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1707, 11-12
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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LYON
1893*
LE DAUPHIN
NOV. DEC. 1707,
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure Galanto
Co
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffit
le Mercure, ce qui en augmente confide
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant 38. fols . Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII.
Avec Privilege du Roy.
2.1
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement dechaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR,
de défigurez étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On

avertit encore qu'on ne prend
·aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages leur
tour , pourvu qu'ils ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERGVRE
GALANT
BIBLIO
NOV. & DEC. 177
EQUE
LYON
E devoir le plus effentiel
des Souverains, étant
de donner de dignes
Miniftres à l'Eglife , on
pas s'étonner, fi le Roy
ne doit
s'eft toûjours fcrupuleufement
DE
LA
VILL
A iij
6 MERCURE
attaché à faire de bons choix ;
& fi ce Prince, connoiffant parfaitement
le bien & le mal qui
peut refulter de ces choix , &
fur tout dans des temps où la
faine Doctrine, qu'il a eu foin
d'affermir , s'eft fouvent veu
attaquée , oublie , lors qu'il
s'agit de nommer des Paſteurs ,
la naiffance de ceux qui y prétendent
, & même les fervices
que ceux de leurs Familles , ont
fouvent rendus à l'Etat . Il eft
même des merites éclatans,par
lefquels ce Monarque ne ſe laiffe
point éblouir. Il examine la
maniere dont ceux qui peuvent
GALANT
7
tâ- , pour
ta
prétendre aux Dignitez Ecclefiaftiques
, ont vécu ,
cher de déveloper, par ce qu'ils
ont fait , ce qu'ils feront à l'avenir.
Il trouve même qu'il
ne fuffit pas d'eftre homme de
cftre élevé à l'Epif-
Ils
bien ,
pour
copat
, & fi la vertu
& l'aufterité
fuffifent
pour
faire
des
Saints
, elles
ne
fuffifent
pas
pour
faire
des
Evêques
.
doivent
, il eft vray
, eftre
doüez
de vertus
qui
puiffent
édifier
;
mais
il faut
qu'elles
foient
accompagnées
, de vertus
agiflantes
, & qu'un
Paſteur
s'appli
que
fans
relâche
, aux
foins
de
A
iiij
8 MERCURE
faire profiter fon Troupeau ,
& de luy faire avoir une bonne
pâture. Il faut qu'un Evêque
fcache de quelle maniere
fes brebis doivent eftre gouvernées
, & qu'il ſoit plus en
eftat d'enſeigner aux autres ,
que d'eftre luy même enfeigné.
Ainfi l'on ne peut prendre trop
de précautions, pour faire un fi
grand choix , puifque de là
dépend le repos de la confcien
ce des peuples , comme la perte
de leur ame, dépendroit de
la mauvaife Doctrine qu'on
leur feroit fuccer. Et c'eft
pourquoy le Roy , plus fcruGALANT
9
puleux qu'il n'a jamais efté
fur ces fortes de choix , n'é
couté aucunes raifons humai
nes lors qu'il eft queſtion d'en
faire ; ce Prince ne connoift
perfonne dans ce moment-là ,
& il jette moins les yeux fur
ceux qui l'environnent , & qui
groffiffent tous les jours fa
Cour , que fur ceux que l'on a
veus attachez fur les Bancs de
Sorbonne ; que l'on a veu mener
une vie exemplaire dans
les Seminaires ; ou apprendre
à gouverner un jour ,en chef,
une Eglife , en apprenant tout
ce qu'un Evêque doit faire
10 MERCURE
د
fous des Evêques , fous les ordres
de qui ils travaillent . On
ne doit pas s'étonner aprés
cela du choix que le Roy a fait
de Mr Ennemond Aleman de
Montmartin , Docteur de Sorbonne
Grand Chantre &
Grand Vicaire de l'Eglife de
Vienne , qui joint à la pureté
de fa doctrine une conduite
fimple & irreprochable , & une
grande égalité de moeurs. Il
ne faut pas s'étonner , dis - je ,
fi le Roy a choifi un homme
de ce caractere pour remplir
le Siege de Grenoble.
Ce nouveau Prelat eftoit
GALANT II
déja parfaitement inftruit des
travaux de l'Epifcopat , s'étant
fait un plaifir des foins &
des peines que donnent ces travaux
, fous les ordres de M
l'Archevêque de Vienne , & le
fuccés avec lequel il a exercé
le Miniſtere Evangelique , ainfi
que le fruit qu'il a fait dans les
Miffions où ce Prelat l'a employé
, font donner de grands
applaudiffemens au choix de
Sa Majefté . D'ailleurs le zele
qu'il a toûjours témoigné pour
la faine Doctrine , & la chaleur
avec laquelle il l'a défenduë ,
comme Membre de la plus
12 MERCURE
celebre Faculté de l'Europe ,
ont beaucoup contribué à faire
déterminer le Roy en fa faveur.
Sa Majefté n'ignoroit pas que
c'eft la fcience qui édifie , &
non pas celle qui détruit , qu'il
faut chercher dans un Evêque ;
de maniere que tout ce qui s'éloigne
de cette divine fource,
ne doit eftre regardé, que com
me une fauffe lumiere , quiloin
de conduire ceux qui la fuivent,
les fait fouvent égarer .
M' l'Evêque de Grenoble
eft frere de Meffire Pierre Aleman
, Comte de Montmartin
Lieutenant de Roy au ,Gouver
GALANT 13
nement de Dauphiné. Il avoit
époufé en premieres nopces,
Dame Maric- Anne de Sêve ,
fille de feu M' de Sêve , Premier
Prefident au Parlement
de Metz , foeur de Ms les Abbez
de Sêve , & de feu M' de
Sêve , Meftre de Camp de Cavalerie
tué à la Bataille de
Fridlinghen , & niéce de M²
l'Evêque d'Arras , & de Madame
la Marquifſe de Villetaneufe
; & en fecondes nopces,
Dame Catherine - Marie Brulart
Sillery , fille aînée de M
le Marquis de Puyfieux , Chevalier
des Ordres du Roy, Licu
14 MERCURE
tenant General de fes Armées,
Confeiller d'Etat d'Epée, Gouverneur
d'Huninghen , & Am-
baffadeur Extraordinaire de S.
7
Il
M. auprés desCantonsSuiffes, &
niéce de M l'Evêque de Soiffons.
M' le Comte de Montmartin
a eu de fon premier
mariage une fille unique , auffi
diftinguée par fon merite , que
par l'éclat de fa naiſſance . Îl a
auffi eu une fille unique de fon
deuxième mariage, qui porte le
nom d'Aleman : & qui fait remarquer
en elle , quoy qu'encore
fort jeune , beaucoup de
graces & d'efprit.
·GALANT 15
1
*
La Maiſon des Alemans ,
eft iffue des anciens Barons ,
Souverains de Foucigny. Rodolphe
Baron Souverain de
Foucigny, vivoit en 1125. Il
laiffa Humbert , auffi Baron de
Foucigny,pere d'Aimoin, dont
la fille unique, Agnés de Foucigny
, époufa Pierre , Comte
de Savoye , dont elle eut Beatrix
de Savoye , Baronne de
Foucigny , qui porta cette Baronnic
dans la Maiſon des Dauphins
de Viennois , en époufant
le Dauphin Guigues , douziéme
du Nom ; & enfuite
fucceffion cette Province paſſa
par
16 MERCURE
dans le Maifon de Savoye.
Humbert dont je viens de parler
, fut auffi pere de Guillaume
de Foucigny, dont la fille unique,
Agnés , époufa Thomas I.
de ce Nom , Comte de Savoye.
De ce mariage vint Beatrix de
Savoye , femme de Raymond
Berenger , Comte de Provence,
& mere de Marguerite de Provence,
Reine de France, femme
de S. Louis. Rodolphe, Baron
de Foucigny , pere d'Humbert,
laiſſa auſſi Rodolphe , dit Aleman
, qui forma la branche des
Alemans , Seigneurs des Vaubonnois
, d'Aubonne , d'Uria
2
GALANT 17
ge , & de Châteauneuf, & Raymond
, Seigneur de Thoire &
de Boufli en Genevois , qui en
forma une autre confiderable .
Les Branches forties de ces
Princes , Barons de Foucigny ,
ont foûtenu la grandeur de leur
origine , par les Terres confiderables
qu'elles ont poffedées par
d'illuftres alliances , & par des
Employs diftinguez .
Renaud Aleman ſe ſignala
dans les guerres, que les derniers
Dauphins foûtinrent , & Geofroy
fut en l'année 1444. Mat .
tre- d'Hôtel , du Dauphin Louis ,
qui regna enfuite fous le nom
Nov. & Dec. 1707. B
18 MERCURE
.
de Louis XI . Aimon Alemán
fut Lieutenant General , au Gouvernement
de Dauphiné , en
l'année 1463. Ioffrey cut la
mefme dignité en 1505. Il eft
celebre dans l'Hiftoire fous le
nom du Capitaine Molart. Il fut
Lieutenant General des Armées
du Roy Louis XII . c'eſt un des
preux de ce temps - là . Il perdit
la vie à la Bataille de Ravenne
en 1512. Charles Aleman fut
auffi Lieutenant General au
Gouvernement du Dauphiné ,
fous François I. en 1522. Chcvalier
de l'Ordre de ce Prince ,
& enfuite Gouverneur de la mêGALANT
19
me Province. Boniface Ale
man & Guigues fon frere , furent
Lieutenans Generaux dedes
Armées des Rois Charles VIII
& Louis XII . en Italie : Odon
Aleman fut Bailli du Gapençois
& de l'Embrunois : André Aleman
fut Chevalier de l'Ordre
du Roy Alexandre Aleman
fut Bailly de Viennois , & Gouverneur
de Savoye ; on ne doit
pas oublier , parmy tous ces
grands hommes, François Aleman
, qui fe diftingua fi fort
fous les yeux du Comte d'Anguien
, à la Bataillé deCerifoles .
Les Alemans ne font pas
Bij
20 MERCRUE
I
moins diftinguez dans l'Eglife ?
par les grands hommes de cet - 12
te Maifon qui ont embraffé ceo
party . Elle a donné 3. Evêques,
à l'Eglife de Geneve , morts
en odeur de fainteté Gutsh
Arducius frere de Rodolphe
qui a fait la Branche des Aler
mans , fut Evêque de Geneve
en 1126. Arducius II, fut Evê- l
que de la même Ville en 1154. ga
Gerard fut Evêque de Laufane, El
& Amé Evêque de S. Jean de
Morienne. Louis Aleman futot
d'abord Comte de S. Jean de 4
Lyon, par la réfignation de Galois
Aleman fon frere aîné , en
Ga- ta
GALANTM₂Ps
A
fuite Abbé de Tournus fur
Saone, Evêque de Miguelon
ne , Archevêque d'Afleshen
1416. & enfin créé Cardinal , q
fous le titre de Sainte Cecile ,
dans la même année , par Martin
V. & peu aprés Vice- Ca- A
merlingue de l'Eglife . Le même
-Pape le nomma Legat de Boulogne
, & le chargea de faire
agréer aux Habitans de Sienne,
la Tranflation du Concile de
Pife , qu'il vouloit faire dans
leur Ville . Louis III . Roy de
Naples , & Comte de Provence,
cut beaucoup d'eftime pour ce
Cardinal , & c'eſt à fa confide
33
ةره
22 MERCURE
ration qu'il confirma à l'Eglife
d'Arles , les privileges que les
Roys , fes predeceffeurs , lui avoient
accordez. Eugene IV.
le nomma en 143 1. pour préfider
au Concile de Bâle ; mais
dans la fuite, il fe broüilla avec
ce Pape , au fujet de la Tranflation
que ce Pontife vouloit
faire du Concile, dans une autre
Ville , & il refta à Bâle , où il
continua les feances , & où il
procura l'élection d'Amé VIII.
Duc de Savoye , fous le nom de
Felix V. aprés la dépofition
d'Eugene IV. en 1439. En haine
de cette élection , Eugene le
GALANT 23.
priva du Cardinalat ; mais Nicolas
V2 Succeffeur d'Eugene ,
luy rendit la pourpre , aprés
l'abdication de Felix V. & l'envoya
Legat , dans la Baffe Allemagne.
Ce grand Prelat mou-
C rut à Salon en 1450. en odeur
fde fainteté , qui a efté confir
mée par des miracles qui engagerent
le Pape Clement VII.
dede beatifier le 9. Avril l'an
15273 & de luy decerner un
I culte religieux , qu'on luy rend
dans l'Eglife , fous le nom de
1 faint Louis d'Arles.
Antoine fut élû Evêque de
Cahors en 1466. & mourut en
24 MERCURE
Il fonda le College de
1475 .
S. Michel , où font maintenant.
les Jefuites . Antoine Aleman ,
fon Neveu , cut la même dignité
en 1477. & mourut en
1493. Siboud fut Evêque de
Grenoble vers le milieu du 15
fiecle. Il affembla dans fon Palais
à Grenoble, les Chefs de
toutes les Branches de fa Maifon
, & procura par ſes ſoins le
fameux Concordat
qui eft imprimé
dans le Livre des Fiefs .
fait par Mr de Boifficu , Premier
Preſident de la Chambre
des Comptes de Dauphiné , &
dont le Pere Meneſtrier
a parlé
dans
GALANT 25
dans fes Ouvrages. Laurens I.
fut Evêque de Grenoble ; il eft
celebre par fes grands travaux
dans ce Diocefe , & par la fondation
qu'il a faite d'un Convent
de Minimes , dans la Plaine
de Grenoble , & d'un autre de
mefme Ordre dans la Ville de
Toulouze , il a efté Abbé de S.
Cernin. Laurens II. fut auffi
Evêque de Grenoble & Abbé
de S. Cernin. Charles Aleman
Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem, fut Grand Prieur
de faint Gilles , il eft Bienfaiteur
de fon Ordre , & il luy fit des
prefens magnifiques , parmy
Nov. Dec. 1707. C
26 MERCURE
lefquels on voit encore aujourd'huy
à Malte , les douze Apôtres
en vermeil doré. Il fit dans
l'Eglife de fon Grand- Prieuré
une fondation tres - conſiderable.
Grenoble eft la Capitale du
Dauphiné , elle eft fituée fur
l'Izere ; l'Evêché eſt ſuffragant
de Vienne. Le Parlement de la
Province, réfide dans cette Ville;
il eft un des plus diftinguez
du Royaume. Les Officiers qui
le compofent eftant tous d'une
tres- noble extraction . Le Parlement
de Chamberry , qui eft
auffi tres confiderable , eft de
ce Dioceſe. Ptolomée nomme
GALANT 27
cette Ville Accufium. Elle a dans
quelques anciennes infcriptions
le nom de Cularo. C'eſt
l'Empereur Gratien , qui lui
a donné le nom qu'elle porte.
Le premier Evêque de Grenoble
, dont on ait connoffance ,
cft faint Domnin , qui aſſiſta au
Concile d'Aquilée en 381. Saint
Hugues , un des Compagnons
de Retraite de faint Bruno, fut
un de ſes Succeffeurs , il acquit
à fon Egliſe la moitié du Comté
Salmorene , Mr Scarron a
efté le Prédeceffeur immediat
de Mr le Cardinal le Camus.
Les Evêques de cette Ville
Cij
28 MERCURE
prennent le titre de Princes de
Grenoble , à caufe de plufieurs
donations
que les Empereurs
leur ont faites en divers temps,
& ils font Seigneurs de la Ville
, & en pariage avec le Roy.
En 1453. Louis XI . n'eftant
encore que Dauphin de Viennois
, érigea le Conſeil Delphinal
de cette Province, en Parlement
, & François Potier en fut
Premier Prefident . Il y a auffi
dans cette Ville une Chambre
des Comptes. La Chambre de
l'Edit
pour
caffée
en
1679.
Il y a eu autrefois
une
Univerfité
. La
grande
les Proteftans fut
GALANT 29
Chartreufe , Chef d'Ordre ,
n'eft qu'à trois lieuës de Grenoble,
Le Dioceſe eft fort étendu
, & il y a quantité de Paroiffes
fur des montagnes & des
rochers prefque inacceffibles .
L'air en eft fi vif, & fi mal fain ,
qu'il n'y a que les gens nez &
élevez fur les lieux, qui puiffent
réfifter ; & comme tous les
Curez que les Evêques de Grenoble
y envoyoient , y mouroient
en peu de temps , & qu'-
cun Ecclefiaftique n'y vouloit
retourner , Mr le Cardinal le
Camus, par un zele bien loüa .
ble , faifoit prendre des enfans
y
C iij
30 MERCURE
de fept à huit ans , nez fur ces
montagnes , les faifoit élever
dans fon Seminaire , & aprés
les avoir ordonnez , il les envoyoit
fur ces rochers, donner
la pâture divine à leurs Compatriotes
. Et comme cet air
leur cftoit naturel , ils Y réfiftoient
fans peine.
A peine Mr l'Abbé de Mont-
Martin eut- il efté nommé pour
remplir le Siege de Grenoble ,
que ceux qui connoiffoient particulierement
cet Abbé , dirent
que le Mandement de Mr de
Marnays , Grand - Vicaire de
Grenoble , pour demander à
GALANT 31
Dieu un digne Succeſſeur, avoit
produit l'effet qu'il en attendoit
, puifque Sa Majeſté avoit
nommé M l'Abbé de Mont-
Martin, pour fucceder à M' le
Cardinal le Camus. Voicy de
quelle maniere Mr l'Abbé
de Marnays parle dans fon
Mandement.
Nous avons crú les
pre- que
miers foins de la Charge qu'on
vient de nous impofer , eftoit de
vous informer de la mort de Son
Eminence, Monfeigneur le Cardinal
le Camus , noftre incomparable
Prelat , & de vous exhorter
C iiij
32 MERCURE
de luy rendre vos derniers devoirs,
en faifant faire, chacun dans vos
Eglifes un Service folemnel , pour
demander à Dieu qu'il luy faffe
mifericorde. Il rendit l'Ame le
douzième de ce mois à une heure
aprés minuit , muny des Sacremens
de l'Eglife , & dans un
defir ardent d'eftre uny àfon Createur.
S
Le Sacré College des Cardinaux
, le Clergé de France , &
toute l'Eglife, viennent de perdre
par cette mort , un de leurs plus
> & de leurs grands ornemens
plusfaints Evêques. Que n'a-t- il
point fait pendant trente -fix ans
GALANT 33
qu'il a gouverné ce Dioceſe , pour
en bannir l'ignorance & en déraciner
le vice qu'il y trouva à fon
avenement ? Vous l'avez vútoujours
infatigable dans fes fonctions
, parcourant tous les ans les
lieux les plus deferts & les plus
inacceffibles de fon Diocefe , fouvent
même au peril de fa vie :
Vous l'avez entendu prêcher la
Parole de Dieu, avec toute l'élodes
premiers Peres de l'Eglife
, & avec tout le zele du
grand faint Charles Borromée ,
qu'il a parfaitement imité , comme
le modèle qu'il s'eftoit propofe.
Il a joint à tant de travaux des
quence
34 MERCURE
aumônes immenfes , une priere
continuelle & une auſterité toûjours
égale , qui a enfin consommé
fon facrifice. Nous vous exhortons
donc , mes tres - chers Freres
de joindre ves prieres & vos larmes
aux noftres , pour fléchir la
Juftice de Dieu fur les infirmitez
de la condition humaine , qui
pourroient eftre échapées à la vigilance
de ce faint Pafteur, pendant
le cours d'une fi longue vie
les fatigues des fonchons Epif
copales . Nous devons tous efperei
que ce grand Evêque eftant
aux pieds de la Mifericorde Divine
, attirera un jour fur nous
GALANT 35
par fon interceffion, les graces qui
nous feront neceffaires pour remplix
dignement les obligations de
nos emplois, Nous vous conju
rons encore , mes tres-chers Freres,
de vous adreffer avec confiance
Fefus-Chrift, le fouverain Pafteur
de nos ames , pour obtenir de luy
un Evêque qui foit felon fon
coeur , & qui foit remply de la
Charité &des autres Vertus qui
peuvent le rendre digne de fucceder
à celuy que nous venons de
perdre. Et pour rendre un témoignage
public de la veneration
que Nous avons pour fa memoire:
pour tout ce qu'il a fait, reglé
36 MERCURE
ordonné & ſtatué pendant qu'il a
gouverné ce Diocefe ; Nous déclarons
queNous le ferons executer
pendant le temps de noftre adminiſtration
, avec toute la force
& le zele qu'il plaira àDieu de
nous donner , afin de maintenir le
bon ordre qu'il y a étably. Et au
furplus , Nous continuons toutes
les Approbations des Predicateurs ,
Confeffeurs & Vicaires qu'il
avoit données , avec les modifications
, reftrictions referves y
contenues , à la charge qu'ils fe
pourvoirontpardeversNous quand
te delay y portéfera expiré, pour
tes continuer s'ily échoir. Donné
GALANT 37
à Grenoble ce quatorziéme Septem
bre mil sept cens fept.
Voicy ceux qui ont efté
nommez aux Benefices vacans,
avant la derniere Promotion .
L'Abbaye de S. Vincent de
Metz a efté donnée à M' l'Abbé
de Bourlemont
, Grand
Archidiacre de Bordeaux , &
cy- devant Grand - Vicaire du
Dioceſe , & Agent general du
Clergé de France . Il eſt frere
de M' le Duc d'Atri , fils de
M' le Marquis de Sy , & neveu
de M' le Comte de Bourlemont
, Lieutenant General des
38 MERCURE
Armées du Roy , Gouverneur
de Stenay , mort depuis quelque
temps , & de fou M'FArchevêque
de Bordeaux , qui
avoit cfté auparavant Auditcur
de Rote , & employé dans le
Traité de Pife en 1669. comme
Plenipotentiaire de France .
La Maiſon d'Anglure, dont eft
cet Abbé , eft illuftre & ancienne.
Elle eft de Champagne
, & elle tire fon origine
de la Maifon de S. Cheron.
Anne d'Anglure , Seigneur de
Givry , fut Mestre de Camp
General de la Cavalerie Legere
de France fous Henry III. I
GALANT 39
.
eut une grande part aux affaires
de fon temps , & fit beaucoup
parler de luy, durant le
Siege de Paris , & pendant les
troubles de la Ligue . Made-
I moiſelle de Guife , qui fut enfuite
Princeffe de Conty, avoit
beaucoup de confiance en luy,
& elle l'honora d'une eſtime
particuliere , ainfi que les Mc.
moires de ce temps-là le remar
quent .
la
L'Abbaye dont je viens dé
parler , qui vacquoit par
mort de M' l'Abbé Ancelin ,
a efté poffedée par des perfonnes
du premier Ordre . Cet
40 MERCURE
1
Abbé l'avoit euë aprés la mort
de M ' l'Abbé de Parabere , oncle
de MⓇ le Comte de Parabere
, Brigadier des Armées
du Roy , & Meftre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie ,
qui fert en Espagne , de M
le Comte de Souillac , & de
Madame la Marquife d'Aubeterre.
Cet Abbé s'eſt diſtingué
dans fon temps par
naiffance & par fon merite.
Il avoit eu cette Abbaye aprés
la mort de M' le Cardinal Mazarin,
qui l'avoit poffedée longtemps.
Le merite de M' l'Abbé
de Bourlemont cft connu de
the fa
GALANT 41
tout le monde.
Mr l'Abbé du Mas a efté
pourvû du Prieuré de Colle en
Perigord. Il eft frere de Mr
du Mas , Maréchal des Logis
des Moufquetaires gris . Mr
l'Abbé du Mas eft connu par
l'amour qu'il a pour les belles
Lettres , & par fa pieté .
Mr l'Abbé de Vaucocourt
a eſté nommé au Prieuré de
Bar -fur Aube. Il eft frere de
Mr de Vaucocourt , Meftre de
Camp , qui s'eft tres diſtingué
en Italic . Ces M's font de
Thiviers , petite Ville de Perigord
, &alliez à plufieurs Mai-
Dec. 1707 . Nov.
IS
D
42 MERCURE
fons qualifiées de cette Province.
L'Abbé de Vaucocourt
a fait fes Etudes de Theologie
avec beaucoup de fuccés ; &
aprés les avoir finies , il a mis
en oeuvre avec applaudiffement
, le talent qu'il a pour la
Chaire..
L'Abbaye de Frauloutern
a efté donnée à la Dame de
Metzenhaufen. Cette Damea
exercé avec beaucoup d'édi
fication , les premieres Charges
de fa Communauté, & le choix
que le Roy a fait de fa perfonne
pour l'Abbaye qu'il vient
de luy donner , a efté fort
ap,
GALANT 43
plaudy. Cette nouvelle Abbefle
eft d'une grande naiffance , &
d'une Famille originaire
de
l'Alface. Elle eft alliée à Mr
Van Eyck , Lieutenant Colonel
, & Commandant
de Dinant
, & à Mr le Chevalier de
Tarnay , qui fert aux Pays - Bas ,
dans les Troupes de Monfieur
l'Electeur de Baviere. Elle eft:
auffi parente de Mr le Marquis
de Leyde , de la même Famille
que celuy qui défendit fi vaillamment
la Ville de Dunkerque
, contre l'Armée de France
& celle d'Angleterre
, il y a
plus de cinquante ans
& qui
Dij
44 MERCURE
y fut bleffé à mort, en voulant
empêcher un Regiment Italien,
à qui il avoit confié une demylune
de prendre l'allarme ,
comme il faifoit , à l'approche
de nos Troupes.
Le Pere Dom Baroud a cu
l'Abbaye d'Ervafen , de l'Ordre
de S. Benoift , qui a eſté poſfedée
par de grands hommes ,
& elle a eu de fçavans Religieux
, qui ont enrichy l'Eglife
de plufieurs Ouvrages : Elle
eftoit fort celebre fur la fin
du penultiéme Siecle par l'ardeur
avec laquelle fes Religieux
cultivoient les Sciences . Dom
GALANT 45
Baroud , qui vient d'eftre nommé
à cette Abbaye , eſt encore
plus confiderable dans
fon Ordre , par fes vertus que
par fes lumieres , quoy qu'elles
foient fort étendues. En effet,
il joint à un efprit tres - éclairé ,
& naturellement élevé , unc
grande modeftie & un zele
ardent pour l'obſervation de
la Difcipline Reguliere.
Le Samedy 12. Novembre,
Meffieurs de la Cour des Aides
aprés avoir oui dés le matin
la Meffe dans leur Chapelle
recommencerent leurs Seances
. Mr Bofc , Procureur Ge-
>.
46 MERCURE
neral de cette Cour , parla avec
beaucoup d'éloquence , & fon
difcours receut de grands applaudiffemens.
Il parla des devoirs
des Juges , & s'étendit fur
la moderation qu'un Magiftrat
doit avoir , & il fit voir que les
Juges , qui n'ont
pas la force
d'affujettir leurs paffions , &
qui ont le malheur de s'y livrer ,
font bien prés d'eftre prévaricateurs
de leur Miniſtere ; il n'y
a pas loin , continua- t- il , du
moindre relâchement, dans lesfontions
de la Magiftrature , jufqu'-
aux prévarications les plus mar- 1
quées : Ce qu'il dit fur le defin
GALANT 47
[
t
So
C
: tereffement , qu'un Juge doit
avoir , fut tres- délicat , & il fit:
voir que cette vertu eft dans le
Magiftrat, le principe de toutes les
autres , que l'exercice de toutes
les vertus ,fans celle- là, eft ſuſpendu.
Cette penfée lui fournit mille
beaux traits qui furent fort
applaudis . Il prit de là occafion
de parler de l'exacte juſtice qui a
toûjours caracterifé les actions
du Monarque qui gouverne
aujourd'huy la France , & de
la probité de ce Prince , qui l'a
fouvent obligé de prononcer
contre luy - mefme , dans des
occafions où l'on auroit pû in48
MERCURE
terpreter la Loy en ſa faveur.
Mr Bofc finit fon difcours en
faifant entrer d'une maniere
fort delicate dans les louanges
qu'il donna à M' le Camus ,
un Eloge de Monfieur le Cardinal
le Camus , qu'il regarda
comme un Ornement de l'Eglife
, & un Modele de l'Epifcopat
.
Monfieur le Premier Prefident
parla enfuite . Son difcours
rempli de la gravité , qui convient
aux Perfonnes qui occupent
les premieres places de la
Robbe plut beaucoup , tant à
caufe de fa beauté que de la va-

rieté
GALANT 49
rieté , qu'il y avoit répandue ;
& aprés avoir donné quelques
loüanges à celui de M Bofc , il
en fit unc efpece d'Analyſe , &
les judicieufes réflexions qu'il
fit fur les principaux endroits
de ce Difcours , y firent remarquer
de grandes beautez. Il releva
fort éloquemment tout
ce que Mr. Bofc avoit dit fur
la prévention que les Juges
doivent éviter avec foin , & fur
la recherche de la verité , à laquelle
ils doiv ent uniquement
borner tous leurs travaux, & il
finit en recommandant aux
Avocats & aux Procureurs de
Nov. Dec. 1707. E
&
50 MERCURE
renouveller leur zele & leurs
foins pour la deffenſe des Parties
, qui leur confioient leurs
interefts ; de ne point embarraffer
les affaires dont ils font
chargez , par
d'inutiles procedures
, qui ruineut fouvent
ceux qu'elles regardent . Ce
qu'il dit fur ce fujet , fut tresenergique
, & appuyé par des
paffages du Nouveau Teftament.
On doit remarquer que
les difcours qu'on fait à la Cour
des Aydes le lendemain de la
S. Martin , font appellez Mercuriales.
Les Avocats & Procureurs
furent enfuite admis à
GALANT 51
la
preſtation du
ferment ,
fe fit entre les mains de Monqui
fieur le
Premier
Prefident.
Le
même jour on
chanta
dans la
grande Salle du Palais ,
la
Meffe
vulgairement nommée
Meffe rouge ,
parce que
Meffieurs du
Parlement , qui
affiftent à cette Meffe , font en
Robbes
rouges. On doit fçavoir
que cette Meffe eft toûjours
celebrée par un Evêque
choifi par le Corps du Parlement
, &
toûjours
chantée
par la Mufique de la fainte Chapelle.
Monfieur le
Premier Pre--
fident fe
trouva à
cette Meffe ,
E
ij
52 MERCURE
à la tefte de toutes les Chambres
du Parlement. Monfieur
Floriau , Evêque d'Orleans , &
Oncle de Monfieur le Premier
Prefident , qui officia ce jourlà
, fut fervi par Meffieurs du
Seminaire de Saint Nicolas du
Chardonnet . Monfieur le Premier
Prefident , fuivi de tout le
Parlement , alla à l'offrande
avec les Ceremonies accoûtumées.
La Meffe eftant finie ,
toute cette augufte Compagnie
alla à la Grand'Chambre ,
Monfieur l'Evêque d'Orleans
monta fur les hauts fieges avec
Monfieur le Premier Prefident,
1
GALANT
53
& il prit place à cofté de ce Magiftrat
, a la tefte des Confeillers
, & chacun s'eftant placé
felon fon rang, M' le Premier
Prefident fit , felon l'ufage ordinaire
, un compliment à l'Evêque
qui venoit d'officier. Il
luy dit qu'outre les raisons qui
avoient porté le Parlement à le
choiſir , il en avoit cu de particulieres
qui lui avoientfaitfouhait
ter que le choix du Parlement tombatfurfa
Perfonne ; que l'allianqui
eftoit entr'eux , la lui rendoit
tres-chere ; & que d'ailleurs
la place qu'il occupoit àprefent dans
l'Eglife , avoit esté deſtinée à un
a
E iij
54 MERCURE
Prélat , dont la memoire lui eftoit
precieufe, & augmentoit encore
beaucoup l'affinité qu'il y avoit
entr'eux. Il loua enfuite Mr l'Evêque
d'Orleans, fur les grands
exemples de vertu qu'il avoit
donnez dans le temps qu'il étoit
Treforier de la Sainte Chapelle,
& dont la Compagnie , qu'il
honoroit ce jour - là de fa pre
fence , avoit cfté fi fouvent témoin
, fur la fageffe avec laquelle
il avoit gouverné le Diocefe
d'Aire, & fur les regrets que
l'on y avoit eu de le perdre ; Et
enfin fur fon zele pour la faine
doctrine , & pour l'obſerva,
GALANT 55
tion de la Difcipline Ecclefiaftique.
Il finit , en l'aſſurant de
la joye qu'il avoit cuë de le
voir revenir dans le voisinage
de Paris , & en luy fouhaitant
un long & heureux Epifcopat.
Mr l'Evêque d'Orleans répondit
à ce compliment , par
un Difcours qui fut tres-applaudy
. Il témoigna à la Compagnie
, en adreffant la parole
à Mr. le Premier Prefident
qu'il avoit esté tres-fenfible
l'honneur qu'elle luy avoit fait ,
de le choisir pour officier dans une
Ceremonie » que la prefence due
a
E
iiij
56 MERCURE
plus celebre Corps de l'Europe ,
rendoit plus augufte ; & de tant
de grands Magiftrats , dont l'idée
luy rappelloit celle des graves Perfonnages
, qui compofoient la Republique
Romaine , la plus floriffante
qui ait jamais efté ; que .
l'honneur d'officier dans une Ceremonie
, où le Chefde laFuſtice ,
dont la perfonne luy devoit eftre
fi chere par tant d'endroits , préfidoit
pour la premiere fois , luy
eftoit encore plus fenfible ; que la
place où il fe voyoit ce jour- là,
le faifoit fouvenir avec joye , du
temps qu'il avoit paffé dans l'enceinte
du Palais ; que la Dignité
GALANT 57
qu'il y avoit occupée , lay en rendroit
toûjours le fouvenir pre-
·cieux ; qu'il ne l'avoit quittée
qu'avec regret , & que la penfée
de s'éloigner d'une Compagnie fi
celebre & fi respectable , avoit
efté pour luy tres- douloureuſe ;
mais qu'enfin il eftoit allé fervir
au bout du Royaume , une Eglife
où la Providence l'avoit appellé;
& que pour obeir à cette même
Providence , il l'avoit quittée,
pour en venir fervir une autre
dans le voisinage de Paris ; que
eette Eglife , à laquelle il venoit
de s'attacher , conferveroit toûjours
un fouvenir- precieux pour
a
58 MERCURE
le Prelat que Sa Majesté luy
avoit deftiné , aprés la mort de
Mr le Cardinal de Coiflin ; que
la nature avoit mis les liens
que
entre ce Prelat & luy , luy en
rendoient tous les jours ·la perte
plus fenfible : Perte , continuat-
il , veritablement
grande pour
l'Eglife , dans laquelle il avoit
brillé comme un Aftre , & qu'il
avoit édifiée par ses travaux.
Il parla enfuite du zele qu'il
avoit eu pour la faine doctrine,
& de la vigueur avec laquelle
'il l'avoit foûtenuë . Mr d'Orleans
loüa enfuite le Parlement
, fur le zele qu'il avoit
GALANT 59
marqué dans tous les temps
qui avoient fuivy ſon établiſ
fement , pour le fervice du Roy
>
& de l'Etat , fur fa fermeté
en foûtenir les droits & les interefts
dans les temps les plus
difficiles & les plus orageux.
Il finit en fouhaitant à cette
Compagnie , qu'elle eût longtemps
devant les yeux le digne
Chef que le Roy venoit de
luy donner , & qu'elle a eu le
plaifir de former , & de rendre
capable d'occuper cette
importante Place.
Ce difcours finy, tous les Avocats,
Procureurs, Greffiers, &c.
60 MERCURE
furent appellez par leurs noms,
pour prêter le ferment,ce qu'ils
firent aux pieds de Mr le Premier
Prefident . Cette Cercmonie
ne finit qu'à une heure
aprés midy. Alors Meffieurs
s'eftant levez , Mr. l'Evêque
d'Orleans , ayant à fa droite
Mr le Premier Preſident, & à fa
gaucheM' le Prefident Portail ,
les Huiffiers , qui marchoient
devant eux , frappant de leurs
baguettes , fe rendit en l'Hôtel
de. Mr le Premier Prefident
, par la petite porte qui
conduit à cet Hoftel.

On
Y
fervit un magnifique Repas ,
GALANT 61
auquel une partie du Parle
ment avoit efté invitée.
Vous trouverez beaucoup
d'Articles parmy ceux que vous
allez lire , qui ne vous paroîtront
pas nouveaux ; mais vous
ne devez point vous en étonner
, n'ayant point receu de
mes Lettres depuis deux mois .
Dame Gabrielle Glé , Marquife
de la Valliere , Dame du
Palais de la feuë Reine , veuve
de Mr le Marquis de la Valliere
, Gouverneur & Lieutenant
General du Bourbonnois,
& Commandant les Chevaux
Legers de Monfeigneur le Dau62
MERCURE
phin , eſt morte âgée de cinquante-
neuf ans. Elle laiſſe Mr
te Marquis de la Valliere , auffi
Gouverneur du Bourbonnois ,
qui a époufé Mademoiſelic de
Noailles. Madame la Marquife
de la Valliere eftoit d'une
ancienne Maiſon d'Auvergne,
alliée à celles de Montmorin &
de Cauvigny. Tous les Ayeux .
ont porté les armes pour le
ſervice de nos Rois , & ce nom
eft connu en France depuis le
Regne de François I. Cette
Dame eftoit encore plus recommandable
par fa vertu
&
par fon merite , que par ſa
GALANT 63
naiffance , quoy qu'elle ait paffé
une partie de fa vie à la
Cour , elle n'a pas laiffé de
donner beaucoup de temps
aux exercices de la pieté , &
d'édifier par fon exemple. M
Jean François de la Baume- le-
Blanc , Marquis de la Valliere,
& Baron de la Maiſonfort
fon époux , fut d'abord Cornette
de la Compagnie des
Chevaux Legers de Monfeigneur
le Dauphin , dont il eut
enfuite le Commandement . Il
eftoit fils de Laurent de la Baume
le- Blanc , Chevalier , Seigneur
des Châtellenies de la
64 MERCURE
Valliere , Boifay , & Ruigny,
Baron de la Maifonfort , Lieutenant
General pour le Roy ,
du Pays. , Ville & Chateau
d'Amboife , Capitaine- Licutenant
de la Compagnie des
Chevaux Legers , & Mettre de
Camp General de la Cavalerie
Legere de France ; & de Françoife
le Prevoft , fille de Jean
le Prevoft , Chevalier de l'Or
dre de S. Lazare , Ecuyer de la
grande Ecurie du Roy , Seigneur
de la Coutolay , de la
Riviere , de la Maifon du Pleffisau-
Prevolt, & d'Elizabeth Mar.
tin de Mauvoy , fille de Phi-

GALANT 65
lippe , Chevalier , Seigneur de
la Garde , Commandant les
Troupes de France aux Pays-
Bas , & General d'Armée par
Commiffion & Lettres Patententes
des Etats Generaux , &
Chambellan du Duc d'Alençon.
Laurent , Marquis de la
Valliere , n'avoit que vingtdeux
ans dans le temps du
paffage de Bray , ou ayant le
Commandement de la Meftre
deCamp de laCavalerie Legere,
il foûtint avec dix - huit Maîtres ,
tout l'effort des Ennemis , &
favorifa la retraite des Troupes
de France. Sa valeur n'é-
Nov. Dec. 1707. F
66 MERCHRE
clata pas moins à la journée
d'Avin , où il rompit le Bataillon
du General Lamboy ,
avec quarante Maiftres . Il fe
fignala auffi beaucoup aux Ba
tailles de Sedan & de Rocroy,
& il défendit la Ville & le Châreau
d'Amboife avec une valeur
incroyable. Il eut de fon
mariage , outre Mr le Marquis
de la Valliere , époux de la
Dame dont je vous apprens
la mort , Françoife - Loüife de
Baume- le - Blanc , qui fut
Fille d'Honneur de feuë Madame
, & qui eft à preſent Carmelite
dans le grand Convent
la
GALANT 67
de la rue S. Jacques , où elle
édifie tout fon Ordre .
La Maifon de la Baume - le-
Blanc, tira fon origine de Pierre
leBlanc, Chevalier, qui vivoit en
Picardie l'an 1200. & qui fit de
grands biens à l'Hôpital de
Corbie .Jean & Henry le Blanc,
qualifié Damoyfeaux , dans le
Teftament de Philippes de
Buffy , des. Marquis de Dinteville
, dont ils furent executeurs
, & qui vivoient au milieu
du deuxième Siecle , étoient
de cette même Maifon.
Madame la Marquife du
Chastelet , épouse de Mr le
Fij
68 MERCURE
Marquis du Chaſtelet , Grand
Maréchal hereditaire de Lorraine
, & qui avoit époufé en
fecondes nopces M NA
Bruneau , Marquis de la Rabateliere
, pere de Madame la
Marquife de Merville, qui vient
de mourir , eft tante de Mr le
Marquis de la Valliere.
#
Madame de Jouy de Murinais
; épouſe de M Henry de
Maillé , Marquis de Carman,
eft auffi decedée . Ellc . eftoit
d'une Maifon également illuftre
par fon ancienneté &
par fes alliances . Elle eft originaire
de Touraine , & alliée
GALANT 69
aux plus grandes Maifons des
Provinces voifines. La Maiſon
de Maillé , dont le mary de
la Dame qui vient de mourir,
eft un des chefs , eft tres- ancienne
; il en eft ſouvent parlé
dans l'hiftoire des Comtes
d'Anjou . Hardouin fieur de
Maillé , cut d'Antoinette de
Chauvigny , un autre Hardoüin
, qui époufa Françoiſe ,
heritiere de la Tour - Landry ,
dont la pofterité s'eft divifée
en plufieurs branches . Un cadet
de cette Maiſon fe diftingua
beaucoup ; fa pofterité finit
à la bataille de Dreux , en
70 MERCURE
la perfonne de M ' de Maillé
Duc de Fronfac , frere de feuë
M la Princeffe , & qui fut tué
d'un coup de canon fur mer
au fiege d'Orbitelle en 1646 .
Plufieurs Seigneurs de cette
Maiſon ſe ſignalerent dans le
feiziéme fiecle . Philippe de
Maillé , Capitaine des Gardes
du Corps d'Henry II. alla en
1548. en Ecoffe pour y recevoir
la Reine Marie Stuart
qu'il conduifit en France . Il eut
enfuite ordre d'arrefter le Prin-
*ce de Condé en 1560. Un Seigneur
de cette Maiſon fut tué
à la bataille de Coutras en
9
GALANTA 71
1587. Un autre avoit auffi efté ·
tué au fiege de Cambray en
1553. Claude de Maillé tué à
la bataille de Coutras fut pere
du Maréchal de Brezé , Capitaine
des Gardes du Corps de la
Reine Marie de Medicis , &
qui époufa Nicolle du Pleffis-
Richelieu , foeur du Cardinal
de ce nom , dont il cut feuë
MⓇ la Princeffe de Condé & le
Duc de Fronfac , mort à l'âge
de 27. ans , & dont je viens de
parler .
Dame N.... Delmaz , Veuve
de feu Meffire N .... Maurin
, Confeiller du Roy , & Au72
MERCURE

