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1708, 05
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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN.
MAY, 1708.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
T
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
preſente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fſe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant .
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
• les
Memoires qu'on
envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'ily en a quantité
AULECTEUR.
T
de défigurez étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
#
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
L
GALANT
MAT, 1708.
ES Puiffances jaloufes
de la gloire du Roy , n'étanc
pas contentes de luy faire
la guerre avec leurs Sujers , ont
auffi armé contre ce Monarque,
toutes les Puiffances qui ne
A iij
6 MERCURE
prennent aucun intereft à cette
guerre; qui ne feplaignent point
de S. M. & qui pour tirer de l'argent
des Puiflances jalouſes ,
Teur vendent leurs troupes pour
s'enrichir aux dépens du ſang
de leurs Sujets . Ainsi , l'on peut
dire , que quoy que toute l'Europe
ne foit
pas conjurée contre
le Roy , ce Prince a néanmoins
prefque toutes les Puiffances
de l'Europe à combattre
: de forte qu'il ne peut foûtenir
les efforts d'un nombre
infini d'ennemis , fans faire des
dépenfes qui vont au de- là de
l'imagination ; & cependant ,
GALANT
7
.
dans le temps qu'il a le plus
befoin d'argent , & que la
Campagne eft ouverte de tous
coftez , il ne laiffe pas de fe
fouvenir de ce que la Provence
a fait l'année derniere pour
l'aider à repouffer fes Ennemis ,
puifqu'il a ordonné depuis peu
fept cens mille livres pour les
Vigueries dans lesquelles il y a
eu des incendies ; qu'il a arrefté
qu'on donneroit quatre cens
mille livres , à ceux de la Province
, qui ont fait des fournitures
pendant la Campagne
derniere, & qu'il a affigné divers
fonds pour dédommager
A iiij
8 MERCURE
Toulon des dépenfes que cette
Ville a faites , & de ce qu'elle a
fouffert pendant la même Campagne
. J'aurois beaucoup de
chofes à dire là - deffus ; mais
comme il eft aifé de fe les imaginer
, & que rien n'eſt plus
connu que la bonté du Roy ,
& fa tendreffe pour les Sujets ,
je n'en diray pas davantage ſur
cet article .
Je paffe à un autre qui ne
peut eftre lû fans beaucoup d'attention.
Vous en verrez le contenu
dans la Lettre fuivante fur
la Lune Pafchale , où l'Auteur
prouve que la Lune de Mars ,
GALANY 9
& non celle d'Avril , eft la Lune
dans laquelle les Chreftiens celebrent
leur Pafque , de même
que les Juifs dans celle de Nifan .
Cette Lettre eft de M' Deyffac,
& dattée de Toulouſe le 29 .
Avril.
MONSIEUR ,
Voyant que vous marquez
dans le Mercure de Mars de l'année
courante, que ce fera vousfaire
beaucoup de plaifir de donner les
éclairciffemens qu'on vous demande
au fujet de la Lune Pafchale ,
j'entreprens ce petit Ouvrage , plus
10 MERCURE
pourfuppléer à ce que vous vous feriez,
fi vous aviez le temps , que pour
foutenir , ou pour defavoüer ce que
l'Auteur de cette Lettre me fait
dire , en citant un endroit de ma
réponse à celle du R. P. Lamy ,
Preftre de l'Oratoire Réponse que
vous me fiftes la grace d'inferer en
1706. dans le Mercure du mois
de Mars de cette année -là.
Fe commence d'abord par une
Propofition qui furprendra peuteftre
; c'est que je prétends que
le premier jour de la Semaine , du
Mois & de l'Année de la Creation
du Monde , de même que celuy
du Soleil & de la Lune ( je parle
GALANT 11
du premierjour rationel de ces deux
Aftres ) fut celuy que nous regardons
comme
le 15 . I de la Lune de
Nifan ,parce que Dieu a créé toutes
chofes dans leur eftat le plus
parfait : de là vient auffi que je
prétends que le Monde a efté créé
à l'Equinoxe . La raison en eft
évidente , puifque l'on voit affez
qu'en quelque autre temps qu'on
fixaft cette creation , on y remarqueroit
de l'imperfection aujour
à la nuit par le plus ou le moins
quife trouve dans leur durée ; &
quoy que je fçache que les quatre
Saifons ont eftécréées avec le Monde
, je crois que le Mondefut créé
12 MERCURE
au mois de Nifan & à l'Equinoxe
du Printemps , par rapport à la
Judée, parce que Dieu ordonna à
Moyfe de commencerfes Mois &
l'Année par ce Mois là ; ce qu'il
n'auroit pas fait fans doute , fi ce
Mois n'euft efté le vray commencement
de l'Année , dans la Terre
promife , ou dans la Terre de Chanaan.
Outre donc que la raisonper
le IS. de la Lune de
les
fuade que
Nifan
fut le premier
de la Creation
, je le prouve
par l'Homme
par les Beſtes. Je le prouve
par
Beftes
, car fi ces dernieres
avoient
efté créées
jeunes
& petites
, elles
auroient
laiẞé
couler
un temps
con-,
GALANT 13
que
de
fiderable entre le Commandement
Dieu leur fit de multiplier &
entre leur multiplication ; & il auroit
fallu un nouveau miracle pour
les nourrir , fi elles n'avoient pas
efté crcées grandes & dans un eftat
perfection . Je prouve auffi par
Adam & Eve la propofition que
jay avancée , car s'ils n'euffentpas
efté créées dans un age parfait &
Dieu les eut créez enfans , ils
n'auroient pú pécher que plufieurs
années aprés leur création , dans le
temps que l'Ecriture nous convainc
qu'ils pécherent le jour qu'ils
furent créez , & même vers le
Midy ,felon la Vulgate ; d'ailque
14 MERCURE
leurs les noms qu 'Adam donna à
toutes les Bêtes , les Commandemens
que Dieu luy fit , & même
àfa femme , & tout ce qui eft raporté
dans les premiers Chapitres
de la Genefe , outre la perfection
que Dieu fait éclater , comme je
Pay déja dit , dans tous ces Onvrages
, ne nous convainquent pas
moins qu'ilsfurent creéz dans l'état
tel qu'on eft quand on eft dans
un âge meur.
Comme donc toutes les Bêtes ,
& Adam & Eve furent creéz
grands dans un état parfait ,
de même la Lune
• que
je pretens
fut créée dans fon Plein , parce
GALANT 15
que c'eft alors qu'elle eft parfaite.
Dans tout autre état que celui- là,
c'est- à- dire dans fon accroiffement
ou dans fon déclin , il s'y trouve
de l'imperfection : fi l'on prétendoit
qu'elle eût efté créée abfolument
nouvelle , elle eût eſté créée dans
un temps qu'elle n'auroit point parú
, ce qui choque la raison , les
Ouvrages de Dieu n'ayant efté
faits quepour paroistre dans lepremier
inftant quefa Divine Sageffe
commandoit. Je trouve encore une
puiffante raifon qui me convainc
que la Lune fût créée dans fon
Plein , c'eft afin que les Ouvrages
de Dieu ne ceffaffent point de pa16
MERCURE
roiſtre nuit & jour , par le moyen
de ces deux Luminaires , tandis
qu'il creoit ; car la Lune fuccedant
immediatement au Soleil , ces Luminaires
divifoient également entr'eux
l'Empire du jour Civil
Le Soleil éclairant l'hemifphere durant
les douzes heures du jour naturel
, & la Lune éclairant le même
hemifphere durant la nuit; c'eſtà
- dire , durant les douze heures
reftantes , par là ces deux Luminaires
paroiffoient également
& rendoient toujours vifibles toutes
les autres Creatures , pendant
le temps de la Creation. Cependant
comme ces deux Luminaires
*
L
GALANT
19
ne furent créez qu'au quatriées.
jour ( deslas vieur que j'ay parle.
d'un jour rationel en parlant du
premier jour du monde ) je ne doute
nullement
que
Dien ne les ait
placez au même lieu du Ciel où ils
font au quatrièmejour de leur veritable
Periode
, & que la Lune
next
fuft dans le même eftat où elle
Se trouve aujourd'huy quand elle
eft felon noftre maniere de compter,
dans fon dix - huitiéme jour ; &
fielle nous paroift pleine quelque
jour avant ou aprés fon veritable
Plein , je crois que Dieu ne l'a ainfi
ordonné , que pour qu'elle fit tous
les effets dont j'ay déja parlé , quoi-
May 1708.
B
1
MERCURE
dans le jour defa Création , elle
paffe fon quinziéme depuis
trois jours.
.ût
Je crois que je dois dire icy , que ,
ce Luminaire , qui , comme je le
prouveray un jour , éclaire par
luy-même , fut d'abord la feule
regle , par laquelle l'on diftingua
les mois , je ne doute point que
les années n'ayent toûjours efté reglées
par fes révolutions , jufqu'à
an 2663. qui fut celuy de la
fortie d'Egypte, & celuy dont le
troifiéme Mois fut celebre par la
Loy Ecrite , & par la Loy Orale
que Dieu donna à Moyfe fur la
Montagne de Sinai , par le MiGALANT
19
niftere de quelqu'un de fes Anges.
Je crois trouver la preuve de ces
Années Lunaires dans le 2. . du
x11 . Chap. de l'Exodepar la maniere
dont Dieu rétablit le veritable
commencement de l'année , en
ordonnant à ce Legiſlateur defaire
la Pâque le 14. du mois auquel
il luy parloit car fi les Mois
avoient alors efté folaires e non
Lunaires , Dieu fans doute , n'auroit
pas manqué de dire à Moyfe;
ce Mois fera le commencement
de vos Mois ; il fera le
Commencement des Mois de
Année, & obfervant le retour
de la Lune , vous prendrez un
Bij
20 MERCURE
Agneau le dix de cette même
Lune Vous garderez chez vous
cet Agneau juſqu'au quatorze
pour l'immoler au Ben- haarbaim
où entre les deux foirs de
ce même quatorze Lunaire
vous le rôtirez enfuite , & enfin
vous le mangerez cette mê
me nuit pour en faire vostre
Pâque. Quelqu'un m'objectera „
peut- eftre , que Dieu voulut que
que
La Lune de Nifan commençât alors
avec le premier de Nifan folaire ,
& que la precifion que je fais icy
devient par là tout-à-fait inutiles
mais pour les prevenir , je fuis.
bien- aiſe de leur dire que le qua-
&
GALANT 21
torze de Nifan Lunaire concourût
cette année qui fut la 2663. du
monde , avec le vingt- deux de
Nifan folaire , qui eftoit un Vendredy
, comme le 15. &. du V.
Chap. du Deuter. l'infmuë , &
que ce fameux quatorze de Nifan
auroit efté un 29. de Mars , com-
Chronologie & mon Came
ma
lendrier le feront voir un jour.
Ou je fuisfort trompé , Monfieur
, ou tout ce que je viens de
dire jette les fçavants dans un
grand embaras. C'eft- là ce que
jay voulu faire pour les convaincre
qu'ils nous abufent quand ils
font amufer à leurs recher22
MERCURE
>
ches inutiles . Que Mr Mareßal
nous dife fur l'inftitution de l'An
néc ce qu'il voudra , rien n'en
doit eftre reçu non plus que tout.
ce qu'il écrit fur la Chronologie.
Qu'il fe fonde tant qu'il voudra
fur celle qui eft à la fin de la Bible
de Vitré , celle de l'hiftoire du
Vieux du Nouveau Teftament
&
par Monfieur de Royaumont , je
feray voir un jour à leurs Sectateurs
qu'elles font abfolument
fauffs , je les convaincray que
la fortie de l'Egipte concourût avec
Fan 2663. non avec l'an 2 513 .
que J. C náquir l'an 4267.
non l'an 4000. & qu'il y eut par
>
GALANT 23
t
• confequent 853. ans d'intervalle
& non 747. depuis la fortie d'E-
• gypte jufqu'à Romulus.
Je reprens mon fujet , Monfreur
, pour vous dire que la folution
de la difficulté proposée n'est
plus difficile fi l'on m'accorde ce
que je crois avoir fuffisamment
étably , c'est à dire ,fi l'on convient
que le monde fut créé à l'Equinoxe
du Printemps
l'on veuille avec tous lesfçavants,
• que le mois de Mars fut fixé par
Romulus , pour eftre le premier
mois de l'année , & pour eftre celui
dans lequel fe fait l'Equinoxe
du Printemps . Si l'on m'accorde
1021
& pourvû que
24 MERCURE
و
ces trois Chefs , ilfaut auſſi qu'on
convienne , quoi qu'en puiffe dire
Monfieur Mareffal , qu'en quelque
année du monde que Romulus
ait vécu , & qu'il ait inftituél'année
, le monde fut creé du 25. au
26. de Mars , felon les Calendriers
anciens ou du 21. au 22 .
du même mois felon lesModernes,
parce que c'eft dans ces jours que
l'Equinoxe a efté fixé , & que
Lune par confequent , eftant alors
dans fon quinziéme jour , felon
nôtre maniere de compter , doit
eftre atrribuée à ce mois de Mars
dans lequel elle commença , &non
au fecond Mois , c'eſt à- dire , au
la
mois
GALANT 25
e
S
n
it
rs
n
Dis
mois d'Avril qui le fuivit. Ce
que je dis eftfi vray & fi naturel
qu'il ne sçauroit l'eftre davantage
, carfi la premiere Lune des
Juifs eft la Lune de Nifan , par
ce qu'elle commença dans la Compute
rationel , avec ce premier
mois folaire, quoi qu'il foit averé
que les Juifs ne fe fervirent de ce
mois de Nifan , que cent quatre
ans pour le moins aprés la Fonda
tion de Rome , c'est- à- dire , à la
captivité de Babylone qui concourút
avec l'an 3620. du monde ;
je ne vois pas d'où vient
le même Compute rationel la premiere
Lune nefera pas la Lune de
May 1708 .
que
C
dans
26 MERCURE
Mars,puifqu'elle commença dans ce
premierMois.Vouloir donc dire que
cette Lune eft la Lune d'Avrilfo
laire & non celledu mois de Mars,
c'est vouloir infpirer un fentiment
capricieux , n'eftant pas vray-
Semblable qu'on doive commencer
l'Année Lunaire par la Lune
d'Avril pour la faire finir par la
Lune de Mars , tandis que l'année
du Soleil commencera par
mois de Mars , & qu'elle finira
par le Mois de Fevrier¸ c'eſt- à- dire
, qu'il femble qu'on ne peut ,
fans fortir des bornes de la juſte
raifon , commencer l'Année folaire
le mois qui finit celle de la par
le
GALANT 27
Lune , & faire finir l'Année de
la Lunepar le mois qui commence
l'Année du Soleil , eftant au contraire
tres- naturel defaire commencer
le cours de ces deux Aftres
par le même Mois , puifqu'ils le
commencerent le même jour & au
même moment comme il nous eft
expreßément marqué dans l'Ecriture.
Fe fuis , & c.
à
On doit
remarquer que l'animofité
n'a point de part
ce que les fçavans
écrivent
pour
foûtenir
leurs
opinions
lors
qu'elles
font attaquées
, & que
s'il paroift quelques
fois un peu
Cij
28 MERCURE
trop de vivacité dans leurs écrits
on ne l'a doit attribuer qu'à
l'enteftement
des hommes qui
ne peuvent céder lors qu'ils ont
une fois commencé à foûtenir
leur opinion
.
Si vous faites reflexion fur
l'article que vous allez lire ,
vous trouverez qu'il ne faut
quelquesfois qu'un ſeul homme
, & même de de conpeu
fideration , pour cauſer la ruine
totale des plus grands Etats
dans lesquels on voit fouvent
de grands mouvemens , & de
fans que
grandes feditions ,
ceux qui les font connoiffent
GALANT 29
leurs intereſts , & fçachent veritablement
pourquoy ils agiffent
avec tant de violence. Ils
font ce qu'ils voyent faire ; ils
fe laiffent entraîner au torrent .
& ne commencent fouvent à
ouvrir les yeux que lorsqu'il
n'eft plus temps. A peine Philippe
V. eut - il monté fur le
Trône d'Eſpagne , aprés la
mort de Charles II. fon Predeceffeur
, qu'il fit l'honneur
aux Catalans d'aller chez eux
pour recevoir leurs hommages
& leur ferment de fidelité , ce
qui fut fait avec beaucoup de
pompe , & l'on peut même di-
C iij
30 MERCURE
re , avec beaucoup de cordialité
: ch comment les chofes auroient-
elles pû fe paffer autrement
? Philippe V. eft un Monarque
tout aimable , & en qui
l'on n'a jamais pû trouver aucun
défaut . Pendant que toute
la Catalogne eftoit charmée
avec raiſon , de l'honneur que
ce Monarque luy avoit fait ,
un Particulier , qui n'avoit pas
encore atteint l'âge de vingtlept-
ans , s'imagina que la Catalogne
eftoit trop heureuſe
pour joüir long temps des Privileges
que fon Souverain venoit
de luy confirmer , & fur.
V
GALANT 31
S
la feule imagination , que lorf
qué Philippe V ſeroit bien affermy
fur fon Trône , il pourroit
les revoquer ; il s'imagina
de faire une chofe que la prudence
même vouloit qu'il n'entrepriſt
pas quand il auroit eſté
convaincu de la verité de cequ'il
ne regardoit que comme une
chofe dont il n'eftoit pas afluré.
Ce Vifionnaire ſe mit en
tefte de faire foulever toute la
Catalogne contre fon legitime
Souveraino, & l'on peut dire
qu'il left caufe de la ruine entie
re' de cetré Principauté , qui ne
pourroit , quand même elle ནཾ
C iiij
32 MERCURE
commenceroit dés à preſent ,
à jouir d'une paix profonde ,
fe rétablir en un fiécle , de tous
les maux dont elle a efté accablée
prefque depuis le commencement
de la guerre prefente
, par le fer & par le .
feu , & par tous les malheurs
qu'elle traîne aprés elle . Vous
trouverez dans l'article fuivant
qui vient de Catalogne même,
tout ce que ce Vifionnaire a fair
pour venir à bout d'un deffein
qui n'eftoit fondé que fur da
penfée chimerique dont il s'é
toit entefté , que Philippe V.
retireroit tous les Privileges ac
GALANT 33
cordez à la Catalogne. Peuteſtre
auffi que ce qu'il alleguoit
n'eftoit qu'un pretexte, pour
plonger fa patrie dans le defor
dre & dans la confuſion , afin
d'en profiter , & de faire parler
de luy. Voicy l'article qui
le regarde , & qui a efté fait à
Poccafion de fa mort , par un
Catalan qui aime fa patrie , &
qui en connoift les intereſts.
Le défunt étoit peut- eftre bien
perfuadé que s'il réuſſiſſoit dans
fon deffein , celuy qui feroit declaré
Souverain de Catalogne ,
luy en ayant toute l'obligation,
le combleroit de dignitez & de
34 MERCURE
biens. Cet Exemple doit faire
ouvrir les yeux aux peuples que
l'on veut exciter à la révolte ,
& leur faire connoître qu'avant
que d'entrer dans de pareils en,
gagemens , ils doivent exami
ner à fonds , ceux qui s'éfor
cent à les y porter , & tâcher
à découvrir les interefts qui les
font agir. Le peuple qui prend
aifément le change fe fouleve
fouvent fans que l'on ait pris
de grandes précautions pour
l'émouvoir , & quelque argent
diftribué à des miferables fait
quelquesfois des effets prodi
gieux ; & quand la confufion
GALANT 35
S
d
e
is
ir
nt
ait
di.
on
s'eft mife une fois parmy une
populace féditieufe , on n'approfondit
& l'on n'écoute plus
rien .
Ľ’Archiduc a donné la Charge
de Colonelde fes Gardes.au Prince
Henry de Heffe- Darmstadt , cydevantfon
Gouverneur ; c'est le
même qui a deffendu Lerida ; il
eftoit frere du feu Prince George
Heffe- Darmstadt qui fut tué
au Siége de Barcelonne lorsque cette
placefut prise en 1705. CeRegiment
étoit vacant par la mort de
Don Antoine de Peguera , qui
avoit le premier imaginé la Revol
de
36 MERCURE
te deCatalogne; ce Colonelétoit iffu
d'une famille qui tient rangparmy
la principale Nobleffe du Pays. Il
avoit toûjours fait paroistre un ef
prit desplus remuants ; il commença
d'en donner des marques dés dés le
temps que le Roy Philippe V. vint
à Barcelonne pour y recevoir le
ferment defidelité des habitans. Il
eftoit un de ceux qui avoient don–
né degrandes efperances de foulevement
dans cette principauté , aw
Prince George Darmstadt, & il en
gaga ce Prince àfe prefenter devant
Barcelonne en 1704. avec l'Eſcadre
de l'Amiral Roke . Il fortit
alors deBarcelonne , de crainte d'
T
GALANT 37
110
être arrêté, &'aprés avoir erré quelque
tems dans laCatalogneavec une
troupe de Payfans qu'il avoit raffemblez
, il s'embarqua pour Gennes
d'où ilfe rendit à Vienne ,
ilperfuada à l'Empereur d'envoyer
l'Archiduc à Barcelonne avec une
groffe Flote , luy faifant efperer
que la plus confiderable partie de
Nobleffe er du peuple fe décla-
Teroit pour luy à fon arrivée , ce
que le Prince George confirmoitpar
les lettres qu'il écrivoit fans ceffe
de Gibraltar à Vienne & à Londres.
Don Antoine de Peguera revint
enfuite à Gennes , d'où il entretint
fes correspondances avec les
38 MERCURE
Catalans mécontens , par le moyen
de plufieurs Barques ou Bâtimens
marchands qui venoient à Gennes,
fur tout avec quatre ou cinq
Gentilhommes du cofté de Vigh ,
avec les habitans de fes Terres,
qu'il gagnoit en leur promettant
beaucoup de la part de l'Archiduc.
Le Prince George de fon cofté
leur promettoit encore davantage
& lorfque la Flotte qui portoit
l'Archiduc , parut dans la Mediterranée
, Don Antoine Peguera
alla fe mettre deffus , de Gennes où
il eftoit alors , & dés qu'il eut mis
pied à terre , il fe mit à la tefte de
1700. hommes des environs de
GALANT 39
e
Vigh qui ne meritoient que le nom
de Miquelets , quoy qu'il s'y joi
gnit quelque Nobleffe. Quelques
Gentilhommes de Barcelonne
eftoient d'intelligence avec eux
& foufloient toujours aux oreilles
du peuple , qu'il n'y avoit aucune
apparence que le Roy d'Espagne
eftant uni avec le Roy de France,
leur confervaft leurs Privileges.
Enfin aprés la prise de Barcelonne
en 1705. l'Archiduc le nomma
Colonel de fes Gardes , qu'ilforma
des Revoltez de Vigh qu'il avoit
raffemblez , & que
en ce pays-là Viguetans . Avec
ce Regiment il fut envoyé en
l'on
nomme
40 MERCURE
1706. fur les Frontieres de Na
varre du cofté de Terraçone où il
commit de grands defordres . Il eft
enfin mort fur la fin du mois de
Mars , & l'on remarque à l'occafion
de cette mort que la main.
de Dieu femble s'eftre fait fentir
fur les principaux Auteurs de la
Revolte, ainfi que fur ceux qui ont
fuivi ce party ; fçavoir , l'Amirante
de Caftille , le Prince Geor
ges Darmftard qui avoit luy- mêmeproclamé
Philippe V. dans Barcelonne
le Comte d'Oropeza
il fe nommoit Don Joachim de
Toledo-Mourrey-Portugal Comze
d'Oropeza ; il fuivit le party
;
GALANT
41
de l'Archiduc lorfque les Troupes
des Alliez entrerent dans Madrid,
il mourut aux Festes de Noël
dernieres , & Don Antonio Peguerra
qui vient definir fa Car
riere à la fleur de fon âge , à
qui on peut joindre Mr le Comte
de Noyelles qui vient auffi de
mourir.
Je dois ajoûter à cet article
que le Prince de Heffe- Darmftadt
eft d'une des plus grandes
Maifons d'Allemagne
; je vous
en parlay amplement lors que
je vous appris la mort du Prince
Georges fon frere. La Maiſon
d'Armſtadt eft une branche de
May 1708. D
42 MERCURE
parcelle
de Heffe , & qui s'eft
ticulierement diftinguée par les
grands Capitaines qu'elle a produits
depuis qu'elle s'eſt ſéparée
de la branche aînée . Mr le
Landgrave de Heffe- Caffel eft
le Chef de cette grande Maifon.
Il defcend du malheureux
Landgrave de Heffe - Caffel qui
fe trouva à la Bataille de Mulberg,
comme un des principaux
Chefs de la Ligue de Smalcalde
. Il n'eut pas dans cette Journée
le même malheur que l'E
lecteur de Saxe , je veux dire
qu'il ne fut pas fait prifonnier ;
mais quelques jours aprés , par
GALANT 43
C
;
l'infidelité de Charlesquint , qui
viola le Sauf conduit qu'il luy
avoit donné , il tomba dans les
fers de ce Prince , dont il eut
beaucoup de peine à fortir ,
où il fut plus d'une fois fur le
point de perdre la vie .
&
Mr le Prince Henry de Heffe-
d'Armſtadt eft neveu de feu
Mila Ducheffe de Neubourg ,
mere de Mr l'Electeur Palatin.
Cette Princeffe eftoit foeur de
feu Mr le Prince d'Armſtadt ,
pere du Prince Henry. Ce Prince
eft frere d'Erneft Louis ,
Chefde la branche d'Armſtadt ;
de Philippe marié à une foeur
Dij
44 MERCURE
du Duc d'Haur , & du Prince
Frederic. Ce dernier & celuy
qui donne lieu à cet Article ,
font Catholiques. Les Land
graves de Hombourg font for
tis de la branche d'Armſtadt ./>
Le Prince Chriftian Erneſt,
Marquis de Brandebourg - Bareith
, beau-pere du Roy Augufte
, eft mort âgé de foixante
- quatre ans. Il a eſté marié
trois fois : la premiere en 1662.
avec Sophie , fille de Jean - Geor
ges II. Electeur de Saxe , laquelle
mourut en 1670. la fe
conde en 1671. avec Sophie-
Loife , fille d'Eberard III. dua
GALANT 45
nom , Duc de Wirtemberg ,
morte en 1762. & la troifiéme
en 1703, avec Elifabeth - Sophie
, fille de Frederic Guillau
me, Electeur de Brandebourg ,
& veuve de Frederic Cafimir ,
Duc de Curlande. Il n'a cu
d'enfans que du fecond lit ; ce
font George Guillaume né en
1678. qui s'eft diftingué en
plufieurs occafions pendant la
derniere guerre ; Chriftine-
Everhardine , née en 1671. &
qui a épousé le Roy Auguſte ;
& Eleonore Madeleine, née en
1673. Mr le Marquis de Bran
debourg - Bareith fut nom mé
46 MERCURE
en 1664. General des Troupes
du Cercle de Franconie
qui
furent envoyées
au fecours de
l'Empereur
en Hongrie . Il paffa
en Dannemarck
en 1668.ou
il reçut le Collier de l'Ordre
de l'Elephant
. Il fut fait Major
general de l'Armée de l'Empereur
en 1673. & l'année fuivante
de l'Armée de l'Empire ;
& enfin il fut fait Maréchal
de
Camp general des Armées des
Cercles. Il a donné en toutes
ces Dignitez des marques de fa
prudence & de la valeur . Il
eftoit fils unique de Erdmand-
Auguſte , Marquis de BrandeGALANT
47
bourg Bareith , & de Sophie ,
fille de Joachim Erneſt , Marquis
de Brandebourg- Anfpach,
& petit- fils de Chriftian , Mar
quis de Brandebourg qui forma
la branche de Barcith , &
de Marie fille d'Albert- Frederic
de Brandebourg Chriſtian cut
auffi Georges- Albert qui a fair
la branche de Culembach. Ik
eftoit du troifiéme lit de Jean-
Georges Electeur de Brande-
S bourg , & d'Elifabeth fille de
Joachim- Erneft Prince d'Anhalt
. Je vous ay parlé plufieurs
fois de l'illuftre maifon de Brandebourg
; ainfi je ne puis rien
S
1
48 MERCURE
vous en apprendre de nouveau ;
mais je ne vous avois encore
rien dit de la branche de Bareith
dont je viens de vous parler.
Le Docteur Mill , Anglois ,
qui vient de mourir , n'a furvêcu
que de trois ſemaines à
la publication de fon nouveau
Teftament , qui eft fort efti
mé de tous les fçavans de de-là
la mer. Ce Docteur s'eftoit ac
quis une grande réputation en
Angleterre & en Hollande &
ily paffoit pour un des plus
fçavans hommes de ce temps ,
dans l'intelligence de l'Ecriture.
Il avoit long-temps Profeffé la
Theologie ,
1
GALANT
49
Theologie : on connoiſtra par
le titre de fon nouveau Teftament
la nature & la qualité de
cet ouvrage : Novum Teftamentum
tum Lectionibus variantibus
MSS. exemplarium , verfionum ,
editionum , SS. Patrum & Scriptorum
Ecclefiafticorum & in eafdem
notis. Accedunt loca Scripture
....
Appendix ad paralella..
variantes lectiones præmittitur differtatio
, in qua de libris N. Teftamenti
, canonis conftitutione
agitur. Hiftoria textus novi fæderis
ad noftra ufque tempora de
ducitur ; & quid in hac editione
præftitum fit explicatur ftudio &
May 1708.
E
50 MERCURE
labore Joannis Millii . 5. 1. p.
On peut juger par le titre de
cet ouvrage du travail de l'Auteur
, & des recherches qu'il a
faites. On écrit d'Angleterre
que l'application avec laquelle
il y a travaillé , a fort contribué
à abreger fes jours . Il a eu la
confolation de le voir imprimé
avant la mort . C'eftoit tout ce
qu'il fouhaitoit dans l'affoibliſfement
où il voyoit tomber ſa
fanté tous les jours . Il n'eftoit
pas fort âgé.
Dame Marguerite d'Apcher,
Ducheffe Douairiere d'Uzés , eft
morte âgée de 91. ans . Elle
GALANT SI
eftoit veuve de Mre François de
Cruffol Duc d'Uzés , Pair de
France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Chevalier d'honneur
de la Reine Anne d'Autriche
; ce Duc ayant efté ſeparé
par difpenfe de Dame Henriette
de la Chaftre qu'il avoit époufée
, fe maria avec celle dont je
Vous apprens aujourd'huy la
mort , & qui a fini ſa vie dans
un Convent du Fauxbourg S.-
Antoine , où elle s'eftoit retirée
depuis plufieurs années , & où
elle pratiquoit avec une exactitude
bien édifiante , toutes les
vertus chreftiennes , & particu

E
ij
52 MERCURE
lierement celles de fon eftat ;
je veux dire celles d'une veuve
chreftienne , dont S. Jerofme
fait un tres - beau détail dans
une de fes Epitres . Cette Ducheffe
eftoit fille de feu Mre
Jean- Louis Marquis d'Apcher ,
mort il y a environ treize ans ,
& d'une tres ancienne Maiſon
originaire de Gevaudan . Elle a
eu feu Mre Emanuel de Cruf
fol , Duc d'Uzés , qui de Dame.
N...... de Sainte Maure de
Montaufier a eu Mr. le Duc
d Uzés , & plufieurs autres enfans
; fçavoir Mr le Comted Uzés
, Mr l'Abbé d'Uzés , Abbé
GALANT 53
de Lezat , & Chanoine de Strafbourg
, feuë Me la Marquife de
Barbezieux , Me la Marquife
d'Antin , & Mr le Duc d'Uzés ,
aîné de tous , qui fut tué dans
la derniere guerre , & quelques
autres morts en bas âge . Mela
Ducheffe Doüairiere d'Uzés
outre feu Mr le Duc d'Uzés , a
eu de fon mariage , Mre Louis
de Cruffol , Marquis de Florenfac
, qui a efté Menin de Monfeigneur
, & qui de Dame Loüife
de Senecterre de Leftranges ,
morte en 1705 , a eu un fils qui
eft à l'Academie , & une fille ;
feu Mr l'Abbé d'Uzés mort de-
E iij
54 MERCURE
puis plufieurs années ; Margue
rite Anne de Cruffol épouse de
Mr le Marquis de Marviel ;
N..... époufe de Mr le Comte
de Loudun ; une fille Religieufe
à la Ville- l'Evêque , &
Mel Abbeffe d'Hieres . La Maifon
de Cruffol eft une des plus
illuftres du Royaume par fes
alliances & par les dignitez qu'-
elle a poffedées. Celuy qui porte
aujourd'huy le nom de Duc
d'Uzés , avoit époufé en premieres
noces Anne- Hyppolite
de Grimaldi - Monaco , fille de
M' le Prince de Monaco , mort
Ambaffadeur à Rome , & foecur
de Mr le Prince & de Mr l'AbGALANT
55
bé de Monaco. Il n'a eu qu'une
fille morte il y a environ deux
ans au Convent de la Vifitation
du Fauxbourg S Jacques. Il a
époufé en fecondes noces Dame
Anne-Marie -Marguerite deBul
lion , foeur de Mela Princeffe
de Talmont , & de Mr le Mar
quis de Fervaques ,
Dame Marie Bourlafque
époufe de Mr Antoine de Lux
Chevalier Seigneur de Vantelet
, eft morte dans un âge affez
avancé . Cette Dame a merité
l'eftime de tous ceux qui
la connoiffoient par une conduite
fort reguliere , un grand
E iiij
56 MERCURE
fonds de pieté , & par une pratique
exacte de tous les devoirs
de fon état. C'eſt une juftiee
que perfonne ne luy refuſe.
Elle eftoit d'une ancienne famille
qui a donné divers Officiers
à la Robbe , & qui eftoit
connue dans cette ville dés le
commencement
du pénultiéme
Siécle ; elle a produit en effet
des perfonnes dont l'érudition
& l'habileté en tout genre
de fcience luy ont donné
beaucoup
d'éclat. Gafpard
Bartholin qui fleuriffoit vers
l'an 1630. & qui a donné divers
Ouvrages de Philoſophic
GALANT
57
& de Medecine , dédia un de
fes Ouvrages Philoſophiques à
l'ayeul de M'de Vantelet coinme
à un Mæcene de fon tems ,
Thomas Bartholin fils de Gafpard.
Danois ainfi que fon pere,
a fait voir dans la Preface de fa
découverte fur les Veines Lactées
& fur les Vaiffeaux Lymphatiques
, la veneration & la
reconnoiffance qu'il avoit pour
Mr Bourlafque. Cette famille
de Bartholin fubfifte encore aujourd'huy
en Dannemarc , en
la perfonne de Gafpard Bartho
lin fils de Thomas , qui marche
fur les traces de fes Ancê58
MERCURE
de
tres , & qui a déja enrichi le
public de quelques uns de fes
Ouvrages , dont eft un Eſſay
d'une hiftoire Anatomique
des parties
du corps humain ,felon lapen
fée des Modernes éclaircie par
nouvelles obfervations
; qui parut
à Amfterdam
en 1701. Mr
de Vantelet époux de la Dame
qui vient de mourir eft d'une
tres - ancienne famille , diftin-.
guée par les perfonnes de vafeur
& de réputation qu'elle a
produites.
re
M François de Maucroix
Chanoine de l'Eglife Metropolitaine
de Rheims , Y
eft
GALANT 59
*
mort âgé de quatre - vingt dix
ans , & il y a plus de foixante
ans qu'il faifoit une grande figure
dans la République des
Lettres;les Ouvrages pleins d'érudition,
& s excellentes Tra
ditions qu'il données au public
en divers temps rendront
fa memoire chere à tous les
fçavans. Il eftoit né à Noyon
en Picardie dans une famille
tres confiderable ; il en fortit
fort jeune , & s'étant attaché
enfuite à l'Eglife de Rheims
il ne l'a point voulu quitter ,
content de l'établiſſement qu'il
y avoit & d'un petit Prieuré
60 MERCURE

qui n'en eft pas fort éloigné
.
Les Ouvrages
que l'on a de lui
font les vies des Cardinaux
Volfey
& Polus , la traduction
du Schifme
d'Angleterre
de
Sanderus
; des Homelies
de S.
Jean Chryfoftome
au peuple
d'Antioche
; celles d'Aftierus
;
& enfin
la verfion
Françoiſe
des plus fortes pieces de l'antiquité
; fçavoir
, les Philipiques
de Demofthene
, l'Eutyphron
,
le grand
Hippias
, & l'Euthydemas
de Platon
; la traduction
des quatre
Harangues
de
Demofthene
contre
Philippe
,
de la quatriéme
Harangue
de
GALANT 61
Ciceron contre Verrez , & des
trois Dialogues de Platon , font
écrits dans une grande pureté.
L'Auteur y developpe les raifonnemens
& les penfées de
l'Original avec une force &
une clarté merveilleufe , & il
les exprime d'une maniere
qui fait entrer dans l'efprit les
mêmes Notions , & il fait fentir
les mêmes agrémens , que
l'on fentoit autrefois dans la
Grece lorsqu'on y lifoit dans
leur Langue originale , les écrits
de ces trois grands hommes.
Mr de Maucroix ayant publié
en 1685. avec Mr de la Fon62
MERCURE
taine fon any particulier , fes
Ouvrages de Profe & de
& l'amitié qu'ils
Poëfie
avoient l'un pour l'autre les
ayant obligé à ne faire qu'un
même livre de leurs dernieres
productions , quoyque celles
du dernier fuffent d'un caractere
entierement oppoſé à celuy ·
de l'autre ; Mr de la Fontaine
fut chargé de faire la Dédicace
, & d'aprendre aux Lecteurs
dans quel efprit on doit lire les
Dialogues de Platon . Mr del
Maucroix dans une Preface
particuliere faire voir le caractere
des deux autres Auteurs
GALANT 63
·
fur lefquels il a travaillé ; fçavoir
, de Demofthene & de Ciceron.
Cette Preface eft digne
non feulement d'être lûë ; mais
auffi d'eftre meditée profondement,
car elle donne des ouvertures
admirables pour connoîle
genie & les manieres desAnciens
; & puifqu'il n'eſt rien de
plus utile pour acquerir un
gouft fûr que de bien étudier
celuy des grands hommes de
l'antiquité , il eft tres important
de bien étudier & de méditer
fur ce que l'on nous découvre
du caractere de Ciceron
& de Demofthene & fur la di64
MERCURE
verfité des talens qui les ont
fait admirer. On voit auffi dans
la Preface de Mr de Maucroix
que de toutes les Harangues
que l'on a de Ciceron , il n'y
en a point de plus divertifiée
que la quatriéme Verrine ; l'Orateur
Romain y parle de ftatuës
, de peintures de Tapif
feries , de vafes d'or & d'argent
, & il témoigne par occafion
le mépris que l'on doit
avoir pour ces curiofitez . Mr
de Maucroix & Mr de la
Fontaine curent le plaifir de
voir réimprimer leurs Ouvrages
en 1688. & les HollanGALANT
65
dois en firent faire une Edition
afin de les rendre plus communs
dans leur Province. Mr
de Maucroix traduifit auffi
en François , à la priere de
Mr. l'Archevêque de Rheims
il y a quelques années , le R
tionarium Temporum du P. Petau.
Il a auffi donné au public
quelques recueils d'Epigrammes
, & d'autres pieces
Il réüffiffoit égalede
vers.
ment bien en Profe & cn
Vers , & tout ce qu'il faifoit
dans ces deux genres d'écrire ,
fe reffentoit de la douceur &
de la délicateffe de fon efprit.
May 1708 .
F
66 MERCURE
Mr de Maucroix comptoit
entre fes amis particuliers , Mr
de la Fontaine ; Mr l'Abbé
Furetiere , & Mrs le Jau de
Chanberiot , freres , tous diftinguez
par leur amour pour
les belles Lettres .
. M André Manfel , Preftre
Docteur de Sorbonne , Prieur
de Saint Sulpice de Valbrionde
& Principal du College de Maitre
Gervais Chreftien , mourût
le 30. du mois de Mars dans
ce College , âgé d'environ 65.
ans ; la Paroille de Cahaignes
au Dioceſe de Bayeux eftoit le
lieu de fa naiffance : il eftoit
GALANT 67
d'un temperament fort vif, &
l'étude pour laquelle il eftoit
infatigable a fait tout fon plaifir
jufqu'au dernier moment
de fa vie. Son humilité eftoit
extréme , mais fans fard ; & fa
charité n'eftoit pas moins étenduë
que fa fcience eftoit profonde
; la pureté de fa doctrine
luy avoit donné une averfion
infurmontable pour la nouveauté
& un attachement fans.
bornes pour les grandes veritez
de ſa Religion ; fa morale eftoit
trop refferrée pour eftre à la
mode , ce qui n'empêchoit pas
qu'il ne fut recherché par tous
F
ij
68 MERCURE
ceux qui vouloient s'éclaircir
dans leurs doutes , & qui venoient
à lui comme à une ſource
inépuifable de lumieres : il poffedoit
parfaitement la Theologie
pofitive & fcolaftique qu'il
a profeffée publiquement , &
qu'il a enfeignée en particulier
aux perfonnes les plus diftinguées
par leur naiffance , & par
leur efprit. fon zéle pour la juſtice
& la droiture de fon coeur
luy avoient attiré l'eftime des
honnêtes gens & la confiance
des plus grands Prelats ; & les
larmes dont ils ont honoré fa
mort , ont efté une tendre reGALANT
69
.
connoiffance des peines qu'il
avoit priſes pendant la vie à les
inftruire il eftoit ennemi declaré
de la flaterie , & la flaterie
n'a point de part à cet éloge.
Ml'Abbé de Galliffon Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne , Chanoine & Chantre
de l'Eglife Royale de Saint
Martin de Tours , a cfté nommé
par le Pape & de l'agrément
du Roy , Evefque d'Agathopolis
& Coadjuteur de Babylone.
M' Pidou de S.Olon Evêque de
Babylone eftant fort vieux &
accablé d'infirmitez qui font
le fruit de fes longs & pénibles
70 MERCURE
travaux dans les Miffions
de
l'Orient , ne pouvant plus travailler
par luy - même, a deman- ·
dé du fecours à Sa Sainteté , &
a défigné pour fon fucceffeur
dans le Siege de Babylone
, qui
porte aujoud'huy
le nom de
Bagdet , M' de Galliffon dont il
connoît depuis long - temps la
vertu & le merite ; il en a obtenu
l'agrément
du Roy & la
nomination
de Sa Sainteté . Le
Siége d'Agathopolis
dans l'Afic
eft titulaire , mais celuy de Babylone
eft réel & effectif; il eft
vray que les Evefques
n'y refi-
& que les Mufulmans
dent
pas ,
GALANT 71
qui font maiftres de cette ville
autrefois ficelebre, n'y fouffrent
pas l'exercice de la Religion Ca
tholique , ainfi le Siége en a efté
tranſporté à Amadan , petite
ville qui n'eft qu'à dix lieuës de
Babylone , où il y a un Clergé
Catholique affez nombreux.
M' l'Abbé de Galliffon eft tresbon
Theologien ; il a une connoiffance
exacte des Langues
Grecque & Arabe , que l'on doit
fçavoir lorfqu'on va refideren
ec Pays là ; il eft d'une ancienne
Famille originaire de Touraine
& alliée aux principales Maifons
de cette Province.
72 MERCURE
La Societé Royale des Scien
ces établic à Montpelier , y tint
le 17. Decembre dernier une
Séance publique, dans la grande
Sallede l'Hoftel de Ville . M ' de
Plantade qui ena efté le premier
Directeur ouvrit la Séance part
un difcours dans lequel il expofa
les raifons qui avoient fait
differer l'Affemblée publique ,
& qui avoient empêché M
l'Evefque de Montpelier qui
en eftoit Prefident l'année derniere
d'y prefider. Il informa
enfuite le Public des travaux
dont la Societé avoit efté occupée
pendant le cours de l'année ,
&
GALANT
73
diffi-
& il fit voir que les
temps
ciles en avoient un peu retardé
le progrés , mais que lorsqu'ils
feroient plus calmes & plus
favorables on feroit content
du fuccés de fes travaux .
M' Rideux qui eſt de la claſſe
des Phyficiens , lût enfuite un
Memoire fur la diffolution du
Sel , qu'il dit luy devoir fervir
de préliminaire pour expliquer
les précipitations & les criftalizations
; il combatit d'abord
toutes les raifons dont on fe
fert ordinairement pour expliquer
ce Phenomene , qu'il prétend
contraires à la raifon &
May 1078.
G
74 MERCURE
& à l'experience , & il conclut
fuivantcelles qu'il a faites: que
les parties liquides ne fe meuvent
pas en tout fens & que le mouvement
de trepidation leur fuffit
pourcompoferun tout quifoitfluides
que l'air qui eft contenu dans les moleculesfalines
contribuë fort à leur
divifion par leur elafticité ; & que
c'eft par la force de fes efforts qui
fe débandent
, que les parties fines
fe choquent rudement & qu'il s'en
fait une maniere de trituration : il
finit fon difcours en difant ,
qu'un Sel eft indiffoluble lorsque le
fluide peutpenetrer dans fes pores ;
que les parois de ces mêmespores ne
GALANT
75
refiftentpas entierement à l'action du
diffolvant; que l'air qui eft contenu
dans les locules du Sel peut eftre
mis en liberté; `qu'un liquide peut
diffoudre des Sels de differente nature,
aprés mêmequ'il eft chargé des
molecules de quelqu'autre Sel
quel il ne touche plus . M ' de Planautade
en refumant ce Memoire
le prefenta à l'Affemblée fous
une forme qui le mettoit à la
portée de tous les Auditeurs.
M' Aftruc de la claffe des Anatomiſtes
lût enfuite un Memoire
fur les petrifications de Boutonnet
petit village à deux portées
de fufil de Montpelier. On
Gij
76 MERCURE
trouve ces petrifications dans
un Rocher long de deux cens
pas à l'Orient du village & dans
une couche profonde de trois
toifes . Audeffus & audeffous
de cette couche on ne trouve
rien qui approche de cette petrification
. Il fe declara redevable
d'une partie du détail,
qu'il faifoit à M' Bon, premier
Prefident de la Cour des Comptes
& des Aides & Finances
de Montpelier & Academicien
honoraire de la Societé Royale
des Sciences, qui s'applique avec
fuccés dans fes momens de loifir
à l'étude de laNature. M'Aſtruc
GALANT 77
examina l'opinion de ceux qui
penfent que toutes ces petrifications
font des jeux de la Nature
, fondez ſur ce qu'on en
trouve en des lieux fort éloignez
de la Mer , & qu'on voit
des figures de plantes & d'animaux
dans les marbres & agathes
, qu'on ne peut raporter
qu'à l'arangement fortuit des
differentes parties de la matiere.
Il fit voir que dans les lieux
éloignez de la Mer où ces petrifications
fe font , la Mer avoit
changé de lit , ainfi qu'il eft arrivé
à Aiguemorte qui eftoit il
y a cinq cens ans un Port de
G iij
78 MERCURE
Mer où Saint Louis s'embarqua
pour aller dans la Terre Sainte ;
il finit en reconnoiffant de
trois fortes de petrifications.
La premiere n'eft qu'une incruftation
de limon qui s'eft
colé & qui a durci fur la fuperficie,
par exempled'une coquille;
la deuxième n'eft qu'une terre
moulée dans une coquille durcie
par la fuite des temps ; &
la troifiéme , enfin eft un changement
réel de la coquille en
pierre , qui a pu fe faire lorfque
Ics parties du limon ont efté af
fez déliées pour s'infinuer dans
toute la fubftance de la coquille ,
GALANT 79
& y acquerir la dureté & la folidité
de la pierre : le même dir
enfuite, que les petrifications de
Boutonnet font prefque toutes
de la deuxième efpece . M' de
Plantade en refumant ce difcours
, fit voir l'utilité qu'on
pouvoit tirer de ces découvertes
, & fon difcours finit la
Séance .
Le 6. de ce mois Mr l'Abbé
de Montmartin fut facré Evêque
de Grenoble dans l'Eglife
des Chartreux par Mr le Cardinal
de Noailles , affifté de Mrs
les Evêques de Soiffons & de
Tournay. Mr le Cardinal de
G iiij
80 MERCURE
Noailles , n'ayant point encore
efté dans cette Eglife depuis
qu'il eft Archevêque de Paris ;
le Prieur de ce Convent en Etole
& à la tefte de la Communauté
alla le recevoir à la porte
de l'Eglife, pendant que les trois
Evêques pafférent par la porte
du Cloiftre pour ſe rendre à la
Sacriftic . Il harangua fon Eminence
& luy dit que tous fes Religieux
avoient beaucoup de joye
de le voir pour la premiere fois
dans leur Eglife. Il l'affura du
refpect & de la deference qu'ils
auroient toute leur vie pour
& des voeux qu'ils feroient pour
elle
GALANT 81
la confervation de fa perfonne.
Il fit enfuite l'éloge de l'Evêque
qui alloit eftre confacré ; il dit
que la Chartreufe de Paris eftant
une Fille d'une Maifon quife trouve
dans le Diocefe de Grenoble ,
ils avoient eu droit de demander
que cette Ceremoniefefit chez eux,
ainfi que celles du Sacre des Predéceẞeurs
de ce Prelat y avoient
efté faites. Le Pere Prieur parla
enfuite de la maladie dangereu
fe qu'il avoit cuë , & dont la
guerifon avoit cfté afkz prompte
pour luy permettre d'affic
ter à une Ceremonie qui luy
procuroit le plaifir de voir fon
82 MERCURE
Archevêque dans fon Monaftere
facrer l'Evêque Diocefain
de la principale Maiſon de fon
Ordre. Mr le Cardinal d'Eftrées
s'y trouva accompagné de Mrs
les Archevêques d'Arles & d'Alby,
& de Mrs les Evêques de
Gap l'ancien , de Montauban ,
du Puy , d'Auxerre , & de Mr
l'Evêque nommé de Marſeille ;
& Mr le Cardinal de Noailles
donna enfuite un grand repas
à tous ces Prelats . Mr le Marquis
de Sillery , oncle de Me la
Comteffe de Montmartin
, Mr
le Comte de Vienne & Mr fon
fils , Mrle Comte de BardonéGALANT
83
che , Mr le Comte de Blanchefort
, Mr de Gagnieres , & plufieurs
autres perfonnes de diftinction
, firent comme parens
les honneurs de cette Ceremo
nie. Je ne nomme pas les perfonnes
du fecond ordre qui s'y
trouverent , parce que cela me
meneroit trop loin .
Mr l'Evêque de Grenoble
prêta ferment de fidelité entre
les mains du Roy à Marly le
Jeudy 10. de ce mois , aprés
quoy Sa Majefté luy dit des chofes
tres- obligeantes , & il fut felicité
de toute la Cour.
On a peu vû de Relations
84 MERCURE
de Ceremonies auffi étendues ,
& auffi particulatifées que celles
qui fe trouvent dans la Lettre
que je vous envoye . Elles
font remplies d'un nombre infini
de faits curieux , & comme
l'objet qu'elles ont pour but ,
cft auffi faint que grand , elles
meritent l'attention de toutes
fortes de perfonnes..
APerpignan le 11. Avril 1708 .
Enfin , Monfieur , j'ay vû les
ceremonies de la Semaine fainte , fi
fameufes en ce Pays - cy , & elles
m'ont paru fi éclatantes & firemGALANT
85
plies de pieté , & de chofes extraordinaires
, que j'ay crû que le détail
de ces ceremonies feroit digne
de voftre curiofité. Le Carême fe
paffe icy tres - devotement. Ily a
tous les jours Sermon François dans
la principale Eglife , & Sermon
Catalan dans une autre Paroiffe.
Il y a alternativement pendant
tout le Carefme des Prieres de quarante
heures , dans chacune des.
Eglifes de la Ville ; expofition du
S. Sacrement , Sermon tous les foirs
prefque toujours en Catalan , &
Salut fouvent en Mufique ; tous
les Vendredis Sermon François dewant
Mrs les Chanoines dans une
86 MERCURE
Chapellefeparée , qui eft proche
de leur Eglife ; la porte de cette
Chapelle eft ouverte à tout le monde;
ce Sermon commence à 4. heures,
& il eftfuivi d'un Miferere en
Mufique , dontMrs les Chanoines
diſent alternativement unVerſet en
baffe Pfalmodie. Les mêmes jours à
fix heures du foir les Confreres
du Tiers Ordre s'affemblent aux
Cordeliers dans une grande Chapelle
feparée de leur Eglife , & aprés
une Exhortation , ils fe donnent
tous enſemble la difcipline ; les
Soeurs font cette ceremonie chez elles
chacune en leur particulier,
Voilà , Monfieur , les devotions du
GALANT 87
Pays pendant le Caresme , qui ne
fervent que de Prelude à celles des
trois derniers jours de la Semaine
Sainte.
Le Vendredy qui precede le Dimanche
des Rameaux , le Tiers-
Ordre de S. François fit une Proceffion
par la Ville , que je trouvay
tres- devote . On s'affembla aux
Cordeliers , aprés un Sermon.
fait en Catalan , on fe mit en marche.
Je fus fortfurpris de voir le
Predicateur , qui eftoit un Ecclefiaftique
, précher en Soutane ¿ en
Manteau long,fans Surplisen.
Bonnet quarré. Les Croix des Religieux
de ce Pays n'ont point de
5
88 MERCURE
Chrift ; on y voit feulement une
Couronne d'épines attachée au milieu.
Celle de la Proceffion dont je
vous parle , eftoit portée par un Ecclefiaftique
en Manteau long &
en Bonnet quarré , accompagné de
deux jeunes Clercs en Soutanelle
&en Manteau court. Toutes les
Soeurs du Tiers- Ordrefuivoient ;
il y a parmi elles des Dames de
qualité , dont les unes font vêtuës
à la Françoife , & les autres à la
Catalane ; elles avoient toutes le
Cordon de S. François fur leurs
habits , qui pendoit jufqu'à terre ;
elles marchoient deux à deux , tenant
chacune un gros cierge. En-
"
GALANT 89
fuite paroiffoient les Confreres ,
fuivis de plufieurs Preftres feculiers,
vêtus de même que celuy qui
portoit la Croix , & ayant
chacun
un cierge à la main ; ces Preftres
fermoient la marche. Les Cordeliers
eftoient difperfez dans les
rangs , & Pfalmodioient d'un ton
lugubre , les Litanies de la Paffion,
aufquels on répondoit Miferere
nobis. Et comme cette Proceffion
eftoit de plus de quatre cens perfonnes
, le Cordeliers formoient quatre
Chours qui Pfalmodioient ces Litanies
, afin que tout le monde pust
entendre répondre . Prefque tous
ses Cordeliers tenoient par la main
May 1708.
H
90 MERCURE
de petits enfans vêtus en Cordeliers
. On doit remarquer que la coûtume
du Pays eft d'habiller preſque
tous les enfans , quelques- uns juf
qu'à l'âge de fept ans , de
quelque
habit Religieux , de forte que tous
ces enfans forment par les ruës
une bigarrure extraordinaire. On
voyoit à la fuite de la Proceffion
dont je viens de parler , un Ecclefiaftique
vêtu d'une espece de Robbe
de chambre couleur de pourpre ,.
ayant une perruque dont les cheveux
pendoientpardevant juſqu'à
la ceinture ; de maniere qu'il ne
voyoit pour ſe conduire , qu'à travers
ces cheveux qui estoient fort
GALANT
gr
,
épais , de forte qu'il nepouvoit tout
au plus voir que fes pieds , qui
eftoient nuds comme fes jambes. Il
avoitfeulementfous la plante des
pieds des femelles de cordes , avec
lefquelles un homme peu accoûtumé
à cette chaußure , doit avoir
bien de la peine à marcher'; ces femelles
font attachées avec des cordons
fur le pied. Cet homme avoit
auffi fur la tefte une Couronne d'épines
, & une groffe chaîne de fer
pendoit de derriere fon col ,
traînoit huit pieds derriere luy. Il
avoit fur l'épaule gauche une tresgrande
Croix & fort épaiffe , de
maniere qu'il auroit efté impoffible'
elle
Hij
92 MERCURE
qu'il euft pu la porterfi elle n'euft
efté creufe ; il la portoit en équili
libre. Six des principales perfonnes
du Tiers-Ordre marchoient devant
luy, & portoient fix grandsflambeaux
; il eftoit conduit par 2. hommes
qui estoient à cofté de luy. Cette
Proceffion qui dure prés de trois
heures , paffe par plufieurs ruës
de la ville , avec une modeftie qui
édifioit tout le monde. Elle entre en
chemin dans deux Eglifes quifont
fur fa route , & dans chacune
defquelles , on luy fait un Sermon
en Catalan ; mais fort court : elle
trouvepar les ruës , d'espace en efpace
des Autels ornez & éclairez
ع و ب
GALANT
93
fur lefquels on voit un Tableau
qui reprefente un des Myfteres de
la Paffion de Noftre Seigneur, &
lorfque la moitié de la Proceffion a
achevé de paßer devant chacun
de ces Autels , on Sonne une petite
clochette , & alors tout le
monde fe met à genoux en quelqu'endroit
que l'on fe trouve . Quatre
Cordeliers difperfez dans le
milieu de la Proceffion , lifentune
Meditation en Catalan fur le
Myftere reprefenté , & l'on dit
à la fin un Pater nofter. On fe
releve au même fon de la clochette
lorfque celuy qui porte la
Croix fur les épaules eſt arrivé
>
94 MERCUR
E
>
devant l'Autel on ſe remet à genoux
& celuy qui porte la
Croix s'incline bien plus profondement
, ce qui le foulage un peu ,
puifqu'alors fa Croix pofe à terre;
l'attitude qu'il tient eſt tres - gênante
, puifqu'il a encore des cordes
qui l'obligent à tenir toûjours
fa teftepanchée fur le devant. On
ignore prefque toujours le nom de
l'Ecclefiaftique quifait cette fonction.
C'eftoit cette année un jeune
Moine de Montferrat , Preftre
& âgé de vingtfix ans qui fait
icy fa Theologie chez les Cordeliers
. Mrs de Montferrat ont un
Benefice à deux lieuës & demie
GALANT 95
d'icy où ils font fix , & celuy cy
en eft un. Cette Proceffion est tou
jours fuivie de quantité de perfonnes
pieufes qui ne font point du
Tiers- Ordre. Jy trouvay tant de
modestie que j'avouay à notre Prelat
qu'il avoit en raiſon en m'exhortant
de la voir , de me dire
que c'eftoit veritablement une
Proceffion de Chreftiens. Je
viens à celles du Feudy & du Vendredy
Saint ; mais avant que d'entrer
dans le détail , je dois vous
faire une defcription de la décoration
des Eglifes.
2
Celle l'on nomme de S.
que
Jean , & qui tient lieu de Car
96 MERCURE
thedrale , eft vafte & belle . Ce
n'eft qu'une Neffans piliers
tres - large ; le Choeur est au milieu
, l'ony defcendpar trois marches
; fon enceinte eft de marbre
blanc &rouge , & orné de pilaftres.
Cette enceinte n'eft au dehors
que d'environ fix pieds de haut ;
mais les trois marches que l'on defcend
en dedans , l'élevent de ce
cofté-là de deux pieds & demy de
plus. Lepeu de hauteur de cette
enceinte , fait que du bas de l'Eglife
, on voit aisément le Maître
Aute!; le devant du Choeur
qui le regarde eft fermé par une
balustrade de fer à hauteur d'ap
puy.
GALANT 97
puy. On monte trois marches qui
fontdans le Choeurpour entrer dans
un grand espace où fe forme une
croifée & l'on trouve un bel Autel
de chaque cofté, & enfuite un
Sanctuaire élevé de trois marches.
Quatre autres marches
que
l'on
trouve ou bout de ce Sanctuaire ,
font arriver à un lieu propre pour
les Ceremonies , & fur lequel le
grand Autel eft place ,fur une efpece
de cul de Lampe qui termine
l'Eglife , & qui laiffe voir un
Retable fort élevé , & dont laface
eft unie , le tout composé de fi
gures en Relief, de marbre blanc
dans des efpeces de Tableaux de
May 1708.
I
98 MERCURE
même matiere , féparez les uns
des autres par des Pilaftres chargez
de figures de Grottoge & bien
travaillées. Ce Retable eftfort ef
timé tant pour la matiere que pour
le travail. Toute l'Eglife cft parée
de marbre ; on affure qu'elle a
efté bâtie du temps de François I.
alors nous eftions Maiftres du
Rouffillon ; c'est pourquoy l'on voit
les Armes de France à la clef de
la voûte au dessus du Sanctuaire.
Celles de Perpignan font femées
de France dans un Ecu en Lozan
ge , avec un S. Jean dans le milieu
. Foubliois de vous dire qu'on
voit au milieu du beau Retable
GALANT 99
un
peu
dont je viens de parler , une Niche
fort grande dans laquelle eft .
une figure de S. Jean ,
plus haute que
lée. Quand on expofe le S. Sacrement
, il y a une Machine qui
fait retirer tout d'un coup cette
Jtatue , à la place de laquelle on
voit un Oftenfoire plus haut que
moy de la hauteur du bras , le
tout de Vermeil doré. Il pefe plus
de quatre cent Marcs , & lors
qu'on le porte en Proceffion , il
faut huit forts Ecclefiaftiques pour
le porter. Cette Eglife dans les
jours de Ceremonie , eft tenduë d'une
tres- belle Tapiflerie ancienne
le naturel & ifo-
I ij
100 MERCURE
qui reprefente l'histoire de la Paffion
de Noftre-Seigneur ; on voit
un autre Tapiflerie au- deffus de
celle-là : elle eft à bandes de Damas
jaune bleu . Le Sanctuaire
eft tendu d'une Tapiflerie de même
Damas , qui s'éleve tres - haut
& qui pend fort bas. On dreffe
ces jours - cy , ce que
en France le Repofoir
, & que
l'on appelle icy le Monument , à
la grand'Porte au bas de l'Eglife
que l'on condamne entierement. Il
eft élevé defept marches , &tient
plus de la moitié de la largeur de
T'Eglife . Cet Edifice reprefente
une Eglife ayant deux bas- coftez
l'on
nomme
GALANT 101
de
féparez chacun de la grande Nef,
par un rang de Piliers. Les voutes
font formées
formées en arceaux
bois ,
couvertes d'une grande
Toile. La Façade reprefente un
grand Portail rond , & deux autres
aux coftez , le tout terminé
par un Fronton coupé ; & au deffus
du principal Portail s'éleve
unmorceau d'Architectare
au haut
duquel font les Armes de la Ville,
ce qui paroift élevé plus haut
la moitié de l'Eglife , & de la
voute de cette Eglife , defcend une
Tapifferie à bandes de Tafetas rouge
& jaune qui contient toute la
largear , & qui vient battre fur
que
I iij
102 MERCURE
la voute de cet Edifice de bois.
L'enfoncement de cette espece d'Eglife
eft de plus de trois Toifes , &
l'on voit dans le fonds , un cul de
Limpe tres-bien formé avec toute
l'Architecture ordinaire. Il eft fermé
de tres- belles Tapifferies de Damas
cramoifi , & ily a un Autel
en forme élevé de trois marches ,
au haut duquel est une espece de
petit Monument tres -propre pour
enfermer le S. Sacrement , &
au-deßus de ce Monument on voit
un grand Crucifix couronné par
le haut d'une espece de Pavillon
de Damas cramoifi , attaché à la
oute de cet Edifice de bois ; il eft
GALANT 103
garny de gros galons d'or & de
grandes Crefpines. Il n'y a quefix
Cierges fur cet Autel ; mais les
trois degrez les fept par où l'on
monte à ce Temple artificiel , auffi
bien que fon pavé qui eft couvert
d'un grand Tapis de Turquie ,font
pour ainfi dire femez de Cierges .
Le long des deux bas coftez entre
chaquépilierqui font au nombre de
cinq de chaque cofté , est une Balustrade
formée par gros cierges
, ainfi qu'une autre Balustrade
qui ferme en dehors les bas - coftez.
Il y a aussi une Balustrade pareille
aux deux bouts des marches par
où l'on monte à cet Edifice
de
&
I iiij
104 MERCURE
7
tout le tour de l'Eglife en dedans
fait voir auffi une Menuiferie
haute defept pieds toute garnie de
pareils gros cierges de deux livres
au moins chacun , courts & renforcez
en façon de flambeaux
ronds. L'enceinte du Choeur en
eft auffi toute garnie , de maniere
la grande Eglife n'a point
d'autrejour que celuy qu'elle tire de
cinq cent cierges qui brulent toûjours
, ou du moins prés de la moi
tié en de certains temps.
que
Je vis la Proceffion que fit le
Chapitre pour porter le S. Sacrement.
L'habit des Chanoines eft
majestueux ; il confifte en une
GALANT 105
grande Robbe noire bordée d'un
petit Liferage cramoiſi , & fer
mée par devant par de grands lacs
d'amour de la même couleur , attachez
ſur l'étofe , avec de grandes
houpes. Cette Robbe fous la
quelle les Chanoines ont un Rochet
eſt ordinairement retrouſſée , faifant
deux tours à leur ceinture
pendant par le cofté ; mais le
Feudy , le Vendredy & le Samedy
elle eft abatue , & la queuë
traîne de plus d'une aune & demie.
Ils ontfur cette Robbe une
fourure comme Mrs les Bacheliers
les bords de l'étofe & de la
fourure font auffi liferez de cra
&
106 MERCURE
la
moifi. Cette fourure qui fe termine
par derriere en efpece de coque-
Luchon qui pend plus bas que
ceinture , eft ordinairement rattachée
fur l'épaule ; mais pendant
ces trois jours , ils la font monter
jufquesfur leur tefte , & ellefsorment
une espece de Domino à la
maniere des anciens Moines , &
ils marchent même ainfi à la Proceffion
du S. Sacrement , difant
que cela marque plus de deuil. Ils
tenoient un cierge d'une main , &
de l'autre leur bonnet quarré devant
eux. Le Dimanche ils quittent
ces fourures & prennent de
petits Camails violets ouvertspar

