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BIBLIOTHÈQUE
60
" Les Fire "
SJ
CHILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUK
LE DAUPHIN,
FEVRIER , 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galan¹ .
1
Co
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 8. fols . Quant
3
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cing
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais >
Galant.
au Mercure
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roy.
269 90
AULECTEUR .
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité

AU LECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
SUITSUA
MERCVRE
80
GALANT
FEVRIER , 1708 .
R
IEN n'eftant fi précieux
à toute la France , que la
confervation de la Perfonne
du Roy , & la feuë Reine y
eftant particuliérement intereffée
, la pieté de cette grande
A iij
6. MERCURE
aux
Princeffe , luy fit fonder pour
la demander à Dieu ,
Religieufes Recollettes de la
Conception , de la rue du
Bacq , une Octavé appellée
Octave Royale. On y prêche
tous les jours pendant cette
Octave , & huit fameux Predicateurs
font nommez pour cet
effet. M'l'Abbé du Jarry , Predicateur
de Sa Majeſté , ayant
efté choisi pour ouvrir cette
Octave , la derniere fois que la
Feſte de la Conception a efté
folemniſée , cet Abbé , aprés
avoir répondu par un tres-beau
Sermon à l'attente que l'on
GALANT
7
les
avoit de luy , cette Piece d'Eloquence
fut terminée
paroles fuivantes.
par
Cettefolemnité eft inftituée pour
attirer lesgraces du Cielfur Louis
Le Grand & furfa Royale Famille.
Puifque la Ste Vierge eft le canal
de ces graces , prions-là d'en ouvrir
la fource par fon interceffion toutepuiffante
, de les faire couler
avec plus d'abondance que jamais
furce Chef Augufte , &fur toutes
les Teftes précieufes qui le couronnent.
L'Univers étonné de la gloire
de fon regne incomparable ; le
regarde comme l'ouvrage de la Ka
A iiij
-8 MERCURE
leur, de la Politique de la Puif
fance humaine ; mais nous , portant
nos pensées plus haut dans ce lieu
faint , ramenant les chofes à la
Religion , nous adorons le Seigneur
dans fa plus vive image fur la
terre, Nous reconnoiffons dans ce
grand Prince , un don de Dieu accordé
aux voeux redoublez defan
Peuple, qui pendant vingt années
de fterilité , preparerent le fein
d' Anne à faire ce riche prefent au
monde. Dans le cours de fa vie ,
pleine de merveilles , it a paffe par
tous les degrez de la gloire. Aprés
quelques épreuves d'adverfité qui
Any manquoient pour faire éclater
GALANT 9
toute la grandeur defon ame , Dieu
renouvelle le cours interrompu de
fes bien - faits en faisant naiftre
deux Princes de fon Sang deftinez
à remplir les deux premiers Trônes
du monde. Comblé de Benedictions
divines humaines , environnédes
précieux rejettons des Lys
fortis de fa tige illuftre , dans une
fanté floriffante qui luy fait efperer
la deftinée des Patriarches , il
n'a plus rien à demander au Seigneur
que la tranquilité de fes
Etats ; ila peine à fe couronnerde
nouveaux lauriers teints du fang
de fes Peuples , qui luy coûtent
bien des larmes. Il efpere qu'aprés le
10 MERCURE
deluge de guerre qui inonde laface
de l'Europe , Vous ferez , ô Vierge
fainte , la Colombe falutaire qui
Tuy prefentera de la part de voftre
Fils le rameau d'olive , & lefigne
de la reconciliation
avec la terre;
c'est pour obtenir cette grace que
les Viergesfacréesfont monterjufques
au Trône de l' Agneau lepar
fum de leurs Oraifons ferventes ;
que les Miniftres du Seigneur of
frent le Sacrifice fur ces Autels &
que tout le Peuple profterné dans
·le Temple , s'efforce d'arrefter les
fleaux de Dieu joints avec les
dons de fa mifericorde
.
GALANT - 1
M ' l'Abbé du Jarry a donné
depuis quelque temps un
Ouvrage intitulé Effais d'Eloquence
, de Critique , & de Morale.
Differtation fur les Oraifons
Funebres. Je ne vous dis rien
du fuccés de cet Ouvrage ( qui
fe vend chez D. Jollet , au bas
du Pont S. Michel , vis - à - vis de
la rue de l'Hirondelle , au Livre
Royal ) ne pouvant en faire un
plus bel éloge , que celuy que
vous trouverez dans la Lettre
que je vous envoye , écrite à
l'Auteur par M l'Evêque de
Nifmes , fi fameux par les admirables
Oraifons Funebres ,
12 MERCURE
& ficapable de juger des Picces
d'Eloquence.
A Nifmes cc 18. Octobre
1707 .
On m'a rendu foigneusement ,
Menfieur , un Exemplaire de la
belle Differtation que vous avez
faite fur les Oraifons Funebres.
Elle eft remplie de pieux enfeignemens
, de reflexions judicieufes
qui ramenent cette efpece d'Eloquence
àfon veritable point, qui eft
la Religion & la Raifon , dont elle
fortoit quelquefois. Vous avezfort
bien raifonné fur les regles qu'il
GALANT 13
faut obferver, & fur les qualiter
qu'il faut avoir pour se foutenir
dans ces Eloges finguliers où l'on
veut honorer les morts , édifier les
vivans , rendre à Dieu comme
un tribut des loüanges & des fra
gilitez humaines. Si j'avois encore
efté dans ces fortes d'occupations
, j'aurois eftéfaché que vous
euffiez ainfi découvert tous les fecrets
de nôtre Art. Jedis nôtre Art,
car vous l'avez fort noblement
exercé, & vous pouviezbien , au
lieu des exemples que vous avez
citez de nos ouvrages , en mettre
raifonnablement des vôtres. Vous
avez ſuivi vôtre modeſtie
14 MERCURE
voftre amitié dans cette Differta
tion. Je l'ay lúe avec plaisir &
avec pudeur , & je ne puis vous
dire combien j'ay efté touché des
marques de tendreffe & d'eftime
que vous y avez répandues fur
mon fujet. Je vous prie de me les
conferver & decroire que perfonne
fouhaite plus de vous voir en
l'eftat où voftre merite vous devoit
avoir mis il y a longtemps , &
n'est plus parfaitement que je
fuis , Monfieur , voftre tres- humble
& tres-obéiffantferviteur ,
ne
ESPRIT , Evêque de Nifmes .
le
GALANT 15
LArticle qui fuit regarde la
mort du Pere Mabillon , &
peut paffer pour une Oraifon
Funebre de ce fçavant homine.
Dom Jean Mabillon , Religieux
Benedictin de la Congre
gation de S. Maur , connu par
le grand nombre d'ouvrages
qu'il a mis au jour avec une
approbation generale , mourut
fur la fin du mois de Decembre
dans l'Abbaye de S. Germain
des Prez . Ce fçavant homme
dont la memoire fera toûjours
chere aux Gens de Lettres
, nâquit en cette Ville il
y aprés de quatre-vingt ans , &
16 MERCURE
la
il n'y a que peu d'années , que
fa mere y mourut entre fes
bras dans une grande vieilleſſe,
Il entra de bonne heure dans
Congregation de S. Maur ;
mais foit que la nature fut pareffeuſe
à fon égard , & que la
foibleffe de fon temperamment
empêchaft ſes talens de fe
développer , foit que fon humilité
qui fut toûjours la vertu la
plus cherie , fe pluft à les cacher,
fes Superieurs le firent d'abord
paffer par les emplois pour lefquels
on confulte plus dans les
Cloiftres la force du temperamment
que l'élevation de
GALANT 17
l'efprit de ceux qu'on y deftine.
Ainfi Dom JeanMabillon ,dans
les premieres années de fa retraite
, fut chargé de la Porte
& d'autres foins du temporel ,
dans l'Abbaye de S. Germain
& dans celle de S. Denis ; il eut
même dans celle - cy pendant
quelque temps ,
le foin de montrer
le Trefor & les Reliques
aux Etrangers qui y abordent
de toutes parts. Mais on reconnut
avec le temps, que cet humble
Religieux eftoit capable de
plus grandes chofes , & qu'il
eftoit propre aux plus hautes
Sciences ; ce qui fut confirmé
Février 1708 . B
18 MERCURE
par les progrés qu'il fit dans
l'étude de la Theologie ; enfin
l'ordre de fes Superieurs & le
gouft qu'il prit pour l'étude ,
l'engagerent à fe renfermer
dans fon Cabinet pour s'y attacher
uniquement , & c'eft de
là qu'on a vû fortir la fuite de
ces excellens ovvrages dont le
fuccés a efté fi grand , & qui
ont merité l'applaudiffement
de tous les Sçavans de l'Europe.
La connoiffance de l'Antiquité
eft une de celles où le
Pere Mabillon a fait de plus
grands progrés , & pour y parvenir
il ne s'eft pas contenté
GALANT 19
de fuivre les routes ordinaires ,
il a encore cu la gloire de l'invention.
Il a d'abord enfeigné
l'Art de la Diplomatique dans
fon Livre de Arte Diplomatica . )
Ce Livre contient les principes
de cet Art admirable , où ce
Sçavant a donné le premier des
regles & la methode de difcerner
les anciennes Chartes des
modernes , aufquelles quelques
fauffaires ont voulu donner un
air d'antiquité. On n'avoit eu
jufqu'alors aucune regle fûre
pour faire cette diftinction , fi
neceffaire fur tout , pour ce qui
regarde les anciens Titres des
Bij
20 MERCUR E
Monafteres. Cet ouvrage qui
eft jufqu'à prefent unique dans
fon genre , fût reçû avec de
grands applaudiffemens dans
tous les lieux de l'Europe où
les Lettres font cultivées , &
l'on en fit en peu de temps diverfes
éditions ; quelques Adverfaires
du Pere Mabillon fe
font élevez en ces derniers
temps contre ce Livre , & fur
tout le Pere Germon , qui prétend
que les preuves que ce Per
re rapporte pour faire ufage
de fes regles , ne font pas hors
des atteintes de la Critique , &
& que les Chartes fur lefquelGALANT
021
toles il veut démontrer la verité
de fes principes eſtant faulſes ,
fes principes par confequent ne
* peuvent fe foûtenir. Le Pere
Mabillon répondit bien - toft
au Livre du Pere Germon par
un Appendix qui fert de Supplément
à fon Traité de Arte
Diplomatica , où il combat avec
beaucoup de folidité, les objec
tions faites contre les exemples
dont il s'eftoit fervi , & il en
établit en même temps la vċrité
d'une maniere inconteftable.
Plufieurs Auteurs étrangers
prirent même part dans
cette querelle. M' Fontarini ,
22 MERCURE
Bibliothecaire du Cardinal Imperiali
, & un des plus fçavans
hommes de Rome , & M' Gat.
to , docte Ecclefiaftique d'Italie
, fe déclarerent deffenfeurs
du Systême de la Diplomatique
, quoy qu'il en cut peu de
befoin.
Le Pere Mabillon avoit eu
quelques années auparavant
une querelle d'un autre genre
avec feu Mr l'Abbé de la Tra
pe ( Armand - Jean Bouthillier
de Rancé ) ce faint Solitaire
avoit condamné dans fes Devoirs
de la Vie Monaftique , l'u
fage de l'étude & des belles
GALANT 23
Lettres dans les Cloifires , prétendant
qu'elles ne fervent
qu'à éteindre la Charité & à
deffeicher le coeur. Le Pere Mabillon
plus intereffé qu'un autre
à faire voir que la charité &
les autres vertus des Solitaires ,
ne font point oppofées à l'amour
des belles Lettres répondit
par quelques Lettres ,
qui furent publiées dans ce
temps-là , au Livre de Mr l'Ab
bé de la Trape , & il y juſtifia
tres bien l'ufage de l'étude
dans les Maiſons regulieres ,
fur tout dans l'Ordre de S. Be
noift , qu'il paroiffoit que Mr
>
24 MERCURE
l'Abbé de la Trape avoit eu
principalement en vûë.
Le P. Mege , auffi Religieux
de la Congregation de S. Maur,
fe mêla dans cette difpute ; &
il attaqua Mr l'Abbé de la Trape
, dans le Commentaire qu'il
publia fur la regle de S. Benoît
; & cela donna lieu aux
Lettres qui furent écrites contre
lui , & dans lefquelles on
foûtenoit la Doctrine de Mr
l'Abbé de la Trape. Ce fut en
16911.. que le P. Mabillon donnaau
Public fon Traitédes Etudes
monaftiques , divifé en trois
Parties ; avec une Lifte des prin
cipales
GALANT 25
29
200100
cipales difficultez , qui fe rencontrent
en chaque fiècle , dans la lecture
des Originaux , & au Catalogue
des Livres choifts , pour
compofer une Bibliotheque Ecclefiaftique.
On foupçonna alors
le P. Mabillon d'avoir travaillé
à fa propre Apologic ; puifqu'il
cft certain , que file fçavoir ne
compâtit point avec la Profeffion
monaftique, il eftoit entiérement
forti des regles ; & qu'il
eftoit d'autant plus intereſſe à
défendre ce parti , qu'il en étoit
peu d'auffi coupables que lui ,
felon l'hypothefe de fes Adverfaires.
Février 1708. C
26 MERCURE
En 1689 , le P. Mabillon
avoit donné au Public la Relation
de fon voyage d'Italic ,
fous le titre de Muſeum Italicum:
On trouve dans la deuor
xiéme Partie , le vieux Ceremonial
, & l'ancien Rituel de l'Eglife
Romaine , & l'Auteur y
fait voir , avec beaucoup d'habileté
, qu'il y a plus de 400 .
cans , que l'on a interdit aux Laïques
,le privilege d'offrir la matiere
du Sacrifice
, & ce que nous
apellons l'Offrande ; & que la
coûtume d'élever la Sainte Hoftie
, dans les Eglifes de France ,
n'a commencé que dans le mino
BGALANT 27
A
hieu de l'onziéme fiéele ; ce qu'il
prouve par une Lettre d'Yves
de Chartres qui vivoit bien
avant dans ce fiécle -là , & ce
n'eſt qu'en l'année 1215. que
ee Pere a trouve un Statut , qui
regarde l'élevation de l'Hoftic ;
c'eft à dire dans le même tems
que Guillaume , Evêque de Påris
ordonna le fon d'une Cloche
& que le Pape Gregoire
X. ft un Decret folennel pour
¿l'adoration , quand on leveroit
&la Sainte Hoftic. Il raporte la
forme & la ceremonic quis'obfervoir
, lors que les Laïques ,
- & principalement
les Evêques ,
b
Cij
28 MERCURE
& les Prêtrès communioient
avec le Celebrant ; & il femble
qu'il convienne enfuiter, que
Pon communia fous les deux
efpeces jufqu'au douzième fiés
cle , & que l'ufage contraire ne
prévalut que dans le treiziéme ;
le refte du Volume eft rempli
de l'Ordre Romain . Cela fuffit ,
pour donner une idée de l'éru .
dition , avec laquelle le P. Ma
billon traitoit les fujets fur lefquels
il travailloit , & des recherches
qu'il faifoit pour épuifer
les matieres. ob obupr
Ce Sçavant Benedictin , donna
environs dans ce tems- là ,
GALANT 29
un Traité Latin du culte des
Saints inconnus , dont on a fait
plufieurs Editions , & que Mt
L'Abbé le Roy de l'Academic
des Infcriptions , a depuis peu
traduit en François. On trouve
dans cet Ouvrage des regles
feures , pour ne point hazarder
le culte que l'on rend à ces
Saints & l'Auteur y combat ,
avec beaucoup de folidité, quelques
traditions populaires , aufquelles
une crédulité exceffive
a quelquefois donné cours au
préjudice de la Religion. Ce
Pa fait auffi les Annales de S.
Benoît , qui feront beaucoup
Ciij
30 MERGURE
d'honneur à fa Memoire. #
cn publia le troifiéme Tomé
infolio en 1706. il contient ce
qui s'eft paffé dans cet Ordre ,
& dans l'Eglife ; Ces deux for
tes d'évenemens ayant une
grande liaiſon , depuis l'année
850. jufqu'en 1980. il avoit
affemblé des Memoires , pour
pouffer cet Ouvrage jufqu'au
douziéme fiécle ; & il achea
voit le quatrième Tome , lorf
que la mort l'a furpris : mais le
P. Dom Ruinard fons e
fidéle
Compagnon d'Etude , & qui eft
connu par plufieurs Ouvrages ,
& fur tout par l'Apologie de
GALANT 31
la Miffion de S, Maur en France
, eſtant le Dépofitaire des
Papiers de cet Illuftre Défunt ,
& l'Executeur de fes dernieres
volontez , travaille à les mettre
en ordre , afin d'en faire bientôt
part au Public. Il paroît
que le P. Mabillon ait voulu reveiller
, dans le troifiéme Volume
,l'ancien demêlé qu'il avoit
cu avec Mr l'Abbé de la Trape,
au fujet des Etudes mo
naftiques , puifqu'il y refute les
Objections de ceux qui prérendent
décrier l'Etude , & les
Sciences , par de mauvais effers ,
qu'ils leur attribuent mal - a-
Ciiij
32 MERCURE
propos. Le merite & la conduite
de Raban Maur , Archevêque
de Mayence : de Pafchafe
Radbert : de Loup , Abbé de
Ferriere de Haimon de Hincmar
, Archevêque de Rheims ;
& des autres Grands Hommes
du neuviéme fiécle , qui étoient,
ou qui avoient eſté , tirez de
l'Ordre de St Benoit , juftifient
parfaitement bien les raifons
du Sçavant Benedictin. Et il
n'y a point eu d'Exemple plus
propre à prouver , que l'Etude
n'affoiblit point la vertus &
qu'il n'y a que les paffions ,
quand on ne les fçait pas affuGALANT
33
un Ma
jettir , qui puiflent mettre de
mauvaiſe intelligence l'efprit &
le coeur , que celui du P.
billon , puifqu'avec efprit
fublime , & un genie extrémement
élevé , une érudition pref
que fans bornes , & une con
noiffance exacte de ce qu'il y a
de plus obſcur dans l'antiquité ,
& des Sciences , qu'il n'avoit eu
le tems que de pa
parcourir , on
n'a jamais vu une humilité plus
profonde , & un affujettiffement
plus exact aux moindres
pratiques de fa Regle . Enfin ,
la modeftie de ce Pere , nes eft
jamais démentie , même dans
34 MERCURE
les momens que le brillant &
lescharme offeducteur d'ane
grande reputation , rendent fou
vent fi dangereuxsì ob quot
yo Leo P. Mabillon eftoit de
l'Academie des Infcriptions
& il fut nommé Academicien
honoraire , lorfque cette Academic
fut établie . manu
Bus
Mre François de Jallard ,
Chevalier Seigneur de la Mar
roniere , eft mort en cette
Ville : il a laiffé de Dame N...
de Saligny de la Chaize, Mr de
la Marroniere , premier Cas
pitaine dans le Regiment Royal
des Cravattes ; & Mile Che
GALANT 35
valier de la Marroniere, de l'Or
dro de S. Jean de Jerufalem .
Feue Me de la Marroniere eftoit
foeur de feu Mr le Marquis de
la Ghaize , Lieutenant de Roy
du Bas Poitou , qui de N ...
de la Foreſt - d'Armaillé a laiffé
Miele Marquis de la Chaize ,
auffi Lieutenant de Roy de la
même Province, & qui eft mort
depuis quelque temps : il avoit
époufé la fille de Mr de Marcognet
, Gouverneur de la Rochelle,
La mete de feu Mr de la
Marroniere eftoit de la Maiſon
deSainte Marthe , & elle eftoit
feur d'Urbaine de Sainte Mar36
MERCURE
the , mere de Mr de Caumartin
, Intendant des Finances .
La Maifon de Jallard-la- Marroniere
eft tres- ancienne dans
le Poitou , elle y a produit des
perfonnes d'un grand merite :
elle eftoit déja connue fous les
Regnes de François II, & de
Charles IX. Un Seigneur de
la Marroniere parut avec éclat
à la Cour de ce dernier Monar
que; il fut même nommé pour
accompagner le Duc d'Anjou ,
en Pologne , dont il avoit elté
élu Roy ; mais la mort qui le
furprit , l'empêcha de faire ce
Voyage
GALANT 37
Mie Antoine Genoud , Seigneur
de Guibeville , Lardy,&c.
Confeiller au Grand Confeil ,
eſt auffi decedé ; il eſtoit filsaîné
de feu Mre Philippe Ge
noud , Seigneur de Guibeville ,
Confeiller de la Grand Chambre
,mort en 1684. La famille
de Mrs Genoud eft fort ancienne
dans le Parlement de
Paris : on y a vû des Officiers
de ce nom , avant même que
le Parlement cût efté rendu fedentaire.
Sous le Regne de
François II. & fous celuy de
Charles IX. & de Henry III.
fes Freres , Mrs Genoud , qui
38
MERCURE
eftoient dans le Parlement &
dans les autres Cours fuperieu
res , fe diftinguerent fort , par
leur fidelité par leur zele ,
pour le fervice du Roy ; & lors
que la Couronne paſſa dans la
Mailon de Bourbon Mrs
Genoud quid eftoient fort
confiderez , ne purent eſtre
ébranlez par les Chefs de la Ligue
, quelques efforts qu'ils fiffent
, pour les engager à prendre
parry contre leur legitime
Souverain. Cette famille ne
s'eft pas moins diftinguée dans
l'Eglife : elle a donné à l'Ordre
de S. Auguftin & à celuy de S.
GALANT 39
Benoît ,desReligieuxd'ungrand
merite, Un Chanoine Regulier
de ce nom & du premier de
ces Ordres , compofa dans le
penultiéme ficcle , plufieurs ou
vrages , qui luy attirerent l'eftime
de tous les Sçavans, On fir
plufieurs éditions de celuy qu'il
compofa fur la devotion , au
Voile de la Ste Vierge , & cet
Couvrage fut reçû avec degrands
applaudiffemens de tous ceux
qui avoient quelque connoif
fance dans ce fiecle là , decla
Vie miſtique. Ce fut à pen prés
dans ce temps- là , qu'un Ecclefiaftique
de ce nom , brilla forc
40 MERCURE
dans la Faculté de Thologie de
Paris . Il écrivit contre Don le
Bollu & de Creil fes , Confreres,
quieftant à Rome, s'eftoient
joint avec François Pegna , Auditeur
de Rote , Efpagnol , qui
fe fervoit de tout le pouvoir
qu'il avoit auprés du Pape Clement
VIII .pour empêcher l'ab
folution d'Henry IV . Le Cardinal
d'Offat ,
qui
eleve
à Rome
pour cette affaire , s'éleve
fort dans fes lettres contre Pe
gna. Mr de Guibeville
, qui
donne lieu à cet article , eſtoit
fort eftimé dans fa Compagnie
.
CeMagiftrat
eftoit frere de feue
GALANT 41
Dame N ... Genoud , époufe
141
de Mre N. Vedeau de Grammont
Confeiller au Parlement
, & frere de feue Me le
Bret Premiere Prefidente au
Parlement d'Aix .

Mre Jerome Merault , Seigneur
de Boinville , Confeiller
de la grand Chambre, eſt mort,
il y a déjà quelque temps : il
eftoit fort eftimé dans faChambre
, & il y en avoit peu de plus
employez que luy. Ce Magiftrat
defcendoit du cofté des
femmes , de Mr Pinart , connu
fa fidelité par
fa
pour le Roy
Henry III . & qui figna la rati-
Février 1708 .
D
42 MERCURE
fication que ce Monarque ficrà
Blois leye . Decembre de l'an
180, des articles accordez aux
Proteftans , à Flex & às Cou
tras , par le Duc d'Anjou , frere
de ce Prince il figna auffi l'E,
dit de Pacification , que ceme
me Monarque accorda aux Pros
reftans , dans la même année ,
& dans la même ville de Bloist
Iparragcoir la confiance de
ce Prince avec Mrs de Neuville ,
de Pontac & Gon , dont def
cendent Mrs Gon d'Argenlieu.
dio La famille de Mrs Merault
de Boinville eſt ancienne dans le
Parlement elle y eftoit déja conGALANTI
43
nuê fous le Regne de François I.
& fous celui de Henry II. fon
fils. Ceux de cette famille , qui
parurentalors dans les Charges,
eftoient alliez de Mrside Hivez
& d'Anet , qui eftoient à la tête
des Affaires au commencement
du Regne de Henry III.Un
Merault qui vivoit en ce temsfà
, & qui avoit une grande ré
putation de probité , fut employé
dans l'Edit que Charles
IX. donna au fujet des Protef
tans de fon Royaume , à Saint
-Germain en Laye , au mois
d'Aouſt de l'an 15 70. & il dreffaduy
feul le 44 & dernier at
C
Dij
44 MERCURE
ticle , qui regarde la fureté &
l'execution des 4 3. articles précedens
; ce grand homme a fait
beaucoup d'honneur à fa famille
, en procurant le repos de
la France. brojbe fis 299d
Dame N ... Dupré , veuve
de Mre N. de Fortilles, Seigneur
du même lieu , eft morte
dans un âge affez avancé elle
n'a laiffe qu'une fille , qui eft
Religieufe dans l'Abbaye
ende
S. Sulpice en Bretagne , & dont
le merite eft fort connu. La
Maifon de Fortilles eft origi
naire de cette Province , & elle
eft alliée aux plus anciennes
GALANT $45
Maifons du Pays. Me de Fostilles
eftoit d'une ancienne Maifon
, originaire de Beauffe , &
eftablie en Brie . Mr le Comte
Dupré , fon neveu & fils de fon
frere , eft aujourd'huy Major
des Carabiniers , & il eft fort,
eftimé dans ce Corps . Me de
Fortilles eftoit foeur de Mela
Comteffe de Dortans , veuve
de feu Mr le Comte de Dortans
, Chef d'une Maifon tresqualifiée.
Cette Dame a fait fa
Legatrice univerfelle , Mlle de
Dortans fa niece , foeur de Mrs
de Chapelles & de Mr le Comte
de Dortans. La Maiſon de Dor46
MERCURE
tans eft divifée en quatre bran
ches . Dortans , qui eft la bran
che aînée , & dont eft Mlle del
Doftans , le Marterey , bran
che eſtablie en Dauphina ; Bob
na , branché eftablie en Bour
gogne , & Chatonas oftablic en
Franche-Comté de Chefidel
cette branche a épousé la fille
du Major de S. Omerupa
Dame Thereſe Pinette de
Charmoy , épouse de M Jean
Lucas , Seigneur de Muyn &
Courcelles , Confeiller au Parlement
, eft mort dans un âge
peu avancé. Elle eftoit fille de
feu Mr Pinet, Seigneur de Char
IC
GALANT: 47
Mr
moy , Confeiller du Roy , &
Maître ordinaire en la Chambte
des Comptes , & cy- devant
Tréforier de feue SA. R. Ma
demoiselle. Cette Dame eftoit
feeur de feue Me de Bullion de
Courcy , épouse de Mt de Bullion
de Courcy Conſeiller au
Parlement , & Commiſſaire aux
Requêtes du Palais , & mere de
Madame le Maître , époufe de
Mr le Maître, Confeiller au Par
lement. Mr de Muyn , eft frere
du Pore Lucas , Abbé & Gencral
de l'Ordre de Premontré , &
do Mr l'Abbé de Muyn ; tous
deux diftinguez par leur vertu
48 MERCURE
& par leur merite. La famille
de Mr Lucas , eft fort ancienne
dans le Parlement , elle y eft
connuë dés le temps d'Henry
fecond , & on vit des Magiftrats
de ce nom , dans le Parlement
,fous les Regnes de Fran
çois II . de Charles IX. & de
Henry III. Il y a une famille
de ce nom en Poitou , qui eſt
alliée à celle- cy , & qui a avec
elle une origine commune ,
quoi qu'elle en foit feparée depuis
un grand nombre d'années.
་ ་ ་
Quoy que les Lettres que je
Vous envoye au commencement
GALANT
49
&.
ment , de chaque mois , ne doi
vent (felon le but que je me fuis
propofé , lorfque j'ay commencé
à vous écrire ) eftre remplies
que de chofes nouvelles ,
vous devez neanmoins mettre
de ce nombre ce que je vous
envoye plus tard , parce qu'étant
toûjours accompagné de
circonftances , qu'il faut du
temps pour ramaffer , vous ne
recove
rien de moy , qui ne
doive avoir la grace de la nouveauté.
Je fuis perfuadé
, que
quoi que vous ayez déja ouï parler
de ce qui regarde les articles
que vous allez lire , vous ne
Fevrier 1708. E
50 MERCURE
fçavez tout au plus que les noms
des chofes que l'on a traitées
dans les Extraits que je vous
envoye .
Le Samedy 12. Novembre
dernier , l'Academic Royale des
Sciences , tint fa Sceance Publique
d'aprés la Saint Martin.
Mr de Fontenelles
, qui en qualité
de Secretaire de cette Aca →
demie , cft chargé de faire les
éloges des Academiciens,morts
dans l'intervale des deux Scean,
ces Publiques , que fe tiennent
chaque année , n'avoit pas eu
le temps de dreffer celui de Mr
Dodart , premier Medecin de
GALANT
51
S. A. S. Madame la Princeffe
de Conty, Douairiere , & Membre
de cette Compagnie , qui
Stomport huit ou dix jours
auparavant.
Mr l'Abbé Bignon fit connoître
que Mr de Fontenelles
n'avoit pas eu affez de temps
pour travailler à cet éloge , &
qu'il eftoit obligé de le remettre
l'Affemblée d'aprés Pafques ;
mais cet Abbé , qui parle aifément
fur le champ , fit fans
s'en apercevoir , un éloge court,
mais fidéle du fçavant homme
que l'Academie venoit de per
dre. Cet éloge eftoit tiré d'a-
ه و
Eij
52 MERCURE
prés nature , & foûtenu par la
beauté de l'expreffion . Mr l'Abbé
Bignon , releva beaucoup
l'érudition & la modeftie de
Mr. Dodart. 11 fit voir qu'il
fouhaitoit ardament de tout
fçavoir ; qu'ils'atachoit avec application
à tout aprendre, & que
fa modeftie l'empêchoit de divulguer
avec oftentation ce qu’-
il avoit apris, pour ne point s'attirer
de louanges. Mr Dodart
avoit pour fe cacher, & pour
étudier dans une paiſible retraite
, afin de puifer de nouvelles
lumieres , la même ardeur que
les autres Sçavans ont pour fe
GALANT 53
faire écouter , & pour répandre
les Tréfors d'érudition
dont ils ont chargé leur mémoire.
Il ne connoiffoit que
deux Sources , capables feules ,
felon lui , comme fon Illuftre
Panegirifte le fit remarquer
d'éclairer fon efprit ; fçavoir ,
la nature dans laquelle il ad+
miroit fon Autheur , & le nou
veau Teftament , fur lequel il
meditoit tous les jours avec
beaucoup de pieté, & qu'il re
gardoit comme le principe de
la Religion. Deux études auffi
importantes ,fufifant pour oc
<

