauffée la droite
jufqu'au - delà de Saint
Quintin de Lefnig.
On apprit
pendant notre marche
que les Ennemis ayantpaffé
la Senne entre Tubife Lembeck
& Hall marchoient
vers Enghien. Ils ont encore
Juillet 1708.
B
18 SUPPLEMENT
marché cet aprés midi. On
ne peut encore penetrer leur
deffein, ni dire fi c'est pour
aller vers Ath ou feulement
pour avoir occafion de couvrir
la Flandre & defe retirer
dans leurPays quand la
neceffité le demandera. On
n'a appris qu'aujourd'huy
qu'ils avoient rompu les
Ponts de la Dendre , &
Milord Duc a auſſi-tôt détaché
de l'aile droite 4. Regimens
de Cavalerie & de
Dragons fous le General
DU MERCURE. 19
4
MajorBotmar , & le Br..
gardier Chanclos pour aller
du côté de Dendermonde
obferver les Ennemis qui
ont encore laiffé du monde
à Aloft. On vient d'être
informé que leur Armée s'eft
avancée jusqu'à Ninove ,
& cela donne lieu de croire
qu'ils ont deffein de s'emparer
de Gand
Cette Lettre eft une
copie d'une Lettre de Mr
d'Auverkerque envoyée à
la Haye. Rien n'eſt plus
Bij
20 SUPPLEMENT
avantageux à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, que
tout ce qu'elle contient, &
les Lettres de fon Armée
ne pourroient rien dire qui
fuft plus glorieux à ce
Prince. Je ne croyois pas en
commençant ma Lettre ,
que Mr d'Auverкerque eût
dû mettre dans fon jour
toute la manoeure glorieufe
faite par Monſeigneur le
Duc de Bourgogne
, &
que j'euffe dû me fervir de
cette Lettre pour vous l'apDU
MERCURE Zł
prendre. On y doit ajoûter
que Monfeigneur le Duc de
Bourgogne avoit fait faire
pour embaraffer les Ennemis
des routes de tous côtez,
des Ponts fur toutes les
Rivieres, & que ce Prince
avoit ordonné qu'on établift
des Fours à Mons , a
Charleroy & à Namur ; &
que Mr de Chemeraut étoit
parti la veille du decampement
avec un gros corps
de Troupes pour ſe rendre
à Gand par le plus court
chemin.
22
SUPPLEMENT
Le 5. l'Armée continua
fa Marche & elle arriva le
6. au Camp de Ledde.
Le même jour 5. l'Armée
des Ennemis commença
à décamper à 4. heures.
du matin; Milord Marlboroug
eftoit à midi au Pont
de Laken . Son Armée traverfa
le Canal vers la Flandre
en 4. colomnes ; une
partie paffa par la Ville de
Bruxelles .
A peine l'Armée Ennemie
cut- elle decampé
, que
DU MERCURE. 23
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne en ayant efté
averti , ce Prince l'envoya
reconnoiftre , & il monta
luy-même fur la hauteur de
Tomberg, d'où il remarqua
que le rapport qu'on luy
avoit fait eftoit veritable.
Il fit mettre auffitoft la Cavalerie
en bataille en attendant
l'Infanterie , qui ſur
cet ordre fit une diligence
extraordinaire , & arriva
plûtoft qu'on eſperoit.Mais
ce Prince voyant que les
24 SUPPLEMENT
Ennemis
n'avançoient pas,
il continua fa Marche vers
Ninove.
Le 6.l'Armée marcha encore
, & les Colomnes fe
trouverent de fort bonne
heure au bord de la Dendre
pour la paſſer & Monſeigneurle
Duc de Bourgogne
ayant cu avis , que l'Armée
des Ennemis avoit paſſé le
Canal de Vilvorde , & pris
lechemin
d'Afche, il apprehenda
, qu'elle ne gagnât le
Camp d'Aloft avant luy :
c'eft
DU MERCURE.
25
c'eſt pourquoy il marcha
toute fa Cavalerie avec
droit à Aloft , où il paffa la
Dendre. L'Infanterie la
pafla à Ninoye , & l'Artillerie
&les menus bagages auprés
de l'Abbaye de Beaupré.
La referve de Mr de
Biron , & celle que commandoit
Mr le Comte de
Saint Maurice , qui devoient
couvrir les bagages
& l'artillerie , fe trouverent
à caufe de la promptitude
avec laquelle ils avoient
C
Fuillet 1708.
26 SUPPLEMENT
marché de l'autre côté de
la Riviere , fans rien ſçavoir
l'une de l'autre ; ce qui fut
fur le point de caufer quelque
defordre. Cependant
Milord Marlborough étoit
venu reconnoître avec deux
ou trois mille chevaux , &
deux mille Grenadiers , &
ayant donné dans la Colonne
des menus bagages ,
il en prit quelques- uns , ce
qui caufa d'abord quelque
confufion parmi la referve
de Mr de Biron croyant
DU MERCURE.
27
que
c'étoit toute l'Armée
Ennemie : mais on fe remit
bientôt , & Mr le Comte de
S. Maurice , s'étant avancé
avec toutes les Troupes de
S. A. E. de Cologne , qui
font fous fon commandement
, pour couvrir l'artillerie
, qui paffoit la Riviere ,
partagea fes Elcadrons en
deux , & les mit feulement
à deux de hauteur , pour tenir
un plus grand front , &
faire croire aux Ennemis ,
qu'il étoit plus fort , qu'il ne
Cij
28 SUPPLEMENT
l'étoit en effet . On luy vint
dire alors de fe retirer
promptement ; que toute
l'Armée Ennemie avançoit
, & qu'il alloit être
envelopé : mais il demeura
ferme , & répondit feulement
, qu'il fçavoit bien ce
qu'il avoit à faire , & qu'on
pouvoit en avertir Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, dont il executeroit
ponctuellement les ordres.
En effet , le bruit courut par
tour , & jufqu'à Mr le Duc
DU MERCURE . 19
de Vendôme , que toute
l'artillerie étoit prife , & que
les Troupes de l'Electeur de
Cologne étoient entierement
défaites . Ce Prince
monta d'abord à cheval
& courut du côté de l'Abbaye
de Beaupré , pour connoître
la verité par luy- même
; mais il trouva en chemin
Mr de $ Hilaire , qui
marchait fort tranquilletête
de fon artille- ment
ala
rie : ce qui luy donna beaucoup
de joye. Il loua fort
Ciij
SUPPLEMENT 30
Mr le Comte de Saint
Maurice , qui s'eft conduit
dans cette occafion avec autant
de prudence , que d'intrepidité
, ayant eu la précaution
de faire faire par fes
Dragons des routes dans
toute fa marche , pour paffer
plus commodement l'artillerie
: ce qui en avança
l'arrivée de plus de dix heures.
Ce foir-là même il vint
coucher à Ninove , & il joignit
l'Armée le lendemain :
Elle avoit fa droite appuyée
DU MERCURE
31
à Aloft , & fa gauche du
côté de Schellebelle fur l'Efcaut
, où l'on fit conſtruire
trois Ponts. Le quartier
General étoit à Ledde , &
les Ennemis à Afche , leur
droite tirant du côté de
Dendermonde , & leur
gauche du côté de Bruxelles
.
gneur
L'attention de Monfeile
Duc de Bourgogne
eftoit fi grande pour
qu'il ne manquât rien aux
Troupes, que toutes les pré-
Ciiij
32 SUPPLEMENT
cautions neceffaires ayant
efté priſes pour cet effet , il
partit de Tournay la nuit
du 6. au 7. un grand convoy
de pain fur des Chariots
d'Artois , de la Chaftellenie
de Lille , du Cambrefis
, du Tournefis & de
Valenciennes . Il en partit
un autre de la même Ville
le 7. au matin fur des batteaux
, où l'on avoit auſſi
mis de l'artillerie.
Pendant que toutes ces
chofes fe paffoient, l'affaire
DU MERCURE
33
pour laquelle tout eftoit en
mouvement dans les deux
Armées, & même prefque
dans tout le Pays , & qui
avoit eſté ménagée avec
tout le fecret imaginable ,
puifqu'on avoit commencé
à y travailler dés le mois
de May, fut executée de la
même maniere qu'elle avoit
efté projettée.Enfin la Ville
de Gand reçut les Troupes
que les fideles Sujets de
Philippes V. attendoient
avec une extrême inpa34
SUPPLEMENT
tience. Voici comment la
chofe fe paffa .
Mr de la Faille ci- devant
Grand- Bailli de Gand, arriva
le 5. au matin à la porte,
luy huitième , déguiſé en
Payfan. La fentinelle qui
reconnut un Sergent de fon
Regiment , tira deſſus & le
manqua ; mais neanmoins
il fe rendit facilement
maistre de la porte , eftant
fuivi par 60. hommes de
fon même Regiment
. Mr
de Grimaldi & Mr le Baron
DU MERCURE
35
de Capres Lieutenans Generaux
des Troupes d'Efpagne,
qui eftoient prés de
là cachez dans les bleds , entrerent
auffitoft fuivis des
premieresTroupes du corps.
qu'avoient amené Mr le
Comte de Chemeraut auffi
Lieutenant General, & Mr
de Ruffey Maréchal de
Camp,qui entrerent enſuite
dans la même Place avec
le reſte de leurs Troupes. A
peine ces Troupes furentelles
entrées dans la Ville,
36 SUPPLEMENT
qu'on les diftribua aux Portes
, & dans toutes les Places
publiques, & l'on fit publier
que les Bourgeois n'avoient
rien à craindre, & qu'il ne
leurferoit fait aucun mal ni
aucun tort dans leursperfonnes
ni dans leurs biens, non
plus que dans leurs Privileges.
Les Habitans firent alors
retentir les airs des cris de
Vive Philippe V. & l'on doit
eftre perfuadé que leur joye
eftoit fincere. Ils avoient
DU MERCURE 37
ceffé d'eftre fous une domination
bien differente de
celle où ils vivoient auparavant.
Ils ne voyoient plus
que des Ennemis de leur
Religion , qui commettoient
tous les jours mille irreverences
dans leurs Eglifes ;
& qui non contens des
contributions qu'ils trouvoient
tous les jours lieu de
tirer par cent moyens differens,
faifoient preſqu'entierement
ceffer leur Commerce
, en faisant venir de
38 SUPPLEMENT
chez eux des Marchandiſes
qu'ils debitoient dans leur
Ville , où leurs Banquiers
venoient faire le Change.
C'est ainsi qu'ils en ufent
dans toutes leurs nouvelles
Conqueftes, & c'est pourquoy
toutes les Places nouvellement
conquifes fouhaitent
avec tant d'ardeur
de rentrer fous la domination
de Philippe V. ce qui
doit faire connoiftre aux
Alliez que leurs Conqueftes
font mal affurées, & qu'ils
DU MERCURE 39
doivent apprehender tous
les jours de les perdre.
Le General Murrey qui
commandoit un petitCamp.
volant proche de Gand , y
avoit fait entrer le 26 Juin
un renfort de Dragons ;
mais il en eftoit refforti
pour retourner au Camp , &
voyant approcher les Troupes
des deux Couronnes ,
il fe retira vers le Sas de
Gand . Cependant deux à
trois cens Soldats Hollandois
qui eftoient dans la
40 SUPPLEMENT
1
Ville fe retirerent dans le
Château, dont le Gouverneurſe
conferva la porte de
la Ville appellée la porte
d'Anvers , parce qu'elle eſt
dominée par le Canon de
ce Château ; mais ſelon le
projet que l'on avoit formé,
on avoit poſté desTroupes
de l'autre côté, pour empefcher
que le fecours qui
auroit pû venir d'Anvers y
entraft.
On trouva dans la Ville
un Magazin de farine , de la
DU MERCURE . 41
groffe artillerie & beaucoup
de chofes en dépoft
pour un Siege que l'on difoit
que les Alliez avoient
refolu.
La priſe de Gand les
mortifia d'autant plus que
non feulement elle leur fit
perdre l'efpoir de faire aucune
entrepriſe ; mais auſſi
ils fe trouverent privez de
la ſubſiſtance qu'ils auroient
pû tirer quand ils en
auroient eu beſoin, du Pays
de Vaës , ce qui étoit d'au-
Juillet 1708.
D
42 SUPPLEMENT
tant plus fâcheux pour eux
qu'ils n'ont aucun Magazin
à Bruxelles , à Louvain , ni
à Malines.
La Ville de Bruges s'étant
renduë le même jour
que la Ville de Gand , rentra
fous les Loix de fon legitime
Souverain , Mr de
Fretteville, Major General
des Troupes commandées
par Mr le Comte de la Motte
, & envoyé au Roy par
ce Comte , rapporta à Sa
Majeſté , qu'étant venu de
DU MERCURE. 43
fon camp de Varneton , &
s'étant prefentédevant Bruges
, on luy tira 3. coups de
canon , le 3. fans boulet ; que
le principal Magiftrat qui
avoit eftéplacé par les Hollandois
, vouloit fe défendre
afin de gagner du temps pour
attendre des Troupes n'y
ayant aucun Soldat dans la
Place ; qu'il fit fonner la
Cloche pour affembler les
Bourgeois , qui declarerent
tous d'une voix , qu'ils ne
prendroient pas les armes
Dij
44
SUPPLEMENT
contre leur Souverain legitime
; que le Magiftrat
Je trouvant abandonnépar
le Peuple, & preffepar Mr
de la Motte , luy envoya demander
fur la fin des 24.
heures , la même Capitulation
qui avoit efté accordée
à la Ville de Gand , ce que
Mr le Comte de la Motte
ayantpromis , ilfe répandit
auffi- tot une grande joye
dans la Place dont les Por
tesfurent livrées , & que les
Troupesy avoient esté reDU
MERCURE . 45
çues avec des grandes acclamations.
Il arriva enfuite un Courrier
à Fontainebleau, depêché
par Mr de Bergheik
Intendant des Troupes Efpagnoles
, & qui a eu beaucoup
de part aux Negociations
qui fe font faites pour
la reddition de Gand & de
Bruges ; qui rapporta que
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ayant eu avis de
la priſe de Gand , avoit fait
paffer l'Eſcaur à 10. mille
46 SUPPLEMNET
hommes qui avoient inveſti
le Château du côté de la
Campagne ; qu'on l'avoit
vivement preffé , que les
Bourgeois s'en aprochoient
du côté de la Ville , & qu'ils
craignoient peu la Garnifon
qui fe défendoit.Il ajoû
ta que l'on eftoit entré en
pourparler
, & que par la
Capitulation qui devoit
eſtre ſignée le lendemain ,
la Garnifon en devoit fortir
le 8.
Vous trouverez dans la
DUMERCURE . 47
Relation fuivante un tres
beau détail de la Marche
de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne.
Au Camp de Ledde le 7.
Juillet 1708 .
Le projet qui avoit eſté
formé pour faire entrer les
Troupes du Roy dansGand
& dans Bruges , a eſté ſi
bien conduit , & l'heureuſe
execution de cette entrepriſe
, étant tres favorable
aux affaires du Roy , j'ay
48 SUPPLEMENT
cru en devoir faire une Relation
remplie de toutes les
circonftances qui l'ont accompagnée.
Ce deffein avoit eftéformé
depuis quelque-temps par
MrleComtedeBergheik,
on reconnoiftbien prefentement,
que ce n'eftoitpasfans
fondement , qu'il envoyoit
àla Courdefrequents Courriers
, & qu'il eftoit venu
à l'Armée conferer avec
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & Monfieur
de
DU MERCURE . 49
de Vendôme , ce quifaifoit
croire qu'il traitoit de la
Paix , tandis qu'il s'agiffoit
de la conquefte de Gand.
Pour mieux tromper les
Ennemis, on feignit les premiers
jours de ce mois , d'en
vouloir à Huy & aux autres
Places de la Meufe , &
d'avoir deffein de marcher
enpaffant la Dyle à Meldert
; pour cet effet , on renvoya
à Charleroy une partie
des Boulangers, & à Namur,
où l'on fit embarquer ·
Juillet 1708.
E
50 SUPPLEMENT
le gros canon ; on prepara
les cheminspourmarcherpar
notre droite à Meldert ;
l'onfit même despaffages fur
la Dyle & Mr de Vendome
reconnut le terrain entre
la Senne & l'Ifche.
Le 3. le pain arriva de
Charleroy pendant la nuit ;
il fut diftribué le 4. aux
Troupes , & lesgros Equipages
& les Caiffonsfurent
envoyez à Charleroy. Le même
jour il fut ordonné de
bonne heure , que la gauche
:
DU MERCURE . 51
iroit le lendemain aufourage
du côté deTubife & deHall,
& l'escorte y fut envoyée :
elle eftoit compofée de 1000.
Grenadiers & de 1000 .
Carabiniers choifis des meilleures
Brigades de la premiere
ligne , & de 2300.
Chevaux fous les ordres de
Mr le Comte de Chemerault.
Le 4. de grand matin ,
l'artillerie qui eftoit à la
gauche , marcha a la droite
versGenape,dans le deffein
E ij
52 SUPPLEMENT
de faire croire aux Ennemis
qu'on vouloit marcher
par la droite , le fouragefut
contremandé, & on feeût
le détachement de Mr
de Chemerault marchoit
par Enghuien vers la Dendre
: on crut alors que c'eftoit
pour inveftir Ath.
que
Le mêmejour à 8. heures
du foir , toute l'Armée
fem ten marche par la gauche
; le debouchement du
Camp fut long; mais enfin
on paffafur 4. Colonnes le
DU MERCURE.
53
د
a Ruiffean de Braine
Braine le Château , & un
peu au deffousfur 4. Ponts,
& on marcha entre la Foreft
de Soigne & la Senne ;
on paffa cette Riviere à
Lembeck , & fur les autres
Ponts qu'on y avoitfait entre
Hall , & Tubife , pour
aller à Ninove afin d'y paffer
la Dendre , ou de refter
en deça , fuivant la pre
de Gand, on l'entreprise
manquée ,dont on attendoit
des nouvelles. E iij
54
SUPPLEMENT
a
Comme Monfeigneur le
Duc de Bourgogne, & toute
l'Armée étoient le 5. à midy
en halte à Billinghen pour
pafferle ruiffeau de Pepimghem,
& le defilé de Caftergat
, Mr le Chevalier de
Rais arriva de Gand avec
l'agreable nouvelle que Mr
le Gomte de Chemerault y
eftoit entré le matin à la
pointe dujour avec fon détachement:
Les Ennemis n'y
avoient que peu deTroupes,
lesHabitans qui eftoient
DU MERCURE.
55
difpofez, en notre faveur ne
s'oppoferent point à l'entrée
des Troupes. A peine eut
onfceu la prise de Gand que
l'Armée marcha avec beaucoup
de diligence & dejoye
fous Ninove , pour y paffer
la Dendre & allerfoutenir
cette conquete.
Lors qu'on fut arrivé à
Joyck on vitparoître les Ennemis
à Saint Martin de
Lennik , carfur la nouvelle
de notre marche vers la
Dendre , ils décamperent
E iiij
56 SUPPLEMENT.
de grand matin , & marcherent
par Villeworde &
Bruxelles avec précipitation
; s'imaginant qu'on en
vouloit à Ath & ils s'éten
dirent depuis Anderlehk ,
jufqu'à Saint Martin de
Lennick où ils firent paroître
un gros de Cavalerie qui
s'avançoit fur nous par St
Quentin de Lennick. On
crut alors qu'il y auroit une
action , & que les Ennemis
vouloient nous combattre: on
fe difpofa à les bien recevoir,
a
DU
MERCURE . 57
& dés que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne & Mrde
Vendôme les eurent reconnus
, ils firent continuer la
marche de l'Armée vers
Ninove, & laifferent des
Troupes pourfaire l'arriere
garde fous les ordres de Mr
&
Albergotty.
L'Armée paffala Dendre
à l'entrée de la nuit à Ninove
& à Hamberg, &tou
te la nuit juſqu'au lendemain
onze heures. L'Artillerie
& les bagages y paf
58 SUPPLEMENT
ferent auffi. Mr de Biron
avecfa referve en fit l'arriere
garde depuis Genappe jufqu'icy
en paffantpar Steinkerque
.
On envoya hier des Trou
pes à lapointe dujourpourſe
Saifir & pour rompre les
Ponts de la Dendre , &
l'Armée qui avoit fait halte
pendant la nuit à la Plaine
de Ninove , pour attendre
le refte des Troupes , fe mit
en marche à fix heures du
matin , & elle vint camper
DU MERCURE.
59
ici , la droite à la hauteur
d'Aloft, & la gauche à
Schelbelle fur l'Escaut ; le
centre à Ledde , où elle a
trouvé une abondance prodigieufe
defourage.
Les
Ennemis
camperent
hier la droite à Afch fur la
Chauffée
de Bruxelles
à
Aloft, la gauche
à Anderlech.
Ce matin ils ont pris
leur gauche
à Afch, & leur
droite à Dendermonde
. Le
Prince
Eugene
eft arrivé
ce
matin
dans
leur Armée
:
60 SUPPLEMENT
Ses Troupes continuent à
s'avancer pour la joindre ,
& les noftres ont reçû ordre
de venir ici toujours enfeure
té, & dans les Lignes à hau
teur de l'Armée Ennemie.
Hier à Midi lesTroupes
de la referve de Mr de Chemerault
furent envoyées à
Gand, pourreduire le Château
, qui a capitulé & s'eft
rendu ce matin ; la Garnifon
enfortirale 10. pour être
conduite par batteau au Saz
de Gand.
DU MERCURE 61
Mrle Comte de la Motte
avec fa petite Armée , qui
avoit marché d'Ypres à
Gand , pour prêter la main
à Mr de Chemerault,marcha
hier à Bruges & s'en
rendit le maître, fibien que
voila la communication établie
entre Gand, Bruges&
la Flandre par Nieuport
& Furnes; ainfi nos vivres
viendrontcommodementpar
bateau à Gand qui va devenir
noftre Place. d'armes.
Le General Murray qui
62 SUPPLEMENT
eftoit campé à Mariekerke
fous Gand , furpris d'apprendre
la prise de la Place,
Je retira promptement
au
Saz deGand avecfon Corps
d'Armée. On doit faire demain
trois Ponts fur l'Efcaut
à Afchebelle pour paffer
dans le Pays de Vaes en cas
que les Ennemis vouluffent
,
aller.
Plus on examinera cette
Relation , plus on trouvera
qu'elle a efté faite
par
un
Officier qui entend parfaiDU
MERCURE. 63
tement bien fon métier, &
plus on y remarquera que
rien n'a eſté mieux imaginé
ni mieux conduit que
tout ce que Monſeigneur
le Duc de Bourgogne a fait
pour donner le change aux
Ennemis . Ainfi l'on ne doit
pas s'étonner fi l'entreprife
que ce Prince avoit
formée fur Gand & fur
Bruges , a fi heureuſement
réuſſi , tout ce qui a eſté fait
pour l'execution de cette
grande entrepriſe , ayant
64 SUPPLEMENT
dans toutes ſes parties fi
parfaitement répondu au
projet .
La Relation que vous venez
de lire, n'empêchera pas
que vous ne trouviez beaucoup
de chofes nouvelles
dans celle qui fuit.
Du Camp de Ledde le
huitième Juillet.
Nos affaires prennent un
tour trop avantageux en ce
Pays, pour que je n'aye pas
l'honneur de vous en informer
DU MERCURE. 65
mer. Les Villes de Gand &
de Brugesfont rentréesfous
L'obéissance de leur legitime
Souverain. Mrle Comte de
Bergheik Miniftre d'Efpagne,
quidepuis long-temps travailloit
a ce grand deffein, a
profité avec toute l'habileté
·& le fecret poffible de l'éloignement
des Troupes qui
eftoient deftinées pour la garde
de ces Places, que les Ennemis
ont retiréespourgroffir
leur Armée. Ilferendit dans
ce deffein le 3. de ce mois à
Juillet 1708.
F
66 SUPPLEMENT
la noftre , pour s'abboucher
avec Monfeigneur le Duc
de Bourgogne & Monfieur
de Vendofme, & delà il fe
porta à Namur , oùs pour
mieux cacher l'entrepriſe
projettée
fur la Flandre, il fit
commander des Pionniers
& des Chariots , comme fi
l'on cuft voulu entreprendre
quelque chofefur la Meufe.
Nos Generaux de leur côté
dans le Camp de Braine-
Laleu mirent tout en ufage
pour infinuer aux Ennemis,
DU
MERCURE 67
que c'eftoit là veritablement
noftre point de Mire.Onfit
à cet effet marcher tous nos
gros bagages dés le 3 .
de ce
mois du côté de Genappe
,
ony fit avancer auffi quelques
Brigades d'Artillerie,
comme fi effectivement
on
eût voulu tourner
noftre
Marche de ce côté-là. Les
Ennemis dans cette entrefaite
n'eftoient point endormis,
mais ils n'ont point eſté
affez, éclairez, pour penetrer
noftre veritable deffein.
F ij
€8 SUPPLEMENT
Leur Armée cependant
eut ordre de s'ébranler au
premier mouvement
que
nous ferions, ce qui fit differer
un peu noftre Marche ,
& nousfit pretexter un Fourage,
pour lequelfurent commande
2000. hommes de
pied & 2000. Chevaux
fous les Ordres de Mr de
Chemerault . Ce petit corps,
par differens pelotons &dif.
ferentes routes ,fe porta avec
toute la diligence & le fecret
poffible au rendez - vous auDU
MERGURE , 69
prés de Gand, dont on eftoit
convenu. La porte de Bruxelles
luy fut livrée par le
Parti François.
Le5. à 4. heures du matin
noftre Armée qui devoit
fuivre de prés , & qui
eftoit occupée pour le départ
du Fourage , dont elle manquoit
abfolument, eut ordre
de marcher le 4. par noftre`
gauche, lorsque l'on battroit .
la retraite qui devoit fervir
de Generale. Nous employâmes
toute la nuit àpaf70
SUPPLEMENT
fer les defile de Braine-
Laleu & de Braine-le- Château
qui rendoient noftre
Marche embaraffée
& pefante
: le jour la degagea
en la continuant nous nous
portâmes fur la Riviere de
Senne que nous paffâmes au
Château de Lembech , laiffant
les Villes de Hall &
de Bruxellesfur noftre droite.
Nous primes enfuite la route
de Ninove
, dirigeant noftre
Marche par les Villages de
Villinghem & de Pepimgheim.
DU MERCURE.
Là , dans la halte que
l'on fit faire aux Troupes,
pour attendre l'Artillerie ,
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne reçut l'agreable
nouvelle de Loccupation de
la Ville de Gand par nos
Troupes : il ordonna qu'on
en fit part aux Officiers &
Soldats des Colonnes de
l'Armée, quifur le champ ,
pour marquer l'excés de leur
joye firent retentir de toutes
parts des cris deVive le Roy.
Notre avant-garde décou
kiw
72 SUPPLEMENT
en
vrit quelquesTroupes Ennemiesfur
notre marche ,
nous voulantfaireprendre le
change par quelques Tentes
qu'elles avoientfait tendre
pour nousfaire croire
a
que
le
gros de leur Armée n'étoit
pas éloigné, & qu'elle étoit
plus à portée de la Dendre
quenous . Cepetit ftratageme
ne nous impofa point ; il
ne fit que convier Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
de preffer la marche de fon
avant-garde pour paffer la
Dendre
DU MERCURE 73
1-
ne
re
Dendre à Ninove & prenant
toutes les précautions
neceffaires pour lafeureté de
fon arriere-garde , qui fut
confiée à Mrs d'Albergotty
,
& de Cheyladet , avec les
Brigades
d'Infanterie
de
Navarre , de Bourbonnois
,
de Provence,& de Charoft.
On pofta cette Infanterie
tout le longdu bois de Lieforing
avec ordre de n'en partir
que lorfque toute l'arrieregarde
de Cavalerie , compofée
de la Maifon du Roy &
Juillet 1908.
G
74 SUPPLEMENT
de la Gendarmerie , feroit
paffee. Cependant Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
etant maitre du Paffage de
Ninove , ne negligea point
celuy d'Aloft , qui eftoit le
feulpar où les Ennemispouvoient
venir à nous . Ilenvoyapour
l'occuper & pour
enrompre les Ponts une Brigade
de Dragons , fous les
ordres de Mr d' Artaignan,
ce quifut executé. On apprit
par ce General que les
Ennemis avoient pris leur
DU MERCURE.
75
route du côté de Dendermonde
, s'eftant contentez, d'envoyer
un gros détachement
quipaffa parcette Villepour
aller du côté de celle de Gand
dans le deffein d'y échauffer
leurs Partifans,& de tâcher
d.fejoindre à euxpoury mal
mener Mr de Chemerault,
ou chercher à ſe jett.r dans
la Citadelle ; ils furent repouſſez
par nos Troupes &
par les Bourgeois de notre
parti, & ils furent obligeZ
de s'en retourner brufque-
Gij
76 SUPPLEMENT
ment pour ne pas rifquer de
fecommettre avec une refirve
entiere que nous y envoyâmes
dés que toute l' Armée
cut paffé la Dendre ,
ce quifut entierement achevéle
6. à 5. heures du matin.
Vous comprenez bien
que tous ces differents mouvements
, 10ints à l'étenduë
d'une auffi longue marche
nous ont livrez à degrandes
fatigues ; mais peut- on
s'en plaindre quand les
Princes n'en font pas
DU
MERCURE. 77
exempts, qu'ils nousfourniffent
dans eux-mêmes de
fi bons exemples , & que
d'ailleurs il en refulte de fi
grands avantages pour l'Etat.
De
Ninove nous primes
lagrande
route d'Aloftfans
autre interruption
dans le
cours de la marche ,
que celle
que les défilez nous obligeoient
neceffairement de
faire. Nous traverſames
cette Ville , & nous nous
jettâmesfur la Chauffee qui
1
Giiij
78 SUPPLEMENT
conduit à Gand , où encore
aprés quelques heures de
marche , nous affimes fur
les 6. heures du foir nôtre
Camp , notre droite s'etendant
vers Aloft , & nôtre
gauche aboutiffant au Village
de Schellebellfur l'Ef
caut à trois lieues de Gand.
Le quartier General eft à
Ledde à peu près le centre.
Le Gouverneur du Château
de Gand qui eftoit
Lieutenant de Roy de la
Ville , lorfque nous fumes
DU MERCURE . 79
obligez de l'abandonner,
qui pour recompenfe de fa
perfidie , avoit obtenu ce Gou
vernement , n'eft pas peu
embaraẞé, iln'a qu'une tres
foible garnifon , & quand
elle feroit plus confiderable ,
je doute qu'unfajet de cette
trempe, fcut bien s'enfervir.
Auffi n'y penfe-t-il pas,puifqu'on
affure qu'il a demandéjusqu'à
9. heures du matin
aujourd'huy pour ſe
rendre , s'il n'étoit pas fecouru.
Monfeigneur le Duc
Giiij
80 SUPPLEMENT
de Bourgogne veut faire reffentir
au Pays la douceur de
vivrefousfes Loix , parles
défenfes rigoureufes qu'il a
faitespour empêcher les maraudes.
A toutes ces bonnes
nouvelles , il faut ajouter
celle de la joye que
Peuple de Bruges eût de
nous recevoir. Je nefçay de
quelle maniere Mr de la
Motte y ménagea fon entrée
; mais l'on affûre que
dés qu'ilfut arrivé avec les
Troupes , toutes les ruës ,
DU MERCURE . 81
retentirent des cris de Vive
Philippe V. Ce General
apparemment
cherchera à
s'emparer de Damme , qui
eft la Place qui affûre la po
>
feffion de Bruges , pour nous
nous irons vray -jemblablement
à Gavre, entre Gand
& Oudenarde , pour étre
maître del Efcaut en s'emparant
de cette derniereplace.
Il eſt ſurprenant qu'aprés
avoir trouvé tant de nouvelles
particularitez dans la
premiere des deux Rela82
SUPPLEMENT
tions que vous venez de lire
touchant la Marche des
Troupes, pour ôter aux Ennemis
la connoiffance du
deffein que l'on avoit formé
pour s'emparer de Gand
& de Bruges, & pour empêcher
les Troupes des Alliez
de le traverfer ; la feconde
de ces Relations fe
trouve encore remplie d'un
tres grand nombre de faits .
tout nouveaux & qui
doivent faire admirer tous
les mouvemens que MonDU
MERCURE 83
feigneur le Duc de Bourgogne
a fait faire à fes Troupes
, pour parvenir au but
qu'il s'eftoit propofé en paroiffant
s'en éloigner, & ce
qu'il y a de remarquable eſt
que tous ces mouvemens
le font trouvez juftes , &
qu'aucun n'a manqué de
produire les effets qu'on
avoit lieu d'en attendre.
On doit remarquer qu'il
eftoit neceffaire
, & il y a
même lieu de croire que
l'on en eftoit convenu
, que
84 SUPPLEMENT
pour foûtenir la bonne volonté
des Gantois , que l'Armée
de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne fuft à
portée d'eux , & placée
entre celle des Ennemis &
Gand .
Ceux qui fçauront la dif.
ficulté du Pays auront dans
la fuite des temps de la
peine à comprendre , comment
une Armée auffi nombreuſe
aura pû ſe rendre de
Genape auprés de Gand ,
depuis le foir du 4. Juillet,
DU MERCURE. 85
jufqu'à 10. heures du matin
du 6.
La Relation qui fuit doit
vous faire un extrême plaifir
, puifqu'elle eft adreffée
à Sa Majefté, & qu'elle a été
écrite par Monfeigneur le
Duc de Bourgogne. Cette
Relation doit vous faire
connoiſtre l'efprit de ce
Prince ; ainfi que la modeftic
& la précifion avec laquelle
il écrit. Rien n'eft embaraf
fé dans cette Relation : elle
left claire & fans confufion ,
86 SUPPLEMENT
& cePrince explique en peu
de paroles toutes les chofes
qu'il veut faire entendre. Il
auroit pû dans tous les endroits
où il a eſté obligé de
parler de luy, étendre davantage
tout ce qu'il a fait,
& le mettre dans un jour
qui l'auroit fait valoir d'avantage
; mais il eſt aiſé de
connoiftre que fa modeftie
l'en a empêché . Ce Prince
dans cette Relation , rend
juſtice à tous les Officiers,
& ne dit de luy que ce qu'il
DU MERCURE 87
་
ne peut s'empêcher d'en
dire. Cependant il ne faut
qu'examiner ce qu'il a fait,
pour eftre convaincu des
louanges qu'il merite .
Au Camp de Ledde le 7.
Juillet 1708.
Quoique j'aye charge le
Comte de Gacé de rendre
compte à Voftre Majefté de
ce qui s'eftpaffe à la prise de
Gand, & dans une partie
de noftre Marche ; je crois
88 SUPPLEMENT
cependant que je dois luy
expliquer moy-même ce que
j'enfçay.
Fenvoyai le 3. de ce mois
au foir le Comte de Ruffey
avec 2000. Chevaux &
autant de Grenadiers
ou
Simples Soldats , fous pretexte
de faire une enceinte
de fourage, du côté du petit
Enguien , avec ordre lorf
qu'il yferoit,de s'avancerfur
Ninove. Chemerault partit
peu de temps aprés luy pour
l'allerjoindre, & quand il
DU MERCURE. 89
a
fut à la tefte du détachementil
marchafur Ninove,
où ilpaffa le 4. à trois heures
aprés midi, pour aller droit
fur Gand . Le 5. au matin
le Sr de la Faille arriva à
la porte luy buitiéme. La
Sentinelle qui reconnut un
Sergent .de fon Regiment ,
luy tira un coup de fufil &
le manqua ; mais neanmoins
ilferendit maître de la porte,
& il fut joint par 60. hommes
du même Regiment qui
lefuivoient de prés. Il envoya
Juillet 1708.
H
୨୦ SUPPLEMENT
auffitoft avertir le Comte de
Chemerault, dont les Troupes
tres-fatiguées n'avoient
pú arriver au rendez- vous
à l'heure marquée. Chemerault
arriva à toutes jambes
avec la Cavalerie, &
trouva en entrant des accla
mations du Peuple, de Vive
le Roy, avec des marques
d'unejoye & d'une affection
extraordinaire
. Il mit fa
Cavalerie en bataille fur les
Places, s'empara des portes
de Bruges, par où le Camp
DU MERCURE gr
de Vingelghem pouvoit fe
jetter dans la Ville , & envoya
le Sieur de Cano avec
300. chevaux, pour empêcher
à ces Toupes le paffage
du Canal du Saz, ce qui
réuffit ; car elles furent obligées
de fe retirer au Saz, de
Gand. L'Infanterie détachée
eftoit fi fatiguée qu'elle
nepust arriver, que quelques
heures apres la Cavalerie ;
mais l'affection des Bourgeois
eftoit telle qu'ils fe feroient
gardez eux-mêmes, s'il avoit
Hij
92 SUPPLEMENT
efté neceffaire. Nous avions
cependant marché avec l'armée
du Camp de Braine-
Laleu à 7. heures dufoirfur
plufieurs colonnes, la gauche.
à la tefte avec la referve du
Comte de Chemerault ; enfuite
l'Infanterie , puis la
droite fur 4. colonnes. Les
Troupes furent long-temps.
retardees
les
mauvais
par
chemins , la pluye qui com
mença à dix heures du foir
dura toute la nuit, & partie
de la matinée. La tefte de
DU
MERCURE 23
Armée eftoit prés de
Braine - Laleu à Oyerskerk..
Lorfque le jourparut deux
colonnes pafferent la Senne
• à Lembek , & deux à Tubize,
& l'on déboucha fur
haute Croix & fur Pepinkheme,
où l'on fit halte pour
laiffer joindre toutes les
Troupes; on jetta les menus.
Bagages & l'Artillerie fur
Bois-Seigneur- Ifac & Ňivelle,
pour aller par Braine
leComtefur Enghien & He
rive; & nous prîmes feule94
SUPPLEMNET
ment une Brigade d'Artillerie
haut-le-pied, qui mar
cha avec la feconde colonne
d'Infanterie , aprés une
halte de quelques heures.
L'Armée
marcha pour reprendre
fa routefur le moulin
de
Goiek , & à peine
avois -je paffé Kaéftergal ,
queje receus la nouvelle de
l'entrée des Troupes de V.
M. & du Roy
d'Espagne
dans Gand. Vous ne fçauriez
vous imaginer la joye
& la bonne volonté qu'elle
DU MERCURE 95
201
répandit dans l'Armée. Je
continuay la marche avec
la gauche de Cavalerie &
d'Infanterie fur ce moulin ,
tandis que les droites tenoient
lechemin de Fontberghem
, & Ninove par derriere
nous. Nous avions
"
déja des nouvelles que les
Ennemis, inftruits de notre
mouvement
, avoient commencé
a paẞer le Senne à
Bruxelles dés le matin , &
à peine étions nous au moulin
de Goieck, qu'on apper96
SUPPLEMENT
ceut quelques Troupes qui
marchoient en deça du moulin
de Pimberg. Elles s'arreterent
dés qu'on envoya les
reconnoitre , &firent plusfieurs
mouvemens , tantôt
en avant , &tantôt en arriere.
Comme il ne paroif
foit point que rien lesfuivit
de prés , le Duc de Vendocrut
qu'il étoit bon, de
gagner Ninovepourypaffer
la Dendre , & fe mettre en
tre Gand & les Ennemis.
me ,
On forma donc la gauche
fur
DU MERCURE 817
fur deux lignes ; onfit défiler
toujours l'Infanterie
qui marchoit avec un courage
étonnant ; & quand
Albergotty , en eutplacé4.
brigades à la tête des defilez
à une demi- lieue fur la gauche
dumoulin de Goyeck, la
Cavalerie s'ébranla , &
marcha droit fur Ninove.
Les Ennemis dont l'Armée
marchoit fur Saint Quentin
de Linnick parurent
, Cavalerie & Infan
terie fur les 6. heures dufoir;
Juillet 1708.
I
98 SUPPLEMENT
mais onmarcha toûjours , &
la tête , commença apaſſer à
Ninove : fur les 8. heures
on étendit les Troupes fur
le chemin d' Aloft ; elles firent
halte , à mesure que
l'on trouva du terrain pour
les placer ; & à lapointe du
jour , hier 6. de ce mois ,
onfe mit en marchefur deux
Colonnespourgagner Aloft,
qu'on avoit fait occuper dés
la nuit par des Grenadiers ,
furquoy laReferve deChemerault,
s'eftoit avancée. Ce
pendant l'artillerie & les ba
REQUE
DE
LAVILLE
LYON
1893*
DU MERCURE 99
VILLE
* 13
gages , dont les chegalft
eftoient extrement fatig
eftoient demeurez de l'autre
côté de la Dendre vers Pallare.
Biron eftoit avecfa Re-
Serve pour proteger les bagages,
& Saint Maurice avec
Us Troupes
de Cologne pour
efcorter l'artillerie. Les
Ennemis qui avoient commencé
à camper le 5. an
foir; la droite à Saint Mar
tin de Linnick , & la gauche
vers Anderlcht , &
quon' croyoit remarcher vers
I ij
100 SUPPLEMENT
Termonde , felon les avis
qui en eftoient venus , &
parce qu'ils avoient d'étendu
prefque auffi-tôt qu'ils
avoient commencé à tendre
' ,
• parurent
à l'arriere
garde
vers les fix heures
du matin
, les bagages
& l'artillerie
eftant
encore.de
l'autre
côté de la
Dendre
avec une partie
de
la Cavalerie
de la droite.
Bironfe mit auffi-tôt à la tete
des défile
avecfon Infanterie,
& il laiffa une Briga1
101
DU MERCURE
de de Cavalerie à laqueue,
& fe mit en bataille avec
le refte , fur la hauteur du
moulin de Paular. Le Com
te de Saint Maurice , fe
mit pareillement en bataille
; les Ennemis qui avoient
à ce que j'ay feen depuis ,
30. efcaderons & 6000 .
hommes depied , chargerent
quelques Troupes de l'arriere
garde , & un escadron
de Cano qui chargea fort
bien ; mais qui fut culbuté
par legrandnombre , & ils
702 SUPPLEMENT
pillerent quelques bagages ,
dont les chevaux outre
n'avoient peu fuivre avec
az de diligence , pour fe
couvrir du refte des Troupes
; mais quand ils virent
"Biron en bataille ; ils s'arreterent
; il y eut un Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Reine , quifaifoit
l'arriere garde avec
deux cens hommes , & qui
Je trouvant preffé, ſe jetta
dans un Château , & dans
une Oublonniere , où il tint
DU MERCURE . io3 .
bon. Les Ennemis qui l'y
Sommerent , ne purent le
refoudre à fe rendre & fe
retirerent totalement. Fay
ony dire ; que le Duc de
Marlboroughy eftoit en per-
# Jonne ; quefon Armée avoit
eu ordre de le furore , parce
qu'il croyoit la notre toute
entiere de l'autre côté de la
Dendre ; mais que quand
il nous avoit fceu paſſez, il
l'avoit contre - mandée &
l'avoit rejointe . Sur les 4 .
heures du foir , les bagages
I
iiij
104 SUPPLEMENT
de l'artillerie , & les Troi
pes acheverent donc de paffer
,fur les 6. heures dufoir;
pour moy j'estois déja icy
avec la tête de l'Armée.
Nous mêmes nôtre droite à
Crondghin , furla Chauffée
d'Aloft , à Gand ; le centrepaffe
icy, & la gauche à
Schellebell, fur le bords de
l'Escaut , où elle eft feparée
du refte de la ligne ; mais il
eft neceffaire de tenir l Ef
caut, poury établir les Ponts
qui nous doivent arriver de
DU MERCURE . 105
Gand
inceffamment.
En arrivant icy , j'ay receu
une Lettre du Comte de
la Mofthe qui étoit entré le
matin dans Bruges; &peu
aprés une du Comte de Chemerault
, qui me marque
que le Gouverneur du Château
de Gand , commençoit
capituler. Foubliois de
dire , à V. M. que quand
je fus arrivé à Aloft, ce qui
fat hierfur les dix heures du
matin , j'envoyai le Comte
d'Eftrades à Chemerault
à
106 SUPPLEMENT.
avecfareferve , pour en difpofer;
il n'yfut pas plutot
arrivé qu'il luy fit paffer
l'Escaut, pour investir le
Château , & il croit que cela
a contribué à faire parler au
Gouverneur de fe rendre ;
j'espere que j'en pourray
bien- tot dire la concluſion à
V.M. & qu'il ne ferapoint
neceffaire d'y tirer de canon.
Les
Ennemis
camperent le
foir à Affche , la droite vers
Dendermonde , & la ganche
vers Bruxelles
. Le
DU
MERCURE. 107
Prince Eugene arriva le
foir à leur Armée , & je
compte quefes Troupes qui
eftoient le 4. à Duerem , feront
ce foir à Maftrick.
Voila à peuprès ce qui
s'eft paffé depuis notre depart
de Braine- Laleu jufqu'à
l'arrivée icy. Les refer
ves de Biron & de Cologne
,font campées de l'autre
côté de la Chauffée , en tirant
vers Ninove avec
deux autres
brigades de
l'Infanterie du centre ; ily
108
SUPPLEMENT
en a trois brigades fur le
bord de l'Escaut à Schellebell,
&
l'artillerie eft parquée
à Ordeghemfur le chemin
de Gand. Tous les
Peuples de ce Pays- cy marquent
une joye extraordi
naire de rentrerfous l'obeif
fance de leur legitime Roy ;
nous fommes icy dans le
Pays le plus abondant que
jaye jamais veu , & s'il
eftoit neceffaire, onydemeu
reroit jufqu'à la fin de la
Campagne. Dès qu'on a
DU MERCURE 109
"
fçu la prife de Gand, le
Comte de Bergheik , qui
étoit resté à Ninove s'y eft
rendu , pour mettre ordre à
toutes chofes, On a affuré
3-
aujourd'huy le chemin d'icy.
à Gand , & il y aun commerce
établi d'icy à cetteVil
le , fans avoir befoin d'efcor
te. Je ne fçaurois encore affezrepeter
à V. M. qu'elle
eft mafatisfaction lorsque je
pense que j'ay pú contribuer
en quelque chofe , qui doit
étre fi utile à fes interêts.
ΓΙΟ SUPPLEMENT
H
a
que
F'oublions de vous dire
quand le Comte de la Motthe
, feprefenta à laporte de
Bruges , les Magiftrats
voulurentfçavoir , fiGand
étoit rendu, & que dés qu'ils
en furent certains , ils ouvrirent
leurs Portes avec
autant de demonftration de
Zele & d'attachement au
Roy leur Maître que ceux
de Gand; cela fait un extreme
plaifir à tous les bons
Sujets , &fur tout à ceux
qui font attachez à leur
DU MERCURE . in
Maître , par des liens auſſi
pleins de refpect & de tendreffe
que je fuis à Vôtre
Majesté.
Quoiqu'il nefoirpasfait
mention de la reddition du
Château de Gand, il eft
cependant tres - vray qu'il
s'eft rendu par capitulation .
Je ne doute point que
la lecture de cette Relation
ne vous ait fait beaucoup
de plaifir. Tous ceux qui
l'ont lûe en ont efté charmez,
& l'empreffement
112 SUPPLEMENT .
d'en avoir des Copies a été
fort
grand.
Comme
j'ay obfervé
autant
qu'il m'a eſté poſſible
de fuivre les dattes, dans
tout ce que vous venez de
lire, je dois vous marquer
ici, que j'ay oublié de vous
dire
que le
7.
le
Duc
de
Marlborough
envoya
un
Trompette
à Monſeigneur
le
Duc
de
Bourgogne
, pour
ſupplier
ce
Prince
de
permettre
que
quelques
provifions
de
bouche
qui
DU MERCURE. 113
étoient dans la Ville & qui'
luy appartenoient , luy
fuffent renvoyées , à quoy
ce Prince confentit auflitôt .
Il attendoit avec impatience
des nouvelles de ce qui
fe devoit eftre paffé à la
reddition du Château de
Gand ; car fuivant toutes .
celles qu'il avoit reçuës, ce
Château devoit eftre rendu
. On avoit pris des mefures
fi juftes & envoyé des
Troupes fi à propos qu'il
ne pouvoit eftre fecouru ,
Juillet 1708...
K
114 SUPPLEMENT
& d'ailleurs le Gouverneur
devoit eftre intimidé par le
bruit que les zelez Habitans
de la Ville avoient fait
répandre qu'il y eftoit entré
30. mille hommes , ce qui
embaraffoit fort le Gouver
neur; car d'un côté il n'étoit
pas fûr qu'il fuft entré un
auffi grand nombre de
Troupes dans la Ville, & il
fe perfuadoit qu'il auroit pû
rendre un grand ſervice aux
Alliez ; car fuppofé qu'il n'y
eût eu que peu de Troupes
DU
MERCURE. ITS
dans la Ville, & qu'il y eût
pû faire entrer les Alliez par
le Château, il pouvoit y faire
tout mettre à feu & à fang,
& vanger les Alliez de ce
que les Habitans y avoient
fait entrer les François.
Toutes ces chofes occuperent
quelque temps ſon
efprit ; mais ne voyant
point d'apparence d'eftre
fecouru , n'entendant point
de nouvelles des Alliez ; fçachant
que les François
avoient des Troupes du cô
Kij
16 SUPPLEMENT
té de la Campagne , qu'ils
eftoient maîtres de la Ville,
& voyant qu'outre la Garnifon
qui eftoit de 225.
Anglois ; que la Garniſon
de la Ville qui eftoit d'environ
250. Hollandois
avec 900. refugiez , tant
hommes que femmes ,
avoient augmenté le nombre
des bouches qu'il auroit
eues à nourrir; & d'ailleurs
ainfi que je viens de marquer,
n'ayant point d'efperance
de fecours, & voyant
•
DU MERCURE. 117
que toute l'Armée des deux
Couronnes eftoit en état de
l'empêcher , il demanda à
capituler, & fes propofitions
ayant été écoutées , voici de
quelle maniere la Capitulation
fut reglée. Il fut arrê
té, que la Garnifonfortiroit
avec armes & bagages , 3.
pieces de canon & des munitions
pour tirer 12 coups par
pieces, & qu'elle feroit con-
"duite à la plus prochaine
Garnifon appartenante aux
Alliez , avec une eſcortefuf118
SUPPLEMENTA
Jante, & par le plus court
chemin; & le Saz de Gand
fut choifi , comme eftant
la Place la plus prochaine.
Que le Commandant ref
teroit jufqu'au dix dans le
Château avecfa Garnison ;
mais
que
le 8. à 8. heures du
matin il en remettroit la
il
porte aux Troupes du Roy.
Que pendant
ce temps
ne fe commettroit
aucun
acte d'hoftilité de la Ville
contre le Château , ni du
Château contre la Ville.
DU MERCURE 119
and
Que toutes lesfemmes appartenantes
à l'Armée Anant
gloife , & qui eftoient alors
ane dans laville,fortiroient avec
rela Garnifon , & emporteesk
roient leurs meubles & ba
fon gages, fans qu'il leur fûtfait
es d aucun tort..
= la Qu'on ne travailleroit
à
Roy lever des batteries de part
il ni d'autre pendant
le temps
cun marqué, ni dans la Ville,
Vill ni dans le Château,
DS
сип
i du
le.
Que tous les Officiers de
la Garnifon du Chaftean
120 SUPPLEMENT
qui avoient des bagages ou
des meubles dans la Ville
pourroient les emporter fans
qu'on en puft rien retenir
fous quelque pretexte que ce
fuft; cet Article fut accordé
fous la parole d'honneur
du Commandant .
Qu'ilferoitfourni des voitures
à ces Officiers ,foit par
terre,foitpar eau, enpayant
les prix ordinaires.
Qu'ilferoitpayé au Commandant
du Chateau &
aux Officiers defaGarnife ,
1
les
DU MERCURE . 121
ur
Ent
es
les fervices que la Ville de
Gand a accoûtumé
depayer.
Et qu'en cas que le Com-.
mandant du Chateau fuft
fecouru avant le 9. à midi,
la Capitulation feroit nulle.
On dit qu'il y avoit dans
ce Château 22 pieces de
canon , 250. barils de poudre
& des outils
faire un Siege.
propres
à
Le. 8. à 10. heures & demie
du matin , Mr Schelton
l'un des Aides de Camp
de Monfeigneur le Duc de
Juillet 1708.
L
122 SUPPLEMENT
Bourgogne , apportá cette
capitulation à ce Prince ,
& il luy fit un tres fidéle
rapport de tout ce qui
s'eftoit paffé à cette occafion,
& la peine que l'on
avoit euë à faire refoudre le
Gouverneur à fe rendre .
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne aprés avoir eſté
informé de tout , & avoir
fait plufieurs queſtions à
Mr Schelton , touchant l'état
des chofes , ce Prince le
dépêcha pour porter auRoy
DU MERCURE . 123
5
la Capitulation qu'il luy
avoit apportée. Il fe rendit
à Fontainebleau avec le
plus de diligence qu'il luy
fut poffible, & vous pouvez
juger qu'il fut receu tres favorablement
du Roy , &
tres gracieuſement accueileli
de toute la Cour , qui le
felicita fur les nouvelles qu'il
avoit apportées. Sa Majeſté
aprés luy avoir témoigné
qu'elle luy rendroit ſervice
en tout ce qu'Elle pourroit,
luy dit lorfqu'il prit congé
Ljj
124 SUPPLEMENT
d'Elle , faites mes amitiez
au Duc de Bourgogne &
au Duc de Berry , & mes
complimens au Chevalier
de Saint Georges, enfuite de
quoy il partit pour Saint
Germain en Laye, pour faire
à la Reine & à la Princeffe
d'Angleterre des complimens
de la part de Monfieur
le Chevalier de Saint
Georges. Il ne fut pas moins
bien reçû en cette Cour ,
qu'il venoit de l'eftre à celle
de France .
DU MERCURE . 125
PA
SU
.
Tout ce que je vous ay
dit depuis le commencement
de ma Lettre, & qui
en peut eftre regardé comme
la premiere partie , ne
peut eftre contredit de perfonne,
& tout le monde en
demeure d'accord ,parceque
ce font des faits conftans ,
l'on ne peut alterer
&
que
ni
déguiſer
, parce
qu'il
n'y
a rien
qui
puiffe
exciter
des
doutes
, &
à quoy
l'on
puiffe
donner
des
fens
contraires
à la
verité
. Enfin
rien
n'y
Lij
116 SUPPLEMENT
peut donner prife , comme
dans ce qui doit regarder la
feconde partie de ma Lettre
par laquelle je prétens développer
tout ce qui regarde
le combat donné prés
d'Oudenarde, & qui a donné
lieu à ceux qui parlent
& qui écrivent en faveur
des Alliez , de dire & d'écrire
plufieurs choſes à leur
avantage , quoi qu'elles
foient entierement contraires
à la verité ; mais il
leur a fuffi , eftant fondez
DU MERCURE 127
es
nt
ur
eur
fur de
certaines
apparences,
qui puffent donner à ce
combat des faces qui leur
fuffent
avantageuſes .
Avant que d'entrer
davantage
en matiere, je dois
n parler du caractere des 2 .
Partis. Jamais Peuples n'ont
eu moins de déguiſement
que les François , & c'eſt
pourquoi le nom de Francs
les leur a efté donné , & ils
ncraignent tellement de le
si perdre qu'ils parlent fouvent
contr'eux , craignant
dez
Liiij
128 SUPPLEMENT
lorfqu'il s'agit de chofes qui
les regarde , que l'on ne
croye qu'ils parlent contre
la verité , ou qu'ils l'alterent
; & c'est pourquoy ils
croyent avoir beaucoup
perdu lorſqu'il n'ont pas
remporté un plein triomphe.
Enfin la politique ne
regne pas chez eux , &
comme ils font perſuadez
qu'elle altere fouvent la verité
, ils ne fçavent ce que
c'eft que de s'en fervir , &
lorfqu'aprés les premiers
DU MERCURE 129
e
Das
coups donnez dans une bataille
, il croyent n'avoir
pas eu l'avantage , il eſt
difficile de leur perſuader
qu'ils ne l'ont pas perdue ,
lors même que la victoire
s'eft declarée pour eux .
Il n'en eft pas de même
des Alliez qui fe laiſſent
& conduire par une politique
dez outrée, & qui fe declarent
d'abord contre les veritez
les plus apparentes , lorf-
& qu'elles leur font contraires .
Ils ne laiffent pas d'eftre per-
In
ne
veque
1CTS
130 SUPPLEMENT
fuadez que le temps qui découvre
toutes chofes , découvrira
un jour les fauffetez
qu'ils ont avancées , & qui
même font toûjours découvertes
pour ceux qui fe
donnent la peine d'approfondir
les chofes, & de ne
rien croire de leger. Le but
des Alliez en femant de
fauffes nouvelles à leur
avantage , eft d'empêcher
pour un temps que leur
perte ne leur nuife , & ils
publient ce qu'ils avancent
DU MERCURE . 131
avec tant de hardieffe, que
ceux mêmes qui ont eſté
témoins du contraire , font
embaraffez. Si lorſqu'il leur
arrive des pertes , la verité
I toute pure s'en répandoit
en Angleterre , les Peuples
de ce Royaume pourroient
ouvrir les yeux, & ſe laſſer
d'une guerre qui ne leur
produit rien , & qui leur
coûte fi cher. Si pendant
que les Confederez d'Hongrie
pouffent par tout vivement
les Troupes de l'Em132
SUPPLEMENT
pereur, on leur venoit dire
que ces Troupes
ont efté
battues, ils redoubleroient
leur vigueur , & trouveroient
encore plus de monde
& d'argent
pour continuer
la guerre , au lieu
qu'ils pourroient eſtre decouragez
s'ils apprenoient
que les Alliez de SaMajeſté
Imperiale font de continuelles
pertes ; & il faut que les
fauffes nouvelles
qu'ils envoyent
dans des Pays éloignez
, déguifent
la verité
DU MERCURE 133
VE-
30
ent
fous des apparences bien
grandes & bien plauſibles ,
puifqu'aujourd'huy
même
dans la Haye , on eft preft
de faire paffer l'emprunt
de quelques millions de
florins , fous prétexte que
de les Alliez viennent de remporter
une victoire complette
, ce qui eft fi contraiudre
à la verité , que je dois
leeftre perfuadé que perfonen-
1 ne ne doutera du contraire
lolorfque l'on aura lù ma Lettre
, les preuves que j'en
erite
134 SUPPLEMENT
donneray , eſtant inconteftables.