GALANT 107
devant , & doublez de Tafetas
cramoifi
. Dés
que
le S. Sacrement
fut placé dans le petit Monument,
Mr de Quinfon , Commandant
dans la Province , le Premier
Conful , allerent mettre un fçeau
deCire rouge fur laferrure ,dont
´on attacha la clefau bras de Mr
l'Evêque , afin afin de marquer parlà
, les Signantes Lapidem , &
le Vendredy Saint , ils allerent reconnoiftre
leur fçeau avant qu'on
le rompift afin de voir fi on n'y
avoit pointfait de fraction. Les
années precedentes , pour imiter
entierement le Tombeau , ily avoit
deux hommes armez de pied en
108 MERCURE
cap , que l'on nommoit des Stafers,
dont la fonction eftoit de demeurer
debout , tenant d'une main
une groffe halebarde fans remuer
non plus que des Statuës pendant
vingt-quatre heures , ce qui a été
aboly cette année.
Le foir environ fur les huit
heures & demie , une Proceffion
fe mit en marche ; elle ne commenfoit
autrefois à marcher qu'à on-
Ze heures du foir ; mais depuis
l'année derniere , Mr l'Evêque
a obtenu qu'elle fortiroit à fept
beures & demie au plus tard , cependant
elle a efté retardée d'une
heure. Cette Proceffion eftoit éclaiGALANT
109
a
rée au moins de cinq cent flambeaux
tres gros & tres- hauts , &
portez par des Suiffes dont il y
icy un Regiment , & par des Payfans.
Plufieurs perfonnes de cette
ville affiftoient à cette Proceffion
avec des Robbes de Treillis noir
tres-luifant, Elles avoient fur
leur tefte , un Capuchon treslong
, & on voyoit pendre par
devant une Toile qui defcendoit
jufqu'à la ceinture , qui eft ordinairement
d'une Cordeliere trespropre.
Les queues de ces Robbes
ont plus de deux aunes & demie;
quelques-unes les laiffent traîner ,
les autres les font porter par
ITO MERCURE
des valets. Dans le milieu de cette
Proceffion on voyoit poury main-.
tenir l'ordre , plufieurs Regidors;
c'est -à - dire Maiftres de Ceremonies
, de tous Etats , Preftres ,
gens à Perruque , & ſe donner
de grands mouvemens . Ils étoient
étus de même Robbe ; mais leur
vifage n'eftoit point caché. Ils
avoient de grands rabats de belle
toile, & leur Capuchon pendoitpar
derriere. Ils avoient des gants
blanes , & ils tenoient des baguet-.
tes noires de fept à huit pieds de
haut. Plufieurs enfans de huit à
neuf ans dans le mefme équipage ,
faifoient auffi les mefmesfonctions.
GALANT III
D'autres de mefme taille portoient
de petits Etendarts noirs aux armes
de la Paffion, & ils avoient
de petits Compagnons qui tenoient
les cordons de ces Etendarts. On
voyoit dans le milieu de cette Proceffion
, des Penitens de toutes efpeces
; les uns eftoient vestus à crud
d'habits tout d'unepiece ,bas , culotte,
camifolle , de großes nattes de jonc
Sauvage , qui avoient des piquans
tres-forts, ils eftoient nuds pieds.
Plufieurs d'entr'eux portoient des
teftes de mort , des Crucifix , des
Infcriptions de Memento mori ,
&quelques - uns avoient des Caf
ques de la mesme étoffe. On voyoit
112 MERCURE
en
auffi d'autres gens équipez de mef
me maniere qui avoient les bras
étendus & attachez fur une barre
deferplate qui eftoitfur leur chair
deffous les manches dejonc , & qui
paffoit par derriere leur dos ,
cet eftat ils marcherent nuds pieds
pendant prés de cing heures . On dit
que c'est le plus rude de tous ces
exercices de penitence. On peut leur
donner le nom de Croix ambulantes
, puifque leurs bras forment
un travers de Croix : les
piquans du jonc leur perçoient la
peau , en forte qu'il en couloit du
fang ; leur vifage eftoit voilé. On
voyoit auffi des Penitens vêtus de
GALANT 113
facs de toile , qui tenoient de la main
gauche un petit plat rempli de cendre
, & qui montroient cette cendre
avec l'index de la main droite ;
il ne leur eft pas permis de changer
cette attitude. Enfin l'on voyoit
les Flagellans , vêtus d'habits de
toile fine blanche ,faits en juppes
, qui alloient jufqu'à la cheville
du pied ; ils avoient des camifoles
blanches tres juftes à leurs corps &
à leurs bras ; ils avoient des gants
de fil blanc tres propres ; un grand
coqueluchon fur la tefte , élevé en
pointe de la hauteur d'une aulne
demie au moins, d'oùpendoitpar
devant un linge ouvert vis-à- vis
May 1708.
K
114 MERCURE
de leurs yeux, & qui defcendoit
jufqu'à mi - jambes , où il formoit
une große houpe attachée d'un ruban.
Cet habillement eftoit ouvert
dans le milieu du dos juſtement , de
la largeur d'un pied ou environ.
Ils tenoient à la main des fouets
de cordes fines de huit ou dix bran-,
ches , qui estoient garnies de
petites rofettes de fer par le bout.
Ils fe foüettoientfi cruellement avec
ses inftrumens , que lefang ruißeloit
de tous coftez. Ils prenoient
plaifir àfaire aller cefoüet furleurs
habits fur les clochers qu'ils
avoient fur la tefte , afin de les
marquer de leur fang. Ceux qui
GALANT 115
Je fouettoient avec leplus deforce ,
dont le nombre pouvoit aller à
vingt ou environ , faifoient regarder
cette Proceffion avec une espece
d'horreur ; cependant on n'eft pas
reputé bon Catalan , fi l'on ne s'eft
fouettédeux ou trois fois enfa vie.
Pendant quej'attendois cette Proceffion
afin de la voir paſſer , dans
une Eglife quijoint la Cathedrale
où noftre Prelat m'avoit mené , un
de ces fouetteurs s'exerçoit dans un
coin d'une Chapelle , ce qui dura
prés de demi- heure , & le Prelat
me dit que cet homme s'effayoit,
& fe mettoit en eftat d'entrer
dans la Proceffion avec hon-
Kij
116 MERCURE
l'on
neur, c'est-à-dire tout en fang. Il
s'en trouve quelquefois de fi incommodez
, & même de fi malades
aprés cette Proceffion que
eft quinze jours ou trois semaines
fans les revoir. Ils fe font fuivre
par un Chirurgien qui effuye leurs
playes avec de petites éponges , &
qui quand leur fang ceffe de ruisse,
ler ,leur fait avec avec la pointe d'une
lancette de petites ouvertures en
forme des cinq Playes de Noftre-
Seigneur. Dans le jour , pendant
que l'on va aux Stations on trouve
de ces Foüetteurs dans les Eglifes ,
ou de ceux qui portent la barre ;
mais pour reprendre la fuite de la
GALANT 117
Proceffion on it paroiftre aprés les
derniers dont je vous ay parlé , plufieursfigures
reprefentant des Myf
teres de la Paffion ; fçavoir , J. C.
auJardindes Olives, Jefusflagellé,
& Jefus couronné d'epines , prefentépar
Pilate lorfqu'il dit Ecce
Homo. Ces Myfteres font des
figures au-deffus du naturelplacées
dans des Niches ornées magnifiquement
, fur tout de cristaux , de pieces
d'orfeurie , de fruits artificiels
faits admirablement bien , & de
fleurs de même nature , le Chrift
lié avec des chaînes d'or d'un tresbeau
travail &quantité de pierregies.
Ily a des gens en ce Pays qui
118 MERCURE
´ont des Trefors qu'ils n'employent
jamais que pour ces fortes de Ceremonies.
Ces Myfteres , placez fur
des Brancarts couverts de noir.
eftoient portez par quatre cu buit
Penitens enfacs noirs & environnez
d'un grand nombre de flambeaux.
Foubliois un autregenre de
Penitens ; cefont ceux qui traînent
dans les rues de groffes chaînes , &
d'autres attachez à une même chatne
dont ils tiennent chacun un bout
à leurs épaules : cette chaîne eft
comme celles qui font à Paris pour
fermer les rues , &fans exageration
,j'en vis une qui barreroit une
grande rue. Enfin le dernier MyfGALANT
119
tere eftoit un Crucifix au naturel ,
couché fur un grand lit noir , &
couvert d'un crefpe noir , dont les
bouts eftoient portez par des gens
de confideration , vêtus avec les robbes
dont je vous ay déja fait une
peinture ; mais ayant tous le vifage
découvert des Perruques bien
frifees. Les Perruquiers de cette
Ville travaillent plus pour ces Pro
ceffions , qu'ils ne font en tout le
refte de l'année. On portoit au-deſfusde
ceLit un Pavillon en façon de
Dais. Il eftoit de tafetas noir , &
garni de dentelles d'argent ; & la
par
des
Proceffion eftoit terminée
Ecclefiaftiques en habits de Choeur
120 MERCURE
le cierge à la main , & qui Pfal.
modioient le Miferere. Il y avoit
derriere chaque Myftere un Choeur
de Mufique , de Violons , de Baf
fons , e de Harpes , qui chantoit
de temps en temps , felon qu'ilplai
foit aux Porteurs du Myftere , de
régaler ceux qu'ils appercevoient
aux feneftres. On voyoit à la tefte
de la Proceffion plus de cinquante
petits enfans , vêtus de Souquenilles
blanches , ayant lesjambes nuës,
qui portoient de petites Croix, &
qui crioient prefque fans interruption
& à pleine voix Mifericor
de. Je ne vous ay pas dit , qu'au
milieu de la Proceffion on voyoit
un
GALANT 121
1
un homme veſtu auffi en Penitent ,
& une Perruque fur la tefte qui
luy couvroit le vifage . Il eftoit
chargé d'une Croix tres pefante ,
& fuivi d'un jeune homme de
quinze àfeize ans , vestu à l'Eſpagnole
, culotte & pourpoint ferrez
, la gonille , &c . Il avoit le
vifage découvert , & il foûtenoit
le bout de la Croix dans la poſture
que l'on peint Simon le Cyrenéen ,
il marcha ainfi à demi courbé
pendant toute la Proceffion ; il avoit
le visage collé à cette Croix, & il
ne changea point defituation ; cette
posture eft des plus gefnantes . Ce
Porte-Croix eftoit environné de
May 1708. L
122 MERCURE
derriere.
gens veftus en Soldats avec des
Cuiraffes & le Pot en tefte. Ils
eftoient precedez de leur Capitaine
veftu à la Romaine ; il eftoit en brodequins
& cuiraffé, & fon cafque
eftoit garny de plumes par
On s'arrefte de temps en temps , &
il fe prefente un homme la tefte
couverte d'un Manteau noir,guimpépar
devant , quifort gravement
prefente une toile noire au visage
du Porte-Croix , & qui en fe retournant
tres- modeftement , fait un
cercle en montrant à l'Aſſemblée ,
l'impreffion d'une face du Chrift de
mefme qu'elle eft repreſentée à la ·
Veronique. Cette fonction eft toúGALANT
123
jours faite par un Preftre.
guere
On vitle Vendredy aprés midi ,
un autre fpectacle dans la feconde
Eglife de la Ville qui eft tres - vafte.
Auffi eftoit-elle remplie d'un peuple
prodigieux. Cette Eglife n'estoit
moins ornée celle de Saint
que
Jean. On y voit une Tapifferie qui
appartient à la Fabrique , qui l'a
achetée fept mille livres , depuis
fept ou huit années,c'est une Verdure
d'Aubuffon. Il y a au deffus un e
autre Tapiẞerie de tafetasfaite par
bandes rouges & jaunes ; on n'épargne
rien en ce Payspour la Mai-
Jon du Seigneur. Le Retable du
grand Autel qui n'eft que de bois ,
Lij
124 MERCURE
& que l'on acheve , a déja coûté
dix mille livres , quoy qu'il n'y ait
encore aucune dorure. Un Jardinierfait
faire actuellement un Soleil
plus haut que moy , qui coûte
dix mille livres , & dont il fait
prefent àfaParoiße.On m'y a montré
une Croix de vermeil de cing
pieds de haut , qui eft un des plus
beaux & des plus delicats ouvrages
que l'on puiffe trouver. On ne
voit rien de plus riche & de mieux
travaillé. Le Roy d'Espagne à qui
on la montra à fon paffage , avona
ainfique tous les Espagnols qui l'accompagnoient
, que l'Espagne quoy
que magnifique dans fes Eglifes ,
GALANT 125
n'avoit rien qui luy reffamblaſt.
Deux hommes qui portent cette
Croix dans les Proceffions en font
affez chargez. Je reviens au fpectacle.
Ily avoit au fondde l'Eglife
un Theatre qui couvroit entierement
le Retable du grand Autel.
On y montoit par vingt -fept degrez
, qui , la veille eftoient tous
couverts de Damas cramoifi &femez
de cierges & de bouquets, &c.
fur ce Theatre eft élevé un Crucifix
au naturel , fur quatre degrez
couverts de noir , avec quantité de
chandeliers. La Mufique eftoit
l'un des coftez de ce Theatre , &
l'autre eftoit remply de Spectateurs.
Liij
126 MERCURE
On me fit l'honneur de m'y placer,
je fus fort fupris d'y trouver
Mr l'Abbé de Coeur- de- Chefne ,
Aumônier de Madame , venu exprés
de Montpellier , avec un de fes
freres , Officier , pour voir les Proceffions
du Pays. Ils eftoient accompagnez
d'un President de Montpellier
, homme de beaucoup d'efprit.
Le fond de ce Theatre eftoit orné
des mêmes Tapiſſeries dont l'Eglife
l'étoit la veille. Ungrand Pavillon
de même étofe,&fort élevé le couvroit
entierement. Il eftoit éclairé
par des efpeces de Candelabres qui
defcendoient de cePavillon .Lorfque
ceux quiformoient lespectacle comGALANT
| 127
mencerent à s'approcher , on vit paroiftre
2. hommes avec des Dalmatiques
noires , qui monterent les
degrez à pas compaffez , portant
des échelles de Tapiffiers peintes en
noir , & qui les placerent aux deux
coftez d'une Croix . Ces deux hommes
eftoient fuivis de quatre enfans
en Dalmatiques portant fur
leur tefte des Baffins d'argent dans
lefquels eftoient des marteaux , des
tenailles , des bandes de toile ornées
de noeuds de ruban a de certains
endroits ; enfuite paroißoient quatre
petits enfans de famille vêtus
en Anges ; mais magnifiquement ;
deux defquels portoient deux en-
Liiij
128 MERCURE
ن م
cenfoirs , & deux les navettes , d
quatre Chanoines vêtus en Dalmatiques
de velours noir galonnées
d'or, & force cordons & hou
pes qui croifoient fur le dos. Ils
monterent tous à pas comptez ,
encenferent le Chrift . Enfuite deux
de ces Chanoines , aprés de certaines
falutations entr'eux faites modeftement
, moniérent fur les échel-
Les toujours à pas compaffez , &
sy placérent de cofté les mains jointes
dans une pofture des plus édifiantes
. Les deux qui estoient restez
en bas leur prefenterent les bandelettes
l'une aprés l'autre ; mais l'un
d'eux en prenant l'une de ces banGALANT
129
delettes , l'élevapour lafaire voir ,
puis il l'approcha de fes yeux pour
la regarder ; il la montra en même
temps au peuple ; il la prefenta enfuite
à un de ceux qui estoient fur
l'échelle , quifitla même ceromonie ,
ils en uferent de même pour tou- .
tes les chofes qui furent prefentées.
Pendant que tout cela fe paffa la
Mufique chanta par intervales, des
couplets du Luftris fex , avec les
violons , les baffons , les harpes ,
c. On plaça une de ces bandelettes
au milieu de la poitrine du
Chrift ; elle reprenoit fur la Croix
pendoitparderriere, & un hom
me placé fur le travers de la Croix
130 MERCURE
en tenoit les deux coftez , & une
bande mife en long en foutenoit les
bras. On avoit avant cela ofté la
Couronne d'épines , aprés l'avoir
montrée au peuple , ils la don ·
nerent à un de ceux qui eftoient en
bas , qui aprés l'avoir reçuë ayant
la main couverte d'une espece d'écharpe
de tafetas noir , & l'avoir
examinée & fait voir au peuple ,
la porta au bas du Theatre en marchant
àpas lents , & la tenant élevée
la mit dans un baffin d'argent ;
& aprés qu'il eut remonté , les autres
allerent encore encenfer le Chrift
& remonterent, l'on donna en
ceremonie un marteau à l'un d'eux ,
1
GALANT 131
qui en frappa trois fois derriere la
Croix , ayant laiffe quelque espace
de temps entre chaque coup. Un
profond filence regnoit dans toute
l'Eglife pendant cette Ceremonie ,
& il nefinit que par les coups de
poing que le peuple fe donna fur la
poitrine. Celuy qui avoit frappé
avec le marteau ,l'ayant rendu en
ceremonie , on luy donna les tenailles
, avec lesquelles il tira le cloud;
il rendit ces tenailles de mesme que
le marteau ; il ôta enfuite le cloud
qu'il montra au peuple , & aprés
l'avoir baifeil le donna à celuy qui
eftoit au- deffous de luy , qui aprés
avoirportéce cloud en bas avec la
132 MERCURE
£
mefme ceremonie qu'ily avoit porté
la Couronne d'épines , & aprés
qu'il eut remonté, celuy qui avoit
détaché le bras , le laiffa tomber doucement
en le conduifant fur le cofté.
Le Corps du Chrift eftant de maniere
qu'il pouvoit faire cet effet
, il ajufta l'un des noeuds de ruban
couleur de feu qui eftoit
aux bandes de toiles , fur le trou
de la Croix de même qu'on avoit
ajusté celuy qui estoit à la bande
qui tenoit le Corps en estar , fur la
playe du cofté , & fe tenant alors
les mains jointes en adoration ,fon
Compagnon détacha le bras gauche
avecla même ceremonie. Ils defcenGALANT
133
dirent enfuite & ils ôterent les
échelles. On ne pourroit mieux
peindre une Defcente de Croix
qu'en la copiant fur ce que font
ces Meffieurs , qui s'en acquittent
en perfection. Eftant defcendus ils
encenferent le Chrift ; & aprés
s'eftre mis à genouxfur les degrez
du Calvaire , on leur donna à
chacun un marteau pour efter le
cloud des pieds. Ils frapperent chacun
trois fois , & aprés avoir
porté le cloud en bas , on lacha
peu à peu la Bandelette qui tenoit
corps en eftat , & les quatre
Diacres l'ayant reçû entre leurs bras
le porterent en bas , & on le mit
le
134 MERCURE
dans un Lit de velours noir galon.
né d'or , ayant un oreillé de même
fous la tefte ; mais avant qu'on
l'y eutplacé , une jeune fille de dix
a'onze ans , & ayant le vifage
voilé , luy avoit mis fur la tefte
une Couronne de pierreries. Les
bords de ce Lit , ou plutoft de ce
grand Berceau , puifqu'il en avoit
figure , s'élevoient d'un pied ,
& ils eftoient formez de Rocailles
compofées de pierres preticufes , de
criftaux , de fleurs & de fruits au
naturel , le tout avec beau-
&
coup de clinquant diſperſéfort artiftement.
On voyoit pendre tout
à l'entour de riches bandes de veia
ع و ن
GALANY 135
lours noir d'une aune de hauteur ,
gros galons d'or avec
garnies de
un molet de même , & une grande
frange au bas. Dans le milieu de
chacun de ces Soubaffemens
étoient
les Armes de la Paffion
, la Couronne
d'Epines , & les trois clouds
brodez d'or & en boffe. On chargea
fur les épaules de quatre Gentilshommes
, le Brancas
fur lequel
eftoit ce magnifique
Berceau , &
environnez
de Gardes en Cuiraffes
& le Cafque en tefte , on
le porta au bas de l'Eglife à la
porte d'une Chapelle
toute tenduë
de noir. Il y reſta jusqu'à
la Proceffion
qui fe fit la nuit
136 MERCURE

à peu prés pareille à celle qu'on
avoit faite la veille ; mais plus
magnifique ; & il y avoir plus
de buit cent flambeaux . Un bataillon
Suiffe avoit esté commandépour
en porter cinq cent ; on leur
donna à chacun fix fols & demi ,
avant la Proceffion bien àfouper;
lesflambeaux eftoient de quatre
à cinq livres. Les trois cent
autres eftoient portez par des Payfans
& par
Penitens. Pour fournir à cette dépence
, le Corps des Notaires avoit
donné un Myftere , & un autre
Mystere avoit efté donné par un
autre Corps , & ainfi des autres.
des gens habillez en
GALANT 137
Celuy des Gentilshommes avoit
fourny trois cent flambeaux. La
principale Croix de la Proceffion
eftoit tres-forte tres- haute , &
outre le Chrift elle avoit tous les
inftrumens de la Paſſion ; mais le
tout de Carton , fans quoy on n'auroit
pu la porter. Elle estoit portée
par Mr le Comte de **** Gentilhomme
de la premiere qualité de
la Province. Le Christ de cette
Croix avoit une Perruque affez
longue. Les Myfteres étoient beaucoup
plus riches que ceux de la
veille. Le premier reprefentoit une
defcente de Croix le fecond la
Sainte Vierge qui tenoit le Corps
May 1078. MA
1,8 MERCURE
>
de fon fils furfes genoux ; le troifiéme
eftoit le Berceau dont j'ay
déja parlé , couvert d'un Pavil
lon noir , dont les baftons eftoient
portez par des perfonnes du premier
rang , & le dernier Myfteeftoit
une Vierge vêtuë de noir,
& dont l'habit eftoit à la Catala
ne , d'une tres-grande propreté,
& qui avoit une espece de rochet ,
comme le portent en France , les
Religieufes de Saint Auguftin ::
mais d'une Gaze des plus fines &
des plus blanches. Cette Vierge étoit
à genoux devant une tres- haute
Croix de Cristal de roche enchaffée
dans du Vermeil , & ce Myftere
étoit orné de la même ro
GALANT 139
caille
que
les autres ; on ne peut
affez bien dépeindre cette Rocail
le, le travail en eftant furprenant.
Les foubaſſemens de cette Machine
étoient de velours noir galonnez
d'or en zigzag , & le tout
femé deperles e depierreries d'un
éclat merveilleux. Voilà bien de
la magnificence; cependant Mr l'Evêque
de Gironne , chez lequel je
vis paffer la feconde Proceffion ,
me dit que ce n'eftoit rien en comparaifon
de ce qui fe paſſe à Barcelonne
, où tous ces Myfteres font
d'argent , travaillez en perfection,
où la grande Eglife eft éclairée
de douze cent gros cierges de qua-
Mij
140 MERCURE
tre lures chacun , fans compter
vingt- quatre cierges tres- hauts &
d'un pied de diametre , qui brulent
prés du S. Sacrement. On voit
auffi dans la même ville , une autre
Eglife éclairée de mille flambeaux
, deux de fix cent chacune ,
& les autres Eglifes à proportion.
La Proceffion qui s'y fait , eft
éclairée par douze à quinze cens
flambeaux , & marche toute la
nuit jufqu'à lapointe du jour. Ce
qu'ily a détonnant à Barcelonne ,
eft qu'un Particulier qui offriroit
une année une certaine quantité
deflambeaux quelque grande quel-
Le fuſt , pour éclairer l'Eglife ou
GALANT 148
la Proceffion ,fon offrande ne fe
roitpoint acceptée , s'il n'en faifoit
la fondation à perpetuité.
Les Spectacles de ce Pays- cy ne
ne finiffent que le jour de Pâques
au matin , par des Proceffions qui
fe font en quelques Eglifes. Les
Cordeliers la font entre quatre &
cing heures du matin , &portent
le S. Sacrement dans quelques
ruès aux environs de leur Maifon
; mais on ne tapiffe pas les ruës.
Mon Prelat me dit qu'il falloit
voir celle de la Paroiffe où j'avois
vú le fpeftacle de la defcente de
Croix, qui avoitfait la magnifique
Proceffion du Feudy au foir..
142 MERCURE
afi
Cette Eglife fe nomme Noftre-
Dame de la Reale ; elle eft ainfi
appellée parce que ce fut un Roy
d'Aragon qui la fit baftir. Un
Pape dont on n'a pû me dire le
nom , la confacra en perfonne , affifté
d'un grand nombre de Cardinaux.
Ill'exempta de la Furifdiction
Epifcopale , & comme elle
eft Paroiffe d'une partie confiderable
de la ville , les Evêques
ont toûjours fort fouhaité de la
voir unie à l'Evêché , car elle eft
Abbaye à la nomination du Roy.
·Elle eftoit autrefois Reguliere ;
mais elle a efté feculariféc , nôtre
Prelat a eu la Bulle d'union
GALANT 143
a
àfon Evêché. Fallay donc voir
cette Proceffion qui fortit à Sept
beures & demie. On voyoit à
l'entrée de l'Eglife à l'endroit où
l'on avoit vû la veille le Sepulcre
, unefigure de cire d'un Chrift
au naturel , tel qu'on le peint au
jour de la Refurrection , couronné
defleurs , un bouquet à la main
droite , tenant de fa gauche une
Croix legere. Il eftoit placé dans
un Fardin de fleurs artificielles
faites d'argent , de cire , de clinquant
, depierres pretieufes & qui
reprefentoient parfaitement bien
le naturel On voyoit vis-à- vis
de ce Chrift ; fur un autre Bran
144 MERCURE
>
cas , une figure de la Vierge au
naturel de cire . Elle eftoit అ
à genoux les mains jointes , entre
lefquelles eftoit un bouquet . Elle
eftoit vétue cette année d'un habit
à la Françoife fort magnifique
prêté par une Dame de qualité.
Il eftoit de Damas blanc avec des
fleurs d'or ; ily avait au bas de
la Fuppe un grand galon d'or
» une frange de même & aux manches
du Manteau , une
une frange
d'or auffi. Elle avoit de belles engageantes
; fon fein eftoit couvert
d'une tres-belle Collerette à den...
telle , & fon col eftoit garni de
chaînes d'or , ratachées avec des
ع ر ص
noeuds
GALANT 145
noeuds de Diamans. Une autre
chaîne d'or luy fervoit de Ceinture
; fa coëffure eftoit comme celles
de nos Dames , & elle avoit
par
deffus de grandes coëffes de Gaze
blanche , avec un grand rayon de
Vermeil doré qui ne formoit qu'un
demy cercle. Deux Tambours &
quatre Trompettes marchoient à la
tefte de cette Proceffion & un
Etendart , qui en ce Pays , tient
lieu de nos Bannieres , devançoit
la magnifique Croix dont je vous
ay fait la defcription . Deux cent
Artifans qui portoient degrosflam
beaux , marchoient enfuite deux à
deux au milieu de cette Tron-
May 1708. N
146 MERCURE
pe , on voyoit la figure de Jefus
reffufcité , foutenue par quatre
hommes en Dalmatique ; la figure
de la Vierge , paroiffoit à une dif
tance de quarante pas ; elle eftoit
portée par deux hommes auffi en
Dalmatiques , qui luy faifoient
faire la reverence , lors qu'au détour
de quelque ruë , elle paffoit devant
le Chrift ou devant le S. Sacrement.
Les deux cent Artifans
étoientfaivis d'un Choeur de Mufique
, avecdes Hautbois , des Viodes
Harpes. lons , des Biffons ,
Les Preftres marchoient enfuite en
chapes ; ils chantoient alternativement
avec la Mufique , un Verfet
1
GALANT
147
1
le
du Te Deum . On voyoit enfin
le S. Sacrement enfermé dans une
tres- belle Cuftode d'un travail antique
, fous un Pavillon foutenu
de fix baftons. Ces Pavillons font
differens de nos Dais , puifque tous
Les baftons fe réuniẞent , enforte
qu'un feul homme peut porter
pavillon plié. Six Preftres en Chape
portoieni ces baftons ; ils eftoient
precedez par quatre des principaux
de la Confrairie portant de grands
flambeaux. Quatre enfans vêtus
en Anges ; mais tres - magnifiquement
, les Dames leur prêtantpour
cette Ceremonie , ce qu'elles ont de
plus beau marchoient auſſi de-
Nij
148 MERCURE
deux de ces enfans encen- vant ;
foient le S. Sacrement , les deux
autres portoient les navettes. Cet
te marche eftoit fermée par une
grande foule de peuple qui donnoit
des marques d'une pieté exemplaire.
Je dois ajoûter icy , que lafigure
de la Vierge que l'on a habillée à
la Françoife dans la derniere Proceffion
, demeure tous les jours de
l'année à genoux au coin d'un Autel
, où il y a un grand Crucifix
en boẞse ; mais elle eft en grand
deuil , comme le font les Dames de
qualité de Catalogne qui confervent
quelque chofe de la maniere
ancienne de s'habiller dans le Pays.
*
GALANT 149
les!
Elle a de grandes coeffes de Crefpon
noir , fous lesquelles font des
rayon's femblables à ceux que
Dames portoient il y a quelques
années , elle a toujours les
mains jointes . Le Vendredy Saint
elle eftoit en cette posture auprés de
la Croixdont on détacha le Chrift;
maisfes coëffes eftoient baiffées . Le
jour de Pâques , les Dames que
Fon nomme Madonne allerent
dés la pointe du jour , felon l'uſage
du Pays luy fouhaiter un bon
Alleluya .
J1Je ne crois pas que l'on ait
jamais Imprimé de Relations
pareilles à celle que je vous en-
N iij
150 MERCURE
voye , & je fuis perfuadé qu'el
le vous paroîtra toute nouvel
le , eſtant beaucoup plus remplie
de circonstances curieufes
que tout ce que l'on a raporté
jufqu'icy , des Proceffions faites
pardes Penitens de diverſes elpeces.
On ne peut donner trop
de louanges à la memoire de
celuy qui s'eſt donné la peine
d'entrer dans de fi grands détails
, & s'il voyageoit , & qu'il
fe voulût donner la peine d'écrire
fes Voyages , ils feroient
fans doute tres curieux & fort
recherchez . Rien n'eft égal au
nombre de Cierges & de flamGALANT
151
beaux qui donnent l'éclat à ces
Ceremonies , & on ne les peut
compter que par milliers. Enfin
l'on doit avoir l'efprit firemply
de tout ce quelles contiennent
qu'il doit eſtre impoſſible
de s'en reffouvenir , à moins
recommencer plufieurs
fois la lecture , ce qui doit d'autant
plus faire admirer celuy
qui en a donné la defcription ,
qu'il ne les avoit jamais vûës ,
& qu'ainfi tout ce qu'elles contiennent
luy eftoit entierement
d'en
nouveau.
Il y a déja quelque temps
que le Roy d'Espagne nomma
N iiij
152 MERCURE
neuf perfonnes de diſtinction
pour remplir autant de Gouvernemens
dans le Royaume de
Valence & dans celuy d'Arragon
, mais je n'ay pas crû vous
en devoir parler fans m'être informé
auparavant de ce que je
devois dire de chacun de ceux
à qui Sa Majeſté Catholique a
donné ces Poltes de confiance.
Mr le Marquis de Mirabel ,
Lieutenant general , a eu le Gouvernement
de Sarragoffe ; Dom
Jerofme de Nueros , Maréchal
de Camp , celuy de Huefca ;
Don Gafpard de Zuniga , Brigadier
, celuy de Balbaſtro; Don
GALANT 153
Carlos de S. Gil , Lieutenant general
, celuy de Borja ; Mr de
Medenilla , Infpecteur general
de Cavalerie , celuy de Calatayud
; Don Antoine de Leyva,
Maréchal de Camp , celuy de
Tervel ; Mr de Melo , celuy de
Java , & Don Melcor Mediano,
celuy de Benabarre.
Mr le Marquis de Mirabel,
eft d'une tres -ancienne maifon
originaire du Royaume d'Arragon
. Son ayeul porta les armes
pendant la plus grande partie
de fa vie pour le fervice du Roy
Philippes II. & de Philippes III.
fon fils & fucceffeur . Le pere de
154 MERCURE
Mr Jean Maffon , Auteur d'u
ne Hiftoire Chronologique des
Auteurs anciens , luy dedia un
Livre de Geometrie , & dans
l'Epître de cet ouvrage il fait
un grand détail de la maifon de
Mirabel .
Don Jerofme de Nueros eft
d'une famille originaire de la
vieille Caftille ; il eft fils de Don
N..... de Nueros , fi connu par
fes fervices fous les ordres du
Comte de Fuenfaldaigne , &
petit-fils de Don N.... Nueros
qui eut tant de part aux
bonnes graces du Comte d'Olivarez
, Premier Miniftre des
GALANT 155
feus Rois d'Eſpagne dans le fiedle
paffe,& Lite
Don Gafpar de Zuniga eft
d'une famille qui a produit
quantité de gens de Lettres ; on
trouve un grand éloge dans ce
que le pere da celebre Mr Dun
can en a dit dans un grand Ouvrage
hiftorique qui fit beaucoup
de bruit fur la fin du dernier
fiecle. Mr de Zuniga fere
depuis plufieurs années avec
beaucoup de réputation .
Don Carlos de S. Gil eft un
des plus braves Officiers de l'Armée
de S. M. C. j'ay eu fouvent
occafion de vous parler de luy.
156 MERCURE
Mr le Comte de Wentzel de
Staremberg , Grand Maitre du
Royaume de Boheme , eftoit
fon proche parent , & de la Maifon
de Spinola , dont il y a une
branche établie en Espagne , &
dont Mr le Marquis de los Balbazés
eft Chef. Mr de S. Gils'eft
fort diftingué en Italie pendant
les Campagnes de S. M. C. &
il y a donné de grandes preuves
de fa valeur fous les yeux
mêmes de ce Prince.
Mr de Medenilla eft d'une
famille originaire de Catalogne;
il eft allié aux principales Mai
fons de Rouffillon , & il joint à
GALANT 157
l'éclat de fa naiffance une valeur
éprouvée en plufieurs occafions
& principalement dans
les Campagnes de Portugal , ou
le Roy Catholique a efté témoin
de fon courage & de fa
bonne conduite.
« La Maiſon de Don Antoine
de Leyva eft fi connuë qu'il
feroit difficile d'en pouvoir rien
dire de nouveau , & elle a tant
produit de Generaux qui ont
rendu ce nom illuftre , qué tous
les Ouvrages où il eft parlé des
dernieres guerres , font remplis
des exploits de ceux qui font
fortis de ce noble fang. Don
158 MERCURE
Antoine de Leyva foûtient dignement
la grandeur de ce nom
par fon courage & par toutes
les qualitez qui font l'honneſte
homme.
Don Miguel Pons qui a eu le
Gouvernement de Tervel , s'eft
rendu confiderable par plufieurs
actions d'une intrepidité recon,
nuë ; je vous ay fouvent parlé
de luy dans mes Lettres , & il
s'eft peu paffé d'occafions dans
la guerre d'Eſpagne où il n'ait
trouvé le moyen de fe fignat
ler. Il eſt d'une famille fer→
tile en hommes de valeur . Son
pere a fouvent commandé des
GALANT 159
Corps confiderables.
Mr de Melo eft d'une famille
originaire de Portugal , & qui
y eftoit déja connue fous Henry
IV. dit l’Impuiffans. Il a toujours
efté fort attaché aux interefts
du Roy d'Espagne , & il
a donné des preuves fignalées
de fa fidelité en plufieurs occafions
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Don Melcor Mediano eſt
d'une Maiſon originaire de Sicile
, où elle eftoit déja connuë
fous la Reine Jeanne II. Il eſt
fort confideré à la Cour d'Efpagne
, où fon merite & ſa naiſ160
MERCURE
égards luy attirent de grands
fance.
Si la Piece que je vous envoye
répond à la beauté de la
matiere , elle doit eftre toute
brillante , puifque la Beauté
en fait le fujet . Elle eft de
Mr de Gendron du petit Fouhaut
, dont je vous ay déja en .
voyé des Ouvrages qui ont eſté
fort applaudis .
GALANT 161
LA BEAUTE
A MADAME DE………..
BARCODE.
& Velle
Velle divinité charmante ,"
Vient fraper nos yeux & nos
coeurs ;
Quelle est belle , quelle eft touchante
Que de graces , que de grandeurs ?
Tout ce qui vit ou qui refpire ","
Reconnoift par tout fon Empire ,
Rien ne legale fous les Cieux 3.
C'eft Venus , c'eſt la beauté même
C'est elle & fon pouvoir fuprême ,
Soumet les hommes & les Dieux.
2
Pour vaincre ,fes traits & fes ar
mes
May 1708.
162 MERCURE
Nefont que fes divins regards
Ce noble objet avec fes charmes
Revient vainqueur de toutes parts
A l'aspect de tant de merveilles
Les oifeaux flatent nos oreilles ,
Et renouvellent leurs concerts ,
Ils rejouiffent la nature ,
Et de leur aimable murmure ,
Rempliffent la terre & les airs.
S
Les poiffons charmez fur leurs rives
Sont tous attentifs à la voir
Et fous leurs ondes fugitives
Reffentent fan divin pouvoir ,
Tous fe plaift dans fes douces chaines
L'amourfuitfes pas dans les plaines
Tout quitte les fombres forefts
Rempli d'une vive allegreffe ,
GALANT 163
Chaque Bergerfoudain s'empreffe
A celebrer fes doux attraits.
ශ් රි
Deux Colombes avec deux Cignes
Trainent fon Char victorieux
Qui porte les marques infignes
Du vainqueur le plus glorieux :
Parmy lesplaifirs & les
graces
L'amour luy-même fur ces traces
Chante fon pouvoirfouverain ;
L'univers l'encense & l'admire ,
Elle a pour marquer fon Empire
Ze globe du monde en fa main.
$
Le Myrte couronne fa tefte
La Roze brille fur fon (ein,
La pomme qui fut fa Conquefte
Eclate de l'or le plusfin.
Cupidon la prend pourſa mere
Il lafuit , l'aime la revere ;
Oij
164 MERCURE
It luy fait fans ceffe fa Cour
Ab quej'aime à voir auprés d'elle-
Adonis fon Epoux fidele !
Adonis plus beau que le jour.
2
Ce beau couple est toujours le
même
Un noeud pareil ferre lear coeur ,
Un rayon du bonheurfupreme
Semble éclater dans leur ardeur
Leur ame par lafimpathie
L'un à l'autre bien affortie
Verra toûjours durer ce noeud ,
Et jaloufe de cette flame
La Parque refpectant leur trame
N'oferoit éteindre ce feu.
2
>
Autour de leur Char de voire ,
Les mortels faifant mille veux
Ne refpirent que pour leur gloire
Pleins de refpect pour tous les deuxz
GALANT 165
De zele & d'ardeur animée
On voit voler la renommée
Devançant leur Char à grands pasi
Et d'un fi beau couple ravie
De Pun & l'autre elle publie
Et le merite & les appas .
Elle plaift fans fonger à plaire
Par fa douceur , par sa fierté ; :
Dans fon air honnefte & fincere
On admire fa Majesté ,
Son vifage , fes yeux , fa bouche
Ont un je ne fay quoy qui touche
Et qui ravit d'abord le coeur ;
Chacun Paime , chacun l'eftime,
Et dans fon ame magnanime
Voit fon efprit plein de candeur
&
W
Bel Aftre , beau Soleil du monde
Portrait de la Divinité,
clarté penetrance & profonde 2
166 MERCURE
Noeud des Coeurs , divine Beauté,
Felicité de noftre vie ;
Mais fource d'une maladie
Dont on aime les doux accés
Jaloux de ton noble avantage
Les Dieux charmez de ton vifage
Pourplaire , en empruntent les traits .
$
Le Printemps te voyant fe belle
Fait pour toy renaiftre lesfleurs ,
Et l'Eté ne fe renouvelle
Que pour te combler de faveurs.
Bachus d'accord avec Pomonne
Jointfesfruits à ceux de l'Autonne
Pour rendre hommage à tes attraits,
Le jour te prend pour fon Aurore
Dont Univers entier adore
Et les graces & les bienfaits .
Il paroift que l'Auteur qui
GALANT 167
a
fait les paroles que vous allez
lire eft plus touché des plaifirs
que fait gouter Bachus
que de ceux de l'Amour , &
que la bouteille luy plaift plus
que la plus grande beauté.
AIR NOUVEAU.
*
wol ro & saltionan
Sans le plaifir charmant on Bachus
nous convie
Quefaire dans la vie
A quoy paffer les jours
Si l'on ne boit toujours
Tous déplaif tout ennaye.
Sans le plaifir , &c .
Il paroift un Livre nouveau
168 MERCURE
a
intitulé Cours de Peinture , par
principes , compofe par Mr de Piles.
A Paris chez Jacques Eftienne,
rue S. Facques , au coin de la ruë
de la Parcheminerie , à la Vertu.
Il n'eft pas befoin d'ajoûter
de qualitez au nom de l'Auteur
de cet ouvrage pour le faire
connoiftre ; on fait que cet
homme tout merveilleux a fesvi
1 Etat en plufieurs emplois
importans , & que fa vie a efté
long- temps en danger pour le
fervice de S. M & qu'il ne fut
tiré du péril où il eftoit que par
la derniere Paix . C'eft un homme
d'une fageffe reconnuë , &
capable
GALANT 169
capable de former des Minif
tres , pour ne pas dire qu'il en a
formé ; mais quelques grandes
qu'ayent toûjours efté les occupas
pations , & fon étude pour la
Politique dont il avoit befoin
pour bien remplir les emplois
qui luy ont efté confiez , il n'a
ceffé un moment de donner
des marques de l'amour qu'il a
pour les beaux Arts , & particulierement
pour la Peinture ;
& enfin l'on ne peut voir fans
penfer en même temps qu'il y
a une espece de miracle , qu'un
homme qui ne faifoit profeffion
que d'eftre amateur de la Pien-
May 1708 .
P
170 MERCURE
ture , en ait néanmoins donné
desChef d'oeuvres dans le temps
même que les differens emplois
qu'il a remplis le devoient occuper
entierement. On peut dire
que divers voyages ont affermi
fon bon gouft , & qu'il s'eft fortifié
par la vue des originaux
des plus grands Maiftres qu'il a
eu le plaifir de confiderer avec
attention dans les differens Etats
de l'Europe où fes emplois l'ont
fait aller , & même fejourner
affez longtemps pour le fervice
du Roy.
L'Ouvrage qu'il vient de mettre
au jour a cfté precedé de
GALANT 171
beaucoup d'autres qui regardent
auffi la Peinture , & dont
le fuccés a auffi efté tres- grand.
Je crois vous devoir envoyer la
Lettre fuivante , avant que d'entrer
dans le détail de ce que contient
le Livre que je viens de
vous annoncer. Elle eft de Mr
du Guet , qui l'a adreſſée à une
Dame de qualité qui luy avoit
demandé fon fentiment fur le
COURS DE PEINTURE PAR
PRINCIPES.
Le 9 Mars
1704.
Le Traité du Vray dans la
Pij
172
MERCURE
Peinture , Madame , m'a plus inftruit,
m'a donné un plus folide
les Difcours dont vous
plaiſir que
Sçavez que j'ay estéfi content. Il
m'a paru n'eftre pas feulement
un
Abregé des Regles ; mais en découvrir
le fondement
& le but ; ø jy
ay appris avec beaucoup de fatisfaction
le fecret de concilier deux
chofes qui me fembloient
oppofees ,
d'imiter la Nature & de ne fe pas
borner à l'imiter ; d'ajouter à ſes
beautezpour les atteindre , & de la
corriger pour la bien fairefentir.
Le Vray ,fimple fournit le mouvement
& la vie. L'Ideal luy choifit
avec art tout ce qui peut l'emGALANT
173
bellir le rendre touchant , & il
nele choifit pas hors du Vray fimple,
qui eft pauvre dans de certai
nes parties ; mais riche dans fon.
tout.
Si le fecond Vray ne fuppof: pas
le premiers s'il l'étouffe & l'empê
che de fe faire plus fentir que tout
ce que le fecond luy ajoûte , l'Art
s'éloigne de la Nature ; il fe montre
au lieu d'elle , il en occupe la
place au lieu de la reprefenter ; il
trompe l'attente du Spectateur , &
non fes yeux ; il l'avertit du piege
& ne fçait pas le luy preparer.
Si au contraire le premier Vray
qui a toute la veritédu mouvement
P iij
174 MERCURE
les
& de la vie ; mais qui n'a pas toujours
la nobleffe , l'exactitude &
graces qui fe trouvent ailleurs ,
dans le fecond Vray , toûjours grand
parfait ; il ne plaift qu'au
tant qu'il eft agreable &fini , le
Tableau perd tout ce qui a manqué
àfon Modelle.
L'ufage donc de cefecond Vray,
confifte à fuppléer dans chaque fujet
qu'il n'avoit pas ; mais qu'il
pouvoit avoir, & que la Nature
avoit répandu dans quelques autres
, de réunir ainfi ce qu'elle &
divife prefque toujours .
Ce fecond Vray, à parler dans
la rigueur , eft prefque auſſi réel
GALANT 175
que le premier car il n'invente
rien ; mais il choifit par tout . Il étudie
tout ce qui peut plaire , inftruire
, animer. Rien ne luy échape ,
lors même qu'il paroift échappé au
hafard ; il arrefte par le Deffein ,
ce qui nefe montre qu'une fois ; &
il s'enrichit de mille beautez differentes
pour eſtre toûjours regulier ,
nejamais retomber dans les redites..
ca
C'est pour cette raison , ce me
femble , que l'union des deux Vrais
effet fi furprenant , car alors
c'est une imitation parfaite de ce
qu'il y a dans la Nature de plus
Spirituel , de plus touchant , &
P iiij
176 MERCURE
de plus parfait.
Tout eft alors vrai-femblable ,
parce que tout est vray ; mais tout
eftfurprenantparce que tout eft rare.
Tout fait impreffion , parce que
l'on a obfervé tout ce qui eft capable
d'en faire ; mais rien ne paroift
affecté , parce que
naturel , en choififfant le merveilleux
& le parfait.
l'on a choisi le
C'eft s'écarter des Regles & de
que
de
vouou
que de
la fin de la Peinture
loirfaire remarquer une beauté au
préjudice d'une autre
vouloir eftre eftimé par une partie
&non par le tout. Le Deffein ; la
connoiffance de l'Anatomie ; le defr
GALANT 177
par
même de plaire & d'eſtre approuvé,
doivent ceder à la verité. Il faut
que la Peinture enleve le specta
teur dans les premiers momens ,
qu'on ne revienne au Peintre que
l'admiration de fon ouvrage.
Monfieurde Piles , a tres heufement
marqué le caractère du Titien
par le Vray fimple dans fa
plus grande force , & celuy de Raphaelpar
l'annobliffement du Simple
uni à l'Ideal , je ne sçayfi
l'on pouvoit établir une maniere
plus fpirituelle & plus univerſelle
pourjugerdu merite desplus grands
Peintres , qu'en allant au - delà de
leurs efforts de leurs fuccés , &
178 MERCURE
marquant
pour terme l'union des
deux Vrais qu'ils ont dû chercher ,
&qu'ils n'ont pu atteindre. ,
Je nefçay , Madame
, pourquoy
j'en dis tant , mais vous verrez
par là combien
je fuis plein de ce
que je viens de lire , & qu'elle eftime
je fais des chofes que je ne puis
m'empêcher
de vous rapporter
lors
même que je comprens
que je les
affoiblis. Je fuis , Madame
, avec
tout le refpect poffible
, c.
Je m'eftois propofé de vous
envoyer un Article du Livre
dont Mr du Guet vient de
parler
fi avantageuſement , & qui
GALANT 179
puft vous en donner une idée
plus complette ; mais plus j'examine
le grand nombre de matieres
differentes que cet Ouvrage
contient , & qui font toutes
curieufes & remplies de faits
dignes d'eftre rapportez tous
plus je trouve qu'il m'eft impoffible
de réüffir dans mon
deffein , puifque tout ce que je
trouve à dire fur chacun de ces
Articles differens devroit eftre
auffi étendu , & même plus que
l'Article même , puifqu'outre le
précis que je vous en devrois
donner , je ne pourrois m'empêcher
de raifonner fur la ma180
MERCURE
à
niere dont toutes ces matieres
font traitées , & vous faire voir
l'avantage que tous les Peintres,
en doivent tirer , & la connoiffance
parfaite de la Peinture
qu'elles doivent infpirer , s'il
m'eft permis de parler ainfi ,
tous ceux qui les liront avec
application & avec reflexion .
Ainfi je me fuis trouvé obligé
de prendre le parti de vous nommer
feulement la plus grande
partie des Matieres dont il eft
traité dans cet Ouvrage . Mr de
Piles y fait voir ce que c'eft
que Peinture , & la définition ;
ce que c'eft qu'Allegorie en
GALANT 181
Peinture ; que les Peintres doivent
fçavoir l'Anatomie ; ce
qui , dans un Tableau , appelle
les fpectateurs ; quel doit
eftre le choix des Attitudes ;
ce que c'est que Caractere en
Peinture, Concrafte, Clair obfcur
; comment on peut arriver
au Clair obfcur ; le Coloris ; la
difference qu'il y a entre Couleur
& Coloris & tout ce qui
regarde les couleurs tant naturelles
qu'artificielles
; les moyens
de copier avec profit ; la correction
du deffein & tout
ce qui le regarde ; ce que
c'eft qu'Elegance & Entouſial182
MERCURE
me en Peinture . Il fait voir auffi
que l'exageration
efſt neceſſaire
en Peinture ; la difference qu'il
y a entre l'expreffion & la paffion
; ce que c'eft que les Fabriques
en Peinture , c'est - à - dire
les Baftimens , le gouft du deffein
; en quoy confiftent les
Grouppes , par rapport au def
fein & par raport au Clair obfcur.
Il y fait connoiſtre ce que
c'eftque l'Harmonie , & ſes diferens
genres dans la Peinture ,
c'eft que l'Hiftoire dans
ce
que
un Tableau
, & Idée
en Peinture
tant
à l'égard
des Peintres
qu'à
l'égard
des Particuliers
; ce
GALANT 183
que c'eft qu'Invention , & les
manieres dont elle fe doit confiderer
; ce qui regarde les Lointains
& les Montagnes ; les Caracteres
des nuages ; l'ordre
qu'il faut tenir dans l'Etude de
la Peinture ; dans quel ordre
on a placé les parties de la Peinture
& pourquoy ; ce que c'eſt
que les paffions de l'ame en Peinture
; les effets que la Peinture
doit produire . On y voit des
defcriptions de l'Heroïque & du
Champeftre dans le Payfage, &
tout ce qui le regarde ; ce qui
regarde les Plantes ; la maniere
de bien faire les Portraits , & le
184 MERCURE
vray , & l'unité du vray dans la
Peinture.
Quelques perfonnes ayant
demandé à Mr de Piles de leur
faire connoiftre le degré de merite
de chaque Peintre d'une
réputation établie , & l'ayant
prié de faire comme une Balance
dans laquelle il mit d'un côté
le nom du Peintre , & les
parties les plus effentielles de
fon art dans le degré qu'il les a
poffedées , & de l'autre côté le
poids de merite qui leur con,
vient , en forte que ramaffant
toutes les parties comme elles
fe trouvent dans les Ouvrages
GALANT 185
{
de chaque Peintre , elles puffent
juger combien pefe le tout .
Il a fait cet Effay , plûtóſt ,
dit-il , pour fe
divertir que pour
attirer les autres dans fon fentiment
, les jugemens eftane
trop differens fur cette matiere
, pour croire , continuë- t'il ,
qu'il ait tout feul raiſon . Tout
ce qu'il demande en cela , ajoûte
-t'il , eft qu'on luy donne la
liberté d'expofer ce qu'il penfe
, de même qu'il la laiffe aux
autres , de conferver l'idée qu'ils
pouroient avoir toute differente
de la fienne. Vous trouverez
à la fin de fon Livre , l'ufage
May 1708.
1
186 MERCURE
qu'il fait de cette Balance pour
fatisfaire ceux qui l'ont prié de
la faire , & je ne doute point
que cette Balance ne vous plaife
fort , & qu'elle n'excite beaucoup
de curiofité , fur tout parmy
les Peintres & parmy les
amateurs de la Peinture .
* Le douzième de ce mois ,
l'Ordre Royal de Noſtre - Dame
du Mont Carmel & de S.
Lazare voulant fe conformer à
ce qu'il a fçû depuis peu qui fe
pratiquoit fous les Grands Maîtres
de Nereftang a fait faire en
l'Abbaye de S. Germain des
Prez un Service pour le repos
GALANT 187
de l'Ame de Henry IV . de glorieuſe
Memoire , Fondateur
dudit Ordre de Noftre Dame
du Mont- Carmel. Mr le Marquis
de Dangeau qui en eſt à
prefent Grand - Maiſtre y a affifté
avec tous les Chevaliers de
cet Ordre qui fe font trouvez à
Paris ; ils eftoient tous en habit
noir. Ce Service devoit fe faire
le quatorze qui eft le jour de la
mort de ce Monarque : mais
quelques Feftes particulieres à
l'Eglife de S. Germain des Prez
jointes aux occupations de la
femaine des Rogations ont
obligé l'Ordre d'avancer ce
Qij
188 MERCURE
Service de deux jours ; le He
rault de l'Ordre veftu de
fon habit de Ceremonie , &
tenant en main fon bafton
couvert d'un Crefpe porta le
Cierge à l'Offrande , precedé
par Huiffier de l'Ordre avec
fa Maffe auffi couverte d'un
Crefpe.
Il n'y a rien à quoy l'on doive
moins toucher qu'aux articles
qui regardent les Ceremo
nies , puifque quelquesfois un
mot changé , ajoûté ou retranché
, traîne aprés foy des confequences
qui chagrinent les parties
intereffées , & qui donnent
GALANT 189
atteinte au Ceremonial , ce qui
m'oblige de vous envoyer la
Relation fuivante , de la même
maniere qu'elle est tombée entre
mes mains.
Mr Nivelle fe voyant à l'a
veille de fortir de la dignité de Ba
tonnier , ( que l'on appelle en beaucoup
de Parlemens du Royaume )
Sindic de l'Ordre des Avocats ,
voulant mettre fin à tous les mouvemens
qu'il avoit faits ; à tous
lesfoins , à toutes les peines qu'il
s'eftoir données pendant l'année
> pour trouver
de fon exercice
un lieu propre , commode , & libre,
afin d'yplacer lafameufe Biblothe
190 MERCURE
que, que MrdeRiparfond , decedé
ancien Avocat il y a environ trois
ans , a leguée à l'Ordre des Avocats,
voulant profiter de l'offre genereufe
queluy avoitfaite Son Eminence
Monfeigneur le Cardinal de
Noailles, Archevêque de Paris , de
la recevoir dans fon Palais Archiepifcopal
, en confideration du Corps
des Avocats , & de l'eftime particuliere
qu'il apour eux , l'ayant
fait placer & mettre dans fon ordre
dans une tres - longue Gallerie
qui regne fur la grande Salle des
Ordinations , &fur la Chapelle du
Palais Archiepifcopal , fur des tables
fort propres & uniformes
GALANT 191
نم
qu'il s'éftoit donné le foin de faire
faire , d'acheter & de diſpoſer , fit
imprimer , & diftribuer le 4. May
1708.environ deux cent cinquante
Billets aux Avocats , tant anciens
Bâtonniers , & anciens &
modernes Avocats , qu'à ceux qui
ont efté nouvellement reçus , portant
que le lendemain , à dix heures du
matin l'ouverture en feroit publiquementfaite
pour eux , & qu'ils
eftoient invitez de s'y trouver.
Le lendemain à l'heure indiquée ,
Mrs les Avocats Generaux , fçavoir,
Mrs Lenain , Joly de Fleury,
& de Lamoignon de Blanc-
Mefnil , & Mr Dagueffeau ,
192 MERCURE
ProcureurGeneral, ledit Sieur Pro
cureur General dans fon rang ordinaire
entre le plus ancien & lefecond
de mefdits Sieurs les Avocats
Generaux en Robes , Chaperons ,
& Chapeaux , & environ trois
cent Avocats , feulement en Robbes
& en Chapeaux , s'eftant rendus
dans lesdites Chapelles & Sal
le des Ordinations , dont les portes
eftoient gardées par les Suiffes de
Son Eminence ; elle parut en habits
Sacerdotaux , fortant de la Sacriftie
, precedée de fon Porte-Croix ,
d'un Diacre, & de fes deux Aumôniers
, elle fe preſenta àl'Auy
celebra fort devotement tel,
la
GALANT 193
la Meffe du Saint Efprit , laquelle
eftantfinie tous les Avocats monterent
dans la Salle de la Bibliotheque,
&feplacerentfurfix rangs
de bancs , fçavoir trois rangs de
chaque cofté , couverts de tapiẞeries
, quiy avoient eftépreparez.
Mrs les Avocats eftant placez ,
Mrs les Avocats Generaux monterent
, accompagnez de Mr Nivelle
qui eftoit en Robbe , en Chaperon
en Bonnet ; ils s'affirent
fuivant leur ordre fur quatre fauteuils
, Mr Nivelle fur un cinquiéme
,placezfur un grandtapis,
au baut de ladite Salle , à main
gauche le longdes feneftres.
May 1708 .
R
194 MERCURE
د
Immediatement aprés eux S. E.
monta dans le même ordre qu'elle
s'eftoit prefentée à l'Autel , c'est - àdire
précedée de fon Porte - Croix ,
de fon Diacre , & de fes deux Aumôniers
fuivis uniquement
d'un de fes Gentilhommes ; mais
aprés avoir quitté fes habits facerdotaux
, & s'eftre revestue des habits
& bonnet de fa dignité , Elle
s'affit für un fauteuil placé fur
le même tapis , au haut , & au coin
de ladite Salle , à la droite , & visà
- vis celuy de Mr Lenain , premier
, c'est-à-dire , plus ancien Avocat
General lequel il tira un peu
plus prés du milieu de la face de la
GALANY 195
Bibliotheque , au haut de laquelle
eftoit le Portrait de Mr de Riparfond,
& il le tourna de maniere
qu'il faifoit face à Mrs les Avocats
& Procureur Generaux , &
àtout le reste des Avocats.
Derriere Son Eminence eftoient
debout fon Porte - Croix , fon Dia
cre , fes deux Aumôniers en furplis
,fon Gentilhomme en épée , &
fon Secretaire en foutane , & en
manteau long.
Mr Nivelle ayant laiffé écouler
unpeu de temps, afin que chacun
cuft le temps de fe placer , ilfe
leva , fe découvrit , & fit trois falutations
, lapremiere à Son Emi-
Rij
196 MERCURE
nence , qui leva fon bonnet & le
falua fort civilement ; la feconde
à Mrs les Avocats Generaux , qui
leverent leurs chapeaux , & lefaluerent
auffi fort civilement ; &
la troifiéme au Corps des Avocats.
qui luy rendirent les mêmes devoirs
, aprés quoy il s'affit , fe couvrit
, un moment aprés , il commença
fon difcoursfans adreſſer la
parole àperfonne en particulur. Le
nomfeul de Monfieur ,fut employé
dansfon Difcours , chaque fois qu'il
nomma Mrde Riparfond. Il le commença
purement & fimplement par
cesparoles: La Bibliotheque de M
de Riparfond , il lefit avecfon
GALANT 197
éloquence , fa fermeté , fa netteté,
fa déclamation ordinaire.
Il fit l'Eloge de S. E. dont il
parla en termes generaux , parce-,
que les Avocats en qualité d'Avocats
, ne fe fervent jamais des mots
de Monfeigneur de Monfieur ,
quelle que foit la qualité ou la dignité
de ceux dont ils parlent.
Il dit done en parlant de S. E.
que ce grand Cardinal plus confiderable
par La picté que par
fon illuftre naiffance, avoit bien
voulu donner une marque particuliere
de fa bonté, & de l'eftime
qu'il faifoit des Avocats ,
tant en general qu'en particu-
Riij
198 MERCURE
lier & de la confideration qu'il
avoit pour l'ordre , & pour cet
effet , non feulement leur accorder
un lieu libre pour placer
la Bibliotheque , & y faire
toutes leurs affemblées mais
auffi celebrer lors de fon ouverture
, le Sacrifice de la Meffè
pour demander à Dieu la mêprotection
qui luy demande
tous les ans quand il benift
les Drapeaux fous lefquels les
Generaux & les Officiers de nos
Armées combattente & fous
lefquels les Soldats fe fangent
dans les Batailles , & qu'il avoit
encore voulu en honorer l'ou
GALANT 199
verture par fa prefence pour
mieux faire connoiftre la protection
qu'il vouloit luy donner
, en quoy , il eftoit digne
d'une éternelle reconnoiffance ,
& pourquoy il meritoit de
grands remerciements .
Il passa enfuite à un Eloge ge
neral de Mrsles Avocats & Pro
cureur Generaux , qu'il ne nomma
point par leur dignité ; mais
qu'il fit connoître feulement par les
mots , d'Illuftres & fçavans Ma
giftrats , entre les mains de
qui refide la défenſe des Loix
& de l'Etat , qui quoyque char
gez du poids des plus grandes
Riiij
200 MERCURE
affaires qui fe prefentoient
pour le bien de la Juftice ,
avoient bien voulu s'en détourner
pour donner leur prefence
à l'ouverture de la Bibliotheque
, & venir affurer l'Ordre
des Avocats de l'honneur de
leur protection , & par là renouveller
les affurances qu'ils
avoient fouvent données de tenir
à honneur d'eftre à la tefte,
& faire partie d'un Corps auffi
Illuftre , lequel ils fe feroient
plaifir de foutenir contre toutes
les atteintes qui luy feroient
données , & de- là , il paſſa à
l'Eloge de Mr de Riparfond ,
GALANT 201
dont il releva la pieté & le merite,
lefçavoir& le defintereſſement,
l'amour pour les Lettres & pour
fon Ordre la liberalité au Corps des
Avocats , luy ayant legué fa Bibliotheque
,fes Manufcrits & fes
Memoires , la charité envers les
il
pauvres à qui il afait parfon Teftament
des Legs confiderables , la
justice enversfes parents , aufquels
a non feulement laißé les biens
qui luy font échus par le déceds
de fes Auteurs , mais auffi d'autres
biens tres confiderables qu'il a
acquis , & dont il pouvoit diſpofer
à leur defavantage. Enfin , il
dit que Mr de Riparfond eſtoir
202 MERCURE
plus digne d'une Statuë que
beaucoup de ceux à qui les Romains
en avoient élevé , & que
la modeltie de l'Ordre ne luy
permettant pas d'en élever une
fa memoire , il avoit cru ne
pouvoir moins faire que de placer
fon Portrait au Frontifpice
de la Bibliotheque.
1
Il fit l'éloge de l'Ordre des Avocats
, qu'il compara à un aſſemblage
de diamans , qui feparez ont
chacun leur éclat different , mais
qui font toujours pretieux & eftimables
, qui joints ensemble,
en rendent un fi brillant qu'ils
éblouiffent & font inestimables.
GALANT 203
Il prouva l'ancienneté & l'utilitédes
Bibliotheques ; l'ancienneté
par l'exemple des Egiptiens , des
Grecs des Romains ; l'utilité
par le fecours que les Sçavans y
ont trouvé, les lumieres qu'ils
y ont puifees , & il dit que celle
de M' de Riparfond feroit d'autant
plus utile, qu'outre qu'elle
feroit ouverte tous les jours
pour les Avocats , & plufieurs
jour de la femaine pour le public
, FOrdre des Avocats avoit
arrefté qu'ils s'y affembleroient
par Députez à certains jours ,
pour y entendre gratuitement
es Pauvres fur leurs plaintes
204 MERCURE
contre leurs Creanciers ou Débiteurs
, ou contre ceux qui les
croyant dépourvus des fecours
neceffaires pour demander où
fe deffendre, les ataqueroient injuftement.
Son difcours fut prononcé avec
tant de grace & tant de force ,
il étoit rempli de tant de beautṭz
qu'à fon ordinaire , il s'attiral'admiration
de toute l'Affemblée &
un applaudiffement general , &•
même de grands compliments de
S.E. de Mrs les Avocats & Procureur
Generaux , & de tousfes
Confreres,
Mr de Riparfond eftoit fils de
GALANT 205
Mr Gabrian , Ecuyer , Seigneur de
Riparfond , tres- excellent & tresfameux
Avocat demeurant à Poitiers
, & qui ayant été nommé par
le Roy Maire de la ville de Poitiers
, l'a gouvernée avec tant de
probité , de merite , de douceur,
de defintereffement
de charité
pour les pauvres , foit dans la
Mairie , foit dans fa profeffion
d'Avocat qu'il y a efté continué
pendant plus de vingt ans , & en
eft mort revêtu.
Le Mécredy 4. du même mois
de May , jour de la fefte de la
Tranflation de Saint Nicolas , au
quel jour Mr Nivelle finiſſoi
206 MERCURE
l'année de fon exercice , ilfe fit au
Palais dans la Grand Chambre
´"Saint Louis , dans l'Affemblée génerale
des Avocats & Procureurs
du Parlement , qui fe tient tous les
ans à pareil jour pour y élire un
Avocat fucceffeur Bâtonnier , un
Second & nouveau difcours , fur
le choix qu'on avoitfait de luy à
pareil jour l'année precedente pour
en remplir la place , fur les honneurs
qu'il y avoit receus , tant
·de l'Ordre , que de tous le premiers
& plus illuftres Magiftrats du
Royaume dans toutes les occafions
qui s'eftoient prefentées pour recourir
à leur protection , foit pour
༢༩
GALANT 207
le Corps, foit pour leurs Confreres
des autres Parlemens ;fur les vives
affurances que ces grands & illuftres
Magiftrats avoient données de
la continuer , fur leur eſtime pour
l'Ordre & pour tous fes membres
en particulier , fur les preuves
fenfibles & éclatantes quiavoient
fuivi, dont ilfit un recitfuccint.
& enfin rempli de tant de beauté
de grace , qu'on peut dire que fi
il y a plufieurs Hortenfes au
Palais , il en eft le Ciceron , & ce
qu'ilyadeplus furprenant, eft qu'il
a fait ces deux difcours publics
cinq jours ; quoyqu'en même temps
chargé des plus grandes affaires
en
208 MERCURE
pour lesquelles il plaide journellement
au Parlement.
Qui teftimonium perhibet de his , feripfit
hæc , & fcit ,
Teftimonium verum eft quia vidit &
audivit.
C
M Jean Mcflier , Preftre
Curé de Saint Forget prés de
Chevreufe , mourut il y a environ
un mois , âgé de cent
fept ans ; il eftoit Curé de S.
Forget dés l'an 1648. il avoit
cité auparavant Sacriſtain de
Chevreufe pendant trois ans ,
& pendant dix années Vicaire
de la Paroiffe de Choifeil. Il
menoit une vie fort dure ; il
GALANT 209
n'eftoit vêtu pendant les plus
rudes hyvers que d'une fimple
foutane ; il eftoit eftimé à caufe
de la regularité de fa vic . Il y
a neuf ans , qu'eftant devenu
affez fourd pour avoir de la
peine à confeffer , il refigna fa
Cure à un tres digne Preftre,
qui a depuis vécu avec luy &
qui en a pris de grands foins.
Il alloit encore il y a fept ou
huit mois dire la Meffe à la
Madeleine à Chevreuſe , dont
il eftoit Chapelain, à Mauvieres
prés de Verfailles & ailleurs . Il
n'avoit perdu qu'une dent , &
il l'avoit même perdue par ac-
May 1708 .
S
to MERCURE
cident . Son humilité a paru
jufqu'à fa mort , ayant prié fon
fucceffeur de le faire enterrer
dans le Cmetiere au pied de
la Croix , difant qu'il le trouvoit
indigne de l'eftre dans
l'Eglife .
M' de Camús , Gouverneur
de l'Arfenal de Lyon & Lieutenant
General de l'Artillerie
du Département de cette ville
& des Provinces voisines , eft
mort à Lyon dans la fleur de
fon âge , fort regretté de tous
ceux qui le connoiffoient . I
eftoit fils aîné de feu M' de Camus
qui avoit eu les mêmes.
GALANT 211
Emplois pendant plufieurs années
& qui mourut il y a trois
ou quatre ans , & de Dame N.
Croupet d'une des meilleures
familles de Lyon , qui ne furvé
cut pas long- temps à fon Epoux.
Ils avoient une tres - nombreufe
familles qui fe trouve
aujourd'huy reduite par la mort
du jeune Mrde Camus à une fil
le qui herite de quatre du cinq
freres. Celuy qui vient de mou
tir avoit fait plufieurs Campagnes
fous les ordres de fon
pere en qualité de Commiſſaire
d'Artillerie, Charge qu'il exerçoit
pour s'inftruire . Îl cût en-
Sij
212 MERCURE
fuite la furvivance de la Charge
de Gouverneur de l'Arfenal &
de Lieutenant de l'Artillerie .
Il avoit eu quatre freres , tous
morts avant luy , un Chanoine
d'Efnay de Lyon, & trois autres
morts dans le Service depuis le
commencementde cette guerre;
il avoit auffi une foeur qui eft,
Religieufe dans l'Abbaye de
Saint Pierre de Lyon & qui a
beaucoup de merite . Feu M
de Camus fon pere, eftoit frere
cader de feu Mr de Camus Seigneur
d'Yvours , pere de Mr
d'Yvours qui vit aujourd'huys
il eftoit auflifrere de Mr l'Ab
GALANT 213
bé de Camus- d'Yvours Chanoine
de S. Pierre de Vienne.
J'ay fouvent cu occafion de
vous parler de la maifon de
Camus ; la mere de ces Mrs
eftoit de la maifon d'Oncieux
& leur tante avoit épousé feu
Mr le Comte de Mailla, grandpere
de celuy qui vit aujour-
& Chef de la maifon de Moyria.
Mrs de Camus , de Lyon,
font de la même maifon que
Mrs de Pontcarré & Deftouches
& dont eftoit feu Mr l'Evêque
de Belley fi connu par
fes écrits. Mr de S. Didier a cu
la Charge qui vaquoit par la
214 MERCURE
mort de Mr de Camus ; il eft
fils de feu Mr de Baraillon
Prevoft des Marchands de Lyon
& homme d'un grand merite.
Mr de la Faluere ancien premier
Prefident au Parlement de
Rennes , eft mort en cette ville
dans un âge affez avancé & re
gretté de tous ceux qui le connoiffoient
; il avoit rempli tous
les devoirs de fa Charge au gré
de toute la Bretagne , où il fut
regrettélorfque fes incommoditez
l'obligerent de s'en
démettre. Il avoit époufé Dame
N. Ferrand , foeur de Mr le
Prefilent Ferrand , & de Mr
fort
GALANT 215
Ferrand Intendant de Bretagne
aprés l'avoir été long- temps.
de Bourgogne , il eftoit frere
de Monfieur de la Falueré Confeiller
au Parlement de Rennes
& oncle de Mr de la Faluere
Confeiller au Grand Confeil ,
mort en cette ville il y a trois
ou quatre mois . La famille de
de Mrs de la Faluere eft fort
ancienne dans la Robe & elle
a donné divers Officiers au Parlement
de Paris & aux autres.
Cours fuperieures de la même
ville. Elle eft
originaire de
"Bretagne où elle alliée à touc
ce qu'il y a de plus confidera

2.6 MERCURE
ble dans cette Province. Le nom
de la Faluere y cft en veneration
& fur tout dans Parlement de
Rennes. Cette famille eftoit
déja connue en Bretagne fous
François II.dernier Duc de Bretagne
; lorfque ce Prince fucceceda
à fon oncle , il avoit auprés
de luy en qualité d'un de fes
premiers Officiers un Mr de la
Faluere qu'il confideroit beaucoup
, & en qui il avoit une entiere
confiance. Mr de la Faluere
qui vient de mourir eftoit
parent de Mr le Fevre de la
Faluere Confeiller du Roy en
fes Confeils , Grand Maiſtre
ancien,
GALANT 217
ancien , alternatif & triennal,
Enquefteur general des Eaux
& Forefts de France au Département
de Paris.
Mi Ferdinand Gobert ,
Comte d'Afpremont ,deLinden
& de Reickeim eft mort dans
fon Château de Reickeim
âgé de cinquante cinq ans . Il
eftoit frere de Mr le Comte de
Reickeim Chanoine de Strafbourg
& fils de M ' Ferdinand I.
du nom Comte d'Afpremont
& d Elifabeth Comteffe de
Furftemberg foeur du feu Cardinal
de ce nom ; il eftoit couſin
germain de Me la Marquife des
May 1708.
.
T
218 MERCURE
Dangeau . Ce Seigneur avoit eſté
Confeiller d'Etat & General des
Armées du feu Empereur Leopold
, & fon fils qui vient de
mourir avoit eu les mêmes Em-

plois , & il n'en avoit refervé
qu'un Regiment d'Infanterie
qui portoit fon nom . Quoique
ce Seigneur n'eût pris aucune
part dans les affaires du Prince
Ragoski fon beaufrere , il fe
retira dans fon Château de
Reickeim , parce que dans le
commencement
de cette guerre
l'Empereur ne lui donna aucun
Employ ; cet oubli eſtoit d'autant
plus injufte , qu'il s'eftoit
GALANT 219
diftingué en plufieurs occafions
d'éclat & principalement dans
la guerre que feue S. M. I. fou.
tint contre les Turcs . Mr le
Comte d'Afpremont avoit
époufé en premieres noces la
Princeffe Charlotte de Naffau-
Dillembourg, dont il n'eût qu'
une fille , Charlotte- Marie- Gobertine
qui mourut il y a cinq
ou fix ans. Il avoit épousé en
fecondes noces la Princeffe
Jeanne Julianne- Barbe Ragoski
fille de François Prince de Ragoski
& de la Comteffe de Serin
,qui avoit épousé en premieres
noces le feu Comte
1
Tij
220 MERCURE
Teckeli . Me la Comteffe
d'Afpremont
eft four unique du
Prince Ragoski , Prince de
Tranfilvanie
, Duc de Mongatz
& de Makowitz
, chef d'une des
plus grandes Maifons de Hongrie
; c'eft le même qui foûtient
aujourd'huy
la guerre contre
l'Empereur
, à laquelle il s'eft
trouvé engagé pour le recou
vrement des biens de faMaiſon
dont il avoit efté injuſtement
dépouillé , & qui eft à la tefte
de ceux qui deffendent avec
tant de fermeté les droits , la
liberté , & les privileges de la
Nation Hongroife.
GALANT 221
Extrait d'une Lettre de Rome.
Je fais logé avec le Procureur
General des Chanoines Reguliers
de Noftre -Sauveur , en Lorraine ,
qui pourfuit avec fuccés la Canonization
du Bien - heureux
Pierre Fourrier. Par la Canonization
de cet excellent Curé &
faint Reformateur , nous eſperons
voir ranimer le courage e le zele
de tous les Curez pour la perfection
des Ecoles , la fanctification
de leurs Peuples par l'amour & la
pratique du Saint Evangile. Ily a
icy un tres-notable changement dans
les Curez & dans les autres Ecclefaftiques.
Les premiers s'appliquent
Tiij
222 MERCURE
par l'ordre du Pape tous les Dimanches
à enfeigner la Doctrine chreftienne
aux enfans de l'un de
Pautrefexedans leurs Paroiffes ,&
les autres Ecclefiaftiques les affiftent
dans cette fonction ; ce qui s'execute
avec ordre & avecfruit. Le Nevéu
même du Pape , eſtpréposé à
une Congregation de Prelats , de
Curez , & de Perſonnes zelées
pour la Doctrine Chretienne , &
pour l'éducation de lajeuneſſe, & il
eft beau de voirMonsignor Annibal
Albani, Neveu de S.S.faire le Catechifme
avec beaucoup de zele ,
diftribuer des Prix aux Enfans.
La belle Bibliotheque du feu
GALANT 223
a
bien
que
Cardinal Caffanati , dont les Dominicains
font chargez & dont
ils s'aquittent parfaitement bien
ne contribuë pas peu à l'étude &
à la fanctification du Clergé , auffi
Mrs de la Million , par
les exercices & les retraites qu'ils
font avant que de prendre les
Saints Ordres. Noftre Saint Pere
Le Pape aime les belles Lettres ,
& il a un gouft pour l'Antiquité,
qu'il honore e qu'il conferue. Il
demande & il exige des Ecclefiaf
tiques qu'ils s'appliquent à lapitté
& à lafcience. On ne sçauroit trop
prier Dieu pour le faint Pere.
Je vous ay déja mandé que
224 MERCURE
M' d'Andrezelles , Secretaire du
Cabinet , avoit efté nommé par
le Roy pour exercer cette Char
ge auprés de Monſeigneur le
Dauphin , à la place de feu Mr
d'Eftanchau. M' d'Andrezelles
eftoit en même temps pourvû
d'une Charge de Maiſtre
d'Hoſtel du Roy , dont il pouvoit
remplir les fonctions dans
le temps qu'il ne fervoit en qualité
de Secretaire du Cabinet
qu'auprés de Sa Majeſté ; mais
eftant ordinaire auprés de Monfeigneur
, & les fonctions de fa
Charge tant auprés de S. M.
qu'auprés de ce Prince , devant
GALANT 220
Foccuper entierement , il a vendu
fa Charge de Maiſtre d'Hồ-
tel , & quoy qu'on luy en ait
offert cent cinq mille livres , it
l'a donnée pour quatre - vingt
mille au fils de feu Mr d'Eftanchau
, croyant faire ) plaifir à
Monſeigneur qui fouhaitoit de
voir le fils d'un homme qui
l'a bien fervi , reveſtu d'une
Charge importante. Ce Prince
en a obtenu l'agrément de S.
M. & ce que M d'Andrezelles
a fait en cette occafion , luy a
attiré la bienveillance de Monfeigneur
, l'eftime du Roy , &
des applaudiffemens de toute la
Cour.
226 MERCURE
Je vous envoye une Lettre
de Perpignan , dont vous avez
vû quelques endroits dans les
Nouvelles publiques ; mais fort
abregez & dénuez de beaucoup
de circonftances qui doivent
faire plaiſir ; & d'ailleurs
cette Lettre eft remplie de beaucoup
de chofes effentielles qui
n'ont point encore efté rendues
publiques
; & quoy que
vous trouviez dans cette Lettre
la perte d'un de nos Vaiffeaux ,
ce qui s'eft fait , en cette occa-,
fion eft fi glorieux aux François
, qu'on ne doit pas le paffer
fous filence , ny même ouGALANT
227
blier ce que les Fleffingois ont
fait pour marquer l'estime qu'ils
ont de la veritable valeur.
D'ailleurs , quoy que la perte de
ce Vaiffeau & de ce qu'il contenoit
, foit fort confiderable ,
voyage ne laiffe pas fon d'être
fort avantageux à la Nation ,
puifque fi l'on examine ce que
ce Vaiffeau avoit débarqué à
Cadis avant que d'eftre pris ,
on trouvera que le gain des Intereffez
à fa Charge , ne laiffe
pas d'être grand , nonobſtant
la perte de ce Vaiſſeau & des
chofes dont il eftoit encore
chargé lorfqu'il a efté pris.
"
3
228 MERCURA
A Perpignan ce 29. Avril.
- Les nouvelles de ce Pays font
que deux Corfaires Fleffinguois ont
pris le Samedy Saint à la hauteur
d'Almeria un Vaiffeau Marfeillois
, de vingt pieces de Canon
nommé S. Jofephi le Mignon.
Ce Vaiffeau eftoit party de Marfeille
le 14. Fuillet dernier ; en
neuf mois il avoit fait le plus
heureuſement du monde le voya
ge des Indes , il avoit rapporté
il y a quelque-temps à Cadix
des nouvelles de Mr du Caffe &
de la Flotte des Indes
que
ce Ge
GALANT 229
il
neral attendoit à la Havane. S..
Jofeph le Mignon débarqua à Cadix
quelques Seigneurs Espagnols
revenant des Indes & des Auditeurs
de Lima avec un million
d'effets ; il mit auffi à terre environ
160000. liv. pour leſquelles
on pritt des lettres de Change
pour envoyer en France ;
partit le Mécredy Saint de Cadix
paffa heureufement le Détroit
duvent qu'il avoit , il fe flattois
de fe rendre en trois ou quatre jours
à Marseille lorfque ces deux Corfaires
l'arrêtérent. Il n'avoit
foixante hommes d'Equipage quife
battirent vivement durant quatre
que
230 MERCURE
heures ; mais enfin la Capitaine
ayant efté tué , il fallut ceder. Il
y avoit encore fur ce Vaiffean
90000. Piaftres & plufieurs
autres effets. Les Vainqueurs au
lieu de jetter le corps du Capitaine
à la Mer , voulurent honorerfa
memoire , parcequ'il s'eftoit bien
défendu ainfi ils le garderentfept
joursfur fon Bord , le conduifirent
à Majorque où ils donnerent 300 .
liv. pour le faire enterrer 150 .
liv. pour de la Cire , ils affifte
rent cux-mêmes à l'enterrement.
Suivant le Cartel qui eft entre les
Fleffinguois & nous , ils envoyerent
le refte des Officiers & l'équi
GALANT 231
Ils
page à Rofes d'où ils font venus
par Mer àColioure. L'Aumonier
fe rendit icy dans noftre maiſon le
vingt-trois , & c'est de luy que
jay fçû ces particularitez.
avoient laiffe Mr du Caffe un
peu incommodé de la goutte. Tout
eft aux Indes tres tranquile , &
fort affectionné au Roy d'Espagne.
Sa Majesté Catholique a fait
fraper des médailles d'or du poids
de douze piftoles , & plus grandes
que lesplus grands Ecus :fon Bufte
eft d'un cofte & de l'autre celuy de
la Reine , en boße, & tres- reffemblant.
Sa Majefté Catholique en
à fait diftribuer un aßez grand ·
232 MERCURE
nombre à des perfonnes de merite.
Elle en a auffi envoyé quatre icy à
Mr l'Evêque de Gironne pourfes
quatre Aumoniers qui ontfuivi ce
Prelat dans fa retraite : ils doivent
s'en parer apréfdemain Fefte de
Saint Philippe.
Mr le Duc de Noailles n'ar-
ن م
riva
icy
que le vingt
-un à trois
heures
demie
aprés
midy
, une
entorfe
qu'il
s'eftoit
donnée
entre
Nifmes
&
Montpellier
l'ayant
olligé
de fejourner
dans
cette
der
niere
ville
plus
long
temps
qu'il
n'avoit
crû. Mr
l'Intendant
, les
Députez
du Confeil
,pluſieurs
Officiers
autres
gens
de cette
Ville
GALANT 233
མའི་
allerent au devant de luy jufqu'à
و
avoient
deux lienes d'icy : ils
efté le 19. mais un des Aydes
de Camp de ce Seigneur qui venoit
en pofte leur dit qu'il ne feroit icy
que le vingt- un. Mr l'Evêque
Tuy avoit fait preparer à fouper.
Ce General fit fon entrée précedé
d'un nombre confiderable de Cavaliers.
Il eftoit dans le Caroffe de
Mr l'Intendant avec Mr de Quinl'Intendant
, un autre. Ses
Gardes precedoient , entouroient ,
&fuivoient le Caroffe l'épée haute
le canon tira à fon arrivée ,
mais il difpenfa le Conful , la Ville
& le Clergé de tout compliment,
May 1708.
çon ,
V
234 MERCURE
il alla s'enfermerdansfon Cabi
net pour travailler. Le Dimanche
il alla à la Meſſe à la grande
Eglife de Saint Jean , & il dîna
chez Mr l'Evêque , aprés quoy il
vint travailler, Le Lundy il dîna
chez Mr de Quinçon , & il
Souppa chez Mr de Malarcie
Lieutenant de Roy . Le Mardy
il dina chez Mr l'Intendant ; il
fe leva de table lorsqu'on fervit
le deffert ; il alla voir lever la Garde
, e il s'enferma enſuite pour
travailler ce qu'il continua de
faire tous les jours avec une affiduité
étonnante. Le Mécredy
fefte de S. Marc ', il ´alla à la
د
GALANT 235
Meffe chez les petits Peres , qu'il
regarde avec raifon comme fon
Eglife , puifque le Duc de Noail-
Les fon Aycull'afait baftir. I! commença
cejour-là à dîner chez luy ,
ce qu'il a continue de faire lesjours
fuivants. Il dépêcha Feudy au
foir un Courrier à Mr le Duc
d'Orleans par le grand chemin , &
Vendredy à quatre heures du matin,
il en fit partir un pour Paris : il
eft inconcevable combien ce Seigneur
fe donne de peine pour met
tre tout en regle & le temps qu'il
employe , foit avec l'Intendant ,
foit avec le Treforier , foit avec
Les gens des Vivres , avec les gens
V ij
236 MERCURI
a
de l'Artillerie , & pour les Fourages.
Sa Cavalerie n'eft pas
encore arrivée , mais de la maniere
dont il difpofe toutes chofes , il ne
tardera pas àfe mettre en marche;
on difoit même qu'il devoit partir
hier pour se rendre à Puicerda
mais ce voyage a efté rompu.
LaCavalerie doitarriver incef-
Samment. Il arrive à Collioure des
munitions de guerre , des boulets ,
des bombes , despioches , & d'autres
inftruments qui femblent eftre
deftinez pour un Siége , mais les
deffeins de noftre General font impenetrables.
Mr le Duc devoitfaire aujour
GALANT 237
1.
d'huy 29. la revûë du Bataillon
des Bombardiers qui eft tres beau ,
mais la pluye l'en a empêché : les
trois bataillons de Heffy fortent
de cette ville & vont camper audehors
à quelques portées de moufquet
des murailles , ce qui fait
croire qu'ils fe mettront bientoft en
marche.
Il arriva hier un Regiment de
Cavalerie & deux d'Infanterie ;
je n'ay pu encorefçavoir leurs noms :
ils font difperfez dans les villages
circonzoifins , on les paſſera de-.
main en revue.
Voicy l'extrait d'une autre
238 MERCURE
Lettre de Perpignan du 2. de
ce mois .
L'Armée doit s'affembler le 7.
au Boulou où apparemment elle ne
campera pas long-temps : Elle eſt
composée de feize Bataillons de
Troupes reglées , de trois de Milices
du Rouffillon , de cinq de Fufiliers
de
montagnes ; de vingt-deux
Efcadrons de Cavalerie on Dragons
er de deux Efcadrons de Milice.
Ily a dans cette Armée fix
Ingenieurs commandez par un
Brigadier.
Je finis par l'extrait ſuivant
tiré d'une Lettre de Rofes,
GALANT 239
L
A Rofes ce 2. May 1708 .
Il entra hier ici trente-quatre,
pieces de canon dix- buit mortiers ;
dix- huit mille bombes , cent-cinquante
mille boulets & vingt-cinq
mille quintaux de poudre.


Tout ce que vous venez de
lire doit vous faire connoiftre
qu'il y a non feulement lieu de
croire que l'ouverture de la
Campagne commencera bientoft
du cofté du Rouffillon
mais mefme , que felon toutes
les apparences elle doit cftre
heureufe. Le nombre des trou240
MERCURE
S

pes dont l'Armée eft compofée;
toutes les chofes dont elle eſt
pourvûë , & fur tout l'activité
du General ; fon application
au travail pour faire mettre tout
en ordre afin de faire réuffit
fes projets ; & fon attention extréme
à toutes les chofes qui
peuvent les faire avancer ont
dû faire beaucoup de plaifir ,
& je puis dire , s'il m'eft permis
de parler ainfi , & de me fervir
d'une façon de parler qui eft
triviale , mais ufitée tous les
jours , qu'il quitte le boire &
le manger pour voler où fon
zéle l'appelle , lorfqu'il s'agit
#
*
dc
GALANT 241
:
de voir des Troupes & de les
examiner ; vous venez de le
voir quitter la table chez Mr
l'Intendant de Perpignan , même
avant que le deffert fût fervi
pour aller voir relever la Garde.
Ce ne font point des loüanges
que je cherche à donner à ce
General , ce font des faits qui
parlent d'eux- mêmes , & qui
nt efté écrits par des perfonnes
quien ont efté frapées . J'efpere
avant que ma Lettre finiffe
qu'il fe paffera quelque chofe
de confiderable , & que fi je
n'ay pas le temps de vous en
faire le détail
May 1708 .
j'auray du
X
242 MERCURE
moins celuy de vous l'annoncer
& de vous le promettre pour
le mois fuivant.
Je vous envoye une piece qui
vient heureuſement de tomber
entre mes mains . Je fçay qu'elle
a reçû de grands applaudiffemens
de tous ceux qui ont eu
le plaifir de la lire ; & en effet il
n'y a que ceux contre lefquels
elle parle qui puiffent lui refuſer
leur approbation. La peinture
que l'on en fait eft fi reffemblante
qu'ils feroient reconnus,
quand même ils ne feroient
pas nommez, & le zéle de ceux
quiles attaquent juftement doit
GALANT 243
eftre remarqué auffi bien que
que leur picté. Ils reprefentent
leurs raifons à S. A. R. de Lorraine
, d'une maniere auffi touchante
que foumife, & remplie
d'onction ; de maniere que l'on
ne peut lire leur Requeſte fans
eftre convaincu de la juftice des
raifons qu'elle contient & même
fans en eftre touché , ou pour
mieux dire pénetré . On ne dɔit
pas s'étonner fi le grand Prince
à qui cette Requette a eflé prefentée,
& dont la pieté cft connuë
, s'eft fait un plaiſir d'accorder
aux Pafteurs de fa ville
de Nancy , ce qu'ils luy ont
X ij
244 MERCURE
demandé. Ce que ce Prince a
fait en cette occafion ne fera
pas un des moindres traits dont
fon Hiftoire fera un jour embellie
& fera vivre la pieté dans
tous les fiécles.
On voit dans cette Requeſte
un éloge de ce Prince , tresbien
touché , & qui ne peut
manquer de le faire admirer de
tous ceux qui le liront & de ie
faire regarder comme un Prince
pieux & équitable , & toûjours
prêt à tout facrifier lorſqu'il
s'agit des choles dont la Religion
peut eftre bleffée . Cette
Requeſte fait non ſeulement
GALANT 245
voir ce que les Ducs de Lorraine
Predeceffeurs de celuiqui regne
aujourd'huy , ont fait en faveur
de la Religion , mais elle fait
une tres- belle peinture de ce
qu'a fait pour Elle le Prince
dont la Lorraine reçoit aujourd'huy
les Loix & dont
tous les Peuples de cet Etat
ont lieu d'eftre charmez .
246MERCURE
REQUESTE
Prefentée par les Curez de
Nancy , à Son Alteffe
Royale , Monſeigneur le
Duc de Lorraine , au fujet
de l'établiſſement des
Juifs , le 12. Décembre
1707.
Les Curez des trois Villes de
Nancy , viennent ſe jetter aux
pieds de Votre Alteffe Royale ,
luy remontrer avec tout le refpect
poffible , & avec toute la confiance
, qu'infpire leur Miniftere , les
juftes allarmes que fes Sujets ont
GALANT 247
conçues , de la liberté qu'elle accorde
à quelques familles des Negocians
Juifs de s'établir dans fes
Etats. Plus le bien qu'on poffede
eft grand , plus l'apprehenfion de
le perdre eft vive. De quel bien ne
jouiffons nous pas , Monseigneur,
depuis le retour de Voftre Alteffe
Royale dans fes Etats ? Une heureufe
abondance, un commercefertile,
une tranquilitéparfaite, une Religion
pure ,
teinte ; voila dequoy nous fommes
redevables à Voftre Alteffe Royale
, qui parfafageſſe a fçû écarter
de nous , les horreurs de la guerre,
reprimer la licence , bannir l'erreur
jufqu'icy fans at248
MERCURE
des
2
& maintenir partout le bon ordre.
Serions , nous , Monfeigneur , à
la veille de perdre de fi grands
avantages , ou du moins de les voir
flêtris ? Ce qui nous a toûjours fi
heureufement diftinguez ,
Royaumes les plus fleuriffants
nous échaperoit-il dans quelques
momens , ferions- nous réduits
à pleurer , comme les peuples qui
nous environnent , les playes funeftes
qu'un commerce toûjours contagieux
peut faire à l'État
la Religion ? Ce n'eft doncpoint ici ,
Monfeigneur , de vaines allarmes
, combien de Marchands ruinez
, de Campagnes defolées , de
à
GALANT 249
Familles oppreffées, fans reſſource
fe prefentent par avance à vos
yeux ? Difons-nous rien en cela
que l'exemple de nos voisins , &
l'experience des Siécles qui nous
ont précédez ne nous confirment ?
Tout le monde fçait à quel trifte
eftat , la France fut reduite par ces
Ufuriers de Profeffion,fous lesRois
Philippe II. Philippe le Bel , &
'Louis X. On s'y reffent encore de
toutes les chofes dont ils furent les
malheureux Auteurs ; quelles
Loix ne fit-on pas contr'eux ? De
quelle feverité ; de quels fupplices
ne falut-il falut-il pas ufer ? Les reprima-
t-on cependant ? Ne les vit
250 MERCURE
on pas au contraire fous le Regne
de Philippe le Long , augmenter
leurs ufures , & confpirer avec
plus de fureur que jamais contrele
repos public , & la liberté du
commerce ? Mais ce qui nous touche
le plus , Monfeigneur , c'eft
l'intereft de la Religion . Cette Religion
Sainte , que vos glorieux
Anceftres , ont foûtenuë aux dépens
de leur fang
de leur vie ; cette Religion confervée
jusqu'à prefent fi pure dans
vos Etats par vos foins , par votre
pieté , par vos exemples ,
feroit-elle alterée ,fous le Régne de
Voftre Alteffe Royale ; & ce que
aux peril
GALANT 251
vous avez refufé avec tant defermeté
à des Heretiques , qui n'ont
rien oublié , pour s'établirdans vos
Etats , l'accorderez - vous à des
Juifs , les plus mortels ennemis de
Jefus- Chrift , de fon Eglife , &
du nom Chrétien ? Ce Peuple
fivifiblement maudit & reprouvé
de Dieu , banny de prefque tous
les Etats , trouveroit- il , Monfeigneur
, un azile dans le voftre?
Le deffenfeur & l'apuy de la Religion
deviendroit- il le Protecteur
de fes plus cruels ennemis ? Pendant
que d'une main il travailleroit
à embellir cette épouse de Fefus-
Chrift , repandroit-ilde l'autre fes
}
252 MERCURE
bien-faits fur ceux qui s'attachent
à la déchirer ? On dira peut - eftre ,
Monfeigneur , que l'établiſſement
d'une ou deux familles au plus eft
d'une confequence peu dangereufe.
Mais n'avons nous pas l'experience
des villes d'Alface , qui n'ayant
reçû d'abord qu'une feule famille
de Fuifs , en ont eu quarante ans
aprés plus de quatre cens dans leurs
enceintes ? Toutes ces raifons
Monfeigneur , nous font redoubler
nos inftances , auprés de Vôtre
Alteffe Royale ; ce nefont pas
icy quelques Particuliers dont la
douleur parle , ce font des Paſteurs
de voftre Peuple qui tous les jours
GALANT 253
font pour vous des voeux aux Autels
, avec eux , tout le Peuple
qui parle dans leurs coeurs . Ils
vous conjurent de nepasfouffrir que
cette Nation perfide , mette le pied
dans l'heritage du Seigneur & le
voftre ; ils vous difent qu'il y va
de la gloire de Dieu , de l'honneur
de l'Eglife , du falut de
voftre Peuple , & de vôtre propre
gloire. Qu'il fera glorieux
en effet pour Voftre Alteſſe Royale
, que l'Eglife de Lorraine luy
doive aprés Dieu , la Qualité
d'Epouſe fans ride & fans tache;
& que cette heureuſe diſtinction ,
foit le fruit de la tendreffe de fon
25.4 MERCURE
le
coeur , de lafermeté de fon zele
de fon attachement à procurer
bonheur de fes Peuples ! Que ne
dira point la Pofteritéquand elle citera
voftre exemple aux Princes
à venir ! Que ne diront point à prefent
, les vrais enfans de l'Eglife,
en vous voyant conferver la Foy
dansfapureté , maisfur tout qu'elle
reconnoiffance , quel amour , de
la part de cet heureux Peuple , dont
vous faites les délices , & qui deconcert
avec nous va jufqu'à jamais
continuer fes voeux pour
profperité de Voftre Alteße Royale,
& de toute fon Augufte Maiſon.
Signé. N. N. N.
la
GALANT 255
Pendant que Son Alteffe
Royale de Lorraine fait briller
le caractere d'un veritable,
Chrêtien , & qu'Elle craint de
donner atteinte à la Religion
l'Empereur agit bien differemment
, en accordant cinq Eglifes
aux Proteftans de la haute
Silefie , & l'érection d'un Confiftoire
, avec entrée dans la
Magiftrature du Pays , à condition
qu'ils luy payeront deux
millions de florins d'Alemagne.
Il y a tant de chofes à dire
là deffus , & qui feroient fi peu
d'honneur
à Sa Majefté Impe256
MERCURE
riale
que
de
crainte
d'aller
trop
loin
, je crois
devoir
tirer
le rideau
fur
une
action
dont
les
confequences
font
fi dangereufes
, qu'elles
doivent
faire
trembler
tous
les
bons
Catholiques
.
Comme
tous
les
jours
de
l'année
font
marquez
par
des
Triomphes
éclatans
de
la
mort
,
Vous
ne
devez
pas
vous
étonner
fi les
articles
de
mort
font
frequens
dans
mes
Lettres
. Le
nombre
en
feroit
infiniment
plus
grand
, fi
je
n'en
retranchois
un
tres
-grand
nombre
,
de
maniere
que
je
ne
parle
que
de
ceux
qui
font
diftinguez
par
GALANT 257
leur naiffance, par leur valeur ,par
leur pieté, par leur érudition , ou
par quelques autres endroits qui
les rendent recommandables .
Dom Claude de Vert , Vi.
caire General de l'Ordre du Cluny
, & Prieur de S. Pierre d'Abbeville
, eft mort âgé de foixante-
trois ans . Il eftoit connu
par plufieurs Ouvrages qu'il
avoit donnez au public fur les
Antiquitez Ecclefiaftiques &
Monaftiques . Ce fçavant Religieux
eftoit d'une tres bonne
famille de Paris. Il avoit une
four mariée à Mr Duché, Treforier
des Menus , & un frere
May 1708 .
Y
258 MERCURE
qui eftoit auffi dans l'Ordre de
Cluny , où il avoit un Benefice
fort confiderable. Ce Vicaire
General a toûjours efté fort
confideré de Mr le Cardinal
de Bouillon fon General , qui
l'a élevé aux premieres Charges
de fon Ordre , & qui le
chargea du foin de faire le nouveau
Breviaire de Cluny. Cet
& on y
Ouvrage luy fait beaucoup.
d'honneur. La latinité en eft
pure & élegante
trouve de grandes recherches .
Mr de Vert a fait auffi plufieurs.
Traitez touchant les Ceremonies
de l'Eglife , & ila dit beauGALANT
259
coup de chofes fur ce fujet
qu'on ne trouve ny dans Gavantus
, ny dans les Lettres du
Chanoine Regulier de S. Augnftin
, fur cette matiere . Cet
Auteur a donné en dernier lieu
un Ouvrage confiderable fur
le Service de l'Eglife , & on
imprime actuellement le troifiéme
Volume. Le premier regarde
le Sacrifice de la Meffe.
Le fecond , l'Office de l'Eglife,
& le troifiéme fera fur d'autres
pratiques ufitées dans l'Eglife
Romaine. Il y a quelques années
qu'il eut une conteftation
de Litterature fur l'Antiquité
Yij
260 MERCURE
avec le feu Pere Mabillon. Elle
regardoit l'ablution que les
Clercs & même les Preftres
dans les jours folemnels , alloient
prendre dans un lieu deftiné
à cet ufage , aprés avoir
reçû l'Euchariftic . Il écrivit fur
cet ancien ufage avec beaucoup
d'érudition , & le Pere Mabillon
dont il combattoit les fentimens
ne fit aucune réponſe .
LeR. P. N ..... Finé de Brianville
, Abbé Regulier de Pontigny
, de l'Ordre de Cifteaux , eft
mort dans un âge peu avancé.
Il eftoit fort confidcré dans fon
Ordre , & il s'eftoit attiré l'eftiGALANT
261
me & l'amitié de tous fes Religieux
par fes manieres douces
& polies . Il eftoit frere du Pere
de Brianville , Licentié de la Faculté
de Theologie de Paris ,
Religieux du même Ordre , &
Prieur de l'Abbaye de Pontigny.
Mrs de Brianville font de
Dauphiné & d'une famille originaire
de Briançon dans la même
Province , ou François Finé
exerçoit la Medecine avec beaucoup
de fuccés dans le commencement
du feizième fiecle . Oronce
Finé fon fils fut un celebre
Mathematicien , & fa répu
tation fut fi grande , que le Roy
262 MERCURE
François I. qui vouloit rétablir
l'exercice des Sciences dans fon
Royaume, l'appella à Paris pour
y enfeigner publiquement les
Mathematiques
. Il y eut la qualité
de Profeffeur Royal , & il y
publia divers ouvrages de Geometrie
& d'Aftrologie
. Il mourut
fous le
regne de Henry II.
& il fut enterré dans l'Eglife des
Carmes . Les plus beaux efprits.
de fon fiecle firent à fa loüange
des Vers & des Epitaphes dont
on fit un Recueil qui avoit pour
Tirre : Funebræ Symbolum aliquor
Doctorum virorum viro
doctiffimo Orontio Fineo. Sa vie
GALANT 263
a efté écrite par le Medecin Antoine
Mizault. Le fameux Scevole
de Sainte - Marthe a fait
auffi fon éloge parmi ceux des
Doctes François , de même que
la Croix du Maine , & du Verdier-
Vauprivas
.
L'Abbaye de Pontigny eft
l'une des quatre Filles de Cifreaux
; on appelle ainfi quatre
celebres Abbayes qui ont fous
elles diverfes autres Maifons de
l'un & de l'autre fexe de l'Ordre
de Cifteaux. L'Abbaye de
Pontigny a produit de grands
hommes ; & elle eſt encore aujourd'huy
remphe de Religieux.
264 MERCURE
qui font honneur à leur Ordre
par la regularité de leur conduite
& par leurs lumieres.
Les Curieux ont perdu depuis
peu M' Dorat . Il eftoit
d'une tres - bonne famille de la
Robbe. Trois chofes , fans parler
du Jeu , auquel il a beaucoup
gagné , faifoient fa paſſion . İl
aimoit les Tableaux , & n'épargnoit
rien pour en avoir des
plus grands Maiftres . Les beaux
Meubles l'attachoient
auffi
beaucoup , & l'on peut dire
que fon bon gouft là - deffus ,
auffi bien que fur tout ce qui
concernoit la Peinture , l'avoit
fait
GALANT 265
fait regarder comme un homme
dont les jugemens qu'il portoit
fur ces fortes de chofes ,
cftoient tres- juftes & fans appel.
La paflion qu'il avoit pour
la Muſique , eſtoit auffi fort
grande , & il donnoit fouvent
des Concerts chez luy , qui
luy attiroient des Compagnies
choifies . Il avoit vendu il y a
quelque temps , une partie de
fes plus beaux Tableaux , à S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
, & l'on doit juger par là
de leur beauté , puifque rien
n'échape au bon goult de ce
Prince,
May 1708.
Z
266 MERCURE
Il eſt juſte de vous parler de
Mariages , aprés vous avoir parlé
de morts . C'est ainsi que la
joye fuccede fouvent à la douleur
, &
que les pertes que l'on
fait d'un cofté font réparées de
l'autre.
Mre Charles -Nicolas le Clerc
de Leffeville , Confeiller de la
Cinquiéme Chambre des Enqueftes
, a époufé Mlle de Leffe.
ville fa coufine germaine . Cette
Dame eft fille de Mre Euftache
Augufte le Clerc de Leffeville ,
Confeiller de la feconde Chambre
des Enqueftes , & qui aprés
la mort de fa femme s'eſt enGALANT
267
gagé dans l'Etat Ecclefiaftique ,
& fon époux eft fils de Mre
Euſtache le Clerc de Leffeville ,
Confeiller du Roy & Maiſtre
en fa Chambre des Comptes.
Les deux peres font freres . Mes
de Loſtanges , Pelot , & de S.
Martin , font leurs foeurs . Il n'y
a point de Maifon dans la Robbe
plus étendue que celle de
Leffeville . Mre Nicolas le Clerc
de Leffeville eft premier Prefident
de la Cinquième Chambre
des Enqueftes ; celuy qui
vient de fe marier fut reçu dans
la Cinquiéme Chambre des Enqueftes
avec applaudiffement le
Z ij
268 MERCURE
5.
Avril de l'an 1702. & en cette
occafion Mr de Harlay alors
premier Prefident , fit l'éloge de
Ja Maifon de Leffeville .
La Maifon de le Clerc eft une
des plus anciennes du Parlement
, & elle a l'avantage d'avoir
donné un Chancelier à la
France . Mrs du Tremblay portent
le nom de le Clerc , mais
ils ne font pas de la même famille
; ce qu'il y a de certain eſt
qu'elles font toutes deux tresanciennes
, & tres - bien alliées .
Celle de Leffeville eftoit déja
connue dans le 16 fiecle ; un-
Ecclefiaftique de ce nom fit

GALANT 269
beaucoup parler de luy dans les
troubles de la Ligue ; & il fe
diftingua en ce temps - là par fa
fidelité & fon zele
par
fervice de fon Prince . Il y a aufli ya
dans le Parlement Mr de Leffcpour
le
ville, qui a époufe Mlle Robert ,
il cft generalement eftimé , &
il a la réputation d'un tres bon
Juge. Son frere , auffi Confeiller
au Parlement , mourut il y a
quelques années dans un âge
tres peu avancé,
M'de la Faye , Capitaine aux
Gardes , a épouſe Mile le Gras .
Mr l'Evêque de Grenoble , qui
n'eftoit pas encore alors Sacré,
Z iij '
270 MERCURE
fit la ceremonie du mariage dans
l'Eglife de S. Severin ; où ce Prelat
leur fit un difcours tres - éloquent
fur la dignité de ce Sacrement
qu'il leur alloit adminiftrer
, & fur les devoirs de l'engagement
qu'ils alloient contracter.
On ne peut s'exprimer
fur cette matiere avec plus de
délicateffe. Mr de la Faye eft
fils de feu Mr de la Faye , un des
Receveurs Generaux de la Province
de Dauphiné , & qui eftoit
né dans le Pays d'Angoulmois .
& dans une Terre de Mr le Duc
de la Rochefoucault . Me de la
Fave mere du nouveau marié eſt
de Vienne en Dauphiné ; peu de
perfonnes de fon fexe ont plus
d'efprit & de merite que cette
Dame : elle a donné des marques
"
GALANT 271
de l'un & de l'autre dans la conduite
de certaines affaires dont
elle s'eſt trouvée chargée , & qui
ont convaincu tous ceux qui la
connoiffent de fon habileté , &
de la delicateffe de fon efprit.
Le nouvel Epoux a un frere
Gentilhomme ordinaire de la
Maiſon du Roy , & quieftoit au..
paravant Capitaine de Grenadiers
dans le Regiment de Laffay
. Il eft diftingué par fes talens ,
fur tout par celuy qu'il a pour la
Poëfie , & il fait l'empreffement
des plus belles Societez . Il eſt un
des plus beaux ornemens de celle
de Me la Comteffe de Verruë ,
où plufieurs perfonnes d'efprit
de l'un & de l'autre fexe s'affemblent
quelques jours de la femaine.
Mlle le Gras que Mr de la
Z iiij
272 MERCURE
Faye vient d'époufer, eft une des
plus aimables perfonnes de Paris
. Elle eft fille de Mr le Gras ,
Doyen du Grand Confeil & l'un
des plus habiles Magiftrats de ce
celebre Corps. Il eft fils de feu
Mr le Gras Confeiller au Parlement
& petit fils de Mr le Gras
Maistre des Requeftes. Il y a
longtemps que cette famille ett
connue dans la Robbe , & qu'el
le a produit d'habiles gens dans
PEglife , ainfi que dans la Magiftrature.
Elle eſtoir déja connuë
fous le regne de Henry III. &
fous celuy de Charles I X. fon
frere . Feu Mr le Gras Confeiller
au Parlement , eftoit un des
Juges de la Grand'Chambre les
plus eftimez . Il joignoit une
grande érudition à une grande
GALANT 273
probité & à un grand defintereffement
.
Je vous parlay dans ma Lettre
de Mars du mariage de Mr le
Gendre de Berville ; & comme
il s'est trouvé quelques erreurs
dans cet article ; voicy comme il
devoit eftre.
Mr le Gendre de Berville
Colonel du Regiment Colonelle
Generale , a époufé Mlle de Sailans
de la Maifon d'Efteing , fille
de Mr le Comte de Saillans , ancien
Brigadier des Armées du
Roy , & frere de Mr le Marquis
de Saillans , Gouverneur de Namur,
de Mr l'Evêque de S. Flour,
& de Mr l'Abbé de Saillans.
Mr de Berville eft le troifiéme
fils de feu Mr le Gendre de
Rouen , fi connu par le Commer
274 MERCUR
E
ce qu'il avoit dans toutes les parties
du Monde , & que le Roy
annoblit il y a plusieurs années
en confideration des fervices qu'-
il avoit rendus à l'Etat . Mr de
Colandes , qui eft à prefent l'aîné
de la famille , a efté Lieutenant
aux Gardes . Il eut enfuite
le Regiment de Flandre qu'il a
commandé pendant la plus grande
partie du temps qu'il a fervy
en Italie ; mais Monfieur le Duc
de Vendofme , qui eftoit fort
content de ſes ſervices , luy pro
cura le Regiment Royal des Vaiffeaux
; il le commandoit au Siege
de Turin , & il fert prefentement
en Portugal à la tefte de ce Regiment.
Il s'eft fort diftingué au
Siege de Ciudad Rodrigo , & les
Generaux qui commandent en
GALANT 275
Espagne , en ont parlé avantageufement
, en luy rendant la
juſtice qui luy eſt dûë . Mr de
Romilly, qui eftoit Confeiller au
Parlement de Rouen , & qui
eftoit l'aîné de la famille , eft
mort il y a environ huit ans , de
forte que depuis la mort de Mr
de Maigremont tué à Ramillies ,
ils ne font plus que deux freres.
Ils ont deux foeurs , fçavoir , Me
de Feumechon , veuve du Prefident
de ce nom , & Me Pecoil
fa cadette.
La Maiſon d'Eſteing eſt l'une
des plus illuftres du Royaume
elle a donné plufieurs Chevaliers
aux Ordres de nos Rois ; des
Generaux d'Armées , & un
grand nombre d'illuftres Prelats
à l'Eglife . Elle a donné un
276 MERCURE
Evêque à l'Egliſe de Rhodés
qui a efté beatifié , & qui a fait
divers miracles ; elle a auffi donné
un Archevêque à l'Eglife de
Bourges , qui fut mis enfuite
dans le Sacré College , & plufieurs
Evêques aux Eglifes d'Auvergne.
Cette Mailon a les mêmes
Armes & les mêmes Livrées
que nos Rois , depuis qu'un Seigoeur
d'Efteing releva & remonta
à cheval Philigpe Augufte
à la Bataille de Bovines , donnée
dans le treifiéme fiecle & qu'il
gagna contre l'Empereur Othon
IV. La Maifon d'Efteing a cu
plufieurs Comtes de Lyon , & un
Doyen de cette Eglife.
L'Article fuivant doit estre à
la place de celuy de ma derniere
Lettre , dans lequel je parle de
GALANT
277
l'Abbaye de Moncers donnée
par le Roy.
*
Le Pere de Lamer nommé à
l'Abbaye de Moncets de l'Ordre
de Premontré , eft de la maifon
de Matha en Auvergne , &
Religieux Profés de l'Abbaye
Royale de S. Martin de Laon .
Ilseft Docteur de Sorbonne . Il a
enfeigné la Theologie , & il a
rempli avec diftinction les premieres
Charges de fon Ordre .
#
Les Dames Chanoineſſes de S.
Auguftia du Prieuré de S. Nicolas
au Port de Compiegne , ont
fait un Service Anniverſaire
pour feu Meffire Claude Bou-.
cher de Sonneville , Docteur de
Sorbonne , Curé de la Paroiffe
Royale de S.Jacques de la mê.
me Ville . Son Oraiſon funebre
278 MERCORE
fut prononcée par Mr l'Abbé le
Feron , auffi Docteur de Sorbonne.
Je vous envoye une Letre de
Madrid , dont je crois
que vous
ferez fatisfaite . J'en attens unc
feconde , & fi je la reçois avant
que ma Lettre foit fermée , je
Vous en feray part .
Lettre de Madrid du 1ª May
1708.
Je vous tiens parole , Monfieur , je
vous ay promis de vous rendre compte
de tout ce qui fe paßeroit icy de
plus curieux . Je m'en acquite ; &je
continueray pendant toute la Campagne.
Le 26. du paffe, Leurs Majefiez
allerent à leur Maison du Buen ReGALANT
279
F
la
tiro poury paſſer une partie du Prin.
temps . Il n'y a guere icy de lieu plus
commodepour enjouir. On y a porté
auffi Mr le Prince des Afturies . Il
fortit du Palais aux acclamations
du Peuple , qui a pour (on Prince un
zele & un amour qui fe renouvellent
d'un jour à l'autre. On fait que
digne & noble Nation Caftillane ne
fçait pas le démentir dans fes fentimens
, & qu'elle n'eftpas moinsfide.
le àfes inclinations qu'à fes devoirs ;
mais il y a quelque chofe qui n'eft
pas ordinaire dans la tendreffe qu'ont
pour leur jeune Prince les grands &
les petits. Le peuple ne perd pas une
occafion de la témoigner avec les plus
grandes demonftrations de joye . Le
Prince fut donc conduit au Buen Retiro
au travers d'un peuple nombreux
qui ne ceffoit pas de luy don280
MERCURE
ner mille benedictions .
On raisonne fort icyfur les dernieres
Lettres qu'on a reçues de Rome.
Les Imperiaux demandent au Pape
le paßage de 2400. chevaux & de
1500 hommes de pied pour aller de
de Naples à Milan par l'Etat Ecclefiaftique
. Quelques difficultezs'oppofent
à cette demande ; mais elle
aura fon effet. Les Imperiaux promettront
que tout fe paßera dans les
loix de la difcipline la plus exacte ;
mais on fait qu'ils ne font pas accoutumez
à tenir en cas pareil ce
qu'ils promettent . Ils doivent mener
à Milan tous les Prifonniers qu'ils
avoient à Naples . Ils continuent
detraiter affez mal Mr le Duc d'Ef
calona ; mais il est d'une grandeur
d'ame , dune Philofophie & d'une
GALANT 281
Religion à voir avec indifference
& même avec tranquilité tout ce qui
ne regarde que luy feul.
On a appris que les premiers Officiers
qu'on avoit envoyez d'Espagne
en Sicile y efloient arrivez à bon port,
à la grande joye des Siciliens , qui
font refolus d'eftre fideles à leur Roy
legitime , & quife preparent à faire.
une tres vigoureuse diffenfe , s'ils
font attaquez. Ils attendent avec
impatience les fecours qu'on y envoye
de Cartagene , fous les ordres de Mr
de Mahoni.
-
Tous les avis qui viennent de Catalogne
confirment l'embarras ou s'y
trouvent les Ennemis . La difette de
vivres y eft affez grande , les Catalans
ne comptent plus fur les affurances
qu'on leur reitere toujours fans
beaucoup d'effet ; & aux travaux
May 1708 .
A a
282 MERCURE
qu'ils font pour couvrir leur Camp
de Tarragone ; il femble qu'ils
n'ayent d'autre reſſource pour leurs
vivres que la recolte qui peut leur
revenir de cette Plaine . Ils y font
des Lignes dans les formes poury couvrir
la moiffon & pour y renfermer:
avec quelque furete leur peu de troupes.
S'il ne leur en vient pas bientoft
d'autres , ils ne sont guere en eftat
de s'oppofer à nos efforts . L'Archiduc
Je trouve au bout de fesfinances. Les
Anglois ne luy tiennent pas parole
fur les deniers qu'ils luy avoient of
ferts, &les Hollandois fe font laffez
d'en donner & d'en promettre. Ce
Prince a demandé trois mille piftoles
au Chapitre & à la Ville de
Barcelone . Le refus a ſuivi de près
cette demande . Les Catalans ne
font pas accoutumez à eftre cottiGALANT
283
fez, ils fe laffent de prefter des
fommes dont ils ne prévoyent pas
que les payemens foient prompts ny
trop certains.

Mr le Duc d'Orleans inſpire la
terreur à tous ceux des Frontieres de
Catalogne qui fe font laiſſezentrainer
à la rebellion , & il remplit de
confiance ceux qui fe trouvent portez
à rentrer dans leur devoir ; plus
de vingt Bourgs on Villages font
venus fe foumettre de leur propre
mouvement , tous les Députez
qui font venus de la part des Communautez
differentes , ont tous aſſuré
que la confternation eftoit generale
en Catalogne. Ceux qui y commandent
pour Archiduc en avoient
diftribué la Cavalerie & en
avoient envoyé une partie à Gironne
fur le bruit que Mr le Duc de
A a ij
284 MERCURE
Noailles alloit s'avancer vers cette
place à la tefte de fon Armée.
On écrit de Valence que le Maréchal
de Camp Dom Pedro Ronquillo
, qui commande de l'autre côté
du Xucar , s'eftant avancé vers
le Chasteau de Guadalesté , dont les
Miquelets faifoient leur refuge , it
fe mit en difpofition de le forcer ,
& comme ils paroiffoient réfolus à
une opiniâtre refiftance , il y fit mettre
le feu plus de centy furent brulez
, les autres fe fauverent fur une
Montagne où on les tenoit bloquézz
de maniere qu'aucun ne fe pouvoit
échaper. Ceux qui pouvoient donner
de juftes foupçons de leurs fentimens
& de leur conduite , ont pris le parvi
de fe fauver du cofté de Denia &
& Alicante. La bonne difcipline qui
Pobferee parmy nos Troupes com-
1
GALANT 285
*
sence à raffurer les peuples & les
Torte à fe tenir tranquilement chez
eux Les Ennemis manquent de tout
dans tous leurs poftes maritimes . La
difette augmente tous les jours à
Denia ; & le bois eft fi rare à Alicante
, qu'on y eft réduit à fe fervir
pour y faire du feu des portes & des
feneftres des maisons . On en a même
ofté des poutres qui ont été cauſe
que des Edifices entiers fe font éboul'ez
aprés qu'on les a arrachées ; les
vivres manquent auffi à Barcelonne.
Il n'est pas facile d'y en faire
venir par Mer ,
• le Pays eft trop
ruiné pour y en pouvoir fournir ; on
y eft dans les plus grandes imquietudes
à Pafpect des Troupes qui entrent
en Catalogne de tous coftez »
& qui la menaffent de fa ruine..
L'Archiduc d'ailleurs qui n'a plus:
&
286 MERCURE
de fonds pour tant de dépenses neceffaires
, n'efpere pas que les catalans
puiffent fe refoudre à fe cottifer
entr'eux. Ils attendent le Comte
Guy de Staremberg. On les af-
Jure qu'il fait paſſer avec luy de
nouvelles troupes d'Italie , mais ce
n'eft pas fatisfaction pour eux , que
cette augmentation de bouches , lorfqu'on
ne leur parle ny de vivres ny
d'argent. Ils fçavent par une experience
qui leur coute cher • que
les
Imperiaux & les Anglois qui les
gouvernent, leur promettent aisément
ce qu'ils n'ont aucune envie on du
moins aucun pouvoir de lear tenir.
Les Catalans fentent déja qu'ils en
font les dupes , & ils craignent avec
raifon d'en eftre les victimes .
>
Mr le Marquis de Bay envoya
aes jours paffez au delà d'ɣelvez un
:
GALANT 287
party qu'il fit foutenir par la Cava
lerie que commande Dom Antonio
de Leyva , qui fe mit en embusca--
de. Il fit enlever tout le betail qui
fe trouva aux environs . Il vitfor..
tir de la place un Efcadron qui venoît
nous enlever cette prife. Il l'attira
dans l'embufcade ilfitprifonnier
un Capitaine de Chevaux,
un Lieutenant , un Officierfubalterne,
& vingt Cavaliers . Il en refta
quinzefur la place avec un Lieutenant
de diftinction . Le jeune Marquis
de las Minas , qui eftoit forti
avec fix autres Escadrons fut affez
heureux pour en éviter le danger par
ane retraite precipitée , Noftre Cavalerie
les pourfuivit l'épée aux reins ·
juſque à la place & au fort de S.Vincent
, fans y avoir perdu de nôtre côté
que deux Chevaux . Les Portugais
288 MERCURE
murmurent ouvertement. Il entra
la femaine paffée dans les Ports de
Vigo & de Marin neufprifes aßez
confiderables , dont fix ont esté faités
par un Corfaire Bifcaien , & les
trois autres par un Armateur François
.
A
-Le jour que Sa Majesté fit paffer
ne revue les Gardes Valones , elle
fit Brigadier de fes Armées le Baron
de Potelberg pour recompenfe
de l'action d'éclat qu'il fit à la ba..
taille d'Almanza , lorsqu'avec fon
Efcadron , il en mit entierement en
déroute deux des Ennemis . Le Roy
a donné auffi le même rang de Bri
gadier au Marquis de la Rambla ,
qui l'a bien merité par fes fuccés &
par fes fervices . Le Colonel Comte
de Ripalda a eu la Commanderie
de Molinos de l'Ordre de Calatrava
GALANT
289
¿
& cette preference luy éloit bien due
par fes propres fervices & par ceux
de toute fa Maifon . Sa Majesté a
fait auffi Gentilhomme de la bouche
Dom Jofeph de Ortega Lara.
Tout est encore affez tranquile en
Eftramadoure. Ony attend les troupes
qui font en marche & qui
font parties des deux Caftilles pour
y aller. Des qu'elles feront toutes
raffemblées , on commencera d'entrer
en action.
>
Mr le Duc d'Offonne ne neglige
rien de fon côté pour entrer avec fuccés
en Portugal par l'Andaloufis.
On á crû icy qu'on pourroit bien dé-
Truire tout ce qui peut fervir à la
défense de Serpa & de Moura , &
les abandonner , pour n'y taiffer pas
inutiles de bonnes Troupes , qui
May 1708. -Bb
4 290 MERCUR
E
3
pourront estre employées plus utilement
ailleurs.
Les Portugais font bien las de
la guerre, les peuples y murmurent
fans beaucoup s'en contraindre. Ce
petit Royaume eftfipeu peuplé , qu'on
ne peut y cacher la mort de ceux
qui ont pèri à Almanza , & ailleurs
. Cette Guerre leur coute déja
cher & ils voyent bien Les fecours
qu'on leur fait esperer d'And'Hollande
, ne feront
que
gleterre
pas fi confiderables qu'on l'affuroit
& qu'ils ne leur viendront pas de
bonne heure. Toutes leurs Frontieres
font abfolument ruinées , & il
leur faudra beaucoup de temps aprés
une bonne Paix pour ſe rétablir. Ils
le difent affez ouvertement eux- mêmes.
On ne peut rien ajoûter à l'apGALANT
291
plication & à la prevoyance de Mrle
Duc d'Orleans. Son Alteffe Roydle
fe fert bien utilement de fes- talens
& de fes vertus . Il ne le paſſe
guere dejours qu'Elle ne fafferentrer
dans l'obeiffance du Roy & dans
leur devoir des révoltez & des mal
intentionnez. Elle n'attend plus
que fon Artillerie pour entrer en acon.
On ne doute prefqueplus ,qu'Elle
u'ouvre la Campagne par le siége
de Tortofe. Rien ne le perfuade tant
•qué les mouvemens que commence à
faire Mr le Chevalier d'Asfeld à
la tefte des Troupes qu'il commande
dan le Royaume de Valence , &
qu'il a déja aſſemblées.
L'Univerfité de Salamanque afait
imprimer un Volume entier des Onvrages
qui ont eftéfaits fur la naif-
Jances de Mr le Prince des Aftu-
Bbij
292 MERCURE
ries , & fur les Festes qui fe font
faites à cette occafion . Le Pere
Maitre Diego de Villa - Franca ,
Commiffaire député de cette Univer
fié fameufe , offrit cet Ouvrage à
leurs Majeftzle 24. du paffé. Il
eut 'honneur de baifer la main au
Roy & à la Reine ; & il fut conduit
& prefenté par Mr le Marquis
d'Aguilar de Campo. " Ily a fur
tout dans cet ouvrage une action de
graces au Ciel qui eftfort estimée , &
qui donne en effet une jufte & veritable
idée de tous les plusgrands avan- .
tages qui font attachez ind fpenfable-.
mens a cette heureuse naiffance.

Sa Majesté a donné une place
honoraire dans le Confeil des Finances
à Dom Juan Marquez Cardifo ,
en récompenfe de fes propres fervices
& de ceux qu'à renda à l'Etat toute
GALANT * 293
fa maifon , en plufieurs rencontres .
On s'attend icy à voir de tous coune
belle Campagne
. Toutfemble
le promettre. Vous ferez infruit
en détail de tout ce qui s'y paffera.
tez
Le Roy qui ne répand fes gra
ces qu'à propos , & fur des perfonnes
de mérite & de fervice ,
vient d'accorder à Mr le Mar.
quis de Vauvray pour fon fils ,
la furvivance de fa Charge de
Maistre d Hoftel ordinaire . Les
fervices de ce Marquis , & ceux
de plufieurs perfonnes de diftinction
de fa Maifon , eftant connus
, je ne vous en diray rienicy ;
mais j'ajouteray feulement que
J'Hiftoire du Siege de Toulon
fait connoiftre que Mr le Marquis
de Vauvray fert le Roy avec
Bb
iij
294 MERCURT
'
de zele autant de vivacitéé que
& d'intelligence.2014
Je dois vous parler d'une mort
qui a fait affez de bruit icy pour
que la Renommée vous en ait
auffi toft fait part . C'est celle de
Melfire Jules Hardouin Manfart
Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Comte de Sagonne ,
& autres lieux , Confeiller du
Roy en les Confeils , Surintendant
Ordonnateur general de
ſes Baftimens & Jardins , Arts
& Manufactures , & co Son
nom eft Hardoüin , mais feu
Mr Manfart , reconnu par toute
l'Europe pour un des plus fameux
Architectes de fon temps ,
eftant oncle de Mr Manfart
dont je vous apprens la mort ,
du cofté de fa mere , ce grand
GALANT 295
Architecte voyant dans le jeune
Hardouin fon neveu de grandes
difpofitions à devenir un jour ce
que nous l'avons vu depuis , le
fit travailler fous luy , & ordonna
par fon Teftament , dans lequel
il luy laiffa beaucoup de
bien , qu'il porteroit à l'avenir
le nom de Manfart. On peut dis
re que les pronostiques de l'oncle
eftoient juftes , puifque le
neveu a fait des chofes merveilleufes
en qualité de premier Architecte
du Roy , fous trois Surintendans
des Baftimens , qui
font Mrs Colbert , de Louvois ,
& de Villacerf. Je n'entreray
point dans le détail de tous les
grands Ouvrages qui fe font faits
fur fes Deffeins , parce que cela
me meneroit trop loin , & je di
Bb iiij
296 MERCURE
ray feulement que les grandes
Ecuries , l'Orangerie de Verfailles
& les Invalides , font de ce
nombre , & l'on peut juger par
ces quatre grands & hardis Morceaux
d'Architecture , & qui ne
font mitez d'aucuns autres Ou
vrages , dequoy Mr Manfare qui
vient de mourir , eftoit capable.
Le Roy le nomma Surintendanc
des Bastimens aprés que feu Mr
de Villacerf eut volontairement
donné la démiffion de fa Charge,
fa mauvaiſe fanté ne luy permettant
plus d'en foutenir le poids .
Ce Prince fit en cette occafion
une choſe qui fut bien glorieuſe
à Mr Manfart , puifque S. M. ne
voulant pas que le nouveau Sur
intendant lay fit perdre l'Architecte
dont le profond fçavoir luy
GALANT 297
*
eftoit connu , joignit les deux
Charges enfemble , & les réunit
en fa perfonne. Il a eu de N……….
Baudin fon Epouſe , Dame d'une
grande vertu , un fils qui a efté
fucceffivement Confeiller , Maître
des Requeſtes , & Intendant
à Moulins. Il a époufé N....
Bernard , fille de Mr Samuel Bernard
, connu par les grands fervices
qu'il a rendus à l'Etat , &
qu'il rend encore fouvent dans
des occafions importantes. Feu
Mr Manfart a auffi eu deux filles,
dont l'une a épousé Mr de Montargis
, Treforier General de
l'Extraordinaire des Guerres , &
dont je vous ay parlé depuis peu
à l'occafion d'une des Charges de
Gardes du Trefor Royal , dont
il vient d'eftre pourvû. On ne
298 MERCURE
peut luy donner trop de loüanges
, non plus qu'à fon Epoufe ,
qui eft un exemple
de fageffe &
de vertu. La feconde
fille de Mr
Manlart
avoit époufé le fils de
Mr Ménon , Confeiller
de la
Cour , & dont le nom fuffit pour
faire connoiftre
le pere & le fils .
Elle n'a pas vêcu long - temps
aprés fon mariage
; elle n'a eu
qu'une fille , qui eft morte peu
de temps aprés elle .
1
Comme le travail qui fe fait
dans les Maifons Royales doit
eftre tres grand , quand il ne s'agiroit
feulement que de les entretenir
, il eftoit neceffaire de
nommer quelqu'un auffitoft a
prés la mort de Mr Manfart ,
qui en eût foin , & qui remplis
la place de premier Architecte,
GALANT 299
Sa Majefté ne balança point
à nommer M¹ de Cofte qui estoit
pourvû d'une Charge d'Intendant
des Baſtimens, & qui a prefque
toûjours travaillé fous feu
Mr Manfart dont il eftoit beaufrere.
C'est un homme actif , intelligent
, laborieux capable
d'imaginer de grandes chofes ,
& des les conduire , & tous ceux
qui ont quelque connoiffance
des beaux Arts , en parlent de
la forte ; auffi le choix du Roy
a t'il été generalement aplaudi.
Je viens à un article que vous
attendez fans doute avec impatience
, puifque ce qui concerne
le Prince que cet article regarde
, a toûjours fait beaucoup
de plaifir. Je laiffay le mois
dernier S. A. R. Monfieur
300 MERCURE
le Duc d'Orleans à Madrid où
ce Prince eftoit arrivé au com .
mencement du Carefme & d'où
il n'est parti que fept ou huit
jours aprés Pâques pour le rendre
à Sarragoffe , afin de faire
avancer par fa prefence tous les
preparatifs de l'Armée qu'il
devoit commander en Catalogne.
Pendant tout le temps
que ce Prince a demeuré à
Madrid on peut dire qu'il
n'a pas laiffé écouler un moment
fans agir pour faire mettre
en estat toutes les chofes neceffaires
pour ouvrir de bonne heure
& heureufement la Campagne
. Il a affifté à tous les Confeils
qui fe font tenus à Madrid
touchant les affaires de Portugal
& celles de Catalogne , &
1
GALANT
301
les armées qui devoient agir en
divers endroits , afin que tout fe
paffant avec concert dans les
differentes Armées qui devoient
agir contre les Alliez , le fuccés
en fût plus heureux & plus
prompt , & pûr les empêcher
de le reconnoiftre , & de s'aider
les uns les autres . Mais
tout n'ayant pû eftre preft à
caufe des raifons qui font connuës
de tout le monde , dans le
temps que ce Prince le l'eftoit
propofé, il ne partit de Madrid
que le 14. d'Avril pour fe rendre
à Sarragoffe où il arriva le 18 .
Comme l'on fçait qu'il aime la
guerre , on luy avoit preparé un
divertiffement tout guerrier &
vous n'en douterez pas lorſque
vous fçaurez que c'eftoit un com
302 MERCURE
#
bat de Taureaux, dans lequel on
en tua quatorze. Tous les diver.
tiffemens que l'on donna à ce
Prince ne le détournerent pas
un moment des grands foins
qu'il prenoit pour faire mettre
toutes chofes en eftat pour l'ouverture
de la Campagne . Il faifoit
inceffamment partir des ordres
qu'il envoyoit de tous côtez
& il prenoit toutes les mesures
neceffaires pour eftre informé
des forces des ennemis ; de leur
fituation , & même de ce que
l'on en pourroit apprendre de
plus fecret. Et comme il paroiffoit
affable au Peuple & à
la Nobleffe , trois cens Gentilhommes
crurent en pouvoir
obtenir la permiffion de porter
des armes ; mais il leur fit conGALANT
303
noiftre , quoiqu'avec des manieres
honneftes , qu'il ne pou .
voit leur accorder ce qu'ils demandoient
, & même que fiquelqu'uns
ofoient entreprendre d'en
porter , ils feroient punis de leur
défobéïffance. Ils n'infifterent
pas davantage , connoiffant la
fermeté de ce Prince , qui ne
dit rien & qui n'entreprend rien
fans l'executer . Il fit publier
dans les Royaumes de Valence
& d'Arragon , un Amnistie au
nom de S. M. C. pour tous les
Miquelets qui mettroient bas les
armes , & il declara en meſme
temps qu'il feroit enlever toutes
les familles de ceux qui n'accep
teroient pas cet Amnistie , &
qu'il les enverroit en Catalogne.
Cette ménace eut d'autant plus.
304 MERCURI
d'effet , que tout eft en defordre
& en confufion en Catalogne ;
que l'argent y est fort rare , & le
pain tres - cher , & que tous les
Peuples paroiffent fur le point
de fe foulever pour mettre fin à
une Guerre qui achevera de les
ruinér entierement s'ils ne fe
rangent bientoft fous les Loix
de Philippe V. qu'ils ont déja
reconnu pour leur veritable
Souverain , & à qui ils font la
Guerre fans avoir prefque eu
deffein de la faire , & à laquelle
ilsfe font trouvez infenfiblement
engagez fans fçavoir par qui ny
comment, mais feulement entraî
nez par ceux qui ne peuvent acquerirde
bien & s'élever que dans
le défordre & dans la confufion ."
Enfia S. A. R. qui avoit pris
GALANT 305
toutes les precautions neceffaires
pour recevoir inceffamment
L'argent qu'Elle attendoit de
France , que l'on devoit luy
faire toucher à Madrid , & qu'
Elle n'avoit pu y recevoir avant
fon départ , apprit que cet argent
y eftoit enfin arrivé , &
quelques jours aprés Elle reçut
quarante quatre mille Louis d'or ,
qui avoient efté eſcortez par
fes Gardes .
1
Prefque toutes les Nouvelles imprimées
chez les Alliez , oat die
que ce Prince avoit engagé une
partie de fes pierreries , s'eftant
trouvé dans un extrême befoin
d'argent , mais ces Nouvelles ne
peuvent avoir efté écrites que
fur de faux Memoires , puifqu'il
eft tres veritable que ce Prince
May 1708
Cc
306 MERCURE
ne les a pas même emportées ,
& qu'elles font à Paris : & d'ail
leurs il toucha une groffe fom
me en paffant par Bayonne . Il eft
vray qu'eftant arrivé à Madrid,
if attendit pendantquelque tems
F'argent des Lettres de Change
qu'il avoit emportées avec luys
mais ce retardement ne fut caufé
que par la mort de celuy à qui
ces Lettres de Change eftoient
adreffées & vous jugez bien
qu'un argent qui n'a efté retarde
que par un pareil inconve
nient , n'a pas dût donner lieu
aux Alliez de publier qu'on
avoit manqué de parole à Son
Alteffe Royale & qu'elle ne
recevroit rien de ce qu'on luy
avoit promis en Francesc
"

Revenons à ce Prince , qui
GALANT 307
avoir
n'eftant parti de Madrid , ainfi
que je l'ay déja dit , qu'aprés
pris toutes les mesures
poffibles pour que rien ne luy
manquait de toutes les chofes
neceffaires pour l'ouverture de
la Campagne , trouva à fon arrivée
à Sarragoffe , toutes les
chofes , à peu prés dans la difpofition
où il s'eftoit attendu
qu'elles feroient . Il n'avoit pas
cru devoir ouvrir la Campagne
en y arrivant ; mais il s'attendoit
d'y demeurer quelque temps
pour voir les chofes de plus prés ,
& pour achever d'y faire mettre
en eftat tout ce qui estoit neceffaire
pour cette ouverture . Il
auroit pû la reculer , parce que
tous les bleds qu'il attendoit de
France n'eftoient pas encore ar-
Cc ij
308 MERCURE
rivez ; mais il eftoit convenu
avec le Munitionnaire d'Efpagne
qui en avoit une affez groffe
provifion , qu'il luy en donneroit
une quantité dont ils demeurerent
d'accord , & que S.
A. R. la luy rendroit lors que les
bleds qu'elle attendoit feroient
arrivez , le Munitionnaire ayant
ftipulé qu'ils ne luy feroient pas
rendus en argent.
Je dois ajouter à tout ce que
je vous ay marqué que S. A. R.
fit à Sarragoffe , avant que d'en
fortir pour l'ouverture de la
Campagne , qu'elle y fit conftruire
quatre grands Batteaux
d'une nouvelle invention &
dans chacun defquels elle devoit
faire mettre quatre pieces de canon.
La fuite nous apprendra à
GALANT 309
quoy ils auront efté deftinez ;
cependant on publia que c'étoit
pour conduire à Tortofe par
l'Ebro .
Enfin S. A. R. ayant jugé à
propos de fe mettre en marche ,
elle partit le 7. de Sarragoffe ,
& alla coucher à Pina ; le 8. à
Bugalaros , & le 9 à Candafnos ,
où elle trouva dix pieces de canon
de 24. qui venoient de Lerida
. Cette Artillerie prit le 11.
la route de Cafpé , afin d'y paffer
l'Ebro. L'Armée prit la route
de Fraga , elle rencontra en
chemin douze affuts de rechange
& huit mortiers qui tenoient
la même route que les canons ,
& on arriva à dix heures à Fraga
. S. A. R. monta à cheval à
deux heures aprés midy , & alla
1
A
310 MERCURD
jufqu'à Mequinença pour voir le
Pont qu'on y devoit faires Elle -
n'en revint qu'à dix heures du
foir. L'Armée fejourna le pr
& comme la groffeur de la Cinca
rendoit le Pont impraticable
, on ordonna à quatorze Ba
taillons & à deux Regimens de
Dragons qui eftoient à Torrenté
de venir paffer le Pont de
Fraga , pour joindre S. A. R.
au Camp d'Alcara où elle arriva
le 12 fur les dix heures . Ce
Prince , accompagné de Mr de
Bezons & de trois ou quatre
perfonnes de fa Maifon , alla
coucher à Lerida . Il y devoit
le lendemain paffer la Segre pour
aller joindre Mr d'Eftein qui
qui eftoit campé de l'autre cofté ,
à deux lieuës d'Alcara , avec
GALANT 311
un Corps de Troupes que l'on
croyoit de cinq ou fix mille hom
mes. On comptoit que l'on marcheroit
enfuite à Flix où l'on devoit
faciliter la conftruction
d'un Pont fur l'Ebro , pour la
jonction des Troupes qui étoient
du cofté de Valence & de Morella.
Jevous envoye une Lettre qui
doit vous paroiftre curieuſe . Elle
eft remplie de plufieurs faits dignes
d'attention.
A Perpignan ce13 . May.
Le début de ma Lettre vous farprendra
fans doute ; mais cette furprifene
peut vous eftre qu'agréable..
312
ETAT DES TROUPES
de l'Armée de Rouffillon .
GENERAL.
Mr. le Duc de Noailles.
MARECHAUX DE CAM P
Meffieurs
De Fimarcon .
De Signier.
De Maffemback .
De Guerchy.
BRIGADIER S..
Meffieurs
De Peyffac .
De Teffart.
De Tournon.
De Courten .
De Planque .
De la Bretonnerie.
D'Hautefort.
DRAGONS.
GALANT 313.
DRAGONS.
Hautefort ,
Second de Languedoc , 3
3 Efcadr
CAVALERIE.
Marfillac , 2
Du Fiel ,
Raigecourt ,
2.
INFANTERIE .
Artois
ouch! Bataill
La
Forces,
alq
I.
Grammont ,
e
Bugey 2 Bataillon ,
Courten ,
Evoly ,
Tournon ,
Heffy
I
3
I
3
ARTILLERIE .
Bombardiers 2 Bataillon , 1
CAVALERIE .
Montmorency ,
Bouzols ,
2 Escadr
May 1708.
2
Dd
314 MERCURE
DRAGON S.
Guyenne ,
Des Peaux ,
Y
3
3
FUSILIERS DE MONTAGNES .
Belair.
Pau de Jaffre,
Carbonnel ,
Martin Bisbe ,
Total S
1 Bataill.
I
I
I
22 Efcadrons.
18 Bataillons .
Outre ces Troupes , il y a encore
dans la Citadelle de Puycerda , un
Bataillon de Noailles , d'où on le
tirera dés que le Regiment de Segur,
qui eft dans le Pays de Foix , fera
arrivé.
lly a auf dans Puicerda , dans
Belver , & dans Mont- Louis , de
li Cavalerie du Pays ; & cent
Chevaux détachez pour agir de ces
GALANT 315
toftez- là fous les Ordres de Mr de
Gandolf , Brigadier Espagnol felon
les befoins qu'il en aura . Mi
le Duc de Noailles a auffi fa Compagnie
des Gardes à cheval de foixante
Maiftres , & autant de Galdes
à pied.
"
Ce Duc partit de Perpignan le
7. May à fept heures du matin pour
Je rendre au Boulou à quatre lieuës
d'ici. Il y voulut être de bonne heu.
re pour empêcher que la Cavalerie
n'y fit du dégaft à mesure qu'elle y
arriveroit , & pour menager les biens
des habitans de ce lieu; conduite prus
dente qui luy gagne le coeur de ces
pauvres gens . Ilalla le huit à fonquieras
& le neuf à Figueras où il
eft campe. On croyoit que les Enemis
difputeroient quelque paffage ,
& on avoit même parlé d'un Corps
D dij
TMAJAD
316 MERCURF
de dix- huitcens chevaux que l'on difait
eftre de ces coftez- là , mais rien
n'a
LA
a paru. Ils pouront attendre au
delà du Ter , car les bords de la Fluvia
ne font point gardez Mrle Duc
attend à Figueras le refte de fes
Troupes. Le Regiment de la Force
qui vient de Belver a couché cette
nuit affez prés d'ici , & il arrivé ce
foir au Boulou ou celuy d'Evoly
qui part d'icy va auffi coucher au-
・jourd'huy au même lieu , & demain
,
Jonquieras. Mr le Duc n'a mené
aveclui que de petites pieces de Cam
pagne de quatre. Lagroffe artillerie
va par Mer jusqu'à Rozes ; on fond
encore fix pieces de vingt -quatre. Le
Regiment d'Evoly qui a prefentement
un brave Colonel , arriva icy
Jeudy matin où on l'équipa de pied
en cap ; les habits de ce Regiment
#
GALANT 3 : 7
font de drap blea doubler de blanc.
Ily a dans ce Corps , quelques Anglois
, des Allemans , des François,
des Rouillonnois , & le gros eft
de Napolitains ces Troupes font.
belles.
Il arriva icy avant hier , un Ma- ,
jor General de Bataille , c'est- àdire
, Maréchal de Camp , nomme le
Marquis de Lucigny . Il eft de
Milan ; il fervoit à Naples , & il
paffoit à Barcelonne , pour commander
dit-on , a Gironne à la place du
feu Comte de Noyelles . La Tartane
fur laquelle il paffoit s'entre- ouvrit
à trente mille de l'Ile de Minorque.
On eut beaucoup de peine , aprés
avoir jetté à la Mer tous les Bagages
d'aller échouér à la cofte de
cette Ile. Le Gouverneur du Port-
Mahon , prit le parti d'envoyer cet
D d iij
318 MERCURE
Officier
Collioure , d'où on l'a conduit
ici. Il eft logè chez Mi de
Quinçon en attendant les Ordres de
Mr le Duc de Noailles. Il parles
fort bien François 3 un de fes Domestiques
qui eft Parifien , & qui
a voyagépar toutes les Cours , affure
que les Napolitains ont efte
prefts deuxfois à fe révolter ; que la
garnifon de Gaette ne fut forcée que
par la trabifon d'un Officier à qui
la tête tourna , parce qu'on l'avoit
affuré de la prise de Toulon . Ce vaque
le Duel de Mr de Langallerie
contre un des Princes d'Anbalt
qu'il tua , est une chofe tresréelle.
Let dit
Cinquante de nos Mignons ayant
fçu qu'environ cent cinquante Miquelets
des Ennemis qui eftoient af
jemblezpourfe divertir & faire bonne
GALANT 319
chere , prirent la réfolution d'ailer
troubler la Fefte. Ils y allerent à la
Françoife , brufquement l'Epée à la
main; en tuerent quelques uns ; en
blefferent d'autres , diffiperent le ref
te , & fe mirent à Table pour profiter
des préparatifs de ces Mrs.
Un Courier que Mr le Duc de
Noailles avoit envoyé le 26. Avril
à dix heures du foir , à Monfieur le
Duc d'Orleans , eft revenu. Ce Prince
a dû entrer en Campagne le dix,
ce Courrier raporte des Lettres qui
difent que l'armée de ce Prince , for
te de quarante- cinq mille hommes
eft la plus belle chofe qui fe puiffe
voir.
Je dois ajoûter à l'article de
Dom Claude de Vert , Vicaire
de l'Ordre de Cluny , que vous
venez de lire dans ma Lettre ,
Dd iiij
320 MERCURI
qu'il eftoit neveu de feu Mr Marion
Evêque de Gap , & frere de
Me Duché , veuve de feu Mr
Duché , Intendant & Controlleur
general de l'Argenterie ,
Menus plaifirs & Affaires de la
Chambre de Sa Majefté , & Se-.
cretaire general des Galeres .
Le Roy donne 2000. livres de
penfion à cette veuve , en confideration
des fervices de feu fon
époux .
Mr Durey de Vieuxcour 7
vient de fe démettre volontaire.
ment de la Charge de Treforier
general de l'Extraordinaire des
Guerres , entre les mains de Mr
Durey de Sauroy fon frere . Ce
choix a efté d'autant plus applaudy
, que ce dernier donne
depuis longtemps des marques
GALANT 321
d'une grande integrité , & d'une
grande vivacité pour tout ce
qui regarde le fervice du Roy.
Il n'a point ceffé iddeemppayer les
Troupes en Allemagne depuis
le commencement de l'année
1704. & je n'ofe dire icy de
crainte de bleſſer ſa modeftie
ce qu'il a fait en plufieurs occafions
importantes pour marquer
fon zele pour le bien de l'Etat ,
& ce qui luy a fait meriter
beaucoup de loüanges . On ne
doit pas s'étonner aprés cela ,
s'il a efté reçu avec beaucoup
d'agrément dans la Charge qu'il
vient d'acheter , ces fortes de
Charges ne devant eftre remplies
que par des perfonnes auffi
integres , & zelées pour le bien
de l'Etat. ab ayna paoi zluts