cuper un feul homme ; on ne
54 MERCURE
doit pas s'étonner fi Mr Dodart
aimoit beaucoup la folitude
; les attraits qu'elle avoit
pourlui, ne diminuoient en rien
les qualitez de fon coeur , & le
gouft qu'il avoit pour la retrai
te, ne faifoit rien perdre à fes.
amis. Mr l'Abbé Bignon parla
enfuite de la folide pieté , & du
defintereffement de cet habile
Medecin , & il loua auffi Mr
Dodart fon fils , qui cftoit alors.
premier Medecin de Monfei ,
gneur le Duc de Bretagne. II
paroît parce que je viens de dire,
que Mr l'Abbé Bignon , n'avoit
voulu faire que la peintu
GALANT 35 55
re du caractere de feu Mr Do.
dart ; laiflant à Mr de Fontenel .
les , le foin du détail des actions
du deffunt , qu'il ne manquera
pas de mettre en oeuvre ,
fuivant les grandes idées que
I'Illuftre Prefident de cette fçavante
Affemblée en a fait concevoir.
2007
la
Mr Nicolle lut enfuite une
differtation de Mr Carré ; fur
: des tons , & fur les
accords de la Mufique ; certe
piécefut écoûtée avec beaucoup
d'attention ; elle eftoit remplic
de tout ce que les Anciens ont
Laiffé de plus curieux fur cette
Eiiij
56 MERCURE
matiere; l'Auteur traita d'abord
en habile Phyficien , ce qui regarde
le fon il combatit enfuite
le fentiment ordinaire des
Philofophes fur cette matiere,
qu'ils font confifter dans la vibration
, &c. & il propoſa une
nouvelle Hypothefe , qui fourtenuë
de quelques
now
ceu
preuves , pourra plaire à ceux
qui s'attachent à cet Art. Il
prétend que ce n'eft point dans
la vibration de l'air , mais dans
lecorps même , c'est - à - dire
dans les cordes que le fon eft
formé : il raporta fur ce fujet
quelques experiences , qui é
GJALANT $57
7
tant ben verifiées , peuvent fervir
à prouver fon opinion . Mr
Carré traita enſuite avec beaucoup
d'habileté ,tous les accords
de la Muſique & l'on peut dire
qu'il parla de cette matiere en
Maître. Il examina toutes les
proprietez des tons de cet Art
depuis l'Ut jufqu'au Ré ; il fit
connoître ceux qui portent à
la joye , ceux qui infpirent de la
trifteffe , & ceux qui expriment
les differens fentimens de l'Ame
, comme l'amour , l'indiffe
rence , la haine , le repos , l'indolence
, & c. il cita plufieurs
Autheurs qui ont fait des trai
58 MERCURE
tez , ou qui ont parlé fur cetre
matiere ainfi que Plutar
3.
que, Ciceron , & Saint Auguf
tin. Il raporta les paroles de
Platon , quielt que la mufique
eft infuportable aux perfonnes
qui font dans l'affliction ; mufica
in luctu triftis narratio .
Le fujet qu'il traitoit lui donna
lieu de parler de l'union de
l'ame & du corps , fur laquelle
les Philofophes ont eſté fort
partagez , & ce qu'il dit fur ce
fujet , parut fort convenable à
la matiere qu'il traitoit.
Mr Geoffroy le jeune, lûr enfuite
une Differtation de Bo
GALANT 59
THER
tanique , fur les Huiles effen .
tielles des Plantes ; & comme il
en avoit aporté plufieurs ,pour
faire des experiences
, un Academicien
le mit prés de luy à
la table , fur laquelle eftoient
ces Plantes , pour faire voir les
experiences , fans que Mr Geoffroy
, qui y lifoit , fut detourné
de la lecture ; ce qui fe fit en
confequence d'un nouveau Statut
de l'Academie.Mr Geoffroy
fit part à l'Affemblée de tou
tes les Analyfes qu'il avoit faites
fur la nature des Plantes &
de l'extrait qu'il en avoit tiré ,
la nature des huiles qui en
60 MERCURE .
eftoient forties , les differentes
couleurs qu'elles avoient felon
les temps , & la maniere dont
on les avoit extraites , felon le
mélange qu'elles avoient les
unes avec les autres , donnerent
lieu à une digreſſion ſçavante
& curieuſe . La vûe de toutes
ces differentes liqueurs fit beau
coup de plaifir à la Compagnie
, & fur tout aux Dames
qui eftoient dans les balcons .
Mr Geoffroy s'eftendit beaucoup
fur le Thyn. Il raporta
les differentes experiences qu'il
avoit faites fur cette Plante , &
il fit voir les huiles qu'il en
Kop
63001925
61 GALANT
avoit tirées , avec leurs couleurs
diverfes , ffeelloonn llaa recompofition
qu'elles avoient cuës.
Ce Difcours reçût de grands
applaudiffemens ; & Mr l'Abbé
Bignon, en le refumant , loüa
' Auteur fur fes découvertes
& fur ce qu'il avoit de curieux
& d'intereffant fur les huiles ,
que les Botaniftes appellent ,
Effentielles ; & dont ils traitent
dans tous leurs ouvrages.
Mr Geoffroy ayant finy, Mr
Chomel lutune Differtation de
Mr Chevalier , fur l'effet que la
poudre produit dans les mines ,
qu'il avoit compofée fur des
62 MERCURE
Memoires que Mr le Maréchal
de Vauban luy avoit communiquez:
il fit voir, avec beaucoup
d'ordre & de precifion , ce qui
retardoit l'effet d'une mine , ce
qui l'avançoit & ce qui fervoit
à la decouvrir. Et ce qu'il dit
fur ce qui empêche ſouvent fon
effet ,ou qui eft caufe qu'elle n'a
pas quelque-fois un effet aulli
heureux
que l'Ingenieur fe l'é
toit promis , fut tres- curieux
& fut écouté avec beaucoup
de plaifir . Pour prouver ce qu'il
avoit avancé fur ce fujet , il
fit l'hiftoire de deux mines ,
l'une qui avoit cfté faite au
b
GALANT 63
Liege de Verrue , & l'autre tout
nouvellement à celuy de Ciudad-
Rodrigo. Ce détail into
refla agreablement l'Affemblée,
& perfuada à tous ceux qui
ont quelque connoiffance de
l'Art des Fortifications , que
l'Auteur y a fait de grands
progrés. Mr Chevalier cita fouvent
Mr le Maréchal de Vauban,
comme garant de ce qu'il
dit de plus fingulier fur cette
cmatiere.
32600.
M'PEmeryle fils parla ledernier
& fit une Differtation fur les
Encresvitrioliques. Ce qu'il dit
fur la noix de gales, fur la nature
1
64 MERCURE
du vitriol , fur le fer qui entre
dansfa compofition , fur l'ay
man & fur d'autres proprietez
du ſujet qu'il traitoit , fut écouté
avec d'autant plus de plaifir ,
que ce jeune Academicien a un
ton de voix fort agreable , &
qu'il lit avec beaucoup de grace.
Il raporta diverles experiences
& plufieurs analiſſes
qu'il avoit faites fur cette ma
tiere ; & le nombre qu'il en
propofa à l'Aſſemblée , la perfuada
que ce jeune Medecin
fait un precieux ufage de fon
temps. On prit fur tout beau
coup de plaifir à entendre le
GALANT 65
nouvelles de couvertes qu'il
avoit faites fur le fujet , dont
il: entretenoit la Compagnie ;
& pluſieurs habiles Phyficiens
avoüerent que tout ce qu'il
avoit dit fur cette matiere ,
eftoit fingulier & nouveau pour
eux, 35 quos
Mr l'Abbé Bignon refuma
cel difcours , ainfi que tous les
autres , avec la juſteſſe & la précifion
qui luy font ordinaires ,
& en scclairciffant la pensée de
l'Auteur , il ne fit que donner
un nouveau jour au fujer en
question. L'heure ayant alors
fonné , cet illuftre Prefident
Février 1708.
F
66 MERCURE
annonça une nouvelle décou
verte ,que Mr d'Arême Membre
de cette Compagnie
, a
faite d'une nouvelle balance ,
pour diftinguer avec la dernicre
precifion , l'alliage qui entre
dans les efpeces d'or & d'ar
gent , & pour diftinguer d'une
maniere parfaite le bon orr &
le bon argent , d'avec le fer & le
cuivre qu'on y mêle ſouvent ,
la malice des ouvriers ,
ou
par
ou
par
la difette
de la matiere
..
Il compara
alors
fort
agreablement
cette
balance
à celle
d'Ar
chimede
, inventée
par
cegrand
Mathematicien
, pour
un
fujet
IGALANT 67
à peu prés de la même nature.
Mr M'Abbé Bignon annonça
qu'on liroit la Differtation , ou
Mr d'Arême explique la nature
& les refforts de fa nouvelle
balance , dans la nouvelle Af
femblée particuliere . Chacun
da
ind
marqua alors le chagrin qu'il
savoit de ce que l'heure avoit
froft fonné , puifqu'elle pri
voit l'Affemblé d'entendre une
chofefutile & fi curieufe ..
Trois jours aprés la premiere
Scéance de l'Academie des
Sciences , d'aprés la S. Mart ny
qui s'eftoit faite le 12. de Novembre
dernier , ainfi qu'il
Fij
68 MARCURE
vient d'eftre marqué , l'Acade
mic Royale des Medailles &
Infcriptions recommença auffi
fes Sceances. Mrl'Abbé Bignon
prefida à cette Affemblée , à la
quelle fe trouverent Mr l'Evêque
de Strasbourg , Mr l'Abbé
de Caumartin & le Pere de la
Chaife, Membres de cette Academie.
Mr l'Abbé le Roy, qui
travaille à l'Hiftoire des Grands
Hommes , de l'Ordre de Prémontré
, en fit l'ouverture par
une Differtation fur la Noblef
fe des Romains ; il n'eftendit
fes reflexions que jufqu'à la fin
de la Republique , & au comf
GALANM 69
J
es
mencement du Regne des Empereurs;
il parcourut avec beau
coup d'exactitude tous les âges
de cette fameuse Republique ,
depuis la fondation de Rome ,
fous fes Rois , & fous les Con
fuls , jufqu'à la fin du Triumvirar
, aprés lequel commença
lesgouvernement Monarchique;
il parla de toutes les cfpeces
de noms , que les Romains
portoient , & il appuya
fort fur la difference de leurs
ufages , d'avec les noftres. Les
Romains donnoient leurs noms
à leurs Terres & leurs Fiefs , au
licu que la principale Nobleffe
70 MERCURE
de France tire le fien des Terres
qu'elle a poffedée & qu'elle pof
fede encore ; il parla des Nobleffes
Patriciennes &Plebéyen
nes. La premiere eftoit celle
qui tiroit fon origine des Char
ges de la Republique , fçavoin
des Confuls des Senateurs
&c. & à cette occafion il def
cendit dans un détail tres-curieux
, de l'éclat & de la diftinc
tion avec laquelle les Senateurs
Romains vivoient, & du refpect
que les mêmestêtes couronnées:
leur rendoient , en groffiflant
fouvent leurCortege, & en im
plorant dans les termes les plus .
GALANT 71
foumisleur protection. La deu
xiéme Nobleffe eftoit celle quis
tiroit ſon origine des ancien,
nes familles d'entre le Peuple ,
mais , qui , n'ayant jamais eſté
dans les Charges de la Republique
, eftoit , par cette rai
fon , nommée Plebéyenne . Mais
ce qu'il y eut de nouveau dans
la differtation de Mr le Roy ,
& qui doit lui être propre , puifque
Mr Tiraqueau , Confeiller
au Parlement de Paris , qui
a fait un fi excellent Livre fur
fujet , & qui a pour titre cenil
De Nobilitate Romanorum , n'en
parle point , quoiqu'il épuife en
1
1
1
72 MERCURE
quelque maniere la matiere qu'il
traite ; ce qui eft , dis-je , propre
à Mr le Roy; c'est qu'il
prétend , que tout le Peuple
Romain cftoit Noble : il ra
porta , pour fortifier fon fentiment
, toutes les raifons qu'il
pût : mais Mr l'Abbé Bignon ,
qui refuma fon difcours lui
dic , que quelque belle que fût
fa Differtation , par les traïts d'érudition
, dont il l'avoit embellie ,
le fentiment qu'il y foutenoit pa
roîtroit paradoxe à quelques Scavans
, qui auroient peine à s'i
maginer que tout un Peuple eût
efté Noble.
a
Mr
GALANT 73.
Mr Gros de Boze communiqua
enfuite à l'Affemblée .
deux Eftampes de deux Agates
, que Mr Oudiner , Garde
du Cabinet des curiofitez de Sa
Majefté lui avoit envoyées
pour faire voir à l'Academie .
On prétend que ces deux Agates
reprefentent l'Apotheofe
de Drufus & de Germanicus
& que cet honneur funebre
rendu au plus fameux des Romains
, eft caché fous la figu
re de Cerés , & de Triptoleme ,
& fous celle d'une autre Déeffe.
Mr. de Boze , lut fur ce fujet
une Differtation en forme de
Février 1708 . G*
*
1
74 MERCURE
Lettre , que Mr Oudinet lui
avoit envoyée , pour établir fes
conjectures. Il y fait voir que
l'honneur de l'Apotheoſe n'ayant
pas efté rendu à ce Prince ,
du vivant de Tibere , qui eftoit
fort jaloux , & dont les foupçons
allarmoient tout le mon
de , Caligula , ne fut pas plûtoft
monté fur le Throne des
Cefars , qu'il s'acquita de ce
pieux devoir , envers une perfonne
qui lui devoit eftre fichere
, & fi refpectable . On remarqua
enfuite que cela ſe paffa
dans la premiere année de
l'Empire de Caligula , à laquelle
D
GALANT 75
celles qui la fuivirent répondirent
fi mal; il arriva en effet
de la premiere année du Regne
de cet Empereur , de même que
des 5. premiers Neron , que
Fon pouvoit propofer , à tous
les Princes , comme le modelle
d'un regne parfait & accompli ;
& l'un & l'autre de ces Empereurs
ne donna pendant ce
temps - là , que des exemples de
juſtice, & de moderation : mais
dans la fuite ils tomberent dans
des excés fi horribles, qu'ils donnerent
lieu aux Romains de
maudire le jour qui les avoit vû
naître.
Gij
76 MERCURE
M' l'Abbé Simon qui eft
attaché à Mr le Pelletier Miniftre
d'Etat , parla aprés Mr de
Boze. Il lût une belle Differtatation
fur les Lemures des An÷
ciens. On y admira également
la délicatele de l'expreffion &
l'importance des Recherches
de l'Auteur , puifqu'elles fervoient
à prouver que la croyan
ce de l'Immortalité de l'Ame
avoit efté un fentiment reçû
parmi toutes les nations , ce
qui fe voit en les parcourant
d'âge en âger; toutes celles qui
avoient peuplé la terre depuis
fa formation ; le ſentiment de
GALANT 77
I'Immortalité de l'ame reçu parmiles
nations lesplusanciennes,
fe prouve en effer par l'opinion
qu'ils ont eue touchant l'apparition
des efprits. M Simon entra
là - deffus dans undétail trescurieux
de toutes les fortes d'efprits
que les Payens croyoient
qui revenoient , & fur l'idée &
l'impreffion que la nature avoit
gravé en eux de la difference
des deux fubftances qui compofent
l'homme , & de l'incorruptibilité
& de l'indeſtructibilité
d'une de ces fubftances. H
rapporta alors des Hiftoires
d'efprits qu'il prétend eſtre re-
3
G iij
78 MERCURE
*.
venus pour demander les hon
neurs de la fepulture ; & il fit
fur tout un détail de celle qui
arriva à un ancien Philofophe
nommé Artemidore. Ce Philofophe
ayant voulu louer une
maifon dans Athenes , le Proprietaire
luy dit qu'il la luy laïfferoit
à bon compte , mais qu'il eftoir
obligé de luy dire que jufqu'alors
elle avoit efté inhabitée , à caufe
d'un Spectre qui y revenoit toutes
les nuits , & qui tourmentoit ceux
qui avoient tenté d'y habiter. Le
Philofophe qui étoit fort aguer
ry , ne laiffa pas de paffer outre
& de conclurre fon marché,
GALANY : 79
La premiere nuit qu'il y demeura
, aprés avoir lû bien
avant dans la nuit & s'eftre couché
, il vit un Spectre épouventable
qui vint à luy , le Philo
fophe qui eftoit poli fit la moitié
du chemin . Le Spectre fe
tourna alors , & avec un bruit
effroyable de chaînes qu'il traî
noit aprés luy , fortit & entra
dans une grande court , le Philofophe
qui vouloit voir la fin
de cette avanture , l'y fuivic ,
& eftant arrivé au milieu de la
il vit tout à coup difpa- court ,
C
roiftre le Spectre , comme fi la
terre l'euſt englouti , & aprés
G iiij
80 MERCURE
avoir marqué l'endroit où il
l'avoit vû difparoiftre , il s'en
retourna & il fit creufer le lendemain
dans le même endroit ,
& on y trouva le cadavre d'un
homme qui avoit efté égorgé
dans cette Maiſon & qui n'a-
Voit point eu les honneurs de la
fepulture . Artemidore les luy
fit rendre , & par là le calme fe
rétablit dans la maiſon , & le
Philofophe profita du bon
marché.
M' Simon rapporta ce que
dit Apulée des Lemures ou Larües
, au Traité du Demon de
Socrates. Voicy les mêmes
paGALANT
81
roles , tirées de l'ancienne Tra
duction d'Apulée. Je crois que
l'ame raisonnable , lorfqu'elle étoit
délivrée de ce corps mortel & ca
duque eftoit dans l'ancienne
langue latine , ) appellée Lemure ,
celle qui veut pacifiquement refider
au logis de fes fucceffeurs , & à
eux fe rendre benigne & favora
ble, eft dite le Lar familier ; mais
les autres qui à caufe de leurs crimes
& de leurs pechez font punies
aprés la mort , font errantes çà
la , & vagabondes , & font comme
dans un exil perpetuel , fans
pouvoir trouver aucune demeure
tranquile , & deviennent un fw82
MERCURE
jet d'épouvante & de frayeur aux
gens de bien , aux méchans ,
font appellées Larües on Illufions
effroyables ; maisfi on doute
du fort de ces ames aprés la
mort , de maniere qu'on ne feache
fi on les doit appeller Larües on
Lares , on leur donne par honneur
le nom de Manes.
A l'égard des Genies , ajoûta
Mr Simon , Macrobe ( chap.
19. liv 1. de Saturnal. ) raporte
que les Egyptiens reconnoiffoient
felon leurs principes , le
Demon ou Ange affiftant , la
fortune , l'amour & la neceffité
fatale. Apulée dans le Traité
GALANT 83
*
qu'il a fait de la Doctrine Pla
tonicienne
, dit que les Demons
, qu'on peut appeller
Genies ou Lares , font eftimez
eftre les Miniftres des Dieux
Protecteurs & Gardiens des
perfonnes , & leurs Meffagers
auprés de la Divinité , fi
l'on a à lui demander quelque
chofe. Saint Auguftin ( chap.
9. liv . 9. de civit. Dei. ) fe mocque
avec raifon de cette penfée
du Philofophe Platonicien .
Empedocle en donnoit deux à
chaque homme , l'un bon , &
l'autre mauvais , ce qui paroît
conforme
à la croyance de l'E84
MERCURE
glife. Mercure Trifmegifte en
parle ainfi dans fon Pymandre :
Dés que chacun de nous eft né, &
a receu l'ame , les Demons qui ont
-eu l'honneur de fervir à nôtre generation
, nous reçoivent , & ceux
qui font établis en chaque Etoile ,
prefident à noftre naiffance , car
ceux - cy fe changent en un inftant
mettant dans les deux
parties de l'ame , le corps , & fes
facultez la tournant chacun à fa
propre operation ; mais la partie
raisonnable de l'ame eft hors de la
`domination des Demons & conve
nable à recevoir Dieu . A celle là
donc , à qui eft la partie raifon
GALANT 85
nable de l'ame , le rayon luit par
le folaire ; ceux - cy font en petit
nombre , & leurs Demons font
abolis , d'autant qu'aucun ( foit,
Dieux ou Demons ) n'a aucune
puiffance contre l'unique rayon de
Dieu. Il faut auffi voir le
Commentaire
de Candale fur
ce fujet.
Il parut il y a quelques années
en Hollande un Livre fur.
ce fujet , intitulé : Hiftoria Lemurium
, &c. & qui cut un
grand fuccés.
Mr de Fontenelles finit la
Séance par la lecture qu'il fit
d'une Differtation de Mr l'Ab
86 MERCURE
bé de Vertot qui eftoit abſent ,
fur l'origine des François , par
le paralelle des moeurs des anciens
peuples de cette Monarchie
avec celle des Germains .
Cette Differtation eftoit écrite
avec la delicateffe de ſtile qu'on
trouve dans tous les ouvrages
de Mr l'Abbé de Vertot , &
l'on y remarqua à toutes l
pages la profonde érudition de
cet habile Ecrivain. Pour prouver
dans cette conformité des
moeurs des anciens François &
Germains , il rapporta un grand
nombre de paffages des anciens
Romains qu'il avoit traduits
les
GALANT 87
& dans lesquels ces Auteurs
décrivoient les moeurs & les
coûtumes des Germains , & en
comparant ces moeurs & ces
coûtumes des François , felon
que les décrit Gregoire de
Toursquivivoit fous le dernier
Roy de la premiere race , vers
le milieu du dernier ficcle , on
voir que
les moeurs & les coûtumes
de ces deux peuples font
prefque les mêmes & qu'elles
different en peu de chofes. Le
paffage de Tacite fur les moeurs
& fur l'habillement des Germains
fut rapporté dans toute
fon étendue ; il y a des Auteurs
4
*
88 MERCURE
qui prétendent que cet ancien
Hiftorien décrit aufli dans le
même endroit les moeurs des
Suiffes . Il rapporte auffi dans
cette Differtation , un paffage
des Commentaires de Cefar fur
les moeurs des Gaulois . Ce Prin
ce pouvoit connoiftre ces peuples
, puifqu'il avoit demeuré
huit ans dans les Gaules & qu'il
ne les avoit affujetties qu'à la fin
de ce nombre d'années. L'heure
ayant fonné, Mr de Fontenelles
ne pût achever la lecture de cette
Differtation. Mr l'Abbé Bignon
qui refuma ce qui avoit étélû,
donna de grandes loüanGALANT
89
ges à M' l'Abbé de Vertot fur
fes recherches fur un fujet quia
partagé tant d'Hiftoriens , &
qui ayant efté jufqu'à preſent fi
peu éclairci , font auffi tres eftimables
. Cette matiere luy étoit
tombée en partage dans la diftribution
qu'on avoit faite des
fujets.
Je dois vous dire , aprés vous
avoir parlé de deux des plus confiderables
Academies du mon
de , que Mr l'Abbé de Louvois
, vient d'eſtre nommé pour
remplir la place du Pere Mabillon
, dans l'Academie des
Infcriptions. Je vous fis un Por
Février 1708. H
90 MERCURE
trait fi reffemblant de tout ce
que l'on peut dire à l'avantage
de cet Abbé , lorsqu'il fut reçû
à l'Academic Françoife , qu'il
ne me refte rien à ajoûter à fon
éloge ; fi ce n'eft que le choix
que Meffieurs de l'Academic
des Infcriptions , viennent de
faire de cet Abbé , pour remplir
la place du Sçavant homme
qu'ils viennent de perdre ,
fait connoître que cet Illuftre
Abbé continue toûjours à faire
de grands progrez dans les
Sciences , & qu'il joint la qualité
de Sçavant , à celle d'honnefte
homme. En effet , il en
GALANT 91
ભીeft peu de plus eftimez dans le
monde , foit du côté de l'efprit
& de l'honneſte homme ,
foit du côté de la pieté & dela
Religion .
Le mois dernier Mr l'Abbé
de Dreüillet , fat Sacré Evêque
de Bayonne , dans la Chapelle
du Palais Archiepifcopal
, par
Mr le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris ; affiſté de
M's les Evêques de Blois , & de
Tournay. Ce nouvel Evêque ,
eft fils de Mr Dreüillet , Prefident
d'une des Chambres des
Enquêtes du Parlement de
Touloufe ; il a un frere Offi-
$
Hij
92 MERCURE
cier dans le même Corps , &
fa famille eft alliée aux principales
maifons dé Languedoc .
Mr le Prefident de Dreüillet ,
l'un des principaux membres de
l'Academie des Jeux Floraux
de Toulouſe , a épousé en feconde
noces , la Niece de Mr.
l'Evêque du Mans . L'efprit ,
& le merite de cette Dame ,
font connus de tout le monde .
Elle a auffi bien que Mr le Prefident
de Dreüillet fon époux ,
un talent fingulier , pour la
Poëfic . Mr l'Evêque de Bayonne
, en a auffi un tres confiderable
pour la Chaire : il a
GALANT
93
efté
pendant plus de
quinze
ans , Grand-Vicaire du Mans .
Bayonne eft une des plus anciennes
villes du
Royaume. L'Evêché
eft
fuffragant
d'Auch .
La Cathedrale eft dediée à la Ste
Vierge , & à S. Leon : il eft remarqué
dans la 31 ° Seffion du
Concile de
Conftance , que cet,
Evêché
s'étendoit
dans trois
Royaumes
; fçavoir dans ceux
de France , de Navarre , & de
Caftille ; où les
Evêques ont
continué
d'exercer leur Jurifdic
tion ; jufqu'à ce que le S. Siege,
( à la
follicitation de
Philippe
II. Roy d'Eſpagne
) ordonna
94 MERCURE
%
par Provifion , qu'il y auroit
un Vicaire General , tant qu'il
yauroit des Heretiques dans le
Païs voifin. Il y a eu des Vicomtes
à Bayonne , leur regne
finit vers l'an 1205. les memoires
chronologiques de ces Prinne
les conduifant
que jufces
,
qu'à ce temps - là.
Le Roy a nommé à l'Evêché
de Conferans , Mr de Verthamon,
Grand- Vicaire de Pamiers
, coufin- germain de Mrs
de Verthamon- la Ville aux
Clercs , & Villemenon , Confeiller
au Parlement de Paris ,
& de Mr l'Evêque de Pamiers ;
GALANT 95
le Pere de ce nouveau Prelat ,
eftant frere de feu Mr de Verthamon
, mort Maître des Requêtes
, qui eftoit leur Pere .
Quoi qu'il foit Parent , dans
un dégré un peu éloigné de Mr
de Verthamon de Breau , Premier
Prefident du Grand Conpas
d'avoirune
feil , il ne laiffe
origine commune avec lui,puifque
tous ceux qui portent le
nom de Verthamon
, tirent leur
origine d'un Seigneur qui portoit
le nom de Verthamon
, મે
caufe d'un fief confiderable
, &
fort ancien fitué fur la Riviere
de Vienne en Limofin , & com96
MERCURE
munement nommé le Gué de
Verthamon
, parce que l'on paffe
dans cet endroit , cette Riviere
à gué . Mezeray , parle fi
avantageufement
de cette famille
dans fon Hiftoire de Francc
p. 856. que je crois en devoir
raporter icy le paffage tout
entier.
La ville de Limoges , puif-
Samment ébranlée par les fastions
de Henry de la Martonie
fon Evêque , avoit eſté retenuë
dans le devoir du temps de Henry
III. par Anne de Levi - Vantadour
, & parl'adreffe & le courage
desVerthamon , fi fort autho
riſez
GALANT 97
rifez en ce pays-là. Guillaume de
Verthamon General des Finances ,
prévoyant bien aprés les Barricades
, que le feu s'alloit allumerpar
toute la France , & defirantgarantir
fon pays de ce malheur , partit
de la Cour en pofte pour fe rendre.
à Limoges , où il fit armer la Ville
par le moyen de fes freres de
Guillaume de Verthamon- le Maz
du Puy , fils de l'aîné. Le Maz
du Puy repouffa Hautefort qui
s'en vouloit emparer , non con
tent de l'avoir aſſuré au fervice
du Roy , il attaqua encore la Cité,
que l'Evêque tenoitpour la Ligue;
te força de Je ranger au bon
Février 1708.
I
98 MARCURE
parti ; mais il fut tué d'une mouſ
quetade , & en haine de cette ac-3
tion les fils de Guillaume General›
des Finances , oncle du Maz du.
Puy , qui étudioient à Paris , furent
retenus prifonniers par lafaction
des Seize , &c. Mr le Premier
Prefident du Grand Confeil
defcend du General des Finances
; & les autres branches
des Verthamon , eſtablies à Paris
, à Bordeaux & à Limoges
defcendent des freres de ce Gé
neral des Finances. Ainfi tous
les Verthamon ont eu une même
origine.
La branche de VerthamonGALANT
99
รบ
de-Breau , qui eft l'aînée de
toutes , eft depuis long- temps
dans les premieres Charges &
dans les plus confiderables Emplois
de la Robbe , & elle eft
alliée à plufieurs illuftres Maifons
. La mere de Mr le Premier
Prefident du Grand Con
feil , aujourd'huy Maréchale
d'Eftrades , eft fille & petitefille
des deux Chanceliers d'Aligre.
Elle a une foeur qui cft
prefentement Ducheffe de Luynes
Mlle de Verthamon, four
du Premier Prefident , eft Ducheffe
doüairiere de Briffac . Me
de Verthamon de la Ville-
I ij
100 MERCURE
aux- Clercs , qui eftoit veuve de
Mr le Comte de Monimes ;
eft de l'illuftre Maifon d'Aubuffon
, de la branche de Chaf
fingrimont, cadette de celle de
la Feüillade . Quoy qu'elle n'ait
pas d'enfans de fon mary , Mr
l'Evêque de Pamiers , qui tient
à grand honneur l'alliance de
certe Dame ; a fait placer la
croix encrée , de la Maiſon
d'Aubuſſon en cimier, au deſſus
des armoiries de fa famille ,
qu'il a fait mettre fur le treillis
de la Chapelle de Verthamon
aux Cordeliers de cette Ville ,
dans laquelle on voit le MauGALANT
101
t folée du pere de ce Prelat , avec
une belle épitaphe , de la compofition
de Mr. l'Evêque de
Conferans d'aujourd'huy. Ce
nouveau Prelat a efté élevé
dans la Congregation de l'Oratoire
, dont il n'eftoit forty
que pour remplir la place de
Grand- Vicaire de Pamiers. Il
eftoit à l'Aſſemblée generale
du Clergé de 1705. en qualité
de Deputé de la Province de
Touloufe, & il cft neveu du
Pere de Verthamon Jefuite 3
& Provincial de Guyenne. Je
ne vous dis point que le choix
du Roy a efté fort applaudy ,
I iij
102 MERCURE
puifque tout ce que vous venez
de lire , doit affez vous faire
connoître qu'il ne pouvoit
manquer de l'eftre. 3
Monfignor Nicolas Spinola
Archevêque Titulaire de Thebes,
acfté nommé à la Nonciature
de Pologne , à la place
de Monſignor Piazza . Ce dernier
Prelat a fait paroître beau
coup de prudence & de fageffe
en Pologne , où la fitua
tion des affaires peut fouvent
embaraffer le Miniftre le plus
fage ; & lorfque S. S. declara.
Mr Spinola Nonce à fa place ,
dans un des derniers Confiftoi
GALANT 103
res , Elle fit publiquement fon
éloge , en prefence de tous les
Cardinaux,&ditqueMrPiazza
s'eftoit montré digne dans la Nonciature
de Pologne , des emplois
les plus difficiles , e quefa vertu
n'avoit pas moins éclaté que fon
habileté dans la guerre inteftine ,
qui déchire la Pologne , depuis fi
long-temps. Mr Piazza eft d'une
ancienne famille , que la Tradition
fait fortir du Milanez.
Elle a donné divers Prelats de
merite à la Cour de Rome.
Mr Spinola Archevêques de
Thebes , Succeffeur de Mr
Piazza , eft d'une illuftre Mai
I
iiij.
704 MERCURE
fon , qui defcend des anciens
Viſcomti, Ducs de Milan . Elle
eft l'une des premieres de la
Republique de Genes ; & Mr
le Duc de Saint Pierre , qui a
époufé la foeur de Mr le Marquis
de Torcy , eft Chef d'une
des principales branches de
cette grande Maiſon , de même
que Mr le Marquis de los Balbazés
l'eft d'une branche eſtablie
en Efpagne , depuis un
grand nombre d'années . Cette
branche y a efté honorée des
premieres Dignitez de cette
Couronne , & des emplois les
plus importans. Mr. l'Archevê-