Je ne puis m'empêcher
de rapporter encore
une fois à cette occafion ,
ce que j'ay déja dit dans mes
Lettres , & que je crois ne
pouvoir trop dire , afin
qu'avec le temps , il ne foit
ignoré de perfonne .
Il eft conftant que Mr
de Vendôme
n'a point
ceflé de battre Monfieur le
Prince Eugene en Italie ;
qu'il a gagné plufieurs batailles
confiderables
contre
DU MERCURE . 135
ce Prince , dont celles de
Calcinato & de Caffano
fontfoy ; qu'il l'a chaffé
generalement de tous les
Poftes qu'il avoit en Italie ,
& qu'il luy a fait abandon-
Ener la défenſe de ceux qu'il
avoit entrepris de proteger,
& qu'enfin aprés luy avoir
fait abandonner plufieurs
Lacs , & plufieurs Poftes
avantageux , & l'avoir fou
vent pouffé fi avant dans
b les montagnes , que fes
Troupes ont efté obligées
tre
136 SUPPLEMENT
d'aller jufqu'à Trente pendant
ces expeditions , &
que la France retentiſſoit
des actions de graces que
l'on y rendoit au Ciel , les
Alliés de leur côté faifoient ·
la même chofe , & faifoient
imprimer des fables pour
empêcher que leurs peuples
ne connuflent la verité , &
pour en tirer des avantages,
lorfqu'ils n'en devoient
entendre que des plaintes.
Tout ce qu'ils ont publié
du combat donné prés
DU
MERCURE 137
,
d'Oudenarde eft fi outré
que l'on peut dire qu'il n'y
a pas la centiéme partie de
ce qu'ils ont avancé , de
veritable , & ceux qui fonc
le plus dans leur party ne
peuvent s'empêcher de rire,
voyant qu'ils nous font perdre
prés de 20. mille hommes
, lors qu'ils ont beaucoup
plus perdu que nous ,
comme l'on verra par plufieurs
Relations , & fur
tout par celles de quelques
Officiers de leur Armée
Juillet 1708.
M
138 SUPPLEMENT
qui font finceres , & qui
ont écrit la verité d'une
maniere ſi claire , & qui
prouve fi bien ce qu'ils
avancent , qu'il eſt impoffible
d'en douter, Mais
avant que d'entrer dans ces
preuves dont j'ay un bon
nombre , j'ay cru devoir
mettre icy plufieurs Relations
faites par des perſonnes
qui ont combattu , ou
que leurs emplois obligeoient
de refter dans le
combat, & qui.ont tout exaDU
MERCURE 139
Οι
miné avec beaucoup d'atention
. J'ay crû que je devois
me fervir de plufieurs Relations
pour faire mieux
connoistre la verité , parcequ'il
n'y en a aucune qui
ne rapporte quelque circonftance
qui ne fe trouve
dans les autres , & que
dans le Combat les uns fe
font trouvez dans des endroits
, dont les autres
étoient bien éloignez . Ainſi
ce qui eft vû des uns dans
un Combat n'eſt pas vû des
pas
Mij
140 SUPPLEMENT
autres , & l'on parle plus
feurement lorſque l'on ne
ne parle que de ce que l'on
a vû.
Je feray des remarques
à la fin de chaque Relation ,
qui aideront à faire déveloper
la verité dont on ne
devra point douter , puifque
les François font plus
accoûtumez
à écrire à leur
defavantage
qu'à leur avantage
; & quand toutes ces
Relations
auront fervi à
mettre la verité dans fon
a
DU MERCURE. 141
jour , je feray voir par celles
des Alliez même , qui
leur font beaucoup moins
favorables que celles des
François , que dans le combat
les Alliez ont infini-
Fe
ne
n-
Ces
pas
telles
qu'elles ont efté raportées ;
joint que quand les Alliez
Couronnes , ce que je juftifieray
encore par toutes les
chofes qui fe font paffées
depuis le combat , aufquelles
on a donné de faux jours,
& qui ne font
ment plus perdu que les 2 .
142 SUPPLEMENT
auroient eu quelques avantages
en deçà , ils ne font
pas à comparer à ce qu'ils
ont fouffert du côté de leurs
Frontieres où on les fait
veritablement contribuer ,
lorfqu'ils difent_faufſement
qu'ils font contribuer
l'Artois .
Je reprens la fuite des
Affaires
felon leurs dattes .
Aprés l'entrée
de nos
Troupes
dans le Fort de
Plaffendal
, dans Gand &
dans Bruges , les deux ArDU
MERCURE 143
mées commencerent à faire
de nouveaux mouvemens ;
fçavoir les Alliez pour empêcher
la fuite de leur perte,
& celle des deux Couronnes
pour s'emparer d'Oudenarde.
Vous trouverez
dans la Relation qui fuit ce
qui fe paffa à ce sujet , c'eſt
la premiere de celles que
je viens de vous promettre;
mais fi vous me croyez ,
vous ne porterez aucun ju-
* gement fur tout ce que ces
Relationscontiennent, qu'a144
SUPPLEMENT
prés que vous les aurez luës
toutes ; parce que quoy
qu'elles n'ayent eu que le
même fujet pour but , il
s'en trouve pourtant de
bien differentes , de manieque
qui ne verroit que deu x
ou troisRelations
d'un combat
, ne sçauroit pas tout
ce qui s'y eſt paſſé , & n'en
pourroit démêler la verité .
Au
DU MERCURE. 145
ent
Ite
Au Camp de l'Abbaye de
Walhem fur le bord du
Canal de Gand à Bruges
le 13. Juillet 1708.
Voici une Relation la plus
circonftanciée qu'il m'a efté
poffible de faire du Combat
d'Oudenarde qui fe donna
avant hier,quin'eftantpoint
une affaire décisive, ne peut
eftre appellée autrement que
du nom de Combat.
Le 11. on battit la Generale
au Camp des deux
Juillet 1708 .
N
146 SUPPLEMENT
Couronnes fur les deux
heures du matin ; mais les
Ponts qu'on avoit jettez fur
l'Efcant à Gavre, empécherent
qu'on ne fe mist en
marche qu'à 8. heures , leur
conftruction nous ayant arrefté
quatre heures pendant
un temps qui nous eftoit de
la derniere confequence
,pour
l'avantage de cette journée.
La marche commença
par
le Corps de referve , commandé
par Mr de Biron ,
qui eut ordre d'inveftir OuDU
MERCURE . 147
E.
En
arent:
denarde par ce côté- là de
l'Escautpendant lajournée,
pour empêcher la Garniſon
"de cette Place de nous inquieter
; car on ne sçavoit pas
que les Ennemis marchoient
pour se rendre fous cette
Place. Le
Campement marde
chort fur une autre colonne,
& s'avança jufqu'au Mou
elin de Moringem , où l'onfit
ar halte pourfairel'alignement
de l'Armée .Quand le Corps
de Refervefut àportée d'Ou-
O denarde, Mr de Biron
W
om-
-on,
ap-
Nij
148 SUPPLEMENT
percut grand
nombre
de
Troupes
Ennemies
, quipaf
foient l'Efcaut
, &fortoient
de la Ville
; & comme
il
n'avoit point d'ordre de
charger, & que mesme fon
Corps de Referve eftoit inferieur
à ce qui paroiffoit en
deça de l'Efcaut, il fit halte
en attendant la reponse de
ce qu'il avoit à faire . Le
Campement apperçut auſſi
toute l' Armée Ennemie qui
defcendoit la hauteur de
Matere de Volkeghem pour
DUMERCURE . 149
DIE
ne:
•
inf
Sede
L
venir paffer l'Escaut dans
Oudenarde , & fur 5. Ponts
qui avoient efté conftruits à
Betteremfous cette Place.
Mr de Vendome vint à
toute bride au Moulin de
Moringen ; il renvoya les
campemens à leurs Regimens.
hali & ordonna aux Cavaliers
éclopez de monter à cheval
& dejoindre leurs Regimens.
Ilfit auffitoft commander 30 .
Compagnies de Grenadiers
pour s'emparer des hayes &
pades chemins creux , qui reg-
Niij
250 SUPPLEMENT
noient le long de la Plaine,
&qui nous feparoient des
Ennemis. Ce Prince ayant
efté luy-mefme pofter les
9
ça
Grenadiers ,
s'apperçut que
les Ennemis eftoient déja
enplusgrandnombre en dede
l'Efcant, qu'il ne penfoit
; c'eft pourquoi il envoya
ordre aux Troupes de s'avancer
promptement
, dans
la refolution
d'engager une
affaire.
Les Ennemis à mesure
qu'ils paffoient s'alongeoient
DU MERCURE . 15
e
fur leur droite le long de la
Plaine , joignant l'Escaut,
ce qui obligea le Corps de
Referve deMr de Biron de
la quitter & de repaſſer les
hayes & les défile ; ce qui
engagea Mr de Vendome de
faire pofter une batterie de
10. Pieces de canon à laChapelle
, au deffus de Huiffe ,
qui ayant tiré dans cette
Plaine, qu'elle commandoit,
obligea les Ennemis de fe
retirer avec quelqu'efpece de
defordre vers Oudenarde,
N iiij
152
SUPPLEMENT
defaire reculer leurs colonnes
laiffant quelques morts fur
la Place.
Pendant ce temps- là la
Cavalerie de la droite s'ef
tant formée à fon pofte, &
l'Infanterie
eftant arrivée ,
on la plaça dans les hayes
& dans les chemins creux
du centre. Quant à ce qui
regarde la premiere ligne, on
y mit encore une Brigade de
canon, qui eftoit toute l'Artillerie
qui avoit pu arriver.
Les
Ennemis ayant fait
DU MERCURE 153
avancer leurInfanterie dans
ces hayes & chemins creux,
ne tarda guere à en venir
aux mains ; & le feu commença
vivement fur les 4.
heures aprés midi, au centre
à la droite de l'Infanterie.
Mr de Vendôme s'y
eftant rendu, fit forcer &
plufieurs fois reculer les
lignes des Ennemis : mais
comme ils avoient encore
Ar derriere eux une infinité de
foffer & de hayes , c'eftoit
0%
del
Der
fait toujours à recommencer. Ce
154 SUPPLEMENT
Prince fit des actions de
valeur furprenantes en cette
occafion, & s'y diftingua en
Capitaine & en Soldat , &
ilent deux de fes Gens tuez
àfes côtez .
2
Cependant
la Cavalerie
eftoit en bataille, fans pouvoir
entrer en action, tant
la droite qu'à la gauche
qu'elle s'étendoit
juſqu'à
Efcaut prés d' Apres , à
caufe des defilez des coupures
qui l'empêchoient
de
fe former. La Maison du
DU
MERCURE . 155
a
1,0
aleri
Roy & quelques autres
Corps de la droite de Cavalerie,
ayant voulu s'avan
cer pour attaquer s'engathe
gerent dans des chemins
creux, où ilsfouffrirent beau
coup du feu de l'Infanterie,
соцр
po qui enfin les obligea à fe re
Ant tirer ; mais la Gendarmerie
attaqua fià propos 15. Efca
drons de Dragons Ennemis
qui vouloient attaquer quel
sco ques-uns de nos Bataillons
en Plaine , qu'elle renversa,
tailla en pieces la plusgrande
uche
es,
SCOM
int
a
156 SUPPLEMENT
partie, &pourfuivit le refte
jufque dans leurs lignes.
Les Princes defirant foûtenir
le combat d'Infanterie
, & les avantages qu'on
yavoit , firent avancer la
feconde ligne , qui n'avoit
point combattu. Les Ennemis
s'en eftant apperçûs , &
qu'il n'y avoit plus rien entre
Noringhem & le centre,
firent couler le long des chemin's
creux entre la droite de
l'Infanterie , & la gauche
de la Cavalerie de la droite ,
DU MERCURE is
une Colonne de Cavalerie
& de Dragons qui vint
dans cette Plaine , charger
quelques Efcadrons de Cavalerie
qui y étoient & un
gros où eftoient les Princes
qui effectivement furent
dans ungrand danger dans
cette occafion , & effuyerent
la décharge de ces Troupes
avec beaucoup de fermeté
& de courage. Cela caufa
cependant une espece de déroute,
jusqu'au lieu où eftoit
le Corps de Referve des
158 SUPPLEMENT
bleffez , où ayant fait ferme,
& laCavalerie de lafeconde
ligne accourue pour charger
les Ennemis , ils furent reporffez
& poursuivis avec
plus de defordre , qu'ils ne
nous en avoient caufe , &
les Princes retournerent au
Moulin de Moringhem , où
ils eurent avis que Mr le
Comte de Coignies à la tefte
des Dragons, avoit remporté
quelques avantages à la
droite. Cefut en quelquefaçon
la derniere catastrophe
a
DU
MERCURE . 159
de cette journée ; car la nuit
eftant entierement venuë, le
feu ceffa depart & d'autre,
3. fur les 9. heures dufoir, n'y
ayant pas d'apparence
de
forcer les Ennemis qui te
noient de pofte en pofte , où
teffe
ils trouvoient continuellement
de nouveaux retranchemens
naturels ; & qui
l'auroit voulu
entreprendre
,
auroit vú perir le dernier
Soldat de l'Armée.
Les
Regimens du Roy,
Spaar, Saint Second, Bou160
SUPPLEMENT
flers , Royal Rouillon , &
de Vendome , font ceux qui
ont leplusfouffert on croit la
perte égale de part & d'autre
, tant tuez que bleffez.
Je ne fuis pas encore bien
informé de tous les Officiers
de remarque qui nous manquent
; mais voici ceux qui
font venus àma connoiffance
Le Marquis de Ximenes
lonel du Royal Rouſſillon , le
Chevalier dePezeux Brigadier
de Dragons & Colonel,
le Marquis de Chapizean
CoDU
MERCURE . 161
de la Maifon du Roy.
L'Arméequittafespoftes,
& le Champ de bataille
aprés minuit en très bon ordre,
& prit la route de Gand
où Meffeigneurs
les Princes
& Mr de Vendôme fe rendirent
.
Les
Ennemis à la pointe
du jour du 12. Juillet, s'eftant
apperçus
de cette retraite
voulurent
donner fur l'arviere
garde; mais les Grenadiers
& les Carabiniers
les
repoufferent
toûjours
avec
Juillet 1708.
162 SUPPLEMENT
perte ; mais ils firent priſonniers
tous les Soldats bleſſe
qui ne nous purent Suivre.
Le même jour l' Armée traverfa
la Ville de Gand &
alla camper audelà , fur le
>
bord du Canal de Gand à
Bruges , la droitefur le chemin
de cette derniere Ville
&la gauche à Gand , & le
Quartiergeneral icy ; l'Ar
mée fut rejointe par un
grand nombre de Soldats.
Il y a beaucoup de chofes
effentielles dans cette
DU MERCURE. 16
Relation qui doivent eftre
remarquées , dont la prem'ere
eft que la conftruction
des Ponts fur l'Efcaut
ayant arrêté les Troupes
pendant 4. heures , on auroit
peut- eſtre pû arriver
affez tôt pour s'emparer des
Poftes que les Ennemis occuperent
.
La perte du temps que
la conſtruction de ces
Ponts a fait perdre, ne peut
eftre imputée à perfonne;
& comme l'on ne pouvoit
O ijs
164 SUPPLEMENT
y
fe difpenfer de les faire , il
falloit employer
le temps
neceffaire , & fi cela en a
fait perdre , c'eſt un malheur
& non pas une faute.
On voit dans la même
Relation qu'il n'y a point
eu de temps perdu enfuite,
& qu'auffi-tôt que Mr de
Vendôme cut aperçu les
Ennemis , & confideré l'état
des choſes , il fit faire
tous les mouvemens neceffaires
pour commencer le
combat , & que ce Prince
l'engagea.
DU MERCURE 165
cer
I
Il paroift qu'il fit reculer
d'abord la colonne des Ennemis.
On voit qu'il eut encore
le même avantage quelque
temps aprés , mais qu'il eftoit
obligé de recommencer
toûjours de nouvelles
attaques , parce que les Ennemis
avoient derriere eux
une infinité de hayes & de
foffez ; de maniere que fifa
Cavalerie avoit pû agir ,
comme il paroift dans la
fuite de cette Relation qu'el
166 SUPPLEMENT
le tenta de faire , elle auroit
moins fouffert , & les
Ennemis auroient eſté accablez.
On y voit de plus que
Meſſeigneurs
les Princes y
firent des merveilles en voulant
foûtenir le combat , &
qu'ils furent même en
grand danger , à cauſe de
la colonne de Cavalerie ennemie
qui furvint , & dont
ils furent fur le point d'eftre
envelopez ; mais qu'en
ayant effuyé la décharge
DU MERCURE. 167
avec beaucoup de conſtance
& de fermeté , cela donna
lieu d'attendre la Cava-
Ierie de la ſeconde ligne qui
repouffa les Ennemis avec
plus de defordre qu'ils n'en
avoient caufé .
Enfin il refulte de cette
Relation qui paroiſt fort
detaillée , que pendant que
tous les coups de main ſe
font donnez , nous avons
toûjours eu l'avantage , &
que la victoire nous feroit:
demeurée , s'il avoit efté
168 SUPPLEMENT
poffible de forcer toûjours
des hayes , & de paffer toûjours
des foffez , & que cependant
nôtre perte ne peut
avoir efté auffi confiderable
à beaucoup prés que les Ennemis
le publient ; que tous
les Drapeaux & les Etendars
qu'ils difent avoir pris , font
autant de chimeres ; que
nous n'avons ceffé le combat
, que parce qu'il eſtoit
impoffible de forcer un
nombre infini de Poftes défendus
par la Nature , &
ཝཱ
que
DU MERCURE. 169
que lorsque le combat a
ceffé , nous étions maîtres
de le recommencer
ou de
nous retirer , ce qui fe prouve
par deux chofes inconteftables
, l'une que l'on agita
dans un Confeil fi l'on
attaqueroit de nouveau les
Ennemis , ou fi l'on fe retireroit
: le dernier party fut
fuivi ; mais comme le com-
10
e
bat avoit ceffe avec le jour,
& que l'on ne quitta le
Camp que quelques heures
aprés minuit , & que
Juillet 1708.
P
370
SUPPLEMENT
font
ces deux chofes font generalement
connues de tout
le monde , & qu'elles ne
pas même contredites
par les Ennemis , il eft conf
tant qu'il n'y a rien dans
tout cela qui fente la déroute
d'une Armée , ni mê
me qui en aproche ; & lorfqu'il
n'y a ni défaite ni déroute
, il n'eft pas poffible
que l'on ait fait beaucoup
de prifonniers
, puifque l'on
n'en peut faire que lorfque
l'épouvante fe met dans des
DU MERCURE. 377
Troupes qui s'enfuyent , &
que celles de l'Armée des
deux Couronnes fe repoſerentlong-
temps aprés lecom
bat , & que prefque toute
l'Armée qui avoit lieu d'ef
tre fatiguée , eftoit endormie
, lorfqu'on y reçut les
ordres de marcher du côté
de Gand ; la nuit fut cauſe
que plufieurs s'égarerent ,
& les Ennemis ayant oüy
dire qu'il nous manquoit
beaucoup de Troupes , crurent
qu'ils pouvoient pu-
Pij
171 SUPPLEMENT
.
blier qu'elles eftoient prifonnieres,
& peut- eſtre même
que quelques uns ſe l'imaginerent
, n'ayant pas
combattu du côté où ces
prifonniers fupofez avoient
efté faits. Ce font des verife
tez qui ont efté éclaircies
par le temps , & qui quelques
jours aprés le combat,
ne furent ignorées de perfonne.
Pour mêler les Relations ,
je vous en envoye une qui
n'eft pas fort étenduë , mais
DU
MERCURE. 173
que vous trouverez fort naturelle
; elle eft du . Chirurgien
d'une des Compagnies
des Gardes du Corps .
Au Camp prés de Gand ce
13. Juillet 1708.
Mercredy fur les onze
heures du matin ; ayantfait
paffer notre Armée fur l'Efcaut
à trois lieues de Gand,
nous marchâmes où plûtôt
nous courûmes jufques visà-
vis Oudenarde , où aprés
P iij
174 SUPPLEMENT
plufieurs mouvemens on attaqua
les Ennemis qui nous
recurent fort bien ; c'eftoit
dans un Pays extremément
couvert de hayes & de brouffailles
; ainfi il eftoit avantageux
aux Ennemis qui
ont une tres- bonne Infanterie.
Onpofta la Maifon du
Roy derriere l'Infanterie ;
je l'accompagnay jusqu'au
dit lieu ; mais dés le moque
notre
ment que je vis
Aumônier fe difpofoit à
donner l'Abfolution
, je pris
DU
MERCURE . 175
le large , & je paffay derriere
hors la portée du fufil, &
de crainte d'eflre incommode
du canon , je me mis derriere
un gros arbre ; je n'y
demeuray pas long-temps ,
& voyant que les bales venoient
juſqu'à nous , je m'énd
loignay encore ; il fe faifoit
de part & d'autre un feu
terrible , c'est- à- dire des plus
furieux que l'on puiſſe faire;
otre la Maifon du Roy eftoit en
butte à tous les coups de
moufquets, & ilfaut que
mo
Piiij
176 SUPPLEMENT
les Ennemis foient bien maladroits
, puifqu'aufeu qu'ils
faifoient , on auroit dû croire
que cette Maiſon auroit
du périr entierement ; cela
n'a pas empêché qu'il n'y en
ait eu quelques- uns de tuez
& de bleffez , cependant
nous n'avons eu dans nos
deux Efcadrons de Villeroy
que cinq bleffez, quatre
Gardes , & Mr de Neuchelle
bleffé legerement à la
joue d'une bale morte qui
n'a pas eu laforce de percer
DU MERCURE 177
·lajouë depart enpart, étant
reftée fous la peau , & qui.
eftfortie lorsqu'on a tiré un
bouquet de cheveux de fa
perruque qui estoit entré
dans la joue avec la bale:
Notre Aumônier me cria
de venirpanfer Mr de Neuchelle
; jy courus auſſi-tôt,
maisj'eus bien de la peine à
le panfer en repos , car les
bales nous importunoient de
tous côtes je le panfaypour
tant un peu à la hafte , &
erer comme il vouloit retourner
Tex178
SUPPLEMENT
à la Troupe , je luy dis qu'il
n'eftoit pas en état ayant la
tête
bandée , il prit le party
d'aller auprés des Princes
qui eftoient peu éloignez, de
là ; mais à peine y fumes
nous arrive , qu'il fortit .
•
une groffe troupe de Houfards
& de Dragons ennemis
qui fit un tres-grosfeu
fur nous . Je dois vous faire
remarquer
qu'ils tiroient
trop haut , ce qui eftoit cau
fe qu'ils bleffoient peu de
gens. Il eftoit prefque nuit
DU
MERCURE. 179
lorfque le combatfinit ; nous
vinmes juſqu'au prés d'un
moulin-à- vent où l'on avoit
donné l'ordre du ralliement,
& d'où un peu avant lejour
les Princes partirent pour
orvenir à Gand. Nous cam-
Ho pâmes par delà , & nôtre
droite oujefuis, en eft à trois
lieues fur le Canal de Brufam
ges ; les Ennemis ont perdu
dans cette affaire du moins
autant de monde
nik
cal
que nous.
Quatre Escadrons de la
Gendarmerie
ont fait mer→
180 SUPPLEMENT
veilles , &peu enfont reve
nus fans eftre bleſſe . Nos
Princes , comme je viens de
vous marquer , ont couru
rifque d'y eftrepris ; cépendant
ce n'a efté qu'un combat
d'Infanterie , peu de Cavalerie
ayant donné à caufe
de la difficulté du terrain .
On doit ajoûter plus de
foy à de pareilles Relations
qu'à beaucoup d'autres ,
d'autant que la nature y
parle , ainfi que je vous l'ay
DU MERCURE 181
4
déja dit , & qu'un homme,
qui raporte ce qu'il a vû &
qui n'eft pas tout à fait du
métier , parle avec d'autant
moins de déguiſement
qu'il luy feroit mal - aifé de
bien déguiſer leschofes qu'il
raporte . On voit dans cette
Relation la fermeté de la
es
Maiſon du Roy bien dépeinte
, & que les Ennemis
ne font pas d'habiles tireurs
; s'ils ont tiré pendant
tout le combat de la même
maniere qu'il eft marqué
182 SUPPLEMENT
dans cette Relation , on
peut dire qu'ils ont faitplus
de bruit que de mal , & la
maniere dont on marque
qu'ils ont tiré, eft celle dont
fe fervent ordinairement
ceux qui ont peur.
On voit auffi dans cette
Relation le rifque que les
Princes , avec lefquels vous
fçavez que Mr le Chevalier
de Saint Georges eft
toûjours , ont couru ; il faut
que ce riſque ait eſté grand,
& qu'ils ayent fait voir
DU MERCURE 183
beaucoup de valeur & d'intrepidité,
puifqu'une colonne
des Ennemis ayant percé
jufqu'à eux , ce qui fai
foit un furcroy d'Ennemis
à combattre; ils fe font neanmois
tirez d'affaire. Toute
çette Relation ne donne pas
lieu de croire que nous
ayons fait une grande perete
, ce qui feroit d'autant
mieux marqué fi elle avoit
fa efté grande , que celuy qui
l'a écrite ne marquant
pas
qu'il fuſt exempt de crainand
184 SUPPLEMENT
te , il auroit chargé le mal
s'il avoit efté grand; &
comme il le fait peu confiderable
, on doit croire
qu'il l'a encore efté moins,
La Relation qui fuit vient
d'une perfonne de diſtinction
, & qui a dû eſtre bien
informée de ce qu'elle a
dit.
L'Armée du Roy partit
de Ledde leo. de ce mois ;
elle campa le foir à Schelderodefur
l' Efcaut , la droite
à Gavre;.& la gauche à
DU MERCURE. 185
Mile , fur la Chauffée de
Gand. Les Ennemis qui
étoient campe leur droite
à Herfelinghen,&& leurgauche
à Gammarache pafferent
la Dendre , le même
jour 10. à Gramont & à
Acrenprés de Leffines marchant
vers Oudenarde.
L'on avoit conftruit trois
Pontsfurla Gavre , & l'on
fe mit en mouvement le 11.
pourypaffer l'Escaut avec
Paile droite & le centre ; les
deux lignes de Cavalerie de
Juillet 1708.
186 SUPPLEMENT
Paîle gauche, & les Brigades
d'Infanterie de Navar
re & de Condé, furent envoyées
pour paſſer cette Riviere
à Gand.
L'on apprit vers les 10.
beures du matin que les
Ennemis paffoient l'ES
caut ; l'on ordonna de pref
fer la marche des Troupes
du Roy. Mr de Biron qui
étoit de l'autre côté de la
Riviere avec fa Referve ,
s'avança le matin fur les
hauteurs d'Oudenarde ; il
DU
MERCURE . 187
fit avertirfur les deux heures.
de l'apref- midy , qu'il voyoit
fous cette Place au moins
vingt Efcadrons qui avoient
-paffe l'Efcant , & même de
Infanterie. Monfeigneur
Le Duc de
Bourgogne qui
recent cet avis au Moulin
de Gavre , donna ordre de
faire achever de passer les
Troupes: ilfe rendit de l'autre
côté de la Riviere avec
Mr le Duc de Vendôme ,
its s'avancerent fur les
Treux. Toute l'Armée étant
Qij
188 SUPPLEMENT
pafféefur les trois heures de
l'apres-midy, l'on rompit les
Pants. Lorfque l'on arriva
fur les hauteurs d'Oudenarde
, les Troupes que les Ennemis
avoient fait paffer ,
étoient augmentées ; elles
salongerentfur leur droite ;
on jetta des Grenadiers
dans des Chemins creux ,
& dans des Hayes dont on
chaffa les Ennemis ; ils en
occuperent d'autres de leur
côté, & dix pieces de canon
placées fur la hauteur prés
3
DU MERCURE 189
10
es
d'une Chapelle , endomagerént
un Corps de Cavalerie
Ennemie , qu'ils avoient
fait deborder par leur droite
dans la Plaine .
Les Troupes des Ennemis
paffoient cependant
avec précipitation à Oudenarde
& au deffous , &
dans cette état le Combat
engagé peu aprés à quatre
beures de l'apres-midy par
un tres-grand feu de moufqueteriescontinuajufqu'à
la
Buit. L'Infanterie Enne190
SUPPLEMENT
mie fut d'abord fort mal
traitée ; on fe difputa enfuite
les hayes & bes chemins
avec uneperte presque.
égale de part & d'autre.
Pendant ce temps là quelques
Efcadrons de la
droite des Ennemis cauferent
de l'embarras dans
•
quelques Corps de l'Infanterie
de l'Armée du Roy.
Meffeigneurs les Princes ,
ainfi que Monfieur le Chevalier
de Saint George qui
fe trouverent dans le plus
DU MERCURE . 191
fort de l'action , animerent
leurs Troupesparleurs prefence
; la nuit ayant fait
ceffer le combat , l'ongarda
de part & d'autre lespoftes
que l'on occupoit ; l'Armée
du Roy.demeura donc dans
cet eftat juſqu'au 12. an
matin qu'elle marcha pour
paffer la Lys & le Canal ,
& pour le camper dans le
pofte qu'elle occupe, fa droite
à Bellem- Bruggen , fagau
che vers Gandle Canal devant
elle. Elle y arriva le
y
192 SUPPLEMENT
mêmejour. Quelques Troupes
legeres des Ennemis sapprocherent
de l'arriere-garde,
qui étoit commandée par
Mr le Chevalier du Rozel
& par Mr le Marquis de
Nangis ; elles ne peurent
l'entamer.
L'onignore encore laperte
que l'on a faite de part &
d'autre; Mr de Biron eft
refté parmi les prifonniers
faitsfurnous. Mr le Duc
de Saint Agnan & Mr
Danceny Colonels de Cavalerie
бU MERCURE . 193
valerie font auffi de ce nombre.
Mr de Biron a été
bleffé; Mr de Ximenes Colonel
du Regiment Royal
Rouffillon a esté tué , &
Mr le Comte d'Angene ,
Colonel du Regiment Royal
de la Marine & Brigadier
bleffé ; on le croit prifonnier.
Nous avons entr'autres
de ceux des Ennemis , le
Major General des Troupes
Angloifes qui eft en eftime
dans leur Nation.
Les Princes & Mr de
Juillet 1708.
R
194 SUPPLEMENT
Vendome ont agy avec beau
coup de valeur & de conduite
& ils ont eftéfort expofez
pendant toute l'ac
ction.
On voit bien que cette
Relation doit eftre non feulement
d'un homme du
mêtier ; mais auffi d'un
homme qui en eft parfaitement
inftruit.
Rien n'eft mieux marqué
que le font les marches
des deux Armées au commencement
de cette Rela-
W
DU
MERCURE 195
tion. Le reſte eft précis ,
& ne laiffe pas de confirmer
ce qui eſt beaucoup plus
étendu dans d'autres Relations
, & l'on doit remarquer
qu'elle ne donne pas
plus d'idée d'une grand perte
que les autres en ont donné
; de maniere que comme
il y paroît un grand air
de verité , elle fert à confirmer
que tout ce que les
Ennemis ont dit de nos
pertes eft outré , & que
leurs exagerations doivent
Rij
196 SUPPLEMENT
ettre regardées comme des
fables , & je vous en donneray
des preuves dans la
fuite , ainfi que je vous l'ay
promis .
Vous trouverez la Relation
qui fuit , remplie de
beaucoup de faits nouveaux.
Que le 9.Juillet fur les 9.
heures du foir, l'on rapporta
à nos Generaux que les Ennemis
eftoient décampez,&
qu'ils marchoient pour aller
camper à Enguien , &conDUMERCURE
197
noiffant que c'eftoit la verité,
ils donnerent les ordres à
toute noftre Armée de décamper
, fi bien le lenque
demain 10de ce mois à la
petite pointe du jour , on fit
battre la Generale & l'Affemblée,
& auffitoft on fit
marcher du côté de Gavre,
où eftant arrivez à une bonne
lieuë prés, nos Generaux
coucherent dansunChâteau,
&toute noftre Armée dans
la Plaine , fans tendre les
Tentes . Le lendemain II.
R iij
198 SUPPLEMENT
du mois, à 4. heures du matin
, l'on fit marcher toute
noftre Armée en bataille en
bon ordre, & partrois colonnes
pour paffer Escaut à
Gavre; les Ennemis voyant
cela
marcherent auſſi pour
Oudenarde, & ils pafferent
auffi la méme Riviere , &
s'embufquerent dans des
hayes & des marécages;
pour difputer le paffage du
"Pont d'Efpieres. Pendant ce
temps, l'avantgarde de notre
Armée paſſa la Riviere, &
DU MERCURE. 19
ON
marcha droit à eux pour
•pour leur
faire tefte ; en attendant
le
gros de toute noftre Armee,
eftant tous paffez par differens
Ponts, l'on nousfit marcher
en bon ordre & àgrands
pas pour gagner
la Plaine
TELA VILLE
joindre noftre avantgarde,
qui commençoit à efcarmoucher:
lorfque nousfumes
dans la Plaine , nous appergumes
la Cavalerie ennemie
qui eftoit par Efcadrons; on
nous fit auffitôt charger nos
Armes, mettre en état de dé
Riiij
200 SUPPLEMENT
fenfe, & prendre nos poftes;
nous bordâmes un petit ruif-
Seau pendant une bonne
heure. Durant ce temps
noftre canon tira toûjours
furla Cavalerie des Ennemis
, leur tua beaucoup de
के
monde : Noftre Cavalerie
paffa enfuite prés de noftre
pofte parun chemin où l'on
pouvoit défiler quatre
quatre. Eftant tous en pied
dans la même Plaine , les
uns devant les autres , nos
Gensfe mirent en bataille ,
DU MERCURE . 201
marcherent droit à eux
àgrands coups de fufil & .
defabre; ils les poufferent fi
vivement, qu'ilsfurent contraints
de fe retirer & de repaffer
la Riviere enfoulle; de
maniere qu'il y en eut beaucoup
de noye Noftre Cava
lerie aprésles avoirfi vivement
repouffez , revintpar le
même chemin pour feconder
noftre droite , qui faifoit un
feu terrible. Nos Officiers
voyant qu'il n'y avoit plus
rien à craindre , nous firent
202 SUPPLEMENT
quitter noftre pofte , & remonter
la hauteur pour gagner
la Plaine. Lorsque nous
fumes arrivez les Gardes
Suiffes & nous qui enfembon
ble font une Brigade , on nous
fit marcher en bataille & en
ordre ,pourallerdroit aux
Ennemis . Nous defcendêmes
dans unVillage par où il
fallut défiler, & l'on nousfit
couler le long d'un bois d'un
bon quart de lieuë de long ,
où eftant tous arrive , l'on
nous fit remettre en bataille
DU
MERCURE 203
T
marcher en Plaine droit
aux Ennemis , & lorsque
nous en fûmes à la portée
du canon , l'on nousfit mettre
la bayonnette au bout du fu
fil, & marcher fur eux le
long d'une haye vive ; peu
temps aprés, il vint une colomne
d'Infanterie des Ende
nemis, quifirent leur déchargefur
nous, & nous fureux,
ce qui ne fe put faire fans
qu'il y euft un fort grand
nombre de tuez & de bleſſeZ
Nousrechargeâmes nos Ar
204 SUPPLÉMENT
mes 4.à 5.fois & nousfimes
toujours les mêmes dechar
ges les uns fur les autres , notre
droitefit des merveilles .
Lefeufut continuel , il dura
5. ou 6. heures ; les Ennemis
furent repouffez plufieursfois
, & nous criames
3. fois , Vive le Roy , en
faifant voller nos chapeaux
en l'air croyant que
la bataille étoit gagnée , ce
qui feroit arrivéfiles deux
Armées euffent été dans une
belle Plaine ; Mais la nuit
DU MERCURE 203
étant furvenuë , nous fumes
depart & d'autre contraints
de nous retirer. Les
Ennemisfe retirentfous Ou
denarde tant dans les chemins
couverts que dans les
Paliffades , & nôtre Arméefe
retira à une petite demilieuë
de la Ville dans une
Plaine où nous couchâmes
fort las & fort fatiguez , ce
qui n'empêcha pas qu'à
deux heures aprés minuit les
ordres nefuffent donnezpour
marcher du côté de Gand,
206 SUPPLEMENT
ce qui futfait , & l'on nous
fit prendre notre route par
une grande Foreft qui n'a
qu'un grand chemin où l'on
ne peutpafferque dix hommes
defrontparoù il afallu
que toute l'Armée ait defilé,
&&toute l' Artillerie &ſans
Tambour
ni Trompette
parce que l'onfe doutoit bien
que les Ennemis donneroient
fur notre arriere -garde
, ce qu'ils ontfait ; mais
étant compofie de la maison
du Roy , de Carabiniers &
DU
MERCURE. 207
de Dragons , ils furent fi
bien receus , qu'ils furent
obligez de fe retirer aprés
nous avoir caufé une legere
perte. Nous poursuivimes
notre chemin en bon ordre
jufqu'à Gand, où étant arrivez
fur le Glacis , l'on
nous fit mettre en Bataille ,
& nous bordâmes la Riviere
craignant que les Ennemis
ne vinffent pour la
paffer, & nousy demeurâmes
pendant fix heures entieres.
On nous fit enfuite
208 SUPPLEMENT
1
marcher fur trois Colonnes
à travers de la Ville de
Gand , & lorfque nous fûmes
tous paſſez de l'autre
côté , nous marchâmes
deux
lieuës le long du Canal qui
conduit de Gand à Bruges,
& la nuit étant venue à ne
plus voir marcher , nous ne
paflames pas outre , & à
quatre heures du matin on
appella les Sergens & les
Fouriers
pour marquer
Camp. Si bien que toute
notre Armée eft campée
à
le
DU MERCURE 209
preſent tout le long du Canal
, nefaifant qu'une ligne
qui contient trois grandes
lieuës ; on a laiffé deux Brigades
d'Infanterie dans la
Ville de Gand pour la garder.
Le 14. on commanda
quantité de Soldats pour
ར
travailler àfaire des retranchemens
le long du Canal.
Pour peu que l'on examine
cette Relation avec
l'attention qu'elle merite ,
on y remarquera beaucoup
de faits nouveaux , c'eſt - à-
Juilllet 1708. S
210 SUPPLEMENT
dire qui ne fe trouvent
point dans les precedentes,
& c'eſt la feule qui ſe ſoit
étendue fur plufieurs choſes
qui fe font paffées avant que
l'Action devint prefque generale.
Je dois parler ainfi
d'une Action où l'une des
ailes de nôtre Armée a feulement
combattu , & où
la Cavalerie fe trouvoit en
butte aux coups des Ennemis
fans pouvoir agir , ce
qui luy a attiré l'admiration
de tout le monde , amis &
DU MERCURE. 211
ennemis , puifque rien n'a
eſté capable de l'ébranler ,
& que fuivant quelques Relations
elle offroit fa poitrine
aux coups de la meilleure
grace du monde .
Quant à ce que je dois
vous dire qui s'eſt paſſé
avant le combat principal,
c'eft que nos gens poufferent
fi vivement les Ennemis
au choc de la Riviere,
comme vous venez de voir
dans la Relation que vous
venez de lire , qu'il y en eut
憋
R ij
212 SUPPLEMENT
un grand nombre de culbutez
dans l'eau ; ce qui a
du
raport
à une Relation
faite par un Officier des
Ennemis même , dont je
vous feray part , & qui porte
qu'il y avoit eu plus de
mille Anglois noyez. On
l'en doit croire , puiſqu'il le
doit mieux fçavoir que
l'Officier François qui a
fait la
Relation , qui en parle
, & qui ne pouvoit pas fi
bien fçavoir le nombre des
noyez que les Ennemis qui
DU MERCURE 273
ont fait cette perte.
On voit dans cette mê
me Relation que lorſque la
colonne des Ennemis perça
une partie de nôtre Armée
, le combat fut rude ,
& que l'on fit quatre à
cinq décharges fur cette
colonne , qui ayant eſté
obligée de ſe retirer , donna
lieu à nos gens de croire
qu'ils avoient gagné la bataille
, & en effet ils pouvoient
fe vanter d'avoir
remporté un grand avan
214 SUPPLEMENT
tage ; auffi jetterent -ils jufqu'à
trois fois leurs chapeaux
en l'air en criant vive
le Roy , ce qui ne ſe fait
qu'aprés le gain d'une bataille
; hé en verité les Ennemis
ont mauvaiſe grace
lorfqu'ils parlent de la déroute
de nos gens , & qu'ils
s'attribuent le gain de la
bataille ! ils doivent plûtôt
fonger qu'ils l'auroient perdue
pleinement fans les
hayes & les marécages qui
les ont fauvez , & ils eftoient
DUMERCURE . 215
perdus fi l'on eut combattu
en Plaine.
On voit auffi dans cette
Relation des marches que
nôtre Armée a faites aprés
le combat , ce qui ne fe
trouve pas dans les autres
Relations .
Celle que vous allez lire
eft adreffée à Mr le Comte
de Lionne premier Ecuyer
du Roy , &c. par Mr de
Valernod Capitaine de Grenadiers
au Regiment de Navarre
, diftingué par beau216
SUPPLEMENT
coup d'actions
d'éclat . Je
retranche
ce qui eſt à la
tête de cette Relation , &
qui ne regarde point la
guerre , afin de venir d'abord
au fait.
Ily eut une affaire le 11.
de ce mois entre les deux
Armées. Sur l'avis que nos
Generaux eurent que les
Ennemis marchoient du cô
té d'Oudenarde dans le def
fein d'y paffer l'Escaut,
nous le paffames du côté de
Gand
DU
MERCURE . 217
Gand pour nous acheminer
de ce côté là; mais il nefut
paspoffible deprimer celle des
Ennemis qui avoient déja
paffé toute fon Infanterie ,
& quil'avoient établie dans
des
lieux tresavantageux
,
+
avec quelques pieces de canon
en deçà de ce Fleuve ;
le Pays eftoitfi couvert qu'il
eftoit difficile de bienjuger de
leur
veritable fituation ; cependant
comme il y avoit
lieu de croire par la
grande
marche qu'ils avoientfaite,
Juillet 1708. T
218 SUPPLEMENT
ว
que ce ne pouvoit eftre qu'une
partie de leurs forces qui
avoit paffe ; on prit le party
de les attaquer
, & on
ne fut diffuadé
de ce préjuge
que par la grande refifftance
que l'Infanterie
enne
mie fit pour deffendre
fon
terrain , qu'elle perdit avec
fon canon qu'elle regagna
dans la fuite , & duquel enfin
aprés un auffi grand feu
de moufqueterie que j'aze
entendu de ma vie , elle refta
maîtreffe ; la nuit eſtant
DU
MERCURE. 219
furvenue , fepara les Combattans
, defquels le Regiment
ne fut pas ; c'eſt celuy
de Navarre , nôtre deftinée
l'ayant mis cejour là
à l'arriere-garde où quelque
diligence que nous puf-
Jions faire pour gagner la
tête, nous ne pûmesy arriver
que lorsque l'affairefut
commencée , & nous fumes
obligezdefervir par là comme
d'une espece de referve.
Nos Generaux ayant reflechypendant
la nuitfurl'état
Tij
220 SUPPLEMENT
où eftoit notre Infanterie
que plufieurs charges réiterées
avoientfort mêlées enfemble
, & ayant d'ailleurs
lieu de croire
que
les Ennemis
avoient reçû leurs renforts
de Troupes par l'arri
vée du Prince Eugene , cru
rent que le party le plusfage
eftoit celuy de fonger à la
retraite , & ilfut ordonné
de fe retirer à Gand : nous
fumes chargez de l'Artillerie
comme de ce que nous
avions de plus precieux
;
DU MERCURE. 21f
nous la mêmes en marche
avec notre Brigade à deux
heures aprés minuit ; tout
lerefte de l'Armée nousfuivit
marchant fur deux colones
; cellefur laquelle nous
eftions, & qui eftoit celle qui
eftoit le plus à portée des Ennemis
, fut attaquée à fon
arriere-garde : comme c'eftoit
à l'entrée d'un défilé tresdifficile
, ils ne purent venir
engrand nombre : dix Compagnies
de Grenadiers qui
y eftoientfous les ordres de
Tiij
222 SUPPLEMENT
par
Mr le Marquis de Nangis
, les reçurent tres-bien ,
mais enfuite accablées
le nombre , elles plierent &
Lifferent la liberté aux Ennemis
de fe porter fur les
Regimens de Rifbourg Dra
gons Espagnols , & fur la
Colonelle Generale Cavalerie
qui fouffrirent un peu,
& fur tout les Dragons , à
qui l'on avoit fait mettre
pied à terre : quelqu'Infanterie
qui furvint avec les
Grenadiers
, fit retirer les
DU MERCURE 123
Ennemis , & ils ne reparurent
plus. Mr le Marquis
de Nangis s'ydifiinguafort:
nous continuâmes
noftre
marche fort tranquillement,
& nous nous portâmes en
traverfant la Ville de Gand
dans le Camp où nousfommes
, entre cette Ville &
eft
Bruges, ayant le Canal devant
nous , & noftre Pofte
tres - avantageux
: il n'y
a eu qu'une Brigade de Cavalerie
qui ait donné , &
une ou deux Troupes de
Tiiij
224 SUPPLEMENT
Gendarmerie: la Brigade
de Cavalerie chargea &
renverfa quelques Regimens
de celle des Ennemis qu'ils
avoient pouffez au delà de
leur Infanterie, vers la Plai
ne. La perte qu'ils ont faite
eft plus confiderable que
la nôtre : les deux Efcadrons
de Gendarmerie dont
j'ay parlé cy-deffus , fe formant
auprés de noftre Infanterie,
rencontrerent dans
un chemin creux un gros
Cavalerie ennemie qu'ils
de
DU MERCURE . 223
renverferent entierement
& le rejetterent fous le feu
de noftre Infanterie où ilfut
tres- maltraité : ils ont fait
quelques prifonniers , &fur
tout dans la retraite : enfin
quand nous aurons reçû nos
renforts d'Allemagne, nous
acheverons une affaire qui
na efté qu'ébauchée.
Cette Relation eft la
premiere de celles que vous
7 venez de lire qui porte
qu'on fe faifit d'abord du
226 SUPPLEMENT
canon des Ennemis , ce que
quelques Relations ont oublié
, & ce qui eft neanmoins
veritable , ce fait é
tant confirmé par plufieurs
autres Relations .
On doit inferer delà que
les Ennemis doivent avoir
fait d'abord une perte confiderable,
puiſqu'il n'y a pas
d'apparence qu'ils ayent
laiflé prendre leur canon
fans l'avoir deffendu avec
d'autant plus de vivacité,
que l'on en doit avoir beauDUMERCURE,
127
coup au commencement
d'un combat
, parce que
l'on ne s'eft pas encore fatigué
en combattant ; ainſi
les Ennemis doivent avoir
ſouffert beaucoup en cette
occafion , puifqu'ils ont été
repouffez , & qu'il eſt rare
de perdre du canon fans
perdre plufieurs Officiers
d'Artillerie qui ont ordinairement
beaucoup d'experience
& de valeur , de
maniere que la perte que
l'on fait de ces fortes d'Of
228 SUPPLEMENT
ficiers , ne ſe repare pas tou
jours fi facilement
autres
pertes .
que les
J'ay bien fait de vous
avertir d'abord, qu'à moins
qu'on ne lût un grand nombre
ce Relations , il eftoit
bien difficile de fçavoir à
fond tout ce qui s'eft paffé
dans le combat , & d'en
bien déveloper toute la verité
; la Relation que vous
venez de lire en eft une
forte preuve , puifque c'eft
la feule qui a donné un déDU
MERCURE 229
tail de l'attaque de l'arrieregarde
aprés le décampement
de l'Armée. Ce détail
eft tres-beau & tres curieux
, & il doit eftre d'autant
plus recherché , qu'il
ne s'en trouve point d'autre
. On y doit ajoûter foy,
puifque Mr de Valernod
qui s'eft donné la peine de
le faire , a efté témoin de
tout ce qui s'eſt paſſé étant
à la tête des Grenadiers qui
ont combattu .
Voicy ce que j'ay tiré
130 SUPPLEMENT
d'une autre Relation
qui
parle auffi du combat de
l'arriere-garde , mais fort
fuccinctement
.
Mr le Marquis du Rozel
voyant que les Ennemis
tiroient vivement fur
nous , nous fitfaire volte -face
; mais ayant remarqué
qu'ils tâchoient
de nous
couper , ilfit precipiter nôtre
marche , de maniere que
les Ennemis
ne firent pas
une Expedition
confiderable
DU MERCURE. 231
Avec leur grand monde. Je
m'étendrois d'avantage fur
cette affaire , fije n'eftois
preffe de finir ma Lettre.
Mrle Marquis de Bouron
fut bleffe dangereusement au
bas de la jambe.
Vous ferez vous même
les reflexions que vous jugerez
à propos fur cet extrait
de Relation , à quoy
j'ajoûteray ſeulement que
dans une Action qui n'a
pas eſté generale à beau232
SUPPLEMENT
de
coup prés , les deux
Partis
ne doivent
pas avoir
fait
perte
confiderable
.
La Relation
qui ſuit eſt
d'une
perfonne
d'une
groffe
diftinction
. Je fuis perfuadé
qu'elle
ne vous
ennuiera
pas
.
Au Camp de Louvendeghem
le 12. Juillet .
Nous entrâmes hier en
action dans le temps que
nous nous y attendions le
moins.Je meportay dans le
DU 233 MERCURE .
même moment à la droite
avec Mr de Biron, qui devoit
charger lepremier: mais
les
Ennemis pofterent toute
leur Infanterie à des Ponts
qu'ilsavoientfaits audeffous
d'Oudenarde.fejoignis Mr
de
Vendôme: nous primes
20. Bataillons que nous
fimes marcher pour une ſeconde
ligne qui eftoit un peu
éloignée : nous attaquâmes
tous leurs poftes en même
temps & nous lesfimes plier:
mais ils eftoient fur plus-
Juillet 1708.
V
234 SUPPLEMENT
fieurs lignes: ily eut de part
& d'autre ungrandfeu;je
rétablis le defordre de mon
côté, & Mr de Vendôme
du fien. Ils revinrent à la
charge : jefis avancer de nouveaux
Bataillons , & lefeu
devint plus grand : mais il
nous fut impoffible de les dépofter;
le combat dura juf
qu'à la nuit, qui nousfepara.
Je ne crois pas que celui de
Nervinde aitefté plus rude .
QuelquesEfcadrons deGendarmerie
qui foûtenoient
DU MERCURE. 235
noftre Infanterie, firent des
chofes extraordinaires, & ce
matin bien las & fatiguez
de part & d'autre , nous
nousfommes retirez, dans le
Camp où nous fommes.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne vit tout ce qui fe
paſſa & donna par tout fes
ordres en bon General .Je me
Louë fort des
Troupes que
jayfait charger.
La maniere dont parle
celui qui a fait cette Rela-
V
ij
236 SUPPLEMENT
tion , doit vous faire connoiftre
qu'il y a peu de perfonnes
dans l'Armée au deffus
de luy. Elle eft fi courte
qu'elle ne peut donner lieu à
de grands raiſonnemens
mais on y voit que le combat
a été vif, & que lesTroupes
doivent avoir bien fait,
puiſqu'un homme qui femble
avoir efté en cette occa--
fion , de pair avec Mr de
Vendôme , marque qu'il en
eft tres fatisfait .
La Relation qui ſuit eſt
DU MERCURE. 237
moins une Relation du
Combat , qu'un détail de
tout ce que le Regiment du
Roy a fait pendant le Combat,
& comme ce détail eft
tres -curieux , & que l'on
n'y voit rien de repeté , ou
du moins tres peu de choſes
de ce qui fe trouve dans les
autres Relations , je crois
que vous prendrez d'autant
plus de plaifir à le lire que
yous trouverez que l'on y
rend juſtice à tous ceux de
ce Regiment qui ſe font:
238 SUPPLEMENT
diſtinguez , & que vous aimez
à la voir rendre aux
Braves , ce que l'on ne fait
pas dans la plus grande partie
des Relations , où l'on
paſſe ſous filence les actions
des Particuliers, quoiqu'on
doive fouvent à leur valeur
la plus grande partie du
gain d'une Bataille. C'eft
pourquoi tous ceux qui
font desRelations devroient
toûjours y marquer les actions
éclatantes des Particuliers
, rien n'eſtant plus
DU MERCURE 239
capable de les exciter à continuer
d'expofer leur fang
pour le bien & la gloire de
l'Etat , que la juſtice qu'on
rend à leur valeur , ce qui
dans la fuite des temps peut
eſtre utile à leur pofterité.
Cette Relation doit avoir
efté écrite par un Officier
du Regiment n'eftant pas
poffible que d'autres euffent
pû entrer dans les détails où
il est entré.
J'ay crû devoirretrancher
comme j'ay fait en plufieurs
A
240 SUPPLEMENT
Relations , ce qui ſe trouve
au comencement , afin d'entrer
d'abord en matiere.
Au Camp de Louvendeghem,
ce 28. Juillet.
Je vous diray que le Regiment
du Royfaifoit la troifiéme
Brigade de la droite
de la premiere ligne , ayant
celle de Piémont & de Picardie
à fa droite , & celle
de Poitou à fa gauche ; cette
premiere ligne avoit la fesonde
Colonne dans la mara
che
DU MERCURE. 24T
a
che , & marchant par fa
droite , paffa l'Escaut à
Gavre , dans l'ordre qu'elle
étoit campée , & s'allon-
• gea comme toutes les autres
Colonnes à la hauteur d'Oudenarde
, où les Ennemis de
de leur côte ,
paffoient pour
lors cette même Riviere , fur
plufieurs Ponts & fe portoient
à mefure , dans les endroits
les plus coupez & les
plus avantageux quife trosvoient
à portée de leur débouchez
.
Juillet 1708. X
242 SUPPLEMENT
Ce fut dans ces mêmes
poftes où il étoit difficile de
juger du nombre & de lafuperioritédes
Ennemis qui les
occupoient , que le Regiment
de Sa Majesté avecla Brigade
de Poitou , eut ordre
de les charger fous le commandement
de Mr de Grimaldy
Maréchal de Camp,
lefquelles deux Brigades du
Roy & de Poitou qui étoient
compofées de buit Battaillons
, en toutfurent poftées
en avant à cet effet &Sepa
DU
MERCURE . 243
rées des deux Brigades de la
droite & de toutes celles de
la premiere ligne.
Mr de
Grimaldy s'y prefenta
avec beaucoup de valeur,
& ces deux Brigades
fuivantfon exemple , celle
du Roy conduite par Mr du
Barail qui eft Colonel &
Brigadier & celle de Poitou
par Mr de Monchy Brigadier
, allerent attaquer
toutes ces Troupes , "qui
quoique poftées avec avantagefurent
ébranlées à cette
premiere charge. Xij
244 SUPPLEMENT
Mais trouvant
des
Troupes qui nous débordoient
de toute parts &Sou-.
tenuës par plufieurs lignes,
les nôtres furent enfin contraintes
de ceder à la fuperiorité
de leur feu , fous lequel
cependant elles furent
ralliees & ramenées à la
charge en prefence de Monfieur
le Duc de Vendôme qui
fe trouva pour lors à la tête
de la Brigade du Roy
avec Mr le Maréchal de
Matignon , Mrs d'Artai-
2
DU MERCURE 24
gnant , d'Albergotty , le
Chevalier
de Luxembourg
& Palavicin ; nous rentrâpour
lors avec toute la vigueur
poffible dans les hayes
où les Ennemis eftoientpof
tez.