322 MERCURE
Mr Durey de Sauroy , eft Receveur
general des Finances de
Franche - Comté ; mais le grand
employ qu'il remplit prelentement
ne pourra fans doute luy
permettre d'exercer
longtemps certe Charge.
encore
Je vous ay dit le mois paffé
que rien n'eftant fi fterile que
les Lauriers cueillis par les Poëtes,
on ne devoit pass'étonner s'il
s'en trouvoit beaucoup qui ceffoient
de faire des facrifices à
Apollon pour adorer le Veau
d'Or ce que venoit de faire Mr
Rouffeau qui avoit quitté le
Parnaffe pour entrer dans un
Bureau de Finances ; & que plufieursBeauxEfprits
avoient écrit
fur fa defertion du Parnaſſe , &
l'avoient loué de l'avoir aban-
A
GALANT 323
donnés ce qui en ftile figuré ,
ne veut rien dire autre choſe
finon qu'un Bel . Efprit a pris le
parti des Finances, & que comme
il eft avantageux de prendre un
engagement dans lequel on peut
faire fortune , plufieurs beaux efprits
luy ont écrit fur ce fujet , &
l'en ont loué. Comme vous eftes
du nombre des perfonnes qui
eftiment fes Ouvrages , vous avez
pris la chofe trop au pied de la
Lettre en croyant que fon employ
le doive empêcher de laif
fer quelques fois échapper des
productions de fon efprit , puifque
loin de renoncer aux belles
Lettres, il s'eft mis en eftat de les
faire valoir avec plus de dignité.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit le Fuſeau ; ceux
.
324 MERCURE
&
ak mole .
qui l'ont trouvé font , Mrs le
Prevoft de Marizy , le Chevalier
du Bulfon de Fontaine ; l'Abbé
de Peynpergus de S S ; Perrin
Chateauregnaux fon Amy ;
de Beauval ; M. T. des Tournelles
J. Milet ; P. B. Gertrude ,
de la rue des Petits- Champs ;
Durental Coquebert le Solitaire
; le Conftant Oronte &
fon Inflexible Belife ; le Solitaire
du Bureau des Indes
Orientales , & fon Amy B. de
Nôtre Dame de Paris le
bon Normand ; le Solitaire des
Angloux , & fon Amy Darius ;
le Solitaire du Cul de facq de S.
Landry , & le Mechanicien de
Cour- Cheverny . Miles Harginvillier
& du Pré ; la jeune Mufe
renaiffante G. O la belle de
-
GALANT 325
Lor ; l'aimable Spirituelle du
coin de la rue des Mauvais Garcons
; la Poule brune & fon Cocq
blond du B. D. C ; la vertueuſe
Me Dirum ; la belle Blonde &
fpirituelle Mlle Madelon Hellouin
d'Argentan ; la plus jeune
des belles Dames de la rue des
Bernardins ; la Solitaire de la
rue aux Féves ; la Colombe de
Merignac , prés de Bordeaux :
la chere mere du Cul de facq de
Saint Landry , & l'incomparable
Nymphe de la Foffée fa fille ; la
famille Solitaire , de la rue de
Bievre.
Je dois a joûter icy deux Explications
en Vers , contenues dans
deux Couplets de Chanfon . Le
premier eft fur l'Air ,
Belle & charmante Brane , &c.
326 MERCURE
La Bergere Lifette ,
Du Quay Dauphin ,
Filant fa Quenouillette ( 25)
D'un filtres - fin ,
Dit , ah je tiens l'Enigme dans
ma main !
L'autre Couplet eſt ſur l'Air ,
Le fçavant Diogene , &c.
La Bergere Lifette
Filant fa Quenouillette
Le long des bords de l'eau ,
Dit , rêvant au Mercure ,
La plaifante Avanture ,
L'Enigme eft mon Fuſeau .
Quoy que les Enigmes dont.
tous les rapports font juftes
foient plus faciles à deviner que
GALANT 327
les autres , & que celle que je
vous envoye foit de ce nombre ,
je crois neanmoins
qu'on ne la
devinera pas facilement
.
ENIGM E.
Je fuis , ou peu fans faut , de tout
temps , de tous lieux :
Mais je ne fuis pas feul , & j'ay
beaucoup de freres ,
Petits , grands , bons , mauvais ,
enfin jeunes & vieux ;
Nous avons tous auffi differents
Peres.
Je fais vivre le mort , & mourir le
vivant ,
Selon que chacun s'en rend digne :
Nos Sujets font rangez ſur une droite
ligne
Dont je forme an Carré , qu'on a
battu fouvent.
328 MERCURE
Quelquefois on me brile , & ce cas
arrivant ,
J'enfuis toujours plus rare &pius
infigne.
e vous envoye une Chanfon .
nouvelle .
AIR NOUVEAU.
Il n'eft point de bonne chere
Sans le fecours du bon vin ;
Sans luy je n'eftime guere
Le plus excellent feftin ,
Et ce ragouft fi divin
A feul dequoy fatisfaire.
Il n'eft point , &c .
Je vous envoye une Lett.
d'Oleron , dattée du 19. de ce
mois , & elle doit vous paroî
GALANT 329
,
que
re l'autant plus curieufe , que
ous ceux qui ont parlé jufqu'i-
-y des forces que les Ennemis
ont en Catalogne , n'ont dit
les chofes generales
au lieu
Mue l'on voit dans cette Lettre ,
quoy confiftent féparément
s Troupes de chaque Nation ,
les differens lieux où font ces
roupes ; ce qu'il y a de munions
de guerre & de bouche
ans les places qu'ils croyent
evoir eftre attaquées , & les
Juvrages que l'on a faits pour
es défendre. Enfin , tout ce que
ette Lettre contient eft fi clairement
expliqué , & fait fi bien
voir l'eftat des forces des Enemis
, & l'etat de leurs places
, qu'elle fait beaucoup de
plaifir à lire , & il feroit àfou
May 1708.
Ec
330 MERCUR
£
(
haiter que tous ceux qui écrivent
mandaffent des chofes auf.
fi pofitives & auffi bien expli-,
quées . On peut juger par une
Lettre de cette nature , des
premiers évenemens de la Campagne.
la
On écrit de Lerida du 12. que
fonte des neiges ayant empêché
Monfieur le Duc d'Orleans de jetter
un Pontfur la Segra à Eſcarpe fuivant
fon projet , pour y faire paffer
les Troupes , & qu'ayant lieu de
croire qu'il ne le pourroit de quelquesjours
, il avoit pris le party de les
faire paffer au Pont de Lerida , &i
le lendemain 13. il devoit joindre
Mrle Comte d'Eftein & les Tronpès
qu'il commandoit , &qui eftoient
campées tout proche de Soigne . On dique
GALANT 331
foit qu'aprés cette jonction l'Armée
marcheroit vers l'Ebro vis- à- vis de
Flix , où il y a un Corps de Troupes
confiderable , fous les ordres du Comte
d'Arenes , & que l'Artillerie qui
eftoit dans Leridapour noftre Armée ,
avoit efté envoyée le 10. du même
mois à Cafpé où elle devoit eftre embarquée.
Les nouvelles qu'on avoit à Fraga
le 9. du courant touchant l'eftat de
Tortofe , & celuy de Terragonne ,
font , qu'ily avait dans Torcofe mille
hommes de Troupes Hollandoifes ,
& qu'à l'embouchure de l'Ebro du
cofté de Catalogne , tous les Regimens
venus d'Italie eftoient campez ,
ce qui pourroit compofer un Corps de
4000 hommes ; qu'il y avoit auffi
à el Falutey Garcia , deux Regimens
de differentes nations , qui fu-
Ee ij
332 MERCURE
rent levez l'Efte dernier en Catalogne
, à la folde de la Reine Annë ,
lefquels pour avoir esté mal pay༩༢ .
eftoient reduits en tout à cinq ou fix
cens hommes. L'on fçavoit auſſi que
les deux Regimens de Cavalerie de
Corduas de Moura qui peuvent
faire 400. chevaux , eftoient arrivez
auprés de Tortofe ; que quant
aux munitions de cette Place , elle
n'avoit que la moitié de froment qu'
elle auroit dû avoir , & que la voix
publique eftoit qu'elle manquoit de
toutes les autres proviſions de bowche.
3
A l'égard de Terragone , qu'il y
avoit prés de cette place quatre Regimens
de Dragons , & celuy de Cavalerie
Anglois , lesquels enſemble ,
pouvoient faire 1200. hommes s qu'on
n'avoit point d'argent pour leurpayet
GALANT
333
la folde ; qu'on ne les entretenoit que
de quelques emprunts qu'on avoit
fait aux Villes , avec promeffe de le
rendrefi- toft que la Flotte d'Angleterre
feroit arrivée , laquelle devott
apporter de l'argent , & l'on affuroit
qu'à moins qu'elle n'arrivaft , ces
Troupes ne pouvoient en aucune façon
faire la Campagne ; qu'on avoit
fait une Ligne avec de petites Redoutes
de diftance en diftance pour
couvrir la Plaine de Terragone ; &
que neanmoins on pourroit la forcer
facilement du cofté de la Montagne ,
parce qu'elle domine . Il y a dans,
cette Place 2000 , hommes d'Infanrie
Angloife , & il n'y avoit point
d'autres Troupes en Catalogne . On
les occupoit aux Fortifications que
l'on faifoit depuis la Porte Noftre-
Dame du Rofaire jufqu'à la Porte
334 MERCURE
S. Antoine , & qu'enfuite on devoit
reparer l'Estacade depuis ladite Porte
de Notre- Dame jufqu'au Port ,
dont les Parapets eftoient ruinez , 6
qu'on avoit dans cette Place vingt
pieces d'Artillerie de bronze , & legeres
, qu'on tenoit preftes à marcher
où il paroiftroit convenable.
Quant à Barcelonne . on fçavoit
qu'elle eftoit pourvuë de neuf
à dix mille quarteres de froment,
ce qui pouroitfaire quatre mille cais .
f'ay eu l'honneur de vous dire autrefois
que chaque cais eft neuf mefures
; que cette Place n'avoit que la
moitié du bifcuit qui luy eftoit neceffaire
quefuivant la voix publi
que , elle manquoit de toutes les chofes
neceffaires à la vie , & à l'égard
de l'Artillerie , on marque qu'elle on
eftoit pourvûë , & que les Ennemis
GALANT 335
n'en avoient bré encore my mortiers
ny canons. Le Comte de Staremberg
y arriva le 30. d'Avril , avec le General
Belcaftel. Le premier prétend
de commander toutes lesTroupes ;mais
les Anglois y refiftent , difant que
leur Reine Anne a des Generaux de
de refte pour les commander , & l'on
croit qu'ils feront commandez par
le General Belcaftel.
L'on mande, que ce que l'onfait
de plus probable touchant les forces
des Ennemis , eft qu'ils ont cinq mille
chevaux tout au plus ; dix à onze
mille fantalins , & quatre troupes
de Miquelets , qui au premier péril,
fe fauveront dans leurs maisons
dans des deferts .
On écrit de Valence du 12. que
les Regimens de Courtebonne & de
Bouville Dragons , estoient arrivez
336 MERCURE
auprés de cette Ville, & qu'on croyoit
qu'ils devoient marcher au- de-là du
Xucar pour reprimer les Miquelets
qui continuent à y faire des courſes,
& pour cet effet fe joindre aux Troupes
que nous y avons laiffées.
S. A. E. de Baviere paffa le
18. de ce mois à Metz . Mr le
Comte d'Autel Gouverneur de
Luxembourg Mr le Comte de
Druys , Commandant des Troupes
Françoiſes dans la même Place,
& plufieurs autres perfonnes
de la premiere diftinction ,
fe rendirent à Metz pour avoir
l'honneur de faire la reverence
à Son Alteffe Electorale qui
continua fa route vers Strafbourg
, & Mr de Saint Conteſt
Intendant des trois Evêchez , a
acompagné ce Prince jufques
fur
GALANT 337
fur la Frontiere de fon Département
, où Mr l'Intendant
d'Alface l'eft venu recevoir.
Son Alteffe Royale , Monfeur
le Duc de Lorraine a fait
complimenter Son Alteffe Electorale
, en paffant fur les Etats .
Celuy qui fit ce compliment
dit , que Son Aliffe Royale avoit
toûjours reconnu les effets de la bon.
té du Ray , en la perfonne de ceux
qui avoient commandé fes Armées
fur fa Frontiere , qui avoient donné
de fi bons ordres que les Sujets de
Lorraine n'en avoient fouffert aucune
incommodité ; qu'il n'eftoit pas
chargé de demander la même atten.
tion à Son Alteffe Electorale , parce
que de pareilles recommandations
font inutiles auprés des grands Princes
, dont la juftice , le bon ordre &
May 1708.
Ff
338 MERCURE
la difcipline dans les Troupes qu'ils
commandent, previennent toujours les
moindres plaintes qu'on auroit à
faire.
Vous me priez de vous mander
la veritable fituation où ſe
trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de la guerre , afin que
vous en puiffiez tirer vos conjectures
pour toute la Campagne
; mais ce que vous fouhai
tez de moy changeant quelques
fois auffi fouvent de face que
le vent qui change d'une heure
à l'autre , il eft affez difficile de
vous fatisfaire ; & quand même
ce que je vais vous mander demeureroit
quelques jours dans le
même état , il feroit impoffible
qu'avant que ma Lettre fut
achevée , & qu'elle vous fuft
t
GALANT 339
rénduë
il n'y eût quelque >
chofe de changé.
Ce n'est
pas que je ne fois affuré que
parmy le grand nombre de faits
que j'ay à vous raporter , il n'y en
ait plufieurs qui ne changeront
pas fi toft , puifqu'il faut des
évenemens pour faire changer
des chofes qui paroiffent devoir
demeurer long- temps en même
cftat.
Je commence par ce qui regarde
Monfieur le Duc de Savoye,
comme le Prince le plus remuant
de la Ligue , le plus inquiet , qui
fe donne le plus de mouvement,
& dont aujourd'huy les Alliez
ont le moins de befoin , puifque
les Troupes & l'argent qu'ils fe
trouvent forcez de luy donner ,
leur ferviroient beaucoup plus
Ffij
340 MERCURE
>
ailleurs par rapport à la fituation
de leurs affaires , ce qui les
touche de plus prés devant être
le plus preffé pour eux . Je veux
que Monfieur de Savoye faffe
quelque invafion en France
comme il le pretend , ce qui
neanmoins n'eft pas bien affuré :
je veux même qu'il faffe d'abord
quelques progrés ce qui eft
fort douteux , à quoy tout cela
peut il aboutir à quelques
coups donnez de part & d'autre
, & à quelques Poftes pris
& repris , aprés quoy ce Prince
fe trouvera obligé de retourner
chez luy à la fin de la Campagne
, fuppofé que fes Troupes
& luy ne periffent pas en France
avant que d'avoir pû commencer
leur retraite. Cette reGALANT
341
traite eft tout ce que ce Duc
peut attendre de mieux , car il
ne doit pas efperer qu'un auffi
petit Prince que luy en comparaifon
de la France , y puiffe
garder quelque Conquefte . Il
fera convaincu de cette verité
pour peu qu'il s'attache à lire
l'hiftoire de fes Ayeuls.
Voyons fur quoy ce Prince fe
fonde , & quelles font les Troupes
qui doivent compofer fon
Armée . Il aura , dit on , dit on , dixfept
Bataillons qu'il pretend devoir
monter à dix - huit mille
hommes ; huit mille Alleman's
que l'Empereur luy envoye ;
quatre mille chevaux & quatre
mille Payfans , le tout fe montant
à trente quatre mille hommes
. Mais quand il feroit vray
F fuij
342 MERCURE
qu'il eût autant de Corps qu'il
en elt marqué dans cette Lifte,
il est rare que dix-fept Bataillons
puiffent faire dix- huit mille
hommes , & quand même ils
auroient eſté levez fur ce piedlà
, il n'eſt pas poffible qu'ils
puiffent eftre complets . A légard
des huit mille Allemans
envoyez par l'Empereur , comment
Sa Majesté Imperiale luy
envoyeroit elle huit mille hommes
, ce Duc en ayant , moins
de befoin que l'Empereur qui
eft obligé de faire fortifier les
Fauxbourgs de Vienne , de
crainte qu'ils ne foient brulez
par les Confederez d'Hongrie ,
& qu'il n'ofe s'éloigner beaucoup
lorsqu'il v'a à la chaffe ,
de peur d'eftre enlevé par les
$
GALANT 343
mêmes Confederez ? comment ,
dis - je , pouroit il envoyer huic
mille hommes à Monfieur de
Savoye lorfqu'il ne peut pas
en envoyer un feul pour groffir
l'Armée du Rhin ; qu'il en
refufe aux preffantes inftances
des Hollandois , & que toutes
les forces des Alliez en Catalogne
ne montent pas à plus
de quatorze mille hommes de
Troupes reglées ? Ainfi il y a
lieu de croire qu'il s'en faudra
beaucoup que Monfieur de Savoye
reçoive les huit mille Allemans
qu'il attend de l'Empereur.
Quant aux quatre mille
Payfans que l'on met en Ligne
de Compte dans l'armée
de Monfieur de Savoye , on ne
doit point les regarder comme
F f iiij

344 MERCURE
des Troupes reglées , & s'ils
fe trouvoient dans une action
en forme , ils feroient capables
de tout gâter . On ne doit donc
les regarder que comme des
Travailleurs. Ce n'est pas que
s'ils combattoient dans leur
Pays , & pour deffendre leurs
biens , ils ne puflent rendre de
beaucoup plus grands fervices
que ceux qu'ils font capables
de rendre ailleurs .
l'on en
Mais fuppofé que l'Armée de
Monfieur de Savoye foit compofée
d'autant de Troupes qu'il en
paroift dans la liſte que
répand , cette Armée ne doit
pas
eftre affez confiderable pour entamer
la France, & pour s'y établir.
Le Roy a une pepiniere
d'hommes fur pied , puifqu'il en
GALANT 345
paye plus de quatre cens mille.
Ainfi on eft toujours en eſtat
d'en faire marcher dans les lieux
où le beſoin devient plus preffant
, fans que les Armées de
S. M. en puiffent fouffrir , puifqu'elles
font tres fortes par tout ,
& que celle de Flandre eft de
plus de cent mille hommes .
Voyons quels peuvent eftre
les projets de Monfieur de Savoye
& ce qu'il peut faire. Il lui
feroit difficile de paffer en Provence
, les chemins du Col de
Tende eftant entierement rompus
, & les bords du Var eftant
extremement fortifiez , & gardez
par Mr d'Artagnan , qui a tellement
fatisfait les Troupes & le
Pays depuis qu'il commande du
câté du Var , que toutes les les
346 MERCURE
trés qui en viennent font remplies
de fes loüanges .
Quant à ce qui regarde le côté
de la Peroufe , où commande Mr
le Comte de Muret , ce Commandant
qui a autant d'experience
que de vivacité & de valeur
& qui n'a jamais fçû ce que c'eft
de fe rendre , promet d'en rendre
bon compte..
Le refte des Troupes eft fous
les ordres de Mr le Comte de
Medavy , dont le nom & les a-
&tions font l'éloge , & s'il trouve
qu'il foit neceffaire , il commencera
à faire affembler l'armée en
attendant l'arrivée de Mr le Marefchal
de Villars accompagné
de la Valeur & de la Fortune
qui ne l'ont jamais abandonné .
Voilà la fituation où se trouvent
GALANT 347
les affaires de la Guerre du côté
de Monfieur de Savoye & il ne
paroit pas qu'il fe doive paffer fi
toff rien d'éclatant de ce côté-
Ja , à moins que Mr de Savoye ne
gafte fes affaires , en les voulant
precipiter.
Avant que de quitter l'Italie ,
voyons ce qui s'y peut paffer
pendant le reste de la Campagne
& fi Monfieur de Savoye en peut,
en cas de befoin , efperer quelque
fecours . Tout paroiſt manifeſtement
contraire aux deffeins qu'il
pouroit avoir d'en tirer du Milanez
, où l'Empereur a d'autant
plus befoin de Troupes pour le
garder , qu'il ne s'eft pas volontairement
foumis au joug infuportable
de la Maiſon d'Autriche
, & qu'il ne manqueroit pas,
348. MERCURE
s'il eftoit denué de Troupes , de
retourner fous l'obéiffance de
fon legitime Souverain.
Monfieur de Savoye doit encore
moins attendre de fecours
du Royaume de Naples , où les
Allemans ont besoin d'un plus
grand nombre de Troupes qu'ils
n'en ont dans ce Royaume , pour
empêcher une revolte generale
qui ne peut manquer d'y arriver
bien toft , car on doit remarquer
que les coeurs des peuples , &
mefme de la plus grande partie
de la Nobleffe ne font pas Autrichiens
, & que ce Royaume
ayant fuccombé fous l'effort des :
Traitres , a fait de neceffité vertu
, en reconnoiffant l'Archiduc
pour fon Souverain . Si l'on examine
tout ce qu'a fouffert ce
GALANT
349 .
Royaume depuis fa revolte involonttaire
, il n'y a pas lieu de
douter qu'il ne foit toûjours prêt
à
reconnoiftre Philippe V. dés
qu'il y trouvera le moindre jour.
Les Troupes qui font venuës
pour apuyer les Traîtres , ont
d'abord commencé à defoler ce
Royaume , en s'y
comportant
comme en Pays ennemy . Mr le
Comte de Martinitz , premier
Viceroy , & qui a bien jugé
par l'orage qu'il voyoit fe preparer
contre luy , qu'il n'y demeureroit
pas long - temps , n'a d'abord
fongé qu'aux moyens de
s'enrichir , ce qu'il a fait fort à
propos . Mr le Comte de Thaun
l'ayant debufqué , ce Comte n'a
pas perdu de temps , & il n'a
auffi fongé d'abord qu'à s'enri - 4
350 MERCURE
> le
chir , comme avoit fait fon predeceffeur
; mais il comptoit que
fon pillage dureroit plus longtemps
, & il fe preparoit à faire
venir la Comteffe fa femme
à qui comme Vicereine
Royaume auroit dû donner encore
de groffes fommes pour fon
entretien , mais à peine eût- on
fçû que cette Comteffe ne viendroit
point , que l'on aprit que
le Cardinal Grimani avoit efté
nommé Viceroy de Naples
pour s'enrichir comme avoient
fait les deux Vicerois fes Predeceffeurs
, & comme jamais.
homme n'a efté fi odieux à toute
la terre que ce Cardinal , & que
le feu Empereur ne le pouvoit
fouffrir à caufe de fon mauvais
caractere , quoy qu'il l'euſt ſervi
GALANT
351
utilement , tout le Royaume de
Naples eft dans une extrême defolation
, & ne fonge qu'aux
moyens d'éviter le joug de ce
violent Cardinal , qui fous le
nom d'Abbé de Grimani , n'a
pas épargné fon prochain. J'en
dirois davantage , fans le refpect
que je porte à fon rang. Vous
devez juger par toutes ces raifons
, qu'à peine les Allemans
ont - ils dans le Royaume de
Naples , toutes les Troupes
qui feroient neceffaires pour
le garder , & d'ailleurs quand
les Napolitains auroient autant
d'inclination pour l'Archiduc
qu'ils ont pour ce Prince
d'averfion dans le coeur , ils fe
trouveroient neceffairement obligez
de fe fouftraire de la do
}
352 MERCURE
mination de la Maifon d'Autriche
, fans quoy ils feroient affurez
de mourir dé faim tant que
la Sicile demeurera fous la puiffance
de Philippe V. Et comme
il n'y pas d'apparence qu'elle
puiffe eftre forcée à changer de
maistre , il eft impoffible que le
Royaume de Naples puiffe fubfifter
plus longtemps , fi pour
éviter de périr par la famine , il
ne trouve le moyen de fecouer
le joug que les Traîtres luy ont
impofe , & que ces Traîtres mêmes
ne voulant pas mourir de
faim , ne cherchent qu'à rentrer
fous l'obéïffance de leur legitime
Souverain ; & d'ailleurs les
uns & les autres s'y trouvent forcez
, ne pouvant plus fupporter
les exactions des Miniftres de la
4
GALANT 353
même
Maifon d'Autriche , qui dans le
temps qu'ils travaillent à
s'enrichir eux - mêmes , font des
Taxes au nom de l'Empereur
& demandent encore des Dons
gratuits , fuivant l'ufage de la
Maifon d'Autriche ; de maniere
que l'on craint toûjours de luy
voir naître des enfans ou de les
voir marier , parce que l'on eft
accablé des Dons gratuits que
les Empereurs exigent en pareilles
occafions . Le Mariage de
l'Archiduc en fournit un exemple
qui a mis au deſeſpoir les
Sujets les moins accommodez de
la Maifon d'Autriche , parce
qu'ils ont efté obligez de fournir
extraordinairement tous les
frais du Voyage & du Mariage.
On peut
connoiftre par l'eftat
May 1708 Gg
354 MERCURE
où le trouve le Royaume de Naples
, que l'Empereur ne peut en
tirer de Troupes fans courir rifque
de le perdre auffi - toft , puifque
même il eft impoffible fuivant
toutes les chofes que je
viens de vous faire voir qu'il ne
foit forcé d'abandonner fa domination
, dés qu'il trouvera occafion
de le faire .
Je viens aux affaires de Caralogne
. On affure que l'Amiral
Leak eft à Génes où il doit embarquer
fix mille hommes pour
les y tranfporter . Je veux que
les fix mille hommes dont on parle
, y foient bientoft embarquez ,
quoy que tres - affurément le
nombre en foit beaucoup moins
grand ; mais en accordant aux
Alliez tout ce qu'ils publient
"
GALANT
355
& en leur donnant quatorze
mille hommes de Troupes reglées
en Catalogne , fuivant leurs
propres Relations , il ne paroift
pas poffible que ces Troupes
puiffent refifter à l'Armée que
commande Monfieur le Duc
d'Orleans , dont il eft parlé dans
la Lettre de Perpignan que vous
venez de lire , & à l'Armée de
Mr le Duc de Noailles , dont
Vous venez de voir l'Etat dans
la même Lettre . Voilà la fituation
prefente des affaires de ce
cofté là , dans le même temps
que je vous écris ces lignes ;
mais je vous en apprendray davantage
puifque j'efpere avoir
des nouvelles de l'Armée de
Monfieur le Duc d'Orleans
avant que de fermer ma Lettre .
Gg ij
356 MERCURE
Je paffe aux affaires d'Alle
magne qui regardent la guerre .
Il n'a pas tenu à l'Empereur que
l'on n'ait vû des effets de fa violence
ordinaire à la Diette de
Ratisbonne , puifqu'il avoit envoyé
un Decret Imperial à Mr
le Duc d'Hanovre pour contraindre
la Diette de Ratifbonne
de fournir des Contributions
extraordinaires , afin d'acheter
des Troupes pour groffir l'Armée
du Rhin ; mais Mr d'Hanovre
n'a pas jugé à propos d'envoyer
ce Decret à Ratisbonne
pour ne pas aigrir la Diette contre
luy , parce qu'il en a befoin ,
dans la penfée qu'elle poura enfin
un jour luy donner place en
qualité de neuviéme Electeur ;
ainfi il n'y a pas lieu de croire
GALANT 357
que l'Armée de l'Empire foit
plus forte que celle que Monfeur
l'Electeur de Baviere doit
commander. Elle doit eftre confiderable
, & elle vient d'eftre
renforcée de nouvelles Troupes
, du nombre defquelles eft le
Regiment de Lyonnois , qui est
un des plus beaux de France .
Quant à l'Armée de la Mofelle
, c'est une idée que les Alliez
fe font formée il n'y a pas longtemps
, & comme on fe l'eft imaginée
avant que d'avoir aucunes
Troupes pour la compoſer , Mr
le Prince Eugene eftoit chargé
en retournant à Vienne , de traiter
en diverles Cours pour avoir
des Troupes ; mais la pluſpart
de ces projets ayant échoué , il
n'y a pas d'apparence en cas
358 MERCURE
qu'il y ait une Armée de ce côté-
là , qu'elle foit de plus de dixhuit
ou vingt mille hommes ;
mais comme on n'a point fait
de provifions pour cette Armée ,
parce que ce projet eſt nouveau ,
les Alliez felon toutes les appa ~
rences , ne doivent pas en efperer
beaucoup , & les deux Couronnes
la doivent peu craindre .
Cette Armée doit , dit - on , eftre
commandée par le Prince Eugene
qui fe trouve aujourd'huy à
Vienne , d'où il n'a encore fait
partir aucun de fes équipages .
Cependant Mr l'Electeur de Baviere
qui ne neglige rien , a fait
paffer par prévoyance , des
Troupes du coftéde la Mofelle ,
fous le commandement de Mr de
Saint- Fremont. Il n'y a que le
GALANY 359
temps qui puiffe nous apprendre
des nouvelles de cette Armée ,
qui fera peut - eftre formée dans
le temps que vous recevrez
ma
Lettres
mais qui felon toutes les
apparences
ne peut eftre confiderable
, parce qu'elle
manqueroit
de toutes
chofes , &
que
d'ailleurs
on ne l'a imaginée
que comme
un Phantofme
pour
nous faire peur , & pour nous
obliger
à faire des détachemens
de nos Armées
, afin d'envoyer
des Troupes
de ce coftélà
, les Alliez croyant
que cette
diverfion
pourra
leur eſtre utile
en affoibliffant
des Troupes
qui
doivent
entrer ailleurs
en action
; mais tout cela n'est que
chercher
à fe deffendre
, & non
pas à attaquer
.
360 MERCURE
Quoy que lors que
l'Archiduc
cheffe
eft partie
de Vienne
, on
ait publié
qu'elle
alloit
en Catalogne
, ce n'eft
que
pour faire
eroire
que les affaires
font de ce
côtélà
en beaucoup
meilleur
étar
qu'elles
n'y font en effet
, fielle
Y alloit
veritablement
, elle pouroit
trouver
en y arrivant
,
que
l'Archiduc
n'y feroit
plus
maitre
d'aucune
Place
, & les
vivres
font fi rares
dans tout le
Pays , qu'au
lieu que cette
Princeffe
y portât
la joye , elle y
porteroit
la famine
, à caufe
de
fa nombreuſe
Maifon
. Enfin
elle
ne pourroit
arriver
en Catalogne
que pour
y voir
des Sieges
ou
pour
y eftre
affiegée
elle- même
.
Ily a donc
lieu de croire
qu'elle
demeurera
à Milan
jufqu'au
dénouement
GALANT 361
nouement des affaires de Cata-t
logne . La politique ne veut pas
même qu'elle aille plus avant
que le Milanez , puifque dés
qu'elle aura fait un pas au - delà
Elle ne fera plus regardée en
Reine , & que cette qualité ne lui
fera pas donnée dans les complimens
qu'on luy fera . Ainfi, felon
toutes les apparences ,fa Royauté
finira dans le Milanez . La fin de
la Guerre fera voir qu'ellel aura
efté de courte durée .
Je vous parle rarement des
affaires des Confederez d'Hon .
grie, parce que les nouvelles
publiques
en font fi remplies , qu'el
les font connûës de tout le monde.
Cependant je vous diray que
l'Empereur ne réuffit pas mieux
de ce côté- là par les negocia
May 1708. Hh
362 MERCURE
tions que par la voye des armes ,
& que loin que la Diette de Prefbourg
lui foit aufli favorable qu'il
l'avoit efperé , les Deputez font
de nouvelles plaintes , & demandent
fatisfaction fur de nouveaux
Griefs dont ils ont donné -
des Memoires . Ainfi il n'y a pas
lieu de croire que l'Empereur
tire aucun avantage de cette
Affemblée , ny même qu'il foit
plus heureux du cofté des Armes.
toutes
Quant à ce qui regarde l'Angleterre
, elle menace beaucoup
& nous agiffons fans menacer.
Elle exagere tout &
les nouvelles qui en viennent
font remplies des Liftes des
Vaiffeaux avec lefquels les Anglois
doivent faire une defcente
GALANT 363
en France ; mais pendant que.
ces menaces éclatent avec oftentation
, Mr de Comte de Forbin
& Mr Dugué fortent de Dunkerque
& de Breſt avec de groffes
Efcadres fans fe vanter de rien,
& ils auront peur eſtre fait l'un
& l'autre de grandes expeditions
dont ils feront de retour avanc
que les Flottes menaçantes foient
forties de leurs Ports , & fi cela
arrive , comme il y a beaucoup
d'apparence , leurs Efcadres
pouront faire avorter les deffeins
des Anglois , à qui l'Ecoffe
donne toûjours beaucoup d'inquietude
, de maniere que l'Angleterre
eft , pour ainsi dire , o
bligée de la garder à vûë.
Jedois raporter à cette ocaſion ,
que le Colonel wacop qui a esté
*
Hhij
364 MERCURE
=
pris fur le Salisbury , ayant efté
interrogé de la part de la Reine
Anne & du Parlement, & celui
qui l'interrogeoit luy ayant demandé
quel deffein il avoit lors
qu'il eftoit embarqué , il avoit
répondu avec beaucoup de vigueur
qu'il eftoit venu avec le
Roy fon mailtre pour l'aider à
remonter fur fon Trône , &
que ceux qui agiffoient contre
fes intereſts feroient punis feverement
par la main de Dieu ;
c'eſt parler en Heros Chreftien
& en Scevole.
A l'égard de la fituation où
Le trouve prefentement la Hollande
, elle eft infiniment plus
mauvaiſe qu'elle n'eftoit au commencement
de la Guerre prefente,
& tout ce qu'elle avoit foû

GALANT 365

fert depuis l'année 1672. ne
L'avoit pas encore entierement
épuifée . Elle pouvoit encore équiper
de groffes Flottes & mettre
beaucoup de forces fur pied .
Elle n'avoit point de peine à
trouver tous les ans des fonds
pour l'état de Guerre , & cela
ne l'embarraffoit pas pendant
plufieurs mois avant l'ouverture
de chaque Campagne L'argent
quoique moins abondant qu'il
ne l'avoit efté avant ces Guerres,
n'y eftoit neanmoins pas rare , &
le commerce fe faifoit toûjours ,
quoiqu'il rapportât beaucoup
moins que dans les temps de Paix.
Mais aujourd hui tout cela eſt
changé , la Hollande ne peut
plus équiper de Flottes confiderables,
& à peine peut - elle join-
Hhi
366 MERCURE
*
dre quelques Vaiffeaux à ceux
d'Angleterre , lorfque les deux
Nations ont refolu de joindre
leurs Flottes pour le bien de
leurs affaires communes , & depuis
quelques années le nombre
des Vaiffeaux que la Hollande
fournit ne va pas au tiers de ceux
d'Angleterre ; elle ne peut depuis
la derniere Guerre , lorfque
Je tempsde l'ouverture des Campagnes
approche trouver les
fonds neceffaires pour les Armemens
refolus ; au lieu qu'ils étoient
trouvez autrefois prefque
auffi - toft qu ils eftoient propofez
. Les Etats s'affemblent fouvent
pendant plufieurs mois
pour trouver ces fonds , & enfin
leurs Affemblées finiffent
fans les avoir entierement irouGALANT
367
vez . Je ne cherhe point ici à affoiblir
nos Ennemis ; Je ne dis
point des nouvelles inventées ,
puifqu'il s'agit de faits publics ,
& connus de toute l'Europe.
Les affaires des Republiques
qui fe traitent dans des Affemblées
generales ne font jamais fi
fecretes , qu'il n'en échape toujours
la plus grande partie . Ainfi
lePublic eft prefque toûjours informé
de leur eftat. Il a fçû parfaitement
depuis quelques années
tout ce qui s'eft fait avant
l'ouverture des Campagnes , à
l'égard des fonds dont on avoit
befoin pour la levée & l'entretien
des Troupes , ainsi que pour
l'équipement & l'entretien des
Vaiffeaux ; & tout ce qui s'eft
paffé à cette occaſion a este fi
*
368 MERCUR E
peu fecret , que non feulement
toutes les lettres de Hollande en
ont efté remplies , mais qu'il en
eft mefme fouvent échapé quelque
chofe dans les nouvelles publiques.
Ainu je ne parle que
d'un fait conftant & averé , lors
que je dis que les Hollandois ne
peuvent plus tous les ans trouver
de fonds pour la continuation
de la Guerre.
Il est conftant que cette rareté
d'argent ne peut venir que
-du deffant de commerce , ou du
moins du peu de commerce que
la Hollande fait prefentement ,
fon commerce eitant traverfé
par tout , & n'en ayant plus avec
les Espagnols , ce qui feul eft
capable de la mettre dans un état
bien different de celui où elle a
efté autrefois..
GALANT 369
Je dois ajoûter à tout cela
que depuis quelques années
plufieurs Provinces ont fait
déclarer aux Eftats Generaux
qu'elles ne pouvoient plus
contribuer aux frais de la guer
re , & comme elles ont en
partie tenu parole , & que ces
remontrances qui ont efté publiques
en Hollande , ont enfuite
efté fçues de toute l'Europe.
Cefont des faits fi conftans qu'il
n'eft pas permis d'en douter , &
on fe rendroit ridicule fi on vouloit
foûtenir le contraire , &
d'ailleurs quand cela fe feroit
palé fi fecrettement dans l'Af
femblée des Etats qu'il n'en feroit
rien échapé , la mifere de
plufieurs Provinces d'Hollande
n'a pu le cacher , & la levée des

370 MERCURE
la
deniers pour les befoins de l'Etat
, ne peut y avoir ceffé fans
que cette inaction foit manifefte
à tout le monde , & qu'elle ne
paroiffe aux yeux du public ,
comme l'eau qu'on voit couler
& que l'on verroit arrefter fon
cours fi quelque obftacle l'empêchoit
de le pourfuivre..
Les Hollandois , avant
guerre prefente , eftoient dans
une parfaite union avec la France
, & Philippe V. avoit bien
voulu oublier qu'ils eftoient des
Sujets rebelles . Enfin tout ce
que les deux Couronnes leur
avoient promis , devoit les aſſurer
d'une grande tranquilité qui
auroit fait fleurir leur Commerce
, & qui les auroit mis dans un
eftat de regagner ce que les
GALANT 371
guerres precedentes leur avoient
coûté mais ceux qui les gouvernoient
alors , ne pouvant s'enrichir
que dans le defordre &
dans la confufion , ont engagé
la Republique à faire la guerre
à un Monarque qu'ils venoient
de reconnoiftre
pour legitime
Roy d'Elpagne , & à ceffer de le
regarder comme tel , ce qui fera
dans tous les fiecles futurs noter
d'infamie la Nation Hollandoife.
Quelques revers de fortune
arrivez à la France pendant la
prefente guerre , luy ont d'abord
fait efperer de grands avantages
pour la Republique ; mais
elle abien toft connu que ce qui
s'eftoit paffé de defavantageux
Four les deux Couronnes
, pouvoit
un jour achever leur ruine ,
372 MERCURE
puifque fi les Anglois deve
noient trop puiffans , ils chercheroient
bien- toft les moyens
de la foumettre , à cauſe de la
jaloufie de Commerce qui a toujours
efté entre les deux Nations
, & que les Anglois ont
particulierement toûjours fait
éclater , & même utilement lors
qu'ils en ont eu occafion . Les
chofes commencent aujourd'hui
à changer un peu de face , & les
Anglois fe trouvent obligez d'évacuer
plufieurs Places . C'eſt
une perte pour la Caufe commune
, & cependant les Hollandois
doivent s'en réjouir dans le
fond de leur ame , parce que
cet abandonnement leur donne
lieu de craindre moins les Anglois
dans la fuite ; mais c'eft
eftre
(
GALANT 373
eftre dans une fâcheufe fitua
tion que d'eftre obligé de ſe réjoir
des pertes que l'on voit
faire à fon party , & l'on doit
juger par là que la guerre prefente
ne peut eftre heureufe aux
Hollandois , puifqu'elle les fera
toûjours craindre & fouffrir
foit que leurs Allicz gagnent ,
ou foit qu'ils perdent . Voila l'état
où le trouve, prefentement
la Hollande ; c'eſt à , dire , ruinée
, prefque fans hommes & fans
argent , dans la crainte d'eftre
fubjuguez par les Anglois s'ils
deviennent trop puiffans , ou par
les Troupes des deux Couronnes
, fi la Victoire recommence
à les favorifer . Enfin la Paix ne
peut venir trop tot à leur fecours
, & quand même ils auront
May 1708. Ii
374 MERCURE
le bonheur d'en jouir , ils ont
beſoin de plusieurs fiecles pour
rétablir les pertes qu'ils ont faites
de tous coftez ; pour faire refleurir
leur Commerce , & pour
faire rentrer de l'argent dans
leurs Provinces , qui en font entierement
épuisées . Je ne finirois
point fi je voulois vous parler de
tout ce qui me reste à dire fur
cette matiere .
Je vous ay marqué que j'attendois
encore une Lettre de Madrid
; je la viens de recevoir , &
je vous l'envoye.
A Madrid le 15. May.
·
Je continue comme je vous l'ay
promis , de vous faire part de tout
e qu'ily a icy de nouveau. Je ne
GALANT 375
manqueray pas de matiere d'oréna
vant. Les Troupes qui doivent agir
en Portugal & en Catalogne font
aflemblées , & par le premier Courrier
, je pourrai vous envoyer des
nouvelles de leurs operations
Il y a quelques jours qu'on aprit
de Cartagene que Dom Jofeph de Los
Rios , frere cadet de Dom Pedro de
Los Rios, avoit fait une petite expedition
fur mer , qui ne luy a pas.
fait moins d'honneur que luy en ont
attiré d'autres actions qu'il a faites
en plufieurs rencontres, Il eft Governador
des Galeres d'Espagne
Dom Pedro fonfrere a la furvivance
de Mr le Comte d'Hernan - Nuñes
leur pere , qui eut grande part à
la confervation de Cadiz lorfque
les Anglois & les Hollandois y
vinrent avec deux cens voiles , pen-
Ii ij
376 MERCURE
و
dant que Sa Majesté Catholique
eftoit en Italie. Dom Jofeph de Los
Rios ayant en avis que quelques
Navires Ennemis eftoient fortis d'Alicante
pour nous enlever du Port
d'Almazarron un Bâtiment François
chargé de beaucoup de chofes differentes
, & que cette entreprise leur
avoit réu , eft forti auli en même-
temps avec deux Galeres
dés que les Ennemis l'ont aperçus
ils ont abandonné leur prife , qu'il a
ramenée à Cartagene . Il est retourné
enfuite en mer pour joindre ces.
Navires fortis d'Alicante . Il leur
a donné chaffe ; & les a obligezd'abandonner
deux de leurs Baftimens,
dont l'équipage a esté fait prifonnier
fur les coftes de Murcie . Quelques
jours auparavant un ArmateurFrançois
avoit conduit auffi à Cartagena:
GALANT
377
-
un Baftiment du Gouverneur d'Alicante
changé de bled & d'avoine ,
& le lendemain il fit une feconde
prife qu'il mena dans ce même Port.
C'est un Navire Hollandois qui paffoit
de Barcelonne à Lisbonne chargé
de vin & d'eau de - vie . Il y
avoit plufieurs Offi iers Portugais
& Hollandois. Le Combat dura plus
de cinq heures ; mais enfin le François
, quoy qu'inferieur n'ayant que
dix - huit Canons , vint à l'abordage
& l'emporta. C'est ainsi qu'on rend
inutiles les foins de ceux qui veulent
introduire des vivres à Alicante où
l'on manque de tout. Je ne m'étends
pasfur ce qui regarde Mrs de Los Rios.
Ils ne font pas moins connus ny moins
eftimez en France qu'en Espagne.
Le Roy a fait Colonel de Cavalerie
Mr le Marquis de la Floride ,
I i iij
378 MERCURE
qui l'a bien merité par fes fervices :
Ce nom eft fameux par luy- même;
le dernier qui l'a porté l'à rendu
encore plus illuftre.
Monfeigneur leDuc d'Orleans n'ou
blie rienpour tirer de grands fruits de
la Campagne que ce Prince est allé
faire en Catalogne . Plufieurs croyens
icy que ce qui en a differé l'ouvertu
re vient en partie du projet qu'il a
formé de s'ouvrir une communication
entre fon Armée & celle que commande
Mr le Duc de Noailles
qui fe donne de fon cofté tous les foins
& tous les mouvemens d'un bon General.
Dés le trois de ce mois dans
cette vue Son Alteffe Royale fit m
cher fix bons Regimens du cofté de
Castejon de Farfaña , qui ouvroient
un chemin pour joindre Mr le Duc
de Noailles , qui eftoit campé dans
GALANT 379
la plaine d'Urgel avec vingt- deux
Bataillons, vingt - huit Efcadrons , &
de bonnes compagnies de Miquelets .
On envoya en même - temps d'autres
Troupes pour occuper de tous cotez
les poftes les plus importans . Mr
le Marquis de Bombaffar Maréchal
de Camp , marcha vers la Montagne
; & les Regimens d'Infanterie
des Afturies & de Pampelune allerent
à Bonaverte ponr fe faifir du
·Pont de Montañiana , pour mettre .
à couvert des incurfions des Miquelets
le pays fidelle , & pour ramener
à l'obeiffance toute la vallée de Venafque.
Le gros de l'Armée qui doit
entrer en action , s'eft affemblé à Torrenté,
affez prés de Fraga . Toute l'In-
·fanterie Françoife & les autres Troupes
qui avoient byverné de ce cofé- là
eurent ordre d'y marcher, les unes
*
le
7.
380 MERCURE
les autres plus voisines le dix ;
on ne s'eft apperçu encore d'aucun
mouvement des Ennemis ; On ne
fçait pas qu'elles font leurs reffources
, mais ils ont grand befoin pour
-leur confervation & pour leur fubfiftance
, de vivres , d'argent & d'hommes.
On leur en promet toûjours ;
mais les Catalans nè font pas credules
. Ils fouffrent de toutes les manieres
& les befoins y augmentent
tous les jours . Ils n'ont pour vivre
peu d'alimens qui leur viennent
de Maillorque , qui ne peuvent
à beaucoup prés fuffire à leur entretien.
On ne doute point que le Comte
de Noyelles ne foit mort ; c'eftoit
un bon General , c'est une tresgrande
perte pour eux.
Il ne
leur fera pas aisé de la réparer.
Mr le Duc d'Orleaus a donné tous
que
le
GALANT 38x
les ordres pour entrer en action
pendant le féjour qu'il a fait à Saragoße
. Il n'en eft forti que pour fe
mettre à la tefte de fon Armée.
Le même Armateur François qui
avoitpris le Vaiffeau du Gouverneur
d'Alicante , eft encore revenu à Cartagene
avec une bonne prife , fur la …
quelle il
y avoit quatorze Officiers
Portugais de réputation , & un Officier
Hollandois fort eftimé. Ce même
Armateur s'eft remis en mer , &
il en eft revenu avec une troifiéme
prife affez confiderable ; on l'estime
pour le moins trente mille Ecus . Un
autre François a pris auffi un
Vaiffeau Catalan , qui venoit de
Barcelonne pour aller à Gibraltar.
chargé de vin & d'eau-de- vie.
ن م
On écrit auffi de Valence du 8. de
ce mois qu'une tempefte avoit fair
382 MERCURE
échouer fur cette Plage , un Corſaire
Maillorquin , qui n'avoit que buit
canons , dont trois eftoient de bronze,
avec vingt-quatre pierriers . Son équipage
a eftéfait prisonnier . Cette meme
tempefte a fait auſſi échouer un
Baftiment de Denia avec buit canons
& 50. des Bandits , qui font des
incurfions fur ces Coftes , & qui fere--
fugient dans cette Place , qui manque
encore plus de vivres que Alicante,
Surl'avis qu'a reçû Mi le Maréchal
Dom Pedro Ronquillo que le
Gouverneur de Villajoyofa avec quel
ques Troupes reglées , & un grand
nombre de Miquelets , eftoit alle affieger
le Chasteau de Finiftrat , qui
faifoit une belle deffenfe , il y avoit
envoyé un fecours d'Infanterie , de
Cavalerie , & degens du Pays , qui
ont mis les Affiegeans en déroute . On
GALANT 383
leur en a tué quatre- vingt ; on leur a
fait trente Soldats prifonniers , huir
Officiers enpied , quelques autres re➡`
formez, & il en eft mort beaucoup
d'autres de leurs bleffures. On apris
aufli le Gouverneur de Villajoyofa qui
eft Colonel, & beaucoup de Miquelets
qui l'avoient fuivi pour foutenir , y
ont effè tuez ; & on en a pris vingtquatre.
Noftre détachement defcendit
enfuite aux Puits de la Nége ,
d'où la ville d'Alicante en tiroit, car
on doit remarquer qu'on ne s'y peut
Paffer de nége en cette faifon , & comme
ces Puits furent comblez , cette
Place en fouffrira beaucoup . Il s'eft
paffé dans cette affaire , pluſieurs actions
d'éclat. Ceux qui s'y font le plus
diftinguez, font le Capitaine Dom
Pedro Ponce, & un Enseigne nommé
Dom Benito Godoy , du Regi384
MERCURE
ment de Dom Nicolas San - Severino,
Mrle Prince Pio qui partoit pour
aller faire la campagne en Catalogne
fous Mr le Duc d'Orleans
vient de recevoir du Roy un ordre digne
de fen merite , de fa naiffance &
de fes fervices, Sa Majesté l'ayant
nommé Governador de las Armas
, en Sicile . Il part en diligence
pour aller remplir cet employ , dont il
s'acquittera avec le zele & la valeur
, qui l'ont fi fouvent diftingue.
Les Turcs ayant fait un Ar
mement qui fembloit menacer
1Ifle de Malthe , fuivant ce que
l'on mandoit de Conftantinople ,
on s'eft donné de grands mouvemens
dans cette Ifle , afin de fe
mettre en estat de deffence , &
Pon a travaillé à toutes les chofes
neceffaires pour cela avec
une
GALANT 385
the diligence incroyable . Mr le
Bailly Mafcarel a efté nommé
Capitaine general des Armes ,
Mr de Mareuil , Lieutenant pour
la Nation Françoile ; Mr Balbiani
pour l'Italie , & Mr Laller , pour
P'Allemagne . On n'en a point
nommé pour l'Espagne , parce
que le Capitaine general eft
Efpagnol . On a levé fix mille
hommes du Pays qui ont efté
divifez en huit Bataillons de
douze compagnies chacun ; chaque
compagnie eft de foixante
hommes , dont les Capitaines
font Chevaliers , & les Lieutenans
font tirez de la Nobleffe du
Pays .On a fait en mefme temps
travailler aux fortifications de
toute l'Ifle , & l'on a fait de
May 1708.
Kk
386 MERCUR E
nouveaux affuts pour l'Artil
lerie.
On ne peut trop admirer la
pieté du S. Pere , & la diligence
avec laquelle il a fait travailler
à mettre fur pied le fecours que
S. S. refolut d'envoyer à Malthe
auffitoft qu'elle eut apris que
cette Ifle eftoit menacée , & l'on
peut dire que cette diligence a
efté grande , & mefme prefque
incroyable , puifqu'il y a déja
du temps que ce fecourseft parti
fur les Galeres de S'S . Il confifte
en un Bataillon de fix cens
hommes , commandé par Don
Federico Colonna , qui a eſté
preferé pour cet Employ à plufieurs
perfonnes de la premiere
qualité , à caufe des fervices
qu'il a rendus au S. Siége deGALANT
387
puis plufieurs années. Les Capi
taines & les Lieutenans de ces
Troupes font tous Chevaliers de
Malthe.
La plupart des Chevaliers de
Malthe qui font en differens
Eftats de l'Europe , ayant apris
que l'Ifle de . Malthe eftoit menacée
, & ayant même receu des
ordres de fe preparer pour venir
àfon fecours , fe font mis en état
de partir , & plufieurs même
font partis ; mais fi le bruit qui
vient de fe repandre eftveritable
les Armes des Turcs, qui n'ont
que 6000. hommes de débarquementtourneront
vers l'Archipel.
La derniere Lettre de Perpignan
que je vous ay envoyée
eft du 13. de ce mois. Je vous
en envoye une du 18. qui con-
Kk ij
388 MERCURE
firme que l'Armée , de Mr le
Duc de Noailles , eft compofée
du même nombre de Troupes
dont vous avez déjà veu l'eſtat ;
le refte de la Lettre doit vous
faire plaifir.
A Perpignan ce . 18. May 1708.
L'Armée du Roy eft dans le Lam
pourdin depuis le 7. de ce mois . Elle
eft compafée de vingt - deux Escadrons
& de 18. Bataillons complets , bon-
& belles Traupes.
On a envoyé à Rofes par Collioure
24. pieces de Canon & beaucoup de
munitions de Guerre. Les Ennemis ne
paroiffent que par pelotons ; l'on dit
qu'ils ont 1500. chevaux & trois à
quatre mille hommes de pied du côté
de Gironne, & que cette petite Ara
GALANT 389
mée eft commandée par le fils du fes
Prince d'Armftat , jeune homme peu
experimenté. Comme la difette eft
extrême dans Barcelonne & aux
environs , & qu'on n'apù femer le
Lampourdan à caufe de cette difettes
cela fait que le fourrage eft fort rare
ence Pays- la. Nôtre Armée s'est déja
avancée jusqu'à la Fluvia ; l'on
croit que les Ennemis lay difputeront
le paſſage; ainfi il poura y avoir une
action dans peu.
L'argent roule icy ; il en vient
fouvent des voitures aßez fortes , ce
qui donne beaucoup de courage aux
Troupes.
Je viens à ce qui regarde Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
A peine ce Prince eût - il efté
nommé pour commander en
Flandres
, qquuee la joye que cette
K kiij
390 MERCURE
nouvelle caufa , la fit auffitoft
éclater de tous côtez . On fe
fouvint des Campagnes où ce
Prince a triomphé , & fur tour
de celle qui l'a rendu redoutable
par la prife de Brifack . II
y parût Soldat & Capitaine experimenté,
& il entra également
dans tout ce qui regardoit les détails
de ce Siége , & dans tous les
perils les plus apparens , Il alloit
fouvent à la tranchée , & voyoit
prefque toûjours par luy même
ce qui fe paffoit de plus remar
quable, & de plus digne de l'áttention
d'un General qui veut
réuffir dans fes entrepriſes . Il
eftoit affable aux Troupes , &
il s'en faifoit aimer dans le mê.
me temps qu'il imprimoit la
crainte neceffaire parmy les
GALANT 391
J
Troupes , pour qu'il ne s'y paffaft
rien contre l'ufage & contre
les regles de la Guerre. Il tenoit
Table où l'on fe trouvoit
plutot pour avoir le plaifir de
voir & d'entendre un General
fieftimé & fi aimé , que pour
goûter le plaifir que donnent
de grands repas à ceux qui font
touchez des plaifirs de la Table.
Il eftoit bienfaifant , liberal
; il ne laiffoit aucune action
d'éclat fans loüanges & fans recompenfes
, & lorfqu'il ne pouvoit
les recompenfer affez , il
écrivoit au Roy afin que S. M.
s'en fouvint dans l'occafion .
Tous ceux qui connoiffent à
fond ce Prince & la bonté de
fon ame , ou qui lui ont vû
faire à l'Armée toutes les cho
392 MERCURE
fes que je viens de marquer ,
fe les reprefenterent auffitoft ,
ce qui redoubla la joye dont ils
avoient efté penétrez , lors qu'ils
avoient apris qu'il avoit esté
nommé pour commander en
Flandres. Ce Prince qui ne refpire
que la gloire , & qui bruloit
d'impatience de fe voir en
état d'expoſer fa vie pour le fervice
du Roy & pour le bien de la
France , fit paroître l'extrême
joye qu'il reffentoit lorfque Sa
Majefté luy apprit qu'elle l'avoit
choisi pour Generaliffime de
l'Armée de Flandre , & depuis
le jour qu'il avoit esté nommé
jufqu'à celuy de fon départ , cette
joye parut augmenter toûjours
, & il s'appliqua entierement
à toutes les choles qu'il
1
GALANT 393
crut neceffaires pour faire une
Campagne dont le Roy puſt être
fatisfait , & qui puft eftre avantageufe
à l'Etat . Enfin le jour
du départ de ce Prince eftant
arrivé , il parut une nouvelle
joye , fur fon viſage & une gaye
té toute extraordinaire , & for
ce qu'une perfonne luy avoit
demandé la veille fi fon départ
n'eftoit pas differé , ainsi que le
bruit en courroit , il répondre
que non , & que fi toutes les chofes
neceffaires pour fon départ , avoient
pû eftre prêtes , il feroit parti buit
jours plutoft.
Ce Prince partit enfin le 14.
de ce mois à une heure aprés mi
dy , aprés avoir reçû des Complimens
de toute la Cour , & detous
les Ambaffadeurs , & Mi
niftres Etrangers qui font icy ,
394 MERCURE
& qui s'eftoient rendus ce jourlà
extraordinairement à Verfailles
pour avoir l'honneur de le
faluër , & de luy fouhaiter une
heureufe Campagne . Je ne dis
rien de ce qui fe paffa entre le
Roy & ce Prince , les manieres
de ce Monarque , qui font toûjours
fort engageantes , & qui
devoient l'eftre encore davantage
dans cette occafion , ne font
pas moinsdifficiles à écrire qu'à
imaginer , tant il paroift enfemble
de grandeur , de bonté , &
de tendreffe dans les manieres
d'un Monarque que l'on ne
peut voir fans admiration & fans
amour , & fans fe trouver penetré
de tout ce qu'on luy voit
faire en même temps de grand
& de touchant , en accordant la
GALANT 395
plus haute majefté avec la plus
grande tendreffe .
Je ne diray rien des adieux de
ce Prince à Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Ce font des
myfteres qui font refervez à l'Amour
; mais je diray feulement
que la maniere dont cette Princeffe
parut touchée après le départ
de fon augufte Époux , fit
connoître à toute la Cour , la
douleur dont elle eftoit penetrée
, & la tendreife qu'elle ref
fentoit pour ce Prince.
Il alla coucher à Senlis , & comme
il devoit paffer par la Foreſt
de Chantilly , Monfieur le Duc
luy dit qu'il trouveroit à fon paffage
dans cette Forest , toutes
fortes de rafraîchiffemens , fervis
par fes Officiers , parce que
396 MERCURE
Monfieur le Prince qui les avoit
ordonnez n'eftoit pas alors à
Chantilly. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , après avoir pris
quelques rafraîchiffemens , continúa
fa ropte vers Senlis , où Mr
l'Evêque de ce nom luy donna
un magnifique fouper.
Je crois devoir vous rapporter
icy deux chofes qui doivent faire
beaucoup d'honneur à ce Prince,
& qui meritent d'eftre placez
dans l'Hiftoire .
Je vous ay déja dit qu'il tient
une grande Table , lorfqu'il eft
en Campagne . Les perfonnes de
la plus haute diftinction qui fe
trouvent à l'Armée en quelque
qualité que ce foit ; les Grands
Officiers de fa Maiſon ; tous les
Officiers Generaux & les Colonels
GALANT 297
hels mêmes , peuvent manger à
cette Table , & lorfque le nombre
de ceux qui viennent pour
y manger excede le nombre
des couverts , où le nombre de
ceux que Monfeigneur le Duc
de Bourgogne a invitez , les autres
fe retirent ; mais on doit
remarquer , que les moins qualifiez
, foit par leur naiflance ,
foit par leurs emplois , le retirent
d'eux - mêmes , & fortent
toûjours des premiers. Il fe trouva
dans l'une des dernieres Campagnes
de ce Prince , qu'un Lieutenant
Colonel s'eftant rendu
avec les autres dans le lieu où
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
devoit manger , s'empara
du dos d'une chaife , comme font
May 1708. LI
398 MERCURE
;
ordinairement ceux qui veulent
avoir l'honneur de dîner avec
ce Prince On fe mit à Table ,
& ce Lieutenant Colonel s'y mit
auffi le premier Gentilhomme
de la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , le remarqua
d'abord , fans faire neanmoins
connoiftre qu'il s'en eftoit
apperçû ; mais à l'iffue du repas
il tira ce Lieutenant Colonel à
part , & luy dit fort civilement
qu'il n'avoit pas dûje mettre à Table.
Cet Officier luv répondit
qu'il en eftoit faché , & fit de grandes
excufes ; mais le premier
Gentilhomme de la Chambre
luy dit que cela ne fuffifoit pas , &
que c'eftat à Monseigneur le Duc
de Bourgogne qu'il devoit faire fes
excufes . On doit remarquer que
GALANT
399
te Lieutenant Colonel eftoit un
tres brave homme , & qui fçavoit
parfaitement le Métier de la
Guerre. Il parla au Prince qui
l'écouta tres- favorablement , &
qui luy dit aprés l'avoit écouté ,
qu'il l'excufoit , & qu'il le pribit à
fouper avec lay ; qu'il luy enfeigne
Toit le Metter de la Guerre , & qu'en
revanche il luy apprendroit les Politeffes
de la Cour, Le bruit de
ce qui s'eftoit paffé s'eftant répandu
, toute l'Armée donna
mille louanges à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , & tous
les Officiers en furent charmez
.
Je ne dois pas oublier
un autre
trait qui n'eft pas moins
beau , & qui n'eſt pas moins à la
gloire de Monfeigneur
le Duc
LI ij
400 MERCURE
de Bourgogne Un Seigneur d'u
ne groffe diftinction , & qui peut
en quelque maniere parler à
ce Prince , comme vous allez
voir qu'il luy parla , luy dit
qu'il trouveroit à l'Armée des defordres
qui s'estoient glissezparmi beaucoup
d'Officiers , & qu'il devoit les
corriger. Ce Prince luy répondit
qu'il ne leur divoit rien , mais qu'il
tacheroit de leur donner les meilleurs
exemples qu'il pourroit qu'ils le
verrol nt faire , & que c'effoit à eux
aprés cela à fe corriger eux- mêmes.
J'ay crû qu'une replique fi digne
d'admiration devoit eltre renduë
publique , & c'est pourquoy je
Vous en fais part . Je viens au
départ de Monfeigneur le Duc
de Berry
.
Le Mardy quinzième ce Prin
GALANT 401
te qui avoit reçû dés la veille les
complimens de toute la Cour
& des Ambaffadeurs & Miniſtres
Etrangers , & qui avoit fait tous
les adieux aufquels fon devoir &
fa tendreffe l'engageoient
, partit
auffi pour aller fouper & coucher
à Senlis , & il feroit dif
ficile de bien exprimer la joye
que fon départ faifoit paroiftre
fur fon vifage. Il y avoit longtemps
qu'il alpiroit aprés un pareil
voyage. Auffi peut - on dire
qu'il eft party en volant où il
eftoit appellé par la Gloire.
Le Vendredy fuivant , dixhuitième
du même mois , Monfieur
le Chevalier de S. Georges
, qui avoit auparavant pris
congé du Roy , fe rendit à Louvres
, où il trouvá les Equipa-
Llij
4.02 MERCURE
ges de Son Alteffe Sereniffime
Monfieur le Prince , avec Mr
de S. Traille ; Mr l'Abbé de
Roquette , & Mr de Vervillon ,
& les Gardes de S. A. S. qui
le conduisirent à Chantilly , où
il trouva un fuperbe dîner , à
l'iffue duquel il alla voir les délicieux
Jardins & les belles eaux
de Chantilly . Aprés s'être longtemps
promené dans les Jardins,
& avoir confideré les Eaux qui
luy donnerent beaucoup de plaifir
, il alla dans la Forest où il
trouva une magnifique Collation
, enfuite de laquelle aprés
avoir témoigné combien il étoit
fatisfait de la maniere dont il
avoit efté reçû & de toutes les
beautez de Chantilly , il alla
coucher à Senlis , où il fut
GALANY 403
8
auffi régalé avec beaucoup de
magnificence. Il arriva le zo à
Valenciennes où il trouva deux
Regimens de Dragons & fix
Bataillons qui marchoient à
l'Armée , & qui luy fervirent
d'Eſcorte .
Je crois que la Campagne
ne
fe paffera pas fans que j'aye beaucoup
de chofes à vous dire de ce
Chevalier
. It brûle d'impatience
de fignaler fa valeur , qui répond
à fon efprit & au fang dont
il est né , & il a déja affronté
les périls avec un fi grand fang
froid qu'il y a lieu de croire
qu'il n'épargnera
pas fa perfonne
-lorfqu'il trouvera des occafions
de fe fignaler. Il paroift eftre
-né pour ſe faire aimer & pour
commander
& ceux qui to
404 MERCURE
voyent difent qu'il a tout l'air
d'un Prince .
Avant que d'entrer dans le
détail de ce qui s'eft paffé en
Flandre depuis l'arrivée de Meffeigneurs
les Princes , je dois
Vous dire que Monſeigneur le
Duc de Bourgogne y fit publier
aprés fon arrivée , un Amniftie
pour les Deferteurs , ce qui en
à fait revenir un grand nom-
-bre cet Amniftie eſtant ſouhaité
par une grande quantité
de Deſerteurs qui brûloient
d'impatience de retourner à
l'Armée depuis qu'ils avoient
fçû que Monfeigneur le Duc de
Bourgogne la devoit commander.
Meffeigneurs les Princes étant
arrivez le 16. à Valenciennes ,
GALANT 405
ils
"
y demeurerent jufqu'au 24.
& pendant leur séjour Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
s'elt donné pour l'ouverture de
la Campagne avec une application
inconcevable , tous les
mouvemens que les plus grands
Generaux fe donnent ordinairement.
Ces Princes partirent ce
jour - là pour fe rendre à Saint
Guilain ; le lendemain 25. ils
camperent à S. Syphorien , &
le 26. à trois heures du matin ,
ils fe mirent en marche pour aller
camper à Soignies . Ils effuyerent
pendant leur marche , un
orage accompagné de Tonnerre
& de grefle , dont les grains.
eftoient auffi gros que le pouce.
Les gros Equipages de l'armée,
& même ceux de Monfeigneur
"
406 MERCURE
A
le Duc de Bourgogne ,
rent à Mons .
refte-
C Ce Prince avoit , à deffein de
tromper les Ennemis , fait répandre
le bruit qu'il feroit la revûë
de fes Troupes le 26. & Milord
Marlboroug qui l'avoit crû,
- avoit déja envoyé des Pionniers
pour préparer les chemins , dans
le deffein de venir occuper le
Camp de Soignies ; mais ce Milord
fut fort furpris lorfqu'il apprit
que
le 27 à neuf heures du
matin , Meffeigneurs les Princes
s'eftoient emparez de ce
Camp. Comme les Ennemis n'étoient
qu'environ à trois lieuës
de nous ayant leur droite à Bellinghen
& leur gauche prés de
Hall , ils fe retrancherent auffitoft
qu'ils eurent appris cette
L
GALANT 407
nouvelle . Ils ont des bois , des .
défilez , & la riviere de S. Er
nelle devant eux.
Noftre Armée eft compofée
de plus de cent mille Combattans
, parmy lefquels font beaucoup
de vieux Corps , dont les:
Bataillons font de plus de 500 .
hommes , & toutes ces Troueftant
animées par la preſence
des Princes qui font à leur tête ,
ne refpirent que le combat .
Je ne vous dis rien encore de
l'Armée commandée par S. A.
E. de Baviere. Elle groffit tous
les jours par les Troupes qui y
arrivent de toutes parts , ce qui
ne furprend pas moins les Fran .
çois même , que les Ennemis
puifque l'on ne s'attendoit point
que cette Armée dût eftre fi
408 MERCURE
confiderable. Cependant on ne
doit pas s'en étonner , lorfque
l'on fera reflexion que tous les
projets des ouvertures de chaque
Campagne qui ont rarement
manqué de réuffir , ont
toûjours elté imaginez par
le
Roy , qui ne peut faire autre .
chofe que de mettre fes Armées
en eftat d'agir glorieufement au
commencement de chaque Campagnes,
la fuite ne dépendant pas
de ce Prince.
Les Ennemis s'affemblent fous
Philifbourg , où ils ont efté fort
incommodez de la pluye . Ils font
un Camp à S. Pierre auprés de
Fribourg en Brifgaw , dans la
crainte qu'ils ont que noftre Armée
ne retourne en Soüabe .
Elle s'eft affemblée fous le Fort
de
GALANT 4.09
de Kell . Monfieur l'Electeur de
Baviere arriva le 21. à Straf
bourg , où ce Prince a eſté reçû
avec tous les honneurs qu'il pouvoit
fouhaiter.
Il faut que la difficulté foit
bien grande pour certaines gens,
d'avoir des nouvelles , puifqu'on
vient de voir dans un Livre , qui
en dit quelques fois , une Relation
que je vous ay envoyée dés
'le mois de Decembre . Ce n'est
point une Relation compofée fur
la mienne , & déguifée , que l'on
a donnée au Public ; c'eft ma
Relation même mot pour mot ,
& fyllabes pour fyllabes , & dont
on a pris jufques aux points &
aux virgules . Voicy le Prelude
que cet Auteur anonime , qui
paroift de nouveau fur la Scene ,
May 1708 .
Mm
410 MERCURE
a mis à la tefte de cette Relation
, au deffus de laquelle il a
mis pour Titre EXPEDITION
DE M DU GUE' - TROUIN.
Quoy que l'Expedition de Mr da
Gué-Trouin foit déja ancienne ,
qu'on en ait parlé plufieurs fois
dans les Nouvelles publiques , nous
avons crû néanmoins qu'on ne fe-.
roit pas faché d'en trouver icy une
Relation que nous pouvons affurer
eftre plus exacte & plus fidelle que
toutes celles qu'on a vûës juſqu'à
prefent. On n'est jamais inftruit trop
tard quand on l'eft fidellement.
Voila un beau Champ ouvert
à la raillerie , fi je voulois y entrer
; mais quoy que l'on puiffe
faire pour exciter ma bile
quoy que je fois aufli prompr
GALANT 411
qu'un autre à prendre feu , je
conferveray toûjours le caractere
que je n'ay point démenti
depuis trente - deux ans , & je
ne diray jamais rien qui puiffe
chagriner perfonne . Le Public
en eſt convaincu , & je fuis affuré
qu'il prendra ma deffenfe
contre tous ceux qui m'atiaqueront.
On ne peut dire que
ceux qui viennent de donner
ma Relation au Public , l'ont
ccuueë auffi bien que moy , & qu'-
ils ne l'ont pas tirée de mes Lettres
. Il y auroit de la vrayfemblance
là- dedans , puifqu'il
ne feroit pas impoffible qu'elle
fuft tombée entre leurs mains ,
auffi bien qu'elle eft tombée dans
les miennes , quoy que ce foit
toujours la donner trop tard au
Mm ij
412 MERCURE
Public
1

