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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure Galant
Conta
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures /
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roj
AULECTEUR .
ILy a lien de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
Les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a
quantité,
AULECTEUR.
de défigurez étantimpoffible
de deviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port...
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1708.
I
E commence ma Lettre
par un Article qui vous
plaira , fans doute , puifque
vous y trouverez un Eloge
du Roy , fait par un fçavant
Evêque , & prononcé dans la
A iij
6
MERCURE
Chaire de verité le jour de l'ouverture
des Etats de Languedoc.
Elle fe fit par une Meffe
du Saint - Esprit , chantée en
Mufique , & au milieu de laquelle
, Mr François Chevalier
de Saulx , Premier Evêque d'Alais
, fit un Difcours tres - éloquent.
L'Eloge du Roy fut regardé
comme une des principales
beautez du Difcours qu'il
prononça . Ce Prelat dit dabord
, en parlant de Sa Majekté
, qu'il cherchoit en fa Perfonne
Royale
de plus grand , que la Gran-
- deur que les hommes eftiment
quelque chofe
GALANT 7
que ce qui rendoit fes grandes
& immortelles actions plus
confiderables , eft , qu'elles avoient
toujours eu la justice pour leur
principe , qu'elles avoient toajours
efté accompagnées d'une piété,
qui les rendoit en quelque
maniere , divines & furnaturel-
·les , puifqu'Elle les rapportoit
•toutes à Dieu.
Mr l'Evêque d'Alais entra
enfuite dans le détail dés
actions de Sa Majefté , qui
peuvent faire aller fon Regne
de pair
nos plusfaints Monarques.
L'herefie détruite. le blaf-
>
avec ceux de
A iiij
8
MERCURE
C
phême puny , les vices profcrits
; le duel deffendu , fous
des peines irremiffibles ; l'entrée
du Royaume ouverte à
tous les Princes malheureux &
dépouillez de leurs Etats ; &
des guerres entrepriſes & foutenues
pour le feul intereft de la
Religion , furent les principaux
traits de la vie du Roy , que
cet Evêque mit en oeuvre , &
dans un fort beau jour . Si nous
nous fouvenons avec joye , ditil
enfuite , de toutes fes Victoires ,
& de quelle importance elles ont
efté à l'Etat , nous ne devons pas
confiderer , avec moins de plaifir ,
GALANT 9
"
tant de vertus fi utiles à noftre
inftruction , fi propres &~
à nous
édifier, dont Dieu s'eft plû à orner
l'ame de ce Prince. Cette
pieté, que l'Auteur de toutes cho-
·fes a gravées dans le fond du
coeur de ce Grand Monarque ;
pieté qu'ilprend tant defoin d'inf
pirer , non-feulement à fa Royale
Famille ; mais auffi à tout fon
Peuple cette moderation , dont
la victoire , qui luy afait ſiſouvent
gagner
Les coeurs de ceuse
dont il avoit triomphé par fes armes;
cette grandeur d'ame, &
cette patience dans l'adverfité , qui
l'ont fait paroître auffi grand dans
to
MERCURE
fes difgraces , que dans fes plus
éclatantes profperitez ; cette tem-
·perance , qui nous fait voir ce que
peut la Religion , en nous faiſant
voir un grand Prince , qui regne
fur fes defirs ; cette douceur &
cette bonté qui
temperent en luy
le pouvoirfouverain , & qui luy
font
doublement porter l'Image de
Dieu ; ce naturel bienfaiſant , qui
affortitfibien le caractere de Gran
deur , qui eft imprimé dans for
Augufte Perfonne ; toutes ces chofes
, continua ce Prelat , doivent
plus eftre l'objet de noftre admiration
, que les étonnantes profperitez
, qui ont accompagné les
GALANT II
foixante premieres années de fon
Regne. Il dit enfuite ; que n'étantpas
montéen Chaire,pour confacrer
un éloge aux fimples vertus
du fiecle , il en avoit deftiné un
-à celles qui font un parfait Chrétien
, que laiffant à part tout
ce qui montrera à la Pofterité un
Heros en la Perfonne du Roy, il
n'avoit pretendu s'attacher qu'à
ce qui fera voir à cette même
Pofterite, en la Perfonne de ce
Prince, un Chrétien accomply ,
un Rigide Obfervateur des maximes
Evangeliques ; je ne dois
pourfuivit- il, ni donner à SaMajefté
ce qui ne luy appartient pas ,
12 MERCURE
ni dérober à Dieu ce qui luy appartient
; mais je puis admirer en la
Perfonne de ce Grand Prince , les
merveilles de la Providence , &
les Dons du Saint - Eſprit , &
comme la Religion eſt un Commerce
facré, entre Dieu & les
hommes , qui a deux parties , &
qui confifte en ce que
confifte en ce que Dieu aime
les hommes, & leur fait don de
fes Graces; & que les hommes
aiment Dieu , & luy rendent
les hommages qu'ils luy doivent :
rien ne m'empêche de chercher des
exemples de l'une de l'autre ,
dans la maniere dont le Roy fert
Dieu , & dans la maniere dont
GALANT 13
la
Dieu benit le Roy . Cela donna
lieu à Mr d'Alais , d'entrer dans
un détail exact de tout ce que
le Roy a fait pour la Religion ;
& il fit voir alors , que
Guerre que ce Prince fou
tient aujourd'huy , eft une veritable
Guerre de Religion , &
qu'ainfi , le Clergé a une double
obligation de l'aider à la
foutenir; & il exhorta tous les
Membres qui compofoient
cette illuftre Affemblée , de
faire attention aux befoins de
F'Etat , & d'en faire une tresferieufe
à la caufe qui les pro
duir. Tout ce qu'il dit fur ce
!
14 MERCURE
fujet fut tres touchant , & attira
de grands applaudiffemens
à ce Prelat.
on
Il fit enſuite l'Eloge du Roy
d'Espagne , & il fit remar
quer , que dans la conjoncture ,
où le trouvent aujourd'huy
les deux Monarchies
ne doit point regarder la naiffance
du Prince, des Afturies ,
comme un figne équivoque
de la part que le Ciel prend
dans cette grande guerre , &
qu'il ne pouvoitmieux marquer
combien il s'intereffe pour la
caufe que les deux Rois foutiennent
, qu'en donnant à l'EſpaGALANT
15 .
gne , une confolation qu'il luy
a refuſée , pendant un fi grand
nombre d'années , & fous le
Regne d'un des plus pieux Princes
qu'elle ait jamais eu . ”
Vous devez juger parce que
vous venez de lire , des grands
applaudiffemens que reçût M²
l'Evêque d'Alais . Je ne doute .
point que vous ne donniez auf.
fi de grandes louanges à un
Difcours prononcé par le Pere
le Jay , Jefuite , & l'un des Profeffeurs
de Rhetorique , au
College de Louis le Grand . Voicy
le fujet de ce Difcours qui
qui fut prononcé en Latin,
16 MERCURE
Il prouva que les pertes que la
France a faites dans la guerre
prefente , lui ont efté plus gloricufes
, que n'ont efté aux Ennemis
les avantages qu'ils ont
remportez. Il dit d'abord que
cette propofition paroiffoit paradoxe
; mais que cette verité
paroîtroit fenfible , à ceux qui
écouteroient avec attention ce
qu'il alloit dire . Il prouva dans
la premiere partie de fon Dif
cours , que les grands fuccés
que les Ennemis ont eu dans la
prefente guerre , ne leur ont
pas efté fi glorieux , que s'ils
en avoient ufé avec plus de mo
GALANT 17
deration & plus de prudence ;
& il prouva dans la feconde
partie , que l'adverfité des François
, & les pertes que la fortunc
leur avoit fait faire en les
abandonnant pour quelque
temps , avoient affuré la gloire
de leur nom. Il fit voir ,
pour
prouver la premiere Partie , ce
que les Ennemis auroient dû
faire , pour rendre leurs Conquêtes
glorieufes à leur nom;
Tufage qu'ils devoient faire de
leurs victoires , ou plutôt l'ufage
qu'en font ceux qui connoiffent
les veritables intereſts de
feurgloire , en comparant les
Fanvier 1708.
T
B
18 MERCURE
les
que
regles & les maximes qu'il po
fa pour fondement de la veritable
gloire militaire , dans
Tufage qu'un Vainqueur doit
faire de fes avantages , avec cel
les Ennemis fe font impofees
& qu'ils ont fuivies dans
leur plus grande profperité ; il
conclud delà, ou qu'ils n'avoient
pas connu leur veritable'gloire ,
ou qu'ils l'avoient negligée ;.
les faits qu'il raporta , & les
évenemens , dont il fit le détail
pour établir la preuve , parurent
juftes , & ils firent voir
qu'ilmanioitfon fujet avec dé
licateffe ; en effet fans tomber
2
GALANT
19
dans le deffaut & dans les excés
des Rheteurs & de ces Sophiftes
, contre qui Platon &
Quintilien , s'élevent fi fort ,
il fe fervit avec avantage de
tous les droits que l'éloquence
donne , & il en fit valoir tous
les Privileges .
e La feconde Partie de fon
Difcours , fut encore plus intereffant
que la premiere , &
puifqu'elle eftoit particuliere+
ment deftinée à mettre dans
tout fon jour la gloire du nom
François. La moderation du
Roy , dans les plus grandes
profperitez , & fa patience
Bij
20 MERCURE
dans les revers les moins prévûs
, & dans les difgraces les
plus fâcheufes , fervirent de
preuves à cette partie. L'exemple
du Souverain influë en ef
fet fur tous ceux qui travaillent
ou qui combattent fous
fes ordres. On ne doit donc
pas s'étonner fi ce grand Prince
ayant efté modefte dans les
fuccés les plus éclatans , & inébranlable
dans les rigueurs de
la fortune , on a remarqué cette
même modeftic & cette même
fermeté dans fes Generaux. Il
manque fouvent à la gloire des
Grands hommes , de fçavoir
GALANT 21
comment ils fuporteroient une
difgrace éclatante , & tel
qui s'en fait admirer dans une
brillante fortune , feroit quel
que fois méprifé , & paroîtroit
plus petit , fi elle l'abandonnoit
, qu'il n'a paru grand dans
les plus grandes faveurs de cette.
aveugle Déeffe . La conduite
des François aprés les fanglantes
Batailles qu'ils ont perduës 2
leur fermeté, pour ne pas perdre
le refte de leurs Troupes ,
dans les Journées où ils avoient
efté abandonnez de la fortune
; leur courage invincible ,
marqué en tant d'occafions ,
22 MERCURE
dans ces triftes Journées ; & enfin
, leur clemence à l'égard des
Prifonniers, qu'ils avoient faits,
comparée à la rigueur , avec
laquelle les Ennemis traitoient
ceux qu'ils avoient fait fur
nous,furent les moyens dont fe
fervit le Pere le Jay , pour prouver
fa feconde Partic ; & s'adreffant
enfuite au Roy d'Efpagne
, dont on voyoit le Por
trait à la gauche de celuy du
Roy , fous un dais , placé dans
le fond de la falle , il dit , que
les qualitez extraordinaires de ce
jeune Prince, & dont il fit le
détail , auroient dû l'élever fur
GALANT 23
Fun des plus grands Thrones du
monde , quand même il n'y auroit
pas efté appellé par les droits du
fang & de la nature , joints aux
dernieres volontez du feu Roy
Charles II. On voyoit dans le
cofté de la falle , qui faifoit
face au Pere le Jay , les Portraits
de tous les Generaux de
ce temps ; il les apoſtropha ,
tous les uns aprés les autres..
Les traits qui regardoient Monfieur
le Duc d'Orleans , furent
trouvez tres-beaux ; ce qu'il
dit fur la Prife de Lerida , qui
a refifté à plufieurs autres He
ros , fut exprimé dans les plus
24 MERCURE
beaux termes ; il fit remarquer
que c'étoit à l'arrivée de cePrince,
& à la terreur qu'infpira fon
grand nom, qu'on doit en partie
le gainde la bataille d'Amanza ;
& queles conquêtes desRoyaumes
d'Arragon
& de Valence
fuivirent de prés ; & en parlant
des dépenses extraordinaires
de
ce Prince pour affurer le fuccés
des armes des deux Rois ,
il dit en faifant allufion aux
bleffures que S. A. R. reçût à la
journée de Turin , qu'Elle
ménageoit auffi peu fon argent
que fon fang.
M. le Maréchal de Villars
qu'il
GALANT 25
qu'il compara à Fabius , & qu'il
fit mefme paroiftre plus grand
que ce General Romain , fut
loué par des traits particuliers
à ce Maréchal. Ses fuccés prodigieux
en Allemagne , & l'avantage
qu'il a de n'avoir jamais
reçû aucun échec , furent
tres- bien mis en oeuvre. Il s'étendit
beaucoup en parlant de
M' le Duc de Vendôme ; l'a
mour & la confiance des foldats
pour ce Prince ; fa conduite &
fes fuccés en Italic ; fa prudence
& la vigilance en Flandres
où il a arreſté dés qu'il y
parû , les vaſtes projets d'un
Fanvier 1708 .
C
;
26 MERCURE
Conquerant & d'un General ,
qui ofoit tout efperer aprés la
malheureufe Journée de Ramillies
; la bonté de fon coeur,
& enfin l'attachement qu'il a
pour les intereſts de la Couronne
& de l'Etat , furent les materiaux
dont le Pere le Jay fe
fervit pour louer ce grand Ge
neral. Ce qu'il dit de M ' le Maréchal
de Teffé fut trouvé trèsjufte
; fes fuccés en Provence
furent dépeints en tres- beaux
termes. Il mit alors dans tous
fon jour la fureur dont M
le Duc de Savoye eft animé
contre fon propre fang , & il
GALANY
2*7
la peignit avec des couleurs
bien vives ; & en s'adreſſant
à la Savoye , il ne laiſſa pas de
l'appeller plufieurs fois bienheureuſe
, d'avoir donné à la
France & à l'Espagne deux
Princeffes
qui perpetuent
le
lang des Bourbons dans ces
deux grands Royaumes
: il
parla de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne
& de celle du Prince des Afturics
, dans des termes qui exprimoient
tres- bien la joye que
les deux Nations qui doivent
un jour obeir à ces deux Princc
reflèntent de leurs naift
Ciji !
28 MERCURE
fances ; & s'adreffant enfin à
M' le Maréchal de Berwic , il
demanda à l'Affemblée fi elle
avoit pû croire qu'il eut oublié
ce Heros à qui la France &
l'Eſpagne font fi redevables ,
& que la premiere de ces Couronnes
vient de s'attacher par
de nouveaux liens ( ce qui regardoit
le Gouvernement de
Limofin ) ; la Bataille d'Almanza
; la conduite de ce Duc dans
les Cevennes & dans tous les
lieux où il a commandé ; fa
valeur & fa fermeté furent dépeintes
avec des traits qui convenoient
aux actions de ce Ma
chal
GALANT 29
Cette piece d'Eloquence
finit par une Priere pour la
Paix , & cette Priere reçût de
grands applaudiſſemens ainſi
que tout le Difcours , qui fut
prononcé d'une maniere qui
fit remarquer toutes les beautez
que la déclamation peut
fournir. L'Affemblée fut auffi
illuftre que nombreuſe , &
plufieurs Officiers du Parlement
& des autres Cours Supeainfi
rieures s'y trouverent
que plufieurs Evêques . Le
Pere le Jay eft frere de feu
M' le Jay Evêque de Cahors ,
de feu M le Jay Confeiller
C iij
30 MERCURE
au Parlement , & de M' le Jay,
aujourd'huy Capitaine aux
Gardes. Cette Famille a donné
un Premier Prefident au Parlement
de Paris . Le celebre
M' le Jay qui a donné au Public
une tres- belle Polyglotte ,
pour l'Edition de laquelle il
dépenfa tout fon bien , étoit
de cette Maifon & grand- oncle
de celuy qui donne lieu à
cet article.
Celuy qui fuit eft fur une
matiere connue de peu de
gens , & dont on ne laiffe pas
de parler beaucoup. Il reveillera
fans doute la curiofité de
A
GALANT
31
quelques
fçavans. On a vû
autrefois fur cette matiere , un
Livre qui fit beaucoup de bruit,
& qui auroit pû eftre appellé
Roman d'Erudition
, s'il m'eft
permis de parler ainfi , quoy
que l'Auteur n'euft eu deffein
en donnant ce Volume au Public
, que de fe divertir luymefme
, & d'embaraffer
l'efprit
des Lecteurs par beaucoup
de chofes qu'il n'entendoit
pas,
& qui paroiffoient
fort miſterieuſes.
Cependant
tout fon
but n'avoit cfté que de fe divertir.
Mr Berger , Affeffeur en
C iiij
32 MERCUR &
Philofophie dans l'Univerfité
de Wirtemberg, a fait foutenir
des Thefes par un de fes Ecoliers
aufquelles il a Prefidé
contre la Cabale Judaïque &
Chreftiennne
, qu'il nomme
ainfi , par raport aux Juifs
chez qui elle a eu le plus grand
cours, où l'ont puifée plufieurs
Chreftiens qui s'en font entêtez.
Je crois que la Cabale
a pris naiffance en Chaldée
d'où elle s'eft repanduë en
Egipte & dans toutes les parties
de l'Orient ; que Pythagore &
Platon l'ont connue & qu'elle
a eſté celebre parmi les Juifs ,
GALANT 33
lorſque les habitans de Samaric
ayant baſti un Temple fur le
Mont Garizim , mêlerent le
Paganiſme avec le Judaïſme ,
& qu'ils firent des deux une Religion
monftreuſe , ou comme
le remarque un excellent Au
teur un Cahos de Religion . Mr.
Berger diftingue la Cabale en
trois fortes ; fçavoir en Cabale
Artificielle qui confifte en
obfervations fur la forme des
caracteres Hebreux ; en Cabale
Dogmatique , & en Cabale
Magique ou Pratique. Chaque
partie de cette divifion fait la
matiere d'un Chapitre dans
د
34 MERCURE
une Differtation faite à l'occa
fion de cette Thefe par Le
mefme Mr Berger. La Cabale
Dogmatique , qui remplit le 3 .
Chapitre de la Differtation &
dont il eft parlé dans une des
conclufions de la Thefe , eft
felon Mr Berger , une Theologie
& une Philofophic Ora
le , partagée en Science naturelle
& en Metaphifique , dont
l'une eft fondée fur la Genefe ,
& l'autre fur la vifion d'Ezcchiel
. Cette partie de la Cabale
, bien que foutenuë par de
celebres Auteurs , n'eft felon
Mr l'Affeffeur Berger , qu'une
GALANT 35
ou
Science fauffe oppofée à la
Tradition écrite , & à la Parole
de Dieu. Cette définition fut
attaquée par les plus habiles
Theologiens de l'Univerfité ,
qui prétendirent qu'eftant une
Philofophie Symbolique ,
il eft traité de Dieu & des chofes
fpirituelles , fon but eſt
tres-bon , puifqu'il s'agit par là
de montrer aux hommes comment
ils peuvent s'élever par
leurs propres forces à l'état de
perfection & à l'union avec
Dieu. Mr Berger dit enfuite
pour définir la Cabale Magique
, que c'eſt un Art donr
36 MERCURE
quelques hommes profanes
fe fervent pour dire & faire
des chofes extraordinaires
par
le miniftere des fubftances infernales.
Mr Berger prononce
enfuite contre trois fameux
Cabaliftiques qui font Eftien
ne Rittangelius , Henry Morus ,
& Chreftien Cnorrius , & il reçut
de grands applaudiffemens.
Les articles qui fuivent , regardent
la mort de pluſieurs perfonnes
decedées il y a déja quelque
temps;mais l'abondance de
la matiere m'acable tellement
à la fin de chaque mois , que je
GALANT 37
me trouve toûjours obligé d'en
referver beaucoup pour le mois
fuivant & quelques fois mefme
pour des mois plus éloignez .
Mr Deniſe , Abbé de Saint
Paul de Sens , Chanoine &
Grand Chantre de l'Eglife de
Troyes , Predicateur du Roy ,
& ci devant Chapelain de S. M.
eft mort, aprés une longue maladie
& remplie de douleurs
tres - vives , pendant laquelle il
a donné des marques continuelles
de la plus parfaite refi
gnation aux volontez de Dieu ,
& d'une fermeté auffi chrétienne
, qu'elle eftoit heroïque. II
38 MERCURE
avoit de grands talens pour
infpirer ces fentimens aux perfonnes
qui fe trouvoient en pareille
fituation , & plufieurs que
le fang & l'amitié luy rendoient
tres - cheres , avoient efté affez
heureufes pour l'avoir auprés
d'elles , dans les derniers momens
de leur vie , & d'une vie
affez peu avancée , pourir avoir
bien de la peine à la quitter.
Il eftoit d'une famille confiderable
de Troyes , & qui a
donné d'excellens fujets à l'E
glife , à l'Epée & à la Robbe.
Parmy les talens qu'il avoit reçus
da Ciel , ili poffedoit celuy
GALANT 39
de la parole à un degré , où
peu de gens pouvoient atteindre.
Il prêchoit avec beaucoup
de zele , & beaucoup de grace.
Son éloquence eftoit connue
à la Cour. Il y avoit eu l'hon
neur de prêcher devant le Roy ;
& Sa Majesté en avoit efté fi
contente , qu'Elle luy avoit
donné une Charge de Chapelain
, & l'Abbaye dont il étoit
pourvû. Il a prêché avec le
même fuccés , à S. Gervais ,
à S. Euftache , & dans plufieurs
autres Eglifes de Paris , auffi
bien que dans celles de Troyes,
B dans la Province. L'Oraifon
40 MERCURE
Funebre de feu Mr le Comte
de Soiffons , Gouverneur de
Champagne , qu'il fit eftant
jeune ; celle de Mr Malier du
Houffay , Evêque de Troyes ;
celle de la feue Reine , qu'il
prononça à S. Euftache , &
celle de Madame de Harlay ,
Abbeffe de Noftre- Dame de
Sens , qu'il prononça auffi l'année
derniere , dans l'Eglife de
cette Abbaye , luy avoient acquis
beaucoup de reputation ;
& toutes fes grandes qualitez
luy avoient fait grand nombre
d'illuftres Amis , qui reconnoif.
foient n'en avoir pas de plus
1
GALANT
41
finceres , ni de plus folides que
cet Abbé. Je vous ay déja dit
qu'il eftoit mort d'une maniere
tres - chrétienne , & je dois
ajouter qu'il a pouffé la délicateffe
de la confcience dans fes
dernieres difpofitions à la mort ,
à un point qu'il n'eſt pas aifé
d'exprimer, & à laquelle on ne
peut donner affez de louanges.
Mrs de Chavigny , tous deux
Evêques de Troyes , qui l'aimoient
& l'eftimoient veritablement
, l'ont vû affiduëment
pendant fa maladie , & ils ont
cfté tres édifiez de la maniere ,
avec laquelle il en a foutenu
Janvier 1708 .
D
42 MERCURE
toutes les douleurs , & de la
fermeté , fans prefomption
,
& de l'humilité vrayement
chrétienne , qu'il a fait voir ,
jufqu'au dernier moment de fa
vie.
Dame Chrétienne de Lécourt
, veuve de Mr Louis le
Tonnelier de Breteuil , Chevalier
Seigneur de Boiffette, Confeiller
ordinaire du Roy en
fon Confeil d'Etat , & Controlleur
General des Finances
mort en 1685. cft morte âgée
de 89. ans . Cette Dame eftoit
mere deFrançois le Tonnelier de
Breteuil , Marquis de Fontenay,
GALANT 43
Trefigny , &c. qui a cité fucceffivement
Maiftre des Requeftes
, Intendant en Picardie
, en Flandres , & enfuite
dans les Armées du Roy , &
enfin Intendant des Finances ,
& Confeiller d'Etat ordinaire ,
mort en 1705. qui a laiffé
d'Anne de Calonne , fille de
feu Mr le Marquis de Courtobonne,
Maréchal de Camp , &
foeur de Mr leMarquis de Courtebonne
, mort Lieutenant General
des Armées du Roy ,
François- Victor le Tonnellier
de Breteuil , Confeiller aux Requeftes
du Palais , où il efttres-
Dij
44 MERCURE
eftimé , & Charles - Loüis - Augufte
, Abbé de Breteuil , qui
étant encore dans l'enfance , fe
fait déja remarquer
, par fes
manieres polies , & par fon
efprit. 2. D'Antoine , Commandeur
de Malthe & Commandant
des Galeres de France
, au fervice de la Religion ,
mort en 169 6. 3. De Claude
, Evêque de Boulogne fur
mer , mort en 169 8. 4. De
Charles Achilles , cy- devant
Commandeur de l'Ordre de
Saint Lazare , & aujourd'huy
Seigneur de Ruville , qui a
épouſé Anne - Madelaine de
GALANT 45
Teftart de la Guette , Chevalier
de Saint Michel , Lieutenant
General de l'Artillerie ,
puis General de la Marine à
Toulon , & Confeiller d'Etat
dont il a eu Charles-
Claude le Tonnellier . 5. De
Louis , Commandeur de Malthe
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy & Capitaine
au Regiment des Gardes. 6 .
D'Elifabeth , mariée au Marquis
de Saint - Blimont. 7 .
de Louis-Nicolas , Baron de
Breteüil & de Preüilly , premiere
Baronnie de Touraine,
Introducteur des Ambaffa46
MERCURE
deurs & des Princes Etrangers ,
cy-devant Envoyé de Sa Majefté
, prés des Princes d'Italie ,
qui a épousé Gabrielle. Anne
de Froullay , fille de Charles ,
Comte de Froullay , Chevalier
des Ordres du Roy , Grand
Maréchal des Logis de la Maifon
de Sa Majefté ; & d'Angelique
de Beaudean de Parabere ,
foeur de Me la Maréchalle Ducheffe
de Navailles, grand' mere
de Me la Ducheffe de Mantoue
: il a deux fils de ce ma ·
riage. Cette Dame eft coufi
ne- germaine de Mr le Maréchal
de Teffé . La Famille de le
GALANT 47
Tonnellier de Brereüil , eft originaire
de Picardie : elle a
donné fon nom à un Bourg
de Beauvoifis , appellé , Morlaine
le Tonnellier. Jean le Tonnellier
, Seigneur de Breteüil ,
fut le premier felon les Genealogistes
de cette famille )
qui entra dans les Charges de
la Robbe , fes Ancêtres ayant
toujours efté d'Epée . Ce Jean
qui fut le premier homme de
Robbe de cette famille , fut
reçû Confeiller au Grand Confeil,
en 1554. Cette Charge
eft aujourd'huy exercée par un
de fes petits-fils , Chef d'une
48 MERCURE
branche cadette de la Maifon
de le Tonnellier , & qui eft
frere de Mr le Tonnelier >
Prieur des Chanoines Reguliers
de S. Victor , & Docteur
de Sorbonne ; & du Pere Don
Pafchal , Religieux de la Chartreufe
de Paris , diftingué par
fon efprit & par fon merite.
Claude le Tonnellier , fils de
Jean, époufa Marie le Charron ,
fille de Jean le Charron,Maître
des Requeftes , Prevoft des
Marchands , & enfin Confeiller
d'Etat ordinaire . De ce Mariage
vient Claude le Tonnelfier
, deuxième du nom , Confeiller
GALANT 49
feiller , puis Procureur General
de la Cour des Aydes & en
fin ,
Confeiller d'Etat ordinaire,
qui épousa Marie le Fêvre de
Caumartin , niéce du Gardé
des Sceaux de ce nom , pere
& mere de feu Mr de Breteuil
Controlleur General des Fi
nances. La famille de Lécourt
eft ancienne à Paris : elle a don
né quelques Officiers auxCours
Superieures de cette Ville , &
elle y eft connue dés les temps
de François Premier & d'Henry
II. où elle eſtoit déja dans
une tres -grande
confideration,
Janvier 1708. E
50 MERCURE
felon le temoignage de plufieurs
Hiftoriens .
;
Dame Catherine Quantin ,
de Richebourg , veuve de
Meffire Antoine Roffignol ,
Seigneur de Juvify , Maître des
des Comptes , eft morre âgée
de 86. ans ; elle eftoit mere de
feu Meffire N.... Roffignol ,
Prefident en la Chambre des
Comptes , qui a épousé Mademoiſelle
de Pomereu ,foeur de
Monfieur de Pomereu , Maître
des Requêtes , & fille du Confeiller
d'Etat , de Dame N....
Roffignol qui a épouſé M
Croifet ,Prefident d'uneChamGALANT
51
bre des Enquêtes. La famille da
Quantin de Richebourg eſt ancienne
dans le Parlement. Madame
de Caumartin , femme
de l'Intendant des Finances ,
eft de cette maifon . Feu M
Quantin de Richebourg , Maitre
des Requêtes , & frere de
la Dame dont je vous apprens
la mort ; avoit époufé Dame
N ... de Baltazar , fille de feu
M' de Baltazar , Confeiller d'Etat
, Intendant en Languedoc,
qui avoit rempli toutes fes
Charges , & les Commiffions
dont la Cour l'avoit chargé .
avec beaucoup du fuccés , &
Eij
52 MERCURE
de Dame N... du Laurens
foeur de feu Meffire Pierre du
Laurens , Evêque & Seigneur
de Belley , Prince du Saint Empire
, & Niece de feu Meffire
Honoré du Laurens , Archevêque
d'Arles, & de feu Meffire
N ... du Laurens Archevêque
d'Embrun. Feuë Madame de
Richebourg , eftoit foeur de M
l'Abbé Baltazar , fort connu
dans le monde , par fon efprit,
& par mille aauuttrreess belles qualitez.
Cette Dame avoit plufieurs
autres freres ; mais dont
il ne reste que l'Abbé dont je
parle . M de Richebourg , fils
1
I
GALANT 53
il
decette Dame, eft aujourd'huy
Maitre des Requêtes. Ila époufé
Mademoiſelle la Garou ,
dont il a des enfans. La famille
de Quantin Richebourg,
cft connue dans le Parlement,
y a deja plufieurs fiécles , &
elle eft alliée à ce qu'il y a deplus
confiderable dans cet augufte
Corps ;fçavoir aux maifons de
le Fevre - Caumartin ,
Fevre d'Ormeffon , de Nicodai
, de Harlay , du Laurens &
de Bellievre. Cette famille ef
toit déja dans une grande confideration
, fous les règnes de
Charles VIII. & de Louis XII .
le
Eiij
54 MERCURE
fon Succeffeur , & on vit plu
fieurs Magiftrats de cette famille
, dans le Parlement de
Paris , peu de temps aprés qu'il
cut été rendu fedentaire . MⓇ de
Roffignol qui vient de mourir,
avoit beaucoup de vertu & elle
a foutenu jufqu'au dernier
moment de fa vie , la reputation
de pieté qu'elle avoit acquife.
Feu M' Roffignol fon
époux avoit cu beaucoup de
part dans les bonnes graces des
Cardinaux de Richelieu , & de
Mazarin ; ces 2. Miniftres l'avoient
employé dans des négociations
fecretes , dont ils'éGALANT
55
toit tiré au gré de ces deux Cardinaux
, qui joignirent aux
marques d'eftime qu'ils lui donnerent
, des prouves de leur liberalité
, & de leur magnificence.
Feu M' Roffignol avoit
excellé dans l'art d'Interpreter
les Lettres dont les chiffres paroiffoient
les plus impenetrables.
Frere Alexandre Cefar d'O ,
Chevalier de l'Ordre de S Jean
de Jerufalem , Commandeur
de Moify le Temple , eft auffi
decedé. Il eftoit de la bran→
che de Franconville & iffu du
fameux François d'O , Premier
Eiiij
56 MERCURE
Gentilhomme de la Chambre
du Roy Henry III . Surinten
dant de fes Finances , & Marquis
de Maillebois ; il fut le
favory declaré de ce Prince qui
couronna tous les biens qu'il
lui avoit fait , par le Gouvernement
de Paris , & de l'Ile de
France , qu'il lui donna ; ce
Miniftre cut beaucoup d'Ennémis
; mais malgré la cabale
qu'ils éleverent contre lui , il
fe maintint dans le Gouvernenement
des affaires , aprés la
mort funefte de fon maître :
il fut même fi bien dans les
bonne graces d'Henry IV.
GALANT 57
qu'il fut le feul de touts les Seigneurs
Catholiques & attachez
à ce Prince , qui ofa lui déclarer
qu'il ne devoit pas efperer
d'efirejamais paisible pofeffeur de
la Couronne qui lui eftoit échue,
s'il n'embrasfoit de bonne-heure la
Religion de fes Peres & de fes
Predeceffeurs. Illui tint ce difcours
aprés la Bataille d'Ivry ,
& dans un temps où le mauvais
état des affaires de ce Prince
, lui donna plus de hardieffe,
& aucun des Seigneurs qui
avoient été choifis pour lui en
parler de la part de la Nobleffe
Catholique , n'ofa entamer ce
58 MERCURE
difcours. M' de Thou , parle
beaucoup de M' d'O , qui fur
auffi Grand Maître de la Garderobe
il eftoit fils de N...
:
d'O , Capitaine de la Garde ou
Compagnie Ecoffoife du Roy
Henry III. & qui fe fignala
fous ce Prince , par plufieurs
actions de valeur . Il époufa
Mademoifelle de
Villequier ,
dont il laiffa des enfans ; cette
Dame eftoit d'une ancienne
maiſon , qui s'est éteinte dans
celle
d'Aumont , par le mariage
de
l'heritiere de cette maifon ,
avec le Marquis de Chappes.
Mª le Marquis de Maillebois ,
GALANT 59
eut plufieurs freres , & plufieurs
foeurs , & ce fut par leurs
mariages que fa maiſon s'allia
à celle de Clermont-
Tallart , & à plufieurs autres
de diftinction. L'Abbé de S.
Julien fon frere , fut tres eftimé
dans fon temps . La maifon d'O
eft alliée à celle de CaillebotlaSalle
, à caufe d'une fille de
la maifon d'O , qui entra dans
celle de Caillebot - la - Salle ,
au commencement du dernier
ficcle.. Mr d'O que le Roy
vient de nommer Lieutenant
General de fes Armées Navales,
cft proche parent de celui qui
60 MERCURE
vient de mourir.
a
M de Lanmary , ancienne
Abbeffe de Liqueux eft morte
âgée d'environ 82. ans . Elle
s'eftoit démife , il ya plufieurs
années de fon Abbaye , & le
Roy la donna en même temps
à M de Lanmary , fa Niece ,
qui gouverne aujourd'huy cette
maiſon avec tout l'applau
diffement poffible. L'Abbeffe
qui vient de mourir eftoit fille
de Meffire Marc - Antoine de
Beaupoil de Saint Aulaire , Seigneur
de Lanmary , de Coutu
re , &c. & de Dame Gabrielle
d'Alegre. Je vous ay parlé plu
GALANT 61
fieurs fois de la maifon de Beaupoil
de Saint Aulaire , originaire
de Bretagne , & établie en
Limofin , il y a prés de quatre
fiécles : celle de Lanmary en eft
fortie. Elle a pour chef prefen
tement , Mr leMarquis de Lanmary
, grand Echanfon de
France , qui marche fur les traces
de fon illuftre pere . L'Hif
toire de Bretagne de Don Lobineau
, fait mention de l'antiquité
de la maifon de Beaupoil
; Morery en parle auffi
fort amplement ; le Pere
Meneftrier en a mis les armes
dans fon Blazon ; elles font de
62 MERCURE
gueuless à trois couples de
chiens d'argent.
Les articles que vous venez
de lire , ont dû vous faire d'autant
plus de plaifir , que tou
res les femmes dont il parle ont
vêcu longtemps , l'une eſtant
morte à l'age de 82. ans ,
les deux autres agées de 86 .
& de 89. ans.
re
&
Mr Barthelemy Vion , Chevalier
Seigneur d'Herouval eft
mort , fort regreté de tous ceux
qui le connoiffoient , à caufe de
l'exacte probité dont il a fait
profeffion toute la vie . Il eftoit
frere de Mrd'Herouval , AuGALANT
63
diteur de la Chambre des
Comptes ; de Mr d'Herouval ,
Docteur de Sorbonne , Chanoine
Regulier & Bibliothecaire
de Saint Victor ; & de
Mr l'Abbé , d'Herouval auffi
Docteur de Sorbonne , Curé
de Sainte Geneviève des Ar
dens. Ils font tous fils de feu
Mr Vion d'Herouval , auffi
Auditeur des Comptes , dont
la memoire eſt chere aux gens
de Lettres , à qui fa maiſon ef.
toit ouverte en tout temps ,
& à qui il fe faifoit un plaifir
de communiquer fes lumieres
en quelque temps qu'on le vint
64 MERCURE
une
confulter : il avoit une tresbelle
Bibliotheque , & quantité
de Recueils , dont il faifoit
fouvent part aux Sçavans ; le
témoignage que je lui rens ,
lui a été rendu avantmoy , par
l'illuftre Mr du Cange qui en
infin¹té d'endroits de fon
Gloffaire , cite Mr Vion d'Herouval
, & reconnoît qu'il tient
de lui ce qu'il faporte. La famille
de Mr Vion d'Herou ·
val eft fort ancienne à Paris ,
& elle a donné plufieurs
Officiers aux Cours Superieures.
Il femble que l'amour.
des Sciences & des belles Let
GALANT 65
ceux
tres ait
caracteriſé tous
qui en font fortis . Celui qui
donne lieu à cet article , les
à cultivées toute fa vie , & il
y a fait beaucoup de progrésil
eft mort dans un
âge peu avancé.
3
Dame N... de Crevant ,
Abbeffe de Marquette en Flandres
, eft auffi decedée. Elle
eftoit fille de Louis de Crevant
Marquis d'Humieres ,
Gouverneur de Compiegne &
Capitaine des Cent Gentilhommes
dits au Bec- de - Corbin
, & qui ne fervent le Roy
que dans les grandes Cere-
Fanvier 1708.
F
66 MERCURE
monies ; & d' Ifabelle Phelypaux
, fille de Raymond Scigneur
d'Herbaut , Secretaire
d'Etat , niece du celebre Hercules
de Crevant , Marquis
d'Humieres , Premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy , tué au fiege de Royan ,
fans pofterité , foeur de feu
Louis de Crevant 4° . du nom
Marquis d'Humieres , Maréchal
de France Gouverneur
de Compiegne , de Lille , enfuite
Gouverneur General des
Villes conquifes dans les Païs
Bas , & enfin de Normandie.
Ce Maréchal n'a laiffé de Dame
GALANT 67
Loüife Antoinette Therefe de
la Châtre , qu'une fille unique
qui a épousé le fecond fils de
feu Mr le Duc d'Aumont
qui a pris le nom de Duc d'Humieres.
La maifon de Crevant
eft orignaire de Touraine ;
elle y eftoit déja dans une
grande confideration dans le
14. fiecle. Louis de Crevant
Aycul de la Dame dont je
vous apprens la mort , Capitaine
des Cent . Gentilshommes
au Bec - de - Corbin , fait
Chevalier des Ordres du Roy ,
époufa Jacqueline d'Humieres
Dame de Monchi , fille de
Fij
68 MERCURE
,
Jacques d'Humieres Marquis
de Monchi Gouverneur de
Peronne & Chevalier du S.
Elprit . Cette Dame a fait
prendre le nom de Crevant
à la maifon d'Humieres. Il Y
a quelques autres branches
de cette maifon dont eft for
tie M la Marquife de Saint
Georges. M ' l'Abbeffe de Marquette
, a efté fort regrettée de
toute la Communauté
MI N... Baudet de Beau
regard , Prieur Commendataire
du Prieuré de S. Robert ,
Dioceſe deGrenoble, & Licencié
en Theologie de la Faculté
GALANT 69
de Paris , eft mort dans de
grands fentimens de pieté , &
aprés avoir édifié pendant plufieurs
années la Province de
Dauphiné , par l'eclat de fes
vertus. Il avoit fait fes études .
en Sorbonne avec beaucoup
de fuccés , & il s'eftoit fort
diſtingué dans ſa Licence . Il
s'eftoit depuis ce temps - là
fort attaché aux matieres de
-Controverfe , & il y avoit fait
de grands progres ; il s'eftoit
auffi attaché à la Jurifprudence
Canonique , & il avoit
prouvé en plufieurs occafions.
qu'on ne peut mieux entendre
70
MERCURE
les matieres Ecclefiaftiques qu'
il les entendoit . Il eftoit frere
d'un Confeiller au Parlement
de Grenoble , & d'une famille
fort ancienne dans ce Parlement
,
ciennes
de la Province
. Cette
famille
eft
connue
dans
le
Parlement
de Dauphiné
, dés
le temps
que le Dauphin
Louis
qui fut enfuite
le Roy
Louis
XI. érigea
le Confeil
Delphinal
en Parlement
; il employoit
même
auprés
de fa
perfonne
un Officier
de cette
famille
, & qui eftoit
du Confcil
Delphinal
.
& alliée aux plus an-
1
GALANT 51
Les morts frequentes n'empêchent
pas que les mariages
ne foient frequens , & fur
tout en cette faifon .
Mr Henry de Guenegaud ,
Marquis de Plancy , né en l'année
1647. & diftingué par fes
longs fervices , a époufé Mlle
de Merode , foeur de Me la
Ducheffe de Holftein . Ce Marquis
eft frere de feu Mr Ga
briel , Comte de Montbriffon ,
bleffé le 24. Novembre 1668 .
devant Candie , d'une grena
de , dont il mourut le 9. de
Decembre fuivant ; de Roger ,
Marquis de Plancy , Mestre de
72 MERCURE
Camp du Regiment Royal de
Cavalerie , mort à Frefne le 7 .
Septembre 1672. de Cefar ,
Vicomte de Semoine , mort
en 1668. âgé de 18. ans ; d'Emanuel
de Guenegaud , Chevalier
de Malthe , dit le Chevalier
de Plancy Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de
Bourgogne
, Maréchal
de
Camp , mort en 1706. de feuë
Claire Benedicte
, née en 1646 .
& mariée l'an 1665 à Juſt Jofeph-
François de Tournon
de
Cadar -d'Ancezune
, Duc de
Caderoufe
, morte en
& d'Angélique , veuve de Fran
çois
GALANT 73
çois, Comte de Boufflers, Licutenant
General au Gouvernement
de l'Ile de France , &
frere du Maréchal de ce nom ,
mort le 14. Février 1672. ils
eftoient tous fils de feu Mrc
Henry de Guenegaud , Marquis
de Plancy , Comte de
Montbriſon, Vicomte de Semoine
, Baron de Saint Juſt ,
Seigneur du Pleffis & de Frefne,
Secretaire d'Etat , & Garde
des Sceaux des Ordres du Roy ;
& de Dame Ifabelle de Choi
feuil , fille puînée de Charles ,
Marquis de Praflin , Chevalier
Fanvier 1708 G
74 MERCURE
#
des Ordres de S, M. & Maréchal
de France ; & de Claude
de Lazillac ; il eftoit frere de
Claude de Guenegaud , Seigneur
du Pleffis , & c . Trèforier
de l'Epargne , qui époufa en
1647. Claude Alfonfine de .
Martel , dont il eut Mr le Marquis
de Biville, tué dans Bonne ,
avec le Chevalier de Guenegaud
fon frere en 1689. N ..
dit l'Abbé de Guenegaud , qui
vit aujourd'huy , & N .. de
Guenegaud , mariée à Mr le
Marquis deLiflemarivaut , Lieutenant
General des Armées du
Roy. 2. De François de GueGALANT
75
megaud , Seigneur de Lonzac ,
Confeiller au Parlement de Paris,
& Prefident aux Enquê
tes,mort fans pofterité . De Renée
, femme de Jean de Seve ,
Seigneur de Plottart , Prefident
en la Cour des Aydes de Paris.
De Marie , femme de Claude
Loup , Seigneur de Bellenave
Maréchal de Camp.
*
De Jeanne , Prieure de l'Hôtel-
Dieu de Pontoife . Et de
Madelaine, qui époufa en 1645.
Cefar Phebus d'Albret , Comte
de Mioffens , Maréchal de
France , belle- foeur de Me la
Comteffe de Mioffens , bel ef-
Gij
16 MERCURE
prit de ce temps . Mlle de Merode
, qui vient d'époufer Mr
le Marquis de Plancy , eft fille
de Mr le Marquis de Trelon
Comte de Merode.
Me la Comteffe de Merodé
eft foeur de Claudine de Fabert
, Comteffe de Cailus ,
mere de Mr l'Evêque d'Auxerre
; & d'Angelique Fabert ,
mariée en 1669. en premieres
noces , avec Charles de Brulart
, Marquis de Genlis , dont
elle a eu Me la Maréchale Ducheffe
d'Harcourt ; & en deuxiémes
, avec feu Mr le Marquis
de Beuvron ; François
GALANT 77
d'Harcourt , Lieutenant Gencral
au Gouvernement de Normandie
, Chevalier des Ordres
du Roy , dont elle a eu Mr
le Comte de Cezane , qui a
époufé N .. de Némond ; &
feu Mr l'Abbé d'Harcourt .
Toutes ces Dames étoient filles
de Mre Abraham de Fabert ,
Maréchal de France , Gouverneur
de Sedan ; & de Claude
Richard de Clevant fon Epoufe
, morte à Paris le 3. Février
1661. Tous les fils de ce
Maréchal fon morts en bas
âge . Louis , dit le Marquis de
Fabert , Gouverneur de Sedan ,
Güij
78 MERCURE
& Colonel du
Regiment de
Lorraine , fut tué au combat
de Candie le 25. Juin 1669 .
Nicolas & Abraham , font
mort en bas âge.
La Maiſon de Merode eft
originaire du Brabant : elle
eftoit déja dans une grande
confideration , fous les Comtes
de Flandres . Lorfque Ferrand
, Comte de Flandres , fut
fait priſonnier à la Bataille de
Bouvines , il avoit à ſes côtez
un Sire de Merode , qui écha
pa des mains des François ,
par un coup affez heureux , &
qui fe fauva en Allemagne ,
GALANT 79
traveſti ; & ayant enfuite obtenu
des paffeports , il vint voir
plufieurs fois le Comte fon
Souverain , dans la groffe tour
du Louvre , où il eftoit étroitement
gardé. La Maiſon de
Merode a paru auffi , avec
éclat , fous les derniers Ducs
de Bourgogne , & à la Journée
où le Duc de Bourgogne
,
Charles le Guerrier fut tué devant
Nancy , il eftoit accompagné
de deux Seigneurs de la
Maifon de Merode' , qui luy
rendirent les derniers devoirs ,
& qui firent éclater leur douleur
, d'une maniere tout - à-
1
G iiij
80 MERCURE
fait touchante. Cette Maifon
eft alliée à celles d'Egmont , de
Horn , de Naffau , de Brandebourg
, de Dannemarc - Oldembourg
, & à celles de Savoye
& de Bade. Feu Mr le
Comte de Merode s'eftoit dif
tingué dans le fervice , où il
avoit donné des preuves de fa
valeur, en qualité de Lieutenant
General des Armées du Roy.
Mr le Baron de Fournier ,
Chambellan & Capitaine des
Gardes du Corps de S. A. R.
Monfieur le Duc de Loraine ,
a époufé Me de Lopez- Gallo ,
Chanoineffe de Remiremont,
GALANT 81
Mr de Chamilly, Evêque &
Comte de Toul , a fait la céremonie
des époufailles , dans
I'Eglife de Noftre - Dame de
Nancy. Ce Baron eft neveu ' de
Mr l'Abbé de Fournier , Grand
Aumônier de Lorraine , connu
par fa vertu & par fon merite ,
qui le diftinguent dans cette
Cour , encore plus que fa naiffance
& que la dignité dont il
eft revêtu . Mr le Baron de Fournier
a porté les armes dans fa
jeuneffe , & a fervy fous les
1
ordres de feu Mr le Duc de
Lorraine , & ila donné , en diverfes
occafions , fous ce grand
82 MERCURE
General , des marques de fon
courage : les emplois dont il
eft revêtu à la Cour de Lorraine
, l'attachant indifpenfablement
à la perfonne du Duc
fon Maiftre , il a efté obligé
de quitter le fervice : il eft
allié à toutes les meilleures
maifons de Lorraine , fçavoir ,
à celles de Lenoncourt , de
Nettancourt, d'Apremont , du
Chaftelet , & de plufieurs autres
auffi confiderables ; & l'on
peut dire qu'il eft allié à toute
l'ancienne Chevalerie de Lorraine.
Il eft auffi allié aux Maifons
de Neuville - Villeroy
GALANT 83
& de Harlay ; & lorfque Mr
l'Archevêque de Lyon fit fes
preuves dans le temps qu'il
fut fait Commandeur des Ordres
du Roy , il mit une Fournier
dans les quartiers de fa
mere , qui eftoit de la Maiſon
de Harlay.
Mile de Lopez- Gallo , eſt
d'une tres -ancienne Maifon ,
originaire d'Allemagne , & qui
a poffedé de grandes Dignitez
en Lorraine , dés le 16
fiecle. Le Chapitre de Remiremont
, où cette Damoiſelle
a paffé les premieres années
de fa jeuneffe , eft des plus
84 MERCURE
illuftres de l'Europe ; & les
preuves de Nobleſſe s'y faifant
, avec la plus grande exactitude
, il ne faut pas d'autre
preuve de la grandeur de l'origine
de Me la Baronne de Fournier
, que l'avantage qu'elle a
eu d'y eftre reçûë , en qualité
de Chanoineffe . Les Dames de
Remiremont ne font jamais
de grands voeux ; de maniere
qu'elles peuvent toujours quitter
la Religion . L'Abbeſſe &
les deux autres premieres Dignitez
, font feules obligées de
faire ces voeux . C'eft une fille de
Mr le Duc de Lorraine qui
A
GALANT 85
eft aujourd'huy Abbeffe de
ce célebre Monaftere , quoi
qu'elle n'ait pas encore fix ans.
Mr l'Evêque de Toul , en donnant
la Benediction Nuptiale
à ces nouveaux époux , leur fit
un Difcours tres touchant , fur
les devoirs des perfonnes qui
s'engagent dans le mariage.
L'Article qui fuit , merite
d'autant plus d'attention
,
les deux Lettes que vous y
trouverez ont eſté écrites par
un homme que je crois le
J
Doyen
du
genre
humain.
que
Mr l'Abbé de Cambefort ,
Curé de Noftre- Dame de Bon86
MERCURE
ne-Nouvelle de Paris , eftant
allé prendre poffeffion de l'Abbaye
de Maurs , Dioceſe de
S. Flour , dont il a plû au Roy
de le gratifier , à eu l'honneur
de porter
à Sa Majeſté , & à
une Dame d'une tres - grande
confideration , deux lettres ,
éctites de la propre main , &
fans lunettes , par Mr le Marquis
de Naucaze , qui peut
paffer pour le plus vieux Ĝentilhomme
du Royaume , puifque
fon pere fut marié , il y a
cent onze ans , & qu'il eſt venu
au monde peu de temps
aprés ce mariage . La Terre de
GALANT 87
ce Marquis eft dans le voisinage
de Maurs. Il eſt d'une des plus
anciennes Nobleffes d'Auvergne
; & fa vieilleffe eft d'autant
plus heureufe , qu'il jouit d'une
parfaite fanté , qu'il a le jugement
tres folide ; l'efprit vif;
les yeux bons , & la main ferme
, fes lettres eftant remplies
de bon fens & bien peintes.
Mr l'Evêque de Saint Flour ,
de la Maiſon d'Eſtaing , faifant
en 1700. la vifite de fon
Diocefe , dont ce digne Prelat
n'eft jamais forti que pour les
affaires & pour les Affemblées
du Clergé, baptifa fon petit88
MERCURE
fils ; & Mr le Marquis de Naucaze
eftoit alors âgé de plus
d'un fiecle ; l'on n'a vû dans
fa Maiſon que d'illuftres alliances
, depuis pluſieurs fiecles : de
forte que fes enfans pourroient
eftre reçûs dans les Chapitres ,
où l'on fait les plus rigoureuſes
preuves de Nobleffe.
Mre Antoine de Naucaze ,
,
fon pere , époufa , le 28. Aouſt
1597. Dame Jacquette de
Bourdeille heritiere de la
Maifon de Montance ; vous
connoiffez l'ancienneté , & les
illuftres alliances de la Maiſon
de Bourdeille. On voit dans des
GALANT 89
par Philihommages
, rendus
bert de Bourdeille , Seigneur
de Montance , à Henry le
Grand , que ce Prince les qualifioit
de fes tres- chers & bien
Amez Coufins. Mre Claude de
Naucaze , qui a écrit les lettres
que vous allez lire , époufa , le
9 Novembre 1660. Dame
Rofe d'Hautefort Saint - Chamant
, tante de Mr le Comte
d'Hautefort, premier Cornette
des Moufquetaires noirs.
1
Mre N.. de Naucaze , qui
a cu l'honneur de fervir le
Roy , en qualité de Page de
La grande écurie , & dans fes
Janvier 1708 .
H
90 MERCURE
Dragons , a époufé N .. de la
Roque- Dafinieres , de la mai--
fon d'Apcher ; & N .. de
Naucaze , fa four , a épousé
Mr le Marquis de Verdalle. -
Je ne vous dis rien de l'ancienneté
de cette illuftre Maifon
, puifqu'elle eſt affez connue
, & je ne vous parle point
icy de toutes les marques de
confiance & de diftinction
dont les Seigneurs de Naucaze
onteſté honorez par nos Rois.
en recompenfe de leurs fervices.
Mr l'Evêque de Saint Flour.
Mr le Blanc , Intendant d'Au
GALRNT 91
vergne , & toute la Province ,
font temoins , ainsi que Mr
l'Abbé de Cambefort ,
Pheureuſe vieilleffe de Mr le
dc
Marquis de Naucaze , qui n'a
point encore ceffé de manger
maigre les Vendredis & les Samedis
, & même pendant tout
le Carême , & qui efpere avoir
l'honneur de venir offrir au
Roy , fon petit fils , pour Page
de fa Chambre . Ce jeune
Seigneur eft fort accomply.
Voicy les copies des deux lettres
, qui ont efté écrites en
moins d'une heure de temps ,
en preſence de plufieurs per-
Hij
92 MERCURE
fonnes ; il y a même une dous
ble copie de celle de Sa Majefté
, la premiere s'eſtant trouvée
écrite en trop petit papier.
On doit obferver que le pere
de Mr le Marquis de Naumourut
, âgé de
caze
و
8.
ans , & que Jacquette de Bourdeille
fa mere , mourut âgée
de 99. de maniere qu'ils font
entr'eux trois plus de trois fiecles
; & l'on peut dire , d'eux ,
ce que dit l'Apoftre ; fçavoir
que la fageffe & la vertu font
hereditaires
dans leur maison.
VAS SUUM POSS EDIT
IN HONORE ET SANCTITATE,
GALANT 93
*
SIRE ,
Le Marquis de Naucaze ,
de vôtre Province d'Auvergne
dont le pere fut marié il y a
cent onze ans , avec Jaquette de
Bourdeille , heritiere de la maison
de Montances , & qui eft venu
au monde peu de temps aprés ce
mariage ; oze prendre la liberté.
d'écrire de fa propre main ,
fans lunettes , à Votre Majefté ,
pour l'affurer qu'il y a plus d'un
fiécle qu'il a fait des voeux pour
les Rois , Predeceffeurs de Vôtre
Majefté ,pour laquelle , il n'a cef-
ن م
94 MERCURE
de
fe, & ne ceffera de sa vie d'en
faires quelque avancé qu'il foit en
age , il efpere de ne pas mourirfans
que Dieu lui faffe la grace
voir Votre Majefté , mettre le
dernier comble àfa gloire , en donnant
la paix à l'Europe , & en
forçantfes Ennemis de l'accepter :
il efpere auffi quepour le bonheur
de la France , & de l'Espagne ,
Vôtre Majefté , verra comme lui
la fixiéme generation ; comme il
n'a rien vú , ni lû dans les Regnes
precedens , qui égale les merveilles
de celui de Vôtre Majeffé,
il a prefumé defes bontez qu'Elle
ne defaprouveroit
pas que le plus
GALANT 95
V
vieux Gentilhomme defon Royaume
, ne fe refufât pas la confolation
d'affurer Votre Majefté qu-
Elle n'a point de fujet qui foit plus
fenfible que lui , fur les bénedic
tions que Dieu répand furfa Sacrée
Perfonne , & fur toute fon
Augufte Maifon , ni quifoit avec
un zele plus refpectueux & plus
Loumis.
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE
B Le tres humble , & tres obeï (fant -
& tres-fidele ferviteur & fujet ,
NAUCAŻE.
A Naucaze le Decemb. 1707.
96 MERCURE
*
La Lettre qui fuit eft du mê
me Marquis . Elle eft adreffée
à une Dame de la Cour , dont
le merite eft fi fuperieur , &
les vertus fi connuës , que je
ne doute point que l'on ne devine
d'abord fon nom , & fur
tout lorfque l'on fçaura qu'elle
employe tout fon temps à faire
du bien , & à travailler au foulagement
des malheureux .
MADAME ,
Le Marquis de Naucaze , qui
a l'honneur de vous appartenir ,
par Jacquette de Bourdeille , fa
mere >
GALANT 97
mere, heritiere de la maison de
Montances, & qui avecfes Pere
Mere ,fontplus de troisfiécles;
ofe prendre avec vous, Madame,
la même liberté qu'il s'eft donné
d'écrire de fa propre main , &fans
lunettes , au Roy , perfuadé, Madame,
que Sa Majesté, ni vous ,
ne defaprouveriez pas , que
le plus vieux Gentilhomme du
Royaume , qui a vu la fixiéme
generation , & qui efpere
voir la feptiemé , vous affurât
de fon tres - humble refpect,
vous demandát , Madame
, l'honneur de vôtre prorection
pour lui
Janvier 1708. 1
pour fa
98 MERCURE
0
maifon dans laquelle depuis
nombre de fiécles , il n'y a
eu que d'Illuftres Alliances ;
fi fa petite fortune répondoit
l'ancienneté de fa Nobleffe ,
il n'auroit pas pris la liberté
de vous écrire , Madame, mais
il fe feroit donné , avant de
la fatisfaction de
à
mourir
f
vous faire fa Cour ; il fe
fent encore affez de forces,
& de vigueur pour aller
vous affurer lui même , comme
il fait que perfonne au monde
ne fait de voeux plus ardents ,
plus finceres pour votre fanté
; Madame , & pour celle du
I
GALANT 099
Roy, nepeut être avec unrefpectplus
foumis.
MADAMEJA ..
Vôtre tres-humble & tres obei
fant ferviteur ,
NAUCAZI
A Naucaze , en Auvergne.
ce 10. Decembre 1707.
On doit juger du grand
travail de Mr de Fer , Geogra-
-phe du Roy , de Monfeigneur
le Dauphin , & de S. M. C.
puifque depuis 28. ans , je vous
onvoye , à la fin de chaque ansnée
, un catalogue des Cartes
Iij
100 MERCURE
que ce laborieux Geographe
a fait graver pendant le cours
de l'année. Voicy celuy de
l'année 1707.
Degrandes Cartes d'Italie , de
Lombardie e de France.
gne.
Un tres-beau Plan de Paris.
Toutes les Provinces d'Efpa-
Une Cartede la Terre- Sainte,
ancienne moderne.
Les Illes Britanniques.
Une Franche-Comté, ou Com
té de Bourgogne.
Une Carte de la Principauté
de Neufchâtel, de Vallangin.
Comme plus ons'applique à
GALANT 101
l'Art dont on fait profeffion ,
plus on devient habile dans cet
Art , il y a lieu de croire que les
ouvrages de Mr de Fer doivent
eftre parfaits , puifque peu de
gens ont plus travaillé que luy .
Son Livre de l'Introduction
à la Geographic , eſtant ſous
la Preffe , depuis long- temps , il
y a lieu de croire qu'il tiendra
parole au Public , & que ce Livre
fe debitera au mois de Février
prochain.
a
Il paroit un Livre nouveau ,
imprimé à Chambery , chez
J. Gorin , Imprimeur , demcurant
devant le Senat , qui a
I iij
102 MERCURE
pour titre : Explication Phifique
& Mechanique des effets de
la Saignée de la Boisson , dans
la cure des maladies , re. C'eft
une feconde édition du même
Traité , qui parut il y a prés
de 18. mois , Elle eft augmentée
d'une réponſe , que Mr
Hecquet , Docteur & Profeffeur
en Medecine , Auteur de
ce Livre , fait à une Critique ,
faite contre fon Explication de
la Saignée , lorfqu'elle parut la
premiere fois. Cet ouvrage eft
compofé de deux Thefes , qui
femblent differentes , mais qui
font affez conformes
, comme
GALANT 103
7
on le peut voir par l'uniformité
de leurs principes
, par
le temps , où elles ont efté foutenues
dans les Ecoles de Médecine
de cette Ville , par la
methode qu'on a fuivie , & par
le but enfin qu'on s'y eft propofé
. La thefe fur la faignée .
contient le plan d'une phifiologie
, auffi fûre , qu'elle paroit
nouvelle , puifque tout y oft
eftably fur des obſervations ,
des faits & des calculs , que
l'experience de ce qui fe paffet.
dans les maladies , nous aprend
eftre la maniere la plus certaine
, ou pour mieux dire , la
I
iiij
104 MERCURE
moins incertaine , pour raifon
ner en Medecine. Cet Auteur
fait voir , dés le commencement
de fon Livre , que la faignée
eft le remede qui fuplée
le mieux au deffaut de la tranf
piration , qu'il appelle , avec
raifon , l'évacuation maîtrese &
principale , puifqu'elle eft la
plus confiderable , la plus neceffaire
& la plus abondante ;
la plus confiderable , parce qu'el
le eft le but , le terme , & la
regle des autres ; la plus neceffaire
, parce perfonne ne s'en
peut paffer , & la plus copieufe ,
puifqu'elle feule diffipe , plus
GALANT 105
»
que toutes les autres évacua
tions enſemble ; & cer Apologiſte
de la Saignée , ajoute
qu'on ne perd pas plus dans l'efpace
de 15. jours, par les évacuations
ordinaires , que l'on fait dans
un feul jour, par la tranſpiration.
Il fait voir enfuite le danger
qu'il y auroit à craindre , fi la
trituration
ne fe faifoit pas ,
comme il faut , parce que le
fang fe trouvant moins leger .
& mal pêtri , oppoferoit au
coeur & aux arteres, un obftacle
plus difficile à furmonter. Mr
Hecquet , Auteur de ce Traité
eft l'amy de confiance du cé106
MERCURE
lebre Mr. Baglivy , Medecin
Romain , à qui il a procuré une
édition de ſes ouvrages.
Je paffe a l'article des Benefices
, donnez par le Roy ,
la veille de Noël. Vous trou..
verez dans cet article , qui en
contient plufieurs autres , beaucoup
de chofes curieuſes.
L'Archevêché
de Rouen, qui
vacquoit par la mort de Mre
N ... Colbert , ainfi que je
vous l'ay déja appris , fut donné
le jour de cette nombreuſe
Promotion , à Mre Claude
d'Aubigné , Evêque Comte
de Noyon , Pair de France ,
GALANT 107
1
Abbé de la Victoire , Dioceſe
de Senlis , & cy-devant Abbé
de Poitiers , Diocefe de Lan,
gres. Ce Prelat eftoit Deputé
du 2 ° Ordre de la Province
de Bordeaux , à l'Affemblée
generale du Clergé de 1685 .
avec Mr l'Abbé de Vaillac . Il
s'eſt toujours tres- appliqué à
foutenir la pureté de la faine
Doctrine. Ileft grand Theologien
, & fort attaché au gouvernement
de fon Eglife . Il eft
fort eftimé de tous ceux qui le
\ connoiffent , à caufe de fa
grande affabilité , & de fes manieres
honorables .
108 MERCURE
Mr le Marquis de Tigné &
cet Archevêque , font les at
nez de la famille de ce nom .
La branche cadette eft celle de
Madame de Maintenon , &
elle finit en la perfonne de
Me la Ducheffe de Noailles . La
fils de Mr le Marquis de Tigné
appellé Comte d'Aubigné , eft
Colonel du Regiment Royal ,
& le dernier de cette famille.
Il avoit un coufin - germain
qui fut tué à Ramillies , à la
tefte de fon Regiment de Dra
gons.
Saint Nicaife eft le premier
Evêque de Rouen dont le
GALANT 109
nom eft venu juſqu'à nous.
Douze de fes fucceffeurs ont
efté reconnus pour Saints.
Clement V I. fut Archevêque
de Rouen avant que d'eftre
élevé fur la Chaire de Saint
Pierre. Cette Eglife a auffi
donné 13. Cardinaux au facré
College , dont deux ont efté
du fang Royal de France , &
plufieurs Chanceliers à ce
Royaume. Les Papes Martin
IV. & Gregoire XI . ont efté
Archidiacres de l'Eglife de
Rouen. Ce Chapitre eft compofé
de 50. Chanoines , dont
il y a dix Dignitez , qui font le
110 MERCURE
Doyen , le Chantre , le Treforier
, fix Archidiacres
, & un
Chancelier , fans parler de
huit moindres . Chanoines
& d'un tres-grand nombre de
Beneficiers
& de Chapelains.
Les Archidiacres
ont fous eux
27. Doyennez Ruraux , dans
lefquels on compte 1 388. Pa
roiffes , dont il y en a trente
dans la Ville de Rouen & cing
dans les Fauxbourgs. Il y a auffi
vingt - fix Abbayes dans le
Diocefe , en comprenant
celles
de Saint Ouen & de Saint Amand
, qui font dans Rouen.
On trouve dans cette Ville &
I
GALANT M
1
dans les Fauxbourgs 24 Maifons
Religieufes d'Hommes ,
& dix de Femmes . L'Eglife
Metropolitaine eft fous le vocable
de Notre - Dame. On y
voit une Cloche eftimée unc
des plus grandes du monde. On
l'appelle George d' Amboife , parce
qu'elle fut faite par ordre du
Cardinal de ce nom , Archevêque
de Rouen. Le Trefor de la
Sacriftic eftoit bien plus confi
derable avant qu'il cuft efté
pillé par les Proteftans dans le
feizienie ficcle. Les Archevêques
de Rouen , qui ont le titre
de Primats de Normandie , fe
112 MERCURE
font fouftraits de la Primatie de
Lyon depuis l'an 1457. que le
Cardinal d'Eftouteville obtint
cette exemption du Pape Ca
lixte II , & tout recemment feu
M' Colbert dernier Archevêque
de Rouen a fait confirmer
par un Arreft du Confeil d'E
l'independance de fon Eglifedecelle
de Lyon . Les Suffragans
de Rouen font Bayeux , Avranches,
Evreux , Seez , Lifieux
& Coûtances. M' de Medavy ,
Predeceffeur immediat de M
Colbert , avoit fuccedé à feu
M' de Harlay , qui fut transferé
à l'Archevêché de Paris ,
tat,
GALANT 113
aprés la mort de Mª de Percfixe
, & M' de Harlay avoit cu
l'Archevêché de Rouen aprés
M de Harlay fon oncle , dont
la memoire eft encore en veneration
dans l'Eglife de Rouen ,
qu'il a édifiée par les vertus , &
qu'il a enrichie par fes bienfaits
& par fes ouvrages.