diteur en fa Chambre des
Comptes , eft morte âgée de
plus de 80. ans . Cette Dame, qui
étoit eftimée à caufe de fa grande
pieté , a laiffé plufieurs enfans
, fçavoir le P. Dom Maurin,
Vifiteur & Prieur des Chartreux
de Paris depuis plus de
20. ans , & qui avant que d'entrer
dans la Solitude , avoit paru
dans le Barreau avec beaucoup
de fuccés ; Mr Maurin ,
Auditeur des Comptes , & qui
à des enfans d'une grande capacité
; Mr le Chevalier Maurin
, cy-devant connu fous le
nom d'Abbé Maurin , & qui
avoit
GALANT 73
avoit efté en cette qualité Aumônier
de feuë S. A. R. Mademoifelle.
On doit remarquer
qu'il n'eftoit pas neceffaire en
ce temps-là d'être Preftre, pour
poffeder ces fortes de Charges.
M Maurin laiffe auffi deux filles
, dont l'une eft Religieufe
Urfuline au Convent de la rue
S. Jacques , & l'autre n'eſt pas
mariée. Ces deux Dames fanctifient
leur vie , par la pratique
exacte des vertus de leur eftat.
La premiere a efté long- temps
Superieure de fon Monaftere ,
& elle en a encore aujourd'hui
une des principales Charges ;
Nov. Dec. 1707.
Ĉ G
74 MERCURE
c'eft une Dame connuë par
efprit & par fon merite.
que
fon
M Maurin , qui vient de
mourir , a cfté dans fon temps
une de ces femmes brillantes
les agréemens de l'efprit
& de la perfonne font rechercher.
Feu Mr Maurin , fon Epoux
, avant que d'entrer dans
la Chambre des Comptes , avoit
pris foin des affaires de feuë
Madame la Ducheffe Doüairiere
de Ventadour , de la Maiſon
de Montmorency , & Grandmere
du Duc de ce nom ; cette
Ducheffe honora Mr Maurin
d'une confiance toute particu
GALANT
75
liere , tant qu'elle vêcut , & elle
difoit qu'elle n'avoit jamais connu
perfonne qui eût plus de probité
er plus de défintereffement
que
luy. Le témoignage de cette
Dame, fit beaucoup d'honneur
à Mr Maurin ; & l'eftime que
tout le monde avoit pour luy ,
augmenta beaucoup ; lorſqu'il
fut dans la Chambre des Comptes
, & la maniere dont il s'y
comporta luy fit autant d'amis
que d'admirateurs .
Mr Pierre Pollart, Chevalier,
Seigneur de Villequoy , Confeiller
au Parlement , eft mort
dans un âge tres- peu avancé .
Gij
76 MERCURE
Il eftoit fils de Mr Pollart aufli
Confeiller au Parlement , &
l'un des plus vertueux Magiftrats
de ce Corps. Mr de Villequoy,
étoit Neveu du P. Pollart
, Prêtre de la Congregation
de l'Oratoire , & qui demeure
à S. Magloire , où il paſſe ſa
vie dans les exercices de la plus
parfaite Charité. Il s'attache
fort à la Controverfe , dont il
fait plufieurs Conferences chaque
mois , dans le College de
Maitre Gervais , & il employe
tout fon Patrimoine , qui eſt
fort confiderable , à fecourir
les Pauvres , & fur tout ceux à
GALANT 77
qui la honte ôte les feules reffources
qu'ils trouveroient en
faifant connoiftre leur indigence.
Mrs Pollart , eftoient freres
de feuë M de Seraucourt ,
Epouſe de Mr de Seraucourt ,
cy devant Intendant de la Generalité
de Bourges . Mr Pollart
de Villequoy , qui vient de
mourir , ne laiffe point d'enfans
. Sa mort l'a fait beaucoup
regretter , & fur tout dans fa
famille. On avoit lieu d'efperer
qu'il marcheroit bientôt fur
les traces de fes Ancestres , qui
ſe ſont diſtinguez dans le Parlement
de Paris , depuis deux
Giij
78 MERCURE
ou trois ficcles , & qui ont fervi
utilement nos Rois en differentes
occafions.
Meffire Eftienne Braquet, Ancien
Avocat au Parlement , &
l'un des Directeurs de l'Hôpital
general , eft mort fubiteâgé
d'environ cinquan- ment ,
te ans. Il eftoit fils de feu M
Braquer , fameux Avocat au
Parlement de Paris . Celui - cy
s'eftoit acquis une grande réputation
par fes Playdoyez , &
il avoit fait élever fon mis dans
l'Etude de la Jurifprudence
;
mais comme il mourut , fon
fils eftant encore fort jeune ,
GALANT 79
peut-eftre n'auroit- il pas continué
l'étude qu'il avoit commencée
, fans les foins que feu
M' Trumeau , qui a fuivi le
Barreau pendant plufieurs années
avec beaucoup de fuccés ,
prit de faire connoiftre le
jeune Avocat en l'excitant à
marcher fur les traces de feu
fon pere. M' Braquet, qui vient
de mourir , animé par les avis
de Mr Trumeau , travailla avec
plus d'activité , & fe rendit enfin
, aprés une forte application
, un des plus habiles hommes
de fon temps. La réputation
de probité & d'exactitu-
G iiij
Bo MERCURE
de dans les fonctions de fon
miniftere , qu'il s'étoit acquife,
le firent choifir , il y a quelques
années , pour un des Directeurs
de l'Hôpital general.. Il a exercé
cet Employ avec beaucoup
d'integrité, & il a fait connoître
par fon Teftament, qu'il avoit
toûjours regardé les Pauvres
comme fes enfans ; il leur
a donné une bonne partie des
grands biens qu'il a laiffez , &
pour avoir lieu de leur faire un
jour ces grands avantages , il
n'avoit jamais voulu penſer au
mariage. M Braquet aimoit
fort la folitude ; il fortoit rare
י
GALANT 81
ment , & il ne quittoit jamais
fa retraite que pour aller
au Palais ou à la promenade
dans des lieux écartez . Son
temps eftoit entierement partagé
entre le travail & les lectures
des Ouvrages de picté.
Mr l'Abbé de la Bazoniere ,
Grand Vicaire & Prevoft de
Eglife de Montauban , cft
mort dans un âge peu avancé.
Il eftoit de Normandie , &
d'une ancienne Famille , alliée
aux Maiſons les plus confiderables
de cette Province : fçavoir
, à celles de la Tour , du
Bofc , de Ris , la Fai , & à plu
82 MERCURE
fieurs autres de ce rang. Le
Défunt a efté fort regretté à
Montauban , où fon merite
& fa pieté luy avoient attiré
beaucoup d'amis . Il avoit eu
depuis quelques années la Dignité
de Prevoft de cette Eglife,
de Mr le Bret , qui vit encore,
& qui a efté long-temps à la
tefte de ce Chapitre . Cet an
cien Prevoft eft fort connu
parmy les Sçavans . Il a donné
au Public une Hiftoire de l'Eglife
, imprimée en trois Volumes
à Paris en 1679. Il declare
dans la troifiéme , Partie
de cet Ouvrage ( p. 509.) qu'il
GALANT 83
&
a oùi dire à feu M Pierre de
Bertier, Evêque de Montauban,
qu'il avoit luy - même appris
de Jean de Bertier , Evêque de
Rieux , fon grand Oncle , amy
Contemporain de Pierre Danés
, Evêque de Lavaur , que
c'étoit ce dernier qui avoit
compofé le Livre de Ritibus
Ecclefia Catholica , &c . & qu'il
en eftoit le veritable Auteur ,
& non Mr du R***. Le Pere
Martenne a fait valoir ce témoignage
, qui eft contraire à
celuy de la plufpart des Hiftoriens
de ce temps. Mrle Bret
a plus de quatre-vingt ans
84 MERCURE
& jouit d'une fanté parfaite.
Mr l'Evêque de Montauban
qui nomme à cette Dignité ,
la conferée à Mr l'Abbé de
Sequenville , Grand Vicaire &
Theologal de Montauban . Cet
Abbé eft de l'illuftre Maifon
de Faudoas , qui eft alliée aux
plus grandes de Guienne &
d'Auvergne , fur tout à celles
de Canillac & d'Eſteing , & M
·le Comte d'Efeing , Beau -fre
re de Mr l'Evêque de Montauban
, eft tres - proche parent de
Mr l'Abbé de Sequenville . La
Theologale , qui vacquoit par
cette promotion , a efté don
GALANT 85
née
par
le même Prelat à Mr
Solanet Docteur de Sorbonne
qui lui eft attaché. Ce nouveau
Theologal a déja donné
de fon fça- diverfes
marques
voir & de fa pieté depuis qu'il
travaille dans le Diocefe de
Montauban , & ce choix a efté
fort agréé de tout le Chapitre.
Il eft neveu de Mr l'Abbé Solanet
qui demeure en cette Ville
, où il eft fort eftimé des gens
de Lettres , fur tout à caufe de
la connoiffance qu'il a de pluficurs
langues.
Depuis que la Collegiale de
Montauban a efté unic à la
86 MERCURE
Cathedrale , la Prevolté , qui
eftoit la premiere dignité de
celle - là , eft devenue la feconde
Dignité de celle - cy . Celuiqui
en eft aujourd'hui Titulaire
eft encore plus recommandable
par fa vertu & par fon
érudition , que par fa naiffance ,
quelque illuftre qu'elle foit ; il
eft tres- attaché à fes devoirs , &
à l'étude, ainſi qu'aux exercices
de pieté qui confomment tout
fon temps . Il a beaucoup travaillé
fur les matieres de Controverfe
, dont la connoiffance
eft fort neceffaire dans le Dioceze
de Montauban .
GALANT 87
ya
Meffire Henry Charles Ancelin
, Chanoine de l'Eglife de
Paris , & Abbé de S. Vincent
de Metz , qui mourut il y a
quelques mois , étoit fils de feuë
M° la Nourrice du Roy , & fre
re de feu M² Ancelin , Contrôleur
de la Maifon de S. M.
& qui avoit l'honneur d'eſtre
frere de lait de ce Monarque.
M' l'Abbé Ancelin eftoit auffi
frere de l'ancien Evêque de
Tulles , & Coufin de feu M
Ancelin Officier de la Chambre
des Comptes, qui étoit Neveu
de M' Gillot , Confeiller
Clerc au Parlement , & Coufin
88 MERCURE
deM' Leboutz Confeiller dans
le même Corps. M' Ancelin ,
qui eft aujourd'hui Gentilhomme
ordinaire de la Maifon du
Roy, eft Neveu de feu M ' l'Abbé
Ancelin fils du Contrôleur
dont je viens de parler. Le Pere
de tous ces M , & mary de
M la Nourrice , fut anobli par
S. M. fuivant l'ancien ufage.
M' l'Abbé Ancelin eftoit Docteur
de Sorbonne , & joignoit
à cette qualité , celle d'avoir
beaucoup de probité , & une
grande exactitude dans les
fonctions de fon miniftere.
re
Mr Adrien Compain , DocGALANT
89
teur en Theologie de la Faculté
de Paris , & de la Maifon & Societé
Royale de Navarre , y eft
mort dans de grands fentimens
de picté , & dans un âge affez
peu avancé .Il étoit Proviſeur du
College de Navarre , & Prieur
de S. Sulpice de la Pointe ; il s'eft
toûjours uniquement appliqué
à la pratique des devoirs de fon
état , & jamais homme ne fut
plus foûmis aux décifions de
L'Eglife. Il avoit en horreur juſqu'au
nom des nouveautez &
des nouvelles doctrines , & il étoit
l'ennemy declaré de toutes celles
qui ont troublé dans ces
Nov. Dec. 1707. H.
90 MERCURE
derniers temps la paix de l'Eglife.
La conduite qu'il a tenue
pendant tout le temps qu'il a
efté dans la Faculté de Theologie
, & la doctrine qu'il y a
toûjours conftamment fuivie ,
en font des preuves tres - convainquantes
.M'Compain étoit
de Lyon ; il vint fort jeune à
Paris , & s'y eftant engagé dans
la longue & penible carriere
des Etudes Theologiques
, on
connut bientôt qu'il en feroit
un jour un des principaux Ornemens.
En effet , les progrés
qu'il y fit furent tres- rapides,
& il y foûtint plufieurs Actes
GALANT 91
avec beaucoup de fuccés. Feu
M' l'Evêque de Meaux , Superieur
de la Maifon de Navarre,
l'eftimoit fort , & avoit pour
luy une confideration particuliere.
Vous devez , en lifant l'article
qui fuit , faire attention que
je ne fuis que Rapporteur de
la piece dont il s'agit ; que ce
n'eſt pas moy qui parle , & que
fi je parlois , je tiendrois un autre
langage en beaucoup d'endroits
. Je n'ay pas changé un
feul mot au ſtyle.
Hij
92 MERCURE
5.
JOURNAL
Des divertiffemens que Son
A. S. Monfeigneur Antoine
- Ulric , Duc de
Brunſwik & Lunebourg
a donnez à la Principauté
dans fa Maiſon de Plaifance
de Saltzdahl , pendant
le fejour que S. S..
E. Madame l'Electrice
de Brunfwik & Lunebourg
y a fait.
Sa Serenité Electorale Mada .
me , partit de Herrenhaufen le
GALANT 93
Mécredy 7. de Septembre 1707.
vers les huit heures du matin ; elle
arriva le foir à Salızdahl , où
elle fut reçue dans la feconde cour
par Son Alteffe Sereniffime Mon-
Seigneur le Duc Antoine - Ulric ,
accompagné de leurs Alteffes Sereniffimes
Monfeigneur le Prince
Hereditaire , Madame la Princeffe
fon Epoufe , Madame l' Abbeffe
de Gandersheim
, Monfeigneur
le Prince Louis , Madame
fon Epoufe , Madame la Princeffe
Antoinette, Mefdames les Prin--
ceffes d'Oftfrife , Monfeigneur le
Prince de Bevern , & d'une nombreufe
fuite de Dames & de Ca94
MERCURE
valiers. S. S.E. fut enfuite menée
par Monfeigneur le Duc àfor
appartement. Peu de temps aprés
Madame la Ducheffe deHolftein ,
Epouse de Monfeigneur l' Adminiftrateur
de Gottorff, & Madamefa
Belle -foeurfurent rendre vifite
à Madame l'Electrice . Et comme
il faifoit une fort belle foirée ,
toute la Principauté fe promena
dans le Jardin avec S. S. E. La
promenade eftant finie l'on fervit
dans la grande Salle de Madame
l'Electrice deux tables pour la
Principauté , de quinze couverts
chacune , où fe mirent Madame.
l'Electrice , & Monfeigneur le
GALANT 95
Duc , avec quatorze tant Princes
que Princeffes , & quatre Comteffes.
Le foir il n'y eut point d'autres
divertiffemens , pour laiſſer repofer
S. S. E. de la fatigue du
voyage.
Le Jeudy 8. Madame l'Electrice
fut rendre le matinfa vifite à
Mefdames les Princeſſes , aprés
quoy elle affifta à la Priere , qui fe
fait par des Religieufes dans la
Chapelle de Saltzdahl. Enfuite
toute la Cour s'en alla à la Grotte
où l'on avoitfervi trois tables pour
la Principauté, & quatre autrès
les Dames & les Cavaliers.
Ily eut à dîner un beau concert de
pour
96 MERCURE
Mufique. La premiere table eftoit
placée dans la premiere petite Grotte
, dans laquelle S. S. Electorale
dina à une table quarrée avec Son
A.S. Monfeigneur le Duc , Madame
la Ducheffe de Holftein ,
Monfeigneur le Prince Hereditaire
, Madamefon Epoufe , Mada
me la Princeffe Louife , Madame
la Raugrave Louife , & le R.P.
Vota, Confeffeurdu Roy Augufte.
Au travers de cette Grotte l'on
voyoit non -feulement les autres
Princes & Princeffes qui estoient
partagez à differentes tables dans la
feconde Grotte , mais auſſi la grande
allée du Jardin. Apres que leurs
Alteffes
GALANT 97
Alteffes furent levées de table , elles
fe retirerent pendant une groffe
heure chacune dans fon Appartement.
Enfuite elles furent fe promener
dans le Jardin jufqu'à fix
beures , & de là elles fe rendirent
dans la Salle , quife trouve devant
la grande Gallerie des Peintures ,
où elles jouerent l'efpace de deux
heures , aprés quoy elles fouperent
dans la grande Salle de S S. E.
dans le même ordre que lejour d'auparavant.
Le Vendredy 9. S. S. E. alla
vers les dix heures du matin à la
Chapelle de la Cour avec toute
la Principauté. Monseigneur le
'Nov. & Dec. 1707 .
I
98 MERCURE
Duc, & feu Madame la Ducheffe
fon Epoufe ont fondé dans le Château
deSalzdahl un Conuent ,joigrant
l'Orangerie , pour huit Religieufes
, quifont obligées en vertu
des Regles de leur Fondation d'élever
chacune une jeune Penfionmaire
, pour l'entretien defquelles
S. A. S. afixé un certainfonds. Et
comme il y avoit trois places vacantes
, on les a remplies de trois
autres Penfionnaires , âgées d'environ
dix à onze ans chacune.
Monfieur le Prevost de ce Convent
fit dans cette occafion un Sermon
convenable aufujet. Cettefolemnité
eftantfinie toute la Prin
DE
L
LYON
1893%
GALANTE
cipauté fe rendit à l'Appartement
de Madame la Princeffe Heiditaire
, ¿y demeurajufqu'à ce que
le Schloßhauptman , Monfieur de
Bennigfen , fut les avertir que l'on
avoitfervi. Monfeigneur le Prince
Hereditaire mena Madame l'E
lectrice à l'Orangerie , au milieu
de laquellefe trouva Monſeigneur
le Duc , & toute la Cour s'en alla
à la petite Salle , qui eft fituée à un
bout de l'Orangerie , où il y eut
deux tables pour la Principauté à
quinze couverts chacune , fervie
porcelaine fine. Madame la
Prieure à la tefte defes Religieufes
des Penfionnaires , qu'on éleve
I ij
100 MERCURE
dans ce Convent , alla au devant
de S. S. E. pour la recevoir , le
Bafton de Maréchal à la main , &
luy prefenta la ferviette . Je dois
dire en paffant que la Prieure eſt
l'unique du Convent quifoit de
qualité. Une des Penfionnaires fit
la Priere , & fes Camarades &
les Religieufes fervirent à table.
Au fortir de table Madame l'Electrice
, & les autres Princes &
Princeffes monterent au Convent ,
où on leurprefenta du Thé & du
Caffe , & aprés avoir viſité les
chambres , elles fe retirerent dans
leurs Appartemens . Peu de temps
aprés leurs Alteffes furent fe proGALANT
101
mener dans leJardin ,& de là elles
fe rendirent dans la Salle qui joint
la Gallerie des Peintures. Il y a
dans cette Gallerie , qui eft tres fpatieufe
, & dont l'Architecture eft
admirable , despieces tres-rares , &
d'un grand prix , de la façon des
plus fameux Peintres & Sculpteurs
, tant anciens que modernes ,
dont le choix judicieux répond à la
connoiffanceparticuliere , que S. A.
S. a des Arts liberaux. Et fi je
m'engageois à faire une defcription
exacte de cette incomparable Gallerie
il me faudroit faire des
volumes au lieu d'une relation
Luccincte, vu la quantitéprodigieu
I iij
102 MERCURE
fe de tableaux & deftatues qu'ily
a.Vers les huit heures l'on s'en alla
la maifon de l'Opera , où l'on
avoit fervi une table de fept pieds
de longueur , & de douze de largeur
, au milieu de laquelle étoit
un parterre , élevé de fix pouces
au deffus du niveau de la table ,
orné de petites ftatues tres- mignones
, qui ontfervi de modeles aux
grandes , quifont placées dans le
Jardin , avec unefontaine fontaine à cinq
jets d'eau , qui jouoient pendant
repas. Le tour de la table , qui
eftoit de 36. Couverts , fans conter
les deux Ecuyers tranchans
étoit garni deprés de 100. plats ,
Le
GALANT 103
y compris les entremets. Il faut
obferver qu'il n'y avoit point de
bougiesfur la table , mais de côté
& d'autre 12. pyramides , fur
chacune defquelles ily avoit 18 ,
bougies , qui éclairoient parfaitement
toute la maison de l'Opera ,
dont les murailles font peintes
frefque.
Le Samedy 10. Madame
l'Electrice , & les autres Princes
& Princeffes dinerent à deux tables
de 15. couverts chacune dans
lafale , joignant la Galerie des
Peintures. Le foir Ellesjouerent
fouperent enfuite à deuxgran
des tables dans la chambre d'An-
I iiij
104 MERCURE
diance de Sa Serenité Electorale.
que
Le Dimanche 1 1. S. A. S.
mena S. S. E. & toute la Principauté
à Steterbourg , où il y a
un Convent de Chanoineffes
pour leurfaire voirles ceremonies,
l'on y devoit faire ce jour- là
à la reception de deux Novices.
Sur quoy je dois faire remarquer
que toutes celles , qui doivent eftre
reçeuës , font obligées avant toute
chofe defairepreuvede l'ancienneté
de leur Nobleſſe. La premiere de
ces Novices s'appelle Mademoifelle
de Steinberg , fille de Monfieur
le Grand Maréchal de la
Cour , & Miniftre ´d'Eftat de
GALANT 105
S. A. S. & la feconde Mademoifelle
de Cram , Fille d'Honneur
de S. A. S. Madame la
Princeffe Hereditaire . Leurs Alteffes
furent reçues en arrivant
par Madame l' Abbeſſe du lieu ,
accompagnée de Madame la Princeffe
Anthoinettefa Coadjutrice
& fuivie des autres Chanoinef
fes , vétues de leurs habits Ecclefiaftiques
. Les deux Novices furent
menées à l'Eglife , fçavoir ,
Mademoiſelle de Steinberg par
Monfeigneur le Prince Hereditaire
, & Mademoiselle de Cram
par Monfeigneur le Prince Louis,
Madame l'Abbeffe par Monfieur
106 MERCURE
le Prevôt de Gronau , & S. A.
·Madame la Coadjutricepar Monfieur
le Confeiller de Tanne. Les
Chanoineffes les fuivirent` deux à
deux , &fe placerent au Choeur.
Leurs Alteffes furent menées à la
tribune. L'on entonna à leur arrivée
le Veni Sancte Spiritus ,
ce qui futfuivi d'une belle Mu
fique , compofée de voix d'inf
trumens. Le Sermon que l'on fit
fuite eftantfini l'on chanta l'Hymne
allemand.
Aprés
quoy Monfieur l'Abbé de Reddaghaufen
prononça un difcours treséloquent
, & tres pathetique , en
reprefentant vivement aux deux
GALANT 107
les
Novices , quife tenoient debout au
pied de l'Autel , le devoir auquel
leur nouvel état les alloit engager.
Enfuite elles fe mirent à genoux
au pied de l'Autel, & promirent"
à haute voix d'obſerver religien
fement de point en point les Regles
de leur Abbaye. Monfieur le Prelat
ayant donné la benediction ,
deux nouvelles Chanoineffes &
leurs Compagnes monterent à la
tribune , où elles fe placent ordinairement.
L'onfinit cettefolennité
par le Te Deum , en prefence de
leurs Alteffes , & d'une nombreuse
fuite de Dames & de Cavaliers,
Le Service divin eftant achevé,
108 MERCURE
S.S. E. & les Sereniffimes Princes
& Princeffes s'en allerent à la
Maifon de l'Abbeffe , où l'on fervit
trois tables pour la Principauquatre
ailleurs
pour les
y avoit à la premiere table de la
tés
Dames &
pour les Cavaliers. Il
Principauté S. S. E. la nouvelle
Chanoineffe de Steinberg , Monfeigneur
le Duc , Madame l'Abbeffe
de Gandersheim , Madame
Abbeffe du lieu , Monfieur le
Grand Maréchal
de Steinberg
, &
Madame fon Epoufe , pere &
mere de la Demoiselle de ce nom ,
Madame de Bennigfen , Soeur de
Monfieur le Grand Maréchal
GALANT 109
Monfieur de Galli , Grand Maître
de la Maifon de S. S. E. le Pere
Vota , & Monfieur Leibnitz
Confeiller Privé de S. S. E. de
Brunfwic & Lunebourg. A la
deuxième table étoient affis Monfeigneur
le Prince Hereditaire , la
nouvelle Chanoineffe , Mademoifelle
de Cram , Madame la Ducheffe
de Gottorff, Madame la
Princeffe Hereditaire , Madame
la Coadjutrice , Madame de Kragen
, premiere Dame d'Honneur ,
Madame Hora , & Monfieur le
Lieutenant Colonel de Cram , en
qualité deparens de ladite Demoifelle
, fans compterplufieurs autres
110 MERCURE
perfonnes de la premiere qualité de
'un de l'autre Sexe. Ala troifiéme
table eftoient Monfeigneur
le Prince Louis , Monfeigneur le
Prince de Bevern , Mesdames les
Princeffes d'Offrife , Meffieurs
les Miniftres d'Eftat , & plufieurs
perfonnes de diftinction. Le repas
fini , leurs Alteffes s'en retournerent
à Saltzdahl , & en paßant
par Wolffenburel , Elles furent
voir la celebre Bibliotheque de S.
A. S.fi renommée dans l'Europe ,
par le grand nombre de Manuf
crits , & de Livres rares cu- &
rieux , qui s'y trouvent . Parmy
les premiers , il y en a j pluſieurs
#GALANT 11
qui font écrits de la main propre
de feu S. A. S. le Duc Augufte ,
Pere de S. A. S. qui apaffé de
fon temps pour un des plus éclairez
des plus fçavans Princes
de l'Europe , & pour un autre
Mecenas des Gens de Lettres. L'on
peur , à juste titre , donner les mêmes
éloges àfon digne fils Succeffeur
, S. A. S. le Duc A. V. cet
Augufte Prince , non -feulement
immortalife dans la Republique
des Lettres, par les excellens livres
qu'il a mis au jour ; mais ce
incomparablement plus glo- eft
qui
rieux , il s'eft acquis une eftime
generale dans le monde , l'affe112
MERCURE
ction de fes Sujets , par la maniere
tendre & débonnaire , dont il les
traite & les gouverne ; de forte
qu'ils peuvent , fans exageration ,
appeller le Pere de la Patrie , &
les delices du genre humain . De- là
Elles fe rendirent à l'Arcenal, où
il y a , entr'autres curiofitez , plufieurs
tableaux des anciens Ducs
Brunfwice Lunebourg , dont
les actions les plus illuftres
évenemens les plus remarquables
de leur vie , font écrits au- deffous,
en bas Saxon ; ce qui ne contribue
pas peu, à mon avis , à l'éclairciffement
de l'hiftoire de cette augufte
Maifon. Fy ay vû auffi le
de
les
GALANT 113
Portrait du fameux Arioviste
Antagoniste deJules Cefar , un
des Ancêtres du Crand Wedekind,
Roy des Saxons , dont la Sereniffime
& ElectoraleMaifon de Brun
fwic & Lunebourg tire for illuftre
origine par les alliances qu'elle a
autrefois contractées , avec des
Princeffes defcendues de ce Monarque
. Cet Arioviste à vécu $ 8 .
ans avant la Naiffange de Nôtre
Sauveur. Je pafferay fous filence
les pieces de canon , autres attirails
de guerre , qui fe trouvent
dans ledit Arcenal , parce que cela
me mèneroit trop loin , & reprendray
le fil de ma narration pour
Nov. & Dec. 1707 K
114 MERCURE
me raprocher de la Cour. Leurs
Alteffes eftant de retour à Saltze
dahl , elles furentfepromener dans
le jardin juſqu'à la nuit , pourprofiter
du beau temps qu'il faifoit
alors. L'on fervit ce foir là , pour
la Principauté , dans l'antichambre
de Madame l'Electrice , deux
tables de quinze couverts chacune.
Le Lundy 12 , ily eut dans
la grande Sale , deux grandes tables
pour la Principauté , au concert
d'une belle fymphonie; & dans.
les autres appartemens contigus ,
l'onfervit les tables pour les per-
Jonnes de qualité de l'un & de l'autre
Sexe. Peu de temps aprés que
GALANT 115
leurs Alteffes fe furent retirées ,
S.A.S. Madame de Zelle arriva
&fut reçue dans la feconde Cour
par toute la Sereniffime Maison.
Tout cet illuftrecortege mena Madame
la Ducheffe à fon appartement
, d'où Elle fe rendit peu de
temps aprés chez S. S. E. L'on
paßa la foirée en converſationjufqu'à
huit heures. L'on tira enfuite
des billets , & l'on foupa à la Mai
fonde l'Opera, oùla tablefutquaft
Servie de la même maniere , à quelque
changement prés, qu'elle l'avoit
efté trois jours auparavant.
Madame la Ducheffe de Zelle cut
ce foir Monfeigneur le Duc pour
Kij
116 MERCURE
mari , qui eftoit affis entre Elle
Madame l'Electrice . Il y avoit
38. couverts. L'on avoit envie de
donner le bal aprés fouper ; mais
comme il eftoit tard , on trouva à
propos de le remettre à un autre
jour, & la Principautéfe retira.
Le Mardy 13 leurs Alteffes
Sereniffimes dinerent dans leurs
appartemens , pour ſe préparer à
une mafcarade de Payfans & de
Payfanes , qui devoit fe faire le
mefme foir ; mais leurs Alteffes
Sereniffimes Madame la Ducheffe
de Zelle , Monfeigneur le Duc ,
& Madame Abbeffe de Gandersheim
dînerent chez S.S.E.
GALANT 117
dans fa petite antichambre. Pour
ce qui regarde la difpofition de la
maſcarade en queſtion , Monfeigneur
le Duc & Madame l'Electrice
reprefentoient l'Hôte &
l'Hôteffe du logis , Madame la
Ducheffe de Zelle avec fes Dames
& fes Cavaliers étoient les Conviez
, Madame la Ducheffe de
Gottorff , Madame la Princeſſe
Hereditaire, & Madame la Princeffe
Loüife faifoient le perfonnage
de Servantes , Monfeigneur le
Prince Louis , Monfeigneur le
Prince de Bevern , Monfieur le
Baron de Friefendorff , Envoyé
Extraordinaire du Roy de Suede
118 MERCURE
Monfieur le Major General
de Gohr celui de Valets de la Maifon.
S. AS. le Prince Hereditairefaifoit
l'Office de Cuifinier, &
Madame la Comteffe de Buckebourg
celui de Cuifiniere. Monfieur
de Roffing , Gentilhomme de
la Cour de S. A. S. faifoit le perfonnage
du Marié , & Mademoifelle
de Sparr , Fille d'honneur de
la Cour de Gottorff, eftoit la Mariée.
Les autres Dames & Cavaliers
de la Cour reprefentoient le
Maire du Village , le Paſteur ,fon
Chapellain , le Maiſtre d'école , le
Cabaretier , des Payfans & des
Payfannes, desBergers & des BerGALANY
119
1
enla
geres , & les parens des Mariez.-
Les 6. Hautbois des Gardes étoient
auffi habillez en Payfans . Le nombre
des Mafques fe montoit à
viron quatre- vingt-fix perfonnes ,
chacun menant fa femme par
main. Les Mafques s'eftant rendus
à la Cour , les Dames s'affemblerent
dans l'antichambre de Madame
la Princeffe Hereditaire , &
·les Cavaliers dans la galerie , où
Madame l'Electrice & Monfeigneur
le Ducles attendoient. Monfieur
le Schloshauptman de Bennigfen
, en qualitéde Maiftre-d'hôtel,
fut querir le Marié& fes Compagnons,
les mena chez les Da
1
120 MERCURE
1:
mes dans l'antichambre de Mada
me la Princeffe Hereditaire. Enfuite
la troupe commença la marche
dans l'ordre fuivant , & felon
le fort qui leur eftoit échú. Les 6:
Hautbois précedoient jouans de
leurs inftrumens , Monfieur le
Schloshauptman
, qui tenoit un
gros bâton blanc dans la main en
maniere de bâton de Maréchal
Enfuite venoient les Mariez, fuivis
de leursparens , de leurs valets
& de leurs fervantes , auffi- bien
que des payfans & des payfannes ,
des Bergers des Bergeres de leur
contrée. Toute cette charmante
troupe eftant arrivée dans la
game
lerie
GALANT 121
du
lerie , où fe trouvoient Madame
l'Electrice , Madame la Ducheffe
de Zelle , & Monseigneur le Duc,
elle enfit le tour au bruit des hautbois.
Enfuite tous les Mafques fi
rent deux fois le tour de la Place
du Chafteau , deux à deux , ayant
à leur tefte les Hautbois , fuivis
Schloshauptman , des Mariez,
des payfans & des paysannes, &c.
Aprés quoy ils fe rendirent tous
dans une grande fale , ornée de
mays & de verdures , où l'on avoit
dreffé fix tables. A la
miere ily avoit les Mariez , leurs
parens , Madame la Ducheffe de
Zelle , & plufieurs autres perfon-
Nov. & Dec. 1707. L
pre122
MERCURE
nes de naiffance de l'un & de l'autrefexe,
en qualité de Conviez ,
qui n'eftoient point déguifez. Madame
l'Electrice, Monfeigneur
Le Duc mirent les premiers plats
fur la table . Madame la Ducheffe
de Holftein , les autres cy-deffus
nommez en firent de mesme
-en qualité de valets & de fervantes
du logis , & fe mirent aprés
à une table ,
fervie dans une autre chambre.
Les quatre autres tables efteient
remplies de payfans & de paysannes
, & c. Monfeigneur
le Prince
Hereditaire & Madame la Comteffe
de Buckebourg, comme Cui-
› que
l'on avoit
GALANT 123
finier & Cuifiniere , avoient préparé
quelques mets de leur façon.
Comme l'on eut fervi le deſſert ,
Monfieur le Schloshauptman mit
fur la table des Mariez un grand
plat d'étaim , dans lequel les Conviez
de voient mettre leurs prefens,
confiftant en vaiffelle d'étaim , que
Monfeigneur le Duc avoit fait
acheter, pour en regaler les Mariez
,felon l'ufage des nopces de
payfans dupays. Madame Elec
trice & Monfeigneur le Duc com→
mencerent àfaire les leurs , enfuite
les autres en firent de même. Ce
qui eftantfait, Monfieur le Schlof
hauptman mena la ſuſdite troupe
."
Lij
124 MERCURE
à la maifon de l'Opera dans le même
ordre qu'elle eftoit entrée dans
lafale en question . L'on commença
par les danfes Allemandes , l'on
continua par les danfes Angloifes ;
l'on finit la fefte par les danfes
Françoifes. Il eft à remarquer qu'-
au feftin des nopces toutes les viandes
eftoientfervies dans des plats
de terre , les affiettes , fur lesquelles
on mangeoit , étoient de bois , auffibien
que les cannes , dans lesquelles
on bûvoit,fuivant l'uſage des payfans
de ce pays. Les verres , dont
on fe fervoir , eftoient à l'antique.
Enfin , tout l'exterieur convenoit
parfaitement à une nopce de VillaGALANT
125
Y
ge ; mais la bonne chere que l'on y
faifoit , &les vins delicieux qu'il
avoir , faifoient connoître le
goût delicat , & la magnificence
de l' Augufte Prince , qui avoit reglé
donné cette charmante fête.
Le Mecredy 14 l'on fervit à
diner cing tables pour la Principauté,
de dix couverts chacune.
La premiere eftoit deftinée pour S.
S.E. &pourS. A. S. La deuxieme
pour Madame la Ducheffe de
Zelle, & pour Monfeigneur le
Prince Hereditaire. La troifiéme ,
pour Madame la Princeffe Hereditaire
, Madame la Ducheffe de
Gattorff, Monfeigneur le Prin
Liij
126 MERCURE
ce Louis . La quatrième, pour Madame
la Princeffe de Gottorff, &
Monfeigneur lePrince de Bevern.
La cinquième , pour Meſdames les
Princeſſes d'Offrife . L'on ne ferwit
au commencement que des
viandes froides , & à chaque fois.
on entremêloit un plat de viandes
chaudes , à la maniere Italienne :
L'on fervit ainfi huitfeu defuite.
Aprés qu'on fe fut levé de table ,
Leurs Alteffes fe rendirent viſite
réciproquement , toutes les antichambres
eftant remplies de nobleffe
. Le foir ily eut une Paftorale
Allemande dans la maison de
l'Opera , entremêlée de Profe ,
GALANT 127
d'Airs en Vers. La Profe fut récitée,
& les Airs furent chantez.
Le Feudy 15 l'on fervit pour
la Principauté trois tables dans la
grande Sale aupremier étage. L'on
tira enfuite des billets , & le ha-
Zard voulutque Madame l'Electrice
, Madame la Ducheffe de
Zelle , & Monseigneur le Duc
fuffentpartagez à ces trois tables.
Ily eut ce jour- là au Village une
nopce de Payfans que Monfeigneur
le Duc defraya. S.A.S. ordonna
cependant que
riez, & leurs Conviez vinffent
dans la baffe-cour du Chateau
avec leur muſique champestre
les nouveaux Ma-
!
Liiij
128 MERCURE
composée de hautbois & d'une mu
fette poury danfer. Les Payfans
eftant venus au Chateau , Mon-
Seigneur le Duc eut la bonté de
leur faire donner des caltefchales
au vin & à llaa bbiieerree ,, pour les
rendreplus gais , plus éveillez.
Les fumées du vin les encouragerent
à marquer à leur Souverain
par leurs cris de joye leur tres-humble
reconnoiffance des graces qu'il
venoit de leurfaire .Toute la Prin
cipauté vit danfer ces Payfans d'une
des chambres de Chasteau . Enfuite
leurs Alteffes s'en allerent à
la Comedie Françoife . Et comme il
eftoit tard , elles fouperent dans
GALANT 120
leurs appartemens , excepté Madame
l'Electrices qui ſoupa dans
fa petite antichambre à une table
de douze couverts.
Le Vendredy 16 leurs Alteffes
ayant entendu le Sermon , l'onfervit
de la même maniere que le
jour précedent , avec cette differen
ce pourtant , qu'elles dinerent dans
la Sale joignant lagalerie des peintures
. Et aprés la Comedie le fouper
fut ordonnéfur le pied du dîner.
Enfuite ily eut Bal dans une
des grandes galeries , où l'on danfa
jusqu'à minuit.
Le Samedy 17 l'on tira à dîner
des billets pour les trois tables de la
$30 MERCURE
7
Principauté. Monfeigneur le Duc
eut la premiere , Monfeigneur le
Prince Hereditaire lafeconde , &
Monseigneur le Prince Louis la
troifiéme. Ily eutpour les hommes
à la premiere, les Nº . 1. & 6. à
la feconde , les Nº.
+7.0 12. à la
troifiéme , les Nº . 13. & 18. les
autres places eftant remplies deDames.
Aprés dîner l'on joüa l'eſpace
d'unegroffe heure, enfuite S. S. E..
fut fe promener , & foupa avec
Madame la Princeffe Hereditaire,
dans fon antichambre
, de compagnie
avec Madame la Ducheße de
Holftein , Madame la Princeffe fa
Belle -feur, Monfeigneur le Prin
GALANT 131
ce Hereditaire , & plufieurs Da
mes & Cavaliers. Madame la
Ducheffe de Zelle & les autres
Princes Princeffes fouperens
chezMonseigneur le Prince Louis .
Le Dimanche 18 ″ Leurs Alteffes
allerentfur les dix heures à
la Chapelle , où M' l'Abbé de
Reddagshausenfit un fermon fors
fçavant, fort édifiant. Le Service
divin eftant fini , l'on fervit
dans la grande Sale pour la Princi
pauté cing tables rondes de dix
couverts chacune. Lorfque l'onfut
tervé de table , l'on retourna à la
Chapelle , pour affifter à la Priere..
Enfuite Madame l'Electrice fe
132 MERCURE
promena dans leJardin , & aprés
la promenade Elle & les autres
Princes & Princeffes allerent à la
Comedie Françoife. SS. E. &
S.A. S. Souperent avec Madame
la Duchesse de Holftein dans fon
antichambre
, mais les autres
Princes & Princeßes fouperent
chez Madame la Duchesse de Zelle
. Enfuite il y eut Bal dans la
grande Sale , où il y avoit une
große foule de Dames & de Ca
valiers.
F
Le Lundy 19 , Madame l'Electrice
dina dans la Sale , qui joint
àla Galerie où ily eut trois tables
pour la Principauté. L'on tira des
GALANT 133
billets. Madame la Ducheffe de
Holstein , & Madame la Princeße
Hereditaire ne furent point à
table ,pour fe mieux preparer pour
la Redoute. Leurs Alteßes eftant
levées de table , Elles fe retirerent
dans leurs appartemens pour ſe déguifer.
Les Mafques , aprés s'être
promenez quelque temps , fe rendirentfur
les cinq heures à l'orangerie
, qui eft longue de 220 pieds ,
large de 50, le pied faifant
une demie aune de ce pays . L'on
avoit rangé des deux coftez les
bancs , quifont à deux étages ; le
premierfervantpour mettre dixhuit
pyramides , garnies de dix-
"
134 MERCURE
neufbougies chacune : Ces pyra
mides eftoient entremêlées de lauriers
, d'orangers & de grands Vafes
à fleurs. Le fecond eftage fervit
de chaifes aux Mafques pour s'affeoir.
A chaque entrée de l'orangerie
, il y avoit deux grands lauriers
, taillez en façon de pyramide.
Dans lefond, à l'oppofite de la
petitefale , ily a trois grands miroirs
un de moyenne grandeur
au-dessous , dont les bordures font
faites de rocailles. Au - deffus du
miroir du milieu , il y a une
fontaine , qui jettoit de l'eau ,
cette eau tomboit dans le baffin
qui eft au-deffous . Tout cela faia
GALANT 135
foit une perfpective admirable, qui
rejouir beaucoup la veuë des Speclateurs.
D'un cofté de l'orangerie
, ily a des feneftres , qui donnent
fur le jardin ; & de l'autre.
il y a des niches , où l'on a mis de Y
grandes ftatues fort bienfaites . Le
platfond est d'une tres - belle peinture.
Aux deux tribunes , quifont
dans un coin , vis- à - vis l'une de
l'autre, estoientplacez deux choeurs
de musique , compofez de cors de
chaßße , de hautbois & de violons.
Les mafques fe promenèrent au
commencemt : ils danferent enfuite
le menuet, & des danfes Angloifes
. Madame l'Electrice ,Mon136
MERCURE
feigneur le Duc & Madame la
Ducbeffe de Zelle jouerent cepen–
dant à l'ombre dans un endroit d'où
ils pouvoient voir diftinctement
tout ce quifepaffoit dans l'orangerie
, qui eftoit tres bien illuminée.
Vers les neuf heures dufoir , l'on
fervit deux tables rondes pour la
Principauté. Ala premiere étoient
Madame l'Electrice , Madame la
Ducheffe de Zelle , Madame la
Ducheffe de Holſtein , Monfer
gneur le Duc , Monfeigneur le
Prince Hereditaire , Madamefon
Epoufe , Madame l' Abbeſſe de
Gandesheim, Madame la Princeffe
Loüife. Alafeconde , MadaGALANT
137
me la Princeffe de Holftein , Madame
laPrinceffe Antoinette,Monfeigneur
le Prince de Bevern , Madame
la Comteffe de Buckebourg,
Madame la Raugrave Amalie ,
Mademoiselle la Comteffe de Hohenloh
Madame laMarquife de
la Roche premiere Dame d'honneur
de Madame la Ducheffe de Zelle .
L'on avoit en mefme-tems fervy ,
dans la petitefalle joignant l'orangerie
, une table à cinquante converts
, longue d'environ vingtcing
à trente pieds. Ily avoit trois
rangs de plats ; celuy du milieu
eftant remply de confitures
fruits : les deux autres de viandes
Nov. & Dec. 1707 .
de
M
138 MERCURE
8
froides & chaudes. Ily avoit,fans
le fruit , prés de quarante plats .
Comme le nombre des Masquesfe
montoit à plus de deux cent per
perfonnes de qualité, fans compter
ceux qui n'eftoientpoint déguiſez ,
dont ily en avoit prefque autant ,.
l'on s'avifa de ne point mettre de
chaifes devant cette table , afin que
chacun eut la liberté de boire &
de manger à fa fantaiſie , & fuivant
fa commodités ce qui faifoit
un tres- agreable mélange , & une
diverfité tres charmante. L'on
abandonna enfuite cette table au
pillage aux laquais. Ladite Sale a
trentepieds en largeur & cinquante
GALANT 139
en longueur. Aprésfouper , Madame
l'Electrice & Monfeigneur le
Duc continuerent leurs parties
d'ombres avec un des Cavaliers de
Madame la Ducheffe de Zelle ;
qui s'eftoit retirée dansfon appartement.
S.S. E. danfa enfuite avec
S. A. S. Madame la Princeffe .
Hereditaire . Monfeigneur le Duc
Madame l'Electrice fe retirerent
vers les onze heures ; mais la
jeune Principauté, & les autres
Mafques fe promenerent , & dan
ferent juſqu'à deux heures aprés
minuit.
Le Mardy 20° Leurs Alteffes
Sereniffimes Madame la Ducheffe
Mij
140 MERCURE
de Hoftein & Madamefa Belle
Soeur partirent de Saltzdahl
avec leurfuite , le matin entre fept
buit heures , reprenant la route :
de Hambourg, pour s'en retour
ner à leurrefidence. S. S. E. & les
autres Princes & Princeffes affi
ferent fur les onze heures à la
Priere chez les Religieufes , aprés
quoi l'onfervit trois tables pour la
Principauté dans la Sale , joignant
la Galerie des peintures. Leurs Alteffes
eftant levées de table, Mada
me l'Electrice & les autres Prin
ces & Princeffes furent fe prome
ner, & jouerent aprés à l'ombre ,
jufqu'à cinq heures. Enfuite
ع و ب
GALANT 141
toute la Principautéfe rendit à la
maifon de l'Opera , où l'on joua un
Opera Italien , qui dura environ
trois heures. La décoration & les
habits des Acteurs eftoientfort propres
, les Muficiens de bon air.
L'Opera finy, l'on fervit dans la
grande antichambre de Madame
Electrice , pour la Principauté
deux tables de quinze couverts chacune,
201
Le Mereredy 2 1 l'on celebra le
jour des Quatre-temps , toute la
rendue à la
Chapelle , poury entendre le Sermon.
Monfeigneur le Duc avoit
envie de traiter ce jour là Ma-
Principauté s'eftant toute la
142 MERCURE
Madame dame l'Electrice ,
la Duchesse de Zelle à l'Hermitage
, que S. A.S. a faitfaire dans
Te jardin de Saltzdahl ; mais comme
ilfaifoit grand vent , Elle fut
obligée de changer de deffein. Ainfi
l'onfervit trois tables pour la Prin
cipauté , dont la premiere fut placée
à l'entrée de la galerie des peintures
, d'où l'on pouvoit voir commodément
tous les tableaux. Les
deux autres furent mifes dans la
fale qui eft devant cette Galerie,
Il y avoit à lapremiere table Madame
l'Electrice , Madame la Ducheffe
de Zelle , Monfeigneur le
Duc, Monfeigneur lePrinceHereGALANT
143
ditaire,MadamefonEpouse , Monfeigneur
le Prince Louis, Madame
la Raugrave Louife , Madame la
Comteffe deBuckebourg, Madame
laMarquife de la Roche , & lePere
Vota. Madame la Princeffe Louife
nefut pas de la partie , ayant ce jour
làſonjour de jeûne. L'aprés dînée
vers les trois heures , toute la Cour
retourna à la Chapelle , pour fe
trouver à la priere. Au fortir delà
les Princes & Princeſſes furent
chez S. S. E. qui fe rendit aprés
chez S. A. S. l'Abbeſſe de Gandersheim
, qui luy fit voir une partie
des Reliques , qui fe font trouées
dans l'Eglife de Saint Egide
144 MERCURE
à Brunswic, que S. A. S. le Dus
fait rebatir. Enfuite , Madame
Electrice & toute la Cour furent
fepromener dans le jardin . Ily eut
fouper fix tables . La premiere
eftoit placée dans l'antichambre
de
S. S. E. où la Principautéfoupa :
les cinq autres dans le jardin ;
Sçavoir une pour la jeune Prin
cipauté , & quatre pour les Dames
& les Cavaliers
. Les trompettes
les tymbales fe firent entendre
pendant tout
le repas . Il y avoit
dans le jardin fix colonnes ; &fur
chaque colone , une girandole, avec
buit bougies , & fix bougies fur
chaque table. L'on bût à la santé
de
22
GALANT 145
F
de la Sereniffima Padronanza ,
au bruit des trompettes & des
tymbales. Leurs Alteffes furent
enfuites voir les tables , & firent
aprés un tour de promenade au jardin
, fefaifant éclairer par les Pages
. Et comme Elles fe retirerent
pourfe coucher, Monfieur le Schlof
hauptman fit venir les hautbois
la mufette du Village , pour di
vertir les Dames & les Cavaliers
de la Cour , qui danferent des danfes
Allemandes , jufqu'à minuit
paffe.
Le Jeudy 22 S. S. E. & S.
A.Ş. la Ducheffe de Zelle , partirent
de Saltzdahl vers les buit
Nov. & Dec. 1707. N
146 MERCURE
beures du matin , contentes au dernierpoint
du traitement magnifique.
que S. A. S. le Duc leur a faite.
Madame l'Electrice eft arrivée le
même foir enparfaitefanté à Herrenhaufen.
L'on a fervy à Saltzdahl ordinairement,
vingt - quatre tables
deux fois le jour , fans compter les.
gens de livrée , qui ont tous en leur
coftgueld .
Quoique le temps de vous
parler des réjoüiffances faites
pour la naiffance du Prince des
Afturies , femble devoir eftre
paſſé il y a long- temps , le grand
GALANT 147
nombre des divers articles ,
dont mes dernieres Lettres ont
eſté remplies , eft caufe que je
n'ay encore pû trouver place
pour les réjouiffances qui fe
font faites à
Luxembourg.
La fefte qui avoit cfté ordonnée
pour celebrer cette
naiffance , commença par une
grande Meffe chantée en mufique
dans le Convent des PP .
Recolets , accompagnée de
quantité d'inftrumens . Le Te
Deum fut chanté à la fin de la
Meffe , au bruit de l'Artillerie .
M' le Comte d'Autel , Gouverneur
de la Ville & de la Pro-
Nij
148 MERCURE
vince de Luxembourg , Lieute
nant General des Armées de S.
M. Catholique , & Chevalier
de la Toifon d'or , & M' le
Comte de Druy auffi Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Commandant les
Troupes Françoiſes dans la
mefme Province , accompagné
des principaux Officiers de la
Garnifon ; du Confeil & du.
Magiftrat en corps & en habits
de Ceremonics , fe trouverent
au Te Deum ; & lorſqu'-
ils fortirent de l'Eglife , on fit
par leur ordre plufieurs décharges
de moufquetterie ainfi
GALANT 149
que du canon de la Ville & des
remparts. M' le Comte d'Autel
donna le foir un magnifique
repas , où la propreté égala
l'abondance
& le bon goût.
Il y avoit trois tables de vingtcinq
couverts chacune , où fe
placerent les Dames les plus
qualifiées de la Ville & de la
Province ; la principale Nobleffe
, & les premiers Officiers
de la Garnifon . Les fantez des
deux Rois , & de la Reine d'Efpagne
, & fur tout du Prince
nouveau né , furent buës à diverfes
repriſes , & au bruit de
fix petites pieces de canon , que
N iij
1
150 MERCURE
Mr le Comte d'Autel avoit fait
mettre fur une Platte - forme
qui tient au Palais du couverneur.
Trois Fontaines de vin
placées fur le Balcon de l'Hôtel
de Ville , & trois autres fur
la Place d'armes commencerent
à couler à fix heures du foir
& elles ne cefferent point jufqu'au
lendemain matin . La
nuit eftant venue , le Palais du
Gouverneur , l'Hôtel de Ville,
& plufieurs Maifons des perfonnes
les plus confiderables
de la Ville,furent illuminées avec
des flambeaux de cire blanche
, & avec un grand nombre
GALANT 151
de lanternes , fur lesquelles on
voyoit les Armes du Roy & de
la Reine d'Espagne , avec ces
mots , Louis Philippe Prince des
Afturies. Toute la Ville eftoit
remplie de pareilles lanternes.
La façade de l'Hôtel de Ville
eftoit fort ingenieuſement illuminée
, & l'on y voyoit les
Armes de Leurs Majeftez Catholiques
, & de S. A. E. de Ba
viere , accompagnées de plufieurs
Devifes à leur gloire , &
qui répondoient au fujet de la
fefte. Toutes les Maifons Reli
gieufes furent auffi illuminées
avec beaucoup d'art. Cette
N iiij
152 MERCURE
grande fefte fut terminée par
un Bal magnifique que M² le
Comte d'Autel donna , & qui
dura jufqu'au jour . Toutes les
perfonnes de diſtinction de la
Province & de la Ville , fe trouverent
à ce Bal. Il fut agreablement
interrompu par plufieurs
troupes de Mafques , qui di--
vertirent beaucoup , tant par
la varieté & la richeffe de leurs
habits que par l'application
que
l'on en fit à diverfes perfonnes ,
que l'on crût qu'ils reprefentoient
. On fervit aprés minuit
dans un appartement
qui joignoit
celui où fe donnoit le
GALANT 153
Bal , une fuperbe colation avec
un arangement qui fit plaifir
à voir. Pendant tout le temps
que le Bal dura , les rafraîchif
femens furent prodiguez , &
tout le paffa avec tant d'ordre,
qu'il ne fe trouva de confufion
que dans la quantité de
tout ce qui fut fervi pour fatisfaire
le goût , pendant que les
yeux & les oreilles ne manquoient
de rien de tout ce qui
pouvoit leur faire plaifir.
Les Réjouiffances qui fuivent
ayant eſté faites à Cadix ,
& le temps qu'il a fallu pour
les preparer , ayant cfté caufe
154 MERCURE
:
qu'elles n'ont paru que fort
long- temps aprés la Naiſſance
du Prince des Afturies , je n'ay
pû en avoir plutoft le détail ,
que vous trouverez dans l'Article
fuivant .
M' de Mirafol , Conful de
France à Cadix , & M's Maf
fon , Sarsfield , Macé , Achard,
& Barbier , Députez des Nego
cians François qui font en cette
Ville, y ont celebré l'heureuſe
Naiffance du Prince des Afturies
, par des Réjoüiffances publiques
, qui peuvent tenir un
des premiers rangs parmy cel
les qui ont efté faites fur le me
me fujet.
GALANT 155
Cette Fefte commença le
neuf Novembre aprés midy ,
par un Te Deum , chanté dans
l'Eglife de S. François , & qui
fut fuivy des Vefpres , auffi
chantées en Mufique.
Toute l'Eglife & la Chapelle
de S. Louis eftoient parées
de leurs plus riches Ornemens
, & les Portraits du Roy
& de la Reine d'Espagne étoient
expofez fous de magnifiques
Dais. M' le Duc d'Offonne
, Gouverneur general
d'Andaloufie , Mr le Duc de
Caufano , Gouverneur de Cadix
, tous les Officiers Genc156
MERCURE
raux & tous les Magiſtrats y
affifterent. On alla au fortir
de l'Egliſe à la Place Royale ,
qui eftoit remplie d'une infinité
de peuple. On y avoit
preparé une Maiſon pour toutes
les Perfonnes de qualité de
l'un & de l'autre fexe , & ellesy
eurent le divertiffement d'un
tres - beau Feu d'artifice , & qui
en devoit eftre bien remply ,
puifqu'il fe fit admirer pendant
deux heures. On ne doit pas
s'en étonner , les deux plus fameux
Maîtres Artificiers d'Ef
pagne y ayant travaillé avec
beaucoup de foin pendant cin
quante- deux jours,
GALANT 157
pas
Le Regal qui fuivit ce Feu ,
fut des plus magnifiques ; les
Confitures les plus exquifes y
furent fervies en abondance ,
& les Liqueurs n'y furent
épargnées & ce qu'il y a de
furprenant , eft que les Perfonnés
les plus qualifiées , dont il
fe trouva plus de trois cens à
cette Collation , furent fervies
avec beaucoup d'ordre. Cependant
l'affluence des autres
perfonnes qui s'y trouverent
auffi , fut fi grande , que quoy
qu'elles ne pûffent pas eftre
fervies de même , laconfufion
qu'elles cauferent , ne laiffa pas
158 MERCURE
de donner un Relief à la Fefte.
Les Magiftrats avoient pris
foin de faire illuminer toute
la façade de l'Hoſtel de Ville .
Le 10. au matin , la même
Compagnie retourna à l'Egliſe
de S. François , où l'on chanta
une Grande Meffe , enfuite de
laquelle un tres - habile Predicateur
fit un fort beau Sermon ,
dans lequel il parla de la Naiffance
du Prince des Afturies ,
& ce qu'il en dit fut admiré.
Il y cut enfuite plufieurs grands
repas ; l'on fit couler des fontaines
de vin en plufieurs endroits
de la Ville , & l'on jetta
GALANT 159
rau peuple , d'un grand nombre
de feneftres , une fort grande
quantité de Reaux .
Il y eut le 11. une Courfe de
douze Taureaux ; que l'on
diftribua enfuite à la Garniſon
de la Ville , & aux Pauvres qui
eftoient alors dans les Prifons.
Cette liberalité qui n'avoit encore
efté imaginée par perfon-.
ne , fit un effet merveilleux fur
l'efprit du peuple.
Mr de Mirafol , Chevalier
de Noftre Dame de Mont-
Carmel , & Conful de France ,
qui avoit commencé la Fefte ,
cut l'honneur de la finir dans
160 MERCURE
fa Maiſon , où il donna v
Repas tres-magnifique , qui fi
accompagné d'un grand co..
cert de Mufique. Toute
Maiſon fut illuminée ; i!
tirer beaucoup d'Artifice , &
couler des fontaines de vin ,
qui avoient preparé le peuple
à cette Fefte , en commençant
à couler dés une heure aprés
midy. Tous les Vaiſſeaux Fr
çois , qui eftoient en gra.
nombre dans la Baye de Cadiy,
firent plufieurs décharges de
leur canon.
Les Chanfons convenant
bien avec la joye , celle qui
GALANT 161
ſuit ſera bien placée aprés les
Réjouiffances que vous venez
de lire. Elle eft de la compofition
de Mr du Carreau .
AIR NOUVEAU.
De tous les bois qui croiſſent ſous
les Cieux ,
Le plus infigne
Et le plus precieux ,
A mongré, c'eſt la Vigne.
Chaque Saifon reçoit de fes faveurs,
Le Printemps a fes fleurs ,
L'Efté fon beau feuillage ,
Et fon fruit de l'Automne eft le
charmant partage
:
Nov. & Dec. 1707. O
162 MERCURE
Mais en Hyver contre tous les
frimats ,
Son doux jus ranime ma flame ,.
Et dans les plus lointains climats ,
Pour vivre heureux, on le reclame..
Je continue à vous envoyer
les Articles qui font voir le
grand Commerce que les Etrangers
font chaque mois à
Bordeaux & à Blaye..
GALANT 163
BORDEAUX ET BLAYE.
Ily avoit à deſcendre au premier
Octobre.
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
ETRANGERS.
Danois ,
Efpagnol ,
Hollandois ,
Hambourquois ,
Irlandois ,
Suedois ,
71
175
242
4
I
59
I
I
71
313
☺ ij
164 MERCURE
VAISSEAU X.
Barques de montées pendant
le mefme mois.
Barques de Sel ,
Vaiffeaux
François
,
331
172
2 I 24.
ETRANGERS .
Bremois ,
Danois ,
Efpagnol ,
Hollandois ,
Hambourquois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
3
MA
175
2
I
GALANT 165
Suedois ,
404
717
VAISSEAUX.
Barques defcenduës pendant
le mois d'Octobre 1707 .
Barques de Sel ,
Vaificaux François ,
18
126
144
ETRANGERS .
Danois ,
Efpagnol ,
Hollandois ,
Hambourquois
Irlandois ,
1
33
166 MERCURE
Sucdois ,
39
183
Vaiffeaux montez
Vaiffeaux defcendus ,
Refte aux Ports ,
717
183
534
SÇAVOIR :
Barques de Sel ,
86
Vaiffeaux François ,
224
ETRANGERS.
Bremois ,
Danois ,
6
Espagnols ,
Hollandois ,
Holſtein ,
24
201
GALANT 167
Hambourquois ,
Irlandois ,
Suedois ,
Total à
defcendre ,
6.