que de la donner cinq
mois aprés moy . Il y auroit ,
dis- je , de la vray - femblance à
dire qu'ils ont pu avoir la Relation
dont il s'agit , auffi- coſt
que moy , s'il n'eftoit pas certainu
elle eft devenue mienne ,
s'il m'eft permis de parler ainfi ,
à caufe du grand nombre de
changemens que j'y ay faits ,
tant à cause de la Diction que
pour y éclaircir beaucoup de
chofes de maniere que je puis
dire que je l'ay toute remaniée .
Je finis de crainte d'en dire trop ,
& d'aller plus loin que je ne voudrois
. Je fuis , Madame , voftre ,
& c.
A Pris ce 31. May 1708 .
APOSTILLE .
Ceux qui fouhaitent d'envoyer
GALANT 413
des paroles pour notter , peuvent
les envoyer.
AVIS.
On diftribuëra le Mercure de
4. de Juillet .
Juin
le
{ ..
Mm iij
TABLE .
P Relude où l'on voit l'attention
du Roy touhant les fervices
l'on rend à l'Estat.
Lettre touchant la Lune Paf
que
chale
8
Articles des Morts dans le
premier defquels on voit l'origine
de la Rebellion de la Principauté
28
de Catalogne.
Seance publique , tenuë par la
Societé Royale des Sciences de
Montpelier, & ce qui s'eft passé
à cette Seance. 72
Sacre de Mr l'Evêque de Grenoble.
79
Lettre tres- curieufe touchant des
Ceremonies dont on n'a point encore
TABLE
donné de Relations au Public. 83
NeufGouverneurs de Villes,
nommez par le Royd'Eſpagne . i 5 1
Odefur la Beauté.
161
Cours de Peinture , par principes.
167
Service fait par l'Ordre de
N. D. de Montcarmel. 186
Ouverture de la Bibliotheque
laiſſée aux Avocats par feu Mr
deRiparfond, avecleDifcours prononcé
à ce fujer.
-'188
Second Article des Morts ,
parmy lefquels on trouve la mort
d'un homme âgé de cent fept
anssi osmoju min208
& -Extrait d'une Lettre de Rome.
221
TABLE.
Generofité de Mr d'Andre
Zelles.
223
Mr d'Eftanchau , fils du dé
funt , eft pourvu d'une Charge de
Maistre d'Hoftel du Roy. Idem
Lettre de Perpignan ,contenant
plufieurs faits curieux .
226
Requeste prefentée à S. A. R.
Monfieur leDuc de Lorraine. 242
Troifiéme article desMorts. 2 5G
Mariages 266
Nouvel article touchant l'Abbaye
de Moncets donnée par le
Roy. 277
Service fait par les Dames
Chanoineffes de Compiegne.Ident
- Lettre de Madrid.
278
TABLE.
4
Survivance de la Charge de
Maistre d'Hoftel ordinaire actordée
par le Roy.
. 292
298
Quatrieme article des Morts. 294
Charge de premier Architecte
des Baftimens du Roy , donnée par
S.M. à Mr de Cofte.
Ce qui s'eft paffé à l'ouverture
de la Campagne commencée
par S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans. 299
Troifiéme Lettre de Perpignan,
dans laquelle on voit un Eftat des
Troupes de l'Armée de Mr le Duc
de Noailles.
311
Addition à l'article de la mort
de Dom Claude de Vert. 319
TABLE .
Mr Durey de Vieux Cour ,
eft pouraú d'une Charge de Tre-
Grier general de l'Extraordinaire
des Guerres.
320
Article où l'on voit que le parti
que Mr Rouffeau vient de prendre
ne luyfera pas abandonner
les
Mufes.
Article des
Enigmes .
322
323
Lettre qui fait connoiftre le
veritable eftat des forces des
Ennemis en Catalogne , & où elles
font difperfées ce qu'ils ont de
de munitions dans Barcelonne ,
ce qu'ils ontfait pour défendre les
Places qu'ils croyent devoir eftre
Lespremieres attaquées . 328
TABLE.
Complimens fairs à S. A. E.
de
Baviere à fon
paljas à
Metz. 336
Situation des affaires de la
Guerre ,
accompagnées de plufieurs
articles tres-curieux
338
Seconde Lettre de
Madrid . 374
Situation des affaires de Malthe.
384
Quatrième lettre de Perpi- ·
gnan.
387
Départ de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & ce qui s'eft
paffé en Flandres dépuis fon arrivee.
389
Affaire
d'Allemagne. 407
TABLE.
Article qui fait voir que quelque
gens donnent au Public des
Relations dont ilsfe font honneur,
quoiqu'ils les ayent
ayent tirées du Mercure.
Apoftille.
Avis.
409
412
413
Avis pour placer les Figures ,
L'Air qui commence par ,
Sans le plaifir charmant , doit
regarder la page 167 .
Celui qui commence par ,
Iln'eft point de bonne chere , doit
regarder la page 328 .
GALANT.
qualifiées qui s'y trouverent chacun s'étant
empreffé de lui donner des marques du plaifir
qu'il avoit eu de l'entendre. Perfonne n'ignore
que M. l'Abbé de Polignac a l'efprit fort cultivé
& qu'il ne l'a pas feulement rempli de ce qu'il y
a.de fec & d'épineux dans les Sciences ; mais
qu'il l'a auffi orné & embelli de tout ce qu'il y
a de gracieux dans les belles Lettres . Son Poëme
Latin en fix Livres contre Lucrece , & dont on
«nous fait bien-tôt efperer l'impreffion , en eft
une preuve ... (
M. Criipi nouvel Auditeur de Rote pour la
Ville de Ferrare , a auffi foutenu des Thefes de
Droit Canon , pour entrer en poffeffion de cette
Charge , & dix-fept Cardinaux y affifterent accompagnez
d'un grand nombre d'Evêques & de
plufieurs perfonnes de diftinction de la Prelature
Romaine. Ce nouvel Auditeur de Rote fe fit admirer
par la folidité de fes réponfes , & par la
vivacité avec laquelle il refolut les plus grandes
difficultez qu'on lui fit . On le pouffa beaucoup
fur cette Maxime des Canoniftes : Spoliatus ante
omnia reftituendus . Cette regle fi celebre dans le
Droit Canonique fut attaquée de toutes manieres
, & celui qui la foutenoit pouffé dans tous
fes retranchemens . On argumenta enfuite fur le
Digefte , fur le Code , fur les Novelles , & fur
le Sexte. On difputa auffi beaucoup fur les Decretales
, & on voulut prouver que celles qui
font plus anciennes que le Pontificat du Pape Sirice
ne font point apocriphes , comme laplûpart
des Critiques prétendent. En parlant de la Dectetale
Unam fantan du Pape Boniface VIII.on
lui oppofa celle de Clement V. fon fucceffeur.
On parla fort de la Conftitution du Pape Clement
III. fur le mariage; on en attaqua les confcquen-.
ces,& or brilla fort fur cette question particulie
Fuin 1908 . D
To MERCURE
re. Les Decretales des Papes Sixte V. & Cle
ment VIII . furent oppofées l'une à l'autre , &;
on examina à laquelle il falloit s'arrêter au fujet,
des éditions de la Bible qui furent faites fous
leurs Pontificats : les Papes Innocent III . & Adrien
VI . furent fouvent citez avec éloge , &
on fit beaucoup valoir leur autorité.
M. Cavallerini petit neveu du Cardinal de ce
nom qui étoit Nonce en France en 1696. diſputa
avec beaucoup de force & de folidité , & reçut
de grands applaudiffemens . Deux jeunes An
glois;fçavoir l'un le Chevalier Perkins , & l'autre
le Baron de Fenwick , difputerent aprés M. Cavallerini.
Ils defcendent du Chevalier Perkins
& du Lord Fenwick , qui fignalerent leur fideli
té pour le Roi Jacques II . dans le temps de la revolution
d'Angleterre . Le jeune Barklay qu'on
éleve à la Cour de Rome , & qui eft neveu du
fameux Chevalier Georges Barklay un des Offi
ciers des Gardes du même Prince & qui lui
donna des preuves fi fortes de fon attachement
& de fa fidelité , argumenta enfuite , & ne fut
pas moins admiré que les autres . Meffieurs Dallevat
, Hayes & Crone argumenterent fur la fin
de l'action , & firent chacun un compliment trésfleuri
au nouvel Auditeur, dans lequel les loüanges
d'une partie du facré College entrerent fort
naturellement. Le neveu du Docteur Parterfoni
qui étoit Archevêqne de Glafcow en Ecoffe ily
a prés de vingt ans , finit cet A&te par une diffi
culté qu'il propofa, fur une Bulle de Jean XXII .
& par un trés- beau compliment qu'il fit au Soû
tenant., Tous les Auditeurs de la Rote Confreres
de M. Crifpi fe trouverent à cette Ceremo
nie , dont ils firent les honneurs. Le Pape que
l'on informa du fuccés qu'avoit eu le nouvel Aux
Aiteur de Ferrare , Pen felicita dans la premieres
GALANT. 11-
audience qu'il lui donna, & lui dir qu'on pou
vait tout efperer d'un Prélat qui fçavoit dans un
age fi peu avancé tous les principes de la Jurispru
dence Civile & Canonique.
M. Jean- Charles Krollius a foûtenu une Thefe,
dans l'Univerfité de Wittemberg fur la verité.
de l'appartion d'une Croix brillante dans le Ciel
apperçue par le grand Gonftantin avec une inf
cription qui lui promettoit la victoire contre le
tiran Maxence qu'il alloit combattre. Thoma- .
fius , Huber , Arnold , Tollius & plufieurs au-,
tres Critiques ont combattu la verité de ce prodige
, M. Volfius a entrepris d'en établir la certitude
fur des preuves inconteftables dans la The--
Le que vient de foûtenir M. Krollius , & il a enfuite
réduit cette Thefe dans une Differtaione
qu'il a renduë publique . M. Volfius fait donc
voir contre ces Critiques que quoi qu'Eufebe
n'ait point parlé de ce prodige dans fon Hiſtoire
Ecclefiaftique , on n'eft pas en droit d'en con
clure que ce qu'il en dit dans la vie de Conftantin
ne foit pas digne de notre croyance . Qu'il
fuffit que le chiffre XP. qu'on remarqua dans cette
Croix , & enfuite fur les drapeaux Romains ,.
puiffe être pris pour le nom de Chrift , & qu'il
Le fignifie affez naturellement , quoiqu'on prétende
qu'il convienne à d'autres noms qu'à celui ,
de Jefus-Chrift ; qu'on ne fçauroit prouver que,
ce chiffre étoit fur les drapeaux Romains avant .
Conftantin le Grand ; & que quand on le prouveroit
, il en faudroit feulement conclure. qu'avant
Conftantin il defignoit quelque autre nom
& que depuis le prodige de l'apparition de la
Croix il na fignifia plus que le nom de Jefus-
Chrift ; que la diverfité qu'on remarque dans le
langage de Sozomene , Philoftorgius , Zonaras
& Nicephore,Auteurs plusnouveaux.qu'Eufebe
IZ
MERCURE
prouve feulement que ces Hiftoriens ont ajouté
quelques circonstances à la narration d'Eufebe
& qu'elle ne doit point affoiblir l'autorité d'un
Hiftorien contemporain , & enfin contre l'objec
tion où l'on dit que fi toute l'Armée avoit vi le
Prodige , il étoit inutile que Conftantin le Grand
Paffurât avec ferment. M. Volfius répond que
beaucoup d'années fe font écoulées , & que nul
de ceux qui avoient accompagné l'Empereur à la
guerre contre Maxence,n'étant peut- être pas auprés
de lui lorfqu'il inftruifit Eufebé de cet évenement
memorable , le ferment n'étoit pas inuti
le pour mettre hors d'atteinte de la critique un
fait fi favorable à la Religion des Chrétiens .
M. Fabricius Profeffeur de Hambourg dont
les intentions ne font pas fans doute fi droites -
que celles de M. Velfius , a publié dans le même
temps une Differtation , où fans combattre entierement
le prodige , il le réduit à l'ordre des
chofes naturelles , & le rend ainfi inutile à la Religion
Chrétienne . Il prétend que la Croix que
Conftantin vit dans le Ciel au moment qu'il alloit
combattre Maxence , n'étoit qu'un phenomene
naturel ; je veux dire un Halo ou Parelie ,
& que ce Prince qui apparemment fçavoit peu...
les regles de l'Aftronomie , regarda comme une
chofe miraculeufe un fait qui n'avoit rien d'ex- .-
traordinaire. L'infcription de la Croix qu'on ne
fçauroit appeller un phenomene naturel, embarralle
un peu M. Fabricius , & il eſt réduit à foûtenir
contre la foi de tous les Hiftoriens qui par
lent de ce prodige , que Conftantin ne vit aucune
infcription dans le Ciel ; qu'il ne vit qu'une
Croix brillante & une Couronne de lumiere au-*
deffus de la Croix , qui étoit un figne de la victoire.
Il prétend tirer ce fens forcé du texte
Eufebe ; mais peu aprés il eft obligé d'avouer
Que
GALANT. 13
1
que les monumens anciens qui ont reprefenté ce
prodige contiennent tous l'Infcription Greque
qu'on trouve dans l'Hiftorien Eufebe. Enfin l'apparition
de Jefus - Chrift qui la nuit fuivante ordonna
en fonge à Eufebe de faire de ce figne l'Etendart
Imperial , peut-elle laiffer aucun lieu de
.douter que la vifion de la Croix étoit miraculeufe
& hors des regles de la nature ?
M. Dolincan connu dans la Republique des
Lettres par la culture qu'il a donnée à fon efprit
& par le plaifir qu'il s'eft fait de traiter des fujets
finguliers , vient de publier un Traité des
Eunuques , où il en fait voir de differentes efpeces,
avec le rang qu'ils ont tenu & le cas qu'on
en a fait dans tous les temps & dans les differens
Empires du monde. Cet ouvrage eſt dédié à M.
Bayle qui vivoit encore lorfqu'il a été compofé ;
il lui rend compte dans fon Epître dedicatoire
des raifons qui l'ont engagé à traiter ce fujet.;
le fejour que plufieurs Eunuques Italiens faifoient
dans le lieu de la refidence de M. Dolincan,
& la diftin&ion dans laquelle ils y vivoient,
font le principal motif qui l'a fait écrire fur cette
matiere ; ils étoient tous Muficiens & avec
le fecours de leur voix ils ſe mirent bien des chimeres
dans la tête par rapport au beau ſexe ;
leurs projets ne réüifirent pas , continue l'Auteur
, les Dames ne furent pas éblouies par ce
faux éclat ; il y en eut cependant une qui écou
ta les propofitions de mariage que lui fit un de
ces Chanteurs. Un parent de cette Dame engagea
l'Auteur à mettre par écrit ce qu'il penfoit
fur cette alliance , afin de pouvoir à l'aide de
fes raifonnemens détourner la Dame d'un pareil
engagement. Dans cet ouvrage auquel cette a
vanture a donné lieu , & qui eft divifé en trois
parties , M. Dolincan parle d'abord l'origine
Juin 1708.
des Eunuques , & il leur donne une antiquité fi
reculée , qu'elle devient prefque imperceptible
; il prouve dans la 117..Lettre de faint Bafle
de la traduction de Meffire Jean- Baptiste Morvan
Abbé de Bellegarde , la définition qu'il donne
des Eunuques . Il auroit pû la prouver d'une
maniere encore plus fûre dans l'Original Grec de
ce Pere de l'Eglife ; il develope enfuite les raifons
que les Anciens avoient euës de fe fervir de
ces fortes de gens , & il explique la manicie
dont on faifoit cette operation douloureuſe ; il
dit enfuite qu'il y avoit quatre fortes d'Eunuques
, dont étoient ceux qui portoient feulement
ce nom , parce que leurs charges avoient
été remplies par des Eunuques , du nombre defquels
étoit Putifar Eunuque de Pharaon, & dont
la femme eut une fi violente paffion pour Jofeph
. Il finit fa premiere partie par un détail
des Loix faites contre les Eunuques . Dans la feconde
il foutient que le mariage eft interdit aux
Eunuques , & il rapporte fur ce fujet l'autorité
& les Loix de toutes les Nations ; il trouve un
exemple des inconveniens que de tels mariages
peuvent produire dans Eufebia jeune Princeffe
qui époufa l'Empereur Conftantius qu'une fuite
d'infirmitez avoit prefque mis dans le trifte état
des Eunuques . Ce mariage ne fut pas heureux ,
la Princeffe tomba dans une trifteffe que rien ne
put diffiper, fa grande jeuneffe la fit refifter quelque
temps , mais comme une fleur qu'une trop
vive ardeur féche , la Princeffe tomba dans une
fiévre éthique & mourut. Dans la troifiéme
preuve de la premiere partie M. Dolincan fait
voir que les Loix , des Catholiques , des Calviniftes
& des Lutheriens, & enfin de tous les Pro
teftans , declarent - nuls ces fortes de mariages .
Dans la Communion Luth rienne on trouve un
1
GALANT. IS
exemple qui fait voir de la variation dans la doctrine
des Sectaires. Un Eunuque Italien , Chambellan
de l'Electeur de Saxe époufa une jeune fil
le qui n'ignoroit pas fon état non plus que fes
parens , qui nes'oppoferent pas à ce mariage ,
qui fit enfuite du bruit . L'Electeur confulta les
Theologiens qui fe partagerent fur ce fujet , &
dans cette incertiude l'Electeur foudainement
infpiré , prononça fur la validité du mariage ;
mais M. Dölincan traite cette décifion de l'Electeur
de fubreptice &' d'incompetente. Les réponfes
qu'on peut faire à fix des principales objectrons
enfaveur des Eunuques contre la rigueur
des Loix Civiles & Ecclefiaftiques, font le fonds
de la troifiéme partie de l'ouvrage de M. Dolin
can. Il détruit avec folidité la force fpecieufe
de ces objections , & il ferme la bouche à fes Adverfaires.
Je crois que la Relation que je vous envoye
vous paroîtta curieufe. Je vous parlai il y a quel
ques mois de ce qui enfait lefujet ; mais fi fuccinctement,
que tout ce que vous allez lire n'aura
rien que de nouveau pour vous . Je ne change
rien aux termes dans lefquels cette Relation a
été envoyée.Ainfi vous la devez regarder comme
ime chofe originale ..
Du Fort Royal de la Martinique le 2.1
Février 1708.'
Je vous envoye la Relation d'un voyage que j'a i
fait chez les Caraïbes de faint Vincent , à 30. on
35. lieues de la Martinique , avec M. Coullet , Chevalier
defaint Louis & Major pour le Roi en cette
Ifle. Ily a mené avec lui dix perfonnes en qualité
de Gentilshommes , dont j'étois du nombre. ce
voyage a été caufé par les avis que nous avons refu.
que ces Caraïbes étoient affociez avec les An-
Cij
MERCURE
glois pourfaire une defcente dans cette Ife , ce
que l'on craint beaucoup avec jufte raisons car ces.
Sauvages viennent la nuit à térre aux endroits de
Pife les plus écartez, & coulent leurs Pirogues.
bas ; & dans le temps qu'on n'y fonge pas , ils envoyent
des fleches , dont lorfqu'on en eft frapé parmalheur
, il n'y a aucune esperance d'en réchaper
Pour éviter de pareilles avantures , M. de Machault
General de l'ifle , ordonna á M. le Majord'y
aller pour les détourner de leur mauvais deffein,
leur faire des prefens qu'ils aiment beaucoup
M. Coullet ayant reçu fes ordres le 7. Novembre
1707. pour prendre tel bâtiment qu'il jugeroit à
propos pourfon voyage , alla chez M. l'intendant
où je l'accompagnai , pour lui , demander les chofes
neceffaires pour faire les prefens . M. l'Intendant
Laiffa ces achats à fa prudence , l'on travailla a
Les emballer. Il arriva le 26: du même mois à lai
rade du Fort faint Pierre une fregate de Saint Mala
, nommée le Marquis d'O, commandée par le
feur de la Ville- Foffelin qui alloit à Cartagene.
Ledit fieur Major , pour éviter les frais , engagea
ledit Capitaine de nous porter à Saint Vincent avec
nos domeftiques ; étant convenus avec lui , nous
fifmes fur le champ embarquer nos hardes , bagages
& marchandises , croyant faire route le même,
Joir ; mais l'arrivée de M. du Caffe qui commandoit
8. navires du Roi pour aller chercher les Galions
, retarda notre départ de deux jours.
Le 29. nous mimes à la voile, & nous filmes rou--
te à faint Vincent , où nous arrivâmes le 30. au
foir à minuit à trois lieuës fous le vent . M. le
Major donna ordre au Capitaine de mettre fa chaloupe
& Son canot à la mer ; il nous y fit embar
quer avec tout fon équipage , & nous arrivâmes .
à terre avec beaucoup de peine , la mer étant fi
que nous fumes fur le point de perir. Ilparut
rude
GALANT
une grande troupe de Sauvages fur le fable , & M.
le Major fe jetta en mer pour leur aller parler. Ils
firent d'abord de grands cris de joye en diſant, c'eſt
le Compere , le mot de compere chez eux veut
dire ami ; il faut fauver tout ce qu'ila , ce qui
fut fait fur le champ. Le tout étant hors de danger
, il renvoya la chaloupe & le canot à fon bord,
aprés quoi nous gardâmes nos équipages & nos
marchandifes jufqu'à ce qu'il eût été au Carbet du
Capitaine à Boe-Piaie , c'eft le lieu où ils s'affemblent
pour déliberer sur leurs entreprises . Piaie
eft celui d'entre eux quife mele de prophetifer ce
qui leur doit arriver , & qui aprés avoir plufieurs
fois tourné une Galbaffe qui eft pendue dans leur
Carbet qu'ils nomment faint Mefmin, il dit ce qu'il
Ini vient dans la pensée , & ils font affez fimples.
pour le croire. ) Ce Capitaine envoya fur le Champ
des Sauvages pour apporter tout notreBagage audit
Carbet , ce qui nous fit bien du plaifir à cause que.
nous avions grandfroid', les nuits dans les Antilles
tant trés-fraiches , & fur tout dans cette faifon
›mais par lefecours de quelques coups d'eau de vie
nous fumes bien-tôt réchaufez. Nous pendimes dans
le Carbet tous nos Amacs , ( ce sont les lits dans
lefquels on couche aux Ifles , & que l'on pend au:
plancher ) mais à peine eûmes- nous deux heures de
temps pour nous repofer , le jour étantprêt à pa-..
roitre lorfque nous nous couchâmes .
Le premier de Decembre M. le Major envoya des
Sauvages faire le tour de l'ifle afin d'avertir les
Capitaines de chaque Carbet de se rendre avec les
plus anciens pour y recevoir lesprefens que le compere
Coullet avoit à leur faire de la part de fon.
grand Roi. F'avois grand foin d'écrire tous leurs
noms à mesure qu'ils arrivoient , & M. le Major.
celui de les entretenir & de les bien faire boire &.
manger. Il ordonna le 4. jour que l'on ceffât de
18: MERCURE
leur donner de l'eau de vie ce qui furprit les Ca-`
raïbes & les Negres . ( Ces Negres fe font habituez
dans ceite Ifle par la perte d'un Navire qui venoit
de Guinée , & qui ont tant peuple , qu'il y a prefentement
beaucoup plus de Negres que de Caraibes.
) Quatre Caraibes & autant de Negres
d's Chefs , fe détacherent des autres pour venir
trouver M. le Major , & lui faire des plaintes
Sur ce qu'il avoit défendu qu'on leur donnát à
boire . Il leur répondit , qu'il les vouloit affembler
tous pour leur parler, ils fe trouverent
au nombre de 57. Capitaines tant Caraïbes que
Negres dans le Carbet. M. le Major , qui par la
longue habitude qu'il a euë avec enx , & qui fçachant
mieux que perfonne s'infinuer dans leur ef
prit, fe deshabilla , fe mit tout nud comme eux, &
fe fit rocouer. ( Les Caraïbes ont pour maxime de
Je peindre tous les matins le corps avec du Rocour
qui eft une peinture rouge qui fent fort mauvais
quand elle est nouvelle . Elle est tirée d'un arbre qui
croit dans les Antilles , elle est enfermée dans des
coques qui piquent comme celles d'un maron d'inde.)
M.le Major pour se faire roconer, fe fitpeindre
tout le corps par la main de la plus belle Caraïbeffe .
C'eft chez eux la coftume , &la marque la plus
fenfible par où l'on peut leur faire connoître que
Pon ne méprife pas leurs manieres, dont ils font fort
amateurs. En effet on a toujours remarqué que
c'eft te veritable moyen de fe les attirer. Dans ce .
rifible état il alla embraffer tous les Sauvages &
les Negres qui étoient dans l'Aſſembléè , après quoi
it leur adreffa le Difcours fuivant.
Mes Comperes , M. de Machaut General de la
Martinique , m'a envoyé vers vous pour vous
partager également les prefens qu'il veut vous
faire , & qui vous feront délivrez demain matina
avant l'eau de vie..
GALANT.
14
A ce mot de Prefens , ils poufferent de grands
cris de joye , en élevant leurs mains par deffus
leur tête , pour marquer leur reconnoiffance , &
Pon auroit plutôt pris ces cris pour des hurlemens
de loups , que pour des marques de remerciemens .
Mes Comperes , continua- t- il , je fuis informé
que les Anglois viennent en cette Iſle plûtôt
pour vous tromper que pour vous être fidéles ,
& qu'il y en a dans la Compagnie qui leur fourniffent
des bois pour la conftruction de leurs
Moulins à fucre ; que d'ailleurs plufieurs de
vous autres ont envoyé leurs enfans à la Barbade,
& que actuellement vous y en avez encore quatre.
Et enfe retournant vers les Capitaines Negres ,
il leur dit qu'ils y en avoient auffi envoyez : puis
s'adreffant au vieux Abel Pyaie , il lui dit , c'eſt
toi , mon Compere , qui montre les arbres aux
Anglois ; & comme c'eft toi , il faut pour reparer
ta faute que tu mettes le feu à tous les
bois qu'ils ont travaillez. Toute l'Affemblée con
clut qu'il falloit lui accorder la demande , & Sur
te champ le Capitaine Abel y mit lefeu , & brula
pour plus de 1oooo. livres de bois que les Anglois
avoient travaillé tant pour faire des Rouleaux de
Moulins • que pour bâtir. M. le Major leur perfuada
que pour conferver l'amitié des Français il
en falloit tuer un ou deux à coups de fléches , &
faire boucaner une de leurs mains & la porter à la
Martinique. Les Sauvages ne mangent point de
viande qu'ils ne l'ayent expofée à la fumée pendant
quelques jours , comme nous faisons en Europe
nos Fambons , & ils appellent cela Boucaner .)
Il ajouta qu'il ne falloit pas abfolument fouffrir
qu'ils mifent le pied dans leur 1fle , & il leur défendit
auffi d'en tuer plus , quand même ils en feroient
les Maitres ; mais bien de les lui amener vivaus
, leurpromettant de les récompenfer. Ils le
20
MERCURE

M.
Lui promirent tout d'une voix & Paffurerent
qu'ils lui tiendroient parole , & ils demanderent
qu'on leur renvoyât deux Sauvages qu'on retenoit
depuis long-temps esclaves à la Martinique.
le Major leur en donna fa parole , & il la tint
auffi-tot aprés fon retour. Ils nous dirent auffi qu'à
la chute de la Lune ( c'eft leur maniere de marquer
sles temps) ils devoient partir avec douze de leurs
Pirogues pour executer avec les Anglois , l'entreprise
qu'ils avoient concertée ensemble , qui
étoit d'aller faire une defcente à la Grenade
pour y tuer & maffacrer tout ce qui fe rencontreroit
, & enfuite venir à la Martinique , pour
y faire la même chofe . M. le Major leur perfuada
qu'il falloit étouffer cela , & il leur dit que les
François de la Grenade étoient gens à tout oublier
, auffi bien que ceux de la Martinique ;
ils y confentirent , & ils promirent de ne rien entreprendre
contr'eux . M. le Major les voyant
dans ces bons fentimens , leur demanda des Otages
pour les engager à tenir leurs promeffes , à condition
qu'il les feroit brûler tout vifs s'ils manquoient
de parole. Il confeilla aux Caraïbes de faire
avertir de tout ce qu'ils venoient de conclure , les
braves Comperes Negres , afin de leur prêterfecours
contre les Anglais , lorfqu'ils viendroient les cher
aberpour faire l'expedition de la Grenade & de la
Martinique. Un des Negres prit à l'inftant la parole
pour tous , & dit que lorsqu'ils feroient avertis
ils ne manqueroient pas de venir bien armez
leur donner tout le fecours poffible,, & qu'eux
feuls fuffiroient pour prendre leurs Chaloupes
fans que les Caraïbes y miffent feulement
les mains dautant qu'ils n'étoient que des
HACQUIN S. Hacquins veut dire en
leur langage , Lâches , Faineans , Avaricieux
,
c'est la plus grande injure qu'on leur puiſſe
dire
GALANT . 21
2.
dire. Les Caraïbes entendant cela n'oferent répondre
, attendu qu'ils craignent beaucoup les Negres
, qui font environ douze contre un Caraïbe.
Pendant ce Difcours il arriva trois à quatre cens
Negreffes , chargées comme des mulets de Caffave,
de Bananes. ( La Caffave eft une espece de galette
qu'ils font avec de la racine de Mayoc , qu'ils
cultivent trés-foigneufement, & qui leur tient lieu
de pain, la Binane eft un fruit long comme un
grand concombre , & à peu près de la même grof .
feur . ) L'Affemblée étant finie , M. le Major or
donna que Pon mit un Bari! d'Eau-de- vie dans leur
grande Jarre ( une Farre eft un grand Vafe de
terre propre à faire le Ouycous , qui eft une liqueur
compofée de Caffave avec de l'eau & plufieurs in--
grediens qu'ils laiffent aigrir ; cette liqueur enyore
beaucoup , ils burent tous de cette Eau- de-vie ,
& plufieurs s'enyvrerent , & la nuit ils fe batti--
rent à coups de coûteaux & à coups de fléches ; il·
yen eut beaucoup de tuez & plufieurs bleffez ,
du nombre defquels fut le Capitaine Madé , qui
reçut un coup de fléche au travers des deux cuiffes.
Le lendemain M. le Major fit affembler les Capitaines
& tous les chefs , les fit appeller à tour›
de rolle , pour leur donner à chacun.un chapeau ‚
deux baches , deux ferpes , dix-gros grains de crif
tal , deux rafoirs , deux calbaffes d'eau- de- vie ,
quatre aulnes de rubans , trois aulnes de toiles
deux livres de poudre à tirer . Ils furent tous fa
contens que leur joye alla au delà de tout ce que
Pon peut s'imaginer . Aprés que cette diftribution
eut étéfaite , M. le Major appercevant le faint
Mefmin qui étoit pendu au deffus de fa tête ( c'eft.
ine Calebaffe remplie de petites pierres comme les
jouets des petits enfans ) ilfe mit en devoir de le
fai e tourner comme le Pyate ; mais ils lui dirent »
Compere, va pas toucher la car. Maboya y em-
Fuin 1708.
D
MERCURE
porteroit toi , à quoi il leur répondit qu'il étoit
bon Pyaie , & que fi- tôt qu'il l'auroit fait tour
ner trois fois , il feroit venir Maboya ( MABOYA
veut dire le Diable ) ayant entendu cela
pour ne pointfaire trouver M. le Major menteur
je fortis du Carhet ; & ayant remarqué qu'il y
avoit derriere un grand Caffier qui portoit fes
branches fur la couverture qui étoit trouée en plufieurs
endroits , je montai par le moyen de cet ar
bre fur la couverture ; je me plaçai directement au
deffus de la tête du Pyaie Caraïbe ; & quand je
vis que M. le Major tournoit pour la troisième fois
le faint Mefmin , je laiffai tomber mon Cargouf
fier dans lequel il y avoit 16. Cargouffes avec les
balles für la tête du Pyaie que je lui caffai , ce que
voyant les Caraïbes , ils prirent tous la fuite , en
criant que le Compere Coullet étoit bon Pyaie. Ils
crurent tous que c'étoit effectivement Maboya qui
étoit tombéfur leur Pyaje ; & afin qu'ils en fuffent
mieux perfuadez, je pris le temps de leur fui-..
e pour defcendre en bas fans qu'ils me viſſent; leur
erreur panique étant paffée ils revinrent nous faire
reffouvenir que les Anglois devoient revenir
avec deux Navires au plein de la lune pour empor--
ter les bois qu'ils n'avoient pû emporter le premier
voyage, & que nous avions fait brûler , & leur
ramener 4. Caraibes avec les Negres qu'ils avoient .
à la Barbade , ce qui nous fit refoudre d'envoyer
un ordre par un exprés au Maître d'une Barque qui
étoit à 7 lieuës de nous , & qui faifoit fa charge
de Roche à Chaux , de nous venir trouver , ce..
qu'elle ne put faire qu'au bout de 3. jours. Dés
qu'elle fut mouillée nous nous embarquâmes avec
notre Bagage , nous fifmes route pour la Martimique,
où nous arrivâmes le 19. Decembre à 9. heu
res du matin. TIBERGET.
M.N... de Monthelon ( ou Mantholon ) Abbé
GALANT. 23
·
regulier de faint Sulpice, dans le Diocéfe de Belley
& de l'Ordre de Citeaux , eft mort dans fon
Abbaye dans un age fort avancé. Il étoit frere
aîné de M. de Monthelon , mort Premier Prefifident
du Parlement de Rouen ; il avoit un autre
frere qui fe noya en Bugey il y a plufieurs années
, & qui avoit beaucoup de merite , & une
four morte Religieufe dans l'Abbaye de Bons à
Belley , qui dépend de cellé de faint Sulpice.M..
l'Abbé de faint Sulpice étoit fort. eftimé de tous
ceux qui le connoiffoient, La regularité de fa
conduite , & les augmentations qu'il a faites
dans fon Abbaye , & qu'il a rendue par-là une
des plus confiderables de l'Ordre , rendront fa
memoire chere à fes fucceffeurs . Cet Abbé vivoit
d'une maniere fort noble ; il étoit Seigneur
de Machura qui dépend de faint Sulpice. Il y a
des vins trés-délicats dans cette Contrée , & qui
font fort recherchez par les Etrangers.
-3
.
Nicolas de Monthelon fut Avocat general du
Parlement de Dijon , & François I. fon fils fut
Prefident au Parlement de Paris , & Garde des
Sceaux de France dans le penultiéme Siècle.
Etienne de Monthelon fon ayeul , & pere de Nicolas
avoit époufé Marie de Gannay , foeur de
Jean , Chancelier de France , & de Germain ,
Evêque de Cahors , & enfuite d'Orleans ; & ce
Prélat qui aimoit beaucoup fon petit neveu , le
tira de Bourgogne , dont cette Famille eft origi
naire d'une maifon appellée Monthelon , & qui à
lui a donné fon nom ; &'il lui confeilla de s'atta,
cher au Parlement de Paris , où fon mérite & lạ :
probité lé firent beaucoup confiderer ; il com--
mença à exercer la profeffion d'Avocat , & dans
les années 1522. & 1523 il eut la generofité defe
charger de la caufe de Charles de Bourbon ,
Connêtable de France , contre Louife de Sayove
14
MERCURE
mere du Roi François I. Ce Monarque qui fe
trouva incognito à ce Plaidoyé , fut fi touché de
Féloquence & du merite de M de Monthelon ,
que quoi qu'il eût foûtenu des interêts contraires
à ceux de la Ducheffe fa mere , il le fit Avocat
general du Parlement de Paris , & il l'éleva
enfuite aux autres Dignitez dont je viens de
parler. François II. du nom fon fils , & Seigneur
d'Aubervilliers aprés fon pere , ayant été
long- temps fimple Avocat , fut élevé par Henry
III. à la Dignité de Garde des Sceaux ; & aprés
la mort de ce Prince il les remit au Cardinal de
Vendôme en 1569. & il mourut à Tours l'année
fuivanté .
- Avant ceux dont je viens de parler , Jean de
Monthelon , Docteur de Sorbonne fut Secretaired'Etat
de Philippe le Hardi , & de Jean fans
Peur Ducs de Bourgogne. Les Hiftoriens l'ont
fort celebré . Charles de Monthelon Chevalier
de Malthe fe fignala pour le fervice de fon Ordre,
fous le Grand- Maître d'Aubuffon fon oncle mas
ternel, Henry Pantaleon ; dans fon Hiftoire des
Chevaliers de l'Ordre de faint Jean de Jerufalem
parle trés- avantageufement de Charles de
Monthelon , & il n'eft pas le feul qui dife qu'il
contribua beaucoup à faire lever le Siege que
Mahomet II. mit devant Rhodes en 1480. Jean
de Monthelon , Docteur en Droit & Chanoine
regulier de faint Victor de Paris étoit fils de
François I. Garde des Sceaux ; il fut l'Auteur
du
Promptuarium , ou Breviarium divini Furis
utriufque humani que Henry Etienne imprima
en 1580 ; en deux volumes . Pierre de Monthelon
, Docteur & Profeffeur de Sorbonne ,
Chanoine de Laon & mort en 1596. fut fort celebre
par fa Doctrine. Jacques de Monthelon ,
fameux Avocat a donné un excellent Recueil
d'Arrêts ;
1
GALANT.
Arrêts ; il mourut en 1622. François de Monthelon
, Confeiller d'Etat des Rois Henry IIIHenry
IV. & Louis XIII . mourut en 1626. aprés
avoir fondé la maiſon des Peres de l'Oratoire à
Notre Dame des Vertus . On prétend qu'il y a
eu un Guillaume de Monthelon Cardinal fous
ClementVI . mais je n'ofe l'affurer , les preuves
n'en étant pas bien certaines , & d'ailleurs cette
mailon ayant été remplie de tant d'Honneurs &
de Dignitez , qu'elle n'a pas besoin pour être
illuftrée de fiations ou de faits douteux ; je
dois feulement faire remarquer qu'elle s'eft longtemps
diftinguée dans la profeffion des Armes ,
avant de prendre le parti de la Robe , & qu'outre
la branche de Monthelon d'Aubervilliers ,
dont feu M.le Premier Prefident de Rouen étoit
Chef ; il y en a encore une dont eft Chet , Mef
fire Mathieu de Monthelon Confeiller au Châ
telet, pere de M. Monthelon Confeiller au grand
Confeil . Cette branche fe forma en la perfonne
de Jerôme de Monthelon, Sieur de Perrouffeaux,
Confeiller au Parlement , ze. fils de François I.
de ce nom , Garde des Sceaux , & enfuite Confeiller
d'Etat , & Intendant de Justice à Orleans
. Il mourut en 1618. & laiffa de Magdelai
ne de Bragelogne Guillaume dont je vais parler.
Jerôme Maître d'Hôtel ordinaire de la Reine
Marie de Medicis , pere d'un Confeiller de la
Cour des Aides de Rouen , & Magdeleine, femme
de Denis Palluau , d'où eft venu feu M. de
Palluau , mort Doyen du Parlement , & pere de
feu M. le Marquis de Palluau , Maréchal de
Camp. Guillaume qui étoit l'aîné fut Confeiller
au Parlement , & pere de Jerôme, Maître des
Comptes , qui a laiffé pofterité , & de Guillaume
Subftitut de M. le Procureur General , que
aufli laiffé pofterité.
Juin 1798,
B
MERCURE
Feu M. le premier Prefident de Rouen a laiffé,
des enfans de Marie- Anne de la Guillaumie
morté en 1694. fçavoir Charles François de
Monthelon 2. du nom , qui fait fes exercices à
' Academie , & quatre filles , dont trois font
Religieufes . Ce Magiftrat avoit épousé en ſecondes
noces en 1790. Marie- Magdeleine de Canonville
, Dame de Grofmeinil , yeuve de M.
le Baron d'Efneval , Vidame de Normandie, Ambaffadeur
en Portugal & enfuite en Pologne.
Cette Dame eft petite fille d'Anne- Françoife de
Lomenie , feconde femme de M. , le Chancelier,
Boucherat . Feu M. de Monthelon fut reçû Confeiller
au Grand Confeil en 1679. & premier
Prefident de Rouen en 1691. Il eft mort en 1793 .
Il étoit fils de même que M. l'Abbé de faint
Sulpice, de François de Monthelon III. du nom,
qui aprés avoir exercé pendant vingt- fept ans
la Profeffion d'Avocat avec beaucoup d'honneur,
fut honoré du Brevet de Confeiller d'Etat en
1645. & de Dame Marie Lannier. Ce François.
étoit fils de Jean auffi Confeiller d'Etat , & petit-
fils du fecond Garde des Sceaux de cette maj
fon , & de Genevieve, Chartier , d'une famille
qui fubfifte encore à Paris , en la perfonne d'un
fameux Avocat de ce nom.
L'Abbaye de faint Sulpice a été fondée parAmé
II. du nom & premier Comte de Sayoye , Seigneur
deBugey, qui avoit fait vou de fonder une
Abbaye dans les Etats pour avoir lignée . Enſuite
de ce you il eut un fils appellé Humbert;mais
ce jeune Prince étant tombé malade , & Amé
craignant de le perdre faute d'avoir accompli fon
voeu , il fit batir & fonda l'Abbaye de faint Sulpice
à la perfuafion de la. Comteffe de Savoye fa
femme. Cette Abbaye eft la fixiéme fille de celle
de Pontigny ; & les Hiftoriens rapportent
GALANT. 27
qu'en fr3o . quinze Religieux de l'Ordre de Cîteaux
& Bernard leur Superieur allerent dans les
montagnes de Bugey par la permiffion d'Hugues,
Abbé de Pontigny , dans le deffein d'y mener une
vie pénitente & plus auftere que celle de Pontigny
, & ils établirent l'Abbaye de faint Sulpice.
L'Abbaye de Chaffagne en Breffe , poffedée
par M. Pajot Confeiller Clerc au Parlement , &
celle de Bons , qui eft une Abbaye de Filles en
dépendent. L'Abbaye de Fálcera en Tofcane , au
Diocéfe de Civita- Caftellana en dépendoit autrefois
, parce qu'environ l'an 1143 , elle avoit
été fondée par les Abbez de faint Sulpice. Nicolas
le Goux de la Berchere , oncle de M. l'Archevêque
de Narbonne , étoit predeceffeur immediat
de Made Monthelon. Dom Demonjournal
à qui le Roi vient de donner cette Abbaye ,
comme vous verrez dans la fuite , a un frere dans
POrdre de Cîteaux , qui y eft trés -eſtimé .
Meffire François Joifel , Prêtre , Docteur de
la Faculté de Theologie de Paris , Doyen de la
même Faculté , Seigneur de Douy & de la Ra
mée , eft mort âgé de 90. ans. Il avoit toûjours
été fort zelé pour la faine Do&rine ; il fit mêne
dans le temps des grand mouvemens qu'exciterent
en France les queftions de la Grace , un
voyage à Rome , pour y défendre la bonne cau
fe. Il étoit bon Theologien , & il avoit une éloquence
naturelle , qui faifoit beaucoup de
plaifir à tous ceux qui l'entendoient parler dans
les 'Affemblées de la Faculté . Sa Latinité étoit
pure & digne du fiecle d'Augufte , & perfonne
ne parloit plus aifément que lui fur le champ ,
& fur toutes fortes de fujets . Il étoit exact pour
l'obfervation de la difcipline , & rien ne pouvoit
l'obliger d'en rien relâcher. Il avoit été Cha
moine de Meaux . Meffie Jean- François Joifel
:
E ij
MERCURE
Sieur de Juilly , Coufeiller du Roi & Maitre
ordinaire en fa Chambre des Comptes , eft fon
Reveu. Ils font d'une ancienne famille de Paris, qui
a donné plufieurs Officiers aux Cours Superieu
res de cette ville.M .Joifel a été porté à laParoiffe
de faint Nicolas du Chardonnet , fur laquelle ik
demeuroit. Toute la Faculté de Theologie affif
ta à fon Convois les Docteurs étoient en fourrure.
Le corps de ce Docteur a enfuite été por .
té à fa Terre , où il a ſouhaité d'être enterré.

M. de la Roque , Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , Sous- Doyen de là même Fa
culté , & ci-devant Theologal de- PEglife de
Meaux , a fuccedé à M› Joifel , & il eft devenu
par cette mort Doyen de la Faculté . H fit une
Harangue latine à fon inſtallation dans cette
dignité , felon l'ufage , le premier de ce mois,
dans l'Affemblée des Docteurs. Ce Difcours qui
fut trés- beau roula en partie fur l'éloge de la
Faculté ; il parla de fon antiquité , de fa feverité
dans fes exercices , & des grands homines,
qu'elle a produits . Il parla enfuite des devoirs.
d'un Doyen , & de l'attention qu'il doit avoir,
pour l'obfervation des Loix de la Faculté ; il s'étendit
beaucoup fur ce fujet , &, fit voir que
fans la pratique rigoureufe de ces Loix la répu
tation de la Faculté de Paris ne fe foûtiendroit
pas long- temps, & qu'elle ne fera celebre qu'autant
qu'elle fera obferver rigoureufement fes
Statuts. A cette occafion il parla du relâchement
où étoient tombez les plus grands établiffemens ,
parce que l'on n'avoit pas été ferme dans la pratique
de leurs Statuts & de leurs Loix, Ce Dif
cours reçut de grands applaudiffemens ; & quoi
que M. de la Rocque foit Doyen , c'est-à -dire, le
plus ancien Docteur de la Faculté de Theologie
de Paris , il le prononça avec beaucoup de force.
GALANT.
la le talent de la parole ; il prêche avec fuccés;
& l'on ne peut avoir plus de zele qu'il ena pour
fan&ification des ames. la
Je paffe à l'Article des Benefices donnez par Te
Roi dans la derniere Promotion ; le nombre en
eft grand , quoi qu'il n'y ait point d'Evêchez.
Comme j'ai à vous parler de plufieurs Abbayes
données , je ne repeterai point au commencement
de chaque Article , les mots de le Roi a
donné telle Abbaye , ou pourvu de telle Abbaye ,
c. & le premier mot de donné fervira pour tous
les autres par lefquels j'aurois dû commencer
chaque Article.
& %
Le Roi a donné l'Abbaye de Saint Jean de Falaife
, Diocéfe de Seez à M: l'Abbé de Saint
Aulaire , Chanoine & Grand Vicaire de Perigueux.
Il eft Docteur en Droit de la Faculté de
Paris, & il a été élevé dans le Seminaire de Si
Magloire. Il joint à un merite generalement reconnu
une naiffance diftinguée. La maifon de
Beaupoil dont il eft, originaire eft de Bretagne ,-
où elle étoit déja trés - considerable dans le qua
torziéme ficcle , puifque Yves de Beaupoil ,
Chevalier , prit le parti de Charles de Blois ,
Duc de Bretagne , contre Jean de Montfort , &
aprés la mort de Charles tué à la Bataille d'A
vray en 1364. il fe retira auprés du Roi Charles
V. qui fit fa Paix avec Jean de Montfort alors
Duc de Bretagne. François de Beaupoil , Seigneur
de Saint Aulaire , un de fes petits fils fut
grand Panetier des Rois François I. & Henry
II. & fut Chevalier de l'Ordre du Roi. Germain
fon fils fut auff Chevalier de l'Ordre & Gentilhomme
ordinaire de la Ghambre du Roi Charles
IX. Il y a trois branches de cette maison : fçavoir
, celle de M. le Marquis de Saint - Aulaire
Lieutenant General de Limofin , frere de M, l'E39
MERCURE
vêque de Tulles , & de l'Academie Françoife
celle du nouvel Abbé ; & celle de M. le Mar
quis de Lanmary , grand Echanfon de France.
L'Abbaye de Quincy à M. l'Abbé Baftide ,
Aumônier des Pages de Sa Majefté . M. l'Abbé
Baftide eft Chapelain du Château de Brie Comte-
Robert & Chanoine de S.. Omer . Il s'eft tou
jours fort attaché aux fonctions de fon minifte
re , & il les a toujours remplies avec beaucoup
d'exactitude. L'Abbaye de Quincy eft trés - ans
cienne & fort celebre dans l'Hiftoire : M. l'Abbéde
Malmicffe à qui M Baftide fuccede , étoit
d'une trés ancienne maifon qui a donné dans le
deruier fiecle un Evêque à l'Eglife de Conferans
en Bearn. L'Abbaye de Quincy a été poffedée
par d'autres perfonnes d'un grand merite & d'une
vertu qui a édifié l'Eglife , fur tout dans le
quinziéme & dans le feizième fiecle , où les Ab
bez & les Religieux de Quincy fe diftinguerent
de leurs voifins par une regularité & une reforme
rare dans ces fiècles là:
L'Abbaye de Meimao à M. l'Abbé de Rochette
Grand Vicaire de Clermon . Cette Abbaye a été
long-temps poffedée par M. l'Abbé de Mechatin
Comte de Lyon & frere de M. l'Evêque de Gap,
& en dernier lieu par M. Tourncly Docteur &
Profeffeur de Sorbonne . M. l'Abbé de Rochetté
à qui le Roi vient de la donner , joint à une naif
fance fort diftinguée un merite & une pieté qui le
rendent digne des premieres dignitez ; il eft trésbon
Theologien. Il a étudié dans les fources ,
& il s'eft fait dés fa plus tendre jeunette une
étude particuliere des faints Peres ; & il les a
liis avec tant de foin , qu'il n'y a prefque point
de paffage dans leurs écrits un peu important
qu'il ne fcache par cour
GALANT. 31
Le Prieuré de Bellamcombe à M. l'Abbé de
Morlet . Ce Prieuré eft fort ancien & a produit
degrands Sujets. Un Religieux de ce Prieuré
brilla fort dans le Concile de Conftance lorsqu'il
y traita de l'affaire de Jean Hus & de Jerôme
de Prague ; fon zele y fut remarqué , & les Peres
lui en firent des remerciemens . Il avoit fuivi
à ce Concile fon General qui n'y brilla pas moins.
M. l'Abbé de Morlet qui vient d'avoir ce Prieuré
, s'eft diftingué dans le monde par les talens .
Il eft trés- verfé dans la connoiffance des Langues,'
& il fçait parfaitement l'Ecriture fainte . Il s'eft
appliqué à cette étude depuis fa plus grande
jeunelle , perfuadé que de celle là dépend le
Luccés de toutes les autres. Ce nouvel Abbé eſt
d'une naiffance confiderable . Il eft allié à toutes
les meilleures familles de Picardie , où Meffieurs
de Morlet étoient déja connus dans le penultiéme
ficcle . Cette famille a donné de grands fujets
àl'Ordre de faint Benoît & à celui de faint Auguftin
.
L'Abbaye de faint Sulpice Ordre de Câteaux ,
Diocéfe de Bellay , à Dom Monjournal Docteur
de Sorbonne & Profeffeur en Theologie au College
des Bernardins de Paris. Ce Religieux eft le
quarante-deuxième Abbé de faint Sulpice depuis
Bernard qui en fut le premier Abbé , & qui
mourut en 1135. ainfi qu'il eft porté par la Carte
de la Fondation. Ce Bernard a eu dilluftres fuçceffeurs.
David quatorziéme Abbé fut Vicaire
gencral de Berlio d'Amefin Evêque de Bellay en
1272. & un de grands Theologiens de fon temps .
Bernard des Echelles vingt- deuxième Abbé ne
fut pas moins habile ; il alfocia Jean d'Oncieux
Chevalier , Seigneur de Douvres , & Alix fa
femme aux prieres de la maifon de faint Sulpice.
Jean d'Argit fon fucceffeur obtint d'Amé Va
32 MERCURE
Comte de Savoye , & furnommé le Comte Vert,
la haute, moyenne, & baffe Juftice de l'Abbaye
de faint Sulpice. Jacques de Moyria Abbé de
Hautecombé fut le vingt-fixiéme Abbé de faint
Sulpice. Pierre d'Efcrivieux fut le vingt-feptiéme
Abbé & un des plus grands Geometres de fon
temps. Pierre de Mornicu d'une famille quifubfifte
en Bugey dans la perfonne de M. de Gra
mond, fut le trente-quatrième. On voit dans
le Recueil des Epîtres d'Erafme deux Lettres
qu'il écrivit à cet Abbé , & qui font voir l'eftiane
qu'il en faifoit. Jean de Belmont fut le trentefixiéme.
Gafpard & Louis Dinet Evêques de
Mâcon furent fes fucceffeurs. Pierre Nivelle ,
puis Abbé de Câteaux & Evêque de Luçon leur
fucceda , & à celui-ci M. de la Berchere . Dom
Monjournal eft un des plus fçavans hommes de
L'Ordre de Câteaux fa reputation y eft fort .
grande.
Celle de Marcilly à Dom d'Houdreville qui
eft trés-eftimé fa par vertu & par fa capacité encore
plus que par fa naiffance , quoiqu'elle foit
trés- conſiderable. Il a exercé dans fon Ordre ,
qui eft celui de Câteaux , des emplois qui prouvent
que fes Superieurs l'eftiment beaucoup . M.
l'Abbé de Citeaux a une grande confiance en
lui , & il lui en a donné des marques en plufieurs
occafions. L'Abbaye de Marcilly eft dans
le Diocéfe d'Autun . Elle eft fort ancienne , &
elle a donné à l'Eglife des Solitaires qui l'ont édifiée
par leur picté & par la pratique exacte des
vertus religieufes . Cette Communauté eft remplie
de beaucoup de perfonnes de diftinction da
Duché de Bourgogne
.
Celle de Montier-neuf , fituée dans la Ville
de Poitiers , de l'Ordre de faint Benoît , à Dom
du Poirier de Vallois Religieux du même Ordre
C's
GALANT
$38
C'eft un homme de qualité qui tient par fa famille
aux meilleures maifons de l'Anjou & de la
Touraine. Il eft parent de M. le Marquis de R
Gilly Sous- Gouverneur de Meffeigneurs les Prin
ces , fort connu par fa picté , par fa probité &
par fa prudence , qui ne laiffe rien à defirer. Cet
Abbé a prêché avec beaucoup de fçavoir &
d'onction. Il s'eft appliqué à l'étude des Conciles
& de la Difcipline de l Eglife , où il a fait de
grands progrés , ce qui lui a été d'un grand fe
cours pour les controverfes , où il s'eft appli
qué pendant plufieurs années par ordre de la
Cour.
Comme l'Abbaye de Montier-neuf tient un des
premiers rangs dans l'Univerfité de Poitiers , &
que cette Abbaye eft fort confiderable , tant par
fes beaux privileges & par les benefices qui en
dépendent , que par les Religieux de cette maifon
qui font prefque tous de maifons diftin
guées , le Roi a fait un choix qui a été fort ap,
plaudi en nommant pour remplir cette place M.
Abbé du Poirier de Vallois, qui unit en fa perfonne
la naiffance , la pieté & les belles Lettres
il eft frere du R. P. Poirier Jefuite , qui a été
long- temps Principal au College de la Flèche .
L'Abbaye de Montier-neuf eft une des plus anciennes
de France . Elle étoit déja fort confiderable
fous les Rois Jean & Charles V. fon fils, qui
y firent l'un & l'autre divers pelerinages.
La Coadjutorerie de Lieflis à Dom Agapite
d'Ambrine. Ce Religieux eft fort confideré dans
fon Ordre , plus encore par fon efprit & par fon
merite que par fa nailfance , qui eft cependant .
trés -confiderable , puifqu'il eft allié aux meik
leures maifons de Poitou & de Picardie. Il eft
trés-habile Theologien , & il s'eft fort diftingué
dans le cours de fes études , où il s'eft attiré une
eftime generale. F
34 MER CURE
L'Abbaye du Pré , au Mans , à Madame Marie-
Claire de Beringhen , fille de Meffire Jacques-
Louis Marquis de Beringhen , Chevalier des Or
dres du Roi , Comte de Châteauneuf , premier
Ecuyer de la petite Ecurie , & Gouverneur des
Citadelles de Marſeille. Je vous ai plufieurs fois
parlé de cette maifon fur de trés-bons memoires..
Ainfije ne vous en dirai pas davantage aujourd'hui
. Perfonne n'ignore que feu M. de Beringhen
, grand pere de la nouvelle Abbeffe , étoit :
d'une fageffe fi reconnue , qu'il étoit generalement
regardé comme le Caton de fon temps.
Le pere de cette Abbeffe marche fur fes traces
& il fuffit de le nommer pour donner auffi- tôt
une idée d'un homme prudent & fage . La mere
de cette Abbeffe eft fille de feu M. le Duc d'Aumont
, qui avoit épousé N. le Tellier , fil
le du Chancelier de ce nom . M. le Marquis de
Beringhen , frere de la nouvelle Abbeffe , qui az
époufé Mademoiſelle de Beaumanoir- Lavardin ,
dont l'efprit répond à la valeur , s'eft fort diftingué
dans le fervice dans un âge peu avancé..
La nouvelle Abbeffe a auffi une foeur qui a é→
poufé M. de Vaffé . Le fang dont cette Abbeffe
eft fortie doit fuffire pour faire connoître les
vertus dont elle eft ornée , & qu'elle remplit dignement
tous les devoirs de la Profeffion qu'elle .
a embraffée. L'Abbaye du Pré a été poffedée
pendant plufieurs années , par Dame Catherine ..
Marie d'Aumont , four de feu M. le Duc d'Aumont
& de Madame la Comteffe de Broglio..
C'étoit une Dame d'une trés- grande, vertu.
."
Celle des Olives à Madame de Sucet de Va ..
lois . Cette Dame cft d'une trés - grande naiffan
cs. Sa maifon eft originaire de Bretagne , oùˆ
elle étoit déja confiderable fous François . II.
dernier Duc de Bretagne , & pere de la Reine
GALANT. 35
Anne époufe des Rois Charles VIII. & Louis
XII . Le dernier de ces Princes eut beaucoup de
confiance en un Chevalier de Sucet , qu'il avoit
connu en Bretagne pendant qu'il y étoit , &
lorfqu'il fut fait prifonnier par l'Armée du Roi
Charles VIII . auquel il fucceda quelque temps
aprés. L'Abbeffe qui donne lieu à cet Article eft
de l'Ordre de Saint Benoît , & elle joint à l'éclat
de fa naiffance de grands talens pour la con- .
duite d'une Maiſon Religieufe. Elle a exercé
avec applaudiffement les principales charges de
fa Communauté , & elle s'y eft acquife l'amitié
de toutes les perfonnes qui ont été foûmifes a
fes ordres..
Celle des Clairets , à Madame Elifabeth de
Chavigny. Cette Dame étoit Religieufe dans
la même Abbaye , où elle a donné de grands
exemples de vertu . Elle eft fille d'Armand-Leon
la Boutillier , Comte de Chavigny , Seigneur
de Pons ; & d'Elifabeth Boffuet , & elle eft
four d'Armand-Victor Comte de Chavigny ,"
Capitaine de Vaiffeau ; de Claude-François Colonel
du Regiment d'Auvergne , mort en 1703.
de Louis , Colonel du Regiment de Quercy ; de
Denis , Evêque de Troyes ; & elle eft niéce de
François , ancien Evêque de Troyes ; de Gafton
Jean- Baptifte , Marquis de Chavigny , Briga--
dier des Armées du Roi , & Colonel du Regiment
de Piémont ; & de Jacques - Leon , Confeiller
honoraire au Parlement de Paris ; de-
Louis & de Gilbert - Antoine Chevalier de.:
Malte , & de Madame la Maréchale de Clairambault.
2
Celle de Bival à Madame du Fours de Ruiffe
ry; cette Dame eft d'une ancienne Famille originaire
du Foreft dans le Gouvernement du
Lyonnois ; elle eft alliée à la maifon de. Verdun,
36 MERCURE
& à celle de Tournon , qui font les plus illuftres
de ces Provinces . La nouvelle Abbeffe a donné
des marques de fa prudence & de fon habileté
dans les charges qu'elle a exercées dans fa Communauté.
Feue Madame l'Abbeffe de Bival a
fouvent dit en parlant d'elle , que perfonne ne
pouvoit mieux remplir un jour fa place que Madaine
du Fours. La Communauté de Bival a
donné des marques éclatantes de la fatisfaction
qu'elle avoit du choix du Roi par les réjouiffances
qu'elle a faites à l'occafion de cette nomination
. Cette Abbaye eſt en Normandie. Ma
dame du Fours eft parente d'un Abbé de ce nom
de l'Ordre de Premontré.
La ferment de fidelité de l'Eglife de Tournay
à M. l'Abbé de Muyn , Docteur de Sorbonne ,
& Grand Vicaire de Tournay ; il eft fils de feu
M. de Muyn Intendant de Rochefort , & frere
de Meffire Jean-Antoine Lucas de Muyn , Confeiller
en la feconde Chambre des Enquêtes ; &
de M. de Muyn , qui fert dans la Marine depuis
plufieurs années avec beaucoup de diftinction ;
cet Abbé eft auffi frere du General de l'Ordre de
Premontré , auffi Docteur de Sorbonne . La Famille
de M..Lucas eft fort ancienne dans le Par
lement de Paris .
.
Le ferment de fidelité de l'Eglife d'Aixà M.
l'Abbé de Forbin , dont le merite & la pieté
font connus . Il eft d'une branche cadette de la
maifon de Janfon Meffire Charles - Gafpard-
Guillaume de Vintimille du Luc des Vicomtes
de Marfeille , à prefent Archevêque d'Aix , eft
proche parent de M. de Forbin , étant petit fils
d'une Janfon. Cette maiſon eft trés - ancienne &
trés -illuftrée . Le celebre Palamede de Forbin
qui fut premier Prefident du Parlement d'Aix
Gouverneur de Provence a fait beaucoup d'hon
2
8g
neur
ANT
eur à cette maifon , & il a jetté les fondemens
de la grandeur dont elle brillé aujourd'ui. Il y a
plufieurs branches de cette maifon , & elles ont
toutes produit des perfonnes de valeur & de merite.
Le nom de Forbin-Janfon étoit déja connu
fous le regne du Roi Jean , & ceux qui le portoient
étoient dans une grande confideration à la
Cour. Un Janfon fe diftingua à la Bataille de
Poitiers , où ce Monarque fut fait prifonnier
par le Prince de Galles fils du Roi Edouard , &
que l'on furnommoit le Prince Noir ; il y donna
de grandes marques de fa valeur .
Et l'Archidiaconé de l'Eglife de Conferans
M. l'Abbé Defaugis , qui eft un . Ecclefiaftique
auffi diftingué par la vertu & par fon merite ,
que par fa naiffance ; fa Famille eft originaire
de Languedoc , & elle a formé diverfes branches
, qui toutes ont produit des perfonnes d'un
grand merite. Celui qui fait le fujet de cet arti
cle fournit en la perfonne une preuve de l'artention
que le Roi apporte dans le choix qu'il fait
des fujets qui doivent être employez au ſervice
de l'Eglifeil eft bon Theologien , & il joint
la connoiffance qu'il a des Queftions les plus épineufes
qui regardent la Religion , de grandes
Tumieres fur le gouvernement Ecclefiaftique , if
a paffé une partie de fa vie dans les Seminaires.
J'ai oublié de vous parler du ferment de fide
lité de Noyon que le Roi donna il y a déja quel
que temps à M. l'Abbé Cachet , Chanoine de
la Collegiale de Trevoux dans le Diocéfe de
Lion. Cet Abbé eft Bachelier de la Faculté de
Theologie de Paris , & Docteuren Droit de le
Faculté de la même Ville ; il eftfort fçavant , &
fes lumieres ne font point bornées à la connoiffance
de la Theologie & du Droit , il est auth
Fuin 1798
bon Geometre & grand Mathematicien ; il eſt
parent de M. Cachet de Montezan , ci - devant
Prevôt des Marchands de Lion , & premier Prefident
du Parlement de Dombes .
Je dois ajouter ici que lorfque je vous ai parlé
de la nomination de M. , P'Abbé du Puget à
l'Evêché de Digne , je vous ai dit que fon pere
Prefident à Mortier du Parlement de Toulouſe
avoit eu fa Charge de M. de Montauron ; mais
ce fut fon ayeul Jacques Ju Puget , Seigneur de
faint André , Confeiller.& depuis Prefident à
Mortier du même Parlement , qui acheta de lui
cette Charge ; il étoit fils de François du Puget
, Seigneur de la Baftide ; & de N .. de S.
André , le même qui ayant été député en Cour
par la ville de Touloufe en 1587. demanda au
Roi Henri III. P'Amiral de Joyeuse pour Gouverneur
du Languedoc . M. , l'Abbé du Puget a
fon frere aîné Prefident à Mortier ; les autres
font , M. du Puget Lieutenant de Roi au Neuf-
Brifac , & ci-devant commandant un Bataillon
du Regiment du Roi ; M. du Puget , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Capitaine
dans le même Regiment , & deux Chevaliers
de Malthe , l'un ci-devant Enfeigne des Galeres
du Roi , retiré depuis long temps à Malthe , &
Pautre Lieutenant Colonel du Regiment de Dragons
de S. Chaumont ; fes trois autres freres
morts dans le Service font , un Capitaine du
Regiment de Dragons du vieux Languedoc ,
mort en Catalogue ; un Lieutenant dans le Regiment
de Navarre , tué à l'âge de 17. ans au
Siege de Luxembourg ; & un Capitaine du Regument
du Roi, mort à la Bataille de Nerwinde .
Cette Maifon a été autrefois trés confiderable
& fort connue en Provence fous les noms du
Paget , de S. Alban , & de Bals ; mais ruinge
·
-
GALANT 39
dans les Revolutions de cette Province , & du
Comté de Nice. Il paroît par les Titres & dans
les Ecrits de plufieurs Hiftoriens qu'elle fe retira
en Languedoc environ l'an 1427. où elle fubfifte
encore fous les mêmes noms du Puget & de S.
Alban , & a fait les branches des Seigneurs de S.
André , Ayculs de M. l'Abbé du Puget ; de la
Serre , établie depuis dans les Pays-bas ; de la
Marche dans l'Ile de France ; & c'eſt de celle- ci
qu'étoit iffu Made Montauron dont j'ai parlé au
commencement de cet article , & celle de Pomeufe
en Brie , éteinte depuis en la perfonne
d'Etienne du Puget Evêque de Marfeille decedé
en 1668. Toute cette Maifon a toûjours fervi
avec diſtinction , & il y'a encore plufieurs Offi
ciers dans les Armées de S. M. qui en font iffus.
1
Si vous fouhaitez fçavoir ce qui a été écrit de
plus furprenant , de plus admirable , de plus
extraordinaire & de plus prodigieux par les Na
turaliftes les Hiftoriens & les Voyageurs fur
les chofes naturelles ; fur les Coûtumes , fur les
Ufages & fur les opinions , vous l'apprendrez
dans un Livre nouveau qui paroît ici depuis
quelque temps , & qui autant que j'en puis
juger par le grand débit qui s'en fait , doit fatisfaire
votre curiofité . Il eft intitulé Mital , on
Avantures incroyables , & toutefois , & cætera,
& il fe vend chez Charles le Clerc , Quai des.
Auguftins , du côté du Pont Saint Michel , à la
Toifon d'or . Tout eft nouveau dans cet Ouvrage;
il eft unique dans fon efpece , dans fon projet
dans fon deffein , & dans fon execution. Il contient
une diverfité fort amufante ; on y trouve
un mélange d'enjouement & de ferieux , qui en
rend la lecture fort agreable. Ne vous fatiguez
point , croyez-moi , comme beaucoup d'autres ,
pour y trouver des explications misterieufes ; i!
Gij
MERCURE
n'y en a point d'autre dans le deffein de l'Auteur,
que celle qu'on peut tirer de ce que je vous ai
dit au commencement de cet article ; puifque
c'eftun jeu fur ce que bien des gens nous ont
laiffé par écrit de plus bifarre , de plus merveilleux
& de plus incroyable . On en promer
une clef , dont je vous ferai part auffitôt qu'elle
paroîtra ; je vous dirai cependant que le file dece
livre eft fort aifé , qu'on y trouve en plufieurs
endroits un fel répandu fort à propos , qui
donne beaucoup de goût pour ce qu'ồn lit ; auffi¨
cet ouvrage eft - il d'un homme qui en a donné
plufieurs au public , qui les a trés-bien reçus ..
Je vous envoye l'article fuivant de la mêmemaniere
que je l'ai reçu.
Une Dame des amie's de Madame la Prefidente”.
de Croifmare étant à une Terre de M. le Marquis
de Braque , nommée la Cave , proche Chantilli ,
trouva en révant feule , fe promenant vers la
fin de l'Automne dernier , une fleur blanchâtre qui
ne paroit que dans ce temps qui ressemble affez
à des cheveux blancs , ou à une barbe blanche , ce
qui donna l'idée à la Dame de feindre l'Histoire ci
jointe ; elle fe propofa de l'envoyer en bouquet à
Madame la Prefidente de Croifmare le jour defa
Fête , Dame d'un caractere aimable , & qui attire
par fes manieres charmantes tout ce qu'ily a de
gens de merite & d'esprit.
GALANT.
2
A MADA ME
LA
PRESIDENTE
41
DE
CROISMARE ,
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fla
naine
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au tombeau
cover aans ces lieux écartez.
ce Monfieur était un vieux Faune ,.
Qui depuis trés - long-temps babite les Forêts.
Sa barbe avoit bien prés d'une aune .
Il venoit la frifer dans les taillis fecrets ,
Et débarbouiller fon teint jaune.
Fe crus qu'aprés ce tendre aveu , -
Il m'accorderoit ma demande.
Fe le tentai difant , votre barbe eft trop grande
MERCURE
n'y en a point d'autre dans le deffein de l'Auteur,
que celle qu'on peut tirer de ce que je vous ai
dit au commencement de cet articles puifque
c'eft un jeu fur ce que bien des gens nous ont
laiffé par écrit de plus bifarre , de plus merveilleux
& de plus incroyable. On en promer
från an'elle...
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GALANT.
DE
A MADAME
LA PRESIDENTE
CROISMARE ,
BOUQUET.
Njour me promenant seule aux Bois de la
Cave ,
Fentendis marcher prés de moi :
Et me tournant avec effroi ,
Fapperçus un vieillard d'une mine aſſez graves
Qui me dit d'un ton radouci ,
Que cherchez- vous, Madame ici ?
Je cherche quelques violettes ,
Lui dis-je d'un ton gracieux.
Quoi dans cette faifon voir des fleurs en ces lieux !
Ne cherchez- vous point les fleurettes
D'un aimable & jeune amoureux ?
Monfeigneur , ou Monfieur , car felon votre mine
Je ne puis deviner quelle eft votre origine ":
Lorfque l'on paffe foixante ans ,
L'on nefonge point aux Amans.-
Soixante ans,me dit- il, vous n'en avez pas trente
Et fi de mes refpects vous paroiffiez contente ,
Je vous prefererois à de jeunes beautez,
Qui viennent me chercher dans ces lieux écartez.
ce Monfieur était un vieux Faune
Qui depuis trés - long- temps babite les Forêts.
Sa barbe avoit bien prés d'une aune .
Il venoit la frifer dans les taillis fecrets ,
Et débarbouiller fon teint jaune .
Je crus qu'aprés ce tendre aveu ‚ ·
Il m'accorderoit ma demande.
Je letentai difant , votre barbe eft trop grande
MERCURE
Vous enpourriezcouper unpeu ,
Elle en deviendroit plus fournie ,
Car étant grande , il faut qu'elle foit bien garnie.
Comme un fecond Bias il portoit un paquet ;
Ity prit des cifeaux , & fans ceremonie
Il coupa juftement de quoi faire un Bouquet.
Il n'eft pas le premier qui fans un coup de bache
M'a facrifié fa moustache , ‹
3
Croyant me prouverson amour. ·
Le Faune a phoroire à son tour ,"
Me voyant ramaffer ce qu'il venoit de tondre
Qu'au fien-je pourrois bien répondre ;
Mais ilfe trompe lourdement:
Car à vous parler franchement →
Quoi qu'une femme de mon âge
Eut peine à trouver un Amant ,
Elle ne voudroit point d'un fi laidperfonnages
Et je ne comprens pas que de jeunes Beautez ,
Viennent exprés pour lui dans des lieux écartezS
A moins qu'il n'ait auffi le vertu d'un Satire
Dont je ne fais pas cassé que je n'ofe dire . •
Enfin le jour baiffant ilfallut nous quitter ; 5
Ce qui ne fe fit point fans lui bien protester ,
Quauffi- tôt que Phoebus montreroit fa coeffure ,
Fe viendrois profiter de l'heureuse avanture.
Heureufement pour moi l'hiver & les frimats
Me tirerent bien- tôt de tout cet embarras.
Le Soleil pour long - temps abandonna la Plaine
Eole y vint fouffler jusqu'à perte d'haleine
Neptune y fit couler mille & mille ruiſſeaux ,
Qui monterent enfin jufques fur les coteaux.
Ainfi chacun refta dans fa trifte cabane ,
>
Q
A mangerfon ebapon , fon anard , ou fa cannež
Mais fi - tôt que l'Hiver a fait place au Printemps ,
Je n'ai point befité d'abandonner nos champs·
Pour me trouver ici le jour de votre Fêtez
Car à vous honorerje ferai toujours préte.