Sa Majefté a nommé M
François de Chasteau - neuf de
Rochebonne , Chantre , Cha
noine , Comte de Lyon , & l'un
des Grand-Vicaires de Poitiers ,
à l'Evêché de Noyon , qui eft
une des douze anciennes . Pai
ries de France. Ce Prelat cft
Janvier 1708. K
114 MERCURE
fils de Charles de Chafteauneuf,
Comte de Rochebonne ,
Commandant pour le Roy
dans les Provinces du Lyonnois
, Foreft & Beaujollois , cidevant
Mcftre de Camp du
Regiment de la Reine ; & de
Dame Therefe de Grignan ,
foeur de François - Adhemar de
Monteil , Comte de Grignan ,
Chevalier des Ordres du Roy ,.
& fon Lieutenant General en
Provence. La Maifon de Châ
teau- neufeft ancienne dans l'Eglife
de Lyon , où les Seigneurs
de ce nom font revêtus depuis
long- temps du titre de Comte
GALANT 115
de Lyon. Il y a prefentement un
frere & un oncle de ce nouveau
Prelat dans ce Chapitre , où
Fon fe fouvient encore d'y
avoir vû le Comte de Rochebonne
, un de fes grands oncles.
Ce nouvel Evêque eft Docteur
de Sorbonne de la Maifon de
Navarre. Il eftoit de la Licence
qui finit en 1699. & que l'on
nomme aujourd'huy par excellence
Licence de Mr l'Abbé de
Soubize , à caufe que cet illuftre
Prelat prefentement Evêque de
Strafbourg , en eſtok le principal
ornement , autant par fon
merite perfonnel que par fa
Kij
116 MERCURE
grande naiffance in
M de Chasteau
-neuf ayant
toûjours efté fous les yeux d'un
Evêque qui paroift fantifié dés
ce monde , il n'y a pas de doute
que cet Eleve ne rempliffe avec
beaucoup de fuccés tous les
devoirs de l'Epifcopat
.
La Maifon de Chafteau
neuf a donné un Grand- Maitre
à l'Ordre de Malthe : fça-s
voir , Guillaume de Chasteauneuf
, qui fut le dix - neuviéme
Grand - Maître de l'Ordre der
S. Jean de Jerufalem , dont les
Chevaliers refidoient alors à
Ptolemaïde ou SaintJean d Acre.
GALANT 17
Il fut élû en l'année 1251.
aprés la mort de Pierre de Villebride.
En 1256. le Pape A
lexandre IV . donna au Grand-
Maistre de Chasteau-neuf & à
fon Ordre , le Chafteau de Bethanie
, avec ſes revenus , pour
entretenir la Garnifon de la
Fortereffe d'Afrac dans le Comté
de Tripoli , compofée de foi
xante Chevaliers & de quel
ques Soldats. Ce Pape avoit
donné à l'Ordre l'année precedente
le Mont Thabor & tous
les biens que Baudouin I. Roy
de Jerufalem avoit affignez au
Convent & aux Religieux qu'il
118 MERCURE.
établit fur cetté Montagne ;
mais les Sarrafins avoient tout
détruit. Le Grand - Maiftre de
Château neufmourut en 1260 .
& eut pour Succeffeur Hugues
de Revél.
Il y aune branche de la Maifon
de Chafteau - neuf établie
en Provence ; M' le Baron de
Chafteau- neuf , le même qui
cut cette converfation avec M²
le Duc de Savoyé , que vous
avez lûe dans l'Hiftoire du Sicge
de Toulon , eft le Chef de
cette branche.
Le Roy a donné l'Evêché
de Mende à M N... de BaGALANT
119
glion de la Salle , grand-Vicaire
& grand- Archidiacre de Poitiers
. Il eft frere de M' le Comte
de la Salle , qui a fervi avec
beaucoup d'éclat , & que fes
bleffures ont obligé de quitter
le Service . Ce nouveau Prelat
eft auffi frere de feu M' le Chevalier
de Saillans , qui s'eft aufli
diftingué dans le Service ; du R..
P. Dom de la Salle , Coadju
teur de la Chartreufe de Lyon ,
Religieux d'une grande vertu
& d'un grand merite ; de M
la Marquife de Meximieux, bel
lé-foeur du General des Chartreux
; & de MⓇ de Chaponay ,
120 MERCURE
dont le mary eft d'une des meil
leures maifons de Lyon. Ils font
tous enfans de feu M' le Comte
de la Salle , qui eftoit Prevoft
des Marchands de la Ville de
Lyon , lorfque le Roy y paffa
avant fon mariage. Feu M' de
Villeroy, Archevêque de Lyon ,
dit à Sa Majeſté , lorfqu'il prefenta
M' le Comte de la Salle ,
que c'eftoit un Gentilhomme qui
faifoit honneur à fa Charge. Ce
Comte eftoit frere de feu M
de Saillans , mort Evêque de
Poitiers , & qui avoit efté tiré
de la Congregation
de l'Ora
toire pour eftre élevé fur le
*
Siege
GALANT 121
Siege de l'Eglife de Treguier
Ce Prelat ayant pris foin de
l'éducation de fon Neveu , l'a
affocia aux travaux de l'Epifcopar
dés qu'il les put partager
avec luy. M' l'Abbé de la Salle
aprés la mort de fon oncle ,
gouverna le Diocefe de Poiriers
fous les ordres de feu M
Girard , & il l'a auffi gouverné
fous ceux de M' de la Poype
, dont le témoignage vient
de contribuer à fon élevation .
Monde , prés du Lot , eft une
Ville & Evêché dans le Gevaudan
, Province du Gouvernement
de Languedoc , dans les
anvier 1708. L
122 MERCURE
Cevennes . Les Latins la nomment
Mimatum Gabatorum. La
Ville capitale de Gevaudan ;
dite Gabatum , fut détruite dans
le troifiéme fiecle par les Bar
bares , qui firent mourir Saint
Privat qui en eftoit Evêque.
On croit dans le Pays que fes
ruines fe voyent à Javoux.
Quoy qu'il en foit , Mende qui
neftoit qu'un petit Bourg , devint
le Siege des Prelats , & la
principale Ville de la Province,
Elle fut maltraitée en 1563 .
par les Proteftans qui ruinerent
l'Eglife. Ils brûlérent une
image de la Vierge , & prirent
GALANT 123
A
pour plus de deux cent quatrevingt
marcs d'argent en Reliquaires
& en Vafes facrez . L'Evêque
de Mende prend la qualité
de Comte de Mende , & il
eft Confeigneur , & Souverain
de tout fon Dioceſe. Il prend
la feconde qualité à caufe d'une
Tranfaction de l'an 1306.
entre Philippes le Bel & Guillaume
Durand le jeune , Evêque
de Mende. Il eft auffi Confeigneur
avec le Roy. Il a une
partie de la Juftice , & il faifoit
autrefois battre monnoye .
Cette Ville eſt affez agréable ,
& l'on y voit un beau Palais
Lij
124 MERCURE
Epifcopal . Elle a eu des Prelats
d'un grand merite , dont
eftoit Guillaume Durand , furnommé
Speculator , à cauſe de
fon excellent livre intitulé Speculum
Juris , & oncle de celuy
dont je viens de parler. Il fut
Nonce de Martin IV . dans le
Duché de Spolete , & Doyen
de l'Eglife de Chartres. Il mourut
en 1296. avec la réputation
d'un grand Jurifconfulte ;
Jean- Eftienne Duranti , premier
Prefident de Touloufe
cftoit de la même famille que
ce Prelat , mais M' l'Abbé Danés
la luy contefte.
1
I
GALANT 125
M' l'Abbé Feu , a eu l'Abbaye
de S. Paul de Sens . Il eft proche
parent de M. le Curé de Saint
Mateſté élevé & inf=
Gervais , & il a elté
truit par ce digne Paſteur.
L'Abbaye de Saint Paul de
Sens , vacquoit par
la mort de
M' l'Abbé de Morence , Aumônier
de feue S. A. R. Madame
, premiere femme de feu
Monfieur , Frere unique du
Roy. Cette Abbaye a efté poffedée
par des perfonnes d'un
grand merite. Celuy qui en
eftoit Abbé pendant la celebration
du Concile de Trente ,
y brilla beaucoup , & il y fut
-
Liij
126 MERCURE
fouvent confulté..
Le Roya donné le Prieuré de
Sauffeufe , Diocefe de Rouen
vacant par la mort de M' l'Archevêque
de Rouen, à M' l'Ab.
bé d'Afpremont , qui a remis
entre les mains de Sa Majefté ,
l'Abbaye de Noftre - Dame de
Daougiac , Dioceſe de Quimper-
Corentin , qui a efté unie
au College des Jefuites de Breft,
& ce Prince pour dédommager
encore plus amplement M
l'Abbé d'Afpremont , luy a
donné une penfion de trois mil
le livres fur l'Archevêché de
Rouen. Cet Abbé eft fils de feu
GALANT 127
M le Marquis d'Afpremont ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & auparavant
Capitaine dans le Regiment
des Gardes ; & frere de M° la
Marquise de Pefeux , dont le
mary eft Gouverneur de Langres
, & neveu de M' le Maréchal
de Choifeul ; feuë M la
Marquife d’Afpremont fecon
de femme de M' le Marquis
d'Afpremont , & belle- mere
de l'Abbé qui donne lieu à cer
Article , époufa en fecondes
noces M le Marquis de Valencé.
M's d'Afpremont font d'u
ne maiſon tres - qualifiée de
Liiij
128
MERCURE
Poitou , qui y eft établie il y
déja plufieurs ficcles . M ' l'Abbé
d'Apremont a eſté élevé
dans le
Seminaire de Saint Ma
gloire , & il a fort édifié cette
Maiſon . Ils'eft fort attaché aux
matieres de
Theologie , & fur
tout à celles de
Controverfe ,
qui font fort neceffaires en Poitou
, où il y a beaucoup de réünis
, & oùon les agite tres - fouvent
. Il a auffi beaucoup de
gouft pour les beaux Arts .
Sa Majefté a donné en mê
me temps le Prieuré de Saint
Robert , Diocefe de Grenoble,
vacant par la mort de M ' l'Ab
GALANT 129
2
bé Baudet de Beauregard , à M
l'Abbé de Valence , Aumônier
de M' le Duc du Maine ; & qui
eftoit ci-devant de la Congre
gation de l'Oratoire . Cet Abi
bé eft d'une maifon tres -qualifiée
, qui tire fon origine de
celle de Thiembrune en Picardie
, qui finit par une fille dans
la maifon de Bournelle , & celle-
cy s'eftant éteinte dans l'illuftre
maifon de Rouault de Ga
maches ,la Terre de Thiembru
ne paffa dans cette grande maifon
, de laquelle elle eft depuis
repaffée dans la famille de Bullion
par le mariage de Loüife
130 MERCURE
Henriette Rouault avec Fran
çois de Bullion ,
Marquis de
Montlouet , premier Ecuyer de
la grande Ecurie du Roy ; un
Cadet de l'ancienne maiſon de
Thiembrune , époufa l'heriticre
de Valence , maifon des plus
diftinguées de l'Agenois , dont
defcend M' l'Abbé de Valence.
Il a un frere Chevalier de
Malthe , Capitaine de Galeres ,
& qui fert avec beaucoup de
diftinction . Leur foeur avoit
époufé M le Marquis de Saint
Blancart , Seigneur de la Capelle
, prés de Moiffac en Quercy ,
qui defcendoit en ligne directe
GALANT
131
de l'un des freres d'Armand de
Gontaut , premier Maréchal
de Biron , & leur niece fille de
M ' le Marquis de Valence leur
frere aîné a époufé N ..... de
Cruffol- d'Uzés , de Saint - Sul
pice , Comte d'Amboife , cidevant
Senefchal de Touloufe ;
& M' le Marquis de Valence
leur neveu , aîné de la maifon ,
eft Capitaine dans le Regiment
du Roy.
Mr l'Abbé de Valence qui
donne lieu à cet Article, eft tres
eftimé ; la regularité de fa con
duite , & la douceur de fes
meurs ayant rendu fon com132
MERCURE
merce cher à tous ceux qui le
connoiffent .
Le Canonicat qui vacquoir
dans l'Eglife Collegiale de
Saint Quentin , Diocefe de
Noyon , a efté donné à M
l'Abbé Michault , Chapelain
de Sa Majefté : il a merite cette
place par ſes ſervices auprés
de la perfonne de ce Prince
& par la regularité de fes
moeurs . Il eft neveu de M
Archon , le plus ancien Chapelain
de la Maifon du Roy
& qui a donné depuis quelques
années , l'Hiftoire de la
Chapelle du Louvre . M MiGALANT
133
chault eft d'Auvergne & Primicier
du bas Choeur de la
noble Egliſe de Brioude en
Auvergne. Cet Abbé eſt bon
Theologien , & il s'eft fort
attaché à l'étude de la Jurif
prudence & à celle des Canons
de l'Eglife & des Conciles .
Sa Majefté a auffi donné un
Canonicat qui vacquera dans
l'Egliſe de Rouen , à cauſe de
la Regale , à M l'Abbé de
Laiffemant , Profeffeur de la
troifiéme Claffe du College de
Navarre. Mr de Laiffemant eft
connu par l'amour qu'il a
pour les Sciences . Il a donné .
134 MERCURE
quelques ouvrages au Public ,
où il fait paroiltre fon goût
pour les Sciences Aftronomiques
; il a même fait pendant
quelques années , des fupputations
Aftronomiques
pour les
anncés courantes , où il faifoit
voir l'état du Ciel pendant
l'année où l'on alloit entrer.
Mr de Laiffemant eft bon Geometre
; & il eft lié avec tous
ceux qui s'attachent aux Sciences
Sublimes.
Sa Majeſte a auffi donné
l'Abbaye de Marquette , en
Flandres , qui vacquoit par la
mort de Me d'Humieres
«
GALANT 135
foeur du Maréchal de ce nom ,
à Me du Bois , Religieufe de
cette Abbaye & qui a exercé
avec beaucoup
d'édification
les premieres Charges de cette
Maiſon . Me du Bois , eft parente
de Mr du Bois , ci- devant
Prevoft des Marchands
de cette Ville fa famille y a
toujours tenu un rang tresconfiderable
, & le merite de
ceux de ce nom qui ont exercé
des Charges dans les differens
Tribunaux de cette Ville , les
y a toujours fait diftinguer.
L'Abbaye de Marquette
eft
une des plus confiderables
des
?
136 MERCURE
Pays- bas , par fon ancienneté &
par le merite des Perfonnes qui
ont vecû. Les Abbeffes ont roûjours
efté diftinguées par leur
naiffance & par leur merite
Les Comtes de Horne font
bienfaicteurs
de cetté maiſon ,
ainfi que la maifon de Waffenaer.
Cette Abbaye a de
beaux veftiges d'antiquité
.
Un Religieux de Saint Benoist
en avoit commencé la Chro
nique , dans le dernier fiecle ,
mais la mort interrompit fon
travail , & priva le Public d'un
ouvrage pour lequel il avoit
fait de tres grandes recherches
GALANT 237
feroit à fouhaiter que ceux
entre les mains de qui fon
Manufcrit eft tombé , ne l'en
privaflent pas plus long- temps .
Le Prieuré Royal & Perpetuel
de Bruyeres , a efté donné
à Madame de Ruyeres
Religieufe du même Órdre
encore plus diftinguée par fa
vertu & par fon merite que
par fa naiffance ; elle a exercé
les premiers emplois de fon
Monaftere qu'elle a édifié par
la regularité de fa conduité &
la bonté de fes moeurs.
par
Une Religieufe de cette maifon
vivoit dans une grande
Fanvier 1708, M
+38 MERCURE
opinion de fainteté dans le
dernier fiecle. Le feu Pape Innocent
X luy envoya deux
Brefs en deux occafions differentes
, dans lefquels il luy faifoit
voir que fa vertu luy eftoit
connuë . Feuë M de Bruyeres ,
derniere Prieure, a esté fort règrettée
, fa douceur luy ayant
gagné les coeurs de toutes fes
Religieufes .
Le Roy a donné une penfion
de fix mille livres fur l'Evêché
de Mende , à Mre François
de Saulx , premier Evêque
d'Alais . Ce Prelat eft de Poitou
, & d'une ancienne maifon
GALANT 139
de cette Province. Il eftoit De
puté à l'Affemblée generale du
Clergé de 1705.ily donna des
preuves de fon habileté & de
fa fermeté dans les affaires qui
regardent la Difcipline Ecclefiaftique.
Cet Evêque a fait voir
fon zele dans les Miffions du
Languedoc , où il a fait de
grands progrés parmi les nouveaux
Convertis. Le fuccés qu'-
il a eu dans le Miniftere evangelique
l'a fait élever à l'Epifcopat
, & c'eft fur le témoigna
ge de Mr l'Archevêque de Narbonne
& de feu Mr le Cardipal
de Bonzy, que le Roy fit
Mij
140 MERCURE
ériger en fa faveur l'Eglife d'A
lais en Evêché , que l'on déta
cha du Dioceſe de Nilmes .
A peine Mrs du Chapitre
de Rouen curent - ils appris que
Mr d'Aubigné avoit efté nome
mé pour remplir la place de
leur dernier Archevêque , qu'ils.
nommerent des Deputez, pour
aller complimenter ce Prelat.
Ils avoient à leur tête Mre Armand
- Jean de la Vove des
Tourouvre , grand Archidiacre
de Rouen , & cy- devant
grand Vicaire. Il loüa d'abord
dans fon difcours , le nouvel
Archevêque , fur l'étendue de
GALANT 14F
fon zele , pour la confervation
du dépoft qui luy avoit efte
confié ; fur l'attention qu'il
qu'il a
cue à garantir fon Dioceſe ,
tant qu'il l'a gouverné , du
poifon des nouveautez , & à
le remplir de dignes Miniftres
& de pieux Ecclefiaftiques ; il
s'étendit enfuite fur la grandeur
du Siege de Roüen ; il
parla des Prelats qui l'avoient
remply , fçavoir des Cardinaux
de la Maiſon Royale de Bourbon
; des Cardinaux de la Maifon
de Lorraine ; du Cardinal
d'Eftouteville , qui tira cette
Eglife de la dépendance de
142 MERGURE
cello de Lyon , par la Bulle qu'il
obtint du Pape Calixte III . &
en parlant de feu Mr Colbert ,
Archevêque de Rouen , il luy
donna toutes les louanges quiluy
font fi legitimement dûës ;
& il remarqua que ce Prelat
avoit eu foin de faire confirmer
cette indépendance ; ce
qui feroit toujours dans l'hiftoire
fort honorable à fa mé .
moire.
Mr l'Archevêque de Rouen
repondit à ce compliment , par
un difcours auffi pieux qu'édifiant
; & il parut , dans tout ce
qu'il dit en cette occafion, rem
GALANT 43
1
ply de zele & de ferveur , pour
la
confervation de la difcipline
Ecclefiaftique , & pour l'obfervation
des Canons.
J'oubliay de vous dire , dans
ma derniere Lettre , en vous
parlant de la mort de feu Mr
l'Archevêque de Rouen , que
ce Prelat a obligé , par fon teftament
, Mr le Marquis de Seinelay
, fon legataire univerfel ,
de donner , pour la fomme de
60000. mil livres , à Mr l'Abbé
de Seignelay fon frere , tous
les livres manufcrits & imprimez
de fa bibliotheque de Paris
, formée par feu Mr Col144
MERCURE
bert ; ajoutant qu'il efpere que
cet Abbé fon neveu , dans lequel
il a toujours reconnu de
bonnes inclinations , la confervera
avec le même foin , &
qu'il prendra les meſures neceffaires
pour la perpetuer dans
fa famille .
Je vous envoye à l'ordinaire
, une eftampe des Jettons
qui ont efté frapez à la fin de
l'année derniere , & qui ont
efté diftribuez , fuivant qu'il
fe pratique tous les ans , au
commencement de l'année où
nous venons d'entrer. Je ne
yous dis rien des Devifes , dont
ja
GALANT 145
je ne crois pas vous devoir
donner d'explication
, puifque
fi elles font naturelles , & convenables
aux ſujets , pour lefquels
elles ont efté faites , elles
feront faciles à expliquer ; &
que toutes les beautez en feront
d'abord connuës ; & que
fi au contraire , il fe trouve
de l'obſcurité dans quelquesunes
, & qu'elles n'ayent pas
affez.de
rapport , avec , avec les fujets
qui en ont efté l'objet , je
pourrois me tromper , en voulant
les expliquer.
L'Academie des Infcriptions
a fait les Devifes des Jettons ,
Fanvier 1708.
N
146 MERCURE
qui regardent ; le Trefor Royal;
Extraordinaire
des Guerres ;
l'Ordinaire des Guerres ; la
Marine ; les Galeres ; les Parties
Cafuelles , & la Ville de Paris.
La Devife qui regarde
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & qui fe trouve la
deuxième , & celle des Baftimens
, font de Mr Oudinet ,
Garde du Cabinet du Roy ,
appellé , Cabinet des Gurio
fitez celle de l'Artillerie ,
dont Monfieur le Duc du
du Maine eft Grand Maiſtre ,
a efté faite par Mr Moreau de
Mautour , & celle de la Cham-
1
GALANT 147
bre aux Deniers , eft de Mr
l'Abbé Arrangé. Voilà dequoy
exercer l'efprit des Speculatifs.
Il paroît depuis peu un Livre
de feu Mr Toinard ; il eft
intitulé : Evangeliorum Armo
nia , Graco - Latina Nicolai
Toinardi, Aurelianenfis . Cet Ouvrage
eft fort eftimé & rempli
d'une grande érudition . Mr
Toinard avoit tous les talens
neceffaires , pour travailler fur
une matiere auffi difficile , puifqu'il
entendoit parfaitement
les Langues orientales. Il avoit
compofé , avant la mort , un
Traité, intitulé : Numifmata
Nij
148 MERCURE
Samaritana ; mais il n'a pû en
voir l'impreffion achevée , de
fon vivant. La connoiffance
parfaite qu'il avoit de l'antiquité
, luy avoit donné des liaifons
, avec Mr Ezechiël Spanheim
, qui au jugement des
Critiques , eft un des plus habiles
Antiquaires de l'Europe.
Ce fçavant homme , dont la
derniere édition , qu'il a donnée
à Londres ( 1706. ) de fon
excellent Livre : De Præftantia
& ufu Numifmatum Antiquorum
, en parlant des Medailles
Samaritaines , ou Hebraïques ,
& en rapportant les differens
GALANT 149
?
afentimens
des Auteurs , fur
l'ancienneté de ces Medailles ;
& aprés avoir nommé les plus
grands Ecrivains , comme Juges
de cette matiere , offre de
s'en rapporter au jugement de
Mr Toinard , fur ce qu'il dit
des Medailles Samaritaines ;
c'est à dire , de celles dont les
caracteres font Samaritains , &
de celles dont les caracteres
font Affiriens , qui font les lettres
Hebraïques d'aujourd'hui .
Ce fçavant Auteur , publia
il y a trois ans , un petit écrit
Anonyme , qu'il avoit compofé
, en faveur de Mr l'Abbé
N iij
150 MERCURE
de Longruë , & des travaux ,
duquel il pretendoit que Mr
Simon , à prefent dans les Païs
étrangers , s'eftoit fait honneur
, dans fes Lettres choiftes ,
fans le nommer. Mr Toinard
découvrit la fraude , en faifant
imprimer les deux Textes ; &
comme celuy de Mr l'Abbé
de Longrue eftoit plus ancien
quoyqu'il n'eut jamais efté imprimé
, le foupçon de Plagiat
tomba fur Mr Simon. Mr
Toinard donna à ce petit écrit ,
qui fit beaucoup de bruit , en
ce temps là , le titre de : Phenonomene
litteraire , &c. & il don
GALANT 151
la
na par là , une preuve de l'amour
qu'il avoit pour la verité
& du zele qu'il avoit pour
gloire du fçavant Abbé de
Longruë.
Mr l'Evêque de Conferans
eft mort dans fon Diocefe ,
âgé de 72. ans . Il eftoit de la
Maiſon de Saint Eſteve , eftablie
en Bearn , & frere de feu
Mr de Saint Efteve , Officier
d'une grande reputation , Lieuttenant
des Gardes du Corps , &
Gouverneur
de Broüage. La
Ttradition
de la Province, touchant
cette famille, porte qu'elle
cft originaire d'Eſpagne , &
N iiij
152 MERCURE
que c'eft une branche de l'illuftre
Maifon de Sant Iftevan ,
dont la Maifon de Pacheco
poffede la Terre , & dont le
fils de Mr le Duc d'Escalona
,
Viceroy de Naples , porte aujourd'huy
le nom ; ce Prelat ,
que l'Eglife vient de perdre ,
avoit eu dans fa jeuncffe
, une
belle éducation
, & s'eftoit fignalé
par fa legereté dans les
exercices , que la jeune Nobleffe
a coutume
de faire, avant
que d'entrer dans le fervice , &
auquel ce Prelat avoit eſté deſtiné
, par fa famille ; mais Dieu
l'ayant appellé à la profeſſion
GALANT 153
Ecclefiaftique , il s'appliqua entierement
aux devoirs de fon
eftat , & le Roy le nomma
( moins en confideration des
fervices de Mr fon frere , que
par fon merite perſonnel ) à
' Evêché de Conferans , & à
l'Abbaye de Combe Longue ,
fituée dans le Diocefe , dans lequel
il faifoit une refidence
continuelle : il eftoit d'une humeur
douce , quoiqu'il eut
beaucoup de vivacité , & il
eftoit fort gay , fuivant le temperamment
de ceux de fon
pays. Mr l'Evêque de Conferans
avoit efté Deputé à une
"
154 MERCURE
Affemblée generale du Clergé ,
qui fe tint il y a quelques années
, & à laquelle Mr de Harlay
, qui en eftoit alors Archevêque
, prefidoit. Ce Prelat
laifle un neveu , qui a beaucoup
de merite .
Mr de Saint Esteve avoit
fuccedé à Mr de Malmieffe
qui avoit efté Agent general
du Clergé , & avant ce dernier,
le celebre Pierre de Marca,
qui eft mort Archevêque de
Paris , avoit occupé le Siege
de Conferans. Il y eftoit , lorf
qu'il fut nommé Prefident à
Mortier au Parlement de Pau
GALANT 155
& if quitta Conferans , pour
monter fur le Siege de Toulouze.
Le Siege de Conferans
a efté auffi occupé par un ſçavant
homme , du nom de Raymondy.
Valere en fut le premier
Evêque; & S. Lizier, qui a
donné fon nom à l'Eglife Con-
Cathedrale , qui eft fituée dans
ce qu'on appelle , le Bourg , en
fut le cinquiéme Evêque. L'Evêché
de Conferans eft Suffragant
d'Auch ; la ville de Conferans
, qui a donné fon nom
à un petit Pays , qui eft dans la
Bigorre , eft proche de S. Bertrand
de Cominges , & à 12.
156 MERCURE
lieuës de Toulouze . Le Salat
paffe dans le milieu de la Ville ,
& fepare la Cité du Bourg . L'Eglife
Cathedrale eft fous le Vocable
de Noftre-Dame , & elle
eft dans la Cité , l'Archidiacre
eft la premiere Dignité, & l'Aumofnier
la derniere ; elle eft
compofée de douze Chanoines
; & comme les deux Eglifes
de Noftre- Dame & de S.
Lizier , joüiffent des mêmes
droits , & qu'elles pretendent
toutes deux eftre Cathedrales ,
on les appelle , Con- Cathedrales
il est beaucoup parlé de cette
Ville , dans la Notice d'AntoGALANT
157
nin , & dans les Ouvrages de
Pline. S. Gregoire de Tours ,
dans fon Livre de la Gloire des
Confeffeurs , en fait auffi une
honorable mention , de même
que de plufieurs de fes Evêques
.
Dame N... de Biſche épou
fe de Mre N ... de Philip ,
Chevalier Marquis de Saint
Viance,Maréchal desCamps &
Armées du Roy , Gouverneur
de Coignac, & ci- devant Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps de
Sa Majefté , eft morte au
Château de Coignac. Elle a
158 MERCURE
>
laiffé une fille unique , mariée
à Mre N... de Laftairie , Chevalier
, Marquis de Saillant
Vicomte de Comborn , Senechal
du Limofin. Me la Mar.
quife de Saint Viance eftoit
foeur de Mr le Comte de
Rouvre & de feuë Me la
Marquife de Bruzac , époufe
de Mre N... d'Hautefort ,
Marquis de Bruzac , Lieutenant
des Gardes du Corps.
La Maiſon de Biſche, eft origi
naire du Blaifois , où eft la
Terre de ce nom ; elle eftoit
échuë en partage à feuë Me
de Bruzac. La maifon de Saint
GALANT 159
Viance , eft originaire du Limofin
, où eft la Terre de S.
Viance , qui a efté poffedée
autrefois par la maifon de
Malfayde , qui étoit de l'illuftre
maifon de Noailles , & qui
enfe feparant de celle - cy , prit
le furnom de Malfayde , felon
l'ufage des anciens temps où les
fils des branches cadettes prenoient
les noms des Terres
qu'ils recevoient en partage ,
ou celuy des heritieres qu'ils
époufoient. La Maiſon de
Malfayde a long- temps jouy
de la Seigneurie de S. Viance ,
en Limofin , où elle a fondé
160 MERCURE
un beau Prieuré Clauſtral.Cet
te Terre à depuis paſſé dans la
Famille de Philip , qui a pris
le nom de Saint Viance , & qui
l'a rendu illuftre. Il y a eu un
Patriarche de Jerufalem de la
maifon de Malfayde.
Dame Louiſe Elizabeth - Guillaume
de Chavaudon épouſe
de Mre Antoine Charles le
Boulanger , Confeiller au Parlement
, cft auffi decedée Elle
eftoit d'une famille ancienne
dans la Robbe . Mrs Guillaume
y ont poffedé les premieres
dignitez , & feu Mr le Vidame
de Châlons eftoit de cette
GALANT 161 :
maifon , de même que Mrs
de la Cour , qui ont formé
une branche particuliere , dont
eftoit feu Mr l'Abbé Guillaume
de la Cour Docteur de
Paris & de la Maifon de Navarre
, & Chanoine de Châlons:
Feuë Me la Comteffe de
Vaubecour , mere de Mr l'Evêque
de Montauban , & de
Me la Comteffe d'Efteing
eftoit auffi de cette Maiſon.
/Celle de Mr le Boulanger
eft auffi tres-ancienne dans le
Parlement de Paris , à qui elle
a donné plufieurs Preſidents ,
entre autres Mr Boulanger ,
Fanvier 1708.
162 MERCURE
Prefident d'une des Chambres
des Enqueftes , & pere de feuë
Me de Poncarré , premiere
femme de Mr Camus de Poncarré
, Premier Prefident au
Parlement de Rouen . Un Ecclefiaftique
de cette famille ,
celebre par fon zele pour la
Religion Catholique , fut Aumônier
d'Henry IV. Il fit une
Cenfure de la Preface du Traité
que du Pleffis fit fur l'Eucha
riftie en 1598. il accuſa l'Auteur
d'avoir falfifié plufieurs
paffages , & l'Archevêque de
Bourges fut obligé d'interpo
fer fon autorité pour termiGALANT
163
ner la difpute qui le fut d'une
maniere encore plus folemnelle
deux ans aprés ; c'eſt-à-dire
en 1600. à Fontainebleau dans
la Conference qu'eut le Cardinal
du Peron , avec du Pleffis .
3 Mre Nicolas René Berryer ,
Seigneur de Ravenoville , &
Procureur General du Grand
Confeil , eft mort il y a déja
quelque temps . Il eftoit fils de
feu Mr Berryer , Greffier du
Confeil . Celuy dont je vous
apprens la mort , eut d'abord
cette Charge ; & lors que Mr
Hennequin de Charmont fut
nommé à l'Ambaffade de Vc164
MERCURE
nife , & qu'il eut acheté la
Charge de Secretaire du Cabinet
, il vendit à Mr Berryer
la Charge de Procureur General
du Grand Confeil , qu'il
avoit euë de fon Pere . Mr Berryer
eftoit frere de Mrl'Abbé
Berryer , ci - devant Chanoine
& Archidiacre de l'Eglife de
Paris , & qui quitta ces deux
Dignitez , pour paffer le reſte
de fes jours dans une retraite ,
où il donne de grands exemples
de vertu . Mr de la Ferriere
Maistre des Requeſtes , &
qui a époufé Mlle de Novion ,
foeur du Prefident de ce nom ,
GALANT 165
eft leur frere aîné. Dame N ...
Berryer , femme de N ... du
Parquet , Seigneur du Bourg ,
Grand Maiftre de Eaux & Forefts
de Normandie , & qui
avoit épousé en premieres nôces
Mr le Marquis de Broon ,
Premier Ecuyer de S. A. R.
Madame , eft leur foeur. Mr.
Berryer dont je vous apprens
la mort , eftoit fort eftimé
dans le Grand Confeil . II
avoit toujours efté lié d'une.
tendre amitié avec Mr Foucault
Confeiller d'Etat. Le
I pere de Mr Foucault avoit
vendu à Mr Berryer la Char166
MERCURE
ge de Greffier du Confeil .
Philippe de Valois , Marquis
de Villette- Murfé , Lieutenant
general des Armées Navales ,
Commandeur de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & Lieutenant
general pour Sa Majesté
en Bas - Poitou , eft mort fubitement
âgé de foixante & dix huit
ans. Sa famille eft tres- ancienne
, & originaire de Poitou . Mr
le Marquis de Villette fon pere,
avoit époufé Arthemife d'Aubigné
, fille d'Agrippa d'Aubigné
, ayeul de Madame de
Maintenon . Il a eu trois enfans
de N... de la Roche- Allard , fa
A
GALANT 167
premiere femme . L'aîné eftoit
Philippe de Valois , Comte de
Murfe , Lieutenant general des
Armées du Roy , qui mourut
l'année derniere à Turin , Mr
le Chevalier de Murfé fon frere
, tué à la tefte du Regiment
de Dragons de la Reine , qu'il
commandoit , & M la Comteffe
de Caylus , fort diſtinguée
par fa grande vertu .
Feu Mr le Marquis de Villette
avoit pris une feconde alliance
avec N... de Marfilly ,
dont il laiffe trois enfans , qui
font Tancrede de Valois , &
deux filles. Il eft regretté par
168 MERCURE
tout le Corps de la Marine ,
qui convient que jamais Officier
general n'a plus glorieufement
fervi le Roy , ny fait plus
de dépenfe , & tous les Officiers
qui ont fervi fous luy , fe font
toûjours loüez des bons offices
qu'il leur a rendus.
Sa Majefté a donné la Lieutenance
de Roy de Poitou
dont le deffunt eftoit pourvû ,
à Mr le Marquis de Marfilly
fon fils .
Il s'eft gliffe une faute dans
ina derniere Lettre , qui regarde
la mort de feu Mrle Comte
d'Auvergne , & l'on a donné
fans,
GALANT 169
fans que je m'en fois apperçu ,
tous les enfans du premier lit
de ce Comte , à ſa feconde femme
, dont il n'a point eu d'en-
རྩ་
fans .
Mr le Marquis d'Ablege ,
Intendant de Limofin , aprés
avoir fervi pendant plufieurs
annéesen cette qualité , a quitté
fon Intendance , & le Roy
a nommé pour remplir cette
Place ,Mr le Comte de Sagonne
, Maiftre des Requeſtes , &
ci-devant Confeiller de la Cour .
Il eft fils de Mr Manfard , Sur-
Intendant & Ordonnateur des
Baftimens , &c. Il y a quelques
Fanvier 1708
P
170 MERCURE
années que Mr de Sagonne ,
dans le temps qu'il eftoit encore
Confeiller , ayant eſté choiſi
par Mrs de Ville , pour prefenter
le Scrutin au Roy , fit un
Difcours qui fut tres bien reçu
de Sa Majeſté , & qui fut fort
applaudi de toute la Cour , &
l'on peut affurer qu'on luy
rendoit juſtice en cette occafion.
Je vous ay fait part de ce
Difcours dans le temps qu'il fut
prononcé, & il a efté enfuite
regardé de tout le Public comme
un Chef- d'oeuvre . Il y a lieu
de croire que fi ce nouvel Intendant
s'attache avec autant
GALANTE171
d'application à fervir le Roy
dans les fonctions de fa Charge
, que fait Mr Manſard dans
L'exercice de celle qu'il poffede ,
& qu'il remplit fi dignement à
la fatisfaction de Sa Majesté &
du grand nombre de perfonnes
qui font fous fes ordres . Il
yea apparence , dis - je , que fi
ce nouvel Intendant fertle
Roy avec autant de zele & de
vivacité que fait aujourd'huy
Mr Manfard , tous les Peuples
de fon Intendance rempliront
'exactement tous leurs devoirs,
& fe trouveront heureux.
.M Moulart Sanfon , a cu
Pij
172 MERCURE
l'honneur de prefenter à S. R.
Madame , un Traité de l'Allemagne
, des Etats Souverains
&
de l'Empire ; il dît à cette Princeffe
, en luy prefentant cet ou
vrage , que la connoiffance
particuliere qu'Elle avoit de
ces Souverainetez , l'avoit porté
à de luy dedier , & parce
que S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , avoit fait l'honneur
à feu G. Sanfon fon oncle , de
le choifir pour fe foulager dans
les études de la Geographie ,
dont les lumieres naturelles de
ce Prince , qui ne le font pas
moins diftinguer dans les fcienGALANT
173
ces , que fa valeur dans les armes
, luy avoient déja donné
beaucoup de connoiſſance.
Cet abregé fait voir que
l'on entend parler de la Region
que les Originaires nomment ,
Teutſchland , & que les François
appellent , Allemagne , ou
de ce qui compofe l'Empire.
Que les Regions de l'Allemagne
repondent , à peu prés,
à ce que quelqu'uns des Anciens
ont appellé , Germanie.
-UNCQu'elles font moins étendues
vers l'Orient , & qu'elles
le font davantage vers l'Occident
, & au Midy du Danube ,
P iij
174 MERCURE
qui leur fervoit de bornes . En
effet , elles comprennent
une
partie de la Gaule Tranfalpine ,
& prefque toute l'Illirie occidentale
.
Quelles font fes bornes ,
par rapport à la Geographie
naturelle.
Quel rapport elle a avec les
Cieux , fous quels climats elle
eft fituée.
Qu'elle peut eftre diviféc
en trois grandes parties , aux
environs du Rhin , du Danube
, de l'Elbe , & de l'Oder. b
Que chacune de ces trois
parties eſt ſubdiviſée en pluGALANT
175
Geurs autres. Toutes ces chofes
, concernent la Geogra
phie naturelle ; quant à ce qui
regarde la Geographie hiftori.
que , il reprefente d'abord en
general , tout ce qui comprend
l'Empire d'Allemagne.
Quels font les Etats fouverains
, foit Electorats , Principautez
, Souverainetez ou
Villes qui compoſent l'Empire
, diftinguées les unes des
autres.
Quels ont efté les fix Cercles
de l'Empire , eſtablis en
1500. par Maximilien I. lorfqu'il
eftoit àAufbourg.
Piiij
176 MERCURE
Comment ces fix Cercles
furent repartis en dix Cercles ,
dans l'Affemblée , tenuë à Cologne
, en 1512. en prefencedu
même Empereur
.
Enfin , quelles font les fept
Claffes des Princes de l'Em
pire , lofqu'ils font aſſemblez
à la Diete generale , lefquels
fe reüniffent , & font trois
Colleges ; fçavoir , celuy des
Electeurs ; celuy des Princes &
celuy des Villes Imperiales.
Le même Geographe a fait
faire une feconde édition de la
Grece , divifée en plufieurs
Cartes , avec une explication
GALANT 177
latine , tirée des anciens Au
teurs. Cet ouvrage eft de feu
Mr N. Sanfon fon ayeul.
L'on y remarque que lá
Grece avoit peu d'étendue dans
fon commencement ; qu'enfuite
, l'on comprit , fous ce
nom , differentes Regions voifines
: une partie de l'Italie , &
quelques Regions de la Cofte
Occidentale , de l'Afic Mineure
, l'Ile de Crete , & c.
qu'elle envoya des Colonies ,
fur les coftes de la Mer interieure
, que l'on nomme communément
, MerMediterranée ;
qu'elle en envoya en Eſpagne ,
178 MERCURE
dans les Gaules , & fur le Pont-
Euxin. L'on y voit ce qui s'eft
paffé de plus cofiderable en
chaque licu , & les noms diffe.
rens qu'ils ont eû.
Pour faire aisément l'application
de ce qui eft contenu
dans ce difcours , & pour faire
voir à quoy il fe borne , on
trouve des Cartes & des Tables
methodiques , qui marquent
en abregé tout le plan
de l'ouvrage .
La premiere Carte fait voir ,
la Grece , diftinguée des Païs
circonvoisins .
La deuxième , fait voir l'é
GALANT 179
tenduë de la Macedoine , de la
Theffalic , de l'Epire , d'Ellas ,
ou Achaïe , & du Peloponnefe,
qui font les cinq grandes parties
de la Grece.
La troifiiéme , reprefente
les Peuples diftinguez les uns
des autres .
La quatrième , cft diviféc
enfept Provinces , pour la No.
tice de l'Empire Romain ; fçavoir
, en Macedoine : en Macedoine
falutaire : en l'Epire
ancienne en l'Epire nouvelle :
en la Theffalie en l'Achaïe ,
fous laquelle le Peloponeſe eft
compris , & en l'Ifle appellée ,
180 MERCURE
de Crete. L'on y a marqué les
chemins Romains .
Mr Moulart Sanfon demeure
dans le Cloître de S.
Nicolas du Louvre.
Le Roy, ayant créé, il y a plufieurs
années , des Maires, en titre
d'Office, dans toutes les Villes
du Royaume ; & le Public s'étant
bien trouvé de cette Creation
, Sa Majeſté a jugé à pro
pos de faire , par un Edit nouvaeu
, ces Maires Anciens- Mi.
Triennaux, & d'en créer d'Al
ternatifs Mi- Triennaux. Il y a
eu à Metz plufieurs Concur
renspour cet Office , nouvelGALANT
181
lement créé ; mais la preference
a cfté donnée à Mr de Bionville
, fameux Avocat , à qui
les belles Lettres ne font pas
moins connuës que la Jurif
prudence , & dont l'éloquence
naturelle égale la folidité & la
vivacité de l'efprit ; de maniere
que fi ce choix avoit dépendu
du Peuple , il luy auroit donné
la preference , dont Sa Majefté
l'a jugé digne.
Le jour qui avoit efté marqué
pour fa reception , il fut
conduit de l'Hoftel de Ville à
la Cathedrale. La Garniſon &
la Bourgeoific eftoient fous les
182 MERCURE
armes , & les tambours , les
trompettes , les timbales , les
haut -bois & les violons , fe faifoient
entendre par toute la
Ville . Il eftoit accompagné
des
Officiers de l'Etat- Major , &
de tous les Officiers de Ville .
Mr le Marquis de Refuge ,
Lieutenant General & Commandant
en Chef dans la Province
, fe trouva auffi à cette
ceremonie , tant pour recevoir
le ferment de Mr de Bionville,
que pour luy mettre l'épée au
cofte , au nom de S. M. ce qui
fut fait , aprés une Meffe & un
Te Deum en mufique , Mr le
GALANT 183
:
Marquis de Refuge , qui n'eft
pas moins fçavant que brave ,
dit à ce nouvau Maire , en luy
ceignant l'épée , ces paroles du
Prophete Roy Diffuſa eft gratia
in labiis tuis , accingere gladio
tuo , fuper femur tuum potentiffime
intende , profpere , procede
regna. L'annobliffement eft
une prerogative attachée de
tout temps à la Dignité de
Maître Echevin , ou Maire de
la ville de Metz , qui eft Colo.
nel du Peuple , & qui le commande.
Il eft jufte que ce Peuple
ait un Noble à fa tête ,
puifqu'il eft tres-aguerri & tres.
184 MERCURE
fidelle , & reconnu pour tel ;
depuis plufieurs ficcles. En
1552. il obligea Charles - Quint
de s'éloigner , quoiqu'il eut
affiegé la ville de Metz , avec
trois Armées , & Sa Majefté ,
connoiffant la valeur de ce Peuple
, luy a fouvent abandonné
la garde de la Ville , quoique
cette Place foit des plus
importantes de l'Etat , & qu'il
y cut des Armées ennemies ,
dans fon voifinage. Le Comte
de Souches , avec toutes les
forces de l'Empereur,en 1674.
le Duc de Lorraine , avec celles
de l'Empereur , & de l'EmGALANT
185
}
pire en 1677. & le Duc de
Marlborough
, en 1705.avec
les Troupes des Alliez , marcherent
vers Metz, & quoiqu'il
ne fût gardé que par fes Habitans
, tous ces Generaux l'ont
toujours refpecté.
Plufieurs des Ancêtres de
Mr de Bionville ont efté Maltres
Echevins , ou Maires de
la Ville ; ainfi on peut dire
qu'il eft né dans le Commandement
. La Ceremonie eftant
finie , on fe rendit à l'Hoftel
de Ville , où l'on fervit un repas
magnifique , pour toutes
des Puiffances. Mr de Bionville
e Janvier 1708.
186 MERCURE
leur donna à fouper le même
jour , & ce repas fut fuivy d'un
grand bal , dont Me de Valombre
, fa fille , fit les honneurs.
Il s'eſt fait beaucoup de réjouiffances
pour la prife du
Chasteau de Lerida , qui n'ont
pu trouver place dans mes
Lettres , & je vous ay ſeulement
parlé des principales
Feftes qui ont efté données en
réjouiffance de cette importante
Conquefte , & quoy qu'il
ne foit plus temps de rappeller
ce qui s'eft fait à ce fujet ,
je ne puis m'empêcher de vous
t
GALRNT 187
dire en peu de paroles que M
Bouraine , Capitaine des 100.
Chevaliers de la Compagnie ,
appellée des Buttes , établie à
Chartres , a fignalé fon zele
en cette occafion , & a fait
chanter un Te Deum en Mufique
dans l'Eglife des Cordeliers
. Je ne vous diray rien du
feu d'artifice , qui fut tiré le
foir , ni des Infcriptions qui
l'ont accompagné , non plus
que des illumations , & du
vin qui fut diſtribué au peuple.
J'ajouteray feulement que M
Bouraine , donna un magnifi
que fouper aux 100. Cheva-
Qij
188
MERCURE
liers de fa
Compagnie , & qui
fut fuivi d'un
grand Bal .
Les
Habitans de la ville de
Mortain en baffe Normandie
, fujets de S. A. R. fe font
auffi fort
diftinguez . Le Te
Deum fut chanté
folemnellement
par les Chanoines de l'Eglife
Collegiale , en
preſence
de tous les
Officiers du
Bailliage ,
de la
Vicomté , & de
l'Election,
qui y
affifterent en Corps. Le
feu fut allumé enfuite par Mr.
Abbé de Viré ,
Doyen du
Chapitre , & par celuy qui
eftoit à la tefte du Corps des
Officiers. Il y eut
plufieurs dé
GALANT 189
charges de moufqueteric , au
bruit des acclamations publiques.
Toute la Ville fut illuminée
; il y eut plufieurs repas
particuliers , & le Chapitre &
les Officiers, regalerent les principales
perfonnes de la Ville.
Je ne puis mieux placer le
Sonnet qui fuit , qu'aprés les
Rejoüiffances que vous venez
de lire ; & je crois pouvoir vous
dire , fans chercher à vous prévenir
en fa faveur , qu'il a efté
fort applaudy
.
190 MERCURE
LA PRISE DE LERIDA
SONNET.
Faftueux Ecrivains , qni tracez dans
l'Hiftoire
Tant de Faits merveilleux du Gree
& du Romain,
Ceffez de nous vanter leur courage
hautain
>
La France a des Héros plus dignes
de memoire.
a
Harcourt qu'on vit voler deVictoire
en Viltoire ,
Ouvrit au Grand Condé ce glorieux
Chemin ;
Tout couverts de Lauriers & la
Palme à la main
GALANT 191
Des plus fiers Conquerans ils ter
nirent la gloire.
2
La fortune , il eft vray , contr'eux à
Lerida ,
Malgré tant de valeur autrefois ·
decida.
Mais des loix du deftin , feacher
L'ordre immuable.
2
De ce Roc orgueilleux , conftruitpar
les Geans ,
Ze fort ne leur rendit l'abord impenetrable
Que pour le referver aux Armes
d'ORLEANS.
Ce Sonnet eft d'un homme
dont le merite eft connu , &
qui n'a pas moins d'érudition
192 MERCURE
que d'efprit . La gloire de S. A.
R. luy eftant chere , il refolut
d'ouvrir fa veine pour la chanter
, quoiqu'il ne faffe que tresrarement
des Vers. Il montra
ce Sonnet à une Dame de confideration
, & dont l'efprit eft
du premier ordre . Cette Dame
luy dit , aprés l'avoir lû , qu'elle
le trouvoit fort beau , & que
rien ne confacroit mieux que
les beaux ouvrages
, la gloire
des Heros à la pofterité , fans
quoi elle ne leur rendroit pas
toujours toute la gloire qui
leur eft dûë ; mais que cela ne
fuffifoit pas , & que pour bien
imprimer
GALANT 193
imprimer leurs grandes actions
dans l'efprit des Peuples , il
falloit des ouvrages qui pûffer t
non -feulement eftre chantez
dans les ruelles ; mais auffi parmy
les perfonnes de toutes for
tes d'étages , & que tout ce
que l'on appelloit Vaudeville ,
ne devoit pas eftre fi indifferent
que fon nom le marquoit, parce
qu'il ne s'agiffoit que de chançons
, mais que ces fortes d'ou
vrages font fouvent remplis
de veritez , de vivacité , & d'ef
prit qu'ils font chafitez de
tout le monde , & que plufieurs
perfonnes font des Re-
Fanvier 1708. R
:
194 MERCURE
cueils de ceux qui font les plus
applaudis ; & cette Dame prit
delà ocafion de luy en appor
ter plufieurs , qui avoient efté
faits , il y a prés d'un fiecle.
L'Auteur du Sonnet , perfuadé
de la verité de tout ce
que luy dit cette Dame , refolut
d'effayer , s'il pouroit badiner
en Vers , s'il m'eft permis
de parler ainfi , quoiqu'il foit
d'un caractere opofé . Je ne prétens
pas , quoique je me ferve
du mot de badiner , avilir les
ouvrages , dont je veux parler ,
& je crois même qu'il eft beaucoup
plus facile de faire des
删
GALANT 195
Ouvrages heroïques , que de badiner
avec efprit , & dans le
goût de ceux qui l'ont le plus
délicat, Enfin, l'Auteur du Sonnet
, animé par tout ce qu'on
venoit de luy dire, & tout remply
du defir d'entendre chanter
par tout, la gloire de S. A. R.
forma auffi - toft le deffein de
faire un affez grand nombre
de couplets de chançon , pour
pouvoir donner une idée de
tout ce qui s'eft paffé au Siege
de Lerida , & il fit les couplets
fuivans , fur l'air du Branfle
de Metz ; cet air eſtant fort
connu & fort aimé du Peuple ,
•
R ij
196 MERCURE
& tous les jours , dans la bou
che du Public , s'il m'eft permis
de parler ainfi .
Voicy ces couplets. Vous
fçavez que dans ces fortes d'ouvrages
, on ne s'attache pas
fcrupuleufement à la richeffe
des rimes.
A celebrer la proüeffe
Du Neveu du Grand Louis ,
Animons - nous , chers Amis ,
Et chantons , pleins d'allegreſſe ,
La Prife de Lerida
Met la Catologne en preſſe ;
La Prife de Lerida
Met l'Archiduc à quia.
GALANT 197
Pour ce recit d'importance ,
Belles , prêtez-nous la main ,
Et joignons au Dieu du Vin
Les jeux, les ris & la dance ;
La Prife de Letida
Ramene la joye en France ;
La , c.
Ce fut chose à tous connuë
Que l'Espagne en deſarroy ,
Ne pouvoit garderfon Roy ,
Sans eftre mieux deffendue ;
La Prife de Lerida
Rend la Ligue confonduë ;
La , &c.
Rij
198 MERCURE
維
Sans faire le Politique ,
Ni trancher du grand efprit ;
Madrid
Fe Sçay pourtant que
Craignoit ce Siege tragique ;
La Prife de Lerida
Luy fembloit problematique ;
La , & c.
Mais ORLEANSplein d'audace
Erpour quirien n'eft trop chaud
De Paris ne fait qu'un faut ,
Pour affronter cette Place ;
La Prife de Lerida
N'eft pas ce qui l'embaraſſe ;
La , &c.
GALANT 199
Arrivéfur la frontiere ,
Les Espagnols à l'envy ,
Accourent tous devant luy ;
Les Boiteux ,fort loin derriere ;
La Prife de Lerida
Fait prendre à tous la rapiere ;
La , &'c.
W
Même on tient pour veritable
Qu'en fa route on ne voyoit
Que Caftillanes au guet,
Toute d'humeur fort traitable ;
La Prife de Lerida
Rend ce Prince impraticable ;
La , &c.
R iiij
200 MERCURE
Plein d'une ardeur Martiale ,
Il vole vers Almansa ;
Son feul nom lors avança
La déroute Imperiale ;
La Prife de Lerida
Concertée à la Royale ;
La , &c.
Du même pas il enfile
La route de l'Arragon ,
De ce Royaume felon,
Il n'épargne aucune Ville ;
·La Prife de Lerida
En vaut feule autant
La , &c.
que
mille
GALANT 201
Sarragoffe , en fa puiſſance ,
Combien d'autres Generaux
Auroient-ils fait là de maux ,
Pillans tableaux &finance ?
La Prife de Lerida
Eft fon unique efperance ;
La , &e.
Loin
d'entendre le grimoire
Qui fe pratique en ce cas ,
Il méprife or ducats ,
Et ne vife qu'à la gloire ;
La Prife de Lerida
N'enrichit que fon hiftoire;
La , & c.
202 MERCURE
Mais icy prenons baleine ,
Et de ce jus tout divin ,
Bûvons un coup en chemin ,
Même une demie douzaine ;
La Prife de Lerida
En vaut ma foy bien la peine 3.
La , &'c.
A cette orgueilleufe Roche ,
Faite de mains de Geans ,
Sans s'étonner ; ORLEANS,
Dit, je tiens l'affaire en poche ;
La Prife de Lerida ,
Dont il médite l'approches.
La , &c.
GALANT 203
Icy ,fans obftacle il tranche,
Et luy feul fon Confeiller,
Il s'apprête à batailler :
Il avoit la Carte blanche ;
La Prife de Lerida ,
Qui de fon mieux fe retranche
La , &c.
i
Suivant en tout la prudence ,
Ne donnant rien au hazard ,
On le prend pour un Cefar ,
Tant il entre bien en danſe ;
La Prife de Lerida ,
Qu'il fçait mener en cadence ;
·La , &c..
204 MERCURE
La main luy-mefme à l'ouvrages
Dufiege il trace le Plan ,
Et comme un autre Vauban ,
A ce mêtier il fait rage.
Laprife de Lerida,
Sifier defonpucelage ,
La, &c.
Mais ce fut chofe bien trifte ,
Lorfque le Camp s'innonda
Le Grivois fe débanda ,
On n'en trouvoit plus la pifte .
La prife de Lerida ,
Où ce Heros feul infifte
La , & c.
GALANT 205
Le pain d'un Ducat la livre
Ou peu de chofe s'en faut
Le Soldat crie tout haut
Mon Prince , item , ilfaut vivre.
La prife de Lerida
Aux plus grands dangers le livre
La , &c.
L'Officier fans resource
Perd tout espoir & vigueur ,
Il luy releve lecoeur
Parfon credit & fabourſe.
La prife de Lerida
Par la Gloire le rembourſe ,
La
c.
206 MERCURE
Alors laJunte troublée
Veutlaiffer là ce deffein ¸
Il avoit la bale en main ,
Pourquoy l'auroit-il lâchée?
La prife de Lerida
Qu'il avoitfi haut jurée ,
La, &c.
Plein de l'exemple d'un Pere ,
Que jamais on n'oublira ,
L'Espagne ,dit-il, verra ,
Ce que Caffel a vufaire.
La prise de Lerida ,
Si digne de fa colere ,
La , &c.
j GALANT 207
Four & nuit dans la tranchée
Comme le moindre Aigrefin ,
Il y jette au Fantaffin ,
L'or & l'argent à poignée.
La prife de Lerida ,
Vaut bien ceinture dorée
La , &c.
Et l'a gité comme un Liévre
Qui d'autre retraite n'a ,
Ily prend fon quinquina ,
Etfe mocque de lafévre.
La prife de Lerida ,
Vouloit un Prince auffi miévre ,
La , &c.
208 MERCURE
Bravant ce Peuple féroce ,
Il arrive au pied du roc ,
Et frappe , ab hac & ab hoc ,
Sans craindre playe ny boſſe,
La prife de Lerida
N'eftpourluy qu'unjour de nôce
La , & c.
Lors àgrands cris l'on appelle
La troupe de Gallomé
Au fecours tout preparé ,
Mais ORLEANS fondfur elle ,
La Prife de Lerida ,
Q'enfin ce Mars dépucelle ,
La , & c .
GALANT 209
Sus donc , qu'on prenne le verre ;
Renouvellons nos efforts ,
Et beuvons à rouges bords ,
A ce grand foudre de guerre ,
La prife de Lerida ,
Met nos ennemis par terre ,
La prife de Lerida ,
Mes l'Archiduc à quia
Pendant que toute la France
retentiffoit des loüanges du
jeune Vainqueur qui venoit de
faire paroître qu'il n'eftoit pas
moins habile dans le mêtier de
la guerre, que les plus grands
Capitaines ; ce Prince qui n'a-
Janvier 1708.
S
210 MERCURE
voit paffé que comme un éclair
des plus brillans à Madrid , afin
d'y tenir fur les Fonts au nom
du Roy , le Prince des Afturies ,.
ainfi que vous l'avez vû dans
ma derniere Lettre . Ce Prince ,
dis- je , aprés s'eftre acquitté de
tout ce qui l'avoit engagé
d'aller à Madrid en repartit
en Pofte pour revenir
en France , animé du defir
d'y prendre des mefures pour
retourner peu de temps aprés.
en Campagne , afin de ne pas
laiffer aux ennemis le temps de
fe reconnoître. Il refolut en
partant de Madrid de ne s'arGALANT
211
refter en aucun lieu , afin de
pouvoir arriver plutoft à la
Cour. Cependant il demeura
trois heures à Bayonne , où il
falua la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui luy fit un accueil
digne d'elle , & du Prince qui
s'eftoit arrefté en ce lieu pour
la faluer. Cette Princeffe luy fit
non - feulement tout l'accueil
dû à ſa naiffance , & aux grandes
qualitez qui ne
guent pas moins que
-
le diſtinfon
Sang
,
Mais comme elle eft naturellement
genereufe , & qu'elle fe
fait un plaifir de donner , elle
fit preſent à Son Alteſſe Roya
Sij
212 MERCURE
le d'un tres - beau manchon ,
avec une ceinture garnie de
pierreries , & une boucle de
tres -beaux Diamans , qui eftoit
fur le noeud du manchon. Ce
Prince , aprés avoir entretenu
quelque temps Sa Majeſté ,
pourſuivit fa route , & elle l'ac-
·
compagna hors de la Ville ,
comme elle avoit déja fait lorfqu'il
y avoit paffé la premiere
fois. Il reprit la pofte , aprés
avoir quitté ectte Princeffe. Il
refufa tous les honneurs qu'on
luy voulut rendre dans tous
les lieux où il paffa ; mais il ne
pûr s'empêcher d'écouter les
GALANT 213
la
Harangues qui luy furent faites
à Bordeaux , par Mr le premier
Prefident ; à Poitiers , par
le Clergé ; & à Loches , par
Ville & par les Jefuites , & ce
Prince eſtant arrivé à Verfailles
, alla d'abord chez le Roy,
& Sa Majesté luy dit en l'embraffant
, qu'Elle estoit ravie de
le voir revenirglorieux en bonne
fanté , & S. A. R. toujours
occupée de la penfee de fon
retour , afin d'ouvrir la Campagne
de bonne heure , témoigna
à Sa Majefté le deffein qu'-
elle avoit formé de retourner
en Espagne , dés qu'elle auroit
214 MERCURE
pris icy toutes les mefures nes
ceffaires pour prévenir les ennemis
, & pour faire une heureuſe
Campagne . Elle eut enſuite un
affez long entretien avec Sa Majefté
, & depuis ce temps - là elle
n'a point ceffé d'en avoir avec
les Miniftres , & avec tous ceux
qui peuvent contribuer à faire
réüffir les projets qui feront
formez pour l'ouverture de la
Campagne , & à faire triompher
les Armes des deux Rois
nonobftant
les grands mouvemens
que l'on fe donne dans
toutes les Cours des Alliez
pour rompre les deffeins d'un
GNLANT 215
Prince , qui n'ayant jamais eſté
rebuté par les plus grandes difficultez
, & par les perils les plus
apparens , leur fait juſtement
craindre que fa feconde Campagne
en Eſpagne ne luy foit
auffi heureufe que celle dont
il vient de fortir fi glorieuſement.
Vous aviez raifon de me de-.
mander les Vers qui ont efté
faits pour Mr le Marquis de
Chamillart , dans le temps qu'il
eftoit dans l'Armée de Flandre.
Ils n'eftoient pas encore
tombez entre mes mains lors
que vous m'avez mandé que
216 MERCURE
vous fouhaitiez de les voir ,
mais enfin m'eftant mis en
peine de les chercher ; le bruit
de leur répuration a eſté fort
difficile d'en trouver une copie
je vous l'envoye.
A MONSIEUR
LE REBOURS.
ENVOY.
RECOIS ces vers que je t'a➡
dreffe ,
Je fais pour Chamillart quel
zele t'intereffe ,
Que ma Mufe s'offre à tes yeux
Si tu luy trouves quelque grace =
LA
GALANT 217
La fource n'en eft pas dans le facié
valon >
Elle te doitfa noble audace ,
Et tu luy tiens lieu d'Apol
lan.
Accepte donc fon juste hommage,
Elle eft feure de l'obtenir ,
Puifqu'elle a le double avantage,
De chanter Chamillart & de t'appartenir.
#XCXXCXXCXXX
MINERVE.
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE CHAMILLART.
One te
ne te croyois plus fous lesyeux
de Minerve ;
J'avois quitté la terre ; il eft vray,
Janvier 1708. T
218 MERCURE
Chamillart :
Mais comme de l'Olympe , avecfoin
je t'obſerve ,
Mon retour de bienprés a fuivy mon
départ.
2
Dans ce Camp que tes yeux vien
nent de reconnoître
,
J'ay cru , n'en rougis pas , qu'ilfalloit
t'éclairer ;
Et dans ce noble foin dont t'a chargé
ton Maitre ,
Sans moy , tes jeunes ans auroient
pû s'égarer.
$
Ne me déguife rien ; déjà feur de
toy- même ,
Tu croyois te paffer de mes heureuse
fecours ;
Mais quand on aime bien , on craint
pour ce qu'on aime :
GALANT 219
Te ne te confietay qu'à l'auteur de tes
jours.
2
C'eft moy , qui dans ce Camp , où
Vendofme prefide ,
Mon Egide à la main , marchois devant
tes pas :
C'est moy , dans tous les rangs , qui
te fervais de guide ,
Quand tes yeux parcouroient les
Chefs & les Soldats.
S
De quelle vive ardeur brûle toute
PArmée ?
Que Vendofme eft content du coeur
de fes Guerriers :
Sa main, dans l'Aufonie, à vaincre,
accoutumée
Afpire , chez le Belge , à de nouveaux
lauriers,
S
Tij
220 MERCURE
LOUIS , je l'ay prédit ; l'effet
Suivra l'oracle ;
Ya s'immortalifer par de nouveaux
Exploits.
Za fortune à fes voeux n'a mis qu'un
vain obftacle
Ellefera forcée à rentrerfousfes loix.
Que dis-je ? Le defin , par d'heu
reufes premices ,
Vient dejuftifier ce que j'ayprefentis
Et s'il a contre lui déployéfes caprices
,
Il a connu fon crime , & s'en ef
repenti .
ន
Sur les champs d'Almanza voy
triompher l'Ibere ,
Le Batave & l'Anglois , éperdus
&tremblaus ,
GALANT 221
Des fuperbes apprêts de leur vaing
colere ,
N'emportent aprés enx que les débris
fanglans.
2
Voy , d'un autre cofté , les remparts
mis en poudre ,
Villars glace d'effroy l'indomptable
Germain .
Toutfait devantfes pas , on tombe
fous la foudre ,
Que leplus grand des Rois a remife
enfa main.
S
Des plus audacieux , par tout l'orgueil
expires
Partontplus quejamais refleuriffent
les Lys ;
Ces Titans , qui desyeux devorsient
voftre Empire,
Tiij
222 MERCURE
Sous des Monts entaßez ſemblent
enfevelis.
A ce nom de Titans , tu ne peux te
méprendre ;
Rappelle , Chamillart , ce que tes
yeux ont vu.
Tel vouloit attaquer , qui fonge
fe deffendre ;
Telfe croyoit Vainqueur , qui craint
d'eftre vaincu..
1
2
Je voudrois bien , monfils , t'en dirè
davantage :
Mais refpeltons du fort les Ordres
éternels :
Ses terribles fecrets cachez fous un
nuage ,
Ne fe dévoilent pas aux regards
des mortels.
GALANT 223
S
Les Dieux- mêmes , les Dieux n'ont
pas ce privilege :
Ainfi dans l'avenir , ne porte pas
tes yeux :
Efpere feulement ; Minerve te protege
;
Et ton Augufte Maifre eft cher à
tous les Dieux.
S
Mais , j'apperçois déja ce Palais
magnifique ,
Digne & brillant ſejour du Grand
Roy que tu fers ;
C'eft la que ce Heros , fans relache
s'applique
A regler, comme nous , le fort de
l'Univers.
S
"
C'est là , qu'auprés de lay tu vas
revoir ton pere.
Tiiij
224 MERCUR E
Arrête tes tranfports
pouroient eftre
indifcrets :
Et tandis que LOUIS , avec luy
delibere ,
Tu ne dois pas troubler leurs an
guftes fecrets.
2
Voy , quel filence regne autour de
cette porte ;
Du bonheur de la France , ils doivent
ordonner.
Demeure ; & cependant , en atten.
dant qu'on forte ,
Ecoute les confeils que je vais te
donner.
2
"A l'Auteur de tes jours , fi LOUIS
fe confie ,
Il doit àfes vertus ce titre glorieux
Par d'affidus travaux , ilfaut qu'il
justifie
;
GALANT 225
Quefur luyfon Monarque à dùjetter
lesyeux
.
S
Si tu veux obtenir de mêmes recom
penfes ,
Par les mêmes vertus , ilyfaut ar
river.
Il en a mis en toy les premieres fe
mences ;
Par les mèmes travaux tu dois les
cultiver.
28
Tunefçaurois choifir unplus parfait
modele;
Du Peuple & des Soldats , c'eft le
Pere & l'appuy :
Tu connois pour fon Roy fon amon
& fon zele :
Tu dois luy reffembler , eſtant forty
de luy.