224
534
Revenant au fufdit nombre , 717
M' Gilbert , l'un des Profeffeurs
de Rhetorique du College
Mazarin, ayant efté élu Recteur
par l'Univerfité , dans le
temps qu'il ne s'y attendoit pas,
la remercia fur le champ , par
un Difcours Latin , de l'honneur
qu'elle luy avoit fait de
l'élire pour fon Chef: & quoi
que ce compliment n'eût point
168 MERCURE
efté préparé , il fut neanmoins
trouvé fi beau , & fi rempli du
feu que ce fçavant homme met
ordinairement dans fes Ouvrages
, qu'il receut de grands applaudiffemens.
Les Difputes de
ce Profeffeur avec M Pourchot
, ancien Profeffeur de Philofophie
dans le mefme College
, & avec le Pere Lamy Benedictin
, ont donné lieu au
Traité de la veritable Eloquence ,
& aux Réflexions fur la Rhetorique.
Ces Ouvrages , qui ont
efté faits pour défendre la veritable
Eloquence , font les
principaux Ouvrages de ce nouveau
GALANT 169
veau Recteur. Ils furent precedez
de quelques petits Ecrits ,
par lefquels la difpute commença.
Elle a efté foûtenuë &
terminée avec avantage pour
ceux qui y avoient part . L'éloquence
des uns a brillé en voulant
décrier cette belle partie
de l'Orateur , de mefme que
celle des autres a paru en la
défendant. Peu de gens en ef- .
fet ont plus folidement défendu
les droits de l'Eloquence
que cet habile Profeffeur qui
en donne des leçons depuis plu
fieurs années , dans un des plus
celebres Colleges de Paris .
Nov. Dec. 1707. P
170 MERCURE

Mr Gilbert eft de Provence,
& d'une famille feconde en
Gens de Lettres , Mr l'Abbé
Gilbert , fon Coufin , qui refide
à prefent dans cette Ville,
eft un des plus habiles Canoniftes
du Royaume : il eſt fort
confulté , & plufieurs Prelats
ont fait un utile ufage de ſes
lumieres , & de fes découvertes
dans les matieres Canoniques .
La Republique de Genes a
élû pour Doge Dominico Mari
noble Genois . Il eft connu dans
toute l'Italie par la vertu & par
fon merite qui le diſtinguent
encore plus que fa naiffance , Il
GALANT 171
fut un des nobles Genois qui
allerent faire compliment au
Roy d'Espagne , lorſque S. M.
Catholique paffa à Genes. Le
Gouvernement de Genes eſt
Ariftocratique , & le Doge qui
en eft le Chef, eft toûjours aflifté
de 8.Senateurs Gouverneurs,
& de 4. Procurateurs , dont il
y en a deux qui logent avec
lui , tour à tour , dans le Palais
Ducal pendant quatre mois de
l'année , & c'eft ce qu'on nomme
le Senat; mais le fondement
& la bafe de la Republique refide
dans le grand Confeil qui
eft compofe de quatre cens
Pij
172 MERCURE
Gentilshommes choifis parmy
l'ancienne Nobleffe ainfi que
parmy la moderne . Ce Confcil
decide avec la Seigneurie
, c'eft à dire avec le Doge
& les Senateurs , de tout ce
qui peut regarder la paix & la
guerre , & de toutes les plus
importantes affaires de l'Etat .
Le Doge ne peut recevoir aucune
vifite , donner aucune audiance
, ni ouvrir les Lettres qui
luy font addreffées qu'en prefence
des deux Senateurs qui
demeurent avec luy dans le Palais.
L'habit que le Doge porte
dans les jours de Ceremonie ,
GALANT 173
eft une robbe de velours ou de
damas rouge , faite d'une maniere
antique , ayant un bonnet
pointu , de la mefme étoffe
que fa robbe. Il eft auffi obligé
de porter une fraize. La Regence
ne dure que deux années,
aprés lefquelles on fait une
nouvelle election , & l'ancien
Doge ne peut rentrer dans fa
Dignité qu'aprés douze ans
d'intervalle. Les Doges vont à
la fin de leur Regence à l'affemblée
des Colleges convoquez
pour les dépouiller de leur dignité.
Le Secretaire de l'Affemblée
fe fert alors des termes fui-
P iij
174 MERCURE
vans pour les remercier , au
nom de la Republique : Voftra
Serenita fiat fornito il fuo tempo .
Voftra Excellenza fane vadi à cafa
: C'eft à dire , Puifque voftre
Serenité a fourni fon temps , que
poftre Excellence s'en retourne
chez elle. En effet , le Doge dépofé
part dans le moment , &
Ïorſqu'il eſt à la
porte ,
fe
il rcmercie
les Senateurs & les Gentilshommes
qui luy ont fait
compagnie ; il quitte enfuite la
Robbe rouge , pour ſe reveſtir
de celle de Senateur , qu'il porte
le refte de ſa vie . On procede
quelques jours aprés à une nou,
GALANT 175
velle Election , & le Doyen
des Senateurs fait, pendant l'interregne
, la fonction de Doge.
On convoque , pour cette election
, le grand Confeil , qui
nomme quinze perfonnes que
l'on juge les plus capables d'ê
tre élevées à cette dignité . Cette
lifte ayant efté portée dans le
Confeil fecret . Ôn les réduit à
fix perfonnes , & enſuite eſtant
rapportée au grand Confeil ,
l'Affemblée choifit un Doge
parmy ces fix perfonnes . Le
jour du Couronnement de M
Dominico Mari ayant efté marqué
, M le Cardinal Fieſchi ,
Piiij
176 MERCURE
Archevêque de Genes , en fit
la Ceremonie dans fa Cathedrale
: Elle fut tres - pompeufe,
& les perfonnes les plus confiderables
de Genes , & de tout
l'Etat , y affifterent . Ce Cardinal
, qui eftoit Nonce Extraor
dinaire en France , il y a deux
ans , fit cette Ceremonie avec
d'autant plus de joye , qu'il eft
parent du nouveau Doge . Ce
Souverain Magiftrat l'eſt auffi
de la Maifon Spinola , & de
'M' le Duc de S. Pierre .
Les Audiances du Parlement
recommencerent le 2.1 .
du mois paffé , & cet auguste
GALANT 177
Corps eftoit en Robbes rouges
, felon fa coûtume . M' de
la Moignon , troifiéme Avocat
General , parla pour la premiere
fois depuis qu'il eft en
Charge . Son difcours roula fur
les devoirs des Prefidens , & il
fit voir avec beaucoup de foin
tous les avantages & tous les
ptivileges de ces grandes Charges.
Il fit remarquer enfuite ,
que plus ceux qui en font revêtus
, font élevez au deffus
des autres Magiftrats , plus
leur conduite , qui eft des plus
éclairées , doit eftre pure & irreprochable
; d'autant plus que
178 MERCURE
celle des Magiftrats inferieurs
fe regle fur leur exemple . Il
parla enfuite de la probité qui
doit accompagner toutes leurs
actions, & du defintereffement,
fi neceffaire à un Magiſtrat ,
fans lequel toutes les vertus ,
& même celles d'un plus grand
éclat ,font obfcurcies . Ce jeune
Magiftrat , aprés avoir fair
la peinture d'un parfait Prefident
, dit enfuite , que le por
trait qu'il venoit de fatre , eſtoit
tiré d'aprés les illuftres Perfonnages
qui avoient exercé
ces Emplois importans . Il prit
de là occafion de louer la fa
GALANY 179
geffe du Roy , dont la plus
grande attention, dans le cours
de fon Regne , a toûjours cfté
de mettre à la tefte de fon Parlement
de dignes Magiſtrats ,
& qui pûffent faire un bon ufage
de l'autorité qu'il leur confioit
. M' de la Moignon adreffa
enfuite la parole aux Avocats
& aux Procureurs , & il
leur recommanda, dans des termes
tres-forts & tres énergi
ques , de ne jamais s'écarter de la
probité , qui doit cftreinfeparable
de leurs travaux; & il ajoûta,
qu'ils ne pouvoient conferver
cette probité , s'ils n'y joi180
MERCURE
-
,
&
gnoient une grande regularité
de moeurs & beaucoup de
pureté . Ce difcours receut de
grands applaudiffemens
toute l'Affemblée , qui eftoit
tres nombreuſe , donna de
grands éloges à ce Magiſtrar .
M' le Premier Prefident parla
enfuite , & dit , qu'il eftoit
jufte qu'après avoir oüi un détail
exact des obligations . des
Prefidens à Mortier , il parlaſt
de celles des Confeillers , & de
Meffieurs les Gens du Roy.
Il examina d'abord les devoirs
des Confeillers, & il n'en oublia
aucun ; & cependant il en parGALANT
181
Ia avec beaucoup de préciſion.
Ces obligations eftant à peu
prés pareilles à celles des Prefidens
, Mr le Premier Prefident
fit feulement une recapitulation
des principaux traits
du difcours de Mr. l'Avocat
General , mais aufquels il ajoû
ta de nouvelles beautez. Il
parla enfuite de Sa Majeſté ,
avec beaucoup de delicateffe .
Il loua ce Monarque du foin
qu'il a de remplir le premier
Tribunal de fon Royaume de
Magiftrats d'une fidelité &
d'une integrité éprouvées , &
de recommander . fouvent au
182 MERCURE
Chef de la Juſtice , de ne rece
voir dans les Charges infericures
, que des Sujets d'une capacité
reconnuë , & d'une vertu
, dont on ait déja des témoignages
.
Ce qu'il dit fur les obligations
des Gens du Roy , ne fut
pas moins énergique. Il fit
voir que les Décifions du Palais ,
& les Jugemens des Magiftrats
Superieurs , dépendant fouvent
des Conclufions de Moffieurs
du Parquet , cette raiſon les
devoit engager à avoir beaucoup
de circonfpection dans
le party qu'ils prennent ; &
GALANT 183
que bien qu'il ne femble pas
que ce foit un Jugement décifif
, il eft cependant d'une
grande confequence , & qu'il
ne doit pas cftre donné legerement
, ny fans avoir efté précedé
de tres -ferieufes & de treslongues
reflexions ..
Il prit de là occafion de
louer les principaux Magiftrats
qui ont brillé dans le Parquet
depuis foixante ou quatrevingts
ans . Mr le Prefident de
la Moignon ne fut pas oublié,
non plus que Mr le Prefident
Portail , qui vient de fortir du
Parquet . Il loüa enfuite le jeu184
MERCURE
ne Magiftrat , qui venoit de
parler , fur le zele ardent qu'il
avoit dés le commencement
de fa carriere , de remplir dignement
les fonctions de la
Magiftrature ; & il l'exhorte
à fuivre les grands modéles
qu'il avoit devant les yeux ,
& les beaux exemples que ceux
qui l'avoient précedé , lui avoient
laiffez .
Mr le Premier Prefident
parla enfuite aux Avocats &
aux Procureurs. Il leur recommanda
d'eftre diligens dans
l'inſtruction des affaires , fans
quoy les Juges ne peuvent rien
GALANT 185
pour le foulagement des Parties.
Il blâma les Procureurs
qui affectent d'embaraffer la
procedure des affaires , ou pour
en dérober la veritable connoiffance
aux Juges , ou pour
en éloigner le Jugement : Il
dit , qu'il efperoit qu'on ne leur
feroit plus à l'avenir de femblables
reproches ; & que s'ils les
avoient meritez par le paffé , ils
repareroient par la fuite cette conduite
irreguliere. Il dit en finiffant
, que la probité & le defintereffement
devoient faire la perfection
de tous ceux qui rendent
la Juſtice , & que fans cela , la
Nov. & Dec. 1707. a
186 MERCURE
prevarication du miniftere, le plus
important de la vie , eftoit inévitable.
Mercredy 23° du meſme
mois , on fit à la Grand'Chambre
les Mercuriales à huis clos.
M' Le Nain premier Avocat
Ceneral parla le premier ; &
aprés avoir fait l'éloge du Roy ,
& avoir loüé ce Grand Prince ,
fur fon amour pour la juſtice ,
il dit que les Souverains cftant
obligez autant qu'il leur eft
poffible , de traiter leurs Peuples
d'une maniere qui les engage
à leur eftre toujours fideles
: Ils doivent auffi travailler
GALANT 187
à faire fleurir la Religion . Il entra
alors dans un détail entier
de tout ce que leRoy a fait pour
la rendre floriffante dans fon
Royaume , & pour en bannir
l'erreur. Il ajouta enfuite ; que
les foins des Rois nefont point limitez
àfaire fleurir les Arts &
les Sciences humaines ; que le culte
du vray Dieu eftant la fource
tous les autres biens , les interefts
temporels luy doivent eftre fubor
donnez ; de maniere que ce bienfuprême
foit l'objet principal de tous
ceux qui ont en main le Gouvernement.
Et fur ce que l'on pouvoit
objecter , que les focietez
Q ij
188 MERCURE
ne font point formées par raport
à la Religion que les homen's'affemblant
, n'ont
mes
cherché que leur fûreté contre
la violence. D'où il s'enfuit que
le Chef de la focicté eft de fon
pouvoir lorfqu'il ftatuë fur la
Religion : Il fit voir que le Prince
ou le Magiftrat Chrétien ne
doit point eftre dépouillé de la
prerogative d'agir pour l'extirpation
des herefies ; qu'il peut
& qu'il doit procurer à la veritable
Eglife tous les avantages
neceffaires , tant pour conferver
la lumiere de la verité audedans
, que pour la répandre
GALANT 189
au dehors. Et qu'enfin , pour
regler la puiffance du Souverain
en matiere de Religion , il
eft neceffaire de fçavoir en quoi
confiftent les droits de la confcience
, parce que le mépris de
la confcience enferme le mépris
du fouverain Legiſlateur ;
& par confequent de celuy que
le fouverain Legiflateur a fait
dépofitaire de fon autorité . En
effet, c'eft déja avoir tranfgreffé
la Loy que d'avoir eu deffein de
la tranfgreffer ; & on eft coupable
dés qu'on a eu deffein de
le devenir , en refiftant à Dieu ,
ou aux Princes , à qui il veut
190
que nous foyons foumis.
M' Le Nain parla enfuite de
l'efpece d'obligation
, où l'on
eftoit d'obeïr
au Magiſtrat
, ou
au Chef de la Societé ; & il
étendit cette obligation
même
au deffus de calle où l'on eft ,
d'obeïr aux peres & aux meres .
Ce qu'il dit fur ce fujet parut
fort recherché
& fort éloquent
,
& luy donna lieu de parler de
la patience
des Martyrs
de la
primitive
Eglife ; que les tourmens
qu'ils enduroient
n'avoient
jamais porté à fe revolter
contre le Magiftrat
, ou contre
le Chef de la Societé. Leur
191
fermeté , en effet , eftoit fi admirable
, foit que l'on confidere
la nature des tourmens qu'ils
fouffroient , foit qu'on s'arrête
à l'âge ou au fexe d'une partic
de ceux qui les enduroient , on
cft quelquefois fort embaraffé
à découvrir la caufe d'une patience
fi extraordinaire , fi on
n'a pas recours à l'efprit de
Dieu , qui en eftoit la caufe
principale , ou à l'obeïffance
que les premiers Chrétiens faifoient
profeffion d'avoir pour
to us ceux dont la Providence
les avoit fait naître Sujets.
Le Philofophe Philon doit
192 MERCURE
eftre admiré , touchant les deux
pouvoirs fuprêmes qu'il a diftinguez
en Dieu ; & qu'il dit
eftre éternels , infinis ou immenfes
, & incomprehenfibles ,
& par l'émanation defquels ,
ceux qui font chargez du gouvernement
, doivent regir les
Peuples qui font dans leur dépendance
.
11
M' l'Avocat General adref
fant enfuite la parole aux Avocats
& aux Procureurs , s'érendit
beaucoup fur le détail de
tous leurs devoirs . Il prouva fi
bien la neceffité
où ils font de
les obferver ; qu'il donna lieu
કે
GALANT 193
à tous ceux qui l'entendoient de
conclure qu'il n'eft point de plus
honteuse prevarication que celle
qui vient de l'omiffion des devoirs
on des regles de la Jurifprudence
& même de la negligence , dans
l'obfervation de ces mêmes regles.
Tout ce qu'il dit fur cette matiere
fut appuyé par l'autorité
des plus anciens & des plus celebres
Jurifconfultes ; & il joignit
à une fi grave autorité
d'illuftres & memorables éxem
-ples de la feverité , avec laquelle
les anciens Rois de la
Grece & la Republique de Roine,
avoient puny les infractions
Nov. Dec. 1707. & R
194 MERCURE
du miniftere qui regarde la dés
fenfe des droits de la veuve &
l'orphelin . de
M le Premier Prefident parla
enfuite. Tout ce qu'il dit fur
l'autorité des anciennes Loix ,
& fur l'exactitude avec laquelle
elles eftoient obfervées nonfeulement
par les Romains
qui eftoient tres-polis & trescivilifez
, mais auffi des peuples
les plus barbares , & qui paroiffoient
les moins foumis à l'Empire
de la raifon , fut tres - applaudi.
Il fit voir que de l'ob-`
fervation des Loix dépendoient
uniquement la force & la conGALANT
195
Tervation des Empires : que les
Etats les plus affermis & oles
plus puiffans ne fubfiftoient
qu'autant que ceux qui les gouvernoient
, eftoient fermes &
inexorables fur le refpect dû
aux Loix. Il entra par là, narurellement
dans l'éloge du Roy ,
& il fit voir que c'eftoit principa
lement à l'amour que ce Grand
Prince a toujours eu pour la Juftice,
que les longues profperitez qui
ont couronné la plus grande partie
de fes deffeins ,font dus ; querars
ment Dieu benit des projets formez
fur l'injustice , & que lors
qu'il le fait quelquefois , ce n'eft
Rij
196 MERCURE
que par des vues particulieres qu'il
n'eft pas permis aux hommes de
penetrer , mais qui toft ou tardfe
développent & font voir lafageffe
de Dieu , dont l'unique, deffein a
toujours efté & fera toujours de
recompenfer la vertu es de punir
le vice. M le Premier Prefident
fit enfuite l'éloge de la Compagnie
dont il eft le Chef ; il dit
qu'elle avoit toûjours fait voir
un amour extraordinaire pour
la Juftice , & il parcourut
en
de mots tous les
temps où
ce celebre Corps a donné les
marques plus fignalées de ſa ſageffe
& de fon équité dans l'adpeu
GALANT 197
miniftration de la Juftice .
Ce bel endroit fut fuivi d'un
détail tres circonftancié des
grands Hommes qui ont part
dans le Parlement de Paris ; il
les défigna tous par des traits
qui les caracterifoient d'une
maniere tres- particuliere : aprés
ce détail , qui plut beaucoup à
l'Affemblée , M' le Premier
Preſident finit fon difcours par
des avis qu'il donna à tous les
Membres de l'augufte Corps
auquel il parloit. Ce qu'il dit
aux Avocats & aux Procureurs
fur le miniftere auquel ils font
employez , fut touché d'une
R iij
198 MERCURE
maniere tres delicate , & ne parud
pas moins vray & moins
beau que ce que leur avoit déja
die Mile Nain . Ce difcours fut
fuivi de la lecture des Reglemens
que M' le Premier Prefi
dent ordonna. Cette lecture
fut tres- longue , parce que M
le Premier Prefident ne permit
pas qu'on en obmift aucun Statut
; on admira dans ces Reglemens,
la fageffe & la moderation
des premiers
Legiſlateurs ;
la modeftic avec laquelle ils vivoient
eft connue jufques dans
leurs écrits. L'égalité de leur
conduite & de leurs maximes
GALANT
TOHEN
VILLE
faifoit juger de celle de leurs
mours , & on ne peut leur se
fufer des louanges lorſqu'on res
marque la maniere dont ils rendoient
la Juftice . La lecture des
Reglemens eftant finie , Mr le
Premier Prefident invita d'une
maniere tres- preffante tous les
Magiftrats du Parlement de
Paris de fuivre les grands exem
ples de leurs Predeceffeurs , &
de regler leur conduite de ma
fi ces grands Homniere
que
mes
pouvoient
revenir
au mon
de , ils ne
puffent
point
rougir
d'avoir
de tels
Succeffeurs
. Ce
que
Mr.
le Premier
Preſident
Riiij
200 MERCURE
dit dans cette occafion, ne reçur *
pas moins d'applaudiffemens i
que ce qu'il avoit dirɛaupara-onvant
fur les devoirs des Juges
& fon difcours fit d'autant plus ::
d'impreffion fur tous ceux qui
l'entendirent, qu'on remarqua
qu'il eftoit luy même penetré
de tout ce qu'il avoit dit
& que perfonne n'en connoiffoit
mieux que luy les confequences.
W
M Herment , Medecin ordinaire
du Roy , Docteur Regent
, & Profeffeur des Ecoles
de Medecine de la Faculté de
Paris , fit auffi un tres- beau
GALANTM2015
Difcours à l'ouverture de ces ">
Ecoles . Il fit voir le danger pour
ceux qui s'attachent trop aux!"
nouveaux Syftemes , dont l'év
tude eft ſouvent auffi perni
cicufe que la lecture des Roh
mans , qui flatte l'imagination,
en ne faifant naître fouvent
que des illufions dans les efprits
plus occupez à la fiction
qu'à la verité , qui ne ſe troudans
celuy qui s'éloigne
de tout préjugé , & qui aime
la nouveauté , fans méprifer
l'antiquité , que l'on ne rejette
que trop fouvent , pour em
braffer des chofes plus obfcuve
que
202 MERCURE
res & plus inutiles , & qui font
autant d'écueils où ces prétendus
Novateurs font naufrage :
qui donna occafion à co Profeffeur
de rapporter tous les
nouveaux Syſtemes qui ont
paru depuis un temps confiderable.
Il en fit voir le ridi
cule , le peu de fondement
qu'il y avoit à faire fur de
femblables principes , & combien
de temps il y avoit à
perdre dans ce genre d'étude .
Il finit cette premiere Partie
en faiſant differens portraits
du Medecin Vifionnaire , ou
Syſtematique , qui , enflé d'une
a
GALANT! 203
vaine fcience , fe croit l'Efcu+
lape de fon ficcle .
Il fit connoître dans la feconde
Partie de fon Difcours ,
l'utilité des Obfervations , fans
lefquelles on ne peut trouver
feurement la verité , puiſque
Fobfervation doit eftre regardée
comme le fondement &
la bafe de toutes les Sciences
& principalement en Medecine
, où elle cft comme la Bouf
fole dans un Vaiffeau.
Il exhorta fon Auditoire à ne
point fe laiffer furprendre par
les mots d'Experience & d'Obfervation
, fi frequens dans la
204 MERCURE
bouche des Charlatans
qui
abuſent de ces
termes , pour
tromper
le Public , qui ne fe
rend que trop
legerement
à
ce langage
trompeur
, dans
Fefperance
que leurs Remedes
prétendus
Specifiques
, vont
faire des miracles . Il felicita à
la fin de fon
Difcours le vray
Medecin
qui concilie
l'Obfervation
au Syfteme , & fit voir
qu'il n'y a perfonne qui poffede
plus
éminemment
ces rares talens,
que Mr Fagon , Premier
Medecin
de Sa Majesté; auffi inftruit du
Syfteme , que profond
dans l'Obfervation
, qui eft plus
fçavant ,
GALANT 201
ajoûte-til , plus poly dans fes
écrits , plus éloquent dans fes dif
cours , plus vif dans fes pensées,
plus fage dans fes actions , & enfin
plus digne du pofte qu'il occupe.
Il n'oublia pas fon defintereffement
, & il dit , qu'il negligeoit
tous les joursfes propres interefts
pour ceux de la Faculté , & qu'il
Pavoit fait connoiftre dans plufieurs
occafions.
Je pourrois ajoûter quelque
chofe à cet Eloge , mais
la modeftie deM' Fagon m'empêche
d'en rien dire davantage.
Je paffe à quelques Articles
de morts étrangers .
206 MERCURE
Madame la Princeffe Chrif
tine-Julienne , Epoufe du Duc
Jean Guillaume de Saxe Eifenach
, eft morte à Eifenach,
âgée de 29. ans. Elle laiffe deux
fils & quatre filles . Elle eftort
fille unique de Charles Guſtave,
Marquis de Bade- Dourlach,
le Duc Jean- Guillaume de Saxe-
Eifenach l'avoit épousée en fe
condes nôces , le 28. Fevrier
1697. Entre les enfans qu'il en
a eu , la Princeffe Jeanne - Antoinette-
Julienne, née en 1698.
eft une des plus belles perfonnes
de toute l'Allemagne. Le
Duc Jean - Guillaume avoit
*
GALANT 207
époufé en premieres noces en
1690. la Princeſſfe Emilie , fille
de Guillaume Frederic Prince
de Naffau- Dietz , qui mourut
en 1695. Il a eu de cette Princeffe
Guillaume Henry né en
1691. & Albertine Jeanne, née
en 1693. Le Duc Jean Guillaume
fait fa réfidence à Jena ,
dont il a herité il n'y a pas
long temps . Il ajoûte à la qualité
de Duc de Saxe Eifenach ,
celle de Comte de Sain & de
Witgenſtein . Il nâquit le 17.
Octobre de l'an 1666. Il eſt
des
C
fits
fils du Duc Jean Georges 4
de Guillaume Duc de Weimar,
208 MERCURE
& il a fuccedé à fon frere Jean-
Georges 2 du nom , Duc de Saxe
Eisenach , mort le 10. Novem
bre de l'an 1698. fans enfans
de Sophie Charlotte , fille d'Eberard
III : Duc deVirtemberg.
La Princeffe, dont la mort donne
lieu à cet article , a été fort
regrettée en Allemagne ; elle
étoit belle & remplie de merite .
E
Dame Emilie - Catherine
née Comteffe . de Dhona
Veuve Douairiere de Meffire
Jean - Henry Comte de Frife ,
Maréchal de Camp General
des Armées de l'Empereur , &
Gouverneur de Landau , eft
GALANT 209
morte à Francfort, où elle a efté
enterrée. La Maiſon de Dhona
eft fort ancienne en Allemagne
; elle eſt iſſuë d'Aloyfius
d'Urpach , que Charlemagne
emmena avec luy en revenant
de Languedoc , & à qui il donna
la Ville & le Château de
Dhona fur l'Elbe , avec leurs dépendances
, d'où cette Maiſon
a pris fon nom . Louis le Debonnaire
donna à Louis Conrard
, fils d'Aloyfius , la qualité
de Burgrave. Une branche de
cette Maifon s'établit en Pruffe
y a plus de 200. ans . Pierre
de Dhona , fils de Staniſlas , qui
Nov. Dec. 1707 & .
S
il
210 MERCURE
y paſſa , 'eut de Catherine , Baronne
de Zema , fille du Palatin
de Mariembourg , Senateur
de Pologne ; Abraham de Dhona,
qui fe fignala à la bataille de
Montcontour
, & qui mourut
des bleffures qu'il y avoit receues
, à Tarafcon en Langue.
doc ; Henry, Colonel , au fervice
des Polonois , fut tué dans
dans une action qui fe paffa à
Pernowin en Livonie; Frederic ,
qui commanda un Regiment
au ſervice du Roy de Dannemarc
, ſe noya au paffage du
Sund, à l'âge de 24. ans ; Chriftophe,
fut General de l'Armée,
GALANT 211
& Maréchal de la Cour de Sa
Majefté Danoife . Le cader de
tous les enfans de Pierre de
Dhona, fut Fabien , General des
troupes que le Roy de Danne-
-mark , & les Princes d'Allemagne
envoyerent à Henry IV.
alors Roy de Navarre ; Albert
Margrave de Brandebourg, qui
aprés l'abolition de l'Ordre
Teutonique , fut premier Duc
de Pruffe , recompenfa en la
perfonne de Fabien les fervices
que Pierre, fon pere , avoit rendus
à l'Ordre Teutonique , dont
il cftoit membre. Fabien , qui
avoit d'abord efté deftiné à l'E
Sij
212 MERCURE
tat Ecclefiaftique , étudia en
Theologie à Geneve , fous
Theodore de Beze ; il femit
enfuite dans le fervice de Cali
mir Comte Palatin , Duc de Baviere
, & d'Etienne Battori Roy
de Pologne ; il commanda enfuite
en France une Armée de
trente mille Allemans ; mais
n'ayant pas efté foûtenu par
ceux de fon party , il fut battu
à Auneau en Beauffe par le Duc
de Guife ; & aprés avoir rendu
de grands fervices aux Electeurs
Palatins , pere & fils , & avoir
rempli avec gloire trente-qua
tre Ambaffades auprés des Ent
GALANT 213
pereurs Rois , & autres Sou
verains , il mourut dans fes ter
res de Pruffe , où il s'eftoit re
tiré , en 1621. âgé de foixante
& onze ans , fans alliances. Le
Chef de la branché de cette
Maiſon , établie en Silefie , eft
Charles Hannibal de Dhona
qui ypoffede aujourd'hui la Baronie
de Wartemberg
, remplic
d'une nombreuſe Nobleffe
qui releve de ce Burgrave. A
Le Sçavant Frederic Spanheim
a écrit la Vie de Chriſtophe
,
Grand Chambelan du Roy de
Boheme , qui fut en fon tems
le Heros de l'Allemagne . Chrif- i
214 MERCURE
tophe , eftoit frere de Fabien II.
Directeur de la Nobleffe de
Pruffe , & pere de Fabien III.
que M de Vicquefort loue
beaucoup dans fon Ambaffadeur.
Ce Fabien eft le pere de
Chriftophe Frederic , qui aprés
s'eftre fignalé dans les guerres
de Munſter , s'eft retiré dans fes
terres , & avoit époufé en premieres
nopces Jeanne- Elifabeth
, Comteffe de Lippes ; &
en deuxièmes, ElifabethChriftine
, Princeffe Palatine de Deux-
Ponts. Chriftophe , fils cadet
de Fabien II . & dont j'ay déja
parlé , laiffa d'Urfule , Comteffe
GALANT 155
de Solms, Frederic , Gouverneur
de la Principauté d'Orange ;
Chriſtian Albert , Gouverneur
de la Principauté d'Halberſtat ,
& Grand Maiftre de l'Artillerie
de Brandebourg , & Chriftophe
Delficus , Maréchal de
Suede , mort Ambaffadeur à
Londres. Frederic a laiffé d'Ef
perance Dupuy , Comteffe de
Terraffiere - Montbrun , Alexandre,
qui aprés avoir efté employé
en divers Ambaffades
eft aujourd'huy en Brandebourg
, Miniftre d'Eftat , Lieu
tenant General de l'Infanterie ,
& Grand Gouverneur du Prin
216 MERCURE
ce Electoral Jean Frederic , Capitaine
des Cent Suiffes du feu
Roy d'Angleterre Guillaume
III . & Colonel d'un Regiment
d'Infanterie ; & Chriftophe
Colonel des Grands Moufque
taires de Brandebourg. Chriftian
Albert', a eu de Sophie ,
Comteffe de Holande , Brederode,
8. fils , prefque tous morts
jeunes & dans le fervice , dont
Albert , Colonel au Service des
Hollandois , fut tué dans Maftrick
, lorfque cette Place fut
affiegée par le Roy ; & Charles
Emilie &Theodoric, Colonels,
furent tuez au Siege de Bude.
Chriſtophe
GALANT 217
Chriftophe Delficus a laiffé
d'Anne Comteffe d'Oxenstiern
,
Frederic Chriftophe
, Plenipotentiaire
de Suede à Vienne , &
Colonel d'Infanterie. M' le
Comte de Dhona , eft aujourd'hui
Lieutenant General des
Troupes Hollandoifes . Il a été
fait Prifonnier à la Bataille d'Almanza
, & le Roy luy a permis ,
ainfi qu'à plufieurs autres Officiers
Anglois , d'aller en Holde
& en Angleterre . Feu M le
Comte de Frife , Epoux de la
Dame , dont je vous apprens la
mort , & qui deffendit Landau ,
contre Mr le Maréchal de Tal
Nov. Dec. 1707. T
(218 MERCURE
A
lard, qui s'en tendit maître , il y
a un peu plus detrois ans , eftoit
d'une ancienne famille d'Allemagne
. Il eftoit frere de Madame
la Marquife de Villefranche
, mere de la belle Mademoifelle
de Villefranche , de la Maifon
Dupuy- Montbrun, qui eft
des plus qualifiée du Dauphiné.
Le Duc LeopoldChriſtian de
Sunderbourg eft mort à Hambourg
, univerfellement regreré
de tous les Princes du Nord ,
dont il s'eftoit acquis l'eftime
& la confiance . Il eftoit d'une
des plus anciennes maifon d'Allemagne,
que l'on croit iffuë de
la famille du fameux Vitikind.
GALANT 219
La Maifon des Ducs de Sunderbourg
a produit de Grands Ca
picaines. Ily avoit un Prince
de ce nom dans l'armée de l'Empereur
Charles -Quint, lorsqu'-
aprés le gain de la bataille de
Mulberg, cet Empereur diffipa
entierement la ligue de
Smalcalde. Les belles actions
de ce Prince firent beaucoup
parler de luy. Sunderbourg eft
une Ville de Dannemark , qui
a titre de Duché , & qui eſt ſituée
dans l'Ifle d'Alfen , à 10-
rient du Jutland Meridional.
Les Ducs de ce nom y refident ,
& elle cft connue par la dou-
Tij
220 MERCURE
ceur de fon climat , & par la
politeffe de fes Habitans .
M Dominique Maguierre
Archevêque d'Armach , Primat
, Premier Pair Ecclefiaftique
du Royaume d'Irlande , &
Confeiller Privé de Sa Majefté
Britanique en tous fes Confeils ,
eft mort , âgé de 76. ans. Il a
efté enterré dans la Chapelle
du College des Lombards . Il
tomba malade à S. Germainen
-Laye , où il alloit fort fouvent
, pour faire fa Cour au
Roy fon Maiftre ; mais ayant
connu que fa maladie eftoit
dangereufe , & ayant des prefGALANT
221
fentimens de fa mort,il voulut
revenir dans le College des
Lombards , afin d'y mourir au
milieu de fon Clergé . Il donna .
dans le cours de fa maladie , de
grandes marques de ſa ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & il
fit des voeux dans les derniers
momens de fa vie , pour le rétabliſſement
de la Religion Catholique
, dans le Royaume de
la Grande Bretagne , qui l'en
avoit fait bannir depuis plufieurs
années. Ce Prelat avoit
paru , avec diftinction , dans
l'Ordre de Saint Dominique ,
avant que d'eftre élevé à l'Epif
T iij
222 MERCURE
copat , & il y avoit exercé les
principales
Charges . Il eut
beaucoup de peine à fe refoudre
d'en fortir , lorfque le feu
Roy Jacques II . le nomma à
l'Epifcopat
. Il ne s'attendoit
point à cette élevation , & il
n'y avoit point donné lieu par
fon fejour à la Cour , ni par
fes affiduitez auprès de ce Prince
; ainfi l'on fut furpris de le
voir élever , tout d'un coup , રે
un pofte fi éclatant
ce qui
prouve que le feu Roy d'Angleterre
eftoit parfaitement
inftruit
de la vertu & du merite
de fes Sujets . M' Maguierre
fut
GALANT 223
pendant quelques années paifible
Poffeffeur de fa dignité ; &
pendant ce temps- là , il cut
quelques démêlez avec Mr l'Archevêque
de Dublin , qui mourut
il y a environ deux ans â
Strafbourg, où il faifoit les fon
ctions d'Evêque Suffragant
pour la Primatie d'Irlande , &
l'affaire n'a point ofté decidée ,
parce que ces deux Prelats furent
peu aprés obligez d'abandonner
leur Patric , à caufe des
troubles que la Religion y cau
foit , pour fe refugier en France.
L'Eglife d'Armach eft fort
ancienne. S. Patrice & S. Ma-
Tiij.
224 MERCURE
,
lachie l'ont rendue fort celebre.
Mais en ces derniers tems
le Sçavant Ufferius , qui a donné
au Public les Lettres de S.
Ignace d'Antioche ; & qui a
fait plufieurs Ouvrages , l'a rendue
tres- confiderable , quoique
cet Evêque fût Proteftant .
Mr le Comte d'Oxenstern ,
Gouverneur pour le Roy de
Suede du Duché de Deux-
Ponts , cft mort dans fon Gouvernement
dans un âge fort
avancé. Il eftoit d'une des meilleures
Maifons de Suede , & il
s'eftoit fouvent diftingué en
combattant pour le fervice du
&
GALANT 225
Roy fon Maiftre . Il s'eftoit retiré
depuis quelques années
dans fon Gouvernement
, n'étant
plus en eftat de fervir à
caufe de fon grand âge & de
fes infirmitez. Il eftoit iffu du
fameux Comte d'Oxenftern ,
qui fit tant parler de luy fous
le grand Guftave- Adolphe , &
fous la Reine Chriftine fa fille ,
& qui cut beaucoup de part
aux negociations qui fe firent
en ce temps -là pour rendre la
Paix à l'Europe. Celuy dont je
vous apprens la mort en avoit
eu auffi beaucoup au Traité de
Rifwick . La Maifon d'Oxen
226 MERCURE
ftern eft alliée des Comtes de
Brahe, de la même famille dont
eftoit le Comte de Brahe Ambaffadeur
en Angleterre , lors
que Mr le Comte d'Eftrades
y cftoit Ambaſſadeur pour la
France , & Mr le Baron de Batteville
pour l'Eſpagne. Mr le
Comte d'Oxenftern eftoit aufft
proche parent de Mr de Ko
ningfmark , d'une des plus illuftres
Maifons de Dannemarck
, & dont eftoit le celebre
General de Koningſmark
au commencement du dernier
fiecle. La Maifon d'Oxenftern
eft connuë en Suede depuis le
GALANT 227
commencement de la domination
des Vafa , & les Chefs de
cette illuftre famille s'y fignalerent
beaucoup , pour délivrer
leur patrie de la tyrannie
qu'exerçoit le Roy de Danne
marck Chriftierne II . Beau - frere
de Charlequint , aprés la
mort & la fin du Gouvernement
des Stenons . Un Comte
d'Oxenftern fut un de ces infortunez
Senateurs que Chrif
tierne II. fit égorger fous fes
yeux à la fin d'un repas fplendide
qu'il donna en figne de
paix à tout le Senat de Stockolm
, aprés qu'il ſe fut rendu
228 MERCURE
maiſtre de cette Ville . Cette af
faire fit beaucoup de bruit
dans le fiecle où elle arriva."
Quoyque la mort de M
Herman Profeffeur en Mede
cine & en Botanique à Leyde ,
ne foit pas nouvelle , je ne laiffe
pas d'en parler à l'occafion
d'un Livre Poftume de fa compofition,
qui paroît depuis quel
que temps à Leyde par les foins
de M' Sherard Medecin Anglois
, & ami du deffunt. Cet
ouvrage qui cft écrit en Latin ,
eft intitulé : Le Jardin Hollan
dois ou defcription de plufieurs
Plantes rares & étrangeres , ac
GALANY 229.
compgné de figures , par Paul
Herman , Docteur en Medecine.
On trouve dans ce Livre trois
Planches parfaitement bien
deffinées, de trois Plantes qu'-
on prétend qui n'ont point
encore paru en Europe. Cette
feconde Edition a efté renduë
beaucoup plus parfaite par les
foins de M Sherard . Ces deux
Editions ne parurent qu'aprés
la mort de l'Auteur . M' Sherard
avertit dans la Preface que
la mort impreveüe de M' Her
man l'a empêché de mettre la
derniere main à plufieurs ouvrages
qu'il vouloit donner au
230 MERCURE
Public & qui eftoient prefque
achevez , du nombre defquels
étoit une feconde Edition de fa
Flore Hollandoife , dont il n'a
eu le temps de retoucher qu'-
environ le tiers . Il a laiffe des
materiaux confiderables qu'il
preparoit pour une hiftoire
naturelle de l'Ifle de Ceylan ,
fous le titre de Mufaum Zeylanicum
, & qui confiftent en plus
de 700. Figures exactement
deffinées pendant fon féjour
aux Indes , & en plufieurs me
moires concernant
les animaux
& les plantes de cette
Ifle. Quant à fon Traité de
GALANT 231
Matiere Medicale , M Sherard
fait efperer qu'il paroiftra bientoft.
M' Herman eftoit né à
Hall en Saxe en 1646. Ses
voyages aux Indes Orientales ,
& en Affrique , luy avoient fait
faire de grandes découvertes
fur la nature des plantes , & il
avoit formé à Leyde un droguier
des plus complets de ce
qu'il avoit rapportée touchant
la Medecine.
Mr le Franc , Profeffeur en
Langue Grecque , en Hiftoire ,
& en Eloquence à Amfterdam ,
depuis environ trente- deux ans,
y cft mort dans un âge affez
1
232 MERCURE
avancé. Il eftoit connu de tous
les Sçavans de l'Europe, tant par
fon merite perfonnel que par les
ouvrages qu'il a donnez au public
. Ses Poëfies diverfes furent
imprimées la première fois à
Amfterdam en 1682. Ildonna
enfuite au public up ouvrage
quia pour titre Specimen eloquentia
exterioris adorationemCiceronis
pro A. Licin . Archia accommodatum
; c'est-à -dire : Effay de
l'Eloquence exterieure , accommodé
à la Harangue de Ciceron pour
le Poëte Archias. La premiere
impreffion de cet ouvrage fe fit
in 8 °. à Amfterdam en 1697.
GALANT 233
.
& la feconde en 1700. On
trouve dans ce Recueil quaran
te- cinq Harangues , qui fe réduifent
toutes à deux efpeces.
Les unes font des Difcours préliminaires
, dans lesquels Mr le
Franc a expofé le fujet de plufieurs
Harangues choifies par
mi celles des meilleurs Maîtres,
& qu'il a fait declamer publiquement
à fes Ecoliers en divers
temps , pour les exercer,
Les autres Harangues quifont
au nombre de treize , font des
Harangues
en forme ,
Mr le Franc a traité avec
Nov. Dec. 1707. V

234 MERCURE
érendue & dans le vray ftile
oratoirep divers Points d Eloquence
& de Litterature. Parmi
les Difcours de cet Orateur, on
trouve un Eloge funebre de
la feue Reine d'Angleterre ,
fuivi d'une affez belle Elegie.
On y voit auffi l'éloge funebre
d'Eftienne Morin , né à
Caën , & Miniftre de la Religion
Prétendue Reformée. Ce
Morin avoit efté Profeffeur des
Langues Orientales à Amfter-
'dam. Mr le Franc avoir longtemps
travaillé pour former
fon ftile , fur celuy de Ciceron
, & on peur affurer qu'il
25
GALANT 235
y avoit affez bien réüffi. Il a
même paffe en quelques endroits
des bornes de l'imitation
,puifqu'il femble qu'il foit
devenu quelquefois le Copiste
de l'Orateur Romain.
Mr le Franc fe plaifoit fouvent
à traiter des fujets fingu
liers , à l'exemple d'Homere ,
qui a décrit un combat de Gre
nouilles & de Souris ; de Virgille
qui a fait un traité du Mou
cheron ; de Catulle qui en a fait
un du Moineau ; de Lucien qui
en a fait un de la Mouche , &
de ceux de nos Modernes qui
ont fait l'éloge de la Fievre
Vij
236 MERCURE
de
quarte , celuy de la Goutte ; ce
luy de l'Aveuglement
l'Ombre ; de l'oeuf, de la bouë ,
& de la Folie ; Mr le Franc a
fait celuy du Cocq , qui luy
fournit un jour dequoy parler
pendant deux heures & demie
devant une grande Affemblee ,
qui fut tres- fatisfaite de fon
difcours. Il loüa fur tout la vigilance
de cet animal , en obfervant
que les Sybarites
, peuples
voluptueux , avoient exclus
de leur Ville tous les
Cocqs , & tous les Artifans.
pour jouir d'un fommeil plus
paifible. Il examina enfuite la
GALANT 237
caufe de cette vigilance , & la
regularité de cet oifeau à prévenir
par fon chant le lever du
Soleil ; & il la trouva dans De-
9 "
que
la bonne
mocrite , qui qui dir
conftitution de l'estomach de cet oifeau
luy faifantfaire une prompte
digeftion , luy ouvre l'appetit dés
le grand matin.
Son difcours qui regarde
l'étude de l'Eloquence eft tresbeau.
Il y fait voir la neceffité
qu'il y a d'y joindre l'étude des
belles Lettres. Le difcours qu'il
a fait fur l'utilité de l'Hiftoire ,
a auffi de grandes beautez . Il
l'a prononcé à l'occafion des
238 MERCURE
de Titelive qu'il de- ouvrages
12
voit expliquer dans le cours de
l'année , ce qu'il fit avec fuccés.
Son difcours qui concerne
l'excellence de la Langue Grec
que , eft des plus eftimez . If pa
roift que l'Auteur parloit fur
ce fujet par experience ; en ef
fet, il parla en Maiſtre & en
homme qui connoiſſoit toute
la fineffe de cette Langue . On
trouve l'éloge de Ciceron dans
le difcours fait par le même ,
fur les qualitez d'un bon Orateur
, & ce qu'il dit un jour
de Lucien dans un Auditoire
nombreux
luy attira de grands
GALANT 239
applaudiflemens.
Michel Morofini , nommé
Ambaſſadeur de la
Republique
de Venife , à la Porte , cft mort
dans le temps qu'on faifoit à
Venife les preparatifs neceffaires
pour fon voyage de Turquic.
La Maifon de Morofini
eft auffi noble qu'ancienne..
Dominique Morofini , que les
Auteurs Latins nomment Maurocenus
, fut élû Doge l'an 1148..
aprés Pietro Pofani . Il fit un
Traité de Paix avec Guillaume,
Roy de Sicile. Il mourut en
1156. Marin Morofini fut élû
Doge en 1243. & il ne joüit
"
240 MERCURE
que trois ans de cette Dignité.
Il foumit la Ville de Padoüe
à fa Republique ; ce qui rend
fa memoire fort chere aux Venitiens.
Michel Morofini , élû
en 1381. mourut de la pefte ,
aprés avoir regné quatre mois ,
& avoir acquis à fa Republique
l'Ile de Tenedos , François
Morofini , dernier Doge
de la Republique , eftoit aufli
de cette Maifon . Il fut élevé
à cette Dignité en 1588. aprés
avoit été Generaliffime en Candie
. Cette Maiſon a donné
divers autres Officiers à la Republique
fçavoir , Thadeo
Morofini,
*
GALANT 241
Morofini , Capitaine des Gallions
, & un Ambaffadeur en
Savoye , & enfuite en France.
Elle a auffi donné trois Evêques
, ou Patriarches à l'Eglife
de Venife : fçavoir , Marc , en
1235. Nicolas , dans le Siecle
fuivant, & Jean Fan çois, mort
en 1678.
Il eft peu d'actions qui ayent
fait plus de bruit que celle dont
vous allez lire le détail , & cependant
il n'en eft point dont
les circonftances ayent plus varié
, & ayent efté ſi peu ſçuës ;
ce que les Relations imprimées
en ont même dit jufqu'icy , ne
Nov. & Dec. 1707. X
242 MERCURE
contenant pas plus dede dix ou
douze lignes & ayant elte
données au Public dans un
temps où les nouvelles de cette
action eftoient encore mal dévelopées
, & par conſequent
fort incertaines Et comme
on n'en a point parlé depuis ,
j'ay lieu de croire que vous ne
feriez point informée de la verité
, fans la Relation que vous
allez lire. Ainfi vous ne devez
pas vous étonner ſi je vous
l'envoye fi tard , & s'il m'arrive
fouvent de ne vous par
ler que fort long-temps aprés
les autres mais lors que cela,
GALANT 243
arrive , j'ay toûjours l'avantage
de vous aprendre quelque chofe
de nouveau .
Mr du Guay-Trouyn mit à
la voile le 19 Octobre...
Il commandoit le Vaiffeau
le Lys de 69 Cánons. Les autres
Vaiffeaux de fon Eſcadre
eltoient
,
L'Achile , de 60. Canons ,
commandé par Mr le Chevalier
de Beauharnois.
Le Jafon , de 54. Canons ,
par Mr le Chevalier de Courferac.
L'Amazone, de 36. Canons ,
par Mr le Chevalier de Nef
Xij mond.
244 MERCURE
La Gloire , de 38. Canons
par Mr de la Jaille.
Et le Maure, de so. Canons,
par Mr de la Moinerie Miniac,
Armateur de S. Malo.
L'Efcadre de Mr le Comte
de Forbin , qui avoit relâché à
Breft , mit en même temps à
la voile , pour retourner à Dun-
Kerque . Elle eftoit compofec
des Vaiffeaux ,
Le Mars , de 60. Canons ,
commandé par Mr le Comte
de Forbin.
Le Blakoal , de 48. Canons ,

GALANT 245
).
par Mr le Chevalier de Tou
rouvre.
Le Griffon , de 49. Canons ,
par Mr le Chevalier de Nangis.
Le Saliſbury, de so. Canons,
par Mr Bart.
Le Prothée , de 48. Canons,
par Mr de Beaujeu .
Et la Driade , de 30. Canons,
par Mr Combrugh,
Ces deux Efcadres fe feparerent
par un accident qui arriva
au vaiffeau l'Achile , qui
démaſta la nuit de fon petit
mât d'Hune . Elle fe rejoignisent
le vingt- un , & elles eu-
12
X iij
246 MERCURE
rent connoiffance d'une Flore
de 120. voilles , efcortée par
cinq vailleaux de guerre Anglois
, fçavoir le Cumberland
de 88. canons montez , commandez
par M' Richard Edowart
Chef d'Efcadre d'Angle
terre ; le Devonshire de 86 .
canons ; le Royal Och de 76 .
le Chefter de 54. & le Ruby
auffi de 54. Ces deux Efcadres
chafferent fur les Ennemis qui
les
attendoient
en travers , pour
couvrir leur Flotte ; mais eftant
à une licue & demie , au vent
d'eux , M de Forbin vint au
vent , pour prendre fes Ris. Les
GALANT 247
Ennemis ayant reconnu la force
& le nombre des vaiffeaux
François , le Commandant fit
fignal, un moment aprés qu'on
fut arrivé fur eux , à toute la
Flotte de fe fauver. M² Du
Guay eftoit alors de l'avant de
M' de Forbin avec les vaiffeaux
de fon Eſcadre , en l'attendant
avec les baffes voilles carguées,
& fes deux Huniers tout bas ;
mais voyant que la Flotte s'écartoit
confiderablement , &
qu'elle eftoit même à plus d'u
ne lieue & demie des convois ,
qui jufques là avoient reſté en
travers , il jugea à propos de
X iiij
248 MBR CURE
1
la
commencer le combat avec ce
qu'il avoit de vaiffeaux , ne
pouvant plus differer, fans donner
occafion aux Ennemis de
fe fauver , d'autant plus que
journée eftoit fort avancée , &
que les convois commençoient
cux- mefmes à plier . Ce party
cftant pris , M Du Guay ordonna
au Vaiffeau l'Achile
commandé par Mle Chevalier
de Beauharnois , au Jaſon,
& à la Fregate l'Amazone
commandez par M les Chevaliers
de Courferac & de Ne
mond , qui eftoient à portée de
rs
la voix , d'attaquer , & d'abor,
GALANT 249
der les vaiffeaux le Royal Och
& le Chefter , & il deftina la
Fregate la Gloire commandée
par Mr de la Jaille , pour le fuivre
, dans le deffein où il étoit
d'aborder le Commandant
afin de luy remplacer les gens
qu'il pourroit perdre dans cet
abordage , & le mettre par -là
en état de fecourir fes Camarades
. Le Vaiffeau le Maure
commandé par Mr de la Moineric
, & le Blackoal commandé
par Mr le Chevalier de Tourouvre
, de l'Eſcadre de Mr le
Comte de Forbin , qui eftoient
les plus prés de luy , fe mirent
250 MERCURE
*
en eftat d'attaquer les vaiffeaux
le Devonshire & le Ruby , qui
eftoient de l'avant. Dans cet
eftat Mr Du Guay , à la teſte
de fa petite Efcadre , redoubla
fa voilure , & aborda le Cumberland
, aprés avoir effuyé ,
fans tirer , la bordée du Vaiffeau
le Chefter. Mr de la Jaille
commandant la Fregatte la
Gloire , qui avoit ordre de le
fuivre , le fit avec beaucoup de
valeur , & voyant que Mr Du
Guay avoit mis le beaupré de
Ennemy dans fes grands haubans
, il ne balança pas à aborder
par le même cofté , aprés
GALANT 251
avoir effuyé la bordée du Vaiffeau
le Chefter, & lui avoir donné
la fienne dans le temps même
que Mr du Guay faifoit battre
la charge , pour fauter à bord ,
aprés avoir vu que le vaiffeau
ennemy eftoit en defordre , &
qu'il ne paroiffoir fur fonpont
& fur fes gaillards , qu'un amas
de morts & de bleffez. Mr de
la Calande , Maréchal des Logis
de la Compagnie des Gar- ,
des de la Marine , fervant de
Capitaine en fecond fur la Fregatte
la Gloire , fe trouva des
premiers à bord du vaiffeau ennemy,
où il fit des actions de
252 MERCURE
coeur & de tefte , dignes d'être
admirées : Il fut accompagné
de Mr Dumené Garde de la
Marine , qui reçût un coup de
fufil dans la main . Un Contre-
Maître du Vaiffeau le Lys ,
nommé Tofcan , qui avoit auffi
fauté à bord du vaiffeau le
Cumberland , alla droit au
Pavillon de l'arriere, qu'il ame
na : mais les Anglois , qui ne
s'étoient pas encore rendus ,
cftant accourus fur luy , il prit ,
fans fe troubler , le pavillon , &
fauta du haut de la poupe à la
s'acrocha au canot du mer
vaiffeau Anglois, qui eftoit à
GALANT 253
Farriere; en coupa l'amarre ; &
avec une voile qu'il appareilla
luy- feul , il fe rendit à bord de
l'Achile , qui eftoit alors à une
lieue fous le vent.
Le vaiffeau l'Achile , commandé
par Mr le Chevalier de
Beauharnois , aborda le Royal
Och ; mais eftant à bord & fur
le point de s'en rendre maître ,
aprés un combat fort opiniâtre,
le feu prit malheureuſement à
plufieurs gargouffes ; ce qui enfonça
le pont , & mit hors de
combat plus de 120 hommes :
de manière que ce fut une neceffité
à Mr le Chevalier de
254 MERCURE
Beauharnois de deborder pour
l'éteindre , & pour reparer un
fi cruel accident , qui fut le falut
du vaiffeau ennemy.
Le Vaiffeau le Jafon , commandé
par Mr le Chevalier de
Courferac , aborda le Chefter ;
mais fes grapins ayant rompu
la fregatte l'Amazonne ,
mandée par Mr le Chevalier de
Nefmond , pris fa place , & déborda
enfuite par le mefme accident
. Le Jafon retourna à la
charge , & l'ayant abordé de
nouveau , l'enleva.
com
Le Vaiffeau le Blakoal , de
' Efcadre de Mr de Forbin ,
GALANT 255.
commandé par Mr le Chevalier
de Tourouvre , fut même
fur le point de prévenir le
vaiſſeau le Jaſon dans ce dernier
abordage : mais ayant
reconnu qu'il n'y pouvoit être
il alla attaquer le Deà
temps ,
vonshire
. Le
vaiffeau
le Maure
,
commandé
par
Mr
de la Moinerie
, s'attacha
, de
fon
cofté
,
à
combattre
le vaiffeau
leRuby
;
Mr
le
Comte
de
Forbin
arriva
fur
ces
entrefaites
, & vint
aborder
par
la poupe
le vaiffeau
le
Ruby
, qui
le rendit
, & qui
fut
amariné
par
le Maure
. Mr
du
Guay
, qui
avoit
débordé
le
256 MBROUR H
vaiffeau le Cumberland , demeura
dans l'incertitude , s'il
devoir aller attaquer le Royal
Och , quis'enfuyoit , ayant bas
fon beaupré & fon baſton de
pavillon , qui luy avoient efté
coupez par Mr- le Chevalier de
Beauharnois : mais Mr du Guay
fe détermina à aller fecourir
Mr le Chevalier de Tourouvre,
qui avoit attaqué , avec ſa valeur
& fon intrepidité ordinaire
, un vaiffeau de 86 canons ,
quoique celuy qu'il montoit
n'en cut que quarante fix . M'de
Tourouvre fit tout ce qu'il put
pour aborder l'Ennemy , en
GALANT 257
1
effuyant un feu continuel de
moufqueterie & de plufieurs
coups de canons : mais ce vaiffeau
manoeuvra fi bien , qu'il
luy fut impoffible d'en venir
à bout , fon beaupré ayant
rompu fur la poupe de l'Aglois
; ce qui luy fit prendre le
party de venir au vent , pour
Juy tirer fa bordée.
Mr du Guay eftoit alors à
portée du fufil de cet Anglois ,
faifant force de voile, dans l'intention
de l'aborder ; mais la
fumée épaiffe qui fortoit de la
poupe de l'Anglois , modera
fon impatience , & luy fit chan-
Nov. Dec. 1707. Y