2
C'estpourquoi je vous offre auiourd'hui ce Bouquet
Qui n'a ni Jasmin ni Muguet ;
"Mais la barbe d'un Faune eft mille fois plus rare
Que les plus belles fleurs dont le Printemps ſe pare.
Je vous envoye un Air nouveau , dont les paroles
on été notées par M. de Montailli.
PLAINTES DES BUVEURS
Q
LÉE.
CONTRE LA GEL É E.
$
V'on ne m'apporte point pour foulager ma
peine ,
La trifte boiffon dų Flamand,
Ni le breuvage du Normand :
Puifqu'une Saifon inhumaine
Fait périr en un jour Bachus dans fon Berceau,
Il ne faut plus fonger qu'à defcendre au Tombeau.
On a fait cette année la diftribution des Prix
de l'Academie des Jeux Floraux à Toulouſe,avec
le même appareil & les mêmes ceremonies que
l'on fait tous les ans , & dont je vous envoyai
l'année derniere un détail fort exact.
M. le Chevalier d'Aliez , déja connu par plufieurs
Pieces d'éloquence , fe furpaffa dans celle
qu'il prononça ce jour- là à la gloire de Clemence
Ifaure , qui a donné lieu par fes bienfaits à
l'établiffement des Jeux Floraux. Cet Eloge
reçut de grandes louanges , & l'Auteur fut fort
applaudi il y a deux ans lorfqu'on lut dans l'Af
femblée publique des Prix , une Analife de fa
compofition fur une Epigramme de Martial. M.
le Chevalier d'Aliez eft fils d'un Confeiller au
Parlement de Touloufe.
M. du Laurens , Avocat general de la Table
de Marbre , & qu'une Tradition domestique dit
être de la famille des du Laurens de Provence
44
MERCURE.
qui a donné un Archevêque à l'Eglife d'Arles ,
& un à celle d'Embrun , fit enfuite la lecture
d'une Analife de fa compofition fur une Epithalame
de Barcle. Ce Magiftrat fe trouvant premier
Capitoul ou Chef du Confiftoire il y a
quelques années , répondit à la Semence qu'on
fait ordinairement le fecond Dimanche de chaque
année , pour les Jeux Floraux dans le grand
Confiftoire de l'Hôtel de Ville , où eft la Statuë
de Clemence Ifaure. Celui qui fit la Semonce
cette année - là étoit M. d'Afp , Prefident à Mortier
au Parlement de Toulouse , & auparavant
Maire de la même Ville ; la replique de M. du
Laurens reçut de grands applaudiffemens , & il
parut dés -lors meriter la place de Mainteneur
des Jeux Floraux , qu'on vient de lui donner ,
& qui vaquoit par la mort de M. d'Aldeguier ,
Treforier de France , & dont le fils eft Membre
des Jeux Floraux ; la place de Survivancier
qu'avoit feu M. du Laurens a fervi à l'Academie
pour faire une bonne acquifition, puifque M.
de Gragnague fils de M. de Caulet Prefident à
Mortier au Parlement de Toulouſe , & neveu
du fameux Evêque de Pamiers de ce nom ,
àqui
elle a été donnée , eft un de ces hommes d'un
goût für & délicat qu'on defire dans toutes les
Societez, & qui font honneur à toutes les Compagnies
dont ils deviennent Membres.
On fit enfuite la diftribution des Prix , & de
quatre qu'on doit donner chaque année , on n'en
a diftribué que deux celle-ci . Le premier à M.
l'Abbé Pellegrin , pour une Ode adreffée à M.
le Duc d'Orleans , fur la Prife de Lerida,, & le
ſecond deſtiné à l'Elegie , à une Eglogue qui a
pour titre l'oiſeau , & dont M. de la Mothe eft
Auteur. Les Ouvrages de M. Pellegrin meritent
de grands éloges. De celebres Academies ont
·dėją
GALANT. 49
déja rendu juftice à fon merite en plus d'une occafion
, & fon nom fait un préjugé en fa faveur
on attribue à M. de Pellegrin fon frere quelques
Pieces de Theatre qui ont eu un grand fuccés
ce qui fait voir que l'efprit eft hereditaite dans
cette famille. M. de la Mothe , déja plufieurs
fois couronné dans les Academies de Paris & de
Toulouſe , a été exclus du Prix de l'Ode & de
celui du Poëme dans la derniere diftribution,par
un endroit qui lui eft fort glorieux , puifque
c'eft pour avoir remporté trois Prix dans chacun
de ces genres , & il y a apparence qu'il le fera
un jour de celui de l'Eglogue , fi pour Pempe
cher de compofer pour les Prix , on ne lui fait
bientôt le même honneur qu'on fit à Meffieurs
Baïf & Ronfard , aufquels on envoyauu Apol
lon d'argent pour les prier de ne plus compofer
pour les Prix , parce que leur plume faifoit tom
ber des mains celles de tous les autres Auteurs
& que le fuccés de ces deux grands hommes décourageoit
les Poëtes de ce temps-là…·
L'Eglogue de M.de la Mothe a eu autant d'Ad
misateurs qu'il y a eu de gens qui l'ont lûë..
Les Prix deftinez au Poëme & à la Profe ont
été remis , & il femble par-là que l'Academie a
jugé que les Auteurs qui ont travaillé pour les
meriter, out fuccombé fous le poids de l'entreprife.
Cependant plufieurs de ces Auteurs ont
une réputation trés- bien établie , & la feverité
des Jeax Floraux à leur égard ne fervira qu'à
faire beaucoup d'honneur à cette Compagnie
Outre les deux Pieces couronnées , on a ima
primé dans le Recueil celles qui auroient men
té de l'être , fi d'auffi dangereux concurrens que
Meffieurs Pellegrin & de la Mothe n'avoient pas
paru fur les rangs , du nombre defquelles font
une Ode qui a pour titre la Mufique , dont M
Fuin 1708 H
548 MERCURE
le Roi Confeiller au Châtelet , & de l'Academie
Royale des Infcriptions , connu par les Opera de
La compofition , qui ont eu beaucoup de fuccés ,
eft l'Auteur. C'eſt le même qui a fait l'Ode qui
pour titre la Lire d'Horace , qui eft confacrée
la gloire de M. de la Mothe , & qui fait l'Apologie
de fes ouvrages. L'Idille fur la mort de Tircis
, de M. l'Abbé Affelin , qui concourut l'année
derniere pour le Prix de Poëfie de l'Academie
Façoife , dans un âge où l'on fait à peine
tinguer les divers genres de la Poëfie ; telle
froit auffi l'Ode qui a pour titre La Levée du
Siege de Toulon , à la gloire de M. le Comte de
Grignan , fil'Ode fur la Prife de Lerida n'avoir
merité le Prix ; & celle auffi fur la Prife de Lerida
de M. l'Abbé de Maumenet qui auroit de
l'aveu des Connoiffeurs , difputé le Prix à celle
qui l'a remporté , fi elle n'avoit pas été impri
mée dans un nouveau Journal . Les ouvrages fuivans
peuvent être auffi de ce nombre , puifqu'ils
ont été imprimez avant la diftribution des Prix ..
Ce font l'Ode qui a pour titre la Beauté,adreffée
à Madame la Princeffe de Guemené , celle qui
eft adreffée à Madame la Ducheffe , & une autre
Tur la naiffance de Monfeigneur le Duc de Bretagne
toutes trois compofées par M. Gendron du
petit Fourchaud , connu par fes beaux talens
pour la Pocfie , & fur tout parcelui qu'il a pour
les Vers tendres.
Les petites altercations aufquelles le prix de
l'Ode a donné lieu cette année fourniffent de
elque temps un agreable jeu aux Partifans
ea beLitterature , & à ceux qui font
Hans le de la Poëfie , l'Auteur qui a cru
avoir meri prix , & celui à qui il a été adjugé
écrivent avec vivacité ; l'un contre l'injufice
qu'il croit qu'on lui a faite ; & l'autre pous
GALANT. 47
foûtenir le jugement rendu en fa faveur. Cette
guerre Poëtique amufe le public agréablement .
On a publié un avertiffement nouveau qui
renferme tout ce qui regarde les Prix des Jeux
Floraux , qui feront diſtribuez l'année 1709. Je
vous l'envoyerai dans ma lettres du mois prochain
.
3
,
M. le Marquis de Villéquier , Colonel d'Infanterie
, a époufé Mademoiſelle de Guifcard . Il eft
fils de Louis d'Aumont, Duc & Pair de France ,
Marquis de Villequier , premier Gentilhomme
de la Chambre , & de Dame N .... de Brouilly
de Piennes . M. le Duc d'Aumont eft petitfils
d'Antoine d'Aumont & de Rochebaron
Duc , Pair & Maréchal de France , & qui étoit
petit -fils de Jean fixiéme du nom auffi Maréchal
de France . Pierre troifiéme fon pere avoit
époufé en premieres nôces Anne de la Baume ,
fille de Marc de la Baume , Comte de Montrevel.
L'Abbaye de Reffons de l'Ordre de Prémontré
, dans le Dioceſe de Rouen , a été fondée
par les Seigneurs de la Maiſon d'Aumont , & on
y voit leur tombeau Jean Abbé de Reffons vivoit
déja en 1150. ce qui faifoit connoître que
la Maifon d'Aumont étoit connue avant le douziéme
fiecle. Elle a été long-temps attachée aux
Ducs de Bourgogne.
Dame Catherine de Guifcard , Marquife de
Villequier , eft fille unique de Louis de Guifcard
, Comte de la Bourlie , Marquis de Magny,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant general
de fes armées , & Gouverneur de Sedan , &
auparavant de Namur & Ambaffadeur Extraordinaire
en Suéde , & d'Elifabeth de Langlée ,
fille de Claude de Langlée , Seigneur de l'Epicheliere
, Maréchal general des Camps & Armées
du Roi , Louis -Augufte de Guifcard , Co48
MERCURE
lonel du Regiment de fon nom , frere unique de
la nouvelle épouse , mourut à Vienne de la pes
pite verole en 1689. M. le Comte de Guiſcard eft
fils du fameux Comte de la Bourlie , auffi Gouverneur
de Sedan , Sous - gouverneur de Sa Majefté
& Maréchal de Camp ; & de Genevieve
de Longueval , Seigneur de Tenelles & de Lemont
, & d'Elifabeth de Margival. Outre M. le
Comte Guifcard M le Comte de la Bourlie ent
encore de cette Dame deux fils & une fille ; les
premier fut Capitaine aux Gardes , & enfuite
Colonel du Regiment de Normandie ; la fille a
époufé Camille Savari , Comte de Breves . Gabriel
de Guifcard , pere de Georges Comte de
la Bourlie dont je viens de parler , forma la
branche de la Bourlie.. Il étoit le troifiéme
fils de Jean de Guifcard , fecond du nom , &
de Françoife de la Barte.. Ce Jean étoit fils d'un
autre Jean , Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roy en 1541. & de Souveraine de Genouillac
, fille de Jean Baron de Gourdon de
Vaillac & de Marguerite d'Aubuffon. Bernard
de Guifcard 4. du nom; l'un de fes s'obliayeux
gea de garder fon Château de la Cofte , qui
étoit alors une Fortereffe confiderable contre les
courfes des Anglois pour le fervice du Roi
Charles V. & pour le défendre avec plus de fidelité
, il fut reçû aux gages de ce Prince au mois
de Mai de l'an 1548. avec douze fergens de pied
& fix hommes d'armes , dont il fut établi Capitaine.
Il avoit époufé Helix de Montagu , fille
de Bertrand de Montagu , Seigneur de Moncuc
en Quercy. Gaillard de Guifcard , grand oncle
de ce Bernard ,, ayant merité auffi bien que fes
freres , d'être fait Chevalier dans les guerres de
Gafcogne , où il fervoit encore en 1539. fut prié
€ 3334. par ur particulier nommé Pierre de la
Toms
GALANT:
Tour de fui conferer le titre de Nobleffe , en lé
faifant Chevalier à l'article de la mort ; & par
un honneur dont il y a peu d'exemples , le Roi
Philippe de Valois confirma cet Ennobliffement
& cette Chevalerie par lettres du mois d'Août
1337. Leonard de Guifcard , Chevalier Seigneur
de la Cofte & de la Bourlie , vivoit en 1280. II
étoit fils de Bernard de Guiſcard , qui étoit honoré
du même titre , & qui vivoit vers le milieu
du treiziéme fiecle. La branche aînée de
cette maison qui porte le nom de la Cofte fubfifte
en Quercy ; François de Guifcard fils unique
de George de Guifcard & d'Heliette d'Afart
a époufé Catherine de Berton, fille de Pierré
Baron de Marnac. Il eft neveu de M. l'Abber
de Guifcard , Prêtre & Beneficier en Quercy ,
dont le merite eft fingulier . Il alla en Suéde avec
M. le Comte de Guifcard , & il fe fit generalement
eftimer à la Cour du Roi de Suéde.
Meffire Arnold de Ville , Chevalier Baron libre
du Saint Empire , Seigneur Baron des deux
Moldaves , du Bandefelle , Termoigne , Ferme ,
Biemarée , Frere & autres lieux , Inventeur &
Directeur de la Machine de Marly , vient d'époufer
à Metz Damoiſelle Anne Barbe de Courcelles
, fille de Charles-Jofeph de Courcelles ,
Ecuyer , Seigneur de Montigny & de la Grange,
Confeiller - Secretaire du Roi prés le Confeil
Souverain d'Alface , & de Dame Anne- Barbe de
Beffer.
M. le Baron de Ville eft fils de feu Meffire
Weinand de Ville , Chevalier Baron libre du S.
Empire , Seigneur de Bandefelle , Termoigne ,
Ferme , Biemarée , Frere , & autres lieux , &.
de Catherine- Iſabelle de l'Erneux .
M. le Baron de Ville qui vient de fe marier
eft diftingué , étant encore fort jeune par une
Juin 1708.
I
50 MERCURE
érudition infiniment au deffus de fon âge ; fort
application à l'étude des belles Lettres , l'a toujours
élevé au deffus des autres dans les Univerfitez
où il a étudié , & fur tout dans celle de
Louvain qui l'a regardé comme un prodige ; la
reputation qu'il s'eft acquife dans un âge peu
avancé , obligea S. A. E. feu Maximilien - Henri
Electeur de Cologne de le nommer fortant à
peine des Ecoles , à l'Echevinage de la Ville Souveraine
du pays & Cité de Liége. Il exerça
cette Charge avec une habileté & un defintereffement
qui lui acquirent un applaudiffement
general . Sa Famille a un Domaine dans le Pays
de Liége , où font plufieurs Minicres de charbon
de terre , & des Droits des Araines , pour
le maintien defquels il donna des preuves , &
l'attente des merveilleux talens qu'il avoit pour
l'élevation des Eaux ; ce qui joint à l'eftime
Particuliere qu'en faifoit M. le Maréchal de Marfin
General des Armées d'Efpagne, pere de M. le
Maréchal de Marfin dernier mort , avec lequel
il avoit été élevé comme parent & ami , donna
occafion à S. A. S. feu M. le Prince de Condé
de le faire prier par feu M. le Maréchal de Luxembourg
, de lui propofer de faire un voyage
en France , pour donner fes avis fur les moyens
qu'on cherchoit de donner de l'eau à Versailles .
Ce Baron étant venu en Cour , propofa entr'autres
deffeins , celui de la prodigieufe Machine
de Marli , qu'il a conduite à fa perfection , malgré
tous les obftacles qu'il y a trouvez , tant du
côté de la nature que de la chofe même , & malgré
les oppofitions de tous ceux qui fe picquoient
d'en fçavoir le plus , qui ne pouvoient
Compter fur la neceffité d'une chofe fi incomprehenfible
. Le Roi qui avoit eu la bonté de demander
fouvent à S. A. E. & aux E.hevins
1
#
de Liége , que M. le Baron de Ville continuât
fes travaux , dont Sa Majefté étoit fi fatisfaite ,
leur demanda auffi qu'il lui fût permis de fe défaire
de fa Charge , & de le difpenfer des engagemens
où l'attachoient fa naiffance & fes Charges
, S. A. E. & les Etats de Liége accorderent
cette demande à S. M. & marquerent par les
Lettres Patentes qui lui en furent expediées ,
qu'ils ne fe privoient qu'à la feule confideration de
S. M. & pour lui plaire , d'un Sujet qui leur
étoit fi precieux , & qu'ils le recommandoient à S.
M. comme un Sujet qui leur étoit recommandable
par la naissance & par fon merite perfonnel ; enfuite
de quoi S. M. en 1692 lui accorda des Lettres
de Naturalité trés diftinguées , dans lef
quelles il eft porté qu'après avoir fait fes preuves
au Confeil, qu'avant le quatorziéme fiécle fa Mai-
Jon portoit le même nom & les mêmes armes qu'elle
a aujourd'hui , & qu'elle poffedeit prefque tous les
mêmes biens dont elle jouit à prefent , & qu'elle
Occupoit les mêmes Charges & Dignitez , que les
autres plus anciennes & nobles Familles du Pays
de Liege ; Sa Majesté le reconnoit Gentilhomme
d'extraction & d'ancienne Nobleſſe , & que fes
Services importans , fa rare intelligence & fon ha
bileté meritcroient toutes fes graces , fi sa naiffance
ne les lui donnoit pas comme elle les lui donne.

Le Roi, Monfeigneur & Meffeigneurs les Ducs
de Bourgogne & de Berri lui ont fait l'honneur
de figner fon Contrat de mariage , à la priere de
M. le Duc de la Rochefoucault qui a toûjours
honoré de fes bontez & de fa protection M. de
Ville , depuis qu'il eft en France , l'indifpofition
de M. de Courcelles qui fouhaitoit voir finir
ce mariage , n'ayant pas permis à M. de Ville
de venir demander cette grace à Sa Majesté .
M.& Madame de Courcelles fe font acquis une
Lij
,
eftime fi univerfelle par leurs bontez & par leurs
manieres genereufes envers ceux qui ont eu befoin
de leurs fecours , que toute la Ville de
Metz & les Pays circonvoifins ont marqué
une joye extraordinaire d'un mariage fi bien af
forti , entre un Gentilhomme fi diftingué , &
d'un auffi grand merite & une Demoiſelle qui a
toûjours édifié les Pays par fa pieté , par fa douceur
, & par
la charité qui lui eft naturelle .
Meffire François Seguier , Chevalier Seigneur
de Liancour, Capitaine de Fregate époufale 19.
du paffé Demoiſelle Louife-Marie - Anne de S.
Pol , niéce de Meffire François de S. Pol - Hécourt
, Prieur des Granges le Roi , & de feu
M. le Chevalier de S. Pol - Hécourt fon frere ,
commandant l'Efcadre des Vaillaux de S.M. dans
les Mers du Nort , qui mourut il y a deux ans ›
comblé de gloire , ayant été tué dans un Combat
qu'il donna contre plufieurs Vaiffeaux de
guerre Anglois qui furent pris à l'abordage , &
conduits à Dunkerque , honorant le Triomphe
& le Convoi de leur Vainqueur . Ces deux Maifons
font illuftres & trés -anciennes , la premiere
ayant produit des Magiftrats celebres , également
recommandables par leur mérite & par leur
maiffance ; celle de S. Pol , dont on a déja parlé
eft originaire de Bretagne , & connue dans cette
Province dés le temps de fes premiers Souverains
;elle fe divifa enfuite en plufieurs branches,
il y a prés de quatre cens ans ; un puifné ayant
époufé la fille de Pierre le Prince , Seigneur de
la Briche Guidon des Gendarmes du Roi
Henri II . & de Peronne de Biſchauteau , forma
celle de Meffieurs de S. Pol- Hécourt ; Pierre
de S. Pol , Seigneur de Hécourt , fon petit- fils ,
laiffa trois enfans , François de S. Pol- Hécourt,
Prieur des Granges le Roi ; Marc-Antoine de S
,
1
GALANT. 13
Pol- Hécourt , Chevalier de S. Louis , commandant
l'Efcadre de Dunkerque , & feu Pierre de
S. Pol- Hécourt , Seigneur de Lémon dans leur
aîné , pere de la Demoiselle dont le mariage
donne lieu à cet article .
M. Robert de S. Vincent , Confeiller au Parlement,
& Commiffaire aux Requêtes du Palais ,
a épousé Mademoiſelle Nivelle , feule fille du
fecond lit de ce celebre Avocat . Ce mariage a
été fort approuvé , leurs peres étant deux anciens
Avocats du Parlement , qui ont rempli
avec une trés-grande diftinction les devoirs de
leur profeffion pendant plufieurs années , & qui
ont eu l'honneur d'entrer dans les Confeils de
deux Princes du Sang.
M. Robert de S. Martin , fils de M. Robert
ancien Avocat , qui pouvoit compter une fucceffion
d'Avocats au Parlement de pere en fils
pendant plus d'un fiécle , a eu dans fon alliance
quatre Prefidens à Mortier. Il a eu place dans le
Confeil de feu S. A. S. Monfieur le Prince de
Condé il y a plus de 40. ans , & depuis la mort
de M. de Gourville , il a été choisi par Monfieur
le Prince d'aujourd'hui pour Chef de fon
Confeil , & Intendant de fes maiſons & affaires .
M. Nivelle qui tient l'un des premiers rangs
dans le Barreau , & qui en continue l'exercice
depuis plus de 40. ans avec la même vivacité ,
ce qui eft prefqne fans exemple au Palais , a eu
auffi l'honneur d'avoir une place dans le Confeit
de S. A. S. Monfieur le Prince de Conti , de
maniere que s'étant trouvez l'un & l'autre dans
les Confeils de deux Princes d'une même maiſon,
ce hazard leur a fait naître le deffein de réunir
leurs familles par ce mariage fait avec l'agrément
des deux grands Princes dont je viens de
parler.
54 MEK UKE
Monfieur le Prince avoit auffi eu la bonté
d'obtenir l'agrément de la Charge de Procureur
general du grand Confeil , pour M. de S. Vincent
qui étoit Confeiller en cette Compagnie
avant fon mariage ; mais les difficultez qui fe
font trouvées touchant la vente de cette Charge,
l'ont obligé de remercier le Roi de l'agrément
qu'il avoit eu la bonté d'accorder , & de lui demander
celui de la Charge de Confeiller au Parlement
& Commiffaire aux Requêtes du Palais ,
où il a été reçu , ayant fuivi en cela le confeil de
fa famille , & particulierement celui de M. Robert
Procureur du Roi au Châtelet fon oncle ,
qui remplit cette Charge importante depuis
prés de quarante ans , avec la fatisfaction du
public qui connoît fon affiduité au travail , où
il eft infatigable. Ce Magiftrat a fort approuvé
fon choix, ayant toûjours eu beaucoup de confideration
& d'amitié pour M. Nivelle.
Il y a eu dans fa maifon dans le dernier fiecle
un General de l'Ordre de Câteaux , & un Evêque
; fçavoir , Meffire Pierre Nivelle Evêque
de Luçon , qui eut cet Evêché aprés M. le Cardinal
de Richelieu .
Je dois ajoûter que M. le Procureur du Roi a
auffi confenti à ce mariage , à caufe de l'eftime
finguliere qu'il a , ainfi que fa famille , pour le
merite , la vertu & la modeftie de Madame Nivelle
, qui eft de la famille de Meffieurs Riot &
Pavillon , d'une trés - ancienne nobleffe alliée à
plufieurs Confeillers du Parlement , qui a pris
un foin particulier de donner une éducation
trés-avantageufe à Mademoiſelle Nivelle avec
une dotte confiderable , ayant bien voulu lui remettre
la plus grande partie des biens qu'elle tenoit
de fon ayeul en faveur de fon mariage avec
M. Nivelle dans la vûë de marier ſa fille à un
GALANT. 55
Confeiller au Parlement , independemment du
bien de M. Nivelle fon pere.
tromper
L'Ordre de Bataille de l'Armée de Flandre
que je vous envoye , eft le feul fur lequel on
puiffe compter fûrement , étant different de celui
qui a paru à l'ouverture de la Campagne , à
caufe des divers changemens qui y ont été faits
aprés la revûë generale que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne fit le 8. & le 9. de ce mois.
Ce n'eft pas que parmi un auffi grand nombre
de noms propres , qu'il s'en trouve dans le détail
d'une Armée de plus de cent mille hommes ,
il n'y en ait quelques - uns qui ne m'ayent cmbarraflé
, rien n'étant fi facile que de fe
aux noms propres , lorfqu'ils ne font pas par
faitement bien écrits. C'est une faute presque
generale dans toutes les Relations , & à laquelle
jufqu'ici ceux qui les écrivent n'ont pû faire affez
d'attention . Rien n'eft plus neceffaire à ceux
qui aiment les nouvelles , que d'avoir des Ordres
de Bataille , parce qu'ils fervent à éclaircir
beaucoup de chofes ; que l'on fçait par-là dans
quelle Ligne font les Officiers Generaux , &
que l'on apprend au jufte le nombre de Troupes
dont une Armée eft compofée , car on ne peut
impofer là-deffus , & mettre dans un Ordre de
Bataille , des Regimens qui ne font point dans
P'Armée dont il s'agit.11 eft vrai que l'on ne peut
fçavoir au jufte ce qui peut manquer de Troupes
à chaque Bataillon ; mais il eft conftant qu'ils
font tous complets au commencement de la
Campagne , & que fi dans la fuite la defertio 1 ,
les maladies, & ce que l'on peut perdre de Troupes
en differentes rencontres , les font plus ou
moins diminuer , la même chofe fe trouve prmi
les Ennemis : mais ce qu'il y a de veritable à
l'égard de l'Ordre de Bataille que je vous e16
ME
voye , eft que l'Armée de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , eft prefque toute compofée de
vieux Corps qui font plus que complets , &
dans lefquels il y a des Soldats furnumeraires 3
que loin qu'il y ait de la defertion, plufieurs
Soldats fe font enrollez dés qu'ils ont fçu que
ce Prince devoit commander en Flandre , & que
.plufieurs qui avoient deferté , ont accepté l'Amniftie
qu'il fit publier prefque auffi- tôt aprés
fon arrivée . Ainfi l'on peut compter qu'il n'y
ajamais eu d'Armée plus complete & plus lefte .
Vous fçavez que M. le Comte de la Mothe
commande auffi en Flandres un affez gros Corps
de Troupes , pour pouvoir paffer pour une petite
Armée.
"
ORDRE DE BATAILLE DE L'ARME'E
de Flandre .
MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE .
MONSIEUR LE DUC DE VENDOS ME .
M. LE MARECHAL DE MATIGNON .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meffieurs ,
De Goebrian , de Grimaldi , de Guiche , &
d'Artagnan.
MARE' CHAUX DE CAMP .
Meffieurs ,
De l'Ifle , de Filtzgeral , de Grimaldi , & de
Palavicin .
OFFICIERS GENERAUX .
DE LA DROITE .
LIEUTENANS GENERAUX.
Meffieurs ,
De Soufternon , de Rohan , & de Gaffion ,
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
w
De Coignies , d'Apelter , & de Puiguyon .
OFFIC
GALANT. 37
OFFICIERS GENERAUX.
DE LA GAUCHE.
LIEUTENANS GENERAUX.
Meffieurs ,
D'Albergotti , & du Rozel .
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
De Bouzoles , & de Ruffey.
PREMIERE LIGNE.
M. de Pezeux , Brigadier.
DRAGONS.
:ے ہ
La Meftre de Camp , 3. efc. Belabre , 3. Pe
zeux , 3.
M. de Montmin , Brigadier.
CAVALERIE.
3.
13. efcadrons
.
13.
8. efcadrons .
Maifon du Roi ,
Gendarmerie ,
M. de Beauveau , Brigadier.
M. le Vidame , Brigadier .
8
.
Bourgogne, 3.efc. Saint-Aignan, 2. Soucarriere,2 .
M. de Rozen , Brigadier .
7 .
Druffot , 2. efc. Rozen , z . Cravattes , 3 .
M. de Selve , Brigadier.
INFANTERIE.
Picardie , 3. bat . Boulonnois , 2 .
5.
M. d'Arpajou , Brigadier.
Piémont , 3. bataillons. Chartres , z .
M. du Barail , Brigadier.
5.
7%
4. bataillons.
Le Roi ,
Fuin 1708.
4 .
MERCURE
M. de Mouchy , Brigadier:
Poitou , 2. bataillons . Lorraine , 2 .
M. d'Arling , Brigadier.
4.
Charoft , 2. bataillons , Guyenne , z.
4.
M. d'Albergotty , Brigadier.
Gondrin , 2. bat. Royal Italien , 1. Louvigny ,,
5.
M. de Montpezat , Brigadier.
Gardes Françoifes , 6. bat. Gardes Suiffes 3.
Alface ,
M. de Stokemberg , Brigadier.
9.
4. bataillons.-
4.
Dauphin,1. bat . Nice, 1 . Figerald, 1. Montroux, I .
4..
M. d'Ifanguien , Brigadier.
Royal , 3 , bat. Ifanguien , I. Deflandes , t
M. de Nangis , Brigadier .
5.
Bourbonnais , 2..bat . Mortemar 2, Obrien , 1.
M. de Pionzac , Brigadier .
5 .
Beauce , 2. bat . Navarre , 3. Pantoka , 1 .
M. de Duras , Brigadier .
CAVALER I E..
6 ..
Royal Rouffillon, 3. efc. Villeroy, 2. Duras , 2.
M. de Livry , Brigadier .
7 .
Orleans , .3 . efcadrons , la Motte , 2. Livry , z,
M. de Nill , Brigadier.
7.
Defmarefts , 2. èfc. Courcillon ,. 2. Forfac , 2.
k..
GALANT. 59
M. de Cloys , Brigadier:
Du Rozel , 2. efcadrons , Cloys , 2. Letang , 24
Rouvroy , 2. Verneuille , 2 .
M. d'Anlezy , Brigadier.
D'Aulezy,2.efc . Touloufe, 3 Colonelle generale ,3 .
M. de Villiers , Brigadier.
8.
La Reine , 3. efcadrons , Lefparre , 3 .
6 .
OFFICIERS GENERAUX
du centre de la feconde Ligne.
LIEUTENANS GENERAU X..
Meffieurs ,
De Birkenfeld , de Capres , & de Puy fegur.
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
Le Chevalier de Luxembourg , de Zuniga , & de
Villiers.
OFFICIERS GENERAUX..
de la droite.
LIEUTENANS GENERAUX..
Meffieurs ,
De Goebrian , & de Magnac.
MARECHAUX DE CAMP' ..
Meffieurs ,
De Dreux , & de Conflans.
OFFICIERS GENERAUX..
de la Gauche.
LIEUTENANS GENERAUX..
Meffieurs ,
De Cheladet , & de Toulongeon .
MARECHAUX DE CAMP .
Mefieurs ,
De Villiers , & de Senneterre ..
MERCURE
SECONDE LIGNE.
M. d'Aquaviva , Brigadier.
DRAGONS.
Rohan, 3. efcadrons , Aquaviva , 2%
5.
M. de Mimure , Brigadier.
CAVALERIE.
Egmont, 2 , efc Matignon, 2. Dauphin Etranger,3.
2.7 .
M. de Kook , Brigadier.
Belacueil , 2. efc. Harcourt , 2. La Bretêche , ż
6 .
M. de Frezin , Brigadier.
Efclainvilliers , 2. efc . Marcillac , z . Frezin ,
M. Gaydon , Brigadier.
6.
Tourotre , 2. efcadrons , Mortenville , 2.
M. de Barentin , Brigadier.
4.
Cayeux , 2. efcadrons, Barentin, 2. Dauphin , 3.
M. Sebret , Brigadier.
INFANTERIE.
7.
Perche , 2. bataillons , Sparre , 2. Daigny , r
M. Beaudouin , Brigadier.
.5%
Vendôme , 2, bat . Bouflers , 2. Saint -Second ,
5.
M. de Saint- Pierre , Brigadier.
Royal la Marine, 2. bat. Saint-Vallier, 2 Gaffion,
M. de Ringraf , Brigadier,
5.
I
La Marck , 2. bataillons , Ringraf, 1. Tilly , I.
M .. Pfiffer , Brigadier .
Villards , 3. bataillons , Pfiffer , 3 .
4.
Greder ,
May ,
M. du Buiffon , Brigadier.
M. de May , Brigadier.
M. de Grenu , Brigadier.
3. bataillons.
3 .
3. bataillons .
3.
Surbek , 3. bataillons ,
3
M. de Brandele , Brigadier .
Brandelé
, 3 bataillons.
Provence ,
3.
M , de Courieres , Brigadier .
2. bat. Courieres , 1. Naffau , 1 .
4.
M. de Montmorenci , Brigadier.
Condé , 2. bataillons , Wentmel , 1. Laern , 1 .
M. de Grimaldy , Brigadier.
4 .
La Fere , 2. bat. Agenois , 2. Grimaldy , Y
M. de Beringhen , Brigadier.
CAVALERIE.
5.
Du Maine , 3. efcadrons , Beringhen , 3 .
6 .
M. de Lacatoire , Brigadier.
Cherify, z. efcadrons , Roye , 2. Lacatoire , 2
M. d'Acofta , Brigadier.
6 .
Fontaine , 2. efcadrons , Tarneau , 2 , Acofta , *.
M. de Chanfleur , Brigadier.
6
Paon , 2. eſcadrons , Saint Phal , 2. Caëtano , zi
M. de Mortany , Brigadier.
6 .
Dalfo , 2. efcadrons , Royal Etranger , 3 .
Juin 1708.
5.
L
M. de .
Brigadier.
DRAGONS .
Saint-Chaumont , 3. efcadrons , le Roi , 3 ,
OFFICIERS
4 6 .
GENERAUX
du Corps de referve du Centre .
LIEUTENANT GENERAL .
M. de Saint - Maurice.
MARECHAL DE CAMP .
M. de Notaff.
OFFICIERS GENERAUX
du Corps de referve de la droite.
LIEUTENANT GENERAL,
M. de Chemeraut .
MARECHAL DE CAMP .
M. d'Eſtrades .
OFFICIER GENERAL
du Corps de referve de la gauche.
MARECHAL DE CAMP.
M. de Puiguyon,
RESERVE DE LA DROIT E.
M. de Pouricres , Brigadier.
DRAGONS .
Vaffé , 3. efcadrons , Pourieres , 3.
6.
M d'Uzés , Brigadier..
CAVALERIE.
Royal Piémont , 3. efc. Tarente , 2. Uzés , Z.
M. d'Iverny , Brigadier.
INFANTERIE.
7.
Lannoy , 2. bataillons , Nivernois , 2 .
4.
M. de Montendre , Brigadier.
Bearn , 2. baillons , Greder Allemand , .
GALANT.
M. de Nugent , Brigadier..
CAVALERIE.
Ligondez , 2. efcadrons , La Tour, 2. Nugent , 2 .
6 .
RESERVE DU CENTRE .
M de ...... Brigadier.
INFANTERIE.
Gardes de Cologne , 1. efcadron , Wallkel , 1 .
M. d'Opelftein , Brigadier.
CAVALERIE.
Arco , z . efcadrons , Opelftein , 2 ..
4 .
2.
M. de Chaffonville , Brigadier,
DRAGONS .
Chaffonville , z. efcadrons , Notaff , z.
4.
Royal Artillerie, 2. bataillons , Bombardiers,
Houffards ,
3.
2. efcadrons.
Camperont as Quartier general.
RESERVE DE LA ĠAUCHÌ ,
M. de Cano , Brigadier.
CAVALERIE.
Condé , 3. efcadrons , Bellefonds , 2, Cano , z
M. de Crouy , Brigadier.
INFANTERIE .
7.
Royal Rouffillon , 2. bataillons , Crouy ,
M. de la Mothe , Brigadier.
La Reine ,
CAVALERIE.
4.
3. cfcadrons .
M. de Krukemberg , Brigadier.
Biron , 2. efc. Braque , 2. Royal Allemand ,
7 .
Lij
MERCURE
M. Pafteur , Brigadier.
DRAGON S.
Pafteur , 2. efcadrons , Richebourg , 3.
5.
Quoi que je vous aye déja parlé de l'arrivée
de M. le Duc de Noailles dans le Rouffillon , &
& que je vous aye rapporté ce que ce Duc a fait
auffi - tôt aprés fon arrivée , cela ne doit pas
m'empêcher de vous envoyer un Journal curieux
& fuivi , & qui peut paffer pour un trés -beau
morceau d'Hiftoire. Ainfi vous y trouverez d'abord
quelques faits dont je vous ai déja parlé 3
mais moins hiftoriquement traitez , & moins
bien fuivis que dans le Journal que vous trouverez
rempli d'une infinité de faits dont toutes.
les Nouvelles publiques n'ont point parlé.
JOURNAL
de la campagne de M. le Duc de Noailles , com
mandant l'Armée de Roi dans le Rouffiller .
M. le Duc de Moailles n'ayant på arriver à
Perpignan que le 21. Avril , il s'appliqua entie
rement les jours fuivans à faire preparer toutes
les chofes neceffaires pour entrer en campagne
& pour cet effet il fut obligé tout incommodé
qu'il étoit d'une entorfe qu'il s'étoit faite à un
pied en venant de Paris , de fe donner des mouvemens
extraordinaires ...
Enfin aprés avoir dépêché un Courier à Monfieur
le Duc d'Orleans le 26 , au foir ( apparemment
pour lui donner avis certain du jour qu'il
affembleroit fon Armée ) & un autre à la Cour
le 27 il partit de Perpignan le 7 Mai à fept heures
du matin , & alla dîner au Boulou , où if
voulut lui-même pofter la Cavalerie à mefure
qu'elle arrivoit , pour empêcher le dégât des
fourages , & ménager le Paifan. Ce jour- là même
Son Alteffe Royale partit de Sarragoce.
GALANT . 65
-
Le 8. on fe mit en marche à deux heures du matin
, & apés avoir paffe les montagnes fans le
moindre obftacle , on alla camper à la Junquieres
& à la Capiane.
Le 9. on battit la generale à la même heure que
le jour precedent , & les Troupes arriverent à
Figuieres à neuf heures du mati.En approchant
de la petite riviere de la Mouque , on fut averti
que les ennemis avoient au Pont de Moulins cinq
cens hommes , tant Païfans que Miquelets , &
plus bas au Gué de la même riviere un corps de
cent chevaux . M. le Duc de Noailles commanda
de charger les uns & les autres, M. de Leffa
Brigadier y marcha avec quatre Efcadrous ; mais
la Cavalerie ennemie ne jugea pas à propos de
Pattendre , & elle prit la fuite dés qu'elle l'apperçut.
D'un autre côté on fit avancer vers le
Pont nos Fusiliers de montagnes , un détachement
de Grenadiers , avec le Piquet , foûtenu de
la Compagnie des Gardes de M le Duc de Noailles
, qui ont pour Capitaine M de Villedomar ,
Gentilhomme de Rouffillon fort eftimé , qui eft
cette année premier Conful de Perpignan, & qui
mene fa Compagnie de fort bonne grace par tout
où on lui commande d'aller . Les Miquelets furent
bien-tôt diffipez . On les pourfuivit jufqu'à
Seftella . Plufieurs furent tuez & douze faits prifonniers
avec un Lieutenant. L'on étendit le
Camp depuis Figuieres jufqu'à Alfar. Le bruit
du canon de Gironne fe fit entendre jufques dans
le Camp , & l'on apprit depuis que c'étoit pour
l'arrivée du Prince Henri de Darmstad , qui en
tra dans la Place avec un Bataillon d'Infanterie .
Le ro. ce Prince accompagné d'un Officier General
Hollandois , & de Nebot Officier General
Catalan , qui fut lors de la revolution un des
premiers à embraffer le parti de l'Archiduc , jufqu'à
mettre aux fers ceux des Officiers de fot
Regiment qui n'approuvoient pas fa rebellion ;
ce Prince donc s'avança affez prés avec quatre-
vingt chevaux pour reconnoître notre Camp.
Un quart d'heure plutôt ils couroient rifque d'etre
envelopez , puifqu'alors nous avions dans
le pofte où ils s'arrêterent un Bataillon de Fufiliers
de montagne , avec un détachement de cent
chevaux. Les Troupes ennemies étoient ce jourlà
campées au Col d'Orriols ; fçavoir, deux Regimens
de Dragons à la folde des Hollandois ,
faifant chacun deux Efcadrons , & le Regiment
de Cavalerie de Nebot compofé de quatre Elcadrons.
>
Le 11. notre General alla à fon tour reconnoître
leur Camp , ayant avec lui cinq cens tant
chevaux que Dragons , & les Bataillons de Belair
, qui eft un Provençal , & de Pau -de-Jaffre
Catalan , refugié en Rouffillon , tous deux fort
braves. Dés que M. le Duc de Noailles apperçut
les Vedettes ennemies , il détacha M. de la
Framboifiere , Aide- Major de Marfillac , avec
cinquante chevaux & fes Gardes. Mais la Garde.
avancée appercevant ce mouvement fe retira . M.
de la Framboifiere continua fa marche jufqu'au
pofte nommé l'Ange de Pontos , d'où il décou
vrit une autre garde de 15. chevaux poftez au
Camp de Sainte Anne ; on les chargea , ils pri
rent la fuite , repafferent la Fluvia , & allerent
s'enfermer dans Bafcara ; nos Cavaliers les fu
virent jufqu'à la riviere , & ils en firent deux
prifonniers le Piquet paffa l'eau , Pau de Jaffre
eut dans ce paffage un cheval tué fous lui ; mais
nos gens qui apperçurent un Efcadron de 100 .
chevaux qui étoit au delà de Bafcara depuis la
porte de la Ville jufqu'à 1 Hermitage qui va à
Gironne, s'arrêterent , & revinrent en deça de la
GALANT. 67
riviere . Monfieur le Duc ayant été alors averti
qu'il venoit du Col d'Orriols un détachement
pour foûtenir les ennemis , il s'avança avec M.
de Leffart , & le refte des troupes qui étoient
auprés de lui , & ramena le Piquet & les autres
chevaux avancez en trés - bon ordre , & fans avoir
perdu aucun homme ; on amena un prifonnier
ennemi & un de leurs deferteurs . Les Ennemis
ayant vû notre General rentré dans fon Camp
renvoyerent des troupes aux mêmes poftes d'où
- on les avoit chaffez .
Le 12. & le 13. il ne fe paffa rien de particulier
; on apprit que le Gouverneur de Gironne
nommé Dom- Ignatio Picalqués Catalan , qui a
un frere Colonel de Dragons dans l'Armée de M.
le Duc d'Orleans , faifoit faire quantité de paliffades
& de fafcines , pour reparer fes fortifications
, & que le Prince d'Armftad étoit dans la
place , , ayant laiffé Nebot pour commander au
Col d'Orriols ; l'on fçut auffi que M. le Comte
Guy de Staremberg étoit arrivé à Barcelonne le
27. Avril avec quelques Officiers generaux , &
qu'il étoit allé du côté de Tortofe. Les mêmes
avis portoient que ce General avoit été fort furpris
à fon arrivée de trouver les chofes fi differentes
de ce que le Confeil de l'Archiduc avoit
mandé à Vienne : point d'argent , manque de
provifions , grand découragement chez les Catalans
; enforte qu'il a cru qu'il falloit s'en deffier.
Quelques-uns d'eux entroient quelquefois dans
le Confeil ; on ne les y appelle plus , ce qui les
chagrine fi fort qu'ils ne vont plus au Palais faire
leur cour.
Le 14. Nebot repaffa fur le Pont Majour , &
s'alla camper entre cette Riviere & Girona:,
n'ayant laiffé qu'une garde de cavalerie au Cold'Orriols.
Ce jour-là on eut le détail juſte des
400
Troupes campées au delà du Ter , & qui outre
1es huit Efcadrons ci - deffus nommez , aufquels
fe font joints fix Efcadrons & fept Bataillons ,
fçavoir 1. de Ferrer Caftillan 2. Portugais. 2.
Lombards , Taf & Bonnafana. 1. Catalan nommé
le Regiment de la Reine , & 1. Hollandois , ce
qui fait felon ce que les Ennemis publient ,
trois mille hommes d'infanterie & deux mille de
cavalerie , mais certains ne parlent au plus que
de 2560. hommes d'infanterie , & de 1200 , chevaux
.
Le 16. car il ne fe fit rien de remarquable le 15.
notre Armée fut renforcée de trois Bataillons ;
fçavoir , de celui de Bugey forti de Roſes où
il a paffé l'hiver : & de ceux de la Force & d'Evoly
, qui venoient de Cerdagne . Ce dernier eft
équipé tout de neuf ; fes armes font neuves , &
fes habits font trés - propres ; ils font bleus doublez
de gris-blanc . L'ancien Colonel , Duc de
Caftel- d'Airola , de la maifon de Caraccioli , s'eftretiré
à Naples ; & c'eft la plus petite perte que
pouvoit faire le Roi d'Efpagne . Le Comte d'Evoli
qui eft à la tête de ce Regiment , eft bien
un autre homme.
Le 17. M. le Duc renvoya à Perpignan un détachement
de Canonniers & de Mincurs pour travailler
à l'Artillerie , & pour mettre en état les
chemins de la montagne depuis Ceret jufqu'à
Prat de Mouilloux, où l'on fait de grands magafius
.
Le 18, il arriva à Rofes un convoi de neuf Tartanes
parti du Port de Vendre , fous l'efcorte de
la petite Fregate label- 1fac , commandée par
M de Ruthie , neveu de M. l'Evêque de Rieux .
Elles apporterent 4 pieces de canon de 24. deux
de 16. & quantité de munitions de guerre . Ce
méme jour M. de Leffart alla reconnoître au
bord
GALANT.
Bord de la Fluvia le Camp de Saint Michel.
Le 19. le Marquis de Lucigni Maréchal de
Camp , qui avoit échoué au Port Mahon , en
paflant d'Italie à Barcelone , & que le Gouver
neur du Port Mahon avoit envoyé à Collioure ,
d'où on l'avoit conduit à Perpignan , partit du
Camp où M. le Duc l'avoit appellé pour l'entretenir
, & il lui permet d'aller paller un mois
à Barcelone .
Le 22. on quitta le Camp de Figuieres . L'agrement
que l'Armée y avoit trouvé eft que
graces à la vigilance de notre General & aux bons
ordres qu'il avoit donnez les Miquelets ennemis.
depuis qu'on les avoit chaifez du Pont de Moulins
, ne parurent plus en aucun endroit ; les
chemins de Perpignan à Figuieres furent auffi
libres qu'en pleine Paix , ce qui contribua à faire
avoir tous les befoins abondamment . Auffi M.
le Duc avoit il fait pofter fur la route differentes
efcadres de Payfans , ( c'est le terme dont on
fe fert ici , pour marquer une Troupe ) qui gardoient
depuis un endroit jufqu'à l'autre & il les
avoit rendus refponfables des moindres defordres
qui arriveroient fur le chemin , leur promettant
que fi les Miquelets paroifoient pour les inquieter
, dés qu'il en auroit avis , il les feroit
fecourir . Au fortir de Figuieres on fe rendit à
S. Michel de la Fluvia. M. le Duc s'étant mis
à la tête du Piquet & des Grenadiers les alla
pofter lui-même au de -là de la riviere à camallera
, & il revint enfuite au Camp.
Le 23. on arriva à Servia fur le bords du Ter .
La droite fut placée au deffous du Village & la
gauche fut étendue jufqu'à S. George , on mit
une garnifon à Madinna & l'on fe faifit du petit
Pofte nommé S. Julien de Ramis . M. le Duc
s'avança le même jour jufqu'à la Côte rouge
Juin 1708. Μ
70 MER CURE
d'où il découvrit le Camp des ennemis au de- là
du Ter ; fçavoir , l'Infanterie la gauche au Pont
Major , & la droite appuyée aux Montagnes qui
regnent des deux côtez du Ter , & la Cavalerie
à la petite Plaine de Camp-Doras , vis - à - vis la
Côte-rouge. On reconnut qu'ils avoient retran
ché le Gué de la Riviere , & l'on apperçut une
efpece de Fort en étoile qu'ils avoient élevé à
l'endroit où ce Gué eft plus facile . On fçut auffi
qu'ils avoient mis deux cens hommes de garnifon
au Pofte de Foxa ; & que toute leur attention
étoit de couvrir Gironne , à quoi M. le Duc ne
fongcoit pas pour le prefent , fe contentant de
manger une Plaine trés - abondante , qui étoit
P'unique objet qu'il s'étoit propofé .
Le 24. on alla encore reconnoître la Cavalerie :
ennemie , & auffi - tôt qu'ils apperçurent nos.
Troupes ils plierent les Tentes & formerent 4.
petits Efcadrons qui ne parurent pas faire plus .
de huit cens chevaux. M. de Guerchi qui commandoit
les Piquets , defcendit juſqu'au bas de
la Côte rouge , & il efcarmoucha avec les Gardes
avancées , & quelques partis de Miquelets ,
qui fe retirerent bien vite. Il y reçut un coup
d'une balle morte , qui étant tombée fur fon
pouce , dans le temps qu'il avoit fa main étendue
fur fon ventre , lui fit une legere contufion .
M. de Compans Capitaine des Grenadiers .
d'Artois y fut auffi bleffé legerement , auffi
bien que deux Fufiliers des Montagnes . Ce jourlà
il nous vint beaucoup de Cavaliers deferteurs
avec leurs armes .
Le 28. M. le Duc fortit du Camp à la pointe
du jour avec deux mille quatre cens hommes.
d'Infanterie tirez des trois Brigades de fon Armée
& mille chevaux , & il monta für la Côte-
Souge avec dix pieces de canon pour reveiller les.
GALANT. 7ì
memis & leur fouhaiter le bon jour. La falve
dura une grande heure . On croyoit qu'elle les
obligeroit à décamper en defordre & que l'on
pourroit alors tomber fur eux. Mais ils firent
bonne contenance ; & une partie de leur Cavalerie
quittant fes tentes , alla en bon ordre fe
mettre derriere une Montagne à l'abri de la ca--
nonnade ; de maniere qu'ils ne perdirent qu'environ
cinquante hommes dans le Camp : les En--
nemis vinrent honnêtement cinq ou fix heures
aprés nous rendre la vifite, & le terrein leur permit
de s'approcher plus que nos gens n'avoient
fait. Ils s'attacherent au Pofte de S. Julien ,
où étoient 25. de nos Fufiliers de Montagnes ,
commandez par un de leurs Officiers . Ceux - ci
fe défendirent en braves gens & ne fe rendirent
prifonniers de guerre qu'au bout d'une heure..
Les Ennemis s'étoient jettez en même temps
fur le pofte avancé de Marinnan . Mais M. de
Guerchi y étant arrivé avec les Piquets & un
Corps de Troupes , il les repouffa ; mais ils fe
retirerent pourtant en bon ordre , ayant cu quatre
à cinq hommes tuez . On remplaça le Pofte
de S. Julien. Ce même jour le Chevalier Rous ,
homme de qualité du Rouffillon , Chevalier de
Malthe , & Aide de Camp de M.ie Duc de Noailles
, allant porter un ordre à nos partis avancez ,
s'égara & tomba entre les mains des ennemis
croyant avoir rencontré nos gens. Il fut conduit
à Gironne: Notre General le reclama , & le
Prince d'Armſtad répondit qu'il croyoit pouvoir
le lui renvoyer dans cinq ou fix jours ; mais il fut
plus genereux , & ille renvoya dés le 30 .
Le 29. M. le Duc eut nouvelle de l'arrivée à
Rofes d'un Convoi de huit Tartanes chargées de
trois mille facs de farine , de quantité de boeufs ,
& d'autres provifions pour fon Armée , que M.
22 MERCURE
Beliard Commiffaire de la Marine à Collioure
homme de valeur , zelé pour le fervice & trés .
entreprenant , s'étoit chargé de conduire luimême
fans autre escorte que d'une Tartane qu'il
montoit , & qu'il avoit garnie de 14. pierriers
& de 28. Fufiliers . Il arriva le 30. au Camp pour
conferer avec notre General , qui le reçut auffi
gracieufement que le fervice qu'il venoit de lui
rendre le meritoit.
,
Je n'ai pas reçu la fuite de ce Journal ; mais
feulement appris par plufieurs autres Lettres ,
que le 2. de ce mois , M. de Quinçon étoit parti
aprés midi de Perpignan pour Collioure ,
ou
M. le Comte d'Albaret Intendant du Rouffiĺlon,
s'étoit rendu dés le matin pour donner le mouvement
à la marche d'un grand Convoi pour
P'Armée , parmi lequel étoient neuf charges d'argent
; & que comme il n'y a pas de fureté d'aller
par mer on le fit défiler par terre par le Col de
Bagnols ; que plufieurs Officiers qui n'avoient
pas encore pú joindre , fe fervirent de cette occafion
pour paffer ; que l'on commanda environ
600. Sommettans pour fervir d'escorte à ce
Convoi , & pour ce garantir des incurfions des
Miquelets , & que c'étoit tout ce que l'on avoit
à craindre , parce que le Prince de Darmftat ne
pouvoit faire couler des Troupes reglées jufques-
la . M. de Malartie Brigadier & Lieutenant
de Roi de Perpignan , commandoit cette
efcorte. Ceux qui vinrent le même jour du
Camp de Servia rapporterent que l'on y avoit abondamment
toutes les chofes dont on avoit befoin
par la prudence de M. le Duc de Noailles
qui vivoit aux dépens des Ennemis , & qu'il
confervoit toute la recolte qui étoit entre lui &
Perpignan , pour y avoir recours dans la fuite.
On apprit auffi à Perpignan le dix que PAR
mée
1
1
AN
mee de M. le Duc de Noailles , étoit toujours
dans fon Camp de Servia fur le Ter.
Je paffe à ce qui regarde l'Armée de S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans, dont je vous envoye
1'Ordre de Bataille.
ORDRE DE BATAILLE DE L'ARME'E
commandée par Son Alteffe Royale . Monfieur le
Duc d'Orleans.
SON ALTESSE ROYAL E
GENERAL. LIEUTENANT
M. de Helly.
MARECHAL DE CAMP.
M. de Maulevrier.
OFFICIERS GENERAUX
' DE LA DROITE .
Meffieurs ,
De Labadie , D'Eftain & de Bezons.
MARECHAUX DE CAMP.
"
Meffieurs ,
De Bligny de Kercado , & le Duc de Sarno.
OFFICIERS GENERAUX
DE LA GAUCHE.
LIEUTEN ANT GENERA L.
MARE'CHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
PREMIERE LIGNE.
M. d'Avaray.
De Silly & de Choifeul .
M. de Boucauve , Brigadier.
CAVALER I E.
Les Gardes ,
4. cfc.
M. de Rousfo , Brigadier.
Milan ,
3. efc
M. de Lançarote , Brigadier.
Lançarote ,
3. efc
M. de Carillo , Brigadier.
Afturias ,
4. efce Juin 1708.
74
MERCURE
1
M. de Gline , Brigadier.
Les Gardes ,
INFANTERIE.
6. bati
M. de Carolles , Brigadier.
Orleans , 2. bat. Monchan , 2. Barwick , 2 .
M. Lambert , Brigadier.
6
La Couronne , 2. bat. Medoc , I. Perigord , r
Blaifois , 2.
M. Oteterre , Brigadier.
6.
Du Fort , 2. bat. Angoumois , 1. Normandie , 3
M. de Parabere , Brigadier.
CAVALERIE.
Vigneau , 2. efc. Parabere ,2 .
M. de Sandricour , Brigadier.
Germinon , 2. efc. Berry , 3.
OFFICIERS .
6 .
5.
GENERAUX
du Centre de la feconde ligne .
LIEUTENANT
M. Le Duc d'Avré.
M. de la Vayre.
GENERAL.
MARECHAL DE CAMP .
OFFICIERS GENERAUX
de la droite .
LIZUTEN ANS GENERAUX,
Meffieurs ,
D'Arene , & de Joffreville ."
MARECHAUX DE CAMP.
Meffieurs ,
De Cello, & de Medenilla.
L
OFFICIERS GENERAUX
de la gauche.
LIEUTENANS GENERAL
M. de Gaetano .
MARECHAL DE CAMP.
M. de Pons.
SECONDE LIGNE,
M. de Crevecoeur , Brigadier.
CAVALERIE.
La Reine , 4. efc.
M. d'Amezaga , Brigadier.
Amezaga , 3. efc.
M. de Cordua , Brigadier.
Rouffillon Viejo , 3. efc.
M. de Puerto , Brigadier.
INFANTERIE .
Afturias , 1. bat .
M. de Damas , Brigadier.
Auvergne , 2. bat. Haynaut , 2. Damas , r.
Bankeley , I.
M. de Valouze , Brigadier.
Breffe , 1. bat . L'Isle de France , 1. La Sarre ,
1. Le Maine , z.
M. de Simianes , Brigadier.
CAVALERIE.
La Feronaye , z . cfc . Simianes , 4.
M. de Fleche , Brigadier.
Valgran , 2. efc. Fleche , 3.
DRAGONST
Picalquiez , 3. efc . Marimon , 3. Grafton , 45
Bozelly , 2. 12.
Nij
Les quatre mille hommes commandez par M.
d'Asfeld ne font point compris dans cet ordre de
bataille , non plus que quelques autres corps ;
& fi l'on y joint l'armée de M. le Duc de Noailles
dont je vous ai envoyé l'ordre de bataille dés,
le mois paffé , on trouvera que les ennemis auront
bien de la peine à refifter à tant de troupes
commandées par de fi bons Generaux .
Rien n'eft plus curieux , plus exact & mieux
circonftantié que les deux Extraits de Lettres
que vous allez lire , & ils doivent plûtôt pafferpour
des morceaux d'Hiftoire , que pour des
Relations faites fur le champ pendant le cours
d'une Campagne.
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de Lerida en Langue
Caftillane le 12. Mai 1708. &
traduite en François
Une partie de notre armée eft déja entrée dans
la Catalogne , & fuivant les apparences elle
prend la route de Tortofe , marchant des deux
côtez de l'Ebre , fur lequel on voiture les muni
tions de guerre & de bouche , les canons & les
mortiers..
Le I. Mai M.,le Comte d'Eftcing campa prés
de Monçon avec fon corps de troupes compofé
de fix Regimeus de Cavalerie & de quatre de
Dragons.
brû- Le 2. il fit deux détachemens , P'un pour
ler le pont de Blancafort , ce qui fut executé ; &-
l'autre pour rompre le Pont de Trago , ce qui ne
réuffit pas parce que nos gens furent chargez par
plus de cinq cens Miquelets commandez par -Ja
pot. Nous eûmes quarante hommes tant tuez .
GALANT.
que bleffez. Notre Mineur qui étoit attaché à
fon travail du pont y fut auffi tué dans le temps :
qu'il alloit mettre le feu à fon fourneau . Nos
tropes furent obligées de fe retirer , le terrein
étant trop fcabreux pour y refter.
Le 4. on fit un autre détachement d'environ
cinq cens Fantaffins & d'in Regiment de Cavalerie
commandé par M. de Fonboifard Maréchal
de Camp pour s'emparer du Pont de Monteñana,
Ce qu'il ne put faire faute de canon , & parce
que les ennemis s'y étoient fortifiez par un bon
foffé au devant du pout , bien palifladé & garni
'du Regiment Allemand de Scover . Tous ces détachemens
fe rejoignirent fous les ordres de M.
de Fonboifart aux environs de Monçon & de
Graus pour empêcher les courfes des Miquelets
dans l'Aragon. Il est refté à Monçon quatre cens
hommes d'Infanterie , & dans Balbaftro un Regiment
auffi d'Infanterie , le tout aux ordres de
M. de Fonboi ard .
Le 6 M. le Comte d'Efteing campa à Almenard
, Abeden , Tamarit , Sa Eftevan , &
Caftille Farfaña.
Le 7. marcha à Balaguer d'où il retira les
troupes qui y étoicnt , & les munitions de guerre
& de bouche qu'il envoya à Lerida. Il renverfa
auffi tous les travaux qu'avoit fait cet hiver
M. de Bowille qui en étoit Gouverneur. On
mit auffi le feu aux paliffades , aux barrieres &
aux portes ; & M. le Comte d'Efteing renforcé
de cette garnifon qui étoit de mille Fantaffins &
de deux cens Chevaux , alla camper au Village de
Termens & à Villanova de la Marca.
da >
Le 8. il alla camper le matin à la vûë de Lerioù
il entra pour en voir les travaux , & le
foir il fe rendit avec toute fa troupe à la Tour
de Segre & aux environs. Peu de jours aupara
vant on avoit fait fortir de Lerida dix pieces de
canon de vingt - quatre , & huit mortiers , qui
joint avec ceux qui viennent de la Valence , feront
plus de vingt pieces de batterie, fans compter
celles de campagne. Le même jour 8. on trayailla
à dreffer un pont à la vue de la Granja ;
mais parce que les eaux fe trouverent trop grof
fes , on fut obligé de l'approcher de Mequinença
, où il fut bien-tôt achevé , les ouvriers y
travaillant en toute fureté .
Le 9. le Regiment de Dragons de Buferin , &
le Regiment Royal des Afturies de cinq cens,
Fantaffins commandé par le Colonel & Brigadier
Vicomte del Puerto , pafferent fur ce nouveau
pont pour ſe joindre à M.le Comte d'Efteing,
Le Regiment de Houffards refta dans Lerida où
il étoit venu le 7. On croit qu'il y fera en gar
nifon , & que les deux cens Chevaux Elpagnols
qui y font , iront joindre leurs Regimens . On
apprit que la veille les Miquelets avoient occupé
Balaguer avec le Regiment Catalan de Sobias
, & qu'ils avoient faccagé la Ville & tous
les environs.
Le 10. fur l'avis qu'on reçut que le Comte
Guy de Staremberg avoit mangé à Tarrega , &
qu'il alloit reconnoître le terrein avec une partic
de fa Cavalerie , on détacha de Lerida un parti
de trente Chevaux & Houffards qui allerent bat
tre l'eftrade prés de Tarrega , & s'en retournerent
fans avoir rien trouvé . Le même jour 10.
M. le Duc d'Orleans qui étoit parti de Saragoce
le 7. & qui le 9. avoit joint à Torrenté le Corps
d'armée commandé par M. de Bezons , arriva à
Fraga fur le midi .
S. A. R. en partit le 12. au matin avec toute fa
Cour pour fe rendre à Lerida , dont elle vifita
d'abord les fortifications , & elle en parut trés
GALANT. 79
fatisfaite. Ce Prince fut reçu au bruit d'une falve
Royale, du canon , & on lui fit tous les honneurs
que la pauvreté de la Ville permit de lui
rendre . Les eaux des rivieres groffiffant tous les
jours , & n'y ayant point de fureté à paffer fur
des ponts faits feulement avec des outres , Son
Alteffe Royale manda à toute fon armée de venir
paffer à Lerida ; elle devoit camper le 12. à Alcaras
, & traverser le 13. Lerida , pour ſe joindre
au Camp de Torre- de-Segre , & pour partir
enfuite de- là avec vingt - cinq bataillons, & de la
Cavalerie à proportion . On tient pour für qu'el
le marchera par le plus court chemin , qui eft celui
de Llard de cans , Nayals , mas de Flix
Garcia , & l'on efpere qu'avant le 20. toute l'armée
fera devant Tortofe pour en faire le fiege ,
& qu'elle fera alors de quarante bataillons & de
trente efcadrons, le refte des troupes devant paffer
par la Valence & par la Caftellenie d'Ampofta
, où on laiffera de quoi garder la frontiere.
M. de Durban eft parti de Lerida avec fon Regimment
pour Fraga , où il reftera en garnifon .
per
>
Extrait d'une Lettre de Lerida du 19. Mai.
&
Le 12. aufoir M. le Duc d'Orleans alla cam
à une lieuë de Lerida , dans un lieu nommé
Alcaras avec les troupes qui avoient paffé la Se
gre fous la conduite de Meffieurs de Bezo.s
d'Avaray , de Labadie & de Medenilla .
Le 13. à fix heures du matin le refte des troupes
commença à paffer fur le pont de Lerida avec
les équipages , provifions , vivres , &c.
ce qui continua jufqu'à trois heures aprés midi.
Son Alteffe Royale les joignit avec la Cour
& les deux bataillons des Gardes , & alla cou
sher au Village de Suñer. Le détachement de M
80
MERCURE
le Comte d'Efteing s'avança ce jour là jufqu'
Llard de cans. Le même jour on détacha fixvingt
chevaux Efpagnols fous la conduite de
Don Jofeph d'Allejo. Il prit le chemin de la
gauche de la plaine d'Urgel , & fit halte à les
Borjas.
Le 14. ce détachement ayant paffé par le Village
de Vinaixa defcendant du côté de Barbera
jufqu'à Poblet , tous les lieux des environs fe
foûmirent fans faire la moindre refiftance . Les
gens du pays croyent que notre armée defcendra
du côté de Montblanc , Collado & Cabra , jufqu'à
la plaine de Tarragone . Ce même jour l'avantgarde
de M. le Comte d'Efteing s'avança
jufqu'au Mas de Flix , & Son Alteffe Royale
campa avec toute fon armée à Llar de cans , où
dix à douze Miquelets de la Compagnie d'Adam
& Bayle vinrent fe rendre, quelques - uns étoient
à cheval. Le détachement de Don Jofeph d'Allejo
aprés avoir été du côté de la Montagne de
Prades jufqu'à Vldemolins , vint rejoindre l'acmée.
Le 15. le Regiment de Cavalerie de Simianes
fortit de Lerida pour mieux couvrir l'arrieregarde
de l'armée pendant fa marche , & garantir
les bagages & les équipages des incurfions des
Miquelets. M. le Comte de Louvignies Gouverneur
de Lerida fit auffi fermer les pallages du
pont pour prévenir tous les deffeins des Miquelets
, qui depuis l'éloignement de l'armée pourroient
avoir deffein de nous vifiter , & il envoya
dire à un convoi de vivres de trois cens mulets
de repaffer au Pont de Fraga , & de joindre le
Corps de troupes qui defcend fous les ordres de
M. d'Arennes , par Cafpé , Mequinença & la
Châtellenie d'Amposta , le long de la riviere
d'Ebre. Son Alteffe Royale reçoit avec une bouté
finguliere
GALANT. 84
finguliere les peuples qui rentrent dans leur
devoir , & elle a défendu fous de grandes peines
aux Soldats de faire le moindre defordre , ayant
même fait punir feverement quelques - uns
qui avoient contrevenu à fes ordres .
Le 16. on cut avis que le Comte de Staremberg
étoit allé vifiter les Villes de Tarragone &
de Tortofe , & que le 15. il étoit encore à Cervera
, d'où il avoit donné ordre pour raffembler
les troupes qui avoient été en quartier dans la
Sugarra , & aux environs d'Urgel , afin qu'elles
puffent marcher au premier jour. On donna auffi
avis que la garnifon de Tarragone n'étoit que
de cinq cens Anglois , avec vingt-deux pieces de
canon ( on verra pourtant ci- aprés que le 6. on
comptoit cette garnifon de deux mille Anglois )
Son Alteffe Royale campa à Flix , & le Comte,
d'Efteing à Ginefta. On faifoit toûjours venit
par l'Ebre foixante-quinze barques pour conftruire
des ponts & voiturer les vivres.
Le 17. on fçut que les ennemis ayant ramaffé
toutes les troupes qui avoient été en quartier à
Agramunt , à Tarrega , & le long de la Riviere
de Sio , étoient décampées de Cervera , pour fe
rendre à Verdu.
,
Le 18. on eut confirmation de cette nouvelle ,
& l'on affura qu'ils étoient defcendus du côté de
Barbera juqu'à Montblanc , ne pouvant refter
plus haut faute de magazins , n'y ayant en tout
à Cervera que trois cens charges de farine ; ainfi
ils fe preffoient d'arriver à la plaine de Tarragone
dans l'efperance de tirer de cette Ville quelques
provifions de guerre & de bouche . On apprit
aufli ce jour- là que M. le Duc de Noailles
étoit entré dans le Lampourdan , & qu'il campoir
à Figuieres ; ce qui réjouit fort notre ar
mée..
Juin 1708
MERCURE
Le 19. les avis des jours precedens furent con
firmez , & l'on fçut que du Camp de Verdu les
ennemis étoient venus entre là Expliega de Francoli
, & Montblanc , & qu'ils n'avoient laiffé
que quelques Houffarts , & quelques Compagnies
du Regiment de Sobias à Pons , à Agramant
, & à Belpuich , trés - mal équipées & hors
d'état de fervir en Campagne. Notre armée continuant
fa marche le long de l'Ebre , a dû arriver.
le 19. à la vûë de Tortofe , fans le moindre obſ
tacle de la part des ennemis .
M. d'Asfeld étoit parti le 13. de Valence avec
les troupes qu'il conduit au Siege de Tortofe ,
feize canons & quatre mortiers . On fait aufli
marcher le pont de barques que nous prîmes l'année
derniere aux Portugais aprés lá battaille
d'Almanza. On a laiffé à Valence fept Regimens
d'Infanterie & quatre de Cavalerie .
On a auffi laiffé du côté de Monçon quatre ba
taillons d'Infanterie & cinq cens chevaux , qui
fuffifent pour empêcher les Miquelets de courir
la frontiere.
L'armée de Son Alteffe Royale devant Tortofe
fera de 21000. Fantaffins & de 9000. Chevaux.
On a vu paffer à Pampelune quatorze canons
de batterie tous neufs , venant de France , avec .
quantité de provifions de guerre de toutes cfpeces.
Les chemins depuis cette Ville- là jufqu'à Lerida
font remplis de voitures qui condurient ces.
provifions , auffr-bien que des recrûes qui viennent
encore pour les troupes Françoifes.
L'on travaille à Pampelune à une augmentation
du Pont d'outres qui fut fait l'année der
niere en cette Ville - là , & dont Monfieur le Duc
Orleans fe fervit utilement comme ita come :
mencé à faire cette année- ci..
GALANT
Son Alteffe Royale a reçu les avis fu´vans d'un
Gentilhomme Catalan de la plaine de Tarragone
qui s'eft retiré de ce côté- ci , dont le Memoire
eft du 6. Mai . Il contenoit en ſubſtance ; .
Que l'Infanterie Hollandoife au nombre de
mille hommes marchoit à Tortofe ; que tous les
Regimens d'Infanterie venus d'Italie & qui ne
font pas plus de 4000. hommes étoient campez
fur les bords de l'Ebre qu'il y avoit à Falfete
& à Garcia deux Regimens compofez de differentes
Nations qui furent lévez en Catalogne
le Printemps de l'année derniere à la folde de la
Reine Anne , & qui parce qu'ils avoient été
mal paycz, ne montoient pas enfemble à fix cens
hommes
; que
les deux Regimens de Cavalerie
de Cordoue & de Moras qui ne font pas plus
de quatre cens hommes , étoient arrivez aux
environs de Tarragone ; que le bruit étoit ( c'eft
le 6. de Mai que l'on parloit ) qu'il y avoit dans
cette Place deux mille hommes d'Infanterie Angloife
qui eft tout ce qu'il y a de cette Nation
dans le Pays,mais qu'il n'y avoit qu'une mediocre
quantité de bled ; que toutes les autres provifrons
de bouche y manquoient ; qu'il y avoit ordre
de travailler promptement aux Fortifications
qui étoient commencées depuis la Porte de Notre
- Dame du Rofaire jufqu'à celle de Saint Antoine
, & de refaire toutes les palifades depuis
ladite Porte du Rofaire jufqu'au Port , n'y en .
ayant aucune en état jufqu'au parapet du chemin
couvert , & qu'ils n'ont que vingt à vingtdeux
pieces de canon de bronze la plupart picces
de campagne , qu'ils tiennent prêtés pour pottvoir
conduire où ils en auront le plus de befoin ;
qu'ily a encore dans la Plaine de Tarragone 4 .
Regimens de Dragons , & un de Cavalerie Angloife
qui y font affemblez , & qui ne font en
84 MERCURE
&
tout que douze cens chevaux , qui n'étant point
payez font hors d'état de fe mettre en campagne
; que toute leur efperance roule fur l'argent
qu'ils comptent leur devoir être apporté
par la Flote d'angleterre ; & que c'eft auffi làdeffus
qu'ils remettent le payement des chofes
que le Payfan eft forcé de leur fournir ; qu'ils fe
font fortifiez au Col de Cabra, qui eft la grande
entrée pour venir de la Plaine d'Urgel à celle de
Tarragone , avec des lignes garnics de paliffades
& de fafcines de la hauteur & de la largeur d'environ
fix pieds que comme il court au milieu
de ce Col un petit ruiffeau , ils ont élevé ces lignes
fur le milieu jufqu'à quinze pieds de haur
& il leur en ont donné neuf de large ; ayant feulement
laiffé un paffage fermé par une barriere ;
& du côté de la montagne où paffe le chemin ,
ils ont fait une espece de Plate- forme qui borde
le chemin , laquelle a dix pas de large ; & que
comme de ce côté- là la montagne eft plus efcarpée
, on y a dreffé trois Tourelles plus élevées
les unes que les autres fur chacune defquelles les
ennemis prétendent mettre une piece de canon
( mais tout cela ne peut nous fermer l'entrée de cette
plaine , puifque les Bataillons peuvent marcher
tous formez, fur la montagne du côté du Levant
fans aucune difficulté , à moins qu'ils ne condui-
Sent leurs lignes jufqu'au fommet de cette Montagne
, ou tout au moins à plus de la moitié. )
Que jufqu'au 6. Mai on n'avoit tiré de Barcelone
aucune piece de canon , ni aucun mortier ;
qu'il n'y avoit pas alors dans cette Ville plus de
4 à 5000. charges de bled & une mediocre provifion
de biſcuit, que du refte, felon le bruit commun
, on y étoit dépourvû des autres chofes neceffaires
que les Anglois depuis l'arrivée du
Comte de Starembeg refuſoient de lui obéir
difans
dilant que la Reine Anne eft affez grande Princelle
pour leur donner un General de leur Nation
; qu'ainfi l'on croit que le Comte de Belcaftel
arrivé avec le Comte de Staremberg les
commandera , & qu'enfin les ennemis , felon la
plus commune opinion , n'ont en Catalogne que
5ooo. hommes de Cavalerie , dix à onze mille
homines d'Infanterie , & trois à quatre Efcadres
de Miquelets , gens tous propres à prendre la
fuite dés que l'on marchera à eux le fabre à la
main .
Ceft-là ce que conteñoit le Memoire prefenté à
Son Alteffe Royale, en datte du 6. Mai.
Vous apprendrez dans les trois Lettres qui
fuivent , la fuite de ce que vous venez de lire
& vous y remarquerez l'attention & la vivacité
de S. A. R. pour tout ce qui regarde la gloire
& le fervice des deux Couronnes.
Au Camp de Vin- Ebre , le 19. Mai 170 8.
*Armée partit d'Alcara le 13. & paffa la Segre
à Lerida , où S. A. R. étoit venuë
coucher la veille , & vint camper vis - à - vis
d'Alcara , à un Village appellé Funes ; M. d'E
teing avoit auffi marché cejour là , & il étoit
campé à trois lieues de Llar de cans.
Le 14. à la pointe du jour nous marchames fur
trois colonnes , & vînmes camperà Llar de cans,
d'où M. d'Efteing étoit parti le même jour.
Nous fejournames le 15.
Le 16. on défila par des Montagnes couvertes
de bois & de roches , & nous vinmes camper
fur le bord de l'Ebre , vis - à - vis de Flix. M.d'ETtain
avoit quitté ce Camp le matin , & il étoit
campé vis - à - vis de nous au-deffous de la Ri
viere , qui fait en cet endroit -là un espece de fer
à cheval , au milieu duquel le Village de Flix
Juin 17982
P
MERCURE
eft fitué , M. d'Arennes y étoit campé avec tou
tes fes Troupes , qui font plus nombreuses que
les nôtres , & celles de M. d'Eftain . Demieheure
aprés notre arrivée tous les batteaux arriverent
, & on les vit defcendre vis -à- vis le
Camp de M. d'Eftain , pour y conftruire le Pont.
Le 17. nous fejournâmes. Il fit ce jour- là un
f gros vent , & la Riviere étoit fi rapide à cauſe
d'un orage qui l'avoit groffie , qu'on ne put travailler
au Pont , ni faire paffer le pain aux Trou
pes qui étoient à Flix , & que nous ne reçûmes
que le foir.
Le 18. nous partimes pour venir ici . S. A. R.
paffa au Camp de M. d'Eftain pour y voir travailler
au Pont , où il y avoit déja huit batteaux
de placez dans le plus rapide , & on croit qu'il
fera fini aujourd'hui , l'Infanterie de M. d'Eftain
vint avec nous. On a laiffé feulement quelques
Grenadiers pour garder la tête du Pont. La Cavalerie
à qui on n'avoit pu délivrer le pain ,
viendra aujourd'hui , où fuivant toute appa-
Tence , nous attendrons M. d'Arennes. Nous
fommes à fix lieues de Tortofe , d'où nous apprenons
qu'on fortifie la tête du Pont , & qu'on
travaille à une Tenaille de ce côté - ci ; il ya
fous le canon quatre Regimens d'Infanterie ,
campez avec le Regiment de Cavalerie d'Aragon
, & aux environs deux Regimens Allemans
in de Religionaires & un Anglois ; ils ne
s'attendent pas d'être fi - tôt afficgez : par les
mouvemens que M. Langot fe donne , rien ne
nous manque.
>
Au Camp de Gineftar , le 25. Mai 1708.
Le 19. du courant dans le temps que nous
croyions devoir finir lePont qui éto¹t commencé
devant Flix il furvint une cruë d'eau, qui jointe
GALANT. 87
au mauvais fond de la riviere fit chaffer les an
cres des batteaux ; de maniere que nous per
dimes toute efperance d'y pouvoir réüffir ; &
comme nous étions fort prés des ennemis , S. A.
R. prit le parti de faire paffer dans des bateaux
plufieurs Bataillons de l'Armée de M.d'Arennes
, qui demeurerent fur le bord de la Riviere
fans bagage , le zo . & le 21. pendant qu'on
faifoit l'épreuve d'un Pont fans ancres , qui paroiffoit
bien réüffir.
Le 22. une partie de nos Troupes paffa les défilez
qui étoient devant nous , & vint nous
joindre à Vin-Ebre.
>
Le 23. nous partimes , & tous les bateaux
defcendirent jufqu'au deffous de Mora , où l'on
a deffein de faire le Pont , & nous campames
vis-à- vis de cette Place , la riviere entre deux
où nous fejournâmes le 24. & pendant ce temps,
on fit paffer dans de grands bateaux les quatre
Efcadrons des Gardes du Corps , & deux Regimens
de Cavalerie , avec les Gardes Walonnes
qui pafferent à la gauche de notre Camp , pour
ne pas perdre de temps à la conſtruction du Pont
qui fe faifoit à la droite . Nous fommes partis le
matin de ce lieu avec trente- neuf Bataillons &
prefque autant d'Efcadrons pour venir camper
ici , dans un trés - beau Pays où il y a abondance
de fourages ; M. d'Arennes eft auffi venu camper
de l'autre côté de l'Ebre , à un Village nommé
Berizanel. Je crois que nous attendrons ici
que notre Artillerie foit paffée fur le Pont , qui
fuivant toute apparence fera fini demain & en
état de paffer toute la Cavalerie de M. d'Arennes
; quant au canon , nous l'attendrons encore
plufieurs jours . Je ne vous parlerai point de
plufieurs détachemens qui fe font faits devant
Mora pour aller chaffer les ennemis de divers
Pij
"
88 MERCURE
Poftes ; car ils fe font toûjours retirez devant
nos Troupes , fans nous láiffer le temps de les
joindre . M.de Bezerezeda s'avança jufques fur le
chemin de Tortofe à Tarragone , & il dégagea
65. Prifonniers qu'on conduifoit à cette derniere
Place , & dont la Compagnie de Grenadiers de
Charollois faifoit partie ; il prit trente hommes
des ennemis qui les conduifoient .
A Lerida le 26. Mai.
Le 21. nous apprimes que l'on avoit dreffé un
Pont de Barques für lequel les Troupes qui marchoient
de Pautre côté avoient paffé pour fe
joindre à S. A. R. & marcher de concert avec
fon Armée le long de cette riviere .
Le 22. deux habitans de Reols & de la Selva
dans la Plaine de Tarragone vinrent affurer que
quelque envie qu'eût le Comte de Staremberg
de fe mettre en Campagne , il ne pouvoit en
venir à bout , tout lui manquant pour cela. Ses
Troupes restent toûjours dans leurs Quartiers
aux environs de Barbera & dans la Plaine de
Tarragone , où elles vivent aux dépens des Payfans
, qui ont eu le malheur de porter tout le
fardeau de la guerre. Les Troupes les plus mal
entretenues font les Palatines arrivées par le der
nier débarquement . Les ennemis preparoient
un détachement de quatre hommes choifis par
Compagnie , au nombre en tout de 800. hommes
, avec une partie de leur Cavalerie , pour
reconnoître les environs de Tortofe , & effayer
d'y jetter un Convoi de vivres , & fur tout de
bled & de farine , dont il y a grande difette dans
la Place.
Le 23. on affura que les ennemis n'avoient fait
aucun mouvement; que le Comte de Staremberg
étoit toûjours dans fon quartierà Montblanc ,
& qu'il y avoit rappellé les Troupes qui étoiènt.
GALANT. 89
Monçon ; ainfi M. de Fontboifard n'aura pas
grande occupation de ce côté-là.
Le 24. nous fumes que le quartier Gene al de
S. A. R. étoit à Ruina , & que M. le Comte
d'Eftain avec fon détachement étoit arrivé à la
vûë de Tortofe, & qu'il s'étoit faifi des avenues.
Que toutes les Villes & les Villages revenoient
avec empreffement & avec joye à l'obéiffance du
Roi ; que ceux de Falceté s'étoient diftinguez
par un prefent de 50. charges de vin & autant de
pain qui avoient été diftribuées aux Soldats
par ordre de S. A. R.
Le même jour dans la nuit on fçut que le
Comte de Staremberg étoit parti en diligence
pour Barcelonne , & que fes troupes étoient
toujours dans leurs quartiers , faus fçavoir ce
qu'elles deviendroient. On fçut auffi que la Flotte
ennemie qui avoit touché à Barcelone n'y
avoit débarqué aucunes Troupes ; mais feulement
quelque peu de bled , qui ne peut fuffire
pour ravitailler cette Place..
Toutes ces nouvelles ont été confirmées aujourd'hui
26. & P'on a appris avec joye que nos
Troupes occupoient fi bien toutes les communications
& les paffages de Tortofe à la Plaine de
Tarragone , aux Montagnes de Pradas , & fur
tout au Village de Perellos , qui eft le grand chemin
des Voitures, que les ennemis n'avoient pas
afé rifquer de faire entrer dans Tortofe le Convoi
qu'ils avoient preparé
Le Journal de la Lettre fuivante , commençant
au même jour que finit celui de la Lettre precedente
, j'ai cru qu'elle devoit fuivre naturellement
celles que vous venez de lire.
Au Camp de Gineftar , le premier Fuin.
Nous arrivâmes ici le 25. où nous fommes 36.
Bataillons , 44. Efcadrons de Cavalerie & I
95 MERCURE
Efcadrons de Dragons. Notre Pont fut achevé
Samedi 26 à midi; on commença par faire paffer
deffus les équipages de toutes les Troupes qu'on
avoit été obligé de faire traverſer dans des ba
teaux les jours precedens.
pour
Le 27. une partie de l'Infanterie de M. d'Arennes
paffa ledit Pont relever celle que
nous y avions laiffée pour en garder la tête ,
& qui nous vinrent joindre.
Le 28. un de nos Partis détachez pour s'appro
cher d'un Pofte des ennemis , revint avec 14. Soldats
qui deferterent dudit Pofte , leurs Camarades
ayant pris la fuite d'auffi loin qu'ils nous
#pperçurent.
Le 27. S. A. R. partit dés 4. heures du matin
pour aller faire faire un fourrage à deux
lieues d'ici , dans les Montagnes ; M. de Labadie
avoit pris les devants à minuit avec 300 che
vaux & Dragons , qui découvrirent à la pointe
du jour 5, ou 600, hommes tant Miquelets que
Troupes reglées qui fe retirerent fur des hauteurs
à notre gauche , où ils ne firent pas un
long fejour , ayant apperçu 2000. hommes de
notre Infanterie , qui tâchoient à les couper. On
pilla le Village à caufe qu'on y trouva plufieurs
mules qui nous avoient été prifes , & onrevint
du fourage fans avoir perdu perfonne. Depuis
ce temps - là on eft occupé à faire un retranchement
fur une hauteur à demie-lieuë d'ici , vis-àvis
Miravet , où l'on doit mettre 8. Bataillons
& 2. Efcadrons que nous attendons de l'Armée
de Valence ; ils y refteront pour affurer la navisy
gation de la riviere fur laquelle on doit embarquer
toutes les munitions : pour l'Artillerie & le .
Canon , dont 12. pieces de 24. venant de Lerida.
avec quelques Mortiers , font déja arrivées de
Pautre côté de la riviere ; on affure que ce qui
ient de Bayonne, eft encore à fept ou huit journécs
d'ici , d'ou nous faifons état de partir dans
trois ou quatre jours. Il nous eft venu aujourd'hui
15. ou 16. Deferteurs , & l'on croit qu'ils
feront fuivis par beaucoup d'autres.
Au Camp de Ginestar le 6. Juin 1708.
Le premier du courant S. A. R. fit diftribuer
du pain pour trois jours à un détachement de
troupes qui devoit aller aux ordres de M. de
Kercado , fous pretexte de s'emparer du poste de
la Madeleine du côté de Garcia , & de favorifer
la defcente des bateaux chargez de munitions.
que nous attendions , & que les ennemis vouloient
infulter. Pour cet effet ils avoient envoyé
à Falceté mille hommes de pied & cent cinquan
te chevaux commandez par un Colonel Iriandois
qui eft au ſervice de l'Electeur Palatin.
Le même jour à fix heures du foir on fit un autre
détachement d'Infanterie & de Cavalerie ,2
fous prétexte d'un fourage qu'effectivement on
devoit faire le 2. du côté de Tibife. Toutes ces
troupes fe joignirent a huit heures du foir , &
marcherent toute la nuit , laiffant à leur gauche
le chemin de Tibife que nos fourageurs devoient
prendre pour éviter les Miquelets qui étoient de
ce côté-là , & fous la garde defquels les en emis
qui étoient a Falceté fe repofoient . Ces etachemens
qui faifoient le nombre de trois m lle
Fantafias & de huit cens Chevaux qui étoient
commandez par M. Gaetano Lieutenant gene l
des Armées d'Efpagne qui avoit fous lui M. de
Ceylo Maréchal de Camp , M. le Marquis de
Lambert Brigadier , & M. le Comte de Gline
auffi Brigadier. Tous nos fourageurs partire it
d'ici à deux heures du matin , & prirent la roue
de Tibife. S. A. R. partit d'ici à deux heur
·& laillant Tibife à gauche , s'avança du côté le
Falceté ; nos fourageurs trouverent à Tibile les
Miquelets fur les montagnes , qui les voyant
fans efcorté , les attaquerent & en prirent quelques
- uns , & obligerent les plus poltrons à s'en
revenir. On crut tout d'un coup ici que c'étoit
une méprife , & que l'escorte s'étoit égarée . On
vint chercher du fecours pour renforcer quelques
Dragons , qui ayant eu ordre de porter leurs ar
mes au fourage , repoufferent de leur mieux les
Miquelets ; mais c'étoit pour les amufer , puifqu'à
la petite pointe du jour on arriva à Falceté
; on crut tout d'un coup qu'il n'y avoit plus
perfonne , n'ayant trouvé aucunes gardes avancées
; mais les ennemis dormoient fur la garde
des Miquelets , s'imaginant que nous ne pouvions
paffer que par Tibife . Sitôt qu'ils nous apperçurent
ils voulurent gagner en diligence un
défilé ; mais il n'y eur que la Cavalerie qui y
put parvenir , encore n'y arriva- t- elle pas toute
; quant à l'Infanterie accompagnée de quelques
Miquelets , voyant que la retraite lui étoit
coupée , elle chercha à grimper fur une montagne
, où elle fut vivement poursuivie par nos
gens , qui l'acculerent contre une roche , où elle
battit la chamade , & mit bas les armes , demandant
quartier. On leur tua du moins quatre
cens hommes. On ne fit aucun quartier aux Miquelets
, & nous avons pris dans cette occafion
un Colonel , un Lieutenant - Colonel , un Major ,
& environ trente autres Officiers dont douze
trois font Capitaines , avec cinq cens trente
Soldats de diverfes nations , mais la plupart Palatins
& troupes venues d'Italie . On a envoyé
tous les prifonniers en Caftille. Nous n'avons
perdu que dix-huit à vis gt-hommes feulement ;
M. de Zerezeda Colonel Espagnol eut fon cheval
tué fois lui dans cette act en qui lui attira deş
louanges
-
GALANT. 93
Jouanges de Monfieur le Duc d'Orleans . Son
Altefle Royale. arriva à Falceté dans le temps
que l'action finiffoit. On trouva dans ce Village
fitué à cinq grandes lieues du Camp , quelques
batils de poudre , cinq cens moufquets , quantité
de bales & de bagages qui furent pillez.
Ce Prince apprit le 4 que M. de Vallejo qu'il
avoit envoyé du côté de Parello fur le chemin de
Torcofe à Tarragone, y avoit envoyé mille boeufs
au vaches , & fix mille moutons qui étoient en
pâture aux environs , & deftincz pour la provifion
pendant le Siege . Il arriva hier ici avec fon
butin augmenté de cent cinquante chevaux ou
mules , aprés avoir défait les Miquelets qu'on
avoit envoyez pour s'opposer à fa retraite , dont
il a feulement amené huit prifonniers . Son Alteffe
Royale donna ordre qu'on diftribuât tout le
bétail aux troupes . ,
Nos bateaux & nos munitions arriverent hier
Flix Nous faifons aujourd'hui un fourage general
, & nous partirons inceffamment pour Tortofe.
Du Camp de Gineftat le 7.
Son Alteffe Royale fit défaire le Pont afin
de faire paffer les batteaux d'artillerie dont
quelques - uns s'affemblerent , & l'on fut obligé
de les alleger. Monfieur le Marquis de Bezons par◄
tit d'ici avec trois brigades d'Infanterie , & quatre
Regimens de Dragons pour aller camper deux
licuës en avant ; il nous vint ce jour- là foixante
& dix deferteurs , vingt- cinq defquels étoient fortis
d'un pofte de cinquante bommes commandezpar
un Capitaine , un Lieutenant & un Enseigne que
M. de Vallejo enleva e fuite avec le reste de leurs
troupes on enleva auffi quelques petits poftes »
de forte que nous eûmes environ cent cinquante pri
Sonniers. Tous les deferteurs conviennent que les
troupes ennemies ne fontpas payées , & que depuis
Juin 1708,
Q
94. MERCURE
pour
qu'elles ont été débarquées en venant d'Italie , les
Soldats n'avoient reçu qu'un écu chacun . S. A. R..
eft partie cette nuit à deux heures aller joindre
M. de Bezons, qui doit aller camper à fix heures
d'ici. Nous devons demain partir avec le refte de
l'Armée pour l'aller joindre. Ce Prince a commandé
un grand nombre de Travailleus pour élargir
les chemins. 2
S. A. R. dont la prévoyance eft grande en tou
tes chofes , avoit ordonné avant tous ces heureux
avantages à l'Intendant de Guyenne de faires
acheter quinze cens boeufs & de les envoyer à
fon armée ; elle avoit auffi ordonné à celui de
Montauban de lui envoyer un pareil nombre de
boeufs qu'on devoit faire partir du Rouffillon, &
mille pour les Hôpitaux de l'armée avec beau
coup de moutons. M. de Meliand Intendant de
l'armée s'eft donné tous les foins neceffaires pour:
Pexecution des ordres de S. A. R. & tout ce bétail
fera arrivé à l'armée de ce Prince long- temps
avant que vous receviez ma Lettre . On a fait
auffi acheter en Aragon quantité de bled pour la
même armée. Je ne fermerai pas ma Lettre fans
vous donner encore des nouvelles de l'armée de
S.A.R. & de celle de M. le Duc de Noailles . Ce--
pendant je paffe à quelques articles. de morts .
Dame N ... Hennequin d'Hecquevilly , fem-.
me de Meffire N...de Gigault Marquis de
Bellefonds , Colonel d'un. Regiment de Cavale .
rie , Gouverneur de Vincennes , & Petit-fils de
feu Monfieur le Maréchal de Bellefonds , eft morte.
en couche, & dans une grande jeuneffe . Elle étoir
fille de Meffire André Hennequin Chevalier , Seigneur
Marquis d'Ecquevilly & de Frênes , Sei-:
gneur de Balaftre , de Boüafle , de la Müette de
Verigny , de Goüillons, de Préle & autres lieux,
Baron d'Heft en Artois , & Capitaine General .
GALANT 95
"
des Toiles de Chaffe , Tentes & Pavillons du
Roi , & de l'équipage du Sanglier. Il a fuccedé
à feu Meffire N... Hennequin Seigneur defdits"
lieux , & qui avoit la même charge ; il en prêta
ferment à Fontainebleau entre les mins du Roi
le 27. Juillet 1659. il eft d'une naissance trésconfiderable.
M. Hennequin dont le Pere étoit
François , ci - devant Procureur General du
Grand Confeil , qui refufa d'être Premier Prefi
dent de Rouen , lorfque Monfieur de Montholon
fut nommé à cette place , & dont le Fils eft Antoine-
Jofeph fieur de Charmont , ci -devant auff
Procureur General du Grand Confeil , & auparavant
Confeiller au. Grand Confeil Grand
Rapporteur , & ci - devant Ambaffadeur à Venife
, & aujourd'hui Secretaire de la Chambre &
du Cabinet du Roi pour le Quartier d'Octobre ,
font de la même inaifon que M. le Marquis d'Ecquevilly.
Ce nom eft fort connu dans la robe ;
la famille des Hennequins a donné des Evêques
à l'Eglife & des Officiers à toutes les Cours Supericures
de cette Ville. Madame la Marquife de
Bellefonds n'étoit mariée que depuis deux ans
à M. le Marquis de Bellefonds Capitaine &
Gouverneur du Château & Parc de Vincennes
& des Chaffes dudit lieu ; elle laiffe un Fils. Je
vous ay fait un affez grand détail de la maifon
de Bellefonds , en vous apprenant dans une do
mes dernieres Lettres le Mariage de Mlle de Bel→ ·
lefonds avec M. le Marquis de Fervaques .
.
>
Soeur Antoine d'Albert - Chaulnes Abbeffe du
Monaftere Royal de faint Pierre de Lion eft morte
dans un âge affez avancé , avec de grands fentimens
de picté , & aprés avoir reçû tous les
fecours fpirituels de la main même de M. l'Ar
chevêque de Lion qui l'a. vifitée plufieurs fois ,
Juia adminiftré les Sacremens & donné les der
96 MERCURE
nieres Benedictions . Elle avoit pris habit
fait Profeffion en l'Abbaye aux Bois de Paris ,
qui eft de l'Ordre de Citeaux , & elle obtint enfuite
une difpenfe fur la nomination du Roi
pour être transferée dans P'Ordre de faint Benoît
, dont eft P'Abbaye de faint Pierre . Elle y
a fait de grands embeliffemens , & il y a fait
élever les fuperbes bâtimens que tous les étrangers
qui paffent par Lion y vont admirer ,
& qui le difputent avec les plus beaux de cette
elpece qui font en Europe . Elle a gouverné fa
Communauté avec une grande fageffe , mais en
même temps avec la feverité que les Abbeffes
doivent avoir,depuis l'an 1672. qu'elle fucceda à
La foeur Anne d'Albert- Chaulnes , qui mourut le
4. Février de la même année , aprés avoir été
22. ans Abbeffe . Elle avoit deux autres foeurs
Religieufes , fçavoir Marie-Magdelaine- Urbine-
Therefe , Coadjutrice , puis Abbeffe de l'Abbaye
aux Bois , morte en 1687. & Charlotte Prieure
perpetuelle du Monaftere Royal de faint
Louis de Poiffy depuis 1669. jufqu'à l'année
derniere qu'elle mourut. Madame de faint Pierre
avoit eu quatre freres , fçavoir Henry-Louis
Duc de Chaulnes , Pair de France , &c. Charles
I. Marquis de Raineval ; Charles II. Duc de
Chaulnes Pair de France , Commandeur des Ordres
du Roi , Gouverneur de Bretagne & en
duite de Guyenne ; & enfin , Armand , dit l'Abbé
-de Chaulnes ; les Enfans d'Henry Louis & de
Charles II. font parvenus à tous les honneurs
que leur grande naiffance pouvoit leur faire ef
perer. Ils étoient fortis du mariage d'Honoré
d'Albert Duc de Chaulnes Pair & Maréchal de
France , Vidame d'Amiens , Seigneur de Pé
quigny & de Raineval , & qui avoit d'abord porté
la qualité de Seigneur de Cadenet , petit Fief
$ du
>
GALANT.
Au Comtat Venaiffin , & de Charlotte d'Aill
Comteffe de Chaulnes , fille unique & heritiere
de Philibert-Emmanuel d'Ailly Seigneur de Pequigny
, de Raineval , Vidame d'Amiens , Che-
Valier des Ordres du Roi , & de Louiſe d'Ognies
Comteffe de Chaulnes & Dame de Magny. Mon.
fieur le Maréchal de Chaulnes étoit le ſecond
Fils d'Honoré d'Albert Sieur de Luines , & Frere
puîné du celebre Connêtable de ce nom , qui
en s'élevant éleva tous fes freres . Une Tradition
domestique porte , que la Maifon d'Albert
étoit établie dans le Comtat Venaiffin , fous le Pape
Innocent VI . Mais ce qu'il y a de fûr, c'est qu'elle
s'eft fort élevée dans le dernier fiecle , & qu'il
y eut une grande difference entre Honoré d'Albert
fieur de Luines dans ce Comtat , & fes trois
Fils qui vinrent en France , & dont l'aîné porta
la qualité de Connétable de France ; le fecond
celle de Maréchal de Chaulnes ; & le troifiéme
d'abord connu fous le nom de Monfieur de Brantes
, dont M. de Baffompierre parle dans fes memoires
, celle de Duc de Luxembourg , dont il
époufa l'heritiere. Cet Honoré dont je viens de
parler , fervit pourtant utilement. le Roi Henry
le Grand , à ce que difent quelques Hiftoriens
& fes filles fe marierent affez avantageufement ;
Marie époufa Claude , dit du Roux , Seigneur
de Bonneval & de Combalet ; elle fut mere d'Anne
, mariée à Charles de Crequy , Comte de
Canaples : Antoinette époufa en premieres nôces
le Seigneur du Vernay , & en fecondes Robert
de la Marck Duc de Bouillon , Comte de
Braine ; elle mourut à Paris cn 1644. Louiſe
épousa Antoine de Villeneuve Marquis de Mons ,
Baron de Baux & Gouverneur de Honfleur en
Normandie mort âgé de 108. ans en 1682. & une
Elle qui fe fit Religieufe. Anne de Rodulf fur
Fuin 1708. R
98
MERCURE
mere de toutes ces Dames.
Quand Madame de Chaulnes alla prendre pof
feffion de l'Abbaye de faint Pierre , elle mena
avec elle Madame de Chevri , qui avoit été auffi
Religieufe de l'Abbaye aux Bois ; & aprés quelques
années elle obtint une diſpenſe pour lui
faire changer d'Ordre , & la fit Grande Prieure
de faint Pierre. Cetre Dame dont l'efprit étoit
fi connu , & qui eft morte depuis quelques anuées
, poffedoit toute la confiance de Madame
de faint Pierre , & gouvernoit toutes les affaires;
elle étoit de Paris , & parente de M. le Prefident
de Chevry.
Dame Elifabeth d'Hamilton , ci -devant Dame
du Palais de la Reine , veuve de feu Meffire Phi
libert Comte de Grammont , Vicomte d'After,
Seigneur de Semeac , Commandeur des Ordres
du Roi , ci-devant Gouverneur de la Rochelle
& Pais d'Aunis , eft morte âgée de 67. ans.
Quoique cette Dame ait brillé par fa beauté ,
elle s'eft encore plus fait admirer par fa vertu &
par la folidité de fon efprit ; auffi étoit- elle
confiderée de tout ce que la Cour a de plus élevé.
Elle avoit toûjours vécu d'une maniere qui
devoit empêcher qu'elle apprehendat les approches
de la mort : cependant elle a fait connoître
que les plus juftes la doivent craindre dans ces
terribles momens . Elle étoit d'une des plus illuftres
maifons d'Ecoffe, puifque les Ducs d'Hamilton
& les Ducs d'Athol font de la premiere
Nobleffe de ce Royaume. M. le Duc d'Hamilton
aujourd'hui Chef de cette grande Maifon en
Ecoffe en eft un des plus grands Seigneurs. Il
s'eft trouvé un Milord Hamilton dans les Troupes
Angloifes qui ont paffé en Catalogne , &
PArchiduc l'a envoyé audevant de l'Archiduchefe
fon Epoufe , pour la complimenter de fa
part , ayant voulu faire choix pour cette Com
miffion d'un homme des plus qualifiez de fa ™
Cour. La Branche aînée de la maifon d'Hamilton
s'eft éteinte dans celle de Douglas , il y a
déja du temps ; celle de Douglas eft auffi une des
plus illuftres d'Ecoffe. La maifon d'Hamilton
étoit déja connue en ce Royaume- là fous le
Roi Robert Bruis , & avant que la maifon Royale
de Stuart , avec laquelle elle s'eft fouvent
alliée , montat fur le Trône , c'est- à- dire avant
le 14. fiecle ; & ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'elle
a effuyé des difgraces & des revolutions. Patricius
Hamilton a eu la qualité de Martyr , &
fut immolé à la fureur des Rebelles qui inonderent
l'Ecoffe il y a un grand nombre d'années. Un
Jean Hamilton Archevêque en Ecoffe , fit beaucoup
parler de lui en fon temps . Le fameux Cardan
fit une ridicule prediction touchant ce Prelat,
& qui ne lui convenoit gueres . M. Bayle a examiné
la verité de cet horofcope dans fon Dictionaire
critique .
Madame la Comteffe de Grammont avoit deux
Freres , qui font ici , & qui fe font tous deux
diftinguez dans le fervice , fçavoir le Comte An
toine & le Comte Richard ; le premier eft Colonel
d'Infanterie , fon regiment qui porte le nom
de Medoc a porté autrefois celui de Ferzés c'eft
un corps trés-confiderable ; le fecond joint à une
valeur fouvent éprouvée , fur tout dans toutes
les actions de cette derniere guerre , une grande
délicateffe d'efprit ; il parut il y a quelques années
une Lettre en Profe & en Vers qu'il écrivit
à M. le Comte de Grammont fon beau frere , fur
les operations de la Campagne , qui lui fit beaucoup
d'honneur.
Madame la Comteffe de Grammont a eu deux
filles de fon mariage ; Madame la Comteffe de
Rij
MERC RE
Staffort & Madame l'Abbeffe de Pouffey en Lor
raine , connue auparavant fous le nom de Mademoiſelle
de Semeac, M. le Comte Staffort
époux de la premiere , fait fon féjour à Bruxelles
; iheft de l'illuftre maifon Howart , l'une des
plus grandes d'Angleterre , & qui a produit la
branche de Nortfolk dont étoit Philippe Thomas
Howart de Nortfolk , Cardinal du titre de
Sainte Cecile , Prelat Affiftant de quatre Congregations
, & qui aprés être forti de l'Ordre des
Jacobins avoit été premier Aumônier de la feue
Reine d'Angleterre. Il étoit fils du celebre Thomas
Howart , Duc de Nortfolk , Comte d'Arondel
& de Surie , Grand Maréchal d'Angleterre ,
& Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere . Cette
premiere branche eſt alliée à la maifon du Bofc-
Normanville en France , qui a donné un Chancelier
à ce Royaume. Le pere de M. le Comte
Staffort perdit la tête fur un échafaut dans une
perfecution qui s'éleva contre les Catholiques
en Angleterre fous le regne du feu Roi Charles
II. Onies accufa d'avoir trempé dans une conju
ration contre Etat , & le Comte Staffort leur
préru Chef , fut la victime de la rage de fes
ennemis. Ce nom n'eft pas heureux : le celebre
Comte Staffort d'où celui d'aujourd'hui eft illu
fut la premiere victime de la fureur des rebelles :
fous le Roi Charles I. Ce Prince infortuné eut
la foibleffe de confentir à la mort des ce fidéle
Serviteur , à laquelle les Parlementaires l'obligerent
de confentir , en lui faifant infinuer que
ce confentement affureroit fa vie ; mais la mort
de ce malheureux Comte n'empêcha pas la
fienne .
M. le Comte de Grammont étoit frere du Má→→
réchal Duc de ce nom , oncle de M. le Duc de
Grammont d'aujourd'hui , & grand oncle de. M.
1
Le Duc de Guiche . Je ne vous en ditai pas davanrage
, vous ayant amplement parlé de cette maifon
dans le temps de la mort de feu M. le Comte
de Grammont .
La Lettre que vous allez lire en renferme une
autre de Monfieur le Duc d'Orleans , qui fait
connoître que ce Prince parle de ce qui le regarde
avec une modeftie qui doit lui attirer de
grandes louanges . On voit auffi par une autre
Lettre de ce Prince , que tout le refte du détachement
dont il a parlé dans fa premiere Lettre
a été entouré & pris .
Du Camp de Monçon ce 8. Juin 1708 .
Nousfommes ici dans un petit Camp feparé de la
grande Armée. Rien n'échape à la prévoyance de
Monfieur le Duc d'Orleans . Il'a cru avec beaucoup
de raifon qu'il étoit important de laiffer ici quetques
Troupes à la garde du Pont des Frontieres
de l'Arragon . Nous fommes demeurezici avec une
Brigade de Cavalerie & un bon corps d'Infanterie,
fous les ordres de M. de Fontboifard qui eft indif
pofé , & qui eft fort fouiagé dans toutes nos operationspar
M. le Marquis de S. Germain - Beaupré,
qui ne s'épargne en rien . La Riviere commence à
étre guéable , & cela nous tient en baline . Nous
ne sommes pas fans occupation ; & nous voyons
tous les jours qu'il n'a pas été hors de propos de
laiffer ici quelques Troupes . S. A. R. nous a fait
P'honneur de nous écrire ce qui s'eſt paſé à son
Armée. Voici la copie de la Lettre de ce Prince .
Du Camp de Gineftar le 3. Juin.
Il s'eft paffé une petite affaire de ce côté - ci .
Les Ennemis avoient douze cens hommes dans
Falceté avec quatre cens chevaux & douze cens
Miquelets répandus aux environs . Je fis avant
hier au foir pour couvrir un fourage que je vou
Jois faire de ce côté-là un détachement de trois
mille hommes de pied & de huit cens chevaux
qui marcha toute la nuit , & arriva à Falceté à
la pointe du jour. Les Ennemis voulurent l'abandonner
, mais ils ont été fuivis de fi prés , qu'il
y en a eu quatre à cinq cens de tuez , & environ
fix cens faits prifonniers , avec tous les Officiers
de leur détachement. Nous n'avons eu qu'un
Officier legerement bleffé ; & quinze Soldats
tuez ou bleffez ; & notre fourage s'eſt fait tranquillement
& abondamment .
Hier 7. Fuin nous reçûmes une autre Lettre de
S. A. R. par laquelle elle nous fait l'honneur de
nous apprendre que tout le refte de l'infanterie
reglée avoit été depuis entourée & prife avec le
Commandant du détachement .
L'Armée doit s'être mise en marche d'hier zi
Fuin pour aller droit à Tortofe. S. A. R. n'a diffe
ré ce fiege que dans la neceffité d'attendre pour cela
un dernier Convoi de munitions qui vient fur
l'Ebre , & qui doit être arrivé le 5. On n'a rien
épargné pour lui faire faire plus de diligence ; mais
il n'a pas été poffible de lefaire arriver plûtôt . On
ne croit pas que les Ennemis veüillent s'obftiner à
défendre Tortofe , & qu'ils veuillent s'expofer à y
perdre une partie de leurs Troupes dont ils auront
grand befoin dans la fuite.
Quoique l'article fuivant ne foit pas nouveau,
il merite neanmoins d'avoir place ici , & l'on ne
peut trop marquer le zele pour Sa Majeſté de
ceux qui le font paroître, fur tout par des pricres
publiques.
Meffieurs les Maire , Lieutenans & Pairs de la
Ville & Commune de Beauvais firent chanter
une grande Meffe en Mufique à dix heures du
matin , en l'Eglife de Saint Etienne le Mardi
premier du mois de Mai dernier , pour remercier
Dieu de la grace qu'il a plû au Roi d'accorder à
GALANT.
TO3.
cette Ville pour la Commutation du Taillon en
Tarif. Cette ceremonie fut trés - magnifique ;
tous les Corps de la Ville qui y avoient été invitez
y affifterent ; & la Nobleffe du Beauvoifis
qui étoit alors à Beauvais s'y trouva auffi , &
même les Gentilshommes de la Campagne qui
purent y venir, affifterent à cette Meffe , à la fin
de laquelle on chanta un Te Deum en musique.
On tira enfuite plufieurs boëtes , & la fête finie
par un trés- grand repas que donnerent Mef
fieurs les Maire & Officiers , où les fantez du
Roi & de toute la maifon Royale furent buës au
bruit de la Moufqueterie. La grace que Sa Majefté
vient d'accorder à cette Ville eft trés confiderable
, & elle merite bien la reconnoiffance de
fes habitans. Ce Prince en l'accordant a dit à
M. le Cardinal de Janfon , qu'il étoit bien- aife
d'accorder cette grace à une ville qui lui avoit
toujours été trés - affectionnée . On y a fait des
Prieres pendant plufieurs jours pour ſa Majeſté
à caufe de cette conceffion .
M. de Lefnerac de Mefniville a été reçû Chevalier
de l'Ordre Royal de Notre Dame de
Mont-Carmel & de Saint Lazare de Jerufalem ,
dans l'Eglife des Carmes des Billettes , par M.
le Marquis de Dangeau , Grand - Maître de cet
Ordre. Le merite de ce Gentilhomme eft connu.
Il a fervi en qualité d'Aide de Camp dans les
Armées de Sa Majesté . Il a été enfuite Commiffaire
& Controlleur de la Marine dans les Ports
de Cherbourg & du Havre , où il a fervi avec
beaucoup d'honneur & de diftinction pendant
plus de vingt - quatre années . Ler Officiers de
cet Ordre & plufieurs Chevaliers affifterent à la
Meffe & aux ceremonies qui fe firent à l'occafion
de fa reception. L'affemblée fut nombreuſe &
choifie , à caufe du grand nombre de pares &
d'amis de ce Chevalier qui avoient pris fois
d'en avertir leurs amis qui furent témoins de fa
pieté édifiante. Il a eu l'avantage d'avoir pour
témoins de fa conduite & de fes fervices Meffieurs
les Maréchaux de Choifeul & de Joyeuse ,
ainfi que M. de Canify , Evêque de Limoges.
De pareils témoignages font des preuves éclatantes
du merite de ce nouveau Chevalier.
Je dois ajoûter ici qu'étant Commiſſaire Ordonnateur
de la Marine à Cherbourg , il a cu
P'honneur de recevoir chez lui Sa Majefté Bri
tannique ; des Maréchaux de France , des Officiers
generaux des Armées du Roi , de même
que des Intendans de mer & de terre , ainfi qu'il
eft porté par le certificat de M. de Beaujeu , aujourd'hui
Commandant du Havre qui commandoit
alors à Cherbourg.
"
Je ne dis rien des fervices que M.le Chevalier
de Mefniville a rendus à l'Etat , & à divers Officiers
de Marine , dans des occafions fâcheufes &
dont le fouvenir doit être effacé par les grands
avantages que nous avons remportez fur Mer depuis
ce temps-là , & par les batailles Navales.
que nous avons gagnées.
Je vous envoye la fuite du Journal de l'Armée
de Monfeigneur le Duc Bourgogne, dans laquelle
vous trouverez un nombre infini de particularitez
dont toutes les nouvelles publiques qui
ont paru depuis le commencement du mois n'out
point parlé.
Je dois vous avertir que fi vous trouvez quelques
jours fans être remplis , mon filence ne
proviendra que de ce qu'il ne fe fera rien paffé
de confiderable ces jours- là.
Le 28. de Mai M. Pafteur fameux Partifan , &
fort craint des Ennemis , n'étant accompagné
que de fept hommes , leur cu prit trente- un
qui
GALANT.. .1051
qui alloient à la paille dans un Village,
Le 29. Monfeigneur le Duc de Bourgogne fe,
donna tous les mouvemens que ce Prince fe donne
ordinairement chaque jour, Il monta à cheval
, & donna differens ordres qui furent execu-,
tez avec toute la vivacité & toute la ponctuali
té qu'on execute tous ceux que donne ce Prince
, à qui rien n'échape , & qui fait attention à
tout .
Il y eut un grand fourage le 31. auprés de
T'Abbaye de Cambron . Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , Monfeigneur le Duc de Berry , &
Monfieur le Chevalier de Saint Georges fe
trouverent à ce fourage , où Monfieur de Vendôme
n'alla pas , parce qu'il étoit incommodé .
Le premier de Juin Monfeigneur le Duc de
Bourgogne partit de Soignies à 9. heures du foir
pour fe rendre au Camp de Braine- laleu , où il
n'y avoit pas d'apparence que l'armée pût arriver
que le lendeinain aprés midi. Je dois marquer
ici , pour bien faire connoître la beauté de
la marche hardie & perilleuse que ce Prince fit
faire ce jourlà à fes troupes ,, que Milord Marl
boroug avoit peu de temps auparavant fait un
mouvement qui leur fermoit le chemin de Leffi
nes à la gauche , & celui de Nivelle à la droite.
Il avoit mis fa droite à Sainte Croix , le Bois de
Trion audevant , & fa gauche à Lembeek fur la
Senne , le centre à S. Ernelle . Monfeigneur le
Duc de Bourgogne devoit être dans un grand
embarras ; car il marchoit par la gauche qui
étoit à Canchie-Notre-Dame , il falloit effuyer
un combat d'infanterie à Steinkerque , qui ne
-pouvoit être avantageux ; & s'il marchoit par
Ta droite à Naaft vers Nivelles , les Ennemis
pouvoient attaquer fon Avant - Garde , aprés
voir paffe la Senne. Ils avoient le tiers moins
Fuin 1708.-
100 MERCURE
de chemin à faire que fes Troupes , en cas qu'ile
n'aimaffent pas mieux venir attaquer l'Arriere-
Garde par Braine- le - Comte .
Il eft ailé de voir que cette marche étoit fort
dangereufe ; cependant Monfeigneur le Duc
de Bourgogne aprés y avoir fait toute l'attentionr
neceffaire , & avoir pris des mefures qu'il crut
juftes , & qui l'étoient en effet , refolut de l'entreprendre
, puifqu'il auroit fallu , fi ce Prince
n'eût pas pris ce parti , qu'il fût rentré dans fes
lignes avant 15. jours. Aprés qu'il eut renvoye
les gros équipages vers Mons , & les menus du
côté de Caftiaux , l'armée fe mit en marche à 8 .
heures du foir aprés la retraite , & dans un fore
bon ordre. Monfeigneur le Duc de Bourgogne
étoit à la tête de l'Infanterie de la premiere ligne,
& toutes les troupes qui aiment ce Prince ;
& qui ont beaucoup de confiance en lui , le fui
virent avec joye. Illeur avoit fait diftribuer du
pain pour quatre jours. La marche ſe fit par-
Naaft, par les Efcauffines d'Enghien , & par Fel-
Tuy , & l'armée palla la Senne à Arquenne & à
Notre- Dame de Bon-Confeil pour aller fe mettre
en bataille à la hauteur de Nivelle , aprés
avoir paffé le ruiffeau ..
La marche qui avoit commencé le premier ,,
ainfi que vous venez de voir , continua le deux
jufques bien avant dans la journée ; & comme
rien ne pouvoit faire connoître que les ennemis
vouluffent traverser la marche de l'armée , on
s'avança , & on fe campa la droite à Genepa , &
la gauche à Braine- Laleu ,
On doit remarquer que cette marche n'eft pas
fans un grand merite , & qu'elle donne beaucoup
de gloire à Monteigneur le Duc de Bourgogne ,
puifque les Ennemis , s'ils fuifent: venus pader
Braine - le - Château , auroient eu beaucoup
GALANT. 107
moins de chemin à faire que l'armée , quoiqu'il
n'y eût que trois petites lieues d'un Camp à
l'autre.
Milord Marlborough qui avoit mandé en Hollande
qu'il attaqueroit les François au premier
mouvement qu'ils feroient , fit tout le contraire
, puis qu'auffistôt qu'il eut appris qu'ils s'étoient
mis en marche il décampa avec une precipitation
qui fatigua extrémement fes troupes
pendant une pluye continuelle ; & lors qu'il eur
appris que 6000. Grenadiers s'étoient approchez
d'Ath , comme s'ils euffent voulu l'inveſtir,
il crut que l'on vouloit affieger cette Place , de
maniere que l'on peut dire qu'il fut furpris deux
fois , l'une par le décampement de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , dont il n'avoit pas pris
d'alfez juftes mefures pour êtte averti , & Pautre
par la feinte que fit ce Prince d'aller du côté
d'Ath. Lorfque ce Milord décampa , la plus
grande partie de fa Cavalerie étoit au fourage ,
& éloignée de 4. ou 5. lieuës , de maniere que
cette Cavalerie n'ayant pu entendre les fignaux ,
-il fut obligé de l'envoyer avertir de fuivre l'Armée
; & la crainte qu'elle eut d'être chargée
par les 6000. Grenadiers l'obligea de quitter le
foutage avec tant de precipitation , que les Cavaliers
laifferent dans la campagne plus de 18000.
trouffes qu'ils ne pûrent emporter. Cette retraite
pendant laquelle les ennemis perdirent environ
2000. Chevaux fans compter un grand.
nombre de foldats qui deferterent , fe fit avec
tant de confufion , qu'elle reffembla beaucoup
plus à une fuite qu'à une retraite ; de forre que
tout fut en alarme dans Louvain & aux environs
. Les Ennemis allerent camper à Anderlecht,
& le lendemain à Rofcapel , entre Bruxelles &
Louvain , où. Marlborough parut bien chagrin
,
108 MERCURE
de s'être laiffé prendre pour dupe. En effet il
avoit lieu de l'être , puifque nous étions dans
un camp où l'on pouvoit vivre à fouhait , d'où
l'on pouvoit tirer des vivres de tous côtez, &
d'où nos partis pouvoient fort inconmmoder fes
troupes par la Forêt de Soignies.
Le 3 on travailla à fe bien établir dans le
Camp.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne alla le 4
vifiter les troupes de la gauche & des referves.
Le même jour ce Prince fit fourager en arriere
vers le bois de Nivelle , & il alla voir la Cha
pelle de Vaterloo qui eft fur le bord des bois de
Soignies .
Le 5. Monfeigneur le Duc de Bourgogne mon
ta à cheval pour faire faire des communications
à la droite , afin de la mettre tout-à- fait à Genape
, où ce Prince fit camper quelques regimens
d'infanterie ; cependant il laiffa toujours la gauche
à Braine- Laleu , qui eft entre les deux lignes.
Le matin du 6. on fit fortir un détachement de
5. à 600. chevaux & de 200. fantaffins ; ce déta→
chement marcha vers Niel- Sain Vincent fur Corbais
pour reconnoître . Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & M. de Vendôme allerent jufqu'à
Hulpes, & ces Princes impatiens d'entreprendre
quelque chofe , & voulant tout voir par eux -mêmes
, étoient fouyent en mouvement depuis leur
arrivée dans ce Camp & alloient fur les hauteurs
& fur les épinates d'où ils découvroient Bruxel
les & fes environs.
Le 7. jour de la Fête de Dieu Monfeigneur le
Duc de Bourgogue fit faire la Proceffion dans la
Place de Braine- Lalen , où ce Prince affifta
aprés avoir fait fes devotions, & il monta à che
val aprés fou dîné. Le matin du même jour Milord
Tord Marlborong accompagné de plufieurs autres
Officiers generaux , & efcorté par 500. chevaux
du Piquet , alla reconnoître les paffages & le
Terrein le long de la Dyle.
Le 8. Monfeigneur le Duc de Bourgogne fit 14
tevûë d'une partie de l'Armée . Ce Prince vit la
premiere ligne & une partie de la ſeconde de la
droite & de la referve de la droite .
Le 9. Monfeigneur le Duc de Bourgogne paffa
le refte de l'armée en revûë , & comme il fit ces
revûës avec une trés - grande attention , & qu'il
examina les troupes prefquehomme par homme,
il les trouva trés-belles , & même au- deffus de
fon attente & de ceux qui l'accompagnoient .
Ce Prince toujours attentif à tout ce qui regarde
l'emploi d'un grand General , fit border le
bois de Boffut par de l'infanterie , afin d'affurer
les convois qui venoient de Charleroi . Un de nos
partis enleva ce jour-là 56. chevaux du regiment
de Grovenftein qui y étoit allé fourager avec
d'autres. Les partis des Alliez n'avoient pas la
même facilité , à cauſe que les François pou-,
voient fourager derriere eux & autour de leur
Camp.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne reçut le
ro. à fon coucher un paquet de M. de Saillant.
Commandant de Namur ; il mandoit à ce Prince
qu'il avoit envoyé enparti 70. Maitres avec M.
du Moulin , pour apprendre des nouvelles des ennemis
; qu'il étoit arrivé à cinq beures du foir avet
92. chevaux , 40. Cavaliers & un Cornette qu'il
leur avoit pris ; que Marlboroug avoit envoyé un
détachement de 1500. chevaux , afin de le joindre ;
mais qu'il leur avoit fait prendre le change en paf-
Fant le Demer à Zichem , & en le repassant enfuite
audeffus de Dieft , & que les ennemis nefond
geoient pas à décamper.
Juin 1708,
MERCURE
Le 1. Monfeigneur le Duc de Bourgogne
monta à cheval à huit heures du matin pour aller
au fourage qu'il avoit ordonné pour la droite
de fon armée.
Les ennemis formerent le 12. à Deinfe un camp,
de 5. à 6000. hommes pour obferver M. de la
Motte dont le Camp feparé leur donnoit de l'inquietude.
Les rendus continuerent d'affurer que
les ennemis manquoient de fourage , ce qui étoit
caufe qu'ils perdoient beaucoup de chevaux.
Le 13. Monfeigneur le Duc de Bourgogne qui
ne laiffoit paffer aucun jour fans fe donner quelques
mouvemens , monta à cheval & alla à la
droite du centre .
Ce Pince fit faire le 14. la Proceffion dans la
Plaine de Braine- Laleu , & il entendit la grande
Melle.
Le 15. il alla à Nivelle.
Il ordonna le 16. un fourage à la droite où ilfe
trouva en continuant toujours d'obferver les,
lieux , & en donnant de nouveaux ordres pour
étre informé de tout ce que faifoient les ennemis .
Le Dimanche 17. ce Prince fit fes devotions, &
édifia toute l'Armée par fa picté .
Le 18. il alla à la premiere ligne du centre ; de
maniere que toute l'Armée avoit fouvent le plaifir
de le voir , puifqu'il en vifitoit prefque tous,
les jours quelque partie.
Ce Prince ordonna le 19. un fourage pour la
gauche, & continua de s'y trouver comme il faifoit
prefque à tous les fourages.
Quoique j'aye compofé ce Journal fur plufeurs
lettres differentes , il peut neanmoins être
échapé beaucoup de chofes à ceux dont j'ai vu
Tes lettres ; & comme la plupart de ceux qui éerivent
fe contentent de datter leurs lettres fans
marquer les jours des actions dont ils parlent ;
GALANT
en voici deux dont je n'ai pû trouver les dates .
Un parti forti de Tournai a ramené 30 hom
mes , & un autre forti de Mons en a ramené 25. '
Plufieurs Lettres venues de l'Armée depuis un
mois ont rapporté que Monfeigneur le Duc de
Bourgogne fe faifoit adorer des troupes , s'il
m'eft permis de parler ainfi ; que fa bonté, fa po
liteffe , fon exactitude & ſon affabilité les charmoient
, & que fa prefence & la confiance qu'el
les avoient en lui les animoit tellement , qu'elles
ne refpiroient que le combat qu'elles démandoient
hautement .
D'autres Lettres ajoûtoient que ce Prince travailloit
avec beaucoup d'application à établir
une bonne difcipline dans l'armée & parmi les
Officiers ; qu'il fait camper tous les Colonels à
la tête du Camp , & qu'il fait éloigner de l'ar
mée toutes les berlines & les chaifes de pofte.
Je ne dis rien d'une infinité d'autres regle
mens. J'ajoûterai feulement que ce Prince mon
te tous les jours à cheval ; ce qui ne l'empêche
pas d'employer fouvent beaucoup de temps à écrire
& tenir confeil avec les Generaux ,
Plufieurs Lettres rapportent auffi que Monfer
gneur le Duc de Berry paroît fort attentif à tout
ce qui peut fervir à lui apprendre le métier de
la guerre , & que ce Prince eft toûjours prêt de
monter à cheval dans l'efperance de trouver quelque
occafion de fe fignaler , ce qu'il fouhaite avec
toute l'ardeur imaginable.
A l'égard de M. le Chevalier de faint Geor
ges il ne fouhaite pas avec moins d'ardeur de
donner des marques de la valeur qui lui eft hereditaire.
Il s'attache avec une application incroyable
à examiner tout ce qui regarde la guer
re dont il paroît fe faire un plaifir. Il eft affable
ilfe plaît à conferer avec tous les Officiers qui
Tij
312 MERCURE
ont le plus de reputation , & il mange fouvent
avec eux. Enfin le bruit de fon merite s'étant rêpandu
même parmi les ennemis , plufieurs ont
deferté pour venir fervir auprés de lui ; & il y a
lieu de croire que la maniere dont il les traite ,
& fes liberalitez en feront deferter beaucoup
d'autres.
Je crois que je ne finirai pas ma Lettre fans
vous envoyer quelque chofe de la fuite du Jour--
nal que vous venez de lire. Cependant je dois ajouter
ici l'Extrait fuivant tiré d'une Lettre de
la Haye..
De la Haje lè yo. Fuin.
On n'eft en aucune maniere fatisfait ici des
manoeuvres du Duc de Malborough qui fait avancer
l'armée jufqu'à Tubife , promet monts &
merveilles , & dépenfe fi peu en efpions , que fe
trouvant prévenupar les mouvemens des ennemis ,
il eft obligé de reculer à toute bride , & de fatiguer
les troupes prefque autant qu'il fit l'année
derniere. La Cavalerie fur tout a extrêmement
fouffert , quoiquelle fe fût foulagée en laiffant
derriere elle la plupart des fourages qu'elle avoir
déja ramaffez . En un mot tout le monde convient
que cette retraite precipitée nous caufe
une grande perte d'hommes & de chevaux , &
que l'armée ennemie tenant la no tre en échec
la refferre dans un coin où elle ne pourra fubfif
ter long- temps faute de fourages..
Quoique l'on ait vû plufieurs grandes Rela
tions touchant le convoi enlevé prés de Tortofe
par M. de Valejo ; & quoique je vous en aye
moi-même parlé fort amplement dans plufieurs
endroits de ma Lettre , toutes ces Relations
n'ont point neanmoins encore fait voir la veritable
maniere dont l'affaire s'eft paffée ; je vous
en envoye une qui vous la fera connoître : vous
GALANT.
trouverez un portrait trés-court de cette action
; mais fi reffemblant , que Pon peut dire
qu'il eft peint par la verité même.
Le 4 de Juin au point du jour Don Jofeph de
Valejo fortit du Camp de S. A. R. avec un déta
chement de Cavalerie. Il arriva à la vûë de Tortofe
; & ayant mis fa troupe en embufcade , il
s'approcha feul de la place à la portée de fufil ;
& aprés l'avoir reconuue pendant une heure en
fe promenant auprés de la paliffade qui eft au
dehors fans être reconnu ni avoir paru fufpect, il
retourna joindre fa troupe ; & l'ayant menée
prés de la paliffade où il avoit remarqué un trésgrand
nombre de beftiaux qui étoient eu pâture,
il enleva 1000. vaches , too. veaux , 6000 mou- ,
tons & 150 mulets & mules que l'on rafembloit
la nuit en cet endroit pour y être en fureté. La
garnifon s'en étant apperçue on envoya aprés
lui 400. fantaflins, 50. chevaux & un grand nom
bre de Miquelets qui le faivirent pendant deux
heures , & qui l'incommoderent beaucoup; mais
enfin ayant va qu'ils étoient fort éloignez dé laplace
, il rebrouffa fur eux avec tant de valeur
qu'il en tua plufieurs , en prit quelques uns ,
mit le refte enfuite , & il rentra dans le Camp le
5. affez tard avec toute fa prife , que S. A. R. 2
fait diftribuer à l'armée.
Extrait d'une Lettre écrite par un Officier de l'armée
de Monfieur le Duc d'Orleans .
Le 8. nous filmes un détachement de 450, hom
mes des Gardes du Roi & d'autres Regimens
fous les ordres du Brigadier Trincherie , Catalan
pour reconnoître & déboucher le chemin de
Tortofe ; & afin que ce détachement ne fût arrêté
par aucun obftacle , on le fit fuivre de prés
par un autre plùs confiderable . Il rencontra une
garde avancée de vingt hommes commandez par
714
MERCURE
un Lieutenant , qui l'ayant apperçu , vinrent Te
rendre à lui comme deferteurs avec leur Chef. II
trouva plus avant une garde de 50. hommes
commandez par un Capitaine & un Lieutenant ,
qui n'ayant pas été avertis par la premiere , fu
rent furpris & fe rendirent fans aucune refiftance
; & ayant appris de ceux-ci que M de Saint-
Amant , qu'on mande être Hollandois , & que
nous croyons être un Religionaire François ,
étoit à un autre pofte avec 300. hommes , il refolut
d'abord de l'aller inveftir ; & l'ayant enfer
mé des deux côtez , il le contraignit auffi à fe
rendre prifonnier de guerre. Tous ces Prifonniers
& les deferteurs qui entrerent ce jourlà
dans notre Camp , fe montoient à plus de
500. hommes .
Le ſecond détachement auquel le premier fer
voit d'avantgarde , confiftoit en 12 , bataillons &
16. cfcadrons commandez par M. de Bezons , &
4. Lieutenans generaux ; & le tout étoit deſtiné
pour bloquer Tortofe.
L'armee de S. A. R. décampa le 10. pour fe
rendre devani cette place. L'artillerie a été embarquée
fur l'Ebro jufqu'à la Naffe de Chefta ,
qui eft à demi-licue au-deffus de Tortofe , d'où
on la conduira par terre jufqu'à ce Camp , le
chemin étant commode à la gauche de ce
fleuve.
M. d'Asfeld jette un pont tout auprés de la
place.
Si l'on confidere que les ennemis n'ont que
trés-peu de troupes reglées, & ce qu'ils ont perdu
à l'affaire de Falceté , & dans les autres affai
res qui ont precedé & fuivi cet avantage ; &
que l'on joigne à tout cela les 500. hommes dont
ils viennent d'ette affaiblis , fuivant ce que vous
venez de lire; & fi l'on examine auffi que M. le
GALANT :
Duc de Noailles pendant toute la marche qu'il a
faite en avançant toujours dans le pays , les a
fort incommodez , & qu'ils n'ont pas toujours
reculé fans faire quelques pertes . Si l'on confi
dere , dis-je , toutes ces choics , on trouvera
qu'il ne doit plus gueres refter de troupes reglées
aux Alliez , & qu'ils doivent avoir un extréme
befoin de celles que l'Amiral Leake leur
doit amener.
>
Enfin le livre intitulé , Vafconiana , ou Recueil
des bons mots , des penfées les plus plaifantes
, & des rencontres les plus vives des Gafcons ,
a été mis en vente au commencement de ce mois,
& il a fi pleinement fatisfait l'attente du public
qu'il a témoigné beaucoup d'emprellement pour
en acheter , de maniere qu'il y a lieu de croire
que l'on pourra en faire une feconde édition . Ce
prompt debit fait beaucoup d'honneur aux Gafcons
, puifqu'il n'a pû provenir que de ce que
Pon a cru que les faillies de leur efprit ne pou
voient être que trés - vives , fpirituelles, & rem-
-plies de fel ; & je puis même ajoûter qu'il y en
a beaucoup remplies d'érudition & même d'onction
, que ce qui femble n'être donné au public
que comme jeux de mots , & ce que l'on appelle
Pointes , renferme fouvent beaucoup de morale
pour ceux qui les regarderont d'un certain côté
; & l'on peut dire que la prudence a beaucoup
de part dans plufieurs penfées de ce Livre , &
qu'en s'y divertiffant on y peut apprendre beaucoup
de chofes qu'il eft neceffaire de fçavoir ,
lorfque l'on eft un peu répandu dans le monde ,
& dont les Lecteurs doivent profiter pour peu
qu'ils ayent de penetration . Je ne prétens pas que
toutes les reparties , les penfées , & les rencon
tres qui fe trouvent dans ce Livre , foient d'une
égale force , ce qui vrai- ſemblablement ne peut
-116 MER
être , puifqu'il y en a deux à trois mille. Ainf
la lecture de ce Livre ne peut manquer de bien
divertir , puifque dans trois mille articles ou
environ on peut trouver beaucoup de pensées
qui doivent faire plaifir :j'entends dans les moms
brillans articles de cet ouvrage ; car il y en a qui
enlevent , & qui obligent de ceffer la lecture
foit pour admirer , foit pour rire ; ce qui n'eft
pas inutile à la fanté des Melancholiques .
>
Je dois ajoûter à toutes ces chofes que tous
les articles de ce Livre divertiffant font écrits
d'un file fi ferré , que les pensées n'étant point
embarraffées dans un amas de paroles inutiles
qui ne difent rien , & qui ne font que du verbiage
, frapent d'abord l'imagination , & que, de
cette maniere elle est toujours remplie de penfées
pleines d'efprit ou de vives reparties C'eft
Pourquoi tout ce que l'on peut dire contre ce
Livre , eft qu'il eft trop rempli.de chofes attachantes
, & qu'il occupe trop l'efprit auquel il
ne donne point de relâche ; mais fi c'eſt un défaut
, il feroit à fouhaiter pour le public que
plufieurs Auteurs cufient le même défaut ; mais
par malheur pour ce même public , il s'en trouve
beaucoup qui font bien éloignez de l'avoir.
Ce Livre fe vend 45. fols, chez le fieur Brunet,
dans la grande Salle du Palais , à l'Enfeigne du
Mercure Galant.
Meffire N... d'Alonville , Marquis de Louvil
le , ci -devant Gentilhomine de la Manche de
Monseigneur le Duc d'Anjou , a époufé N...
Bechameil de Nointel , fille de Meffire Louis Be-
Sameil , Marquis de Nointel , Confeiller d'E
tat , & ci devant Intendant en Bretagne , & pe
tite fille de Meffire Louis de Bechameil , Mar
quis de Nointel , Secretaire du Confeil des Finances
GALANT. 117
nances de S. M. & Surintendant de la Mafoin de
Son Alteffe Royale Monfieur le Duc d'Orleans,
& de Madame , & de Dame Marie Colbert ,
four de feu M. l'Abbé de Premontré General de
cèt Ordre , & de feuë Madame Pelot premiere
Prefidente du Parlement de Rouen. La nouvelle
époufe eft niece de Madame Definarets & de
Madame la Ducheffe de Briffac qui font toutes
deux foeurs de M. de Nointel . Ainfi cette Dame
- éft alliée à la maiſon de Colbert de deux côtez ;
fçavoir , par fa grande mere qui en étoit fortie ,
& par Madame fa tante qui a épousé M. Defmarets
, neveu de feu M. Colbert .
M. Defmarets fit les honneurs de la Noce , &
M. de Bercy fon Gendre donna aux nouveaux
époux le lendemain une magnifique fête à Bercy
. ?
En 1701. Sa Majefté Catholique fit M.le Marquis
de Louville , Chefde fa maifon Françoife.
En 1702 , en allant en Italie pour y fervir auprés
de ce Monarque , il le fit Gentilhomme de
fa Chambre , & lui donna la Clef d'Or . Il fervit
ce Prince en qualité d'Aide de Camp pendant la
Campagne , & il commanda le Regiment de
Lombardie , & Sa Majefté Catholique lui donna
le Gouvernement de Courtray au retour.
M. le Marquis de Louville eft d'une des plus
anciennes familles de la Beauffe dont il eft originaire
; il y a plus de trois cens ans que fa famille
poffede la Terre de Louville de pere en
fils . Pierre d'Alonville ayant époufé l'heritiere
de Louville en 1403. qui étoit de l'ancienne maifon
des Chenards , dont Louville porte encore
Jenom. Jean d'Afonville , fils de Pier dionville
, étoit Chambellan du Roi Louis XI . fon
fils Edme d'Alonville commanda toute la Nobieffe
du Pais Chartrain , de l'Orleanois & du
Fuin 1708 .
3
118 MERCURE
Blefois , & il eut pour fils Jean d'Alonville
Chevalier de l'Ordre , qui eut pour fils Efprit
d'Alonville auffi Chevalier de l'Ordre, qui épou
fa Sufanne de Laval . La genealogie de la maiſon
d'Alonville fe trouve dans Duchefne & dans,
l'Addition aux Memoires de Caftelnau , dans
les articles qui regardent les maifons de Montmerency
& de Rochehouart , aufquelles il eft
allié .
On peut juger de l'eftime que le Roi fait de
M. le Marquis de Louville par les emplois de
confiance dont il a été honoré. Il a beaucoup
d'efprit , & il joint à une valeur connue , une
grande lecture , & une connoiffance exacte des
Auteurs anciens & modernes , für lefquels il s'eft
formé le goût .
Il s'eft fait un autre grand mariage qui a été
applaudi de tout le monde , & qui a été conclu
& confommé en 4. jours . M. le Marquis de
Courcillon a époufé Mademoiſelle de Pompadour.
J'ai parlé plufieurs fois de la grandeur de
ces deux maifons , c'eft pourquoi je vous dirai
feulement que les jeunes époux ont toutes les
graces de la jeuneffe , & qu'ils donnent lieu de
croire qu'ils auront un jour toutes les vertus
d'un âge plus avancé. M. le Marquis de Courcillon
fils unique de Philippe de Courcillon ,
Marquis de Dangeau , Chevalier d'Honneur de
Madame la Ducheffe de Bourgogne & Grand-
Maître de l'Ordre de Saint Lazare, & de Sophie
de Baviere de Leveftein premiere Dame du Palais
de Madame la Ducheffe de Bourgogne , n'a
que vingt-un an ; il a déja fait fix Campagnes.
Au commencement de l'année 1704. le Roi lug
donna le Regiment de Cavalerie de M. le Cardinal
de Furftemberg oncle de Madame de Dan
geau , & ce Regiment aprés la mort de ce Car
GALAN
dinal prit le nom de courcillon par ordre du Roi ,
qui le conferva fur le pied Allemand . Vous fçavez
, Madame , que ces Regimens ne font jamais
commandez que par des Officiers de la Nation ;
mais ce jeune Colonel tient de fi prés à plufieurs
grandes maifons d'Allemagne , qu'il a plus de
facilité qu'un autre à attirer dans fon Regiment
des Officiers & des Cavaliers Allemans , & mê,
me des plus diftinguez , Auffr ont- ils toûjours
donné des preuves de leur valeur dans toutes les
occafions où ce Regiment s'eft trouvé , & parti
culierement à la Bataille de Ramillies , où ce
jeune Seigneur , quoi qu'il eût reçû un grand
coup de fabre fur la tête laiffa de mener
à la charge fes deux efcadrons , & de renverfer
plufieurs efcadrous ennemis , malgré le defordre
prefque general où étoit l'aile dans laquelle il
combattoit. Tous les Officiers qui l'ont vû dans
Faction , ont rendu ce témoignage .
le
و
pas
Mademoiſelle de Pompadour eft fille de M. le
Marquis de Pompadour , & de la troifiéme fille
de feu M. le Maréchal Duc de Navailles . Vous
fçavez que l'aînée des trois foeurs eft Madame la.
Ducheffe d'Elbeuf , mere de Madame la Duchef
fe de Mantonë. M. le Marquis de Pompadour eft
fils d'une foeur de M. le Duc de Montauzier , &
petit- fils de Jean de Pompadour , Marquis de
Lauriere, frere cadet de Philbert de Pompadour
Chevalier des Ordres du Roi. Il a quitté le nom
de Marquis de Lauriere pour prendre celui de
Marquis de Pompadour , depuis qu'il eft devenu
l'aîné de fa maifon , par l'extinction des mâles
de la branche aînée
2
Le Roi a donné en cette occafion aux Parties
intereffées des marques de fa bonté en con
fentant que M. le Marquis de Dangeau cedat
M.le Marquis de Pompadour fa place de Meni
MERCURE.
de Monfeigneur , & que Madame de Dangeat
cedat à fa belle- fille fa place de Dame du Palais.
Sa Majesté a donné en même temps à Madame
de Dangeau une penfion de deux mille écus.
La jeune époufe n'a que treize ans ; mais on
peut dire que l'excellente éducation qu'elle a
reçue de Madame fa mere , jointe aux graces du
corps & de l'efprit , que la nature lui a prodi
guées , la rendent prefque parfaite .
La ceremonie du mariage fe fit à S. Sulpice ,
Paroiffe de Mademoiſelle de Pompadour , le Dimanche
dix feptiéme Jnin à midi , par M. de
la Chetardie , Curé de cette Paroiffe . Vous connoiffez
fa picté , qui éclata il y a quelques ' années
par le refus qu'il fit de l'Evêché de Poitiers,
& fa doctrine par les belles Homelies , qu'il a
données au public. Madame la Ducheffe d'ELbeuf
, Madame la Ducheffe de Montfort , M.
l'Abbé d'Auvergne , M. le Duc de Luines , Meffieurs
les Abbez de Pompadour & de Dangeau ,
& un grand nombre de perfonnes de la premiere
qualité , tous parens des Mariez fe trouverent
à cette ceremonie. M le Marquis de
Dangeau donna un grand dîné à tous les parens
de ces deux illuftres Maifons , & la noce ſe fit
le foir chez Madame la Ducheffe d'Elbeuf avec.
une magnificence extraordinaire .
,
M. le Marquis de Courcillon partit deux jours
aprés pour retourner à l'Armée, Madame fa femme
alla à Fontainebleau pour faire les fonctions
de fa nouvelle Charge. Le Roi lui a fait donner
appartement dans le Château ..
Pendant que ces nouveaux époux vont jouir
Ju Printemps de leurs belles années , je paffe
à une Chanfon faite à l'occafion du dernier
Printemps > & dont les paroles ont été mifes
en Air par M. de Montally.
AIR
J.
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Ours •
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& fa do
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M. le
aprés pe
me alla à
de fa not
appa
Pendar
du Print
à
une
Prior
n
AIR NOUVEAU .
Iris m'avoit promis que la Saifon nouvelle
La rameneroit dans nos champs ; ¸
Cependant voici le beau temps
Et l'on ne voit point cette Belle ;
Ab !je crains bien que le Printemps
Ne revienne fouvent fans elle.
Le Printemps & l'Eté n'étant pas moins les
Saifons de la Guerre que celles des Amours ,
voyons ce que S. A. R. qui les a quittées pour
faire uniquement fa Cour à Mars , continue de
faire pour fa gloire & pour celle de deux grands
Monarques.
Du Camp devant Tortofe , le 16. Juin.
S. A. R. qui étoit partie le 9. de Ginestar avec
peu de fuite , joignit ce jour- là M. de Bezons à
Tibintze.
Le 10. le reste de l'Armée fous les ordres de M.
d'Abaret , partit de Gineftar fur deux colonnes ;
la Cavalerie , les Grenadiers & les bagages , marchoient
à la droite , fur le bord de la riviere . L'Infanterie
grimpafur les Montagnes , & on marcha
enfuite fur trois Lignes fur l'Ebre , dans le même
temps que tous les bateaux chargez de toutes les
chofes neceffaires pour l'Artillerie & pour la conftruction
des Ponts , s'avançoient , & que le Regiment
de Souches & quelques autres Troupes marchoient
de l'autre côté ; l'infanterie & les bagages
coucherent à Beinfaillete ; la Cavalerie les Grena
diers & les bateaux poufferent jufqu'à Tibinize...
S. A. R. détacha ce jour- là M. d'Eftain avec
15. Efcadrons , pour occuper la Plaine , qui eft
entre Tortofe & la Mer. Les Miquelets firent ce
qu'ils purent avec la Garnison , pour l'inquieter
dans les Montagnes où il étoit obligé de paſſer mais
Fuin 1708.
X
il ne s'arrêtapoint , & il gagna le terrein qu'il
avoit deffein d'occuper.
Le 11. S. A. R. "lui envoya 12. Bataillons pour
empêcher les Ennemis de couper la communication
de la Mer & de Tarragone , & décampa de Tibintze
, pour venir à une petite lieuë de Tortofe
qu'il reconnut ce jour- là du côté du Saut de la riviere.
On laiffa aux retranchemens de Gineftar ,
& à Mirans , quelques Troupes pour affurer les
Convois qui venoient par eau .
Le 12 toute l'Armée marcha , & inveftit la
Place de toutes parts , de fi prés que perfonne n'en
pouvoit fortir la Cavalerie eft campée sur le bord
de la riviere au deffus & au deffous de la Place ,
où il y a des efpeces de plaines , qui font de deux
portées de moufquet de large ; le centre eft occupé
par l'Infanterie , dans un terrein fi coupé de ravins
de montagnes , que les Ennemis l'auroient pú
défendre plus facilement qu'ils ne feront à Tortofe.
Le même jour que la Place fut inveftie , M. d'Asfeldt
arriva au bout du Pont , qu'il inveflit avec
12. Bataillons & 18. Efcadrons . Il fit paffer dans
des barques 15. pieces de Canon de 16. & de 24 .
livres de bales , avec des munitions à proportion .
On prétend qu'il y a 4000. hommes de troupes reglées
dans la Place , & qu'on aforcé les Bourgeois
les Payfans de prendre les armes . On laiffera
plufieurs ouvrages qui font du côté du haut Ebre ,
on attaquera la Ville du côté de la riviere , où
S. A. R. aprisfon quartier . On a fait un Pont
de bateaux fur le haut Ebre , vis- à- vis du Quar
tier de S. A. R. fur des bateaux de cuivre , que
M. d'Asfeldt avoit fait partir avec lui. On a pris
aux Ennemis plufieurs Chaloupes du côté de la Mer,
4. Barques fur lesquels il y avoit 6000 ,
fagnenes de bled ; ces grai is étoient deftinez pour
Tortofe.On s'eft d'abordfervi de ces chaloupes pour
GALANT. 123
faire paffer fept pieces de Canon de 16. & on a
travaillé à faire passer le reste . On s'eft approché de
la Place , à couvert du côté où l'on a deffein d'ou
vrir la Tranchée à demi - portée de moufquet , &
Pon prit le pofte des Capucins le même jour que la
Place fut inveftie : 120. hommes furent pris dans
e Pofte ; on eut feulement trois Soldats tuez &
un Officier de bleffé . On établit l'Hôpital , & la
nuit du 13. au 14. on travailla" à faire une Redoute
, pour affurer ce Pofte : les Ennemis firent
pendant toute la nuit un feu de canon & de moufqueterie
, qui ne bleffa qu'un Soldat . Ils crurent
que c'étoit l'ouverture de la Tranchée , & en effet
elle fe doit faire de ce côté - là ; mais ce ne fera
qu'aprés y avoir dreſſé une baterie , pour rafer le
Convent des Carmes , qui eft au milieu du Baſtion,
que l'on doit attaquer , & qui incommoderoit les
: travailleurs . Il vient tous les jours des defertears
de la Place , entre laquelle & Tarragone , on a
encore pris 5. à 600. Boufs & vaches , qu'on , a
diftribuez aux Soldats . On ne croit pas qu'on ouvre
la Tranchée avant le 20.
S. A. R. fat partir le 14. fept Efcadrons de
Dragons , pour aller joindre M. de Fontboifard ,
qui étoit resté du côté de Balaguer , afin d'empécher
les Ennemis de rentrer dans l'Arragon .
Le 15. S. A. R. alla reconnoitre la Place , sha
Elle en fit tout le tour. Elle eut foin auffitét aprés
fon arrivée , de faire retrancher ſept Bataillons
pour faciliter les Convois .
Vous n'avez point vû de Relation plus ample
ni plus circonftanciée de tout ce qu'a fait S. A,
R. depuis le 9. de ce mois jufqu'au 15. Auffi
cette Relation eft- elle tirée de plufieurs autres
dont il s'en trouve une, qui fait monter la nouvelle
prife des boufs ou vaches , à neufs cens
& celle des moutons ou chèvres à quatre mille ,
X ij
124
MER
Je ne puis vous rien dire là - deffus ; fi ce n'eft
que toutes les Relations fur lesquelles j'ai travaillé
, viennent de bon lieu .
2
Lors que je croyois n'avoir plus rien à vous
dire de nouveau touchant ce qui regarde la Relation
que vous venez de lire , il en eft tombé
une entre mes mains , qui quoi que de peu d'étendue
, contient neanmoins plufieurs faits nouveaux.
Je vous l'envoye en original.
Au Camp devant Tortofe , le 16. Juin .
S. A. R. partit le 9. de Ginestar , & nous en
décampâmes le 10. Depuis ce temps- là il ne s'eft
rien paffé . Nous arrivâmes le 12. & le même jour
un Lieutenant de Dragons du Regiment de Picalqués
avec 15. Dragons , arrêta à l'embouchure de
Ebre , 4. Barques chargées de viande fallée , ¿ge
de bled; la nuit du 12. au 13. le Regiment
d'Auvergne & celui d'Orleans attaquerent le Pofte
des Capucins , & s'en rendirent les maîtres. Nous
yperdimes trois Soldats , il y eut un Officier
d'Auvergne bleffé à la main. Les Capucins ont reç
ordre d'aller à Barcelonne . Hier matin on prit un
Efpion qui fut pendu hier au foir , & quifut mis
à la porte du baut - Ebre par où il étoit forti.
Avanthier S. A. R. apprit que les Ennemis avoient
détaché vingt Efcadrons du côté de Cafpé , & hier
matin on détacha de notre Armée les Regimens de
Fléche , d'Aftourto & de Paneton , pour arrêter
leur course . La garnifon eft compofée de buit Bataillons
, de deux mille Miquelets , & de 300.
chevaux. Les Regimens font le General Fuifen ,
Hollandois S. Amant , & Neuvendail , tous
deux auffi Hollandois ; General Ephre , Venten ,
Barbaut , Allemans , & la Reine Anne , Franfois
Religionnaires . La Ville a fur le haut - Ebre
un Château foutenu par un Ouvrage à corne où
les ennemis commencerent à travailler l'année der-
,
>
GALANT. 125
niere & qu'ils ont perfectionné depuis un mois, &
elle afur le bas-Ebre , le Convent des Carmes trésbien
fortifié . On affure que le 19. on ouvrira la
Tranchée ; que notre canon pourra tirer à la fin
du mois , & que le 25. du mois prochain nous
pourrons chanter le Te Deum .
La France vient de perdre une femme d'une
naiffance des plus illuftres , mais beaucoup audeffous
de fon me rite . Elle avoit une devotion
fans hipocrific,une vertu fans faſte ; un coeur fincere
& penetré de l'amour divin , une humilité chrétienne
; une ardente charité , une pieté fincere ,
une douceur angelique , & une modeſtie charmante.
C'étoit une époufe qui n'avoit point ou
peu de pareilles ; une femme fans volonté , fans
ambition , fans entêtement , qui pouvoit fervir
d'exemple à toutes les perfonnes de fon fexe ,
qui étoit eftimée & honorée par tout , & qui
avoit enfin une patience & une refignation aux
volontez de Dieu peu communes.
Quand aprés cette peinture qui pourroit paffer
pour l'idée d'une femme qui ne fe trouve
point , & qui s'eft pourtant trouvée , je ne nommerois
pas Madame la Comteffe de Pontchartrain
, tous ceux qui ont eu l'avantage de la
connoître , ou qui en ont entendu parler , la
nommeroient auffi -tôt , puifque le bruit de toutes
les vertus qu'elle poffedoit dans le plus haut
degré , & dont aucune ne lui étoit difputée
l'avoient fait connoître même de tous ceux qui
n'avoient pas l'avantage de l'approcher , & que
fon nom étoit tous les jours dans la bouche de
tout le monde & fur tout dans celle des
Pauvres qu'elle a regardez pendant toute fa vie
comme fes enfans. Toutes les chofes & tout l'argent
dont il lui étoit permis de difpofer, étoient
à eux; elle entretenoit un grand nombre de fa-
>
120 MERCURE
>
milles quelques gens même de diſtinction que
la fortune avoit maltraitez , particulierement
ceux qui étoient dans le fervice , recevoient felon
les occafions des marques de fes liberalitez
mais fans fçavoir de quelles mains elles leur venoient
; puifqu'elle vouloit ne fe pas fouvenir
elle-même du bien qu'elle faifoit , & qu'elle
vouloit que fa main gauche ignorât ce que faifoit
fa droite. Vous jugez bien qu'une femme
de ce caractere , & qui paroiffoit fanctifiée dés
ce monde , a fouffert avec autant de refignation
que de patience toutes les douleurs d'une longue
maladie , pendant laquelle elle a été affiftée par
le Pere de la Tour , General des Prêtres de
l'Oratoire , qui ne l'a point abandonnée. Son
appartement étoit tous les jours rempli d'un
fort grand nombre de Ducheffes , & l'on ne doit
pas s'en étonner , puifqu'elle en pouvoit compter
beaucoup dans fa famille. Tout ce que la
Cour a de plus illuftre , s'y rendoit fouvent auffi
; & l'empreffement de fçavoir des nouvelles
d'une fanté qui étoit fi chere à tout le monde ,
& qui devoit être bien precieufe à tous ceux
qu'elle avoit obligez , faifoit que fon appartement
étoit prefque toûjours rempli d'un grand
nombre de perfonnes de la plus haute diftinction,
& de beaucoup d'autres moins qualifiées ; de
maniere que felon les bruits qui s'y répandoient
qu'elle fe portoit un peu mieux ou qu'elle étoit
plus mal , on voyoit regner la joye ou la douleur
dans cette grande affemblée ; & fi la mort de
cette Comteffe l'a fait ceffer , elle ne l'a pas fait
oublier ; puifque fon fouvenir demeurera longtemps
gravé dans les coeurs de tous ceux qui la
connoiffoient , ou qui ont oui faire le portait de
fes vertus. Je pourrois ajoûter ici que ceux qui
entendront un jour parler d'elle , pourront bien
127
la regarder comme une Sainte , puifqu'elle pale
pour telle aujourd'hui dans l'efprit de beaucoup
de gens. Elle eft morte comme elle avoit vécu ,
avec une entiere foumiffion aux volontez de ,
Dieu . Quoiqu'elle fe fût depuis long- temps familiariſée
avec la mort , elle n'a pas laiffé de dire
qu'elle n'avoit pas crû la devoir apprehender,
comme elle faifoit dans le temps qu'elle la voyoit
approcher. Bel exemple pour tous ceux
qui ne menent pas une vie auffi reguliere & auffi
fainte , car tous ceux qui vivent bien , peuvent
compter fur la mifericorde de Dieu , quand ils
ne feroient pas parvenus à la perfection des
Saints . Madame de Pontchartrain ne demanda
que deux chofes en mourant ; mais elle les recommanda
fortement; fçavoir que fon Convoife
fift le plus fimplement qu'il feroit poffible , &
que l'on cût foin de fes Domeftiques .
A peine eut-elle rendu les derniers foupirs que
fon Epoux penetré de la plus vive douleur , partit
auffi- tôt avec le Pere de la Tour , dont je
viens de parler , & le Pere Simon de la même
Congregation , pour fe rendre à Pontchartrain ,
afin d'y pleurer éloigné de la foule qui n'auroit
pas manqué de l'accabler , une Epouse dont il
avoit toujours été tendrement aimé , & qu'il avoit
aimée de même. En effet jamais Epoux n'a
fait voir plus d'amour & plus d'attachement
pour une femme , & n'en avoit eu plus de foin.
Il paffoit les jours & les nuits auprés d'elle, & le
temps dont fes grands emplois lui permettoient
de jouir. Il étoit témoin de tout ce qu'elle prenoit
, & il le lui faifoit fouvent prendre lui-même.
Enfin jamais Epoux n'ont eu plus d'attachement
l'un pour l'autre , & jamais union pareille
n'a attiré plus de louanges aux Epoux que l'on a
donnez pour exemples de l'amour conjugal.
128
MERCURE
Ce trifte époux fut à peine arrivé à Pontchartrain
, que prefque tous les parens de fon illuftre
époufe s'y rendirent plûtôt pour être témoins
de fa douleur , que pour le confoler , puis qu'ils
avoient befoin d'être confolez eux - mêmes ;
mais ils devoient cette reconnoiffance à la maniere
dont M. le Comte de Pontchartrain en
avoit toûjours ufé avec une parente qui étoit
digne de l'hommage de toute la terre.
Ceux qui connoiffent la bonté du coeur de
Monfieur le Chancelier , dont je voudrois qu'il
me fût permis de vous faire ici l'éloge , peuvent
juger de la douleur dont ce chef de la Juftice fut
penetré lorfqu'il apprit la mort d'une perfonne
pour qui fes vertus ne lui avoient pas donné
moins de veneration que la grandeur de ſa naiffance.
Il en apprit la mort au Roi , & il fupplia
en même temps Sa Majefté de le difpenfer de fe
trouver au Confeil qui fe devoit tenir le lendemain
; ce que ce Prince lui accorda.
3
Madame de Pontchartrain laiffe trois garçons ;
elle n'avoit que vingt-huit ans , & onze ans de
mariage. Elle étoit fille de feu Meffire Frederic
Charles , Comte de Roye & de Roucy
Lieutenant General des armées du Roi , qui fur
demandé en 1683. par le Roi de Dannemarc pour
être Generaliffime de fes armées , qu'il alla commander
avec la permiffion du Roi ; & de Dame
Ifabelle , fille de Gui Aldonce de Durfort Comte
de Duras , & de Charlotte de la Tour d'Auvergne
, & foeur des feus Ducs de Duras & de
Lorge , & de Milord Feversham : cette Dame
eft en Angleterre , où M. le Comte de Roucy fe
retira dés l'an 1687. & y mourut aux Eaux de
Bath en 1690. aprés avoir été fait Pair d'Irlande
par le feu Roi Jacques II . Madame la Comteffe
de Pontchartrain étoit foeur. de Demoiselle
Charlotte
T
"GALANT. 129
?
,
Charlotte de Roucy , qui demeure en Angle
terre avec Madame fa Mere & qui n'a point
voulu fe marier ; de François Comte de Roucy ,
Lieutenant General ces armées du Roi , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes Ecoffois &-
Commandant de la Gendarmerie , qui époufa en
1689. Catherine - Françoife d'Arpajon , fille de
Louis Duc d'Arpa on Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General & fon
Ambaffadeur extraordinaire en Pologne , & de-
Catherine-Henriette d'Harcourt , Dame d'hon--
neur de Madame la Dauphine. Madame la Comteffe
de Pontchartrain étoit auffi foeur de Guy
Vidame de Laonnois , tué au Siege de Luxembourg
en 1684. d'Henriette veuve du Comte de
Staffort , qu'elle avoit époufé en Angleterre ;
de Charles Comte de Blanes , & Lieutenant General
des armées du Roi , qui a époufé Henriette
d'Allongny veuve de M. le Marquis de Nan-.
gis , dont elle a eu M. le Marquis de Nangis ,
qui vient d'être fait Maréchal de Camp, & fille
de Louis d'Allongny Comte de Rochefort , Ma
réchal de France , Capitaine des Gardes du
Corps , Gouverneur de Lorraine & du Barrois
& de Magdelaine de Laval , Dame d'Atour de
Madame la Dauphine , & Dame d'honneur de
Madame la Ducheffe de Chartres ; enfin Madame
de Pontchartrain étoit foeur de Guillaume Com-.
te de Marthon , Pair d'Irlande , fous le nom de
Milord Lesfart ; de Louis , cy- devant Chevalier
de Roucy , & aujourd'hui Marquis de Roucy ,
& Lieutenant General des galeres de France ,
qui épousa en 1704. N ... Ducaffe fille de M.
Ducaffe , Chef d'Efcadre des armées Navales ,.
& d'Ifabelle & Marie de Roucy Religieufes
notre-Dame de Soiffons . Madame la Comteffe
de Pontchartrain,dontje vous apprends la mors
Juin 1708
2
130
MERCURE
.
étoit la plus jeune de cette nombreuſe famille.
Feu M. le Comte de Roucy étoit Fils de Françóis
II . Comte de Roye & de Roucy mort en
1680. & de Julienne- Catherine de la Tour d'Auvergne
, fille de Henry Duc de Bouillon , Prince
de Sedan & de Raucour , Pair & Maréchal de
France ; & d'Elifabeth de Naffau . Ainfi il y a eu
deux alliances entre la Branche de Roucy & la
maifon de Bouillon , fans compter celles que la
maifon de la Rochefoucauld avoit déja prifes
avec la derniere de ces maiſons ; & il étoit frere
aîné de Henry Vidame de Laonnois , tué au Siége
de Mouzon. Charles II . du nom , mort en
1607. qui a fait la Branche de Roucy , & Claude
de Gontaud fille d'Armand de Gontaud de Biron,
Maréchal de France , & de Jeanne d'Ornezon
étoient Pere & Mere de François. II. dont je
viens de parler ; & Charles étoit fils de François
III. du nom , Comte de la Rochefoucaud ,
& qui devint Comte de Roye & de Roucy , par
: fon mariage avec Charlote heritiere de cette
maifon , qu'il époufa en premieres nôces . Charlotte
étoit foeur d'Eleonore de Roye , mariée en
1551. à Louis de Bourbon I. du nom , Prince de
Condé , & marié en 1564: de forte que la Trifayeule
de Monfieur le Prince , & la Trifayeule de
Madame la Comteffe de Pontchartrain étoient
foeurs. La maifon de Roucy eft originaire de
Champagne , & l'une des plus nobles & des plus
anciennes du Royaume., Renaud Comte de
Rheims & de Roucy époufa Albrade fille de
Louis IV . Roi de France , & de Gerberde de
Saxe , foeur de l'Empereur Othon I. Il mourut
en 973. Mais comme Madame de Pontchar
train n'en defcendoit que du côté maternel , je
n'en dirai pas davantage ; François III. Comte
de la Rochefoucauld , Prince de Ma xfillac , CheGALANT.
IZI
>
valier des Ordres du Roi , & dont le fecond mariage
avec l'heritiere de Condé , donna naiſſance
à la Branche de Roucy Rochefoucauld,fut un des.
grands Capitaines de fon temps. Il fut tué à la
Saint Barthelemy en 1572. Galliot Pic Prince
de la Mirande & d'Hyppolite de Gonzague dont
il eut François IV. Comte de la Rochefoucauld ,
qui continua la ligne directe. M. le Comte de
Pontchartrain a eu trois fils de Madame la Comteffe
de Pontchartrain ; ce Comte eft le huitiéme
Secretaire d'Etat de fa maiſon ; Raymond
Phelipeaux Seigneur d'Herbaut né à Blois en
1560. fut le premier. Paul Phelipeaux Seigneur
de Pontchartrain qui forma la branche de Pontchartrain
, & qui eft le Bifayeul du Comte de ce
nom fut pourvû par Henry IV. de la Charge
de Secretaire d'Etat à la place de M. Forget du
Frefne. A quelques années prés , cette Charge
eft toûjours restée dans fa branche ; il étoit le
quatriéme fils de Louis Phelipeaux Seigneur de
la Vrilliere & de Radegonde Garraut .
Vous avez paru fi contente du Journal que je
Vous envoye tous les ans du voyage de Fontainebleau
, que je crois devoir continuer de vous.
en envoyer un cette année ; cependant il fera
moins rempli que ceux des années precedentes
puifque les divertiffemens que l'on prend pendant
les grandes chaleurs de l'Eté font moins
confiderables que ceux que l'Autonne fournit.
Le 15. de ce mois Monfeigneur le Dauphin
qui étoit alors à Meudon en partit le matin avec
Madame la Princeffe de Conty Douairiere , &
paffa à Petit-Bourg qui appartient à M. le Marquis
d'Antin pour fe rendre à Fontainebleau .
Ce Prince depuis le jour de fon arrivée juf
qu'au 18. alla deux fois à la chaffe du cerf & ausant
à celle du loup.--
132 MERCURE
Le 18. le Roi partit de Verfailles entre 11.
heures & midi , il avoit dans fon caroffe Madame
la Duchelfe de Bourgogne , Madame la Ducheffe
de Brancas , & Madame la Maréchale d'Etrées.
Sa Majesté arriva fur les quatre heures à
Petit-Bourg ; elle fe promena dans les Jardins
où elle ne put demeurer
long- temps à cause de
la pluye ; les Dames jouerent à differens jeux ;
M le Marquis d'Antin fit fervir plufieurs tables
pour tous ceux qui voulurent manger en arrivant
, & il fit fournir à toutes les fuites toutes
les chofes dont elles pouvoient avoir befoin ; de
emaniere qu'il ſe fit une continuelle diftribution
de toutes chofes , depuis l'arrivée de la Cour
jufqu'à Pheure du fouper. Les Gardes du Corps,
les Cent Suiffes & les Gardes Françoifes &.
Suiffes furent traitées comme elles l'avoient été
dans les précédens paffages de S. M.
Le 19. il y eut une excellente mufique à Ta
Meffe du Roi. S M. fe promena encore le matin,
& vit les nouveaux ouvrages qui fe font dans
les Jardins. Il y avoit une augmentation de bå.
timent pour les Officiers du Gobelet , ainfi qure
l'on en avoir fait une Pannée précedente pour
ceux de l'a bouche. S. M. partit à l'iffuë du dîné:
pour le rendre à Fontainebleau où elle arriva für
les cinq heures. M. de faint Heran Gouverneur
& Capitaine du Château fe trouva à l'entrée de
la Forêt avec tous les Officiers & les Gardes dés.
plaifirs ; les Officiers des Eaux & Forêts parurent
avec leurs Gardes une demi lieuë au - delà ,
& à une demi-lieuë de Fontainebleau on trouva
les Officiers de Juftice & les principaux habitans
qui témoignerent à S. M. la joye qu'ils ref
fentoient de la voir arriver: Monfeigneur le D'au
phin reçur le Roi à la defcente du caroffe , &
outes les Princeffes le faluerent dans le grand
bmer
GALAN T.
*33
cabinet. S. M. paffa le reſte du jour avec ſes Miniftres.
Le 20. ce Prince après avoir donné à fon lever
fes ordres pour ce qu'il vouloit faire pendant
la journée, alla à la Meffe & enfuite au Confeil,
à la fortie duquel S. M. dîna , ce qu'elle fait tous
les jours de même. A l'iffuë de fon dîné elle alla
tirer dans les Parquets , & Monfeigneur alla à
La chaffe du loup ; Madame la Ducheffe de Bourgogne
& les Dames fe promenerent en caroffe
dans les routes de la Forêt, & elles joüerent au
retour jufqu'à l'heure du fouper , le Roi travailla
à l'ordinaire dans fon cabinet. Sa Majesté dir
le même jour qu'elle avoit fait une promotion
d'Officiers Generaux , dont voci la liste.
LIEUTENANS GENERAUX.
M. le Marquis de Puiguyon ; M.le Marquis de
Kercado ; M. le Marquis de Boufols;M. le Come
de Villars , & M. le Comte d'Evreux.
MARECHAUX DE CAM F.
M. le Vidame d'Amiens & M. le Marquis de
Nangis .
BRIGADIERS
M. le Marquis de Mirabault , M. le Marquis
d'Epinay Colonel de Charolois ; M. le Marquis
d'Angennes ; M. le Marquis de Leuville ; M. le
Chevalier de Crouy ; M. le Marquis de Charoft ;
M. le Duc de Mortemart ; M. le Marquis de
Seignelay ; M. le Prince de Montbazon , M.
Houet Capitaine au Regiment des Gardes Francoifes
; M. de Brilhac Capitaine au même Regiment
, & M. de Contade Major du même Corps.
Je vous parlerai le mois prochain de tous ce
Meffieurs ; cependant fi leurs amis
& fox,
que chofe de particulier de leurs actions, ils pe
yent en envoyer des memoires.
21. le Roi , Monfeigneur
Madame la Dă-
Tuin 1708
734
MERCURE
cheffe de Bourgogne & fes Dames coururent le
Cerf l'aprés-dinée , & elles le prirent aprés l'avoir
couru pendant 5. heures. M le Marquis de
Langeron prit congé pour ſe rendre à Toulon .
Le 22. le Roi avec la même Compagnie chaffa
le Cerf avec la meutte de M. le Comte , & M.
le Duc du Maine chaffa en même temps avec la
fienne , dans un autre endroit de la Forêt.
Comme j'ai mille fois verifié que de vingt relations
touchant une même affaire , il n'y en a
pas une feule qui ne rapporte quelques faits
qui ne fe trouvent point dans les autres , VOUS
ne devez pas être furprife , fi aprés vous avoir
amplement parlé de tout ce qui s'eft fait dans
la derniere marche de Monfieur le Duc d'Orleans
pour inveftir Tortofe , & fi aprés vous en
avoir mis dans ma Lettre plus d'une Relation ,
j'y ajoûte encore l'Extrait fuivant d'une Lettre
qui rapporte les circonstances d'un fait fingu
lier , dont il n'y a que deux lignes dans les autres
Relations.
Le 13. il arriva une chofe memorable un Parti
de 15. Dragons Espagnols , commandez par un
Lieutenant , courant le long de la mer s rencontra
cing Barques des Ennemis chargées de grains qui
voguoient le long de la terre . Il commanda à ces
Barques d'aborder, & voyant qu'elles fe mocquoient
de cet ordre , ccs Dragons à cheval fe jetterent
dans la mer le piftoter à la mmain , aborderent les
Barques à la nage , & les contraignirens de venir
à terre ; & comme à leur approche la plupart des
Matelots s'étoient jettez eux mêmes dans la mer
pour se fauver à la nage , & qu'ainfi nos 1 ragons
n'avoient pas des capables de mener ce's Barques
en lieu de feureté Fils détacherent qu elqu'ith
d'entreux vers Monfieur le Duc d'Orleans jour lui
a chofe , mais S. 4. R. ne pouvoit di viable
NI
135
qu'elle entendoit , & comme on lui eut aſſuré que
Faction étoit veritable , & qu'il n'y avoit qu'à
pourvoir à ce que les Barques fuffent menées où elle
fouhaiteroit,elle parut ravie de cette action, & en
Se récriant qu'il étoit inoui & fans exemple que
la Cavalerie cût jamais fait de prifes fur mer ,
elle écrivit de fa main un ordre pour aſſurer cette
prise .
J'ai fini le Journal de Flandre au 19.de ce mois,
en voici la fuite ; mais au lieu que ce que je
vous ai envoyé étoit tiré des Lettres du Camp.
de l'Armée de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
; cette fuite eft tirée d'une Lettre venue du
Camp des Ennemis .

Extrait d'une Lettre du Camp de Terbank
du 19. Juin.
Sur l'avis que Milord Duc eut avanthier que les
ennemis abattoient leurs Tentes , il crut qu'ils altoient
décamper , it donna fur l'heure même l'or
dre de tenir les Troupes prêtes à marcher. Il fit
auffi tirer trente coups de canon pour avertir celles
qui avoient été détachées le matin pour aller faire
un fourage general du côté de Malines , & qui revinrent
fans avoir fourage ; mais comme ce n'avoit
été qu'une fente de la part des ennemis , les
deux armites font reftées dans le Camp où elles font
encore , & felon toutes les apparences nous ne quit
terons le nôtre que lorsqu'il plaira à Monfieur de
Vendôme , car on peut dire qu'il eft . le Quartier
Meftre General des deux armées , & il semble que
ce foit de ce Prince, que nous devons recevoir l'or
dre ou la permiffion de décamper. On doit retour
ner au fourrage le 22. mais on ne pourra pas le faire
au de-là d'Arfchot , à moins de trop rifquer
parce que les François fe font en quelque façon rendus
les maîtres de ceux quifont entre le Demer &
la Dyle , deforte que ce qu'il nous en refte dans nos
Zij
M
derrieres & au deça de Malines , ne pouvant pas
durer long-temps , on fera obligé d'aller fourrager
du côté d'Anvers de Lier, & dans les Bruyeres
qui font en deçà.
Le mot de l'Enigme du mois dernier étoit te
Livre , & il a été trouvé par Mrs le Comte de-
Chefter ;. de Ploelo de Lauroue , ci-devant Ca
pitaine au Regiment de Piemont ; le Blondin de:
la rue fainte Catherine ; Antoine du May ; Nicolas
Vaudin , Eftienne Lambert Pierre & Jacques
Vannereau ; Gertrude & fon gros du Bois
le fage Perrin ; le Tabellion laffé du divorce ; L.
I du Pont Notre- Dame ; l'Ami fidéle du char
mant Loulou de la rue Coquilliere ; le Solitaire
des Angloux & fon Ami Darius ; M Dumanoir
de Caen en Normandie , Regent de la Langue-
Latine à Aiguillon ; M. Dumas , fuivant les Fimances
, de Touloufe ; l'Amant infortuné quot
que toûjours heureux ; M. de Roquefort R. D
S. C. I Heroine P. S. D. M. Daydé C. E. L. C.
D. A. D. M. M. Rateboul Maître des Poftes
Saint Jory.
Je vous envoye une Enigme nouvelle . Elle eft
de M. l'Abbé D. L. M. * ****
ENIGME
l'Habite dans des lieux d'un accès difficile
Et pour m'en faire déloger ,
On fait venir un Etranger ,
En cela plus qu'un autre habile ·
Alors le fer en main , & femblable à l'Amour ,,
Il me coupe, il m'abat , &fier deſa victoire
Si- tôt qu'il voit le jour
Il chante à baute voix ma deffaite & fa gloire .
Suite du Fournal de Fontainebleau.
Le 23. Sa Majesté devoit aprés les Confeils du
matin & de l'aprefdinée aller fe promener dans,
GALANT.
les Jardins & autour du Canal avec Madame la
Ducheffe de Bourgogne ; mais la pluye qui dura
pendant tout le jour , empêcha cette promenade."
La Cour s'affembla chez Monfeigneur , où il y
eut jeu.
On apprit ce jour- là que M. de Chamarante é
toit en marche pour fe rendre à Toulon avec dix
bataillons .
Le Roi alla tirer l'aprefdinée du 24. nonobſtane
la pluye qui dura prefque pendant toute la journée.
Sa Majefte envoya un Gentilhomme ordinaire
de fa Maifon , pour faire compliment
Monfieur le Chancelier fur la mort de Madamede
Pontchartrain , & toute la Cour fit paroître
qu'elle regrettoit beaucoup cette Comteffe.
On eut nouvelle le même jour que M. le Duc
de Noailles étoit au Camp de Saint Pierre Pef
cador , où il étoit à portée de profiter des con
jonctures favorables qui pouvoient fe prefenter,
On doit remarquer que l'on tire un grand avan
rage de fa petite Armée , puifqu'elle empêche
un gros corps d'Ennemis d'aller joindre les Troupes
qui s'oppofent à celle de Monfieur le Duc
Orleans , puifqu'elles ne pourroient faire un
pas pour les aller joindre fans être fuivies par
celles de ce Duc .
Le 25. le Roi fe purgea par précaution , aprés
quoi Monfeigneur alla à la Chaffe du Loup. La
Medecine n'empêcha pas. Sa Majesté de tenir
Confeil Paprefdinée .
Le 26. le Roi aprés avoir oui la Meffe à l'heure
ordinaire , tint Confeil , & l'aprefdinée Sa Majesté
chaffa le Cerf avec Monfeigneur & Madamla
Ducheffe de Bourgogne ; & aprés la prife d
Cerf , Sa Majefté en courut un fecond qu'Elle
prit encore . Monfeigneur donna le retour de
Chaffe chez lai , où Madame la Ducheffe de
Bourgogne foupa.
130
Le 27. le Roi alla tirer l'aprefdinée , & il reçur
à fon retour des Lettres de Monfieur le Duc
d'Orleans , par lesquelles il apprit que ce Prince
avoit invefti le 12. la Ville de Tortofe , & M.
de Chamillart lui rapporta que le 11. S. A. R
s'étoit approchée de la place , à la faveur d'un ri
deau ou coline , à la portée du fufil ; que le 12. Elle
l'avoit investie & fait attaquer plufieurs poftes
avancez, dans lesquels on avoit fail 300. prifonniers
que des Carabiniers & des Dragons ayant 3
été commandezpour defcendre l'Ebre au deffous dela
place , ils avoient trouvé 5. Barques chargées de ,
farine de chair fallée que l'on y conduifoit , fur
lefquelles ils avoient tiré fi fortement , que les
ayant contraintes d'arriver , ils les prirent ; qu'un,
autre détachement envoyé pour découvrir les forces
de M. de Staremberg avoit rapporté qu'il étoit
campé avec 10 à 12. mille hommes prés de Taragone,
& que quelques prifonniers avoient dit que
fan deffein étoit de tenter le fecours de Tortofe . Ce
détachement prit en revenant 500. Boeufs que les
ennemis avoient raffemblez , & il les amena au
Camp . S. A. R. mandoit que fi M. de Starembergfe
mettoit en devoir de fecourir Tortofe , ce
Generalfervit obligé de traverser une plaine de fix
lieuës , & qu'en ce cas fa Cavalerie étant plus
nombre fe que la fienne , elle lui épargneroit la.
moitié du chemin , & qu'Elle en rendroit bon
compte. Jufqu'au départ de la Lettre de S. A R.
le canon de la place qui avoit beaucoup tiré n'avoit
tué perfonne , les Troupes étant poſtées
dans des colines , où il ne pouvoit donner.
On reçut ce jour- là plufieurs Lettres de Flandres
qui ne parloient que de l'exactitude avec
Jaquelle Monfeigneur le Duc de Bourgogne fait
obferver la difcipline militaire; & qui portoient que tous les Officiers qui avoient accoûtumé de
GALANT. 139
Je loger dans des ma fons aux environs du Camps
étoient obligez de coucher fous leurs Tentes à la
queue des Regimens qu'ils commandent , & qu'ils
étoient tous obligez de demeurer à leur pofte , ce
Prince leur ayant declaré qu'il les y envoyeroit
chercher lorfqu'il auroit des ordres à leur donner.,
Le 28. Madame lut le matin une Lettre de
Monfieur le Duc d'Orleans , qui lui mande que
les Carabiniers aprés avoir pris les 5. Barques
chargées de farines & de chair fallée , en avoient
rencontrées cinq autres plus bas , chargées de
bled , qui alloient auffi dans la place, & qu'ils les
avoient prifes , de même que les cinq premieres.
Monfeigneur alla le matin du même jour à la
Chaffe du Loup, & l'aprefdinée Sa Majesté chaffa
de Cerfavec Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Mefdames de Pompadour & de Dangeau prefen-
-terent ce jour-là Madame la Marquife de Courcillon
au Roi , à Monfeigneur & aux Princeffes,
& enfuite elles vifiterent plufieurs perfounes de
confideration . Cette Marquife qui n'a que -13 .
ans & demi , eft trés - bien faite , fon air modefte
en relevoit les graces, & elle étoit d'ailleurs fort
parée de pierreries ; elle fut reçûe avec tout l'agrément
imaginable .
On apprit le même jour que le mariage de M.
le Prince Leon avec Mademoiſelle de Roquelaure
étoit arrêté. On leur domme à chacun 12000 livres
de rente. M. de Rohan fubftitue 50000.écus
de rente qu'il a en Bretagne au fils aîné de Mole
Prince Leon , en cas de mort au fecond , & au
troifiéme & à leurs enfans males , à condition
que lorsqu'il aura un fils agé de 16. ans , on lui
créera un Tuteur , entre les maius duquel les re-
Venus demeureront en fequeftre jufqu'à la majorité
, & qu'en attendant cet âge , les reprites de
Madame de Rohan feront prifes fur ce rêvenu
-140
MERCURE
e
P
de plus 100000. écus pour Mademoifelle de R
han , en faveur de laquelle & fes ayans caufe ,
la fubftitution lui fera reverfible , en cas qu'il
n'y ait point d'enfans mâles , ou qu'ils vinſſent à
manquer.
Le 29. le Roi alla tirer l'aprefdinte , & tua
beaucoup de Faifans & de Perdrix ; mais il ne tica
que des mâles des deux efpeces , à caufe des
couvées des Faifandeaux & des Perdreaux , Madame
la Ducheffe de Bourgogne eut la curiofité
de voir un Lion d'une groffeur extraordinaire,quel'onavoit
amené depuis deux jours.
Le Roi alla le trentiéme l'aprefdinée à la Chaf
fe du Cerf. Il y eut retour de Chaffle chez Monfeigneur
, aprés lequel onjoua.
Vous attendez fans doute des nouvelles de ce
que M. le Maréchal de Villars a fait depuis qu'il
eft parti de Paris . Vous avez raiſon, puifque l'on
n'apprend jamais rien que d'agreable des lieux
où ce Maréchal commande.
Lorsqu'il approcha de Lyon , la plus grando
partie du peuple ne pût l'attendre dans la Ville,
tant rempreffement de le voir étoit grand. Les
honneurs qu'on lui fit pafferent fon attente; mais
ils ne pouvoient être que trés- grands, puiſqu'ils
étoient proportionnez à lajoye que tout le peuple
reffentoit.
Celui de Grenoblene marqua pas moins d'empreffement
de voir ce General qu'il attendoit
avec impatience depuis que le Roi l'avoit nommé
pour commander en ces quartiers-là. Toute
la Ville fut illuminée le foir de fon arrivée , &
il reçut des complimens de la part du Parlement
de la Nobleffe , & de tous les Ordres . Enfin les
peuples qui apprehendoient quelques jours auparavant
les grandes forces que l'on donnoit à
Monfieur de Savoye , parurent entierement raf
Curcza
GALANT.. 341
=
Le 11. ce Maréchal fortit de Grenoble pour aller
vifiter les poftes des montagnes , & pour s'a
yancer fur ceux des ennemis . Depuis ce temps
ce Maréchal a été camper à Exiles , & de- là à
Oulx . Monfieur de Savoye s'eft retiré & fe retranche.
Il n'y a pas lieu de croire que ce Prince
puiffe rien entreprendre , l'Empereur lui ayant
retiré une grande partie de fes troupes , & celles
de France étant augmentées par 4000. hommes
de renfort. De plus M. de Villars a raffemblé
toutes les troupes en un feul corps , & il a donné
la garde des défilez à des Payfans fort aguer
ris.
Toutes les fortifications de Toulon font prefque
achevées, & particulierement celles du Fort
Artigues , & du Fort de la Malgue , & M. de
Chamarante que l'on y attendoit avec dix Bareillons
y doit être prefentement arrivé."
Il a été trés - difficile jufques ici de vous parler
des Armées d'Allemagne. Il y a plus de deux
mois que M. le Prince Eugene & le Duc de
Marlboroug , croyant avoir ébauché à la Haye
un grand projet pour l'ouverture de la Campagne
, allerent enfemble dans diverses Cours
d'Allemagne , pour achever de le concerter avec
plufieurs Princes , & pour y mettre la derniere
main , aprés quoi le Prince Eugene retourna à
Vienne , & le Duc de Marlborough en Hollande.
On comptoit pour l'ouverture de la Campagne,
fur un nombre de Troupes , & fur une certaine
quantité de munitions & d'argent que toutes
les Puiffances d'Allemagne qui doivent des con
ringens , devoient fournir ; mais deux mois s'étant
écoulez en mouvemens de la part de l'Empereur
, du Duc d'Hanovre & des Hollandois
& fur tout en menaces de S. M. I. pour faire
que toutes ces chofes fe trouvaffent prêtos dans
Fuin 1708 .
34%
MERCURE
J.
le temps où la Campagne auroit dû s'ouvrir ; ¡I'
ne s'eft trouvé qu'une partie de toutes ces chofes
, dans le temps que les Troupes auroient dû
commencer d'agir, & les Alliez fort embarraffez,
voyant qu'ils ne pouvoient avoir recours à leurs
forces , eurent recours à l'adreffe, & publierent
qu'ils allofent faire paffer une Armée fur la Mofelle
, qui feroit commandée par le Prince Eu
gene. Les plus intelligens dans le métier de la
guerre voyoient bien que l'execution d'un pareil
projet étoit impoffible , & que 30000. hommes
ne pouvoient fubfifter dans un Pays où l'on n'avoit
point établi de Magafins , & où toutes les..
munitions manquoient. Les Alliez ne laifferent
pas de faire marcher quelques Troupes de ce coté-
là , pendant que le Duc d'Hanovre faifoit af,
fembler le refte des Troupes Allemandes pour
agir d'un autre côté ; mais l'on peut dire que :
tous ces mouvemens fe faifoient prefque, fans .
fçavoir pourquoi , parce que les premiers projets
n'ayant pu être mis en execution , les Alliez
fe donnoient des mouvemens fans fçavoir euxmêmes
à quoi ils aboutiroient , & il étoit diffi
cile de prendre de juftes mefures pour rompre
leurs deffeins , puifqu'ils n'en avoient point ;
qu'ils vouloient feulement nous embarraffer , &
qu'ils ne devoient agir que felon les conjonctures
. Cependant la Čampagne ayant commencé
en Flandre , & Monfeigneur le Duc de Bourgogue
s'étant avancé à la tête de plus de centr
mille hommes , & les Hollandois voyant tous .
les projets concertez avec les Alliez rompus
propoferent aux Allemans de fe tenir fur la défenfive
, & d'envoyer des Troupes pour grofir
P'Armée du Duc de Marlborough , s'ils n'ai
moient mieux envoyer en Flandre l'Armée
qu'on publioit devoir agir fur la Moselle & de la
GALANT: T43
faire commander par le Prince Eugene , de maniere
qu'il y en auroit eu deux ; l'une commandée
par ce Prince , & l'autre par le Duc de Marl
borough , car on doit remarquer que les Hollandois
facrifieroient toutes chofes pour empêcher
lès François d'approcher de leur pays , qui ne
pourroit tenir long - temps files Frontieres én
étoient une fois forcées.
"
On ne peut dire au jufte pourquoi rien de
tout ce qui s'eft propofé pendant deux mois entre
les Alliez , n'a réuffi ; mais cependant il paroît
que M. l'Electeur de Baviere a pris de fi
juftes mesures , qu'il a empêché les ennemis
d'executer aucuns de leurs deffeins ; car dés que
les Alliez ont fait marcher des troupes du côté
de la Mofelle , il en a fait marcher auffi pour les
obferver ; & il s'eft trouvé que ce Prince avoit
: des troupes dans tous les lieux par où les Allemans
auroient pu en faire avancer. On doit obferver
que files troupes que les Alliez avoient
commencé à faire marcher fur la Mofelle , eetuffent
voulu prendre la route de Flandre , Monfieur
l'Electeur de Baviere avoit pris de fi juftes
mefures , que les renforts qu'il auroit envoyez
à Monfeigneur le Duc de Bourgogne , feroient
arrivez fix ou fept jours avant les troupes Allemandes...
Cependant le Prince Eugene a quitté
Vienne , & l'on a publié qu'il venoit fe mettre
à la tête d'une armée qui étoit en état de faire de
grandes chofes ; mais tout cela n'a abouti qu'a
venir à Francfort , où il a demeuré jufqu'au 17 .
Juin. Voici ce qui s'eft paffé depuis ce temps-
I , contenu dans les nouvelles arrivées dans lc....
temps que j'allois fermer ma Lettre
M. le Duc d'Hanovre étant arrivé à l'armée ·
Imperiale , il en a fait la revue dans les lignes
Ellingen il paroiffoit qu'il devoit bien- tot
144
MERCURE
mettre en marche , & l'on croyoit qu'il devoir
paffer le Rhin.
?
Dans le temps que l'on croyoit que le Prince
Eugene avoit arrêté à Francfort tout ce qu'il devoit
faire , & qu'il alloit fe mettre à la tête de
Parmée de la Mofelle pour paffer en Brabant , il ·
eft venu à Schwartsbach où le Prince hereditai-
' re de Heffe- Caffel prend les eaux , pour y tenir
une nouvelle Conference avec ce Prince 80 %
avec le Baron d'Almeloo , envoyé extraordinaire
des Etats Generaux qui s'y eft rendu de Coblentz
. Si les Ennemis ne font pas de grandes .
chofes cette année , ce ne fera pas manque d'a--
voir tenu des conferences , puifque l'on en compte
plus de dix , tenues en divers lieux depuis
deux mois ; & comme ils ont ralenti les preparatifs
qu'ils faifoient fur la Mofelle , il y a appa--
rence qu'ils ont changé de deffein.
Monfieur l'Electeur de Baviere avoit partagé
fon armée en trois corps campez en trois camps
differens , en tirant vers Keyferlauter , foit pour :
-faire fubfifter les troupes plus aifément , foita
pour les difpofer de maniere à pouvoir s'en fervir
plus utilement. Un de ces corps eft comman--
dé par M. d'Hautefort
; le fecond
par M. de Ve
rac , ce font
les deux
plus
avancez
, & le troifiéme
qui
eft campé
à demi
- lieuë
de Saar
- Louis
& qui
confifte
en 17.
bataillons
& 38. Efcadrons
·
eft commandé
par M. de Saint
Fremont
.
que 23 .
de :
On vient d'apprendre ' ici par d'autres Lettres ›
que Monfieur de Baviere avec toute fa Cour ,
ainfi M. de Barvick étoient partis le
Saar- Louis , & qu'ayant réuni les deux corps ,
fous les ordres de Meffieurs de Hautefort & de
Veras, ils étoient allez camper le 24. à Blicaftel .
Les mêmes Lettres portent que l'on ne fçavoit
pas encore à ce mouvement fe faifoit pour aller
détruirg
GALANT. 145
détruire les magafins que les Ennemis ont fait
à Keyferlauter , ou fi S. A. E. veut repaffer en
Alface fur le bruit qui s'eft répandu que le Prinre
Eugene voyant fes mefures rompues du coté
de la Mofelle , faifoit avancer quelques troupes
vers Landau , comme s'il vouloit dommer de l'inquietude
à celles que M. le Comte du Bourg
commande dans les Lignes de Weiffembourg.
Les lettres de Flandres qui viennent d'arriver
difent que felon quelques avis le Prince Eugene
aprés avoir quitté le Prince hereditaire de Hef
fe-Caffel avoit marché du côté de Flandre pour
s'aboucher avec le Duc de Marlborough, & qu'il
fe mettra à portée de l'armée de Flandres &
d'autres avis affurent qu'il n'entreprendra pas la
moindre chofe , tant qu'il n'aura pas autant de
troupes qu'il en a befoin , & toutes les chofes
neceffaires pour ne point rifquer fa reputation.
Les mêmes lettres affurent que tout est encore
enFlandres dans la même fituation, & que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne faifoit faire des
routes fur fa droite pour pouvoir paffer la Dyles
& fur fa gauche pour monter du côté de Hall .
Il y a des Lettres d'Allemagne qui difent que
le Prince Eugene avoit eu deffein d'affieger Namur,
mais qu'il a trouvé fon projet traverſe
par les mouvemens faits par Monfieur de Baviere.
Le Capitaine l'Aigle,Commandant la Fregatte
PAvanturiere de dix-huit canons,a pris un Pin
que ou Tartane Mayorquine chargée de , bled &
de ris , arrivée à Marseille. Il a pris auffi deux
autres Tartanes fur lefquelles il y avoit onze
cens barils de poudre , & quatre mille boulets
pour Barcelonne , & dix -neuf groffes caiffes de
meubles de la Princeffe de Wolfembutel ; ces
dernieres prifes font arrivées à Tonlon , où Pe
Juin 1708.
46 MERCURE
a fçu que M. de Chamarante étoit arrive , &
qu'il faifoit travailler jour & nuit aux fortifications
de la Place .
Les Alliez manquant de fourrage en Flandres ,
font obligez d'aller fourrager par de- là Anvers ,
ce qui les fatigue beaucoup.
J'apprens en ce moment que Madame la Ducheffe
de Chaftillon eft morte de la petite verole.
S'il me reftoit plus de temps & plus de place ,
je vous ferois une belle peinture de la defolation
où fe trouve le Royaume de Naples , & du
defefpoir où font tous les honnêtes gens de ce
Royaume , d'avoir été contraints de ceder aux
traîtres qui font caufe de la cruelle fituation où
eft cet Etat , que les Allemans ont trouvé mo
yen d'épuifer en une année. Je m'étendrois auffi
fur la vigoureufe défenfe que le Ferrarois fe
prepare à faire contre les Allemans . Le Pape
n'oublie rien pour avoir de Fargent & des troupes
; & de la maniere dont S. S. s'y prend , il y
a beaucoup d'apparence qu'elle réüffira , & que
la diverfion qu'elle fera des Allemans produira
un bien pour l'Italie ; car étant outrée du procedé
de l'Empereur , qui traite tous les Souverains
& tous fes Peuples en efclaves , & ne ceffe
point de leur demander , il y a apparence que fr
Farmée du Pape devient confiderable , elle fera
jointe par -les- troupes de tant de Puiffances ,
que les Allemans pourroient bien fe repentia
long -temps d'une entreprise auffi injufte ; &
les chofes pourroient aller fi loin que je ne dois
pas en dire davantage .
Je ne vous digai rien ce mois - ci de l'Archidu
cheffe qui n'a jufqu'ici trouvé perfonne qui l'ai
traitée de Reine d'Efpagne , flon en excepte
Tes Sujets de l'Empereur fon bean-frere.
GALANT. 147

Il y a plus d'un mois qu'il arriva à la Rochelle
une flote de dix vaiffeaux François venant de
la Martinique & de Saint Domingue. Ils font
remplis de plufieurs fortes de marchandiſes , &
l'on fait monter leur charge à prés de trois millions
. Cette nouvelle eft échapée à tous ceux
qui travaillent aux nouvelles publiques.
Il eft vrai que la flote de M. le Comte de Forbin
n'eft point encore fortie de Dunkerque , &
il feroit à fouhaiter qu'elle n'en fortît pas encore
fi- tôt ; puifque tant qu'elle fera gardée par
deux efcadres , ces efcadres qui pourroient être
d'une plus grande utilité ailleurs, n'agiront point
contre la France .
Les Lettres du 23. de l'armée d'Italie portent
que M. le Duc de Savoye fe retrancheit du côté
de Suze ; que nous nous retranchions auffi , &
que cependant le 22. M. le Maréchal de Villars
avoit été reconnoître les ennemis . Les mêmes
Lettres ajoûtent que l'on croit que ce Maréchal
les attaquera au premier jour , & que M. de
Medavy attendoit que les neiges fuffent fondues
pour aller du côté du Montcenis par le Col de la
Rouë .
Il faut enfin que je ferme ma Lettre : je ne
vous en ai point envoyé de fi longue depuis 32 .
ans que je vous écris des nouvelles ; mais les articles
de la guerre l'ont tellement remplie ce
mois-ci , qu'il me reste encore pour plus d'une
Lettre entiere d'articles differens que je fuis
obligé de remettre au mois prochain , quoiqu'il
y en ait beaucoup de confiderables , & qui auroient
été de faifon ce mois-ci : mais je ne puis
faire l'impoffible. Je fuis , Madame , votre ,
&c.
A Paris ce 30. Juin 1708 .
TABLE .
Anegyrique du Roi fondé par Meffieurs de
Ville , & prononcé par M. le Recteur , 3
Fête donnée à la Reine Douairiere d'Espagne au
Château neufde Bayonne ,
Cadavre trouvé entier aprés 500. ans ,
S
7
Difcours prononcé par M.P'Abbé dePolignac , idem .
Thefe de Droit fautenue à Rome ,
Autre Thefe curieufe foutenue dans l'Univerfité
de Virtemberg,
Traitédes Eunuques ,
II
13
Relation trés- curieuse d'une Ambaſſade faite aux
Caraibes de l'Ifle de Saint Vincent ,
Premier Article des Morts,
If
22
Difcours prononcé par le nouveau Doyen de la Faculté
de Theologie ,
1
28
Benefices donnez par le Roi dans la derniere
promotion ,
Mital, livre nouveau »
Galanterie ,
29
39
40
Distribution faite à Touloufe des prix des Feux
Floraux ,
Mariages , dy di
Ordre de Bataille de l'Armée de Flandres,
43
47
56
Journal de l'Armée de M. le Duc de Noailles , 64
Ordre de Bataille de l'Armée commandée par S. A.
R. Monfieur le Duc d'Orleans , 73
Premier article des Nouvelles de l'Armée de S. A.
R. dans lequel on trouve un journal trés -curieux .
76
94 Second Article des Morts.
Second Article des Nouvelles de l'Armée de S. A..
R.
ΙΟΙ
Action de Graces renduës à Beauvais , en confideration
d'une grace accordée par le Roi » 102
I
TABLE.
Reception de M. de Lefnerac , dans l'Ordre de Notre-
Dame de Montcarmel, 103
Suite du Journal de l'Armée de Monseigneur le
Duc de Bourgogne ,
Troifiéme article des nouvelles de l'Armée de S. A.
R.
104
I 12
Vafconiana , ou Recueil des bons Mots , des pensées
les plus plaifantes , & des rencontres les plus vives
des Gafcons ,
Second Article des Mariages ,
115
116
Quatrième Article des nouvelles de l'armée de S.
A. R.
Mort de Madame de Pontchartrain ,
Journal de Fontainebleau ,
121
125
131
Détail curieux touchant les 5. Barques arrêtées
parles 15. Dragons de l'Armée de Monfieur le
Duc d'Orleans ,
Seconde fuite du Fournal de Flandres ,
Article des Enigmes ,
134
135
136
Suite du Fournal de Fontainebleau , qui comprend
auffi plufieurs Nouvelles , idem .
Arrivée de M. le Maréchal de Villars en Dauphiné,
& ce que ce Maréchal a fait depuis 140
Affaires d'Allemagne :3 F4I
Nouvelles curieufes venues de plufieurs endroits.
Articles refervez
145
146
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le