GALANT 105
que
de Thebes eft un Prelat generalement
eftimé à la Cour de
Rome; il s'eft rendu fort habile
dans les Matieres de Jurifprudence..
la
L'article qui fuit , & que je
devois vous avoir envoyé dés
le mois paffé , continuëra de
vous faire connoître que
guerre n'empêche pas que la
France n'ait toujours un fort
grand commerce..
106 MERCURE
BORDEAUX ET BLAYE.
Ily avoit à defcendre au premier
de Decembre dernier...
Barques de Sel ,
Vaiffeaux
François ,
93
167
260
ETRANGERS .
Bremois ,
Danois ,
Espagnols ,
Hollandois ,
Hambourquois
,
Irlandois ,
I
4
4
87
4.
21
GALANT 107
Sucdois ,
2
III
371
Vaißeaux
Barques montées
pendant le même mois.
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
182
193
ETRANGERS..
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Suedois ,
ΙΟ
$ 74
108
MERCURE
Vaiffeaux & Barques defcenduës
pendant le même mois.
Barques de Sel ,
Vailleaux
François ,
40
114
I'54
ETRANGER S.
Danois ,
Eſpagnol ,
Hollandois ,
Hambourquois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Sucdois ,
2
'I
47
31
2
4
60
214
GALANT 109
Vaiffeaux 574 montez,
Vaiffeaux defcendus , 214
Refte aux Ports , 360
SCAVOIR:
Barques de Sel ,
64
Vailleaux François ,
235
299
ETRANGERS.
Bremois ,
Danois ,
Espagnols ,
Hollandois ,
Hambourquois ,
Irlandois ,
2
3
43
I
11I
tro MERCURE
Sucdois ,
ΤΟ
GI
360
574
La Relation que vous allez
lire , eftant naturellement écrite
, & d'ailleurs me trouvant
engagé par plufieurs raiſons de
ne rien changer au ſtile ; je vous
l'envoye de la maniere que l'ay
reçue .
GALANT 1II
KOXXOXXOXXX
DE PORT ROYAL
EN
ACADIE ,
Le 8°
Septembre 1707.
MONSIEUR,
Les Anglois de la Nouvelle
Angleterre font venus deux fois
cette année nous rendre vifite , avec
intention de nous enlever ; & qui
plus eft , toute la grande terre de
Acadie , qui , comme vous fça112
MERCURE
vez, eft au Roi ; & toutes les
deux fois , ils ont efté repouſſez
avec vigueur. Pour plus grande
intelligence de la chofe , diſons un
mot de la fituation de ce Pais- ci ,
dont environ la moitié eft uneprefqu'Ifle,
& l'autre eft contigue à
la Nouvelle Angleterre , & apellée
ci-devant la Nouvelle Ecoffe.
Toute l' Acadie eft enfermée , à peuprés,
entre les 43. & 46⁰ degrez
de latitude Nord ; c'est une
Terre d'environ 200. lieues de
circuit , vers le Sud de l'embouchure
du Fleuve St Laurent , couverte
, pour la plus grande partie,
de Montagnes & de Bois , de mê-
"
GALANT 113
me que le Canada : Les principales
Nations fauvages , qui l'habitent
originairement , font ; les
Micmacs , les Socoquis , les
Souriquois , les Etèchemins ,
les Abnakis , &c. La Capitale
du Païs , depuis que les François
y font établis , eft , Port- Royal ,
d'où je vous écrits. Cette Place
me paroît être au 44° degré ss .
minutes de Latitude. L'Acadie
porte du Blé , des Pois , des Fé
ves, autres Légumes : il y
croit du Lin ; le Chanvre y vient
parfaitement bien les Saifons ,y
font affez reglées. La pêche de la
Morue du Saumon , qui eft
Février 1704. K
;
114 MERCURE
ici abondante , fait noſtre grand
Commerce, Port Royal eftle lieu
de la réfidence du Gouverneur ;
c'eft Monfieur de Soubercas , qui
l'eft actuellement il eftoit auparavant
Gouverneur de Plaifance:
Terre- Neuve ; c'est un homtres-
brave,
en
me plein de coeur ,
qui entend parfaitement bién la
défenfe d'une Place ; bon Soldat ;
bon Capitaine , & bon Comman
dant. Port Royal , eft la principale
Place de l'Acadie : il eft aßez
avant dans la Baye , dite des.
François à droite , foûtenų
d'un bon Fort. Le Baffin de Port-
Royalferefferre à l'entrée ; ce qui
GADANT τις IS
le rend facile à fortifier: ilm'apa
ru , qu'il avoit bien une lieuë de
large , & deux de long ; au refte ,
bon fond par tout : Venons maintenant
au fait.
A la fin de Mai , une Flatte
d'environ cent vingt - cinq voiles
partit de Bafton , Capitale de la
Nouvelle Angleterre , dans le deffein
d'affiéger Port - Royal ; elle
eftoit compoféede quatre gros Vaiffeaux
, er de plufieurs autres moindres
Batimens armez en guerre ,
montez depuis 16. juſqu'à 25.
canons : L'Amiral étoit monté de
plus de so . Les Troupes de débarquement
, alloient à alloient à 1600. hom-
V
Kij
116 MERCURE
la
mes au moins : Le Colonel Marsh ,
vieux Officier reformé, & qui a
fervi en Europe , commandoit la
Flotte ; homme d'une taille gigantefque
, & qui avoit engagé fa
tête à la Reine Anne , pour
prife du Port- Royal. On remar
que , Monfieur , que depuis cette
derniere guerre- ci , les Anglois de
la Nouvelle Angleterre
, en veu-.
lent à l'Acadie: ils défirent , avec
impatience , d'être maîtres de l'embouchure
de la grande Riviere de
Canada ; & par-là, de la Pêche
confiderable qui s'y fait : L'Acadie
leur est une épine au pied
fur tout la partie la plus voifine
GALANT 17
d'eux , où coule la Riviere Kinibeki.
La Reine Anne les a af
furez , que s'ils l'a prenoient , ils
en feroient abfolument les maîtres;
& qu'à la Paixgenérale , elle ne
l'a rendroit point ; Sur cette promeße
, les Habitans de Balton
ont fait de grands préparatifs , levé
de l'argent & du monde , autorifezpar
le Confeil de leur Ville.
Marsh , avec fa Flotte , met à la
voile; & aprés quelques jours de
navigation , entre dans la Baye
Françoife, vient moüiller le
7°jour deJuin de cette année 1707.
à la vue de la Capitale de l'Aca ·
18 MERCURT
die; Ce Chef de l'Armée Navale
Angloife , met toutes fes Chalonpes
à l'eau , & dedans toutes les
Troupes du débarquement. Mr de
Soubercas Gouverneur de la Place,
ne donne point le tems à l'Ennemi
de fe retrancher , ni de dreffer
de Batteries : il fait une fortie
fur lui , l'épée à la main : renverfe
ce qui fe trouve de Troupes
à fon paſſage : s'empare des munitions
qu'ils avoient miſes à terre ;
feretire glorienfement dans fon
Fort , chargé des dépouilles des Af
fiégeans. Le canon du Port-Royal
L'avoit fecondé à propos : il eftoit
GALANT
ng
chargé de mitrailles ; & attrapoir
, à coups feurs , bon nombre
des Soldats Anglois , dont foixan--
te fontdemeurez mortsfur la places,
& quantité de bleſſez. Nos Sauvages
de l'Acadie , dans la chaleur
du combat , gardant les Côtes
, ont enlevé une Chaloupe aux
Ennemis. Quant à nous , je n'oferois
dire pour épargner Meffieurs
les Anglois le peu de monque
nous avons perdu dans cette
action : Mr de Soubercas avoir
en tout , trois cens hommes , y com
de
* Ce font de vieux Cloux , dès Fer
railles , des morceaux de Chaînes , & c .
120 MERCURE
pris quelques Phlibuftiers , arrivez
depuis peu de Québec. On a fait
courir le bruit ici , qu'à cette defcente
le Colonel Marsh avoit
eu un Cheval tué fous lui ; Ce
qui eft de feur , c'eft que les Anglois
fe rembarquerent bien vite ;
& que la Populace de Bafton ,
voyant leur Flotte de retour , fans
avoir rien gagné , a voulu traîner
Marsh à la Potence ,
gler : Que Mylord Dudley , Gouverneur
de Bafton & de la Nou
velle Angleterre , indigné du mauvais
fuccés de cette entreprise , défendit
expreffement, qu'on laiffat
mettrepied à terre au reste de l'Arl'étranmée
GALANT 121
mée Navale battuë; & qu'il ordonna
de nouveaux préparatifs .
pour un fecond Siége : Que Mrle
Colonel Marsh , voulant reparer
fon honneur par une feconde tentative
, avoit demandé trois Confeillers
du Confeil de Bafton ; &
qu'on 'on les lui avoit accordés , pour
être témoins de fa conduite , & en
même- tems defa bravoure ; Quelques
uns prétendent , que le Confeil
de Bafton avoit joint à ces Officiers
de Judicature , un Procureur
general , des Officiers Subalternes ,
& un Miniftre ; mais , tous ces
Meffieurs comptoient fans leur
Hôte.
Janvier 1708. L
122 MERCURE
Ce premierfiége de Port-Royal,
n'a pas laiſſé que de coûter , à la
Colonic Angloife , prés d'un million.
Les Anglois fe font contencz,
enfuyant, & c.fejettans bruf
dans leurs Vaißeaux , le
quement
20. de Fuin , de faire des menaces
fiéres de nous venir revoir au
plûtôt ; Et en effet , le 2 x . d'Aouft
fuivant , environdeux mois aprés
le premier Siége , nous les avons
vús moüiller , avec vingt - deux
voiles , à une demie liene de Port-
Royal; le plus gros Vaiffeau de la
Flotte , étoit monté de 52. pieces de
canons: ily en avoit un de 40. 6
deux autres de 12. à 26. canons;
GALANT 123
*
le reste de leur Armée de Mer
eftoit compofée de Brigantins ,
Quaiches , Barques , Chaloupes ,
c. Dans leur artillerie eftoient
deux mortiers & huit pieces de
canons à gros calibre , pour mettre
à terre, avec 1400. hommes. Le
Colonel Marsh , échapé de la
corde à Bafton, pour avoir manqué
fon coup la premiere fois ,
commandoit en Chef la nouvelle
Flotte. On dit qu'il avoit pour
Ingenieur lefils de Mr Dudley ,
& qu'avant de partir , on l'avoit
nommé Gouverneur du Pays à con-
Petit Bâtiment mâté en maniere de
fourche.
Lij
124 MERCURE
querir; c'est - à-dire , de l'Acadie:
Dans le temps que les Navires
Anglois faifoient route pour
Port-Royal , un Armateur Malouin
, qui croifoit * devant Bafton
, reprit une Barque , appartenante
au fieur Pacault , gros Marchand
de l'Ifle de Montreal en
Canada
, que
, que les Anglois venoient
de prendre le même Armateur
Breton prit un autre Bâtiment
chargé de farines ; & ayant apris
dans la fuite le deffein des Baftonois
, il vint promptement offrir
* C'eſt-à-dire , qui couroit plufieurs
bordées , tantoft d'un cofté , tantoftd'un
autre; en un mot qui rodoit fur les Côtes
de Bafton .
GALANT 125
fonfervice & fes provifions aux
François de Port-Royal . Son équipage
augmenta nôtre Garnifon ,&
fa farinefervit à la fubfiſtance des
Soldats.
Le 21. jour d'Aouft , les Anglois
, fous les ordres de leur Commandant
Marsh , mirent à terre
proche le Port-Royal , & camperent
hors la portée du canon ,
l'opofite de noftre Fort & de la Riviere
, pour faciliter le debarquement
de leurs mortiers de leurs
gros canons. Mrde Soubercas comprenant
leur deſſein , neperdit point
de temps; il fit d'abord plufieurs
détachemens , pour fatiguer l'En-
Liij
126 MERCURE
nemy par des efcarmouches. Un
détachement
que
que
commandoit Mr
de Saint Caftin , s'eftant mis en
embuscade , furprit une avantgarde
des Ennemis ; elle n'eftoit
de dix hommes ; nous en tuâmes
buit ; les deux autres fu
rent pris & amenez au Fort ::
un de ceux- cy eftoit Pilote d'un petit
Bâtiment Anglois , à rames &
à voiles , qui estoit mouillé prés.
de là , pourfonder un endroit propre
àjetter l'anchre, delà tirer à
terre les mortiers. Ce Pilote nous.
le Colonel Marsh n'avoit
dit
que
demandé
au
Confeil
de
Bafton
que
1400
, hommes
, pour
emporter
le
GALANT
127
Port-Royal d'emblée , parce qu'il
comptoit que les bombes nous fecoient
rendre dabord, & qu'il avoit
protefté haurement , qu'il vouloir
eftre pendu , s'il n'en venoit à bout.
L'Armée Angloife s'eftant cam
péc , fans y avoir pris beaucoup
garde , à la portée de nôtre cánon
, & auffi de nos bombes , nous
fimes un fi grandfracas dans leur
Camp, nous les déconcertâmes
fifort , que MrDudley Ingenieur
qu'on
on difoit eftre là , neput jamais
élever aucune plate-forme , ni
retranchemens
. Nos bombes , Monfieur
, tomboient jour & nuit dans
luer Camp; & quoy que l'Armée
Liiij
128 MERCURE
ennemie changeât tres -fouvent de
fituation , durant l'espace des dix
premiers jours , qu'elle tenta de fe
mettre à couvert de nôtre artillerie
, nos Canoniers ont toujours
pointéfijufte , même fur leurs Bâtimens
qui efloient proche le Port,
que leurs Brigantins , Pirogues,
Chaloupes , n'ont ofé s'aprocher de
terre ; deux de leurs Bâtimens
ayant efté coulez bas dans une decharge
que l'on fit à proposfur eux,
fans qu'on ait fçu le nombre d'hommes
qui eftoient de dans
Les Anglois voyant donc qu'-
ils perdoient leur temps de ce côtélà
fe font rembarquez dans leurs
GALANT 129
Chaloupes , le onzième jour depuis
leur defcente à la petite pointe du
jour , pour venir inveftir le Fort :
mais Mr de Soubercas , qui avoit
parfaitement bien prevû la choſe,
y avoitdéja envoyé un détachement
de quatre vingt hommes , avec un
grand nombre de Sauvages , commandez
par Mr le Baron de Saint
Caftin. Ce brane Gentilhomme
eft de Gascogne , & il eft chez les
Sauvages de l'Acadie ce qu'êtoit
feu Mr le Moine , chez les
Iroquois ; c'est - à - dire tres- efti
mé. Les nôtres voyant l'Ennemi
à terre , firent une décharge fi à
propos que chaque coupportoit ; en130
WERCURE
fuite ils fondirent deffus l'épée à
la main,& contraignirent les Affieà
lever le Piquet & à camperfous
le Canon de leurs Vaiffeaux.
geans
Les Baftonois repouffez avec
tant de chaleur ne fçavoient que
penfer de leur entreprife ; Mr de
Soubercas fuivant fa pointe , refolut
de les chaffer entierement; de
fut pour cela qu'ayant laiffé cent
bons hommes dans le Fort qui défend
la ville de Port- Royal , il
marcha luy-même à la tête de
cent Soldats , foutenus d'un gros
des Habitans de la Place
quelques Toupes de Sauvages ; &
de
GALANT 130
voyant que l'Ennemy ne ſe remuoit
point, il detacha ce qu'il
avoit de troupes réglées , ne fe reles
Habitans des enfervant
que
virons
de Port Royal
& les Sau
vages
, & les mit fous
le commandement
de Mr de la Boulari
derie , Capitaine
experimenté
.
avec ordre de chercher
l'Ennemy
',
quelque
part qu'il fût ; nous marchames
quelque
temps, enfin une
partie
des noftres
eftant
arrivez
à l'entrée
d'un bois , un Habitant
tirafur une Sentinelle
de l'Armée
Ennemie
, fans qu'il en eût ordre..
Le Chef du détachement
fe croyant
découvert
par un coupfi imprudent
.
132 MERCURE
jugea qu'il ne falloit point atten
dre tout fon monde ; il fe détermina
donc & donna fur les Anglois
retranchez , ( dans une efpece
de Parc, ou lieu fermé de
pieux ) au nombre de 400. avec
tant d'ardeur que nous leur mettions
la bourre du fufil dans le
ventre : fufil , piftolets , épées ,
touty alloit ; l'Habitant qui n'ale
fufil , fans épée
voit
que
1
en affomma plufieurs à coups de
croffes. Bon nombre de Mrs les
Anglois , crioient là , quartier
fe rendoient Prifonniers. Le
refte de ces 400. Anglois fut
mis en defordre, & pouſſe jufGALANT
133
qu'à la Riviere de Port - Royal ,
dans laquelle nous les aurions
tous culbutez , fi nôtre détachement
ſe fût trouvé raſſemblé
dans le tems que nous donnâmes .
Là , les Anglois s'étans ralliez ,
réunis au gros de leur Armée ,
ils marcherent à nous , qui étions
enfin tous ramaffez ; Nous effuyames
d'abord leurfeu : mais aprés
cela nous donnâmes avec tant de
force, avec une vigueur fi éton
nante, que nous nous trouvames
mélezparmi eux ; Ce fut dans ce
choc , que le courageux Mr de la
Boularderie fut bleffé d'une balle
dans le côté : Mr, le Baron de St
134 MERCURE
Caftin fit une action mémorable ;
car , ayant efté faifipar deux Anglois
un Sauvage , il les tua
tous trois de fa bayonnette ; ce
genéreux Officier s'eft trouvé bleſſé
à la cuiffe.
plu-
Les Ennemis vivement pouffez,
ont couru à toutes jambes à leurs
Bâtimens ; ils fe preffoient fi
fort que leurs Pirogues ,
feurs de leurs Chaloupes , fem
bloient couler bas , tant elles étoient
chargées . Mrde Saillant , qui s'eft
diftingué à ladefcente des Anglois ,
eft mort de fes bleffures , quelques
jours aprés la déroute des mêmes
Anglois ; & fept ou huit de nos
GALANT 135
Habitans,fefont trouvez bleſſez.
Les Anglois ont doncrepris une
deuxième fois ( les. Septembre)
le chemin de Bafton , avec Meffieurs
les Confeillers du Confeil
de la Nouvelle Angleterre , qui
ont eu le plaifir d'être témoins du
merveilleux fuccés du Colonel
Marsh. Cette petite affaire a coûté,
cependant , à Meffieurs de Bafton,
un million ou davantage , fans
compter plus de trois cens hommes
qu'ils ont laiffez pour fumer nos
Terres de l'Acadie. Je fuis , Monfieur
, Votre trés- humble trésobéiffant
Serviteur, N.
136 MERCURE
Les Articles qui fuivent regardent
plufieurs dons faits
par le Roy d'Eſpagne. Ces Articles
font remplis de faits Hif
toriques tres - curieux.
S. M.C. a donné le Gouvernement
d'Alcantara à Don Antonio
de la Vega y à Azevedo
Lieutenant General de fes Armées
, qui a donné des marques
fignalées de fa valeur dans les
Guerres qui ont fuivi l'avenement
de S. M.à la Couronne
d'Eſpagne ; il eft d'une tres - ancienne
Nobleffe , & fa famille
eft originaire de la Province de
Leon. Il cft allié aux meilleu
GALANT 137
res familles d'Arragon & de
Caftille , & fes Ancêtres ont
toûjours fervi les Rois leurs
Maîtres avec beauconp de zele
& de fidelité . Don Antonio
de la Vega defcend du côté de
fa bifaycule , de la famille d'Arriaga
qui a produit de fçavans
perfonnages dans les derniers
fiécles ; & quife glorifiera toujours
d'avoir produit dans le
17 fiécle. Roderic Arriaga ce
fameux Jefuite Eſpagnol qui
fut fort eftimé des Papes Urbain
8. & Innocent 10. & de
l'Empereur Ferdinand III . Mr
de Villemandy diſoit en par
Février 1708. M
138 MERCURE
lant de ce fçavant Religieux ,
qu'il réuffiffoit beaucoup mieux
aruiner ce qu'il nioit , qu'à établir
ce qu'il affirmoit , & que par là , il
étoit devenu le fauteur du Pyr
rhonisme , quoy que felon que le
remarque Sotuel l'Hiftorien de
fa Compagnie , il ne fut nullement
Pyrrhonien . On ne peut
en effet le foupçonner d'être un
faux frere des Dogmatiques ,.
puifque s'il s'éforce à combattre
un grand nombre de fentimens
differens , il s'éforce auffi
à foûtenir les opinions qu'il
a embraffées , & lorfque fes
preuves font inferieures à fes
GALANT 139
objections , on doit s'en prendre
à la nature des chofes. Il
a innové fur les matieres de
Phyfique , qui regardent la
compofition du continu , &
fur la rarefaction.
Don Sebaſtien de Oteyza,
a eu le Gouvernement de Grau ,
de Valence , Fortereſſe confiderable
proche Valence , &
la Commanderie del Campo de
l'Odre de S. Jaques vacante,
par le décés de Don Diego Alfenzo
de Vicuña , Amirante
General , a eſté donné à fon fils,
Don Francifco Xavier de Vicuña.
Don Sebaſtien de Oteyza ,
Mij
140 MERCURE
eft iffu d'une ancienne famille
du Royaume de Leon , où la
valeur a paru hereditaire,depuis
plufieurs fiécles . Le Pere de
Don Sebaſtien , a fervi fous les
ordres du feu Prince Don
Juan ; & il fit enfuite quelques
Campagnes en Hongrie , où il
donna de frequentes marques
de fon courage. Son Bifayeul
fe trouva au fameux Siege de
Lepante , oùil fe diftingua auffi
beaucoup fous les yeux d'un
Prince legitimé d'Eſpagne qui
portoit auffi le nom de Don
Juan , & qui cftoit fils naturel
de l'Empereur Charlesquint ,
GALANT 141
& d'une Princeffe , dont les Hif
toriens ont toujours eu grand
foin de dérober le nom à la
Pofterité. Ce Seigneur Efpagnol
vit tomber d'un coup de
feu , fon fils aîné à fes pieds .
& le fecond fut dangereuſement
bleffé du même coup :
la Providence permit qu'il gue
rit de fa bleffure , pour conti
nuer en Eſpagne une Race qui
a produit un grand nombre de
perfonnes de valeur , Don Francifco
Xavier , de Vicuña , qui
a eu la Commanderie del Campo
, de l'Ordre de S. Jacques, à
déja fait quelques Campagnes,
142 MERCURE
où il a donné de
grandes preus
ves de fon courage : il s'eft
trouvé à la Bataille
d'Almanza,
où il a combatu
vaillament , à
la tête d'un
Regiment Efpagnol
, dont le Colonel
fut tué
au commencement
de l'action .
Le Père du nouveau
Commandeur
( par la mort de qui la
Commanderie
vaquoit ) a rendu
de grands fervices à la Cou
ronne
d'Espagne
depuis le com
mencement de la guerre , & depuis
qu'elle eft dans le coeur de
l'Espagne : il a toujours eſté en
mouvement , foit pour lever
des Troupes dans fes Terresty
GALANY 143
foit pour y maintenir les Peu
ples dans la fidelité qu'ils ont
jurée à leur veritable Maître ,
foit enfin pour combatre les
petits Corps de Rebelles , qui
cherchoient àfe cantonner dans
le Royaume de Valence. Ce
Seigneur avoit autrefois porté
les armes contre les Mécontens
de Hongrie , au ſervice de l'Empereur
Leopold . Ce Prince lui
fit une gratification conſiderable
,lorfqu'il quita ſon ſervice,
& il écrivit à la Reine mere
d'Efpagne , fa foeur , qu'il avoit
tiré d'utiles & d'importans fervices
de Don Diego Affentio
144 MERCURE
de Vicuña , & d'un de fes freres
qui avoit paffé avec lui en
Allemagne .
Le Roy d'Eſpagne en confideration
des fervices de Don
Franciſco de Zevallos Villegas
l'un des vingt- quatre de Jaen,
luy a donné la Ville de Villarés
avec le titre de Vicomté
pour luy , & pour fes defcendans.
Il a merité cette recompenfe
éclatante par le zele qu'il
a marqué pour le ſervice de S.
M.C. durant les troubles qui
ont agité les Royaumes d'Arragon
& de Valence , pendant les
deux dernieres Campagnes . Il
defcend
GALANT 145
defcend d'une ancienne famille
originaire du Royaume de Valence
, & qui s'eft fignalée en
plufieurs occafions par fa fidelité
pour les legitimes Souverains
. Un de fes ayeuls , donna
de grandes marqués de valeur
dans le temps de la Conquête
du Royaume de Grenade
, par le Roy Ferdinand ,
Aycul de l'Empereur Charles-
Quint , & à la Conquête du
Royaume d'Oran en Afrique
faite par le Cardinal Ximenez .
Ce Seigneur s'attacha auffi aux
belles Lettres ; les collections
qu'il fit fur l'Hiftoire de fa
Fevrier 1708.
N
146 MERCURE
Patric , & que Philippe II. fits
de Charles- Quint porta avec lui
en Angleterre , lorſqu'il y'alla
époufer la Reine Marie , fervirent
beaucoup à l'Hiftoire de
la Conquête de Jerufalem , &
à l'Euphormion, cet excellent ou
vrage qui a fait tant de bruit
en Angleterre au commencement
du Regne de Jacques I.
qui fe fervit de luy pour envoyer
aux Souverains de l'Europe
quelques Exemplaires du
fivre qu'il avoit compofé fur
leurs communs interefts contre les
pretentions de la Cour de Rome.
S. M. C. a donne une penGALANT
147
fion 300. Ducats à Don Pedro
Gomez Lozano , en confideraration
des Services qu'il a rendus
à la journée d'Almanza ; à
la Conquête du Royaume d'Aragon
, & en dernier lieu à la
prife de Lerida. Il eft d'une famille
Originaire d'Andaloufie,
qui a donné à l'Espagne des
Officiers Generaux d'une grande
reputation . Son Pere avoit
fait de grands progrés dans la
connoiffance des Sciences , &
il étoit fils d'un homme qui
s'étoit rendu celebre par l'écude
de la Jurifprudence . Jean
Barklay , fils de Guillaume ,
Nij
148 MERCURE
fçavant Jurifconfulte cut de
grandes Relations avec luy ,
& il compofa en partie fur fes
Memoires un livre de Controverfe
intitulé Paranefis adfectorios
qu'il publia à Rome , &
qu'il prefenta au Pape Paul V.
par l'entremife du Cardinal
Bellarmin , contre qui cependant
, il avoit beaucoup écrit.
Barklai qui mourut à Rome
en 1671. rendit témoignage
dans fon Teftament de la generofité
& de la franchiſe avec laquelle
Don Lozano aycul de
celuy qui donne lieu à cet Article
, en avoit uſé à ſon égard,
GALANT 149
& à celuy de plufieurs perfonnes
fçavantes.
Don Cofme Abaunça &
Don Juan de Motales ont été
faits Gentilshommes de la
Bouche. Ils font l'un & l'autre
-d'une des meilleures Maiſons
du
Roy:
de Caftille, Nicolas
Antonio Chevalier de
l'Ordre de S. Jacques & Chanoine
de Seville , parle de leurs
anceftres , dans fa Bibliotheque
des Ecrivains Efpagnols
qu'il fit Imprimer à Rome en
2. Volumes Infolio en 1672 ,
Don Cofme eft petit Fils d'un
des plus fçavans hommes d'Ef150
MERCURZ
pagne ; on pretend qu'il láiffa
des Memoires qui ont beaucoup
fervi à la compofition du
livre que le même Don Nicolas
Antonio fit Imprimer
à Anvers
en 1659. & auquel il donna
pour titre ? De exilio , five
de poena exilii exulumque conditione
& juribus. Don Juan eft
fils d'un Seigneur Caftillan.
qui a porté les Armes pendant
la plus grande partie de fa vie.
Il a fervi long- temps fous les
ordres du feu Prince Don
Juan , fils naturel de Philippe
IV. & il étoit dans une grande
confideration
pendant la miGALANT
ISI
5
norité du feu Roy Charles 11.
Jay Don Diego Gonzalés
Exempt des Gardes du Corps,
a cu le Regiment que le Duc
d'Offone a levé à fes dépens , à
la recommandation de ce Duc.
Il fert depuis plufieurs années ;
& il a donné des preuves de fa
valeur dans plufieurs actions
qui fe font paffées depuis le
commencement de la guerre
d'Efpagne. Il fe trouva à la Bataille
de Luzzarra en 1702. &
il fe diftingua dans cette Journée
fous les yeux de Sa Majesté
Catholique , qui le vit combattre,
& qui luy marqua à la fin
Niiij
152 MERCURE
de l'action , la fatisfaction qu'
elle avoit de fes fervices . Il a
fait auffi avec le même Prince
deux Campagnes en Portugal,
où le Corps dont il vient de fors
tir , fervoit auprés de S. M. C.
& il cut part à toutes les entre
prifes qui fe firent en ce tempslà.
La famille du nouveau Colonel
eft originaire de la Ville
d'Oviedo ; & elle y a tenu
pendant le temps qu'elle y'a
efté établie , un des premiers >
rangs. Les anceſtres de Don
Diego ont fouvent efté em - 3
ployez dans les negociations
fous les regnes de Philippe II
GALANT 1 153
& de Philippe III. fon fils ; ils
n'ont pas rendu de moindres
fervices dans les Corps où ils
ont porté les armes . Le bifayeul
du Colonel qui donne lieu à
cet Article , fervit longtemps
en Flandres , lorfque les Provinces
Unies fe revoltérent . Il
eut des emplois confiderables
dans l'Armée qui fervoit fous
lesordres du fameux Duc d'Albe
Gouverneur de ces Provin
ces , & cc Seigneur l'employa
plufieurs fois en des negocia
tions fecrettes avec Guillaume
1. Prince d'Orange , mais qui
n'eurent point d'effet.
154 MERCURE
Il me reste à vous parler de
plus de vingt perfonnes dont
Sa Majefté Catholique a recompenfé
les fervices ; mais il
faut beaucoup de temps pour
eftre informé de ce que l'on en
doit dire. Sa Majefté Catholi
que eft fi prompte à recompen
fer , qu'avant que je vous aye
envoyé des Articles de tous
ceux dont il me reſte à parler
ce Prince aura répandu fes gra
ces fur quantité d'autres perfonnes
de diftinction qui les auront
meritées.
M' le Marquis de Bay a for
mé de plufieurs Compagnies de
GALANT 155

Cavalerie qui avoient eſté levées
par diverfes Villes d'Eftramadure
, un Regiment de Ca
valerie nommé de Quantiofos,
& Sa Majesté en a fair Colonel
M' le Marquis de Lorençana .
Mr le Marquis de Bay , dont je
vous ay fouvent parlé , eft de
Gray en Franche - Comté , &
d'une famille qui a toujours
tenu dans la Province un rang
tres confiderable ; d'ailleurs il
y eft allié à la principale Nobleffe
du Pays . Il n'a qu'une
fille unique qui a demeuré quel
ques années à Paris , & qui eft
allé le joindre en Eſpagne.
156 MERCURE
Mr le Marquis de Lorençana
eft d'une famille originaire de
l'Eftramadure , elle y eftoit déja
connue lorfque cette Province
avoit fes Souverains particuliers
; un Marquis de Lorençana
dont celuy qui donne lieu
à cet Article , eft iffu , fut dans
une grande confideration à la
Cour de Caftille fous le regne
de la Reine Ifabelle & fous celuy
des Rois fes peres & f & freres.
Cette
Princeffe
eftant reftéc
feule maîtreffe de laCouronne ,
donna
beaucoup de part en ſa
confiance à ce Marquis , & il
partagea
longtemps
avec le
GALANT 157
Cardinal Ximenés , qui eſtoit
encore dans l'Ordre de Saint
François , la faveur de la Reine,
Il fortit de cette Cour pour
quelque leger mécontentement
qu'il avoit receu du Roy Ferdinand
Epoux d'Iſabelle , & il fe
retira dans fes Terres en Eftramadure
, d'où il ne voulut plus
revenir à la Cour , quelques inftances
qu'on luy puft faire de la
part de la Reine. Son fils Y
parut fur la fin de la vie de cette
Princeffe , & le fouvenir de
fon pere luy attira de grands
égards de tous les Courtifans ;
mais comme aprés la mort d'I158
MERCURE
fabelle , certe Cour prit une
nouvelle face, & que l'Archiduc
d'Autriche Philippe I. qui avoit
époufé Jeanne heritiere d'Efpagne
, y vint faire fa refidence
, & qu'il eftoit entierement
gouverné par les Seigneurs.
Allemans qui l'avoient fuivi ,
le Marquis de Lorençana , &
plufieurs autres Seigneurs Caftillans
, fe retirerent dans leurs
Terres.
V
Quoy que la Relation
que je
vous envoyay
de la reception
faite à Bayonne
à la Reine au
Convent
des Auguſtins
, le jour
de laFête de S. Auguſtin
, ait
GALANT: 159

merité quelque attention ,ce qui
s'y eft paffé ce jour là , eſtant infiniment
plus confiderable ,
que tout ce que je vous en
ay dit , & me paroiffant digne
de vôtre curiofité , & même
de celle de toute l'Europe ,
jay cru vous en devoir en
voyer un article , remply de
plufieurs circonftances , qui
vous feront connoître que le
zele & la pieté des Peres de ce
Convent n'ont pas efté les feules
chofes qui ont éclaté en
cette ocafion . La Reine Douairiere
d'Efpagne , qui depuis
qu'elle eft à Bayonne , a con160
MERCURE
+
tinuellement donné des mat
ques d'une éminente vertu , &
d'une pieté tres- exemplaire ,
ayant fouvent vifité les Communautez
des Religieux & des
Religieufes de Bayonne , le
Pere Campmartin , Prieur du
Convent des Auguftins , cfperant
que cette Princeffe leur
feroit le même honneur le jour
de la Fefte de S. Auguſtin , fit
preparer toutes chofes longtemps
auparavant : il fit travailler
prefque pendant un
mois entier à faire faire plu
fieurs reparations dans fon Monaftere
, & à faire blanchir
GALANT 161
toutes les murailles du Cloître ,
de l'Eglife , des Galleries & des
Dortoirs, il fit orner tous les
lieux qui eftoient les plus expofez
, & il y fit placer des Tableaux.
Enfin , ce Pere ayant
cfté affuré que la Reine ſe rendroit
à leur Eglife , le jour de
la Fête de S. Auguftin , il y fit
tendre de riches Tapifferies ,
qui formerent un double rang.
Elle fut auffi ornée de divers
Tableaux, placez dans des lieux
convenables , & tout le tour
de la même Eglife fut remply
de Luftres . Plus de trois cent
Cierges allumez , tant fur le
Février 1708. O
162 MERCURE
Maître Autel que fur toutes les
Chapelles de cette Eglife , en
faifoient briller l'argenterie &
les riches ornemens.
La Reine arriva fur les cinq
heures du foir , acompagnée de
toutes les perfonnes de diftinction
de fa Maiſon , & de la
Ville , qui avoient groffi fon
Cortege , par un grand nombre
de caroffes . Le Pere Campmartin
eut l'honneur de la recevoir
à la tête de la Communauté
, compofée de vingt Religieux,
dont la plupart eftoient
revêtus de Chappes & de Dalmatiques
& tenoient des bâGALANT
163
la
tons d'argent . Aprés les Ceremonies
accoutumées en pareilles
ocafions ; & que le Pere
Campmartineut preſenté l'Eau
benîte à cette Princeffe & lc
Crucifix à baifer , il luy fit le
compliment fuivant.
Madame, quelle joye pour nous,
de voir Votre Majefté pour
premiere fois dans ce faint Lieu ,
faire tout l'ornement du Sanctuai
re. Nous devons ce bonheur au
Zele e à la pieté dont Elle eft
animée , afin d'exciter la Foy des
Fideles , les affujetir par une
loy d'exemple , au respect & au
culte que la Religion veut qu'ils
O ij
164 MERCURE
rendent à la fainteté à la gloire
d'un grand Docteur d'unfaint
Evêque , dont nous fommes les
enfans , qui a efté une des plus
brillantes lumieres de l'Eglife de
Fefus- Chrift ; le Soutien & la
que
Colomne de la Maifon du Seigneur,
de même celle dont
Votre Majefte puife fon augufte
fang, a efté dans tous les temps l'appuydesfaints
Autels ; & de même
qu'elle eft encore aujourd'huy le
foutien & l'appuy des Trônes les
plus élevez du monde Chrétien ;
que
Les démarches de Vôtre Majefté,
Madame , nous paroiffent
belles ? Vous marquez tous vos
GALANT 165
pas par des oeuvres faintes , &
par des vertus d'éclat , qui font
utiles à la Religion vous les accompagnez
de cette Majefté de
Souveraine , qui nous perfuade
que tout autre place qu'un Trône
cût eſté indigne de Vôtre Majefté
, de ce grand coeur & de cette
magnificence Royale, qui furpaffent
(fi je l'ofe dire ) Vôtre illuftre
naiffance : cet air obligeant , qui
fait que Votre Majefte s'abbaiffe
fans defcendre de fon rang ; ce qui
vous attire tous les coeurs , & ce
qui vous a fait regner fr glorieufement,
fur une des plus puiffantes
Monarchies de la Terre. Si j'ofois ,
166 MERCURE
Madame , m'abandonner à mon
Zele , j'aurois dequoy m'étendre
beaucoup , fur un fi grand & fi
noble fujet ; mais je crains de dé
plaire à Votre Majesté & je
fçay, Madame , qu'un Miniftre
de Fefus- Chrift , ne doit ni interrompre
, ni mêmefufpendre le Sa
crifice que Votre Majesté vient luy
faire de toutes fes grandeurs , an
pieddecefaint Autel . Nos voeux ,
"M
adame , vous accompagneront
par tout. Nous allons en rendre
des actions de graces à Dieu Tout-
Puiffant , Souverain du Ciel &
de la Terre : c'est par luy que les
Souverains vivent & regnents
GALANT 167
& nous n'employerons point pour
cet effet , d'autre priere que celle
que l'Eglife a reçue du grand Saint
Auguſtin , qui en eft l'Oracle :
Te Deum laudamus .
Pendant le Te Deum qui fut
chanté au fon de l'Orgue , touché
avec beaucoup de delicateffe
, par le Pere Lamarrigue
Religieux Organiſte de ce Convent
, cornu par fon habileté ,
la Reine fut introduite dans le
Sanctuaire. Le Te Deum fut
fuivi d'une Oraiſon pour la Reine
; aprés quoy le Pfeaume Diligam
te Domine fortitudo mea ,
fut chanté en Mufique avec
168 MERCURE
une tres - belle Symphonie , de
la compofition de feu Mon
fieur Gilles , Maître de Mufique
de l'Eglife de Touloufe
, dont les Ouvrages ont
toûjours efté fort eftimez des
Connoiffeurs. Ce Motet étoit
un des quatre que ce Maître
fameux eut l'honneur de faire
chanter à Touloufe , lorfque
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, & Monſeigneur le
Duc de Berry y pafferent , &
ceux qui l'avoient entendu à
Toulouſe trouverent qu'il
avoit été tres bien executé à
Bayonne. La Reine affifta au

Salut ,
GALANT 169
Salut , & le Prieur donna la
Benediction du Saint Sacrement
; aprés laquelle la Sym
phonie feule recommença à fe
faire entendre par des Airs devors
& touchans,de la compo
fition du même Maître. Le
Pere Prieur & fes Affiftants
eurent le temps de quitter leurs
Ornemens & de revenir fe reprefenter
devant la Reine pour
la fupplier de vouloir leur faire
l'honneur d'entrer dans l'Inte
rieur du Convent , ce que S.
M. leur accorda d'une manic-
Fe tres graticufe & 'avec des demonftrations
d'une tres gran
Février. 1708 . P
170 MERCURE
de bonté , en témoignant au
Pere Prieur , combien elle avoit
été touchée du compliment
qu'il luy avoit fait , lorfqu'elle
étoit entrée dans l'Eglife ,
de la maniere dont il l'avoit
prononcé.
Le lieu preparé pour recevoir
la Reine , étoit une Salle bien.
proportionnée , & ouverte en
quatre endroits , & dont les
croifées qui avoient trois jours
chacune étant fort grandes ,
donnoient lieu d'y refpirer un
air , dont on avoit grand befoin
, à caufe du grand nombre
de perfonnes qui fe trouGALANT
172
verent en ce lieu , & de la gran
de quantité de lumieres. Cette
Salle étoit tenduë d'une tresbelle
& tres riche Tapiflerie qui
reprefentoit les Conquêtes du
Roy en Hollande ; on avoit
placé dans le fond un Superbe
Dais de drap d'or , avec des
Ecuffons aux Arines de France
& d'Espagne . Il y avoit aux
côtez de ce Dais quatre Luftres
d'argent à plufieurs branches,
& il y avoit fous le même
Dais un riche fauteuil fur une
Eftrade , avec deux carreaux de
velours , couleur de feu , ornez
de nates & de crefpines d'or ,
Pij
172 MERCURE
l'un étoit dans le fauteuil , &
l'autre aux pieds. Ce fauteuil
étoit placé entre les Portraits
du Roy & de la Reine d'Efpagne
aujourd'huy regnant. De
l'autre côté de la Salle , vis - àle
Dais , & le Fauteuil de la Reine
étoient le Portrait du Roy
au milieu , & aux côtez du Portrait
de ce Monarque , étoient
ceux de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , & de Madame
la Ducheffe de Bourgogne. On
voyoit encore au milieu du côté
droit de la Salle , un autre
Portrait du Roy , & aux côtez
les Portraits de Monfeigneur
GALANT 173
le Dauphin & de Monfei
gneur le Duc de Berry. Au
milieu du côté gauche de la
même Salle , on remarquoit
un tres- beau Portrait de la Rei
ne Douairiere d'Efpagne au
deffous duquel on avoit placé
un tres beau Clavecin . Le Por.
trait de Madame la Ducheffe
d'Orleans Doüairiere , étoit à
côté de celuy de la Reine
Douairiere d'Espagne dans une
médiocre diftance ; tous ces
Portraits étoient fort grands
& ornez de tres - riches bordures
le refte de la Salle étoit
rempli de glaces dans des bor.
P iij
174 MERCURE

dures dorées , & orné de diver
fes manieres , le tout accom
pagné d'un grand nombre de
Jumieres , placées dans tous les
endroits convenables pour fai
re briller tout ce que l'on avoit
mis dans cette Salle , & pour fai
reremarquer un plafond orné
de tres belles Peintures, & d'où
pendoient plufieurs grands
Luftres remplis de Bougies. On
avoit étendu plufieurs tapis
fur le plancher de la même Sal
le ; dans laquelle on avoit dreſſfé
trois grands Buffers garnis
d'un tres-grand nombre de pie
ces d'argenterie , de vermeil
GALANT 175
{
& de oriftal . Il y avoit fur les
même Buffets quantité de flam →
beaux garnis de lumieres ; on
avoit aufli dreffé au devant du
Fauteuil de la Reine , trois gran
des Tables fur une même li
gne , & feparées par une diſtan
ce affez confiderable. Ces Ta
bles étoient chargées de differentes
fortes de confitures , ainfi
que des plus beaux fruits de la
faifon . La Reine confidera pendant
quelques temps la beauté
& la difpofition de tout ce Service.
Le Pere Prieur fuplia en
fuite cette Princeffe de toucher
aux fruits & aux confitures.
P iiij
176 MERCURE
La Reine fe mit à la Table d'un
air tres- obligeant ; tout le Ser
vice de la Reine étoit de Vermeil
, il n'avoit jamais fervi à
perfonne , & l'Ouvrage en
étoit tres-beau , & la plicura
de la Serviette de cette Prin
ceffe imitoit fa Couronne.m
La Reine mangea , & fic
F'honneur au Pere Prieur de
boire à fa fanté , & elle aban
donna les deux Tables qui
étoient à la droite & à la gauche
de la fienne aux Dames de
fa fuite , & à celles quelle avoit
fait inviter à cette Felte , & cer
te Princeffe leur permit de mana
GALANT 177
ger en fa prefence . On doit reremarquer
qu'il n'y avoit de
fieges dans la Salle , que le fauteüil
de la Reine ; mais feulement
un carreau pour Me la
Ducheffe de Liñaréz , fa Camerera-
Major . La Reine donna
de fa propre main , prefque
tout ce qui eftoit ſur la table,
aux perfonnes les plus diftinguées
de l'Affemblée , qui bien
qu'elle eût efté choisie , fe trouva
neanmoins fort nombreufe.
La Reine voulant combler
d'honneur la Communauté des
Peres Auguftins , voulut bien
confentir que l'on refervât des
178 MERCURE
confitures & des fruits pour les
porter dans fon Palais . Les
Buffets étoient remplis de vins
de France & d'Efpagne , & del
diverfes autres fortes , ainfi que
de quantité de liqueurs & de
divers rafraîchiffemens à la gla
ce. Pendant tout le temps que
l'on mangea , l'Aſſemblée fut
divertie par une tres - belle Symphonie
que le Pere Prieur avoit
fait placer dans un lieu d'où el
le pouvoit être facilement
entendue. La Reine fortit
de cette magnifique & bril
lante Salle , aprés y avoir
demeuré pendant deux heuGALANT
179
63
res ; & le Pere Prieur , avec
de toute la Communauté , cut
l'honneur de l'accompagner
juſqu'à la portiére de fon carroffe
, où cette Princeffe lui dit ,
qu'il eftoit trés-dificile de trouver
un homme de fa Profeffion , qui
fir les honneurs de fa Maifon ,
avecautant de goût de magnificence
, qu'il venoit de le faire.
L'on peut dire , en effet , que
Pere Campmartin , qui eft fort
eftimé à Bayonne , & qui l'a
toûjours efté beaucoup par tout
où il a efté , a infiniment d'ef
prit; & qu'il fçait parfaitement ,
tout ce qui convient à ſon eſtat
le
180 MERCURE
Ila de grands talens pour la Prés
dication , ayant prêché plu
fieurs Avents & plufieurs Carêmes
, dans les plus confidera
bles Villes de la Guienne & du
Languedoc : Il eft de Toulou
fe , où il prêcha le Carême dernier,
dans la fameufe Eglife Ab
batiale de S. Sernin . Sa modeftie
l'avoit empêché de donner
aucun détail de la Relation
que vous venez de lire , & it
auroit toûjours continué de le
refufer , file Pere Louis Durieu
du Pradel , Provincial des Auguftins
dans les Provinces de
Toulouſe & de Giuenne , en
GALANT 181
ayant efté informé , ne lui eût
écrit ; & ne lui eût même fait
une espece de Commandement ,
de lui envoyer un détail de tout
ce qu'il avoit fait , pour fignaler
fon zéle & celui de fon Ordre
, dans une occafion auffi
importante que l'eftoit celle où
il venoit de le faire paroître.
On jugeroit de l'efprit de ce
Pere , par la réponſe qu'il a
faite à ce Prieur , fi l'on n'étoit
pás déja convaincu
par beaucoup
d'autres endroits , que le
Pere Durieu du Pradel eft tresdiftingué
par fa qualité ; par
fon grand Içavoir ; par fa ver182
MERCURE
tu , & par fa maniere de parler,
d'écrire , de prêcher , & de regir
fa Province. Voici fa Lettre
; elle peut fervir de modéle
aux Superieurs , qui fçavent
foûtenir la dignité de leurs Emplois
& de leur Charge ; & animer
le zéle de ceux qui font
Dépendance , lorfqu'il
la
de leur
s'agit de le faire voir , pour
gloire de la Religion ; & pour
faire reverer les traits de la
Puiffance , & de la Majefté du
Seigneur dans la perfonne
d'une Majefté facrée.
Je vous remercie , mon Reverend
Pere , non pas du plaifir que
GALANT 183.
7
vous m
a
us m'avez fait , de m'envoyer
la Relation de la reception faite à la
Reine Douairiere d'Espagne
, dans
voftre Eglife & dans voftre Convent
, vous me le deviez ; mais ,
de l'honneur que vous avezfait
à noftre Province , & à noftre
Robe je vous dois ce remerciment
de fa part ; & je vous felicite du
bonheur que vous avez eu ,
plaire à cette Princeße , dans tout
ce que vous lui avez dit, & dans
tout ce que vous avez fait , pour
lui témoigner tout vostre zéle . Je
naprouve pas feulement , ce que
vous lui avez dit ; mais je le revere
dans fon tout , &juſqu'aux
de
184 MERCURE
+
Lyllabes : Touty doit être regarde
comme confacré , dés qu'il eft par
venu aux oreilles d'une Majefté
facrée, & qu'il en a estéfavora
blement écouté. Le moins , que vous
y deviez vous mefme ; c'est , de
ne rien ajoûter , ou de ne rien changer,
à ce qui vous a paru du
goût d'une fi Grande Reine. Je
ne puis vous dire autre chofe ; fi
ce n'eft , que je n'ai pu lire voftre
Relation , fans m'attendrir beaucoup
fur tout ce qu'elle raporte ,
& qu'elle repréſente fi naturellement.
Encore une fois , je vous
en remercie ; faites en plaiſir , à
ceux que vous jugerez à propos i
GALANT 185
il ne peut que vous en revenir
un trés-grand honneur , fi le Public
en eft informé. Je fuis toujours
, mon ReverendPere , voftre
tres- humble , tres- affectionné
Serviteur , F. P. Durieu , Provincial
des Auguftins . A Bor
deaux , ce 17. Septembre 1707.
Le Pere Campmartin ferendit
, quelques jours aprés la Fête
de S. Auguftin , avec une
partie de fa Communauré , au
Palais de la Reine , pour avoir
l'honneur de lui faire fes treshumbles
remerciemens
: S. M.
lui fit celui , de lui donner une
audience en forme . Il fut con
Février 1708
.
Q
186 MERCURE
duit dans fon Apartement , par
Madame la Ducheffe de Lin
ñarez , fa Camerera - Major , &
par Mr le Comte d'Albe , fon
Majordome : Et cette Primceffe
eut la bonté de lui dire
que depuis qu'Elle eftoit en France
, Elle n'avoit pas eu une journée
, qui lui eût paru auſſi agreable
,
que celle du jour de la Fête
de S. Auguftin.
Pendant que les uns jouiffent
des honneurs de la vie , la
mort oblige les autres de les
abandonner.
Mre Daniel de Cofnac ,
Archevêque d'Aix , Preſident
GALANT 187
с
né des Etats de Provence , Abbé
de S. Riquier en Ponthieu
Diocefe d'Amiens , Commandeur
de l'Ordre du Saint Ef
prit , & cy- devant premier Aumônier
de feue S. A. R. Monficur
, mourut dans fon Diocefe
, le 22 du mois dernier , âgé
de 81. an . Il avoit efté Eveque
de Valence , & de Die , &
ces deux Evêchez furent divifez
lorfqu'il fut nommé à l'Arche
vêché d'Aix. Celui de Valence
, fut donné à Mr Bochart
de Champigny , & celui de Dic,
fut donné à Mr de Montmo ,
rin , qui avoit efté Feüillant , &
Qij
188 MERCURE
qui eft aujourd'huy
Archevê
que de Vienne. Il eut l'hon.
neur de faluer le Roy , pour
la premiere
fois , lorfque S.
M. paſſa à Bordeaux
, & ilfut
prefenté par Mr le Baron de
Cofnac fon . Pere . Il s'atacha à
feu Monfieur
le Prince de Conty
, qui eftoit alors Abbé de S.
Denis , & qui ayant époufé
Madamoiſelle
de Martinozzi
,
Niéce de Mr le Cardinal Mazarin
, fut Pere du Prince de
Conty dernier mort . Mr de
Cofnac qui avoit pris le party
de l'Eglife , eut quelque part à
la Négociation
de ce mariage,
GALANT 189
& peu aprés il fut nommé
Evêque de Valence & de Die ,
ces deux Evêchez eftant encore
unis en ce temps - là . Ce Prelat
s'attacha enfuite à feu Monfieur
, & il eut beaucoup de
part à la confidence de ce Prin-
CC; Il fut nommé Archevêque
d'Aix , dans le temps que Mr
de la Berchere , aujourd'huy
Archevêque de Narbonne ;
paffa du Siége d'Aix à celui
d'Alby. Ce nouvel Archevê+
que d'Aix ayant fait voir beau
de zele pour la gloire
coup de zele
7
*
de l'Eglife , & pour le bien
de l'Etat , Sa Majesté luy
3
190 MERCURE
donna l'Abbaye de S. Riquiet
en 1695.CePrince donna quelques
années aprés à fa priere ,
l'Evêché de Die , & l'Abbaye
d'Orbeftier , à Mr l'Abbé de
Cofnac fon neveu , qui eftoit
alors Agent general du Clergé ,
& l'Evêché de Tulles à Mr
l'Abbé de Saint Aulaire , auffi
neveu de cet Archevêque. Mr
de Tonnerre, Evêque & Comte
de Noyon , cftant morten
1700. le Roy éleva Mr l'Archevêque
d'Aix à la Dignité de
Commandeur de fes Ordres
dont le deffunt eftoit revêtu. 1
Bernard de Cofnac , Evêque
GALANT 197
de Comminges , qui eftoit de
cette ancienne Maifon du Limofin
, fut créé Cardinal , par
le Pape Gregoire XI. Mr l'Archevêque
d'Aix , qui portoit le
nom & les armes de cette Maifon
, eftoit fils de feu Mr le
Baron de Cofnac , & d'une Dame
de l'illuftre Maifon de Taleyrand
de Chalais , qui eftoit
veuve du Seigneur de Beaupoil
de Saint Aulaire , ayeul paternel
deMr l'Evêque deTulles ,
& de Mr le Marquis de Saint
Aulaire . Le neveu de feu Mr
FArchevêque d'Aix , qui eſtoit
frere- aîné de Mr. l'Evêque
192 MERCURE
de Dic , avoit épousé Mile
d'Aubeterre ; & Mlle de Cof
nac , heritiere de certe Maiſon ,
aujourd'huy Comteffe d'Eg
mond , eft née de ce mariage .
Le pere de Mr le Comte d'Egmont
eftoit frere de Me la Ducheffe
de Bifaccia.
Mr Baluze dit , dans le dernier
Tome de l'Hiftoire des
Papes d'Avignon , que Mr
l'Archevêque d'Aix defcendoit
de l'ancienne Maifon de Cof
nac en Limofin , quoy que cec
Auteur eût pretendu le contraire
, dans le premier Tome
de cette Hiftoire , ayant efte
trompé
GALANT 193
trompé par de faux Memoires
. Feu Mr l'Archevêque d'Aix
parloit en public , avec beaucoup
de grace & d'onction , &
il a porté la parole plufieurs
fois aux Etats de Provence ,
avec applaudiffement . Il harangua
le Roy en 1701. fur la
mort de feue S. A R. Monfieur
, à la tête de l'Affemblée
generale du Clergé de France ,
qui fe tenoit cette année - là .
Mr. le Cardinal de Noailles
avoit harangué S. M. le matin
du même jour , à l'occafion
de l'ouverture de l'Affemblée
du Clergé. !
Février 1708 .
R
194 MERCURE
2
La Ville d'Aix eft la Capi
tale de la Provence ; elle a été
long- temps le féjour des Com .
tes Souverains de ce nom ; on
ne peut douter de l'ancienneté
de cette Ville , puifqu'il en
eft parlé dans Ptolemée . Elle
a efté autrefois habitée par une
Colonie Romaine , elle a foutenu
divers Sieges , & elle a
affuyé plufieurs incurfions des
Barbaros que la douceur de fon
climat , attiroit en Provence ;
on voit le Tombeau de Charle
II. dernier Comte de Provence
, au milieu du Choeur de
fa Cathedrale. L'Eglife d'Aix
7
GALANT 195
A
a donné un Pape , huit Cardinaux
au Sacré College , &un
Patriarche à Jerufalem. Plufieurs
des Prelats de cette Eglife
font reconnus pour Saints.
Les Provenceaux pretendent
que Saint Maximin a fondé
leur Eglife. Plufieurs Archevêques
d'Aix , ont enrichi l'Eglife
par leurs Ouvrages , fçavoir
, Pierre Aureolus , le fa
meux Genebrard , que l'attachement
qu'il eut à la Ligue
empêcha de jouir de cette dignité
, & même d'être Sacré ,
& enfin Mr le Cardinal Grimaldi
, mort l'an 1685. en odeur
>
Ri
196 MERCURE
de Sainteté , & auquel Mr de
la Berchere fucceda : mais qui ,
fans avoir pris poffeffion de ce
Siege , pafla à celuy d'Alby.
On ouvrit le 25. de Janvier
dernier , le Tombeau deftiné
aux Archevêques , afin d'y met
tre le corps de l'Archevêque
qui vient de mourir . On y trouva
le Corps de Mr le Cardinal
Grimaldy , auffi entier & auffi
frais que lorsqu'il fut enfevely ,
il y à environ 25 ans . Le
peuple vint en foule pour voir
le corps d'un S. homme , dont
la memoire leur eft fi precieufe
, & l'on dechira plufieurs
GALANY 197
morceaux de ſes vêtemens qui
ne fe trouverent point endonmagez.
Alexandre Carrigien , Archevêque
d'Aix , y affembla
les Evêques de la Province en
1585. Il fe fit plufieurs Reglemens
dans ce Concile Provincial
, pour la difcipline , & pour
la reformation des moeurs .
Pierre Hurault , auffi Archevêque
d'Aix , y tint pareillement
un Concile Provincial en
1612. dans lequel on fit plu
fieurs Reglemens qui regatdoient
la difcipline . Les At
chevêques d'Aix font Procu
Riij
198 MERCURE
The
reurs nez de Provence certe
charge eft une des premieres
de la Province ; ils font auffi
Prefidens perpetuels des Etats.
Le Pape Alexandre V. fonda
une Univerfité à Aix en
1409. & en 1413. Louis III.
Comtede Provence , confirma.
cet établiſſement , & il accorda
de grands Privileges à ce
Corps. Le Roy Louis XII. y
établit un Parlement , dont
Louis XI. avoit feulement ar
refté les Reglemens .
Mr l'Archevêque d'Aix étoit
le plus ancien Evêque de Francc.
GALANT 199
Mre Louis Bautru Marquis
de Nogent , & cy devant connu
fous le nom de Chevalier
de Nogent , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , &
Gouverneur de Sommieres en
Languedoc , eft mort dans un
âge fort avancé. Il avoit cfté
Meſtre de Camp de Cavalerie ,
& enfuite Brigadier , & Maréchal
de Camp. Il étoit le 3 fils
de Nicolas Bautru , Comte de
Nogent & Capitaine de la Por
te , & de DameMarie Coulon,
foeur de feu M Jean Coulon
Confeiller au Parlement ; Ce
Comte aimoit fort les gens.
Riiij
200 MERCURE
C
d'efprit : on voit par les lettres
20° 47 & 81. du fameux Mr
Sorbiere , qu'il fut Patron de
ce fçavant homme . L'hiſtoire
remarque deux choſes particulieres
de ce Comte , la premiere
qu'il n'avoit
que 800. livres de
rente lorfqu'il arriva à Paris ,
& qu'il en avoit 180. mille ,
lorfqu'il mourut ; & la feconde
que le premier jour qu'il pa
rut à la Cour , il porta le Roy
fur fes épaules , pour le paffer
dans un endroit des Thuille
ries , où il y avoit de l'eau . La
Reine Mere fe plaiſoit fort à
l'entendre parler. Il avoit en
GALANT 201
avec Mr le Comte de Nogent
qui vient de mourir , deux fils
& deux filles ; Armand Bautru
Comte de Nogent Capitaine
de la Portel , Lieutenant Gene
ral d'Auvergne , Maître de la
Garde- Robbe , & Maréchal
de Camp , tué en 1672. au paf
fage du Rhin , étoit l'aîné , il
a laiffe des enfans de Diane
Charlotte de Caumont de
Lauzun , foeur de Mr le Duc de
Lauzun ; fçavoir , Mr le Comte
de Nogent , Mr le Chevalier
de Nogent , cy- devant Officier
de Galeres , generalement efti
mé & Dame N.... Bautru qui
202 MERCURE
"
époufa en 1686. Mr le Mar
quis de Biron. Mr le Comte de
Nogent fut tué d'un coup de
moufquer à la tête , & fon
corps fut inhumé dans l'Eglifo
de Zevenart , Village de Guel
dre. Nicolas Bautru Marquis
deVaubrun fut le fecond fils de
Nicolas I. il fut Lieutenant Ge
ral des Armées du Roy & Gou
verneur de Philippeville ; il
avoit été long-temps Meſtre
de Camp General des Carabins
de France , & il joignoit
2
une grande valeur une paffion
extraordinaire pour la lecture
des bons livres , felon ce que
GALANT 203
portent plufieurs lettres de feu
Mr Sorbiere , ainfi que fa relation
d'un voyage d'Angleterre
.
Ilfe trouva à la journée où feu
Mr le Vicomte du Turenne fut
tué, & il eut de grandes difputes
dans cette occafion avec Mr
leMmte
de
Lorge
, depuis
a
le
Maréchal de France , pour
commandement.De
Margueri
te Bautru fa niéce , à la mode de
Bretagne , & petite fille du fameux
Guillaume Bautru , Comre
de Serrant , & un des plus
beaux efprits du dernier fiecle.
Mr le Marquis de Vaubrun
eut Me la Ducheffe d'Eftrées.
204 MERCURE

Doüairiere ; il fut tué en 1675
à la Bataille qui fe donna au
delà du Rhin , peur de jours
aprés la mort de Mr de Turenne
. Feu Mr le Marquis de Nogent
, étoit le 3 fils de Nicolas.
Marie & Charlotte Bautru
font les deux filles : la premiere
époufa René Marquis de
Rambures , & de ce Mariage ,
fortit un fils , en la perfonne
duquel la maifon des Sires de
Rambures a fini à l'égard des
mâles ; & la 2º époufa en premiere
noces Nicolas d'Argouge
, Marquis de Rannes , Cornette
des chevaux legers de la
GALANT 205
с
>
garde , Colonel General des
Dragons de France , & enfuite
Lieutenant general des Armées
du Roy , & tué en Allemagne
en 1678. & en 2 , Jean Baptifte
Armand de Rohan , Prin
ce de Montauban , fils de Charles
de Rohan Duc de Montbazon.
Nicolas Bautru , Comte
de Nogent leur Pere commun,
étoit frere Cadet de Guillaume
, Comte de Serrant Confeiller
d'Etat Ordinaire , Introducteur
des Ambaffadeurs , &
qui fut luy-même enfuite Ambafladeur
vers l'Archiduchelfe
enFlandres , & Envoyé du
206 MERCURE
).
Roy en Espagne , en Angle
terre , & en Savoye , & l'un
des premiers Membres de l'Academie
Françoife . Mr le Comte
de Serrant a efté celebre par
Les bons mots . Le Poëte Saint
Amant , dans fa Guerre des Au
teurs , en fait un grand éloge ,
de même que Mr Menage &
Mr Coftar , dans fa 50° Lettre
de fon premier volume de Let
tres. Ce dernier Auteur dit , en
parlant de ce Comte qu'il mettoit
une partie de fa Philofophie
à n'admirer que tres-peu de chofes
; & que depuis 50. ans il a
efté lesdelices de tous les Miniftres
*
GALANT 207
de tous les Favoris , & generalement
de tous les Grands du Royaumefans
avoir jamais efté leur Flateur.
Il eftoit fort aimé du Car
dinal de Richelieu il cut de
Marthe Bigot , fille d'un Maître
des Comte de Paris , Guillaume
Bautru 2° du nom
Comte de ce nom , Chancelier
de feu Mr le Duc d'Orleans ,
qui époufa Marie Bertrand
fille de Macé Bertrand , Seigneur
de la Baffiniere , & Tréforier
de l'Epargne , dont il
cut deux filles , Marguerite mariée
à Mr le Marquis de Vaubrun
, dont j'ay parlé , & Ma-
7
208 MERC JRE
> rie Madeleine mariée à
Edouard- François Colbert ,
Comte de Maulevrier , Che
valier des Ordres du Roy , &
Lieutenant general de fes Armées.
Guillaume 3. & Nicolas
1. eftoient fils de Guillaume I.
Confeiller au Grand Confeil ,
& grand Rapporteur de France
, Charge , en ce temps - là ,
fort importante. Guillaume 1 .
eftoit frere du celebre Jean
Bautru des Matras , qui a brillé
dans le Barreau du Parlement
de Paris , & dont Mr Loifel
parle fi avantageufement dans
fon Dialogue des Avocats . Ces
2
*
GALANT 209
C 氯
Meffieurs avoient encore un
frere ; fçavoir René Bautru , ALfeffeur
au Prefidial d'Angers &
Maire de la même Ville en
1604. Mr d'Aubigné parle de
luy dans le 6 chap . pag. 352 .
de fa Confeffion Catholique
de Sancy , au fujet de Marthe
Broffier de Romorantin ,
qui
fe difoit poffedée. René fur
pere de Charles , Chanoine
d'Angers , connu fous le nom
de Prieur des Matras , & Auteur
d'un Traité fur le Sacrement
de l'Euchariftie , & d'un éclairciffement
fur le 4 article de la
76 Queſtion de la 3 Partie
Février 1708 . S
210 MERCURE
de la Somme de S. Thomas.
Mr Menard en a parlé fort
avantageuſement dans ſa Liſte
des Ecrivains d'Angers , ainfi
que Mr Coufin, dans le Journal
des Sçavans du 1 r . Aouſt 1692 .
qui remarque qu'il ne le cedoit
pas
dans le talent de dire de
bons mots à Mr le Comte de
Serrant (Guillaume Bautru) fon
couſin germain.
Jean , Guillaume 1 , & René
eftoient fils de Maurice Bautru
des Matras , premier Lieute
nant de la Prevofté d'Angers ,
en tire d'Office , qui fut tres
celebre en Anjou , vers le miGALANT
211
lieu du penultiéme ficcle ; it a
fait quelques ouvrages , qui
n'ont pas vû le jour.
Mr le Marquis de Nogent
n'a point laiffe d'enfans de Dame
N ... Colbert Turgis
veuve en premieres noces de
Mr de la Jonchere , Treforier
de l'Extraordinaire des Guerres .
Je vous ay amplement parlé du
mariage de cette veuve , avec
Mr le Marquis de Nogent ,
dans ma lettre de Septembre
1703. La maifon que ce Mar
quis avoit à Meudon , & qu'il
avoit euë de Mr le Marquis
de Louvois , avec qui il avoit
Sij
212 MERCURE
dograndes liaiſons d'amitié, retourne
par
de Louvois.
fa mort à Madame
Vous ferez furpriſe , fans
doute , de trouver dans cette
Lettre un fecond . Etat des
Vaiffeaux montez & defcendus
; mais ayant oublié d'en
mettre un dans ma derniere
Lettre , j'ay dû en mettre deux
dans celle- cy , afin que vous ne
trouviez dorénavant dans mes
Lettres, que l'Etat des Vaiſſeaux
montez & defcendus , pendant I
le mois precedent.
GALANT 243
2
BORDEAUX ET BLAYE
Vaiffeaux montez pendant le
mois de Janvier 1708 .
Barques de Sel ;
63
Vaiffeaux
François , 236
2997
ETRANGERS.
Hambourquois ,
Bremois ,
Danois ,
Efpagnols ,
Hollandois
3
43
214 MERCURE
Irlandois ,
Suedois ,
I
10
61
360
Autres Vaiffeaux & Barques
motez , pendant le même mois,
36
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François , 36
72
ETRANGERS.
Hollandois ,
Hambourquois
Irlandois
Sucdois ,
67
1.39
58
GALANT 215
Vaiffeaux defcendus pendant le
même mois.
Barques
de Sel ,
Vailleaux
François
,
ETRANGERS ,
132
141
180 **
Danois ,
Hollandois ,
Irlandois ,
$3
2
Suedois ,
58
238
Vaiſſeaux montez.
499
214 MERCURE
Vaiffeaux defcendus
238
Refte aux Ports ,
261
Barques Sel ,
SÇAVOIR :
Vaificaux
François ,
ETRANGERS.
61
130
191
Bremois ,
Danois ,
Efpagnols , 3
Hollandois ,
48 Hambourquois ,
Suedois ,
S
12
261-
70
Je
GALANT 217
Je vous envoye plufieurs
articles de mariages , & je fuis
affuré que vous relirez peutcftre
plus d'une fois celuy qui
vous paroîtra le moins confiderable
, & que vous ne le trouverez
pas feulement digne de
vôtre attention ; mais digne de
celle de toute l'Europe.
Mr le Marquis de Lannion ,
Colonel du Regiment de Xain .
tonges , a époufé Mlle de Mornay
de Montchevreil , fille unique
de feu Mr le Comte de
Montchevreil , & de Dame N.
Barin , fille de feu Mr le Comte
de Barin , Premier Maitre
Février 1708 .
T
218 MERCURE
d'Hoftel de feue S. A. R. Monfieur.
Comme j'ay fouvent parlé
dans mes Lettres de la Maifon
de Mornay, je paffe à celle de
Lannion , que la Bretagne met
au rang de fa Haute Nobleffe ,
cette Maifon eftant une branche
de l'ancienne Maifon d'Avaugour.
Juhaël d'Avaugour ,
Epoux de Catherine de Leon ,
qui eftoit defcendu de Geoffroy
Souverain de Bretagne , fut
de Guiomar de Lannion :
& par une Tranſaction paffec
l'an 1298. avec Jean II . Duc
de Bretagne , Roland de Dinan
pere
GALANT 219
I.
s'engage à dedominager Guio !
mar de Lannion , d'un retour
de partage fur la Terte de Leon.
Guiomar fut pere de Briant I ,
qui d'Adeliffe de Kergorlai eut
Briant II. Celuy cy fut un de
ces braves Bretons , qui acompagnerent
Bertrand du Guefclin
, & à la prife de Mante , il
fir Prifonnier Legier d'Orgeffin
, fils de Jean d'Orgeffin ,
Seigneur de Sainte - Meline , &
Grand Veneur de France , qui
s'eftoit jetté dans le party Anglois
Briant. Il reçût des gratifi
cationsde Charles V.il fut Gouverneur
de Montfort , & Ca
Tij
220 MERCURE
pitaine d'une Compagnie d'Ordonnance.
Mais dans la guerre
civile de Bretagne , pour la
fucceffion au Duché , il fuivit
le party de Jean de Montfort ,
contre Charles de Blois , & il
combattit à la Journée d'Avray
,qui decida de ce long different.
Il fut enfuite Deputé
par les Etats de Bretagne au
Roy Charles VI. pour luy demander
l'honneur de fes bonnes
graces , en faveur du Duc
JeanIV. & la paix ; ce qu'il obtint
l'an 1380. Deux ans aprés,
il fut envoyé Ambaffadeur en
Angleterre : & en 1383. il fiGALANT
221
Fo
gna à la Fondation de l'Eglife
de S. Michel , prés d'Avray ,
où eft maintenant une celebre
Chartreufe. Il avoit époufé
Marguerite du Cruguil , de las
quelle il eut Roland , Olivier
& Yvon. Olivier & Yvon fu
rent l'un aprés l'autre Vice-Amiraux
de Bretagne. Roland
continua la pofterité : il époufa
Guionne de Grezy , & fut pere
de Jean I. qui cut beaucoup
de part à la faveur de Jean
V. Duc de Bretagne , dont il
fut Chambellan & Maiftre
d'Hôtel il fut auffi Gouverneur
des villes de Dol , de
Tiij
222 MERCURE
Guerrande & Du Croific : il
acompagnoit le Duc à Chantoceaux
, quand ce Prince fut
enlevé par Olivier de Ponthie
vre , & il fut arrefté avec luy.
Aprés fa delivrance , il pourfuivit
jufques en Haynaur Olivier
& fes freres , qui s'y cftoient
retirez,& il prit fur eux Avefnes,
dont il traita , avec le Duc de
Baviere.
D'Anne de Langueroes fon
époufe , il eut Jean II.qui épou
fa Helene de Cliffon , & fut
pere de François I. De François
1. & de Françoife Loz n'acquit
François II. marié à Juliene Pi
GALANT 223
nart : dont les enfants furent
Claude I. & Jean Seigneur des
Aubrais , qui fit une branche,
tombée avec de grands biens
dans la Maifon de Guer - Poncalec.
Pierre I. Baron du Vicuchaftel
& Seigneur du Cruguil
fur fils de Claude I. & de Renée
de Quelen : en 1607. il
époufa Renée fille unique de
René d'Aradon , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Capitaine de
hommes d'ordonnan- So
ce , Gouverneur des villes &
châteaux de Vannes & d'A,
vray , Commandant des Bans
& Arriere-bans de l'Evêché de
Tiiij
224 MERCURE
P
Vannes , des ports , havres &
coftes de Morbihan & Quibe
ron. De ce mariage vint Clau
de II . Comte de Lannion , Baron
de Neuchaſtel , Seigneur
du Cruguil d'Aradon , de Quinipili
, & c. Baron de Maletrait
& des Etats de Bretagne , Pair
de Bretagne , Gouverneur des
villes & chafteaux de Vannes
& d'Avray &c. & Laurent Baron
de Camor. Claude II. de
fon mariage avec Therefe- Hu
reau de Canillac a cû pluſieurs
enfans. L'aîné eft Pierre do
Lannion , dont je vais vous parler
Mr. l'Abbé de Lannion , &
GALANT 225
$
Mr le Chevalier de Lannion ,
qui par fa grande valeur s'étoit
acquis une haute eftime:
dans la Marine ; il étoit Ca
pitaine de Vaiffeau , & fut tué
au combat de Malgue , fix filles
, toutes Religieufes , excepté
Madame la Marquife de
Kercado , mere de Mr le Marquis
de Kercado , Meftre de
Camp du Regiment Dauphin
& tué au Siege de Turin : ces
Dames Religieufes font d'une
pieté exemplaire, que Madame
de Saincte , l'une d'elles , & Urfuline
à Vannes , releve encore
par la beauté & par la folidiré de
226 MERCURE
fon efprit. Quant à Mr le
Comte de Lannion , il a commencé
à porter les Armes dés
fa plus grande jeuneffe ; fon
application au fervice , & fon
intrepidité dans les actions les
plus perilleufes , lui avoient fait
meriter l'eftime & la bien veillance
de Mr de Turenne. Il
s'eft trouvé à la bataille de S.
Godart où les François acquirent
tant de gloire en repouffant
les Turcs.Il a eſté Capitaine
de Cavalerie , & enfuite Sous-
Lieutenant des Gendarmes
d'Anjou ; en 1677. le Roy luy
donna la Compagnie des Gen-
>
GALANT 227
darmes de la Reine il fut fait
Brigadier en 1688. Maréchal
de Camp en 16.9.3 . & enfuite
Lieutenant General. Il a
eu le bonheur de fe trouver
dans la plus grande partie des
actions où l'on pouvoir acquerir
beaucoup de gloire ; il a
fervy dans les pays - Bas , fous
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
: it commanda l'hyver
fuivant dans Liege ; au com
mencement de la Campagne
il cut ordre d'aller en Baviere,
& l'arriere- garde du fecours
que Mr le Maréchal de Villars ,
y mena , luy fut commiſe : il
228 MERCURE
eut beaucoup de part aux deux
batailles de Hochtet ; dans la
premiere , il combattit auprés
de Monfieur l'Electeur de Baviere
qui luy donna beaucoup
de louanges ; & dans la feconde
, il fut de l'aifle droite qui
remporta l'avantage ; il avoit
époufé Marie Françoife de la
Marck fille d'honneur de la défunte
Reine , dont elle avoit
merité la faveur par fon attachement
auprés de fa Majefté,
par fa fageffe , & par les bonnes
qualitez de fon efprit & de
fon coeur.
Mr le Marquis de Lannion ,
GALANT 229
dont le Mariage donne occa
fion à cet Article , a tiré d'une
fi haute naiffance , tout ce qui
eft capable de former un honnête
homme , & un grand
homme ; Et il fera , fans doute,
fuivi dans la carriere de la gloire
, par Mr le Chevalier de
Lannion Colonel d'un Regiment
qui porte fon nom , &
par Mr le Vicomte de Malétroit
Capitaine des Grenadiers
du même Regiment , fes freres.
Mr le Marquis de Lannion
a deux fours ; l'Aînée ,
dont le merite eft fingulier , a
époufé Mr le Marquis du Caf230
MERCURE
telet , d'une Maifon diftinguée
dans le Comtat d'Avignon ,
& dont les manieres nobles
répondent à la naiſſance : il eſt
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom; la Cadette a
auffi beaucoup de merite , &
elle eft Chanoineffe de Belife
dans le païs de Liége .
4
Le Mariage qui fuit , fera ,
fans- doute , plaifir à bien du
monde ; & comme l'on ne
peut donner trop de preuves
d'un fit fi extraordinaire , &
qui n'a peut être jamais eu de
femblable , je crois vous de
voir envoyer la Lettre qui m'a
GALANT 231
4
efté écrite fur ce fujet , afin que
vous fçachiez le nom & la qualité
de celui qui m'a mandé
cette nouvelle ; les noms de
l'Epoux & de l'Epouſe , & celui
du Lieu où ce Mariage a
efté fait , & même confommé ,
felon le raport de cette mê-
- me Lettre.
A Monheur, prés de Tonneins,
ce 13. Janvier 1708 .
F'ai cru , Monfieur , qu'il n'étoit
pas indifferent de vous aprendre
, pour la fatisfaction du Public
, qu'il y a prés de la ville de
232 MERCURE
f.
Monheur , fituée fur le bord de
la Garonne , un Marchand nommé
Thimotée Blanché , âgé de cent
dix -fept ans & trois mois , qui
vient de fe marier avec Demoi
felle Vigniau de Dreme , Fille
âgée de dix-huit ans. Il fe porte
parfaitement bien ; & on croid,
que fa femme eft enceinte. Fai
crú vous faire plaifir , en vous
aprenant cette nouvelle , pour en
faire part aux Curieux. Je fuis
tres - parfaitement , Monfieur
Votre tres- humble
tres- obéiffant
Serviteur, MONIAUT,
Jurat à Monheur.
Mr le Marquis de BerinGALANT
233
ghen , Brigadier des Armées du
Roi ; Meftre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie , & fils
de Mr le Marquis de Beringhen,
premier Ecuyer de Sa Majefté ,
a époufé Mademoiſelle
de Beaumanoir-
Lavardin. La ceremonie
de ce Mariage a efté faite
par Mr le Cardinal de Noailles ,
dans la Chapelle du Palais Archiepifcopal
. Je ne vous dirai
rien ici de la Maifon de Berin
ghen , dont je vous ai ſouvent
parlé fort amplement . La
Grand- Mere de ce Marquis
eftoit de la Maifon d'Uxelles ;
& fa Mere eft fille de feu Mr.
Février 1708 .. V
234 MERCURE
le Duc d'Aumont , & de N
le Tellier zufille de feu
Chancellier le Tellier , fa premiere
femme.
Mole
Mademoiſelle de Beauma
noir, Lavardin , eft fille de feu
Mr le Marquis de Lavardin ,
Lieutenant genéral de la Haute
& Baffe -Bretagne ; Colonel des
Regimens de Navarre & Royal
de la Marine ; Chevalier des
Ordres du Roy , & ci devant
Ambaſſadeur Extraordinaire à
Rome , qui fignala fon courage
au combat de S. Godard ,
& qui s'eft diftingué en Flandre
, en Hollande , & dans la
GALANT 235
Ex
Franche-Comté , où il fuivit le
Roy. Mr le Marquis de Lavar.
din fon fils , tué il y a dix- huit
mois en Flandre , eftoit le 23
Marquis de ce nom. La Mere
de ce jeune Marquis , ainfi que
la nouvelle époufe , eftoient
d'un fecond Lit. Feu Mr le
Marquis de Lavardin le pere
avoit épousé en premieres Noces
, Françoife Paule Charlotte,
d'AlbertLuines : Il eut de ce premier
Lit , M la Marquife de
la Chaftre. Sa feconde femme
étoit N. de Noailles , foeur de
Mr. le Maréchal de Noailles ,
& de Mr le Cardinal de ce nom.
236 MERCURE
que
e
Les Seigneurs de Lavardin
étoient illuftres dés l'an 1188 .
vivoit Jean de Beaumanoir
I. de ce nom . Il avoit époufé
Alix , fille & heritiere de Foulques
d'Affé le Reboule . Il fut
un des Ayeux de Jean 3 Maréchal
de France , qui épouſa
Catherine de Carmain , Com
reffe de Negrepeliffe
, Henry ,
Comte de Lavardin fon fils ,
fut Gouverneur du Maine . Il
époufa Marguerite de la Baume
, fille de Roftaing Comte
de Suze , dont il eut feu Mr
l'Evêque du Mans mort à Paris
en 1671. & Madeleine ,
GALANT 237
femme de René de Froulé ,
Comte de Teffé. Henry II fon
fils aîné fut tué au Siege de Gra
velines ; il n'eut point d'enfans
de Catherine Cragnet de Val
fé ; grand Tante de Mr le Marquis
de S. Georges ; mais de
Marguerite Renée de Roftaing
fa 2 femme , il eut feu Mr le
Marquis de Lavardin Lieutenant
General de la haute &
baffe Bretagne , dont je vous
ay parlé au commencement de
3 cet article .
Je crois que l'Epithalame
qui fuit , tiendra bien fa place
aprés les Mariages que vous ye238
MERCURE
nez de lire. Cet ouvrage eft i
d'un Auteur fameux , & ila
été fait pour un Mariage de
confequence qui fut celebré le
mois paffe.
EPITHALA ME.
De vôtrefête , Hymen , voicy lejour..
N'oubliezpas d'en avertirl' Amour
Quand Jupiter pour complaire à
Cibelle ',
Eut pris congé du joyeux Celibat
Il époufa , malgré la Parentelle ,
Sa foeur Junon , par maxime d'Etat.
Nopces, jamais ne firent tel éclats
Jamais Hymen nefefit tant defête
Mais au milieu du celefte Apparat ,
Venus , dit - on , crioit à pleine tête
De vôtre fête , Hymen , voicy le
jour.
GALANT 239
3
N'oubliez pas d'en avertir l'Amour.
&
Venus parloit en Deeffe fenfee.
Hymen agiten Dieu tres - imprudent:
L'Enfant aifle fortie de fa penfee ,
Dont , contre luy , l'Amour eut une
dent ,
Et de la vint , que de colere ardent
Le petit Dieu toujours luy fit la
guerre ,
L'angariant , le voxant , L'exce
dant
En cent façons, & chaffant fur fa
terre.
De vôtre fête , Hymen , vocy le
jour.
N'oubliez pas d'en avertir l'Amour.
2
Malheur , dit- on , eft bon à quelque
chofe
240 MERCURE
Le Blond Hymen maudiffant fon
deftin.
Mème, l'Amour , qui jamais ne
repoſe ,
Luy deroba fa torche un beau matin ,
Le pauvre Dieupleura , fit le lutin .
Amour eft tendre , & n'a point de
rancune :
Tiens, luydit - il, nefoit plusfi mutin s
fortune.
Devôtre fête , Hymen , voicy le
jour.
N'oubliez pas d'en avertir l'A =
mour.
S
Hymen d'abord fe met en fentinelle.
Ajufte l'Arc , & bien- toft apperçoit
Venir à luy jeune & gente Pucelle
Et Bachelierpropre àgalant exploit
Hymen tira , maisfi jufte &fi droit,
Que Cupidon même ne s'en pût taire.
Ob?
GALANT 241
Ob ! oh ! dit - il , le Compere eft
adroit : A
C'est bien vife ; je n'euſſe pû mieux
faire.
Amour , Hymen
bien remis ,
, vous voila
Mais , s'il fe peut , foyez longtemps
amis ,
Or voila doncpar les mains d'Hymenée
D'un trait d'Amour , deux jeunes
coeurs bleẞez
3
Jay veu le Dieu , de fleurs la tefte
ornée
Les Brodequins de Perles rehauffez,
Le front modefte , & les regards
baiffez,
En robe blanche , il marchoit à la
fefte
Et conduifant ces amants empreſſez ,
Février 1708 . X
242 MERCURE
Il étendoit fon voile fur leurs teftes
Amour , Hymen , vous voila
bien remis , ag at the field
Mais s'il fe peut , foyez longtemps
amis ,
2
Que faifoient lors les Enfans de
Cithere !
Ils foulageoient Hymen en fès exbe
ploits
L'un de flambeaux , éclairoit le
Miftere
L'autre du Dieu , dictoit les chaftes
laix,
Ceux - cy faifoient raifonner le
hautbois ,
Ceux-là danfaient Pavane figurée
Et tous en Chaar , chantoient à
haute voix , noid
Hymen , Amour , Amour , oh ,
Hymenée ,
GALANT 243
Amour , Hymens vous voila
bien remis , namvb , wok
Mais s'il fe peut , foyez longtemps
amis . à sa z
2
Enfin finale , après maintes Orgies
Au benoift lit , le couple fut conduit,
Le bon Hymen , éteignant les bouegies,
d
Leur dit
Enfans , bon foir &
bonne nuit
Lors Cupidon s'emparà du reduit,
Et les » Amours derite & de s'ebatre
Se rigolans , menant joyeux deduit
Etjufqu'au jour faifant , le diable
à quatre.
Amour , Hymen , vous voilà
bien remis :
Mais s'il le peut , foyez longtemps
Amis.
X ij
244 MERCURE
S
Par tel moyen entre les Dieux Illuf
tres
L'accord fut fait , & le traittéconcla
,
Jeunes Epoux , faites que de vinge
luftres
Traitéfi doux , point ne foit diffolu ,
Et pailliez vous devant l'an 1evola,
Tant operer , que d'une aimable
Mere ,
Naiffe un beau jour , quelque pe
tit Joufflu
Digne des voeux , de l'ayeul & du
Pere.
Si l'Auteur des vers fuivans
n'eft pas marié , il paroift par
fon ouvrage qu'il eft du moins
fort amoureux. Ces vers ont
GALANT 245
un tour fort agréable , & ils
ont efté fort eltimez dans le
monde . Ils font , de Mr de
Souvenel.
REPONSE A PHYLIS
Si je vais chez vous rarement
Philis , pourquoy s'enprendre à mon
indiferences
Ma raifon me deffend d'en agir
autrement
Et c'est bien malgré moy que j'uſe de
prudence ;
Mais enfin quand le Ciel voulut
former mon coeur ,
Il le forma pour mon malheur
Si promt à s'enflamer , fifenfible
& fi tendre
Que dés qu'il voit deuxyeux &doux
246 MERCURE
&languiffants MMDAS OF DES
Ilcherche en vain à s'en deffendre
Auffi- toft mille traits perçants
Malgré tous fes efforts l'obligent à
Se rendre.
Que faire belas dans cette extre➡
mité ?
Defon propre malheur , onfe trouve
enchanté
,
On veut toujours revoir l'objet que
Pon adore 2
Tout choque , tout déplaift quandon
eft loin de luy ,
Et plus on le revoit, plus onſeplonge
encore
Dans le chagrin & dans l'ennuy.
Jefeay ce qu'il en eft , je tache détre
fage
E
je me trouve d'autant mieux
GALANT 247
Que je m'expofe moins a kichat de
vos yeux ;
Ceffez donc d'en tirer quelque mauvais
prefage
La beauté , les amours , les graces,
& les ris
N'enfont pas moins vôtrepartage,
Vous n'en eftespas moins la charmante
Phylis.
Peut- eftre même belas ! que malgré
mon courage
Rempli du mème feu que je veux
éviter ,
Ab Je mesens déja transporter
......
! ne me preffez pas d'en dire davantage.
Les chanfons à boire étant
pendant le Carnaval , plus en
regne que les autres , je vous en
Xiiij
envoye une.
248 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Chantons le pouvoir de Bachus
Goutons lejusquefa treille nous donne :
Sans ce douxjus
Croire qu'une fête foit bonne ;
C'est un abus ,
Chantons le pouvoir de Bachus.
Le Roy a donné à Mr le
Maréchal de Teffé , un Brevet
de Retenuë de 200000 livres ,
fur fa Charge de Premier
Ecuyer de Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Vous
fçavez qu'il a eu l'honneur de
faire le Mariage de cette Princeffe,
avec Monfeigneur le Due
de Bourgogne , & qu'il a cus

་ ་་་
་་
2TETTY
PODHOTO.
тр
GALANT 249
auffi celuy de fiancer cette Princeffe
au nom de ce Prince . Je
n'entre point dans le detail de
toutes les actions qui luy ont
fait meriter les grands titres
d'honneur , dont il a efté honoré
par les deux Rois , & il
faudroit un volume auffi gros
que ma Lettre , fi je parlois
de toutes les ocafions , dans
lefquelles il s'eft trouvé , & ou
il s'eft diftingué.
Le Roy a donné le Gouver
nement de Sommieres en Languedoc
, vacant par la mort
de Mr le Marquis de Nogent ,
à Mr le Marquis de Montpezat
250 MERCURE
Capitaine aux Gardes , & Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majefté. Le nom de fa
famille , qui eft originaire de
Montpellier , eft Tremoler.
Mr Abbé de Montpezat
fon frere qui demeure dans le
Seminaire de S. Sulpice , eft un
homme d'un grand merite &
d'une grande vertu. La foeur de
ces Meffieurs a épouſé Mr de
Montclus , Lieutenant general
au Bailliage de Nifmes . La Terre
de Montpezat , dont le nouveau
Gouverneur de Sommicres
porte le nom , eft fituée vers
Montpellier. Il y a d'autres TerGALANT
251
res de Montpezat , dont l'unc
qui eft en Quercy , a appartenu
au fameux Antoine Defprez ,
qui de fimple homme d'armes
de la Compagnie du Maréchal
de Foix - Lefcan devint dans la
fuite Maréchal de France , &
Gouverneur de la Province de
Languedoc. La Maiſon de
Montpezat Loignac en Agenois
, n'eft pas moins qualifiée
que celle de Montpezat Def
prez. Mr l'Abbé de Brantofme
a fait là- deffus une remarque
affez curieufe : il dit dans fes
Memoires , que le Grand Roy
François I. avoit acoutumé de dire
252 MERCURE
I
JAD
qu'il y avoit deux Maifons de
Montpezat dans fon Royaume;
qui eftoient fort bonnes & nobles ;
mais que lorsqu'on vouloit parler
de la Maifon de Montpezat-
Loignac, il fuffifoit de la nommer
fimplement de Montpezat ; mais
qu'il falloit , quand on parloit de
Fautre, ajouter le nom de Def
prez , on l'appeller la Maiſon de
Montpezat de Quercy . Il y
avoit auffi dans le Pays de Comminges
une Maifon , appellée ,
Montpezat Carbon , fort connue
pour avoir produit les Archevêques
de Sens & de Toulouze
, qui portoient tous deux
ce nom .
GALANT 253
Je ne vous dis rien de Mr
le Marquis de Montpezat , à
qui le Roy vient de donner le
Gouvernement de Sommiers.
Cet article deviendroit trop
long , fi je m'étendois fur tout
ce que je pourois vous en dire ;
mais il eft aifé de juger que
puifqu'il a obtenu un Gouver
nement , qui eftoit demandé
par plus de trente perfonnes
il doit l'avoir merité par beaude
raifons
, qui peuvent
eftre autant de fujets d'éloges.
Mr d'Aftron a efté fait
Commiffaire Provincial , & on
luy a donné la qualité de Syn
coup
*
254 MERCURE
dic general de tous les Commiffaires
des guerres du Royau
me, fes Confreres , avec douze
mille livres
d'apointemens , &
une gratification confiderable.
Aufli a t'il fait connoftre en
plufieurs ocasions , que
peut eftre plus capable que luy ,
de remplir toutes les fonctions
du grand Employ qui luy vient
d'eftre confié.
l'on ne
Vous fçavez la mort de Mr
Poiffon , premier Medecin de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, & de Monſeigneur le
Duc de Berry. Mr Dodart premier
Medecin de
Monfeigneur
GALANT 255
le Duc de Bretagne , a efté
nommé à la place du deffunt ,
pour avoir foin de la fanté de
ces Princes , & la place de
premier Medecin de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , a
cfté remplie par Mr Poirier ,
Doyen en Charge de la Faculté
de Paris. La place de Medecin
du grand Commun , ayant
auffi vacqué par la nomination
de Mr Dodart , à celle de premier
Medecin de Meffeigneurs
les Princes ; cette place a efté
donnée à Mr du Thay , Medecin
de Verſailles .
f
Le Roy a nommé à l'Arche.
256 MERCURE
vêché d'AixM Charles Gaf
pard Guillaume de Vintimille
des Comtes de Marſeille , & du
Luc , Docteur de Sorbonne
& Evêque de Marſeille , 14
des enfans de feu Mre François
II , des Comtes de Vintimille ,
& de Marſeille , Comte du Luc
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & de Anne de
Forbin , Dame de la Marthe.
Il n'eut de Rofanne de Paris ,
Dame de Reveſt ſa premiere
femme que des enfans qui
font morts en bas âge & Marie
de Vintimille Religieufe
d'Hiere. Le nouvel ArchevêGALANT
257
que d'Aix eft neveu à la mode
de Bretagne de Mr le Cardinal
de Janfon du côté de ſa mere
& à l'âge de 24. ans
il cut
l'Evêche de Marfeille , lorfque
le Roy nomma ce Cardinal
Evêque & Comte de Beauvais .
Le frere aîné de Mr l'Archevêque
d'Aix eft François Charles
des Comtes de Vintimille &
de Marſeille , Comte du Luc
& de la Marthe , Lieutenant de
Roy en Provence , au dépar
tement de Marfeille , & Commandeur
de l'Ordre militaire
de S. Louis. Aprés avoir fait
en qualité de volontaire plu-
Fevrier 1708.

258 MERCURE
fieurs campagnes à Meffine &
ailleurs tant fur terre que fur
mer , il entra dans la premiere
compagnie des Moufquetaicommandée
par Mr le
res ,
,
Bailli de Forbin fon oncle , &
reçût à la bataille de Caffel un
coup de moufquet dans le bras
droit qu'il fallut luy couper.
Cet accident luy fit prendre le
party de fervir fur mer & le
Royle fitCapitaine d'une de fes
Galeres : il époufa avec difpenfe
en 1674.Loüife Marie Charlotte
de Forbin fa coufine germaine
morte en 1700. & fille de
François de Forbin , Marquis
GALANT 259
de la Marthe & de Marguerite
Simiane de Gordes , dont
il a Gafpard , Magdelon Hubert
de Vintimille qui fert dans
les Moufquetaires. François II .
pere de Mrl'Archevêque d'Aix
étoit fils aîné de Magdelon des
comtes de Vintimille , & de
Marguerite de Vins , fille de
Hubert Marquis de Vins , de
l'illuftre Maifon de Vins dont
cft Mr le Marquis de Vins , Ca
pitaine Lieutenant des Moufquetaires
qui commandoit en
Bugey , pendant la derniere
guerre de Savoye , où il acquit
beaucoup de gloire , & qui a
Y ij
260 MERCURE
époufé la foeur de Madame la
Marquise de Pomponne
Doüairiere. Mr le Comte du
Luc cut de fon mariage , outre
François II. Jean de Vintimille !
Prevoft de Riez , Doyen de Tarafcon
, & grand Archidiacre
d'Avignon , puis Evêque de
Digne , & enfuite de Toulon ,
& le celebre Gafpard de Vintimille,
Chevalier de Malthe qui
fut tué à la bataille de Lens
quoique bleffé de fept coups de b .
Moufquet , il combattit juf
qu'à ce qu'il eut perdu tout fon
fang. Magdelon des Comtes
de Vintimille , eftait fils aîné
GALANT 260
de François I. celebre dans
l'Hiftoire , fous le nom de Baron
de Tourves & de Françoife
d'Albert , de la même tige que
la Maifon de Chevreufe , fille
d'Antoine d'Albert , Seigneur
de Reguffe , & veuve de Thi
motec du Mas de Caftelane ,
Seigneur du Luc, qui luy aporta
la Terre du Luc , qu'elle avoit
euë aprés la mort de fon premier
mary , en compenfation
de fa dot , & qui depuis fut
érigée en Marquifat . C'eſt une
des plus belles Terres de la
Province . Le Baron de Tourves
cut beaucoup de part aux
262 MERCURE
guerres de fon temps , & il rem
dit de grands fervices à nos
Rois , pendant les troubles qui
déchiroient
la Provence
, par
les factions des Raififtes & des
Carciſtes , & qui ne finirent
qu'aprés l'avenement d'Henry
IV. à la Couronne. Le Baron
de Tourves forma la branche
des Comtes de Vintimille ,
Marquis du Luc , & il eftoit le
neuvième fils de Gafpard I. &
d'Anne d'Arcaffia. La Maiſon
de Vintimille
, qui une des
plus illuftres de l'Europe, eft
fortie des Marquis d'Ivrée Rois
d'Italie , & elle prit fon nom
2
GALANT 263
de Vintimille de la Ville de ce
nom , à la fin du 10 ° ficcle ;
c'est ce qu'on a de plus affuré
fur fon origine , puifqu'on ne
doit pas croire les fables qu'on
a debitées touchant Guite, mere
de Saint Antoine , & touchant
Lafcare , pretendu fils naturel
de Clovis I. Roy de France .
8
Il eft cependant certain que
cette grande Maiſon a formé
divers branches , dont celle du
furnom de Lafcaris , Comtes de
Tende & de Vintimille , eftoit
l'aînée , & elle finit dans le 15
fiecle , en la perfonne d'Anne
de Lafcaris , fille unique de
264 MERCURE
Jean -Antoine Lafcaris ; Comte
de Vintimille , & d'Ifabeau
d'Anglure , qui n'ayant point
eu d'enfans de Louis Comte
de Neboufon , porta le Comté
de Tende à René , legitimé de
Savoye , Comte de Villars &
de Sommerive , Grand Maître
de la Maifon du Roy , & Gouverneur
de Provence.
Reynes 2. desComtes de Vin
timille , eftoit Chef d'une autre
branche de cette Maifon ,
& elle finit en fa perfonne l'an
1369.qu'il mourut , fans avoir
efté marié. Philippes fa foeur
fur fon heritiere , & laiffa fes
biens.
GALANT 265
biens à Reforciat de Caftelane
de Foz II . fon couſin germain
du côté maternel .
Bertrand I. forma dans le
14 Siecle , la branche d'Oliolés
qui fubfifte
aujourd'huy en
la perfonne de Pierre François
Hyacinte de Vintimille des
Comtes de Marſeille , Baron
d'Olioles ; fa mere étoit de la
maifon d'Agoult , & Magdelon
de Vintimille Chevalier de
Malthe , fon frere fut noyé
en 1700. avec Mr le Chevalier
de Villeroyfur les Galeres de
Malthe. Il y a de beaux Monumens
d'antiquité dans l'EFévrier
1708 . Z
266 MERCURE
glife d'Aixon
y voit un titre
qui porte qu'en l'an 1103. Pier
re Archevêque
d'Aix confacra
un Autel dans l'Eglife
de S.
Sauveur
,fous l'invocation
de S.
Maximin
& de Sainte Made
leine , qu'on pretend
avoir efté
les Fondateurs
de cette Eglife ;
mais les critiques
trouvent
étrange
que l'Evêque
de Cavaillon
, & même l'Archevêd'Arles
foient appelque
y
lez Evêques Comprovinciaux
de l'Archevêché d'Aix , ce qui
leur fait croire que cette piece
pourroit bien eſtre fauffe ; le
P. Alexandre pretend au conGALANT
267
traire qu'on appelle dans ce
titré ces Evêques , Comprovin
ciaux , parce qu'ils étoient tous
de la même Province Civile
c'eft à dire de la Provence ,
quoyqu'ils ne fuffent pas de la
même Province Ecclefiaftique;
d'ailleurs l'Eglife de S. Sauveur
y cft toûjours marquée fous le
fimple titre de S. Sauveur , au
lieu que dans un autre titre qui
eft de la même année , la Sainte
Vierge , y eft toûjours jointe
en fix differens endroits , & el
le eft même toûjours mife la
premiere : mais il paroît étrange
que S. Sauveur y foit nom-
) .
Zij
268 MERCURE
méfeul , ce qui donne lieu de
douter fi de S. Sauveur n'eft
point quelque Saint particulier
du pays ; on lit dans le même ti
tre que la Sainte Baume qu'on
pretendoit dés l'an 12 5 4 avoir
été le lieu de la retraite de Sainte
Madeleine , eft nommé dans
les lettres des Papes en 11 36. &
en 1228. la celle , où le Prieuré
de Sainte Marie , c'est-à- dire de
la Sainte Vierge. Les Grecs ont
dit plufieurs autres chofes touchant
la Madeleine qui paroiffent
peu vray femblables.
On n'eft pas encore d'acord
fur la question qui a efté fouGALANY
269
vent agitée , & qui confifte à
fçavoir , fi Sainte Marie Madeleine
eft la même que Maric
foeur de Lazare , & la femme
pechereffe de l'Evangile ,
où fi fe font trois perfonnes
differentes . De la decifion de
cette queſtion depend la preu
ve , où la refutation de la tradition
des Provençaux
, puifque
Sainte Madeleine , Marie
foeur de Lazare & la femme pechereffe
dont parle S. Luc ( c
7. v. 37. ) ne font qu'une mê.
me perfonne ? cependant il eſt
certain qu'elle n'eft jamais ve→
nuë en Provence , & felon le ra-
Z iij
270 MERCURE
port de S. Modefte , Patriarche
de Jerufalem , & de Gregoire
de Tours , elle mourut à
Ephefe , où elle demeura toujours
avec S. Jean depuis la
mort de la Vierge , & fon corps
fur enfuite porté à Conftantinople
; fi au contraire , il veut
que ce foient trois perfonnes
differentes , la tradition de Provence
fera encore combatue
par celle de Vezelay en Bourgogne
, puifqu'il eft conſtant
que Baidilon Abbé de Leuze
en Haynault aporta fur la fin
du 10 Siecle , le corps de Sainte
Marie Madeleine qu'on doit
GALANT 271
prendre pour la foeur de Lazare
, enl'Abbaye de Vezelay , &
on y alloit même de toutes
parts dans les 12. & 13. fiecles
pour y honorer cette relique
cette verité , eft juftifiée par la
vifite de deux Evêques en 1265.
& par l'atteftation de Charles
le Simple. En 1267. S. Louis
affifta à la tranflation de ces reliques
qu'on mit dans une
Chaffe d'argent ; il étoit accompagné
du Cardinal Simon
Legat en France , & qui fut
enfuite Pape fous le nom de
Martin IV. ce Legat en fit dref-
*fer un Acte qui fubfiſte encore
Zij
272 MERCURE
dans l'Eglife de Sens , & ou
voit dans des anciens monu
mens que vers l'an 1050. l'E
glife de Vezelay étoit dediée à
Sainte Marie Madeleine , & depuis
l'an1100. plufieurs Papes ,
& quantité d'Hiſtoriens, témoignent
qu'on y alloit honorer
fes reliques.Les Jacobins de l'Eglife
de S. Maximin en Provence
, difent que ces reliques.
furent aportées d'Aix en Pro
vence , à Vezelay & leur tradition
eft confirmée par une
Chronique qui va jufqu'en
1190. mais ceux qui difent que
Baidilon Abbé de Leuze leser
GALANT 273
<
a
>
aporta de Ferufalem à Vezelay,
font plus anciens ; il eſt vray
que dans le 13 Siccle , il fe re
pandit un bruit que le corps
de Ste Madeleine étoit en Provence
à une lieuë d'Aix , & S.
Louis y alla en 1254. à fon re
tour de la terre Sainte : on dit
auffi qu'en 1279. Charles II
Roy de Sicile , trouva cette relique
à S. Maximin , & qu'illa.
fit mettre dans une Chaffe d'argent
; cette opinion eft fondée
fur l'autorité de Ptolemée
de Lugue & de Bernard Guy,
mais elle ne peut affoiblir les
témoignages de S. Louis , &
274 MERCURE
de Martin IV. Les Jacobins
de S. Maximin ont foutenu la
tradition de Provence & y
ont donné cours . Cependant
divers Auteurs même de l'Ordre
de S. Dominique , ont
fuivi la tradition de Vezelay.
L'Evêché de Marſeille ayant
vacqué par la nomination de
Mr l'Evêque de Marseille à
l'Archevêché d'Aix , le Roy y
a nommé Mr l'Abbé de Poudenx
Agent General du Clergé
, & neveu de Mr l'Evêque
de Tarbes. Je vous ay parlé
amplement de la maiſon de ce
nouveau Prelat lorfque je
GALANT 275
vous apris dans une de mes
dernieres lettres , que le Roy luy
avoit donné une Abbaye je
vous diray donc ſeulement aujourd'huy
que cette maiſon eft
de Bigorre , & l'une des plus confiderables
de cette Province.
Ce Prelat a trois freres aînez ,
dont le fecond cft Major General
de la Marine , & Major
du Port de Toulon , & le fecond
cft M Clement de Poudenx
, Superieur du Seminaire
de S. Sulpice d'Orleans , & qui
Pétoit auparavant du Séminai
rede S. Sulpice , d'Angers. Il
seft dans une haute eftime ; il
276 MERCURE
a déja fait voir deux fois le peu
d'empreffement qu'il a d'être
élevé aux dignitez Ecclefiaftiques
, & il eft un des plus
grands ornemens de laCongregation
de S. Sulpice . Mr l'Evêque
de Marfeille cft tres habileJurifconfulte
, il avoit efte
nommé Agent du Clergé par
la Province d'Auch . L'Evêché
de Marſeille en fuffragant de
l'Archevêché d'Arles , & il l'étoit
autrefois de Vienne . Nô.
tre-Dame de la Majour , eft la
Cathedrale. S. Lazare , fuivant
la tradition des Provençaux
a efté le premier Evêque de
GALANT 277
Marfeille ; cette ville eft celebre
par les Predications de Ste
Madeleine , de S. Lazare & de
plufieurs autres Saints tutelaires
de Provence , fi cependant
on peut compter fur la tradition
de cette Province , ainfi
que je l'ay déja dit dans l'Article
precedent. Ste Madeleine
& fon frere S. Lazare : ( il faut
remarquer que le nom de Madelaine
eft commun aux trois
femmes , fuppofé qu'il les faille
diftinguer ) ne peuvent avoir
prêché à Marseille , fi dis- je ,
Ste Madelaine , du corps de
laquelle J. C. chaffa ſept de-
*
2786.
MERCURE
mons ,mourut à Ephefe d'out
fon corps fut tranfporté à
Conftantinople , où il eft resté ,
& fi le corps de l'autre Maric,
fans doute foeur de Lazare , futs
aporté de Jerufalem à Vezelay
par Baidi on Abbé de Leuze ,
ainfi que le témoignent les de
clarations de S. Louis , & du
Pape Martin IV. cette Sainte
n'a jamais pû prêcher | Evangi
le à Marseille , puifque de fon
vivant , elle n'a point quitté
l'Orient ; Flodoard mêmetres
exact Hiſtorien , écrit que de
fon tems le corps de cette
Sainte , étoit encore dans las
GALANT 279
Paleſtine ; fur la fin du 13 Siecle
Nicolas III. declara que fest
reliques étoient à Vezelay : fi
donc , elle n'en ont point étés
tranfportées avant le 13 Sie
cle , il eft vray de dire qu'elles
n'en font jamais forties depuis
que l'Abbé Baidilon les y apporta.
D'ailleurs l'infcription
Tur laquelle les Provençaux fet
fondent , eft bien défectueufe,
puifqu'elle joint l'an 700. de J.
C. avec le temps d'Eudes Roy
des François qui n'a commencé
qu'en 888.ainficette prétendue
infcription qu'on dit avoir été
trouvée fur le corps de Ste Ma
280 MERCURE
deleine ne doit pas avoir beau
coupd'autorité. Entre les grands
hommes que cette ville a pro
duits , on peut compter,Caffien,
Salvien , Honorée , Gennade ,
Mufée , S. Cyprien de Toulon ,
& ce qu'on appelloit les Prêtres
de Marfeille , & parmy les modernes
Mrs du Bauffet, de Vias,
Mafcaron , mort Evêque d'Agen
, Marcheri qui a écrit la
vie de Mr de Chaftueil , folitaire
du Mont- Liban, Ruffi qui
a écrit celle de Marſeille , Peyfonnel
grand Philoſophe , &
Malaval. Mr le Cardinal de
Janfon fut transferé de ce Sic-

*
GALANT 281
ge , à celuy de Beauvais . Le
celebre Honoré étoit Evêque
с
de Marſeille en 962. au comcement
du 13 Siecle.Les habitans
de Marſeille acquirent la
Souveraineté de leur ville qu'ils
perdirent vers le milieu de ce
même Siecle , lorfque Charles
d'Anjou Roi de Naples , & frere
de S. Louis les foumit. Mr l'Ab .
bé de Poudenx eft Abbé de
Bonne-fons :il eut cette Abbaye
aprés la mort de Mr. l'Abbé
de Candau . Mr le Marquis de
Poudenx & auparavantVicom,
te de Poudenx leur frere aîné ,
a efté Colonel d'un Regiment
Février 1708. A 2
282 MERCURE
de Milice il eut enfuite le Regiment
de Gâtinois , avec le
titre de Brigadier des Armées
du Roy. Il a épousé une foeur
de Mr de Gaffion , Prefident à
Mortier au Parlement de Pau
& de Mr le Comte de Gaffion ,
Lieutenant general des Armées
du Roy : il a une fille unique
qui a époufé Mr de Serres ,
qui eft auffi de la Maifon de
Poudenx, Mr le Vicomte de
Poudenx , Pere du nouvel Evêque
, étoit Lieutenant des Gendarmes
de Mr le Duc d'Epernon
, Gouverneur de Guienne ;
il eut tous ces Mrs de l'he
86
1
GALANT 283
Mre
ritiere de Caftillion : il eftoit
frere de Mr l'Evêque de Tarbes
, Prieur de Boutteville en
Saintonge & de Pons ; & de
ement de Poudenx .
Archidiacre de Tarbes , & auparavant
Chanoine de Lefcar ,
& Prieur de Heas . La Maifon
de Poudenx eft originaire de
Bearn , & elle a toujours efté
fort attachée à celle d'Albret.
Le Roy a donné la Coadjutorerie
de l'Abbaye du Ronceray
d'Angers , à Madame
de Belfunce , Religieufe du
même Ordre . Cetre Dame eft
fille de Mr le Marquis de Bel-
A a ij
284 MERCURE
(
funce , Senechal d'Agenois , &
d'une foeur de Mr.le Duc de
Lauzun , de Me la Comteffe
de Nogent , & de Me l'Abbeffe
du Ronceray , & cy de
vant de Saintes . Cette Dame
eft foeur de Mr le Marquis de
Caftel Moron, Capitaine Licus
tenant des Gendarmes deMonfeigneurle
Duc de Bourgogne ,
& de Mr l'Abbé de Belfunce
& de Mr le Chevalier de Belfunce
, Colonel d'un Regiment
d'Infanterie . La Maifon de Belfunce
eft originaire de Biſcaye
où la branche aînée fubfifte
encore en la perfonne de Mr le
GALANT 285
Vicomte de Bellunce , qui al
époufé Mile de Cafaulx , focur
de Mr de Cafaulx , Prefident à
Mortier auParlement de Pau , &
cy- devant Procureur general au
même Parlement , & coufine de
Mr de Cafaulx , neveu de Mr
du Mont , Ecuyer du Roy ,
prés de Monfeigneur le Dauphin
, & Gouverneur de Meu
don. La nouvelle Coadjutrice
avoit deux tantes , foeurs de
fon pere : l'une mariée à Mrlet
Maréchal de la Force ; & l'autre
à Mr. le Comte de Tonneins ,
frere de ce Maréchal , & tou
tes deux mortes fans enfans.
286 MERCURE
La Maiſon de Belſünce a toujours
été fort attachée à celle de
Caumont , & elle luy eft unie
par de doubles liens, ainfi que je
viens de marquerelle eft connuë
dans le Bearn , dés le tems
des Rois de la Maifon d'AL
bret. La nouvelle Coadjutrice
cft coufine germaine de Mr le
Comte de Nogent & de Mr le
Chevalier de Nogent , diftingué
par fon merite & par fes
fervices.
J'aurois dû vous mander il
y a plus d'un mois la mort de
Dame N. de Grolée- Viriville ,
Epoufe de Mr le Marquis de
#GALANT 287
Langallerie : elle eftoit veuve
de Mr le Marquis de Simianes
de Gordes , lorfqu'elle époufa
Mr le Marquis de Langallerie.
Elle avoit eu de ce premier
mariageMr leMarquis deSimianes
,Colonel d'Infanteric ,& Brigadier
des Armées du Roy ; &
Mr.l'Abbé de Simianes , auffi
diftingué par fon merite , que
par fa vertu. La Maifon de Viriville
eft une Branche de l'Illuftre
Maiſon de Grolée ; Jean
Chevalier , Seigneur de Breffieux
, forma cette Branche fur
la fin du 14 fiécle. André de
Grolée , Seigneur de Paſſin , &
C
288 MERCURE
de Cofances , fon fils , époufa
Beatrix de Geneve , fille de Jean
de Geneve , Baron de Lullins
& de la Baftie , & de Georgette
de Viry : Humbert de
Grolée , Seigneur de Viriville ;
de Quirieu , & de Chasteauvillain
en Dauphine , fon fils ,
fut Gouverneur & Senéchal de
Dauphiné ; Maréchal de Dauphiné
, & Bailly de Macon.
L'Hiftoire de Charles VII.
rend de grands témoignages
de la valeur de ce Seigneur.
En 1422. comme Partifan du
Dauphin , il défit à Senerecte,
prés le Puy en Velay , le Seigneur
GALANT 289
**
gneur de Rochebaron d'Auvergne
, qui commandoit une
Armée d'Anglois , de Savoyards
, de Flamans , & de Bourguignons
, qui tenoient le parti
du Duc de Bourgogne . Dans
la fuite , il défit Jean de Tholongeon
, Maréchal de Bourgogne
, au Château de la Boiffiere
en Mafconois . Le Roy
Charles VII. lui donna , pour
recompenfe de ce fervice , les
Seigneuries de Chasteauvillain
,
& de Quirieu , en 1423. Ileur,
peu de tems aprés , grande part
la défaite du Prince d'Orange,
à la journée d'Onchon , en
Février 1708 . Bb
290 MERCURE
1429. Philibert de Grolée
Seigneur d'Illins , & de Chappeaucornu
, fut Confeiller &
Chambellan du Roy Louis XI.
& Gouverneur de Lyon . Il fe
trouva , avec Charles de Grolée
, Baron de Viriville , fon frere
aîné , à la Jouſte , que René ,
Roy de Sicile , fit faire prés de
Saumur , en 1446. & en 1471 .
il prit Prifonnier de guerre
Guillaume de Châlons , Prince
d'Orange , prés du Port de
Loyettes , fur le Rhofne. Ce
Prince demeura huit mois au
Château d'Illins en Dauphiné,
aprés quoy il fut envoyé par
GALANT 2913
ordre du Roy en la groffe
tour de Bourges , & mis enfuite ?
à 40000 écus de rançon , dont
* S. M. donna 10000 au Scigneur
d'Illins. Le Roy Louis 3
XI. l'envoya enfuite Ambafla
deur à Milan , auprés de Ludovic
Sforce , pour le rétabliffement
de la Ducheffe de
Milan. La Tutelle du jeune
Duc de Savoye luy fut donnée
peu de temps aprés , & il épouſa
Marguerite de Clermont , fille
d'Aymon , Vicomte de Cler
mont , & il en eut entr'autres
enfans , Jeanne de Grolée , fem
me de Jean de Hoftung , Sei-
Bb ij
292 MERCURI
gneur de la Baume , dont defcend
Mr le Maréchal de Tallard.
Le pere Genan , dans fa
Deſcription manufcrite de Bu
gey , dit que cette famille def
cend de celle des Grecs Romains.
Le plus ancien de cette
famille , dont on ait connoif-
A
fance eft Jacques , Seigneur de
Grolée , Senechal de Lyon , qui
vivoit en 1180. & qui fit bâtir à
Lyon, le Convent de l'Eglife de
S. Bonaventure. M" deViriville
, font Gouverneurs de Montelimart.
Il y a encore une branche
de Grolée en Dauphiné, qui
porte le nom de Mefpien , dont
GALANT 293
C
eftMlle deMeſpicu , qui y donne
de grands exemples de vertu,
Amé de Grolée Chevalier
Seigneur de Mefpicu , fils puîné
d'Aymar de Grolée , forma
cette branche , fur la fin du 1
fiecle : il époufa Françoile de
Chandieu , fille de Claude Baron
de Chandieu . Le célebre
Benoît de Groléc , Gouverneur
du Château de Quiricu en Dauphiné
, fut fon petit- fils : il
époufa Sebaftienne de Grolée
fa parente , & fille d'Etienne ,
Baron de Grolée & de Françoife
de Grolée de Meüillon ,
d'où viennent un fils & une fil-
Bb iij
294 MERCURE
le , qui ont continué cette ik
luftre pofterité
.
Le divertiffement du Carnaval
ayant commencé à la
Cour , dés le mois paffé , &
vous en ayant parlé dans ma
derniere Lettre , il ne me refte:
à vous entretenir que de ce
dence
qui s'eft paffé à cet égard , depuis
le commencement de ce
mois , juſqu'au 21. que le Car
naval a finy. Les Etrangers qui :
font icy ( la guerre ne pouvant
empêcher qu'il ne s'y en trouve
toujours quelques uns) ont efté
furpris de voir que les chofes fe
font paffées,d'une maniere rou-
>
GALANT 295
fe contraire à ce que l'on public
dans leur Païs , de la fituation
où fe trouve la France , & ils
ont bien connu que l'on cherche
à tromper les Peuples des
Nations qui font en guerre ,
afin de leur en faire fupporter
plus patiemment le joug &
les frais. En effet , dans quelque
fituation que puiffe eftre
la France , elle doit toujous
plus efperer que craindre ,
côté de fes Troupes . Il eft
vray que depuis quatre ans ,
fes affaires ont efte derangées
par trois de ces évenemens ,
dont il faut fouvent plufieurs
Bb iiij
du
296 MERCUR E
fiecles , pour en produire de
pareils ; mais on doit remar
quer que dans ces évenemens ,
la valeur n'a point manqué aux
Troupes ; & que fi par des fatalitez
où je ne dois point entrer
, elles ont eu le malheur de
perdre quelque place feulement
, parceque l'on eftoitfort
avancé dans le Païs
Ennemy,
les Alliez ont cherement ache
té ces avantages , les François
n'aïant fucombé qu'aprés avoir
fait perir , par le fer & par les
feu , un grand nombre de leurs
Ennemis. Ainfi fi l'on fait reflexion
fur cette valeur , & fur
GALANT 297
ce qui s'eft paffé depuis 1672 .
on trouvera qu'ils ont gagné
plus de 30 Batailles complettes ,
ou pour mieux dire , qu'ils
n'en ont livré aucune
7
fans
avoir pleinement triomphé ; &
il paroît aujourd'huy qu'ils
font plus en eftat que jamais de
faire la même chofe , & même
en cftat de faire remettre fous
la puiffance du Roy d'Efpagne ,
les Etats que d'infideles Sujets
avoient fait livrer à fes Ennemis.
Le Roy a de bons Generaux
à la tête de fes Troupes
; la valeur des Officiers a
efté fouvent éprouvée ; tous
t
298 MERCURE
les Soldats font de bonne volonté
, & il paroit tous les jours
que la France n'eft pas épuifée
d'hommes , & que l'on en levera
autant que l'on voudra ,
toutes les fois que l'on fera en
eftat de le faire. Il eft conftant
que l'argent eft abondant en
France ; quoy qu'il y ait des
temps où l'on a de la peine à
le faire circuler ; le Royaume
en eft infiniment plus remply
qu'il n'eftoit à la fin de la derniere
guerre les raifons en
font évidentes , & je ne crois
pas qu'il foit neceffaire de les

raporter. Cependant , à peine
GALANT 299
la paix cut elle efté conclue ,
2 que la crainte d'un rabais fit:
voir que la F la France eftoit toute
d'or , & que chacun s'offroit
l'un à l'autre , de l'argent, pour
unc année , fans aucun intereſt..
Ce Royaume fera toujours le
plus pecunicux Etat du monde.
Son induftrie l'enrichira tou--
jours , & les Etrangers , quelque
deffenfe que l'on faſſe dans
leurs Etats , rechercheront tou--
jours toutes les nouveautez que
fes modes produifent , & quand
Ce qui vient des Nations les
plus éloignées , a paflé par les
mains des François , tous les
300 MERCURE
Habitans du monde marquent
de l'empreffement
pour en
avoir. Je pourois en donner des
milliers de preuves inconteſtables
; mais tous les Etrangers
en font fi bien informez , que
je ne crois pas me devoir don
ner cette peine. Si ceux qui
ont cru que la France eftoit
perdue , à caufe des trois revers
de fortune , qui l'ont
empêchée d'étendre fes conquêtes
, depuis quatre ans
auffi loin qu'elle auroit pâ
faire , fe vouloient donner la
peine de reflechir fur la ficuation
de fes affaires , ils verGALANT
301
roient qu'elle n'a pas perdu
plus de deux ou trois places ,
depuis le commencement de
cette guerre , & que ce qu'elle
a gagné fur fes Ennemis ,
& dont elle eft aujourd'huy en
poffeffion , eft infiniment plus
confiderable. Je m'étendrois
davantage là deffus, fi je n'avois
refolu de ne point finir malettre
fans vous parler de la fituation
des affaires prefentes , ce qui
achevera de faire connoître à
ceux qui font toûjours acompagnez
d'un efprit de crainte que
l'on a pû , & que l'on a dû ſe
divertir à la Cour , de la ma302
MERCURE
niere que l'on a fait pendant 1
tout le Carnaval , & je défie le
plus entefté de faire voir qu'il
ait un feul mot , contraire à
la verité , dans tout ce que je
viens de dire.
By
Je reviens aux divertiffemens
du Carnaval , dont j'ay commencé
à vous parler le mois
paffé ; ils ont recommencé ce
mois cy par un Bal que le Roy
donna dans fon grand appartement
, & où il fut permis à
tous les Mafques d'entrer ; j'aurois
beaucoup de choſes à vous
dire de ce divertiffement , fi je
ne vous avois pas fait le mois
GALANT 303
pallé une defcription de ce fuperbe
apartement , & de la maniere
qu'il avoit été decoré.
pour
le
divertiffement
que le
Roy y donna la veille de la Fête
des Rois . Je ne pourois d'ailleurs
vous rien dire de la collation
, qu'il ne foit aifé de s'imaginer
, la magnificence du
Roy étant connuë , ainſi que
la maniere de fervir de fes Of
ficiers.
Quant à ce qui regarde les
perfonnes Mafquées qui parurent
dans ce Bal , perfonne n'ignore
dequoy les François font
capables ; que rien ne leur cou304
MERCURE
te lorfqu'il s'agit de paraître
devant leur fouverain , & qu'étant
auffi galants qu'inventifs ,
il fe trouva à ce Bal , un tresgrand
nombre de Mafques
dont les habits auffi riches que
finguliers , n'étoient pas moins
dignes de l'attention du public
par leur invention que par leur
richeffe .
Madame la Ducheffe de Bourgogne
alla quelques jours aprés
chez M de Chamillart , à qui
elle avoit demandé un Bal quelque
temps auparavant , & cette
Princeffe s'y rendit accompagnée
de Monfeigneur le Duct
GALANT 305
9
de Berry,de plufieurs Princes &
Princeffes , & de la plus grande
partie de la Cour L'Aſſemblée y
fut auffi magnifique que nombreufe
; & l'on y dança dans
trois differentes Salles tres bien
illuminées. La collation étoit
dreffée dans une grande gallerie
; ainfi l'on doit juger que
rien n'y manquoit de toutes les
chofes neceffaires dans une pareille
occafion . Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & Monfeigneur
le Duc de Berry furent
fervis par Mr le Duc de la
Feuillade , & par Mr le Marquis
de Cany. Quoyque l'Af
Février 1708. Сс
306 MERCURE
femblée fut des plus nombreu
fes , l'ordre ne laiffa pas d'y
être admirable , ce qui eft auf.
re que difficile. fi rare
100
i
Madame la Ducheffe de-
Bourgogne donna quelques
jours aprés un grand Bal dans
fon Apartement , où toute la
Cour fe trouva , ainſi qu'un
grand nombre de Maſques venus
de Paris , à qui il fur
mis d'y entrer , cette Princeffe
ayant déclaré quelques jours
auparavant qu'elle donnoit ce
Bal en confideration des
Dames de Paris , qui de leur
côté
y parurent avec le plus
per-
1
GALANT 307
d'éclat qu'il leur fut poffible.
Je ne vous raporte rien de la
Magnificence de ce Bal , puifqu'il
fuffit de vous dire qu'il
étoit donné par Madame la
Ducheffe de Bourgogne. On
ne peut rien ajoûter à la beauté
de la collation qui fut dreffée
dans deux chambres de
l'Apartement de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , qui
joint celuy de la Princeffe qui
donnoit ce Bal..
2
90 Monfeigneur le Dauphin à
auffi donné toutes fortes de
divertiffemens , & il y à fouvent
eu chez ce Prince , Jeu ,
Cc ij
308 MERCURE
3
& Mufique , & tout s'eft
enfin paffé en plaiſirs à Verfailles
, jufques au jour que la
Cour en eft partie pour Marly
, afin d'y prendre de nouveaux
divertiſſemens pendant
tout le refte du Carnaval.
Pendant les trois derniers
jours , il y a eu quatre grands
Bals. Il y en cut un le Dimanche
à Seaux , donné par Madame
la Ducheffe du Maine.
Le lundy , il y en eut un à S.
Germain en Laye ; donné par
le Roy d'Angleterre , & le mar
dy le Roy en donna un à Marly.
Comme les plaifirs ne pou
GALANT 309
voient être en tres - grand nom
bre ce jour- là , Madame la Ducheffe
du Maine reçût auffi tous
les Mafques à Seaux , car l'on
doit remarquer que tous les
Mafques furent reçûs dans ces
quatre grands Bals.
Les manieres obligeantes &
genereufes avec lesquelles
L. A, Sereniffines . Monfieur
& Madame la Ducheffe duMaine
, reçoivent à Seaux tous ceux
qui fe donnent l'honneur de
les aller voir durant les fejours
qu'ils y font de temps en temps
pendant tout le cours de chaque
année , font cauſe que la
310 MERCURE
plus grande partie des perfonnes
diftinguées de la Cour & de Pa
ris, fe rend à Seaux les trois derniers
jours du Carnaval , les
portes de cette delicieufe Maifon
étant ouvertes depuis plu
fieurs années à toutes les perfon
nes Mafquées qui veulent y ve
nir pendant ces trois jours , &
je puis dire que l'on n'y va pass
mais que l'on y vole , s'il m'eft :
permis de parler ainfi , & les
ordres font fi bien donnez pour
empêcher que perfonne ne foit
incommodé de la confufion caufée
par les perfonnes de toutes
fortes d'Etats qui fe rendent à
Seaux pendant ces trois jours,
de maniere que par une especed'enchantement
on y entre
fans être obligé d'attendre
GALANT 317
·
·quoyque de quart - d'heure en
quart d'heure , on y voye arriver
des centaines de Caroffes à:
la fois. Les Courts y font éclairées
de maniere , ainsi que les
Escaliers , que l'on diroit que la:
Duit y fait honte au jour , & on
les traverſe au milieu d'unegrande
foule fans le trouver
preflé. Tous les Mafques trou
vent des places malgré la prodigieufe
quantité qui y vient de
toutes parts . On n'y attend
point que le Bal foit avancé.
pour y fervir des colations , &
pour y donner des rafraichiffemens
, ce que l'on fait pendant
que tout le Bal. dure : c'eft-àdire
, pendant toute la foirées
& pendant la plus grande partie
de la nuit ; mais toutes ces
A
312 MERCURE
chofes touchent moins que l'ac
cueil obligeant que Madame la
Ducheffe du Maine fait à tout
le Monde. Ses airs prevenans
& gracieux charment toutes les
Affemblées : elle les reçoit d'abord
avec des habits dignes de
fon rang , "& de fa magnificence,
& aprés s'eftre ainſi fait connoî
tre pour marquer le plaifir que
luy fait l'empreffement que l'on
témoigne de venir à Seaux , fans
que l'on foit rebuté de la longueur
& de la difficulté du che
min : cette Princeffe change de
plufieurs habits & fe mefle
avec les Mafques . Enfin elle
s'eft trouvée par tout pour fçavoir
par elle-même ce qui fe
paffoit , & pour voir fi fes ordres
*
étoient bien executez . On à
chaque
GALANT 313
chaque jour prodigué dans ces
" Bals les plus beaux fruits , &
les plus belles confitures feiches,
& outre celles que l'on portoit
dans les trois Appartemens ou
Ton dançoit , il y avoit des Buffets
garnis de toutes fortes de
vins , de diverfes liqueurs , & de
plufieurs fortes d'eaux que l'on
diftribuoit en abondance à tous
ceux qui venoient en demander.
Outre les divertiffemens deftinez
pour chaque foir , on fervoit
plufieurs Tables à l'heure
du dîné pour les Compagnies
qui venoient voir Monfieur &
Madame la Ducheffe du Maine,
& l'aprés dînée , chacun choififfoit
le divertiffement qui luy
faifoit le plus de plaifir . Les uns
fe plaifoient à entendre des
Fanvier 1708. Dd
314 MERCURE
Concerts ; les autres jouoient
aux jeux qui font le plus en ufas b
ge; d'autres fe divertiffotent à
jouer à des jeux d'efprit , & en - u }
fins plufieurs fe faifoient un
plaifir de la converfation , ains
fi que de regarder les joueurs , b
fur les vifages defquels on voie b
fouvent des paffions bien natug
rellement reprefentées . Il s'en 2
faut peu que je n'imite ceux
qui ne pouvant fortir de Seaux
a caufe du plaifir qu'ils y prenoient
, ne le purent quitter
que lorfque le jour commença
à paroître , & j'ay autant de
peine à finir cet article qu'ils en
avoient à fortir d'un lieu où toute
leur faifoit plaiſir, and mai
Je ne vous diray rien du Bal
qui fut donné le lundy à S. GerGALANT
315
main on Laye , parceque l'on ne
doit point rifquer de parler d'u
ne Fefte Royale fans eftre bien
informé de tout ce qui s'y eft
paffe , & que je ne le fuis pas
affez pour entrer dans un grand
détail . Quoyque ce Bal fe foit
donné dans un lieu trop éloi
gné de Paris pour y attirer unei
grande foule , je fuis neanmoins
perfuadé que l'Affemblée doit
avoir été nombreuſe , à caufe
du plaifir que l'on reçoit à voir
le Roy d'Angleterre , & Madame
la Prince fa fæeur , tánt on
trouve degraces , répanduës fur
ce Monarque , & fur cette Prin.
eeffe. Ils peuvent fe vanter de
regner fur les cours de tous
ceux qui les connoiffent , ce
qui eſt un grand prejugé que
Ddij
316 MERCURE
lorfque S. M. B. commandera
dans les trois Royaumes qu'el
le tient du Ciel & de fa Nailfan-:
ce , fon Empire fera grand fur
les Cours de tous les Sujets .
Je devrois vous entretenir du
Bal qui fut donné à Marly le
dernier jour du Carnaval , &
où tous les Mafques eurent
permiffion d'entrer ; mais il eſt
des chofes dont on ne peut parler
fans en diminuer l'éclat , &
que le public fe reprefente
mieux fur l'idée qu'il s'en forme
que fur tout ce qu'on luy en
peut dire , & l'article qui regarde
le Bal de Marly eft de ce
nombre. On n'a qu'à s'imaginer
pour fçavoir bien- tôt tout ce
qu'on en doit penfer , tout ce
qu'à d'augufte & de galant , la
GALANT 317
plus brillante Cour de l'Europe
, affemblée dans le plus beau
lieu du monde ; la magnificence
de cette Cour , & le bon air de
tous ceux qui s'expofent à danfer
dans une pareille Affemblée
; ainfi je crois vous avoir
beaucoup dit en peu de parales
, & que vôtre imagination
doit être auffi remplie de ce
Bal , que fi je vous en envoyois
un article plus étendu .
Je viens d'apprendre beaucoup
de chofes , dont j'aurois
parlé dans l'article des Bals que
vous venez de lire , fi j'en avois
été plûtôt informé. Voicy en
peu de paroles , une partie de
ce qui auroit dû eſtre inferé
dans ces Articles. Le premier
Bal , aprés le retour du Roy de
S
Ddiij
318 MERCURE
Marly à Versailles avant la fin
du Carnaval , a été donné par
Monfieur le Prince de Conty.
L'entrée en fut permife aux
Malques : il fut magnifique &
tres -bien entendu , & la nombreufe
affemblée qui s'y trouva,
s'en retourna fort farisfaire . 11
ya cu auffi plufieurs autres Bals
hors du Château de Verſailles ,
qui ont été trouvez tres- beaux,
& qui ont ché honorez de la
prefence de la plus grande partie
de la Cour , & fur tout celui
qui à l'occafion d'un Mariage ,
na été donné à l'Hôtel de Gondrin
par Mrs: de Lazur Officiers
du Roy . Les rafraichiffemens
y furent abondamment
diftribuez , & l'ordre y fur fi
ban que nonobftant la foule il
" GALANT 319
nycut point de confufion .
se Je ne vous ay parlé que d'un
Bal donné par le Roy dans le
dernier voyage
. voyage de Marly . Ce
pendant il y en eut un le Vendredy
qui a precedé les trois
derniers jours du Carnaval
& un autre le Dimanche. Je,
dois ajoûter qu'il y cut ou
tre le Bal du Mardy , un diversiffement
, accompagné de. Mufique
ce divortiflement étoit ;
tiré d'une Marcarade inventéo
par Mr le Vidame , fils de Mr
Le Duc de Chevreufe .
Le Bal du Roy d'Angleterre,
dont je vous ay déja parlé , a
efté donné dans la Salle des Ballets
de S. Germain en Laye
Ce lieu étant propre à donner
de pareils divertiffemens , &
320 MERCURE
étant fort fpacieux , on peut juger
que fe trouvant remply de
Mafques , l'Affemblée devoit
eftre des plus brillantes & des
plus magnifiques . De
Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc d'Orleans , a remply la
Charge de Secretaire de fes
Commandemens , qui vacquoit '
par la mort de Mrde Thefu , & ce
Prince a crû ne pouvoir mieux
choifir que Mr l'Abbé de Thefu
fon frere. Le deffunt avoit un
Brevet de retenue fur cette
Charge , que celuy qui en au
roit efté pourvû auroit dû payer
à cet Abbé, fi Son Alteffe Roya
le ne l'en avoit pas pourvû. On
doit remarquer que ce Prince a
donné toutes les Chargés qui
ont vacqué dans fa Mailon de
GALANT 321
puis la mort de Monfieur le Due
d'Orleans fon pere , à tous les
heritiers de ceux à qui il avoit
donné des Brevets de retenue
Cette marque de bonté & de
confideration de ce Prince pour
les familles de ceux qui ont fervi
feuë Son Alteffe Royale , &
qu'il a tous les jours pour ceux
qui le fervent , doit faire rechercher
avec empreffement l'honneur
de le fervir . Le choix de
Mr l'Abbé de Thefu pour remplir
la grande Charge qui luy
vient d'eftre donnée , eft d'ail
leurs digne du Prince qui l'a
fait , cet Abbé eftant generale
ment eftimé , & ayant infiniment
d'efprit , ce qui convient
fort à la Charge dont il vient
d'eftre gratifié, Il eft d'une des
322 MERCURE
meilleures Maifons de Bourgo
gne, & qui a brillé dans le Parlement
de neveu dette Province . Il eft
neveu de feu Mr de Beaumont
de Chaffepot , à qui Mr Colbert
fit donner la Charge de Treforier
des Parties Cafuelles , à fon
avenement au Miniftere , s'écane
diftingué par la probité & par
fon defintereffement dans un
temps où l'avidité de s'enrichis
eftoit grande. Ce Treforier des
Parties Cafuelles a eu plufieurs
enfans , dont l'un a cfté en même
temps Maistre des Compies
, & Maître d'Hoftel de la
Reine , & une fille mariée à Mr
Phelypeaux , fils de feu Mr le
Prefident d'Hodic ,
Son Alteffe Royale a fait en
même temps une action qui luy
GALANT 323
a attiré de grands applaudiffemens
. Mr Harriague eftoit Commis
depuis trois ans & demy à
l'exercice de la Charge de Tre
forier General de fa Maifon , &
ee Prince ayant efté content de
fes fervices dans des temps tresdifficiles
, & d'ailleurs toute fa
Maifon n'en eftant pas moins
fatisfaite , connoiffant fa gran
de probité , fon exactitude &
fan activité à le fervir , & ayant
lieu de croite qu'il continueroit
toujours de même , luy a
non-feulement fait don de la
Charge qu'il n'exerçoit que par
Commiffion ; mais ce Prince luy
a auffi donné les appointemens
entiers de cette Charge pour les
trois années & demie qu'il l'a
exercée par commiffion. Ces ap
324 MERCURE
pointemens font de 16. mille
livres par an. On ne peut faire
trop de bien à ceux qui dans un
pareil employ joignent une
parfaite intelligence dans les
affaires , à une fidelité genera
ement reconnuë.
Si l'on examine la fituation où
fe trouve aujourd'huy le Roy ;
on conviendra que peut- eftre
il n'y a jamais eu de Monarque
dans le monde , qui ait eu à ſoûtenir
les efforts d'un auffi grand
nombre de Puiffances , l'Europe
ayant prefque eatiere confpiré
contre la gloire , excitée
feulement par la jalousie , que
lui donnent la grandeur & les
svertus de ce Souverain , auffi
aimable que redoutable. J'ay
parlé tant de fois de cette jaz
GALANT 325
doufic , en prouvant l'honneur
qu'elle fait à ce Prince , que
je ne dois rien repeter de tour
ce que j'ay dit fur cet article.
Ce Monarque feroit dans cette
guerre fecondé des forces d'EL
pagne , dont il a pris les interefts
; fi cette même Espagne ,
neftoit obligée d'employer fes
armes , contre ceux de la même
Nation , qui ſe font revoltez
contre leur legitime Souverain.
Ainfi l'on peut dire , que loin
que la France foit fecourue par
les Efpagnols ; il faut qu'elle faffe
une diverfion de fes Troupes
pour ſecourir ceux qui ont pris
le bon party ; de maniere que
l'on peut justement dire que le
Roy , a feul prefque toutes les
forces de l'Europe à combatre ,
326 MERCURE
I
ce qui l'oblige d'entretenir plast
de quatre cent mille hommes,
qui répondent tous au Secretai
re d'Etat de la guerre. Les
moindres foldats peuvent s'as
dreffer à ce Miniſtre & lui faire
leur plaintes. J'en ay fou
vent efté témoin , & les trois
derniers Miniftres de la guerres:
les sont toujours écoutez fans
les rebuter. Quoy que je ne paren
le que des trois derniers , je
ne pretens pas dire que ceux qui
lessont precedez , n'ayent pas zi
fait la même choſe : mais je nevo
parle
le feulement que de ce que
jay vû . On doit fe reprefenteres
aprés cela , le travail immenfe
que doit avoir un homme qui fe
trouve toujours preſt à répondre
à quatre cent mille, & quiro
GALANT 327
tâche à maintenir l'union & la
fubordination parmi un fi grand
nombre d'hommes , dont la plufpart
des caracteres font prefque
toûjours fort opofez les uns aux
autres , & dont la memoire du
Miniftre doit cftre chargée de
toutes les actions , afin de leur
rendre juſtice dans les occafions
: mais tout cela quoi que
tres confiderable , n'eft preſque
rien , en comparaifon de toutes
les chofes qui doivent occuper
le Miniftre de la guerre . Les
premiers foins des vivres & des
munitions , le regardent. Il
doit fçavoir l'état de toutes les
Places de guerre , & prendre de
fi juftes mesures qu'elles foient
en eftat de deffenſe , & qu'elle
ayent fuffisamment des vivros
t
328 MERCURE
& des munitions pour foutenir
un long Siege , en cas qu'elles
foient attaquées. Enfin les foins
d'un Miniftre de la guerre doi
vent eftre tres grands , pour un
nombre infini de chofesdont le
détail demanderoit un volume
entier , & ce qu'il y a deplus
facheux , & qui eft prefque fans
remede , efterque la pluspart
des hommes font intereffez ; que
chacun cherche à s'enrichir , &
qu'il eft abfolument impoſſible
qu'un Miniftre foit par tout , &
fe puiffe tranfporter dans toutes
les Places d'un Etat, & dans
toutes les armées pour voir tout
par fes yeux, & pour
tout par lui même.
écouter
Si Focupation d'un Miniftre
de la guerre , dans la fituation
GALANT 329
où fetrouve prefentement la
France eft fi grande , qu'il n'y
a point de Miniftre qui ne puifle
aujourd'huy fuccomber fous le
poids d'un fi peſant fardeau ;
celui du Miniftre des Finances ,
doit estre encore plus grand ,
puifqu'il doit faire en forte que
les fonds ( pour tout ce qui regarde
la guerre ) non- feulement
ne manquent jamais ; mais qu'-
ils fe trouvent auffi dans les
temps neceffaires , parce qu'au
trement on peut manquer de
grandes entrepriſes , & faire
des pertes confiderabies, Les
Finances ne font pas feulement
neceſſaires pour toutes les cho-
Les qui regardent la guerre , &
qui y ont du raport : mais auffi
pour toutes les Charges de l'E
Février 1708.
Ec
330 MERCUR
E
at pour la dépenfe de la maifon
du Roy, pour le payement
de fes Officiers pour l'entretien
des Princes de la famille
~Royale ; pour celui des Maiſons.
Royales ; pour les Penfions d'une
infinité de Gensqui ont rendu
de grands ſervices à l'Etat ,
& dont plufieurs ont prodigué
leur fang & leur biens pour la
gloire de leur Prince & pour
eclui de leur Patrie , qui periroient
fi ce fecours leur manquoir
, p pour le payement des
Gouverneurs des Places &
de leur Etat Major , ainfi que
pour celui de tous les Juges du
Royaume , & pour le payement
detoutes les Rentes créées pen
dant les plus preffans befoins de
Etat , pour celuy des penfions
#GALANT @381
des Alliez , & pour un nombre
ainfini d'autres chofes dont eft
chargé un Etat qui depuis l'année
1672. a prefque toûjours eu
à fottenir de grandes guerres
contre la plus grande partie des
Puiffances de l'Europe. Tout
cela ne feroit rien , & n'accableroit
pas un Miniſtre des Fi
ɛnances , qui ne fait rien qu'avec
ordre , files Revenus ordinaires
de l'Erat eftoient fuffifans pour
les payemens de toutes les cho
fes que je viens de marquer
mais comme il faut avoir recours
à des moyens extraordinaires ,
& cela dans le temps où l'Etat fe
trouve épuisé par de longues
guerres , on ne doit pas s'éton→
ner fun Miniftre des Finance's
doit cftre aujourd'huy fi embar
Ec ij,
332 MERCURE
raffé à trouver de l'argent , &
l'on connoiftra que cet embar
ras doit eftre encore plus grand
que l'on ne s'imagine , fi l'on
fait reflexion que la plupart de
ceux à qui le Ministre peut
avoir recours pour trouver de
l'argent font des gens qui ne
fe mettent dans les affaires que
pour faire de groffes fortunes y
& qui lorfqu'ils le font une fois
enrichis , mettent leur argent à
couvert , ce qui en empêche la
circulation , où ne le mettent
fouvent au jour que d'une maniere
fort onereufe pour ceux
quien ont un extrême beſoins
de maniere que l'argent devient
rare dans le temps où il abonde
le plus dans l'Etat . Le Minif
tre des Finances eftant obligé de
GALANT .333
faire tous les ans beaucoup d'af
faires extraordinaires , ainſi
que
je l'ay déja marqué , les unes ne
fe trouvent pas toûjours toutes
auffi sheureufes que l'on avoit
cru en les faifant , & ne fournif
fent pas toûjours tout ce que
l'on en avoit d'abord efperé , &
les Traitans des autres , trouvant
fouvent des raifons pour
ne pas faire leurs payemens dans
les temps promis , font caufe que
le Miniftre qui s'eft engagé de
fon cofté à faire des payemens
fur un argent qu'il croyoit affurés,
fe trouve obligé de manquerde
parole , fi l'on peut dire
toutesfois qu'il ne tient pas
celles qu'il a données lorfqu'on
luy en manque à luy - même.
Enfin l'on peut dire que dans
334 MERCURE
x
L'Etat où fe trouve aujourd'huy
la France , les deux plus grands
& plus accablans Emplois du
Royaume font ceux de Miniftre
de la Guerre , & de Miniftre
des Finances . Nous avons vuu
deux grands hommes fuccom
ber fous ces deux Emplois ,
quoyqu'ils n'en euffent que cha
cun un le travail que ces EnEm
plois exigent eft fi grand , &
demande tant de temps , que
vant que le Miniftere des Mr
Colbert a duré , il s'eft endormi
les foirs furſes papiers &
on l'a deshabillé & couché tour
endormy. Il fe levoit tous les
jours à quatre heures du matin,
& lorfqu'on avoit de la peine à
Féveiller , on l'habilloit tout
endormi, On peut juger apres
.
GALANT 335
cela du travail d'un Miniftre
qui a foin en même- temps des
affaires de la Guerre & de cel
les des Finances , & s'ik pent
faire en même temps , non feulement
un travail fr immenfe ;
mais qu'il n'eft pas poffible de:
faire. C'eft pourquoy le Roy
confiderant Mr de Chamillart,
& l'ayant toûjours regardé com.
me un tres- honnefte homme &
tres - defintereffé y a crû devoir
( en recevant fa demiffion
volontaire ) le décharger de la
moitié d'un fardeau , dont le
tour enfemble luy auroit infailliblement
coûté la vie &
luytaren même temps donné
une penfion de 40, mille livres,
pour luy marquer la fatisfaction
qu'il a de fes fervices & Sa
336 MERCURE
Majefté a nommé Controlleur
General , Mr des Marefts , neveu
de feu Mr Colbert , & qui
ayant travaillé aux affaires de
Finances fous ce grand Minif
tre , en qualité d'Intendant ,
les entend parfaitement bien ; &
comme outre cela , il a naturellement
de l'efprit & de la petration
, on eft perfuadé qu'il
repondra à l'honneur que le
Roy luy a fait en le nommant
pour remplir un fi grand Employ
& à l'attente que tout
le public à de luy.
Monfieur le Duc d'Orleans
étant party de Madrid auffi - tôt
aprés le Baptême du Prince des
Afturies , pour se rendre icy ,
afin de concerter les moyens
d'ouvrir glorieufement la Campagne
,
GALANY 337-
pagne aprés qu'il auroit rejoint
les Troupes victorieufes qu'il à
laiffées en Espagne , & s'affurer
tous les fonds & toutes les chofes
neceffaires pour agir offenfivement
& prevenir les Alliez.
Ce Prince abandonnant tous les
plaifirs du Carnaval , s'eſt uniquement
appliqué pendant tout
le fejour qu'il a fait icy à tout
ce qui pouvoit avancer l'execution
du projet qui l'avoit fait,
venir , & fans s'être donné un
moment de repos , il eft retourné
à Madrid aprés avoir eu plufieurs
conferences avec le Roy
pour convenir avec le Roy d'Ef
pagne , & fon Confeil des projets
de la Campagne prochaine ,
& des moyens de les mettre en
execution . Il partit en Pofte la
Fevrier 1708.
Ff
338 MERCURE
23. de ce mois à neuf heures
&
demie du matin ; les lieux où il
devoit coucher
depuis Paris juf
ques à Bayonne
, font Clery ,
Loche , Poitiers
, Barbezieux
,
Bordeaux
, enfuite
a ..... & de
là à Bayonne
de maniere
que
ce Prince
doit avoir fait deux
cent lieuës en fept jours . C'eft
beaucoup
, & cependant
fi
l'on confidere
l'impatiente
ardeur
qu'il a de ſe voir à la tête
des Troupes
qu'il doit commander
, on trouvera
que cette marche
ne répond
pas encore à fon
impatience
.
>
Je paffe d'un article bien ferieux
à un article qui l'eft bien
pea , quoique du tems des Oedipes
, l'occupation de deviner
des Enigmes fût des plus ferieu-
1
GALANT 339
fes , & regardée comme telle
parmy les Souverains . Je vous
diray aprés cela que les Ongles
étoient le mot de l'Enigme du
mois dernier Voicy les noms
de ceux qui l'ont deviné. ·
Mrs Brandt ; de Barncon , de
Tarafcon en Provence ; Hé
mier , de la rue des bons Enfans
; Alleaume ; l'Abbé Bougeard
, Laîné , proche le Ca
dran de S. Honoré ; de Laumel ;
Michel , & fon Amy ; le G. D.
L. B. D. L. P. & ſon voiſin le
Fevre le Pere Jacob , de lá
Lune d'argent , le Pere Becquet
du Pont Nôtre-Dame ; lé
Mouton Ferré ; l'Anonime ; D.
J. F. de la rue des Rats , & fon
aimable Javotte de la ruë des
Lavandieres ; le Vert Galant,
3
Ffij
340 MERCURE
& la verte Galante du quartier
des Carmes ; Beagle le gracieux ,
& fon amy du quartier S. Landry
; l'Elixire de la Galanterie ,
de la rue des Marmoufets ; le
Solitaire Que-mine , & fon ami
Darius ; l'Huiffier de la ville ,
qui fait plus de vers en un jour ,
que dix Poëtes en une année ;
le Coufin du Mouchel , devenu
bel efprit par hazard ; le Fin
Vieillard , de la rue S. Jean de
Beauvais , & fon ami ruzé , du
Cloiftre Saint Benoift ; Le Marquis
Nefgrofny , & le Chevalier
Corfiny , de la rue Saint
Louis au Marais ; Miles Langlois
, du Pont Nôtre- Dame ;
de la Boulaye , de la ruë S. Antoine
; Manon le Blanc , & fon
fidel ami de la ruë S. Honoré ¿
GALANT 341
}
Suzane de la Porte , la jeune
Mufe renaiffante ; la Boule recherchée
en Cour , & la Conventuelle
aux trois Oches ; la
Dame qui fçait plaire à tout le
monde , ruë de Richelieu ; Mar
nieze , & S. B. L. la Dame qui
s'eft acquis le don de plaire à
tous ceux qui la connoiffent ,
même ruë , à côté des Quinzevingts
; la Dame qui n'a
que de
bonnes qualitez , la Brune du
Port S. Landry la vieille Pie
du defert ; la plus jeune des belles
Dames de la rue de Bernar
dins ; la rare Simplicité ; la Salitaire
de la rue aux Feves ;
charmante Godon d'Argenteüil
, & fon ami du même nom ,
Ja Brune du Port Landry la
Grande H..de la ruëS.Jaques la
12
Ffiij
342 MERCURE
go ,
belle Chenevelle ; la fidelle Go-
& fon frere de S. P. la belle
Morillon , de la ruë Montmartre
, Sainte Carolte , & fon
aimable foeur de la rue de l'Univerfité
; & l'enjoüée M. Vernier.
L'Enigne nouvelle que je
Vous envoye eft de Mr M. D. M.
ENIGM E.
Ma figure eft pyramidale ,
Au corail le plus vif ma couleur eft
égale ,
Quoyque petit de corps , je me pique
d'honneur ;
Et de nobleffe & de grandeur.
Souvent je ne fuis point , ce que je
veux paroître,
jefuis difficile à connoitre.
GALANT 343
Et tel parle de moy qui ne me connoit
pas.
Je fuispar tout fi neceßaire ,
Quefans may dans le monde &parmy
les combats ,
Il n'eft pointd'honnête homme & de
·vaillans Soldats .
Lorfqueje veux parler , mon langage
eft fincere ,
Il ne faut pas s'y fier autrement ,
Car je fuis quelquefois fujet nu
changement..
On m'aime, on me conferve , & ma
vie eftfort chere.
Je ne puis fubfifter que par le mouvement
;
Le froid m'est tout à-fait contraif
res
-Etje péris au moindre attouchement
,
L'Air qui fuit a reçû de grands
Efij
344 MERCURE
applaudiffemens , & les paroles
en ont efté trouvées tres- belles.
AIR NOUVEAU. Y
Les plaifirs les plus charmans ,
Sont ceux où Bachus nous convie:
Cefont lesfeuls de la vie ,
Dont onjoüit malgré les ans.
Les Amours pour leur partage ,
N'ont
que notre
printemps .
On n'aime pas à tout àge ;
Mais on boit en tout temps.
L'Article qui fuit , doit vous
faire beaucoup de plaifir , puifqu'il
contient la veritable fituation
où le trouvent aujourd'huy
toutes les Puiffancés qui font en
guerte à l'occafion de la fucceffion
de la Couronne d'Eſpagne.
Les play ,Cefont les
4,Ce font les
seuls
arpartage,nont
souls
PartageMont
notrepinepas a tout
notre pas a tout
age,men touttems.
âgeboitentotems.

GALANT 345
Je vous ay déja marqué que
les Alliez ayant refolu d'entrer
en Provence , & de faire le Siege
de Toulon , ils ne purent obtenir
de l'Empereur les Troupes
qu'il avoit refolu d'envoyer dans
le Royaume de Naples . Les rai
fons qui le porterent à les refufer
, furent que la conqueste de
Naples luy donneroit moyen de
fecourir la Catalogne la Campagne
fuivante , & de faire des
progrés en Espagne ; mais Sa
Majefté Imperiale ayant au contraire
preffé les Alliez pendant
tout l'hiver d'y envoyer du fecours
, ils luy ont répondu que
que fes conqueftes d'Italie devoient
luy donner lieu de tenir
ce qu'il leur avoit promis l'année
derniere , & que puifqu'el
346 MERCURE
les avoient empêché la prife de
Toulon , elles devoient en recompenſe
leur eftre utiles d'une
autre maniere , & ils luy ont en
même temps demandé qu'il fift
paffer en Catalogue une partic
des Allemans qui font dans le
Milanez , & que le Prince Eu
gene y paffaſt à la tefte de ces
Troupes , à quoy l'Empereur á
répondu qu'il ne pouvoit pas.
fans rifque dégarnir de Trou
pes un Pays nouvellement con
quis , & que le Prince Eugene
eftant Preſident de fon Confeil
de Guerre , il ne pouvoir
l'envoyer floin ,
fans que
fon abfence luy fuft préju
diciable. Les Alliez ont enfuite
fait dire à Sa Majesté Imperiale
, que fes Pays hereditai
GALANT 347
res devoient donner beaucoup
de Troupes pour leur contingent
, & qu'il devoit les fournir
pour fervir d'exemple aux
Princes & aux Cercles de l'Empire
, fans quoy il avoit mauvai
fe grace de les preffer de four
nir un contingent qu'il ne four
niffoit pas luy - même , à quoy
ce Prince a répondu , que fa l'a
guerre qu'il avoit contre les Hon
grois ne luy permettoit pas a'envoyér
aucunes Troupes dans l'Empire , &
il s'eft contenté de faire prefferles
Députez qui font à la Dietede
Ratisbonne d'agir auprés de
leurs Maiſtres , afin que l'Empi
re miſt une armée confiderable
fur pied. Cependant les dernie
res nouvelles , & qui font arri
vées dans le temps que je vous ,
348 MERCURE
écrits , portent qu'il n'y a encore
rien d'arrefté là deffus à la
Diette de Ratisbonne , & que
Mr le Duc d'Hanovre a declaré
qu'il ne pouvoit feul fournir
affez de Troupes pour la deffenfe
de l'Empire. Vous fçavez que
les autres ont fouvent repeté
pendant tout l'hiver , qu'ils n'étoient
point en estat de faire ce
que l'Empereur & les Alliez
vouloient exiger d'eux ; les uns
parce que les contributions qu'-
ils ont payées à Mr le Maréchal
de Villars la Campagne dernie
re , les ont mis hors d'eftat de
fournir cette année ce qu'on
leur demande , pour une Caiffe
Militaire , & les autres , parce
qu'avant fourny les années precedentes
, plus que leur contin
GALANT 349
que
gent , leurs Etats font épuifez
d'hommes , les grandes levées
l'on a faites dans toute l'AL
lemagne , pour envoyer des
Troupes en Italie , où il en a
pery un grand nombre , pendant
fept années de guerre, ainfi
qu'en Allemagne & en Flandre,
cftant caufe que l'on trouve aujourd'huy
peu de perfonnes dans
tous leurs Etats capables de porter
les armes . Les Anglois & les
Holandois voyant les Allemans
hors d'eftat de faire aucune diverfion
, ont refolu de ne leur
envoyer aucunes Troupes ; &
les Holandois , fur tout , ont
déclaré qu'ils n'en envoyeroient
point en Catalogne ; mais l'Empereur
fçachant que ces deux
Puiffances ont trop fortement
350 MERCUR
E
refolu de ne pas fouffrir que
Philippes V. foit paisible Poffeffeur
des Royaumes d'Efpagne ,
à caufe de leur Commerce des
Indes , eft perfuadé , que nonobf.
tant toutes leurs menaces , ils
n'abandonneront pas l'Archiduc
; ce qui l'a fait reſoudre de
ne le point mettre en peine de
leurs menaces , & de continuer
d'agir contre la Hongrie.
Quant à la fituation où fe
trouve la Hollande , les Anglois
n'ont pû obtenir qu'elle augmentât
fes Troupes d'un feul
homme feulement ; & ce n'eft
pas fans peine qu'elle a trouvé
un fond pour entretenir autant
de Troupes cette année qu'elle
a fait l'année derniere , & il eft
furprenant qu'un Etat , où l'on
GALANT 351
n'a jamais donné tout au plus
que 4. pour 100, d'intereft , en
paye aujourd'huy 9. Enfin , le
fond de la guerre de cette année
a esté fi dificile à trouver ,
que
l'on peut
dire qu'il y a des
Villes qui n'ont pas encore confenty
au payement des deniers
qu'elles doivent fournir . Il en
eft de même des forces Maritimes
que de celles de Terre , &
les Hollandois n'auront pas cette
année un Vaiffeau de plus
qu'ils en avoient l'année dernie
re.
A l'égard de l'Angleterre tout
y a paru d'abord dans une fituation
merveilleuſe ; & nonobf
tant ce que quelques Mylords
ont dit dans le Parlement du
mauvais eftat des Provinces ,
352 MERCURE
l'on ac-
& de la rareté de l'argent
les grands fonds acordez . par ce
Parlement , ont d'abord ébloui
toute l'Europe : mais la fuite a
fait voir , qu'il ne fufifoit pas
d'accorder , lorsque l'on ne pou
voit donner tout ce que
cordoit ; & ſelon toutes les aparences
, on ne levera pas préfentemene
le quart des Subfides
accordez , puifque l'on veut
traiter de plus de la moitié, avec
plufieurs Compagnies. Rien
n'eft plus vifible que l'argent
manque en Angleterre , & même
qu'il y manquera , que le
parti que l'on y a pris , de ne
point augmenter les Troupes
de Flandre , aprés avoir publié
pendant plufieurs mois qu'on les
augmenteroit confiderablement.
GALANT 353
Il eft vrai , que felon les Lettres
de Barcelone , il eft arrivé
en Catalogne , un fecours de
cinq mille hommes : mais tou
tes ces Troupes ne font pas Angloifes
; & fi l'on fait reflexion
fur ce que l'on a dit depuis 15.
jours dans le Parlement d'Angleterre
, on aura lieu de croire,
que le grand Subfide , accordé
avec tant de fafte , n'y a rien
produit du tout ; puifque l'on
vient de propofer dans le Parlement
, de recruter les Regimens
qui fervent dans les Païs étrangers ,
de rétablir ceux qui ont efté pris
on delabrezà la bataille d'Alman-
24 ; Et que pour cet effet , les Com-
༢༩ ;
tez ou Provinces feroient obligées de
fournir un certain nombre de gens
pour les Recruës. S'il n'y a point
Février 1708.
Gg
354 MERCURE
de nouvelles levées faites pour™
augmenter les Troupes de Flandre:
s'il n'y en a point pour en
envoyer en Allemagne & en
Italie : fi les Troupes qui fervent
dans les Païs étrangers ne:
font pas recrutées ; & fi les Regimens
qui ont efté pris à la
bataille d'Almanza , ou qui y
ant efté fort delabrez , ne font.
pas rétablis , il ne paroît pas
que l'Angleterre ait encore fait.
un fol de dépenfe , pour quoi
que ce foit de confiderable , l'armement
des Vaiffeaux , pour
défendre les côtes d'Angleterre,
n'eftant encore que propofé .
Je ne dois pas oublier de vous
parler de la fituation, où le trouve
Monfieur le Duc de Savoye.
Il menace d'attaquer 5 & tras
GALANT 355
,
vaille , en même - tems , aux moyens
de fe défendre : il ne fçait ,
s'il aura des Troupes étrangeres
, ou s'il fera obligé de faire
la Campagne avec les fiennes . Il
preffe toûjours la Reine d'Angleterre
de lui donner de groffes
Tommes , moyenant quoi il promet
de faire une grande diverfion
& comme il n'a que deux
chofes pour but , l'une de tirer
de l'argent des Alliez , & l'autre
d'agrandir fes Etats , ce
qui lui a fait prendre le parti
de fuivre la politique de
Machiavel , les Allemans , ne
doivent pas dégarnir le Milanez
, de crainte de furprife
puifque ce Prince , aprés avoir
trouvé moyen de s'en faire donner
pluſieurs Places , fous divers
>
Gg ij
356 MERCURE
pretextes , n'en manqueroit pas
pour garger le refte , s'il trouvoit
moyen de l'envahir. Toute
l'Italie doit s'en défier , & s'il
avoit une fois trouvé moyen d'en
avoir une bonne partie , il ne
manqueroit pas de former des
pretentions fur le refte , ou de
dire du moins , s'il trouvoit
moyen de la conquerir , qu'elle
Juy appartiendroit , par droit.
de Conquête.
Je ne dis rien de la fituation où
fe trouve l'Efpagne ; perfonne
n'ignore qu'elle eft en eftat
d'ouvrir la premiere la Campagne
, par tout où elle a des Ennemis
; & fi les Archiducheffes
ne partent bien - toft , elles courent
rifque de trouver en Portugal
& en Catalogne , des feux
GALANY 357
de joye , qui n'y feront pas faits
pour leur arrivée ; & le Roy
d'Efpagne , & Monfieur le Duc
d'Orleans , pouront les recevoir
au lieu des Epoux qui les attendent.
Il ne me refte plus à vous
parler que de la France ; mais
les fecrets y font impenetrables
& fi le hazard les avoit fait parvenir
jufqu'à moy , je les cacherois
plûtoft que de les divulguer.
Les projets qui peu
vent regarder la Flandre ne
font feus que du Roy , & de
Monfieur de Vendofme ; & ce
qu'ils ont concerté enſemble , a
toujours fibien reüffi , qu'il y a
lieu d'en attendre de grands
fuccés.
A l'égard de ce qui regarde
1
358 MERCURE
l'Armée de Mr le Maréchal de
Villars , il fera toujours Maître
d'entrer en Allemagne , fi on le
juge à propos , pour le bien
des affaires du Roy , ou de demeurer
fur la frontiere , pour
faire tête aux Allemans , s'ils
veulent en aprocher . S'il prend
le premier party , les Allemans
s'en trouveront mal ; & s'il fuite
le fecond , les Ennemis pouront
eftre plus vivement pouffez en
Flandre . Quoy qu'il en foit , ce:
Maréchal eft dans une fituation
fort avantageufe ; on le craint
dans toute l'Allemagne & le
Palatinar , ainfi que le Duché
de Wirtemberg , luy payent de
groffes contributions.
Tout ce que les Imprimez
étrangers ont dit de l'intelligen--
1
GALANT 359
ce fecrette de ce Maréchal ,.
pour furprendre Fribourg , eft
entierement faux , & ce qu'ils
ont raporté de l'Officier , qui a
cu la tête tranchée , n'eftant
pas veritable , eft une preuve.
de la fauffeté de la nouvelle . 3
Je ne vous ay encore rien dic
de tout ce que l'on a publié de :
la Diette tenue à Bade , touchant
l'affaire de Neufchâtel ,
tout ce que l'on a dit jufqu'à
prefent ayant paru faux ; mais
ee qui fuit paroiffant un faic
conftant , j'ay cru vous le devoir
raporter icy dans les mê
mes termes qu'il a cfté écrit .
Le Resultat de la Diette porte »
qu'on fuplieroit S. M. T. Ch. de
vouloir aprouver le Projet de Neutralité
, pour Neuchatel ; les cho
360 MERCURE
Jes demeurant en l'eftatoù elles font,
juſqu'à la paix , & les Canions (e
rendant Garants & Cautions que
cette Principauté ne ferviroit point
directement, ni indirectement aux
Alliez pourporter la guerre , ni inquieter
les Villes & Provinces, dont
Le Roy eft enpoffeffion , Ce Refultat
qui ne plaift pas au Canton de
Bern , fait connoître que les
Parties intereffées pouront faire
valoir leurs droits , dans un
temps plus convenable. Il refte
à fçavoir fi le Roy aprouvera ce
refultat ; c'eft ce qui fera peut
eftre connu , avant que vous receviez
ma Lettre.
Je reviens aux affaires d'Angleterre
, je ne fçay fi la Reine
Anne n'aura point bien- toft lieude
fe repentir d'avoir fait l'Union
GALANT 361
nion de ce Royaume avec celuy
d'Ecoffe . Elle s'eft faite fans le
confentement du Peuple d'Ecoffe
, & les Seigneurs Ecoffois qui
avoient efté gagnez pour faire
réüffir cette afaire, commençent
à s'appercevoir qu'elle eft trespréjudiciable
à l'Ecoffe , & que
leurs voix font en tres - petit
nombre dans le Parlement d'Angleterre
pour y faire paffer quelque
affaire , ou pour empêcher
qu'il n'en paffe à leur defavantage.
Le peuple d'Ecoffe a déja
beaucoup de griefs que je ne
rapporte point icy ; mais il fe
plains fortement aujourd'huy
auffi bien que celuy d'Angleterre,
de ce que l'on y enrolle
beaucoup de monde par force.
Il eft vray que la décadence du
Février 1708.
Hh
362 MERCURE
·
Commerce eft caufe que beaucoup
d'Ouvriers en foye & en
laine , font demeurez fans travail
, & qu'on les enleve fous
pretexte que ce font des vagabonds
. Cependant la plufpart
de ces Ouvriers ont leurs familles
qui fe defolent & qui font
grand bruit . On voit par là que
le Commerce diminue beaucoup
en Angleterre , & qu'il aura même
de la peine à fe rétablir aprés
la Paix , à caufe d'un grand nom .
bre d'Ouvriers qui periront pendant
la guerre .
Il y a des nouvelles certaines
qu'il y avoit 1400. Malades parmy
les Troupes qui fone arrivées
à Barcelone .
Il paroît conftant que le Comte
Guy de Staremberg comman
GALANT 363
dera en Catalogne , au lieu du
Prince Eugene , que les Alliez
avoient demandé , ce qui conf
terne d'autant plus tout le Pays,
que l'on eft perfuadé , qui fi
l'Armée des Alliez avoit efté
en eftat de faire quelque conquête
, ou même d'empêcher
celles que les Troupes des deux
Couronnes pouroient faire , ce
Prince auroit accepté ce Com
mandement. Cependant l'Empereur
n'eft pas peu embaraffe ,
depuis le refus qu'il a fait d'envoyer
le Prince Eugene en Catalogne,
la Reine Anne lui ayant
fait dire , que s'il n'executoit
pas les conditions aufquelles le
Parlement luy avoit acordé des
fubfides pour la Catalogne , elle
auroit les bras liez à l'égard de
Hh ij
364 MERCURE
tout ce qui pouroit fervir au
fecours de cette Principauté.
Le Rouffillon a levé huit Regimens
; fçavoir fix d'Infanterie
; un de Dragons , & un de
Cavalerie. C'eft un fait conftant
& ces Troupes qui font
tous les jours l'exercice , fonɛ
les plus belles du monde.
On a des avis affurez , qu'une
Flote Holandoiſe de 39. Vaiffeaux
, qui paffoit par le Nord
d'Ecoffe, a effuyé une rude tempête
, onze Vaiffeaux ayant péry
, deux defquels eftoient deftinez
pour les Indes Orientales.
Quoy que la charge de ces deux
Vaiffeaux fût tres- confiderable
, celle des neuf autres ne
l'eftoit pas moins . Ils eftoient
chargez tant pour Curaffo que
GALANT 365
pour Surinam , & il y en avoit
un ou deux pour la Côte de
Guinée en Affrique . La plupart
de ceux qui fe font fauvez en diferens
Pòrts du Nord d'Ecoffe ,
ont perdu ou leurs mâts , ou -
leur gouvernail , ou bien ils ont
échoué. Ainfi pour les remettre
à flot , il a fallu les décharger
de leurs marchandiſes , & jetter
à la Mer celles de plufieurs .
Il y avoit auffi quelques uns de
ces Vaiffeux chargez pour Madere
& pour Liſbone . On croit
que cette perte fe monte à plus
de deux millions de florins . Je
fuis , Madame , vôtre , & c .
A Paris ce 29. Février 1708,
MA VI S.
Le Mercure du mois deMars fe
debitera le Mardy 3. d'Avril
TABLE .
•PRelade,
I dans lequel on trouve
un Eloge du Roy , tiré d'un
Sermon de Mr l'Abbé du Jar-
Ty. 5
Lettre de Mr Fléchier , Evêqué de
Nifmes , au mème Abbé,
Premier article des Morts .
12
15
Extraits des difcours prononcez o
l'Academie Royale des Medailles
& Infcriptions´, & à l'Academie
Royale des Sciences , à
Couverture de ces Academies ,
d'aprés la S. Martin, ༢༠
Mr l'Abbé de Louvois , nommê
pour remplir la place du Pere
Mabillon , à l'Academie des Infcriptions.
Sacre de Mr. l'Evêque de Bayonne.
89
91
Nomination de Mr de Verthamen
TABLE.
2
94 à l'Evêché de Conferans .
Nomination de Monfignor Nicolas
Spinola à la Nonciature de Polo-
102
gne.
Vaiſſeaux
montez
& defcendus
pendant
le mois de Decembre
dernier.
: 106
Relation
du Port
- Royal
en Acadie.
III
Dons faits par le Roy d'Espagne.
136
Regiment de Cavalerie formé par
Mr le Marquis de Bay. 154
Relation tres - curieufe de la reception
faite à la Reine Douairiere
d'Espagne au Convent des
Auguftins de Bayonne.

158
Second Article des morts. 186
Vaiffeaux montez & defcendus pendant
le mois de Fanvier. 213
Mariages parmy lefquels il s'en
TABLE ..
trouve un d'un homme àgé de cent
dix -fept ans , qui vient d'épouſer
une fille agée de dix - huit ans ,
& qui eft enceinte.
Epithalame.
Déclaration d'amour.
Dons faits par le Roy.
217
237
247
2489
Troifiéme article des Morts. 286
Divertißemens du Carnaval , á la
tefte defquels on trouve un prelude
tres -curieax. · 294
Donsfaits par S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans .
Changement arrivé dans les finan
ces.
3205
3242
Depart de Monfieur le Duc d'Orleans
pour Madrid.
Article des Enigmes
336
3385
365
Situation des affaires prefentes.344
Avis
Avispour placer les Figures.
L'Air qui
commence par
Chantons le pouvoir de Bacchus ,
doit regarder la page 248 .
L'Air qui
commence par
Les Plaifirs , doit regarder la
page 344 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le