258 MERCURE
ger le deffein d'aborder ce Navire
, en celuy de le battress
portée du piftolet , pour eftre
toujours preft de l'aborder ,
ou de le fuivre.. Ce combat,
qui dura trois quarts- d'heure ,
fut tres-fanglant , par le feu
continuel de canon & de mouf
queterie qui fortoit des deux
Vaiffeaux. Enfin Mr du Guay
ennuyé de cette maniere de
combattre
, fit pouffer fon
Gouvernail, pour aborder l'Anglois
, & il s'en trouva fi prés ,
qu'à peine cut- il le temps de
changer fes Voiles & fon Gouvernail
, pour éviter l'abordage
GALANT 59
qu'il avoit voulu faire , car le
feu prit dans la poupe de l'Ennemy
avec tant de violence ,
qué dans un moment le Vaiffeau
fut tout embrafé. Mr
Bart , commandant le Vaiffeau
de Saliſbury , de l'Efcadre de
Mole Comte de Forbin , cut
toutes les peines du monde à
éviter fon abordage ; mais heureufement
il s'en tira , & le
combat finit par la perte de ce
Vaiffeau auquel on ne put
donner aucun fecours, & dont
tout Equipage perit par le
feu , à l'exception de trois hommes
qui fe fauverent à la
nage
Yij
260 MBR CURE
à bord du Vaiffeau le Lys . Mr
du Guay- Trouyn a perdu dans
ces deux actions cent cinquan
te hommes, tant tuez que bleffez.
un
Qutre les quatre Vaiffeaux
de Guerre , dont trois pris , &
brûlé , on fit d'abord vingt
ptifes , outre plufieurs autres ,
que des Corfaires particuliers
ont amenées dans les Ports.p
La Fregate l'Amazone, com
mandée par Mr le Chevalier
de Nefmond , en a fait cinq.
Le nommé François Defmarefts
, Corfaire particulier , en
a pris fix. Un Vaiffeau de Dun
GALANT 261
W
kerque en a pris deux ; & les
Vaiffeaux de l'Efcadre de Mr de
Forbin en ont auffi pris deux.
On a eu nouvelle d'Irlande
que le Vaiffeau le Royal Och ,
qui s'eftoit battu avec Mr le
Chevalier de Beauharnois 9
eftoit relâché à Kinfal , tout
délabré , avec une partie des
Vaiffeaux Marchands : de forte
que le Portugal , qui atten
doit cette Flotte avec la plus
grande impatience , n'en fera
foulage de long-temps , puifque
les chevaux , les vivres &
les bleds déperiront entierement.
7
262 MERCURE

f
Le Roy a donné une penfion
à Mr du Guay- Trouyn ,
en confideration de la valeur
& de la conduite qu'il a fait
voir dans ce combat ; & une
Medaille d'or au nommé Tofcan
, fecond Maistre du Vaiffeau
le Lys , qui a enlevé le Pavillon
de poupe du Vaiſſeau le
Cumberland.
Mr du Guay- Trouyn commença
il y a plufieurs annéesà
fe diftinguer par des actions
éclatantes. Il fe fignala en divers
combats pendant la derniere
guerre , & enleva beaucoup
deVaiffeaux aux Ennemis.
GALANT 263
U
En 1691 il attaqua deux
Vaiffeaux de guerre Anglois ;
l'un de 96. & l'autre de 36 .
canons
, avec lec Vaiffeau du
Roy de 48. canons qu'il commandoit
; & il s'en rendit maatre
, aprés un combat qui dura
deux jours , pendant lefquels
il aborda trois differentes fois.
Cette action fit beaucoup de
bruit , & le Roy voulant marquer
la fatisfaction qu'il en
avoit , luy fit prefent d'une
Epéc.
En 1697. Mr du Guay-
Trouyn prit avec le mefme
Vaiffeau , & le Fortuné , de so.
264 MERCURE
canons , commandé par M de
Beauharnois , trois Vaiffeaux
de 56. de 54. & de 36. qui
révenoient des Indès Orientales.
3
Il attaqua en 1696. avec
un autre Vaiffeau qu'il montoit
, & quelques Corfaires
une Flotte Hollandoife , efcortée
par trois Vaiffeaux de guer
re de 54. de 52. & de 36. ca
nons , commandez par le Baron
de Wafnaert , qui eft aus
jourd'huy l'un des Amiraux
des Etats. Aprés un combat
fanglant , il enleva les deux
plus gros Vaiffeaux à l'abordage
;
GALANT 265
dage ; & Sa Majefté pour le
recompenfer de cette action ,,
le fit Capitaine de Fregate.
Il enleva à l'abordage au commencement
de la guerre prefente
, avec la Bellone , Fregate
du Roy , de 36. canons , un
Vaiffeau Hollandois de pareille
force .
Il prit auffi avec le Vaiffeau
le Jafon , de 54. canons , trois
Vaiffeaux Anglois : fçavoir ,
l'Elifabeth , de 72. canons ; le
Conventry , de 52. & le Gaſpard
, de 34. avec une autre
Fregate de guerre de 26 .
de 26. fins
compter plufieurs Cofaires
Nov. Dec. 1707. Z
"
266 MERCURE
Fleffingois
, qui font l'Amazone
de 36.canons
; le Marlborough
,
de 34, & le Paon , de 20. Et
depuis dix-huit ans qu'il a com
mencé à commander
, il s'eft
trouvé à vingt -huit combats
,
ou actions tres vives , dont il
s'eft toûjours
tiré avec beaucoup
d'honneur
& de diftinction
, quoy que fouvent
avec
des forces inferieures
à celles
des Ennemis
.
Tant d'actions
auffi heureufes
qu'éclatantes
& utiles à
Etat , luy ayant fait meriter
d'eftre Capitaine
de Vaiffeau
il obtint cet avantage en 1704 .
GALANT 267
& ce choix fut applaudy , même
de ceux qui prétendoient
à cet honneur , & qui n'y purent
parvenir en ce temps là.
En 1707. le Roy luy donna
la Croix de S. Louis ; & il femble
qu'il ait remercié S. M
de cet honncur , par ce qu'il
vient de faire d'éclatant , dans
le combat dont vous venez de
lire la Relation
Parmy les Officiers Anglois
qui ont efté faits prifonniers
dans ce combat , & qu'il a amenez
à Breſt , on compte plufieurs
Perfonnes de diftinction ,
du nombre defquelles font le
Zij
268 MERCURE
Gouverneur general de la Virginie
, & le frere du Connêtable
de la Tour de Londres .
Ce dernier eft Capitaine du
Vaiffeau le Ruby. Tous ces
Prifonniers font demeurez à
Breft , & ils ont eu permiffion
de porter leur épée . Ils
fe loüent tous de Mr du Guay,
qui pendant tout le fejour
qu'il a fait à Breft , avant ſon
départ pour la Cour , a tenu
table pour eux, & n'a rien épargné
pour les divertir , & pour,
leur faire oublier la fituation où
fe trouvent ceux qui ne jouiffent
pas de leur liberté . Ils
GALANT 269
ont efté magnifiquement régalez
par Mr Robert , Intendant
de Breft ; & ils ont auffi
efté traitez par la plupart des
perfonnes de diftinction . Le
Gouverneur de la Virginie fut
renvoyé fur fa parole en Angleterre
, dans le premier Paquebot
qui partit , aprés fon
arrivée à Breft. Les autres Prifonniers
font prefentement à
Rennes , où ils ne manquent
pas de divertiffemens .
Je ne vous dis rien icy de
Mr le Comte de Forbin , parce
que je n'ay pas entrepris de
Vous envoyer un detail de
Z iij
270 MERCURE
fes actions , qui font en grand
nombre , & d'un tres- grand
éclat , & qui ne font prefque
ignorées de perfonne . Celles
qu'il a faites cette année , pourroient
feules fuffite pour faire
un tres - bel éloge .
Quant à la perte que ce
Comte, & M' Du Guay Trouin
.viennent de caufer aux Anglois
, elle eft des plus confiderables
, & peut
- câtre eftre
que
dans
une grande Bataille navale , entierement
perduë , leurs forces
ne fe feroient pas trouvées diminuées
de quatre gros Vaif
feaux. Celuy de 86. canons ,
GALANT 271
qui a fauté en l'air , eft non-!
feulement une grande perte
pour les Anglois , à caufe du ,
baftiment & du grand nombre
de canons , & fur tout des Matelors
, qui font aujourd'huy
tres - rares en Angleterre ; mais
la perte de plus de huit cens
hommes , parmy lefquels il y
avoit cinq ou fix cens Officiers
qui alloient fervir en Portugal,
eft une perte irreparable , &
qui caufe des gemiffemens dans
la plus grande partie de l'Angleterre.
Celle des Vaiffeaux de
charge , qui ont efté pris en
cette occaſion , eft auffi d'une
Z
iiij
272 MERCURE
à
tres - grande confequence
caufe des dommages qu'elle a
caufez dans le Portugal, qui en
a beaucoup fouffert ; & l'on a
même appris depuis ce tempslà
, que le nombre de ces Baftimens
de charge que les Portugais
ont manqué de recevoir ,
eft devenu plus confiderable
que l'on ne croyoit , à cauſe de
ceux qui ont efté conduits à
Vigo & à la Corogne. Enfin
cette affaire coûte infiniment
aux Anglois , & les Portugais
en ont beaucoup plus fouffert,
ne s'eftant pas trouvez en état,
faute d'avoir receu les fecours
GALANT 273
S
t,
qu'ils attendoient, de repouf
fer les Efpagnols en beaucoup
d'endroits où les Portugais >
n'ont pû les empêcher de
faire des courfes avantageufes,
& même de fe faifir de plufieurs
Poftes. On peut juger par tour
tes ces chofes combien l'avan
tage , que les François ont remporté
dans le combat , dont
vous venez de lire la relation ,
eft confiderable ; cependant la
gloire , dont ils fe font couverts
, eft encore plus grande ,
& cette action eft du nombre
de celles que das pofterités ne
peut oublier.
274
Je dois CURE
Je dois , en vous parlant de l'An
gleterre , vous entretenir d'un
Livre où elle a beaucoupde part,
& dans lequel ce qui la regarde
merite beaucoup d'attention.
On vend depuis peu à Roterdam
un Livre intitulé Teftament
politique , ou derniers confeils
d'un Miniftre à l'Empereur
Leopold I. traduits de l'Italien
en François . L'Auteur de cet
Ouvrage donne d'étranges
idées du caractere de fon cfprit
, & il ne tient pas à luy
qu'on ne le croye encore plus
grand politique que Machiavel
; les confeils qu'il donne
GALANT 275
à fon Maiftre , font voir qu'il
facrifie la Religion , la Juftice &
le repos de toute l'Europe à la
paffion qu'il a pour l'agrandiffement
de la Maifon d'Autriche.
On trouve dans le 8 ° Chapitre
un terrible portrait du
Duc de Marlboroug ; & fi l'on
en croit cet Auteur , ce Favory
de la Reine Anne , encherit
beaucoup fur le fameux Crom
wel. Ge dernier n'eftoit , dit- il ,
ou donne -t- il à entendre , qu'
un Ecolier en politique , fi on , fi
He compare à Marborough, qui,
felon cet Auteur , n'a en veuë
que de s'élever au rang de Sou
276 MERCURE
verain , & il n'a point d'autres
moyens , ajoûte le mourant
Auteur de ce Livre , pour fe
mettre à l'abry des révolutions
qui font fi frequentes en Angleterre
; & la fucceffion de
cette Couronne , dont il amufe
le Prince d'Hanovre , n'eft
que pour amufer auffi les Anglois
. Cet Auteur dit , dans un
autre endroit de fon Livre , que
la Maifon d'Autriche ne doit
tien oublier pour faire tranf
planter au- delà la mer, la Maifon
d'Hanover , afin d'affoiblir
dans l'Empire le party Protef
gant. On trouve dans l'onzie
GALANT 277
1
me Chapitre, un détail affez cu
rieux des revenus de l'Empire,
& des caufes qui les ont fait diminuer.
Sous l'Empereur Frederic
II. ces revenus fe montoient
à dix-huit millions de
livres . Ils ont diminué enfuite ,
à mesure que les Princes de
l'Empire font devenus puiſſans.
Les nouvelles Inveftitures , &
les nouvelles Terres érigées en
Principautez de l'Empire , dont
les Empereurs de la Maiſon
d'Autriche , à commencer à
Rodolphe I. Comte d'Hapfbourg
, duquel l'Auteur fait un
- grand éloge , fe font fervis ,
278 MERCURE
pour agrandir & augmenter
leurs Etats hereditaires & patrimoniaux
, ont affoibli l'Empereur
, & l'ont mis dans l'état.
où on le voit aujourd'huy. Le
confeil , que l'Auteur donne à
S. M. I. dans le feiziéme Chapitre
, ne fait pas honneur à la
Religion d'un homme , qui eft
fur le point de paroître devant
Dieu. C'eft dans ce Chapitre
où ce Miniftre agonizant confeille
à l'Empereur de ne jamais
rétablir la Maifon de Baviere
dans les Etats , parce qu'il
eſt important , pour la confervation
de la Grandeur de la
GALANT 279
Maifon d'Autriche , de conferver
en Allemagne l'équilibre
entre le Party Catholique &
le Party Proteftant , & que cet
équilibre cefferoit par le réta
bliffement de M' l'Electeur de
Baviere , parce qu'alors le Party ,
Catholique deviendroit fuperieur
, ce qui ne convient pas
aux: interefts de la Maifon.
d'Autriche , qui regne en Alle
Anagne.
Le Sieur Alma , Libraire
d'Amfterdam , a donné une
nouvelle édition de la Geographie
Sacrée , fous le titre de
Geographia Sacra , five notitia an280
MERCURE
tiqua Diocefium omnium Patriar
chalium , Metropoliticanum
, &
Epifcopalium veterisEcclefiæ , &c .
Le Pere Charles de Saint Paul ,
General de l'Ordre des Feüillans
, & qui a efté enfuite Evêque
d'Avranches , Auteur de
cette Geographie , la fit imprimer
la premiere fois en 1641 ,
& la dedia à Mr le Cardinal de .
Richelieu fon Protecteur. Cette
Edition cftoit devenuë fort
rare ; ce qui a engagé le Libraire
d'Amfterdam
d'en donner une
nouvelle ; qui eft plus confiderable
, eftant augmentée
des
Remarques de Luc Holftenius ,
GALANT 281
& remplie d'autres Additions ,
ainfi que de dix Cartes , qui
groffiffent beaucoup le volume
, qui eft infolio, Ces Additions
confiftent en une defcription
Grecque & Latine ,
des Limites des Patriarchats &
des Sieges Apoftoliques , tirée
d'un ancien manufcrit Grec de
la Bibliotheque du Vatican ;
en une Notice Grecque & Latine
, du Patriarchat de Conftantinople
, des Provinces &
des Villes foumifes à l'Empire
d'Orient, tirée de la même fource
; een une autre Notice des
cinq Patriarchats , Grecque &
Nov. & Dec. 1707. Aa
282 MERCURE
Latine , que les Bibliothecaires
du Roy ont fournie ; & en une
autre toute Latine , tirée de la
même Bibliotheque ; & enfin
en une autre Notice , auffi Latine
, des Evêchez Sujets du S.
Siege , qui a efté tirée de la Bibliotheque
de Mr de Thou
qui de Mr le Preſident de Menars
, a paffé à Mr l'Evêque de
Strasbourg.
Les Notes de Luc Holftenius ,
fur cette Geographie , avoient
paru à Rome dés l'an 1666 ;
& le Cardinal François Barberin
, heritier de ce fçavant homme,
les y avoit publiées . On les
GALANY 283
trouve au bas de chaque page ,
de l'Edition dont je vous parle .
Le Pere Laderchi , Prêtre de
l'Oratoire de Rome , ayant cfté
chargé par Sa Sainteté , du ſoin
de developer les Antiquez des
Eglifes , dediées fous le nom
des Saints Martyrs Marcellin &
Pierres pour s'acquitter de cette
commiffion , vient de donner
au Public un gros volume , qui
contient une Differtation hiftorique
, touchant ces Eglifes , &
où l'Auteur paroît avoir épuifé
la matiere ; il l'a dedié à Mr
le Cardinal Pignatelli , Titufaire
de l'une de ces Eglifes , &
Aa ij
284 MERCURE
Archevêque de Naples. Cer
Ouvrage , qui eft latin , eſt divifé
en trois Livres . On examine
dans le premier ce qui concerne
l'Eglife des Saints Marcellin
& Pierre , bâtie hors la
Ville de Rome. Le deuxième ,
contient une difcuffion de ce
qui regarde l'Eglife de ces mêmes
Saints , conftruite dans
l'enceinte de la Ville . On exa
mine dans le troifiéme , à la
quelle de ces Eglifes eſt attaché
le titre d'un Cardinal Prêtre.
Ces Saints furent martyrifez
l'an de J. C. 302. fous le
Pape Marcellin & pendant la
GALANY 285
7
perfecution de Diocletien & de
Maximien , à dix milles de Ro.
me , dans un lieu appellé , Syl
va Negra , nom qu'on a depuis
changé en celuy de Sylva Ĉandida
, pour honorer le Martyre
de ces deux Saints . On y baſtit
auffi une Eglife , fous le vocable
de SainteRufine & de Sainte
Seconde , martirifées au même
lieu ; & cette Eglife fut depuis
érigée en Evêché , & plufieurs
fiecles aprés , uni à celuy de
Porto. Les Corps des Saints
Marcellin & Pierre , peu aprés
leur Martyre , furent transferez
dans le lieu où S. Tiburce ,
2
286 MERCURE
quelques années auparavant ,
avoit été martirifé à trois milles
de Rome , fur le chemin nommé
,Via Lavicana , dans un endroit
, appellé , Inter duas Lauros.
C'elt en ce lieu que Conf
tantin le Grand fit bâtir une
Eglife à ces Martyrs , prés du
Maufolée , qu'il fit élever à He
lene fa mere. Des trois difficul
tez que le Pere Laderchi entreprend
d'examiner , il critique
dans la feconde Baronius , Bofius
& Aringhius , qui confondent
l'Eglife des Saints Marcellin
& Pierre , avec le Maufolée
d'Helene , parce qu'il a
GALANT 287
fuivy le prejugé commun , qui
diftingue les Eglifes de ces
Saints , & celle de Saint Tiburce
dans ce lieu . Cette Eglife eft
prefque ruinée aujourd'huy . Le
Catalogue hiftorique de tous
les Cardinaux Titulaires de cette
Eglife , depuis Albinus , qui
vivoit en 597. fous Saint Gre
goire le Grand , jufqu'au Cardinal
Pignatelli , qui eft le quarante-
ſeptiéme , termine tout l'ouvrage
. S. S. a donné à d'autres
Sçavans la commiffion de démêler
la veritable origine des anciennes
Eglifes de Rome & des
environs.
288 MERCURE
M' du Guet , dont le genie
cft connu du Public par plu
fieurs découvertes, dont les Recueils
de ce qui fe paffe de remarquable
dans l'Academie
Royale des Sciences , qui s'impriment
tous les ans , fous le
nom d'Hiftoire , font mention ,
vient d'imaginer une Machine ,
qui peut fervir à ceux qui ont
l'ouye fr dure , que les cornets
ordinaires ne leur font d'aucune
utilité . Cette Machine peut
fe cacher fous la perruque des.
hommes , & fous la coëffure
des femmes ; & ayant cru que
ces nouveaux cornets feroient
encore
GALANT 289
encore plus d'effet , fi le volu
me en eftoit augmenté , il en
a fait l'application à un Fauteuil
, dont il vient de donner
avis au Public de la maniere
qui fuic.
four
On avertit que le Fauteüil ,
l'augmentation de l'oüye , eft
perfectionné ; de forte , que nonfeulement,
ceux qui ont l'oüye dure
profiteront de la con verfation ; fans
qu'on foit obligé de s'approcher
d'eux, ni d'élever la voix; mais on
pourra auffileurparler en fecret, en
pleine Compagnie. Cette Machine
peut s'apliquer à tous fuges , caroffes
, lits , cheminées , & c. On
Nov. & Dec. 1707. Bb
290
MERCURE
peut
eftre convaincu
, pour dixfols,
par les expede
toutes
ces ch
riences
qui s'en font
, dans
la ruë de l'Arbre
-Sec , vis- à- vis le Pe- `
tit Paradis
, où l'on prouve
, par
plufieurs
raisonnemens
, que cette
Machine
peut
avoir
beaucoup
d'autres
utilitez
, que
celles
qui
font
énoncées
cy -deffus
. Il eft arrivé
dans une Paroiffe
, affez proche
de Dieppe
.
un évenement
affez
extraordinaire
; une femme
âgée
d'environ
36 ans , fouffroit
depuis
13 années
un mal
continuel
dans
le front
: Elle fentoit
, depuis
ce temps
là , remuer
dans
GALANT 291
+
13
elle
fon front, quelque chofe qui
fembloit fe mouvoir de coſté
& d'autre. Son mary acheta à
Dieppe , d'un Operateur , une
petite fiole d'huile , dont cette
femme fe frotta les temples &
les narines , & s'eftant un jour
fort échaufée au travail
fentit un mouvement extraordinaire
dans la partie fuperieure
du nez : elle fe moucha avec
effort , & elle fit fortir un ver
de couleur bleue , long de quatre
poulces , dont les extremitez
eftoient fort pointuës.
Cette femme fe trouva entierement
foulagée dans le meſme
Bbij
292 MERCURE
temps & elle eft maintenant
fans aucune douleur . Plufieurs
Medecins ont écrit fur cet évenement
& ont fait des réflexions
qui conviennent
toutes
que l'on n'a encore rien vû de
pareil dans la Medecine.
On vient de publier une cinquiéme
édition de la Défenſe
du Vin de Bourgogne ( Defenfio
Vini Burgundini. ) Cette dif
pute s'échauffe , & il court une
Lettre écrite à un Magiftrat du
premier Ordre , pour fervir de
Réponse à un Docteur Remois.
Le Docteur de Reims n'eft
point menagé dans cette LetGALANT
: 293
1
tre , où l'on vange l'honneur
& la réputation du Vin de
Beaune, L'Auteur de la Lettre
parle en Maiftre , & il paroît
bien poffeder fa matiere . Cette
Lettre a eu beaucoup de fuccés
, & les Connoiffeurs en ont
loué le tour & le ſtyle : l'érudition
y eft répanduë par tout,
& l'on en doit faire une Traduction
Latine . Je dois dire ,
à cette occafion , que ceux de
vos amis , qui ont remarqué
deux faures dans ma derniere
Lettre , à l'endroit où je vous
parle du Vin de Champagne, ne
fe font pas trompez mais elles
Bb iij
294 MERCURE
ne peuvent venir que de celuy
qui a écrit la Lettre . Ces fautes
font Salerne pour Falerne 30&
Mystique pour Maffique.
Je vais vous parler d'un lieu ,
où le meilleur Vin de Champagne
n'a pas efté épargné ,
puifqu'il s'agit de vous entretenir
du fejour que Meffeigneurs
les Princes ont fait à
Rambouiller , pendant une fe
maine entiere ; mais avant que
d'entrer dans le détail de cet
article , je dois vous dire deux
chofes , l'une , qu'il y a longtemps
que je fais une faute, lors.
qu'en parlant de Monfieur le
GADANT 295
Comte de Toulouſe , j'ajoute
aprés la qualité de Comte , les
mots de Toulouse , puifque ceux
qui ont le premier rang par
my les perfonnes qui ont droit
de mettre la même qualité dans
leurs Titres , font connus par
leur feul Titre , fans qu'il foit
befoin de les nommer , ce qui
eft caufe que feu Monfieur n'ésoit
par excellence nommé que
Monfieur que Monfeigneur
le Dauphin n'eſt appellé que
Monfeigneur , le premier Prince
du fang Monfieur le Prince ; le
premier Duc , Monfieur le Duc ,
& le premier Comte , Mon-
Bb iiij
296 MERCORE
+
B
fieur le Comte , & ils font connus
par ces mots feuls fans
quee l'on y ajoûte tien . C'eſt
pourquoy en vous parlant dorénavant
de Monfieur le Comte
de Toulouſe , je diray feulement
Monfieur le Comte par
L'autre chofe , dont je dois
vous avertir , eft , que le Roy
ayant reglé , depuis un fort
grand nombre d'années , que
lorfqu'il iroit fe promener dans
des Maifons de campagne, qui
ne luy appartiennent pas , &
que Sa Majesté y mangeroit ,
fes Officiers s'y rendroient , &
prepareroient toutes chofes
4
GALANIM 297
pour les repas qu'Elle y feroir,
parce que ceux , à qui apparte
noient les lieux ou Elle alloir
faifoient pour la recevoir des
dépenfes qui alloient au delà
de tout ce que l'on peut imaginer,
& dans la fuite des temps
Sa Majefté ordonna que fes Of
ficiers feroient la même chofe
forfque Monfeigneur , & Meffeigneurs
les Princes feroient
l'honneur à quelques Princes
ou Seigneurs de la Cour
d'aller voir leurs Maifons. Ce
pendant le Roy a accordé par
grace à Monfieur le Comte
que fes Officiers n'iroient
*
298 MERCURE
vray,
point à Rambouillet pendant
le dernier fejour que Meffeigneurs
les Princes y ont fait ,
Monfieur le Comte ayant reprefenté
à Sa Majefté qu'il n'y
avoit pas encore affez d'appar
temens dans ce Chafteau pour
loger les fiens ; mais à dire
comme le Roy ne défend pas à
ceux qu'il fait l'hommeur d'aller
voir , de donner des rafraîchif
femens à ceux de fa fuite , &
de celles de Meffeigneurs les
Princes , ny même de tenir
quelques Tables , la dépenfe
que Monfieur le Comte faifoit
, étoit déja fi grande , & fes
THÈQUE
DEL
GALANT
VILLE
Officiers eftoient en fi and
nombre que ceux du Roy
eftoient embarraffez , ou qu'ils
s'embarraffoient plutôt les uns
les autres . Enfin Sa Majefté a
eu des raifons pour accorder à
Monfieur le Comte , ce qu'Elle .
n'accorderoit peut - cftre
d'autres , qui ne luy auroient
pas moins d'obligation de fon
refus.
pas
à
Le Lundy 14. Novembre ,
Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes , accompagnez d'un
grand nombre de Seigneurs
partirent de Verſailles à fept
heures du matin , pour ſe ren300
MERCURE
dre à Rambouillet , où ils a
voient refolu de prendre pendant
quelques jours le divertiffement
de la Chaffe ; & le
jour même qu'ils y arriverent ,
ils allerent à la Chaffe du Loup.
Ils en revinrent à fix heures ,
& fe mirent à table. Il y en
eut deux de quinze Couverts
chacune , tres magnifiquement
fervies & tous les Officiers
des Princes furent régalez, fans
oublier les Gardes du Corps &
les Cent-Suiffes.
Pendant tout le temps que
Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes ont demeuré à Ram
GALANT
201
bouillet , on a
on a fervy t fervy tous les
matins de grands déjeûnez avant
le départ pour la Chaffe ;
& quoy que l'on n'en revint
fouvent que le foir , on ne
laiffoit
pas de fervir à l'heure
du dînéla table de Meffeigneurs
les Princes , avec autant de magnificence
, de delicateſſe
& de
propreté
, que fi ces Princes y
euffent efté : on en fervoit auffi
une feconde pour les Officiers
du premier ordre , & une troifiéme
pour les Officiers de la
Chambre. Ces tables eftoient
fervies , fçavoir , la premiere,
par les Officiers
de Monfieur
le
302 MERCURE
Comte ; la feconde, par les Va
lets de pied de ce Prince ; & la
troifiéme , par les domestiques
de ceux qui y mangeoient.
Ces trois cables eftoient accompagnées
d'une quatrième ,
à laquelle on avoit donné le
nom de Table des Survenans ;
& les meilleurs vins de Champagne
& de Bourgogne, étoient
également prodiguez à ces quatre
tables , ainfi que les vins
de liqueur , dont on fervoit
de pluſieurs fortes : & le Chocolate
, le Caffé , & le Thé ,
cftoient toûjours preſts pour
tous ceux qui en fouhaitoient :
GADANT 303
"
de maniere que l'on peut dire
que rien n'a manqué de tout
ce que pouvoient defirer tous
ceux qui avoient l'avantage
d'eftre de cette agreable partie,
à laquelle cependant il n'y
avoit point de Dames ; & l'attention
de M des Plaffons
Gouverneur de Rambouillet ,
eftoit fi grande , que l'on n'y
a fervy aucune table , dont il
n'ait veu luy même tous les
fervices , & qu'il n'ait examiné
fi y eftoit dans l'ordre ,
& fi tout répondoit à ce qu'avoit
ordonné Monfieur le
Comte : de forte que l'on peut
cout!
304 MERCURE
dire que jamais perfonne n'a
mieux fait les honneurs de la
maifon d'un auffi grand Prince,
que ce vigilant Gouverneur,
Ön fervoit auffi tous les foirs
à fix heures, de grands Retours
de Chaffe. On doit remarquer
que toutes les fois que l'on fortoit
de table , les uns joüoient
au Billard à la Guerre , &
les autres à plufieurs Jeux differens.
Il Y avoit auffi Mufique
, & M Mattau en avoit
la conduite. Outre les Airs
de fa compofition que l'on
chantoit , il en faifoit auffi
chanter plufieurs autres , tirez
5.
GALANT= 305
*
de divers Opera , fans compter
les Airs Italiens , dont
tout ce que l'on chantoit eftoit
fagreablement mêlé , que
l'on peut dire que la Muſique
fourniffoit tous les jours un
1 divertiſſement nouveau . Elle
~ commençoit à le faire entendre
tous les matins à la Meffe ,
où l'on chantoit chaque jour
lun Motet different.
y eut grande
Chaffe
le
Mardy 15.
Le Mercredy 16. Monfeigneur
le Duc de Berry montasà
cheval dés fept heures du
matin , & ce Prince alla tirer
Nov. Dec. 1707. Cc
306 MERCURE
des Lapinis & des Liévres , jufques
à l'heure marquée pour le
départ de la Chaffe du Loup
où ce Prince eenen tua un 2 on
revint de bonne heure de cette
Chaffe . Monfeigneur prit à
fon retour le divertiffement de
la promenade , & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne alla ti
rer des Lapins ; ce divertif
fement l'occupa jufqu'à la nuit.
A la fin du retour de Chaffe
de ce jour- là , Monfeigneur
qui eftoit fort fatisfait des plaifirs
qu'il goûtoit à Rambouillet,
propofa de ne le quitter que
le Samedy.
GALANT 307
a
&
Le Jeudy 17. Monſeigneur
le Duc de Berry alla à fept
heures du matin , tirer des Lapins
, & ce Prince revint à
T'heure deſtinée pour aller à la
Chaffe du Cerf. On en revint
aprés en avoir pris un
comme il reftoit encore beaucoup
de jour , Monfeigneur
prit le divertiffement de la promenade
, & Meffeigneurs de
Bourgogne & de Berry allerent
tirer. Monfieur le
Comte fit faire la curée dans
l'avant- court du Chafteau , &
à fix heures le retour de Chaffe
, & les autres tables furent
Cc ij
308 MERCURE
fervies à l'ordinaire, ot2b res
Iboyseut encore Chaffe le
Vendredy 18. & les plaifirs
continuerent de fe fucceder
les uns aux autres ; de forte
que Monfeigneur , & Meffeigneurs
les Princes , ainfi que
tous les Seigneurs qui les avoient
accompagnez , retournerent
à Verfailles , comblez
des plaifirs qu'ils avoient pris
dans ce lieu delicieux ; & char
mez des grandes & engageantes
manieres de S. A. S. Monfieur
le Comte.
"
L'Article qui fuit eft bien
different de celuy que vous ve
GALANT 309
nez de lire. Cependant , come
me la varieté plaiſt beaucoup
dans mes Lettres & vous ne les
trouverez pas mal place. Cet
Article fera beaucoup de plai
fir aux Sçavans qui le liront .
DM'Abbé Braille , Prieur
des Sorbonne , prononça le
deuxième jour du mois de Decembre
, la Harangue que les
Prieurs de Sorbonne doivent
prononcer à la clôture des Sorboniques
. L' Affemblée fut tresbelle
& tres nombreuſe ; M's
les Cardinaux d'Eftrées & de
Noailles , accompagnez de l'ancien
Evêque de Gap , & de M
310 MERCURE
l'Evêque de Pamiers , y affilte
rent , avec M's les Abbez de
Noailles , d'Angeville , & de
Bretel , & plufieurs Officiers
du Parlement. Le Difcours de
ce Prieur fut tres éloquent , &
prononcé avec beaucoup de
grace . Il regardoit le zele &
la pieté du Roy , ainfi que l'attention
de ce Prince à faire
obferver la Difcipline Ecclefiaftique
dans tout fon Royaume.
Il parcourut tous les temps
du Regne de Sa Majefté , pour
faire voir que cette ferveur &
ce zele avoient toûjours elté
également foûtenus , & que
GALANT 301
c'eftoit à ce zele qu'on devoit
tant de faints & fçavans Prelaes
, qui font aujourd'huy l'ornement
de l'Eglife de France ;
ce qui luy donna lieu de faire
Féloge d'une partie des plus illuftres
Prelats du Royaume .
Il commença par celuy de Mr
le Cardinal d'Eftrées , dont il
éleva l'habileté dans les Negociations
où il a efté employé ;
l'eftime où il cft à la Cour de
Rome ; la reputation qu'il s'eft
acquife d'eftre un grand Theologien
, & principalement dans
l'affaire de la Paix de Clement
IX. qui eft prefque entiere312
MERCURE
ment deue à fes foins , & dont
on le regarde comme l'auteur .
L'éloge de Mr le Cardinal de
Noailles fuivit celuy de Mr le
Cardinal d'Eftrées . La pureté
de la doctrine de cette Eminence
, l'innocence de fes
moeurs , la regularité de fa conduite
, & celle de tout le Clergé
qu'il gouverne , & qui eft
deue aux exemples qu'il luy
donne , furent le fujet de l'éloge
de ce Cardinal .
Le Pere Robinet , Jacobin ,
qui , comme Religieux de l'Ordre
de S. Dominique , à qui le
privilege de foûtenir la derniere
GALANT 373
niere Sorbonique , appartient,
foûtenoit celle là , qui eſt auſſi
la derniere de cette Licence
prononça enfuite un Difcours,
où aprés avoir loué Sa Majeſté,
& donné auffi quelques loüanges
aux Prelats qui compofoient
cette Affemblée , il fit
l'éloge de Mr le Prieur. Les
qualitez de l'efprit , & fon air
gracieux , firent le fujet de cet
éloge , qui plut beaucoup à
l'Affemblée , & qui fit voir
d'une maniere fenfible qu'elle
en eftoit fatisfaite.
i
Le Difcours de M' l'Abbé
Braille me donne lieu de vous
Nov. & Dec. 1707. Dd
314 MERCURE
-+
parler de celuy qu'il prononça
le Vendredy premier du mois
de Juillet dernier à la premiere
Sorbonnique & au commencement
de fon Priorat, & dont
j'avois oublié de vous parler ,
quoyque depuis quelques an
nées je n'aye pas manqué à
vous parler de ces fortes de
ceremonies . Il fit voir dans les
deux parties de fon diſcours ,
que rien n'eft fi utile que la
Faculté de Theologie de Paris .
Il ne pouvoit mieux prouver
les deux parties de ce difcours ,
qu'en donnant une efpeée de
lifte de tous les grands hom-
5
GALANT 315
mes qui font fortis de cette
celebre Faculté , qu'en faifant
un détail circonftancié de leurs
travaux pour la deffenfe de la
Foy & de la Doctrine de l'Eglife.
Jean Charlier, furnommé
Gerfon , fut un des premiers
dont il fit l'éloge . Il dit , que
dans le temps qu'il n'eftoit encore
que Bachelier , il fut du nombre
des Députez que l'Univerfité de
Paris envoya à Clement VII, fur
l'affaire du Jacobin Jean de Monreffon
; qui fut nommé Chancelier
de l'Eglife er de l'Univerfité de
Paris à laplace de Pierre d'Ailly
en 1393 , on 1395, qu'il remplit
Ddij
316 MERCURE
cette Charge dans un temps tresdifficile
& dans une conjecture où
il falloit fe ménager à caufe des
factions du Duc d'Orleans & du
Duc de Bourgogne , prendre
des mefuresfur le Schifme des Pa
pes , qu'il fut un des Députez qui
furent envoyez en 1406 , aux
Papes on Antipapes Gregoire XII.
& Benoist XIII. qu'il composa
aprésfon retour quantité d'écritsfur
les moyens qu'on pourroit employerpour
éteindre le Schifme qui
défoloit l'Eglife depuis prés de cinquante
ans qu'il fut choisi par
l'Univerfité pour affifter au Concile
de Pife , où il contribua beauGALANT
37
coup
à la dépofition des deux Antipapes
qui prétendoient à la Papauté
, & à l'élection du Cordelier
Chifler qui prit le nom d'A
lexandre V. qu'il le congratulafur
fon élevation par une Harangue
tres- éloquente ; qu'eftant de retour
en France il travailla aux matieres
qui devoient eftre traitées dans
le Concile general dont celuy de
Pife avoit ordonné la celebration ;
mais qu'il fe trouva peu de temps
aprés mêlé dans la querelle du
Duc d'Orleans , parce qu'il témoi
gna hautement l'indignation qu'il
avoit de l'action du Duc de Bourgogne
qui avoit fait affaffiner le
Ddiij
318 MERCURE
premier, & qu'il latémoigna encore
d'une maniere éclatante dans
Le Concile de Conftance contre le
Cordelier Jean Petit qui en fit
l'Apologies qu'eftant Curé de S.
Fean en Greve , il fut perfecusées
obligé de prendre la fuite ; que s'étant
rendu au Concile de Conftance
, où il parut en qualité d'Ambaſſadeur
du Roy de la Pio
vince de Sens , il eut la principale
part àtoutes les affaires de Doctrine
& de Diſcipline quifurent trai
tées dans cette celebre Affemblées
qu'il y prononça deux excellens
Sermons l'un aprés lafuite deJean
XXIII
. pour prouver que
GALANT 319
Concile à droit de dépofer les Rapes
mêmes legitimes ; (Sponde prétend
mal- à- propos que Ger
fon ne parla que des Papes dou
teur ) er le fecond fut prononcé
contre le Livre de Jean Petit ( ou
parvy ) dont les propoſitions à la
pourfuite de noftre Chancelierfurent
cenfurées par la Faculté de
Theologie par l'Evêque de
Paris's que la récompenfe de tous
ces travauxfut un exilperpetuel.
Le credit de la Maison de Bourgogne
l'ayant obligé de fortir de
Conftance en habit de Pelerin , de
fe retirer en Baviere , & enfuite
dans l'Autriche , d'où enfin ilfe
Dd iiij
320 MERCURE
retira à Lyon , où il mourut dans
une retraitefort obfcure en 1429.07
& qu'il repofe dans l'Eglife de
S. Laurens , Paroiffe S. Paul .
L'éloge du Cardinal d'Ailly
Evêque de Cambray , & qui
avoit efté le maiftre de Gerfon ,
contenoit des traits bien particuliers
. Il eftoit grand- Maiſtre
du College de Navarre , digni
té qui a toûjours efté remplies!
par de grands hommes , &
Chancelier de l'Eglife & de l'Univerfité
de Paris en 1384. Il
fut enfuite appellé aux grandes
affaires de l'Eglife , & élevé à
la dignité d'Aumônier du Roy.
GALANT 321
On l'envoya vers Benoift XIII .
pour conferer avec luy touchant
la Paix de l'Eglife. Benoiſt,
pour mettre Pierre d'Ailly
dans fes interefts , luy donna ,
felon quelques Hiftoriens , l'Evêché
d'Annecy , ou plutoft
l'Evêché de Genève , fur la fin
du quatorziéme ficcle , où vivoit
Pierre d'Ailly , l'Evêque
de Genève n'eftant pas encore
refugié à Annecy , puifque N..
de la Baume Evêque de Genêve
qui s'y refugia , ne quitta fa
Ville qu'à caufe qu'il en fut
chaffe par
#
les Calviniftes . Pierre
d'Ailly fut enfuite Evêque
322 MERCURE
de Cambray. Tout ce que Be
noiſt put obtenir de luy fut de
le faire confentir à furfeoir à la
fouftraction d'obéiffance jufqu'à
la tenue d'un Concile general
; mais il la demanda toû
jour fortement , & lorsque le
Concile fut affemblé à Pife , il.
fit bien voir qu'il preferoit le
bien public aux obligations
particulieres qu'il avoit à Bes
noift , puifqu'il abandonna les
interefts de ce Pape pour re
connoiftre Alexandre V. En
141 1. il fut nommé Cardinal
par le Pape Jean XXIII . dans
le Concile de Conftance. I
GALANT 323
sunit avec Gerfon pour la défenfe
de l'autorité du Concile
general , & pour demander la
condamnation du livre & des
propofitions du Cordelier Jean
Petit. Le Concile fini ilfe retira
à Cambray , & fut envoyé
pour la feconde fois fur la fin
de fa vie , Legat en Allemagne ,
il y mourut en 142 5.
Nicolas Clemangis , qui fur
Docteur de l'Univerfité en
1393. parut fur les rangs , mais
Mr Braille parla de luy d'une
maniere plus fobre , parce que
fans doure , aprés avoir paru
neutre dans l'affaire du Schif
324 MERCURE
me , il prít
prit le party de Benoiſt
XIII. & parce qu'on luy attribua
la Lettre de ce Pape au
Roy , dans laquelle ce Prince
eftoit menacé d'excommunication
. Aprés s'eftre caché durant
quelque temps dans la Chartreufe
de Valfond à caufe de la
tempête que le foupçon excita
contre luy , il revint à Paris
où il fut Proviſeur du College
de Navarre en 1434. Cet Au
reut , dit- il , égale & même furpaffe
les Anciens dans la pureté
de fes termes , dans l'éloquence
de fon difcours & dans la
fublimité de ſes penſécs. Mr
GALANT 325
1
Braille parla enfuite de Henry
Langeſtein Licentié de la Faculté
de Theologie de Paris
& Aureur d'un Traité intitulé
Concilium Pacis , qu'il fit à caufe
du Schifine. Il fonda l'Univerfité
de Vienne. De Jean de
Courtecuiffe Docteur de Paris
& qui en quitta volontairement
l'Evêché pour ne pas reconnoiftre
le Roy d'Angleterre. Il
fe retira à Genève dont il fut
fait Evêque en 1422 .
M' le Prieur de Sorbonne
finit en parlant des Docteurs
fuivans , fçavoir , Jean Petit ,
Cordelier , Docteur de Paris ;
326 MERCURE
Pierre Cauchon , Vidame de
Reins & enfuite
Evêque de
Beauvais , & transferé à l'Evêché
de Lizieux . Gilles Def
champs Licentié en Theologie ,
Aumônier du Roy & Evêque
de Coûtances en 1408. & nommé
Cardinal en 141 1. & enfin
par Pierre Plaon Docteur de
Paris & Evêque de Senlis en
1408. Il fut Provifeur de Sorbonne.
Mr l'Archevêque de Reims
qui a aujourd'huy la même dignité
, affifta à cette Harangue
accompagné de Mr l'Evêque
d'Agde , & de Mr l'Evêque
-GALANT 327
d'Agen , alors Abbé de Montmorin
, & d'un grand nombre
de Perfonnes de confideration.
Le P. Gallard Cordelier ,fou
tenoit certe Sorbonique , qui
appartient aux Bacheliers de
fon Ordre. Il fit un Difcours
aprés celuy de Mr le Prieur, qui
fut fort applaudi , & dont la
Latinité plut beaucoup à toute
l'Affemblée.
Aprés vous avoir parlé
de plufieurs perfonnes , qui fe
font diftinguées , en fervant
l'Eglife , je paffe à des articles
bien differens, & qui cependant
328 MERCURE

la regardent encore, puifque
lorfqu'il s'agit de Mariages , ils'agit
de Sacremens.
Mile M' le Comte
d'Artagnan
,
cy-devaur
connu
fous
le nom
de
Chevalier
d'Artagnant
, &
Sous
Lieutenant
aux
Gardes Françoiſes
, vient
d'époufer
Mademoiſelle
Amé
, d'une
ancienne
famille
de
Reims
. M
le
Comte
de
Boulainvilliers-
Seinferre
, &
M
le
Comte d'Ampilly
, parens
&
amis
de
M
' d'Artagnan
, fe font
trouvez
la
ceremonie
de
ce Mariage qui
s'eft
fait
à Paris
, &
qui
a
efté
celebré
par

l'Abbé
GALANT 329
Chaudieres , Docteur de Sorbonne.
par
Le nouveau marié eft fecond
fils de feu M'
d'Artagnan
, pere
de celuy qui vient de fe marier ,
& qui vint à laCour fur la fin du
miniftere du Cardinal de Richelieu
; il fut d'abord connu
des combats finguliers , qui firent
fouhaiter à Louis XIII . de
le voir. M de Treville , alors
Capitaine de la Compagnie des
Moufquetaires , qui eftoit unique
en ce temps - là , le prefenta
Sa Maicfté , qui luy fit une
gratification . Il entra Cadet
dans le Regiment des Gardes ; &
Nov. Dec. 1707. Ee
330 MERCURE
aprés y avoir fait quelques cam
pagnes , avec feu Mª de Befmaqx,
quis eft mort Gouver
neur de la Baftille , il entra dans
les Moufquetaires , par le
moyen de Mr de Treville , qui le
protegeoit llen fortit quelques
années aprés , avec M de Befmaux,
qui y eftoit auffi entré, &
M' le Cardinal Mazarin, ayant
demandé à Mr de Treville deux
perfonnes de confiance de fa
compagnie ; ces deux Meffieurs
entrerent en qualité de Gentilshommes
, au fervice de ce Cardinal.
Mr d'Artagnan fut fouvent
employé dans des nego
GALANT 335
ciations ſecrettes à il fut envoyé
plufieurs fois en Allemagne ,
deux fois en Angleterre , pour
y negocier avec Cromwel , &
il eut ordre de fe déguifer en
Hermite pendant la guerre de
Bourdeaux , pour y découvrir
les intrigues de la Floride ,
Chef des Ormiftes , ou Rebelles
de cette Ville : il devint enfuite
Lieutenant aux Gardes ,
& eltant rentré dans les Moufqueraires
, lorfque le Roy pric
la Compagnie du Cardinal Mazarin
, il monta enfin à la Charges
de Capitaine - Lieutenant .
Feu Mi d'Artagnan , Capi-
Ec ij
332 MERCURE
taine- Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetai b
res , & Lieutenant General desi
Armées de Sa Majefté , tué au ch
fiege de Maftrick , en 1674 .
Son frere- aîné , qui a fervy dans
les Gardes , en eft forty , à caufen ! I
de fes infirmitez , & s'eft retiré |
dans les Terres qu'il a dans le
Pays d'Armagnac . Il a herité
des biens de Mr de Caftelmore , M
Gouverneur de Navareins fonas !
oncle , & frere- aîné de feu Mr
d'Artagnan , dont je viens de
parler, qui portoit le nom d'Artagnan
, parce que fa mere étoit
four du pere deM' d'Artagnan,
GALANT 233
aujourd'huy Sous- Lieutenants
des Moufquetaires , qui eft l'a
né debla maifon d'Artagnan , 27
dont le veritable nom eft Montefquion
& du pere de Mr le
Comte d'Artagan, aujourd'huy
Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur d'Arras ,
qui a efté Major du Regiment
des Gardes , & qui eft frere de
Mr l'Abbé d'Artagnan , dont
l'érudition & le merite font
connus .
M' Le Chevalier Trumbal ,
cy - devant Secretaire d'Etat en
Angleterre , a épouſé la fille de
Milord Sterling. Il eft fils de
334 MERCURE
2
Milord Trumbal proche pa
rent du Colonel Malmei , qui
cftoit fi dévoué à Cromwel ,
que celui - cy ne s'y fioit pas
moins qu'à Lambert & à Hariffon
, qu'il avoit coûtume
d'appeller fon bras droit. En ef–
fet ils avoient toûjours en part
à les expeditions , dans lesquel
les ils l'avoient toûjours tresbien
fervi . Milord Sterling eft
proche parent du feu Colonel
Rainolds , qui commandoit les
troupes Angloifes qui pafferent
en France il y a environ cinquante
ans , pour faire conjointement,
avec celles du Roy,
"
GALANT 335
le fiege de Dunkerque contre
les Efpagnols , & de feu Milord
Lokard , l'un des Gendres de
Cromwel , qui commanda ce
Détachement compofé de fix
mille hommes, aprés Rainolds.
Milord Lokard , qui s'acquie
beaucoup d'eftime en France ,
à caufe des belles actions qu'il
fit pendant le fiege de Dunkerque
, & qui fervit avec feu
Mode Turenne , eftoit lié d'une
amitié tres- forte avec feu
M' le Comte de Guiche , qui
avoit efté témoin de fa valeur
auffi bien que M' de Turenne,
qui ne pût luy refuſer fon cftime.
336 MERCURE
Comme on ne fe marie point
fans parler de la mort , je crois
devoir placer icy les articles fui-
Vans.
Madame de Choifeüil Beaupré
, foeur de Mª le Maréchal
de Choifeuil , Abbeffe de Befmont
en Champagne , dans
l'Evêché de Langres , mourut
au commencement du mois
d'Octobre dernier . Cette Ab .
beffe eftoit aimée & cherie de
toutes ſes Religieuſes , dont elle
eft fort regrettée , ayant toutes
fes qualitez & toutes les vertus
qu'elles pouvoient fouhaiter ,
pour vivre heureufes avec elles .
La
GALANT 337
La valeur n'eft pas moins hereditaire
dans la Maifon de
Choifeul, qu'elle eſt illuſtre &
ancienne. Les Hiſtoriens rapportent
que cette Maifon tirefon
origine des anciens Comtes de Langres
& du Baffigny, & qu'en l'an
1060 ou 1084. Regnier de Choi
feul premier du nom , Comte de
Baffigny , donna aux Religieux
de Molefme l'Eglife de S. Gengoul
de Varenne , pour le falut de
fon ame, er de celuy de fes Prédeceffurs
du confentement d'Hermengarde
fa femme, de Roger de
Choifeul fon fils , & d'Adeline
de Choiseulfa fille , mariée depuis
Nov. & Dcc. 1707. Ff
338 MERCURE
1
Cavec Ulric de Choiseul Seigneur
d'Aigremont , l'un & l'autre Fondateurs
de l'Abbaye de Morimont,
qui eft le lieu ordinaire de lafepul
ture des perfonnes dela Maifon de
Choiseul , comme il fe void
i legrand nombre d'Epitaphes quiy
font.
par
Régnard de Choiseul , troifiéme
du nom , affigna en l'an
1223. la moitié de fon Châ
teau de Choifeul pour le douaire
de la Princeffe Alix de Dreux
fa femme , qui eftoit veuve de
Gauthier de Bourgogne
, &
fille de Robert II. Comte de
Dreux & de Brienne , dont le
GALANT 6339
Pere Robert de France , Comte
de Dreux , eftoit le quartiéme
fils du Roy Louis VI. dit
le Gros , & d'Alix de Savoye ;
il confirma aufli les Donations
que Foulgues , Seigneur
de Boubonne , avoit faites à
l'Abbaye de Charlieu , & en
l'an 1235. il fut l'une des Caurations
du mariage de Blanche ,
fillende Thibault Comte de
Champagne , & Roy de Na-
Kvarre , avec Jean fils de Pierre
Duc de Bretagne .
One remarque encore que
Jean de Choifeul , fecond du
Nom , & l'un des plus grands
Ffij
340 MERCURE
il
Seigneurs de fon temps , temps , ayant
fait prifonnier de guerre, Ferry,
fecond Duc de Lorraine , receut
des Lettres de ce Prince ,
dattées du Jeudy d'aprés la
Fefte de S. Pierre & S. Paul ,
de l'an 1282. par lesquelles
s'obligea de luy payer 2000 .
livres pour fa rançon ; & qu'il
fut auffi enfuite l'une des Cautions
du Mariage accordé en
l'an 1284. entre Edouard .
Comte de Bar , fon couſin ; &
la Princeffe Marie de Bourgogne.
Cette remarque fait affez
connoître que la Maifon de
Choifeul
eft une des plus gran-
3
GALANT 341
des & des plus anciennes Maifons
du Royaume
.
Dame Françoiſe- Charlotte
Bruneau de la Rabateliere
Marquife de Merville , eft morte
, âgée de foixante- deux ans,
fur la route de Paris à fa Terre
de la Rabateliere. Son coeur
a efté apporté dans l'Eglife de
la Rabateliere. Elle eftoit fille
IC
de M François
uneau de la
Rabateliere , Baron du même
lieu , qui fut tué à la Bataille
de Norlingue , où il fervoit
fous Monfieur le Prince en
qualité de Maréchal de Camp,
& de Charlotte Elie de Pom-
Ffiij
342 MERCURE
padour , de la Maifon dés
Seigneurs de Laurieres . Elless
avoit époufés Mrole Marquis
de Merville , l'aîné de la Mailon
d'Efcars , des plus illuftres du
Royaume , ' ayant eu des Aleb
liances avec la Maifon de Bour.
bon ; & quoy que fa naiffance
foit des plus confiderables de
France par l'ancienneté de fam
Maifon , par les Emplois que
Les Prédeceffeurs
ont cus dansh
les Regnes précedens , & par
fes Alliances , elle eftoit encore
plus diftinguée par fon merite
Elle avoit un efprit fuperieur
elle fçavoit beaucoup , & elle
GALANT 343
écrivoit poliment en Profe &
en Vers . Elle avoit fait le
Solitaire de Ferraffous elle affure
dans cet Ouvrage que cet Her- h
mite eftoit le fameux Scelerat
dont il eft fort parlé dans un
Livre intitulé , Hiftoire Tragique.
de noftre temps ; & qui s'eftoit.
retiré dans la foreft de Fontainebleau
, où craignant d'eſtre
découvert , paffa en Perigord,
dans le voisinage de l'Abbaye
de Terraffou , pour y achever
le refte de fa penitence . Les
Ouvrages de cette Dame étoient
fort eftimez . Elle parloit
avec beaucoup de facilité ;
Ffiiij
344 MERCURE
ellers exprimoith noblement
elle fçavoit parfaitement fa
Langue , & les charmes de fa
converfation avoient donné
lieu à fes amis de la furnommer
la Syrene parce qu'on
fortoit toûjours enchanté d'auprés
d'elle. Elle a efté beaucoup
regrettée de tous ceux
qui la connoiffoient , & parti
culierement des pauvres de fes
Terres , dont elle eftoit la
mere nourrice. Elle avoit beaucoup
de pieté , & elle rempliffoit
fes devoirs avec exactitude
, foit à l'égard de ce qui
concernoit le Chriftianiſme
*
GALANM 345
foit à l'égard de ce qui concer
noit le monde. q. novel alls
Mr le Marquis d'Eſcars,dond
je vous appris la mort il y a
quelques mois , eftoit fils aîné
de cette Dame.
Dame Louife Françoife Lau
geois d'Imbercourt , Maréchale
de Tourville , eft morte , âgée
de quarante -fix ans . Elle eftoit
fæeur de Mr d'Imbercourt ,
Maître des Requeſtes , & veuve
en premieres nopces de feu Mr
le Marquis de la Popeliniere ,
d'une ancienne Maifon de Vendômois
dont elle a eu une
fille , qui a époufé depuis peu
346 MERCURE
1
MON... Pouffart du Vigean,
Marquis d'Anguitarre pro
che parent de feue Madame la
Ducheffe de Richelieu. La Mai
fon des Lancelots , ou Vocfins,
Seigneurs de la Popeliniere ;
eft ancienne , & originaire de
Guyenne. Lancelot , Seigneur
de la Popeliniere , qui vivoit en
1584. & qui donna au Public
l'Hiftoire des Regnes de Henry
II . de François II . de Charles T
IX. & d'Henry III . depuis l'an
1550. juſqu'en 1577. eftoit de
cette Maiſon , & attaché à la
Religion Proteftante : de ma- b
niere que tout ce qu'il raporte,
GALANT 347
n'eft pas toûjours favorable
aux Catholiques. Madame la
Maréchale de Tourville eftoit
veuve en fecondes nopces de
Mr Anne Hilarion de Coftentin
, Comte de Tourville , Maréchal
& Vice-Amiral de Fran
ce, mort en 1701. Mrle Maréchal
de Tourville , eftoit fils
de feu Mr le Baron de Tourville
, attaché à feu Monfieur le
Prince. La Maifon de Coftentin
eft de Normandie , où elle
a toûjours tenu rang parmy
la
haute Nobleffe. Elle y eftoit
déja connuë fous la domination
des Anglois , & fous les
348 MERCURE
Regnes de Henry V.5 & dd
Henry VL. Rois d'Angleterre.
Quelques Seigneurs de cette
Maifon contribuerent beau
coup à faire rentrer la Nor
mandic fous l'obeïffance de fes
anciens Maîtres .
La mort a auffi enlevé Ma
demoiſelle d'Estrées , âgée de
feize ans & huit mois. Sa naif
fance , fon bien confiderable,
& fon merite perfonnella
mettoient en eftat de prêten
dre aux plus hauts partis. Elle
fe nommoit Diane- Françoife
Therefe , & elle eftoit fille
unique du fecond lit de feu
GALANT 349
Mcffire François-Annibal, Duc
d'Eftrées , Pair de France , Mar
quisode Coeuvres , Comte de
Nanteuil , Chevalier des Or4
dres du Roy , Gouverneur &
Lieutenant General de l'Ile de
France & de Dame Magdelaine
Diane de Bautru de
Vaubrun , à prefent Ducheffe
Douairiere d'Eftrées .
Je vous ay fi fouvent parlé
de cette grande Maiſon , & fi illes
grands Hommes
luftrée par
qu'elle
a produits
, que je vous
feray
feulement
fouvenir
aujourd'huy
, que dans le feiziéme
Siecle
il y a eu deux Grands

350 MERCURE
Maîtres de l'Artillerie de ce
nom. Cette Maifon a donné
* trois Maréchaux de France de
pere en fils , qui ne font parvenus
à cette Dignité qu'aprés
s'eftre fignalez par un nombre
infiny d'actions éclatantes.
Monfieur le Cardinal d'Eftrées,
qui fe diftingue plus par l'élevation
de fon efprit , que par
la grandeur de ſa naiſſance
& par l'éclat de la Pourpre
dont il eft revêtu , eftoit grand
Oncle de feuë Mademoiſelle
d'Eftrées.
J5163
Madame la Ducheffe d'Eftrées,
Doüairiere, eft fille de feu
GALANT to 351
Mellite Nicolas - Guillaume de
Bautru Marquis de Vaubrun ,
Lieutenant General des Armées
du Roy, qui commandoit en
Chefdans la Haute & Baffe Alface
, & qui eftoit Gouverneur
des Ville & Chafteau de Philippeville.
Il fut tué en Allemagne
, en l'année 1675. peu de
jours aprés la mort de M' de
Turenne ; il avoit épousé Dame
Marguerite- Therefe de
Bautru fille de Meffire Guillau
me de Bautru Comte de Serrant,
qui a long temps exercé
la Charge de Chancelier de feu
Monfieur , Frere unique du
352 MERCURE
Roy. Il eft à prefent retiré dans
fa Terre de Serrant , où il vit
d'une maniere fort noble ; il y
ily
foulage les Pauvres de la Province
d'Anjou . Il eft âgé d'environ
quatre- vingt dix ans , &
il fe fait un plaifir d'obliger
tous ceux qui ont befoin de fa
protection .
Madame la Marquife de Vaubrun
s'eft fait diftinguer par fa
pieté , par fon éloignement
des
chofes du monde , & par un
deuil regulier qu'elle continue
de porter depuis trente deux
ans que fon Epoux a eſté tué
à la tefte des Armées du Roy ;
GALANT 353
elle eftoit cependant fort jeune
, lorfque ce malheur arriva .
Elle avoit une foeur qui avoit
épouſé Meſſire Edoüard François
Colbert Marquis de Maulevrier
, Chevalier des Ordres du
Roy & Lieutenant General de
fes Armées. De ce mariage eft
iffu feu M' le Marquis de Maulevrier
, mort il y a prés de deux
ans ; il eftoit Brigadier des Armées
du Roy& Colonel du Regiment
de Navarre. Il a laiffé
plufieurs enfans de Dame Marthe-
Henriette de Froullay de
Teffe , fille de M' le Maréchal
de Teffe ; il avoit deux frères ,
Nov. Dec. 1707. Gg
354 MERCURE
dont l'un eft M le Chevalier
de Mauldvrier , qui cft Maréchal
de Camp , dans un âge
tres - peu avancé , & l'autre eft
Mr l'Abbé de Maulevrier , quis
fe diftingue autant dans l'Egli
fe , que fon pere & fes freres fe
font diftinguez , & fe diftin
guent aujourd'huy dans les ar.
mes.
Madame la Princeffe de Montauban
& Mrs les Comtes de
Nogent font de la famille de
Bautru , qui cft alliée à celle de
Biron & à plufieurs autres , qui
ont les premiers Emplois de
l'épée , & poffedent les premieGALANT
355
res Charges de la Robe
Dame Renée Chevalier, veut
ve den Meffite Pierre Pinon ,
Chevalier Seigneur de Villemain
, Matftre d'Hôtel ordinaire
du Roy , & Prefident des arrers de
France en la Ge
neralité de Paris , eft decedée
dans un âge avancé , & elle a
couronné par une mort tres-
Chreftienne une vie toute employée
aux exercices de la pieté.
Elle eftoit d'une ancienne famille
de Paris , qui a donné de
grands fujets à l'Egliſe & à la
Robbe Son nom eftoit déja
connu dans le Parlement dés le
Gg ij
356 MERCURE
commencementdu fiecle paffe .
M'Pinon fon filsexerce aujour
d'huy la même Charge de Prefident
des Treforiers de France
de la Generalité de Paris avec
beaucoup d'integrité.Il eft proche
parent de Mr Pinon Inten
dant de la Generalité de Dijon,
& qui l'avoit efté auparavant
de celle de Poitiers. Cer Intendant
& M' le Prevôt des Marchands,
font coufins germains,
ce dernier eftant fils de Dame
N. Pinon tante de l'Intendant.
La famille deMrs Pinon eft tresancienne
dans la Robe , & elle
a donné des Magiſtrats au ParSGADANT
357
lement de Paris prefque depuis
fon Inftitution.olnonM
Meffire Jean-Ifaac de Segur,
Chevalier , Soigneur de Ponchat
& de Fouguerolles , eft
mort à Bordeaux , âgé de quatre
-vingts - trois ans & ſept
mois. Il avoit cfté Page du
feu Roy , & enfuite Moufquetaire.
Il eut l'honneur de fuivre
Sa Majefté aux Sieges de
Collioure & de Gravelines.
Et comme la Paix regnoit en
France aprés la mort de ce Prince,
il alla fervir en Hollande avec
Meffieurs les Marquis d'Aluye
& de la Vicuville , & plufieurs
*
358 MERCURE
autres Volontaires de qualité.
Il receut un
de moufquet
à la tefte au Siege du Sas de
Gand , où il fut trépané ; il demeura
deux ans à la Cour du
Prince d'Orange , à celle dep
Madame Royalle , & à celle
de la Reine de Boheme , & des
quatre Princeffes fes filles. Et
comme il eftoit tres- bien fait ,
& qu'il avoit autant de prop
bité que de valeur , il s'eftoit
attire l'eftime de toutes ces
Cours. A peine fut- il de retour
en Guyenne , que Meffieurs
les Ducs d'Epernon &
de Candalle, luy firent connoî
GALANT M359
t
tre qu'ils avoient pour luy une
confideration tres particuliere ;
elle redoubla dans le temps
des Guerres Civiles , parce qu'ils
apprirent la fermeté avec la
quelle il avoit refifté aux preffantes
follicitations qui luy
avoient efté faites pour l'engager
à entrer dans le party
oppofé à celuy du Roy. Quelques
parens & quelques amis
qu'il avoit dans ce party , n'ou
blierent rien pour le faire entrer
dans leurs fentimens ; mais
il demeura inébranlable , & il
refufoit toûjours fon confentement
à ce qu'ils vouloient
360 MERCURE
exiger de luy , en leur difant :
A Dieu ne plaife , que je manque
jamais de fidelité au Roy mon
Maiftre. Monfieur le Duc d'E
pernon connoiffant fa confſtance
pour le fervice de Sa
Majefté , luy confioit fouvent
des chofes tres importantes
,
qui regardoient les intéreſts de
ce Monarque , & il l'employoit
inceffamment
, luy trouvant
tout l'efprit , la valeur & la ca.
pacité poffible pour réüffic
dans tout ce qu'il commettoit
à fes foins. Feu Mr de S. Luc,
Lieutenant de Roy dans la Province
de Guyenne , le mit à la
teſte
GALANT 261
valerie
tefte de fon Regiment de Cail
s'acquitta de cet .
Employ avec toute la valeur
& toute la conduite que l'on
pouvoit attendre des plus experimentez
Officiers. La Guerre
Civile eftant finie , il fe retira
chez fon pere , qui avoit
auffi toûjours fait voir une fi
delité inviolable pour tout ce
qui regardoit le fervice de Sa
Majefté. Il époufa en 1655 .
Anne -Marie de Taillefer, niéce
de Madame la Marquife de
Flavacour , qui avoit efté Fille
d'Honneur de la Reine Anne
d'Autriche , fille de feu Mr le
Nov. Dec. 1707. Hh
362 MERCURE
Comte de Rouffille , & four
de Mr.le Comte de Rouffille
d'aujourd'huy ; & qui cftoit
foeur de M l'Abbé de Barrieres,
& de la Mere Magdelene ,
Prieure des Carmelites du
grand Convent de Bordeaux ,
& tante de Mademoiselle de
Barrieres, cy devant Fille d'hon
neur de Madame. Mr de Segur
liaffe trois enfans : fçavoir , le
Marquis de Segur , Gouverneur
general de Foix , & Lieutenant
General pour le Roy
de Champagne & de Brie ,
dont le merite & la valeur font
affez connus. Sa fille aînée eft
GALANT
363
Carmelite , avec fa tante , au
grand Convent de Bordeaux ,
dont elle a auffi efté Prieure :
la cadette eft Carmelite à Paris,
au grand Convent de France :
la veuve , la tante, & les niéces,
font d'un merite
diftingué , &
d'une vertu parfaite. Elles ont
attiré les graces du Ciel fur le
défunt , qui a fait une mort
tres Chrétienne
,
ayant
paffe
prefque toute fa vie dans des
infirmitez
continuelles , qui luy
ont donné le temps de fe preparer
à la finir en veritable
Chrêtien. Il
defcendoit en
droite ligne de Jean de Se-
2
3
Hhij
364 MERCURE
de
DIY TUD VUlob
gur , marié avec Jeanne de
Grailly , au commencement
du quatorziéme Siecle. LaMaifon
de Segur vient originairement
des anciens Vicomtes
le Limoges. On voit dans
l'Hiftoire du Roy Jean , que
les Seigneurs de Segur , de Du de Du
de Mufidant , & de Montferrant
, fuivirent Edouard ,
Prince de Galles , en Angleterre
. Le bifayeul de Mr le
Marquis de Segur , Gouverneur
de Foix , eftoit fort confideré
d'Henry IV. & cette
Famille garde plus de cent
Lettres de Sa Majeſté , preſras
,
GALANT, 365
que toutes écrites de fa main ,
comme des marques glorieufes
de l'amitié de ce Monarque
pour le Seigneur de Segur-
Pardaillan qui n'eftoit pas
moins confiderable que le pere
de celuy qui vient de mourir.
Quant à la Maifon de Taillefer
, qui defcend des Contes
d'Angoulefme , elle a eu une
Reine d'Angleterre & un Cardinal.
La mere de Mr de Segur
, qui vient de mourir , étoit
de cette Maifon.
Mre Eftienne Hendelot , Seigneur
Baron de Prefligny , eft
mort , âgé de 83 ans : Il étoit
Hh iij
366 MERCURE
né Calvinifte , & il cftoit fort
attaché à fa Religion ; mais Mr
de Maffol , Avocat General de
la Chambre des Comptes de
Paris , fon amy & ſon voiſin
ayant travaillé depuis prés de
quinze ans à le perfuader des
veritez de la Religion Catholi
que , & ayant redoublé fes
foins pendant fa derniere maladie
, ainfi que M de Sainte
Colombe fa parente , & quelques
autres de fes amis , ils l'avoient
enfin engagé de conferer
fur quelques doutes qui luy ref
toient avec MrChardon,ancien
Avocat , qui eft parfaitement
GALANT 367
réuny à l'Eglife , & qui a levé
ces doutes , de maniere que Mr
de Preffigny entra dans la ve
ritable Eghfe , huit jours avant
fa mort , en donnant toutes les
marques qu'on pouvoit fou
haiter , que fa foy eftoit auffi
vive que fincere ; & il reçût les
Sacremens d'une manière toutà-
fait édifiante.
Mr Leonor- Antoine Langevin
, Preftre & Docteur de
Sorbonne , eft mort dans un
âge peu avancé , & dans de
grands fentimens de picté. Il
avoit beaucoup travaillé dans la
Paroiffe de S. Severin , fous feu
Hh iiij
368 MERCURE
Mr Lizor, dernier Curé de cette
Paroiffe , & dont la memoire.
y cft en benediction ; & depuis
la mort de ce Pafteur , il s'eftoit
attaché à celle de S. Benoift ,
dans laquelle il eft mort aprés
y avoir donné de grands exeinples
de vertu , foit dans la pratique
des chofes qui regardoient
fon cftat , foit par le
zele , qu'il a temoigné toute fa
vie pour le falut de fes freres , &
pour l'établiffement de la verité.
Il l'avoit toujours eu uniquement
en vûë , & rien n'é ,
toit capable de le détourner
de l'attention que ce zele luy
GALANM 369
infpiroit ; & l'on peut dire qu'il
a fait profeffion , toute la vie ,
de s'élevet contre tout ce qui y
pouvoit donner la moindre at
teinite. Il avoit efté choisi pours
élever MolEvêque de Straf
bourg ; il fut un de ceux quitravaillerent
à luy donner les principes
de la Thoologic ; & ayant
accompagné ce Prince dans un
des voïages qu'il fit à Stafbourg,
lorſqu'il n'en eftoit encore que
Coadjuteur , il eut occafion d'y
conferer plufieurs fois , avec
des perfonnes de la Religion
Proteftante , & à qui il eut les
bonheur de leur perfuader les.
370 MERCURE
veritez de la Religion Catho
lique. Il vit dans la même Ville
un petit Livre de Mr Mafius ,
Miniftre & Profeffeur enTheologie
à Coppenhague, qui avoit
pour titre : Deffense de la Religion
Lutherienne , contre les Docteurs
de l'Eglife Romaine ; où on
fait voir, en même- temps , leurs
erreurs fondamentales , pour l'ufage
de ceux de la veritable Religion
, qui fejournent en France
imprimé à Francfort, en 1685.
& dedié à Madame de Meyercron
, femme de feu Mr. de
Meyercron, Envoyé de Dannemark
en France . M'Langevin ,
1
GALANT 371
pour répondre à ce livre , compofa
celuy qui eft intitulé : L'Infaillibilité
de l'Eglife , dans tous
les articles de fa Doctrine , touchant
la Foyles Moeurs ; pour
Servir de Reponse au Livre de
Monfieur Mafius, &c. Ce Livre
fut publié à Paris en 1701 .
& dedié à Mr le Cardinal de
Noailles , & il fut reçû avec de
grands applaudiffemens de tous
les Sçavans , & de tous ceux
qui font profeffion d'eftre attachez
à la faine Doctrine .
L'Auteur fait dans la Preface
de ce Livre , une Hiftoire fuccinte
du Lutheraniſme , qui
372 MERCURE
contient ce qui s'eft paffé de
puis la naiffance de Luther ,
jufqu'à la fin du Concile de
Trente. Ce Livre eft fort neceffaire
à ceux qui entrent dans
une Licence de Theologie.T
Mr Langevin eftoit de Normandie
& du Diocefed Avran
ге
ches.
Jo / V • Brudaved
M Pierre
de Rouxelin
, Chevalier
Seigneur
de Chaftelin
,
Montcourt
, la Boifche
, Cor
mainville
, &c. Grand
Maiftre
des Eaux
& Forefts
de France
,
au Département
de Touraine
,
Anjou
, Maine
, &c. eſt mort
dans
un âge tres- peu avancé
,
GALANT
353
fans laiffer d'enfans de Dame
N.... de Bullion , fille de feu
Mr le Marquis d'Attilly , & de
Dame N ... de Beauveau - le- Riveau
, foeur de Mr l'Evêque de
Tournay , & remariée à Mr de
Barville , Commandant pour le
Royau Fort de Barreaux en
Dauphiné , qui y vient de mourir
. Mr de Moncourt eftoit fils
de feu N... de Rouxelin , Secretaire
du Roy. Il a donné
en mourant des marques d'une
parfaite foûmiffion aux ordres
de Dieu , & quoy qu'il duſt tenir
beaucoup à la vie dans un
âge auffi floriffant que le fien ,

374 MERCURE
& qu'il ne duft quitter qu'avec
regret une époufe auffi aimable
que Madame de Moncourt
, & d'auffi grands biens
que ceux dont il joüiſſoit , il
n'eſt pas mort avec moins de
refignation aux volontez de
Dieu , & il a marqué.jufqu'au
dernier foupir une parfaite
tranquillité. Ceux qui avoient
quelque relation avec luy
avoüent tous qu'ils avoient
toûjours remarqué en luy tous
les fentimens d'un Chreftien
tres convaincu des veritez de
la Religion , & que les maximes
de la Morale qu'il faifoit
GALANT 375
gloire de fuivre eftoient tresconformes
à ces fentimens.
Mr l'Abbé de la Morczan
eft auffi decedé, Il eftoit fils de
feu Mr de la Morezan , Intendant
de Pignerol ; & fa mere
eft foeur de Me du Freſnoy ,
qui vit encore , & qui eft veuve
de Mr du Freſnoy , premier
Commis de feu Mr de Louvois;
Cette Dame eftoit auffi foeur
de Me de Saint - Mars , femme
de Mr de Saint Mars , cy - devant
Gouverneur de la Citadelle
de Pignerol , & qui l'eſt à
prefent de la Baftille. Mr d'Artagnan
parle de ces trois Dames
376 MERCURE
f
dans fes Memoires , & il leur
rend toute la juſtice qui leur eſt
dûë. Mr de la Morezan eftoit
Abbé de Noftre - Dame de la
Grande à Poitiers & Prieur
d'Effone prés de Paris Ce
Prieuré a efté donné à Mr l'Abbé
de Boisfranc , dont je vous
ay déja parlé. L'Abbaye quieft
une dignité Chef d'un Chapi-
1tre , a cfté donnée par Mr l'Evêque
de Poitiers , qui en eft le
Collateur , à Mr l'Abbé de Lucinge
fon parent , & fon grand
Vicaire Les Seigneurs de Lucinge
en Foucigny & d'Arenthon
en Genevois , font de cette mêe
Maifon , qui a produit de
GALANT 377
grands hommes . Eftienne de
Lucinge fut l'un des 200 , Gentilshommes
& Chefs - d'Hoſtel,
qui jurérent en 1455. pour
Louis Duc de Savoye , le Trai
té qu'il avoit fait en 1457.
avec le Roy Charles VII . Humbert
de Lucinge fon fils , fut
Ambaffadeur à Rome , d'Amé
Duc de Savoye . Bertrand fon
Petit fils fut Chambellan du
même Prince , & Capitaine des
Gentilshommes de la Maifon.
Charles de Lucingo fut un des
plus vaillans hommes de fon fiecle.
Il voulut furprendre Lyon
en 15 57 pour le Duc Emanuel
Nov. & Dec. 1707. Li
378 MERCURE
Philbert fon Prince naturel. René
de Lucinge fon fils , fut Confeiller
d'Etat, premier Maiſtre
d'Hôtel du Duc de Savoye, &
fon Ambaffadeur ordinaire en
France. Les Alliances de la
Maifon de Lucinge répondent
à fon ancienneté & à fonilluftration
; les Seigneurs de Lucinge
en ont pris dans celles du
Saix , des Alymes , de Gavre
( maiſon de Flandres ) de Car
doufe ( de Portugal ) de Lyobard
-Brion, de Montrofat , de
Dupuis, & c. & il en ont donné
à celles d'Aglié des Comtes de
Saint-Martin en Canaveys , de
Montferrand , de la Tour d'AGALANT
379
Y
von , de Velieres , de la Dague ,,
de Rochefort d'Ailly , & de
Saint - Point, Dans le 15. ficcle,
Etienne de Lucinge eftoit Protonotaire
Apoftolique , & il
eftoit fort cftimé à la Cour de
Rome. Cette Maifon donna
dans le feiziéme fiecle des Chevaliers
aux Ordres de S. Maurice
& de S. Lazare , & de Mal
te Philippes de Lucinge eftoit
Chevalier du premier Ordre
& Philibert l'eftoit du fecond .
Sur la fin du même fiecle ,
Emanuel de Lucinge fut Chevalier
de Malte , & Commandeur
des Echelles & de Sainte Anne,
Liij
380 MERCURE
Mr l'Abbé de Lucinge qui
donne lieu à cet Articles, eft
iffu de Louis de Lucinge , Sergneur
de la Motte , qui s'eft:
beaucoup diftingué pendant la
minorité du Roy , à la tefte
du Regiment de Conty , Fran
çois de Lucinge fon frere aîné,
qui portoit le titre de Vicomte
de Compnes , mort en 1645
à S. Jean de Lofne des bleffut .
res qu'il avoit requës à la bar
taille de Nortlinguen , où il
s'eftoit beaucoup diftingué à la
tefte du Regiment de Conty,
eftoient neveux de ces fameux
Seigneurs de la Buyffe & du
GALANT 28
Belier , dont l'Histoire parle fi
avantageufement.
Meffire Charles Amedée de
Broglio, Comte de Revel , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Chevalier de fes Ordres ,
& Gouverneur de Condé, mourut
il y a deux mois . Il avoit
époufé depuis peu Mademoi
felle de Gefvres , foeur de Mr le
Duc de Trefmes , & à l'occafion
de ce mariage , je vous parlay
de la naiffance & de la valeur
de Mr le Comte de Revel,
qui lui avoient procuréles dernieres
dignitez dont il eftoit reveftu
. Je dois ajoûter icy quel382
MERCURE
ques circonstances que je ne
vous dis pas en ce temps- là . La
Maifon de Broglio , qui eft une
de plus anciennes & des plus
qualifiées de Piemont , cft ork
ginaire de Quiers dans le mê
me pays , où elle a toûjours.
tenu un des premiers rangs.
Feu Mr le Comte de Broglio ,
pere de Mr le Comte de Revel,
vint s'établir en France , où il
mourut comblé des bienfaits
du Roy , avec la qualité de
Lieutenant General des Ar--
mées de Sa Majefté ; il eut de
fon mariage avec une Demoifelle
d'une des plus grandes
7
GALANT 383.
Maifons du Royaume , & qui
eftoit auffi originaire du Piemont.
1. Mr le Comte de Broglio
Lieutenant General des Armécs
du Roy , & au Gouvernement
de Languedoc , qui a eu
de Dame N ... de Lamoignon
fille du Premier Prefident de
ce nom, Mr le Marquis de Broglio
, Colonel du Regiment de
I'Ile de France , Brigadier & Infpecteur
des Armées du Roy.
2. Mr le Comte de Revel ,
vient de mourir , & Mr l'Abbé
de Broglio encore plus diftingué
par fon merite & par fa
vertu que par fa naiffance . Lors
qui
384 MERCURE
1
que feu Mr le Comte de Broaglio
vint s'établir en France , il
amena avec luy Mr le Comte
Charles de Broglio fon frere ,
qui fut Lieutenant General des
Armées du Roy , Gouverneur
de la Baffée , & enfuite d'Avêne,
& qui époula Dame Louife
d'Aumont , fille d'Antoine
Maréchal d'Aumont & de Catherine
Scarron de Vayres ; cette
Dame étoit foeur de feu Mr
le Duc d'Aumont dernier
mort , & de Meffire Charles
d'Aumont Abbé d'Uzerche en
Limofin & de Longuillier
. Elle
a cu une fille de ce mariage, qui
a épousé

GALANT 385
ཝོ །
a époufé Mr le Marquis de
Moy , qui a cy-devant commandé
la Gendarmerie , & qui
eft fils de feu Mr le Prince de
Ligne , qui a efté Viceroy de
Sicile. La Maiſon de Broglio ,
ou Broglia , ainfi qu'on le prononce
en Piemont, eft alliée à
celles Defcaglia verruë , Tournon
Leſchéraine, Bernex, Seyffel
, d'Areſtel , & de la Pierre.
François Placide de Baudry
de Piencourt Religieux de
l'Ordre de S. Benoist , Docteur
de Sorbonne , Evêque de Mende
, Comte de la Province de
Gevaudan ,Left mort dans fon
Nov. Dec. 1707 . KK
386 MERCURE
Dioceſe , âgé de foixante-dixhuit
ans. Il avoit efté Abbé
Regulier de l'Abbaye de la
Croix- S. Leufroy en Normandie,
& il abdiqua cette Abbaye,
pour fe faciliter le chemin de
Epiſcopat . Sa niece, heritiere
de Piencourt en Normandie ,
a époufé Mr le Marquis de
la Roche- Aymon , Lieutenant
de Roy de la Marche Limofine,
frere de Mr l'Evêque du Puy ,
cy-devant Grand Vicaire de
Mende. Les Prelats de cette
Ville font Comtes du Gevau
dan , en pariage avec nos Rois,
depuis une Tranfaction qui
GALANT 387
fut paffée fur ce fujer en 1 306.
entre Philippes le Bel , & Guillaume
Durand le Jeune , Evêque
de Mende. Cette Ville eft
agreable , quoy qu'elle foit entourée
de montagnes . Le Palais
Epifcopal y eft affez beau ,
& les Evêques ont féance aux
Eftats de
Languedoc.
La Maifon de Baudry de
Piencourt eft de
Normandie ,
& elle eft alliée aux plus an
ciennes & aux plus confiderables
de cette Province . Mr
l'Abbé de la Chapelle , Docteur
de Sorbonne , Grand Archidiacre
& Grand- Vicaire de
KK ij
388 MERCURE
Mende , eft neveu , à la mode
de Bretagne , du Prelat dont
je vous apprens la mort. Mr
l'Evêque du Puy n'étant qu'Abbé
de la Roche- Aymon , en
avoit auffi fait long temps les
fonctions avec beaucoup d'édification
.
Mr l'Evêque de Mende , qui
vient de mourir , avoit eu d'il-
Juftres Prédeceffeurs , du nombre
defquels eftoient M Sylveftre
de Marfillac ; M Serroni
, de l'Ordre de S. Dominique
, qui fut d'abord Evêque
de Mende , à la recom-

IC
mandation de Mr le Cardinal
GALANT 289
Mazarin , & que ce Cardinal
fit enfuite paffer fur le Siege
d'Alby , qui fut quelque temps
aptés érigé en Archevêché ,
fa confideration. Feu Mr de
la Mothe , frere de Mr le Maréchal
de la Mothe- Houdancourt
, & oncle des trois Du
cheffes d'Aumont , de la Ferté,
& de Ventadour , a auffi efté
Evêque de Mende , où fa memoire
eft en benediction . Il a
fait de grands biens à cette
Eglife . Mr de Piencourt y en a
auffi fait beaucoup. Son Teftament
contient beaucoup
de Fondations confiderables ,
KK iij
390 MERCURE
& il a donné en mourant des
preuves de la charité , qui avoit .
toûjours eſté ſa vertu favorite,
en faifant de grandes largeffes
aux pauvres de fon Diocefe.
Meffire Frederic Maurice ,
de la Tourd'Auvergne ,Comte
d'Auvergne , mourut en cette
Ville le 23. du mois dernier ,
âgé de foixante - fix ans. Il
eftoit Gouverneur du haut &
bas Limofin , & Lieutenant
General des Armées du Roy.
Il avoit cfté pendant plufieurs
années Colonel general de la
Cavalerie Legere de France.
GALANT 391
Il cftoit entré dans l'exercice
de cette Charge en l'année
1675. aprés la mort de M
le Vicomte de Turenne , qui
en eftoit revêtu , & il l'a exercée
pendant trente années , ne
s'en eftant défait qu'en 1705.
que Sa Majefté en pourveur
Mr le Comte d'Evreux , fon
neveu. Mr le Comte d'Auvergne
s'eft trouvé dans les
actions les plus memorables
de fon temps Il donna des
preuves de fa valeur au paffage
du Rhin , & à la priſe du Fort
de Tolhuis, où il courut rifque
d'eſtre tué , M' le Marquis de
KK iiij
392 MERCURE
Guetri , Grand - Maître de la
Garderobbe , ayant efté tué
auprés de luy. Il fervoit dans
l'armée de M le Vicomte de
Turenne , fon oncle , lors que
ce grand General fut tué. Il fe
trouva à la Bataille de Caffel ,
où il receut plufieurs coups
dans fes habits , & il fe trouva
enfin dans les actions les plus
memorables de la e derniere
guerre , dans lefquelles il done
na des preuves fignalées de fon
courage & de fa conduite . II
avoit époufé en fecondes nopces
la Princeffe . Henriette de
Hohenzolèrn , qui cftoit de
GALANT 393
la branche aînée de la Maifon
de Brandebourg , & établic
dans les Provinces Unies ,
où elle poffedoit la Principauté
de Berg Opzom . Certe
Princeffe eftoit fille & heritiere
de Frederic Prince de Ho
henzolern , & d'Elizabeth , dite
Marie de Bergh. C'eft pas
cette Elizabeth de Berg que
Mr le Comte d'Auvergne étoit
affez proche parent de fa femme
, ainfi qu'on le verra dans la
fuite. Il a eu de cette Princeffe
plufieurs enfans , dont Mr
l'Abbé d'Auvergne , Coadju
reur de l'Abbaye de Cluny eft.
394 MERCURE
L'aîné & M le Prince Frederic ,
qui a pris le Party de l'Eglife ,
& une fille qui eft Carmelite
dans le grand Convent
de cette Ville , où elle donne
de grands exemples de vertu.
Mr le Comte d'Auvergne avoit
épousé en premieres nôces
Dame Elizabeth de Walfenaert
une des plus grandes
Maifons des Pays bas , & dont
je vous parlay avec beaucoup
d'étendue à la mort de cette
Dame . Je dois feulement ajoûter
icy ,qu'elle eftoit proche parente
du Comte de Staremberg
, qui deffendit en 1683.
EGALANY 395
la ville de Vienne contre les
Turcs. Mr le Comte d'Auvergne
eftoit fecond fils de Fre
deric Maurice de la Tour , Duc
de Bouillon Prince Souverain
de Sedan , &c. & de Leonoré-
Catherine Febronie de Bergh ,
fille de Frederic Comte de
Bergh , Gouverneur de Frife ,
& de Françoife de Ravenel ; &
il eftoit frere de Mr le Duc de
Bouillon , de Mr le Cardinal
de Bouillon , de feu Mr le Chevalier
de Bouillon , qui porta
d'abord le titre de Comte d'Evreux
, de feue Madame la Ducheffe
d'Elbeuf, des Dames de
396 MERCURE
Bouillon Carmelites au grand
Convent de la rue S. Jacques ,
& de feuë Madame la Ducheffe
de Baviere.
ге
-
M Jacques Nicolas Colbert
Archevêque de Rouen , Primat
de la Province de Normandie
AbbéCommendataire de l'Ab
baye du Bec - Helloüin , Prieur
Commendataire
, Seigneur Spirituel
& Temporel de la Charité
fur Loire , & c. Docteur de
Sorbonne , & l'un des quarante
de l'Academie Françoife , mourut
à Paris le onze de ce mois
aprés un longue maladie. Il
eltoit Archevêque de Rouen ,
GALANT 397
depuis l'année 1691. en laquel
le mourut François Rouxel de
Grancey de Medavy , Archevêque
de Rouen , dont il avoit
efte long - temps Coadjuteur ,
fous le titre d'Archevêque
de Carthage. Il protegeoit
les Sçavans & les belles Let
tres. Il avoit affocié aux tra
vaux de l'Epiſcopat , plufieurs
perfonnes de qualité &
de merite , qui fignaloient leur
zéle pour la confervation de la
bonne Doctrine , & il fe les
eftoit attachées par des eftabliffemens
confiderables qu'il leur
avoit procurez dans fon Dio398
MERCURE
cefe . Ce Prelat eftoit fecond
fils du fameux Jean - Baptifte
Colbert , Miniftre & Secretaire
d'Eftar , & de Marie Charon ,
fille de Jacques Charon de Menars
, & de Marie Begon fon Epoufe,&
foeur dcMlePrefident
de Menars. Il eftoit frere de feu
Mr le Marquis de Seignelay,
Jean-Baptifte Colbert Miniftre
& Secretaire d'Etat ; d'Antoine
Martin Bailly Colbert , Colonel
du Regiment de Champagne
, Brigadier d'Infanterie
mort en 1689. des bleffures
qu'il avoit reçûës à Valcourt ;
de Jules Armand , Marquis de
I
THÈQUE
DE
LAVILLE
LYON
7893 *
THE
DE
JA
GALANT 399
VILLES
Blainville , Surintendant das
Baftimens , puis Grand Mailtre
des Ceremonies de France, Colonel
duRegiment de Champagne,
LieutenantGeneral des Ar
mées duRoy, qui fe fignala dans
la deffenfe de Keiferwert , en
1702. & qui fut bleffe mortel
lement à la Journée d'Hochef
tet,& mourut àUlm ,âgé de 40.
ans , des bleffures qu'il avoit re
çûes dans ce combat , regretté
univerfellement ; de Louis Col
bert cy-devant Abbé de Bon
port , Bibliothecaire du Roy ,
aujourd'hui Comtede Linieres ,
cy- devant Capitaine - Lieute
400 MERCURE
nant des Gendarmes Flamans ;
de Charles Edouard Colbert ,
Comte de Sceaux , Colonel du
Regiment de Champagne , à
la tête duquel ayant efte bleffe
à Fleurus en 1690. il mourut
de fes bleffures . Cet Archevêque
eftoit auffi frere des trois
illuftres Ducheffes de Chevreufe
, de Beauvillier , & de Mortemart.
Il eftoit neveu de feu
Mr Colbert , Evêque de Luçon
, puis d'Auxerre , mort en
1676. aprés avoir édifié ces
deux Diocefes , par la fainteté
de fa vie ; de Charles Colbert ,
Marquis de Croiffy , Prefident
GALANT 401
à Mortier au Parlement de Paris
, Miniftre & Secretaire d'Etat
, & Grand Treforier des
Ordres du Roy , & d'Edouard-
François Colbert , Comte de
Maulevrier , Chevalier de l'Ordre
du Saint Efprit , & Lieutenant
General des Armées de fa
Majefté.
La famille de Colbert , eft
originaire de Champagne , &
on l'a vû divifée en plufieurs
branches differentes , dont le
Chef eftoit Charles Colbert du
Terron , coufin - germain du
Grand Colbert. Il fut Inten
dant de Marine , & Confeiller
Nov. Dec. 1707. LI
402 MERCURE
d'Etat , & ne lailla que quatre
filles ; fçavoir , Françoife Colbert
, Epouſe du Prince Carpegna
; Madelene
Colbert
, Epoufe
de Mr de Gaffion , Prefident
au Parlement de Pau ,
Eutrope - Emilie Colbert , Epoule
du Comte de Matha-
Bourdeille,de Marie- Anne Colbert,
Epoufe du Marquis de Barbançon.
Nicolas Colbert Scigneur
deVandiers, eftoit leChef
del'autre branche , & fut pere ,
par Marie Puffort , du Grand
Colbert & de fes freres.Oudart
Colbert Seigneur de S. Poüanges
, Secretaire du Roy , cftoir
π
GALANT 403
le Chef d'une autre branche.
on
Il eut de Marie Fouret Dame
de Villacerf, cinq fils , fçavoir ,
Oudart Colbert , perede Michel
Colbert , qui ne laiffa que
deux filles , l'une mariée à M
Vincent Hotman Intendant de
Juftice à Paris , & l'autre a épou
fe en premieres nôces N. de la
Cour- des- Bois Prefident de la
Chambre des Comptes , & en
fecondes , Louis Saladin d'Anglure
de Bourlemont Duc d'A-
¿try. Le fecond frere d'Oudart
fut Jean - Baptifte Colbert Seigneur
de S. Pouanges & de Vil-
Lacerf , Mailtre des Comptes ,
Llij
404 MERCURE
Confeiller d'Etat , Intendant
de Juſtice en Lorraine , qui de
Claude le Tellier , foeur de Michel
Chancelier de France , laif
fa Edouard Marquis de Villacerf
, Premier Maître- d'hôtel
de la Reine Marie Therefe
d'Autriche , & Surintendant
des Baftimens ; Michel Colbert
, Agent general du Clergé
, Evêque de Mâcon ; Ga→
briel Colbert , Chevalier de
Malthe ; Jean- Baptiſte Michel
Colbert , Archevêque de Tou
loufe ; Gilbert Colbert Marquis
de S. Poüanges ; Claude
Colbert veuve de Jacques Olier
GALANT 405
de Verneuil Confeiller au Parement
, les deux autres fretes
d'Oudart Colbert eftoient Simon
Colbert Confeiller au
Parlement , & Aumônier du
Roy , & Nicolas Colbert de
Turgis Maiftre des Comptes .
Il y a une autre branche de
la Maiſon Colbert , qui a pro.
duit Meffire André Colbert ,
Docteur de Sorbonne , dernier
Evêque d'Auxerre , mort
en 1704. & Meffire Michel
Colbert , coufin de ce Prelat ,
dernier Abbé & General de
l'Ordre de Premontré , mort
en l'année 1702 .
406 MERCURE
Il y a fi peu de difference
entre le nom de Leffeville , &
celuy d'Eſville , que pour peu
que les noms propres foient
mal écrits , ce qui arrive tres
fouvent , il eft aifé de fe méprendre
; ce qui eft caufe que
dans ma derniere Lettre , j'ay
pris le mot de Lefferville , pour
celuy d'Efville ; & que par con
ſequent jay donne à ce premier
la Lieutenance de Roy de
Champagne, qui a efté donnée
à M' d'Efville , frere de M'de
Bachevillers , Lieutenant Gene
ral des Armées du Roy, Gou
verneur de Barraux , & qui a
*
GALANT 407
époufé fa coufine iffuë de germaine
, fille de M' le Marquis
de Quericu ; & de M ' de Bachevillers
, Commandeur de
Soiffons & de Champuy , Receveur
& Treforier de l'Ordre
de Malthe . Mr le Comte d'EL
ville eft Lieutenant des Gardes
du Corps , & Maréchal
de Camp. Il avoit épousé
Adrienne de Tournon , four
de M' le Marquis & de M
l'Abbé de ce nom , Chanoine
de S. Claude en Franche- Comté
& neveu de M' le Marquis
de Monchevreüil , dernier
mort.
408 MERCURE
Mr le Comte d'Efville eft
de la Maifon de Gaudechart ,
l'une des plus anciennes & des
plus qualifiées de Beauvoifis ,
qui a roûjours poffedé la Terre
de fon nom , & celle de
Fontaine Lavagan , qui ont efté
données en mariage à une fille
de cette illuftre Maiſon , entrée
dans la fin de l'an 1599.
dans la Maiſon d'Eſpinay-Saint
Luc. Cette Maiſon eft divifée
en trois Branches : fçavoir ,
celle des Seigneurs de Bachevillers
, qui poffedent cette
Terre depuis plus de cinq cens
ans ; celle des Seigneurs du
>
eft
GALANT 409
-
Fayel Mattancourt , & celle
des Marquis de Querieu , dont
eft Madame la Marquife de
Bachivillers , fille de François ,
Marquis de Querieu & de
Piencourt , foeur de Mr l'Evêque
de Mende. Cette Maifon
prouve au de- là de feize
quartiers paternels & maternels
des meilleures Maifons du
Royaume. Elle a eu des Chevaliers
de Rhodes , & enfuite
plufieurs Chevaliers de Malthe .
Elle eft alliée à celles de Montmorency
, du Refuge , de
Mornay , de Vignacourt , de
Noailles , d'Hangeft , de Fou-
Nov. Dec. 1707. Mm &
410 MERCURE
illeufe , de Boufflers , de Saine
Simon , d'Arquinvillers , de
Du Pleffis- Liancourt , de Monceaux
d'Auxi , de Vion , d'Herouval
, du Fay , d'Efpinay-
S. Luc , de Mailly, de Clermont-
Toury , & de plufieurs autres
des plus illuftres du Royaume.
Mr le Prince de Talmont ,
frere de Mr le Duc de la Trimoille
, a époufé Mª de Bullion
. Il eft fils de Henry Char
les de la Trimoille Prince de
Tarente & de Talmont , Duc
de Thouars , Pair de France ,
Chevalier de l'Ordre de la Jar
retiere , cy- devant General de
GALANT 411
la Cavalerie des Etats d'Hollande
, & du Gouvernement de
Bois- le duc , & de la Princeffe
Emilie de Heffe , fille de Guillaume
V. de ce nom Landgra
ve de Heffe Caffel , & de la Princeffe
Emilie- Elizabeth de Hanaw
- Muntzercberg , que ce
Prince époufa le premier jour
du mois de May de l'an 1648 .
La Maifon de la Trimoille
defcend de Gui Seigneur de la
Trimoille , de Chateau guillaume
, & de Luffac , les Eglifes ,
& de Rochefort en Berry , qui
vivoit il y a plus de quatre fiecles
. Il fut pere de Gui Cheva-
Mm ij
412 MERCURE
-
lier Seigneur de la Trimoille ,
de Chasteau guillaume , de
Rouhec , de Varois , de Preflac,
de Fontmorant , & de Lignac ,
qui époufa Alix de Roulice , de
Fontmorant , & de Varois dans
la Marche. Il receut avec Guillaume
de S Julien Chevalier ,
la fomme de quatre cens livres
tournois en prêt & payement
fur fes gages , & de neuf Ecuyers
qui eftoient fur les frontieres
de Gascogne , comme on le juftifie
par une Quittance fcellée
du fceau de fes Armes , à Pons
en Saintonge , de l'an 1330. Il
fervit fous le Roy Jean en AnGALANT
413
goumois en 1345. Il fut pere
de Gui V, Seigneur de la Trimoille
, d'Amiel Seigneur de
Fontmorant , duquel font iffus
les Seigneurs de Fontmorant ,
dont la pofterité eft finie en la
perfonne de François de la Tri- .
moille Seigneur de Fontmorant
& de Chaftigrimont , qui
ne laiffa que deux filles . Guis
fut grand Pannetier de France,
il époufa Radegonde de Guenand
fille de Guillaume de Guenand
3 du nom , Chevalier
Seigneur de Bardes & du Blanc
en Berry , & de Branifant de
Thiern ; il mourut à Loudun
C
Mm iij
414 MERCURE
P
с
en 1350. Il fut pere de Gui 6*
qui fuit , de Guillaume
Chevalier
Seigneur
d'Uffon & d'Efpoiffe
, & de Bourbon
- Lancy ,
Maréchal
de Bourgogne
, Confeiller
& Chambellan
des Rois
Charles
& Charles
6 , & de
Philippes
le Hardy Duc de-
Bourgogne
, Souverain
Capitaine
de fes Gendarmes
. En
1377. il fuivit le mêine Philippes
le Hardy, que le Roy Charles
V. avoit envoyé
en Picardie
avec une Armée confiderable
contre les Anglois
. Gui
6° Comte de Guines
; Baron de
Darcy , de Sainte Hermine
, &
GALANT 415
de Mareuil , Seigneur de Courcelles
, Confeiller & Chambellan
du Roy , grand Chambellan
hereditaire de Bourgogne ,
Garde de l'Oriflame de France,
furnommé le Vaillant , fervit
le Roy Charles V. en Picardie,
à la prife d'Ardres en 1 377. il
accompagna , deux ans aprés ,
le Duc de Bourgogne , lorfque
ce Prince alla fecourir fon Beaupere
Louis , Comte de Flandres,
contre fes Sujets qui avoient
pris les armes contre lui en
1380. il alla avec les Ducs de
Bourgogne & de Bourbon deffendre
la ville de Troyes qui
Mm iiij
416 MERCURE
preeftoit
affiegée par l'Armée Angloife
. Il fuivit le Roy Charles
VI. lorfque ce Prince alla porter
la guerre dans le coeur de
la Flandre , & il entra le
mier dans la ville de Bourbourg
; il porta l'Oriflame au
voyage que le même Roy fir
en Angleterre en 13.82 . aprés
l'avoir receu de fa main dans
l'Eglife de S. Denis . Il refufa
la dignité de Conneſtable que
le Roy lui offrit aprés la retraite
du Conneftable de Cliffon .
Il fuivit le même Roy en la
ville de Cambray aux nôces de
Jean de Bourgogne Comte de
GALANT 417
Nevers avec Marguerite de Ba
viere ; fa réputation fut fi gran,
de , que Pierre de Courtenay
Chevalier Anglois, vint à Paris ,
& le défia au combat ; le Roy
le permit & ayant rompu leurs
lances fans aucun avantage de
part ni d'autre Sa Majesté les fir
feparer. Il époufa Marie Dame
de Sully & de Craon fille uni
que de Louis de Sully & d'Ifa
belle de Craon ; il en eut Geor
ges de la Trimoille
jourd'huy defcendent directement.
d'au-
Mademoiſelle de Bullion ,
prefentement Princeffe de Tal
418 MERCURE
mont , eft fille de Mr le Mar
quis de Bullion , Prevoſt de
Paris , & Gouverneus du Païs
du Maine , & foeur de Madame
la Ducheffe d'Uzés . Je vous
ay fi fouvent parlé de la Maifon
de Bullion & de fes Alliances
, & d'ailleurs ma Lettre
eft déja fi remplie , & les Articles
dont il me refte à vous
parler , font en fi grand nombre
, que je ne m'étendray pas
aujourd'huy davantage fur celuy
que vous venez de lire.
Le Roy a accordé à Mr le
Chevalier d'Infreville une penfion
de fix mille livres , en con
GALANT 419
fideration des fervices que ce
Chevalier luy a rendus pendant
quarante deux ans , tant
en qualité de Capitaine de Vaiffeau
, que de Chef d'Eſcadre
de fes Armées Navales , ayant
pendant un fi grand nombre
d'années fait paroître dans toutes
les actions generales & particulieres
où il s'eft trouvé ,
un zele & une valeur diftinguée
. Le Brevet que le Roy
vient de donner à ce Chevalier
, eftant conçu dans les termes
que vous venez de lire ,
ce Brevet doit luy faire encore
plus de plaifir , que la pen420
MERCURE
fion qui vient de luy eſtre ac
cordée.
Mr le Marquis de Puyfegur,
Lieutenant General des Armées
du Roy , a eu le Gouvernement
de Condé vacant par
la mort de Mr le Comte de
Revel. Ce Marquis eft fils de
M Jacques de Chatenet , Seigneur
de Puyfegur , Colonel
du Regiment de Piémont , &
Lieutenant General des Armées
de France , fous les Regnes de
Louis le Jufte , & de Louis le
Grand. Il avoit porté les armes
pendant quarante ans fans
diſcontinuation ; fçavoir , deGALANT
421
puis l'an 1617. Il s'eftoit trouvé
à plus de cent vingt Sieges ;
en plus de trente Combats
Batailles , ou Rencontres , fans
avoir jamais receu aucunes
bleffures , ainfi qu'il le dit luymême
dans les Memoires qui
ont paru à Paris & à Amfterdam
en 1690.
M' le Marquis de Puyſegur
fon fils , qui donne lieu à cet
article , a efté long- tems Capiraine
dans le Regiment duRoy,
& fut propofé par M le Marquis
de Montchevreuil fon Colonel
, à Mr le Maréchal de
Luxembourg , aprés la bataille
422 MERCURE
de Fleurus , pour remplir la
Charge de Maréchal des Logis
de l'Armée , qui vacquoit par
la mort de Mr Defcures , qui
fut tué ou perdu à cette bataille.
Il exerça cet employ jufqu'à
fon départ pour l'Espagne , S.
M. C. ayant fouhaité qu'il y
fervit , ce qu'il a fait long- tems
avec beaucoup de fuccés , en
qualité d'Inſpecteur & d'Officier
General ; & dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé ,
il s'eft montré tres - digne des
graces de S. M. Il eft frere de
Mr de Puyfegur, Abbé de S.
Evre , dans le Diocefe de Toul
GALANT 423
connu par fon merite & par ſa
vertu.
La maifon de Chaftener , ou
Chaſtane, eſt de Languedoc , où
il y a une branche, dont le
Chef époufa il y a quelques
années , Mademoiſelle de Murat
, d'une ancienne famille de
la Robbe du Parlement de
Toulouſe. Elle y eft diftinguée
par fes alliances & par fon ancienneté
, & par les Grands
Hommes qu'elle a produist.
Condé eft une Ville des Païs-
Bas , dans le Haynault . Son
nom latin eft Condatum, elle eft
fur les bords de l'Escaut , à
224 MERCURE
deux lieues de Valenciennes.
Elle fut prife en 1676. & le
Roy l'ayant fait fortifier tresregulierement
, cette Place eft
devenue tres-importante. Il y
a une Eglife Collegiale , qui eft
très-ancienne. Certe Ville eſt
fort celebre , ayant donné fon
nom à plufieurs Heros de la
Maifon de Bourbon. Elle entra
dans cette maiſon en 1487 .
par le mariage de François de
Bourbon , Comte de Vendôme
, avec Marie de Luxembourg
, veuve de Jacques de
Savoye , Comte de Romont ,
fillle aînée , & principale heriGALANT
425
tiere de Pierre de Luxembourg,
deuxième du nom , Comte de
Saint Paul & de Converſon ,
de Marle , & de Soiffons , Vicomteffe
de Meaux , Dame
d'Anguien , de Condé , &c . Elle
mourut en 154701
Mle Marquis de Mimeure,
ayant efté nommé il y a plufieurs
mois pour remplir la
place que feu M le Prefident
Coufing avoir à l'Academic
Françoife , la reception de ce
Marquis, fur differée jufqu'au
Jeudi premier jour de Decembre
, parce que le Commande
ment qu'il a dans les Troupes ,
Nov. Dec. 1707. Nn
"
426 MERCURE
ne luy permettoit pas de fe rendre
à l'Academie pour y donner
des marques de fon efprit
dans le temps qu'il devoit en
donner de fa valeur , en expofant
fa vie pour le fervice du
Roy & de l'Etat . Le jour marqué
pour la reception l'Affemblée
fut auffi illuftre que nombreufe
, & ce Marquis ayant
pris fa place dans le lieu où fe
mettent ordinairement ceux
qui font reçus , dit , aprés avoir
falué la Compagnie d'un air
martial , & auffi honnefte que
foumis .
GALANT 427
MESSIEURS ,
Voicy donc le jour heureux ,
malgré moy fi long- temps differé ,
où je puis enfin vous rendre grace
de vos fuffrages
à jouir de l'honneur où ils m'éle
vent.
commencer
Un prompt départ a fufpendu
pendant plus de fix mois les rémoignages
publics que je vous
devois de ma fenfible reconnoif
fance ; mon devoir m'appelloit loin
de vous me preffoit d'aller
fervir voftre augufte Protecteur.
Mais mon zele , je l'avonë ,
Nnij
428 MERCURE
tout ardent qu'il eft pour fon fervice
, n'étouffoit pas en moy un
Secret murmure de l'amour propre.
Dans l'incertitude de ce que les
hazards de la guerre pouvoient
me referver , je partis plein de
regret de n'eftre pas encore initié
à vos myfteres. Si voftre choix ,
Meffieurs ,fembloit me promettre
departiciper un jour à vostre gloire ,
il ne raffuroit pourtant pas affez
mes efperances , puifque mon nom
n'étoit pas encore écritparmy ceux
de tant de perfonnes illuftres dont
voftre Compagnie a toûjours eſté
compofée
Tous les hommes , plus portez
GALANT 429
à s'aimer eux-mêmes qu'à fe connoiftre
, & fenfiblement touchez
que la mefure de la vie foit renfermée
dans des bornes fi étroites ,
Jeflattent d'en prolonger en quel
que forte la durée aprés la mort ,
par la réputation qu'ils ambitionnent
de s'établir ; foit chimere
ou raiſon , c'eſt un ſentiment naturel
qu'il feroit difficile & même
dangereux de détruire , & de leur
ofter.
En effet , Meffieurs , le defir de
vivre même au-delà du tombeau ,
eft le reffort puiffant qui dans tous
les âges a fait agir les grands hommes
, aformé les Conquerants , les
430 MERCURE
Politiques , & les plus cèlebres
gens de Lettres.
C'est une verité qui s'estfaitfentir
vivement dans la conduite du.
fameux Cardinalde Richelieu . Ce
grand Homme de qui le geniefu
blime , fuperieur à fa haute fortune
, & de qui les actions à jamais
memorables font fi souvent
prefentes à noftre fouvenir , aprés
avoir par la force & la fageffe de
fes confeils oppofé les premiers obftacles
aux vaftes deffins de la
Maifon d'Autriche aprés avoir
attaqué l'herefie jufques dans fon
azile , & foumis les flots de l'Osean
aux loix de fon Maistre : ce
GALANT 431
1
grand homme , dis -je , ne crut pas
que fa réputationfuft affez durable
, s'il ne procuroit l'établiſſement
de voftre illuftre Compagnie. Cet
établiffement digne objet de fon
ambition , fut le chef- d'oeuvre de
Sa prudence & defes lumieres ; il
prévoyoit bien , Meffieurs , que
vos ouvragesparoiffoient dans tous
les fieclès , & que vostre recon
noiffance feroit à fa memoire le gage
le plus certain de l'immoralité.
a
M' le Marquis de Mimeure
fit enfuite l'Eloge de Monfieur
le Chancelier Seguier , fuivanr
l'ufage de tous les Academi432
MERCURE
ciens qui font reçus , de donner
quelques coups d'encenſoir à
ceux qui ont efté Protecteurs
de l'Academic , & à qui cet illuftre
& fçavant Corps eft obligé
de donner des marques de
fa reconnoiffance, M' de Mimeure
avoit une belle matiere
de parler de ce Chancelier ,
puifqu'il eft le premier de fes
Protecteurs qui l'ait receu chez
Juy & que nonobſtant les
grands foins qui doivent occuper
le Chef de toute la Juſtice
de France , ce grand homme ſe
faifoit un plaifir diaffifter à ces
Affemblées , & à fes déliberations.
Le
GALANT 433
Le nouvel Academien parla
enfuite avantageufement , felon
la coûtume , de feu M' le
Prefident Coufin , dont il rempliffoit
la place . Il dit que l'efperance
de faire paffer fon nom
à la pofterité l'avoit engagé
aux veilles & au travail qu'il
avoit continué avec fuccés pendant
fa vie. Il parla de fes affi
duitez aux Affemblées de l'Academie
; de fes Traductions ,
& du Journaldes Saçvans , fans
le nommer néanmoins , & auquel
ce fçavant homme a travaillé
pendant plufieurs années.
Il parla auffi du don precieux
Nov. Dec. 1707. 00
434 MERCURE
que M' le Prefident Coufin a
fait au Public , en luy abandonnant
la Biblotheque.unton rah
Mr de Mimeure dit enfuite,
qu'il fe reconnoiffoit bien indigne
de fucceder à un fi ex
cellent homme ;; & que lors
qu'il cherchoit ce qui avoit
obligé l'Academie à tourner
fes yeux fur luy , pour remplir
fa place , il n'y voyoit
point d'autre fondement que
l'honneur qu'il avoit cu dés
fes plus tendres années , d'eftre
tiré du fond de fa Province ,
pour s'attacher à la perſonne
du fils du plus grand des Rois ;

2
GALANT 435
ce qui luy donna lieu de dire ,
qu'ayant efté un témoin fidelle
des commencemens de la vic
de Monfeigneur le Dauphin ,
l'Academic l'avoit fans doute
choifi , comme eftant plus propre
qu'un autre à l'informer
des fentimens d'humanité nobles
& pleins de grandeur ,
qu'on a connus à ce Prince
dés fon enfance , & de la vi
gilante attention qu'il a tou-
3 jours eue à fe former fur les
exemples de fon auguſte Père.
Il ajoûta , que c'eftoit fur ce
modelle qu'on l'avoit veu avec
un courage intrépide , mais
1
Oo ij
436 MERCURE
fimple & fans oftentation , foût.
mettre le Palatinat entier , en
moins de deux mois , malgré
la rigueur d'une faifon contraire
, & faire tomber devant
luy les Remparts d'une Place
fuperbe , qui eft encore regar
dée aujourd'huy comme
clef de l'Empire ; & que fi dés
fa premiere Campagne il avoit
fçû s'attirer & l'eftime & l'amour
des Troupes , il n'eftoit
pas moins dans nos Villes les
delices des peuples . Il paffa
de-là aux troubles & à l'inquietude
que ces mémes peuples
curent lorfqu'ils craigniGALANT.
437
une
rent maladie cruelle ne
mit en peril une vie qui leur
eftoit fi precicufe ; & il parla
enfuite des tranfports de leur
joye au retour de fa fanté.
Il dit , aprés avoir finy l'Eloge
de Monfeigneur le Dauphin
, que s'il avoit lieu de
penfer encore , que s'il falloit
auffi rendre compte à l'Academie
, des deux Campagnes
ou Monfeigneur le Duc de
Bourgogne avoit commandé,
les Armées du Roy , l'honneur
qu'il avoit eu d'y porter fes
ordres , pourroit donner quelque
credit au recit qu'il en
O o iij
438 MERCURE
feroit. Il ajoûta , que
fa memoire
eftoit fidelle fur la haute
idée qu'on y prit de luy , &
fur le courage & l'intelligence
qu'il y fit paroître. Il parla de
fon exactitude dans la difcipline
; il dit que ce Prince eftoit
un exemple de pieté & de regularité
, & il fit des voeux pour
que le Prince que le Ciel luy a
donné , devienne un jour comme
fon Pere & comme fon
-Aycul , le digne imitateur des
vertus de Louis le Grand,
Mr le Marquis de Mimeure
trouva le moyen de paffer tresfpirituellement
de l'Eloge de
GALANT 439
ces Princes , à celuy de M'le
Due de Montaufier , & il parut
qu'il le fit entrer naturellement
dans un Difcours , où il
paroiffoit que ce Duc ne dût
avoir aucune part. Cependant
fon caractere ayant toûjours
efté regardé comme celuy d'un
parfaitement honnefte homme
& ennemy declaré de la
médifance , de la fatyre , &
de la flatterie , doit faire plaifir
à tous ceux qui en entendent
parler , en quelque lieu
que l'on en faffe la peinture.
Le nouvel Académicien entra
enfuite dans l'Eloge que
Oo iiij
t
440 MERCURE
tous ceux qui font receus dans
l'Académie , doivent faire du
Protecteur de ce fçavant & il
luftre Corps & comme il a
l'avantage d'avoir le Roy à
fa tefte en cette qualité , voicy
de quelle maniere il en parla.
Quel regne jamais fut marqué
de tant de Victoires ? nos Legions
fous les ordres de ce grand Roy ,
n'ont- elles pas efté toûjours invin
cibles ? En vain loin de fes yeux.
·la fortune a - t- elle donné quelquesmarques
de fon inconftance natu
relle ; fon caprice n'a fervi qu'à
nous frapper d'une nouvelle furprife
pour une fermeté heroïques
GALANTM445
que des fu des fuccés
prefque
jamais
in- terrompus
avoient
dérobée
à noftre
connoiffance
. Ilfaut
des temps
difficiles
pour
mettre
à l'épreuve
les
reffources
d'un
courage
ferme
... Lame
de LOUIS
fuperieure
aux
évenemens
réunit
fon activité
fans
paroître
occupée
; elle
étend
fa prévoyance
, elle embraffe
tout
elle repare
tout , fon
cou
rage
nous
ranime
; & fans
porter la vûë au- delà de l'année
même
où je vous parle
, car pourquoy
rappellerois
-je inutilement
icy ,
des conqueftes
, & des vertus
que
tant d'autres
avant
moy ont déjas
plus
dignement
celebrée
? ) quelle
442 MERCURE
moißon de gloire pour LOUIS
LE GRAND dans le feul cours
de cette Campagne ! La Flandre a
vú reprimer l'audace d'un Ennemy
fuperbe qui menaçoit de percer nos
Frontieres ; ce torrent impetueux
quifembloit vouloirtour innonder ,
a efté arrefté dans la premiere rapidité
de fa courfe. L'Allemagne a
éprouvé de nouveau la terreur de
nous avons porté le
nos armes
ravage jufques dans fon fein. Les
rivages de la Mediterranée ont
vú la retraite honteuse d'une flotte
ennemie , & d'une armée temeraire
qui leur preparoient des cha
nes. L'Espagne a vú fes champs
AGALANT 443
baignez du fang de ceux qui
venoient l'envahir ; une victoi
re complette y a ouvert la Campagne
; elle s'y termine par laprife
des Places les plus feditienfes ,
par le triomphe d'un Prince du
Sang dont il eft forty. La mer
vient de voir ou pris ou brûlez on
difperfez les Vaiffeaux de ceux
qui s'arrogent fur elle un empire
illegitime. Enfin malgré tous les
efforts de l'Europe unie &conju
rée , lorfqu'il a fallu attaquer , il
femble que
le Dieu de la guerre
nous ait prêtéfon épée ; quand il
a fallu feulement fe deffendre , il
femble que Pallas nous ait confié
fon Ægide.
444 MERCURE
Aprés tant d'avantages , que ne
devons - nous pas attendre du defir
fincere que LOUIS LELE GRA GRAND
conferve de rétablit d'affſurer
la tranquillité des Nations ?
Nous le fçavons grand Roy , fi
vous veillez avecfuccés à deffendre
vos Etats contre la confpiration
generale des Puiffances qui nous
environnent; Vous afpirez encore
davantage à donner la Paix , &
à foulager les peuples que le Ciel
vous a foumis. Que fivos Ennemis
toûjours unis par des fentimens
de crainte de jalousie , ou
feduits par une confiance mal -fondée
, ofoient fe flatter de laffer noGALANT
445
Trepatience d'épuifernosforces ;
qu'ils fçachent qu'auffi bien que
voftre gloire , noftre zele n'a point
de limites ; que nous facrifierons à
jamais pour elle & nos biens &
nos vies , & qu'ils reconnoiffent
enfin à leur honte combien il y a
de courage dans une Nationfidelle ,
gouvernée par un Maistre à qui.
il eſtſi glorieux d'obéir , & qu'il
eft fijufte d'aimer.
&
a
Alors , Meffieurs , pourſuivit
M de Mimeure , quand aprés
une Paix defirable & glorienfe
mon devoir me permettra de me
trouver foigneufement à vos Affemblées
, je tacheray par vostre
446 MERCURE
commerce de me rendre plus digne
du choix dont vous m'avez honoré
; j'écouteray long- temps comme
un difciple attentif & appliqué à
s'inftruire : & fi ma foibleſſe ne
me permetpas de vous atteindre ,
content de vous applaudir ,fije ne
puis vous imiter , je me flatte du
mes empressemens , &
mes foins affidus feront affez heureux
pour vous plaire , & que
ma veneration pour cette illuftre
Compagnie m'attireraquelquepart
à l'honneur de vostre bienveillan
moins
cc.
que
Mr le Marquis de Mimeure
ayant achevé fon diſcours , Mr
GALANT 449
de Sacy , Chancelier de l'Academie
, prit la parole ; & aprés
avoir dit à ce Marquis , que les
voeux du Public avoient de-.
vancé les fuffrages de l'Academie
, il fit une peinture de fa
modeftie , fur ce qu'il n'avoit
voulu devoir qu'à lui- même , le
choix que l'Academie avoit fait
de lui , pour remplir la place de
feu Mr le Prefident Coufin . Il
fit voir que perfonne n'eſtoit
plus en eftat , que ce Marquis ,
d'employer des protections refpectables
, & des follicitations
dangereuſes ; mais qu'eftant
perfuadé que ces fecours ne fai448
MERCURE
fant dans cette occafion allez
d'honneur , ni à celui qui s'en
fert , ni ceux auprés de qui on
les employe , il avoit donné un
exemple digne de fervir de regle
à tous ceux qui entreroient
aprés lui dans la même carriere ;
il lui dit qu'il n'avoit fait parler
pour la Renommée ; lui que
mais qu'il pouvoit bien ſe repofer
fur elle; qu'il n'auroit point
trouvé d'amis qui l'euffent
mieux fervi ; qu'il ne parloit
qu'à peine elle parloit déja de
lui ; & que les merveilles qu'elle
publioit de la fineffe & de la
vivacité de fon efprit , de la
#GALANY 449
3
jufteffe & de la force de fon
raifonnement ; de la douceur
& de la bonté de fes niceurs ,
exciterent la curiofité de la
Cour, qui le regarda comme
un prodige. Il parla enfuite de
L'employ qu'il avoit auprés de
Monfeigneur leDauphin ; aprés
quoy il fit l'éloge de feu Mr le
Duc de Montaufier , Gouver
neur de ce Prince ; celuy de Mr
l'Evêque de Meaux , Precepteur ,
& de Mr Huet , ancien Evêque
d'Avranches
, Sous - Precepteur
.
Ces éloges furent trouvez parfaitement
beaux, & il feroitdificile
de pouffer plus loin les pro-
Nov. Dec. 1707. Pp.
450 MERCURE
traits qu'il en fit,puis en s'adreffant
àMr de Mimeure, il luy dit
que pendant que ces Grands
hommes n'oublioient rien pour
former le Prince qui leur avoit
été confié, il avoit le bonheur ,
que plus il apportoir d'affiduité
à le fervir , & plus il fe
mettoit en eftat de meriter fon
eftime , il prenoit fans ceffe
dans tout ce qui échapoit à fes
inclinations heroïques , l'amour
de la vertu , & dans les leçons
délicates qu'ils luy donnoient ,
le goût des plus excellentes
chofes. Il dit encore qu'il en
avoit fi bien fçû profiter , qu'il
GALANT 451
fut jugé auffi digne de le fervir
dans les nobles travaux , où
bien toft aprés la gloire l'appella
, qu'il avoit paru propre
à l'amufer dans les jeux & dans
les exercices de fon enfance , &
qu'on le vit marcher aprés luy ,
d'un pas ferme, dans tous les perils
où fon grand coeur le precipita
; mais que témoin de fon
humanité pour les Soldats , de
fon affabilité pour les Officiers ,
de fa liberalité envers les Trou
pes , de fa prevoyance dans les
contre-temps , de fa patience
dans les fatigues , il comprit
combien il eft vray , que la va-
Ppij
452 MERCURE
o
leur feule ne forme point le
Heros. Dort ge 25-0
Mr de Sacy aprés s'eftre
eftendu for la mefme matiere ,
donna beaucoup de louanges.
aux Poëfies latines & françoifes
de Mr de Mimeure , & il
parla enfuite de feu Mr le Prefident
Coufin , dont le nouvel
Academicien rempliffoit la place.
Je ne vous dis rien de cer
éloge , qui parut fi beau à toute
l'affemblée , & qui eft fi digne
des applaudiffemens
qu'il
reçût, de crainte de l'affoiblir , fi
je ne leraportois pas tout entier
Mr de Sacy finit enfuite fon
GALANT 453
difcours par les termes fuivans .
Nous ne travaillons fans ceffe
qu'à perfectionner une Langue
destinée à immortalifer les merveilles
du Regne de noftre augufte
Protecteur. Quel délaffement plus
glorieux pour vous , Monfieur;
aprés avoir , fous ces aufpices
cüeilly des lauriers dans les champs
de Mars , de venir , avec nous
luy en faire des couronnes dans ce
Palais ,
2 on fa magnificence ouure
un azile aux Muſes :
vous nous y verrez difputer à
L'envy cet honneur; mais , malgré
tout voſtre empreffement à ce
Jebrer fes vertus , nous vous en
454 MERCURE
tendrez ( ce qui eft de toutes les
louanges la plus touchante ),faire
plus de voeux encore pourfa vie ,
que d'eloges pourfa gloire...
Il paroît depuis quelques
jours un Livre qu'on attendoit
il y a long - temps , & qui aprés
divers orages a enfin vû le jour,
il a pour titre : Abregé de l'Hif
toire des Sçavans anciens & medernes
, avec un Catalogue des Livres
qui ont fervi à cet Abregé de
l'hiftoire des Sçavans. Cet ouvrage
, qui fait déja beaucoup de
bruit , fe vend chez le Gras , au
Palais , chez le Clerc dans la
GALANT 455
précau
ruë S.Jacques, & chez Edouard,
ruë Neuve N. Dame prés l'Hô
tel- Dieu : Il ne reste plus à fçavoir
que le nom de l'Auteur ,
ce qui n'eft pas facile , puifque
l'on a pris de grandes
tions pour le cacher
le cacher ;
cependant
des gens affez bien inftruits
de ce qui fe paffe dans
la Republique des Lettres , veulent
que ce foit le fçavant Au
teur de La diftinction du bien&
du mal , &c. qui parût contre
M' Bayle il a trois ou quatre
ans. L'article d'Urceus , qu'on
trouve à la 174 page , eft fort
curieux. Il y a à la fin de l'ou$
456 MERCURE
vrage une fort belle Addition à
L'article de Sciopius. On a mis
dans l'article qui regarde ce
Sçavant , une circonftance
affez
finguliere , & qui fait bien voir
qu'on peut faire entrer toutes
fortes de matieres dans un Onvrage
de diverfité , tel que celui-
cy. La circonftance
dont je
parle , regarde l'envie que Sciopius
portoit aux moineaux. La
Table des matieres eft d'un
goût fingulier , mais elle eft
tres commode pour unLecteur
avide , & qui veut prendre tout
d'un coup l'idée d'un Livre. Le
Catalogue des Auteurs dont
on.
GALANT 457
on s'eft fervi pour compoſer
cet Ouvrage , & qu'on a mis
au commencement , cft fait avec
beaucoup d'exactitude , &
ce n'eſt pas un des moindres
endroits de ce Livre. Il faudroit
plus de temps pour vous parler
de la premiere partie qui regarde
les anciens Auteurs ; il
y a plufieurs endroits qui demanderoient
des differtations
particulieres , & qui regardent
les plus fublimes matieres de la
Philofophie. L'Auteur avertit
dans fa Préface , que les materiaux
des Tomes fuivans font
ous prefts ; on doit fouhaitter
Nov. & Dec. 1707. Q¶
458 MERCURE
que l'Auteur tienne fa parole ;
ce Livre eft trop utile à la République
des Lettres , pour que
l'onn'en fouhaitte pas la continuation.
On doit regarder le
Plan de cet Ouvrage , comme
un Plan qui n'a point encore
efté mis en oeuvre , & on doit
remarquer que l'Autcur ne
s'attache qu'aux actions les plus
confiderables & les plus fingulieres
des Auteurs dont il parle ,
ou à celles qui ont échappé aux
recherches des Sçavans , & que
ce n'eft point leur vie qu'il donne.
Vous ferez fans doute furGALANT
459
priſe de trouver icy un Ouvra
ge qui me regarde en quelque
maniere , fçachant que je n'ay
jamais voulu rien mettre dans
mes Lettres qui pût eftre regardé
comme des loüanges qui
tomberoient
fur moy ; cependant
je n'ay pû réſiſter aux preffantes
follicitations qui m'ont
efté faites par des perfonnes
aufquelles je dois obéir , d'inferer
icy ce que vous y allez lire
touchant l'Hiftoire du Siege de
Toulon. Mais après l'avoir bien
examiné , j'ay trouvé qu'il étoit
beaucoup moins à mon avantage
qu'à celuy des perfonnes
Qq ij
460 MERCURE
qui m'ont envoyé les Relations
qui , aprés avoir efté mises en
corps , ont formé cette Hiftoire.
Je ne dois eftre regardé en
cette occafion que comme une
Bouquetiere , qui aprés avoir
cueilli de tous côtez les plus
belles fleurs qu'elle ait pû trouver
, & en avoir fait de tresbeaux
bouquets , ne peut être
loüée que du grand amas , &
du beau choix qu'elle a fait de
toutes ces fleurs ; de l'arangement
où elle les a mifes , & de
les avoir liées enſemble . L'Auteur
de la Lettre , que vous allez
lire , eft un de ces hommes
GALANT 461
univerfels qui fçavent un peu
de tout , & qui font répandus
dans le monde , où ils font fouhaittez
, dans toutes les Compagnies.
Vous trouverez dans
la Lettre fuivante , qui lui a eſté
envoyée par une Dame de Poitou
, ce qui l'a obligé d'écrire
fur l'Hiftoire de Toulon ,
On n'entend parler dans cette
Province
que
de l'Hiftoire du Siege
de Toulon ceux qui l'eftiment
le plus , font furpris qu'un
Ouvrage , qui ne regarde que
guerre ,foit lu avec le même empreffement
de l'un
la
de l'autre
Qq iij
462 MERCURE
Sexe, & de toutes les perfonnes
de differentes profeſſions . Je ne l'ay
point encore lû ; mais je vous avonë
qu'il faut que cet Ouvrage
ait un charme fecret que je ne comprendpas
, pourproduire également
dans tous les efprits , un effetfi peu
vray -femblable. Ainfi vous me
ferez un plaifir fenfible de l'examiner,
de me mander tout ce
que vous en penfez. Des raifons
particulieres m'obligent à vous
faire cette priere , & à vous dedemander
même de faire imprimer
dans le Mercure ce que vous m'écrirez
fur ce fujet. Vous m'avez
dit plufieurs fois que vous ne me
GALANT 463
le
rafuferiez rien de tout ce que je
vous demanderois , quand je voudrois
me fervir de toute l'autorité
que vous dites que j'ay fur vous.
Je m'en fers donc , puifque vous·
voulez , & ce qui doit paroître
nouveau , je vous demande excufe
dans le même temps que je vous
commande ; mais je vois bien que
fans me fervir de ce dernier mot ,
je ne pourrois obtenir ce que jefoubaitte.
Voicy la reponſe qui a eſté
faite à cette Dame , & qui merite
affeurément beaucoup d'attention
, puifque l'Auteur , en
Q q iiij
464 MERCURE
::་༧
croyant n'y faire que la peinture
de ce que j'ay dit en beaucoup
d'endroits , rencherit beaucoup
fur cette peinture , & fur
tout , lorfqu'il s'agit de politique.
Je m'arrête , car fi je continuois
de vous entretenir plus
long- temps fur cette matiere ,
ce que je dirois pouroit paffer
pour une troifiéme hiſtoire du
Siege de Toulon .
A MADAME DU V .....
و ر
"
Enfin, Madame, vous voulez
que je fois imprimé , du
moins une fois en ma vie , &
GALANT 465
CC
je crois que les détours que "
vous prenez , ne font que
pour m'amener au but que
vous avez toujours fouhaité. "
Cependant , il y va de ma
reputation , & vous deviez "
faire reflexion que le monde "
eft remply d'une infinité de
gens qui fe démêlent tres- "
bien des converfations où ils "
fe trouvent , & qu'il y en a
même beaucoup dont l'efprit
brille infiniment , & qui cependant
perdent touteleur ré . «e
putation , dés qu'ils fe mêlent "
d'écrire. Auffi ont ils grand
foin de ne rien laiffer écha-
CC
(6
e
466 MERCURE
د ر
و د
و د
و د
» per qui ſoit forty de leur plu-
,, me. Comme je ne fuis pas du
nombre de ceux qui brillent
beaucoup , lorfqu'il ne s'agit
›› que de parler , je dois , encore
plus qu'un autre , éviter la de-
,, mangeaifon d'écrire , fi na-
, turelle à la plupart des hom-
,, mes . Ainfi , fuppofé que j'aye
acquis quelque reputation
dans le monde , je vais vous
en faire un facrifice, en obeïffant
à vos ordres ; mais j'auray
du moins l'avantage qu'-
en perdant beaucoup d'un
cofté , ma complaiſance
me
tiendra , de l'autre , lieu de
و د
و د
و د
و د
و د
GALANT 467
*
CC
merite auprés de vous . Je "
vais donc vous fatisfaire.
Si l'Hiftoire du Siege de "
Toulon ne regardoit que le "
Journal de ce qui s'eft paffé
à ce Siege , on auroit lieu "
d'eftrefurpris , qu'un Ouvra- “
ge qui ne parleroit que de "
guerre , & qui ne reffemble- "
roit qu'aux Journaux que
l'on adonnez juſqu'à prefent
d'un grand nombre de Sie- "
ges , fût lû , avec autant de “
plaifir que d'empreſſement ,
par des perfonnes , que les
ouvrages de cette nature
doivent peu divertir ; mais il “
re
сс
Ce
468 MERCURE
55
د و
"
>>
دو
n'en eft pas de même de l'Hif
toire du Siege de Toulon ,
qui fait la moindre partie de
cet Ouvrage , ce qui l'a devancé
; ce qui l'a fuivy , & ce
,, qui s'eft paffé dans toute la
,, Provence , pendant ce Siege,
eftant infiniment plus confiderable
que le Journal qui le
,, regarde , qui ne comprend
» que peu de jours. Mais quoi-
» que tout ce que je viens de
vous marquer comprenne
beaucoup de chofes curieufes
, ce n'eft encore rien , fi
و ر
"
و ر
و ر
22
"
on le
33
compare à ce que
l'on
doit proprement appeller
GALANT 469

l'Hiftoire de ce Siege , aux
raifons politiques qui l'ont
fait entreprendre par quatre
grandes Puiffances , & au caractere
des Generaux , qui
ont commandé à ce Siege ,
& pendant toute la
gne de Provence . L'Auteur a “
tres- bien fait voir dans fon "
Ouvrage , tout ce que l'on "
campa-
<<
peut dire fur toutes ces cho- "
fes .
65
Les quatre Puiffances qui "
qui avoient entrepris d'inon- "
der la France , aprés la prife "
de Toulon, font l'Empereur ,
l'Ufurpatrice du Royaume "
(6
470 MERCURE
"3
و ر
"
و د
›› pas
و ر
و د
d'Angleterre , Mr le Duc de
,, Savoye , & la Republique de
Hollande. Toutes les Trou-
,, pes qui ont fait la campagne
de Provence, & qui n'eftoient
nées fujettes de ces quatre
Puiffances , ne devant eſtre
regardées que comme des
Troupes dont les Souverains
n'avoient point de part à
l'affaire dont il s'agiffoit
, &
,, qui n'eftant point perfonnellement
en guerre , donnent
leurs Troupes à loüage ,
,, pendant chaque Campagne ,
& tirent de l'argent du fang
,, de leurs Sujets , qui ne de-
و د
و د
و د
و ر
GALANT 771
66
vroit eftre verfé que pour la “
gloire , pour l'accroiffement ,
ou pour la deffenſe de leurs "
Etats , qu'ils affoibliſſent par
le fang que verfent inutile- «
ment tant de Sujets , qui loin "
de le prodiguer pour leur Pa- “
trie , ne le voyent couler que
pour fatisfaire à l'avarice de "
leurs Souverains , ce qui fait "
diminuer confiderablement
"
le nombre de leurs Sujets ,
par les hommes qu'ils envoyent
tous les ans › pour
remplacer ceux qui ont pery
pendant la Campagne , de- "
puis que cet ufage , qui n'a "
(C
ઃઃ
CC
ce
472 MERCURE
"
"
>>
>>
و د
», guere plus d'un demy fiecle ,
s'eft eftably. Dés que deux
Souverains
font en guerre
,
toute l'Europe
eft en armes ,
& l'on en voit une partie combattre
contre l'autre , fans
,, que les Souverains
de ces
Troupes ayent aucun démêlé
enſemble
; de maniere qu'il
n'y a point à douter qu'ils ne
doivent repondre un jour du
Sang de leurs Sujets , qu'ils
font fouvent enlever par force
de leurs Etats ,
tranfportez , & perir dans
des Païs Ennemis , fans
>>
و د
و د
و د
د و
ور
و د
"
و ر
pour
eftre
que
rien les doive animer au comGALANT
473
сс
CC
bat que la deffenfe de leur «
vie , qu'on les force d'expoſer
, ſans aucun ſujet . La di- “
verfité des Troupes qui compofoient
l'Armée des Alliez "
en Provence
, & qui appartenoient
à diverfes Puiffan- "
ces , m'ont donné lieu de "
m'étendre
fur ce que vous
venez de lire , quoique je n'en .
cuffe pas formé le deffein ,
lorfque j'ay mis la main à la
plume , pour fatisfaire à ce “
que vous m'avez ordonné . «
Je reviens
à ce qui regarde
les quatre Puiffances , qui
avoient refolu d'envahir la "
Nov. Dec. 1707. - Rr του
cr
474 MERCURE
و د
France , & qui comptoient
que rien ne leur feroit impoffible
, aprés la prife de Tou-
››
و د
و د
و ر
و د
lon . Elles avoient neanmoins
chacune des vûës particulie-
,, res , qu'elles tenoient ſecrettes
, & qu'il eftoit cependant
aifé de découvrir lorf-
,, que l'on faifoit reflexion ſur
les interefts qu'elles pouvoient
avoir chacune en particulier.
"
و ر
"
د و
و ر
""
"
و د
و د
L'Empereur comptoit que
la conquête de la Provence
accomoderoit extrêmément
fes affaires de tous coftez
2
qu'elle affureroit à la Maiſon,
GALANT 475
"C
la poffeffion des places , dont
fes Troupes venoient des'em- "
parer en Italie , & qu'il doit "
craindre , tous les jours , de "
voir repaffer entre les mains "
de leur legitime Souverain ,
puis qu'outre que ce que l'on "
acquiert par des revolutions "<
& par des trahifons , n'eſt
pas fouvent long- temps fans "
retourner à fon veritable "
Maître les Autrichiens ne s ;;
doivent jamais compter de.'<
poffeder les cours des Ita- '
leur
gouvernement '<
liens ,
eftant
trop
cruel
, &
cherchant
à tirer
jufqu'au
der
Rrij
476 MERCURE
"
و ر
و ر
و ر
و و
و د
res ,
nier fol des Peuples , tant
pour accomoder leurs affailes
revenus des Païs hereditaires
de l'Empereur ne
montant pas prefentement à
quinze millions, que pour af
foiblir d'abord les Peuples
d'Italie , afin de leur ofter la
force de fecoüer le joug , qui
dans la fuite des temps leur
paroîtra encore plus onereux
& plus cruel.
ف و
و د
و ر
ر و
و د
و د
و د
و د
L'Empereur confideroit encore
que la prife de Toulon ,
& la deftruction de la Marine
de France dans la Mediterranée
empêcheroit que l'on
GALANT 477
(6
CE
n'envoyaft par mer , des fe- "
cours en Catalogne , & qu'en- '
fin , qu'avec ceux des An- "
glois , il eftoit impoffible que
toute l'Espagne ne fuft pas
bientoft forcée de fe foumet- "
tre à la domination Autri- "
chienne , & que par ce moyen "
il pourroit prétendre à la
Monarchie univerfelle , & en
effet , fi toute l'Italie , toutes
les Efpagnes , & toutes les "
Indes entroient dans la Maifon
d'Autriche , l'Empereur
,
qui outre les Etats hereditai- "
res qu'il poffede , gouverne
arbitrairement
tout l'Empi-
сс
Сс
CC
CC
CC
478 MERCURE
33
و ر
و د
و ر
و د
و د
"
re , à cauſe de l'alliance qu'il
a faite avec quelques- uns de
fes Princes , & par la crainte
qu'il infpire à ceux qui ſe
croyent trop foibles pour
ofer luy refifter ; fi , dis je
l'Empereur , à qui il ne man-
», que plus que l'Eſpagne & les
Indes , s'en voyoit un jour en
,, poffeffion , il ne manqueroit
pas d'attaquer la Hollande ,
comme un Etat rebelle qui
s'eft fouftrait de la Domination
Eſpagnole , & ainſi les
Hollandois qui n'ont allumé
la guerre prefente que pour
éviter d'eftre réunis à l'Eſpa-
"
و د
و د
و ر
"
و ر
و د
GALANT 479
gne ,
fier à la
CC
Сс
Сс
66
fe verroient obligez de
rentrer bientoft fous la Puiffance
, de maniere qu'ils connoiftroient,
alors qu'ils ont
eu tort de ne fe pas
parole des deux Rois , & l'on
peut dire que pour ne l'avoir
pas fait , ils ont mis le feu
dans toute l'Europe , & qu'ils
fe font mis dans la cruelle fituation
où ils font , la pluſpart
de leurs Villes ne pouvant
plus fubvenir aux frais
de la guerre. Ce font des faits
conftans , & qui font ſouvent
rendus publics , lorfque les
Etats Generaux fe tiennent .
Ce
ce
480 MERCURE
و د
و ر
,,
აა
و د
و د
Le Prince Eugene joüoit
,, un grand Rolle dans la Campagne
de Provence , & l'on .
peut dire que les intereſts des
quatre Puiffances liguées , &
qui en faifoient mouvoir
beaucoup d'autres , luy étoient
cheres . Ilagiffoit pour
l'Empereur , & fi fuivant le
Proverbe qui dit , que la Patrie
eft où eft le bien , il devoir
, regarder l'Allemagne comme
fa Patrie , & le facrifier
», pour ſes intereſts ; mais il auroit
efté affez heureux , fi les
Alliez avoient réüffi dans
leurs entreprifes , pour tirer
و ر
و ر
و د
د و
و د
des
GALANT 481

ی ن
Co
des avantages de toutes les "
parties , puifque l'on avoit
déja deliberé en Angleterre
fur ce que l'on feroit "
pour le combler de biens "
& d'honneurs
& qu'il avoit
auffi unc correfpondance
fecrette avec les Hol- «e
landois , qui efperoient beau- "
coup en luy , & qui luy fai- «
foient de grandes promeſſes
.
Quant à ce qui regardoit
Mr le Duc de Savoye , il fuf- "
fifoit au Prince Eugene qu'il "
fuft de la Maifon de ce Prin- "
ce pour qu'il luy fuft
Nov.
avan-
Dec. 1707. Sf
.
482 MERCURE
tageux d'avoir travaillé au
recouvrement du refte de fes
و ر
و د
د و
و ر
و ر
Etats.
A l'égard de la Reine An-
,, ne , elle avoit des vûes bien
,, plus bornées fur l'affaire de
Toulon , & ces vûes étoient
plus contraires qu'avanta
geufes à la Nation . Elle cherchoit
à l'ébloüir par la gloire
qui en feroit revenue aux
Anglois , & par quelques
avantages qu'ils en auroient
tirez & qui leur auroient efté
communs avec les Hollan-
,, dois ; mais dans le fond , elle
n'avoit que deux chefs
و ر
ور
ود
pour
GALANT 483
сс
се
сс
сс
but. L'une de l'affoiblir toujours
, foit par les pertes , foit
par les dépenfes qu'elles fe- "
roit afin qu'elle ne fuſt point
en eftat de fe foulever contre
elle , & qu'éblouie par la gloire
dont cette Princeffe fe fe- "
roit couverte par la part qu'-
elle auroit euë à la conquefte
de Toulon , cette même Na- "
tion la remerciaſt de ce qu'-
elle faifoit pour l'affoiblir en
ce
сс
cherchant à s'élever afin de "
la pouvoir gouverner avec
plus d'empire , & de l'empêcher
d'examiner que cette
Sf ij
484 MERCURE
», guerre l'avoit appauvrie &
endettée fans luy avoir efté
utile en la moindre chofe
,, n'ayant fervy qu'à luy en faire
tirer de l'argent pour enrichir
ceux qui la mainte-
,, noient fur le Trône , & pour
entretenir une guerre qui luy
donnoit moyen de fe faire
des creatures & des amis de
,, ceux à qui elle conferoit les
Emplois.
د و
و د
د ر
و د
ود
د و
Paffons aux vuës que l'entrepriſe
fur Toulon & fur la
Provence avoit fait concevoir
à Mrle Duc de Savoye.
dire que ce Prince
On
peut
GALANT 485
<<
qui eft un des plus grands Politiques
de ce temps , & qui «
facrifie tout à fa Politique
avoit de tres vaſtes vuës , & "
qu'il n'y avoit rien qu'elles "<
n'embraffaffent
. Il comptoit
que la prife de Toulon en- "
traîneroit celle de toute la "
Provence , & que la perte de "
la Provence luy feroit recou- "
vrer le refte de fes Etats fans "
donner un feul coup . Il fe "
regardoir déja comme maî- "
tre de la Provence , & par "
confequent comme Conquerant
d'une Province "
dont plufieurs de fes Ancê- "
sfiij
486 MERCURE
22
د ر
ه ذ
و ر
*
,, tres , aprés en avoir inutile-
3. ment tenté la conquefte
avoient efté obligez de fe retirer
honteufement
; & de
cette conquefte il portoit fes
vues auffi loin que fon ambi
tion pouvoit s'étendre ; c'eſtà
- dire , qu'il ne leur donnoit
» point de bornes ; mais auffi
l'on peut dire en même tems
›› que les mouvemens qu'il s'eſt
donné aprés eftre entré en
Provence , ont efté extraordinaires
, & qu'il y a joué en
,même temps toutes fortes
de perſonnages. On l'a veu
paroiftre en même temps
53
GALANT 487
cc
re
<c
<<
Agneau & Lion , Devot &
tout ce qui eft oppofé à "
ce caractere ; Protecteur &
Destructeur des Autels en Сс
même temps . Enfin pendant
tout le temps qu'il a demeuré
en Provence , il y a paru
Comme un Prothée qui "
prend toutes fortes de formes
, & toutes ces chofes "
eftant marquées , & prouvées "
par des faits conftans dans "
' Hiftoire du Siege de Tou- "
lon , ainfi que je vous feray "
remarquer aprés que je vous
auray dit un mot des vuës "
que les Hollandois avoient "
cr
" sfiiij
488 MERCURE
و د
ر و
و د
د ر
ود
en contribuant à ce qui poùvoit
regarder la prife de Toulon.
Tout cela , dis- je, fe trou-
,, vant dans l'Hiftoire de ce
Siege, par les faits qui y font
,, rapportez , on ne doit pas
s'étonner de l'empreffement
que l'on a eu pour voir un
ouvrage fi fingulier , & fi la
lecture de cet ouvrage a caufé
tant de plaifir .
Je paffe aux veuës que
Hollandois ont euës en faifant
entreprendre le Siege
de Toulon , afin de ne rien
,, omettre de ce que penfoient
», les quatre Puiffances liguées,
و ر
و ر
و د
ر د
و د
و د
les
19
GALANT 489
"
сс
lors qu'elles font entrées en "
Provence. L'Empereur penfoit
, ainfi que l'on vient de
voir par toutes les chofes qui
ont efté rapportées , que cet.
te conquefte pourroit le con- "
duire à la Monarchie Uni
verfelle. La Reine Anne fe "
perfuadoit qu'elle l'affermi- «
roit pour long temps fur le "
Trône , qu'elle l'empêcheroit
d'en defcendre, & qu'elle
ferviroit à engager les An- "
glois dans la continuation "
de la guerre. Monfieur de "
Savoye donnoit l'effort à fon "
imagination , qui n'avoit
3
490 MERCURE
J'
point de bornes ; & l'on
», peut dire qu'il comptoit fur
la conquefte d'une partie de
la France.
و د
و د
و د
و د
Quant aux Hollandois ,
ils font fi las de la guerre ,
& leurs peuples font fi épuifez
, qu'ils prétendoient que
la conquefte de Toulon pourroit
avancer la Paix , le deffein
de cette Republique n'étant
plus que de fe la procurer
de quelque maniere
», que ce puiffe eftre , & jugeant
bien que
د و
و د
و ر
و د
fi la guerre
dure , elle ne peut luy cftre
que fatale, puifque fi les Im
GALANT 491
periaux deviennent les maî- "
tres abfolus de toutes les Ef- "e
pagnes , ils voudront , com- "
me il vient d'eftre remarqué,
la faire rentrer fous le pouvoir
de l'Espagne . Si au contraire
, les deux Rois ont l'a- "
vantage , ils fe trouveront
en eftat de la foûmettre , &
ne feront plus obligez de "
luy garder la parole qu'ils
luy avoient donnée ; & fi les "
chofes tournent de maniere , 66
que les Anglois remportent
de grands avantages dans la "
fuite de cette guerre
,
Hollandois ont lieu de tout
CO
les
ce
492
MERCURE
د ر
و د

,, apprehender. Les Anglois
,, ont efté de tout temps jaloux
de leur Commerce ; &
ils ont de tout temps refolu
de le traverfer , & même de
le ruiner , lorfqu'ils en trou-
,, veront une occafion favorable
. Ainfi les Hollandois
33
و ر
د ر
و ر
>>
ne peuvent
trouver de falut
,, que dans la Paix , & il n'y a
», que les deux Rois dont ils
fe puiffent
fier à la parole
;
3
ce qui donne lieu de croire
», que s'ils fe repentoient
d'avoir
allumé
la guerre
prefente
, ils leur accorderoient
encore
les mêmes graces
qu
و ر
د ر
"
GALANT
493
ils leur avoient offertes.
re
Je vais ; pour fatisfaire à «
tout ce que vous fouhaitez
"
de moy , parcourir
l'Ouvra- «
ge fur lequel vous deſirez “
que je vous envoye des Re- "
marques , afin d'examiner
les «<
endroits
qui peuvent
luy avoir
fait meriter les applau- “
diffemens
de tout le Public ; "
mais quand cet Ouvrage
ne
contiendroit
que les chofes "
dont je viens de vous faire "
une peinture beaucoup
audeffous
de celle qui fe trouve
dans les deux Volumes "
de ce Siege Hiftorique
de
tc
IC
TC
494 MERCURE
"
.د ر
و ر
*
Toulon , il n'en faudroit pas
davantage pour luy faire meriter
le fuccés qui luy eſtoit
fi juftement deu . Je commence
par l'Epître , que l'on
trouve à la tefte de cet Ouvrage
, qui eft dédié au Roy.
On y a remarqué une cho .
fe auffi rare que curieufe .
C'eft qu'elle roule entierement
fur ce qui fait le ſujet
ة ي و د
و ر
و ز
des deux Volumes dont elle
eft à la tefte , & que l'on y
voit même des chofes dont
le détail ne paroift nyfi beau
ny auffi bien expliqué dans
corps de l'Ouvrage : & ce
,, le
GALANT 495
¢
cc
σε
cc
8
qui eft encore plus furpre- "
nant dans cette Epître , eft "
que l'Auteur ne s'eſt formé " .
qu'un feul point de veuë ,
qu'il a toûjours fuivy , & "
duquel il ne s'est écarté en
aucune maniere , quoy que
l'Epître foit d'une grandeur "
raifonnable. L'Auteur n'a "
eu pour objet dans cette Epitre
, que d'y faire voir que
l'abandonnement de Tou- "
lon , aprés en avoir retiré "
tout ce qui en remplit les "
Magazins , avoit efté refolu ; "
mais que Sa Majeſté s'eſtant “
attachée à examiner cette af. «
(6
496 MERCUR E
"
faire avec toute l'attention
,, que demandoit une choſe fi
importante à la gloire de la
France , & au bien de fes
Sujets que Sa Majeſté , disje
, aprés avoir examiné le
fond , les dépendances , les
conſequences , & tout ce qui
و د
و د
و ر
و ر
33
و د
و د
,, pouvoit arriver , foit en aban
donnant Toulon foit en
cherchant
tous les moyens
de, le fauver
; la fuperiorité
de fon genie , qui luy avoit
fait choifir
le meilleur
party
,
ainfi que l'ont fait voir les
glorieufes
fuites de la refolution
qu'Elle avoit crû de
در
و د
33
د و
GALANT 497
cc
ce
voir prendre. Tout cela cft "
mis dans cette Epître , dans “
un jour qui fait plaifir aux
Lecteurs , & elle eft remplie " ·
de plufieurs traits delicats ,
qui ne font pas moins applaudis
. J'ay fçû que lors " .
qu'on en a parlé à l'Auteur, "
il a répondu , que la matiere “
eftoit fi riche & fi nouvelle , "
qu'elle auroit pú briller davan- "
tage , fi elle avoit esté mise en
oeuvre par d'autres mains que
les fiennes.
La Preface qui fuit
Epître peut eftre regardée “
comme un beau Portique , "s
Nov. Dec. 1707. It
fuit
cette
ce
r
498 MERCURE
و د
ر د
›› qui excite un ardent & curieux
defir dans le coeur de
,, ceux qui le voyent , de paffer
plus avant , afin de cher-
3, cher dans ce Baftiment tou-
3, tes les beautez que les dehors
femblent en promettre. En
,, effet , cette Preface fait voir
que tout l'Ouvrage qui le
fuit doit eftre remply de tant
, de chofes curieuſes , & de fi
grands détails , qu'il eft impaffible
que ceux qui s'attachent
rarement à la lecture,
,, ne s'y fentent portez par
defir d'apprendre toutes les
,, choſes que cette Preface pro,
"
"
و ر
> met
.
le
THEQUE
DE
CC
GALANT
LYO 99
Il eft temps de pafferu
corps de l'Ouvrage , dont je
me contenteray feulement "
de vous donner une idée ; "
puifque fi j'entrois dans quelques
détails , je m'engage "
rois fi avant , que vous ne
eftre plus trouveriez
peut-
<<
Ce
rien de nouveau dans la "
lecture de l'Ouvrage fur le "
quel vous m'avez ordonné "
de vous écrire .
(c
'
Enfuite d'un Prélude , dont "
la lecture doit faire plaifir ,
l'Auteur paſſe à une deſcrip
tion de la Provence , & parle
fuccintement de toutes les "
(C
I tij
500 MERCURE
و ر
د ر
›,
و ر
Puiffances qui l'ont attaquée
inutilement , & il s'attache
particulierement à faire la
,, deſcription de toutes les chofes
qui font dans tous les
,, Magazins & Arcenaux de
,, Toulon , dont l'étenduë &
la beauté de pluſieurs , peur
,, leur faire donner le nom de
», Magnifique. On eſt ſaiſi d'étonnement
, lorsque l'on fair
reflexion fur l'amas prodigieux
de toutes les chofes
neceffaires à l'armement & à
la conftruction des Vaiffeaux ;
& la connoiffance que cette
Defcription donne de tout
و د
"
و ر
و ر
و د
GALANT sar
Сс

ce que l'on a rifqué de perdre
, attire des benedictions "
fur le Monarque qui a voulu "
que l'on entreprift la défenſe “
de Toulon , & qui en à luymême
donné les moyens.
Enfin la joye dont on a cfté "
penetré en apprenant la nou- “
velle de la levée du Siege de "
Toulon fembla recevoir
de l'augmentation , quelque
grande qu'elle fuft déja , lors
que l'on fit reflexion fur tou .
tes les chofes que l'on auroit
perduës , fi cette Place avoit “
efté prife.
L'Auteur , aprés toutes ces
,

&

502 MERCURE
"
"
"
و ر
"
و ر
"
,, Deſcriptions
, qui font un
plaifir extrême , & qui font
voir que l'établiffement
des
Magazins de Toulon , eſt un
des prodiges du Regne du
Roy , paffe à tout ce qui a
regardé la politique des Puiffances
, qui , fuivant les projets
qu'elles avoient formez ,
avoient fait affieger Toulon.
Ce morceau d'Hiftoire eft un
de ceux qu'il faut lire , parce
qu'ils ne peuvent eftre décrits
; & il renferme quantité
de choſes , qui jufqu'icy
n'avoient point efté ſçuës ,
ou qui du moins m'avoient
و ر
ގ
5)
"
27
23
GALANT 503
efté
connues que de peu de
perfonnes
.
L'Auteur commence en-
66.
&
fuite à parler des premiers
mouvemens des Alliez , qui "
cependant ne pouvoient encore
faire connoître de quel
cofté ils avoient refolu de "
tourner leurs pas , & peuteftre
qu'ils ne le fçavoient
pas encore bien eux- mêmes ;
& il fait voir toutes les pré- "
cautions dont on fe fervit "
pour rendre leurs projets
inutiles , quelque but qu'ils
pûffent avoir.
CC
હું
Il donne enfuite une Re- "
504 MERCURE
و ر
و د
و د
و د
ر د
و د
lation ,qu'il declare n'eftre pas
de luy , dans laquelle on trouve
une tres - belle peinture de
tous les mouvemens que M
le Maréchal de Teffé fit, & or
donna de faire dés qu'il n'eut
plus lieu de douter que les
Alliez en vouloient à Toulon
; & il ſe trouve obligé de
faire en cet endroit , un Sommaire
de toute la Campagne,
», qui ne l'empêche pas de don
ner enfuite le Journal qu'il a
, promis d'abord , ce qu'il ne
fait neanmoins qu'aprés avoir
donné d'autres Relations
; faites
د ر
د ر
32
و د
32
و ر
" par
les Lieurenans
GALANT 505
par
r
<<
mans Generaux , qui ont eu «
le plus de part au falut de "
la Provence, ad casjbê rabi
Les mouvemens faits Les
Male Comte de Medavy "
pendant que les chofes , dont «
il eft parlé dans les Relations "
précedentes , fe paffoient , fe "
trouvent décrits de la ma- "
niere qu'ils ont " veritable- «
ment efté faits.hubala
«
CC
Toutes ces Relations font "
fuivies d'un détail curieux de "
tout ce que fit la ville d'Aix ,
pour donner des marques de "
fa fidelité , & pour contri- «
buer au falut de la Provence : "
Nov. Dec. 1707. Vu
2
.
506 MERCURE
و د
ر د
& l'on trouve dans ce détail
une Lettre tres - curicufe qui
,, regarde les moyens dont M²
le Bret s'eft fervi pour trou
ver promptement de l'argent
, & cette Lettre luy fait
beaucoup d'honneur
ر د
de
mefme qu'à environ cent
,, quarante habitans de Marfeille
, qui ouvrirent genereufement
leur bourſe en
cette occafion , & donnerent
par-là de fortes & d'éclatan-
›› tes marqués de leur fidelité
& de leur zèle pour leur Pa-
,, trie , & pour le ſervice du
Roy & de l'Etat.
GALANT
507
On voit
enfuite de cette "
Lettre tout ce que les Habil «
tans de
Marſeille ont fait «
pour le mefme
fujet.as
cc
Ces endroits font fuivis "
d'une peinture rres curieufe: «
de ce que la Marine fit de fon "
cofté pour
empêcher la perte «
de
Toulon , & cetve spein
ture luy eft fort glorieuſe . “
On y voit tout ce que cc
des
Officiers de Marine ont "
falt
pendant un mois , pour
mettre Toulon en état de «
deffenſe ; la fituation où cet- ¿
Te Place fe
trouvoit , ce qu'
elle avoit de
munitions &
сс
Vuij
508 MERCURE
leone
les Emplois que rempliffoient
3, tous les Officiers de Marine.
3, On trouve , aprés ce qui
33 , regarde la Marine de Tou-
* ;, lon , un détail de tout de que
la Flotte des Alliez a fait fur
les Coftes de Provence , pendant
tout le temos que cette
Flotte a demeure dans cette
,,
détail con-
Province , & ce
,, tient des chofes affez divertiffantes
, & peu glorieufes
27,
fiches
5, aux troupes
qui eftoient
fur
cette
mefme
Flotte
.
L'Etat
general
de toutes
les troupes
qui eftoient
22
tant
น dans la Ville que dans les de
GALANT , 509
3
Ca
hors de Toulon, & le nombre
des canons & des mortiers "
placez fur les Baftions font "
en fuite des petites expedi-e
tions de la Flotte ennemie ;
ces Etats font fuivis de trois ?!
Lettres dignes de la curiofité "
du public , & dans lefquelles
on voit des détails de tous les "
foins que prenoient ceux qui
eſtoient chargez de diverfes
, manieres , du foin de défen "
dre la Provence ; on voit aufli "
aprés ces trois Lettres , tout "
ce que M de S. Pater , qui
commandoit dans Toulon
pendant le Siege , a fait pour
Vu ij
510 MERCURE
>>
la défenfe de cette Place , ainfi
,, que les noms des Corps qui y
eltoient enfermez , avec les
,, noms des Officiers qui com-
» pofoient l'Etat Major.
و ر
Aprés toutes ces choſes ,
on trouve le journal de la
, Marche des Alliez en Pro
,, vence , & cc que faifoit leur
Flotte pour les aider dans ce
3, qu'ils auroient befoin d'ello, "
و ر
Vous voyez par tours ce
», que je vous ay marqué de
, puis le commencement de
», ma Lettre , que le Journal
du Siege de Toulon , n'étant
و ر
"
pas encore commencé , ni
SGALANT SIT
Cr
CC.
même celuy de la marche
des Ennemis , l'Hiftoire de ce
Siege contient une infinité "
d'autres chofes tres - curiou
fes qui ne concernent pas ce
Journal , & que par confe- "
quent cet. Quvrage contenant
infiniment plus que le
Journal d'une marche & "
d'un fiege , on ne doit pas
s'étonner de l'empreffement
avec lequel il eft recherché ,
& fur tout lorfque l'on confiderera
qu'il intereffe une infinité
d'Officiers de terre &
de mer ; un Parlement & des
Intendans , ainfi qu'un grand
Vu iiij
"
CC
512 MERCURE
و ر
و ر
و د
و ر
918
.. nombre de Villes , & même
,, des peuples entiers , s'il m'eſt
permis de parler ainfo
L'Auteur de l'Hiftoire de
Toulon fuivant dans fonOuvrage
M² de Savoye dans fa
marche , y fait remarqaqrace
qui s'y paffe de plus confide
rable , ce qui peuty fervir od
faire voir le caractere de ce
Prince , & que ces caractere
eft tel que celuy qui à eſté
marqué cy -deffus. Il le fait
voir à S. Laurent , où il res
çoit les Députez de la ville de
Graffe , aufquels il dit , aprés
,, leur avoir parlé fort gracieu
333
و د
GALANTA 513
fement, qu'il n'en vouloit point
aux peuples , & quefes troupes
ne feroient aucun dommage.
Cependant l'Auteur fait remarquer
qu'auffi - tôt aprés “
que ce Prince cut prononcé
ces paroles , il fit piller & fac- "
cager Saint Laurent prefque
fous fes yeux , & que dans le
temps mefme qu'il parloit
d'une maniere fort douce
aux Députez de Graffe , on
faifoit les mefmes defordres
à Cargue & à Villeneuve , qui «
font à une lieue do S. Lau- “
rent , que M de Garidel &
Belleflime , Prieurs de ces
I'S
ce
(
514 MERCURE
و د
deux Villages , furent depouillez
& battus à outran-
·les Eglifes furent pil-
و ر
و ر
39
و ر
"
"
ce ; que
lées ; qu'on y fit une profanation
épouventable , qu'on
,, brûla les Images , qu'on tira
des coups de fufils au Crucifix
, qu'on foulà aux pieds les
faintes Hofties , aprés avoir
pris tous les Vafes facrez qu'
on trouva ; que les feiny
mes furent violées , & que
la fureur des Soldats n'épar-
,, gna- pas une femme aveugle
& âgée de prés de 60. ans.
On lit enfuite une con-
""
"
3
و د
"
verfation
À
que M de Savoye
GALANT SIS
voulut avoir avec M le Ba- ""
ron de Chasteauneuf , pour "
preffentir s'il pourroit atti- "
rer quelques Gentilshommes "
dans fon Party. Cette converfation,
cft tres curieufe ,
& M de Savoye y paroît
fort doux & fort honnefte , "
afin de parvenir à fon but ,
& il allegue les raifons par
lefquelles il prétend que la
Provence fe devroit foule- "
ver ; mais voyant, qu'elles "
font fortement combattues
pár Mode Chasteauneuf, & "
que ce Baron lui fait voir que
La Provence n'a aucuns fujets
Cr
i
516 MERCURE
"
The
,, de fe plaindre ; qu'elle veur
,, demeurer fidelle , & qu'elle
,, eſt tres- contente de tout ce
,, que le Roy fait , M de Sa-
,, voye change de ton , & fuivant
fa politique , qui le faifoit
parler tantôt d'une maniere
& tantôt d'une autre ,
lote le zele de Mr de Châ
teauneuf.bred cult
,, On remarque enfuiteque
ce Prince continuant fa marche,
fit piller & brûler entierement
le Canet ; que le
Vicaire de cette Paroiffe fut
bleffé à mort , & que l'on y
tua un grand nombre d'Habitans.
و و د
و ر
"
GALANT $17
<<

<<
On voit dans le même.
Ouvrage , enfuite de ces "
cruautez qui démentoient la «
douceur que Mr de Savoye “
faifoit paroître dans les tems.
qu'il croyoit qu'elle pouvoit «
luy eftre utile ; on voit , dis- «
je aprés une peinture des
cruautez , dont je viens de "
parler , un beau détail de la "
deffenfe de l'Ile de Sainte "
Marguerite , dont la Gar- "
nifon oblige ce Prince à fe
retirer, aprés avoir fort mal- «
traité fes Troupes .
2
V. Ce détail eſt ſuivy de ce
qui s'eft paffe à Frejus , à l'arce
Ce
te
518 MERCURE
">
>>
rivée de Monfieur de Savoye ,
& pendant le fejour que ce
Prince ya fait ; ce qui eft
d'autant plus curieux , &
merite d'autant plus d'atten
tion , qu'il y paroît tout dif
ferent de ce qu'il avoit paru
à S. Laurent pen auparavant,
& l'on peut dire de
,, luy qu'il portoit le fer d'une
main , & le rameau d'olivier
de l'autre.obrehli younoh
Le Journal de la Marche
-de Monfieun ades Savoye ,
depuis Frejus jufqu'à Toulon ,
,, qu'on lit enfuite , eft rem
, ply depluficuts oflits: icups
و د
و ر
و د
GALANT 519
rieux , & qui attachent &
divertiffent les Lecteurs , &
l'Auteur de l'Hiftoire du Siege
de Toulon , dont je ne
parleray plus qu'en diſant “
feulement l'Auteur , aprés
avoir fait arriver toute l'Armée
des Alliez devant Tou- "
lon , fait voir jour par jour ,
tout ce qui s'y paffa , jufqu'au
15 Aouſts ; enſuite
dequoy il décritcetto fameu- "
Le Journée , aprés laquelle les
Alliez neponferent plus qu'à
retourner en Piémont . Il "
donne trois Relations difexentes
des memorables ace
r
$26 MERCURE
პა
و ر
و د
و د
و د
tions qui rendront cette
grande Journée fameuſe alå
pofterite. Ces trois Relations
font tres cufieuſes , &1'Àuteur
fait connoître les rai
fons qu'il a cues de les donner
, & celles qui doivent engager
le Public d'y ajouter
foy. Elles font fuivies d'un
affez grand détail , qui fait
connoiftre la part que la Marine
a cue à ce qui s'eft paffé
le même jour is ..
L'Auteur donne enfuite
le Journal de ce qui s'eft fait
depuis les jufqu'à la nuit
, du 21 au 22 , que les Alliez
GALANT 521
5
ACC
leverent le Siege ; quoi qu'il “
ne foit parlé dans cette fuite "
de Journal , que de ce qui
s'eft paffé pendant fix jours ,
il renferme neanmoins une
infinité de faits , dignes d'une
éternelle memoire , parceque
les Ennemis firent des "
efforts extraordinaires , pendant
ces fix jours , tant pour
faire croire qu'ils n'avoient
pas deffein de fe retirer , que
pour ne pas quitter Toulon ,
fansavoir du moins fait quel-
999 chofe d'éclatant . Ils
bombarderent la Ville & les "
dehors, & les forts qui font «
Nov. Dec. 1707. Xx &
querych9559
r
c
CC.
Сс
522 MERCURE
و د
و د
,,
auprés de cette Ville , ainſî
que le Port . Ils attaquerent
auffi cest Forts & enfin ils
,, jouerent de leur refte , s'il
m'eft permis de me fervir de
ces termes ; & l'on peut dire
qu'il fe fit pondant ces fix
jours , beauoup d'actions de
vigueur , qui comblerent de
,, gloire les Commandans des
Forts , & qui firent voir que
Toulon ne pouroit eftre pris.
ni par le fer , ni par le feus
qui loin d'étonner les Habitans
de Toulon , fembla
faire redoubler leur zele ,
ainfi que leur amour , &
و د
و د
و د
ود
رد
GALANT 528
σε
leur fidelité pour le Roy
Comme aptés tant d'ef,
forts inutiles , Mr de Savoye
fut obligé de fe retiren , Au- "
reur donne un Journal de la "
Marche des Alliez , jufqu'au
Var ; mais avant que d'entrer
dans cette marche , il raporter
tout ce qui s'eftoit "
paffé dans une converſation “
de Mr de Savoye & du Prin "
ce Eugene , & dans laquelle
ce dernier fait voir , que fi “
fes avis , que l'Auteur rapor
te auffi , avoient efté fuivis ,
les Alliez n'auroient pas efté “
obligez d'abandonner honcc.
it
Xx ij
$24 MERCURE
د و
و ر
3 , teufement une entreprife
5. pour laquelle on avoit pris
beaucoup de mefures , & fait
de grandes dépenfes, lab
Cette converfation me fait
fouvenir que j'ay oublié à
», vous parler d'un Confeil de
», guerre que l'Auteur raporte
,, tout entier , & que ce morceau
d'Hiftoire fait connoître
bien des chofes , qui font
,, fçûës de peu de perfonnes.
Rien n'eft plus exact que
5, le détail que l'Auteur donne
de la marche des Alliez de-
,, puis Toulon jufques au Var,
& il rapporte tour ce qui
"
GALANT 25
CC
'ca
s'eſt paſſe jour par jour dans
corte marche fans en ou
blier aucune circonftance ; “
la défenfe que fait la Ville "
de Graffe , y eft miſe dans
un beau jour , & il en parle
en deux endroits differens S
d'une maniere à faire plaifir. «.
Il y a des chofes tres curieu "
fes dans les Remarques qu'il
fair , & il ne s'eft peut- eltre "
jamais rien vû de fi fingulier
que les propofitions faites "
par les Ennemis , aux Habi- "
tans de la même Ville .
с Il parle auffi de la maniere «
dont le Village d'Auribeau «
"
+
526 MERCURE
"
و ر
"3
"
"
د و
در
"
fe défendit contre plus de
trois mille hommes . © Cette
action merite de n'eftre pas
oubliée , & la lecture en doit
faire beaucoup de plaifires
Tout cela eft fuivy d'une
Lettres tres curieufel , écrite
par une perſonne qui s'eſtoir
rendue dans le Camp de
,, Monfieur de Savoye , aufſi-
,, toft aprés que ce Prince en
fut forry pour regagner fes
Etats . Cette Lettre eft remplie
de faits qui n'avoient
,, pas encore efté connus , &
l'on y apprend beaucoup de
» particularitez de tout ce qui
ور
د ر
GALANT 527
CC.
s'eftoit, paffé dans le Quar
tier de Monfieur de Savoye ,
pendant tout le temps que
ce Prince avoit demeuré devant
Toulon , & fur tout le
"
chagrin qu'il avoit fait voir
depuis les avantages que les
François avoient remportez
le 15 d'Aouft , ne s'eftant "
point couché depuis ce temslà
jufqu'aprés fon départ.
Les Villes d'Arles & de "
Marſeille & particuliere. "
ment M le Marquis de For- "
ville , Gouverneur de cette "
derniere
ayant diftingué
leur zele de plufieurs manic-
66.
528 MERCURE
و د
, res , & ayant fait rour ce
,, que l'on pouvoit attendre
des Sujets les plus empref.
fez à fervir le Roy & l'Etat,
& n'ayant rien épargné pour
cet effet , l'Auteur le fait
connoiftre par les détails qu'il
en donne.nót , varrobasbar
Tout cela eft fuivy d'une
Lifte , où l'on voit les noms,
& la deftination de deux cens
3, quarante Officiers de Marine,
pendant le Siege.
ود
و ر
و ر
"
و ر
Il y eft enfuite parlé de
plufieurs Officiers de diſtinction,
morts pendant le Siege ;
& ce grand Ouvrage , à la
tefte
GALANT 529
tefte duquel on voit un tresbeau
Plan de Toulon , &
tres- fi
σε
«Ε
σε
cc

fidelle , finit par un Recueil
de plufieurs Chanfons,
qui ont efté faites aprés la "
levée du Siege , dans une partie
defquelles les Provençaux "
fe font fort égayez en parlant
de la retraite précipitée
de ceux qui avoient crû pou. "
voir facilement envahir la "
Provence.
cr
Vous devez juger aprés
ce que vous venez de lire ,
qui ne contient que les fu- "
jets d'une partie des princi- "
paux Articles qui forment "
Nov. & Dec. 1707. Yy
cr
530 MERCURE
,, l'Hiftoire du Siege de Toulon
, que les faits divers qu'
elle renferme , font en tresgrand
nombre , & que comme
la diverfité plaift beau-
و ر
», coup , on ne doit
ود
و ر
و د
و د
ر د
ner
pas
s'éton
file nombre
de ceux
qui prennent
plaiſir
à la lecture
de cet
ouvrage
, eft
fi grand
.
Enfin
il contient
un
nom- bre
infini
de chofes
remarquables
qui
auroient
eſté perduës
fi l'Auteur
n'avoit
pris
foin
de les
ramaſſer
, de
maniere
que
tous
ceux
qui ,, fe
font
diftinguez
dans
la Campagne
de
Provence
, &
ر و
و ر
GALANT
531

même toutes leurs familles e
doivent luy avoir obligation
, ainſi que tous les Pro- "
vençaux , dont cet ouvrage "
doit immortalifer le zele & "
la fidélité.
r
'
Ce qu'ils ont fait depuis «<
l'ouverture des Etats de Provence
, répond bien à ce qu'- «
ils ont fait pendant qu'ils
eftoient de tous coftez en- "
vironnez d'ennemis . Com- "
me ils connoiffent le bontez "
du Roy pour tous fes Su- "
jets , & les égards qu'il a pour "
ceux qui ont fouffert quel- "
que perte , fans attendre mê-
Yy ij
732 MERCURE
"
و د
و و
me qu'on luy faffe de treshumbles
remontrances , d'avoir
la bonté d'y entrer. Les
,, Provençaux , dis - je , appre-
,, hendant que les bontez du
,, Roy n'éclatafſent avant qu'-
ils euffent fait connoiftre à
Sa Majefté la refolution qu'-
ils avoient prife pour luy
leur zele pour fon
marquer leur zele
fervice , & pour le bien de
,, l'Etat , firent partir deux
Courriers de fuite pour fe
rendre à Verfailles avec toute
la diligence qui leur feroit
poffible de faire , afin de l'in ,
former que les Etats avoient
ز و
""
ف ر
و ر
"
>>
GALANT 533
refolu de luy donner cette
année la même fomme qu'ils
luy donnent depuis un grand
nombre d'années , & que l'on
(C
CC
avoit arrefté dans les mêmes "
Etats , de fupplier Sa Majefté
de ne leur faire aucun
rabais en confideration de ce
que
la Province venoit de "
fouffrir , fur les fommes que
les Etats devoient luy don- "
ner:
CC
J'aycrû que je ne pouvois
mieux finir que par cet Ar- "
ticle , ce que vous avez exigé
de moy touchant l'Hiftoire "
du Siege de Toulon , que "
Yy iij
534 MERCURE
و ر
و ر
,, vous pouvez mettre au rang
de vos Mercures , puifqu'el-
,, le eft du même Auteur , qui
», a déja fait pluſieurs Volumes
féparez de Sieges & de Batailles
, & dont les fecondes.
,, Editions qui en ont eſté fai-
,, tes , prouvent affez que leur
fuccés doit avoir eftégrand.
Je fuis , &c.
و د
و د
ود
و ر
Je crois eftre affez connu de
vous pour eftre perfuadé que
Vous vous imaginez bien que je
me fuis faitbeaucoupde violence
en vous envoyant cette Lettre.
J'aurois quantité de choGALANT
535
fes à vous dire là- deffus ; mais
je vous diray feulement que je
n'ay pû m'empêcher d'obéir ,
& que l'on a fouhaité que cette
Lettre paruft pour des raiſons
qu'il ne m'elt pas permis de
dire.
Ma Letrre devant contenir
les Nouvelles de deux mois ,
vous ne devez pas vous éconner
fi vous y trouvez deux fois
un Article de la même nature
tous ces Articles n'eftant
differens que par le nombre
de Vaiffeaux , plus ou moins
grand qui ont permiffion de
trafiquer , même pendant la
Yy iiij
536 MERCURE
guerre , & depuis que le Commerce
des Lettres a efté rétably
entre la France & la Hollande
.
BORDEAUX ET BLAYE,
Hy avoit à defcendre au premier
de Novembre.
Barques de Sel 86
Vaiffeaux François ,
224
3·10
ETRANGERS.
Bremois ,
Danois ,
GALANT 537
Espagnols ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Hambourquois ,
Irlandois ,
Suedois ,
24
201
I
2
6.
S
224
$ 34.
Vaißeaux & Barques de montées
pendant le mois.
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
4.5
76
121 .
ETRANGERS ..
Bremois
538 MERCURE
Danois ,
Espagnols ,
Hollandois ,
Hambourquois ,
Irlandois ,
-
Suedois ,
3
2
26.
2
7
44
165
699.
VAISSE AU X.
& Barques defcenduës pendant
le mois de Novembre.
Barques de Sel ,
Vailleaux
François ,
18
1338
174
GALANT 539
ETRANGERS .
Bremois ,
Danois ,
Hollandois ,
I
S
140
Holſtein ,
Irlandois , 7
Suedois , 3
$ 57
328
Vaiſſeaux montez ,
699
Vaiffeauxe defcendus , 328
Refte aux Ports , 371
SCAVOIR :
Barques de Sel ,
93
Vaiffeaux François ,
167
260
$40 MERCURE
ETRANGERS
Bremois ,
Danois ,
Eſpagnols ,
Hollandois ,
Hambourquois ,
Irlandois ,
Suedois ,
FII
371
699
4.
4
87
4
2
Pendant que
les uns s'appli
quent entierement au Commerce
afin de s'enrichir , & à
tout ce qui regarde le monde ,
les autres ne pensent qu'à l'aGALANT
541
bandonner & aux moyens de
fervir Dieu.
M' l'Abbé de Grammond ,
Abbé de S. Vincent de Befançon
, & Haut- Doyen de l'Eglife
Cathedrale de la même
Eglife , fut facré Evêque de Philadelphie
in partibus , le Dimanche
i 1. Decembre , par M ' le
Cardinal de Noailles , affifté de
Ml'Evêque de Tulles l'ancien ,
& de M l'Evêque d'Auxerre .
Ml'Archevêque de Befançon
a porté long temps le même
Titre d'Evêque de Philadel
phie , avant qu'il fuſt élevé ſur
le Siege de Befançon . L'Evê542
MERCURE
que qui vient d'eftre facré eft
fon proche parent , & il eſt auſſi
de l'illuftre Maifon de Grammond
, dont il y a aujourd'huy
deux Lieutenans
Generaux fretes
de cet Archevêque
. Il a fair
un long séjour à Rome , où il
a pris de grandes lumieres des
matieres canoniques
. M' l'Archevêque
de Besançon , dont il
eft Grand- Vicaire ,fe trouvant à
la tefte d'un Dioceſe fort étendu,
a fupplié leRoy de conſentir
qu'il prift un Titre in partibus
afin qu'il puft l'aider dans fes
fonctions
, & S. Majefté qui ne
cherche qu'à procurer
le fervi-
,
GALANT
543
ce de l'Eglife & l'inftruction de
Les Sujets , y a confenti avec
plaifir. La Maifon de Grammond
cft alliée à celles de Poitiers
, de Pra , de Dortans , de
Vaitte - Lallemant , de la Bau .
me -Saint - Amour , de Pertenot
, de Granvelle , & à plufieurs
autres de ce rang. Elle a
donné plufieurs Prelats à l'Eglife
de Befançon. Le dernier
Archevêque eftoit de cette
Maiſon & oncle de celuy qui
gouverne aujourd'huy cette
Eglife avec beaucoup d'édification
, & qui vient de donner
de nouvelles preuves de fon
544 MERCURE
zele dans l'Ordonnance qu'il
vient de publier contre plufieurs
Livres d'une Doctrine
fufpecte.
La Ceremonie du Sacre de
M'l'Evêque de Philadelphie fut
fuivie d'une autre qui fut treséclatante
, & qui fut faite dans
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine. M²
l'Evêque de Strasbourg y benit
le même jour & aprés le facre
de M l'Evêque de Philadel
phie , M de Soubize , ſa ſoeur ,
Abbeffe de Joüarre. Cette nouvelle
Abbeffe eftoit accompagnée
des Abbeffes de Farmou
GALANT 545
tier & de Notre - Dame de Soiffons
, dont la premiere eft foeur
de M' de Beringhen , & la ſeconde
de M' le Comte de Fiefque.
Ces trois Abbeffes étoient
accompagnées d'un grand
nombre de Religieufes de leurs
Monafteres , qui toutes à la fin
de la Meffe , & pendant que
l'on chanta le Te Deum en Mufique
, furent admifes au baifer
de paix de la nouvelle Abbeffe .
M' l'Evêque de Strasbourgfut
fes Aumôniers
& par
fervi
par
le Pere
Laborier
Preftre
de
S.
Magloire
, qui
luy
fervoit
de
Maitre
des
Ceremonies
, &
Nov.
Dec.
1707.
Zz
546 MERCURE
dont le talent pour conduire
& pour regler ces fortes de
fonctions , eft connu de tout
le monde.
L'Affemblée qui fe trouva à
cette Ceremonie ne pouvoit
eftre ny plus nombreuſe ny
plus éclatante. On y vit tout
ce qu'il y a dé plus illuftre dans.
l'Eglife & à la Cour. Mr le
Cardinal de Noailles accompagné
de deux Evêques qui
l'avoient affifté au Sacre de Mr
l'Evêque de Philadelphie , s'y
trouva avec le nouvel Evêque ,
& Mrs les Evêques de Condom
, l'ancien , de Digne , de
GALANT 547
Meaux , de Grenoble , & plufieurs
autres , & Mrs les Abbez
de Luzancy , de Tavannes , de
Thomaffin Poudenx , de Roquette
& de Beffe.
Mr.le Prince de Soubize &
Mr le Prince de Rohan firent
les honneurs de cette Ceremonic
; Mr le Prince de Gue
mené , Mr le Duc de Ventadour
, Mr le Duc de Lauzun ,
Mr le Maréchal d'Eftrées & Mr
l'Abbé d'Eftrées fon frere s'y
trouverent , ainfi que plufieurs
Ducheffes & plufieurs Dames
de la premiere qualité. Mr
le Comte de la Puebla petit-
Zz ij
548 MERCURE
fils de Mr lc Prince de Soubize,
Seigneur Portugais , qui eft icy
prifonnier depuis la Bataille
d'Almanza , où il faifoit la
fonction de Maréchal de
Camp , y affiſta.
Anne Marguerite de Rohan
Soubize eft Abbeffe de Jouarre
depuis la démiffion qu'en don¹-
na Madame de Lillebonne de
la Maifon de Lorraine , il y a
quatre ou cinq ans .
L'Abbaye de Joüarre eft à.
quinze lieues de Paris .
A peine la nouvelle de là
mort de M le Comte d'Auvergne
eftoit- elle répanduë à
GALANT 549
Verſailles , que ceux qui prétendoient
, foit par leur naiffance
, foit par leurs fervices ,
au Gouvernement
du haut &
bas Limozin commencerent
à fe donner de grands mouvemens
, pour mettre au jour les
raifons qui leur donnoient lieu
d'afpirer à ce Gouvernement ;
mais le Roy les fit bien- toft
ceffer , en declarant qu'il donnoit
à M' le Maréchal de Ber
wick le Gouvernement qui caufoit
tant d'agitation parmy les
prétendans. Ce choix fut fort
applaudy , & ceux mêmes qui
avoient crû meriter la préfe550
MERCURE
rence fur plufieurs autres, com
vinrent que M de Berwick
meritoit le Don que Sa Majeſté
venoit de luy faire . En effet ,
parmy une infinité d'actions
éclatantes qui parlerent pour
luy en cette occafion , la prife
du Chafteau de Nice , que l'on
avoit crû jufqu'icy imprenable
, quoy qu'il eût neanmoins
déja efté pris , mais par un effet
du bonheur. La prise de ce
Chasteau , dis je , & la bataille
d'Almanza , gagnée dans le
temps que les Alliez fe preparoient
à retourner à Madrid ,
avoient efté les derniers motifs.
GALANT 551
qui avoient déterminé le Roy
à luy faire prefent de ce Gou
vernement. Je ne vous dis
rien de ce Dục , dont je
vous ay amplement parlé en
d'autres occafions , & dont la
fageffe égale la valeur ; ce qui
le fait aimer de tous ceux qui
le connoiffent.
Feu M' le Comte d'Auver
gne avoit un Appartement
dans le Chafteau de Versailles,
qui n'auroit pas manqué de
prétendans , & qui auroit efté
demandé par plufieurs perfonnes
de diftinction , fi le Roy
ne leur en eût point épargné
552 MERCURE
la peine , en faisant connoître
qu'il deftinoit cet Appartement
à M le Maréchal de Villars ,
ce qui ferma la bouche à ceux
qui estoient prêts de l'ouvrir
pour le demander. Ce choix
ne reçut pas moins d'applaudiffemens
que le premier , le
Roy ne pouvant approcher
trop prés de luy un homme
qui le fert fi bien & fi utilement
, & avec lequel il doit
fouvent conferer , pour luy
infpirer fes lumieres touchant
les projets de chaque Campagne.
Et en effet , de Gepeu
neraux en ont autant que le
Roy,
GALANT 553
Roy , Sa Majeſté ayant veu de
fes propres yeux tous les lieux
où les Troupes peuvent aller ,
fi l'on excepte l'Italie , & jugeant
par fa propre experien
ce ; & par ce qu'elle a fait , tout
ce que les Generaux peuvent
faire.
La mort de M' l'Archevêque
de Rouen ne cauſa
pas
de
moindres
mouvemens parmy
ceux qui ont pris le party de
l'Eglife , que celle de Mr le
Comte d'Auvergne en avoit
caufé parmy les plus grands
Seigneurs de la Cour , & fur
tout parmy ceux qui ont ſervy
Nov. Dec. 1707. Aaa
554 MERCURE
utilement l'Etat , foit dans la
Robbe , foit dans l'Epée ; mais
Sa Majesté voulant s'épargner
le chagrin qu'elle reffent toûjours
, lors qu'Elle eft obligée
de refufer : & aprés s'eftre informée
du merite de M ' l'Abbé
de la Roche- Guyon , Elle dit à
Mr le Duc de la Rochefoucaut,
dont cet Abbé eft petit fils
qu'Elle luy donnoit l'Abbaye
du Bec. Cette Abbaye eſt
fort confiderable , & c'eſt une
de celles qui vacquoient par la
mort de Mr l'Archevêque de
Rouen. Cer Abbé , qui n'a
qu'environ vingt ans , foûtint
"
GALANT 555
l'année derniere au College du
Pleffis , fous Mr de Montempuis
, des Thefes fur toute la
Philofophie , & dont Mr l'Abbé
de Noailles fit l'ouverture :
& ce qui doit faire regarder
avec étonnement Mr l'Abbé
de la Roche - Guyon , eft qu'il
étudie en Theologie à l'âge de
vingt ans.
Feu Mr l'Archevêque de
Roüen avoit auffi le Prieuré
de la Charité fur- Loire , & Sa
Majefté a jugé à propos de le
donner à Mr le Prince Frederic
, frere de Mr l'Abbé d'Auvergne
, efperant que ce Prince
Aaa ij
$56 MERCURE
Abbé , fuivroit l'exemple de
Mr l'Abbé d'Auvergne fon
frere , qui a paru dans toutes
fes Etudes avec beaucoup de
diftinction , & particulierement
en Sorbonne .
Mr le Prince Frederic poffedoit
le Prieuré de S. Aurin
d'Auch , duquel il s'eft démis
en faveur de Mr l'Abbé Raguenet
, qui a toûjours efté
attaché à Mr l'Abbé d'Auvergne
fon frere. Mr l'Abbé Raguenet
a beaucoup de fçavoir
; il aime les belles Lettres ,
& il donna au Public il y a
plufieurs années , la Vie d'Oli
GALANT 557

vier Cromwel . Il a auffi fait
la Vie de feu Mr le Maréchal
de Turenne. Cet Ouvrage eft
fort confiderable , & cet Abbé
a fait de grandes recherches ,
& n'a rien épargné pour découvrir
beaucoup de chofes ,
dont les Nouvelles publiques ,
qui ont efté imprimées pendant
les Campagnes de ce grand
Capitaine , n'ont fait aucune
mention .
* Mr Moreau, Premier Valet
de - Chambre de Monſeigneur
le Duc de
Bourgogne
, & cydevant
Premier Valet de Garde-
Robbe du Roy , & Pre-
A aa iij
558 MERCURE

mier Valet de Chambre de Madame
la Dauphine , eft mort à
Verfailles , fort regretté de
tous ceux qui le connoiffoient ,
& je pourrois même dire de
toute la Cour. Il avoit la réputation
d'eftre un parfaitement
honnefte homme ; &
pour faire fon éloge en peu
de paroles , (tout le monde
convient qu'il eftoit auffi obligeant
que feu Mr Bontems ;.
qu'il cherchoit à faire plifir à
tous ceux qui avoient beſoin
de luy , & qu'il eftoit en eſtat
de fervir.
Cette place devant eftre remGALANT
559
yeux
plie d'un auffi honnefte homme
, & qui pût eftre auffi agreable
à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , le Roy a jetté les
fur Mr du Chefne , que
fa probité & un merite generalement
reconnu , avoient fait
choifir pour Premier Valet - de-
Chambre de Monſeigneur
le
Duc de Berry , & qui a exercé
cette Charge d'une maniere qui
a repondu à l'attente que l'on
avoit de luy. Ce choix a cíté
univerfellement applaudy.
Mr du Chefne , ayant quitté
la place de Premier Valerde-
Chambre qu'il exerçoit au-
Aa a iij
560 MERCURE
prés de Monfeigneur le Duc
de Berry , pour fervir , en la
même qualité , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , il a fallu
nommer un Premier Valet- de-
Chambre , pour fervir Monfeigneur
le Duc de Berry; & Sa
Majefté a fait monter à cette
place Mr de Chenedé , qui rempliffoit
celle de Premier Valet
de Garde Robbe de ce Prince, &
qui a efté long - temps Premier
Valet - de-Chambre de Madame
la Dauphine , dont il étoit
fort confideré : il avoit cu l'hon
neur de voir cette Princeffe en
Baviere , avant qu'elle époufaft
Monſeigneur le Dauphin , & la
GALANT 561
fagé conduite qu'il avoit fair
voir pendant tout le tems qu'il
avoit demeuré auprés de cette
Princeffe , qu'il avoit eu l'honneur
de fervir jufqu'à fa mort ,
fut caufe que SaMajefté le nom
ma Premier Valet de Garde-
Robbe de Monfeigneur le Duc
de Berry , lors qu'Elle donna
des Officiers à ce Prince.
Il ne reftoit plus qu'à remplir
la Charge que quittoit Mr
de Chenedé , & elle a efté donnée
au quatriéme fils de Mr
Quentin , attaché depuis longtemps
auprés du Roy , & de
Madame Quentin , premiere
4
}
562 MERCURE
Femme- de- Chambre de Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Cejeune & nouveau Va→
let de Garde-Robbe , a deux
freres , dont l'aîné eft Premier
Valet de Garde Robbe du Roy,
& le fecond , Maiftre d'Hôtel
de Sa Majefté , tous deux neveux
de Mr de la Vienne. Il y
a lieu de croire que celuy qui
vient d'eftre mis en place , ne
manquera pas d'inſtructions ;
que fuivant l'heureufe étoile
de fa famille , il fçaura bientoft
les chemins qu'il faut prenpour
mettre la fortune dans
fes interefts.
&
dre
GALANT 563
Le mot de l'Enigne du mois
d'Octobre eft le Ver- à - Soye.
Ceux qui l'ont trouvé font ,
Mrs l'Abbé de Lourdat ; Villards
le fils ; du Pont , le Phificien
; le Pere Charlemont , de
la Vicomté de Rouen ; Amat
& Perrot , du Fauxbourg Saint
Germain ; de la Tuillerie , de
la rue S. Antoine ; de Maifon-
Neuve , du Marais ; d'Eſclainville
de Rouen ; le Seigneur de
la Chambre aux Coeurs ; Tegor
de la rue de la Cerizaye ;,
Tamirifte ; D .... de la Gentilhommiere
, de Marie en Medoc
; le Petit Chevalier des
564 MERCURE
Quatre Nations ; le Solitaire
du Marais ; le nouveau Seigneur
de Feüillée , & fon Ami
le Fortuné ; Mefdemoilles des
Jardins de la rue S. Martin ; de
la Tournelle , & de la Motte
de la rue S. Denis ; la plus jeune
des belles Dames de la ruë
des Bernardins ; Manon , de la
rue des cinq Diamans ; de la
Foreft; Doublet ; de S. Amour ,
& Jeannette ; la Bergere Climene
& fon Berger Tircis ; la
Solitaire de la rue aux Feves , &
l'aimable fille de C. R. du Cloître
des Bernardins ,
Je vous envoye une Enigme
GALANT 565
nouvelle . Elle eſt de Mr Villards
le fils . J'ay cru qu'elle eftoit
affez belle pour vous eftrẻ envoyée
, malgré la fauffe rime
qui eft échapée à l'Auteur ;
mais c'eft dequoy il s'agit le
moins dans une Enigine.
ENIGME.
De mes cruels enfans , Mere trop
charitable.
Je les fournis abondamment
De vivres & deveftement ,
Par un amour pour eux à nul autre
Semblable;
Mais ces Dénaturez , loin de me
respecter,
566 MERCURE
Oubliant mes bienfaits avec in
gratitude,
Ne mettent toute leur étude
Qu'à m'infulter
.
Sansfonger que c'eft moy dont ils
ont pris naiffance
Ils me foulent aux pieds ,
Violant , avec infolence ,
Les droits les plus facrez.
Ainfi , rendant peu de justice
Aux foins que j'ay pris d'eux ;
même dés leur berceau ,
Aprés avoir efté leur mere & leur
nourrice
Fe deviens leur tombeau.
Je vous envoye une chançon
nouvelle , dont l'air & les paGALANT
567
roles font de Mlle de Saint
Quentin , qui a compofé le
Train
l ↓
le l'Imdont
je
BIBLIO
ABOVE
EYON
1893
DEL
VILLE
Lettres
le Janfait
à
y.Les
ar
les
cjà la
e , &
Lettre
rnier.
e nos
Et vous nous croyez tous heureux,
Auffi- toft aimez qu'amoureux ;
566 MERCURE
Oubliant mes bienfaits avec ingratitude
,
Sar
Lavy-étude
W
W
Air
Au
Ар
Dez
W
Je vous envoye une chançon
nouvelle , dont l'air & les
paGALANT
567
roles font de Mlle de Saint
Quentin , qui a composé le
Traité de la Poffibilité de l'Immortalité
Corporelle , dont je
vous ay parlé dans mes Lettres
de Novembre 1692. & de Janvier
1693. Cette Dame fait à
preſent fon ſejour à Alby . Les
Roffignols repondent par les
paroles que je vous envoye , à la
Chançon qui les regarde , &
qui fe trouve dans ma Lettre
du mois de Septembre dernier.
Vous prétendez entendre nos
myfteres ,
Et vous nous croyez tous heureux,
Auffi- toft aimez qu'amoureux ;
1
568 MERCURE
Détrompez- vous , chacun a fes
affaires.
Mr le Duc de Noailles, dont
je vous ay fouvent parlé pendant
la Campagne , & qui avec
peu de Troupes , n'a pas laiffé
de faire des expeditions affez
confiderables , ainfi que vous
l'avez appris dans plufieurs de
mes Lettres , eft depuis peu de
retour , & ce Duc a cfté tresfavorablement
receu du Roy ,
fon attention ayant toûjours
efté grande en tout ce qui a
regardé le fervice de Sa Majefté.
Il a fait, avant fon départ , fortifier
Puicerda , où il a fait faire
GALANT 569
une bonne Citadelle à cinq
Baftions , avec les demi - lunes
& les autres Ouvrages convenables
, & le tout bien terraffé.
On a razé 200. maifons , pour
donner plus d'étenduë à l'envelope
de la Citadelle : & comme
le Clocher de la grande
Eglife auroit pû nuire un jour
à ceux qui auroient efté dans
cette Citadelle , on a abattu ce
Clocher jufqu'à une certaine
hauteur. Cet Ouvrage a efté
fait aux dépens de la Cerdagne
Efpagnole ; on l'a commencé
& finy en moins de deux mois.
On ne doit pas s'en étonner ,
Nov. Dec. 1797. Bbb &
$70 MERCURE
il a
puifque Mr le Duc de Noailles,
animoit les travailleurs par fes
liberalitez & par fa prefence :
& comme il entend parfaitement
les Mathematiques
,
fouvent donné de bons avis
aux Ingenieurs . Il y a déja
trente pieces de canon en batterie
dans cette nouvelle Citadelle.
Ce General a fait auffi fortifier
Belver , qui eſt à trois
lieues au deffous de Puicerda ,
& que les François occupoient
pendant la précedente guerre.
Les Ennemis avoient fait auffi
fortifier un pofte à trois lieuës
GALANT 571
de Belver. Cer Ouvrage eftoit
de bons Gabions , & il eftoit
bien fraifé & bien palliflade .
Ils avoient huit cens hommes
dans ce pofte , qui incommodoient
les Troupes qui eftoient
dans Belver , & qui n'ofoient
s'en éloigner ; mais M ' de Courten
, Brigadier & Lieutenant
Colonel du Regiment Suiffe de
fon frere , ayant marché à ce
Fort avec deux bataillons Suif.
fes, & deux pieces de canon , ils
prirent la fuite dés qu'ils les entendirent
tirer , & Mr de Courten
eftant entré dans ce Fort, le
fit razer , & il fit mettre le feu à
Bb bij
572 MERCURE
tout ce qui pouvoit eftre brûlé .
Le Roy d'Espagne a donné
une place de Confeiller du Confeil
des Indes à Don Manuel
de Miezes y Arias en confideration
de fes fervices , & de
ceux de M' l'Archevêque de
Seville fon Oncle. Ce Neveu
Confeiller eft d'une des plus
anciennes Maiſons d'Eſpagne.
Il eft allié à celles de Medina-
Sidonia , de Medina- coeli , de
Velafco , & de Portocarero .
Mr l'Archevêque de Seville
fon Oncle , & ce nouveau Confeiller
ont fignalé leur zele pour
le fervice du Roy leur Maiſtre ,
GALANT 573
pendant les troubles qui ont
agité l'Eſpagne en ces derniers
temps ; & Sa Majesté Catholique
a declaré en donnant une
place dans le Confeil des Indes
à Don Manuel de Miezes y
Arias , que cc''ééttooiitt ppoouurr récompenfer
fa fidelité & celle de Mr
l'Archevêque de Seville , & qu'
il en uferoit toûjours de même
dans la diftribution des Charges
, à l'égard de ceux qui ne
fe font point écartez de la fidelité
qu'ils lui doivent .
Les Espagnols nomment
l'Inde , qui tire fon nom du
fleuve Indus , las Indias Orien574
MERCURE
tales , pour la diftinguer de l'A--
merique, qu'ils nomment Indes
Occidentales. Le Confeil des
Indes eft compofé d'un Picfident
& de douze Confeillers .
Il eſt un des plus confiderables
aprés le Confeil fuprême de
Caftille , qui eft auffi appellé
Confeil Royal , & dont la jurif
diction s'étend fur toute l'Efpagne
, excepté la Navarre ,
l'Arragon , le Royaume de Valence
& la Catalogne . On n'admet
dans le Confeil des Indes ,
que ceux qui ont une grande
connoiffance des affaires de Finance
, & de celles qui fe paf
GALANT 575
fent hors des Etats de la Monarchie
d'Eſpagne ; & on préfere
même ordinairement pour
remplir ces Charges , ceux qui
ont efté fur les lieux , & qui en
ont acquis par leurs voyages
une plus exacte connoiffance.
C'est pourquoy Don Manuel
de Miezes y Arias eftoit plus
propre qu'un autre pour remplir
cette Charge importante ,
puifqu'il a long- temps voyagé
& qu'il a fait un long fejour
dans le païs pour lequel le Confeil
, dont il eft devenu Membre
, a efté formé.
Sa Majefté Catholique a
576 MERCURE
"
મે
donné le Gouvernement de
Ciudad- rodrigo à Don Pedro
Borras , un des principaux Ingenieurs
, en confideration des
fervices qu'il a rendus pendant
le Siege. Ciudad- rodrigo eft
une Ville du Royaume de Leon
avec un Evêché , fuffragant
de Compoftelle . La Ville eſt
fituée fur la riviere d'Aguier ,
fur la frontiere de Portugal .
Mariana , ainfi que quelques
Auteurs Espagnols écrivent ,
dit que Ciudad rodrigo eſt la
Mirobriga des Anciens. D'au
tres prétendent que cette Ville
ancienne ayant eſté ruinée ,
Ferdinand
GALANT
577
Ferdinand II. Roy de Leon ;
fit
baftir vers l'an г200 . Ciudad
- Rodrigo , pour lui fervir
de Rempart
contre les Portugais.
Don
Pedro Borras , à qui le
Roy
d'Eſpagne
vient de donner
le
Gouvernement de cette
Ville , eft d'une
ancienne
famille
de
Caftille ,
féconde en
gens de valeur & de merite . Il
y a eu en Eſpagne un celebre
Borras , qui cut
beaucoup de
part aux bonnes
graces de Martin
Roy
d'Arragon & de Sicile,
& Don Valla en parle dans le
Livre de fon
Hiſtoire . Don
Nov.
Dec.1707 . Ccc
$ 78 MERCURE
Pedro eft fort eftimé de tous
les Officiers Generaux . Son ha-
* bilité eft connue , & il paſſe
pour un tres bon Ingenieur .
Je dois commencer les Nouvelles
d'Eſpagne à l'endroit où
je les laiffay dans la Lettre que
je vous envoyay au commencement
du mois de Novembre,
& dont je vous aurois fait part
plutolt fi je n'avois pas manqué
une fois à vous écrire , ce
qui eft caufe que je vous envoye
dans cette Lettre les Nouvelles
de Novembre & de Decembre.
Ainfi vous devez déja
avoir appris une partie de ce
GALANT 579
que j'ay à vous dire. Je dis une
partie , parce qu'il fe trouve
beaucoup de circonftances
dans tout ce que je vous envoye
aujourd'huy , qui n'ont
point encore efté fçuës . Vous
les trouverez dans la Lettre de
Madrid que vous allez lire.
De Madrid le 17. Octobre
1707 .
Les Portugais voyant que Mr
le Marquis de Bay avoitpris Ciudad
Roderigo , abandonnerent S.
Felice , qui eft un Chasteau bien
fortifié ; laprise de ces deux Pla-
Ccc ij
580 MERCURE
ces met tout le Pays à couvert
jufques à Salamanca , Les Portugais
voulant faire une diverſion
pour empêcher le fiege de cette Pla
ce , marcherent avec neuf mille
hommes vers Badajos , feignant de
le vouloir affieger ; furquoy Mrde
Bay marcha aprés eux avec deux
mille chevaux , ce qui les obligea
de fe retirer...
Ily a eu une grande revolte à
Alicante , la Ville s'eftant déclarée
pour le Roy , s'eft maintenuë pendant
cinq heures. Le Gouverneur
ne voyant plus d'autres moyens
pour conferver la Ville à l'Archiducfon
Maiftre , feignit defejoin-

GALANT 580
58¢
1
dre à ceux qui foûtenoient le parti
du Roy , & ayant par cette rufe
appaife le tumulte , obligé tout
le monde defe retirer , il fit auffi toft
arrefter tous les Chefs des Royaliftes
, & il les fit pendre fur
champ.Mr de Mahony ayant efté
envoyé avec quelques Troupes
vers cette Ville-là , donna occafion
à Odrifcol , fon Lieutenant - Colonel
, de faire une affezjolic action.
Les Gouverneurs de Denia
deDeniza voulant profiter de l'abfence
de Mr de Mahony , fe mirent
en marche avec mille hommes
d: Troupes reglées , & deux mille
Miquelets , à deffein de ſurprendre
Ccc iij
J
582 MERCURE
&Gsy
d'enlever quelqu'un de nos
quartiers ; ils marcherent vers
Ondara , s'y eftant campez ils
détacherent huit cens Miquelets
trois cens Anglois pourfurpren
dre Pego , qui n'eftoit gardé que
par un Bataillon Efpagnol , qui
eftoit tres-foible.
Odrifcol eftant avec un Eſca
dron de Dragons Irlandois & deux
cens Espagnols en quartier à Oliva
, qui estoit auffi une des Places
que l'Ennemy avoit deffein d'enlever
, envoya un Dragon en toute
diligence à Gandia , avec ordre à
un autre Efcadron de fon Regi
-ment , qui y eftoit en quartier de
GALANT
583
le venirjoindre , & l'ayant joint
il marcha avec ces deux cens Ef
pagnols , & ces deux Efcadrons
de Dragons ,droit à Ondara ", où le
gros des Ennemis eftoit campé. Il
attaqua leur Camp fi brufquement
qu'il les mit d'abord en deroute
&les obligea de prendre la fuite
vers Denia. Il lespourfuivit longtemps
, & leur tua beaucoup de
monde. Il s'en retourna enfuite en

by
grande diligence
vers Pego , où il
trouva les Ennemis
déja en poffeffion
des Fauxbourgs
, & prefts
à donner l'affaut à la Ville ; mais.
ils furent bien étonnez de fe voir
chargez
par derriere ; ce qui les
Ccc iij
$84
MERCURE
obligea
d'abandonner leur affaut
pourfaire tefte à Odrifcol. Les fu
rieufes
efcarmouches du dehors donnerent
aux
Efpagnols qui eftoient
dans la
Place , le temps de fe reconnoiftre
; ils fortirent auffi - toft ,
& s'eftant joints à Odrifcol , ils
obligerent les Anglois & les Miquelets
de fe refugier dans quelques
maifons du
Fauxbourg , aufquelles
Odrifcol fir bientoſt mettre
le feu ; il en brûla trois cens ;
en tua un pareil nombre , & ceux
qui reftoient furent faits prifonniers.
il
L'Article de
Lerida qui fe
trouve dans ma
derniere LetGALANT
385
tre , finit par la prife de la Ville ,
de maniere qu'il ne me refte
plus à vous parler que du Siege
& de la prife du Chafteau ; mais
avant
que
Article
, j'ay
cru devoir
vous
faire
part
de ce qui fuit.
Lerida
, que les Latins
nomment
Irleda
& Ilerda
, eſt une
Ville
de Catalogne
, avec
Evêché
Suffragant
de
Terragone
.
La fituation
de cette
Place
la
rend
une des plus
importantes
de la
Monarchie
d'Espagne
.
Outre
fon
affiette
avantageufe
qui la fait
regarder
comme
le
rempart
de la Catalogne
, les
de commencer cet
4
586 MERCURE
(
Ingenieurs Anglois & Hollan
dois commencerent à la forti
fier de nouveau en 1705. &
on n'a prefque pas diſcontinué
d'y travailler depuis ce tempslà.
Cette Ville a refifté aux ar
mes de Cefar & de Pompée ; ce
fut fous fes murailles que le
premier défit Afranius & Pe
treïus , qui eftoient du party de
Pompée , & qui en faifoit pref
que alors l'unique reffources
Dans les derniers temps elle a
vû combattre des armées fous
fes murailles , & fur tout dans
les années 1644. 1646. &
1647. Mr le Comte d'Har
GALANT 587

court , un des Heros du dernier
fiecle , affiegea inutilemnnt
cette Ville en 1646. qui ne put
eftre
p
prife dans la fuite par les
plus grands Capitaines du ficcle
. Il y a une Academie à Lerida
, & une Univerfité que les
grands hommes qu'elle a produits
ont rendue celebre . Le
Pape Calixte III. & S. Vincent
Ferrier y ont efté élevez. Le premier
y prit des degrez en Droit
Canonique , & le fecond y fut
reçu Docteur en Theologie.
Luçain parle de Lerida dans
fon 4 ° Livre.
En l'année $ 14. huit Eve
588 MERCURE.
ques s'affemblerent à Lérida
& il en refte is canons & quelques
fragmens. Ce Concile fut
celebré fous le regne de Theodoric
Roy des Oftrogots en Italie
, & tuteur d'Amalaric Roy
des Vifigots
.
Toutes ces chofes font connoiftre
que Lerida a paſſé dés
les premiers ficcles pour une
Place des plus confiderables
ce qui releve beaucoup la gloire
du Prince qui vient d'en faire
la Conquefte , & l'on
peut dire
qu'elle eft due à fon entiere ap
plication, à fes foins continuels ,
à fa grande activité, &à ſa vígiGALANT
589
lance,dont on a peu vû juſqu'ici
de pareille. Ce Prince , qui à la
fin d'une longue & pénible
Campagne, qui avoit eſté ou 、
verte dés le commencement du
mois d'Avril , & qui avant què
d'arriver à l'Armée avoit beaucoup
fatigué depuis Paris jufqu'à
Madrid , ayant trouvé
de tres de mauvais chemins fur
La route , & prefque impraticables
. Ce Prince, dis- je , qui depuis
fon départ de Paris fur la
fin de l'hiver juſqu'au milieu de
l'Automne qu'il fe trouva devant
Lerida aprés avoir chaffé
les Rebelles de prefque tout le
590 MERGURE
Royaume de Valence , & de
tout le Royaume d'Arragon.
Ce Prince , dis-je encore une
fois , qui n'avoir pris aucun repos
pendant prefque une année
entiere , & qui pouvoit fi
nir la Campagne qui eftoit déja
finie en beaucoup d'endroits ,
n'écoutant
que les tranfports
de fon humeur martiale , vou
lut demeurer en Catalogne
,
afin d'y harceler les Ennemis ,
pendant qu'il feroit preparer
toutes chofes pour le Siege de
Lérida , ce qui n'eftoit pas
facile , & il falloit que fa gene
reufe impatience s'accordât aGALANT
591
vec la lenteur avec laquelle on
eftoit obligé de faire marcher
tout ce qui étoit neceffaire pour
une conquefte qui ne pouvoit
eftre rendue complette qu'en
faifant deux fieges ; c'est- à - dire
celuy de la Ville de Lerida , &
celuy de fon Chafteau . Il falloit
du temps pour faire arriver le
canon , dont une partie eftoit
fort éloignée , & les chemins
eftoient mal propres pour faire
avancer promptement un metal
fi pefant. D'ailleurs on doir
confiderer qu'aprés une longue
campagne , une grande bataille
donnée , & la conqueste pref592
MERCURE
que entiere de deux Royaumes,
les provifions & les munitions
de guerre doivent eftre épuifées
; que les Troupes doivent
eftre beaucoup diminuécs , &
que ce qu'il en refte doit eſtre
fort fatigué , & ne fouhaiter,
que le repos , duquel elles joüif
fent ordinairement à la fin de
toutes les campagnes . Son Alteffe
Royale réfolut de remedier
à tout cela ; de donner des
ordres , & d'écrire de tous côtez
pour avoir les choſes qui
lui eftoient neceffaires , & d'attendre
cependant à ia tefte de
fes Troupes , & dans unę mauGALANT
593
vaife faifon , que toutes les
chofes , dont elle avoit befoin,
fuffent arrivées , afin de travailler
feurement à l'execution de
fes projets. Je dis feurement ,
parce qu'elle avoit réſolu de ne
rien entreprendre dont le fuccés
pût eftre incertain , & qu '
elle fçavoit que l'on ne ſou²
haitoit pas qu'elle entreprît
rien dont le fuccés pût eftre
douteux , & fans qu'elle cût
tout ce qui pourroit estre neceffaire
pour finir glorieufe
ment toutes les entrepriſes qu '
elle jugeroit à propos de faire.
Pendant que tout fe preparoit,
Nov. Dec. 1707. Ddd
594 MERCURE
& que le mauvais temps empêchoit
que tout ce qu'elle attendoit
arrivaft auffi-- coft que
fon impatience le luy faifoit
fouhaitter , d'autant plus qu
elle avoit à fon gré déja laiffé
refpirer trop long - temps
les Ennemis , pendant , dis- je ,
qu'ils jouiffoient d'un repos
qu'ils craignoient de voir bientoft
troubler , ce Prince n'épargnoit
rien pour mettre fon armée
en bon cftat . Il careffoit
les Troupes , il tenoit tous les
jours pluſieurs tables , & l'on y
a vû plus de cinq cens Officiers
manger en un feul jour , ainfi
GALANT 595
que je l'ay déja marqué ailleurs ,
& aprésavoir long temps atten
du , tout ce qui eftoit neceffaire
pour le fiege de la Ville de Lerida,
il fe trouva en eftat de le faire
& ce fiege réüflit ainfi qu'il l'avoit
prévu . Il fut queſtion de faire
enfuite celuy du Chaſteau , ce
qui meritoit beaucoup d'attention
, puifque l'on commençoit
amanquer de quantité de
chofes , qui avoient efté épuifées
pendant le fiege , & que
ec Chafteau fembloit ne pou
voir eftre pris fans faire crever
beaucoup de canon . D'ailleurs
on eſtoit obligé d'aller cher-
Ddd ij
596 MERCURE
cher de la terre fort loin pour
fe couvrir dans la tranchée , &
pour les épaulemens . Cependant
S. A. R. aprés avoir pris
de uftes précautions fur tout
ce qui pourroit arriver , & avoir
examiné les fortifications du
Château ,fitué fur une hauteur
eſcarpée prefque de tous côtez ,
& les endroits par où l'on pour
roit l'attaquer , refolut de faire
ouvrir la tranchée le 16 d'Octobre
au foir , du cofté de la
campagne , parce que le coſté
de la Ville eftoit trop commandé,
& que les Troupes auroient
efté trop expofées au feu des
GALANT 197
Affiegez . Elle fe contenta de
laiffer quelques Troupes dans la
Ville , où Elle fit placer huit
mortiers pour tirer dans le Château
.
Je devrois icy , fuivant la
maniere accoûtumée de faire
les Relations des Sieges , nommer
tous ceux qui ont chaque
jour monté la tranchée ; mais
comme ce Siege ne s'eft pas
trouvé de la nature de ceux
des grandes Villes qui font fituées
en raze Campagne , &
pendant lefquelles les Garnifons
font tous les jours des
forties , qui font autant d'efpe5.98
MERCURE
ces de Batailles ; que l'on n'en a
pas fait une feule du Château
de Lerida ; qu'il ne s'eſt agy
que de Sappeurs , de Mineurs, de
Canon , & de Bombes , il eft
inutile de repeter icy vingt fois
les noms de tous ceux qui ont
monté & defcendu les tranchées
, puifque je n'aurois rien
à vous en dire, que leurs noms .
Ce n'eft pas que tous ces Braves
n'ayent efté expofez- Cen :
pendant ils ont prefque tous
efté affez heureux pour fe tirer
d'affaire ; & ce Siege , quoy que
des plus tonnans , dont on ait
jufqu'icy entendu parler, a eſté
"
SILIQUE
DI
GALANT 599
un des moins meurtriers Le
canon , ainſi que je vous l'ay
dit , y avoit la meilleure part ,
& il eftoit neceffaire qu'il fuft
bien fervy , puiſqu'il y avoit à
ce Château une muraille faite
du temps de Jules Cefar , &
que les trous que les boulets
Y faifoient ne la pouvoient
ébranler ; & la muraille du
Donjon eftoit fi dure , que les
boulets n'y faifoient aucun
effet , & retournoient fouvent
dans la tranchée. On peut .
connoître par là que Monfieur
le Duc d'Orleans avoit de fortes
raifons , lotſqu'il témoignoit
600 MERCURE
un grand empreffement pour
avoir du canon , & toutes les
choſes dont fon artillerie pourroit
avoir befoin , pour faire
l'effet qu'il en attendoit : auffi
peut-on dire que le canon &
les bombes ont pris cette Place,
les Ennemis n'ayant eſté battus
que par là , puifqu'ils n'ont
point pery dans les forties ,
dont ils n'ont fait aucune , &
qu'ils n'ont point foûtenu d'af
fauts ; ainfi on ne peut faire de
Relation de ce Siege dans les
formes ordinaires , puifqu'il n'y
a point eu de coups de main:
On a remarqué que Monfieur
le
GALANT 601
le Duc d'Orleans n'a prefque
point quitté la tranchée , qu'il a
toûjours donné fes ordres , &
qu'il a fans ceffe efté l'ame de
tout ce qui fe paffoit , fans qu'un
Rhume tres grand , & des indifpofitions
qu'il a ſouvent cachées
, l'ayent empêché un
moment d'écouter fon zele &
fa valeur ; d'animer tous les
travailleurs , de donner des recompenfes
à tous ceux qui en
meritoient , & d'eftre toûjours
prefent à tout ce qui fe paffoit.
Dans le même temps que
fon activité ne luy laiffoit pas
un moment de relâche ; & què
Nov. Dec. 1707. Ecc
#02 MERCURE
ce Prince apprenoit par fes
propres yeux tout ce qui fe
paffoit , il ne laiffoit pas de
prendre fes precautions fur
tout ce qui pouvoit arriver au
dehors , & contre tout ce que
les Ennemis pouvoient faire.
Ce Prince ayant appris par
plufieurs Deferteurs , que les
Ennemis avoient décampé ,
pour s'approcher de fon Camp ,
& qu'ils eftoient venus camper
à Las Borjas , à trois lieuës
de Lerida ; qu'ils avoient affemblé
toutes leurs Troupes ,
& retiré toutes leurs Garnifons
; & que leur armée eſtoir
GALANT 603
compofée de foixante - douze
Efcadrons & de dix- neuf Bataillons
, dont fix avoient efté
nouvellement
levez en Catalogne
; ce Prince, dis- je, envoya
lle 31 Octobre Mr de Zerezeda,
Maréchal de Camp , Colonel
du nouveau Regiment de Rouffillon
, & recommandable par
splufieurs belles actions ' , avec
trois cens chevaux , pour reconnoître
la marche des Ennemis
, que l'on difoit vouloir
gagner le bas de la Segre ; il
vit le lendemain matin quinze
-Efcadrons , qui le pourſuivirent
; il remarqua , en ſe reti-
Eccij
604 MERCURE
rant , que trois de ces plus gros
Efcadrons s'eftoient détachez
des autres , pour le fuivre de
plus prés ; il les attendit derriere
un rideau , où il fe mit en
bataille ; & à leur approche il
les chargea l'épée à la main ,
avec tant de vigueur , qu'il les
défit entierement : il en tua
prés de 100. fur la place , &
il ramena beaucoup de Priſonniers
, n'ayant perdu que peu
de Cavaliers. S. A. R. continuant
de faire toutes les difpofitions
neceffaires , pour recevoir
les Ennemis , en cas qu'ils
s'approchaffent , foit qu'ils vou
GALANT 605
foit
luffent introduire du fecours
dans la Place , ce qui leur auroit
efté bien difficile
qu'ils euffent deffein de l'inquiet.
ter fur le haut ou fur le bas
de la Segre , deftina 28. Bataillons
& 60. Efcadrons , pour
former l'Armée d'obfervation ;
& ce Prince laiffa au Siege ,
pour le continuer , 13. Efcadrons
, & 23. Bataillons , dont
8. entrerent dans la Ville le premier
de Novembre , fous les
ordres de Mr le Chevalier de
Damas.
S. A. R. toujours attentive
tout ce qui pouvoit favorifer
Ece iij
606 MERCURE
fes deffeins , ou leur eftre con
traire, voyant que file déborde
ment de la Segré , qui croiſſoit
de jour en jour , venoit à s'augme
ter encore davantage
il y avoit à craindre que fes
Troupes , qui eftoient partagées
des deux coftez de cette
riviere, ne pûffent fe rejoindre,"
s'il arrivoit qu'elles en euffent
befoin , fit repaffer du cofté
de la Ville , les Troupes qui
eftoient au- delà de ce Fleuve.
Milord Galloüay , eſtant venu
pour reconnoître , avec 14 .
Eſcadrons , on ne luy en laiffa
pas le temps , Monfieur le Duc
GALANT 607
d'Orleans ayant détaché le Regiment
d'Houffards , qu'il fic
foutenir
par trois Efcadrons.
Ces Troupes curent à peine
paffé la Segre , que Milord
Galloüay fe retira avec precipitation
, & regagna fon Camp.
Je ne vous ay rien dit des Deferteurs
, qui venoient fouvent
en affez grand nombre, & l'on
remarquoit que c'eftoit toujours
dans des temps où l'Armée
des Ennemis fembloit
avoir quelque chofe à craindre ;
fçavoir aprés l'affaire de Mr de
Zerezeda ; aprés le détachement
de l'Armée de S. A. R. pour
Ecc iiij
608 MERCURE
marcher à Milord Galloüay, en
cas de befoin , & aprés le détachement
du Regiment des
Houffards , foutenu
par trois
Elcadrons. On pretend qu'en
ces trois temps , il en eft venu
plus de 400. Les Affiegez commençant
à fe trouver fort preffez
, & d'ailleurs fouffrant extremement
dans ce Château ,
pour les raifons que l'on verra
cy aprés , jetterent fix fuſées ;
ce quidonna lieu de croire qu'ils
eftoient perfuadez qu'ils ne
pourroient tenir plus de fix
jours. Le 8 Novembre , trois
hommes , envoyez par Milord
GALANT 609
Galloüay , voulurent fe jetter
dans le Fort de Garden ; le premier
vint à bout de fon deffein ;
le ſecond, ſe voyant reconnu, &
craignant d'eftre arrêté,fe fauva
à la faveur d'un brouillard , &
le troifiéme , ayant efté pris ,
fut pendu le foir même , à la
vûë du Château , d'où l'on tira
en même tems une bombe ,
qu'un Officier du Fort de Garden
ramaffa ; & un moment
aprés, on fir plufieurs fignaux ,
avec un Drapeau rouge. Le 11.
S. A. R. voyant qu'il y avoit
plufieurs breches au Château ;
& que la mine qu'Elle avoit or
610 MERCURE
donné de faire fous la fauffe
braye , eftoit en eftat , il fut
refolu de la faire jouer le foir ,
& de donner , en même temps
l'affaut : on commanda , pour
cet effet , 32. Compagnies de
Grenadiers , & les Travailleurs
neceffaires , qui fe mirent tous
fur le ventre à la tefte des tran
chées , & le fauffiffon eftoit dé→
ja allumé , lorsque les preparatifs
qu'ils s'apperçurent que
l'on faifoit dans la tranchée ,
& le filence du Mincur , leur
donnerent lieu de croire que
Fon fe preparoit à donner l'af
faut ; de forte , que fur les fix
GALANT 611
à fept heures du foir , dans le
temps que S. A. R. faifoit reti
rer les Soldats des boyaux qui
eftoient proche de la mine , ils
battirent la Chamade . Toute
la tranchée s'écria auffi toft
Vive Philipes V. Ils envoyerent
enfuite un Major & un autre
Officier , qui dirent à S. A. R.
que lePrince deDarmſtadt envoye
roit le lendemain matin un Brigadier
, pour fairefespropofitions :
S. A. R. leur repondit , qu'
ayant fait preparer toutes chofes
pour le foir, Elle n'eftoit pas d'a
vis de remettre l'affaire an lendemain
matin, & qu'Elle reces
3
1
612 MERCURE
vroit également les propofitions de
ces deux Officiers que celles du
Brigadier , & qu'il eftoit befoins
de fçavoir , fur l'heure , s'ils vou
loient traiter pour le Fort de Garden
, ainsi que pour le Château
quoy que ce Fort n'eût pas encore
efté attaqué , fans quoy Elle avoit
refola de les faire Prifonniers de
Guerre , fans écouter d'autres propofitions.
Ce Prince ajouta , quen
cette confideration , & à caufe
de la qualité de Mr le Prince de
Darmstadt , il leur accorderoit une
Capitulation honorable ; qu'il ne
leur donnoit qu'une heure pourfaire
Leur réponſe, & que cependant
GALANT 613
toutes chofes demeureroient dans le
même eftat. Cette propofition
ayant efté portée au Prince de
Darmstadt , il fit dire à S. A. R.
que le Brigadier qui commandoit
dans le Fort de Garden eftoit ma
lade ; & fous ce pretexte , il demanda
qu'on remit au lendemain
à convenir de la Capitulation
, à quoi Elle repondit
qu'Elle n'avoit pas refolu d'attendre
au lendemain , qu'il falloit fe
déterminer fur l'heure , touchant
le Fort de Garden ; qu'autrement
Elle iroit fon chemin ; qu'Ellefe
roitjoüer la mine ; qu'Elle donneroit
l'affaut , & que le fort decis
deroit du reſte.
614 MERCURE
Le Prince de Darmstadt connoiffant
la fermeté de S. A. R
& jugeant bien qu'il luy feroit
impoffible d'empêcher que ce
Prince n'executaft la refolution
à laquelle il paroiffoit fi forcement
attaché , prit le party
de rendre le Fort de Garden ,
comme le feul moyen qui luy
pouvoit faire obtenir une Ca
pitulation honorable.
Capitulation fut , qu'il fortiroit
par labréche tambour
battant , méche allumée , balle
en bouche , Enſeignes déployées
, avec deux picces de
canon ; & quoy que ce Prince
Cette
GALANT 615
foit forty avec quatre & un
mortier ; fçavoir , deux canons .
de fix livres de balle , & deux
de douze , ce ne fut que parce
que S. A. R. en confideration
de fa naiffance , voulut bien
luy accorder le furplus. Elle
luy accorda auffi d'emmener
avec luy cent cinquante Cha
riots couverts , & une efcorte
de cent chevaux , pour les con
duire jufqu'à l'armée de Milord
Galloway , qui eftoit à trois
lieues de là. S. A. R. ne vou
lut rien accorder aux Mique
lets , & aux habitans Ecclefiaftiques
& Seculiers , finon qu'ils
1
1
616 MERCURE
1
fe remettroient à la clemence
de Sa Majefté Catholique.
Les Otages furent enfuite donnez
; fçavoir , un Colonel Anglois
, & un Hollandois , de la
part des Ennemis , & S. A. R.
envoya M' le Chevalier de Tef
fé , Colonel du Regiment de la
Couronne , & M' de la Motte,
Major du même Regiment.
Tous ces Articles eftant reglez,
on livra une porte du Château,
& une du Fort de Garden,
le 12. à neufheures du matin.
Ondoit remarquer que le Prince
de Darmstadt avoit beau
coup infiſté fur ce qu'il avoit
GALANT 617
demandé qu'il fuft permis aux
Miquelets & aux Bourgeois
de le fuivre de difpofer de
leurs effets à leur gré pendant
fix mois , & de fe déterminer
aprés ce terme à refter ou à
fortir ; mais toutes ces propofitions
furent rejettées, & Monfieur
le Duc d'Orleans voulut
abfolument que tous ceux qui
ne voudroient pas fe foûmettre
à la clemence du Roy , &
qui demandoient fix mois pour
fe déterminer , fortiffent de la
Ville. Ceux qui demeurerent
obſtinez dans leur demande
furent obligez de fortir de la
Nov. Dec. 1707. Fff
618 MERCURE
Ville. Le 14. la Garnifon for
tit Par la bréche ; elle confiftoit
en cinq Bataillons , dont
deux eftoient Anglois , deux
Hollandois , & un Portugais ,
qui ne montoient qu'à cinq à
fix cens hommes , & à un nombre
prefque pareil de malades
& de Miquelets ; mais dans un
étap fi pitoyable , qu'il marquoit
ce qu'ils avoient fouffert
pendant le Siege . Ils n'avoient
pas fouffert feuls , puifque
de fix Cilternes qui étoient
dans le Château , il
en avoit cinq d'épuifées ; que
l'eau de la fixiéme eftoit tres
ily
GALANT 619
mauvaiſe , & que le peu de vin
qui leur reftoit , cftoir tout- àfait
aigre.
On a trouvé dans le Château
trente-trois pieces de canon
, plufieurs mortiers , trente
mille boulets , foixante &
dix milliers de poudre , & quantité
de bombes & de grenades.
it alt
Auffi- toft aprés la prife du
Chafteau , on envoya deux mille
chevaux dans la Catalogne
fous le Commandement de M
de Joffreville , qui ont penetre
fort avant , & qui aprés
y avoir établi les contributions,
Fffij
620 MERCURE
"
fe font retirez , fans avoir efte
inquietez , les peuples des environs
s'eftant empreſſez à venir
prefter l'obeillance . On détacha
auffi M d'Arenes avec
douze Bataillons , & quinze
Efcadrons , pour aller joindre
M' d'Asfeld dans le Royaume
de Valence , qui avec huit mille
hommes devoit faire le fiege
de Morella , à fept lieues de
2
Tortofe , & occupée par les
Miquelets. Enfin à peine Lerida
fut- il foûmis que la pluf
part des habitans des monta
gnes reconnurent Philippe V.
pour leur legitime Souverain,
GALANT 621
Jay oublié de marquer que
forfque la Garnifon fortit , le
Prince de Darmstadt , qui étoit
à la tefte , falua de l'épée S. A.
R. & qu'aprés avoir marché
dix pas toûjours à la tefte des
Troupes , il les quitta , & alla
joindre ce Prince pour luy ren
dre fes refpects , & il en reçut
beaucoup d'honneftetez
. L'ordre
eftoit donné d'arrefter M'
Wilchs , Maréchal de Camp ,
par reprefailles
du mauvais
procedé qu'on avoit eu à l'é
gard du Brigadier Don Jofeph
de Chaves. Mr le Maréchal de
Berwick , voulant faire hon
}
622 MERCURE
neur à Son Alteffe Royale , s'e .
toit chargé de cette commiffion.
Ce Prifonnier vint le lendemain
matin reprefenter à S.
A. R. le tort que fon abfence
pourroit luy faire , parce que
Les Ennemis enpourroient proficer.
Ce Prince le renvoya , en
luy difant qu'il ne l'avoit fait
arrefter que pour marquer à Mi.
lord Galloway , que les mauvais
procedez ne luy convenoient pas.
Le 15. on commença par
ordre de S. A. R. à combler les
travaux , & à nettoyer le Châ -y
teau , qui eftoit dans un état
effroyable & fi infecté , que
GALANT 623
l'on n'y pouvoit demeurer fans
fouffrir beaucoup. Les Affiegez
n'y avoient enterré ni home
mes ni chevaux , & l'on y trou
voit par tout des monceaux de
cadavres .
Il parut aprés la prife de Lerida
, que le Prince de Darmftadt
avoit beaucoup aliene
l'efprit des peuples , & qu'ils avoient
de la peine à luypardonner
de les avoir facrifiez .
Son Alteffe Royale avoit
nommé , quelque temps avant
prife du Chafteau , Mr le
Chevalier de Maulevrier , Ma-'
réchal de Camp , pour en aplabo
624 MERCURE
porter la nouvelle au Roy , &
Don Antonio de Senmanat
fils de Mr le Marquis de Caſteldos-
Rios , cy- devant Ambaſſadeur
en France , pour la faire
fçavoir à S. M. C. Il eft aifé de
s'imaginer qu'ils firent toute la
diligence poffible pour porter
une fi bonne nouvelle aux Rois
leurs Maîtres .
Je ne vous dis rien de ce
qui fe qui fé paffa à Madrid
lors que l'on y cut appris une
nouvelle que l'on y attendoit
avec d'autant plus d'impatience,
que le fuccés de ce fiege
avoit parufort douteux , & que
tour
GALANT 625
tout en auroit cfté à craindre
fans la perfeverance de Monfieur
le Duc d'Orleans , qui
aprés la Campagne finic n'avoit
point perdu de vûë une
Place que ce Prince avoit refolu
de faire rentrer fous l'obéïffance
de fon legitime Souverain.
Quant à ce qui fe paffa à la
Cour de France , il faudroit
ávoir le fecret de lire dans tous
les coeurs pour en faire une veritable
peinture. Le fang dont
fort ce Prince , la valeur qui luy
eft naturelle , fes grandes qualitez
, & fes manieres affables ,
Nov. Dec. 1707. Ggg
626 MERCURE
faifoient que la joye que l'on
reffentoit , ne venoit pas feulement
de la prife de Lerida ;
mais auffi de ce qu'une Place
qui avoit jufques icy paru imprenable
, eftoit l'ouvrage d'un
jeune Prince qui devoit moins
reffembler à Mars qu'à l'Amour.
Le Roy ayant fait chanter
de Te Deum dans fa Chapelle de
Verfailles , Sa Majeſté écrivit à
Monfieur le Cardinal de Noailles
, afin que S. E. le fift auffi
chanter dans l'Eglife de Nôtre .
Dame . Voicy ce que contenoit
la Lettre de Sa Majeſté.
GALANT 627
Mon Coufin , Tout ce qui s'eft
paffe en Espagne depuis la victoire
Ad Almanza , prouve évidemment
que les fuites en font auffi avantagenfes
queje l'avois efperé. La reraduction
des Royaumes de Valence
d'Arragon en a esté le premier
fruits la prife de Lerida acheve
non-feulement d'en afſurer lapai-
* fible poffeffion , mais femble promettre
un pareil fuccés en Catalogne
. C'eft à mon Neveu le Duc
d'Orleans que font dûs tant d'heureux
évenemens. Aprés avoirfait
rentrer deux Royaumes fous l'obéiffance
de leur légitime Souve
rain , il a entrepris le Siege de cette
Gggij
628 MERCURE
importante Place : La force defes
Remparts , une nombreufe Garnifon
, les Rivieres débordées , l'approche
des Ennemis qui venoient
au fecours , eftoient autant d'obftacles
, qu'il a furmontez par fon
intrepidité , par fa vigilance , &
parla valeur des Troupes Françoifes
& Espagnoles qui font fous
fes ordres . Ces avantages joints à
ceux qui ont efté remportez dans
cette même Campagne fur les
Frontieres de Portugal , où les Ennemis
ont perdu trois Places confi
derables & toutes les Troupes qui
les deffendoient , m'obligent de rendre
à Dieu les juftes actions de gra
GALANT 629
ces , qui luy font dues pour tant
de bienfaits. Ainfi je vous écris
cette Lettre , pour vous dire
que mon intention eft que vous
faffiez chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine de
ma bonne Ville de Paris , at
jour & à l'heure que le Grand
Maiftre ou le Maiftre des Ceremonies
vous dira de ma part. Je
luy ordonne en même temps de convier
à cette Ceremonie mes Cours ,
ceux qui ont accoûtumé d'y af
fifter. Sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , mon Coufin , enfa fainte
& digne garde. Ecrit à Versailles
le 22. Novembre 1707 : Signé ,
Ggg ij
630 MERCURE
LOUIS , & plus bas , PHELYPEAUX
.
J 203003
Le foir du même jour on al
luma des feux dans toutes les
rues de Paris . Je n'entreprensi
dray point de vous parler deo :
tous ceux qui fe diftinguerent
en cette occafion Jaurois trop
de chofes à vous dire , & vous
en pouvez juger par la confe
quence de la conquefte , & par
le zele de tout le Public pour
le Vainqueur. Je ne vous dis
rien non plus des Réjoüiffances
qui furent faites dans le Palais
de Mr l'Ambaffadeur d'EfpaGALANT
630
f
gne . Sa magnificence & la vivacité
, avec laquelle il embraffe
toutes les occafions de faire
briller la gloire du Roy fon
Maître , doivent affez vous perfuader
qu'il n'épargna rien de
tout pouvoit faire écla
ce
6
ter la joye.
Celle de Mrde Terrat , Chancellier
, Garde des Sceaux
Chef du Confeil , & Surintendant
des Maifon , Domaines &
Finances de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , fe fit auffi
voir dans toute fon eftenduë ; -
ce qui parut unjour avant que
l'on chantât le Te Deum ; de
Ggg iiij
632 MERCURE
maniere que les Rejoüſſances
qu'il fit ne furent point confondues
avec celles de tout le
Public. Il donna ce jour là une
feſte à S. A. R. Mademoiselle ,
qui fe rendit à fon Hoſtel , environ
fur les fix heures du foirs
accompagnée de Madame la
Grand- Ducheffe. Mr & Me de
Terrat les reçûrent dans la court
à la portiere de leurs caroffes .
Cette court qui eft fort ſpacieufe
, eftoit toute illuminée , avec.
des lampes & des lamperons ,
& ils les conduifirent dans un
tres bel appartement , dans lequel
on voit un magnifique caGALANT
633
1
binet de glaces. Ces Princeffes
eu de temps
fe
mirent au jeu peu
aprés avoir
éxaminé
cet appartement
, & elles ne le quitterent
qu'environ
fur les neufheures
,
aprés que l'on cut fervy un fuperbe
fouper
. Il y eut trois tables
; la premiere
eftoit de feize
couverts
, à laquelle
fe mirent
Mademoiſelle
Grand
Ducheffe
, Madame
la
Princeffe
de Rohan
, Me la Ducheffe
de Foix , Me la Maréchale
de Villars , & plufieurs
Dames
du premier
rang , ainft
que quelques
Dames
de la fuite
des Princeffes
.
Madame la
634 MERCURE
La feconde table eftoit de
dix couverts ; M de Terrat en
fit les honneurs ; elle fut auffi
remplie de plufieurs Dames de
qualité , & du refte de celles de
la fuite des Princeffes .
La troifiéme table eftoit dans
une Chambre féparée ; elle
eftoit de douze couverts , & il .
n'y eut que des hommes à cette
table.
Ces trois tables furent fervies
en même temps . Je ne vous ,
dis rien de la beauté des fervices
, de la bonté des mets , ny
de la fomptuofité du deffert ,
puifqu'il eft aifé de fe l'imagi-,
GALANT 635
ner. M' de Terrat ne fe mit
point à table , & l'on peut dire
qu'il faifoit les honneurs
de
toutes ces tables , paffant fouvént
de l'une à l'autre pour
yoir fi elles eftoient
bien fervies
. Le bruit des boëttes comà
fe faire entendre
fur
les onze heures, & peu de temps
aprés on fortit de table , & on
alla prendre place aux feneftres
d'où l'on pouvoit
voir le feu
qui eſtoit dreſſé dans la grande
mença
court , & comme
toute
cette
court eftoit illuminée
ainſi que
toute la façade
de la maiſon
,
on fut d'abord
frappé
par
l'é-
2
636 MERCURE
clat de toutes ces lumieres qui
produifoient un effet d'autant
plus merveilleux , que leur arrangement
avoit quelque choſe
de nouveau & de fingulier.
Le Theatre fur lequel le Feu
eftoit dreſſé , avoit quatre faces,
fur lesquelles il y avoit quatre
Devifes qui convenoient fort
bien au fujet.
On avoit peint fur la pre
miere face , pour marquer que
Lerida n'avoit jamais efté pris ,
une Hydre , qui eft le hyerogliphe
de la Rebellion , & un
Hercule , qui d'un feul coup
luy abat la tefte ; les mots fuiGALANT
637
vans fervoient d'ame à cettę
Devife...
cat Unifuccubuit.
Ce qui marque que Son Alteffe
Royale a feule pû prendre cette
Ville , furnommée juſqu'icy la
Pucelle .
La Deviſe de la feconde face ,
cftoit un Aigle , qui reprefentoit
le même Prince . L'Aigle
portoit les foudres de Jupiter ,
par tout où ce Dieu luy ordonnoit
d'aller. Cette Devife avoit
pour ame :
938 MERCURE
Quòferre jubebit Jupiter.
xuob
Ce Dieu reprefentant le Roy,
cette Devife fait voir que Son
Alteffe Royale eftoit prefte de
porter la foudre par tout où Sa
Majefté luy ordonneroit d'aller.
La troifiéme Deviſe reprefentoit
une fléche fur un Arc ,
prefte à eftre décochée : elle
avoit pour ame , ces mots tirez
du Pfalmifte :
In corda inimicorum Regis.
On entend par cette Devife
GALANT 639
que cette fleche eftoit lancée
dans les coeurs des Ennemis des
deux Rois .
La Devife de la quarriéme
face,faifoit voir un homme defolé
& gemiffant , dont le Bouclier
eftoit à terre , & qui fem
bloit enle regardant,fe plaindre
de ce qu'on le luy avoit arra
ché. Le Corps de cette Devife
eftoit accompagné de ces mots :
Erepto moleftus clypeo.
On a voulu dire par cette
Devife , que Lerida eſtant pris ,
Barcelonne , dont cette Ville
640 MERCURE
eftoit le Bouclier, gemit voyant
qu'on le luy a arraché.
Plufieurs Soleils , & plufieurs
Gerbes de feu ſemblerent produire
un nouveau jour dans un
lieu qui eftoit déja des plus
brillans . Les fufées parurent
des plus belles , & elles s'élancerent
jufqu'au plus haut
des airs . Enfin tout ce qui regardoit
l'Artifice de ce Feu
donna beaucoup de plaiſir , &
fut admiré. Ce divertiffement
dura jufqu'à minuit , & reçut
de grands applaudiffemens. Les
Princeffes aprés avoir témoigné
à Mr de Terrat qu'elles eftoient
GALANT 641

,
fort fatisfaites, tant du magnifique
repas qu'il leur avoit don-
, que du divertiffement qu
elles venoient de prendre
eftoient fur le point de fe retirer
, lorfque M Bezuchet , Secretaire
ordinaire de M de
Terrat , prefenta à Mademoifelle
, le Sonnet qui fuit . Cette
Princeffe le reçut tres- agreablement
, & le lut dans le même
temps.
Nov. Dec. 1707. Hhh
642 MERCURE
A SON ALTESSE ROYALE
MADEMOISELLE.
Levi
SONNET.
Erida , ce Rampart qu'on croyois
imprenable ,
Eft tombéfous les coups d'un Prince
glorieux';
DES AUGUSTES BOURBONSs le
fang victorieux
P
Fait voir qu'à fa valeur rien n'eft
infurmontable.
2
FILLE DE CE HEROS , Prina
ceffe incomparable ,
Qui charmezà lafais nôtre esprit&
nos yeux ,
Jouiffez du bonheur de voir comment
les Cieux
GALANT 643
Comblent de leurs bienfaits ce Con
1 El querant aimable.
2.
Charme de fes vertus , que nos
coeurs à loifir
Dans cejour fortuné goûtent tout le
7
Que peut nous inspirer cette grande
Victoire.
S
Sousfespieds j'apperçois le Rebelle
Sill Whétouffé étouffél
Sa chute luy promet une immprtelle
gloire
Triomphant où jamais martel n'a
triomphe
** Le Dimanche 17. Mademoiſelle
fit chanter fur les quatre
heures aprés Midy dans la
Hhhij
644 MERCURE
Chapelle du Palais Royal , un
Te Deum en Mufique , de la
compofition de M Baptiftin ,
oùMonfieurleDuc de Chartres ,
les Princeffes fes Soeurs , & plus
fieurs Perfonnes de diftinction
affifterent. La Mufique fut
trouvée tres-belle , & ceux qui
chanterent à ce Te Deum , res
curent de grands applaudiffemens.
Les Princeffes allerent enfui
te à l'Opera , où Madame laq
Grand- Ducheffe fe trouva. Ca
divertiffement eftant fini les
Princeffes allerent dans l'ap
partement de Mª de Maré , ou
IGALANT 645
L'on joua jufques à l'heure du
fouper,sur son
Pendant que l'on joua , Mr
Pefié , pour marquer fon zele
pour tout ce qui regarde S. A.
R.Monfieur le Duc d'Orleans,
fit illuminer tous les lieux qui
pouvoient eftre vûs de l'appar
tement , où l'on devoit manger
; & cette illumination fut
accompagnée d'une grande
Symphonic qui fe fit entendre
pendant le foupé , & de quan
tité de boëtes , qui furent ti
rées dans le Jardin du Palais
RoyalBangun se
* Sur les dix heures , on palla
646 MERCURE
dans l'Appartement , où le
foupé , auquel Mademoiselle
avoit invité Madame la Grand
Ducheffe , eftoit fervy. Mar
demoiselle , Mademoiſelle de
Chartres Mademoiſelle de
Valois , & Madame la Grand
Ducheffe fe mirent à table ,
accompagnées deń Meldames
les Ducheffes de Foix , d'Au
mont , & d'Humieres, Plufieurs
Dames de qualité eurent
auffi l'honneur de manger à
cette table , qui eftoit de trente
Couverts. Le premier fervice
eftoit de quarante plats , avec
un cres- beau Sur- tout , qui ocGALANT
647
CP
cupoit le milieu de la table . Ce
fervice eftoit compofé de huit
potages , & de trente- deux entrées.
Le fecond fervice eftoit de
dix - huit plats de roft , de feize
entremêts , & de huit ſalades ;
le tout accompagné d'affiettes
d'oranges , &c. Trente corbeilles
de fruit, & de tout ce qui
Faccompagne ordinairement
fe firent admirer dans le troi .
fiéme fervice , & elles furent
accompagnées de vingt- quatre
compotes . On diftribua , pendant
le fouper , plufieurs pieces
de vin , dans la Cour du Palais-
Royal. On ne fortit de table
648 MERCURE
qu'à minuit
& l'on dança
jufqu'à deux heures du matin .
Toute la Compagnie
s'en retourna
moins fatisfaite
, encore
de la chere qui luy avoit eſté
faite , quoi qu'elle
fût tresgrande
, que des manieres
honneftes
& prévenantes
de Mademoifelle.
Le Madrigal qui fuit , &qui
a efté fait par Mr Baraton ,
parut peu aprés la prife de
Lerida.
A
GALANT 649
A
SON ALTESSE ROYALE.
Madrigal.
Lerida cette Place où deux grands
Capitaines
Ont autrefois échoué
Grand Prince , contre Toy , à vu
fes forces vaines ;
Son orgueil qui bravoit les Puiffances
humaines
A la Revolte devoué,
Malgréfes fiers rempars , ſes muz
railles hautaines
Soumis par ta valeur , & tombé
dans tes chaînes ,
Nov. & Dec. 1707. Iii
650 MERCURE
T'a pourfon Vainqueur dvoüé,
Le 8 de ce mois , on chanta
dans l'Eglife Cathedrale de
Bayonne , le Te Deum en Mufique
, en actions de graces de
la Prife de Lerida. La Reine
Douairiere d'Espagne affifta à
cette Ceremonie. Le foir du
même jour , le Palais de cette
Princeffe fut éclairé par un
grand nombre de flambeaux
de cire blanche , on tira beau-
· coup d'artifice devant la porte
de ce Palais ; tous les Apartemens
de cette Princeffe furent
illuminez , & il y eut de
GALANT 651
grands concers de Mufique.
Pendant que toute la Francem&
toute l'Espagne donnoient
des marques de la joye
que la Prife de Lerida leur caufoit
, S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans s'avançoit vers Madrid
, où le peu de fejour
qu'il y avoit fait , avoit laiffé
une figrande idée de fa Perfonne
, & de tout ce qui rend ce
Prince recommandable , qu'il
y eftoit attendu , avec un empreffement
, qu'il eft impoffible
de bien exprimer. Si l'on
avoit fouhaité à Madrid d'y
yoir ce Prince de retour , avant
Iii ij
652 MERCURE
pour
le
qu'il eût expofé fa vie
fervice du Roy d'Efpagne , &
de toute la Monarchie Efpagnole
, il eft aife de s'imaginer
qu'il y eftoit encore fouhaité ,
avec une plus vive ardeur, aprés
avoir foumis prefque tout le
Royaume de Valence ; rout
celuy d'Aragon , & fur tout
aprés la Prife de la Ville & du
Château de Lerida , que l'on
avoit eu licu , jufqu'alors , de
croire imprenables . Ce Prince
arriva à Madrid le 30 Novem
bre , aux acclamations de tout
le Peuple. Je remers au mois
prochain à vous parler de ce
GALANT 653
qui fe paffa à fa premiere entrevûe
, avec Leurs Majeftez
Catholiques , n'en eftant pas
encore informé affez precife.
ment , pour rifquer à vous en
qui
parler , & craignant d'ajouter
quelques circonſtances ,
dans la fuite ne feroient pas
trouvées veritables , ou d'en
blier d'effentielles ; je vous
diray feulement que S. A. R.
fut logée au Palais du Duc
d'Uceda , que le Roy d'Eſpagne
avoit fait meubler magnifiquement,
S. A. R. y a tenu
une table digne de ſon rang ,
& de la magnificence qui luy
Iii j
654 MERCURE
eft ordinaire & à laquelle tous
les Grands d'Efpagne font venus
manger , pendant tout le
temps que ce Princesa reſté à
Madrid , où il reçût d'abord
des complimens de la part
Dames du premier rang , fur
des
fon heureuſe arrivée . S. A. R.
leur rendit vifite à toutes , ayant
voulu les remercier chez elles.
Le 7. de Decembre on donna
à Son Alteffe Royale une reprefentation
de la magnifique
Fefte que la Ville de Madrid
avoit déja donnée à Leurs Majeftez.
Voicy ce qui avoit donné
lieu à cette Fefte. Aprés les
GALANT 655
2 .
heurefes Couches de la Reine ,
la Ville de Madrid , refolut de
sdonner à Lours Majeftez , une
Felter des Taureaux ; on doit
remarquer que ce fpectacle
eft un des plus grands que l'on
puiffe donner en Europe , mais
comme les frais en font fort
grands , Sa Majefté Catholique
voulut les épargner à la Ville
de Madrid. Cependant cette
Ville , auffi zelée que fidelle ,
one voulut pas demeurer fans.
donner des marques de fa joye ,
par quelque Fefte qui fuft confiderable.
En effet , elle y réüffit
en donnant une Piece de
656 MERCURE
Theatre accompagnée de tous
les ornemens , & de toute la
magnificence que fon zele pûc
luy infpirer. On donna donc
pour divertiffement , ce grand
fpectacle à Son Alteffe Royale
aufquelles on crut devoir ajoûter
quelques nouvelles Decorations
afin qu'il paruft quelque
chofe de nouveau dans ce fpectacle
, en confideration du
Prince à qui on le donnoit.
Jefpere vous donner le mois
prochain , un détail de ce fpectacle
, où il y cut Mufique.
Le foir du même jour , les
illuminations commencerent.
GALANT 6,7
& elles durerent jufqu'au lendemain
, qui eftoit le jour marqué
pour la Ceremonie du Baptème
. Ces illuminations étoient
accompagnées de feux de joye
qui fe faifoient remarquer de
diftance en diſtance , & qui
fembloient fe renouveller fans
ceffe.
Le Prince des Afturies ayant
efté ondoyé dés le jour de fa
naiffance par le Patriarche des
Indes , titre qui eft attaché au
grand Aumônier d'Efpagne.
Ce Prince avoit efté nommé
LOUIS , fuivant l'ufage du
Royaume , de donner le nom
658 MERCURE
aux Enfans en les ondoyant.
Le refte de la Ceremonie fe fir
donc ce jour- là huitiéme Decembre
, jour de la Concep
tion de la Vierge , à trois heu
res aprés midy. Toutes les
cours , les terraffes , & les gal
leries du Palais étoient tendues
des plus belles tapifferies . Les
Gardes du Roy étoient habillez
de neuf & leurs habits
eftoient fort riches , & l'affluen
ce fe trouva fi grande , que l'on
eut befoin de prendre beaucoup
de précautions , afin qu'il
n'entrât au Palais que ceux qui
avoient droit de fe trouver
GALANT 659
cette grande Ceremonie ; mais
l'ordre , que l'on y apporta
fut fi bon , que malgré le concours
extraordinaire qui s'y
trouva de toutes fortes de perfonnes
, de tous âges , & de
toutes conditions , il n'y eut
pas le moindre defordre. Ce
qui reftoit à faire des Ceremonies
du Baptême , ayant eſté réfervé
à Monfieur le Cardinal
Portocarero , fuivant que S. E.
l'avoit fouhaité, il y avoit longtemps
qu'Elle faifoit préparer
toutes chofes pour cette augufte
& fainte fonction ; de
maniere que l'on n'a juſques
660 MERCURE
icy peu vû d'entrées de Prin
ce , ou d'Ambaſſadeur
plus
magnifique , que le fut ce jourlà
dans le Palais , l'Entrée de
Son Eminence . Il feroit difficicile
de rien ajoûter à cette
Pompe , auffi , le zele de ce
grand homme s'eft- il toûjours
foûtenu
, & diftingué par tout.
Il fortit à deux heures aprés
midy de fon Palais Archiepif-
• copal , accompagné
des quatre
Dignitez de fon Eglife Primatiale
; de Mr le Comte de Palma
, & de Mr le Marquis de Almenera
, fils aîné de ce Comte,
Un Guidon
, qui eft la marque
de
GALANT 661
de fa haute Dignité , precedoit
fix Caroffes des plus ri
ches qui ayent paru à Madrid ,
& qui avoient efté faits exprés
pour cette Ceremonie. Vingtquatre
Valets de pied marchoient
à la tefte . Ils eftoient
fuivis de huit Pages . Les habits
des uns & des autres eftoient
de velours cramoifi ; mais diffe
rens , en ce que ceux des Valets
de pied eftoient couverts
d'un tres gros galon d'or avec
des franges ; ceux des Cochers
& des Poftillons , eftoient de
même . A l'égard de ceux des
Pages , ils eftoient brodez d'or ,
Nov. Dec. 1707. Kkk
662 MERCURE
& cette broderie faifoit voir.
autant de bon gouft que de richeffe.
A peine tout ce grand
& magnifique Cortege fut - il
arrivé auprés du Palais que toute
la Garde du Roy , par ordre
exprés de Sa Majefté rendit à
Son Eminence tous les honneurs
militaires , ce Monarque
ayant voulu qu'on luy rendiſt
ces honneurs.
Monfieur le Cardinal Portocarrero
alla droit à la Chapelle
Royale , où tous ceux qui,
devoient affifter à la Ceremonic
, eftoient déja placez felon
leur rang & leurs Charges. Les
GALANT 663
principaux eftoient les Prefi
dens des Confeils , deux Miniftres
de chacun , & un Secretaire
des plus anciens , & ainfi de
tous les autres Corps. Peu de
temps aprés Son Alteffe Royale
arriva dans les Caroffes du
Roy , qui avoient efté le prendre
à fon Palais. Ce Prince
avoit une fuite proportionnée
à ſa naiſſance , & à la place qu'il
alloit tenir dans une pareille
Ceremonie
. Peu de temps aprés
fon arrivée , la marche commença
par les Galleries . Quatre
Maffiers avec leurs Maffes , &
quatre Heraults d'Armes pre
Kkk ij
664 MERCURE
cedoient Son Alteffe Royale ?
ainfi que tous les Prevoſts de
l'Hoftel ; les Pages ; les Officiers
de la Maifon du Roy ; les Gentilshommes
de fa Maifon & de
fa bouche ; les Ecuyers ; les
Mayordomes du Roy & de la
Reine ; & plufieurs Grands
d'Efpagne , du nombre defquels
eftoient Mr le Duc de
Medina- céli ; Mr le Duc de
Montalto ; Mr le Duc d'Offone
; Mr le Duc de Gandia ; Mr
le Marquis d'Aftorga , Mr le
Marquis d'Aguilar del Campo ,
& toutes les regles du Ceremonial
furent obfervées dans cette
GALANT 665
marche , où tous les Grands
eftoient en habits fomptueux ,
& portoient toutes les chofes
neceffaires pour cette Ceremonie.
1
Le Princes des Afturies paroiffoit
enfuite dans une chaife
à Porteurs d'une tres grande
magnificence. Cette Chaife
eftoit portée par les Valets de
Chambre- Tapiffiers , & foûtenuë
par les Valets de Chambre
du Roy. Madame la Princeffe
des Urfins qui devoit tenir le
Prince au nom de Madame la
Ducheffe de Bourgogne , de
même que Monfieur le Duc
Kk k iij
666 MERCURE
d'Orleans au nom du Roy ,
eftoit dans cette Chaife , & elle
avoit le jeune Prince entre fes
bras.
Outre les 4.Dignitez de l'Eglife
de Tolede, MleCardinal Portocarero
avoit pour Affiftant
Mr l'Evêque de Siguença & Mr
l'Evêque d'Urgel Leurs Majeftez
Catholiques virent cette
Ceremonie à travers une gran
de feneftre qui donne dans cette
Chapelle . A peine Monſieur
le Cardinal Portocarero fut - il
de retour chez luy , qu'il envoya
au Palais dans une riche
Corbeille , par Mr Goyeneche ,
GALANT 667
Treforier de la Reine , quantité
de prefens. On trouva au
deffus de la Corbeille , ceux qui
eftoient deftinez pour les Dames
de la Reine , chaque prefent
avoit une adreffe . Ils confiftoient
chacun en un Manchon
; deux paires de gands ;
une Tabatiere d'or , & en une
Bague. Tout eftoit égal , excepté
les Bagues , qui eſtoient
de plus ou de moins de valeur ,
felon le rang & la qualité de
chacune de celles pour qui elles
eftoient. Me la Nourrice du
Prince des Afturics , eftoit comprife
parmi le nombre de ces
4
668 MERCURE
Dames. On trouva dans le fond
de cette Corbeille une Agraphe
de Diamans , de la valeur
de fept mille piftoles qui eftoit
pour la Reine ; une autre pour
Madame la Princelle des Urfins
, eftimée 3000. piftoles , &
uneCroix de Diamans avec une
chaîne d'or de plus de 8000.pif
toles pour le Prince desAfturies ,
Les Dignitez , dont j'ay par
lé , & qui affifterent à la Cerc
monie du Baptême , reçûrent
auffi , de S. E. deriches prefens ,
& qui leur convenoit. Les Gardes
Eſpagnoles & Valonnes ,
fe reffentirent auffi des liberaGALANT
669
fitez de S. E. & l'on diftribua
de fa part , cent piſtoles à chacun
de ces Corps ; & les Halebardiers
eurent aufli lieu d'être
fatisfaits de la fomme qui leur
fut diftribuée.
Pendant que tous ces Corps
marquoient la joye qu'ils reffentoient
des liberalitez de
Monfieur le Cardinal Portocarero
, la Reine chargeoit Mr
de Goyeneche , de rendre à S.
E. tous les prefens qui estoient
pour Elle & pour Madame la
Princeffe des Urfins ; mais S.
M. accepta la Croix qui eftoit
pour le Prince des Afturies ; &
670 MERCURE
elle permit aux Dames de prendre
ceux qui leur eftoient deſtinez.
S. M. chargea en mêmetemps
Mr de Goyeneche , d'un
Compliment tel que le merite
la generofité de S. E. & Elle
ajouta qu'Elles la prioient
en confideration des befoins'
de l'Etat , de trouver bon
qu'elles ne reçuffent pas fes
prefens. Son Eminence fupplia
en même temps
le Roy
d'agréer cinqmille piftoles pour
contribuer aux frais de la guerre.
Elle fe prepare encore à
envoyer de grands fecours à
Oran .


GALANT 671
Le foir du Baptême , les illuminations
& les feux parurent
par toute la Ville , & la Nobleffe
& le peuple , donnerent
à l'envy , des marques de leur
joye.
Quant à Son Alteffe Royale ,
elle a plus donné que perfonne
, puifqu'elle a facrifié fon
repos & fon fang , pour la gloire
de l'Efpagne , & qu'elle n'a
rien épargné de tout ce qui
a pû dépendre d'elle , & de
tout ce que les preffans befoins
ont demandé qu'elle fift,
à fes dépens pour gagner un
temps qui eft prerieux quand
672 MERCURE
les occaſions ſont preſſantes.
Le Roy a donné à Mr le
Comte de Muret , Maréchal
de Camp , qui commande à la
Peroufe , le Cordon rouge qu'-
avoit feu Mr de Valencé .
Sa Majefté vient de nommer
Lieutenans Generaux de fes Armées
Navales , M' le Marquis
d'O, & M' Ducaffe ; & Mrs
de Serquigny , & de Champigny
Chefs d'Efcadre ; & Mr
de Langeron a eu le Cordon
rouge. Ces places vacquoient
la mort de Mrs de Villette
& d'Albermarle.
par
J'apprens auffi en ce mo-

ment
GALANT 673
ment que le Roy vient de donner
à Mr le Duc de Trefmes
un Brevet de retenuë de 400 .
mille livres fur fa Charge de
premier Gentilhomme de la
Chambre ; je vous en diray da◄
vantage le mois prochain .
Quoique la Relation , que
Vous venez de lire , de ce qui
s'eft paffé depuis le 30º de Novembre
, que Mr le Duc d'Orleans
eft arrivé à Madrid , jufqu'au
12 de Decembre , foit
remplie d'un grand nombre de
particularitez , toutes plus curieufes
les unes que les autres ,
& que je n'aye épargné aucun
Nov. Dec. 1707. LII
C
674 MERCURE
foin pour ramaffer toutes les
chofes qui fe font paſſées pendant
ces 13. jours , la Lettre ,
que je viens de recevoir de Madrid
, & que je crois devoir ajoûter
icy, eft neanmoins remplie
de quantité de faits nou
veaux , & l'on pourroit mefme
dire qu'elle n'eft composée que
de ceux qui n'eftoient pas venus
à ma connoiffance. Ainfi
il y a lieu de croire que ces deux
Relations doivent renfermer
tout ce qui s'eft paffé à l'occafion
du retour de S. A. R. à
Madrid , & du Baptême du
Prince des Afturies.
GALANT 675
3
A Madrid ce 12 Decembre
.
a
L'on
Vous fçavez , Mr , tout ce qui
seft paffe à Sarragoffe , à l'entrée
de S. A. R. & vous ne ferez pas
fans doute moins content de la
Ville de Madrid. Dés que
eut fçû que ce Prince approchoit
plus de deux cent caroffes forti
rent de Madrid , & ils furent
fuivis de tout le Peuple. La beauté
de ce spectacle fut neanmoins diminuée
, parce que S. A. R. arri✩
va fort tard , & que le froid
eftoit fortgrand ce jour là. Peu de
jours aprés , le Roy & la Reine
LII ij
676 MERCURE
menerent ce Prince dans leur caroffe
, au Buen-Retiro , favour
tres-particuliere , & qui n'a que
peu ou point d'exemples , pour voir.
la Reprefentation d'un Opera ,
dont la depenfe a efté faite par la
Ville de Madrid. La Salle eft
belle ; les decorations eftoient magnifiques
; elles changeoient pref
que à toutes les Scenes ; il y avoit
beaucoup de machines , & l'Orcheftre
eftoit bon. Le Roy , la Reine
, & S. A. R. eftoient fous un
Dais , dans le Parterre , & affis
dans des fauteuils . Le Mayordo
me eftoit d'un cofté, affis fur un
tabouret , & Madame la Prin
GALANT 677
dans
ceffe des Urfins de l'autre , affife
de la même maniere . Les Grands
eftoient à la droite , & à la ganche
, les Officiers Domestiques du
Roy. LesDames de la Reine étoient
affifes fur des carreaux , & les
Officiers des Gardes du Corps &
du Regiment des Gardes eftoient
l'Amphitheatre. Il y avoir
des Faloufies à toutes les Loges.
Ainfi je ne puis vous dire par qui
elles eftoient remplies. Le Roy
- trouva auretour, toutes les ruës illuminées
, remplies defeux.
Le 8 du même mois , jour de la
Conception de la Vierge , on fit
La Ceremonic du Baptême. Le
Lll iÿj
"
678 MERCURE
PremierGentilhomme de laChang
bre de S. A. R. avoit esté nommé
feulpour affifter à cette Ceremonie
l'on enavoit exclus le Premier
Aumônier & le Capitaine des
Gardes ; mais Mr l'Abbé deTreffant,
qui a la Charge de Premier
Aumônier , fit fi bien connoître à
S. A. R. que les Infants , avant
luy , n'avoient pas eu de Premier
Aumônier, ni de Capitaine des
Gardes , que l'affaire fut decidée
en leur faveur. S. A. R. partir
fur les deux heuresdu Palais d'U.
ceda.
La marche commençoit par un
caroffe , dont les portieres de ve
GALANT 679
lours cramoifi , eftoient chamarées
d'or. Ce caroffe eftoit attelé de fix
beaux chevaux ; il n'y avoit per-.
fonne dedans , & il eft appellé
Caroffe de refpect .
Le Carroffe de Son Alteffe Roya
lefuivoit il eftoit attelé defix
chevaux parfaitement beaux , &
environné des Ecuyers du Roy à
cheval , de fes Pages à pied.
Heftoit auffi de velours cramoift ,
chamaré d'or. S. A. R. y
eftoitfeule dans le fond. Son habit
eftoit magnifique , & couvert
d'une infinité de pierreries. Mrs
de Chaftillon & d'Etampes , premier
Gentilhomme de fa Cham680
MERCURE
bre & Capitaine des Gardes ; Mr
l'Abbé de Treffant fon premier
Aumônier, & Mr d'Armentie
resfon Chambellan, avoient l'honneur
d'eftre dans ce Carroffe , qui
eftoit fuivi de deux autres Caroffes
attelez de fix mules chacun
dans lefquels eftoient les autres
Officiers de S. AR.
Aprés que
quelque
temps
au Palais
, la marche
commença
pour
fe rendre
à la
Chapelle
Royale
: les Maffiers
marchoient
lespremiers
; les Grands
les fuivoient
deux
à deux
; les
Heraults
d'Armes
paroiffoient
fuite
, fuivis
defix Grands
, nom
l'on eut demeuré

GALANT 681
mez par le Roy, portant dans des
Baffins les chofes neceffaires pour
la Ceremonie
du Baptême
.
Son Alteffe Royale, les fuivoit
ayant fon premier Aumônier àfa
droite , Mr de Chaſtillon premier
Gentilhomme de fa Chambre,
à fa gauche ; & Mr d'Etampes
Capitaine des Gardes ,fuivoit
le premier Aumônier.
La Chaife dans laquelle Madame
la Princeffe des Urfins portoit
le Prince des Afturies , fuivoit
immediatement Son Alteffe
Royale.
Madame la Princeffe des Urfins
en fortant de la Salle , dit.

682 MERCURE
fort haut , le Roy ordonne aux
Grands de fe couvrir , & ils
fe couvrirent.
On traversa dans cet ordre ,
toutes les Galleries du Palais
qui estoient tendues de tres-belles
Tapifferies ; le Roy & la Reine y
eftoient incognito pour voir la
marche.
Tout le Cortege entra dans la
Chapelle qui eft de plein pied
du premier étage du Palais ; les
Grands ; douze Députez du Con
feil de Caftille , & les trois Officiers
de S. 4. R. y entrerent
feuls.
Son Eminence Monfieur le
GALANT 683
Cardinal Portocarero , Archevêque
Diocefain , affifté de deux
Evêques , fit la Ceremonie. Jamais
perfonne n'a fait paroiſtre
plus de joye que l'on en remarqua
fur le vifage de ce grand Prelat
, & on luy entendit dire qu'il
n'auroit plus de regret de mourir.
Il a dépensé plus de cent mille
écus , tant en prefens qu'en équipages
, & il a même refufe de
recevoir les vafes d'or & d'argent
, qui fuivant l'usage d'Efpagne
, appellé l'Etiquette , luy
appartenoient. Auffi peut-on dire
que le Roy luy fit un tres - grand
honneur en ordonnant que les Gar684
MERCURE
des luy rendiffent les honneurs
Militaires , fans que cela puſt jamais
tirer à confequence pour quelque
perfonne que ce fuft, &fours
quelque pretexte que ce puſt eftre ,
le Roy ayant ajouté que c'eftoit
un honneur que l'on rendoit à
fa perfonne , à caufe de fes
grands & importans fervices .
La Ceremonie du Baptêmefut
faitefur les mêmes Fonts ,fur lef
quelsfaint Dominiquefut baptife,
lorfqu'elle fut finie , & que S.
A. R.fortit , les Gardes prirent les
rappellerent. Ce Prin- armes ,
ce retourna au Palais d'Uceda avec
le mefme Cortege qui l'avoit
accompagné
GALANT 685
accompagné , lorfqu'il en étoit parti
; mais ce ne fut pas fans peine
qu'ily arriva , puifqu'il rencontra
unefigrande quantité depeuple
de caroffes , dont le nombre meparutdeplus
de quatre cens , qu'il de
meura plus de trois quarts d'heure
à traverser un tres-court espace de
chemin. Vous aurez fans doute
beaucoup deplaifir d'apprendre que
S.A.R. faifoit voir un air de
grandeur qui charmoit tout le monde.
Auffi étoit-ilcomblé de mille benedictionspar
le peuple & par toute
la Nobleffe ; &comme lesfemmes
étoient de la partie , on peut dire que
l'applaudiffementfut general.
Nov. & Dec. 1707. Mmm
686 MERCURE
3
Le foir de la Ceremonie , tout
Madrid fut illuminé , ainsi que
tout le Palais , dans la court duquel
ily eut un très- beau feu . On
courut les teftes deux jours aprés ,
& S. A. R. remporta le prix de
ces courfes. Il y eut le foir du méme
jour un feu d'artifice au Palais
d'Uceda, dont le fpectaclefut trouvé
des plus brillans. Son Alteffe
Royale s'attire les coeurs de tout le
Monde. Ce Prince leur fait nonfeulement
une tres -grande chere
mais les difcours , qu'il leur tient ,
font fi gracieux , qu'ils oublient
la bonne chere pour l'entendre parter.
Son Alteffe Royale a efté renGALANT
687
*
dre vifite à toutes les femmes dés
Grands, Le Roy la Reine paroiffent
tres- contens de ce Prince ,
& tout le monde l'eft du Roy.
Trouvez bon que je remette à mon
retour à vous parler de la Reine ;
puiſqu'un Volume ne fufferoit pas
pour la louer.
Fay oublié de vous dire que le
four de la Courfe des Teftes le penple
crioit en regardant la bonne
grace avec avec laquelle S. A. R. courroit
Voyez de quelle maniere
les Princes de la Maifon de
France, ſont bien élevcz . Jeſuis
Monfieur , &c.
Fe devrois vous parler icy

Mmmij
688 MERCURE
de ce qui fe paffe en plufieurs
Etats de l'Europe , & fur tout
en Angleterre , à caufe de la
tenue du Parlement ; mais
ayant accoûtumé de vous envoyer
tous les ans dans ma Lettre
de Janvier , une courte peinture
de la fituation où fe trouve
l'Europe , je remets au mois
prochain à vous parler d'une
partie de ce j'aurois pû vous
mander aujourd'huy.
J'avois réfolu de vous envoyer
ce mois - cy un article
tres- curieux touchant ce qui
s'eft paffé à l'ouverture d'aprés
la S. Martin , de l'Academie
GALANT 689
des Sciences , & à celle des Infcriptions
; mais outre que le
temps & la place me manquent ,
j'ay confideré qu'il y avoit déja
dans la Lettre que je vous envoye
huit ou neuf Extraits des
Difcours prononcez tant au
“Parlement , qu'à la Cour des
des , en Sorbónné, aux Ecoles
de Medecine , & à l'Academie
Françoiſe. Ainſi j'ay crû
que je devois remettre au mois
prochain , ce qui regarde les
Academies dont je vous viens
de parler , ce que j'ay à vous en
dire eftant fort étendu .
Je ne vous dis rien de ceux
Mmm iij
690 MERCURE
qui viennent d'eftre nommez
aux Benefices vacans , puifqu'il
me faut du temps pour m'informer
de ce que j'en dois dire,
s'eft
& que
cette
Pro
dois o
faite
prefque
dans le temps
que
je fermois
ma Lettre
. Vous
jugez
bien que par la meſme
raifon
je ne vous
dis rien des perfonnes
de
confideration
qui
viennent
de mourir
. Je fuis ,
Madame
, voftre
& c .
A Paris, ce 28. Decembre 1707.
Le Libraire au Lecteur.
N'ayant pû donner auffi
promptement
que je l'aurois
fouhaité
, l'Hiſtoire
du Siege
GALANT 691
de Toulon à quelques Perfonnes
qui en demandoient , parce
que les Relieurs avoient man
qué de m'en fournir , le bruit
s'eft répandu que l'Impreffion
de cette Hiftoire eftoit entierement
vendue , ce qui m'oblige
d'avertir le Public qu'il m'en
refte encore affez pour fatiffaire
la curiofité des plus empreffez.
·

Quoique les frais de ce volume , qui
contient les Nouvelles de Nov. & de
Dec, foient doubles , & que par confequent
il dût eftre vendu 3.1 . 16. f. l'Auteur
afouhaité qu'on le donnât auPublic
pour 55.f. en veau ; en parchemin 5 z.f.
& en feuilles so. fols .
Le Mercure de Janvier fe debitera le
3. de Février. BE
VTAHLEIO
LYON
TABLE.
PRelude
Relude
45
61
Benefices donner par le Roy , 10
Ouverture du Parlement & de la
Cour des des Aides , avec les Difcours
prononcez ce jour- là ,
Premier article des moris ,
Prélude d'une Fefte d'Alemagne ,
auquel on doit faire attention
avant que de lire la Feftes 91
Journal de plusieurs divertiffemens
donnez à Salizdahl ,
Suitte des Réjouiffances faites pour
92
la naiffance du Prince des Aftu
ries ,
146
Vaiffeaux montez & defcendus à
Bordeaux & a Blaye pendant
le mois d'Octobre ,
*
163
'MrGilbert eft nomméRecteur de PUniverfité,
& ilfait fur le champ ,
un remerciment Latin à tous le
167
Coips ,
Election d'un nouveau Doge de GeTABLE.
170
nes , avec un détail de ce qui fe
paffe à cette nomination ,
Difcours prononcez lejour de l'ouver
ture des Audiances du Parlement,
& le jourdes Mercuriales , 176
Difcours prononcépar Mr Herment,
Profeffeur des Ecoles de Medecine ,
lejour de l'ouverture de ces Ecoles,
200
205 Second article des morts ,
Veritable Relation de ce qui s'eft
paffé à l'action dans laquelle les
Anglois ontperdu , à la referve
d'un Vaiffeau , tous les vaiffeaux
d'escorte qui conduifoient une
grande Flotte en Portugal , 241
Teftament politique , ou derniers
Confeil, d'un Miniftre , à l'Empereur
Leopold 1.
Geographie Sacrée ,
274
279
Differtation touchant les antiquitez
de quelques Eglifes de Rome , 283
TABLE.
Machine nouvellement inventée qui
pentfervir à ceux qui ont l'ouye
dure

288
292
Cinquiéme Edition de la defence du
Vin de Bourgogne,
Relation de tout ce qui s'eft paffe à
Rambouillet , pendant le fejour
que Monfeigneur & Meffeigneur
les Princesy ont fait , 294
Difcours prononcé à la clôture de la
derniere Sorbonnique , avec quelques
autres Difcours prononcez en
pareille occafion ,
Mariages
329
Erreur corrigée
Troifeme Article de morts
308
336
406
Don's faitspar le Roy
Second Article des mariages , 410
418
Reception de Mrle Marquis de Mimeure
à l'Academie Françoife
425
Abrégé de l'Hiftoire des Sçavans
TABLE.
Anciens & Modernes , 454
Lettres touchant l'Hiftoire de Tou
ton ; à lafin de laquelle on voit
une refolutionprife qui fait voir
la continuation du zele des Proveneaux
pour tout ce qui regarde
le Roy & le bien de l'Etat , 458
Vaiffeaux moniez & defcenus à
?? Bordeaux & à Blaye pendant le
mois de Novembre
1
Sacre de Mr l'Evêque de Philadel
536
540
"phie
Madame de Soubize eft benite Abbeßße
de Foularte , 544
Saite des Dons faits par le Roy ,
Article des Enigmes
$ 48
563
Ouvrages ordonnez par Mr le Duc
Code Noailles , & achevez avant
fon départpour la Cour , 568
Dons faits par le Roy d'Efp. 572
Nouvelles d'Epagne 2 $78
TABLE .
Relation de tout ce qui s'eft paffe
aufiege & à la prife du Chateau
de Lerida , 584
Détail des
rejouillances faites en
divers endroits à l'occafion de la
prife du Chateau de Lerida; §84
Relations de ce qui s'eft paße an
Baptême du Prince des Afturies, 651
Second article des Donsfaits par le
672
·
Roys
Lettre de Madrid , contenant un détail
de ce s'y eftpaffé depuis le 30.
Novembre jufqu'au 12. Décem
bre, tant à l'égard du Baptéme du
Prince des Afturies , que de S. A.3
R MonfieurleDuc d'Orleans, 675'
Articles refervez
Avis du Libraire au Lecteur , 690
688
Avis pour placer les Figures,
L'Air, De tous les Bois , p . 162
L'APRONS pretender
, P. 567
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le