ន
226 MERCURE
2
Voy , parmy tant defoinsfigrands
fi difficiles ,
Comme il agitfans ceffe , & femble
eftre en repos i
Tel un fleuve pompeux ,
eaux tranquiles,
roule fes
Et fans trouble & fans bruit , en◄
richit les cofteaux,
S
Si dans tes premiers pas ilfoutient
ta foibleße ,
Tu pouras
Mais on vient 3
c'eft luy que j'apperçois :
Tuvas le voir ; Pentendre : ilfuffit :
je te laiffe :
Qui peut le confulter , n'a plus be
foin de moy
GALANT 227
$
Je paffe au dernier Article
des morts , & quoy qu'il y en
ait déja beaucoup dans cette
Lettre , je me trouve néanmoins
encore obligé d'en referver
quantité d'autres pour le
mois prochain
.
Dame Catherine de Neufville-
Villeroy , Comteffe d'Armagnac
, eft morte âgée de 65 .
ans. Elle a laiffé de fon mariage
avec Louis de Lorraine , Comte
d'Armagnac & de Brionne
Grand Ecuyer de France , Gouverneur
d'Anjou , & Chevalier
des Ordres du Roy , Henry de
Lorraine II. du nom , Comte
,
228 MERCURE
de Brionne , reçu en 1677.
Grand Ecuyer de France en furvivance
de Mr le Comte d'Armagnac
fon pere , & Gouverneur
d'Anjou auſſi en ſurvivance
en 1684. Il époufa en 1689 .
Marie d'Epinay , fille unique de
Mr le Marquis d'Epinay , Duretal
, & de Broon , dont il a
eu Mr le Comte de Lambefc ;
les freres & foeurs de ce Marquis
font , François - Armand ,
Abbé de Royaumont , de Châ
teliers , & de Saint Faron ; Camille
de Lorraine , nommé le
Prince Camille , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ;
GALANT 229
Louis - Alphonfe- Ignace , dit le
Bailly de Lorraine , Chevalier de
Malthe , Chef d'Efcadre des
Armée Navales , tué à la Ba-
>
lc
24 . Aouft
taille de Malaga le
1704. Anne- Marie , Bachelier
de Sorbonne
, connu fous le
nom d'Abbé d'Armagnac
; le
Prince Charles, Meftre de Camp
& Brigadier
de Cavalerie
; Mar.
guerite , mariée en 1675. à
Don Nunno- Olvadez - Pereyra
-de- Mello - de- Bragance, Duc
de Cadaval , Grand de Portugal
, & Grand- Maiſtre de la
Maifon de la feuë Reine de Por
tugal , veuf de Marie - Angeli230
MERCURE
que-Henriette de Lorraine
foeur de Mr le Prince d'Hatcourt
; Marie de Lorraine , ma
riée à Antoine Grimaldi , Duc
de Valentinois , Prince de Mo
naco'; Charlotte dite Mademoifelled'Armagnac
, & trois autres
filles mortes en bas âge. Mla
Comteffe d'Armagnac eftoit
fille de Nicolas III. du nom ,
Duc de Villeroy , Pair & Maréchal
de France , Gouverneur
du Roy , Chevalier des Ordres
de Sa Majefté , Gouverneur du
Lyonnois , Forcfts & Beaujollois
, & de Madelaine de Crequi
, Dame de Mions & de Cha
GALANT 231
ponay , feconde fille de Char--
les , Sire de Crequi , Duc de
Lefdiguieres
, Pair & Maréchal
de France , & de Madelaine
de
Bonne fa premiere femme
fille du Conneftable
de Lef
diguieres. Elle eftoit foeur de
Monfieur le Maréchal de Villeroy
, qui a eu de Dame de
N....... de Coffe , foeur de
feu Monfieur le Duc de Brif
fac ,M' le Duc de Villeroy
, qui
a époufé Mlle de Louvois
M' l'Abbé de Villeroy
, & M
le Chevalier
de Villeroy
, qui
périt dans un Combat que les
Galeres de Malthe donnérent
*
232 MERCURE
contre les Turcs , il y a prés de
dix ans & de Françoiſe de
Neufville , qui épouſa en premieres
noces le Comte de
Tournon ; en feconde le Duc
de Chaulnes , & en troifiéme
le Marquis d'Hauterive . Ni
colas de Neufville I. du nom ,
Seigneur de Villeroy , fut Lieutenant
general au Gouvernement
de l'Ile de France , Gouverneur
de Pontoiſe , Mante ,
&Meulan , &Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris en
1568.
Nicolas de Neufville fon fils ,
Secretaire d'Etat , fervit utileGALANT
233
ment quatre de nos Rois ; fçavoir
, Charles IX. Henry III .
Henry IV. & Louis XIII. au
commencement de fon
regne.
commença à exercer cette
Charge à l'âge de vingt- quatre
ans , qu'il eut du celebre Claude
de l'Aubefpine - Chafteauneuf
dont il avoit épousé la
fille.Madelaine de l'Aubefpine
bifaycule de M la Comteſſe
d'Armagnac s'eft renduë illuſ_
tre par fon efprit autant qu'elle
l'eftoit par fa beauté . Elle compofa
plufieurs ouvrages en Profe
& en Vers, & on luy attribuë
une Traduction des Epîtres
Janvier 1708. V
234 MERCURE
d'Ovide. Ronfard l'a fort chan
tée dans fes Poëfies. Elle mou
rut à Villeroy en 1596. & Aubertau
, Evêque de Scés , un des
beaux efprits de fon temps , fit
fon Epitaphe. Elle fut mere de
Charles de Neufville , Marquis
d'Alincourt , Gouverneur de
Lyonnois , Foreft & Beaujollois
, qui laiffa de Jacqueline de
Harlay, outre Nicolas de Neufville
, dont je viens de parler ,
Camille Archevêque de Lyon ,
& Commandeur des Ordres du
Roy , & Ferdinand , Evêque
de Chartres . Madelaine fa fille ,
premiere femme de Pierre Bru
GALANY 235
fart , Marquis de Sillery , Secretaire
des Ordres , fut digne
fille d'une mere fi illuftre. Elle
eue relation avec les Sçavans de
fon temps
.
Mr le Comte d'Armagnac
eft fils de feu Mr le Comte
d'Harcourt , fi renommé par
fes Emplois , & de Dame N...
du Cambout , Niéce du Cardinal
de Richelieu , qui avoit
époufé en premieres Noces
Mr de Puylaurens . Mr le
Comte d'Harcourt forma la
branche de Lorraine , dite d'Ar
magnac ; il eftoit frere cadet de
feu Mr le Duc d'Elbeuf, grand
Vij
236 MERCURE
il
pere de Mr le Duc d'Elbeuf,
d'aujourd'huy. Outre Mr le
Comte d'Armagnac , il eut Mr
le Chevalier de Lorraine , mort
y a quatre ans . Mr le Comte
de Marfan ; feu Mr l'Abbé de
Lorraine dit d'Harcourt , Abbé
de Royaumont , & Mr le
Chevalier d'Harcourt , qui a
commandé pendant quelques
années les Galeres de Malthe .
Dame Erançoiſe Chrêtienne
Dauvet- Defmarefts , époufe de
M" Guillaume Alexandre ,
Chevalier , Marquis de Vieuxpont
Saint Ymes , & Vau
bourg , Maréchal des Camps
GALANT 237
& Armées du Roy , & Lieutenant
Géneral pour S. M. de la
Province de Beauvoifis , eft auffi
decedée : elle eftoit foeur de
Mr le Comte Defmarefts , qui
a efté Colonel de Cavalerie , &
qui s'est beaucoup diftingué
dans le fervice , pendant que fa
fanté lui a permis d'y refter.
Il a époufé la foeur de Mr le
Prefident Robert. La maiſon
Dauvet eft fort ancienne ; elle
a donné un premier Prefident
au Parlement de Paris . Robert
Dauvet , eftoit Prefident de la
Chambre des Comptes , fous
les Regnes de Charles IX. &
228 MERCURE
d'Henry III. Charlotte Dau
vet fa fille , époufa François de
Rofny , qui fervit fidelement
Henry IV. qui n'eftoit encore
en ce temps - là que Roy de Navare
. Il fut pris à la Bataille
de Jarnac en 1569. & mou-
Tut en 1579. Gette Dame fut
mere du célebre Maximilien de
Bethune , Marquis de Rofny
enfuite Duc de Sully , & que
la faveur d'Henry IV. éleva à
de fi grandes dignitez ; elle fut
auffimere de N ... de Bethune
Marquis de Charoſt , qui forma
la branche des Marquis de
Charoft , enfuite élevez à la
GALANT 239
?
dignité de Ducs . M' le Marquis
de Rieux , qui a époufé Dame
N ... de Berulle , dont le mcrite
eft connu , & qui eft foeur
de Mr le premier Prefident du
Parlement de Grenoble , defcend
de Mr Dauvet , Seigneur
de Rieux , Prefident à la Chambre
des Comptes , dont je viens
de parler ; il forma la branche
de Rieux. Celle de Defmarefts
poffede la Charge de grand
Fauconnier de France , il y a
déja tres longtemps . Mr le
Comte Defmarefts , frere de la
Dame , dont je vous aprens la
mort,en eft aujourd'huirevêtu
240 MERCURE
ર
La Maifon de Vieuxpont eft
fort ancienne & fort illuftrée
en Normandie. M' le Marquis
de Vieuxpont , frere aîné de
celuy qui porte aujourd'huy ce
nom , eftoit Colonel du Regiment
de Bourbon. Il fut tué
à Cavours en Piémont , dans
la derniere guerre .
Mr le Marquis de Valfemé ,
Lieutenant general , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , cydevant
Capitaine - Lieutenant
des Gendarmes de feu Son Alteffe
Royale Monfieur , & que
Sa Majesté avoit nommé pour
aller fervir en Provence , y eft
(
mort
GALANT 241
mort en y arrivant . Il avoit
époufé Mlle Sonnin , foeur de
M' Sonnin , Receveur general
des Finances de la Generalité
de Paris. Ce Marquis eftoit de
l'illuftre Maiſon de Malet- de-
Graville , qui a donné un Amiral
à la France , qui cut beaucoup
de part aux affaires qui fe
pafferent fous les regnes de
Charles VIII. & de Louis XII.
Cette Maiſon a auffi produit
plufieurs perfonnes qui ont
fervi glorieufement l'Etat , &
elle eft alliée aux meilleures
Maifons du Royaume. La mere
de M' le Marquis de Valfemé
Fanvier 1708 .
X.
242 MERCURE
eftoit de la Maifon de Choifeul
& de la branche du Pleffis-
Praflin , & elle eftoit foeur du
dernier Duc de Choifeul ; & ce
fut ce Duc qui engagea M' de
Valfemé fon neveu dans le fervice
de feu Monfieur ; & qui
revêtu de la Charge de Capitaine
- Lieutenant des Gendarmes
d'Orleans , s'eft fignalé
dars les actions où il s'eſt trouvé
, fur tout à la Bataille de
Nerwinde , où il fe diftingua
fort. Il s'eftoit auffi trouvé à celles
de Fleurus & de Steinkerque
, où il avoit donné d'éclasantes
preuves de fon courage ,
Je dois parler icy d'une acGALANT
243
ction digne d'eftre remarquée.
Aprés la mort de feu Monfieur,
la Compagnie
des Gendarmes
d'Orleans paffa au Prince qui
luy a fuccedé. Il eftimoit fort
M' de Valfemé , & il le fit bien
connoiftre lorfque ce Marquis
fut nommé Lieutenant general.
Il luy dit , que cette dignité l'empêchant
de fervir en aucune autre
qualité , il fe trouvoit obligé de
vendre fa Charge , que voulant
luy marquer l'estime qu'ilfaifoit
de fa perfonne , il attachoit
mille écus de penfion à cette Charge
, afin qu'en la vendant , il en
puft tirer une fomme plus confide
X
ij
244 MERCURE
rable. De pareilles actions font
peu ordinaires , & les Princes
qui les font doivent eftre toujours
bien fervis.
L'Article de la mort du P. Mabillon
devoit fuivre les Articles
que vous venez de lire ; mais
comme cet Article doit eftre
auffi étendu que curieux , je me
trouve obligé de le remettre au
mois prochain.
Il eft de certains ufages , aufquels
les ficcles n'ont point porté
d'atteintes , & il paroit qu'on
ne pouroit , fans irreligion
manquer à les obferver , quoy
que cependant , il femble eftre
permis de ne les pas fuivre , &
>
ONLANT 245
que l'on ne faffe point un crime
à ceux qui ne les obfervent
pas. La Fête appellée , des Rois ,
eft de ce nombre ; & ce qui
s'eft toujours pratiqué la veille
de cette Fête , & fouvent le
jour, s'eft fait de tout temps ,
avec plus ou moins d'éclat , felon
la naiffance & la fortune
de ceux qui s'affemblent ces
jours - là , fuivre un ufage
pour
eftably de tous les temps. On
ne doit pas s'eftonner file Roy ,
qui s'eft toujours conformé à
tout ce qu'il a trouvé eſtably ,
avec juftice , & fur tout aux
chofes qui ont des apparences
X üj
246 MERCURE
J
de Religion , quelques legeres
qu'elles foient , a toujours obfervé
, avec un éclat digne de
fon rang, & de la magnificence
qui luy cft naturelle , ce
qui fe pratique dans le temps
de la Fête des Rois . Cette magnificence
a paru cette année ,
avectoute fon cftenduë , la veille
de la Fête des Rois, S. M. ayant
refolu de regaler ce jour là une
partie des principales Dames
de la Cour , en leur donnant
un foupé , qui devoit eſtre fervi
fur quatre tables differentes ,
de dix-huit couverts chacune ,
& qui devoit eſtre fuivy d'un
GALANT 247
magnifique Bal , où devoient
danfer une partie des Dames
du fouper , ainsi que plufieurs
Dames de diftinction , & les
principaux Seigneurs de la
Cour.
Pour donner quelque ordre
à cette Relation , je crois la
devoir commencer par la maniere
, dont l'escalier , par lequel
on devoit paffer , à l'Appartement
où les tables eftoient
dreffées , eftoit illuminé ; &
lorfque je vous auray dit tout
ce qui regarde cet Apartement,
qui eft le petit Apartement de
Sa Majefté , & que je vous au-
X
iiij
248
MERCURE
ray parlé des ordres qui avoient
cfté donnez , afin que tout fe
paffat fans confufion , pour le
Tervice de quatre tables , qui
devoient eftre remplies de foixante-
douze
perfonnes ; je les
laiſſerai
enſuite à table,aprés les
avoir toutes
nommées , & vous
avoir dit ce qui fe paffa à ces
tables , &
pendant que l'on s'y
divertira ,
fuivant
l'ufage du
jour , je
pafferay à
l'apparte
ment
deſtiné
pour le Bal , où
j'entreray
par l'escalier , qui y
conduifoit , & qui eſt du coſté
de la
Chapelle ; & aprés vous
avoir fait une
peinture de cet
GALANT 249
Appartement, je vous parleray
du grand Salon , qui eft à l'antre
bout de cet Appartement ,
d'où j'entreray dans la Gallerie,
afin de faire une deſcription de
l'eftat où elle eftoit alors , & de
tout ce que l'on avoit fait pour
la rendre toute brillante de lumieres
; & lorfque je vous auray
fait voir les mefures que
l'on avoit prifes pour l'entrée
des perfonnes à qui il devoit
eftre permis de voir lè Bal , fans
danfer , je retourneray prendre ..
l'Augufte Compagnic , qui
rempliffoit les quatre tables ,
pour la conduire au Bal , dont
250 MERCURE
je vous parleray enfuite , auffibien
que des habits , & de ce
qui fe paffa au Bal , juſques
quatre heures du matin , que
le Roy d'Angleterre , & Ma
dame la Princeffe fa four , retournerent
à S. Germain.
Le premier des efcaliers ,
dont je viens de vous parler
eftoit illuminé par un grand
nombre de Girandoles
, pofées
fur de grands gueridons
, que
l'on nomme , Torcheres , & par
un grand nombre de bougies ,
placées fur les rampes , & les
lumieres que produifoient plufieurs
luftres , qui eftoient dans
GALANT 251
les deux pieces que l'on voit
vis- à-vis & à la droite du haut
de cet efcalier , cftant jointes à
celles dont je viens de vous par
ler , produifoient toutes enfemble
, un fi grand éclat , qu'il
ne pouvoit eſtre effacé que par
celay des Apartemens & de la
Gallerie.
On entroit enfuite dans la
Salle des Gardes , dans laquelle
on avoit dreffé des tables , où
le fruit eftoit pofé.
Les buffets eftoient dreffez
dans la piece fuivante , d'où
l'on entroit , dans ce que l'on
appelle aujourd'huy , le Sallon.
252 MERCURE
Ce Sallon, quoy que plus long
que large , n'eft fait que depuis
quelques années , & il cft compofé
de ce qui comprenoit auparavant
l'Antichambre & la
Chambre de Sa Majefté,qui eft
prefentement dans le lieu que
Fon nommoit cy- devant le
Sallon.Les quatre tables eſtoient
dreffées dans le nouveauSallon,
dont je viens de vous parler.
Je ne vous dis point que les
trois pieces dont j'ay parlé d'abord,
eftoient toutes brillantes
de lumieres, puiſqu'il eſt aiſé de
fe l'imaginer. Je paffe à ce qui
avoit cfté arreſté , afin que le
*
GALANT 253
fervice pût eftre fait fans confufion
, quoy qu'il y eût quatre
grandes tables à fervir.
Soixante- douze Suiffes , de
la Compagnie des Cent-Suiffes
de Sa Majefté , avoient efté
choifis pour porter les plats
& comme il eftoit impoffible
qu'il n'y eût de la confufion , fi
chacun ne fçavoit à quelle ta
ble it devoit porter les plats ,
dont il eftoit chargé , ces qua
treQuadrilles de Suiffes, avoient
chacune des rubans de couleurs
differentes , & marquées pour
chaque table ; enforte que ceux
d'une Quadrille ne pouvoient
254 MERCURE
fe mêler avec ceux de l'autre ,
aucun ne le feparant de ceux
qui portoient des rubans d'une
même couleur.
On avoit nommé pluſieurs
Controlleurs de la Maifon du
Roy, pour pofer les viandes ;
de maniere qu'il y en avoit
deux à chaque table , pour faire
cette fonction.
Le fervice des Officiers du
Gobelet , fut auffi partagé ,
touchant ce qui regarde leurs
Charges ; & Mr Benoiſt , Controlleur
de la Maifon du Roy ,
regloit toutes les tables.
Mr le Marquis de Livry,
GALANT 255
Premier Maître d'Hoſtel , cut
l'honneur de fervir Sa Majefté,
& Mr Felix , Controlleur géneral
de la Maiſon du Roy,
cut celuy de fervir Monfeigneur
le Dauphin.
Le Roy foupa à dix heures ,
à fon ordinaire ; & Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'Elle eftoit
fervie , entra dans la Gallerie ,
feulement pour y jetter un
coup d'oeil , afin de voir l'effet
du grand nombre de lumieres ,
qui en faifoient briller toutes
les beautez. Sa Majesté eftoit
acompagnée du Roy d'Angle
terre , de Madame la Prin256
MERCURE
C
ceffe fa Soeur , de tous les Princes
, de toutes les Princeffes de
la Maiſon Royale , & de toutes
les perfonnes qui devoient
avoir , ce foir là , l'honneur de
manger aux tables qui venoient
d'eftre fervies .
Voicy les noms des perfon
nes qui mangeoient à ces Ta-.
bles.
PREMIERE TABLE.
LE ROY,
& à la droite de Sa Majefté , a
LEROYD'ANGLETERRE,
GALRNT 257
Madame LA PRINCESSE
D'ANGLETERRE.
Madame ,
à la gauche de Sa Majeſté.
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Madame la Ducheffe d'Or
leans.
Les autres places furent occupées
indifferemment . Celles
qui les remplirent , font :
Madame la Duchefe d'Aumont
, qui fut Reine.
Mela D. de la Ferté.
Me la D. de Brancas.
Me la D. de Roquelaure.
Janvier 708 .
I
Y
258 MERCURE
Me la D. du Lude.
Me de Middelton.
Me la Princeffe de Montauban.
Me la Princeffe d'Epinoy.
Me la Princeffe d'Harcourt.
16 .
SECONDE TABLE.
MONSEIGNEUR.
Monfieur le Duc d'Orleans.
Madame la Ducheffe , qui fut
Reine.
Mademoiſelle de Bourbon.
Mademoiſelle de Conty.
GALANT 259
Me laDucheße d'Albe.
Me de Bouflers.
Me de Souvray.
Mlle de Tourbes.
Mlle de Meleun,
Me la Maréchale de Clerembault.
Me de l'Aigle.
Me de Mirepoix.
Me de la Vieuville.
Me la Comteffe d'Harcourt.
Me laD. de la Feuillade,
Me la D. du Duras.
17.
Y ij
26ɔ MERCURE
TROISIEME TABLE,
MONSEIGNEUR LE
DUC DE BOURGOGNE.
Me la D. de Villeroy.
Me la D. de Lorge.
Me la D. de Nogaret.
Me d'O.
Me d'Epinay , qui fut Reine ..
Me de Torcy.
Me de la Valliere ,
Mlle de Villefranche..
Mede Gié .
Me de
Villacerf.
Me de Belfond.
Me de Gondrin..
GALANT 261
Me la D. de Noailles.
Me la D. de Guiche.
Mela
Maréchale
d'Eſtrées..
16.
QUATRIE ME TABLE.
MONSEIGNEUR LE
DUC DE BERRY.
Me la
Maréchale de
Rochefort.
Me de Mailly.
Me de Beaumont.
Me de
Liftenay.
Mela
Ducheffe
d'Eftrées.
Me de Sforce.
Me de
Chasteauthiers ..
Me la Vidame.
262 MERCURE
Me de Mauleorier.
Me la Comteffe de Livry , qui
fut Reine.
les
Mlle de Langeron.
Mlle de Sainte-Hermine.
Me de la Vrilliere.
Me de Tobieska.
Me de Montbazon.
Mlle de Bouillon.
17.
Il n'eft pas furprenant que
72. Couverts dont eftoient
le 4. Tables , n'ayent pas cfté
tous remplis , puifqu'il eft prefque
impoffible que parmy
xante - douze perfonnes il ne
forGALANT
262
s'en trouve toujours quelquesunes
d'arrêtées par quelque obftacle
qui les empêchent de
jouir d'un honneur que leur
naiffance ou leur rang leur ont
procuré.
Toutes ces Tables furent éga
lement fervies ; auffi eftoientelles
toutes regardées comme
la Table du Roy.
Pendant
que les Reines bu
rent , on fuivit l'ufage ancien
& general , & les cris de la Reine
boit , fe firent entendre ; & com
me il arrivoit quelquefois que
deux ou trois Reines buvoient
dans le même temps , le bruit
264 MERCURE
que faifoient ces cris , eftoit
plus ou moins grand ; mais
toujours fort agreable , parce
que les voix des Dames l'emportoient
fur celles des hommes
qui eftoient à ces Tables ,
& ce qui augmentoit encore le
bruit du Concert formé par
tant de voix differentes , eft
que quoy que ceux qui fervoient
n'y mêlaffent par leurs
voix ,les uns fe frappoient dans
les mains , & les autres trous
voient moyen de frapper harmonieufement
fur quelque piece
d'argenterie , de maniere que
tous ces bruits enſemble , &
formez
GALANT 265
·
formez fur
differens tons ,
avoient quelque
chofe de divertiffant
, & convenoient
fort
à la
Ceremonie du jour.
Laiffons
continuer un divertiffement
, d'autant plus rejouïſfant
qu'il n'eft pas ordinaire ,
dans un lieu fi Augufte , &
paffons par l'efcalier qui conduit
au grand
Apartement
du
Roy , dans lequel on devoit
danfer , afin
d'examiner tout
ce que l'on peut dire de cet Ef
calier ; de cet
Apartement ; du
grand Sallon qui eſt aubour ,
& de la Gallerie que l'on voit
dans le retour.
Janvier 1708. Z
266 MERCURE
2
Cet efcalier étoit éclairé de la
même maniere que l'escalier de
la gauche , & l'on y voyoit beaucoup
de Torcheres & de Girandoles
, ce qui en faifoit briller
toutes les beautez , qui peuvent
aller de pair avec tout ce qui enrichit
les plus beaux Apartemens.
Ily avoit fur un des paliers
, ungrand Buffet , chargé de
toutes fortes de rafraichiffemens.
nubia
Les pieces par où l'on entroit
dans le grand Apartement
du Roy , aprés avoir quitté
l'efcalier , eftoient garnies de
Buffets , fur lefquels eftoient en-
•
NGALANT 267
t
cote d'autres rafraichiffemens ,
& d'une partie de tout ce qui
devoit fervir à la collation , qui
devoit eſtre diſtribuée pendant
le Bal . Ces piéces étoient parfaitement
bien éclairées.
Il y avoit dans la Salle du Bal
II.
qui fuivoit , douze Luftres , dix
Torcheres , avec des Girando .
les , & l'on avoit auffi placé
plufieurs Girandoles , fur l'appuy
des deux Tribunes , qui
font dans cette Salle , qui fervent
ordinairement
à placèr la
Symphonic.
Le Cercle du Bal eftoit au
milieu de cette Salle . Il y avoit
Zij
268 MERCURE
à l'un des bouts de ce Cercle
deux fauteuils , dont l'un étoit
pour le Roy , & l'autre pour le
Roy d'Angleterre. La figure de
ce Cercle , reprefentoit unaqua
ré long , & des plians , qui fuivoient
les deux fauteuils dont
je viens de parler , achevoient
de former le premier rang ; il
y en avoit un fecond , de Ta
bourets , & un troifiéme de for,
mes. Il y avoit aux deux bouts
de la Salle , & dans les croifées
des Gradins , par étagés , pour
les Spectateurs.
Les Officiers ordinaires de la
Muſique , étoient placez dans
GALANT 269
les deux Tribunes ; ainfi on
peut juger que le nombre ch
étoit confiderable , & que tous
les airs fur lefquels on danfa,
furent parfaitement bien joüez.
La Chambre du Lit , & celle
du Trône , que l'on trouvoit
aprés la Salle du Bal , lorfque
l'on étoit entré par le grand efcalier
qui eft à la droite , étoient
éclairées par plufieurs Torche
res , garnies de Girandoles , &
par plufieurs autres Girandoles
qui étoient fur les tables. On
doit remarquer qu'il y a au milieu
de chacune de ces Chambres,
un Luftre d'une tres-gran
*
Ziij
276 MERCURE
Fib
de beauté , & que les lumieres
de ces deux Luftres , & celles
des Girandotes , en faifoient
briller les Criftaux, qui jettoient
un éclat fi éblouiffant , que la
vûë ne pouvoit s'atêter longtemps
à les regarder.
Il y avoit auffi un tres -magnifique
Luftre , dans le Sallon ou
l'on entre en fortant de la
Chambre du Trône. Il étoit
non-feulement éclairé par les
bougies dont le Luftre étoit
garny ; mais auffi par les Gi
randoles qui étoient placées fur
plufieurs Torcheres , & fur les
tables de marbre de ce Sallon..
•
GALANT 271
On entroit enfuite dans la
Gallerie , qui étoit éclairée par
run rang de Luftres , quien rempliffoient
toute la longueur ;
par un grand nombre de Girandoles
, placées fur les tables ,
& en divers autres endroits ,
& par huit piramides de 15 .
pieds de haut chacune , & dont
Les bazes , de plus de 4. pieds
de haut , étoiento richement
ørnécsao , simo!!hƆ al pb wod
Les piramides qui eftoient
portées par ces bazes , avoien
huit étages , fi remplis de flambeaux
, qu'ils fe touchoient les
uns les autres. Il y avoit 132 .
272 MERCURE
bougies fur chacune de fes
piramides , qui étoient termi
nées par une groffe bougie en
flambeau , & toutes ces lumicres
étant opofées à une étoffedor
, qui couvroit le corps
de ces piramides , il en fortoit
un éclat fi brilant & fi vif ,
qu'il feroit dificile de l'exprimer.
Le Sallon qui eft à l'autre
bout de la Gallerie , entre l'Apartement
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne, & la Gallerie
, & qui fait face à celui
qui eft au bout du grand Apar
GALANT 273
&
tement du Roy , eftoit illuminé
de la même maniere , que
celui par où l'on entre dans ce
grand Apartement , & dont je
vous ay déja parlé de l'illumination
Il y avoit 70. Girandoles
tant dans ces deux
Sallons , que dans la Gallerie.
Comme il auroit été mal
aifé d'éviter la confufion , fi
on n'y avoit pas aporté un
grand ordre , les Huiffiers de la
Chambre occupoient toutes les
avenues de l'Appartement où
l'on devoit danfer, & Mr le Duc
de la Tremoüille , premier Gentilhomme
de la Chambre en
274 MERCURE
année , leuravoit donné des Lif
tes des perfonnes à qui il avoit
jugé à propos d'accorder des
places fur les Gradins de la Salle
du Bal.
Le foupé finit fur les onze
heures & demie , & toute la
Cour ayant traversé la Galle
rie ; le Sallon par lequel on en
tre dans le grand Appartement
du Roy la chambre du Trô,
ne & celle du Lit , entra dans
la Salle du Bal : Voicy les noms.
de ceux qui danſérent.eu somn
ry..
LE ROY d'Angleterre ,
Monſeigneur le Duc de Ber
GALANT 275
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans.
-Monfieur le Duc d'Enghien .
Mr le Duc d'Eftrées ..
Mr le Duc de Mortemart.
dimprs.
Tous les noms qui fuivent
font mis icy fans qu'on ait obfervé
de fuivre les rangs de
ceux qui les portent ; je ne fçay
même fi on nen a point ou
blié quelques - uns..
Mr le Marquis de Gondrin.
• AM
Mr le Marquis de Nangis.
Mr le Comte de la Mothe .
Mr le Marquis de Liftenay..
276 MERCURE
Mr le Marquis de Boisfre
mont.
Ion.
Mr le Marquis de Rouffil-
MAD
Mr le Marquis de Seignelay.
Mr le Marquis de Tellé. ex
Mr le Marquis de Biron,
Mr le Marquis de Nefle.
Mr le Marquis d'Egvilly.
Mr. le Marquis de Livry.c
Mr le Marquis de Chaba
nois.
Mrle Comte de Monteffon.
Mr le Marquis de Grave.
Mr le Marquis de Rouvroy.
Voicy les noms des Dames
GALANT 277
qui ont danfe au même Bal
MADAME LA PRINCESSE
d'Angleterre .
MADAME LA DUCHESSE
DE BOURGOGNE.
Mademoiſelle de Bourbon.
Mademoiſelle de Conty.
Mademoiſelle de la Rochefur-
Yon.
Les Dames qui fuivent ne
font point nommées ſelon leur
rang.
Me la Ducheffe de Duras.
Me la Comteffe d'Harcourt.
enMela Ducheffe de Noailles.
278 MERCURE
Me la Marquife de la Vril
liere.
. Me de Gié .
Me la Marquife de Belleb
fond. GA
Me la Marquife de Liſtenay
Mlle de Sainte- Hermine .
Me de Chaumont .
Me de Tobieska..
Mile de
Langeron .
Mlle de Villefranche
.
1 on tu vit hup
Il feroit difficile de vous faire
une peinture bien exacte des:
habits de toutes ces Dames , &
des pierreries qui leur fervoient
d'ornemens. Madame la PrinGALANT
279
ceffe d'Angleterre eftoit en
Robbe , ce que l'on appelle aujourdhuy
grand Habit , & les
habits de toutes les Dames du
Bal , eftoient de la même maniere.
Celuy de cette Princeſſe
eftoit de velours jaune ; fon
Corps eftoit tout garny de pier
reries , auffi bien que fa Robbe ,
dont les attaches auffi de pierreries
eftoient des plus brillantes
, & la Juppe de cette Prin
ceffe n'avoit pas de moindres
ornemens . L'Habit de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
qui eftoit de velours noir , eftoit
garni de même , & ſa Juppe
280 MERCURE
cftoit femée de plufieurs bouquets
de pierreries. Ces deux
Princeffes avoient de tres - belles
Aigrettes , & toute leur coëffure
eftoit auffi mêlée de pierreries.
Tous les habits des Dames
eftoient auffi de velours de differentes
couleurs , avec des parures
de diamans , & les habits
de celles qui estoient en deüil ,
cftoient garnis d'hermines avec
des attaches de diamans.
Le Bal s'ouvrit par le Roy
d'Angleterre & par Madame la
Princeffe fa Soeur . On doit remarquer
que la premiere fois
GALANT 281
que Sa Majefté Britannique fe
leva pour danfer , le Roy fele
va auffi , & que Sa Majesté fe
tint debout , pendant tout le
temps que ce Prince danfa. On
doit obferver auffi , que les
Princes , les Princeffes , & generalement
toutes les perfonnes
qui danferent , faluerent
Leurs Majeftez , avant que de
danfer.
Le Roy d'Angleterre , aprés
avoir danfé , avec Madame la
Princeffe fa Soeur , prit Madame
la Ducheffe de Bourgogne ,
& ces deux Princeffes s'en acquitterent
, avec tant de
Janvier 1708. Aa
gras
282 MERCURE
ces , que toute l'Affemblée en
fut charmée. Madame la Du
cheffe de Bourgogne
prit Monfeigneur
le Duc de Berry ;
Monfeigneur
le Duc de Berry
pritMademoiſelle
de Bourbon;
cette Princeffe danſa enſuite ,
avec Monfieur le Duc d'Or
leans , qui prit Mademoiſelle
de Conty , qui danſa aprés ,
avec Monfieur le Duc d'En-
7
ghien , qui prit Mademoiſelle
de la Roche-fur - Yon , & Mademoiſelle
de la Roche-fur-Yon
prit Mr le Duc d'Eftrées , qui
fut le premier des Seigneurs.
qui danferent, aprés les Princes;
GALANT 283
& pendant le reste du Bal , on fe
prit indifferemmént. 11
Il eft aifé de s'imaginer
que toutes les danfes , qui font
aujourd'hy le plus en ufage ,
furent danfées , & que les contre
danfes ne furent pas oubliées.
Il feroit difficile de trouver
dans aucun Bal , quand
même il feroit compofé d'un
plus grand nombre de Danfeurs
& de Danfeufes , autant
de perfonnes qui danfaffent
auffi bien , non- feulement ( &
je le dis avec verité ) parce que
le bon air regne plus à la Cour
qu'ailleurs , & qu'il peut eftre
Aa ij
284 MERCURE
difficilement imité par ceux qui
n'y font
pás leur fejour ordinaire
, ou qui n'y viennent pas
fouvent ; mais auffi parce que
l'on nerifque gueres de danfer
dans un lieu fi augufte , & ou
l'on eft fi éclairé , fans eftre perfuadé
que l'on ne s'expofera
pas à la cenfure de ceux qui ne
pardonnent rien. Cependant, il
ne laiffe pas d'eftre conſtant
qu'un Bal cftant ordinairement
compofé d'un grand nombre
de perfonnes , les unes ont plus
de naturel pour la danfe que les
autres , & qu'il s'en trouve toujours
qui remportent le prix ;
GALANT 285
mais comme il eft quelquesfois
difficile de decider , & qu'on le
pecuutt faire par inclination , ou
par goût , & que le goût de
ceux qui decident n'eft pas toujours
jufte , je crois ne devoir.
rien dire qui foit plus à l'avantage
des unes que des autres ;
& d'ailleurs l'on doit eftre perfuadé
que ceux dont la danſe
a le moins brillé dans cette
Affemblée , feroient fûrs de
remporter le prix par tout ailleurs
.
Le Roy quitta le Bal à une
heure. La collation qui parut
quelque temps aprés , fut d'a286
MERCURE
ر ک
bord prefentée à tout le Cercle,
& elle fut enfuite diftribuée.
aux Spectateurs . Je ne dis point
que cette collation fur compo
fée de tout ce qui pouvoit cftre
fervy dans un Bal , & rafraîchir
une Affemblée , que la
chaleur d'un lieu , remply de
monde , & brillant de lumieres,
devoit avoir alteré on fçait
affez que c'eſt à la Cour , où
ces collations paroiffent avec
plus d'éclat , & que les Officiers
du Roy , qui en ont foin ,
n'ont point de pareils dans le
monde.
Le Bal recommença aprés la
GALANT 287
collation , & l'on peut dire que
ce divertiffement fit tant de
plaifir aux Danfeurs & aux
Spectateurs , que l'Aſſemblée
ne fe fepara que fur les quatre
heures du matini'n o
Le Bal finy , Sa Majefté Britannique
, & Madame la Prin--
ceffe fa Soeur , retournerent à S.
Germain. Les Gardes du Corps,
les Cent- Suiffes , ainfi que les
Gardes Françoiſes & Suiffes ,
eftoient fous les armes , dans
leurs poftes ordinaires , & les
tambours battirent aux
champs , de même qu'ils font
en plein jour , lorfque Leurs
288 MERCURE
Majeftez Britanniques vien
nent chez le Roy.
La defcription de cette Fête
parle affez , fans qu'il foit neceffaire
d'en rien dire davanta
ge , fi ce n'eft qu'il paroît inpoffible
qu'on puiffe voir , dans
aucun lieu du monde , autarir
de pierreries enſemble , qu'il
en parut dans ce Bal ; & qu'il
eft certain que l'on n'en peut
donner dans des Appartemens
plus magnifiques & plus étendus
que ceux de Verfailles , à
caufe de la Gallerie , & des
deux grands Sallons , qui font
aux deux bouts.
La
GALANT 289
La Reine Doüairiere d'Efpagne,
continuant d'eftre charmée
des honneftetez qu'elle reçoit
de la part de Philippe V.
acette Princeffe continue auffi
d'en faire voir fa reconnoiffance
danstoutes les occafions ,
où elles en peut donner des
marques publiques , & toutes
les fois que les Efpagnols en
donnent de leur zele & de
leur amour pour leur Souve
rain , & qu'ils ont lieu de faire
éclater leur joye , par des ré
jouiffances publiques . Cette
Reine qui fait fon fejour à
Bayonne , y fait auffi paroître
Fanvier 1708. Bb
290 MERCURE
L
fa joye , avec éclat : ce qui
m'a fouvent obligé de parler
des Fêtes qu'elle y a données.
La derniere , a efté à l'occafion
du jour de la naiffance de Sa
Majefté Catholique cette Princeffe
fit , ce jour là , illuminer
tout fon Palais Elle fit tirer
beaucoup d'artifice , qui
fut accompagné de divers concerts
; & ce divertiſſement fut
fuivy d'une Comedie , qui fut
reprefentée dans la grande falle
de fon Palais .
:
Mr le Marquis de Langeron
a eu la Commanderie de
Saint Louis , qui vacquoit par
GALANT 291
la mort de Mr le Marquis de
Villette. Il eft Lieutenant general
des Armées Navales de Sa
Majefté. Il fut fait Capitaine
de Vaiſſeau en 1671. Chefd Ef
cadre fur la fin de l'année 1689 .
& Lieutenant general en 1697 .
Il s'acquit beaucoup de gloire
à la defcente de Camaret . Il repouffa,
avec 200 , hommes , plus
de 4000. Anglois & Hollandois ,
Il fit échouer , avec fon canon ,
plufieurs Vaiffeaux Ennemis ,
& il s'eft fort diftingué dans le
Combat de la Malgue . Ce Marquis
eft de la Maifon d'Andrault
& proche parent de Mr l'Abbé
Maulevrier , Agent general du
Clergé , qui eft auffi de la Maifon
d'Andrault , & coufin - germain
de Mr le Marquis du
Bbij
292 MERCURE
Bourg . Feu Mr le Marquis de
Langeron , ayant épousé Dame
N ... du Mayne du Bourg , tante
de Mr le Comte du Bourg ,
aujourd'huy Lieutenant general
; & Mr le Comte des Forges-
Saint - Julien , ayant épousé Dame
N .. du Mayne , foeur de
Madame la Marquife de Langeron
. La Maifon d'Andrault eft
tres- ancienne dans le Lyonnois ,
& elle a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de Lyon . Mr l'Ab .
bé Maulevrier eft aujourd'huy
du nombre de ces Comtes , & il
a un frere Chartreux, qui eftoit
Comte de Lyon , avant luy ,
Il a auffi deux freres dans l'Or.
dre de S. Antoine , dont le cadet
a efté General , mais qui depuis
quelques années s'eſt démis
>
GALANT 293
de cette Dignité , pour vivre
dans une plus grande tranquili
té. Mr l'Abbé Maulevrier a dani
le Service deux neveux , du
nom de Langeron , qui s'y font
déja fort diftinguez . L'aîné eſt
Brigadier.
Mr le Comte de Muret , Maréchal
de Camp , a eu le Cordon
rouge , qui vacquoit par la
mort de Mr de Valfemé. Ce
Comte a efté Colonel du Regiment
d'Albigeois & enfuite
de celuy de Beauvoifis . I fe
diftingua fort à la Bataille de
Luzarra. Je ne parle point de
toutes les actions qui l'ont fait
parvenir à la dignité de Maréchal
de Camps je diray feule
ment qu'il a beaucoup d'intré
pidité, & qu'il a fouvent fait voir
Bb iij
294 MERCUR
Z
une fermeté inébranlable . 1
commandoit , en dernier lieu à
la Peroufe ; & quoiqu'il rifquât
beaucoup de voir enlever ce
pofte , & qu'il luy eût efté permis
de l'abandonner , s'il le jugeoit
à propos , les perils les
plus aparens , n'ayant pu ébranler
fa fermeté , il eſt cauſe que
ce pofte eft demeuré à Sa Majeſté
Il eſt allié de Mr le Rebours
, & par confequent de Me
de Chamillart. Sa famille eft
originaire du Païs Chartrain ,
elle eſt eſtablie dans l'Ile de
France , il y a prés de deux fiécles
.
Mr de Mombron , defirant de
diſpoſer , avant ſa mort du Brevet
de retenuë , qu'il avoit fur
la Lieutenance generale de
GALANT 295
Flandres ; & ayant fupplié le
Roy de vouloir bien recevoir fa
démiffion de cette Charge , Sa
Majefté a bien voulu luy accorder
cette grace ; mais fouhaitant
, en même temps , que cette
Chargefût remplie par un homme
de nom , & dont les fervices
fuffent diftinguez , Elle a
cru qu'elle ne pouvoit cftres
mieux remplie que par Mr le
Chevalier de Luxembourg, Maréchal
de fes Camps & Armées ,
quatriéme fils du Maréchal de
ce nom ; & ce Chevalier ayant
fçû , par Mr de Chamillart , que
Sa Majesté l'avoit choisi pour
remplir cette importante Charge
, il alla , avec Mr le Duc de
Luxembourg , fon frere- aîné ,
remercier ce Prince qui luy 2.
Bb
iiij
296 MERCURE
dit ; que l'ayant toujours bienfervy
dans toutes les occafions , où fonfervice
l'avoit demandé, il avoit cru
ne pouvoir faire un meilleur choix ;
qu'il l'exhortoit à continuer à le fervirt
jours de même , & qu'il eftoits
bien perfuadé qu'il continueroit à le
fervir toujours , comme il avoitfaitz
qu'il avoit un Brevet de rétenuë de
cinquante mille écus àpayer à Mr
de Mombron ; & que pour luy en
faciliter le payement , il luy accordoit
contre la loy qu'il s'eftoit
faite , de ne plus donner de ces fortes
de Brevets ) un Brevet de retenuë
de vingt-cinq mille écus ; & que
l'on trouveroit moyen de luy valoir
les autres vingt-cinq mille : Et ce¹
Monarque , aprés les avoir quittez
, il fe retourna auffi - toft ,
& dit à Mr le Duc de Luxem
GALANT 297
i
bourg, & à Mr le Chevalier fon
frere En verité , Meffieurs , je
n'oublieray jamais les fervices par
ticuliers quefeu Mr de Luxembourg »
votre pere , m'a rendus , & qu'il a
rendus à la Couronne . Ces manieres
qui font ordinaires au Roy , doi
vent faire tous les jours redoubler
, l'attachement que l'on a
pour fa Perfonne & pour fon
fervice.
Mr le Maréchal de Villeroy ,
ayant refolu de fe démettre de fa
Charge de Capitaine des Gardes
du Corps , en a remis la démiffion
entre les mains du Roy
& Sa Majesté en a pourvû Mr
le Duc de Villeroy fon fils , dont
la valeur , le zele pour ſon ſervi
ce , & la prudence luy font con
nuës . En effet, ceDuc s'eft diftin
298 MERCURE
gué dans toutes les occafions les
plus perilleuses , où il s'eft trouvé
& les Troupes luy ont tou
jours rendu juftice la deffus .
Je devrois joindre à cet article
des Dons du Roy , celuy qui
regarde l'Evêché de Pamiers ,
que Sa Majesté vient de donner
à Mr l'Abbé de Verthamon;
mais quand je me trouve obligé
de leremettre au mois prochain,
je ne dois pas oublier de vous
dire qu'il y a une méprife dans
l'article de ma derniere lettre ,
où il est marqué , que le Roy a
donné le Prieuré de la Charitéfur
Loire à Mr le Prince Fre
deric d'Auvergne. Je ne fçay
comment cette faute s'eft gliffée
, puifque je n'ignorois pas
que ce Prieuré depend de l'Ab
GALANT 299
•
baye de Cluny , dont Mr le Car
dinal de Bouillon eft Abbé , &
que par confequent ce Prieuré
eft à fa nomination.
Mre Marie Jean - Baptiste
Colbert , Marquis de Seignelay
& de Lonré , Colonel du Regiment
de Champagne , épouía le
10. de ce mois , à onze heures du
matin , Marie - Loüife- Maurice
de Furftemberg . La Ceremonie
des époufailles fe fit dans la Chapelle
de l'Archevêché par Mr le
Cardinal de Noailles , en prefence
de Me la Princeffe de Furftemberg
; de Mr le Prince d'Ifenghien
; de Mr l'Abbé d'Auvergne
; de Mr le Prince Frederic
fon frere , Abbé de la Charité
fur Loire ; de Mr le Marquis
de Dangeau ; de Mr le Maréchal
300 MERCURE
& de Mr le Bailly de Noailles.
1ls eftoient tous du cofté de l'Epouſe
; & ceux qui affifterent à
cette Ceremonie du cofté de Mr
leMarquis de Seignelay, étoient,
Mr le Comte de Creuilly ; Mr
l'Abbé de Seignelay , fes freres ;
Mr le Comte de Linieres ; Mr
le Duc de Chevreufe ; Mefdames
les Ducheffes de Beauvil
lier , & de Mortemart , & plu
fieurs autres parens du même
cofté, Mr le Bailly de Noailles
donna à fouper à toute cette,
illuftre Affemblée .
Mr le Marquis de Seignelay
a déja donné en plufieurs occafions
des preuves de la valeur
hereditaire à ceux de fon fang..
Il eft petit - fils de Jean Bap
tifte Colbert , Miniftre & SeGALANT
301
C
tretaire d'Etat , Commandeur
& Treforier des Ordres du Roy,
& fils aîné de feu Mr le Marquis
de Seignelay , qui avoit
époufé Rofe de Matignon , Marquife
de Lonre , fille puifnée de
Henry de Matignon , Comte de
Torrigny. Aprés la mort de Mr
le Marquis de Seignelay , cette
Dame époufa Charles de Lor
raine , Comte de Marlan', dont
elle a eu plufieurs enfans , & elle
mourut en 1699. Mr le Marquis
de Seignelay fut reçu en furvi
vance de Mr le Marquis de la
Salle Maitre de la Garderobe
en 1690 .
13
La nouvelle Marquife de Seignelay
eft fille d'Antoine- Egon
Prince de Furftemberg , Comte
de Heligemberg , & de Wer302
MERCURE
denberg , & c. Gouverneur de
'Electorat de Saxe , & de Marie
de Ligny , petite- niece de
Mr le Chancelier Seguier , fille
de Jean de Ligny , Chevalier ,
Seigneur de Grogneüil , Saint
Piat , Maiftre des Requeſtes , &
d'Elifabeth Boyer , foeur de feuë
Me la Ducheffe de Noailles .
Me la Marquise de Seignelay eft
foeur de feuë Me la Princeffe
d'Ifenghien , & de Me la Comteffe
de Lannoy . Mr le Prince
de Furttemberg pere de ces trois
Dames, eft Herman Egon , Comte
, puis Prince de Furttemberg ,
créé Prince de l'Empire par
l'Empereur Leopold en 1654 .
& de Marie - Françoiſe de Furtemberg
, fille de Frederic- Rodolphe
de Furftemberg , LandGALANT
303
grave de Stillingen . Ce Prince
fut enfuite Grand Maiftre de la
Mailon de Maximilien de Baviere
Electeur , & fon principal
Miniftre , & Chef du Conſeil de
l'Electeur de Cologne Maximilien-
Henry de Baviere. Le Prince
de Furftemberg eft frere de
feu Felix - Egon , Prince & Abbé
de Leurs & de Murbach ,
Coadjuteur & enfuite Abbé de
Stablo ; de Ferdinand Maximilien
Caëtan- Jofeph Egon, Cha
noine de Cologne & de Maf
bourg , & enfuite Brigadier des
Armées du Roy , mort le 6. May
1698. d'Emanuel François- Egon
, Chanoine de Cologne &
de Strasbourg , puis Colonel de
deux Regimens au fervice de
l'Empereur , tué à l'affaut de
304 MERCURE
Belgrade en 1688. fans laiffer
d'enfans de Catherine- Charlot
te Comteffe de Walleurad , veuve
en premiere noces de François
- Antoine , Comte de la
Marck . Me la Marquife de Seignelay
eft petite- niece de feu
Mr le Cardinal de Fürftemberg
mort le ro. Avril 1704. La Maifon
de Furftemberg eft iffuë de
Henry , Comte de Fürftemberg,
qui vivoit dans le neuviéme fiecle
, & qui époufa Agnés , fille
de Gregoire , élû Roy d'Ecoffe
en l'année 875.
10 .
Les Vers qui fuivent font de
l'Auteur qui fe cache fous le
nom de Minerve , & dont les
ouvrages ont toûjours efté trou-.
vez de bon gouft , & remplis de
fageffe & de bon fens . Comme
GALANI 305.
ils ont efté prefentez quelques
jours avant le mariage de Mr le
Marquis de Chamillart , prefentement
Marquis de Cany , ils
peuvent fervir de Prelude à l'article
de ce mariage.
OFOFOFOFOKOR *******
E STRENES
DE MINERVE,
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE CHAMILLART.
CHAMILLART de fon fort
connois toute la gloire ,
Lorfque l'Hymen pour toy fait
briller fon flambean ;
De mespremiers bien - faits rapelle
Cc
Janvier 1708.
206 MERCURE
la mémoire,
Et voy qu'elle eft la main quiforme
un Noeud fi beau.
S
c'eft la main de Minerve , oùy
Minerve elle même ;
+
De Junon , de Lucine , exerce icy
l'Employ ,
Et le Dieu de l'Hymen , qui fçaitcombien
je t'aime ;
Semble d'empressemens diſputeravec
moy.
2
Pour te marquer mes foins par de
riches eftrenes 3.
Sur ce Vafte Univers , j'ay beau
porter les yeux ;
Tunir à Mortemart , par d'éter
nelles chaines ,
Me paroit le prefent le plus digne
des Dieux.
S
GALANT 307
}
Je ne te vante point l'éclat de fa
Naiffance
Tufçais de quels Heros elle a reçk
lejour ,
Sur l'éclat de fes yeux , je garde le
filence ,
Je veux pour d'autre biens , t'infpi
per de l'Amour.
ន
Faime mieux te tracer les beautez
de fon ame ,
C'est là ce qui te plaift , m'en defavoüeras
tu ?
Non, je te connois trop , c'eſt tour
ce qui t'enflame ,
Etrien n'eftdans ton coeur , du prix
de la vertu.
Sincerité , douceur , fageffe , tout
confpire ,
A te rendre plus cher le choix que
1
Ccij
308 MERCURE
j'en ayfait ,
C'eft moy qui la conduis ,
claire , & Pinfpire ,
qui
Je n'ay jamais formé d'ouvrage
plus parfait.
S
C'est par un tel prefent qu'en vers
toy je macquite ,
De l'ardeur qui t'anime à m'offrir
tous tes voeux >
A l'aspect éclattant , d'un fi rare
merite ?
Les autheurs de tes jours comme toy
font heureux.
2
Ainfi furent heureux Uliffe , &
Penelope ,
Lorfque de leur cher fils , couronnant
les travaux ,
J'unis à fon deftin , le deftin d'Antropes
GALANT 309
Digne objet des foupirs de cent
Roys fes Rivaux.
25
Le tendre attachement , qu'il montra
pour fon pere ,
Qu'il eut pour fes devoirs , fit éclater
mes foins,
Par les mêmes vertus , tu fous l'art
de me plaire ;
Ayme hien , Chamillart , &n'efpere
pas moins,
Déja , tout jeune encor , tu marches
fur fes traces.
Du fruit de mes Leçons ne trompe
point Refpoir;
Si tu veux de ma main obtenir d'au
tres graces ;
Pourfuis , & dans fes yeux , lis taujours
ton devoir.
310 MERCURE
Je ne te parle plus d'une épouse
charmante
Tu l'aimeras toujours & je me le
promets ;
L'amourde la vertu , par la vertu
s'augmente ,
Ses divines beautez ne vieillißent
jamais.
2
Mais pour votre bonheur , je vois
que toute s'apprête,
Ma priefence en ces lieux troubleroit
vos plaifirs
A dieu : c'est à l'amour d'achever
cetre Fête
Je lui laiffe le foin de remplir vos
defirs.
J'aurois beaucoup de chofes
à vous dire à l'occafion de ce
mariage , fi lorſque Mr de ChaGALANT
ZIE
millart fut nommé Controlleur
general , je ne vous avois pas
parlé de tous ceux qui ont por
té le nom de Chamillart avant
luy , & de la maniere dont ils fe
font acquitez des grands emplois
qu'ils ont poffedez . Je vous ay
auffi parlé des alliances faites
par ce Miniftre , dans les Articles
qui regardent les mariages.
de Mefdames les Ducheffes fesfilles
. Ainfi il ne me reſteroit
qu'à vous parler de la famille
dans laquelle Mr le Marquis de
Cany vient d'entrer ; mais je ne
ferois que repêter ce que je vous
en ay dit depuis peu , en vous
parlant de la mort de Me de
Montefpan ; de celle de feu Mrl'Archevêque
de Roüen , & du:
mariage de Mr le Marquis de
312 MERCURE
Seignelay , dont vous venez de
lire l'Article, Ainfi je ne ferois
que repeter ce qui doit eftre encore
prefent à voftre memoire .
Cependant je ne puis m'empêcher
de vous dire encore que fi
on regarde Mlle de Mortemar-
Rochechouart du cofté de fon
pere , on trouvera que fa Maifon
eft des plus illuftres , puifqu'elle,
defcend des anciens Comtes de
Limoges ; que feu Mrle Duc de
Mortemar , premier Gentilhomme
de la Chambre , & Gouverneur
de Paris , eftoit bifayeul de
Mlle de Mortemar , que Mr le
Maréchal Duc de Vivonne , Vi
ceroy de Sicile , & General des
Galeres de France , eftoit fon
ayeul , & que feu Mr le Duc de
Mortemar , auffi General des
Galeres
GALANT 317
Galeres de France , eftoit fon
pere.
Quant à ce qui regarde la famille
Colbert , il feroit difficile
d'en trouver une plus illuftrée
par de grandes alliances , & par
de grands emplois , & l'on peut
dire que l'efprit & la valeurfont
hereditaires à cette famille , &
que fi ceux de ce nom qui font
morts dans le lit d'honneur ,
avoient vêcu plus longtemps
elle auroit compté un jour plufieursMaréchaux
de France parmi
fes anceſtres.
Je ne puis finir cet Article
fans vous parler de Mr le Marquis
de Cany , qui en fait le
principal fujet. Je vous ay parlé
de fon efprit , de fa penetration
& de fa vivacité qui parurent
Dd
Fanvier 1708.
318 MERCURE
aux yeux du public , dans le
temps qu'il foûtint des Thefes
de Philofophie. Sa grande ap
plication à l'étude pouvoit y
avoir quelque part ; mais la fa
geffe qu'il faifoit voir dans le
College où il demeuroit , cftoit
infiniment au deffus de fon âge ,
& quoy qu'il connuſt la fortune
qui l'attendoit , & que ceux qui
luy faifoient leur Cour dés ce
temps-là , luy tinffent des Difcours
capables d'enorgueillir
une perfonne plus avancée en
âge , il a toûjours fait voir la
même fageffe , & la même moderation
Il ne cherchoit à s'élever
au- deffus de fes égaux que
par fon efprit il vivoit enfin
d'une maniere qui le faifoit confiderer
, aimer & eſtimer de touc
GALANT 319
Te monde , & l'on peut dire qu'il
faifoit plus d'honneur à la Fortune
, que la Fortune ne luy en
faifoit, ce qui donnoit lieu de juger
qu'il pourroit foûtenir un
jour le poids des plus grands emplois
, avec la fagelle qui eft .
une des principales vertus de
ceux quiont porté , & qui portent
aujourd'huy fon nom .
Je ne puis m'empêcher , puifque
l'occafion s'en prefente aujourd'huy
, de vous parler de
feu Mr l'Abbé de Chamillart
fon oncle. Il eftoit un des plus
-celebres Docteurs de la Maiſon
de Sorbonne. Il s'eft fignalé
pendant tout le cours de fa vie
dans la deffenfe de la faine doctrine
, ayant employé fon zele
&fa plume contre le poifon des
Dd ij
320 MERCURE
nouvelles opinions qui ont troublé
l'Eglife de France depuis
environ un fiecle. Il a paffé fa
vie dans le Seminaire de Saint
Nicolas du Chardonnet , d'où il
n'a point voulu fortir pour eftre
élevé aux dignitez où fon merite
& la vertu l'appelloient. Il a
efté long- temps Profeffeur de
Sorbonne , & ceux qui courent
aujourd'huy cette carriere
cherchent avec empreffement
fes Cahiers , où l'on trouve
des Trefors d'érudition & de
fcience .
Je crois devoir reprendre l'article
de Mr le Marquis de
Cani , & vous dire que les loüanges
que je lui viens de donner ,
ne lui ont point efté attirées par
la fituation où il fe trouve au
1
GALANT 321
jourd'huy ; puifque je les lui ay
données dans les temps où il les
avoit meritées , & que je n'ay
rien dit alors , fans donner des
preuves de ce que j'avançois ,
& je puis même ajoûter , que
ceux qui avoient foin de ſa conduite
, & de lui inſpirer l'amour
des Sciences , & de la vertu ,
m'en ont dit beaucoup davantage
, que ce que j'en ay raporté
dans les temps que j'ay cu occafion
d'en parler. La conduite
qu'il a tenuë depuis ce tempslà
, y a pleinement répondu ;
fon aplication au travail a toujours
efté grande , & l'on à
connu dans tous les lieux où
ila paffé , en faisant la vifite
de la plus grande partie des Places
de Guerre de France , que
Dd iij
322 MERCURE
fon fçavoir , fur tout ce qui rez
garde la grande Charge dont
il a aujourd'huy la furvivance ,
eft beaucoup au deffus de ce que
l'on devoit attendre de lui , dans
un âge où l'étude & l'aplication
lui tenoient feules , lieu de
l'experience que l'on ne peut acquerir
qu'avec le temps. Je n'ay
rien dit en rapportant ce que ce
Marquis a fait dans la vifite
dont je viens de parler , que fur
la foy de plufieurs Lettres écri
tes par des perfonnes qui ont
cfté témoins de tout ce qu'elles
ont avancé , & que leur grande
experience dans le mêtier de la
guerre , ont rendu tres- capables
d'en juger . Il ne me refte
plus qu'à fouhaiter que pour le
bien de l'Etat , ce Marquis con,
GALANT 323
tinuë comme il vient de com
mencer , & il y a lieu d'efperer
qu'il deviendra auffi grand homme
que les Miniftres de la Guerre
& des Finances , qui ont efté
formez par le Roy , & qui ont
efté reconnus de toute l'Europe
pour les plus grands hommes
du fiecle où ils ont vêcu.
Trois jours aprés la celebration
du Mariage de Mr le Mar
quis de Cany , Me la Marquife
de Cany fon époufe , eut l'honneur
de faluër le Roy. Elle fur
prefentée à Sa Majesté par Mefdames
les Ducheffes de Mortemar
, de Beauvillier , de Chevreufe
, de Lorge , de la Feüil-
Jade , de Saint - Aignan , & par
Meldames les Marquifes de Cha
millart & de Dreux . Sa Majesté
324 MERCURE
les reçut non -feulement avec
les manieres charmantes qui
luy font ordinaires ; mais elle dit
auffi quelque chofe d'obligeant
à chacune de ces Dames .
Trois jours aprés Me la Marquife
de Seignelay eut le même
honneur , & elle fut prefentée
au Roy par Madame la Princeffe
de Furftemberg fa mere , &
par Mesdames les Ducheffes de
Beauvillier , de Chevreuſe & de
Mortemart , tantes de Mr le
Marquis de Seignelay.
Il fut aifé de remarquer par
l'accueil que le Roy leur fit ,
que cette alliance luy eftoit tresagreable
, & que Sa Majefté
avoit beaucoup de confideration
& d'eftime pour toute cette
illuftre parenté.
GALANT 225
A
Quelques jours aprés le Bal
que le Roy donna à Verſailles ,
la veille de la Fête des Rois , il
y en eut un autre , où il fur
permis à toutes les perfonnes de
la Cour de venir maſquées ,
ainfi qu'aux Officiers de guerre,
du nombre defquels pourtant ,
n'eftoient compris que les Lieutenans-
Colonels , & tous ceux
qui font au- deffus . Perſonne ne
devoit entrer à ce Bal , fans
s'eftre fait connoître , & l'on
avoit cru devoir fe fervir de
toutes ces precautions , pour
éviter la confufion qui fe rencontre
toujours en de pareilles
occafions , & qui n'auroit
pas
manqué d'ariver , fi l'on n'en
avoit pas ufé de la forte , quoy
qu'il n'y ait point en Europe
326 MERCURE
de plus vaftes Apartemens que
ceux de Verſailles ; mais la Cour
de France eſt toujours fi groffe
& Paris eft remply d'un fi grand
nombre de personnes de diftinction
, qu'il eft impoffible de les
joindre enfemble , fans que la
confufion foit tout-à- fait grande.
Ce n'est pas que cela ne foie
arrivé quelques - fois ; & l'on
peut dire , en parlant de ces.
fortes d'Affemblées , que la magnificence
y regne dans un fuprême
degré , & qu'il eft impoffible
d'en trouver autant en
quelque lieu du monde que ce
foit. Cependant , quoique les,
yeux y foient charmez , par un
amas éblouiffant de riches habits
, ils ne font pas moins di-,
vertis , par l'ingenieufe varieté
GALANT 327
t
de diverfes Mafcarades , compoféespar
desCompagnies differentes
, non plus que par les
habits de plufieurs Particuliers ,
qui en imaginent fouvent de differens
, qui n'ont jamais efté
vûs , & dont la fingularité fait
plaifir. Enfin , l'on peut peut dire dire que
tous les déguifemens du Bal ,
dont je vous parle , furent riches
, galans & ingenieux. On
danfa dans le même lieu , où le
Bal ferieux s'eftoit donné , dix
ou douze jours auparavant. Les
illuminations eftoient difpofées
de même que celles du premier
Bal ; mais on en avoit retranché
les Pyramides , parceque la
fumée du grand nombre de lumieres
, dont elles eftoient cou
vertes pouvoit endomma328
MERCURE
>
ger la peinture de la Gallerie.
Le Roy d'Angleterre vint incognito
à ce Bal , accompagné de
quelques Seigneurs de la Cour.
Ce Prince n'avoit pas voulu
d'habit magnifique
afin de
n'eftre pas reconnu . Cependant
il ne put échaper à la penetration
du Roy , qui jugeant qu'il
ne vouloit pas eftre reconnu .
ne le decouvrit point . Sa Majefté
foupa à fon ordinaire , avant
le Bal , avec la Famille Royale ,
Monfeigneur , & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ne mafquerent
point. Le Bal fut ouvert
par Monſeigneur le Duc
de Berry , & par Mademoiſelle
de Bourbon . Rien ne fut épargué
à la Collation
on y
diftri
bua de tres - beaux fruits , & des
GALANT 329
Confitures feiches , en pacquets ,
& les eaux y furent fervies en
abondance . Le Roy demeura au
Bal , jufqu'à une heure & demie,
& l'on peut dire que toute
1'Affemblée s'y divertit beaucoup
, puifqu'elle ne fe fepara
qu'à cinq heures du matin. Entre
les déguifemens d'une invention
toute finguliere , dont
je vous ay déja parlé , on admira
celuy de Mr le Vidamé , qui
eftoit deguifé en Vaſe ; & lors
qu'on l'eut pris pour danfer , le
pied du Vafe fe forma en pieds
naturels ; les Ances en deux
bras , qui s'étendirent , & le
couvercle parut s'élever & former
une tête ; & quand il cut
ceffé de danſer , le Vaſe repriz
fa premiere forme , & parut
330 MERCURE
comme il eftoit auparavant.
La Lettre qui fuit renferme
un Article qui contient plufieurs
détails de ce qui fe vient
de paffer à Bordeaux dans le
College de Guyenne , qui font
voir que les Espagnols n'ont pas
moins d'efprit dans un âge peu
avancé , que Rodrigue dans la
Tragicomedie du Cid , prétend
qu'ils ont de valeur , lorfqu'il
dit au Comte de Gormas qui
refufe de fe battre contre luy ,
parce qu'il eft trop jeune.
La valeur n'attend pas le nombre
des années.
Il ne fe contente pas de le dire
dans cette Piece ; mais il la
prouve en tuant le Comte .
GALANT * 331
A Bordeaux le 6. Janvier.
Le 3. dece mois Mr Molagne
Docteur Regent dans l'Univerfité
de Bordeaux , & Profeffeur des
Mathematiques de la Chaire fondéepar
feu Mr de Candale , Évêque
d'Aire , dans le College de
Guyenne ; fatisfit à une clauſe du
titre de cette Fondation , qui porte ,
qu'à la diligence du Principal de
ce College , & du Profeffeur de
cette Chaire , deux Ecoliers
2
prononceront au commencement
de chaque année , des Dif
cours à la loüange de la famille
232 MERCURE
de Candale. Ces éloges furent re
citez en prefence des Maires , &
Jurats , & de l'Univerfité de
Bordeaux , dans la Chapelle du
même College , par Mr Mentet ,
fils de Mr Mentet Procureur à
l'Hoftel de Ville , & par Mr Garcie
de la Sala , Arguelles , Efpagnol
natifde Gijon , dans la Province
des Afturies ; le premier fit
un difcours Latin , fur les rares
vertus , & fur le profond fçavoir
du Fondateur dans les Mathematiques
, & autres Lettres
humaines. Mr de Guyonnet
fecond fils de Mr de Guyonner ,
grand Chambrier au Parlement de
GALANT 333
Guyenne , propofa avec beaucoup
de jufteffe & d'ordre plufieurs difficultez
fur la Geometrie à ce jeune
Efpagnol , qui n'a pas encore quinze
ans , il luy répondit avec plus
de vivacité d'esprit & defolidité ,
qu'il n'eft permis à un jeune homme
de fon âge. Mr Nuñes Pereyre
Portugais , fils de Mr Nuñes
Pereyre Banquier établi à Bordeaux
, qui avoit donné le 2. Decembre
dernier des preuves d'un
genie fuperieur , dans une Thefe
qu'il foûtint de Philofophie ,
de Mathematique , argumenta
contre Mr Mentet , & il attaqua
principalement sa maniere de
Janvier 1708. Ec
334 MERCURE
démontrer la Theorie des Paral
les. Mr Arguelles fit enfuite la
clofture de cette action par un Difcours
, dans lequel aprés avoir fait
le Parallele d'Archimede , & de
Mr de Candale , &prouvé que
les Mathematiques eftoient plus
redevables au dernier , qu'au premier;
il parla de l'utilité de cette
Science. Il prit de là occafion de
1
s'étendre beaucoup fur l'heureux
fuccés qu'ont eu les Armées des
deux Couronne's la Campagne der
niere. Ilfit voirpar un Profil des
Fortifications , de la fitua
tion naturelle de la Ville & Châkau
de Lerida , que cette Place
GALRNT 335
*
n'auroit pû eftre réduite fans
les vives lumieres , & la valeur
heroïque de Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc d'Orleans ,
fi verfé dans les Mathematiques
, & principalement dans
la Theorie , & dans la Pratique
de l'Art Militaire . Il n'oublia
point la victoire complette remportée
par Mr le Maréchal Duc
de Berwick à Almanza ; ilfe contenta
néanmoins de dire en parlant
de ce General , que fa capacité &
fa valeur, font au- deffus de tout
ce que les plus éloquens Orateurs
pourroient dire , e qu'il
eftoit inutile d'en parler plus
Ee ij
336 MERCURE
au long , les hommes extraordinaires
eftant preſens en tous
leur réputation ,.comlieux
par
me les Aftres par leur lumiere.
Pourfaire voir que LOUIS LES
GRAND eft invincible dansfon
Royaume , ilfit une peinture des
efforts extraordinaires que les Ennemis
ont fait pour entrer dans fes
Etats ; il compara l'Etat de la
France , l'Eté dernier , avec un ›
Navire agité par les vents & les
flots au dehors , tandis que Le feu
s'y feroit pris au dedans ; il fit allufion
desflots & des vents , aux
sentatives des Confederez pour
entrer en France ; & du feu, aux
GALANT
337
?
mouvemens des Rebelles de Lan
guedoc & du Quercy , que Mr le
Maréchal de Montre vel , Commandant
General en Guyenne
dont les qualitez fuperieures le
rendent auffi agréable à la Cour,
qu'utile à l'Etat , diffipa aprés
avoir mis par le feu & par le fer
les oftinez Fanatiques de Languedoc
hors d'état de rien entrepren
dre; mit àla raifon parfes manieres
delicates , & engageantes
, qui
luy attachent tous ceux qui
ont l'honneur de le pratiquer , les
les Mutins du Quercy ; & aprés
avoir parlé de plufieurs heroïques
actions de ce Seigneur , il dit que
338 MERCURE
quoy que l'ancienne & illuftré
Maifon de la Baume euft occupé
des poftes diftinguez , depuis
fi longtemps dans l'Eglife ,
à la Cour , dans les Confeils &
dans les Armées , il ne paroif
foit pas qu'elle pût être illuftrée
de nos jours , & qu'il fembloit
qu'il eftoit refervé à Mr
le Maréchal de Monrevel d'y
faire entrer de nouveaux titres
de diſtinction .
Ayant à vous entretenir d'un
article de Marine , dans lequel
je dois vous parler de vingt- trois
perfonnes , qui ont reffenty , ce
mois cy , les effets des bontez
du Roy , vous jugez bien que
je n'ay pas eu le temps de m'informer
à fond de ce que je de
GALANT 339
rois dire dans cet article , de
tant des perfonne dediftinction ,
mais par bonheur , il y en a
beaucoup , dont les actions font
fi connues dans le monde , qu'il
doit fuffire de les nommer, pour
qu'elles fe prefentent d'abord
aux yeux de ceux qui en liront
les noms.
Mr le Marquis d'O , qui
vient d'eftre nommé Lieutenant
general des Armées Navales à
la place de feu Mr le Marquis de
Villette, fut fait Capitaine de
Vaiffeau en 1686 & Chef d'EL
cadre en 1702 Sa grande fageffe,
& l'experience qu'il avoit
dans la Marine , ayant porté le
Roy à le nommer Gouverneur
de Monfieur l'Amiral , la fuite
a fait voir que Sa Majesté avoir
票
34° MERCURE
1
fait un bon choix . Il s'eft diftin =
gué dans le Combat de la Mal
gue , dans lequel il a fervy uti
lement l'Etat & le Prince , que
le Roy avoit confié à fes foins.
Je ne vous dis rien des actions
où il s'eft trouvé, avant ce Combat
, ni de la maniere dont il s'y
eft diftingué , les bornes dans
lefquelles je dois renfermer un
article , où j'ay à parler de vingttrois
perfonnes , ne me permet .
tant pas de m'étendre beaucoup
fur chacune . Vous connoiffez
la Maifon d'O , & je viens encore
de vous en entretenir dans
l'article de la mort de Mr d'O ,
Commandeur de Moify- le-Temple.
La Place de Lieutenant géneral
des Armées Navales , qui
vacquoit
GALANT 341
vacquoit depuis quelques an
nées , par la mort de feu Mr
d'Albermarle , vient d'eftre
donnée à Mr du Caffe , & ce
choix a eſté generalement applaudy.
Il avoit efté fait Chef
d'Efcadre en 1701. Ila efté Gou
verneur de S. Domingue , où il
a utilement fervi l'Etat . Les
affaires de Carthagene , de Surinam
& de la Malgue , font fon
éloge. Il eft fórt eftimé en Efpagne
, à caufe des fervices qu'il
a rendus à la Monarchie. Je
remplirois un volume , fi j'entreprenois
de donner un détail
de toutes les actions qui ont
rendu fon nom celebre. Ainsi ,
je n'en diray pas davantage fur
cet article. Sa fille unique a
époufé Mr le Marquis de Roye ,
Fanvier 1708. Ff
342 MERCURE
*
Lieutenant general des Galeres
de France , frere cadet de Mr
le Comte de Roucy , de l'illuf
tre Maifon de la Rochefou
cault. Cette branche joint le
nom de Roye à celuy de la Ro
chefoucault , à caufe de N .
de Roye , Princeffe de Condé ,
Tante d'Henry IV qui entra
dans la Maifon de la Rochefoucault
.
Mr le Comte de Champigny ,
qui avoit efté fait Capitaine de
Vaiffeau en 1680, vient d'eftre
nommé Che fd'Eſcadre . Ila des
puis 14.00 15. ans commandé
plufieurs Efcadres , & il s'eft
trouvé prefque dans toutes les
actions d'éclat , qui ſe font paffées
depuis ce temps - là . En
1792. il commandoit les Vaif
GALANT 343
#
4
feaux de Sa Majesté à Cadix ,
& les forts du Pont- Al & de
Matagorde , & fon experience
& la valeur contribuerent beaucoup
à faire lever le Siege de
Matagorde , que les Ennemis
avoient entrepris , avec treize
mille hommes de débarquement.
Mr le Comte de Champigny
eft arriere - petit - fils de Mre
Jean Bochard de Champigny.
Surintendant des Finances , &
Premier Preſident du Parlement
de Paris , qui avoit pour Trisaycul
Mre Jean Bochard , Seigneur
de Champigny , que le
Parlement de Paris élut en
1495 Premier President de ce
même Parlement . Mr le Comte
de Champigny a pour freres ,
Mr de Champigny , Intendant
Ff ij
344 MERCURE
de Marine , au Departement de
Normandie ; Mrle Treforier de
la Sainte Chapelle , & Mr l'Ab.
bé de Champigny , Prevoft de
l'Eglife Collegiale de Lille en
Flandres . Feu Mr l'Evêque de
Valence , & feu Mr de Champigny
Chevalier de Malthe,
tué au Siege de Nimegue étoient
auffi fes freres .
,
Le Roy a auffi nommé Chef d'Efcadre
Mr le Comte de Serquigni ,
Il avoit esté fait Capitaine de
Vaiffeau , en 1682. Comme on
ne parvient point à la qualité
de Chef d'Efcadre , fans s'eftre
fignalé dans un grand nombre
d'actions importantes , il eft aiſé
de juger que ce nouveau Chef
d'Efcadre a donné beaucoup de
marques de fa valeur & de fa
GALANT 345
conduite . Il ſe diftingua fort au
Combat de la Malgue . Sa fa
mille eft originaire de la Mar.
che , où elle eftoit fort diftinguée
, fous les Regnes des Princes
de la Maifon de Valois .
Mr le Comte de Saint Quentin,
qui avoit eſté fait Capitaine
de Fregate en 1693 vient d'eftre
nommé Capitaine de Vaiffeau.
Ce Comte à fervy avec diftinction
, fous Mr le Maréchal de
Tourville , & on eut lieu d'eſtre
content des fervices qu'il rendit
à l'Affaire de la Hogue . Il eſt
d'une ancienne famille , originaire
de Provence.
Mr le Chevalier de Bethune
a aufli efté fait Capitaine de
Vaiffeau. Il n'a efté que deux
ans Capitaine de Fregate : mais
Ff iij
346 MERCURE
fa naiffance & fes actions parlant
pour luy , il a efté nommé
Capitaine de Vaiffeau . Il eſt
de la branche de Celles , de l'illuftre
Maiſon de Bethune , &
neveu de Mr le Duc de Beauvillier
. Les branches de Sully ,
de Celles & de Charoft , font
les feules qui restent de cette
-grande Maifon , que le celebre
Maximilen , Duc de Sully , a
fort élevée .
Mr le Chevalier de Maupeous
qui avoit efte fait Capitaine de
Fregate , dans la Promotion de
1705. a efté nommé Capitaine ,
de
Ropeau
, dans
celle
que
le
Roy vient de faire . Il a fervy
affez long temps fur terre , avant
que d'entrer dans le fervice de
la Mer. Mr le Comte de FronGALANT
347
tenac , Viceroy de Canada
fous lequel il fervoit , ayant écrit
en France , qu'il eftoit fort content
de fes fervices , fa famille
le fit revenir , pour fervir dans
la Marine & aprés y avoir cu
plufieurs emplois , dont il s'acquitta
tres - bien , & dans lefquels
il fit voir une intrepidité
incroyable , il fut fait Capitai
ne de Fregate en 1705. Il eftoit
à l'Affaire de Nievre , avec feu
Mr d'Iberville , & il commandoit
en cette occaſion , qui fut
fi glorieufe aux armes de France
, le Vaiffeau le Phenix . Il cft
coufin- germain de Me la Chanceliere
, & de Mr de Maupcou ,
Infpecteur de l'Infanterie en
Flandres ainfi que de Mr
l'Archevêque d'Auch , & de
Ff iiij
348 MERCURE
Mr le Prefident de Maupeou.
Mr du Chefneau , qui eftoit
Lieutenant de Vaiffeau , dés
l'année 1691. vient d'eftre fait
Capitaine de Fregate legere . 11
a commencé à fervir dés l'âge
de 13. ans ; de maniere qu'il
s'eſt trouvé dans plufieurs actions
d'éclat , qui n'ont fervy
qu'à augmenter fon courage , &
à luy faire fouhaiter des occafions
de fe diftinguer , afin de
parvenir à de plus grands emplois.
Sa famille eft originaire
de Touraine , où elle eftoit dans
une grande confideration , dés
le Regne de Charles IX .
Mr.de Thierfanville , Chevalier
de Malthe , qui avoit auffi
eſté nommé Lieutenant de Vaiffcau
dans la Promotion de 1691 .
GALANY 349
a efté fait Capitaine de Fregate
legere , dans celle que le Roy
vient de faire . Ce Chevalier
s'eft diftingué dans plufieurs
occafions , où il s'eft trouvé. Il
eft de la Maifon de Pouffe-
Mothe , dont cft auffi forty Mr
de Montbrifeuil de l'Etoile
Conſeiller au Parlement , qui a
une foeur, mariée à Mr de Montmorency
Foffcufe , aîné , &
Chef du nom & armes , de toute
la Maifon de Montmorency.
Mr le Prefident de Graville eft
auffi de la même Maifon ; ce
Prefident a un fils , Envoyé du
Roy , auprés des Grifons , qui
eft fort intelligent dans les affaires
& dont la conduite &
l'efprit l'ont toujours fait eftimer.
350 MERCURE
Le troifiéme Capitaine de Fre
gate de la Promotion qui vient
d'eftre faite , eft Mr de la Caffiniere
, qui avoit efté nommé
Lieutenant de Vaiffeau dans la
Promotion de 1693. Son nom eft
fort connu dans la Marine , &
tant de relations parlent de luy ,
qu'il eft aifé de juger qu'il s'eft
diftingué par tout où il s'eſt
trouvé. Il eft originaire du Le
vant , & il paffa en France
dans le temps de la troifiéme
Croilade .
Mr Theroulde de Bellefoffe ,
qui avoit efté fait Enfeigne de
Vaiſſeau en 1692. vient d'eſtre
nommé Lieutenant . Il eft d'une
tres-ancienne Maifon , originaire
de Limofin , & fils de Mr
de Bellefoffe, qui eftoit fort conGALANT
35%
fideré de feu Mr le Marquis de
Seignelay , qui l'employa en die
verſes occafions importantes .
Mr de Vizé , qui avoit efté
fait Enfeigne de Vaiſſeau , dans
la même Promotion de 1692 .
vient auffi d'en eftre fait Lieutenant.
Je dois laiffer parler le
Public , fur ce qui regarde fes
actions , mais il eft certain que
dans celles où il s'eft trouvé , il
n'a pas fait voir moins d'intrepidité
, qu'en ont marqué plu
heurs de ceux qui portent fon
nom , en differentes occafions.
Je ne repeteray rien icy de ce
que je vous en ay dit plufieurs
fois. Ainfi je me contenteray
aujourd'huy de vous dire que
fon pere eftoit Premier Valetde
Chambre de la Reine ; qu'il
pour freres , Mr de Vizé, Aba
352 MERCURE
>
en
bé de Leftrep , & Mr de Vizé
, aujourd'huy Ayde- Major
des Gardes , & qu'il avoit
un frere Capitaine
dans le Regiment
d'Auvergne , qui eft
mort en Italie prefque
entrant dans le fervice . Son
Coufin , qui porte le même
nom, & qui fert dans les Gardes
du Corps , a commandé pendant
toute l'année derniere , les Gardes
qui fervoient auprés de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
. Il eftoit ci - devant Capitaine
dans le Royal Rouffillon Cavalerie
, & comme il fert prefentement
dans les Gardes du
Corps , il y a lieu de croire
qu'il marchera fur les traces
de feu fon pere , Lieutenant des
Gardes du Corps , & qui dans
la guerre de 1672. prit la Ville
GALANT 353
de Fauconnier avec la feule
Maiſon du Roy , qu'il commandoit
alors . Son fils , dont je
vous parle , a efté élevé Page du
Roy . Tous ceux de cette famille
, ont efté employez de
temps immemorial dans le fervice
des Rois de France , ou de
la famille Royale , fans que jamais
aucun ait eud'autre emploi .
Dans la promotion de 1696 .
Mr Gouyon de Ravilliers , fuc
fait Enfeigne de Vaiffeau , & il
vient d'être nommé Lieutenant.
Il eft d'une famille originaire
de Bretagne , qui a fort brillé
fous les derniers Souverains de
ce Duché , & principalement
fous François II . pere d'Anno
Reine de France .
Sa Majeſté vient de nommer
354 MERCURE
2
Enfeignes de Vaiffeau , Mrs de
Prefle , de Moulineuf, & de Ta
rik-Senar-d'Arcan .
Mr de Prefle fe trouva en qua
lité de Garde- Marine , dans le
Vaiffeau de Monfieur l'Amiral
au combat de la Malgue , où il
donna des preuves de fa valeur.
Il eſt d'une ancienne Maifon de
-Normandie.
M'de Molineuf, eſt auſſi d'une
ancienne Maifon de la meſme
Province , & qui a donné de
grands hommes à la Marine , fur
la fin du penultiéme , & au commencement
du dernier fiecle.
Mrde Tari K- Senar d'Arcan ,
a fervi en qualité de Garde Marine
, & quoi que fort jeune encore
, il a fait remarquer fon
courageren plufieurs occafions,
AGALANT 355
Sa famille eft originaire d'Irlande
, & elle y eft connue dés le
temps que ce Royaume avoit fes
Souverains particuliers .
Mr Paumet , Maître fur le
Vailleau de Mr de Forbin , a
eſté nommé Lieutenant de Fregate
Legere , dans la même promotion.
Le Roy , a mis Mrs
de S. Clair, & de Modenne ,
Capitaines de Vaiffeau, à la haus
te paye. Le premier fert depuis
l'âge de 13 ans : il eftoit fort
confideré de feu Mr de Seigne-
Jay, & il cftoit auprés de Mr
Je Maréchal de Tourville , à
l'affaire de la Hogue. Le fecond
eft d'une illuftre maifon du Comtat
Venaiffin , & il eft parent
de Mr le Marquis d'Alegre ,
dont la mere eftoit de la maiſon
356 MERCURE
de Modenne , de même que Mr
l'Abbé de Pomerol , diſtinguć
par les grands Talens.
Sa Majesté a donné des penfions
de 1500 là Mrs de Rochalart
, & de Montbault. Comme
on ne donne des penfion's
qu'à ceux qui ont fervi longtemps
, & qui les ont meritées
par plufieurs actions de diftinction
; cet article me meneroit
trop loin , fi je vous parlois de
toutes les actions de ceux à qui
le Roy en vient de donner. Le
premier , eft d'une ancienne
famille d'Anjou, & le fecond eft
d'une ancienne maifon de Bigorre
,alliée à celle de Montlezun.
Mile Commandeur d'Orgini ,
& Mr le Baron d'Orogne , ont
eu en même temps , des penfions
GALANT 357
de mille livres. Mr le Commandeur
d'Orgini , eft oncle
de Mr le Comte d'Orgini , &
coulin , Germain de feu Mr le
Comte de Pufignan , Lieutenant
Géneral des Armées du
Roy , tué en Irlande , pendant
Ja precedente guerre. Ils font
de la maifon Camus , établie en
Lionnois ; de laquelle font auf.
fi Mrs de Beaulieu , & de Pont-
Carré ; cette maiſon a donné un
célébre Evêque à l'Eglife de
Belley , qui eft mort à Paris aux
Incurables. Mr d'Orogne , eft
d'une tres -ancienne maifon de
Bearn : il eft Capitaine de Vaiffeau
dés l'anné 1689. & il a fouvent
donné depuis ce temps - là
des preuves de fon courage.
L'article que vous allez lire
Janvier 1708. Gg
358 MERCURE
doit vous paroître bien placé a
la fuite du precedent , puifqu'il
regarde auffi la Marine. Cet
article eft fi confiderable , que
fi j'entreprenois de vous le donner
en détail , il contiendroit du
moins la moitié de ma lettre ,
quoy qu'il ne s'agiffe que des
prifes faites fur nos ennemis depuis
un mois feulement.
On apris onze Vaiffeaux Anglois
, chargez de marchandiſes,
& dans quelques uns defquels ,
il s'eft trouvé des fommes d'ar.
gent affez confiderables , & un
Paquebot venant de la Jamaïque
, dont les nouvelles publiques
ont fait monter la charge
à 100000. écus . Cependant on a
apris depuis qu'il y avoit 400 .
mille livres , dans ce Paquebot,
Deux Corfaires Fleffingois
GALANT 359
T'un de 34.canons , & de 280 ,
hommes d'équipage , & l'autre
de 26. canons , & de 180. hommes
d'équipages.
Deux Vailleaux Hollandois
chargez de marchandifes.
Un Vaiffeau Hambourgeois
auffi chargé de marchandifes .
On a aufli amené dans nos
Ports deux Vaiffeaux Mar
chands , fans que ceux qui l'ont
écrit ayent marqué fur qui ils
ont efté pris , & l'on a rençonné
plufieurs Vaiffeaux .
Je n'avance rien ici dont les
nouvelles publiques , tant de
France que de Hollande , n'ayent
parlé ; mais en divers temps
& je n'ay mis cet article dans
ma lettre qu'afin que vous puilfiez
voir d'un feul coup d'oeil ,
360 MERCURE
>
le nombre de toutes ces Prifes .
Le Toulouſe , vaiffeau du Roy,
armé à Toulon , commandé par
Mr de Grenonville , & le Vaiffeau
le content , auffi Vaiffeau
du Roy , armé dans la même
Ville , & commandé par Mr le
Chevalier de
Rochepierre , ont
envoyé à Cadix une prife Angloife
qui alloit au Levant
montée de 26. canons , chargé de
de draps , de poivre , d'étain &
de plomb, eftimée 100000. écus .
Les
Nouvelles publiques ont
parlé de cette prife , mais elles
n'ont pas encore dit que les deux
mêmes Vaiſſeaux qui ne s'attachent
qu'à prendre ceux qui
vont au Levant , & qui en reviennent
, ont fait 28 prifes depuis
un mois , felon le rapport
d'un grand nombre de Lettres
GALANT 261
de forte qu'il n'y a pas lieu de
douter de cette verité.
Il y a des Lettres d'Angleterre
qui portent que les pertes
que les Anglois ont faites à la
mer depuis trois mois , montent
à trois millions deux cent mille
livres sterling , ce qui fait plus
de quarante- cinq millions .
Vous avez fçu la prife de la
Ville & du Chafteau de Morella
, dont le Siege auroit pû durer
encore longtemps , le Château
eftant regardé dans le Païs
comme un Ouvrage imprenable
, fans la chute d'une Bombe,
qui eftant heureuſement tombée
dans la chambre du Gouverneur
le tua avec quelques
Officiers qui eftoient avec luy ,
& quelques Dames qui eftoient
362 MERCURE
venues le voir . La frayeur s'etant
mife auffi - toft parmy les
Habitans , ils obligerent le
Chateau de capituler , quoy
qu'il cuft pû refifter encore
long- temps ; mais comme cette
deffenſe leur auroit eſté inutile
, s'ils avoient efté abandonnez
au pillage avant qu'il fe rendift
, ils jugerent à propos de
capituler , & d'engager le Château
de capituler auffi , voyant
bien que fans cela il n'y avoit
point de capitulation à efperer.
Je vous envoye la copie d'une
Lettre de Mr d'Arenes , qui
commandoit à ce Siege , & qui
a efté écrite aprés la reduction
de ce Pofte important.
A Alcanizle 7. Decembre 1707.
Jefuis arrivé icy , Mr, la GarniGALANT
363
?
fon du Chateau de Morella fortit le
17. de ce mois pour aller à Tarrågone.
Elle eftoit compofée de 750.
hommes , parmy lefquels il y avoit
150. chevaux , un Maréchal de
Camp , deux Colonels , vingt Capitaines
, & autant de Lieutenans.
Je ne comprens point là- dedans quasre-
vingt - dix Deferteurs , qui prefque
tous ont pris party dans nos
Troupes , & plus de 300. Habitans
qui font reftez dans la Ville , que
j'ayfait defarmer , auffi bien que le
refte des Bourgeois . Par la Capitulation
on m'a rendu plus de 200.
Prifonniers , tant Officiers , que Soldats
des Troupes du Roy & de celles
d'Espagne, Mr de Carol quiy commande
, a ordre de faire pendre un
Efpion qui portoit des Lettres au
Gouverneur, parmy lesquelles il y
364 MERCURE
en avoit une de l'Archiduc , qui l'exbortoit
à fe bien deffendre ; on a envoyé
cette Lettre à Madrid, Elle
portoit que l'Archiduc efperoit que
le Gouverneur , parfa bonne deffenfe,
obligeroit Mr d'Arenes à lever le
Siege.
Les Alliez , ou plutoft ceux
qui écrivent en leur faveur
continuant toûjours d'exagerer
les moindres avantages qu'ils
remportent , fe font fort étendus
fur la prife du Regiment entier
de Louvigny. Cependant , les
dernieres nouvelles qui font venuës
de ce coſté là affurent trespofitivement
qu'il n'y avoit que
la moitié de ce Regiment dans
le lieu où il avoit efté furpris ,
& comme ceux qui compofoient
cette moitié de Regiment fe
mirent
GALANY 365.
mirent en défenfe avec une diligence
extréme , & qu'ils cue
rent beaucoup de ceux qui les
attaquoient , ce qui donna lieu
à plufieurs de fe fauver , qui
font revenus depuis , & qu'il
en eft auffi revenu beaucoup
de ceux qui avoient d'abord
efté faits prifonniers : l'avan
tage remporté en cette occafion
par les ennemis , eft devenu fi
peu confiderable poureux , qu'il
leur auroit esté plus avantageux
de ne point parler du tout de
cette affaire , que de l'exagerer
comme ils ont fait.couponD
5. Un des principaux fujets de
l'attention du public , eft de
fcavoir comment les affaires
de Catalogne tourneront cette
Campagne , parce qu'il paroiſt
Fanvier 1708.
Hh
20
366 MERCURE
K
que la paix ou la guerre depende
de l'entier affermiffement
de Philippe V. fur le Trone
d'Efpagne , & qu'il n'y a point
à douter que fi les ennemis font
une fois chaffez de Catalogne ,
& que toutes les forces de France
& d'Espagne retombent de ce
cofté cy , la fuperiorité s'y trou
vera , & que les Alliez feront
obligez de travailler à une paix
qu'ils commencent à fouhaiter
ardemment , & qui n'eft traverfée
que par la Reine d'Angleterre,
qui septretient le feu
dans toute l'Europe , afin de fe
maintenirfurun Trône dont elle
feroit infailliblement obligée
de defcendre fi toute l'Europe
eftoit en paix . Ainfi c'est pour
fes interefts feuls que l'Anglethe
GALANT 367
terre vient de faire des efforts
dont elle fe reffenoira pendant
plufieurs ficcles.
Voyons für quoy les Alliez
fondent cette année leurs efpct
rances du cofté de la Cata
logne. Les forces qu'ils ont
dans cette Principauté , & aux
environs , font fi peu confide
rables & fi fatiguées , qu'on ne
les doit regarder que comme
un debris de troupes , qui ayane
eftédaccoûtumées
à fentir les
coups de leurs ennemis depuis
l'ouverture de la Campagne ,
regardent les troupes des deux
Rois comme des vainqueurs qui
ont un fort afcendent fur elles ,
& qui doivent toujours les
battre. Ce debris de troupes
effrayées & tremblantes , & que
Hh ij
368 MERCURE
tous les Generaux qui ont aus
jourd'huy quelque nom refufent
de commander , doivent eftre
fortifiées par fix mille trois cens
hommes de troupes ramaffées ,
& qui par confequent ne font
pas fouvent d'accord . Ces troupes
nouvellement embarquées ,
& peut- eſtre arrivées preſentement
, doivent demeurer encore
plufieurs mois fans agir , & ily
à lieu de croire que le changement
d'air en fera perir beau
coupe, & que la defertion ne
les fera pas moins diminuer ,
puifqu'il eft certain qu'elles fe
font toutes embarquées avec
chagrin , & qu'elles ne l'au
roient pas fait s'il leur avoit
efté poffible de faire autrement .
Ce Corps de fix mille trois
t
GALANT 369
eens hommes , qui par les rai
fons que je viens de dire , fe
trouvera beaucoup diminué à
l'ouverture de la Campagne ; &
le debris des troupes de la Campagne
derniere dont je viens
de parler , ife trouveront fortir
fiées par cinq mille cinq cens
Miquelets enregimentez , mais
peu propres à faire la guerre
dans les formes , que la Ville de
Barcelone vient d'accorder à
l'Archiduc , & pour la levée &
le payement defquels il a efté
refolu de battre de la monnoye
de cuivre que la ville promet
de reprendre ( ce qui n'est pas
une feureté après la conclus
fion de la Paix . On doit remar
quer quecette monnoye de cui
yre fera d'une dangereuſe con
Hhiij
370 MERCURE
增
>
*
*
fequence , & qu'elle produira
de tres- mauvais effets . Ils eft
premierement queſtion de fçavoir
fi les Miquelets voudront
bien s'en accommoder , & s'ils
auront beaucoup de foy à cette
monnoye que la Ville de Barcelone
fera peut eftre dans
l'impoffibilité de reprendre un
jour en en donnant la valeur
en argent . Mais fuppofé que les
Miquelets s'en accommodent , ne
pouvant faire autrement , il y
a lieu de croire que tout le
peuple de Catalogne évitera autant
qu'il pourra de s'en char
ger , & comme il y aura peutcftre
des ordres tres- rigoureux
qui l'obligeront de la recevoir,
il ne manquera pas de moyens
pour s'empefcher qu'elle ne
GALANTM 371
paffe entre fes mains ; & pour
cet effet , ils fe gardera bien de
depenfer fon argent pour fe
fournir de vivres , & des autres
chofes que les troupes ne luy
payeroient qu'en monnoye de
cuivre , ce qui caufera une
grande defolation parmi les
troupes qui manqueront de
toutes chofes , & qui pourront
felaffer de porter les armes
contre leur Souverain legitime.
D'ailleurs tout ce qui pourra are
river de plus favorable aux Catalans
, fi la guerre continue, eft
de voir vivre les troupes desAllicz
& celles des deux Rois en
leur païs ; car fuppofé qu'elles
ayent quelqu'avantage, & qu'
elles empefchent la prise de Bar
celone elles ne feront jamais
372 MERCURE
affez puiffantes pour chaffer de
Catalogne les troupes des deux
Rois . Ainfi ce peuple fouffrica
toujours jufquà ce qu'il ait une
feconde fois reconnu PhilippeV.
魄
On ne doit pas s'étonner fi
le Prince Eugene voyant la fi
tuation des affaires de Cacalogne
, telle que je viens de la
depeindre , a refufé abfolumemt
d'aller commander dans un païs
où il perdroit feurement la reputation
qu'il s'eft acquiſe parts
mi les Alliez . Ce n'eft pas
qu'elle ne puft encore s'augmenter
de la meſme maniere
qu'elle a déja fait estils conti
nuoient de faire chanter des Te-
Deum pour toutes les batailles
qu'il perdroit , & pour les plas
ces qu'il laifferoit prendre .
GALANT 373
Selon les dernieres nouvelles
d'Allemagne , le Comte Guy
de Staremberg , moins politi-
7que que le Prince Eugene , quelques
fois battant , & fouvent
battus & que l'on peut appeller
• le General errant , ayant commandé
en divers endroits , vient
d'accepter le Commandement
de l'Armée de Catalogne : de
- maniere qu'il quittera le Commandement
qu'il avoit en Hongrie
,comme il avoit quitté auparavant
celuy qu'il avoit en
Italie , où il n'a pas plus brille
qu'en Hongrie. On peut dire
que fans faire de conqueftes ,
il fera une campagne fort glo
rieufe , s'il peut deffendre la Catalogne
, puifqu'il fera dificile
que ceux qui auront en tefte les
374 MERCURE
Generaux qui doivent commănder
en Espagne , puiffent faire
nne campagne brillante . Cepen
dant l'on continue toujours d'a
gir dans le Royaume de Valence
, & Mr de Mahony eft devant
Alcoy . Cette Place a demandé
à capituler , & elle a offert 1500 .
piftoles , pour éviter le pillage
mais ce General les a refuſées
ayant refolu de la prendre à dif
cretion.
و ت
Les Deſerteurs qui viennent
de Denia , font en fi grand nom
bre , que l'on doit croire que
cette Place ne tiendra pas long
temps , lorfque l'on en fera le
Siege, et out gluentem ,
La Ville de Sarragoffe donne
46000. mille piftoles au Roy
d'Efpagne , & celle de Valence
1GALAN 1 375
doit donner 100. piftoles tous
les jours , pendant tout le quar
tier d'hiver .
Un Vaiffeau qui venoit de
Barcelone , ayant efté obligé ,
par le mauvais temps , de relâ
cher à Benifa , on y a fait Prifonniers
300. Portugais , qui retournoient
à Liſbonne . Ces
Troupes y feront neceffaires ,
puifque l'on apprend par les
dernieres nouvelles , venues de
Portugal , qu'il n'y a dans ce
Royaume que 3000 Portugais
de Troupes reglées , avec quelques
Milices ; que la mefintelligence
entre ceux de cette Nation
& les Anglois & Hollandois
yaugmentetous les jours à l'ocafion
de la Religion Catholique ,
que ces derniers ne peuvent
J
376 MARCURE
s'empêcher de tourner en derifion
, & que le nombre de ceux
qui font du party de la paix y
augmente confiderablement . Je
ne vous dis rien d'une avanture
dans laquelle on a peu respecté
le fang Royal ; & fi l'on eftoit
bien inftruit de la verité , on
pourroit connoître que ceux à
qui l'on attribuë des emporte
mens indifcrets , n'agiffent fou
vent que fur des fondemens bien
folides ; mais je pourois en dire
trop , lorfque je dois garder le
/ filence.
Quant à ce qui fe paffe en Ef .
pagne , l'amour que tous les
Grands ; toute la Nobleffe , &
tout le Peuple ont pour Philippe
V. & pour la Reine fon Epoufe
, qui continuënt de s'atri-
2
rer
1
GALANT 377
rer l'admiration de ceux même
qui n'ont eu l'honneur de les voir
qu'une fois. L'amour , dis - je , que
tous les Espagnols & tous les
Etrangers ont pour Leurs Ma
jeftez , s'eft beaucoup augmenté,
quoiqu'il fût déja tres - fort , depuis
la naiffance du Prince des
Afturies ; & l'on peut dire qu'il
n'y a prefentement pas un homme
dans toutes les Efpagnes ,
dont la fidelité chancelle . Chacun
va au- devant des befoins de
l'Etat , en ouvrant fa bourfe felon
fon pouvoir. Le Clergé , la
Nobleffe & le Peuple , font animez
du même zèle . Les levées
de Troupes s'y font fans peine s
les Officiers s'y trouvent en fou .
le , & l'ancienne valeur des Ef
pagnols s'y remarque tous les
Janvier 1708. I i
2
378 MERCURE
jours . Enfin , il y a lieu de croire
que la campagne prochaine fera
des plus heureules . Les difpofitions
qui fe font icy pour cette
Campagne , n'y doivent pas peu
contribuer , & l'attention que
fe donne un grand Prince , pour
tout ce qui regarde cette même
Campagne , & qui ne penſe
qu'à y retourner, achevera , fans
doute , de faire triompher la
bonne cauſe .
A l'égard de l'Italie , il faut
rendre justice à la verité , &
avouer que la fortune donne
fouvent des marques de fes caprices
. Auffi a-t'on toujours remarqué
que Naples a prefque,
de tout temps , efté le Theatre
de l'inconftance ; mais on doit
auffi avouer que cette Ville n'a
GALANT 379
jamais efté fi - toft punie de fon
infidelité , qu'elle l'est aujour
d'huy. Tout y eft en defordre
& en confufion ; la plus grande
partie du Peuple s'eftant trou
vée engagée à fubir le joug ,
auquel les Traîtres l'avoienc
affujettie , en s'y affujettiffant
eux -mêmes , a cru qu'elle de
voit , pour éviter de plus grandes
peines , paroître difpolée à
changer de Maître ; mais elle
reffent vivement aujourd'huy
la faute qu'elle a faite , & la
plupart des Traîtres mêmes , ta
reconnoiffent
fecretement
dans
le fond de leur cour ; mais trop
tard Lepeuple eft accablé des
differentes demandes qu'on luy
fait , & la Nobleffe eft au (defelpoir
de voir que l'on veut
46
Ii ij
380 MERCURE
fçavoir l'eftat de ſon bien . Ce
n'eſt pas pour l'augmenter
puifque les Allemans font regardez
comme des fangfuës
qui à force de tirer le fang des
peuples qui leur font foumis
les reduifent toûjours à la dernjere,
mifere. Le Comte de
Martinitz eftoit déja devenu
odieux aux Napolitains à caufe
des fommes continuelles qu'il
leur demandoit ; mais ils ont
trouvé le Comte de Thaun fon
fucceffeur , encore plus vif fur
cet article. Cependant chacun
cache la defolation où il fe
trouve , de crainte de s'attirer
encore un plus mauvais traite
ment. Mais cette déſolation s'eft
beaucoup augmentée depuis
que l'on a Içeu que le miracle
GALANT 38£
1
que le fang de S. Janvier a accoûtumé
de faire tous les ans ,
ne s'eft point fait cette années
que l'on a feulement montré la
phiole à quatre perfonnes qui
રે
eftoient d'intelligence , & qui
aprés avoir crié que le miracle
s'eftoit fait à l'ordinaire , ont
entraîné les cris du peuple cre
dule qui fait prefque toujours
ce qu'il voit faire aux autres .
Cependant comme les Napolitains
ont de tout temps remarqué
que lorfque le fang de S.
Janvier ne devient point liquide
dans la ceremonie qui le fait tous
les ans , & pendant laquelle des
perfonnes qu'ils croyent dignes
de foy , donnent toute leur attention
pour voir fi le miracle
fe fait. Cependant , dis - je
Li iij
382 MERCURE
瞽
"
comme dans les années où ce
miracle a manqué , le Royaume
de Naples a toûjours efté accablé
par diverfes calamitez ,
les peuples font perfuadez qu'ils
fouffriront toûjours jufqu'à ce
qu'ils foient rentrez fous les
Loix de leur legitime Souverain
; & la maniere dont les
efprits font difpoſez à cauſe que
le miracle ordinaire ne s'eſt
point fait cette année , joint
à ce que l'on exige d'eux tous
les jours , & aux mauvais trai
temens qu'on leur fait , donnent
lieu de croire qu'ils changeront
de Maistre dès qu'ils en trouveront
une occafion favorable ;
& en effet , c'eſt ce que Philippe
V. doit attendre d'eux
tous les jours , au lieu que c'é
GALANT 283
toit auparavant ce que les Allemans
en doivent attendre à
caufe de leur inconftance naturelle
; & ce qu'il y a d'avan
tageux aujourd'huy pour Phi
lippe V. au milien de la perte
qu'il vient de faire du Royaume
de Naples , c'eſt que les Allemans
doivent avoir de plus
fortes armées fur pied pour empefcher
les Napolitains de fe
couer le joug qu'ils leur ont
impofé , qu'ils n'en ont eu pour
les conquerir ; mais laiffons là
le Royaume de Naples & les
autres Eftats d'Italie : il ne fera
pas difficile à Philippe V. de les
faire rentrer fous fon obéiffance
s'il demeure maiftre de toutes
les Efpagnes & des Indes ; &
comme felon la fituation où les
384 MERCURE
*
affaires le trouvent ajourd'huy
il paroift impoffible que les cho
les tournent autrement. Il n'eft
pas defavantageux au Roy d'Ef
pagne que les Allemans occupent
aujourd'huy beaucoup
de troupes pour conferver les
Eltats d'Italie , qui cefferoient
bien- toft de reconnoiftre l'Empereur
s'il leur eſtoit poſſible
de fecouer le jouge quis viens
de leur eftre impofé , olso
Quoyque l'Angleterre femble
me fournir beaucoup de chofes
à dire , je pretens neapmoins
faire voir en peu de paroles
que ce qui brille le plus n'eft
pas toûjours le plus folide. On
doit premierement faire refle
xion fur les difcours qui ont
efté faits à l'ouverture du Par
14
GALANT 385
lement , par des gens dignes
de
foy , touchant
le mauvais
eftat
de ce Royaume
, & la mifere
où il fe trouve
, ce qui n'a eſté
contredit
par aucun
Membre
,
Ajoûtons
à cela que l'Angleterre
devoit
deux cens millions
à la fin de la derniere
guerre,
& qu'elle
les doit
encore
aujourd'huy
; qu'il
y a dans
le
Royaume
pour cent millions
de
billets
de l'Echiquier
, qui ne
font pas acquittez
; que la depenſe
de l'année
derniere
a excedé
de treize
millions
les fonds
accordez
, & qu'il y en a eu pour
dix de non valeurs
; & comme
Eftat
eft beaucoup
plus oberé
qu'il n'eftoit
les années
precedentes
, & que peu de Seigneurs
font
payez
de leurs
Fermiers
386 MERCURE
comme il a efté rreemmaarrqquuéé dans
les difcours prononcez à l'ouverture
du Parlement , il y a
lieu de croire que l'on ne levera
pas peut- eftre la moitié
des fonds qui ont efté accordez
cette année , & que l'oftentation
& le defir d'éblouir les Alliez
, & d'engager les peuples
d'Hollande à foufcrire à la levée
de grandes fommes d'argent,
les ont fait accorder. On doit
confiderer d'ailleurs que la
grande perte des Vaiffeaux que
les Anglois ont faite depuis
quelque temps , ne peut eftre
reparée cette année ; que l'Angleterre
commence à manquer
d'hommes , & fur tout de Matelots
; de maniere qu'il luy fera
difficile d'en faire , quand mef
me elle auroit de l'argent pour
GALANT 387
?
ees levées . Cet article n'eftant
remply que de faits averez &
conftants il faut que toute
l'Europe en demeure d'accord .
L'Article qui regarde la Hollande
, fera encore plus court
que celuy que vous venez de lire
, & ne laiffera pas de dire
beaucoup , & de faire comprenencore
davantage, On a vû de
tout temps ou des Souverains
poffeder des Trefors pendant
que leurs fujets étoient épuifez ,
ou une partie des fujets dans l'opulence
pendant que les Souverains
manquoient de beaucoup.
de chofes , ou enfin les biens d'un
Etat , partagez proportionnément
entre leurs Souverains
& leurs Sujets ; mais aujourd'huy
la Hollande fe trouve
388 MERCURE
dans une fituation plus cruelles
l'Eftat & les particuliers étant
également épuifez , à caufe
des trois guerres qui ont traverfé
fon commerce depuis l'année
1672. que la premiere de
ces guerres a commencé . Je ne
me ferviray point de raifonnemens
pour le prouver ; mais de
faits conftans & publics ; des
propofitions faites par lesEftats ,
& des réponſes de plufieurs
Villes rendues publiques.
Depuis fix mois , l'emprunt
de quatre millions , deux à vie
& deux à quatre pour cent d'intereſt
par an , n'eft pas encore
remply , quoy qu'on ait mis tout
en ufage pour y parvenir , &
qu'on ait engagé les Regences
des grandes Villes à en faire les
avances ,
GALANT 389
avances , ou d'en procurer la
negociation , chacune fuivant
leurs facultez , & celles de leurs
Habitans. Amfterdam , Leide ,
& Roterdam , en ont fourny une
partie ; mais on n'en eft gueres
plus avancé , non -feulement
parce que ceux qui pouroient
encore fournir de l'argent ,
eflant déja furchargez d'obligations
de pareille nature ,fe rebutent
; mais auffi parce que les
efpeces deviennent en Hollande
beaucoup plus rares qu'elles n'y
ont jamais efté.
Les Etats avoient comptés
qu'aprés que cette fomme de
quatre millions feroit remplie
ils emprunteroient fix millions
de florins ; ce qui auroit beaucoup
avancé les fonds de la
Kk
Fanvier 1708 .
390 MERCURE
avec
Campagne prochaine
l'argent des quatre millions , qui
ne font pas encore remplis ;
mais ayant efté obligez de reconcer
à ce deffein par l'impoffibilité
de trouver ces fix millions
, ils avoient refolu de retablir
l'impofition du deuxième
centiéme denier fur les Terres
& fur les Maifons ; mais les
Villes de Dort , de Leide , de
Harlem , la Brille & plufieurs
autres s'y font oppofées , les peuples
n'eftant pas en eftat de le
payer.
Enfin les Eftats voyant l'hiver
fort avancé , fans que l'on
euſt encore aucuns fonds d'affurez
pour la Campagne prochaine
, fe font affemblez , mefme
pendant des jours où ils ne
GALANT 391
saffemblent jamais que pour les
neceffitez les plus urgentes y
pour examiner fi on propofera
de faire payer à tous ceux qui
poffedent des Charges , des
Benefices , & des Emplois dans
l'Etat & dans les Villes , la
cinquième partie de leurs appointemens
& revenus depuis
les premieres dignitez , juf
qu'aux moindres Commiffions :
comme auffi la cinquiéme partie
des rentes viageres , & de
mettre une Taxe fur les Aifez
dont les biens eftant dans le
commerce , ou placez ailleurs ,
ne font point fujets au deux
centiéme denier . Ainfi l'on voit
que ces Taxes , quoy qu'exorbitantes
, doivent eftre de furabondant
, puifqu'elles n'em--
Kk ij
392 MERCURE
pefcheront pas que l'on ne paye
les Taxes ordinaires.
A l'égard des affaires d'Allemagne
, voicy ce que l'on en
écrit.
A Ratisbonne le 11. Janvier,
On a examiné de nouveau les demandes
des Etats Generaux , celles
du Duc d'Hanovre , du Cercle de
Suabe , & les propofitions du Directoire
de Mayence , touchant l'augmentation
des Troupes , la levée des
deniers , & la fourniture de l'Artillerie
, & des munitions de bouche &
de guerre , pour mettre l'Armée (ur
Le Rhin , en eftat d'agir offenfivement
contre la France ; mais la pluf
part
des Membres de la Diete ont
demandé des copies de toutes ces pieGALANT
393
à leurs Supeces
pour
les
envoyer
rieurs , afin qu'après les avoir examinées
, ils puffent leur envoyer les
Inftructions neceffaires , fans quoy,
il leur eftoit imposible de donner
aucun confentement . On n'a rien re-
Jolu non plus touchant l'achat desfix.
mille Cavaliers Saxons , ce qui a
obligé le Deputé de Mayence de
propofer , que fi on n'en veut pas
prendre un fi grand nombre , que du
moins on en prenne trois mille . Ony
a auli la une Lettre de la Reine.
Anne , qui exhorte les Etats de.
l'Empire de fournir inceffamment
leur contingent en Troupes & en argent
, & de faire en forte que tout
foit preft au 15 Avril , leurfaifant.
comprendre que fii Empire negligeoit
de fatisfaire à fes- engagemens pendant
cette Campagne , les Alliez fe
L
Kk iij
394 MERCURE
verroient contraints de l'abandonner
& de veiller à leur propre conferva
tion , ce qui entraîneroit la totale
ruine du Corps Germanique
.
Cette Lettre fait connoiftre
queles Troupes Allemandes ne
feront de long- temps en estat de
marcher , puifque le 11. de ce
mois il n'y avoit encore rien de
conclu , ni pour le nombre dest
Troupes , ni pour leur payement
, ni pour l'Artillerie , ni
pour les munitions , ni pour les
provifions de bouche , & que
l'on tenoit encore aujourd'huy
à Ratiſbonne , le langage qu'on
y tient tous les ans , juſques au
mois d'Avril ; mais ce qu'il y a
de plus fâcheux cette année ,
eft que plufieurs Princes & Cere
GALANT 395
cles difent que la plufpart de
leurs Troupes ayant péri pendant
la derniere Campagne , &
n'eftant point en eftat d'en mettre
d'autres fur pied à caufe des
contributions que Mr le Maréchal
de Villars a levées pendant
la derniere Campagne , ils
ne peuvent payer leur contingent.
Il y en a même qui ont dit
que cette guerre ne regardoit
point l'Empire , puifqu'il ne s'y
agiffoit que des interefts de la
Maifon d'Autriche .
A l'égard des menaces de la
Reine d'Angleterre,d'abandondonner
le Corps Germanique ,
elle devoit faire reflexion avant
que d'envoyer fa Lettre , que fi
l'Empire ne faifoit point de di
verfion , toutes les forces & ccl396
MERCURE
les de Hollande, ne pourroient
refifter à celles des deux Rois ,
puifque c'est tout ce qu'elles
peuvent faire avec le fecours de
l'Empereur , & celuy de tout
L'Empire.
Quant à ce qui regarde les
bruits que lon continue tou
jours de répandre à Vienne , de
l'accommodement prochain des
Mécontens de Hongrie , les ap
parences y font toujours entie
rement oppofées , puifque l'on
fuppofe que la plufpart de leurs
Chefs ont abandonné le parti du
Prince Ragotski , & que cependant
ils font encore à la tefte des
Troupes , où ils font tous les
jours des executions militaires
qui defolent les Allemans .
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT 397
1
>
dernier eftoit la Terre. Ceux qui
l'ont trouvé font , Mrs l'Abbé de
la Place , Geographe à Rouen ;
de la Touret de la ruë S. Denis
de la Serriere , Grandet du Marais
; de Beaumont ; d'Overney,
Suiffe , & Robert de l'enclos du
Temple. Le bel Adonis fon
voifin ; l'Ecolier malgré luy ,
& fon amy Pierrot ; D. B. le
Solitaire Que-mine , & fon Ami
Darius ; le Difeur de bonneavanture
, & le Diable boiteux
de la ruë S. Denis. Mlles de
Ville-neuve & l'Efterel du Marais
; de Nefle , & de Champerou
, de la ruë S. Antoine ; l'Aimable
Roget de l'Arcenal ; Agnés
du quartier du Palais , &
Geneviève Jollain , de la ruë
S. Jacques ; la jeune Mufe re398
MERCURE
naiffante ; l'Aimable precieufe
de l'enclos du Temple ; la fçavante
Uranie du même quartier;
la belle & jeune B. de
la ruë de Buffi , & fon aimable
foeur l'aimable Preau & las
charmante de Rouvroy , voifines
du Val- de Grace ; la Soli
taire , de la rue aux Féves ; la
plus jeune des belles Dames de
la rue des Bernardins ; D. P. la
fidelle Gogo , de Rouen ; la
belle A. d'Orleans , & M : fon
amie.
L'Enigme que je vous envoye
eft de Me la Prefidente:
Baucheron , de la Chaftre en
Berry..
GALANT 399
ENIGM E.
VN nombre impair joint quatre
fois
Vous apprendra combien nousfommes
,
Nous fervons de deffenfe & d'ornement
aux hommes
Ainfi qu'aux habitans des Bois.
Nous fouffrons fans murmure ,
Qu'un doublefer taille noftrefigure.
Quoy que nous foyons transparans
Nousfommes rarementfans de petits
points blancs.
Quant à noftre couleur , c'eft, lefang
qui la donne ses mus
Nous avons tres -fouvent un demy
cercle noir
Qui n'eft pas agreable à voir ,
Que difficilement aux Galands on
pardonne.m
400 MERCURE
On craint fouvent noftre pouvoir
Quand on eft animé d'un cruel defefpor
Et l'on voit des Amans porter fur
leurs vifages
Des traits fanglans de nos outrages 3
Enfin pour achever de peindre noftre
fort,
Nous croiffons même aprés la mori.
Je reprens une troiſième fois
Article d'Efpagne
, croyant
que ce que vous allez lire ne
doit pas eftre oublié.
La Ville d'Alcoy , aprés avoir
foûtenu trois affauts dans lef
quels nous avons perdu du monde
: les ennemis voyant tous les
jours tellement diminuer leurs
forces , en forte que les Troupes
reglées ne montoient plus
qu'à
GALANT 401
4
qu'à deux cens hommes ou
environ , & ne jugeant pas que
les Habicans , & les Miquelets
qui avoient pris les armes ,
quoy qu'en nombre beaucoup
plus confiderable , puffent faire
une longue & vigoureufe deffenfe
, lorfque les Troupes reglées
feroient encore diminuées ,
refolurent de capituler pour la
Ville & le Chasteau , & il fut
enfin arrefté que la Garniſon
feroit prifonniere de guerre ,
& que les Habitans , & les Miquelets
, fe rendroient à dif-
-cretion , & comme la Ville n'é
tant plus en eftat de fe deffendre,
ne pouvoit éviter d'eftre
prife d'affaut , & qu'en pareil cas
le pillage eft permis felon les
Loix de la guerre , on conving
Janvier 1708. LI
402 MERCURE
que les Habitans payeroient
12000. piftoles pour s'exempter
du pillage.
On ne peut trop admirer la
fermeté que les Troupes ont
faitparoître en cette occafion, &
la conduite de Mr d'Arenes qui
s'eft judicieuſement opiniâtre à
vouloir que la Garaiſon fuft prifonniere
de guerre , & que ceux
qui s'y eftoient joints pour deffendre
la Place , fe rendiffent à
difcretion ce qui doit empê
cher dorefnavant les Miquelets
de fe jetter dans les Places pour
les deffendre , puifqu'en courant
le même fort , ils feroient
en danger d'eftre feverement
punis , fi le Roy d'Espagne ne
leur faifoit grace .
Le Gouverneur d'Oran , auf
GALANT 403
brave qu'attentif à tout ce qui
peut empêcher les ennemis de
fe rendre maîtres de la Place ,
fcachant qu'ils avoient fait une
mine ,fur laquelle ils comptoient
beaucoup , trouva moyen par
un ftratagême nouveau d'empê
eher que cette mine fit aucun
effet dont ils puffent tirer de
l'avantage, & ayant fait une fon
tie dans le même temps que fon
deffein devoit éclater , tous ceux
qui travailloient à cette mine ,
furent tuez , & cles Espagnols
rentrerent dans la Ville avec
plufieurs teftes & deux prifonniers
, dont l'un eftoit l'Inges
nieur des Afliegeans , & Lautre
le frere de l'Algaïde quinles
commande . On doit avouer que
les Eſpagnols ont eu des cour
LI j
404 MERCURE
temps des talens merveilleux
pour deffendre les Places , &
toutes les Hiftoires font pleines
de ce qu'ils ont fait en de pareilles
occafions ; de leur fermeté
&de leur fçavoir pour faire
traîner les Sieges en longueur.
On ne pouvoit mieux faire
que d'envoyer Mr du Caffe pour
fervir d'eſcorte aux Gallions
d'Espagne , & pour faire tout ce
qu'il jugeroit à propos en cette
occafion . Ce Commandant auffi
intelligent que brave , ne voyant
pas que les Gallions puffent arriver
fi toft, & fçachant que s'il
pouvoit envoyer de l'argent
au Roy d'Eſpagne qui puſt le
mettre en eftat d'ouvrir la Campagne
, avant l'arrivée des Gallions
. Scachant , dis- je , que s'il
INLANT 405
reüffiffoit dans ce deffein il rendroit
un tun fervice confiderable
aux deux Rois , a trouvé moyen
d'envoyer trois Fregates char
gées d'argent , pour le feul com
pre du Roy d'Efpagne , & elles
font heureufement arrivées à
Cadix. 3
La Lettre qui fuit vous ap
prendra une nouvelle d'impor
tance , and foot trany di
A Colmar ce 22 Janvier o
4
1200 Sup 20991336 .
Mr de Perry qui commande à Ha
guenau , ayant des avis certains ,
que les ennemis faifoient monter/
le Rhin quantité de provifions pour
Philisbourg detacha un Capi
taine de Houffards avec foixante
Houffards , qui alla a trente liewes
LI iij
406 MERCURE
du Camp & qui ayant paſſe an
travers des ennemis & fe rendit au
defus de Wormes , ou ayant appergucing
gras Baftimens tirez chas
cun par vingt cing chevaux , & dix
autres petits Baftimens tirezparfix
chacun , les joign t pendant la nuit,
y fit mettre le feu , couppa les jare
rees des chevaux, & en prit feule
ment quelques - uns avec de ľavoi?
nez ily avoit aufli dans ces bæt
seaux cent cinquante milliers de
poudre,fept mille facs de farine &
d'avoine , & ane infinité de munitions,
RG1350i shand's Bord
s Mr le Maréchal de Villars
ayant fait affembler plus de
20.3 mille hommes d'Infanterie.
Les Ennemis , qui ont efté allarmez
de cette nouvelle , ont en
GALANT 407
voyé une grande partie de leurs
Troupes, camper fous Fribourgy
Ils n'ont , fans doute pas pris
le bon party ; & je necrains pas
de ledire , puifque fi Mr de Vil
lars a refolu de donner le chan
geaux Ennemis, en faifant quel
que tentrepriſe confiderable
Faffaire doit eftre prefentement
favancée , que l'on en doit
avoir des nouvelles dans quel
ques jours. ba đị 3492
Vous voyez que nos affaires
paroiffent de tous coftez dans
une affez bonne fituation , pour
pouvoir attendre quelque chofe
d'avantageux à l'ouverture de
la Campagne , à laquelle nous
fommes beaucoup plus preparez
que les Ennemis , nos Troupes
cftant affemblées en Allemagne,
4
408 MERCURE
dans le temps que l'on delibere
à Ratisbonne , fur les moyens
d'avoir une Armée preste à
marcher au 15. d'Avril ;, & dans
le temps que la Hollandene
fçait pas encore fi elle augmentera
fes Troupes , & qu'elle ne
fçait pas non plus où elle pren
dra des fonds pour la Campa
gne prochaine , & que l'on a
recours aux Miquelets de Cata
logne , pour y augmenter l'Ar
mée des Alliez གེ་ སར་གསོ་ ད
Pendant qu'ils fe donnent des
mouvemens par tout, pour avoir
des Troupes capables de foutenir
la Campagne prochaine , les
efforts des deux Rois , on fedi.
vertit à Verfailles & à Marly's
& pendant le dernier fejour de
Marly , qui a duré dix jours , il
Z
GALANT 409
ya eu trois magnifiques Bals , en
habits ferieux ; & un autre Bal ,
où il n'a efté permis d'entrer
qu'en habits de Mafque. Je ne
vous dis dien des pierreries &
des riches habits , qui ont brillé
dans ces Bals où les meilleurs
Danfeurs de France , & qui
n'avoient point danfé depuis
long temps longtemps ., fe font fait admirer;
mais je vous parleray ſeulement
d'une galanterie toute fpirituelle
, dont le nom de celuy ou
de celle qui l'a faite m'eft inconnu
. Il parut tout - à - coup
devant Madame la Ducheffe de
Bourgogne , un Amour , qui s'étoit
gliffé parmy la foule , fans
eftre apperçû , & qui aprés avoir
mis un genouil en terre , prefenta
à cette Princeffe une Pomme
}
410 MERCURE
d'or , fur laquelle on lifoit : 4
laplus gracieuse , & la plus aimable
Princeffe de l'Univers . Cette
Pomme d'or eftoit accompagnée
d'une Chanfon , fur l'air de Joconde
, dont voicy les paroles
Le Berger Paris couronna
Jadis une immortelle
Et la pomme qu'il lui donna
Etoit pour la plus belle ;
Un Dicu , Princeſſe , dans ce jour
Vous rend le mesme hommage s
Recevez ici de Amour
Cette Pomme pour gage.
S
Il vous la donne par mes mains
N'ofant ici paroître ,
T11
Déguife fous des traits humains,
Qui pourroit le connoître en
Il vous fuit pourtant en tous lieux
A vos pas il s'attache
GALANT
411
Et dans nos coeurs , & dans vos yeux
Quelquefois
il fe cache.
La
Pomme d'or
s'ouvroit , &
il y avoit dedans un Bandeau de
Mouffeline plié , & renoué d'un
Ruban
couleur de feu , avec
deux petites aîles de Plumes
blanches &
couleur de feu , at
tachées par un pareil Ruban
avec ces mots & les vers fuivants.
L'AMOUR.
*
>
A la plus aimable
Princeffe du
monde.
Jefuis Dieu des
amours , des gra»
ces & des ris
Et fur tant de
Beautez qu'on voit
ici
paroistre
Cel mai qui vous donne lePrix,
412 MERCURE
Le Dieud Amour doit s'y connoiftre
fr
quitté
n
J'ai Bandeau pour pouvoir
deformais
Chaque infant admirer tant degraces
nouvelles ,
Et pour ne vous quitterjamais
J'ai moi- mefme coupé mes ailes.
Je ne puis mieux finir que par
un article auffi galant que celuy
que vous venez de lire. Cependant
je dois vous dire que ma
mauvaiſe ſanté , & la perte de
ma vûë , ne me permettant pas
d'aller aux principales actions
publiques , qui fe font au commencement
de chaque mois , &
dont je me fuis impofé une loy ,
de vous entretenir , je ne puis
vous en parler que fur le raport
de ceux dont j'ay fait l'epreuve
de
GALANT 413.
de la
memoire en
plufieurs ocafions
, & qui m'a
toujours paru
des plus
heureufes ;
cependant ,
comme il paroît affez impoffi
ble que l'on puiſſe retenir tout
ce qu'il ya de plus brillantdans
les
differens
difcours qui fe
prononcent. en moins d'une ou
deux heures de temps ,
comme
on fait , fur tout le jour que
le
Parlement rentre , le jour de
l'ouverture des
Audiances , &
le jour des :
Mercuriales
comme il peut arriver que ce
que l'on m'en raporte ne foit
pás toujours
entierement con
forme à la verité , j'ay
toujours
obſervé de ne rien mettre dans
les
difcours que j'ay
raportez ,
qui ne pût eſtre digne d'un hom
me d'efprit, & zelé pour la juf-
Fanvier 1708. Mm
&
414
MERCURE
"
tice, & qui par confequent pât
fairetortafa reputation , quand il
ne l'auroit pas entierement pro
noncés fuivant qu'il eft raporté,
Il y avoit beaucoup de ces dif
cours dans ma derniere lettre ,
& je ne fuis pas furpris que vous
l'ayez trouvée fi curieuſe , puif.
que , contenant les nouvelles de
deux mois entiers , elle eftoit
remplie d'un tres grand nombre
d'articles , qui ont dû vous faire
plaifir , ainfi qu'à tous ceux qui
l'ont lûë . Je ſuis , Madame , vô,
tre , & c
A Paris , ce zi. Janvier, 1708.
APOSTILLE
.
Par les dernieres nouvelles
d'Holande , les Etats font convenus
de lever le 100. denier ›
GALANT 415
quia caufé tant de conteſtations ;
de maniere que cetrool denier
réeli fera levé cette année deux
fois , de même qu'il l'a efté en
1706 , & dans les années precedentes
depuis le commencement
de cette guerre , fans y com-
-prendre ce que les Villes ont
toujours levé , & qui va à la
valeur d'un autre 100 , denier .
Cependant , il manque encore
-9, à 10 millions de florins , pour
remplir les fonds neceffaires
pour la Campagne prochaine .
Il eſt arrivé à St. Malo , un
vaiffeau pour la Compagnie de
l'Affiente, qui a aporté cent mille
écus en argent.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR .
L'Hiftoire du fiége de Tou-
Mm ij
416 MERCURE
a
lon ayant obligé l'Auteur de reculer
le Mercure de Decembre
d'un mois , cela à donné lieu à
quelques Particuliers de dire
que le Mercure étoit ceffé , l'Au-
-ateur n'étant plus en état de le
continuer cependant , il a donné
au commencement de Janviérun
Volume plus gros que
les autres , puifqu'il contient
les nouvelles du mois de Decem
bre , & celles du mois de Novembre.
On trouve dans le ti- 1
tre de ce Volume , Novembre ,
& Decembre
in uno AVI S.
On diftribüera le Mercure
de Fevrier le Vendredy 2. de .
Marsh
TABLE.
-
i
PRelude dans lequel on trouve un
Eloge du Roy prononcé par Mr
l'Evêque d'Alais , à l'ouverture
des Etats de Languedoc , 5
-Diſcoursprononcépar le Pere le Jay ,
Jefuite , dans lequel il eft parlé
des affaires du Temps ,
*
Thefes foutenues contre la Cabale
Judaique & Chreftienne ,
Premier Article des morts ,
3x
36
Premier Article des Mariages , 71
Lettres écrites par un homme de qualité
agé de prés de cent dix ans , 85
Cartes données au public pendant
l'année derniere , par Mrde Fer ,
99
Explication Phifique & Mechani
que des effets de la Saignée & de
la Boiffon , dans la Cure des
maladies &
ioL
TABLE. -
106
Benefices donnez par le Roy dans la
derniere Promotion ,
Compliment fait à Mr d'Aubigné ,
au nom du Chapitre de Rouen ,
par Mrde la Vove de Tourouvre ,
grand Archidiacre du méme Chapitres
Article oublié , en parlant le mois
dernier du Teftament de feu Mr
l'Archevêque de Rouen , 143
Dernier ouvrage de feu Mr Toi-
V
140
147
ISI
nard ,
Second Article des Morts ,
Faute qui s'eft gliẞée dans le dernier
Mercure , dans l'Article de
la mort defeu Mr le Comte d'Au -
168 vergne ,
"Mr le Comte de Sagonne a esté
nommé Intendant de Moulins . Il
faut lire dans l'Article , Moulins
, au lieu de Limofin , 169
TABLE.
C
Traité de l'Allemagne & des Etats.
Souverains de l'Empire, donné au
Publicpar MrMoulart- Sanfon,
17
Seconde Edition de la Grece, divifée
en plufieurs Caries , avec une explication
Latine tirée des anciens
Auteurs , par le même Geographe,
177
Mr de Bionville eft nommé par le
Roy , Maire Alternatif - Mi-
Triennal de Mets , avec les Ceremonies
qui ont efté obfervées en
cette occafion ,
Suite des Réjouissances faites pour
la prife du Chateau de Lerida ,
180
186
Sonnet , fur la priſe du méme Cháteau
, 190
Chanfon fur le même sujet , fur l'air
du Branfle de Mets. 196
TABLE.
Ce qui s'eft paffefur la route de §.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
en revenant en France, 209
Epitre en Vers , de Minerve , à Mr
le Marquis de Chamillart, 215
Froifième article des morts 227
Détail tres-exalt de la fefte donnée
Par le Roy, à Versailles: la veille
de la fefte des Rois ,
Rejoüiffances faites par la Reine
Douairiere d'Espagne ,
Dons faits par le Roy ,"
S. Evêché donné par 5. M.
Y
244
289
290
198
Méprife faite dans le dernier Mer
care , touchant le Don fait de
Prieuré de la Charitéfur Loive ,
C
idem :
Second Article des Mariages , 299
Mefdames les Marquifes de Cany
& de Seignelayfont prefentées au
Roy 323
TABLE.
330
Bal mafqué donné à Versailles , 325
Lettre de Bordeaux , ...
Nouvelle promotion de Marine ,
dans laquelle il eft parlé de 23.
Officiers de ce Corps ,
Vaiffeaux ennemis pris par des
Vaiffeaux François pendant le
mois de Decembre ,
Prife de Morella ,
338
358
361
Perte d'une partie du Regiment de
Louvigny , moins confiderable
que les ennemis l'ont publié , 364
Situation generale des Affaires ,
8365
399
Article des Enigmes,
Seconde fuite des Affaites d'Efpa-
400
gne,
Suite des Affaires &Allemagne ,
Divertiffement de Marly , pendant
le dernier fejour que la Coury a
408
fait.
TABLE.
Article touchant les Difcours pros
noncezaux ouvertures du Parle
ment,
412
Apoftille , contenant les dernieres
Nouvelles &Hollande ,
414
Le Libraire au Lecteur
415
Avis ,
416
Avispourplacer les Figures .
Les Jettons doivent regarder
la page 144 .