Les Brigades de Picardie
& de Piémont qui arrivoient
pour lors , chargereut
auffi les Ennemis de
leur côté, & penetrerent
dans les mêmes Poftes où
nous nous foûtinmes longtemps
; mais la quantité de
X iij
246 SUPPLEMENT
les
hayes & de foffe dont ce
Pays eft coupé , ne nous permettant
pas dejoindre
Ennemis qui y avoient pof
té toutes leurs forces , nos
Troupes furent obligées de
quitter les hayes ,fans pour
tant s'en éloigner ; nous les
menâmes de cette maniere
fix ou fept fois à la charge,
& les fimes demeurer
à découvert pendant
toute cette Action fous le
feu des Ennemis , laquelle
commença à quatre heures
DU MERCURE . 247
aprés midy , & nefinit qu'à
neuf du foir que la nuit
nous fepara , & fit prendre
le party de la retraite qui
ne fut pas fans difficulté
pour toutes les Troupes qui
avoient toujours efté comme
nous fur les Ennemis ,
qui profitant de l'engagement
où nous eftions , nous
auroient envelopez ; de maniere
qu'on les rencontroit
par tout enfe retirant ; cet
inconvenient pendant une
nuit obfcure Jepara beau-
X iiij
248 SUPPLEMENT
coup d'Officiers & de foldats
de leurs Corps, &donna
aux Ennemis quelquesprifonniers
qui ne purent les
eviter ; car nous eftionsfuivis
de leur Infanterie , &
nous trouvámes leur Cavalerie
qui occupoit presque
tous les Paffages par où.
nous pouvions nous retirer;
enfin nous nous fimes jour
& nous nous retirâmes le
Lendemain fous Gand avec
toute l'Armée.
Le Regiment du Roy a
DU MERCURE. 249
eu affaire dans cette Action
aux Gardes de Hollande
& à des Bataillons des
Troupes de Dannemark ,
de Brandebourg d'Han-
• novre .
Vous jugez bien qu'une
Action auffi vive & auſſi
longue qu'a efté celle là , ne
Se paffe point fans qu'il en
coute beaucoup aux Trou
pes qui y ont combattu depuis
le commencement juf
qu'à la fin , comme a fait
le Regiment de Sa Majef
250 SUPPLEMENT
té ; auffi y at-ilperdu beaucoup
de monde ; 150. bleffez
ou environfe font trainez
aux Hôpitaux de
Gand, & il y en a plus de
50. à Oudenarde , que les
Ennemis ont emportez du
Champ de Bataille , & ils
ontfait environ 100. prifonniers:
à l'égard des Of
ficiers la perte eft tres-confiderable
, puifqu'il y en a
42. tant tuez que blesse ,
ou prifonniers. On doit remarquer
que tous ces Of
DU MERCURE 25t
ficiers font gens de diftinction
& de naissance, puifqu'il
n'y en a point d'autres
dans le Regiment du Roy.
Le nombre de morts & de
bleſſez ne vous doit point
étonner , puifque le Regi-
- ment de Sa Majesté a
toûjours efté dans le feu
depuis le commencement du
combatjuſqu'à lafin, &que
ces Bataillons eftoient complets
, ainfi la perte eft
moins confiderable. Mr de
Feneftranges de la Maiſon
252 SUPPLEMENT
de
Roubault , &
confingermain
de Mr le
Marquis
de
Gamaches ,
commandant
le quatrieme
Bataillon
, a efté tué; Mr de S.
Fuft Capitaine , fils du Gou
verneur de la Citadelle de
Valanciennes , tué ; Mrde
Bienaffis , d'une bonne &
ancienne maifon de Bretagne
Capitaine , tué; Mrs
de Vaugenlieu & de Fontlebon
Lieutenants , morts
de leurs bleffures , ainfi que
Mrs de Bimar & de CaDU
MERCURE. 253
feaux auffi Lieutenants :
tous Officiers qui doivent
eftre regrette à caufe de
leur valeur & de leur merite.
Mr d'Orbeffan commandant
le fecond Bataillon ,
bleffe , auffi bien que Mrs
de la Roque, de Saint Mau
rice , de Pleaux , Dreux ,
Aubeterre , Perroft , tous
Capitaines de même que
Mr de Rybeyre qui eft du
nombre des prifonniers ; les
Lieutenant's bleffez font ,
354 SUPPLEMENT
J
Mrs d'Eftrées , Saint Prie,
la Neuville , la Bonſaudiere
, Rainault , & Bofte
nivifnen l'aîné , & dansle
nombre des prifonniers
,
Mrs le Chevalier de Megrigny
, de Selette ; & du
Auzet font auffi bleffez.
Voicy ceux qui font prifonniers
, Mr de la Chevalerie
commandant le troifiéme
Bataillon avec Mrs
d'Artigalonne , de Ribeyre,
Saint Julien , Beaulieu ,
Dalmans , du Fay, d'Oi-
•
DU
MERCURE 255
feau & Vaffan , tous Capitaines
; les Lieutenantsfont,
Mr le Chevalier Dalmans
, de Pleaux , la Poivriere
, Cliffay , Gleze ,
Malras , Selette , du Cluzet
, & le Chevalier de
• Megrigny.
Je ne vous parle pas de
ceux qui ont reçu des blef
fures legeres ou des . contufions
; car il n'y a prefque
• pas d'Officier de ce Regiment
qui n'ait raporté fur
foy ou dans fes habits des
256 SUPPLEMENT
marques du peril où ils'eft
trouvé. Mr du Barail Colonel
Lieutenant & Bridier
y a combattu avec tou
te la conduite & la valeur
poffible ; il a eu fon cheval
tué fous luy de plufieurs
coups . Mr de Beaupuy
Lieutenant Colonel s'y eft
comporté avec toute lavaleur
imaginable. Mr de Vidampierre
Major fe trouvant
incommode de lagoutte
au pied gauche qui ne
pouvoit fe foûtenir depuis
DU MERCURE 257
fix jours , & qui fuivoit
pour lors le Regiment en
chaife , oublia fon mal à
l'aproche des Ennemis, coupa
toutefa botte pour monter
à cheval , & il eut affez
deforce pourfaire toutes
les fonctions defon employ
pendant toute cette Ac
tion , d'où il revint avec
•
fon habit tout brûlé ou déchire
par les coups. Les
Sieurs de Saint Martin ,
de Villers & Defclavels
Capitaines de Grenadiers ,
258 SUPPLEMENT
s'y font comporte avec tou
te la valeur poffible. Mr
de Crevecoeur quatrième
Capitaine de Grenadiers ,
eftoit depuis huitjours détaché
à Gand. Mr de la
Buffiere Aide- Major a eu
fon cheval tue fous luy , &
y a remply tous fes devoirs
auffi bien que tous les autres
Officiers Majors , & generalement
tous les Capitaines
& les Lieutenants qui
compofent ce Regiment.
Sij'avois de pareilles ReDU
MERCURE . 259
lations de tous lesCorps qui
ont combattu , le tout enfemble
formeroit le plus
bel ouvrage qui eut jamais
paru de la nature de celuy
que je vous envoye aujourd'huy
, & cette Relation
doit fervir de modele à
tous ceux qui voudront
parler de leurs Corps , lorfque
ces Corps fe feront
trouvez dans des Actions
éclatantes.
Quoyqu'elle paroiffe
n'avoir efté faite que
pour faire connoiſtre tout
Y ij
260 SUPPLEMENT
ce que le Regiment du Roy
a fait dans le combat donné
prés d'Oudenarde , de
digne du grand nom qu'il
porte , & pour rendre juftice
à tous les Officiers qui
le rempliffent, dont le nombre
eft grand , puifqu'il eſt
compofé de quatre Bataillons.
Quoyque dif- je, cette
Relation paroiffe n'avoir
oublié aucun des noms de
ceux qui dans cette grande
affaire , ont merité par une
valeur & par une fermeté
DU MERCURE. 267
incroyable d'eftre immortaliſez
, elle ne laiffe pas de
donner une idée de la maniere
dont tout le combat
s'eft paffé , & de rendre
juſtice aux autres Corps
qui fe font trouvez aſſez
heureux pour repandre leur
fang dans une occafion auffi
perilleuſe , pour la gloire de
leur Roy & de leur Patrie,
& pour le bien de l'Etat.
Je paffe à la derniere Relation
dont j'ay refolu de 1
vous faire part dans cette
262 SUPPLEMENT
Lettre , quoyque j'en aye
un grand nombre d'autres
qui meriteroient d'eſtre rendues
publiques ; mais il me
reſte à vous parler de tant
de chofes pour remplir le
deffein que je me ſuis propofé
, que je ne pourrois
trouver de place pour vous
en entretenir même tresfuccintement
, fi je ne me
faifois violence pour m'arrêter
au milieu d'une Carriere
où je fuis emporté par
la rapidité du penchant qui
DU MERCURE . 263
me porte à ne rien laiſſer
en arriere de tout ce qui regarde
le grand deffein que
j'ay entrepris ; mais comme
il eft compofé de plufieurs
parties , il faut que je trouve
de la place pour toutes,
ace que je ne pourrois faire
fi je continuois de remplir
cet ouvrage de toutes les
Relations qui meriteroient
d'y trouver place , cependant
je ne puis m'empêcher
d'y joindre encore la
Relation fuivante , puif264
SUPPEMENT
.qu'elle regarde un des plus
beaux & des plus anciens
Regimens de France , pour
ne pas dire le plus ancien ,
fi je fuivois l'opinion de
ceux qui en parlent de la
forte , les gens du mêtier
connoiftront d'abord que
je veux parler du Regiment
de Picardie. Je vous
envoye donc une Relation
écrite par un Officier d'un
des plus grands Corps qui
ait jamais efté. Voicy cette
Relation.
A
DU MERCURE 265
J.
A Gand ce 12. Juillet 1708.
Nous eûmes hier un
des gros combats d'Infanterie
qui fe foit donné depuis
long-temps ; nous attaquâmes
les Ennemisfous
Oudenarde ; le combat commença
à quatre heures aprésmidy
, & durajuſqu'à
neufheures. La Cavalerie
ne chargea point , & nous
fumes toujours dans des
Pays épouventables entou
rez de hayes tres-épaiffes,
Juillet 1708.
Ꮓ
266 SUPPLEMENT
de vadragands & de foffez
méme où il y avoit de
leau; noftre Brigade attaqua
la premiere ; nous eûmes
à faire aux Effois &
aux
a
Brandebourgeois que
nous eûmes le plaifir de renverfer
en prefence de Mr
de Vendôme qui vint à nôtre
tefte ; nous les repouf
fames de hayes en hayesjuf
ques dans la plaine où eftoit
formé leur Cavalerie. Mr
de Vendome ordonna à Mr
le Prince de Montbazon
DU
MERCURE. 267
notre Colonel, de s'arrêter
& de fe ranger en bataille
afin de nous raffembler tous ,
& pendant ce temps - là ce
General alla faire charger
de côté & d'autre : il dit à
notre
Colonel en le
quittant
qu'il eftoit content de nôtre
Brigade. Ce Colonel lafit
encore charger quatre fois
depuis que ce Prince luy eut
parlé de la forte , & toûjours
avec
avantage , quoyque
le terrain
empêchaft
qu'elle ne fuftfoutenue, Sur
Zij
268 SUPPLEMENT.
les huit heures du foir nos
foldats eftoientfi fatigue
du grandnombre de charges
qu'ils avoient faites , qu'il
paroiffoit difficile que leurs
forces pullent répondre à leur
zele. Comme toute la Mai-
.
fon du Roy & la Gendarmerie
eftoient derriere nous,
pofte dans une plaine en-
Z
tourée de hayes & de défilez
, Mr de Gaffion vint
dire à notre Colonel qu'il
falloit encore donner un
coup de collier , parce que
DU MERCURE. 269
fi nous nous retirions , toute
cette Cavalerie courroit
rifque d'eftre affommée par
le feu de l'Infanterie ennemie
, ne pouvant ſe retirer
que par des défilez , & qu'il
luy falloit donner le temps
de pouvoir paffer. Mrle
Prince de MontbaZon fe
remit à la tête de la Briga
1
de, & la pofta dans des
hayes vis -à- vis les Ennemis
, où il luy fit faire halte
, elle y demeura affe
long-temps pour donner lieu
Z
iij
270 SUPPLEMENT
à nôtre
Cavalerie de fe retirer
: nous
demeurâmes pen
dant une heure expoſe au
feu des Ennemisfans bran
lr , & c'eftpendant ce temps
là que nous avons le plus
perdu de monde. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
fit l'honneur de dire à Mr le
Prince de
MontbaZon qu'il
eftoit tres content de lama
niere dont nous nous étions
-
comportez. Jene vous diray
rien de plus ; le public vous
apprendrale refte ; nous n'a
DU MERCURE. 271
vonspas perdu unfeul Dra
peau , & nous en avons
même pris aux Ennemis
pendant l'Action. Nous
fommes derriere le Canal de
Bruges , ne voulanspas nous
expofer le lendemain à un
fecond combat d'Infanterie:
nous n'avonsperdu ni canon
• ni équipages , ainfi on ne
= peut dire que nous avons été
buttus . Il y a 60. Bataillons
& toute la Cavalerie
qui n'ont point chargé, &
qui fe font retirez, avec la
Z iiij
172 SUPPLEMENT
meilleure
contenance du
monde.
Je dois vous dire pour
rendre juſtice aux deux Ba
taillons du Regiment de
Boulonnois, qu'ils faifoient
partie de la Brigade de Picardie
dont je viens de vous
parler; & qu'ainfi ils doivent
partager la gloire dont cette
Brigade s'eft couverte dans
le combat qui fait aujourd'hui
tant de bruit. Je fuis
perfuadé que ce que vous
DU
MERCURE 273
en avez appris a dû vous
faire plaifir ; & de la maniere
quetout ce que la Brigade
de Picardie a fait eft
rapporté dans la Relation
que vous venez de lire , il
eft impoffible qu'il ne réponde
pas à la verité , &
l'on ne peut fans eftre tou
ché & fans admirer la valeur
& l'intrepidité de tant
S de
braves
gens ,
reilles
Relations
.
lire de
pa-
Il vient en ce moment
de tomber entre mes mains
274 SUPPLEMENT
une Relation qui regarde
encore le Regiment de Pi-.
cardie . J'ay cru qu'ellemeritoit
d'être vûë auffi bien que
celle que vous venez de lire.
Au Camp de Louvendeghem
ce 31. Juillet 1708.
La Brigade de Picardie
tenoit la droite de la premiere
ligne d'Infanterie qui
eft fon pofte ordinaire. El
le eftoit compofee des trois
bataillons du Regiment &
DU MERCURE . 27
$
des deux de Boulonnois ;
c'eftoit Mr le Prince de
Montbafon qui la comman
doit. Elle fut des premieres
E qui chargerent ; ce fut à des
Suiffes à qui nous eûmes
affaire dans ce premierfeu,
qui tinrentfortpeu & abandonnerent
leur pofte ; nous
les pourfuivimes toûjours de
bayes en hayes juſqu'à l'entrée
de la Plaine qui est au
bord du glacis d'Oudenarde
, où les ennemis eftoient ,
qui daubloient leurs lignes ,
276 SUPPLEMENT
faifant marcher des Troupes
par leur gauche pour
nous attaquer par noftre
flanc.
Mr le Prince de Montbafon
qui a fait paroiftre
dans cette action toute la valeur,
l'intrepidité , & toute
la prudence d'un homme
confommé dans l'Art de la
Guerre ,
s'apperçut par ce
mouvement que nous eftant
trop avancez nous pouvions
eftre entourez par notre
droite , où ily avoit un
DU MERCURE 277
terrain que pouvoient occuper
les ennemis , couvert par
des hayes vives & des vadragans.
Effectivement c'étoit
leur deffein ; il nous fit
remarcher en bon ordre pour
occuper ce terrain, où nous
nous mifmes en bataille.
Cet endroit eftoit les hayes
derriere lefquelles la Maifon
du Roy eftoit rangée en
bataille pour nous foutenir.
Nous fumes aprés cela attaquer
un front de Troupes
Heffiennes & Hambour
178 SUPPLEMENT
geoifes , qui paroiffoit fur
noftre gauche. Le feu de
part& d'autre fut tres- vif;
nous chargeâmes cinq fois
differentespendant l'action,
& la nuit nous prit aprés
quatre heures de combat . Je
puis vous affurer que quoy
que ces gens-lâ nous oppofaffent
de temps en temps
des Troupes fraîches , ils ne
nous ont pas fait perdre un
poulce de terrain ; nous
nous retirâmes lefoir en bon
ordre ; la Maifon du Roy
DU
MERCURE . 279
す
T
י ז
peut rendre un témoignage
authentique de ce que j'avance;
elle a vû toutes nos
manoeuvres. Tous nos Officiers
à l'imitation de Mr le
Prince de Montbafon qui
s'eftfignalé de l'aveu de tout
Le monde , puifqu'il nous a
toujoursluy-même mené à la
charge , ont également bien
fait , & fe font également
diftinguez à l'envi les uns
des autres.
Je ne vous parle point de
noftre retraite du lendemain;
280 SUPPLEMENT
car les ennemis ne nous
fuivirent point. A l'égard
des Prifonniers qu'on nous
a faits , cefont des gens
qui font demeure bleſſez
fur le Champ de bataille ,
ou qui outrez, de fatigue
, fe font endormis le
long des chemins. Voilà
un récitfidelle de ce qui s'eft
paſſé.
Rien ne prouve mieux
que cette Relation , que
tout ce que les ennemis ont
DU MERCURE . 281
les
dit de la pleine victoire
qu'ils fuppofent avoir remportée,
eft abfolumentfaux,
puiſqu'elle fait voir que
ennemis n'ont pû gagner
un ſeul poulce de terre fur
la Brigade de Picardie
compofée de cinq Bataillons
. Enfin rien n'y peut
donner l'idée de tout ce que
les ennemis ont avancé
dans leurs Nouvelles imprimées.
Je dis dans leurs Nouvelles
imprimées , parce:
qu'il s'en faut beaucoup.
Juillet 1708.
A a
282 SUPPLEMENT
que tous les Officiers qui
ont écrit touchant ce combat
, ne tiennent le même
langage. Auffi les
gens
de
coeur ont-ils naturellement
plus de franchiſe que les
Politiques intereffez qui
font répandre de fauffes
nouvelles pour ébloüirleurs
Peuples , fçachant bien qu'-
ils auroient beaucoup de
peine à les contenir aprés un
malheureux évenement , fi
par de fauffes Relations ;
des Actions de graces au
DU MERCURE 183
Ciel dont ils fe joüent , &
par des feux de joye , ils
n'arreſtoient les premiers
mouvemens des Peuples
qui n'apprennent
enfuite
que peu à peu , & lorſqu'ils
ont commencé à fe remettre
de leur frayeur , ce que
les Troupes qui les deffendent
ont fouffert , & ce que
l'on prend foin de leur déguifer
fi bien qu'ils ne le
Ifçavent jamais dans toute
fon étendue ; & c'eſt pourquoy
les honneftes gens.
Aa ij
284 SUPPLEMENT
d'Angleterre & de Hollande
. Je n'avance rien
fans en avoir eu plufieurs
Lettres ) difent ordinairement
, lorſqu'il s'eſt paſſé
quelque grande action , qu'-
ils attendent les Nouvelles.
imprimées en France , pour
fçavoir la verité , qu'ils ne
peuvent démêler à travers
de toutes les Fables que l'on
fait imprimer en Hollande
& en Angleterre.
Je dois ajoûter à toutes
les Relations que vous veDU
MERCURE . 286
1
nez de voir, la maniere dont
le Major General des Troupes
Angloiſes a efté fait pri
fonnier .
Vous fçavez qu'il y a des
galons d'argent fur les habits
des Gardes du Roy ;
mais vous ignorez peut-être
que lesAnglois ont des troupes
habillées de draps de la
même couleur , & fur lef
quels fontdes galons blancs ;
de maniere que lorsque l'on
eft affez éloigné pour ne
pas difcerner l'argent , &
186 SUPPLEMENT
que l'on ne voit que des
galons blancs fur les uns
& fur les autres habits ,
l'on peut aiſement ſe méprendre
: c'eſt ce qui arriva
aux Anglois fur la fin du
combat lorſque la nuit fut
furvenuë, les Anglois ayant
crû que les Gardes du
Corps de Sa Majeſté pouvoient
eſtre de leurs Troupes
, ce qui empêcha fix
Regimens Anglois de tirer
deffus : le Major General
des Anglois en eftoit auffi
DU MERCURE 287
"
[
prefque perfuadé; mais vou
lant en eftre mieux affuré ,
il prit le party d'avancer ;
mais à peine fut-il proche
du lieu où eftoient les Gardes
du Corps , qu'un Officier
de ces Gardes s'eftant
avancé , luy mit le piſtolet
fous le nez , & luy cria que
vive , à quoy ce Major repondit
, croyant parler àſes
Troupes , voyez, Anglois ,
l'Officier luy repliqua demeure
là , ou je te tuë : voilà
de quelle maniere ce Ma
288 SUPPLEMENT
jor fut fait prifonnier. Om
peut dire que la conformité
des galons blancs a épargné
beaucoup de fang qui
auroit efté repandu de part
& d'autre , fi elle ne l'avoit
empêché ..
Comme toutes les Relations
qui font mention de
la priſe du Fort de Plaffendal
, en ont parlé fans dire
comment ni par
avoit efté pris , & que je
n'en ay rien dit moy - même
lorfque j'en ay parlé , parce
v
¢
ce Fort
que
DU MERCURE. 289
que je n'en eftois pas informé
, je crois devoir ajoûter
icy ce qui fuit.
Le neuf Juillet Mr le
Comte de la Motte détacha
Mr de Villemort Brigadier,
avec fept compagnies
de Grenadiers pour
s'emparer du Fort de Plaf
fendal : il fut emporté la
nuit du 10. au 11. l'épée à
la main : Mr Boët Lieutenant
de Grenadiers du Regiment
de Luxembourg
qui eftoit entré le premier
-Juillet 1708
Bb
190 SUPPLEMENT
dans ce Fort , y fut tué. On
ne perdit que cet Officier
en cette occafion où il y
eut un Sergent de fa compagnie
bleffé à la tête. Mr
Boet s'eftoit diftingué en
plufieurs occaſions , & fur
tout aprés l'Affaire d'Hochſtet,
ayant avec 30. Grenadiers
empêché que 3000.
chevaux paffaffent fur le
Pont de Germershein , &
fait rompre ce Pont en leur
preſence.
Quoyque l'on trouve
DU
MERCURE
291
dans les
Relations qui font
renfermées dans ma Lettre ,
un grand nombre
d'Actions
de la plus haute valeur
, il en eft neanmoins
venu encore beaucoup d'autres
à ma
connoiſſance qui
meritent d'occuper une des
parties de ma Lettre . Vous
10 en jugerez parce que vous
allez lire .
$ Auffi-toft aprés que nos
Troupes
furent
entrées
dans
Gand , il
parut un
Corps
de trois
Eſcadrons
Bb ij
292 SUPPLEMENT :
& de deux Bataillons qui
venoient pour ſe jetter dans
la Place , où ils croyoient
pouvoir entrer la bayonnette
au bout du fufil. M
de Cano , qui commandoit
trois cens chevaux & qui
eftoit pofté à l'entrée de la
Ville proche la porte par
où les ennemis avoient refolu
d'entrer , fortit de la
Place auffi- toft qu'il eut
appris qu'ils s'en approchoient
, & il donna ordre
que dés qu'il en feroit forti
DUMERCURE 293
on abbatift le Pont - levis.
Les ennemis le voyant marcher
à eux , & craignant
qu'il ne fuft fuivi d'un
lant
Corps d'Infanterie qui auroit
pû les envelopper , fe
retirerent auffi-toft, ne voupas
s'engager dans une
action . On peut dire que
rien n'égale l'intrepidité
que Mr de Cano a fait voir
en cette occaſion , puiſque
0. le Corps, au devant duquel
il marcha pour luy livrer
combat , eftoit infiniment
Bb iiij
re 3
294 SUPPLEMENT
fuperieur au fien , & que
fi le combat euſt eſté engagé
& qu'il euft eu du defavantage
, il eftoit affuré
qu'on n'auroit pas abattu
le Pont-levis de la Porte de
Gand par où il eftoit forti
pour aller aux ennemis
parce qu'ils feroient entrez
avec luy dans la Ville.
Ainfi iln'y a point à douter
que lorsqu'il en fortit il
avoit pris la refolution de
vaincre ou de perir.
On ne peut rien ajoûter
DUMERCURE 295
5.
à la valeur que Mr le Che
valier de Luxembourg a
fait paroiftre pendant tout
le temps que le combat a
duré , puifqu'il a mené juſqu'à
quinze fois à la charge,
les Troupes qui estoient
fous fon commandement.
Ce fait paroift conſtant , &
comme il eft fort extraordinaire
& qu'il ſe trouve
même des gens du métier
qui affurent qu'il n'eſt pas
poffible que l'on puifle
charger quinze fois en cinq
Bb iiij
196 SUPPLEMENT
ou fix heures de temps , je
ne vous en parle
qu'aprés
avoir vû cinq ou fix Lettres
qui affurent toutes la même
chofe , & il s'en trouve même
une à la Cour , écrite
par une perfonne
de diftinction
, qui
marque que
ce
Chevalier a mené juf
qu'à dix-fept fois à la charge
le Troupes qu'il
commandoit.
On ne peut donner trop
de louanges à Mr le Marquis
de Fervaque , ColoDU
MERCURE 197
nel du Regiment de Piémont
, puifqu'il a eſté jufqu'à
dix fois à la charge, à
la tefte de ce Regiment. Il
eft aifé de juger que les
Troupes qui ont eſté ſi ſouvent
à la charge doivent
avoir remporté autant de
fois des avantages confide
rables fur les ennemis , puifque
fi elles avoient eſté
battues , elles n'auroient pas
Of
eſté en estat d'y retourner.
Ce n'eft
pas que pour peu
que l'on perde de monde à
298 SUPPLEMENT
chaque charge , un Regiment
ne fe trouve fort affoibli
aprés un pareil combat
; mais il doit avoir caufé
beaucoup plus de dommage
aux ennemis qu'il ne
peut en avoir reçu .
Vous avez vû dans la
derniere des Relations qui
font dans ma Lettre , que
le Regiment de Picardie a
auffi efté pluſieurs fois à la
charge , & qu'ayant Beaucoup
fouffert , Mr le Prince
de Montbazon
qui le comTHEATE
DUMERCURE
LYON
= mande
, auroit
pû fedifpen
DE
A
VILLE
fer de l'y mener la derniere
fois qu'il y alla , mais il
y marcha avec la même intrepidité
& la même confiance
que s'il n'avoit encore
perdu perfonne , lorfque
Mr de Gaffion Lieutenant
general vint luy dire
luy-même de donner encore
un coup de collier , ce qu'il
fit de la meilleure grace du
monde.
1
Mr le Marquis de Gondrin
, fils aîné de Mr le Mar300
SUPPLEMENT
quis d'Antin , s'eft auffi fort
diftingué à la tefte de fon
Regiment
. On remarqua
qu'il avoit combattu de la
main à la main avec avantage
contre plufieurs Officiers
ennemis
; mais ayant
enfin eſté preſque entouré
de plufieurs Soldats , &
eftant fur le point de recevoir
un coup de fabre , un
de fes Domestiques
qui ne
l'avoit point quitté pendant
tout le combat , luy ſauva
ce coup dans le temps qu'il
DU MERCURE. 30
alloit tomber fur fa tefte.
Ce domestique zelé reçut
ce coup de fabre fur fon
bras , & il reçut en même
temps un coup de feu à la
2
jambe.
Mr le Marquis de Beauveau
Infpecteur general de
la Cavalerie , aprés avoir
efté plufieurs fois à la charge
, combatit long-temps
aprés qu'un coup de moufquet
luy eut emporté fa
perruque & fon chapeau ,
& l'on eut beaucoup de pei302
SUPPLEMENT
ne à le faire retirer , tant il
eftoit attaché au combat
qu'il ne vouloit point quitter.
Mr le Comte d'Uzés
frere du Duc de ce nom ,
eftant fort avant dans la
mêlée , eut le bonheur d'éviter
plufieurs coups dont
il auroit dû eftre accablé ,
& il auroit efté tué d'un
coup de piftolet , s'il n'eut
fort à propos écarté le piftolet.
Rien ne marque mieux la
DU MERCURE. 303
vigueur avec laquelle nos
Troupes ont combattu
que ce qu'a fait Mr de Monmein
, qui s'étant enfoncé
parmi les Ennemis à la tête
de 80. Gendarmes , &
fe faifant jour par tout
trouva à la fin qu'il avoit
traversé tout le Camp des
Ennemis ; de maniere qu'il
fe retira à Tournay avecfa
Troupe. Les Ennemis étonnez
de voir tant de valeur
& tant d'intrepidité enſemble
, eftant devenus comme
304 SUPPLEMENT
immobiles , & l'ayant laiffé
paffer comme un Torrent
qu'il eft dangereux de
vouloir arrêter , & qui entraîne
tout ce qui veut
s'opoſer à fon cours.
Mr de Cambronne Lieutenant
Colonel du Regiment
de Lorraine Infanterie
, s'eſt auſſi fort diſtingué ,
il mena trois fois à la charge
le Bataillon qu'il commandoit
: on remarqua
qu'il tua de fà main quatre
hommes qui paroifloient
DU MERCURE . 305
acharnez aprés luy ; il arracha
avec la vie à un jeune
Officier Alleman , un Drapeau
que cet Officier avoit
enlevé à l'un de nos Regimens
: l'action fut fi vigoureufe
, & il deffendit fon
Drapeau repris avec tant
de valeur contre une Troupe
d'Anglois qui vint pour.
le reprendre , que Mr de
Mouchy fon Colonel , qui
s'eft aufli fort diftingué pendant
tout le combat , étant
accouru pour
Juillet 1708.
le
feconder ,
Cc
306 SUPPLEMENT
fit remarquer ſon action à
Mr de Vendôme . Ce General
ayant voulu connoître
plus particulierement
Mr de Cambronne
, a ſçû
que quoyqu'il ferve depuis
un grand nombre d'années,
il n'a jamais quitté fon Regiment
, & n'a jamais paru
à la Cour. Ce Prince
furpris d'une auffi grande
nouveauté
l'a fait fçavoir
au Roy , en rendant compte
à Sa Majefté de ſes fervices
, & ce Monarque
a
DU MERCURE . 307
témoigné qu'il feroit bien
aife de le voir à la fin de
la Campagne , & qu'il fe
fouviendroit
de luy.
Mr Duclos Officier de
Carabiniers
, n'ayant que
160. hommes avec luy , &
fe trouvant envelopé par
400. chevaux ennemis ,
prit la refolution de les combattre,
afin de fe faire jour,
& il anima tellement fa
Troupe , qui à fon exemple
fit plus que l'on n'en
pouvoit attendre; de manie-
Ccij
308 SUPPLEMENT
re qu'il échapa peu de ces
400. Cavaliers dont fept
Officiers furent faits priſonniers,
Mr d'Ingulville auffi Of
ficier dans les Carabiniers,
à fait une action qui n'a pas
paru moins vigoureuſe &
moins éclatante , puifque
n'ayant que 100. hommes
avec luy , & eftant pourfuivi
par 300. il fit volteface
, les combatit , en tua
100. & en prit 154. ·
Mr le Marquis de NanDU
MERCURE 309
gis , qui comme vous avez
fçû a efté fait Brigadier dans
la derniere promotion d'Of
ficiers Generaux , a fait con-
( noiftre pendant le combat,
( ayant attaqué les Ennemis
dans plufieurs de leurs poftes
à la tête des Grenadiers )
qu'il eftoit digne de l'honneur
que le Roy vient de
luy faire , & le lendemain
voyant que Mr du Rozel
conduifoit les 100. Eſcadrons
de l'arriere -garde aufquels
il avoit fait paffer de
310 SUPPLEMENT
grands defilez , il ſe plaça
avec 500. Grenadiers à la
tête des mêmes défilez , où
il foûtint avec une vivacité
extraordinaire , l'effort des
Ennemis qui vinrent charger
cette Cavalerie.
Je devrois faire icy des
Eloges particuliers de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, & de Monfeigneur
le Duc de Berry ; mais la
plupart de ceux dont j'ay
mis les Relations dans ma
Lettre , ont pris ce foin , &
DU MERCURE 311
comme ils ont efté témoins
oculaires de ce qu'ils ont
raporté , je ne pourrois rien
dire qui n'ait efté déja ſçû ;
perfonne n'ignore l'empreffement
que ces Princes ont
eu de chercher depuis qu'ils
font en campagne
, les occafions
de fe fignaler en
combattant
les Ennemis ;
ils n'ont prefque point laiffé
paffer de jour fans monter
à cheval , & ils fe font trou
vez preſqu'à tous les fourages
qui ont efté faits , par372
SUPPLEMENT
ce que les fourages donnent
fouvent occafion d'engager
quelque Action ; lorfqu'il
a fallu faire des marches ils
ont toûjours esté des premiers
à cheval , dans l'efperance
qu'elles pourroient
leur faire rencontrer les Ennemis
; c'eft-pourquoy au
lieu de fe rebuter des longueurs
de ces marches qui
ont fouvent efté auffi longues
que vives , il paroiffoit
que ce n'étoient que des
promenades pour eux , tant
ils
DU MERCURE
315
E
1
ils avoient de plaifir à les faire
dans l'efperance qu'elles
leur feroient enfin trouver
ce qu'ils cherchoient . Je ne
vous dis point que pendant
le combat ils fe font trouvez
dans des endroits tresperilleux,
& qu'ils n'ont
pas efté moins expofez aux
coups que les moindres foldats
de l'Armée : enfin tout
le monde fçait , & la plûpart
des Relations en font
foy ,
lorfqu'elles raportent
qu'une colonne des Enne-
Juillet 1708. Dd
314 SUPPLEMENT
~
mis ayant percé jufqu'à eux.
il s'en fallut peu qu'ils ne
fuffent entierement envelopez
; cependant Monfejgneur
le Duc de Bourgo
gne continua toûjours de
donner les ordres avec le
plus grand fens froid & la
plus grande prefence d'efr
prit que l'on puifle imaginer.
A l'égard de Monfieur le
Chevalier de Saint Geor
ges , il s'applique au mêtier
de la guerre d'une maniere
DU MERCURE. 318
qui donne lieu de croire
qu'il ne luy faut pas beau
coup de temps pour y de-
1 venir fort habile . Il eft fort
long-temps à cheval , & le
defir qu'il a de fe fignaler
le rend infatigable . Meffeigueurs
les Princes en font
charmez , auffi bien que
tous ceux qui le voyent , &
il y a certains Etrangers
dans l'Armée des Alliez
qui prennent beaucoup de
plaifir à en entendre parler ,
& à le voir , ce qui adoucit ,
Ddij
316 SUPPLEMENT
difent - ils , leur malheur ;
lorfqu'ils ont celuy d'eſtre
faits prifonniers . Enfin voicy
ce que j'ay tiré d'une
Lettre de l'Armée qui parle
de ces Etrangers. Ils demandent
de fes nouvelles
lorfqu'ils en trouvent occafion
; ilsfontravis de ce qu'
on les affure qu'il devient
fort & robufte ; qu'il aime
la guerre ; qu'il s'inftruit
avec ardeur ; qu'il eft doux ,
honnefte , poly , bien -faifant
à tout le monde , & qu'il eft
.
DU MERCURE 317
adoré remply de belles
Equalitez. Je ne vous en diray
rien de plus , puiſqu'il
feroit mal-aifé d'en dire davantage
.
Je dois avant que de finir
cette partie de ma Lettre
qui n'a regardé que les perfonnes
qui fe font diſtinguées
dans le combat dont
on tâche de ravir aux François
la plus grande partie
de la gloire qui leur est dûë ,
vous parler de quelques
bleffez qui ne doivent pas
D d iij
318 SUPPLEMENT
eftre oubliez.
Vous fçavez déjà , & je
trois devoir le repeter icy ,
puifque l'on n'en fçauroit
trop parler , que Mr de
Neuchelles, aprés avoir eſté
bleffé à la jouë , & avoir
eſté panſé , voulut , nonobftant
le bandage qui eft
affez difficile & affez incommode
en cet endroit ,
retourner à la charge ; ce
qu'il auroit fait fi le Chi
rurgien Major qui l'avoit
panſé , ne l'en avoit détourDU
MERCURE, 319
f
15
né , cé qu'il ne fit pas fans
peine.
Mr le Chevalier de Bro
glio , âgé de dix- neuf ans ,
& Guidon de la Gendarmerie
, ayant eu le coudé
caffé , on a efé obligé de
luy couper le bras. Il a ſouffert
l'operation d'une mai
niere toute heroïque , &
infiniment au deffus de fon
âge , ce qui luy à attiré dè
l'admiration
de tous ceux
4
qui ont oüi parler de ſa fermeté.
L'operation
ayant
Dd iiij
310 SUPPLEMENT
efté faite , il dicta une Lettre
pour Mr fon pere , qu'il
figna de la main gauche , &
la maniere dont on remarqua
qu'il fupportoit fon
mal,fembloit faire plus fouf-,
frir ceux qui le voyoient ,
qu'il ne fouffroit luy-même.
On a remarqué la valeur
du fils d'un Gendarme
, qui
ayant efté prefenté au Roy
par fon pere avant l'ouverture
de la Campagne pour
eftre admis dans ce Corps ,
DU MERCURE
n'y fut point reçu , parce
que Sa Majesté le trouva
trop jeune. Cependant
luy
ayant permis de fuivre ce
Corps , il le fit avec une
joye incroyable. Il reçut
dans le combat un coup de
moufquer au pied , & un'
Officier ayant voulu le faire
fortir des rangs , en luy
difant qu'il devoit s'aller
faire panfer ; il répondit
qu'il avoit toujours oui dire
qu'on ne devoitjamais quitter
le fervice pendant une
322 SUPPLEMENT
action , à moins qu'on n'euft
reçu un coup au travers du
corps , & il ne quitta point
pendant tout le temps que
la Gendarmerie combattit.
Belle leçon pour les faux
Braves !
Je vous diray peu de
chofe des morts , des bleffez
, des prifonniers , parce
que les Relations qui
font dans ma Lettre en ont
parlé ; & que d'ailleurs plufieurs
de ceux que l'on a
cru morts font reffufcitez ;
DUMERCURE. 323
que plufieurs que l'on a
cru prifonniers font revenus
, & que les ennemis
en ont beaucoup tué & faits
prifonniers fur le papier
dont les premiers
fe portent
bien , & les derniers
ne font point chez eux . J'ajoûteray
donc ſeulement à
Mrs de Neuchelles &
Chazeron Lieutenans des
Gardes du Corps qui ont
efté bleffez ,
que
Devizé
, Exempt du meſine
Corps , & qui comman324
SUPPLEMENT
doit l'année derniere les
Gardes qui fervoient auprés
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne
, a
efté bleffé à l'os de la jambe ,
& qui eft inort depuis de fa
bleſſure ; que Mr Vacher ,
auffi Exempt dans ce
Corps , a esté tué ; que Mr
Chapizeau qui en eft Enfeigne
, a efté bleffé ; &
que Mr Coëdelet Capitaine
aux Gardes , a auſſi eſté
bleffé.
Plufieurs Officiers de dif
DU MERCURE 329
tinction ont auffi efté bleffez
dans divers Corps ; ce
[ font Mrs de Caſtelas , d'Arpajou
, du Pleffis , de Tournemine
, de la Roche , le
Chevalier de Broglio , de
Mimure , de Nefle & de
Roquelaure de la Gendar-
"A!
merie. Ce dernier eft mort
de fes bleffures avec une
conftance heroïque & des
fentimens dont le Roy a
efté touché . Il laiffe fes
biens à fon frere le Chevalier
, Capitaine dans Gon316
SUPPLEMENT
drin , avec fon zele , fon dévouement
& fa fidelité
pour le Roy. Sa Majeſté a
dit que ce Teftament Militaire
devoit eftre rendu
public.
Mr de Ximenes , Mr de
la Breteſche , & un Capi,
taine de Gendarmerie , font
auffi du nombre des morts.
Al'égard des prifonniers on
compte 21.Officier de mar
que , avec un plus grand
nombre de Subalternes. La
plufpart de ceux qui font
DU MERCURE. 324
du nombre des prifonniers
n'ont efté pris que parce
que leurs bleffures ne leur
a pas permis de fe retirer ;
mais ilauroit efté plus'avantageux
aux ennemis qu'ils
n'euffent point eſté fairs
prifonniers
, puiſque beaucoup
des leurs n'auroient
pas efté tuez . Les principaux
Officiers font , Mis
de Biron ; de Ruffey ; de
Filtzgerald ; la Vierve ; de
1 Pourieres ; de Crouy ; de
Couvieres
; d'Illiers de
2
3.8 SUPPLEMENT
Chapizeau
; de Rohan &
fon frere , le Duc de Saint
Aignan
; le Chevalier
de
Louville ; de Belabre ; de
Druhot ; de Sepville , de
4
P
Charnezey ; de Crecy ; de
Graves ; d'Angenes
, &
d'Ancenis .
On doit remarquer que
les Liftes de morts , de bleffez
, & de prifonniers font
rarement correctes.Ainfi
je
neprens pasfur moncompte
les erreurs qui fe pourroient
trouver dans tout ce que je
DU MERCURE. 329
vous envoye qui les regarde.
Je vous diray ſeulement
que bien loin de vouloir cacher
noftre perte , je n'ay
retranché aucun nom de
tous les morts , des bleffez ,
& des prifonniers qui font
venus à ma connoiffance ,
non - feulement parce que
bce font des Titres d'honneur
pour leurs familles ;
mais parce que quelques re-
매 cherches que j'aye pu faire ,
le nombre de ces Braves eft
infiniment au deffous de
Juillet 1708.
Ee
330 SUPPLEMENT
celuy dont les ennemis
donnent des Liftes . Il eft
vray qu'ils ne nomment
perfonne & qu'ils ſe ſont
contentez de mettre des
numero qui vont à l'excés
, & qu'en parlant des
Officiers Generaux dont
ils n'ont pris que trois ou
quatre , ils en mettent dans
leurs Liftes , plus qu'il n'y
en a dans toutes les Armées
du Roy enſemble ; & comme
ils parlent du reste à
proportion , on peut juger
DU MERCURĚ . jji 33
des exagerations qui s'y
trouvent , & quoy qu'ils
n'ayent prefque point pris
de Drapeaux & d'Eten
dars , fi ce n'eft deux ou
trois , felon qu'il le trouve
-dans la Relation d'un Lieutenant
general qui a mené
stles Troupes au combat pendant
toute l'Action . Quoy
que , dis - je , ils en ayent
pris un fi petit nombre , &
que nous en ayons peutêtre
davantage des leurs ,
il paroift à les
entendre part
A
Ecij
332 SUPPLEMENT
ler , qu'ils les ont pris par
centaines. Il faut qu'ils
ayent regardé comme leurs
prifonniers, toutes les Troupes
que la nuit avoit fait
égarer , & qui fe font rendues
dans nos Places , &
qu'ils ayent compté les
Drapeaux & les Etendars
de ces Troupes ; mais quand
cela ne leur feroit pas venu
en idée , ils croyent qu'il leur
fuffit de faire d'abord imprimer
des Relations remplies
de Fables ; de rendre
DU MERCURE. 333
ي ل ا
des actions de graces au ciel,
& de faire des feux de joye ,
& qu'aprés cela toute l'Europe
n'en doit point appeller
, & qu'elle les doit croi-
Ire. J'ay déja fait voir les raifons
politiques qui les oblige
d'en ufer de la forte . Je
paffe à un Article qui en
peut renfermer plufieurs ,
& dans lequel je prétens
prouver plus par ce qu'ont
fait , dit & écrit , les honneftes
gens qui fe trouvent
parmi les ennemis même
334 SUPPLEMENT
car il s'en trouve par tout ,
qu'ils ont plus perdu dans
le combat dont il s'agit ,
que parce que nous en rapportons
nous - même , ce
qui n'eft pas difficile à
croire , puifque nous augmentons
toûjours nos pertes
, fur lesquelles ils rencheriffent
à outrance , lors
que dans les occafions ils
diminuent les leurs y que
fi on examinoit tout ce qu '
ils ont écrit depuis le com
mencement de la guerre ¡
DU MERCURE. -
C
335
on trouveroit qu'ils n'ont
perdu prefque perfonne.
Avant que d'entrer plus
avant dans cet article , on
doit confiderer que plufieurs
chofes qui devroient
avoir efté defavantageufes
à l'Armée du Roy, ont tourné
à fa gloire ; les Ennemis
avoient l'avantage du terrain
; il n'y a eu qu'une feule
aîle de cette Armée qui
ait pu combattre ; ſa Cavalerie
n'a pû agir, à la reſerve
de quelques Corps qui ont
336 SUPPLEMENT
donné , puifque les hayes
& les ravins l'empêchoient
d'avancer, & que la fuperiorité
des Ennemis leur
avoit donné le moyen de
faire gliffer des Troupes
des deux côtez pour enveloper
les Corps qui avoient
combattu .
Aprés vous avoir fait
voir la plus grande partie
des Relations
qui ont eſté
écrites par divers Officiers ,
touchant
ce qui s'eſt paſſé
au combat donné prés
d'Oudenarde
DU
MERCURE 337
je dois
d'Oudenarde, & vous avoir
raporté beaucoup
de cho
fes
curieufes fur ce fujet ,
pour
ainfi dire quitter
la France pour voir tout
ce qui s'eſt dit , & tout ce
qui s'eft écrit du côté des
.Ennemis.
Auffi -toft aprés le
combat
, le premier
foin de Milord
Marlborough
& des
Deputez
des Etats à l'Armée
, furent de faire fçavoir
aux
mêmes Etats tout
ce qui
s'eftoit paffé au com
Ff Juillet 1708.
338 SUPPLEMENT
bat qui venoit d'eſtre donné.
On doit remarquer
qu'ils n'envoyerent point
de Relations , parce qu'ayant
refolu de donner aux
Alliez tout l'avantage du
combat , il auroit efté difficile
de pallier leur perte ,
& que les Relations qu'ils
auroient faites , auroient
efté contredites par des
d'honneur de l'un & gens
de l'autre party ; ils s'en
tinrent donc aux Relations
verbales , & crurent que
DU MERCURE 339
les
Actions de graces que
l'on
rendroit
auffi -toft aprés
, & les feux de joye
que l'on feroit allumer
, fuffiroient
pour impoſer
à toute
l'Europe
, & pour faire
croire que les Alliez avoient
remporté
une victoire
complette
. Les Deputez
firent.
donc aux Etats la Relation
verbale de tout ce qui s'étoit
paffé, & l'on publia enfuite
de nouveau que la victoire
eftoit des plus grandes
, & que l'on en devoit
F f ij
340 SUPPLEMENT
rendre graces au Ciel ; mais
ce qu'on appelle les Zele
en Hollande , dont le nombre
eft affez grand , & qui
exagerent tellement tout
ce qu'ils difent , qu'ils n'y
laiffent pas même de vrayfemblance
; ces Zelez , difje
, n'eſtant pas contens de
ce qu'il ne paroiffoit aucune
Relation imprimée , refolurent
, quoyque fans permiflion
des Etats , d'en faire
imprimer ; mais de fi outrées,
que pour avoir pouffé.
DU MERCURE.
341
les chofes à un trop grand
excés , la fauffeté en a fauté
aux yeux des perfonnes
les moins éclairées . Voicy
ce qui a efté écrit fur ce fujet
par un fage Hollandois
,
& qui paroift n'avoir deffein
que de prendre le party
de la verité .
A la Haye ce 16. Juillet .
Nos nouvelles imprimées
fontfi remplies de la victoire
importante que les Alliez,
Ff iij
342 SUPPLEMENT
croyent avoir remportée prés
d'Oudenarde
, que l'on n'y
peut rien ajoûter; mais feu
lement faire quelques remarquesfur
tout ce qu'on a
donné au Public.
Il est donc à
remarquer
que le Sieur Pany Ajudant
General de Mr d'Auverkerque
, n'a point aporté de
Relation avec luy , & que
ce n'est que fur les raports
qu'il a faits , tant aux Etats
qu'à diverfes perfonnes,
qu'on a compofé cette RelaDU
MERCURE . 343
ni
par
lation qui n'a efté imprimée
l'ordre , ni par l'Imprimeur
de l'Etat. Celle du
Sieur Vleertman eft de la
même nature ; il a esté dépêché
par le Major General
Rantzau qui vouloit
aparemment
qu'on fit mention
de luy auffi bien que du
Sieur Cadogham , & ces 2.
Exprés ont orné leur raport
de tout ce qu'il y avoit de
plusflateur & deplus outré.
C'eft naturellement aux
Lettres de Mrs les Depu-
F f iiij
344 SUPPLEMENT
tez de l'Etat , de Milord
Duc , & de Mr d'Auver
kerque qu'on devroit s'attacher
; mais elles n'en difent
pas affez pour fatisfaire le
Public , &fi nos Ñouvel-·
liftes s'en eftoient tenus à
ces Lettres , nos Zelez les
auroient
regardez de travers
: c'est par cette raifon
qu'on a affecté de ne point
inferer la Lettre de Mrs
les Deputez, de l'Etat , ni
celle de Mr
Geldermalsen
dans laquelle on voit que
DU MERCURE. 345
M
ce n'a pas efté une Bataille
generale , mais un combat
d'Infanterie, pendant lequel
on a pouffe les Ennemis une
demie lieue au delà des
hayes & des chemins coupez
& une lieuë au delà
d'Oudenarde
, le terrain ne
permettant pas de faire autre
chofe : ony voit auffi que
Mr Geldermalsen
eftoit venu
à Oudenarde pour y établir
un Hofpital
pour le
le grand nombre de bleſſez
que nous avons eus dans ce
346 SUPPLEMENT
combat: fi l'on avoit pufupprimer
la Lettre du Duc de
Marlborough quifelicite L.
H. P. fur un heureux fuccés
feulement , & qui parle
de noftre perte , on l'auroit
fait ; car le Public , & fur
tout le Peuple , veut que ce
foit une victoire complette.
Plufieurs perfonnes de
bonfens qui ont fait ces remarques
, doutent que cet
avantage ait efté auffigrand
& auffi décifif qu'on publie,
parce que ces Lettres eftant
DU MERCURE . 347
toutes du 12. & aucun autre
Exprés n'eftant venu
depuis , il y a de l'apparence
qu'il n'y a point eu
tre choc que celuy-là.
d'au
Cette Lettre s'explique
fi bien que rien ne peut
donner une idée plus juſte
de la verité de ce qui s'eſt
paffé dans le combat ; elle
fait
connoiftre que ce que
les Deputez de l'Etat en
ont dit dans leur Lettre ,
n'a rien qui approche des
348 SUPPLEMENT
Relations imprimées dans
toute la Hollande , & l'on
n'y parle pas même de blef
fez & de prifonniers , tant
l'on aprehende de toucher
cette corde . On y voit feulement
une chofe qui marque
que les Alliez en ont
eu beaucoup , puifqu'elle
porte que Mr Geldermalfen
eftoit allé à Oudenarde
pour y établir un Hoſpital
pour le grand nombre de
bleffez qu'on avoit eus dans
ce combat . Voicy la Lettre
DU MERCURE 349
écrite aux Etats par Milord
Marlborough dont il eft
parlé dans celle que vous
venez de lire.
D'Oudenarde ce 12 .
Juillet.
Je me donne l'honneur de
feliciter vos H. P. fur l'heureuxfuccés
que le bon Dieu
vient de donner aux Armes
des hauts Allie . Mrs
les Députez & Mr le Velt-
Maréchal leur communi-
23
350 SUPPLEMENT
queront les particularitez
connues jufqu'à prefent ; la
pourfuite des Ennemis qui
continuë toûjours ne permettant
pas de donner une
lifte exacte des prisonniers ,
ni de laperte que nous avons
faite. Fefuis , &c.
On doit
remarquer que
dans cette Lettre , il n'eft
pas échapé à ce Milord un
mot de Bataille
gagnée ,
non plus que de morts &
de bleffez dont il ne parle
point ; il ſe ſert ſeulement
DU MERCURE
351
du mot d'heureux fuccés
qui eft bien affoibli dans la
fuite de fa Lettre où il dit
qu'il n'a pas le temps de
donner une lifte de la perte
que les Alliez ont faite , ce
qui ne peut fignifier autre
chofe que cette perte eft
grande , puifqu'il faut beaucoup
de temps pour en eſtre
éclaircy. Voicy ce que contient
une autre Lettre de la
Haye , écrite aprés celle de
la même Ville que vous venez
de lire.
352 SUPPLEMENT
Les Lettres de Flandre
& de Brabant , n'ont que
trop bien confirmé ce que je
vous ay mandépar ma derniere.
L'action prés d'Oudenarde
n'a point esté generale
; il n'eftoit pas poffible
qu'elle le fuft , & même
fi l'on en veut croire les avis
de Gand du 15. il n'y a eu
que fix Brigades d'Infan
terie & deux de Cavalerie
Françoife qui ont effé expofees
, & qui ont eu part à
ce que cette action a eu de
DU MERCURE
35€
plus furieux : on affure qu'-
elle a efté des plus meurtrieres
, & que les deux partis
yont beaucoup perdu . Quoy
qu'il en foit , la marche de
l'Armée ennemie à qui l'on
donne dans nos Relations
brodées , le nom d'une fuite
ou d'une retraite précipitée ,
s'eftcontinuée fans autre accident
, & l'on mande qu'elle
eftoit dés le 13, campée
avantageufement
dans les
terres de la vieille contribu-
Juillet 1708. Gg.
354 SUPPLEMENT
a
tion entre la Lis & le Canal
de Bruges , ayant fon
Quartiergeneral à Bellem ,
&s'étendantjufqu'à Gand,
& Deinfe qu'elle a devant
elle ; qu'elle a des Pontsfur
le baut & bas Efcaut ,fur
le Canal de Bruges , audelà
duquel les Princes ont
pris leur Quartier au Château
de Lovendeghem , &
auffi fur le Canal du Sas
de Gand ; ce qui eft remarquable
, car ils fervent de
communication avec Aloft,
DUMERCURE 3551
avec tout le Pays de
Waës qui s'étend jufqu'à la
tefte de Flandre & jufqu'-
auprés d'Anvers ; cette fituation
n'a nullement l'air
d'une Armée fuyarde &
battuë. Fe finis en ajoutant
I
a
que Oudenarde ne pouvant
pas contenir le grand nombre
de nos Officiers & Soldats
Anglois & Hollan-
S dois bleffez , on envoya
Bruxelles le 13. & le 14.
une tres-grande quantité de
Caroffes, de Chariots & de
Gg ij
356 SUPPLEMENT
Charrettes qui en estoient
toutes remplies.
Je n'ay rien à dire touchant
cette Lettre , puifque
je ne pourrois rien dire
qui fuft plus avantageux
que tous les faits qu'elle
rapporte. En effet , plus
on examine à fond tout ce
ce qui s'eſt paffé dans le
combat , plus on trouve
que tout ce que l'on a imprimé
en Hollande eſt abfolument
faux ..
DU
MERCURE. 357
Noftre Artillerie n'a
point efté priſe , ainſi que
le portent les Imprimez ,
l'on a pû voir dans dece que
la Relation de Mr de Valernod
, rapportée ci - devant
& dans laquelle l'on a vû
auffi le combat de l'arrieregarde
attaquée , que l'on a
voulu faire paffer pour une
efpece de fecond combat.
Cependant l'on a vû par le
détail que cet Officier a
donné , que ce n'eftoit rien
moins que cela . L'arriere
358 SUPPLEMENT
peu
garde feule fit volte - face
& aprés s'eftre deffenduë
comme l'on a vû , & avec
de perte , elle continua
fa marche. Mr de Valernod
qui y eftoit des premiers ,
parce qu'il commandoit les
Grenadiers , en a pû rendre
un meilleur compte que
perfonne , & toutes les Relations
qui ont parlé de cette
arriere - garde , ont fait
voir que c'eftoit tres- peu de
chofe , & même , on n'y auroit
prefque rien perdu , ſi
DUMERCURE 359
pour ne pas arrefter la marce
de l'Armée , on n'avoit
laiffé quelques bleffez en
arriere . Voila cette feconde
action dont on a fait un fi
grand bruit.
Toutes nos Relations
font voir que nous n'avons
perdu ni Artillerie , ni Dra-
Ipeaux , ni Etendars , ni Bagages
, ce qui eft particulierement
marqué , dans
une de ces Relations , faite
par un Officier du Regi-
Iment de Picardie. Ce n'eft
A
360
SUPPLEMENT
pas que je ne demeure d'accord
que l'on n'en ait pris
trois ou quatre , felon le
rapport d'un Lieutenant general
dont je vous ay déja
parlé , & à bien examiner
les chofes , on trouvera que
nous avons plus des leurs
qu'ils n'ont des noftres , ce
que des perfonnes du premier
rang aſſurent .
Les Hollandois avoüent,
même dans leurs Imprimez ,
qu'ils ont perdu un Major
general , deux Colonels , &
quarante
DU
MERCURE. 361
en
quarante Officiers fubalternes
; qu'ils ont eu de bleffez,
deux
Brigadiers ;
quatre
Colonels ; & cent - foixante
moindres
Officiers , avec
leur
deux mille fimples Soldats ;
& qu'ils ont eu mille hommes
tuez fur la place . On
doit juger par là que
perte doit avoir eſté infiniment
plus grande ,
puifque
leur
principal foin a eſté
d'obfcurcir la verité , lorfqu'ils
ont fait
quelque perte.
Juillet 1708. Hh
362 SUPPLEMENT
Les deux actions faites
par deux Officiers
de Carabiniers
, dont vous avez
ci - deffus trouvé le détail ,
coûtent feules prés de
fept cens hommes aux ennemis
, fans compter mille
Anglois noyez , dont j'ay
auffi déja parlé , & dont
une Lettre de Bruxelles que
vous allez voir , & qui vient
des ennemis mêmes , fait
mention.
Quoy que les quatre
Compagnies des Gardes du
DU MERCURE . 263
Corps ayent prefque continuellement
efté exposées
au feu des ennemis , il eſt
cependant conftant que
perte
a efté leur
perte a
peu confiderable
, & voici ce qu'en
rapporte le Chirurgien Major
qui doit eftre là - deſſus
plutoft crû qu'un autre
puiſque les bleſſez font de
fon reffort.
>
Je joignis le lendemain
,
&je ne trouvay
que trois
bleſſezque jepanfay, & qui
Je portent tres-bien , & trois
Hh ij
264 SUPPLEMENT
quifont reste
à Gand
. La
Compagnie
de Bouflers
n'a
perdu
que deux
Gardes
& deux
bleffez
; à l'égard
d'Harcourt
& de Noailles
,
ils ontperdu
davantage
.Je
vous avoie
que c'est une efpece
de miracle
, comment
il
en eft revenu
un feul , car
ils eftoient
tous
entourez
,
d'ennemis
; mais
la nuit a
efté favorable
à la Maifon
du Roy
.
On doit remarquer
qu'il
ne parle
point
dans ce que
DU MERCURE. 265
vous venez de lire , de la
Compagnie de Villeroy ;
mais il en a parlé dans la
Relation que vous avez
vue de luy. C'est celle
où il a parlé de la bleffure
de Mr de Neuchelles
qu'il empêcha de retourner
au combat aprés avoir eſté
panſé .
Il eft aifé de faire voir
que toutes nos Troupes qui
ont combattu n'ont pas
autant fouffert que les ennemis
l'ont publié. Le Re-
Hh iiij
266 SUPPLEMENT
giment de Duras en fournit
une preuve éclatante ,
puifque Mr de Maugcon ,
Major de ce Regiment, qui
a efté tué dans le combat ,
eft le feul de fon Regiment
qui ait eſté tué ou bleſſé.
Cependant on ne peut dire
que ce Regiment qui a fait
des merveilles
, n'ait pas
combattu , puiſque fon Major
a eſté tué pendant l'action
. On doit inferer de là
que tous les Regimens qui
ont combattu n'ont pas efté
DU MERCURE 367
maltraitez comme le portent
les Relations des ennemis.
Je luis affuré que la Lettre
fuivante vous fera d'autant
plus de plaifir , qu'elle
vient des ennemis mêmes ,
& qu'elle vous éclaircira de
beaucoup de chofes dont
on pourroit douter encore.
Extrait d'une Lettre particuliere
écrite de Bruxelles
le 19. Juillet .
Vous voulez (çavoir le
Hh iiij
368 SUPPLEMENT
détail au jufte de l'Action
du 11. du courant. Il feroit
bien difficile de vous fatisfaire
chacun en parlant àfa
fantaisie , felon fon inclination
tout ce qu'on peut
dire de plus vrai-femblable
touchant l'action qui s'eft
paffée le 11. de ce mois , est
que le choc a eftéfort rude ;
qu'on s'est bien battu de
part & d'autre ; les ennemis
pafferent le lendemain
la Lys , pour fe mettre le
long du Canal de Bruges ,
DU MERCURE . 365
de crainte qu'on ne leur coupaft
la communication avec
cette derniere Ville : dans
l'action nous avons perdu
plus de monde
que
les ennemis,
on n'a envoyéicy que
deux mille prifonniers. No
tre Armée ne peut fubfifter
long-temps où elle eft par
rapport aux vivres.
On voit icy plufieurs autres
Lettres qui ajoûtent
que fi l'Armée du Prince
Eugene ne futpromptement
revenue camper à Ander370
SUPPLEMENT
lecth , elle n'auroit pasfeulement
couru risque d'eftre
coupée , mais auffi d'eftre
bien battuë , tant par celle
du Maréchal de Barwick ,
que parun
gros de Cavalerie
de Grenadiers
que
Mr de Vendôme faifoit
avancer vers Aloft , à deffein
de fondre Jur elle en
même temps , où bien de fe
rendre maistres de cette Ville
, en cas qu'elle euft continué
de s'en éloigner pour aller
joindre la grande ArDU
MERCURE. 371
mée du cofté de Menin. En
un mot , les affaires font.
dans une telle fituation que
fi les Alliez veulent fe
maintenir icy dans Louvain
& dans Malines , il
faut qu'ils ayent continuellement
un Corps de Troupes
affez fort pour les defque
la fendre , & même
grande
Arméeyrevienne
.
L'une de ces Lettres eft
fondéefur les dernieres
Lettres
de Mrs les Députez
de l'Etat à L. H. P. dans
372 SUPPLEMENT
Lejquelles après avoir parlé
fur un ton moins victorieux
que dans leurs precedentes ,
ils reconnoiffent francheque
les
ennemis font ment
trop forts , & fi avantageufement
poftez à Gand ,
& dans les autres lieux
qu'ils occupentaux environs
de cette Place , qu'il n'eft
pas poffible de les en faire
déloger ny de lesy attaquer,
quand même nos forces feroientfuperieures.
Mr Geldermalfen
appuye cette reDU
MERCURE. 375
montrance par des exempus
de la derniere guerre , qui
prouvent
que les ennemis
n'oferentjamais attaquerles
Alliez retranchezdans les
mêmes poftes , quoy qu'ils
fuffent presque une fois plus
forts que ceux-cy. Il conclut
enfuite que pour maintenir
la reputation des armes de
L.H.P. & de leurs AllieZ,
il croit qu'on doit faire une
puiffante diverfion dans les
Pays conquis , afin d'obliger
les ennemis à les venir
374 PLEMENT
deffendre ; il propofe enfin
d'affieger une de leurs principales
Fortereffes ; & il
prie pour cet effet L. H. P.
d'envoyer inceffamment à
l'Armée , l'Artillerie & les
Munitions
neceffaires pour
une entreprise de cette importance
, &fur tout de ne
la pas laiffer manquer de
vivres & deprovifions.
Cependant un pareil def
fein trouve de tres grands
obftacles.Car outre qu'ilfaut
que toutes ces chofes fe tirent
DU MERCURE 375
d'Hollande , , combien de
temps ne faudra - il point
pourlespréparer& les tranf
porter fi loin ? & quels rif
ques ne courreront point les
convois qui ne pourront
eftre envoyez que par
xelles?
Bru-
Nous apprenons que par
ordre des Etats tous les Bat
teaux qui font fur la
Meufe, &c. ont efté arref
tezpour transporter à Anvers
& à Bruxelles les
vivres , les fourages &
376 SUPPLEMENT
toutes les autres provifions ,
dont noftre Armée a befoin,
& qu'on doit défendre incef
Samment d'en transporter
aucunes au Saz, de Gand ,
dans l'efperance d'en faire
manquer
aux Ennemis
;
mais cette précaution ne
leur fera pas grand tort ;
car outre que le Pays qu'ils
occupent eft fort gras, ils en
tirent de leurs Places de
Flandres par Furnes &
par Dixmudefans obftacle,
& autant qu'il leur plaift.
DU
MERCURE 377
On ne doit pas oublier de
dire que par l'état envoyé
à la Haye , les Hollandois
feuls ont eu 7. à8c0 . konmes
tuez fur la Place , &
prés de 2000. bleffez au
Combat. Il y a eu plus de
1000. Anglois noyez &4:
de leurs Regimens , dont il
ne s'eft pas sauvé 40.
hommes, y font reftez : On
ne fait point encore leur
perte au jufte , ni celle des
Danois, des Pruffiens & des
Troupes d'Hanover. Si je
Juillet 1708.
Ii
378 SUPPLEMENT
puis l'apprendre, je vous en
feraypart ; vous pouvezce
pendant juger que la perte
des Alliez engeneral a efté
tres confiderable.
Le mot de choc que
l'on trouve dans la Lettre
que vous venez de lire pour
parler de la grande action
qui s'eft paffée , fait bien
connoistre qu'elle n'eft pas
regardée chez les Ennemis.
comme une Bataille , &
que par conſequent ce ne
peut eſtre une action décifive
DU MERCURE . 379
Rien n'eſt plus fort que
les mots fuivans qui fe trou
vent dans la même Lettre ,
& que je crois devoir repeter
ici. Dans l'action nous
avons perdu plus de monde
que les Ennemis.
On doit
remarquer que
fuivant la Lettre de Bruxelles
, il n'y eft entré que
2000. Priſonniers
, ce qui
donne lieu de croire que
les
Ennemis ne peuvent en
avoir fait davantage, puiſqu'il
ne paroift point que
Li i
380 SUPPLEMENT
l'on en ait conduit dans
aucune autre Place , ce
qu'ils n'auroient pas manqué
de dire avec exageration
, s'ils en avoient envoyé
en d'autres lieux.
Ce que l'on cite dans
cette Lettre que Mr de
Geldermalfen
a écrite aux
Etats pour leur faire connoiftre
l'impoffibilité
qui
fe trouve
d'attaquer
la
grande Armée de France
dans fon Camp , eſt tres
vrai-femblable
& fondé en
DU MERCURE. 38r
exemple , & ce Deputé ne
pouvoit parler plus jufte ;
mais à l'égard du Siege
qu'il propofe, les difficultez
doivent eftre grandes, parce
que les Alliez pourront
difficilement avoir affez de
vivres en le commençant ,
pour fubfifter , jufqu'à ce
qu'ils ayent reduit la Place
qu'ils attaqueront , puifque
fi l'on examine bien les
choſes , en comptant les
5 Troupes que les François
& les Alliez ont en
382
SUPPLEMENT
Flandre , on trouvera que
celles de ces premiers font
fuperieures, & qu'ainfi il ſera
difficile aux Alliez de
faire paffer des convois dans
leur Camp, fans qu'il y en
ait beaucoup de pris , &
d'ailleurs les Alliez ne peuvent
faire ce Siege fans
avoir une Armée d'obfervation
, & ils ne peuvent
en avoir d'affez fortes pour
s'oppoſer à celles qui les attaqueroient.
Je n'affure pas
toutefois qu'ils ne feront
DU MERCURE 383
point de Sieges, ils peuvent
avoir des vues difficiles à
penetrer, & je ne dis que
ce qui paroift tres vraifemblable
dans la fituation.
préſente .
Je dois ajoûter ici que de
l'aveu même des Ennemis
la perte des Anglois & des
Hollandois eft fi grande ,
qu'elle pourroit prefque ba
lancer la noftre , fans compter
ce que les Troupes.
Danoiſes , Pruffiennes , &
d'Hanover ont perdu.
384 SUPPLEMENT
J'eftois preft de commencer
la quatriéme & derniere
partie de cette Lettre , lorfqu'il
eft tombé entre mes
mains une nouvelle Relation
qui regarde ce que le
Regiment de Bouflers a
fait dans le Combat , &
j'ay crû que je déroberois
la gloire dûë à ce Regiment,
fi je fermois ma Lettre fans
vous en parler ; c'eſt pourquoi
j'ay crû la devoir ajoûter
ici.
Au
DU MERCURE . 3
Au Camp fous Gand le 3.
Aouſt 1708 .
Le Regiment de Bouflers
Feftoit de la Brigade de Vendome
qui a donné à l'attaque
de la droite ; elle a combatu
à lagauche de la Brigade
de Piedmont : cette
Brigade a attaquéfept fois
les Ennemis qui eftoient retranchez
dans des hayes
Punefur l'autre & lignefur
ligne , à lafeconde ; troifié
Juillet 1708. Kk
386 SUPPLEMENT
me & fixiéme charge : elle
força les Troupes Suiffes
qui font à la folde de Hollande
, & qui gardoient les
premiere hayes : cette Brigade
força une feconde haye
qui eftoit gardéeparles Gar
des bleues d'Hollande ; mais
retrouvant encore une ligne
au delà des Gardes de la
Reine d'Angleterre
, il falut
ceder à la force , n'eftant
foutenue d'aucune Troupe,
& lesRegimens de cette Brigade
n'eftant pas en état de
DU MERCURE. 387
faire un troifiéme effort aprés
les deux lignes d'Infanterie
qu'ils venoient de forcer : les
Ennemis occupoient non feulement
un terrain presqu'impenetrable
par les hayes &
par les foffez qui le coupoient
, mais de plus ils étoient
quatre contre un.
On ne peut affel vanter
la valeur de Mr de Bombelle
Major du Regiment
de Bouflers: il a toûjours
combatu à cheval à la tefte
du Regiment , effuyant tout
Kk ij
388 * SUPPLEMENT
le feu des Ennemis avec une
fermeté inébranlable , ralitant
toujours les foldats &
les ramenant luy- même à
la charge , de même que
Mrs le Brun, Manin &
Ricquebourg Capitaines
qui s'yfontparticulierement
diftinguez , ainsi que Mr.
de Pelloquin Aide- Major
du premier Bataillon, qui a
efté bleffé à l'épaule d'un
coup de feu : Mr de Bombelle
voyant fur la fin du
combat que le Regiment é
DU ME RE. 389
eftoit envelope par les Ennemis,
prit deux Drapeaux
du même Regiment , & s'étant
entortillé dedans, fuivi
de quelques foldats il perça
les Ennemis , & enſe faifant
jour au travers d'eux,
ilfit ainfi fa retraite avecfes
deux Drapeaux. Ily a en
en cette occafion 28. Officiers
de ce Regiment tuez
ou bleffez mais dont la plûpart
n'ont efté que bleffez .
Cette Relation quoyque
fuccincte ne laiffe pas de
Kk iij
3.90 SUPPLEMENT
•
donner une idée qui doit
eſtre fort glorieuſe à la Brigade
de Vendôme , & de
faire voir qu'ayant chargé
juſqu'à ſept fois les Ennemis
, elle doit leur avoir fait
perdre beaucoup de monde.
On ne peut trop admirer
la valeur de Mr de Bombelle
, lorfqu'il fe retire envelopé
de deux Drapeaux
de fon Regiment , Il feroit
fâcheux que de pareilles
actions fuffent enfevelies ,
puifque rien n'eft plus caDU
MERCURE 391
E
`pable d'animer des Troupes
& de leur donner du
courage .
Il eſt conſtant qu'il y a
des chofes qui ne laiffent
pas d'avoir quelque efpece
de vrai - femblance quoy
qu'elles foient abfolument
fauffes. Je n'entreprendrois
pas de combattre celles qui
font de cette nature , quoyqu'il
y eut de la juſtice à le
faire , & que je ne parlaffe
qu'en faveur de la verité ;
mais lorsqu'il s'agit de dé
KK iij
392 SUPPLEMENT
truire ce qu'ont donné au
Public des Ecrivains emportez
, & qui croyent que
ce qu'ils avancent eft bien
prouvé lorſqu'ils l'ont repeté
dans un grand nombre
d'Imprimez , & qu'ils l'ont
apuyé par le canon qu'on a
tiré, & par les feux de joye
qu'on a fait briller ; lors ,
dif-je , que ce qu'ils ont pu
blié de faux , femble eſtre
fcellé par toutes ces choſes;
tout ce que l'on peut dire
pour les détruire de
DU
MERCURE. 393
vient abfolument inutile
, parce que les perfonnes
enteſtées ne font point d'attention
à tout ce qui contredit
ce qu'ils croyent a
voir efté étably par tout ce
que je viens de dire : c'eſtpourquoy
j'emploiray
peu
de raifonnemens pour com
battre ce que les Ecrivains
d'Hollande ont continuellement
repeté pendant 15.
jours dans 12. imprimez
qu'ils donnent chaque femaine
, & qu'ils ont tour394
SUPPLEMENT
né de plufieurs manieres
pour éblouir premierement
tous les Peuples d'Hollande,
& tromper enfuite tous
ceux de l'Europe. Je veux
parler des liftes des morts ,
des bleffez , & des prifonniers
dont ces grands exagerateurs
parlent dans leurs
Relations , du combat don
né prés d'Oudenarde
, &
du grand nombre de Drapeaux
, d'Etendars
& de
Timbales qu'ils difent eftre
entre les mains des Alliez ,
DU MERCURE . 395
& qu'ils regardent comme
des marques d'une victoire
complette . Il n'y a point
de doute qu'elles en pourroient
fervir , fi ce que ces
Ecrivains avancent là-deffus
eftoit veritable ; mais
leurs exagerations font fi
outrées , ce qu'ils affurent
a fi peude vray-femblance,
& il eſt tellement éloigné
du fens commun
, que pour
en faire voir la faufferé , il
fuffit de le repeter aprés
eux, & de demander à ceux
396 SUPPLEMENT
qui le liront d'y faire unpeu
d'attention , & je fuis fûr
qu'ils auront honte de l'avoir
crû un moment , s'il
eft vray qu'il y ait des per
fonnes affez credules pour
y avoir ajoûté foy. Vous
pouvez croire que fi ma
caufe eftoit douteufe , &
que s'il y avoit la moindre
vray-femblance, & le moindre
ombre de verité dans
tout ce que les Ecrivains ,
dont je viens de vous parler
, ont avancé ; je me donDU
MERCURE. 397
$
nerois bien de garde d'en
parler , & loin de le mettre
de nouveau au jour , je
me fervirois de tous les
moyens imaginables , s'il
eftoit poffible d'en trouver,
pour faire enforte qu'il fuft
a jamais ignoré ; mais je
crois qu'en le mettant au
jour de nouveau , ces Ecrivains
auront honte euxmêmes
de ce qu'ils ont écrit
dans la fureur de leur
premier emportement pour
élever la gloire des Trou398
SUPPLEMENT
pés des Alliez , & pour abaiffer
celle des Troupes
des deux Couronnes . Voicy
Les liftes qu'ils ont données
tant de fois, afin qu'elles
puffent , s'il eftoit poffible
, fe répandre par toute
la terre . Vous devez remarquer
que ces Liftes ne
regardent que les François.
Trois mille vingt morts.
Quatre mille bleffez .
Sept cens foixante & un
Officiers prifonniers , du
nombre defquels ſont onze
Generaux .
DU
MERCURE. 322
- Dix mille fix cens
rante-feptSoldats , tan J
fonniers
que
Total
LYON
手作
BE
LA
VILVILLE
Déferteurs
A
18428
A l'égard des Drapeaux,
des Etendars & des Timbales
, ils difent qu'ils ont
pris
Quatre-vingt huit Drapeaux
ou Etendars , & II .
Paires de Timbales .
On doit remarquer qu'ils
affurent que nous avons fait
toutes ces pertes dans une
feule aîle de noftre Armêe, ·
400 SUPPLEMENT
& de la maniere dont ils
parlent , ils prétendent que
celles que nous avons faites
à l'autre aîle ne font pas
moins confiderables, de maniere
qu'en les doublant ;
nous devons avoir perdu
à leur compte , environ
trente- fept mille hommes,
cent-foixante & feize Dra
peaux ou Etendars & 22.
paires de Timbales .
Je ne dis rien d'une pareille
exageration qui doit
revolter tous les gens de
DU MERCURE. 401
4
bon feas, puifqu'il eft conftant
que dans le Combat
dont il eft queſtion , il s'en
faut beaucoup que le nombre
de nos Troupes qui a
combattu , n'approche de
a celui des pertes que ces
Ecrivains nous font faire .
A l'égard des Drapeaux
& des Etendars pris , dont
ils paroiffent vouloir à peu
prés égaler le nombre dans
leurs Relations , il eftoit dif
ficile de prendre des Etendars
à la Cavalerie , puif-
LI
Juillet 17.08
402 SUPPLEMENT
qu'elle n'a prefque point
combattu de la main à la
main. Il eſt vray qu'elle a
beaucoup fouffert ; mais
lors qu'on eſt éloigné on
ne prend pas des Etendars
avec des coups de moufquet.
D'ailleurs il paroiſt
felon toutes les Relations,
que peu de Regimens de
Cavalerie ont combattu ..
Vous fçavez que lors que
dans une Bataille on a pris.
beaucoup de Drapeaux &
d'Etendars , l'ufage eft étaDU
MERCURE 403
bli depuis un temps immemorial
de les promener devant
le peuple ; de les laiffer
quelque temps dans des
Places publiques , & de les
porter dans des Temples.
Cependant rien de tout
cela ne s'eft fait dans aucune
Place appartenante aux
Alliez , & l'on s'eft feulement
contenté de mettre
I dans les Nouvelles imprimées
qu'il ont efté pris fans .
en avoir rien dit davanta-.
ge , & fans que l'on en ait
Llij
404 SUPPLEMENT
oüi parler depuis ce tempslà.
A l'égard des Prifonniers,
fi les Alliez en avoient fait
un auſſi grand nombre que
celuy qui eft marqué dans
leurs Relations imprimées ,
on n'auroit pas manqué de
marquer dans quelles Villes
on en auroit conduit ,
& leurs Places ne font
en affez grand nombre pour
que l'on n'eut pas ſçû dans
quelles Villes ces Prifonnniers
auroient eſté diftriss
pas
DU MERCURE 405
buez ; mais il a paru feulel'on
en avoit enment
que
voyé deux mille à Bruxelles
, ce qui femble d'autant
plus veritable
qu'il y a
des veritez fi manifeftes
qu'elles ne peuvent eſtre
niées , & c'eft un avantage
pour nous , puiſque
s'ily avoit des François prifonniers
ailleurs que dans
Bruxelles , cela feroit connu.
de tout le monde . Il n'y a
pas d'apparence que l'on en
ait laiffé dans Oudenarde ...
406 SUPPLEMENT
Auffi n'en parle-t-on point,
& la raiſon en eft évidente.
Il eft conftant , & les Lettres
de Hollande en font
foy , ainfi que vous avez
dûle remarquer, que les Alliez
ont eu un fi grand nom
bre de bleffez à Oudenarde
aprés le combat , que
Mr Geldermalſen a efté
obligé d'y aller faire établir
de nouveaux Hôpitaux
& ces bleffez eftoient en fi.
grande quantité , que ne
pouvanty demeurer tous, il.
DU MERCURE 407
a fallu en remplir un grand
nombre de Caroffes , de
Chariots , & de Charettes
pour les conduire à Bruxelles
; ce qui a eſté trop public
pour pouvoir eſtre nié .
Il eft vray qu'il a paru que
l'on a conduit à Breda des
Officiers François qui ont
efté faits prifonniers ; mais.
on a marqué en même
temps qu'ils avoient eſté
tirez des deux mille prifon
niers qu'on avoit conduits .
à Bruxelles , & dont le nom
408 SUPPLEMENT
bre eft prefentement diminué.
Quant à ce qui regarde
les morts & les bleffez qui
n'ont point eſté entre les
mains des Alliez , & dont
ils donnent un compte, ileft
tout-à-fait hors de la vraifemblance
qu'ils puiſſent
l'avoir fçû , & l'on peut dire
même que c'eſt unechofe
abfolument impoffible ,
& je fuis psrfuadé qu'il eft.
difficile que l'on en fçache
encore fi-toft: en France le
veritable
DU MERCURE . 409
veritable nombre. Cependant
Mrs les Ecrivains de
3 Holande prétendent l'avoir
fçû dés le lendemain de la
Bataille , & avant que l'on
ait fait en France des Etats
& des Revues pour en être
bien éclaircy, & il faut même
beaucoupde temps pour
le fçavoir fûrement , parce
que l'on voit fouvent revenir
long-temps aprés un
combat , des gens que l'on
avoit crû morts. Cependant
le combat n'eftoit
Juillet 1708. Mm
410 SUPPLEMENT
les
qu'à peine ceflé , que
Ecrivains de Hollande ont
mis la main à la plume pour
rendre compte au public
du nombre de nos morts
& de nos bleffez , &. s'ils
ne fe font point trompez
dans ce qu'ils ont écrit làdeffus
, il faut qu'ils l'ayent
appris par quelque efprit
familier .
Je dois leur demander en
dernier lieu , pourquoy
,
s'ils ont gagné une Bataille
auffi complette qu'ils l'affu
DU MERCURE. 41T
rent , ils n'ont pas profité
de leur victoire comme il
arrive ordinairement lorfque
le gain d'une Bataille
eft complet , & pourquoy
ils n'ont pas tout d'une halejne
repris les Villes de
Gand & de Bruges , &
qu'au lieu de cela ,
fouffert que nous ayons
pris quelques Poftes aux
environs , && que
ils
ont
dans tout
le Pays nous ayons agi en
vainqueurs , comme nous
faifons encore aujourd'huy.
Mm ij
412 SUPPLEMENT
Je foûtiens que prefque
toutes les fuites de la Bataille
nous ont efté beaucoup
plus avantageuſes qu'-
aux Alliez , & l'on en pourra
juger lorſque j'auray fait
le dénombrement des actions
qui fe font paffées depuis
le combat , & des avantages
qui ont eſté remportez
par chacun des deux
partis. On pourra alors
les mettre dans la balance ,
& porter un jugement fûr ;
mais avant que d'entrer
DU
MERCURE 413
dans ce détail , je dois vous
envoyer un Etat des Troupes
d'Allemagne qui ont
paffé en Flandre fous le
commandement de Mr le
Maréchal Duc de Barwick .
Mr le Maréchal de Barwick.
LIEUTENANS GENERAUX .
Meffieurs ,
De Saint - Fremont .
Le Marquis d'Hautefort .
Le Marquis de la Châtre ,
De Lée.
Mm iij
414 SUPPLEMENT
Milord
Galmoy.
MARE CHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
Le
Chevalier de Croiffy .
Le
Chevalier de Broglio .
Le Comte de Chamillart.
Le Prince Charles.
D'Avelda.
De Fraula .
Le Prince de Naffau.
CAVALERIE .
Regimens. Efcadr
3 Me de Camp generale ,
Commiffaire generale , 3
Du Roy,
3
DU MERCURE. 415
La Reine ,
Chartres ,
Prince Lambefe ,
Heudicourt ,
Vaudré ,
Saint-Poanges ,
Lenoncourt ,
Cappy ,
Billy ,
Melun ,
Noailles ,
Choifeul ,
Beaujeu ,
D'Autane ,
L'Ile-du-Viguier ,
2
2
M3M2 N N N N N N N N N N N
2
2
2
2
2
2
2
*Mm iiij
416 SUPPLEMENT
Brabant ,
Flandre ;
Coralles ,
DRAGONS .
Colonelle generale ,
Liftenois ,
Belle- Ifle ,
Verac ,
Rannes ,
2
2
2
3
3
3
3
3
mmmm2
Pignatelly ,
65
INFANTERIE .
Regimens.
Bataill.
Champagne ,
Coëtquin ,
32
1
DU MERCURE . 417
Touraine ,
2
Beaufermé ,
Bourbon ,
Santerre ,
Xaintonge ,
Foix ,
Baffigny ,
2
2 2 2
2
2
I
Lée , I
Doringthon ,
I
| Galmoy ,
I
La Chaux , I
La Fond , I
| Chafteau-neuf, I
Anguien ,
I
Noailles , 1
418 SUPPLEMENT
Senneterre ,
Bergues ,
Fufelliers d'Espagne ,
Rupelmonde ,
Schawembourg ,
Pratoameno ,
Billant ,
Damal ,
I
I
I
I
1
I
I
I
34
Vous avez dû
remarquer
que pendant que ce renfort
marchoit en Flandre , celui
qui eftoit commandé
par
Mr le Prince Eugene , &
DU
MERCURE 419
que l'on tient un peu plus
fort, marchoit d'un autre
côté pour ſe rendre auffi en
Flandre ; & comme il y
eftoit arrivé avant la Bataille,
& que celui qui eft
fous les ordres de Mr le
Maréchal de Barwick n'y
arriva que quelques jours
enfuite, les Alliez eftoient
beaucoup plus forts que
nous immediatement aprés
la Bataille ; de maniere que
s'il euſt eſté vray qu'ils l'euffent
gagnée auffi pleine &
1
420 SUPPLEMENT
entiere qu'ils l'affurent , ils
auroient dû cueillir les lauriers
que l'on remporte toû
jours aprés une grande victoire
, non feulement parce
qu'ils eftoient plus forts que
nous à cauſe du renfort qui
leur eftoit venu avant que
Mr le Maréchal de Barwick
euft receu les Troupes qui
le fuivoient ; de maniere
qu'ils eftoient beaucoup
plus forts , non ſeulement
par cette raison ; mais à
caufe des pertes exorbitanDU
MERCURE. 421
tes qu'ils foûtiennent que
nous avons faites dans le
Combat. Ainfi il leur doit
eftre honteux de n'avoir pas
repris Gand & Bruges, leurs
Troupes eſtant fi fupericures
aux nôtres.
Je viens à ce qui s'eſt paffé
de part & d'autre aprés
la journée d'Oudenarde.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne n'ayant pour
but aprés le Combat , que
de défendre fes Conqueftes,
fe pofta avantageufement ,
422 SUPPLEMENT
& femit en état de les difputer
aux Troupes qui au→→
roient voulu les attaquer.
Ce Prince faifoit voir en fe
mettant en cette poſture ,
qu'il agiffoit plutoft en
Vainqueur qu'en General
qui venoit d'eftre battu ,
ainfi que les Ennemis commencerent
fauffement à le
publier , auffitoft que le
Combat fut fini.
les
S'il euft efté vray que
Ennemis
euffent
remporté
tout l'avantage
de ce ComDUMERCURE
413
bat, ils auroient dûagir tout
autrement qu'ils n'ont fait
aprés cette fanglante Journée
, & faire voir dés le lendemain
en travaillant à reprendre
les Places qui venoient
de leur eſtre enlevées,
que tout l'avantage de
la Journée d'Oudenarde.
leur eftoit demeuré . Mais
bien loin d'agir en Vainqueurs
, toutes leurs manoeuvres
firent voir qu'ils
ag ffoient en vaincus , &
qu'ils n'ofoient même re-
L.
424 SUPPLEMENT
garder les Ennemis, contre
lefquels ils venoient de combattre
, & ils s'éloignerent
d'eux, comme.fi leur feule
préſence leur avoit fait peur.
Je n'avance rien qui ne foit
connu de tout le monde ,
& ce font des faits qui ne
peuvent eſtre niez . Ils firent
paroiftre en s'approchant
de nos frontieres , qu'ils
avoient deſſein d'obliger
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne d'abandonner
fon Camp, & de laiffer fes
DU
MERCURE .425
Conqueftes à découvert.
Cette maniere d'agir , dont
le fuccés eft fort douteux ,
marque moins de valeur
que de politique , & l'on
peut même dire qu'il y avoit
peu d'apparence que cette
politique euft le fuccés
qu'on en attendoit, & qui
felon toutes les
apparences
n'arrivera pas . Voyons en
attendant les fuites qu'elle
daura , les avantages qui ont
efté remportez par les deux
Partis ; mais remarquons
Juillet 1708.
Nn
426 SUPPLEMENT
avant que de paſſer outre,
l'attention de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
pour empêcher que les
manquaffent
Provifions
dans Gand, en cas que les
Ennemis tentaffent d'en
faire le Siege. On y en a
jetté deux fois , & Mr Defchiens
y fit entrer peu de
temps aprés le Combat
25000. feptiers de farin e,
& quelque temps aprés on
tira du Pays de Vaës & de
la Châtellenie d'Aloft 25 .
DU MERCURE. 427
à 30000. facs de grains
que l'on fit conduire dans
la même Ville .
Dés le lendemain du Combat,
Mr de Montbec Capitaine
dans les Troupes de
S. A. E. de Cologne
n'ayant que 50. Maîtres ,
trouva un affez gros détachement
des Ennemis, qu'il
chargea & qu'il défit entierement
.
Quelques jours aprés
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne fit attaquer le
Na ij
428 SUPPLEMENT
Fort de Rodenhuis , fitué
à la tefte du Saz de Gand,
qui fut emporté l'épée à la
main.
Les Ennemis fçachant
que nous faifions venir un
Convoy de Nieuport à
Bruges par le Canal , le
Gouverneur d'Oftende détacha
400. hommes de fa
Garnifon pour furprendre
ce Convoy ; ils furent envelopez
par des Troupes
qui venoient rejoindre l'Armée
, & faits priſonniers.
DU
MERCURE 419
de Guerre , ce qui fut caufe
que ce Gouverneur
voyant fa Garniſon trop affoiblie
par cette perte , fit
lâcher les Ecluses , & fit
rompre quelques Digues.
pour la fureté de la Place ;
mais cette inondation s'é-
.
tant trop étendue , cauſe
une perte tres confiderable
au Pays.
Les Alliez faifant conduire
à Bruxelles la plus grande
partie des prifonniers.
qu'ils avoient faits dans le
430 SUPPLEMENT
combat , Mr du Rozel attaqua
l'Eſcorte , l'a battit
fit des prifonniers , & délivra
800. de nos foldats :
les Officiers qui avoient
auffi eſté faits priſonniers ,
& qui eftoient avec cette
Troupe , refuferent de fuivre
Mr du Rozel , difant
qu'ils avoient donné leur
parole d'honneur de fe rendre
au lieu où on les menoit
, Mr du Rozel les laiffa
paſſer ; il renvoya fur leur
parole les Officiers enneDU
MERCURE. 431
mis qu'il avoit pris , & qui
commandoient l'Eſcorte ,
& les chargea de dire au
Prince Eugene & à Milord
Marlborough, qu'il préten
doit que par cet échange
les Officiers François étoient
dégagez , & qu'il en
laiffoit juges ces deux Generaux
.
Pendant que ces chofes
fe paffoient , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne qui
cftoit attentifà tout.ce qu'il
croyoit neceffaire pour le
432 SUPPLEMENT
ſervice du Roy, faifoit creufer
les Quais du Canal de
Bruges , aplanir le terrain
d'un côté , élever des Parapets
de l'autre , conftruire
de bonnes Redoutes , & ·
placer des batteries d'efpace"
en eſpace.
Les Ennemis ayant un
gros Corps de Troupes à
Armentieres
, en firent un
détachement de 1500. hommes
pour aller mettre l'Artois
fous contribution : il
entrafort avant dans le Pays
où
DU MER CURE. 433
où ayant refolu de porter.
la terreur , afin d'en tirer
plus facilement des Orages,
il mit le feu à quelques maifons
qui brûlerent d'autant
plus facilement que les toits
n'eftoient que de chaume :
ils enleverent enfuite des
Orages , parmi lesquels on
dit qu'il y avoit quelques
Religieux de l'Abbaye de
Saint Eloy ; mais à peine
avoient - ils commencé à
marcher pour retourner
d'où ils eftoient venus , que
Juillet 1708
Oo
434 SUPPLEMENT
les Payfans de tous les Villages
qui eftoient fur leur
route fonnerent le tocfin
qui avoit commencé à
fe faire entendre dans un
Village où s'eſtoit trouvé
un Religieux de l'Abbaye
de Saint Eloy , qui fçachant.
qu'on emmenoit quatre de
fes Confreres
,
commença
le premier à exciter les Payfans
à prendre les armes ,
& fonna le tocfin , dont
le bruit ayant efté entendu
des plus prochains Villages,
DU
MERCURE
435
paſſa enſuite aux autres , &
mit tout le Pays en alarme .
On doit
remarquer que les
gens de ce party n'emmenoient
pas feulement des
Otages ; mais auſſi tout le
butin qu'ils avoient fait
dans leur courfe , & que les
Curez ,
quelques Religieux
& plufieurs autres perſonnes
qui auroient pû eftre enlevez
pour fervir d'Otages,
a s'eftoient cachez dans les
bleds où ils eftoient demeurez
pendant la courſe , &
Ooij
436 SUPPLEMENT
ty
dont ils ne fe fauverent
qu'avec les Otages qui avoient
efté emmenez , &
qui avoient auffi pris le parde
fe cacher dans les bleds
pendant un rude combat
qui fe donna entre les gens
de ce party , & les Payfans
joints à quelques Partis envoyez
par Mr le Maréchal
de Barwick , qui en tuerent
trois ou quatre cens prés
de Richebourg à deux
lieues de Bethune , fans
compter les fuyards dont ils
DU MERCURE . 437
tuerent auffi un grand nombre
; de maniere que tous
les Orages furent repris ainfisque
tout le butin qui avoit
efté enlevé , parmi lequel
il y avoit quelques
chevaux.
Mais Milord Marlborough
ayant appris le defavantage
de ce Party , envoya
500. Houſſards
foûtenus
d'un gros d'Infanterie
pour le fortifier , & ces
Troupes eurent le même
fort des premieres .
Oo iij
438 SUPPLEMENT
Je dois ajoûter icy que
le premier Party fut d'au
tant plus facilement batru ,
qu'il donna dans une Embufcade
, & qu'avant d'avoir
le temps de ſe recon
noiſtre,il efluya 400. coups
de fufil.:
Dans le même temps le
Lieutenant
deRoy de Tournay
ayant eu avis qu'un
Convoy eftoit forty d'Oudenarde
pour l'Armée des
Alliez , fortit avec un détachement
de fa Garniſon,
F
DU MERCURE 439
attaqua ce Convoy , battit
l'Eſcorte
, & amena 100 .
prifonniers , 80. chevaux ,
& 50. chariots.
Pendant que ces chofes
fe paffoient de ce côté- cy ,
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne qui de ſon côté
étendoit toûjours les
Contributions , & faifoit
continuer les travaux du
retranchement commencé
le long du Canal de Bruges
, donna ſes ordres pour
Fattaque du Fort Rouge ,
Oo iiij
440 SUPPLEMENT
fitué fur le Canal qui va au
Saz de Gand ; ce Fort fut
emporté l'épée à la main ,
& 200. hommes qui y étoient
, furent tous tuez ou
pris.
Mr de Bruzac Aide -Major
des Gardes du Corps
ayant eu ordre d'aller avec
un détachement rompre les
Digues d'Aloſt , réüffit heureuſement
dans cette entreprife
; de maniere que la
Dendre eft prefentement
innavigable pour les Ennemis
.
DU MERCURE. 441
Enfin les Alliez voyant
que leurs pertes avoient eſté
continuelles depuis le combat
, nos partis les battant
prefque tous les jours , &
qu'ils avoient perdu beaucoup
de monde dans les
4
courfes qu'ils avoient faites
dans le Pays d'Artois , refolurent
d'y envoyer une
petite armée. Elle eftoit
compofée de feize Bataillons
, de trente Efcadrons ,
d'environ milleGrenadiers,
de trois cens Houffards ,
442 SUPPLEMENT
& de fix petites pieces de canon.
Ces Troupes eftoient
commandées par Mr le
Comte de Tilly , Mr de
Rantzau , & Milord Or-
Kenay, & le 26. à 3. heures
aprés midy , elles marcherent
du cofté de Lens.
Un Détachement de ces
Troupes fut envoyé à Doullens
, dans la pensée qu'il
pourroit furprendre cette
Ville , en donnant lieu de
croire que ce Détachement
eftoit de Troupes FrançoiDU
MERCURE . 443
fes qui venoient ſe jetter
dans la Place pour la deffendre
en cas de befoin ; mais
Mr de Barwick ayant envoyé
des Dragons , ils empêcherent
qu'on ne donnaft
dans le piege que les ennemis
avoient tendu pour
furprendre la Place , & ils
furent repouffez à grands
coups de moufquet .
Je paffe à un Article tresconfiderable
qui eft celuy
des Contributions . Pendant
que les ennemis fe
444 SUPPLEMENTO
donnoient de grands moul
vemens pour faire contribuer
le Pays d'Artois , ce
qui à bien examiner toutes
les actions qui fe font paf
fées pour cet effet , & tous
les coups qui fe font don
nez ,leurcoûte au moinshuit
à neuf cens hommes, Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
a fait contribuer ,
fans qu'il en ait coûté prefque
perfonne , les Mairies
de Bofleduc & de Breda ,
le Betau , & la Zelande.
DU MERCURE 445
L'expedition de l'Ile de
Cadfandt , qui s'eft faite à
l'occafion des Contribu
tions , eft tres- confiderable ,
& je ne doute point que le
détail de cette affaire ne
vous faffe beaucoup de plaifir
. Je crois vous devoir
faire une Deſcription de
cette Ifle , avant que d'entrer
dans ce détail.
L'Ifle de Cadfandt eft en
Hollande fur la Cofte de
Flandre vis- à-vis de la Zelande
& de la Ville de
446 SUPPLEMENT
Fleffingue à une lieuë de
l'ancienne
Sluis, & à quatre
de la Ville de Bruges au
Levant . Elle a 5. lieues de
longueur fur 4. de largeur .
Les Hollandois fe faifirent
au commencement
du dernier
fiécle de la Fortereffe
de Cadfandt. Cette Iſle eft
remplie de Maiſons de
Plaifance qui appartiennent
aux plus riches Habitans
d'Hollande, ce qui en rend
la vûë tres belle . Au bout
de l'Ifle & au delà de l'EDU
MERCURE. 447
clufe, on a pour point de
vûë Hiffandick , qui n'en
eft feparée que par un petit
bras de Mer. C'eſt une
tres belle & tres forte Place,
prés de laquelle on apperçoit
l'Ifle de Tourneuſe ,
qui n'eft pas fi confiderable
que celle de Cadfandt ;
mais dont la
temperature
n'eft pas moins bonne , ni
le climat moins doux . Jean
fans Terre , Roy d'Angleterre,
ayant eſté inveſti du
Royaume d'Irlande dans.
448 SUPPLEMENT
l'Affemblée des Seigneurs
Anglois que le Roy Henry
fon pere fit à Oxford , ce
Prince , dans un voyage
qu'il fit dans les Pays-bas ,
trouva la fituation de l'Ifle
de Cadftandt fi agreable ,
qu'il y voulut paffer quelques
femaines pour y goûter
un air plus pur.
Rien ne peut mieux fuivre
la Defcription de cette
Ifle , que ce que les ennemis
ont écrit eux - mêmes
touchant ce qui s'y eft paffé
1
DU MERCURE 449
forfque les François y font
entrez.
Le 28. les François forcerent
les Lignes que le General
Fagel avoit fait élever
depuis l'Eclufe jufqu'à
Iffendick , & de là jusqu'à
Philippine , & Biervliet ,
dont ils ont fait fauter le
Magafin. Ce General qui
eftoit derriere avec deux à
י
Itrois mille hommes
pour
le
deffendre , fut obligé de céder
à la force , & nefe fauva
qu'à peine dans une chajuillet
1708. Pp
450 SUPPLEMENT
loupe à l'Eclufe. On dit que
quelques - unes de fes Troupes
s'y font auffi fauvées ;
mais plufieurs avis affurent
que la plus grande partie à
efté faite prifonniere deguer
re, & l'on ajoûte que te
Lord Murray ne pouvant
plus tenir dansfon Pofte de
Philippine ny le deffendre ,
s'eft auffi retiréfort à propos
à l'Eclufe avec deux
Regimens d'Infanterie Angloife
& un de Dragons
qu'il commandoit. Enfin on
<
DU MERCURE. 451
écrit que la confternation eft
fi grande en ces quartiers-là
que la plupart des riches
Habitans du Pays de Cadfandtfe
retirent à Fleffingue
, & ceux du Pays de
Waes à Hulft qu'on a mis
fous les eaux. On ne paroift
gueres moins confterne en
.
Zelande , fur tout à Middelbourg,
où l'on apprehende
fort que les ennemis n'ayent
deffein depenetrer.
Le 29. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne apprit
Pp ij
450 SUPPLEMENT
Lord Murray
loupe à l'Eclufe. On dit que
quelques - unes de fes Tronpes
s'y font auffi fauvées
maisplufieurs avis affurent
que la plus grande partie d
eftéfaiteprifonniere degue
re , & l'on ajoute qu
plus te
Ph
fiers
Come
C
Vette
the
wac
oinze
PLEN
DU MERCURE
cafe écrit
que
la confternation
fi
grande
en ces
quartiers
que
la plupart
des
dix
Habitans
du
Pays
dels
les
t
fandt fe retirent defterent
gue , & ceux dirent leur
Waes à Hulf
execution
fous les e
arrefté touguer
Zel
ribution que
ayer. Il n'y a
edition
que
cuez & trois
pillage qui
rd a efté fi
que tous les
452 SUPPLEMENTI
par un Courrier qui luy
avoit efté dépêché par Mr
du Rozel , qu'il eſtoit entré
dans l'Ifle dont vous venez
de voir la Deſcription . Son
Détachement eftoit de fixt
mille hommes
, compofé
d'un Corps de Cavalerie de
la Maiſon du Roy , de Grenadiers
& de Dragons, f
Il commença pour ve
nir à bout du deffein qu'il
avoit d'engager le peuple
de cette Ifle à contribuer ,
par brûler quinze Cenfest
DU MERCURE 453
Les Habitans entrérent
auffi -toft aprés en compofition
, & ils donnérent dix
ôtages , outre leſquels les
5 principaux qui refterent
dans l'Ifle donnerent leur
fignature pour l'execution
de ce qui feroit arreſté touchant
la contribution que
l'Ile devroit payer. Il n'y a
eu à cette expedition que
deux Soldats tuez & trois
de noyez . Le pillage qui
s'eft fait d'abord a efté fi
confiderable que tous les
454 SUPPLEMENT
Soldats fe font enrichis. On
amena de cette Iſle deux
mille chevaux , & trois mil
le vaches. Les chevaux ferviront
au remplacement de
ceux qu'on a perdus dans le
combat. Ainfi rien ne peut
eftre d'une plus grande utilité
que cette capture quidoit
beaucoup chagriner
les ennemis. Les ôtages ont
efté menez à Gand , où l'on
a cominencé à travailler
aux Articles dont il eſt à
propos de convenir pour
DU MERCURE . 455
le
payement de la contribution
, & l'on affure que
ce Pays fera traité à cet
égard , de la même maniere
que le Pays d'Artois fera
traité par les Alliez . Ceux
qui font revenus de cette
Me , rapportent qu'il y à
vingt- fept Villages , & que
les maifons en font tresbelles
& tres- bien bafties.
Il y a plus de foixante ans
que les peuples qui l'habitent
n'ont payé de contributions
, quelques tentati
456 SUPPLEMENT
tives que l'on ait faites pour
les y
engager
.
Je dois ajoûter à toutes
ces chofes que Mr du Rozel
, avant que d'en partir
fit combler les retranchemens
, abattre les redoutes,
& encloüer tout le canon .
Tant de partis ennemis
battus depuis le combat
tant de contributions établies
en divers endroits , la
Ville de Gand remplie de
toutes fortes de munitions ;
celle de Lille pourvuë de
toutes
DU MERCURE 457
toutes chofes , & dans laquelle
on a jetté 800. milliers
de poudre , font autant
d'effets des foins de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, & toutes ces chofes
faites en 17. jours ; fçavoir,
depuis le jour du combat
jufqu'au 29. de Juillet , font
connoiftre que fi ce Prince
avoit perdu une Bataille
complette , il n'auroit
efté en eftat d'agir par tout
en vainqueur , comme il a
Juillet 1708. Qq
pas
458 SUPPLEMENT
toûjours fait depuis le jour
de la Bataille.
Voyons prefentement
quels ont efté les projets
des ennemis , pendant le
même eſpace de temps . Il
eft für que s'ils n'ont pas
fait de grandes expeditions ,
leurs Nouvelles imprimées
ont du moins fait grand
bruit.
Depuis le Combat , Milord
Marlboroug & le Prin
ce Eugene ont fait rafer
DU MERCURE 459
les lignes de Comines
& ſe ſont emparez du Fort,
dans lequel il y avoit 100.
hommes qui ne fe font rendus
qu'aprés avoir fait une
tres forte reſiſtance ; de maque
niere que l'on peut dire
la prife de ce Fort a prefque
autant
coûté d'hommes
aux Ennemis
, qu'ils ont
fait de Prifonniers
.
Ils ont enfuite attaqué
Varneton, dans lequel il y
avoit 500. hommes qui
ont obtenu une Capitula
Qq ij
460 SUPPLEMENT
tion honorable. Le Gouverneur
Irlandois qui les
commandoit eſt un homme
de tefte & de vigueur,& qui
avoit refolu de perir plutoft
que de fe rendre fans
avoir obtenu une Capitulation
qui luy fift honneur.
¿ On doit remarquer qu'il eft
honteux aux Alliez de n'avoir
pas fait cette Garniſon
Prifonniere de Guerre , &
comme ils l'ont manquée ,
on peut dire que les expedi
tions qu'ils ont faites deDUMERCURE
461
puis le Combat , ont eſté
peu confiderables
.
Je veux mettre au nombre
des avantages qu'ils ont
remportez depuis le Combat,
les courfes qu'ils ont
faites dans l'Artois , afin
d'engager ce Pays à contribuer
, & quoique pour y
parvenir ils ayent perdu
beaucoup de monde , comme
il a efté marqué ci- deffus
, & qu'on leur ait fait
quantité de Prifonniers , je
yeux neanmoins mettre ces
Qq iij ?
462 SUPPLEMENT
courfes au nombre de leurs
Exploits faits depuis le
Combat, ne trouvant pref
que rien de leur part pour
eftre mis dans la balance
avec dix ou douze faits
éclatans que je vous viens
de rapporter, & qui ont fait
connoistre que les vaincus
fuppofez , ont toûjours eu
par tout depuis le Combat,
la fuperiorité des Vainqueurs
, & que preſque
tout ce qui s'eft paſſé à
tourné à leur avantage.
A
ME
KE. 463
Les Ennemis outrez de
chagrin dufang & des hommes
que leurs courſes leur
coûtoient , refolurent d'envoyer
au lieu de partis ,
une petite Armée en courfe.
Je vous ay fait voir ce
que ce grand Corps qui a
marché avec du Canon
avoit produit, que les Villes
de Lens & de Doullens
en avoient efté fort allarmées
; mais que l'on pour
voit dire que ces Villes
avoient eu plus de peur que
Q iiij
464 SUPPLEMENT
de mal. Je ne doute point
que tous le Pays où ces
Troupes ont efté ne contribuë
; mais qu'eſt - ce que
ces contributions , fi on les
compare à toutes celles
dont je vous ay fait un dénombrement,
que les Hollandois
payent , & qui
doivent fans doute eftre
prefentement fort augmentées
du côté de la Zelande?
Je dois ajoûter ici une
choſe touchant ces contributions
qui feront payées
DU MERCURE. 46
par les Pays qui font fous la
domination
du Roy. C'eft
que le produit de ces contributions
fera ſeparé en
trois fommes, dont il en reviendra
une au Prince Eugène,
la feconde au Duc
de Marlborough , & la troifiéme
aux Hollandois ; de
maniere qu'ils n'auront que
ce tiers pour les indemnifer
des contributions immenfes
que paye la Hollande &
tous les Pays des environs
qui appartiennent aux Hol
466
landois , de ſorte que fi
l'on paye encore long temps
des
contributions de part
& d'autre , les Peuples
d'Hollande acheveront
bientoft d'eftre abîmez à
l'égard de ce qui regarde
l'argent , car ils ne s'en
cachent point depuis trois
ans, & tout ce qui fe fait
& qui fe dit là deffus en
Hollande eft à découvert
depuis le temps que je viens
de marquer, y eft d'une fi
grande rareté , que la plufMERCURE
467
part des Provinces ne veu
lent plus contribuer aux
befoins de l'Etat, & perfonne
n'ignore les difficultez
qui fe trouvent aux einprunts
que l'on veut faire
en Hollande, & les difficultez
exrrêmes qui fe font
trouvées depuis trois ans ,
toutes les fois que l'on a
voulu faire des fonds pour
la Campagne ; de forte qu'
elle eftoit fouvent preſte
de s'ouvrir , fans que ces
fonds fuffent faits. berg
68 SUPPLEMENT
C
290
Je reviens au détail que
yous venez de voir de ce
que les Troupes de France
ont fait depuis le combat ,
& de ce que les Alliez ont
executé de leur côté , & je
demande s'il n'eſt pas aifé
de voir de quel côté la balance
doit pancher , & fi les
Hollandois ne doivent pas
eftre au defeſpoir lorsqu'ils
ne tirent que la troifiéme
partie d'une Contribution
qui n'aproche pas de la dixiéme
partie de ce qu'ils
DU MERCURE . 464
font feuls obligez de payer?
& felon toutes les apparences
on doit croire qu'ils
payeront
encore
longtemps
ces Contributions
;
Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne eftant non feulement
bien affermy dans
fon Camp & dans tout le
Pays , & y demeurant avec
d'autant plus de plaifir , que
tous les coeurs des Peuples
font pour luy . Les Gantois
l'adorent , & luy offrent
leurs bourfes & tout ce qui
470 SUPPLEMENT
dépend d'eux ; ils viennent
fouvent le voir manger , &
?
ils le régalent quelques foisi
de la Mufique du Paysa
Monſeigneur leDuc de Ber
ry ayant bû un jour à leur
fanté , ils luy parurent ſi
remplis de joye que ce Prince
ordonna qu'on leur don
naft un muid de vin de la
bouche , c'est - à - dire du
meilleur qu'il y eut , & du
même dont ce Prince buvoit
, pour boire à ſa ſanté.
Monſeigneur le Duc de
DU MERCURE . 47
Bourgogne leur paroiſt
grand en tout ce qu'il fait ;
il fait des liberalitez continuelles
aux bleffez & aux
prifonniers , & beaucoup
d'autres fe reffentant auffi
de fes liberalitez
, on peut
dire que ce Prince donne
tout ce qu'il a ; auffi peuton
dire qu'il ne manque de
rien de tout ce qui peut regarder
le fervice du Roy ,
tant chacun cherche avec
empreffement à remplir fes
fouhaits.
472 SUPPLEMENT
Les Recrues, des Regimens
qui ont fouffert font
fort avancées par le foin des
Gantois , & l'on trouve
tous les chevaux dont on a
befoin .
Enfin
l'abondance eſt
dans le Camp de ce Prince,
pendant que la difette , ou
du moins une grande cherté
de toutes chofes , fe
trouve parmy les Troupes
des Alliez .
J'apprens en ce moment
que les Ennemis ont fait
DUMERCURE. 473
quelques tentatives du côté
d'Oftende pour nous of
ter la communication
par
le Canal de Nieuport à Bruges
, en enfonçant des bat
teaux , & en faifant des cou
pures pour inonder les terres
& le Canal ; mais Mr
le Comte de la Motte qui
eft furveillant
à tout , les a
fait retirer , & on luy a envoyé
une Brigade d'Infanterie
pour placer à Mari-
Kerque prés d'Oftende , afin
d'empêcher qu'il ne for
Fuillet 1708 Rr
474 SUPPLEMENT
te plus rien de cette Place.
J'apprens auſſi dans le
même temps que Mr du
Rozel , cut ordre le 30. du
mois paffé , de retourner
dans l'Ifle de Cadfandt ; on
en fçaura bien- toft la raifon.
On remarque tous les
jours que les foldats qui étoient
à l'expedition de cette
Ifle , font revenus encore
plus riches que l'on n'a
dit , & qu'ils avoient eu la
précaution d'enlever tout
ce qui s'eftoit pûr emporter
#
IDU MERCURE. 475
des lieux où ils avoient mis
le feu , avant que l'incendie
fuft commencé .
Je dois ajoûter icy avant
que de fermer ma Lettre
que je viens de voir une Lifte
imprimée en Hollande ,
des noms de tous les Officiers
que l'on pretend avoir
efté pris dans le combat ;
inais outre qu'il s'y en trouve
plus de deux cens moins
que dans celles qui font imprimées
dans les Nouvelles
publiques où l'on ne nom-
Rrij
476 SUPPLEMENT
ine que quelques Officiers
principaux que l'on traite
tous indiferemment
d'Officiers
Generaux ; outre ,
dif-je que l'Etat que je viens
de voir diminue beaucoup
le nombre
des prifonniers
,
dont tant d'Imprimez
ont
fait un fi grand bruit ; la
Lifte dont je vous parle , &
dans laquelle les Officiers
prifonniers font nommez
met pour faire honneur à
la Maifon du Roy , les Gardes
, les Grenadiers
, les
DU MERCURE 477
P
Mouſquetaires
, & les Gendarmes
, au nombre des Officiers
faits prifonniers : ainfi
l'honneur qu'on fait par
là à cette Maifon, doit vous
faire beaucoup de plaifir ,
puifqu'il fait connoiftre que
c'eft ce qui a donné lieu de
publier que les Ennemis.
avoient infiniment plus
d'Officiers qu'ils n'en ont
en effet.
Outre les feuilles volantes
de nouvelles qui ſe debitent
enHollande au nom478
SUPPLEMENT
bre de 48. par mois ; on y
voit auffi des livres entiers
qui ne contiennent que des
nouvelles , & c'eft d'un de
ces volumes que j'ay tiré
l'Extrait fuivant.
Les ennemis , à lafaveur
de la nuit fe retirent vers
Gand, à la referve de quel
ques-uns de leurs Efcadrons
, qui ayant effé coupez
du reste de l'Armée ,
s'enfuirent vers Tournay.
Mais le matin à la pointe
DU MERCURE . 479
du jour , on envoya
à leur
pourfuite Mr le Brigadier
du Portail qui revint fur
les dix heures avec quatre
Drapeaux
, trente-fix Officiers,
& deux ou trois cens
autres Prifonniers .
Cet Extrait fait voir que
pas bien d'accord l'on n'eft
en Hollande du nombre
des Prifonniers dont on y
fait fi grand bruit , & que
chacun y parle felon fa
paffion , & felon fa poli480
SUPPLEMENT
tique. Je fuis , Madame ,
vôtre , &c.
THEQUE
LYON
VALLE
* 1893
A VI S.
On donnera , par une espece
de liberalité , & pour cette fois
feulement , le Supplement du
Mercure pour 26. fols , en
veau ; 22. fols , en parchemin ;
21. fols , en brochure ; & 20 .
fols , en blanc.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères