→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1708, 04
Taille
18.40 Mo
Format
Nombre de pages
419
Source
Année de téléchargement
Texte
pour-madame
de
Paors in
(
ии im
Aurit 150

807156
MERCURE
UE
LYON
GALANT
DE
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHI
AVRIL , 1708.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
Omme il eft impoffible dans la coff
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant
38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy
AULECTEUR .
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR .
de défigurez , étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille . , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en en-.
voyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires
,& quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MEREVRE
GALANT
AVRIL , 178
Co
LYON
OMME VOUS fçavez que
Mr l'Abbé Mongin , &
ont Mr l'Abbé
Fraguier
efté reçûs à l'Academie
Françoife
, le premier à la place
de feu Mr l'Abbé Gallois ,
DE
LA
A iij
6 MERCURE
& le ſecond à la place de feu
Mr Colbert , Archevêque de
Roüen ; vous fçavez auffi que
felon les Statuts de l'Academie
, les nouveaux Academiciens
, doivent faire l'Eloge du
Cardinal de Richelieu , fondateur
de l'Academie ; du Chancelier
Seguier qui la protegea ,
& luy donna un lieu dans fon
Hôtel pour tenir ſes Affemblées
, aprés la mort de ce Cardinal
; qu'ils doivent auffi parler
de l'Academicien auquel ils
fuccedent , & que l'Eloge du
Roy doit faire la principale partic
de leurs difcours , en recon-
?
GALANT 7
noiffance de la Protection que
leur donne ce Monarque , & de
ce qu'ils tiennent leurs fceances
dans fon Palais . Depuis trente
deux ans ,je vous ay ,je vous ay donné des
Extraits de tous ces Eloges , en
vous parlant des Academiciens
qui ont eſté reçûs ; mais commc
ces Eloges me meneroient
trop loin , parceque dans la
derniere fccance publique de
l'Academie on a reçû deux
Academiciens en même temps,
parce qu'ils avoient eſté nommez
dans un même jour , je
me contenteray de rapporter
icy ce qu'ils ont dit à la gloire
A iiij.
8 MERCURE
du Roy. Mr l'Abbé Mongin
parla le premier . Voicy par où
il entra dans l'Eloge de S. M.
par rapport à l'Academie.
En loüant le Roy , elle ne fort
point de fes regles. Elle trouve
le Heros au - deffus du Monarque,
fes vertus au - deffus de fes victoires
, fes fentimens plus élevez que
Les Trophées , fon coeur plus noble
que fa Couronne , & plus grand
que fa fortune ; difons mieux
plus grandquefa propreRenommée.
Quel bonheurpour vous , Mrs,
d'avoirfans ceffe à louer un Prince
qui vous fait trouver dans fa
feule perfonne , un fond toûjours
GALANT
9
a
inépuifable de louanges en effet ,
fi fa gloire eut efté attachée à fes
feules conqueftes , fi fa grandeur
eut efté l'ouvrage d'une aveugle
fortune , où auriez vous pris des
Eloges aprés ces fatales journées
où la valeur de la Nation ſe vit
trompée ou trahie par la victoire ?
Ce Heros immortel dont la Religion
& laJustice ont toûjours conduit
les entreprifes , fe verroit
donc confondu avec ces Heros Profanes
qui ne doivent leur gloire
qu'à leur fureur , & dont tout le
merite confifte à avoir efté ambitieux
, injuftes , barbares , &
ufurpateurs avec fuccés ? Ce fe10
MERCURE
roit pour de tels
vainqueurs
que
l'Eloquence fe trouveroit confufe
ou muette au premier changement
defortune. Mais comme le digne.
fujer de vos veilles n'a point changé,
vous n'avez dû,Mrs , ny vous
taire ny changer de langage ; le
Heros afoutenu le Conquerant,fon
coeur toujours ferme , toûjours invincible
vous a toujours laiffe le
droit de publierfes propres victoi
res & fa vertu plusforte que
fes armées a mis vos Eloges & fa
gloire au deffus de l'inconftance &
de l'inftabilité des choſes humaines.
Les vrais Heros ,font Heros
dans tous les temps. Comme
,
GALANT TI
pas
·leur grandeur refide dans leur ame
non dans les bras de leurs Soldats
, il n'eft pas neceffaire qu'ils
foient toujours heureux pour eftre
grands. Il leurfuffit d'agir tousjours
par de grands principes &
pour degrands objets , le reste n'eft
de leur devoir. Mais graces
au Ciel les épreuves de patience
&de foumiffion n'ont pas duré ;
l'Eclipfe a esté courte &déja,
Mrs , vous pouvez reprendre le
noble & magnifique langage de la
victoire. Déja nos troupes victo
rieufes & triomphantes ont repris
leur premier afcendant , & ont
vú nos fiers ennemis confondus de
12 MERCURE
toutes parts , fugitifs en Alemagne
, déconcertez en Flandre , repouffez
en Provence , baltus &
défaits en Espagne.
Puiffiez vous auffi reprendre
bien- toft un ftile plus doux & plus
éloquent encore que celuy des
Triomphes. Il est pour les grandes
ames un plaifir plus touchant
que celuy de vaincre. LOUIS
LE GRAND la fouvent appris
fes Ennemis , & les Nations
entieres tant de fois foulevées contre
fa gloire , & tant de fois pacifiéesparfa
moderation , devroient
bien fe fouvenir qu'il a fouvent
oubliéfes injures pour effuyer leurs
GALANT 13
mo
larmes & finir leurs miferes .Mais
oublions , s'il se peut , &fa
deration & fes victoires pour réünir
nos voeux au feul objet qui intereffe
tout à la fois noftre amour,
noftre repos & noftre gloire . Ne
demandons pas à Dieu que ce Heros
triomphe ou qu'il falſe la paix ,
demandons feulement qu'il vive,
& qu'il regle fes jours fur nos
defirs , ce feroit former des fouhaits
indifcrets ; mais du moins
fur nos befoins. Nous ne ferons
pas des voeux tousfeuls. Les Rois
malheureux , & indignement détrônez,
le Regne de la picté rétably;
l'Etat fauvé des fureurs de
14 MERCURE
l'herefie ; les Souverains legitimes
en poffeffion de l'heritage de leurs
Peres ; les droits les plus facrez
qu'on attaque , ou qu'on viole ;
les Trônes renversez , ou les Trônes
raffermis , font comme autant
de voix qui demandent au Ciel
confervation du feul Protecteur
de la Religion , de la Royauté &
de la Fustice.
la
Que nepuis-je , Meffieurs , venir
fouvent apprendre de vous ,
exprimer les fentimens d'admiration
qu'infpirent les vertus & la
prefence de ce Prince Augufte.
Mais fi je ne puis rien pour fa
gloire , j'essayeray de contribuer en
GALANT
15
quelque forte àfa joye , en cultivant
les pretieufes femences de
fageffe & de piete , que fonfang
fes exemples ont tranfmifes dans
le coeurduPrince que j'ay l'honneur
d'inftruire. Déja , le Roy y reconnoît
l'image de fa jeuneſſe :
Puiffe- t-il y remarquer un jour
quelques traits de fa valeur &
de fes vertus.
Voicy de quelle maniere
Mr l'Abbé Fraguier parla du
Roy.
Oferay-jepourtant, Meffieurs ,
vous dire ce que vous fçavez ,
fans doute , comme moy ? Vous
pouvez bien parvenir à rendre à
16 MERCURE
LOUIS LE GRAND , le plus
noble & le plus exquis tribut de
louanges qui ait jamais efté rendu
à un grand Prince ; mais vous ne
pouvez rien ajouter à ce qu'en
publierafa Renommée. Sans vous ,
fans le fecours des Muſes , la voix
des Peuples fera entendre qu'il a
vaincu les Nations les plus fieres ,
& qu'il eft le Protecteur des Rois ,
le Deftructeur de l'herefie , & le
Deffenfeur des Autels .
Quels voeux la France ne doitelle
point faire pour la confervation
d'un Monarque qui raſſemble
en luy tout ce qui fait la veritable
grandeur des hommes , &
GALANT 17
tout ce qui , dans les Rois , produit
la reffemblance avec Dieu même ?
Et quels voeux ne dois-je pasfaire
en mon particulier , pour un Prince
, qui felon ce qu'Homere a dis
du Soleil; voit tout & entend
tout , & qui par fa lumiere ,
perce & diffipe les noires tenebres
de la calomnie ?
Faffe celuy par qui les Rois regnent
, & qui a verfe tant de
benedictions fur fa Perfonne fa
crée , fur fon augufte Maiſon ,
que cette Maifon n'ait aucunes
bornes dans fa durée . Puiffe ce
Prince incomparable , voir l'orgueil
de fes Ennemis humilié ,
Avril 1708 . B
18 MERCURE
comme un jeune Heros de fon
fang, vient d'humilier , par fa
naiſſance & par ſa valeur , l'ancien
orgueil d'une Ville fameuse :
puiffent tous les momens defa
vie , eftre long- temps_marquez
par quelque nouvelle faveur du
Ciel.
Tous les Eloges particuliers
qui rempliffoient les Difcours
des deux Academiciens , furent
trouvez tres - beaux , & loin que
l'impreffion qui en a eſté faite
leur ait rien fait perdre des beautez
que l'on y avoit trouvées ,
lorfqu'ils furent prononcez , on
y en a découvert de nouvelles.
GALANT 19
Mr l'Abbé de Dangeau
qui fe trouvoit alors Directeur
de l'Academic , eftant indif
pofé , lorfque les deux Academiciens
furent reçûs , & le
Chancelier de la même Academie
eftant abfent, Mr l'Abbé
Regnier des Marais , qui en eft
Secretaire perpetuel , n'avoir
pas cru devoir repondre aux
Difcours de Mr l'Abbé Mongin
, & de Mr l'Abbé Fraguier ;
de maniere qu'il n'eut que trespeu
de
temps pour s'y prepa
rer. Cependant
, il ne laiffa pas
de s'attirer de grands applaudiffemens
de toute l'Affemblée
.
Bij
20 MERCURE
Il loua dignement les deux
nouveaux Academiciens , &
ceux dont ils rempliffoient la
place , & il parla du Roy de la
maniere fuivante, en leur adreffant
la parole.
Ce que je ne puis trop vous
dire , c'est que vous entrez defor
mais dans toutes les obligations de
l'Academie, & qu'Elle n'en a
point de plus grande & de plus
preffante , que d'effayer de fe rendre
digne de la protection particu
liere , dont le plus grand Roy du
monde luy afait lagrace de l'honorer.
Au milieu de fes grandes occu
GALANT
21
pations , au milieu de tant defoins
qu'il eft obligé de donner continuellement
au Gouvernement des
Etats
que
la Providence luy a
avec
confiez , il a la bonté de deſcendre
dans le détail de ce qui nous regarde.
Il n'y a rien fur quoy fa
vigilance ne s'étende ; mais au
même-temps qu'il veut bien abaifferfes
regards jufqu'à nous ,
quelleforce , avec quelle penetration
ne les porte-t- il point jufqu'aux
extremitez de l'Univers ,
pour le falut de la France , &
pour reprimer tant d'Ennemis que
fa gloire & fa puiẞance luy ont
fufcitez.
1
22
و
MERCURE
Le Ciel , dans la derniere Campagne
, a confondu par tout leur
orgueilleurs efperances . Quelles
graces dans lafuite ne devons nous
point nous promettre du Dieu des
Armées , en faveur d'un Princefi
zélé pour le culte des Autels , &
dans une guerre qu'il ne foutient
que pour la deffense de fes Peuples
,pour la confervation du droit
des Gens , & de la nature , &
pour reduire fes Ennemis aux conditions
d'une paix qui puiffe eftre
équitable & ferme.
A peine Mr l'Abbé Regnier
cut- il ceffé de parler , que
Mr de Campiftron
, Academi
1
GALANT 23
cien , & Secretaire des Commandemens
de Monfieur le
Duc de Vendofme, lut l'Epitre
fuivante , adreffée à ce Prince.
**********************
EPITRE
A SON ALTESSE MONSEIGNEUR
LE DUC DE VENDOSME .
OTOX , qui feul peut - eftre au
fortir de l'Enfance
Sçûs du faux , & du vray , faire
La difference ,
Et préferant à tout l'auftere verite,
Foüir de la Grandeur avec fimplicité
.
Qui fans montrerjamais defervile
baffeffe
24 MERCUR
E
Ignorant de la Cour les détours &
l'adreffe ,
Par ta feule vertu
ta foy ,
ton courage &
Poffede & l'eftime , & le coeur de
ton Roy ,
VENDO'S ME dans ces traits qu'en
toy l'on voit paroiftre ,
Sans attendre ton nom , l'on doit te
reconnoiftre.
Cependant permets-moy d'expofer
à tes
yeux
Quelque leger crayon de tes faits
glorieux ;
Mais ce n'eft point aſſez , le zele
qui m'enflame ,
Veut qu'avec tes exploits , je peigne
encor ton ame.
Je ne me flate point ; je (çay que
ce Tableau
Meriteroitfans doute un plus hardi
pinceau , Que
GALANT 25
Que le mien eft peu propre à finir cet
ouvrages
Mais fi je l'entreprends , j'ay du
moins
l'avantage
Que cinq Luftres entiers à ta fuite
attaché
Des fecrets de ton coeur , rien ne me
fut cache ,
Et que témoin des faits qui t'ont
comblé de gloire ,
Il doit m'eftre permis d'en raconter
Phiftoire.
Quel autre plus fameux par fes
travaux guerriers
En differents climats cuëillit plus de
lauriers ?
Quand tu courus chercher la guerre
les alarmes ,
Rien n'égala l'éclat de tes premieres
armes ,
Avril 1708 . C
26 MERCURE
Et l'on jugea deflors par ces nobles
effais ,
Quels devoient efire unjour ta gloire
& tesfuccezi
TURENNE en ta faveur rendit
ce témoignage ,
CREQUY te confulta fans égard
à ton âge ,
Tu leur paras formé pour les premiers
emplois ;
Etfi- toft que l'armée a marché fous
tes loix ,
'Z'Ebre , le Pò , l'Escaut , eftonnez
de ta gloire
Sur leurs rives , t'ont vu ramener
la victoire
Et dans les mêmes lieux où le fort
en courroux
Nous avoit accablez des plus funeftes
coups ,
Trois fois de ta valeur la foudre
vangereffe
GALANT 27
Changer des jours de desil , en des
jours d'allegreffe ,
Ranimer des foldats qu'on croyoit
aux abois
Et reparer par tout l'honneur du
nom François,
Que de combats gagnez! que de villes
conquifes !
Quel nombre ! quel tiſſu d'heureuſes
entreprifes !
Nos plus fiers Ennemis tremblans
ou difperfez,
Leurs Chefs les plus fameux furpris
, embarraſſez›
Des roches dont la cime ofoitpercer
les nuës
Par de triples remparts & des murs
foûtenuës ,
Malgré tous les fecours de laflamme
& duferr,
Contraintes de fe rendre au milieu
de l'hyver. Cij
28 MERCURE
Mais ce qui plus que tout doit paroiftre
incroyable ,
Toujours à tes deffeins le fortfutfavotable
,
Les lauriers immortels qui te ceignent
le front
N'ont jamais de fa part reçû le
moindre affront ,
Comme fi la victoire attentive à te
plaire ,
Agiffoit par tes loix , ou craignoir
ta colere.
Cependant fi ton coeur pour la
gloire formé
De plus douces vertas n'étoit point
animé
Obtiendrois tu de nous une fi haute
eftime ?
Non , non , & fouviens- toy de ce
guerrierfublime ,
D'Alexandre qui fut le plus grand
des mortels.
GALANT
29
En vain àfon courage on dreſſa des
Autels :
Nous reprochons encore à ce grand
Alexandre
Le meurtre de Clytus , Perfepolis
en cendre
>
Lifimachus forcé de combattre un
Lyon ,
Et les Grecs indignez pleurant
Parmenion.
La fuprême valeur eft précieuse &
rare
Maisfeule , & toute nuë , elle tient
du Barbare.
Je veux que le Heros foit pitoyable
& doux ;
Qu'il foitfierfans orguëil , & vail.
lant fans courroux.
Plaindre les malheureux , foulager
leur mifere ,
Les aimer , leur fervir de refuge &
Ciij
de
pere
30 MERCURE
Eftre accelible , humain , font des
dons auffi grands
Que tous ceux , dont l'orgueil flate
les Conquerans .
Rarement les voit- on briller dans
le mème homme.
Za valeur , la prudence éclaterent
dans Rome ,
Prefque tous fes enfams poffedoiens
ces vertus ;
Mais Rome n'a produit & n'a vâ
qu'un Titus
De qui le Ciel foigneux d'achever
fon ouvrage
Voulut que la bonté fut égale an
courage ;
C'est par cette bonté , c'eſt par cette
douceur ,
Quifait la caractere & le prix de
ton coeur >
Et qui nous fert d'exemple à
GALANT 31
tous tant que nous fommes ,
Que nous te diftinguons entre les autres
hommes :
C'est par là que ton nom aujourd'hui
reveré
Plus que par tes hautsfaits , doit
eftre confacré ,
Et que tout l'avenir en lifant ton
Hiftoire
Juftement attendri benira ta memoire.
C'est par là qu'entrainant tous les
coeurs des foldats
Tu leurfais avec joye accompagner
tes pas ,
Quandtu cours pour fervir ton Maitre
& ta Patrie
D'un monde d'Ennemis reprimer la
furie ,
Braver mille hazards , & prodi
guant tonfang
Ciiij
32 MERCURE
4
Remplir tous les devoirs attachez à
ton
rang ,
Toutefois ne croy pas te fauver de
l'envie ;
Ses traits empoisonnez voudroient
noircir ta vie.
Des Courtisans jaloux fans eftie
teş Rivaux
S'efforcent d'affaiblir le prix de tes
travaux
>
Et de mesler quelqu'ombre à l'éclas
de la gloire :
Mais que peut contre toy la fureur
la plus noire ?
On n'ofe t'attaquer quefur de vains
fujets ;
On s'attache à chercher de frivoles
objets ;
On voudroit que ton coeur femblable
aux coeurs vulgaires
S'occupaft de defirs
naires,
de foins ordiGALANT
33
Qu'il s'ouvrift à l'intrigue , aufaf
te , à l'intereft ,
Et qu'il fuft en un mot beaucoup
moins grand qu'il n'eft .
De tous ces envieux l'odieufe Criti
que ,
En voulant t'abaiſſer fait ' ton
Panegyrique.
Vis done ; & poursuivant ta courſe
& tes projets ,
En triomphant toujours ramene- nous
la Paix.
Enfin faffe le Ciel fecondant mon
envie
Qu'un bonheur toujours pur accompagne
ta vie ,
Que les ans de Neftor pour toy renouvellez
Aprés leur dernier jour foient encor
redoublez;
Et pour combler les voeux , que
34 MERCURE
pour toy l'on peut faire >
Que toujours à Louis tu fois di
gne de plaire.
La lecture de cette Epitre
eftant finie , Mr l'Abbé Tallemant
recita l'Impromptu
fuivant
, adreffé à Mr de Campiſtron.
EPIGRAM ME.
Z'Epitre où tu nous peins ton He
ros tout aimable ,
Doux & fimple en fes moeurs
guerre redoutable
Brille par tout
beauté ,
en :
?
d'une extrême
On n'y voit pas un trait qui ne ref
Lemble.
GALANT 35
Heureux d'avoir pû joindre
ensemble
Ton amour & la verité.
Que ton attachement eft doux , prés
d'un tel Maiftre
Qui te cherit , & que tu fers
Et que tu nous fais bien con♣
noiftre
Que c'est du coeur que partent les
bons Vers.
Mr de Malezieu , lut enfuite
un Eloge en vers de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
forti de la veine de Mr l'Abbé
Geneft , dont les Ouvrages ont
toûjours efté applaudis . La
maniere dont Mr de Malezieu
le lut , fit beaucoup de plaifir
36 MERCURE
à l'Affemblée . On ne doit
pas
s'en étonner ; c'eft un homme
univerfel : & qui réüſſit dans
tout ce qu'il entreprend .
Pendant que les uns acquierent
l'immortalité par leur ef
prit , les autres s'immortalifent
par leur valeur.
Mre Adrien de Mailly Seigneur
de Silly , connu fous le
nom de Comte de Mailly-la-
Houffaye , Colonel du Regiment
des Landes , & enfuite de
Mailly
Infanterie & Brigadier
des Armées du Roy , eft mort
à Montpellier , où il eftoit allé
fe faire traitter d'une maladie
GALANT 37
qui luy eftoit furvenuë en Elpagne
où fon Regiment fervoit.
Il eftoit frere de Mre Jerôme
de Mailly , Capitaine dans
le même Regiment. Ils ſe diftinguerent
beaucoup tous deux
à la Bataille d'Almanza , & dans
un âge tres peu avancé , ils ont
fait connoiftre qu'ils eftoient
dignes de l'illuftre fang de
Mailly.
La branche de Mailly - la-
Houffaye , ainfi que celle de
Mailly Rumefnil , tire fon origine
du celebre Robert de
Mailly , Chevalier , Seigneur de
Rumefnil , Silly , &c . qui ſe ſi38
MERCURE
gnala par fes faits d'armes dans
le penultiéme fiecle . Du Bellay
rapporte qu'en 1521. il commanda
les gens de pied legionnaires
fous Mr de Vendofme ,
Gouverneur de Picardie , &
que fur la fin de la même an
née ce Prince luy ordonna de
fe jetter avec le Seigneur de
Longueval dans la Ville de Guife
, que l'Armée Imperiale affiegeoit.
Robert de Mailly fut
tué en 1524. à Pavie en combattant
fur la bréche de cette
Ville affiegée. C'eft depuis fa
mort que les branches de la
Houffaye & de Rumefnil ont
GALANT 39
ой
efté féparées , puifque Robert
eftoit fils puifné de Hutin de
Mailly , & petit- fils de Jean 2. ·
de Mailly , qui fut furnommé
l'Etendart , à caufe de ſes beaux
faits d'armes fous le regne de
Charles VII. dont il embraffa
le parti dans un temps
c'eftoit prefque un crime que
de prononcer fon nom. La
confideration où Jean de Mailly
fut dans ce fiecle , fut bien
grande , puifqu'il eut place aux
Etats de Tours immediatement
aprés les Princes du Sang de
France. Jean l'Etendart eftoit
fils de Collart , tué avec un de
40 MERCURE
Les fils qui portoit le même
nom , à la Bataille d'Azincourt
en 1415. Ils furent tous deux
enterrez à Saint Nicolas d'Arras
, où l'on voit fur l'Ecu de
leurs Armes une Couronne de
Fleurs de lis , que Collart le
pere prit pour timbre , parce
qu'en 1410. il fut le fecond des
Seigneurs qui gouvernerent le
Royaume pendant la démence
du Roy Charles VI . Il eut de
Marie de Mailly , fille aînée &
heritiere de Gilles de Mailly ,
Seigneur de l'Orfignol , fa parente
; Jean fecond , dont je
viens de parler , & dont Monf
GALANT 41
trelet & le Moine de S. Denis ,
font un fi grand éloge dans
leurs
ouvrages
.
M' l'Abbé de la Garde eft
mort à Lyon dans un âge fort
avancé. Il eftoit du Limofin &
Doyen des Confeillers du Prefidial
de Tulles. Il connoiffoit
parfaitement les Livres , & la
bonté des éditions , ce qui l'avoit
lié avec les plus fçavans
hommes du Royaume & des
Pays étrangers ; M' l'Abbé Baluze
qui eft de la même Province
, eftoit un de fes amis
particuliers ; & la conformité
de leurs goufts avoit refferré
Avril 1708 .
D
42 MERCURE
les liens de leur union. M' de
la Garde avoit une belle Bibliotheque
, & aprés celle des Jefuites
de Lyon , qui eft une des
plus celebres de l'Europe , il
n'y en a pas de plus belles dans
toute la Province. Il avoit paffé
une partie de fa vie chezM
Dulieu , ancien Prevost des
Marchands & ancien Lieutenant
Particulier du Siege Prefidial
de Lyon ; il y avoit cultivé
le gouft que ce Magiftrat
avoit pour les belles Lettres ,
& pour l'exacte connoiffance
qu'il avoit des Livres , ainſi que
je l'ay déja remarqué , il avoit

GALANT 43
fort augmenté la Bibliotheque
de M' Dulieu , & il l'avoit rendue
par fes foins une des plus .
belles du Pays . Cet Abbé eftoit
fort éloquent ; il en a ſouvent
donné des preuves dans les occafions
qu'il a euës de parler en
public , & il s'y eft toûjours attiré
l'applaudiffement des Connoiffeurs.
Parmy les perfonnes decedées
après avoir vécu plus de
cent ans , dont je vous parlay
dans ma derniere lettre , il ne
s'en trouvoit point de voſtre
fexe ; mais l'article qui fuit vous
fera connoiftre
que Margueri
Dij
44 MERCURE
te le Tourneur , veuve de feu
Louis Mottet , Bourgeois de la
ville de Mante , eft morte âgée
de cent deux ans ; elle avoit
toûjours jouy d'une parfaite
fanté , & la fluxion de poitrine
dont elle eft morte , luy
avoit duré trois femaines . Elle
avoit eu à l'âge de cinquante
ans , M. Mottet , Bourgeois de
Paris.
Quoyque vous ayez appris
par ma lettre precedente , la
mort de Mr de Margon , j'ay
cru que ce qui fuit ne laifferoit
pas d'eftre digne de voſtre curiofité.
GALANT 45
A Beziers ce 18. Mars.
Meffire Theophile François de
Plantavit de la Paufe Seigneur
Margon & de Beteyrac monrut
le premier de ce mois dans fon
Château de Margon au bas Languedoc
Diocefe de Beziers âgé de
cent ans fans avoirjamais efté ny
faigné ny purgé ; il avoit paffé les
premieres années defajeunesse dans
le fervice ; mais plus fenfible au
repos de fa confcience qu'à la gloire
defon élevation , il fongea moins
à s'avancer à l'Armée , où fa valeur
l'auroit mené loin , qu'à fe
46 MERCURE
faire inftruire dans l'Eglife , dont
il fouffroit de fe voir feparé. Ce
fut avec des fentimens fi chretiens
qu'ilfe rendit auxfollicitations de
Mr l'Evêque de Lodeve fon oncle
, qui ayant efté luy- même de
la Religion eftoit devenu une des
premieres lumieres de l'Eglife , &
comme l'Apoftre de fa famille. Il
ne demeura pas long- tems fous les
yeux d'un auffi grand Maistrefans
ouvrir lesfiens fur la fauffeté des
nouvelles opinions où le malheur
des tems l'avoit fait naiftre. Con-
´noiſtre la verité & la fuivrefurent
pour luy une même choſe. Il
quita fes erreurs par conviction , il
GALANT 47
embraffa l'unité de l'Eglife par
choix , ilfe foumit aux maximes
de l'Evangile par amour , la vertu
en un mot jetta dés- lors de fi
profondes racines dans fon coeur
que loin de fe dementir elle ne fit
croître & feperfectionner avec
peut dire furtout que que
l'âge
. On
pendant les trente dernieres années
qu'il avoit confacrées à l'unique
affaire du falut , il a donné à ſa
famille & à toute la Province
des exemples d'une devotion folide
envers Dieu , d'une tendreffe toujours
égale pour ses enfans , &
d'une mortification étonnante pour
luy- même , ayant à l'âge de 99,

F
D
48 MERCURE
ans jeuné le dernier Caréme comme
il avoit fait tous les autres
dans toute la rigueur de l'ancienne
Difcipline. La mort qui ne
pouvoitplus pour ainfi dire fe difpenfer
de le prendre , ne laiſſa pas
que de luy livrer une agonie de
Jeptjours entiers : mais s'il eſt permis
de parler ainfi , elle ne lutta
qu'avec la nature puiſque ce ve-
·´nerable vieillard plein de Religion
de confiance ne foupiroit depuis
long- temps qu'aprés le repos éternel
, dont il est à préfumer que
Dieu a récompenfe fes merites.
La Nobleffe de la maifon de
Plantavit eft tres -ancienne & originaire
T
GALANT
49
ginaire d'Italie. Pierre de Strozzi
de Sienne en Toscane époufa Porcia
Plantaviti , & fut accusé d'avoir
empoisonné fa femme & Decius
fon fils ; l'un & l'autre le quitterent
& fe réfugierent en France ;
la mere obligea fon fils de porter
fn nom. Decius de Plantavit
époufa Catherine de S. Eftienne
de Val- Francefque , d'où font originairementfortis
tous les Plantavits
de France , dont il eut Leonard
& Antoine qui époufa Victorine
de Paffi de Ferrare , dont la
famille donna depuis à l'Eglife
Sainte Magdeleine de Pazzi
Leonard époufa Helix de Caire de
Avril 1078
. E
50 MERCURE
Mondragon , & elle eut Guillaume
Seigneur de la Baftide. Guillaume
II. vivoit l'an 1 3 31. Jean
vivoit l'an 1 3.74 . Guillaume III.
vivoit l'an 1398. Raymond vivoit
l'an 1442. defon mariage
avec N..... de Teinturie , Baronne
de Monmor , il eut Antoine
ne & Pierre qui fit entrer dans
fa famille la Terre de Margon
l'ayant achetée de Bernard d'Autignac
l'an 1514. Antoine Seide
la Baftide de la Baume
de l'Efpinafoune fut Capitaine.
de cinquante Lanciers fous les Rois
Charles VIII, Louis XI . Frangneur
çois I. Il époufa trois femmes de la
GALANT St
premiere , Valence de Monbelfille
du Baron de Moiffac , il eût Leonard
, e Pierre quifit la Branche
des Seigneurs de Margon , comme
je le diray dans la fuite. Leonard
Seigneur de la Baftide & c.
fut Capitaine de cinquante Lanciers
pour lefervice de François I.
il épousa Ifabeau de Saleron fille
du Baron de S. Auban , LieutenantGeneral
du Senéchal de Beaucaire
& de Nifmes , Gouverneur
d'Alais , dont il eut Chriftophe &
Jeanne épouse d' Adam &'Albrenetée
de la maifon des Comtes de
Salton Anglois : Leonard mourut
avant fa femme qui fe remaria
E ij
52 MERCURE
avec Guillaume de Bonal Sr d'Af
fas d'où eft fortie par les femmes
Ifabeau de Pluviers mariée au
Marquis de Poyanes , Gouverneur
de Navarras , Chevalier des Ordres
du Roy , dont la fille unique .
époufa N..... de Bouillon la Mark
Marquis de la Boulaye Pere de
N..... Bouillon , Comte de la
Mark , Colonel du Regiment de
Picardie , Maréchal de Čamp , tué
à la bataille de Tréves , dont la fille
a épousé N..... de Duras Durfort
Duc de Duras , fils de feu Mr le
Maréchal de Duras. Chriftophe
de Plantavit Seigneur de la Paufe
époufa Ifabeau d'Aẞas , dont il
GALANT 53
eût David & Jean Evêque de
Lodeve. David Seigneur de la
Paufe Gentilhomme ordinaire de
la Chambre du Roy Gouverneur
du Cailar , époufa l'an 1605 .
Loüife Dortoman fille de Nicolas
Dortoman , premier Medecin du
Roy Henry IV. dont il eût trois
ou quatre ans aprés Theophile
François , dont je vous apprens la
mort ; & qui defon mariage , avec
Anne de Pegueirolles , eût Jean
par lequelje finiray cet article. Jofeph
Gafpard Chevalier de Malte
mort à Paris l'an 16.82 . Anne
Claire Religieufes à Lodeve
François Capitaine de Vaiffean
a
E iij
54 MERCURE
dans l'Ifle de Cayenne en Amerique
, Elizabeth mariée à François
d'Albigniac , Vicomte du Tria
dou , Baron de Caftelnau.
Pierre de Plantavit Seigneur
de Margon Villenounette, Maroffan
, &c.fils d'Antoine & frere
de Leonard ayant herité de la Terre
de Margon de Pierre fon oncle ;
mort fans enfans , fit comme je
Pay dit la Branche des Seigneurs
de Margon. Car de fon mariage
avec Jeanne de Verfeille , il eût
Gabriel qui fuit : Françoife Abbeffe
du S. Efprit à Beziers , &
Jeanne épouse de Jacques d'Arnoye
Lieutenant General du Senéchal
GALANY 55
de Carcaffonne & de Beziers.Gabriel
Seigneur de Margon , Villenounete
& c. fut Ecuyer du Roy
Charles IX Chevalier de
l'Ordre du Roy ; il épousa Charlote
de Letrange , dont il eut Franquifuit
, & Gabriel Seigneur de
Maroffan qui fut Confeiller du
Roy en tous fes Confeils Ambaffadeur
pour Sa Majefte vers le
Pape , le Duc de Savoye , & le
Roy d'Espagne. Ilfut tué au Siege
de Montauban au retour de fon
Ambaffade d'Espagne , dont il ve
noit rendre compte au Roy qui affiegeoit
cetteplace.Defa femme Marquife
de Graves, il ne laiffa qu'
56 MERCURE
fille Charlotte qui époufa Henry de
Lort de Serignan. François Seigneurde
Margon , Villenounete
c.furColoneld'Infanterie ; defon
mariage , avec Bapteftine de Rouville
d'Avignon , il eut François,
qui époufa Claire Camouffi , Dame
Romaine , Parente de la Maifon
des Urfins , que Madame la
Ducheffe de Montmorency amena
avec elle en France : il n'en eut
qu'une fille , mariée à Henry de
Spinaud Seigneur du Parc , Gouverneur
du Cap de Cette. Ce fut
ce François qui vendit la Terre
de Margon à l'Evêque de Lodéve
fon Coufin , dont il eft à propos de
GALANT 57
vous ébaucher icy l'éloge.
Jean de Plantavit de la Paufe
Evêque de Lodeve , Comte de
Monbrun , Grand Aumônier de
la Reine d'Espagne , Abbé de S.
Martin-aux- Bois en Picardie , a
efté un des plus doctes & des plus
fages Prelats du fecle paffé . Ce
grand Homme eftoit également bon
Philofophe & profondTheologien,
habile en tout genre de litteratures ,
fur tout dans les Languesfacrées ,
ce que nous voyons par plufieurs
fçavans ouvrages qui nous restent
de fa façon. Ilparloit facilement
buit langues , & en entendoit feize.
Il fut confulté & chery de
$8 MERCURE
tous ceux que l'amour de la verti
des belles Lettres intereßoit ;
c'est tout dire , qu'il fut lié d'une
amitié étroite , avec M. M. de
Marca & Bofquet ; il remit à ce
dernier , l'Evêché de Lodeve, qu'il
avoit gouverné avec beaucoup de
prudence , pendant vingt - huit ans ,
&fe retira au Chasteau de Margon
, où il mourut l'an 1651 .
de foixante-quinze ans , & qu'il
laißa àJean fon petit neveu , fils
aîné de celuy qui vient de mourir,
par qui la Terre de Margon eft
entrée dans la branche ainée de
Plantavit.
âgé
Jean de Plantavit Seigneur de
GALANY 59

Margon , Brigadier des Armées
du Roy , Chevalier de S. Loüis
Lieutenant de Roy du Languedoc,
eft aujourd'huy le Chef de la
famille. Il a monté à la Charge
d'Officier General par tous les degrez,
ayant efté Enfeigne , Lieu
tenant , Capitaine , Major , Lieutenant-
Colonel , & Colonel de
Dragons . Ilfert àprefent en qualité
deBrigadier ,fous les ordres de Mr
le Duc de Roquelaure en Langue .
doc, où les remuëmens des NonveauxConvertis
ne s'apaifent gueres
, que par ceux qui fçavent em:
ployer également le bras & la tête..
Auffi , Mr de Margon , joint - il
60
MERCURE
се
abeaucoup d'expérience dans l'Art
Militaire , unefcience profonde de
que la fage politique a de plus
fin , l'Hiftoire de plus caché, les
belles Lettres de plus delicat , la
Pieté de plus folide , & ce qui eft
prefque fans exemple dans une
perfonne de fon rang, la Philofophie
& la Theologie , n'ont rien
de fubtil & de relevé , fans affectation
& fansfuffifance . Il a
époufe Jacquette de Lort de Serignan
, qui eft fans contredit pour
toutes les Dames de la Province
un modéle achevé de douceur , de
charité , de vertu e de Religion .
Elle eft fille de Jean de
Serignan
GALANT 61
de Valras , Maréchal de Camp
des Armées de S. M. Lieutenant
de Roy de Mets & Pays Meffin ,
Gouverneur deNomeni & foeur de
Guillaume de Lort de Serignan ,
auffi Maréchal de Camp, Gouverneur
deHam enPicardie , cy devant
Major des Gardes du Corps. Mr
de Margon a de ce mariage trois
enfans qui promettent tous de
foutenir les exemples domestiques
de valeur , de fcience & de probité,
qui font le caractere de cette
Maifon . Le premier eft Guillaume
, dit l'Abbé de Margon , Bachelier
de Sorbonne , actuellement
à Paris , qui parfon application à
62 MERCURE
l'étude , marche fur les pas de fon
grand- oncle l'Evêque de Lodeve ,
fe trace , malgré fa modeftie ,
le chemin qui conduit aux premieres
Dignitez de l'Eglife . Le
fecond eft Henry , dit le Chevalier
de Margon , qui eftoit , il
n'y a pas long temps , Page chez
le Roy , d'où il a rapporté tous les
heureux fruits , de l'éducation que
nôtre Grand Monarque y fait
donner. Il doit faire cette annéefa
premiere Campagne en qualité de
Cornette dans les Dragons . Le
troifiéme eft Gabriël , dit l'Abbé
de la Paufe , qui avec une grande
douceur des manieres toutGALANT
63
à fait aimables , a toutes les difpofitions
pour la fcience & la pieté,
qui font le parfait Ecclefiaftique.
Aprés ce que je viens de vous
dire, vous ne doutez pas que ce
qu'ily a d'honnêtes gens dans la
Province , nefouhaitent à cette illuftre
pofterité , & particulierement
à leur digne Chef, ces jours
longs & heureux , dont il a plû à
Dieu de benir la vie de celuy ,
dont la mort donne lieu à cet article.
Mr l'Abbé de Calvo , Chanoine
& Grand Archidiacre de
Perpignan , qui eft la premiere
Dignité du Chapitre , Abbé
64 MERCURE
d'Eu en Normandie , & Confeiller
d'Honneur au Confeil
Souverain de Rouffillon , eft
mort , âgé de foixante quinze
ans. Il eftoit frere du fameux
Comte de Calvo , qui n'a laiſſé
qu'un fils naturalife par Lettres
du Roy , mort à Perpignan le
25. Janvier de cette année ,
étant Confeiller & Avocat General
au Confeil Souverain de
Perpignan , homme de grand
merite. Mr de Calvo avoit encore
un frere , qui a laiffe quatre
enfans ; fçavoir Mr le Marquis
de Calvo , Brigadier des
Armées du Roy , & Colonel
GALANT 65
du Regiment Royal , tué à la
Bataille de Spire ; Mr le Comte
de Calvo , qui a quitté l'Etat
Ecclefiaftique , depuis quelque
temps ; Me la Comteffe d'Illes ,
dont il eft parlé dans la lettre
de Madrid , que je vous envoyay
le mois paffé , & une autre
fille mariée à Mr de Jord
Gentilhomme qualifié duRouffillon
, qui a efté long- temps
Capitaine de Cavaleric , & qui
eft aujourd'huy Colonel des
Dragons de la Province de
Rouffillon .
Mre Louis de Mailly , dont
je vous ay appris la mort le
Avril 1708 . F
66 MERCURE
t
mois paffé , premier du nom
Prince de Lifle , Baron d'Angouflan
& de Mery , Seigneur
de Balagny , Morup , Pargny ,
Remaugie , Maneville , Montalin
, Bohain , Beaurevoir , &
Lion en Launoy , fe trouva
aux Sieges de Thionville , de
Mardick , d'Ipres , de Dunkerque
, & aux Batailles de Rocroy
, Fribourg & Nortlingue ,
où il reçût trois grandes bleffures
. Il accompagna le Roy
à fes Conquêtes de Flandres
& de Hollande , & à celles
de la Franche- Comté. De Dame
Jeanne de Monchy fille de
}
GALANT 67
Bernard André de Monchy ,
Marquis de Montcaurel , &
de Madelaine de Laval - aux-
Epaules , Marquife de Néelle ,
qu'il époufa en 1648. il a eu
Louis II . du nom , Marquis de
Néelle , Colonel du Regiment
de Condé , & Maréchal
des Camps & Armées de S M.
tué au Siege de Philifbourg en
1688. âgé de trente- fix ans , &
qui a laiffé de Marie de Coligny
fon époufe , Mr le Marquis
de Néelle , qui commande
aujourd'huy la Gendarmerie
, en qualité de Capitaine des
Gendarmes Ecoffois. Victor-
Fij
68 MERCURE
Auguftin , Chanoine Regulier
'de Saint Victor , à preſent Evêque
de Lavaur ; François Abbé
de Flavigny & de Mafpé , Archevêque
d'Arles , & cy devant
Aumonier du Roy ; Loüis
Chevalier Comte de Mailly
Colonel du Regiment de Baffigny
, & enfuite de celuy des
Vaiffeaux , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & Meftre
de Camp général des Dragons.
de France , morten 1699 âgé
de 37. ans . De Marie Anné
de Sainte Hermine Dame d'A
tour de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , il a laiffé trois
GALANT 69
fils & deux filles , dont l'une a
époufé Mr le Marquis de la
Vrilliere Secretaire d'Etat , &
l'autre Mr de Beaufremont
Marquis de Liftenois . Mr le
Comte de Mailly s'eftoit diftingué
dans toutes les Campagnes
qui fe font faites depuis le Siege
de Luxembourg, où n'eftant
encore que Volontaire , il fit
à la tête de quelques Grenadiers
une action de valeur qui
fut admirée de tout le monde..
Il fut nommé pour conduire
le feu Roy d'Angleterre
Jacques
II . à Breft , lorfqu'ils s'embarqua
pour l'Irlande en 1689 .
70 MERCURE
:
Mr le Marquis de Mailly qui
vient de mourir laiffe auffi trois
filles Marie Loüife Abbeffe
de Lavaur : Marie Loüife : Madeleine
, veuve de René Marquis
de Mailly fon coufin , Colonel
du Regiment d'Orlea
nois , mort en 1 704. &Jeanne
Charlote Rofe de Mailly Prieu
re perpetuelle de Poiffi . Louis.
de Mailly , dont je vous aprens
la mort , & Jeanne de Monchi
fon épouſe acquirent le trente
Mars 1666. de Jean Baptifte de
Monchi Moncaurel & de Madeleine
de Laval autoriféc de
Renée III. de Mailly fon feGALANT
71
cond Epoux , les Marquifats de
Néelle , & de Montcaurel & plufieurs
autres terres , pour un million
foixante cinq mille livres,
& le Contrat fut homologué
par Arreſt du Parlement de Paris
le 24. Mars 1667. ces deux
Epoux ont auffi fait bâtir l'Hôtel
de Mailly prés du Pont-
Royal , & obtinrent au mois
de Decembre 1707. des lettres
Patentes portant confirmation
de la donation & fubftitution
maſculine à l'infini en faveur
des aînez de leur Maiſon.
T
Louis de Mailly forma la
Branche de Néelle ; il eftoit 3
72 MERCURE
fils de René II . Seigneur de
Mailly , & de Michelle de Fontaine
, petite fille de François
Chevalier de l'Ordre du Roy.
René III.Marquis deMailly ſon
frere aîné, & mort en 1695.
âgé de 85. ans , étoit grand Pe- ´
re de René IV . du nom , gendre
de celuy qui vient de mourir
, ainſi que je l'ay déja remarqué
cy - devant. Mr le Comte
de Mailly de la Houffaye
(Adrien de Mailly Seigneur de
Silly Colonel du Regiment
des Landes d'Infanterie , &
à prefent Maréchal de Camp ,
& qui vient de vendre fon Regiment
GALANT 73.
giment à Mr du Beüil , eft chef
de la Branche de la Houffaye ,
qui ainfi que celle de Mailly-
Rumefnil , font forties de Robert
de Mailly , tué en 1524. à
la Journée de Pavie , & fils puîné
de Hutin de Mailly 2. fils de
Jean 2. qui merita par fa valeur
le furnom de l'Etendart , & fe
déclara contre Henry VI. Roy
d'Angleterre
, pour le Roy
Charles VII. fon maiftre . La
branche de Mailly- Conti finit
en la perfonne de Madeleine
mariée à Charles Comte de
Roye , dont elle eut Eleonore
mariée à Louis de Bourbon I.
Avril 1078 .
G
74 MERCURE
du nom Prince de Condé , l'an
1551. On lit dans le Trefor des
Chartes de Duchefne , de l'Hiftoire
de Montmorency , qu'en
1289. le Parlement de Paris
rendit un Arreft contre Gilles 2 .
Seigneur de Mailly , au fujet
d'une expedition qu'il avoit
entrepriſe contre le Roy Philippes
le Hardy ; ce qui prouve
que ce Seigneur eftoit extrêmement
puiffant . Gilles 5. fon arriere-
petit- fils , offrit feul le premier
Heaume de guerre aux funerailles
de Louis Comte de
Flandres . Il époufa Marie de
Guines qui l'allia à la pluſpart
GALANT 75-
".
des Maifons Souveraines de
l'Europe . Cette Dame avoit
pour bifayeul Enguerrand
époux de Chriftine de Bailleul ,
niece de Jean de Bailleul Roy
d'Ecoffe. Jean 3. fon arrierepetit
- fils , qui fut Chambellan
des Rois Charles VIII . & Louis
XII. épousa Ilabeau d'Ailly ,
à laquelle le premier de ces
Princes fit un preſent de dix
mille écus d'or ; & cette Dame
par Elifabeth de Bourgogne
fa coufine germaine , femme de
Jean II. Duc de Cleves , allia la
Maifon de Mailly à celles de
Saxe , d'Angleterre , d'Autri-
>
Gij
76 MERCURE
·
che , de Gonzague - Mantouë ,
& Nevers ; de Guife : Tonnerre
, de Vafa-Pologne , Palatine,
de Bourbon- Condé , de Brunfwick
- Hanover , & d'Eft. Antoine
fils de Jean 3. fut un des
Seigneurs qui fe renfermerent
dans Mets , lorfque cette Ville
fut affiegée par l'Armée de
Charles- quint en 1552. Jacqueline
d'Aſtarac Dame d'honneur
de la Reine Anne de Bretagne
, fut ſon épouſe. Elle
eftoit arriere-petite fille de Gar-
' cias Duc d'Aquitaine , defcendu
des Rois de Navarre.
La mort du Pere Mabillon
GALANT 77
a donné lieu à plufieurs écrits ,
•& ce fçavant Défunt n'a pas
manqué d'Epitaphes . Celle qui
fuit eft une Traduction d'une
Epitaphe latine.
Tu vois fous cette Tombe nuë
Dufçavant MABILLON les reftes
precieux ;
Defafeule vertufon ame revêtuë
Brille maintenant dans les cieux .
Par un heureux fuccés digne de
l'entreprise
Desplus Saints defon Ordre il recueillit
les moeurs.
Il purgea les écrits de nos
Docteurs
facrez
G
iij
78 MERCURE
Etfutjugé luy- même un Pere de
l'Eglife.
2
Ceux qui demandent de la
varieté dans mes Lettres , en
trouveront beaucoup en lifant
l'Article fuivant , qui eft
bien different de celuy qui le
precede. Vous remarquerez
fans doute , d'abord que les
Vers qui ont eſté mis en Air
font tirez d'une Maſcarade du
Carnaval dernier , & vous vous
fouviendrez qu'ils ont efté fa
pour une grande Princeffe.
GALANT
79
2K
DE
LYON
Cernat
VILLE
IS
de
er
78 MERCURE
Et fut jugé Lu
fa
V
fo
Ca
fou
pou
ge,
GALANT 79
AIR NOUVEAU.
Le Berger Paris couronnajadis unė
Immortelle ,
Et la Pomme qu'il luy donna eftoit
pour laplus belle.
Un Dieu, Princeffe, dans cejour
Vous rend le même hommage ,
Recevez- icy de l'Amour
Cette Pomme pour gage.
Je paffe à un Article plus
utile , quoy que moins divertiflant
.
Mr de Bourges Docteur de
Sorbonne , Chanoine Regulier
G
iiij
80 MERCURE
& ancien Prieur de l'Abbaye
de Saint Victor , y prononça
un Difcours Latin le 25. de
Février dernier , où fuivant
l'intention de Mr le Prefident
Coufin , Bienfaicteur de cette
Abbaye , & qui a donné aux
Religieux fa Bibliotheque , il
prouva l'utilité des Bibliotheques
publiques
. Il chercha dans
l'antiquité
la plus reculée , tout
ce qui pouvoit prouver l'ufage
où l'on eft aujourd'huy
en
France , & divers autres lieux
de l'Europe , d'ouvrir à certains
jours de la femaine
les Bibliotheques
au Public.
>
GALANT 81
Il trouva que cela s'étoit pratiqué
chez les Hebreux , chez.
les Grecs & chez les Romains
; & aprés avoir parlé de
l'amour que ces deux dernieres
Nations curent fur tout pour
les Sciences & pour les beaux
Arts , il fit voir que jamais
Peuples n'eurent une plus grande
application pour faire inf
truire la Jeuneffe , & pour fournir
à ceux qui avoient du goût
pour les belles Lettres , des
moyens aifez pour les cultiver.
Les Gaulois , que certains
Auteurs ont voulu mal à- propos
taxer d'ignorance , & d'u82
MERCURE
ne profonde ſtupidité , ſe piquerent
de la même attention ,
non-feulement ils éleverent des
Ecoles publiques en tout genre.
de Science , pour l'inftruction
de leurs enfans ; ils ouvrirent
auffi des Bibliotheques aux perfonnes
de leur Nation , qui déja
inftruites de Sciences , n'avoient
pas , faute de Livres
le moyen de les cultiver . Les
Druydes furent renommez
dans leurs fiecles , par des progrez
qu'ils firent dans l'étude
de leurs Loix, & par l'aplication
qu'ils avoient d'inftruire les
Peuples , dont on leur confia
GALANT 83
la conduite , en leur ouvrant
tous leurs trefors d'érudition .
Mr de Bourges parla enfuite
des François , fous la deuxième
& troifiéme race , qui plus civilifez
que ceux qui vivoient
fous la premiere , travaillerent
auffi avec plus de foin à la culture
des Lettres ; il fit un détail
de ces celebres Abbayes de
l'Ordre de Saint Benoift , où
elles furent enfeignées , avec
un fi grand fuccés dans les
fiecles precedens , de l'amas
confiderable de Livres qu'on
y avoit fait , & de l'affabilité
avec laquelle on en faifoit part
84 MERCURE .
à tous ceux qui vouloient puifer
dans ces fources abondantes.
Mr de Bourges n'oublia pas ,
comme on le peut juger , de
faire dans ce Difcours l'éloge
de Mr le Prefident Coufin . Il
luy donna des louanges fines &
délicates ; mais qui ne firent
que reprefenter au naturel ce
qu'il avoit efté . Aprés avoir
peint les moeurs , & en avoir
décrit , avec beaucoup d'élegance
, la pureté & l'uniformité
, il parla de l'élévation de
fon genie , à qui rien n'avoit
jamais été impenetrable , de fon
GALANT 85
application continuelle , & de
fon attachement à l'étude ; ce
qui luy avoit donné la facilité
de faire un fi grand nombre
d'ouvrages , que quatre perfonnes
auffi fçavantes que luy ,
mais moins laborieuſes , n'auroient
jamais pû y fournir . Il
entra dans le détail de ces ouvrages
, tels que font ſa belle
Hiftoire Bizantine , fes Traductions
des Peres de l'Egife ,
& fur tout celle d'Eufebe de
Cefarée, & c. & à ce grand nombre
de Volumes de Journaux
qu'il a donnez pendant plufieurs
années , chargé ſeul d'un
86 MERCURE
travail fi penible & d'une fi
grande étenduë.
La Bibliotheque que ce Magiftrat
a donnée à Meffieurs de
Saint Victor , eft composée de
plus de cinq mille volumes , &
elle a efté mêlée avec celle de
cette Abbaye , qui eft ouverte
au Public.
Mr Coufin a auffi laiffé un ,

fonds pour faire toutes les années
un Difcours Latin , fur
l'avantage & l'utilité des Bibliotheques
publiques . Celuy de
Mr de Banages, Bibliothequaire
de cette Maiſon , eut de grands
applaudiffemens . Tous les EvêGALANT
. 87
ques & autres perfonnes ily
furent également luftres
touchées de la beauté de la
Latinité de Mr de
Bourges.
Mr de Merez , Prevoft &
Grand, Vicaire d'Alais a donné
trois Lettres
Spirituelles au public
; la premiere eſt adreſſée a
un homme de pieté qui avoit
des doutes qui
l'embarraffoient
fur la verité de la
Religion ; la
deuxième eft adreffée à Mademoiſelle
de Montelan fille de
qualité . Il s'applique dans cette
lettre à regler le coeur & l'efprit
de cette Demoiſerte , & il
luy marque les devoirs de la
88 MERCURE
Religion & ceux de la Societé
civile. Une perfonne formée
fur ce plan , doit faire voir à
tout le monde qu'on peut vivre
chreftiennement dans le
grand monde lorfqu'on y eft
né , & que la plus exacte pieté
n'ôte rien à la politeffe des manieres
de vivre ; la troifiéme
eft écrite à une Carmelite , &
elle fait voir la maniere de
nourrir fa devotion durant
l'Office divin .
Mr de Merez eft connu par
divers Quvrages de pieré , où
fa vertu & le zele qu'il a pour
la perfection du prochain , ne
GALANT 89
brillent pas moins que fon cfprit.
Il a fait auffi plufieurs livres
de Controverfe pour l'inf
truction & pour la confolation
des Nouveaux réunis du Diocéfe
d'Alais ; il exerce les fonctions
de fon Miniftere , & il
employe le talent qu'il a pour
la compofition avec beaucoup
de fuccés. On en peut juger
par les troisLettres dont je viens
de vous parler , rien n'eft plus
touchant
que les raifons donc
Mr de Merez fe fert pour guerir
les doutes fâcheux du Gen- .
tilhomme , dont la foy eftoit.
peu fûre il fe fert de pieufes
Avril 1708
. H
90 MERCURE
& de tendres exhortations pour
l'ébranler , & quand il croit en
avoir affez dir pour porter la
conviction & la lumiere dans
fon efprit , il prend un ton de
Maiftre , & parle en homme
qui fert & qui eft perfuadé que
ce qu'il dit , eft le pur langage
de la verité . Cet Auteur diftingue
avec la plus fcrupuleufe
exactitude les devoirs de Religion
de ceux de la focieté civile;
il fait voir à quoy precifément
aboutiffent ceux- cy , & où ils
doivent finir ; ce qu'il dit fur
ce fujet eft fort judicieux , &
paroift fondé fur une longue
GALANT 91
experience ; Sa troifiéme Lettre
eft dans le vray gouft de la ſpiritualité
, & elle en contient les
maximes les plus délicates.
Mr Michel Rhode Docteur
de la Faculté de Francfort
fur l'Oder , a donné au public
un Poëme de 1296. Vers qu'il
a intitulé: Miracula faculi fecundi
quod providentia fummi numinis
, beneficio auguft. ac potentif
fimi Principi Friderici Regis Borufforum
& Electoris Brandeburgici
c. præfidio ac moderamine
aufpicatiffimofer. Principis Friderici
Willelmi , &c. hæredis unici
Rectorisfui magnificentiffimi , Aca
I ij
92 MERCURE
demia viadrina incomparabili felicitate
abfolvit in ipfo ingreffu
optatiffimo faculi tertii die 26.
Aprilis 1706. Univerfitatis con
dira. 201. C'eft- à - dire les merveilles
du fecond fiecle de l'Ac
cademie de Francfort fur l'Oder.
On trouve dans ce recueil
plufieurs pieces de Poëfie d'un
gouft excellent , fur tout celle
qui regarde la mort d'Henri II .
Roi de France , la reduction de
la Rochelle à l'obéiffance du
Roy Louis XIII . & l'election
de Philippe V. dit le Conftant ,
grand pere de Madame , à la
Couronne dé Boheme.Le PoëGALANT
93
me fait fur la mort du Duc de
de Fronfac , jeune Prince de
grande efperance , fils unique
du Comte de S. Paul Gouverneur
d'Orleans , & tué l'an
1622 au fiége de Montpellier,
eft une piece tres- belle en fon
genre , & qui a eu de grands
applaudiffemens de tous les
Connoiffeurs ; l'abdication de
Cazimir Roy de Pologne , en
huit Vers , eft une des meilleures
pieces de ce Recueil , l'exrait
des Thefes Philofophiques
que la celebre Morella
Lionnaife , foutint en 1607. à
Lyon fa patrie , âgée de douze
94 MERCURE
ans , eft auffi un bon morceau
; on trouve enfin dans ce
Recueil un Eloge funebre de
Mr Streit un des plus fçavans
hommes d'Allemagne, & un de
ceux qui fçavoient mieux l'antiquité
& les origines de l'Empire
& des Etats d'Allemagne.
Le recueil de Mr Rhode a efté
réimprimé deux fois , & la
promptitude avec laquelle les
Editions ont été vendues , font
une preuve de fa bonté , & du
bon choix des pieces qui l
compofent .
Mr le Comte Philippe d'Arco
a foutenu une Thefe qui a fait
GALANT
95
pour
beaucoup de bruit ; Mr Ludwig
qui eft fort connu dans la
République des Lettres , & qui
eft auffi inftruit des Antiquitez
defa patrie , que du Droit moderne,
prefidoit à cette Theſe,
& l'a reduite en Traité. La
Thefe & le Traité font
foutenir les Droits & les Prerogatives
de l'Electorat deBrandebourg
, & l'on y prouve que
ce Marquifat a efté autrefois
un Duché. Le Traité a pour
titre.De Formula Ducatus
Brandeburgici, apud Chriftianum
Henkelium Academia Typographum.
Mr Ludwic ouvrit la
96 MERCURE
Theſe par une Harangue qu'il
prononça à la loüange de la
Maifon de Brandebourg. Il la
fit fortir d'Alface , & en commença
la fucceffion à Dancho
Comte de Zollern , fils de Taftillon
, Comte d'Hechingen. Il
fit l'Eloge de ce premier Chef
de l'illuftre Maifon de Brandebourg.
Il fit enfuite celuy de
Bouchard , qui époufa Anaſtafie
, foeur de Rodolphe Duc de
Souabe, élû Empereur en 1077.
contre Henry IV. dit le Vieux.
Ce qu'il raporta de FredericVI.
qui époufa Elizabeth de Hafpourg
, foeur de Rodolphe I.
élû
GALANT 97
élû Empereur en 1273. & chef
de la maifon d'Autriche , fut
tres - beau & fort remarqué .
Frederic VII. Comte de Zollern
fon fils , contribua beaucoup
à l'élection de cet Empereur
, & Mr Ludwig remarqua
qu'on en devoit conclure que
la maifon d'Autriche eftoit en
partie redevable de la dignité
Imperiale à la maifon de Brandebourg.
Il parla beaucoup en
fuite de Frederic III . Favori de
l'Empereur Charles de la maifon
de Luxembourg , & il dit
des chofes fort fingulieres de
ce Prince . Mr Ludwig parcou-
Avril 1708
.

I
98 MERCURE
rut en fuite les diverfes Branches
de la maifon de Brandebourg
, fçavoir celles de Jagendorf,
deCulembach , d'Anfpach
& de Voitglandt , la premiere
& la derniere font éteintes
, & les deux autres fubfiftent
encore. Il parcourut enfuite
les grands Hommes de la maifon
de Brandebourg , depuis
que la dignité Electorale eft entrée
dans cette maifon. Il s'étendit
beaucoup fur l'éloge de
Joachim I. qu'on nomma en
fon temps le NeftorGermanique,
& fur celuy d'Albert , Cardinal
& Archevêque de Mayence.
VILLE
LYON
*7203 *
GALANT 99
OTHERUE
DE
LA
LYON
Joachim fut fçavant , & cerhabile
Profefleur, fit un détail fort
circonftancié des Sciences où
il avoit excellé telles que font
les Langues , les Mathemati
ques , l'Aftrologie , & l'Hiſtoire.
Il fonda l'Univerfité de
Francfort , fur l'Oder , & il
témoigna beaucoup de zele
pour la Religion Catholique,
Mr Ludwig à la verité , ne releva
pas cette derniere circonf
tance qu'il regardoit fans doute
fuivant les préjugez de fon
party , comme une tache dans
la vie de fon Heros , & il parut
même qu'il vouloit condama
Iij
100 MERCURE
ner tacitement le zele de ce
Prince pour la Religion de fes
Peres.
Le Comte d'Arco avant de
répondre aux argumens qu'on
luy propofa , prononça auffi
un difcours à la loüange de la
maiſon de Brandebourg , qui
reçût de grands applaudiffemens.
L'Empereur a donné la dignité
de Prince de l'Empire
pour luy , & fes defcendans à
Mr le Comte Leopol Mathias.
de Lamberg , Chambellan &
grand Veneur. Ce Comte eft
d'une des plus anciennes maiGALANT
101
ने
y clt
fons de l'Empire ; elle
connue depuis le Regne de
l'Empereur Rodolphe I. chef
de la maifon d'Autriche , &
Auteur de la grandeur où on
a vû cette maifon dans ces derniers
Siecles. Un Comte de ..
Lamberg fe fignala fous le Regne
de l'Empereur Ferdinand
II. il cut beaucoup de part au
gain de la bataille de Prague
qui fut donnée en 1620. & où
Frederic V. dit le Conftant , perdit
avec le Royaume de Bohe
me fes Etats patrimoniaux
,
dont le même Empereur
inveftit
le Duc Maximilien de
102 MERCURE
Baviere. Ce même Comte de
Lamberg avoit efté fort atta
ché à l'Empereur Mathias , Predeffeur
& coufin de Ferdinand
II. & il luy donna des preuves.
de fon zele & de fa fidelité
dans les troubles qui agiterent
l'Empire fous le Regne de ce-
Prince. La maifon de Lamberg
n'a pas été moins confiderable
dans l'Eglife que dans la profeffion
des Armes & dans le Miniftere
; le Cardinal de Lamberg
a donné en plufieurs occafions
à Rome , & dans les
Diettes de l'Empire , des preu
ves éclatantes de fon attacheGALANT
103
ment aux interefts de la maifon
d'Autriche . Mr le Comte
Leopold Mathias de Lam
berg, que l'Empereur vient d'élever
à la dignité de Prince de
l'Empire , l'a merité par fes fervices.
Il enarendu de tres- confiderables
au feu Empereur
lorfqu'il a porté les Armes pour
fon fervice en Hongrie, & depuis
qu'il a cfté attaché d'une
maniere plus particuliere à la
perfonne de ce Prince & à celle
de fon Succeffeur , il a donné
de fortes preuves de fon attachement
pour les interefts de
fes Mailtres . Ce Comte a une
I iiij.
104 MERCURE
parfaite connoiffance de l'antiquité
, fur tout à l'égard des
Medailles , & il eft fur ce qui
regarde cette Science en grande
relation avec Mr Spanheim.
Les articles fuivans , regardent
la mort de plufieurs Etrangers
de confideration.
Le Landgrave Frederic de
Heffe - Hombourg , & enfuite
de Bingenheim aprés la mort
de fon frere , eft mort âgé de
foixante
& quatorze
ans ; ce
Prince fervit d'abord dans les
Armées du Roy de Suéde,
ayeul de celuy qui regne aujourd'huy
, & il perdit une cuifGALANT
105
fe au Siége de Copenhague ; il
s'attacha enfuite au fervice de
feu Mr l'Electeur de Brande-
Bourg qui luy donna le gouvernement
de Pomeranie ; il
a efté marié trois fois ; la premiere
en 1661 , avec Magdeleine
Brahé , morte en 1669.
& fille de Mr Abraham Brahé,.
Comte de Wifinfpurg , Chancelier
de Suéde & veuve du
Comte Jean d'Oxenftern
grand Maréchal de Suéde. La
feconde avec Loüife Elizabeth
fille de Jacques Duc de Curlande
, qu'il époufa en 1671. & qui
mourut en 1690. & la troifié,
R
106 MERCURE
me avec Sophie- Sibille Comtelle
de Leiningein - Wefterbourg
, veuve de Jean Louis ,
Comte de Leiningein - Heidesheim
, qu'il époufa en 1692 .
il n'a point eu d'enfans du premier
lit ; il a du deuxième le
Prince Frederic Jacques né en
1673. Charles- Chriftian né en
1674. & tué au Siége de Namur
en 1695. Philippe né en
1676. & tué à la Bataille de
Spire en 1703. Cafimir Guillaume
né en 1696. deux autres.
fils mort jeunes : Charlotte Sophie
Dorothée , née en 1672 .
& mariée en 1694. à Jean ErGALANT
107
neft Duc de Saxe- Weimar :
Hedwige Loüife née en 1675 .
& quatre autres filles ; il laiffe
un Prince de fon troifiéme mariage.
Le Prince Frederic qui
vient de mourir , n'âquit en
1633. & il eftoit le troifiéme
fils de Frederic Landgrave de
Heffe Hombourg , qui forma.
la Branche de Hombourg , &
de Marguerite Elizabeth , fille
de Chriftophe , Comte de Leineigen
. Il fucceda à fon frere
aîne Guillaume Chriſtophe de
Bingenheim , qui mourut en
1681. & qui n'a laiffé de fes
deux mariages , l'un avec la
108
MERCURE
Princeffe de Heffe
Darmstad, &
l'autre avec la Princeffe de Saxe
Lawembourg , que deux filles
; l'une mariée au Duc de
Meckelbourg, dont elle eft veuve
, & l'autre mariée au Comte
de Salms- Greifenftein . Frederic
Pere de celuy qui vient de
mourir , eftoit le
quatrième
fils de George I.
Landgrave de
Heffe Darmſtad qui forma la
Branche de Darmſtad.
M' le Comte d'Eck Envoyé
Extraordinaire de Sa Majesté
Imperiale , prés du Chapitre de
Munſter , y mourut d'une attaque
d'apoplexie
fur la fin de
GALANT 109
l'année derniere . Il eftoit d'une
ancienne famille de Silefie , alliée
à celles de Lambert & de
Grimani. Il avoit eſté employé
en diverfes Negociations , ou
il avoit donné des preuves de
fon habileté. Il eft vray que l'affaire
de Munfter où il n'a pas
réüſſi a un peu diminué de la
grande opinion que l'on avoit
de luy dans l'Empire. Le
Chapitre de Munſter a rendu
de grands honneurs au corps
du deffunt . On fit un Service
magnifique dans la Cathedrale
deux jours aprés fa mort ,
toute la Nobleſſe du Pays fut

110 MERCURE
invitée . M' le Comte d'Eck
aimoit fort les belles Lettres ;
il les a cultivées pendant le
cours de fa Negociation , & il
a cu occafion pendant le fejour
qu'il a fait à Munſter , d'y faire
un grand amas de Livres rares
& curieux. Il acheta une partie
de la belle Bibliotheque du celebre
M d'Obreicht , Préteur
de Strasbourg , qui mourut ily
à cinq ou fix ans , & il en a formé
une Bibliotheque tres-nombreuſe
& des plus belles de
l'Empire. Il est mort dans un
âge peu avancé.
M' de Filicaia , Senateur de
1
GALANT 111
Florence , y eft mort regretté
de tous les Sçavans d'Italie ,
dont il eftoit fort connu &
tres - eftimé . Il eftoit étroiteinent
lié d'amitié avec M' Magliabecci
, Bibliothequaire
de
Monfieur le grand Duc de Florence.
Ces deux fçavans hommes
ne faifoient rien fans fe le
communiquer. Celuy dont je
vous apprens la mort faifoit
imprimer un Recücil de fes
Poëfies , auquel il a donné pour
titre , Canzoniero ; mais il eft
mort avant que l'Impreffion
en fuſt achevée. Ceux qui ont
du gouft pour la Poëfic & pour
112 MERCURE
la langue Tofcane , attendent
ce Recueil avec beaucoup d'impatience
. Il paroîtra inceffamment
, fuivant les dernieres
Lettres venues de Florence . Ce
Senateur eftoit d'une tres - ancienne
Maifon de Tofcane ; il
y eftoit allié aux plus anciennes
familles de Florence ; fçavoir
à celles de Salviati & de
Gondi ; il cftoit un des plus habiles
du Senat de Florence , &
M le grand Duc l'eftimoit
beaucoup , il l'appelloit fouvent
dans des converfations.
particulieres , où M' Magliabecci
faifoit le tiers , & où ces
GALANT
113
deux Sçavans Hommes rendoient
compte au Souverain
du progrés que les Sciences faifoient
dans fon Etat , où elles
font autant cultivées , fur tout
pour ce qui regarde l'Antiquité
, qu'en aucun autre pays de
l'Europe.
Mr Benoift Averani , grand
Maiftre des Arts de l'Univerfité
de Pife , y eft mort depuis quel
que temps. Il eftoit regardé
comme l'un des plus fçavans
hommes de 1 Europe. Il avoit
rendu publiques , quelque tems
avant la mort les dix leçons qu'-
il a faites en langue Tofcane ,
Avril 1708. K
114 MERCURE
fur le quatriéme Sonnet de Petrarque.
Cet ouvrage a eu un
fuccés étonnant , & on en va
faire inceffamment une feconde
édition . On a trouvé parmi
les papiers de ce fçavant homme
dix Harangues latines qu'il
prononcées en differentes années
à l'ouverture des Claffes .
La Latinité en paroift tres-pure
& tres élegante , & on doit les
faire imprimer inceffamment.
Elles font attendues du public
avec beaucoup d'impatience.
Cet Auteur avoit eu d'étroites
liaifons avec M's Pitcarne , Baglivi
fçavant Medecin de RoGALANT
115
me , Bellini , Malpighi & Borelli
, qui font l'ornement de l'Italie.
Il avoit auffi des relations
fort grandes avec le fameux
M' Boyle , l'un des plus grands
Philofophes d'Angleterre . M
Averani , examinoit lorſque la.
mort l'a furpris , un Traité d'un
de fes Amis , fur les Thermopoles
, ou efpece de Cabarets ,.
des Anciens , où ils s'affembloient
pour paffer le temps.
honneftement & fans danger
pour leur fanté , à boire de l'eau
chaude ; car alors , comme l'a fi
bien remarqué Mr Hecquet ,
dans fa Thefe de la Boiffon , le
K. ij,
116 MERCURE
vin eſtoit relegué dans les Boutiques
d'Apothiquaires , où on
n'en faifoit ufage que pour les
remedes.
Mr de Wolzogue , un des
plus fçavans hommes d'Holande
, eft auffi decedé . Il a fouhaité
en mourant qu'on imprimât
la Traduction Françoife
qu'il a faite du Dictionnaire de
la Langue Sainte , ou Critique
Sacrée , du Chevalier Edouard
Leig. Henry de Middoch avoit
fait une Traduction Latine de
l'Ouvrage du Chevalier Anglois
, & c'eft fur cette Traduction
, que Mr de Wolzo
GALANT 117
gue a fait la fienne. Ce fçavant
homme eft mort dans la Religion
Proteftante . On a enrichy
ce Dictionnaire d'un Suplément
& de trois Tables . La premiere
des mots Hebreux . La deuxiéme
des Noms propres & des
autres mots Hebreux, Grecs , &
Latins & des autres Langues. Et
la troifiéme des Paffages del Ecriture
Sainte , qui font éclaircis
dans ce Dictionnaire. Cette
Traduction a paru depuis peu
à Amfterdam , chez Pierre
Mortier , & l'on dit que l'on
en fera bien-toft une deuxiéme
édition. Mr de Wolzogue
118 MERCURE
s'eftoit attaché à la Critique fa
crée & à l'étude des Saintes Lettres
, dés qu'il avoit commencé
à faire ufage de fa raifon . It
fçavoit parfaitement les Langues
Orientales. Il avoit frequenté
, pour s'y perfectionner
, les plus habiles gens de
fon Pays , & il avoit des relations
avec des Etrangers qui
s'attachent
à ce genre d'étude ..
Mr Simon , qui a donné au Public
une Traduction du Vieux
& du Nouveau Teftament , &
qui eft fi connu par les Ouvrages
qu'il a faits fur ce divin Livre
, avoit d'étroites relations
GALANT 119
1
avec Mr de Wolzogue ; ils fe:
confultoient reciproquement
fur tout ce qui devoit fortir.
de leur plume ; & Mr de Wolzogue
fit même , il y a plufieurs .
années , un voyage en France ,
dans le feul deffein d'y voir Mr
Simon , qui eftoit alors dans la
Congregation de l'Oratoire.
Ce fçavant homme avoit plufieurs
autres illuftres Amis , &
F'on doit faire un Recücil de fes
Lettres ; celuy quia efté chargé
de fes papiers , en a déja ramaffé
dequoy faire un gros volume.
On y trouvera des chofes.
curieufes & intereffantes.
120 MERCURE
Le celebre Mr Brokhufius
eft mort depuis peu à Amfterdam
. Il avoit paffé fa vie dans
la culture des belles Lettres , &
du beau talent qu'il avoit pour
la Poëfie. Mr de Voit , Secretaire
de la Ville d'Amfterdam ,
& l'un des meilleurs amis de
Mr Brokhufius , luy a rendu
les derniers devoirs de l'amitié ,
dans une Elegie qu'il a confacrée
à fa loüange , & dans laquelle
il luy donne le titre de
Prince des Poëtes . Le Deffunt a
fait faire une nouvelle édition
de Tibulle, qu'il a embellie d'un
Commentaire tres-étendu &
tres
GALANY 121
tres exact. Il s'y eft principalement
attaché à rechercher
ceux qui ont imité Tibulle , &
il n'a rien dit de ceux que Tibulle
a imitez.
Mr Brokhufius eftoit en
commerce avec feu Mr Bayle ,
& avec Mr le Clerc . Il a même
fourny à ce dernier de bons
Memoires pour la Bibliotheque
choifie , qu'il donne depuis cinq
ou fix ans . Les Memoires de
cet excellent homme ont même
beaucoup fervy à remplir le
ncuviéme tome de cette Bibliotheque
choife , & fur tout à faire
l'Extrait de l'Hiftoria Baptifmo-
Avril 1708 . L
122 MERCURE
rum tùm Hebraïcorum, tum Chriftianorum
, Differtatio de Sanchoniathone
de Vandale , dont il
a auffi efté parlé dans le huitiéme
tome. C'eſt une juftice que
Mr le Clerc rend luy - même ,
avec beaucoup de ſincerité , à
feu Mr Brokhufius . Les Etats
Generaux ont fait faire compli- .
ment aux heritiers de ce fçavant
homme , afin de leur marquer
la douleur qu'ils avoient
de fa mort .
Mr Overbeek , l'un des plus
fameux Peintres des Païs - Bas ,
eft auffi mort à Ainſterdam ,
fort regretté de ceux qui le
GALANT 123
connoiffoient. Il ne s'eftoit pas
attaché à la peinture , comme
à une profeffion qui pût le faire
fubfifter. Il ne cultivoit ce bel
Art que pour fon plaifir , &
fans aucune vûë d'intereft. Il
a demeuré plufieurs années à ·
Rome ; & pendant ſon ſejour
il afait luy- même fur les lieux ,
& avec la plus grande exactitude
, les deffeins qu'on trouvera
dans un grand Ouvrage
qu'il a fait , fur ce qui refte de
Bâtimens antiques à Rome. Cet
Ouvrage paroîtra au premier
jour. Il a fait graver ces deffeins
avec beaucoup de foin à Amſterdam
. Lij
124 MERCURE

Le Peintre n'y a rien ajou
pour embellir les objets .
Ils y font reprefentez tels qu'ils
'font en effet ; mais comme les
deffeins furent faits à Rome ,
avant les derniers tremblemens
de terre , qui ont abatu la plus
grande partie du Colyſée , on
trouvera dans ces Eftampes des
morceaux qui n'exiftent plus .
La defcriprion qui va paroître
de ces Ouvrages contient trois
grands volumes in folio , qui
renferment chacun cinquante
Planches , avec une explication
en Latin & en François ; les
noms des Monumens, leur oriGALANT
125
gine ; leur fituation ; & enfin
l'explication de diverfes Médailles
anciennes , qui y ont du
rapport . On y a même joint
celles des Papes , qui ont relevé
ou embelly quelques uns de
ces édifices. Mr Overbeek , coufin
& heritier du deffunt
prend foin de l'impreffion de
cet Ouvrage , qui felon le fuccés
qu'il aura , donnera encore
quelques deffeins du deffunt ;
qu'il a entre les mains .
Mr Moullart-Sanfon vient
de mettre au jour une Carte
nouvelle , qu'il a dediée à Mr
de Harlay , cy- devant Premier
L iij
126 MERCURE
Prefident . Cette Carte , qui eft
un Abbregé de l'Afie Mineure ,
eft tirée des Manufcrits de fes
Predeceffeurs , à qui ce grand
homme a fouvent donné des
marques de fa bienveillance.
Cette Carte a tant de connexité
avec le Traité de la Grece
dont je vous ay parlé il y a deux
mois , que j'ay cru vous en devoir
entretenir. Elle a pour
titre :
Afia Minor in epitomen contracta,
Magnas Regionesfeu Provin
cias.
Reprefentans , In quibus Po
puli primatia Urbes locaque præGALANT
127
cipua notantur. Editio altera ex
fchedis Nicelai & Guillelmi Sanfon
, Chriftianiffimi Regis Geogra
phorum auctior , Conatibus Ĝeographicis
PetriMoullart- Sanſon,
Chr. Reg. Geop.
On voit par ce titre que cette
Carte contient les grandes Regions
de l'Afie Mincure , &
leurs Villes les plus confiderables
. Il y a des divifions differentes
, que l'on
fur cette Carte, felon les differens
temps.
peut expliquer
Lorfque cette region faiſoit
partie de l'Empire des Perfes
qui l'appelloient Afie Infericu-
Lilij
128 MERCURE
re , Darius fils d'Hyſtalpes Roy
de Perfe , la diftribua en cinq
grandes Satrapies pour recevoir
les tributs , & il comprit dans
chacune plufieurs Regions.
La premiere contenoit les
Ioniens , &c. qui payoient 400.
Talens .
La feconde comprenoit les
Myfiens , &c . Il y établit neuf
grands Gouvernemens Militaires
; il y en avoit cinq où il
envoyoit des Satrapes ; & il y
en avoit quatre , dont les Rois
du pays eftoient perpetuellement
Gouverneurs , ( ou Gouverneurs
nez )
GALANT 129
y Du temps des Romains il
avoit dans l'Afie Mineure , le
Dioceſe de l'Afie , le Dioceſe
du Pont , & une partie du Diocefe
d'Orient .
Il y avoit fous ces Diocefes
plufieurs petites Provinces qui
fervent à faire une cinquième
Divifion , conformement à la
Table de l'Empire Romain
d'Orient , dont M' Moullart-
Sanfon a fait faire une feconde
édition.
Vous fçavez qu'il demeure
dans le Cloiftre de Saint Nicolas
du Louvre , où il diſtribuë
tous fes Ouvrages.
130 MERCURE
Il paroift depuis peu chez M
de Fer , une Carte nouvelle qui
ne fera pas moins de plaifir , &
ne caufera pas moins d'attention
que les Cartes des lieux où
la guerre eft allumée . Cette
Carte a pour titre ,
Les Environs de Paris
Dans lefquelsfe trouvent l'Archevefche
& Election de cette
fameufe Ville dans un grand détail.
Comme il n'y a point de
Ville dans le monde dont les
environs foient auffi remplis
de Maifons de Plaifance , que
ceux de Paris , cette Carte doit
GALANT 131
faire beaucoup de plaifir à ceux
à qui elles appartiennent , & à
ceux qui fouhaitent d'en eftre
informez , & fouvent même de
les voir.
Le même M' de Fer vient
auffi de mettre au jour , une
Carte tres particuliere duComté
de Bourgogne. Voici le titre
de cette Carte.
Le Comté de Bourgogne , dit
Franche-Comté , divifé en fes quatre
grands Bailliages , d'Amont ,
d'Aval , de Dole , de Befançon
; driffefur les meilleurs Memoires.
عون
M' de Fer , Geographe du
132 MERCURE
Roy d'Eſpagne & de Monfeigneur
le Dauphin , vend aufſi
un Livre de fa compofition, intitulé
.
Introduction à la Geographie ,
avec une Defcription Hiftorique
de toutes les parties de la Terre.
Le feul titre de ce Livre doit
inſpirer beaucoup de curiofité.
Toutes ces Cartes & ce Livre
fe vendent dans l'Ifle du Palais ,
à la Sphere Royale fur le Quay
de l'Orloge , où l'on trouve
toutes les Cartes que l'on peut
Louhaiter.
Rien n'eſtant ſi ſterile que les
Lauriers cueillis par les Poëtes ,
GALANT 133
+
on ne doit pas s'étonner s'il
s'en trouve fouvent qui ceffent
de faire des facrifices à Apollon
pour adorer le Veau d'or . C'eſt
ce que vient de faire M' Rouffeau
qui a quitté le Parnafle
pour entrer dans un Bureau de
Finance . Plufieurs beaux efprits
ont écrit fur fa defertion du
Parnaffe , & l'ont loüé de l'avoir
abandonné
. Je vous envoye
une Epître fur ce fujet : elle eft
de Mr de Palaprat , attaché
comme vous fçavez à un grand
Prince & Auteur de la Comedie
du Grondeur , qui ne reçoit
pas moins d'applaudiffemens
134 MERCURE
toutes les fois qu'on la reprefente
, qu'elle en a reçu le premier
jour qu'elle a paru fur le
Theatre , ce qui doit vous faire
avoir bonne opinion de l'Epître
que vous allez lire.
GRa
EPITRE
Races à la faveur dont l'Olimpe
t'honore ,
Des jours d'un âge d'or , tu vois
naitre l'Aurore,
Cherchant à te donner des biens d'un
nouveau prix ,
Phebus fe juftifie à tous fes favoris
,
Affez de vains lauriers , ont Cou
ronne ta tefte ,
Une moiffon folide enfin pour toy
s'aprefte ,
GALANT
135
Et le pere de l'or
beureux ,
comme des vers
Veut te rendre à la fois , maistre de
tous les deux ,
Du premier de ces dons , s'il fut pour
nous avare ,
C'est qu'aux yeux des mortels ,
qu'ilfoit le plus rare ,
quoi-
Il ne luy paroiffoit que le plus vilde
tous ,
Le fiecle l'a forcé de penfer comme
nous.
C'est pour le riche ſeul , que tout rit,
tout abonde ,
Le moindre Treforier , reçoit de tout .
le monde
>
Plus d'honneur que n'ont eu la Fontaine
& Marot "
Un bel efpritfans bien , aujourd'huy
n'estqu'un fot.
S'oferoit- il flater deplaire à quelque
belle ,
136, MERCURE
Le Dieu même des Vers , trouva
Daphne cruelle ,
Quand de l'Or qu'ilproduit , mépri
fant la vertu ,
Defon merite feul , il parut revêtu
Il ignoroit encor ce Dieu de la lumiere
>
Que ce riche métal defarme la plus
fiére 3
Mais nos folides moeurs , ont defillé
les
yeux
Il n'a connu que trop , à la bonte des
Dieux ,
Qu'on prefere aux Forefts , de fes
lauriers arides ,
Un feul rameau chargé , du fruit
des Hefperides ,
De ces fruits adorez , trop furveil
lant Dragon',
Tu n'imiteras pas un avide Harpagon
GALANT 137
la
funefte
Qui pour en
augmenter ›
abondance ,
Reduiroit en deferts la moitié de la
France.
>
Ouy , je puis m'épargner , d'inutiles
confeils
Rouffau, je te connois , je connois nos
pareils ,
Attentifs aux leçons des immortelles
Filles,
Sourds aux avares loix , des nouvelquadrilles
,
Maistre de la Fortune , & non pas
fes valets ,
Affermis dans nos moeurs , par les
remords d'Alais
D'un Bureau de Traitans , nous ferions
un Parnaffe ,.
Et nos premiers Commis , de Catulle
& d'Horace,
Avril 1708. M
138 ' MERCURE
Avec le bon efprit , que tu puifas
chez eux ,
Tuferasfans danger un mêtier dangereux
,
Et du fatal veau d'or , fans oppro
fans crime ', bre
Nous te verrons le Preftre , & non
pas la Victime
L'art eft , tu le fçauras pratiquer à
ravir ,
Non à fervir l'Idole , il eft à s'en
fervir.
Puifque tel eft l'Edit du Ciel qui l'a
fait naiftre
Quefans avoir de bien , l'homme ne
peut rien eftre ,
Non pas même eftre pauvre , &
pour moy je fens bien ,
Que je le ferois moins , fi j'euffe eu
• moins de bien ,
Au lieu que fans travail , fans caGALANT
139
bale & fans peine ,
Pour moy du pur loifir , la fource
fut prochaine ,
Apollon m'y porta , deux Princes genereux
,
D'abord à me l'ouvrir , s'empreſſerent
tous deux ,
Content de leurs bienfaits , fatisfait
de leurs graces
Des Patrons fafteux , fans éprouver
les glaces ,
Fe pûs dés ce moment , en toute liberté
,
D'un Philofophe heureux , goûter
la pauvreté.
Je l'a goûte à longs traits , dans un
reduit tranquile ,
Quoique fort éloigné , des talens de
Virgile ,
Mon bonheur m'a donné , deux Mecenes
pour un
.
Mij
140 MERCURE
Le bien acquis fans foin , n'eft pas
leplus commun.
On apprend mieux qu'ailleurs ;
aux bords de la Garone ,
A vivre avec celuy que la naiſſance
donne ,
On ne l'ypeut accroifre , & comment
& par où >
C'eft de tous les Pays , les plus loin
du Perou ;
Des mines du Potofe , il eft les Antipodes
,
·
Poury trouver de l'Or , je mets au
pis de Rodes.
Onfait à l'Ariege , un honneur fabuleux
;
Ses flots n'en rendent point leurs
voifin's plus heureux ,
Et s'ils roulent quelqu'or , ce n'eft
pas comme au Tage ,
Il va tout à la mer , fans toucher au
rivage ,
GALANT · 141
Mais du Dieu des trefors , ce pays.
negligé ;
Par les foins de Minerve , en eft
mieux dirigé ;
Elle a toûjours regné dans fes fçavantes
plaines ,
Et Touloufe , bien- toft , la confola
d'Athenes.
J'y pouvois cultiver , & Pallas &
Themis ,
Mais je n'aurois pas fait , tant
& Illuftres Amis ,
Et gueri de l'orgueil , de Lucain &
du Dante ,
Ce feul bien vaut pour moy , des millions
de rente.
Voy toûjours un tel bien de l'oeil dont
tu le vois 2
Employe à le groſſir juſques à tes
emplois
Ils croitront& bien loin , baniſſant
Uranie
142 MERCURE
Que la foif d'amaſſer deſſeiche ton
genie ,
Te contraigne à quitter pour l'efcompte
honteux "
La cadence d'un Vers , oufacile ou
pompeux ,
Pour confacrer les traits de la reconnoiffance
, ·
Qu'une dixième Soeur , naiſſe de la
finance.
Comblé de la faveur , de plus d'un
demy Dieu ,
Tu dois la publier en tout temps , en
tout lieu ,
Va , fuis , crains des ingrats , les
odieux exemples "
Pour Condé , pour d'Anguien , batis
tes premiers temples ,
Que l'encens le plus pur , choifi des
mains de ****
Fume pour ces Heros , fumepourdes
Marefs
GALANT 143
Et des Mecenes urais , par des hymnes
nouvelles
Aux enfans d'Apollon , chante ces:
grands modelles.
Je ne veux point icy , parcourir tous
les rangs
,
De ce à qui tu dois , des Autels;
differens ,
Si de tes Partifans, j'allois faire des
Liftes ,
Leur nombre égaleroit celuy des
Nouveliftes ,
Qui par l'oifiveté , raſſemblez au
printemps ,
A Vendofme , à Villars , marqueront
tous les Camps.
On tefait en tous lieux , un accuëil
favorable ,
Les Mufes à leur cour , & les Dieux
à leur table ;
Mais tu ne peux atteindre au bonbeur
Souverain
UTAJAD
144 MERCURE 2
Sans avoir vu d'Anet , lê Ciel toäjours
fereing hos tanece avots
Quand l'invincible Alcide , y pofe
fa maffuës
C'eft - là que chaque Mufe , eftro-
* Tours bien reçûë ;
t
chapelie , la Fontaine , y coulèrent .
qedes jours , baxshi
Par les Graces filez
les Amours.
tiffus par
Tant d'autres , dont les noms bano-
1 ent l'Hypocrenent busq aka
Et celuy qu'inspira l'efprit de Mel
3. pomene ,
Et qu'Andronic tout feul , fauveroit
de l'oubli
De qui les tendres Vers, animerpar
a Lully , ec
Sur les rives de l'Eure , ammenant
Galatée ,
Du fils de Jupiter , ont l'oreilleflatée
,
Et
GALANT 145
Et moy qui m'ofe icy mèler mal-àpropos
,
Nous avons tous joüy , des loifirs
du Heros
Né digne de l'honneur de t'en faire
connoiftre ,
Avec les beauxtalens , dont le Ciel
t'a fait Maitre ,
Tu pourrois aifément , ne le devoir
qa'a toy a
Mais laiffe an fi beaufoin à Campiftron
, à moy.
Ne perds jamais de vûë, un mêtier
qui t'honore ,
Et fi tu t'honoras , jeune & timide
encore ›
[ Clio ,
Quand chez Abbé Bruis , nousfaifions
un Trio ,
Moins guy de Plutus , qu'écouté de
Quel doit eftre l'effort , de ta vetu
tranquile ,
Avril . 1708. N
146 MERCURE
Sur le foin de trouver , des Patrons,
un azile.
L'abondance produit l'Entouzinfme
heureux ,
Ses Versferont chantez par nos derniers
neveux.
Veux-tu voir le deftin , de l'Hyfope
& du Cedre ,
Tu n'a qu'às «comparer , laThebiade
& Phedre ,
Racine eftoit plus riche , & crois- im
que Cinna ,
N'auroitpoint avoué pourfrere Su
renna .
Si dans ces derniers temps , le premier
des Corneilles ,
Dansfes Versfeulement , eut occupé
fes veilles ,
La Motepour lesfiens , couronné tant
de fois ,
Digne chantre des Dieux , des He-
To's & des Rois
GALANT 147
Qui fans craindre le fort , du teme-
Taire Icare show
Forme fon vel hardy , fur Effor de
Pindare
Le faivroit de plus prés , s'il avois
dans Paris
34
Autant de bons Contrats , qu'il
shgagné de prix.
Coturne de Danchet , Cotarne de
La Foffe , [ Caroffe,
Que je voudrois bien voir , élever en
Non à rés- de Chauffée avec mon
Brodequin ,
Craince d'eftre ecrafez , par le char
d'un Faquin ,
Qui fier d'un Ecuffon , chargé de ſa
Couronne >
Paßeroit fur le ventre , à Sophocl;
en perfonne.
Un commode équipage aux Mufes
ne nuit pas ›
Nij
ON THAJAD
148 MERCURI
Ony reve à fon gré , fans crainte
d'embarras ,
અને
Aulien que dans dans Paris , la Mufe
fantaline
Trouve quelque
Puffaffine,
fleau , qui toujours
Et tel qu'Eumolpe , preft d'enfanter
un beau Vers ,
En avorte en gliffant , & tombant
à Penver
J'affiche & je fuis preft , à foutenir
des Theles
Pour un genie heureux aide de
tous les aifes ,
Contre un genie égal , à qui tout
Amanqueroit, [ diroit?
Mais le rare deffein , qui me contre-
La lire toute feule , encor flaitant
Foreille
,
Trouve en vain quelque coeur , qu'à
peine elle reveille ,
GALANT 149
1
Les miracles fameux , que la Grece
chanter
Par fes foins aujourd'buy , ne font
plus enfantez
Q
On regarde Amphion , comme un
de Fées , *x
Et les p
de
meilleurs Orphées ;
font
fourds , pour les
[ de voix.
Mais pour faire obéir les rochers
les bois,
Le Riche n'a befoin que d'un filet
Les plus indifferens , trouvent fa
voix touchante
La nature foûmife , aplaudit quand
il chante ,
Et
SI
Parut
-il d'ailleurs
plus
brutal
qu'Orion
,
Cent Dauphins empreffez , le traitent
d'Arion.
Moy - même dont les ans , refroi
diffent la veine ,
Niljo
150 MERCURE
Je feroisplus faivi qu'un Cigne
la Seine ,
Sije pouvois , traitant Princeffes ,
Paladins ,
Dans mes belles maiſons , dans mes
riants Jardins ,
Embelis par les foins , du neveu de
LENOTRE
,
Tratter l'un , & prèter de l'argent à
quelqu'autre ,
Et joindre à mes chansons , pour
quelque objet nouveau ,
Le Balla Comedie , & des Fétes
fur l'eau, [ l'ame faifie,
Du démon de Broulin , j'aurois
Ce ne feroit que fuc , que précis
d'Ambrofie,
Lorfqu'en Vers , je voudroisfaire à
mon Caifinier ,
L'honneur que Depreaux , fait à
* Jon Jardinier.
FIN.
GALANT 151
J'aurois jufqu'à ce jour , par ma
Mafe importune ,
Sur mille fades tons , haranguan's
la fortune ,
Fait à force de pas , & de foins
affidus ,
Peut- etre un pas utile , après mille
perdus.
Je vous parlay il y a quelques
mois de la mort de Ma
le Comte d'Egmont ; mais je
ne vous ay rien dit du Service
qui s'eft fait à la Paroiffe de la
Serre , Terre qui appartient à
la veuve de cet illuftre Deffunt.
M la Marquife de Cofnac ,
mere de cette jeune veuve ,
avoit ordonné qu'on n'oubliait
152 MERCURE
rien pour rendre cette Ceremo
nie lugubre des plus magnifi
ques. L'Eglife eftoit toute tendue
de noir , & ornée d'un grand
nombre d'Ecuffons de la Maifon
d'Egmont . La reprefenta
tion , qui cftoit élevée au milieu
del Eglife étoit environnéedian
tres - grand nombre de Cierges
garnis d'Ecuffons . L'ordre &
la magnificence , dont de pareilles
Ceremonies font fuf
ceptibles ayeregnerent bégalement.
Le Pere Placide , Religieux
du Tiers Ordre de Saint
François , Confeffeur de Mola
Marquise de Cofnac , & diftinGALARM
353
gué par fon merite , a fair con
noiftre fon bon gouft pár le
foin qu'il s'eft donné de difpo
Ker toutes les chofes ncceffal
res pour faire brillet cette lu
gubre Ceremonie. Ce Service
futindifferé pendant quelque
temps , parce que Mr l'Evêque
de Condom , dont rien ne peut
arrefter la vigilance Paftorale
dans l'exercice de fon Minif
tere eftoit occupé à la Vifite
& à des Miffions qu'il faifoit
dans fon Diocefe. Ce Prelat
sà qui tien n'échape de tout ce
qui peut faire plaiſir à fes Diocelains
, ayant appris que Mi la
154 MERCURE
Marquife de Cofnac fe
prepa
roit à faire faire un Service pour
fon illuftre Gendre, voulut bien
la feconder dans ce pieux deffein.
On fait qu'elle mêle à
tout ce qu'elle fait , les exercices
les plus rigides d'une vie
chreftienne , & que les fentimens
nobles & genereux font
naturels à ceux de fon nom.
Mr de Condom fe rendit à la
Serre un jour avant la Ceremo
nie funebre dont je viens de
vous parler , & les Archidiacres,
le Chantre , & pluſieurs Chanoines
de fa Cathedrale , s'y
rendirentauffi , avec Mr l'Ab
GALANT 155
bé de Maubranches qui eftoit
à leur tefte. Cet Abbé eft neyeu
, grand Vicaire , & Vicaire
general de Mr de Condom Il
joint toute la conduite d'un
digne Ecclefiaftique à l'application
d'un fçavant & zelé Official
, employ dont il s'acquitte
avec un applaudiffement general.
Tous les Curez des environs
furent invitez à la Ceremonic
, & l'on peut dire que
l'on en n'avoit jamais vû dans la
Province de plus belle de cette
nature. Mr Suffiere , Docteur
en Theologie , prononça l'Oraifon
funebre. Elle reçut beau
156 MERCURE
cement
coup d'applaudiffement
. Il fit
connoiftre
au commenence
de fon Difcours
par plufieurs
traits éloquens
, & qui partoient
d'un cocur veritablement
affli
gé , la part qu'il prenoit à la
perte de cet illuftre Deffunt ;
& comme il connoiffoit
par
luy- même ce jeune Prince , il
en fit un portrait naturel &
fans exageration
. Ce Difcours
ayant efté imprimé , je ne crois
pas en devoir rien rapporter
icy. Je diray feulement quela
modeftie de l'Auteur a eu beaucoup
de peine à confentir à
cette Impreffion , eſtant déGALANT
157
pouillé de l'Amour propre qui
fait que plufieurs font idolâtres
de leurs Ouvrages. Il a prononcé
beaucoup de Panegyriques
, & fait plufieurs Sermons,
dans lesquels les traits de fon
éloquence ont brillé.
Je dois ajouter à ce que j'ay
déja dit de la Maifon d'Egmont
, qu'elle defcend des Rois
de Frife , & qu'elle s'eft foutenue
dans un fort grand luftre
pendant plufieurs ficcles , ayant
fait des alliances avec des Empereurs
, des Rois de Hongrie,
& plufieurs Princes Souverains
des Pays- Bas , d'Allemagne , &
158 MERCURE
d'Italic ; fçavoir , avec les Comtes
de Flandres , les Ducs de
alet in bisa
Gueldres , de Saxe , de Brunfwick
, de Brandebourg,de Milan
, de Baviere ; & elle a donné
des filles aux Maifons de France
, d'Ecoffe , Palatine , de
Heffe , de Naffau , de Cleves,
&c.
Le Roy a donné plufieurs
Benefices dans la derniere promotion.
Mr de Pujet , Abbé
de Cimorre , Diocefe de Lambez
, & grand Vicaire de Viviers
, a eu l'Evêché de Digne.
Ce nouveau Prelat , qui eft fort
eftimé , a gouverné depuis quel
GALANT 159
ques années avec beaucoup d'édification
le Dioceſe deViviers,
pendant l'abſence & les infirmitez
de l'Evêque de ce nom.
Il eft de Toulouſe , Ville ferti
le en Evêques , & frere de Mr
de Pujet , Prefident à Mortier
au Parlement de Languedoc ;
de Mr de Pujet , Lieutenant de
Roy du Neuf- Brifack
ci - devant Capitaine dans le
Regiment du Roy ; de Mr le
Chevalier de Pujet , Capitaine
de Grenadiers dans le même
Regiment , & de trois autres
freres tuez ou morts Capitaines
dans ce Regiment , tous
&
£60 MERCURI
T
fils de feu Mr de Pujer ,
Prefident à Mortier de ce mê
me Parlement , à qui feu Mr
de Montoron , dont la memoire
eft chere aux gens delettres ,
fit don de cette Charge , lorfque
le Roy en créa une de furnumeraire
dans tous les Parle- .
mens de France. Digne eft du
gouvernement
de Provence ,
& fuffragant
d'Ambrun
. S.
Domnin fut premier Evêque
de Digne , S. Vincent & Nectaire
furent fes Succeffeurs
immediats
, & Hugues de Vars
en fut le quinzième
Evêque.
On a auffi vû fur ce Siége , deux
GALANT 161
Evêques de la famille des Guiramans.
Le fecond Le fecond , nommé
affifta au Concile de
François
al
Latran
ſous
Leon
X.
&
il
fut
honoré
de
la
Pourpre
Romaine
, Guillaume
d'Eftoureville
le
fut
auffi
, Pierre
de
Verceil
fon
Predeceffeur
, ayant
efté
transferé
à
Meaux
.
Guillaume
cut
enfuite
l'Archevêché
de
Rouen
;
ce
fut
luy
qui
tira
fon
Eglife
de
la
dépendance
de
celle
de
Lyon
. Elzear
de
Ville
- nee
&
Guillaume
de
Sabran
,
ont
auffi
efté
Evêques
de
Digne
.
La
Soeur
de
ce
dernier
, fut
me
.
re
de
Rainol
des
Porcelets
qui
Avril
1078.
O
162 MERCURE
occupa le même Siége , & des
trois Bologne de la famille des
Capizuchi ont efté les Predeceffeurs
de Mr le Cardinal
de Janfon en ce Siége , qui a
auffi cfté occupé fort glorieufement
par Henry Meignem ,
Precepteur de la Reine Mar
guerite. Les Evêques de Digne
font Confeillers nez du Parle
ment d'Aix.
L'Abbaye de S. Riquier ,
Dicefe d'Amiens dans le Ponthieu
, petit Pays de France en
Picardie , a efté donnée à Mr
J'Abbé Molé qui fait fes Etudes
en Sorbonne avec beau-
41

GALANT 163
Te
coup de fuccés , & qui donne
déja de grandes efperances. Il
eft fils de M Louis Molé
Prefident à Mortier au Par
lement de Paris , & de Dame
Loüife Bethault , fillo de feu
Mr Bethault , Preſident en la
Chambre des Comptes. Mr le
Prefident Molé cft fils de feu
M Jean Edouard Molé , auffi
Prefident à Mottier , & petit,
fils du celebre Mathieu Molé
qui aprés avoir exercé pendant
vingt - fept ans la Charge
de Procureur General , fut enfin
élevé en 1640. à celle de
Premier Prefident du Parle
ọij
164 MERCURE
ment de Paris 8 &bonze ans
aprés à celle de Garde des
Sceaux . De Renée Nicolaï fon
Epoufe , fille de Jean Nicolas
Premier Prefident de la Cham→
bre des Comptes , il cut outre
Jean Edouard dont jay parlé
Edouard Evêque de Bayeux , &
Treforier de la Sainte Chapel
le , & François Abbé de Sainte
Croix de Bordeaux. Msl'Abel
bé Molé eft frere de M Jean
Mathieu Molé Confeiller aut
Parlement , & reçû en futvi
vivance de la Charge de Prefi
dent à Mortier & de N. Mor
lé qui a époufé M N. Talon
ГС
AC
CGALANM 165
Marquisodu Boulay. ob 10
RolMilliAbbé de Canillac Li
centié en Theologie , de la faculté
de Paris Chanoine &
Comte de S. Julien de Brioude
en Auvergne , où l'on fait des
preuves comme à Malthe , a cu
PAbbaye deNôtre Dame d'Eu .
Ileft de l'ancienne Maifon de
Monboiffier , dont eftoit Pierre
le venerable Abbé de Cluni.
Celles de Canillac & de Roger
Beaufort qui a donné deux Pa-
•pes à l'Eglife , fçavoir Clement
VI. & Gregoire XI.bfe font
éteintes dans cellende Momb
boiffier , à condition que
ceux
!
166 MERCURE
qui en fortiroient joindroient
les noms de ces deux familles
au leur . Mr l'Abbé de Canillac
eft neveu à la mode de Bretagne
, de Mr le Comte de
Canillac Lieutenant General
des Armées du Roy , & Sous-
Lieutenant des Moufquetaires
noirs. Il a deux freres dans le
Service , & qui font fort cftimez.
L'Abbaye de Noftre-
Dame d'Eu vacquoit par la
mort de Mr l'Abbé de Calvo.
Mr le Comte de Beaufort frere
aîné de Mr l'Abbé de Canillac
a épousé Mlle de Ribeire
niece de Mr de Ribeire ConfeilGALANT
167
lier d'Etat. Mr de Canillac fon
Cader , eft Capitaine dans le
Regiment des Cravates. Mr
le Marquis de Canillac , Brigadier
des Armées du Roy , & Colonel
du Regiment de Roüergue
, eft l'aîné de cette maifon.
Il a beaucoup d'efprit &
de merite. Il y a encore d'autres
Branches de cette Maifon ,
fçavoir , celles de Monboiffier
& de Pontchateau.
Mr l'Abbé d'Uffon a efté
pourvû de l'Abbaye de Perfeigne
, Diocefe du Mans , &
de l'Ordre de Cifteaux . Il eft fils
de Salomon d'uffon , Marquis
1
168 MERCURE
de Bonnac & d'Eſther de Jaffaud
, fille de Claude de Jaffaud ,
Baron de Tarrabel ; frere de
Mr le Marquis de Bonnac , Envoyé
Extraordinaire du Roy ,
auprés du Roy de Suede & des
autres Couronnes du Nord ,
& neveu de Mr d'Uffon de Bonrepaus
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & de Mr de
Bonrepaus , cy-devant Intendant
General de la Marine ,
Lecteur ordinaire de la Chambre
du Roy , & Envoyé Extraordinaire
en Angleterre &
en Dannemark. La Maifon
d'Uffon eſt originaire du Païs
de
GALANT 169
de Foix , & elle eft fortic ancien
nement du Royaume d'Aragon
GuillaumeRaman d'Uffon
Vicomte d'Evol , quitta dans
le quinziéme ficcle , le Bearn ,
pour repaffer au fervice de Pierre
, Roy d'Aragon , qui le rétablit
dans la Terre d'Evol.Pierre
fon fils fut Chambellan de Madelene
de France , Princeffe de
Vianne . L'Abbé qui vient d'al'Abbaye
de Perfeigne
voir
unfrere qui eft entré dans l'Ordre
de Saint Dominique
, aprés
avoir efté Capitaine de Dragons
. L'Abbaye de Perfeigne
eft celebre dés le onzième ficcle ,
Avril 1708 . P
170 MERCURE
& Adam qui en avoit cfté Moi
ne , en fut nommé Abbé. It
compofa des Homelies fur les
Saints , & fur differentes matieres
, & quelques Commen
taires fur l'Ecriture . Mr Baluze
a donné au Public , cinq Let
tres morales de cet Abbé.
Sa Majefté a auffi donné
l'Abbaye d'Aiguebelle en Provence
, à Mr l'Abbé de Con-
Alans , Grand- Vicaire & Grand
Archidiacre de Soiffons . Cette
Abbaye vacquoit par la mort
de Mr l'Evêque de Digne. Il a
prêché le dernier Sermon de
la Cene , devant le Roy. Il eft
GALANT 571
d'une Maifon diftinguée de
Poitou , & alliée à celle d'Aubigné.
Il prononça il y a quelques
années , le Panegyrique de Saint
Benoift dans l'Eglife de l'Abbaye
de Saint Germain des
Prez , & ce Panegyrique reçût
de grands applaudiflemens.
Cet Abbé a de grands talens
pour la Predication , & il a
preché avec fuccés , dans les
meilleures Chaires de Paris .
Mr l'Abbé de Pontac , Aumônier
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , a eu
l'Abbaye de Combelongue . Il
eft frere de Mr de Pontac ,
Pij
172 MERCURE
Confeiller au Parlement de
Bordeaux , fils de Mr de Pontac
, Prefident à Mortier dans
le même Parlement , & petitfils
du celebre Premier Prefident
de ce nom , de la même
Ville. Cette famille a encore
donné d'autres Chefs à cette
Compagnie , & un Evêque à
l'Eglife de Bazas , aprés la mort
de François de Balaguier , vers
l'an 1572. Il fut choifi enfuite
par l'Affemblée du Clergé, tenue
à Melun , pour faire au
Roy Henry III. des remontrances
que l'on trouve dans
les Memoires du Clergé.
GALANT 173
L'Abbaye de Chors a efté
+
donnée à Mr l'Abbé Moran ,
Chanoine de Soiffons. Il eft
allié aux meilleures familles du
Soiffonnois , & il joint à l'étude
de la Theologie Scolaſtique une
conduite tres- reglée , & une
grande pureté de moeurs . Il eft
tres zelé pour la conduite des
ames , & il a une grande ferveur
pour l'inftruction de fon
prochain. Il a paffé une partic
de fa vie à cathechifer les enfans
de Soiffons , & à confoler les
perfonnes qui fe trouvoient
dans le malheur & dans l'affliction.
Il a beaucoup de talent
Piij
174 MERCURE
pour la Chaire , & il en a donné
d'éclatantes preuves. 1b
Dom Solu de Villereau
Chanoine Regulier de l'Ordre
de Saint Auguſtin , de la Congregation
de Sainte Geneviève ,
a efté nommé Abbé de Saint
Vincent- des- Bois. Il est proche
parent de Mr. l'Evêque de
Chartres . Il eft tres -bon Theologien.
Il a donné en plufieurs
Occafions , des marques de fa
capacité , & des progrés qu'il
a faits dans les Sciences divines
& humaines, L'Abbaye de
Saint Vincent a produit de
grands hommes.
GALANT 175
L'Abbaye de Moncetz , Ordre
de Cifteaux , a eſté donnée
à Dom de la Mer , Religieux
du même Ordre , & recommandable
, par le talent qu'il a
pourla Predication , qu'il a exetcé
dans les plus celebres Chaires
du Royaume. Il a profeffé
un Cours de Philoſophie & un
de Theologie dans fon Ordre ,
avec beaucoup de fuccés . Il a
auffi eu dans fa Congregation
des Emplois , qui marquent
Teftime que l'on y fait de luy.
Feu Mr Petit , Abbé & Gencral
de Cifteaux , le confideroit
beaucoup , & il l'a employé
Piiij
176 MERCURE
pendant fon Generalat , en plu
fieurs affaires importantes,dont
il s'eft tiré avec beaucoup de
gloire. Dom de la Mer eft d'une
ancienne famille , originaire de
la Marche.
DomQuinquet, Religieux de
l'Ordre de Cifteaux , & Docteur
de Sorbonne , a efté pourvû de
l'Abbaye du Pin. Il eft frere du
Pere Quinquet Theatin , qui fe
diftingue beaucoup depuis
quelques années , par le talent
qu'il a pour la Predication &
de Me Quinquet , qui s'eft confacrée
au Service de Dieu & du
prochain , dans la CommuGALANT
177
f
nauté de Me de Miramion ,
qui obferve la regle des Filles
de Saint Auguftin . Le nouvel
Abbé du Pin eft tres eftimé
dans fon Ordre ; il joint à une
grande Doctrine , une vertu
qui n'a jamais reçû la moindre
atteinte.
3
Dom Ricouart , Chanoine
Regulier de l'Ordre de Pre
montré , a eu l'Abbaye de
Dompmartin en Artois. Il eft
diftingué dans fon Ordre par
fa vertu & par fon merite. Il
fuccede à Dom Ceylers , l'un
des plus grands hommes de
l'Ordre de Premontré , qui fut
178 MERCURE
élû unanimement aprés la mort
de Mr Colbert , General de cet
Ordre , pour occuper la même
place ; mais qu'il refufa avec
une conftance qui trouvera
plus
us d'Admirateurs que d'Imitateurs
. L'Abbaye de Domp
martin eft une des plus confiderables
de l'Ordre de Premontré.
Dom d'Auchy , Chanoine
Regulier de l'Ordre de Premontré
, a obtenu l'Abbaye
de Saint Auguftin , du même
Ordre, C'eſt un des plus ha
biles Theologiens de cet Or
dre. Ilaunc connoiffance exacGALANT
179
te de l'Antiquité & de tout ce
qu'il y a de plus obfcur dans
'Hiftoire des premiers ficcles.
Il a fait une Critique exacte des
premieres Auteurs , qui ont
travaillé fur les Saintes Lettres .
Il a beaucoup de talent pour
la Predication , & quoy qu'il
ne l'exerce pas fouvent , à caufe
de la multiplicité d'affaires
dont il cft chargé , il n'a pas
laiffé d'acquerir la reputation
d'un grand Predicateur. L'Abbaye
de Saint Auguſtin eſt une
des plus importantes de l'Or
dre.
Me de Chaſtillon a cul'Ab
180 MERCURE
baye de Bonneval , Ordre de
Saint Benoift. Cette Abbaye
eft dans la Province de Beauffe
& Pays Chartrain . Armand de
Bonneval , celebre par
l'amitié
de Saint
Bernard
, a rendu ce lieu
fameux
. La Maifon
de
Chaſtillon
, dont
fort
la Dame
à qui
le Roy
a donné
cette
Abbaye
, a tiré
fon
nom
de la ville
de Chaftillon
fur Marne
,
dont
Guy
qui vivoit
en 1076
.
eft le plus
ancien
dont
on ait connoiffance.Me
de Chaftillon
generalement
cftimée
de
eft
tous ceux qui la connoiffent .
Le Roy a auffi donné l'AbGALANT
18
baye de Neufchâtel à Madame
de Bogefroy ; cette Dame qui
eft tres - accomplie , eft entrée
dans la Religion dans un âge
tres peu avancée , & elle a fait
de tres-grands progrés dans les
vertus Monaftiques . A peine
eut elle fait Profeffion , qu'on
l'éleva aux emplois de fa Communauté
, où elle donna bientoft
des marques du talent ,
des lumieres qu'elle avoit pour
la conduite d'une maifon Religieufe
; dans les momens que,
la regle luy laiffoit , elle s'appliquoit
aux Sciences humai-
& elle les a cultivées avec
nes ,
&
182 MERCURE
beaucoup de fuccés . Cette Da
me eft d'une ancienne famille
originaire de Normandie , &
alliée aux Maifons les plus confiderables
de cette Province.
La famille de Mrs de Bogefroy,
defcend du cofté d'une de leurs
aycules du celebre Antoine de
Leve Navarroy , & l'un des
plus habiles Generaux de l'Empereur
Charles quint ; qui
aprés avoir rallié les Troupes
d'Efpagne à la Bataille de Ravenne
l'an 1512. & chaffé l'Amiral
de Bonnivet de devant
Milan l'an 15 2.3 . mourut du déplaifir
que luy cauferent quel-
·
GALANT 183
ques paroles dures que l'Empe
reur fon Maiftre luy dit aprés
la
malheureuſe entrepriſe de
Provence faite en 1'536 . Antoine
de Leve avoit preffé ce
Prince
d'entreprendre la conquefte
de Provence , flatté de ce
qu'on lui avoit prédit qu'il mou-
Toit à Paris , & qu'il feroit enterré
à S. Denis avec les Rois de
France il eft vray que fon
Corps fut enterré à S. Denis ,
mais ce fut à S. Denis de Milan
. Sanche de Leve Colóncl
du Regiment de Naples fut fon
fils ainé , le deuxième eftoit Antoine
qui ſe diſtingua fort dans
184 MERCURE
la
guerre contre les Morifques
en 15 70. Le Cadet de cetteMaifon
, defcend auffi du côté maternel
du renommé Pierre Libertat
qui s'eft rendu illuſtre
dans l'Hiftoire par le zele & la
fidelité qu'il fit paroiftre pour
le Roy Henry IV. Il reduifit
la ville de Marfeille , fous l'o
béiffance de ce Prince malgré
la perfidie des revoltez . Les
Marfcillois luy érigerent une
Statue , & font encore celebrer
tous les ans un Service folemnel
pour honorer la memoire;
tout le Corps de Ville affifte
avec pompe à ce Service. Il yà
GALANT 185
une hiftoire Manufcrite de cè
Pierre Libertat , qui eft tresbelle
.
La piece qui fuit , eft de Mr
de la Fevrerie , dont tous les
Ouvrages ont toûjours eu le
bonheur de vous plaire. Il y a
beaucoup de vray dans ce que
Vous allez lire de cet Auteur ;
mais ce qu'il dit des Predicateurs
d'aujourd'huy eſt trop
general , & ce n'eſt pas dans
une pareille occafion que l'on
doit prendre une partie pour
le tout. Il eft vray qu'il y a
des Predicatcurs tels qu'il les
dépeint ; mais il s'en trouve
Avril 1708 .
186 MERCURE
auffi un grand nombre d'autres
, qui n'ayant en vûë dans
leurs Sermons , que le falut
des Ames , convertiffent tous
les jours les pecheurs les plus
endurcis , & font admirer leur
zele pour la gloire de Dieu ,
pendant que les autres ne fongent
qu'à s'attirer des applaudiffemens
,
en faifant briller
leur Eloquence .
GALANT 187
LES SERMONS
ellet
A LA MODE ,
A MONSIEUR C. H.
Fameux Predicateur.
Pouffé de l'Esprit faint qui ſçait
toucher les coeurs ,
Tu marches fur les pas des grands
viaPredicateurs.
Le Peuple pour t'entendre accourt en
affluence ,
Tout applaudit , tout cede à ta rare
éloquence.
L'accent pur , la voix nette , & le
gefte excellent ,
Et de perfuader un merveilleux talent.
Un air édifiant , une heureuſe memoite
,
Q ij
188 MERCURE
Enfin , tout ce qu'il faut pour char
mer l'Auditoire.
Jamais Predicateur dans fon commencement
,
N'a montédans la Chaire avecplus
d'agrément. -
Cependant tu parois peu content de
toy- même ,
Et n'ofes qu'en tremblant entrepren
dre un Carefme.
Ilte manque , dis - tu , bien d'autres
qualitez ,
Pour précher dignement les faintes
Venitez
Tu veux preſcher d'exemple , &même
tu te piques
De ne rien enfeigner que tu ne le pratiques
.
J'approuve ton deffein ; mais est- il
des Cenfeurs ,
Qui trouvent quelque chofe àreprendre
en tes moeurs ?
GALANT 189
Avant que d'annoncer la Parole
divine ,
Ta Vie eftoit déja Conforme à la
Doctrine.
Mais un autre fcrupule agite ton
efprit,
Les Sermons de ce temps , ne font guere
defruit.
1
Toujours nouveaux portraits , &
nouveaux caracteres ,
Stile bien different du langage des
Peres ,
Quifoûtenu du Zele & de la Charité
,
A bienplus d'onction , & de folidité , .
Que ces difcours riffus de force finnimes
,
Dont on croit aujourd'huy faire la
guerre aux crimes .
Il est vray, quand on veut renoncer
au peché ,
190 MERCURE
Des Sermons à la mode on eft fort
peu touché.
Ony voit des tableaux des vertus &
des vices ,
Du bonheur éternel , de l'horreur des
fupplices
Quefouffrent les damnez; mais je ne
Sçay pourquay ,
'L'Enferfi bien dépeint , nous caufe
peu d'effroy :
Et la felicité qui regne en l'autre vie,
Malgré ces beaux Difcours nefait
aucune envie.
Ne te rebutes pas , ce gouft fe paße-
L'Homelie aux Portraits , un jour
fuccedera ,
Et la pure Morale avecfoin expliquée
,
Sera par l'Auditeurfuivie & pratiquée.
GALANT 191
+
f
Mais d'on peut - on attendre un
grand changement ?
De ceux qui comme toy prefchent
chreftiennement.
Et tu voudrois , Abbé , retourner en
arriere ?
Secondes ce deffein , acheves ta carriere.
MrleChevalier de Roye , frere
de Me la Comteffe de Pontchartrain
, ayant eſté -fort affidu
auprés de cette Comteffe , pendant
la longue maladie , qui a
d'autant plus fait craindre pour
fes jours , que cette Dame eft
generalement aimée , Mr le
Comte de Pontchartrain a fait
preſent d'un tres - beau cheval
192 MERCURE
à ce Chevalier , & celuy qui le
luy prefenta luy donna les Vers
fuivans, au nom du cheval qu'il
luy prefentoit.
C
Monfieur le chevalier , fleur de
Chevalerie ,
Je viens vous demander place en
voftre Ecurie.
Il eftoit jadis an Cheval
Fameuxdans l'Histoire Romaine,
Qui fous les deux Gemeaux ne galopoit
pas mal;
Etpoureux volontiers fe mettoit hors
d'haleine ,
Lorfqu'il falloit dans Rome annoncer
des premiers
Un Combat éclatant & de nouveaux
Lauriers.
De ce noble Animal , je viens en
droite ligne ,
Et
GALANT 193
Et vous , vous reſſemblez à ces jeune's
Heros ,
Par un endroit fur tout qui vous
ren's digne ,
De monterfur mon noble dos.
Pour votre aimable foeur , Reine des
Nereydes ,
Vous avez plus fait feul , que douze
Tindarides ,
C'est ce qui m'a touché le coeur ;
Montezfur voftre ferviteur.
Le Roy a donné à Mr Brodeau
cy- devant Confeiller au
Parlement de Mets , & enfuite
Lieutenant General de Tours
une Charge de Confeiller au
Confeil Souverain de Rouffillon
, vacante depuis quelque
Avril 1708. R
194 MERCURE
temps par la mort de Mr de
Calvo , qui eftoit auffi Avocat
General de cette même Cour.
Les Charges du Confeil Souverain
de Rouffillon , ne font
point venales , le Roy les donne
, & il a donné celle - cy à Mr
Brodeau fur la demande qui lui
en a eſté faite par Mr le Pelletier
de Souzy parent de ce
nouveau Conſeiller qui eft de
Paris , & fils d'un Confeiller
de la Grand'Chambre
.
La famille de Mrs Brodeau
eft une des plus anciennes de
Touraine . Jean Brodeau fit le
voyage de la Terre Sainte fous
GALANT 195
Philippe Augufte . Il perdit
la vie au Siége de la Ville d'Acre
, & Victor ſon fils qui l'avoit
accompagné obtint du
Roy des lettres de Nobleffe , &
pour Armoiries une Croix recroifetée
pour marquer la valeur
avec laquelle ils avoient
l'un & l'autre deffendu la gloire
de la Croix . Jean Brodeau
époufa Eleonor Tallebot , &
Victor fon fils Françoiſe Ruzé
de la famille dont fortit longtemps
aprés le Maréchal Def
fiat. Victor II . du nom arriere
petit fils de Victor I. derneura
longtemps au Service d'An-
Rij
196 MERCURE
toine de Bourbon Roy de Navarre
; il fut dans la fuite Secretaire
de fesCommandemens
& de ceux de Jeanne d'Albret
Reine de Navarre , bifayeul &
bifayeule du Roy . Il époufa
Catherine de Beaune fille de .
Guillaume Laumel Seigneur de
Charmoiſe & de Jeanne Bri--
çonner. Victor Brodeau troifiéme
du Nom fortit de ce mariage
; il fut durant trente huit
ans feul Secretaire d'Etat &
des Commandemens d'Henry
le Grand , alors Roy de Navarre.
Il fuivit ce Prince par
tout , & même lorfqu'il rentra
GALANT 197
dans le giron de l'Eglife . Il fit
fon abjuration entre les mains
d'Henry le Meifgnan , Evêque
de Digne premier Aumônier
du Roy & de la Reine de Navarre,
le premier Janvier 1573 .
il eut l'honneur d'eftre caution
du Roy fon Miftre , quand il
fallut porter la Sainte Ampoule
de Reims à Chartres , lorf Dis Monarque y
fut Sacré.
Courtin fa femme ,
il laiſſa plufieurs enfans. Victor
quatrième du Nom qui de
Claudine du Val de la maifon
des Marquis de Fontenay- Mareüil
dont feüc M la Ducheffe
R iij
198 MERCURE a
a de Gefvres eftoit heritiere ,
cu M' Jean Brodeau Chevalier
Seigneur de Condé -Vaugrigneufe
Marquis de Chaftre ,
grand Maiftre des Eaux & Forefts
de France , & Capitaine
General des Chaffes de Touraine.
Le Roy érigea en faveur
de ce dernier la Terre de Chaftre
en Marquifat. Victor troifiéme
du Nom , dont je viens
de parler cût encore Louis Seigneur
d'Arfieres qui fut tué au
Siége de la Rochelle. Celuy
qui donne lieu à cet article eft
un des Magiftrats du Royaume
le plus generalement eftiTHEAU
!
GALANT 499
mé. Son Nom eft encorch
aux Officiers du Parlement de
Metz & à ceux du Prefidial de
Tours.
Mt Louis de Madaillan de
l'Esparre Chevalier Marquis de
Montataire Seigneur & Comte
de Manicamp , eft mort dans
un âge affez avancé ; il a fervy
avec beaucoup de diſtinction
durant plufieurs années , & il
s'eft trouvé en plufieurs occafions
, où il a donné des preuves
de fa valeur . Il a efté marié deux
fois ; il a eu de fa premiere femme
; Mr le Marquis de Laffe
Lieutenant General pour le
R iiij
200
MERCURE
Roy dans les Provinces de Bref
Le & de Bugey , & quia époufé
en troifiéme nôces Mlle des
Châteaubriand . Mr le Marquis
de Montataire a eu de Dame
N.... de Buffi - Rabutin fa
deuxième femme , fille du celebre
Mr de Buffi- Rabutin , Mr
le
Chevalier de
Madaillan connu
par la délicateffe de fon efprit
& par la douceur de fes
moeurs , & Mlle de Montataire
qui paffe pour une des plus bel
les
perfonnes de ce temps. Il
eft beaucoup parlé de M la
Marquise de Montataire dans !
les lettres de Mr de Buffi Ra
GALANY 201
butin fon pere. Cet Auteur
y-vante fort l'efprit , le gouft
& les manieres délicates de fa
chre fille de Montataire . Cet Eloge
quoy qu'il parte d'un Pere ,
ne laiffera pas de conferver le
nom de cette Dame , puifqu'on
le trouve fouvent employé
dans un Recueil de lettres qui
font ficheres aux gens d'efprit,
& dont apparemment on fera
plufieurs éditions . MⓇ de Montataire
fait encore aujourd'huy
l'empreffement des Sociétez ou
elle fe trouve. La maifon de
l'Esparre dont celle de Madail
lan eft fortie , eft une Branche
202 MERCURE
de celle des anciens Ducs de
Guyenne. Elle a foutenu l'éclat
d'une fi illuftre origine , dans
tous les fiécles qui fe font écou
lez depuis fa feparation de la
Branche aînée . Un Seigneur de
Lefparre alla au fecours d'un
comte d'Eu , dans le quatorziéme
fiécle avec douze Ecuyers ;
un cortege de cette espece marque
affez que dés ce temps - là
la maifon de Lefparre tenoit
un grand rang dans le monde.
y a encore aujourd'huy un
Comte de Madaillan parent de
celuy dont je vous apprens la
mort , qui a été de la Religion
GALANT 203
proteftante , & qui eft un des
plus honneftes hommes du
Royaume.
Mi Clement Chamillart ,
Chevalier Seigneur de Vilatte,
Confeiller du Roy en fes Confeils
, Prefident en fa Chambre
des Comptes , eft auffi decedé .
Il eftoit Coufin germain de
Mr de Chamillart Secretaire
& Miniftre d'Etat . J'ay fi
fouvent eu occafion de vous
parler de cette famille , que
je ne repeteray rien icy de ce
que je vous en ay déja dit. Mr
lé Prefident de Chamillart eft
mort avec la réputation d'un
204 MERCURE
parfait honnefte homme . Il
avoit époufé N... de Luffé
fille de Mr de Luffe , Receveur
General des Finances de Guyenne
, qui avoit époufé Anne de
Vizé , fille de feu Henry de
Vizé , Capitaine Lieutenant
des Gardes du Corps de la feuë
Reine Mere du Roy qui l'honoroit
de fon eftime & de fa
confiance
, ce qui a paru par
plufieurs emplois confiderable
que cette Princeffe luy a
confiez , & dans le dernier defquels
il eft mort . Tous ceux
qui portent aujourd'huy ce
nom , font de la même familGALANT
205
le, & n'ont ainfi que leursAyeux
depuis le Regne de Charles IX .
jamais eu de Charges & d'Emplois
que
dans la Maifon Royale.
Je n'ajoûteray rien icy à ce
que j'ay fouvent eu lieu de vous
en dire, Mr le Prefident de
Chamillart ne laiffe que trois
filles .
Marie Magdeleine de Montgommery
mourut au commencement
de ce mois à Argentan
en Normandie âgée de quatrevingt
quatre ans . Elle eft morte
dans de grands fentimens de
pieté , & fon efprit a toûjours
paru égal juſqu'au dernier mo206
MERCURE
ment de fa vie . Elle eftoit fille
de Gabriël Comte de Montgommery
defcendu en ligne directe
de l'illuftre Roger de
Montgommery fameux dans
l'hiftoire de Normandie . Ce
Seigneur fut un de ceux qui accompagnerent
Guillaume
le
Bâtard Duc de Normandie à la
Conqueſte du Royaume d'Angleterre.
Sa mere ſe nommoit
Aimée de Chaftenay fille de Mr
de Chaftenay connu fous le
nom du Colonel Landy Favory
de Henry IV. M° de Montgommery
étoit couſine germaine
de Mr le Marquis de
4
.
GALANT 207
IS
Montgommery Maréchal des
Camps & Armées du Roy &
de M la Comteffe de Quintin,
à prefent Comteffe de Mortagfe
, & ifluë de germaine de
M les Maréchaux de Duras
& de Lorges. Elle avoit époufé
feu Meffire François du Four ,
Chevalier Seigneur & Baron
de Cuy en Normandie , fils de
Meffire Jacques du Four , Chevalier
Seigneur & Baron de
Cuy , de Belgarde , de Moulins
, du Sauffay , & autres lieux ,
dont elle a eu plufieurs enfans ,
dont le premier eft Jeſuite , le
fecond Abbé & Docteur de
208 MERCURE
Sorbonne , le troifiéme a efté
Page de la grande Ecurie , &
le quatriéme eft à prefent Lieutenant
de Vaiffeau , & Chevalier
de S. Loüis .
Je viens de recevoir un Imprimé
Espagnol qui fait beaucoup
de bruit dans toute la Catalogne
, & dont il fe trouve
déja plufieurs Exemplaires à
Paris . Les Remontrances que
l'on fait à l'Archiduc dans cet
Imprimé , étant fort vives , tous
ceux qui en ont lû le contenu
en parlent diverſement . Les
uns difent qu'il eft impoffible
GALANT 209
que l'on ait ofé dire à l'Archiduc
, tout ce que cet Imprimé
-contient , & les autres affurent
que les Peuples de Catalogne
font plus en état de faire la Loi
à l'Archiduc , que ce Prince
n'eft en état de la leur faire ;
qu'ils font armez ; que leurs
Miquelets font aguerris &
nombreux
, & que voyant prés
d'eux une grande armée d'Eſpagne
, & celle qui eſt ſous le
commandement de Mr le Duc
de Noailles , ils peuvent abandonner
le party de l'Archiduc ,
fans qu'il foit en état de les en
empêcher.
Avril
1708 . S
210 MERCURE
Ceux qui font d'un fentiment
contraire aux uns & aux
autres , quoy qu'ils ne trouvent
neanmoins pas une entiere impoffibilité
dans ce qu'ils alleguent
, difent que files Remontrances
dont il s'agit n'ont pas
été faites à l'Archiduc , la Ville
de Barcelone a jugé à propos de
les faire Imprimer , afin qu'elles
tombaffent entre les mains
de ce Prince , & cette opinion
paroift vray femblable prefque
à tous ceux qui ont lû cet
Imprimé. Cependant il y en
à d'autres qui affurent , avec
des raifons qui paroiſſent ſans I
GALANT 211
replique , que les Remon-
Strances dont il s'agit , doivent
luy avoir efté faites ; puifque
l'on y joint une réponse de ce
Prince qui n'en pourroit
avoir fait à ce qu'on ne lui a
pas dit.
Quoy qu'il en foit , il eſt
conſtant qu'il n'y a rien que de
veritable dans les Remontrances
Imprimées , & je ne dois
pas avoir lieu d'en douter ,
aprés avoir lû un grand nombre
des lettres , qui toutes , feparement
, parlent des faits qui
font le fujet de ces Remontran-
Ces ce qui m'a déterminé à
'S ij
212 MERCURE
F
vous en envoyer une Traduction
faite par un Eſpagnol qui
eft icy . Si elle avoit efté faite
par un François , tout ce qui
regarde la langue feroit peuteftre
mieux obfervé ; mais
comme cette Traduction donneroit
moins dans le fens Eſpagnol
, celle de l'Eſpagnol doit
eltre preferée.
Je dois ajoûter icy que
le Titre Efpagnol
, il n'y a que
le mot de Repreſentation
; qui
veut dire ce qui a esté reprefenté
à ..... &c. & que le Traducfe
conformer
à nos
dans
*
teur ,
pour
uſages
, s'eſt ſervy
du mot de
Remontrances
.
GALANT 213
Tres-humbles Remontrances
faites à Sa Majeſté ,
par la tres - excellente
Ville de Barcelone .
SIRE ,
Voyant qu'ily a deux années
que V. M. nous tient en fufpens
dans l'attente de grandes fommes
d'argent pour payer les Troupes ,
dont le nombre à ce qu'on prétendoit
devoit augmenter de maniere ,
qu'il fufiroit non feulement à deffendre
V. M. à conquerir toute
214 MERCURE
la Monarchie ; mais auſſi à obliger
la France à faire la Paix ,&
à reftituer tout ce qui appartient
légitimement à V. M. ou a yjetter
une confternation capable d'ébranler
la Couronne deLouis XIV.
d'autant qu'avec cet argent , on
payeroit tout ce que V. M. doit ,
nonfeulement à ceux qui ont don–
né leur bien pour fairefubfifter vôtre
Maifon ; à ceux dont l'argent
a efté exigépar ordre de V. M. ou
pris par violence aux Chapitres
de Chanoines ; aux Communautez
, aux Colleges ; aux Corps
de Métiers ; aux Confrairies ,
aplufieursparticuliers . Enfin tous
GALANT 215
ces articles montent à une fomme
qui va au- deẞus de l'imagination,
fans ce que V. M. a emprunté de
cette Ville de Barcelonne , ce qui
fait qu'elle eft prefque fans crédit,
aprés avoir ramaẞé toutes fortes
de Monnoyes , pour fatisfaire aux
preffentes inftances dont V. M.
s'eft fervie pour demander les Trefors
des Eglifes.
Voyant que les Troupes
que V.
M. avoit
, & qui auroient
púfecourir
Lerida
, ne fe font
employées
affez loin des Ennemis
, qu'àfaccager
, forcer
, & piller
tout ce
qu'elles
trouvoient
, & à faire
des chofes
qui n'ontjamais
eftéfai.
216 MERCURE
tes dans ce Pays cy , mêmepar des
Troupes les plus Barbares ; qu'elles
tirent continuellement les grains
de toutes parts fans confiderer
que ce qu'on donne aux Chevaux
eft arraché à laſubſiſtance des peuples
, & que les Soldats brulent
les chofes qu'ils ne peuvent emporter
fans autre raison que
de dire
qu'il vaut mieux que les Troupes
en profitent que les François
, & que ces déplorables ravages
caufent tant d'affliction parmy
les Sujets de V. M.
le eft pleine de Syndics des Villes
& des Bourgs d'Urgel & Camde
Tarragona , pour y eftre po
que
cetteVil
éclaircis
~
GALANT 6217
éclaircis des fautes qu'on voudroit
leur imputer , & pour fçavoir
pourquoy V. M. récompenfe ainfi
les Services qu'ils luy ont rendus.
Voyant donc que les Soldatsfe
logent à difcretion où bon leurfemble
, contre nos Loix & Chapitres
de Cortez fignez de votre main
Royale de vos Predeceffeurs ,
contraignant les voifins de les nourir
y de leur fournir des grains
de la paillepour leurs Chevaux
& d'autres Beftiaux , outre que
les Officiers dans cette Ville fefervent
des maifons comme bon leur
•femble pour y loger malgré ceux
qui les occupent.
e
Avril 1708 .
T
218 MERCURE
Voyant que pas un des Minif
très de V. M. ne s'applique àfaire
poftre Royal ſervice , & qu'au
contraire , ils ne fongent qu'à leurs
interests , & à faire
modemens injuftes , tant avec les
Communes
vec des
particues
gu avec
des accom-
210] 21100 IND
liers , fans autre but que de profiter
de l'argent qu'ils accumulent
avec violence ; que poury parvenir
, ils traitent durement ceux
qui ont refufe de s'accommoder
avec eux , d'où il arrive des differense
des haines parmy beaucoup
de Sujets de V. M.
Enfin voyant que tout ce qui
pouvoit nous garantir de quelque
GALANT 219
290 KN 250 SAYO (RAYO
violence nous a este contraire , que
les crimes
Je multiplient ; que
la
tranquilité n'eft plus , que les Ennemis
nous preffent ; que les Troupes
de V. M.senfuyent , que l'ouverture
de la Campagne eft proque
nousfommes hors d'é-
LICKtat
at de nous défendre , quand même
les huit mille hommes que V. M.
Rose d'Italie arrivenous
a promis
rolent.
Cette Ville de Barcelonnefupplie
tres- humblement V. M. dy
remedier pour la fureté defaper-
Jonne & de tant de fidelles Sujets.
Fait
it en Notre Affemblée ce is .
Fanvier 1708.
ع و ن
19
Tij
ss THAIAD

220 MERCUREUR
Voicy la Traduction de la
réponſe de l'Archiduc , que
l'on a crû devoir faire Imprimer
au bas des Remontrances ,
afin de la faire fçavoir à toute
la Catalogne , ford If nob ,Al
Sa Majesté répondit à cette Remontrance
, qu'elle engageoit de
nouveau Sa Royale parole , qu'il
viendroit inceffamment quatorze
mille hommes d'Italien ;"que les
Navires qui en arriveroient y
retourneroient pour en revenir
avec ving mille Fantaſſins &
trois mille Chevaux , & que
tout feroit à la folde d'Angleterres
3
qu'il
viendraANT
221
auffi
de Naples
fix
mille hommes avec beaucoup d'argent
; que l'armée de Mer étoit
alléeprefentementprendre Sardeña;
qu'on n'attendoit que l'arrivée du
Marquis & Alconchel dans ce Payslà
, dont il étoit Viceroy , pour en amener
beaucoup de Chevaux & de
Navires chargez de bled; que la
grande armée viendroit chargée de
munitions de bouche , de guerre &
d'argent pour en payër toutes les
Troupes , & qu'on aporteroit pour
fa perfonne cinquante mille livres,
Sterling. Elle y ajoûta auſſi qu'à
elle avoit appris que le Prince Eus
gene eftoit entré en France par le
Tiij
222 MERCURE
Dauphiné , & qu'eftant arrivé à
Lyon , il en avoit emporté tout ce
qui en avoitpu eftre enlevé, S. M.
joignit à fon difcours beaucoup
de choſes de la même nature
, & elle exhorta les Catalans
à prendre courage
Tout ce qui fe trouve dans
eft non feule-
Go
m
CELLE re
ment
manifeftement
faux
mais
il n'y
a pas
même
la moindre
vrai
- femblance
, & ce qu'il
ya de plus
furprenant
, eft que
l'on
ait crû pouvoir
éblouïr
un
Peuple
qui
ne
manque
pas
de
lumieres
, par
des
chofes
figrof
fieres
, que
la faufferé
s'en
déGALANT
223
couvre ,
re de
te , fans qu'il foit foit neceffai
de rien pour les pour les refuter.
L'Archiduc affure d'abord,
qu'il doit venir inceffamment
en Catalogne quatorze mille
hommes d'Italie , non feulement
fans confiderer que le
nombre de Troupes que l'on
parle d'y embarquer , eft beaucoup
au - deffous de quatorze
mille hommes , & il parle de
embarquement, comme s'il
y avoit dans le temps qu'il parle
, des Vaiffeaux en Italie pour
embarquer ces Troupes , quot
qu'il n'y en cut aucun , & que
l'on ne fçût pas quand il y en
cet
Tiiij
224 MERCURE
b
arriveroit : Et pouffant plush
loi à un difcours qui n'a rien dep
vray femblable ; il fait retourag
ner de Catalogne en Italie des
Vaiffeaux , pour embarquer
vingt mille Fantaffins imaginaires
, quoy quelces Vaiffeaux n'y
foient pas encore arrivez pour
le premier embarquement qui
cft fort douteux.collab
Il joint trois mille Chevaux
à ces vingt mille Fantaffins !
qui avec les quatorze mille dont
il parle d'abord , font trentes
fept mille hommes , qui fun
vant qu'il l'affure doivent venir
d'Italie où l'Empereur a beſoin
07798
GADANT 225
de prefque toutes les Troupes
qu'il aidans ce Pays , pour em
pêcher que le Milanez & le
Royaume de Naples ne fe fou
levent , ne cherchant que foc
cafion de fecouer un joug qu'ils
trouvent trop pofant , & au
quel ils ne s'attendoient pas .
L'Archiduc charge l'Angle
Fol
terre de la folde de toutes ces
Troupes , ce qui eft exorbitant
, & qui ne peut eftre dans
la fituation où elle fe trouve
aujourd'huy , ce que l'on peut
voir par le peu de Troupes qu'il
paroift qu'elle doit avoir cette
Campagne en Flandre .
226 MERCURE
-Ce qui femble encore plus
fidicule & plus contraire à la
verité , eft que l'Archiduc affure
qu'il luy doit venir fix mille
hommes de Naples , dans le
temps que toutes les lettres
d'Alemagne & d'Italie font foy
que l'Empereure à xbefoin de
Troupes dans ce Royaume ,
tant à caufe que cette Conquê
te , ainfi que celle de quelques
places de la cofte de Tofcane ,
luy ont beaucoup plus coûté
que l'on n'avoit crû d'abord ,
& que pour ces raifons , & pour
empêcher le foulevement de
Naples , auquel la difette dé
GALANT/ 227
bleds doit beaucoup contribuer
, Sa Majesté Imperiale y
fait marcher cinq mille hommes
des meilleures Troupes
qu'elle ait en Italie.
Ainfi l'on peut voir , que
loin que l'Empereur foit en état
de tirer fix mille hommes de
Naples pour envoyer à l'Archi .
duc , il fe trouve obligé d'envoyer
dans le Royaume de
Naples , les Troupes qu'on
avoit réfolu de faire paffer en
Catalogne .
Quant à la conqueste de la
Sardaigne , dont il dit que lo
Marquis d'Alconchel , qu'il en
228 MERCURE.
21
a nommé Viceroy , doit bientoft
faire la conquefte , ce font
des paroles avancées fans aucune
vray ſemblance , & il y à
même beaucoup de confufion
dans tout ce qu'il dit à ce fujet ,
& il fait venir des bleds & des
Chevaux d'un Etat que l'on ne
fe prepare point àattaquer ,rien
n'eftant preft pour une
une ba
pareille
expedition , & il parle de ce que
apporter la grande armée
de vingt trois mille hommes ,
avant que l'on ait fait partir
des Vaiffeaux pour l'embarquement
des quatorze mille hom
mes , qui fuivant ce qu'il a dit
doit 4
GALANT 229
au commencement de fon difcours
, doivent être embarquez
les premiers , puifque la grande
Armée de vingt trois mille
hommes ne doit eftre embar
quée qu'aprés le retour des mêmes
Vaiffeaux.
no
On pouroit demander à l'Archiduc
où cette Armée prendra
les bleds qu'elle doit apporter
,
en Catalogne , puifque la Sardaigne
& même la Sicile , où
font les Greniers d'Italie , font
encore fous la domination de
Philippe V. fous laquelle la diferte
de bleds qui fe trouve à
Naples femble devoir bien- tôt
230 MERCURE

faire rentrer ce Royaume.
L'Archiduc aprés avoir affu
ré dés le commencement de fa
réponſe , que les trente fept
mille hommes qu'il attend
feront foudoyez par l'Angleterre
veut encore perfuader
qu'il eft fur le point d'en recevoir
50000. livres Sterling
pour fa perfonne feulement
qui font prés de fept cent mille
livres. Toutes ces exagerations
ne meritent pas que l'on fe
donne la peine d'y répondre
puifqu'il eft conftant que l'Angleterre
ne peut en même tems
entretenir des Armées confideANT
231
rables en Portugal , en Catalogne
, & en Flandre , & payer
une partie des Troupes qui doivent
agir en Alemagne , & fous
Monfieur le Duc de Savoye
fans compter les prodigieux
armemens de Mer , qu'elle eft
obligée de faire tous les ans
tant pour le tranfport de fes
Troupes en divers endroits
que pour fervir de Convois à
fes Vaiffeaux Marchands , &
pour ſe deffendre des Armateurs
François qui mettent tous
ans de les petites Armées Navales
en Mer , qui n'ont point
ceffé de defoler ce Royaume ,
2325MERCURE

depui le commencement
de
cette guerre , ainfi qu'il paroift
dans une infinité d'adreffes des
Marchands prefentées fur ce
fujet , au Parlement de la même
Nation ; & ce qui fait voir
que l'Archiduc ne s'eft pas
une affaire de ne dire!
fauffetez dans fa réponse ; c'eſt
qu'il en a même dit , qui n'ayant
aucune vray femblance on
caufé d'abord du mépris & de
Findignation. Top xu
fait
he
des
que
30008 .
En effet , peut-il rien die
* de plus outré & de moins vraifemblable
que ce qu'il die ,
lorfqu'il veut faire croire , que
GALANT 233
the
Je Prince Eugene eft entré dans
laville de Lyon , dont il a ſouffert
le pillage , puifque ce qu'il dit
d'une autre maniere ne peut
eftre regardé que comme un
pillage.impso
Toutes ces chofes
gun
par
lef
quelles l'Archiduc a exhorté les
Catalans à prendre courage , ne
peuvent qu'engager les peuples
de Catalogne à l'abandonner ,
puifque rien n'eft fi manifeſteinent
faux que tout ce qu'il a
avancé , & que l'on n'y peut
pas même trouver un ombre
de verité.
Le Mardy 17. de ce mois
Avril 1078 . V
234 MERCURE
L'Academie Royale des Infert
ptions tint la Séance publique
d'aprés Pâques où Mr l'Abbé
Bignon prefida Mr. Groside
Boze Secretaire perpétuel de
l'Academie fit l'éloge funebre
Pere Mabillon, Membre de
cette Academie , & comme j'ay
cu le bonheur de vous appren
dre le premier dans l'Article
que je vous ay envoyé de fa
mort , une partie des cliofes
qu'il rapporta, j'ajouteray feu
lement à ce qu'il en dit que ce
fçavant Religieux eftoit në en
Champagne , dans un Bourg
prés de l'Abbaye du MontGALANT
235
Dieu , & non à Paris , ainfi que
l'on m'en avoit affuré , & que
les Religieux de l'Abbaye de
Saint Germains ont reçu une
Lettre du Cardinal Colloredo
qui leur écrit de la part du Pape
pour leur témoigner le chagrin
que Sa Sainteté a reffenti de la
mort de ce grand homme. Il
leur recommande expreffement
de la part du Pape de l'enter
rerodans un dieu où les étran
gers puiffent avoir la confola
tion d'aller vifiter fes cendres
lorfqu'ils viendront en cette
Ville , & de ne pas confondre
cellos de ce fçavant perfonna-
Vij.
236 MER CURE
ge avec une infinité d'autres
Aprés que Mr. l'Abbé Bist
gnon cut reſumé le difcours dep
Mr de Boze , & qu'il cutdones
né de nouvelles louanges au
Pere Mabillon , avec la delicateffe
d'efprit qui luy cft ordinai
re , Mr Couture lut une Dif
fertation fur les occupations
journalieres des Romains &
autres Anciens qui avoienuméep
né une vie privée , & aprés qu'il
cut raffuré fon Auditoire fur la
crainte qu'il pouvoit avoir qu'-
une pareille matiere ne fut pas
fort intereffante
, il dit qu'ibb
eftoit le premier qui traitoit ce
2x74
GALANT 237
fujet & que dans la diftribution
des matières qu'on donnoit chaque
année aux Academiciens ”,
celle dont il s'agit n'avoit point
cfté propofée, ce qui l'avoit engagé
des offrir à la traiter.Il parla
des fix premieres heures des
Romains dans leur vie privée , &
remit le refte de leur journée à
une autre féance. Il remarqua
qu'à la premiere heure , qui doit
efrepregardée comme les fix
heures du matin des François ,
c'eftoit un ufage établi parmy
eux de fe rendre des vifites , &
des slallerb fouhaiter une heureuſe
journée au lever du So228
MERCURE
leil : on paffoit dans cet exerci
ce jufqu'à neuf heures , qu'ils
appelloient leur troifiéme heure
& cleftudellaTconnoiffance.
de cet ufage qu'on tire l'expli
cation de quelques Paffages des
anciens Poëtes , & fur tout de
Virgile & d'Horace qui fans
cela feroient fort difficiles à expliquer
; il cita à ce fujer un Paffage
de Ciceron qui fert à 04
pliquer une circonftance de la
vie de cet Orateur. A la troifié
me heure , qui revient à a nose
neuf heures du matin , ainfi quel
Vous venez de voir , MrCoud
turereprefentales Romains oc
GALANT | 239
cupez à leurs affaires particulicres
à confulter ou à donner des
avis , à foûtenir le droit des Parties
dans les Tribunaux , ou à
deffendre le leur , & au labourage
, ou à l'Agriculture : & en
cet endroit ils étendit fort fur
la moderation & fur la modefte
des anciens Romains qu'on
tiroit fouvent du labourage
pour les élever à la Dictature
ou au commandement des Armées
& des Provinces , & qui
aprés avoir rempli le temps de
leup miffion , reprenoient avec
beaucoup de tranquilité le mê
me exercice d'où on les avoit
240 MERCURE
tirez . Il rapporta en cette occafion
plufieurs faits de l'Hiſtoire
Romaine , qui avoient rapport
au fujet qu'il traittoit & qui fu
rent écoutez avec beaucoup de
plaifir . Un peu avant la ſixiéme
heure qui revient à noftre midy
, les Anciens prénojent leur
refection , d'une maniere tre
frugale dans les premiers temps
de la Republique , & dans les
fiecles , où par l'ignorance dans
laquelle fes Citoyens eftoient
du luxe & de la fumptuoficé ,
elle fut fi floriffante qu'elle devint
bientoft mäiftreffe de toute
la terre. Le repas des Romains
GALANT 241
mains fini , ils ne manquoient
jamais de prendre leur repos /
C'eftoit parmi eux un ulage in
aviolable , & à la fixiéme heure
qui revient parmi nous à la
deuxième , tout eftoit fermé
dans Rome , & il eftoit rare de
trouver
quelqu'un y dans les
rues. Mr l'Abbé Couture finic
ascette fixiéme heure , & dit
fort agreablement qu'il falloit
laiffer dormir les Romains.
Ce difcours plut fort à l'Af
femblée. Le ftile en eftoit pur
& rempli de penfées auffi vives
que brillantes . Mr l'Abbé Bignon
qui le refuma , donna
Avril 1708.
X
1
242 MERCURE
des fort grandes douanges u
L'Auteur , & avoua qu'il avoit
tire d'un fujet , qui, paroiffoit
fort fterile tout ce qu'on en
pouvoit tirer , & tout ce que
la Compagnie en pouvoit at
rendre251 91179b 100A sim
Mr Boivin Sous - Bibliorhequaire
du Roy , parla enſuite ,
illut un Difcours, qui renfermoit
prefque tout ce queibantiquité
a ponfé fur Hemere &
fur Virgile , & il dit qu'aprés
avoir parlé dans une Seance
precedente d'une guerre litreraire
, qui s'éleva entre les Philofophes
du quinziéme ficcle ,
SGADANTI 243
aufujet de Platon & d'Ariftote ,
il avoit eru que la Compagnie
Ecouteroit avec plaifirude que
les Anciens & les Modernes
avoient penfe de Virgiler &
d'Homere. Properce fut le premier
Auteur d'entre les Poetes
qu'il cita' ; il en rapporta qúelques
Vers &quivfailoient aflez
voir ce que cet ancien Poëte
avoit penſé de plus avantageux
do Virgile , qu'il égaloit hardiment
au Prince des Poëtes
Grecs ; il fit paroître enfuite
-Ovide fur la Scene , & il raporta
l'endroit où ce Poëto dir qu'il
eft autant au- deffus de Virgile ,
X ij
244 MERCURE
Italicus &
que celuy ayeft inferieur
Homero il cita enfuite d'aut
tras Poëtes, fçavoir , Mattiada
Claudien , Silius
& plufieurs autres Hbraportaz
aprés avoir parlé des Poëtes , de
témoignage des Orateurs, il
appuya ford fur tout fur celuy
de Ciceron , & il fit voir qu'il
n'eſt pas aifé de juger par les
termes de ce Prince des Oras
teurs , àqqui ildonne da sprefe
rence du Poëte Latin ou du
Poëte Grec , spuifqu'il donne
beaucoup de louanges à l'um&
àd'autreno u sv .
MrBoyvin, en parlant desMoHGALANY
245
#GALAKM
en citant les juge- dernes
mens , qu'ils avoient portczdur
cbs deux anciens Poëtes, com
mença par Ange Politien , qu'il
regarda comme celuy qui avoit
obinmencé àrétablir en Italiede
goût des belles Lettres & de la
Poëfie fur la fin du quinzéme
fiecle. Cet Auteur dont la reput
cation a efté fi grande fe dés
clafa pour Virgile pfdansrum
Ouvrage fait exprés pour évas
blir l'égalité entre de Poëter &
Homere . Les mefures qu'il prit
pour en venir casbour , pout
voient faire reüffir fon deffeine,
puifqu'il commença par affoix
iij
246 MERCURE
blir l'idée avantageufe qu'on
avoit toujours euëi des doux
→Poëmes du Princoides Poëtes
7 Grecs ; il fit une espece de Gristique
, quifit beaucoup de bruit
en Italie , & qui reveilla tous les
-Partifans du Poëte Grécy, &
→ aprés avoir donné à la tepura-
3 tion decetancien Auteur tou-
2 te l'atteinte qu'il pût luy don-
Energ qhoreleva leɔ merité du
Poëte Latin) & iben mit toueres
dos beautez dans le plus
beau jour qu'elles pouvoicht
recevoir. Lafcaris), de celebre
Grec , quil joignoit à l'honneur
qu'il avoit d'eltre né d'une faGALANT
247
do
mille Imperiale, une tres granzdoléradition
, embraffa haureement
lesbinterefts d'un Poëte
qui avoie cant fait d'honneur
afa Nation . H s'éleva contre
¿Politien. Il fit des Vers contre
Auyǝthen fit auffi contre Virgile
, & il fit rendre à Homore
toute la gloire , dont on avoit
entrepris de la degrader ; mais
son falloit beaucoup queda
-cauferdu Poece Grecj für In
aďauffi bonne mains que celle
du Poere Latin ; Lafcaris n'avoitoni
le feus d'imagination ,
mida délicateffe de Politien ; &
comme remarqua fort agrea-
X iiij
248 MERCURT
que
blement Mr Boyvin , &l'on ne
trouvoit rien de meilleur dans
les Picces que Lafearis donnoit
au Public ppoour deffendre la
glote de fon Heros
les morceaux qu'il tiroit de fes
Ouvrages , pour en faire connoître
la beauté. Mr Boyvin
cita plufieurs autres Auteurs ,
tant Poëtes qu'Orateurs , qui
bour
ont pris party pour ou contre
Virgile , ainfi que pour ou con-
• ainfi
tre Homere. Il en rapporta des
Paffages entiers dans leur Lahgue
naturelle , qui plurent fort à
TATemblée. Ilvoulut plufieurs
fois finif fon difcours , parceJOADANT
#49
da
qu'ileftoit fort long , mais Mr
Abbé Bignon ne voulut pas le
Jui permettre, afin de nepasprit
yer l'Aſſemblée de la fuite d'une
Piece remplie d'une fi grande
érudition. Il parut que Mr
Boyvin penchoit à donner la
preference à Homere fur Virgilcesupu
gile puifqu'il fit remarquer
que ceux qui avoient le plus
Joué le Poëte Latin , n'avoient
jamais fait que l'égaler au Poëte
Grec , & qu'ils s'eftoient tenus
à cette égalité , comme au
veritable & feul periode de la
gloire , au lieu que les Partilan
d'Homere luy donnoient toua
&
250 MERCURE
jours une preference éclatante
fur Virgile , & regardoient ce
dernier comme luy chance forc
inferieur. el ob brodsb
Mr l'Abbé Bignon , en rafe
femblant toutes les parties de
cesDifcours , parla avec toute
l'éloquence & la facilité qui luy
font naturelles , & adonna ade
grandes louanges à Mr Boyvin
& aux recherches qu'il avoir
faites , stovint up salem
Mr Danchet , fort connu
par les Pieces de Theâtre qu'il a
données au Public , lur enfuire
une fort belle Differration fut
·les Epoufailles des Anciens &
BOADANM
251
incitas furance fujet plufieurs
fragmens der Poëfie des Anciens
& des Modernes . Hiparla .
d'abord de la Ceremonie qui
repondon
à ce que nous appellons
Françailles
; le détail
qu'ilen fit plut fort à l'Affembléepib
décrivit
enfuite
dans
des stermes
choifis
& propres
au fujet qu'il traitoit
toutes
les
Ceremonies
& les autres
for
malitez
qui fuivoient
les Fiançailles
, & il n'oublia
pas mêmedla
Peinture
des habits
des
Epoux
. Tout
ce qu'il dit fur ce
fujeo cparut
irres-recherché
, &
rempli
d'une grande
érudition
i
252 MERCURE
if examinada
and
4 examina
la nature de l'enga
gement
, que, les,Contragsans
formoient
; les peines qu'ils en
couroient
, lorfqu'ils
le vion
loient
, & leur manere
de vie
vre dans lele temps qui fuivoit
-ce que nos appellons, les Fian
çailles , & qui precedoit les Nor
ces ; la peinture qu'il fit enſuite
de l'habit de la nouvelle ma
rice , & du foin qu'elle prenoit
-de fe cacher fous un voile , fut
tres bien touchée , & lorfqu'il
fut queftion de décrire tous les
momens qui precedent immediatement
le temps, ou le mati
riage s'acheve , l'Autcor
[
сп
ZADANT 233
tqueftion,
nomettant aucune des circonftances
les plus particulières , fit
voir cépendant qu'il avoit une
attention fcrupuleufe qui l'empechoie
de bleffer en rien la
moindre bien-feance . Quelques
Epifodes convenables au
føjet dont il étoit
ornerent beaucoup ce difcours.
Celuy fur tout qui regardoir
l'Hymenée , & lavanture
qui le fit choifir po
Dieu des Mariages , ainfi
grapor de 2911
que
l'augure des Mariages heureux
plût beaucoup . Hymeneus , ditils
étoit un jeune homme d'Athenes
quifut épris d'une grande paf-
9017
pour
le
254 MERCURE
3
fion pour une des perfonnes lesplus
qualifiées de la Villesit connurbienss
toft que l'inegalité de leurs consi
tions de leurs fortunes , efloie
un obftacle infurmontable pour fa
paffion , mais aprés y avoir bien
penfé , il ne taiffa pas de s'embars
querfur la providence de l'amour.
Cette confiance luy réüffit : il trouva
une occafion de délivrer un
grand nombre de filles de qualité
d'Athenes qui voient eſté enlevées
par un peuple ennemi ; mais ilmit
unprix à leur délivrance , ce fut
la libertéd'épouſer la perfonne pour
laquelle ilfentoit depuis long tems
un violent amour. Il délivra les
SOALANM 235
Captives , de vinn « luy - même
Captif par les liens qu'il fe
formaa Depuis ce temps lay on
danna à une divinité qui devoir
preſider aux mariages heureux , le
nom du jeune Athenien. Chaque
ceremonie du mariage avoit auffi
fa divinité particuliere, al trup
Mr Danchet parla auſſi des
Choeurs d'allegreffe chantez
par des jeunes garçons & par
des jeunes filles en conduifant
les Epoux au lit Nuptial jo bymen
bymen jo , &c.
endencélibat étoit un mérat
honteux parmy les Romains
comme parmy les Juifs ; mais
256 MERCURE
la honte qui y eftoit attachée
procedoit de differens motifs ,
puifque parmy les Juifs on ne
regardoit la fterilité où le genre
de vie auquel elles étoient attachées
que parceque les familles
où cela fe rencontroit
étoient privées de l'efperance
de voir fortir un jour le Meffie
de leur fein , au lieu que parmi
les Romains les familles où l'on
embraffoit par choix le célibat
étoient regardées comme inu!
tiles à la République , & par confequent
indignes d'aucune confideration
; & fi on excepte les
Veftales dont la profeffion
"
GALANT 257
étoit tres honorable parmy les
Anciens , & qui joüiffoient de
tres - grands Privileges , ainfi
que je l'ay fait voir dans l'extrait
d'une differtation de Mr
' Abbé Nadal , que l'on trouve
dans une de mes dernieres lettres
, & que Mr Danchet cita
fans nommer l'Auteur , l'état
du célibat eftoit dans un grand
-mépris chez les Anciens ; ils
avoient même pouffé fi loin les
Privileges du mariage & de
ceux qui s'y engageoient , qu'ils
impofoient des peinesà ceuxqui
y renonçoient du nombre def
quelles étoient celles d'aller
·Avril 1708 .
Y
(258 MERCURE
22
nuds pieds nou zde découvrir
quelques parties du corps Acetoits
fans doute ,b remarqua
Mr Danchets qui répandit
beaucoup d'enjouement dans
cet endroit de fon difcours pour
dédommager ceux que leur
eftat engageoit dans les mariages
, des peines & des difgra-
Fces qu'ils y devoient effuyer ,
" qu'on avoit pour cux de granaides
diftinctions & d'exceffives
complaifances
comme c'étoit
• auffi pour temperer le bonheur
de ceux qui y avoient renoncé,
qu'on mêloit dans la douceur
& dans la tranquillité de lepr
«Пуст ,
BGALANT 8259
zivie quelques humiliations. Mr
'Abbé Bignon aprésplavoir
sloüéférudition & la delicateffe
sidu difcours de Mr Danchet ,
etermina l'Affemblée , en lui difant
que le plaifir que l'on avoit
pris à l'écouter , quoyquel heure
fut pallée , faifoit fon Eloge.
ET Le lendemain l'Academie
Royale des Sciences cint auffi
Ta féance publique d'aprés Palques
. Mr Abbé de Lourbis
¹ qui y prefidoir , en fit l'ouver-
Ture & parla de la difference
quife trouve entre les Aſſem •
blées publiques & les particuulieres
, qui confifte en ce que
260 MERCURE
dans les premieres il n'y a aus
cune difpute comme dans les
autres. Il ¿diu enfuite que Mr
Dodares eſtant mort pewldq
jours avant la féance publique
d'aprés la Saint Martin , leSecrétaire
, quelque facilité qu'al
cuſt à travailler , n'avoit paslou
le temps de faire fon réloge!
parce que cet éloge devant plus
confifter en faits qu'en penfees
& en fentimens il avoit befoin
de tems pour chercher des Memoires.
Il dit enfuite que Mr
l'Abbé Bignon ( qui eftoitpra
fent ) avoit ébauché cet éloge
par tout ce qu'il avoid dit à la
GALANT 261
gloire de ce fçavant homme ,
& I que ce que fon coeur luy
avoit alors fourny , pouvoit
paffer pour un beau Panegyria
que du Doffunt, el va abaj
-Mr de Fontenelles Secretaite
de l'Academie , ut enfuite
L'éloge de Mr Denis Dodart
Parifien , & fils de Jean Dodart
Bourgeois de Paris , & qui mit
toute fon application à bien
faire élever fon fils. Ses foins
ne furent pas perdus . Dés l'âge
de quinze ans Mr Dodart don
naqdes marques d'une grande
fageffe & d'une habileté prémanuréob
Mr Batin s'en explique
262 MERCURE
dans plufieurs de fes Lettres
d'une maniere avantageuſe ,lla
premiere où il parle du jeune
Ecolier de Medeeme eft celle
où il mande à ſon Amy quete
jeune Candidat a pris le degré
de Bachelier. Il rend dans cette
Lettre un témoignage avanta
geux à fa fageffe & à fon étu
a
dition , & il prédit à fon Amy
que le jeune Dodare fera un
jour un des plus habiles Mede
cins de Paris. Il parut depuis
que Mr Patin ne le perdit plus
de vue , il rend compte à fon
Amy de tous les progrés qu'il
faifoit dans fon Art & Alen
#GALANT 263
parle dans les termes dont les
plus fçavans parlent ordinairement
ceuxqui
s'attachent
ux Sciences & qui les cultivent
avec fuccés. nol é abacon li úg
Mr de Fontenelles parla enfuise
des engagemens qu'on you,
Jur faire prendre à Mr Dodart, a
la Cour & dans l'Eglife , & qu'il
refuſa avec beaucoup de mo
delte , ne pouvant fe refoudre
àabandonner fa chere folitude ,
Il fut cependant obligé dans la
fuite d'accepter la qualité de
Medecin de Meffieurs les Princes
de Conti ; qualité , pourfuivit
Mr de Fontenelles , qui ne
264 MERCURE
Juy fervit qu'à faire voir fapre
bité & fon defiurereffement.Le
goult que Mr Dodaro avojc
pour la folitude & les charmes
qu'il y trouvoit , luy donnerent
les moyens de devenir un des
plus habiles hommes de fon
Liccle , il y étudia la pature avec
tranquilité , & il là ſuivic pendant
plus de trenteannées d'ex
periences , fans aucun relâche ,
& c'est ce qui luy fit faire tant
de belles découvertes fur la
tranfpiration dont Sanctorius
a le premier parlé avec tant de
précifion. Mr Dodart , ajour
Mr de Fontenelles , eftoit ext
sucellent
GALANT 265
cellent Phyficien , & s'il avoit
penetré tous les fecrets de la
Philofophic , il en avoit auffi
pris toutes les maximes . Content
du peu qu'il avoit & vivant
fans ambition , il a travaillé
jufqu'à la fin de la vie
avec une application fans relâche
; il avoit fait un Siſteme entier
de Phyfique , & il avoit
commencé un Traité de la Mufique
que la mort l'a empêché
d'achever. Mr de Fontenelles
dit auffique Mr Dodart n'avoit
épargné ni foins , ni argent
pour faire de nouvelles découvertes
, & que pour le bien du
Avril 1708 . Z
266 MERCURZ
A
Public , il les avoit communi
quées avec autant de facilité p
qu'il avoit eu de peine à les
faire. Il ajouta que voulant fçavoir
l'effet que la nourriture
maigre & la viande faifoit fur
le corps humain , il s'eftoit fait
pefer le matin du Mercredy
des Cendres , & que s'eftant
encore fait pefer le foir du dernier
Samedy de Carefme , il
avoit trouvé qu'il pefoit huit
livres de moins qu'au commencement
du Carefme ; &
que s'eftant fait pefer de nouveau
, le premier Jeudy d'aprés
Pafques , il pefoit quatre livres
**
GALANT 267
de plus que la derniere fois
qu'il s'cftoit fait pefer : de maniere
qu'en cinq jours fon poids
avoit augmenté de la moitié
des huit livres , dont il eftoit
diminué en fix femaines . Mr de
Fontenelles
, en parlant des
Amis de Mr Dodard , noublia
pas Mr le Clerc Medecin
de Geneve , frere de l'illuftre
Mr le Clerc d'Hollande. Il fit
les qualitez du coeur.
voir que
de Mr.
Dodart
ne le cedoient
pas à celles
de
fon
efprit
.
Il finit
1 Eloge
, de ce fa-.
meux
Medecin
, par la pein
rure
qu'il
fit de fes moeurs
&
Zij
#
268
MERCURE
a
Money Sim
de fon coeur ; il loua fort fur
tout fa charité & les moyens
ingenieux qu'il employoit pour
la mettre en oeuvre. Madame
la Princeffe de Conty Douairiere
, à laquelle il eftoit attaché
, fit voir qu'elle connoiſſoit
bien fon merite , & la perte
qu'elle faifoit , puifqu'on luy
vit répandre des larmes , lors
qu'on luy aprit fa mort . Ellearriva
, cette mort , ajouta Mrde
Fontenelles dans une conjonc
ture heureufe, pour MrDodard,
puifque le peu de temps qui reftoit
juſqu'à la Sceance pubique,
n'ayant pû fuffire pour raflem
bler
ALANT
269
Memoires neceffaires
209vom z
pour compoſer fon Eloge , Mr
l'Abbé Bignon y fupplea abon,
damment
, par ce qu'il dift f
le champ , dans cette Sceance
à l'occafion de la perte que l'Academie
venoit de faire ; honneur
qu'aucun Academicien
n'avoit encore reçû.
Mr l'Abbé de Louvois en
refumant le difcours de Mr de
Fontenelles , ajouta encore quelques
traits à la gloire de l'il
traits
luftre mort.
I
Mr Vieuffens , Medecin del
Mr le Cardinal de Janfon , de
la Faculté de Montpellier
,
Z iij
270 MERCURE
Membre de l'Academie des
Sciences , Agregé auffi à la Societé
Royale de Londres , lut
une Differtation fur la nature
du fang . Il parla fur cette matiere
en Maître & en homme
qui la poffede bien. Il a en effet
l'avantage d'y avoir fait de
nouvelles découvertes , comme
on le peut voir dans l'excellent
Livre qu'il a compoſe ſur la
Structure des vaiffeaux du corps
humain , & dont tous les Journaux
ont parlé avec éloge . Mr
Vieuffens parla de quatre fortes
de temperamens , aufquefs
il en fubordonna plufieurs auGALANT
271
tres inferieurs ; mais il propofa
en même temps une opinion
que Mr l'Abbé de Louvois luy
fit tres bien remarquer enfuite
qui pourroit trouver des Adverlaires
; ce que Mr Vieuf
fens dit fur les qualitez differentes
du fang ; fur la Filtration
, Coagulation , exferveffence
, & fur tous les accidens
qui peuvent en troubler
le cours , fut tres curieux . Mr
Abbé de Louvois , en refumant
ce difcours , felicita Mr
Vieuffens , fur le plaifir qu'il
avoit eu de parler pour la premiere
fois , dans une Acader
Z iiij
272 MERCURE .
mic dont il eftoit devenu
Membre ; & qui aprés avoir
fouhaité long- temps &q Has
voir même envié à une Nat
tion étrangere , qui l'avoit pof
fedé & fe l'étoit voulu appro
prier , l'avoit enfin reçû d'une
main refpectable. Il parloit de
Mr le Chancelier
, qui a fait recevoir
Mr Vicuffens dans l'A
cademic. bbla ansi
Mr.Lemery le fils lut enfuite
un difcours de Mr Hom
berg fur les vents . Il en expli
quoit la nature & les differens
effers . Et cette differtation
peut
paffer pour une hiftoire natu
IGALANM 273
A
relle de ces Meteores pour di
verfes Regions il parla des
teinpoftes & des ouragans , des
Marées & des Courans , & de
leurs differenfes dans les diverfos
contrées de la terre. Les remarques
de Mr Homberg peuvent
beaucoup fervir à ceux qui
naviguent dans les Indes Occidentales,
& aux Phyficiens pour
leur aider à découvrir les veri
tables caufes des vents tant generales
que particulieres. Ce
qu'il dit des vents alizez , fuc
tres curieux & fut écouté
avec beaucoup de plaifir de
toute l'Allemblée , & l'on re
274 MERCURE
marqua aiſément qu'il sh'y al
qu'une longue étude de la Phy
fique foutenue d'une longue
experience qui puiffe donner de
fi fûres lumieres fur des Meteores
dont la caufe eft fi obfcure
pour ne pas dire fi igno
gnorée de la plus grande partic
des Philofophes. Mr Homberg
rapporta dans fa differtation
les fentimens de plufieurs Phys
ficiens qui ont traité cette matiere
, & qui femblent l'avoir
épuifée , & il fit voir qu'ils
avoient laiffé beaucoup de cho
fes à dire , foit parce qu'ils les
avoient crû inutiles , quoi qu'el
GALANT 275
J
les fuffent tres-importantes ,foit
parce qu'ils n'avoient pû en
donner de folides explications.
L'Auteur de cette differtation
reçût de grands applaudiffemens
, & Mr l'Abbé de Louvois
qui en raporta la ſubſtan
ce en peu de mots aprés avoir
loué Mr Homberg fur l'érudition
de fon difcours & fur fon
application infatigable aux dé
couvertes de la Phyfique , dift
qu'on ne pouvoit mieux défi-,
nir la nature & les proprietez
des vents qu'il l'avoit fait , &
que ce qu'il avoit dit fur tout
des vents alizez avoit été écou
276 MERCURE
té avec beaucoup de plaifir
mais qu'il devoit prendre gar
de qu'un coup del ces avents
ne le reportaſt dans fa Patrie p
d'où la France l'a tiré . Il parloit
de Batavia , Capitale des
Etats que poffedent les Holan
dois en Amerique , où M??
Homberg eft né ) parceque
l'Academie y perdroit trop . 33
Mr Maupi parla aprés Mr
Lemery , fur le mouvement
des Planetes . Il fit un détail des
differens Syftemes de Prolo
mée,de Copernic & de Kepler ;
ce qu'il dit fur ce dernier &
fur l'Eclypfe dont il parle dans
*
GALANT 277
fes ouvrages , parut tres recherche.
Hodicqqu'en differentes
faifons de l'année la diftance
qui eft entre le Pole & l'Etoile
Polaire varioit , & que cette variation
eft celle que le mouvement
de la terre doit produire;
ce qui fert à réfoudre une dif
ficulté qu'on fait contre le Syftême
de Copernic, qui doit fupofer
que l'axe de la Terre fait
voir une efpece de Cilindre par
ſon mouvement annuel , qui
prolongé juſqu'auCiel des Etoiles
fixes , y trace par la Baze une
circonferences circulaire . Mr
Caffini & les plus habiles Aftro278
MERCURE
nomes foutiennent que les va
riations de diſtance de l'Etoile
Polaire & du Pole ne font
n
point telles qu'elles devroient
eftre , puifque le mouvement
de la terre fuppofé , les Etoiles .
fixes pouvoient bien tourner
fur leur centre , puifque le So
leil qui en eft une , tourne fur le
fien , & que quelques-unes peuvent
avoir des Hemispheres
inégalement lumineux. Mr
Maupi fit plufieurs autres remarques
de la plus fubrile Aftronomie
, mais dont il eft im
poffible de rien extraire lans raporter
les Figures qui fervent à
ONDANY 279
a
les expliquer . Ce difcours fut
tres aplaudi par ceux à qui cette
ference eft connue , & ce que
Mr l'Abbé de Louvois dit à
l'Auteur , en le réfumant , a dû
le flatter agréablement . Il eft
en effet affez rare de voir qu'un
homme auffi jeune que Mr
Maupi ait d'auffi grandes connoiffances
des ſciences les plus
abftraites , & les moins à la portée
du commun des hommes.
- "L'Affemblée finit alors , quoy
que l'heure n'eut pas encore
fonné , parce qu'il ne reftoit pas
affez de tems pour lire un autre
difcours que Mr l'Abbé de
280 MERCURE
Louvois annonça , & qui regardoit
une matiere fort intereffante.
Ce que cet Abbé diften
cette occafion fur le peu
de
temps qui reftoit , parut tresingenieux
, & l'Affemblée fortit
fort fatisfaite du Preſident ,
& de tous ceux qui avoient
parlé.
La Mufique tenant un rang
confiderable entre les Sciences
& les Arts , je crois devoir ajouter
à ce que je vous en viens
de dire , la Chanfon fuivante.
GALANT 281
THEQUE
BIBLIO
?
LYON
#
1893
TELA VINA
ect
loy
us
le
:e
280 MERCURE
Louvain
doit
fante.
cette
temps
ingen
tit for
& de
parlé.
La
confic .
& les t
ter
à
de
dir
"His HH LOW . Bu
THE TIME
#
GALANT 281
AIR NOUVEAU.
no flib oddAbo gmped pined .
De ces Coffeauxfleuris , que l'afpeét
eft charmant ,
Mais fur tout qu'ils ont dequoy
plaire
Pour un fidelle Amant
Quand ily revoit fa Bergere,
L'Article qui fuit eft plus
ferieux , & je ne doute point.
qu'il ne vous faffe beaucoup de
plaifir.
Les Députez des trois Ordres
des Etats de la Province
d'Artois , curent audiance du
Roy le 18. de ce mois . Ils fu-
Avril 1708.
Aa
282 MERCURE
rent prefentez par Mr le Duc
d'Elbeuf Gouverneur de Picardie
, Artois , & Hainault , &
par Mr le Marquis de Cany ,
Secretaire d'Etat. Ils eftoient
conduits par Mr le Marquis de
Dreux , Grand Maître des Céremonies
, & par Mr des Granges
, Maître des Ceremonies .
La parole fut portée par Mr
de Gouy de Cartigny , Abbé
de l'Abbaye de Saint Jean au
Mont , Docteur de Sorbonne ,
& Grand- Vicaire du Dioceſe
d'Ypres ; Mr Baron d'Euclem ,
Comte de Rumbec , eftoit Député
de la Nobleffe , & Mr
GALANT 283
Caudron Echevin de la ville
d'Arras , eftoit Deputé, pour le
Tiers Etat , cord , sibis
cyle
Difcours
qui
fut
prononcé
par
Mr
l'Abbé
de
Gouy
.
SIRE ,
3
Les Etats de voftre Province
d'Artois , viennent rendre à Voſtre
Majefté leurs tres- humbles hommages
, & l'affuter de leurfoumiffion
, de leur fidelité inviolable
, de leur zele ardent pour fon
fervice, & de leur rendreffe ref
A a ij
284 MERCURE
pectueufe pourfa Perfonne facrées
Heureux d'être gouvernez par un
Prince , fous l'empire duquel 2
bicnn mieux que dans les temps
les plus floriffans de l'ancienne
Rome , on trouve une parfaite
liberté dans uneparfaite obeiſſances
Ils fentent qu'ils ont en vous
un Monarque bienfaifant , liberal
, fidele dans ſes promeffes , inflexible
contre l'injustice
équitable , veritablement pere
&
de fes Peuples ,
ce
droit
toujours Maice
tre de luy - même : Un Prinde
qui l'on peut dire २
que Saint Ambroise difoit d'un
grand Empereur : que ſi ſon aure
IGALANT 285
torité fuprême le faifoit craindre,
fa bonté tendre pour fes
Sujets , le faifoit aimer ; que la
compaſſion & l'humanité formoient
le caractere de fon
coeur ; & que le bonheur de
ceux qui luy eſtoient foumis ,
eftoit l'unique objet de fa grandeur
& de fa puiſſance.
Mais , SIRE , toutes ces vertus
, dont les fiecles paffez ne nous
ont fait voir que des ébauches dans
plufieurs grands Princes ; ces vertus
vrayement Royales , qui vous
onte rendu les delices de voſtre
Peuple la terreur de vos Ennemis
, ne pouvoient eſtre par286
MERCURE
faites , que
e dans un Roy Chré
tien , nous les voyons heu
reufement accomplies dans V. M.
par cette pieté folide , dont Elle
nous donne un fi grand & fi par
fait exemple.
Eh quel fruit n'en a point reffenty
l'Eglife ? Digne Fils- aîné
de cette Sainte Mere , c'eſt
voftre zele pour l'extirpation de
l'herefie , à vostre fermeté contre
les nouveautez, à ce foin que vous
avez pris d'étouffer le Schifme ,
dés fa naiffance , & jufqu'à la
racine , à ces faints Edits , donnez
contre l'erreur & contre le crime,
que nous devons le rétabliſſement
BALANTM 287
du culte de Dieu dans fa fplendeur
, la reünion de nos freres
dans le même troupeau , fous
le mefme Paſteur , ∞ cette par-"
faite tranquilité , que nous avons
la confolation
de voir dans l'Eglife
, au milieu mesme du tumulte
des mouvemens de la
Guerre
7
C'eft ce qui fait , SIRE , que
l'Eglife s'intereffe fi vivement à
vostre confervatione à vostre
gloire , & que nos Temples rerentiffent
des voeux , que nous ne
ceffons point de faire pour voftre
profperité ; c'est ce qui a attiré
fur vous toutes les faveurs , dont
288 MERCURE
1
Dieu , Protecteur des Princes juf
tes , a beny voſtre Regne . Die
Pour éprouver votre coeur !
& le faire mieux connoître à tout
l'Univers , le Seigneur a voulu ,
aprés une longue fuite de victoi
res , vous faire paffer par quel
ques adverfitez ; mais elles ont
ferry à nous faire découvrir en
vous , un nouveau genre de ver
2
Nous avions vu dans V. M.
une grandeur fans oftentation ,
une moderation fans foibleffe , un
abord gracieux , une pente naturelle
à pardonner , une facilité à
facrifier vos propres interefts , pour
donner
FGALANT 289
donner la Paix à vos Peuples
, lors même que vous eftiez
2 en estat de donner la loy à toute
Europe conjurée contre vous ,
une infinité d'autres grandes vertus.
-s Mais nous n'avions point eu
soccafion d'admirer cette égalité d'a
me qu'aucune crainte ne peut troubler
, cette fermeté dans des évenemens
imprévus , cette activité à
prendre dans le moment le party le
plusfür, & ce qui vous rend encore
plus grand , cette humble foûmiffion
aux ordres de la Providence ,
• que Dieu a récompensée auſſi-soft
par de nouvelles profperitez.
Avril 1708 .
?
Bb
290 MERCURE
En effet , n'avons- nous pas vu
en peu de temps la naissance de
deux Princes affurer dans votre
Augufte Maifon , la pellefion des ap
deux plus grandes Monarchies de
PEurope ? gapildo flo , 9134
La Campagne s'ouvre ER FX- ESpagne
par une victoire complete &
par la reduction de deux Royaumcs,
& elle s'y termine par la pri-
Je d'une Place , dont la conquefte
fait efperer de voir bientoft
toutes les Espagnes réunies fous
l'autorité du Roy voftre petit-fils.
En Alface vos Troupes paffent
le Rhin , cette famenfe riviere ,
qui mit des bornes aux conqueftes
GALANT 291
des Cefars , & qui a tant de fois
fervi de paffage aux les voftres.
Elles ont forcer des re des retranchemens
qui paroissient inacce inacceffibles.
One Armée qui s'y croyoit enfureté
, eft obligée de chercherfon falut
dans la fuite , cette heureuſe
" xpedition jette la terreur dans touxp
te l'Allemagne.
-En Flandre , voftre Armée
étonne d'abord l'Ennemy par une
Amarche prompte & audacieuse.
Elle luy donne la loy pendant la
Campagne, & le combat luy ayant
efte plufieurs fois offert , il l'a toud
jours evité
Qn tâche d'un autre côté de
Bb
ij
292 MERCURE
Jurprendre un Port , qui fait la
fureté de plufieurs Provinces ; tout
48091970
NOTATIMA STON
promettre aux ennemis un
Nolds from 9NOU
13
Semble
pro
heureux
fucces
; mais
par
une
retraite
précipitée
, on
est
bien
- toft
obligé
de
reconnoiftre
qu'on
rente
rosy
en
vain
d'entamer
un
Royaume
en
vain
269
19
ZHON
plus
fort
par
l'amour
des
peuples
pour
leur
Roy
, que
par
la difpofition
de
fes
Places
&
de
fes
Frontieres
,
ad
more
at
motllim
En
tout
cela
, SIRE
, nous
reconnoiffons
cet
efprit
fuperieur
,
cet
efprit
fait
pour
regner
,
que
Dieu
pour
noftre
bonheur
, a confirmé
dans
V.
M.
comme
autrefois
dans
David
, ce Prince
formé
felon
GALANT 293
fon coeur ; c'est ce qui fait nojire
Aurete auffs bien que le fujet de
fûreté29
noftre admiration , & de noftre dé
vouement abfolu . Malheureux de
ZIMIANS
-97.9mm rod a
3/01-0310
etat
voir que nos forces ne répondent
point a nosfentimens , & que l'érat
ou noftre Province fe trouve , ne
nous permet pas deJatisfaire no-
29,944 290 % V
qui
tre coeur
n'a d'autre paffion
que de prévenir en tout les defirs
de V.M. d'executer avec foumiffion
les ordres qu'il luy plaira
de donner à fes tres fideles & treszelez
Sujets de la Province d'Ar-
990
tois.
-100
210 Ce difcours reçut de grands
applaudiffemens de tous ceux
Bb
iij
294 MERCURE
qui le purent entendre , & les & yles
Députez ne furent pas moins
charmez de la réponſe que Sa
Majefté leur fit , que de la mas
niere obligeante dont ce Monarque
accompagne, tourɗce
qui dic , shepard ob eldersbi
Je dois ajoûter icy quel'Ab
baye de Saint Jean Lau Mond
dont Mr de Gouy cft Abbé , fug
fondée par Thierry Roy de
France , en 686. prés de la Ville
Epifcopale de Teroüenne , où
elle a fubfifté jufqu'en l'année
1553. qu'elle fut ruinée en même
temps que cette Ville que
l'Empereur Charlequint pricen
ee temps - là , & qu'il fit enties
rement détruire . L'Evêché fut
divifé en trois Evêchez , qui
font Boulogne , Saint - Omer
4
GILENS 295
>
& Ypres L'Abbaye de S. Jean
fut transferée premierement à
Bailleul en Flandre , & enfuite
2 Ypres en 1999 , wat brujekt
Mr de Gouy Abbé de cette
Abbaye , eft d'une famille con "
fiderable de Picardie , originai
re d'Artois , & elle eft alliée à
plufieurs des principales Maia
fons de cette Province Je vous
ay parle de cette famille dans
ma Lettre de Juin de 1688. dans
l'Article de la mort dupere de
cer Abbé, ophef and dur & olla
A
Meffieurs du Parlement ayant
recommencé leurs féances d'au
prés Pafques , ont fait les Meri
curiales accoutumées . Toures
les Chambres de cet augufte
Corps fçavoir , la Tournelle
les cinq Chambres des Enque
Bb iiij
C
EP
296 MERCURE
tes , & les deux des Requeſtes
s'affemblerent dans la Grand'a
Chambre , Mr le Procureur Geǝ
neraleyi parla avec d'éloquence
& la dignité qui l'ont fait fifou
vent admirer , lorfqu'il remplif
foit la Charge de premier Avo
cat General ; il parlandes dep
voirs de la Magistrature ) en
homme bien penetre de l'ime!
portance & de la neceffité de
ces devoirs. Il s'étendit beau
coup fur
l'attention qu'un Juge
doit avoir dans l'examen des
Caufes fur lesquelles il doit prot
noncer ; fur les lumieres dont ill
doit remplir fon efprit avanc
d'enter dans une carriered ou
tous les pas qu'il fera doivent
decider des interefts du publiep
Ce difcours reçut de grands ap
EQADANT 297
plaudiffemens ; on y admira la
nobleffe des penfées , & la delis
cateffes d'expreffion , qu'on a
toûjours trouvées dans les dife
cours de te grand Magiftrat. 8
Mrle premier Prefident parla
enfuites avec autant de force
que debdignité. Tout ce qu'il
dit fur la force des Loixb & fur
la néceffité de les obferver , parut
fort delicat ; ce digne Chef
de la Juſtice s'étendit fur les
devoirs des Juges , & fur la cone
folation qu'ils doivent fentir au
fonds de leur coeur , lorſqu'ils
les rempliffent avec exactitude :
ce qui fit connoître à toute l'Al
femblée que ce grand Magiftrat
eftoit tres- penetré de tout cel
qu'il difoit , & que perfonne ne
connoift mieux que luy lesbim
298 MERCURS
porcans devoirs de la Magiftra
ture , & ne sy affujettit avecs
plus d'exactitude. Ces difcours!
fut aufli tres applaudi , & Mrile
premier Prefidend ne reçue pas
moins d'éloges en cette occafion
qu'il en a reçu dans toutes celles
où il a parlé de puis qu'il eft à la
tefte du Parlement. ub gms
Mre Anne Jacques de Bullion!
Marquis de Fervaques , Colonch
du Regiment de Piémont as
épousé Dame N... de Gigault
Bellefonds , fille de feu Louis
Chriftophe de Gigault Marg
Is de
Bellefonus
, & de Ma
rie Olympe de la Porte , Demon
felle de Mayenne , troifiéme fil-1
le d'Armand Charles de la Pors
te Duc de Mazarin , & d'Hora
tenfe Mancini- Mazarini ; niece!
BALANT 1
TREQUE
SOON
DELA
VILLE
& heritiere du feu Cardinal 3-
zarin. La nouuelle Marquile d
Forvaques eft petite fille de Ber.
nardin de Gigault , Marquis de
Bellefonds fair Maréchal dey
France en 1668 & mort en 1694.
Jean Claude de Bullion , Marquis
de Bonnelles , Mestre de
Camp du Regiment Royal de
Piémont , Brigadier des Armées
du Roy , & Lieutenant general
au Gouvernement d'Orleanois ,
mort il y a deux ans après s'eftre
fort diftingué dans les Campa
gnes d'Italie 3 eftoit frere aîné
de Mrde Marquis de Fervaques.
Il est auffi frere d'Anne - Marie-
Marguerite , Ducheffe d'Uzés ,
& d'Elifabeth- Anne- Antoinet
ter, Princeffe de Talmont ; ces
Marquis a deux foeurs Religieu*
300
MERCURE

fes , & un frere Abbe left fils
de Charles Denis , Seigneur de
Bonnelles , Bullion , les Bordes
Montlouet , Efclimone , Preure,
& c . Baronside Thiembrune
Marquis de Gallardon , Ferva
ques , & c . Confeiller du Roy en
fes Confeils , Prevoſt de la Vlle ,
Prevofté & Vicomte de Paris
Gouverneur des Provinces dů
Maine , Perche & Comté de Laval
, & d'Anne Rouillé , fille de
Jean Rouillé , Confeiller d'Etat
ordinaire , & de Marie de Co
mans d'Aftrie, Mrile Marquis
de Bullion eft le troifiéme fils de
Noël de Bullion , Marquis de
Gallardon , Seigneur de Bonnelles
, Conſeiller d'Honneur
au Parlement de Paris Secre
taire & Intendant des Ordres
als
GALANT 301.
du Roy, & de Charlotte de Prié ,
foeur de Me la Maréchale de la
Mottes & fille aînée de Louis
de Prié , Marquis de Toucy , &
de Françoiſe de S. Gelais - Lufignan.
Ses freres aînez eftoient
Armand - Claude de Bullion
Marquis de Gallardono Seigneur
de Bonnelles , & premier
Ecuyer de la grande Ecurie
mort fans alliance en 1671. &
Alphonfe - Noël , Marquis de
Fervaques , Capitaine Lieute
pant des Chevaux- Legers de la
Reine , Governeur des Pays &
Comté du Maine , Laval & Perche
, mort auffi fans alliance en
1698. Noël de Bullion fils aîné
du Surintendant , reftoitsfrere
de François , Marquis de Montlouet
, premier Ecuyer de la
A
302
MERCURE
FI
morten la grande
Ecurie
1671. & qui a laiffe des enfans
dev Loüife Rouault
Dame de
Thiembranes
éſtoit auf ftere
de Pierre , Abbé de S. Faron
de Meaux , de Claude , Seigneur
de Longchefne
, pere de Mrs les
Marquise
d'Attilly
& de Longchefne
, & de Marie ; femme de
Mr de Pompone
de Bellievre
2 .
du nom , premier
Prefident
du
Parlement
de Paris. Henry de
Bullion
, dit le Capitaine
, frere
du Surintendant
, fat pere d'un
autre Henry , Confeiller
en la
Grand'Chambre
, & ayeal de
Mre Jean- Louis de Bullion
,
Comte de Fontaine
, & Confeiller
aux Requeſtes
du Palaiso
و ت ا
Mre Pierre Armand Marquis
de Gaffion , & connu aupara:
GALANT
303
vant fous le nom de Vicomte
de
Montboyers; a épousé Dile
Fleuriau -
d'Armenonville
N.
fille
deMrd'ArmenonvilleConfeiller
d'Etat , & , niece de Mr
l'Evêqued Orleans . Cette Dame
eſt auſſi couſine germaine de Mr
Je Premier President , dont la
mere eftoit foeur de Mr d'Armenonville.
Gallion e Mr le Marquis
de
$ fils de Me Pierre
Marquis de Gaffion Preſident à
Mortier au Parlement de Navarre
, & Confeiller d'Etat
par
Lettres Patentes du 30. Janvier
1664 & de Dame Magdeleine
Colbert du Terron filie de N ..
Colbert du Terron Marquis de
Bourbonne Confeiller d'Etat ,
& de Magdeleine Hennequin .
Mr le Marquis de Gallion avoit
P
304 MERCURE
deux freres ainez qui ont eſté
tuez , fçavoir Charles Marquis
de Gaffion , Capitaine Lieu
tenant des Gendarmes de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne &
Brigadier des Armées du Roy,
qui mourut des bleffures qu'il
reçût à la journée d'Hochf
tet en 1704. & Jean Chevalier
de Gaffion qui fut tué un mois
auparavant dans un party ; Mr
de Gaffion à encore un frere
& deux foeurs Henry Baron
-de: Camous Françoiſe mariée
avec Jean Armand , Marquis
de Monnein Gouverneur du
Païs de Soule , & grand Senéchal
de Navarre & Marie de
Gaffion qui eft une tres - belle
perfonne.
Mr le Prefident de Gaffion
1
GALANT 305
eft frere de feu Theophile ,
Comte de Gaffion Lieutenant
aux Gardes , puis Capitaine de
Chevaux Legers mort en
Bearn ; d'Henry Comte de Gaffion
Brigadier des Armées du
Roy & Enfeigne des Gardes
du Corps ; tué à la Bataille de
Nerwinde en 1693 : de Jean connu
d'abord fous le nom de Cheválier
de Gaffion , & aujourd'huy
fous celuy du Comte de
Gallion , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur
de Mezieres , cy devant
Lieutenant des Gardes du
Corps de Sa Majesté, & qui a eu
l'honneur de commander des

Corps féparez de Marie de
Gaffion épouse de Mr le Marquis
d'Amou , Lieutenant Ge-
Avril 1708
. CC
306 MERCURE
neral au gouvernement de
Guyenne de Magdeleine de
Gallion mariée à Mr de Montr
lezun Marquis de S. Lary de
Jeanne Mariée à Mre Anthonin
Marquis du Pont , Premier Prefident
de la Chambre des Comptes
de Navarre , & d'Either,
époufe de Henry Marquis de
Poudenx , Brigadier des Armées
du Roy , freres de Mr l'Evêque
de Marfeille. Ils font tous for
tis du mariage de Jean si du nom
Marquis de Gaffion , Procureur
general ,puis Prefident à Mortier
au Parlement de Navarre, Confeiller
d'Etat & Intendant de
Juftice en Bearn , & de Marie de
Befiade , fille de Pierre de Befia .
de & foeur du Marquis d'Avaray
grand Bailly d'Orleans . Jean $
GALANTM 307
A
troifiéme étoit frere aîné de
Jean de Gaffion Maréchal de
France qui finit une vie memo-
Table par quantités d'actions
éclatantes au Siége de Lens en
1647Zou il fut tué . © La maiſon
de Gaffion defcend d'Arnaud
de Gaffion qui vivoit en 1346 .
Je reviens ce qui regarde
le nouvel Epoux , & la nouvel
le Epoufe . Elle a tout ce qu'il
faut pour plaire , & ils ont lieu
d'eftre fatisfaits l'un de l'autre.
Ce mariage a efté fort glorieux
? MP de Gaffion , & a fait võit
qu'il merite juftement le furnom
d'honnefte - homme qui luy a
efté donné depuis long- temps.
ele
Après la ceremonie des Epoufailles
qui furent faites à Paris ,
toute l'illuftre Affemblée qui y
Cc ij
308 MERCURE
avoit affifté , alla à la belle maifon
de la Muettes , où elle für
fplendidement regalée par Mr
d'Armenonville. BA ' 29
Il me reste à vous parler de
quelques autres Mariages arrê
tez entre des perfonnes du pre.
mier rang , mais dont je crois
ne vous devoir entretenir qu'a
prés que l'amour aura tiré le
Rideau fur les futurs Epoux,
Cet article me fait fouvenir
que Mr l'Abbé de Noailles a
vient de quitter le party qui
engage à un perpetuel célibar, &
qu'ainfi il pourroit bien un jour
entrer dans un Sacrement don't
l'Etat tire de grandes utilitez
& felon toutes les apparences .
il ne fera pas long temps fans
fervir le Roy , & fans expolers
1
GALANT 309
ſon ſang pour le bien & pour la
gloire de fa patrie , puifque auffitoft
après avoir fait fes Exercices
à l'Academieil entrera
dans les
Moufquetaires,
>
Mr le Cardinal de Noailles
fon onclegra donné le Canonicat
de l'Eglife de Paris dont
cer Abbé jouiffoit , à Mr P'Abbé
de Gontaut , qui a eu depuis
prés d'une année dans la même
Eglife la dignité de Chantre,
par la demiffion de Mr l'Abbé
Perrochel, Mr Abbé de Gontaut
eft de la maifon de Biron ,"
&o de las Branche de Gontaut
Cabreres . Je vous en ay amplement
parlé lorfque je vous ay
appris qu'il avoit eu la dignité
de Chantre . Mr l'Abbé de Gontaut
avoit porté les Armes avec
310 MERCURE
beaucoup de réputation avant
d'entrer dans l'état Ecclefiaftiq
que. Ilaefté longtemps Capi
taine de Carabiniers , & ilifer
voit pendant les Campagnes
que Mr leMade Noail
les fit en Catalogne dans la der
niere Guerre. Lorsque l'on
beaucoup d'efprit , on eft pro
pre à toutes fortes d'états ; quoique
Mr de Gontaut n'eut pas
efté destiné à celuy ou il fe trou
ve aujourd'uy engagé , il n'en
remplit pas moins bien les des
voirs. Il est tres - bon Predica?
teur , tres - éclairé , & tres bon
Theologien , & il a exercé fes
grands talens dans les meilleu
res Chaires de Paris . vuol a
La lecture de cet article doit
4
faire remarquer que Mr l'Abbé
GALANT 311
de Gontaut a quitté les Troupes
pour prendre le party de
l'Eglife & que Mr l'Abbé de
Noailles a quitté l'Eglife, pour
entrer dans les Troupes , de
maniere que l'Eglife & l'Etat
ne perdent rien à ce changement
: suphoenou proje
Il eft tems de vous parler de
Faffaire de Neufchaftel , fur la
quelle toute l'Europe a les yeux
ouverts depuis long temps , &
fur la fuite de laquelle ceux qui
aiment le defordre & la confufion
, & qui en tirent des avane
tages avoient beaucoup comp
té , & je dois vous apprendre
dre que la neutralité dont on a
fi fouvent parlé , vient d'eftre
terminée à la Diette des Cantons
proteftans tenuë à Array,
312 MERCORE
& que cette neutralité y a
eſté acceptée de la même maniere
qu'elle avoit esté propo
fée à la Diette de Bade. Je vous
envoye la -deffus une piece qui
doit vous faire beaucoup de
plaifir , puifqu'en matiere de
nouvelles , rien n'en fait davan
tages que les pieces Originales
. C'eft le confentement donné
par Mrs du Canton de Berne
, & remis entre les mains de
Mr le Marquis de Puifieux pour
obtenir de Sa Majefté , la ratification
de cet accommodement
.
NOUS Bourgmaistres , Avoyers
Lademmen & Confeil des Louables
Cantons Evangeliques de la Suiffe
de leurs Alliez a fçavoir de
Zurick , Berne Glaris , Balle ,
Schafoufen,
GALANT 313
Schafoufen , apenfel , Ury Roorden
de la Ville de Saint Gal & Biene :
Ratifions & approuvons unanimement
le Projet fait à Baden en dermier
lieu , par les Députez des treize
Cantons & Alliez du Louable Canton
Helvetique; & Nous requerons
Ple
en mefme temps Son E. M.
Marquis de Puifieux, Ambaßideur
in Suiffe , qu'il luy plaife de l'envoyer
à Sa Majefte , noftre tresgracieux
Seigneur & Confedere ,
en mefme- temps S. E. peut eftre
furée que nous obferve ons , avec
exactitude le contenu en ladite
44
Paix perpetuelle , & aux Alliances
aulli - bien que le Traité de
Neutralte , fait en 1703 ,
Et Nous enparticulier, voyer,
Petit & Grand Confeil du Louable
Canton de Berne , prometions que
Avril 1708, Dd
314 MERCURE 9
712
fis
ceux de Neufchaftel & Valangin,
en qualité de nos Combourgeois ,
en vertu , tant de la Paix per
petuelle que nous avons avec la
France , que de l'alliance de 1663.
dans lesquelles nous les reconnois
fons compris , n'entreprendront rien
directement , ni indirectement contre
la Couronne de France
Eftats ; que l'on ne permettra pas
que pour lefdits Comtez on forme
aucune entreprise contre les Pro
vinces de ladite Couronne : Nous
prions reciproquement Sa Majefté,
qu'Elle veuille bien obferver en tour
& par sout, la Paix perpetuelle
& lefdites Alliances ; & en con
Sequence laiffer jouir ceux de Neufchatel
& Valangin er lieux en dés
pendans , de la liberté du Commerce,
de la tranquilité de la Paix , comGALANT,
315
-me auparavant : & lorsque le Projet
cy - deffus mentionné , & la prefente
Dration , auront efté agréez,
& ratfiez par S. M. T. C. nous
fu/dits des Louables Cantons , C
Alliez , nous nous engagerons
respectivement d'observer , avec fidelité,
tout ce qui y eft contenu ; en
forof dequoy , &c.
3
Comme les mouvemens qui s'étcient
ixcitez, à l'occafion de la fuceeffion
de Neufchatel , font heureufement
appaifez, & que Sa Majeffé
a bien voulu abandonner le
reffentiment qu ' Elle en avoit conçu
Le
Louable
Canton de Berne
pour
entretenir une fincere amitié & un
bon voifinage , comme par le paffe ,
s'eft declare vouloir procurer auprés
de qui il conviendra l'execution
des articles fuivans.
Dd ij
316 MARCURE
Ques Les Troupes qui ont effé
levées dans l'Etat de Neufchatel ,
3pour fa feureté , feront licentiées en
la mefme maniere que celles de
↑ Berne , qui font dans ledit Etat.
La Que de la part de la Ville &
du Comté de Neufchatel , on accorxdera
aux Capitaines du Pays , qui
-font au fervice de France, les recrues
neceffaires pour rendre tears
Compagnies complettes , de la même
maniere que cela fe pratique
dans les Lonables Cantons du Corps
Helvetique baary c
e's 3 ° Qu'on ne donnera ni retraite ,
ni affiftance aux Deferteurs de Fran-
'ce, & qu'on en ufera à cet égard ,
comme on en a fait par le paffe.*
Mrs de Berne , aprés avoir
donné à Mr le Marquis de Puifieux
l'Acte que vous venez de
GALANY 317
lire ont temoigné à cet Ambaffadeur
, que Sa Majesté leur
feroit plaiſirs, fixElle vouloit
bien que la Declaration qu'Elle
donneroit en confequence , fût
conçûë dans les termes fuivans .
sime) wh
Comme
Nous
LOUIS, & c . A tous ceux
qui ces Prefentes Lettres ver-
Font : SALUT.
avons fait connoiftre pendant tout
le cours de noftre Regne , la bien-
& veillance que nous partons à nos
chers & grands Amis , Alliez &
Confederez, les Cantons suiffes des
Hautes Allemagnes , & leurs Co.
alliez , nous avons voulu leur donner
une marque particuliere de Noare
attention , à conferver la tranquilité
du Louable Canton Helve-
#ique , en difipant de noftre pars »
Dd iij
318 MERCUREZ
les allarmes que lay avoient cauſe
les évenemens arrivez en dernier
lieu , a l'occaſion de la facceffion à
la Comté de Neufchatel &Vas
langin leurs dépendantes & les
faites fun fles qu'ils en prevoyoient 3
Cift pour cet effet que nous voulons
bien ne pas fuivre le reffentiment
qu'ils craignoient de noftre part .
ex
l'égard de la Ville & des Comiez
de Neufchatel & Valangin , &
leurs dependances : & nous avons
confenty & confentons , tant à la
priere que L. L. C. C. & Coalliez
De- nous ont fait à Baden parlear
claration , qu'à la priere que les L.
1, C. C. Evangeliques , particu
lierement , Berne , nous ont fait par
leur Declaration du

2016J/ 167 )
prouvons
& ratifions
auffi par la
prefente
les Declarations
fufdites
TOALAN 319
de part & d'auts enfoy dequoy ,
Garh as put
o 251
Vous devez remarquer ques
les Cantons Proteftans ne font
entrez dans aucun détail , lors
qu'ils ont ratifié ce qui a
eſté arreſté à la Diette de Bade
ce qui est beaucoup plus fort
que s'ils avoient embaraffe leur
confentement de difcours vagues
, qui auroient pû eftre fujets
à interpretation . Ainfi de
la maniere que cette grande
affaire a eftéterminée, les droits
des Pretendans à la Principauté
de Neufchatel , demeurent confervez
jufqu'à la Paix , aprés laquelle
, & peut eftre même en
la traietant , on verra à qui elle
doit legitimement appartenir.
Je paffe à un article que je
a
1320 MERCURE
crois que vous attendez impatiemment.
ie SASTA
JAVNOTS
25 On doit demeurer d'accord ,
pour peu que l'on y falfe.de
reflexion que l'Angleterre
doit eftre encore quelque temps
malheureufe puifque las ma
niere dont l'affaire d'Ecoffe a
tourné fait connoîtres que des
trois Royaumes qui compofent
certe Couronne , ne verront
pas encore finir deurs maux ,
spendant scettes Campagnes &
ne jouiront pas du plaifir deirevoir
fi - toft leur legitime Sou
verain , qui par la prefence auroit
remis de calme dans des
Etats où l'agitation interieure
seft beaucoup plus grande qu'elale
ne paroît , & auroit fait celler
les levées d'hommes & d'argent,
8
GALANT 0321
7
dont ces malheureux Etats fe
trouvent d'autant plus épuifez ,
qu'on les employe hors de ces
Royaumes depuis un grand
nombre d'années . On en Idemeurera
d'accord , fi l'on examine
que l'Angleterre n'a prefque
plus d'hommes pour envoyer
à fes Alliez , dont les
Armées ne font groffies que par
les Troupes Etrangeres ; qui
font à la folde de la Reine
Anne qui de cette maniere
faith fortir tout l'argent des
trois Royaumes , aprés avoir
fait verfer lesfang d'un nombre
infiny de braves gens , qui font
morts hors de leur Patrie . Tous
ces malheurs auroient finy , fi le
Cieb , encore irrité contre les
Anglois , ne leur avoit pas re
羹。
322 MERCURE
fufé la prefence de leur legitime
Monarque , fans laquelle les
affaires de la Grande Bretagne
ne fe peuvent rétablir , puifque
tant qu'il en fortira des Trou
pes & de l'argent , elles ne fe
remettront jamais , & qu'elles
ont befoin pour cela , d'une
paix de longue durée
1
-
que
le retour de leur veritable Sou
verain fur le Trone de fes Ancetres
, peut feul leur procurer,
Quoique l'entreprise d'Ecoffe
n'ait pas reuffi , elle ne laiſſe pas
de produire de grands avantands
ges , puifque la défiance qui regne
en Angleterre , n'y peut
entretenir que du trouble &
de la confufion , & que des
dix mille hommes qu'on avoit
retirez de Flandre , il n'y en
GALANT 323
8.
eft retourné que quatre mille.
L'Affaire d'Ecoffe a auffi fervy
à faire connoître la grandeur
d'ame du Roy d'Angleterre ,
que les perils n'ont point étonné
, & qui a fait voir que rien
n'eftoit capable de l'empecher
de s'expofer . On peut juger de
la vivacité , avec laquelle ce
Prince fouhaitoit d'affronter les
900 .
dangers, par les paroles fuivantes
, tirées d'une lettre de Mr
du Guet , Intendant de Marine
à Dunkerque . Elles regardent,
l'impatience que ce Monarque
avoit de s'embarquer . Cette
lettre eft du 17. Mars.
Le Roy d'Angleterre qui avoit
pris dés hier la résolution de s'embarquer
aujourd buy , vient de mon
ter en Chaloupe pour se rendre
324 MERCURE
1
a bord. Mr de Forbin qui arrivoit
de la Rade, luy a remontré en vain
que le vent eftoit forcé à l'Ouest, &
qu'on croyoit voir les Anglais faifis
de la paffe d'Ouest , & les Holandois
de celle de l'Eſt. Un Courier a
Seu beau pendant qu'il dinoit , nous
avertir de la part de Mrs de Prince
de & Leffan , que les Ennemis
avoient appareillé des Dunes à la
vue d'une Flote du Havre , fur.
laquelle ils chaffoient , & que la
plus grande partie d'iceuxprenoient
la route de Dunkerque avec Puvil
lon Blanc. Tout cela n'a pû lay
faire changer de ſentiment . Je ne
rendray pas , a dit ce Prince , le
nombre des Ennemis plus grand
pour eftre abord' ; les vents n'en
deviendront pas plus contraires
& je feray cependant où
je
GALANT 325
je dois eftre preft à profiter de
la moindre conjoncture favorable
; j'y veux aller , & il est party
fur le Champ.
Cette maniere de parler &
d'agir d'un Monarque auffi jeune
, & qui ne s'eft pas encore
trouvé en eftat d'envisager &
de craindre aucuns périls , doit
faire connoistre qu'il poutfera
loin la valeur , & l'intrepidité ,
lorfqu'il fe trouvera en état de
le faire , & que les plus grands
Heros n'ont pas marqué plus de
fermeté , & ne fe font pas diftin
guez par des fentimens plus genereux
lorfqu'ils ont fait le
premier pas dans la carriere de
'honneur. Il n'eftoit pas au
pouvoir de ce Monarque de faire
changer les vents qui fe font
Avril 1078.
Ec
326 MERCURE
<
trouvez contraires à fes deffeins
& il a fait voir autant de fageffe
en cédant à leur violence , que
de conftance pendant une longue
& cruelle navigation
fouffrir les maux que cauſe la
mer , à ceux qui ne font pas encore
accoûtumez à cet Element,
On peut neanmoins dire , que
lorfque d'un cofté les vents luy
ont efté contraires , ils l'ont fervy
de l'autre , puifqu'en s'oppofant
à fes deffeins , ils luy ont
donné lieu de le faire admirer
de tous fes Sujets , & de s'acquerir
leur eftime & leur amour,
"tout ce qu'il a fait en cette occafion
, ayant paru digne d'un
veritable Heros. Le deffein qu'-
il forma d'abord , aprés avoir
vû fes projets reculez , de faiGALANT
327
1
re la Campagne en Flandre , & de
s'y diftinguer , fervit à le confoler,
& ce Monarque , depuis ce
tems- là , n'a plus efté occupé
que
de cette penſée. Je ne dou
te point qu'il ne me donne lieu
de vous parler fouvent de luy
pendant la Campagne . Cepen .
dant , il eft à fouhaiter qu'il ne
fe laiffe pas trop emporter à l'ardeur
de fon courage , & qu'il
n'expofe pas trop une vie qui
doit eftre chere , particulierement
à l'Angleterre , puifque
fa prefence feule doit un jour
rendre la tranquilité à tous fes
Sujets , & empêcher que la fuite
de la guerre ne caufe leur
ruïne totale.

*
L'article qui fuit vous paroîtra
d'autant plus curieux que
Ee ij
328 MERCURE
Vous y trouverez les propres
termes d'une lettre du Prince
Ragotski , écrite au Prince Efterhafi
Palatin d Hongrie. Ce
dernier avoit invité le Prince
Ragotski, tant en fon nom qu'en
celuy de la Diette de Prefbourg,
d'obliger les Comtez qui luy
font foûmis d'envoyer des dé.
putez à l'Aſſemblée afin de concerter
tous enſemble les moyens
de rétablir la paix dans leur
1 commune patrie , à quoi le Prince
Ragotski a répondu que Mr
Efterhaft ne devoit pas ignorer que
dans la Diette tenue à Onoch , le
Trane d' Hongrie avoit effé déclaré
vacant , & l'Empereur Joſeph déchû
de la couronne pour avoir renverfeles
principales Loix du Royau
me, violé les fermens qu'il préta
1
" GALANT (329
lors de fon election & de fon Courounements
que ce Prince n'avoitplus
\aucun droit à la Couronne ; que
Spar confequent la Diette convoquée
Sen fon nom eftoit nulle , & q'elle
anepouvoit estre compafée que de gens
ennemis & traitres à la nation
Hongroifes; qu'il exortoit le Prince
Efterhaft de faire attention à ce
qu'il devoit à Dieu , à fon honneur?
età fes interefts particuliers , &
zeux de la propre patrie , qu'il
eſperoit qu'il abandonneroit bien- tôt
le party de l'iniquité pour ſe ranger
du cofté de celuy de la justice .
Cette lettre a eſté trouvée
d'autant plus belle qu'elle ne
contient que des veritez aufquelles
on ne peut faire que de
mauvaiſes repliques , puifque
l'on ne doit jamais difputer
E e iij
330 MERCURE
contre des faits .
Je ne doute point que ce
que vous venez de lire , ne vous
donne lieu de croire que la
Diettede Prefbourg ne fera pas
auffi avantageufe à l'Empereur
qu'il fe l'étoit imaginé en la convoquant
, & vous en ferez cone
vaincûë en lifant l'Extrait que
je vous envoye , tiré d'une lec
tre d'Alemagne. \/
Les Lettres de Vienne difent que
le Cardinal de Saxe - Zeits y eftois
revenu de Prefbourg , parce qu'il
n'avoit pas trouvé les Députez
Hongrois qui y font aſſemblez , difpofez
à prendre les réfolutions vio
lentes contre les Mécontens contenies
dans les Inftructions de la
Cour Imperiale. ·´La plupart des
Députez font même retournez choz
GALANT 33E
eux , fous pretexte que n'eftant
venus que pour traiter d'un accom
modement , & ne trouvaut perfon
ne avec qui le negocier , lear fejourseftoit
inutile à Presbourg , deforte
que la Dictte fe fepare peu
Apeu fans attendre un Dectet Imperial
pour cela. noted
90On ne doit pas douter de cette
verité , puifque l'on tient ce
langage à Vienne même . best
Mr de Briffac , Major des
Gardes da Corps , & le plus aneien
Lieutenant
des quatre
Compagnies
, a este obligé de
fe retirer , à caufe de fon grand
âge , aprés avoir rendu de longs
& affidus fervices . Son zele &
fon application
ne pouvoient
aller plus loin. Auffi en a-t'il
efté récompenſé
pendant le
2
*
332 MERCURE
cours de fes fervices , d'une maniere
dont il a dû eftre fatisfait.
Sa Majesté a donné le pofte
important de Major des Gar
des du Corps à Mr d'Avignon.
Il s'eft acquis depuis long temps
une eftime generale , par des
actions d'éclat , par une con
duite toujours égale , & par les
qualitez les plus nobles & les
plus aimables qu'on puiffe fou
haiter dans un Officier. Il a eſté
Aide- Major dans la Compagnie
de Duras , où fes fervices
luy ont acquis beaucoup d'eftime.
Feu Mr le Maréchal de Due
ras qui le connoiffait parfaite
ment , l'a traité jufqu'à la mort ,
avec la plus grande diftinction ,
& lorfque les infirmitez & le
grand âge de Mr de Serignan ,
GALANY 333
premier Aide- Major des Gardes
du Corps , connu & eftimé par
fes fervices , l'obligerent de fe
retirer , Mr d'Avignon fut nommé
pour remplir fa place , dans
laquelle fes fervices ont continué
de luy attirer une eftime
generale . Toute la Cour a efté
charmée de le voir Major , &
on ne peut exprimer la joye qui
fe repandit parmy les Gardes du
Roy , auffi- tôt que l'on appris
cette nouvelle dans les Sales des
Gardes. L'Employ de Major des
Gardes du Corps , eft de la Creation
du Roy . Feu Mr le Chevalier
de Forbin le remplit bien
dignement le premier . Il le
quitta pour commander la premiere
Compagnie des Mouf
quetaires , aprés la mort de M
334 MERCURE
d'Artaignan Mr de Briffac y fur
mis à la place de Mr de Forbin
& Mr d'Avignon eft le troifiéme,
qui remplit cette place , &
il n'en est pas moins digne que
les deux qui l'ont precedé. Il
s'eft diftingué dans toutes les
affaires d'éclat , où fe font trou
vez les Gardes du Roy , dans
les guerres precedentes , & il a
roujours eu la reputation d'en
eftre un des meilleurs Officiers .
Auffi eft- il generalement eftimé
& chery de Officiers & des Gar
des. Tous ceux qui le connoif
fent , publient qu'on ne peut
trouver un plus honnefte homme
, ni plus brave & plus apliqué
à fes devoirs ; & il a le fes
cret de les remplir au gré même
de tous ceux qui font obligez
GALANT 335
de luy obeir. Par cette Promotion
, Mr de Brufach , fi connu
par fes fervices , eft devenu premier
Aide - Major . Mr de Paris-
Fontaine en a eſté nommé le ſecond
, & à la priere de Mr de
Briffac , Mr de Grillet fon neveu
a efté fait Aide - Major de
la Compagnie de Villeroy , dont
il eftoit déja troifiéme Exempt ,
& où il eft fort confideré . Son
Bâton d'Exempt a efté donné
à Mr de Beauchamp , Brigadier
de la Brigade de Montefion .
Toutes ces places ne pouvoient
eftre mieux remplies.
La mort de Mr d'Eſtanchaux ,
a fait vacquer la place de Se- a
cretaire des Commandemens de
Monſeigneur le Dauphin , qu'il
occupoit du vivant de feu Mr
336 MERCURE
le Duc de Montaufier , qui
ayant beaucoup de confianceen
luy , avoit obtenu du Roy qu'il
demeureroit auprés de ce Prince
en cette qualité , & il a exactement
remply juſqu'à ſa mort,
toutes les fonctions de cet Employ
qui vient d'eftre donné à
Mr d'Andrezelles , parce qu'il
eft Secretaire du Cabinet , &
que de pareils Emplois doivent
eftre remplis par ceux qui font
revétus de ces Charges , & c'eſt
pourquoy Mr de Charmont auffi
Secretaire du Cabinet a efté
nommé depuis quelques années
pour fervir auprés de Monfeigneur
le Duc de Bourgognes
qui eft tres- fatisfait du choix
qu'il a plù au Roy d'en faire ,
Mr de Charmont eftant diftin
gué
"
GALANT
337
gué par fa naiffance , par fon efprit
, & par les grands Emplois
dont il a efté honoré . Il y a lieu
de croire que Monfeigneur le
Dauphin ne le fera pas moins de
Mr d'Andrezelles , dont les
fervices & l'efprit font connus,
& dont l'activité & le zele ont
paru en beaucoup d'occafions,
ila efté Commiffaire Ordonna ,
reur en Italie . Il eft fils de feu
Mr Picon , quia paru infatigable
dans les fervices qu'il a rendus
fous le Miniftere de feu Mr Colbert
, qui n'a jamais employé
pour fervir le Roy , que des per-
Jonnes affectionnées ;
&
capa
bles du plus grand & du plus pehible
travail.
Meffire Urbain du Pleffis
Marquis de Jarze Chevalier de
Ff
Avril 1708 .
338 MERCURE
S, Louis a efté nomme Ambaſfadeur
en Suiffe , à la place de
Mr le Marquis de Puifieux qui
Fa remplie depuis pluſieurs an
nées avec beaucoup d'éclat &
de fuccés. u malaze 979M
La maison du Pleffis eft du
païs du Maine Mr le Marquis de
Jarzé qui en eft le chef , neselt
pas moins diftingue par fa vau
leur dans le fervice , qu'il fe dif
tingue dans le monde par la der
licateffe de fon eſprit & par l'eq
xactitude de fa condulte , Peu
de gens de fa qualité ont plus
d'amis que luy. L'efprit & fe
merite paroiffent hereditaires
dans cette Maifon. Le bifayeu!
de Mr le Marquis de Jarze qui
avoit épousé une fille du Maréchal
de Lavardin avoit la répu
ང་
GALANT
TEM
339
8 .
sation d'avoir beaucoup de l'un
& de l'autre. Leur fils , ayeul de
cet Ambaladeur eftoit Capitaine
des Gardes de la Reine
Meres c'eftoit un Seigneur
tres accompli . Il paffoit pour
un homme des mieux faits de
certe Cour , & dont l'efprit éga
loit la grande valeur : fon fils ,
pere de Mr le Marquis de Jarze
mourut fort jeune , & il n'eut
pas le tems de donner des preu.
yes de tout fon merite . Il avoit
époufe Mlle de S. Ofange de la
Jaille , Mere de ce nouvelAmbaf
fadeur. Il eſt allié à la mailon
de Lavardin , à celle de Teffé
& a beaucoup d'autres auffi confiderables.
Il entra au fervice
fort jeune. Il fut d'abord Capitaine
de Cavalerie dans le
F fij
34° MERCURE
Regiment de Villeroy. Il eut
enfuite un Regiment de Cava
lerie qui portoit fon nom , & it
le commandoit au Siège de Philifbourg
, où il eat une main en
portée d'un coup de Canon en
fortant de la Tranchée pour al
lerau quartier de Monfeigneur
Cette bleffure eftoit fi confi
derable , qu'on fut obligé de
luy couper le bras ; lorſqu'il fe
vit hors d'eftat de fervir , il fe
défit de fon Regiment en fa
veur de Mr le Marquis de
Montendre de la mailon de la
Rochefoucault ,
Mr le Marquis de Jarzé a épou
fé Mlle de Goury , dont tout le
monde parle avec éloge Mr de
Goury fon pere avoit efte Inten
dant en Alface'; & il eftoit tresGALANT
341
proche parent de Mr le Chance
lier le Tellier Me la Marquife
de Jarzé eftoit foeur Cadete de
feue Mr Verthamon de la Ville-
-aux- Clercs , dont le merite
& le fouvenir vivront longtemps
aprés elle . Elle a laidé
un garçon & deux filles . Il n'a
que feize ans & fes foeurs ont
trois ou quatre années plus que
luy. Il a beaucoup d'efprit , &
il paroit qu'il doit avoir un jour
toutes les grandes qualitez qui
diftinguent ceux de fa familles
Les deux foecurs ont des qualitez
qui leur attirent l'eftime & le
reſpect de tous ceux qui les
connoiffent. Il s'en trouve peu
de mieux faites & de plus eltimées
par leur agrément , par
leur efprit , par leur raiſon , &
Ff
ij
342 MERCURE
par leur conduite . Aprés la more
de leur mere , Mr de Verthamon
de la Ville - aux - Clercso
épousa Me la Comteffe de Monime
, de la Maifon d'Aubuffon
dont je vous ay fi fouvent par
lé , avec des éloges , dont perfonne
n'est plus digne qu'elle
Mr de Verthamon de la Vib
le - aux- Clercs , Confeiller
de la Grande Chambre , a la
reputation d'eftre an tres bon
Juge. Il eſt aîné de Mr l'Evêque
de Pamiers , de Mr de
Verthamon de Villemenon
Confeiller de la Seconde des
Enquetes , & de Me l'Abbeffe
de Ċrefpy en Valois . Il eſt tres .
proche parent de Mr de Ver
thamont , Premier Prefident du
Grand Confeil , & il porte les
GALANT 343
C
mêmes armes . Il eft auffi aîné de:
Mr l'Abbé de Verthamon ,
nommé à l'Evêché de Conzerans,
abbard
B
Mas
Je reviens à l'Ambaffade de
Suiffe. Il y en a peu d'auffi dificiles
; elle demande un homme
qui foit penetrant , qui ait beau
coup d'efprit & d'attention , qui
ait le talent de bien écrire , &
celuy de parler en public , à
caufe des Memoires & des Dif
cours que les Miniftres qui fonti
auprés du Corps Helvetique ,
font fouvent obligez de faire ,
fans avoir le temps de fe preparer
, & parce que l'on doit avoir!
beaucoup de prudence & de
menagement , avec un Corps ,
dont tous les Membres ne font
pas toujours d'acord , la plus
344 MERCURE
part ayant des interefts particuliers
, feparez de l'intereſt
general , & tous les Miniftres
Etrangers , qui font auprés de ce
Corps , eftant fans ceffe occupez
à former diverfes brigues
pour le mettre dads les interefts
de leurs Maiftres , ou pour l'empecher
d'agir en faveur de fes
Alliez. Ainfi l'on ne nomme ordinairement
pour cette Ambaffade
, que des perfonnes dona
l'efprit eft connu , & que l'on
croit revêtus de tous les talens
neceffaires, pour la bien remplir.
Les Lieutenans Generaux des
Armées du Roy n'ayant plus
qu'un pas à faire pour fe Voir
elevez à la dignité de Maréchal
de France , rien n'eft plus na
de les y nommer tous
turel
que
GALANT $45
36
les jours . On peut dire que tous
tes leurs preuves font faites , s'il
m'eft permis de parler ainfi
pour arriver à ce rang . Ils n'ont
efte faits Brigadiers qu'aprés
plufieurs actions de diftinctions
Ils n'ont efté nommez Maréchaux
de Camp , qu'après s'eftre
diftinguez par d'autres actions
encore plus éclatantes ; & ils
n'ont merité d'eftre Lieutenans
generaux qu'après avoir fait
connoiftre par plufieurs autres.
actions
虹道
conre d'une
plus
haute
diftindian , qu'ils font capables
de commander des Armées en
Chef, & quelquefois même aprés
en avoir commandé . Il eft vray
que tous ceux qui fe trouvent
dans cette fituation , nefont pas
toûjours nomméz Maréchaux
346 MERCURE
3020
·
furs
230
de France , parce que le nombre
en feroit trop confiderable
à caufe de la grande quantité
Troupes que le Roy a fur pied,
Ainfi il n'en tire que de temps en
temps de cette pepiniere de
Braves , & felon les occurences,
pour fervir en qualité de Maréchaux
de France . S. M. qui con
noit le caractere de ceux qu'el
le employe , & qui fçait à quoy
ils font propres , ayant cru que
le Commandement des Troupes
qui devoient débarquer en
Ecoffe , convenoit à Mr le Comte
de Gaffé , pour des raifons
dont elle n'eft pas obligée de
rendre compte , le nomma pour
y commander les Troupes qui
devoient agir de ce cofté- là , &
comme un pareil Commande-
120911
-GALANT 347
ment demandoit un Maréchal
de France , Elle avoit ordonné
qu'il prendroit cette qualité ,
auffi - toft qu'il feroit à la tefte
des
Troupes.potif
JA
Mr le Comte de Gaffé a pris
le nom de
Marchal de Matiz
gnon , qui est celuy de fa Maifon.
Elle et des plus
anciennes , 80
des plus illuftrées , & ce noust
veau
Maréchal de France eſt le
3057124 de la Maiſon qui ait eſté élevé
à cette dignité Jacques de Mal
tignon II , du nom , Comte de
Torigny , Maréchal de France ,
eftoit le plus
confiderable des
ceux qui estoient en fon temps
élevez à cette dignité , puifqu'it
fut choisi pour faire les fonetions
de Conneftable de Fran
ce au Sacre d'Henry IV. co
348 MERCURE
On merite ſouvent des récom
ponſes de diverſes manieres ,
pour des chofes bien oppofées ,
& it eft conftant que ceux qui
fe tirent d'affaires par une
grande habileté , & par une
grande prudence , dans des
conjonctures épineufes , & qui
fauvent des Armées , lorfqu'el
les fe trouvent dans des fitua
tions qui devroient les faire
perir , ne meritent pas moins
d'eftre récompenfez , que les
Generaux que la Fortune favorife
à pleines voiles , & à qui
rout fe montre favorable pour
L'execution de leurs entrepriſes ,
C'est ce qui eft caufe que le Roy
a recompenfé Mr le Comte de
Forbin , & que Sa Majefté luy
a donné de grandes loüanges ,
pour
GALANT 349
4
pour avoir fauvé fes Vaiffeaux
dans la derniere affaire de Mer ,
& le précieux depoft dont ils
eftoient chargez . Vous fçavez
que les trois Fregates de l'Efcadre
de ce Comte dont on eftoit
en peine , font heureuſement arrivées
. Ainfi nous n'avons perdu
que le Vaiffeau le Salisbury ,
parce qu'il s'eft trouvé plus pefant
que les autres , fans quoy
il auroit eu fans doute le même
fort , ce qui fait honneur à la
Marine de France , puifque ce
Vaiffeau eft Anglois . Je crois
que vous vous fouvenez qu'il
avoit efté pris la Campagne derniere
, par Efcadre de Mr le
Comte de Forbin. Patrol
Je vous envoye l'Article fui-
Avril 1708 .
Gg
350 MERCURE
vant , de la maniere que je l'ay
reçu.
REMPLACEMENT
d'Officiers de la Marine ,
fait le 23. Avril.
Capitaines de Vaisseaux. M
Mrs Giraldin ...
le Chev, de Beauharnois.
Penfion de 1000. livres.
Mr le Chevalier de Modene.
Capitaine à la haute payes - M
Mr de Pontac .
ོབས སོ སོ་ ད Capitaines de Fregates .
Mrs de Vieuxchamps .
Seguier de Liancourt.
Dag Ligutenans de Vaiffeaux, big
Mrs la Jaille.vá allan om un so
Villiers de Sainte- Croix. I
GALANT 351
Lieutenant d'Artillerie.
Mr Maffon .
Capitaine de Brulot.
Mrla CalandreA MI
Enfeignes de Vaiffeaux.
Mrs Catelin de la Garde .
des Gourtes .
Souslieutenant d'Artillerie.
Mr Gineftes A
Aide d'Artillerie.
Mr Saccardy.
Chef de Brigade de la Compagnie
de Breft. *
Mr Nogent de Suilly.
Quoy que vous ayez déja trouvé
dans ma Lettre un Article
fort ample touchant ce qui regarde
les affaires de Catalogne ,
ce qui me reste à vous en dire ne
laiffera pas de vous paroistre
Gg ij
352 MERCURE
auffi nouveau que curieux,
Les Catalans , voyant appro
cher le temps de l'ouverture de
la Campagne , & voyant nonfeulement
que les Troupes qu
on leur faifoit depuis longtemps
efperer d'Italie , & fur tout la
Cavalerie , dont ils ont unextrême
befoin , ne venoient pas ;
mais qu'il n'y avoit pas même
d'apparence qu'on les duſt embarquer
, rien ne paroiffant difpofé
pour leur embarquement ,
& toutes les mesures qui avoient
efté priles à cet égard ayant
efté rompues. Les Catalans
dis- je , voyant la dangereufe
fituation où ce dérangement
les met , & tout ce qu'ils en
doivent craindre , ont fait un
nouveau compliment à l'ArchiGALANT
353
duc , qui luy aefté fort defagreable
, & qu'il a très - mal reçu . Ils
luy ont dit que n'eftant
Pas
en
eftat
de
fe
deffendre
contre
les
nombreuſes
Troupes
qui
le
préparoient
à
l'attaquer
,
ils
luy
confeilloient
de
fe
retirer
dans
le
Royaume
de
Naples
,
afin
de
tâcher
de
fe
conferver
ce
Royaume
, qui
avoit
un
extrême
befoin
de
fa
prefence
, &
qu'en
fon
abfence
ils
fe
deffendroient
le
mieux
qu'il
leur
feroit
poffible
;
ce
Prince
a
regardé
cet
avis
comme
un
piege
qu'on
lay
tendoit
.
Il
en
a
paru
fort
irrité
,
&
tout
fon
Conſeil
en
ayant
efté
Ballarmé
,
on
refolut
auffi
- toft
d'envoyer
einq
Regimens
Allemans
dans
Barcelone
,
ce
qui
fut
d'abord
executé
,
&
ce
qui
3
Gg iij
354 MERCURE
déplaift d'autant plus aux habi
tans , qu'ils voyent bien que ces
Troupes ont efté envoyées plu
toft pour les obferver & les gar
der à vue , s'il m'eft permis des
parler ainfi que pour deffendre
la Place , qui fuivant la fituation
où le trouvent aujourd'huy
les affaires de Catalognes au
roit befoin d'un fecours infini
ment plus confiderable pour
tenter feulement de fe deffendre.
Pendant que la Catalogne
craint de fer voir attaquée de
toutes parts que l'arrivée des
Mr de Noailles à Perpignan , &
qui doit commander une Are
mée confiderable acheve de l'inquierer
pour ne pas dire de la
faire trembler, & qu'il ya dicu
de croire que Tortofe ne tient
GALANT 355
dra pas longtemps , les preparatifs
que l'on fait pour l'attaquer
eftant tres confiderables . Pendang
, dis- je y que la confufion
& la crainte regnent en Cata
gne , & que l'on s'verouve dans
l'impuiffance de : fe défendre
n'ayant ny affez de Troupes
pour refifter , ni affez de vivres
pour fubfifter ny affez dequoy
nourrir les Chevaux , ny affez
de munitions de guerre , on y
a appris que Mr le Duc d'Or
leans eftant party le 14. de ce
mois de Madrid 3 eft arrivé der
17. à Sarragoffe , & qu'il doit
inceffamment ouvrir la Campagne
par quelque expedition
éclatante. On ne doit pas douteriquer
de Prince ne foit en
eftat de le faire glorieufement,
356 MERCURE
t
N
puifque depuis qu'il eft party de
France , il n'eft pas demeuré
un moment dans l'inaction
qu'il ne s'eft pas contenté d'envoyer
des Ordres par tout pour
faire préparer toutes les chofes
neceffaires pour l'ouverture de
la Campagne. Il a particulierement
pris des mefures pour ne
pas manquer de Canon , & il a
fait travailler à des affufts , par
ce qu'il en avoir manqué la
Campagne derniere . Ce Prince
ne s'eſt pas contenté d'envoyer
des ordres par tout où il a crû
neceffaire , afin de trouver en
arrivant toutes les chofes dont
il avoit befoin pour l'ouverture
de la Campagnes mais il a auff
envoyé fur les lieux des perfon
nes de confiance , afin d'eftre af
GALANT
357
fure par leur raport de l'état
de toutes chofes , & puifqu'il
a
quitté Madrid , il y à lieu de
croire que tour le trouve dans
l'état qu'il le fouhaite, L'Intendant
de Rouffillon
a fait des
chofes furprenantes pour amaffer
des provifions , & avant que
les vivres euffent , efté adjugez
à la Compagnie qui les vient
d'avoir , à la tefte de laquelle
eft Mr Bégon , il avoit affembié
fix mille facs de bled & de
farine , qui peuvent fuffire pour
la fufiftance dd'uunnee aarrmmééee confi
derable pendant plufieurs mois.
Son Alteffe Royale s'eft auffi
donné beaucoup de mouvemens,
pendant tour le temps qu'elle a
demeuré à Madrid , pour tout
ce qui regarde l'ouverture de
358 MERCURE
la Campagne , que les Efpagnols
doivent faire en Portugals
Ce Prince a affifté à une parcie
des Confeils qui fe font tenus
fur ce fujet , & il a fait voir
que fon zele répondoit à celuy
du Roy d'Espagne , qui en cette
occafion a paru digne des Gou
ronnes qu'il portes & alfait)
voir tout le zele imaginable ?
pour la gloire & pour le bien
de fes Sujets, Toute la Na
tion y a répondu les Troupes EL:
pagnoles font en eftat d'aging
les recrues font achevées so 8
les remontes font faites , quoy
que l'argent n'ait pas efté abondant
pour toutes ces chofes..
Enfin il y a lieu d'eperer degrane
des chofes pendant la Campasb
gne, quifera peut- eftre ouvertes
GALANT 359
avant que vous receviez ma let.
tre , & je puis vous affurer que
felon plufieurs lettres que j'ay
vûës , & qui viennent de perfonnes
dignes de foy , l'armée
d'Elpagne & celle que doit
commander Monfieur le Duc
d'Orleans , doivent monter enfemble
à cent mille hommes au
moins , & j'en ay vu des détails
, Bataillon par Bataillon,
& Escadron par Efcadron . Enfin
, rien négale la beauté & la
bonne volonté de toutes nor
Troupes & l'on a lieu de tout
efperer de leurs Commandans.
"
ces
Tous ces preparatifs n'ont
pas empêché que le fecours
define pour la Sicile , & qui
eft commandé par Mr de Ma300
MERCURE

"
honi , në foit party . H- coulike
en trois mille hommes, qui ont
rofté embarquez fur onze baſtfsmens
; ce qui fait voir que l'on
n'a rien oublié de tous ces qui
peut rendre les Armes d'Efpague
triomphantes pendant la
Campagne prochaine , vis
* Il paroit que les Alliézvoyabt
bien que leurs fecours ne pouroient
arriver affez à temps pour
agir pendant la Campagne du
Printemps car vous avez dû remarquer
que les Armées d'Efpagne
he peuvent ienir la Campagne
pendant les grandes chaleurs
de l'Eré. Il paroit , dis-je ,
squ'ils ont refolu de n'envoyer
de troupes que pour la Campagna
d'Automne ; & les conferences
qui viennent de fe tenir
GALANT 361
à la Haye , entre le Prince Eugene
& Milord Marlborough ,
ont roulé fur les efforts qu'on
y a refolu de faire pendant la
Campagne d'Automne , à qui
l'on donne en Espagne , le nom
de feconde Campagne . Les Anglois
ont proposé de nouveau
dans ces Conferences , au Prince
Eugene , de prendre le Commandement
des Troupes des
Alliez en ce Pays là ; mais il ne
feroit pas vray femblable qu'il
acceptât ce Commandement ,
fi long- temps , avant le temps
qu'il devroit partir puifque
les affaires de la guerre pouroient
tourner de maniere que
l'Empereur auroit befoin de luy
pour des affaires plus preflantes.
Il y a quelque chofe de
Avril 1708. H


362 MERCURE
bien extraordinaire dans les
Conferences tenues à la Haye ,
touchant les fecours que tion
doit envoyer cn Portugal & en
Catalogne , pour agir pendant
la feconde Campagne , puifque
felon toutes les apparences , les
choſes auront bien ‹ changé de
face en lagi car fi tout
ce que l'on nous rapporte eft
veritable , comme il ne paroît
pas qu'on ait lieu d'en douter ,
les Alliez auront en ce temps
là bien a de la peinel any met
tre le pied , à moins d'y rez
tourner avec des armées formidables
; ce qui acheveroit de
less ruiner , & feroit perir la
plus grande partie de leurs meil
leures Troupes . Le temps nous
rendra plus fçavant là - deffus
GALANT 363
cependant , voyons agir les uns
pendant que les autres deliberent.
sup.
пQuoyque des Conferencesites
nuës à la Hayes paruffentiaffez
à propos dans la conjoncture
prefente, & l'on peut même dire
neceffaires , tous ceux qui sly
eſtoients trouvezonʼyɔ eſtoient
pas venus savec la mêmepine
tention Le Prince Eugene apprehendoit
que l'Affaire d'E
coffe avoit des fuites , l'inquietude
que les Holandois encaut
roient ne les engageât d'en
trer dans quelque espece de
pourparlers de paix , avec les
François & il eftoit bien aiſe
de fe trouver fur les lieux pour
les traverfer ; & d'ailleurs , comme
il pouvoit arriver que quoy
kruopoi asl зnsdopor
Hh ij
364 MERCURE
12
que l Affaire d'Ecoffe manquất ,
les brouilleries d'Angleterre ,
fuflent affez grandes pour y re
tenir Milord Marlborough , il
efperoit que les Holandois feroient
affez fimples pour le
preffer , ne croyant de falut
qu'en fa perfonne , de prendre
le Commandement de l'Armée ·
de Flandre , avec la même vivacité
, que les Alliez le pref
foient tous les jours de prendre
le Commandement de l'Armée
de Catalogne , mais il ne paroiffoit
nullement convenable
aux Holandois de fe confier au
Prince Eugene , & de mettre
leurs principales forces avec
les Places qu'ils occupent en
Flandre , à la difcretion d'un
Prince entierement dévoué à la
GALANT 365
Maifon d'Autriche , qui auroit
eru pouvoir fe les approprier ,
fans qu'on eût aucun lieu de
s'en plaindre , puifqu'elles ont
efté conquifes au nom de l'Archiduc
, comme Roy d'Eſpagne .
Cependant , fr les Autrichiens
en eftoient une fois les Maitres
abfolus , les Holandois fe trouveroient
dans une fituation plus
facheufe,que celle où ils avoient
tort de croire qu'ils feroient , fi
le Royd'Espagne eftoit demeuré
paifible Poffeffeur de fes Etats ,
aprés y avoir efte appellé par
fes Sujets , comme leur legitime
Souverain . Il leur coute cher ,
'de ne s'eftre pas confiez à la parole
de ceMonarque , & à celle
du Roy Tres - Chrétien , qui
n'en a jamais manqué à fes Al-
Hh iij
366 MERCURE
liez , & dont ceux qui ont vous
lu affurer le contraire , n'ont
jamais pû trouver d'exemples
Si , dis je l'Empereur leftoit
maître de la Flandre Espagnole
les Holandois feroient bridez
d'une maniere , qui les mettroit?
au defefpoir la Mailom d'Au
triche ne gardant jamais aucu ▲
nes mefures , avec qui que ce
foit , & allant violemment aMes!
fins , fans avoir d'autre politique
que de faire tout ce qui l'acco
mode. Enfin , fi comme je viens
de dire , le Prince Eugene sić
toit emparé des Places Efpas
gnoles, nouvellement conquis
fes , fous le fpecieux pretexte
qu'il auroit pris de les vouloir
deffendre , en prenant le Com→
mandement de l'Armée des
GALANT! 367
Alliez yoles Hollandois n'auroient
jamais efté Maîtres d'entrefcens
aucuns Traité de Paix
avec les deux Couronnes , &
leur Republique fe feroit infen
fiblement vûë abîmée par les
depenfes d'une longue guerre ,
qui ruïne fon Commerce ; & les
Angloisis qui ont fair toute la?
dépente de la même guerre pour
la Maifon d'Autriche , chagrins
de voir les avantages que cette
Maifon auroit tiré de cette guer
re , & les Places qui luy feroient
demeurées , auroient voulu
pro
fiter auffi de la même guerre ; cel
qu'ils n'auroient pû faire , fans
s'emparer de plufieurs Places ;
apartenant aux Holandois , dont
ils fouhaitent ilya long- temps .
de voir le Commerce, qu'ils par
2
368 MERCURE
tagent avec eux , entierement
ruïné .
Voicy un Extrait d'une let
tre d'Allemagne , bien dignè de
voftre curiofité , & de l'atten
tion publique , & fur tout de,
celle de l'Affemblée de Ratifbonne
qui devroit l'avoir toujours
devant les yeux afin d'en
profiter.
Samme
Le Duc d'Hanovre n'a pû part
venir au but qu'il s'eftoit propofé de
fe faire reconnoftre Elect ur par les
Etats de l'Empire avant l'ouvertu
re de la Campagne ; mais la Cour
de Vienne l'a déterminé à ne fe pas
rebuter dans l'efperance que s'il venoit
a remporter quelque avantage
confiderable fur l'armée Françoife ,
ce luy feroit une puiſſante recom
mandation auprés des Membres op
1
1
GALANT : 369
pofans ; lui promettant d'ailleurs
que fi l'armée Imperiale devenoit
fuperieure , un des principaux foins
de la Cour de Vienne , feroit de contraindre
la Diette de gré ou deforce
de récompenfer les Services du Duc
d'Hanoure
à quay Sa Majeßité
Imperiale feroitfecondée par les are
mes d'Angletene & de Holande
comme affectionnées à fon Alieffe
tani par rapport à la conformité de
Religion qu'à caufe des Services que
-la caufe commune à lien d'attendre
21 delays
Quoyque
le caractere
de l'Em
pereur
foit parfaitement
connu
dans tout l'Empire
, & même
dans toute
l'Europe
, rien nd:
peut neanmoins
en donner
une
plus forte idée que ce qui eft
contenu
dans cet Extrait
. Tou
37° MERCURE
tes les Puifances de l'Empire
doivent connoiftres par là qu'il
cherche non feulement à les
gouverner arbitrairement , mais
à les réduire fous un joug je
dirois tirannique , fans le refpect
qui eft dû aux perfonnes de fom
rang. L'Empereur fait voir que
s'il eftoit en eftail contraine
droit l'Affemblée de Ratisbon
ne d'obéir à fes volontez &
qu'il engageroit même l'Angles
terre & la Hollande à les for
cer à les fuivre. Il fait voirven
même temps qu'il n'a aucuns
égards pour la Religion Catho
lique , & que files chofes fe
trouvoient dans une fituation
favorable , il le ferait ſeconder
par l'Angleterre & parda Hola
lande ( ce font les propres ter
*
IGALANT 371
mes ) pour faire recevoir un Electeur
Proteftant de fa nomination
. Ilferperfuade auffi que les
Princes Proteftans de l'Empire
pourroient favoriler fon deffein ,
en confideration de la Religion ;
mais comme ils agiroient contre
leurs interests communs ,
& que
ce qu'ils feroient feroit injufte ,
il n'y a pas d'apparence qu'ils
approuvent les menaces de l'Empereur
, puifque fi elles avoient
effetples Diettes de l'Empire
deviendroient inutiles , & que
toutes des Puiffances de ce vafte
Corps , feroient gouvernées ar
bitrairement par Sa Majefté Imperiale
, qui pourroit dans la
fuite fe les affujettir entierement
ce qui les doit empêcher
de donner leur voix pour laif372
MERCURE
fer entrer dans leur Affemblée
les Princes de l'Empire que
d'Empereur veut tous les jours
créer , afin qu'ayant un grand
nombre de Creatures dans toutes
les Dietes , il puiffe y faire
paffer à la pluralité des voix ;
même tout ce qui fera contraire
aubien communde l'Empire , afin
d'établir infenfiblement tout ce
qui luy pourroit fervir un jour
à parvenir au but qu'il s'eft propofé
, en s'aflujettiffant tout
I'Empire.
+
Le mot de l'Enigme do mois
dernier eftoit la Poudre à oudrer.
Ceux qui l'ont trouvé font :
Mrs de la Tour - Gohory ; du
Breuil ; Gallois ; le P. P. Lauriau
; Becquet , Philofophe du
Pont Noftre Dame , & ſa voifinc
;
GALANT 373
he ; la Pere Jacob , fur le même
Pont; T. Deftournelles ; l'Abbé
Douët, des Montagnes d'Auvergnes
M. E, le vieux Avocat
au Parlement d'Orange; Laifné,
de la rue & attenant le Cadran
S. Honoré ; M. Martin ; D le
Chin , Procureur Fifcal à Egligny
prés d'Auxerre, & fon grand
Amy Mr Trébuchet , Lieutenant
general dudit lieu ; Perrin ;
Tamirifte ; le Conftant Oronte,
& fon inflexible Belife ; le Baron
d'Albicrac ; l'Amant de la
petite Javotte de la rue du Plâtre
, & la Gouvernante de l'Amant
, le Solitaire Defanglous ,
& fon ami Darius ; le Mechanicien
, de Cour Cheverny prés
de Blois Miles de la Cour de la
rue S. Antoine , de la Guichar
Avril 1708. Ii
374 MERCURE
diere ; la jeune Mufe renaiffan
te. G. O. P'Aimable du Rocher
à la voix claire , de la rue de
Beaune l'Adorable du Mar
trait de la rue du Mail , la Sou
doyenne des Mufes ; la Blonde
du Commun de Verfailles ; la
plus fpirituelle Dame de la ruë
de la Harpe ; la plus jeune des
belles Dames de la rue des Bernardins
; O- Kambout , objet de
la tendreffe du Comte ..... la
Colombe de Merignac , prés
Bordeaux ; l'aimable Gabrielle
de la rue Geoffroy- Lafnier , &
la Finette au Jeu des Dames ;
la Poule brune & fon Cocq
blond ; E. M, & l'Exilé volontaire
; la demi Prifonniere de la
Conciergerie les deux Charmantes
du Pont Noftre - Dame
x
GALANT 375
la Solitaire de la rue aux Féves ,
& Mlle Court - d'Amant .
Je vous envoyer une Enigme
nouvelle ; elle eft d'une perfonneode
voftre Sexe, v
ENIGME.
Sumah gol wilt in blue &
Je fais quand je travaille un pe
Broli enible exercice.
Je monie , je defcends , & voicy
mon fuplice.r
Quand je fuis defcendu
Je me trouve pendu :
Je ſuis cent fois le jour en fi belle
posture ,
ŞAu commencement j'y fuis nud §
Mais en revanche plus j'endure
4
£ Et mieux je me trouve vein.
Je travaille à faire la corde
A laquelle enfuite on me pend?
Ii ij
376 MERCURE
Si j'aide à ce travail , le fecours
que j'accorde
Me rend plus gros & pluspefant.
Mr Joly , Major Comman
dat des Tours de Toulon , vient
d'eftre fait Chevalier de Saint
Louis , & Sa Majesté luy a donné
en même temps une gratifi
cation de deux mille cinq cens
livres , en confideration des fervices
qu'il a rendus pendant le
Siege de Toulon , qui luy one
efté reprefentez par Mr le Maréchal
de Teffé & par Mr leMarquis
de Vauvray . Ce qu'il a fait
pendant ce Siege ayant trop
éclaté pour eftre ignoré , & me
trouvant fort preffé de finir ma
Lettre , je ne m'étendray pas
davantage fur ce qui le regarde .
GALANT
377
Mr Chabre , Sous - Brigadier
des Moufqueraires noirs , a reçu
prefque dans le même temps ,
l'Ordre de Saint Louis , qui a
auffi efté donné à trois Officiers
de Gendarmerie . Comme il n'y
a dans ces Corps que des Offi
ciers diftinguez , leurs Emplois
font affez connoiftre pourquoy
ils ont merité cet honneur .
Je reviens aux affaires de la
guerre dont je dois encore yous
parler. Toutes les Troupes font
en eftat d'ouvrir la Campagne
Eles n'ont jamais efté plus lef
tes , plus belles , & plus completres
. Toutes les Recrues font
faites , & toutes les Remontes
font achevées. Le Roy a fait plu
heurs revûës des Regimens des
Gardes Suiffes & Françoifes ;
Ii iij
378 MERCURE
des quatre Compagnies & des
Gardes du Corps ; des Grenze
diers oder fas Maifonojedes bGendarmes,
des Chevaux legersy &
des deux Compagnies de Mouf
quetaires , & après avoir v
toutes ces Troupes prefque
hommé par homme , Sa Majefte
a dit qu'Elle n'en avoit jamais
va de mieux faits. Jamais Mo
nárque ne s'eft mieux connu en
hommes , & ne s'eft plus attaché
à les confiderer dans toutes les
revûës qu'il a faits, & lorſqu'il
a examiné un homme avec l'at
tention qu'il donne à tout ce
qu'il fait , il pourroit dire dequoy
il est capable. Sa longue
experience , pendant qu'il a ofté
å lateſte des nombreuſes Armées
qu'il a commandées en chef
GALANT 279
luy a acquis cette connoillan
Jodoisbajoucer Mtout ce que
je viens de vous dire des Trous
pès , qu'elles font toutes payées ,
& en eftat de rendre de grands
fervices Quoy qu'elles foient
fut le point d'entrer en Campas
gnerslesfecret des operations
qu'elles doivent faire , eft entie
rement gardé, comme il l'efttou
jours de tout ce qui regarde lel
Roy , cooMonarque impenetra»
blepne laiffant voir , & même
deviner , que ce qu'il veut . On
ne fçait pas même encore au
jourd'huy bien fûrement , s'il
' y aura point de changement
dans de commandement de ſes
Armées , & fi elles ne verront
point à leur tefte , des Generaux
38% MÉRCORE
qui n'ont point eu de Commandement
pendant les dernieres
Campagnes , ce qui fera je crois
connu avant que vous recevicz
ma Lettre.
Les Alliez ne fçachant de
quel cofté tomberont les plus
grands efforts de nos Trou
pes , & ignorant même encore
le nombre de celles qu'ils doi
vent avoir , fe donnent de
grands mouvemens . Ce ne font
que Courriers de Vienne à la
Haye, de la Haye à Hanovre
& d'Hanovre à Ratisbonne &
à Duffeldorf. Milord Marlbot
rough ayant efté dans la pluf
part de ces Cours comme Cho
valier errant , à la fin de la derniere
Campagne , le Prince Eur
gene jouë le même perfonnage
GALANT 381
au commencement de celle qui
va s'ouvrir , & les Alliez encore
incertains du nombre de Troupes
qu'ils pourront mettre en
Campagne , ne fçavent encore
de quel cofté ils doivent former
de plus fortes armées . Ils parlent
de l'affaire d'Ecoffe pour
éblouir leurs peuples , comme
d'une chofe dont ils doivent tirer
de grands avantages . Cependant
cette affaire , que les
vents ont fait manquer , ne produit
rien d'avantageux ny de
defavantageux pour aucun des
partis , & remet les chofes dans
la fituation où elles eftoient auparavant
, excepté que les Anglois
n'ont pas renvoyéen Flandre
toutes les Troupes qu'ils en
ont tirées , ce qui affoiblit beau382
MERCURE
coup le Corps d'Anglois qui eft
en ce Pays.
Je ne puis vous donner de plus
fratches nouvelles d'Espagne ,
qu'en vous envoyant la Lettres
fuivante . a 2015
De Madrid le 16. Avril 1708 ,
Monſeigneur le Duc d'Orleans
partit d'icy avant bier pour aller fes
mettre à la tefte de l'Armée qu'il
commande en Catalogne , & pour
y ouvrir la Campagne par quelques
operation importante . Mr le Mar
quis de Bezons partit d'ity en mêmetemps
, & cinq cens Chevaux de la.
Garde du Roy , qui doiventfaire la
Campagne dans cette même Armée
fe mirent en marche le même jour.
Tous les préparatifs font faits auffe
de noftre part fur toutes nos Frontie
res ; & la bonté & le nombre de tou
GALANT 383.
tes nos Troupes , nous flatent par
avance que cette Campagne ne nous
fera pas moins avantageuse que la
derniere Enfin tout fe trouve de
tous côtez dans la meilleure difpofi
tion da monde.
e
Le même jour du départ de Son
Alteffe Royale, le Roy paffa en revie
toute la Cavalerie de fa Garde;
& le lendemain toute l'infan--
terie. La Reine fe trouva à cette re->
vue , & elle eut le plaifir de voirs
faire Pexercice à tout ce Corps , qui
eft des plus brillans & des plus
choifis.
Vendredy paffé troifiéme de ce
mais , Mr le Prince de Chimay que
le Roy a fait Grand d'Espagne de
La premiere claffe , fe couvrit pour la
Premierefois. Il avoit pour fon con
ductour, qu'on appelle icy Parrain,.
384 MERCURE
C
My le Duc d'Havré. Ce même jour
Mr le Prince Pio reçût aufi
Toifon d'Or , le Roy l'ayant fait
M
Chevalier de cet ordre. C'eft une recompenfe
qu'il a bien meritée par fes
Services. Il n'eft pas moins eftimé
en France qu'en Efpagne. La
Roy a fait auf Grand & Efpagne,
Mr le Prince de Bergue & S. M.
s'applique à proportionner fes re
compenfes aux perfonnes & auxfetvices
qu'on luy rend.
Mrl'Evêque de Pampelane, dont
on ne fauroit trop louer le zele &
l'application au fervice du Roy , a
fait de nouveau un don à Sa Majefté
de mille piftoles , & la ville de
Quintamar luy a donné auffi pour
les befoins preffans , une fomme de
quinze mille cinq cent onze Reaux
de Vellons ce qui aprés le zele &
Paffection
GALANT 385
Paffection des habitans pour leur di
gne Monarque , n'eft dù qu'à l'apli
cation de Don Bernardino Patricio
de Arze , Corregidor de cette Ville.
Sa Majesté a donné le Commandement
des quatre Villes de la
Mer au Maréchal de Camp Don
Pedro Manfo de Zuniga , & celuy
de's cinq villes d'Aragon au Sergent
Major de Cavalerie Don Antonio
de la Cruz Hado . Sa Majesté a
auli accordé une place d'Auditeur
dans le Confeil Supreme d'Aragon ;
à Don Bernardo Pazuengos ; &
une Place au Confeil Supreme de
l'Inquifition , à Don Gregorio Ramos
, Inquifiteur de Cour.
On écrit de Valence du 10. que
les Miquelets ayant invefti le Chateau
de Guadaleste , d'intelligence
avec les Habitans , à l'in çû de la
Avril 1708.
Kok
386 MERCURE
Garniſon , ils les y introduifirent 3
mais Don Thomas Salgado , étant
arrivé , avec une partie de fon Regiment,
il les cha du Chateau
& de la ville, avec perte de ceux
qui ne furent pas affez diligens pour
Je fauver , avec les autres qui prirent
la fuite.
Le
30.
Les dernieres nouvelles de Lerida
du Avril , portent que
7.
Mars deux Compagnies de Grenadiers
; l'une du Regiment des Aftu
ries , & l'autre de Pampelune, avec
trente Chevaux de Marimon , fortirent
de cette Ville là , & entrerent
dans Finiera , malgré la refitane
des Ennemis . Finieftra eft
fur les
nofontieres
de Catalogne
. Les
noftres s'en rendirent les Maitres
pillerent le lieu , & le faifirent
du bétail. A leurretour les Mique
lets embufquez dans un peffage
GALANT 287
Y
avantageux, les chargerent . Le com
bat ne durapas long - temps : ces M
quelets prirent lafuite . Il y en eut
quelques uns de tuez , & on leur fie
24. Prifonniers . Nous n'y eumes de
noftre cofté , que deux Soldats bleffez
Selon la refolution . qu'on avoit
prife de punir le lieu de Granadella ,
pour eftre le centre & le lieu de retraite
des Miquelets , de tout ce canton
là , & dont les Habitans fe
fioient an peu trop , à la force & a
"la dificulté de la fituation, Mr le
Comte de Louvignies , Gouverneur
de Lerida , donna fes ordres , pour
y envoyer un détachement de cette
Place & de Balaguer , fous la con
duite du Capitaine de Chevaux Don
Jofeph Vallejo , Commandant de la
Cavalerie . Ce détachement étoit com
pofé de cent Grenadiers , de trois cent
Eufoliers , & de trois cent cinquante
KK ij
388 MERCURE
Drgons , Hoaffards ou Cavaliers.
Tout cela marcha la nuit du fix an
fept ; & comme il y a fept lieues de
Lenda à Granadella , qui eft dans
les montagnes, fur le chemin de To%-
tofe , l'Infanterie ne pût y arriver ,
avant lejour. Ce Commandant prit
leparty d'inveftir le lieu ; ce qu'ilfit.
avec tant de conduite & de fuccés, que
Les Dragons ferendirent Maitres des
portes avant que les habitans euffent
pu s'appercevoir de leur approche.
Rien ne fut égal à leur furpri
fe . Ils s'eftoient flatez que ce lien
eftoit inaccessible à nos Troupes ; de-
Jorte que profitant de leur trouble ,
on leur déclara que s'ils s'avifoient
de tirer un feul coup de fufil , on les
pafferoit tous aufil de l'Epée ; & on
ne leur donna pour tout terme qu'une
heure , pour s'aller retirer dans une
grande Eglife du Fauxbourg avec
GALANT 389
leurs femmes & leurs enfans ; à condition
qu'aprés qu'ils fe feroient retirez
tout feroit abandonné aupillage.
L'Infanterie arriva & le pillage
dura trois heures entieres. Ilfut
fi confiderable qu'en y joignant celui
de la Puebla & de Bobera qu'on pilla
auli , & qui en dépendent , on
auroit pu encore en changer plus de
mille hommes. On emmena auffi cing
cens pieces de betail , & beaucoup
de bagages. Il parut aux environs
d'autres habitans de differens lieux
qui ne croyoientpas pouvoir eftre fortez
mais on les defabufa biên tôt. On
lespouffa , on en tua un grand nom.
bre , & le reste prit la fuite.
Le même jour ce détachement mar
tha aux lieux de llar de Canes &
Mayals dans cette même Montagne
, pour les confirmer dans l'obéïf
fance da Rey , & pour leur faire
k Kiij
390 MERCUR
E
voir qu'il n'eft pas impoſſible à fes
Troupes d'y penetrer.
Le buit tout ce détachement rentra
dans Lerida , fans avoir rien
perdu , & n'ayant que deux Cavaliers
bleffez. Ce fuccez quoyque mediocre
ne laiffe pas d'eftre de confequence.
D'autres lieux voifins en
ont efté fort intimiditez.
J'apprens en ce moment que
Monfeigneur le Duc de Bourdoit
commander la Camgogne
pagne prochaine en Flandre , &
qu'il doit eftre accompagné de
Monfeigneur le Duc de Berry . II
yà beaucoup à efperer de cePrince,
dont la victoire a toûjours accompagné
les pas . Vous le fçavez
par le détail que je vous ay
envové de fes Campagnes qui
m'ont fourni dequoy faire des
volumes entiers féparez de mes
GALANT 391
Lettres. Il aime la guerre ; il voit & en
tend tout par luy-même , il a de la valeur
& de la penetration ; il eft magnifique ; il
ne laiffe aucune action fans récompenfe ,
& tous ceux qui ont eu l'honneur de fervir
fous luy , ne ceffent point d'en faire
des éloges.
S.A. E. de Baviere , doit commander
en Allemagne , & M' le Maréchal de
Barwick fervira fous ce Princé . Il a fait
connoiftre fa valeur dans une infinité
d'actions ; fon nom eft redoutable parmi
tes Turcs , & il a rendu de tres-grands
fervices à l'Empereur & à l'Empire. Je
ne vous repete point icy ce que je vous
en ay fouvent dit.
Mr le Maréchal de Villars doit commander
en Dauphiné , ce qui doit caufer
beaucoup de joye à tout le Pays & à tou
tes les Provinces voifines , & donner
beaucoup d'inquietude à Monfieur de
Savoye. Tout ce qu'il a fait de grand eft
fi refcent , qu'il n'eft pas neceffaire de
vous en rien dire. Il agit avec reflexion
& il eft brave & heureux,
392
MERCURE
CONCLUSION .
Je crois que vous devez eftre fatisfaite
de ma Lettre ; le grand nombre de matieres
differentes qu'elle contient , doit
plaire , à ceux qui veulent de la varieté :
& ceux quiaiment les Pieces d'Eloquence
, les Sciences , la Galanterie , & les.
Nouvelles de Guerre , y doivent trouver
dequoy fe farisfaire. Je fuis , & c.
P
A Paris će 30. Avril 1708 .
TABLE.
Relude , dans lequel le trouve
trois Eloges du Roy , prononcez
par les deux Academiciens
qui ont efté reçus en dernier lieu,
par celuy qui afait la fonction
de Directeur à cette Reception. §.
Epitre en Vers , a S. A. S. Monfieur
le Duc de Vendofme . 23
Epigrammefaite à l'occafion de cette
Epitre.
Premier article des Morts.
Epitaphe du Pere Mabillon
34
36
77
*
LYON
1893
TABLE,
Difcours prononcé à l'Abbaye de S.
Victor , fur l'utilité des Bibliote
ques publiques , &fondé par M1
le Prefident Coufin . 79
Lettres Spirituelles données au pu-
8.7 blic.
Nouveau Poëme donné au public . 91
Theſe foutenue par Mr le comte
Philippe d'Arco. 94
Dignité de Prince de l'Empire accordée
par l'Empereur.
100
Second article des Morts , contenant
plufieurs Morts Etrangeres, 104
Cartes nouvelles.
125
Epitre en Vers , qui afait beauconp
de bruit dans le monde , & fur
la matiere de laquelle plufieurs
beaux efprits ont écrit.
Service fait pourfeu Mr le Comte
132
151
d'
Egmont.
Benefices donnez par le Roy dans
La derniere promotion . 15.8
TABLE.
Sermons à la Mode. 18
Galanterie faite par Mr le Comté
de Pont hartrain..
Charge donnée par le Roy.
Troifiéme article des morts.
19t
193
199
Article tres- curieux , avec deux pieces
originales für les affaires prefentes
de Catalogne .
208
Ce qui s'eft passé à l'ouverture d'aprés
Paques de l'Academie Roya
le des Infcriptions & à celle de
l'Academie Royale des Sciences
avec plufieurs Extraits des difcours
quiy ont étéprononcez. – 2:33:
Audiance donnée par le Roy aux
Députez des Etats d'Artois
avec le difcours prononcé par Mr
PAbbé de Goay .
Mercuriales faites au Parlement.
après avoir ouvert fes ficances
>
181
d'aprés Paques.
Mariages.
295
1900 298 59
TABLE.
Party de l'Epée embraffé par un
Abbé de diftinction . 308
Anicle contenant des pieces Origina
Les fur l'affaire de Neufchâtel.311
Article qui regarde le Roy d'Angleterre.
320
327
334
Affaires d'Hongrie , où le trouve
L'Extrait d'une lettre du Prince
Ragotski.
Mouvement fait dans les Gardes
du Corps , touchant plufieurs Emplois
donnez
Mr d'Andrezelles , eft nommé pour
·remplir la place que Mr d'Eftan-
‹ chaux occupoit auprés de Monfei
gneur le Dauphin, elect
Mr le Marquis de Jarge , nommé
à l'Ambaffade de Swiffe
Mr de Gaffe eft fait Maréchal de
France .
1
335
338.
344
Penfion donnée à Mr le Comte de
Forbin.
LYON
TABLE .
Remplacement d'Officiers de la Ma:
rine.
349
Suite des Affaires d'Espagne . 351
Conferences tenues à la Haye , & politique
du Prince Eugene contre laquelle les
Holandoisfont en garde. 363
Extrait d'une lettre d' Alemagne , qui fait
connoistre les mauvais deffeins de l'Empereur
contre l'Empire , & le deffein qu'e
il a de le gouverner arbitrairement.368
Article des Enigmes .
Nouveaux Chevaliers de S. Louis . 376
Affaires de la Guerre .
Lettre de Madrid.
372
377
382 Generaux d'Armées , qui doivent commander
en Flandre , en Alemagne , & en
Dauphiné.
Dans l'article dè l'Academie
390
des Sciences on amis Baumy
pour Maury.
L'Air, Le Berger . page 79
L'Air , De ces Côteaux.page 281
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le