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1708 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure Galant
Conta
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures /
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VIII.
Avec Privilege du Roj
AULECTEUR .
ILy a lien de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
Les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a
quantité,
AULECTEUR.
de défigurez étantimpoffible
de deviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port...
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1708.
I
E commence ma Lettre
par un Article qui vous
plaira , fans doute , puifque
vous y trouverez un Eloge
du Roy , fait par un fçavant
Evêque , & prononcé dans la
A iij
6
MERCURE
Chaire de verité le jour de l'ouverture
des Etats de Languedoc.
Elle fe fit par une Meffe
du Saint - Esprit , chantée en
Mufique , & au milieu de laquelle
, Mr François Chevalier
de Saulx , Premier Evêque d'Alais
, fit un Difcours tres - éloquent.
L'Eloge du Roy fut regardé
comme une des principales
beautez du Difcours qu'il
prononça . Ce Prelat dit dabord
, en parlant de Sa Majekté
, qu'il cherchoit en fa Perfonne
Royale
de plus grand , que la Gran-
- deur que les hommes eftiment
quelque chofe
GALANT 7
que ce qui rendoit fes grandes
& immortelles actions plus
confiderables , eft , qu'elles avoient
toujours eu la justice pour leur
principe , qu'elles avoient toajours
efté accompagnées d'une piété,
qui les rendoit en quelque
maniere , divines & furnaturel-
·les , puifqu'Elle les rapportoit
•toutes à Dieu.
Mr l'Evêque d'Alais entra
enfuite dans le détail dés
actions de Sa Majefté , qui
peuvent faire aller fon Regne
de pair
nos plusfaints Monarques.
L'herefie détruite. le blaf-
>
avec ceux de
A iiij
8
MERCURE
C
phême puny , les vices profcrits
; le duel deffendu , fous
des peines irremiffibles ; l'entrée
du Royaume ouverte à
tous les Princes malheureux &
dépouillez de leurs Etats ; &
des guerres entrepriſes & foutenues
pour le feul intereft de la
Religion , furent les principaux
traits de la vie du Roy , que
cet Evêque mit en oeuvre , &
dans un fort beau jour . Si nous
nous fouvenons avec joye , ditil
enfuite , de toutes fes Victoires ,
& de quelle importance elles ont
efté à l'Etat , nous ne devons pas
confiderer , avec moins de plaifir ,
GALANT 9
"
tant de vertus fi utiles à noftre
inftruction , fi propres &~
à nous
édifier, dont Dieu s'eft plû à orner
l'ame de ce Prince. Cette
pieté, que l'Auteur de toutes cho-
·fes a gravées dans le fond du
coeur de ce Grand Monarque ;
pieté qu'ilprend tant defoin d'inf
pirer , non-feulement à fa Royale
Famille ; mais auffi à tout fon
Peuple cette moderation , dont
la victoire , qui luy afait ſiſouvent
gagner
Les coeurs de ceuse
dont il avoit triomphé par fes armes;
cette grandeur d'ame, &
cette patience dans l'adverfité , qui
l'ont fait paroître auffi grand dans
to
MERCURE
fes difgraces , que dans fes plus
éclatantes profperitez ; cette tem-
·perance , qui nous fait voir ce que
peut la Religion , en nous faiſant
voir un grand Prince , qui regne
fur fes defirs ; cette douceur &
cette bonté qui
temperent en luy
le pouvoirfouverain , & qui luy
font
doublement porter l'Image de
Dieu ; ce naturel bienfaiſant , qui
affortitfibien le caractere de Gran
deur , qui eft imprimé dans for
Augufte Perfonne ; toutes ces chofes
, continua ce Prelat , doivent
plus eftre l'objet de noftre admiration
, que les étonnantes profperitez
, qui ont accompagné les
GALANT II
foixante premieres années de fon
Regne. Il dit enfuite ; que n'étantpas
montéen Chaire,pour confacrer
un éloge aux fimples vertus
du fiecle , il en avoit deftiné un
-à celles qui font un parfait Chrétien
, que laiffant à part tout
ce qui montrera à la Pofterité un
Heros en la Perfonne du Roy, il
n'avoit pretendu s'attacher qu'à
ce qui fera voir à cette même
Pofterite, en la Perfonne de ce
Prince, un Chrétien accomply ,
un Rigide Obfervateur des maximes
Evangeliques ; je ne dois
pourfuivit- il, ni donner à SaMajefté
ce qui ne luy appartient pas ,
12 MERCURE
ni dérober à Dieu ce qui luy appartient
; mais je puis admirer en la
Perfonne de ce Grand Prince , les
merveilles de la Providence , &
les Dons du Saint - Eſprit , &
comme la Religion eſt un Commerce
facré, entre Dieu & les
hommes , qui a deux parties , &
qui confifte en ce que
confifte en ce que Dieu aime
les hommes, & leur fait don de
fes Graces; & que les hommes
aiment Dieu , & luy rendent
les hommages qu'ils luy doivent :
rien ne m'empêche de chercher des
exemples de l'une de l'autre ,
dans la maniere dont le Roy fert
Dieu , & dans la maniere dont
GALANT 13
la
Dieu benit le Roy . Cela donna
lieu à Mr d'Alais , d'entrer dans
un détail exact de tout ce que
le Roy a fait pour la Religion ;
& il fit voir alors , que
Guerre que ce Prince fou
tient aujourd'huy , eft une veritable
Guerre de Religion , &
qu'ainfi , le Clergé a une double
obligation de l'aider à la
foutenir; & il exhorta tous les
Membres qui compofoient
cette illuftre Affemblée , de
faire attention aux befoins de
F'Etat , & d'en faire une tresferieufe
à la caufe qui les pro
duir. Tout ce qu'il dit fur ce
!
14 MERCURE
fujet fut tres touchant , & attira
de grands applaudiffemens
à ce Prelat.
on
Il fit enſuite l'Eloge du Roy
d'Espagne , & il fit remar
quer , que dans la conjoncture ,
où le trouvent aujourd'huy
les deux Monarchies
ne doit point regarder la naiffance
du Prince, des Afturies ,
comme un figne équivoque
de la part que le Ciel prend
dans cette grande guerre , &
qu'il ne pouvoitmieux marquer
combien il s'intereffe pour la
caufe que les deux Rois foutiennent
, qu'en donnant à l'EſpaGALANT
15 .
gne , une confolation qu'il luy
a refuſée , pendant un fi grand
nombre d'années , & fous le
Regne d'un des plus pieux Princes
qu'elle ait jamais eu . ”
Vous devez juger parce que
vous venez de lire , des grands
applaudiffemens que reçût M²
l'Evêque d'Alais . Je ne doute .
point que vous ne donniez auf.
fi de grandes louanges à un
Difcours prononcé par le Pere
le Jay , Jefuite , & l'un des Profeffeurs
de Rhetorique , au
College de Louis le Grand . Voicy
le fujet de ce Difcours qui
qui fut prononcé en Latin,
16 MERCURE
Il prouva que les pertes que la
France a faites dans la guerre
prefente , lui ont efté plus gloricufes
, que n'ont efté aux Ennemis
les avantages qu'ils ont
remportez. Il dit d'abord que
cette propofition paroiffoit paradoxe
; mais que cette verité
paroîtroit fenfible , à ceux qui
écouteroient avec attention ce
qu'il alloit dire . Il prouva dans
la premiere partie de fon Dif
cours , que les grands fuccés
que les Ennemis ont eu dans la
prefente guerre , ne leur ont
pas efté fi glorieux , que s'ils
en avoient ufé avec plus de mo
GALANT 17
deration & plus de prudence ;
& il prouva dans la feconde
partie , que l'adverfité des François
, & les pertes que la fortunc
leur avoit fait faire en les
abandonnant pour quelque
temps , avoient affuré la gloire
de leur nom. Il fit voir ,
pour
prouver la premiere Partie , ce
que les Ennemis auroient dû
faire , pour rendre leurs Conquêtes
glorieufes à leur nom;
Tufage qu'ils devoient faire de
leurs victoires , ou plutôt l'ufage
qu'en font ceux qui connoiffent
les veritables intereſts de
feurgloire , en comparant les
Fanvier 1708.
T
B
18 MERCURE
les
que
regles & les maximes qu'il po
fa pour fondement de la veritable
gloire militaire , dans
Tufage qu'un Vainqueur doit
faire de fes avantages , avec cel
les Ennemis fe font impofees
& qu'ils ont fuivies dans
leur plus grande profperité ; il
conclud delà, ou qu'ils n'avoient
pas connu leur veritable'gloire ,
ou qu'ils l'avoient negligée ;.
les faits qu'il raporta , & les
évenemens , dont il fit le détail
pour établir la preuve , parurent
juftes , & ils firent voir
qu'ilmanioitfon fujet avec dé
licateffe ; en effet fans tomber
2
GALANT
19
dans le deffaut & dans les excés
des Rheteurs & de ces Sophiftes
, contre qui Platon &
Quintilien , s'élevent fi fort ,
il fe fervit avec avantage de
tous les droits que l'éloquence
donne , & il en fit valoir tous
les Privileges .
e La feconde Partie de fon
Difcours , fut encore plus intereffant
que la premiere , &
puifqu'elle eftoit particuliere+
ment deftinée à mettre dans
tout fon jour la gloire du nom
François. La moderation du
Roy , dans les plus grandes
profperitez , & fa patience
Bij
20 MERCURE
dans les revers les moins prévûs
, & dans les difgraces les
plus fâcheufes , fervirent de
preuves à cette partie. L'exemple
du Souverain influë en ef
fet fur tous ceux qui travaillent
ou qui combattent fous
fes ordres. On ne doit donc
pas s'étonner fi ce grand Prince
ayant efté modefte dans les
fuccés les plus éclatans , & inébranlable
dans les rigueurs de
la fortune , on a remarqué cette
même modeftic & cette même
fermeté dans fes Generaux. Il
manque fouvent à la gloire des
Grands hommes , de fçavoir
GALANT 21
comment ils fuporteroient une
difgrace éclatante , & tel
qui s'en fait admirer dans une
brillante fortune , feroit quel
que fois méprifé , & paroîtroit
plus petit , fi elle l'abandonnoit
, qu'il n'a paru grand dans
les plus grandes faveurs de cette.
aveugle Déeffe . La conduite
des François aprés les fanglantes
Batailles qu'ils ont perduës 2
leur fermeté, pour ne pas perdre
le refte de leurs Troupes ,
dans les Journées où ils avoient
efté abandonnez de la fortune
; leur courage invincible ,
marqué en tant d'occafions ,
22 MERCURE
dans ces triftes Journées ; & enfin
, leur clemence à l'égard des
Prifonniers, qu'ils avoient faits,
comparée à la rigueur , avec
laquelle les Ennemis traitoient
ceux qu'ils avoient fait fur
nous,furent les moyens dont fe
fervit le Pere le Jay , pour prouver
fa feconde Partic ; & s'adreffant
enfuite au Roy d'Efpagne
, dont on voyoit le Por
trait à la gauche de celuy du
Roy , fous un dais , placé dans
le fond de la falle , il dit , que
les qualitez extraordinaires de ce
jeune Prince, & dont il fit le
détail , auroient dû l'élever fur
GALANT 23
Fun des plus grands Thrones du
monde , quand même il n'y auroit
pas efté appellé par les droits du
fang & de la nature , joints aux
dernieres volontez du feu Roy
Charles II. On voyoit dans le
cofté de la falle , qui faifoit
face au Pere le Jay , les Portraits
de tous les Generaux de
ce temps ; il les apoſtropha ,
tous les uns aprés les autres..
Les traits qui regardoient Monfieur
le Duc d'Orleans , furent
trouvez tres-beaux ; ce qu'il
dit fur la Prife de Lerida , qui
a refifté à plufieurs autres He
ros , fut exprimé dans les plus
24 MERCURE
beaux termes ; il fit remarquer
que c'étoit à l'arrivée de cePrince,
& à la terreur qu'infpira fon
grand nom, qu'on doit en partie
le gainde la bataille d'Amanza ;
& queles conquêtes desRoyaumes
d'Arragon
& de Valence
fuivirent de prés ; & en parlant
des dépenses extraordinaires
de
ce Prince pour affurer le fuccés
des armes des deux Rois ,
il dit en faifant allufion aux
bleffures que S. A. R. reçût à la
journée de Turin , qu'Elle
ménageoit auffi peu fon argent
que fon fang.
M. le Maréchal de Villars
qu'il
GALANT 25
qu'il compara à Fabius , & qu'il
fit mefme paroiftre plus grand
que ce General Romain , fut
loué par des traits particuliers
à ce Maréchal. Ses fuccés prodigieux
en Allemagne , & l'avantage
qu'il a de n'avoir jamais
reçû aucun échec , furent
tres- bien mis en oeuvre. Il s'étendit
beaucoup en parlant de
M' le Duc de Vendôme ; l'a
mour & la confiance des foldats
pour ce Prince ; fa conduite &
fes fuccés en Italic ; fa prudence
& la vigilance en Flandres
où il a arreſté dés qu'il y
parû , les vaſtes projets d'un
Fanvier 1708 .
C
;
26 MERCURE
Conquerant & d'un General ,
qui ofoit tout efperer aprés la
malheureufe Journée de Ramillies
; la bonté de fon coeur,
& enfin l'attachement qu'il a
pour les intereſts de la Couronne
& de l'Etat , furent les materiaux
dont le Pere le Jay fe
fervit pour louer ce grand Ge
neral. Ce qu'il dit de M ' le Maréchal
de Teffé fut trouvé trèsjufte
; fes fuccés en Provence
furent dépeints en tres- beaux
termes. Il mit alors dans tous
fon jour la fureur dont M
le Duc de Savoye eft animé
contre fon propre fang , & il
GALANY
2*7
la peignit avec des couleurs
bien vives ; & en s'adreſſant
à la Savoye , il ne laiſſa pas de
l'appeller plufieurs fois bienheureuſe
, d'avoir donné à la
France & à l'Espagne deux
Princeffes
qui perpetuent
le
lang des Bourbons dans ces
deux grands Royaumes
: il
parla de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne
& de celle du Prince des Afturics
, dans des termes qui exprimoient
tres- bien la joye que
les deux Nations qui doivent
un jour obeir à ces deux Princc
reflèntent de leurs naift
Ciji !
28 MERCURE
fances ; & s'adreffant enfin à
M' le Maréchal de Berwic , il
demanda à l'Affemblée fi elle
avoit pû croire qu'il eut oublié
ce Heros à qui la France &
l'Eſpagne font fi redevables ,
& que la premiere de ces Couronnes
vient de s'attacher par
de nouveaux liens ( ce qui regardoit
le Gouvernement de
Limofin ) ; la Bataille d'Almanza
; la conduite de ce Duc dans
les Cevennes & dans tous les
lieux où il a commandé ; fa
valeur & fa fermeté furent dépeintes
avec des traits qui convenoient
aux actions de ce Ma
chal
GALANT 29
Cette piece d'Eloquence
finit par une Priere pour la
Paix , & cette Priere reçût de
grands applaudiſſemens ainſi
que tout le Difcours , qui fut
prononcé d'une maniere qui
fit remarquer toutes les beautez
que la déclamation peut
fournir. L'Affemblée fut auffi
illuftre que nombreuſe , &
plufieurs Officiers du Parlement
& des autres Cours Supeainfi
rieures s'y trouverent
que plufieurs Evêques . Le
Pere le Jay eft frere de feu
M' le Jay Evêque de Cahors ,
de feu M le Jay Confeiller
C iij
30 MERCURE
au Parlement , & de M' le Jay,
aujourd'huy Capitaine aux
Gardes. Cette Famille a donné
un Premier Prefident au Parlement
de Paris . Le celebre
M' le Jay qui a donné au Public
une tres- belle Polyglotte ,
pour l'Edition de laquelle il
dépenfa tout fon bien , étoit
de cette Maifon & grand- oncle
de celuy qui donne lieu à
cet article.
Celuy qui fuit eft fur une
matiere connue de peu de
gens , & dont on ne laiffe pas
de parler beaucoup. Il reveillera
fans doute la curiofité de
A
GALANT
31
quelques
fçavans. On a vû
autrefois fur cette matiere , un
Livre qui fit beaucoup de bruit,
& qui auroit pû eftre appellé
Roman d'Erudition
, s'il m'eft
permis de parler ainfi , quoy
que l'Auteur n'euft eu deffein
en donnant ce Volume au Public
, que de fe divertir luymefme
, & d'embaraffer
l'efprit
des Lecteurs par beaucoup
de chofes qu'il n'entendoit
pas,
& qui paroiffoient
fort miſterieuſes.
Cependant
tout fon
but n'avoit cfté que de fe divertir.
Mr Berger , Affeffeur en
C iiij
32 MERCUR &
Philofophie dans l'Univerfité
de Wirtemberg, a fait foutenir
des Thefes par un de fes Ecoliers
aufquelles il a Prefidé
contre la Cabale Judaïque &
Chreftiennne
, qu'il nomme
ainfi , par raport aux Juifs
chez qui elle a eu le plus grand
cours, où l'ont puifée plufieurs
Chreftiens qui s'en font entêtez.
Je crois que la Cabale
a pris naiffance en Chaldée
d'où elle s'eft repanduë en
Egipte & dans toutes les parties
de l'Orient ; que Pythagore &
Platon l'ont connue & qu'elle
a eſté celebre parmi les Juifs ,
GALANT 33
lorſque les habitans de Samaric
ayant baſti un Temple fur le
Mont Garizim , mêlerent le
Paganiſme avec le Judaïſme ,
& qu'ils firent des deux une Religion
monftreuſe , ou comme
le remarque un excellent Au
teur un Cahos de Religion . Mr.
Berger diftingue la Cabale en
trois fortes ; fçavoir en Cabale
Artificielle qui confifte en
obfervations fur la forme des
caracteres Hebreux ; en Cabale
Dogmatique , & en Cabale
Magique ou Pratique. Chaque
partie de cette divifion fait la
matiere d'un Chapitre dans
د
34 MERCURE
une Differtation faite à l'occa
fion de cette Thefe par Le
mefme Mr Berger. La Cabale
Dogmatique , qui remplit le 3 .
Chapitre de la Differtation &
dont il eft parlé dans une des
conclufions de la Thefe , eft
felon Mr Berger , une Theologie
& une Philofophic Ora
le , partagée en Science naturelle
& en Metaphifique , dont
l'une eft fondée fur la Genefe ,
& l'autre fur la vifion d'Ezcchiel
. Cette partie de la Cabale
, bien que foutenuë par de
celebres Auteurs , n'eft felon
Mr l'Affeffeur Berger , qu'une
GALANT 35
ou
Science fauffe oppofée à la
Tradition écrite , & à la Parole
de Dieu. Cette définition fut
attaquée par les plus habiles
Theologiens de l'Univerfité ,
qui prétendirent qu'eftant une
Philofophie Symbolique ,
il eft traité de Dieu & des chofes
fpirituelles , fon but eſt
tres-bon , puifqu'il s'agit par là
de montrer aux hommes comment
ils peuvent s'élever par
leurs propres forces à l'état de
perfection & à l'union avec
Dieu. Mr Berger dit enfuite
pour définir la Cabale Magique
, que c'eſt un Art donr
36 MERCURE
quelques hommes profanes
fe fervent pour dire & faire
des chofes extraordinaires
par
le miniftere des fubftances infernales.
Mr Berger prononce
enfuite contre trois fameux
Cabaliftiques qui font Eftien
ne Rittangelius , Henry Morus ,
& Chreftien Cnorrius , & il reçut
de grands applaudiffemens.
Les articles qui fuivent , regardent
la mort de pluſieurs perfonnes
decedées il y a déja quelque
temps;mais l'abondance de
la matiere m'acable tellement
à la fin de chaque mois , que je
GALANT 37
me trouve toûjours obligé d'en
referver beaucoup pour le mois
fuivant & quelques fois mefme
pour des mois plus éloignez .
Mr Deniſe , Abbé de Saint
Paul de Sens , Chanoine &
Grand Chantre de l'Eglife de
Troyes , Predicateur du Roy ,
& ci devant Chapelain de S. M.
eft mort, aprés une longue maladie
& remplie de douleurs
tres - vives , pendant laquelle il
a donné des marques continuelles
de la plus parfaite refi
gnation aux volontez de Dieu ,
& d'une fermeté auffi chrétienne
, qu'elle eftoit heroïque. II
38 MERCURE
avoit de grands talens pour
infpirer ces fentimens aux perfonnes
qui fe trouvoient en pareille
fituation , & plufieurs que
le fang & l'amitié luy rendoient
tres - cheres , avoient efté affez
heureufes pour l'avoir auprés
d'elles , dans les derniers momens
de leur vie , & d'une vie
affez peu avancée , pourir avoir
bien de la peine à la quitter.
Il eftoit d'une famille confiderable
de Troyes , & qui a
donné d'excellens fujets à l'E
glife , à l'Epée & à la Robbe.
Parmy les talens qu'il avoit reçus
da Ciel , ili poffedoit celuy
GALANT 39
de la parole à un degré , où
peu de gens pouvoient atteindre.
Il prêchoit avec beaucoup
de zele , & beaucoup de grace.
Son éloquence eftoit connue
à la Cour. Il y avoit eu l'hon
neur de prêcher devant le Roy ;
& Sa Majesté en avoit efté fi
contente , qu'Elle luy avoit
donné une Charge de Chapelain
, & l'Abbaye dont il étoit
pourvû. Il a prêché avec le
même fuccés , à S. Gervais ,
à S. Euftache , & dans plufieurs
autres Eglifes de Paris , auffi
bien que dans celles de Troyes,
B dans la Province. L'Oraifon
40 MERCURE
Funebre de feu Mr le Comte
de Soiffons , Gouverneur de
Champagne , qu'il fit eftant
jeune ; celle de Mr Malier du
Houffay , Evêque de Troyes ;
celle de la feue Reine , qu'il
prononça à S. Euftache , &
celle de Madame de Harlay ,
Abbeffe de Noftre- Dame de
Sens , qu'il prononça auffi l'année
derniere , dans l'Eglife de
cette Abbaye , luy avoient acquis
beaucoup de reputation ;
& toutes fes grandes qualitez
luy avoient fait grand nombre
d'illuftres Amis , qui reconnoif.
foient n'en avoir pas de plus
1
GALANT
41
finceres , ni de plus folides que
cet Abbé. Je vous ay déja dit
qu'il eftoit mort d'une maniere
tres - chrétienne , & je dois
ajouter qu'il a pouffé la délicateffe
de la confcience dans fes
dernieres difpofitions à la mort ,
à un point qu'il n'eſt pas aifé
d'exprimer, & à laquelle on ne
peut donner affez de louanges.
Mrs de Chavigny , tous deux
Evêques de Troyes , qui l'aimoient
& l'eftimoient veritablement
, l'ont vû affiduëment
pendant fa maladie , & ils ont
cfté tres édifiez de la maniere ,
avec laquelle il en a foutenu
Janvier 1708 .
D
42 MERCURE
toutes les douleurs , & de la
fermeté , fans prefomption
,
& de l'humilité vrayement
chrétienne , qu'il a fait voir ,
jufqu'au dernier moment de fa
vie.
Dame Chrétienne de Lécourt
, veuve de Mr Louis le
Tonnelier de Breteuil , Chevalier
Seigneur de Boiffette, Confeiller
ordinaire du Roy en
fon Confeil d'Etat , & Controlleur
General des Finances
mort en 1685. cft morte âgée
de 89. ans . Cette Dame eftoit
mere deFrançois le Tonnelier de
Breteuil , Marquis de Fontenay,
GALANT 43
Trefigny , &c. qui a cité fucceffivement
Maiftre des Requeftes
, Intendant en Picardie
, en Flandres , & enfuite
dans les Armées du Roy , &
enfin Intendant des Finances ,
& Confeiller d'Etat ordinaire ,
mort en 1705. qui a laiffé
d'Anne de Calonne , fille de
feu Mr le Marquis de Courtobonne,
Maréchal de Camp , &
foeur de Mr leMarquis de Courtebonne
, mort Lieutenant General
des Armées du Roy ,
François- Victor le Tonnellier
de Breteuil , Confeiller aux Requeftes
du Palais , où il efttres-
Dij
44 MERCURE
eftimé , & Charles - Loüis - Augufte
, Abbé de Breteuil , qui
étant encore dans l'enfance , fe
fait déja remarquer
, par fes
manieres polies , & par fon
efprit. 2. D'Antoine , Commandeur
de Malthe & Commandant
des Galeres de France
, au fervice de la Religion ,
mort en 169 6. 3. De Claude
, Evêque de Boulogne fur
mer , mort en 169 8. 4. De
Charles Achilles , cy- devant
Commandeur de l'Ordre de
Saint Lazare , & aujourd'huy
Seigneur de Ruville , qui a
épouſé Anne - Madelaine de
GALANT 45
Teftart de la Guette , Chevalier
de Saint Michel , Lieutenant
General de l'Artillerie ,
puis General de la Marine à
Toulon , & Confeiller d'Etat
dont il a eu Charles-
Claude le Tonnellier . 5. De
Louis , Commandeur de Malthe
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy & Capitaine
au Regiment des Gardes. 6 .
D'Elifabeth , mariée au Marquis
de Saint - Blimont. 7 .
de Louis-Nicolas , Baron de
Breteüil & de Preüilly , premiere
Baronnie de Touraine,
Introducteur des Ambaffa46
MERCURE
deurs & des Princes Etrangers ,
cy-devant Envoyé de Sa Majefté
, prés des Princes d'Italie ,
qui a épousé Gabrielle. Anne
de Froullay , fille de Charles ,
Comte de Froullay , Chevalier
des Ordres du Roy , Grand
Maréchal des Logis de la Maifon
de Sa Majefté ; & d'Angelique
de Beaudean de Parabere ,
foeur de Me la Maréchalle Ducheffe
de Navailles, grand' mere
de Me la Ducheffe de Mantoue
: il a deux fils de ce ma ·
riage. Cette Dame eft coufi
ne- germaine de Mr le Maréchal
de Teffé . La Famille de le
GALANT 47
Tonnellier de Brereüil , eft originaire
de Picardie : elle a
donné fon nom à un Bourg
de Beauvoifis , appellé , Morlaine
le Tonnellier. Jean le Tonnellier
, Seigneur de Breteüil ,
fut le premier felon les Genealogistes
de cette famille )
qui entra dans les Charges de
la Robbe , fes Ancêtres ayant
toujours efté d'Epée . Ce Jean
qui fut le premier homme de
Robbe de cette famille , fut
reçû Confeiller au Grand Confeil,
en 1554. Cette Charge
eft aujourd'huy exercée par un
de fes petits-fils , Chef d'une
48 MERCURE
branche cadette de la Maifon
de le Tonnellier , & qui eft
frere de Mr le Tonnelier >
Prieur des Chanoines Reguliers
de S. Victor , & Docteur
de Sorbonne ; & du Pere Don
Pafchal , Religieux de la Chartreufe
de Paris , diftingué par
fon efprit & par fon merite.
Claude le Tonnellier , fils de
Jean, époufa Marie le Charron ,
fille de Jean le Charron,Maître
des Requeftes , Prevoft des
Marchands , & enfin Confeiller
d'Etat ordinaire . De ce Mariage
vient Claude le Tonnelfier
, deuxième du nom , Confeiller
GALANT 49
feiller , puis Procureur General
de la Cour des Aydes & en
fin ,
Confeiller d'Etat ordinaire,
qui épousa Marie le Fêvre de
Caumartin , niéce du Gardé
des Sceaux de ce nom , pere
& mere de feu Mr de Breteuil
Controlleur General des Fi
nances. La famille de Lécourt
eft ancienne à Paris : elle a don
né quelques Officiers auxCours
Superieures de cette Ville , &
elle y eft connue dés les temps
de François Premier & d'Henry
II. où elle eſtoit déja dans
une tres -grande
confideration,
Janvier 1708. E
50 MERCURE
felon le temoignage de plufieurs
Hiftoriens .
;
Dame Catherine Quantin ,
de Richebourg , veuve de
Meffire Antoine Roffignol ,
Seigneur de Juvify , Maître des
des Comptes , eft morre âgée
de 86. ans ; elle eftoit mere de
feu Meffire N.... Roffignol ,
Prefident en la Chambre des
Comptes , qui a épousé Mademoiſelle
de Pomereu ,foeur de
Monfieur de Pomereu , Maître
des Requêtes , & fille du Confeiller
d'Etat , de Dame N....
Roffignol qui a épouſé M
Croifet ,Prefident d'uneChamGALANT
51
bre des Enquêtes. La famille da
Quantin de Richebourg eſt ancienne
dans le Parlement. Madame
de Caumartin , femme
de l'Intendant des Finances ,
eft de cette maifon . Feu M
Quantin de Richebourg , Maitre
des Requêtes , & frere de
la Dame dont je vous apprens
la mort ; avoit époufé Dame
N ... de Baltazar , fille de feu
M' de Baltazar , Confeiller d'Etat
, Intendant en Languedoc,
qui avoit rempli toutes fes
Charges , & les Commiffions
dont la Cour l'avoit chargé .
avec beaucoup du fuccés , &
Eij
52 MERCURE
de Dame N... du Laurens
foeur de feu Meffire Pierre du
Laurens , Evêque & Seigneur
de Belley , Prince du Saint Empire
, & Niece de feu Meffire
Honoré du Laurens , Archevêque
d'Arles, & de feu Meffire
N ... du Laurens Archevêque
d'Embrun. Feuë Madame de
Richebourg , eftoit foeur de M
l'Abbé Baltazar , fort connu
dans le monde , par fon efprit,
& par mille aauuttrreess belles qualitez.
Cette Dame avoit plufieurs
autres freres ; mais dont
il ne reste que l'Abbé dont je
parle . M de Richebourg , fils
1
I
GALANT 53
il
decette Dame, eft aujourd'huy
Maitre des Requêtes. Ila époufé
Mademoiſelle la Garou ,
dont il a des enfans. La famille
de Quantin Richebourg,
cft connue dans le Parlement,
y a deja plufieurs fiécles , &
elle eft alliée à ce qu'il y a deplus
confiderable dans cet augufte
Corps ;fçavoir aux maifons de
le Fevre - Caumartin ,
Fevre d'Ormeffon , de Nicodai
, de Harlay , du Laurens &
de Bellievre. Cette famille ef
toit déja dans une grande confideration
, fous les règnes de
Charles VIII. & de Louis XII .
le
Eiij
54 MERCURE
fon Succeffeur , & on vit plu
fieurs Magiftrats de cette famille
, dans le Parlement de
Paris , peu de temps aprés qu'il
cut été rendu fedentaire . MⓇ de
Roffignol qui vient de mourir,
avoit beaucoup de vertu & elle
a foutenu jufqu'au dernier
moment de fa vie , la reputation
de pieté qu'elle avoit acquife.
Feu M' Roffignol fon
époux avoit cu beaucoup de
part dans les bonnes graces des
Cardinaux de Richelieu , & de
Mazarin ; ces 2. Miniftres l'avoient
employé dans des négociations
fecretes , dont ils'éGALANT
55
toit tiré au gré de ces deux Cardinaux
, qui joignirent aux
marques d'eftime qu'ils lui donnerent
, des prouves de leur liberalité
, & de leur magnificence.
Feu M' Roffignol avoit
excellé dans l'art d'Interpreter
les Lettres dont les chiffres paroiffoient
les plus impenetrables.
Frere Alexandre Cefar d'O ,
Chevalier de l'Ordre de S Jean
de Jerufalem , Commandeur
de Moify le Temple , eft auffi
decedé. Il eftoit de la bran→
che de Franconville & iffu du
fameux François d'O , Premier
Eiiij
56 MERCURE
Gentilhomme de la Chambre
du Roy Henry III . Surinten
dant de fes Finances , & Marquis
de Maillebois ; il fut le
favory declaré de ce Prince qui
couronna tous les biens qu'il
lui avoit fait , par le Gouvernement
de Paris , & de l'Ile de
France , qu'il lui donna ; ce
Miniftre cut beaucoup d'Ennémis
; mais malgré la cabale
qu'ils éleverent contre lui , il
fe maintint dans le Gouvernenement
des affaires , aprés la
mort funefte de fon maître :
il fut même fi bien dans les
bonne graces d'Henry IV.
GALANT 57
qu'il fut le feul de touts les Seigneurs
Catholiques & attachez
à ce Prince , qui ofa lui déclarer
qu'il ne devoit pas efperer
d'efirejamais paisible pofeffeur de
la Couronne qui lui eftoit échue,
s'il n'embrasfoit de bonne-heure la
Religion de fes Peres & de fes
Predeceffeurs. Illui tint ce difcours
aprés la Bataille d'Ivry ,
& dans un temps où le mauvais
état des affaires de ce Prince
, lui donna plus de hardieffe,
& aucun des Seigneurs qui
avoient été choifis pour lui en
parler de la part de la Nobleffe
Catholique , n'ofa entamer ce
58 MERCURE
difcours. M' de Thou , parle
beaucoup de M' d'O , qui fur
auffi Grand Maître de la Garderobe
il eftoit fils de N...
:
d'O , Capitaine de la Garde ou
Compagnie Ecoffoife du Roy
Henry III. & qui fe fignala
fous ce Prince , par plufieurs
actions de valeur . Il époufa
Mademoifelle de
Villequier ,
dont il laiffa des enfans ; cette
Dame eftoit d'une ancienne
maiſon , qui s'est éteinte dans
celle
d'Aumont , par le mariage
de
l'heritiere de cette maifon ,
avec le Marquis de Chappes.
Mª le Marquis de Maillebois ,
GALANT 59
eut plufieurs freres , & plufieurs
foeurs , & ce fut par leurs
mariages que fa maiſon s'allia
à celle de Clermont-
Tallart , & à plufieurs autres
de diftinction. L'Abbé de S.
Julien fon frere , fut tres eftimé
dans fon temps . La maifon d'O
eft alliée à celle de CaillebotlaSalle
, à caufe d'une fille de
la maifon d'O , qui entra dans
celle de Caillebot - la - Salle ,
au commencement du dernier
ficcle.. Mr d'O que le Roy
vient de nommer Lieutenant
General de fes Armées Navales,
cft proche parent de celui qui
60 MERCURE
vient de mourir.
a
M de Lanmary , ancienne
Abbeffe de Liqueux eft morte
âgée d'environ 82. ans . Elle
s'eftoit démife , il ya plufieurs
années de fon Abbaye , & le
Roy la donna en même temps
à M de Lanmary , fa Niece ,
qui gouverne aujourd'huy cette
maiſon avec tout l'applau
diffement poffible. L'Abbeffe
qui vient de mourir eftoit fille
de Meffire Marc - Antoine de
Beaupoil de Saint Aulaire , Seigneur
de Lanmary , de Coutu
re , &c. & de Dame Gabrielle
d'Alegre. Je vous ay parlé plu
GALANT 61
fieurs fois de la maifon de Beaupoil
de Saint Aulaire , originaire
de Bretagne , & établie en
Limofin , il y a prés de quatre
fiécles : celle de Lanmary en eft
fortie. Elle a pour chef prefen
tement , Mr leMarquis de Lanmary
, grand Echanfon de
France , qui marche fur les traces
de fon illuftre pere . L'Hif
toire de Bretagne de Don Lobineau
, fait mention de l'antiquité
de la maifon de Beaupoil
; Morery en parle auffi
fort amplement ; le Pere
Meneftrier en a mis les armes
dans fon Blazon ; elles font de
62 MERCURE
gueuless à trois couples de
chiens d'argent.
Les articles que vous venez
de lire , ont dû vous faire d'autant
plus de plaifir , que tou
res les femmes dont il parle ont
vêcu longtemps , l'une eſtant
morte à l'age de 82. ans ,
les deux autres agées de 86 .
& de 89. ans.
re
&
Mr Barthelemy Vion , Chevalier
Seigneur d'Herouval eft
mort , fort regreté de tous ceux
qui le connoiffoient , à caufe de
l'exacte probité dont il a fait
profeffion toute la vie . Il eftoit
frere de Mrd'Herouval , AuGALANT
63
diteur de la Chambre des
Comptes ; de Mr d'Herouval ,
Docteur de Sorbonne , Chanoine
Regulier & Bibliothecaire
de Saint Victor ; & de
Mr l'Abbé , d'Herouval auffi
Docteur de Sorbonne , Curé
de Sainte Geneviève des Ar
dens. Ils font tous fils de feu
Mr Vion d'Herouval , auffi
Auditeur des Comptes , dont
la memoire eſt chere aux gens
de Lettres , à qui fa maiſon ef.
toit ouverte en tout temps ,
& à qui il fe faifoit un plaifir
de communiquer fes lumieres
en quelque temps qu'on le vint
64 MERCURE
une
confulter : il avoit une tresbelle
Bibliotheque , & quantité
de Recueils , dont il faifoit
fouvent part aux Sçavans ; le
témoignage que je lui rens ,
lui a été rendu avantmoy , par
l'illuftre Mr du Cange qui en
infin¹té d'endroits de fon
Gloffaire , cite Mr Vion d'Herouval
, & reconnoît qu'il tient
de lui ce qu'il faporte. La famille
de Mr Vion d'Herou ·
val eft fort ancienne à Paris ,
& elle a donné plufieurs
Officiers aux Cours Superieures.
Il femble que l'amour.
des Sciences & des belles Let
GALANT 65
ceux
tres ait
caracteriſé tous
qui en font fortis . Celui qui
donne lieu à cet article , les
à cultivées toute fa vie , & il
y a fait beaucoup de progrésil
eft mort dans un
âge peu avancé.
3
Dame N... de Crevant ,
Abbeffe de Marquette en Flandres
, eft auffi decedée. Elle
eftoit fille de Louis de Crevant
Marquis d'Humieres ,
Gouverneur de Compiegne &
Capitaine des Cent Gentilhommes
dits au Bec- de - Corbin
, & qui ne fervent le Roy
que dans les grandes Cere-
Fanvier 1708.
F
66 MERCURE
monies ; & d' Ifabelle Phelypaux
, fille de Raymond Scigneur
d'Herbaut , Secretaire
d'Etat , niece du celebre Hercules
de Crevant , Marquis
d'Humieres , Premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy , tué au fiege de Royan ,
fans pofterité , foeur de feu
Louis de Crevant 4° . du nom
Marquis d'Humieres , Maréchal
de France Gouverneur
de Compiegne , de Lille , enfuite
Gouverneur General des
Villes conquifes dans les Païs
Bas , & enfin de Normandie.
Ce Maréchal n'a laiffé de Dame
GALANT 67
Loüife Antoinette Therefe de
la Châtre , qu'une fille unique
qui a épousé le fecond fils de
feu Mr le Duc d'Aumont
qui a pris le nom de Duc d'Humieres.
La maifon de Crevant
eft orignaire de Touraine ;
elle y eftoit déja dans une
grande confideration dans le
14. fiecle. Louis de Crevant
Aycul de la Dame dont je
vous apprens la mort , Capitaine
des Cent . Gentilshommes
au Bec - de - Corbin , fait
Chevalier des Ordres du Roy ,
époufa Jacqueline d'Humieres
Dame de Monchi , fille de
Fij
68 MERCURE
,
Jacques d'Humieres Marquis
de Monchi Gouverneur de
Peronne & Chevalier du S.
Elprit . Cette Dame a fait
prendre le nom de Crevant
à la maifon d'Humieres. Il Y
a quelques autres branches
de cette maifon dont eft for
tie M la Marquife de Saint
Georges. M ' l'Abbeffe de Marquette
, a efté fort regrettée de
toute la Communauté
MI N... Baudet de Beau
regard , Prieur Commendataire
du Prieuré de S. Robert ,
Dioceſe deGrenoble, & Licencié
en Theologie de la Faculté
GALANT 69
de Paris , eft mort dans de
grands fentimens de pieté , &
aprés avoir édifié pendant plufieurs
années la Province de
Dauphiné , par l'eclat de fes
vertus. Il avoit fait fes études .
en Sorbonne avec beaucoup
de fuccés , & il s'eftoit fort
diſtingué dans ſa Licence . Il
s'eftoit depuis ce temps - là
fort attaché aux matieres de
-Controverfe , & il y avoit fait
de grands progres ; il s'eftoit
auffi attaché à la Jurifprudence
Canonique , & il avoit
prouvé en plufieurs occafions.
qu'on ne peut mieux entendre
70
MERCURE
les matieres Ecclefiaftiques qu'
il les entendoit . Il eftoit frere
d'un Confeiller au Parlement
de Grenoble , & d'une famille
fort ancienne dans ce Parlement
,
ciennes
de la Province
. Cette
famille
eft
connue
dans
le
Parlement
de Dauphiné
, dés
le temps
que le Dauphin
Louis
qui fut enfuite
le Roy
Louis
XI. érigea
le Confeil
Delphinal
en Parlement
; il employoit
même
auprés
de fa
perfonne
un Officier
de cette
famille
, & qui eftoit
du Confcil
Delphinal
.
& alliée aux plus an-
1
GALANT 51
Les morts frequentes n'empêchent
pas que les mariages
ne foient frequens , & fur
tout en cette faifon .
Mr Henry de Guenegaud ,
Marquis de Plancy , né en l'année
1647. & diftingué par fes
longs fervices , a époufé Mlle
de Merode , foeur de Me la
Ducheffe de Holftein . Ce Marquis
eft frere de feu Mr Ga
briel , Comte de Montbriffon ,
bleffé le 24. Novembre 1668 .
devant Candie , d'une grena
de , dont il mourut le 9. de
Decembre fuivant ; de Roger ,
Marquis de Plancy , Mestre de
72 MERCURE
Camp du Regiment Royal de
Cavalerie , mort à Frefne le 7 .
Septembre 1672. de Cefar ,
Vicomte de Semoine , mort
en 1668. âgé de 18. ans ; d'Emanuel
de Guenegaud , Chevalier
de Malthe , dit le Chevalier
de Plancy Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de
Bourgogne
, Maréchal
de
Camp , mort en 1706. de feuë
Claire Benedicte
, née en 1646 .
& mariée l'an 1665 à Juſt Jofeph-
François de Tournon
de
Cadar -d'Ancezune
, Duc de
Caderoufe
, morte en
& d'Angélique , veuve de Fran
çois
GALANT 73
çois, Comte de Boufflers, Licutenant
General au Gouvernement
de l'Ile de France , &
frere du Maréchal de ce nom ,
mort le 14. Février 1672. ils
eftoient tous fils de feu Mrc
Henry de Guenegaud , Marquis
de Plancy , Comte de
Montbriſon, Vicomte de Semoine
, Baron de Saint Juſt ,
Seigneur du Pleffis & de Frefne,
Secretaire d'Etat , & Garde
des Sceaux des Ordres du Roy ;
& de Dame Ifabelle de Choi
feuil , fille puînée de Charles ,
Marquis de Praflin , Chevalier
Fanvier 1708 G
74 MERCURE
#
des Ordres de S, M. & Maréchal
de France ; & de Claude
de Lazillac ; il eftoit frere de
Claude de Guenegaud , Seigneur
du Pleffis , & c . Trèforier
de l'Epargne , qui époufa en
1647. Claude Alfonfine de .
Martel , dont il eut Mr le Marquis
de Biville, tué dans Bonne ,
avec le Chevalier de Guenegaud
fon frere en 1689. N ..
dit l'Abbé de Guenegaud , qui
vit aujourd'huy , & N .. de
Guenegaud , mariée à Mr le
Marquis deLiflemarivaut , Lieutenant
General des Armées du
Roy. 2. De François de GueGALANT
75
megaud , Seigneur de Lonzac ,
Confeiller au Parlement de Paris,
& Prefident aux Enquê
tes,mort fans pofterité . De Renée
, femme de Jean de Seve ,
Seigneur de Plottart , Prefident
en la Cour des Aydes de Paris.
De Marie , femme de Claude
Loup , Seigneur de Bellenave
Maréchal de Camp.
*
De Jeanne , Prieure de l'Hôtel-
Dieu de Pontoife . Et de
Madelaine, qui époufa en 1645.
Cefar Phebus d'Albret , Comte
de Mioffens , Maréchal de
France , belle- foeur de Me la
Comteffe de Mioffens , bel ef-
Gij
16 MERCURE
prit de ce temps . Mlle de Merode
, qui vient d'époufer Mr
le Marquis de Plancy , eft fille
de Mr le Marquis de Trelon
Comte de Merode.
Me la Comteffe de Merodé
eft foeur de Claudine de Fabert
, Comteffe de Cailus ,
mere de Mr l'Evêque d'Auxerre
; & d'Angelique Fabert ,
mariée en 1669. en premieres
noces , avec Charles de Brulart
, Marquis de Genlis , dont
elle a eu Me la Maréchale Ducheffe
d'Harcourt ; & en deuxiémes
, avec feu Mr le Marquis
de Beuvron ; François
GALANT 77
d'Harcourt , Lieutenant Gencral
au Gouvernement de Normandie
, Chevalier des Ordres
du Roy , dont elle a eu Mr
le Comte de Cezane , qui a
époufé N .. de Némond ; &
feu Mr l'Abbé d'Harcourt .
Toutes ces Dames étoient filles
de Mre Abraham de Fabert ,
Maréchal de France , Gouverneur
de Sedan ; & de Claude
Richard de Clevant fon Epoufe
, morte à Paris le 3. Février
1661. Tous les fils de ce
Maréchal fon morts en bas
âge . Louis , dit le Marquis de
Fabert , Gouverneur de Sedan ,
Güij
78 MERCURE
& Colonel du
Regiment de
Lorraine , fut tué au combat
de Candie le 25. Juin 1669 .
Nicolas & Abraham , font
mort en bas âge.
La Maiſon de Merode eft
originaire du Brabant : elle
eftoit déja dans une grande
confideration , fous les Comtes
de Flandres . Lorfque Ferrand
, Comte de Flandres , fut
fait priſonnier à la Bataille de
Bouvines , il avoit à ſes côtez
un Sire de Merode , qui écha
pa des mains des François ,
par un coup affez heureux , &
qui fe fauva en Allemagne ,
GALANT 79
traveſti ; & ayant enfuite obtenu
des paffeports , il vint voir
plufieurs fois le Comte fon
Souverain , dans la groffe tour
du Louvre , où il eftoit étroitement
gardé. La Maiſon de
Merode a paru auffi , avec
éclat , fous les derniers Ducs
de Bourgogne , & à la Journée
où le Duc de Bourgogne
,
Charles le Guerrier fut tué devant
Nancy , il eftoit accompagné
de deux Seigneurs de la
Maifon de Merode' , qui luy
rendirent les derniers devoirs ,
& qui firent éclater leur douleur
, d'une maniere tout - à-
1
G iiij
80 MERCURE
fait touchante. Cette Maifon
eft alliée à celles d'Egmont , de
Horn , de Naffau , de Brandebourg
, de Dannemarc - Oldembourg
, & à celles de Savoye
& de Bade. Feu Mr le
Comte de Merode s'eftoit dif
tingué dans le fervice , où il
avoit donné des preuves de fa
valeur, en qualité de Lieutenant
General des Armées du Roy.
Mr le Baron de Fournier ,
Chambellan & Capitaine des
Gardes du Corps de S. A. R.
Monfieur le Duc de Loraine ,
a époufé Me de Lopez- Gallo ,
Chanoineffe de Remiremont,
GALANT 81
Mr de Chamilly, Evêque &
Comte de Toul , a fait la céremonie
des époufailles , dans
I'Eglife de Noftre - Dame de
Nancy. Ce Baron eft neveu ' de
Mr l'Abbé de Fournier , Grand
Aumônier de Lorraine , connu
par fa vertu & par fon merite ,
qui le diftinguent dans cette
Cour , encore plus que fa naiffance
& que la dignité dont il
eft revêtu . Mr le Baron de Fournier
a porté les armes dans fa
jeuneffe , & a fervy fous les
1
ordres de feu Mr le Duc de
Lorraine , & ila donné , en diverfes
occafions , fous ce grand
82 MERCURE
General , des marques de fon
courage : les emplois dont il
eft revêtu à la Cour de Lorraine
, l'attachant indifpenfablement
à la perfonne du Duc
fon Maiftre , il a efté obligé
de quitter le fervice : il eft
allié à toutes les meilleures
maifons de Lorraine , fçavoir ,
à celles de Lenoncourt , de
Nettancourt, d'Apremont , du
Chaftelet , & de plufieurs autres
auffi confiderables ; & l'on
peut dire qu'il eft allié à toute
l'ancienne Chevalerie de Lorraine.
Il eft auffi allié aux Maifons
de Neuville - Villeroy
GALANT 83
& de Harlay ; & lorfque Mr
l'Archevêque de Lyon fit fes
preuves dans le temps qu'il
fut fait Commandeur des Ordres
du Roy , il mit une Fournier
dans les quartiers de fa
mere , qui eftoit de la Maiſon
de Harlay.
Mile de Lopez- Gallo , eſt
d'une tres -ancienne Maifon ,
originaire d'Allemagne , & qui
a poffedé de grandes Dignitez
en Lorraine , dés le 16
fiecle. Le Chapitre de Remiremont
, où cette Damoiſelle
a paffé les premieres années
de fa jeuneffe , eft des plus
84 MERCURE
illuftres de l'Europe ; & les
preuves de Nobleſſe s'y faifant
, avec la plus grande exactitude
, il ne faut pas d'autre
preuve de la grandeur de l'origine
de Me la Baronne de Fournier
, que l'avantage qu'elle a
eu d'y eftre reçûë , en qualité
de Chanoineffe . Les Dames de
Remiremont ne font jamais
de grands voeux ; de maniere
qu'elles peuvent toujours quitter
la Religion . L'Abbeſſe &
les deux autres premieres Dignitez
, font feules obligées de
faire ces voeux . C'eft une fille de
Mr le Duc de Lorraine qui
A
GALANT 85
eft aujourd'huy Abbeffe de
ce célebre Monaftere , quoi
qu'elle n'ait pas encore fix ans.
Mr l'Evêque de Toul , en donnant
la Benediction Nuptiale
à ces nouveaux époux , leur fit
un Difcours tres touchant , fur
les devoirs des perfonnes qui
s'engagent dans le mariage.
L'Article qui fuit , merite
d'autant plus d'attention
,
les deux Lettes que vous y
trouverez ont eſté écrites par
un homme que je crois le
J
Doyen
du
genre
humain.
que
Mr l'Abbé de Cambefort ,
Curé de Noftre- Dame de Bon86
MERCURE
ne-Nouvelle de Paris , eftant
allé prendre poffeffion de l'Abbaye
de Maurs , Dioceſe de
S. Flour , dont il a plû au Roy
de le gratifier , à eu l'honneur
de porter
à Sa Majeſté , & à
une Dame d'une tres - grande
confideration , deux lettres ,
éctites de la propre main , &
fans lunettes , par Mr le Marquis
de Naucaze , qui peut
paffer pour le plus vieux Ĝentilhomme
du Royaume , puifque
fon pere fut marié , il y a
cent onze ans , & qu'il eſt venu
au monde peu de temps
aprés ce mariage . La Terre de
GALANT 87
ce Marquis eft dans le voisinage
de Maurs. Il eſt d'une des plus
anciennes Nobleffes d'Auvergne
; & fa vieilleffe eft d'autant
plus heureufe , qu'il jouit d'une
parfaite fanté , qu'il a le jugement
tres folide ; l'efprit vif;
les yeux bons , & la main ferme
, fes lettres eftant remplies
de bon fens & bien peintes.
Mr l'Evêque de Saint Flour ,
de la Maiſon d'Eſtaing , faifant
en 1700. la vifite de fon
Diocefe , dont ce digne Prelat
n'eft jamais forti que pour les
affaires & pour les Affemblées
du Clergé, baptifa fon petit88
MERCURE
fils ; & Mr le Marquis de Naucaze
eftoit alors âgé de plus
d'un fiecle ; l'on n'a vû dans
fa Maiſon que d'illuftres alliances
, depuis pluſieurs fiecles : de
forte que fes enfans pourroient
eftre reçûs dans les Chapitres ,
où l'on fait les plus rigoureuſes
preuves de Nobleffe.
Mre Antoine de Naucaze ,
,
fon pere , époufa , le 28. Aouſt
1597. Dame Jacquette de
Bourdeille heritiere de la
Maifon de Montance ; vous
connoiffez l'ancienneté , & les
illuftres alliances de la Maiſon
de Bourdeille. On voit dans des
GALANT 89
par Philihommages
, rendus
bert de Bourdeille , Seigneur
de Montance , à Henry le
Grand , que ce Prince les qualifioit
de fes tres- chers & bien
Amez Coufins. Mre Claude de
Naucaze , qui a écrit les lettres
que vous allez lire , époufa , le
9 Novembre 1660. Dame
Rofe d'Hautefort Saint - Chamant
, tante de Mr le Comte
d'Hautefort, premier Cornette
des Moufquetaires noirs.
1
Mre N.. de Naucaze , qui
a cu l'honneur de fervir le
Roy , en qualité de Page de
La grande écurie , & dans fes
Janvier 1708 .
H
90 MERCURE
Dragons , a époufé N .. de la
Roque- Dafinieres , de la mai--
fon d'Apcher ; & N .. de
Naucaze , fa four , a épousé
Mr le Marquis de Verdalle. -
Je ne vous dis rien de l'ancienneté
de cette illuftre Maifon
, puifqu'elle eſt affez connue
, & je ne vous parle point
icy de toutes les marques de
confiance & de diftinction
dont les Seigneurs de Naucaze
onteſté honorez par nos Rois.
en recompenfe de leurs fervices.
Mr l'Evêque de Saint Flour.
Mr le Blanc , Intendant d'Au
GALRNT 91
vergne , & toute la Province ,
font temoins , ainsi que Mr
l'Abbé de Cambefort ,
Pheureuſe vieilleffe de Mr le
dc
Marquis de Naucaze , qui n'a
point encore ceffé de manger
maigre les Vendredis & les Samedis
, & même pendant tout
le Carême , & qui efpere avoir
l'honneur de venir offrir au
Roy , fon petit fils , pour Page
de fa Chambre . Ce jeune
Seigneur eft fort accomply.
Voicy les copies des deux lettres
, qui ont efté écrites en
moins d'une heure de temps ,
en preſence de plufieurs per-
Hij
92 MERCURE
fonnes ; il y a même une dous
ble copie de celle de Sa Majefté
, la premiere s'eſtant trouvée
écrite en trop petit papier.
On doit obferver que le pere
de Mr le Marquis de Naumourut
, âgé de
caze
و
8.
ans , & que Jacquette de Bourdeille
fa mere , mourut âgée
de 99. de maniere qu'ils font
entr'eux trois plus de trois fiecles
; & l'on peut dire , d'eux ,
ce que dit l'Apoftre ; fçavoir
que la fageffe & la vertu font
hereditaires
dans leur maison.
VAS SUUM POSS EDIT
IN HONORE ET SANCTITATE,
GALANT 93
*
SIRE ,
Le Marquis de Naucaze ,
de vôtre Province d'Auvergne
dont le pere fut marié il y a
cent onze ans , avec Jaquette de
Bourdeille , heritiere de la maison
de Montances , & qui eft venu
au monde peu de temps aprés ce
mariage ; oze prendre la liberté.
d'écrire de fa propre main ,
fans lunettes , à Votre Majefté ,
pour l'affurer qu'il y a plus d'un
fiécle qu'il a fait des voeux pour
les Rois , Predeceffeurs de Vôtre
Majefté ,pour laquelle , il n'a cef-
ن م
94 MERCURE
de
fe, & ne ceffera de sa vie d'en
faires quelque avancé qu'il foit en
age , il efpere de ne pas mourirfans
que Dieu lui faffe la grace
voir Votre Majefté , mettre le
dernier comble àfa gloire , en donnant
la paix à l'Europe , & en
forçantfes Ennemis de l'accepter :
il efpere auffi quepour le bonheur
de la France , & de l'Espagne ,
Vôtre Majefté , verra comme lui
la fixiéme generation ; comme il
n'a rien vú , ni lû dans les Regnes
precedens , qui égale les merveilles
de celui de Vôtre Majeffé,
il a prefumé defes bontez qu'Elle
ne defaprouveroit
pas que le plus
GALANT 95
V
vieux Gentilhomme defon Royaume
, ne fe refufât pas la confolation
d'affurer Votre Majefté qu-
Elle n'a point de fujet qui foit plus
fenfible que lui , fur les bénedic
tions que Dieu répand furfa Sacrée
Perfonne , & fur toute fon
Augufte Maifon , ni quifoit avec
un zele plus refpectueux & plus
Loumis.
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE
B Le tres humble , & tres obeï (fant -
& tres-fidele ferviteur & fujet ,
NAUCAŻE.
A Naucaze le Decemb. 1707.
96 MERCURE
*
La Lettre qui fuit eft du mê
me Marquis . Elle eft adreffée
à une Dame de la Cour , dont
le merite eft fi fuperieur , &
les vertus fi connuës , que je
ne doute point que l'on ne devine
d'abord fon nom , & fur
tout lorfque l'on fçaura qu'elle
employe tout fon temps à faire
du bien , & à travailler au foulagement
des malheureux .
MADAME ,
Le Marquis de Naucaze , qui
a l'honneur de vous appartenir ,
par Jacquette de Bourdeille , fa
mere >
GALANT 97
mere, heritiere de la maison de
Montances, & qui avecfes Pere
Mere ,fontplus de troisfiécles;
ofe prendre avec vous, Madame,
la même liberté qu'il s'eft donné
d'écrire de fa propre main , &fans
lunettes , au Roy , perfuadé, Madame,
que Sa Majesté, ni vous ,
ne defaprouveriez pas , que
le plus vieux Gentilhomme du
Royaume , qui a vu la fixiéme
generation , & qui efpere
voir la feptiemé , vous affurât
de fon tres - humble refpect,
vous demandát , Madame
, l'honneur de vôtre prorection
pour lui
Janvier 1708. 1
pour fa
98 MERCURE
0
maifon dans laquelle depuis
nombre de fiécles , il n'y a
eu que d'Illuftres Alliances ;
fi fa petite fortune répondoit
l'ancienneté de fa Nobleffe ,
il n'auroit pas pris la liberté
de vous écrire , Madame, mais
il fe feroit donné , avant de
la fatisfaction de
à
mourir
f
vous faire fa Cour ; il fe
fent encore affez de forces,
& de vigueur pour aller
vous affurer lui même , comme
il fait que perfonne au monde
ne fait de voeux plus ardents ,
plus finceres pour votre fanté
; Madame , & pour celle du
I
GALANT 099
Roy, nepeut être avec unrefpectplus
foumis.
MADAMEJA ..
Vôtre tres-humble & tres obei
fant ferviteur ,
NAUCAZI
A Naucaze , en Auvergne.
ce 10. Decembre 1707.
On doit juger du grand
travail de Mr de Fer , Geogra-
-phe du Roy , de Monfeigneur
le Dauphin , & de S. M. C.
puifque depuis 28. ans , je vous
onvoye , à la fin de chaque ansnée
, un catalogue des Cartes
Iij
100 MERCURE
que ce laborieux Geographe
a fait graver pendant le cours
de l'année. Voicy celuy de
l'année 1707.
Degrandes Cartes d'Italie , de
Lombardie e de France.
gne.
Un tres-beau Plan de Paris.
Toutes les Provinces d'Efpa-
Une Cartede la Terre- Sainte,
ancienne moderne.
Les Illes Britanniques.
Une Franche-Comté, ou Com
té de Bourgogne.
Une Carte de la Principauté
de Neufchâtel, de Vallangin.
Comme plus ons'applique à
GALANT 101
l'Art dont on fait profeffion ,
plus on devient habile dans cet
Art , il y a lieu de croire que les
ouvrages de Mr de Fer doivent
eftre parfaits , puifque peu de
gens ont plus travaillé que luy .
Son Livre de l'Introduction
à la Geographic , eſtant ſous
la Preffe , depuis long- temps , il
y a lieu de croire qu'il tiendra
parole au Public , & que ce Livre
fe debitera au mois de Février
prochain.
a
Il paroit un Livre nouveau ,
imprimé à Chambery , chez
J. Gorin , Imprimeur , demcurant
devant le Senat , qui a
I iij
102 MERCURE
pour titre : Explication Phifique
& Mechanique des effets de
la Saignée de la Boisson , dans
la cure des maladies , re. C'eft
une feconde édition du même
Traité , qui parut il y a prés
de 18. mois , Elle eft augmentée
d'une réponſe , que Mr
Hecquet , Docteur & Profeffeur
en Medecine , Auteur de
ce Livre , fait à une Critique ,
faite contre fon Explication de
la Saignée , lorfqu'elle parut la
premiere fois. Cet ouvrage eft
compofé de deux Thefes , qui
femblent differentes , mais qui
font affez conformes
, comme
GALANT 103
7
on le peut voir par l'uniformité
de leurs principes
, par
le temps , où elles ont efté foutenues
dans les Ecoles de Médecine
de cette Ville , par la
methode qu'on a fuivie , & par
le but enfin qu'on s'y eft propofé
. La thefe fur la faignée .
contient le plan d'une phifiologie
, auffi fûre , qu'elle paroit
nouvelle , puifque tout y oft
eftably fur des obſervations ,
des faits & des calculs , que
l'experience de ce qui fe paffet.
dans les maladies , nous aprend
eftre la maniere la plus certaine
, ou pour mieux dire , la
I
iiij
104 MERCURE
moins incertaine , pour raifon
ner en Medecine. Cet Auteur
fait voir , dés le commencement
de fon Livre , que la faignée
eft le remede qui fuplée
le mieux au deffaut de la tranf
piration , qu'il appelle , avec
raifon , l'évacuation maîtrese &
principale , puifqu'elle eft la
plus confiderable , la plus neceffaire
& la plus abondante ;
la plus confiderable , parce qu'el
le eft le but , le terme , & la
regle des autres ; la plus neceffaire
, parce perfonne ne s'en
peut paffer , & la plus copieufe ,
puifqu'elle feule diffipe , plus
GALANT 105
»
que toutes les autres évacua
tions enſemble ; & cer Apologiſte
de la Saignée , ajoute
qu'on ne perd pas plus dans l'efpace
de 15. jours, par les évacuations
ordinaires , que l'on fait dans
un feul jour, par la tranſpiration.
Il fait voir enfuite le danger
qu'il y auroit à craindre , fi la
trituration
ne fe faifoit pas ,
comme il faut , parce que le
fang fe trouvant moins leger .
& mal pêtri , oppoferoit au
coeur & aux arteres, un obftacle
plus difficile à furmonter. Mr
Hecquet , Auteur de ce Traité
eft l'amy de confiance du cé106
MERCURE
lebre Mr. Baglivy , Medecin
Romain , à qui il a procuré une
édition de ſes ouvrages.
Je paffe a l'article des Benefices
, donnez par le Roy ,
la veille de Noël. Vous trou..
verez dans cet article , qui en
contient plufieurs autres , beaucoup
de chofes curieuſes.
L'Archevêché
de Rouen, qui
vacquoit par la mort de Mre
N ... Colbert , ainfi que je
vous l'ay déja appris , fut donné
le jour de cette nombreuſe
Promotion , à Mre Claude
d'Aubigné , Evêque Comte
de Noyon , Pair de France ,
GALANT 107
1
Abbé de la Victoire , Dioceſe
de Senlis , & cy-devant Abbé
de Poitiers , Diocefe de Lan,
gres. Ce Prelat eftoit Deputé
du 2 ° Ordre de la Province
de Bordeaux , à l'Affemblée
generale du Clergé de 1685 .
avec Mr l'Abbé de Vaillac . Il
s'eſt toujours tres- appliqué à
foutenir la pureté de la faine
Doctrine. Ileft grand Theologien
, & fort attaché au gouvernement
de fon Eglife . Il eft
fort eftimé de tous ceux qui le
\ connoiffent , à caufe de fa
grande affabilité , & de fes manieres
honorables .
108 MERCURE
Mr le Marquis de Tigné &
cet Archevêque , font les at
nez de la famille de ce nom .
La branche cadette eft celle de
Madame de Maintenon , &
elle finit en la perfonne de
Me la Ducheffe de Noailles . La
fils de Mr le Marquis de Tigné
appellé Comte d'Aubigné , eft
Colonel du Regiment Royal ,
& le dernier de cette famille.
Il avoit un coufin - germain
qui fut tué à Ramillies , à la
tefte de fon Regiment de Dra
gons.
Saint Nicaife eft le premier
Evêque de Rouen dont le
GALANT 109
nom eft venu juſqu'à nous.
Douze de fes fucceffeurs ont
efté reconnus pour Saints.
Clement V I. fut Archevêque
de Rouen avant que d'eftre
élevé fur la Chaire de Saint
Pierre. Cette Eglife a auffi
donné 13. Cardinaux au facré
College , dont deux ont efté
du fang Royal de France , &
plufieurs Chanceliers à ce
Royaume. Les Papes Martin
IV. & Gregoire XI . ont efté
Archidiacres de l'Eglife de
Rouen. Ce Chapitre eft compofé
de 50. Chanoines , dont
il y a dix Dignitez , qui font le
110 MERCURE
Doyen , le Chantre , le Treforier
, fix Archidiacres
, & un
Chancelier , fans parler de
huit moindres . Chanoines
& d'un tres-grand nombre de
Beneficiers
& de Chapelains.
Les Archidiacres
ont fous eux
27. Doyennez Ruraux , dans
lefquels on compte 1 388. Pa
roiffes , dont il y en a trente
dans la Ville de Rouen & cing
dans les Fauxbourgs. Il y a auffi
vingt - fix Abbayes dans le
Diocefe , en comprenant
celles
de Saint Ouen & de Saint Amand
, qui font dans Rouen.
On trouve dans cette Ville &
I
GALANT M
1
dans les Fauxbourgs 24 Maifons
Religieufes d'Hommes ,
& dix de Femmes . L'Eglife
Metropolitaine eft fous le vocable
de Notre - Dame. On y
voit une Cloche eftimée unc
des plus grandes du monde. On
l'appelle George d' Amboife , parce
qu'elle fut faite par ordre du
Cardinal de ce nom , Archevêque
de Rouen. Le Trefor de la
Sacriftic eftoit bien plus confi
derable avant qu'il cuft efté
pillé par les Proteftans dans le
feizienie ficcle. Les Archevêques
de Rouen , qui ont le titre
de Primats de Normandie , fe
112 MERCURE
font fouftraits de la Primatie de
Lyon depuis l'an 1457. que le
Cardinal d'Eftouteville obtint
cette exemption du Pape Ca
lixte II , & tout recemment feu
M' Colbert dernier Archevêque
de Rouen a fait confirmer
par un Arreft du Confeil d'E
l'independance de fon Eglifedecelle
de Lyon . Les Suffragans
de Rouen font Bayeux , Avranches,
Evreux , Seez , Lifieux
& Coûtances. M' de Medavy ,
Predeceffeur immediat de M
Colbert , avoit fuccedé à feu
M' de Harlay , qui fut transferé
à l'Archevêché de Paris ,
tat,
GALANT 113
aprés la mort de Mª de Percfixe
, & M' de Harlay avoit cu
l'Archevêché de Rouen aprés
M de Harlay fon oncle , dont
la memoire eft encore en veneration
dans l'Eglife de Rouen ,
qu'il a édifiée par les vertus , &
qu'il a enrichie par fes bienfaits
& par fes ouvrages.
Sa Majefté a nommé M
François de Chasteau - neuf de
Rochebonne , Chantre , Cha
noine , Comte de Lyon , & l'un
des Grand-Vicaires de Poitiers ,
à l'Evêché de Noyon , qui eft
une des douze anciennes . Pai
ries de France. Ce Prelat cft
Janvier 1708. K
114 MERCURE
fils de Charles de Chafteauneuf,
Comte de Rochebonne ,
Commandant pour le Roy
dans les Provinces du Lyonnois
, Foreft & Beaujollois , cidevant
Mcftre de Camp du
Regiment de la Reine ; & de
Dame Therefe de Grignan ,
foeur de François - Adhemar de
Monteil , Comte de Grignan ,
Chevalier des Ordres du Roy ,.
& fon Lieutenant General en
Provence. La Maifon de Châ
teau- neufeft ancienne dans l'Eglife
de Lyon , où les Seigneurs
de ce nom font revêtus depuis
long- temps du titre de Comte
GALANT 115
de Lyon. Il y a prefentement un
frere & un oncle de ce nouveau
Prelat dans ce Chapitre , où
Fon fe fouvient encore d'y
avoir vû le Comte de Rochebonne
, un de fes grands oncles.
Ce nouvel Evêque eft Docteur
de Sorbonne de la Maifon de
Navarre. Il eftoit de la Licence
qui finit en 1699. & que l'on
nomme aujourd'huy par excellence
Licence de Mr l'Abbé de
Soubize , à caufe que cet illuftre
Prelat prefentement Evêque de
Strafbourg , en eſtok le principal
ornement , autant par fon
merite perfonnel que par fa
Kij
116 MERCURE
grande naiffance in
M de Chasteau
-neuf ayant
toûjours efté fous les yeux d'un
Evêque qui paroift fantifié dés
ce monde , il n'y a pas de doute
que cet Eleve ne rempliffe avec
beaucoup de fuccés tous les
devoirs de l'Epifcopat
.
La Maifon de Chafteau
neuf a donné un Grand- Maitre
à l'Ordre de Malthe : fça-s
voir , Guillaume de Chasteauneuf
, qui fut le dix - neuviéme
Grand - Maître de l'Ordre der
S. Jean de Jerufalem , dont les
Chevaliers refidoient alors à
Ptolemaïde ou SaintJean d Acre.
GALANT 17
Il fut élû en l'année 1251.
aprés la mort de Pierre de Villebride.
En 1256. le Pape A
lexandre IV . donna au Grand-
Maistre de Chasteau-neuf & à
fon Ordre , le Chafteau de Bethanie
, avec ſes revenus , pour
entretenir la Garnifon de la
Fortereffe d'Afrac dans le Comté
de Tripoli , compofée de foi
xante Chevaliers & de quel
ques Soldats. Ce Pape avoit
donné à l'Ordre l'année precedente
le Mont Thabor & tous
les biens que Baudouin I. Roy
de Jerufalem avoit affignez au
Convent & aux Religieux qu'il
118 MERCURE.
établit fur cetté Montagne ;
mais les Sarrafins avoient tout
détruit. Le Grand - Maiftre de
Château neufmourut en 1260 .
& eut pour Succeffeur Hugues
de Revél.
Il y aune branche de la Maifon
de Chafteau - neuf établie
en Provence ; M' le Baron de
Chafteau- neuf , le même qui
cut cette converfation avec M²
le Duc de Savoyé , que vous
avez lûe dans l'Hiftoire du Sicge
de Toulon , eft le Chef de
cette branche.
Le Roy a donné l'Evêché
de Mende à M N... de BaGALANT
119
glion de la Salle , grand-Vicaire
& grand- Archidiacre de Poitiers
. Il eft frere de M' le Comte
de la Salle , qui a fervi avec
beaucoup d'éclat , & que fes
bleffures ont obligé de quitter
le Service . Ce nouveau Prelat
eft auffi frere de feu M' le Chevalier
de Saillans , qui s'eft aufli
diftingué dans le Service ; du R..
P. Dom de la Salle , Coadju
teur de la Chartreufe de Lyon ,
Religieux d'une grande vertu
& d'un grand merite ; de M
la Marquife de Meximieux, bel
lé-foeur du General des Chartreux
; & de MⓇ de Chaponay ,
120 MERCURE
dont le mary eft d'une des meil
leures maifons de Lyon. Ils font
tous enfans de feu M' le Comte
de la Salle , qui eftoit Prevoft
des Marchands de la Ville de
Lyon , lorfque le Roy y paffa
avant fon mariage. Feu M' de
Villeroy, Archevêque de Lyon ,
dit à Sa Majeſté , lorfqu'il prefenta
M' le Comte de la Salle ,
que c'eftoit un Gentilhomme qui
faifoit honneur à fa Charge. Ce
Comte eftoit frere de feu M
de Saillans , mort Evêque de
Poitiers , & qui avoit efté tiré
de la Congregation
de l'Ora
toire pour eftre élevé fur le
*
Siege
GALANT 121
Siege de l'Eglife de Treguier
Ce Prelat ayant pris foin de
l'éducation de fon Neveu , l'a
affocia aux travaux de l'Epifcopar
dés qu'il les put partager
avec luy. M' l'Abbé de la Salle
aprés la mort de fon oncle ,
gouverna le Diocefe de Poiriers
fous les ordres de feu M
Girard , & il l'a auffi gouverné
fous ceux de M' de la Poype
, dont le témoignage vient
de contribuer à fon élevation .
Monde , prés du Lot , eft une
Ville & Evêché dans le Gevaudan
, Province du Gouvernement
de Languedoc , dans les
anvier 1708. L
122 MERCURE
Cevennes . Les Latins la nomment
Mimatum Gabatorum. La
Ville capitale de Gevaudan ;
dite Gabatum , fut détruite dans
le troifiéme fiecle par les Bar
bares , qui firent mourir Saint
Privat qui en eftoit Evêque.
On croit dans le Pays que fes
ruines fe voyent à Javoux.
Quoy qu'il en foit , Mende qui
neftoit qu'un petit Bourg , devint
le Siege des Prelats , & la
principale Ville de la Province,
Elle fut maltraitée en 1563 .
par les Proteftans qui ruinerent
l'Eglife. Ils brûlérent une
image de la Vierge , & prirent
GALANT 123
A
pour plus de deux cent quatrevingt
marcs d'argent en Reliquaires
& en Vafes facrez . L'Evêque
de Mende prend la qualité
de Comte de Mende , & il
eft Confeigneur , & Souverain
de tout fon Dioceſe. Il prend
la feconde qualité à caufe d'une
Tranfaction de l'an 1306.
entre Philippes le Bel & Guillaume
Durand le jeune , Evêque
de Mende. Il eft auffi Confeigneur
avec le Roy. Il a une
partie de la Juftice , & il faifoit
autrefois battre monnoye .
Cette Ville eſt affez agréable ,
& l'on y voit un beau Palais
Lij
124 MERCURE
Epifcopal . Elle a eu des Prelats
d'un grand merite , dont
eftoit Guillaume Durand , furnommé
Speculator , à cauſe de
fon excellent livre intitulé Speculum
Juris , & oncle de celuy
dont je viens de parler. Il fut
Nonce de Martin IV . dans le
Duché de Spolete , & Doyen
de l'Eglife de Chartres. Il mourut
en 1296. avec la réputation
d'un grand Jurifconfulte ;
Jean- Eftienne Duranti , premier
Prefident de Touloufe
cftoit de la même famille que
ce Prelat , mais M' l'Abbé Danés
la luy contefte.
1
I
GALANT 125
M' l'Abbé Feu , a eu l'Abbaye
de S. Paul de Sens . Il eft proche
parent de M. le Curé de Saint
Mateſté élevé & inf=
Gervais , & il a elté
truit par ce digne Paſteur.
L'Abbaye de Saint Paul de
Sens , vacquoit par
la mort de
M' l'Abbé de Morence , Aumônier
de feue S. A. R. Madame
, premiere femme de feu
Monfieur , Frere unique du
Roy. Cette Abbaye a efté poffedée
par des perfonnes d'un
grand merite. Celuy qui en
eftoit Abbé pendant la celebration
du Concile de Trente ,
y brilla beaucoup , & il y fut
-
Liij
126 MERCURE
fouvent confulté..
Le Roya donné le Prieuré de
Sauffeufe , Diocefe de Rouen
vacant par la mort de M' l'Archevêque
de Rouen, à M' l'Ab.
bé d'Afpremont , qui a remis
entre les mains de Sa Majefté ,
l'Abbaye de Noftre - Dame de
Daougiac , Dioceſe de Quimper-
Corentin , qui a efté unie
au College des Jefuites de Breft,
& ce Prince pour dédommager
encore plus amplement M
l'Abbé d'Afpremont , luy a
donné une penfion de trois mil
le livres fur l'Archevêché de
Rouen. Cet Abbé eft fils de feu
GALANT 127
M le Marquis d'Afpremont ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & auparavant
Capitaine dans le Regiment
des Gardes ; & frere de M° la
Marquise de Pefeux , dont le
mary eft Gouverneur de Langres
, & neveu de M' le Maréchal
de Choifeul ; feuë M la
Marquife d’Afpremont fecon
de femme de M' le Marquis
d'Afpremont , & belle- mere
de l'Abbé qui donne lieu à cer
Article , époufa en fecondes
noces M le Marquis de Valencé.
M's d'Afpremont font d'u
ne maiſon tres - qualifiée de
Liiij
128
MERCURE
Poitou , qui y eft établie il y
déja plufieurs ficcles . M ' l'Abbé
d'Apremont a eſté élevé
dans le
Seminaire de Saint Ma
gloire , & il a fort édifié cette
Maiſon . Ils'eft fort attaché aux
matieres de
Theologie , & fur
tout à celles de
Controverfe ,
qui font fort neceffaires en Poitou
, où il y a beaucoup de réünis
, & oùon les agite tres - fouvent
. Il a auffi beaucoup de
gouft pour les beaux Arts .
Sa Majefté a donné en mê
me temps le Prieuré de Saint
Robert , Diocefe de Grenoble,
vacant par la mort de M ' l'Ab
GALANT 129
2
bé Baudet de Beauregard , à M
l'Abbé de Valence , Aumônier
de M' le Duc du Maine ; & qui
eftoit ci-devant de la Congre
gation de l'Oratoire . Cet Abi
bé eft d'une maifon tres -qualifiée
, qui tire fon origine de
celle de Thiembrune en Picardie
, qui finit par une fille dans
la maifon de Bournelle , & celle-
cy s'eftant éteinte dans l'illuftre
maifon de Rouault de Ga
maches ,la Terre de Thiembru
ne paffa dans cette grande maifon
, de laquelle elle eft depuis
repaffée dans la famille de Bullion
par le mariage de Loüife
130 MERCURE
Henriette Rouault avec Fran
çois de Bullion ,
Marquis de
Montlouet , premier Ecuyer de
la grande Ecurie du Roy ; un
Cadet de l'ancienne maiſon de
Thiembrune , époufa l'heriticre
de Valence , maifon des plus
diftinguées de l'Agenois , dont
defcend M' l'Abbé de Valence.
Il a un frere Chevalier de
Malthe , Capitaine de Galeres ,
& qui fert avec beaucoup de
diftinction . Leur foeur avoit
époufé M le Marquis de Saint
Blancart , Seigneur de la Capelle
, prés de Moiffac en Quercy ,
qui defcendoit en ligne directe
GALANT
131
de l'un des freres d'Armand de
Gontaut , premier Maréchal
de Biron , & leur niece fille de
M ' le Marquis de Valence leur
frere aîné a époufé N ..... de
Cruffol- d'Uzés , de Saint - Sul
pice , Comte d'Amboife , cidevant
Senefchal de Touloufe ;
& M' le Marquis de Valence
leur neveu , aîné de la maifon ,
eft Capitaine dans le Regiment
du Roy.
Mr l'Abbé de Valence qui
donne lieu à cet Article, eft tres
eftimé ; la regularité de fa con
duite , & la douceur de fes
meurs ayant rendu fon com132
MERCURE
merce cher à tous ceux qui le
connoiffent .
Le Canonicat qui vacquoir
dans l'Eglife Collegiale de
Saint Quentin , Diocefe de
Noyon , a efté donné à M
l'Abbé Michault , Chapelain
de Sa Majefté : il a merite cette
place par ſes ſervices auprés
de la perfonne de ce Prince
& par la regularité de fes
moeurs . Il eft neveu de M
Archon , le plus ancien Chapelain
de la Maifon du Roy
& qui a donné depuis quelques
années , l'Hiftoire de la
Chapelle du Louvre . M MiGALANT
133
chault eft d'Auvergne & Primicier
du bas Choeur de la
noble Egliſe de Brioude en
Auvergne. Cet Abbé eſt bon
Theologien , & il s'eft fort
attaché à l'étude de la Jurif
prudence & à celle des Canons
de l'Eglife & des Conciles .
Sa Majefté a auffi donné un
Canonicat qui vacquera dans
l'Egliſe de Rouen , à cauſe de
la Regale , à M l'Abbé de
Laiffemant , Profeffeur de la
troifiéme Claffe du College de
Navarre. Mr de Laiffemant eft
connu par l'amour qu'il a
pour les Sciences . Il a donné .
134 MERCURE
quelques ouvrages au Public ,
où il fait paroiltre fon goût
pour les Sciences Aftronomiques
; il a même fait pendant
quelques années , des fupputations
Aftronomiques
pour les
anncés courantes , où il faifoit
voir l'état du Ciel pendant
l'année où l'on alloit entrer.
Mr de Laiffemant eft bon Geometre
; & il eft lié avec tous
ceux qui s'attachent aux Sciences
Sublimes.
Sa Majeſte a auffi donné
l'Abbaye de Marquette , en
Flandres , qui vacquoit par la
mort de Me d'Humieres
«
GALANT 135
foeur du Maréchal de ce nom ,
à Me du Bois , Religieufe de
cette Abbaye & qui a exercé
avec beaucoup
d'édification
les premieres Charges de cette
Maiſon . Me du Bois , eft parente
de Mr du Bois , ci- devant
Prevoft des Marchands
de cette Ville fa famille y a
toujours tenu un rang tresconfiderable
, & le merite de
ceux de ce nom qui ont exercé
des Charges dans les differens
Tribunaux de cette Ville , les
y a toujours fait diftinguer.
L'Abbaye de Marquette
eft
une des plus confiderables
des
?
136 MERCURE
Pays- bas , par fon ancienneté &
par le merite des Perfonnes qui
ont vecû. Les Abbeffes ont roûjours
efté diftinguées par leur
naiffance & par leur merite
Les Comtes de Horne font
bienfaicteurs
de cetté maiſon ,
ainfi que la maifon de Waffenaer.
Cette Abbaye a de
beaux veftiges d'antiquité
.
Un Religieux de Saint Benoist
en avoit commencé la Chro
nique , dans le dernier fiecle ,
mais la mort interrompit fon
travail , & priva le Public d'un
ouvrage pour lequel il avoit
fait de tres grandes recherches
GALANT 237
feroit à fouhaiter que ceux
entre les mains de qui fon
Manufcrit eft tombé , ne l'en
privaflent pas plus long- temps .
Le Prieuré Royal & Perpetuel
de Bruyeres , a efté donné
à Madame de Ruyeres
Religieufe du même Órdre
encore plus diftinguée par fa
vertu & par fon merite que
par fa naiffance ; elle a exercé
les premiers emplois de fon
Monaftere qu'elle a édifié par
la regularité de fa conduité &
la bonté de fes moeurs.
par
Une Religieufe de cette maifon
vivoit dans une grande
Fanvier 1708, M
+38 MERCURE
opinion de fainteté dans le
dernier fiecle. Le feu Pape Innocent
X luy envoya deux
Brefs en deux occafions differentes
, dans lefquels il luy faifoit
voir que fa vertu luy eftoit
connuë . Feuë M de Bruyeres ,
derniere Prieure, a esté fort règrettée
, fa douceur luy ayant
gagné les coeurs de toutes fes
Religieufes .
Le Roy a donné une penfion
de fix mille livres fur l'Evêché
de Mende , à Mre François
de Saulx , premier Evêque
d'Alais . Ce Prelat eft de Poitou
, & d'une ancienne maifon
GALANT 139
de cette Province. Il eftoit De
puté à l'Affemblée generale du
Clergé de 1705.ily donna des
preuves de fon habileté & de
fa fermeté dans les affaires qui
regardent la Difcipline Ecclefiaftique.
Cet Evêque a fait voir
fon zele dans les Miffions du
Languedoc , où il a fait de
grands progrés parmi les nouveaux
Convertis. Le fuccés qu'-
il a eu dans le Miniftere evangelique
l'a fait élever à l'Epifcopat
, & c'eft fur le témoigna
ge de Mr l'Archevêque de Narbonne
& de feu Mr le Cardipal
de Bonzy, que le Roy fit
Mij
140 MERCURE
ériger en fa faveur l'Eglife d'A
lais en Evêché , que l'on déta
cha du Dioceſe de Nilmes .
A peine Mrs du Chapitre
de Rouen curent - ils appris que
Mr d'Aubigné avoit efté nome
mé pour remplir la place de
leur dernier Archevêque , qu'ils.
nommerent des Deputez, pour
aller complimenter ce Prelat.
Ils avoient à leur tête Mre Armand
- Jean de la Vove des
Tourouvre , grand Archidiacre
de Rouen , & cy- devant
grand Vicaire. Il loüa d'abord
dans fon difcours , le nouvel
Archevêque , fur l'étendue de
GALANT 14F
fon zele , pour la confervation
du dépoft qui luy avoit efte
confié ; fur l'attention qu'il
qu'il a
cue à garantir fon Dioceſe ,
tant qu'il l'a gouverné , du
poifon des nouveautez , & à
le remplir de dignes Miniftres
& de pieux Ecclefiaftiques ; il
s'étendit enfuite fur la grandeur
du Siege de Roüen ; il
parla des Prelats qui l'avoient
remply , fçavoir des Cardinaux
de la Maiſon Royale de Bourbon
; des Cardinaux de la Maifon
de Lorraine ; du Cardinal
d'Eftouteville , qui tira cette
Eglife de la dépendance de
142 MERGURE
cello de Lyon , par la Bulle qu'il
obtint du Pape Calixte III . &
en parlant de feu Mr Colbert ,
Archevêque de Rouen , il luy
donna toutes les louanges quiluy
font fi legitimement dûës ;
& il remarqua que ce Prelat
avoit eu foin de faire confirmer
cette indépendance ; ce
qui feroit toujours dans l'hiftoire
fort honorable à fa mé .
moire.
Mr l'Archevêque de Rouen
repondit à ce compliment , par
un difcours auffi pieux qu'édifiant
; & il parut , dans tout ce
qu'il dit en cette occafion, rem
GALANT 43
1
ply de zele & de ferveur , pour
la
confervation de la difcipline
Ecclefiaftique , & pour l'obfervation
des Canons.
J'oubliay de vous dire , dans
ma derniere Lettre , en vous
parlant de la mort de feu Mr
l'Archevêque de Rouen , que
ce Prelat a obligé , par fon teftament
, Mr le Marquis de Seinelay
, fon legataire univerfel ,
de donner , pour la fomme de
60000. mil livres , à Mr l'Abbé
de Seignelay fon frere , tous
les livres manufcrits & imprimez
de fa bibliotheque de Paris
, formée par feu Mr Col144
MERCURE
bert ; ajoutant qu'il efpere que
cet Abbé fon neveu , dans lequel
il a toujours reconnu de
bonnes inclinations , la confervera
avec le même foin , &
qu'il prendra les meſures neceffaires
pour la perpetuer dans
fa famille .
Je vous envoye à l'ordinaire
, une eftampe des Jettons
qui ont efté frapez à la fin de
l'année derniere , & qui ont
efté diftribuez , fuivant qu'il
fe pratique tous les ans , au
commencement de l'année où
nous venons d'entrer. Je ne
yous dis rien des Devifes , dont
ja
GALANT 145
je ne crois pas vous devoir
donner d'explication
, puifque
fi elles font naturelles , & convenables
aux ſujets , pour lefquels
elles ont efté faites , elles
feront faciles à expliquer ; &
que toutes les beautez en feront
d'abord connuës ; & que
fi au contraire , il fe trouve
de l'obſcurité dans quelquesunes
, & qu'elles n'ayent pas
affez.de
rapport , avec , avec les fujets
qui en ont efté l'objet , je
pourrois me tromper , en voulant
les expliquer.
L'Academie des Infcriptions
a fait les Devifes des Jettons ,
Fanvier 1708.
N
146 MERCURE
qui regardent ; le Trefor Royal;
Extraordinaire
des Guerres ;
l'Ordinaire des Guerres ; la
Marine ; les Galeres ; les Parties
Cafuelles , & la Ville de Paris.
La Devife qui regarde
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & qui fe trouve la
deuxième , & celle des Baftimens
, font de Mr Oudinet ,
Garde du Cabinet du Roy ,
appellé , Cabinet des Gurio
fitez celle de l'Artillerie ,
dont Monfieur le Duc du
du Maine eft Grand Maiſtre ,
a efté faite par Mr Moreau de
Mautour , & celle de la Cham-
1
GALANT 147
bre aux Deniers , eft de Mr
l'Abbé Arrangé. Voilà dequoy
exercer l'efprit des Speculatifs.
Il paroît depuis peu un Livre
de feu Mr Toinard ; il eft
intitulé : Evangeliorum Armo
nia , Graco - Latina Nicolai
Toinardi, Aurelianenfis . Cet Ouvrage
eft fort eftimé & rempli
d'une grande érudition . Mr
Toinard avoit tous les talens
neceffaires , pour travailler fur
une matiere auffi difficile , puifqu'il
entendoit parfaitement
les Langues orientales. Il avoit
compofé , avant la mort , un
Traité, intitulé : Numifmata
Nij
148 MERCURE
Samaritana ; mais il n'a pû en
voir l'impreffion achevée , de
fon vivant. La connoiffance
parfaite qu'il avoit de l'antiquité
, luy avoit donné des liaifons
, avec Mr Ezechiël Spanheim
, qui au jugement des
Critiques , eft un des plus habiles
Antiquaires de l'Europe.
Ce fçavant homme , dont la
derniere édition , qu'il a donnée
à Londres ( 1706. ) de fon
excellent Livre : De Præftantia
& ufu Numifmatum Antiquorum
, en parlant des Medailles
Samaritaines , ou Hebraïques ,
& en rapportant les differens
GALANT 149
?
afentimens
des Auteurs , fur
l'ancienneté de ces Medailles ;
& aprés avoir nommé les plus
grands Ecrivains , comme Juges
de cette matiere , offre de
s'en rapporter au jugement de
Mr Toinard , fur ce qu'il dit
des Medailles Samaritaines ;
c'est à dire , de celles dont les
caracteres font Samaritains , &
de celles dont les caracteres
font Affiriens , qui font les lettres
Hebraïques d'aujourd'hui .
Ce fçavant Auteur , publia
il y a trois ans , un petit écrit
Anonyme , qu'il avoit compofé
, en faveur de Mr l'Abbé
N iij
150 MERCURE
de Longruë , & des travaux ,
duquel il pretendoit que Mr
Simon , à prefent dans les Païs
étrangers , s'eftoit fait honneur
, dans fes Lettres choiftes ,
fans le nommer. Mr Toinard
découvrit la fraude , en faifant
imprimer les deux Textes ; &
comme celuy de Mr l'Abbé
de Longrue eftoit plus ancien
quoyqu'il n'eut jamais efté imprimé
, le foupçon de Plagiat
tomba fur Mr Simon. Mr
Toinard donna à ce petit écrit ,
qui fit beaucoup de bruit , en
ce temps là , le titre de : Phenonomene
litteraire , &c. & il don
GALANT 151
la
na par là , une preuve de l'amour
qu'il avoit pour la verité
& du zele qu'il avoit pour
gloire du fçavant Abbé de
Longruë.
Mr l'Evêque de Conferans
eft mort dans fon Diocefe ,
âgé de 72. ans . Il eftoit de la
Maiſon de Saint Eſteve , eftablie
en Bearn , & frere de feu
Mr de Saint Efteve , Officier
d'une grande reputation , Lieuttenant
des Gardes du Corps , &
Gouverneur
de Broüage. La
Ttradition
de la Province, touchant
cette famille, porte qu'elle
cft originaire d'Eſpagne , &
N iiij
152 MERCURE
que c'eft une branche de l'illuftre
Maifon de Sant Iftevan ,
dont la Maifon de Pacheco
poffede la Terre , & dont le
fils de Mr le Duc d'Escalona
,
Viceroy de Naples , porte aujourd'huy
le nom ; ce Prelat ,
que l'Eglife vient de perdre ,
avoit eu dans fa jeuncffe
, une
belle éducation
, & s'eftoit fignalé
par fa legereté dans les
exercices , que la jeune Nobleffe
a coutume
de faire, avant
que d'entrer dans le fervice , &
auquel ce Prelat avoit eſté deſtiné
, par fa famille ; mais Dieu
l'ayant appellé à la profeſſion
GALANT 153
Ecclefiaftique , il s'appliqua entierement
aux devoirs de fon
eftat , & le Roy le nomma
( moins en confideration des
fervices de Mr fon frere , que
par fon merite perſonnel ) à
' Evêché de Conferans , & à
l'Abbaye de Combe Longue ,
fituée dans le Diocefe , dans lequel
il faifoit une refidence
continuelle : il eftoit d'une humeur
douce , quoiqu'il eut
beaucoup de vivacité , & il
eftoit fort gay , fuivant le temperamment
de ceux de fon
pays. Mr l'Evêque de Conferans
avoit efté Deputé à une
"
154 MERCURE
Affemblée generale du Clergé ,
qui fe tint il y a quelques années
, & à laquelle Mr de Harlay
, qui en eftoit alors Archevêque
, prefidoit. Ce Prelat
laifle un neveu , qui a beaucoup
de merite .
Mr de Saint Esteve avoit
fuccedé à Mr de Malmieffe
qui avoit efté Agent general
du Clergé , & avant ce dernier,
le celebre Pierre de Marca,
qui eft mort Archevêque de
Paris , avoit occupé le Siege
de Conferans. Il y eftoit , lorf
qu'il fut nommé Prefident à
Mortier au Parlement de Pau
GALANT 155
& if quitta Conferans , pour
monter fur le Siege de Toulouze.
Le Siege de Conferans
a efté auffi occupé par un ſçavant
homme , du nom de Raymondy.
Valere en fut le premier
Evêque; & S. Lizier, qui a
donné fon nom à l'Eglife Con-
Cathedrale , qui eft fituée dans
ce qu'on appelle , le Bourg , en
fut le cinquiéme Evêque. L'Evêché
de Conferans eft Suffragant
d'Auch ; la ville de Conferans
, qui a donné fon nom
à un petit Pays , qui eft dans la
Bigorre , eft proche de S. Bertrand
de Cominges , & à 12.
156 MERCURE
lieuës de Toulouze . Le Salat
paffe dans le milieu de la Ville ,
& fepare la Cité du Bourg . L'Eglife
Cathedrale eft fous le Vocable
de Noftre-Dame , & elle
eft dans la Cité , l'Archidiacre
eft la premiere Dignité, & l'Aumofnier
la derniere ; elle eft
compofée de douze Chanoines
; & comme les deux Eglifes
de Noftre- Dame & de S.
Lizier , joüiffent des mêmes
droits , & qu'elles pretendent
toutes deux eftre Cathedrales ,
on les appelle , Con- Cathedrales
il est beaucoup parlé de cette
Ville , dans la Notice d'AntoGALANT
157
nin , & dans les Ouvrages de
Pline. S. Gregoire de Tours ,
dans fon Livre de la Gloire des
Confeffeurs , en fait auffi une
honorable mention , de même
que de plufieurs de fes Evêques
.
Dame N... de Biſche épou
fe de Mre N ... de Philip ,
Chevalier Marquis de Saint
Viance,Maréchal desCamps &
Armées du Roy , Gouverneur
de Coignac, & ci- devant Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps de
Sa Majefté , eft morte au
Château de Coignac. Elle a
158 MERCURE
>
laiffé une fille unique , mariée
à Mre N... de Laftairie , Chevalier
, Marquis de Saillant
Vicomte de Comborn , Senechal
du Limofin. Me la Mar.
quife de Saint Viance eftoit
foeur de Mr le Comte de
Rouvre & de feuë Me la
Marquife de Bruzac , époufe
de Mre N... d'Hautefort ,
Marquis de Bruzac , Lieutenant
des Gardes du Corps.
La Maiſon de Biſche, eft origi
naire du Blaifois , où eft la
Terre de ce nom ; elle eftoit
échuë en partage à feuë Me
de Bruzac. La maifon de Saint
GALANT 159
Viance , eft originaire du Limofin
, où eft la Terre de S.
Viance , qui a efté poffedée
autrefois par la maifon de
Malfayde , qui étoit de l'illuftre
maifon de Noailles , & qui
enfe feparant de celle - cy , prit
le furnom de Malfayde , felon
l'ufage des anciens temps où les
fils des branches cadettes prenoient
les noms des Terres
qu'ils recevoient en partage ,
ou celuy des heritieres qu'ils
époufoient. La Maiſon de
Malfayde a long- temps jouy
de la Seigneurie de S. Viance ,
en Limofin , où elle a fondé
160 MERCURE
un beau Prieuré Clauſtral.Cet
te Terre à depuis paſſé dans la
Famille de Philip , qui a pris
le nom de Saint Viance , & qui
l'a rendu illuftre. Il y a eu un
Patriarche de Jerufalem de la
maifon de Malfayde.
Dame Louiſe Elizabeth - Guillaume
de Chavaudon épouſe
de Mre Antoine Charles le
Boulanger , Confeiller au Parlement
, cft auffi decedée Elle
eftoit d'une famille ancienne
dans la Robbe . Mrs Guillaume
y ont poffedé les premieres
dignitez , & feu Mr le Vidame
de Châlons eftoit de cette
GALANT 161 :
maifon , de même que Mrs
de la Cour , qui ont formé
une branche particuliere , dont
eftoit feu Mr l'Abbé Guillaume
de la Cour Docteur de
Paris & de la Maifon de Navarre
, & Chanoine de Châlons:
Feuë Me la Comteffe de
Vaubecour , mere de Mr l'Evêque
de Montauban , & de
Me la Comteffe d'Efteing
eftoit auffi de cette Maiſon.
/Celle de Mr le Boulanger
eft auffi tres-ancienne dans le
Parlement de Paris , à qui elle
a donné plufieurs Preſidents ,
entre autres Mr Boulanger ,
Fanvier 1708.
162 MERCURE
Prefident d'une des Chambres
des Enqueftes , & pere de feuë
Me de Poncarré , premiere
femme de Mr Camus de Poncarré
, Premier Prefident au
Parlement de Rouen . Un Ecclefiaftique
de cette famille ,
celebre par fon zele pour la
Religion Catholique , fut Aumônier
d'Henry IV. Il fit une
Cenfure de la Preface du Traité
que du Pleffis fit fur l'Eucha
riftie en 1598. il accuſa l'Auteur
d'avoir falfifié plufieurs
paffages , & l'Archevêque de
Bourges fut obligé d'interpo
fer fon autorité pour termiGALANT
163
ner la difpute qui le fut d'une
maniere encore plus folemnelle
deux ans aprés ; c'eſt-à-dire
en 1600. à Fontainebleau dans
la Conference qu'eut le Cardinal
du Peron , avec du Pleffis .
3 Mre Nicolas René Berryer ,
Seigneur de Ravenoville , &
Procureur General du Grand
Confeil , eft mort il y a déja
quelque temps . Il eftoit fils de
feu Mr Berryer , Greffier du
Confeil . Celuy dont je vous
apprens la mort , eut d'abord
cette Charge ; & lors que Mr
Hennequin de Charmont fut
nommé à l'Ambaffade de Vc164
MERCURE
nife , & qu'il eut acheté la
Charge de Secretaire du Cabinet
, il vendit à Mr Berryer
la Charge de Procureur General
du Grand Confeil , qu'il
avoit euë de fon Pere . Mr Berryer
eftoit frere de Mrl'Abbé
Berryer , ci - devant Chanoine
& Archidiacre de l'Eglife de
Paris , & qui quitta ces deux
Dignitez , pour paffer le reſte
de fes jours dans une retraite ,
où il donne de grands exemples
de vertu . Mr de la Ferriere
Maistre des Requeſtes , &
qui a époufé Mlle de Novion ,
foeur du Prefident de ce nom ,
GALANT 165
eft leur frere aîné. Dame N ...
Berryer , femme de N ... du
Parquet , Seigneur du Bourg ,
Grand Maiftre de Eaux & Forefts
de Normandie , & qui
avoit épousé en premieres nôces
Mr le Marquis de Broon ,
Premier Ecuyer de S. A. R.
Madame , eft leur foeur. Mr.
Berryer dont je vous apprens
la mort , eftoit fort eftimé
dans le Grand Confeil . II
avoit toujours efté lié d'une.
tendre amitié avec Mr Foucault
Confeiller d'Etat. Le
I pere de Mr Foucault avoit
vendu à Mr Berryer la Char166
MERCURE
ge de Greffier du Confeil .
Philippe de Valois , Marquis
de Villette- Murfé , Lieutenant
general des Armées Navales ,
Commandeur de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & Lieutenant
general pour Sa Majesté
en Bas - Poitou , eft mort fubitement
âgé de foixante & dix huit
ans. Sa famille eft tres- ancienne
, & originaire de Poitou . Mr
le Marquis de Villette fon pere,
avoit époufé Arthemife d'Aubigné
, fille d'Agrippa d'Aubigné
, ayeul de Madame de
Maintenon . Il a eu trois enfans
de N... de la Roche- Allard , fa
A
GALANT 167
premiere femme . L'aîné eftoit
Philippe de Valois , Comte de
Murfe , Lieutenant general des
Armées du Roy , qui mourut
l'année derniere à Turin , Mr
le Chevalier de Murfé fon frere
, tué à la tefte du Regiment
de Dragons de la Reine , qu'il
commandoit , & M la Comteffe
de Caylus , fort diſtinguée
par fa grande vertu .
Feu Mr le Marquis de Villette
avoit pris une feconde alliance
avec N... de Marfilly ,
dont il laiffe trois enfans , qui
font Tancrede de Valois , &
deux filles. Il eft regretté par
168 MERCURE
tout le Corps de la Marine ,
qui convient que jamais Officier
general n'a plus glorieufement
fervi le Roy , ny fait plus
de dépenfe , & tous les Officiers
qui ont fervi fous luy , fe font
toûjours loüez des bons offices
qu'il leur a rendus.
Sa Majefté a donné la Lieutenance
de Roy de Poitou
dont le deffunt eftoit pourvû ,
à Mr le Marquis de Marfilly
fon fils .
Il s'eft gliffe une faute dans
ina derniere Lettre , qui regarde
la mort de feu Mrle Comte
d'Auvergne , & l'on a donné
fans,
GALANT 169
fans que je m'en fois apperçu ,
tous les enfans du premier lit
de ce Comte , à ſa feconde femme
, dont il n'a point eu d'en-
རྩ་
fans .
Mr le Marquis d'Ablege ,
Intendant de Limofin , aprés
avoir fervi pendant plufieurs
annéesen cette qualité , a quitté
fon Intendance , & le Roy
a nommé pour remplir cette
Place ,Mr le Comte de Sagonne
, Maiftre des Requeſtes , &
ci-devant Confeiller de la Cour .
Il eft fils de Mr Manfard , Sur-
Intendant & Ordonnateur des
Baftimens , &c. Il y a quelques
Fanvier 1708
P
170 MERCURE
années que Mr de Sagonne ,
dans le temps qu'il eftoit encore
Confeiller , ayant eſté choiſi
par Mrs de Ville , pour prefenter
le Scrutin au Roy , fit un
Difcours qui fut tres bien reçu
de Sa Majeſté , & qui fut fort
applaudi de toute la Cour , &
l'on peut affurer qu'on luy
rendoit juſtice en cette occafion.
Je vous ay fait part de ce
Difcours dans le temps qu'il fut
prononcé, & il a efté enfuite
regardé de tout le Public comme
un Chef- d'oeuvre . Il y a lieu
de croire que fi ce nouvel Intendant
s'attache avec autant
GALANTE171
d'application à fervir le Roy
dans les fonctions de fa Charge
, que fait Mr Manſard dans
L'exercice de celle qu'il poffede ,
& qu'il remplit fi dignement à
la fatisfaction de Sa Majesté &
du grand nombre de perfonnes
qui font fous fes ordres . Il
yea apparence , dis - je , que fi
ce nouvel Intendant fertle
Roy avec autant de zele & de
vivacité que fait aujourd'huy
Mr Manfard , tous les Peuples
de fon Intendance rempliront
'exactement tous leurs devoirs,
& fe trouveront heureux.
.M Moulart Sanfon , a cu
Pij
172 MERCURE
l'honneur de prefenter à S. R.
Madame , un Traité de l'Allemagne
, des Etats Souverains
&
de l'Empire ; il dît à cette Princeffe
, en luy prefentant cet ou
vrage , que la connoiffance
particuliere qu'Elle avoit de
ces Souverainetez , l'avoit porté
à de luy dedier , & parce
que S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , avoit fait l'honneur
à feu G. Sanfon fon oncle , de
le choifir pour fe foulager dans
les études de la Geographie ,
dont les lumieres naturelles de
ce Prince , qui ne le font pas
moins diftinguer dans les fcienGALANT
173
ces , que fa valeur dans les armes
, luy avoient déja donné
beaucoup de connoiſſance.
Cet abregé fait voir que
l'on entend parler de la Region
que les Originaires nomment ,
Teutſchland , & que les François
appellent , Allemagne , ou
de ce qui compofe l'Empire.
Que les Regions de l'Allemagne
repondent , à peu prés,
à ce que quelqu'uns des Anciens
ont appellé , Germanie.
-UNCQu'elles font moins étendues
vers l'Orient , & qu'elles
le font davantage vers l'Occident
, & au Midy du Danube ,
P iij
174 MERCURE
qui leur fervoit de bornes . En
effet , elles comprennent
une
partie de la Gaule Tranfalpine ,
& prefque toute l'Illirie occidentale
.
Quelles font fes bornes ,
par rapport à la Geographie
naturelle.
Quel rapport elle a avec les
Cieux , fous quels climats elle
eft fituée.
Qu'elle peut eftre diviféc
en trois grandes parties , aux
environs du Rhin , du Danube
, de l'Elbe , & de l'Oder. b
Que chacune de ces trois
parties eſt ſubdiviſée en pluGALANT
175
Geurs autres. Toutes ces chofes
, concernent la Geogra
phie naturelle ; quant à ce qui
regarde la Geographie hiftori.
que , il reprefente d'abord en
general , tout ce qui comprend
l'Empire d'Allemagne.
Quels font les Etats fouverains
, foit Electorats , Principautez
, Souverainetez ou
Villes qui compoſent l'Empire
, diftinguées les unes des
autres.
Quels ont efté les fix Cercles
de l'Empire , eſtablis en
1500. par Maximilien I. lorfqu'il
eftoit àAufbourg.
Piiij
176 MERCURE
Comment ces fix Cercles
furent repartis en dix Cercles ,
dans l'Affemblée , tenuë à Cologne
, en 1512. en prefencedu
même Empereur
.
Enfin , quelles font les fept
Claffes des Princes de l'Em
pire , lofqu'ils font aſſemblez
à la Diete generale , lefquels
fe reüniffent , & font trois
Colleges ; fçavoir , celuy des
Electeurs ; celuy des Princes &
celuy des Villes Imperiales.
Le même Geographe a fait
faire une feconde édition de la
Grece , divifée en plufieurs
Cartes , avec une explication
GALANT 177
latine , tirée des anciens Au
teurs. Cet ouvrage eft de feu
Mr N. Sanfon fon ayeul.
L'on y remarque que lá
Grece avoit peu d'étendue dans
fon commencement ; qu'enfuite
, l'on comprit , fous ce
nom , differentes Regions voifines
: une partie de l'Italie , &
quelques Regions de la Cofte
Occidentale , de l'Afic Mineure
, l'Ile de Crete , & c.
qu'elle envoya des Colonies ,
fur les coftes de la Mer interieure
, que l'on nomme communément
, MerMediterranée ;
qu'elle en envoya en Eſpagne ,
178 MERCURE
dans les Gaules , & fur le Pont-
Euxin. L'on y voit ce qui s'eft
paffé de plus cofiderable en
chaque licu , & les noms diffe.
rens qu'ils ont eû.
Pour faire aisément l'application
de ce qui eft contenu
dans ce difcours , & pour faire
voir à quoy il fe borne , on
trouve des Cartes & des Tables
methodiques , qui marquent
en abregé tout le plan
de l'ouvrage .
La premiere Carte fait voir ,
la Grece , diftinguée des Païs
circonvoisins .
La deuxième , fait voir l'é
GALANT 179
tenduë de la Macedoine , de la
Theffalic , de l'Epire , d'Ellas ,
ou Achaïe , & du Peloponnefe,
qui font les cinq grandes parties
de la Grece.
La troifiiéme , reprefente
les Peuples diftinguez les uns
des autres .
La quatrième , cft diviféc
enfept Provinces , pour la No.
tice de l'Empire Romain ; fçavoir
, en Macedoine : en Macedoine
falutaire : en l'Epire
ancienne en l'Epire nouvelle :
en la Theffalie en l'Achaïe ,
fous laquelle le Peloponeſe eft
compris , & en l'Ifle appellée ,
180 MERCURE
de Crete. L'on y a marqué les
chemins Romains .
Mr Moulart Sanfon demeure
dans le Cloître de S.
Nicolas du Louvre.
Le Roy, ayant créé, il y a plufieurs
années , des Maires, en titre
d'Office, dans toutes les Villes
du Royaume ; & le Public s'étant
bien trouvé de cette Creation
, Sa Majeſté a jugé à pro
pos de faire , par un Edit nouvaeu
, ces Maires Anciens- Mi.
Triennaux, & d'en créer d'Al
ternatifs Mi- Triennaux. Il y a
eu à Metz plufieurs Concur
renspour cet Office , nouvelGALANT
181
lement créé ; mais la preference
a cfté donnée à Mr de Bionville
, fameux Avocat , à qui
les belles Lettres ne font pas
moins connuës que la Jurif
prudence , & dont l'éloquence
naturelle égale la folidité & la
vivacité de l'efprit ; de maniere
que fi ce choix avoit dépendu
du Peuple , il luy auroit donné
la preference , dont Sa Majefté
l'a jugé digne.
Le jour qui avoit efté marqué
pour fa reception , il fut
conduit de l'Hoftel de Ville à
la Cathedrale. La Garniſon &
la Bourgeoific eftoient fous les
182 MERCURE
armes , & les tambours , les
trompettes , les timbales , les
haut -bois & les violons , fe faifoient
entendre par toute la
Ville . Il eftoit accompagné
des
Officiers de l'Etat- Major , &
de tous les Officiers de Ville .
Mr le Marquis de Refuge ,
Lieutenant General & Commandant
en Chef dans la Province
, fe trouva auffi à cette
ceremonie , tant pour recevoir
le ferment de Mr de Bionville,
que pour luy mettre l'épée au
cofte , au nom de S. M. ce qui
fut fait , aprés une Meffe & un
Te Deum en mufique , Mr le
GALANT 183
:
Marquis de Refuge , qui n'eft
pas moins fçavant que brave ,
dit à ce nouvau Maire , en luy
ceignant l'épée , ces paroles du
Prophete Roy Diffuſa eft gratia
in labiis tuis , accingere gladio
tuo , fuper femur tuum potentiffime
intende , profpere , procede
regna. L'annobliffement eft
une prerogative attachée de
tout temps à la Dignité de
Maître Echevin , ou Maire de
la ville de Metz , qui eft Colo.
nel du Peuple , & qui le commande.
Il eft jufte que ce Peuple
ait un Noble à fa tête ,
puifqu'il eft tres-aguerri & tres.
184 MERCURE
fidelle , & reconnu pour tel ;
depuis plufieurs ficcles. En
1552. il obligea Charles - Quint
de s'éloigner , quoiqu'il eut
affiegé la ville de Metz , avec
trois Armées , & Sa Majefté ,
connoiffant la valeur de ce Peuple
, luy a fouvent abandonné
la garde de la Ville , quoique
cette Place foit des plus
importantes de l'Etat , & qu'il
y cut des Armées ennemies ,
dans fon voifinage. Le Comte
de Souches , avec toutes les
forces de l'Empereur,en 1674.
le Duc de Lorraine , avec celles
de l'Empereur , & de l'EmGALANT
185
}
pire en 1677. & le Duc de
Marlborough
, en 1705.avec
les Troupes des Alliez , marcherent
vers Metz, & quoiqu'il
ne fût gardé que par fes Habitans
, tous ces Generaux l'ont
toujours refpecté.
Plufieurs des Ancêtres de
Mr de Bionville ont efté Maltres
Echevins , ou Maires de
la Ville ; ainfi on peut dire
qu'il eft né dans le Commandement
. La Ceremonie eftant
finie , on fe rendit à l'Hoftel
de Ville , où l'on fervit un repas
magnifique , pour toutes
des Puiffances. Mr de Bionville
e Janvier 1708.
186 MERCURE
leur donna à fouper le même
jour , & ce repas fut fuivy d'un
grand bal , dont Me de Valombre
, fa fille , fit les honneurs.
Il s'eſt fait beaucoup de réjouiffances
pour la prife du
Chasteau de Lerida , qui n'ont
pu trouver place dans mes
Lettres , & je vous ay ſeulement
parlé des principales
Feftes qui ont efté données en
réjouiffance de cette importante
Conquefte , & quoy qu'il
ne foit plus temps de rappeller
ce qui s'eft fait à ce fujet ,
je ne puis m'empêcher de vous
t
GALRNT 187
dire en peu de paroles que M
Bouraine , Capitaine des 100.
Chevaliers de la Compagnie ,
appellée des Buttes , établie à
Chartres , a fignalé fon zele
en cette occafion , & a fait
chanter un Te Deum en Mufique
dans l'Eglife des Cordeliers
. Je ne vous diray rien du
feu d'artifice , qui fut tiré le
foir , ni des Infcriptions qui
l'ont accompagné , non plus
que des illumations , & du
vin qui fut diſtribué au peuple.
J'ajouteray feulement que M
Bouraine , donna un magnifi
que fouper aux 100. Cheva-
Qij
188
MERCURE
liers de fa
Compagnie , & qui
fut fuivi d'un
grand Bal .
Les
Habitans de la ville de
Mortain en baffe Normandie
, fujets de S. A. R. fe font
auffi fort
diftinguez . Le Te
Deum fut chanté
folemnellement
par les Chanoines de l'Eglife
Collegiale , en
preſence
de tous les
Officiers du
Bailliage ,
de la
Vicomté , & de
l'Election,
qui y
affifterent en Corps. Le
feu fut allumé enfuite par Mr.
Abbé de Viré ,
Doyen du
Chapitre , & par celuy qui
eftoit à la tefte du Corps des
Officiers. Il y eut
plufieurs dé
GALANT 189
charges de moufqueteric , au
bruit des acclamations publiques.
Toute la Ville fut illuminée
; il y eut plufieurs repas
particuliers , & le Chapitre &
les Officiers, regalerent les principales
perfonnes de la Ville.
Je ne puis mieux placer le
Sonnet qui fuit , qu'aprés les
Rejoüiffances que vous venez
de lire ; & je crois pouvoir vous
dire , fans chercher à vous prévenir
en fa faveur , qu'il a efté
fort applaudy
.
190 MERCURE
LA PRISE DE LERIDA
SONNET.
Faftueux Ecrivains , qni tracez dans
l'Hiftoire
Tant de Faits merveilleux du Gree
& du Romain,
Ceffez de nous vanter leur courage
hautain
>
La France a des Héros plus dignes
de memoire.
a
Harcourt qu'on vit voler deVictoire
en Viltoire ,
Ouvrit au Grand Condé ce glorieux
Chemin ;
Tout couverts de Lauriers & la
Palme à la main
GALANT 191
Des plus fiers Conquerans ils ter
nirent la gloire.
2
La fortune , il eft vray , contr'eux à
Lerida ,
Malgré tant de valeur autrefois ·
decida.
Mais des loix du deftin , feacher
L'ordre immuable.
2
De ce Roc orgueilleux , conftruitpar
les Geans ,
Ze fort ne leur rendit l'abord impenetrable
Que pour le referver aux Armes
d'ORLEANS.
Ce Sonnet eft d'un homme
dont le merite eft connu , &
qui n'a pas moins d'érudition
192 MERCURE
que d'efprit . La gloire de S. A.
R. luy eftant chere , il refolut
d'ouvrir fa veine pour la chanter
, quoiqu'il ne faffe que tresrarement
des Vers. Il montra
ce Sonnet à une Dame de confideration
, & dont l'efprit eft
du premier ordre . Cette Dame
luy dit , aprés l'avoir lû , qu'elle
le trouvoit fort beau , & que
rien ne confacroit mieux que
les beaux ouvrages
, la gloire
des Heros à la pofterité , fans
quoi elle ne leur rendroit pas
toujours toute la gloire qui
leur eft dûë ; mais que cela ne
fuffifoit pas , & que pour bien
imprimer
GALANT 193
imprimer leurs grandes actions
dans l'efprit des Peuples , il
falloit des ouvrages qui pûffer t
non -feulement eftre chantez
dans les ruelles ; mais auffi parmy
les perfonnes de toutes for
tes d'étages , & que tout ce
que l'on appelloit Vaudeville ,
ne devoit pas eftre fi indifferent
que fon nom le marquoit, parce
qu'il ne s'agiffoit que de chançons
, mais que ces fortes d'ou
vrages font fouvent remplis
de veritez , de vivacité , & d'ef
prit qu'ils font chafitez de
tout le monde , & que plufieurs
perfonnes font des Re-
Fanvier 1708. R
:
194 MERCURE
cueils de ceux qui font les plus
applaudis ; & cette Dame prit
delà ocafion de luy en appor
ter plufieurs , qui avoient efté
faits , il y a prés d'un fiecle.
L'Auteur du Sonnet , perfuadé
de la verité de tout ce
que luy dit cette Dame , refolut
d'effayer , s'il pouroit badiner
en Vers , s'il m'eft permis
de parler ainfi , quoiqu'il foit
d'un caractere opofé . Je ne prétens
pas , quoique je me ferve
du mot de badiner , avilir les
ouvrages , dont je veux parler ,
& je crois même qu'il eft beaucoup
plus facile de faire des
删
GALANT 195
Ouvrages heroïques , que de badiner
avec efprit , & dans le
goût de ceux qui l'ont le plus
délicat, Enfin, l'Auteur du Sonnet
, animé par tout ce qu'on
venoit de luy dire, & tout remply
du defir d'entendre chanter
par tout, la gloire de S. A. R.
forma auffi - toft le deffein de
faire un affez grand nombre
de couplets de chançon , pour
pouvoir donner une idée de
tout ce qui s'eft paffé au Siege
de Lerida , & il fit les couplets
fuivans , fur l'air du Branfle
de Metz ; cet air eſtant fort
connu & fort aimé du Peuple ,
•
R ij
196 MERCURE
& tous les jours , dans la bou
che du Public , s'il m'eft permis
de parler ainfi .
Voicy ces couplets. Vous
fçavez que dans ces fortes d'ouvrages
, on ne s'attache pas
fcrupuleufement à la richeffe
des rimes.
A celebrer la proüeffe
Du Neveu du Grand Louis ,
Animons - nous , chers Amis ,
Et chantons , pleins d'allegreſſe ,
La Prife de Lerida
Met la Catologne en preſſe ;
La Prife de Lerida
Met l'Archiduc à quia.
GALANT 197
Pour ce recit d'importance ,
Belles , prêtez-nous la main ,
Et joignons au Dieu du Vin
Les jeux, les ris & la dance ;
La Prife de Letida
Ramene la joye en France ;
La , c.
Ce fut chose à tous connuë
Que l'Espagne en deſarroy ,
Ne pouvoit garderfon Roy ,
Sans eftre mieux deffendue ;
La Prife de Lerida
Rend la Ligue confonduë ;
La , &c.
Rij
198 MERCURE
維
Sans faire le Politique ,
Ni trancher du grand efprit ;
Madrid
Fe Sçay pourtant que
Craignoit ce Siege tragique ;
La Prife de Lerida
Luy fembloit problematique ;
La , & c.
Mais ORLEANSplein d'audace
Erpour quirien n'eft trop chaud
De Paris ne fait qu'un faut ,
Pour affronter cette Place ;
La Prife de Lerida
N'eft pas ce qui l'embaraſſe ;
La , &c.
GALANT 199
Arrivéfur la frontiere ,
Les Espagnols à l'envy ,
Accourent tous devant luy ;
Les Boiteux ,fort loin derriere ;
La Prife de Lerida
Fait prendre à tous la rapiere ;
La , &'c.
W
Même on tient pour veritable
Qu'en fa route on ne voyoit
Que Caftillanes au guet,
Toute d'humeur fort traitable ;
La Prife de Lerida
Rend ce Prince impraticable ;
La , &c.
R iiij
200 MERCURE
Plein d'une ardeur Martiale ,
Il vole vers Almansa ;
Son feul nom lors avança
La déroute Imperiale ;
La Prife de Lerida
Concertée à la Royale ;
La , &c.
Du même pas il enfile
La route de l'Arragon ,
De ce Royaume felon,
Il n'épargne aucune Ville ;
·La Prife de Lerida
En vaut feule autant
La , &c.
que
mille
GALANT 201
Sarragoffe , en fa puiſſance ,
Combien d'autres Generaux
Auroient-ils fait là de maux ,
Pillans tableaux &finance ?
La Prife de Lerida
Eft fon unique efperance ;
La , &e.
Loin
d'entendre le grimoire
Qui fe pratique en ce cas ,
Il méprife or ducats ,
Et ne vife qu'à la gloire ;
La Prife de Lerida
N'enrichit que fon hiftoire;
La , & c.
202 MERCURE
Mais icy prenons baleine ,
Et de ce jus tout divin ,
Bûvons un coup en chemin ,
Même une demie douzaine ;
La Prife de Lerida
En vaut ma foy bien la peine 3.
La , &'c.
A cette orgueilleufe Roche ,
Faite de mains de Geans ,
Sans s'étonner ; ORLEANS,
Dit, je tiens l'affaire en poche ;
La Prife de Lerida ,
Dont il médite l'approches.
La , &c.
GALANT 203
Icy ,fans obftacle il tranche,
Et luy feul fon Confeiller,
Il s'apprête à batailler :
Il avoit la Carte blanche ;
La Prife de Lerida ,
Qui de fon mieux fe retranche
La , &c.
i
Suivant en tout la prudence ,
Ne donnant rien au hazard ,
On le prend pour un Cefar ,
Tant il entre bien en danſe ;
La Prife de Lerida ,
Qu'il fçait mener en cadence ;
·La , &c..
204 MERCURE
La main luy-mefme à l'ouvrages
Dufiege il trace le Plan ,
Et comme un autre Vauban ,
A ce mêtier il fait rage.
Laprife de Lerida,
Sifier defonpucelage ,
La, &c.
Mais ce fut chofe bien trifte ,
Lorfque le Camp s'innonda
Le Grivois fe débanda ,
On n'en trouvoit plus la pifte .
La prife de Lerida ,
Où ce Heros feul infifte
La , & c.
GALANT 205
Le pain d'un Ducat la livre
Ou peu de chofe s'en faut
Le Soldat crie tout haut
Mon Prince , item , ilfaut vivre.
La prife de Lerida
Aux plus grands dangers le livre
La , &c.
L'Officier fans resource
Perd tout espoir & vigueur ,
Il luy releve lecoeur
Parfon credit & fabourſe.
La prife de Lerida
Par la Gloire le rembourſe ,
La
c.
206 MERCURE
Alors laJunte troublée
Veutlaiffer là ce deffein ¸
Il avoit la bale en main ,
Pourquoy l'auroit-il lâchée?
La prife de Lerida
Qu'il avoitfi haut jurée ,
La, &c.
Plein de l'exemple d'un Pere ,
Que jamais on n'oublira ,
L'Espagne ,dit-il, verra ,
Ce que Caffel a vufaire.
La prise de Lerida ,
Si digne de fa colere ,
La , &c.
j GALANT 207
Four & nuit dans la tranchée
Comme le moindre Aigrefin ,
Il y jette au Fantaffin ,
L'or & l'argent à poignée.
La prife de Lerida ,
Vaut bien ceinture dorée
La , &c.
Et l'a gité comme un Liévre
Qui d'autre retraite n'a ,
Ily prend fon quinquina ,
Etfe mocque de lafévre.
La prife de Lerida ,
Vouloit un Prince auffi miévre ,
La , &c.
208 MERCURE
Bravant ce Peuple féroce ,
Il arrive au pied du roc ,
Et frappe , ab hac & ab hoc ,
Sans craindre playe ny boſſe,
La prife de Lerida
N'eftpourluy qu'unjour de nôce
La , & c.
Lors àgrands cris l'on appelle
La troupe de Gallomé
Au fecours tout preparé ,
Mais ORLEANS fondfur elle ,
La Prife de Lerida ,
Q'enfin ce Mars dépucelle ,
La , & c .
GALANT 209
Sus donc , qu'on prenne le verre ;
Renouvellons nos efforts ,
Et beuvons à rouges bords ,
A ce grand foudre de guerre ,
La prife de Lerida ,
Met nos ennemis par terre ,
La prife de Lerida ,
Mes l'Archiduc à quia
Pendant que toute la France
retentiffoit des loüanges du
jeune Vainqueur qui venoit de
faire paroître qu'il n'eftoit pas
moins habile dans le mêtier de
la guerre, que les plus grands
Capitaines ; ce Prince qui n'a-
Janvier 1708.
S
210 MERCURE
voit paffé que comme un éclair
des plus brillans à Madrid , afin
d'y tenir fur les Fonts au nom
du Roy , le Prince des Afturies ,.
ainfi que vous l'avez vû dans
ma derniere Lettre . Ce Prince ,
dis- je , aprés s'eftre acquitté de
tout ce qui l'avoit engagé
d'aller à Madrid en repartit
en Pofte pour revenir
en France , animé du defir
d'y prendre des mefures pour
retourner peu de temps aprés.
en Campagne , afin de ne pas
laiffer aux ennemis le temps de
fe reconnoître. Il refolut en
partant de Madrid de ne s'arGALANT
211
refter en aucun lieu , afin de
pouvoir arriver plutoft à la
Cour. Cependant il demeura
trois heures à Bayonne , où il
falua la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui luy fit un accueil
digne d'elle , & du Prince qui
s'eftoit arrefté en ce lieu pour
la faluer. Cette Princeffe luy fit
non - feulement tout l'accueil
dû à ſa naiffance , & aux grandes
qualitez qui ne
guent pas moins que
-
le diſtinfon
Sang
,
Mais comme elle eft naturellement
genereufe , & qu'elle fe
fait un plaifir de donner , elle
fit preſent à Son Alteſſe Roya
Sij
212 MERCURE
le d'un tres - beau manchon ,
avec une ceinture garnie de
pierreries , & une boucle de
tres -beaux Diamans , qui eftoit
fur le noeud du manchon. Ce
Prince , aprés avoir entretenu
quelque temps Sa Majeſté ,
pourſuivit fa route , & elle l'ac-
·
compagna hors de la Ville ,
comme elle avoit déja fait lorfqu'il
y avoit paffé la premiere
fois. Il reprit la pofte , aprés
avoir quitté ectte Princeffe. Il
refufa tous les honneurs qu'on
luy voulut rendre dans tous
les lieux où il paffa ; mais il ne
pûr s'empêcher d'écouter les
GALANT 213
la
Harangues qui luy furent faites
à Bordeaux , par Mr le premier
Prefident ; à Poitiers , par
le Clergé ; & à Loches , par
Ville & par les Jefuites , & ce
Prince eſtant arrivé à Verfailles
, alla d'abord chez le Roy,
& Sa Majesté luy dit en l'embraffant
, qu'Elle estoit ravie de
le voir revenirglorieux en bonne
fanté , & S. A. R. toujours
occupée de la penfee de fon
retour , afin d'ouvrir la Campagne
de bonne heure , témoigna
à Sa Majefté le deffein qu'-
elle avoit formé de retourner
en Espagne , dés qu'elle auroit
214 MERCURE
pris icy toutes les mefures nes
ceffaires pour prévenir les ennemis
, & pour faire une heureuſe
Campagne . Elle eut enſuite un
affez long entretien avec Sa Majefté
, & depuis ce temps - là elle
n'a point ceffé d'en avoir avec
les Miniftres , & avec tous ceux
qui peuvent contribuer à faire
réüffir les projets qui feront
formez pour l'ouverture de la
Campagne , & à faire triompher
les Armes des deux Rois
nonobftant
les grands mouvemens
que l'on fe donne dans
toutes les Cours des Alliez
pour rompre les deffeins d'un
GNLANT 215
Prince , qui n'ayant jamais eſté
rebuté par les plus grandes difficultez
, & par les perils les plus
apparens , leur fait juſtement
craindre que fa feconde Campagne
en Eſpagne ne luy foit
auffi heureufe que celle dont
il vient de fortir fi glorieuſement.
Vous aviez raifon de me de-.
mander les Vers qui ont efté
faits pour Mr le Marquis de
Chamillart , dans le temps qu'il
eftoit dans l'Armée de Flandre.
Ils n'eftoient pas encore
tombez entre mes mains lors
que vous m'avez mandé que
216 MERCURE
vous fouhaitiez de les voir ,
mais enfin m'eftant mis en
peine de les chercher ; le bruit
de leur répuration a eſté fort
difficile d'en trouver une copie
je vous l'envoye.
A MONSIEUR
LE REBOURS.
ENVOY.
RECOIS ces vers que je t'a➡
dreffe ,
Je fais pour Chamillart quel
zele t'intereffe ,
Que ma Mufe s'offre à tes yeux
Si tu luy trouves quelque grace =
LA
GALANT 217
La fource n'en eft pas dans le facié
valon >
Elle te doitfa noble audace ,
Et tu luy tiens lieu d'Apol
lan.
Accepte donc fon juste hommage,
Elle eft feure de l'obtenir ,
Puifqu'elle a le double avantage,
De chanter Chamillart & de t'appartenir.
#XCXXCXXCXXX
MINERVE.
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE CHAMILLART.
One te
ne te croyois plus fous lesyeux
de Minerve ;
J'avois quitté la terre ; il eft vray,
Janvier 1708. T
218 MERCURE
Chamillart :
Mais comme de l'Olympe , avecfoin
je t'obſerve ,
Mon retour de bienprés a fuivy mon
départ.
2
Dans ce Camp que tes yeux vien
nent de reconnoître
,
J'ay cru , n'en rougis pas , qu'ilfalloit
t'éclairer ;
Et dans ce noble foin dont t'a chargé
ton Maitre ,
Sans moy , tes jeunes ans auroient
pû s'égarer.
$
Ne me déguife rien ; déjà feur de
toy- même ,
Tu croyois te paffer de mes heureuse
fecours ;
Mais quand on aime bien , on craint
pour ce qu'on aime :
GALANT 219
Te ne te confietay qu'à l'auteur de tes
jours.
2
C'eft moy , qui dans ce Camp , où
Vendofme prefide ,
Mon Egide à la main , marchois devant
tes pas :
C'est moy , dans tous les rangs , qui
te fervais de guide ,
Quand tes yeux parcouroient les
Chefs & les Soldats.
S
De quelle vive ardeur brûle toute
PArmée ?
Que Vendofme eft content du coeur
de fes Guerriers :
Sa main, dans l'Aufonie, à vaincre,
accoutumée
Afpire , chez le Belge , à de nouveaux
lauriers,
S
Tij
220 MERCURE
LOUIS , je l'ay prédit ; l'effet
Suivra l'oracle ;
Ya s'immortalifer par de nouveaux
Exploits.
Za fortune à fes voeux n'a mis qu'un
vain obftacle
Ellefera forcée à rentrerfousfes loix.
Que dis-je ? Le defin , par d'heu
reufes premices ,
Vient dejuftifier ce que j'ayprefentis
Et s'il a contre lui déployéfes caprices
,
Il a connu fon crime , & s'en ef
repenti .
ន
Sur les champs d'Almanza voy
triompher l'Ibere ,
Le Batave & l'Anglois , éperdus
&tremblaus ,
GALANT 221
Des fuperbes apprêts de leur vaing
colere ,
N'emportent aprés enx que les débris
fanglans.
2
Voy , d'un autre cofté , les remparts
mis en poudre ,
Villars glace d'effroy l'indomptable
Germain .
Toutfait devantfes pas , on tombe
fous la foudre ,
Que leplus grand des Rois a remife
enfa main.
S
Des plus audacieux , par tout l'orgueil
expires
Partontplus quejamais refleuriffent
les Lys ;
Ces Titans , qui desyeux devorsient
voftre Empire,
Tiij
222 MERCURE
Sous des Monts entaßez ſemblent
enfevelis.
A ce nom de Titans , tu ne peux te
méprendre ;
Rappelle , Chamillart , ce que tes
yeux ont vu.
Tel vouloit attaquer , qui fonge
fe deffendre ;
Telfe croyoit Vainqueur , qui craint
d'eftre vaincu..
1
2
Je voudrois bien , monfils , t'en dirè
davantage :
Mais refpeltons du fort les Ordres
éternels :
Ses terribles fecrets cachez fous un
nuage ,
Ne fe dévoilent pas aux regards
des mortels.
GALANT 223
S
Les Dieux- mêmes , les Dieux n'ont
pas ce privilege :
Ainfi dans l'avenir , ne porte pas
tes yeux :
Efpere feulement ; Minerve te protege
;
Et ton Augufte Maifre eft cher à
tous les Dieux.
S
Mais , j'apperçois déja ce Palais
magnifique ,
Digne & brillant ſejour du Grand
Roy que tu fers ;
C'eft la que ce Heros , fans relache
s'applique
A regler, comme nous , le fort de
l'Univers.
S
"
C'est là , qu'auprés de lay tu vas
revoir ton pere.
Tiiij
224 MERCUR E
Arrête tes tranfports
pouroient eftre
indifcrets :
Et tandis que LOUIS , avec luy
delibere ,
Tu ne dois pas troubler leurs an
guftes fecrets.
2
Voy , quel filence regne autour de
cette porte ;
Du bonheur de la France , ils doivent
ordonner.
Demeure ; & cependant , en atten.
dant qu'on forte ,
Ecoute les confeils que je vais te
donner.
2
"A l'Auteur de tes jours , fi LOUIS
fe confie ,
Il doit àfes vertus ce titre glorieux
Par d'affidus travaux , ilfaut qu'il
justifie
;
GALANT 225
Quefur luyfon Monarque à dùjetter
lesyeux
.
S
Si tu veux obtenir de mêmes recom
penfes ,
Par les mêmes vertus , ilyfaut ar
river.
Il en a mis en toy les premieres fe
mences ;
Par les mèmes travaux tu dois les
cultiver.
28
Tunefçaurois choifir unplus parfait
modele;
Du Peuple & des Soldats , c'eft le
Pere & l'appuy :
Tu connois pour fon Roy fon amon
& fon zele :
Tu dois luy reffembler , eſtant forty
de luy.
ន
226 MERCURE
2
Voy , parmy tant defoinsfigrands
fi difficiles ,
Comme il agitfans ceffe , & femble
eftre en repos i
Tel un fleuve pompeux ,
eaux tranquiles,
roule fes
Et fans trouble & fans bruit , en◄
richit les cofteaux,
S
Si dans tes premiers pas ilfoutient
ta foibleße ,
Tu pouras
Mais on vient 3
c'eft luy que j'apperçois :
Tuvas le voir ; Pentendre : ilfuffit :
je te laiffe :
Qui peut le confulter , n'a plus be
foin de moy
GALANT 227
$
Je paffe au dernier Article
des morts , & quoy qu'il y en
ait déja beaucoup dans cette
Lettre , je me trouve néanmoins
encore obligé d'en referver
quantité d'autres pour le
mois prochain
.
Dame Catherine de Neufville-
Villeroy , Comteffe d'Armagnac
, eft morte âgée de 65 .
ans. Elle a laiffé de fon mariage
avec Louis de Lorraine , Comte
d'Armagnac & de Brionne
Grand Ecuyer de France , Gouverneur
d'Anjou , & Chevalier
des Ordres du Roy , Henry de
Lorraine II. du nom , Comte
,
228 MERCURE
de Brionne , reçu en 1677.
Grand Ecuyer de France en furvivance
de Mr le Comte d'Armagnac
fon pere , & Gouverneur
d'Anjou auſſi en ſurvivance
en 1684. Il époufa en 1689 .
Marie d'Epinay , fille unique de
Mr le Marquis d'Epinay , Duretal
, & de Broon , dont il a
eu Mr le Comte de Lambefc ;
les freres & foeurs de ce Marquis
font , François - Armand ,
Abbé de Royaumont , de Châ
teliers , & de Saint Faron ; Camille
de Lorraine , nommé le
Prince Camille , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ;
GALANT 229
Louis - Alphonfe- Ignace , dit le
Bailly de Lorraine , Chevalier de
Malthe , Chef d'Efcadre des
Armée Navales , tué à la Ba-
>
lc
24 . Aouft
taille de Malaga le
1704. Anne- Marie , Bachelier
de Sorbonne
, connu fous le
nom d'Abbé d'Armagnac
; le
Prince Charles, Meftre de Camp
& Brigadier
de Cavalerie
; Mar.
guerite , mariée en 1675. à
Don Nunno- Olvadez - Pereyra
-de- Mello - de- Bragance, Duc
de Cadaval , Grand de Portugal
, & Grand- Maiſtre de la
Maifon de la feuë Reine de Por
tugal , veuf de Marie - Angeli230
MERCURE
que-Henriette de Lorraine
foeur de Mr le Prince d'Hatcourt
; Marie de Lorraine , ma
riée à Antoine Grimaldi , Duc
de Valentinois , Prince de Mo
naco'; Charlotte dite Mademoifelled'Armagnac
, & trois autres
filles mortes en bas âge. Mla
Comteffe d'Armagnac eftoit
fille de Nicolas III. du nom ,
Duc de Villeroy , Pair & Maréchal
de France , Gouverneur
du Roy , Chevalier des Ordres
de Sa Majefté , Gouverneur du
Lyonnois , Forcfts & Beaujollois
, & de Madelaine de Crequi
, Dame de Mions & de Cha
GALANT 231
ponay , feconde fille de Char--
les , Sire de Crequi , Duc de
Lefdiguieres
, Pair & Maréchal
de France , & de Madelaine
de
Bonne fa premiere femme
fille du Conneftable
de Lef
diguieres. Elle eftoit foeur de
Monfieur le Maréchal de Villeroy
, qui a eu de Dame de
N....... de Coffe , foeur de
feu Monfieur le Duc de Brif
fac ,M' le Duc de Villeroy
, qui
a époufé Mlle de Louvois
M' l'Abbé de Villeroy
, & M
le Chevalier
de Villeroy
, qui
périt dans un Combat que les
Galeres de Malthe donnérent
*
232 MERCURE
contre les Turcs , il y a prés de
dix ans & de Françoiſe de
Neufville , qui épouſa en premieres
noces le Comte de
Tournon ; en feconde le Duc
de Chaulnes , & en troifiéme
le Marquis d'Hauterive . Ni
colas de Neufville I. du nom ,
Seigneur de Villeroy , fut Lieutenant
general au Gouvernement
de l'Ile de France , Gouverneur
de Pontoiſe , Mante ,
&Meulan , &Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris en
1568.
Nicolas de Neufville fon fils ,
Secretaire d'Etat , fervit utileGALANT
233
ment quatre de nos Rois ; fçavoir
, Charles IX. Henry III .
Henry IV. & Louis XIII. au
commencement de fon
regne.
commença à exercer cette
Charge à l'âge de vingt- quatre
ans , qu'il eut du celebre Claude
de l'Aubefpine - Chafteauneuf
dont il avoit épousé la
fille.Madelaine de l'Aubefpine
bifaycule de M la Comteſſe
d'Armagnac s'eft renduë illuſ_
tre par fon efprit autant qu'elle
l'eftoit par fa beauté . Elle compofa
plufieurs ouvrages en Profe
& en Vers, & on luy attribuë
une Traduction des Epîtres
Janvier 1708. V
234 MERCURE
d'Ovide. Ronfard l'a fort chan
tée dans fes Poëfies. Elle mou
rut à Villeroy en 1596. & Aubertau
, Evêque de Scés , un des
beaux efprits de fon temps , fit
fon Epitaphe. Elle fut mere de
Charles de Neufville , Marquis
d'Alincourt , Gouverneur de
Lyonnois , Foreft & Beaujollois
, qui laiffa de Jacqueline de
Harlay, outre Nicolas de Neufville
, dont je viens de parler ,
Camille Archevêque de Lyon ,
& Commandeur des Ordres du
Roy , & Ferdinand , Evêque
de Chartres . Madelaine fa fille ,
premiere femme de Pierre Bru
GALANY 235
fart , Marquis de Sillery , Secretaire
des Ordres , fut digne
fille d'une mere fi illuftre. Elle
eue relation avec les Sçavans de
fon temps
.
Mr le Comte d'Armagnac
eft fils de feu Mr le Comte
d'Harcourt , fi renommé par
fes Emplois , & de Dame N...
du Cambout , Niéce du Cardinal
de Richelieu , qui avoit
époufé en premieres Noces
Mr de Puylaurens . Mr le
Comte d'Harcourt forma la
branche de Lorraine , dite d'Ar
magnac ; il eftoit frere cadet de
feu Mr le Duc d'Elbeuf, grand
Vij
236 MERCURE
il
pere de Mr le Duc d'Elbeuf,
d'aujourd'huy. Outre Mr le
Comte d'Armagnac , il eut Mr
le Chevalier de Lorraine , mort
y a quatre ans . Mr le Comte
de Marfan ; feu Mr l'Abbé de
Lorraine dit d'Harcourt , Abbé
de Royaumont , & Mr le
Chevalier d'Harcourt , qui a
commandé pendant quelques
années les Galeres de Malthe .
Dame Erançoiſe Chrêtienne
Dauvet- Defmarefts , époufe de
M" Guillaume Alexandre ,
Chevalier , Marquis de Vieuxpont
Saint Ymes , & Vau
bourg , Maréchal des Camps
GALANT 237
& Armées du Roy , & Lieutenant
Géneral pour S. M. de la
Province de Beauvoifis , eft auffi
decedée : elle eftoit foeur de
Mr le Comte Defmarefts , qui
a efté Colonel de Cavalerie , &
qui s'est beaucoup diftingué
dans le fervice , pendant que fa
fanté lui a permis d'y refter.
Il a époufé la foeur de Mr le
Prefident Robert. La maiſon
Dauvet eft fort ancienne ; elle
a donné un premier Prefident
au Parlement de Paris . Robert
Dauvet , eftoit Prefident de la
Chambre des Comptes , fous
les Regnes de Charles IX. &
228 MERCURE
d'Henry III. Charlotte Dau
vet fa fille , époufa François de
Rofny , qui fervit fidelement
Henry IV. qui n'eftoit encore
en ce temps - là que Roy de Navare
. Il fut pris à la Bataille
de Jarnac en 1569. & mou-
Tut en 1579. Gette Dame fut
mere du célebre Maximilien de
Bethune , Marquis de Rofny
enfuite Duc de Sully , & que
la faveur d'Henry IV. éleva à
de fi grandes dignitez ; elle fut
auffimere de N ... de Bethune
Marquis de Charoſt , qui forma
la branche des Marquis de
Charoft , enfuite élevez à la
GALANT 239
?
dignité de Ducs . M' le Marquis
de Rieux , qui a époufé Dame
N ... de Berulle , dont le mcrite
eft connu , & qui eft foeur
de Mr le premier Prefident du
Parlement de Grenoble , defcend
de Mr Dauvet , Seigneur
de Rieux , Prefident à la Chambre
des Comptes , dont je viens
de parler ; il forma la branche
de Rieux. Celle de Defmarefts
poffede la Charge de grand
Fauconnier de France , il y a
déja tres longtemps . Mr le
Comte Defmarefts , frere de la
Dame , dont je vous aprens la
mort,en eft aujourd'huirevêtu
240 MERCURE
ર
La Maifon de Vieuxpont eft
fort ancienne & fort illuftrée
en Normandie. M' le Marquis
de Vieuxpont , frere aîné de
celuy qui porte aujourd'huy ce
nom , eftoit Colonel du Regiment
de Bourbon. Il fut tué
à Cavours en Piémont , dans
la derniere guerre .
Mr le Marquis de Valfemé ,
Lieutenant general , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , cydevant
Capitaine - Lieutenant
des Gendarmes de feu Son Alteffe
Royale Monfieur , & que
Sa Majesté avoit nommé pour
aller fervir en Provence , y eft
(
mort
GALANT 241
mort en y arrivant . Il avoit
époufé Mlle Sonnin , foeur de
M' Sonnin , Receveur general
des Finances de la Generalité
de Paris. Ce Marquis eftoit de
l'illuftre Maiſon de Malet- de-
Graville , qui a donné un Amiral
à la France , qui cut beaucoup
de part aux affaires qui fe
pafferent fous les regnes de
Charles VIII. & de Louis XII.
Cette Maiſon a auffi produit
plufieurs perfonnes qui ont
fervi glorieufement l'Etat , &
elle eft alliée aux meilleures
Maifons du Royaume. La mere
de M' le Marquis de Valfemé
Fanvier 1708 .
X.
242 MERCURE
eftoit de la Maifon de Choifeul
& de la branche du Pleffis-
Praflin , & elle eftoit foeur du
dernier Duc de Choifeul ; & ce
fut ce Duc qui engagea M' de
Valfemé fon neveu dans le fervice
de feu Monfieur ; & qui
revêtu de la Charge de Capitaine
- Lieutenant des Gendarmes
d'Orleans , s'eft fignalé
dars les actions où il s'eſt trouvé
, fur tout à la Bataille de
Nerwinde , où il fe diftingua
fort. Il s'eftoit auffi trouvé à celles
de Fleurus & de Steinkerque
, où il avoit donné d'éclasantes
preuves de fon courage ,
Je dois parler icy d'une acGALANT
243
ction digne d'eftre remarquée.
Aprés la mort de feu Monfieur,
la Compagnie
des Gendarmes
d'Orleans paffa au Prince qui
luy a fuccedé. Il eftimoit fort
M' de Valfemé , & il le fit bien
connoiftre lorfque ce Marquis
fut nommé Lieutenant general.
Il luy dit , que cette dignité l'empêchant
de fervir en aucune autre
qualité , il fe trouvoit obligé de
vendre fa Charge , que voulant
luy marquer l'estime qu'ilfaifoit
de fa perfonne , il attachoit
mille écus de penfion à cette Charge
, afin qu'en la vendant , il en
puft tirer une fomme plus confide
X
ij
244 MERCURE
rable. De pareilles actions font
peu ordinaires , & les Princes
qui les font doivent eftre toujours
bien fervis.
L'Article de la mort du P. Mabillon
devoit fuivre les Articles
que vous venez de lire ; mais
comme cet Article doit eftre
auffi étendu que curieux , je me
trouve obligé de le remettre au
mois prochain.
Il eft de certains ufages , aufquels
les ficcles n'ont point porté
d'atteintes , & il paroit qu'on
ne pouroit , fans irreligion
manquer à les obferver , quoy
que cependant , il femble eftre
permis de ne les pas fuivre , &
>
ONLANT 245
que l'on ne faffe point un crime
à ceux qui ne les obfervent
pas. La Fête appellée , des Rois ,
eft de ce nombre ; & ce qui
s'eft toujours pratiqué la veille
de cette Fête , & fouvent le
jour, s'eft fait de tout temps ,
avec plus ou moins d'éclat , felon
la naiffance & la fortune
de ceux qui s'affemblent ces
jours - là , fuivre un ufage
pour
eftably de tous les temps. On
ne doit pas s'eftonner file Roy ,
qui s'eft toujours conformé à
tout ce qu'il a trouvé eſtably ,
avec juftice , & fur tout aux
chofes qui ont des apparences
X üj
246 MERCURE
J
de Religion , quelques legeres
qu'elles foient , a toujours obfervé
, avec un éclat digne de
fon rang, & de la magnificence
qui luy cft naturelle , ce
qui fe pratique dans le temps
de la Fête des Rois . Cette magnificence
a paru cette année ,
avectoute fon cftenduë , la veille
de la Fête des Rois, S. M. ayant
refolu de regaler ce jour là une
partie des principales Dames
de la Cour , en leur donnant
un foupé , qui devoit eſtre fervi
fur quatre tables differentes ,
de dix-huit couverts chacune ,
& qui devoit eſtre fuivy d'un
GALANT 247
magnifique Bal , où devoient
danfer une partie des Dames
du fouper , ainsi que plufieurs
Dames de diftinction , & les
principaux Seigneurs de la
Cour.
Pour donner quelque ordre
à cette Relation , je crois la
devoir commencer par la maniere
, dont l'escalier , par lequel
on devoit paffer , à l'Appartement
où les tables eftoient
dreffées , eftoit illuminé ; &
lorfque je vous auray dit tout
ce qui regarde cet Apartement,
qui eft le petit Apartement de
Sa Majefté , & que je vous au-
X
iiij
248
MERCURE
ray parlé des ordres qui avoient
cfté donnez , afin que tout fe
paffat fans confufion , pour le
Tervice de quatre tables , qui
devoient eftre remplies de foixante-
douze
perfonnes ; je les
laiſſerai
enſuite à table,aprés les
avoir toutes
nommées , & vous
avoir dit ce qui fe paffa à ces
tables , &
pendant que l'on s'y
divertira ,
fuivant
l'ufage du
jour , je
pafferay à
l'apparte
ment
deſtiné
pour le Bal , où
j'entreray
par l'escalier , qui y
conduifoit , & qui eſt du coſté
de la
Chapelle ; & aprés vous
avoir fait une
peinture de cet
GALANT 249
Appartement, je vous parleray
du grand Salon , qui eft à l'antre
bout de cet Appartement ,
d'où j'entreray dans la Gallerie,
afin de faire une deſcription de
l'eftat où elle eftoit alors , & de
tout ce que l'on avoit fait pour
la rendre toute brillante de lumieres
; & lorfque je vous auray
fait voir les mefures que
l'on avoit prifes pour l'entrée
des perfonnes à qui il devoit
eftre permis de voir lè Bal , fans
danfer , je retourneray prendre ..
l'Augufte Compagnic , qui
rempliffoit les quatre tables ,
pour la conduire au Bal , dont
250 MERCURE
je vous parleray enfuite , auffibien
que des habits , & de ce
qui fe paffa au Bal , juſques
quatre heures du matin , que
le Roy d'Angleterre , & Ma
dame la Princeffe fa four , retournerent
à S. Germain.
Le premier des efcaliers ,
dont je viens de vous parler
eftoit illuminé par un grand
nombre de Girandoles
, pofées
fur de grands gueridons
, que
l'on nomme , Torcheres , & par
un grand nombre de bougies ,
placées fur les rampes , & les
lumieres que produifoient plufieurs
luftres , qui eftoient dans
GALANT 251
les deux pieces que l'on voit
vis- à-vis & à la droite du haut
de cet efcalier , cftant jointes à
celles dont je viens de vous par
ler , produifoient toutes enfemble
, un fi grand éclat , qu'il
ne pouvoit eſtre effacé que par
celay des Apartemens & de la
Gallerie.
On entroit enfuite dans la
Salle des Gardes , dans laquelle
on avoit dreffé des tables , où
le fruit eftoit pofé.
Les buffets eftoient dreffez
dans la piece fuivante , d'où
l'on entroit , dans ce que l'on
appelle aujourd'huy , le Sallon.
252 MERCURE
Ce Sallon, quoy que plus long
que large , n'eft fait que depuis
quelques années , & il cft compofé
de ce qui comprenoit auparavant
l'Antichambre & la
Chambre de Sa Majefté,qui eft
prefentement dans le lieu que
Fon nommoit cy- devant le
Sallon.Les quatre tables eſtoient
dreffées dans le nouveauSallon,
dont je viens de vous parler.
Je ne vous dis point que les
trois pieces dont j'ay parlé d'abord,
eftoient toutes brillantes
de lumieres, puiſqu'il eſt aiſé de
fe l'imaginer. Je paffe à ce qui
avoit cfté arreſté , afin que le
*
GALANT 253
fervice pût eftre fait fans confufion
, quoy qu'il y eût quatre
grandes tables à fervir.
Soixante- douze Suiffes , de
la Compagnie des Cent-Suiffes
de Sa Majefté , avoient efté
choifis pour porter les plats
& comme il eftoit impoffible
qu'il n'y eût de la confufion , fi
chacun ne fçavoit à quelle ta
ble it devoit porter les plats ,
dont il eftoit chargé , ces qua
treQuadrilles de Suiffes, avoient
chacune des rubans de couleurs
differentes , & marquées pour
chaque table ; enforte que ceux
d'une Quadrille ne pouvoient
254 MERCURE
fe mêler avec ceux de l'autre ,
aucun ne le feparant de ceux
qui portoient des rubans d'une
même couleur.
On avoit nommé pluſieurs
Controlleurs de la Maifon du
Roy, pour pofer les viandes ;
de maniere qu'il y en avoit
deux à chaque table , pour faire
cette fonction.
Le fervice des Officiers du
Gobelet , fut auffi partagé ,
touchant ce qui regarde leurs
Charges ; & Mr Benoiſt , Controlleur
de la Maifon du Roy ,
regloit toutes les tables.
Mr le Marquis de Livry,
GALANT 255
Premier Maître d'Hoſtel , cut
l'honneur de fervir Sa Majefté,
& Mr Felix , Controlleur géneral
de la Maiſon du Roy,
cut celuy de fervir Monfeigneur
le Dauphin.
Le Roy foupa à dix heures ,
à fon ordinaire ; & Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'Elle eftoit
fervie , entra dans la Gallerie ,
feulement pour y jetter un
coup d'oeil , afin de voir l'effet
du grand nombre de lumieres ,
qui en faifoient briller toutes
les beautez. Sa Majesté eftoit
acompagnée du Roy d'Angle
terre , de Madame la Prin256
MERCURE
C
ceffe fa Soeur , de tous les Princes
, de toutes les Princeffes de
la Maiſon Royale , & de toutes
les perfonnes qui devoient
avoir , ce foir là , l'honneur de
manger aux tables qui venoient
d'eftre fervies .
Voicy les noms des perfon
nes qui mangeoient à ces Ta-.
bles.
PREMIERE TABLE.
LE ROY,
& à la droite de Sa Majefté , a
LEROYD'ANGLETERRE,
GALRNT 257
Madame LA PRINCESSE
D'ANGLETERRE.
Madame ,
à la gauche de Sa Majeſté.
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Madame la Ducheffe d'Or
leans.
Les autres places furent occupées
indifferemment . Celles
qui les remplirent , font :
Madame la Duchefe d'Aumont
, qui fut Reine.
Mela D. de la Ferté.
Me la D. de Brancas.
Me la D. de Roquelaure.
Janvier 708 .
I
Y
258 MERCURE
Me la D. du Lude.
Me de Middelton.
Me la Princeffe de Montauban.
Me la Princeffe d'Epinoy.
Me la Princeffe d'Harcourt.
16 .
SECONDE TABLE.
MONSEIGNEUR.
Monfieur le Duc d'Orleans.
Madame la Ducheffe , qui fut
Reine.
Mademoiſelle de Bourbon.
Mademoiſelle de Conty.
GALANT 259
Me laDucheße d'Albe.
Me de Bouflers.
Me de Souvray.
Mlle de Tourbes.
Mlle de Meleun,
Me la Maréchale de Clerembault.
Me de l'Aigle.
Me de Mirepoix.
Me de la Vieuville.
Me la Comteffe d'Harcourt.
Me laD. de la Feuillade,
Me la D. du Duras.
17.
Y ij
26ɔ MERCURE
TROISIEME TABLE,
MONSEIGNEUR LE
DUC DE BOURGOGNE.
Me la D. de Villeroy.
Me la D. de Lorge.
Me la D. de Nogaret.
Me d'O.
Me d'Epinay , qui fut Reine ..
Me de Torcy.
Me de la Valliere ,
Mlle de Villefranche..
Mede Gié .
Me de
Villacerf.
Me de Belfond.
Me de Gondrin..
GALANT 261
Me la D. de Noailles.
Me la D. de Guiche.
Mela
Maréchale
d'Eſtrées..
16.
QUATRIE ME TABLE.
MONSEIGNEUR LE
DUC DE BERRY.
Me la
Maréchale de
Rochefort.
Me de Mailly.
Me de Beaumont.
Me de
Liftenay.
Mela
Ducheffe
d'Eftrées.
Me de Sforce.
Me de
Chasteauthiers ..
Me la Vidame.
262 MERCURE
Me de Mauleorier.
Me la Comteffe de Livry , qui
fut Reine.
les
Mlle de Langeron.
Mlle de Sainte-Hermine.
Me de la Vrilliere.
Me de Tobieska.
Me de Montbazon.
Mlle de Bouillon.
17.
Il n'eft pas furprenant que
72. Couverts dont eftoient
le 4. Tables , n'ayent pas cfté
tous remplis , puifqu'il eft prefque
impoffible que parmy
xante - douze perfonnes il ne
forGALANT
262
s'en trouve toujours quelquesunes
d'arrêtées par quelque obftacle
qui les empêchent de
jouir d'un honneur que leur
naiffance ou leur rang leur ont
procuré.
Toutes ces Tables furent éga
lement fervies ; auffi eftoientelles
toutes regardées comme
la Table du Roy.
Pendant
que les Reines bu
rent , on fuivit l'ufage ancien
& general , & les cris de la Reine
boit , fe firent entendre ; & com
me il arrivoit quelquefois que
deux ou trois Reines buvoient
dans le même temps , le bruit
264 MERCURE
que faifoient ces cris , eftoit
plus ou moins grand ; mais
toujours fort agreable , parce
que les voix des Dames l'emportoient
fur celles des hommes
qui eftoient à ces Tables ,
& ce qui augmentoit encore le
bruit du Concert formé par
tant de voix differentes , eft
que quoy que ceux qui fervoient
n'y mêlaffent par leurs
voix ,les uns fe frappoient dans
les mains , & les autres trous
voient moyen de frapper harmonieufement
fur quelque piece
d'argenterie , de maniere que
tous ces bruits enſemble , &
formez
GALANT 265
·
formez fur
differens tons ,
avoient quelque
chofe de divertiffant
, & convenoient
fort
à la
Ceremonie du jour.
Laiffons
continuer un divertiffement
, d'autant plus rejouïſfant
qu'il n'eft pas ordinaire ,
dans un lieu fi Augufte , &
paffons par l'efcalier qui conduit
au grand
Apartement
du
Roy , dans lequel on devoit
danfer , afin
d'examiner tout
ce que l'on peut dire de cet Ef
calier ; de cet
Apartement ; du
grand Sallon qui eſt aubour ,
& de la Gallerie que l'on voit
dans le retour.
Janvier 1708. Z
266 MERCURE
2
Cet efcalier étoit éclairé de la
même maniere que l'escalier de
la gauche , & l'on y voyoit beaucoup
de Torcheres & de Girandoles
, ce qui en faifoit briller
toutes les beautez , qui peuvent
aller de pair avec tout ce qui enrichit
les plus beaux Apartemens.
Ily avoit fur un des paliers
, ungrand Buffet , chargé de
toutes fortes de rafraichiffemens.
nubia
Les pieces par où l'on entroit
dans le grand Apartement
du Roy , aprés avoir quitté
l'efcalier , eftoient garnies de
Buffets , fur lefquels eftoient en-
•
NGALANT 267
t
cote d'autres rafraichiffemens ,
& d'une partie de tout ce qui
devoit fervir à la collation , qui
devoit eſtre diſtribuée pendant
le Bal . Ces piéces étoient parfaitement
bien éclairées.
Il y avoit dans la Salle du Bal
II.
qui fuivoit , douze Luftres , dix
Torcheres , avec des Girando .
les , & l'on avoit auffi placé
plufieurs Girandoles , fur l'appuy
des deux Tribunes , qui
font dans cette Salle , qui fervent
ordinairement
à placèr la
Symphonic.
Le Cercle du Bal eftoit au
milieu de cette Salle . Il y avoit
Zij
268 MERCURE
à l'un des bouts de ce Cercle
deux fauteuils , dont l'un étoit
pour le Roy , & l'autre pour le
Roy d'Angleterre. La figure de
ce Cercle , reprefentoit unaqua
ré long , & des plians , qui fuivoient
les deux fauteuils dont
je viens de parler , achevoient
de former le premier rang ; il
y en avoit un fecond , de Ta
bourets , & un troifiéme de for,
mes. Il y avoit aux deux bouts
de la Salle , & dans les croifées
des Gradins , par étagés , pour
les Spectateurs.
Les Officiers ordinaires de la
Muſique , étoient placez dans
GALANT 269
les deux Tribunes ; ainfi on
peut juger que le nombre ch
étoit confiderable , & que tous
les airs fur lefquels on danfa,
furent parfaitement bien joüez.
La Chambre du Lit , & celle
du Trône , que l'on trouvoit
aprés la Salle du Bal , lorfque
l'on étoit entré par le grand efcalier
qui eft à la droite , étoient
éclairées par plufieurs Torche
res , garnies de Girandoles , &
par plufieurs autres Girandoles
qui étoient fur les tables. On
doit remarquer qu'il y a au milieu
de chacune de ces Chambres,
un Luftre d'une tres-gran
*
Ziij
276 MERCURE
Fib
de beauté , & que les lumieres
de ces deux Luftres , & celles
des Girandotes , en faifoient
briller les Criftaux, qui jettoient
un éclat fi éblouiffant , que la
vûë ne pouvoit s'atêter longtemps
à les regarder.
Il y avoit auffi un tres -magnifique
Luftre , dans le Sallon ou
l'on entre en fortant de la
Chambre du Trône. Il étoit
non-feulement éclairé par les
bougies dont le Luftre étoit
garny ; mais auffi par les Gi
randoles qui étoient placées fur
plufieurs Torcheres , & fur les
tables de marbre de ce Sallon..
•
GALANT 271
On entroit enfuite dans la
Gallerie , qui étoit éclairée par
run rang de Luftres , quien rempliffoient
toute la longueur ;
par un grand nombre de Girandoles
, placées fur les tables ,
& en divers autres endroits ,
& par huit piramides de 15 .
pieds de haut chacune , & dont
Les bazes , de plus de 4. pieds
de haut , étoiento richement
ørnécsao , simo!!hƆ al pb wod
Les piramides qui eftoient
portées par ces bazes , avoien
huit étages , fi remplis de flambeaux
, qu'ils fe touchoient les
uns les autres. Il y avoit 132 .
272 MERCURE
bougies fur chacune de fes
piramides , qui étoient termi
nées par une groffe bougie en
flambeau , & toutes ces lumicres
étant opofées à une étoffedor
, qui couvroit le corps
de ces piramides , il en fortoit
un éclat fi brilant & fi vif ,
qu'il feroit dificile de l'exprimer.
Le Sallon qui eft à l'autre
bout de la Gallerie , entre l'Apartement
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne, & la Gallerie
, & qui fait face à celui
qui eft au bout du grand Apar
GALANT 273
&
tement du Roy , eftoit illuminé
de la même maniere , que
celui par où l'on entre dans ce
grand Apartement , & dont je
vous ay déja parlé de l'illumination
Il y avoit 70. Girandoles
tant dans ces deux
Sallons , que dans la Gallerie.
Comme il auroit été mal
aifé d'éviter la confufion , fi
on n'y avoit pas aporté un
grand ordre , les Huiffiers de la
Chambre occupoient toutes les
avenues de l'Appartement où
l'on devoit danfer, & Mr le Duc
de la Tremoüille , premier Gentilhomme
de la Chambre en
274 MERCURE
année , leuravoit donné des Lif
tes des perfonnes à qui il avoit
jugé à propos d'accorder des
places fur les Gradins de la Salle
du Bal.
Le foupé finit fur les onze
heures & demie , & toute la
Cour ayant traversé la Galle
rie ; le Sallon par lequel on en
tre dans le grand Appartement
du Roy la chambre du Trô,
ne & celle du Lit , entra dans
la Salle du Bal : Voicy les noms.
de ceux qui danſérent.eu somn
ry..
LE ROY d'Angleterre ,
Monſeigneur le Duc de Ber
GALANT 275
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans.
-Monfieur le Duc d'Enghien .
Mr le Duc d'Eftrées ..
Mr le Duc de Mortemart.
dimprs.
Tous les noms qui fuivent
font mis icy fans qu'on ait obfervé
de fuivre les rangs de
ceux qui les portent ; je ne fçay
même fi on nen a point ou
blié quelques - uns..
Mr le Marquis de Gondrin.
• AM
Mr le Marquis de Nangis.
Mr le Comte de la Mothe .
Mr le Marquis de Liftenay..
276 MERCURE
Mr le Marquis de Boisfre
mont.
Ion.
Mr le Marquis de Rouffil-
MAD
Mr le Marquis de Seignelay.
Mr le Marquis de Tellé. ex
Mr le Marquis de Biron,
Mr le Marquis de Nefle.
Mr le Marquis d'Egvilly.
Mr. le Marquis de Livry.c
Mr le Marquis de Chaba
nois.
Mrle Comte de Monteffon.
Mr le Marquis de Grave.
Mr le Marquis de Rouvroy.
Voicy les noms des Dames
GALANT 277
qui ont danfe au même Bal
MADAME LA PRINCESSE
d'Angleterre .
MADAME LA DUCHESSE
DE BOURGOGNE.
Mademoiſelle de Bourbon.
Mademoiſelle de Conty.
Mademoiſelle de la Rochefur-
Yon.
Les Dames qui fuivent ne
font point nommées ſelon leur
rang.
Me la Ducheffe de Duras.
Me la Comteffe d'Harcourt.
enMela Ducheffe de Noailles.
278 MERCURE
Me la Marquife de la Vril
liere.
. Me de Gié .
Me la Marquife de Belleb
fond. GA
Me la Marquife de Liſtenay
Mlle de Sainte- Hermine .
Me de Chaumont .
Me de Tobieska..
Mile de
Langeron .
Mlle de Villefranche
.
1 on tu vit hup
Il feroit difficile de vous faire
une peinture bien exacte des:
habits de toutes ces Dames , &
des pierreries qui leur fervoient
d'ornemens. Madame la PrinGALANT
279
ceffe d'Angleterre eftoit en
Robbe , ce que l'on appelle aujourdhuy
grand Habit , & les
habits de toutes les Dames du
Bal , eftoient de la même maniere.
Celuy de cette Princeſſe
eftoit de velours jaune ; fon
Corps eftoit tout garny de pier
reries , auffi bien que fa Robbe ,
dont les attaches auffi de pierreries
eftoient des plus brillantes
, & la Juppe de cette Prin
ceffe n'avoit pas de moindres
ornemens . L'Habit de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
qui eftoit de velours noir , eftoit
garni de même , & ſa Juppe
280 MERCURE
cftoit femée de plufieurs bouquets
de pierreries. Ces deux
Princeffes avoient de tres - belles
Aigrettes , & toute leur coëffure
eftoit auffi mêlée de pierreries.
Tous les habits des Dames
eftoient auffi de velours de differentes
couleurs , avec des parures
de diamans , & les habits
de celles qui estoient en deüil ,
cftoient garnis d'hermines avec
des attaches de diamans.
Le Bal s'ouvrit par le Roy
d'Angleterre & par Madame la
Princeffe fa Soeur . On doit remarquer
que la premiere fois
GALANT 281
que Sa Majefté Britannique fe
leva pour danfer , le Roy fele
va auffi , & que Sa Majesté fe
tint debout , pendant tout le
temps que ce Prince danfa. On
doit obferver auffi , que les
Princes , les Princeffes , & generalement
toutes les perfonnes
qui danferent , faluerent
Leurs Majeftez , avant que de
danfer.
Le Roy d'Angleterre , aprés
avoir danfé , avec Madame la
Princeffe fa Soeur , prit Madame
la Ducheffe de Bourgogne ,
& ces deux Princeffes s'en acquitterent
, avec tant de
Janvier 1708. Aa
gras
282 MERCURE
ces , que toute l'Affemblée en
fut charmée. Madame la Du
cheffe de Bourgogne
prit Monfeigneur
le Duc de Berry ;
Monfeigneur
le Duc de Berry
pritMademoiſelle
de Bourbon;
cette Princeffe danſa enſuite ,
avec Monfieur le Duc d'Or
leans , qui prit Mademoiſelle
de Conty , qui danſa aprés ,
avec Monfieur le Duc d'En-
7
ghien , qui prit Mademoiſelle
de la Roche-fur - Yon , & Mademoiſelle
de la Roche-fur-Yon
prit Mr le Duc d'Eftrées , qui
fut le premier des Seigneurs.
qui danferent, aprés les Princes;
GALANT 283
& pendant le reste du Bal , on fe
prit indifferemmént. 11
Il eft aifé de s'imaginer
que toutes les danfes , qui font
aujourd'hy le plus en ufage ,
furent danfées , & que les contre
danfes ne furent pas oubliées.
Il feroit difficile de trouver
dans aucun Bal , quand
même il feroit compofé d'un
plus grand nombre de Danfeurs
& de Danfeufes , autant
de perfonnes qui danfaffent
auffi bien , non- feulement ( &
je le dis avec verité ) parce que
le bon air regne plus à la Cour
qu'ailleurs , & qu'il peut eftre
Aa ij
284 MERCURE
difficilement imité par ceux qui
n'y font
pás leur fejour ordinaire
, ou qui n'y viennent pas
fouvent ; mais auffi parce que
l'on nerifque gueres de danfer
dans un lieu fi augufte , & ou
l'on eft fi éclairé , fans eftre perfuadé
que l'on ne s'expofera
pas à la cenfure de ceux qui ne
pardonnent rien. Cependant, il
ne laiffe pas d'eftre conſtant
qu'un Bal cftant ordinairement
compofé d'un grand nombre
de perfonnes , les unes ont plus
de naturel pour la danfe que les
autres , & qu'il s'en trouve toujours
qui remportent le prix ;
GALANT 285
mais comme il eft quelquesfois
difficile de decider , & qu'on le
pecuutt faire par inclination , ou
par goût , & que le goût de
ceux qui decident n'eft pas toujours
jufte , je crois ne devoir.
rien dire qui foit plus à l'avantage
des unes que des autres ;
& d'ailleurs l'on doit eftre perfuadé
que ceux dont la danſe
a le moins brillé dans cette
Affemblée , feroient fûrs de
remporter le prix par tout ailleurs
.
Le Roy quitta le Bal à une
heure. La collation qui parut
quelque temps aprés , fut d'a286
MERCURE
ر ک
bord prefentée à tout le Cercle,
& elle fut enfuite diftribuée.
aux Spectateurs . Je ne dis point
que cette collation fur compo
fée de tout ce qui pouvoit cftre
fervy dans un Bal , & rafraîchir
une Affemblée , que la
chaleur d'un lieu , remply de
monde , & brillant de lumieres,
devoit avoir alteré on fçait
affez que c'eſt à la Cour , où
ces collations paroiffent avec
plus d'éclat , & que les Officiers
du Roy , qui en ont foin ,
n'ont point de pareils dans le
monde.
Le Bal recommença aprés la
GALANT 287
collation , & l'on peut dire que
ce divertiffement fit tant de
plaifir aux Danfeurs & aux
Spectateurs , que l'Aſſemblée
ne fe fepara que fur les quatre
heures du matini'n o
Le Bal finy , Sa Majefté Britannique
, & Madame la Prin--
ceffe fa Soeur , retournerent à S.
Germain. Les Gardes du Corps,
les Cent- Suiffes , ainfi que les
Gardes Françoiſes & Suiffes ,
eftoient fous les armes , dans
leurs poftes ordinaires , & les
tambours battirent aux
champs , de même qu'ils font
en plein jour , lorfque Leurs
288 MERCURE
Majeftez Britanniques vien
nent chez le Roy.
La defcription de cette Fête
parle affez , fans qu'il foit neceffaire
d'en rien dire davanta
ge , fi ce n'eft qu'il paroît inpoffible
qu'on puiffe voir , dans
aucun lieu du monde , autarir
de pierreries enſemble , qu'il
en parut dans ce Bal ; & qu'il
eft certain que l'on n'en peut
donner dans des Appartemens
plus magnifiques & plus étendus
que ceux de Verfailles , à
caufe de la Gallerie , & des
deux grands Sallons , qui font
aux deux bouts.
La
GALANT 289
La Reine Doüairiere d'Efpagne,
continuant d'eftre charmée
des honneftetez qu'elle reçoit
de la part de Philippe V.
acette Princeffe continue auffi
d'en faire voir fa reconnoiffance
danstoutes les occafions ,
où elles en peut donner des
marques publiques , & toutes
les fois que les Efpagnols en
donnent de leur zele & de
leur amour pour leur Souve
rain , & qu'ils ont lieu de faire
éclater leur joye , par des ré
jouiffances publiques . Cette
Reine qui fait fon fejour à
Bayonne , y fait auffi paroître
Fanvier 1708. Bb
290 MERCURE
L
fa joye , avec éclat : ce qui
m'a fouvent obligé de parler
des Fêtes qu'elle y a données.
La derniere , a efté à l'occafion
du jour de la naiffance de Sa
Majefté Catholique cette Princeffe
fit , ce jour là , illuminer
tout fon Palais Elle fit tirer
beaucoup d'artifice , qui
fut accompagné de divers concerts
; & ce divertiſſement fut
fuivy d'une Comedie , qui fut
reprefentée dans la grande falle
de fon Palais .
:
Mr le Marquis de Langeron
a eu la Commanderie de
Saint Louis , qui vacquoit par
GALANT 291
la mort de Mr le Marquis de
Villette. Il eft Lieutenant general
des Armées Navales de Sa
Majefté. Il fut fait Capitaine
de Vaiſſeau en 1671. Chefd Ef
cadre fur la fin de l'année 1689 .
& Lieutenant general en 1697 .
Il s'acquit beaucoup de gloire
à la defcente de Camaret . Il repouffa,
avec 200 , hommes , plus
de 4000. Anglois & Hollandois ,
Il fit échouer , avec fon canon ,
plufieurs Vaiffeaux Ennemis ,
& il s'eft fort diftingué dans le
Combat de la Malgue . Ce Marquis
eft de la Maifon d'Andrault
& proche parent de Mr l'Abbé
Maulevrier , Agent general du
Clergé , qui eft auffi de la Maifon
d'Andrault , & coufin - germain
de Mr le Marquis du
Bbij
292 MERCURE
Bourg . Feu Mr le Marquis de
Langeron , ayant épousé Dame
N ... du Mayne du Bourg , tante
de Mr le Comte du Bourg ,
aujourd'huy Lieutenant general
; & Mr le Comte des Forges-
Saint - Julien , ayant épousé Dame
N .. du Mayne , foeur de
Madame la Marquife de Langeron
. La Maifon d'Andrault eft
tres- ancienne dans le Lyonnois ,
& elle a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de Lyon . Mr l'Ab .
bé Maulevrier eft aujourd'huy
du nombre de ces Comtes , & il
a un frere Chartreux, qui eftoit
Comte de Lyon , avant luy ,
Il a auffi deux freres dans l'Or.
dre de S. Antoine , dont le cadet
a efté General , mais qui depuis
quelques années s'eſt démis
>
GALANT 293
de cette Dignité , pour vivre
dans une plus grande tranquili
té. Mr l'Abbé Maulevrier a dani
le Service deux neveux , du
nom de Langeron , qui s'y font
déja fort diftinguez . L'aîné eſt
Brigadier.
Mr le Comte de Muret , Maréchal
de Camp , a eu le Cordon
rouge , qui vacquoit par la
mort de Mr de Valfemé. Ce
Comte a efté Colonel du Regiment
d'Albigeois & enfuite
de celuy de Beauvoifis . I fe
diftingua fort à la Bataille de
Luzarra. Je ne parle point de
toutes les actions qui l'ont fait
parvenir à la dignité de Maréchal
de Camps je diray feule
ment qu'il a beaucoup d'intré
pidité, & qu'il a fouvent fait voir
Bb iij
294 MERCUR
Z
une fermeté inébranlable . 1
commandoit , en dernier lieu à
la Peroufe ; & quoiqu'il rifquât
beaucoup de voir enlever ce
pofte , & qu'il luy eût efté permis
de l'abandonner , s'il le jugeoit
à propos , les perils les
plus aparens , n'ayant pu ébranler
fa fermeté , il eſt cauſe que
ce pofte eft demeuré à Sa Majeſté
Il eſt allié de Mr le Rebours
, & par confequent de Me
de Chamillart. Sa famille eft
originaire du Païs Chartrain ,
elle eſt eſtablie dans l'Ile de
France , il y a prés de deux fiécles
.
Mr de Mombron , defirant de
diſpoſer , avant ſa mort du Brevet
de retenuë , qu'il avoit fur
la Lieutenance generale de
GALANT 295
Flandres ; & ayant fupplié le
Roy de vouloir bien recevoir fa
démiffion de cette Charge , Sa
Majefté a bien voulu luy accorder
cette grace ; mais fouhaitant
, en même temps , que cette
Chargefût remplie par un homme
de nom , & dont les fervices
fuffent diftinguez , Elle a
cru qu'elle ne pouvoit cftres
mieux remplie que par Mr le
Chevalier de Luxembourg, Maréchal
de fes Camps & Armées ,
quatriéme fils du Maréchal de
ce nom ; & ce Chevalier ayant
fçû , par Mr de Chamillart , que
Sa Majesté l'avoit choisi pour
remplir cette importante Charge
, il alla , avec Mr le Duc de
Luxembourg , fon frere- aîné ,
remercier ce Prince qui luy 2.
Bb
iiij
296 MERCURE
dit ; que l'ayant toujours bienfervy
dans toutes les occafions , où fonfervice
l'avoit demandé, il avoit cru
ne pouvoir faire un meilleur choix ;
qu'il l'exhortoit à continuer à le fervirt
jours de même , & qu'il eftoits
bien perfuadé qu'il continueroit à le
fervir toujours , comme il avoitfaitz
qu'il avoit un Brevet de rétenuë de
cinquante mille écus àpayer à Mr
de Mombron ; & que pour luy en
faciliter le payement , il luy accordoit
contre la loy qu'il s'eftoit
faite , de ne plus donner de ces fortes
de Brevets ) un Brevet de retenuë
de vingt-cinq mille écus ; & que
l'on trouveroit moyen de luy valoir
les autres vingt-cinq mille : Et ce¹
Monarque , aprés les avoir quittez
, il fe retourna auffi - toft ,
& dit à Mr le Duc de Luxem
GALANT 297
i
bourg, & à Mr le Chevalier fon
frere En verité , Meffieurs , je
n'oublieray jamais les fervices par
ticuliers quefeu Mr de Luxembourg »
votre pere , m'a rendus , & qu'il a
rendus à la Couronne . Ces manieres
qui font ordinaires au Roy , doi
vent faire tous les jours redoubler
, l'attachement que l'on a
pour fa Perfonne & pour fon
fervice.
Mr le Maréchal de Villeroy ,
ayant refolu de fe démettre de fa
Charge de Capitaine des Gardes
du Corps , en a remis la démiffion
entre les mains du Roy
& Sa Majesté en a pourvû Mr
le Duc de Villeroy fon fils , dont
la valeur , le zele pour ſon ſervi
ce , & la prudence luy font con
nuës . En effet, ceDuc s'eft diftin
298 MERCURE
gué dans toutes les occafions les
plus perilleuses , où il s'eft trouvé
& les Troupes luy ont tou
jours rendu juftice la deffus .
Je devrois joindre à cet article
des Dons du Roy , celuy qui
regarde l'Evêché de Pamiers ,
que Sa Majesté vient de donner
à Mr l'Abbé de Verthamon;
mais quand je me trouve obligé
de leremettre au mois prochain,
je ne dois pas oublier de vous
dire qu'il y a une méprife dans
l'article de ma derniere lettre ,
où il est marqué , que le Roy a
donné le Prieuré de la Charitéfur
Loire à Mr le Prince Fre
deric d'Auvergne. Je ne fçay
comment cette faute s'eft gliffée
, puifque je n'ignorois pas
que ce Prieuré depend de l'Ab
GALANT 299
•
baye de Cluny , dont Mr le Car
dinal de Bouillon eft Abbé , &
que par confequent ce Prieuré
eft à fa nomination.
Mre Marie Jean - Baptiste
Colbert , Marquis de Seignelay
& de Lonré , Colonel du Regiment
de Champagne , épouía le
10. de ce mois , à onze heures du
matin , Marie - Loüife- Maurice
de Furftemberg . La Ceremonie
des époufailles fe fit dans la Chapelle
de l'Archevêché par Mr le
Cardinal de Noailles , en prefence
de Me la Princeffe de Furftemberg
; de Mr le Prince d'Ifenghien
; de Mr l'Abbé d'Auvergne
; de Mr le Prince Frederic
fon frere , Abbé de la Charité
fur Loire ; de Mr le Marquis
de Dangeau ; de Mr le Maréchal
300 MERCURE
& de Mr le Bailly de Noailles.
1ls eftoient tous du cofté de l'Epouſe
; & ceux qui affifterent à
cette Ceremonie du cofté de Mr
leMarquis de Seignelay, étoient,
Mr le Comte de Creuilly ; Mr
l'Abbé de Seignelay , fes freres ;
Mr le Comte de Linieres ; Mr
le Duc de Chevreufe ; Mefdames
les Ducheffes de Beauvil
lier , & de Mortemart , & plu
fieurs autres parens du même
cofté, Mr le Bailly de Noailles
donna à fouper à toute cette,
illuftre Affemblée .
Mr le Marquis de Seignelay
a déja donné en plufieurs occafions
des preuves de la valeur
hereditaire à ceux de fon fang..
Il eft petit - fils de Jean Bap
tifte Colbert , Miniftre & SeGALANT
301
C
tretaire d'Etat , Commandeur
& Treforier des Ordres du Roy,
& fils aîné de feu Mr le Marquis
de Seignelay , qui avoit
époufé Rofe de Matignon , Marquife
de Lonre , fille puifnée de
Henry de Matignon , Comte de
Torrigny. Aprés la mort de Mr
le Marquis de Seignelay , cette
Dame époufa Charles de Lor
raine , Comte de Marlan', dont
elle a eu plufieurs enfans , & elle
mourut en 1699. Mr le Marquis
de Seignelay fut reçu en furvi
vance de Mr le Marquis de la
Salle Maitre de la Garderobe
en 1690 .
13
La nouvelle Marquife de Seignelay
eft fille d'Antoine- Egon
Prince de Furftemberg , Comte
de Heligemberg , & de Wer302
MERCURE
denberg , & c. Gouverneur de
'Electorat de Saxe , & de Marie
de Ligny , petite- niece de
Mr le Chancelier Seguier , fille
de Jean de Ligny , Chevalier ,
Seigneur de Grogneüil , Saint
Piat , Maiftre des Requeſtes , &
d'Elifabeth Boyer , foeur de feuë
Me la Ducheffe de Noailles .
Me la Marquise de Seignelay eft
foeur de feuë Me la Princeffe
d'Ifenghien , & de Me la Comteffe
de Lannoy . Mr le Prince
de Furttemberg pere de ces trois
Dames, eft Herman Egon , Comte
, puis Prince de Furttemberg ,
créé Prince de l'Empire par
l'Empereur Leopold en 1654 .
& de Marie - Françoiſe de Furtemberg
, fille de Frederic- Rodolphe
de Furftemberg , LandGALANT
303
grave de Stillingen . Ce Prince
fut enfuite Grand Maiftre de la
Mailon de Maximilien de Baviere
Electeur , & fon principal
Miniftre , & Chef du Conſeil de
l'Electeur de Cologne Maximilien-
Henry de Baviere. Le Prince
de Furftemberg eft frere de
feu Felix - Egon , Prince & Abbé
de Leurs & de Murbach ,
Coadjuteur & enfuite Abbé de
Stablo ; de Ferdinand Maximilien
Caëtan- Jofeph Egon, Cha
noine de Cologne & de Maf
bourg , & enfuite Brigadier des
Armées du Roy , mort le 6. May
1698. d'Emanuel François- Egon
, Chanoine de Cologne &
de Strasbourg , puis Colonel de
deux Regimens au fervice de
l'Empereur , tué à l'affaut de
304 MERCURE
Belgrade en 1688. fans laiffer
d'enfans de Catherine- Charlot
te Comteffe de Walleurad , veuve
en premiere noces de François
- Antoine , Comte de la
Marck . Me la Marquife de Seignelay
eft petite- niece de feu
Mr le Cardinal de Fürftemberg
mort le ro. Avril 1704. La Maifon
de Furftemberg eft iffuë de
Henry , Comte de Fürftemberg,
qui vivoit dans le neuviéme fiecle
, & qui époufa Agnés , fille
de Gregoire , élû Roy d'Ecoffe
en l'année 875.
10 .
Les Vers qui fuivent font de
l'Auteur qui fe cache fous le
nom de Minerve , & dont les
ouvrages ont toûjours efté trou-.
vez de bon gouft , & remplis de
fageffe & de bon fens . Comme
GALANI 305.
ils ont efté prefentez quelques
jours avant le mariage de Mr le
Marquis de Chamillart , prefentement
Marquis de Cany , ils
peuvent fervir de Prelude à l'article
de ce mariage.
OFOFOFOFOKOR *******
E STRENES
DE MINERVE,
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE CHAMILLART.
CHAMILLART de fon fort
connois toute la gloire ,
Lorfque l'Hymen pour toy fait
briller fon flambean ;
De mespremiers bien - faits rapelle
Cc
Janvier 1708.
206 MERCURE
la mémoire,
Et voy qu'elle eft la main quiforme
un Noeud fi beau.
S
c'eft la main de Minerve , oùy
Minerve elle même ;
+
De Junon , de Lucine , exerce icy
l'Employ ,
Et le Dieu de l'Hymen , qui fçaitcombien
je t'aime ;
Semble d'empressemens diſputeravec
moy.
2
Pour te marquer mes foins par de
riches eftrenes 3.
Sur ce Vafte Univers , j'ay beau
porter les yeux ;
Tunir à Mortemart , par d'éter
nelles chaines ,
Me paroit le prefent le plus digne
des Dieux.
S
GALANT 307
}
Je ne te vante point l'éclat de fa
Naiffance
Tufçais de quels Heros elle a reçk
lejour ,
Sur l'éclat de fes yeux , je garde le
filence ,
Je veux pour d'autre biens , t'infpi
per de l'Amour.
ន
Faime mieux te tracer les beautez
de fon ame ,
C'est là ce qui te plaift , m'en defavoüeras
tu ?
Non, je te connois trop , c'eſt tour
ce qui t'enflame ,
Etrien n'eftdans ton coeur , du prix
de la vertu.
Sincerité , douceur , fageffe , tout
confpire ,
A te rendre plus cher le choix que
1
Ccij
308 MERCURE
j'en ayfait ,
C'eft moy qui la conduis ,
claire , & Pinfpire ,
qui
Je n'ay jamais formé d'ouvrage
plus parfait.
S
C'est par un tel prefent qu'en vers
toy je macquite ,
De l'ardeur qui t'anime à m'offrir
tous tes voeux >
A l'aspect éclattant , d'un fi rare
merite ?
Les autheurs de tes jours comme toy
font heureux.
2
Ainfi furent heureux Uliffe , &
Penelope ,
Lorfque de leur cher fils , couronnant
les travaux ,
J'unis à fon deftin , le deftin d'Antropes
GALANT 309
Digne objet des foupirs de cent
Roys fes Rivaux.
25
Le tendre attachement , qu'il montra
pour fon pere ,
Qu'il eut pour fes devoirs , fit éclater
mes foins,
Par les mêmes vertus , tu fous l'art
de me plaire ;
Ayme hien , Chamillart , &n'efpere
pas moins,
Déja , tout jeune encor , tu marches
fur fes traces.
Du fruit de mes Leçons ne trompe
point Refpoir;
Si tu veux de ma main obtenir d'au
tres graces ;
Pourfuis , & dans fes yeux , lis taujours
ton devoir.
310 MERCURE
Je ne te parle plus d'une épouse
charmante
Tu l'aimeras toujours & je me le
promets ;
L'amourde la vertu , par la vertu
s'augmente ,
Ses divines beautez ne vieillißent
jamais.
2
Mais pour votre bonheur , je vois
que toute s'apprête,
Ma priefence en ces lieux troubleroit
vos plaifirs
A dieu : c'est à l'amour d'achever
cetre Fête
Je lui laiffe le foin de remplir vos
defirs.
J'aurois beaucoup de chofes
à vous dire à l'occafion de ce
mariage , fi lorſque Mr de ChaGALANT
ZIE
millart fut nommé Controlleur
general , je ne vous avois pas
parlé de tous ceux qui ont por
té le nom de Chamillart avant
luy , & de la maniere dont ils fe
font acquitez des grands emplois
qu'ils ont poffedez . Je vous ay
auffi parlé des alliances faites
par ce Miniftre , dans les Articles
qui regardent les mariages.
de Mefdames les Ducheffes fesfilles
. Ainfi il ne me reſteroit
qu'à vous parler de la famille
dans laquelle Mr le Marquis de
Cany vient d'entrer ; mais je ne
ferois que repêter ce que je vous
en ay dit depuis peu , en vous
parlant de la mort de Me de
Montefpan ; de celle de feu Mrl'Archevêque
de Roüen , & du:
mariage de Mr le Marquis de
312 MERCURE
Seignelay , dont vous venez de
lire l'Article, Ainfi je ne ferois
que repeter ce qui doit eftre encore
prefent à voftre memoire .
Cependant je ne puis m'empêcher
de vous dire encore que fi
on regarde Mlle de Mortemar-
Rochechouart du cofté de fon
pere , on trouvera que fa Maifon
eft des plus illuftres , puifqu'elle,
defcend des anciens Comtes de
Limoges ; que feu Mrle Duc de
Mortemar , premier Gentilhomme
de la Chambre , & Gouverneur
de Paris , eftoit bifayeul de
Mlle de Mortemar , que Mr le
Maréchal Duc de Vivonne , Vi
ceroy de Sicile , & General des
Galeres de France , eftoit fon
ayeul , & que feu Mr le Duc de
Mortemar , auffi General des
Galeres
GALANT 317
Galeres de France , eftoit fon
pere.
Quant à ce qui regarde la famille
Colbert , il feroit difficile
d'en trouver une plus illuftrée
par de grandes alliances , & par
de grands emplois , & l'on peut
dire que l'efprit & la valeurfont
hereditaires à cette famille , &
que fi ceux de ce nom qui font
morts dans le lit d'honneur ,
avoient vêcu plus longtemps
elle auroit compté un jour plufieursMaréchaux
de France parmi
fes anceſtres.
Je ne puis finir cet Article
fans vous parler de Mr le Marquis
de Cany , qui en fait le
principal fujet. Je vous ay parlé
de fon efprit , de fa penetration
& de fa vivacité qui parurent
Dd
Fanvier 1708.
318 MERCURE
aux yeux du public , dans le
temps qu'il foûtint des Thefes
de Philofophie. Sa grande ap
plication à l'étude pouvoit y
avoir quelque part ; mais la fa
geffe qu'il faifoit voir dans le
College où il demeuroit , cftoit
infiniment au deffus de fon âge ,
& quoy qu'il connuſt la fortune
qui l'attendoit , & que ceux qui
luy faifoient leur Cour dés ce
temps-là , luy tinffent des Difcours
capables d'enorgueillir
une perfonne plus avancée en
âge , il a toûjours fait voir la
même fageffe , & la même moderation
Il ne cherchoit à s'élever
au- deffus de fes égaux que
par fon efprit il vivoit enfin
d'une maniere qui le faifoit confiderer
, aimer & eſtimer de touc
GALANT 319
Te monde , & l'on peut dire qu'il
faifoit plus d'honneur à la Fortune
, que la Fortune ne luy en
faifoit, ce qui donnoit lieu de juger
qu'il pourroit foûtenir un
jour le poids des plus grands emplois
, avec la fagelle qui eft .
une des principales vertus de
ceux quiont porté , & qui portent
aujourd'huy fon nom .
Je ne puis m'empêcher , puifque
l'occafion s'en prefente aujourd'huy
, de vous parler de
feu Mr l'Abbé de Chamillart
fon oncle. Il eftoit un des plus
-celebres Docteurs de la Maiſon
de Sorbonne. Il s'eft fignalé
pendant tout le cours de fa vie
dans la deffenfe de la faine doctrine
, ayant employé fon zele
&fa plume contre le poifon des
Dd ij
320 MERCURE
nouvelles opinions qui ont troublé
l'Eglife de France depuis
environ un fiecle. Il a paffé fa
vie dans le Seminaire de Saint
Nicolas du Chardonnet , d'où il
n'a point voulu fortir pour eftre
élevé aux dignitez où fon merite
& la vertu l'appelloient. Il a
efté long- temps Profeffeur de
Sorbonne , & ceux qui courent
aujourd'huy cette carriere
cherchent avec empreffement
fes Cahiers , où l'on trouve
des Trefors d'érudition & de
fcience .
Je crois devoir reprendre l'article
de Mr le Marquis de
Cani , & vous dire que les loüanges
que je lui viens de donner ,
ne lui ont point efté attirées par
la fituation où il fe trouve au
1
GALANT 321
jourd'huy ; puifque je les lui ay
données dans les temps où il les
avoit meritées , & que je n'ay
rien dit alors , fans donner des
preuves de ce que j'avançois ,
& je puis même ajoûter , que
ceux qui avoient foin de ſa conduite
, & de lui inſpirer l'amour
des Sciences , & de la vertu ,
m'en ont dit beaucoup davantage
, que ce que j'en ay raporté
dans les temps que j'ay cu occafion
d'en parler. La conduite
qu'il a tenuë depuis ce tempslà
, y a pleinement répondu ;
fon aplication au travail a toujours
efté grande , & l'on à
connu dans tous les lieux où
ila paffé , en faisant la vifite
de la plus grande partie des Places
de Guerre de France , que
Dd iij
322 MERCURE
fon fçavoir , fur tout ce qui rez
garde la grande Charge dont
il a aujourd'huy la furvivance ,
eft beaucoup au deffus de ce que
l'on devoit attendre de lui , dans
un âge où l'étude & l'aplication
lui tenoient feules , lieu de
l'experience que l'on ne peut acquerir
qu'avec le temps. Je n'ay
rien dit en rapportant ce que ce
Marquis a fait dans la vifite
dont je viens de parler , que fur
la foy de plufieurs Lettres écri
tes par des perfonnes qui ont
cfté témoins de tout ce qu'elles
ont avancé , & que leur grande
experience dans le mêtier de la
guerre , ont rendu tres- capables
d'en juger . Il ne me refte
plus qu'à fouhaiter que pour le
bien de l'Etat , ce Marquis con,
GALANT 323
tinuë comme il vient de com
mencer , & il y a lieu d'efperer
qu'il deviendra auffi grand homme
que les Miniftres de la Guerre
& des Finances , qui ont efté
formez par le Roy , & qui ont
efté reconnus de toute l'Europe
pour les plus grands hommes
du fiecle où ils ont vêcu.
Trois jours aprés la celebration
du Mariage de Mr le Mar
quis de Cany , Me la Marquife
de Cany fon époufe , eut l'honneur
de faluër le Roy. Elle fur
prefentée à Sa Majesté par Mefdames
les Ducheffes de Mortemar
, de Beauvillier , de Chevreufe
, de Lorge , de la Feüil-
Jade , de Saint - Aignan , & par
Meldames les Marquifes de Cha
millart & de Dreux . Sa Majesté
324 MERCURE
les reçut non -feulement avec
les manieres charmantes qui
luy font ordinaires ; mais elle dit
auffi quelque chofe d'obligeant
à chacune de ces Dames .
Trois jours aprés Me la Marquife
de Seignelay eut le même
honneur , & elle fut prefentée
au Roy par Madame la Princeffe
de Furftemberg fa mere , &
par Mesdames les Ducheffes de
Beauvillier , de Chevreuſe & de
Mortemart , tantes de Mr le
Marquis de Seignelay.
Il fut aifé de remarquer par
l'accueil que le Roy leur fit ,
que cette alliance luy eftoit tresagreable
, & que Sa Majefté
avoit beaucoup de confideration
& d'eftime pour toute cette
illuftre parenté.
GALANT 225
A
Quelques jours aprés le Bal
que le Roy donna à Verſailles ,
la veille de la Fête des Rois , il
y en eut un autre , où il fur
permis à toutes les perfonnes de
la Cour de venir maſquées ,
ainfi qu'aux Officiers de guerre,
du nombre defquels pourtant ,
n'eftoient compris que les Lieutenans-
Colonels , & tous ceux
qui font au- deffus . Perſonne ne
devoit entrer à ce Bal , fans
s'eftre fait connoître , & l'on
avoit cru devoir fe fervir de
toutes ces precautions , pour
éviter la confufion qui fe rencontre
toujours en de pareilles
occafions , & qui n'auroit
pas
manqué d'ariver , fi l'on n'en
avoit pas ufé de la forte , quoy
qu'il n'y ait point en Europe
326 MERCURE
de plus vaftes Apartemens que
ceux de Verſailles ; mais la Cour
de France eſt toujours fi groffe
& Paris eft remply d'un fi grand
nombre de personnes de diftinction
, qu'il eft impoffible de les
joindre enfemble , fans que la
confufion foit tout-à- fait grande.
Ce n'est pas que cela ne foie
arrivé quelques - fois ; & l'on
peut dire , en parlant de ces.
fortes d'Affemblées , que la magnificence
y regne dans un fuprême
degré , & qu'il eft impoffible
d'en trouver autant en
quelque lieu du monde que ce
foit. Cependant , quoique les,
yeux y foient charmez , par un
amas éblouiffant de riches habits
, ils ne font pas moins di-,
vertis , par l'ingenieufe varieté
GALANT 327
t
de diverfes Mafcarades , compoféespar
desCompagnies differentes
, non plus que par les
habits de plufieurs Particuliers ,
qui en imaginent fouvent de differens
, qui n'ont jamais efté
vûs , & dont la fingularité fait
plaifir. Enfin , l'on peut peut dire dire que
tous les déguifemens du Bal ,
dont je vous parle , furent riches
, galans & ingenieux. On
danfa dans le même lieu , où le
Bal ferieux s'eftoit donné , dix
ou douze jours auparavant. Les
illuminations eftoient difpofées
de même que celles du premier
Bal ; mais on en avoit retranché
les Pyramides , parceque la
fumée du grand nombre de lumieres
, dont elles eftoient cou
vertes pouvoit endomma328
MERCURE
>
ger la peinture de la Gallerie.
Le Roy d'Angleterre vint incognito
à ce Bal , accompagné de
quelques Seigneurs de la Cour.
Ce Prince n'avoit pas voulu
d'habit magnifique
afin de
n'eftre pas reconnu . Cependant
il ne put échaper à la penetration
du Roy , qui jugeant qu'il
ne vouloit pas eftre reconnu .
ne le decouvrit point . Sa Majefté
foupa à fon ordinaire , avant
le Bal , avec la Famille Royale ,
Monfeigneur , & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ne mafquerent
point. Le Bal fut ouvert
par Monſeigneur le Duc
de Berry , & par Mademoiſelle
de Bourbon . Rien ne fut épargué
à la Collation
on y
diftri
bua de tres - beaux fruits , & des
GALANT 329
Confitures feiches , en pacquets ,
& les eaux y furent fervies en
abondance . Le Roy demeura au
Bal , jufqu'à une heure & demie,
& l'on peut dire que toute
1'Affemblée s'y divertit beaucoup
, puifqu'elle ne fe fepara
qu'à cinq heures du matin. Entre
les déguifemens d'une invention
toute finguliere , dont
je vous ay déja parlé , on admira
celuy de Mr le Vidamé , qui
eftoit deguifé en Vaſe ; & lors
qu'on l'eut pris pour danfer , le
pied du Vafe fe forma en pieds
naturels ; les Ances en deux
bras , qui s'étendirent , & le
couvercle parut s'élever & former
une tête ; & quand il cut
ceffé de danſer , le Vaſe repriz
fa premiere forme , & parut
330 MERCURE
comme il eftoit auparavant.
La Lettre qui fuit renferme
un Article qui contient plufieurs
détails de ce qui fe vient
de paffer à Bordeaux dans le
College de Guyenne , qui font
voir que les Espagnols n'ont pas
moins d'efprit dans un âge peu
avancé , que Rodrigue dans la
Tragicomedie du Cid , prétend
qu'ils ont de valeur , lorfqu'il
dit au Comte de Gormas qui
refufe de fe battre contre luy ,
parce qu'il eft trop jeune.
La valeur n'attend pas le nombre
des années.
Il ne fe contente pas de le dire
dans cette Piece ; mais il la
prouve en tuant le Comte .
GALANT * 331
A Bordeaux le 6. Janvier.
Le 3. dece mois Mr Molagne
Docteur Regent dans l'Univerfité
de Bordeaux , & Profeffeur des
Mathematiques de la Chaire fondéepar
feu Mr de Candale , Évêque
d'Aire , dans le College de
Guyenne ; fatisfit à une clauſe du
titre de cette Fondation , qui porte ,
qu'à la diligence du Principal de
ce College , & du Profeffeur de
cette Chaire , deux Ecoliers
2
prononceront au commencement
de chaque année , des Dif
cours à la loüange de la famille
232 MERCURE
de Candale. Ces éloges furent re
citez en prefence des Maires , &
Jurats , & de l'Univerfité de
Bordeaux , dans la Chapelle du
même College , par Mr Mentet ,
fils de Mr Mentet Procureur à
l'Hoftel de Ville , & par Mr Garcie
de la Sala , Arguelles , Efpagnol
natifde Gijon , dans la Province
des Afturies ; le premier fit
un difcours Latin , fur les rares
vertus , & fur le profond fçavoir
du Fondateur dans les Mathematiques
, & autres Lettres
humaines. Mr de Guyonnet
fecond fils de Mr de Guyonner ,
grand Chambrier au Parlement de
GALANT 333
Guyenne , propofa avec beaucoup
de jufteffe & d'ordre plufieurs difficultez
fur la Geometrie à ce jeune
Efpagnol , qui n'a pas encore quinze
ans , il luy répondit avec plus
de vivacité d'esprit & defolidité ,
qu'il n'eft permis à un jeune homme
de fon âge. Mr Nuñes Pereyre
Portugais , fils de Mr Nuñes
Pereyre Banquier établi à Bordeaux
, qui avoit donné le 2. Decembre
dernier des preuves d'un
genie fuperieur , dans une Thefe
qu'il foûtint de Philofophie ,
de Mathematique , argumenta
contre Mr Mentet , & il attaqua
principalement sa maniere de
Janvier 1708. Ec
334 MERCURE
démontrer la Theorie des Paral
les. Mr Arguelles fit enfuite la
clofture de cette action par un Difcours
, dans lequel aprés avoir fait
le Parallele d'Archimede , & de
Mr de Candale , &prouvé que
les Mathematiques eftoient plus
redevables au dernier , qu'au premier;
il parla de l'utilité de cette
Science. Il prit de là occafion de
1
s'étendre beaucoup fur l'heureux
fuccés qu'ont eu les Armées des
deux Couronne's la Campagne der
niere. Ilfit voirpar un Profil des
Fortifications , de la fitua
tion naturelle de la Ville & Châkau
de Lerida , que cette Place
GALRNT 335
*
n'auroit pû eftre réduite fans
les vives lumieres , & la valeur
heroïque de Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc d'Orleans ,
fi verfé dans les Mathematiques
, & principalement dans
la Theorie , & dans la Pratique
de l'Art Militaire . Il n'oublia
point la victoire complette remportée
par Mr le Maréchal Duc
de Berwick à Almanza ; ilfe contenta
néanmoins de dire en parlant
de ce General , que fa capacité &
fa valeur, font au- deffus de tout
ce que les plus éloquens Orateurs
pourroient dire , e qu'il
eftoit inutile d'en parler plus
Ee ij
336 MERCURE
au long , les hommes extraordinaires
eftant preſens en tous
leur réputation ,.comlieux
par
me les Aftres par leur lumiere.
Pourfaire voir que LOUIS LES
GRAND eft invincible dansfon
Royaume , ilfit une peinture des
efforts extraordinaires que les Ennemis
ont fait pour entrer dans fes
Etats ; il compara l'Etat de la
France , l'Eté dernier , avec un ›
Navire agité par les vents & les
flots au dehors , tandis que Le feu
s'y feroit pris au dedans ; il fit allufion
desflots & des vents , aux
sentatives des Confederez pour
entrer en France ; & du feu, aux
GALANT
337
?
mouvemens des Rebelles de Lan
guedoc & du Quercy , que Mr le
Maréchal de Montre vel , Commandant
General en Guyenne
dont les qualitez fuperieures le
rendent auffi agréable à la Cour,
qu'utile à l'Etat , diffipa aprés
avoir mis par le feu & par le fer
les oftinez Fanatiques de Languedoc
hors d'état de rien entrepren
dre; mit àla raifon parfes manieres
delicates , & engageantes
, qui
luy attachent tous ceux qui
ont l'honneur de le pratiquer , les
les Mutins du Quercy ; & aprés
avoir parlé de plufieurs heroïques
actions de ce Seigneur , il dit que
338 MERCURE
quoy que l'ancienne & illuftré
Maifon de la Baume euft occupé
des poftes diftinguez , depuis
fi longtemps dans l'Eglife ,
à la Cour , dans les Confeils &
dans les Armées , il ne paroif
foit pas qu'elle pût être illuftrée
de nos jours , & qu'il fembloit
qu'il eftoit refervé à Mr
le Maréchal de Monrevel d'y
faire entrer de nouveaux titres
de diſtinction .
Ayant à vous entretenir d'un
article de Marine , dans lequel
je dois vous parler de vingt- trois
perfonnes , qui ont reffenty , ce
mois cy , les effets des bontez
du Roy , vous jugez bien que
je n'ay pas eu le temps de m'informer
à fond de ce que je de
GALANT 339
rois dire dans cet article , de
tant des perfonne dediftinction ,
mais par bonheur , il y en a
beaucoup , dont les actions font
fi connues dans le monde , qu'il
doit fuffire de les nommer, pour
qu'elles fe prefentent d'abord
aux yeux de ceux qui en liront
les noms.
Mr le Marquis d'O , qui
vient d'eftre nommé Lieutenant
general des Armées Navales à
la place de feu Mr le Marquis de
Villette, fut fait Capitaine de
Vaiffeau en 1686 & Chef d'EL
cadre en 1702 Sa grande fageffe,
& l'experience qu'il avoit
dans la Marine , ayant porté le
Roy à le nommer Gouverneur
de Monfieur l'Amiral , la fuite
a fait voir que Sa Majesté avoir
票
34° MERCURE
1
fait un bon choix . Il s'eft diftin =
gué dans le Combat de la Mal
gue , dans lequel il a fervy uti
lement l'Etat & le Prince , que
le Roy avoit confié à fes foins.
Je ne vous dis rien des actions
où il s'eft trouvé, avant ce Combat
, ni de la maniere dont il s'y
eft diftingué , les bornes dans
lefquelles je dois renfermer un
article , où j'ay à parler de vingttrois
perfonnes , ne me permet .
tant pas de m'étendre beaucoup
fur chacune . Vous connoiffez
la Maifon d'O , & je viens encore
de vous en entretenir dans
l'article de la mort de Mr d'O ,
Commandeur de Moify- le-Temple.
La Place de Lieutenant géneral
des Armées Navales , qui
vacquoit
GALANT 341
vacquoit depuis quelques an
nées , par la mort de feu Mr
d'Albermarle , vient d'eftre
donnée à Mr du Caffe , & ce
choix a eſté generalement applaudy.
Il avoit efté fait Chef
d'Efcadre en 1701. Ila efté Gou
verneur de S. Domingue , où il
a utilement fervi l'Etat . Les
affaires de Carthagene , de Surinam
& de la Malgue , font fon
éloge. Il eft fórt eftimé en Efpagne
, à caufe des fervices qu'il
a rendus à la Monarchie. Je
remplirois un volume , fi j'entreprenois
de donner un détail
de toutes les actions qui ont
rendu fon nom celebre. Ainsi ,
je n'en diray pas davantage fur
cet article. Sa fille unique a
époufé Mr le Marquis de Roye ,
Fanvier 1708. Ff
342 MERCURE
*
Lieutenant general des Galeres
de France , frere cadet de Mr
le Comte de Roucy , de l'illuf
tre Maifon de la Rochefou
cault. Cette branche joint le
nom de Roye à celuy de la Ro
chefoucault , à caufe de N .
de Roye , Princeffe de Condé ,
Tante d'Henry IV qui entra
dans la Maifon de la Rochefoucault
.
Mr le Comte de Champigny ,
qui avoit efté fait Capitaine de
Vaiffeau en 1680, vient d'eftre
nommé Che fd'Eſcadre . Ila des
puis 14.00 15. ans commandé
plufieurs Efcadres , & il s'eft
trouvé prefque dans toutes les
actions d'éclat , qui ſe font paffées
depuis ce temps - là . En
1792. il commandoit les Vaif
GALANT 343
#
4
feaux de Sa Majesté à Cadix ,
& les forts du Pont- Al & de
Matagorde , & fon experience
& la valeur contribuerent beaucoup
à faire lever le Siege de
Matagorde , que les Ennemis
avoient entrepris , avec treize
mille hommes de débarquement.
Mr le Comte de Champigny
eft arriere - petit - fils de Mre
Jean Bochard de Champigny.
Surintendant des Finances , &
Premier Preſident du Parlement
de Paris , qui avoit pour Trisaycul
Mre Jean Bochard , Seigneur
de Champigny , que le
Parlement de Paris élut en
1495 Premier President de ce
même Parlement . Mr le Comte
de Champigny a pour freres ,
Mr de Champigny , Intendant
Ff ij
344 MERCURE
de Marine , au Departement de
Normandie ; Mrle Treforier de
la Sainte Chapelle , & Mr l'Ab.
bé de Champigny , Prevoft de
l'Eglife Collegiale de Lille en
Flandres . Feu Mr l'Evêque de
Valence , & feu Mr de Champigny
Chevalier de Malthe,
tué au Siege de Nimegue étoient
auffi fes freres .
,
Le Roy a auffi nommé Chef d'Efcadre
Mr le Comte de Serquigni ,
Il avoit esté fait Capitaine de
Vaiffeau , en 1682. Comme on
ne parvient point à la qualité
de Chef d'Efcadre , fans s'eftre
fignalé dans un grand nombre
d'actions importantes , il eft aiſé
de juger que ce nouveau Chef
d'Efcadre a donné beaucoup de
marques de fa valeur & de fa
GALANT 345
conduite . Il ſe diftingua fort au
Combat de la Malgue . Sa fa
mille eft originaire de la Mar.
che , où elle eftoit fort diftinguée
, fous les Regnes des Princes
de la Maifon de Valois .
Mr le Comte de Saint Quentin,
qui avoit eſté fait Capitaine
de Fregate en 1693 vient d'eftre
nommé Capitaine de Vaiffeau.
Ce Comte à fervy avec diftinction
, fous Mr le Maréchal de
Tourville , & on eut lieu d'eſtre
content des fervices qu'il rendit
à l'Affaire de la Hogue . Il eſt
d'une ancienne famille , originaire
de Provence.
Mr le Chevalier de Bethune
a aufli efté fait Capitaine de
Vaiffeau. Il n'a efté que deux
ans Capitaine de Fregate : mais
Ff iij
346 MERCURE
fa naiffance & fes actions parlant
pour luy , il a efté nommé
Capitaine de Vaiffeau . Il eſt
de la branche de Celles , de l'illuftre
Maiſon de Bethune , &
neveu de Mr le Duc de Beauvillier
. Les branches de Sully ,
de Celles & de Charoft , font
les feules qui restent de cette
-grande Maifon , que le celebre
Maximilen , Duc de Sully , a
fort élevée .
Mr le Chevalier de Maupeous
qui avoit efte fait Capitaine de
Fregate , dans la Promotion de
1705. a efté nommé Capitaine ,
de
Ropeau
, dans
celle
que
le
Roy vient de faire . Il a fervy
affez long temps fur terre , avant
que d'entrer dans le fervice de
la Mer. Mr le Comte de FronGALANT
347
tenac , Viceroy de Canada
fous lequel il fervoit , ayant écrit
en France , qu'il eftoit fort content
de fes fervices , fa famille
le fit revenir , pour fervir dans
la Marine & aprés y avoir cu
plufieurs emplois , dont il s'acquitta
tres - bien , & dans lefquels
il fit voir une intrepidité
incroyable , il fut fait Capitai
ne de Fregate en 1705. Il eftoit
à l'Affaire de Nievre , avec feu
Mr d'Iberville , & il commandoit
en cette occaſion , qui fut
fi glorieufe aux armes de France
, le Vaiffeau le Phenix . Il cft
coufin- germain de Me la Chanceliere
, & de Mr de Maupcou ,
Infpecteur de l'Infanterie en
Flandres ainfi que de Mr
l'Archevêque d'Auch , & de
Ff iiij
348 MERCURE
Mr le Prefident de Maupeou.
Mr du Chefneau , qui eftoit
Lieutenant de Vaiffeau , dés
l'année 1691. vient d'eftre fait
Capitaine de Fregate legere . 11
a commencé à fervir dés l'âge
de 13. ans ; de maniere qu'il
s'eſt trouvé dans plufieurs actions
d'éclat , qui n'ont fervy
qu'à augmenter fon courage , &
à luy faire fouhaiter des occafions
de fe diftinguer , afin de
parvenir à de plus grands emplois.
Sa famille eft originaire
de Touraine , où elle eftoit dans
une grande confideration , dés
le Regne de Charles IX .
Mr.de Thierfanville , Chevalier
de Malthe , qui avoit auffi
eſté nommé Lieutenant de Vaiffcau
dans la Promotion de 1691 .
GALANY 349
a efté fait Capitaine de Fregate
legere , dans celle que le Roy
vient de faire . Ce Chevalier
s'eft diftingué dans plufieurs
occafions , où il s'eft trouvé. Il
eft de la Maifon de Pouffe-
Mothe , dont cft auffi forty Mr
de Montbrifeuil de l'Etoile
Conſeiller au Parlement , qui a
une foeur, mariée à Mr de Montmorency
Foffcufe , aîné , &
Chef du nom & armes , de toute
la Maifon de Montmorency.
Mr le Prefident de Graville eft
auffi de la même Maifon ; ce
Prefident a un fils , Envoyé du
Roy , auprés des Grifons , qui
eft fort intelligent dans les affaires
& dont la conduite &
l'efprit l'ont toujours fait eftimer.
350 MERCURE
Le troifiéme Capitaine de Fre
gate de la Promotion qui vient
d'eftre faite , eft Mr de la Caffiniere
, qui avoit efté nommé
Lieutenant de Vaiffeau dans la
Promotion de 1693. Son nom eft
fort connu dans la Marine , &
tant de relations parlent de luy ,
qu'il eft aifé de juger qu'il s'eft
diftingué par tout où il s'eſt
trouvé. Il eft originaire du Le
vant , & il paffa en France
dans le temps de la troifiéme
Croilade .
Mr Theroulde de Bellefoffe ,
qui avoit efté fait Enfeigne de
Vaiſſeau en 1692. vient d'eſtre
nommé Lieutenant . Il eft d'une
tres-ancienne Maifon , originaire
de Limofin , & fils de Mr
de Bellefoffe, qui eftoit fort conGALANT
35%
fideré de feu Mr le Marquis de
Seignelay , qui l'employa en die
verſes occafions importantes .
Mr de Vizé , qui avoit efté
fait Enfeigne de Vaiſſeau , dans
la même Promotion de 1692 .
vient auffi d'en eftre fait Lieutenant.
Je dois laiffer parler le
Public , fur ce qui regarde fes
actions , mais il eft certain que
dans celles où il s'eft trouvé , il
n'a pas fait voir moins d'intrepidité
, qu'en ont marqué plu
heurs de ceux qui portent fon
nom , en differentes occafions.
Je ne repeteray rien icy de ce
que je vous en ay dit plufieurs
fois. Ainfi je me contenteray
aujourd'huy de vous dire que
fon pere eftoit Premier Valetde
Chambre de la Reine ; qu'il
pour freres , Mr de Vizé, Aba
352 MERCURE
>
en
bé de Leftrep , & Mr de Vizé
, aujourd'huy Ayde- Major
des Gardes , & qu'il avoit
un frere Capitaine
dans le Regiment
d'Auvergne , qui eft
mort en Italie prefque
entrant dans le fervice . Son
Coufin , qui porte le même
nom, & qui fert dans les Gardes
du Corps , a commandé pendant
toute l'année derniere , les Gardes
qui fervoient auprés de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
. Il eftoit ci - devant Capitaine
dans le Royal Rouffillon Cavalerie
, & comme il fert prefentement
dans les Gardes du
Corps , il y a lieu de croire
qu'il marchera fur les traces
de feu fon pere , Lieutenant des
Gardes du Corps , & qui dans
la guerre de 1672. prit la Ville
GALANT 353
de Fauconnier avec la feule
Maiſon du Roy , qu'il commandoit
alors . Son fils , dont je
vous parle , a efté élevé Page du
Roy . Tous ceux de cette famille
, ont efté employez de
temps immemorial dans le fervice
des Rois de France , ou de
la famille Royale , fans que jamais
aucun ait eud'autre emploi .
Dans la promotion de 1696 .
Mr Gouyon de Ravilliers , fuc
fait Enfeigne de Vaiffeau , & il
vient d'être nommé Lieutenant.
Il eft d'une famille originaire
de Bretagne , qui a fort brillé
fous les derniers Souverains de
ce Duché , & principalement
fous François II . pere d'Anno
Reine de France .
Sa Majeſté vient de nommer
354 MERCURE
2
Enfeignes de Vaiffeau , Mrs de
Prefle , de Moulineuf, & de Ta
rik-Senar-d'Arcan .
Mr de Prefle fe trouva en qua
lité de Garde- Marine , dans le
Vaiffeau de Monfieur l'Amiral
au combat de la Malgue , où il
donna des preuves de fa valeur.
Il eſt d'une ancienne Maifon de
-Normandie.
M'de Molineuf, eſt auſſi d'une
ancienne Maifon de la meſme
Province , & qui a donné de
grands hommes à la Marine , fur
la fin du penultiéme , & au commencement
du dernier fiecle.
Mrde Tari K- Senar d'Arcan ,
a fervi en qualité de Garde Marine
, & quoi que fort jeune encore
, il a fait remarquer fon
courageren plufieurs occafions,
AGALANT 355
Sa famille eft originaire d'Irlande
, & elle y eft connue dés le
temps que ce Royaume avoit fes
Souverains particuliers .
Mr Paumet , Maître fur le
Vailleau de Mr de Forbin , a
eſté nommé Lieutenant de Fregate
Legere , dans la même promotion.
Le Roy , a mis Mrs
de S. Clair, & de Modenne ,
Capitaines de Vaiffeau, à la haus
te paye. Le premier fert depuis
l'âge de 13 ans : il eftoit fort
confideré de feu Mr de Seigne-
Jay, & il cftoit auprés de Mr
Je Maréchal de Tourville , à
l'affaire de la Hogue. Le fecond
eft d'une illuftre maifon du Comtat
Venaiffin , & il eft parent
de Mr le Marquis d'Alegre ,
dont la mere eftoit de la maiſon
356 MERCURE
de Modenne , de même que Mr
l'Abbé de Pomerol , diſtinguć
par les grands Talens.
Sa Majesté a donné des penfions
de 1500 là Mrs de Rochalart
, & de Montbault. Comme
on ne donne des penfion's
qu'à ceux qui ont fervi longtemps
, & qui les ont meritées
par plufieurs actions de diftinction
; cet article me meneroit
trop loin , fi je vous parlois de
toutes les actions de ceux à qui
le Roy en vient de donner. Le
premier , eft d'une ancienne
famille d'Anjou, & le fecond eft
d'une ancienne maifon de Bigorre
,alliée à celle de Montlezun.
Mile Commandeur d'Orgini ,
& Mr le Baron d'Orogne , ont
eu en même temps , des penfions
GALANT 357
de mille livres. Mr le Commandeur
d'Orgini , eft oncle
de Mr le Comte d'Orgini , &
coulin , Germain de feu Mr le
Comte de Pufignan , Lieutenant
Géneral des Armées du
Roy , tué en Irlande , pendant
Ja precedente guerre. Ils font
de la maifon Camus , établie en
Lionnois ; de laquelle font auf.
fi Mrs de Beaulieu , & de Pont-
Carré ; cette maiſon a donné un
célébre Evêque à l'Eglife de
Belley , qui eft mort à Paris aux
Incurables. Mr d'Orogne , eft
d'une tres -ancienne maifon de
Bearn : il eft Capitaine de Vaiffeau
dés l'anné 1689. & il a fouvent
donné depuis ce temps - là
des preuves de fon courage.
L'article que vous allez lire
Janvier 1708. Gg
358 MERCURE
doit vous paroître bien placé a
la fuite du precedent , puifqu'il
regarde auffi la Marine. Cet
article eft fi confiderable , que
fi j'entreprenois de vous le donner
en détail , il contiendroit du
moins la moitié de ma lettre ,
quoy qu'il ne s'agiffe que des
prifes faites fur nos ennemis depuis
un mois feulement.
On apris onze Vaiffeaux Anglois
, chargez de marchandiſes,
& dans quelques uns defquels ,
il s'eft trouvé des fommes d'ar.
gent affez confiderables , & un
Paquebot venant de la Jamaïque
, dont les nouvelles publiques
ont fait monter la charge
à 100000. écus . Cependant on a
apris depuis qu'il y avoit 400 .
mille livres , dans ce Paquebot,
Deux Corfaires Fleffingois
GALANT 359
T'un de 34.canons , & de 280 ,
hommes d'équipage , & l'autre
de 26. canons , & de 180. hommes
d'équipages.
Deux Vailleaux Hollandois
chargez de marchandifes.
Un Vaiffeau Hambourgeois
auffi chargé de marchandifes .
On a aufli amené dans nos
Ports deux Vaiffeaux Mar
chands , fans que ceux qui l'ont
écrit ayent marqué fur qui ils
ont efté pris , & l'on a rençonné
plufieurs Vaiffeaux .
Je n'avance rien ici dont les
nouvelles publiques , tant de
France que de Hollande , n'ayent
parlé ; mais en divers temps
& je n'ay mis cet article dans
ma lettre qu'afin que vous puilfiez
voir d'un feul coup d'oeil ,
360 MERCURE
>
le nombre de toutes ces Prifes .
Le Toulouſe , vaiffeau du Roy,
armé à Toulon , commandé par
Mr de Grenonville , & le Vaiffeau
le content , auffi Vaiffeau
du Roy , armé dans la même
Ville , & commandé par Mr le
Chevalier de
Rochepierre , ont
envoyé à Cadix une prife Angloife
qui alloit au Levant
montée de 26. canons , chargé de
de draps , de poivre , d'étain &
de plomb, eftimée 100000. écus .
Les
Nouvelles publiques ont
parlé de cette prife , mais elles
n'ont pas encore dit que les deux
mêmes Vaiſſeaux qui ne s'attachent
qu'à prendre ceux qui
vont au Levant , & qui en reviennent
, ont fait 28 prifes depuis
un mois , felon le rapport
d'un grand nombre de Lettres
GALANT 261
de forte qu'il n'y a pas lieu de
douter de cette verité.
Il y a des Lettres d'Angleterre
qui portent que les pertes
que les Anglois ont faites à la
mer depuis trois mois , montent
à trois millions deux cent mille
livres sterling , ce qui fait plus
de quarante- cinq millions .
Vous avez fçu la prife de la
Ville & du Chafteau de Morella
, dont le Siege auroit pû durer
encore longtemps , le Château
eftant regardé dans le Païs
comme un Ouvrage imprenable
, fans la chute d'une Bombe,
qui eftant heureuſement tombée
dans la chambre du Gouverneur
le tua avec quelques
Officiers qui eftoient avec luy ,
& quelques Dames qui eftoient
362 MERCURE
venues le voir . La frayeur s'etant
mife auffi - toft parmy les
Habitans , ils obligerent le
Chateau de capituler , quoy
qu'il cuft pû refifter encore
long- temps ; mais comme cette
deffenſe leur auroit eſté inutile
, s'ils avoient efté abandonnez
au pillage avant qu'il fe rendift
, ils jugerent à propos de
capituler , & d'engager le Château
de capituler auffi , voyant
bien que fans cela il n'y avoit
point de capitulation à efperer.
Je vous envoye la copie d'une
Lettre de Mr d'Arenes , qui
commandoit à ce Siege , & qui
a efté écrite aprés la reduction
de ce Pofte important.
A Alcanizle 7. Decembre 1707.
Jefuis arrivé icy , Mr, la GarniGALANT
363
?
fon du Chateau de Morella fortit le
17. de ce mois pour aller à Tarrågone.
Elle eftoit compofée de 750.
hommes , parmy lefquels il y avoit
150. chevaux , un Maréchal de
Camp , deux Colonels , vingt Capitaines
, & autant de Lieutenans.
Je ne comprens point là- dedans quasre-
vingt - dix Deferteurs , qui prefque
tous ont pris party dans nos
Troupes , & plus de 300. Habitans
qui font reftez dans la Ville , que
j'ayfait defarmer , auffi bien que le
refte des Bourgeois . Par la Capitulation
on m'a rendu plus de 200.
Prifonniers , tant Officiers , que Soldats
des Troupes du Roy & de celles
d'Espagne, Mr de Carol quiy commande
, a ordre de faire pendre un
Efpion qui portoit des Lettres au
Gouverneur, parmy lesquelles il y
364 MERCURE
en avoit une de l'Archiduc , qui l'exbortoit
à fe bien deffendre ; on a envoyé
cette Lettre à Madrid, Elle
portoit que l'Archiduc efperoit que
le Gouverneur , parfa bonne deffenfe,
obligeroit Mr d'Arenes à lever le
Siege.
Les Alliez , ou plutoft ceux
qui écrivent en leur faveur
continuant toûjours d'exagerer
les moindres avantages qu'ils
remportent , fe font fort étendus
fur la prife du Regiment entier
de Louvigny. Cependant , les
dernieres nouvelles qui font venuës
de ce coſté là affurent trespofitivement
qu'il n'y avoit que
la moitié de ce Regiment dans
le lieu où il avoit efté furpris ,
& comme ceux qui compofoient
cette moitié de Regiment fe
mirent
GALANY 365.
mirent en défenfe avec une diligence
extréme , & qu'ils cue
rent beaucoup de ceux qui les
attaquoient , ce qui donna lieu
à plufieurs de fe fauver , qui
font revenus depuis , & qu'il
en eft auffi revenu beaucoup
de ceux qui avoient d'abord
efté faits prifonniers : l'avan
tage remporté en cette occafion
par les ennemis , eft devenu fi
peu confiderable poureux , qu'il
leur auroit esté plus avantageux
de ne point parler du tout de
cette affaire , que de l'exagerer
comme ils ont fait.couponD
5. Un des principaux fujets de
l'attention du public , eft de
fcavoir comment les affaires
de Catalogne tourneront cette
Campagne , parce qu'il paroiſt
Fanvier 1708.
Hh
20
366 MERCURE
K
que la paix ou la guerre depende
de l'entier affermiffement
de Philippe V. fur le Trone
d'Efpagne , & qu'il n'y a point
à douter que fi les ennemis font
une fois chaffez de Catalogne ,
& que toutes les forces de France
& d'Espagne retombent de ce
cofté cy , la fuperiorité s'y trou
vera , & que les Alliez feront
obligez de travailler à une paix
qu'ils commencent à fouhaiter
ardemment , & qui n'eft traverfée
que par la Reine d'Angleterre,
qui septretient le feu
dans toute l'Europe , afin de fe
maintenirfurun Trône dont elle
feroit infailliblement obligée
de defcendre fi toute l'Europe
eftoit en paix . Ainfi c'est pour
fes interefts feuls que l'Anglethe
GALANT 367
terre vient de faire des efforts
dont elle fe reffenoira pendant
plufieurs ficcles.
Voyons für quoy les Alliez
fondent cette année leurs efpct
rances du cofté de la Cata
logne. Les forces qu'ils ont
dans cette Principauté , & aux
environs , font fi peu confide
rables & fi fatiguées , qu'on ne
les doit regarder que comme
un debris de troupes , qui ayane
eftédaccoûtumées
à fentir les
coups de leurs ennemis depuis
l'ouverture de la Campagne ,
regardent les troupes des deux
Rois comme des vainqueurs qui
ont un fort afcendent fur elles ,
& qui doivent toujours les
battre. Ce debris de troupes
effrayées & tremblantes , & que
Hh ij
368 MERCURE
tous les Generaux qui ont aus
jourd'huy quelque nom refufent
de commander , doivent eftre
fortifiées par fix mille trois cens
hommes de troupes ramaffées ,
& qui par confequent ne font
pas fouvent d'accord . Ces troupes
nouvellement embarquées ,
& peut- eſtre arrivées preſentement
, doivent demeurer encore
plufieurs mois fans agir , & ily
à lieu de croire que le changement
d'air en fera perir beau
coupe, & que la defertion ne
les fera pas moins diminuer ,
puifqu'il eft certain qu'elles fe
font toutes embarquées avec
chagrin , & qu'elles ne l'au
roient pas fait s'il leur avoit
efté poffible de faire autrement .
Ce Corps de fix mille trois
t
GALANT 369
eens hommes , qui par les rai
fons que je viens de dire , fe
trouvera beaucoup diminué à
l'ouverture de la Campagne ; &
le debris des troupes de la Campagne
derniere dont je viens
de parler , ife trouveront fortir
fiées par cinq mille cinq cens
Miquelets enregimentez , mais
peu propres à faire la guerre
dans les formes , que la Ville de
Barcelone vient d'accorder à
l'Archiduc , & pour la levée &
le payement defquels il a efté
refolu de battre de la monnoye
de cuivre que la ville promet
de reprendre ( ce qui n'est pas
une feureté après la conclus
fion de la Paix . On doit remar
quer quecette monnoye de cui
yre fera d'une dangereuſe con
Hhiij
370 MERCURE
增
>
*
*
fequence , & qu'elle produira
de tres- mauvais effets . Ils eft
premierement queſtion de fçavoir
fi les Miquelets voudront
bien s'en accommoder , & s'ils
auront beaucoup de foy à cette
monnoye que la Ville de Barcelone
fera peut eftre dans
l'impoffibilité de reprendre un
jour en en donnant la valeur
en argent . Mais fuppofé que les
Miquelets s'en accommodent , ne
pouvant faire autrement , il y
a lieu de croire que tout le
peuple de Catalogne évitera autant
qu'il pourra de s'en char
ger , & comme il y aura peutcftre
des ordres tres- rigoureux
qui l'obligeront de la recevoir,
il ne manquera pas de moyens
pour s'empefcher qu'elle ne
GALANTM 371
paffe entre fes mains ; & pour
cet effet , ils fe gardera bien de
depenfer fon argent pour fe
fournir de vivres , & des autres
chofes que les troupes ne luy
payeroient qu'en monnoye de
cuivre , ce qui caufera une
grande defolation parmi les
troupes qui manqueront de
toutes chofes , & qui pourront
felaffer de porter les armes
contre leur Souverain legitime.
D'ailleurs tout ce qui pourra are
river de plus favorable aux Catalans
, fi la guerre continue, eft
de voir vivre les troupes desAllicz
& celles des deux Rois en
leur païs ; car fuppofé qu'elles
ayent quelqu'avantage, & qu'
elles empefchent la prise de Bar
celone elles ne feront jamais
372 MERCURE
affez puiffantes pour chaffer de
Catalogne les troupes des deux
Rois . Ainfi ce peuple fouffrica
toujours jufquà ce qu'il ait une
feconde fois reconnu PhilippeV.
魄
On ne doit pas s'étonner fi
le Prince Eugene voyant la fi
tuation des affaires de Cacalogne
, telle que je viens de la
depeindre , a refufé abfolumemt
d'aller commander dans un païs
où il perdroit feurement la reputation
qu'il s'eft acquiſe parts
mi les Alliez . Ce n'eft pas
qu'elle ne puft encore s'augmenter
de la meſme maniere
qu'elle a déja fait estils conti
nuoient de faire chanter des Te-
Deum pour toutes les batailles
qu'il perdroit , & pour les plas
ces qu'il laifferoit prendre .
GALANT 373
Selon les dernieres nouvelles
d'Allemagne , le Comte Guy
de Staremberg , moins politi-
7que que le Prince Eugene , quelques
fois battant , & fouvent
battus & que l'on peut appeller
• le General errant , ayant commandé
en divers endroits , vient
d'accepter le Commandement
de l'Armée de Catalogne : de
- maniere qu'il quittera le Commandement
qu'il avoit en Hongrie
,comme il avoit quitté auparavant
celuy qu'il avoit en
Italie , où il n'a pas plus brille
qu'en Hongrie. On peut dire
que fans faire de conqueftes ,
il fera une campagne fort glo
rieufe , s'il peut deffendre la Catalogne
, puifqu'il fera dificile
que ceux qui auront en tefte les
374 MERCURE
Generaux qui doivent commănder
en Espagne , puiffent faire
nne campagne brillante . Cepen
dant l'on continue toujours d'a
gir dans le Royaume de Valence
, & Mr de Mahony eft devant
Alcoy . Cette Place a demandé
à capituler , & elle a offert 1500 .
piftoles , pour éviter le pillage
mais ce General les a refuſées
ayant refolu de la prendre à dif
cretion.
و ت
Les Deſerteurs qui viennent
de Denia , font en fi grand nom
bre , que l'on doit croire que
cette Place ne tiendra pas long
temps , lorfque l'on en fera le
Siege, et out gluentem ,
La Ville de Sarragoffe donne
46000. mille piftoles au Roy
d'Efpagne , & celle de Valence
1GALAN 1 375
doit donner 100. piftoles tous
les jours , pendant tout le quar
tier d'hiver .
Un Vaiffeau qui venoit de
Barcelone , ayant efté obligé ,
par le mauvais temps , de relâ
cher à Benifa , on y a fait Prifonniers
300. Portugais , qui retournoient
à Liſbonne . Ces
Troupes y feront neceffaires ,
puifque l'on apprend par les
dernieres nouvelles , venues de
Portugal , qu'il n'y a dans ce
Royaume que 3000 Portugais
de Troupes reglées , avec quelques
Milices ; que la mefintelligence
entre ceux de cette Nation
& les Anglois & Hollandois
yaugmentetous les jours à l'ocafion
de la Religion Catholique ,
que ces derniers ne peuvent
J
376 MARCURE
s'empêcher de tourner en derifion
, & que le nombre de ceux
qui font du party de la paix y
augmente confiderablement . Je
ne vous dis rien d'une avanture
dans laquelle on a peu respecté
le fang Royal ; & fi l'on eftoit
bien inftruit de la verité , on
pourroit connoître que ceux à
qui l'on attribuë des emporte
mens indifcrets , n'agiffent fou
vent que fur des fondemens bien
folides ; mais je pourois en dire
trop , lorfque je dois garder le
/ filence.
Quant à ce qui fe paffe en Ef .
pagne , l'amour que tous les
Grands ; toute la Nobleffe , &
tout le Peuple ont pour Philippe
V. & pour la Reine fon Epoufe
, qui continuënt de s'atri-
2
rer
1
GALANT 377
rer l'admiration de ceux même
qui n'ont eu l'honneur de les voir
qu'une fois. L'amour , dis - je , que
tous les Espagnols & tous les
Etrangers ont pour Leurs Ma
jeftez , s'eft beaucoup augmenté,
quoiqu'il fût déja tres - fort , depuis
la naiffance du Prince des
Afturies ; & l'on peut dire qu'il
n'y a prefentement pas un homme
dans toutes les Efpagnes ,
dont la fidelité chancelle . Chacun
va au- devant des befoins de
l'Etat , en ouvrant fa bourfe felon
fon pouvoir. Le Clergé , la
Nobleffe & le Peuple , font animez
du même zèle . Les levées
de Troupes s'y font fans peine s
les Officiers s'y trouvent en fou .
le , & l'ancienne valeur des Ef
pagnols s'y remarque tous les
Janvier 1708. I i
2
378 MERCURE
jours . Enfin , il y a lieu de croire
que la campagne prochaine fera
des plus heureules . Les difpofitions
qui fe font icy pour cette
Campagne , n'y doivent pas peu
contribuer , & l'attention que
fe donne un grand Prince , pour
tout ce qui regarde cette même
Campagne , & qui ne penſe
qu'à y retourner, achevera , fans
doute , de faire triompher la
bonne cauſe .
A l'égard de l'Italie , il faut
rendre justice à la verité , &
avouer que la fortune donne
fouvent des marques de fes caprices
. Auffi a-t'on toujours remarqué
que Naples a prefque,
de tout temps , efté le Theatre
de l'inconftance ; mais on doit
auffi avouer que cette Ville n'a
GALANT 379
jamais efté fi - toft punie de fon
infidelité , qu'elle l'est aujour
d'huy. Tout y eft en defordre
& en confufion ; la plus grande
partie du Peuple s'eftant trou
vée engagée à fubir le joug ,
auquel les Traîtres l'avoienc
affujettie , en s'y affujettiffant
eux -mêmes , a cru qu'elle de
voit , pour éviter de plus grandes
peines , paroître difpolée à
changer de Maître ; mais elle
reffent vivement aujourd'huy
la faute qu'elle a faite , & la
plupart des Traîtres mêmes , ta
reconnoiffent
fecretement
dans
le fond de leur cour ; mais trop
tard Lepeuple eft accablé des
differentes demandes qu'on luy
fait , & la Nobleffe eft au (defelpoir
de voir que l'on veut
46
Ii ij
380 MERCURE
fçavoir l'eftat de ſon bien . Ce
n'eſt pas pour l'augmenter
puifque les Allemans font regardez
comme des fangfuës
qui à force de tirer le fang des
peuples qui leur font foumis
les reduifent toûjours à la dernjere,
mifere. Le Comte de
Martinitz eftoit déja devenu
odieux aux Napolitains à caufe
des fommes continuelles qu'il
leur demandoit ; mais ils ont
trouvé le Comte de Thaun fon
fucceffeur , encore plus vif fur
cet article. Cependant chacun
cache la defolation où il fe
trouve , de crainte de s'attirer
encore un plus mauvais traite
ment. Mais cette déſolation s'eft
beaucoup augmentée depuis
que l'on a Içeu que le miracle
GALANT 38£
1
que le fang de S. Janvier a accoûtumé
de faire tous les ans ,
ne s'eft point fait cette années
que l'on a feulement montré la
phiole à quatre perfonnes qui
રે
eftoient d'intelligence , & qui
aprés avoir crié que le miracle
s'eftoit fait à l'ordinaire , ont
entraîné les cris du peuple cre
dule qui fait prefque toujours
ce qu'il voit faire aux autres .
Cependant comme les Napolitains
ont de tout temps remarqué
que lorfque le fang de S.
Janvier ne devient point liquide
dans la ceremonie qui le fait tous
les ans , & pendant laquelle des
perfonnes qu'ils croyent dignes
de foy , donnent toute leur attention
pour voir fi le miracle
fe fait. Cependant , dis - je
Li iij
382 MERCURE
瞽
"
comme dans les années où ce
miracle a manqué , le Royaume
de Naples a toûjours efté accablé
par diverfes calamitez ,
les peuples font perfuadez qu'ils
fouffriront toûjours jufqu'à ce
qu'ils foient rentrez fous les
Loix de leur legitime Souverain
; & la maniere dont les
efprits font difpoſez à cauſe que
le miracle ordinaire ne s'eſt
point fait cette année , joint
à ce que l'on exige d'eux tous
les jours , & aux mauvais trai
temens qu'on leur fait , donnent
lieu de croire qu'ils changeront
de Maistre dès qu'ils en trouveront
une occafion favorable ;
& en effet , c'eſt ce que Philippe
V. doit attendre d'eux
tous les jours , au lieu que c'é
GALANT 283
toit auparavant ce que les Allemans
en doivent attendre à
caufe de leur inconftance naturelle
; & ce qu'il y a d'avan
tageux aujourd'huy pour Phi
lippe V. au milien de la perte
qu'il vient de faire du Royaume
de Naples , c'eſt que les Allemans
doivent avoir de plus
fortes armées fur pied pour empefcher
les Napolitains de fe
couer le joug qu'ils leur ont
impofé , qu'ils n'en ont eu pour
les conquerir ; mais laiffons là
le Royaume de Naples & les
autres Eftats d'Italie : il ne fera
pas difficile à Philippe V. de les
faire rentrer fous fon obéiffance
s'il demeure maiftre de toutes
les Efpagnes & des Indes ; &
comme felon la fituation où les
384 MERCURE
*
affaires le trouvent ajourd'huy
il paroift impoffible que les cho
les tournent autrement. Il n'eft
pas defavantageux au Roy d'Ef
pagne que les Allemans occupent
aujourd'huy beaucoup
de troupes pour conferver les
Eltats d'Italie , qui cefferoient
bien- toft de reconnoiftre l'Empereur
s'il leur eſtoit poſſible
de fecouer le jouge quis viens
de leur eftre impofé , olso
Quoyque l'Angleterre femble
me fournir beaucoup de chofes
à dire , je pretens neapmoins
faire voir en peu de paroles
que ce qui brille le plus n'eft
pas toûjours le plus folide. On
doit premierement faire refle
xion fur les difcours qui ont
efté faits à l'ouverture du Par
14
GALANT 385
lement , par des gens dignes
de
foy , touchant
le mauvais
eftat
de ce Royaume
, & la mifere
où il fe trouve
, ce qui n'a eſté
contredit
par aucun
Membre
,
Ajoûtons
à cela que l'Angleterre
devoit
deux cens millions
à la fin de la derniere
guerre,
& qu'elle
les doit
encore
aujourd'huy
; qu'il
y a dans
le
Royaume
pour cent millions
de
billets
de l'Echiquier
, qui ne
font pas acquittez
; que la depenſe
de l'année
derniere
a excedé
de treize
millions
les fonds
accordez
, & qu'il y en a eu pour
dix de non valeurs
; & comme
Eftat
eft beaucoup
plus oberé
qu'il n'eftoit
les années
precedentes
, & que peu de Seigneurs
font
payez
de leurs
Fermiers
386 MERCURE
comme il a efté rreemmaarrqquuéé dans
les difcours prononcez à l'ouverture
du Parlement , il y a
lieu de croire que l'on ne levera
pas peut- eftre la moitié
des fonds qui ont efté accordez
cette année , & que l'oftentation
& le defir d'éblouir les Alliez
, & d'engager les peuples
d'Hollande à foufcrire à la levée
de grandes fommes d'argent,
les ont fait accorder. On doit
confiderer d'ailleurs que la
grande perte des Vaiffeaux que
les Anglois ont faite depuis
quelque temps , ne peut eftre
reparée cette année ; que l'Angleterre
commence à manquer
d'hommes , & fur tout de Matelots
; de maniere qu'il luy fera
difficile d'en faire , quand mef
me elle auroit de l'argent pour
GALANT 387
?
ees levées . Cet article n'eftant
remply que de faits averez &
conftants il faut que toute
l'Europe en demeure d'accord .
L'Article qui regarde la Hollande
, fera encore plus court
que celuy que vous venez de lire
, & ne laiffera pas de dire
beaucoup , & de faire comprenencore
davantage, On a vû de
tout temps ou des Souverains
poffeder des Trefors pendant
que leurs fujets étoient épuifez ,
ou une partie des fujets dans l'opulence
pendant que les Souverains
manquoient de beaucoup.
de chofes , ou enfin les biens d'un
Etat , partagez proportionnément
entre leurs Souverains
& leurs Sujets ; mais aujourd'huy
la Hollande fe trouve
388 MERCURE
dans une fituation plus cruelles
l'Eftat & les particuliers étant
également épuifez , à caufe
des trois guerres qui ont traverfé
fon commerce depuis l'année
1672. que la premiere de
ces guerres a commencé . Je ne
me ferviray point de raifonnemens
pour le prouver ; mais de
faits conftans & publics ; des
propofitions faites par lesEftats ,
& des réponſes de plufieurs
Villes rendues publiques.
Depuis fix mois , l'emprunt
de quatre millions , deux à vie
& deux à quatre pour cent d'intereſt
par an , n'eft pas encore
remply , quoy qu'on ait mis tout
en ufage pour y parvenir , &
qu'on ait engagé les Regences
des grandes Villes à en faire les
avances ,
GALANT 389
avances , ou d'en procurer la
negociation , chacune fuivant
leurs facultez , & celles de leurs
Habitans. Amfterdam , Leide ,
& Roterdam , en ont fourny une
partie ; mais on n'en eft gueres
plus avancé , non -feulement
parce que ceux qui pouroient
encore fournir de l'argent ,
eflant déja furchargez d'obligations
de pareille nature ,fe rebutent
; mais auffi parce que les
efpeces deviennent en Hollande
beaucoup plus rares qu'elles n'y
ont jamais efté.
Les Etats avoient comptés
qu'aprés que cette fomme de
quatre millions feroit remplie
ils emprunteroient fix millions
de florins ; ce qui auroit beaucoup
avancé les fonds de la
Kk
Fanvier 1708 .
390 MERCURE
avec
Campagne prochaine
l'argent des quatre millions , qui
ne font pas encore remplis ;
mais ayant efté obligez de reconcer
à ce deffein par l'impoffibilité
de trouver ces fix millions
, ils avoient refolu de retablir
l'impofition du deuxième
centiéme denier fur les Terres
& fur les Maifons ; mais les
Villes de Dort , de Leide , de
Harlem , la Brille & plufieurs
autres s'y font oppofées , les peuples
n'eftant pas en eftat de le
payer.
Enfin les Eftats voyant l'hiver
fort avancé , fans que l'on
euſt encore aucuns fonds d'affurez
pour la Campagne prochaine
, fe font affemblez , mefme
pendant des jours où ils ne
GALANT 391
saffemblent jamais que pour les
neceffitez les plus urgentes y
pour examiner fi on propofera
de faire payer à tous ceux qui
poffedent des Charges , des
Benefices , & des Emplois dans
l'Etat & dans les Villes , la
cinquième partie de leurs appointemens
& revenus depuis
les premieres dignitez , juf
qu'aux moindres Commiffions :
comme auffi la cinquiéme partie
des rentes viageres , & de
mettre une Taxe fur les Aifez
dont les biens eftant dans le
commerce , ou placez ailleurs ,
ne font point fujets au deux
centiéme denier . Ainfi l'on voit
que ces Taxes , quoy qu'exorbitantes
, doivent eftre de furabondant
, puifqu'elles n'em--
Kk ij
392 MERCURE
pefcheront pas que l'on ne paye
les Taxes ordinaires.
A l'égard des affaires d'Allemagne
, voicy ce que l'on en
écrit.
A Ratisbonne le 11. Janvier,
On a examiné de nouveau les demandes
des Etats Generaux , celles
du Duc d'Hanovre , du Cercle de
Suabe , & les propofitions du Directoire
de Mayence , touchant l'augmentation
des Troupes , la levée des
deniers , & la fourniture de l'Artillerie
, & des munitions de bouche &
de guerre , pour mettre l'Armée (ur
Le Rhin , en eftat d'agir offenfivement
contre la France ; mais la pluf
part
des Membres de la Diete ont
demandé des copies de toutes ces pieGALANT
393
à leurs Supeces
pour
les
envoyer
rieurs , afin qu'après les avoir examinées
, ils puffent leur envoyer les
Inftructions neceffaires , fans quoy,
il leur eftoit imposible de donner
aucun confentement . On n'a rien re-
Jolu non plus touchant l'achat desfix.
mille Cavaliers Saxons , ce qui a
obligé le Deputé de Mayence de
propofer , que fi on n'en veut pas
prendre un fi grand nombre , que du
moins on en prenne trois mille . Ony
a auli la une Lettre de la Reine.
Anne , qui exhorte les Etats de.
l'Empire de fournir inceffamment
leur contingent en Troupes & en argent
, & de faire en forte que tout
foit preft au 15 Avril , leurfaifant.
comprendre que fii Empire negligeoit
de fatisfaire à fes- engagemens pendant
cette Campagne , les Alliez fe
L
Kk iij
394 MERCURE
verroient contraints de l'abandonner
& de veiller à leur propre conferva
tion , ce qui entraîneroit la totale
ruine du Corps Germanique
.
Cette Lettre fait connoiftre
queles Troupes Allemandes ne
feront de long- temps en estat de
marcher , puifque le 11. de ce
mois il n'y avoit encore rien de
conclu , ni pour le nombre dest
Troupes , ni pour leur payement
, ni pour l'Artillerie , ni
pour les munitions , ni pour les
provifions de bouche , & que
l'on tenoit encore aujourd'huy
à Ratiſbonne , le langage qu'on
y tient tous les ans , juſques au
mois d'Avril ; mais ce qu'il y a
de plus fâcheux cette année ,
eft que plufieurs Princes & Cere
GALANT 395
cles difent que la plufpart de
leurs Troupes ayant péri pendant
la derniere Campagne , &
n'eftant point en eftat d'en mettre
d'autres fur pied à caufe des
contributions que Mr le Maréchal
de Villars a levées pendant
la derniere Campagne , ils
ne peuvent payer leur contingent.
Il y en a même qui ont dit
que cette guerre ne regardoit
point l'Empire , puifqu'il ne s'y
agiffoit que des interefts de la
Maifon d'Autriche .
A l'égard des menaces de la
Reine d'Angleterre,d'abandondonner
le Corps Germanique ,
elle devoit faire reflexion avant
que d'envoyer fa Lettre , que fi
l'Empire ne faifoit point de di
verfion , toutes les forces & ccl396
MERCURE
les de Hollande, ne pourroient
refifter à celles des deux Rois ,
puifque c'est tout ce qu'elles
peuvent faire avec le fecours de
l'Empereur , & celuy de tout
L'Empire.
Quant à ce qui regarde les
bruits que lon continue tou
jours de répandre à Vienne , de
l'accommodement prochain des
Mécontens de Hongrie , les ap
parences y font toujours entie
rement oppofées , puifque l'on
fuppofe que la plufpart de leurs
Chefs ont abandonné le parti du
Prince Ragotski , & que cependant
ils font encore à la tefte des
Troupes , où ils font tous les
jours des executions militaires
qui defolent les Allemans .
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT 397
1
>
dernier eftoit la Terre. Ceux qui
l'ont trouvé font , Mrs l'Abbé de
la Place , Geographe à Rouen ;
de la Touret de la ruë S. Denis
de la Serriere , Grandet du Marais
; de Beaumont ; d'Overney,
Suiffe , & Robert de l'enclos du
Temple. Le bel Adonis fon
voifin ; l'Ecolier malgré luy ,
& fon amy Pierrot ; D. B. le
Solitaire Que-mine , & fon Ami
Darius ; le Difeur de bonneavanture
, & le Diable boiteux
de la ruë S. Denis. Mlles de
Ville-neuve & l'Efterel du Marais
; de Nefle , & de Champerou
, de la ruë S. Antoine ; l'Aimable
Roget de l'Arcenal ; Agnés
du quartier du Palais , &
Geneviève Jollain , de la ruë
S. Jacques ; la jeune Mufe re398
MERCURE
naiffante ; l'Aimable precieufe
de l'enclos du Temple ; la fçavante
Uranie du même quartier;
la belle & jeune B. de
la ruë de Buffi , & fon aimable
foeur l'aimable Preau & las
charmante de Rouvroy , voifines
du Val- de Grace ; la Soli
taire , de la rue aux Féves ; la
plus jeune des belles Dames de
la rue des Bernardins ; D. P. la
fidelle Gogo , de Rouen ; la
belle A. d'Orleans , & M : fon
amie.
L'Enigme que je vous envoye
eft de Me la Prefidente:
Baucheron , de la Chaftre en
Berry..
GALANT 399
ENIGM E.
VN nombre impair joint quatre
fois
Vous apprendra combien nousfommes
,
Nous fervons de deffenfe & d'ornement
aux hommes
Ainfi qu'aux habitans des Bois.
Nous fouffrons fans murmure ,
Qu'un doublefer taille noftrefigure.
Quoy que nous foyons transparans
Nousfommes rarementfans de petits
points blancs.
Quant à noftre couleur , c'eft, lefang
qui la donne ses mus
Nous avons tres -fouvent un demy
cercle noir
Qui n'eft pas agreable à voir ,
Que difficilement aux Galands on
pardonne.m
400 MERCURE
On craint fouvent noftre pouvoir
Quand on eft animé d'un cruel defefpor
Et l'on voit des Amans porter fur
leurs vifages
Des traits fanglans de nos outrages 3
Enfin pour achever de peindre noftre
fort,
Nous croiffons même aprés la mori.
Je reprens une troiſième fois
Article d'Efpagne
, croyant
que ce que vous allez lire ne
doit pas eftre oublié.
La Ville d'Alcoy , aprés avoir
foûtenu trois affauts dans lef
quels nous avons perdu du monde
: les ennemis voyant tous les
jours tellement diminuer leurs
forces , en forte que les Troupes
reglées ne montoient plus
qu'à
GALANT 401
4
qu'à deux cens hommes ou
environ , & ne jugeant pas que
les Habicans , & les Miquelets
qui avoient pris les armes ,
quoy qu'en nombre beaucoup
plus confiderable , puffent faire
une longue & vigoureufe deffenfe
, lorfque les Troupes reglées
feroient encore diminuées ,
refolurent de capituler pour la
Ville & le Chasteau , & il fut
enfin arrefté que la Garniſon
feroit prifonniere de guerre ,
& que les Habitans , & les Miquelets
, fe rendroient à dif-
-cretion , & comme la Ville n'é
tant plus en eftat de fe deffendre,
ne pouvoit éviter d'eftre
prife d'affaut , & qu'en pareil cas
le pillage eft permis felon les
Loix de la guerre , on conving
Janvier 1708. LI
402 MERCURE
que les Habitans payeroient
12000. piftoles pour s'exempter
du pillage.
On ne peut trop admirer la
fermeté que les Troupes ont
faitparoître en cette occafion, &
la conduite de Mr d'Arenes qui
s'eft judicieuſement opiniâtre à
vouloir que la Garaiſon fuft prifonniere
de guerre , & que ceux
qui s'y eftoient joints pour deffendre
la Place , fe rendiffent à
difcretion ce qui doit empê
cher dorefnavant les Miquelets
de fe jetter dans les Places pour
les deffendre , puifqu'en courant
le même fort , ils feroient
en danger d'eftre feverement
punis , fi le Roy d'Espagne ne
leur faifoit grace .
Le Gouverneur d'Oran , auf
GALANT 403
brave qu'attentif à tout ce qui
peut empêcher les ennemis de
fe rendre maîtres de la Place ,
fcachant qu'ils avoient fait une
mine ,fur laquelle ils comptoient
beaucoup , trouva moyen par
un ftratagême nouveau d'empê
eher que cette mine fit aucun
effet dont ils puffent tirer de
l'avantage, & ayant fait une fon
tie dans le même temps que fon
deffein devoit éclater , tous ceux
qui travailloient à cette mine ,
furent tuez , & cles Espagnols
rentrerent dans la Ville avec
plufieurs teftes & deux prifonniers
, dont l'un eftoit l'Inges
nieur des Afliegeans , & Lautre
le frere de l'Algaïde quinles
commande . On doit avouer que
les Eſpagnols ont eu des cour
LI j
404 MERCURE
temps des talens merveilleux
pour deffendre les Places , &
toutes les Hiftoires font pleines
de ce qu'ils ont fait en de pareilles
occafions ; de leur fermeté
&de leur fçavoir pour faire
traîner les Sieges en longueur.
On ne pouvoit mieux faire
que d'envoyer Mr du Caffe pour
fervir d'eſcorte aux Gallions
d'Espagne , & pour faire tout ce
qu'il jugeroit à propos en cette
occafion . Ce Commandant auffi
intelligent que brave , ne voyant
pas que les Gallions puffent arriver
fi toft, & fçachant que s'il
pouvoit envoyer de l'argent
au Roy d'Eſpagne qui puſt le
mettre en eftat d'ouvrir la Campagne
, avant l'arrivée des Gallions
. Scachant , dis- je , que s'il
INLANT 405
reüffiffoit dans ce deffein il rendroit
un tun fervice confiderable
aux deux Rois , a trouvé moyen
d'envoyer trois Fregates char
gées d'argent , pour le feul com
pre du Roy d'Efpagne , & elles
font heureufement arrivées à
Cadix. 3
La Lettre qui fuit vous ap
prendra une nouvelle d'impor
tance , and foot trany di
A Colmar ce 22 Janvier o
4
1200 Sup 20991336 .
Mr de Perry qui commande à Ha
guenau , ayant des avis certains ,
que les ennemis faifoient monter/
le Rhin quantité de provifions pour
Philisbourg detacha un Capi
taine de Houffards avec foixante
Houffards , qui alla a trente liewes
LI iij
406 MERCURE
du Camp & qui ayant paſſe an
travers des ennemis & fe rendit au
defus de Wormes , ou ayant appergucing
gras Baftimens tirez chas
cun par vingt cing chevaux , & dix
autres petits Baftimens tirezparfix
chacun , les joign t pendant la nuit,
y fit mettre le feu , couppa les jare
rees des chevaux, & en prit feule
ment quelques - uns avec de ľavoi?
nez ily avoit aufli dans ces bæt
seaux cent cinquante milliers de
poudre,fept mille facs de farine &
d'avoine , & ane infinité de munitions,
RG1350i shand's Bord
s Mr le Maréchal de Villars
ayant fait affembler plus de
20.3 mille hommes d'Infanterie.
Les Ennemis , qui ont efté allarmez
de cette nouvelle , ont en
GALANT 407
voyé une grande partie de leurs
Troupes, camper fous Fribourgy
Ils n'ont , fans doute pas pris
le bon party ; & je necrains pas
de ledire , puifque fi Mr de Vil
lars a refolu de donner le chan
geaux Ennemis, en faifant quel
que tentrepriſe confiderable
Faffaire doit eftre prefentement
favancée , que l'on en doit
avoir des nouvelles dans quel
ques jours. ba đị 3492
Vous voyez que nos affaires
paroiffent de tous coftez dans
une affez bonne fituation , pour
pouvoir attendre quelque chofe
d'avantageux à l'ouverture de
la Campagne , à laquelle nous
fommes beaucoup plus preparez
que les Ennemis , nos Troupes
cftant affemblées en Allemagne,
4
408 MERCURE
dans le temps que l'on delibere
à Ratisbonne , fur les moyens
d'avoir une Armée preste à
marcher au 15. d'Avril ;, & dans
le temps que la Hollandene
fçait pas encore fi elle augmentera
fes Troupes , & qu'elle ne
fçait pas non plus où elle pren
dra des fonds pour la Campa
gne prochaine , & que l'on a
recours aux Miquelets de Cata
logne , pour y augmenter l'Ar
mée des Alliez གེ་ སར་གསོ་ ད
Pendant qu'ils fe donnent des
mouvemens par tout, pour avoir
des Troupes capables de foutenir
la Campagne prochaine , les
efforts des deux Rois , on fedi.
vertit à Verfailles & à Marly's
& pendant le dernier fejour de
Marly , qui a duré dix jours , il
Z
GALANT 409
ya eu trois magnifiques Bals , en
habits ferieux ; & un autre Bal ,
où il n'a efté permis d'entrer
qu'en habits de Mafque. Je ne
vous dis dien des pierreries &
des riches habits , qui ont brillé
dans ces Bals où les meilleurs
Danfeurs de France , & qui
n'avoient point danfé depuis
long temps longtemps ., fe font fait admirer;
mais je vous parleray ſeulement
d'une galanterie toute fpirituelle
, dont le nom de celuy ou
de celle qui l'a faite m'eft inconnu
. Il parut tout - à - coup
devant Madame la Ducheffe de
Bourgogne , un Amour , qui s'étoit
gliffé parmy la foule , fans
eftre apperçû , & qui aprés avoir
mis un genouil en terre , prefenta
à cette Princeffe une Pomme
}
410 MERCURE
d'or , fur laquelle on lifoit : 4
laplus gracieuse , & la plus aimable
Princeffe de l'Univers . Cette
Pomme d'or eftoit accompagnée
d'une Chanfon , fur l'air de Joconde
, dont voicy les paroles
Le Berger Paris couronna
Jadis une immortelle
Et la pomme qu'il lui donna
Etoit pour la plus belle ;
Un Dicu , Princeſſe , dans ce jour
Vous rend le mesme hommage s
Recevez ici de Amour
Cette Pomme pour gage.
S
Il vous la donne par mes mains
N'ofant ici paroître ,
T11
Déguife fous des traits humains,
Qui pourroit le connoître en
Il vous fuit pourtant en tous lieux
A vos pas il s'attache
GALANT
411
Et dans nos coeurs , & dans vos yeux
Quelquefois
il fe cache.
La
Pomme d'or
s'ouvroit , &
il y avoit dedans un Bandeau de
Mouffeline plié , & renoué d'un
Ruban
couleur de feu , avec
deux petites aîles de Plumes
blanches &
couleur de feu , at
tachées par un pareil Ruban
avec ces mots & les vers fuivants.
L'AMOUR.
*
>
A la plus aimable
Princeffe du
monde.
Jefuis Dieu des
amours , des gra»
ces & des ris
Et fur tant de
Beautez qu'on voit
ici
paroistre
Cel mai qui vous donne lePrix,
412 MERCURE
Le Dieud Amour doit s'y connoiftre
fr
quitté
n
J'ai Bandeau pour pouvoir
deformais
Chaque infant admirer tant degraces
nouvelles ,
Et pour ne vous quitterjamais
J'ai moi- mefme coupé mes ailes.
Je ne puis mieux finir que par
un article auffi galant que celuy
que vous venez de lire. Cependant
je dois vous dire que ma
mauvaiſe ſanté , & la perte de
ma vûë , ne me permettant pas
d'aller aux principales actions
publiques , qui fe font au commencement
de chaque mois , &
dont je me fuis impofé une loy ,
de vous entretenir , je ne puis
vous en parler que fur le raport
de ceux dont j'ay fait l'epreuve
de
GALANT 413.
de la
memoire en
plufieurs ocafions
, & qui m'a
toujours paru
des plus
heureufes ;
cependant ,
comme il paroît affez impoffi
ble que l'on puiſſe retenir tout
ce qu'il ya de plus brillantdans
les
differens
difcours qui fe
prononcent. en moins d'une ou
deux heures de temps ,
comme
on fait , fur tout le jour que
le
Parlement rentre , le jour de
l'ouverture des
Audiances , &
le jour des :
Mercuriales
comme il peut arriver que ce
que l'on m'en raporte ne foit
pás toujours
entierement con
forme à la verité , j'ay
toujours
obſervé de ne rien mettre dans
les
difcours que j'ay
raportez ,
qui ne pût eſtre digne d'un hom
me d'efprit, & zelé pour la juf-
Fanvier 1708. Mm
&
414
MERCURE
"
tice, & qui par confequent pât
fairetortafa reputation , quand il
ne l'auroit pas entierement pro
noncés fuivant qu'il eft raporté,
Il y avoit beaucoup de ces dif
cours dans ma derniere lettre ,
& je ne fuis pas furpris que vous
l'ayez trouvée fi curieuſe , puif.
que , contenant les nouvelles de
deux mois entiers , elle eftoit
remplie d'un tres grand nombre
d'articles , qui ont dû vous faire
plaifir , ainfi qu'à tous ceux qui
l'ont lûë . Je ſuis , Madame , vô,
tre , & c
A Paris , ce zi. Janvier, 1708.
APOSTILLE
.
Par les dernieres nouvelles
d'Holande , les Etats font convenus
de lever le 100. denier ›
GALANT 415
quia caufé tant de conteſtations ;
de maniere que cetrool denier
réeli fera levé cette année deux
fois , de même qu'il l'a efté en
1706 , & dans les années precedentes
depuis le commencement
de cette guerre , fans y com-
-prendre ce que les Villes ont
toujours levé , & qui va à la
valeur d'un autre 100 , denier .
Cependant , il manque encore
-9, à 10 millions de florins , pour
remplir les fonds neceffaires
pour la Campagne prochaine .
Il eſt arrivé à St. Malo , un
vaiffeau pour la Compagnie de
l'Affiente, qui a aporté cent mille
écus en argent.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR .
L'Hiftoire du fiége de Tou-
Mm ij
416 MERCURE
a
lon ayant obligé l'Auteur de reculer
le Mercure de Decembre
d'un mois , cela à donné lieu à
quelques Particuliers de dire
que le Mercure étoit ceffé , l'Au-
-ateur n'étant plus en état de le
continuer cependant , il a donné
au commencement de Janviérun
Volume plus gros que
les autres , puifqu'il contient
les nouvelles du mois de Decem
bre , & celles du mois de Novembre.
On trouve dans le ti- 1
tre de ce Volume , Novembre ,
& Decembre
in uno AVI S.
On diftribüera le Mercure
de Fevrier le Vendredy 2. de .
Marsh
TABLE.
-
i
PRelude dans lequel on trouve un
Eloge du Roy prononcé par Mr
l'Evêque d'Alais , à l'ouverture
des Etats de Languedoc , 5
-Diſcoursprononcépar le Pere le Jay ,
Jefuite , dans lequel il eft parlé
des affaires du Temps ,
*
Thefes foutenues contre la Cabale
Judaique & Chreftienne ,
Premier Article des morts ,
3x
36
Premier Article des Mariages , 71
Lettres écrites par un homme de qualité
agé de prés de cent dix ans , 85
Cartes données au public pendant
l'année derniere , par Mrde Fer ,
99
Explication Phifique & Mechani
que des effets de la Saignée & de
la Boiffon , dans la Cure des
maladies &
ioL
TABLE. -
106
Benefices donnez par le Roy dans la
derniere Promotion ,
Compliment fait à Mr d'Aubigné ,
au nom du Chapitre de Rouen ,
par Mrde la Vove de Tourouvre ,
grand Archidiacre du méme Chapitres
Article oublié , en parlant le mois
dernier du Teftament de feu Mr
l'Archevêque de Rouen , 143
Dernier ouvrage de feu Mr Toi-
V
140
147
ISI
nard ,
Second Article des Morts ,
Faute qui s'eft gliẞée dans le dernier
Mercure , dans l'Article de
la mort defeu Mr le Comte d'Au -
168 vergne ,
"Mr le Comte de Sagonne a esté
nommé Intendant de Moulins . Il
faut lire dans l'Article , Moulins
, au lieu de Limofin , 169
TABLE.
C
Traité de l'Allemagne & des Etats.
Souverains de l'Empire, donné au
Publicpar MrMoulart- Sanfon,
17
Seconde Edition de la Grece, divifée
en plufieurs Caries , avec une explication
Latine tirée des anciens
Auteurs , par le même Geographe,
177
Mr de Bionville eft nommé par le
Roy , Maire Alternatif - Mi-
Triennal de Mets , avec les Ceremonies
qui ont efté obfervées en
cette occafion ,
Suite des Réjouissances faites pour
la prife du Chateau de Lerida ,
180
186
Sonnet , fur la priſe du méme Cháteau
, 190
Chanfon fur le même sujet , fur l'air
du Branfle de Mets. 196
TABLE.
Ce qui s'eft paffefur la route de §.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
en revenant en France, 209
Epitre en Vers , de Minerve , à Mr
le Marquis de Chamillart, 215
Froifième article des morts 227
Détail tres-exalt de la fefte donnée
Par le Roy, à Versailles: la veille
de la fefte des Rois ,
Rejoüiffances faites par la Reine
Douairiere d'Espagne ,
Dons faits par le Roy ,"
S. Evêché donné par 5. M.
Y
244
289
290
198
Méprife faite dans le dernier Mer
care , touchant le Don fait de
Prieuré de la Charitéfur Loive ,
C
idem :
Second Article des Mariages , 299
Mefdames les Marquifes de Cany
& de Seignelayfont prefentées au
Roy 323
TABLE.
330
Bal mafqué donné à Versailles , 325
Lettre de Bordeaux , ...
Nouvelle promotion de Marine ,
dans laquelle il eft parlé de 23.
Officiers de ce Corps ,
Vaiffeaux ennemis pris par des
Vaiffeaux François pendant le
mois de Decembre ,
Prife de Morella ,
338
358
361
Perte d'une partie du Regiment de
Louvigny , moins confiderable
que les ennemis l'ont publié , 364
Situation generale des Affaires ,
8365
399
Article des Enigmes,
Seconde fuite des Affaites d'Efpa-
400
gne,
Suite des Affaires &Allemagne ,
Divertiffement de Marly , pendant
le dernier fejour que la Coury a
408
fait.
TABLE.
Article touchant les Difcours pros
noncezaux ouvertures du Parle
ment,
412
Apoftille , contenant les dernieres
Nouvelles &Hollande ,
414
Le Libraire au Lecteur
415
Avis ,
416
Avispourplacer les Figures .
Les Jettons doivent regarder
la page 144 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères