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Pour ma de laors
F
807156
MERCURE
GALANT
EQUE
LYON
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS , 1708
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Con
Omme il eft impoffible dans la conf
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
f
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy
AULECTEUR.
TLya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étantimpoffible
de devinerle nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, & quel'on employera
tous les bons Ouvrages
à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchißent le port.
1
MEREVRE
GALANT
J
MARS , 1708.
ROUE
LYON
1893
DE
E crois ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre qu'en
vous parlant d'un Livre nouveau
, intitulé : Prieres Chreftiennes
, tirées des Pfeaumes , avec
une Priere particuliere pour le
A iij
6 MERCURE
Roy, & pour demander à Dieu
la Paix , dediées au Roy par un
Pere de famille .
L'Epître qui eft à la tefte de
cet Ouvrage eftant fort courte
, j'ay cru que la lecture vous
en feroit plaifir , & c'eſt pourquoy
je vous l'envoye.
AU ROY.
SIRE ,
Les Prieres
Chreftiennes que
j'ay l'honneur de prefenter à Vô-
TRE MAJESTE
' , font celles
du Prophete Roy , que l'Eglife a
GALANT
confacrées , & qu'elle met tous les
jours dans la bouche des Fidelles
pour adorer Dien, & pour implarer
fon affiftance. Les Grands du
monde font plus obligez que
autres hommes , de vacquer à la
Priere , parce qu'ils font plus enles
vironnez de plaiſirs , & qu'ils ont
plus befoin de la Grace pour les en
délivrer. Les pompes qui les charment
& les plaifirs dont ils jouiffent
,font autant d'ennemis dangereux
qui les attaquent , & qui
remportent fur eux la victoire ,
s'ils m'ont pas la force de leur refifter;
ce ne peut estre quepar lefecours
de la Priere qu'ils les peu-
A iiij
8 MERCURE
vent genereufement furmonter. Il
ne faut pas s'étonner , SIRE ,
fi VOTRE MAJESTE' s'eft
tellement rendue maistreffe des paffions
humaines , puifque nous la
voyons tous les jours fe répandre
devant Dieu , avec tant d'aneantiffement
& de pieté qu'elle édifie
tous fes Peuples , & doit fervir
d'exemple à tous les Rois. Si
VOTRE MAJESTE' vent
-bien jetter les yeux fur ces Prieres
qui font tirées de l'Ecriture Sainte ,
elley goûterafans doute , une ònction
toute divine ; parce qu'elles
•font remplies de l'efprit , dont Dieu
' anima autrefois ce faint Roy
GALANT 9
qu'afin de le tranfmettre enfuite
dans le coeur de tous les Monarques.
Il n'y a rien de moy dans
eet Ouvrage
; tout vient de Dieu ,
VÔTRE
MAJESTE
' n'y
trouvera
à mon égard qu'un amour
respectueux
& particulier
que j'ay
toujours eu pour Ellependant toute
ma vie. Labontéfinguliere
qu'Elle
m'a témoignée
toutes les fois que
jay eu le bonheur d'approcher
de
fa Perfonne
facrée en luy preſen
tant mes petits Ouvrages
, m'afi
vivement
touché
le coeur , que je
tacheray
de luy donner le refte de
mes jours des marques
de ma
miſſion , de mon zele , &du tresmafoû10
MERCURE
profond respect avec lequel je
fuis , &c..
Il n'y a rien qui fe recite fi
fouvent que l'Oraifon Dominicale
, la Salutation Angelique
, & le Symbole des Apôtres
; par l'Oraifon Dominicale
, on rend à Dieu , le culte
qui luy eft dû ; on honore la
Sainte Vierge par la Salutation
Angelique , & on fait une Profeffion
publique de la foy par
le Symbole des Apoftres. Ce
qui eft douloureux , eft que la
plufpart des Chreftiens , difent
tout par coûtume fans refleGALANT
II
xion , & fouvent fans l'ententendre.
C'est pourquoy l'Auteur
des nouvelles Prieres , a
crû qu'il étoit abfolument neceffaire
d'en faire une courte
explication , afin qu'on le recite
deformais avec plus de pieté
& d'attention .
Il n'y a perfonne qui ne fçache
que l'homme n'a efté crée
fur la terre que pour y adorer ,
aimer & fervir Dieu ; voilà
qu'elle doit eftre fon occupation
pendant fa vie , & c'eſt
pour remplir ces trois devoirs.
que l'Auteur a compofé les
urois premieres Prieres .
12
MARCURE
Rien ne perſuade plus l'adoration
& le culte qu'on doit à
Dieu , que l'afpect du Ciel &
des Aftres qui roulent fur nos
têtes avec tant d'éclat & de
majefté ; & c'est encore ce qui a
engagé le Pere de famille qui a
compofé ce livre , de commencer
la Priere du matin au lever
de l'Aurore & du Soleil , dans
lequel le Createur a placé fon
Trône pour éclairer tous les
hommes afin de leur manifefter
fon exiſtance , & de les obliger
à luy rendre le culte qui
luy eft dû.
On n'a befoin pour luy mar
GALANT
13
quer que
d'obfer- fon amour , que
ver avec fidélité fes juftes Commandemens
qui contiennent
la Creature dans fon devoir ,
& dans un état d'innocence qui
la rend agreable à fes yeux , &
c'eft pour cet effet que l'Auteur
a remply la Priere du jour des
Verfets les plus tendres qui engagent
à l'aimer.
Il n'y a pour le fervir & pour
le craindre , qu'à concevoir une
haute idée de fa grandeur , parce
qu'on apprehende d'offenfor
un Dicu fi grand , & qu'on aime
enfuite à fervir un Dieu fi
fi bon ; c'est pourquoy , l'Au14
MERCURE
teur a recueilly dans la Priere
du foir , les traits des Pfeaumes
les plus vifs qui marquent fa
toute puiffance. Mais comme
un bon Prince fert de modelle
à ſes peuples pour adorer aimer
& fervir Dieu ; que les
guerres qui les affligent font
des marques vifibles de fa colere
, & qu'il n'y a que la Penitence
qui nous puiffe procurer
la paix , l'Auteur a compofé
trois Prieres pour luy demander
la confervation de la perfonne
Sacrée du Roy ; la ceffation
des guerres , & le retour
bien-heureux de la paix.
GALANT 15
Et comme il n'y a point de
moyens plus affurez pour obtenir
ces graces que la penſée
falutaire de la mort
› parce
qu'elle nous fait rentrer dans
nos devoirs , & nous oblige de
retourner promptement
Dieu , l'Auteur a fini fon ouvrage
par des reflexions folides
fur cette derniere fin , à laquelle
il n'y a point d'homme fage.
qui ne
penfer.
doive continuellement
Tout ce que vous venez de
lire , eft tiré des Avertiffemens
qui fe trouvent dans les Heures
nouvelles. Elles font de la
16 MERCURE
compofition de Mr Lordelot ,
ancien & fameux Avocat , dont
je vous ay fouvent parlé des
Plaidoyers qui ont fait le plus
de bruit , & des Ouvrages qu'il
a donnez au public . On a fait
plufieurs Editions du dernier
de ces Ouvrages , Intitulé Dé
voirs de la vie Civile. Ses nouvelles
Heures fe vendent chez
Pierre Bienfait , Libraire , fur
le Quay des Auguſtins , à l'Image
•
S. Pierre .
Je vous envoye tous les ans
depuis plufieurs années au mois
de Novembre , un détail de ce
GALANT 17
qui s'eft paffé en Canada pendant
le cours de chaque année.
Je vous l'envoye plus tard qu'à
l'ordinaire , parce que je ne l'ay
pas reçû plûtoft.
,
Mars
1708.
18 MERCURE
A Quebec le 13. Novembre
1707.
MONSIEUR,
93
Le croiriez- vous , ny pluye .
ny nége icy , ny gelée depuis envi¬
ron fix femaines ; la Saifon eft enchantée
, on diroit que le climat eft
changé ; depuis vingt ans on n'a
pas vu une fi belle Automne. Aujourd'huy
même que je vous écris ,
le Ciel eft le plus beau du monde.
Je crois , Monfieur , que vous nous
porterez unjour envie . Il y a longtemps
qu'on a remarqué que
le
GALANT
19
Canada eftoit fous les mêmes paralleles
que
la France. La hauteur
du Pole n'eft icy que de 46. degrez
ss. minutes , & Paris , où
vous eftes eft plus Nord deprés de
2. degrez.
Cet Efté un petit Baftiment de
Marfeille eft venu mouiller devant
Quebec ; il nous a laiffé de
bonnes Proviſions , nous a promis,
eftantprés de mettre à la voile,
une vifite l'annéeprochaine. Ilm'a´·
parn fort content de nous , & nous
fommes fort fatisfaits de buy..
Depuis le 21. jufqu'au 25.
d'Octobre de cette année ,
cette année , quatre
Vaiffeaux ont mouillé dans noftre
Bij
20 MERCURE
Rade : le Neptune , commandé
par le Sr Foliet ; le S. Michel¸
Navire à peu prés de même grandeur
; une Flutte dont j'ignore le
nom, le Heros , percé pour cinquante
canons , commandépar Mr
de S. André.
Mr Vincelot , dont les ancestres
ont donné le nom à une aſſez grande
terre qui eft à la Cofte du Sud
du Fleuve S. Laurent , au deffous
de Quebec , s'eft embarqué au Printemps
avecfoixante hommes & eft
alléjoindre Mr de la Ronde , Offi
cier Canadien. On les afalué icy
en paffant de plufieurs coups de
fufils chargezdepoudre feulements
GALANT 21
-pa-
Les glaces énormes des grands
Lacs les accompagnoient ; & commeil
falloit à tout moment les b
rer , cela leur caufoit une fatigue
non - commune. Cela n'a point empêché
que Mr Vincelot avec Mr
de la Ronde ne foient arrivezfort
propos à la fin de May à Port-
Royal d'Acadie , que les Anglois
de Bafton , capitale de la nouvelle
Angleterre , venoient affieger.
à
a. Ce font les Lacs Ontario , Eriés .
Hurons , Ilinois & Superieur.
b Parer c'eft en terme de Mer paffer
au -delà , ce qu'on appelle doubler ou
ranger ; icy c'eſt quelque chofe de plus ,
c'eft débaraffer avec l'aviron , écarter
&Co
~
22 MERCURE
Voicy , Monfieur , ce qu'on m'a
écrit de Port- Royal au fujet de ce
Siege.
pas
Les Anglois de Bafton ont
attaqué de nuit le Port Royal ;
l'attaque a efté tres - chaude
pendant une heure ; mais comme
la refiftance des nôtres n'a
efté moindre , les Anglois
fe font vûs contraints de décamper
. Nous avions centcinquante
hommes en embuf
cade qui ont fait teſte à quinze
cens Anglois , & leur ont fait
un feu terrible , quoy que de
noftre cofté il n'y ait eu qu'un
homme de tué & un bleffe.
GALANT
23:
·
Les Anglois font venus nous
revoir à la fin du mois d'Aouſt
fuivant , mais ce n'a eſté qu'à
leur confufion ; car ils y ont:
perdu beaucoup de monde ::.
nous les affomions à coups de
croffes de fufils & à coups de
baches , dans un détachement
où nous en furprîmes trois à
quatre cent couchez ventre à
terre , & nous n'avons eu qu'un
feul homme de tué dans cette
occafion & douze bleffez , dont
un des principaux eft Mr de la
Boularderie , qui commandoit
le détachement , Officier tresbrave.
Mr de Saillant eft auff
24 MERCURE
du nombre , avec un autre qui
eft déja mort de fes bleffures .
Je n'ay pas le temps de vous
faire un plus long détail , d'autres
le feront mieux que moy ;
mais j'ofe dire qu'ils ne feront
pas plus finceres , parce que je
parle d'une chofe que j'ay vûë .
On dit que ce Siege leur coûte
prés d'un million.
Le fils de feu Mr de la Valliere
Major de Montreal , Mr de
Beaubaffin , partit le Printemps
dernier pour Terre -neuve ,
c
il
c L'Ile de Terre Neuve , vers l'embouchure
du Fleuve S. Laurent dans la
Mer Oceane.
eftoit
GALANT 25
eftoit à la tefte de plus de cent Canadiens
fort braves , tous bien
équipez. Il a pris quelques Anglois
defquels il a fçû le mauvais fuccés
des Habitans de Bafton devant
la capitale de l'Acadie ,pays appartenant
aux François .
Il faut remarquer que les Anglois
de Bafton , leur entrepriſe fur
Acadie projettée , & le Siege
peut être déja farmé, ontfait courir
le bruit par toute la Nouvelle
France , fe fervant à cet effet de
leurs Sauvages Emiffaires , qu'ils
alloient affiegerQuebec à Montd
Ville dans l'Ifle qui porte le même
nom , & à 60. lieues de Quebec , en rcmontant
la grande riviere de Canada.
Mars 1708.
d
C
26 MERCURE
real , & qu'ils deftinoient deux
mille hommes pour inveftir cette
derniere Place ; & cela dans le
même temps qu'eux - mêmes ( les
Anglois ) fe tenoient renfermez
dans leurs Forts , fans prefque jamais
fortir, lorsqu'ils fortoient
il leur falloit une escorte de dix ,
quinze ou vingt hommes. Nos
Sauvages leur ont fait abandonner
plus de cinquante lieuës de
Le peu
de monde qui reftoit
pays.
dans la Nouvelle Angleterre ne
travailloit que la nuit & unefolitude
étonnante regnoit le long de
leurs Coftes. Cela porta les Magiftrats
de Bafton , capitale de la
GALANT 27
Nouvelle Angleterre , à faire le
Reglement que voicy. Quiconque
amenera unSauvage âgé de plus
de douze ans ou feulement
apportera fa chevelure , aura
pour récompenfe cent livres
fterling. Les Anglois de ce payslà
ne donnoient ci - devant qu'un
в
e Il paroift que ce Reglementegardoit
les Sauvages leurs Alliez , auffi bien
que les Anglois , parce que c'eft la coûume
des Sauvages en guerre d'incifer la
peau du front , puis de l'arracher aux
Prifonniers qu'ils font. Cette remarque
fervira dans la fuite pour expliquer ce
que c'eſt que lever la chevelure.
f La livre fterling va depuis 13. juf
qu'à environ 14. livres monnoye de
France.
Cij
28 MERCURE
Crown pour une chevelure , le
Crown d'Angleterre eft à peu prés
le Louis blanc ou l'Ecu de France.
Cette Proclamation n'a point
empêché que nos Sauvages n'ayent
caffé g la tefte ou levé la cheve
lure & amenez prifonniers plufieurs
des leurs ; & ils fefouviendront
long- temps d'un Parti d'Ab .
nakis , qui a efté fait cette année
80 Caffe la tefte avec des maffuës qu'ils
appellent caffe - tefte , de deux mots Algonkins
Offan , qui veut dire caffe , &
Ouftixonan qui fignifie tefte. C'eft un
morceau de bois dur arrondi à un des
bouts comme une boule ; il eft attaché
Aune racine d'arbre ou à une corde ; c'est
une des armes offenfives des Sauvages .
GALANT 29
en Efté ; il n'eftoit que de dixf-ept
hommes , lefquels àla vûë de quarante
Anglois , la plufpart à cheval
, ont levé la chevelure à plufieurs,
& tué à coups de maffuës
d'autres. Cecy eft arrivé prés d'un
Village appellé Marlborough ,
aprés que nos Sauvages eurent
effuyé dix décharges des Anglois.
h
Dans ces entrefaites arriva de
la Nouvelle Angleterre en Canada,
un Député de ¹ Dearfield, appellé
Shelden. Il demandoit qu'-
on luy relachaft les Prifonniers
h On prononce ainfi ; mais on écrit
Dierfield.
C iij
30
MERCURE
Anglois que nous avions faits
mais il fe paffa bien du tempsfans
qu'il puft rien obtenir. La plufpart
des Anglois , même ceux de
fon Village ( de Dierfield) dans la
Nouvelle Angleterre, embrasfoient
la Religion Carbolique , ce qui le
mortifioit tres - fort . Enfin , Mr
l'Envoyé Shelden s'ennuyant , il
demanda avec inftance à Mr le
Gouverneurgeneral , Mrle Marquis
de Vaudreuil , une audience de
congé ; mais on luy fit entendra
que cela n'eftoit point preffe , &
qu'il feroit bien aife d'eftre témoin
de la bonne grace avec laquelle les
François recevroient Mrs les An-
३
GALANT 3r
glois à Quebec , qu'ils difoient devoir
venir affieger dans peu.
Ce qui déconcerta entierement le
pauvre Ambassadeur , fut la priſe
d'un Baftiment Anglois que nous
venions de faire auprés de l'Ifle
de Terre , Neuve , & non loin de
Plaifance , dans lequel on trouva
une Gazette de Bafton , qui marquoit
un jeûne general d'obligation
pour attirer du Ciel la
Benediction fur les juftes eni
Ile éloignée de France d'environ
700, lieuës , entre les 47. & 52. degrez
de latitude nord. Plaifance eft une des
places la plus confiderable de cette Ifle ;
elle appartient aux François , & eft vers
le midy de la même Iſle.
Ciiij
32 MERCURE
trepriſes des Baftonnois. Aquoy
Envoyé Shelden ne fçut que répondre
, lorfqu'on le questionna làdeffus.
Pour furcroift de bonheur au
même Deputé de Dearfield , arriva
deFrance à Quebec , le Navire
de Marfeile dont je vous ay déja
dit un mot , qui nous apportoit
d'heureufes nouvelles touchant les
armes du Roy , ce qu'on a eufoin
de luy bien détailler. Le pauvre
Envoyé ne fçavoit quelle figure
faire ; il auroit voulu eftre à cent
lieues de là. Par deffus tout cela
nos Sauvages luy firent comprenpar
maniere de careffes , qu'ils
dre
GALANT 33
avoient deffein de luy caßer la
tefte lorsqu'il s'en retourneroit.
Pour comblede joye d'entiere
fatisfaction de fa negotiation
pour les Prifonniers Anglois , Mr
Shelden apprit que les efforts réïterez
des Habitans de Baſton devant
Port-Royal d'Acadie avoient
efté vains , & qu'aprés la confternation
generale de toute la Nouvelle
Angleterre fur un fi mauvaisfuccés
, une émute de tout le
peuple avoit condamné le Colonel
Marsh , Chef de l'expedition , à
eftre pendu .
Le Député de Dearfield aprés
bien des allées & det venues , eft
34 MERCURE
enfin parti d'icy fur lafin d'Aouſt,
n'emmenant avec luy que fix ou
Lept Prifonniers qu'on a accordé à
fa Nation ; toutes chofes aupara
vant bien examinées , on la efcorté
jufqu'à Orange , Ville de la
Nouvelle Yorck, pays contigu à la
Nouvelle Angleterre.
Quoy que les bruits que faifoient
femer icy les Anglois nos
voifins , qu'ils en vouloient à
Quebec & à Mont- real , puffent
eftre faux, & qu'en effet ils fuf
fent tels , comme on l'a connu dans
la fuite ; Mr le Marquis de Vaudreuil
Gouverneur general de la
Nouvelle France , n'a pas laiffe
GALANT .35
de tenir les Fortifications des Pla
ces de fon Gouvernement en eftat ,
& d'enfaire élever de nouvelles .
Nous avons icy , Monfieur , un
Ingenieur qui l'entend , c'eft Mr
le Vaffeur ; il a eu de grandes relations
avec feu Monfieur le Maréchal
de Vauban , dont il a reçû
d'excellens deffeins. On a dreffe
une bonne Batterie du cofté de
l'Hôpital General , au haut de la
Riviere Saint Charles , qui domine
fur la campagne voisine . On en
a élevé une derriere les Urfulines,
qui bat les environs de la haute
Ville ; celle de la baffe Ville proche
le Portfera trembler les Vaiffeaux
36 MERCURE
ennemis , s'il en ofe venir moüiller
dans la Rade. Les Terraffes qui
environnent Quebec ont efté vifitées
, rien n'y manque. On a mis
dans les Batteries du Fort des
pièces de canon d'un calibre plus
gros & plus fort , deforte que
tre Ville de Quebec est toute prefte
à bien recevoir Mrs les Anglois ;
nous avons force bombes &
nok
Ce qu'on appelle icy le Fort eft le
Chafteau où loge Mr le Gouverneur ; il
eft bafti fur le penchant d'une montagne
efcarpée en cet endroit , & qui fait partie
de la haute Ville ; ce Chafteau domine
fur la rade, & eft orné par dehors d'une
grande Gallerie ou grand Balcon , &
de demies Tours appuyées fur le Roc.
GALANT 37
bonne poudre. Il y a eu ordre de
la part de Mrde Vaudreuil , aux
Habitans des Coftes le long du
Fleuve , de tenir tous les Forts en
eftat.
Nos Coftes munies , Mr le
Gouverneur a envoyé du fecours
en Acadie , & nos Sauvages d'un
autre cofté ayant formé differens
Partis , ont amenez de jour à autres
des Prifonniers Anglois , ou apporté
des chevelures , la diverfion
eftoit bien prudente , & l'habileté
de Mr le Marquis de Vaudreuil
Gouverneur general luy a attiré
l'admiration de toutes lesperfonnes
entendues . En effet , avoir lapaix
38 MERCURE
chezfoy , affifter fes voifins atta
quez , faire la guerre aux autres ,
eft l'entendre , c'est ce que Mr
le Gouverneur a fait ; il conferve
la paix avec les Iroquois , gens
difficiles à ménager, & il les tient
en refpect comme enchantez ; il a
le fecret de leurfaire trouver bon
qu'il batte cependant les Anglois
dans leur propre pays , les rendant
prifonniers dans leurspropres
fons ,par les petits partis de Sauvages
qu'il envoye. Cela ne l'empeche
point d'envoyer un fecours
confidcrabre de Troupes à Port-
Royal , Capitale de l'Acadie , que
les Anglois menaçoient d'affieger
maiGALANT
39
une feconde fois dans une même
année ; tout cela , Monſieur , réüffit
; tout cela eft executé.
Les Coftes de Canada s'éclairciffent
de plus en plus. On y
voit du lin , du chanvre , de
bon blé François , des Jardins remplis
de bonnes légumes ; les Habitans
élevent des moutons ; plufieurs
font de la toile . Nos gens
s'occupent à merveilles. On a trov
véprés du Lac Champlain qui eft
entre le 43. le 45. degré de la
titude Septentrionale , une mine de
plomb fort abondante ; cela nous
fervira & pour la guerre & pour
la chaffe. Actuellement nous tra40
MERCURE
vaillons à découvrir des mines
d'Alun & même d'argent ; ces
dernieres ,fi nous en venons à bout ,
nous attirerontpeut- eftre voſtrejaloufie
& encore de bien d'autres.
Vous voyez , Monfieur , que nous
cherchons le folide & que nous ne
fommes pas oififs , auffi avons nous
un Gouverneur qui s'employe tout
entier à rendre ce Pays - cy florif
Jant.
Les Sauvages de Lorete , ce
font nos voisins , ont efté en Parti
cette année dans la Nouvelle Angleterre.
Leur Chef eftoit Ontagannoche.
Ils ont amené des
Anglois captifs.
GALANT 41
Les Outaoüois , Sauvages affez
nombreux & qui parlent Algonkin
, qui eftla langue la plus étendue
parmi ces peuples avec la langue
Hurone ,font 1 defcendus icy
en deux Saifons differentes . Dans
le premier voyage ils avoient pour
Chef de leur Ambaffade Oüabi ,
autrement dit le Blanc . Ceux du
fecond avoient mis à leur tefte
Companiffé , c'est- à- dire le Brochet.
Le fujet de leur négotiation
1 C'eft à dire dans le langage de ce
Pais - cy , font venus des grands Lacs
qui approchent la fource du Fleuve S.
Laurent.
*
Mars
1708.
D
42 MERCURE
t
d'Onnontio , regardoit
quelques Iroquois , à qui les anauprés
ILI
nées dernieres Mrs les Outaoüois
avoient caffé la teste un peu bruf
quement. L'affaire mife en déliberation
, on a trouvé que pour en
serrer la Hache d'une maniere folide
& à n'enplus revenir, il falloit
obliger l'Outaoüois à livrer
l'autheur de la querelle , qui arvoit
portéfes Camarades àfrapper l'Iroquois
.
m Nom que les Sauvages nos Alliz
donnent au Gouverneur general de Canada.
n C'eft à dire faire la Paix.
• Regulierement il faudroit dire les
Outatiois , mais le ftile fauvage employe
ordinairem. le ſingulier pour le plurier,
T
GALANT 43
Il ne feroit pas facile Mr , de
cous expliquer jufqu'à quel point
nos Sauvages alliez , ont porté la
terreur le long des côtes de la Mer
de la nouvelle Angleterre. Un de
cis Sauvages a affuré à une perfonne
de ma connoiffance , avoir
été treize jours entiers , caché derriere
des pieux de Jardin , c'eſt bien
prés de l'habitant , fans avoir vû
unfeul Anglois fortir dehors . Les
Anglois n'ont ofé cette année cueillir
, ny lin ny chanvre qu'avec de
tres-grandes precautions ; ils n'ont
bazardé de fortir que la nuit , encore
a-t-ilfallu des Efcortes ; pendant
que nos Sauvages , Hurons,
Dij
44 MERCURE
Algonkins , Abnakis , &c . s'accommodoient
faifoient grandchere
des boeufs , moutons , chévres
, poules coqs d'indes de M
les Anglois voicy une petite
Hiftoire à ce fujet.
Deux Angloisfortent pour faucher
du chanvre , ( je dis faucher
, car c'étoit pour avoir plûtoftfait
, & n'eftre pas long- tems
expofez ) ayant chacun un fufil
paßé en Bandolliere , & pendu
au cou , && les yeux tournez du
côté du bois , mais avec une telle
attention que pour n'êtrepoint obligez
de tourner la tête , rifquer
d'eftre pris par derriere , ils s'en
GALANT 45
retournoient à reculons chez eux ,
avec cela , il faut remarquer
qu'ils ne fauchoient point le bout
de la piece de chanvre du côté du
bois ; les pauvres Anglois marchans
comme des Ecreviffes &
approchant de leur Bourg fe
croyoient hors d'affaire , lorsque
douze de nos Sauvages qui étoient
là ventre à terre à l'autre bout de
lapiece de chanure , fe levent toutà-
coup , courent fur les deux faucheurs
& leurs p levent la chevelure
à la vue du Bourg , & regagnent
le bois avant
que
le Toc-
PJ'ay marqué plus haut comment ce
la fe faifoit.
46 MERCURE
fin eut affemblé un gros de Cava
lerie pour leur courir fus.
Autre avanture : unparıý de
deux jeunes Sauvages ,fi vous en
voulez fçavoir les noms , les voisy
: l'un s'appelle Tfonioutza ,
c'eft à -dire la Grand - dent ; &
l'autre , Tfononoüio , autrement
, la longue corne , arrivent
un Dimanche à la vûë d'un Préche
des Anglois. La troupe devote
marchoit en Proceffion avec une
Efcorte de Cavalerie ; nos deux
jeunes Sauvages , d'ailleurs fort
alertes , n'ofent donner deffus , la
partie n'étoitpas égale affurément;
'ils ne vouloient point cependant en
GALANT 47
avoir le démenty , il falloit emporter
quelque morceau de la piéce ;
ilsfontfemblant de s'en retourner,
traverfent à la nage une Riviere
auffi large que la Seine à Paris
& vont fe mettre en Embufcade
prés d'un arbre abattu depuis peu;
ils apperçoivent un Bucheron , ils
courent à luy , ils le poursuivent,
trois Cavaliers de l'Eſcorte dont
je viens de parler ,fe détachent de
leur
l'un des Sauvages fe
met entre les Cavaliers & le Bucheron
, l'autre entre le Temple ou
lieu du Prêche & le même Bucheron
; nos deux jeunes ´Sauvagesfe
mettent à courir à toutes jam.
gros ;
48 MERCURE
bes , s'embaraffant peu des Cavaliers
Anglois , ils fe font figne
ils fautent fur le Bucheron , luy
levent la chevelure à la barbe des
Cavaliers qui voyant le fait ,
s'enfuyent auffi- toft la bride abbatue
, s'imaginant qu'un gros parti
foutient ces deux Sauvages .
Mr Pieter Schuyler Gouver
neur ou Commandant ¶ d'Orange
, met toute fa Politique en oeuvre
pour attirer les Iroquois fes r
q En Anglois , Albany , une des principales
villes de la NewYork.
On compte 5. nations des Iròquois :
fçavoir , les Aniés , les Oneïouts , les
Onontaguez , les Gologonins , & les Somontouans;
ces cing nations font à peuvoifins
GALANT 49
voifins , dans fon parti , car non
feulement , il leur permet de venir
chafferfur les terres defon gouvernement
, mais encore il leurfait
des prefens confiderables d'eau de
vie amorce bien tentante pour
eux ) & degros rouleaux de Tabac.
Bien plus , Mr Schuylerfe
rend caution pour eux chez tous
les Marchands d'Orange , Corprés
fituées entre Ie Lac Ontario , premier
des grands Lacs Sauvages , & la
Nevv-York , la Penfilvanie &c. Terres
Angloifes , & font ce me femble entre les
41. & 43. degrez de latitude Septenrionale.
fOrange dépend du gouvernement
de la nouvelle York , Province dont eft
Gouverneur Mylord Cornburg , coufia
Mars 1708 .
E
So50
Manhate qu'on
MERCURE
lard , Efope
appelle icy la Menade qui eft le
mot Flamand
, parce que le païs
où cette ville eft bâtie fe nommoir
auparavant les nouveaux Païsbas
, comme qui diroit nouvelle
Flandre
; Mr Piter Schuylerſe
rend , dis -je , Caution chez tous
Germain de la Reine Anne. Corlard eft
une petite place dans la nouvelle York ,
elle dépend du gouvernement d'Orange
, Elope aurre Bourg de New York
depend de Manhate ou Nevv- York ,
lieu de la refidence de Mylord Cornbury
Gouverneur du pays appellé par
les François nouvelle Tork & par les Anglois
: Nevv York , Mr Cornbury eft
independant du Gouverneur de la nouvelle
Angleterre & de Bafton qui eft
Mylord-Dudley.
GALANT 51
les Marchands de ces Villes ou
Bourgs , chez qui ilsprendront des
Marchandifes; Mr Pitrefculle,
car on prononce d'ordinaire fon
nom de cette maniere en Canada
étend fa politique jufqu'au fpirituel,
car il envoye des
Miniftres
de fa Religion aux Sauvages pour
les baptifer leurs apprendre le
Catechifme ; les Miniftres obéiffentponctuellement
, & pour donner
l'exemple , ils s'enyvrent à
merveilles avec les Sauvages.
L'Automne derniere , nos Sauvages
furent vivement preſſez
par les Anglois d'Orange de fe
ranger à leur parti ; Haniatari-
E ij
52 MERCURE
zen & Tfondagareſon
Sauvages
habiles & qui entendent les
affaires , s'offrirent d'aller trouwer
Mr Pitre Schulle Commandant
d'Orange , & parlerent ainfi
à celuy qui tenoitfaplace : ( car
ce Commandant n'y étoit point
lorſqu'ilsy arriverent ) mon frere
Pitrefchulle , je ne puis faire
ce que tu me demande ; je " leveray
toûjours la Hache contre
l'Anglois de Baſton ...fitoy &
Les Sauvages nos Alliez appellent
Onnontio ou Mr le Gouverneur , &
tous les François , leur Pere , l'Anglois
n'eft que Frere.
C'eft-à- dire je feray la Guerre.
GALANT 53
eux veulent demeurer fur la
Natte avec moy , allez trouver
Onnontio nôtre Pere ; fans cela
, je ferme la l'oreille à ta
voix , je ne t'écoute plus , &
inutilement tu me parleras à
l'avenir.
L'hyver dernier , les Sauvages
Abnakis de S. François établis à
la rive droite de la grande Riviere
de Canada & du Lac S. Pierre
, le long de la petite Riviere dite
auffi S. François
la , chaffe dans le voisinage d'O-
>
"
x C'est- à- dire être en paix.
étant à
Les Sauvages vont chaffer à des 80.
ou 100. lieues de leurs habitations.
E iij
54 MERCURE
range , furent dés ce tems-là föllicitez
parMrPitrefchulle
de ceffer
la guerre qu'ilsfaifoient aux Anglois
du Gouvernement de Bafton,
c'est- à- dire aux Anglois de la nouvelle
Angleterre. Ce Commandant
leur fit quantité de preſens
pourles gagner : mais ceux- cy luy
répondirent nettement , que n'étant
pas les maîtres de la chofe , ils exa
mineroient avec les * Anciens fes
Les Sauvages âgez de 60. ans & au
deffus. Le Confeil le tient dans une Cabane
du Chef ; à la fin de l'affemblée
l'Orateur fort de la Cabane du Confeil
& déclare tout haut ce qu'on a délibe
ré & conclu , afin que tous en foient informez
, puis on fait le feftin de Guerre..
GALANT 55
des
propofitions , lorfqu'ils feroient affemblez
dans leur village.
Les propofitions mifes fur le ta
pis , on conclût pour envoyer
députez au Gouverneur d'Orange;
voicy les paroles des Ambaffadeurs
Sauvages à Mr Picter-
Schuyler : je veux avoir toûjours
la Hache haute contre
l'Anglois de Baſton , & je n'écoute
aucune propofition cona
traire a cette reſolution .
Anglois veut enterrer la Hache
, ( c'est- à - dire faire la paix )
qu'il aille trouver Onnontio .
a Au fingulier je veux , c'eft le file-
Sauvage , file fier ...
E iiij
56 MERCURE
( Mr le Marquis de Vaudreüil)
MrPitrefchulle crutpar un Collier
qu'il leur jetta , les radoucir :
mais le chef de l'Ambaſſade prenant
le Collier , le jetta à la tête
de Mr Pitre - Schuyler , en luy
difant tout en colere ; je viens de
b Ces Colliers font faits de cinq ou fix
aiguillettes ou lanieres de peau affez
minces elles font longues d'environ
2. pieds , attachées l'une contre l'autre ,
& larges de 3. à 4. pouces , liées enfemble
d'efpace en efpace dans ces bandelettes
de cuir font enfilez des garins
d'une efpece de porcelaine qui vient de
la New-York ou des environs , ils font
blancs & bleus , percez dans leur longueur
, & groffierement arrondis ; ces
colliers font fort en ufage chez les Sauvages
pour les négotiations.
GALANT 57
te dire que mes oreilles ne feroient
jamais ouvertes à aucunes
propofitions de paix que
par Onnontio. Remarquez Mr
que la chambre de Mr le Commandant
d'Orange étoit pleine
d'Anglois , tous Officiers... tu
es environné , poursuivit l'Ambaffadeur
Sauvage , de jeunes
gens vigoureux & alertes , qu'-
ils portent ton collier à Onnontio
. Le difcours de l'Abnakis
fit rougir toute l'affemblée Angloife
l'étonna ; les Officiersfe parlerent
long- temps entr'eux
aprés le difcours dans lequel les
fentimensparoiffoient differens , ita
C
&
58 MERCURE
C
donnerent aux Sauvages Députez
un autre Collier plus Captieux:
mais jugeant des chofes par les effets
, on a vu que leur Politique
n'avoit point réuffi..
Les Abnakis du même endroit
de S. François , aprés avoir levé
d
la chevelure à deux ou trois Anglois
, furent pourfuivis par un
party de Cavaliers Anglois ; les
Sauvages les attendirent de piéferfe
défendirent pendant
me >
l'espace de cinq heures , à grands
c Stile Sauvage , cela veut dire qu'ils
parlerent avec plus d'ambiguité , plus.
de fubtilité , &c .
d Village Sauvage éloigné de Quebec
d'environ 40. lieuës .
GALANT 59
ils
coups de fufils , qu'ils ne cefferent
de tirer que quand la poudre leur
manqua . Les Abnakis s'étoient
cachez dans les Broffailles ( que
l'on appelle icy Fredoches )
étoient là prefqu'en feureté au
lien les
que Anglois à cheval
étoient découverts , & en état de
recevoir les balles qui fortoient des
fufils des Abnakis ... Ne diriezvous
pas Mr, que les Sauvages
de ce pays- cy vont à la Chaffe des
comme ils iroient à
Humains
celle des Orignaux , des Cariboux,
des Ours , des Carcajoux , ou des
Loups cerviers .Jefuis, Monfieur,
vôtre tres- humble & tres obéif
fant Serviteur , P. N.
60 MERCURE
On ne trouve pas feulement
dans la plupart des articles de
morts que je vous envoye , ce
qui regarde la Genealogie des
perfonnes dont je vous aprens
la mort. Ce n'eft pas toujours
ce qui rend ces articles curieux ;
mais comme il s'y trouve fouvent
quantité de faits hiſtoriques
, dont laplûpart n'ont pas
cfté rendus publics , & que l'on
y trouve fouvent les noms de
plufieurs ouvrages , ou qui font
inconnus , ou dont on ignoroit
les noms des Auteurs.
Comine , dis - je , la plûpart de
tous les articles de mort font
GALANT 61
remplis de toutes ces chofes ,
& d'une infinité de faits curieux
, on les doit regarder
comme des morceaux d'hiſtoire
, qui doivent faire plaiſir au
Public , & honorer la France .
Vous trouverez dans l'article
fuivant beaucoup de chofes ,
qui doivent faire plaifir à ceux
qui font profeffion d'érudition
& qui aiment les belles Lettres,
Mre Etienne de Bachet Seigneur
de Meyferia , ancien Prefident
en la Cour Prefidiale de
Breffe , mourut le mois paffé à
Bourg , âgé de 81. an . Il avoit
exercé cette Charge pendant
62 MERCURE
$ 7. ans , avec beaucoup de répution
; il avoit un grand attachement
pour fa Compagnie ,
compofée de Magiftrats treséclairez
& tres - integres , &
dont plufieurs font Gentilshommes.
Je ne remonte point
aux Ancêtres de ce Prefident ,
qui ont efté annoblis par les
armes , il y a trois fiecles , &
je vous parleray feulement de
ceux , qui de même que le Défunt
, fe font rendus recommandables
dans la Robbe.
Etienne de Bachet , qui vient
de mourir eftoit fils de Claude
Gafpard de Bacher , Seigneur
GALANT 63
de Meyferia , qui fut l'un des
quarante , que le Cardinal de
Richelieu choifit pour former
l'Academie Françoife , où il
merita cette place , par la profonde
érudition, repandue dans
plufieurs de fes ouvrages , du
nombre defquels eft fa traduction
de Plutarque , avec de fça.
vantes Notes Critiques , dans
lefquelles il fait remarquer un
nombre infiny de fautes groffieres
, qui avoient échapé à
Amyot,
Teur
de ce même
Auteur : il a auffi compofé
la Vie d'Eſope , fort recherchée
des Scavans , qui eft im64
MERCURE
primée à Bourg , & dans laquelle
il fait démonftrativement
connoître l'erreur de
quelques Hiftoriens , qui ont
trompé le Public dans le portrait
défiguré de ce fage Auteur
, qui l'ont repreſenté boffu
& tout contrefait
, quoy qu'il
n'eût rien de défectueux dans
fa perfonne.Mr de Bachet avoit
particulierement excellé dans
les Mathematiques & dans
l'Algebre , ayant compofé plufieurs
ouvrages fur les Sciences ,
dont il a laiflé quantité de Manufcrits
, n'ayant pas trouvé le
temps de les faire imprimer.
GALANT 65
Ceux qui font imprimez font ,
Diaphanti Alexandrini Arithmeticorum
, Libri fex; De numeris
Multangulis , Liber unus : il
avoit dedié ce dernier au fameux
Prefident Favre fon oncle
,Premier Prefident au Senat
de Chambery; fes Problemes de
Mathematique & d'Arithmetique
font dans les mains de
tous les Curieux. Les Manufcrits
font , Elementorum Arithmeticorum
, Lib. 13. Tractatus de
Geometricis queftionibus Algebram
; Appollodori Athenienfis
Grammatici Bibliotheces , five de
origine Deorum, Lib . 3.Une Tra-
Mars 1708. F
1
66 MERCURE
duction d'Agathemeres , Geo
graphe , Grec , fort exact, avec
des Notes fur cet Auteur ; &
comme ſon eſprit eftoit univerfel
, il a auffi laiffé plufieurs .
ouvrages de Poëfie ; des Notes.
fur le plus galant des Poëtes ,,
& des ouvrages de Morale ;
de fi grands talens l'avoient
fait juger digne d'eſtre Précepteur
de Louis XIII . mais
ayant appris qu'on jettoit les
yeux fur luy pour ce grand
Employ , qui l'auroit diftrait
de la lecture de fes livres , qu'il
cheriffoit plus que tous les pofzes
les plus brillans , il quitta
GALANT 67
brufquement la Cour , pour
retourner en Province . Il avoit
époufé Philiberte de Chabert ,
fille de Claude de Chabert
Ecuyer Seigneur de Becerel , de
Peronne & de Puget , de laquelle
il eut cinq enfans ; fçavoir
deux filles Religieufes , Peronne
& Marie de Bachet ,
Pierre - Gafpard de Bachet ,
mort fans avoir efté marié
ainfi qu'Antoine de Bachet ;
Jean de Bachet , qui a eu de
N. de Barbarel quatre fils , qui
font vivans ; fçavoir N. de
Bachet , Gentilhomme , fort
eftimé dans fa Province , & qui
Fij
68 MERCURE
remplit dignement l'employ
d'Elû ou Sindic de la Nobeffe
de Breffe . N. de Bachet Prêtre.
N. de Bachet Enſeigne de Vaiffeau
, Seigneur de la Garde , &
N. de Bachet , Seigneur de la
Martiniere , qui a ſervy avec
reputation , en qualité de Capitaine
dans le Regiment de la
Couronne, & en qualité d'Aide
de Camp de Mr le Commandeur
de la Beaume - Forfat ,Lieutenant
General des Armées du
Roy : il eut une troifiéme fille ,
nommée Marie , qui époufa
Mr de Bertod , Ecuyer & Seigneur
du Bourg; cette Dame
GALANT 69
*
eft dans une grande confideration.
Claude Gafpard dont je
viens de parler , cut pour pere
Jean de Bachet , Seigneur de
Meyferia & de Vauluifant ,
qui fut Juge des Appellations
de Breffe , il brilla dans cette
Dignité, qui luy fit acquerir la
reputation d'un des fçavans &
des plus integres Juges de fon
temps. Il eut deux femines ;
premiere eſtoit fille de Mr le
Comte de Chavannes , & Sebaftienne
Odiner , de la Maifon
des Comtes de Montfort.
Il époufa en fecondes noces ,
Claire de la Beviere , fille de
70 MERCURE
Jean de la Beviere , Ecuyer Seigneur
de Dananches . Jean de
Bachet eftoit fils de Pierre de
Bachet , Seigneur de Meyferia,
Vauluyfan & Lionnieres , Lieu
tenant General du Bailliage de
Breffe , fous Henry II . puis Juge
des Appellations , ou Juge-
Mage , lors que cette Province
retourna à la Savoye ; il y fur
fouvent confulté comme un
Oracle de Jurifprudence. On a
imprimé deux tomes de fes
Confultations , & un tome des
Lettres qu'il écrivoit aux plus
fçavans de l'Europe , & de celles
qu'il en recevoit . Il avoit
GALANY 70
époufé Françoife de Soria ,
Portugaife , dont le pere avoit
acheté en Breffe , où il
avoit fuivy la Ducheffe de Savoye
, les Terres de Bouvens:
& de la Garde. Cette Famille:
porte de fable à un triangle
d'or au chef coufu d'azur à
trois étoiles d'or , & elle a pour
devife Nefcit labi virtus . Je dois.
ajouter à ce que je vous ay
au commencement de cet article
d'Etienne de Bachet , qu'il
n'eft pas furprenant que
& petit- fils de tant de grands
Magiftrats en ait receu l'efprit
avec le fang ; il a paffe pour
dit
le fils
1
72 MERCURE
l'un des plus beaux genies de fa
Province ; il a foutenu ce caractere
dans tous fes difcours
publics , & particulierement
dans la Harangue qu'il eut
l'honneur de faire au Roy , au
nom de fa Compagnie en 1660
& qui fut admirée de toute la
Cour. Il brilloit auffi beaucoup
dans les entretiens particuliers,&
fur tout par fes reparties
toujours vives & remplies
de fel , & l'on a remarqué que
les mauvais Plaiſans ne l'ont jamais
attaqué par aucune raillerie.
Il n'a laiffé que deux fils ,
dont l'un ou l'autre auroient
pû
GALANT 73
pû remplir dignement l'Employ
, dont il eft mort rêvetu ,
s'ils n'avoient repris le party
de l'épée , que leurs Predeceffeurs
avoient portée avec honneur
avant que ceux dont
je viens de parler cuffent honoré
la Robbe par leur merite
perfonnel .
,
-
Mre François le Tellier Evêque
de Digne , eft mort en
cette Ville , âgé de 75. ans. Il
avoit efté Aumônier de la Reine,
& il fut enfuite nommé Curé
de S. Severin : il conferva
quelque temps fa Charge d'Aumônier
, avec la Cure de S. Se-
Fevrier 1708 . G
74 MERCURE
verin : il eut enfuite l'Evêché
de Digne , que feuë S. A. R.
Mademoiſelle demanda pour
luy au Roy ; & il remit fa Cure
à Mr Lizot fon Vicaire . Le
Clergé de Saint Severin à qui
la memoire de ce Prelat eft en
veneration, demanda fon corps
aprés ſa mort , mais fes heritiers
fouhaiterent qu'il fut enterré
dans le tombeau de fa famille ,
qui eft dans l'Eglife du Valde-
Grace ; & fon coeur fut mis
dans l'interieur du Convent .
Mr le Curé de Saint André des
Arcs dans la Paroiffe duquel il
en preſentant le ek_morr
GALANT
75
corps au Chapelain des Dames
du Val de-Grace , fit un difcours
fort éloquent ; & dit que
Sans la confideration qu'il avoit
pour la famille de ce Prelat , il
n'auroit jamais confenti à priver
fon Eglife d'un fi precieux dépoft.
Mr le Chapelain répondit par
un difcours auffi fort éloquent,
& témoigna à Mr le Curé de
S. André , que les Dames du
Val-de- Grace recevoient cetilluftre
dépoft avec beaucoup de
refpect & avec la veneration
dûe au merite de cet Evêque .
Ce Prelat eftoit auſſi Abbé
d'Aiguebelle
en Provence . Il
Gij
76 MERCURE
avoit deux foeurs , dont l'une
avoit époufé feu Mr Langlois
Maiftre d'Hoftel du Roy, dont
le fils qui a eu la même Charge
eft mort il y a un an , & dont
la fille eft Religieufe au Valde
Grace. Mr Langlois eftoit
frere de Mr Langlois Auditeur
des Comptes , qui a laiffé de
Dame N.... de Margues Saint
Germain , foeur de Me le Jau ,
Mr Langlois Conſeiller au Châtelet
. L'autre foeur de ce Prelat
avoit épousé Mr le Preftre
d'une ancienne famille de Paris ,
& frere de Mr le Preftre Auditeur
des Comptes. Quand feu
GALANY 77
Me le Tellier mere de Mr l'Evêque
de Digne vit toute fa
famille établie , & fon fils élevé
à l'Epifcopat , elle fe fit Religicufe
au Calvaire du Luxembourg
, à l'âge de plus de foixante
ans , & elle y eft morte
dans une grande reputation de
vertu .
Le Siege de Digne a esté
poffedé par de grands & de
Saints Evêques. Mr le Cardi
nal de Janfon fut d'abord Evêque
de Digne , & il en fut tiré
pour eftre élevé fur le Siege de
Marſeille. Le celebre Jean de
Vintimille oncle de Mr l'Ar-
G
iij
78 MERCURE
chevêque d'Aix d'aujourd'huy,
Occupa ce Siege avant Mr lc
Cardinal de Janfon ; il fut tiréde
l'Eglife d'Avignon dont il
eftoit Archidiacre pour eftre
élevé à l'Epifcopat ; mais l'Eglife
de Digne le perdit quelque
temps aprés , &fut obligée:
IC
de le ceder à celle de Toulon .
M Claude- Philibert de Damas
, Marquis de Thianges
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , eft mort âgé de 44. ans ,
dans une de fes Terres prés de
Nantes. Il eftoit Lieutenant general
des Armées du Roy &
Commandant à Saint - Malo.
GALANT 79
Ce Marquis n'a point laiffe
d'enfans. Il avoit époufé en
premiere noces une riche heritiere
de Bretagne , & d'une naiffance
diftinguée ; & en fecondes
noces Dame N...... de
Harlay de Breval- Chanvallon ,
niéce de feu M l'Archevêque
de Paris , & qui avoit eſté attachée
à feuë S. A. R. Mademoifelle.
Le deffunt eftoit frere de
Me la Ducheffe de Nevers &
de Me la Ducheffe de Sforze ,
& fils de feu M' le Marquis de
Thianges , Lieutenant general
des Armées du Roy , & de Dame
N de Rochechouart
80 MERCURE
de Mortemar , foeur de M' le
Maréchal de Vivonne , de Me
de Montefpan , & de Me l'Abbeffe
de Fontevrault . Feu M
le Marquis de Thianges , pere
de celuy qui vient de mourir ,
avoit deux foeurs , dont l'une
avoit épousé feu Mre N….. du
Maine Comte du Bourg , dont
eft forti Mr le Comte du
Bourg aujourd'huy Lieutenant
general des Armées du Roy ,
& fon autre four avoit épousé
Mr le Comte de Saint- Forgeux,
aîné de la Maiſon d'Albon . M
le Comte d'Albon , qui eft veuf
de Dame N.... de Crevant ,
GALANT 81
heritiere d'Yvetot , & M' le
Comte d'Albon , Archidiacre
& Comte de l'Eglife de Lyon ,
font fortis de ce mariage .
La Maiſon de Damas , dont
M' le Marquis de Thianges
cftoit le Chef, & par la mort
duquel la branche aînée eft
éteinte , eft une des plus illuftres
de ce Royaume, & Damas qui
cftoit le nom de cette Maiſon ,
en eft devenu le furnom . Le
nom de Dalmafius eftoit commun
à tous les Chefs de cette
Maifon dans le temps
que les
familles n'avoient point de furnom
. Il y a pluſieurs branches
82 MERCURE
de cette Maifon dans le Royaume
, qui font Damas Roußset ,
Damas d'Antigny , & plufieurs
autres . Feu M' le Duc de Pontdevaux
, Chef de la Maifon de
Gorrevod , parent de la Maiſon
de Thianges , fit fon heritier en
mourant il y a prés de trente
ans , Mr le Marquis de Thianges
, pere de celuy dont je vous
apprens aujourd'huy la mort..
Dame N.... Borrée , époufe
de Mr Boifot premier Prefi
dent du Parlement de Befançon
, eft auffi decedée. Elle
eftoit fille de feu Mr Borrée ,
premier Prefident de la ChamGALANT
83
bre des Comptes de la même
Ville ; & frere de Mr Borrée ,
Grand - Juge de la Terre de S.
Claude en Franche - Comté ,
diftinguez par leur merite . Me
Boifot avoit deux foeurs qui
n'ont point efté mariées , &
elle s'eftoit attiré l'eftime & la
confideration de tous ceux
qui la connoiffoient par fa vertu
& par fon merite. Elle laiffe
plufieurs enfans ; l'aîné eft Confeiller
au Parlement de Befançon
, & le fecond eſt Docteur
de Sorbonne , Grand - Vicaire
de Meaux , & Abbé de Sainte:
Marie en Franche. Comté . Feu
84 MERCURE
Mr l'Abbé Boifot oncle de ces
Mrs, eftoit un des plus fçavans
hommes du dernier fiecle , dans
tout ce qui regarde l'Antiquité
; il a fait pluſieurs ouvrages
qui luy ont acquis une grande.
réputation. Le premier Prefident
du Parlement de Befançon
a efté long - temps Procureur
general de ce Corps , & il
fucceda il y a quelques années
à
à Mr Jobelot en la Charge de
premier Prefident. Il a un frere
Inspecteur de Cavalerie ,
comme cet employ ne fe donne
qu'à des Officiers d'une
grande fageffe & d'une grande
&
GALANT 85
-
experience , on peut juger du
merite de ceux qui ont de pareils
emplois.
Mr le Chevalier de Bretüeil
Commandeur de l'Ordre de S.
Jean de Jeruſalem , eft mort
d'une goute remontée . Il eftoit
de la maifon de le Tonnellier ,
fort diſtinguée dans la Robe ,
& dont je vous ay envoyé un
Article fort étendu dans ma
Lettre de Janvier , à l'occaſion
de la mort de Me de Bretüeil ,
mere de celuy qui vient de
mourir. Il eftoit frere de feu
Mr de Bretüeil Confeiller d'Etat
, de feu Mr l'Evêque de Bou86
MERCURE
logne , & de Mr le Baron de
Bretüeil Introducteur des Ambaffadeurs
; & fils de feu Mr de
Breteüil , Controlleur general
des Finances. Mr le Chevalier
de Bretüeil eftoit Capitaine aux
Gardes . Il s'eft fignalé dans toutes
les occafions où le Regiment
des Gardes a efté employé
, il eftoit à la Bataille de
Nerwinde dans la derniere
guerre , & il y reçût de grands
éloges des Generaux qui fe
trouverent à cette memorable
Journée. Il eftoit encore fortjeune
lorſqu'il fit fes Caravanes
, pendant leſquelles il fe difGALANT
87
tingua fort , ayant efté dangereufement
bleffé en deux occafions
differentes . Mr le Grand-
Maistre de Vignacourt a fouvent
rendu juftice à fa valeur ,
ayant efté obligé d'arrêter deux
fois l'impetuofité de fon courage
qui l'obligeoit d'affronter
les perils les plus évidens .
Mr de Geys ancien Confeiller
Affeffeur Civil & Criminel
au Prefidial de Valence , ayant
eſté pourvû des Offices de premier
Prefident & Lieutenant
general de ce Siege , au mois de
Janvier dernier , fut reçu au
Parlement de Grenoble all
88 MERCURE
commencement de Fevrier
1708. Il eft originaire du Vivarez
, & d'une des plus anciennes
nobleffes de cette Province.
Arnaud de Geys , l'un
de fes predeceffeurs , époufa
Anne fille legitimée du Prince
de Poitiers , Comte de Valentinois
, qui eut en ſe mariant la
Terre de Pampelune , qui eft
encore aujourd'huy poffedée
par une perfonne deſcenduë
d'une branche de cette Maifon.
Aftorge de Geys feptiéme
ayeul du Magiftrat qui donne
lieu à cet article , fut employé
par Philippes de Valois ,
GALANY 89
lors Regent en France , à des
negociations importantes à la
Cour de Guigues Dauphin , &
en confideration des fervices
qu'il rendit , il reçut un Brevet
de deux mille écus , accompagné
de beaucoup d'éloges.
Guillaume de Geys fils d'Aftorge
, & fixiéme ayeul , fut pendant
plufieurs années au ſervice
d'Humbert II . Dauphin ,
contre les Savoyards , & deceda
en 1368. Guillaume 2. du
nom , fils de Guillaume premier
,fuivit fes traces tant dans
les Armées de Jean premier ,
qu'en celles de Charles Dau-
Février 1708 . H
90 MERCURE
phin Regent en France . François
de Geys fils de Guillaume
fecond , & Louis de Geys fils.
de François , eurent des Compagnies
d'Ordonnance , & ce
Louis eut un frere appellé Paul ,
Doyen de l'Eglife d'Alby , qui
fut un des plus fçavans Theologiens
de fon temps. Guil--
laume troifiéme du nom fut
gratifié pour fes fervices d'une
Charge de Gentilhomme chez
le Roy , & Jean ſon fils qui vivoit
en 1598. eut des Commiffions
de M' le Duc d'Anjou
pour lever des Troupes & s'emparer
de certains Chafteaux en
GALANT 91
fut
Languedoc , tenus par un party
contraire à celuy de l'Etat.
Antoine de Geys fils de Jean ,
& aycul du nouveau Prefident
mourut Lieutenant - Colonel
du Regiment de Pierregourde ,
& Jean - Antoine fon pere
Capitaine dans le Regiment
d'Auvergne. Monfieur le
Chancelier a cru le Magiſtrat
dont je vous parle digne de fa
recommandation , puifque le
jour qu'il fcella fes Provifions
pour les Offices de Prefident &
Lieutenant general à Valence ,
ce Chef de la Juſtice écrivit au
Parlement. Sa Lettre qui eftoit
Hij
92 MERCURE
adreffée à M' le premier Pref
dent contenoit ce qui fuit.
MONSIEUR ,
Fay Scellé aujourd'huy des
provifions de Prefident au Prefidial
, & de Lieutenant General
de Valence pour Mr de Geys qui
a exercé depuis vingt- cinq ans dans
ce même Siége , les charges d'Affßur
& de Confeiller. Ce long
Service & le merite perfonnel de
cet Officier , dont on m'a rendu de
bons témoignages , m'auroient porté
à le difpenfer d'un nouvel examen
,fije n'avois efté retenu par
GALANT 93
la régle que je regarde comme inviolable
de faire rendre aux Cours
fuperieures , tout ce qui leur eft dû
par lesJuges de leur resort , mais
je ne puis me difpenfer de vous
mander
que
les Cours doivent fe
porter d'elles- mêmes à procurer à
d'anciens Officiers qui ont bien fervi
le Roylepublic , laflateuſe
diftinction de les difpenfer de l'examen
, l'experience que leurs fervi
ces leur ont acquife , répondant au
public de leur capacité ; & cette
difpenfe qui eft honorable , peut exciter
les Confeillers à traiter des
premieres Charges de leur Siege, ce
qui convient parfaitement & au
94 MERCURE
bien de la Justice & a l'avantage
de chaque Siege en particulier ; ce
que je vous mande , n'eſt pas pour
vous impofer une Loy , mais pour
vous marquer feulement que
confideration des Services de Mr
de Geys m'a touché , je fuis perfuadé
qu'elle fera le même effetfur
vous. "Je fuis..
la
Cette Lettre qui eft dattée
du 15. Janvier , étant un prejugé
favorable pour tous les
Officiers des Juftices Subalternes
du Royaume , j'ay crû que
je vous en devois faire part ;
elle a efté mife dans les RegifGALANT
95
tres du Parlement deGrenoble.
Me la Comteffe de Laval ,
Mere de feu Mr le Cardinal de
Coiflin
, ayant fondé un Service
qui doit eftre celebré tous
les ans dans l'Eglife Cathedrale
d'Orleans , le jour du decés»
de ce Cardinal , avec tout l'appareil
funebre dû à la naiffance
& à la memoire de fon Eminence
, cette ceremonie fe fit
le mois paffé avec tout l'éclat
qui accompagne ordinairement
les Pompes funebres , &
le Choeur de cette Eglife , parut
decoré de la même maniere
qu'il l'avoit efté le jour des
96 MERCURE
་
obfeques de ce Cardinal . La
Meffe fut celebrée par Mr l'Abbé
de Montées Doyen de cette
Eglife & Docteur de Sorbonne
, & l'Oraiſon Funebre
fut prononcée par Mr l'Abbé
Amadious , feul Grand - Vicaire
de Mr l'Evêque d'Orleans.
Il avoit fait quelques jours auparavant
, le Panegyrique de
S. Ignace dans l'Eglife des Jefuites
de la même ville , où il
s'étoit attiré de grands applaudiffemens
; les Peres de cette
Societé connoiffent trop bien
par eux-mêmes les bons Predicateurs
pour en choisir de mediocres
,
GALANT 97
diocres , lorfqu'il s'agit de faire
des Panegyriques des Saints
de leur Societé. Quant à ce qui
regarde l'Oraifon Funebre de
Mr le Cardinal de Coiflin il
en fit un tres- bel éloge en peu
de paroles , & il rapporta que
les deux derniers Pontifes
avoient dit en parlant de fon
Eminence qu'elle eftoit aimée de
Dieu & des hommes. Il ajoûtá
auffi que Sa Majesté dit lorfqu'elle
apprit la mort , que ce
Ĉardinal n'avoitjamais mal parlé
de perfonne , que perfonne n'avoit
jamais malparlé de luy. Il
y a peu d'hommes de qui l'on
Mars 1708 . I
98 MERCURE
puiffe faire de pareils éloges ,
& comme je ne pourrois rien
dire qui fût plus à la gloire de
Mr le Cardinal de Coiflin , je
crois devoir finir cet article.
Monfignor Pallavicini Commiffaire
Apoftolique à Parme
a efté nominé Nonce extraordinaire
pour porter en Eſpagne
les Langes benits au Prince
des Afturies. Monfieur Mafei
a efté nommé Nonce ordinaire
à Florence , & Monfieur
Caraffa , fils de Mr le Prince de
Belveder a efté fait Clerc de
Chambre .
Mr Pallavicini eft d'une an-
LE
LA
VILLE
IVON
7393*
BIBLIO
LYON
VILLE#
GALANT
cienne Maifon d'Italie , qui a
donné de grands hommes à
l'Eglife ; le celebre Cardinal
Pallavicini qui avoit eſté longtemps
Jefuite , étoit de cette
maiſon . Il a fait la contre- hiftoire
du Concile de Trente ,
pour oppofer à celle que le Frere
Paul Sarpi Religieux Servite
avoit faite & que la République
de Venife , lors de les démêlez
avec le Pape Paul V. luy
permit de faire Imprimer . Le
Cardinal Pallavicini a fait plufieurs
autres Ouvrages qui ont
rendu fon nom celebre. Il
mourut vers le milieu du der-
I
ij
100 MERCURE
nier fiécle . Mr Pallavicini foutient
avec éclat l'Illuftre nom
de Pallavicini , dans la Cour de
Rome , & il a fouvent montré
qu'il étoit propre aux negotiations.
Mr le Baron de Pallavicini
Maréchal de Camp dans les
Troupes de France , & qui a
auparavant exercé la Charge
de Maréchal des Logis General
de l'Armée , eft de la même
Maiſon que Mr Pallavicini
qui va en Eſpagne .
40
Le nouveau Nonce de Florence
, eft d'une ancienne Maifon
originaire de la Campagne
GALANT
de Rome. Il eft fort verfé dans
les matieres de la Jurifprudence
Canonique : il a donné dans
plufieurs Congregations , dont
le Pape l'a fait membre en divers
temps , des marques de
fon habileté & de fon experience
dans les affaires Ecclefiaftiques.
Monsignor Caraffa qui vient
d'être fait Clerc de Chambre ,
eft d'une des plus anciennes
Maifons d'Italic ; l'honneur
qu'elle a d'avoir donné un Pape
à l'Eglife en la perfonne de
Paul IV. qui avoit été auparavant
undes premiers Superieurs
I iij
102 MERCURE
de la Congregation des Theatins
, la releve beaucoup , &
luy donne un nouvel éclat..
La maifon Caraffa eft originaire
du Royaume de Naples ,
où elle a encore diverfes branches
; elle a donné plufieurs Cardinaux
au Sacré College , & un
grand nombre de Prelats aux
principales Eglifes d'Italie, Mr
le Prince de Belveder , Pere du
nouveau Clerc de Chambre , &
Chefd'une des branches de cette
maiſon , ſe diſtingue par la
fidelité qu'il a pour le Roy d'Efpagne
fon veritable Souverain.
Les menaces , ny l'attrait des
GALANT 103
récompenfes , n'ayant pû jufqu'à
prefent donnér aucune at,
reinte à fa fidelité .
Mr de S. Quentin Gentilhom .
me de la Ville d'Apt en Proven
ce3 connû par plufieurs Ouvra
ges qu'il a donnez au public , &
par fon talent pour la Poëfic
vient de faire Imprimer uneLertre
adreffée à Monfieur de ***
fervantde réponse à Mr Mervefin
fur l'hiftoire de la Poësie 1707 .
Cette petite guerre litteraire du
re depuis prés de 2. ans & elle
eft,ainfi que bien d'autres demo
lez de cette nature, la fource d'u
ne infinité de découvertes cu
I iiij
104 MERCURE
rieufes qui fans ces diverfitez
d'opinions n'auroient peut- être
jamais efté faites . Dans cette
lettre , que l'on croit adreffée à
Mr de Chaftuëil- Galaup ami de
Mr de S. Quentin , quoyque
fon nom ne foit pas à la tête ;
l'Auteur pretend que les Gots
n'avoient jamais inondé les Gaules
, & qu'ils n'occuperent qu'une
partie des fept Provinces que
de leurs temps , on ne confondoit
point avec les Gaules : il fait
voir en même temps que les
Gaulois avoient toûjours negligé
d'aprendre le ſecret d'endurcir
l'acier , dont quelques
GALANT 10
105
Auteurs leurs ont cependant attribué
l'ufage. Mr de S. Quentin
pretend auffi , & il le prouve
fort bien, que le nom de Fatiftes
ne doit point être donné
aux Poëtes qui vivoient fous la
premiere & fous la feconde
race de nos Rois. Mr Mervefin
foutient le contraire ; &
qu'un de ces Poëtes qui vivoit
du temps de Charlemagne
, ayant mis par hazard ou
autrement dans l'Hymne de S.
Jean ut , ré , my , fa ,fol , la ,
on en fit enfuite les fix Notes
de la Mufique. La fable qui termine
cette lettre eft tres -inge
106 MERCURE
nieuſe & a attiré beaucoup de
louanges à fon . Auteur , dont
on attend l'hiftoire de S. Elzear
Gentilhomme Provençal , que
l'on acheve d'imprimer , & que
d'illuftres & fçavans Prelats de
Provence & de Languedoc ,
l'ont engagé de donner au public
. Perfonne n'eftoit plus capable
de travailler à cette vie ,
que Mr de S. Quemin , parcequ'il
connoît parfaitement la
Nobleffe & les antiquitez de
Provence.
Ileft fouvent plus difficile
de badiner agreablement dans
un ouvrage dont le fujet femGALANT
107
ble ne rien promettre , ou pour
mieux dire ne promet rien du
tout , que de réüffir , dans un
ouvrage ferieux , & dont le
fujet peut fournir beaucoup.
On trouve une infinité d'ouvrages
ferieux qui ont merité
l'approbation du Public ; mais
à peine a- t-on vû dans cha
que fiecle , deux ou trois Auteurs
, qui fur des riens , s'il
m'eft permis de parler ainſi
ont fait des ouvrages qui ont
efté generalement applaudis
& qui fans s'abbaiffer ny tom
ber dans un fade ridicule , ont
rendu des bagatelles immor108
MERCURE
telles. Enfin toute l'Europe eft
remplie d'un nombre infini de
Recueils de Lettres ferieufes ,
& celles de Voiture feules , fe
font remarquer par un caractere
que perfonne n'a pû imiter
parfaitement. On peut dire que
I'Affiche que je vous envoye ,
eft toute remplie d'invention
& d'efprit , & qu'elle doit faire
d'autant plus d'honneur à fon
Auteur , que le fujet auroit paru
fterile à beaucoup d'autres
qui font profeffion d'efprit &
qui en ont effectivement.
a
La Lettre que vous allez lire
eft d'un des Amis de l'Auteur ,
GALANT 109
& elle accompagnoit les Vers
qui la fuivent.
› MONSIEUR,
Voicy un plaifant Stratagême
pour retrouver un livre perdu ; ce
livre doit eftrepretieux à l'Auteur
de la piece que je vous envoye ,
puifqu'il contient les Oeuvres de
fen Mr Santeuil avec un éloge
magnifique à la tefte écrit defa propre
main cet éloge où ce fameux
Poëte avoit eu foin d'écrire fon
nom celuy de nôtre Auteur,
rouloit furfon goût & fur fa delicateße
dans la Poëfie . Mr SanITO
MERCURE
teüil n'eftoit point prodigue d'encens
, fur tout envers les Poëtes ,
& il eft certain qu'un pareil éloge
eft un Titre d'honneur à confer·
ver dans des Archives. La piece
que je vous envoye , vient de me
tomber imprimée entre les mains ,
le nom les qualitezde fon Auteur
n'y font marquez que par des
Lettres initiales ; fon ftile le fair
aßez connoiftre dans fa Provin
ce , e il n'apas voulu eftre connu
ailleurs. Je vous diray feulement
qu'il eft Chanoine de l'Eglife
d'Amiens , & que je vous ay
envoyé plufieurs de ces Ouvrages,
du nombredefquels font les Hym-
&
GALANT 111
nes latines qui fe chantent dans
Son Diocefe , avec leurs traductions
en Vers François ; vous avez
dû juger parfon ftile toûjours aifé
qu'il fe jouë de la Rime , & qu'il
meritoit bien l'eftime d'un des plus
grands Poëtes de noftre Siecle. Je
fuis avec toute l'eftime poffible
Monfieur, voftre &c.
Borg downin
112 MERCURE
******* ***********
ELOGE EN VERS,
REPAS EN FORME ,
On trois Ložis - d'Or en efpece
à gagner.
Santeüil jadis ce grand Poëte,
Des neuf Soeurs le docte Inter-
2
prete ,
M'avoit de fon Livre honoré
Et de fa main avoit paré
Le frontifpice de ce Livre ,
D'un éloge à me faire vivre
Plus de mille ans aprés ma mort.
Un Quidamjaloux de mon fort ,
Retient ce bien- aimé Volume
L'appuy glorieux de ma plume ,
Sans fonner mot depuis trois
ans ;
GALANT 113
( S'il prend des prêts pour des
prefens ,
Il fera fa bibliotheque
A
peu de frais , fur l'hipotheque
Qu'il s'imagine en fureté
Avoirfur tout livre emprunté :)
Son nom eft hors de ma memoire
,
Mais je l'ay dans quelque grimoire
,
Et peut- eftre qu'un beau matin
Ilme tombera fous la main .
Ou fi je fais enquête vaine ;
Du Santeuil dont je fuis en
peine ,
Toft ou tard un bon fureteur
Me déterrera l'Emprunteur.
Il fera bien de me le rendre ,
Ou par la mort , il doit s'ateendre.
•
Mais que produira mon couroux !
Mars 1708 . K
114 MERCURE
On gagne plus à filer doux ,
Si de fa part c'eft indolence ,
Si c'eft petite negligence,
En eft-il moins homme d'honneur
?
'Ainfi donc fans taxer fon coeur ,
Je luy promets , foy de Poëte ,
Et foy de * perfonne difcrete ,
Sitoft qu'il m'aura fait raison ,
Des Vers , & des Vers à foifon
Des Sonnets & des Epigrammes,
Des Rondeaux & des Anagrammes
;
Quefçait- on peut- eftre fant art ,
Par un coup heureux du hazard ,
Pourois- je en produire à fa
gloise ,
Dignes des Filles de Memoire ;
Mais fi la rime eſt à ſon goût
Viande creuſe & maigre ragoût,
Il n'a qu'à dire s'il veut faire
GALANT 115
Chere entière de C ……….
S'il eft friand de lapereaux ,
De chapons du Mans , de perdreaux
,
D'un cochon de lait , d'une
éclanche ,
D'un ragoût d'anguille ou de
tanche ,
D'un plat de fole ou de faumon
Et de vin gris , j'en ay de bon ;
En faveur de cette trouvaille ,
Nous ferons enſemble ripailles
Mais enfin , s'il ne fe rend pas
A l'efpoir touchant d'un repas ,
Et d'un éloge de ma veine ,
Que l'intereft donc me l'amene ,
Et je luy rendray grace encor ,
En luy donnant trois louis. d'or.
L'ABBE'D . C. * D. L'E. D'A .
& L'U. D. A. D. S.
Kij
116 MERCURE
Vous me demandez des nou
velles de la découverte que Mr
du Guet a faite fur l'oüye , &
dont je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois de Decembre.Il
eft peu de découvertes dont le
fuccés ait eſté auffi grand &
auffi prompt , & tant de gens
m'en ont parlé , & ont eu recours
à fon fecret , que je crois
que l'on peut dire de beaucoup
de perfonnes , Aures habent
& non audient. En effet ,
ce fecret qui regarde l'augmentation
de l'oüye , eft d'une tresgrande
utilité pour ceux qui
l'ont dure , puifque l'on peut
GALANT 117
par
fon
moyen fe parler &
s'entendre fur Mer , d'un vaiffeau
à l'autre , de plus loin
qu'il n'a efté poffible jufqu'à
prefent , même fans que celuy
qui parle foit entendu d'aucune
autre perfonne, que de celle qui
aura l'oreille à cette nouvelle
Machine , qui approche les
fons ou les tons de l'oreille ,
de même que les lunettes approchent
les objets de l'oeil .
Ainfi elle procure une infinité
d'avantages ; fçavoir , d'enrendre
de plus loin les Orateurs
, l'Opera , & la Comedie,
des loges les plus éloignées ,
118 MERCURE
&c. Mr du Guet demeuré dans
la rue de l'Arbre fec.
Le même Mr du Guet a
fait plufieurs autres décou
vertes , parmy lefquelles il
s'en trouve qui peuvent eſtre
tres - utiles à l'Etat , & dont il
a donné plufieurs Memoires à
Meffieurs de l'Academie des
Sciences qui les ont fait mettre
dans leurs Regiftres Je pour
ray vous en faire part lorfque
je feray moins accablé des nouvelles
du temps. Je paffe à celles
qui regardent les dons qui
ont efté faits par le Roy d'Efpagne
, toûjours prompt à
GALANT 119
récompenfer ceux qui le fervent.
Ce Prince a donné le Regiment
Royal du Prince des Af
turies dont Mr le Marquis de
Prado s'eft démis à caufe de fes
infirmitez , à Don Joſeph de
Carillo , & celuy dont ce der
nier eftoit pourvû a cfté donné
à Don Jofeph de Vribé , Lieutenant-
Colonel du même Regiment
.
Le Regiment de Cavalerie
de Mr le Marquis de la Ramblas
Corregidor de Carmona , a
efté donné à Don Nicolas de
San Severino..
120 MERCURE
Sa Majefté en recompenfe
des fervices de Mr le Marquis
de Miravel , luy a établi deux
mille ducats de rente fur les
biens confifquez en Arragon ,
& la place de Veedor & Contador
de Ciudad - Rodrigo a
efté donnée à Don Manuel de
Alizez - y- Salzedo , qui a fair
voir fon zele & fa fidelité en
plufieurs occafions importantes.
Mr le Marquis de Prado qui
eft d'une tres grande naiffance ,
puifque fa maiſon eftoit déja
connue en Caftille fous le regne
de Henry IV. a fervy
avec
GALANT 121
avec beaucoup de réputation
fous le regne du feu Roi & dans
les premieres années de celuy
de Philippes V. Ce Monarque
en recevant fa démiffion , luy
témoigné devant toute la Cour
la fatisfaction qu'il avoit de fes
fervices .
a
Don Jofeph de Carillo qui
a cu ce Regiment , qui eft un
des plus importans qui foient
dans les Troupes de Sa Majefté
Catholique , a beaucoup fervi ;
il donna des preuves de fon
courage à la Bataille d'Almanza
, & à la fin de cette fameufe
Journée Mr le Duc de Berwick
Mars 1708 . L
122 MERCURE
luy donna de grandes louanges
. Il eft d'une famille originaire
de la vieille Caftille. Le
Regiment qu'il a quitté eft
auffi tres- confiderable ; c'eſt un
vieux Corps , & Don Jofeph
de Vribé qui en eftoit Lieutenant
- Colonel & à qui il a
efté donné , en commandoit
un Bataillon à la Journée d'Almanza
; fon Colonel le prefenra
à Mr le Duc de Berwick ,
comme un Officier d'une valeur
& d'une fidelité éprouvée.
or
Don Nicolas de San Sevetino
qui a eu le Regiment de
-
GALANT 123
-
Cavalerie de Mr le Marquis de
la Rambla , eft d'une maison
fort ancienne , fortic il y adéja
longtemps du Royaume de Sicile
, où elle tenoit un rang
tres confiderable fous les regues
des deux Reines Jeannes.
Ce furent même des Seigneurs
de cette Maiſon qui donnerent
lieu aux revolutions qui arriverent
dans le Royaume de
Naples fur la fin du regne de
Jeanne L. & depuis que cette
Maiſon a paffe en Eſpagne ,
elle n'y a pas tenu un moindre
rang. Don Nicolas de San Severino
a rendu ce nom encore
2
Lij
124 MERCURE
plus illuftre qu'il n'eftoit par
les marques de valeur qu'il a
données dans les guerres qui
troublent cette Monarchie depuis
quelque années .Mr le Mar- ›
quis de la Rambla qui avoit ce
Regiment , eft auffi d'une naiffance
fort diftinguée . Sa Maifon
eft alliée à celles de Velafco
& de Medina- Sidonia , &il
a toujours fervi avec beaucoup
de reputation ; il entendoit parfaitement
le fervice de la Cavalerie.
Mr le Marquis de Miravel
que le Roy d'Efpagne vient
de gratifier de deux mille du-
I
GALANT 125
cats de revenuja donné des marques
de fa fidelité dans la guerre
d'Arragon & de Valence ;
il a contenu par fes foins , les
peuples des terres qu'il a dans
ces Etats , & il leur a infpiré les
fentimens d'une parfaite foumiffion
& d'une fidelité fincere.
Il eft d'une Maifón fortie de
Bearn & établie dans la Navarre
Eſpagnole dés la fin du penultiéme
fiecle .
Don Manuel de Alizez y-
Salzedo , qui a eu la place de
Veedor & de Contador de
Ciudad Rodrigo , cft d'une famille
où le zele pour le ſervice
L iij
128 MERCURE
des Rois d'Efpagne femble
hereditaire. Son pere & fon
grand - pere fe font fignalez
pour le fervice des Rois leurs
maiftres en diverfes occafions.
La Charge de Veedor & Contador
répond à celle de Corregidor
, & elle a même des droits
que cette derniere n'a pas . La
fituation de Ciudad - Rodrigo
rend cette Charge importante.
Sa Majefté Catholique a auffi
donné à Mr le Duc d'Atrifco
Prefident du Confeil des Indes
la clef de Gentil homme
de la Chambre avec les entrées;
ce Duc eft d'une ancienne mai-
4
GALANT 127
fon originaire du Royaume de
Naples , & il eft allié aux Scigneurs
les plus qualifiez de ce
Royaume-là , du nombre def
quels font Mr le Duc de Popoli,
& Mr le Prince de Cellamare ,
neveu de Mr le Cardinal dél
Giudice. Ce Duc eft auffi allié
aux maifons de Velafco & de
Bragance, ainfi qu'à Mr le Duc
de Medina - Sidonia. La maifon
de Spinola , dont Mr le
Marquis de Loz- Balbazez eſt
chef , c'eft à dire de la branche
établie en Efpagne , eft auf-
-fi entrée dans l'alliance de celle
de Mr le Duc d'Arrifco. Ce
Liiij
128 MERCURE
Duc a porté les armes avec
beaucoup de diftinction ; il fit
la Campagne d'Italie avec Sa
Majefté Catholique , feulement
pour accompagner ce Prince ,
& il fe trouva à la Bataille de
Luzzara. Il n'a point quitté la
Cour d'Efpagne depuis ce
temps - là , fa Charge de Prefident
du Confeil des Indes l'y
attachant indifpenfablement.
L'honneur que le Roy d'Efpagne
vient de luy faire , & les.
prerogatives qu'il y a attachées ,
font de fortes marques que ce
Prince eft fatisfait de fes fervices
; il le luy fit connoître pu
GALANT 129
"
bliquement en luy declarant
qu'il luy donnoit les entrées.
avec la clef de Gentil- homme
de fa Chambre. Toute la Cour
d'Espagne a marqué beaucoup
de joye de l'honneur qui vient
d'eftre fait à ce Duc .
Sa Majefté Catholique a
fait le même honneur à Mr le
Marquis de Campo - Florido
Treforier Major de la guerre ,
fans luy donner les entrées . Ce
Seigneur eft d'une maiſon òriginaire
de l'Eftramadoure ; fes
ancêtres ont donné en diverfes
occafions des marques écla
tantes de leur fidelité . L'Aycul
130 MERCURE
de Mr le Marquis de Campo .
Florido fervit utilement le Roi
Philippe III . en plufieurs negotiations
où ce Prince l'employa
, & dans les Guerres que
I'Efpagne cut fous ce Regne.
Cette maifon a produit des perfonnes
d'un grand merite le 4
aycul de celuy qui donne lieu à
cetarticle, fut fort confideré par
la Reine Jeanne mere de l'Empereur
Charles- quint . Cette
Princeffe luy donna des mar
ques d'une confiance tres - particuliere,
& aprés la mort du Roy
Philippes fon Epoux , elle ne
voulut plus que ce Seigneur
IGALANT 131
s'éloignaft d'elle. Ce Marquis
à fervi avec beaucoup de
reputation , & il a fait fes pre
mieres Campagnes en Flandre ,
& feu Mr le Prince de Bergues
rendit de grands témoignages
en la faveur à la Cour d'Efpa
gne.
Le même Monarque a nommé
le Pere Diego Marcillo
Trinitaire , Evêque de Nicara
gua à l'Evêché de la Paz. Ce
Prélat eft dans une haute efti
me en Eſpagne , & fon meri
te feul le tira du Cloiftre pour
l'élever à l'Epifcopat ; il eft
d'une famille tres confiderable
132 MERCURE
& originaire de Caftille L'Evêché
de Nicaragua qu'il vient
de quitter , eft dans l'Amerique
Septentrionale
entre les Hondures
& Cofta Ricca , dans la
Province du grand Gouvernement
ou Parlement de Quatimala
dans la nouvelle Eſpagne
..
Ce Siege eft fufragant de l'Archevêché
de Mexique ; la Paz
eft une ville de l'Amerique
Meridionale
dans le Perou , & elle
eft fituée fur la Riviere de
Cayane , entre les Montagnes
du Brefil qu'elle à au levant ,
& le Lac de Titioca qui eft au
couchant
. On écrit de ce paysGALANT
133
là que c'eſt le Viceroy du
Perou qui a demandé Mr l'Evêque
de Nicaragua pour remplir
le Siege de la Paz qui étoit
vacant depuis quelque- temps .
parcequ'il connoift fon merite
& fes grands talens l'ayant , vû
long- temps en Eſpagne , lorfque
cet Evêque n'étoit encore
que Religieux Trinitaire.
Le Siege de la Paz n'eftant
gueres plus confiderable que
celuy de Nicaragua , ce n'eft
que pour le bien de l'Eglife de
la nouvelle Efpagne que ce fa
ge Prelat a confenti à cette
tranflation , d'autant plus qu'il
134 MERCURE
connoiffoir l'Eglife de la Paz
y ayant fervi avant que d'eftre
fait Evêque de Nicaragua.
Le Docteur Don Simon de
Guinda-y - Apeftegui , Chanoine
regulier de Roncevauz a cu
l'Abbaye de S. Ifidore de Leon .
Il eft fort connu par les progrés
qu'il a faits dans l'étude de
la Theologie, & de la Jurifprudence
Ecclefiaftique; l'Univerfité
de Salamanque où il a étudié
a vû en diverfes occafions , les
fruits de fes travaux , & fesActes
publics qu'il y a foutenus avec
de grands applaudiffemens . La
famille dont il eft forti , eft oriGALANT
135
ginaire de la vieille Caftille où
elle tenoit déja un rang confi
derable fous les Regnes de Ferdinand
& Ifabelle , & fous ceux
de Philippe I. & de Jeanne ſa
femme. L'ayeul du nouvel Abbé
de S. Ifidore , cut beaucoup
de part à le confiance du Roy
Philippe III. Ce Prince l'auroit
même élevé dans les Charges
fi la mort ne l'eut prevenu.
Don Alexandre de Guinda fut
un des plus habiles Theolo
giens de Caftille du 1. Siecle;
contribua dans un voyage
qu'il fit en France à la converfion
de Mr Berger Confeiller
136 MERCURE
au Parlement de Paris , qui
étoit un des fix Confeillers reformez
qui devoient eftre dans
ce Parlement fuivant les termes
de l'Edit de Nantes . Il écrivit
contre quelques Ouvrages que
les Reformez affemblez à Chatelleraut
en 1611. avoient mis
au jour , du nombre defquels
étoient le livre que Mayerne
publia en ce temps- là , dans lequel
il foûtenoit qu'il ne falloit
jamais admettre au gouvernement
, ny les enfans ny les femmes
, & celuy que Gourmandiere
fit auffi imprimer fur le
droit des Rois. Ces deux livres
GALANT 137
contre lefquels l'Auteur Efpagnol
s'éleva avec beaucoup de
zele , eurent un fort mauvais
fort en France , & ils y furent
défendus & tous les exemplaires
fupprimez . D. Alexandre écrivit
auffi contre le Myftere d'Iniquité
de deffunt du Pleffis Mornay
, & il fit voir le ridicule &
l'extravagance de cet ouvrage
dicté par le démon de l'herefie .
Cet Auteur ébranla beaucoup
de Ferrier dans quelques conferences
qu'il eut avec luy , &
ces conferences donnerent lieu
à de vives
reprimandes que
Synode National de Privas fit
Mars 1708.
M
le
138 MERCURE
a ce Miniftre ; le Miniftre Dumoulin
qui étoit fa partic
declarée l'y denonça comme
un homme qui avoit des relations
fecretes avec l'ennemi implacable
des Proteftans . C'eft
infi qu'il nommoit Don Alexandre
de Guinda ; Ferrier trop
fuperbe pour obeit aux ordres
que le Synode de Privas luy
donna , fe reveilla ; mais la
mort de D. Alexandre empêcha
l'effet & la fuite de cette
affaire..
Ce même Prince a choifi
pour fon Predicateur ordinaire
le Pere Vincent d'AgramonS
GALANT 139
te- y-Toledo , Carme du Monaftere
de Valence , à caufe de
fa fidelité & des fervices qu'il
a rendus en plufieurs occafions
importantes. S. M. C. a preferé
ce Religieux à plufieurs perfonnes
que l'on propofoit pour
le même employ fur le Portrait
avantageux que luy en
a fait Mr le Cardinal Portocarrero
, qui l'a oui prêcher plufieurs
fois , & qui eſt témoin
des fruits qu'il a faits dans la
Caftille par les Predications . Ce
Religieux eft d'une famille originaire
du Royaume d'Arragon
& qui a produit plufieurs
Mij
140 MERCURE
perſonnes de Lettres . Un Eeclèfiaftique
qui portoit le même
nom que le nouveau Predicateur
de S. M. C. fut fort confideré
à la Cour des Rois Philippe
II. & Philippe III. fon fils.
Son merite luy fit d'illuftres
amis ; & fa pieté l'auroit élevé
aux Dignitez les plus confiderables
de l'Eglife , fi fon extrême
humilité ne l'cuft obligé de
prendre le party de la folitude
pour fuir les honneurs qu'on
luy deftinoit. Galá
J'avois refolu de ne pas m'étendre
davantage ce mois - cy ,
fur les graces répandues par le
GALANT 141
Roy d'Espagne , fur plufieurs.
de fes Sujets ; mais je me trouve
obligé de vous faire part
d'une Lettre que je viens de re
cevoir , qui continuëra de vous:
faire connoiftre l'attention de
Sa Majefté Catholique , a récompenfer
la fidelité de tous
ceux qui ont exposé leurs biens
& leur vie pour fon fetvice ..
Vous trouverez dans cette Lettre
plufieurs faits hiftoriques
dignes de voftre curiofité , &
Vous yremarquerez que ce que
la Catalogne a de plus illuftre
& de plus diftingué , eft demeuré
inviolablement attaché à
142 MERCURE
fon legitime Souverain.
A Madrid ce 12. Fevrier 1708 .
Quelque idée que l'on fe foit
formée des Catalans en France ,
il ne faut pas s'imaginer , Monfieur
, que leur deffection ait efté
generale. Quelques-uns à la verité,
féduits par des efprits brouillons
&inquietsfe font laiffez aller
impetueufement à l'enteftement
que la Nation a toujours enë
pour le maintien de fes Privileges.
On n'y avoit point touché
; mais ceux qui avoient intereft
à les faire revolter , ne cefGALANT
143
foient pas de leur dire qu'on y vou
loit toucher, eh dequoy un peuple
n'est-il pas capable , lorſqu'il ſe
flate de trouver quelque avantage
dans le changement de Gouvernement
! pluſieurs autres ont été entraînez
par le torrent : foit parfoibleße
,foit parcette lâche politique
qui oblige fouvent les hommes à
ceder aux évenements ; quelquesuns
de ceux- cy ont reniécelui qu'ils
aiment toûjours dans le fonds de
leur coeur & foumis exterieurement
à l'Archiduc , ils foûpirent
interieurement aprés l'heureux mo
ment qui doit les en delivrer. Enfin
il s'eft trouvé dans le Pays ,
144 MERCURE
des
parmy la Nobleffe fur tout ,
ames vrayment Caftillanes : fermes
, inebranlables , qui dans la
Revolution fe fontfait une gloire.
defignaler leurfidelité , & qui ont
mieux aimé fortir de la Catalogne's
le baton blanc , pour ainsi
dire , à la main ; que de manquer
en la moindre chofe à leur devoir.
Le Roy d'Espagne fenfible à
l'attachement
de ces genereux Sujets
, a fait tout ce qui dépendoit
de luy dans les conjonctures où il
fe trouvoit pour les foulager. Son
coeur genereux (nous nous en appercevions
) fouffroit de ne pouvoir
J
faire davantage , ce n'étoitpas,
Lans
GALANT 145 .
Jans impatience que Sa Majesté
attendoit l'occafion de reconnoiftre
leur zele. Elle s'eft prefentée. L'opiniâtreté
inoüye des habitans de
Xativa l'a fournie , & Sa Majefté
l'a faifie avec plaisir. Vous
vous- même l'a- avezfçû, Mr,
vez appris au publicpar vos Mercures
, que jefuis bien aife de vous
dire être lûs icy avec autant d'avidité
que par toute l'Europe ;
vous avez , dis-je , ſçû l'Arreſt
que la Justice du Roy avoit pro
noncé contre cette Ville , & vous
n'avez pas ignoré que ce Grand
Prince , qui à l'exemple du Roy
fon Ayeul , ne punit qu'avec pei-
Mars 1708.
a
N
146 MERCURE
ne , s'eftoit depuis laiſſe toucher à
la mifericorde.
Xativa , il est vray , la rebelle
Xativa ne fubfiftera plus ; cette
ville infidelle ne fait pourtant que
changer de nom , & elle en reçoit
un plus glorieux pour elle , puifque
c'est celuy du S. Apoftrefous
la protection duquel Sa Majesté
Catholique a efté mife dans les
fonds du Bateme. Elle perd un
nom ancien à la verité , mais devenu
fi odieux que la poſterité la
plus reculée n'auroitpú le prononcer
qu'avec horreur ; & elle en reçoit
un nouveau qui femble deasenir
pour elle , une espece de BateGALANT
147
me , tel à peu prés que celuy que
l'Eunuque Etiopien de la Reine
Candace , reçût des mains du Diacre
Philippe , & il y a lieu d'ef
perer que ce S. Levite ſe joignant
au S. Apoftre , fera dans cette
ville par fon interceffion auprés de
Dieu , le même changement qu'il
opera autrefois parfes inftructions
dans celle de Samarie . Vous vous
appercevez, Mr , par monftile que
j'entre dans le goût du Païs ,
faut s'accommoder augenie de Nations
chez lefquelles onfe trouve.
Cependant comme plufieurs des
habitans de Xativa ont efté tuez
dans leur opiniâtre deffenſe ; &
il
Nij
148 MERCURE
que
a
d'autres emportez par l'esprit
de revolte qui lespoffede , au lieu
de recourir à la clemence du Roy ,
continuent encore de porter les armes
contre luy , leurs biens font
reftez justement acquis & confifquez
au profit de Sa Majefté , &
c'eft de ces confifcations que ce genereux
Monarque vient de fe
fervir pour dedommager une partie
des fidelles Catalans , en affignant
, aux plus qualifiez , fur
tout à ceux quife font le plus facrifiez
, des fommes confiderables
fur les biens des rebelles de Xativa
; fçavoir ,
GALANT 149
A Mr le Marquis d'Argenfola pour la
valeur de 12000. Ducats ,
A Mr le Marq . de Gironella.11000 , duc.
A Mr le Comte d'Arnius . 20000. ducats
A Dom Antoine Doms .
A Mr le Baron de Jofa.
A Dom Jean Copons.
A Dom Raphaël Cortada.
A Dom Joſeph Alos ..
Total
12000 , ducats
12000. ducats
8000. ducats
20000. duc.
8000 , ducats
104000.
duc.
Souvenez- vous , s'il vousplaift,
Monfieur , que le Ducat vaut
quatre livres dix fols monnoye de
France , & par-là , il vous eft aifé
de voir quelle eft la magnificence
du Roy d'Espagne , puifque les
prefents qu'il vient de faire , mon
tent à lafomme de quatre centfoixante
huit mille livres.
N iij
150 MERCURE
Mais ce n'eft pas affez de vous
avoir nommé ces Seigneurs , il
faut vous les faire connoiſtre chacun
en particulier perfuadé que
vous vous ferez un vray plaiſir
de confacrer leurs noms & leurs
belles qualitez à la pofterité. Voicy
donc , Mr , ce que j'en ay appris
des perfonnes dignes de foy
vous pouvez compter fur ce
que j'ay l'honneur de vous en écrire
commefur la pure verité.
Don Jerôme de Rocaberti
Marquis d'Argenfola , Gentilhomme
de la Chambre de S. M.
C. & Confeiller au Suprême
Confeil d'Italie , eft fils de Dom
par
1
GALANT 151
Jofeph de Rocaberti , premier Prefident
du Confeil de la Cour des
Aides à Barcelone. Ils font iffus
des anciens Vicomtes de Rocaberti,
qui depuis ontporté le titre de Comtes
de Peralada , dont le Chef eft
aujourd'huy Grand - d'Espagne.
Mr le Marquis d'Argenfola
épouse Donna Maria Francifca
de Loupia , d'une ancienne maison
de Catalogne fortie du Roussillon.
Il en a un fils , Don Jofeph de
Rocaberti , jeune homme d'efprit
inftruit dans les belles lettres ,
qui promet beaucoup . Le P. Jofeph
Rocaberti Jefuite n'eft pas un
des moindres ornements de cettefa
ج و م
Niiij
152 MERCURE
mille. Le Roy l'a honoré depuis la
revolte de Catalogne , du Titre de
fon Predicateur de celuy de
Qualificateur du Tribunal Supréme
de l'Inquifition . Nous avons
connu dans le dernier Siecle , le
P. Thomas Rocaberti General de
l'Ordre de S. Dominique mort depuis
8. à 9. ans , Archevêque de
Grand Inquifiteur Valence
d'Espagne.
Don François d'Agullo - Pinos
Marquis de Gironella , Gentilhomme
de la Chambre du Roy ,
Meftre de Camp de Cavaleric , a
fervi des fapremiere jeuneffe avec
diftinction . Son pere Don Jofeph
GALANT 153
Marquis de Gironella , aprés avoir
efté Colonel , Sergent Major de
Bataille & General de l'Artilerie
, mourut Gouverneur de Ceuta
, & Capitaine General des
Troupes du Roy Catholique en
Affrique. Leur Maiſon eft alliée
aux Marquis d'Ayetone , aux
Ducs d'Ixar , & à Mr le Duc
d'Albe Ambaſſadeur en France
; & elle a donné à l'Eglife
plufieurs fujets qui fe font rendus
autant illuftres par leur fcience
par leur pieté, que ceux qu'elle a
fournis aux Armées ſe font diftinguez
par leur courage & par
leur fidelité. Mr le Marquis de
154 MERCURE
Gironella a épousé Donna Maria-
Francifca de Gagariga - Crexel ,
fortie de la Maifon des Comtes
de Crexel , dont eftoit le grand
Dalmau ( Dalmatio ) de Crexel ,
qui s'immortalifa à la fameuse
Bataille donnée contre les Maures
prés des Montagnes dites les
Naves de Tolofe , qui feparent
la Caftille d'avec l'Andaloufie ,
l'an 1212. Le Roy de Caftille
Alfonfe VIII. on IX. furnommé
le Bon , fe trouva à cette memorable
Fournée avec les Rois
d'Arragon , Pierre II. &de Navarre
, Sanche I. Ces trois Prinees
defererent unanimement le comGALANT
155
mandement general des Troupes
au Comte de Crexel.Il les conduifit
fi bien qu'elles remporterent une
des plus étonnantes Victoires dont
on ait jamais oii parler , puifque
l'on tient que les Maures y laifférent
deux cens mille hommes ;
mais ily périt luy vingt- cinquiémefeulement
. Cefut à cette fournée
que le Roy de Navarregagna ,
dit- on , les Chaînes qui ont fervi
d' Armoiries àfes Succeffeurs. Les
trois Monarques crurent ne pouvoir
mieux honorer la memoire de
Dalmau de Crexel , qu'en portant
eux- mêmesfon corps au Tombeau
. L'Eglife d'Eſpagnefait tous.
C
156 MERCURE
les ans le 16. Fuillet une Fefte
particuliere fous le Titre de
Triomphe de la Croix , en memoire
de cet incroyable fuccés . Don
Emmanuel d'Argullo Ecclefiafti-
que de merite , Treforier de
l'Eglife Cathedrale de Barcelone
n'a pas eu moins de generofité que
le Marquisfon frere , pour abandonnerfa
Patrie dés qu'il l'a vûë
rebelle.
Don Michel -Jean de Taverner
- d'Ardenne & d'Arragon ,
Comte de Darnius , Gentilhomme
de la Chambre , & Brigadier des
Armées du Roy Catholique , a
fervi d'abord en qualité de CapiGALANT
157
taine d'Infanterie, enfuite deCarvalerie
, puis de Colonel d'Infanterie ,
s'eft trouvé dans presque toutes
les actions de la derniere guerre en
Catalogne ,fur tout aux deffenſes
de Gironne , de Campredon , de
Barcelone , &c. Il a auffi fervi
dans ces derniers temps ; mais fes
infirmitez ne luy permettent plus
de continuer. La Maifon de Taverner
eft confiderable en Catalogne
, & elle s'y est toujours diftinguée
parfa fidelité & parſon attachement
à fes Princes. Ily paroift
en ce rencontre , puis qu'aprés
la prife de Barcelone par "Les Alliez
, ce Comte & fes freresforti158
MERCURE
rent de cette Ville avec un de leurs
oncles Chanoine de Barcelone , où
depuis plus de cent cinquante ans
ily a eu fans interruption un homme
de la Maifon de Taverner dans
le Chapitre de cette Cathedrale.
Ces Seigneurs n'emporterent que
ce qu'ils pûrent mettre fur eux.
Leurs maifons furent pillées par le
peuple , & ils eurent la douleur de
perdre en chemin leur oncle le Chanoine
, homme de foixante- dix ans,
qui mourut à Guadix dans la Grenade
, des fatigues qu'il avoit ef
fuyées dans fa fuite. Ils fe rendirent
enfuite à Perpignan prés d'un
autre de leur oncle Don MichelGALANT
159
que
Jean de Taverner & Rubi Evéde
Gironne , qui s'y eftoit refu
gié aprés que fa Villefefut renduë
l'Archiduc
. Nous apprenons
que ce Prelat qui eft un venerable
vieillard , d'une preftance ma→
jeftueufe , foutient dans le lieu de
fa retraite , la perte de fes revenus
qui font de trente mille livres
de rente , avec une pieté des plus
édifiantes , & un zele inexprimable
pour fon Roy. Il eftoit premier
Prefident du Confeil Souverain de
Barcelone , & en cette qualité il
avoit retenu les peuples dans leur
devoir , tant qu'ils l'avoient voulu
écouter. Ceux de fes neveux
160 MERCURE
qui font à prefent auprés de luy;
font , outre Mr le Comte de Darnius
que le Roy vient de récom
penfer : Dom Jofeph Taverner
Chanoine de Barcelone ; Don
François Chanoine de Gironne
Don Felix Abbé de Campredon ;
Don Olaguer , & Don Bernardin
Taverner Chevaliers de Malthe
qui fervent tous deux dans l'Armée
de Rouffillon en qualité de Capitaines
d'Infanterie . Doñna Luifa
d'Aragon leur ayeule maternelle
, eftoit du fang des Ducs de
Villa-hermofa ; & c'est en vertu
des droits qu'elle avoit fur les biens ·
de cette Maifon que Mr le Comte
GALANT 161
la
de Darnius , aîné de fespetits-fils ,
difpute ce Duché , vacant par
mort de Don Charles d'Aragon
de Borja , dernier Duc de Villahermofa
, que nous avons vû Gouverneur
de Flandre , puis Viceroy
de Catalogne. Leur pere eftoit Don
François Taverner Rubi quife
trouvant premier Conful de Barcelone
; & en cette qualité Colonel
de la Garde de la Ville , lorsque
Mr le Duc de Vendofme prit cette
Place en 1697. alla mourir de
douleur quinze jours aprés, à quin-
༢༩ lieues de là dans une Terre où
il fe retira. Il avoit épousé Donna
Ignacia d'Ardenne & d'Aragon ,
Mars 1708 .
162 MERCURE
d'une tres - illuftre Maifon fortie
des anciens Comtes d'Ardenne en
Flandres. Cette Maifon a euëde
grands hommes d'armée. L'an
1400. elle contracta alliance avec
les Seigneurs du Viviers au Diocefe
d'Alet , fortis des anciens Vicomtes
de Narbonne , & dont vous
avez à la Cour Mrde Tournefort
>
Enfeigne des Gardes du Corps &
Brigadier des Armées du Roy.
Guillaume du Viviers , l'un de fes
ancestres , épousa en ce temps - là
Conftance d'Ardenne . Raymond
d'Ardenne fe maria auffi dans le
même temps avec Ifabelle de Ve-
Zis & Caftro ; ce qui luy donna
GALANT 163
alliance avec la Maifon deJoyeufe
en France. Madame de Taver
ner mere du Comte de Darnius &
de fes freres , eftoit fille s'eft
trouvée heritiere de Don Jofeph
d'Ardenne Comte d'Illes , Lieutenant
general des Armées du Roy ,
qui rendit dans fon temps degrands
fervices à Sa Majesté Tres - Chrêtienne
en Catalogne & dans le
Rouffillon . Cette Dame avoitpour
frere Mr le Comte d'Illes mort
Brigadier des Armées du Roy , &
Meftre de Camp du Regiment
Royal de Rouffillon , fans laiffer
d'enfans Fans de N.... de Calvo , niece
du fameux François Comte de
O ij
164 MERCURE
Calvo, Lieutenantgeneral des Ar
mées du Roy , & Chevalier de fes
Ordres ; & foeur de Mr le Marquis
de Calvo , Colonel du Regiment
Royal , Brigadier des Armées
de Sa Majesté, tué à la Bataille
de Spire l'an 1703. le vieux
Comte d'Illes avoit encore unefille
Louife d'Ardenne qui fut reçûë
en 1667. fille d'honneur de feuë
la Reine de fainte memoire , Marie
- Therefe d'Autriche ; & qui
dans lafuite s'eft faite Religieufe
chez les Carmelites du Fauxbourg
Saint Germain où elle est encore.
Fille non - moins recommandable
parfon merite perfonnel & parfa
GALANY 165
vertu , que parfa naiffance.
Don Antoine Doms - de Santa-
Pau, Gentilhomme de la Chambre,
Confeillerdu Confeil fuprême des
Indes, a fervi longtems foit fous le
feu Roy foitfous celui ci en qualité
de Capitaine des Gardes de Catalogne,
Employ confiderable , gui
eft comme hereditaire dans fa famille,
dans lequel à l'exemple de
fes Ancêtres , il a donné en toutes
les occafions où il s'eft trouvé
des marques defa conduite defa
valeur. Le Roy avoit déja recompenfé
ily apeu detemps , la fidelité
de ce Seigneur par une Place
dans le Confeil des Indes. Safa
166 MERCURE
mille qui a toujours bien fervy la
Religion & l'Etat , eft des plus
respectables de la Catalogne , &
originaire du Rouffillon . Elle fubfifte
encore dans cette derniere Province
, en la perfonne de M M.
Jean & Jofeph Doms , quiyfont
Seigneurs de diverfes Terres. Don
Antoine Doms a épousé Donna
Terefa de Carriera , de la Maifon
des Comtes de Solterra , anciens
dans la Catalogne , & qui
ont bien fervy. C'est une Dame
d'une fermeté d'une grandeur
d'ame à toute épreuve. Elle n'a
que deuxfilles, Donna Caëtana,&
Donna Ignacia Doms, qui brillent
GALANT 167
beaucoup en cette Cour. Mr le
Marquis de Caftel- dos-Rios Ambaſſadeur
à la Cour de France ,
Viceroy du Perou , & dont vous
avez fi fouvent publié , avec
justice le merite & les vertus , a
époufe la foeur de Don Antoine
募
Doms.
Don Jean deJofa & Agulla ,
Baron de Jofa , eft un Cavalier
d'un merite
particulier , & d'un
zele ardentpour lefervice du Roy.
Safamille qui a donné divers Sujets
à l'Eglife & à l'Etat , eft fi
recommandable , particulierement
à Solfone , qu'on s'y croit tres- honoré,
de pouvoir faire des allian168
MERCURE
ces avec elle. Don François de
Agullo , Archidiacre & Jofa
Chanoine de Barcelonne , fait honneur
à cette Maifon , par fa pieté
&par fon fçavoir , qui donnent
lieu d'efperer de le voir monter aux
premieres Dignitez.
Don Jean de Copons, Marquis
de Moya , Brigadier des Armées
du Roy Catholique , eft parvenu
à ce degré , aprés avoir esté longtemps
Colonel d'Infanterie Efpagnole
; à la tête de ce Regiment
, il a donné en plus d'une
occafion, de grandes preuves defon
courage. Son neveu Don Auguftin
Copons, Gentilhomme de la Chambre
,
GALANT 169
bre , a eu l'honneur de fuivre le
Roy, & defefignalerfous lesyeux
de Sa Majefté , dans toutes fes
campagnes d'Italie , de Portugal ,
de Catalogne & de Caftille . Il
s'eft enfin trouvé auSiegedeLerida.
Peu deMaifons de Catalognepeuvent
le diſputerpour l'antiquité à
celle de Copons , que nous écrivons
Copones en François. On
les tient fortis des anciens Copons ,
originaires de Tivoli , fi renommezfous
le Regne des Empereurs
Romains , & dont Cefar fait
mention dans fes Commentaires ;
Ciceron dans fon Oraifon , pro
Cornelio Balbo; Jofeph dansfon
Mars 1708 . P
170 MERCURE
Hiftoire des Guerres des Juifs ,
Livre 2. au fujet de Titus Coponius
, Chevalier Romain , Intendant
en Judée , fous l'Empire
d'Augufte; & Plutarque dans la
Vie de Marius Crallus. Je me
reffouviens d'avoir lû toutes ces
preuves dans l'Hiftoire de Tivoli,
compofée en Italien , vers le milieu
du fiécle precedent,par François
Martio, où ilprouve que les Copons
de Catalogne,fontfortis de ces Coponius.
Quoy qu'il enfoit,ily a en
Catalogne , fix à fept branches de
sette Maifon , qui ont fourny aux
Rois d'Arragon de Grands Hommes
, foit pour la Guerre , foit
GALANT 171
pour les Ambaffades , foit proche
de leur Perfonne. Bofio fait une
tres-honorable mention dans fon
Hiftoire de Malthe , du Chevalier
Hugues Copones Catalan ,
qui fe fignala extremement à la
deffenfe de Rhodes , l'an 1522 .
qui fut enfuite Drappier de l'Ordre,
& eut des emplois des plus
honorables. Une branche de cette
Maifon paffa en Rouffillon , lors
de la Revolution de l'année 1640.
& c'est d'elle qu'eftforty Michel
Copones , aujourd'huy fecond Prefident
au Confeil Souverain de
Rouffillon
.
Don Raphaël de Cortada afer-
Pij
172 MERCURE
vy le Roy avec beaucoup de zele ,
dans tous les emplois qu'il a eus
en Catalogne. De fon Epouse
Donna Fofepha - Bru- Canta-&-
Homs , Dame de merite & de
naiſſance , il a unfils Don Jofeph-
Cortada-- Bru , qui depuis la
Revolte de fes Compatriotes afait
toutes fes Campagnes dans les
Troupes du Roy , & en dernier
lieu au Siege de Lerida . Les foeurs
de ce jeune Cavalier , DonnaJo-
Jepha ,& Donna Manuella Čortada
, s'attirent l'eftime de tous
ceux qui les voyent.
Don Fofeph Alos eftoit Confeiller
à la Cour des Aides de
GALANT 173
Barcelonne , & il paffe pour un
tres-babile furifconfulte ; d'eftfur
lespreuves que le Roy Catholique
en a , que Sa Majesté luy vient
de donner l'Inspection generale de
toutes fes affaires à Lerida, &
qu'Elle l'a nommé Juge des Confifcations
de tout le Païs . Son Epoufe
Dame de pieté, fe retira
Toulouse , aprés la Revolution
& elle s'y applique uniquement
l'éducation de fa famille , & à luy
inſpirer un grand attachementpour,
fon Roy, Elle a une fille qui promet
beaucoup. Don Jacques Alos
frere de Don Jofeph , eft Chanoine
de Lerida, & Chef de l'Univer
Piij
174 MERCURE
fité de la même Ville ; homme qui
necede en rien à la vivacité defon
frerepourfon legitime Souverain.
Voilà , Monfieur , une ample
Lettre ; mais je n'ay pas cru ces
Memoires indignes de voftre curiofité
, ni de celle du Public. L'Union
de coeurs , qui eft à preſent
entre les Espagnols & les François
, doit infpirer à nos Compatriotes,
du goût pour les honnêtes
gens de ce Pays; & je puis vous
affurer qu'il y en a nombre. S'il
eft de l'intereft du Public que les
Sceleratsfoient connus , il n'eſtpas
moins de fon intereft de connoître
les d'honneur
. Si j'apprens
gens
GALANT 175
que ma Lettre vous ait fait plaifir,
jepouray vous donner de tempsen
temps des particularitez de la
Nation Espagnole , qui ne feront
pas indignes de voftre attention .
Je fuis , &c.
Je dois ajouter à tous ces
articles , qui regardent les Sujets
de Sa Majesté Catholique ,
les deux morts fuivantes , de
deux Espagnols fort connus
dans le monde , & qui ont fait
parler d'eux d'une maniere
bien differente.
Mr le Marquis de la Florida
, cy- devant Gouverneur du
Chafteau de Milan , eft mort
Piiij
176 MERCURE
,
à Madrid âge de plus de 80 .
ans dont il avoit employé
plus de so. au Service de Sa
Majefté ou des Rois fes Predeceffeurs
; il eftoit d'une ancienne
maiſon originaire de Caftille
, & qui a produit des Heros
prefque fous tous les Regnes
des Rois Catholiques . Il eft
un de ceux qui ont fait le plus
d'honneur à fon illuftre nom ;
la deffenfe du Château de Milan
l'a couvert de gloire , & elle
luy a acquis une fi grande reputation
qu'à fon paſſage en
cette ville pour s'en retourner
en Efpagne , aprés l'évacuation
GALANT 177
: des Places d'Italie chacun
s'empreffoit de le voir comme
un de ces prodiges de valeur
qu'un fiecle entier a ſouvent
peine à fournir. Soit qu'il parût
à la Cour , ou qu'il fe montrât
à la ville , il recevoit par
rout des honneurs & des accueils,
qui felon ce qu'il a avoué
plufieurs fois , le dédommageoient
amplement des pertes
qu'il venoit de faire , & il étoit
fur tout charmé de toutes les
manieres obligeantes que le
Roy avoit pour luy
tous les éloges que ce Monarque
donnoit à fa valeur. L'ac
>
& de
178 MERCURE
cuëil que le Roy d'Eſpagne lui
fit lorfqu'il arriva à Madrid ne
fut
pas moins obligeant , & il
dit hautement après avoir falué
Sa Majeſté Catholique qu'il
mourroit content deformais , puifque
Roy fon Maître étoit content
de fes Services. Il n'a pas long
temps vecû aprés fon arrivée à
Madrid ; fa fanté qui avoit été
fort affoiblie par les incommoditez
d'un long Siege, & par celles
d'un long & penible voyage,
Y étant devenue languiffante ,
il y eft mort dans une grande
tranquilité d'efprit & dans des
fentimens dignes d'un Heros
GALANT 179
Chrêtien. Il laiffe une niéce à
la Cour d'Espagne , dont l'ef
prit & la beauté font beaucoup
de bruit : c'eft Donna Rofalca
Lopez de Zaraté , & le Roy
d'Eſpagne en confideration des
longs & importans fervices que
luy a rendus Mr le Marquis de
la Florida , a accordé à cette
Dame une place Doïdor de
Valladolid ou de Grenade pour
celuy qu'elle époufera . Les
fonctions de cette Charge
font à peu prés conformes à
celles de Corregidor . Sa Majefté
Catholique ne pouvoit
pas témoigner d'une maniere
180 MERCURE
plus avantageuſe
, combien la
memoire
de ce Marquis
luy
eftoit chere & preticule. Mr
le Marquis de la Florida n'a
jamais eſté marié , il laiffe des
neveux heritiers de fes biens ,
& qui font tres eftimez à la
Cour d'Espagne
.
Mr le Duc d'Oropeza Grand
d'Eſpagne , & le feul Seigneur
Eſpagnol du parti de l'Archiduc
,dont les fentimens étoient
de quelque poids , & qui avoit
beaucoup d'experience dans les
affaires , mourut à Barcelone le
jour de Noël. Il avoit eu part
au Miniſtere fous le Regne de
GALANT 181
Charles II . mais ce Prince l'en
avoit éloigné avant fa mort,
pour des raiſons generalement
connuës.
Ce Duc eftoit du fang Royal
de Portugal , & il étoit Chef
d'une branche de la maifon de
Bragance ; il eftoit proche parent
de Mr le Duc d'Escalona
Viceroy de Naples , & des Ducs
de Vimiofo & de Guimanarez.
Il avoit fait quelques Campagne
en Flandre fous Mr le Marquis
de Caftanaga , un demêlé
qu'il cut pour le rang avec un
autre Seigneur Eſpagnol , l'obligea
de quitter le fervice.
182 MERCURE
с
Ce Duc defcendoit d'Edouard
qui forma la branche des Ducs
d'Oropeza & qui étoit oncle
de Jean II. du nom Duc de
Bragance , & 4 de ce nom
Roy de Portugal qui monta en
1640. fur le Trône de fes Anceftres.
Edouard Duc d'Oropeza
ayeul de celuy qui vient
de mourir , étoit frere de Theodofe
II.Conneftable de Portugal
, mort à Villa - Viciofa en
1631. d'Alexandre Archevêque
d'Evora , & de Seraphine ,
femme de Jean Fernandez Pacheco
Duc d'Escalona , ayeule
de Mr le Duc d'Efcalona d'auGALANT
183
jourd'huy . Edouard eftoit fils
de Jean I. du nom Duc de Bragance
Conneftable de Portugal
& qui traita de fes droits pour
la Couronne de Portugal avec
Philippe II. qui le fit Chevalier
de la Toifon d'Or en 1581 .
& de Catherine fille aînée d'Edoüard
de Portugal Duc de
Guimanarez. Les Ducs d'Oropeza,
de même que les Rois de
Portugal , dont ils font cadets
defcendent d'Alfonfe de Por
tugal Duc de Bragance , Comte
de Borcellos & fieur de Guimanarez
fils naturel de Jean I.
Roy de Portugal qui l'avoit cu
,
184 MERCURE
d'Agnés Pirez . Cet Alfonce
époufa Beatrix de Pereira fille
d'Alvarés Pereira Conneftable
de Portugal , de laquelle font
iffuës toutes les branches de
la maiſon de Bragance ; fçavoir,
celles de Vimioſo , d'Oropeza,
& de Guimanarez
fans compter
la Branche qui eft aujourd'huy
fur le Trône de Portugal.
Mr le Duc d'Oropeza a laiffé
deux fils & une fille qui a époufé
Mr le Comte d'Arco fils de
Mr le Conneftable
de Caſtille,
qui eft à Barcelone.
re
M Jean Baptiſte de Caffagnet
, Chevalier Marquis de
GALANT 185
Fief- Marcon , cft mort âgé de
80. ans ; il avoit eſté marié deux
fois , fa premiere femme étoit
fille de la feconde femme de
feu Mr le Maréchal de Roquelaure,
dont il acu Mr le Marquis
de Fief- Marcon , Maréchal de
Camp. Il s'eft fouvent figna
lé à la tête du Regiment des
Dragons qui portent fon nom;
fa feconde femme étoit niece
de Mr le Chevalier de la
Hilliere- Polaftron , & fon heritiere.
Mr le Marquis de Tilladet
, prefentement Colonel
du Regiment de Fief- Marcon
étoit de ce fecond lit. C'eſt un
Mars 1708. e
186 MERCURE
jeune Officier qui marche fur
les glorieufes traces de fon
frere aîné ; la famille de Caffagnet
eft tres -ancienne & fort
noble. La branche de Fief-
Marcon a fuccedé en la terre
de Fief- Marcon par le mariage
d'un Caflagnet fait au commencement
du dernier fiecle
avec une fille de l'illuftre maifon
de Lomaigne , Dame de '
Fief Marcon . La branche de
Caffagnet - Tilladet s'eſt auffi
rendue tres recommandable
les fervices qu'elle a rendus
à l'Etat. Il ne reste aujourd'huy
de cette branche que Mr
par
-
GALANT 187
l'Evêque de Mâcon qui ne fe
diftingue pas moins par fa refidence
continuelle dans fon
Diocefe , que par les vertus qui
doivent être attachées à fa profeffion
. Il eft frere de feu Mr
le Marquis de Tilladet Chevalier
de l'Ordre du S. Efprit ,
Lieutenant General & Capitaine
des Cent Suiffes de la Garde.
Ils étoient couſins germains
de feu Mr de Louvois , parce
qu'ils étoient fils de l'une des
foeurs de Mr le Tellier , Chancelier
de France. La maifon de
Caffagnet eft fort ancienne en
Languedoc , où elle a de tres-
Pij
188 MERCURE
grandes alliances. Mr le Marquis
deFief-Marcon avoit l'honneur
d'être beau . frere de feu
Mr le Comte de Noailles grandpere
du Maréchal & du Cardinal
de ce nom ; ils avoient époufé
les deux foeurs filles de Mr le
Maréchal de Roquelaure , c'eſt
pourquoy Mr le Marquis de
Fief Marcon eft oncle à la mode
Bretagne de feu Mr le Maréchal
Duc de Noailles , Je
vous ay amplement parlé de la
maifon de Caffagnet , il y a prés
de deux ans à l'occafion du mariage
de ce Marquis, La terre de
Fief Marcon eft une des plus .
GALANT 189
belles & des plus nobles de tout
le Languedoc . Le Roy donna
il a prés de deux ans le Regiment
Dauphin Cavalerie à Mr
le Chevalier de Fief- Marcon ,
fils de Mr le Marquis de Fief-
Marcon.
Mr de Langlée Maréchal
general des Logis des Camps
& Armées du Roy , eft mort
à Verſailles : il eftoit fils de feu
Mre Claude de Langlée , Chevalier
Seigneur de l'Epicheliere ,
equi poffedoit la même Charge
, & de feuë Dame Catherine
Roze , & frere de Dame
Angelique de Langlée , Epoufe
190 MERCURE
de Mre Louis , Marquis de
Guiſcard , Chevalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant
general de fes Armées , & fils
aîné de feu Mre Georges de
Guifcard, Comte de la Bourlie ,
mort en 1693. âgé de 87. ans
& quatre mois , & de feuë
Dame Geneviève de Longueval
, Dame de Fourdrinoy en
Picardie , que Mr le Comte de
la Bourlie , époufa au Palais
Royal , en prefence du Roy &
de la feuë Reine Mere , le 28 .
Novembre de l'an 1648. Mr
de Langlée a donné en mourant
, des preuves de fa pieté ,
GALANT 191
foit
par les legs pieux qu'il a
faits
, foit par la fubftitution
qu'il a faite de ſon bien aux
pauvres , en cas que Mlle de
Guifcard fa niece & fon heritiere
meure fans enfans : il a
fervy fous feu Mr le Maréchal
de Luxembourg , & feu Mr
de Langlée fon pere , s'eftoit
fignalé dans les actions où il
s'eftoit trouvé. Mr de Langlée
eftoit parent du cofté de fa
mere , de Me la Prefidente
Portail . Mr. l'Abbé de Langlée
fon frere a beaucoup de
merite , & il eft generalement
eftimé ; il eft Executeur de fon
192 MERCURE
Teftament , avec Mr l'Archevêque
de Reims & . Mr le
Prefident de Lamoignon
.
Feu Mr de Langlée qui vient
de mourir , eftoit generalement
regardé comme un homme
de bon goût , particulierement
pour ce qui regarde la
magnificence , qui decidoit làdeffus
de beaucoup de choſes ,
dont on fe rapportoit à luy :
il avoit une parfaite connoiffance
du monde , & il eftoit
forr eftimé.
Mre Louis Marquis d'Efpi .
nay & de Broon , eft mort âgé
de 8 4. ans , fort regretté de
tous
GALANT 193
tous ceux qui le connoiffoient ,
à caufe de fes bonnes moeurs,
de fa pieté & de fes vifs fentimens
pour la Religion : il a efté
inhumé dans l'Eglife des Filles
du Calvaire du Marais , dont
il eftoit Bienfaicteur . De feuë
Marie- Françoiſe de Saint Denis
de Coufin , foeur de Me la
Marquise de Renel , & fille de
Philippes de Coufin , Chevalier
Seigneur de Saint Denis, de
Chapeffiere , de Saint Hilaire
& de Santilly , & de Magdelene
de Rouville, parente de Mr
de Saint - Evremont : il laiffe
Dame Magdelene d'Efpinay ,
Mars 1078. R
194 MERCURE
ge
qui a épousé Henry de Lorraine
, Comte de Brionne , Chevalier
des Ordres du Roy , &
reçû en furvivance de la Charde
Grand Ecuyer de France ,
& de Gouverneur de la Province
, Pays & Duché d'Anjou ,
Ville & Chafteau d'Angers
; &
deux filles Religieufes de la
Vifitation de Caën. Mr le Marquis
d'Epinay , eftoit fils aîné
de Philippe- Emanuel , Marquis
d'Epinay de Broon , Baron du
Mollay- Bacon , Seigneur de
Limoellan de Beaumanoir &
de Beaumont , & de feuë Dame
Magdelene de Warigniez ,
GALANT 195
fille de Tanguy de Warigniez ,
Seigneur de Blainville , Baron
de Biars , Licutenant de Roy en
Normandie , Gouverneur de.
Leictoure , puis de Pontorfon ,
& d'Antoinette du Parc. Ce
Philippe Emanuel , qui ſe diftingua
fort en fon temps , étoit
fils de François , Marquis d'Epinay
& de Longaulnay , & de
Sylvie de Rohan , fille puînée
de Louis , Prince de Guemené.
François eftoit fils aîné du célebre
Antoine d'Epinay , qui
forma la branche de Broon ,
qui vient de finir. Antoine fut
Chevalier de l'Ordre , & Capi-
Rij
196 MERCURE
taine de so . Hommes - d'Armes
. Il fut nourry Page de
Henry II . il fut enfuite Enfei
gne de la Compagnie de Se- .
Baftien de Luxembourg
, Vicomte
de Martigues , & il fe
trouva aux Batailles de Saint
Denis , de Moncontour , & de
Jarnac , où il donna des preuves
fignalées de fa valeur . Il
eut le malheur de fe trouver
dans le party de la Ligue , fur
la fin du penultiéme ficcle . Il
fut même nommé Maréchal de
France , cftant encore en Bretagne
, par les Princes de Guiſe,
engagez dans ce party, Il fe fi-
1
GALANT 197
J
མ་ཏི།
7.
gnala aprés la mort d'Henry III
par fes actions de valeur dans
les combats que l'on donna,
dans cette Province , & il y
commanda aprés le Duc de
Mercoeur . Il eftoit Capitaine
de Dol en 1591. & le de
Janvier de la même année , il
fortit avec peu de gens de cette
Place , & alla charger l'Armée
du Comte de Montgommery
& du Capitaine de Lorges , qui
fut tué dans le combat ; mais
le Marquis d'Epinay y
bleffé à mort ; & aprés avoir
gagné le champ de bataille , il
mourut pendant qu'on l'emfut
Rij
198 MERCURE
portoit dans la ville de Dol . II
avoit époufé Renée Heriçon ,
fille & heritiere de Thomas ,
Seigneur de la Ville-Helouin ,
& de Gillette , Dame de Beaumont
. Outre François , dont je
viens de parler , il en eut Gillette
, femme du renommé
Gabriel de Briqueville , Marquis
de la Luzerne . Antoine fe
remaria à Jeanne de Scepeaux
,
feconde fille du Maréchal de
Vieille Ville , & veuve du Seigneur
de Deuilly. La Maiſon
d'Epinay eft une des plus illuftres
de Bretagne . Elle tire fon
origine & fon nom du ChâOTHER
JELA VILLE
GALANT ON
teau d'Eſpinay
, fitué dans
Senechauffée
de Rennes , & il
eft un des plus beaux de la Pro
vince . Le Chef de cette Maifon
, eft Chanoine
d'honneur
de l'Eglife de Rennes , & Siege
vis à - vis l'Evêque. Le Pere Auguftin
Depaz , Religieux
Auguftin
, & Genealogifte
de Bretagne
, fait defcendre
la Maifon
d'Efpinay
de Gefter d'Efpinay
, qui vivoit en 1166 .
Jean d'Efpinay
, l'un de fes Succeffeurs
, fe fignala à la Bataille
d'Auvray en 1 364. pour Jean ,
Comte de Montfort , dont il
portoit une des Bannieres. Guy
R iiij
200 MERCURE
l'un de fes petits- fils , fut Grand
Ecuyer de Jean VI . Duc de
Bretagne ; & Robert d'Eſpinay
fon arriere- petit fils , fut
Grand Maître de Bretagne , &
premier Ghambellan de Jean
VI. qu'il deffendit vaillament ,
lors qu'on enleva ce Prince prés
de Chanftonceaux
en 1420 .
Simon II . fils de celuy- cy fur
Grand Chambellan de Bretagne
; & Robert II . fils de ce dernier
, fut un des Heros de cette
Maifon. Il fut Grand Maître
d'Hoſtel de Bretagne , & Confeiller
d'Etat , fous les Ducs
Jean & François I. en 1448.
GALANT 201
3
il figna les Traitez faits entre
fon Maître & le Roy Charles
VII. il fut envoyé en Oftage
à Angers , en execution du
Traité fait avec les Anglois.
Jacques fon fecond fils , aprés
avoir cfté nommé à l'Evêché
de S. Malo , cut celuy de Rennes
; s'eftant attiré l'inimitié de
Pierre Landais,Favory du Duc ,
fut arrefté & mourut en prifon
, en 1482. & en 1485. fa
memoirefut rétablie . On trou
ve encore deuxChambellans de
Bretagne dans cette Maifon ,
jufqu'à Henry, qui fut Confeiller
& Chambellan de Louis
202 MERCURE
>
& de
XII . Guy fils de ce dernier , fut
Grand Echanfon des Reines
Anne & Claude , & l'un des
plus fçavans hommes de fon
temps. Il étoit fils de Catherine
d'Eftouteville
Marie de la Rocheguyon.
Guy III. fon fils fut un des
plus adroits & des plus cou
rageux Gentilshommes de fon
temps. Jean fon fils fut premier
Marquis d'Eſpinay &
Henry II.le fit fon Chambellan
ordinaire , & il luy donna une
Compagnie de cent Chevauxlegers.
La branche aînée de
cette illuftre maifon s'étei
GALANT 203
gnit dans celle de Schomberg
au commencement du dernier
fiecle ; celle de Vaucouleur a
fubfifté avec éclat. Charles
dernier de cette branche époufa
dans le dernier fiecle
une fille d'Henry Marquis de
la Luzerne.
André d'Efpinay Cardinal
Archevêque de Bordeaux , &
puis de Lyon , Abbé de Sainte
Croix de Bordeaux & Prieur
de S. Martin des Champs
à Paris eftoit fils de Richard
Seigneur d'Efpinay , & de Beatrix
de Montauban , fille de
Guillaume Sire de Montauban
204 MERCURE
& de Bonne de Vifconti des
Ducs de Milan. Il fuivit le Roi
Charles VIII . en Italie , & il
fut Gouverneur de Paris ; il
mourut au Chafteau des Tournelles
le 10. Novembre 1500 .
& il fut enterré aux Celeftins
de cette ville prés la Chapelle
d'Orleans .
re
M François Boucher Docteur
de la Maifon & Societé
de Sorbonne , & Grand Vicaire
de Chartres , eft mort en
cette Ville dans un âge trespeu
avancé. Il eftoit frere de
Mr Boucher auffi Docteur de
Sorbonne & Curé de S. Nico
GALANT 205
las du Chardonnet , & de M
Boucher Docteur de la même
Faculté , & Bibliothecaire du
Seminaire de S. Sulpice . Celuy
qui vient de mourir ſe faifoit
aimer par fes manieres gracieufes
, & la delicateffe de fon efprit
accompagnoit un merite
folide , un genie éclairé & naturellement
fort élevé ; mais
ces qualitez le cedoient encore
à celles du coeur. Il eftoit tendre
& compatiffant ; il eftoit
fort attaché à la pratique des
vertus chreftiennes , & fon ardeur
eftoit exceffive pour le
fervice de fon prochain & pour
206 MERCURE
celuy de fes amis . Il alloit audevant
de ce qui pouvoit leur
faire plaifir , & il eft mort avec
le rare bonheur de n'avoir jamais
defobligé perfonne. De fi
aimables manieres luy avoient
fait beaucoup d'amis , & ils ont
rendu les regrets de fa perte
plus vifs & plus cuifans.
M' l'Evêque de Chartres
avoit beaucoup de confideration
pour luy. Il luy avoit confié
le foin d'une partie de fon
Dioceſe , & principalement celuy
de fes Clercs répandus dans
le Diocefe de Paris ; ce zelé
Docteur les conduifoit avec
GALANT 207
beaucoup de fagefle & de prudence
; il avoit même fondé
une petite Communauté de
jeunes Clercs dans la Montagne
de Sainte Geneviève , qu'il
faifoit fubfifter par fes liberalitez
, & qu'il dreffoit au ſervice
des Autels ; il leur a laiffé en
mourant dequoy faire un établiffement
fixe & durable . Il a
fait quantité d'autres legs pieux ;
& il a confirmé par une mort
fainte & chreftienne , l'opinion
que l'on avoit de fa vertu & de
fa pieté. Ce Docteur eft mort
chez M' le Curé de S. Nicolas
du Chardonnet fon frere , mais
208 MERCURE
il a fouhaité d'eftre enterré dans
l'Eglife de Sorbonne ; ſes funereilles
s'y font faites avec beaucoup
d'appareil , & tous fes
amis qui font en grand nombre
s'y font trouvez . Feu M
Boucher a toujours efté attaché
à la faine Doctrine , & il
avoit une attention merveilleufe
fur tout ce qui pouvoit
avoir quelque rapport aux opinions
fufpectes , & rien fur ce
fujet ne pouvoit luy faire prendre
le change. M' Vitaſſe Profeffeur
de Sorbonne eftoit fon
ami de confiance , & il n'avoit
rien de caché pour luy.
GALANT 209
1-
Mre Henry de Fourcy , Chevalier
Comte de Cheffy , Seigneur
de Chalifer , Jabelines ,
Varannes , & autres lieux , mourut
le 4. de ce mois , à fa Terre
de Cheffy , où il s'eftoit retiré ,
depuis dix- huit mois . Il eftoit
Confeiller d'Etat ordinaire &
d'honneur au Parlement . Il
avoit efté Prevolt des Marchands
en 1684. ayant efté
nommé par le Roy dix - huit
mois auparavant . Il eut l'honneur
de recevoir Sa Majeſté à
l'Hoftel de Ville en 1687. lors
qu'Elle y vint dîner , aprés avoir
efté à Noftre- Dame , rendre
Mars 1078 . S
210 MERCURE
graces à Dieu du recouvrement
de fa fanté. Il avoit efté
d'abord Confeiller au Châtelet
, dés l'âge de dix- fept ans ,
& enfuite Confeiller au Parlement
; puis Preſident à la troîfiéme
Chambre des Enquêtes ,
pendant trente années , & l'on
compte qu'il en a employé ſoixante
- cinq dans le fervice des
differentes Charges qu'il a poffedées
, eftant mort âgé de quatre-
vingt deux ans moins deux
mois. Je ne dois pas oublier
qu'il fut fort diftingué par ſa
grande probité , pendant tour ·
le temps qu'il prefida à la troiGALANT
211
•
fiéme Chambre des Enquêtes .
Il eftoit fils de Henry de Fourcy
Chevalier Seigneur de Cheffy ,
Trianon & Elpinay , Prefident
à la Chambre des Comptes ,
Surintendant des Baftimens de
Sa Majefté , qui avoit épousé
Maric de la Grange- Trianon.
Ce Henry de Fourcy eftoit fils
de Jean de Fourcy , Chevalier
Seigneur de Cheffy , auffi Surintendant
des Baltimens , qui
avoir époufé Renée Moreau
de laquelle il eut trois enfans ;
fçavoir Henry de Fourcy , Prefident
à la Chambre de Comptes
; Charlotte de Fourcy , qui
Sij
212 MERCURE
époufa Antoine Ruzé d'Effiat ;
Maréchal de France , & Maric
de Fourcy , qui époufa Mr de
Faye Defpeffes , mort Ambaffadeur
en Suiffe .
Celuy dont je vous aprens
la mort , avoit eu un frere aîné ,
nommé Jean de Fourcy , Confeiller
au Grand Confeil , qui
avoit époufé Marguerite Fleuriau.
Il mourut âgé de trente- ·
deux ans , & ne laiffa qu'une
fille , nommée Marguerite de
Fourcy , qui a épaulé Baltazar
de Chafteauneuf de la Vrilliere ,
Secretaire d'Etat ; Marguerite
Fleuriau époufa en fecondes
GALANT 213
noces Claude le Pelletier , Miniftre
d'Etat. Il a auffi eu deux
foeurs , la première Marie de
Fourcy , qui avoit épousé Olivier
le Febvre d'Ormeffon ,
Maître des Requeſtes , fort
connu par fa grande probité.
La feconde Henriette de Fourcy
, morte Religieufè à l'Abbaye
Royale du Pont- aux- Dames.
Il avoit époufé en premieres
noces Anne Briquet ,
fille de N.... Briquet , Avocat
General au Parlement de
Paris , & de N.... Bignon ,
foeur de Hierofme Bignon ,
mort Confeiller d'Etat , & de
214 MERCURE
Thierry Bignon , premier Prefident
au Grand Confeil . Il n'a
point eu d'enfans de ce premier
mariage.
Il avoit épousé en ſecondes
noees Magdeleine de Boucherat
fille aînée de Louis de Boucherat
mort Chancelier de
France , foeur de Catherine de
Boucherat veuve en premieres
noces de Henry de Nefmond
M° des Requeſtes & en fecondes
noces de N.... Barillon de
Morangie M des Requeftes
& foeur d'Anne Loüife de Boucherat
veuve de Nicolas de
Harlay,mort Confeiller d'Etat .
GALANT 215
·
De ce mariage font iffus
Henry Louis de Fourcy M˚des
Requestes qui a époufé Jeanne
de Villers fille de Lazare de Villers
Confeiller au Parlement de
Bourgogne , & de Abigaile
Mathieu , morte Religieufe au
grand Convent des Carmelites
de Paris regretée de toute la
Communauté.
Olivier François de Fourcy
Chanoine de l'Églife de Nôtre
Dame de Paris , Confeiller
Honoraire au Parlement , Abbé
Commendataire de S. Ambroife
de Bourges .
Baltazar Henry de Fourcy
216 MERCUR E
Preftre Docteur de la Maifon
& Societé de Sorbonne , Abbé
Commandataire de l'Abbaye
de S Vandrille.
Achilles Baltazar de Fourcy
Confeiller au Parlement de Paris.
Angelique de Fourcy qur
a époufé M Paul Fieubet M
des Requeftes , & deux filles
Religieufes à l'Abbaye Roya
le du Pont aux Dames .
Mr de Sourcy Lieutenant ordinaire
de la grande Veneric
du Roy , eft mort à Versailles .
Il a eu l'honneur de commander
les équipages de Sa Majeſté
pendant plus de trente ans ,
&
pour
GALANT 217
pour récompenſe de ſes fervices
; elle luy avoit fait preſent
de la Charge d'Ecuyer de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
avec permiffion de la vendre
, à caufe de fes infirmitez
& de fon grand âge ; il en don
na fa demiffion au mois de Février
de l'année derniere en fayeur
de Monfieur de Fleurance
Doüart , qui en avoit obtenu
l'agrément du Roy. Mr de
Sourcy a été regreté de toute la
Cour ; c'étoit un Gentilhomme
bienfaifant , plein d'honneur ,
& fort attentif à fon devoir ,
& S. M. en confideration de fes
Mars 1708 .
T
218 MERCURE
fervices , aaccordé une penfion
à fa famille. Il a laiffe une fils
qui avoit la furvivance de la
Charge de Lieutenant ordinaire
de la grande Venerie , &
qui en eft Titulaire depuis la
mort de Mr fon Pere.
Dans l'article de la mort de
Madame de Crevant d'Humieres
, Abbeſſe de Marquette
dans lequel j'ay parlé de la Maifon
de cette Abbeſſe, on a oublié
de dire que feu Mr le Maréchal
d'Humieres , avoit eſté
Grand Maître de l'Artillerie ,
& l'on n'a point parlé de fes
quatre enfans , qui font ; M° la
GALANT 219
Princeffe d'Ilenghien , Ml'Abbeffe
de Nôtre Dame d'Humieres
prés Compiegne ; M
la Marquife de Surville , & M
la Ducheffe d'Humieres , dont
l'époux qui eft de la Maiſon
d'Aumont , apris le nom d'Humieres
, pour empêcher le nom
de cette maifon de s'éteindre .
DameMarie Pouffineau , iffuë
d'anciens Maires de Poitiers ,
& des premiers Magiſtrats de
la même ville , decedée en Poitou
dans fon Château d'Abain,
étoit femme de Mre Etienne
Claude le Tonnellier Confeiller
Honoraire au grand Con
Tij
220 MERCURE
feil , aprés avoir pendant vingtfix
années qu'il a efté Titulaire ,
exercé cette Charge aycc beaucoup
de diftinction & d'honneur.
Il eft l'aîné de la branche
cadette de Mrs le Tonnellier de
Bretüeil, & celuy qui m'a donné
le Memoire de cette mort, dont
je vous ay parlé dans ma lettre
du mois de Janvier , s'eftoit
trompé en difant que c'eftoit
le frere du Prieur de S. Victor
& des Chartreux , qui étoit
l'aîné de cette branche , parce
que c'eſt le Confeiller veteran
qui eft l'aîné de la branche - cadette
, & qui n'a qu'une fille
GALANT 221
mariée à Mr Bernard , Marquis
de Torey , d'une des meilleures
familles de Bourgogne.
Il me reste à vous parler de
prefque autant de Mariages
que vous venez de lire d'articles
de morts ; mais n'étant pas en
core bien informé de ce que
j'en dois dire,vous pourrez lire
en attendant ce qui regarde les
deux Mariages qui fuivent.
Mr le Comte de Berenger ,
Colonel du Regiment de Bugey
, fils de Mr du Guaft , cy.
vant Colonel du même Regiment
, & enfuite Lieutenant
General des Armées de Sa Ma-
Tij
222 MERCURE
jeſté , a époufé Mlle de Surbeck
, fille de Mr de Surbeck
, Lieutenant General ,
& Colonel d'un Regiment
Suiffe qui porte fon nom , &
de N. Chapelier , fille de feu
Mr Chapelier Avocat General
du grand Confeil , & foeur de
Mr l'Abbé Chapelier , Doyen
de S. Germain l'Auxerrois
,
cy- devant Chanoine de Nôtre-
Dame , & Official de Paris .
Sa famille eft fort ancienne
,
& elle a donné des Magiftrats
aux Cours Superieures , il y
plus de deux fiecles , ainſi qu'on
peut voir dans une Epitha-
Ic
&
GALANT 223
phe qui eft à l'un des piliers du
Cimetiere des Innocens . Ils ont
poffedé pendant prés de deux
cens ans la terre de S. Cir . Mr
l'Abbé de Viqucfort qui eft
fort connu dans le monde , eft
de cette famille .:
La nouvelle époufe eft gran
de & bien faite , elle a infiniment
d'efprit , & tous les agré
mens imaginables . Urie ancienne
tradition fait defcendre la
Maison du Guaft , qui eft de
Dauphiné des Berengers ,
Comtes de Provence...
Mr de Surbeck cft d'une an
cienne famille du Canton de
Tiiij
224 MERCURE
Lucerne , & qui y eſt connuë
depuis que ce Canton a ſecoüé
le joug de la domination de la
Maiſon d'Autriche.
Mr Robert , Intendant de
Marine à Breft , cy- devant Intendant
des Ifles de l'Ameri
que , & qui n'eft pas moins
connu par fon nom , que par
fes fervices , vient d'époufer la
niece de Mr l'Evêque de Quimper.
Il eft frere de Mr Robert ,
Procureur au Chaſtelet de Paris.
Je vous ay plufieurs fois
parlé fort amplement de cette
famille , qui eft tres- connuë
dans la Robbe , & dont l'efGALANT
225
prit n'a pas moins brillé dans
le Barreau que dans la Chaire.
La nouvelle Epouſe eſt belle
riche & jeune.
Je vous envoye un Air nouveau
, dont vous reconnoîtrez
fans doute les paroles , puifqu'elles
font tirées de ma Lettre
du mois de Janvier dernier
dans lequel je vous ay parlé
d'un Amour galant , qui s'eft
fait admirer dans l'un des Bals .
de la Cour du Carnaval dernier.
226 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Je fais Dieu des Amours , des graces
& des ris ;
Etfur tant de beautez qu'on voit icy
paroitre ,
C'eft moj qui vous donne le prix.
LeDieu d'Amour doit s'y conoitre.
J'ay quitté mon bandeau pour pou
voir deformais
chaque inſtant admirer tant de grdces
nouvelles ; upea
Et pour ne vous quitter jamais ,
J'aymay-même coupé mes ailes,
Je crois devoir enfuite des
Vers que vous venez de lire , qui
ont efté preſentez par l'Amour
b
de
STREQUE
BIBLIO
LYON
*1883
DE
LA
VILLE
27
ke , .
སརྦྦ9ཛཱསྒྱུ ཚེ་ྱ
ité .
&
IE .
anir,
2
Ja
E
J'
ελ
V
O
GALANT 227
à une grande Princeffe , placer
les Vers fuivans , envoyez par
une Mufe à Monfieur le Duc
de Vendofme. Je dis Mufe ,
parce qu'ils ont efté faits par
une perfonne de vôtre fexe ,
qui s'eſt acquis beaucoup de
reputation par fes ouvrages , &
dont l'efprit repond à la qualité.
LETTRE
A MONSIEUR
LE DUC DE VENDOS ME.
Erois - je feule dans la Fran-
SE Serois се
Sans te voir , fans t'entretenir,
228 MERCURE
Et defirant toûjours l'honneur
de ta prefence ,
Ne pourray- je point l'obtenir?
S
Si j'avois d'Abaris la merveilleufe
fleche
J'en ferois fervie à fouhait
Et fans aucun fecours de chevaux
de Caleche
Je ferois bien- toft à Anet.
Là ,
2
, te rencontrant feul , prés
d'une palliffade
Dans tes Jardins delicieux ,
Je fçaurois t'amufer en cueillant
ta falade ,
Par quelque recit curieux..
En voyant ton Palais je parlerois
fans ceffe
GALANT 229.
De celuy de Semiramis
Je dirois les hauts faits , je dirois
la foibleffe ,
Tout ce que jufqu'à nous l'Hiſtoire
en a tranfmis ;
S
Que ne dirois - je point de ce
Grec temeraire
Dont l'heureuſe rapidité
Ne vit jamais la fortune contrai
re
A fon immenfe avidité.
S
Semblable à ce guerrier , mais
plus fimple & plus fage
Moins orgueilleux que luy , tu
mefure tes pas.
Plus Grand par plus d'un avantage
,
Tu brille des vertus qu'il ne
poffedoit pas.
230 MERCURE
Redoutable aux Combats , chez
toy doux & paisible ,
Aimé par tout également
Plus qu'un Dieu , quand il faut ,
tu te montres terrible ,
Dans Anet un homme charmant.
2
Qu'on ne me parle point de ces
Heros qu'on vante
Uniquement par leur valeur ;
Je veux que le Heros reffente
Tous les mouvemens d'un
bon coeur.
S
Ah! ce n'eft pas toûjours en tefte
d'une armée
Qu'on s'attire du monde & l'eftime
& les voeux
Et pour remplir fa renommée
GALANT 231
Il faut fervir les malheureux .
2 .
Tu m'as cent fois promis de reparer
l'outrage
Du Sort qui m'accablant n'a pu
- m'affujettir ;
Acheve , acheve ton ouvrage
Force- le de fe démentir .
S
t
On me croit ton Amie , & j'en
tire ma gloire ,
C
PRINCE , ton nom eft grand
pour moy ,
Fais que l'avenir puiffe croire
Qu'il n'eft pas indigne de toy .
Comme la diverfité des marieres
oppofées , fait un des
principaux agrémens de mes
Lettres j'ay crû devoir mettre
232 MERCURE
icy la Lettre fuivante , qui m'a
efté adreffée , & dont la matiere
donnera beaucoup à rêver , à
ceux qui voudront l'approfonfondir.
Je retranche le commencement
de la Lettre , & je
paffe aux deux Articles de cette
Lettre que l'Auteur a tirez de
deux de celles que je vous ay
adreffées au mois de Mars
1705. & 1706 .
Mars
1705.
Le Cours Synodique eft de 29.
jours 12. heures 44. minutes
3. fecondes... 12. Lunes font enGALANT
233
viron 354. jours... & 12. mois
folaires environ 365.. d'où il
faut neceffairement conclure que la
Lune n'appartient pas au mois
dans lequel elle commence , mais
à celuy dans lequel elle finit , in
quo completur menfi lunatio
detur. Et confequemment que la
Lune de Pâques qui finit toûjours
en Avril , eft incontestablement la
Lune d'Avril.
Mars
1706 .
L'an 31. dont le 28. de Mars
fut unfeudy ,de même que le x 2.
d'Avril de l'an 35. font les feuls
Mars
1708.
V
234 MERCURE
qui conviendroient avec l'Evangile
, & fila Pafque s'immola le
Vendredy , comme le veut le Pere
Lamy , Preftre de l'Oratoire , ce
fut l'an 34. dont le 24.de Mars
fut un Vendredy , ou un Samedy
le 16. de Nifan fut le 22.d'Avril.
Vous reconnoiffez fans doute
Monfieur , les deux Extraits cydeßus
, tirez de vos Lettres , dont
je me fuis fervi en pluſieurs endroits
, m'eftant trouvé aux priſes
avec des Ecclefiaftiques , & lars
que j'ay cité illius cft menfis aciGALANT
235
dat lunatio finem , ils fe font
tous emportez , & n'ont voulu
entendre aucune raifon ; ils prétendent
que l'Eglife affemblée a re-
・folu de celebrer la Pafque le premier
Dimanche d'aprés la pleine
Lune de Mars , & par confequent
que la Lune dans laquelle on celebre
la Pafque , eft la Lune de
Mars : ils demandent de plus com
ment connoiftre , lorfqu'il y en a ·
trois dans un mois ; par exemple ,
fuppofe que la Lune ait fini le
premier Mars au matin , la fuivante
finira le 30. & la troisième
commencera dans le même mois de
Mars , quifelon les deux extraits
V ij
236 MERCURE
precedens s'appellera la Lune d'Avril,
la premiere de Fevrier ,
la feconde furnumeraire , comme
formée des heures reftantes de cha→
que mois , au bout des vingt-qua
tre Lunes.
Comme vousfaites tout vostre
plaifir de lever les doutes du pu
blic, vous m'obligerez , Monfieur,
de dire voftre fentiment fur le nom
de la Lune dans laquelle on celebre
parmi les Chreftiens le faint jour
de Pafques , &file temps vous le
permet , qu'elle eft la Lune dans
laquelle les Juifs la celebrent. Fe
fuis , &c.
GALANY 237
Si vos Amis peuvent donner
les éclairciffemens que l'on me
demande , ils me feront beaucoup
de plaifir , ainſi qu'à l'Auteur
de la Lettre que vous venez
de lire , le travail dont je
fuis chargé ne me laiffant pas
le temps dont j'aurois befoin ,
pour m'éclaircir des chofes que
Ï'on me demande, afin d'en par
ler jufte..
Le Pere Hommey Auguftin
Reformé de la Communauté
d'Angers , connu dans la Republique
des Lettres par plufieurs
ouvrages qu'il a donnez au pu
blic , & fur tout par
fon
Sup238
MERCURE
plément des Peres , & par le
Diarium Hiftorico- Litterarium ,
qu'il avoit commencé à publier
à Paris en 1703. cn a commencé
un nouveau qui s'imprime à
Luxembourg chez le fieur Chevalier
, & quia pour titre : Diarium
Europeum Hiftorico- Litterarium
, Ann. M. DCC. VII.
Trimestre 1. Le Plan de l'Auteur
cft d'en donner un femblable
tous les trois mois ; il eft à fouhaiter
qu'il l'executo , puis
qu'à en juger par celuy- cy on
aura lieu d'eftre content de cet
ouvrage . On trouve dans l'Ar
ticle d'Angleterre les 29. ArtiGALANY
239
cles de l'Union entre ce Royaume-
là & l'Ecoffe . On voit dans
ce Journal plufieurs, picces de
Poefte Latine , parmi lesquelles
font une Pompe Funebre en
Vers Latins du grand Guſtave-
Adolphe Roy de Suede , tué à
la Bataille de Lutzen ; un petit
Poëme tres- ingenieux adreffé
à Philippe V. Roy d'Eſpagne ;
& une piece en Profe Latine à
la gloire de Charles XII . aujourd'huy
Roy de Suede ; & un
Eloge auffi en Vers de M' l'Evêque
d'Ofnabruk. Le Pere
Hommey annonce quelques livres
nouveaux , mais il ſe plaint
240 MERCURE
de leur cherté. Cet Auteur infatigable
nous promet une Hif
toire fuivie du dix - huitiéme
fiecle , & il doit commencer à
l'avenement de Monfeigneur le
Duc d'Anjou au Trône d'Efpagne
l'année 1701. eſt prefque
imprimée.
La Lettre qui fuit eft digne
de voſtre attention , & vous
devez ajouter foy à tout ce
qu'elle contient , puifqu'elle
vient de Mr le Viguier de
Beziers.
GALANT 241
A Beziers ce 8. Mars 1708 .
Fay obfervé , Monfieur , dans
la lecture que je fais de vos Merdans
les articles de
cures , que
morts
vous n'oubliez pas les
perfonnes que vous apprenez eftre
decedées dans une grande vieilleffe
; vous pourez dans le Mercure
du mois de Mars , faire un
article de celle quifuit.
Mre Theophile - François de
Plantavit de la Paufe , Seigneur
de Margon & de Beterac , eft
mort d'un rhume le premier de ce
mois , dansfon Chafteau de Mar-
Mars 1708 .
X
242 MERCURE
gon , Diocefe de Beziers , à l'âge
de cent ans : il a eftépendant huit
jours à l'agonie , fouffrant beaucoup
, avec de continuelles convul
fions , combattant contre la mort :
il eftoit d'une complexion merveilleufe,
& il n'avoit jamais efté
purgé ni faigné : il avoit toujours
jeuné , avec la plus grande rigueur,
& fur tout pendant les
Carêmes, qu'il a obfervez avec
l'exactitude d'un Religieux de la
Trape ; n'ayant jamais voulu fe
fervir des difpenfes que les Evéques
donnent : fon efprit & fá
memoire n'ont jamais baiffé , &
il est mort fans avoir eu d'autre
GALANT 243
incommodité que la furdité &
quelque foibleffe dans les jambes :
ja mort a eftéprecedée d'unefainte
vie , n'ayant efté occupé dans fes
quarante dernieres années , qu'à
prier Dieu , à vivre dans la contemplation
& dans la retraite.
Il eftoit pere de Mr de Margon ,
Lieutenant de Roy de Languedoc,
Brigadier des Armées de S. M.
Colonel de Dragons , & qui fert
actuellement fur les Côtes de Languedoc
, fous les ordres de Mr le
Duc de Roquelaure. Jefuis, Monfieur,
voftre , &c.
Je dois ajouter icy la mort
de deux filles , qui n'ont pas
X
ij
244 MERCURE
refté fi long - temps dans le
monde , & qui n'ont pas contribué
à le perpetuer . Ces deux
perfonnes font Mlle Nicolaï
qui eft morte la premiere ; &
Mademoiſelle de la Rochefoucault.
Mlle Nicolaï eftoit fille de
feu Mr le Premier Prefident
de la Chambre des Comptes ,
quia fifouvent donné des marques
de fon efprit à la tête de
cc Corps , & foeur de Mr le
Premier Prefident Nicolaï , qui
occupe aujourd'huy la même
place . Je ne repeteray point
icy ce qui eft répandu dans
"
GALANT 245
plufieurs de mes Lettres , de la
Maiſon de ces deux Magiftrats
, & je vous diray feulement
que Mlle Nicolaï qui eft
morte à Gouffainville , Terre
qui appartient à ſa Maiſon ,
avoit tout l'agrément imaginable
, & qu'elle avoit beaucoup
d'efprit .
Quant à ce qui regarde Mlle
de la Rochefoucault , qui eft
morte depuis Mlle Nicolaï , je
dois vous dire qu'elles eftoient
trois foeurs , qui n'ayant jamais
voulu fe donner de Maîtres
, vivoient en ſocieté avec
l'éclat que demandoir leur naiſ
X iij
246 MERCURE
fance ; mais fous divers noms ,
parce que fi elles avoient toutes
porté le même nom , on
n'auroit pû les diftinguer . Celle
que
la mort vient d'enlever fe
nommoit Mlle d'Anville ; &
comme les hommes n'ont jamais
eu de part à leur tendreffe
, l'attachement qu'elles
ont toujours fait voir pour
tous ceux de leur Maifon , étoit
beaucoup plus fort qu'il n'eft
ordinairement , & fur tout entre
freres & foeurs . Mr l'Abbé
de la Rochefoucault , leur frere
eftant decedé il y a déja aſſez
de temps , Mlle d'Anville qui
GALANT 247
l'aimoit avec une tendreffe ,
dont il feroit difficile de bien
expliquer tous les mouvemens ,
ayant toujours eſté depuis ſa
mort devorée de la douleur
qu'elle en reffentoit, prioit fou
vent Dieu cinq ou fix heures par
jour , fur fon tombeau ; de maniere
que l'on pourroit dire
qu'elle cft morte de douleur.
Mr le Duc de la Rochefoucault
, frere de ces trois Demoiſelles
, & qui a toujous eu
pour elles tous les fentinens
d'un bon & genereux frere
leur donnoit une penfion
chacune, quoy que leur bien
X
iiij
248 MERCURE
cût efté plus que fuffifant pour
entretenir trois filles Philofophes
, s'il m'eft permis de parler
ainfi , car on ne peut fans
une espece de Philofophic ,
renoncer à beaucoup de chofes
, qui font fouvent le principal
attachement de l'un & de
l'autre ſexe. Leur genereux frere,
dont je viens de vous parler
, voulant donner de nouvelles
marques de fa tendréffe
& de fa generofité aux deux
foeurs qui viennent de perdre
leur chere Compagne , leur a
partagé la penfion qu'il donnoit
à celle qui vient de mourir .
GALANT 249
de la
Vous jugez bien que vous
ayant déja parlé à fond & même
plus d'une fois , de la Maifon
de la Rochefoucault , je ne
puis rien ajouter icy à tout ce
que j'en ay dit. Auffi ne peuton
entendre prononcer le nom
Rochefoucault , fans fe
repreſenter auffi - toft une Maifon
qui n'eft pas moins illuftre
par elle-même , qu'illuftrée par
Fefprit par , par les plus grandes
Dignitez de l'Eglife , & par les
premieres Charges de l'Etat .
Mr des Marefts a reçû des
complimens fur fa nomination
à la Charge de Contrôl
250 MERCURE
leur General, de toutes les per
fonnes de la plus haute diſtinction
, tant de la Cour que de
cette Ville , fans en excepter
même les Princes. Les Officiers
pas
des Compagnies qui ne l'ont
efté voir en Corps , luy ont
fait des complimens particuliers.
Mrs de l'Academie Françoiſe
ayant témoigné beaucoup
de joye de ce choix , parce
que feu Mr Colbert , oncle de
Mr des Marefts , eftoit de leur
Corps , nommerent auffi- toft
aprés l'avoir appris , cinq perfonnes
de leur Compagnie
GALANT 251
pour luy faire compliment. Ce
font Mr l'Abbé Tallemant ,
qui portoit la parole ; Mrs les
Abbez Regnier , Fleury , &
de Choify , & Mr de Capiftron.
Le compliment de Mr
l'Abbé Tallemant roula , fur
ce qu'ils venoient de la part
de l'Academie , pour luy témoigner
l'extreme joye qu'elle
reffentoit de le voir à la pla
ce de feu Mr Colbert fon
oncle , qui avoit cu tant de
confideration pour elle , qu'il
avoit bien voulu eftre l'un de
fes Membres Mr l'Abbé Tallement
ajouta , que l'Academic
252 MERCURE
efperoit que Mr des Marefts
voudroit bien la favorifer de
fa protection & de fes bienfaits
, comme avoit fait feu Mr
Colbert.
Mr des Marefts répondit qu'il
eftoit tres- obligé à l'Academie
; qu'il fe ferviroit de toutes
les occafions qui fe prefenteroient
, pour luy donner
des marques de fa reconnoiffance
, & qu'il n'auroit pas
moins d'eftime & de confideration
pour elle , qu'en avoit
eu feu fon oncle.
L'Academie Royale des Inf
criptions , & celle des Scien
GALANT 253
ces , nommerent pareillement
des Députez de leur Corps ,
pour complimenter auffi de
leur part Mr le Controlleur
general . Ceux qui furent nom.
mez par celle des Inſcriptions ,
font , Mr l'Abbé Bignon ; Mr
l'Abbé Renaudot ; Mr Dacier ;
Mr Couture , & Mr de Boze ;
& l'Academie des Sciences
nomma Mr l'Abbé Bignon ;
Mr de la Hire ; Mr du Verney
; Mr Homberg , & Mr de
Fontenelles .
Mr l'Abbé Bignon parla au
nom des deux Academies , &
dit à Mr des Marefts , qu'elles
量
254 MERCURE
ne fuivoient pas en cette occafion
des mouvemens de bienfeance
ou de politique ; mais
ceux qui leur étoient inſpirez
par une veritable joye ; que ces
deux celebres Compagnies devoient
leur naiffance aux gran.
des vues de Mr Colbert ; qu'elles
devoient leur premiere
fplendeur à fa protection , &
que ce n'étoit qu'en fuivant les
routes qu'il leur avoit tracées ,
que leur éclat s'eftoit toûjours
augmenté , & que leur reputa
tion s'eftoit de plus en plus
étendue , de maniere qu'il étoit
aifé de juger des tranfports de
GALANT 255
leur joye , lorfqu'elles voyoient
le choix du Prince & les fuffrages
publics , réunis en faveur
du digne neveu d'un ſi grand
Miniftre.
Mr des Marefts répondit
qu'il étoit tres -fenfible à l'honneur
que les Academies avoient
bien voulu luy faire ; que s'il
étoit glorieux à Mr Colbert
d'avoir contribué par les vûës
à leur inſtitution , il ne l'étoit
pas moins à Mr l'Abbé Bignon
de foutenir aujourd'huy cer
établiffemént avec tant de dignité.
Il ajoûta qu'il ne pou
yoit trop affurer Mrs les Aca256
MERCURE
demiciens de fon eftime & de
fes fervices , & il combla d'hon
neftetez Mrs les Députez qu'il
témoigna connoiftre tous perfonnellement
ou de réputation.
Les fept Corps des Marchands
s'étant rendus en habit
de ceremonies chez ce nouveau
Controlleur General , la
parole fut portée par Mr de S.
Jean , Drapier , qui luy fit un
compliment auffi refpectueux
que pathetique , & qui fut fort
applaudy. Il parla de l'application
avec laquelle Mr Colbert,
avoit toûjours travaillé à étendre
le Commerce, & à le faire
GALANT 257
fleurir , & il pria Mr des Marefts
de le proteger , ce qu'il lui
demanda en termes fort preffans
, & la maniere dont Mr
des Mareſts parut accorder aux
fept Corps des Marchands , ce
qu'ils luy demandoient par la
bouche de leur Député , leur
donna lieu de croire , auffi bien
qu'à tous ceux qui étoient prefens
, qu'il leur tiendroit la parole
qu'il donnoit .
La Charge de Maréchal
general
des logis des Armées du
Roy , ayant vacqué par la mort
de Mr de Langlée , ainfi que
je vous l'ay deja dit , Sa Ma-
Mars 1708. Y
258 MERCURI
jeſté ayant trouvé un grand
nombre de Sujets dignes de
remplir cette Charge , a crû la
devoir feparer en deux , afin
de répandre en même temps
ſes bien- faits fur deux perfonnes
differentes ; ainfi cette Charge
a efté partagée entre Mr de
Mauroy & Mr de Verceil . Ce
premier eft Maréchal de Camp,
& diftingué par les longs fervices
, & par plufieurs actions
éclatantes qui luy ont acquis
une grande reputation ; il a fervy
à la teſte du Regiment du
Roy , avec une grande diftinction.
Il cft d'une ancienne
GALANT 259
Maifon originaire de Normandie
; fes Anceftres y eftoient
connus dés le temps des Rois
d'Angleterre Edouart III . &
fes Succeffeurs , lorfque les
Anglois étoient Maiftres de
cette Province. Mr le Comte
de Mauroy fon pere , eft mort
aprés avoir donné les premieres
leçons de l'art militaire à fon
fils qui paffe aujourd'huy pour
un des meilleurs Officiers Generaux
des Armées de Sa Majesté.
Mr de Verceil qui a eu la
moitié de la Charge dont je
viens de vous parler, eft Colo
Y ij
260
MERCURE
nel du Regiment de Houffards
qui font au fervice du Roy , &
Brigadier des Armées de Sa
Majefté ; il eſt d'une tres- ancienne
famille originaire de
Dauphiné ; il a porté les Atmes
depuis fa plus grande jeuneffe
, & il s'eft fignalé dans
les differens Corps où il a fervy
; il a efté Capitaine dans le
Regiment du Roy , où il entra
lorfqu'il quitta les
Moufquetaires
; il a donné dans ce Corps
diverfes marques de fa valeur
il s'eft trouvé dans les plus
grandes actions de la derniere
guerre , & la fermeté qu'il y
GALANT 261
fit voir , luy attira des loüanges
de feu Mr le Maréchal de
Luxembourg qui eftoit un bon
Juge du merite & de la valeur .
Ce Maréchal avoit une eftime
particuliere pour luy , & il l'employoit
fouvent lorſqu'il avoit
befoin de perfonnes de confiance
, & fur qui il pût compter
Mr de Verceil n'a pas donné
de moindres marques de fon
courage dans les actions où il
a été depuis le commencement
de cette derniere guerre ; il s'eft
trouvé dans lesJournées les plus
memorables ; fçavoir , à Luzzarra
, à Caffano ,
Caffano , & à la pre262
MERCURE
miere bataille d'Hochftedt ; if a
auffi beaucoup brillé en Flandres
à la teſte du Corps qu'il
commande ; & il a reduit ce
Regiment depuis qu'il en eft
Colonel à fuivre la difcipline
militaire de la même maniere
qu'on l'obferve dans les Armées
Françoifes.
Mr le Marquis de Bethune
a époufé Dame N ... d'Harcourt-
Beuvron de la Mailleraye.
Ce Seigneur eſt iſſu de
François Marquis de Bethune
Chevalier des Ordres de Sa
Majefté & fon Ambaffadeur
Extraordinaire
en Pologne , &
GALANT 263
de Dame Loüife , Marie de la
Grange Arquian fon épouſe ,
& foeur de la Reine de Pologne.
François Marquis de Bethune
étoit frere d'Henry
Comte de Bethune qui a eu
plufieurs enfans de Marie Anne
Dauvet , fille de Nicolas
Comte des Marefts,grand Fauconnier
de France , & de feu
Armand de Bethune Evêque
du Puy. Ils eftoient tous fils.
d'Hypolite de Bethune , Comte
de Selles , Marquis de Chabris
, Chevalier d'honneur de
la feuë Reine , & qui eft mort
Chevalier des Ordres de Sa Ma264
MERCURE
jefté. Philippe de Bethune Baron
, & puis Comte de Selles,
Chevalier des Ordres du Roy
a formé cette branche . Il étoit
frere du Duc de Sully Sur- intendant
des Finances , & Louis
de Bethune fon troifieme fils
forma la branche des Ducs de
Charoft. Mademoiſelle de la
Mailleraye eft foeur de Mr le
Maréchal Duc d'Harcourt
, &
de Mr le Comte de Cezancs ,
& fille de feu Mr le Marquis
de Beuvron , Chevalier des Ördres
du Roy , & Lieutenant
General de Normandie
, & de
fa deuxième femme Angelique
de
GALANT 265
de Fabert , fille du Maréchal
de ce nom . La branche aînée
de l'illuftre Maifon d'Harcourt
qui tire fon origine de Robert
qui vivoit dés l'an 1100. dans
le quinziéme fiecle
par le mariage
de Jeanne , Comteffe
d'Harcourt avec Jean III . Sire
de Rieux tris- ayeul de Louiſe de
Rieux qui époufa René de Loraine
, Marquis d'Elbeuf. Celle
de Beuvron fe forma dans le
quatorziéme fiecle dans la perfonne
de Philippe d'Harcourt,
troifiéme fils de Jean V. Comte
d'Harcourt qui eut la tefte
tranchée à Roüen en 1355 .
Mars 1078. Ꮓ
266 MERCURE
›
parce qu'il avoit pris le party
du Roy de Navarre contre
celui du Roy Jean , & de Blanche
de Ponthieu , Comteffe
d'Aumale , & de Montgomery.
La terre de la Mailleraye a
efté autrefois poffedée par Mr
de la Mailleraye un des trois
Députez que l'Affemblée des
Proteftans faite à Grenoble
en 1615. envoya au Roy Louis
XIII, à fon paffage à Amboife ,
& qu'il n'écouta qu'à Poitiers
lorfqu'il alloit fur la Frontiere
époufer l'Infante Anne d'Au
triche.
Je devois dire au commenGALANT
267
cement de cet article que Mr
le Marquis de Bethune a un
Regiment d Infanterie ; qu'il
eft fils de Mr le Marquis de Bethune
qui a été long temps Ambaffadeur
en Pologne , où ce
nouvel époux a deux foeurs mariées.
Mr le Gendre de Berville Colonel
du Regiment Colonel
General , a époufé Mlle de
Saillans de la Maifond Eſteing
fille de feu Mr le Marquis de
Saillans Gouverneur de Namur
, & niece de Mr le Comte
de Saillans Lieutenant General
des Armées du Roy.
Zij
268 MERCURE
le
Mr de Berville eft le troifiéme
fils de feu Mr le Gendre de
Rouen , fi connû par le commerce
qu'il avoit dans toutes
les parties du monde , & que
Roy annoblit , il y a quelques
années en confideration des fervices
qu'il avoit rendus à l'Etat .
Mrde Colandre Colonel du Regiment
de Flandres , & cy - dcvant
Capitaines aux Gardes ,
eft frere aîné de Mr de Berville
; Mr de Meigremont Capitaine
aux Gardes , leur troifiéme
frere a ététué à la Journée de
Ramillies ; ils ont un frere
Confeiller au Parlement de
Rouen , & une four mariée à
Mr Pecoil de Ville - Dieu , Maître
des Requeſtes.
La Maison d'Eftcing cft une
GALANT 269
des plus illuftres du Royaume ,
elle a donné plufieurs Chevaliers
aux Ordres de nos Rois ,
des Generaux d'armées ; &
un grand nombre d'illuftres
Prélats à l'Eglife . Elle a donné
un Evêque à l'Eglife de Rodez
qui a efté beatifié , & qui
a fait divers miracles ; elle a
auffi donné un Archevêque à
l'Eglife de Bourges qui fut mis
dans la fuite dans le Sacré College
, & plufieurs Evêques aux
Eglifes d'Auvergne . Cette
maifon à le glorieux avantage
de porter les mêmes armes & les
mêmes livrées que nos Rois depuis
qu'un Seigneur d'Efteing
releva & remonta à cheval Phi-
Hippes Augufte a la bataille de
Bovines donnée dans le treizić-
Z iij
270 MERCUR
me ficcle , & qu'il gagna contre
l'Empereur Othon IV . Cette
maiſon a eu plufieurs Comtes de
Lyon , & un Doyen de cette
Eglife.
•
J'aurois dû vous parler plûtôt
de l'article que vous allez
lire , & qui regarde les affaires
de Catalogne ; mais fi je vous
l'avois envoyé dans le temps que
toutes les nouvelles publiques
en ont parlé , je vous aurois
mandé beaucoup de chofes contraires
a la verité , les Alliez
n'ayant jamais parlé juſte touchant
les Troupes d'Italie qui
ont debarqué en Catalogne , &
ayant caché les pertes que ces
Troupes avoient faites avant
leur débarquement , ainfi que
plufieurs circonſtances qui font
GALANT 271
cauſe du mauvais état où elles
font , comme le manque d'argent,
& la perte de toutes les hardes
des Officiers , ainfi que plufieurs
autres chofes qui ne leur
font pas avantageufes ; de maniere
• que quoy que l'article
que vous allez lire , ne regarde
pas des chofes nouvellement arrivées
, il ne laiffera pas de
paroître
prefque entierement nouveau
à ceux qui le liront. Je ne
laifferay pas de vous parler encore
de ce qui regarde la Catalogne
, dans la fituation generale
des affaires prefentes que
Vous trouverez à la fin de ma
lettre .
La Flote d'Angleterre &
d'Holande dont on a tant parlé,
& qui a porté en Catalogne les
Z. iiij
272 MERCURE
"
Troupes d'Italie , dont toutes
les nouvelles publiées chez les
Alliez , ont fait autant de bruit
que fi ces Troupes avoient fuffi
pour la défenfe de la Catalogne
, & pour la conqueste de
tou e l'Espagne. La Flote , disje
, dont je viens de parler ,
étoit compofée de trente - deux
Vaiffeaux de guerre , qui fervoient
d'eſcorte à trente- fix
Vaiffeaux Marchands , fur lefquels
eftoient les Troupes de
l'Electeur Palatin ; deux Regimens
Italiens , & environ mille
à douze cens femmes ; le tout
enfemble ne fe montant qu'au
nombre de fept mille perfonnes. ,
Les Troupes de l'Electeur Palatin
étoient commandées par
les Generaux Coppé & Effern,
GALANT 273 :
& ces Generaux avoient reçû
un paquet de l'Electeur leur
Maître , qu'ils ne devoient ouvrir
que lorfqu'il feroient devant
Caillery , Port principal
de l'Ifle de Sardaigne. La Flote
vouluty moüiller afin d'y dé
barquer quelques Troupes qui
devoient eftre commandées par
le Marquis de Cifuentes Efpagnol
, & que
l'Archiduc a nommé
Lieutenant General. Ces
Troupes avoient ordre de s'emparer
de cette Ifle . Mais le vent
s'étant trouvé contraire , & la
Flote ne pouvant , manque de
vivres , demeurer long - temps
en ce lieu , le Commandant jugea
à propos de moüiller à Calvy
, Port de l'Ile de Corſe
afin d'y faire affembler le Con-
1
274 MERCURE
feil , & d'y déliberer fur ce qu'il
feroit à propos de faire . Il fuc
refolu dans ce Confeil d'ouvrir
le paquet dont j'ay déja parlé,
& dans lequel on trouva les or
dres fuivans , fçavoir.
Que le General Major refteroit
dans la Sardaigne jufqu'à ce que
la Flote eût pris les vivres neceffaires
, & queft l'on ne voyait pas
d'aparence de pouvoir vefter Maitres
de cette Ifle , Pan y feroit débarquer
toutes les Troupes ; que l'ony feroit
payer les contributions , & que l'on
en garderoit l'argent pour
le
payement
des Troupes attendu qu'elles.
n'avoient reçu aucun quartier ny
même aucune paye depuis buit mois .
Cet article ne put être executé
à cauſe du mauvais temps.
Qu'il falloit deminder à l'ArGALANT
275
*
chiduc le rang que les Troupes devoient
avoir , fuivant le Traité renouvellepour
trois années , en fefaifant
diftribuer les Quartiers pour le
rafraichilement , où il devoir eftre
fourny tout le neceffaire aux Trou
pes , & quefi on vouloitfe fervir de
deux mil cinq cent facs de farine ,
que S. A. E. Palatine avoit eu la
precaution de fournir , ilfalloit auparavant
rembourser la même fomme
aux Entrepreneurs des Vivres.
Que les Officiers Generaux devoient
donner avis de leur arrivée ,
avec les tables de chaque Regiment,
& enfuite des évenemens de leur entreprise
, afin de favorifer leur retraite
, en cas de befoin.
+
Mais le vent ayant empêché
l'expedition de Caillery , ainfi
que vous venez de voir , il ne
276
MERCURE
fut pas queftion de l'execution
de ces Articles ; mais de ſe rendre
à Barcelone , où la Flore
debarqua les Troupes , dont
elle eftoit chargée , que l'Archiduc
paffa en revûë . Elles furent
enfuite diftribuées à Tortofe
, à Gironne, à Vic , & en
tres Poftes des environs. Ces
Troupes ne confiftoient qu'en
cinq mille hommes en eſtat de
combattre , tant à caufe des Malades
& de ceux qui eſtoient
morts pendant la route , que
de ce qu'elles avoient perdu
prés de Corfe , un Vaiffeau ,
dans lequel il y avoit cinq cent
hommes.
On efperoit en Catalogne que
la Flote , aprés avoir efte prendre
à Liſbonne les vivres dont
GALANT 277
elle manquoit , retourneroit en
Italie , pour y embarquer le peu
de Cavalerie que les Alliez
avoient paru avoir deffein d'y
envoyer ; mais les Catalans devoient
peu compter fur cette
Cavalerie , qui pouroit à peine.
paffer pour une Infanterie délabrée
, puifqu'elle fe trouve
fans chevaux. Le Prince d'Elbeuf
, connu cy - devant fous le
nom de Prince Emanuel , qu'il
avoit pris depuis peu en quittant
le nom d'Abbé , & qui par confequent
n'avoit jamais tiré l'épée
, eftant venu fur la Flotte ,
dont je viens de parler , pour
faluer l'Archiduc , luy demanda
recompenfe de fes fervices , & il
luy accorda fix cent louis d'or ,
recompenfe indigne d'un Prince
278 MERCURE
de fa Maifon ; mais trop grande
pour un homme auffi novice
dans le métier de la guerre . Il
le fit auffi General des Trou
pes deſtinées à l'expedition de
Sicile ; mais qui cependant n'y
devoient point aller , & il le
nomma Grand d'Espagne , nomination
frivole , & faite par
un Prince qui ne poffede rien
en Eſpagne , & qui n'a aucun
droit d'y regner. On peut juger
par là des avantages que retirera
le nouveau Duc d'Elbeuf de
tout ce que luy a donné l'Archiduc
, qui auroit grand befoin
qu'on luy donnât à luy même
toutes les chofes qui luy manquent.
Auffi , quoy que peu que
meritât le Prince d'Elbeuf a- t'il
efté tres - peu fatisfait des dons
GALANT 279
qu'on luy a fait , & dont il ne
luy pouvoit rien refter , avant
qu'il fut arrivé à Naples , où il
devoit retourner .
Les Malades dont j'ay déja
parlé , & que la Flotte avoit dé
barquez , furent logez dans les
lieux circonvoifins de S. Feliou
& de Blanes , le General Major
les ayant debarquez de ce
cofté là , d'où il fe rendit à Barcelone
, afin de dire à l'Archiduc
que la Cavalerie qu'il avoit
laiffée en Italie , n'ayant point
de chevaux , il avoit compté
qu'il la remonteroit en Catalogne
, parce qu'il n'avoit point
d'argent , & qu'il n'y avoit
point en Italie de chevaux pour
la remonter ,..
Trois jours aprés le débar280
MERCURE
quement des Troupes , l'ordre
fut donné au Vaiffeau Holandois
, qui eftoit chargé de l'équipage
des Officiers , de s'aprocher
de la Rade de Barcelone
pour les debarquer. Ayant
reçû cet ordre , il vint moüiller
le plus prés qu'il pût de Barcelone
; mais une tempête furvenuë
pendant la nuit rompit fes
cables , & le jetta du cofté du
Mont-Jouy , où il perit . Peu de
Matelots échaperent doce naufrage
, & tous les bagages furent
perdus , mais le Capitaine du
Vaiffeau eut le bonheur de fe
fauver. Vous pouvez juger de
la confternation
que cette perte
jetta dans le coeur des Officiers ,
qui prirent ce naufrage à tresmauvais
augure .
GALANT 281
Cette Flotte avoit aufli perdu
prés de Majorque , une Tartane
Genoife , chargée de foin &
d'avoine , de maniere que prefque
tous les Officiers perdirent
une grande partie de leurs habits
, aprés avoir vû perir ce qui
devoit fervir de nourriture à
leurs chevaux , ce qui avoit efté
caufe que la plupart eftoient
morts de faim
Cette même Flotte eftoit tellement
en train de perdre , qu'une
Fregate auffi Genoiſe , dans
laquelle eftoit un Courrier de
Monfieur de Savoye , qui devoit
annoncer à l'Archiduc que la
Flotte arriveroit bien- toft , fuc
auffi perdue.
Ce qui fuit eft tiré d'une Lettre
de beaucoup plus fraîche
Mars 1078. A a
282 MERCURE
datte ; & comme elle vient des
Ennemis mêmes , on doit eſtre
perfuadé que leurs Troupes ne
font pas fuperieures en nombre
à ce qui eft porté dans cette
Lettre; & que fi elle avoit péché
en quelque chofe , elle auroit
plûtoft augmenté que diminué
ce nombre . Cependant ,
prefque toutes les Lettres de
Catalogne , tenant à peu près le
même langage , il me paroît que
l'on doit y ajouter foy.
GALANT 283
E TA T.
DES TROUPES
que les Ennemis ont prefentement
en Catalogne.
TROUPES DE L'ARCHIDUC .
Regiment des Gardes de Son Al-
Steffe Colonel Don Antonio Paguera,
Catalan , 1. Bataillon.
Regiment de la ville de Barcelo.
r. Bataillon . ne ,
1
Regiment de la Députation de Catalogne
,
Regiment de Caftillonne , Napo-
1. Bataillon .
litain , 1. Bataillon
.
Regiment de Ferers Efpagnol
,
L Bataillon .
Regiment de Schoüel Allemand,
1. Bataillon.
A a ij
284 MERCURE
CAVALERIE.
Regiment de Don Raphael Nebot ,
Catalan.
Regiment de fon frere , Don Jean
Nebot..
Regiment de Don Michel Soabies ,
Catalan.
Regiment de Saragoffe.
Regiment de Zinzendorf, Dragons.
ANGLOIS .
Deux Bataillons d'Infanterie.
Un Regiment de Cavalerie.
HOLLANDO IS.
Deux Batillons d'Infanterie , commandez
par Mr de Saint Amand,
GALANT 285
PORTUGA 1 S.
Deux Bataillons d'Infanterie.
Quatre Regimens de Cavalerie , cha.
cun defix cent cinquante hommes .
TROUPES
nouvellement débarquées.
Deux Regimens Milanois , Colonel
le Comte de Bone- Sana , &
Taf, chacun d'un Bataillon.
Six Regimens Allemans ; fçavoir
un Imperial & cinq Palatins .
Ily a auffi parmy les Troupes de
l'Archiduc, un Regiment qui porte le
nom de Regiment de la Reine , &
dont le Comte de Noyelle eft Colonel.
Toutes ces Troupes ensemble ne
fontque 4000 , hommes de Cavale-
Tie , & 8. à 9000, d'Infanterie.
286 MERCURE
Je dois vous dire pour l'intelligence
de la faire de la même
Lettre que vous allez lire , que
les Regimens qui font contenus
dans l'Etat fuivant , s'eftant
trouvez fi foibles à la fin de la
Campagne , qu'ils ne pouvoient
plus porter le nom de Regimens ,
on jugea à propos de les caffer ,
afin d'incorporer dans d'autres
Regimens , le peu de Troupes
dont ils fe trouvoient alors compoſez.
TROUPES
Qui ont efté caffées en Catalogae
, aprés la Campagne.
Regiment de Cavalerie de Don Antoine
Clariana.
Regimentde Dragons de Don Jofeph
GALANT 287
Nebot , frere des deux cy - devant
nommez:
Regiment de Morras , Cavalerie.
Regiment de Cortada de Mafles
Infanterie Catalane , qui avoit
efté formé pour le fecours de Lerida
.
Regiment de Don Ambroise de Sa
lamanque , Infanterie , qui portoit
le nom de Galloway , levé auſſi
Pour lefecours de Lerida.
Toutes ces Troupes , excepté les
Angloifes, Hollandoiſes & Portu
gaifes , qui font payées par leurs
Maiftresne reçoivent aucune paye:
on ne leur diftribue point de vivres ,
& elles ne fubfiftent qu'aux depens
du Pays
.
Mr le Comte de Cifuentes , qni
avoit'efté envoyé à Genes pour eftre
Viceroy de la Sardaigne , qu'il fe
288 MERCURE
faifoit fort de faire revolter , eft revenu
à Barcelone , où il a efté fort
mal reçû de l'Archiduc , qui l'a en
quelque maniere difgracié , patie
qu'il avoit emprunté à Genes quatre
mille pistoles au nom de ce Prince ,
fans en avoir reça aucun ordre.
On eftfort embaraffe en Catalo.
gne pour la levéedes fubfides , acor.
dez à l'Archiduc , & l'on ne fait
comment s'y prendre , les Communautez
du Pays voulanıqu'on leurtienne
compte de ce qu'elles ont foarny de
vivres aux Šoldats , & que ce foit
autant de defalqué fur les fommes
qu'on leur demandez ce que
PA1-
chiduc n'entend point..
La mort de Mr de Fourcy ,
Confeiller d'Etat ordinaire , a
fait monter Mr Voifin de la Noiraye
, Confeiller d'Etat Semef-
Lre ,
GALANT 289
tre , à la place du deffunt . Il eft
de la même famille que Mr Voifin
déja Confeiller d'Etat ordinaire
, & l'un des Juges du Con .
feil les plus eftimez . Celuy qui
vient de monter a la place d'Ordinaire
du Conſeil , a eſté ſucceffivement
Confeiller au Parlement
, Maistre des Requeftes
& Intendant de Haynaut pendant
les Sieges de Mons & de
Namur , où il s'eft acquis une
tres-grande réputation des Peuples
& des Troupes , ainfi que
Me Voifin fon épouſe , dans le
fecours qu'elle donna aux Malades
& à tous les Bleffez . En fortant
de cette Intendance , il fut
nommé Confeiller d'Etat , & il
fut depuis admis au Confeil de
l'Amirauté , & comme fuivang
Mars 1708 .
Bb
290 MERCURE
l'établiffement de la Maifon de
Saint Cyr , un Confeiller d'E
tat doit eftre chargé des affaires
de cette Mailon , Mr. le
Chancelier en eftoit chargé
comme Controlleur General ,
& il avoit mis à la tefte du Confeil
de cette Maiſon , Mr de
Chamillart , chez qui le Confeil
ſe tenoit , & Mr de Chamillart
eftant devenu Controlleur
General , il en chargea Mr Voifin
en fe refervant feulement la
fignature des Comptes , & le
refultat des principales affaires .
C'eſt un homme fort éclairé , &
il joint à une longue experience
, une connoiffance parfaite
de la Jurifprudence & des matieres
dont la connoiffance appartient
au Confeil d'Etat . Il
GALANT 291
eft d'une ancienne famille de
Paris , qui a toûjours brillé dans
la Robbe , & qui a produit plufieurs
Confeillers au Parlement;
des Maîtres des Requeſtes ; des
Intendans de Provinces , & des
Confeillers d'Etat. La famille de
Mr Voifin eft connue dans le
Parlement depuis le regne de
François z. & lous Henri 3. Elle
fe diftingua par fa fidelité durant
les troubles fâcheux de la Ligue.
Elle ne fut pas moins fidelle
à Henry 4. fucceffeur de ce
Prince. Louis 13. avoit beaucoup
de confiance en Mr Voifin , qui
eftoit de la même famille que
celuy qui donne lieu à cet Article
, & il l'honora de plufieurs
Commiffions particulieres , &
fort importantes pour fon fer-
Bb ij
292 MERCURE
$
vice. Cette famille s'eft aufli
fort diftinguée dans l'Eglife.
Mre Felix le Pelletier de la
Houffaye , Intendant d'Alface
eft monté à la place de Confeiller
d'Etat Semeſtre que
Mr Voifin qui monte à celle
de Confeiller d'Etat ordinaire ,
vient de laiffer vacante . Mr de
la Houffaye a efté longtemps
Intendant de Soiffons , & lors
que le Roy le nomma à l'Intendance
d'Alface ; il laiffa à Soif
fons de vifs regrets de fa perte ,
& le peuple fur tout , dont il
s'eftoit declaré le Protecteur en
toutes fortes d'occafions , fit fon
éloge lorfqu'il quitta Soiffons,
par les pleurs qu'on luy vic
répandre , & l'on fçait que le
fouvenir de ce Magiftrat y eft
GALANT 293
encore fort cher . Il n'a pas
remply avec moins d'applaudiffemens
l'Intendance d'Alface
il y eftoit fort aimé , & tous les
Officiers fe loüent extrémement
de fes manieres . Il eft d'une famille
differente de celle de Mr
le Pelletier Miniftre d'Etat. II
a épousé la foeur de Mr Amelot
de Gournay , Confeiller d'Etac
& Ambaffadeur en Efpagne ; de
maniere qu'il eftoit beau- frere
de feu Mr le Comte de Vaubecourt
Lieutenant General des
Armées du Roy , qui avoit auffi
époufé une foeur de Mr Amelot
de Gournay . La famille de Mr
Pelletier de la Houffaye eft ancienne
dans la Robbe ; elle a
donné plufieurs Officiers au Par
lement de Paris qui s'y font dif-
Bb iij
294 MERCURE
tinguez par leurs lumieres & par
leur probité .
Mr de Merat de Briere qui
vient d'avoir la place de Confeiller
d'honneur au Parlement
qui vacquoit auffi par la mort
de Mr de Fourcy , eft fils de
Mr de Merat de Briere Maître
des Comptes. Le premier a été
long- temps Confeiller au Parlement.
Il y a toûjours eu la
reputation d'être un bon Juge ,
tres - honnefte homme , & fort
affidu à fes devoirs , & ayant obtenu
des lettres de Veteran , il
ceda fa Charge à Mr de Merat
fon neveu , prefentement Confeiller
au Parlement où il eſt fort
eftimé. Mr de Merat de Briere
eft oncle de Me la Premiere Prefidente.
GALANT 295
Mr de Merat de Nogen
Maistre des Comptes , & pere
du Confeiller au Parlement , eft
frere de celuy qui vient d'être
nommé Confeiller d'honneur.
Feu Mr de Merat de Vervil
le Confeiller au Grand Confeil ,
& pere de Me la Premiere Prefidente
, eftoit leur frere.
Le Roy a permis à Mr de S.
Laurent Lieutenant
General
de fe demettre de fon Regiment,
en faveur de Mr le Marquis
de Ferrare
fon fils quoy
qu'il ne foit âgé que de vingt
ans ; mais les marques qu'il
données de fa valeur en plufieurs
occafions
, & fes autres
bonnes qualitez qui ont brillé
aux yeux de toute l'armée , font
cauſe que Sa Majefté n'a pû re-
Bb iiij
296 MERCURE
fufer à Mr de S. Laurent fon
pere , la grace qu'il luy a demandée.
Le Regiment de S.
Laurent eft compofé d'Italiens ,
de Savoyards & de Piemontois.
C'est l'un des plus beaux Corps
du Royaume ; il fe diftingua
fort en Flandre dans la derniere
guerre. Mr de S. Laurent eft
du Comté de Nice , & allié à -
toutes les perfonnes les plus
qualifiées de ce Comté. Ilfervit
d'abord dans les Troupes
de Monfieur le Duc de Savoyė,
& il entra enfuite dans le fervice
du Roy , & aprés quelques
Campagnes , il eut permiffion
de lever un Regiment fur le pied
Etranger dans les Etats de Mr
de Savoye, Vous fçavez que les
Regimens Etrangers ont une
4
GALANT 297
^
plus forte paye que les Regimens
François. Les Compagnies
y font toutes de cent hommes.
Le Roy a auffi permis à Mr
Buëil d'acheter le Regiment
de Mr de Mailly de la Houffaye
. Ce premier eft d'une ancienne
Maiſon originaire du Vexin
, & qui s'eft fort diftinguée
au fervice des Rois de la Maifon
de Valois : & il a lui - même ſervi
avec beaucoup de diftinction
depuis la plus grande jeuneffe.
Il s'eft trouvé à la bataille de
Caffano où il a donné de grandes
marques de fa valeur & de
fon habileté dans la difcipline
militaire . Il eft allié de Mrs de
Buëil Sancerre dont la famille
a efté fort celebre fous le Re298
MERCURE
gne de Charles IX . & de Henry
III. & même fous celuy de
Henry II . Mr de Mailly de la
Houffaye qui a vendu fon Regiment
parce qu'il eft Maréchal ,
de Camp , eft d'une ancienne
famille originaire de Limouſin .
Il a porté les armes dés l'âge de
quinze ans , & il a monté par
degrez à tous les poftes les plus
honorables ; il fe diftingua beaucoup
pendant la derniere guerre.
Mr le Maréchal de Luxembourg
avoit beaucoup de confiance
en luy , & il luy en donna
des marques effentielles en
plufieurs occafions où l'on avoit
befoin de Chefs qui cuffent de
l'experience & de la reputation;
il fut bleffé à la bataille de Ner
vinde fur la fin de la journée.
GALANT
THOTREAUE
Le Roy a donné le Gouve
nement de Cambray , vacant
par la mort de Mr le Marquis
de Montbron , Lieutenant
Ġeneral
, à Mr le Comte de Bezons
auffi Lieutenant
General de fes
Armées. Ce premier eftoit un
Gentilhomme
originaire de
Poitou . Il s'eftoit d'abord attaché
à la perfonne de Mr le Cardinal
Mazarin ; & ce Miniftre
avoit élevé ce Marquis par degrez
à l'employ
de Capitaine
de fes Moufquetaires
; Aprés la
mort de ce Cardinal , le Roy fic
de cette Compagnie
, la feconde
Compagnie
de fes Moufquetaires.
Il en changea les Officiers ,
& en nomma Capitaine- Lieu-
Mr
le
Comte
de
Maulevrier
Colbert ; ce Comte
DE
LA
VILLE
300 MERCURE
ayant efté en Candie , avec un
detachement de Mouſquetaires,
fut fait à fon retour Lieutenant
General , & ayant quitté le Com
mandement des Moufquetaires ,
le Roy remit Mr de Monbron à
la tête de ce Corps , & il devint
Lieutenant General des Armées
de S. M. Gouverneurd'Arras &
enfuite de Cambray , où il vient
de mourir. Il laiffe des enfans
qui fe diftinguent dans lefervice.
Mr le Comte de Bezons , qui
a cu ce Gouvernement, eft fils de
feu Mre Claude Bafin , Seigneur
de Bezons , Confeiller d'Etat
ordinaire , & qui avoit esté auparavant
Avocat General du
Grand Confeil , & Intendant
de Juftice en Languedoc . H
eftoit de l'Academie Françoife ,
GALANT 301
& il fit un Livre fur le Traité
de Paix de Prague , dont il ne
s'avoua pas l'Auteur . Mr le
Comte de Bezons eft frere de
Mr l'Archevêque de Bordeaux ,
auparavant Evêque d'Aire , &
de feu Mr de Bezons Confeiller
d'Etat , & Intendant de
Guienne , & de feuë Me le
Blanc , mere de Mr le Blanc ,
Maistre des Requeftes & Intendant
d'Auvergne . Louis Bazin
fut Evêque de Lizieux , dans
le quinziéme fiecle ; mais eftant,
tombé dans la difgrace de Loüis
XI, fon Maître, fut éxilé , & ne
retourna plus à fon Evêché.
Jean Bazin Refident pour le
Roy Charles IX. en Pologne ,
contribua beaucoup à l'Election
du Duc d'Anjou à cette Cou302
MERCURE
ronne Montluc Evêque de Valence
, propofa quatre perfonnes
pour aller foutenir avec luy
les interefts du Duc d'Anjou
en ce Pays là , & Bazin fut le
feul qui fe trouva au rendezvous
; le Maffacre de la Saint
Barthelemy ayant empêché les
autres de s'y trouver. Les Po
lonois admirent encore aujour
d'huy , l'éloquence de Bazin ,
fur tout dans la premiere Harangue
Latine qu'il fit à cette
Nation. Il fut enfuite Deputé
General des Proteftans en France.
Il fuivoit la même Communion.
Cambray eft la Capitale
du Pays Cambrefis ; c'est une
des plus fortes Places de l'Europe.
Elle a deux bonnes Citadelles.
Le Roy la prit au mois de
GALANT 303
Mars 1677. & depuis ce temps - là
elle eft reftée à les anciens Maîtres
, les Rois de la premiere race
en ayant efté Souverains . On
croit qu'elle fut fondée par
Camber Roy des Sicambres.
Elle a efté prife & repriſe plufieurs
fois . Le Maréchal de Balagny
, fils naturel de Jean de
Montluc Evêque de Valence ,
dont je viens de parler , l'ayant
prife , le Roy fon Maître luy en
donna la Souveraineté , mais il
ne fut Prince de Cambray que
peu de temps , & nos Rois la
reprirent.
Mr le Comte de Chemerault ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , a eu le Gouvernement
de Gravelines , que Mr de Bezons
, qui a eu celuy de Cam304
MERCURE
bray laiffoit vacant . Ce Comtë
eſt d'une tres ancienne famille ,
originaire de Touraine . Il eſt
neveu de feu Mr le Marquis de
Chemerault , qui a efté attaché
toute la vie à feu Monfieur le
Prince. Il avoit épousé la fille
de Mr de la Baziniere , Treforier
de l'Epargne . Mr de Chemerault
qui vient d'avoir le Gouvernement
de Gravelines , eft
auffi neveu des Demoiselles de
Chemerault , Filles d'Honneur
de la feuë Reine , & dont l'unc
époufa feu Mr Forcadel , Controlleur
General de la Maiſon
de feuë S. A. R. Monfieur , &
frere de Mr Forcadel , Commiffaire
aux Saifies Réelles .
Mr le Comte de Chemerault
a fervy avec beaucoup de dif
GALANT 305
tinction . Il s'eft trouvé à la Bataille
de Nervinde , où il a donné
de grandes preuves de fa valeur.
Gravelines eft une Place
tres- forte entre Calais & Dunkerque.
Mr le Maréchal de la
Ferté la prit en 1658. & elle eft
reftée à la France par le Traité
de Paix des Pyrenées . Charles-
Quint l'affiegea dans le feiziéme
fiecle ; les François la luy reprirent
: & depuis ce temps là on
l'a toujours fortifiée , & on la
regarde à prefent comme une
des plus fortes Places de l'Europe
, tant par fa fituation naturelle
, que par
que par les ouvrages que
le Roy y a fait faire. Cette Ville
a donné naiffance à plufieurs
perfonnes illuftres › par leurs
emplois & par leur pieté. Un
Mars 1708. Cc
306 MERCURE
Citoyen de Gravelines mourat
en odeur de fainteté fur la fin du
feiziéme fiecle , & tous les Flamans
alloient prier Dieu fur fon
tombeau.
Après vous avoir parlé de ceux
qui s'avancent dans la guerre ,
dois vous entretenir de ceux
qui font des progrés dans les
Lettres.
Mr de Ville- fort , l'un des
Eleves de l'Academie Royale
des Infcriptions , connu par fon
merite & par divers ouvrages
de Profe Françoiſe , parmy lefquels
fe trouvent les Vies des
Peres du Defert , & celle de S.
Bernard , ayant demandé à fe
retirer à caufe de fon peu de
fanté qui ne luy permettoit pas
de fatisfaire aux affiduitez &
GALANT 307
L
aux travaux Academiques portez
par les Reglemens , Mr de
Boze , Secretaire perpetuel de
l'Academie , qui en qualité de
Penfionnaire avoit droit de
nommer à la place vaccante par
la démiffion de Mr de Villefort
, a prefenté Mr Ron , Confeiller
au Chaftelet , & cette
nomination a eſté agrée de
toute la Compagnie , & confirmée
par Sa Majesté . L'érudition
de ce jeune Magiſtrat , & fon
talent pour la Poëfie Françoife ,
luy ont acquis beaucoup de réputation
.
Une Dame amie de l'Autheur
de l'Enigme du mois dernier ,
en ayant trouvé le mot , il a cru
devoir faire pour elle les Vers
fuivans.
Ccij
308 MERCURE
MADRIGAL,
Par le mot quefans peine , Iris , a
deviné ,
Son éloge en ces Vers fe trouve ter
miné.
༢་
Elle est belle , bienfaite , aimable
,
On eft charme defa douceur , A
Son efprit la rend estimable ,
Mais elle Peft encor cent fois plus
par le Coeur.
Le dernier mot de ces Vers eft
celuy de l'Enigme . Ceux qui
l'ont auffi deviné font : Mrs le
Begue , Precepteur de Mr de
Miromefnil ; de Motiers , de la
ruë Geoffroy- l'Afnier ; du Pin
Telluffon ; D. le Chin , ProcuGALANT
309
reur Fifcal à Egligny prés d'Auxèrre
, & fon grand Amy Jacquart
de Nanteil , Capitaine des
Grenadiers au Regiment d'Orleanois
, fon voifin ; Vannereau ;
J. le Beuf, Lieutenant d'Artil
lerie ; Barriere , C .... & c . Ver- ·
ninac , premier Conful de Soüillac
pour la quatrième année ;
l'Americien , du Hamel , & fon
neveu Neou ; Rouzaut , Commis
au Greffe Civil du Parlement
de Touloufe , & fon Amy
Auffaque ; Jacob , de la Lune
d'argent ; Demachy , de la Toilette
Royale ; Becquet , Philofophe
, du Pont Notre- Dame ;
Herbin , du même Pont ; M. L.
M. D. R. l'Oedipe de l'Hoſtel
d'Entragues les vrais rayons
du Soleil d'or A. B. D. G. T. V.
310 MERCUR
E
Levieux M. P. Novice ; Richard
fans barbe le grand Chaperon
des Nymphes , & le P. des Perroquers
; les petits enfans , &
Pilliette ; le Solitaire du Culde-
fac Saint Landry ; le B. G.
de la rue du Meurier ; le Solitaire
Que-mine & fon amy Darius
. Mlles du Boifrond ; de
Poitiers ; Morillon L. F. E. S.
A. M. S ; l'aimable Demoifetle
Gombaut de la rue S. Pierre
aux Boeufs ; la jeune Mufe renaiffanie
; M. A. l'Hofte de
Boulogne fur Mer ; la Poole
brune du bois de Cerf , l'aimable
Cochot , de la rue aux Féves
; la Solitaire de la même ruë;
la belle Denife. D. C. R. D.
P. N. D. La belle Tonton , de
la ruë de Grenelles la Maman
GALANT 311
téton de M' le Duc de Thouars ,
& fa groffe Gouvernante ; la
plus jeune des belles Dames de
la rue des Bernardins ; la Colombe
de Merignac ; les deux
Charmantes , du Pont Nôtre-
Dame Javotte fur le Quay
neuf ; Echuodub , fur le même
Quay les deux foeurs infeparables
, de la ruë neuve S. Euftache
; l'aimable niece du Solitaire
, de la Croix du Tiroir ;
la charmante de la Ronde ; la
Nymphe de la Foffée ; L. G.
de la rue Geoffroy l'Afnier , &
fa foeur Manette ; la toute aimable
S. C. L. B. & la Maraine
de la Commette .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle est d'une perfonne
de diftinction .
312 MERCURE
ENIGM E.
Dans les quatre faifons , je fuis
toujours de mème
Les grands & les petits , je fers
également
Aux deux fexes , je donne un fragile
ornement ,
De qui ne peut m'avoir , la difette
eft extrême.
S
Mon teint approche moins du vermeil
que
du blème
Dans toutes les couleurs , je fais die
changement
Pourvu qu'on en excepte , une ou
deux feulement ,
On me trouve au village , & fous
le diadéme!
Je
GALANT
313
13.
LYON
H
312 MERCURE
aminelesbeaux
evallex
mours.
GALANT 313
Je n'aypas d'ennemyplus rude que le
vent ;
On ne fait aucun cas de moy dans
le Convent
Si tu fçais d'où tu viens tu connois
bien ma mere.
2
Mon pere fans me voir , me bat
foir & matin
Nous finirons tous trois , par un di -
vers defin
Rien plus commun que moy , rien fi
peu neceffaire.
L'air que je vous envoye eft de
faifon puifqu'il regarde le
Printemps.
AIR NOUVEAU.
Ze doux chant des oifeaux vient
bannir la trifteffe
Mars 1708 . Dd
314 MERCURE
Et laimable Printems rameneles
beaux jours you anategik
Reveillez- vous tendre jeuneſſes
Et reprenez vos fidelles amours.
D
Les oiſeaux ne fe font pas entendre
feuls dans cette faiſon ,
& ils font fouvent effarouchez
en ce temps- cy par le bruit des
tambours & des trompettes , &
par celuy des armes , dont voicy
le temps de vous entretenir.
L'article qui fuit eft digne de
vôtre attention , & vous y trouverez
tous les fujets de plaintes
que les Alliez font les uns contre
les autres .
Toutes les nouvelles publique
, de Holande , ont parlé'plufieurs
fois depuis quelques mois,
des conferences tenues à Nivel,
GALANT 315
les , & je dois à cette occafion ,
vous rapporter icy ce que vous
avez peut eftre déja vû , & qui
a efté écrit par un Auceur de
reputation , d'autant plus que
ce qu'il rapporto , doit tenir un
rang confiderable parmy les
plaintes que les Alliez font les
uns contre les autres , que j'ay
pris foin de ramaffer toutes ,
afin d'en former un Corps dans
lequel on trouvera beaucoup
de chofes qui ont jufques icy
efté ignorées , quoyque les fujets
de plaintes foient connus.
Ceux des Alliez qui en ont le
plus donné aux autres , n'ayant
fait que des réponſes vagues , &
n'ayant point declaré les raifons
qui les engageoient à donner
lieu de fe plaindre d'eux , voici
Ddij
316 MERCURE
ce que j'aytiré de l'Auteur donc
je viens de vous parler , & qui
regarde le peu de fruit des Conferences
tenues à Nivelles touchant
l'échange des prifonniers.
Voicy furquoy les difficultez ont
rout & dont les Commiffaires
n'ont paspu convenir. Ceux de Fran
ce & d'Eſpagne propoferent de faite
until
central des prifon
+
niers des deux nations contre un pa-
Teil nombre de prifonniers des Alliez
en obfervant Pégalité du rang &
des emplois se que l'on réglaft un
Cartel general pour la rançon de
ceux qui reftercient au delà du nombre
échangé ; que ce Cartel feroit
executé pendant tout le temps que
·la
guerre dureroits que les deux Couronnes
ayant pour ennemis , tes
Allemands , les Anglois , les Ho
GALANT 317
landois , les Portugais & les Savoyards
, & toutes ces nations étant
mêlées ou confondues dans les places
& dans les armées , il eftoit
jufte qu'on ne les diftinguaft pas lors
de l'échange des prifonniers , puifqu'elles
portoient toutes les armes
pour le même deffein.
子
Lefieur de Cidoghan , Commiffaire
pour l'Angleterre , & le fieur
Comftroon , revètu du même caraftere
pour la Holande , ne voulurent
pas convenir de ces propofitions.
Ils rejeterent celles du Cartel
general pour les campagnes à venir
, difant que chaque année porteruit
fa peine. Ils ne voulurenc
point acquiefcer à l'échange general,
ne voulant recevoir en échange que
·les Prifonniers Anglois & Holandois
, ou ceux des autres Nations
Dd iij
318 MERCURE
~
qui feroient à leur folde. Ils dirent
qu'ils ne prenoient aucune part
* à la fortune ou au mauvais fort des
'Allemans , des Portugais , ni des
Savoyards ; que c'eftoit à eux àprendre
foin de ne fe pas laiffer prendre ,
ou de tacher de prendre à leur tour des
Prifonniers pour échanger les lears.
Les Commiffaires des deux Couronnes
leur reprefenterent inutilement
, que tous les Alliez ne compofant
qu'un Corps d' Ennemis , contre
lequel Elles fe deffendoient , il
fembloit qu'ils ne devoient avoir
qu'un même intereft , & que comme
apparament on ne termineroit la
guerre que par un Traité general , il
paroiffoit raisonnable de n'en faire
qu'unpour l'échange des Prifonniers ;
que d'ailleurs les Princes alliez de
l'Angleterre & de la Hollande , de-
Pay
1
GALANT 319
voient leur fçavoir mauvais grè du
peu d'égard qu'ils avoient pour leurs
Sujets , qui avoient beaucoup contribué
à leur procurer l'avantage
qu'ils avoient remporté dans quelques
ocafions contre les deux Couronnes
; mais tout cela ne fervit de
rien, & les commiffaires de part &
d'autre s'en retournerent chez eux .
Rien n'eft plus injufte & plus
barbare que le procedé des Anglois
& des Holandois en cette
ocafion , puis qu'ayant dequoy
échanger des Officiers & des
Soldats des Troupes de leurs
Alliez , qui ont exposé leur vie
pour eux , ils refufent de lesretirer
de prifon , aimant mieux
les y laiffer périr , puis qu'il eft
conftant que de quelque maniere
que les Soldats y foient
320 MERCUR
E
•
traitez felon l'ufage de la guerre,
ils y font toujours tres- méchante
chere , & que les Officiers
s'y ruïnent , eftant obligez
d'y faire venir de l'argent de
chez eux. Depuis que l'on a fçû
cette dureté des Anglois & des
Holandois , on n'entend plus
que des plaintes parmy les Tronpes
qui fervent ces deux Nations
, & l'on peut dire qu'elles
ont beaucoup manqué de politique
en cette occafion , puiſque
l'on trouvera à l'avenir peu de
gens qui veulent s'enroler , lors
qu'il fera queftion de les aller
fervir , & que ceux qui font dé--
ja enrollez , éviteront à l'avenir
autant qu'il leur fera poffible
de combatre, eftant allurez
que s'ils demeurent Prifonniers ,
GALANT 321
on n'aura pas plus d'égard pour
eux que pour leurs Camarades .
Les Anglois , & particulierement
les Holandois , fe plaignent
continuellement de la guerre
d'Hongrie . Its difent que l'Empereur
devoit fe relâcher plus
qu'il n'a fait dans tous les tems ,
où l'on s'eft affemblé pour travailler
à cette Paix; & que l'obftination
de Sa Majesté Imperiale
, à refufer tout ce qu'on
luy a demandé , a toujours efté
tropgrande, vû quelle droit & la
raiſon ne font pas de fon côté . Ils
ajoutent qu'Elle s'aplique aux
afaires d'Hongrie , comme fi Elle
n'avoit que cette guerre à foutenir
, pendant que les Alliez
agiffent pour Elfe du cofté du
Rhin , en Flandre & en Cata322
MERCUR &
logne , & qu'ils ont efté caufe
des conquêtes qu'Elle y a faitessque
cependant, l'obſtination
qu'Elle a euë de ne vouloir pas
fe contenter de la Conquête du
Milanez , & l'envoy defes Troupes
dans le Royaume de Naples ,
ont empêché la Conquête d'Ef.
pagne , qui eftoit indubitable ;
ce quisa tellement dérangé les
affaires de ce Pays là , qu'il eft
tres difficile de les rétablir ,
& ce qui a dérangé, auffi l'affaire
de Portugal , ces deux
guerres ayant tant de liaiſon ,
que le fuccés ou le malheur de
l'une , fait le fuccés ou le malheur
de l'autre.
V
Les Alliez ajoutent aux plain
tes qu'ils font contre l'Empereur
, qu'il leur a refufé jufGALANT
323
qu'à un Generals ce qui n'au
roit pas diminué fes forces ; &
dont le nom feul pouvoir animer
les Troupes qui fervent en
Catalogne, & que d'ailleurs ce
General auroit remis en bonne
intelligence laplupart des Officiers
Generaux qui fervent en
Efpagne , & dont la defunion
fait grand tort à la Caufe Commune
; & ce qui les chagrine encore
davantage , eft qu'ayant
abfolument befoin d'un General
, ils fe font vûs obligez
de prendre celuy qu'il leur
a donné , quoy qu il ait toûjours
été effacéen Italie par le Prince
Eugene , & qu'ayant enfuite
cfté appellé pour commander
en Hongrie, les Troupes Imperiales
, n'y ayent pas eu le moin
324 MERCURE
dre avantage fous fon commandement
mais cependant ils ont
efté obligez de l'accepter , parce
qu'étant Allemand , & envoyé
par l'Empereur , il poura
empêcher que le mépris que
l'on a pour l'Archiduc , n'éclate
autant qu'il a fait jufques icy ,
ce qui arrefte la conqueste
d'Espagne , pour laquelle ils ont
uniquement entrepris la guerre.
L'Empereur qui n'a en vuë que
fes affaires particulieres , & qui
n'écoute que fa politique & celle
de fon Confeil , leur cache
les veritables railons qui le
font agir de la forte , & qui font
caufe qu'il n'apprehende pas
qu'ils abandonnent l'Archiduc .
Ainfi en gagnant toûjours du
temps , il dit qu'il ne peut s'empêcher
GALANT 225
pêcher de remedier aux affaires
qui le preffent d'avantage , &
qu'il agira enfuite du côté du
Rhin où il enverra des Troupes
, & cependant il fe contente
d'agir en paroles , & il croit
que les Alliez doivent être fatif
faits des
preffantesinftancesqu'il
fait faire tous les jours à la Diete
de Ratisbonne , & aux Cercles
& Princes de l'Empire , d'augmenter
leur contingent , & de
groffir leur Caiffe militaire. Cependant
, voicy ſes raiſons ſecrettes
, & celles de fon Confeil ,
qui les obligent à n'avoir point
d'égards à tout ce que difent les
Holandois pour acomoder les affaires
des Mécontens , étant
fuadez que la Religion les oblige
d'entrer dans leurs interêts,
Mars 1708 .
Ec
per226
MERCURE
f
& que l'Empereur doit preferer
à toutes chofes , la confervation
de les Pays hereditaires , parce
qu'un Empereur qui fe trouve
fans Etats qui ne reconnoiffent
que luy pour leur Souverain ,
n'eft qu'un Phantôme qui n'eſt
confiderable que par le nom
qu'il porte , & par le pas qu'on
luy cede ; que ceux des Princes
de l'Empire , dont les Etats
font confiderables auffi bien
le revenu vivent beaucoup
plus à leur aife , & font beaucoup
plus Souverains qu'un Empereur
qui n'a point d'Etats où
il puiffe commander fouverai
nement , les Empereurs qui fe
trouvent denuez d'Etats de
Sujets & de bien ne faifant
leur fejour que dans des
que
GALANT 227
villes appellées Villes Imperiales
, n'ont pas parce qu'elles appartiennent
à l'Empereur ; mais
parce qu'elles font fous la pro
tection de 1 Empire , dont le
Corps qui élit l'Empereur , eft
fouvent contraire à les volontez .
On feroit un Volume de tout
ce qui peut fervir à prouver
qu'un Empereur qui n'a point
d'Etats où il puiffe commander
fouverainement , eft un corps
fans ame , & que ceux qui l'ont
élevé peuvent depoffeder. C'eft
fur ces fondemens que l'Empereur
, fans ſe mettre en peine de
toutes les affaires des Alliez
quoique fon fang y foit intereffé,
n'a en vue que la confervation
de fes Pays hereditaires , & le
defir qu'il a de les agrandir lors
E ij
228 MERCURE
qu'il en peut trouver l'occafion .
A l'égard des menaces que les
Alliez luy font d'abandonner
les affaires du Rhin , il eft perfuadé
qu'il n'en doit rien apprehender
, & qu'ils n'agiroient
pas pour luy , fi leurs propres
interefts ne les y engageoient ,
& que trouvant l'union de la
France & de l'Efpagne contraire
à leur commerce , ils contribueront
toûjours à tout ce
qui poura faire diverfion des
Troupes des deux Couronnes ,
pendant qu'ils agiront du côté
de l'Espagne
.
L'Empereur ne laiffe pas de
confiderer que ce luy feroit un
grand avantage de voir la Couronne
d'Efpagne fur la tefte de
fon frere ; mais fes interefts par
GALANT 329
ticuliers luy eſtant encore plus
chers , il ne veut point rifquer
de perdre des Etats qui luy fervent
à maintenir la qualité
d'Empereur, & à le faire plus
refpecter › que s'il n'avoit
point d'Etats , dont il pût tirer
des hommes & de l'argent , pour
faire craindre les Puiffances de
l'Empire , qui pouroient quelquesfois
s'opofer à ſes volontez.
Sa Majesté Imperiale , loin
d'aprehender les menaces des
Alliez, ainfi que je viens de dire,
pretend qu'ils luy doivent avoir
obligation , de ce qu'il a bien
voulu leur prefter fon frere , &
rifquer la perfonne de ce Prince
, pour leur donner un homme
& un nom , qui puffent fervirde
pretexte à la guerre qu'ils
Ee iij
330 MERCURE
ont voulu entreprendre , fans
quoy aucun Efpagnol ne fe feroit
declaré pour eux ; aucune
Ville ne fe feroit foulevée, & aucuns
Traîtres n'auroient groffi
leurs Troupes ; de maniere que.
l'affaire les regarde uniquement,
& qu'il fait affez pour
eux , fans eftre obligé de leur
fournir de Troupes .
7
*
"
Comme on n'entend de tous.
coftez parler que de fujets de
plaintes entre les Alliez , les
Cercles & les Princes de l'Empire
qui les veulent imiter , fe
plaignent auffi , voyant les inf
tances trop preffantes que l'Empereur
leur fait , d'augmenter
leur Contingent & leur Caiffe
Militaire ; de ce que Sa Majefté
-Imperiale les a fait entrer dans
GALANT 331
une guere , à laquelle ils n'ont
aucan intereft , & qui regarde
uniquement l'agrandiffement
de fa maiſon , & s'ils ofoient dire
ce qu'ils penfent , ils diroient
que fi la Couronne d'Eſpagne
tomboit dans la Maifon d'Autriche
, elle deviendroit fi puiffante
, que les Cercles & les
Princes de l'Empire feroient
obligez d'en recevoir des loix.
Les Princes & les Cercles de
PEmpire fe plaignent , dis- je ,
de ce qu'avant jufqu'icy fourny
leur Contingent, & même beaucoup
plus , & qu'après avoir vû
fouvent leurs Troupes ruïnées
avant la derniere Batailled'Höchſtet
, & s'eftre vûs épuifez
de contributions qu'aprés
avoir vu la même chofe enfuite
3
332 MERCURE
de la prife des Lignes de Stolhof
fen, l'Empereur les preffoit toujours
d'augmenter leurs forces ,
fans obferver les Capitulations
de l'Empire , qui portent , que
lors que l'Empire aura befoin de
plus de Troupes qu'il n'en eft
marqué pour le Contingent ordinaire
, l'Empereur fournira ces
Troupes & leur payement .
Pendant que tout retentit des
plaintes , dont je viens de parler
, le Portugal n'en fait pas de
moins grandes contre les Alliez ,
fe trouvant prefque dépourvu
de toutes chofes , & hors d'eftat
de refifter aux Troupes qui font
fur le point de l'attaquer.
La Catalogne n'eft pas mieux
pourvûë ; elle crie encore
plus haut , & l'Archiduc sy
GALANT 333
plaint , de fe voir en quelque
maniere abandonné , & du mé
pris que l'on y fait de luy.
Monfieur de Savoye ne le
plaint pas moins , & quoy qu'avec
moins de fujet , il crie plus
hauc que les autres ; ce Prince
dit qu'il eft vray qu'il eft rentré
dans la plus grande partie
de les Etats ; mais qu'ils eftoient
tous ruïnez , fans fortifications ,
& épuifez d'argent ; & que lors
qu'il pouroit faire quelque conquefte
pour le dedomager , les
Alliez ne fe mettant plus en
peine de luy , parce qu'ils n'en
ont plus befoin , ne veulent plus
Juy donner de Troupes.
Enfin , jamais défunion ne
fut plus grande que celle qui
fe trouve entre tous les Alliez
334 MERCURE
ce qui ne peut produire que de
mauvais effets pour la caufe
commune. Cependant leurs af
faires ne font pas tellement dé
labrées , qu'une prompte paix
ne pût les racommoder ; mais
quand elle fe feroit dés aujourd'huy
, l'Angleterre & la Holande
, qui ont feules fourny
aux frais de la guerre depuis
huit années font tellement
épuifées , qu'il leur faut des fiecles
pour le remettre . Les Holandois
plus finceres & moins
fiers que les Anglois , l'avoüent
hautement dans leurs deliberations
, & font connoître la peine
qu'ils ont à trouver des fonds
pour continuer la guerre à la
quelle plufieurs Provinees refufent
fouvent de contribuer,
GALANT 335
Quant àl'Angleterre , les fommes
qu'elle doit font immenfes ainfi
que je l'ay déja fait voir , & l'on
peut juger de fa fituation à l'é
gard de l'argent , par l'article
qui fuit , que j'ay tiré d'une Lettre
de Londres.
L'abondance de l'argent à Londres
, est une marque qu'il ne circule
plus dans les Provinces ; elle
fait voir auffi que les Negocians
ne peuvent l'employer par mer , &
s'ils continuent de le préter à l'Etat,
il l'employera pour l'entretien des
Troupes au dehors , & pour payer
les fubfides aux Alliez , de manie
re que
l'Angleterre en fera entierement
épuifée comme l'eft aujourd'huy
la Holande pour la même raison ,
où l'argent eft fi rare qu'il l'eft mime
à Amfterdam.
336 MERCURE
Il n'en eft pas de même de
l'argent de France dont ils fort
tres peu . On ne tire rien du
dehors de tout ce qui regarde
l'entretien de fes armées , & celle
d'Alemagne a efté prefque entierement
entretenuë l'année
derniere , & celle- cy , des contributions
tirées d'Alemagne.
Les frais des Armemens de Mer
fe font en France , où les Armateurs
rapportent toûjours
beaucoup plus d'argent que ne
leur en a couté l'armement de
leurs Vaiffeaux , de maniere
que fi l'argent y paroift quelques-
fois rare , on ne doit pas
croire pour cela que la France
en manque , & il s'y trouve
tantoft rare , & tantoft abon
dant , felon qu'il plaiſt à de certaines
1
GALANT 337
taines gens , qui n'ont en vuë,
que leurs interefts particuliers ,
d'ouvrirou de fermer les bourses.
Je paffe à quelques articles
particuliers avant que d'entrer
dans ce qui regarde la grande
nouvelle , dont je crois que vous
attendez l'évenement avec autant
d'impatience que moy.
Mr Rouillé Confeiller au Parlement
, & Commiffaire aux Requeftes
du Palais , vient d'époufer
Mlle le Gouz , feconde fille
de Mr le Gouz Maillard , Prefident
à Mortier au Parlement
de Dijon , également diftingué
dans la Province de Bourgogne
par la naiffance & par fon
merite , & de Dame N.... Berthier
foeur de feu Mr Berthier
Confeiller au Parlement de Pa-
Mars 1708. F
338 MERCURE
•
"
ris , & tante de celuy qui l'eft
aujourd'huy . Mr Roüille eft fils
de Mr le Preſident Roüillé qui
a rempli pendant pluſieurs années
l'Ambaffade de Portugal
& enfuite d'autres emplois dans
les
•
pays étrangers. Ileft fils de
feu Mr Rouillé du Coudray
,
Maiftre des Requeſtes & Intendant
en differentes Provinces
,
& frere de Mr Roüillé du Coudray
, à preſent Confeiller d'Etat.
Cette famille eſt fi étenduë ,
elle a de fi grandes alliances , &
j'ay cu fi fouvent occafion de
vous en parler qu'il eſt inutile
que je m'étende aujourd'huy
fur ce qui la regarde. La fille
aînée de Mr le Prefident le
Gouz , a épousé depuis quelques
années Mr Turgot Maistre des
GALANT 339
Requeftes , fils de Mr Turgot
de Saint - Clair , auffi Mailtre
des Requeſtes .
Je fouhaite que les deux illuftres
perfonnes dont je vous
apprens le mariage , vivent auffi
long temps que Dom Jean de
Martrin , ancien Religieux de
l'Abbaye de la Graffe , Dioceſe
de Carcaffonne en Languedoc.
Il fut baptifé le dixième Aouſt
1599. & il eſt mort le cinquiéme
de ce mois , de maniere qu'il
eftoit dans fa 109° année . Il
eftoit forti d'une noble & ancienne
famille , & il avoit pris
le parti des armes étant encore
fort jeune. Il fervit en qualité
d'Officier à la bataille de Caftelnaudarry',
donnée ſous le Regne
de Louis XIII . & s'étant
Ff ij
34° MERCURE
retiré du fervice quelque temps
aprés il alla voir un de fes oncles
ancien Benedictin dans
l'Abbaye de la Graffe , & il
fit profeffion dans ce Convent .
Son grand âge pouvant vous
faire defirer de fçavoir de quelle
maniere il a vêcu , je vous diray
qu'il falloit qu'il euft une
grande tranquilité d'efprit ,
puifque ceux qui le fervoient
ont remarqué , que tout ce qui
pouvoit luy arriver de plus fâcheux
, n'avoit jamais fait paroiftre
de changement fur fon
vifage : Comme il aimoit beaucoup
le fruit , il en a mangé de
toutes les fortes , & en abondance
jufqu'à la fin de la derniere
année de fa vie. Il mangeoit
même le foir des falades de pour
GALANT 341
pié & de laitues qui ne luy ont
jamais caufé aucune indigeftion .
Il ne paroiffoit en luy aucune
des inquietudes dont la vieilleffe
eft ordinairement fuivie
& il avoit en échange beaucoup
de pieté & de grands fentimens
de Religion. Il a conſervé juſqu'à
fon dernier moment , une
entiere connoiffance . Il y avoit
plus de vingt ans qu'il n'avoit
reffenti aucune douleur que celle
que luy caufa une chute , &
dont il fut bien- toft guery ;
mais ce qui merite d'eftre remarqué
, eft qu'un peu avant ſa
* mort il cut des Symptomes
& il fit des mouvemens fi violens
que le lit où il eftoit couché
, reffembloit à une Barque
agitée par les ondes ,
>
Ff iij
342 MERCURE
L'Abbaye de la Graffe , où
ой
ce Religieux eft mort , eft une
des plus anciennes du Royaume.
On trouve dant fes Archives ,
que l'Empereur Charlemagne y
fit de grands biens. Elle a toujours
eu des Abbez tres- diftinguez
par leur naiffance & par
le rang qu'ils tenoient dans l'E
glife , entre lefquels on compte
des Princes de la Maifon de Savoye
, & de celle de Lorraine;
les Cardinaux d'Armagnac ; de
Joyeuſes de la Valette Louis
d'Anglure de Bourlemont , Archevêque
de Bordeaux , Marie
Jofeph deLorraine Princed ' Harcourt
, & Monfieur l'Archevêque
de Bordeaux qui en eſt aujourd'huy
Abbé. La Congregation
de S. Maur y fut établie en
GALANT 343
Fannée 1663. C'est une réfor
me de l'Ordre de S. Benoit , &
elle y fut établie par les foins de
feuë S. A. S. Monfieur le Princede
Contiqui estoit alors Gou- .
verneur de Languedoc . Les Peres
de cette Réforme qui font en
poffeffion de cette Abbaye , y vivent
d'une maniere fort édifiante.
Le filence & la retraite y
font inviolablement gardez . On
y fait de grandes aumônes tous
les jours ; mais la plus confiderable
, eft une aumône generale
appellée Mandat , que l'on y
fait tous les huit jours pendant
huit mois de l'année , qui font
depuis la Fefte de tous les Saints
jufques à la S. Jean . Le peu
ple y vient en foule , & particulierement
pendant les hivers
344 MERCURE
les plus rigoureux , les pauvres
defcendent en grand nombre
des montagnes , dont cette petite
ville eft toute environnée.
L'Abbaye de Neuf- Chaſtel
en France vient de vacquer par
la mort de Me Doremiculx , qui
en eftoit Abbeffe depuis plus de
quatre ans ; & quoy qu'à fon
avenement , les affaires de cette
Maifon fuffent dans un defordre
confiderable , elle n'a pas laiffé
dans ce peu de temps de faire
fentir ce que peut la pieté quand
elle eft foutenue de la prudence
& de la bonne conduite. Elle
eftoit foeur de Mr Doremieulx ,
qui aprés s'eftre diftingué dans
la profeffion d'Avocat , vient
d'être pourvû de la Charge
d'Intendant de la Maifon de
&
GALANT 345
t
gne
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, fa pieté a fi bien concouru
avec le zele de cette di-
Abbeffe
, que n'eftant pas
content de luy preter tous les fecours
qui dépendoient de luy ,
il a fait réedifier à fes dépens
une partie de ce Monaftere.
Cette famille eft répanduë
dans le Ponthieu & dans l'Artois
& reconnuë noble d'extraction
dans toute cette Province.
Elle tire fon origine de Pierre
Doremieulx , qui dés l'an 1361 .
vivoit dans la Terre Doremieulx,
& elle prend fon nom de
cette Terre , fituée fur la Frontiere
de Picardie , fix lieuës
au deffous d'Arras. On trouve
parmy les perfonnages celebres.
qui en font fortis , un Abbé de
346 MERCURE
l'Abbaye du Mont S. Eloy , ou
les armes de cette famille fe
voyent encore en pluſieurs endroits
, bâtis & réedifiez fous
fon adminiſtration , & un autre
du même nom , Abbé de Faverny
en Bourgogne. Il y avoit en
1492 un Officier de ce nom qui
commandoit dans Arras , &
quatre autres qui faifoient auff
profeffion des armes , dont l'un
eftoit Capitaine d'une Enſeigne
de 500. hommes , fous Charle
Quint qui tenoit alors le Pays
d'Artois . Il y avoit auffi en
1597. plufieurs Confeillers de
ce nom au Parlement de Malines
, & un Secretaire d'Etat de
Sa Majesté Catholique.
Le changement arrivé dans
les Finances , & la fuppreffion
GALANT
347
des deux
Directeurs , a esté cau
fe que l'on a créé une feme
Charge d'acendant
en faveur
de Mr Pouletier , l'un des Gardes
du Trefor Royal ; fes grandes
lumieres touchant
beaucoup
de chofes qui regardent cette
Charge , & la maniere dont il
a exercé plufieurs grands Emplois
dont il a efté revêtu , ayant
donné lieu de croire qu'il ferviroit
utilement l'Etat dans cette
nouvelle Charge d'Intendant .
J'entrerois
icy dans un détail de
beaucoup de choſes qui le regardent
, fi je ne vous en avois déja
parlé amplement
, dans le
temps qu'il fut pourvû de la
Charge de Garde du Trefor
Royal.
La Charge de Confeiller du
348 MERCURE
•
av en fes Confeils , Garde du
Trelor gal Triennal, Payeur
des Apointemens
, Penfions ,
Gratifications & menus - Dons ,
dont le fond le fait dans les Etats
du Trefor Royal , ayant vacqué
par la promotion de Mr Pouletier
à celle d'Intendant des Finances
, & plufieurs perfonnes
s'étant prefentées pour en avoir
l'agrément , Sa Majesté la donné
à Mr le Bas de Montargis
Ecuyer , Confeiller du Roy
Treforier General de l'Extraordinaire
des Guerres & Cavaleric
legere ; & comme il n'a pu
encore , quelque diligence qu'il
ait faite , rendre tous les Comptes
de ſes exercices de Treforier
General de l'Extraordinaire
des Guerres du Departement
de
GALANT 349
de deçà les Monts de l'année
1702. & du Departement de delà
& de deçà les monts des années
1705. & 1707. & ceux de
la Capitation des mêmes années ,
il ne pouvoit aux termes de l'Edit
de 1669. eftre reçû à un nouvel
Office de Comptable , fi le
Roy ne l'avoit relevé de l'effet
de cet Edit , en luy accordant fes
Lettres Patentes du 22. Mars ,
qui l'en difpenfent.
Certe grace finguliere fait
connoître combien Sa Majesté
eft fatisfaite des fervices de Mr
de Montargis ; ce qui eft expreffément
porté dans fes Provifions
de Garde du Trefor Royal ,
où le Roy dit , que fon merite ,fon
zele pour fon fervice , & les agreablesfervices
qu'il luy a rendus , font
Mars 1078 . Gg
350 MERCURE
caufe qu'il avoit cru ne pouvoir
faire un meilleur choix pour , &c.
En effet , il feroit difficile de
trouver un plus honnefte homme
, & plus zelé pour le fervice
du Roy, que Mr de Montargis.
On en peut juger par la confiance
du Public ; qu'il s'eft toujours
atirée dans le plus haut degré
, & par ce qui luy eft arrivé
toutes les années qu'il eft entré
dans l'Exercice de fa Charge
de Treforier General , & c .
puifque bien que l'argent fût
extrememet rare en ces tempslà
, & que laplfupart des bourſes
fuffent fermées , on venoit de
toutes parts luy en offrir , dés
que l'on fçavoit qu'il devoit entrer
dans l'Exercice de fa Charge
. Il n'en faut pas davantage
GALANT 351
pour faire fon éloge , à quoy j'a
jouteray feulement qu'il a infiment
d'efprit , & que l'honnêteté
de ſes manieres , a toujours
fait plaifir , même à ceux qui ne
fortoient pas auffi fatisfaits de
chez luy , que s'ils en avoient
remporté ce qu'ils y estoient
allez chercher.
Le Pere d'Epineüil Jefuite ,
& connu par les progrés qu'il a
faits dans la LangueHebraïque,
eft mort fort regreté de tous
ceux qui le connoiffoient. Il
avoit efté Profeffeur de Rhetorique
, au College de Louis le
Grand , & au College de la
Flêche , où il a demeuré plufieurs
années . Ce Pere ne s'étoit
attaché que fort tard à l'étude
des Langues Orientales ,
Gg ij
352 MERCURE
& il déroboit même à fes autres
emplois le temps qui luy
eftoit neceffaire , pour aprendre
ces Langues ; & quoy qu'il
ne s'attachât à cette étude que
dans des heures perduës , il y a
fait de fi rapides progrés , qu'il
a eu à cette occafion une Dif
pute Litteraire avec Jean le
Clerc d'Holande , au fujet de
la Verfion du Nouveau Teftament
de ce Proteftant , & cette
Difpute luy a fourny le fujet
de plufieurs Lettres imprimées ,
où l'on remarque un grand fond
d'érudition. Le Pere d'Epineüil
eftoit iffu du cofté des femmes ,
de la famille du fameux Pere
Villate Capucin , que l'Evêque
de Pamiers envoya précher l'Avent
& le Carême en 1621. dans
GALANT 353
la ville de Foix , Capitale du
Pays qui porte ce nom , & où
à l'exception du Miniftre & de
fa femme , il ramena tous les
Habitans au giron de l'Eglife
Catholique.
Il eft mort dans la Paroille
de Saint Sulpice , un homme
âgé de cent vingt - deux ans . Il
eftoit né à Sully en Berry , &
il eftoit Maître d'Ecole à Paris .
Il demeuroit au haut de la ruë
de Vaugirard , au lieu apepllé ,
Bel - Air , proche la rue des
foffez Saint Germain.
Vous pouvez compter fur la
verité de cet article que je tiens
de celuy qui l'a affiſté à la mort ,
& qui m'a affuré que fon jugement
eftoit auffi bon qu'il l'avoit
eu à l'âge de trente ans.
G giij
354 MERCURE
Mr le Marquis de Mailly &
de Néele vient de mourir , âgé
de quatre- vingt onze ans. Son
coeur a efté porté à l'Abbaye
aux Bois , Fauxbourg S. Germain
, & fon corps a efté tranf
porté à Néele en Picardie . Je
vous en diray davantage le mois
prochain , & je vous parleray
de la mort de Mr de Montataire
& de quelques autres.
Si vous faites reflexion at
grand âge de plufieurs perfon→
nes,dont je vous ay apris la mort
dans cette Lettre , vous trou
verez que les quatre hommes ,
qui font morts dans l'âge le plus
avancé , avoient enfemble qua
tre cent vingt - deux ans .
Il y a des Lettres qui porsent
, que les Melfinois font bien
GALANT 355
armez; qu'ils ont formé plufieurs
bons Regimens qu'ils ont des Barques
& des Feloupes armées ; qu'ils
demandent quatre Fregates pour
harceler les Ennemis ; que quatre
Felouques , montées de trentehommes
chacune, ont efté enlever une Barque,
auxportes &fous le canon de Sainte
Euphemie ; que ces fix vingt hommes
ayant mis pied à terre , ont forcé
le Chafteau ; qu'ils en ont pris la
Garnifon , & emporté le canon ,
tous les autres effets qui estoient dans
ce Pofte.
Le temps fera connoître fi
cette nouvelle eft veritable.
Cependant , il y a lieu de croire
que les Meffinois , & les autres
Etats d'Italie , qui restent
encore au Roy d'Efpagne , fe
deffendront jufqu'à la der356
MERCURE
niere extremité , voyant les manieres
dures & barbares , dont
les Alemans en ufent dans les
Etats , dont ils fe font emparez
par trahison . Leurs exactions
y font extraordinaires ; &
aprés avoir mis en uſage toutes
fortes de moyens pour tirer de
l'argent , il faut auffi leur donner
des dons gratuits ; & ce qui
met les Peuples au defefpoir , &
qui donne lieu de croire qu'ils
veulent les épuifer , eft qu'ils
ont voulu fçavoir les facultez
de chaque particulier. Ce n'eft
pas fans doute pour faire des
fargeffes à ceux qui font les
moins accommodez . Joignez à
tout cela , la difette de vivres ,
& fur tout de bleds , qui ne finira
point dans le Royaume de
GALANT 357
Naples , pendant que la Sicile ,
qui eft le Grenier de l'Italie ,
demeurera fous la domination
de Philipe V. Toutes ces chofes
font que fi les Napolitains.
trouvoient occafion de fecoüer
le joug auquel la trahifon les a
obligez de fe foumettre , ils rentreroient
bien - toft fous l'obeïffance
de leur legitime Souverain
. Tous les peuples du Milanez
font dans le même fentiment
& ne font pas moins outrez des.
manieres cruelles dont les Alemans
eu ufent avec eux , que
tous les peuples du Royaume de
Naples. L'Empereur en ayant
efté informé , & craignant de
perdre les nouvelles conqueftes
en auffi peu de temps qu'il en a
employé pour s'en rendre maî
358 MERCURE
tre , a réfolu d'y laiffer la plus
grande partie des Troupes qui
devoient paffer en Catalogne.
La defolation ne regne pas
feulement dans les Etats d'Italie
où le party des Traitres a
prevalu fur celuy des fujets fidelles
; mais tous les Souverains
y font accablez depuis
que les Alemands y ont feuls
des Troupes . Ils impofent des
Contributions
aux Princes avec
lefquels ils ne font point en
guerre , de la même maniere
que l'on en ufe ordinairement
en Pays . Ennemy , & ils le font
d'une maniere fi vive , & avec
fi peu de menagement ,
menagement
qu'il eſt
ailé de s'imaginer que s'ils pouvoient
un jour fe rendre maître
des Etats que le Roy d'EfGALANT
359
pagne poffede encore en Italie ,
tous les Souverains de ce beau
Pays verroient bien - toft leurs
Etats envahis , puifque les Allemands
ne manquent jamais de
pretextes pour faire la guerre ,
& qu'ils croiroient que le veritable
moyen de s'affurer de
leurs conqueftes , feroit de s'emparer
du reste de l'Italie . Tant
que les François y ont eu une
entiere fuperiorité , & même
aprés avoir fait reculer deux
fois les Ennemis jufques dans
le Trentin ils n'en ont pas
Traité avec plus de rigueur toutes
les Puiffances d'Italie , quoique
leur neutralité eût toûjours
efté favorable aux Alemands
& qu'ils euffent toûjours efté
beaucoup plus ménagez par ces
>
360 MERCURE
Puiffances , que les Troupes
des deux Couronnes. Tous ces
Princes voyant le danger où
ils font prefentement , & ce qu'il
leur en coufte , commencent à
reffentir vivement la faute qu'-
ils ont faite , & l'on fait trespofitivement
que s'ils fe trouvoient
encore dans la fituation
où ils ont eſté ils fe donneroient
bien de garde de retomber
dans les mefmes fautes ;
mais il faut qu'ils fe contentent
aujourd'huy de faire des voeux
pour empefcher l'agrandiffement
des Allemands en Italie ,
Le grand évenement qui a commencé
à furprendre toute l'Europe
depuis un mois doit , fi les
fuites en font heureuſes , donner
lieu d'efperer qu'elles feront
GALANT 361
ront bien- toft changer de face à
toutes les affaires de cette même
Europe , & que toutes les Puiffances
dont on a ufurpé les Etats ,
fe trouveront bien - tôt en état
de faire trembler les Ufurpateurs.
Quoy que felon le plan que
je me fuis formé , lorfque je
commençay à vous écrire il
y à trente-deux ans , je ne
me fois attaché qu'à vous mander
des nouvelles fures
• &
que je ne vous aye jamais parlé
d'aucun évenement , en vous
difant cette nouvelle merite confir
mation , celle que vous allez lire
eft fi generalement repandue ,
que je ne puis m'empêcher de
Vous en parler , quoy que je n'en
la derniere certitude.
aye pas
Hh
Mars 1708 .
362 MERCURE
On dit qu'une Flotte ennes
mie ( & ce ne peut eftre que
celle qui a tranſporté en Catalogne
les Troupes des Alliez ,
qui eftoient en Italie ) & qui
avoit embarqué Milord Ga-,
loway , & le Marquis de las-
Minas , pour les transporter à
Lifbonne , a efté accueillie d'u-
De furieufe tempête , qui l'a
fait voguer bien loin au gré des
vents ; qu'elle a perdu un grand.
nombre de Bâtimens , & que
deux de fes plus gros Vaiffeaux
& trois autres moins confiderables
, voyant leur perte certai
ne , ont mieux aimé fe jetter
dans le Port de Vigo , qui comme
vous fçavez , appartient aux
Efpagnols, que de périr malheureufement
.
GALANT 363
Je vous marquay le mois paffé ,
la diligence avec laquelle S. A.
R. Monfieur le Duc d'Orleans
avoit traverfé toute la France
pour se rendre à Madrid . La
Reine Doüairiere d'Efpagne
fortit de Bayonne pour aller au
devant de ce Prince , le jour
qu'elle avoit fçu qu'il y devoit
arriver ; mais la nuit eftant forvenuë
, & Son Alteffe Royale
n'ayant point paru , elle fut
obligée de rentrer dans la Vilde
, où ce Prince mit pied à terre
chez Mr Hariague , frere de
Mr Hariague , Treforier de
fa Maifon. Il en fortit peu de
temps aprés pour le rendre au
Palais de la Reine Doüairiere ,
avec laquelle il demeura longtemps
en converfation . Sa Ma-
Hh ij
364 MERCURE
jefté le remiercia d'une Chocolatiere
d'or d'une beauté qu'il
feroit difficile d'exprimer , &
dont le travail furpaffe infiniment
la matiere . Cette Chocolatiere
eftoit accompagnée de
quelques Soucoupes du même
travail, & de Porcelaines enchaffées
dans de l'or qui n'eft pas
moins bien travaillé. On ne doit
point eftre furpris de la grande
beauté de ces ouvrages , puif
qu'ils fortoient de chez Mr de
Launay , Directeur general de
la Monnoye des Medailles.
S. A. R. foupa & coucha chez
Mr Hariague , & elle partit le
lendemain matin pour fe rendre
à Madrid , où elle eft arrivée
le 11. de ce mois , aprés avoir vifité
les Fortifications de toutes
GALANT 365
les Places où elle a paffé , &
s'eftre informée de l'eftat de toutes
les choſes neceffaires pour
l'ouverture de la Campagne .
Elle cut à Pampelune , deux
langs entretiens avec Mr le Maréchal
de Berwick , qui retournoit
en France . Je ne vous dis
point avec quelles acclamations
de joye Elle a efté reçûë à Ma-
-drid , puiſqu'il eft ailé de fe l'imaginer
, & que rien n'eft égal
à l'activité , & à la penetration
de ce Prince , ainfi qu'aux foins
qu'il prend , afin que rien ne
manque pour l'ouverture de la
Campagne prochaine .
Le Roy d'Efpagne travaille
auffi de fon coſté à faire faire
tous les aprests neceffaires pour
P'ouverture de la Campagne ,
Hh iij
366 MERCURE
que Sa Majesté a refolu de faire
en Portugal .
Les Lettres de Madrid du 20 .
de ce mois portent que quatre
Armateurs de Dunkerque ont
amené fept prifes dans les Ports
de Galice, tant Holandoifes que
Fleffingoifes ; qu'un Armate ur
Nantois eft entré dans Vigo
avec deux autres prifes , & qu'on
a vû à la Mer quantité de débris
de Vaiffeaux , fans qu'on
fçache de quel coſté viennent
ces débris . Ce dernier article
pouroit avoir quelque raport à
ce que je viens de vous marquer,
d'une Flotte battuë par la
tempête , du coftéde Vigo .
A peine les Alemans avoient
ils commencé de publier qu'ils
viendroient le mois prochain
GALANT 367
fur le Rhin , avec une groffe
armée , que deux puiffantes raifons
, les ont obligez de changer
de langage ; l'une , que le Prin
ce Ragotzki ayant une armée de
30000. hommes aux environs de
Prefbourg , l'Empereur fe trouve
obligé de faire marcher en
Hongrie , plufieurs Regimens
qu'il avoit deſtinez pour l'armée
du Rhin . La feconde raifon qui
empêche que les Allemands
n'ayent une armée confiderable
du côté du Rhin , eft que la fftuation
prefente des affaires
laquelle les Anglois & les Holandois
ne s'étoient pas attendus
, les oblige d'ordonner aux
Troupes Allemandes qui font
à leur folde , de marcher en
Flandre , où ils ont un extrême
368 MERCURE
befoin de Troupes.
Le Roy a nommé Mr le Prince
Charles , frere de Mr le Comte
de Brionne, Maréchal de Camp,
ce qui luy eft d'autant plus glorieux
, qu'il a efté nommé feul ,
& Sa Majefté luy a permis de
donner fon Regiment au fils de
Mr le Comte de Brionne fon
neveu
Je viens à la grande affaire ,
qui fait aujourd'huy l'unique
entretien de tout le monde , &
qui fait oublier toutes les autres
nouvelles. On ne peut y
penfer avec reflexion , & avec
defintereffement , fans confiderer
la joye que doit reffentir
toute l'Angleterre , d'avoir lieu
d'efperer de fe voir bien - toft
dans un eftat tranquile
d'y
GALANT 369
voir ceffer les factions , & de
n'entendre plus parler de donner
tous les ans des fommes immenfes
, qui auroient bien - toft
achevé de la ruïner ; de voir refleurir
fon Commerce fort affor
bly , par le grand nombre de
Vaiffeaux qu'on luy prend
tous les ans , & de ceffer de
voir repandre le fang de fes
Citoyens , envoyez tous les ans
en differens Etats de l'Europe ,
& dont depuis le commencement
de la guerre , on n'a revû
en Angleterre que quelques
Commandans , pous venir chercher
de nouvelles Troupes , &
emporter de l'argent , que l'Angleterre
a toujours fourny pour
l'entretien de ces Troupes , auffibien
que pour les penfions de
370 MERCURE
les Alliez ; & on peut ajouter
que parmy les grandes fommes
qu'elle fournit tous les ans , il
en refte beaucoup entre les
mains de la Reine qui eft employé
contre la Nation , puifqu'il
luy fert à s'acquerir des
Creatures pour groffir fon party,
& particulierement dans le
Parlement , qui foient toujours
prêtes à confentir à la levée
des fubfides qu'elle demande.
& à éloigner tout ce qui pourroit
contribuer à la paix. Les
Anglois doivent reffentir d'autant
plus de joye de la feule
penſée de revoir bien -toſt leur
legitime Souverain , qu'entre
tous les avantages qu'ils en recevront
celuy de fentir leur
confcience en repos , ne fera
GALANT 371
pas un des moins confiderables ,
puifqu'ils font veritablement
perfuadez de l'injuftice qu'ils
luy faifoient , & qu'ils doivent
croire que toutes les pertes
qu'ils fouffrent tous les jours ,
& particulierement fur Mer 3
font un effet de la Juftice de
Dieu , qui les punit de leur re
bellion.
Je crois que vous attendez
avec impatience des nouvelles
de la fituation où se trouve prefentement
cette affaire , vous
ferez fatisfaite en lifant la lettre
fuivante.
A Verſailles , le 2. Avril.
Il arriva hier au foir à neuf
heures & demie un Coutrierde Duny
372 MERCURE
kerque qui a rapporté qu'il eftoit
arrivé dans ce Port le trente- uniéme
Mars une Fregate qui avoit
efté endommagée par le gros temps ,
lorfque la Flote qui conduit le Roy
d'Angleterre en Ecoffe avoit efte
obligée de mouiller devant Nieuport.
Mr de Forbin avoit dit au Capitaine
qui la commande de prendre la
Toute la plus courte , pour se rendre
dans la Riviere d'Edimbourg . Cette
Fregate y arriva le 24. d'affez
bonne heure ; il vint un grand nom
bre de Batimens Ecoffois au devant
d'elle pourdemander où étoit le Roiz
en difant qu'il y avoit prés de deux
mois qu'on l'attendoit avec une
vraye inpatience , & en demandant
d'où venoit le retardement de l'arrivée
de la Flote Françoife ; le Capitaine
de cette Fregate répondit ,
4ns
*
GALANT 373
que le Roy alloit arriver & que
la Flote qui le conduifoit le fuivoit
de prés. Cependant il fe mit avec
Sa Fregate à l'embouchure de la Riviere
; il vitpaffer fur lefoir la Flote
qui conduit le Roy d'Angleterre
faifantroute vers le Port d'Innerneffesla
nuit quifurvint l'empêcha de la
fuivre , & ce Capitaine s'en tint
aux Ordres que luy avoit donné Mr
de Forbin . Le lendemain vingt cinq
au point du jour , il découvrit une
Efcadre de dix- huit Vaiffeaux. Il
crût d'abord que c'étoit une partie de
la Flote de Mr de Forbin . Dans
cette penfee , il fit fes Signaux ;
mais au lieu d'y repondre , cetie
Efcadre , qui eftoit compofée de Vaiffeaux
Ennemis , détacha quelquesuns
de fes Vaiffeaux , pour tomber
furcette Fregatte . Le Capitaine
Mars 1708.
Ii
374 MERCURE
T
S'en cftant apperçu , profita du vent
qui luy eftoit favorable , & n'eftant
pas en estat de rejoindre noftre Flotte ,
il fit voile vers Dunkerque . Selon
fa relation, le Roy d'Angleterre , &
tous les Vaiffeaux de fa Flotte , ont
eu plus de tems qu'il ne leur en
falloit pour arriver au Port d'Innernelle
avant les Vaiffeaux Ennemis
, que ce Capitaine a trouvez
Separez en deux Efcadres. Il a
ajouté au compte qu'il a rendu
en arrivant à Dunkerque , que
toute l'Ecoffe eftoit foulevée en fawear
du Roy d'Angleterre ; qu'il
n'y avoit pas quinze cent hommes
oppofez à tout le refte de la Nation s
qu'il eftoit defiré & attendu dans
tout ce Royaume ; & que feize millle
bommes bien armez bien vétus ,
l'attendoient pour foutenir fes droits,
GALANT 375
pour s'opposer à tout ce qui pourroit
luyrefifter. On a fçû d'ailleurs ,
que tout eft en mouvement à Lon
dres & dans toute l'Angleterre ,
que l'on s'y preparoit à s'opposer à
ce grand mouvement .
Le Roy d'Angleterre , qui eftoit
party fur le Vaiffeau de Mr de
Tourouvre , eft enfuite monté fur
celuy de Mr le Comte de Forbin.
Quoy que vous ayez déja trou
vé dans ma Lettre , des nouvelles
de Madrid , je crois vous
devoir encore envoyer une Lettre
dattée du même jour que
celle dont j'ay tiré les nouvelles
dont je vous ay déja faic
part ; mais trop abregées .
Lij
376 MERCURE
A Madrid le 20. Mars 1708 .
Plufieurs lettres écrites de Ga
lice portent que les quatre Fregates
de Dunkerque qui croifoient
fur les Coftes , étoient entrées dans
la Corogne avec les prifes , dont
voicy le détail bien confirmé par
d'autres lettres. Toutes ces prifes
eftoient arrivées dans ce Port dés
le vingt-huit de Février.
Le Navire la Sageffe chargé
de bled pour Lifbonne ayant pour
Capitaine le nommé Mairat .
L'Aigle de Londres chargéde
grains pour Lifbonne , ayant pour
GALANT 377
Capitaine Edouard Covard..
Un autre Navire Anglois åppellé
le Geni Galley chargé de
bled & de balots de Marchandi
fes , dont le Capitaine s'appelle:
Robert Selcon..
Un autre Navire Anglois ap--
pellé la Terre- neuve qui venoit
de la Terre-neuve bien chargé de
bon Poiffon , & qui avoit le nommé
Welen pour Capitaine ; ce
Navire alloit à Porto..
Un autre Navire Anglois , apelé
le Horcart Gallé de Londres ,
ayant pour Capitaine , Baeret :
Tillet , chargé de diverfes mar--
chandifespour Lifbonne.
378 MERCURE
Un autre Navire Hollandois ;
appellé la Liberté dorée , Corfaire
de Fleffingue , de vingt pieces .
de canon , & de cent hommes d'équipage
, dont le Capitaine , s'appelle
, Cornelio Crut .
Un autre Vaiffeau repris , qui
alloit aux Ifles de l'Amerique ,
qui eftoit chargé de vins , de farines
d'eaux-de- vie , & qui:
voit efté pris par un Corfaire de
Fleffingue , nommé le Crone
bourg.
Outre toutes ces Prifes , le
Cezar de Nantes entra le 4.
Mars dans Vigo ; c'est une Fregatte
commandée par le Capitaine
GALANT 379
Cazala , avec deux autres Navires
Anglois , qui alloient à Lif
bonne , chargez de vins de
marchandifes.
On n'avoit på fçavoir de quels
Vaiffeaux pouvoient venir tous
les débris de Navires que la Mer
avoit jetté dés le mois paffé fur
les Coftes de Galice.:
rir
Depuis l'arrivée de Monfieur
le Duc d'Orleans , S. A. R. ne
s'applique qu'aux moyens d'ouavantageufement
la Campagne
de la & continuer avecfuccés.
Elle y travaille fans ceffe , avec
ceux qui font chargez de ce détail.
Le Royy travaille en même
380 MERCURE
temps , avec une application
con
tinuelle..
Mr le Marquis de Bedmar fe
couvrit hier dix neuf devant le
Roy pour la premiere fois. Tous
les Seigneurs de la Cour s'y trou
verent , on n'a pas eftéfurpris
qu'un homme de cette diftinction:
qui s'eft acquis dans tous fes Emplois
dans tant de pays differents
, ait trouvé dans fa propre
nation , les témoignages publics
& particuliers d'eftime & d'af
fection qu'on luy a témoignez
dans tous les lieux où il s'eft
trouvé.
•
1
GALANT 381
La difficulté d'avoir des nou❤
velles d'Ecoffe fera mettre
beaucoup de fables dans les
nouvelles qui s'impriment chez
les Alliez . On ne s'y contente
pas feulement de dire de fauf
fes nouvelles , ce qui peut arriver
à tous ceux qui écrivent , qui
peuvent eftre trompez ; mais on
y compofe fouvent des Lettres
qui n'ont jamais efté écrites
du nombre defquelles eft la
Lettre que l'on a rapportée
comme ayant efté écrite par le
Roy à Mr de Puifieux , & ce
qui a donné lieu de fabriquer
cette Lettre , eft que l'on a vû
dans les nouvelles . à la main
que Mr le Chevalier de Nangis
avoit efté porter des armes en
Ecoffe , ce qui eſt abſolument
382 MERCURE
faux , & ce qui fait connoiftre
que la Lettre eſt une Lettre
faite à plaifir puifqu'elle a pour
fondement le rapport fait au
Roy par ce Chevalier , qui n'a
point efté en Ecoffe ..
T
On a oublié de marquer dans
la Lettre de Versailles qui parle
des affaires d'Ecoffe , que lors
que Sa Majesté Britannique paf
fa devant Édimbourg , pour aller
débarquer à Innerneffe , le
peuple qui avoit crû
qu'Elle dé
barqueroit à Edimbourg eftoit
venu en foule, pour le recevoir ,
& plus de vingt Barques en
eftoient chargées . On a , dis - je,
oublié de marquer que ce peut
ple avoit dit que tous ceux qui
avoient pris les armes avoient.
refolu de figner une Confedera
H
GALANT 383
tion ; qu'elle avoit déja efté fignée
par plus de dix mille hom
mes , & que le refte continuoit
à la figner.
Quoy que toutes les nouvelles
publiques ayent dit du départ
des Troupes Angloifes embarquées
à Oftende pour l'Angleterre
, elles n'eftoient point
encore parties le vingt - cinquié
me de Mars .
Le bruit eft toujours en Hollande
que l'on abandonnera
Bruxelles Malines & Louvain
, & même quelques autres
Places , que l'on ne pourroit
pas garder fi facilement que celles
qui font fur les Frontieres
de cet Etat . Plufieurs perfonnes
attachées à l'Empereur , qui
font dans ces Villes là , ont fait
384 MERCURE
louer des maiſons à Anvers , où
elles ont commencé à faire
transporter leurs effets . Je fuis ,
Madame , vôtre , & c .
AParis , ce z . Avril 1708.
C
AVIS. THE
Le Mercure d'Avril ſe vendra
le Jeudy 3. May.
THEQUE
BIBLIO !
DELA
LYON
VILLE
1
TABLE
TABLE.
Prelude , dans lequel on trouve
une Epitre au Roy.
60
Détail de ce qui s'eft paffé en Canada
, depuis celuy que je vous
envoyai ily a quinze mois. 17
Premier article des Morts.
Mr de Geys eft reçû Premier Prefi
dent & Lieutenant General an
Siege de Valance.
Anniversaire de feu Mr le Cardinal
de Coiflin.
Nominations faites par le Pape
pour remplir diverses fonctions
dans plufieurs Cours Etrangeres.
87
95'
98
Lettre touchant l'Hiftoire de la Poëfie.
Stratageme nouveau.
103
106
Article touchant la nouvelle décou
verte faitefur l'Ouye. 116
TABLE.
Dons faits par le Roy d'Espagnes
Second article des morts.
118
175
22L
Mariages.
Lettre en vers , à S. A. S. Mon-
* fieur le Duc de Vendôme. 227
Article touchant le cours Synodi –
que. 901235
Diarium Europæum Hiftorico
Litterarium . 9238
240
Troifieme article des Morts , dans
lequel on trouve la mort d'un
homme agê de cent ans.
Complimens faits à Mr des Marefts
furfa nomination à la Charge
de Controlleur General. 249
Charge de fen Mr de Langlée donnée
par le Roy .
257
Second article des Mariages. ~ 262
"Affaires de Catalogne. 170
Emplois & dignitez , remplies d
TABLE.
Poccafion de la mort de feu Mr
288
de
Fourcy.
Agremens donnez par le Roy tou
chant quelques Regimens . 295
Gouvernemens donnez par le Roy.
303
Place d'Eleve , remplie à l'Academie
Royale des Infcriptions . 306-
307 Article des Enigmes .
Sujets de plaintes , faitesparles Al
liez les uns contre les autres . 314
Article des Mariages .
Quatrieme article des morts.
337
339
· Creation d'un feptiéme Intendant
des Finances en faveur de Mr
Pouletier.
346
Cinquième article des morts , parmy
lesquels fe trouve la mort d'un
homme âgé de fix vingt deux ans.
Affaires d'Italie.
35E
354
TABLE.
Grand débris de vaiſſeaux qui mur
quentla fuite d'un naufrage . 361
Suite du Voyage de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans.
Nouvelle d'Efpagne .
Affaires d'Alemagne.
363
366
idem
Mr le Prince Charles eft nomme
Maréchal de Camp , & l'agré
ment de fon Regiment eft donné
an fils de Mr le Comte de Brion
ne ,fon neveu .
Affaires d'Angleterre.
LYON
$
1893
DE
LA
368
idem
L'Air , Je fuis ,
page 226.
L'Air , Le doux Chant , page 313 .
F
807156
MERCURE
GALANT
EQUE
LYON
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS , 1708
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Con
Omme il eft impoffible dans la conf
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
f
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy
AULECTEUR.
TLya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étantimpoffible
de devinerle nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, & quel'on employera
tous les bons Ouvrages
à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchißent le port.
1
MEREVRE
GALANT
J
MARS , 1708.
ROUE
LYON
1893
DE
E crois ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre qu'en
vous parlant d'un Livre nouveau
, intitulé : Prieres Chreftiennes
, tirées des Pfeaumes , avec
une Priere particuliere pour le
A iij
6 MERCURE
Roy, & pour demander à Dieu
la Paix , dediées au Roy par un
Pere de famille .
L'Epître qui eft à la tefte de
cet Ouvrage eftant fort courte
, j'ay cru que la lecture vous
en feroit plaifir , & c'eſt pourquoy
je vous l'envoye.
AU ROY.
SIRE ,
Les Prieres
Chreftiennes que
j'ay l'honneur de prefenter à Vô-
TRE MAJESTE
' , font celles
du Prophete Roy , que l'Eglife a
GALANT
confacrées , & qu'elle met tous les
jours dans la bouche des Fidelles
pour adorer Dien, & pour implarer
fon affiftance. Les Grands du
monde font plus obligez que
autres hommes , de vacquer à la
Priere , parce qu'ils font plus enles
vironnez de plaiſirs , & qu'ils ont
plus befoin de la Grace pour les en
délivrer. Les pompes qui les charment
& les plaifirs dont ils jouiffent
,font autant d'ennemis dangereux
qui les attaquent , & qui
remportent fur eux la victoire ,
s'ils m'ont pas la force de leur refifter;
ce ne peut estre quepar lefecours
de la Priere qu'ils les peu-
A iiij
8 MERCURE
vent genereufement furmonter. Il
ne faut pas s'étonner , SIRE ,
fi VOTRE MAJESTE' s'eft
tellement rendue maistreffe des paffions
humaines , puifque nous la
voyons tous les jours fe répandre
devant Dieu , avec tant d'aneantiffement
& de pieté qu'elle édifie
tous fes Peuples , & doit fervir
d'exemple à tous les Rois. Si
VOTRE MAJESTE' vent
-bien jetter les yeux fur ces Prieres
qui font tirées de l'Ecriture Sainte ,
elley goûterafans doute , une ònction
toute divine ; parce qu'elles
•font remplies de l'efprit , dont Dieu
' anima autrefois ce faint Roy
GALANT 9
qu'afin de le tranfmettre enfuite
dans le coeur de tous les Monarques.
Il n'y a rien de moy dans
eet Ouvrage
; tout vient de Dieu ,
VÔTRE
MAJESTE
' n'y
trouvera
à mon égard qu'un amour
respectueux
& particulier
que j'ay
toujours eu pour Ellependant toute
ma vie. Labontéfinguliere
qu'Elle
m'a témoignée
toutes les fois que
jay eu le bonheur d'approcher
de
fa Perfonne
facrée en luy preſen
tant mes petits Ouvrages
, m'afi
vivement
touché
le coeur , que je
tacheray
de luy donner le refte de
mes jours des marques
de ma
miſſion , de mon zele , &du tresmafoû10
MERCURE
profond respect avec lequel je
fuis , &c..
Il n'y a rien qui fe recite fi
fouvent que l'Oraifon Dominicale
, la Salutation Angelique
, & le Symbole des Apôtres
; par l'Oraifon Dominicale
, on rend à Dieu , le culte
qui luy eft dû ; on honore la
Sainte Vierge par la Salutation
Angelique , & on fait une Profeffion
publique de la foy par
le Symbole des Apoftres. Ce
qui eft douloureux , eft que la
plufpart des Chreftiens , difent
tout par coûtume fans refleGALANT
II
xion , & fouvent fans l'ententendre.
C'est pourquoy l'Auteur
des nouvelles Prieres , a
crû qu'il étoit abfolument neceffaire
d'en faire une courte
explication , afin qu'on le recite
deformais avec plus de pieté
& d'attention .
Il n'y a perfonne qui ne fçache
que l'homme n'a efté crée
fur la terre que pour y adorer ,
aimer & fervir Dieu ; voilà
qu'elle doit eftre fon occupation
pendant fa vie , & c'eſt
pour remplir ces trois devoirs.
que l'Auteur a compofé les
urois premieres Prieres .
12
MARCURE
Rien ne perſuade plus l'adoration
& le culte qu'on doit à
Dieu , que l'afpect du Ciel &
des Aftres qui roulent fur nos
têtes avec tant d'éclat & de
majefté ; & c'est encore ce qui a
engagé le Pere de famille qui a
compofé ce livre , de commencer
la Priere du matin au lever
de l'Aurore & du Soleil , dans
lequel le Createur a placé fon
Trône pour éclairer tous les
hommes afin de leur manifefter
fon exiſtance , & de les obliger
à luy rendre le culte qui
luy eft dû.
On n'a befoin pour luy mar
GALANT
13
quer que
d'obfer- fon amour , que
ver avec fidélité fes juftes Commandemens
qui contiennent
la Creature dans fon devoir ,
& dans un état d'innocence qui
la rend agreable à fes yeux , &
c'eft pour cet effet que l'Auteur
a remply la Priere du jour des
Verfets les plus tendres qui engagent
à l'aimer.
Il n'y a pour le fervir & pour
le craindre , qu'à concevoir une
haute idée de fa grandeur , parce
qu'on apprehende d'offenfor
un Dicu fi grand , & qu'on aime
enfuite à fervir un Dieu fi
fi bon ; c'est pourquoy , l'Au14
MERCURE
teur a recueilly dans la Priere
du foir , les traits des Pfeaumes
les plus vifs qui marquent fa
toute puiffance. Mais comme
un bon Prince fert de modelle
à ſes peuples pour adorer aimer
& fervir Dieu ; que les
guerres qui les affligent font
des marques vifibles de fa colere
, & qu'il n'y a que la Penitence
qui nous puiffe procurer
la paix , l'Auteur a compofé
trois Prieres pour luy demander
la confervation de la perfonne
Sacrée du Roy ; la ceffation
des guerres , & le retour
bien-heureux de la paix.
GALANT 15
Et comme il n'y a point de
moyens plus affurez pour obtenir
ces graces que la penſée
falutaire de la mort
› parce
qu'elle nous fait rentrer dans
nos devoirs , & nous oblige de
retourner promptement
Dieu , l'Auteur a fini fon ouvrage
par des reflexions folides
fur cette derniere fin , à laquelle
il n'y a point d'homme fage.
qui ne
penfer.
doive continuellement
Tout ce que vous venez de
lire , eft tiré des Avertiffemens
qui fe trouvent dans les Heures
nouvelles. Elles font de la
16 MERCURE
compofition de Mr Lordelot ,
ancien & fameux Avocat , dont
je vous ay fouvent parlé des
Plaidoyers qui ont fait le plus
de bruit , & des Ouvrages qu'il
a donnez au public . On a fait
plufieurs Editions du dernier
de ces Ouvrages , Intitulé Dé
voirs de la vie Civile. Ses nouvelles
Heures fe vendent chez
Pierre Bienfait , Libraire , fur
le Quay des Auguſtins , à l'Image
•
S. Pierre .
Je vous envoye tous les ans
depuis plufieurs années au mois
de Novembre , un détail de ce
GALANT 17
qui s'eft paffé en Canada pendant
le cours de chaque année.
Je vous l'envoye plus tard qu'à
l'ordinaire , parce que je ne l'ay
pas reçû plûtoft.
,
Mars
1708.
18 MERCURE
A Quebec le 13. Novembre
1707.
MONSIEUR,
93
Le croiriez- vous , ny pluye .
ny nége icy , ny gelée depuis envi¬
ron fix femaines ; la Saifon eft enchantée
, on diroit que le climat eft
changé ; depuis vingt ans on n'a
pas vu une fi belle Automne. Aujourd'huy
même que je vous écris ,
le Ciel eft le plus beau du monde.
Je crois , Monfieur , que vous nous
porterez unjour envie . Il y a longtemps
qu'on a remarqué que
le
GALANT
19
Canada eftoit fous les mêmes paralleles
que
la France. La hauteur
du Pole n'eft icy que de 46. degrez
ss. minutes , & Paris , où
vous eftes eft plus Nord deprés de
2. degrez.
Cet Efté un petit Baftiment de
Marfeille eft venu mouiller devant
Quebec ; il nous a laiffé de
bonnes Proviſions , nous a promis,
eftantprés de mettre à la voile,
une vifite l'annéeprochaine. Ilm'a´·
parn fort content de nous , & nous
fommes fort fatisfaits de buy..
Depuis le 21. jufqu'au 25.
d'Octobre de cette année ,
cette année , quatre
Vaiffeaux ont mouillé dans noftre
Bij
20 MERCURE
Rade : le Neptune , commandé
par le Sr Foliet ; le S. Michel¸
Navire à peu prés de même grandeur
; une Flutte dont j'ignore le
nom, le Heros , percé pour cinquante
canons , commandépar Mr
de S. André.
Mr Vincelot , dont les ancestres
ont donné le nom à une aſſez grande
terre qui eft à la Cofte du Sud
du Fleuve S. Laurent , au deffous
de Quebec , s'eft embarqué au Printemps
avecfoixante hommes & eft
alléjoindre Mr de la Ronde , Offi
cier Canadien. On les afalué icy
en paffant de plufieurs coups de
fufils chargezdepoudre feulements
GALANT 21
-pa-
Les glaces énormes des grands
Lacs les accompagnoient ; & commeil
falloit à tout moment les b
rer , cela leur caufoit une fatigue
non - commune. Cela n'a point empêché
que Mr Vincelot avec Mr
de la Ronde ne foient arrivezfort
propos à la fin de May à Port-
Royal d'Acadie , que les Anglois
de Bafton , capitale de la nouvelle
Angleterre , venoient affieger.
à
a. Ce font les Lacs Ontario , Eriés .
Hurons , Ilinois & Superieur.
b Parer c'eft en terme de Mer paffer
au -delà , ce qu'on appelle doubler ou
ranger ; icy c'eſt quelque chofe de plus ,
c'eft débaraffer avec l'aviron , écarter
&Co
~
22 MERCURE
Voicy , Monfieur , ce qu'on m'a
écrit de Port- Royal au fujet de ce
Siege.
pas
Les Anglois de Bafton ont
attaqué de nuit le Port Royal ;
l'attaque a efté tres - chaude
pendant une heure ; mais comme
la refiftance des nôtres n'a
efté moindre , les Anglois
fe font vûs contraints de décamper
. Nous avions centcinquante
hommes en embuf
cade qui ont fait teſte à quinze
cens Anglois , & leur ont fait
un feu terrible , quoy que de
noftre cofté il n'y ait eu qu'un
homme de tué & un bleffe.
GALANT
23:
·
Les Anglois font venus nous
revoir à la fin du mois d'Aouſt
fuivant , mais ce n'a eſté qu'à
leur confufion ; car ils y ont:
perdu beaucoup de monde ::.
nous les affomions à coups de
croffes de fufils & à coups de
baches , dans un détachement
où nous en furprîmes trois à
quatre cent couchez ventre à
terre , & nous n'avons eu qu'un
feul homme de tué dans cette
occafion & douze bleffez , dont
un des principaux eft Mr de la
Boularderie , qui commandoit
le détachement , Officier tresbrave.
Mr de Saillant eft auff
24 MERCURE
du nombre , avec un autre qui
eft déja mort de fes bleffures .
Je n'ay pas le temps de vous
faire un plus long détail , d'autres
le feront mieux que moy ;
mais j'ofe dire qu'ils ne feront
pas plus finceres , parce que je
parle d'une chofe que j'ay vûë .
On dit que ce Siege leur coûte
prés d'un million.
Le fils de feu Mr de la Valliere
Major de Montreal , Mr de
Beaubaffin , partit le Printemps
dernier pour Terre -neuve ,
c
il
c L'Ile de Terre Neuve , vers l'embouchure
du Fleuve S. Laurent dans la
Mer Oceane.
eftoit
GALANT 25
eftoit à la tefte de plus de cent Canadiens
fort braves , tous bien
équipez. Il a pris quelques Anglois
defquels il a fçû le mauvais fuccés
des Habitans de Bafton devant
la capitale de l'Acadie ,pays appartenant
aux François .
Il faut remarquer que les Anglois
de Bafton , leur entrepriſe fur
Acadie projettée , & le Siege
peut être déja farmé, ontfait courir
le bruit par toute la Nouvelle
France , fe fervant à cet effet de
leurs Sauvages Emiffaires , qu'ils
alloient affiegerQuebec à Montd
Ville dans l'Ifle qui porte le même
nom , & à 60. lieues de Quebec , en rcmontant
la grande riviere de Canada.
Mars 1708.
d
C
26 MERCURE
real , & qu'ils deftinoient deux
mille hommes pour inveftir cette
derniere Place ; & cela dans le
même temps qu'eux - mêmes ( les
Anglois ) fe tenoient renfermez
dans leurs Forts , fans prefque jamais
fortir, lorsqu'ils fortoient
il leur falloit une escorte de dix ,
quinze ou vingt hommes. Nos
Sauvages leur ont fait abandonner
plus de cinquante lieuës de
Le peu
de monde qui reftoit
pays.
dans la Nouvelle Angleterre ne
travailloit que la nuit & unefolitude
étonnante regnoit le long de
leurs Coftes. Cela porta les Magiftrats
de Bafton , capitale de la
GALANT 27
Nouvelle Angleterre , à faire le
Reglement que voicy. Quiconque
amenera unSauvage âgé de plus
de douze ans ou feulement
apportera fa chevelure , aura
pour récompenfe cent livres
fterling. Les Anglois de ce payslà
ne donnoient ci - devant qu'un
в
e Il paroift que ce Reglementegardoit
les Sauvages leurs Alliez , auffi bien
que les Anglois , parce que c'eft la coûume
des Sauvages en guerre d'incifer la
peau du front , puis de l'arracher aux
Prifonniers qu'ils font. Cette remarque
fervira dans la fuite pour expliquer ce
que c'eſt que lever la chevelure.
f La livre fterling va depuis 13. juf
qu'à environ 14. livres monnoye de
France.
Cij
28 MERCURE
Crown pour une chevelure , le
Crown d'Angleterre eft à peu prés
le Louis blanc ou l'Ecu de France.
Cette Proclamation n'a point
empêché que nos Sauvages n'ayent
caffé g la tefte ou levé la cheve
lure & amenez prifonniers plufieurs
des leurs ; & ils fefouviendront
long- temps d'un Parti d'Ab .
nakis , qui a efté fait cette année
80 Caffe la tefte avec des maffuës qu'ils
appellent caffe - tefte , de deux mots Algonkins
Offan , qui veut dire caffe , &
Ouftixonan qui fignifie tefte. C'eft un
morceau de bois dur arrondi à un des
bouts comme une boule ; il eft attaché
Aune racine d'arbre ou à une corde ; c'est
une des armes offenfives des Sauvages .
GALANT 29
en Efté ; il n'eftoit que de dixf-ept
hommes , lefquels àla vûë de quarante
Anglois , la plufpart à cheval
, ont levé la chevelure à plufieurs,
& tué à coups de maffuës
d'autres. Cecy eft arrivé prés d'un
Village appellé Marlborough ,
aprés que nos Sauvages eurent
effuyé dix décharges des Anglois.
h
Dans ces entrefaites arriva de
la Nouvelle Angleterre en Canada,
un Député de ¹ Dearfield, appellé
Shelden. Il demandoit qu'-
on luy relachaft les Prifonniers
h On prononce ainfi ; mais on écrit
Dierfield.
C iij
30
MERCURE
Anglois que nous avions faits
mais il fe paffa bien du tempsfans
qu'il puft rien obtenir. La plufpart
des Anglois , même ceux de
fon Village ( de Dierfield) dans la
Nouvelle Angleterre, embrasfoient
la Religion Carbolique , ce qui le
mortifioit tres - fort . Enfin , Mr
l'Envoyé Shelden s'ennuyant , il
demanda avec inftance à Mr le
Gouverneurgeneral , Mrle Marquis
de Vaudreuil , une audience de
congé ; mais on luy fit entendra
que cela n'eftoit point preffe , &
qu'il feroit bien aife d'eftre témoin
de la bonne grace avec laquelle les
François recevroient Mrs les An-
३
GALANT 3r
glois à Quebec , qu'ils difoient devoir
venir affieger dans peu.
Ce qui déconcerta entierement le
pauvre Ambassadeur , fut la priſe
d'un Baftiment Anglois que nous
venions de faire auprés de l'Ifle
de Terre , Neuve , & non loin de
Plaifance , dans lequel on trouva
une Gazette de Bafton , qui marquoit
un jeûne general d'obligation
pour attirer du Ciel la
Benediction fur les juftes eni
Ile éloignée de France d'environ
700, lieuës , entre les 47. & 52. degrez
de latitude nord. Plaifance eft une des
places la plus confiderable de cette Ifle ;
elle appartient aux François , & eft vers
le midy de la même Iſle.
Ciiij
32 MERCURE
trepriſes des Baftonnois. Aquoy
Envoyé Shelden ne fçut que répondre
, lorfqu'on le questionna làdeffus.
Pour furcroift de bonheur au
même Deputé de Dearfield , arriva
deFrance à Quebec , le Navire
de Marfeile dont je vous ay déja
dit un mot , qui nous apportoit
d'heureufes nouvelles touchant les
armes du Roy , ce qu'on a eufoin
de luy bien détailler. Le pauvre
Envoyé ne fçavoit quelle figure
faire ; il auroit voulu eftre à cent
lieues de là. Par deffus tout cela
nos Sauvages luy firent comprenpar
maniere de careffes , qu'ils
dre
GALANT 33
avoient deffein de luy caßer la
tefte lorsqu'il s'en retourneroit.
Pour comblede joye d'entiere
fatisfaction de fa negotiation
pour les Prifonniers Anglois , Mr
Shelden apprit que les efforts réïterez
des Habitans de Baſton devant
Port-Royal d'Acadie avoient
efté vains , & qu'aprés la confternation
generale de toute la Nouvelle
Angleterre fur un fi mauvaisfuccés
, une émute de tout le
peuple avoit condamné le Colonel
Marsh , Chef de l'expedition , à
eftre pendu .
Le Député de Dearfield aprés
bien des allées & det venues , eft
34 MERCURE
enfin parti d'icy fur lafin d'Aouſt,
n'emmenant avec luy que fix ou
Lept Prifonniers qu'on a accordé à
fa Nation ; toutes chofes aupara
vant bien examinées , on la efcorté
jufqu'à Orange , Ville de la
Nouvelle Yorck, pays contigu à la
Nouvelle Angleterre.
Quoy que les bruits que faifoient
femer icy les Anglois nos
voifins , qu'ils en vouloient à
Quebec & à Mont- real , puffent
eftre faux, & qu'en effet ils fuf
fent tels , comme on l'a connu dans
la fuite ; Mr le Marquis de Vaudreuil
Gouverneur general de la
Nouvelle France , n'a pas laiffe
GALANT .35
de tenir les Fortifications des Pla
ces de fon Gouvernement en eftat ,
& d'enfaire élever de nouvelles .
Nous avons icy , Monfieur , un
Ingenieur qui l'entend , c'eft Mr
le Vaffeur ; il a eu de grandes relations
avec feu Monfieur le Maréchal
de Vauban , dont il a reçû
d'excellens deffeins. On a dreffe
une bonne Batterie du cofté de
l'Hôpital General , au haut de la
Riviere Saint Charles , qui domine
fur la campagne voisine . On en
a élevé une derriere les Urfulines,
qui bat les environs de la haute
Ville ; celle de la baffe Ville proche
le Portfera trembler les Vaiffeaux
36 MERCURE
ennemis , s'il en ofe venir moüiller
dans la Rade. Les Terraffes qui
environnent Quebec ont efté vifitées
, rien n'y manque. On a mis
dans les Batteries du Fort des
pièces de canon d'un calibre plus
gros & plus fort , deforte que
tre Ville de Quebec est toute prefte
à bien recevoir Mrs les Anglois ;
nous avons force bombes &
nok
Ce qu'on appelle icy le Fort eft le
Chafteau où loge Mr le Gouverneur ; il
eft bafti fur le penchant d'une montagne
efcarpée en cet endroit , & qui fait partie
de la haute Ville ; ce Chafteau domine
fur la rade, & eft orné par dehors d'une
grande Gallerie ou grand Balcon , &
de demies Tours appuyées fur le Roc.
GALANT 37
bonne poudre. Il y a eu ordre de
la part de Mrde Vaudreuil , aux
Habitans des Coftes le long du
Fleuve , de tenir tous les Forts en
eftat.
Nos Coftes munies , Mr le
Gouverneur a envoyé du fecours
en Acadie , & nos Sauvages d'un
autre cofté ayant formé differens
Partis , ont amenez de jour à autres
des Prifonniers Anglois , ou apporté
des chevelures , la diverfion
eftoit bien prudente , & l'habileté
de Mr le Marquis de Vaudreuil
Gouverneur general luy a attiré
l'admiration de toutes lesperfonnes
entendues . En effet , avoir lapaix
38 MERCURE
chezfoy , affifter fes voifins atta
quez , faire la guerre aux autres ,
eft l'entendre , c'est ce que Mr
le Gouverneur a fait ; il conferve
la paix avec les Iroquois , gens
difficiles à ménager, & il les tient
en refpect comme enchantez ; il a
le fecret de leurfaire trouver bon
qu'il batte cependant les Anglois
dans leur propre pays , les rendant
prifonniers dans leurspropres
fons ,par les petits partis de Sauvages
qu'il envoye. Cela ne l'empeche
point d'envoyer un fecours
confidcrabre de Troupes à Port-
Royal , Capitale de l'Acadie , que
les Anglois menaçoient d'affieger
maiGALANT
39
une feconde fois dans une même
année ; tout cela , Monſieur , réüffit
; tout cela eft executé.
Les Coftes de Canada s'éclairciffent
de plus en plus. On y
voit du lin , du chanvre , de
bon blé François , des Jardins remplis
de bonnes légumes ; les Habitans
élevent des moutons ; plufieurs
font de la toile . Nos gens
s'occupent à merveilles. On a trov
véprés du Lac Champlain qui eft
entre le 43. le 45. degré de la
titude Septentrionale , une mine de
plomb fort abondante ; cela nous
fervira & pour la guerre & pour
la chaffe. Actuellement nous tra40
MERCURE
vaillons à découvrir des mines
d'Alun & même d'argent ; ces
dernieres ,fi nous en venons à bout ,
nous attirerontpeut- eftre voſtrejaloufie
& encore de bien d'autres.
Vous voyez , Monfieur , que nous
cherchons le folide & que nous ne
fommes pas oififs , auffi avons nous
un Gouverneur qui s'employe tout
entier à rendre ce Pays - cy florif
Jant.
Les Sauvages de Lorete , ce
font nos voisins , ont efté en Parti
cette année dans la Nouvelle Angleterre.
Leur Chef eftoit Ontagannoche.
Ils ont amené des
Anglois captifs.
GALANT 41
Les Outaoüois , Sauvages affez
nombreux & qui parlent Algonkin
, qui eftla langue la plus étendue
parmi ces peuples avec la langue
Hurone ,font 1 defcendus icy
en deux Saifons differentes . Dans
le premier voyage ils avoient pour
Chef de leur Ambaffade Oüabi ,
autrement dit le Blanc . Ceux du
fecond avoient mis à leur tefte
Companiffé , c'est- à- dire le Brochet.
Le fujet de leur négotiation
1 C'eft à dire dans le langage de ce
Pais - cy , font venus des grands Lacs
qui approchent la fource du Fleuve S.
Laurent.
*
Mars
1708.
D
42 MERCURE
t
d'Onnontio , regardoit
quelques Iroquois , à qui les anauprés
ILI
nées dernieres Mrs les Outaoüois
avoient caffé la teste un peu bruf
quement. L'affaire mife en déliberation
, on a trouvé que pour en
serrer la Hache d'une maniere folide
& à n'enplus revenir, il falloit
obliger l'Outaoüois à livrer
l'autheur de la querelle , qui arvoit
portéfes Camarades àfrapper l'Iroquois
.
m Nom que les Sauvages nos Alliz
donnent au Gouverneur general de Canada.
n C'eft à dire faire la Paix.
• Regulierement il faudroit dire les
Outatiois , mais le ftile fauvage employe
ordinairem. le ſingulier pour le plurier,
T
GALANT 43
Il ne feroit pas facile Mr , de
cous expliquer jufqu'à quel point
nos Sauvages alliez , ont porté la
terreur le long des côtes de la Mer
de la nouvelle Angleterre. Un de
cis Sauvages a affuré à une perfonne
de ma connoiffance , avoir
été treize jours entiers , caché derriere
des pieux de Jardin , c'eſt bien
prés de l'habitant , fans avoir vû
unfeul Anglois fortir dehors . Les
Anglois n'ont ofé cette année cueillir
, ny lin ny chanvre qu'avec de
tres-grandes precautions ; ils n'ont
bazardé de fortir que la nuit , encore
a-t-ilfallu des Efcortes ; pendant
que nos Sauvages , Hurons,
Dij
44 MERCURE
Algonkins , Abnakis , &c . s'accommodoient
faifoient grandchere
des boeufs , moutons , chévres
, poules coqs d'indes de M
les Anglois voicy une petite
Hiftoire à ce fujet.
Deux Angloisfortent pour faucher
du chanvre , ( je dis faucher
, car c'étoit pour avoir plûtoftfait
, & n'eftre pas long- tems
expofez ) ayant chacun un fufil
paßé en Bandolliere , & pendu
au cou , && les yeux tournez du
côté du bois , mais avec une telle
attention que pour n'êtrepoint obligez
de tourner la tête , rifquer
d'eftre pris par derriere , ils s'en
GALANT 45
retournoient à reculons chez eux ,
avec cela , il faut remarquer
qu'ils ne fauchoient point le bout
de la piece de chanvre du côté du
bois ; les pauvres Anglois marchans
comme des Ecreviffes &
approchant de leur Bourg fe
croyoient hors d'affaire , lorsque
douze de nos Sauvages qui étoient
là ventre à terre à l'autre bout de
lapiece de chanure , fe levent toutà-
coup , courent fur les deux faucheurs
& leurs p levent la chevelure
à la vue du Bourg , & regagnent
le bois avant
que
le Toc-
PJ'ay marqué plus haut comment ce
la fe faifoit.
46 MERCURE
fin eut affemblé un gros de Cava
lerie pour leur courir fus.
Autre avanture : unparıý de
deux jeunes Sauvages ,fi vous en
voulez fçavoir les noms , les voisy
: l'un s'appelle Tfonioutza ,
c'eft à -dire la Grand - dent ; &
l'autre , Tfononoüio , autrement
, la longue corne , arrivent
un Dimanche à la vûë d'un Préche
des Anglois. La troupe devote
marchoit en Proceffion avec une
Efcorte de Cavalerie ; nos deux
jeunes Sauvages , d'ailleurs fort
alertes , n'ofent donner deffus , la
partie n'étoitpas égale affurément;
'ils ne vouloient point cependant en
GALANT 47
avoir le démenty , il falloit emporter
quelque morceau de la piéce ;
ilsfontfemblant de s'en retourner,
traverfent à la nage une Riviere
auffi large que la Seine à Paris
& vont fe mettre en Embufcade
prés d'un arbre abattu depuis peu;
ils apperçoivent un Bucheron , ils
courent à luy , ils le poursuivent,
trois Cavaliers de l'Eſcorte dont
je viens de parler ,fe détachent de
leur
l'un des Sauvages fe
met entre les Cavaliers & le Bucheron
, l'autre entre le Temple ou
lieu du Prêche & le même Bucheron
; nos deux jeunes ´Sauvagesfe
mettent à courir à toutes jam.
gros ;
48 MERCURE
bes , s'embaraffant peu des Cavaliers
Anglois , ils fe font figne
ils fautent fur le Bucheron , luy
levent la chevelure à la barbe des
Cavaliers qui voyant le fait ,
s'enfuyent auffi- toft la bride abbatue
, s'imaginant qu'un gros parti
foutient ces deux Sauvages .
Mr Pieter Schuyler Gouver
neur ou Commandant ¶ d'Orange
, met toute fa Politique en oeuvre
pour attirer les Iroquois fes r
q En Anglois , Albany , une des principales
villes de la NewYork.
On compte 5. nations des Iròquois :
fçavoir , les Aniés , les Oneïouts , les
Onontaguez , les Gologonins , & les Somontouans;
ces cing nations font à peuvoifins
GALANT 49
voifins , dans fon parti , car non
feulement , il leur permet de venir
chafferfur les terres defon gouvernement
, mais encore il leurfait
des prefens confiderables d'eau de
vie amorce bien tentante pour
eux ) & degros rouleaux de Tabac.
Bien plus , Mr Schuylerfe
rend caution pour eux chez tous
les Marchands d'Orange , Corprés
fituées entre Ie Lac Ontario , premier
des grands Lacs Sauvages , & la
Nevv-York , la Penfilvanie &c. Terres
Angloifes , & font ce me femble entre les
41. & 43. degrez de latitude Septenrionale.
fOrange dépend du gouvernement
de la nouvelle York , Province dont eft
Gouverneur Mylord Cornburg , coufia
Mars 1708 .
E
So50
Manhate qu'on
MERCURE
lard , Efope
appelle icy la Menade qui eft le
mot Flamand
, parce que le païs
où cette ville eft bâtie fe nommoir
auparavant les nouveaux Païsbas
, comme qui diroit nouvelle
Flandre
; Mr Piter Schuylerſe
rend , dis -je , Caution chez tous
Germain de la Reine Anne. Corlard eft
une petite place dans la nouvelle York ,
elle dépend du gouvernement d'Orange
, Elope aurre Bourg de New York
depend de Manhate ou Nevv- York ,
lieu de la refidence de Mylord Cornbury
Gouverneur du pays appellé par
les François nouvelle Tork & par les Anglois
: Nevv York , Mr Cornbury eft
independant du Gouverneur de la nouvelle
Angleterre & de Bafton qui eft
Mylord-Dudley.
GALANT 51
les Marchands de ces Villes ou
Bourgs , chez qui ilsprendront des
Marchandifes; Mr Pitrefculle,
car on prononce d'ordinaire fon
nom de cette maniere en Canada
étend fa politique jufqu'au fpirituel,
car il envoye des
Miniftres
de fa Religion aux Sauvages pour
les baptifer leurs apprendre le
Catechifme ; les Miniftres obéiffentponctuellement
, & pour donner
l'exemple , ils s'enyvrent à
merveilles avec les Sauvages.
L'Automne derniere , nos Sauvages
furent vivement preſſez
par les Anglois d'Orange de fe
ranger à leur parti ; Haniatari-
E ij
52 MERCURE
zen & Tfondagareſon
Sauvages
habiles & qui entendent les
affaires , s'offrirent d'aller trouwer
Mr Pitre Schulle Commandant
d'Orange , & parlerent ainfi
à celuy qui tenoitfaplace : ( car
ce Commandant n'y étoit point
lorſqu'ilsy arriverent ) mon frere
Pitrefchulle , je ne puis faire
ce que tu me demande ; je " leveray
toûjours la Hache contre
l'Anglois de Baſton ...fitoy &
Les Sauvages nos Alliez appellent
Onnontio ou Mr le Gouverneur , &
tous les François , leur Pere , l'Anglois
n'eft que Frere.
C'eft-à- dire je feray la Guerre.
GALANT 53
eux veulent demeurer fur la
Natte avec moy , allez trouver
Onnontio nôtre Pere ; fans cela
, je ferme la l'oreille à ta
voix , je ne t'écoute plus , &
inutilement tu me parleras à
l'avenir.
L'hyver dernier , les Sauvages
Abnakis de S. François établis à
la rive droite de la grande Riviere
de Canada & du Lac S. Pierre
, le long de la petite Riviere dite
auffi S. François
la , chaffe dans le voisinage d'O-
>
"
x C'est- à- dire être en paix.
étant à
Les Sauvages vont chaffer à des 80.
ou 100. lieues de leurs habitations.
E iij
54 MERCURE
range , furent dés ce tems-là föllicitez
parMrPitrefchulle
de ceffer
la guerre qu'ilsfaifoient aux Anglois
du Gouvernement de Bafton,
c'est- à- dire aux Anglois de la nouvelle
Angleterre. Ce Commandant
leur fit quantité de preſens
pourles gagner : mais ceux- cy luy
répondirent nettement , que n'étant
pas les maîtres de la chofe , ils exa
mineroient avec les * Anciens fes
Les Sauvages âgez de 60. ans & au
deffus. Le Confeil le tient dans une Cabane
du Chef ; à la fin de l'affemblée
l'Orateur fort de la Cabane du Confeil
& déclare tout haut ce qu'on a délibe
ré & conclu , afin que tous en foient informez
, puis on fait le feftin de Guerre..
GALANT 55
des
propofitions , lorfqu'ils feroient affemblez
dans leur village.
Les propofitions mifes fur le ta
pis , on conclût pour envoyer
députez au Gouverneur d'Orange;
voicy les paroles des Ambaffadeurs
Sauvages à Mr Picter-
Schuyler : je veux avoir toûjours
la Hache haute contre
l'Anglois de Baſton , & je n'écoute
aucune propofition cona
traire a cette reſolution .
Anglois veut enterrer la Hache
, ( c'est- à - dire faire la paix )
qu'il aille trouver Onnontio .
a Au fingulier je veux , c'eft le file-
Sauvage , file fier ...
E iiij
56 MERCURE
( Mr le Marquis de Vaudreüil)
MrPitrefchulle crutpar un Collier
qu'il leur jetta , les radoucir :
mais le chef de l'Ambaſſade prenant
le Collier , le jetta à la tête
de Mr Pitre - Schuyler , en luy
difant tout en colere ; je viens de
b Ces Colliers font faits de cinq ou fix
aiguillettes ou lanieres de peau affez
minces elles font longues d'environ
2. pieds , attachées l'une contre l'autre ,
& larges de 3. à 4. pouces , liées enfemble
d'efpace en efpace dans ces bandelettes
de cuir font enfilez des garins
d'une efpece de porcelaine qui vient de
la New-York ou des environs , ils font
blancs & bleus , percez dans leur longueur
, & groffierement arrondis ; ces
colliers font fort en ufage chez les Sauvages
pour les négotiations.
GALANT 57
te dire que mes oreilles ne feroient
jamais ouvertes à aucunes
propofitions de paix que
par Onnontio. Remarquez Mr
que la chambre de Mr le Commandant
d'Orange étoit pleine
d'Anglois , tous Officiers... tu
es environné , poursuivit l'Ambaffadeur
Sauvage , de jeunes
gens vigoureux & alertes , qu'-
ils portent ton collier à Onnontio
. Le difcours de l'Abnakis
fit rougir toute l'affemblée Angloife
l'étonna ; les Officiersfe parlerent
long- temps entr'eux
aprés le difcours dans lequel les
fentimensparoiffoient differens , ita
C
&
58 MERCURE
C
donnerent aux Sauvages Députez
un autre Collier plus Captieux:
mais jugeant des chofes par les effets
, on a vu que leur Politique
n'avoit point réuffi..
Les Abnakis du même endroit
de S. François , aprés avoir levé
d
la chevelure à deux ou trois Anglois
, furent pourfuivis par un
party de Cavaliers Anglois ; les
Sauvages les attendirent de piéferfe
défendirent pendant
me >
l'espace de cinq heures , à grands
c Stile Sauvage , cela veut dire qu'ils
parlerent avec plus d'ambiguité , plus.
de fubtilité , &c .
d Village Sauvage éloigné de Quebec
d'environ 40. lieuës .
GALANT 59
ils
coups de fufils , qu'ils ne cefferent
de tirer que quand la poudre leur
manqua . Les Abnakis s'étoient
cachez dans les Broffailles ( que
l'on appelle icy Fredoches )
étoient là prefqu'en feureté au
lien les
que Anglois à cheval
étoient découverts , & en état de
recevoir les balles qui fortoient des
fufils des Abnakis ... Ne diriezvous
pas Mr, que les Sauvages
de ce pays- cy vont à la Chaffe des
comme ils iroient à
Humains
celle des Orignaux , des Cariboux,
des Ours , des Carcajoux , ou des
Loups cerviers .Jefuis, Monfieur,
vôtre tres- humble & tres obéif
fant Serviteur , P. N.
60 MERCURE
On ne trouve pas feulement
dans la plupart des articles de
morts que je vous envoye , ce
qui regarde la Genealogie des
perfonnes dont je vous aprens
la mort. Ce n'eft pas toujours
ce qui rend ces articles curieux ;
mais comme il s'y trouve fouvent
quantité de faits hiſtoriques
, dont laplûpart n'ont pas
cfté rendus publics , & que l'on
y trouve fouvent les noms de
plufieurs ouvrages , ou qui font
inconnus , ou dont on ignoroit
les noms des Auteurs.
Comine , dis - je , la plûpart de
tous les articles de mort font
GALANT 61
remplis de toutes ces chofes ,
& d'une infinité de faits curieux
, on les doit regarder
comme des morceaux d'hiſtoire
, qui doivent faire plaiſir au
Public , & honorer la France .
Vous trouverez dans l'article
fuivant beaucoup de chofes ,
qui doivent faire plaifir à ceux
qui font profeffion d'érudition
& qui aiment les belles Lettres,
Mre Etienne de Bachet Seigneur
de Meyferia , ancien Prefident
en la Cour Prefidiale de
Breffe , mourut le mois paffé à
Bourg , âgé de 81. an . Il avoit
exercé cette Charge pendant
62 MERCURE
$ 7. ans , avec beaucoup de répution
; il avoit un grand attachement
pour fa Compagnie ,
compofée de Magiftrats treséclairez
& tres - integres , &
dont plufieurs font Gentilshommes.
Je ne remonte point
aux Ancêtres de ce Prefident ,
qui ont efté annoblis par les
armes , il y a trois fiecles , &
je vous parleray feulement de
ceux , qui de même que le Défunt
, fe font rendus recommandables
dans la Robbe.
Etienne de Bachet , qui vient
de mourir eftoit fils de Claude
Gafpard de Bacher , Seigneur
GALANT 63
de Meyferia , qui fut l'un des
quarante , que le Cardinal de
Richelieu choifit pour former
l'Academie Françoife , où il
merita cette place , par la profonde
érudition, repandue dans
plufieurs de fes ouvrages , du
nombre defquels eft fa traduction
de Plutarque , avec de fça.
vantes Notes Critiques , dans
lefquelles il fait remarquer un
nombre infiny de fautes groffieres
, qui avoient échapé à
Amyot,
Teur
de ce même
Auteur : il a auffi compofé
la Vie d'Eſope , fort recherchée
des Scavans , qui eft im64
MERCURE
primée à Bourg , & dans laquelle
il fait démonftrativement
connoître l'erreur de
quelques Hiftoriens , qui ont
trompé le Public dans le portrait
défiguré de ce fage Auteur
, qui l'ont repreſenté boffu
& tout contrefait
, quoy qu'il
n'eût rien de défectueux dans
fa perfonne.Mr de Bachet avoit
particulierement excellé dans
les Mathematiques & dans
l'Algebre , ayant compofé plufieurs
ouvrages fur les Sciences ,
dont il a laiflé quantité de Manufcrits
, n'ayant pas trouvé le
temps de les faire imprimer.
GALANT 65
Ceux qui font imprimez font ,
Diaphanti Alexandrini Arithmeticorum
, Libri fex; De numeris
Multangulis , Liber unus : il
avoit dedié ce dernier au fameux
Prefident Favre fon oncle
,Premier Prefident au Senat
de Chambery; fes Problemes de
Mathematique & d'Arithmetique
font dans les mains de
tous les Curieux. Les Manufcrits
font , Elementorum Arithmeticorum
, Lib. 13. Tractatus de
Geometricis queftionibus Algebram
; Appollodori Athenienfis
Grammatici Bibliotheces , five de
origine Deorum, Lib . 3.Une Tra-
Mars 1708. F
1
66 MERCURE
duction d'Agathemeres , Geo
graphe , Grec , fort exact, avec
des Notes fur cet Auteur ; &
comme ſon eſprit eftoit univerfel
, il a auffi laiffé plufieurs .
ouvrages de Poëfie ; des Notes.
fur le plus galant des Poëtes ,,
& des ouvrages de Morale ;
de fi grands talens l'avoient
fait juger digne d'eſtre Précepteur
de Louis XIII . mais
ayant appris qu'on jettoit les
yeux fur luy pour ce grand
Employ , qui l'auroit diftrait
de la lecture de fes livres , qu'il
cheriffoit plus que tous les pofzes
les plus brillans , il quitta
GALANT 67
brufquement la Cour , pour
retourner en Province . Il avoit
époufé Philiberte de Chabert ,
fille de Claude de Chabert
Ecuyer Seigneur de Becerel , de
Peronne & de Puget , de laquelle
il eut cinq enfans ; fçavoir
deux filles Religieufes , Peronne
& Marie de Bachet ,
Pierre - Gafpard de Bachet ,
mort fans avoir efté marié
ainfi qu'Antoine de Bachet ;
Jean de Bachet , qui a eu de
N. de Barbarel quatre fils , qui
font vivans ; fçavoir N. de
Bachet , Gentilhomme , fort
eftimé dans fa Province , & qui
Fij
68 MERCURE
remplit dignement l'employ
d'Elû ou Sindic de la Nobeffe
de Breffe . N. de Bachet Prêtre.
N. de Bachet Enſeigne de Vaiffeau
, Seigneur de la Garde , &
N. de Bachet , Seigneur de la
Martiniere , qui a ſervy avec
reputation , en qualité de Capitaine
dans le Regiment de la
Couronne, & en qualité d'Aide
de Camp de Mr le Commandeur
de la Beaume - Forfat ,Lieutenant
General des Armées du
Roy : il eut une troifiéme fille ,
nommée Marie , qui époufa
Mr de Bertod , Ecuyer & Seigneur
du Bourg; cette Dame
GALANT 69
*
eft dans une grande confideration.
Claude Gafpard dont je
viens de parler , cut pour pere
Jean de Bachet , Seigneur de
Meyferia & de Vauluifant ,
qui fut Juge des Appellations
de Breffe , il brilla dans cette
Dignité, qui luy fit acquerir la
reputation d'un des fçavans &
des plus integres Juges de fon
temps. Il eut deux femines ;
premiere eſtoit fille de Mr le
Comte de Chavannes , & Sebaftienne
Odiner , de la Maifon
des Comtes de Montfort.
Il époufa en fecondes noces ,
Claire de la Beviere , fille de
70 MERCURE
Jean de la Beviere , Ecuyer Seigneur
de Dananches . Jean de
Bachet eftoit fils de Pierre de
Bachet , Seigneur de Meyferia,
Vauluyfan & Lionnieres , Lieu
tenant General du Bailliage de
Breffe , fous Henry II . puis Juge
des Appellations , ou Juge-
Mage , lors que cette Province
retourna à la Savoye ; il y fur
fouvent confulté comme un
Oracle de Jurifprudence. On a
imprimé deux tomes de fes
Confultations , & un tome des
Lettres qu'il écrivoit aux plus
fçavans de l'Europe , & de celles
qu'il en recevoit . Il avoit
GALANY 70
époufé Françoife de Soria ,
Portugaife , dont le pere avoit
acheté en Breffe , où il
avoit fuivy la Ducheffe de Savoye
, les Terres de Bouvens:
& de la Garde. Cette Famille:
porte de fable à un triangle
d'or au chef coufu d'azur à
trois étoiles d'or , & elle a pour
devife Nefcit labi virtus . Je dois.
ajouter à ce que je vous ay
au commencement de cet article
d'Etienne de Bachet , qu'il
n'eft pas furprenant que
& petit- fils de tant de grands
Magiftrats en ait receu l'efprit
avec le fang ; il a paffe pour
dit
le fils
1
72 MERCURE
l'un des plus beaux genies de fa
Province ; il a foutenu ce caractere
dans tous fes difcours
publics , & particulierement
dans la Harangue qu'il eut
l'honneur de faire au Roy , au
nom de fa Compagnie en 1660
& qui fut admirée de toute la
Cour. Il brilloit auffi beaucoup
dans les entretiens particuliers,&
fur tout par fes reparties
toujours vives & remplies
de fel , & l'on a remarqué que
les mauvais Plaiſans ne l'ont jamais
attaqué par aucune raillerie.
Il n'a laiffé que deux fils ,
dont l'un ou l'autre auroient
pû
GALANT 73
pû remplir dignement l'Employ
, dont il eft mort rêvetu ,
s'ils n'avoient repris le party
de l'épée , que leurs Predeceffeurs
avoient portée avec honneur
avant que ceux dont
je viens de parler cuffent honoré
la Robbe par leur merite
perfonnel .
,
-
Mre François le Tellier Evêque
de Digne , eft mort en
cette Ville , âgé de 75. ans. Il
avoit efté Aumônier de la Reine,
& il fut enfuite nommé Curé
de S. Severin : il conferva
quelque temps fa Charge d'Aumônier
, avec la Cure de S. Se-
Fevrier 1708 . G
74 MERCURE
verin : il eut enfuite l'Evêché
de Digne , que feuë S. A. R.
Mademoiſelle demanda pour
luy au Roy ; & il remit fa Cure
à Mr Lizot fon Vicaire . Le
Clergé de Saint Severin à qui
la memoire de ce Prelat eft en
veneration, demanda fon corps
aprés ſa mort , mais fes heritiers
fouhaiterent qu'il fut enterré
dans le tombeau de fa famille ,
qui eft dans l'Eglife du Valde-
Grace ; & fon coeur fut mis
dans l'interieur du Convent .
Mr le Curé de Saint André des
Arcs dans la Paroiffe duquel il
en preſentant le ek_morr
GALANT
75
corps au Chapelain des Dames
du Val de-Grace , fit un difcours
fort éloquent ; & dit que
Sans la confideration qu'il avoit
pour la famille de ce Prelat , il
n'auroit jamais confenti à priver
fon Eglife d'un fi precieux dépoft.
Mr le Chapelain répondit par
un difcours auffi fort éloquent,
& témoigna à Mr le Curé de
S. André , que les Dames du
Val-de- Grace recevoient cetilluftre
dépoft avec beaucoup de
refpect & avec la veneration
dûe au merite de cet Evêque .
Ce Prelat eftoit auſſi Abbé
d'Aiguebelle
en Provence . Il
Gij
76 MERCURE
avoit deux foeurs , dont l'une
avoit époufé feu Mr Langlois
Maiftre d'Hoftel du Roy, dont
le fils qui a eu la même Charge
eft mort il y a un an , & dont
la fille eft Religieufe au Valde
Grace. Mr Langlois eftoit
frere de Mr Langlois Auditeur
des Comptes , qui a laiffé de
Dame N.... de Margues Saint
Germain , foeur de Me le Jau ,
Mr Langlois Conſeiller au Châtelet
. L'autre foeur de ce Prelat
avoit épousé Mr le Preftre
d'une ancienne famille de Paris ,
& frere de Mr le Preftre Auditeur
des Comptes. Quand feu
GALANY 77
Me le Tellier mere de Mr l'Evêque
de Digne vit toute fa
famille établie , & fon fils élevé
à l'Epifcopat , elle fe fit Religicufe
au Calvaire du Luxembourg
, à l'âge de plus de foixante
ans , & elle y eft morte
dans une grande reputation de
vertu .
Le Siege de Digne a esté
poffedé par de grands & de
Saints Evêques. Mr le Cardi
nal de Janfon fut d'abord Evêque
de Digne , & il en fut tiré
pour eftre élevé fur le Siege de
Marſeille. Le celebre Jean de
Vintimille oncle de Mr l'Ar-
G
iij
78 MERCURE
chevêque d'Aix d'aujourd'huy,
Occupa ce Siege avant Mr lc
Cardinal de Janfon ; il fut tiréde
l'Eglife d'Avignon dont il
eftoit Archidiacre pour eftre
élevé à l'Epifcopat ; mais l'Eglife
de Digne le perdit quelque
temps aprés , &fut obligée:
IC
de le ceder à celle de Toulon .
M Claude- Philibert de Damas
, Marquis de Thianges
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , eft mort âgé de 44. ans ,
dans une de fes Terres prés de
Nantes. Il eftoit Lieutenant general
des Armées du Roy &
Commandant à Saint - Malo.
GALANT 79
Ce Marquis n'a point laiffe
d'enfans. Il avoit époufé en
premiere noces une riche heritiere
de Bretagne , & d'une naiffance
diftinguée ; & en fecondes
noces Dame N...... de
Harlay de Breval- Chanvallon ,
niéce de feu M l'Archevêque
de Paris , & qui avoit eſté attachée
à feuë S. A. R. Mademoifelle.
Le deffunt eftoit frere de
Me la Ducheffe de Nevers &
de Me la Ducheffe de Sforze ,
& fils de feu M' le Marquis de
Thianges , Lieutenant general
des Armées du Roy , & de Dame
N de Rochechouart
80 MERCURE
de Mortemar , foeur de M' le
Maréchal de Vivonne , de Me
de Montefpan , & de Me l'Abbeffe
de Fontevrault . Feu M
le Marquis de Thianges , pere
de celuy qui vient de mourir ,
avoit deux foeurs , dont l'une
avoit épousé feu Mre N….. du
Maine Comte du Bourg , dont
eft forti Mr le Comte du
Bourg aujourd'huy Lieutenant
general des Armées du Roy ,
& fon autre four avoit épousé
Mr le Comte de Saint- Forgeux,
aîné de la Maiſon d'Albon . M
le Comte d'Albon , qui eft veuf
de Dame N.... de Crevant ,
GALANT 81
heritiere d'Yvetot , & M' le
Comte d'Albon , Archidiacre
& Comte de l'Eglife de Lyon ,
font fortis de ce mariage .
La Maiſon de Damas , dont
M' le Marquis de Thianges
cftoit le Chef, & par la mort
duquel la branche aînée eft
éteinte , eft une des plus illuftres
de ce Royaume, & Damas qui
cftoit le nom de cette Maiſon ,
en eft devenu le furnom . Le
nom de Dalmafius eftoit commun
à tous les Chefs de cette
Maifon dans le temps
que les
familles n'avoient point de furnom
. Il y a pluſieurs branches
82 MERCURE
de cette Maifon dans le Royaume
, qui font Damas Roußset ,
Damas d'Antigny , & plufieurs
autres . Feu M' le Duc de Pontdevaux
, Chef de la Maifon de
Gorrevod , parent de la Maiſon
de Thianges , fit fon heritier en
mourant il y a prés de trente
ans , Mr le Marquis de Thianges
, pere de celuy dont je vous
apprens aujourd'huy la mort..
Dame N.... Borrée , époufe
de Mr Boifot premier Prefi
dent du Parlement de Befançon
, eft auffi decedée. Elle
eftoit fille de feu Mr Borrée ,
premier Prefident de la ChamGALANT
83
bre des Comptes de la même
Ville ; & frere de Mr Borrée ,
Grand - Juge de la Terre de S.
Claude en Franche - Comté ,
diftinguez par leur merite . Me
Boifot avoit deux foeurs qui
n'ont point efté mariées , &
elle s'eftoit attiré l'eftime & la
confideration de tous ceux
qui la connoiffoient par fa vertu
& par fon merite. Elle laiffe
plufieurs enfans ; l'aîné eft Confeiller
au Parlement de Befançon
, & le fecond eſt Docteur
de Sorbonne , Grand - Vicaire
de Meaux , & Abbé de Sainte:
Marie en Franche. Comté . Feu
84 MERCURE
Mr l'Abbé Boifot oncle de ces
Mrs, eftoit un des plus fçavans
hommes du dernier fiecle , dans
tout ce qui regarde l'Antiquité
; il a fait pluſieurs ouvrages
qui luy ont acquis une grande.
réputation. Le premier Prefident
du Parlement de Befançon
a efté long - temps Procureur
general de ce Corps , & il
fucceda il y a quelques années
à
à Mr Jobelot en la Charge de
premier Prefident. Il a un frere
Inspecteur de Cavalerie ,
comme cet employ ne fe donne
qu'à des Officiers d'une
grande fageffe & d'une grande
&
GALANT 85
-
experience , on peut juger du
merite de ceux qui ont de pareils
emplois.
Mr le Chevalier de Bretüeil
Commandeur de l'Ordre de S.
Jean de Jeruſalem , eft mort
d'une goute remontée . Il eftoit
de la maifon de le Tonnellier ,
fort diſtinguée dans la Robe ,
& dont je vous ay envoyé un
Article fort étendu dans ma
Lettre de Janvier , à l'occaſion
de la mort de Me de Bretüeil ,
mere de celuy qui vient de
mourir. Il eftoit frere de feu
Mr de Bretüeil Confeiller d'Etat
, de feu Mr l'Evêque de Bou86
MERCURE
logne , & de Mr le Baron de
Bretüeil Introducteur des Ambaffadeurs
; & fils de feu Mr de
Breteüil , Controlleur general
des Finances. Mr le Chevalier
de Bretüeil eftoit Capitaine aux
Gardes . Il s'eft fignalé dans toutes
les occafions où le Regiment
des Gardes a efté employé
, il eftoit à la Bataille de
Nerwinde dans la derniere
guerre , & il y reçût de grands
éloges des Generaux qui fe
trouverent à cette memorable
Journée. Il eftoit encore fortjeune
lorſqu'il fit fes Caravanes
, pendant leſquelles il fe difGALANT
87
tingua fort , ayant efté dangereufement
bleffé en deux occafions
differentes . Mr le Grand-
Maistre de Vignacourt a fouvent
rendu juftice à fa valeur ,
ayant efté obligé d'arrêter deux
fois l'impetuofité de fon courage
qui l'obligeoit d'affronter
les perils les plus évidens .
Mr de Geys ancien Confeiller
Affeffeur Civil & Criminel
au Prefidial de Valence , ayant
eſté pourvû des Offices de premier
Prefident & Lieutenant
general de ce Siege , au mois de
Janvier dernier , fut reçu au
Parlement de Grenoble all
88 MERCURE
commencement de Fevrier
1708. Il eft originaire du Vivarez
, & d'une des plus anciennes
nobleffes de cette Province.
Arnaud de Geys , l'un
de fes predeceffeurs , époufa
Anne fille legitimée du Prince
de Poitiers , Comte de Valentinois
, qui eut en ſe mariant la
Terre de Pampelune , qui eft
encore aujourd'huy poffedée
par une perfonne deſcenduë
d'une branche de cette Maifon.
Aftorge de Geys feptiéme
ayeul du Magiftrat qui donne
lieu à cet article , fut employé
par Philippes de Valois ,
GALANY 89
lors Regent en France , à des
negociations importantes à la
Cour de Guigues Dauphin , &
en confideration des fervices
qu'il rendit , il reçut un Brevet
de deux mille écus , accompagné
de beaucoup d'éloges.
Guillaume de Geys fils d'Aftorge
, & fixiéme ayeul , fut pendant
plufieurs années au ſervice
d'Humbert II . Dauphin ,
contre les Savoyards , & deceda
en 1368. Guillaume 2. du
nom , fils de Guillaume premier
,fuivit fes traces tant dans
les Armées de Jean premier ,
qu'en celles de Charles Dau-
Février 1708 . H
90 MERCURE
phin Regent en France . François
de Geys fils de Guillaume
fecond , & Louis de Geys fils.
de François , eurent des Compagnies
d'Ordonnance , & ce
Louis eut un frere appellé Paul ,
Doyen de l'Eglife d'Alby , qui
fut un des plus fçavans Theologiens
de fon temps. Guil--
laume troifiéme du nom fut
gratifié pour fes fervices d'une
Charge de Gentilhomme chez
le Roy , & Jean ſon fils qui vivoit
en 1598. eut des Commiffions
de M' le Duc d'Anjou
pour lever des Troupes & s'emparer
de certains Chafteaux en
GALANT 91
fut
Languedoc , tenus par un party
contraire à celuy de l'Etat.
Antoine de Geys fils de Jean ,
& aycul du nouveau Prefident
mourut Lieutenant - Colonel
du Regiment de Pierregourde ,
& Jean - Antoine fon pere
Capitaine dans le Regiment
d'Auvergne. Monfieur le
Chancelier a cru le Magiſtrat
dont je vous parle digne de fa
recommandation , puifque le
jour qu'il fcella fes Provifions
pour les Offices de Prefident &
Lieutenant general à Valence ,
ce Chef de la Juſtice écrivit au
Parlement. Sa Lettre qui eftoit
Hij
92 MERCURE
adreffée à M' le premier Pref
dent contenoit ce qui fuit.
MONSIEUR ,
Fay Scellé aujourd'huy des
provifions de Prefident au Prefidial
, & de Lieutenant General
de Valence pour Mr de Geys qui
a exercé depuis vingt- cinq ans dans
ce même Siége , les charges d'Affßur
& de Confeiller. Ce long
Service & le merite perfonnel de
cet Officier , dont on m'a rendu de
bons témoignages , m'auroient porté
à le difpenfer d'un nouvel examen
,fije n'avois efté retenu par
GALANT 93
la régle que je regarde comme inviolable
de faire rendre aux Cours
fuperieures , tout ce qui leur eft dû
par lesJuges de leur resort , mais
je ne puis me difpenfer de vous
mander
que
les Cours doivent fe
porter d'elles- mêmes à procurer à
d'anciens Officiers qui ont bien fervi
le Roylepublic , laflateuſe
diftinction de les difpenfer de l'examen
, l'experience que leurs fervi
ces leur ont acquife , répondant au
public de leur capacité ; & cette
difpenfe qui eft honorable , peut exciter
les Confeillers à traiter des
premieres Charges de leur Siege, ce
qui convient parfaitement & au
94 MERCURE
bien de la Justice & a l'avantage
de chaque Siege en particulier ; ce
que je vous mande , n'eſt pas pour
vous impofer une Loy , mais pour
vous marquer feulement que
confideration des Services de Mr
de Geys m'a touché , je fuis perfuadé
qu'elle fera le même effetfur
vous. "Je fuis..
la
Cette Lettre qui eft dattée
du 15. Janvier , étant un prejugé
favorable pour tous les
Officiers des Juftices Subalternes
du Royaume , j'ay crû que
je vous en devois faire part ;
elle a efté mife dans les RegifGALANT
95
tres du Parlement deGrenoble.
Me la Comteffe de Laval ,
Mere de feu Mr le Cardinal de
Coiflin
, ayant fondé un Service
qui doit eftre celebré tous
les ans dans l'Eglife Cathedrale
d'Orleans , le jour du decés»
de ce Cardinal , avec tout l'appareil
funebre dû à la naiffance
& à la memoire de fon Eminence
, cette ceremonie fe fit
le mois paffé avec tout l'éclat
qui accompagne ordinairement
les Pompes funebres , &
le Choeur de cette Eglife , parut
decoré de la même maniere
qu'il l'avoit efté le jour des
96 MERCURE
་
obfeques de ce Cardinal . La
Meffe fut celebrée par Mr l'Abbé
de Montées Doyen de cette
Eglife & Docteur de Sorbonne
, & l'Oraiſon Funebre
fut prononcée par Mr l'Abbé
Amadious , feul Grand - Vicaire
de Mr l'Evêque d'Orleans.
Il avoit fait quelques jours auparavant
, le Panegyrique de
S. Ignace dans l'Eglife des Jefuites
de la même ville , où il
s'étoit attiré de grands applaudiffemens
; les Peres de cette
Societé connoiffent trop bien
par eux-mêmes les bons Predicateurs
pour en choisir de mediocres
,
GALANT 97
diocres , lorfqu'il s'agit de faire
des Panegyriques des Saints
de leur Societé. Quant à ce qui
regarde l'Oraifon Funebre de
Mr le Cardinal de Coiflin il
en fit un tres- bel éloge en peu
de paroles , & il rapporta que
les deux derniers Pontifes
avoient dit en parlant de fon
Eminence qu'elle eftoit aimée de
Dieu & des hommes. Il ajoûtá
auffi que Sa Majesté dit lorfqu'elle
apprit la mort , que ce
Ĉardinal n'avoitjamais mal parlé
de perfonne , que perfonne n'avoit
jamais malparlé de luy. Il
y a peu d'hommes de qui l'on
Mars 1708 . I
98 MERCURE
puiffe faire de pareils éloges ,
& comme je ne pourrois rien
dire qui fût plus à la gloire de
Mr le Cardinal de Coiflin , je
crois devoir finir cet article.
Monfignor Pallavicini Commiffaire
Apoftolique à Parme
a efté nominé Nonce extraordinaire
pour porter en Eſpagne
les Langes benits au Prince
des Afturies. Monfieur Mafei
a efté nommé Nonce ordinaire
à Florence , & Monfieur
Caraffa , fils de Mr le Prince de
Belveder a efté fait Clerc de
Chambre .
Mr Pallavicini eft d'une an-
LE
LA
VILLE
IVON
7393*
BIBLIO
LYON
VILLE#
GALANT
cienne Maifon d'Italie , qui a
donné de grands hommes à
l'Eglife ; le celebre Cardinal
Pallavicini qui avoit eſté longtemps
Jefuite , étoit de cette
maiſon . Il a fait la contre- hiftoire
du Concile de Trente ,
pour oppofer à celle que le Frere
Paul Sarpi Religieux Servite
avoit faite & que la République
de Venife , lors de les démêlez
avec le Pape Paul V. luy
permit de faire Imprimer . Le
Cardinal Pallavicini a fait plufieurs
autres Ouvrages qui ont
rendu fon nom celebre. Il
mourut vers le milieu du der-
I
ij
100 MERCURE
nier fiécle . Mr Pallavicini foutient
avec éclat l'Illuftre nom
de Pallavicini , dans la Cour de
Rome , & il a fouvent montré
qu'il étoit propre aux negotiations.
Mr le Baron de Pallavicini
Maréchal de Camp dans les
Troupes de France , & qui a
auparavant exercé la Charge
de Maréchal des Logis General
de l'Armée , eft de la même
Maiſon que Mr Pallavicini
qui va en Eſpagne .
40
Le nouveau Nonce de Florence
, eft d'une ancienne Maifon
originaire de la Campagne
GALANT
de Rome. Il eft fort verfé dans
les matieres de la Jurifprudence
Canonique : il a donné dans
plufieurs Congregations , dont
le Pape l'a fait membre en divers
temps , des marques de
fon habileté & de fon experience
dans les affaires Ecclefiaftiques.
Monsignor Caraffa qui vient
d'être fait Clerc de Chambre ,
eft d'une des plus anciennes
Maifons d'Italic ; l'honneur
qu'elle a d'avoir donné un Pape
à l'Eglife en la perfonne de
Paul IV. qui avoit été auparavant
undes premiers Superieurs
I iij
102 MERCURE
de la Congregation des Theatins
, la releve beaucoup , &
luy donne un nouvel éclat..
La maifon Caraffa eft originaire
du Royaume de Naples ,
où elle a encore diverfes branches
; elle a donné plufieurs Cardinaux
au Sacré College , & un
grand nombre de Prelats aux
principales Eglifes d'Italie, Mr
le Prince de Belveder , Pere du
nouveau Clerc de Chambre , &
Chefd'une des branches de cette
maiſon , ſe diſtingue par la
fidelité qu'il a pour le Roy d'Efpagne
fon veritable Souverain.
Les menaces , ny l'attrait des
GALANT 103
récompenfes , n'ayant pû jufqu'à
prefent donnér aucune at,
reinte à fa fidelité .
Mr de S. Quentin Gentilhom .
me de la Ville d'Apt en Proven
ce3 connû par plufieurs Ouvra
ges qu'il a donnez au public , &
par fon talent pour la Poëfic
vient de faire Imprimer uneLertre
adreffée à Monfieur de ***
fervantde réponse à Mr Mervefin
fur l'hiftoire de la Poësie 1707 .
Cette petite guerre litteraire du
re depuis prés de 2. ans & elle
eft,ainfi que bien d'autres demo
lez de cette nature, la fource d'u
ne infinité de découvertes cu
I iiij
104 MERCURE
rieufes qui fans ces diverfitez
d'opinions n'auroient peut- être
jamais efté faites . Dans cette
lettre , que l'on croit adreffée à
Mr de Chaftuëil- Galaup ami de
Mr de S. Quentin , quoyque
fon nom ne foit pas à la tête ;
l'Auteur pretend que les Gots
n'avoient jamais inondé les Gaules
, & qu'ils n'occuperent qu'une
partie des fept Provinces que
de leurs temps , on ne confondoit
point avec les Gaules : il fait
voir en même temps que les
Gaulois avoient toûjours negligé
d'aprendre le ſecret d'endurcir
l'acier , dont quelques
GALANT 10
105
Auteurs leurs ont cependant attribué
l'ufage. Mr de S. Quentin
pretend auffi , & il le prouve
fort bien, que le nom de Fatiftes
ne doit point être donné
aux Poëtes qui vivoient fous la
premiere & fous la feconde
race de nos Rois. Mr Mervefin
foutient le contraire ; &
qu'un de ces Poëtes qui vivoit
du temps de Charlemagne
, ayant mis par hazard ou
autrement dans l'Hymne de S.
Jean ut , ré , my , fa ,fol , la ,
on en fit enfuite les fix Notes
de la Mufique. La fable qui termine
cette lettre eft tres -inge
106 MERCURE
nieuſe & a attiré beaucoup de
louanges à fon . Auteur , dont
on attend l'hiftoire de S. Elzear
Gentilhomme Provençal , que
l'on acheve d'imprimer , & que
d'illuftres & fçavans Prelats de
Provence & de Languedoc ,
l'ont engagé de donner au public
. Perfonne n'eftoit plus capable
de travailler à cette vie ,
que Mr de S. Quemin , parcequ'il
connoît parfaitement la
Nobleffe & les antiquitez de
Provence.
Ileft fouvent plus difficile
de badiner agreablement dans
un ouvrage dont le fujet femGALANT
107
ble ne rien promettre , ou pour
mieux dire ne promet rien du
tout , que de réüffir , dans un
ouvrage ferieux , & dont le
fujet peut fournir beaucoup.
On trouve une infinité d'ouvrages
ferieux qui ont merité
l'approbation du Public ; mais
à peine a- t-on vû dans cha
que fiecle , deux ou trois Auteurs
, qui fur des riens , s'il
m'eft permis de parler ainſi
ont fait des ouvrages qui ont
efté generalement applaudis
& qui fans s'abbaiffer ny tom
ber dans un fade ridicule , ont
rendu des bagatelles immor108
MERCURE
telles. Enfin toute l'Europe eft
remplie d'un nombre infini de
Recueils de Lettres ferieufes ,
& celles de Voiture feules , fe
font remarquer par un caractere
que perfonne n'a pû imiter
parfaitement. On peut dire que
I'Affiche que je vous envoye ,
eft toute remplie d'invention
& d'efprit , & qu'elle doit faire
d'autant plus d'honneur à fon
Auteur , que le fujet auroit paru
fterile à beaucoup d'autres
qui font profeffion d'efprit &
qui en ont effectivement.
a
La Lettre que vous allez lire
eft d'un des Amis de l'Auteur ,
GALANT 109
& elle accompagnoit les Vers
qui la fuivent.
› MONSIEUR,
Voicy un plaifant Stratagême
pour retrouver un livre perdu ; ce
livre doit eftrepretieux à l'Auteur
de la piece que je vous envoye ,
puifqu'il contient les Oeuvres de
fen Mr Santeuil avec un éloge
magnifique à la tefte écrit defa propre
main cet éloge où ce fameux
Poëte avoit eu foin d'écrire fon
nom celuy de nôtre Auteur,
rouloit furfon goût & fur fa delicateße
dans la Poëfie . Mr SanITO
MERCURE
teüil n'eftoit point prodigue d'encens
, fur tout envers les Poëtes ,
& il eft certain qu'un pareil éloge
eft un Titre d'honneur à confer·
ver dans des Archives. La piece
que je vous envoye , vient de me
tomber imprimée entre les mains ,
le nom les qualitezde fon Auteur
n'y font marquez que par des
Lettres initiales ; fon ftile le fair
aßez connoiftre dans fa Provin
ce , e il n'apas voulu eftre connu
ailleurs. Je vous diray feulement
qu'il eft Chanoine de l'Eglife
d'Amiens , & que je vous ay
envoyé plufieurs de ces Ouvrages,
du nombredefquels font les Hym-
&
GALANT 111
nes latines qui fe chantent dans
Son Diocefe , avec leurs traductions
en Vers François ; vous avez
dû juger parfon ftile toûjours aifé
qu'il fe jouë de la Rime , & qu'il
meritoit bien l'eftime d'un des plus
grands Poëtes de noftre Siecle. Je
fuis avec toute l'eftime poffible
Monfieur, voftre &c.
Borg downin
112 MERCURE
******* ***********
ELOGE EN VERS,
REPAS EN FORME ,
On trois Ložis - d'Or en efpece
à gagner.
Santeüil jadis ce grand Poëte,
Des neuf Soeurs le docte Inter-
2
prete ,
M'avoit de fon Livre honoré
Et de fa main avoit paré
Le frontifpice de ce Livre ,
D'un éloge à me faire vivre
Plus de mille ans aprés ma mort.
Un Quidamjaloux de mon fort ,
Retient ce bien- aimé Volume
L'appuy glorieux de ma plume ,
Sans fonner mot depuis trois
ans ;
GALANT 113
( S'il prend des prêts pour des
prefens ,
Il fera fa bibliotheque
A
peu de frais , fur l'hipotheque
Qu'il s'imagine en fureté
Avoirfur tout livre emprunté :)
Son nom eft hors de ma memoire
,
Mais je l'ay dans quelque grimoire
,
Et peut- eftre qu'un beau matin
Ilme tombera fous la main .
Ou fi je fais enquête vaine ;
Du Santeuil dont je fuis en
peine ,
Toft ou tard un bon fureteur
Me déterrera l'Emprunteur.
Il fera bien de me le rendre ,
Ou par la mort , il doit s'ateendre.
•
Mais que produira mon couroux !
Mars 1708 . K
114 MERCURE
On gagne plus à filer doux ,
Si de fa part c'eft indolence ,
Si c'eft petite negligence,
En eft-il moins homme d'honneur
?
'Ainfi donc fans taxer fon coeur ,
Je luy promets , foy de Poëte ,
Et foy de * perfonne difcrete ,
Sitoft qu'il m'aura fait raison ,
Des Vers , & des Vers à foifon
Des Sonnets & des Epigrammes,
Des Rondeaux & des Anagrammes
;
Quefçait- on peut- eftre fant art ,
Par un coup heureux du hazard ,
Pourois- je en produire à fa
gloise ,
Dignes des Filles de Memoire ;
Mais fi la rime eſt à ſon goût
Viande creuſe & maigre ragoût,
Il n'a qu'à dire s'il veut faire
GALANT 115
Chere entière de C ……….
S'il eft friand de lapereaux ,
De chapons du Mans , de perdreaux
,
D'un cochon de lait , d'une
éclanche ,
D'un ragoût d'anguille ou de
tanche ,
D'un plat de fole ou de faumon
Et de vin gris , j'en ay de bon ;
En faveur de cette trouvaille ,
Nous ferons enſemble ripailles
Mais enfin , s'il ne fe rend pas
A l'efpoir touchant d'un repas ,
Et d'un éloge de ma veine ,
Que l'intereft donc me l'amene ,
Et je luy rendray grace encor ,
En luy donnant trois louis. d'or.
L'ABBE'D . C. * D. L'E. D'A .
& L'U. D. A. D. S.
Kij
116 MERCURE
Vous me demandez des nou
velles de la découverte que Mr
du Guet a faite fur l'oüye , &
dont je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois de Decembre.Il
eft peu de découvertes dont le
fuccés ait eſté auffi grand &
auffi prompt , & tant de gens
m'en ont parlé , & ont eu recours
à fon fecret , que je crois
que l'on peut dire de beaucoup
de perfonnes , Aures habent
& non audient. En effet ,
ce fecret qui regarde l'augmentation
de l'oüye , eft d'une tresgrande
utilité pour ceux qui
l'ont dure , puifque l'on peut
GALANT 117
par
fon
moyen fe parler &
s'entendre fur Mer , d'un vaiffeau
à l'autre , de plus loin
qu'il n'a efté poffible jufqu'à
prefent , même fans que celuy
qui parle foit entendu d'aucune
autre perfonne, que de celle qui
aura l'oreille à cette nouvelle
Machine , qui approche les
fons ou les tons de l'oreille ,
de même que les lunettes approchent
les objets de l'oeil .
Ainfi elle procure une infinité
d'avantages ; fçavoir , d'enrendre
de plus loin les Orateurs
, l'Opera , & la Comedie,
des loges les plus éloignées ,
118 MERCURE
&c. Mr du Guet demeuré dans
la rue de l'Arbre fec.
Le même Mr du Guet a
fait plufieurs autres décou
vertes , parmy lefquelles il
s'en trouve qui peuvent eſtre
tres - utiles à l'Etat , & dont il
a donné plufieurs Memoires à
Meffieurs de l'Academie des
Sciences qui les ont fait mettre
dans leurs Regiftres Je pour
ray vous en faire part lorfque
je feray moins accablé des nouvelles
du temps. Je paffe à celles
qui regardent les dons qui
ont efté faits par le Roy d'Efpagne
, toûjours prompt à
GALANT 119
récompenfer ceux qui le fervent.
Ce Prince a donné le Regiment
Royal du Prince des Af
turies dont Mr le Marquis de
Prado s'eft démis à caufe de fes
infirmitez , à Don Joſeph de
Carillo , & celuy dont ce der
nier eftoit pourvû a cfté donné
à Don Jofeph de Vribé , Lieutenant-
Colonel du même Regiment
.
Le Regiment de Cavalerie
de Mr le Marquis de la Ramblas
Corregidor de Carmona , a
efté donné à Don Nicolas de
San Severino..
120 MERCURE
Sa Majefté en recompenfe
des fervices de Mr le Marquis
de Miravel , luy a établi deux
mille ducats de rente fur les
biens confifquez en Arragon ,
& la place de Veedor & Contador
de Ciudad - Rodrigo a
efté donnée à Don Manuel de
Alizez - y- Salzedo , qui a fair
voir fon zele & fa fidelité en
plufieurs occafions importantes.
Mr le Marquis de Prado qui
eft d'une tres grande naiffance ,
puifque fa maiſon eftoit déja
connue en Caftille fous le regne
de Henry IV. a fervy
avec
GALANT 121
avec beaucoup de réputation
fous le regne du feu Roi & dans
les premieres années de celuy
de Philippes V. Ce Monarque
en recevant fa démiffion , luy
témoigné devant toute la Cour
la fatisfaction qu'il avoit de fes
fervices .
a
Don Jofeph de Carillo qui
a cu ce Regiment , qui eft un
des plus importans qui foient
dans les Troupes de Sa Majefté
Catholique , a beaucoup fervi ;
il donna des preuves de fon
courage à la Bataille d'Almanza
, & à la fin de cette fameufe
Journée Mr le Duc de Berwick
Mars 1708 . L
122 MERCURE
luy donna de grandes louanges
. Il eft d'une famille originaire
de la vieille Caftille. Le
Regiment qu'il a quitté eft
auffi tres- confiderable ; c'eſt un
vieux Corps , & Don Jofeph
de Vribé qui en eftoit Lieutenant
- Colonel & à qui il a
efté donné , en commandoit
un Bataillon à la Journée d'Almanza
; fon Colonel le prefenra
à Mr le Duc de Berwick ,
comme un Officier d'une valeur
& d'une fidelité éprouvée.
or
Don Nicolas de San Sevetino
qui a eu le Regiment de
-
GALANT 123
-
Cavalerie de Mr le Marquis de
la Rambla , eft d'une maison
fort ancienne , fortic il y adéja
longtemps du Royaume de Sicile
, où elle tenoit un rang
tres confiderable fous les regues
des deux Reines Jeannes.
Ce furent même des Seigneurs
de cette Maiſon qui donnerent
lieu aux revolutions qui arriverent
dans le Royaume de
Naples fur la fin du regne de
Jeanne L. & depuis que cette
Maiſon a paffe en Eſpagne ,
elle n'y a pas tenu un moindre
rang. Don Nicolas de San Severino
a rendu ce nom encore
2
Lij
124 MERCURE
plus illuftre qu'il n'eftoit par
les marques de valeur qu'il a
données dans les guerres qui
troublent cette Monarchie depuis
quelque années .Mr le Mar- ›
quis de la Rambla qui avoit ce
Regiment , eft auffi d'une naiffance
fort diftinguée . Sa Maifon
eft alliée à celles de Velafco
& de Medina- Sidonia , &il
a toujours fervi avec beaucoup
de reputation ; il entendoit parfaitement
le fervice de la Cavalerie.
Mr le Marquis de Miravel
que le Roy d'Efpagne vient
de gratifier de deux mille du-
I
GALANT 125
cats de revenuja donné des marques
de fa fidelité dans la guerre
d'Arragon & de Valence ;
il a contenu par fes foins , les
peuples des terres qu'il a dans
ces Etats , & il leur a infpiré les
fentimens d'une parfaite foumiffion
& d'une fidelité fincere.
Il eft d'une Maifón fortie de
Bearn & établie dans la Navarre
Eſpagnole dés la fin du penultiéme
fiecle .
Don Manuel de Alizez y-
Salzedo , qui a eu la place de
Veedor & de Contador de
Ciudad Rodrigo , cft d'une famille
où le zele pour le ſervice
L iij
128 MERCURE
des Rois d'Efpagne femble
hereditaire. Son pere & fon
grand - pere fe font fignalez
pour le fervice des Rois leurs
maiftres en diverfes occafions.
La Charge de Veedor & Contador
répond à celle de Corregidor
, & elle a même des droits
que cette derniere n'a pas . La
fituation de Ciudad - Rodrigo
rend cette Charge importante.
Sa Majefté Catholique a auffi
donné à Mr le Duc d'Atrifco
Prefident du Confeil des Indes
la clef de Gentil homme
de la Chambre avec les entrées;
ce Duc eft d'une ancienne mai-
4
GALANT 127
fon originaire du Royaume de
Naples , & il eft allié aux Scigneurs
les plus qualifiez de ce
Royaume-là , du nombre def
quels font Mr le Duc de Popoli,
& Mr le Prince de Cellamare ,
neveu de Mr le Cardinal dél
Giudice. Ce Duc eft auffi allié
aux maifons de Velafco & de
Bragance, ainfi qu'à Mr le Duc
de Medina - Sidonia. La maifon
de Spinola , dont Mr le
Marquis de Loz- Balbazez eſt
chef , c'eft à dire de la branche
établie en Efpagne , eft auf-
-fi entrée dans l'alliance de celle
de Mr le Duc d'Arrifco. Ce
Liiij
128 MERCURE
Duc a porté les armes avec
beaucoup de diftinction ; il fit
la Campagne d'Italie avec Sa
Majefté Catholique , feulement
pour accompagner ce Prince ,
& il fe trouva à la Bataille de
Luzzara. Il n'a point quitté la
Cour d'Efpagne depuis ce
temps - là , fa Charge de Prefident
du Confeil des Indes l'y
attachant indifpenfablement.
L'honneur que le Roy d'Efpagne
vient de luy faire , & les.
prerogatives qu'il y a attachées ,
font de fortes marques que ce
Prince eft fatisfait de fes fervices
; il le luy fit connoître pu
GALANT 129
"
bliquement en luy declarant
qu'il luy donnoit les entrées.
avec la clef de Gentil- homme
de fa Chambre. Toute la Cour
d'Espagne a marqué beaucoup
de joye de l'honneur qui vient
d'eftre fait à ce Duc .
Sa Majefté Catholique a
fait le même honneur à Mr le
Marquis de Campo - Florido
Treforier Major de la guerre ,
fans luy donner les entrées . Ce
Seigneur eft d'une maiſon òriginaire
de l'Eftramadoure ; fes
ancêtres ont donné en diverfes
occafions des marques écla
tantes de leur fidelité . L'Aycul
130 MERCURE
de Mr le Marquis de Campo .
Florido fervit utilement le Roi
Philippe III . en plufieurs negotiations
où ce Prince l'employa
, & dans les Guerres que
I'Efpagne cut fous ce Regne.
Cette maifon a produit des perfonnes
d'un grand merite le 4
aycul de celuy qui donne lieu à
cetarticle, fut fort confideré par
la Reine Jeanne mere de l'Empereur
Charles- quint . Cette
Princeffe luy donna des mar
ques d'une confiance tres - particuliere,
& aprés la mort du Roy
Philippes fon Epoux , elle ne
voulut plus que ce Seigneur
IGALANT 131
s'éloignaft d'elle. Ce Marquis
à fervi avec beaucoup de
reputation , & il a fait fes pre
mieres Campagnes en Flandre ,
& feu Mr le Prince de Bergues
rendit de grands témoignages
en la faveur à la Cour d'Efpa
gne.
Le même Monarque a nommé
le Pere Diego Marcillo
Trinitaire , Evêque de Nicara
gua à l'Evêché de la Paz. Ce
Prélat eft dans une haute efti
me en Eſpagne , & fon meri
te feul le tira du Cloiftre pour
l'élever à l'Epifcopat ; il eft
d'une famille tres confiderable
132 MERCURE
& originaire de Caftille L'Evêché
de Nicaragua qu'il vient
de quitter , eft dans l'Amerique
Septentrionale
entre les Hondures
& Cofta Ricca , dans la
Province du grand Gouvernement
ou Parlement de Quatimala
dans la nouvelle Eſpagne
..
Ce Siege eft fufragant de l'Archevêché
de Mexique ; la Paz
eft une ville de l'Amerique
Meridionale
dans le Perou , & elle
eft fituée fur la Riviere de
Cayane , entre les Montagnes
du Brefil qu'elle à au levant ,
& le Lac de Titioca qui eft au
couchant
. On écrit de ce paysGALANT
133
là que c'eſt le Viceroy du
Perou qui a demandé Mr l'Evêque
de Nicaragua pour remplir
le Siege de la Paz qui étoit
vacant depuis quelque- temps .
parcequ'il connoift fon merite
& fes grands talens l'ayant , vû
long- temps en Eſpagne , lorfque
cet Evêque n'étoit encore
que Religieux Trinitaire.
Le Siege de la Paz n'eftant
gueres plus confiderable que
celuy de Nicaragua , ce n'eft
que pour le bien de l'Eglife de
la nouvelle Efpagne que ce fa
ge Prelat a confenti à cette
tranflation , d'autant plus qu'il
134 MERCURE
connoiffoir l'Eglife de la Paz
y ayant fervi avant que d'eftre
fait Evêque de Nicaragua.
Le Docteur Don Simon de
Guinda-y - Apeftegui , Chanoine
regulier de Roncevauz a cu
l'Abbaye de S. Ifidore de Leon .
Il eft fort connu par les progrés
qu'il a faits dans l'étude de
la Theologie, & de la Jurifprudence
Ecclefiaftique; l'Univerfité
de Salamanque où il a étudié
a vû en diverfes occafions , les
fruits de fes travaux , & fesActes
publics qu'il y a foutenus avec
de grands applaudiffemens . La
famille dont il eft forti , eft oriGALANT
135
ginaire de la vieille Caftille où
elle tenoit déja un rang confi
derable fous les Regnes de Ferdinand
& Ifabelle , & fous ceux
de Philippe I. & de Jeanne ſa
femme. L'ayeul du nouvel Abbé
de S. Ifidore , cut beaucoup
de part à le confiance du Roy
Philippe III. Ce Prince l'auroit
même élevé dans les Charges
fi la mort ne l'eut prevenu.
Don Alexandre de Guinda fut
un des plus habiles Theolo
giens de Caftille du 1. Siecle;
contribua dans un voyage
qu'il fit en France à la converfion
de Mr Berger Confeiller
136 MERCURE
au Parlement de Paris , qui
étoit un des fix Confeillers reformez
qui devoient eftre dans
ce Parlement fuivant les termes
de l'Edit de Nantes . Il écrivit
contre quelques Ouvrages que
les Reformez affemblez à Chatelleraut
en 1611. avoient mis
au jour , du nombre defquels
étoient le livre que Mayerne
publia en ce temps- là , dans lequel
il foûtenoit qu'il ne falloit
jamais admettre au gouvernement
, ny les enfans ny les femmes
, & celuy que Gourmandiere
fit auffi imprimer fur le
droit des Rois. Ces deux livres
GALANT 137
contre lefquels l'Auteur Efpagnol
s'éleva avec beaucoup de
zele , eurent un fort mauvais
fort en France , & ils y furent
défendus & tous les exemplaires
fupprimez . D. Alexandre écrivit
auffi contre le Myftere d'Iniquité
de deffunt du Pleffis Mornay
, & il fit voir le ridicule &
l'extravagance de cet ouvrage
dicté par le démon de l'herefie .
Cet Auteur ébranla beaucoup
de Ferrier dans quelques conferences
qu'il eut avec luy , &
ces conferences donnerent lieu
à de vives
reprimandes que
Synode National de Privas fit
Mars 1708.
M
le
138 MERCURE
a ce Miniftre ; le Miniftre Dumoulin
qui étoit fa partic
declarée l'y denonça comme
un homme qui avoit des relations
fecretes avec l'ennemi implacable
des Proteftans . C'eft
infi qu'il nommoit Don Alexandre
de Guinda ; Ferrier trop
fuperbe pour obeit aux ordres
que le Synode de Privas luy
donna , fe reveilla ; mais la
mort de D. Alexandre empêcha
l'effet & la fuite de cette
affaire..
Ce même Prince a choifi
pour fon Predicateur ordinaire
le Pere Vincent d'AgramonS
GALANT 139
te- y-Toledo , Carme du Monaftere
de Valence , à caufe de
fa fidelité & des fervices qu'il
a rendus en plufieurs occafions
importantes. S. M. C. a preferé
ce Religieux à plufieurs perfonnes
que l'on propofoit pour
le même employ fur le Portrait
avantageux que luy en
a fait Mr le Cardinal Portocarrero
, qui l'a oui prêcher plufieurs
fois , & qui eſt témoin
des fruits qu'il a faits dans la
Caftille par les Predications . Ce
Religieux eft d'une famille originaire
du Royaume d'Arragon
& qui a produit plufieurs
Mij
140 MERCURE
perſonnes de Lettres . Un Eeclèfiaftique
qui portoit le même
nom que le nouveau Predicateur
de S. M. C. fut fort confideré
à la Cour des Rois Philippe
II. & Philippe III. fon fils.
Son merite luy fit d'illuftres
amis ; & fa pieté l'auroit élevé
aux Dignitez les plus confiderables
de l'Eglife , fi fon extrême
humilité ne l'cuft obligé de
prendre le party de la folitude
pour fuir les honneurs qu'on
luy deftinoit. Galá
J'avois refolu de ne pas m'étendre
davantage ce mois - cy ,
fur les graces répandues par le
GALANT 141
Roy d'Espagne , fur plufieurs.
de fes Sujets ; mais je me trouve
obligé de vous faire part
d'une Lettre que je viens de re
cevoir , qui continuëra de vous:
faire connoiftre l'attention de
Sa Majefté Catholique , a récompenfer
la fidelité de tous
ceux qui ont exposé leurs biens
& leur vie pour fon fetvice ..
Vous trouverez dans cette Lettre
plufieurs faits hiftoriques
dignes de voftre curiofité , &
Vous yremarquerez que ce que
la Catalogne a de plus illuftre
& de plus diftingué , eft demeuré
inviolablement attaché à
142 MERCURE
fon legitime Souverain.
A Madrid ce 12. Fevrier 1708 .
Quelque idée que l'on fe foit
formée des Catalans en France ,
il ne faut pas s'imaginer , Monfieur
, que leur deffection ait efté
generale. Quelques-uns à la verité,
féduits par des efprits brouillons
&inquietsfe font laiffez aller
impetueufement à l'enteftement
que la Nation a toujours enë
pour le maintien de fes Privileges.
On n'y avoit point touché
; mais ceux qui avoient intereft
à les faire revolter , ne cefGALANT
143
foient pas de leur dire qu'on y vou
loit toucher, eh dequoy un peuple
n'est-il pas capable , lorſqu'il ſe
flate de trouver quelque avantage
dans le changement de Gouvernement
! pluſieurs autres ont été entraînez
par le torrent : foit parfoibleße
,foit parcette lâche politique
qui oblige fouvent les hommes à
ceder aux évenements ; quelquesuns
de ceux- cy ont reniécelui qu'ils
aiment toûjours dans le fonds de
leur coeur & foumis exterieurement
à l'Archiduc , ils foûpirent
interieurement aprés l'heureux mo
ment qui doit les en delivrer. Enfin
il s'eft trouvé dans le Pays ,
144 MERCURE
des
parmy la Nobleffe fur tout ,
ames vrayment Caftillanes : fermes
, inebranlables , qui dans la
Revolution fe fontfait une gloire.
defignaler leurfidelité , & qui ont
mieux aimé fortir de la Catalogne's
le baton blanc , pour ainsi
dire , à la main ; que de manquer
en la moindre chofe à leur devoir.
Le Roy d'Espagne fenfible à
l'attachement
de ces genereux Sujets
, a fait tout ce qui dépendoit
de luy dans les conjonctures où il
fe trouvoit pour les foulager. Son
coeur genereux (nous nous en appercevions
) fouffroit de ne pouvoir
J
faire davantage , ce n'étoitpas,
Lans
GALANT 145 .
Jans impatience que Sa Majesté
attendoit l'occafion de reconnoiftre
leur zele. Elle s'eft prefentée. L'opiniâtreté
inoüye des habitans de
Xativa l'a fournie , & Sa Majefté
l'a faifie avec plaisir. Vous
vous- même l'a- avezfçû, Mr,
vez appris au publicpar vos Mercures
, que jefuis bien aife de vous
dire être lûs icy avec autant d'avidité
que par toute l'Europe ;
vous avez , dis-je , ſçû l'Arreſt
que la Justice du Roy avoit pro
noncé contre cette Ville , & vous
n'avez pas ignoré que ce Grand
Prince , qui à l'exemple du Roy
fon Ayeul , ne punit qu'avec pei-
Mars 1708.
a
N
146 MERCURE
ne , s'eftoit depuis laiſſe toucher à
la mifericorde.
Xativa , il est vray , la rebelle
Xativa ne fubfiftera plus ; cette
ville infidelle ne fait pourtant que
changer de nom , & elle en reçoit
un plus glorieux pour elle , puifque
c'est celuy du S. Apoftrefous
la protection duquel Sa Majesté
Catholique a efté mife dans les
fonds du Bateme. Elle perd un
nom ancien à la verité , mais devenu
fi odieux que la poſterité la
plus reculée n'auroitpú le prononcer
qu'avec horreur ; & elle en reçoit
un nouveau qui femble deasenir
pour elle , une espece de BateGALANT
147
me , tel à peu prés que celuy que
l'Eunuque Etiopien de la Reine
Candace , reçût des mains du Diacre
Philippe , & il y a lieu d'ef
perer que ce S. Levite ſe joignant
au S. Apoftre , fera dans cette
ville par fon interceffion auprés de
Dieu , le même changement qu'il
opera autrefois parfes inftructions
dans celle de Samarie . Vous vous
appercevez, Mr , par monftile que
j'entre dans le goût du Païs ,
faut s'accommoder augenie de Nations
chez lefquelles onfe trouve.
Cependant comme plufieurs des
habitans de Xativa ont efté tuez
dans leur opiniâtre deffenſe ; &
il
Nij
148 MERCURE
que
a
d'autres emportez par l'esprit
de revolte qui lespoffede , au lieu
de recourir à la clemence du Roy ,
continuent encore de porter les armes
contre luy , leurs biens font
reftez justement acquis & confifquez
au profit de Sa Majefté , &
c'eft de ces confifcations que ce genereux
Monarque vient de fe
fervir pour dedommager une partie
des fidelles Catalans , en affignant
, aux plus qualifiez , fur
tout à ceux quife font le plus facrifiez
, des fommes confiderables
fur les biens des rebelles de Xativa
; fçavoir ,
GALANT 149
A Mr le Marquis d'Argenfola pour la
valeur de 12000. Ducats ,
A Mr le Marq . de Gironella.11000 , duc.
A Mr le Comte d'Arnius . 20000. ducats
A Dom Antoine Doms .
A Mr le Baron de Jofa.
A Dom Jean Copons.
A Dom Raphaël Cortada.
A Dom Joſeph Alos ..
Total
12000 , ducats
12000. ducats
8000. ducats
20000. duc.
8000 , ducats
104000.
duc.
Souvenez- vous , s'il vousplaift,
Monfieur , que le Ducat vaut
quatre livres dix fols monnoye de
France , & par-là , il vous eft aifé
de voir quelle eft la magnificence
du Roy d'Espagne , puifque les
prefents qu'il vient de faire , mon
tent à lafomme de quatre centfoixante
huit mille livres.
N iij
150 MERCURE
Mais ce n'eft pas affez de vous
avoir nommé ces Seigneurs , il
faut vous les faire connoiſtre chacun
en particulier perfuadé que
vous vous ferez un vray plaiſir
de confacrer leurs noms & leurs
belles qualitez à la pofterité. Voicy
donc , Mr , ce que j'en ay appris
des perfonnes dignes de foy
vous pouvez compter fur ce
que j'ay l'honneur de vous en écrire
commefur la pure verité.
Don Jerôme de Rocaberti
Marquis d'Argenfola , Gentilhomme
de la Chambre de S. M.
C. & Confeiller au Suprême
Confeil d'Italie , eft fils de Dom
par
1
GALANT 151
Jofeph de Rocaberti , premier Prefident
du Confeil de la Cour des
Aides à Barcelone. Ils font iffus
des anciens Vicomtes de Rocaberti,
qui depuis ontporté le titre de Comtes
de Peralada , dont le Chef eft
aujourd'huy Grand - d'Espagne.
Mr le Marquis d'Argenfola
épouse Donna Maria Francifca
de Loupia , d'une ancienne maison
de Catalogne fortie du Roussillon.
Il en a un fils , Don Jofeph de
Rocaberti , jeune homme d'efprit
inftruit dans les belles lettres ,
qui promet beaucoup . Le P. Jofeph
Rocaberti Jefuite n'eft pas un
des moindres ornements de cettefa
ج و م
Niiij
152 MERCURE
mille. Le Roy l'a honoré depuis la
revolte de Catalogne , du Titre de
fon Predicateur de celuy de
Qualificateur du Tribunal Supréme
de l'Inquifition . Nous avons
connu dans le dernier Siecle , le
P. Thomas Rocaberti General de
l'Ordre de S. Dominique mort depuis
8. à 9. ans , Archevêque de
Grand Inquifiteur Valence
d'Espagne.
Don François d'Agullo - Pinos
Marquis de Gironella , Gentilhomme
de la Chambre du Roy ,
Meftre de Camp de Cavaleric , a
fervi des fapremiere jeuneffe avec
diftinction . Son pere Don Jofeph
GALANT 153
Marquis de Gironella , aprés avoir
efté Colonel , Sergent Major de
Bataille & General de l'Artilerie
, mourut Gouverneur de Ceuta
, & Capitaine General des
Troupes du Roy Catholique en
Affrique. Leur Maiſon eft alliée
aux Marquis d'Ayetone , aux
Ducs d'Ixar , & à Mr le Duc
d'Albe Ambaſſadeur en France
; & elle a donné à l'Eglife
plufieurs fujets qui fe font rendus
autant illuftres par leur fcience
par leur pieté, que ceux qu'elle a
fournis aux Armées ſe font diftinguez
par leur courage & par
leur fidelité. Mr le Marquis de
154 MERCURE
Gironella a épousé Donna Maria-
Francifca de Gagariga - Crexel ,
fortie de la Maifon des Comtes
de Crexel , dont eftoit le grand
Dalmau ( Dalmatio ) de Crexel ,
qui s'immortalifa à la fameuse
Bataille donnée contre les Maures
prés des Montagnes dites les
Naves de Tolofe , qui feparent
la Caftille d'avec l'Andaloufie ,
l'an 1212. Le Roy de Caftille
Alfonfe VIII. on IX. furnommé
le Bon , fe trouva à cette memorable
Fournée avec les Rois
d'Arragon , Pierre II. &de Navarre
, Sanche I. Ces trois Prinees
defererent unanimement le comGALANT
155
mandement general des Troupes
au Comte de Crexel.Il les conduifit
fi bien qu'elles remporterent une
des plus étonnantes Victoires dont
on ait jamais oii parler , puifque
l'on tient que les Maures y laifférent
deux cens mille hommes ;
mais ily périt luy vingt- cinquiémefeulement
. Cefut à cette fournée
que le Roy de Navarregagna ,
dit- on , les Chaînes qui ont fervi
d' Armoiries àfes Succeffeurs. Les
trois Monarques crurent ne pouvoir
mieux honorer la memoire de
Dalmau de Crexel , qu'en portant
eux- mêmesfon corps au Tombeau
. L'Eglife d'Eſpagnefait tous.
C
156 MERCURE
les ans le 16. Fuillet une Fefte
particuliere fous le Titre de
Triomphe de la Croix , en memoire
de cet incroyable fuccés . Don
Emmanuel d'Argullo Ecclefiafti-
que de merite , Treforier de
l'Eglife Cathedrale de Barcelone
n'a pas eu moins de generofité que
le Marquisfon frere , pour abandonnerfa
Patrie dés qu'il l'a vûë
rebelle.
Don Michel -Jean de Taverner
- d'Ardenne & d'Arragon ,
Comte de Darnius , Gentilhomme
de la Chambre , & Brigadier des
Armées du Roy Catholique , a
fervi d'abord en qualité de CapiGALANT
157
taine d'Infanterie, enfuite deCarvalerie
, puis de Colonel d'Infanterie ,
s'eft trouvé dans presque toutes
les actions de la derniere guerre en
Catalogne ,fur tout aux deffenſes
de Gironne , de Campredon , de
Barcelone , &c. Il a auffi fervi
dans ces derniers temps ; mais fes
infirmitez ne luy permettent plus
de continuer. La Maifon de Taverner
eft confiderable en Catalogne
, & elle s'y est toujours diftinguée
parfa fidelité & parſon attachement
à fes Princes. Ily paroift
en ce rencontre , puis qu'aprés
la prife de Barcelone par "Les Alliez
, ce Comte & fes freresforti158
MERCURE
rent de cette Ville avec un de leurs
oncles Chanoine de Barcelone , où
depuis plus de cent cinquante ans
ily a eu fans interruption un homme
de la Maifon de Taverner dans
le Chapitre de cette Cathedrale.
Ces Seigneurs n'emporterent que
ce qu'ils pûrent mettre fur eux.
Leurs maifons furent pillées par le
peuple , & ils eurent la douleur de
perdre en chemin leur oncle le Chanoine
, homme de foixante- dix ans,
qui mourut à Guadix dans la Grenade
, des fatigues qu'il avoit ef
fuyées dans fa fuite. Ils fe rendirent
enfuite à Perpignan prés d'un
autre de leur oncle Don MichelGALANT
159
que
Jean de Taverner & Rubi Evéde
Gironne , qui s'y eftoit refu
gié aprés que fa Villefefut renduë
l'Archiduc
. Nous apprenons
que ce Prelat qui eft un venerable
vieillard , d'une preftance ma→
jeftueufe , foutient dans le lieu de
fa retraite , la perte de fes revenus
qui font de trente mille livres
de rente , avec une pieté des plus
édifiantes , & un zele inexprimable
pour fon Roy. Il eftoit premier
Prefident du Confeil Souverain de
Barcelone , & en cette qualité il
avoit retenu les peuples dans leur
devoir , tant qu'ils l'avoient voulu
écouter. Ceux de fes neveux
160 MERCURE
qui font à prefent auprés de luy;
font , outre Mr le Comte de Darnius
que le Roy vient de récom
penfer : Dom Jofeph Taverner
Chanoine de Barcelone ; Don
François Chanoine de Gironne
Don Felix Abbé de Campredon ;
Don Olaguer , & Don Bernardin
Taverner Chevaliers de Malthe
qui fervent tous deux dans l'Armée
de Rouffillon en qualité de Capitaines
d'Infanterie . Doñna Luifa
d'Aragon leur ayeule maternelle
, eftoit du fang des Ducs de
Villa-hermofa ; & c'est en vertu
des droits qu'elle avoit fur les biens ·
de cette Maifon que Mr le Comte
GALANT 161
la
de Darnius , aîné de fespetits-fils ,
difpute ce Duché , vacant par
mort de Don Charles d'Aragon
de Borja , dernier Duc de Villahermofa
, que nous avons vû Gouverneur
de Flandre , puis Viceroy
de Catalogne. Leur pere eftoit Don
François Taverner Rubi quife
trouvant premier Conful de Barcelone
; & en cette qualité Colonel
de la Garde de la Ville , lorsque
Mr le Duc de Vendofme prit cette
Place en 1697. alla mourir de
douleur quinze jours aprés, à quin-
༢༩ lieues de là dans une Terre où
il fe retira. Il avoit épousé Donna
Ignacia d'Ardenne & d'Aragon ,
Mars 1708 .
162 MERCURE
d'une tres - illuftre Maifon fortie
des anciens Comtes d'Ardenne en
Flandres. Cette Maifon a euëde
grands hommes d'armée. L'an
1400. elle contracta alliance avec
les Seigneurs du Viviers au Diocefe
d'Alet , fortis des anciens Vicomtes
de Narbonne , & dont vous
avez à la Cour Mrde Tournefort
>
Enfeigne des Gardes du Corps &
Brigadier des Armées du Roy.
Guillaume du Viviers , l'un de fes
ancestres , épousa en ce temps - là
Conftance d'Ardenne . Raymond
d'Ardenne fe maria auffi dans le
même temps avec Ifabelle de Ve-
Zis & Caftro ; ce qui luy donna
GALANT 163
alliance avec la Maifon deJoyeufe
en France. Madame de Taver
ner mere du Comte de Darnius &
de fes freres , eftoit fille s'eft
trouvée heritiere de Don Jofeph
d'Ardenne Comte d'Illes , Lieutenant
general des Armées du Roy ,
qui rendit dans fon temps degrands
fervices à Sa Majesté Tres - Chrêtienne
en Catalogne & dans le
Rouffillon . Cette Dame avoitpour
frere Mr le Comte d'Illes mort
Brigadier des Armées du Roy , &
Meftre de Camp du Regiment
Royal de Rouffillon , fans laiffer
d'enfans Fans de N.... de Calvo , niece
du fameux François Comte de
O ij
164 MERCURE
Calvo, Lieutenantgeneral des Ar
mées du Roy , & Chevalier de fes
Ordres ; & foeur de Mr le Marquis
de Calvo , Colonel du Regiment
Royal , Brigadier des Armées
de Sa Majesté, tué à la Bataille
de Spire l'an 1703. le vieux
Comte d'Illes avoit encore unefille
Louife d'Ardenne qui fut reçûë
en 1667. fille d'honneur de feuë
la Reine de fainte memoire , Marie
- Therefe d'Autriche ; & qui
dans lafuite s'eft faite Religieufe
chez les Carmelites du Fauxbourg
Saint Germain où elle est encore.
Fille non - moins recommandable
parfon merite perfonnel & parfa
GALANY 165
vertu , que parfa naiffance.
Don Antoine Doms - de Santa-
Pau, Gentilhomme de la Chambre,
Confeillerdu Confeil fuprême des
Indes, a fervi longtems foit fous le
feu Roy foitfous celui ci en qualité
de Capitaine des Gardes de Catalogne,
Employ confiderable , gui
eft comme hereditaire dans fa famille,
dans lequel à l'exemple de
fes Ancêtres , il a donné en toutes
les occafions où il s'eft trouvé
des marques defa conduite defa
valeur. Le Roy avoit déja recompenfé
ily apeu detemps , la fidelité
de ce Seigneur par une Place
dans le Confeil des Indes. Safa
166 MERCURE
mille qui a toujours bien fervy la
Religion & l'Etat , eft des plus
respectables de la Catalogne , &
originaire du Rouffillon . Elle fubfifte
encore dans cette derniere Province
, en la perfonne de M M.
Jean & Jofeph Doms , quiyfont
Seigneurs de diverfes Terres. Don
Antoine Doms a épousé Donna
Terefa de Carriera , de la Maifon
des Comtes de Solterra , anciens
dans la Catalogne , & qui
ont bien fervy. C'est une Dame
d'une fermeté d'une grandeur
d'ame à toute épreuve. Elle n'a
que deuxfilles, Donna Caëtana,&
Donna Ignacia Doms, qui brillent
GALANT 167
beaucoup en cette Cour. Mr le
Marquis de Caftel- dos-Rios Ambaſſadeur
à la Cour de France ,
Viceroy du Perou , & dont vous
avez fi fouvent publié , avec
justice le merite & les vertus , a
époufe la foeur de Don Antoine
募
Doms.
Don Jean deJofa & Agulla ,
Baron de Jofa , eft un Cavalier
d'un merite
particulier , & d'un
zele ardentpour lefervice du Roy.
Safamille qui a donné divers Sujets
à l'Eglife & à l'Etat , eft fi
recommandable , particulierement
à Solfone , qu'on s'y croit tres- honoré,
de pouvoir faire des allian168
MERCURE
ces avec elle. Don François de
Agullo , Archidiacre & Jofa
Chanoine de Barcelonne , fait honneur
à cette Maifon , par fa pieté
&par fon fçavoir , qui donnent
lieu d'efperer de le voir monter aux
premieres Dignitez.
Don Jean de Copons, Marquis
de Moya , Brigadier des Armées
du Roy Catholique , eft parvenu
à ce degré , aprés avoir esté longtemps
Colonel d'Infanterie Efpagnole
; à la tête de ce Regiment
, il a donné en plus d'une
occafion, de grandes preuves defon
courage. Son neveu Don Auguftin
Copons, Gentilhomme de la Chambre
,
GALANT 169
bre , a eu l'honneur de fuivre le
Roy, & defefignalerfous lesyeux
de Sa Majefté , dans toutes fes
campagnes d'Italie , de Portugal ,
de Catalogne & de Caftille . Il
s'eft enfin trouvé auSiegedeLerida.
Peu deMaifons de Catalognepeuvent
le diſputerpour l'antiquité à
celle de Copons , que nous écrivons
Copones en François. On
les tient fortis des anciens Copons ,
originaires de Tivoli , fi renommezfous
le Regne des Empereurs
Romains , & dont Cefar fait
mention dans fes Commentaires ;
Ciceron dans fon Oraifon , pro
Cornelio Balbo; Jofeph dansfon
Mars 1708 . P
170 MERCURE
Hiftoire des Guerres des Juifs ,
Livre 2. au fujet de Titus Coponius
, Chevalier Romain , Intendant
en Judée , fous l'Empire
d'Augufte; & Plutarque dans la
Vie de Marius Crallus. Je me
reffouviens d'avoir lû toutes ces
preuves dans l'Hiftoire de Tivoli,
compofée en Italien , vers le milieu
du fiécle precedent,par François
Martio, où ilprouve que les Copons
de Catalogne,fontfortis de ces Coponius.
Quoy qu'il enfoit,ily a en
Catalogne , fix à fept branches de
sette Maifon , qui ont fourny aux
Rois d'Arragon de Grands Hommes
, foit pour la Guerre , foit
GALANT 171
pour les Ambaffades , foit proche
de leur Perfonne. Bofio fait une
tres-honorable mention dans fon
Hiftoire de Malthe , du Chevalier
Hugues Copones Catalan ,
qui fe fignala extremement à la
deffenfe de Rhodes , l'an 1522 .
qui fut enfuite Drappier de l'Ordre,
& eut des emplois des plus
honorables. Une branche de cette
Maifon paffa en Rouffillon , lors
de la Revolution de l'année 1640.
& c'est d'elle qu'eftforty Michel
Copones , aujourd'huy fecond Prefident
au Confeil Souverain de
Rouffillon
.
Don Raphaël de Cortada afer-
Pij
172 MERCURE
vy le Roy avec beaucoup de zele ,
dans tous les emplois qu'il a eus
en Catalogne. De fon Epouse
Donna Fofepha - Bru- Canta-&-
Homs , Dame de merite & de
naiſſance , il a unfils Don Jofeph-
Cortada-- Bru , qui depuis la
Revolte de fes Compatriotes afait
toutes fes Campagnes dans les
Troupes du Roy , & en dernier
lieu au Siege de Lerida . Les foeurs
de ce jeune Cavalier , DonnaJo-
Jepha ,& Donna Manuella Čortada
, s'attirent l'eftime de tous
ceux qui les voyent.
Don Fofeph Alos eftoit Confeiller
à la Cour des Aides de
GALANT 173
Barcelonne , & il paffe pour un
tres-babile furifconfulte ; d'eftfur
lespreuves que le Roy Catholique
en a , que Sa Majesté luy vient
de donner l'Inspection generale de
toutes fes affaires à Lerida, &
qu'Elle l'a nommé Juge des Confifcations
de tout le Païs . Son Epoufe
Dame de pieté, fe retira
Toulouse , aprés la Revolution
& elle s'y applique uniquement
l'éducation de fa famille , & à luy
inſpirer un grand attachementpour,
fon Roy, Elle a une fille qui promet
beaucoup. Don Jacques Alos
frere de Don Jofeph , eft Chanoine
de Lerida, & Chef de l'Univer
Piij
174 MERCURE
fité de la même Ville ; homme qui
necede en rien à la vivacité defon
frerepourfon legitime Souverain.
Voilà , Monfieur , une ample
Lettre ; mais je n'ay pas cru ces
Memoires indignes de voftre curiofité
, ni de celle du Public. L'Union
de coeurs , qui eft à preſent
entre les Espagnols & les François
, doit infpirer à nos Compatriotes,
du goût pour les honnêtes
gens de ce Pays; & je puis vous
affurer qu'il y en a nombre. S'il
eft de l'intereft du Public que les
Sceleratsfoient connus , il n'eſtpas
moins de fon intereft de connoître
les d'honneur
. Si j'apprens
gens
GALANT 175
que ma Lettre vous ait fait plaifir,
jepouray vous donner de tempsen
temps des particularitez de la
Nation Espagnole , qui ne feront
pas indignes de voftre attention .
Je fuis , &c.
Je dois ajouter à tous ces
articles , qui regardent les Sujets
de Sa Majesté Catholique ,
les deux morts fuivantes , de
deux Espagnols fort connus
dans le monde , & qui ont fait
parler d'eux d'une maniere
bien differente.
Mr le Marquis de la Florida
, cy- devant Gouverneur du
Chafteau de Milan , eft mort
Piiij
176 MERCURE
,
à Madrid âge de plus de 80 .
ans dont il avoit employé
plus de so. au Service de Sa
Majefté ou des Rois fes Predeceffeurs
; il eftoit d'une ancienne
maiſon originaire de Caftille
, & qui a produit des Heros
prefque fous tous les Regnes
des Rois Catholiques . Il eft
un de ceux qui ont fait le plus
d'honneur à fon illuftre nom ;
la deffenfe du Château de Milan
l'a couvert de gloire , & elle
luy a acquis une fi grande reputation
qu'à fon paſſage en
cette ville pour s'en retourner
en Efpagne , aprés l'évacuation
GALANT 177
: des Places d'Italie chacun
s'empreffoit de le voir comme
un de ces prodiges de valeur
qu'un fiecle entier a ſouvent
peine à fournir. Soit qu'il parût
à la Cour , ou qu'il fe montrât
à la ville , il recevoit par
rout des honneurs & des accueils,
qui felon ce qu'il a avoué
plufieurs fois , le dédommageoient
amplement des pertes
qu'il venoit de faire , & il étoit
fur tout charmé de toutes les
manieres obligeantes que le
Roy avoit pour luy
tous les éloges que ce Monarque
donnoit à fa valeur. L'ac
>
& de
178 MERCURE
cuëil que le Roy d'Eſpagne lui
fit lorfqu'il arriva à Madrid ne
fut
pas moins obligeant , & il
dit hautement après avoir falué
Sa Majeſté Catholique qu'il
mourroit content deformais , puifque
Roy fon Maître étoit content
de fes Services. Il n'a pas long
temps vecû aprés fon arrivée à
Madrid ; fa fanté qui avoit été
fort affoiblie par les incommoditez
d'un long Siege, & par celles
d'un long & penible voyage,
Y étant devenue languiffante ,
il y eft mort dans une grande
tranquilité d'efprit & dans des
fentimens dignes d'un Heros
GALANT 179
Chrêtien. Il laiffe une niéce à
la Cour d'Espagne , dont l'ef
prit & la beauté font beaucoup
de bruit : c'eft Donna Rofalca
Lopez de Zaraté , & le Roy
d'Eſpagne en confideration des
longs & importans fervices que
luy a rendus Mr le Marquis de
la Florida , a accordé à cette
Dame une place Doïdor de
Valladolid ou de Grenade pour
celuy qu'elle époufera . Les
fonctions de cette Charge
font à peu prés conformes à
celles de Corregidor . Sa Majefté
Catholique ne pouvoit
pas témoigner d'une maniere
180 MERCURE
plus avantageuſe
, combien la
memoire
de ce Marquis
luy
eftoit chere & preticule. Mr
le Marquis de la Florida n'a
jamais eſté marié , il laiffe des
neveux heritiers de fes biens ,
& qui font tres eftimez à la
Cour d'Espagne
.
Mr le Duc d'Oropeza Grand
d'Eſpagne , & le feul Seigneur
Eſpagnol du parti de l'Archiduc
,dont les fentimens étoient
de quelque poids , & qui avoit
beaucoup d'experience dans les
affaires , mourut à Barcelone le
jour de Noël. Il avoit eu part
au Miniſtere fous le Regne de
GALANT 181
Charles II . mais ce Prince l'en
avoit éloigné avant fa mort,
pour des raiſons generalement
connuës.
Ce Duc eftoit du fang Royal
de Portugal , & il étoit Chef
d'une branche de la maifon de
Bragance ; il eftoit proche parent
de Mr le Duc d'Escalona
Viceroy de Naples , & des Ducs
de Vimiofo & de Guimanarez.
Il avoit fait quelques Campagne
en Flandre fous Mr le Marquis
de Caftanaga , un demêlé
qu'il cut pour le rang avec un
autre Seigneur Eſpagnol , l'obligea
de quitter le fervice.
182 MERCURE
с
Ce Duc defcendoit d'Edouard
qui forma la branche des Ducs
d'Oropeza & qui étoit oncle
de Jean II. du nom Duc de
Bragance , & 4 de ce nom
Roy de Portugal qui monta en
1640. fur le Trône de fes Anceftres.
Edouard Duc d'Oropeza
ayeul de celuy qui vient
de mourir , étoit frere de Theodofe
II.Conneftable de Portugal
, mort à Villa - Viciofa en
1631. d'Alexandre Archevêque
d'Evora , & de Seraphine ,
femme de Jean Fernandez Pacheco
Duc d'Escalona , ayeule
de Mr le Duc d'Efcalona d'auGALANT
183
jourd'huy . Edouard eftoit fils
de Jean I. du nom Duc de Bragance
Conneftable de Portugal
& qui traita de fes droits pour
la Couronne de Portugal avec
Philippe II. qui le fit Chevalier
de la Toifon d'Or en 1581 .
& de Catherine fille aînée d'Edoüard
de Portugal Duc de
Guimanarez. Les Ducs d'Oropeza,
de même que les Rois de
Portugal , dont ils font cadets
defcendent d'Alfonfe de Por
tugal Duc de Bragance , Comte
de Borcellos & fieur de Guimanarez
fils naturel de Jean I.
Roy de Portugal qui l'avoit cu
,
184 MERCURE
d'Agnés Pirez . Cet Alfonce
époufa Beatrix de Pereira fille
d'Alvarés Pereira Conneftable
de Portugal , de laquelle font
iffuës toutes les branches de
la maiſon de Bragance ; fçavoir,
celles de Vimioſo , d'Oropeza,
& de Guimanarez
fans compter
la Branche qui eft aujourd'huy
fur le Trône de Portugal.
Mr le Duc d'Oropeza a laiffé
deux fils & une fille qui a époufé
Mr le Comte d'Arco fils de
Mr le Conneftable
de Caſtille,
qui eft à Barcelone.
re
M Jean Baptiſte de Caffagnet
, Chevalier Marquis de
GALANT 185
Fief- Marcon , cft mort âgé de
80. ans ; il avoit eſté marié deux
fois , fa premiere femme étoit
fille de la feconde femme de
feu Mr le Maréchal de Roquelaure,
dont il acu Mr le Marquis
de Fief- Marcon , Maréchal de
Camp. Il s'eft fouvent figna
lé à la tête du Regiment des
Dragons qui portent fon nom;
fa feconde femme étoit niece
de Mr le Chevalier de la
Hilliere- Polaftron , & fon heritiere.
Mr le Marquis de Tilladet
, prefentement Colonel
du Regiment de Fief- Marcon
étoit de ce fecond lit. C'eſt un
Mars 1708. e
186 MERCURE
jeune Officier qui marche fur
les glorieufes traces de fon
frere aîné ; la famille de Caffagnet
eft tres -ancienne & fort
noble. La branche de Fief-
Marcon a fuccedé en la terre
de Fief- Marcon par le mariage
d'un Caflagnet fait au commencement
du dernier fiecle
avec une fille de l'illuftre maifon
de Lomaigne , Dame de '
Fief Marcon . La branche de
Caffagnet - Tilladet s'eſt auffi
rendue tres recommandable
les fervices qu'elle a rendus
à l'Etat. Il ne reste aujourd'huy
de cette branche que Mr
par
-
GALANT 187
l'Evêque de Mâcon qui ne fe
diftingue pas moins par fa refidence
continuelle dans fon
Diocefe , que par les vertus qui
doivent être attachées à fa profeffion
. Il eft frere de feu Mr
le Marquis de Tilladet Chevalier
de l'Ordre du S. Efprit ,
Lieutenant General & Capitaine
des Cent Suiffes de la Garde.
Ils étoient couſins germains
de feu Mr de Louvois , parce
qu'ils étoient fils de l'une des
foeurs de Mr le Tellier , Chancelier
de France. La maifon de
Caffagnet eft fort ancienne en
Languedoc , où elle a de tres-
Pij
188 MERCURE
grandes alliances. Mr le Marquis
deFief-Marcon avoit l'honneur
d'être beau . frere de feu
Mr le Comte de Noailles grandpere
du Maréchal & du Cardinal
de ce nom ; ils avoient époufé
les deux foeurs filles de Mr le
Maréchal de Roquelaure , c'eſt
pourquoy Mr le Marquis de
Fief Marcon eft oncle à la mode
Bretagne de feu Mr le Maréchal
Duc de Noailles , Je
vous ay amplement parlé de la
maifon de Caffagnet , il y a prés
de deux ans à l'occafion du mariage
de ce Marquis, La terre de
Fief Marcon eft une des plus .
GALANT 189
belles & des plus nobles de tout
le Languedoc . Le Roy donna
il a prés de deux ans le Regiment
Dauphin Cavalerie à Mr
le Chevalier de Fief- Marcon ,
fils de Mr le Marquis de Fief-
Marcon.
Mr de Langlée Maréchal
general des Logis des Camps
& Armées du Roy , eft mort
à Verſailles : il eftoit fils de feu
Mre Claude de Langlée , Chevalier
Seigneur de l'Epicheliere ,
equi poffedoit la même Charge
, & de feuë Dame Catherine
Roze , & frere de Dame
Angelique de Langlée , Epoufe
190 MERCURE
de Mre Louis , Marquis de
Guiſcard , Chevalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant
general de fes Armées , & fils
aîné de feu Mre Georges de
Guifcard, Comte de la Bourlie ,
mort en 1693. âgé de 87. ans
& quatre mois , & de feuë
Dame Geneviève de Longueval
, Dame de Fourdrinoy en
Picardie , que Mr le Comte de
la Bourlie , époufa au Palais
Royal , en prefence du Roy &
de la feuë Reine Mere , le 28 .
Novembre de l'an 1648. Mr
de Langlée a donné en mourant
, des preuves de fa pieté ,
GALANT 191
foit
par les legs pieux qu'il a
faits
, foit par la fubftitution
qu'il a faite de ſon bien aux
pauvres , en cas que Mlle de
Guifcard fa niece & fon heritiere
meure fans enfans : il a
fervy fous feu Mr le Maréchal
de Luxembourg , & feu Mr
de Langlée fon pere , s'eftoit
fignalé dans les actions où il
s'eftoit trouvé. Mr de Langlée
eftoit parent du cofté de fa
mere , de Me la Prefidente
Portail . Mr. l'Abbé de Langlée
fon frere a beaucoup de
merite , & il eft generalement
eftimé ; il eft Executeur de fon
192 MERCURE
Teftament , avec Mr l'Archevêque
de Reims & . Mr le
Prefident de Lamoignon
.
Feu Mr de Langlée qui vient
de mourir , eftoit generalement
regardé comme un homme
de bon goût , particulierement
pour ce qui regarde la
magnificence , qui decidoit làdeffus
de beaucoup de choſes ,
dont on fe rapportoit à luy :
il avoit une parfaite connoiffance
du monde , & il eftoit
forr eftimé.
Mre Louis Marquis d'Efpi .
nay & de Broon , eft mort âgé
de 8 4. ans , fort regretté de
tous
GALANT 193
tous ceux qui le connoiffoient ,
à caufe de fes bonnes moeurs,
de fa pieté & de fes vifs fentimens
pour la Religion : il a efté
inhumé dans l'Eglife des Filles
du Calvaire du Marais , dont
il eftoit Bienfaicteur . De feuë
Marie- Françoiſe de Saint Denis
de Coufin , foeur de Me la
Marquise de Renel , & fille de
Philippes de Coufin , Chevalier
Seigneur de Saint Denis, de
Chapeffiere , de Saint Hilaire
& de Santilly , & de Magdelene
de Rouville, parente de Mr
de Saint - Evremont : il laiffe
Dame Magdelene d'Efpinay ,
Mars 1078. R
194 MERCURE
ge
qui a épousé Henry de Lorraine
, Comte de Brionne , Chevalier
des Ordres du Roy , &
reçû en furvivance de la Charde
Grand Ecuyer de France ,
& de Gouverneur de la Province
, Pays & Duché d'Anjou ,
Ville & Chafteau d'Angers
; &
deux filles Religieufes de la
Vifitation de Caën. Mr le Marquis
d'Epinay , eftoit fils aîné
de Philippe- Emanuel , Marquis
d'Epinay de Broon , Baron du
Mollay- Bacon , Seigneur de
Limoellan de Beaumanoir &
de Beaumont , & de feuë Dame
Magdelene de Warigniez ,
GALANT 195
fille de Tanguy de Warigniez ,
Seigneur de Blainville , Baron
de Biars , Licutenant de Roy en
Normandie , Gouverneur de.
Leictoure , puis de Pontorfon ,
& d'Antoinette du Parc. Ce
Philippe Emanuel , qui ſe diftingua
fort en fon temps , étoit
fils de François , Marquis d'Epinay
& de Longaulnay , & de
Sylvie de Rohan , fille puînée
de Louis , Prince de Guemené.
François eftoit fils aîné du célebre
Antoine d'Epinay , qui
forma la branche de Broon ,
qui vient de finir. Antoine fut
Chevalier de l'Ordre , & Capi-
Rij
196 MERCURE
taine de so . Hommes - d'Armes
. Il fut nourry Page de
Henry II . il fut enfuite Enfei
gne de la Compagnie de Se- .
Baftien de Luxembourg
, Vicomte
de Martigues , & il fe
trouva aux Batailles de Saint
Denis , de Moncontour , & de
Jarnac , où il donna des preuves
fignalées de fa valeur . Il
eut le malheur de fe trouver
dans le party de la Ligue , fur
la fin du penultiéme ficcle . Il
fut même nommé Maréchal de
France , cftant encore en Bretagne
, par les Princes de Guiſe,
engagez dans ce party, Il fe fi-
1
GALANT 197
J
མ་ཏི།
7.
gnala aprés la mort d'Henry III
par fes actions de valeur dans
les combats que l'on donna,
dans cette Province , & il y
commanda aprés le Duc de
Mercoeur . Il eftoit Capitaine
de Dol en 1591. & le de
Janvier de la même année , il
fortit avec peu de gens de cette
Place , & alla charger l'Armée
du Comte de Montgommery
& du Capitaine de Lorges , qui
fut tué dans le combat ; mais
le Marquis d'Epinay y
bleffé à mort ; & aprés avoir
gagné le champ de bataille , il
mourut pendant qu'on l'emfut
Rij
198 MERCURE
portoit dans la ville de Dol . II
avoit époufé Renée Heriçon ,
fille & heritiere de Thomas ,
Seigneur de la Ville-Helouin ,
& de Gillette , Dame de Beaumont
. Outre François , dont je
viens de parler , il en eut Gillette
, femme du renommé
Gabriel de Briqueville , Marquis
de la Luzerne . Antoine fe
remaria à Jeanne de Scepeaux
,
feconde fille du Maréchal de
Vieille Ville , & veuve du Seigneur
de Deuilly. La Maiſon
d'Epinay eft une des plus illuftres
de Bretagne . Elle tire fon
origine & fon nom du ChâOTHER
JELA VILLE
GALANT ON
teau d'Eſpinay
, fitué dans
Senechauffée
de Rennes , & il
eft un des plus beaux de la Pro
vince . Le Chef de cette Maifon
, eft Chanoine
d'honneur
de l'Eglife de Rennes , & Siege
vis à - vis l'Evêque. Le Pere Auguftin
Depaz , Religieux
Auguftin
, & Genealogifte
de Bretagne
, fait defcendre
la Maifon
d'Efpinay
de Gefter d'Efpinay
, qui vivoit en 1166 .
Jean d'Efpinay
, l'un de fes Succeffeurs
, fe fignala à la Bataille
d'Auvray en 1 364. pour Jean ,
Comte de Montfort , dont il
portoit une des Bannieres. Guy
R iiij
200 MERCURE
l'un de fes petits- fils , fut Grand
Ecuyer de Jean VI . Duc de
Bretagne ; & Robert d'Eſpinay
fon arriere- petit fils , fut
Grand Maître de Bretagne , &
premier Ghambellan de Jean
VI. qu'il deffendit vaillament ,
lors qu'on enleva ce Prince prés
de Chanftonceaux
en 1420 .
Simon II . fils de celuy- cy fur
Grand Chambellan de Bretagne
; & Robert II . fils de ce dernier
, fut un des Heros de cette
Maifon. Il fut Grand Maître
d'Hoſtel de Bretagne , & Confeiller
d'Etat , fous les Ducs
Jean & François I. en 1448.
GALANT 201
3
il figna les Traitez faits entre
fon Maître & le Roy Charles
VII. il fut envoyé en Oftage
à Angers , en execution du
Traité fait avec les Anglois.
Jacques fon fecond fils , aprés
avoir cfté nommé à l'Evêché
de S. Malo , cut celuy de Rennes
; s'eftant attiré l'inimitié de
Pierre Landais,Favory du Duc ,
fut arrefté & mourut en prifon
, en 1482. & en 1485. fa
memoirefut rétablie . On trou
ve encore deuxChambellans de
Bretagne dans cette Maifon ,
jufqu'à Henry, qui fut Confeiller
& Chambellan de Louis
202 MERCURE
>
& de
XII . Guy fils de ce dernier , fut
Grand Echanfon des Reines
Anne & Claude , & l'un des
plus fçavans hommes de fon
temps. Il étoit fils de Catherine
d'Eftouteville
Marie de la Rocheguyon.
Guy III. fon fils fut un des
plus adroits & des plus cou
rageux Gentilshommes de fon
temps. Jean fon fils fut premier
Marquis d'Eſpinay &
Henry II.le fit fon Chambellan
ordinaire , & il luy donna une
Compagnie de cent Chevauxlegers.
La branche aînée de
cette illuftre maifon s'étei
GALANT 203
gnit dans celle de Schomberg
au commencement du dernier
fiecle ; celle de Vaucouleur a
fubfifté avec éclat. Charles
dernier de cette branche époufa
dans le dernier fiecle
une fille d'Henry Marquis de
la Luzerne.
André d'Efpinay Cardinal
Archevêque de Bordeaux , &
puis de Lyon , Abbé de Sainte
Croix de Bordeaux & Prieur
de S. Martin des Champs
à Paris eftoit fils de Richard
Seigneur d'Efpinay , & de Beatrix
de Montauban , fille de
Guillaume Sire de Montauban
204 MERCURE
& de Bonne de Vifconti des
Ducs de Milan. Il fuivit le Roi
Charles VIII . en Italie , & il
fut Gouverneur de Paris ; il
mourut au Chafteau des Tournelles
le 10. Novembre 1500 .
& il fut enterré aux Celeftins
de cette ville prés la Chapelle
d'Orleans .
re
M François Boucher Docteur
de la Maifon & Societé
de Sorbonne , & Grand Vicaire
de Chartres , eft mort en
cette Ville dans un âge trespeu
avancé. Il eftoit frere de
Mr Boucher auffi Docteur de
Sorbonne & Curé de S. Nico
GALANT 205
las du Chardonnet , & de M
Boucher Docteur de la même
Faculté , & Bibliothecaire du
Seminaire de S. Sulpice . Celuy
qui vient de mourir ſe faifoit
aimer par fes manieres gracieufes
, & la delicateffe de fon efprit
accompagnoit un merite
folide , un genie éclairé & naturellement
fort élevé ; mais
ces qualitez le cedoient encore
à celles du coeur. Il eftoit tendre
& compatiffant ; il eftoit
fort attaché à la pratique des
vertus chreftiennes , & fon ardeur
eftoit exceffive pour le
fervice de fon prochain & pour
206 MERCURE
celuy de fes amis . Il alloit audevant
de ce qui pouvoit leur
faire plaifir , & il eft mort avec
le rare bonheur de n'avoir jamais
defobligé perfonne. De fi
aimables manieres luy avoient
fait beaucoup d'amis , & ils ont
rendu les regrets de fa perte
plus vifs & plus cuifans.
M' l'Evêque de Chartres
avoit beaucoup de confideration
pour luy. Il luy avoit confié
le foin d'une partie de fon
Dioceſe , & principalement celuy
de fes Clercs répandus dans
le Diocefe de Paris ; ce zelé
Docteur les conduifoit avec
GALANT 207
beaucoup de fagefle & de prudence
; il avoit même fondé
une petite Communauté de
jeunes Clercs dans la Montagne
de Sainte Geneviève , qu'il
faifoit fubfifter par fes liberalitez
, & qu'il dreffoit au ſervice
des Autels ; il leur a laiffé en
mourant dequoy faire un établiffement
fixe & durable . Il a
fait quantité d'autres legs pieux ;
& il a confirmé par une mort
fainte & chreftienne , l'opinion
que l'on avoit de fa vertu & de
fa pieté. Ce Docteur eft mort
chez M' le Curé de S. Nicolas
du Chardonnet fon frere , mais
208 MERCURE
il a fouhaité d'eftre enterré dans
l'Eglife de Sorbonne ; ſes funereilles
s'y font faites avec beaucoup
d'appareil , & tous fes
amis qui font en grand nombre
s'y font trouvez . Feu M
Boucher a toujours efté attaché
à la faine Doctrine , & il
avoit une attention merveilleufe
fur tout ce qui pouvoit
avoir quelque rapport aux opinions
fufpectes , & rien fur ce
fujet ne pouvoit luy faire prendre
le change. M' Vitaſſe Profeffeur
de Sorbonne eftoit fon
ami de confiance , & il n'avoit
rien de caché pour luy.
GALANT 209
1-
Mre Henry de Fourcy , Chevalier
Comte de Cheffy , Seigneur
de Chalifer , Jabelines ,
Varannes , & autres lieux , mourut
le 4. de ce mois , à fa Terre
de Cheffy , où il s'eftoit retiré ,
depuis dix- huit mois . Il eftoit
Confeiller d'Etat ordinaire &
d'honneur au Parlement . Il
avoit efté Prevolt des Marchands
en 1684. ayant efté
nommé par le Roy dix - huit
mois auparavant . Il eut l'honneur
de recevoir Sa Majeſté à
l'Hoftel de Ville en 1687. lors
qu'Elle y vint dîner , aprés avoir
efté à Noftre- Dame , rendre
Mars 1078 . S
210 MERCURE
graces à Dieu du recouvrement
de fa fanté. Il avoit efté
d'abord Confeiller au Châtelet
, dés l'âge de dix- fept ans ,
& enfuite Confeiller au Parlement
; puis Preſident à la troîfiéme
Chambre des Enquêtes ,
pendant trente années , & l'on
compte qu'il en a employé ſoixante
- cinq dans le fervice des
differentes Charges qu'il a poffedées
, eftant mort âgé de quatre-
vingt deux ans moins deux
mois. Je ne dois pas oublier
qu'il fut fort diftingué par ſa
grande probité , pendant tour ·
le temps qu'il prefida à la troiGALANT
211
•
fiéme Chambre des Enquêtes .
Il eftoit fils de Henry de Fourcy
Chevalier Seigneur de Cheffy ,
Trianon & Elpinay , Prefident
à la Chambre des Comptes ,
Surintendant des Baftimens de
Sa Majefté , qui avoit épousé
Maric de la Grange- Trianon.
Ce Henry de Fourcy eftoit fils
de Jean de Fourcy , Chevalier
Seigneur de Cheffy , auffi Surintendant
des Baltimens , qui
avoir époufé Renée Moreau
de laquelle il eut trois enfans ;
fçavoir Henry de Fourcy , Prefident
à la Chambre de Comptes
; Charlotte de Fourcy , qui
Sij
212 MERCURE
époufa Antoine Ruzé d'Effiat ;
Maréchal de France , & Maric
de Fourcy , qui époufa Mr de
Faye Defpeffes , mort Ambaffadeur
en Suiffe .
Celuy dont je vous aprens
la mort , avoit eu un frere aîné ,
nommé Jean de Fourcy , Confeiller
au Grand Confeil , qui
avoit époufé Marguerite Fleuriau.
Il mourut âgé de trente- ·
deux ans , & ne laiffa qu'une
fille , nommée Marguerite de
Fourcy , qui a épaulé Baltazar
de Chafteauneuf de la Vrilliere ,
Secretaire d'Etat ; Marguerite
Fleuriau époufa en fecondes
GALANT 213
noces Claude le Pelletier , Miniftre
d'Etat. Il a auffi eu deux
foeurs , la première Marie de
Fourcy , qui avoit épousé Olivier
le Febvre d'Ormeffon ,
Maître des Requeſtes , fort
connu par fa grande probité.
La feconde Henriette de Fourcy
, morte Religieufè à l'Abbaye
Royale du Pont- aux- Dames.
Il avoit époufé en premieres
noces Anne Briquet ,
fille de N.... Briquet , Avocat
General au Parlement de
Paris , & de N.... Bignon ,
foeur de Hierofme Bignon ,
mort Confeiller d'Etat , & de
214 MERCURE
Thierry Bignon , premier Prefident
au Grand Confeil . Il n'a
point eu d'enfans de ce premier
mariage.
Il avoit épousé en ſecondes
noees Magdeleine de Boucherat
fille aînée de Louis de Boucherat
mort Chancelier de
France , foeur de Catherine de
Boucherat veuve en premieres
noces de Henry de Nefmond
M° des Requeſtes & en fecondes
noces de N.... Barillon de
Morangie M des Requeftes
& foeur d'Anne Loüife de Boucherat
veuve de Nicolas de
Harlay,mort Confeiller d'Etat .
GALANT 215
·
De ce mariage font iffus
Henry Louis de Fourcy M˚des
Requestes qui a époufé Jeanne
de Villers fille de Lazare de Villers
Confeiller au Parlement de
Bourgogne , & de Abigaile
Mathieu , morte Religieufe au
grand Convent des Carmelites
de Paris regretée de toute la
Communauté.
Olivier François de Fourcy
Chanoine de l'Églife de Nôtre
Dame de Paris , Confeiller
Honoraire au Parlement , Abbé
Commendataire de S. Ambroife
de Bourges .
Baltazar Henry de Fourcy
216 MERCUR E
Preftre Docteur de la Maifon
& Societé de Sorbonne , Abbé
Commandataire de l'Abbaye
de S Vandrille.
Achilles Baltazar de Fourcy
Confeiller au Parlement de Paris.
Angelique de Fourcy qur
a époufé M Paul Fieubet M
des Requeftes , & deux filles
Religieufes à l'Abbaye Roya
le du Pont aux Dames .
Mr de Sourcy Lieutenant ordinaire
de la grande Veneric
du Roy , eft mort à Versailles .
Il a eu l'honneur de commander
les équipages de Sa Majeſté
pendant plus de trente ans ,
&
pour
GALANT 217
pour récompenſe de ſes fervices
; elle luy avoit fait preſent
de la Charge d'Ecuyer de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
avec permiffion de la vendre
, à caufe de fes infirmitez
& de fon grand âge ; il en don
na fa demiffion au mois de Février
de l'année derniere en fayeur
de Monfieur de Fleurance
Doüart , qui en avoit obtenu
l'agrément du Roy. Mr de
Sourcy a été regreté de toute la
Cour ; c'étoit un Gentilhomme
bienfaifant , plein d'honneur ,
& fort attentif à fon devoir ,
& S. M. en confideration de fes
Mars 1708 .
T
218 MERCURE
fervices , aaccordé une penfion
à fa famille. Il a laiffe une fils
qui avoit la furvivance de la
Charge de Lieutenant ordinaire
de la grande Venerie , &
qui en eft Titulaire depuis la
mort de Mr fon Pere.
Dans l'article de la mort de
Madame de Crevant d'Humieres
, Abbeſſe de Marquette
dans lequel j'ay parlé de la Maifon
de cette Abbeſſe, on a oublié
de dire que feu Mr le Maréchal
d'Humieres , avoit eſté
Grand Maître de l'Artillerie ,
& l'on n'a point parlé de fes
quatre enfans , qui font ; M° la
GALANT 219
Princeffe d'Ilenghien , Ml'Abbeffe
de Nôtre Dame d'Humieres
prés Compiegne ; M
la Marquife de Surville , & M
la Ducheffe d'Humieres , dont
l'époux qui eft de la Maiſon
d'Aumont , apris le nom d'Humieres
, pour empêcher le nom
de cette maifon de s'éteindre .
DameMarie Pouffineau , iffuë
d'anciens Maires de Poitiers ,
& des premiers Magiſtrats de
la même ville , decedée en Poitou
dans fon Château d'Abain,
étoit femme de Mre Etienne
Claude le Tonnellier Confeiller
Honoraire au grand Con
Tij
220 MERCURE
feil , aprés avoir pendant vingtfix
années qu'il a efté Titulaire ,
exercé cette Charge aycc beaucoup
de diftinction & d'honneur.
Il eft l'aîné de la branche
cadette de Mrs le Tonnellier de
Bretüeil, & celuy qui m'a donné
le Memoire de cette mort, dont
je vous ay parlé dans ma lettre
du mois de Janvier , s'eftoit
trompé en difant que c'eftoit
le frere du Prieur de S. Victor
& des Chartreux , qui étoit
l'aîné de cette branche , parce
que c'eſt le Confeiller veteran
qui eft l'aîné de la branche - cadette
, & qui n'a qu'une fille
GALANT 221
mariée à Mr Bernard , Marquis
de Torey , d'une des meilleures
familles de Bourgogne.
Il me reste à vous parler de
prefque autant de Mariages
que vous venez de lire d'articles
de morts ; mais n'étant pas en
core bien informé de ce que
j'en dois dire,vous pourrez lire
en attendant ce qui regarde les
deux Mariages qui fuivent.
Mr le Comte de Berenger ,
Colonel du Regiment de Bugey
, fils de Mr du Guaft , cy.
vant Colonel du même Regiment
, & enfuite Lieutenant
General des Armées de Sa Ma-
Tij
222 MERCURE
jeſté , a époufé Mlle de Surbeck
, fille de Mr de Surbeck
, Lieutenant General ,
& Colonel d'un Regiment
Suiffe qui porte fon nom , &
de N. Chapelier , fille de feu
Mr Chapelier Avocat General
du grand Confeil , & foeur de
Mr l'Abbé Chapelier , Doyen
de S. Germain l'Auxerrois
,
cy- devant Chanoine de Nôtre-
Dame , & Official de Paris .
Sa famille eft fort ancienne
,
& elle a donné des Magiftrats
aux Cours Superieures , il y
plus de deux fiecles , ainſi qu'on
peut voir dans une Epitha-
Ic
&
GALANT 223
phe qui eft à l'un des piliers du
Cimetiere des Innocens . Ils ont
poffedé pendant prés de deux
cens ans la terre de S. Cir . Mr
l'Abbé de Viqucfort qui eft
fort connu dans le monde , eft
de cette famille .:
La nouvelle époufe eft gran
de & bien faite , elle a infiniment
d'efprit , & tous les agré
mens imaginables . Urie ancienne
tradition fait defcendre la
Maison du Guaft , qui eft de
Dauphiné des Berengers ,
Comtes de Provence...
Mr de Surbeck cft d'une an
cienne famille du Canton de
Tiiij
224 MERCURE
Lucerne , & qui y eſt connuë
depuis que ce Canton a ſecoüé
le joug de la domination de la
Maiſon d'Autriche.
Mr Robert , Intendant de
Marine à Breft , cy- devant Intendant
des Ifles de l'Ameri
que , & qui n'eft pas moins
connu par fon nom , que par
fes fervices , vient d'époufer la
niece de Mr l'Evêque de Quimper.
Il eft frere de Mr Robert ,
Procureur au Chaſtelet de Paris.
Je vous ay plufieurs fois
parlé fort amplement de cette
famille , qui eft tres- connuë
dans la Robbe , & dont l'efGALANT
225
prit n'a pas moins brillé dans
le Barreau que dans la Chaire.
La nouvelle Epouſe eſt belle
riche & jeune.
Je vous envoye un Air nouveau
, dont vous reconnoîtrez
fans doute les paroles , puifqu'elles
font tirées de ma Lettre
du mois de Janvier dernier
dans lequel je vous ay parlé
d'un Amour galant , qui s'eft
fait admirer dans l'un des Bals .
de la Cour du Carnaval dernier.
226 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Je fais Dieu des Amours , des graces
& des ris ;
Etfur tant de beautez qu'on voit icy
paroitre ,
C'eft moj qui vous donne le prix.
LeDieu d'Amour doit s'y conoitre.
J'ay quitté mon bandeau pour pou
voir deformais
chaque inſtant admirer tant de grdces
nouvelles ; upea
Et pour ne vous quitter jamais ,
J'aymay-même coupé mes ailes,
Je crois devoir enfuite des
Vers que vous venez de lire , qui
ont efté preſentez par l'Amour
b
de
STREQUE
BIBLIO
LYON
*1883
DE
LA
VILLE
27
ke , .
སརྦྦ9ཛཱསྒྱུ ཚེ་ྱ
ité .
&
IE .
anir,
2
Ja
E
J'
ελ
V
O
GALANT 227
à une grande Princeffe , placer
les Vers fuivans , envoyez par
une Mufe à Monfieur le Duc
de Vendofme. Je dis Mufe ,
parce qu'ils ont efté faits par
une perfonne de vôtre fexe ,
qui s'eſt acquis beaucoup de
reputation par fes ouvrages , &
dont l'efprit repond à la qualité.
LETTRE
A MONSIEUR
LE DUC DE VENDOS ME.
Erois - je feule dans la Fran-
SE Serois се
Sans te voir , fans t'entretenir,
228 MERCURE
Et defirant toûjours l'honneur
de ta prefence ,
Ne pourray- je point l'obtenir?
S
Si j'avois d'Abaris la merveilleufe
fleche
J'en ferois fervie à fouhait
Et fans aucun fecours de chevaux
de Caleche
Je ferois bien- toft à Anet.
Là ,
2
, te rencontrant feul , prés
d'une palliffade
Dans tes Jardins delicieux ,
Je fçaurois t'amufer en cueillant
ta falade ,
Par quelque recit curieux..
En voyant ton Palais je parlerois
fans ceffe
GALANT 229.
De celuy de Semiramis
Je dirois les hauts faits , je dirois
la foibleffe ,
Tout ce que jufqu'à nous l'Hiſtoire
en a tranfmis ;
S
Que ne dirois - je point de ce
Grec temeraire
Dont l'heureuſe rapidité
Ne vit jamais la fortune contrai
re
A fon immenfe avidité.
S
Semblable à ce guerrier , mais
plus fimple & plus fage
Moins orgueilleux que luy , tu
mefure tes pas.
Plus Grand par plus d'un avantage
,
Tu brille des vertus qu'il ne
poffedoit pas.
230 MERCURE
Redoutable aux Combats , chez
toy doux & paisible ,
Aimé par tout également
Plus qu'un Dieu , quand il faut ,
tu te montres terrible ,
Dans Anet un homme charmant.
2
Qu'on ne me parle point de ces
Heros qu'on vante
Uniquement par leur valeur ;
Je veux que le Heros reffente
Tous les mouvemens d'un
bon coeur.
S
Ah! ce n'eft pas toûjours en tefte
d'une armée
Qu'on s'attire du monde & l'eftime
& les voeux
Et pour remplir fa renommée
GALANT 231
Il faut fervir les malheureux .
2 .
Tu m'as cent fois promis de reparer
l'outrage
Du Sort qui m'accablant n'a pu
- m'affujettir ;
Acheve , acheve ton ouvrage
Force- le de fe démentir .
S
t
On me croit ton Amie , & j'en
tire ma gloire ,
C
PRINCE , ton nom eft grand
pour moy ,
Fais que l'avenir puiffe croire
Qu'il n'eft pas indigne de toy .
Comme la diverfité des marieres
oppofées , fait un des
principaux agrémens de mes
Lettres j'ay crû devoir mettre
232 MERCURE
icy la Lettre fuivante , qui m'a
efté adreffée , & dont la matiere
donnera beaucoup à rêver , à
ceux qui voudront l'approfonfondir.
Je retranche le commencement
de la Lettre , & je
paffe aux deux Articles de cette
Lettre que l'Auteur a tirez de
deux de celles que je vous ay
adreffées au mois de Mars
1705. & 1706 .
Mars
1705.
Le Cours Synodique eft de 29.
jours 12. heures 44. minutes
3. fecondes... 12. Lunes font enGALANT
233
viron 354. jours... & 12. mois
folaires environ 365.. d'où il
faut neceffairement conclure que la
Lune n'appartient pas au mois
dans lequel elle commence , mais
à celuy dans lequel elle finit , in
quo completur menfi lunatio
detur. Et confequemment que la
Lune de Pâques qui finit toûjours
en Avril , eft incontestablement la
Lune d'Avril.
Mars
1706 .
L'an 31. dont le 28. de Mars
fut unfeudy ,de même que le x 2.
d'Avril de l'an 35. font les feuls
Mars
1708.
V
234 MERCURE
qui conviendroient avec l'Evangile
, & fila Pafque s'immola le
Vendredy , comme le veut le Pere
Lamy , Preftre de l'Oratoire , ce
fut l'an 34. dont le 24.de Mars
fut un Vendredy , ou un Samedy
le 16. de Nifan fut le 22.d'Avril.
Vous reconnoiffez fans doute
Monfieur , les deux Extraits cydeßus
, tirez de vos Lettres , dont
je me fuis fervi en pluſieurs endroits
, m'eftant trouvé aux priſes
avec des Ecclefiaftiques , & lars
que j'ay cité illius cft menfis aciGALANT
235
dat lunatio finem , ils fe font
tous emportez , & n'ont voulu
entendre aucune raifon ; ils prétendent
que l'Eglife affemblée a re-
・folu de celebrer la Pafque le premier
Dimanche d'aprés la pleine
Lune de Mars , & par confequent
que la Lune dans laquelle on celebre
la Pafque , eft la Lune de
Mars : ils demandent de plus com
ment connoiftre , lorfqu'il y en a ·
trois dans un mois ; par exemple ,
fuppofe que la Lune ait fini le
premier Mars au matin , la fuivante
finira le 30. & la troisième
commencera dans le même mois de
Mars , quifelon les deux extraits
V ij
236 MERCURE
precedens s'appellera la Lune d'Avril,
la premiere de Fevrier ,
la feconde furnumeraire , comme
formée des heures reftantes de cha→
que mois , au bout des vingt-qua
tre Lunes.
Comme vousfaites tout vostre
plaifir de lever les doutes du pu
blic, vous m'obligerez , Monfieur,
de dire voftre fentiment fur le nom
de la Lune dans laquelle on celebre
parmi les Chreftiens le faint jour
de Pafques , &file temps vous le
permet , qu'elle eft la Lune dans
laquelle les Juifs la celebrent. Fe
fuis , &c.
GALANY 237
Si vos Amis peuvent donner
les éclairciffemens que l'on me
demande , ils me feront beaucoup
de plaifir , ainſi qu'à l'Auteur
de la Lettre que vous venez
de lire , le travail dont je
fuis chargé ne me laiffant pas
le temps dont j'aurois befoin ,
pour m'éclaircir des chofes que
Ï'on me demande, afin d'en par
ler jufte..
Le Pere Hommey Auguftin
Reformé de la Communauté
d'Angers , connu dans la Republique
des Lettres par plufieurs
ouvrages qu'il a donnez au pu
blic , & fur tout par
fon
Sup238
MERCURE
plément des Peres , & par le
Diarium Hiftorico- Litterarium ,
qu'il avoit commencé à publier
à Paris en 1703. cn a commencé
un nouveau qui s'imprime à
Luxembourg chez le fieur Chevalier
, & quia pour titre : Diarium
Europeum Hiftorico- Litterarium
, Ann. M. DCC. VII.
Trimestre 1. Le Plan de l'Auteur
cft d'en donner un femblable
tous les trois mois ; il eft à fouhaiter
qu'il l'executo , puis
qu'à en juger par celuy- cy on
aura lieu d'eftre content de cet
ouvrage . On trouve dans l'Ar
ticle d'Angleterre les 29. ArtiGALANY
239
cles de l'Union entre ce Royaume-
là & l'Ecoffe . On voit dans
ce Journal plufieurs, picces de
Poefte Latine , parmi lesquelles
font une Pompe Funebre en
Vers Latins du grand Guſtave-
Adolphe Roy de Suede , tué à
la Bataille de Lutzen ; un petit
Poëme tres- ingenieux adreffé
à Philippe V. Roy d'Eſpagne ;
& une piece en Profe Latine à
la gloire de Charles XII . aujourd'huy
Roy de Suede ; & un
Eloge auffi en Vers de M' l'Evêque
d'Ofnabruk. Le Pere
Hommey annonce quelques livres
nouveaux , mais il ſe plaint
240 MERCURE
de leur cherté. Cet Auteur infatigable
nous promet une Hif
toire fuivie du dix - huitiéme
fiecle , & il doit commencer à
l'avenement de Monfeigneur le
Duc d'Anjou au Trône d'Efpagne
l'année 1701. eſt prefque
imprimée.
La Lettre qui fuit eft digne
de voſtre attention , & vous
devez ajouter foy à tout ce
qu'elle contient , puifqu'elle
vient de Mr le Viguier de
Beziers.
GALANT 241
A Beziers ce 8. Mars 1708 .
Fay obfervé , Monfieur , dans
la lecture que je fais de vos Merdans
les articles de
cures , que
morts
vous n'oubliez pas les
perfonnes que vous apprenez eftre
decedées dans une grande vieilleffe
; vous pourez dans le Mercure
du mois de Mars , faire un
article de celle quifuit.
Mre Theophile - François de
Plantavit de la Paufe , Seigneur
de Margon & de Beterac , eft
mort d'un rhume le premier de ce
mois , dansfon Chafteau de Mar-
Mars 1708 .
X
242 MERCURE
gon , Diocefe de Beziers , à l'âge
de cent ans : il a eftépendant huit
jours à l'agonie , fouffrant beaucoup
, avec de continuelles convul
fions , combattant contre la mort :
il eftoit d'une complexion merveilleufe,
& il n'avoit jamais efté
purgé ni faigné : il avoit toujours
jeuné , avec la plus grande rigueur,
& fur tout pendant les
Carêmes, qu'il a obfervez avec
l'exactitude d'un Religieux de la
Trape ; n'ayant jamais voulu fe
fervir des difpenfes que les Evéques
donnent : fon efprit & fá
memoire n'ont jamais baiffé , &
il est mort fans avoir eu d'autre
GALANT 243
incommodité que la furdité &
quelque foibleffe dans les jambes :
ja mort a eftéprecedée d'unefainte
vie , n'ayant efté occupé dans fes
quarante dernieres années , qu'à
prier Dieu , à vivre dans la contemplation
& dans la retraite.
Il eftoit pere de Mr de Margon ,
Lieutenant de Roy de Languedoc,
Brigadier des Armées de S. M.
Colonel de Dragons , & qui fert
actuellement fur les Côtes de Languedoc
, fous les ordres de Mr le
Duc de Roquelaure. Jefuis, Monfieur,
voftre , &c.
Je dois ajouter icy la mort
de deux filles , qui n'ont pas
X
ij
244 MERCURE
refté fi long - temps dans le
monde , & qui n'ont pas contribué
à le perpetuer . Ces deux
perfonnes font Mlle Nicolaï
qui eft morte la premiere ; &
Mademoiſelle de la Rochefoucault.
Mlle Nicolaï eftoit fille de
feu Mr le Premier Prefident
de la Chambre des Comptes ,
quia fifouvent donné des marques
de fon efprit à la tête de
cc Corps , & foeur de Mr le
Premier Prefident Nicolaï , qui
occupe aujourd'huy la même
place . Je ne repeteray point
icy ce qui eft répandu dans
"
GALANT 245
plufieurs de mes Lettres , de la
Maiſon de ces deux Magiftrats
, & je vous diray feulement
que Mlle Nicolaï qui eft
morte à Gouffainville , Terre
qui appartient à ſa Maiſon ,
avoit tout l'agrément imaginable
, & qu'elle avoit beaucoup
d'efprit .
Quant à ce qui regarde Mlle
de la Rochefoucault , qui eft
morte depuis Mlle Nicolaï , je
dois vous dire qu'elles eftoient
trois foeurs , qui n'ayant jamais
voulu fe donner de Maîtres
, vivoient en ſocieté avec
l'éclat que demandoir leur naiſ
X iij
246 MERCURE
fance ; mais fous divers noms ,
parce que fi elles avoient toutes
porté le même nom , on
n'auroit pû les diftinguer . Celle
que
la mort vient d'enlever fe
nommoit Mlle d'Anville ; &
comme les hommes n'ont jamais
eu de part à leur tendreffe
, l'attachement qu'elles
ont toujours fait voir pour
tous ceux de leur Maifon , étoit
beaucoup plus fort qu'il n'eft
ordinairement , & fur tout entre
freres & foeurs . Mr l'Abbé
de la Rochefoucault , leur frere
eftant decedé il y a déja aſſez
de temps , Mlle d'Anville qui
GALANT 247
l'aimoit avec une tendreffe ,
dont il feroit difficile de bien
expliquer tous les mouvemens ,
ayant toujours eſté depuis ſa
mort devorée de la douleur
qu'elle en reffentoit, prioit fou
vent Dieu cinq ou fix heures par
jour , fur fon tombeau ; de maniere
que l'on pourroit dire
qu'elle cft morte de douleur.
Mr le Duc de la Rochefoucault
, frere de ces trois Demoiſelles
, & qui a toujous eu
pour elles tous les fentinens
d'un bon & genereux frere
leur donnoit une penfion
chacune, quoy que leur bien
X
iiij
248 MERCURE
cût efté plus que fuffifant pour
entretenir trois filles Philofophes
, s'il m'eft permis de parler
ainfi , car on ne peut fans
une espece de Philofophic ,
renoncer à beaucoup de chofes
, qui font fouvent le principal
attachement de l'un & de
l'autre ſexe. Leur genereux frere,
dont je viens de vous parler
, voulant donner de nouvelles
marques de fa tendréffe
& de fa generofité aux deux
foeurs qui viennent de perdre
leur chere Compagne , leur a
partagé la penfion qu'il donnoit
à celle qui vient de mourir .
GALANT 249
de la
Vous jugez bien que vous
ayant déja parlé à fond & même
plus d'une fois , de la Maifon
de la Rochefoucault , je ne
puis rien ajouter icy à tout ce
que j'en ay dit. Auffi ne peuton
entendre prononcer le nom
Rochefoucault , fans fe
repreſenter auffi - toft une Maifon
qui n'eft pas moins illuftre
par elle-même , qu'illuftrée par
Fefprit par , par les plus grandes
Dignitez de l'Eglife , & par les
premieres Charges de l'Etat .
Mr des Marefts a reçû des
complimens fur fa nomination
à la Charge de Contrôl
250 MERCURE
leur General, de toutes les per
fonnes de la plus haute diſtinction
, tant de la Cour que de
cette Ville , fans en excepter
même les Princes. Les Officiers
pas
des Compagnies qui ne l'ont
efté voir en Corps , luy ont
fait des complimens particuliers.
Mrs de l'Academie Françoiſe
ayant témoigné beaucoup
de joye de ce choix , parce
que feu Mr Colbert , oncle de
Mr des Marefts , eftoit de leur
Corps , nommerent auffi- toft
aprés l'avoir appris , cinq perfonnes
de leur Compagnie
GALANT 251
pour luy faire compliment. Ce
font Mr l'Abbé Tallemant ,
qui portoit la parole ; Mrs les
Abbez Regnier , Fleury , &
de Choify , & Mr de Capiftron.
Le compliment de Mr
l'Abbé Tallemant roula , fur
ce qu'ils venoient de la part
de l'Academie , pour luy témoigner
l'extreme joye qu'elle
reffentoit de le voir à la pla
ce de feu Mr Colbert fon
oncle , qui avoit cu tant de
confideration pour elle , qu'il
avoit bien voulu eftre l'un de
fes Membres Mr l'Abbé Tallement
ajouta , que l'Academic
252 MERCURE
efperoit que Mr des Marefts
voudroit bien la favorifer de
fa protection & de fes bienfaits
, comme avoit fait feu Mr
Colbert.
Mr des Marefts répondit qu'il
eftoit tres- obligé à l'Academie
; qu'il fe ferviroit de toutes
les occafions qui fe prefenteroient
, pour luy donner
des marques de fa reconnoiffance
, & qu'il n'auroit pas
moins d'eftime & de confideration
pour elle , qu'en avoit
eu feu fon oncle.
L'Academie Royale des Inf
criptions , & celle des Scien
GALANT 253
ces , nommerent pareillement
des Députez de leur Corps ,
pour complimenter auffi de
leur part Mr le Controlleur
general . Ceux qui furent nom.
mez par celle des Inſcriptions ,
font , Mr l'Abbé Bignon ; Mr
l'Abbé Renaudot ; Mr Dacier ;
Mr Couture , & Mr de Boze ;
& l'Academie des Sciences
nomma Mr l'Abbé Bignon ;
Mr de la Hire ; Mr du Verney
; Mr Homberg , & Mr de
Fontenelles .
Mr l'Abbé Bignon parla au
nom des deux Academies , &
dit à Mr des Marefts , qu'elles
量
254 MERCURE
ne fuivoient pas en cette occafion
des mouvemens de bienfeance
ou de politique ; mais
ceux qui leur étoient inſpirez
par une veritable joye ; que ces
deux celebres Compagnies devoient
leur naiffance aux gran.
des vues de Mr Colbert ; qu'elles
devoient leur premiere
fplendeur à fa protection , &
que ce n'étoit qu'en fuivant les
routes qu'il leur avoit tracées ,
que leur éclat s'eftoit toûjours
augmenté , & que leur reputa
tion s'eftoit de plus en plus
étendue , de maniere qu'il étoit
aifé de juger des tranfports de
GALANT 255
leur joye , lorfqu'elles voyoient
le choix du Prince & les fuffrages
publics , réunis en faveur
du digne neveu d'un ſi grand
Miniftre.
Mr des Marefts répondit
qu'il étoit tres -fenfible à l'honneur
que les Academies avoient
bien voulu luy faire ; que s'il
étoit glorieux à Mr Colbert
d'avoir contribué par les vûës
à leur inſtitution , il ne l'étoit
pas moins à Mr l'Abbé Bignon
de foutenir aujourd'huy cer
établiffemént avec tant de dignité.
Il ajoûta qu'il ne pou
yoit trop affurer Mrs les Aca256
MERCURE
demiciens de fon eftime & de
fes fervices , & il combla d'hon
neftetez Mrs les Députez qu'il
témoigna connoiftre tous perfonnellement
ou de réputation.
Les fept Corps des Marchands
s'étant rendus en habit
de ceremonies chez ce nouveau
Controlleur General , la
parole fut portée par Mr de S.
Jean , Drapier , qui luy fit un
compliment auffi refpectueux
que pathetique , & qui fut fort
applaudy. Il parla de l'application
avec laquelle Mr Colbert,
avoit toûjours travaillé à étendre
le Commerce, & à le faire
GALANT 257
fleurir , & il pria Mr des Marefts
de le proteger , ce qu'il lui
demanda en termes fort preffans
, & la maniere dont Mr
des Mareſts parut accorder aux
fept Corps des Marchands , ce
qu'ils luy demandoient par la
bouche de leur Député , leur
donna lieu de croire , auffi bien
qu'à tous ceux qui étoient prefens
, qu'il leur tiendroit la parole
qu'il donnoit .
La Charge de Maréchal
general
des logis des Armées du
Roy , ayant vacqué par la mort
de Mr de Langlée , ainfi que
je vous l'ay deja dit , Sa Ma-
Mars 1708. Y
258 MERCURI
jeſté ayant trouvé un grand
nombre de Sujets dignes de
remplir cette Charge , a crû la
devoir feparer en deux , afin
de répandre en même temps
ſes bien- faits fur deux perfonnes
differentes ; ainfi cette Charge
a efté partagée entre Mr de
Mauroy & Mr de Verceil . Ce
premier eft Maréchal de Camp,
& diftingué par les longs fervices
, & par plufieurs actions
éclatantes qui luy ont acquis
une grande reputation ; il a fervy
à la teſte du Regiment du
Roy , avec une grande diftinction.
Il cft d'une ancienne
GALANT 259
Maifon originaire de Normandie
; fes Anceftres y eftoient
connus dés le temps des Rois
d'Angleterre Edouart III . &
fes Succeffeurs , lorfque les
Anglois étoient Maiftres de
cette Province. Mr le Comte
de Mauroy fon pere , eft mort
aprés avoir donné les premieres
leçons de l'art militaire à fon
fils qui paffe aujourd'huy pour
un des meilleurs Officiers Generaux
des Armées de Sa Majesté.
Mr de Verceil qui a eu la
moitié de la Charge dont je
viens de vous parler, eft Colo
Y ij
260
MERCURE
nel du Regiment de Houffards
qui font au fervice du Roy , &
Brigadier des Armées de Sa
Majefté ; il eſt d'une tres- ancienne
famille originaire de
Dauphiné ; il a porté les Atmes
depuis fa plus grande jeuneffe
, & il s'eft fignalé dans
les differens Corps où il a fervy
; il a efté Capitaine dans le
Regiment du Roy , où il entra
lorfqu'il quitta les
Moufquetaires
; il a donné dans ce Corps
diverfes marques de fa valeur
il s'eft trouvé dans les plus
grandes actions de la derniere
guerre , & la fermeté qu'il y
GALANT 261
fit voir , luy attira des loüanges
de feu Mr le Maréchal de
Luxembourg qui eftoit un bon
Juge du merite & de la valeur .
Ce Maréchal avoit une eftime
particuliere pour luy , & il l'employoit
fouvent lorſqu'il avoit
befoin de perfonnes de confiance
, & fur qui il pût compter
Mr de Verceil n'a pas donné
de moindres marques de fon
courage dans les actions où il
a été depuis le commencement
de cette derniere guerre ; il s'eft
trouvé dans lesJournées les plus
memorables ; fçavoir , à Luzzarra
, à Caffano ,
Caffano , & à la pre262
MERCURE
miere bataille d'Hochftedt ; if a
auffi beaucoup brillé en Flandres
à la teſte du Corps qu'il
commande ; & il a reduit ce
Regiment depuis qu'il en eft
Colonel à fuivre la difcipline
militaire de la même maniere
qu'on l'obferve dans les Armées
Françoifes.
Mr le Marquis de Bethune
a époufé Dame N ... d'Harcourt-
Beuvron de la Mailleraye.
Ce Seigneur eſt iſſu de
François Marquis de Bethune
Chevalier des Ordres de Sa
Majefté & fon Ambaffadeur
Extraordinaire
en Pologne , &
GALANT 263
de Dame Loüife , Marie de la
Grange Arquian fon épouſe ,
& foeur de la Reine de Pologne.
François Marquis de Bethune
étoit frere d'Henry
Comte de Bethune qui a eu
plufieurs enfans de Marie Anne
Dauvet , fille de Nicolas
Comte des Marefts,grand Fauconnier
de France , & de feu
Armand de Bethune Evêque
du Puy. Ils eftoient tous fils.
d'Hypolite de Bethune , Comte
de Selles , Marquis de Chabris
, Chevalier d'honneur de
la feuë Reine , & qui eft mort
Chevalier des Ordres de Sa Ma264
MERCURE
jefté. Philippe de Bethune Baron
, & puis Comte de Selles,
Chevalier des Ordres du Roy
a formé cette branche . Il étoit
frere du Duc de Sully Sur- intendant
des Finances , & Louis
de Bethune fon troifieme fils
forma la branche des Ducs de
Charoft. Mademoiſelle de la
Mailleraye eft foeur de Mr le
Maréchal Duc d'Harcourt
, &
de Mr le Comte de Cezancs ,
& fille de feu Mr le Marquis
de Beuvron , Chevalier des Ördres
du Roy , & Lieutenant
General de Normandie
, & de
fa deuxième femme Angelique
de
GALANT 265
de Fabert , fille du Maréchal
de ce nom . La branche aînée
de l'illuftre Maifon d'Harcourt
qui tire fon origine de Robert
qui vivoit dés l'an 1100. dans
le quinziéme fiecle
par le mariage
de Jeanne , Comteffe
d'Harcourt avec Jean III . Sire
de Rieux tris- ayeul de Louiſe de
Rieux qui époufa René de Loraine
, Marquis d'Elbeuf. Celle
de Beuvron fe forma dans le
quatorziéme fiecle dans la perfonne
de Philippe d'Harcourt,
troifiéme fils de Jean V. Comte
d'Harcourt qui eut la tefte
tranchée à Roüen en 1355 .
Mars 1078. Ꮓ
266 MERCURE
›
parce qu'il avoit pris le party
du Roy de Navarre contre
celui du Roy Jean , & de Blanche
de Ponthieu , Comteffe
d'Aumale , & de Montgomery.
La terre de la Mailleraye a
efté autrefois poffedée par Mr
de la Mailleraye un des trois
Députez que l'Affemblée des
Proteftans faite à Grenoble
en 1615. envoya au Roy Louis
XIII, à fon paffage à Amboife ,
& qu'il n'écouta qu'à Poitiers
lorfqu'il alloit fur la Frontiere
époufer l'Infante Anne d'Au
triche.
Je devois dire au commenGALANT
267
cement de cet article que Mr
le Marquis de Bethune a un
Regiment d Infanterie ; qu'il
eft fils de Mr le Marquis de Bethune
qui a été long temps Ambaffadeur
en Pologne , où ce
nouvel époux a deux foeurs mariées.
Mr le Gendre de Berville Colonel
du Regiment Colonel
General , a époufé Mlle de
Saillans de la Maifond Eſteing
fille de feu Mr le Marquis de
Saillans Gouverneur de Namur
, & niece de Mr le Comte
de Saillans Lieutenant General
des Armées du Roy.
Zij
268 MERCURE
le
Mr de Berville eft le troifiéme
fils de feu Mr le Gendre de
Rouen , fi connû par le commerce
qu'il avoit dans toutes
les parties du monde , & que
Roy annoblit , il y a quelques
années en confideration des fervices
qu'il avoit rendus à l'Etat .
Mrde Colandre Colonel du Regiment
de Flandres , & cy - dcvant
Capitaines aux Gardes ,
eft frere aîné de Mr de Berville
; Mr de Meigremont Capitaine
aux Gardes , leur troifiéme
frere a ététué à la Journée de
Ramillies ; ils ont un frere
Confeiller au Parlement de
Rouen , & une four mariée à
Mr Pecoil de Ville - Dieu , Maître
des Requeſtes.
La Maison d'Eftcing cft une
GALANT 269
des plus illuftres du Royaume ,
elle a donné plufieurs Chevaliers
aux Ordres de nos Rois ,
des Generaux d'armées ; &
un grand nombre d'illuftres
Prélats à l'Eglife . Elle a donné
un Evêque à l'Eglife de Rodez
qui a efté beatifié , & qui
a fait divers miracles ; elle a
auffi donné un Archevêque à
l'Eglife de Bourges qui fut mis
dans la fuite dans le Sacré College
, & plufieurs Evêques aux
Eglifes d'Auvergne . Cette
maifon à le glorieux avantage
de porter les mêmes armes & les
mêmes livrées que nos Rois depuis
qu'un Seigneur d'Efteing
releva & remonta à cheval Phi-
Hippes Augufte a la bataille de
Bovines donnée dans le treizić-
Z iij
270 MERCUR
me ficcle , & qu'il gagna contre
l'Empereur Othon IV . Cette
maiſon a eu plufieurs Comtes de
Lyon , & un Doyen de cette
Eglife.
•
J'aurois dû vous parler plûtôt
de l'article que vous allez
lire , & qui regarde les affaires
de Catalogne ; mais fi je vous
l'avois envoyé dans le temps que
toutes les nouvelles publiques
en ont parlé , je vous aurois
mandé beaucoup de chofes contraires
a la verité , les Alliez
n'ayant jamais parlé juſte touchant
les Troupes d'Italie qui
ont debarqué en Catalogne , &
ayant caché les pertes que ces
Troupes avoient faites avant
leur débarquement , ainfi que
plufieurs circonſtances qui font
GALANT 271
cauſe du mauvais état où elles
font , comme le manque d'argent,
& la perte de toutes les hardes
des Officiers , ainfi que plufieurs
autres chofes qui ne leur
font pas avantageufes ; de maniere
• que quoy que l'article
que vous allez lire , ne regarde
pas des chofes nouvellement arrivées
, il ne laiffera pas de
paroître
prefque entierement nouveau
à ceux qui le liront. Je ne
laifferay pas de vous parler encore
de ce qui regarde la Catalogne
, dans la fituation generale
des affaires prefentes que
Vous trouverez à la fin de ma
lettre .
La Flote d'Angleterre &
d'Holande dont on a tant parlé,
& qui a porté en Catalogne les
Z. iiij
272 MERCURE
"
Troupes d'Italie , dont toutes
les nouvelles publiées chez les
Alliez , ont fait autant de bruit
que fi ces Troupes avoient fuffi
pour la défenfe de la Catalogne
, & pour la conqueste de
tou e l'Espagne. La Flote , disje
, dont je viens de parler ,
étoit compofée de trente - deux
Vaiffeaux de guerre , qui fervoient
d'eſcorte à trente- fix
Vaiffeaux Marchands , fur lefquels
eftoient les Troupes de
l'Electeur Palatin ; deux Regimens
Italiens , & environ mille
à douze cens femmes ; le tout
enfemble ne fe montant qu'au
nombre de fept mille perfonnes. ,
Les Troupes de l'Electeur Palatin
étoient commandées par
les Generaux Coppé & Effern,
GALANT 273 :
& ces Generaux avoient reçû
un paquet de l'Electeur leur
Maître , qu'ils ne devoient ouvrir
que lorfqu'il feroient devant
Caillery , Port principal
de l'Ifle de Sardaigne. La Flote
vouluty moüiller afin d'y dé
barquer quelques Troupes qui
devoient eftre commandées par
le Marquis de Cifuentes Efpagnol
, & que
l'Archiduc a nommé
Lieutenant General. Ces
Troupes avoient ordre de s'emparer
de cette Ifle . Mais le vent
s'étant trouvé contraire , & la
Flote ne pouvant , manque de
vivres , demeurer long - temps
en ce lieu , le Commandant jugea
à propos de moüiller à Calvy
, Port de l'Ile de Corſe
afin d'y faire affembler le Con-
1
274 MERCURE
feil , & d'y déliberer fur ce qu'il
feroit à propos de faire . Il fuc
refolu dans ce Confeil d'ouvrir
le paquet dont j'ay déja parlé,
& dans lequel on trouva les or
dres fuivans , fçavoir.
Que le General Major refteroit
dans la Sardaigne jufqu'à ce que
la Flote eût pris les vivres neceffaires
, & queft l'on ne voyait pas
d'aparence de pouvoir vefter Maitres
de cette Ifle , Pan y feroit débarquer
toutes les Troupes ; que l'ony feroit
payer les contributions , & que l'on
en garderoit l'argent pour
le
payement
des Troupes attendu qu'elles.
n'avoient reçu aucun quartier ny
même aucune paye depuis buit mois .
Cet article ne put être executé
à cauſe du mauvais temps.
Qu'il falloit deminder à l'ArGALANT
275
*
chiduc le rang que les Troupes devoient
avoir , fuivant le Traité renouvellepour
trois années , en fefaifant
diftribuer les Quartiers pour le
rafraichilement , où il devoir eftre
fourny tout le neceffaire aux Trou
pes , & quefi on vouloitfe fervir de
deux mil cinq cent facs de farine ,
que S. A. E. Palatine avoit eu la
precaution de fournir , ilfalloit auparavant
rembourser la même fomme
aux Entrepreneurs des Vivres.
Que les Officiers Generaux devoient
donner avis de leur arrivée ,
avec les tables de chaque Regiment,
& enfuite des évenemens de leur entreprise
, afin de favorifer leur retraite
, en cas de befoin.
+
Mais le vent ayant empêché
l'expedition de Caillery , ainfi
que vous venez de voir , il ne
276
MERCURE
fut pas queftion de l'execution
de ces Articles ; mais de ſe rendre
à Barcelone , où la Flore
debarqua les Troupes , dont
elle eftoit chargée , que l'Archiduc
paffa en revûë . Elles furent
enfuite diftribuées à Tortofe
, à Gironne, à Vic , & en
tres Poftes des environs. Ces
Troupes ne confiftoient qu'en
cinq mille hommes en eſtat de
combattre , tant à caufe des Malades
& de ceux qui eſtoient
morts pendant la route , que
de ce qu'elles avoient perdu
prés de Corfe , un Vaiffeau ,
dans lequel il y avoit cinq cent
hommes.
On efperoit en Catalogne que
la Flote , aprés avoir efte prendre
à Liſbonne les vivres dont
GALANT 277
elle manquoit , retourneroit en
Italie , pour y embarquer le peu
de Cavalerie que les Alliez
avoient paru avoir deffein d'y
envoyer ; mais les Catalans devoient
peu compter fur cette
Cavalerie , qui pouroit à peine.
paffer pour une Infanterie délabrée
, puifqu'elle fe trouve
fans chevaux. Le Prince d'Elbeuf
, connu cy - devant fous le
nom de Prince Emanuel , qu'il
avoit pris depuis peu en quittant
le nom d'Abbé , & qui par confequent
n'avoit jamais tiré l'épée
, eftant venu fur la Flotte ,
dont je viens de parler , pour
faluer l'Archiduc , luy demanda
recompenfe de fes fervices , & il
luy accorda fix cent louis d'or ,
recompenfe indigne d'un Prince
278 MERCURE
de fa Maifon ; mais trop grande
pour un homme auffi novice
dans le métier de la guerre . Il
le fit auffi General des Trou
pes deſtinées à l'expedition de
Sicile ; mais qui cependant n'y
devoient point aller , & il le
nomma Grand d'Espagne , nomination
frivole , & faite par
un Prince qui ne poffede rien
en Eſpagne , & qui n'a aucun
droit d'y regner. On peut juger
par là des avantages que retirera
le nouveau Duc d'Elbeuf de
tout ce que luy a donné l'Archiduc
, qui auroit grand befoin
qu'on luy donnât à luy même
toutes les chofes qui luy manquent.
Auffi , quoy que peu que
meritât le Prince d'Elbeuf a- t'il
efté tres - peu fatisfait des dons
GALANT 279
qu'on luy a fait , & dont il ne
luy pouvoit rien refter , avant
qu'il fut arrivé à Naples , où il
devoit retourner .
Les Malades dont j'ay déja
parlé , & que la Flotte avoit dé
barquez , furent logez dans les
lieux circonvoifins de S. Feliou
& de Blanes , le General Major
les ayant debarquez de ce
cofté là , d'où il fe rendit à Barcelone
, afin de dire à l'Archiduc
que la Cavalerie qu'il avoit
laiffée en Italie , n'ayant point
de chevaux , il avoit compté
qu'il la remonteroit en Catalogne
, parce qu'il n'avoit point
d'argent , & qu'il n'y avoit
point en Italie de chevaux pour
la remonter ,..
Trois jours aprés le débar280
MERCURE
quement des Troupes , l'ordre
fut donné au Vaiffeau Holandois
, qui eftoit chargé de l'équipage
des Officiers , de s'aprocher
de la Rade de Barcelone
pour les debarquer. Ayant
reçû cet ordre , il vint moüiller
le plus prés qu'il pût de Barcelone
; mais une tempête furvenuë
pendant la nuit rompit fes
cables , & le jetta du cofté du
Mont-Jouy , où il perit . Peu de
Matelots échaperent doce naufrage
, & tous les bagages furent
perdus , mais le Capitaine du
Vaiffeau eut le bonheur de fe
fauver. Vous pouvez juger de
la confternation
que cette perte
jetta dans le coeur des Officiers ,
qui prirent ce naufrage à tresmauvais
augure .
GALANT 281
Cette Flotte avoit aufli perdu
prés de Majorque , une Tartane
Genoife , chargée de foin &
d'avoine , de maniere que prefque
tous les Officiers perdirent
une grande partie de leurs habits
, aprés avoir vû perir ce qui
devoit fervir de nourriture à
leurs chevaux , ce qui avoit efté
caufe que la plupart eftoient
morts de faim
Cette même Flotte eftoit tellement
en train de perdre , qu'une
Fregate auffi Genoiſe , dans
laquelle eftoit un Courrier de
Monfieur de Savoye , qui devoit
annoncer à l'Archiduc que la
Flotte arriveroit bien- toft , fuc
auffi perdue.
Ce qui fuit eft tiré d'une Lettre
de beaucoup plus fraîche
Mars 1078. A a
282 MERCURE
datte ; & comme elle vient des
Ennemis mêmes , on doit eſtre
perfuadé que leurs Troupes ne
font pas fuperieures en nombre
à ce qui eft porté dans cette
Lettre; & que fi elle avoit péché
en quelque chofe , elle auroit
plûtoft augmenté que diminué
ce nombre . Cependant ,
prefque toutes les Lettres de
Catalogne , tenant à peu près le
même langage , il me paroît que
l'on doit y ajouter foy.
GALANT 283
E TA T.
DES TROUPES
que les Ennemis ont prefentement
en Catalogne.
TROUPES DE L'ARCHIDUC .
Regiment des Gardes de Son Al-
Steffe Colonel Don Antonio Paguera,
Catalan , 1. Bataillon.
Regiment de la ville de Barcelo.
r. Bataillon . ne ,
1
Regiment de la Députation de Catalogne
,
Regiment de Caftillonne , Napo-
1. Bataillon .
litain , 1. Bataillon
.
Regiment de Ferers Efpagnol
,
L Bataillon .
Regiment de Schoüel Allemand,
1. Bataillon.
A a ij
284 MERCURE
CAVALERIE.
Regiment de Don Raphael Nebot ,
Catalan.
Regiment de fon frere , Don Jean
Nebot..
Regiment de Don Michel Soabies ,
Catalan.
Regiment de Saragoffe.
Regiment de Zinzendorf, Dragons.
ANGLOIS .
Deux Bataillons d'Infanterie.
Un Regiment de Cavalerie.
HOLLANDO IS.
Deux Batillons d'Infanterie , commandez
par Mr de Saint Amand,
GALANT 285
PORTUGA 1 S.
Deux Bataillons d'Infanterie.
Quatre Regimens de Cavalerie , cha.
cun defix cent cinquante hommes .
TROUPES
nouvellement débarquées.
Deux Regimens Milanois , Colonel
le Comte de Bone- Sana , &
Taf, chacun d'un Bataillon.
Six Regimens Allemans ; fçavoir
un Imperial & cinq Palatins .
Ily a auffi parmy les Troupes de
l'Archiduc, un Regiment qui porte le
nom de Regiment de la Reine , &
dont le Comte de Noyelle eft Colonel.
Toutes ces Troupes ensemble ne
fontque 4000 , hommes de Cavale-
Tie , & 8. à 9000, d'Infanterie.
286 MERCURE
Je dois vous dire pour l'intelligence
de la faire de la même
Lettre que vous allez lire , que
les Regimens qui font contenus
dans l'Etat fuivant , s'eftant
trouvez fi foibles à la fin de la
Campagne , qu'ils ne pouvoient
plus porter le nom de Regimens ,
on jugea à propos de les caffer ,
afin d'incorporer dans d'autres
Regimens , le peu de Troupes
dont ils fe trouvoient alors compoſez.
TROUPES
Qui ont efté caffées en Catalogae
, aprés la Campagne.
Regiment de Cavalerie de Don Antoine
Clariana.
Regimentde Dragons de Don Jofeph
GALANT 287
Nebot , frere des deux cy - devant
nommez:
Regiment de Morras , Cavalerie.
Regiment de Cortada de Mafles
Infanterie Catalane , qui avoit
efté formé pour le fecours de Lerida
.
Regiment de Don Ambroise de Sa
lamanque , Infanterie , qui portoit
le nom de Galloway , levé auſſi
Pour lefecours de Lerida.
Toutes ces Troupes , excepté les
Angloifes, Hollandoiſes & Portu
gaifes , qui font payées par leurs
Maiftresne reçoivent aucune paye:
on ne leur diftribue point de vivres ,
& elles ne fubfiftent qu'aux depens
du Pays
.
Mr le Comte de Cifuentes , qni
avoit'efté envoyé à Genes pour eftre
Viceroy de la Sardaigne , qu'il fe
288 MERCURE
faifoit fort de faire revolter , eft revenu
à Barcelone , où il a efté fort
mal reçû de l'Archiduc , qui l'a en
quelque maniere difgracié , patie
qu'il avoit emprunté à Genes quatre
mille pistoles au nom de ce Prince ,
fans en avoir reça aucun ordre.
On eftfort embaraffe en Catalo.
gne pour la levéedes fubfides , acor.
dez à l'Archiduc , & l'on ne fait
comment s'y prendre , les Communautez
du Pays voulanıqu'on leurtienne
compte de ce qu'elles ont foarny de
vivres aux Šoldats , & que ce foit
autant de defalqué fur les fommes
qu'on leur demandez ce que
PA1-
chiduc n'entend point..
La mort de Mr de Fourcy ,
Confeiller d'Etat ordinaire , a
fait monter Mr Voifin de la Noiraye
, Confeiller d'Etat Semef-
Lre ,
GALANT 289
tre , à la place du deffunt . Il eft
de la même famille que Mr Voifin
déja Confeiller d'Etat ordinaire
, & l'un des Juges du Con .
feil les plus eftimez . Celuy qui
vient de monter a la place d'Ordinaire
du Conſeil , a eſté ſucceffivement
Confeiller au Parlement
, Maistre des Requeftes
& Intendant de Haynaut pendant
les Sieges de Mons & de
Namur , où il s'eft acquis une
tres-grande réputation des Peuples
& des Troupes , ainfi que
Me Voifin fon épouſe , dans le
fecours qu'elle donna aux Malades
& à tous les Bleffez . En fortant
de cette Intendance , il fut
nommé Confeiller d'Etat , & il
fut depuis admis au Confeil de
l'Amirauté , & comme fuivang
Mars 1708 .
Bb
290 MERCURE
l'établiffement de la Maifon de
Saint Cyr , un Confeiller d'E
tat doit eftre chargé des affaires
de cette Mailon , Mr. le
Chancelier en eftoit chargé
comme Controlleur General ,
& il avoit mis à la tefte du Confeil
de cette Maiſon , Mr de
Chamillart , chez qui le Confeil
ſe tenoit , & Mr de Chamillart
eftant devenu Controlleur
General , il en chargea Mr Voifin
en fe refervant feulement la
fignature des Comptes , & le
refultat des principales affaires .
C'eſt un homme fort éclairé , &
il joint à une longue experience
, une connoiffance parfaite
de la Jurifprudence & des matieres
dont la connoiffance appartient
au Confeil d'Etat . Il
GALANT 291
eft d'une ancienne famille de
Paris , qui a toûjours brillé dans
la Robbe , & qui a produit plufieurs
Confeillers au Parlement;
des Maîtres des Requeſtes ; des
Intendans de Provinces , & des
Confeillers d'Etat. La famille de
Mr Voifin eft connue dans le
Parlement depuis le regne de
François z. & lous Henri 3. Elle
fe diftingua par fa fidelité durant
les troubles fâcheux de la Ligue.
Elle ne fut pas moins fidelle
à Henry 4. fucceffeur de ce
Prince. Louis 13. avoit beaucoup
de confiance en Mr Voifin , qui
eftoit de la même famille que
celuy qui donne lieu à cet Article
, & il l'honora de plufieurs
Commiffions particulieres , &
fort importantes pour fon fer-
Bb ij
292 MERCURE
$
vice. Cette famille s'eft aufli
fort diftinguée dans l'Eglife.
Mre Felix le Pelletier de la
Houffaye , Intendant d'Alface
eft monté à la place de Confeiller
d'Etat Semeſtre que
Mr Voifin qui monte à celle
de Confeiller d'Etat ordinaire ,
vient de laiffer vacante . Mr de
la Houffaye a efté longtemps
Intendant de Soiffons , & lors
que le Roy le nomma à l'Intendance
d'Alface ; il laiffa à Soif
fons de vifs regrets de fa perte ,
& le peuple fur tout , dont il
s'eftoit declaré le Protecteur en
toutes fortes d'occafions , fit fon
éloge lorfqu'il quitta Soiffons,
par les pleurs qu'on luy vic
répandre , & l'on fçait que le
fouvenir de ce Magiftrat y eft
GALANT 293
encore fort cher . Il n'a pas
remply avec moins d'applaudiffemens
l'Intendance d'Alface
il y eftoit fort aimé , & tous les
Officiers fe loüent extrémement
de fes manieres . Il eft d'une famille
differente de celle de Mr
le Pelletier Miniftre d'Etat. II
a épousé la foeur de Mr Amelot
de Gournay , Confeiller d'Etac
& Ambaffadeur en Efpagne ; de
maniere qu'il eftoit beau- frere
de feu Mr le Comte de Vaubecourt
Lieutenant General des
Armées du Roy , qui avoit auffi
époufé une foeur de Mr Amelot
de Gournay . La famille de Mr
Pelletier de la Houffaye eft ancienne
dans la Robbe ; elle a
donné plufieurs Officiers au Par
lement de Paris qui s'y font dif-
Bb iij
294 MERCURE
tinguez par leurs lumieres & par
leur probité .
Mr de Merat de Briere qui
vient d'avoir la place de Confeiller
d'honneur au Parlement
qui vacquoit auffi par la mort
de Mr de Fourcy , eft fils de
Mr de Merat de Briere Maître
des Comptes. Le premier a été
long- temps Confeiller au Parlement.
Il y a toûjours eu la
reputation d'être un bon Juge ,
tres - honnefte homme , & fort
affidu à fes devoirs , & ayant obtenu
des lettres de Veteran , il
ceda fa Charge à Mr de Merat
fon neveu , prefentement Confeiller
au Parlement où il eſt fort
eftimé. Mr de Merat de Briere
eft oncle de Me la Premiere Prefidente.
GALANT 295
Mr de Merat de Nogen
Maistre des Comptes , & pere
du Confeiller au Parlement , eft
frere de celuy qui vient d'être
nommé Confeiller d'honneur.
Feu Mr de Merat de Vervil
le Confeiller au Grand Confeil ,
& pere de Me la Premiere Prefidente
, eftoit leur frere.
Le Roy a permis à Mr de S.
Laurent Lieutenant
General
de fe demettre de fon Regiment,
en faveur de Mr le Marquis
de Ferrare
fon fils quoy
qu'il ne foit âgé que de vingt
ans ; mais les marques qu'il
données de fa valeur en plufieurs
occafions
, & fes autres
bonnes qualitez qui ont brillé
aux yeux de toute l'armée , font
cauſe que Sa Majefté n'a pû re-
Bb iiij
296 MERCURE
fufer à Mr de S. Laurent fon
pere , la grace qu'il luy a demandée.
Le Regiment de S.
Laurent eft compofé d'Italiens ,
de Savoyards & de Piemontois.
C'est l'un des plus beaux Corps
du Royaume ; il fe diftingua
fort en Flandre dans la derniere
guerre. Mr de S. Laurent eft
du Comté de Nice , & allié à -
toutes les perfonnes les plus
qualifiées de ce Comté. Ilfervit
d'abord dans les Troupes
de Monfieur le Duc de Savoyė,
& il entra enfuite dans le fervice
du Roy , & aprés quelques
Campagnes , il eut permiffion
de lever un Regiment fur le pied
Etranger dans les Etats de Mr
de Savoye, Vous fçavez que les
Regimens Etrangers ont une
4
GALANT 297
^
plus forte paye que les Regimens
François. Les Compagnies
y font toutes de cent hommes.
Le Roy a auffi permis à Mr
Buëil d'acheter le Regiment
de Mr de Mailly de la Houffaye
. Ce premier eft d'une ancienne
Maiſon originaire du Vexin
, & qui s'eft fort diftinguée
au fervice des Rois de la Maifon
de Valois : & il a lui - même ſervi
avec beaucoup de diftinction
depuis la plus grande jeuneffe.
Il s'eft trouvé à la bataille de
Caffano où il a donné de grandes
marques de fa valeur & de
fon habileté dans la difcipline
militaire . Il eft allié de Mrs de
Buëil Sancerre dont la famille
a efté fort celebre fous le Re298
MERCURE
gne de Charles IX . & de Henry
III. & même fous celuy de
Henry II . Mr de Mailly de la
Houffaye qui a vendu fon Regiment
parce qu'il eft Maréchal ,
de Camp , eft d'une ancienne
famille originaire de Limouſin .
Il a porté les armes dés l'âge de
quinze ans , & il a monté par
degrez à tous les poftes les plus
honorables ; il fe diftingua beaucoup
pendant la derniere guerre.
Mr le Maréchal de Luxembourg
avoit beaucoup de confiance
en luy , & il luy en donna
des marques effentielles en
plufieurs occafions où l'on avoit
befoin de Chefs qui cuffent de
l'experience & de la reputation;
il fut bleffé à la bataille de Ner
vinde fur la fin de la journée.
GALANT
THOTREAUE
Le Roy a donné le Gouve
nement de Cambray , vacant
par la mort de Mr le Marquis
de Montbron , Lieutenant
Ġeneral
, à Mr le Comte de Bezons
auffi Lieutenant
General de fes
Armées. Ce premier eftoit un
Gentilhomme
originaire de
Poitou . Il s'eftoit d'abord attaché
à la perfonne de Mr le Cardinal
Mazarin ; & ce Miniftre
avoit élevé ce Marquis par degrez
à l'employ
de Capitaine
de fes Moufquetaires
; Aprés la
mort de ce Cardinal , le Roy fic
de cette Compagnie
, la feconde
Compagnie
de fes Moufquetaires.
Il en changea les Officiers ,
& en nomma Capitaine- Lieu-
Mr
le
Comte
de
Maulevrier
Colbert ; ce Comte
DE
LA
VILLE
300 MERCURE
ayant efté en Candie , avec un
detachement de Mouſquetaires,
fut fait à fon retour Lieutenant
General , & ayant quitté le Com
mandement des Moufquetaires ,
le Roy remit Mr de Monbron à
la tête de ce Corps , & il devint
Lieutenant General des Armées
de S. M. Gouverneurd'Arras &
enfuite de Cambray , où il vient
de mourir. Il laiffe des enfans
qui fe diftinguent dans lefervice.
Mr le Comte de Bezons , qui
a cu ce Gouvernement, eft fils de
feu Mre Claude Bafin , Seigneur
de Bezons , Confeiller d'Etat
ordinaire , & qui avoit esté auparavant
Avocat General du
Grand Confeil , & Intendant
de Juftice en Languedoc . H
eftoit de l'Academie Françoife ,
GALANT 301
& il fit un Livre fur le Traité
de Paix de Prague , dont il ne
s'avoua pas l'Auteur . Mr le
Comte de Bezons eft frere de
Mr l'Archevêque de Bordeaux ,
auparavant Evêque d'Aire , &
de feu Mr de Bezons Confeiller
d'Etat , & Intendant de
Guienne , & de feuë Me le
Blanc , mere de Mr le Blanc ,
Maistre des Requeftes & Intendant
d'Auvergne . Louis Bazin
fut Evêque de Lizieux , dans
le quinziéme fiecle ; mais eftant,
tombé dans la difgrace de Loüis
XI, fon Maître, fut éxilé , & ne
retourna plus à fon Evêché.
Jean Bazin Refident pour le
Roy Charles IX. en Pologne ,
contribua beaucoup à l'Election
du Duc d'Anjou à cette Cou302
MERCURE
ronne Montluc Evêque de Valence
, propofa quatre perfonnes
pour aller foutenir avec luy
les interefts du Duc d'Anjou
en ce Pays là , & Bazin fut le
feul qui fe trouva au rendezvous
; le Maffacre de la Saint
Barthelemy ayant empêché les
autres de s'y trouver. Les Po
lonois admirent encore aujour
d'huy , l'éloquence de Bazin ,
fur tout dans la premiere Harangue
Latine qu'il fit à cette
Nation. Il fut enfuite Deputé
General des Proteftans en France.
Il fuivoit la même Communion.
Cambray eft la Capitale
du Pays Cambrefis ; c'est une
des plus fortes Places de l'Europe.
Elle a deux bonnes Citadelles.
Le Roy la prit au mois de
GALANT 303
Mars 1677. & depuis ce temps - là
elle eft reftée à les anciens Maîtres
, les Rois de la premiere race
en ayant efté Souverains . On
croit qu'elle fut fondée par
Camber Roy des Sicambres.
Elle a efté prife & repriſe plufieurs
fois . Le Maréchal de Balagny
, fils naturel de Jean de
Montluc Evêque de Valence ,
dont je viens de parler , l'ayant
prife , le Roy fon Maître luy en
donna la Souveraineté , mais il
ne fut Prince de Cambray que
peu de temps , & nos Rois la
reprirent.
Mr le Comte de Chemerault ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , a eu le Gouvernement
de Gravelines , que Mr de Bezons
, qui a eu celuy de Cam304
MERCURE
bray laiffoit vacant . Ce Comtë
eſt d'une tres ancienne famille ,
originaire de Touraine . Il eſt
neveu de feu Mr le Marquis de
Chemerault , qui a efté attaché
toute la vie à feu Monfieur le
Prince. Il avoit épousé la fille
de Mr de la Baziniere , Treforier
de l'Epargne . Mr de Chemerault
qui vient d'avoir le Gouvernement
de Gravelines , eft
auffi neveu des Demoiselles de
Chemerault , Filles d'Honneur
de la feuë Reine , & dont l'unc
époufa feu Mr Forcadel , Controlleur
General de la Maiſon
de feuë S. A. R. Monfieur , &
frere de Mr Forcadel , Commiffaire
aux Saifies Réelles .
Mr le Comte de Chemerault
a fervy avec beaucoup de dif
GALANT 305
tinction . Il s'eft trouvé à la Bataille
de Nervinde , où il a donné
de grandes preuves de fa valeur.
Gravelines eft une Place
tres- forte entre Calais & Dunkerque.
Mr le Maréchal de la
Ferté la prit en 1658. & elle eft
reftée à la France par le Traité
de Paix des Pyrenées . Charles-
Quint l'affiegea dans le feiziéme
fiecle ; les François la luy reprirent
: & depuis ce temps là on
l'a toujours fortifiée , & on la
regarde à prefent comme une
des plus fortes Places de l'Europe
, tant par fa fituation naturelle
, que par
que par les ouvrages que
le Roy y a fait faire. Cette Ville
a donné naiffance à plufieurs
perfonnes illuftres › par leurs
emplois & par leur pieté. Un
Mars 1708. Cc
306 MERCURE
Citoyen de Gravelines mourat
en odeur de fainteté fur la fin du
feiziéme fiecle , & tous les Flamans
alloient prier Dieu fur fon
tombeau.
Après vous avoir parlé de ceux
qui s'avancent dans la guerre ,
dois vous entretenir de ceux
qui font des progrés dans les
Lettres.
Mr de Ville- fort , l'un des
Eleves de l'Academie Royale
des Infcriptions , connu par fon
merite & par divers ouvrages
de Profe Françoiſe , parmy lefquels
fe trouvent les Vies des
Peres du Defert , & celle de S.
Bernard , ayant demandé à fe
retirer à caufe de fon peu de
fanté qui ne luy permettoit pas
de fatisfaire aux affiduitez &
GALANT 307
L
aux travaux Academiques portez
par les Reglemens , Mr de
Boze , Secretaire perpetuel de
l'Academie , qui en qualité de
Penfionnaire avoit droit de
nommer à la place vaccante par
la démiffion de Mr de Villefort
, a prefenté Mr Ron , Confeiller
au Chaftelet , & cette
nomination a eſté agrée de
toute la Compagnie , & confirmée
par Sa Majesté . L'érudition
de ce jeune Magiſtrat , & fon
talent pour la Poëfie Françoife ,
luy ont acquis beaucoup de réputation
.
Une Dame amie de l'Autheur
de l'Enigme du mois dernier ,
en ayant trouvé le mot , il a cru
devoir faire pour elle les Vers
fuivans.
Ccij
308 MERCURE
MADRIGAL,
Par le mot quefans peine , Iris , a
deviné ,
Son éloge en ces Vers fe trouve ter
miné.
༢་
Elle est belle , bienfaite , aimable
,
On eft charme defa douceur , A
Son efprit la rend estimable ,
Mais elle Peft encor cent fois plus
par le Coeur.
Le dernier mot de ces Vers eft
celuy de l'Enigme . Ceux qui
l'ont auffi deviné font : Mrs le
Begue , Precepteur de Mr de
Miromefnil ; de Motiers , de la
ruë Geoffroy- l'Afnier ; du Pin
Telluffon ; D. le Chin , ProcuGALANT
309
reur Fifcal à Egligny prés d'Auxèrre
, & fon grand Amy Jacquart
de Nanteil , Capitaine des
Grenadiers au Regiment d'Orleanois
, fon voifin ; Vannereau ;
J. le Beuf, Lieutenant d'Artil
lerie ; Barriere , C .... & c . Ver- ·
ninac , premier Conful de Soüillac
pour la quatrième année ;
l'Americien , du Hamel , & fon
neveu Neou ; Rouzaut , Commis
au Greffe Civil du Parlement
de Touloufe , & fon Amy
Auffaque ; Jacob , de la Lune
d'argent ; Demachy , de la Toilette
Royale ; Becquet , Philofophe
, du Pont Notre- Dame ;
Herbin , du même Pont ; M. L.
M. D. R. l'Oedipe de l'Hoſtel
d'Entragues les vrais rayons
du Soleil d'or A. B. D. G. T. V.
310 MERCUR
E
Levieux M. P. Novice ; Richard
fans barbe le grand Chaperon
des Nymphes , & le P. des Perroquers
; les petits enfans , &
Pilliette ; le Solitaire du Culde-
fac Saint Landry ; le B. G.
de la rue du Meurier ; le Solitaire
Que-mine & fon amy Darius
. Mlles du Boifrond ; de
Poitiers ; Morillon L. F. E. S.
A. M. S ; l'aimable Demoifetle
Gombaut de la rue S. Pierre
aux Boeufs ; la jeune Mufe renaiffanie
; M. A. l'Hofte de
Boulogne fur Mer ; la Poole
brune du bois de Cerf , l'aimable
Cochot , de la rue aux Féves
; la Solitaire de la même ruë;
la belle Denife. D. C. R. D.
P. N. D. La belle Tonton , de
la ruë de Grenelles la Maman
GALANT 311
téton de M' le Duc de Thouars ,
& fa groffe Gouvernante ; la
plus jeune des belles Dames de
la rue des Bernardins ; la Colombe
de Merignac ; les deux
Charmantes , du Pont Nôtre-
Dame Javotte fur le Quay
neuf ; Echuodub , fur le même
Quay les deux foeurs infeparables
, de la ruë neuve S. Euftache
; l'aimable niece du Solitaire
, de la Croix du Tiroir ;
la charmante de la Ronde ; la
Nymphe de la Foffée ; L. G.
de la rue Geoffroy l'Afnier , &
fa foeur Manette ; la toute aimable
S. C. L. B. & la Maraine
de la Commette .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle est d'une perfonne
de diftinction .
312 MERCURE
ENIGM E.
Dans les quatre faifons , je fuis
toujours de mème
Les grands & les petits , je fers
également
Aux deux fexes , je donne un fragile
ornement ,
De qui ne peut m'avoir , la difette
eft extrême.
S
Mon teint approche moins du vermeil
que
du blème
Dans toutes les couleurs , je fais die
changement
Pourvu qu'on en excepte , une ou
deux feulement ,
On me trouve au village , & fous
le diadéme!
Je
GALANT
313
13.
LYON
H
312 MERCURE
aminelesbeaux
evallex
mours.
GALANT 313
Je n'aypas d'ennemyplus rude que le
vent ;
On ne fait aucun cas de moy dans
le Convent
Si tu fçais d'où tu viens tu connois
bien ma mere.
2
Mon pere fans me voir , me bat
foir & matin
Nous finirons tous trois , par un di -
vers defin
Rien plus commun que moy , rien fi
peu neceffaire.
L'air que je vous envoye eft de
faifon puifqu'il regarde le
Printemps.
AIR NOUVEAU.
Ze doux chant des oifeaux vient
bannir la trifteffe
Mars 1708 . Dd
314 MERCURE
Et laimable Printems rameneles
beaux jours you anategik
Reveillez- vous tendre jeuneſſes
Et reprenez vos fidelles amours.
D
Les oiſeaux ne fe font pas entendre
feuls dans cette faiſon ,
& ils font fouvent effarouchez
en ce temps- cy par le bruit des
tambours & des trompettes , &
par celuy des armes , dont voicy
le temps de vous entretenir.
L'article qui fuit eft digne de
vôtre attention , & vous y trouverez
tous les fujets de plaintes
que les Alliez font les uns contre
les autres .
Toutes les nouvelles publique
, de Holande , ont parlé'plufieurs
fois depuis quelques mois,
des conferences tenues à Nivel,
GALANT 315
les , & je dois à cette occafion ,
vous rapporter icy ce que vous
avez peut eftre déja vû , & qui
a efté écrit par un Auceur de
reputation , d'autant plus que
ce qu'il rapporto , doit tenir un
rang confiderable parmy les
plaintes que les Alliez font les
uns contre les autres , que j'ay
pris foin de ramaffer toutes ,
afin d'en former un Corps dans
lequel on trouvera beaucoup
de chofes qui ont jufques icy
efté ignorées , quoyque les fujets
de plaintes foient connus.
Ceux des Alliez qui en ont le
plus donné aux autres , n'ayant
fait que des réponſes vagues , &
n'ayant point declaré les raifons
qui les engageoient à donner
lieu de fe plaindre d'eux , voici
Ddij
316 MERCURE
ce que j'aytiré de l'Auteur donc
je viens de vous parler , & qui
regarde le peu de fruit des Conferences
tenues à Nivelles touchant
l'échange des prifonniers.
Voicy furquoy les difficultez ont
rout & dont les Commiffaires
n'ont paspu convenir. Ceux de Fran
ce & d'Eſpagne propoferent de faite
until
central des prifon
+
niers des deux nations contre un pa-
Teil nombre de prifonniers des Alliez
en obfervant Pégalité du rang &
des emplois se que l'on réglaft un
Cartel general pour la rançon de
ceux qui reftercient au delà du nombre
échangé ; que ce Cartel feroit
executé pendant tout le temps que
·la
guerre dureroits que les deux Couronnes
ayant pour ennemis , tes
Allemands , les Anglois , les Ho
GALANT 317
landois , les Portugais & les Savoyards
, & toutes ces nations étant
mêlées ou confondues dans les places
& dans les armées , il eftoit
jufte qu'on ne les diftinguaft pas lors
de l'échange des prifonniers , puifqu'elles
portoient toutes les armes
pour le même deffein.
子
Lefieur de Cidoghan , Commiffaire
pour l'Angleterre , & le fieur
Comftroon , revètu du même caraftere
pour la Holande , ne voulurent
pas convenir de ces propofitions.
Ils rejeterent celles du Cartel
general pour les campagnes à venir
, difant que chaque année porteruit
fa peine. Ils ne voulurenc
point acquiefcer à l'échange general,
ne voulant recevoir en échange que
·les Prifonniers Anglois & Holandois
, ou ceux des autres Nations
Dd iij
318 MERCURE
~
qui feroient à leur folde. Ils dirent
qu'ils ne prenoient aucune part
* à la fortune ou au mauvais fort des
'Allemans , des Portugais , ni des
Savoyards ; que c'eftoit à eux àprendre
foin de ne fe pas laiffer prendre ,
ou de tacher de prendre à leur tour des
Prifonniers pour échanger les lears.
Les Commiffaires des deux Couronnes
leur reprefenterent inutilement
, que tous les Alliez ne compofant
qu'un Corps d' Ennemis , contre
lequel Elles fe deffendoient , il
fembloit qu'ils ne devoient avoir
qu'un même intereft , & que comme
apparament on ne termineroit la
guerre que par un Traité general , il
paroiffoit raisonnable de n'en faire
qu'unpour l'échange des Prifonniers ;
que d'ailleurs les Princes alliez de
l'Angleterre & de la Hollande , de-
Pay
1
GALANT 319
voient leur fçavoir mauvais grè du
peu d'égard qu'ils avoient pour leurs
Sujets , qui avoient beaucoup contribué
à leur procurer l'avantage
qu'ils avoient remporté dans quelques
ocafions contre les deux Couronnes
; mais tout cela ne fervit de
rien, & les commiffaires de part &
d'autre s'en retournerent chez eux .
Rien n'eft plus injufte & plus
barbare que le procedé des Anglois
& des Holandois en cette
ocafion , puis qu'ayant dequoy
échanger des Officiers & des
Soldats des Troupes de leurs
Alliez , qui ont exposé leur vie
pour eux , ils refufent de lesretirer
de prifon , aimant mieux
les y laiffer périr , puis qu'il eft
conftant que de quelque maniere
que les Soldats y foient
320 MERCUR
E
•
traitez felon l'ufage de la guerre,
ils y font toujours tres- méchante
chere , & que les Officiers
s'y ruïnent , eftant obligez
d'y faire venir de l'argent de
chez eux. Depuis que l'on a fçû
cette dureté des Anglois & des
Holandois , on n'entend plus
que des plaintes parmy les Tronpes
qui fervent ces deux Nations
, & l'on peut dire qu'elles
ont beaucoup manqué de politique
en cette occafion , puiſque
l'on trouvera à l'avenir peu de
gens qui veulent s'enroler , lors
qu'il fera queftion de les aller
fervir , & que ceux qui font dé--
ja enrollez , éviteront à l'avenir
autant qu'il leur fera poffible
de combatre, eftant allurez
que s'ils demeurent Prifonniers ,
GALANT 321
on n'aura pas plus d'égard pour
eux que pour leurs Camarades .
Les Anglois , & particulierement
les Holandois , fe plaignent
continuellement de la guerre
d'Hongrie . Its difent que l'Empereur
devoit fe relâcher plus
qu'il n'a fait dans tous les tems ,
où l'on s'eft affemblé pour travailler
à cette Paix; & que l'obftination
de Sa Majesté Imperiale
, à refufer tout ce qu'on
luy a demandé , a toujours efté
tropgrande, vû quelle droit & la
raiſon ne font pas de fon côté . Ils
ajoutent qu'Elle s'aplique aux
afaires d'Hongrie , comme fi Elle
n'avoit que cette guerre à foutenir
, pendant que les Alliez
agiffent pour Elfe du cofté du
Rhin , en Flandre & en Cata322
MERCUR &
logne , & qu'ils ont efté caufe
des conquêtes qu'Elle y a faitessque
cependant, l'obſtination
qu'Elle a euë de ne vouloir pas
fe contenter de la Conquête du
Milanez , & l'envoy defes Troupes
dans le Royaume de Naples ,
ont empêché la Conquête d'Ef.
pagne , qui eftoit indubitable ;
ce quisa tellement dérangé les
affaires de ce Pays là , qu'il eft
tres difficile de les rétablir ,
& ce qui a dérangé, auffi l'affaire
de Portugal , ces deux
guerres ayant tant de liaiſon ,
que le fuccés ou le malheur de
l'une , fait le fuccés ou le malheur
de l'autre.
V
Les Alliez ajoutent aux plain
tes qu'ils font contre l'Empereur
, qu'il leur a refufé jufGALANT
323
qu'à un Generals ce qui n'au
roit pas diminué fes forces ; &
dont le nom feul pouvoir animer
les Troupes qui fervent en
Catalogne, & que d'ailleurs ce
General auroit remis en bonne
intelligence laplupart des Officiers
Generaux qui fervent en
Efpagne , & dont la defunion
fait grand tort à la Caufe Commune
; & ce qui les chagrine encore
davantage , eft qu'ayant
abfolument befoin d'un General
, ils fe font vûs obligez
de prendre celuy qu'il leur
a donné , quoy qu il ait toûjours
été effacéen Italie par le Prince
Eugene , & qu'ayant enfuite
cfté appellé pour commander
en Hongrie, les Troupes Imperiales
, n'y ayent pas eu le moin
324 MERCURE
dre avantage fous fon commandement
mais cependant ils ont
efté obligez de l'accepter , parce
qu'étant Allemand , & envoyé
par l'Empereur , il poura
empêcher que le mépris que
l'on a pour l'Archiduc , n'éclate
autant qu'il a fait jufques icy ,
ce qui arrefte la conqueste
d'Espagne , pour laquelle ils ont
uniquement entrepris la guerre.
L'Empereur qui n'a en vuë que
fes affaires particulieres , & qui
n'écoute que fa politique & celle
de fon Confeil , leur cache
les veritables railons qui le
font agir de la forte , & qui font
caufe qu'il n'apprehende pas
qu'ils abandonnent l'Archiduc .
Ainfi en gagnant toûjours du
temps , il dit qu'il ne peut s'empêcher
GALANT 225
pêcher de remedier aux affaires
qui le preffent d'avantage , &
qu'il agira enfuite du côté du
Rhin où il enverra des Troupes
, & cependant il fe contente
d'agir en paroles , & il croit
que les Alliez doivent être fatif
faits des
preffantesinftancesqu'il
fait faire tous les jours à la Diete
de Ratisbonne , & aux Cercles
& Princes de l'Empire , d'augmenter
leur contingent , & de
groffir leur Caiffe militaire. Cependant
, voicy ſes raiſons ſecrettes
, & celles de fon Confeil ,
qui les obligent à n'avoir point
d'égards à tout ce que difent les
Holandois pour acomoder les affaires
des Mécontens , étant
fuadez que la Religion les oblige
d'entrer dans leurs interêts,
Mars 1708 .
Ec
per226
MERCURE
f
& que l'Empereur doit preferer
à toutes chofes , la confervation
de les Pays hereditaires , parce
qu'un Empereur qui fe trouve
fans Etats qui ne reconnoiffent
que luy pour leur Souverain ,
n'eft qu'un Phantôme qui n'eſt
confiderable que par le nom
qu'il porte , & par le pas qu'on
luy cede ; que ceux des Princes
de l'Empire , dont les Etats
font confiderables auffi bien
le revenu vivent beaucoup
plus à leur aife , & font beaucoup
plus Souverains qu'un Empereur
qui n'a point d'Etats où
il puiffe commander fouverai
nement , les Empereurs qui fe
trouvent denuez d'Etats de
Sujets & de bien ne faifant
leur fejour que dans des
que
GALANT 227
villes appellées Villes Imperiales
, n'ont pas parce qu'elles appartiennent
à l'Empereur ; mais
parce qu'elles font fous la pro
tection de 1 Empire , dont le
Corps qui élit l'Empereur , eft
fouvent contraire à les volontez .
On feroit un Volume de tout
ce qui peut fervir à prouver
qu'un Empereur qui n'a point
d'Etats où il puiffe commander
fouverainement , eft un corps
fans ame , & que ceux qui l'ont
élevé peuvent depoffeder. C'eft
fur ces fondemens que l'Empereur
, fans ſe mettre en peine de
toutes les affaires des Alliez
quoique fon fang y foit intereffé,
n'a en vue que la confervation
de fes Pays hereditaires , & le
defir qu'il a de les agrandir lors
E ij
228 MERCURE
qu'il en peut trouver l'occafion .
A l'égard des menaces que les
Alliez luy font d'abandonner
les affaires du Rhin , il eft perfuadé
qu'il n'en doit rien apprehender
, & qu'ils n'agiroient
pas pour luy , fi leurs propres
interefts ne les y engageoient ,
& que trouvant l'union de la
France & de l'Efpagne contraire
à leur commerce , ils contribueront
toûjours à tout ce
qui poura faire diverfion des
Troupes des deux Couronnes ,
pendant qu'ils agiront du côté
de l'Espagne
.
L'Empereur ne laiffe pas de
confiderer que ce luy feroit un
grand avantage de voir la Couronne
d'Efpagne fur la tefte de
fon frere ; mais fes interefts par
GALANT 329
ticuliers luy eſtant encore plus
chers , il ne veut point rifquer
de perdre des Etats qui luy fervent
à maintenir la qualité
d'Empereur, & à le faire plus
refpecter › que s'il n'avoit
point d'Etats , dont il pût tirer
des hommes & de l'argent , pour
faire craindre les Puiffances de
l'Empire , qui pouroient quelquesfois
s'opofer à ſes volontez.
Sa Majesté Imperiale , loin
d'aprehender les menaces des
Alliez, ainfi que je viens de dire,
pretend qu'ils luy doivent avoir
obligation , de ce qu'il a bien
voulu leur prefter fon frere , &
rifquer la perfonne de ce Prince
, pour leur donner un homme
& un nom , qui puffent fervirde
pretexte à la guerre qu'ils
Ee iij
330 MERCURE
ont voulu entreprendre , fans
quoy aucun Efpagnol ne fe feroit
declaré pour eux ; aucune
Ville ne fe feroit foulevée, & aucuns
Traîtres n'auroient groffi
leurs Troupes ; de maniere que.
l'affaire les regarde uniquement,
& qu'il fait affez pour
eux , fans eftre obligé de leur
fournir de Troupes .
7
*
"
Comme on n'entend de tous.
coftez parler que de fujets de
plaintes entre les Alliez , les
Cercles & les Princes de l'Empire
qui les veulent imiter , fe
plaignent auffi , voyant les inf
tances trop preffantes que l'Empereur
leur fait , d'augmenter
leur Contingent & leur Caiffe
Militaire ; de ce que Sa Majefté
-Imperiale les a fait entrer dans
GALANT 331
une guere , à laquelle ils n'ont
aucan intereft , & qui regarde
uniquement l'agrandiffement
de fa maiſon , & s'ils ofoient dire
ce qu'ils penfent , ils diroient
que fi la Couronne d'Eſpagne
tomboit dans la Maifon d'Autriche
, elle deviendroit fi puiffante
, que les Cercles & les
Princes de l'Empire feroient
obligez d'en recevoir des loix.
Les Princes & les Cercles de
PEmpire fe plaignent , dis- je ,
de ce qu'avant jufqu'icy fourny
leur Contingent, & même beaucoup
plus , & qu'après avoir vû
fouvent leurs Troupes ruïnées
avant la derniere Batailled'Höchſtet
, & s'eftre vûs épuifez
de contributions qu'aprés
avoir vu la même chofe enfuite
3
332 MERCURE
de la prife des Lignes de Stolhof
fen, l'Empereur les preffoit toujours
d'augmenter leurs forces ,
fans obferver les Capitulations
de l'Empire , qui portent , que
lors que l'Empire aura befoin de
plus de Troupes qu'il n'en eft
marqué pour le Contingent ordinaire
, l'Empereur fournira ces
Troupes & leur payement .
Pendant que tout retentit des
plaintes , dont je viens de parler
, le Portugal n'en fait pas de
moins grandes contre les Alliez ,
fe trouvant prefque dépourvu
de toutes chofes , & hors d'eftat
de refifter aux Troupes qui font
fur le point de l'attaquer.
La Catalogne n'eft pas mieux
pourvûë ; elle crie encore
plus haut , & l'Archiduc sy
GALANT 333
plaint , de fe voir en quelque
maniere abandonné , & du mé
pris que l'on y fait de luy.
Monfieur de Savoye ne le
plaint pas moins , & quoy qu'avec
moins de fujet , il crie plus
hauc que les autres ; ce Prince
dit qu'il eft vray qu'il eft rentré
dans la plus grande partie
de les Etats ; mais qu'ils eftoient
tous ruïnez , fans fortifications ,
& épuifez d'argent ; & que lors
qu'il pouroit faire quelque conquefte
pour le dedomager , les
Alliez ne fe mettant plus en
peine de luy , parce qu'ils n'en
ont plus befoin , ne veulent plus
Juy donner de Troupes.
Enfin , jamais défunion ne
fut plus grande que celle qui
fe trouve entre tous les Alliez
334 MERCURE
ce qui ne peut produire que de
mauvais effets pour la caufe
commune. Cependant leurs af
faires ne font pas tellement dé
labrées , qu'une prompte paix
ne pût les racommoder ; mais
quand elle fe feroit dés aujourd'huy
, l'Angleterre & la Holande
, qui ont feules fourny
aux frais de la guerre depuis
huit années font tellement
épuifées , qu'il leur faut des fiecles
pour le remettre . Les Holandois
plus finceres & moins
fiers que les Anglois , l'avoüent
hautement dans leurs deliberations
, & font connoître la peine
qu'ils ont à trouver des fonds
pour continuer la guerre à la
quelle plufieurs Provinees refufent
fouvent de contribuer,
GALANT 335
Quant àl'Angleterre , les fommes
qu'elle doit font immenfes ainfi
que je l'ay déja fait voir , & l'on
peut juger de fa fituation à l'é
gard de l'argent , par l'article
qui fuit , que j'ay tiré d'une Lettre
de Londres.
L'abondance de l'argent à Londres
, est une marque qu'il ne circule
plus dans les Provinces ; elle
fait voir auffi que les Negocians
ne peuvent l'employer par mer , &
s'ils continuent de le préter à l'Etat,
il l'employera pour l'entretien des
Troupes au dehors , & pour payer
les fubfides aux Alliez , de manie
re que
l'Angleterre en fera entierement
épuifée comme l'eft aujourd'huy
la Holande pour la même raison ,
où l'argent eft fi rare qu'il l'eft mime
à Amfterdam.
336 MERCURE
Il n'en eft pas de même de
l'argent de France dont ils fort
tres peu . On ne tire rien du
dehors de tout ce qui regarde
l'entretien de fes armées , & celle
d'Alemagne a efté prefque entierement
entretenuë l'année
derniere , & celle- cy , des contributions
tirées d'Alemagne.
Les frais des Armemens de Mer
fe font en France , où les Armateurs
rapportent toûjours
beaucoup plus d'argent que ne
leur en a couté l'armement de
leurs Vaiffeaux , de maniere
que fi l'argent y paroift quelques-
fois rare , on ne doit pas
croire pour cela que la France
en manque , & il s'y trouve
tantoft rare , & tantoft abon
dant , felon qu'il plaiſt à de certaines
1
GALANT 337
taines gens , qui n'ont en vuë,
que leurs interefts particuliers ,
d'ouvrirou de fermer les bourses.
Je paffe à quelques articles
particuliers avant que d'entrer
dans ce qui regarde la grande
nouvelle , dont je crois que vous
attendez l'évenement avec autant
d'impatience que moy.
Mr Rouillé Confeiller au Parlement
, & Commiffaire aux Requeftes
du Palais , vient d'époufer
Mlle le Gouz , feconde fille
de Mr le Gouz Maillard , Prefident
à Mortier au Parlement
de Dijon , également diftingué
dans la Province de Bourgogne
par la naiffance & par fon
merite , & de Dame N.... Berthier
foeur de feu Mr Berthier
Confeiller au Parlement de Pa-
Mars 1708. F
338 MERCURE
•
"
ris , & tante de celuy qui l'eft
aujourd'huy . Mr Roüille eft fils
de Mr le Preſident Roüillé qui
a rempli pendant pluſieurs années
l'Ambaffade de Portugal
& enfuite d'autres emplois dans
les
•
pays étrangers. Ileft fils de
feu Mr Rouillé du Coudray
,
Maiftre des Requeſtes & Intendant
en differentes Provinces
,
& frere de Mr Roüillé du Coudray
, à preſent Confeiller d'Etat.
Cette famille eſt fi étenduë ,
elle a de fi grandes alliances , &
j'ay cu fi fouvent occafion de
vous en parler qu'il eſt inutile
que je m'étende aujourd'huy
fur ce qui la regarde. La fille
aînée de Mr le Prefident le
Gouz , a épousé depuis quelques
années Mr Turgot Maistre des
GALANT 339
Requeftes , fils de Mr Turgot
de Saint - Clair , auffi Mailtre
des Requeſtes .
Je fouhaite que les deux illuftres
perfonnes dont je vous
apprens le mariage , vivent auffi
long temps que Dom Jean de
Martrin , ancien Religieux de
l'Abbaye de la Graffe , Dioceſe
de Carcaffonne en Languedoc.
Il fut baptifé le dixième Aouſt
1599. & il eſt mort le cinquiéme
de ce mois , de maniere qu'il
eftoit dans fa 109° année . Il
eftoit forti d'une noble & ancienne
famille , & il avoit pris
le parti des armes étant encore
fort jeune. Il fervit en qualité
d'Officier à la bataille de Caftelnaudarry',
donnée ſous le Regne
de Louis XIII . & s'étant
Ff ij
34° MERCURE
retiré du fervice quelque temps
aprés il alla voir un de fes oncles
ancien Benedictin dans
l'Abbaye de la Graffe , & il
fit profeffion dans ce Convent .
Son grand âge pouvant vous
faire defirer de fçavoir de quelle
maniere il a vêcu , je vous diray
qu'il falloit qu'il euft une
grande tranquilité d'efprit ,
puifque ceux qui le fervoient
ont remarqué , que tout ce qui
pouvoit luy arriver de plus fâcheux
, n'avoit jamais fait paroiftre
de changement fur fon
vifage : Comme il aimoit beaucoup
le fruit , il en a mangé de
toutes les fortes , & en abondance
jufqu'à la fin de la derniere
année de fa vie. Il mangeoit
même le foir des falades de pour
GALANT 341
pié & de laitues qui ne luy ont
jamais caufé aucune indigeftion .
Il ne paroiffoit en luy aucune
des inquietudes dont la vieilleffe
eft ordinairement fuivie
& il avoit en échange beaucoup
de pieté & de grands fentimens
de Religion. Il a conſervé juſqu'à
fon dernier moment , une
entiere connoiffance . Il y avoit
plus de vingt ans qu'il n'avoit
reffenti aucune douleur que celle
que luy caufa une chute , &
dont il fut bien- toft guery ;
mais ce qui merite d'eftre remarqué
, eft qu'un peu avant ſa
* mort il cut des Symptomes
& il fit des mouvemens fi violens
que le lit où il eftoit couché
, reffembloit à une Barque
agitée par les ondes ,
>
Ff iij
342 MERCURE
L'Abbaye de la Graffe , où
ой
ce Religieux eft mort , eft une
des plus anciennes du Royaume.
On trouve dant fes Archives ,
que l'Empereur Charlemagne y
fit de grands biens. Elle a toujours
eu des Abbez tres- diftinguez
par leur naiffance & par
le rang qu'ils tenoient dans l'E
glife , entre lefquels on compte
des Princes de la Maifon de Savoye
, & de celle de Lorraine;
les Cardinaux d'Armagnac ; de
Joyeuſes de la Valette Louis
d'Anglure de Bourlemont , Archevêque
de Bordeaux , Marie
Jofeph deLorraine Princed ' Harcourt
, & Monfieur l'Archevêque
de Bordeaux qui en eſt aujourd'huy
Abbé. La Congregation
de S. Maur y fut établie en
GALANT 343
Fannée 1663. C'est une réfor
me de l'Ordre de S. Benoit , &
elle y fut établie par les foins de
feuë S. A. S. Monfieur le Princede
Contiqui estoit alors Gou- .
verneur de Languedoc . Les Peres
de cette Réforme qui font en
poffeffion de cette Abbaye , y vivent
d'une maniere fort édifiante.
Le filence & la retraite y
font inviolablement gardez . On
y fait de grandes aumônes tous
les jours ; mais la plus confiderable
, eft une aumône generale
appellée Mandat , que l'on y
fait tous les huit jours pendant
huit mois de l'année , qui font
depuis la Fefte de tous les Saints
jufques à la S. Jean . Le peu
ple y vient en foule , & particulierement
pendant les hivers
344 MERCURE
les plus rigoureux , les pauvres
defcendent en grand nombre
des montagnes , dont cette petite
ville eft toute environnée.
L'Abbaye de Neuf- Chaſtel
en France vient de vacquer par
la mort de Me Doremiculx , qui
en eftoit Abbeffe depuis plus de
quatre ans ; & quoy qu'à fon
avenement , les affaires de cette
Maifon fuffent dans un defordre
confiderable , elle n'a pas laiffé
dans ce peu de temps de faire
fentir ce que peut la pieté quand
elle eft foutenue de la prudence
& de la bonne conduite. Elle
eftoit foeur de Mr Doremieulx ,
qui aprés s'eftre diftingué dans
la profeffion d'Avocat , vient
d'être pourvû de la Charge
d'Intendant de la Maifon de
&
GALANT 345
t
gne
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, fa pieté a fi bien concouru
avec le zele de cette di-
Abbeffe
, que n'eftant pas
content de luy preter tous les fecours
qui dépendoient de luy ,
il a fait réedifier à fes dépens
une partie de ce Monaftere.
Cette famille eft répanduë
dans le Ponthieu & dans l'Artois
& reconnuë noble d'extraction
dans toute cette Province.
Elle tire fon origine de Pierre
Doremieulx , qui dés l'an 1361 .
vivoit dans la Terre Doremieulx,
& elle prend fon nom de
cette Terre , fituée fur la Frontiere
de Picardie , fix lieuës
au deffous d'Arras. On trouve
parmy les perfonnages celebres.
qui en font fortis , un Abbé de
346 MERCURE
l'Abbaye du Mont S. Eloy , ou
les armes de cette famille fe
voyent encore en pluſieurs endroits
, bâtis & réedifiez fous
fon adminiſtration , & un autre
du même nom , Abbé de Faverny
en Bourgogne. Il y avoit en
1492 un Officier de ce nom qui
commandoit dans Arras , &
quatre autres qui faifoient auff
profeffion des armes , dont l'un
eftoit Capitaine d'une Enſeigne
de 500. hommes , fous Charle
Quint qui tenoit alors le Pays
d'Artois . Il y avoit auffi en
1597. plufieurs Confeillers de
ce nom au Parlement de Malines
, & un Secretaire d'Etat de
Sa Majesté Catholique.
Le changement arrivé dans
les Finances , & la fuppreffion
GALANT
347
des deux
Directeurs , a esté cau
fe que l'on a créé une feme
Charge d'acendant
en faveur
de Mr Pouletier , l'un des Gardes
du Trefor Royal ; fes grandes
lumieres touchant
beaucoup
de chofes qui regardent cette
Charge , & la maniere dont il
a exercé plufieurs grands Emplois
dont il a efté revêtu , ayant
donné lieu de croire qu'il ferviroit
utilement l'Etat dans cette
nouvelle Charge d'Intendant .
J'entrerois
icy dans un détail de
beaucoup de choſes qui le regardent
, fi je ne vous en avois déja
parlé amplement
, dans le
temps qu'il fut pourvû de la
Charge de Garde du Trefor
Royal.
La Charge de Confeiller du
348 MERCURE
•
av en fes Confeils , Garde du
Trelor gal Triennal, Payeur
des Apointemens
, Penfions ,
Gratifications & menus - Dons ,
dont le fond le fait dans les Etats
du Trefor Royal , ayant vacqué
par la promotion de Mr Pouletier
à celle d'Intendant des Finances
, & plufieurs perfonnes
s'étant prefentées pour en avoir
l'agrément , Sa Majesté la donné
à Mr le Bas de Montargis
Ecuyer , Confeiller du Roy
Treforier General de l'Extraordinaire
des Guerres & Cavaleric
legere ; & comme il n'a pu
encore , quelque diligence qu'il
ait faite , rendre tous les Comptes
de ſes exercices de Treforier
General de l'Extraordinaire
des Guerres du Departement
de
GALANT 349
de deçà les Monts de l'année
1702. & du Departement de delà
& de deçà les monts des années
1705. & 1707. & ceux de
la Capitation des mêmes années ,
il ne pouvoit aux termes de l'Edit
de 1669. eftre reçû à un nouvel
Office de Comptable , fi le
Roy ne l'avoit relevé de l'effet
de cet Edit , en luy accordant fes
Lettres Patentes du 22. Mars ,
qui l'en difpenfent.
Certe grace finguliere fait
connoître combien Sa Majesté
eft fatisfaite des fervices de Mr
de Montargis ; ce qui eft expreffément
porté dans fes Provifions
de Garde du Trefor Royal ,
où le Roy dit , que fon merite ,fon
zele pour fon fervice , & les agreablesfervices
qu'il luy a rendus , font
Mars 1078 . Gg
350 MERCURE
caufe qu'il avoit cru ne pouvoir
faire un meilleur choix pour , &c.
En effet , il feroit difficile de
trouver un plus honnefte homme
, & plus zelé pour le fervice
du Roy, que Mr de Montargis.
On en peut juger par la confiance
du Public ; qu'il s'eft toujours
atirée dans le plus haut degré
, & par ce qui luy eft arrivé
toutes les années qu'il eft entré
dans l'Exercice de fa Charge
de Treforier General , & c .
puifque bien que l'argent fût
extrememet rare en ces tempslà
, & que laplfupart des bourſes
fuffent fermées , on venoit de
toutes parts luy en offrir , dés
que l'on fçavoit qu'il devoit entrer
dans l'Exercice de fa Charge
. Il n'en faut pas davantage
GALANT 351
pour faire fon éloge , à quoy j'a
jouteray feulement qu'il a infiment
d'efprit , & que l'honnêteté
de ſes manieres , a toujours
fait plaifir , même à ceux qui ne
fortoient pas auffi fatisfaits de
chez luy , que s'ils en avoient
remporté ce qu'ils y estoient
allez chercher.
Le Pere d'Epineüil Jefuite ,
& connu par les progrés qu'il a
faits dans la LangueHebraïque,
eft mort fort regreté de tous
ceux qui le connoiffoient. Il
avoit efté Profeffeur de Rhetorique
, au College de Louis le
Grand , & au College de la
Flêche , où il a demeuré plufieurs
années . Ce Pere ne s'étoit
attaché que fort tard à l'étude
des Langues Orientales ,
Gg ij
352 MERCURE
& il déroboit même à fes autres
emplois le temps qui luy
eftoit neceffaire , pour aprendre
ces Langues ; & quoy qu'il
ne s'attachât à cette étude que
dans des heures perduës , il y a
fait de fi rapides progrés , qu'il
a eu à cette occafion une Dif
pute Litteraire avec Jean le
Clerc d'Holande , au fujet de
la Verfion du Nouveau Teftament
de ce Proteftant , & cette
Difpute luy a fourny le fujet
de plufieurs Lettres imprimées ,
où l'on remarque un grand fond
d'érudition. Le Pere d'Epineüil
eftoit iffu du cofté des femmes ,
de la famille du fameux Pere
Villate Capucin , que l'Evêque
de Pamiers envoya précher l'Avent
& le Carême en 1621. dans
GALANT 353
la ville de Foix , Capitale du
Pays qui porte ce nom , & où
à l'exception du Miniftre & de
fa femme , il ramena tous les
Habitans au giron de l'Eglife
Catholique.
Il eft mort dans la Paroille
de Saint Sulpice , un homme
âgé de cent vingt - deux ans . Il
eftoit né à Sully en Berry , &
il eftoit Maître d'Ecole à Paris .
Il demeuroit au haut de la ruë
de Vaugirard , au lieu apepllé ,
Bel - Air , proche la rue des
foffez Saint Germain.
Vous pouvez compter fur la
verité de cet article que je tiens
de celuy qui l'a affiſté à la mort ,
& qui m'a affuré que fon jugement
eftoit auffi bon qu'il l'avoit
eu à l'âge de trente ans.
G giij
354 MERCURE
Mr le Marquis de Mailly &
de Néele vient de mourir , âgé
de quatre- vingt onze ans. Son
coeur a efté porté à l'Abbaye
aux Bois , Fauxbourg S. Germain
, & fon corps a efté tranf
porté à Néele en Picardie . Je
vous en diray davantage le mois
prochain , & je vous parleray
de la mort de Mr de Montataire
& de quelques autres.
Si vous faites reflexion at
grand âge de plufieurs perfon→
nes,dont je vous ay apris la mort
dans cette Lettre , vous trou
verez que les quatre hommes ,
qui font morts dans l'âge le plus
avancé , avoient enfemble qua
tre cent vingt - deux ans .
Il y a des Lettres qui porsent
, que les Melfinois font bien
GALANT 355
armez; qu'ils ont formé plufieurs
bons Regimens qu'ils ont des Barques
& des Feloupes armées ; qu'ils
demandent quatre Fregates pour
harceler les Ennemis ; que quatre
Felouques , montées de trentehommes
chacune, ont efté enlever une Barque,
auxportes &fous le canon de Sainte
Euphemie ; que ces fix vingt hommes
ayant mis pied à terre , ont forcé
le Chafteau ; qu'ils en ont pris la
Garnifon , & emporté le canon ,
tous les autres effets qui estoient dans
ce Pofte.
Le temps fera connoître fi
cette nouvelle eft veritable.
Cependant , il y a lieu de croire
que les Meffinois , & les autres
Etats d'Italie , qui restent
encore au Roy d'Efpagne , fe
deffendront jufqu'à la der356
MERCURE
niere extremité , voyant les manieres
dures & barbares , dont
les Alemans en ufent dans les
Etats , dont ils fe font emparez
par trahison . Leurs exactions
y font extraordinaires ; &
aprés avoir mis en uſage toutes
fortes de moyens pour tirer de
l'argent , il faut auffi leur donner
des dons gratuits ; & ce qui
met les Peuples au defefpoir , &
qui donne lieu de croire qu'ils
veulent les épuifer , eft qu'ils
ont voulu fçavoir les facultez
de chaque particulier. Ce n'eft
pas fans doute pour faire des
fargeffes à ceux qui font les
moins accommodez . Joignez à
tout cela , la difette de vivres ,
& fur tout de bleds , qui ne finira
point dans le Royaume de
GALANT 357
Naples , pendant que la Sicile ,
qui eft le Grenier de l'Italie ,
demeurera fous la domination
de Philipe V. Toutes ces chofes
font que fi les Napolitains.
trouvoient occafion de fecoüer
le joug auquel la trahifon les a
obligez de fe foumettre , ils rentreroient
bien - toft fous l'obeïffance
de leur legitime Souverain
. Tous les peuples du Milanez
font dans le même fentiment
& ne font pas moins outrez des.
manieres cruelles dont les Alemans
eu ufent avec eux , que
tous les peuples du Royaume de
Naples. L'Empereur en ayant
efté informé , & craignant de
perdre les nouvelles conqueftes
en auffi peu de temps qu'il en a
employé pour s'en rendre maî
358 MERCURE
tre , a réfolu d'y laiffer la plus
grande partie des Troupes qui
devoient paffer en Catalogne.
La defolation ne regne pas
feulement dans les Etats d'Italie
où le party des Traitres a
prevalu fur celuy des fujets fidelles
; mais tous les Souverains
y font accablez depuis
que les Alemands y ont feuls
des Troupes . Ils impofent des
Contributions
aux Princes avec
lefquels ils ne font point en
guerre , de la même maniere
que l'on en ufe ordinairement
en Pays . Ennemy , & ils le font
d'une maniere fi vive , & avec
fi peu de menagement ,
menagement
qu'il eſt
ailé de s'imaginer que s'ils pouvoient
un jour fe rendre maître
des Etats que le Roy d'EfGALANT
359
pagne poffede encore en Italie ,
tous les Souverains de ce beau
Pays verroient bien - toft leurs
Etats envahis , puifque les Allemands
ne manquent jamais de
pretextes pour faire la guerre ,
& qu'ils croiroient que le veritable
moyen de s'affurer de
leurs conqueftes , feroit de s'emparer
du reste de l'Italie . Tant
que les François y ont eu une
entiere fuperiorité , & même
aprés avoir fait reculer deux
fois les Ennemis jufques dans
le Trentin ils n'en ont pas
Traité avec plus de rigueur toutes
les Puiffances d'Italie , quoique
leur neutralité eût toûjours
efté favorable aux Alemands
& qu'ils euffent toûjours efté
beaucoup plus ménagez par ces
>
360 MERCURE
Puiffances , que les Troupes
des deux Couronnes. Tous ces
Princes voyant le danger où
ils font prefentement , & ce qu'il
leur en coufte , commencent à
reffentir vivement la faute qu'-
ils ont faite , & l'on fait trespofitivement
que s'ils fe trouvoient
encore dans la fituation
où ils ont eſté ils fe donneroient
bien de garde de retomber
dans les mefmes fautes ;
mais il faut qu'ils fe contentent
aujourd'huy de faire des voeux
pour empefcher l'agrandiffement
des Allemands en Italie ,
Le grand évenement qui a commencé
à furprendre toute l'Europe
depuis un mois doit , fi les
fuites en font heureuſes , donner
lieu d'efperer qu'elles feront
GALANT 361
ront bien- toft changer de face à
toutes les affaires de cette même
Europe , & que toutes les Puiffances
dont on a ufurpé les Etats ,
fe trouveront bien - tôt en état
de faire trembler les Ufurpateurs.
Quoy que felon le plan que
je me fuis formé , lorfque je
commençay à vous écrire il
y à trente-deux ans , je ne
me fois attaché qu'à vous mander
des nouvelles fures
• &
que je ne vous aye jamais parlé
d'aucun évenement , en vous
difant cette nouvelle merite confir
mation , celle que vous allez lire
eft fi generalement repandue ,
que je ne puis m'empêcher de
Vous en parler , quoy que je n'en
la derniere certitude.
aye pas
Hh
Mars 1708 .
362 MERCURE
On dit qu'une Flotte ennes
mie ( & ce ne peut eftre que
celle qui a tranſporté en Catalogne
les Troupes des Alliez ,
qui eftoient en Italie ) & qui
avoit embarqué Milord Ga-,
loway , & le Marquis de las-
Minas , pour les transporter à
Lifbonne , a efté accueillie d'u-
De furieufe tempête , qui l'a
fait voguer bien loin au gré des
vents ; qu'elle a perdu un grand.
nombre de Bâtimens , & que
deux de fes plus gros Vaiffeaux
& trois autres moins confiderables
, voyant leur perte certai
ne , ont mieux aimé fe jetter
dans le Port de Vigo , qui comme
vous fçavez , appartient aux
Efpagnols, que de périr malheureufement
.
GALANT 363
Je vous marquay le mois paffé ,
la diligence avec laquelle S. A.
R. Monfieur le Duc d'Orleans
avoit traverfé toute la France
pour se rendre à Madrid . La
Reine Doüairiere d'Efpagne
fortit de Bayonne pour aller au
devant de ce Prince , le jour
qu'elle avoit fçu qu'il y devoit
arriver ; mais la nuit eftant forvenuë
, & Son Alteffe Royale
n'ayant point paru , elle fut
obligée de rentrer dans la Vilde
, où ce Prince mit pied à terre
chez Mr Hariague , frere de
Mr Hariague , Treforier de
fa Maifon. Il en fortit peu de
temps aprés pour le rendre au
Palais de la Reine Doüairiere ,
avec laquelle il demeura longtemps
en converfation . Sa Ma-
Hh ij
364 MERCURE
jefté le remiercia d'une Chocolatiere
d'or d'une beauté qu'il
feroit difficile d'exprimer , &
dont le travail furpaffe infiniment
la matiere . Cette Chocolatiere
eftoit accompagnée de
quelques Soucoupes du même
travail, & de Porcelaines enchaffées
dans de l'or qui n'eft pas
moins bien travaillé. On ne doit
point eftre furpris de la grande
beauté de ces ouvrages , puif
qu'ils fortoient de chez Mr de
Launay , Directeur general de
la Monnoye des Medailles.
S. A. R. foupa & coucha chez
Mr Hariague , & elle partit le
lendemain matin pour fe rendre
à Madrid , où elle eft arrivée
le 11. de ce mois , aprés avoir vifité
les Fortifications de toutes
GALANT 365
les Places où elle a paffé , &
s'eftre informée de l'eftat de toutes
les choſes neceffaires pour
l'ouverture de la Campagne .
Elle cut à Pampelune , deux
langs entretiens avec Mr le Maréchal
de Berwick , qui retournoit
en France . Je ne vous dis
point avec quelles acclamations
de joye Elle a efté reçûë à Ma-
-drid , puiſqu'il eft ailé de fe l'imaginer
, & que rien n'eft égal
à l'activité , & à la penetration
de ce Prince , ainfi qu'aux foins
qu'il prend , afin que rien ne
manque pour l'ouverture de la
Campagne prochaine .
Le Roy d'Efpagne travaille
auffi de fon coſté à faire faire
tous les aprests neceffaires pour
P'ouverture de la Campagne ,
Hh iij
366 MERCURE
que Sa Majesté a refolu de faire
en Portugal .
Les Lettres de Madrid du 20 .
de ce mois portent que quatre
Armateurs de Dunkerque ont
amené fept prifes dans les Ports
de Galice, tant Holandoifes que
Fleffingoifes ; qu'un Armate ur
Nantois eft entré dans Vigo
avec deux autres prifes , & qu'on
a vû à la Mer quantité de débris
de Vaiffeaux , fans qu'on
fçache de quel coſté viennent
ces débris . Ce dernier article
pouroit avoir quelque raport à
ce que je viens de vous marquer,
d'une Flotte battuë par la
tempête , du coftéde Vigo .
A peine les Alemans avoient
ils commencé de publier qu'ils
viendroient le mois prochain
GALANT 367
fur le Rhin , avec une groffe
armée , que deux puiffantes raifons
, les ont obligez de changer
de langage ; l'une , que le Prin
ce Ragotzki ayant une armée de
30000. hommes aux environs de
Prefbourg , l'Empereur fe trouve
obligé de faire marcher en
Hongrie , plufieurs Regimens
qu'il avoit deſtinez pour l'armée
du Rhin . La feconde raifon qui
empêche que les Allemands
n'ayent une armée confiderable
du côté du Rhin , eft que la fftuation
prefente des affaires
laquelle les Anglois & les Holandois
ne s'étoient pas attendus
, les oblige d'ordonner aux
Troupes Allemandes qui font
à leur folde , de marcher en
Flandre , où ils ont un extrême
368 MERCURE
befoin de Troupes.
Le Roy a nommé Mr le Prince
Charles , frere de Mr le Comte
de Brionne, Maréchal de Camp,
ce qui luy eft d'autant plus glorieux
, qu'il a efté nommé feul ,
& Sa Majefté luy a permis de
donner fon Regiment au fils de
Mr le Comte de Brionne fon
neveu
Je viens à la grande affaire ,
qui fait aujourd'huy l'unique
entretien de tout le monde , &
qui fait oublier toutes les autres
nouvelles. On ne peut y
penfer avec reflexion , & avec
defintereffement , fans confiderer
la joye que doit reffentir
toute l'Angleterre , d'avoir lieu
d'efperer de fe voir bien - toft
dans un eftat tranquile
d'y
GALANT 369
voir ceffer les factions , & de
n'entendre plus parler de donner
tous les ans des fommes immenfes
, qui auroient bien - toft
achevé de la ruïner ; de voir refleurir
fon Commerce fort affor
bly , par le grand nombre de
Vaiffeaux qu'on luy prend
tous les ans , & de ceffer de
voir repandre le fang de fes
Citoyens , envoyez tous les ans
en differens Etats de l'Europe ,
& dont depuis le commencement
de la guerre , on n'a revû
en Angleterre que quelques
Commandans , pous venir chercher
de nouvelles Troupes , &
emporter de l'argent , que l'Angleterre
a toujours fourny pour
l'entretien de ces Troupes , auffibien
que pour les penfions de
370 MERCURE
les Alliez ; & on peut ajouter
que parmy les grandes fommes
qu'elle fournit tous les ans , il
en refte beaucoup entre les
mains de la Reine qui eft employé
contre la Nation , puifqu'il
luy fert à s'acquerir des
Creatures pour groffir fon party,
& particulierement dans le
Parlement , qui foient toujours
prêtes à confentir à la levée
des fubfides qu'elle demande.
& à éloigner tout ce qui pourroit
contribuer à la paix. Les
Anglois doivent reffentir d'autant
plus de joye de la feule
penſée de revoir bien -toſt leur
legitime Souverain , qu'entre
tous les avantages qu'ils en recevront
celuy de fentir leur
confcience en repos , ne fera
GALANT 371
pas un des moins confiderables ,
puifqu'ils font veritablement
perfuadez de l'injuftice qu'ils
luy faifoient , & qu'ils doivent
croire que toutes les pertes
qu'ils fouffrent tous les jours ,
& particulierement fur Mer 3
font un effet de la Juftice de
Dieu , qui les punit de leur re
bellion.
Je crois que vous attendez
avec impatience des nouvelles
de la fituation où se trouve prefentement
cette affaire , vous
ferez fatisfaite en lifant la lettre
fuivante.
A Verſailles , le 2. Avril.
Il arriva hier au foir à neuf
heures & demie un Coutrierde Duny
372 MERCURE
kerque qui a rapporté qu'il eftoit
arrivé dans ce Port le trente- uniéme
Mars une Fregate qui avoit
efté endommagée par le gros temps ,
lorfque la Flote qui conduit le Roy
d'Angleterre en Ecoffe avoit efte
obligée de mouiller devant Nieuport.
Mr de Forbin avoit dit au Capitaine
qui la commande de prendre la
Toute la plus courte , pour se rendre
dans la Riviere d'Edimbourg . Cette
Fregate y arriva le 24. d'affez
bonne heure ; il vint un grand nom
bre de Batimens Ecoffois au devant
d'elle pourdemander où étoit le Roiz
en difant qu'il y avoit prés de deux
mois qu'on l'attendoit avec une
vraye inpatience , & en demandant
d'où venoit le retardement de l'arrivée
de la Flote Françoife ; le Capitaine
de cette Fregate répondit ,
4ns
*
GALANT 373
que le Roy alloit arriver & que
la Flote qui le conduifoit le fuivoit
de prés. Cependant il fe mit avec
Sa Fregate à l'embouchure de la Riviere
; il vitpaffer fur lefoir la Flote
qui conduit le Roy d'Angleterre
faifantroute vers le Port d'Innerneffesla
nuit quifurvint l'empêcha de la
fuivre , & ce Capitaine s'en tint
aux Ordres que luy avoit donné Mr
de Forbin . Le lendemain vingt cinq
au point du jour , il découvrit une
Efcadre de dix- huit Vaiffeaux. Il
crût d'abord que c'étoit une partie de
la Flote de Mr de Forbin . Dans
cette penfee , il fit fes Signaux ;
mais au lieu d'y repondre , cetie
Efcadre , qui eftoit compofée de Vaiffeaux
Ennemis , détacha quelquesuns
de fes Vaiffeaux , pour tomber
furcette Fregatte . Le Capitaine
Mars 1708.
Ii
374 MERCURE
T
S'en cftant apperçu , profita du vent
qui luy eftoit favorable , & n'eftant
pas en estat de rejoindre noftre Flotte ,
il fit voile vers Dunkerque . Selon
fa relation, le Roy d'Angleterre , &
tous les Vaiffeaux de fa Flotte , ont
eu plus de tems qu'il ne leur en
falloit pour arriver au Port d'Innernelle
avant les Vaiffeaux Ennemis
, que ce Capitaine a trouvez
Separez en deux Efcadres. Il a
ajouté au compte qu'il a rendu
en arrivant à Dunkerque , que
toute l'Ecoffe eftoit foulevée en fawear
du Roy d'Angleterre ; qu'il
n'y avoit pas quinze cent hommes
oppofez à tout le refte de la Nation s
qu'il eftoit defiré & attendu dans
tout ce Royaume ; & que feize millle
bommes bien armez bien vétus ,
l'attendoient pour foutenir fes droits,
GALANT 375
pour s'opposer à tout ce qui pourroit
luyrefifter. On a fçû d'ailleurs ,
que tout eft en mouvement à Lon
dres & dans toute l'Angleterre ,
que l'on s'y preparoit à s'opposer à
ce grand mouvement .
Le Roy d'Angleterre , qui eftoit
party fur le Vaiffeau de Mr de
Tourouvre , eft enfuite monté fur
celuy de Mr le Comte de Forbin.
Quoy que vous ayez déja trou
vé dans ma Lettre , des nouvelles
de Madrid , je crois vous
devoir encore envoyer une Lettre
dattée du même jour que
celle dont j'ay tiré les nouvelles
dont je vous ay déja faic
part ; mais trop abregées .
Lij
376 MERCURE
A Madrid le 20. Mars 1708 .
Plufieurs lettres écrites de Ga
lice portent que les quatre Fregates
de Dunkerque qui croifoient
fur les Coftes , étoient entrées dans
la Corogne avec les prifes , dont
voicy le détail bien confirmé par
d'autres lettres. Toutes ces prifes
eftoient arrivées dans ce Port dés
le vingt-huit de Février.
Le Navire la Sageffe chargé
de bled pour Lifbonne ayant pour
Capitaine le nommé Mairat .
L'Aigle de Londres chargéde
grains pour Lifbonne , ayant pour
GALANT 377
Capitaine Edouard Covard..
Un autre Navire Anglois åppellé
le Geni Galley chargé de
bled & de balots de Marchandi
fes , dont le Capitaine s'appelle:
Robert Selcon..
Un autre Navire Anglois ap--
pellé la Terre- neuve qui venoit
de la Terre-neuve bien chargé de
bon Poiffon , & qui avoit le nommé
Welen pour Capitaine ; ce
Navire alloit à Porto..
Un autre Navire Anglois , apelé
le Horcart Gallé de Londres ,
ayant pour Capitaine , Baeret :
Tillet , chargé de diverfes mar--
chandifespour Lifbonne.
378 MERCURE
Un autre Navire Hollandois ;
appellé la Liberté dorée , Corfaire
de Fleffingue , de vingt pieces .
de canon , & de cent hommes d'équipage
, dont le Capitaine , s'appelle
, Cornelio Crut .
Un autre Vaiffeau repris , qui
alloit aux Ifles de l'Amerique ,
qui eftoit chargé de vins , de farines
d'eaux-de- vie , & qui:
voit efté pris par un Corfaire de
Fleffingue , nommé le Crone
bourg.
Outre toutes ces Prifes , le
Cezar de Nantes entra le 4.
Mars dans Vigo ; c'est une Fregatte
commandée par le Capitaine
GALANT 379
Cazala , avec deux autres Navires
Anglois , qui alloient à Lif
bonne , chargez de vins de
marchandifes.
On n'avoit på fçavoir de quels
Vaiffeaux pouvoient venir tous
les débris de Navires que la Mer
avoit jetté dés le mois paffé fur
les Coftes de Galice.:
rir
Depuis l'arrivée de Monfieur
le Duc d'Orleans , S. A. R. ne
s'applique qu'aux moyens d'ouavantageufement
la Campagne
de la & continuer avecfuccés.
Elle y travaille fans ceffe , avec
ceux qui font chargez de ce détail.
Le Royy travaille en même
380 MERCURE
temps , avec une application
con
tinuelle..
Mr le Marquis de Bedmar fe
couvrit hier dix neuf devant le
Roy pour la premiere fois. Tous
les Seigneurs de la Cour s'y trou
verent , on n'a pas eftéfurpris
qu'un homme de cette diftinction:
qui s'eft acquis dans tous fes Emplois
dans tant de pays differents
, ait trouvé dans fa propre
nation , les témoignages publics
& particuliers d'eftime & d'af
fection qu'on luy a témoignez
dans tous les lieux où il s'eft
trouvé.
•
1
GALANT 381
La difficulté d'avoir des nou❤
velles d'Ecoffe fera mettre
beaucoup de fables dans les
nouvelles qui s'impriment chez
les Alliez . On ne s'y contente
pas feulement de dire de fauf
fes nouvelles , ce qui peut arriver
à tous ceux qui écrivent , qui
peuvent eftre trompez ; mais on
y compofe fouvent des Lettres
qui n'ont jamais efté écrites
du nombre defquelles eft la
Lettre que l'on a rapportée
comme ayant efté écrite par le
Roy à Mr de Puifieux , & ce
qui a donné lieu de fabriquer
cette Lettre , eft que l'on a vû
dans les nouvelles . à la main
que Mr le Chevalier de Nangis
avoit efté porter des armes en
Ecoffe , ce qui eſt abſolument
382 MERCURE
faux , & ce qui fait connoiftre
que la Lettre eſt une Lettre
faite à plaifir puifqu'elle a pour
fondement le rapport fait au
Roy par ce Chevalier , qui n'a
point efté en Ecoffe ..
T
On a oublié de marquer dans
la Lettre de Versailles qui parle
des affaires d'Ecoffe , que lors
que Sa Majesté Britannique paf
fa devant Édimbourg , pour aller
débarquer à Innerneffe , le
peuple qui avoit crû
qu'Elle dé
barqueroit à Edimbourg eftoit
venu en foule, pour le recevoir ,
& plus de vingt Barques en
eftoient chargées . On a , dis - je,
oublié de marquer que ce peut
ple avoit dit que tous ceux qui
avoient pris les armes avoient.
refolu de figner une Confedera
H
GALANT 383
tion ; qu'elle avoit déja efté fignée
par plus de dix mille hom
mes , & que le refte continuoit
à la figner.
Quoy que toutes les nouvelles
publiques ayent dit du départ
des Troupes Angloifes embarquées
à Oftende pour l'Angleterre
, elles n'eftoient point
encore parties le vingt - cinquié
me de Mars .
Le bruit eft toujours en Hollande
que l'on abandonnera
Bruxelles Malines & Louvain
, & même quelques autres
Places , que l'on ne pourroit
pas garder fi facilement que celles
qui font fur les Frontieres
de cet Etat . Plufieurs perfonnes
attachées à l'Empereur , qui
font dans ces Villes là , ont fait
384 MERCURE
louer des maiſons à Anvers , où
elles ont commencé à faire
transporter leurs effets . Je fuis ,
Madame , vôtre , & c .
AParis , ce z . Avril 1708.
C
AVIS. THE
Le Mercure d'Avril ſe vendra
le Jeudy 3. May.
THEQUE
BIBLIO !
DELA
LYON
VILLE
1
TABLE
TABLE.
Prelude , dans lequel on trouve
une Epitre au Roy.
60
Détail de ce qui s'eft paffé en Canada
, depuis celuy que je vous
envoyai ily a quinze mois. 17
Premier article des Morts.
Mr de Geys eft reçû Premier Prefi
dent & Lieutenant General an
Siege de Valance.
Anniversaire de feu Mr le Cardinal
de Coiflin.
Nominations faites par le Pape
pour remplir diverses fonctions
dans plufieurs Cours Etrangeres.
87
95'
98
Lettre touchant l'Hiftoire de la Poëfie.
Stratageme nouveau.
103
106
Article touchant la nouvelle décou
verte faitefur l'Ouye. 116
TABLE.
Dons faits par le Roy d'Espagnes
Second article des morts.
118
175
22L
Mariages.
Lettre en vers , à S. A. S. Mon-
* fieur le Duc de Vendôme. 227
Article touchant le cours Synodi –
que. 901235
Diarium Europæum Hiftorico
Litterarium . 9238
240
Troifieme article des Morts , dans
lequel on trouve la mort d'un
homme agê de cent ans.
Complimens faits à Mr des Marefts
furfa nomination à la Charge
de Controlleur General. 249
Charge de fen Mr de Langlée donnée
par le Roy .
257
Second article des Mariages. ~ 262
"Affaires de Catalogne. 170
Emplois & dignitez , remplies d
TABLE.
Poccafion de la mort de feu Mr
288
de
Fourcy.
Agremens donnez par le Roy tou
chant quelques Regimens . 295
Gouvernemens donnez par le Roy.
303
Place d'Eleve , remplie à l'Academie
Royale des Infcriptions . 306-
307 Article des Enigmes .
Sujets de plaintes , faitesparles Al
liez les uns contre les autres . 314
Article des Mariages .
Quatrieme article des morts.
337
339
· Creation d'un feptiéme Intendant
des Finances en faveur de Mr
Pouletier.
346
Cinquième article des morts , parmy
lesquels fe trouve la mort d'un
homme âgé de fix vingt deux ans.
Affaires d'Italie.
35E
354
TABLE.
Grand débris de vaiſſeaux qui mur
quentla fuite d'un naufrage . 361
Suite du Voyage de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans.
Nouvelle d'Efpagne .
Affaires d'Alemagne.
363
366
idem
Mr le Prince Charles eft nomme
Maréchal de Camp , & l'agré
ment de fon Regiment eft donné
an fils de Mr le Comte de Brion
ne ,fon neveu .
Affaires d'Angleterre.
LYON
$
1893
DE
LA
368
idem
L'Air , Je fuis ,
page 226.
L'Air , Le doux Chant , page 313 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères