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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNE
BOTE
LYON
1893
LE
DAUPHIN
OCTOBRE
, 1707
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Pal ais au Mercure Galant.
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture de ne pas
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercufes.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais au Mercure
Galant ,.
M. DCC VII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'annéesau
commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
"les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
A ULECTEUR.
1
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
BIBLA
OCTOBRE , 17
LYON
1893
DE
VILLE
Ous trouverez dans
l'Ode qui fuit un
Portrait du Roy qui
vous fera plaifir.
Mere des grandes actions ,
Conftante & fidele fageſſe
A iij
6 MERCURE
Seule fouveraine maîtreffe ,
De nos plus fortes paffions ,
Vive fource des bellesflames ,
Feconde clarté de nos ames ,
Douxfruitpluspretieux quel'or
Ferme appuy de l'homme en tout
Odu monde brillant trefor ,
Faites-moy connoiftre le Sage.
Mais déja de cette vertu ,
Que rien ne corrompt rien n'altere,
Qui porte unfront doux & ſervere
,
Je vois un homme revêtu ,
La justice regle fon ame ,
La feulepieté l'enflame,
GALANT 7
#
་
La raifon éclairefon coeur ,
La gloire l'infpire & l'anime ,
Etfi fon courage eft vainqueur
Sa victoire eft toujoursfans crime.
Toujours attentiffur les fiens ,
Toujours attentiffur foy- meme,
Lapaix faitfon bonheur fuprême,
Etfes plusfecrets entretiens ,
Ses foins vigilans faprudence ,
Sa grandeurd'ame & fa conftance,
Conduifentfonjufte deffein ,
Si lefort contraire en décide ,
Son viſage toujours ferein ,
Fait voir un courage intrepide.
Son coeur modefte enfesfuccés ,
A iiij
8 MERCURE
Fait toujours une gloire vaine ,
Etfifon noble orgueil l'entraîne ,
Ilfçait en moderer l'excés
Sifon bonheur change deface ,
Alors d'une prompte difgrace ,
Le fage n'eft point abatu ,
Une ame qui n'est pas commune
Se confole dansfa vertu ,
Et n'accufe point la fotune.
En vainfes ennemis jaloux ,
·Contre luyforment cent tempeftes ,
Ilfçait fur leurs coupables teftes ,
En faire retomber les coups ,
En vain pour éprouverfon zele ,
Le Ciel tente fon coeurfidele ,
Par mille évenemens divers ,
GALANT
9
Toujours rangéfous fes aufpices
Defes voeuxfans relâche offerts ,
Il redouble les facrifices.
Avec unfeul de fes regards ,
Ses lumieres toutes celeftes ,
Diffipent les complot's funeftes
Qu'il voit tramer de toutes parts s
Ses ennemis pleins d'arrogance ,
Se brifent contre fa conftance ,
Pareils à fes fougeux torrens
Dont le cours bruyant & rapide ,
Va fe répandre dans les champs ,
Et ne laiffe qu'un lit aride ,
>
Tel fut ce Roy choifi des Cieux ,
Toujoursfage ardentpour lagloire,
10 MERCURE
Sifaint &figranddans l'Hiftoire,
Davidpar tout victorieux ,
Contre luy pouffé par l'envie
Saül perfecutefa vie ,
Et s'en voit luy- mefme accablé,
La grace du Ciel l'abandonne
David de fes faveurs comblé ,
Devient maistre defa Couronne ,
Tel eft ce fage , ce guerrier
Ce grand défenfeur de l'Espagne;
Qu'en tous lieux l'honneur accom
pagne :
Entaffant laurier fur laurier.
Plus un orgüeïleux adverfaire.
Contre ce Roy , contre l'Ibere ,
Redoublefes puiffans efforts ,
GALANT II
Plus ce fage voit la victoire ,
Couronner fes juftes tranſports ,
Et croiftre l'éclat defa gloire.
Le fage aprés mille travaux ,
Aprés mille peines diverſes ,
Au milieu de tant de traverses .
Fouit d'un glorieux repos ,
Il voit perpetuerfa race ,
Il voit pleuvoir grace fur grace ,
Sur les fucceffeurs de fon fang ,
Il a le plaifir de voir croiſtre ,
Desfils qui tranfmettrontfon rang,
Ades petitfils qu'il voit naiftre .
Le Sage eft tranquile au dehors ,
Au dedans fon ame eft égale ,
12 MERCURE
Sa rare vertufefignale ,
Toujourspar de nouveaux efforts ,
Dans le Confeilgrand politique ,
Dans fes ouvrages magnifique ,
Jufte en tout ce qu'il entreprend ,
Dansfes difcours plein de nobleffe,
graits marquent Louis le Ces
Grand ,
Vray modele de lafageſſe ,
Priere à Dieu pour le Roy.
Défens , Seigneur , ce fage Roy ,
Qui ne combat que pour tagloire ,
Qui n'a de rempart que tafoy ,
Que ton faint Nom dans fa memoire
,
GALANT
13
S'il fouhaite de voirfes ennemis
défaits ,
C'est pour te confacrer l'honneur
de fa victoire,
Ou pour lefeulplaifir de leur donner
la Paix.
.
Vous avez dû remarquer
que cette Ode a cfté faite fur
le fujet donné par Meffieurs
de l'Academie Françoiſe pour
le Prix de Poëfie qui fut donné
le jour de la Fefte de Saint
Louis . Cette Ode eft une des
fix qui avoient cfté reſervées
pour difputer le Prix . Elle eſt
de M' de Gendron du Petit
14 MERCURE
Fouchault , dont je vous envoyai
une Ode en 1698. fur
la Paix de Rifwick , & qui fut
-tres -favorablement receuë du
Roy & du Public.
La vie de Saint Louis eft fi
belle, & l'on a toujours pris
tam de plaifir à la lire , ou à
en entendre parler , que ceux
qui ont fait des Panegyriques
de ce Saint , ont prefque toujours
reçu de grands aplaudiffemens.
Le Pere Simon de la
Vierge , Prieur des Carmes de
Loudun , & Auteur du Livre
des Actions Chreftiennes , en
fit un le jour de la Feſte de ce
GALANT
15
,
Saint , dans l'Eglife des Dames
de l'Union Chreftienne de Loudun
, qui luy attira de grands
aplaudiffemens . Il y parla du
Roy d'une maniere tres - delicate
, & fans nommer ce Monarque
; mais ce qu'il en dit fat
aifément remarqué de tous les
Auditeurs. Vous en jugerez
par l'extrait de ce Panegyrique
que je vous envoye de la maniere
que je l'ay reçu , non pas
de ce Pere ; mais d'une perfonne
qui affure avoir retenu ce
qu'elle m'a envoyé. Voicy cet
Extrait.
Le Pere Simon prit pour texte
16 MERCURE
ces paroles du Chapitre 46. de
l'Eclefiaftique.
FUIT MAGNUS SECUNDUM
NOMEM SUUM , MAXIMUS IN
SALUTEM ELECTORUM DEI ,
EXPUGNARE INSUR-
, GENTES HOSTES UT
CONSEQUERETUR HÆREDITATEM
ISRAEL. Et aprés unjuf
te paralele de fofué & de Saint
Louis , il fe donna tout entier au
recit du regne de ce Saint Roy ,
regne de miracle & affemblage de
toutes les vertus. L'avant -propos
renfermoit tout ce qu' qu'on peut
dire de plus avantageux à la gloire
des Rois , caract rifant Saint
CALANT · 19
Louis Il le confidera dans tous les
états , dans la Paix , dans la guerre,
& dans la difgrace . Il regne
en Roy ; il combat en Chreftien ;
il meurt en Saint . La droiture
eft l'affermiffemnt de fon Trône .
La Religion est l'efprit de fes
combats . La patience eft le couronnement
de fes conqueftes . Famais
Roy n'a marqué de droiture plus
exacte. Jamais Heros n'a foutede
guerres plus faintes . Jamais
Conquerant n'a fouffert de plus
grandes tribulations . La droiture
Jantifie fon Trône. La Religion
anime fon courage , la patience
couronne fes travaux. S. Louis
Octobre 1707 .
un
B
18 MERCURE
montantfur le Trône , la droiture
y monta avec luy. Saint Louis
entrant dans le Camp , la Religion
y entra avec luy. Saint Louis def
cendant dans la prifon , la patience
y defcendit avec luy, Gouverner
en Roy équitable ; combatre en
Heros Chreftien ; mourir en Saint
Conquerant ; c'eft le Regne de
faint Louis , & ce fut le fujet
de fon éloge.
I. POINT. Qui dit un Roy
dit un grand Saint ou un grand'
pecheur. Je lis dans l'Ecriture le
nom de plufieurs Rois ; mais je
ne lis pas dans l'Ecriture le nom
de plufieurs Saints. L'Ecclefiaf
GALANT 19
tique m'apprend qu'à David , Ézechias
, Fofas prés , tous
les Rois ont peché , tous ont abandonné
la loy du Tres- haut , tous
ont meprifé la crainte du Seigneur
, cependant qu'elle defection
dans ces trois Princes fi noblement
diftinguez. Si de ancien
Teftament , je paffe à la nouvelle
alliance , grand Dieu , que de fcelerats
entre les Rois ! mais refpectons
la Majefté Royale , & celebrons
une droiture reconnue.
Droiture à l'égard de Dieu , droiture
à l'égard de fes fujets , droiture
à l'égard même des Souverains.
Ce trait de la vie defaint
Bij
20 MERCURE
Louis parut affez fingulier. La
Reine fa mere fut fi jaloufe de
fon éducation , qu'elle voulut elle-
mefme devenir fá nourrice &
ayant appris que pendant quelgues
heures d'abfence , une Dame
de fa Cour s'eftoit enhardie de
pref la mamelle à ce Royal
Enfant, elle en fut fifort indignée
, qu'elle luy mit le doigt dans
la bouche pour le contraindre de repouffer
le lait étranger qu'il avoit
pris ; delicateffe ſurprenante
, mais delicateffe plus chrétienne.
Lorfque faint Louis croiffoit
en âge , Blanche luy repetoit fouvent
qu'elle aimoit mieux le
GALANT 21
pleurer mort , que de le voir
pecheur , inftruction fi efficace
que dans tout le cours de fa vie ,
il n'a rien eu à demêler avec le
peché mortel.... Les Rois doivent
la justice à leurs fujets ,
faint Louis la leur a toûjours rendue.
Ceux qui gemiffoient fous
l'oppreffion , s'adreffoient à cet autre
David, & leur efperance n'eftoit
jamais confondue... Deux meres
pouvoient difputer le mesme
Enfant , mais ce Royaume avoit
un Salomon capable d'éclaircir les
prétentions les plus embroüillées .
Il n'est que trop ordinaire de s'aveugler
dans fa propre cauſe , on
22 MERCURE
croit avoir raiſon où l'on prend
intereft , & quand on est maistre
de faire le difpofitif de fon Arrest ,
qu'il eft rare qu'on ne le dreſſe au
gré de fes paffions. Voicy pourtant
un Roy qui prononce contre luymeme
qui au préjudice de
fes droits , decide en faveur de
fes Sujets. Que dis-je , un Roy ,
c'eft l'avantage de cette Monarchie
d'admirer encore la meſme.
équité fur le mefme trône. Le
fils comme le pere ne veulent
point d'un bien qui leur paroît
douteux ; ainfi Rome admira autrefois
dans Augufte , le Monarque
ceder au Citoyen. On peut
GALANT 23
bien prendre le nom de grand à
ce prix..
integrité fi reconnue , quel Roy
ne luy a pas envoyé des Ambaffadeurs
? Quel peuple ne l'a pas
fouhaité pour Souverain ? Les
Princes les plus fiers fe Surgettoient
à fes decifions . On venoit
de tous les climats plaider à fan
Tribunal. Toute l'Europe eftoit
attentive à fes Jugemens , toute
l'Europe déferoit à fes Arrests.
H. POINT Il n'appartient qu'à
la Religion de former les Heros.
Ces fameux guerriers qu'on a vu
dans les fiecles idolâtres , avoient
moins de valeur que de barbarie.Ils
Sur le bruit d'une
24 MERCURE
1
ravageoient les Provinces , brûloient
les Villes , exterminoient
les Nations , comme fi le
genre
humain n'eut efté fait que pour
eftre la trifte victime de leur ambition
demefurée. Soyez à jamais
beni , ô mon Dieu , d'avoir inf
piré a faint Louis des fentimens
plus religieux dans les guerres
qu'il afoutenues . Laneceffité les a
entrepriſes , la pieté les a conduites
, la charité les a toujours ani-
´mées... Ce n'est pas un Antiochus
qui par une vengeance outrée
ne fe plaît qu'à répandre du
fang. Ce n'est pas un Nabuchodonofor
qui par une orgüeil infuportable
GALANT 25
Roy
Suportable afpire à une Monarnarchie
univerfelle. Ce n'eft pas
un Alexandre qui ne cherche la
victoire que pour le bruit des
triomphes ; c'est un jeune Roy ;
mais un Royfage ; c'eſt un
puiffant , mais un Roy modefte ,
c'eft un Roy irrité , mais un Roy
bienfaifant , un Roy qui n'entreprend
la guerre que lorsque la
neceffité l'y force , un Roy toújours
fuperieur, plus par l'aſcendant
de fon courage , que par
nombre de fes Soldats . Les ennemis
de l'Etat reduits , il penfe
à reduire les ennemis de la Religion.
Tout fe prepare à un pe-
Octobre
1707.
G
le
26 MERCURE
rilleux paffage ; jay penfé dire
à un paffage horrible , fi les
François eftoient capables d'horreur
, s'agiffant de cueillir des
palmes pour l'ornement du Sanctuaire
, & à la fuite de leur
Roy. Damiette devient la premiere
conquefte & offre les premiers
lauriers. Les enfans de la
mer tremblent d'effroy , felon la
vive expreffion du Prophete Ofée.
Inutilement une nuée de flêches
Se décochent pour empêcher la
defcente , elle n'en fera que plus
hardie , que plus glorieufe :
tarde trop à le dire , S. Louis pour
racourcir le chemin de la victoire,
le bouclier dans une main , l'épée
Fe
GALANT
27
dans l'autre , s'élancé le premier
dans les flots , arrive fur le rivage
, affronte la muraille , entre
dans la Ville, & fuivi des forces
d'Ifraël , fe mêle avec les
ennemis , les pouffe , les defarme
les foûmet à l'obéiffance Les
murs ne font pas tombez à fes
pieds comme autrefois dans le fiege
de ferico par les Ifraëlites :
Dieu a fufpendu le cours des
miracles pour ne faire paroiftre
que l'intrepidité du Heros. Il
paffe de conqueftes en conqueftes ;
fa charité de pair avec fon
courage , devient comme univer
felle. Je le vois laver les pieds
Cij
28 MERCURE
des Efclaves , & l'eau dont il
fe fert , me paroît plus triomphante
que les mers qu'il a traverfées.
Pour executer l'un , il
fuffit d'eftre brave ; mais pour
Sacquitter de l'autre , ilfaut eftre
Chrétien , mefme tres- Chrétien,
Je vois comme Abraham devenir
dans une terre étrangere le
pere d'un nouveau peuple qu'il
inftruit dans la foy. Je le vois
comme Gedeon délivrer les Tributs
opprimées , & dreffer un
Autel au Seigneur dans les lieux
où il n'eftoit pas aloré. Je le vois
comm Job fe lever tous les jours
avant le Soleil , & offrir des
GALANT 29
Holocauftes pour expier les pechez
de fes Soldats qu'il confidere comme
fes enfans . Je levois comme
Tobie enfevelir les morts , les
porter fur fes épaules , leur procurer
la fepulture.
III. POINT. Sain Louis
aprés avoir imité Dauid dans
fes combats , Salomon dans fa
gloire , Cyrusdans fes conqueftes,
devoit encore reprefenter Ifaac
dans fon Sacrifice. Jacob dans
fes voyages ,Jofeph dans fa prifon.
Plus les Rois font élevez
au deffus des autres hommes ,
plus ils font expofez à l'amertume
des tribulations . Tribulations
C iij
30 MERCURE
à
par rapport à leurs armes ; tri-
"bulations par rapport à leur famille
; tribulations
par rapport a
Leur perfonne . Mais tel eft le
caractere de nos Rois de fçavoir
fe foutenir avec le fecours de la
grace dans l'une & dans l'autre
fortune . Independans de ce qui
paroît , ils fe fentent toûjours
ce qu'ils font , la force & la
valeur ne leur manqueront
jamais
, jamais les évenemens ne
decideront de leurs fentimens . Ils
font inftruits , ces religieux Princes
, que Dieu feul eft exempt de
tout changement. Vous en faites
l'application à faint Louis , auffi
de
GALANT
31
admirable fous les ruines d'une
Royauté captive , qu'il eftoitgrand
à la tefte d'une armée victorieufe
. Les Palais ne font pas inacceffibles
aux chagrins ; la fageffe
éternelle ayant prevû qu'un bgnheur
trop conftant pourroit faire
oublier aux Rois la condition hu
maine , les humilie au dedans à
mesure qu'elle les éleve au dehors
. Combien de facheux momens
, Julie le jeune Agrippa
ne firent- ils paint paffer à Augufte,
& quel Prince a jamais
efté plus defolé qu'Herodespar la
mauvaise humeur de fon épouse ,
& par la méchante conduite de
a
Ciiij
32 MERCURE
fes enfans. Saint Louis n'eut
rien à effuyerpar cet endroit . La
maifon Royale toujours foûmife
à fes ordres , défera toûjours à
fes confeils ; il la voyoit cette
Royale Maifon ne fe flatter que
de l'avantage
de tenir le premier
Tang entre fes Sujets. Confolation
abondante , mais confolation
Sufpecte , fi elle n'eftoit pas interrompue.
Blanche
de Caftille meurt,
cette augufte Princeffe que Le Ciel
avoit donné à faint Louis pour
luy rendre lo mefme office que
Sageffe rendoit à Salomon . L'Ef
pagne l'avoit cedée à la France ,
la France l'a renduë à l'Ef- .
la
GALANT
330
pagne dans les perfonnes de deux
Reines & d'un Roy qui faifant
l'admiration & le bonheur de fes
Sujets , eft comme le dernier effort
de la reconnoiffance de l'Ayeul &
du Pere. La Philofophie enfeigne
à mourir en homme ; la fox apprend
à mourir en Chrétien . S.
Louis inftruit à mourir en faint ,
tous les peuples pleurent fa mort
ceux mefme qui avoient éprouvé
fi fouvent la valeur de fon bras .
Chacun luy éleva un Mauſolée
dans fon coeur, & Dieu ne tarpas
à manifefter par les miracles
la fainteté d'un Roy fizélé
, miracles dont le plus confideda
pas
34 MERCURE
rable eft le Monarque qui a fuccedé
à fa Couronne , auffi-bien
qu'à fes vertus. Il eft grand ſe--
lon le nom qu'il porte , MAGNUS
SECUNDUM NOMEN SUUM
tres-grand pour le falut des élús
de Dieu , MAXIMUS IN SALUTEM
ELECTORUM DEI ,
capable de vaincre les ennemis
liguez contre luy , EXPUGNARE
INSURGENTES HOSTES , ne fe
propofant que la délivrance d'Íſraël
, UT CONSEQUERETUR
HÆREDITATEM ISRAEL . Dif
fipez- les , Seigneur , ces nations
qui continuent la guerre
ou pluſtoſt inſpirez - leur le def
GALANY
35
par
fein d'entendre à la paix , nous
vous demandons cette grace
l'interceffion de S. Louis,
On affure que tout ce Sermon
fut remply de penſées
auffi folides , que brillantes,
Pendant que les uns renóncent
au Monde , les autres y
entrent plus avant par les mariages
qu'ils contractent , &
la mort oblige les autres à le
quitter tout-à- fait ; c'eft ce que .
vous verrez dans les quatre articles
fuivans .
Mr le Cardinal de Noailles.
a donné le Voile noir à Mademoiſelle
De Boffu - Chimay
36 MCRCURE
dans le Couvent des Filles de
la Vifitation de la rue du Bacq.
Elle avoit fait voir tant de fermeté
dans fon premier engagement
, qu'il y avoit toûjours
eu lieu de croire que la fin couronneroit
l'oeuvre . Elle eſt
Soeur de Mr le Prince de Chimay
qui a épousé une des filles
de feu Monfieur le Duc de
Nevers , & fille de feu Mr le
Prince de Chimay, Comte de
Boffu , d'une des plus grandes
Maifons de Flandre. Entre les
grands hommes qui ont porté
ce nom , Maximilien Hennin
Comte de Boffu eft un de ceux
GALANT
37
qui lui a fait le plus d'honneur :
Il eftoit General des Arinées
des Etats contre Jean d'Autriche
en 1578. Il avoit efté pris
quelque temps auparavant
dans un combat naval par
ceux qui commandoient, ajors
l'Armée des Etats ; & comme
il defefperoit de recouvrer fa
liberté qu'on avoit miſe à un
prix exceffif , il s'attacha au
party des Etats , afin qu'on ne
parlât plus de rançon ; mais il
n'y demeura pas long- temps ,
& il fut fi charmé de la répu
ration d'Alexandre Farneze ,
Duc de Parme qui obligeoit
38 MERCURE
quantité de Nobleffe , principalement
lesWalons, à rentrer
dans le fervice & l'obeïffance
du Roy d'Efpagne , qu'il réfolut
de les imiter. Mais
peine eut-il formé ce deffein
qu'iktomba malade , & mourut
peu de temps aprés. On
croit qu'il fut empoisonné par
l'ordre du Prince d'Orange ,
qui avoit découvert fon deffein
; mais la difcretion d'Alexandre
Farneze l'empêcha de
s'expliquer fur cette mort ,
lorfqu'il l'écrivit à Antoine
Perez . Le Pere du Comte de
Boſſu avoit eu une tres -grande
GALANT 39
part aux bonnes graces de
Charles - Quint , & ce Prince
luy offrit un jour de luy fervir
de ſecond , ayant efté appellé
en duel en fa prefence .
par
Le Pere de la Ruë prêcha à la
Ceremonie qui fait le fujet de
cet article. Il reçut de grands
applaudiffemens , & les veritez
qu'il prêcha furent renduës
fenfibles la beauté des expreffions
dont il fe fervit . Il
fit voir que le monde est un enfer
déja commencé, que touty eft
envie , fureur, haine de la verité
&de la vertu , impuiffance &
defefpoir d'appaifer fon propre
40 MERCURE
coeur , & de raffafter fes defirs ,
& qu'ainsi c'est un vray bonheur
de le quitter, & un gage prefque
certain de prédestination. Ce Pere
fit voir auffi que l'obeïffance qui
paroît aux gens du monde un joug
fi dur & fi pefant , ne l'eft pas
pour ceux que la grace appelle veritablement
dans la folitude ; que
ce n'eft point aux hommes qu'il
faut obeir , que ce n'eft point eux
qu'il faut regarder dans l'obeïffance
; que quand ils exercent leur
miniftere avecfidelité , ils font regner
la loy ; que
bien loin de regner
eux- mefmes , ils ne font que
fervir à les faire regner ; qu'ils
GALANT 41
deviennent les ferviteurs de tous
les ferviteurs. La Régle & les
Conftitutions , ajoûta- t - il , ne
fontpoint desfardeaux ajoûtez au
joug de l'Evangile ce n'est que
l'Evangile expliqué en détail , &
appliqué à la vie du cloître &
fila Regle n'est que l'explication
de l'Evangile pour cet état ,
les
Superieurs ne font que les furveillans
pour faire pratiquer cette
Regle evangelique . Ainfi tout fe
reduit à l'Evangile, Où eft il donc,
pourfuivit-il , ce joug fi dur de
obeiffance ? Helas ! on doit bien
plus craindrefa volonté propre que
celle d'autruy ; cette volonté
Octobre 1707. D
42 MERCURE
quelque bonne , quelque raiſonnable
, & quelque reglée qu'elle foit,
eft toûjours la propre volonté qui
livre l'homme à luy-mesme , &
qui le perfuade qu'il eft indépendant
de Dieu. Ce Pere finit en
parlant de la grandeur de la
Maifon de Boffu - Chimay.
Don Auguftin Chigi petit
Neveu du Pape Alexandre VII .
a épousé Dona Eleonora Rofpigliofi
, fille de M' le Duc de
Zagarolo , petit Neveu de Clement
IX. La ceremonie des
Epoufailles a efté faite par M*
le Cardinal Camerlingue , dans
je Palais de M' le Duc de ZagaGALANT
43
rolo. Toute la Nobleffe la
plus confiderable de Rome
s'eft trouvée à ce mariage ,
ainfi qu'une partie du Sacré
College. Le Prince Chigi eft
petit - fils de Don Auguftin
Chigi , Neveu d'Alexandre
VII. qui époufa en 1658.
la Niece du Prince Marc Antoine
Borghefe , qui cftoit
un des plus grands Princes
de Rome. Ce mariage ne fe
feroit pas fait fans la mort du
Prince Borgheſe qui étoit dans
le deffein de préferer au Neveu
du Pape, le fils du Connê table
Colonne, qui recherchoit cette
Dij
44 MERCURE
Damoifelle, & qui épouſa quelques
années aprés la Niece du
Cardinal Mazarin, Ce Prince
cftant mort , le mariage avec
Auguſtin Chigy fut bientôt
conclu par les bons offices de
la Princeffe de Roffane mere
de la Damoiselle. Cette Dame
( nommée Dona Olympia Aldobrandina
) petite Niece de
Clement VIII . & heritiere de
fa Maifon , avoit épousé en
premieres nôces le Prince Borghefe
frere du Prince Marc-
Antoine , qui mourut âgé de
vingt - deux ans en 1646. La
Princeffe de Roffane , qui n'aGALANT
45
voit auffi que vingt - deux ans,
& qui avoit de la beauté , de
la naiffance , du bien & de l'efprit,
fut recherchée de pluſieurs
Princes. Elle préfera à tous les
partis , qui fe préſenterents,
Don Camille Pamphile ; Neveu
d'Innocent X. dans la vûë.
d'avoir part au gouvernement;
mais ce mariage ne fut pas fort
heureux : elle fut contrainre de
fuivre fon Epoux dans l'exil
où le Pape fon Oncle l'envoya.
Dom Auguſtin Chigy eftoit
frere de Sigifmond créé Cardinal
en 1667. par le Pape
Clement IX. Ils eftoient tous
46 MERCURE
deux fils d'Auguſtin Chigy fre
red'Alexandre VII . & de Don
Mario Chigy Gouverneur de
Rome , qui laiffa de Dona Berenice
, Siennoife , de la famille
della Ciaia le celebre Cardinal
Flavio Chigy , Cardinal Patron
, & qui vint en France
en 1664. en qualité de Legat
à Latere, pour faire fatisfaction
au Roy fur l'affaire des Corfes .
La Maiſon de Chigy éprouva
fous le Pontificat de Paul
III . une révolution qui l'obligea
de quitter Rome , & de
retourner à Sienne , dont elle
eftoit originaire. L'exil dura
1
GALANT 47.
jufqu'au Pontificat d'Urbain ,
Fabio Chigy enfuite Pape
fous le nom d'Alexandre VII .
que
vint à Rome pour y tenter
fortune. Auguftin Chigy avoit
cfté Intendant des Finances
fous Jules II. & les biens qu'il
amafla dans cet Employ contribuerent
aux difgraces de fa
famille , qu'Alexandre y repara
avantageuſement
dans la
fuite.
La Maifon de Rofpiglioſi ,
depuis qu'elle a donné un Pape
à l'Eglife , eft dans une grande
confideration à la Cour de Ro
me ; elle eft alliée aux plus
48 MERCURE
grandes Maifons, fçavoir à celles
des Colonna , des Urfins, des
Cibo , des Aldobrandin
, des
Borghefe , des Pamphile , des
Montalte , & à plufieurs autres
de ce rang. La nouvelle Princeffe
Chigy eft tres- belle &
qui a efté élevée avec de
grands foins. Le Duc de Zagarolo
a porté les armes en Hongrie
, où il a fait plufieurs Campagnes,
& où il a donné de frefa
quentes marques de ſa valeur .
Le Cardinal Rofpigliofi , Oncle
de ce Duc & Neveu de Clement
IX . mourut fous le Pontificat
d'Innocent XI.
Don
GALANT 49
Don Auguftin Chigi a
donné à fa nouvelle épouſe
des pierreries de grand prix ;
parmy lefquelles eftoit une
Croix de Diamans d'une tresgrande
valeur , qui fut donnée
par le Roy au Cardinal Flavio
Chigi , lors qu'il vint en France
, & qui avoit toûjours elté
confervée dans le Trefor de la
Maiſon Chigi .
Don François Verde , ancien
Evêque de Vico di Sorrento
, dans le Royaume de
Naples , eft mort depuis quelque
temps. Il a . cfté longtemps
avant d'eftre élevé à
Octobre 1707. E
50 MERCURE
l'Epifcopat , premier Profeffeur
en Droit Canon dans
l'Univerfité
de Naples , Chanoine
& Penitencier
de la Cathedrale
, Official , Examinateur
Synodal , & Grand Vicaire.
Il avoit efté amy intime
du fameux Caramuel
, Evêque
de Vigevano , & il ne le cedoit
en rien à cet habile Canoniſte
, dans la fcience de la
Jurifprudence
Ecclefiaftique
.
Aprés avoir refuſé les Evêchez
de Pouffol & de Capaccio
, il accepta enfin celuy de
Vico di Sorrento , auquel il
renonça dans la ſuite , pour
GALANT SI
ne plus s'occuper que de fon
falut. Il eft mort dans une
grande opinion de fainteté,
& on a mis fon corps dans
un tombeau particulier de
l'Eglife de Sainte Reftitute,
Ses Ouvrages imprimez , font ;
Selecta quæftiones in defenfionem
Caramuelis , in fol . Quæftiones
Phyficolegales, in 4° . Pantanomo
didafcalia , five Commentaria in
Jus Civilis , in fol. 2. Tomes.
Anacephaleofispropofitionum damnatorum
ab Alexandro VII. in
fol. De Simonia , in 4° . On
voit par le titre du premier
de ces Ouvrages , que ce Pre-
Eij
52 MERCURE
lat eftoit un bon amy , &
qu'il prenoit fur fon compte
toutes les injures que l'on
vouloit faire à ceux avec qui
il eftoit lié d'amitié : c'eft
contre l'Anticaramuel
que le
Prelat dont je vous apprens
la mort , avoit exercé fon zele
pour fon amy.
Caramuel
mourut en 1682. fon Subtiliffimus,
où NovaDialecto . Metaphyfica,
eſt ſon chef d'oeuvre .
Don Raphaël - Marie Philamond
, Evefque de Rocca-
Mondragone dans le Royaume
de Naples , eft auffi decedé.
Il avoit efté Religieux de
·
GALANT 53
&
l'Ordre de faint Dominique
avant fon exaltation à l'Epifcopat
; il a donné pendant
qu'il a cfté dans cet Ordre ,
des preuves éclatantes du talent
qu'il avoit pour la Chaire
, à Palerme , à Naples,
mefme à Rome ; fes Sermons
ont efté fort eſtimez dans ces
trois grandes Villes . Ses talens
n'eftoient pas bornez à celuy
de la Chaire ; il eftoit auffi profond
Theologien , & il a longtemps
profeffé la Theologic
dans des Maifons des plus confiderables
de fon Ordre. Le
Pape qui gouverne aujour-
E iij
54 MERCURE
pour
d'huy l'Eglife , l'avoit tiré du
Cloiſtre le faire Evêque
,
eftant perfuadé de fon merite
& de fa vertu. Il n'a efté que
quelques mois à Rocca - Mondragone
, & on a prefque auffitdſt
fçû fa mort que fon arrivée.
Ce Prélat laiffe une
grande opinion de ſa vertu
& de vives regrets de fa perte.
Cet Evefque a compoſe
quelques ouvrages qui ont eu
beaucoup de fuccés ; fçavoir
2. Tom. in fol . du genie belliqueux
des Napolitains , ou Memoires
des grandes actions de
quelques Capitaines Napolitains,
GALANT 55
qui dans le fiecle courant ont
combatu pour la Foy, pour leur
Roy , & pour leur Patrie. 2 .
Tom . in quarto imprimez à
Naples en 1707. L'idée de la
Theologie divine tirée de l'Ecriture.
Ces Ouvrages font écrits
dans une grande pureté de
ftile , & l'Auteur y fait voir
en plufieurs endroits qu'il n'eft
point de veritable felicité pour
les peuples , que celle qui eft
fondée fur la fidelité dûë
aux veritables Souverains . Si
ce Prélat avoit pouffé le terme
de fa vie jufqu'au temps
de la revolution qui vient
Eiiij
56 MERCURE
d'arriver à Naples , tous ceux
qui le connoiffoient , doivent
eftre perfuadez qu'il auroit
quitté cette malheureuſe Patrie
, pluftoft que de prendre
part à fa perfidie , ou d'en être
témoin . En effet , jamais
Sujet n'a cu plus de fidelité
pour fon Souverain.
Le Roy d'Eſpagne a donné
l'Evefché d'Almeria dans le
Royaume de Grenade , au
Pere Manuel de faint Thamas
Mendozza , Dominicain.
Le merite & la vertu de ce
Religieux , ont porté S. M. C.
à faire ce choix. La Maiſon
GALANT 59
de Mendozza eft connue il y
à longtemps en Eſpagne. Antoine
de Mendozza qui fut
Viceroy de la Nouvelle Efpagne
peu de temps aprés que
le nouveau Monde fut découvert
, a donné beaucoup d'eclat
à cette Maiſon. C'eſt à
ce Seigneur que les Lettres du
Capitaine François Vasquez de
Coronado , qui contient une
relation de ce païs là , font écrites
. On les trouve dans le
3° Volume des Voyages que
Ramufio fit imprimer en Italien
à Veniſe en 1553 .
Cette Maiſon a auſſi pros
$8 MERCURE
0
duit les Cardinaux Diego Hurtado
de Mendozza Archevêque
de Seville , François Evêque
de Burgos , Pierre auffi
Archevêque de Seville & puis
de Tolede , Oncle de Diego
Hurtado , & Pierre Mendozza
Gonzales Archevêque de Sarragolle
, Pierre de Mendozza
Gonzales Evêque de Salamanque
, & Jean Mendozza Evêque
de Popaïan , Antonio de
Mendozza Commandeur
de
Zurita , Ferdinand de la branche
des Seigneurs Delfrefno
de Torotte , fçavant du 16 °
ficcle ; & François & Pierre
GALANT 59
tous deux Jefuites ; & enfin
Diego de Mendozza Comte
de Sendilla , qui eftoit neveu
d'Antoine Viceroy de l'Amerique
, dont je viens de parler.
L'Evêché d'Almeria eft Suffragant
de Grenade. Quelques
Auteurs prennent cette Ville
pour le Portus magnus des anciens.
Elle eft prés du Cap de
Gatta , dans un païs fertile.
Lorfque les Sarrafins fe rendirent
maiftres de l'Espagne ,
elle devint fi grande , qu'elle
eut mefme un Roy nommé
Aben-hut . Alfonfe VIII . la
prit fur les infideles , & it
60 MERCURE
mourut en allant la fecourir
contre les mefmes infideles qui
l'avoient affiegée de nouveau.
M' le Comte de Canillac
Lieutenant des Moufquetaires
noirs , a efté pourvû du Gouvernement
de Brefcou en Languedoc.
Ce Comte eſt de
l'ancienne Maiſon de Montboiffier
qui eft une des
plus confiderables de l'Auvergne.
Celle des Roger - Beaufort
qui a donné deux Papes à
l'Eglife , fçavoir Innocent VI .
& Gregoire XI . eft à preſent
confondue avec celle de Montboiffier.
GALANT 61
Cette Maiſon a donné des
Evêques à l'Eglife de S. Flour ,
& à plufieurs autres Eglifes du
Royaume. M' l'Abbé de Canillac
à qui une tres - grande
humilité a toujours fait fuir les
honneurs , & qui eft mortavec
le feul titre de Chanoine de
Clermont , aprés avoir toute fa
vie fait les fonctions d'un veritable
& faint Ecclefiaftique ,
dans l'Eglife de Saint Gervais ,
faifoit beaucoup d'honneur à
cette Maiſon , par l'éclat de fes
vertus.
M ' le Comte de Canillac qui
donne lieu à cet Article , eſt
62 MERCURE
Lieutenant general des Armées
du Roy , & diftingué par un
grand nombre d'actions de
valeur .
M' de Leffeville , Maréchal
de Camp , a eu la Lieutenance
de Roy de Champagne . Comme
cette Province cft une des
plus grandes du Royaume , la
Charge de Lieutenant de Roy
eft beaucoup plus confiderable,
ce qui prouve le merite & la
valeur de M' de Leffeville . Il
eft de l'ancienne famille de le
Clerc , fi diftinguée dans la Robe
, & qui eft diviſée en plufieurs
branches. Elle a donné
A
GALANT 63
un Chancelier à la France en
la perfonne de Jean le Clerc ,
Chevalier Seigneur de Luzarche
, qui fut honoré de cette
dignité par le Roy Charles VI.
en 1420. & qui en fut enſuite,
déchargé en l'année 1425, à
cauſe de ſon grand âge . Il fucceda
à Henry le Corgne , dit de
Marle , & eut pour fucceffeur
Louis de Luxembourg, Evêque .
de Theroüenne. Nicolas le
Clerc , Curé de S. André des
Arcs , & Doyen de la Faculté de
Theoloie de Paris , & qui fleuriffoit
vers l'an 1530. & 1540.
a fait beaucoup d'honneur à
64 MERCURE
cette famille . C'eftoit un Pafteur
extrêmement zelé , fçavant
, & grand ennemi des Novateurs.
Robert Cenalis , Evêque
d'Avranches , a fait fon
éloge , en luy dediant un de ſes
ouvrages. Dans les branches de
cette Maiſon qui fubfiftent encore
aujourd'huy , on trouve
un Prefident des Enqueftes , &
plufieurs Confeillers . M de
Loſtanges , M° de Saint Martin
, femme du Conſeiller de ce
nom , & M° Pellot , femme du
Maistre des Requeftes de ce
nom , font foeurs de M' l'Abbé
de Leffeville , Confeiller Clerc
GALANT 65
de la Grand' Chambre.
>
Le Roy a donné à M' de
Bergeret Brigadier de fes Armées
, le Gouvernement de la
Citadelle de Strasbourg
. Je
vous parlay amplement de cot
Officier il y a environ un an
lorfque Sa Majefté le nomma
Officier General . Il s'eft diftingué
depuis qu'il eſt dans le fervice
par plufieurs actions de
valeur . M' le Duc d'Orleans ,
fous les ordres de qui il fert , a
rendu témoignage de fes fervices.
Feu M de Bergeret fon
pere a efté long- temps en Canada
, où il a fervi le Roy pen-
Octobre 1707
. F
66 MERCURE
dant plufieurs années en qualité
d'Intendant . La Cour fut
fatisfaite de fon adminiſtration ,
& les chofes qui regardoient
fon miniftere font encore en
Canada , fur le meſme pied
qu'il les y a établies . M° de Bergeret
fon époufe vit encorec'eft
une Dame d'un grand merite.
Le Roy a donné à Mr le
Marquis de Silly , Lieutenant
General de fes Armées , la Lieutenance
Generale de la haute-
& baffe Marche , qui vacquoit
par la mort de Mr le Marquis
de Loftanges. Mr le Marquis
de Silly , eft de la maifon du
GALANT 67
Fay ,l'une des plus confiderables
de Picardie , ou elle cft alliée
à celles d'Auxi , de Monchi
, de Mailly , & d'Ailly. M
du Fay de Grefontaine , Lieutenant
de Roy d'Amiens . ,
eft le chef d'une autre branche
de cette maiſon , qui s'eft
auffi toujours beaucoup diftinguée
dans la profeffion des armes.
Mr le Marquis de Silly ,
fert en Eſpagne prefque depuis
le temps que la guerre a efté
portée en ce pays - là , & il y a
donné de frequentes marques
de fon courage. Il s'eft fort
diftingué à la celebre jour-
Fij
68 MERCUR E
née d'Almanza ; les actions
de valeur qu'il y a faites le firent
choifir par Mr le Maréchal
de Berwick pour en venir
faire un détail circonftancié
au Roy. S. M. qui avoit
deja fçû que cer Officier s'y
eftoit fort diftingué, le nomma
Lieutenant General de fes Armécs
, & elle vient encore de
luy donner une nouvelle dignité.
Ce qui fait voir que ce
Prince ne laiffe pas long-temps
les actions de valeur fans de
grandes recompenfes.
Toutes les Vendanges étant
finies , & le temps eftant pro
GALANT 60
pre à parler des vins & du choix
qu'on en doit faire , je crois
que la piece fuivante vous paroiftra
de ſaiſon .
On voit depuis peu une lettre
enfaveur du vin de Champagne
contre celle de Mr de Salins ; Medecin
de Beaune , qui a paru ily
a plus de dix- huit mois en faveur
des vins de Bourgogne. L'Apologifte
des vins de Rheims répond à
tous les articles de la lettre de fon
Antagoniste , & aprés luy avoir
faitfes excufes fur la liberté qu'il
prenddemettre enparalelle les vins
Champeros avec des vins de
Beaune , ilprouve à Mr de Sa70
MERCURE
que
le
lins , qui avoit avancé
Maître- d'Hôtel du Pape mettoit
tous les ans fur fes comptes une
certaine fomme pour du vin de
Bourgogne , que S. S. n'achetoit
de vins étrangers que ceux qui
venoient à Ripagrande , & qu'on
ne dépensoit pas un fol pour en
faire venir de quelque pays que ce
foit.
Mr de Salins avoit auffi avancé
que
le vin de Champagne
ne fouffre ni la mer ni le long
transport par charrois ; on démontre
la fauffeté de ce fait par les fix
douzaines de flacons de vin de
Rheims que Mr le Comte de TouGALANT
71
louze , à la fin de la Campagne
de 1702. laiſſa à Mr de Vauvray
Intendant à Toulon. Ce vin aprés
avoir efté trois mois en mer , où il
avoit fouffert plus d'une fois la
tourmente ,fut trouvé excellent,
ne perdit rien de fa force ni de
fa couleur. D'ailleurs on fait
qu'il paffe incomparablement
plus
de vins deChampagne en Angleter...
re, en Allemagne, en Dannemarck
dans tout le Nord , que de vin
de Bourgogne; & on foûtient que
depuis qu'on a trouvé le fecret de
tirer les vins au clair , on meneroit
les vins de Champagne au
bout du monde , qu'ils fe con72
MERCURE
ferveroient auffi long- temps que
le vin de Salerne & le vieux
myftique. On ne doit pas oublier
fur cela ce quedit Mr de la Haye
dans fes voyages. Il rapporte que
paffant la ligne, & ayantfurfon
bord toutes fortes de vins , celuy
de Rheims s'eftant troublé comme
les autres , redevint clair & fans
aucune alteration defes qualitez,
ce qui n'arriva point aux autres.
Mr Tavernier , dit l'Apologifte
du vin de Champagne ,
affure qu'il a toujours fait prefent
de vin de Champagne aux Souverains
qu'il avoit l'honneur de
Laluer ; & un Voyageur moderne
affure
GALANT 73
affure en avoir bû à Siam & à
Surinam
Mr de Salins , à ce que l'on
prétend , ne conclud pas juſte , en
difant que les vins de Bourgogne
l'emportent fur ceux de Champagne
, parce qu'ils s'éclairciffentplutôt
que ces
ces derniers.
L Les vins de Brie , dit - on , s'éclaircissent
plutôt que les vins de
Champagne & de Bourgogne.
Eft- ce une confequence que les
vins de Brie foient meilleurs ? Au
contraire , ces vins font d'autant
plus exquis qu'ils demeurent plus
long-temps en mar , & qu'ils
font plus lents à fermenter & à
Octobre 1707. G
74 MERCURE
Se purifier ; c'est ce que
que
l'on remar
dans les années chaudes &
feches , où les vins de Champagne
, quoique meilleurs , ne font
cependant purifiez qu'à Noël. Ce
n'eft donc pas un défaut dans les
vins de Champagne de fermenter
plus lentement , puifque c'est par
là qu'ils deviennent plus chauds ,
l'acrimonie de leurs fels s'adoucit
, & que leur feve eft plus
fine. Il est vray qu'on doit conclure
delà que les vins de Champagne
abondent en parties oleaginenfes
, mais on répond à cela
ces partiesyfont fi neceßaires que
moins il s'en perd par la ferm: nque
que
GALANT 75
tation , & plus ils font agreables
à l'odorat & au gouft. Les
vins de Bourgogne au contraire
achevent plutôt leur fermentation
leur défecation , ils devien
nent par confequent plus groffiers,
caufe de l'évaporation de ce qu'ils
pouvoient avoir de fubtil : c'eft
ce qui fait que leur couleur eft.
d'un rouge jaunâtre , parce que
cette couleur ne peut estre que l'effet
de la terre, des fels , & des
fouffres groffers dont ilsfont chargez.
A l'égard du tartre que Mr
de Salins foutient eftre plus abondant
dans les vins de Champagne
dans ceux de Beaune , l'Auque
Gij
76 MERCURE
teur reproche à ce Medecin qu'il
nefe fouvientfans doute plus d'avoirplacé
Beaune trois degrez &
demy plus prés du Soleil que
Rheims , puifqu'il eft conflant que
les vins des pays chauds ont plus
de tartre que les autres. Sur cela
on remarque qu'il faut bien diftinguer
le tartre groffier qui s'arrefte
à lafuperficie exterieure des
tonneaux ou qui tombe avec la
lie , d'avec le tartre ſoluble qui
demeure dans le Vin ; ce que pourtant
Mr de Salins femble avoir
confondu . Mr de S. Evremont ,
avoit le gouftfort fûr , écrit
à un de fes amis de ne rien éparqui
"
GALANT · 77
gnerpour avoirdes vins de Champagne
: Ayez - en , luy dit - il ,
fuffiez- vous à deux cens lieuës
de Paris , il n'y a point de Province
qui fourniffe de plus excellens
Vins pour toutes les Saifons
, que la Champagne
. Elle
nous fournit les Vins d'Aï , de 7
Volnay , d'Haubvillers jufqu'-
au Printemps ; de Sillery & de
Taiffy pour le refte de l'année
& au-delà. Leon X , Charles
Quint , François I , & Henry
VIII , Roy d'Angleterre , voulurent
toujours uſer du Vin
d'Aï. C'eft le plus épuré de toute
fenteur de terroir , & celui
G iij
778 MERCURE
qui a le goût le plus exquis.
Mr de S. Evremont ajoûte qu'il
mettroit volontiers avec ces grands
hommes Henry IV. qui fe faifoit
appeller Seigneur d'Aï & de
Goneffe. Honneur qu'il n'a pas
fait à Beaune ni à Volnay.
L'Apologifte ajoûte à cela que
Winceflas, Roy de Boheme & des
Romains , eftant venu en France
pour y faire quelque Traité avec
Charles VI. fe rendit à Rheims
au mois de May 1397. & quétant
en cette Ville il en trouva le
vin ſi bon qu'il s'en enyura plus
d'une fois , & qu'un jour s'eſtant
mis par là hors d'état d'entrer en
GALANT 79
negociation , il aima mieux accorder
ce qu'on luy demandoit que de
ceffer un moment de boire du Vin
de Rheims. On raporte encore
témoignage de Mr de la Fontaine.
Il n'eft Cité que je préfere à
Rheims ,
C'est l'ornement & l'honneur
de la France ;
Car fans compter l'Empoule
& les bons Vins ,
Charmans objets y font en a
bondance.
Par un Vaiffeau Danois par
ti de Pondichery au mois d'Octobre
de l'année derniere 1706 .
on a cu avis que le Fort à cing
Giiij
80
MERCURE
r's
grands
Baftions
Royaux de
deux cens toifes de
Poligone
exterieur que M de la Compagnie
des Indes Orientales
ont fait bâtir & revêtir de Maçonnerie
, qui fut commencé
vers la fin de
l'année 1701. a
efté achevé à la fin du mois de
May de l'année
derniere , avec
tous fes dehors ; fçavoir , ſes
demi - lunes & fes
chemins couverts
, fes
contrefcarpės revêtuës
, & fes glacis avec des bâtardeaux
, & des éclufes de Maçonnerie
dans les foffez.
La premiere pierre de ce Fort
fut pofée le 9. May 1702. par
GALANT 81
M' le Chevalier Martin , Gouverneur
de Pondichery & Directeur
du Commerce aux Indes
, qui fit mettre une Medaille
du Roy dans les fondemens ,
avec deux tables de cuivre , fur
l'une defquelles il fit grayer en
Langue latine , & fur l'autre
en Langue Malabre qui eft celle
du pays , l'Infcription fuivante
:
Regnante in Galliis.
LUDOVICO
MAGNÓ
.
femperInvicto ,femper Augufto.
DD. FRANCISCUS MARTIN,
Eques Regi à Confiliis
82 MERCURE
Urbis Pondicheriana , vigilantiffimus
Gubernator,
Et Indiarum Commercii intelligentiffimus
Difpenfator.
Nova hujus arcis fondamenta
pofuit impenfis nominæRegiæ
Societatisjudica. Die nona menfis
Maij , anno Domini
M. D. CCII .
Opera Dionifii de Nion , Parifienfis
Regiarum Arcium
Inftructoris.
On peut dire qu'outre la
force de cet Ouvrage , que
l'on affure n'avoir point de pareil
dans toutes les Indes , fa
GALANT 83
construction eft tres- belle . On
n'entre dans ce Fort que par
une feule porte d'une belle Architecture
, dont l'ordonnance
reſſemble mieux à un Arc de
Triomphe qu'à une Porte de
Ville ; auffi eft- elle nommée
Porte Royale.
Comme le Gouverneur de
Pondichery attendoit tous les
jours des nouvelles de France
par l'arrivée de quelques Vaiffeaux
, il avoit differé de don-
,
ner un nom à ce Fort , mais
voyant qu'il n'en arrivoit point ,
il choifit le jour de la Feſte de
Saint Louis pour faire prendre
84 MERCURE
les armes à toutes les Troupes
de ſa Garniſon , & lorſqu'elles
furent affemblées au milieu de
la Place il nomma ce Fort le Fort.
Louis. Aprés la Meffe , le Te
Deum , & l'Exaudiat furent
chantez au bruit d'une triple
décharge de l'Artillerie & de la
Moufqueterie , aprés laquelle
on fit la Proceffion , & l'on benit
le Fort dedans & dehors au
bruit de l'Artillerie.
Ce Fort a efté entierement
fini en quatre ans & demi , fous
les ordres de M' le Chevalier
Martin , & par les foins , par la
conduite , & fur les deffeins de
GALANT 85
M' de Nion Ingenieur ordinaire
du Roy & Capitaine- Commandant
les Troupes de la
Garnifon de Pondichery. La
force & la beauté de cet Oufi
vrage , qui n'a coûté que deux
cens cinquante
mille livres
font admirées
tant par les amis
que par les ennemis
de la France
, qui ne croyoient
pas qu'en
peu de temps on puft faire
un fi grand ouvrage
& le rendre
fi parfait
, les Anglois
ayant
publié
lorſque
l'on commença
à y travailler
, qu'il faudroit
plus de vingt ans pour l'achever.
Il donne
non- feulement
86 MERCURE
t
de la terreur aux ennemis de la
France , mais auffi de l'admiration
, & il doit eſtre un monu
ment éternel à la gloire du
Roy , & à celle de la Compagnie
qui en a fait la dépenfe.
On peut dire que cette Fortereffe
affermit de maniere le
Commerce des Indes Orientales
, que ny les Anglois ny les
Hollandois , quand ils feroient
unis enſemble
, ne le pourront
troubler ny s'en rendre maîtres
, la force de la garnifon de
cette Place & le nombre des
habitans , qui eſt d'environ ſix
mille
, fuffifant
pour arreſter
GALANT 87
·les efforts des ennemis.
Le Coeur de M' le Duc de
Nevers a efté tranſporté de
Paris à Nevers par Monfieur
l'Abbé Bourgoing Deschamps,
Preftre de la Communauté de
faint Severin , où il s'eft toûjours
diftingué par ſa pieté &
par ſa ſageſſe. Il eſt du Diocefe
mefme de Nevers , petit
neveu du fameux Pere Bour
going , General de l'Oratoire ,
& d'une des plus nobles Familles
du Nivernois.
On avoit déposé ce Coeur
en arrivant dans le Convent
des Minimes de Nevers , qui
88 MERCURE
a efté baſti & fondé par les
Ducs de Nevers.
M' l'Abbé de Bourgoing l'alla
prendre le 26. du mois
d'Aouft à dix heures du foir
dans un Carroffe à fix chevaux
accompagné de M le Prefident
de la Chambre des Comptes
de Nevers. Ce Caroffe étoit
precedé des Chevaliers de
faint Charles qui font de jeunes
gens les mieux faits de la
Province ; de quantité de Gardes
& d'Officiers de la Maiſon
du défunt , ainfi que de pluficurs
Pages , fans compter les
Domestiques qui étoient à
GALANT 89
pied. Tout ce cortege eftoit
en deüil , & le Carroffe eftoit
fuivi de plufieurs autres Gardes,
dont le Capitaine & le Lieutenant
étoient à la portiere du
Carroffe. Ces derniers Gardes
eftoient fuivis de plufieurs
Carroffes. Toute cette Pom--
pe funebre eftoit éclairée par
un grand nombre de flambeaux.
Le Coeur fut porté à
faint Cyr , Cathedrale de Nevers
, où M l'Evefque le reçût
à la tefte de fon Chapitre.
M' l'Abbé Bourgoing luy
fit le compliment qui fuit.
Monfeigneur , Jay l'honneur
Octobre 1707. H
90 MERCURE
de prefenter à voftre Grandeur le
Coeurde Tres-Haut & Tres- Puiffant
Seigneur, Meffire Philippes
Julien Mancini Mazarini Duc ,
Gouverneur & Lieutenant General
pour Sa Majefté des Provinces
de Nivernois
de
Donziois , Chevalier des Ordres
du Roy, cy- devant Gouverneur
de la Rochelle , Broage , Ifles
de Rhé Pais d'Aunis , &
Capitaine - Lieutenant d'une des
Compagnies des Moufquetaires
du Roy.
·S'il m'eftoit permis de relever
icy par des Eloges pompeux &
magnifiques ce que le monde eftiGALANT
91
me , que ne dirois-je point de la
naiſſance , des emplois & des richeffes
de l'illuftre mort dont nous
pleurons la perte ; qui ne fait pas
que fa Famille est une des plus
nobles d'Italie & par elle - mefme
par fes glorieuses aliances.
Combien de grands Hommes y ont
paru qui fe font diftinguez par
leur courage
: leur valeur &
leur Science ? Quelle a efté la
gloire la reputation de Paul
Mancini fon oncle paternel. Rome
cettte Ville fuperbe oubliroitelle
jamais un tel homme ? Que
ne luy doit- elle point , n'y a- t-il
pas fait fleurir les Sciences an
د
H ij
92 MERCURE
commencement du fiecle paffé , &
l'Academie des . Humoristes , dont
il a esté l'Inftituteur , nefera- t-elle
pas un monument éternel de ſon
amour pour les Sciences.
Mais que vous diray je
Monfeigneur , de fon oncle maternel
, ce grand Cardinal Ma-
Zarin , l'ornement l'admiration
de la France. Quelle fut
fon habileté pour concilier les efprits
& faire mouvoir les refforts
de la paix ou de la guerre ? Qui
Sçût mieux que luy calmer les
troubles les émotions ? Tout
&
confpire contre luy , les grands
les petits s'affemblent pour
le
GALANT 93
de la
perdre. Il diffipe la Ligue par un
de fes regards. Les armes tombent
des mains de fes ennemis ;
ceux qui en vouloient à fa vie,
cherchent fa protection. Ce fut
cet habile Miniftre qui voyant
dans Philippes Julien Mancini
fon neveu à travers d'une raifon
encore foible , des marques
fuperiorité de fon genie , crut
qu'il devoit l'appeller à la Cour
du plus grand Roy du monde.
Il y vint, & il y fut admiré.
Il eut part aux faveurs & à la
confiance de Louis le Grand , &
ce Prince le plus éclairé de tous ,
e juge digne de fon amitié.
94 MERCURE
د
De quels yeux fut- il alors régardé
des Courtifans , eftimé des
uns en butte à la jaloufie des
autres , il eut affez de prudence
pour ménager ceux- cy, & affez
d'adresse pour parer les coups de
ceux-là.
Cette vie néanmoins tumultueuse
ne convenant point à la
tranquilité de fon temperament ,
comprenant les dangers de la Cour ,
ilforma le deffein de s'en éloigner
& de fe renfermer dans fa famille.
C'eft- là où il a donné mille fois
des marques defa moderation, defa
pieté, defajuftice. Fidel Epoux,
il n'a jamais cherché à plaire
GALANT
95
qu'à celle avec qui le ciel l'avoit
uni , & qui merita jamais mieux
fes foins & fes empreffemens que
l'illuftre Diane de Thyanges ? En
qui vit - on plus de graces , plus
d'agrémens , & un merite plus
univerfel ? Pere tendre , il 4 aimé
fes enfans , il a veilléfur leur con
duite ; on l'a vu leur donner des
témoignages de fa bonté , mais
d'une bonté éclairée & judicieuſe.
Bon maiftre , que n'a- t- il pas fait
pour fes domestiques. Combien
en a- t- il qui luy doivent leurfor
tune & leur établiſſement ?
Si des qualitez du coeur nous
paffons aux qualitez de l'efprit :
96 MERCURE
quel genie plus penetrant que le
fien ? Quelle plus noble maniere de
s'exprimer ; quel feu d'imagination
qui fut plus ami des Mufes ?
Quelle gloire ne s'eft- il point acquis
fur le Parnaffe ?
Fe laiffe tous ces avantages ,
Monfeigneur, pour vous le faire
voir dans fa maladie . Quelle a
fa foumiffion aux ordres de Dieu ?
Quelparfait détachement de toutes
chofes n'a- t- il pas fait paroiftre ?
Avec quelle patience n'a-t- il pas
foutenu les douleurs lesplus vives?
Il ne luy eft jamais échapé aucune
parole qui puft faire remarquer ou
de l'agitation dans fon efprit , ou
eſté
de
24
GALANT 97
de l'inquietude dans fon coeur.
Plein de confiance dans les mifericordes
du Seigneur , la vûë de
la mort ne la point effrayé , & il
a vú fans trouble approcher la diffolution
defon corps.
Quels regrets ne merite point un
tel homme ? Et commentpourrions
nous nous confoler d'une telleperte ,
fans Philippes -Fules fon fils , en
qui on voit revivre fes vertus
Que ne doit point attendre noſtre .
Province de ce jeune Seigneur ?
Peut - il luy donner une marque
plus fenfible de fa bonté qu'en la
faifant dépofitaire de ce qu'il a de
plus pretieux.
Octobre 1707.
I
98 MERCURE
C'est ce coeur , Monseigneur
que j'ay l'honneur de prefenter à
Voftre Grandeur , perfuadé que
vous offrirez à Dieu pour luy vos
voeux & vosfacrifices.
M' de Nevers répondit à ce
Difcours , avec beaucoup d'éloquence
, & je vous feray part
de fa réponſe , fi elle tombe
entre mes mains .
Ces Complimens furent faits
à la porte de l'Eglife de S. Cir.
Aprés quoy le coeur fut porté
dans cette Eglife , qui eftoit tenduë
de noir , particulierement
le Choeur qui eftoit tendu depuis
le haut jufqu'au bas . Le
BIBLIOT
LYON
DE
TELA VILLE
DE
GALANT
THEQUE
92
tout eftoit chargé de quantite
d'écuffons de
differentes grandeurs
. Le lieu où l'on mit le
coeur du Deffunt eftoit entouré
de chandeliers & de flambeaux
d'argent garnis de cierges . Le
maître Autel & tout le pourtour
du Choeur étoient remplis
de cierges de 3. livres chacun .
Le lendemain la Meffe fut celebrée
Pontificalement , & chantée
en Mufique , & l'Oraifon
Funebre fut
prononcée par un
Pere Jefuite. Ainfi il y a lieu de
croire qu'elle fut tres- belle.
Rien n'eft plus ordinaire
dans le monde que la douleur
I
ij
100 MERCURE
,
& la joye . Elles fe fuccedent
tour à tour , & c'est pourquoy
l'on dit ordinairement
que l'un
rit pendant que l'autre pleure.
En effet , il est bien mort du
monde pendant que tous les
Sujets des deux plus grands
Rois du monde fe font abandonnez
aux tranfports de la
plus vive joye , afin de celebrer
avec autant d'éclat que de fincerité
, la naiffance du Prince
des Afturies. Les jeunes Elpagnols
qui font à Toulouſe ,
n'ont pû attendre pour donner
des marques de l'extrême
joye que cette naiſſance leurGALANT
ΙΟΙ
faifoit reffentir , que la Ville de
Toulouſe euft commencé les
Réjoüiffances publiques qu'elle
devoit faire pour cette naiffance
, & vous apprendrez par
la Lettre qui fuit , quel a eſté
l'épanchement de leur joye &
de leur coeur en cette occafion
.
LETTRE
D'un Penfionnaire du College
des Jefuites de Toulouſe , à
un jeune Gentilhomme Efpagnol
, autrefois Penfionnaire
du même College.
Ce n'est pas en Espagne feule-
I iij
102 MERCURE
ment, M', que les Espagnolsfont
éclater leur joye. Quoque rien ne
foitplus magnifique queles réjouiffances
faites à Pampelune , &
que vous les décriviez mieux que
ne devroit faire un Efpagnol qui
écrit en François , j'ay lien de croire
que vous apprendrez avec plaifir
ce qui vient defe faire dans cette
Maifon aufujet de la naiſſance du
Prince des Afturies . Nous en eû
mes des nouvelles certaines par la
Gazette d'Efpagne Mécredy dernier,
veille de la Nativité de Nôtre
Dame. Je nepuis mieux vous
les tranfports de joye où
s'abandonnerent nos Penfionnaires
marquer
GALANT 103
Espagnols en apprenant cette nouvelle
, qu'en vous affurant qu'ils
parurentfentir tout le bonheur de
leur Nation. Les trois Meffieurs
d'Idiaques Don Jofeph , DonJoachim
, & Don Xavier , ſe diſtinguerent
fur tous les autres. Cette
famille ne peut vous eftre inconnuë,
eftant tres- illuſtre illuftre en Efpagne
par fa nobleffe & par le rang
que les Seigneurs d'Idiaques tiennent
à la Cour & dans les Armées
. Ces trois jeunes Espagnols ,
dont l'aîné n'a que feize ans , s'étant
difpofez dés le foir même à
faire leurs devotions , pour rendre
graces à Dieu de l'heureux accou-
I iiij
104 MERCURE
•
chement de leur Reine , fe confef
ferent communierent le lendemain
avec la pieté que des parens
tout Chreftiens leur ont infpirée .
Aprés quoy voulant donner des
marques publiques de leurjoye , ils
obtinrent de la Maifon de Ville
des Soldats , les Tambours , les
Fifres , les Trompettes , qu'ils
placerentfur le foir à la Tour du
College , où l'on avoit mis ungrand
nombre de pots à feu & de fufees.
Ils allumerent eux- mêmes à l'entrée
de la nuit au bruit des Trompettes
, des Tambours , & des décharges
de la Moufqueterie , le
Feu de joye qui eftoit dans la ruë
GALANT 105
vis-à- vis le Corps de Logis où ils
ont leur Appartement. Ce Corps
de Logis eftoit illuminé depuis le
haut jufqu'au bas dans toute fa
longueur , le Portrait du Roy d'Ef
pagne eftant placé au milieu. A
peine eurent - ils commencé à crier
Vive le Roy d'Efpagne & le
Prince des Afturies , que tous les
autres Penfionnaires
infini de perfonnes qui occupoient
toute la rue répondirent par les
mêmes cris dejoye. La Fefte dura
depuis huit heures du foir jufqu'à
dix heures demie. Pendant tout
ع و ن
un nombre
ce temps - là , on n'entendit que décharges
de Moufqueterie accompa
106 MERCURE
gnées d'un grand nombre defufees.
Le Pont neuf eftoit remply depeuple
, parce qu'on y voit mieux la
Tour du College qu'en aucun autre
endroit. Tout ce grand peuple applaudit
à cette Fefte. Rien ne mar
que mieux le zele que leur illuftre
Famille a toujours eupourfon Roy
pourfa Nation , que lesfentimens
qu'ont fait paroître en cette
occafion ces trois jeunes Seigneurs.
Tout Toulouſe en a jugé ainsi.
Meffire Etienne le Camus ,
Cardinal , Evefque & Prince de
Grenoble , eft mort dans fon
Diocele , âgé de 76. ans. Il
GALANT 107
eftoit troifiéme fils de Mr Nicolas
le Camus , Confeiller au
grand ,Confeil , Procureur gc-
>
neral de la Cour des Aides ,
puis Confeiller d'Etat , & Intendant
de l'Armée en Italie
& en Languedoc. L'aîné des
fils de Nicolas eft Nicolas troifiéme
du nom , qui a efté Confeiller
au grand Confeil , puis
Procureur general de la Cour
des Aides , dont il eft aujourd'huy
premier Prefident . M
fon fils M des Requeftes a
efté reçu en furvivance depuis
quelques mois. Il a eu cinq fils
de Marie Larcher , fille de
108 MERCURE
Mr Larcher , Prefident de
la Chambre des Comptes ;
Nicolas quatrième du nom
dont je viens de parler , qui a
efté Confeiller de la Cour des
Aides & enfuite Maiftre des
Requeftes ; François le Camus
Marquis de Bligny , Colonel
du Regiment de Xaintonge , &
Brigadier des Armées du Roy ;
M'T'Abbé le Camus , Prieur de
Baré ; Mile Chevalier le Camus
Lieutenant de Vaiffeau , mort à
Meffine , & M❜le Camus de la
Grange. Le 2. fils de Nicolas 2 .
eftoit Charles le Camus , Sieur
de Montaudier , Gouverneur
GALANT 109.
re
de Menoüillon en Provence ,
mort depuis quelques années
& dont la fille unique a épousé
M N.... le Camus fon coufin
germain , fils de Girard le
Camus , Maiſtre des Comptes
& quatriéme fils de Nicolas ,
Confeiller d'Etat. Le cinquiéme
eft Jean le Camus , Maiſtre
des Requeſtes honoraire , &
Lieutenant Civil , l'un des plus
integres & des plus habiles Magiftrats
de ce fiecle , & dont la
fille unique avoit épouſé Mª .
Nicolaï premier Prefident de
la Chambre des Comptes.
Tous ces Meffieurs eftoient
110 MERCURE
•
petits - fils de Nicolas le -Camus
premier du nom , Secretaire
du Roy & puis Confeiller d'Etat
, qui s'acquit beaucoup de
gloire dans le maniement des
grandes affaires où il fut employé
Il mourut en 1648 .
âgé de 80. ans. Il avoit époufe
Marie Colbert , morte en
1642. dont il eut dix enfans ,
fix garçons & quatre filles
dont la derniere , Claude le Camus
, fut premiere femme de
Claude Pellot premier Prefident
au Parlement de Rouen .
La Maiſon le Camus eft iffuë
' d'Antoine le Camus , Chevalier
GALANT III
Marquis Seigneur de Jambeville
& de Maillebois , & Preſident au
Parlement de Paris , & qui étoit
eftoit fils
de
Martin le Camus ,
Confeiller dans le même Parlement
, mort en 1564. & petitfils
de Charles , Confeiller au
Senat de Milan fous François
I. On croit que leur Maiſon
eſt originaire de Poitou .
M le Cardinal le Camus
avoit cfté Aumônier du Roy ,
& il commença dés ce tempslà
a donner des marques d'une
pieté éclatante . Il reçut dans .
une retraite qu'il s'eſtoit ménagée
prés de la maiſon de l'Infti112
MERCURE
tut des Preftres de l'Oratoire
, la nouvelle de fa nomination
à l'Evêché de Grenoble ,
faite au mois de Janvier de l'an
1671. Il fut Sacré dans l'Eglife
des Chartreux le 24. Aouſt
de la même année par Mr de
Coeflin , Evêque d'Orleans &
depuis Cardinal , accompagné
des Evêques de Leitoure & de
Beziers . Ce Prelat ayant eſté
facré alla faire un voyage en
Languedoc pour y vifiter feu
Mr Pavillon Evêque d'Alet ;
il fit auprés de cet Evêque une
Retraite , dans laquelle il fe
forma un genre de vie & des
GALANT
113
maximes aufquelles il s'eft affujetti
avec beaucoup d'exactitude
durant le cours de fon
Epifcopat ; une refidence continuelle
fut un des devoirs de
Epifcopat , dont il crut que
nulle raiſon ne le pouvoit difpenfer.
En effet , pendant trente
- fixans d'Epifcopat, ce grand
Prelat n'eft forti que trois fois
de fon Dioceſe , une fois pour
vifiter à Aix Monfieur le Cardinal
Grimaldi , Archevêque de
cette Ville , fon ami particulier,
& qui defiroit paffionnément
de le voir avant de mourir ; &
les deux autres pour les Con-
Octobre 1707
. K
114 MERCURE
claves d'Innocent XII. & de
Clement XI. & le peu de fejour
qu'il fit à Rome , prouve bien
que ce n'eftoit que pour les befoins
de l'Eglife qu'il fortoit de
fon Diocele , puifqu'il prenoit
toûjours fon temps pour y arriver
le jour que l'on fermoit
le Conclave , & qu'il en fortoit
le même jour que le Pape
étoit élû . Le Pape Innocent XI .
qui connoiffoit tout le merite
de M' l'Evêque de Grenoble ,
l'avoit nommé Cardinal dans
la grande promotion qu'il fit
le 2. Septembre de l'an 1686 .
Cette nouvelle dignité ne chanGALANT
115
gearien à fa maniere de vivre ; il
vécut toûjours avec les mêmes
auſteritez , & ce ne fut que quelques
années aprés & par l'ordre
de ce Souverain Pontife ,
qu'il fe remit à l'ufage de la
viande aprés une longue, maladie.
Ce Cardinal a fait quantité
de belles fondations qu'il a même
fait executer dés fon vivant ,
& il s'eftoit imposé une loy ,
dont il ne s'eft jamais écarté.
C'eftoit de ne point toucher
aux revenus Ecclefiaftiques ;
diftribuoit regulierement aux
pauvres ceux qu'il tiroit du feul
Benefice qu'il avoit , & l'entreil
Kij
116 MERCURE
tien de fa maiſon ne ſe prenoit
jamais que fur fon patrimoine
qui cftoit fort confiderable. Il ·
a donné fa Bibliotheque aux
Preftres de l'Oratoire , qui avoient
la direction de tous les
Seminaires de fon Dioceſe ; &
fi la mort ne l'euft prévenu , il
auroit fait bâtir fa Cathedrale
comme il a fait fon Seminaire .
Ce Cardinal avoit un grand
talent pour la Chaire ; il a prêché
plufieurs Carêmes à Grenoble
& à Chambery , qui eft
de fon Dioceſe , pendant ſon
Epifcopat , & il en a même prêché
dans ces deux Villes depuis
GALANT 117
fa promotion au Cardinalat.
On luy avoit attribué autrefois
un Livre qui avoit pour titre
De Libertatibus Ecclefiæ Gallicani
mais il l'a défavoüé & on a fçu
depuis qu'un Preftre du Diocefe
d'Alet & qui eft mort
Rome , eftoit l'Auteur de cet
ouvrage. La Morale de Grenoble
, que ce Prelat a fait imprimer
pour l'uſage de ſes Seminaires
& dont on a fait une
traduction latine à Rome deeft
un
puis environ trois ans
ouvrage qu'il a adopté & auquel
il a donné cours dans fon
Dioceſe & dont cependant il
118 MERCURE
n'eſt point Auteur . M' du
Janet Evêque de Vaifon , l'avoit
compofé par l'ordre de
ce Cardinal. M' Lambert mort
depuis peu Evêque d'Ivrée
avoit cfté long - temps Grand
Vicaire de Mr le Camus ,
il a fait divers voyages à Rome
pour les interefts de ce Cardinal.
&
Je finiray cet article par une
remarque qui fera beaucoup
d'honneur à la memoire de ce
Cardinal , c'eft qu'il faifoit tous
les ans la vifite dans fon Dioil
l'achevoit en deux ans
cefe ;
&
partoit
toutes
les
années
le
GALANT 119
lendemain de Pâques pour l'achever
ou pour la commencer ;
& il eft mort au retour d'une
'de fes vifites.
Mr le Cardinal le Camus
avoit le titre de Cardinal Preftre
du titre de Sainte Marieldes
Anges ; & il eftoit Docteur de
Sorbonne .
M' le Comte d'Egmont , qui
eftoit le feul de l'illuftre Maifon
de ce nom , & qui s'étoit venu
établir en France , eft mort
en Eſpagne aprés une maladie
de dix - huit jours fans laiffer
d'enfans de Dame N..... de
Cofnac fille unique du Mar-
1
120 MERCURE
quis de ce nom & de Margue
rite Louife de Luffan , parente
du Comte de ce nom , Chevalier
des Ordres du Roy. M' le
Comte d'Egmont avoit époufé
cette Dame en 1697. Elle
eft petite - Niece de M² l'Archevêque
d'Aix , Commandeur
des Ordres du Roy , &
Niéce de M' l'Evêque de Die.
Bertrand de Cofnac , Evefque
de Cominges , créé Cardinal
en 1370. par Gregoire XI.
eftoit de cette Maiſon . Celle
d'Egmont , qui vient de finir,
prend fon nom du Bourg
d'Egmont dans les Pays- bas *
&
GALANT 121
1
с
& elle eft une des plus grandes
de Hollande . Elle defcend de
Radbod fils d'un ancien Roy
des Frifons . Elle eftoit déja en
réputation dans le 12 ° fiecle, &
dans le 15 elle a eu des Ducs
de Gueldres. Arnoul d'Egmont
fucceda vers l'an 1425 .
à Renaud Duc de Gueldres , &
en eut Adolphes d'Egmont.
Ce fils dénaturé fit mettre fon
pere
dans les fers , & fut arrefté
luy - mefme. Les Gaulois
le tirerent de prifon pour le
mettre à la tefte des Troupes
qu'ils avoient levées contre le
Roy Louis XI . & ce fut dans
Octobre 1707. L
122 MERCURE
cette occafion qu'Adolphe fut
tué dans un combat donné
prés de Tournay en 1477. il
avoit époufé à Bruges en 1463
Catherine de Bourbon fille de
Charles I. Duc de Bourbon , &
d'Agnes de Bourgogne, dont il
eut Charles d'Egmont Duc de
Gueldres mort en 1538. fans
pofterité d'Elziabeth de Brunfwich
, & Philipes de Gueldres
mariée à René II . Duc de
Loraine , & morte en 1547 .
Cette Maiſon forma une autre
branche qui a produit de
grands hommes . Arnoul , Chevalier
de la Toifon d'or , mouGALANT
123
tut en 1483. & il fut pere de
Jean III . du nom qui prit
Dordrecht , Horne , & fut
premier Comte d'Egmont &
Chevalier de la Toifon d'or. Il
mourut en 1516. Jean IV. fon
fils fut
Chambellan de l'Empéreur
Charles Quint , & mourut
en 1508. dans le Milanez
où il commandoit l'Infanterie
de ce Prince . De deux fils qu'il
laiffa , le premier mourut jeune ,
& le fecond fut le celebre l'Amoral
Comte d'Egmont , dont
le courage & les malheurs ont
rendu le nom fi fameux dans
l'hiftoire des Pays - bas . Il fut
Lij
124 MERCURE
Gouverneur de Flandres &
d'Artois , Chevalier de la Toifon
d'or , & Chambellan de
Charles - Quint , auquel il rendit
de grands fervices auffibien
qu'à Philipe II . fon fils .
Irgagna la bataille de S. Quentin
en 15 57. & celle de Gravelines
en 1558. ayant dans la
fuite pris le party des Confederez
dans les pays - bas , il l'abandonna
peu aprés ;
ayant marqué dans fa conduite
quelque incertitude , le Duc
mais
d'Albe , qui l'avoit mandé à
Bruxelles avec le Comte de
Horne , les fit arrefter le 9 .
GALANT 125
Septembre de l'an 1567. &
leur fit trancher la tefte en
1568. Le Comte d'Egmont
mourut bon Catholique, quoiqu'on
l'eût accufé d'avoir fayorifé
les Partifans des nouvelles
opinions . Il écrivit avant
de mourir à Philippe II. une
Lettre où il proteftoit de fon
innocence. Il laiffa trois fils &
onze filles de Sabine de Baviere.
L'Aîné fut Philippe , qui aprés
avoir fervi les Etats fut enfuite
arrefté par les Eſpagnols ; mais
ayant fait la paix avec eux , il
eut le gouvernement d'Artois,
& l'Ordre de la Toifon d'or.
Liij
126 MERCURE
Il fut tué à la bataille d'Ivry ,
que le Roy Henry IV. gagna
fur les Espagnols en 1590. l'Amoral
& Charles d'Egmont
fes freres s'établirent en Hollande
, où ils laifferent pofterité
. Maximilien d'Egmont
Comte de Breffe fe diftingua
fort fous le Regne de Charles-
Quint ; M' de Thou en parle
avantageufement
au 5° Livre
de fon Hiftoire . Il mourut en
1548. à Bruxelles d'une Eſquinancie.
On dit que Vefalius ,
Medecin celebre , luy prédit
l'heure & prefque le moment
de fa mort ; qu'alors le ComGALANT
127
te fit un feftin à fes amis aufquels
il donna de riches prefens
, & qu'enfuite il fe remit
dans le lit où il mourut peu de
temps aprés & préciſement
dans le temps que Vefalius avoit
prédit .
Le Duché fouverain de
Gueldres fortit de la Maiſon
d'Egmont par la mort de Charles
d'Egmont Duc de Gueldres
mort en 1538. fans pofterité
d'Elizabeth de ' Brunswick , &
par le mariage de Philippine
fa foeur avec le fameux René
II. du nom , Duc de Lorraine.
L'Empereur Charles - Quint
Liiij
128 MERCURE
s'en faifit alors fur le Duc René
qui prétendoit y avoir un
droit inconteftable à cauſe de
fa femme. D'un autre côté
Jean IV. Comte d'Egmont &
le fameux l'Amoral fon fils ,
Chef de la branche cadette de
cette Maiſon , prétendirent
que le Duché de Gueldres étoit
un Fief maſculin qui leûr devoit
retourner , que l'Empereur
& le Roy Philippes II.
fon fils le leur retenoient injuftement.
Eux & leurs fucceffeurs
continuerent à en prendre
le titre ; mais c'est tout ce
qu'ils en eurent. Les Rois d'EfGALANT
129
pagne ne leur ont jamais fait
aucune juftice fur ce point .
M' le Baron de Lyonnieres
,
Chef de la Maiſon de Seyturier
en Breffe , a épousé une fille de
la Maifon d'Egmont
. La branche
, dont elle eftoit , eft auffi
finie , fon pere n'ayant laiſſé
que des filles.
M' Le Bas, Preftre, Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Syndic de la mefme Faculté
, & Curé de S. Chriftophe
de la Cité , eft mort dans
un âge peu avancé , honoré &
eftimé de tous ceux qui le connoiſfoient
; il eftoit de Nor130
MERCURE
mandie , & il avoit travaillé à
l'éducation de M' l'Abbé Bernier
Chanoine de N. Dame ,
qui a quitté l'établiſſement
qu'il avoit dans le monde , &
des grands biens que fes Parens
luy avoient laiffez , pour embraffer
le party de la retraite ,
où il mene une vie conforme
à celle de la Trape. Cet Abbé
avoit fait donner à M' le Bas
la Cure de S. Chryſtophe qui
dépend du Chapitre de Nôtre-
Dame. Il eut fujet d'eftre content
du choix qu'il avoit fait ;
M' le Bas ayant fait faire de
grands biens à cette Parroiffe,
GALANT 131
pendant fon adminiſtration .
La Faculté de Theologie de
Paris , dont il a efté deux fois
Syndic , conferve dans fes Regiftres
des preuves de la ſageſſe
& de l'habileté de ce Docteur.
La maniere dont il fe comporta
durant fon premier Syndicat
dans des conjonctures affez
difficiles , luy fit beaucoup
d'honneur. M' le Bas eftoit
Superieur de la Communauté
des Filles de Sainte Agnés dans
la Parroiffe de S. Euftache. Il
laiffe deux Neveux de fon
nom , tous deux agregéz au
Clergé de la Parroiffe de Saint
132 MERCURE
Chriſtophe ; l'un eft Docteur
en Droit , & l'autre acheve ſa
Licence . M Levéque , Docteur
de Sorbonne & habitué
de la Parroiffe de Saint Nicolas
des Champs , a eu la Cure de
S. Chriftophe en vertu de ſes
Grades , parce qu'elle a vaqué
dans le mois de rigueur ; & M
le Fevre Docteur de la Maifon
de Navarre , & Profeffeur en
Theologie dans le College de
ce nom , fut élû Syndic le 1
de ce mois. Il l'eft pour la troifiéme
fois , & quelque répugnance
qu'il ait fait voir pour
cet Employ, qui eft d'un grand
er
GALANT 133
prendétail
, M le Cardinal de
Noailles l'a engagé à le
dre , & le Roy luy a donné la
penfion de 1500. livres qu'il
avoit donnée il y a prés d'un
an à M' le Bas , & dont il n'a
point joui. M' le Fevre eft Cha
noine de Montauban.
Meffire Jean le Long Confeiller
du Roy , & Maiſtre or-
Idinaire en fa Chambre des
1 Comptes , eft mort depuis
quelque temps. La famille de
ce Magiftrat eft connuë il
déja plufieurs ficcles , & celebre
pour avoir produit dans le
15 fiecle Olivier le Long
с
y a
134 MERCURE
Prieur du Monaftere de Saint
Bavon prés de Gand , qui vivoit
environ l'an 1450. & qui
a écrit un Traité du S. Sacrement
de l'Autel , & quelques
Vies des Saints ( v. Val .
" André ) M ' le Long , dont je
vous apprend la mort , tiroit
plus de gloire de l'exacte probité
dont il a fait profeffion
toute la vie , & de l'attention
qu'il a toûjours euë de remplir
dignement les fonctions de fon
miniftere , que de la réputation
qu'ont cuë quelques - uns
de fes Anceftres. Če Magiftrat
s'eftoit toûjours appliqué à fe
GALANT 135
faire d'illuftres amis . M' l'Abbé
de Villefort , fi connu par
la folidité de fon efprit , par la
bonté de fon coeur & par l'exa-
Atitude de fes moeurs , eftoit
celui qui avoit le plus de part
à fa confiance , & avec qui il
fe plaifoit davantage à méditer
fur les grandes veritez .
Perfonne n'ignore que ces
deux amis ne s'arreſtoient pas
à une fpeculation féche & ftérile
des chofes qui faifoient
l'objet de leurs recherches &
de leurs réflexions ; mais que
par un heureux concert ils s'attachoient
à réduire en pra136
MERCURE
tique toutes les veritez qui avoient
rapport
à la conduite
des moeurs , & à l'affaire du
falut. Le Pere le Long , Bibliothecaire
des P P. de l'Oratoire
de la rue S. Honoré , &
qui doit donner bientôt au
Public un ouvrage
d'une grande
utilité , eftoit parent du
Magiftrat dont je viens de
parler.
Je dois auffi vous aprendre
la mort de Mr Hebert Maiftre
des Rqueftes , ce Magiftrat a
efté marié deux fois ; la premiere
avec Dame Françoiſe
Lavocat & la feconde avec
GALANT 137
Dame N... le Gendre. Il a eu
de fa premiere femme une
fille unique mariée à Mr Bignon
Intendant des Finances ,
frere aîné de Mr l'Abbé Bignon
& de Mr Bignon Intendant
à Amiens. Il a eu de fa
feconde femme , Mr Hebert
Confeiller au Parlement &
Dame N... Hebert veuve de
Mr Larcher de Pocancy , Confeiller
au Parlement ; feuë M
Hebert fa premiere femme
eftoit proche parente de M
de Pomponne veuve du Secretaire
d'Etat de ce nom , & de
Mi la Marquife de Vins , qui
Octobre 1707. M
138 MERCURE
avoit épousé Mr de Vins Capitaine
Lieutenant des Moufquetaires
noirs. Mr Hebert
avoit plufieurs autres alliances
confiderables dans la Robe
où les anceſtres ont efté fort
diftinguez . Il a efté fort
regretté.
La douceur de fes moeurs ,
& la probité avec laquelle il
avoit toujours exercé les emplois
dont il a efté revetu , l'avoient
rendu cher à tous les
honneftes gens . Il avoit fait
une longue étude de la Jurif
prudence qu'il fçavoit parfaitement.
L'Article de la mort de
GALANT 139.
Mr de Boucroude , Confeiller
au Parlement de Rouen , dont
j'ay parlé il y a deux mois , &
dans lequel ily a quelques rapport
de noms qui peut caufer
des erreurs , doit eftre de
la manière fuivante. Mr le Fay
de Bouctroude époufail ya 25 .
ans une des filles de feu Mr
de Caubremont Baron d'Acquigni
, & pere de feu Mr le
Baron & Vidame d'Efneval
nommé par le Roy à l'Ambaſfade
de Portugal en 1688. &
enfuite à celle de Pologne , où
il mourut à Grodno en 1693 .
fort eftimé & de la Cour qui
Mij
140 MERCURE
l'avoit envoyé & de celle où il
refidoit . Mr le Baron de Caubremont
eſtoit grand pere de
Mr le Vidame d'Efneval d'aujourd'huy
& de Mr le Chevalier
d'Efneval , qui eft prefentement
à Malte. Le Fief de
Bouctroude dont Mr le Fay, &
aprés luy fes enfans , ont porté
le
nom
, eft fitué dans la terre
de Saint- Georges , au Pays de
Caux , à deux lieuës de Rouen ,
& appartenant à l'Abbaye de
Fécamp , auffi en Caux. On
doit diftinguer le Fief de Bouctroude
de la Terre & Baronie
du Bourgtheroude , fituée
GALANT 14!
•
dans le Pays de Roumois , &
qui donne le nom à une des
plus anciennes Maiſons de
Normandie , auffi établie dans
le Pays de Roumois , & qui a
porté anciennement le nom de
le Roux. Cette famille çft alliée
aux plus anciennes Maifons
du Royaume , & fur tout
à celles de Chabanes - Urton ,
( qui avoit l'honneur d'appartenir
à feu S. A. R. Mademoifelle
) de la Rochefoucauld , de
Levi-Ventadour , de Chanvalon
de Harlay , Potier de Gefvres
, de la Salle Caillebot , de
Levi Mirepoix , de Refuge , de
142 MERCURE
Prunier - Saint - André , d'Albert-
de- Chaulnes , de Beauvillier
de-Saint-Aignan , & d'Amboife.
La maifon de Bourgtheroude
eft divifée en quatre
branches ; fçavoir , en celle du
Baron duBourgtheroude, deM
d'Infreville , Confeiller d'Etat,
Intendant general de la Marine
du Levant & du Ponent
pere de Mr le Chevalier d'Infreville
Chef d'Eſcadre ; de Mr
de Tilly , qui eft iffu d'une fille
de Mr le Chancelier de Bellievre
; & de Mr le Vidame d'EL
neval , dont la mere eftoit Madelaine
de Tournebu , iſſuë de la
GALANT 143
Maiſon Royale de Dreux , &
dont l'alliance a mis dans cette
Maiſon la Terre de Poüilly &
la Vidamie d'Efneval .
Les anciens Barons du Bourgtheroude
eftoient déja connus
en France au
commencement
de la troifiéme Race de nos
Rois , & fous le regne du Roy
Robert , furnommé
le Religieux.
Je ne doute point que vous
ne preniez beaucoup de plaifir
à lire la Fefte que vous trouverez
dans la Lettre fuivante .
144 MERCURE
A Lille le 20 Septembre 1707.
rendre
On chanta icy avant hier le
Te Deum dans l'Eglife Collegiale
de S. Pierre , pour
graces à Dieu de l'heureufe Naiffance
du Prince des Afturies.
Monfeigneur l'Electeur de Cologne
y Officia Pontificalement ;
& toutes chofes s'y pafferent dans
l'ordre
que
l'on a coûtume de tenir
en ces Réjouiffances publiques.
Le foir il y eut des feux de joye
fur la grande Place , & S. A.E.
donna chez Elle un magnifique
Souper à la principale Nobleſſe,
pendant
GALANT
145
pendant qu'on fit couler devant
fon Palais , qui eftoit tout illuminé
, deux fontaines de vin ,
pour tous ceux qui en voulurent
prendre.
Ce Prince , non content de cela,
pour celebrer avec encore plus
d'éclat cette illuftre Naiffance ,
donna hier au foir à fa Maiſon
de Campagne uue Fefte fuperbe ,
des mieux ordonnées à Monfeigneur
l'Electeur de Baviere
fon frere , & à Mr le Duc de
Vendôme , qui furent accompagnez
à ce Feftin par Mr le
Maréchal d'Arco &par un
grand nombre d'Officiers Gene-
Octobre 1707. N
146 MERCURE
raux de Perfonnes de confideration
, qui s'y trouverent avec
eux. Ils pafferent tous à cheval
par cette Ville vers les trois à
quatre heures aprés midy , &
allerent s'embarquer au pied du
glacis de la Citadelle fur les petites
Galeres de S. A. E. de Cologne
, qui s'y eftoit renduë en per-·
fonne pour les y recevoir.
;
Ces Galeres eftoient magnifiquement
ornées les Rameurs
eftoient d'une propreté achevée ;
& l'on vint jufqu'à cette Maifon
de Campagne au bruit des
Trompettes
des Timballes
aufquelles répondoient alternati-
,
GALANT 147
vement plufieurs troupes de Hautbois
difperfées dans toutes les
Chaloupes , dont cette petite &
galante Flote eftoit compofée.
On fut falué en abordant par
plufieurs pieces de Canon , qui
eftoient placées fur le bord de
la Deufle ; & aprés un tour de
jardin toute cette illuftre &
belle Compagnie fe rendit à un
Theatre de verdure dont la
perspective naturelle fait voir en
éloignement un bout de paysage
tout des plus agreables. A peine
fut-on affis , que l'on vit paroître
fur la Riviere , Neptune dans fon
Char , tiré
>
par
›
deux Chevaux
Nij
148 MERCURE
marins , lequel s'eftant avancé
fur le bord du Theatre , chanta
les paroles fuivantes .
O
NEPTUNE.
Uel bruit entens - je fur ces
rives ?
Dcu peut naître ce trouble
affreux ?
Je voy de toutes parts les Nimphes
fugitives
Chercher , pour pour fe fauver , les
antres les plus creux .
Les fiers Titans , pour nous
livrer la guerre ,
Sont- ils fortis de leurs gouffres
profonds ?
Et voudroient - ils encor fans
crainte du tonnerre ,
GALANT 149
Pour attaquer l'Olimpe entaffer
monts fur monts ?
Pour s'élever par l'injuftice
En vain l'on prétend faire effort.
La vertu triomphe du vice ;
Et fans elle , au lieu d'un beau
fort ,
On ne trouve qu'un précipice.
Pour s'élever par l'injuftice ,
En vain l'on prétend faire effort
.
Deux Bergers fortant des Bocages
voifins apprirent à Neptune
la caufe de ce bruit , par les Vers
fuivans , qu'ils chanterent tous
deux enfemble.
Niij
150 MERCURE
LES DEUX BERGERS .
Ce bruit qui vient de vous furprendre
,
N'eft point un effort des Titans.
Admirez avec nous les exploits
éclatans
De ces fameux Heros , qui viennent
nous défendre.
PREMIER BERGER.
Nos Ennemis orgueilleux &
jaloux ,
Pouffez de haine & de vengeance
,
Preparoient dés long- tems leurs
armes contre nous :
Mais ces Heros par leur prudence
GALANT 15t
Ont arrêté leurs grands projets ;
Et le Ciel avec eux toûjours
d'intelligence ,
A beny leurs deffeins & remply
nos fouhaits .
SECOND BERGER.
Aprés tant de foins & depeines ,
Couverts de gloire & de lauriers
,
Ils viennent l'un & l'autre au
bord de ces fontaines
Se délaffer de leurs travaux
guerriers.
NEPTUNE ET LES DEUX
Bergers.
Qu'ils foient toûjours fuivis de
la victoire ,
N iiij
152 MERCURE
Qu'ils triomphent tous deux en
cent climats divers .
Que leur brillante gloire
Vole aux deux bouts de l'U
nivers .
LE CHOEUR.
Qu'ils foient toujours fuivis de
la victoire ,
Qu'ils triomphent tous deux en
cent climats divers.
Que leur brillante gloire
Vole aux deux bouts de l'U.
nivers.
PREMIER BERGER.
Que chacun à l'envy s'empreffe
A plaire à ces Heros , l'objet de
nos ardeurs ;
GALANT
153
фил
Par un feftin ruftique & des
chants d'allegreffe ,
Allons leur preſenter l'hommage
de nos coeurs .
NEPTUNE.
Je veux feconder vôtre envie ,
Et preparer un lieu digne de ces
Heros.
Vous qui fur les humides flots
Rifquez fi fouvent vôtre vie ,
Accourez à ma voix , fidéles
Matelots ;
D'un trenchant Aviron fendez
la vague émuë :
Venez élever à leur vûë
Ce Pavillon fuperbe , oùſouvent
le Dieu Mars
Vient prendre du repos aprés
tant de hazards .
154 MERCURE
ZE CHOE VR.
Que chacun à l'envy s'empreffe
A plaire à ces Heros , l'objet de
nos ardeurs ;
Par un feftin ruftique & des
chants d'allegreffe
Allons leur prefenter l'homma
de nos coeurs.
ge
Pendant qu'on chantoit ce dernier
Chaur on vit avancer
d'une viteſſeſurprenante toutes ces
petites Galeres , dont les Matelots
ayant mis pied à terre , formerent
en danfant avec leurs voiles
, leurs rames & leurs crocs un
Pavillon , qui fut dreſſé en un
GALANT 155
inftant à la veuë des Spectateurs..
Deux Matelots chantans entrecouperent
la danfe par les Couplets
fuivans.
AIR
D
CHANTE
par deux Matelots
.
E tant de traverſes ,
De routes diverſes ,
A l'abry des vens
Oublions les tourmens .
Goûtons l'avantage
D'un tranquille fort :
La Mer & l'orage
Ont beau faire effort ;
Craint- on le naufrage
Quand on eft dans le port ?
Non , non , plus d'allarmes ,
156 MERCURE
Joüiffons des charmes
Qu'offre le beau temps .
De tant de traverſes ,
De routes diverfes ,
A l'abry des vens
Oublions les tourmens.
7
• Les dons de fortune ,
Les flots de Neptune ,
Sont également
Sujets au changement."
Le port fert d'azile ,
C'est un doux recours,
Un calme tranquille ,
Donne de beaux jours :
Qu'il eft difficile
Qu'il regne dans les Cours :
Dans ce verd Boccage
Goutons l'avantage
D'un fort tout charmant .
Les dons de fortune ,
GALANT 157
Les flots de Neptune ,
Sont également
Sujets au changement.
>
la
La danfe eftant finie , le Pavillon
s'ouvrit tout d'un coup
& l'on vit paroître au milieu
une Table en forme de fer à cheval
, fervie de tout ce que
faifon peut fournir de plus delicat.
Leurs Alteffes Electorales ,
Mr le Duc de Vendôme , & les
Perfonnes les plus qualifiées y
prirent place , pendant que tous
les Officiers de diftinction ´allerent
fe mettre à plufieurs autres Tables ,
que l'on avoit placées aux environs
fous des Tentes , où l'abon158
MERCURE
&
danc des Mets difputoit à l'envy
avec la propreté & le bon goût.
Tant que dura le repas , les Timbales
,les Trompettes & les Hautbois
accompagnerent tour à tour
la bonne chere , entretinrent
dans cette illuftre Affemblée
Et chacun revint enfuite
par eau avec le même plaifir , &
dans le même ordre qu'on y eftoit
allé , fort content de tout ce qui
avoit paru dans cette agreable
Fefte.
la
joye
;
Vous connoiftrez pa la
Lecture de la Relation que je
vous envoye , & qui eft fort
GALANT 159
fouhaitée du Public , que je
n'y ay rien changé. Ce font
de ces fortes de chofes aufquelles
il eft difficile de retoucher
fans fe méprendre , ou
fans en alterer le fens .
RELATION
Ou précis du Voyage du Nord
que Monfieur le Comte de
de Forbin Chef- d'Efcadre
a fait , avec l'Ecadre du Roy
armée à Dunkerque
, compofée
de neuf Fregates de 40
à 56. canons , dont une n'é .
toit chargée que de vivres.
Aprés avoir donné un com160
MERCURE
bat dans la Manche , pris
deux Navires de guerre de
72. canons & 20. Vaiffeaux
marchands de la Flote qu'ils
convoyoient en Portugal ,
le 13. de May 1707 .
Le Vendredy 10. Juin à cinq
heures du matin nous mimes à la
voile de la rade de Dunkerque
pour lafeconde fois. Nous évitames
dix Navires Anglois qui
nous obfervoient hors de Bancs
d'où nous fortimes par la paſſe de
l'Oueft. Nous fimes route jufqu'au
Mecredy 15. fans qu'il ſe paſſaſt
rien qui merite d'en faire mention .
1
GALANT 161
Le temps fut paffablement beau ,
la mer affez belle , mais les vents
peu favorables . Le Judy 16.depuis
6. heures du matin jusqu'à
neufdu foir les vents fraichirent
toujours eftant devenus Nord , le
Fidel démata defes mâts de Beaupré
& de Mizaine , qui vinrent
bas dans le mefme temps . Il n'y
eut qu'un homme de bleffé de l'horible
chute de fes mats .
LeVendredy 17. pendant qu'on
travailloit a agréer un mát , de
Hune à la place de celuy de Mi-
Zaine , la Dauphine paffa à Pou- ,
pe pour nous dire que fon avant
eftoit démonté & que fa poulenne
Octobre 1797
.
162 MERCURE
eftoit éventée , deforte que Mr
le Comte de Forbin fut obligée de
les envoyer à Maefterland , ou
Gottem - bourg , Port de Suede
pour s'y racommoder
attendre. Dans ce mesme temps
une vergue du petit Hunier du
Gerzérompit ; nous eſtions à 20.
lieuës au Nord du Drogre-Banc.
nous y
Depuis le 17. jufqu'au premier
Juillet il ne fe paſſa rien
d'extraordinaire , la pluye & la
brune fur tout eftoient fort frequentes
& fi épaiffes que l'on
voyoit à peine du Gaillard de derriere
à celuy d'avant , les vents
qui estoient contraires nous obliGALANT
163
geoient de courir au plus prés
par confequent de revirer de bord
fortfouvent, & pour le faire connoiftre
aux autres Vaiffeaux nous
tirions trois coups de canon qui
eftoient le fignal. Ceux qui nous
entendoient nous répondoient d'un,
feulement , l'on battoit continuellement
la quaiffe , l'on fonnoit les
cloches , ou l'on tiroit de la Moufqueterie
pour éviter les abordages,
pour tafcher de ne fe point feparer
; cela n'enpefcha pas que la
plus part ne s'écartaffent pendant
un, deux, ou trois jours . Il faifoit
auffi froid que quand la Riviere
de Seine eft glacée ce que je trou-
O ij
164 MERCURE
ve de plus particulier , c'est qu'il
ne faifoit point de nuit puifque
nos Pilottes prenoient hauteur à
minuit comme enplein midy , nous
eftions par les 69. Degrez de latitude
Nord , & à 45. lieuës du
Nord Cap.
Depuis le premier Juiller juf
qu'au 27. nous fifmes dix-neuf
prifes , dont l'une fut coulée bas
par Mr le Chevalier de Touronvre
qui neput l'amariner ; fçavoir,
trois vers le Nord-Cap ; onze aux
environs de Kilduin : &quate que
nous Y trouvâmes mouillées . Le
Vendredy 22. àfept heures du matin
lapluye ceffa , le temps s'éclairGALANT
165
par
cit un peu , nous apperçûmes
au vent 48. ou so . Vaiffeaux
c'eftoit la Flotte Angloife efcortée
trois gros Convois ; le calme
vint qui dura jufqu'à dix heures
qu'il commença à "fraîchir ; nous
virames de Bord & nous paſſames
fous le vent & à la vue de
cette Flotte ,fous Pavillon Hol
landois fans donner dedans , parce
que le Blakwal & le Prothée s'étoient
écartez en donnant chaffe
comme nous ; celafit refoudre Mr
le Comte de Forbin à tâcher de les
A
rejoindre avant de les attaquer.
deux heures il fit fignal pour faire
paffer à poupe les Vaiſſeaux qui
166 MARCURE
eftoient avec nous pour leur donner
fes ordres pour le combat dés
que nous les aurions réjoints. Nous
vimes plufieurs Navires écartez
qui tâchoient defuivre les autres ;
nous leur donnâmes chaſſe ſià propos
, que
chacun de nous eut part
aux onze prifes dont j'ayparlé cideffus
. Nous nous approchions toû
jours de Kilduin , où nous croyions
que cette Flotte feroit entrée pour
monter le long de la riviere de Kola
, ou pour fortirpar l'autre paſſe
en faisant le tour de l'Ifle . En nous
en approchant nous vîmes au vent
à nous fept Navires , que nous reconnúmes
pour le Blakwal¸le ProGALANT
167
3.comme
thée & cinq prifes. Nous vîmes
en même temps derriere la pointe
de l'Ifle dans une ance , quatre Navires
que nous crûmes les Convois
de la Flotte ; cela fut cause que
Mr de Forbin changea l'ordre du
combat , & qu'au lieu de n'entrer
dans ce moüillage que le
il avoit dit , il y entra le premier
pour commencer le combat. Il devoit
en abordant le plus gros , moüiller
l'ancre en même temps , les autres
eurent ordre de faire la même
chofe , lorfque nous fumes à portée
de voir diftinctement , nous reconnumes
que c'eftoient les Flutes dont
jayparlé ci-devant. Ils amenerent
168 MERCURE
ейen
leurs Pavillons dés que nous eûmes
hiffé le noftre ; nous moüillâ
mes l'ancre à Kilduin le Mécredy
27.fur les cinq heures aprés midy,
entre l'Ifle la grande terre . Ce
moüillagefemble avoir eſtéfait ex-
"prés , tant il eft grand , beau , commode
, bien fitué à l'abry de
les
tout vent. Nousy reſtâmés douze
jours ; pendant tout ce temps
équipages n'eurent pas un moment
de relâche . Ils furent toujours occupez
à donner la bande , àfaire de
l'eau & du bois , à prendre leurs
vivres dans la Driade , qui fut
destinée pour porter en France le
butin de toutes les dix- huit prifes
qui
GALANT 169
à la à
quifontfortriches.Ondéfagreatous
ces Vaiffeaux ; on mit leurs agrés ,
ancres canons dans les noftres ;
aprés quoy on les brûla tous ,
referve d'une des plus groffes Flutes
que Mr le Comte de Forbin
donna avec ddeess vviivvrreess,, àà tous les
Marchands & à leurs Matelots ,
pour les reconduire en Angleterre
ou à Archangel où ils alloient.
Si nous euffions eu les vents bous
le long de la route nous ferions
arrivez à Kilduin trois femaines
plutoft , & nous aurions eu le
temps defaire à noftre aife ce que
nous avions befoin , & de nous
mettre en croiziere , avant qu'il
Octobre 1707. P
170
MERCURE
fut paffé aucune Flotte. Ce retar
dement & celuy d'avoir eſté Séparé
du Blawkal
du Prothée
,
joint à ce que nous avons efté obligez
de laiffer le Fidelle & la Dauphine
, qui font les deux plus gros
Navires
de l'Efcadre
, font la
cauſe évidente
que nous n'avons
pas pris toutte cette Flotte avec les
convois.
le
Pendant que nous demeurames
à Kilduin le tempsfut aſſez beau ,
quoyque mêlé de brume qui ne nous
quittoit guerres , non plus que
grand froid ; nous n'avions point
d'autre feu que nos triples habits
ou capotes avec des bottes que nous
GALANT 171
ne quittions que pour nous coucher.
Ily a dans l'Ifle beaucoup de
Perdrix prefque toutes blanches
& plus groffes que les nostres.
Meffieurs les Comtes de Forbin
de Durtal , d'Illier & Mr de
Souforafe ,y allerent trois fois à
la chaffe & en tuerent beaucoup ;
il y a auffi des cerfs differents des
noftres parla tefte & le pied. Ces
Rennes , c'est ainsi qu'ilsfe nomment
dans le Pays ,font privées &
les habitans s'en fervent pour porter
& traîner tout ce dont ils ont
befoin ; l'on en tua beaucoup parce.
que l'on ne trouva aucuns au-
Pij
172 MERCURE
tres rafraichiffements.
Le 8. Aouftà 1 1. heures du matin
nous partifmes de Kilduin; nous
fortimes par la mefme paffe que
nous eftions entrez. Nous fimes
route vers le Nord Cap , qui eft
par les 71. degrez 40. minutes de
latitude , à 40. lieues de Vard'huis
dont je parleray cy aprés , & à 70
de Kilduin qui eft l'endroit le plus
éloigné où nous avons efté , quoymoins
Nord , de forte que
là pour aller à Dunkerque enfaifant
tout le tour du Nord , qui
confifte aux Ifles de Fero
reconnoift en paffant & enles laif
fant à droite ou à Tribor , celles de
que
que
de
l'on
GALANY 173
Hitlan , les Orcades & Saint
Kilda, l'Ecoffe , l'Irlande & l'Angleterre,
comme nous avonsfait, il
ya prés de neufcens lieuës. Nous
allions commeje viens de dire , vers
le NordCap pour nous mettre en
croiziere & pour attendre quelqu'autre
Flotte.
Le dix Monfieur le Comte
de Forbin fit faire le fignal de la
Comteffe , du mefme nom , c'est
ainfi qu'il a nommé une petite
Queche Hambourquoife qui eft
une des premieres prifes & qui
marche tres-bien , pour luy dire
de partir & de porter fes lettres
qui eftoient écrites en chiffre à
Maefterlandou Gottembourg, pour
174 MERCURE
les faire tenir en France au plutoft
, &pourdire à nos deux Navires
de nous venir rejoindre à
Soggendal ou Ceefond , qui font
des Ports de la Cofte de Norvegue
à cinq lieues ou environ du
Cap Der- neus.
Lefeudy 1 1. le vent eftant venu
Ouest , nous continuames de courir
fous le mefme bord au Sud .
Sud- Ouest. A fix heures nous
découvrimes au ventplufieurs Navires
; le temps eftoit un peu embrumé
, à huit heures il fut un
peu éclairci ce qui nousfit voir
diftinctement une flotte de
40. voiles , efcortéepar trois con-
30.
à
GALANT 175
·
;
vois de 36. à 40. canons. Nous
la chaffames fous pavillons Anglois
à une heure aprés midy
nous prifmes une groffe Flutte &
l'on tira plufieurs coups de canons
pour la faire amener , parce que
le calme qui nous prit ne nouspermettoit
pas
pas dede nous en aprocher de
plus prés. Sur les trois heures il
fraichit , nous nous mifmes
au vent de cette Flote qui eftoit
celle d'Hollande , ayant tout dif
pofé pour le combat ; nous eftions
à trois lieues de terre qui eftoit
l'Ile de l'ard'huis , à quatre & à
cing heures. La Driade fit deux
prifes , ainsi que
d'autres de nos
P iiij
176 MERCURE
Navires qui en firent quelqu'une.
Comme nous avions fait ranger
entre la terre & nous une partie
de cette Flotte avec leurs convois
qui tachoient de les couvrir pour
Les faire paffer le long de la terre
Mr de Forbin dit à deux de nos
Navires qui eftoient à portée d'entendre
, qu'il n'étoit point venu
pour combatre , mais pour
prendre le plus de bâtimens
qu'il pourroit , & que pour cet
effet il n'avoient qu'à fe tenir
a portée en cas de befoin, qu'il
alloit couper les Vaiffeaux Marchands
à la barbe de leurs convois
( qui avoientfait jufqu'alors
GALANT 177
fort bonne contenance ) & qu'il
ne les attaqueroit point qu'ils
ne s'opofaffent à fon deſſein.
Dés qu'ils virent que nous nous
aprochions , ils firent leur route
fuivant cinq ou fix de leurs
Navires qui estoient paſſez , de
forte que tout ce qui se trouva enterre
nous & leurs convois
,fut coupé. Ils n'eurent point
d'autre reffource que celle de paffer
14. ou 15. qu'ils eftoient , par la
paffe qui fepare l'Ile de la grande
terre d'où ils eftoient fort prés ;
tre la
>
comme nous ne ilsy entrerent ,
la connoiffionspas pour les yfuivre
avec nos Navires qui tirent beau178
MERCURE
و
coup plus d'eau que des Flutes
l'on arma des Chalouppes & les
Canots que l'on y envoya avec
deux de nos Navires devant lefquels
des Pilotes fondoient , pendant
que nous courumes le long
de la terre pour les couper par
bout de l'autre paffe. En y arrivant
nous y vimes 14. Flutes
mouillées ou échoüées
le
que nous
primes , laplupart des Marchands
avec leurs Matelots s'étoientfauvez
dans l'Ifle, avec tout ce qu'ils
avoient pu emporter de leurs meilleurs
effets. LeVendredy 12.nous
mouillames l'ancre à Vard'huis ,
Sur les deux heures aprés midy.
GALANT 179
Nous y reftames huit jours pour
décharger 13. de fes Fluttes dans
quatre qui furent choisies pour
porter en France toutes les marchandifes
des autres ; cette Flote
eftoit beaucoup plus richement chargée
que celles des Anglois , ainſi
les prifes que nous avons faites,
font eftimées trois fois autant.
Les Hollandois qui s'étoient
fauvez dans l'Ifle , revinrent petit-
à-petit ; il y en eut quatre qui
rançonnerent leurs Baftiments tous
lege 6000. livres chacun & aprés
avoir défagrées les neuf autres
qui reftoient, mis leurs agrez ,
ancres & canons dans les quatre
180 MERCURE
+
Fluftes que nous avons amenées
avec nous on les brula . Nous
avons amené avec nous 66. Hollandois
que nous avons difperfez
dans tous nos Vaiffeaux. Le refte
demeura à terre ou s'embarqua
avec les quatre qui s'étoient ranconnez.
L'on
peut dire
que
Monfieur
le Comte de Forbin a traité tous
les Marchands & les Matelots
Anglois & Hollandois , avec toute
la douceur , l'honnefteté , &
l'humanité poffible , n'ayant pas
voulu qu'aucun fuft dépouillé , ni
qu'on leur ôtaft aucunes de leurs
bardes .
GALANT 181
On trouve dans la grande terre
proche de cette Ifle les mefmes gibiers
qu'à Kilduin , & une espece
de Faifans , diferente des noftres.
Les Meffieurs dont j'ay parlé y
allerent deux fois à la chaffe , &
tuerent beaucoup de gibier à la
referve des Rennes qui furent
confervées , parce que l'on trouva
pour rafraichiffement quelques
jeunes vaches , taureaux & moutons
; quoyqu'enpetite quantité
bien moins bons que les noftres , ils
ne laifferent pas de faire plaisir à
toute l'Escadre , qui en avoit be-
Loin.
Le Village de Vard'huis eft
182 MERCURE
des
composé d'environ cent maifons
dont la plupart ne font que
Cabanes les plus extraordinairement
bafties qu'il y ait ; ce qui
eft de plus furprenant c'est que les
habitans y font renfermez avec
tous leurs beftiaux pendant deux
mois qu'il ne fait point de jour
en ce lieu , & que leurs maifons
font couvertes de plus d'unepique
de neige . Ils ne vivent que de pain
les Danois leur portent.
La pefche est tout leur commerce
dont ils font de la Stofiche
de l'huile. Ils font tres- mal
propres chez eux, où il fent fimauvais
que l'on n'y demeure qu'avec
tres- bis
que
GALANT 183
la a
beaucoup de peine. Il n'y croift rien ,
terrey eftant tout àfaitſterile à
la referve d'unpeu de pafturages ,
quelques endroits . Leurs vaches
vivent l'hiver de tefte de poiffons
ainfi que les autres beftiaux.
en
Le Samedy 20. Aouft à dix
heures du matin , nous nous trouvames
tous à la voile , aprés
avoir porté les inftructions aux
Officiers des quatre Fluftes en cas
de feparation. Nous partimes de
Vardhuis , &fortimes vent arriere
par une autre paſſe que celle par
où nous eftions entrez , le temps
beaau , clair , & les vents au Sud-
Sud-Eft ; cefut-là que nous com184
MERCURE
mençâmes à nous appercevoir des
nuits.
Depuis le 20. jufqu'au 1. Septembre
à 10. beures du matin que
nous arrivâmes à la vuë desIſles de
Fero , nous cufmes beau temps &
doux, quoy que toujours mêlé de
brume. Nous eufmes les vents
bons & favorables , puifque nous
fifmes tout ce trajet qui eft d'environ
350. lieuës en onze jours ,
avec nos Fluftes qui ne marchoient
pas plus viteque des charettes.
Le vent qui eftoit fort grand
fembloit fraîchir de plus en plus
en nous approchant de cette terre
que nous vifmes defortprés . ComGALANT
185
de
me nous ne connoiffions ni baye ,
ni paß , ni mouillages , nous ne
laiffions pas d'eftre embaraffez ,
parce que la mer eftoit fort agitée.
Mr de Forbin fit tirer un coup
canon pourfaire venir des Pilotes
Coftiers. Nous apperçume» dans
dans ce moment un Navire qui
venoitfur nous vent arriere fous
Pavillon Danois. Le Capitaine
vint à bord ; cefut un grand bonpour
nous , & qui ne nous
donna ppaass ppeeun dejoye ; il alloit à
'Ifle de Nolfoë , où il nous mena
mouiller; il eft François de Nation
néà la Rochelle . Il trafique en
Dannemark aux Ifles de Fero.
Octobre 1707.
heur
е
186 MERCURE
Nous mouillâmes l'ancre à une
heure & demie , malgré la brume
&la tempefte.
Ily a unepetite Villeprés de ce
mouillage , qui s'appelle Nolfoë.
Elle est tres-laide & mal baftie.
Il faut pafferfous deux Forts pour
y entrer. L'un de 16. canons &
l'autre de 4. Il y a un Magaſin
d'ouvrages de laine. L'on envoya
un Officier au Gouverneur pour
avoir des rafraîchiffemens qu'il
accorda ; ils y font communs & à
bon marché.
Le Vendredy 2. l'on envoya les
Chaloupes faire de l'eau & querir
les rafraichiffemens que l'on avoit
GALANT · 187
babefoin.
Il y a dans cette Ifle des
Montagnes & des Cofteaux où il
croift de fort bon foin ; ily a des
langues de terre qui rapportent du
feigle & de l'orge ; les Danois à
qui elles appartiennent , ont foun
de fournir la fubfiftance aux
bitans. Ces Ifles quifont au nombre
de 32. font habitées de huit
ou neuf mille ames..
Nous apprîmes avec beaucoup
de chagrin que le Prince Eugene
alloit affieger Toulon. Le même
Marchand nous dit qu'il avoit vú
treize Navires Hollandois qui
croifoient au Nord-Oueft , & qui
attendoient la Flotte des Indes .
Qij
188 MARCURE
Depuis le Samedy 3. Septembre
à une heure du matin , que nous
partimes de Fero ; jusqu'au 1 1. à
deux heures du matin , le tempsfut
beau & doux , la plupart tout
calme de la brume de temps en
temps. Le mêmejour depuis 3. beures
du matinjufqu'à neufdufoir ,
le vent fraichit de plus en plus.
Le temps fut pluvieux & orala
mer tres -groffe , & les
ventsforcez , nous faifoientfaire
neuf lieuës par quart , quoy que
nous fuffions affez prés pour donner
lieu à nos Fluftes de nous fuivre.
Nous cftions par les 58. dgrez
19. minuttes de latitude , &
geux ,
GALANT 189
à 18. lieues de Rochol ; ce temps
dura jufqu'au 12. à midy , &
nous fit perdre une de nos Fluftes.
L'on chaffa inutilement
pluſieurs
jours defuite pour la trouver.
Le 20.depuis 8. heures du matin
jufqu'au 21. à huit heures dufoir,
le vent fut forcé & fi violent ,
les plus refolus Marins convinrent
n'avoir jamais vu de coups
de mer fi terribles
que
que ceux que
nous reçûmes , ayant couvert le
Pont le Gaillard d'une grande
quantité d'eau. Nous voyons dans
ce temps deux Navires fous le
vent qui vinrent nous reconnoître
de fort prés , dont un fut mortifié
190 MERCURE
de fa bravoure , ayant mis enpanne
pour nous attendre , fon grand
mafts de bune vint bas ; nous luy
donnâmes chaffe un peu de temps ,
mais comme cela nous auroit éloigné
de noftre route , & que nous
crumes que ceferoit un Maloüin ,
nous le laiffâmes. Un inftant aprés
nous en apperçûmes trois autres ,
au vent à nous , & à une heure
de là , c'eftoit fur les fix heures,
la découverte nous en fit voirfix ,
qui eftoient tous Vaiffeaux de guer
re ; celafit que Mr de Forbin donna
ordre , que dés
que
la nuit feroit
venuë , de mettre Can au
Nord pourfaire fauffe route , afin
GALANT 191
d'éviter ces neuf Navires , parmi
lefquels il y en avoit de plus
gros que les nôtres. F'oubliois de
les coups
coups de mer du 11. &
dire
que
du 12. jetterent bas la gallerie du
Blackwal que commande Mr le
Chevalier de Tourouvre , & qu'il”
avoit faitfaire àfes dépens , aprés
le combat de la Manche.
Le Prothée & une de nos Flutes
fefont égarez cette nuit. Nous
femmes à trente lieuës ou environ
de Breft , où nous allons mener nos
prifes , à moins que les vents ne
nous obligent d'entrerdans la Manchepour
aller à Dunkerque. Sij'ay
le temps , je vous marqueray noftre
192 MERCURE
arrivée à la fin de ma Lettre.
Les vents nousfont favorables ;
nous allons à Breft , où nous espe
rons arriver fur les onze beures
du matin ; Nous laiffons deux de
nos Navires fous Qüeffant , où
nous moüillâmes hier à huit heures
du ſoir , pour attendre le Prothée
qui s'est écarté de nous avec une
Flufte , & celle
le 11. du courant. Ce 24. à cinq
heures du matin , fous Oüeffant ,
à dix lieues de Breft , 1707 .
Si l'Homelie qui fuit eſtoit
plutoft tombée entre mes
mains , il y a long temps que
vous l'auriez reçuë .
II.
que nous perdîmes
HOMELIE
GALANT
193
HOME LIE
De N. S. P. le Pape CLEMENT
X. prononcée le jour de
Pafques , dans la Bafilique
de S. Pierre .
Les bonnes femmes qui venoient
avec un faint empreffement au
fepulchre de Jefus- Chrift , furent
frappées d'un grand& fubit étonnement
à la vue d'un jeune homvêtu
de blanc & affis fur la
me ,
pierre qu'il venoit de lever . Cet
Ange les raffura , & leur dit de fe
calmer , en leur difant ces paroles :
Octobre 1707.. R
194 MERCURE
NOLITE EX PAVESCERE;
JESUM QUERITIS NAZARENUM
CRUCIFIXUM.
عون
Ne craignez rien ; vous cherchez
Jefus de Nazareth , qui a
efté crucifié. Comme s'il eut dit ,
ceux qui cherchent Jeſus , & Jefus
crucifié , ne doivent rien craindre
: mais ceux – là doivent craindre
vivre dans une continuelle
frayeur , qui ne fe mettent point
en peine de chercherJeſus , & Fefus
crucifié. Combien de perfonnes
mes Venerables Freres
mes chers Enfans , qui veulent
qu'on croye qu'ils cherchent Fefus
; mais elles fe trompent , elles
>
GALANT 195
ne cherchent point Jefus crucifié ;
ellesfe trompent , dis -je , en croyant
chercher veritablement Jefus. En
effet , on cherche fouvent Jefus ,
maisJefus qui guerit les lepreux ,
qui ouvre lesyeux aux aveugles ,
quifait entendre lesfourds, quifait
parler les muets ; Fefus , enfin , qui
fait ceffer dans la Pifcine les langueurs
& les infirmitez d'un malade
de plus de trente années , ou
bien qui tire du fepulchre & qui
rappelle à la vie Lazare enterré depuis
quatrejours. Les perfonnes qui
le cherchent ainfi font celles dont
parle l'Evangile : Qu'une grande
multitude le fuivoit , parce
Rij
196 MERCURE
qu'ils voyoient les miracles qu'il
operoit en faveur de ceux qui
eftoient dans l'infirmité . Ce font
des perfonnes qui vivant d'ailleurs
dans l'oubli de Dieu , & prefque
infenfibles aux maladies de leurs
ames , n'ont recours à la fource du
falut que dans leurs befoins &
dans leurs neceffitez temporelles ;
bien éloignez de chercher Fefus
crucifié , ils font déterminez à ne
point porter fa croix. D'autres
cherchent Jefus , mais Jefus qui
change l'eau en vin aux noces de
Cana , ou dans le Defert de Bethfaide
, qui multiplie les pains pour
raffafier la multitude qui le fuiGALANT
197
gens
voit : & ce font ceux qui s'expofentfans
crainte à cet Anatheme de
l'Evangile : Malheur à vous qui
eftes raffaficz : Ce font des
qui n'entrent dans la Milice de
l'Eglife que pour s'enrichir dans
la fainte Sion , & fe nourrir dans
le luxe & dans l'abondante des
biens de Fefus - Chrift ; gens qui
n'ontpas d'autre deffein que de voir
tout d'un coup changer en vafes
pleins de vin , ceux qu'ils avoient
apporté pleins d'eau , & qui s'attribuent
par une injufte urfurpation
cespaniers pleins de fragmens
qui ne font autre chose que les
vaux des Fidelles , le prix des
Riij
198 MERCURE
*
pechez , en un mot le patrimoine
des pauvres, qu'ils arrachentfans
aucun fentiment de pitié à ces mêmes
pauvres , par une cruautéſa
crilege. De telles gens cherchent
leur propre bien , fouvent même
celuy qui ne leur appartient pas ,
felon que cela convient à leur intereft
, & nefongentgueres à ceux
de Jefus- Chrift , & c'est avecjuf
leur Sauveur leur faifoit tice
que
ce reproche : Vous me cherchez
non pas à caufe des prodiges
que vous avez vûs , mais à caufe
que vous avez eſté raffafiez .
Ces perfonnes ne cherchent pas
fans doute ,Jefus crucifié, & plût
>
THEQUE
GALANT 199
à Dieu qu'ils ne le cherchant
pas même pour le crucifier. D'au
tres perfonnes enfin cherchent Fefus-
Chrift , mais ils ne le veulent
point chercher ailleurs que fur cette
haute Montagne où paroiffant entre
Moyfe & Elie , * il fe fit
voir à fes Difciples dans toute la
Splendeur defon vifage , afin d'ar-
ᎠᎬ.
LA
VILLE
* On doit remarquer que S. Pierre
& l'Apôtre qui affifterent à la Transfigu
ration , ne reconnurent point Moyfe ni
Elie ; parce que ces deux Prophetes , felon
les loix des Juifs , n'avoient jamais
efté peints , & que les Apôtres ne purent
point les reconnoiftre par la conformité
qu'ils auroient pu avoir avec leurs Portraits
, qui ne paroiffoient point dans les
quatres premiers ficcles de l'Eglife non
plus que ceux des autres Saints.
R iiij
200 MERCURE
racher de leur coeur l'opprobre de
la Croix , & qu'aprés leur avoir
revelé E'excellence de fagrandeur ,
qu'il avoitfoin de tenir cachée , les
humiliations volontaires de fapaffon
ne les troublaffent point. C'eft
fur cette Montagne que. les hommes
terreftres voudroientfixer leur
demeure comme Pierre. Ils ne conçoivent
pas qu'ilfaut demander la
patience avant la gloire dans les
diverfes tentations de cette viepaffagere
; parce que le temps de l'épreuve
de l'affliction doitpreceder
celuy du regne & de la felici
té. Ils nepensentpas auxfouffrances
qu'il a fallu queFefus- Chrift
GALANT 201
aitſouffert pour entrer enfuite dans
la poffeffion defa gloire . Effrayez
qu'ilsfont par la pefanteur de la
Croix dont il faudroit qu'ils fe
chargeaffent , ils voudroient eſtre
les Compagnons de Jefus - Chrift
glorieux fortant du tombeau ,
& ne fe foucient pas d'eftre
les imitateurs de ce même Jefus-
Chrift qui fouffre & qui eft crucifié
: ils font encore plus déraisonnables
dans leurs demandes &
dans leurs prétentions que
des enfans de Zebedec : ils ont la
vanité d'eftre affis à la droite & à
la gauche de Fefus - Chrift dansfon
Royaume celefte , ils nepeuvens
la mere
202 MERCURE
fe refoudre à boire le calice que Jefus-
Chrift luy - même s'eft refolu
de boire , & qu'il n'a pas refuſé.
Ceux- là , non plus que les autres ,
ne cherchent point la Croix , ils
ne cherchent point par confequent
Jefus - Chrift crucifié; & parce
qu'ils ne cherchent pointJefus crucifié
, ils ne trouvent point Jefus-
Chrift qu'ils ne cherchent point veritablement.
Ce n'eft point à tous
ces hommes qui ne cherchent point
fincerementFefus- Chrift que l'Ange
auroit dit , Ne craignez point.
Eh! comment des gens qui aiment
ce qu'ils
ne devroient
point aimer,
ne craindront
-ilspoint
des dangers
GALANT 203
veritablement à craindre ! Qu'il en
eft peu qui n'ayent rien à crain–
dre , parce qu'il en eft bien peu qui
n'aiment que ce qu'ils doivent aimer.
Quant à nous , mes chers Engarentiffons
- nous fans ,
- nous de cette
frayeur , où vivent continuellement
ceux qui ne cherchent pointfincerement
Jefus - Chrift. Aimons la
Croix && cherchons Fefus - Chrift
crucifié : que celuy qui abien voulu
eftre attaché à la Croix pour
nous , poffede noftre coeur tout entier.
En effet , là où se trouvera
la Croix de Jefus - Chrift , là auffi
fe trouvera l'esperance , le falut.
la veritable tranquillité. Ar204
MERCURE
mons- nous donc de la Croix de
Jefus- Chrift; afin que nous devenions
dignes de Jefus - Chrift que
chacun de nous fe charge tous les
jours de fa Croix & qu'il fuive
de Fefus - Chrift ; que
les
pas
la
Croix de ce Sauveur fout pour luy
un tresor plus pretieux même que
toutes les richeffes de l'Egypte.
Jefus-Chrift a marché devant nous
& nous a precedé en portant fa
Croix. Il eft mort fur la Croix ,
pour nous inftruire de la neceffité où
nous fommes deporter à noftre tour
noftre Croix , & à mourir avec
joye fur la Croix. Si je parle à
Pimpie , je luy prêche une folie :
GALANT 205
c'est d'elle
que
les vrais
maisfic'eft lefage qui m'écoute , il
entend un grand myftere : le ſcandale
de la Croix eft enfin ceffe ; le
fcandale , dis-je , de cette Croix qui
eft un Arbre de vie pour tous ceux
qui s'y attachent : bien- heureux,
ceux qui ne s'en fepareront point :
& par elle
Fideles tirent la force de l'infirmité,
la gloire de l'opprobre , & même
la vie de la mort . Montons donc ,
mes chers Enfans , avec courage
fur la Croix , vivons mourons
fur la Croix. N'écoutons point
les paroles de ceux qui nous veulent
perfuader de defcendre de la
Croix. En cherchant ainfi l'op206
MERCURE
•
probre la honte de la Paffion , &
nous trouverons
certainement
la
gloire de la Refurrection , & nous
entendrons de la bouche de l'Ange
ces agreables paroles : Ne craignez
point. Ily a une mer immenfe,
mes chers Enfans , quifepare cette
vallée de noftre exil d'avec
noftre celefte patrie , d'avec le féjour
de la gloire. Dicu nous a défigné
& marqué un bois fortuné ,
avec lequel
nous pouvons traverfer
cette vafte mer. Que perfonne
effet ne prefume de pouvoirfaire
le trajet de la mer du fiecle où
nous vivons , s'il ne lefait s'il
n'eft porté fur la Croix de Jefusen
GALANT 207
嘗
Christ , c'est un arbre fatal qui
nous a chaffé de noftre patrie celef
te : c'est par un autre arbre que
nous y fommes rappellez , portez.
fur ce bois falutaire , approchonsnous
de Jefus - Chrift ; marchons
que
les
faffent
fur la mer fans craindre
vents lesplus furieux nous
faire naufrage. Quant à nous
Dieu nous garde de nous glorifier
d'autre chofe que de la
Croix de Jefus - Chriſt qui eſt
un fcandale à l'égard des Juifs ,
& une folie à l'égard des Gentils
; mais qui n'en fera pas
moins pour nous la force de
Dieu & la fageffe de Dieu.
208 MERCURE
.
Mettons toute noftie complaisan.
ce dans les infirmitez , dans les
opprobres , les affronts , l'indigence
, les perfecutions , & les afflicnous
aurons à fouffrir
tions
que
pour noftre SauveurJefus Chrift ;
que noftre confolation foit , que
noftre Dieu nous frappe fans nous
épargner le moins du monde : toutes
nos peines feront adoucies par
le fouvenir de la Croix de Jeſus-
Chrift, IN QUO EST SALUS ,
VITA , ET RESURRECTIO
NOSTRA NAM SI COMMORTUISUMUS
ET CONVIVEMUS
: SI SUSTINEBIMUS
ET CONGREGABIGALANT
209
MUS : Car fi nous mourons
avec luy , nous vivrons avec
luy : fi nous fouffrons avec luy ,
nous regnerons avec luy
cherchant Jefus & Jefus crucifié ,
avec les bonnes femmes de l'Evangile
, nous nous réjoüirons dé
fa fainte & admirable Refurrection
car le fruit de la Croix
eft la gloire de la Refurrection :
FRUCTUS ENIM CRUCIS
GLORIA EST RESURRECTIONIS.
Cette Homelie a fait beaucoup
de plaifir à tous ceux qui
l'ont lûë , & il y a lieu de croi-
Octobre
1707. S
210 MERCURE
re qu'elle n'en a pas moins fait
à tous ceux qui l'ont entenduë
prononcer par Sa Sainteté. Les
veritez qu'elle contient font fi
ſenſibles , que l'on en eſt frappé
d'abord , & l'éloquence la
plus vive doit moins -faire d'effet
fur les coeurs que ces veritez
, quand elles feroient rapportées
avec la plus grande
fimplicité.
Si je voulois vous faire part de
toutes les réjoüiffances qui ont
efté faites à l'occafion de la
Naiffance du Prince des Afturies
, toute ma Lettre en feroit
remplie ; c'eft pourquoy j'ay
GALANT 211
le
refolu de ne vous parler que
de celles qui ont cu quelque
chofe de fingulier , foit des
par
Decorations , par des Deviſes ,
ou par des Deſcriptions.
M' le Pul , Viguier de Beziers
, ayant efté averti par
Promoteur de M' l'Evêque de
Beziers , que ce Prelat avoit
reçu une Lettre du Roy pour
faire chanter le Te Deum , afin
de rendre graces à Dieu de la
Naiffance du Prince des Afturies
: M' le Pul , dis - je , ayant
efté averti que l'on devoit chanter
le Te Deum , auquel il devoit
affifter comme Officier
Sij
212 MERCURE
Royal , il fit auſſi- toſt peindre
quelques Devifes qu'il avoit
faites fur la Naiffance du Prince
des Afturies. Il les envoya
à M' Nicolin , Maire de la même
Ville , & elles brillerent au
Feu de joye qui fut fait devant
l'Hoftel de Ville , le foir du
jour que le Te Deum fut chanté
le matin à Beziers . Voici ce
qu'elles contenoient .
La
premiere avoit pour corps
un Soleil levant , & ces mots
Efpagnols pour ame :
REGOZIIA Y
ALENTA .
Il réjouit la terre , & l'anime en
naiffant.
GALANT 213
Onvoyoit dans la feconde ,
un Amour couronné qui defcendoit
du ciel en terre , & ce
vers de Virgile :
JAM NOVA PROGENIES COELO
DEMITTITUR.
Le Ciel donne à l'Espagne une
nouvelle Race.
La troifiéme reprefentoit un
Lis avec un bouton qui s'épanoüit
dans un Parterre , en face
d'un Palais qui reſſembloit à
l'Eſcurial , avec ces mots Italiens
:
TRANSPIANTATO NON MEN
FIORISCE .
Dans la terre étrangere il nefleurit
pas moins.
·
214 MERCURE
La quatrième , faifoit voir un
Lion naiffant , avec ces mots
Eſpagnols :
NASCO REY.
Je fuis néRoy.
On remarquoit dans la cinquiéme,
un Lis né parmi des rofes
, & ces mots Italiens :
SONO ARMATE PER LUI.
Pour le Lys feulement ces Rofes
font armées.
La
fixiéme avoit pour corps
un Amour
qui tenoit un rameau
d'olive , & ces paroles de
Virgile
pour ame :
SOLVIT FORMIDINE TERRAS .
Cet Enfant , des maux de la guerre
GALANT 215
Délivrera bien- toft la terre.
La feptiéme qui regardoit
l'Archiduc en Catologne , reprefentoit
un Aigle fur une
Rade preft à voler , avec ces
mots :
SPEM PONIT IN ALIS.
Il n'a d'espoir que dans fes ailes.
La huitiéme eftoit fur M
le Maréchal Duc de Barwick
en Eſpagne ; elle avoit pour
corps une Colomne foûtenant
un Statuë qui repreſentoit la
Divinité , &fon Piédeſtal eftoit
chargé d'un Trophée d'Armes ;.
elle avoit ces paroles de Virgile
pour
ame :
216 MERCURE
PIETATE INSIGNIS ET ARMIS.
elyCe Heros a toujours efté
tre en guerr
illuftre en prete.
295 1853nt
a
M' de Barwick paffa à Beziers
quelque temps aprés ces
Réjouiffances , où il fejourna
pendant trois jours . Il logca
au Palais Epifcopal , où il fut
vifité par M le Duc de Roquelaure
qui commande en chef
pour le Roy en Languedoc ;
par M' de Baſville , Intendant
de la Province ; par M' de Margon
Lieutenant de Roy ; par
tout ce qu'il y a de perfonnes
de diftinction dans le Pays . Il fut
auffi
GALANT 217
auffi complimenté par tous les
Ordres de la Ville . Voicy la
Harangue que luy fit le Définiteur
des Carmes de la Province
de Toulouſe.
MONSEIGNEUR,,
ce
que
par
Il est bien jufte d'honorer
nos très-humbles reſpects un Prinles
deux plus grands Rois
de la terre diftinguentpar les Emplois
les plus honorables de leurs
Royaumes. A- t-il failu veiller à
lagarde de nos Provinces ! la France
a efté témoin de vostre vigilance
& de voſtre fageffe. A- t- il fallu
Octobre 1707. T
218 MERCURE
fe montrer à la tefte des Armées
pour les Les commander ? l'Espagne
a efté le témoin de vostre pruden-
& de vostre valeur. On vous a
vú dans nos Contrées tenir des
Peuples dans leurdevoir , devenir
la terreur de nos voisins , renverferleurs
Fortereffes ; & dans d'autres
climats on vous a vú dompter
l'orgueil des Puiffances confederées.
Ne parle- t- on pas encore à
voftre arrivée , de la cèlebre Bataille
d'Almanza
, de cettefameu-
Le Fournée , où vous avez merité
gloire immortelle. Ne s'entre-`
tient on pas encore du grand nombre
d'ennemis que vous avez
GALANT 219
vaincus , des legions que vous
avez diffipées ; des peuples rebelles
que vous avez réduits fous l'obeiffance
de leur Roy ; n'applau
dit-on pas encore à vos victoires
? Trop heureux de pouvoir
feliciter celuy qui les a remporiées.
Vous avez fait triompher
nos armes par tout où vous avez
efté vous avez foûtenu des
Royaumes chancelans . Digne appuy
de tant de Couronnes , combien
n'en meritez- vous pas ? Puiffiez
- vous heureuſement finir cet ·
ouvrage de gloire que vous avez
fi bien commencé ; que le Dien des
Batailles préfide toujours aux vô-
Tij
220 MERCURE
tres , comme il a déja fait , qu'il
vous guide , qu'il vous accompagne
, qu'il combatte avec vous ,
que nous avons un jour le bon
heur de vous revoir couronné de
nouveaux lauriers pour vous feliciterfur
de nouvelles victoires.
M' de Barwick partit de Beziers
le premier de Septembre ,
& retourna en Eſpagne par
Fontarabic.
Vous avez pris trop de plaifir
à la lecture du Journal de
Fontainebleau , qui eſt dans ma
derniere Lettre , pour ne vous
pas envoyer la fuite comme je
" GADANT 221
vous l'ay promis.remias , 1999
Le 30. Septembre , Monfeigneur
, & Monfeigneur le Duc
de Berry allérent à la Chaffe du
Loup , & Leurs Majefteż dînerent
à leur petit couvert , afin
d'aller à la chaffe du Sanglier';
les Toiles eftoient tendues dans
les ventes de Bombon. Il y avoit
dans l'enceinte un grand nombre
de Sangliers & d'autres
beftes fauves ; fçavoirs, des
Cerfs , des Biches , des Chevreüils
, & des Renards . La
Cour s'y rendit , & le Roy , la
Reine d'Angleterre , le Roy
fon fils , la Princeffe farfour ,.
Tiij
222 MERCURE
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & Madame , eſtoient
dans le même Caroffe , & toutes
les Princeffes & les Dames ,
fuivoient dans les Caroffes &
dans les Caléches du Roy & de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & un grand Cortege
de Seigneurs à cheval , fuivis
d'un grand nombre de Caroffes.
Il y avoit plufieurs Chariots
preparez dans l'enceinte
en maniere de Plate- forme garnis
de ficges couverts de tapis ,
pour les Dames , & des Dards.
Il y avoit auffi un grand nombre
de chevaux de main prefts
GALANT 223
pour les Seigneurs qui voudroient
aller à coups d'épée
fur ces animaux . Le Roy d'An
gleterre & Monfeigneur le Duc
de Berry , en dardérent plufieurs.
On en tua 16. des plus
confiderables , & quelques Renards
. Cette chaffe donna beaucoup
de plaifir à Leurs Majeftez
Britanniques , auffi bien que
le fpectacle qui accompagne
toûjours ces chaffes , à caufe de
la multitude de gens qui environnent
les toiles , & de la grande
quantité de peuple que la
curiofité fait monter fur les arbres
, & qui forme une tapiffe-
Tiiij
224 MERCURE
rie admirable par fa diverfité ,
par tout où la vûë peut s'étendre.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne donna au retour
un grand Concert de Muſique
au Roy , & à Madame la Princeffe
d'Angleterre , qui dura
jufqu'à l'heure du fouper . Vous
ne douterez point de la beauté
des Voix & de celle de la Symphonie
, lorfque vous fçaurez
que ce Concert fut executé par
les Demoifelles Penfionnaires
de Sa Majefté , par les Muficiens
de fa Chambre
, & par
les Inftrumens ; le tout eftoit
conduit par M' de la Lande,
GALANT 225
Toutes les Dames affifterent à
ce divertiffement , où le Prologue
de l'Opera de Phaeton , &
plufieurs Actes furent chantez .
Les Familles Royales fouperent
au grand Couvert du Roy , où
la Cour eft toûjours fort groffe
, puifqu'outre le Cercle de
Ducheffes qui environne Leurs
Majeftez , le Cercle des Dames
qui n'ont pas le Tabouret ,
n'eft pas moins brillant . Les
Seigneurs forment un troifiéme
Cercle autour du fecond
& il eſt toûjours fort grand ,
parce que les Tables du Grand-
Maiftre & du Chambellan , où
226 MERCURE
mangent les Seigneurs , font
toûjours levées avant le foupé
du Roy , ainfi que celles que Sa
Majefté fait fervir pour les Seigneurs
& Dames Angloifes qui
ont l'honneur de fuivre Leurs
Majeftez Britanniques , l'attention
de ce Monarque allant
juſqu'à avoir ordonné des tables
dans les Appartemens
des
Dames Angloifes pour la fuite
de ces Dames .
Il y eut le premier Octobre ,
grande Toilette chez la Reine
d'Angleterre , où Meffeigneurs
les Princes , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , toutes
GALANT 227
les Princeffes & les Dames , fe
rendirent . Le Roy y alla prendre
la Reine pour la mener à
la Meffe , & le cortege eftoit
toûjours femblable à celuy
dont j'ay déja parlé . Leurs Majeftez
dinerent enfuite au grand
couvert. Il y eut l'aprefdinée
une magnifique promenade
autour du Canal . Le Roy , la
Reine d'Angleterre , Madame ,
& leurs Dames d'Honneur
cftoient dans le même Caroffe .
Le Roy d'Angleterre , Madame
la Princeſſe ſa foeur , Monfeigneur
, Meffeigneurs les Princes
, toutes les jeunes Dames ,
#
228 MERCURE
& un grand nombre de Seit
gneurs , environnoient à che
val les Caroffes de Leurs Majeſtez
, qui eſtoient ſuivis de
tous lesCaroffes des Princes , des
Princeffes , des Ambaſſadeurs ,
& de ceux de toute la Cour.
Il y eut à cette promenade , environ
cent cinquante Dames
vêtues en Amazones , & dont
les habits eftoieno tres magnifiques
, & l'on y compta quatre
- vingt - quatorze Caroffes.
On doit remarquer que ceux
de la Maifon Royale eftoient
attelez de huit chevaux
, & que
tous les autres en avoient fix,
GALANT 229
Aprés que l'on cut fait plufieurs
fois le tour du Canal , &
que l'on en eut fait auffi plufieurs
dans l'Allée Royale , cet-.
te galante Troupe finit fa promenade
par quelques tours qu'
elle fit autour du Parterre du
Tibre , & aprés cftre rentrée au
galop dans la Cour de l'Ovale,
les Dames fe remirent en grand
habit , pour fe rendre enfuite
à la Comedie de Pourceaugnac.
Il y eut avant l'ouverture de la
Piece , des Airs chantez par des
Demoiselles de la Mufique
Penfionnaires du Roy. La Piece
fut accompagnée des Danfes
230 MERCURE
qui entrent dans fon fujet , &
elle fut fuivie d'un Ballet , danfé
par les Danfeurs Penfionnaires
de Sa Majeſté. On ſe
rendit enfuite au grand Couvert
du Roy , où le brillant
des pierreries dont les Dames
eftoient parées , continua de
faire l'admiration des Etrangers
qui font à Fontainebleau.
Le 2. Octobre , le Roy donna
la main à l'ordinaire à la
Reine d'Angleterre pour la me
ner à la Meffe , au retour de
laquelle Leurs Majeftez dine-
-rent chez elles à leur petit couvert.
Les deux Rois allérent
GALANT 231
l'aprefdinée tirer dans les Parquets.
La Reine demeura en
devotion prefque tout le jour
à caufe du Dimanche . Madame
la Princeffe d'Angleterre
,
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne, allerent à Vespres
aux Loges , accompagnées d'un
grand nombre de Dames ; elles
vifiterent les Solitaires qui font
dans cette Maifon . Il y eut
au retour , Appartement chez
Monſeigneur , où la beauté de
la Mufique , les Jeux & les rafraîchiffemens
occuperent
la
Cour jufqu'au fouper au grand
couvert. Monfeigneur le Duc
232 MERCURE
de Berry , & plufieurs
autres
Princes , avoient efté ce jourlà
tirer dans des Plaines aux extremitez
de la Foreſt.
Les3. le Roy , aprés avoir
ramené
la Reine chez elle ,
dinaà fon petit couvert & leurs
Majeftez
Britaniques
dinerent
chez elles.LeRoy
d'Angleterre
;
Madame
la Princeffe
fa foeur ;
Monfeigneur
, Meffeigneurs
les Princes , Madame
la Ducheffe
de Bourgogne
& les Dames
allerent à la chaffe du Cerf,
dont le rendez - vous eftoit à la
plaine du Rhu. La chaffe fut
tres- belle & Madame
la PrinGALANT
233
ceffe d'Angleterre y prit beaucoup
de plaifir , ainfi qu'à toutes
les autres challes où cette
Princeſſe a efté. Les Dames , au
retour , fe remirent en grand
habit pour aller à une feconde
reprefentation du Bourgeois
Gentilhomine que Madame la
Princeffe d'Angleterre avoit
fouhaitée. Les ornemens de
cette piece furent augmentez
de plufieurs belles voix , & les
Muficiens parurent avec des
habits nouveaux. Il y cut aprés
le Ballet qui finit cette piece
plufieurs Scenes jouées par
Allard & du Moulin , accom-
Octobre 1707.
V
M
™s
234 MERCURE
pagnées de plufieurs danfes
d'Arlequins & des Scaramouches
qui danferent avec une
Jegereté furprenante . On rentra
chez le Roy aprés ce divertiffement
, & Sa Majefté ayant
efté prendre la Reine à qui Elle
avoit efté rendre vifite au retour
de la chaffe , on foupa à
l'ordinaire au grand couvert .
Tout cftoit difpofé le 4.
pour une grande chaffe , &
Monfeigneur devoit donner le
retour chez luy ; mais ce divertiffement
fut dérangé par
une pluye continuelle . Le Roy
dina ce jour-là à fon petit cou-
>
GALANT 235
6
vert , & la Reine d'Angleterre
chez elle , parce qu'elle s'étoit
trouvée un peu incommodée .
Le Roy fon fils , Madame la
Princeffe fa foeur , Madame la
Ducheffe de Bourgogne &
beaucoup de Dames dinerent
avec les Princes chez Monfeigneur
, où l'on fut occupé une
partie de la journée par diferens
plaifirs . Il y eut le foir appartement
chez ce Prince , où Sa
Majefté Britannique alla avec
toute la Cour. Les Familles
Royales fouperent enſuite au
grand couvert du Roy.
La pluye ayant continué le
Vij
236 MERCURE
5. rompit tous les projets
de chaffe de la journée. Le Roy
alla aprés le Confeil du matin ,
à la Meffe avec le Roy & la
Reine d'Angletterre , & leurs
Majeftez dînerent à leur petit
couvert . L'apreſdînée ſe paffa
en vifites de part & d'autre
& on alla vifiter la Reine
pour prendre congé d'Elle &
de Madame la Princeffe d'Angleterre
, qui devoient partir
Le lendemain aprés dîné pour
aller coucher à Corbeil , où fe
devoient rendre la veille un
détachement de Gardes du
Corps , & une Compagnie des
GALANY $237
lor-
Gardes Françoiſes pour monter
la Garde chez Sa Majefté.
Les Compagnies qui font en
quartier à Meluns, eurent ordre
d'eftre fous les armes lorfque
Sa Majefté y pafferoit , ce
quiavoit efté obfervé , lorfque
Sa Majefté palla par cette Ville
en venant à Fontainebleau . On
fit partir des Officiers de toutes
les Offices avec des Provifions
pour preparer le foupé de Sa
Majefté à Corbeil , & fon diné
du lendemain
, & pour avoir
foin des Tables de fa fuite . On
reprefenta le foir la Tragedie
des Horaces. On joua enfuite
238 MERCURE
une petite Comedie nommée ,
Les folles Amours. On trouva
que ces deux pieces , ainfi que
les precedentes , avoient eflé
tres - bien jouées , & avec beaucoup
d'art.Les Familles Royales
fouperent le foir au grand couvert.
Le 6. la Reine & Madame
la Princeffe d'Angleterre
allerent à la Meffe le matin
& dinerent à onze heures. Le
Roy alla prendre la Reine à
midi pour
la mener à fa Meffe,
Les Carroffes & les Gardes de
Sa Majesté l'attendoien au fer
à Cheval dans la cour du Che
GALANT 239
val blanc. En fortant de la
Meffe , le Roy & le Roy d'Angleterre
, conduifirent ces Princeffes
à leur Caroffe. Elles allerent
à l'Abbaye du Lis , prés
de Melun , non- feulement
pour voir cette Maiſon , mais
auffi afin de ne pas faire le chemin
de Fontainebleau à Melun
tout d'une traite. Aprés le départ
de ces Princeffes , le Roy
d'Angleterre & le Roy , dînerent
à leur petit couvert. Ils
allerent enfuite à la chaffe du
Cerf à la Boiffiere. Le premier
Cerf ayant peu duré , on en
courut un fecond qui dura
240 MERCURE
longtemps , & qui donna beaucoup
de plaifir. Madame la
Ducheffe de Bourgogne
& les
Dames eftoient de cette chaffe.
Au retour , Monfeigneur donna
chez luy un grand retour
de Chaffe , où le trouvérent
le Roy d'Angleterre , Madame
la Ducheffe de Bourgogne &
le Princes. Le repas fut long ,
& les Dames s'habillerent enfuite
pour paroître au fouper
de Sa Majesté.
Le 7. le Roy d'Angleterre
qui avoit pris la veille congé
du Roy , partit en pofte à huit
heures du matin , accompagné
des
GALANT 241.
des Officiers des Gardes qui
fervent prés de Sa Majesté.
Monfieur le Duc de Perth
premier Gentilhomme de fa
Chambre , & ci - devant fon
Gouverneur , le fuivoit en chaife.
Les Officiers eftoient à che
val , & Sa Majeſté alla joindre
la Reine fa Mere à Corbeil. Il
a paru pendant tout le temps
que Leurs Majeſtez Britanniques
ont demeuré à Fontainebleau
, que l'attention du Roy
à procurer des divertiffemens
au Roy de la Grand'Bretagne
& à Madame la Princeffe fa
four , a eu tout l'effet que S. M.
Octobre 1707. X
242 MERCURE
pouvoit fouhaiter , & ils en ont
paru tres fatisfaits , & la Reine ,
dont la vertu fert d'exemple ,
& qui au milieu de la Cour eft
fouvent en retraite , a fait voir
pendant fon féjour , combien
elle eftoit penetrée des bontez
& de la gencrofité de ce Monarque
. Le Roy fon Fils en a
paru également touché , & l'on
peut direque ce jeune Prince a
charmé toute la Cour , par fes
manieres , & par fa politeffe ,
& l'on a dit en le voyant joüer,
qu'il joüoit auffi noblement
que s'il avoit cfté à Windfor ,
au milieu de toute la Cour,
GALANT 243
Quant à la Princeffe fa four a
toutes les actions ont efté accompagnées
d'une bonne grace
& d'une politeſſe dont la
efté moins char
Cour n'a pas
mée qu'elle
l'a efté du Royſon
frere.
Aprés le départ de leurs
Majeftez Britanniques , le Roy
continua d'entendre la Meffe
avant le Confeil , comme Sa
Majefté faifoit auparavant , &
l'on continua auffi de dire celle
de Monfeigneur à midi , à
caufe de Madame la Ducheffe
de Bourgogne & des Dames ;
pendant cette Meffe , la Mu
X ij
244 MERCURE
fique chante toujours le même
Motet , qu'Elle, chante à
celle du Roy. Le même jour 7.
Sa Majefté dîna à fon petit
couvert , & alla tirer l'aprés
dinée , & Madame la Ducheffe
de Bourgogne en habit d'Amazone
alla à cheval avec fes
Dames trouver Sa Majeſté
pendant fa chaffe . Meffeigneurs
les Princes eftoient allez
tirer aux extremitez de la Foreft
. Le Roy entendit à ſon retour
un concert de Mufique,
Italienne , ou fe trouverent ,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, les Princes , & plu-
->
GALANT 245
la
fieurs Dames. Il fut executé
par M de la Lande , & par
famille .
Le 8. le Roy dîna à fon
petit couvert , aprés le Confeil
qui avoit efté tres - long
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne à fon grand cou
vert où mangerent Meffei
gneurs les Princes . Monfeigneur
dîna chez luy avec des
Princeffes & des Dames , comme
il fait ordinairement lors
qu'il ne dine point au grand
couvert du Roy. L'apréfdinée
il y eut chaffe du Cerf dans les
centiers d'Avon , avec la Meu-
X iij
246 MERCURE
en
o
te de Monfieur le Comte de
Toulouſe. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & les Dames
y allerent vetuës à l'ordinaire
en habits d'Amazones .
Au retour , elles fe remitent
grand habit pour aller
aller à la
Comedie , & l'on joua l'Homme
à bonne fortune, Madame la
Ducheffe de Bourgogne alla
fouper au grand couvert du
Roy où la Famille Royale fe
raffembla. Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berri
eftoient allez ce jour - la à la
chaffe du Sanglier.
Le 9. le mauvais temps em#
GALANT 247
pêcha le Roy d'aller tirer , ainfi
que Sa Majesté l'avoit projetté.
Madame la Ducheffe de Bourgogne
paffa la journée en devotion
, non feulement à caufe
du Dimanche ; mais auffi parce
que les Mathurins qui font
Chapelains du Roy à Fontainebleau
, celebroient ce jour-là
une feſte particuliere . Le Saint
Sacrement eftoit expofé dans
la Chapelle , & cette Princeffe y
entendit .Vefpres & le Sermon ,
qui fut fait par un des Religieux
de cette Maifon ; elle alla
le foir avec le Roy , au Salut du
Saint Sacrement. Meffeigneurs
X iiij
248 MERCURE
*
les Princes avoient efté tirer à
leur ordinaire. Dans ces chaffes
particulieres , l'équipage du
Veau trait , qui eft celuy du
Sanglier , eft toûjours à portée,
& au retour de ces chaffes,
sil en coûte toûjours la vie à
quelques Sangliers , & à quelques
Fans. Le foir , il y eut
Appartement chez Monfeigncur
, où l'on joia un tresgros
jeu qui dura juſqu'à l'heure
du fouper qui fut au grand
couvert.
Le 10. le Roy prit medecine
par précaution . Sa Majefté , qui
ne s'eft jamais difpenſée d'en
GALANT 249
tendre la Meffe , l'entend ces
jours-là dans fa Chambre , où
Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes affiftent toûjours
afin de fe trouver à la Medecine.
Ils allerent enfuite à la
chaffe du Loup . Madame la
Ducheffe de Bourgogne aprés
avoir dîné à fon grand couvert
avec les Dames à qui
elle fait l'honneur d'y donner
place , fe promena en Caroffe
dans la Foreft. Il y eut un grand
retour de chaffe chez Monfeigneur
, auquel le Jeu fucceda
pendant que le Roy eftoit au
Confeil. Sa Majefté ſoupa en
250 MERCURE
fuite à fon grand couvert avec
la Famille Royale. On apprit
ce jour-là les defordres caufez
par le débordement de la Lois
re. Le Roy en fut fort touché ,
& comme Pere de fes Sujets ,
il ordonna qu'on examinaſt les
dommages caufez par cet accident
, afin de foutager ceux
qui ont fouffert. On doit remarquer
la tendreffe du Roy
pour fes Peuples en de pareilles
occafions , & que Sa Majefté
n'attend pas les demandes
qu'on luy pourroit faire.
Le 11. le Roy alla l'apréf
dînée à la chaffe du Cerf avec
GALANT 251
fa Vennerie. Madame la Ducheffe
de Bourgogne & les Dames
en Amazones , eftoient de
cette chaffe . Elles fe remirent
en grand habit à leur retour
pour aller à la reprefentation
de la Tragedie d'Andromaque.
Vous trouverez à la fin de
ma Lettre la fuite de ce Journal.
La Reine Douairiere d'Efpagne,
dont lapieté continuë de fe
fignaler , fit baptifer & tint ſur
les Fonts dans la grande Eglife
de Bayonne , le jour de S. Louis
une Juive qui avoit embraſſe
252 MERCURE
volontairement la Religion Catholique
, & cette grande Princeffe
qui donne tous les jours
des marques d'une bonté genereufe
les biens qu'elle
continue de faire , mit cette
nouvelle Catholique dans un
Convent .
par
Le 28. du même mois , jour
auquel on celebroit la Feſte de
Saint Auguſtin , Sa Majefté alla
à la Benediction du Saint Sacrement
dans l'Eglife des Auguftins
, où elle fut haranguée
à la porte par le Pere Camartin
Prieur de ce Convent . Son dif
cours fut trouvé tres- beau , &
GALANT 253
fut applaudi de toutes les perfonnes
de diftinction qui accompagnoient
la Reine . Sa Majefté
, fuivie des principales perfonnes
de fa Maiſon , & de ce
que Bayonne a de plus diftingué
, fut enfuite conduite de- -
vant le Saint Sacrement pendant
que l'on chantoit le Te
Deum , accompagné de l'Orgue
, à l'iffuë duquel la Mufique
chanta un Motet . La Symphonie
fut admirée auſſi bien
que le S Louis Delgrés qui
chantoit le deffus , & dont la
voix fut trouvée tres belle
la Reine , & par toutes les perpar
-
254 MERCURE
fonnes de l'Affemblée qui ont
du gouft pour la Mufique.
Aprés la Benediction du Saint
Sacrement la Reine entra dans
le Convent , où les Religieux
luy prefenterent une magnifique
collation , dont Sa Majeſté
fut tres - fatisfaite . La Suite de
cette Reine eftoit grande , &
l'on peut dire que tout Bayonne
fe trouva à cette Fefte.
J'ay cru vous devoir envoyer
la Lettre fuivante de la
maniere que je l'ay requë ; ceux
dont elle vient eftant mieux
informez que moy de la verité
de tout ce qu'elle contient.
GALANT 255
D'ailleurs , on ne peut mettre
dans un trop grand jour l'inviolable
fidelité de ceux qui
l'ont portée auffi loin pour
leurs legitimes Souverains , que
l'on a fait dans la Maifon de
Marimon.
- La nouvelle de la naiſſance du
Prince des Afturies eftant arrivée
à Toulouſe le 7. de Septembre
elle fe répandit en un inftant dans
toute la Ville , où elle caufa ume
joye generale. Mais elle parut avec
eclat dans la maifon de Mr le
Marquis de Marymon Seigneur
Espagnol, arrivé depuis quel
256 MERCURE
ques mois à Toulouſe avec fa
Famille. Cettejoye auffi tendre que
vive fut accompagnée de toutes
les circonftances qui en pouvoient
marquer l'excés & l'excés la fincerité.
Plufieurs perfonnes de diftinction
s'étoient rendues chez ce Marquis
dés le moment qu'elles eurent apris
l'heureuſe naiſſance qui faifoit le
fujet defa joye , dont tout le Public
vit le foir du même jour des
marques éclatantes. La nuit étant
venuë , on alluma un grand feu
dans la cour de la maiſon de Mr
de Nicolas Confeiller au Parlement
, où Mr de Marymon eft
Logé . Lesfeneftres parurent en méGALANT
257
me tems éclairées d'un grand nom
bre de flambeaux de cire blanche ,
qui formoient une illumination
auffi agreable par la regularité
qu'elle l'étoit à Toulouſe par fa
nouveauté. Pendant tout le tems
a
le
que dura ce spectacle , on eut
plaifir de voir à diverfes reprifes
l'air tout brillant de lumieres par
le moyen d'un nombre infini de
fufées , qui à la faveur d'une nuit
tres - obfcure produifoient un effet
admirable. Mrs les Capitouls
avoient eu l'honnefteté d'accorder
àMrde Marymon une Brigade de
Soldats de la famille du Guer
qui pendant toute la fefte ne cef-
Octobre 1707.
Y
>
258 MERCURE
ferentpoint de faire des décharges
de Moufqueterie , & les Trompettes
& les Haut-bois de la Ville
jouerent auffipendant tout le temps
qu'elle dura . Le concours de toutes
fortes deperfonnes de l'un & l'au
tre fexe detous étatsfutextraordinaire
; & chacun admira le
zele, l'empreffement & l'amour
tendre de ce fidelle fujet pour
perfonne pour les interefts de
fon aimable Souverain. Toute 'fa
maifon ne refpiroit quejoye . Madame
la Marquife de Marymon
avec toutefa famille en eftoit penetrée.
On n'a jamais vú d'épanchement
de coeurs plus abondang
la
GALANT 259
ni plus fincere. Ce n'étoient que
fouhaits pour la fanté & pour
la confervation des perfonnes facrées
du Roy & de la Reine ; &
que voeux pour le nouveau Prince's
dont la naiffance fait efperer
la fin des malheurs de l'Espagne ,
& le repos de l'Europe entiere.
Cette fefte fut terminée par une
magnifique collation , que Madame
de Marymon donna à plufieurs
perfonnes diftinguées de l'un
de l'autre fexe , qui fe trouverent
chez elle.
Le nom de Mr le Marquis
eft Dom Jofeph de Marymon y
Gorbera ; il eft Catalan , & fa
Yij
260 MERCURE
maifon eft originaire de Barcelone.
Rien n'eft comparable à l'attachement
qu'il a pour fon Souverain
legitime. Pour ne point manquer
à la fidelité qu'il luy a jurée , il
a abandonndéfon Païs , fes biens
fes Charges . Lorfque Barcelon
ne fe rendit à l'Archiduc , il en
fortit avec Mr de Velasco , &
ayant efté débarqué avec
nifon dans le Royaume de Grenade
, il prit le chemin de Madrid ;
tandis que fa famille qui eftoit
auffi fortie de cette Ville , paſſoit
de Catalogne en Aragon , cherchant
une retraite de là en Naarre.
Ce Marquis accompagna
la
gar
GALANT 261
enfuite Sa Majesté Catholique
au fiege de Barcelone ; il la fuivit
lorfquelle paffa fur les frontieres
de France pour retourner à Madrid.
Ce Seigneur poffedoit des
Charges tres - confiderables dans
fon Pays avant les dernieres
revolutions arrivées en Catalogne.
Il eftoit Surintendant des Arcenaux
Royaux & de la fabrique
des Galeres & des Vaiffeaux. En
confideration de fes fervices & de
fa fidelité , le Roy Philippe V. luy
avoit accordé la furvivance de la
Charge de Confeiller de Manteau
& d'Epée dans le Confeil Sougerain
d'Arragon , occupéepar Mr
262 MERCURE
le Marquis de Serdagnola fon
Pere : mais ce Confeil ayant efte
reformé , Sa Majesté luy accorda
lafurvivance d'une pareille Charge
dans le Confeil Souverain d'I
talie. Ce Monarque joignit à cette
nouvelle grace une penfion de deux
mille ducats . Ce Marquis a épousé
Dona Maria Francifca de Velafco
, de l'illustrefamille des Velafco
de Caftille. Les enfans qu'il a eus
de fon mariage avec cette Dame
font Dona Maria Francifca de
Marymon y Velasco , Don Juan
Antonio , DonFelix , & quelques
autres. Madame de Marymony
Kelafco eft une Dame tres-accom
GALANT 263
plie. Elle a un grand fonds de
Religion & de Pieté ; une édu
cation & des manieres dignes de
fa naiffance & defon rang ; une
grandeur & une force d'ame à l'épreuve
de tous les accidens ; un
grandattachementpour fafamille,
& une tendreffe inexprimable
pourfes Souverains. Mademoiſelle
Dona Maria Francifca de Marymony
Velasco, eft digne fille d'une
telle mere. Elle eft tres- bien faite
tres-aimable ; elle a un naturel
excellent , des inclinations toutes
portées au bien & à la vertu ; une
humeur agreable & égale ; une
vivacité & une penetration fur264
MERCURE .
prenante un gouft exquis pour
toutes les belles chofes , & un agrément
fingulier , qui fe répandfur
tout ce qu'elle fait , & ce qu'elle
dit . Elle aime la Langue Francoife
, & elle a de tres- heureufes
difpofitions à l'apprendre. Mrs fes
freres ne démentent point leur naiffance,
& ils donnent déja de gran
des efperances , quoy qu'ils foient
encore fort jeunes. Mrle Marquis
de Marymon a plufieurs freres.
Cefont Don Miguel Archipreftre
d'Ager, Ecclefiaftique fçavant &
pieux , & que fon merite , autant
que fa naiffance& fafidelité , rend
digne d'occuper les dignitez de
l'Eglife
GALANT 265
Eglife ; Don Ramond Archidiacre
de la Metropolitaine de Terragone.
Don Antonio Doyen de la
Cathedrale de Gironne . ( Ces deux
derniers font dans une grande confideration
à Madrid , où ils fefont
retirez. ) Ils ont un merite infini ,
& toutes les qualitez neceffaires
pour remplir dignement les places
importantes , aufquelles ils ont
preferé leur honneur & leur devoir.
Don Felix Colonel de Dragons
, & Don Bernardin Capitaine
dans le Regiment de Mrfon
frere. Ces deux Officiers fervent
actuellement & avec beaucoup de
diftinction dans l'Armée de Son
Ꮓ Octobre
1707.
266 MERCURE
1
Alteffe Royale Monfieur le Duc
d'Orleans. Tous ces illuftres freres
ont abandonné leurs biens &
leurs établissemens , pour demeurer
inviolablement attachez à S.
M. C. fuivant en cela l'exemple
de Mr le Marquis de Serdagnola
Don Felix de Marimon leur
Pere , autrefois Surintendant des
Arcenaux Royaux , Treforier &
Intendant de la Principauté de Catalogne
, ancien Gouverneur de
Malaga , General de l'Artillerie ',
l'un des premiers Membres de
la Chambre generale du Commerce
de toute la Monarchie Espagnole
,
Tant de grands emplois accumulez
GALANT 267.
fur la tefte de ce Seigneur , font
fuffisamment fon éloge . Ce fut en
fa faveur en confideration de
fesfervices , que le feu Roy Charles
II. érigea en Marquifat la
Ferre de Serdagnola . Il fait à prefentfon
féjour à Madridavec Mr.
l'Archidiacre de Terragone & Mr
le Doyen de Gironne fes enfans.
Il a auffi auprés de luy Madame
la Comteffe de Guara fa fille
veuve du Comte de ce nom. Cette
Dame a unefille & deuxfils , l'un
defquels , fçavoir Don Felix de
AfloryMarymon, eft Capitaine de
Dragons dans le Regiment de Don
Felix de Marymon , fon oncle.
Z ij
268 MERCURE
La Maifon de Marymon tient
un grand rang en Espagne depuis
plufieurs ficles. Outre les grandes
Charges de Surintendant des Arcenaux
de la Marine , de
de
Treforier d'Intendant de Catalogne
, qui y ont efté comme bereditaires
, elle en a
en apoffedéplusieurs
autres tres-confiderables . Le dixié
me ayeul de Mr le Marquis
Marymon DonJofeph ,fut defon
temps Bayle general de Catalogne.
Un Marymon a estégrand Chambellan
de Jean I. Roy d'Aragon.
Ceux de ce nom ontpris des alliances
dans les premieres Maifons du
Pays ,fçavoir dans celles de CorGALANT
269
bera , de Tord, & de Fernez. Leur
Maifon a donné plufieurs grands
Sujets à l'Eglife & aux Armées ;
& ce qui eftencore infiniment plus
eftimable , c'est qu'elle fournit plu
fieurs exemples d'une fidelité inviolable
comme hereditaire enversfes
Souverains . Je dis comme
hereditaire , puifqu'on peut compter
cinq generations de fuite de ceux
de cette famille , qui ont abandonné
leur Pays , pour ne point reconnoiftre
d'autre Maistre que le legitime.
Lorfque les Catalans fecoüerent
le joug des Espagnols fous
Philippe IV en l'année 1640 .
Don Juan & Don Bernardin de
Ziij
270 MERCURE
Marymon , ayeul & bifayeul de
Mr le Marquis de Marymon
Don Jofeph ,fe retirerent à Madrid,
Mr le Marquis de Serdagnola
afuivi deuxfois leur exemple
, il a laiffe le fien à Mrsfes
enfans & à fes petit -fils. Quant
à ce qui regarde l'antiquité de la
Maifon de Marymon , on n'en
fçauroit donner une plus grande
idée , qu'en faifant remarquer que
la Ville de Serdagnola a paſſé de
mafle en masle par une fucceffion
fans interruption à ceux de cette
famille , depuis plus de 480, ans.
Je crois devoir ajoûter icy
GALANY (271
la Lettre fuivante , puifqu'elle
regarde auffi la Naiffance du
Prince des Afturies . Elle eft de
M' Sarron , dont les Ouvrages
de cette nature , ont fouvent
brillé.
A MONSIEUR
***
Iln'y a gueres d'Epoques , Mr,
plusfingulieres & plus éclatantes,
que celles qui fe trouvent jointes
enfemble à la naiffance du Prince
des Afturies . Il est né dans l'Année
où l'Eſpagne a remporté à Alman-
Za une fameufe Victoire fur fes
ennemis. Il eft né dans le Mois
Z iiij
272 MERCURE
d'Aouſt ; mois auquel Céfar Augufte
a donnéfon nom. Il eſt né
Te Jour de Saint Louis , Roy dont
on fait fouvent le Panegirique.
Année , Mois & Jour , qui comme
une conftellation de grandes
Etoilles , ont illuminé la Naiffance
du Prince. Ce fujet eftant
fi remarquable , Apollon a excité
les Mufes à le celebrer enplufieurs
langues. Voila ce qu'il m'a inspiré
en Latin & en François :
SUPER ORTUM PRINCIPIS
ASTURIARUM,
Natus in Augufto , Sanctique
Die Lodoïci ,
GALANT 273
Alta Anno palme : Clara quot
omina funt !
SUR LA NAISSANCE DU PRINCE
DES ASTURIES.
QuelsTemps d'éclat font joints du
·Prince à la Naiffance!
C'est le Mois d'un grand Empereur.
C'eft le jour d'un grand Roy de
France :
L'An ou l'Espagne eft la terreur ·
Des ennemis defon Empire ,
Vaincus dans un Combat fa
meux ,
Qui va leur attentat détruire.
274 MERCURE
.
•
Pour le Prince on voit là : cent prefages
heureux.
M François d'Efcoubleau ,
Comte puis Marquis de Sourdis
, Lieutenant general des Armées
du Roy , Chevalier de fes
Ordres , Gouverneur d'Or
leans , Orleanois & Pays Chartrain
, Capitaine du Chateau
& Chaffes d'Amboife , & Commandant
dans la Province de
Guyenne , mourut le mois dernier.
Il avoit efté d'abord connu
fous le nom de Chevalier
de Sourdis ; & il avoit porté les
armes pour le fervice du Roy
GALANT 275
dés qu'il avoit efté en eftat de
les porter . Aprés avoir ſucceſfivement
paflé par les degrez de
Colonel , de Brigadier , & de
Maréchal de Camp , le Roy le
fit Lieutenant general de fes
Armées en 1682. & Chevalier
de fes Ordres en 1689. De Dame
N... de Beziade ſa femme ,
fille de M Theophile , Seigneur
d'Avarey fur Loire ,
grand Bailly d'Orleans ; il n'a
laiffé qu'une fille unique ; fçavoir
, Angelique d'Efcoubleaude
-Sourdis , qui époufa le 24.
Mars 1702. François - Gilbert
Colbert, Marquis de S. Poan
"
276 MERCURE
ges & de Chabanois , Brigadier
des Armées du Roy M' le Marquis
de Sourdis eftoit frere de
feu François Marquis d'Alluye,
tué au fiege de Rentyen 16 37.
de feu Paul Marquis d'Alluye ,
Gouverneur de FOrleannois ,
&c. marié en 1667. avec Dame
Benigne de Meaux du Foüilloux
; de feu Henry Comte de
Monluc , marié à Marguerite
le Lievre , fille de feu M le
Marquis de la Grange, &c . premier
Prefident au grand Confeil
; de feu N... d'Efcoubleau
Abbé de Sourdis ; & de feuë
Ifabelle d'Efcoubleau , femme
GALANT 277
d'Antoine Marquis Deffiat , &
de deux autres filles Religieufes
& auffi decedées . Ils eftoient
tous fortis du mariage de M
Charles, d'Escoubleau Marquis
de Sourdis & d'Alluye , Chevalier
des Ordres du Roy en
1633. Meftre de Camp de la
Cavalerie legere de France
Maréchal de Camp , Gouverneur
de l'Orleanois , du Pays
Chartrain & du Blefois , mort
à Paris en 1666. âgé de 78 .
ans & de Dame Jeanne de
Monluc & de Foix , Comteffe
de Carmain , Princeffe de Chabanois
, morte à Paris en 1657.
>
278 MERCURE
Cette Dame eftoit fille d'A
drien de Monluc , Seigneur de
Montefquiou & de Jeanne de
Foix. Charles Marquis de Sour
dis eftoit frere de François Cardinal
de Sourdis Archevefque
de Bordeaux , qui quitta fes
droits d'aineffe pour entrer
dans l'eftat Ecclefiaftique , &
que le Pape Clement VIII.
honora de la Pourpre Romaine
à la recommandation d'Henry
IV. de Virginal d'Eſcoubleau
Marquis d'Alluye , mort
fans pofterité de Catherine Huraut
; d'Henry Evêque de Maillezais
, & enfuite de Bordeaux
GALANT 279
aprés le Cardinal fon frere ,
dont il fut le Coadjuteur ; de
Marie alliée premierement
à
Mi Claude du Puy , Seigneur
de Vatan , & enfuite à René
de Froulay , Comte de Teffé
grand pere du Maréchal de ce
nom ; de Catherine mariée
avec Henry Comte de Clermont
, & Chevalier des Ordres
du Roy ; de Madeleine Abbeffende
Saint Paul lez Beauvais ;
& d'Ifabeau decedée fans enfans
de Louis Huraut Baron
d'Uriel . Cette illuftre famille
venoit du mariage de François
d'Efcoubleau, Seigneur de Jour,
280 MERCURE
de Launay & de Montdou
bleau, Marquis d'Alluye , Gouverneur
de Chartres , & c. Premier
Ecuyer de la grande Ecurie
& Chevalier des Ordres du
Roy en 1585. & d'Ifabelle Ba
bou , Dame d'Alluye , fille de
Jean Babou , Seigneur de la
Bourdaifiere
, & de Françoiſe
Robertet Dame d'Alluye. François
eftoit frere de Louis qui a
fait la branche des Seigneurs
de Coudray - Montpenfier
,
d'Henry Evêque de Maillezais
( ce Siege a efté dans la fuite
transferé à la Rochelle en
1648. ) fait Commandeur des
GALANT 281
"
Ordres du Roy en 1595. & de
trois filles. Ils eftoient tous
enfans de Jean d'Eſcoubleau ,
Seigneur de la Chapelle - Bellovin
, de Jouy & du Coudray-
Montpenfier Chevalier de
l'Ordre du Roy & Maistre de
la Garderobe de François I. &
d'Antoinette de Brives qu'il
époufa en 1528. & qui mourut
en 1562. Ce Seigneur
étoit frere de Jacques Evêque
de Maillezais en 1550. & fils
d'Eftienne d'Escoubleau
mary de Jeanne du Tuffeau.
Maurice fils aîné de Lionnet ,
forma la branche aînée de cet-
Octobre
1707.
A a
&
282 MERCURE
te maiſon qui a fini dans la
perfonne de Dame Anne d'Efcoubleau
femme de François
des Simiane & de Ponteves ,
Marquis de Gordes , Comte
de Carces , & Chevalier des
Ordres du Roy. Certe Dame
eftoit fortie du mariage de
Pierre d'Escoubleau Marquis
de Sourdis , Capitaine au Gardes
& d'Antoinette de Bretagne
fille de Charles Comte de
Vertus, & Baron d'Avaugour ,
alors veuve en premieres nôces
de Pierre de Rohan , Prince
de Guemené , & en fecondes
nôces de René du Bellay , Mar
GALANT 283
quis de Thouarcé .
F
-
Madelaine d'Escoubleau
dont j'ay déja parlé établic
la reforme dans l'Abbaye de
noftre Dame de Saint Paul
lez Beauvais . Elle fut élevée
par Anne Babou Abbeffe de
Abbaye de Beaumont lez
Tours, fa grande-tante, & elle
fucceda à M de Pellevé en
1596. en l'Abbaye de Saint
Paul , agée feulement de 16 .
ans. Comme elle n'étoit encore
que Novice elle ne prit l'adminiftration
que du temporel
jufqu'au mois de Septembre
de la même année qu'elle fit
A a ij
284 MERCURE
Profeffion . Elle n'obtint fes
Bulles que cinq ans aprés à caufe
de la jeuneffe , mais elle ne
laiffa pas de gouverner cette
Abbaye tant pour le ſpirituel
que pour le temporel , & elle
eut la gloire d'y établir la reforme
qui y
fubfifte encore
aujourd'huy . Elle mourut en
1665. agée de 84. ans.
Dame Elizabeth de Rohan
époufe d'Alexandre Comte
de Meleun , Vicomte de Gand,
qu'elle avoit époufé en 1683 .
eft morte agée de 45. ans . Elle
eftoit fille de M Charles de
Rohan Duc de
Montbazon
3
GALANT 285
*
*
Prince de Guemené , Comte
de Montauban & de Rochefort
, Pair de France , & de
Jeanne Armande de Schomberg
, fille puînée de Henry ,
Comte de Nanteuil - le - Haudouin
, Maréchal de France
mort à Bordeaux d'une apo
plexie le 17. Novembre 1631 .
en la quarante- neuviéme année
de fon âge , & d'Anne de
la Guiche fa feconde femme,
MilaComteffe de Meleun étoit
foeur de Charles Prince de
Guemené allié en premieres
nôces avec Marie Anne d'Albert
de Luines , fille de Char286
MERCURE
les - Louis , Duc de Luines
morte le 19. Aouft de l'année
1679. en la dix-feptiéme an
née de fon âge , & en feconde
nôces le deux Decembre fuivant
avec Charlotte Elizabeth
de Cochefilet fille du Comte
de Vauvineux ; de Jean Baptifte
Armand , connu d'abord fous
le nom d'Abbé de Rohan &
enfuite fous celuy de Printe
de Montauban
, mort depuis
environ trois années & qui
avoit épousé en 1682. N ... de
Bautru -Nogent veuve de M
le Marquis de Grancey Lieutenant
General des Armées
GALANT 287
看
du Roy , dont il a eu Jeanne
Armande de Rohan ; de Jofeph
mort jeune en 1669.
d'Anne Damoifelle de Guemené
, de Jeanne Damoifelle
de Montauban & de Charlotte
Armande mariée en premieres
nôces à Guy Chabot ,
Comte de Jarnac , dont elle a
eu des enfans , & en feconde
nôces avec Pons de Pons
Comte de Roquefort . Charles
de Rohan Prince de Guemené
& Duc de Montbazon ,
Pere de M la Comteffe de
Meleun eftoit fils aîné de Louis
de Rohan VII. du nom Prin
288 MERCURE
ce de Guemené , Duc de
Montbazon , Pair & Grand
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , & mort
à Paris le 19. Février de l'an
1667. âgé de 68. ans, & d'Anne
de Rohan Princeffe de Guemené
fa coufine germaine fille
unique de Pierre de Rohan , &
de Madelaine de Rieux . Châteauneuf
fa première femme.
Il fe fignala à l'attaque des
lignes d'Arras en 1654. & au
fiege de Landrecies en 1655 .
Il fuivit le Roy à la Campagne
de Flandres en 1667. &
à la guerre de Hollande en
.1672.
GALANT 289
1672. où il fe diftingua auffi
beaucoup. Il eftoit frere de
Marie de Rohan qui époufa
en 1617. Charles d'Albret ,
Duc de Luynes Pair & Conneftable
de France , & qui prie
enfuite une feconde alliance
en 1622. avec Claude de Lorraine
Duc de Chevreule Pair
& Grand Chambellan de France.
Cette Dame eut beaucoup
de part aux affaires qui ſe paſferent
pendant la minorité du
Roy en 1649. & en 1650.
Mr le Duc de Rohan eftoit
auffi frere de Mr le Prince de
Soubize d'aujourd'huy
, Capi-
Bb Octobre
1707.
290 MERCURE
taine- Lieutenant des Gendarmes
. Ils eftoient tous enfans
mais de differents lits , du celebre
Hercule de Rohan Duc
de Montbazon , Pair & Grand
Veneur de France , Comte de
Rochefort en Iveline, & c . Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur & Lieutenant General
pour Sa Majeſté , de la
Ville de Paris & de l'Ifle de
France , qui fe diftingua beaucoup
fous le regne de Henry
III. & principalement à l'artaque
du Fauxbourg de Tours
contre les Ligueurs . Il fut marié
deux fois la premiere avec i
GALANT 291
Madelaine de Lenoncourt ,
Dame de Coupuray fille unique
d'Henry de Lenoncourt ,
Chevalier des Ordres du Roy
& de Françoiſe de Laval Bois
Dauphin , & en feconde l'an
1628 avec Marie de Bretagne
fille de Claude de Bretagne ,
Comte de Vertus & de Catherine
Fouquet de la Varrenne.
Il eut de la premiere Louis de
Rohan Duc de Montbazon &
M de Chevreufe dont je viens
de parler , & de la feconde M
le Prince de Soubize qui a formé
une autre branche de l'il
luftre Maifon de Rohan . Ces
Bb ij
292 MERCURE
Princes defcendent de Charles
de Rohan Seigneur de Guemené
, fils de Jean I. Vicomte
de Rohan & de fa feconde femme
Jeanne de Navarre
qui
vivoit vers le milieu du 16 .
fiecle.
M' l'Abbé de Lubiere eft
auffi decedé, âgé feulement de
31. an. Il y avoit lieu d'efperer
qu'il feroit de grands progrés
dans les Sciences & dans la'
Chaire. Il avoit paffé quelques
années parmi les Jefuites ; mais
le mauvais eftat de fa fanté l'obligea
de fortir de cette Com
pagnie , qui fut auffi fâchée de
GALANT 293
le perdre , qu'il l'eftoir de les
quitter. Cer Abbé donna au
commencement
de cette année
un Livre qui a pour Titre :
l'Esprit du Siecle , & dont le fuccés
a eſté grand , Le Roy ayant
vû cet ouvrage , paroiffoit fort
difpofé à luy faire du bien ,
lorfque Sa Majefté en apprit la
mort.
On trouve dans une Lettre
qui eft à la tefte de cet Ouvrage
un éloge fort delicat des Journaliſtes
de Trevoux . Mr l'Abbé
de Lubiere fe preparoit à
donner lorfqu'il eft mort, un
Recueil des plus belles penfées
Bb iij
294 MERCURE
.
des Peres de l'Eglife , fur toutes
fortes de fujets de Morale. Il
avoit redigé tout ce qu'il avoit
Trouvé dans les Peres qui pou
voit convenir à quelque vertu
ou à quelque paffion . Le Pere
Plochut , Auguftin & Docteur
de Sorbonne , luy avoit aidé à
faire le choix des matieres. Il
eft à fouhairer qu'il rempliffe
les vûes de fon Ami deffunt.
Cet Abbé avoit un grand ta
lent pour la Predication ; il
avoit prêché dans les meltleures
Chaires de Paris , & il
avoit cfté choisi pour faire le
Panegirique de Saint Ignace
GALANT 295
Fannée prochaine à l'Eglife de
Saint Louis de la rue S. Antoine
, & pour faire le Sermon
de la Cene devant le Roy . Cet
Abbé eftoit d'Arles , & coufin
germain de Mr de Julien Lieu
tenant general des Armées du
Roy. Il eftoit originaire de la
Principauté
d'Orange , où fon
grand - pere eftoit premier Prefident
du Confeiî Souverain de
cette Ville. Son pere quitta cer
te Principauté
pour s'aller établir
en Provence , & le zele de
la Religion y avoit beaucoup
contribué .
Dame Louiſe du Boquet ,
Bb iiij
296 MERCURE
fille de la Nourrice de Louis
XIII . âgée de 96. ans , veuve
de M Pierre de Mafchat de
Pompadour , Seigneur de la
Cofte , mourut le 20. du mois
dernier en fa maiſon de Com-
>
bes- la - Ville, prés de Brie- Comte-
Robert. Ses heritiers , font
M' de la Cofte de
Pompadour
cidevant Colonel d'Infanterie ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & les enfans
de M' de Bracmont ,
Capitaine
au Regiment de Navarre.
Cette mort a efté fuivie de
celle de M Efprit Cabart ,
IC
Chevalier , Seigneur de Viller
IGALANT 297
mont , ci - devant Gouverneur
des Illes d'Hieres , & Lieutenant
general pour le Roy à
Cayenne. Il avoit époufé Eleonore
de Broë , fille de Mr Bon-
André de Broë , Chevalier
Seigneur de la Guette , Confeiller
d'Etat ordinaire , & foeur
de Mr le Chevalier de la Guette
, Capitaine - Lieutenant des
Gendarmes Anglois . Il n'a eu
d'enfans de fon mariage , qu'un
garçon qui eftoit dans le Service
, & qui , quoy que fort
jeune encore, promettoit beaucoup.
Il a efté tué au Siege de
Mons. Il laiffe pour heritier
298 MERCURB
Mr de Beaubourg , ci - devant
Ecuyer ordinaire du Roy , neveu
de M° de Villermont fon
Epouſe . Sa mort a cité caufée
par une chute , à l'âge de 84 .
ans , & il avoit tant de vigueut
& tant de vivacité , qu'il y avoit
Hieu de croire qu'il auroit pû
vivre encore un grand nombre
d'années , fans l'accident qui
luy eft arrivé Jamais homme
n'a eu plus d'amis de la plus
grande diftinction & qui fouhaitoient
de le voir fouvent.
Il avoit fur tout une parfaite
connoiffance de tous les lieux
où la Navigation peut s'éten
TOTHEQUE
GALANT 199
dre , qu'il avoit acquife
feulement en voyageant ; mais
auffi par la lecture de fix ou
fept cens volumes de voyages ,
qui font dans fa Biblioteque.
Le Roy d'Angleterre , fçachant
qu'il y a des perfonnes
à Paris qui fe difent Oculiftes ,
Anglois , & fes Oculiftes , &
qui cependant ne font ni l'un
ni l'autre , & n'ont pour tout
remede que quelques colyres
qu'ils diftribuent , S. M. B.
à bien voulu , tant pour faire
juſtice à M' de Woolhoufe , que
pour détromper le Public , luy
DELA VIL
300 MERCURE
accorder les Lettres Patentes
dont voicy la teneur. partne
JACQUES III. par la grace
de Dieu , Roy de la Grand- Bretagne
, &c. Défenfeur de la Foy.
A tous ceux qui ces prefentes Lettres
verront , Salut. Sçavoir faifons
que noftre fidelle fujer, & domeftique
Jean Thomas de Woolhou
fe , Anglois, eftant reconnupour un
tres -habile Oculifte , nous avons
bien voulu tant en confideration
de fa fidelite & de fon zele pour
noftre fervice , que defa capacité
de fa grande experience dans
fon Art , l'agréer & recevoirpour
GALANT 301
noftre Oculifte , & luy acorder
comme nous luy acordons par ces
prefentes fignées de noftre main
toutes les prerogatives , privileges
avantages qui pouront luy
apartenir en cette qualité . Donné
en noftre Cour à S. Germain en
Laye , le 10. de Septembre 1707
dans la feptiéme année de noftre
Regne.
JACQUES ROY.
Par le Roy.
MIDDLETON.
Le cachet privé d'Angleterre
eft à cette Patente felon l'uſage
ordinaire de ce Royaume.
302 MERCURE
Mr de Woolhoufe cft Gra
dué de l'Univerfité de Cambrige
, & comme il avoit un
grand defir d'apprendre tout
ce qui pouvoit regarder la perfection
de fon Art , il alla dans
tous les lieux où les Univerfitez
avoient le plus de reputation
, & fur tout à celle d'Oxford
, où il demeura jufqu'au
temps de la revolution , qu'il
paffa en France. Il demeura
quelques temps à l'Univerſité
de Paris , d'où il alla enfuite à
celle de Montpellier , & cherchant
toûjours à profiter des
nouvelles découvertes qui fe
GALANT 303
faifoient en Europe , il paffa
en Italie
où il apprit tout
ce que l'on
fcavoit
de
plus
curieux
touchant
fon
Art ,
dans
les Univerfitez
de Pife
, de Rome
, & de Padouë
.
Il quitta
enfuite
l'Italie
, & refta
quelques
mois
dans
l'Univerſité
de Louvain
, & dans
celle
de
Leide
, pour
tâcher
de faire encore
de nouvelles
découvertes
de tout
ce qui regardoit
l'oeil ,
ce qui eftoit
aflez
impoffible
aprés
les grandes
& continuelles
études
qu'il
n'avoit
point
ceffé de faire
depuis
qu'il
avoit
embraffé
la Profeffion
d'Ocu
304 MERCURE
lifte , n'ayant jamais épargné ny
fa bourfe ,
ny
fes foins
pour
fçavoir à fond tout ce qui regarde
l'Art qu'il profelle, Il eft
Oculifte de pere en fils , en remontant
à la quatriéme generation
. Plufieurs femmes , mêmes
, de fa famille , ont exercé
cet Art avec beaucoup de reputation
, & particulierement
Mylady-Jey , fa grand'- tante ,
& Mr Stepkins , fon pere. Mr
de Woolhoufe eft d'une tresancienne
Nobleſſe du Comté
de Derby en Angleterre , mais
comme ce n'eft pas dequoy il
s'agit prefentement, je ne diray
GALANT 305
rien fur cet Article , & j'ajoûteray
feulement que ceux qui
ont l'avantage d'eftre nez avec
quelque diftinction , font de
meilleure foy que les autres
& ne cherchent pas à tromper
le Public , à quoy l'on ne fe
trouve point obligé lorfque
l'on a autant étudié que Mr de
Woolhoufe. Il fait toutes les
operations des yeux qui fe font
à prefent en Europe ; il les fait
volontairement devant tous les
Chirurgiens , les Medecins , &
les Anatomiftes , & il penfe
tous les Pauvres , gratis , pourvû
qu'ils luy apportent un Cer-
Octobre 1707 . Cc
306 MERCURE
tificat de leur Cure , fur du
papier timbré. Il demeure au
Fauxbourg S. Germain , ruë S
Benoift , à l'Hoftel Nôtre Da
me , proche les murs de l'Ab
baye.
Je croyois ne mettre dans
cette Lettre que deux Aticles.
du Journal de Fontainebleau ;
mais je me rrouve obligé d'en
faire trois , Voici le fecond
& ma Lettre finira par le dernier.
3
Le 12. on chanta à la Meffe
du Roy un Motet de la Compofition
de M' du Buiffon
Penfionnaire de la Mufique de
GALANT 307
Sa Majefté , dont elle fut fi
contente qu'elle ordonna quon
le chantaft trois jours de
fuite. L'apreſdînée
, le Roy ,
Monfeigneur , Madame la Ducheffe
de Bourgogne & Meſſeigneurs
les Princes , coururent
& prirent deux Cerfs à la Boiffiere.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne donna le retourde
chaffe , aprés lequel cette Princeffe
& les Dames fe remirent
en grand habit pour ſe trouver
au fouper du Roy.
Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes allerent le 13. au
matin à la chaffe du Loup. Ma
Cc ij
308 MERCURE
dame la Ducheffe de Bourgo
gne ayant voulu eftre de la
partie , fut fuivie de fès Dames .
On revint affez tard de la chaf
fe. Monfeigneur
donna un re
tour chez luy en arrivant . On
joüa enfuite jufqu'au foupé du
Roy , qui avoit tiré l'aprefdi
née dans les
parquets.
14. le Roy ayant diné à
fon petit couvert , alla à la chaffe
du Cerf dans les Centiers
d'Avon , avec Madame la Ducheffe
de Bourgogne . Monfeigneur
& Meffeigneurs
les Princes
revinrent aprés la mort du
premier , & Sa Majefté & Ma-
Le
GALANT 309
dame la Ducheffe de Bourgogne
en coururent un fecond ,
qui ne fut pris que fur la fin
du jour . Les Dames fe remirent
enfuite en grand habit
pour aller à la Comedie du
Menteur. Il y cut enfuite plu-,
fieurs Scenes entre un Scaramouche
& un Harlequin , qui
divertirent beaucoup . Le Roy
foupa àfon grand couvert avec,
la Famille Royale.
Le 15. l'ouverture de l'Octave
de la Fefte de Sainte Therefe
fe fit aux Carmes des Baffes-
Loges. Madame la Ducheffe
de Bourgogne & plufieurs Da
310 MERCURE
mes y allerent en devotion,
L'Office de cet Octave a efté
fondé par le feuë Reine , qui
portoit le nom de cette Sainte ,
pour demander à Dieu la confervation
de la facrée Perfonne
du Roy , & fa Benediction fur
toute la Famille Royale , & fur
les Armées de Sa Majesté. Il y
a Expofition du Saint Sacrement
pendant l'Octave , & cette
Fefte fe celebre avec beaucoup
de folemnité. Monfei--
gneur & Meffeigneurs les Prin
ces avoient efté à la chaffe du
Cerf le matin , & le Roy alla
tirer dans les Parquets l'apref
GALANT 31
dinée. Le foir il y cut Jeu
jufqu'à l'heure du fouper du
Roy ou la Famille Royale fe
trouva .
pe Le 16. le Roy dîna à fon
tit couvert , & Sa Majesté alla
enfuite tirer dans les Parquets ..
Monfeigneur , Madame la Du
cheffe de Bourgogne , Meffeigneurs
les Princes & les Dames
dînerent chez Madame la Ducheffe
du Lude , où il y eut Jeu
jufqu'au retour du Roy . Il y
eut le foir Appartement chez
Monſeigneur , & grand Jeu
aprés la Mufique jufqu'au fou
per de S. M. où la famille
312 MERCURE
Royale foupa à l'ordinaire.
Je dois ajoûter icy que Ma
dame de Torrecufa
, Napolitaine
, eft depuis quelques jours
à la Cour. Apres avoir tout
mis en ufage à Naples pour
contenir fes Vaffaux dans la
fidelité qu'ils doivent à leur
legitime Souverain , cette Dame
ayant efté obligée de ceder
à la force , elle a mieux aimé
abandonner fes grands biens
& fe retirer en Espagne
, que
de reconnoître l'Archiduc . Elle
a efté reçue du Roy avec beaucoup
de diftinction , à qui elle
a efté prefentée par Mr le Duc
d'Albe .
GALANT 313
d'Albe. Cette Dame eft fervie
par les Gentilhommes de cet
Ambaffadeur. Elle a auffi efté
prefentée à Monfeigneur , &
à toute la Maiſon Royale , &
par honneur accompagnée de
Mr de Saintot . & de Mr de
Vilra. Elle demeurera à la
Cour pendant quelques jours ,
& elle ira enfuite en Espagne ,
où font Mrs fes enfans .
Madame Sobieska , Polonoife
, eft auffi depuis quelques
jours à la Cour. Cette Dame ,
qui eft une des plus qualifiées ,
devroit s'appeller Sobieski ;
mais le mafculin en Polonois fe
Octobre 1707 . Dd
314 MERCURE
termine par le Ki , & le feminin
par le Ka. Elle reçoit à la
Cour tous les traitemens dûs
à fa naiffance & à fon merite.
La Cour fe trouva tres grof
fe le 17. à la Meffe du Roy , où
tous les Etrangers , enchantez
de la Mufique , fe trouverent
mêlez parmi les Courtilans . Le
Roy dîna à fon petit couvert
aprés le Confeil de Depêche ;
Monfeigneur dina auffi à fon
petit couvert , & Madame la
Ducheffe de Bourgogne à fon
grand couvert avec Meffeigneurs
les Princes . L'aprefdinécles
Dames allerent à la chaf
GALANT 315
du Cerf. Elles fe remirent au
retour en grand habit pour aller
voir l'Aftrate , Tragedie de
feu Mr Quinault , à l'iffuë de
laquelle on joua la Comedie
des Plaideurs . Enfuite onfoupa
au grand couvert du Roy.
Le 18. Monfeigneur , & Monfeigneur
le Duc de Berry allerent
aprés la Meffe du Roy à
la chaffe du Loup. Sa Majefté
aprés avoir dîné à fon petit
couvert , & Madame la Ducheffe
de Bourgogne chez elle
avec les Dames qui devoient
l'accompagner à la Chaſſe , allerent
courir le Cerf dans les
Dd ij
316 MERCURE
ventes de Bombon . Cette Prin
ceffe donna ce jour - là un grand
retour de Chaffe chez elle , &
l'on joua enfuite juſqu'au fouper
du Roy.
Le 19. il n'y eut qne Monfeigneur
le Duc de Berry qui
chaffa dans la matinée . Ce Prince
fe rendit au dîné de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
où il dîna avec toutes les Dames
qui devoient fuivre cette
Princeffe. Le Roy alla tirer le
même jour , aprés avoir dîné à
fon petit couvert , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne alla
promener à cheval dans la FoGALANT
317
reft , avec une nombreuſe &
galante fuite. Elle y trouva
Monfieur le Duc qui y chaffoit
avec la Meute . Cette Princeffe
fe mit de la partie , & aprés
avoir fuivi la Chaffe deux heures
, elle revint pour ſe trouver
à la Benediction du Saint Sacrement
qui eftoit exposé à
caufe de la Fefte de Saint Savinien
, Patron & premier Archevêque
de Sens , qui fe folemnife
dans tout le Diocefe.
Toute la Cour fe rendit enſuite
chez Monſeigneur , où il
y cut Apartement , & un gros
Jeu aprés la Mufique , & ce Jeu
Dd iij
318 MERCURE
continua jufqu'à l'heure du
fouper du Roy.
S. M. donna le matin du
2
20. un Brevet de retenue de
cent mille écus , à M' le Marquis
de Cavois , fur ſa Charge
de grand Maréchal des Logis ,
moitié pour luy & moitié pour
M de Cavois. L'aprefdinée ce
Prince courut en Caléche le
Cerfà la Boiffiere , avec Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Les Dames fuivoient dans d'autres
Caléches . Madame la Ducheffe
de Bourgogne donna le
retour de chaffe , où se trouverent
Meffeigneurs les PrinGALANT
*
319
ces , qui avoient paffé le jour à
la chaffe du Sanglier. Aprés le
repas les Dames fe mirent en
grand habit pour accompagner
Monfeigneur à la Comedie
de l'Avare. La famille Roya
le foupa enfuite au grand cou-.
vert du Roy.
S. M. alla tirer l'apreldinée
du 21. & Madame la Ducheffe
de Bourgogne fe promena en
Cavalcade dans la Foreft. Meffeigneurs
les Princes allerent à
la chaffe du Sanglier. On joüia
au retour jufqu'au fouper du
Roy.
Vous trouverez la conclu-
Dd iiij
320 MERCURE
fion de ce Journal , & le retour
du Roy à Versailles à la fin de
ma Lettre. Je crois qu'une
Chanfon fera bien placée à la
fuite des divertiffemens dont
l'Article precedent eft rempli.
Elle ne regarde pourtant pas
l'Amour , l'Auteur des paroles
de cet Air , ne voulant plus aimer
que la belle gloire . La Saifon
eft favorable ; le Champ
eft ouvert , & les lauriers font
pour ceux qui les fçavent cüeillir.
GALANT 321
દે .
DE
LA
VILLE
320
MERCURA
fion de
E
de
m
fo1
eſt
poi
lir.
pre
occupe
es et
o
GALANT 32r
AIR NOUVEAU.
Je ne fuis plus Amant que de la
belle gloire
,
Elle feule a prefent occupe mes efprits
;
Et j'ay banny de ma memoire
Les Amintes & les Cloris.
A propos de Feftes , je dois
ous dire qu'il s'eft gliffé une
aute dans celle qui a efté donnée
à Monſeigneur le Duc &
Madame la Ducheffe de Bour
zogne , par M' d'Armenonvilpuifque
l'on a écrit Meute,
764 .
322 MERCURE
au lieu de Muete. La Maifon
où cette Fefte s'eft donnée s'ap
pelle leChafteau de la Muette;le
mot deMeute n'eft que pour un
grand nombre de chiens de
chaffe qui font enfemble , & le
lieu où on les tient s'appelle le
Cheni , mais le nom de Muete
que porte ce Chaſteau , eft un
vieux mot François dérivé de à
Mutando. parce que dans toutes
les Forefts ,Bois , ou rendez- vous
dechaffe dans les plaifirs duRoy,
il y avoit toûjous un endroit
où l'on mettoit pendant la
Chaffe , la vieille Meute ou Relais
de vieux Chiens , autreGALANT
323
*
ment dits Chiens de rechange , &
cela eft fi veritable. que dans
les Forefts de Saint Germain en
Laye & de Fontainebleau , on
voit encore de vieilles mazures
qui portent ce nom de Muete,
& fi l'on en veut eftre plus
affuré , l'on peut voir les Proviſions
de Capitaine des Chaſ-
M' de Catelan avoit
Les
que
&
celles
qu'a
prefentement
M
d'Armenonville
, on
y
trouvera
le
nom
de
Chasteau
de
la
Muete
,
&
non
de
la
Meute
.
Je paffe à un Article bien
different , qui ne regarde point
les Feſtes , & où Mars a plus de
324 MERCURE
part que l'Amour
. Vous jugez
bien que je vais vous parler
d'Articles de Guerre.
Monfieur de Savoye ayant rerepaffé
le Var , & les Troupes
de France eftant rentrées dans
Nice , comme de ce Comté
les ennemis pouvoient fe
jetter dans la Vallée de Barcelonnette
, qui eftoit dégarnie
de Troupes , & fe rendre maîtres
des Poftes de l'Arenne & du
Caftelet que nous y occupions ,
M' le Maréchal de Teffe , fit
marcher promptement M" de
Dillon & de Caraccioli , avec
13. bataillons , & il fit en mê-
>
GALANT 325
me temps partir des Troupes
pour regarnir nos Frontieres
de Savoye & de Dauphiné ;
mais comme les ennemis pendant
leur voyage de Provence
avoient laiffé en Picmont
feize bataillons & fix mille
chevaux, aufquelles s'étoient
jointes les garnifons de leurs
Places d'Italie & un Corps confiderable
de recruës venues
d'Allemagne , ce qui remplaçoit
amplement la perte qu'ils
avoient faite en Provence
eſtant d'ailleurs informez que
l'on avoit contremandé les fecours
qui marchoient de ce
326 MERCURE
cofté là , ils fe font fervis de ce
Corps de Troupes fraîches &
tout porté fur les lieux pour
faire inveftir Suze avant que
les Troupes que l'on y renvoyoit
ayent pûy arriver , quelque
diligence qu'elles ayent faitc.
M' de Vraigne Maréchal
de Camp , n'ayant pas affez de
forces pour deffendre les hauteurs
& les retranchemens de
Suze , aprés avoir jetté dans la
Citadelle avec M' de Maffelin ,
toutes les chofes neceffaires
pour fa deffenſe , fe retira avec
ce qui luy reftoit des Troupes ,
à Exile , dont il occupe les hauGALANT
327
teurs , afin de barrer par ce
moyen la Vallée. Suze le trou
va invefti dans le temps que
M' de Teffe revint fur cette
Frontiere , & les Ennemis s'étoient
déja avancez devant la
Peroufe , avec un Corps de dix
ou douze mille hommes. Ce
Maréchal s'y rendit en diligence
pour y donner les ordres ,
& vifiter encore une fois les
Poftes de la Vallée de S. Martin.
Comme il eftoit apparent
que les ennemis , dans le même
temps qu'ils feroient le Siege
de Suze , pourroient peut- eftre
la Peroufe & la Vallée
attaquer
328 MERCURE
de Saint Martin , il envoya or
dre â Mr de Cadrieu , qui eftoit
dans la Vallée de Queyras , de
s'avancer au premier avis qu'il
auroit de la marche des ennemis
pour cette attaque , avec
les deux Bataillons de Gaſtinois
, à la tefte de la Vallée de
S. Martin du cofté du Praly.
Cette précaution ne fut pas
inutile , puifqu'en effet les ennemis
avoient ce deffein , mais
ayant quitté la Vallée de Luzerne
pour tomber par le Col
Julien fur le Praly , Mr de Cadricu
y arriva fi à propos qu'il
obligea les ennemis de fe retiGALANT
329
rer fans rien tenter ; de la Peroufe
Mr le Maréchal de Teffé
s'eft rendu au Col de la Feneftre
, ayant auparavant donné
ordre au Regiment de Vi
varets de s'y rendre de Feneftrelles
, & aux quatre Bataillons
d'Aunix & de Santerre de l'y
venir joindre. Ces quatre Bataillons
font partis le lendemain
du Col de la Feneftre
fous la conduite de Mrs le
Comte d'Aubeterre & le Marquis
de Broglio , pour aller occuper
les hauteurs de Fatieres ,
les Cols de Valettes & d'Arguel
, & Mr le Maréchal s'eſt
Octobre 1707
. Ec
330 MERCURE
rendu le même jour par le Col
du Bourget à Exile pour reconnoître
la pofition de Mr de
Vraigne , & celle des ennemis ,
ayant trouvé ces derniers maltres
de Chaumont , de Jaillon ,
de Jaluffe , de la Renaudiere ,
de Noftre- Dame de la Laure
& des hauteurs les plus voiftnes
de Suze , & vû qu'il n'y
avoit pas de poffibilité de fecourir
cette Place que par les
hauteurs du Col de la Feneftre,
fuperieures à celles qui estoient
occupées par les ennemis , &
qu'il eftoit par confequent de
la derniere confequence de s'y
GALANT
331
maintenir , aprés envoyé ordre
à Mr le Marquis de Thouy de
faire paffer par le Col de la
*
Rouc à Exile fix Bataillons des
Troupes de Savoye pour renforcer
Mr de Vraigne , dont
la fituation couvre Exile & le
refte de la Vallée , il eft revenu
établir fon quartier au Col de
la Feneftre , conduifant avec
luy les deux bataillons de Bourgogne
, les deux de Defgrigny ,
celuy de Corde , le troifiéme
du Royal Artillerie , & le premier
d'Albigeois , qui eftoient
arrivez à Cezane ; les ennemis
firent tâter nos hauteurs )
Ecij
332 MERCURE
mais ne trouvant pas qu'il fuft
bien poffible de nous depofter
ils ne fongerent qu'à fe rettan
cher dans leurs quartiers , & à
preffer le Siege de la Gitadelle
de Suze. M de Maffelin en s'y
renfermant avoit affuré qu'il
donneroit le temps aux troupes
d'arriver pour le fecourir ;
que rien ne luy manquoit pour
une vigoureufe deffenſe , & que
ce feroit fa faute s'il ne la faifoit
. M' le Maréchal luy fit encore
fçavoir par un Payfan qu'il
n'avoit qu'à tenir bon & qu'il
feroit inceffamment fecouru
ce Gouverneur par le retour
GALANT
333€
du Payfan , affura de nouveau
qu'il feroit fon devoir. Ce
pendant par une fatalité dont
je ne puis vous rien dire la
Redoute de Catinat s'eft renduë
, & la Citadelle de Suze
capitula le 4. aprés avoir efté
battue pendant huit jours. Je
ne puis encore vous rien dire
là- deffus . Si elle cuft tenu quelques
jours de plus , ce qui ne pa
roiffoit pas impoffible , cela auroit
donné le temps d'arriver à
quinze bataillons qui venoient
de Provence & de Dauphiné
& dont la marche avoit eſté
retardée deux jours par le dé
334 MERCURE
bordement des eaux , & l'on
n'attendoit plus que ce renfort
pour tenter le fecours , les au
tres troupes ayant joint . L'om
a fait marcher en Savoye cinq
Regimens de Dragons & quelque
Cavalerie , aux ordres de
M de Medavy , pour avec de
l'Infanterie qu'il a , tenir la tefte
de la Morienne , & barrer cette
Vallée , Exile , & le Corps
qui en occupe les hauteurs
barrent la Vallée de Chaumont.
Nos troupes font depuis
le Col de la Feneftre
jufqu'à Feneftre , & barrent par
ce moyen la Vallée de PrageGALANT
335.
*
las , la Vallée de Saint Martin
que nous occupons , & le Mongeneve
; de forte qu'elles affurent
le refte des entrées de
Dauphiné de maniere qu'il
faudra que les ennemis leur
paffent fur le ventre pour penetrer
dans le Pays. Ils ont renvoyé
leur Artillerie à Turin ,
& leurs Deferteurs affurent que
leur Cavalerie a commencé à
défiler. Les affaires qui regardent
l'Italie eftoient dans cette:
fituation le 12. de ce mois , & je;
vous apprendray la fuite qu'el
les auront en cas qu'elles ne
demeurent pas quelque temps
,
336 MERCURE
dans le même eftat , comme il
y a beaucoup d'apparence.
L'Extrait que je vous envoye
d'une Lettre d'Allemagne
, vous fera connoiſtre la
fituation d'une partie des affaires
de ce Pays- là.
Comme entr'autres chofes Sa Majefté
Imperiale s'eft obligée de faire
decider à la Diette de Ratisbonne ,
les Points qui regardent les droits
des Princes de l'Empire , le Roy
de Suede preffe le College de ceuxcy
de
poursuivre vivement cet
Article & particulierement celuy
du Ban publié contre les deux ELecteurs
GALANT 337:
lecteurs de Cologne & de Baviere.
& contre le Duc de Mantoie ;
comme auffi l'Article concernant la
ceffion du Haut Palatinat à l'Electeur
Palatin fans la participation
de ce College. Sa Majesté Sucdoife
a fait faire auffi au Colle-
Electoral une vigoureuſe remontrance
fur le procedé violent
du Roy Augufte contre plufieurs
Ducs de Saxe , dans les terres defquels
il a fait entrer toutes fes
´il
troupes , fous pretexte qu'ils n'ont
pas fourni leur contingent pour
l'armée de l'Empire .
ge
сп
L'Electeur d'Hanovre fouhaite
troupes qui fervent
Octobre 1797.
les
que
Ff
338 MERCURE
Flandre retournent en Allemagne.
Il fait fortifier tous les Poftes
avancez de la Foreft Noire . Comme
il commence à defefperer de
pouvoir contraindre Mr le Maréchal
de Villars a repaffer le Rhin ,
il fait travailler toute fon Infanterie
à un retranchement l'on
que
tire depuis la plus haute montagne
au - deffus d'Etlingen jufques fur
le bord du Rhin proche de Raftadt ,
dont le parapet doit avoir vingt
pieds d'épaiffeur. Il y a beaucoup
de maladies dans fon armée
principalement parmi les Troupes
qui font campées dans les terreins
bas & aquatiques. Lafolde
GALANT
339
de Hollande ne vient plus firegulierement
que par le paffe , & les
troupes de l'Empereur font depuis
long- temps en poffeffion d'en toucher
rarement ; mais celles des Cer
cles de Franconie & de Souabe
reçoivent regulierement leur argent
tous les quinze jours.
à
Cette Lettre doit donner
matiere à beaucoup de raifonnemens
, & taille bien de la be- .
fogne pour la Campagne prochaine
, puifqu'il n'y a pas
douter que le Roy de Suede ,
qui n'a point juſqu'icy démenti
le caractere d'homme juíte
Ffij
340 MERCURE
*
& droit , par lequel il fe diftingue
, continuant d'agir felon
la droiture de fes intentions ,
ne faffe rétablir beaucoup de
chofes dans leur premier eftat ,
ce qui n'arrivera pas fans que
l'on fe donne de grands mouvemens
en Allemagne. Le Duc
de Marlborough s'en donne
auffi beaucoup de fon cofté ,
& voyant que La gloire a efté
éclipfée cette année par l'éclat
de celle de Monfieur de Vendôme
, il voudroit faire l'année
prochaine à force d'hommes ,
ce que tout fon fçavoir dans le
mêtier de la guerre , n'a pû luy
GALANT 341
faire faire cette année. Enfin il
voudroit , s'il luy eftoit poffible,
voir laCampagne prochaine
toutes les troupes des Allicz
fous fes Etendarts ; mais de
la maniere que les affaires fe
trouvent difpofées , il n'y a
pas d'apparence que fes projets
puiffent réüffir , puifque Monfieur
d'Hanovre a formé les
mêmes fouhaits que ce Duc ;
mais avec plus de juftice , puifqu'il
doit eftre maiftre de fes
troupes , & qu'il eft jufte que
les Allemans deffendent leur
pays avant que de deffendre
celuy des autres . Il a fes raifons
Ff iij
342 MARCURE
particulieres , & pour l'intereft
feul de fa gloire , il mettra toute
l'Europe en feu , fi on luy ac
corde tout ce qu'il fouhaite. I
confidere que fi la Paix le fait ,
fon nom fera bien - toft oublié
auffi bien que fes exploits , d'au
tant plus qu'il n'a encore rien
fait pour eftre mis au nombre
des grands Capitaines . Le ha
zard a eu plus de part , & les
fautes de quelques particuliers,
aux grands évenemens qui ont
éclaté fous fon commandement
, que tout ce qui fait les
grands Capitaines ; fa temerité
a efté heureufe , & l'enchaînement
d'avantages qui a fait le
bonheur des Alliez , n'a efté
qu'une fuite de ces torrens de .
bonheur qui cauſent des revo
GALANT 343
lutions dans tous les fiecles ,
dont on ne peut deviner la cau .
fe , qui vient toûjours de plus
haut , & dont ceux qui fe trou¬
vent à la tefte des Troupes , ne
font que les inftrumens. Ainfi ,
ii y a moins de gloire pour ces
Generaux que la Fortune entraine
& qui triomphent prefque
fans combat, que pour les grands
Capitaines qui ont gagné des
batailles , où leur tefte a cu
plus de part que leurs bras , &
qu'ils n'ont remportées qu'aprés
qu'elles leur ont efté longtemps
difputés . Il n'en a pas etté
de même de celles qui ont fait
croire au Due de Marlborough
qu'il eft un des plus grands Capitaines
du monde. Quant aux
Places dont les Alliez fe font
Ff iiij
344 MERCURE
mis en poffeffion pendant le
commandement de ce General ,
il n'a point efté queſtion de faire
de fieges , & ces Places ont ou
vert leurs portes . de maniere
que ce General n'a brillé dans
aucun de ces longs Sieges dont
la Pofterité conferve la memoire
, & qui couvre preſque toûjours
de gloire ceux qui les ont
faits avec autant d'art & de.
conduite que de valeur . Ces
fortes de Sieges ne couvrent
pas feulement de gloire ceux
qui font venus glorieufement à
bout de leurs entrepriſes ; mais
auffi ceux qui ont deffendu avec
une longue & genereufe opiniâtreté,
les Places dont le foin
de la deffenſe leur avoit éſté
commis . On n'a rien vû de tout
GALANT 345·
cela dans les Campagnes du
Duc de Marlborough, mais feulement
quelques rayons d'une
fortune auffi éclatante què prévenante
, qui l'ont offufqué , &
qui luy ont fait croire qu'il égaloit
les Condez & les Turennes
; mais le contraire parut
bien dans la Campagne qui fuivit
celle d'Hochftet , & l'on
connut aisément qu'il ne devoit
qu'au hazard feul le fuccés de la
Campagne precedente . Il vint
avec une nombreuſe armée , qui
couverte des lauriers de la Campagned
' Hochftet , fe croyoit en
eftat de tout envahir ; mais la
Fortune manquant à fon Chef,
fa tefte & fa conduite n'y pûrent
fuppléer . Mr le Maréchal
de Villars l'arreſta , le battig
346 MERCURE
en détail , prit beaucoup de
fes Equipages , & de fes Munitions
, l'obligea d'en jetter
beaucoup dant l'eau , & de
revenir jufques en Elandre ,
en fuyant toûjours & fans re
garder derriere luy . Si ce Duc
eftoit auffi grand General que
ceux dont ils commandent les
Troupes le publient , foit par
politique , foit parce qu'ils en
font effectivement perfuadez ,
il auroit dû trouver moyen pendant
le cours d'une Campagne
entiere , de combattre Monfieur
le Duc de Vendôme , & il fe
feroit alors acquis une veritable
gloire. Ce Prince qui ne l'apprehendoit
pas , quoy que fes
Troupes fuffent fuperieures ,
n'avoit pas crû moins par cette
GALANT 347
raifon , qui n'avoit aucun pouvoir
fur fon efprit , que par celles
que vous allez voir , devoir
s'expofer aux rifques d'un combat
, ce qu'il auroit fait neanmoins
tres -volontiers , s'il n'avoit
pas efté jugé à propos de
le forcer à manger le païs des
Alliez , & à laiffer fouffrir fa
Cavalerie durant toute la Campagne
, pendant que nos Troupes
triomphoient en Allemagne
& en Espagne , & que du cofté
d'Italie elles foûtenoient le torrent
de celles des Alliez , qui
prétendoient tout inonder de ce
colté là .
Si le Duc de Marlborough
répond à cela qu'il n'a pas manqué
de bonne volonté , mais que
Mr de Vendôme a toujours évi
348 MERCURE
en
té le combat avec tant de foin
qu'il luy a efté impoffible d'engager
une affaire ; on pourra
Tuy repliquer que cette raifon.
n'eft bonne que pour un mediocre
General ; mais que s'il
eftoit auffi fuperieur aux autres
, qu'il fe l'imagine , il eftoit
impoffible qu'en mettant
ufage tout l'art de la Guerre ,
& toutes les rufes dont fe fervent
les grands Capitaines , il
n'euſt trouvé le moyen en cinq
mois de temps d'attaquer ce
Prince, dont la ferme contenance
devoit irriter fa fierté , & luy
faire fentir que les qualitez de
grand Capitaine ne luy font
pas duës , puis qu'il laiffoit en
repos un General, qui bien qu'il
n'cuſt pas refolu de combattre,
GALANT 349
s'eftoit propofé de ne pas fuir ,
en cas qu'il fuft attaqué : Mais
je veux qu'il ait efté impoffible
au Duc de Marlbouroug , pendant
la plus grande partie de
la Campagne , de jouer un autre
perfonnage que celuy qu'il
a joué , qui a efté de menacer
toûjours , & de ne rien faire.
Il devoit estre poffible à un Genéral
du fecond ordre , d'attaquer
Monfieur de Vendôme ;
lors qu'il fe fut affoibly par les
détachemens qu'il envoya en
Allemagne & en Provence , &
que croyant que le General
qu'il avoit en tefte eftoit encore
plus grand Capitaine que
ceux qui fçavent à fond le métier
de la Guerre , nel font perfuadez
, il crut qu'en faifant
350 MERCURE
quelque fauffe marche , & en fe
fervant de quelque rule de guerre
, il jetteroit une partie defes
Troupes du cofté de Nieuport ,
dont il pourroit faire faire le
Siege , fans qu'il fuft poffible
de fecourir la Place . Monfieur.
de Vendôme , dis - je , ayant
lieu de le craindre , parce que
la prudence vouloit que ce Ge
neral l'appréhendaft ; il envoya
un gros corps de Troupes de ce
cofté- là ; de maniere qu'il n'étoit
plus en estat de foûtenir les
efforts de Marlborough , fi ce
General l'avoit attaqué mais
la manoeuvre qu'il avoit faite
pendant toute la Campagne ;
luy avoit fait connoistre dequoy
il eftoit capable , & que pourvû
qu'il ne s'étonnaft pas de
GALANT 351
fon bruit & de fes menaces , il
ne le devoit pas apprehender ,
& que quoy que beaucoup plus
foible , il le fatigueroit tant ,
& juy tailleroit tant de befogne ,
qu'il feroit obligé de finir la
Campagne fans executer aucun
de les grands projets , qui n'étoient
que de vaftes idées , plus
chimeriques que réelles
&
qui ne tendoient qu'à intimider
par des fanfaronnades réïterées
, avec lesquelles il croyoit
faire peur
à nos Troupes , &
les engager à reculer où
ou à
perdre
courage dans un jour de
combat mais voyant que tout
ce manege eftoit inutile > &
qu'un General comme Monfieur
de Vendôme
" ne fe laiffe ny
furprendre ny.ébloüirs qu'il
352 MERCURE
connoît les Generaux qu'il a
à combattre , & qu'il en a toûtjours
battu de plus habiles &
de plus experimentez que luy,
il a bien veu qu'il ne pourroit
rien faire la Campagne
prochaine , fi fes Troupes n'étoient
infiniment fuperieures à
celles d'un General qui ne pouvoit
estre ny furpris ny intimidé
, & contre lequel on auroit
de la peine à fe défendre
avec une armée beaucoup fuperieure
à la fienne de maniere
que ce General Anglois
met tout en ufage pour avoir
l'année prochaine une armée
formidable , connoiffant bien
qu'il en a befoin , moins encore
pour vaincre , que pour n'eftre
pas vaincu , & , c'eft pourquoy
GALANT
353
-
l'on
peut dire qu'il eft alle battre
le Tambour dans plufieurs
Cours d'Allemagne
, en y faifant
connoiftre la neceffité qu'il
y a d'avoir la Campagne.prochaine
une armée en Flandre
fort fuperieure à celle de France
, fi l'on veut empêcher que
Monfieur de Vendôme ne rentre
dans toutes les Places conquifes
; ce que les Alliez ont
d'autant plus lieu de craindre ,
que tous les peuples de Flandre
ont le coeur Eſpagnol , & fur
tout depuis le gain de la bataille
d'Almanza , & la Naiffance
du Prince des Afturies :
mais par malheur pour le Duc
de Marlborough , le contretemps
eft des plus fâcheux ; &
lors qu'il demande que fon ar
Octobrei
1707
.
Gg
354 MERCORE
mée de Flandre foit groffie la
Campagne prochaine par un
grand nombre de Troupes Al
Temandes , les Princes Allemans
craignant pour leur propre païs,
veulent retirer celles qu'ils ont
en Flandre , & le Duc d'Hanover
principalement , alleguant
pour raifon de la demande
qu'il fait du rappel des
Troupes qu'il a en Flandre ;
qu'il n'a accepté le Generalat
de l'armée de l'Empire que
dans la penfée que fes Troupes
ferviroient fous luy , & groffiroient
fon armée .
Mais je veux que le Duc de
Malborough obtienne tout ce
qu'il demande , il ne fera pas
l'année prochaine une Campagne
plus glorieufe ; mais elle
GALANT
355
pourra eftre plus fanglante , &
ce General doit eftre perfuadé
auffi- bien que tous les Alliez ,
que la France fe reglera fur leurs
démarches , & fur les préparatifs
qu'ils font dés à prefent , ou du
moins qu'ils veulent perfuader
qu'ils vont faire. La France donc
n'en fera pas moins , & elle eft
même plus affurée que les Alliez
d'avoir de nombreuſes Troupës
à l'ouverture de la Campagne ,
& mefme en auffi grand nombre
qu'elle le jugera à propos ; puif
que par une prudence , & par
une prévoyance , que l'on ne
peut trop admirer, tous les fonds
font prefts pour la Campagne.
de 1708. Ainfi tous les beaux
projets du Duc de Malborough
'aboutiront qu'à faire perir de
Ggij
356 MERCURE
1
手
part & d'autre beaucoup plus
de monde la Campagne prochai
ne , & c'eſt à quoy aura abouti
fon peu de fçavoir dans l'art del
la guerre , qu'il prétend cacher
à l'ombre d'un nombre infini
de Troupes. Il auroit effective.
ment paru grand General , has:
bile homme , & grand politiques !
fi au lieu de publier à haute voix
dans toute l'Europe qu'il veur
que la Campagne prochaine fon
Armée foit groffie de plus de 20.
mille hommes , fans compter les
Troupes Angloifes & Hollan
doifes , il avoit tâché de faire
croire qu'il manqueroit de forces
la Campagne prochaine , &
que la plupart des Troupes Allemandes
devant quitter fon Armée
, il auroit bien de la peine à
GALANT 357
réfifter aux Troupes de France.
C'eft ce qu'auroit dû faire un
habile homme , pour empêcher
les François de groffir leur Armée
, pendant qu'il auroit fous
main mis tout en ufage , pour
que celle qu'il commande , fe
trouvât groffie à l'ouverture de
la Campagne ; & affez forte pour
livrer les Batailles , dont il ne
ceffe point de parler comme s'il
eftoit fûr de vaincre toûjours .
Voilà ce qu'il auroit dû faire ;
mais quand il auroit esté affuré
de réüfir, il n'auroit pas embraf
fé ce party; & il croit que pour
briller , il faut menacer beaucoup
, fe donner de grands mouveméns
, & aller dans plufieurs
Cours , afin de faire croire qu'il
a l'art de perfuader , & que
dés
358 MERCURE
qu'il a parlé , on doit fe rendre à
fes raifons , & que tous les Alliez
lui font obligez des foins & des
peines qu'il veut bien fe donner
dont il ne doit pas être moins récompensé
que des fervices qu'il
leur rend à la tefte de leurs
Troupes. Le temps nous fera
voir à quoy auront abouti tous
ces grands préparatifs , & tous
ces grands mouvemens . Cepen .
dant comme il me reste encore
beaucoup d'articles de guerre ,
dont je dois vous parler dans
cette lettre , je crois que la diverfité
des matieres eftant toûjours
agreable , je dois mettre
icy l'extrait d'une lettre de la
Rochelle qui doit vous divertir ,
auffi -bien que tous ceux qui le
liront. Cette lettre eft du 18. de
ce mois.
GALANT 359
Il eft arrivé un Vaße au richement
chargé , venant du Nord , du Port de
Nelfon , dans la Baye d'Uffon , qui.
a apporté un Ours blanc , qui a esté
pris à la mer , foixante lieuës au large.
Sa mere ayant efté tuée à coups
defufils , le jeune Ours ne laila pas
de fe jetter furelle pour la teter. Lifut
faifi dans ce temps - là par les Matelots
de la Chaloupe , & apporté dans
le Vaiẞeau . Ila beaucoup profité depuis
, & il deviendra gros comme un
Bauf. On coupa les pattes à fa mere,
qui ont un pied demi de diamettre .
Ce petit mignon - là a bon appétit ,
& les plus jolies quenottes du monde .
Un Cocq d'Inde n'est pour luy qu'un
petit déjeuné. Son ordinaire eft un
quartier de Mouton par repas . Il
mange des fruits & des Noix ; mais
point de pain. Il beurle effroyable360
MERCURE
ment. Son regard n'eft pas gratieux,
Cependant il eft affez bonne perfonne,
quand on ne le tourmente pas . On
Pamene à Paris avec un jeune Sauvage
de fon pays , & defa connoiffance.
Je continue de la maniere que
j'ay commencé à vous envoyer
par lettres ce qui fe paffe en Allemagne.
La premiere de celles
que vous allez lire , fuit la derniere
de celles que je vous envoyay
le mois paffé .
*
Au Camp de Raftat le 26. Septembre
1707 .
Mr le Marquis de Vivans étant
détaché de l'armée avec 15. Eſcadrons
prés d'Offembourg afin de tenir
Л
toujours
GALANT 361
toujours la tefte de la vallée de la
Kinche , les ennemis ont fait une
marche deplus de 25. lieues derriere
les montagnes , & Mr de Mercy
Brigadier dans l'armée Imperiale
avec prés de deux mille chevaux eft
tombé fur luy à la faveur d'un
brouillard, Ce meſme broüillard qui
a caufé le malheur de Mr de Vivans,
a efté le falut des Cavaliers dont
on n'a pas perdu 150. & dans les
décharges qui fe font faites les ennemis
ont en plus de gens tuez que
nous . Le Regiment de Choiseuil
qui a eu le temps de monter à cheval,
· Mr le Choiseuil à la tefte,afort bien
fait , ayant rompu les ennemis deux
fois nous ne comptons pasque la perte
aille à 200. Cavallers ou Dragons ,
perfonne de confideration n'y a
efté tué ni pris : les ennemis fe fons
Octobre 1707. Hh
362 MERCURE
retirez avec la même diligence qu'ils
eftoient venus.
LesAlliez qui n'ont eu aucune
occafion pendant toute la Campagne
de parler avantageufement
des affaires d'Allemagne
, fe font faifis de l'affaire de
Mr de Vivans , afin qu'en l'exagerant
extraordinairement ils
puffent faire croire à leurs peuples
, que leurs affaires en Allemagne
ne font pas dans un fi
mauvais eftat qu'elles y ont toûjours
efté pendant cette Campagne.
Il eft conſtant que tout
ce qu'ils ont écrit eſt outré , &
quand les quinze Efcadrons
commandez par Mr de Vivans
auroient eftè auffi complets
qu'ils devoient l'eftre à l'ouver.
GALANT 363
ture de la campagne , il s'en
faudroit beaucoup qu'il n'euft
perdu autant de monde & de
chevaux que difent les Relations.
fuppofées , qui ont efté données
au Public. On doit faire reflexion
que l'on eft à la fin d'une
Campagne , pendant laquelle
toutes les Troupes de M de
Villars ont toûjours efté en
mouvement , & que celles que
commandoit Mr de Vivans
eftoient nouvellement arrivées
du bout de l'Allemagne , &
qu'enfin aprés tant de fatigues ,
& aprés cinq mois de Campagne
, qui emportent ordinairement
beaucoup de monde par
les maladies & par la deſertion ,
qui arrivent en tout pays , même
parmi les Troupes qui ne
Hhij
364 MERCURE
1
manquent de rien , & encore
plus parmi celles qui fe font enrichies
, & qui veulent jouir en
repos du fruit de leurs travaux ,
& enfin par les pertes que les
accidens caufent dans le cours
d'une Campagne. Toutes ces
chofes doivent prouver que les
ennemis font plus perdre de
monde à Mr de Vivans qu'il
n'en avoit lorsqu'il a eſté attaqué
; mais on ne doit pas s'étonner
de leur entendre tenir ce
langage , puifqu'ils font fouvent
des Relations de Combats qui
n'ont point efté donnez. En voicy
un exemple tres - récent. Ils
viennent dans leurs Relations
publiques, de faire donner plufeurs
affauts au Chafteau de
Suze , durant lefquels il s'eft fait
GALANT 365
un grand carnage de nos troupes
, & cependant c'eſt un fait
conftant que la bréche ayant
efté faite , ce Chafteau s'eft rendu
fans qu'il y ait eu un feur
coup de main. Il y a des Lettres
qui portent que Mr de Vivans
avoit envoyé de petits Partis ,
qui ne purent l'avertir affez toft
de la marche des ennemis , le
grand brouillard ayant efté caufe
qu'ils s'eftoient égarez . Je paffe
à la feconde Lettre .
Au Camp de Raftadt , le 30 .
Septembre 1707.
Les Ennemisfirent hier un mouvement
, & comme les Troupes qui
étoient campées à noftre vûë , avoient
shangé leur Camp , où d'ailleurs on
Hh iij.
366 MERCURE
plus
voyoit beaucoup de fumée , l'on creat
que leur Armée entiere avoit marché
pour retourner vers Philisbourg. Le.
foir nous apprifmes qu'ils eftoient tout-
Jours derriere la riviere d'Ethlingen ,
& que ce changement n'étoit quepour
camper plus commodement
régulierement. Leur droite eftoit dans
des marais que les dernieres pluyes
rendoient impraticables . Il leur atriva
hier encore deux Regimens d' Infanterie.
Leur Cavalerie ne fubfifte
que de rofeaux des Iles du Rhin , ce
qui fait périr beaucoup de Chevaux.
Mrle Maréchal de Villars , pour
eftre un peu moins preffé pour les fourrages
, a fait venir dans ce Camp
les Bataillons qui arrivent de Comté
pourremplacer 20. Efcadrons qui vont
à Hagenbach , où les villages des
GALANT
367
environs de Landau leur apportent
des fourrages.
Les Ennemis n'ont pris dans l'affaire
de Mr le Marquis de Vivans
que deux Officiersfubalternes
.
Cette lettre fait non feulement
voir la fituation
où étoient
les Ennemis
, lorfqu'elle
a efté
écrite ; mais elle confirme
auffi
ce que je viens de vous dire de
l'affaire
de Mr de Vivans , les
Ennemis
ne luy ayant pris que
deux Officiers
fubalternes
, au
lieu qu'ils ont écrit dans leurs
nouvelles
, que plufieurs
Officiers
confiderables
avoient
efté tucz ,
& qu'ils en avoient
fait prifonniers
deux des principaux
. La
lettre qui fuit vous apprendra
la
continuation
de nos avantages
en Allemagne
.
Hh iiij
368 MERCURE
Au Camp de Raftadt le 3. Octo
bre 1707
.
Un de nos Capitaines de Houffards
prit hier à la tefte du camp des
Ennemis un Capitaine d'Infanterie ,
un Lieutenant de Cavalerie , vings
chevaux , & fix ou fept Cavaliers.
C'est le mefme qui prit il y a troisfemaines
un Adjudant General de
l'Empereur , & depuis deux mois ce
mefme Capitaine a battu cinq on fix
Partys des Ennemis , & leur a fait
des prifonniers , & pris des chevaux.
en grande quantité en douze occafions
differentes. Tous leurs prifonniers
nous affeurent que leur Cavalerie
eft fort abattuë par le manque
de fourrage.
GALANT
369
Je ne doute point que la lettre
qui fuit ne vous faffe autant
de plaifir que la precedente.
Au Camp de Raftadt , le 10.
Octobre 1707.
Les ennemis ont commencé une
nouvelle Ligne qui prend fur
les montagnes au deffus a Etlingen
, couvre la Ville , & enfuite
regagne derriere la riviere d'Albe ,
& va de là au Rhin . C'eß un affez
grand ouvrage , & comme nous les
avons chaffez depuis le commencement
de la guerre de douze lignes ou
retranchemens differens , nous efperons
avec l'aide du Seigneur qu'ils
ne feront pas plus heureux à cette
nouvelle Barriere. Ils fouffrent beau
coup dans leur Camp , & manquent
370 MERCURE
"1
defourages depuis longtemps. Mais
tous les chariots des Provinces voifines
leurs en voiturent , ce qui est une
ruine entiere pour le peuple , les chemins
eftant rompus par les pluyes
continuelles. Nous avons encore da
fourage pour quinze jours , & nous
n'en manquerons pas, quand on voudra
en faire defcendre d'Alface par
le Rhin.
>
Nos Partis prennent toujours
beaucoup de chevaux aux ennemis
qui malgré les deffenfes s'écartent ,
par la neceffité de chercher des herbes.
Illeur eft arrivé de nouvelles trou-
Pes de divers endroits de l'Empire.
Je devrois ajoûter icy une
Lettre de Raftadt du 17. de ce
mois ; mais comme le temps me
preffe extremement , & qu'il
GALANT 371
ne me refte pas de place pour
tous les articles dont j'ay à vous
parler , je vous diray en fubftance
que cette Lettre porte, qu'on
croyoit que Mr le Maréchal deVil-
Lars hiverneroit au delà du Rhin
qu'il y avoit une maladie contagieufe
dans l'armée ennemie , tant
Parmy les hommes que parmy les
chevaux ; que l'armée du Roy
eftoit exempte de ces maux , & que
Mi le Comte de Broglio avoit découvert
un endroit où il y avoit ena
core pour quinze jours de fourage
fans toucher aux Magazins d'Alface.
Je paffe aux affaires d'Efpagne.
Mrle Chevalier de Croy
blocque Tortofe du côté de Valence
, depuis cinq mois . Il eft
Loûjours maiſtre de la demy372
MERCURE
lune du bout du Pont ; il a fait
dreſſer une batterie fur le bord
de l'Ebre, qui endommagebeau.
coup les ouvrages de la Ville ,
& il a battu les Miquelets en
plufieurs rencontres.
Vous attendez fans doute
que je vous parle du Siege de
Lerida , & je vais fatisfaire vôtre
curiofité.
Comme les Ennemis fe font
toûjours attendus que l'on feroit
ce Siege , il eft aifé de juger
que l'on a dû trouver la Place,
auffi bien que le Chafteau , munie
de leurs meilleures Troupes
, & en affez grande quantité
, pour foûtenir un long
Siege , & que les vivres & les
munitions ne doivent pas leur
avoir manqué , non plus que
•
GALANT 373
toutes les chofes neceffaires
pour la défenfe de ces poftes
importans .
Je ne dis rien de la Ville ;
qui , malgré tout ce que jo
viens de vous dire , fera prife
fans doute avant que je finiffe
ma Lettre , quoy qu'elle foit
forte , elle ne pourra refifter
long - temps à des Affiegeans
bien refolus d'imiter la vivacité
d'un Chef toûjours en action ,
& qui ne repofe ny nuit ny jour .
Aprés la prife de la Ville , il
faut fe rendre maiſtre d'un Fort
qui eſt d'un coſté de la Place ,
& de l'ancien Chasteau , qui eft
de l'autre , dont on approchera
d'autant plus difficilement ,
qu'il eft fur un Rocher escarpé,
excepté du cofté de la Ville ,
J
374 MERCURE
où il y a une pente de terre
que les Ennemis ont fortifiée ,
en y faifant faire un grand Ouvrage
, auquel ils ont auffi fait
faire un chemin couvert .
Avant que de vous parler de
ce qui s'eft paffé à l'ouverture
de la tranchée , & les jours
fuivans , je crois devoir vous
donner un Etat des Troupes
qui font ce Siege , & vous marquer
les Quartiers où elles
font.
GALANT 375
ETAT
Des Quartiers de l'Armée
devant Lerida .
QUARTIER
GENERAL .
Balaguier.
LIEUTENANS GENERAUX,
Mrs De Labadie.
Dareine.
Feoffreville.
Comte d'Egmont.
Saint- Gilles.
Cilly.
MARECHAUX DE CAMP.
Bligny.
Maulevrier.
Brancas.
376 MERCURE
Medenille..
'Pinto.
Ronquillo.
Bourg , Irlandois
.
CAVALERIE .
INFANTERIE ..
Bataill.
Le Maine . 2
Breffe .
I
Buqueley.
I
I
Efcadr.
3
+3
3
Marymont .
3
www
3
3
3
Rouffillon -Nuevo.
Grenade .
Pui al quies.
Carfeton.
Bouville , Dragons .
Courtebonne , Dragons .
QUARTIER
De Caftillon de Frafagne.
LIEUTENANS GENERAUX,
Mrs De Legall
GALANT 377
Le Duc d'Avray.
MARECHAUX
DE CAMP .
Mrs De Kercado.
Le Duc de la Rao.
De la Vaire.
INFANTERIE .
Les Gardes.
Normandie.
Dillon .
Bataill .
4
3
I
Orleans.
Berwick.
CAVALERIE .
Les Gardes du Corps .
La Reine.
Afturie .
Rouffillon Viejo.
Efcadr.
4
4
4
3
QUARTIER D'ALFARAZ .
LIEUTENANS GENERAUX.
Mrs Le Comte d'Eftein.
Octobre
1707.
I i
378 MERCURE
De Helly.
MARECHAUX DE CAMP .
Mrs De Choiseuil.
De Pons.
INFANTERIE .
La Couronne.
Damas.
Medoc.
Blaifois .
La Sarre.
Angoumois.
Perigord.
Ile de France,
Bataill.
2
I
I
I
2 2
I
I
I
Durban. I
Miromefnil . I
CAVALERIE . Efcadr.
Carillo.
3
Milan.
3
La Meroty: 3
Amezaga. 3
GALANT 379
Berry .
Fléche.
Germinon .
3
3
QUARTIER
.
Dé Monçon.
BRIGADIER .
Mr De Bouville.
INFANTERIE.
Auvergne.
Hainault .
Bigorre.
Bataill.
QUARTIER
De Benavari.
2
Mr d'Avaret , Lieutenant General.
Mrs De Fontboifard.
De Saluzzo.
Ii ij
380 MERCURE
De Cailus.
CAVALERIE .
'Anjou .
La Feronaye.
Du Beffé .
Saint-Germain.
Simiane .
Cailus , Dragons.
Bozeli , Dragons.
Efcadr.
2
2
MAANAAM
2
2
3.
Je ne vous parle point de toutes
les difpofitions qui ont eſté
faites pour l'attaque de la Place,
environnée de toutes les Troupes
qui font dans la Lifte que
Vous venez de voir l'aplication
de S. A. R. à faire réüffir
tout ce qu'elle entreprend ,
doit vous faire juger que ce
Prince avoit pris toutes les me
fures neceffaires pour l'ouvers
GALANT 38
ture de la tranchée qui a efté
longtemps reculée , tant par les
groffes eaux qui empêchoient la
communication des Quartiers
& qui rompoient les Ponts ,
l'incommodité que les Troupes
en recevolent , qui étoient fouvent
campées au milieu des
eaux , que parce que ces pluyes
continuelles ne permettoient
pas à toutes les chofes neceffaires
, d'arriver avec autant de
promptitude que la genereufe
impatience de Monfieur le Duc
d'Orleans les fouhaitoit . On auroit
pû ouvrir la tranchée dés
qu'une partie des chofes neceffaires,
pour l'ouverture de cette
tranchée fut arrivée ; mais comme
on avoit refolu d'ataquer la
Place avec une vigueur qui rés
38% MERCURE
pondît à l'ardeur ' de S. A. R ;
On crût que fi on en manquoit
quand ce fiege feroit avancé ,
le ralentiffement
qui paroîtroit
en attendant le reſte des provi .
fions , redonneroit de la vigueur
aux Affiegez, & qu'ils pouroient
avoir le temps de reparer les
bréches avant qu'on recommençaft
les attaques ; de maniere
que l'on jugea à propos , de ne
point ouvrir la tranchée , que
l'on n'euft toutes les chofes neceffaires
pour pourſuivre le
fiege jufqu'à la fin , avec une
égale vigueur. Je ne dois pas
oublier ici , que Mr de Bervick
arriva au Camp le 15. de
Septembre , & que le 22. un
gros corps de Miquelets tiré
des Milices qui font dans la
GALANT 383
Ville , étant forti pour inquieter
ceux qui venoient fouvent
de Fraga au Camp , pour
y aporter les chofes neceffaires ,
fut attaqué dans les vignes par
M'de Fonboifard , qui en tua 30.
& en prit 25. avec 100. mules
Rien n'eſt égal à la prévoyance
de S. A. R. qui avoit refolu , en
cas que le pont que l'on a dreffé
fur la Segra , fuft une feconde
fois emporté par les eaux , de
faire paffer dans des bacs qu'elle
avoit fait venir exprés , toutes
les provifions tirées de Fraga .
Ce pont qui eft de nouvelle invention
, eft tres - folide , & peut
être porté fur des mulets . Il en
coûte aux habitans de Lerida ,
leur pont de pierre que les ennemis
ont fait ruïner . Il y avoit
284 MERCURE
d'abord dans la Ville , felon le
plus commun raport , cinq bataillons
de troupes reglées ; fçavoir
, 2. Anglois , 1. Holandois
& 2. Portugais , avec 2. bátaillons
de Miquelets ; & le Gouverneur
s'étant retiré dans le
Chafteau , fit dire aux habitans
& aux Troupes qu'il laiffa dans
Ja Ville , qu'ils ne devoient pas
compter d'y avoir une retraite ,
étant trop petit pour les contenir.
Ce langage n'étoit que
pour les engager à fe défendre
jufqu'à l'extrémité , perfuadez
qu'ils n'auroient aucun lieu de
retraite , puifqu'en effet , le
Chaſteau eft affez grand pour
contenir encore un plus grand
nombre de Troupes , & qu'il
renferme la Cathedrale & l'Evêché.
GALANY 385
2
vêché . S. A. R. qui pendant
toutes les traverses qu'elle avoit
effuyées , avoit toûjours eu attention
à tout ce qui pourroit
faire avancer le fiege , auffi toft
qu'il feroit formé , avoit ordonné
qu'il y eût 2000 payfans prêts
à faire les travaux , auffi-toft
qu'ils en recevroient l'ordre .
Ainfi , dés que l'on vit un temps
propre à ouvrir la tranchée, que
l'on attendoit depuis long
temps , elle fut ouverte , ce qui
fe fit la nuit du 2. au 3 , de ce
mois , par le Régiment des Gardes
du Roy d'Elpagne , environ
à 60. toiles de la Place , dans un
terrain mêlé de cailloux , & en
prefence de Monfieur le Duc
and'Orleans . Les habitans ne penloient
à rien moins , qu'à l'ou-
Octobre 1707 . KK
"
-
386 MERCURE
verture de cette tranchée , qu'ils
ne croyoient pas devoir être fitoft
ouverte , de maniere qu'ils
ne s'en aperçûrent pas d'abord,
étant d'ailleurs ocupez à boire à
la fanté de l'Archiduc , dont ils
celebroient le jour de la Naiffance.
On affûre qu'il n'y eue cet
te nuit là que tres peu de
gens
de tuez & de bleffez à la tran
chée. Le cheval de M de Valiere
fut tué auprés de S. A. R.
qui va tous les jours deux ou
trois fois à la tranchée , pour
animer les Soldats , & pour faire
avancer les travaux , à quoi fes
liberalitez ne contribuent pas
peu. Mr le Chevalier de Jaucourt
, Commiffaire Provincial
de l'Artillerie , fut bleffé lege -q¶
rement à la jouë , & Mr Da -T
MUDUM
GALANT 387
doncourt fat bleffé au pouce.
J'apprens en ce moment , la
prife de la Ville de Lerida , mais
n'étant pas encore informe du
détail , je remets à vous en parler
à la fin de ma Lettre , où vous
le trouverez. Cependant , voicy
ce qui s'eft paffé à la priſe de
Ciudad Rodrigo.Il y a longtems
que les Portugais s'attendolent
que cette Place feroit attaquées
fa fituation devant engager les
Efpagnols à ne la pas laiffer
plus long - temps entre leurs
mains. Ainfi les Portugais l'a *
voient munie de toutes les cho
fes neceffaires pour une longue!
& vigoureuſe défenfe , ce qui
prouve que la perte de cette
Place a efté confiderable pour
eux , tant à caufe des vivres &
KK ij
288 MERCURE
A
des munitions dont elle eftoit
remplie qu'à caufe qu'ils y
avoient jetté des Troupes d'élite
, & que toute cette Garni
fan cft perdue pour eux , ceux
qui n'ont pas efté tuez ayant
elté faits prifonniers de guerres
Je ne vous fais point de détail
de ce qui a précedé le jour de
la prife de cette Place. Je vous
diray feulement qu'il y avoit
peu de jours qu'elle eftoit alfiegée
, & que les Espagnols ,
fous le commandement de Mile
Marquis de Bay , dont l'experience
& la valeur font connuës
, avoient pouffé leurs attaques
avec tant de vivacité ,
que le quatre de ce mois ayant
refolu d'emporter la contrefcarpe
, ils l'attaquerent avec
GALANT 389
23
&
tant de valeur & d'intrepidité ,
qu'aprés la vigoureuſe défenſe
que les Affiegez firent d'abord ,
les Affiegeans s'apperçurent que
les Affiegez fe rebutoient ,
que leur feu ne fe foûtenoit pas.
Mile Marquis de Bay commença
alors à croire que les Ennemiseftoient
en defordre , ou du
moins que quelque chofe leur
manquoir. Ce Marquis prit fon
party fur l'heure , à quoy ilfe
trouva encore excité par les
troupes qui crioient , à l'affaut, à
affaut. De maniere qu'il changea
cette attaque en un affaut
general , & les Troupes emportées
par une valeur incroyables
fe jetterent dans la Place
l'épée à la main . L'action ne
dura pas plus d'un gros quart
KK iij
390 MERCURE
d'heure . La Garnifon eftoit
compofée de plus de trois mille
hommes fçavoir de dix- huit
cens Portugais de Troupes reglées
, & le refte de Milices.
Les Portugais curent dans cette
occafion trois cens hommes tuez
& fix cens de bleffez, & le refte
de la Garnifon , parmy laquelle
il y avoit beaucoup de malades ,
fut pris à difcretion . On a com
pté parmy ces prifonniers dixhuit
cens foixante dix - huit fol
dats & cent vingt Officiers , QnZ
a pris cinquante fix Drapeaux
ou Etendards & on a trouvé
dans la Place treize pieces de
canon trois mortiers , & pour .
un an de vivres , fans compter
les munitions qui y citoient en
grande abondance . Il y avoi
>
}
GALANT
391
auffi des fourages pour quatre
cens chevaux dont il reftoit
deux cens qui furent pris . Cette
expedition n'a coûté que trente
hommes aux Espagnols , & ils
n'en ont eu que foixante de
bleffez . La prife de cette Place
couvre la Caftille , & ouvre le
Portugal . Cette action n'eft pas
moins brillante pour Mr le
Marquis de Bay , que celle d'Alcantara,
qui le couvrit de gloire .
Les Portugais abandonnerent
San Felicé , auffi - toft qu'ils eurent
appris la reduction de Ciu-.
dad Rodrigo.
Voicy la fuite & la fin du Journal
de Fontainebleau , dont je
crois que vous ne ferez pas moins
fatisfaite, que de ce que je vous
ay déja envoyé de ce Journal.
392 MERCORE
Le 22. Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes allerent
au retour de la Melle du Roy ,
à la chaffe du Loups & Sa Ma
jefté alla l'apréfdi - né avec Ma
dame la Dacheffe de Bourgogne
à la chaffe du Cerf , aux fentiers
d'Avon . Cette Princeffe & les
Dames fe remirent en grand
habit au retour de cette Chaffe ,
pour accompagner Monfeigneur
à la Repreſentation de Venceflar ,
aprés laquelle on jona George
Au
fortir de laComedie,
Monfeigneur , Madame la Du
cheffe de Bourgogne , & les Princes,
allerent joindre leRoy , pour
fe rendre au fouper de S. M
Le 23. la Cour commença à
quieter Fontainebleau , & Monfieur
& Madame la Ducheffe
GALANT 3934 partirent
pour le rendre
à leur
Maifon de S. Maur . Monfieur
le
Comte de Toulouſe
partit auſſi
pour Rambouillet
, & les Meutes
& les Equipages
de ces Princes
eftoient
partis la veille
&
plufieurs
Seigneurs
& Dames
commencerent
à partir fucceffivement
, afin d'eviter
les em
baras ,qui n'auroient
pas manqué
d'arriver
, fi toute la Cour étoit
partie en un jour. Meffeigneurs
les Princes
allerent
à differen
tes Chaffes
, aprés avoir dîné
avec Madame
la Ducheffe
de
Bourgogne
. Le même jour cette
Princeffe
entendit
jouer pendant
fon dîné fept Haut -bois.
Ballons , & autres Symphoniftes
,
vêtus de la livrée de Mr le Duc
de Virtemberg
. Ils faifoient
394 MERCURE
*
une partie des douze que ce
Prince avoit amenez en Provence
›
du
& qui ont deferie
dans le temps de la levée d
Siege de Toulon . Les cinq au
tres eftoient demeurez malades
en chemin. Madame la Ducheffe
de Bourgogne en fut tresfatisfaite,
& elle leur fit donner
une gratification . Le Roy tira
l'aprésdînée dans les Parquets,
& Sa Majefté , felon fes bon
tez ordinaires , & ce qu'Elle a
toûjours fait dans les temps
qu'Elle a quitté Fontainebleau,
fit diftribuer de groffes fommes
pour la fubfiſtance pendant
l'année , des Pauvres , des Ma
lades , & de la Maifon des Orphelins.
Sa Majefté ordonna
auffi des gratifications
pour tous
b
GALANT 395
les Concierges ; les Jardiniers ,
& les autres Officiers de cette
Maifon.
Les détachemens des Gardes,
partirent le 14. au matin , pour
Petit- Bourg , & tous les Corps
de la Mailon du Roy furent dif
tribuez fur la route , dans les
mêmes lieux où ils avoient eſté
poftez avant l'arrivée de fa Majefté
. On chaffa le cerf l'aprés
dînée à la Boiffiere, & Madame
la Ducheffe de Bourgogne & fes
Dames , accompagnerent fa
Majefté. Monfeigneur , donna
enfuite un grand retour de
chaffe , aprés quoi Madame la
Ducheffe de Bourgogne fe mie
en grand- habic , pour le trou
ver au fouper du Roy, On eft
d'autant plus content de ce
396 MERCURE
Voyage , que pendant tout le
fejour qu'on a fait à Fontainebleau
, il n'eft arrivé aucun accident
dans les chaſſes ; que perfonne
de confideration n'y est
tombé malade , & que tous les
plaiſirs qui ont fuccedé les uns
aux autres , ont eu tout l'effet
que l'on en efperoit . On peut
dire auffi que Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Meffeigneurs
les Princes , & toute la
jeuneffe de la Cour , quittent
avec regret ce charmant ſejour,
où il femble que la Cour foit
plus raflemblée qu'ailleurs ; outre
que l'on y eft toûjours dans
un efprit de joye , de plaifirs &
de divertiffemens . M le Duc
de Guiche & quelques autres
Officiers Generaux de l'armée
*
de
GALANT
397
de Flandre , arriverent ce jour-
Já .
>
Le 25. Monfeigneur , & Mef
feigneurs les Princes partirent
à fix heures du matin. pour aller
à Meudon . Le Roy & Madame
la Ducheffe de Bourgogne entendirent
la Meffeà dix heures ,
& dînerent enfuite , Sa Majefté
à fon petit Couvert , & Madame
Ja Duchefle de Bourgogne , &
fes Dames chez Madame de
Maintenon . Le Roy , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
Madame la Ducheffe du Lude ,
& trois Dames du Palais partirent
dans le même Caroffe , &
arriverent à trois heures à Petit-
Bourg , où Mile Marquis d'Antin
n'avoit rien oublié pour la
reception de la Cour , de toutes
Octobre 1707
. LI
398 MERCURE
les chofes qui luy étoient permis
de faire. Ce Marquis fçachant
que le Roy devoit le promener
en arrivant , avoit fait difpofer
dans fon Jardin une Allée que
Sa Majesté avoit marquée , parce
qu'elle eftoit neceffaire pour
l'embelliffement de ce Jardin .
Les terres en eftoient égalées ;
les trous faits pour planter les
Ormes , qu'il avoit fait porter
fur le lieu , afin que Sa Majesté
puft avoir à Petit- Bourg le plaifir
qu'elle prend fouvent dans
fes jardins , en faifant planter
devant Elle , des Avenuës & des
Bofquets fi grands , qu'il paroift,
quand l'ouvrage eft achevé ,
que ce foit un ouvrage de vinge
années fait par la nature
la chofe réüffit comme Mr
&
GALANT 399
•
d'Antin ſe l'eftoit imaginée , Sa
Majefté ayant fait planter devant
Eile auffi long - temps que
le jour le put permettre . Au
retour , le Roy n'ayant aucun
de fes Miniftres pour travailler
à fon ordinaire joüa avec
Madame la Ducheffe de Bourgogne
& les Dames ; mais feulement
pour occuper cette Princeffe
, pour laquelle Sa Majeflé
a toûjours beaucoup d'attention.
Toutes les Dames fouperent
avec le Roy. S. A. R.
Madame , avoit pris les devans
pour le rendre à Paris , à cauſe
d'un rhume dont elle fe fentoit
incommodée .
Le Roy entendit le 26. la
Meffe dans la Chapelle , pendant
laquelle il y eut Mufique ;
Llij
ta
400 MERCURE
Mr d'Antin ayant fait venir
quelques Muficiens de Paris
pour augmenter le nombre de
sceux que Sa Majesté entendit
Fors qu'elle paffa à Petit- Bourg
pour aller à Fontainebleau. Ce
Prince retourna enfuite au Jardin
, dont il ne fortit point que
l'allée ne fuft entierement plantée
; & Mª d'Antin fuplia le Roy
de trouver bon qu'il la nommâc
""
Allée Royale , puifqu'elle eftoit
A du goût & de l'ordonnance de
Sa Majesté. A Liffuë du diné ,
qui fut fervi à l'ordinaire par
les Officiers du Roy , Sa Majeſté
partit avec les mefmes perfonnes
qui avoient eu l'honneur de l'accompagner
& elle arriva fur
les cinq heures du foir à Verſailles
. Tout le peuple eftoit dans
GALANT 401
l'avenue , afin de témoigner plutôt
la joye que luy cauloit un
retour fi fouhaité. A peine futonérentré
dans Verfailles que
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & toute la Cour allerent
chez Monfeigneur le Duc de
Bretagne , que l'on trouva dans
une fanté parfaite . Le Roy u'alda
point chez ce Prince , parce
qu'on le devoit porter chez Sa
Majefté. Mais ce jeune Prince
ayant eu beaucoup de vifites, Sa
Majefté ordonna qu'on ne le
portaft chez Elle que le lendemain.
Sa Majesté apprit en arrivant
que la Ville de Lerida avoit
efté emportée d'affaut .
Je vous ay déja parlé de ce qui
s'eft paffé à l'ouverture de la
panday
tranchée de cette Place qui fut
Llij
402 MERCURE
ouverte par M de Legal Lieutenant
General ; Mrde Bligny ,
Maréchal de Camp , & M ' d'Her .
fel Brigadier, avec fix Bataillons
des Gardes du Roy d'Espagne ,
Efpagnoles & Walonnes , fans
compter les Grenadiers , & les
Gardes de Cavalerie . Je ne vous
ay point nommé ceux qui ont
monté les tranchées fuivantes ;
mais vous ayant donné un état
de toutes les Troupes qui font
ce fiege , vous devez bien juger
que tous les Officiers Generaux
& tous les Corps qui le compo
fent , montent alternativement
la tranchée , & qu'ainfi elles fe
couvrent toutes de la gloire que
l'on peut acquerir en de femblables
occafions. Voicy la perte
que l'on a faite au cinq premieGALANT
403
res tranchées ; & comme elle a
efté peu confiderable , on peut
connoiſtre que Monfieur le Duc
d'Orleans a fait prendre toutes
les précautions neceffaires
que les Troupes ne fuffent expolées
qu'à propos , & que tous
les Ouvrages fuffent parfaits. "
Wine·Premiere Tranchée.
pour
1. Officier Efpagnol & 4 , Soldats
bleffez .
II.
2. Officiers fubalternes & un
Dragon tuez & 1. Sergens.
& 3. Soldats bleffez .
.III.
3. Soldats tuez & 10, bleffez.
IV .
1. Sergent & un Soldat
404 MERCURE
tuez , & 2. bleffez.
Cinquième nuit & le jourſuivant.
3. Soldats de tuez & 28. de
bleffez , fans compter Mr de
Jaucourt , Commiffaire Provincial
d'Artillerie , qui eut la jouë
percée d'un coup de moufquet ,
& Mr Dadoncourt , Capitaine,
qui fut bleffé à la main . Les
tranchées dont je viens de vous
parler , finiffent la nuit du 6. au
7. & comme il ne ſe paſſa rien
de confiderable jufqu'au 9. que
le canon commença à tirer , &
même jufqu'au 11. au foir, qu'on
fe logea fur la contregarde , je
Vous apprendray feulement ce
qui s'eft paffé depuis que le canon
a commencé à tirer , & ce
GALANT
405
qui s'est fait depuis le 12. au
foir que la contregarde
a efté
emportée , & les jours fuivans,
qui font autant de jours de gloi
re pour le General & pour les
Troupes , dont l'impatiente
ardeur
avoit efté jufques - là obligée
de ceder aux injures du
temps le plus affreux qu'il y ait
cu depuis longtemps .
Le 9 à fix heures du matin ,
les batteries
commencerent
à
battre la premiere
enceinte
de
la Ville. A la gauche , il y en
avoit deux de 4 pieces chacune ;
à la droite , une de s. & une de
6. & tout à fait à la droite
prés du Chateau
, une battequi
rie de quatre mortiers
tira fur le Baſtion du Chateau
où les Ennemis
avoient leur
>
406 MERCURE
batterie , qu'ils avoient augmentée
jufqu'à quatorze pieces,
dont ils faifoient un tres - grand
feu ; de forte qu'on fut obligé
de faire ceffer une de ces batteries
de la droite , parce qu'étant
vûë un peu. trop à revers
par celle des Ennemis , ils
poù .
voient la démonter . La nuit du
dix au onze , la fappe , qui avoie
cſté commencée la nuit précedente
; fut continuée jufqu'à
dix toifes de la brèche , & on
travailla à un retour qui commençoit
à embraffer l'angle de
la Contregarde . Nos batteries
faifoient un feu épouventable ,
& chaque piece tira quatre-
Covingt - dix coups par jour. Jamais
canon n'a efté mieux fervy,
on ne doit pas s'en étonner ,
GALANT 407
les liberalitez faites par S. A. R.
aux Canonniers , les ayant extraordinairement
animez &
les careffes faites aux Officiers
d'Artillerie par ce Prince , ayant
produit le même effet. Il avoit
fait l'honneur à deux de ces
Officiers de les faire manger à
fa table , peu
, peu de temps auparavant
. Le feu des Ennemis bleffa
quelques pieces ; mais il ne
les mit point hors d'eftat de
fervir . Mrde la Croix , Officier
d'Artillerie , fut coupé en deux
d'un coup de canon ; Mr Caffant ,
auffi Officier d'Artillerie , fut
tué d'un coup de Moufquet , &
le Major , neveu de Mr Rigoleau
, qquuii eeut le bras caffé dans
le même temps , mourut aprés
qu'on luy cut coupé, Le 12. la
408 MERCURE
"
bréche s'eftant trouvée acceffible
, S. A. R. alla à la tranchée ,
où eftoient les deux bataillons
d'Auvergne , celuy de Breffe &
celuy d Angoumois , aufquels
elle fit joindre leurs quatre
Compagnies de Grenadiers , &
les deux du Regiment dOrleans.
Ces fix Compagnies de
Grenadiers furent deltinées
pour attaquer la brèche de la
droite , & celle de la Contregarde
à l'entrée de la nuit. 11
y avoit quatre cens travailleurs
pour faire le logement , foutenus
par les deux bataillons
d'Auvergne , ayant leur piquet
à leur tefte. Les bataillons de
Breffe & d'Angoumois eftoient
deftinez pour garder la gauche,
& la Brigade d'Orleans eftoit à
la
GALANT 409
la queue de la tranchée , pour ſe
porter où il eftoit neceffaire . Je
ne dois pas oublier que les Offciers
Generaux qui commandoient
la tranchée étoient Mr.
d'Avaray , Lieutenant General,
Mr Kercado Maréchal de
Camp , & Mr de Lambert Brigadier.
Dés que les Grenadiers
curent débouché , les Ennemis
commencerent à faire un feu
épouventable , qui fe foûtine
également pendant plus de deux
heures ce qui n'empêcha pas
qu'on ne le logeaſt fur la bréche
& le long de la Contregarde
, jufques à l'épaulement,
d'où l'on voyoit le revers de
la deuxième enceinte , ainfi que
tous les ouvrages qui ont efté
nouvellement faits depuis la
Octobre 1707
.
Mm
410 MERCURE
رازا
Contregarde jufques à la Ri
viere ; de forte que l'on ne fe
trouva Teparé des Ennemis que
par quelques maifons . Ils avoient
alors abandonné le chemin
couvert fur la gauche , &
ſe voyant preſts 'd'eſtre emportez
, ils fonnerent le Toxcin
dans la Ville , & ils firent un
feu épouventable de moufqueterie
, qui paroiffoit eftre du
moins de trois mille hommes
HYTHES
feconde de leur canon elpe
rant par ce move
ch
par ce moyen nous faire
reculer ; mais tous leurs efforts
furent inutiles . L'affaire, finit
fur les dix heures fans beaucoup
de perre du cofté des Af
fiegeans , qui n'eurent que cinquante
hommes tuez ou bleffez .
Les Ennemis revinrent à la
LL
GALANT 411
charge une demie- heure aprés ,
& ils furent pareillement reo
pouffez. On pouvoit alors entrer
dans la Ville l'épée à la
main ce que les Grenadiers
foghaittoient paffionnement
mais pour éviter le defordre &
la confufion de la nuit , on jugea
à propos de differer jufqu'au
lendemain matin treize.
On fic avancer, à la pointe du
jour des Grenadiers › pour fe
faifir du chemin couvert qui
eftoit à la gauche , afin d'embraffer
la Ville de tous , coſtez“,
on s'apperçut dans ce temps - là
que les Ennemis fe retiroient
au Cháfteau , avec tout ce qu'ils
pouvoient emporter , & l'on en
vit , defcendre un Tambour du
Prince de Darmftar , avec des
Mm ij
412 MPRCURE
Lettres pour fon Alteffe Royale,
à qui ce Prince écrivoit qu'étant
obligé d'abandonner la Ville , il
la prioit de traiter chrefiennement
les pauvres femmes , les enfans &
les habitans qui s'eftoient resiver far
la montagne prés du Chateau . Son
A. R. fit réponſe ſur le champ
que comme ils luy avoient fervi
défendre la ville , il pourroit les retirer
dans le Chateau pour s'en fervir
de mesme, s'il n'aimoit miens
faire leur compofition , en rendant
dés à prefent le Chasteau, à fante
de quoy elle les traiteroit comme rebelles
. Mi de Darmstadt y en reçut
un grand nombre , ce qui
n'empêcha pas qu'il n'en reftaft
encore beaucoup dans la Ville.
Le 14. au matin on s'empara de
soute la Ville , excepté de deux
GALANT
413
teau
mailons qui font prés du Châ
d'où l'on fit feu , & contre
Jefquelles on drella une batterie
de canons , Son A. R. établit les
poftes dans la Ville. On avait
trouvé dans les Eglifes quantité
d'hommes , de femmes & d'en-
Fans , & beaucoup de beſtiaux
avec plus de 1200 , mules dans
les mailons . M d'Orleans dit en
Tortant de la Ville , on peut deshabiller
, & alors le pillage fe fit par
deux foldats de chaque chambrée
, qui avoient efté détachez
pour cet effet . Il faut vous dire
que lesfoldats d'une armée campent
par chambrées , qui font de
cinq ou fix hommes chacune ,
plus ou moins , & que toutes les
choles qu'ils gagnent féparé-
Iment , fuivant le terme dont ils
Mm iij
414 MERCURE
fe fervent, eft partagé entre tous
te la chambrée.
icy que S. A. R. euc la précau
tion de faire placer de gros corps
de Troupes aux endroits par lef
quels on auroit pû faire des for
ties du Chateau pendant le pil
lage. Il fut grand , parce que
toutes les petites villes & tous
les villages des environs avoient
mis à couvert dans cette Place
tout ce qu'ils avoient de meile
leur , de maniere que toute l'art
mée a efté enrichie par ce pillat
ge. M' de Darmstadteft fort bla
mé d'avoir voulu foûtenir un affaut
qui a caufé la ruine d'une
fi belle Ville , & la défolation de
tout le païs des environs. 10
Il y cut pendant le pillages
environ cent païfans sucz, parco
Sedoirajoûter
GALANT was
415
qu'ils voulurent opiniâtrement
sy opofer On crut devoir oras
donner ce piltage , podréparai
gner dans la fuite loifang des
peuples que cet exemple doit
rendre fages.g
Lets au matin on reconnut le
Château afin de convenir des
endroits où l'on placeroit les
batteries, & où l'on attacheroit
leMincur . Comme je fuis obligé,
à caufe des Feftes , de finir ma
Lettre ,feptjours avant que vous!
la recevica , je ne doute point
qu'il n'arrive de grandes nou
velles avant ce temps- là , que
Vous n'y trouverez pass mais
j'efpere que ʼn je vous en parle
plûtard que les autres , je vous
en envoyerai un plus grand dérail
, ce qui vous fera trouver
46 MERCURE
de la nouveauté dans une vieille
nouvelle,
7 ab
Le mot
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , étoit le Puits . Ceux qui
Pont trouvé
, font Me
Abbe
de Lerac , & le tout joly , Mr
Richi de Lyon , Favier , D. D
S. Berkenhead , de Saint Ger
main en Laye ; Julien Milet , de
la Gentilhommerie de Maire en
Medoc ; Jamé , du Faubourg S.
Germain , l'Arpenteur Royal de
Belru ; le Boiteux des deux Aigles
; le Solitaire du Marais ;
Tegor, de la rue de la Cerizaye ;
le Galant banal de S. Cloud ; un
Penfionnaire de Mr Thomas ;
legos Tambour du bout , le
Solitaire ; Que - mine & fon
amy Darius ; Me de Neuvi Pail
乳
GALANT 417
lou ; Miles Roulon , de l'E
chelle du Temple ; Genevieve
Jollain ; les filles de Mr Jame
du Faubourg S. Germain ; l'Ai
mable Brune d'Auteuil ; la plus
jeune des belles Dames de la
ruë des Bernardins ; la belle &
groffe Maman , de la ruë du
Pont aux Choux , & fon aima
ble & grande fiile , de la rue du
Monceau S. Gervais ; la Colombe
de Merignac prés de Bor
deaux ; la vieille Pie du Defert
la rare Simplicité la Bergere
Climene & fon Berger Tirciss
les belles Vendangeuſes du Seigneur
de la Roche - Chargé ;
Manon , de la rue des cinq Diamans
; la petite Suedoife ; la
Blonde fans pareille.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle
418 MERCURE
(
ENIGMEN SAN
!
A peine fuis je nè , qu'ennemi de
moi- même
Je fonge à former man tombeau.
J'aime fort la verdure , & je ne bois
point d'eau danski spre
Dés qu'ilfaut travailler, mon plaifir
eft extrême.
Je ſuis toujours brun en naißant
Et je blanches engroſiſſant, odlook
Famufe lajeuneffe ; elle me cher
che & m'aime th
F'imite le ferpent & je change de
peau ,
Et quoique toûjours le même ,
Trois fois en moins d'un mois je
prens un air nouveau.
LDOR .
HE
BIBLIOT
DE
BELA
LYON
VILLE
brent sur un fait veritable , on
misdocra
efaut.
us
sforGALANT
419
AIR NOUVEAU.
Quant à l'amour je vous convie
Vous m'en demandez des leçons';
Il ne faut pas tant de façons ,
Ayez en feulement envie';
Amourfçaura bien vous former ,
Aimez , aimez , & vous sçaurez
aimer
Je vous ay dit dit que Mr de la
Monnoye de Dijon avoit remporté
le trois de May le prix
de l'Eclogue aux Jeux Floraux ,
ce qui n'eft pas veritable . Cependantun
autre auroit pû faire
la même faute , puis qu'ayant
voulu fçavoir depuis pourquoy
l'on m'avoit mandé une fauffeté
pour un fait veritable , on
nisdocrg
"
420 MERCURE
m'a affuré qu'un homme avoit
efté affez hardy pour fe prefenter
dans l'Affemblée fous le
nom de Mr de la Monnoye , &
que le prix luy avoit eſté délivrés
Cependant j'ay ſçû par
Mr de la Monnoye même , qu'il
n'est point Auteur des Vers
aufquels ce prix a eſté ajugé ,
qu'il ne l'a ny reçû ny prétendu
recevoir ; qu'il n'afpire plus
il y a long-temps à de pareils
honneurs ; & que toutes les
pieces , qui en cès fortes d'occafions
pourroient à l'avenir
eftre envoyées fous fon nom à
Toulouſe & ailleurs , feront trescertainement
fuppofées.
Il me reste à l'ordinaire une
infinité d'articles , que je fuis
obligé de reſerver pour le mois
prochain
GALANT 421
prochain. Je puis vous affurer
que ma Lettre fera fort curicufe
, à caufe des belles matieres
qui la rempliffent ordinaitement
dans le mois de Novembre
, & que d'ailleurs la Guerre
m'en doit fournir auffi . Je fuis ,
Madame, voftre , & c.
A Paris ce 29 Octobre 1707 .
Nn
Octobre 1707. Na
422 MERCURE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR
'Avois promis , pour fatisfaire
à l'mpatience du Public JA , que
je
Sebiterois
le lendemain
de la
S. Martin , le Livre intitulé ,
Hiftoire du Siege de Toulon , où l'on
voit les raifons politiques qui ontfait
agir ceux qui l'ont entrepris , & tout
ce qui s'eft paffé depuis le jour que
Monfieurde Savoye eft entré en Provence
, jufqu'au jour que ce Prince
en eft forti ; avec un Fian qui n'a
point encore efté veu . Mais le bruit
s'eftant répandu que l'on travailloit
à cet Ouvrage , l'Aucur
a receu un fi grand nombre
GALANT 423.
de Memoires curieux , tant des
Officiers de Terre que de ceux
de la Marine , & d'une grandc
partie des Villes de Provence ,
qu'au lieu d'un Volume qu'il
`s'étoit propofé de donner au Public
, il s'eft trouvé obligé d'en
faire deux gros ; en forte qu'on
auroit pû les relier en trois Vo .
lumes dont chacun auroit
efté auffi gros que le font les
Mercures. Cependant on croit
faire plaifir au Public en ne faifant
relier tout ce grand Ouvrage
qu'en deux Volumes , qui ne
fe vendront que quatre livres les
deux, quoique naturellement ils
dûffent valoir autant que trois
Mercures , puifqu'ils contiennent
autant d'impreffion , &
que l'Eſtampe , qui eſt in folio ,
424 MERCURE
>
ait beaucoup coûté. L'Auteur
neanmoins ne voulant rien ga❤
guer fur cet Ouvrage , & voulant
donner fon travail gratis au
Public , a voulu qu'on donnât
cet Ouvrage luy
pour le
prix que je viens de marquer,
qui ne fuffira pas pour retirer les
frais de l'impreffion , & les ports
de plus de deux cens gros paquets
de lettres . Je dois avertir
le Public , que comme en commençant
l'impreffion de cet Ou
vrage , on n'a pas crû qu'il dût
eftre fi confiderable , on n'en a
pas fait imprimer une affez grande
quantité pour fatisfaire la curiofité
d'un nombre infini d'Officiers
de Terre & de Marine ,
dont les Emplois & les actions fe
voyent dans cet Ouvrage , ainf
GALANT 425
*
que les noms de tous ceux qui fe
font diftinguez par leur zele
dans toute la Provence , & qui
doivent garder cet Ouvrage
pour faire voir à leurs Defcendans
la gloire dont ils fe font
couverts , en gardant au Roy la
fidelité inviolable que luy doivent
tous fes Sujets . Tout cela
pourra eftre caufe que ceux qui
fe laifferont prévenir par l'empreffement
de ceux qui voudront
avoir cet Ouvrage , pourront
n'en plus trouver lors qu'ils en
voudrònt avoir , & qu'il arrivera
comme au Volume de l'affaire
de Cremone , dont l'impreffion
ayant manqué peu de jours aprés
qu'il fut mis en vente , il
n'a plus efté poffible d'en trouver
pour de l'argent .
426 MERCURE
18
Je dois ajoûter icy que l'Oue
vrage ayant groffi par les raifons
que je viens de dire , il ne
peut eftre donné au Public , que
le Vendredy 18. de Novembre.
AVIS.
Le Mercure de Novembre fe
debitera le fecond de Decem
bre.
ERRAT A.
Page 276. ligne ro . on a mis
feu Henry de Montluc ; il faud
after le mot de fen.
*
*
LYON
*
18834
TABLE.
ODB , fervant de Prelude ,
DE
Extrait d'un Panegyrique de S.
Louis ,
14
Voile donnépar Mr l'Archevêque
aux filles de Sainte Marie de la
ruë du Bacq , avec un Èxtrait
du fermonprêché par le Pere de
la Ruë
35
Mariage de Dom Auguftin Chigi ,
Premier article des morts
42
49.
56
60
·Evêché donnépar le Roy d'Espagne ,
Donsfaits par le Roy ,
Ouvrage defaifon , touchant le choix
des vins ,
Nouvelles de Pondichery :
68
7.9
Transport du coeur de Mr le Duc de
Nevers
87
Lettre touchant les rejouiffances
TABLE .
faites a Touloufe par de jeunes
Espagnols , à l'occafion de la
naiſſance du Prince des Afturies,
Second article des morts
ΙΟΙ
106
138
Raports de noms qui peuvent caufer
quelques erreurs ,
Réjouiffances faites par Monfieur
l'Electeur de Cologne , pour la
naiffance du Prince des Afturies ,
143
Relation du voyage du Nord , fait
par Mr le Comte de Forbin , 159
Homelie de fa Sainteté,
Suite des Réjouiffances faites pour
la naiffance du Princes des Afturies
193
210
Suite dn Journal de Fontainebleau ,
220
Article de Bayone qui en contiene
plufieurs qui regardent la Reine,
TABLE.
d'Espagne , Douairiere 258
Réjouißancesfaites par Mr le Mar
quis de Marimon
Lettre de Mr Sarron ,
255
271
274 Troisieme article des morts
Patentes d'Oculiste données par le
Roy d'Angleterre à Mr de
VVoolhouse ,
299
Suite de l'article du founal de Fontainebleau
qui fe trouve dans ce.
volume ,
Muete au lieu du nom de Meute
Affaire d'Italie ,
306
321
323
336
Extrait d'une Lettre d'Alemagne ,
Article curieux touchant les affaires
de Flandre , & dans lequel on
voit le caractere du Duc de
340 Marlborough ,
Extrait d'une Lettre de la Rochelle .:
359
TABLE .
Affaires d'Alemagne , 360
Continuation du blocus de Tortofe
371
Ouverture de la tranchée devant
Eerida,
Prife de Ciudad- Rodrigo ,
372
387
394
401
Fin du Journal de Foutainebleau ,
Prife de la Ville de Lerida
Articles des Enigmes , 418
Prix de Toulouſe délivré à un
Avis au Lecteur touchant l' 419
du Siege de Toulon ,
Autre avis ,
THEQUE
BIBLIJ
LYON
*
789
TE
LA
VILLE
421
526
Avispourplacer lesFigures.
doit
L'Air qui commence par
Je ne fuis plus amant
regarder la page 321 .
L'Air qui commence par
Quant à l'amour , doit regarder
la page 420
GALANT
DEDIE A MONSEIGNE
BOTE
LYON
1893
LE
DAUPHIN
OCTOBRE
, 1707
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Pal ais au Mercure Galant.
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture de ne pas
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercufes.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais au Mercure
Galant ,.
M. DCC VII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'annéesau
commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
"les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
A ULECTEUR.
1
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
BIBLA
OCTOBRE , 17
LYON
1893
DE
VILLE
Ous trouverez dans
l'Ode qui fuit un
Portrait du Roy qui
vous fera plaifir.
Mere des grandes actions ,
Conftante & fidele fageſſe
A iij
6 MERCURE
Seule fouveraine maîtreffe ,
De nos plus fortes paffions ,
Vive fource des bellesflames ,
Feconde clarté de nos ames ,
Douxfruitpluspretieux quel'or
Ferme appuy de l'homme en tout
Odu monde brillant trefor ,
Faites-moy connoiftre le Sage.
Mais déja de cette vertu ,
Que rien ne corrompt rien n'altere,
Qui porte unfront doux & ſervere
,
Je vois un homme revêtu ,
La justice regle fon ame ,
La feulepieté l'enflame,
GALANT 7
#
་
La raifon éclairefon coeur ,
La gloire l'infpire & l'anime ,
Etfi fon courage eft vainqueur
Sa victoire eft toujoursfans crime.
Toujours attentiffur les fiens ,
Toujours attentiffur foy- meme,
Lapaix faitfon bonheur fuprême,
Etfes plusfecrets entretiens ,
Ses foins vigilans faprudence ,
Sa grandeurd'ame & fa conftance,
Conduifentfonjufte deffein ,
Si lefort contraire en décide ,
Son viſage toujours ferein ,
Fait voir un courage intrepide.
Son coeur modefte enfesfuccés ,
A iiij
8 MERCURE
Fait toujours une gloire vaine ,
Etfifon noble orgueil l'entraîne ,
Ilfçait en moderer l'excés
Sifon bonheur change deface ,
Alors d'une prompte difgrace ,
Le fage n'eft point abatu ,
Une ame qui n'est pas commune
Se confole dansfa vertu ,
Et n'accufe point la fotune.
En vainfes ennemis jaloux ,
·Contre luyforment cent tempeftes ,
Ilfçait fur leurs coupables teftes ,
En faire retomber les coups ,
En vain pour éprouverfon zele ,
Le Ciel tente fon coeurfidele ,
Par mille évenemens divers ,
GALANT
9
Toujours rangéfous fes aufpices
Defes voeuxfans relâche offerts ,
Il redouble les facrifices.
Avec unfeul de fes regards ,
Ses lumieres toutes celeftes ,
Diffipent les complot's funeftes
Qu'il voit tramer de toutes parts s
Ses ennemis pleins d'arrogance ,
Se brifent contre fa conftance ,
Pareils à fes fougeux torrens
Dont le cours bruyant & rapide ,
Va fe répandre dans les champs ,
Et ne laiffe qu'un lit aride ,
>
Tel fut ce Roy choifi des Cieux ,
Toujoursfage ardentpour lagloire,
10 MERCURE
Sifaint &figranddans l'Hiftoire,
Davidpar tout victorieux ,
Contre luy pouffé par l'envie
Saül perfecutefa vie ,
Et s'en voit luy- mefme accablé,
La grace du Ciel l'abandonne
David de fes faveurs comblé ,
Devient maistre defa Couronne ,
Tel eft ce fage , ce guerrier
Ce grand défenfeur de l'Espagne;
Qu'en tous lieux l'honneur accom
pagne :
Entaffant laurier fur laurier.
Plus un orgüeïleux adverfaire.
Contre ce Roy , contre l'Ibere ,
Redoublefes puiffans efforts ,
GALANT II
Plus ce fage voit la victoire ,
Couronner fes juftes tranſports ,
Et croiftre l'éclat defa gloire.
Le fage aprés mille travaux ,
Aprés mille peines diverſes ,
Au milieu de tant de traverses .
Fouit d'un glorieux repos ,
Il voit perpetuerfa race ,
Il voit pleuvoir grace fur grace ,
Sur les fucceffeurs de fon fang ,
Il a le plaifir de voir croiſtre ,
Desfils qui tranfmettrontfon rang,
Ades petitfils qu'il voit naiftre .
Le Sage eft tranquile au dehors ,
Au dedans fon ame eft égale ,
12 MERCURE
Sa rare vertufefignale ,
Toujourspar de nouveaux efforts ,
Dans le Confeilgrand politique ,
Dans fes ouvrages magnifique ,
Jufte en tout ce qu'il entreprend ,
Dansfes difcours plein de nobleffe,
graits marquent Louis le Ces
Grand ,
Vray modele de lafageſſe ,
Priere à Dieu pour le Roy.
Défens , Seigneur , ce fage Roy ,
Qui ne combat que pour tagloire ,
Qui n'a de rempart que tafoy ,
Que ton faint Nom dans fa memoire
,
GALANT
13
S'il fouhaite de voirfes ennemis
défaits ,
C'est pour te confacrer l'honneur
de fa victoire,
Ou pour lefeulplaifir de leur donner
la Paix.
.
Vous avez dû remarquer
que cette Ode a cfté faite fur
le fujet donné par Meffieurs
de l'Academie Françoiſe pour
le Prix de Poëfie qui fut donné
le jour de la Fefte de Saint
Louis . Cette Ode eft une des
fix qui avoient cfté reſervées
pour difputer le Prix . Elle eſt
de M' de Gendron du Petit
14 MERCURE
Fouchault , dont je vous envoyai
une Ode en 1698. fur
la Paix de Rifwick , & qui fut
-tres -favorablement receuë du
Roy & du Public.
La vie de Saint Louis eft fi
belle, & l'on a toujours pris
tam de plaifir à la lire , ou à
en entendre parler , que ceux
qui ont fait des Panegyriques
de ce Saint , ont prefque toujours
reçu de grands aplaudiffemens.
Le Pere Simon de la
Vierge , Prieur des Carmes de
Loudun , & Auteur du Livre
des Actions Chreftiennes , en
fit un le jour de la Feſte de ce
GALANT
15
,
Saint , dans l'Eglife des Dames
de l'Union Chreftienne de Loudun
, qui luy attira de grands
aplaudiffemens . Il y parla du
Roy d'une maniere tres - delicate
, & fans nommer ce Monarque
; mais ce qu'il en dit fat
aifément remarqué de tous les
Auditeurs. Vous en jugerez
par l'extrait de ce Panegyrique
que je vous envoye de la maniere
que je l'ay reçu , non pas
de ce Pere ; mais d'une perfonne
qui affure avoir retenu ce
qu'elle m'a envoyé. Voicy cet
Extrait.
Le Pere Simon prit pour texte
16 MERCURE
ces paroles du Chapitre 46. de
l'Eclefiaftique.
FUIT MAGNUS SECUNDUM
NOMEM SUUM , MAXIMUS IN
SALUTEM ELECTORUM DEI ,
EXPUGNARE INSUR-
, GENTES HOSTES UT
CONSEQUERETUR HÆREDITATEM
ISRAEL. Et aprés unjuf
te paralele de fofué & de Saint
Louis , il fe donna tout entier au
recit du regne de ce Saint Roy ,
regne de miracle & affemblage de
toutes les vertus. L'avant -propos
renfermoit tout ce qu' qu'on peut
dire de plus avantageux à la gloire
des Rois , caract rifant Saint
CALANT · 19
Louis Il le confidera dans tous les
états , dans la Paix , dans la guerre,
& dans la difgrace . Il regne
en Roy ; il combat en Chreftien ;
il meurt en Saint . La droiture
eft l'affermiffemnt de fon Trône .
La Religion est l'efprit de fes
combats . La patience eft le couronnement
de fes conqueftes . Famais
Roy n'a marqué de droiture plus
exacte. Jamais Heros n'a foutede
guerres plus faintes . Jamais
Conquerant n'a fouffert de plus
grandes tribulations . La droiture
Jantifie fon Trône. La Religion
anime fon courage , la patience
couronne fes travaux. S. Louis
Octobre 1707 .
un
B
18 MERCURE
montantfur le Trône , la droiture
y monta avec luy. Saint Louis
entrant dans le Camp , la Religion
y entra avec luy. Saint Louis def
cendant dans la prifon , la patience
y defcendit avec luy, Gouverner
en Roy équitable ; combatre en
Heros Chreftien ; mourir en Saint
Conquerant ; c'eft le Regne de
faint Louis , & ce fut le fujet
de fon éloge.
I. POINT. Qui dit un Roy
dit un grand Saint ou un grand'
pecheur. Je lis dans l'Ecriture le
nom de plufieurs Rois ; mais je
ne lis pas dans l'Ecriture le nom
de plufieurs Saints. L'Ecclefiaf
GALANT 19
tique m'apprend qu'à David , Ézechias
, Fofas prés , tous
les Rois ont peché , tous ont abandonné
la loy du Tres- haut , tous
ont meprifé la crainte du Seigneur
, cependant qu'elle defection
dans ces trois Princes fi noblement
diftinguez. Si de ancien
Teftament , je paffe à la nouvelle
alliance , grand Dieu , que de fcelerats
entre les Rois ! mais refpectons
la Majefté Royale , & celebrons
une droiture reconnue.
Droiture à l'égard de Dieu , droiture
à l'égard de fes fujets , droiture
à l'égard même des Souverains.
Ce trait de la vie defaint
Bij
20 MERCURE
Louis parut affez fingulier. La
Reine fa mere fut fi jaloufe de
fon éducation , qu'elle voulut elle-
mefme devenir fá nourrice &
ayant appris que pendant quelgues
heures d'abfence , une Dame
de fa Cour s'eftoit enhardie de
pref la mamelle à ce Royal
Enfant, elle en fut fifort indignée
, qu'elle luy mit le doigt dans
la bouche pour le contraindre de repouffer
le lait étranger qu'il avoit
pris ; delicateffe ſurprenante
, mais delicateffe plus chrétienne.
Lorfque faint Louis croiffoit
en âge , Blanche luy repetoit fouvent
qu'elle aimoit mieux le
GALANT 21
pleurer mort , que de le voir
pecheur , inftruction fi efficace
que dans tout le cours de fa vie ,
il n'a rien eu à demêler avec le
peché mortel.... Les Rois doivent
la justice à leurs fujets ,
faint Louis la leur a toûjours rendue.
Ceux qui gemiffoient fous
l'oppreffion , s'adreffoient à cet autre
David, & leur efperance n'eftoit
jamais confondue... Deux meres
pouvoient difputer le mesme
Enfant , mais ce Royaume avoit
un Salomon capable d'éclaircir les
prétentions les plus embroüillées .
Il n'est que trop ordinaire de s'aveugler
dans fa propre cauſe , on
22 MERCURE
croit avoir raiſon où l'on prend
intereft , & quand on est maistre
de faire le difpofitif de fon Arrest ,
qu'il eft rare qu'on ne le dreſſe au
gré de fes paffions. Voicy pourtant
un Roy qui prononce contre luymeme
qui au préjudice de
fes droits , decide en faveur de
fes Sujets. Que dis-je , un Roy ,
c'eft l'avantage de cette Monarchie
d'admirer encore la meſme.
équité fur le mefme trône. Le
fils comme le pere ne veulent
point d'un bien qui leur paroît
douteux ; ainfi Rome admira autrefois
dans Augufte , le Monarque
ceder au Citoyen. On peut
GALANT 23
bien prendre le nom de grand à
ce prix..
integrité fi reconnue , quel Roy
ne luy a pas envoyé des Ambaffadeurs
? Quel peuple ne l'a pas
fouhaité pour Souverain ? Les
Princes les plus fiers fe Surgettoient
à fes decifions . On venoit
de tous les climats plaider à fan
Tribunal. Toute l'Europe eftoit
attentive à fes Jugemens , toute
l'Europe déferoit à fes Arrests.
H. POINT Il n'appartient qu'à
la Religion de former les Heros.
Ces fameux guerriers qu'on a vu
dans les fiecles idolâtres , avoient
moins de valeur que de barbarie.Ils
Sur le bruit d'une
24 MERCURE
1
ravageoient les Provinces , brûloient
les Villes , exterminoient
les Nations , comme fi le
genre
humain n'eut efté fait que pour
eftre la trifte victime de leur ambition
demefurée. Soyez à jamais
beni , ô mon Dieu , d'avoir inf
piré a faint Louis des fentimens
plus religieux dans les guerres
qu'il afoutenues . Laneceffité les a
entrepriſes , la pieté les a conduites
, la charité les a toujours ani-
´mées... Ce n'est pas un Antiochus
qui par une vengeance outrée
ne fe plaît qu'à répandre du
fang. Ce n'est pas un Nabuchodonofor
qui par une orgüeil infuportable
GALANT 25
Roy
Suportable afpire à une Monarnarchie
univerfelle. Ce n'eft pas
un Alexandre qui ne cherche la
victoire que pour le bruit des
triomphes ; c'est un jeune Roy ;
mais un Royfage ; c'eſt un
puiffant , mais un Roy modefte ,
c'eft un Roy irrité , mais un Roy
bienfaifant , un Roy qui n'entreprend
la guerre que lorsque la
neceffité l'y force , un Roy toújours
fuperieur, plus par l'aſcendant
de fon courage , que par
nombre de fes Soldats . Les ennemis
de l'Etat reduits , il penfe
à reduire les ennemis de la Religion.
Tout fe prepare à un pe-
Octobre
1707.
G
le
26 MERCURE
rilleux paffage ; jay penfé dire
à un paffage horrible , fi les
François eftoient capables d'horreur
, s'agiffant de cueillir des
palmes pour l'ornement du Sanctuaire
, & à la fuite de leur
Roy. Damiette devient la premiere
conquefte & offre les premiers
lauriers. Les enfans de la
mer tremblent d'effroy , felon la
vive expreffion du Prophete Ofée.
Inutilement une nuée de flêches
Se décochent pour empêcher la
defcente , elle n'en fera que plus
hardie , que plus glorieufe :
tarde trop à le dire , S. Louis pour
racourcir le chemin de la victoire,
le bouclier dans une main , l'épée
Fe
GALANT
27
dans l'autre , s'élancé le premier
dans les flots , arrive fur le rivage
, affronte la muraille , entre
dans la Ville, & fuivi des forces
d'Ifraël , fe mêle avec les
ennemis , les pouffe , les defarme
les foûmet à l'obéiffance Les
murs ne font pas tombez à fes
pieds comme autrefois dans le fiege
de ferico par les Ifraëlites :
Dieu a fufpendu le cours des
miracles pour ne faire paroiftre
que l'intrepidité du Heros. Il
paffe de conqueftes en conqueftes ;
fa charité de pair avec fon
courage , devient comme univer
felle. Je le vois laver les pieds
Cij
28 MERCURE
des Efclaves , & l'eau dont il
fe fert , me paroît plus triomphante
que les mers qu'il a traverfées.
Pour executer l'un , il
fuffit d'eftre brave ; mais pour
Sacquitter de l'autre , ilfaut eftre
Chrétien , mefme tres- Chrétien,
Je vois comme Abraham devenir
dans une terre étrangere le
pere d'un nouveau peuple qu'il
inftruit dans la foy. Je le vois
comme Gedeon délivrer les Tributs
opprimées , & dreffer un
Autel au Seigneur dans les lieux
où il n'eftoit pas aloré. Je le vois
comm Job fe lever tous les jours
avant le Soleil , & offrir des
GALANT 29
Holocauftes pour expier les pechez
de fes Soldats qu'il confidere comme
fes enfans . Je levois comme
Tobie enfevelir les morts , les
porter fur fes épaules , leur procurer
la fepulture.
III. POINT. Sain Louis
aprés avoir imité Dauid dans
fes combats , Salomon dans fa
gloire , Cyrusdans fes conqueftes,
devoit encore reprefenter Ifaac
dans fon Sacrifice. Jacob dans
fes voyages ,Jofeph dans fa prifon.
Plus les Rois font élevez
au deffus des autres hommes ,
plus ils font expofez à l'amertume
des tribulations . Tribulations
C iij
30 MERCURE
à
par rapport à leurs armes ; tri-
"bulations par rapport à leur famille
; tribulations
par rapport a
Leur perfonne . Mais tel eft le
caractere de nos Rois de fçavoir
fe foutenir avec le fecours de la
grace dans l'une & dans l'autre
fortune . Independans de ce qui
paroît , ils fe fentent toûjours
ce qu'ils font , la force & la
valeur ne leur manqueront
jamais
, jamais les évenemens ne
decideront de leurs fentimens . Ils
font inftruits , ces religieux Princes
, que Dieu feul eft exempt de
tout changement. Vous en faites
l'application à faint Louis , auffi
de
GALANT
31
admirable fous les ruines d'une
Royauté captive , qu'il eftoitgrand
à la tefte d'une armée victorieufe
. Les Palais ne font pas inacceffibles
aux chagrins ; la fageffe
éternelle ayant prevû qu'un bgnheur
trop conftant pourroit faire
oublier aux Rois la condition hu
maine , les humilie au dedans à
mesure qu'elle les éleve au dehors
. Combien de facheux momens
, Julie le jeune Agrippa
ne firent- ils paint paffer à Augufte,
& quel Prince a jamais
efté plus defolé qu'Herodespar la
mauvaise humeur de fon épouse ,
& par la méchante conduite de
a
Ciiij
32 MERCURE
fes enfans. Saint Louis n'eut
rien à effuyerpar cet endroit . La
maifon Royale toujours foûmife
à fes ordres , défera toûjours à
fes confeils ; il la voyoit cette
Royale Maifon ne fe flatter que
de l'avantage
de tenir le premier
Tang entre fes Sujets. Confolation
abondante , mais confolation
Sufpecte , fi elle n'eftoit pas interrompue.
Blanche
de Caftille meurt,
cette augufte Princeffe que Le Ciel
avoit donné à faint Louis pour
luy rendre lo mefme office que
Sageffe rendoit à Salomon . L'Ef
pagne l'avoit cedée à la France ,
la France l'a renduë à l'Ef- .
la
GALANT
330
pagne dans les perfonnes de deux
Reines & d'un Roy qui faifant
l'admiration & le bonheur de fes
Sujets , eft comme le dernier effort
de la reconnoiffance de l'Ayeul &
du Pere. La Philofophie enfeigne
à mourir en homme ; la fox apprend
à mourir en Chrétien . S.
Louis inftruit à mourir en faint ,
tous les peuples pleurent fa mort
ceux mefme qui avoient éprouvé
fi fouvent la valeur de fon bras .
Chacun luy éleva un Mauſolée
dans fon coeur, & Dieu ne tarpas
à manifefter par les miracles
la fainteté d'un Roy fizélé
, miracles dont le plus confideda
pas
34 MERCURE
rable eft le Monarque qui a fuccedé
à fa Couronne , auffi-bien
qu'à fes vertus. Il eft grand ſe--
lon le nom qu'il porte , MAGNUS
SECUNDUM NOMEN SUUM
tres-grand pour le falut des élús
de Dieu , MAXIMUS IN SALUTEM
ELECTORUM DEI ,
capable de vaincre les ennemis
liguez contre luy , EXPUGNARE
INSURGENTES HOSTES , ne fe
propofant que la délivrance d'Íſraël
, UT CONSEQUERETUR
HÆREDITATEM ISRAEL . Dif
fipez- les , Seigneur , ces nations
qui continuent la guerre
ou pluſtoſt inſpirez - leur le def
GALANY
35
par
fein d'entendre à la paix , nous
vous demandons cette grace
l'interceffion de S. Louis,
On affure que tout ce Sermon
fut remply de penſées
auffi folides , que brillantes,
Pendant que les uns renóncent
au Monde , les autres y
entrent plus avant par les mariages
qu'ils contractent , &
la mort oblige les autres à le
quitter tout-à- fait ; c'eft ce que .
vous verrez dans les quatre articles
fuivans .
Mr le Cardinal de Noailles.
a donné le Voile noir à Mademoiſelle
De Boffu - Chimay
36 MCRCURE
dans le Couvent des Filles de
la Vifitation de la rue du Bacq.
Elle avoit fait voir tant de fermeté
dans fon premier engagement
, qu'il y avoit toûjours
eu lieu de croire que la fin couronneroit
l'oeuvre . Elle eſt
Soeur de Mr le Prince de Chimay
qui a épousé une des filles
de feu Monfieur le Duc de
Nevers , & fille de feu Mr le
Prince de Chimay, Comte de
Boffu , d'une des plus grandes
Maifons de Flandre. Entre les
grands hommes qui ont porté
ce nom , Maximilien Hennin
Comte de Boffu eft un de ceux
GALANT
37
qui lui a fait le plus d'honneur :
Il eftoit General des Arinées
des Etats contre Jean d'Autriche
en 1578. Il avoit efté pris
quelque temps auparavant
dans un combat naval par
ceux qui commandoient, ajors
l'Armée des Etats ; & comme
il defefperoit de recouvrer fa
liberté qu'on avoit miſe à un
prix exceffif , il s'attacha au
party des Etats , afin qu'on ne
parlât plus de rançon ; mais il
n'y demeura pas long- temps ,
& il fut fi charmé de la répu
ration d'Alexandre Farneze ,
Duc de Parme qui obligeoit
38 MERCURE
quantité de Nobleffe , principalement
lesWalons, à rentrer
dans le fervice & l'obeïffance
du Roy d'Efpagne , qu'il réfolut
de les imiter. Mais
peine eut-il formé ce deffein
qu'iktomba malade , & mourut
peu de temps aprés. On
croit qu'il fut empoisonné par
l'ordre du Prince d'Orange ,
qui avoit découvert fon deffein
; mais la difcretion d'Alexandre
Farneze l'empêcha de
s'expliquer fur cette mort ,
lorfqu'il l'écrivit à Antoine
Perez . Le Pere du Comte de
Boſſu avoit eu une tres -grande
GALANT 39
part aux bonnes graces de
Charles - Quint , & ce Prince
luy offrit un jour de luy fervir
de ſecond , ayant efté appellé
en duel en fa prefence .
par
Le Pere de la Ruë prêcha à la
Ceremonie qui fait le fujet de
cet article. Il reçut de grands
applaudiffemens , & les veritez
qu'il prêcha furent renduës
fenfibles la beauté des expreffions
dont il fe fervit . Il
fit voir que le monde est un enfer
déja commencé, que touty eft
envie , fureur, haine de la verité
&de la vertu , impuiffance &
defefpoir d'appaifer fon propre
40 MERCURE
coeur , & de raffafter fes defirs ,
& qu'ainsi c'est un vray bonheur
de le quitter, & un gage prefque
certain de prédestination. Ce Pere
fit voir auffi que l'obeïffance qui
paroît aux gens du monde un joug
fi dur & fi pefant , ne l'eft pas
pour ceux que la grace appelle veritablement
dans la folitude ; que
ce n'eft point aux hommes qu'il
faut obeir , que ce n'eft point eux
qu'il faut regarder dans l'obeïffance
; que quand ils exercent leur
miniftere avecfidelité , ils font regner
la loy ; que
bien loin de regner
eux- mefmes , ils ne font que
fervir à les faire regner ; qu'ils
GALANT 41
deviennent les ferviteurs de tous
les ferviteurs. La Régle & les
Conftitutions , ajoûta- t - il , ne
fontpoint desfardeaux ajoûtez au
joug de l'Evangile ce n'est que
l'Evangile expliqué en détail , &
appliqué à la vie du cloître &
fila Regle n'est que l'explication
de l'Evangile pour cet état ,
les
Superieurs ne font que les furveillans
pour faire pratiquer cette
Regle evangelique . Ainfi tout fe
reduit à l'Evangile, Où eft il donc,
pourfuivit-il , ce joug fi dur de
obeiffance ? Helas ! on doit bien
plus craindrefa volonté propre que
celle d'autruy ; cette volonté
Octobre 1707. D
42 MERCURE
quelque bonne , quelque raiſonnable
, & quelque reglée qu'elle foit,
eft toûjours la propre volonté qui
livre l'homme à luy-mesme , &
qui le perfuade qu'il eft indépendant
de Dieu. Ce Pere finit en
parlant de la grandeur de la
Maifon de Boffu - Chimay.
Don Auguftin Chigi petit
Neveu du Pape Alexandre VII .
a épousé Dona Eleonora Rofpigliofi
, fille de M' le Duc de
Zagarolo , petit Neveu de Clement
IX. La ceremonie des
Epoufailles a efté faite par M*
le Cardinal Camerlingue , dans
je Palais de M' le Duc de ZagaGALANT
43
rolo. Toute la Nobleffe la
plus confiderable de Rome
s'eft trouvée à ce mariage ,
ainfi qu'une partie du Sacré
College. Le Prince Chigi eft
petit - fils de Don Auguftin
Chigi , Neveu d'Alexandre
VII. qui époufa en 1658.
la Niece du Prince Marc Antoine
Borghefe , qui cftoit
un des plus grands Princes
de Rome. Ce mariage ne fe
feroit pas fait fans la mort du
Prince Borgheſe qui étoit dans
le deffein de préferer au Neveu
du Pape, le fils du Connê table
Colonne, qui recherchoit cette
Dij
44 MERCURE
Damoifelle, & qui épouſa quelques
années aprés la Niece du
Cardinal Mazarin, Ce Prince
cftant mort , le mariage avec
Auguſtin Chigy fut bientôt
conclu par les bons offices de
la Princeffe de Roffane mere
de la Damoiselle. Cette Dame
( nommée Dona Olympia Aldobrandina
) petite Niece de
Clement VIII . & heritiere de
fa Maifon , avoit épousé en
premieres nôces le Prince Borghefe
frere du Prince Marc-
Antoine , qui mourut âgé de
vingt - deux ans en 1646. La
Princeffe de Roffane , qui n'aGALANT
45
voit auffi que vingt - deux ans,
& qui avoit de la beauté , de
la naiffance , du bien & de l'efprit,
fut recherchée de pluſieurs
Princes. Elle préfera à tous les
partis , qui fe préſenterents,
Don Camille Pamphile ; Neveu
d'Innocent X. dans la vûë.
d'avoir part au gouvernement;
mais ce mariage ne fut pas fort
heureux : elle fut contrainre de
fuivre fon Epoux dans l'exil
où le Pape fon Oncle l'envoya.
Dom Auguſtin Chigy eftoit
frere de Sigifmond créé Cardinal
en 1667. par le Pape
Clement IX. Ils eftoient tous
46 MERCURE
deux fils d'Auguſtin Chigy fre
red'Alexandre VII . & de Don
Mario Chigy Gouverneur de
Rome , qui laiffa de Dona Berenice
, Siennoife , de la famille
della Ciaia le celebre Cardinal
Flavio Chigy , Cardinal Patron
, & qui vint en France
en 1664. en qualité de Legat
à Latere, pour faire fatisfaction
au Roy fur l'affaire des Corfes .
La Maiſon de Chigy éprouva
fous le Pontificat de Paul
III . une révolution qui l'obligea
de quitter Rome , & de
retourner à Sienne , dont elle
eftoit originaire. L'exil dura
1
GALANT 47.
jufqu'au Pontificat d'Urbain ,
Fabio Chigy enfuite Pape
fous le nom d'Alexandre VII .
que
vint à Rome pour y tenter
fortune. Auguftin Chigy avoit
cfté Intendant des Finances
fous Jules II. & les biens qu'il
amafla dans cet Employ contribuerent
aux difgraces de fa
famille , qu'Alexandre y repara
avantageuſement
dans la
fuite.
La Maifon de Rofpiglioſi ,
depuis qu'elle a donné un Pape
à l'Eglife , eft dans une grande
confideration à la Cour de Ro
me ; elle eft alliée aux plus
48 MERCURE
grandes Maifons, fçavoir à celles
des Colonna , des Urfins, des
Cibo , des Aldobrandin
, des
Borghefe , des Pamphile , des
Montalte , & à plufieurs autres
de ce rang. La nouvelle Princeffe
Chigy eft tres- belle &
qui a efté élevée avec de
grands foins. Le Duc de Zagarolo
a porté les armes en Hongrie
, où il a fait plufieurs Campagnes,
& où il a donné de frefa
quentes marques de ſa valeur .
Le Cardinal Rofpigliofi , Oncle
de ce Duc & Neveu de Clement
IX . mourut fous le Pontificat
d'Innocent XI.
Don
GALANT 49
Don Auguftin Chigi a
donné à fa nouvelle épouſe
des pierreries de grand prix ;
parmy lefquelles eftoit une
Croix de Diamans d'une tresgrande
valeur , qui fut donnée
par le Roy au Cardinal Flavio
Chigi , lors qu'il vint en France
, & qui avoit toûjours elté
confervée dans le Trefor de la
Maiſon Chigi .
Don François Verde , ancien
Evêque de Vico di Sorrento
, dans le Royaume de
Naples , eft mort depuis quelque
temps. Il a . cfté longtemps
avant d'eftre élevé à
Octobre 1707. E
50 MERCURE
l'Epifcopat , premier Profeffeur
en Droit Canon dans
l'Univerfité
de Naples , Chanoine
& Penitencier
de la Cathedrale
, Official , Examinateur
Synodal , & Grand Vicaire.
Il avoit efté amy intime
du fameux Caramuel
, Evêque
de Vigevano , & il ne le cedoit
en rien à cet habile Canoniſte
, dans la fcience de la
Jurifprudence
Ecclefiaftique
.
Aprés avoir refuſé les Evêchez
de Pouffol & de Capaccio
, il accepta enfin celuy de
Vico di Sorrento , auquel il
renonça dans la ſuite , pour
GALANT SI
ne plus s'occuper que de fon
falut. Il eft mort dans une
grande opinion de fainteté,
& on a mis fon corps dans
un tombeau particulier de
l'Eglife de Sainte Reftitute,
Ses Ouvrages imprimez , font ;
Selecta quæftiones in defenfionem
Caramuelis , in fol . Quæftiones
Phyficolegales, in 4° . Pantanomo
didafcalia , five Commentaria in
Jus Civilis , in fol. 2. Tomes.
Anacephaleofispropofitionum damnatorum
ab Alexandro VII. in
fol. De Simonia , in 4° . On
voit par le titre du premier
de ces Ouvrages , que ce Pre-
Eij
52 MERCURE
lat eftoit un bon amy , &
qu'il prenoit fur fon compte
toutes les injures que l'on
vouloit faire à ceux avec qui
il eftoit lié d'amitié : c'eft
contre l'Anticaramuel
que le
Prelat dont je vous apprens
la mort , avoit exercé fon zele
pour fon amy.
Caramuel
mourut en 1682. fon Subtiliffimus,
où NovaDialecto . Metaphyfica,
eſt ſon chef d'oeuvre .
Don Raphaël - Marie Philamond
, Evefque de Rocca-
Mondragone dans le Royaume
de Naples , eft auffi decedé.
Il avoit efté Religieux de
·
GALANT 53
&
l'Ordre de faint Dominique
avant fon exaltation à l'Epifcopat
; il a donné pendant
qu'il a cfté dans cet Ordre ,
des preuves éclatantes du talent
qu'il avoit pour la Chaire
, à Palerme , à Naples,
mefme à Rome ; fes Sermons
ont efté fort eſtimez dans ces
trois grandes Villes . Ses talens
n'eftoient pas bornez à celuy
de la Chaire ; il eftoit auffi profond
Theologien , & il a longtemps
profeffé la Theologic
dans des Maifons des plus confiderables
de fon Ordre. Le
Pape qui gouverne aujour-
E iij
54 MERCURE
pour
d'huy l'Eglife , l'avoit tiré du
Cloiſtre le faire Evêque
,
eftant perfuadé de fon merite
& de fa vertu. Il n'a efté que
quelques mois à Rocca - Mondragone
, & on a prefque auffitdſt
fçû fa mort que fon arrivée.
Ce Prélat laiffe une
grande opinion de ſa vertu
& de vives regrets de fa perte.
Cet Evefque a compoſe
quelques ouvrages qui ont eu
beaucoup de fuccés ; fçavoir
2. Tom. in fol . du genie belliqueux
des Napolitains , ou Memoires
des grandes actions de
quelques Capitaines Napolitains,
GALANT 55
qui dans le fiecle courant ont
combatu pour la Foy, pour leur
Roy , & pour leur Patrie. 2 .
Tom . in quarto imprimez à
Naples en 1707. L'idée de la
Theologie divine tirée de l'Ecriture.
Ces Ouvrages font écrits
dans une grande pureté de
ftile , & l'Auteur y fait voir
en plufieurs endroits qu'il n'eft
point de veritable felicité pour
les peuples , que celle qui eft
fondée fur la fidelité dûë
aux veritables Souverains . Si
ce Prélat avoit pouffé le terme
de fa vie jufqu'au temps
de la revolution qui vient
Eiiij
56 MERCURE
d'arriver à Naples , tous ceux
qui le connoiffoient , doivent
eftre perfuadez qu'il auroit
quitté cette malheureuſe Patrie
, pluftoft que de prendre
part à fa perfidie , ou d'en être
témoin . En effet , jamais
Sujet n'a cu plus de fidelité
pour fon Souverain.
Le Roy d'Eſpagne a donné
l'Evefché d'Almeria dans le
Royaume de Grenade , au
Pere Manuel de faint Thamas
Mendozza , Dominicain.
Le merite & la vertu de ce
Religieux , ont porté S. M. C.
à faire ce choix. La Maiſon
GALANT 59
de Mendozza eft connue il y
à longtemps en Eſpagne. Antoine
de Mendozza qui fut
Viceroy de la Nouvelle Efpagne
peu de temps aprés que
le nouveau Monde fut découvert
, a donné beaucoup d'eclat
à cette Maiſon. C'eſt à
ce Seigneur que les Lettres du
Capitaine François Vasquez de
Coronado , qui contient une
relation de ce païs là , font écrites
. On les trouve dans le
3° Volume des Voyages que
Ramufio fit imprimer en Italien
à Veniſe en 1553 .
Cette Maiſon a auſſi pros
$8 MERCURE
0
duit les Cardinaux Diego Hurtado
de Mendozza Archevêque
de Seville , François Evêque
de Burgos , Pierre auffi
Archevêque de Seville & puis
de Tolede , Oncle de Diego
Hurtado , & Pierre Mendozza
Gonzales Archevêque de Sarragolle
, Pierre de Mendozza
Gonzales Evêque de Salamanque
, & Jean Mendozza Evêque
de Popaïan , Antonio de
Mendozza Commandeur
de
Zurita , Ferdinand de la branche
des Seigneurs Delfrefno
de Torotte , fçavant du 16 °
ficcle ; & François & Pierre
GALANT 59
tous deux Jefuites ; & enfin
Diego de Mendozza Comte
de Sendilla , qui eftoit neveu
d'Antoine Viceroy de l'Amerique
, dont je viens de parler.
L'Evêché d'Almeria eft Suffragant
de Grenade. Quelques
Auteurs prennent cette Ville
pour le Portus magnus des anciens.
Elle eft prés du Cap de
Gatta , dans un païs fertile.
Lorfque les Sarrafins fe rendirent
maiftres de l'Espagne ,
elle devint fi grande , qu'elle
eut mefme un Roy nommé
Aben-hut . Alfonfe VIII . la
prit fur les infideles , & it
60 MERCURE
mourut en allant la fecourir
contre les mefmes infideles qui
l'avoient affiegée de nouveau.
M' le Comte de Canillac
Lieutenant des Moufquetaires
noirs , a efté pourvû du Gouvernement
de Brefcou en Languedoc.
Ce Comte eſt de
l'ancienne Maiſon de Montboiffier
qui eft une des
plus confiderables de l'Auvergne.
Celle des Roger - Beaufort
qui a donné deux Papes à
l'Eglife , fçavoir Innocent VI .
& Gregoire XI . eft à preſent
confondue avec celle de Montboiffier.
GALANT 61
Cette Maiſon a donné des
Evêques à l'Eglife de S. Flour ,
& à plufieurs autres Eglifes du
Royaume. M' l'Abbé de Canillac
à qui une tres - grande
humilité a toujours fait fuir les
honneurs , & qui eft mortavec
le feul titre de Chanoine de
Clermont , aprés avoir toute fa
vie fait les fonctions d'un veritable
& faint Ecclefiaftique ,
dans l'Eglife de Saint Gervais ,
faifoit beaucoup d'honneur à
cette Maiſon , par l'éclat de fes
vertus.
M ' le Comte de Canillac qui
donne lieu à cet Article , eſt
62 MERCURE
Lieutenant general des Armées
du Roy , & diftingué par un
grand nombre d'actions de
valeur .
M' de Leffeville , Maréchal
de Camp , a eu la Lieutenance
de Roy de Champagne . Comme
cette Province cft une des
plus grandes du Royaume , la
Charge de Lieutenant de Roy
eft beaucoup plus confiderable,
ce qui prouve le merite & la
valeur de M' de Leffeville . Il
eft de l'ancienne famille de le
Clerc , fi diftinguée dans la Robe
, & qui eft diviſée en plufieurs
branches. Elle a donné
A
GALANT 63
un Chancelier à la France en
la perfonne de Jean le Clerc ,
Chevalier Seigneur de Luzarche
, qui fut honoré de cette
dignité par le Roy Charles VI.
en 1420. & qui en fut enſuite,
déchargé en l'année 1425, à
cauſe de ſon grand âge . Il fucceda
à Henry le Corgne , dit de
Marle , & eut pour fucceffeur
Louis de Luxembourg, Evêque .
de Theroüenne. Nicolas le
Clerc , Curé de S. André des
Arcs , & Doyen de la Faculté de
Theoloie de Paris , & qui fleuriffoit
vers l'an 1530. & 1540.
a fait beaucoup d'honneur à
64 MERCURE
cette famille . C'eftoit un Pafteur
extrêmement zelé , fçavant
, & grand ennemi des Novateurs.
Robert Cenalis , Evêque
d'Avranches , a fait fon
éloge , en luy dediant un de ſes
ouvrages. Dans les branches de
cette Maiſon qui fubfiftent encore
aujourd'huy , on trouve
un Prefident des Enqueftes , &
plufieurs Confeillers . M de
Loſtanges , M° de Saint Martin
, femme du Conſeiller de ce
nom , & M° Pellot , femme du
Maistre des Requeftes de ce
nom , font foeurs de M' l'Abbé
de Leffeville , Confeiller Clerc
GALANT 65
de la Grand' Chambre.
>
Le Roy a donné à M' de
Bergeret Brigadier de fes Armées
, le Gouvernement de la
Citadelle de Strasbourg
. Je
vous parlay amplement de cot
Officier il y a environ un an
lorfque Sa Majefté le nomma
Officier General . Il s'eft diftingué
depuis qu'il eſt dans le fervice
par plufieurs actions de
valeur . M' le Duc d'Orleans ,
fous les ordres de qui il fert , a
rendu témoignage de fes fervices.
Feu M de Bergeret fon
pere a efté long- temps en Canada
, où il a fervi le Roy pen-
Octobre 1707
. F
66 MERCURE
dant plufieurs années en qualité
d'Intendant . La Cour fut
fatisfaite de fon adminiſtration ,
& les chofes qui regardoient
fon miniftere font encore en
Canada , fur le meſme pied
qu'il les y a établies . M° de Bergeret
fon époufe vit encorec'eft
une Dame d'un grand merite.
Le Roy a donné à Mr le
Marquis de Silly , Lieutenant
General de fes Armées , la Lieutenance
Generale de la haute-
& baffe Marche , qui vacquoit
par la mort de Mr le Marquis
de Loftanges. Mr le Marquis
de Silly , eft de la maifon du
GALANT 67
Fay ,l'une des plus confiderables
de Picardie , ou elle cft alliée
à celles d'Auxi , de Monchi
, de Mailly , & d'Ailly. M
du Fay de Grefontaine , Lieutenant
de Roy d'Amiens . ,
eft le chef d'une autre branche
de cette maiſon , qui s'eft
auffi toujours beaucoup diftinguée
dans la profeffion des armes.
Mr le Marquis de Silly ,
fert en Eſpagne prefque depuis
le temps que la guerre a efté
portée en ce pays - là , & il y a
donné de frequentes marques
de fon courage. Il s'eft fort
diftingué à la celebre jour-
Fij
68 MERCUR E
née d'Almanza ; les actions
de valeur qu'il y a faites le firent
choifir par Mr le Maréchal
de Berwick pour en venir
faire un détail circonftancié
au Roy. S. M. qui avoit
deja fçû que cer Officier s'y
eftoit fort diftingué, le nomma
Lieutenant General de fes Armécs
, & elle vient encore de
luy donner une nouvelle dignité.
Ce qui fait voir que ce
Prince ne laiffe pas long-temps
les actions de valeur fans de
grandes recompenfes.
Toutes les Vendanges étant
finies , & le temps eftant pro
GALANT 60
pre à parler des vins & du choix
qu'on en doit faire , je crois
que la piece fuivante vous paroiftra
de ſaiſon .
On voit depuis peu une lettre
enfaveur du vin de Champagne
contre celle de Mr de Salins ; Medecin
de Beaune , qui a paru ily
a plus de dix- huit mois en faveur
des vins de Bourgogne. L'Apologifte
des vins de Rheims répond à
tous les articles de la lettre de fon
Antagoniste , & aprés luy avoir
faitfes excufes fur la liberté qu'il
prenddemettre enparalelle les vins
Champeros avec des vins de
Beaune , ilprouve à Mr de Sa70
MERCURE
que
le
lins , qui avoit avancé
Maître- d'Hôtel du Pape mettoit
tous les ans fur fes comptes une
certaine fomme pour du vin de
Bourgogne , que S. S. n'achetoit
de vins étrangers que ceux qui
venoient à Ripagrande , & qu'on
ne dépensoit pas un fol pour en
faire venir de quelque pays que ce
foit.
Mr de Salins avoit auffi avancé
que
le vin de Champagne
ne fouffre ni la mer ni le long
transport par charrois ; on démontre
la fauffeté de ce fait par les fix
douzaines de flacons de vin de
Rheims que Mr le Comte de TouGALANT
71
louze , à la fin de la Campagne
de 1702. laiſſa à Mr de Vauvray
Intendant à Toulon. Ce vin aprés
avoir efté trois mois en mer , où il
avoit fouffert plus d'une fois la
tourmente ,fut trouvé excellent,
ne perdit rien de fa force ni de
fa couleur. D'ailleurs on fait
qu'il paffe incomparablement
plus
de vins deChampagne en Angleter...
re, en Allemagne, en Dannemarck
dans tout le Nord , que de vin
de Bourgogne; & on foûtient que
depuis qu'on a trouvé le fecret de
tirer les vins au clair , on meneroit
les vins de Champagne au
bout du monde , qu'ils fe con72
MERCURE
ferveroient auffi long- temps que
le vin de Salerne & le vieux
myftique. On ne doit pas oublier
fur cela ce quedit Mr de la Haye
dans fes voyages. Il rapporte que
paffant la ligne, & ayantfurfon
bord toutes fortes de vins , celuy
de Rheims s'eftant troublé comme
les autres , redevint clair & fans
aucune alteration defes qualitez,
ce qui n'arriva point aux autres.
Mr Tavernier , dit l'Apologifte
du vin de Champagne ,
affure qu'il a toujours fait prefent
de vin de Champagne aux Souverains
qu'il avoit l'honneur de
Laluer ; & un Voyageur moderne
affure
GALANT 73
affure en avoir bû à Siam & à
Surinam
Mr de Salins , à ce que l'on
prétend , ne conclud pas juſte , en
difant que les vins de Bourgogne
l'emportent fur ceux de Champagne
, parce qu'ils s'éclairciffentplutôt
que ces
ces derniers.
L Les vins de Brie , dit - on , s'éclaircissent
plutôt que les vins de
Champagne & de Bourgogne.
Eft- ce une confequence que les
vins de Brie foient meilleurs ? Au
contraire , ces vins font d'autant
plus exquis qu'ils demeurent plus
long-temps en mar , & qu'ils
font plus lents à fermenter & à
Octobre 1707. G
74 MERCURE
Se purifier ; c'est ce que
que
l'on remar
dans les années chaudes &
feches , où les vins de Champagne
, quoique meilleurs , ne font
cependant purifiez qu'à Noël. Ce
n'eft donc pas un défaut dans les
vins de Champagne de fermenter
plus lentement , puifque c'est par
là qu'ils deviennent plus chauds ,
l'acrimonie de leurs fels s'adoucit
, & que leur feve eft plus
fine. Il est vray qu'on doit conclure
delà que les vins de Champagne
abondent en parties oleaginenfes
, mais on répond à cela
ces partiesyfont fi neceßaires que
moins il s'en perd par la ferm: nque
que
GALANT 75
tation , & plus ils font agreables
à l'odorat & au gouft. Les
vins de Bourgogne au contraire
achevent plutôt leur fermentation
leur défecation , ils devien
nent par confequent plus groffiers,
caufe de l'évaporation de ce qu'ils
pouvoient avoir de fubtil : c'eft
ce qui fait que leur couleur eft.
d'un rouge jaunâtre , parce que
cette couleur ne peut estre que l'effet
de la terre, des fels , & des
fouffres groffers dont ilsfont chargez.
A l'égard du tartre que Mr
de Salins foutient eftre plus abondant
dans les vins de Champagne
dans ceux de Beaune , l'Auque
Gij
76 MERCURE
teur reproche à ce Medecin qu'il
nefe fouvientfans doute plus d'avoirplacé
Beaune trois degrez &
demy plus prés du Soleil que
Rheims , puifqu'il eft conflant que
les vins des pays chauds ont plus
de tartre que les autres. Sur cela
on remarque qu'il faut bien diftinguer
le tartre groffier qui s'arrefte
à lafuperficie exterieure des
tonneaux ou qui tombe avec la
lie , d'avec le tartre ſoluble qui
demeure dans le Vin ; ce que pourtant
Mr de Salins femble avoir
confondu . Mr de S. Evremont ,
avoit le gouftfort fûr , écrit
à un de fes amis de ne rien éparqui
"
GALANT · 77
gnerpour avoirdes vins de Champagne
: Ayez - en , luy dit - il ,
fuffiez- vous à deux cens lieuës
de Paris , il n'y a point de Province
qui fourniffe de plus excellens
Vins pour toutes les Saifons
, que la Champagne
. Elle
nous fournit les Vins d'Aï , de 7
Volnay , d'Haubvillers jufqu'-
au Printemps ; de Sillery & de
Taiffy pour le refte de l'année
& au-delà. Leon X , Charles
Quint , François I , & Henry
VIII , Roy d'Angleterre , voulurent
toujours uſer du Vin
d'Aï. C'eft le plus épuré de toute
fenteur de terroir , & celui
G iij
778 MERCURE
qui a le goût le plus exquis.
Mr de S. Evremont ajoûte qu'il
mettroit volontiers avec ces grands
hommes Henry IV. qui fe faifoit
appeller Seigneur d'Aï & de
Goneffe. Honneur qu'il n'a pas
fait à Beaune ni à Volnay.
L'Apologifte ajoûte à cela que
Winceflas, Roy de Boheme & des
Romains , eftant venu en France
pour y faire quelque Traité avec
Charles VI. fe rendit à Rheims
au mois de May 1397. & quétant
en cette Ville il en trouva le
vin ſi bon qu'il s'en enyura plus
d'une fois , & qu'un jour s'eſtant
mis par là hors d'état d'entrer en
GALANT 79
negociation , il aima mieux accorder
ce qu'on luy demandoit que de
ceffer un moment de boire du Vin
de Rheims. On raporte encore
témoignage de Mr de la Fontaine.
Il n'eft Cité que je préfere à
Rheims ,
C'est l'ornement & l'honneur
de la France ;
Car fans compter l'Empoule
& les bons Vins ,
Charmans objets y font en a
bondance.
Par un Vaiffeau Danois par
ti de Pondichery au mois d'Octobre
de l'année derniere 1706 .
on a cu avis que le Fort à cing
Giiij
80
MERCURE
r's
grands
Baftions
Royaux de
deux cens toifes de
Poligone
exterieur que M de la Compagnie
des Indes Orientales
ont fait bâtir & revêtir de Maçonnerie
, qui fut commencé
vers la fin de
l'année 1701. a
efté achevé à la fin du mois de
May de l'année
derniere , avec
tous fes dehors ; fçavoir , ſes
demi - lunes & fes
chemins couverts
, fes
contrefcarpės revêtuës
, & fes glacis avec des bâtardeaux
, & des éclufes de Maçonnerie
dans les foffez.
La premiere pierre de ce Fort
fut pofée le 9. May 1702. par
GALANT 81
M' le Chevalier Martin , Gouverneur
de Pondichery & Directeur
du Commerce aux Indes
, qui fit mettre une Medaille
du Roy dans les fondemens ,
avec deux tables de cuivre , fur
l'une defquelles il fit grayer en
Langue latine , & fur l'autre
en Langue Malabre qui eft celle
du pays , l'Infcription fuivante
:
Regnante in Galliis.
LUDOVICO
MAGNÓ
.
femperInvicto ,femper Augufto.
DD. FRANCISCUS MARTIN,
Eques Regi à Confiliis
82 MERCURE
Urbis Pondicheriana , vigilantiffimus
Gubernator,
Et Indiarum Commercii intelligentiffimus
Difpenfator.
Nova hujus arcis fondamenta
pofuit impenfis nominæRegiæ
Societatisjudica. Die nona menfis
Maij , anno Domini
M. D. CCII .
Opera Dionifii de Nion , Parifienfis
Regiarum Arcium
Inftructoris.
On peut dire qu'outre la
force de cet Ouvrage , que
l'on affure n'avoir point de pareil
dans toutes les Indes , fa
GALANT 83
construction eft tres- belle . On
n'entre dans ce Fort que par
une feule porte d'une belle Architecture
, dont l'ordonnance
reſſemble mieux à un Arc de
Triomphe qu'à une Porte de
Ville ; auffi eft- elle nommée
Porte Royale.
Comme le Gouverneur de
Pondichery attendoit tous les
jours des nouvelles de France
par l'arrivée de quelques Vaiffeaux
, il avoit differé de don-
,
ner un nom à ce Fort , mais
voyant qu'il n'en arrivoit point ,
il choifit le jour de la Feſte de
Saint Louis pour faire prendre
84 MERCURE
les armes à toutes les Troupes
de ſa Garniſon , & lorſqu'elles
furent affemblées au milieu de
la Place il nomma ce Fort le Fort.
Louis. Aprés la Meffe , le Te
Deum , & l'Exaudiat furent
chantez au bruit d'une triple
décharge de l'Artillerie & de la
Moufqueterie , aprés laquelle
on fit la Proceffion , & l'on benit
le Fort dedans & dehors au
bruit de l'Artillerie.
Ce Fort a efté entierement
fini en quatre ans & demi , fous
les ordres de M' le Chevalier
Martin , & par les foins , par la
conduite , & fur les deffeins de
GALANT 85
M' de Nion Ingenieur ordinaire
du Roy & Capitaine- Commandant
les Troupes de la
Garnifon de Pondichery. La
force & la beauté de cet Oufi
vrage , qui n'a coûté que deux
cens cinquante
mille livres
font admirées
tant par les amis
que par les ennemis
de la France
, qui ne croyoient
pas qu'en
peu de temps on puft faire
un fi grand ouvrage
& le rendre
fi parfait
, les Anglois
ayant
publié
lorſque
l'on commença
à y travailler
, qu'il faudroit
plus de vingt ans pour l'achever.
Il donne
non- feulement
86 MERCURE
t
de la terreur aux ennemis de la
France , mais auffi de l'admiration
, & il doit eſtre un monu
ment éternel à la gloire du
Roy , & à celle de la Compagnie
qui en a fait la dépenfe.
On peut dire que cette Fortereffe
affermit de maniere le
Commerce des Indes Orientales
, que ny les Anglois ny les
Hollandois , quand ils feroient
unis enſemble
, ne le pourront
troubler ny s'en rendre maîtres
, la force de la garnifon de
cette Place & le nombre des
habitans , qui eſt d'environ ſix
mille
, fuffifant
pour arreſter
GALANT 87
·les efforts des ennemis.
Le Coeur de M' le Duc de
Nevers a efté tranſporté de
Paris à Nevers par Monfieur
l'Abbé Bourgoing Deschamps,
Preftre de la Communauté de
faint Severin , où il s'eft toûjours
diftingué par ſa pieté &
par ſa ſageſſe. Il eſt du Diocefe
mefme de Nevers , petit
neveu du fameux Pere Bour
going , General de l'Oratoire ,
& d'une des plus nobles Familles
du Nivernois.
On avoit déposé ce Coeur
en arrivant dans le Convent
des Minimes de Nevers , qui
88 MERCURE
a efté baſti & fondé par les
Ducs de Nevers.
M' l'Abbé de Bourgoing l'alla
prendre le 26. du mois
d'Aouft à dix heures du foir
dans un Carroffe à fix chevaux
accompagné de M le Prefident
de la Chambre des Comptes
de Nevers. Ce Caroffe étoit
precedé des Chevaliers de
faint Charles qui font de jeunes
gens les mieux faits de la
Province ; de quantité de Gardes
& d'Officiers de la Maiſon
du défunt , ainfi que de pluficurs
Pages , fans compter les
Domestiques qui étoient à
GALANT 89
pied. Tout ce cortege eftoit
en deüil , & le Carroffe eftoit
fuivi de plufieurs autres Gardes,
dont le Capitaine & le Lieutenant
étoient à la portiere du
Carroffe. Ces derniers Gardes
eftoient fuivis de plufieurs
Carroffes. Toute cette Pom--
pe funebre eftoit éclairée par
un grand nombre de flambeaux.
Le Coeur fut porté à
faint Cyr , Cathedrale de Nevers
, où M l'Evefque le reçût
à la tefte de fon Chapitre.
M' l'Abbé Bourgoing luy
fit le compliment qui fuit.
Monfeigneur , Jay l'honneur
Octobre 1707. H
90 MERCURE
de prefenter à voftre Grandeur le
Coeurde Tres-Haut & Tres- Puiffant
Seigneur, Meffire Philippes
Julien Mancini Mazarini Duc ,
Gouverneur & Lieutenant General
pour Sa Majefté des Provinces
de Nivernois
de
Donziois , Chevalier des Ordres
du Roy, cy- devant Gouverneur
de la Rochelle , Broage , Ifles
de Rhé Pais d'Aunis , &
Capitaine - Lieutenant d'une des
Compagnies des Moufquetaires
du Roy.
·S'il m'eftoit permis de relever
icy par des Eloges pompeux &
magnifiques ce que le monde eftiGALANT
91
me , que ne dirois-je point de la
naiſſance , des emplois & des richeffes
de l'illuftre mort dont nous
pleurons la perte ; qui ne fait pas
que fa Famille est une des plus
nobles d'Italie & par elle - mefme
par fes glorieuses aliances.
Combien de grands Hommes y ont
paru qui fe font diftinguez par
leur courage
: leur valeur &
leur Science ? Quelle a efté la
gloire la reputation de Paul
Mancini fon oncle paternel. Rome
cettte Ville fuperbe oubliroitelle
jamais un tel homme ? Que
ne luy doit- elle point , n'y a- t-il
pas fait fleurir les Sciences an
د
H ij
92 MERCURE
commencement du fiecle paffé , &
l'Academie des . Humoristes , dont
il a esté l'Inftituteur , nefera- t-elle
pas un monument éternel de ſon
amour pour les Sciences.
Mais que vous diray je
Monfeigneur , de fon oncle maternel
, ce grand Cardinal Ma-
Zarin , l'ornement l'admiration
de la France. Quelle fut
fon habileté pour concilier les efprits
& faire mouvoir les refforts
de la paix ou de la guerre ? Qui
Sçût mieux que luy calmer les
troubles les émotions ? Tout
&
confpire contre luy , les grands
les petits s'affemblent pour
le
GALANT 93
de la
perdre. Il diffipe la Ligue par un
de fes regards. Les armes tombent
des mains de fes ennemis ;
ceux qui en vouloient à fa vie,
cherchent fa protection. Ce fut
cet habile Miniftre qui voyant
dans Philippes Julien Mancini
fon neveu à travers d'une raifon
encore foible , des marques
fuperiorité de fon genie , crut
qu'il devoit l'appeller à la Cour
du plus grand Roy du monde.
Il y vint, & il y fut admiré.
Il eut part aux faveurs & à la
confiance de Louis le Grand , &
ce Prince le plus éclairé de tous ,
e juge digne de fon amitié.
94 MERCURE
د
De quels yeux fut- il alors régardé
des Courtifans , eftimé des
uns en butte à la jaloufie des
autres , il eut affez de prudence
pour ménager ceux- cy, & affez
d'adresse pour parer les coups de
ceux-là.
Cette vie néanmoins tumultueuse
ne convenant point à la
tranquilité de fon temperament ,
comprenant les dangers de la Cour ,
ilforma le deffein de s'en éloigner
& de fe renfermer dans fa famille.
C'eft- là où il a donné mille fois
des marques defa moderation, defa
pieté, defajuftice. Fidel Epoux,
il n'a jamais cherché à plaire
GALANT
95
qu'à celle avec qui le ciel l'avoit
uni , & qui merita jamais mieux
fes foins & fes empreffemens que
l'illuftre Diane de Thyanges ? En
qui vit - on plus de graces , plus
d'agrémens , & un merite plus
univerfel ? Pere tendre , il 4 aimé
fes enfans , il a veilléfur leur con
duite ; on l'a vu leur donner des
témoignages de fa bonté , mais
d'une bonté éclairée & judicieuſe.
Bon maiftre , que n'a- t- il pas fait
pour fes domestiques. Combien
en a- t- il qui luy doivent leurfor
tune & leur établiſſement ?
Si des qualitez du coeur nous
paffons aux qualitez de l'efprit :
96 MERCURE
quel genie plus penetrant que le
fien ? Quelle plus noble maniere de
s'exprimer ; quel feu d'imagination
qui fut plus ami des Mufes ?
Quelle gloire ne s'eft- il point acquis
fur le Parnaffe ?
Fe laiffe tous ces avantages ,
Monfeigneur, pour vous le faire
voir dans fa maladie . Quelle a
fa foumiffion aux ordres de Dieu ?
Quelparfait détachement de toutes
chofes n'a- t- il pas fait paroiftre ?
Avec quelle patience n'a-t- il pas
foutenu les douleurs lesplus vives?
Il ne luy eft jamais échapé aucune
parole qui puft faire remarquer ou
de l'agitation dans fon efprit , ou
eſté
de
24
GALANT 97
de l'inquietude dans fon coeur.
Plein de confiance dans les mifericordes
du Seigneur , la vûë de
la mort ne la point effrayé , & il
a vú fans trouble approcher la diffolution
defon corps.
Quels regrets ne merite point un
tel homme ? Et commentpourrions
nous nous confoler d'une telleperte ,
fans Philippes -Fules fon fils , en
qui on voit revivre fes vertus
Que ne doit point attendre noſtre .
Province de ce jeune Seigneur ?
Peut - il luy donner une marque
plus fenfible de fa bonté qu'en la
faifant dépofitaire de ce qu'il a de
plus pretieux.
Octobre 1707.
I
98 MERCURE
C'est ce coeur , Monseigneur
que j'ay l'honneur de prefenter à
Voftre Grandeur , perfuadé que
vous offrirez à Dieu pour luy vos
voeux & vosfacrifices.
M' de Nevers répondit à ce
Difcours , avec beaucoup d'éloquence
, & je vous feray part
de fa réponſe , fi elle tombe
entre mes mains .
Ces Complimens furent faits
à la porte de l'Eglife de S. Cir.
Aprés quoy le coeur fut porté
dans cette Eglife , qui eftoit tenduë
de noir , particulierement
le Choeur qui eftoit tendu depuis
le haut jufqu'au bas . Le
BIBLIOT
LYON
DE
TELA VILLE
DE
GALANT
THEQUE
92
tout eftoit chargé de quantite
d'écuffons de
differentes grandeurs
. Le lieu où l'on mit le
coeur du Deffunt eftoit entouré
de chandeliers & de flambeaux
d'argent garnis de cierges . Le
maître Autel & tout le pourtour
du Choeur étoient remplis
de cierges de 3. livres chacun .
Le lendemain la Meffe fut celebrée
Pontificalement , & chantée
en Mufique , & l'Oraifon
Funebre fut
prononcée par un
Pere Jefuite. Ainfi il y a lieu de
croire qu'elle fut tres- belle.
Rien n'eft plus ordinaire
dans le monde que la douleur
I
ij
100 MERCURE
,
& la joye . Elles fe fuccedent
tour à tour , & c'est pourquoy
l'on dit ordinairement
que l'un
rit pendant que l'autre pleure.
En effet , il est bien mort du
monde pendant que tous les
Sujets des deux plus grands
Rois du monde fe font abandonnez
aux tranfports de la
plus vive joye , afin de celebrer
avec autant d'éclat que de fincerité
, la naiffance du Prince
des Afturies. Les jeunes Elpagnols
qui font à Toulouſe ,
n'ont pû attendre pour donner
des marques de l'extrême
joye que cette naiſſance leurGALANT
ΙΟΙ
faifoit reffentir , que la Ville de
Toulouſe euft commencé les
Réjoüiffances publiques qu'elle
devoit faire pour cette naiffance
, & vous apprendrez par
la Lettre qui fuit , quel a eſté
l'épanchement de leur joye &
de leur coeur en cette occafion
.
LETTRE
D'un Penfionnaire du College
des Jefuites de Toulouſe , à
un jeune Gentilhomme Efpagnol
, autrefois Penfionnaire
du même College.
Ce n'est pas en Espagne feule-
I iij
102 MERCURE
ment, M', que les Espagnolsfont
éclater leur joye. Quoque rien ne
foitplus magnifique queles réjouiffances
faites à Pampelune , &
que vous les décriviez mieux que
ne devroit faire un Efpagnol qui
écrit en François , j'ay lien de croire
que vous apprendrez avec plaifir
ce qui vient defe faire dans cette
Maifon aufujet de la naiſſance du
Prince des Afturies . Nous en eû
mes des nouvelles certaines par la
Gazette d'Efpagne Mécredy dernier,
veille de la Nativité de Nôtre
Dame. Je nepuis mieux vous
les tranfports de joye où
s'abandonnerent nos Penfionnaires
marquer
GALANT 103
Espagnols en apprenant cette nouvelle
, qu'en vous affurant qu'ils
parurentfentir tout le bonheur de
leur Nation. Les trois Meffieurs
d'Idiaques Don Jofeph , DonJoachim
, & Don Xavier , ſe diſtinguerent
fur tous les autres. Cette
famille ne peut vous eftre inconnuë,
eftant tres- illuſtre illuftre en Efpagne
par fa nobleffe & par le rang
que les Seigneurs d'Idiaques tiennent
à la Cour & dans les Armées
. Ces trois jeunes Espagnols ,
dont l'aîné n'a que feize ans , s'étant
difpofez dés le foir même à
faire leurs devotions , pour rendre
graces à Dieu de l'heureux accou-
I iiij
104 MERCURE
•
chement de leur Reine , fe confef
ferent communierent le lendemain
avec la pieté que des parens
tout Chreftiens leur ont infpirée .
Aprés quoy voulant donner des
marques publiques de leurjoye , ils
obtinrent de la Maifon de Ville
des Soldats , les Tambours , les
Fifres , les Trompettes , qu'ils
placerentfur le foir à la Tour du
College , où l'on avoit mis ungrand
nombre de pots à feu & de fufees.
Ils allumerent eux- mêmes à l'entrée
de la nuit au bruit des Trompettes
, des Tambours , & des décharges
de la Moufqueterie , le
Feu de joye qui eftoit dans la ruë
GALANT 105
vis-à- vis le Corps de Logis où ils
ont leur Appartement. Ce Corps
de Logis eftoit illuminé depuis le
haut jufqu'au bas dans toute fa
longueur , le Portrait du Roy d'Ef
pagne eftant placé au milieu. A
peine eurent - ils commencé à crier
Vive le Roy d'Efpagne & le
Prince des Afturies , que tous les
autres Penfionnaires
infini de perfonnes qui occupoient
toute la rue répondirent par les
mêmes cris dejoye. La Fefte dura
depuis huit heures du foir jufqu'à
dix heures demie. Pendant tout
ع و ن
un nombre
ce temps - là , on n'entendit que décharges
de Moufqueterie accompa
106 MERCURE
gnées d'un grand nombre defufees.
Le Pont neuf eftoit remply depeuple
, parce qu'on y voit mieux la
Tour du College qu'en aucun autre
endroit. Tout ce grand peuple applaudit
à cette Fefte. Rien ne mar
que mieux le zele que leur illuftre
Famille a toujours eupourfon Roy
pourfa Nation , que lesfentimens
qu'ont fait paroître en cette
occafion ces trois jeunes Seigneurs.
Tout Toulouſe en a jugé ainsi.
Meffire Etienne le Camus ,
Cardinal , Evefque & Prince de
Grenoble , eft mort dans fon
Diocele , âgé de 76. ans. Il
GALANT 107
eftoit troifiéme fils de Mr Nicolas
le Camus , Confeiller au
grand ,Confeil , Procureur gc-
>
neral de la Cour des Aides ,
puis Confeiller d'Etat , & Intendant
de l'Armée en Italie
& en Languedoc. L'aîné des
fils de Nicolas eft Nicolas troifiéme
du nom , qui a efté Confeiller
au grand Confeil , puis
Procureur general de la Cour
des Aides , dont il eft aujourd'huy
premier Prefident . M
fon fils M des Requeftes a
efté reçu en furvivance depuis
quelques mois. Il a eu cinq fils
de Marie Larcher , fille de
108 MERCURE
Mr Larcher , Prefident de
la Chambre des Comptes ;
Nicolas quatrième du nom
dont je viens de parler , qui a
efté Confeiller de la Cour des
Aides & enfuite Maiftre des
Requeftes ; François le Camus
Marquis de Bligny , Colonel
du Regiment de Xaintonge , &
Brigadier des Armées du Roy ;
M'T'Abbé le Camus , Prieur de
Baré ; Mile Chevalier le Camus
Lieutenant de Vaiffeau , mort à
Meffine , & M❜le Camus de la
Grange. Le 2. fils de Nicolas 2 .
eftoit Charles le Camus , Sieur
de Montaudier , Gouverneur
GALANT 109.
re
de Menoüillon en Provence ,
mort depuis quelques années
& dont la fille unique a épousé
M N.... le Camus fon coufin
germain , fils de Girard le
Camus , Maiſtre des Comptes
& quatriéme fils de Nicolas ,
Confeiller d'Etat. Le cinquiéme
eft Jean le Camus , Maiſtre
des Requeſtes honoraire , &
Lieutenant Civil , l'un des plus
integres & des plus habiles Magiftrats
de ce fiecle , & dont la
fille unique avoit épouſé Mª .
Nicolaï premier Prefident de
la Chambre des Comptes.
Tous ces Meffieurs eftoient
110 MERCURE
•
petits - fils de Nicolas le -Camus
premier du nom , Secretaire
du Roy & puis Confeiller d'Etat
, qui s'acquit beaucoup de
gloire dans le maniement des
grandes affaires où il fut employé
Il mourut en 1648 .
âgé de 80. ans. Il avoit époufe
Marie Colbert , morte en
1642. dont il eut dix enfans ,
fix garçons & quatre filles
dont la derniere , Claude le Camus
, fut premiere femme de
Claude Pellot premier Prefident
au Parlement de Rouen .
La Maiſon le Camus eft iffuë
' d'Antoine le Camus , Chevalier
GALANT III
Marquis Seigneur de Jambeville
& de Maillebois , & Preſident au
Parlement de Paris , & qui étoit
eftoit fils
de
Martin le Camus ,
Confeiller dans le même Parlement
, mort en 1564. & petitfils
de Charles , Confeiller au
Senat de Milan fous François
I. On croit que leur Maiſon
eſt originaire de Poitou .
M le Cardinal le Camus
avoit cfté Aumônier du Roy ,
& il commença dés ce tempslà
a donner des marques d'une
pieté éclatante . Il reçut dans .
une retraite qu'il s'eſtoit ménagée
prés de la maiſon de l'Infti112
MERCURE
tut des Preftres de l'Oratoire
, la nouvelle de fa nomination
à l'Evêché de Grenoble ,
faite au mois de Janvier de l'an
1671. Il fut Sacré dans l'Eglife
des Chartreux le 24. Aouſt
de la même année par Mr de
Coeflin , Evêque d'Orleans &
depuis Cardinal , accompagné
des Evêques de Leitoure & de
Beziers . Ce Prelat ayant eſté
facré alla faire un voyage en
Languedoc pour y vifiter feu
Mr Pavillon Evêque d'Alet ;
il fit auprés de cet Evêque une
Retraite , dans laquelle il fe
forma un genre de vie & des
GALANT
113
maximes aufquelles il s'eft affujetti
avec beaucoup d'exactitude
durant le cours de fon
Epifcopat ; une refidence continuelle
fut un des devoirs de
Epifcopat , dont il crut que
nulle raiſon ne le pouvoit difpenfer.
En effet , pendant trente
- fixans d'Epifcopat, ce grand
Prelat n'eft forti que trois fois
de fon Dioceſe , une fois pour
vifiter à Aix Monfieur le Cardinal
Grimaldi , Archevêque de
cette Ville , fon ami particulier,
& qui defiroit paffionnément
de le voir avant de mourir ; &
les deux autres pour les Con-
Octobre 1707
. K
114 MERCURE
claves d'Innocent XII. & de
Clement XI. & le peu de fejour
qu'il fit à Rome , prouve bien
que ce n'eftoit que pour les befoins
de l'Eglife qu'il fortoit de
fon Diocele , puifqu'il prenoit
toûjours fon temps pour y arriver
le jour que l'on fermoit
le Conclave , & qu'il en fortoit
le même jour que le Pape
étoit élû . Le Pape Innocent XI .
qui connoiffoit tout le merite
de M' l'Evêque de Grenoble ,
l'avoit nommé Cardinal dans
la grande promotion qu'il fit
le 2. Septembre de l'an 1686 .
Cette nouvelle dignité ne chanGALANT
115
gearien à fa maniere de vivre ; il
vécut toûjours avec les mêmes
auſteritez , & ce ne fut que quelques
années aprés & par l'ordre
de ce Souverain Pontife ,
qu'il fe remit à l'ufage de la
viande aprés une longue, maladie.
Ce Cardinal a fait quantité
de belles fondations qu'il a même
fait executer dés fon vivant ,
& il s'eftoit imposé une loy ,
dont il ne s'eft jamais écarté.
C'eftoit de ne point toucher
aux revenus Ecclefiaftiques ;
diftribuoit regulierement aux
pauvres ceux qu'il tiroit du feul
Benefice qu'il avoit , & l'entreil
Kij
116 MERCURE
tien de fa maiſon ne ſe prenoit
jamais que fur fon patrimoine
qui cftoit fort confiderable. Il ·
a donné fa Bibliotheque aux
Preftres de l'Oratoire , qui avoient
la direction de tous les
Seminaires de fon Dioceſe ; &
fi la mort ne l'euft prévenu , il
auroit fait bâtir fa Cathedrale
comme il a fait fon Seminaire .
Ce Cardinal avoit un grand
talent pour la Chaire ; il a prêché
plufieurs Carêmes à Grenoble
& à Chambery , qui eft
de fon Dioceſe , pendant ſon
Epifcopat , & il en a même prêché
dans ces deux Villes depuis
GALANT 117
fa promotion au Cardinalat.
On luy avoit attribué autrefois
un Livre qui avoit pour titre
De Libertatibus Ecclefiæ Gallicani
mais il l'a défavoüé & on a fçu
depuis qu'un Preftre du Diocefe
d'Alet & qui eft mort
Rome , eftoit l'Auteur de cet
ouvrage. La Morale de Grenoble
, que ce Prelat a fait imprimer
pour l'uſage de ſes Seminaires
& dont on a fait une
traduction latine à Rome deeft
un
puis environ trois ans
ouvrage qu'il a adopté & auquel
il a donné cours dans fon
Dioceſe & dont cependant il
118 MERCURE
n'eſt point Auteur . M' du
Janet Evêque de Vaifon , l'avoit
compofé par l'ordre de
ce Cardinal. M' Lambert mort
depuis peu Evêque d'Ivrée
avoit cfté long - temps Grand
Vicaire de Mr le Camus ,
il a fait divers voyages à Rome
pour les interefts de ce Cardinal.
&
Je finiray cet article par une
remarque qui fera beaucoup
d'honneur à la memoire de ce
Cardinal , c'eft qu'il faifoit tous
les ans la vifite dans fon Dioil
l'achevoit en deux ans
cefe ;
&
partoit
toutes
les
années
le
GALANT 119
lendemain de Pâques pour l'achever
ou pour la commencer ;
& il eft mort au retour d'une
'de fes vifites.
Mr le Cardinal le Camus
avoit le titre de Cardinal Preftre
du titre de Sainte Marieldes
Anges ; & il eftoit Docteur de
Sorbonne .
M' le Comte d'Egmont , qui
eftoit le feul de l'illuftre Maifon
de ce nom , & qui s'étoit venu
établir en France , eft mort
en Eſpagne aprés une maladie
de dix - huit jours fans laiffer
d'enfans de Dame N..... de
Cofnac fille unique du Mar-
1
120 MERCURE
quis de ce nom & de Margue
rite Louife de Luffan , parente
du Comte de ce nom , Chevalier
des Ordres du Roy. M' le
Comte d'Egmont avoit époufé
cette Dame en 1697. Elle
eft petite - Niece de M² l'Archevêque
d'Aix , Commandeur
des Ordres du Roy , &
Niéce de M' l'Evêque de Die.
Bertrand de Cofnac , Evefque
de Cominges , créé Cardinal
en 1370. par Gregoire XI.
eftoit de cette Maiſon . Celle
d'Egmont , qui vient de finir,
prend fon nom du Bourg
d'Egmont dans les Pays- bas *
&
GALANT 121
1
с
& elle eft une des plus grandes
de Hollande . Elle defcend de
Radbod fils d'un ancien Roy
des Frifons . Elle eftoit déja en
réputation dans le 12 ° fiecle, &
dans le 15 elle a eu des Ducs
de Gueldres. Arnoul d'Egmont
fucceda vers l'an 1425 .
à Renaud Duc de Gueldres , &
en eut Adolphes d'Egmont.
Ce fils dénaturé fit mettre fon
pere
dans les fers , & fut arrefté
luy - mefme. Les Gaulois
le tirerent de prifon pour le
mettre à la tefte des Troupes
qu'ils avoient levées contre le
Roy Louis XI . & ce fut dans
Octobre 1707. L
122 MERCURE
cette occafion qu'Adolphe fut
tué dans un combat donné
prés de Tournay en 1477. il
avoit époufé à Bruges en 1463
Catherine de Bourbon fille de
Charles I. Duc de Bourbon , &
d'Agnes de Bourgogne, dont il
eut Charles d'Egmont Duc de
Gueldres mort en 1538. fans
pofterité d'Elziabeth de Brunfwich
, & Philipes de Gueldres
mariée à René II . Duc de
Loraine , & morte en 1547 .
Cette Maiſon forma une autre
branche qui a produit de
grands hommes . Arnoul , Chevalier
de la Toifon d'or , mouGALANT
123
tut en 1483. & il fut pere de
Jean III . du nom qui prit
Dordrecht , Horne , & fut
premier Comte d'Egmont &
Chevalier de la Toifon d'or. Il
mourut en 1516. Jean IV. fon
fils fut
Chambellan de l'Empéreur
Charles Quint , & mourut
en 1508. dans le Milanez
où il commandoit l'Infanterie
de ce Prince . De deux fils qu'il
laiffa , le premier mourut jeune ,
& le fecond fut le celebre l'Amoral
Comte d'Egmont , dont
le courage & les malheurs ont
rendu le nom fi fameux dans
l'hiftoire des Pays - bas . Il fut
Lij
124 MERCURE
Gouverneur de Flandres &
d'Artois , Chevalier de la Toifon
d'or , & Chambellan de
Charles - Quint , auquel il rendit
de grands fervices auffibien
qu'à Philipe II . fon fils .
Irgagna la bataille de S. Quentin
en 15 57. & celle de Gravelines
en 1558. ayant dans la
fuite pris le party des Confederez
dans les pays - bas , il l'abandonna
peu aprés ;
ayant marqué dans fa conduite
quelque incertitude , le Duc
mais
d'Albe , qui l'avoit mandé à
Bruxelles avec le Comte de
Horne , les fit arrefter le 9 .
GALANT 125
Septembre de l'an 1567. &
leur fit trancher la tefte en
1568. Le Comte d'Egmont
mourut bon Catholique, quoiqu'on
l'eût accufé d'avoir fayorifé
les Partifans des nouvelles
opinions . Il écrivit avant
de mourir à Philippe II. une
Lettre où il proteftoit de fon
innocence. Il laiffa trois fils &
onze filles de Sabine de Baviere.
L'Aîné fut Philippe , qui aprés
avoir fervi les Etats fut enfuite
arrefté par les Eſpagnols ; mais
ayant fait la paix avec eux , il
eut le gouvernement d'Artois,
& l'Ordre de la Toifon d'or.
Liij
126 MERCURE
Il fut tué à la bataille d'Ivry ,
que le Roy Henry IV. gagna
fur les Espagnols en 1590. l'Amoral
& Charles d'Egmont
fes freres s'établirent en Hollande
, où ils laifferent pofterité
. Maximilien d'Egmont
Comte de Breffe fe diftingua
fort fous le Regne de Charles-
Quint ; M' de Thou en parle
avantageufement
au 5° Livre
de fon Hiftoire . Il mourut en
1548. à Bruxelles d'une Eſquinancie.
On dit que Vefalius ,
Medecin celebre , luy prédit
l'heure & prefque le moment
de fa mort ; qu'alors le ComGALANT
127
te fit un feftin à fes amis aufquels
il donna de riches prefens
, & qu'enfuite il fe remit
dans le lit où il mourut peu de
temps aprés & préciſement
dans le temps que Vefalius avoit
prédit .
Le Duché fouverain de
Gueldres fortit de la Maiſon
d'Egmont par la mort de Charles
d'Egmont Duc de Gueldres
mort en 1538. fans pofterité
d'Elizabeth de ' Brunswick , &
par le mariage de Philippine
fa foeur avec le fameux René
II. du nom , Duc de Lorraine.
L'Empereur Charles - Quint
Liiij
128 MERCURE
s'en faifit alors fur le Duc René
qui prétendoit y avoir un
droit inconteftable à cauſe de
fa femme. D'un autre côté
Jean IV. Comte d'Egmont &
le fameux l'Amoral fon fils ,
Chef de la branche cadette de
cette Maiſon , prétendirent
que le Duché de Gueldres étoit
un Fief maſculin qui leûr devoit
retourner , que l'Empereur
& le Roy Philippes II.
fon fils le leur retenoient injuftement.
Eux & leurs fucceffeurs
continuerent à en prendre
le titre ; mais c'est tout ce
qu'ils en eurent. Les Rois d'EfGALANT
129
pagne ne leur ont jamais fait
aucune juftice fur ce point .
M' le Baron de Lyonnieres
,
Chef de la Maiſon de Seyturier
en Breffe , a épousé une fille de
la Maifon d'Egmont
. La branche
, dont elle eftoit , eft auffi
finie , fon pere n'ayant laiſſé
que des filles.
M' Le Bas, Preftre, Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Syndic de la mefme Faculté
, & Curé de S. Chriftophe
de la Cité , eft mort dans
un âge peu avancé , honoré &
eftimé de tous ceux qui le connoiſfoient
; il eftoit de Nor130
MERCURE
mandie , & il avoit travaillé à
l'éducation de M' l'Abbé Bernier
Chanoine de N. Dame ,
qui a quitté l'établiſſement
qu'il avoit dans le monde , &
des grands biens que fes Parens
luy avoient laiffez , pour embraffer
le party de la retraite ,
où il mene une vie conforme
à celle de la Trape. Cet Abbé
avoit fait donner à M' le Bas
la Cure de S. Chryſtophe qui
dépend du Chapitre de Nôtre-
Dame. Il eut fujet d'eftre content
du choix qu'il avoit fait ;
M' le Bas ayant fait faire de
grands biens à cette Parroiffe,
GALANT 131
pendant fon adminiſtration .
La Faculté de Theologie de
Paris , dont il a efté deux fois
Syndic , conferve dans fes Regiftres
des preuves de la ſageſſe
& de l'habileté de ce Docteur.
La maniere dont il fe comporta
durant fon premier Syndicat
dans des conjonctures affez
difficiles , luy fit beaucoup
d'honneur. M' le Bas eftoit
Superieur de la Communauté
des Filles de Sainte Agnés dans
la Parroiffe de S. Euftache. Il
laiffe deux Neveux de fon
nom , tous deux agregéz au
Clergé de la Parroiffe de Saint
132 MERCURE
Chriſtophe ; l'un eft Docteur
en Droit , & l'autre acheve ſa
Licence . M Levéque , Docteur
de Sorbonne & habitué
de la Parroiffe de Saint Nicolas
des Champs , a eu la Cure de
S. Chriftophe en vertu de ſes
Grades , parce qu'elle a vaqué
dans le mois de rigueur ; & M
le Fevre Docteur de la Maifon
de Navarre , & Profeffeur en
Theologie dans le College de
ce nom , fut élû Syndic le 1
de ce mois. Il l'eft pour la troifiéme
fois , & quelque répugnance
qu'il ait fait voir pour
cet Employ, qui eft d'un grand
er
GALANT 133
prendétail
, M le Cardinal de
Noailles l'a engagé à le
dre , & le Roy luy a donné la
penfion de 1500. livres qu'il
avoit donnée il y a prés d'un
an à M' le Bas , & dont il n'a
point joui. M' le Fevre eft Cha
noine de Montauban.
Meffire Jean le Long Confeiller
du Roy , & Maiſtre or-
Idinaire en fa Chambre des
1 Comptes , eft mort depuis
quelque temps. La famille de
ce Magiftrat eft connuë il
déja plufieurs ficcles , & celebre
pour avoir produit dans le
15 fiecle Olivier le Long
с
y a
134 MERCURE
Prieur du Monaftere de Saint
Bavon prés de Gand , qui vivoit
environ l'an 1450. & qui
a écrit un Traité du S. Sacrement
de l'Autel , & quelques
Vies des Saints ( v. Val .
" André ) M ' le Long , dont je
vous apprend la mort , tiroit
plus de gloire de l'exacte probité
dont il a fait profeffion
toute la vie , & de l'attention
qu'il a toûjours euë de remplir
dignement les fonctions de fon
miniftere , que de la réputation
qu'ont cuë quelques - uns
de fes Anceftres. Če Magiftrat
s'eftoit toûjours appliqué à fe
GALANT 135
faire d'illuftres amis . M' l'Abbé
de Villefort , fi connu par
la folidité de fon efprit , par la
bonté de fon coeur & par l'exa-
Atitude de fes moeurs , eftoit
celui qui avoit le plus de part
à fa confiance , & avec qui il
fe plaifoit davantage à méditer
fur les grandes veritez .
Perfonne n'ignore que ces
deux amis ne s'arreſtoient pas
à une fpeculation féche & ftérile
des chofes qui faifoient
l'objet de leurs recherches &
de leurs réflexions ; mais que
par un heureux concert ils s'attachoient
à réduire en pra136
MERCURE
tique toutes les veritez qui avoient
rapport
à la conduite
des moeurs , & à l'affaire du
falut. Le Pere le Long , Bibliothecaire
des P P. de l'Oratoire
de la rue S. Honoré , &
qui doit donner bientôt au
Public un ouvrage
d'une grande
utilité , eftoit parent du
Magiftrat dont je viens de
parler.
Je dois auffi vous aprendre
la mort de Mr Hebert Maiftre
des Rqueftes , ce Magiftrat a
efté marié deux fois ; la premiere
avec Dame Françoiſe
Lavocat & la feconde avec
GALANT 137
Dame N... le Gendre. Il a eu
de fa premiere femme une
fille unique mariée à Mr Bignon
Intendant des Finances ,
frere aîné de Mr l'Abbé Bignon
& de Mr Bignon Intendant
à Amiens. Il a eu de fa
feconde femme , Mr Hebert
Confeiller au Parlement &
Dame N... Hebert veuve de
Mr Larcher de Pocancy , Confeiller
au Parlement ; feuë M
Hebert fa premiere femme
eftoit proche parente de M
de Pomponne veuve du Secretaire
d'Etat de ce nom , & de
Mi la Marquife de Vins , qui
Octobre 1707. M
138 MERCURE
avoit épousé Mr de Vins Capitaine
Lieutenant des Moufquetaires
noirs. Mr Hebert
avoit plufieurs autres alliances
confiderables dans la Robe
où les anceſtres ont efté fort
diftinguez . Il a efté fort
regretté.
La douceur de fes moeurs ,
& la probité avec laquelle il
avoit toujours exercé les emplois
dont il a efté revetu , l'avoient
rendu cher à tous les
honneftes gens . Il avoit fait
une longue étude de la Jurif
prudence qu'il fçavoit parfaitement.
L'Article de la mort de
GALANT 139.
Mr de Boucroude , Confeiller
au Parlement de Rouen , dont
j'ay parlé il y a deux mois , &
dans lequel ily a quelques rapport
de noms qui peut caufer
des erreurs , doit eftre de
la manière fuivante. Mr le Fay
de Bouctroude époufail ya 25 .
ans une des filles de feu Mr
de Caubremont Baron d'Acquigni
, & pere de feu Mr le
Baron & Vidame d'Efneval
nommé par le Roy à l'Ambaſfade
de Portugal en 1688. &
enfuite à celle de Pologne , où
il mourut à Grodno en 1693 .
fort eftimé & de la Cour qui
Mij
140 MERCURE
l'avoit envoyé & de celle où il
refidoit . Mr le Baron de Caubremont
eſtoit grand pere de
Mr le Vidame d'Efneval d'aujourd'huy
& de Mr le Chevalier
d'Efneval , qui eft prefentement
à Malte. Le Fief de
Bouctroude dont Mr le Fay, &
aprés luy fes enfans , ont porté
le
nom
, eft fitué dans la terre
de Saint- Georges , au Pays de
Caux , à deux lieuës de Rouen ,
& appartenant à l'Abbaye de
Fécamp , auffi en Caux. On
doit diftinguer le Fief de Bouctroude
de la Terre & Baronie
du Bourgtheroude , fituée
GALANT 14!
•
dans le Pays de Roumois , &
qui donne le nom à une des
plus anciennes Maiſons de
Normandie , auffi établie dans
le Pays de Roumois , & qui a
porté anciennement le nom de
le Roux. Cette famille çft alliée
aux plus anciennes Maifons
du Royaume , & fur tout
à celles de Chabanes - Urton ,
( qui avoit l'honneur d'appartenir
à feu S. A. R. Mademoifelle
) de la Rochefoucauld , de
Levi-Ventadour , de Chanvalon
de Harlay , Potier de Gefvres
, de la Salle Caillebot , de
Levi Mirepoix , de Refuge , de
142 MERCURE
Prunier - Saint - André , d'Albert-
de- Chaulnes , de Beauvillier
de-Saint-Aignan , & d'Amboife.
La maifon de Bourgtheroude
eft divifée en quatre
branches ; fçavoir , en celle du
Baron duBourgtheroude, deM
d'Infreville , Confeiller d'Etat,
Intendant general de la Marine
du Levant & du Ponent
pere de Mr le Chevalier d'Infreville
Chef d'Eſcadre ; de Mr
de Tilly , qui eft iffu d'une fille
de Mr le Chancelier de Bellievre
; & de Mr le Vidame d'EL
neval , dont la mere eftoit Madelaine
de Tournebu , iſſuë de la
GALANT 143
Maiſon Royale de Dreux , &
dont l'alliance a mis dans cette
Maiſon la Terre de Poüilly &
la Vidamie d'Efneval .
Les anciens Barons du Bourgtheroude
eftoient déja connus
en France au
commencement
de la troifiéme Race de nos
Rois , & fous le regne du Roy
Robert , furnommé
le Religieux.
Je ne doute point que vous
ne preniez beaucoup de plaifir
à lire la Fefte que vous trouverez
dans la Lettre fuivante .
144 MERCURE
A Lille le 20 Septembre 1707.
rendre
On chanta icy avant hier le
Te Deum dans l'Eglife Collegiale
de S. Pierre , pour
graces à Dieu de l'heureufe Naiffance
du Prince des Afturies.
Monfeigneur l'Electeur de Cologne
y Officia Pontificalement ;
& toutes chofes s'y pafferent dans
l'ordre
que
l'on a coûtume de tenir
en ces Réjouiffances publiques.
Le foir il y eut des feux de joye
fur la grande Place , & S. A.E.
donna chez Elle un magnifique
Souper à la principale Nobleſſe,
pendant
GALANT
145
pendant qu'on fit couler devant
fon Palais , qui eftoit tout illuminé
, deux fontaines de vin ,
pour tous ceux qui en voulurent
prendre.
Ce Prince , non content de cela,
pour celebrer avec encore plus
d'éclat cette illuftre Naiffance ,
donna hier au foir à fa Maiſon
de Campagne uue Fefte fuperbe ,
des mieux ordonnées à Monfeigneur
l'Electeur de Baviere
fon frere , & à Mr le Duc de
Vendôme , qui furent accompagnez
à ce Feftin par Mr le
Maréchal d'Arco &par un
grand nombre d'Officiers Gene-
Octobre 1707. N
146 MERCURE
raux de Perfonnes de confideration
, qui s'y trouverent avec
eux. Ils pafferent tous à cheval
par cette Ville vers les trois à
quatre heures aprés midy , &
allerent s'embarquer au pied du
glacis de la Citadelle fur les petites
Galeres de S. A. E. de Cologne
, qui s'y eftoit renduë en per-·
fonne pour les y recevoir.
;
Ces Galeres eftoient magnifiquement
ornées les Rameurs
eftoient d'une propreté achevée ;
& l'on vint jufqu'à cette Maifon
de Campagne au bruit des
Trompettes
des Timballes
aufquelles répondoient alternati-
,
GALANT 147
vement plufieurs troupes de Hautbois
difperfées dans toutes les
Chaloupes , dont cette petite &
galante Flote eftoit compofée.
On fut falué en abordant par
plufieurs pieces de Canon , qui
eftoient placées fur le bord de
la Deufle ; & aprés un tour de
jardin toute cette illuftre &
belle Compagnie fe rendit à un
Theatre de verdure dont la
perspective naturelle fait voir en
éloignement un bout de paysage
tout des plus agreables. A peine
fut-on affis , que l'on vit paroître
fur la Riviere , Neptune dans fon
Char , tiré
>
par
›
deux Chevaux
Nij
148 MERCURE
marins , lequel s'eftant avancé
fur le bord du Theatre , chanta
les paroles fuivantes .
O
NEPTUNE.
Uel bruit entens - je fur ces
rives ?
Dcu peut naître ce trouble
affreux ?
Je voy de toutes parts les Nimphes
fugitives
Chercher , pour pour fe fauver , les
antres les plus creux .
Les fiers Titans , pour nous
livrer la guerre ,
Sont- ils fortis de leurs gouffres
profonds ?
Et voudroient - ils encor fans
crainte du tonnerre ,
GALANT 149
Pour attaquer l'Olimpe entaffer
monts fur monts ?
Pour s'élever par l'injuftice
En vain l'on prétend faire effort.
La vertu triomphe du vice ;
Et fans elle , au lieu d'un beau
fort ,
On ne trouve qu'un précipice.
Pour s'élever par l'injuftice ,
En vain l'on prétend faire effort
.
Deux Bergers fortant des Bocages
voifins apprirent à Neptune
la caufe de ce bruit , par les Vers
fuivans , qu'ils chanterent tous
deux enfemble.
Niij
150 MERCURE
LES DEUX BERGERS .
Ce bruit qui vient de vous furprendre
,
N'eft point un effort des Titans.
Admirez avec nous les exploits
éclatans
De ces fameux Heros , qui viennent
nous défendre.
PREMIER BERGER.
Nos Ennemis orgueilleux &
jaloux ,
Pouffez de haine & de vengeance
,
Preparoient dés long- tems leurs
armes contre nous :
Mais ces Heros par leur prudence
GALANT 15t
Ont arrêté leurs grands projets ;
Et le Ciel avec eux toûjours
d'intelligence ,
A beny leurs deffeins & remply
nos fouhaits .
SECOND BERGER.
Aprés tant de foins & depeines ,
Couverts de gloire & de lauriers
,
Ils viennent l'un & l'autre au
bord de ces fontaines
Se délaffer de leurs travaux
guerriers.
NEPTUNE ET LES DEUX
Bergers.
Qu'ils foient toûjours fuivis de
la victoire ,
N iiij
152 MERCURE
Qu'ils triomphent tous deux en
cent climats divers .
Que leur brillante gloire
Vole aux deux bouts de l'U
nivers .
LE CHOEUR.
Qu'ils foient toujours fuivis de
la victoire ,
Qu'ils triomphent tous deux en
cent climats divers.
Que leur brillante gloire
Vole aux deux bouts de l'U.
nivers.
PREMIER BERGER.
Que chacun à l'envy s'empreffe
A plaire à ces Heros , l'objet de
nos ardeurs ;
GALANT
153
фил
Par un feftin ruftique & des
chants d'allegreffe ,
Allons leur preſenter l'hommage
de nos coeurs .
NEPTUNE.
Je veux feconder vôtre envie ,
Et preparer un lieu digne de ces
Heros.
Vous qui fur les humides flots
Rifquez fi fouvent vôtre vie ,
Accourez à ma voix , fidéles
Matelots ;
D'un trenchant Aviron fendez
la vague émuë :
Venez élever à leur vûë
Ce Pavillon fuperbe , oùſouvent
le Dieu Mars
Vient prendre du repos aprés
tant de hazards .
154 MERCURE
ZE CHOE VR.
Que chacun à l'envy s'empreffe
A plaire à ces Heros , l'objet de
nos ardeurs ;
Par un feftin ruftique & des
chants d'allegreffe
Allons leur prefenter l'homma
de nos coeurs.
ge
Pendant qu'on chantoit ce dernier
Chaur on vit avancer
d'une viteſſeſurprenante toutes ces
petites Galeres , dont les Matelots
ayant mis pied à terre , formerent
en danfant avec leurs voiles
, leurs rames & leurs crocs un
Pavillon , qui fut dreſſé en un
GALANT 155
inftant à la veuë des Spectateurs..
Deux Matelots chantans entrecouperent
la danfe par les Couplets
fuivans.
AIR
D
CHANTE
par deux Matelots
.
E tant de traverſes ,
De routes diverſes ,
A l'abry des vens
Oublions les tourmens .
Goûtons l'avantage
D'un tranquille fort :
La Mer & l'orage
Ont beau faire effort ;
Craint- on le naufrage
Quand on eft dans le port ?
Non , non , plus d'allarmes ,
156 MERCURE
Joüiffons des charmes
Qu'offre le beau temps .
De tant de traverſes ,
De routes diverfes ,
A l'abry des vens
Oublions les tourmens.
7
• Les dons de fortune ,
Les flots de Neptune ,
Sont également
Sujets au changement."
Le port fert d'azile ,
C'est un doux recours,
Un calme tranquille ,
Donne de beaux jours :
Qu'il eft difficile
Qu'il regne dans les Cours :
Dans ce verd Boccage
Goutons l'avantage
D'un fort tout charmant .
Les dons de fortune ,
GALANT 157
Les flots de Neptune ,
Sont également
Sujets au changement.
>
la
La danfe eftant finie , le Pavillon
s'ouvrit tout d'un coup
& l'on vit paroître au milieu
une Table en forme de fer à cheval
, fervie de tout ce que
faifon peut fournir de plus delicat.
Leurs Alteffes Electorales ,
Mr le Duc de Vendôme , & les
Perfonnes les plus qualifiées y
prirent place , pendant que tous
les Officiers de diftinction ´allerent
fe mettre à plufieurs autres Tables ,
que l'on avoit placées aux environs
fous des Tentes , où l'abon158
MERCURE
&
danc des Mets difputoit à l'envy
avec la propreté & le bon goût.
Tant que dura le repas , les Timbales
,les Trompettes & les Hautbois
accompagnerent tour à tour
la bonne chere , entretinrent
dans cette illuftre Affemblée
Et chacun revint enfuite
par eau avec le même plaifir , &
dans le même ordre qu'on y eftoit
allé , fort content de tout ce qui
avoit paru dans cette agreable
Fefte.
la
joye
;
Vous connoiftrez pa la
Lecture de la Relation que je
vous envoye , & qui eft fort
GALANT 159
fouhaitée du Public , que je
n'y ay rien changé. Ce font
de ces fortes de chofes aufquelles
il eft difficile de retoucher
fans fe méprendre , ou
fans en alterer le fens .
RELATION
Ou précis du Voyage du Nord
que Monfieur le Comte de
de Forbin Chef- d'Efcadre
a fait , avec l'Ecadre du Roy
armée à Dunkerque
, compofée
de neuf Fregates de 40
à 56. canons , dont une n'é .
toit chargée que de vivres.
Aprés avoir donné un com160
MERCURE
bat dans la Manche , pris
deux Navires de guerre de
72. canons & 20. Vaiffeaux
marchands de la Flote qu'ils
convoyoient en Portugal ,
le 13. de May 1707 .
Le Vendredy 10. Juin à cinq
heures du matin nous mimes à la
voile de la rade de Dunkerque
pour lafeconde fois. Nous évitames
dix Navires Anglois qui
nous obfervoient hors de Bancs
d'où nous fortimes par la paſſe de
l'Oueft. Nous fimes route jufqu'au
Mecredy 15. fans qu'il ſe paſſaſt
rien qui merite d'en faire mention .
1
GALANT 161
Le temps fut paffablement beau ,
la mer affez belle , mais les vents
peu favorables . Le Judy 16.depuis
6. heures du matin jusqu'à
neufdu foir les vents fraichirent
toujours eftant devenus Nord , le
Fidel démata defes mâts de Beaupré
& de Mizaine , qui vinrent
bas dans le mefme temps . Il n'y
eut qu'un homme de bleffé de l'horible
chute de fes mats .
LeVendredy 17. pendant qu'on
travailloit a agréer un mát , de
Hune à la place de celuy de Mi-
Zaine , la Dauphine paffa à Pou- ,
pe pour nous dire que fon avant
eftoit démonté & que fa poulenne
Octobre 1797
.
162 MERCURE
eftoit éventée , deforte que Mr
le Comte de Forbin fut obligée de
les envoyer à Maefterland , ou
Gottem - bourg , Port de Suede
pour s'y racommoder
attendre. Dans ce mesme temps
une vergue du petit Hunier du
Gerzérompit ; nous eſtions à 20.
lieuës au Nord du Drogre-Banc.
nous y
Depuis le 17. jufqu'au premier
Juillet il ne fe paſſa rien
d'extraordinaire , la pluye & la
brune fur tout eftoient fort frequentes
& fi épaiffes que l'on
voyoit à peine du Gaillard de derriere
à celuy d'avant , les vents
qui estoient contraires nous obliGALANT
163
geoient de courir au plus prés
par confequent de revirer de bord
fortfouvent, & pour le faire connoiftre
aux autres Vaiffeaux nous
tirions trois coups de canon qui
eftoient le fignal. Ceux qui nous
entendoient nous répondoient d'un,
feulement , l'on battoit continuellement
la quaiffe , l'on fonnoit les
cloches , ou l'on tiroit de la Moufqueterie
pour éviter les abordages,
pour tafcher de ne fe point feparer
; cela n'enpefcha pas que la
plus part ne s'écartaffent pendant
un, deux, ou trois jours . Il faifoit
auffi froid que quand la Riviere
de Seine eft glacée ce que je trou-
O ij
164 MERCURE
ve de plus particulier , c'est qu'il
ne faifoit point de nuit puifque
nos Pilottes prenoient hauteur à
minuit comme enplein midy , nous
eftions par les 69. Degrez de latitude
Nord , & à 45. lieuës du
Nord Cap.
Depuis le premier Juiller juf
qu'au 27. nous fifmes dix-neuf
prifes , dont l'une fut coulée bas
par Mr le Chevalier de Touronvre
qui neput l'amariner ; fçavoir,
trois vers le Nord-Cap ; onze aux
environs de Kilduin : &quate que
nous Y trouvâmes mouillées . Le
Vendredy 22. àfept heures du matin
lapluye ceffa , le temps s'éclairGALANT
165
par
cit un peu , nous apperçûmes
au vent 48. ou so . Vaiffeaux
c'eftoit la Flotte Angloife efcortée
trois gros Convois ; le calme
vint qui dura jufqu'à dix heures
qu'il commença à "fraîchir ; nous
virames de Bord & nous paſſames
fous le vent & à la vue de
cette Flotte ,fous Pavillon Hol
landois fans donner dedans , parce
que le Blakwal & le Prothée s'étoient
écartez en donnant chaffe
comme nous ; celafit refoudre Mr
le Comte de Forbin à tâcher de les
A
rejoindre avant de les attaquer.
deux heures il fit fignal pour faire
paffer à poupe les Vaiſſeaux qui
166 MARCURE
eftoient avec nous pour leur donner
fes ordres pour le combat dés
que nous les aurions réjoints. Nous
vimes plufieurs Navires écartez
qui tâchoient defuivre les autres ;
nous leur donnâmes chaſſe ſià propos
, que
chacun de nous eut part
aux onze prifes dont j'ayparlé cideffus
. Nous nous approchions toû
jours de Kilduin , où nous croyions
que cette Flotte feroit entrée pour
monter le long de la riviere de Kola
, ou pour fortirpar l'autre paſſe
en faisant le tour de l'Ifle . En nous
en approchant nous vîmes au vent
à nous fept Navires , que nous reconnúmes
pour le Blakwal¸le ProGALANT
167
3.comme
thée & cinq prifes. Nous vîmes
en même temps derriere la pointe
de l'Ifle dans une ance , quatre Navires
que nous crûmes les Convois
de la Flotte ; cela fut cause que
Mr de Forbin changea l'ordre du
combat , & qu'au lieu de n'entrer
dans ce moüillage que le
il avoit dit , il y entra le premier
pour commencer le combat. Il devoit
en abordant le plus gros , moüiller
l'ancre en même temps , les autres
eurent ordre de faire la même
chofe , lorfque nous fumes à portée
de voir diftinctement , nous reconnumes
que c'eftoient les Flutes dont
jayparlé ci-devant. Ils amenerent
168 MERCURE
ейen
leurs Pavillons dés que nous eûmes
hiffé le noftre ; nous moüillâ
mes l'ancre à Kilduin le Mécredy
27.fur les cinq heures aprés midy,
entre l'Ifle la grande terre . Ce
moüillagefemble avoir eſtéfait ex-
"prés , tant il eft grand , beau , commode
, bien fitué à l'abry de
les
tout vent. Nousy reſtâmés douze
jours ; pendant tout ce temps
équipages n'eurent pas un moment
de relâche . Ils furent toujours occupez
à donner la bande , àfaire de
l'eau & du bois , à prendre leurs
vivres dans la Driade , qui fut
destinée pour porter en France le
butin de toutes les dix- huit prifes
qui
GALANT 169
à la à
quifontfortriches.Ondéfagreatous
ces Vaiffeaux ; on mit leurs agrés ,
ancres canons dans les noftres ;
aprés quoy on les brûla tous ,
referve d'une des plus groffes Flutes
que Mr le Comte de Forbin
donna avec ddeess vviivvrreess,, àà tous les
Marchands & à leurs Matelots ,
pour les reconduire en Angleterre
ou à Archangel où ils alloient.
Si nous euffions eu les vents bous
le long de la route nous ferions
arrivez à Kilduin trois femaines
plutoft , & nous aurions eu le
temps defaire à noftre aife ce que
nous avions befoin , & de nous
mettre en croiziere , avant qu'il
Octobre 1707. P
170
MERCURE
fut paffé aucune Flotte. Ce retar
dement & celuy d'avoir eſté Séparé
du Blawkal
du Prothée
,
joint à ce que nous avons efté obligez
de laiffer le Fidelle & la Dauphine
, qui font les deux plus gros
Navires
de l'Efcadre
, font la
cauſe évidente
que nous n'avons
pas pris toutte cette Flotte avec les
convois.
le
Pendant que nous demeurames
à Kilduin le tempsfut aſſez beau ,
quoyque mêlé de brume qui ne nous
quittoit guerres , non plus que
grand froid ; nous n'avions point
d'autre feu que nos triples habits
ou capotes avec des bottes que nous
GALANT 171
ne quittions que pour nous coucher.
Ily a dans l'Ifle beaucoup de
Perdrix prefque toutes blanches
& plus groffes que les nostres.
Meffieurs les Comtes de Forbin
de Durtal , d'Illier & Mr de
Souforafe ,y allerent trois fois à
la chaffe & en tuerent beaucoup ;
il y a auffi des cerfs differents des
noftres parla tefte & le pied. Ces
Rennes , c'est ainsi qu'ilsfe nomment
dans le Pays ,font privées &
les habitans s'en fervent pour porter
& traîner tout ce dont ils ont
befoin ; l'on en tua beaucoup parce.
que l'on ne trouva aucuns au-
Pij
172 MERCURE
tres rafraichiffements.
Le 8. Aouftà 1 1. heures du matin
nous partifmes de Kilduin; nous
fortimes par la mefme paffe que
nous eftions entrez. Nous fimes
route vers le Nord Cap , qui eft
par les 71. degrez 40. minutes de
latitude , à 40. lieues de Vard'huis
dont je parleray cy aprés , & à 70
de Kilduin qui eft l'endroit le plus
éloigné où nous avons efté , quoymoins
Nord , de forte que
là pour aller à Dunkerque enfaifant
tout le tour du Nord , qui
confifte aux Ifles de Fero
reconnoift en paffant & enles laif
fant à droite ou à Tribor , celles de
que
que
de
l'on
GALANY 173
Hitlan , les Orcades & Saint
Kilda, l'Ecoffe , l'Irlande & l'Angleterre,
comme nous avonsfait, il
ya prés de neufcens lieuës. Nous
allions commeje viens de dire , vers
le NordCap pour nous mettre en
croiziere & pour attendre quelqu'autre
Flotte.
Le dix Monfieur le Comte
de Forbin fit faire le fignal de la
Comteffe , du mefme nom , c'est
ainfi qu'il a nommé une petite
Queche Hambourquoife qui eft
une des premieres prifes & qui
marche tres-bien , pour luy dire
de partir & de porter fes lettres
qui eftoient écrites en chiffre à
Maefterlandou Gottembourg, pour
174 MERCURE
les faire tenir en France au plutoft
, &pourdire à nos deux Navires
de nous venir rejoindre à
Soggendal ou Ceefond , qui font
des Ports de la Cofte de Norvegue
à cinq lieues ou environ du
Cap Der- neus.
Lefeudy 1 1. le vent eftant venu
Ouest , nous continuames de courir
fous le mefme bord au Sud .
Sud- Ouest. A fix heures nous
découvrimes au ventplufieurs Navires
; le temps eftoit un peu embrumé
, à huit heures il fut un
peu éclairci ce qui nousfit voir
diftinctement une flotte de
40. voiles , efcortéepar trois con-
30.
à
GALANT 175
·
;
vois de 36. à 40. canons. Nous
la chaffames fous pavillons Anglois
à une heure aprés midy
nous prifmes une groffe Flutte &
l'on tira plufieurs coups de canons
pour la faire amener , parce que
le calme qui nous prit ne nouspermettoit
pas
pas dede nous en aprocher de
plus prés. Sur les trois heures il
fraichit , nous nous mifmes
au vent de cette Flote qui eftoit
celle d'Hollande , ayant tout dif
pofé pour le combat ; nous eftions
à trois lieues de terre qui eftoit
l'Ile de l'ard'huis , à quatre & à
cing heures. La Driade fit deux
prifes , ainsi que
d'autres de nos
P iiij
176 MERCURE
Navires qui en firent quelqu'une.
Comme nous avions fait ranger
entre la terre & nous une partie
de cette Flotte avec leurs convois
qui tachoient de les couvrir pour
Les faire paffer le long de la terre
Mr de Forbin dit à deux de nos
Navires qui eftoient à portée d'entendre
, qu'il n'étoit point venu
pour combatre , mais pour
prendre le plus de bâtimens
qu'il pourroit , & que pour cet
effet il n'avoient qu'à fe tenir
a portée en cas de befoin, qu'il
alloit couper les Vaiffeaux Marchands
à la barbe de leurs convois
( qui avoientfait jufqu'alors
GALANT 177
fort bonne contenance ) & qu'il
ne les attaqueroit point qu'ils
ne s'opofaffent à fon deſſein.
Dés qu'ils virent que nous nous
aprochions , ils firent leur route
fuivant cinq ou fix de leurs
Navires qui estoient paſſez , de
forte que tout ce qui se trouva enterre
nous & leurs convois
,fut coupé. Ils n'eurent point
d'autre reffource que celle de paffer
14. ou 15. qu'ils eftoient , par la
paffe qui fepare l'Ile de la grande
terre d'où ils eftoient fort prés ;
tre la
>
comme nous ne ilsy entrerent ,
la connoiffionspas pour les yfuivre
avec nos Navires qui tirent beau178
MERCURE
و
coup plus d'eau que des Flutes
l'on arma des Chalouppes & les
Canots que l'on y envoya avec
deux de nos Navires devant lefquels
des Pilotes fondoient , pendant
que nous courumes le long
de la terre pour les couper par
bout de l'autre paffe. En y arrivant
nous y vimes 14. Flutes
mouillées ou échoüées
le
que nous
primes , laplupart des Marchands
avec leurs Matelots s'étoientfauvez
dans l'Ifle, avec tout ce qu'ils
avoient pu emporter de leurs meilleurs
effets. LeVendredy 12.nous
mouillames l'ancre à Vard'huis ,
Sur les deux heures aprés midy.
GALANT 179
Nous y reftames huit jours pour
décharger 13. de fes Fluttes dans
quatre qui furent choisies pour
porter en France toutes les marchandifes
des autres ; cette Flote
eftoit beaucoup plus richement chargée
que celles des Anglois , ainſi
les prifes que nous avons faites,
font eftimées trois fois autant.
Les Hollandois qui s'étoient
fauvez dans l'Ifle , revinrent petit-
à-petit ; il y en eut quatre qui
rançonnerent leurs Baftiments tous
lege 6000. livres chacun & aprés
avoir défagrées les neuf autres
qui reftoient, mis leurs agrez ,
ancres & canons dans les quatre
180 MERCURE
+
Fluftes que nous avons amenées
avec nous on les brula . Nous
avons amené avec nous 66. Hollandois
que nous avons difperfez
dans tous nos Vaiffeaux. Le refte
demeura à terre ou s'embarqua
avec les quatre qui s'étoient ranconnez.
L'on
peut dire
que
Monfieur
le Comte de Forbin a traité tous
les Marchands & les Matelots
Anglois & Hollandois , avec toute
la douceur , l'honnefteté , &
l'humanité poffible , n'ayant pas
voulu qu'aucun fuft dépouillé , ni
qu'on leur ôtaft aucunes de leurs
bardes .
GALANT 181
On trouve dans la grande terre
proche de cette Ifle les mefmes gibiers
qu'à Kilduin , & une espece
de Faifans , diferente des noftres.
Les Meffieurs dont j'ay parlé y
allerent deux fois à la chaffe , &
tuerent beaucoup de gibier à la
referve des Rennes qui furent
confervées , parce que l'on trouva
pour rafraichiffement quelques
jeunes vaches , taureaux & moutons
; quoyqu'enpetite quantité
bien moins bons que les noftres , ils
ne laifferent pas de faire plaisir à
toute l'Escadre , qui en avoit be-
Loin.
Le Village de Vard'huis eft
182 MERCURE
des
composé d'environ cent maifons
dont la plupart ne font que
Cabanes les plus extraordinairement
bafties qu'il y ait ; ce qui
eft de plus furprenant c'est que les
habitans y font renfermez avec
tous leurs beftiaux pendant deux
mois qu'il ne fait point de jour
en ce lieu , & que leurs maifons
font couvertes de plus d'unepique
de neige . Ils ne vivent que de pain
les Danois leur portent.
La pefche est tout leur commerce
dont ils font de la Stofiche
de l'huile. Ils font tres- mal
propres chez eux, où il fent fimauvais
que l'on n'y demeure qu'avec
tres- bis
que
GALANT 183
la a
beaucoup de peine. Il n'y croift rien ,
terrey eftant tout àfaitſterile à
la referve d'unpeu de pafturages ,
quelques endroits . Leurs vaches
vivent l'hiver de tefte de poiffons
ainfi que les autres beftiaux.
en
Le Samedy 20. Aouft à dix
heures du matin , nous nous trouvames
tous à la voile , aprés
avoir porté les inftructions aux
Officiers des quatre Fluftes en cas
de feparation. Nous partimes de
Vardhuis , &fortimes vent arriere
par une autre paſſe que celle par
où nous eftions entrez , le temps
beaau , clair , & les vents au Sud-
Sud-Eft ; cefut-là que nous com184
MERCURE
mençâmes à nous appercevoir des
nuits.
Depuis le 20. jufqu'au 1. Septembre
à 10. beures du matin que
nous arrivâmes à la vuë desIſles de
Fero , nous cufmes beau temps &
doux, quoy que toujours mêlé de
brume. Nous eufmes les vents
bons & favorables , puifque nous
fifmes tout ce trajet qui eft d'environ
350. lieuës en onze jours ,
avec nos Fluftes qui ne marchoient
pas plus viteque des charettes.
Le vent qui eftoit fort grand
fembloit fraîchir de plus en plus
en nous approchant de cette terre
que nous vifmes defortprés . ComGALANT
185
de
me nous ne connoiffions ni baye ,
ni paß , ni mouillages , nous ne
laiffions pas d'eftre embaraffez ,
parce que la mer eftoit fort agitée.
Mr de Forbin fit tirer un coup
canon pourfaire venir des Pilotes
Coftiers. Nous apperçume» dans
dans ce moment un Navire qui
venoitfur nous vent arriere fous
Pavillon Danois. Le Capitaine
vint à bord ; cefut un grand bonpour
nous , & qui ne nous
donna ppaass ppeeun dejoye ; il alloit à
'Ifle de Nolfoë , où il nous mena
mouiller; il eft François de Nation
néà la Rochelle . Il trafique en
Dannemark aux Ifles de Fero.
Octobre 1707.
heur
е
186 MERCURE
Nous mouillâmes l'ancre à une
heure & demie , malgré la brume
&la tempefte.
Ily a unepetite Villeprés de ce
mouillage , qui s'appelle Nolfoë.
Elle est tres-laide & mal baftie.
Il faut pafferfous deux Forts pour
y entrer. L'un de 16. canons &
l'autre de 4. Il y a un Magaſin
d'ouvrages de laine. L'on envoya
un Officier au Gouverneur pour
avoir des rafraîchiffemens qu'il
accorda ; ils y font communs & à
bon marché.
Le Vendredy 2. l'on envoya les
Chaloupes faire de l'eau & querir
les rafraichiffemens que l'on avoit
GALANT · 187
babefoin.
Il y a dans cette Ifle des
Montagnes & des Cofteaux où il
croift de fort bon foin ; ily a des
langues de terre qui rapportent du
feigle & de l'orge ; les Danois à
qui elles appartiennent , ont foun
de fournir la fubfiftance aux
bitans. Ces Ifles quifont au nombre
de 32. font habitées de huit
ou neuf mille ames..
Nous apprîmes avec beaucoup
de chagrin que le Prince Eugene
alloit affieger Toulon. Le même
Marchand nous dit qu'il avoit vú
treize Navires Hollandois qui
croifoient au Nord-Oueft , & qui
attendoient la Flotte des Indes .
Qij
188 MARCURE
Depuis le Samedy 3. Septembre
à une heure du matin , que nous
partimes de Fero ; jusqu'au 1 1. à
deux heures du matin , le tempsfut
beau & doux , la plupart tout
calme de la brume de temps en
temps. Le mêmejour depuis 3. beures
du matinjufqu'à neufdufoir ,
le vent fraichit de plus en plus.
Le temps fut pluvieux & orala
mer tres -groffe , & les
ventsforcez , nous faifoientfaire
neuf lieuës par quart , quoy que
nous fuffions affez prés pour donner
lieu à nos Fluftes de nous fuivre.
Nous cftions par les 58. dgrez
19. minuttes de latitude , &
geux ,
GALANT 189
à 18. lieues de Rochol ; ce temps
dura jufqu'au 12. à midy , &
nous fit perdre une de nos Fluftes.
L'on chaffa inutilement
pluſieurs
jours defuite pour la trouver.
Le 20.depuis 8. heures du matin
jufqu'au 21. à huit heures dufoir,
le vent fut forcé & fi violent ,
les plus refolus Marins convinrent
n'avoir jamais vu de coups
de mer fi terribles
que
que ceux que
nous reçûmes , ayant couvert le
Pont le Gaillard d'une grande
quantité d'eau. Nous voyons dans
ce temps deux Navires fous le
vent qui vinrent nous reconnoître
de fort prés , dont un fut mortifié
190 MERCURE
de fa bravoure , ayant mis enpanne
pour nous attendre , fon grand
mafts de bune vint bas ; nous luy
donnâmes chaffe un peu de temps ,
mais comme cela nous auroit éloigné
de noftre route , & que nous
crumes que ceferoit un Maloüin ,
nous le laiffâmes. Un inftant aprés
nous en apperçûmes trois autres ,
au vent à nous , & à une heure
de là , c'eftoit fur les fix heures,
la découverte nous en fit voirfix ,
qui eftoient tous Vaiffeaux de guer
re ; celafit que Mr de Forbin donna
ordre , que dés
que
la nuit feroit
venuë , de mettre Can au
Nord pourfaire fauffe route , afin
GALANT 191
d'éviter ces neuf Navires , parmi
lefquels il y en avoit de plus
gros que les nôtres. F'oubliois de
les coups
coups de mer du 11. &
dire
que
du 12. jetterent bas la gallerie du
Blackwal que commande Mr le
Chevalier de Tourouvre , & qu'il”
avoit faitfaire àfes dépens , aprés
le combat de la Manche.
Le Prothée & une de nos Flutes
fefont égarez cette nuit. Nous
femmes à trente lieuës ou environ
de Breft , où nous allons mener nos
prifes , à moins que les vents ne
nous obligent d'entrerdans la Manchepour
aller à Dunkerque. Sij'ay
le temps , je vous marqueray noftre
192 MERCURE
arrivée à la fin de ma Lettre.
Les vents nousfont favorables ;
nous allons à Breft , où nous espe
rons arriver fur les onze beures
du matin ; Nous laiffons deux de
nos Navires fous Qüeffant , où
nous moüillâmes hier à huit heures
du ſoir , pour attendre le Prothée
qui s'est écarté de nous avec une
Flufte , & celle
le 11. du courant. Ce 24. à cinq
heures du matin , fous Oüeffant ,
à dix lieues de Breft , 1707 .
Si l'Homelie qui fuit eſtoit
plutoft tombée entre mes
mains , il y a long temps que
vous l'auriez reçuë .
II.
que nous perdîmes
HOMELIE
GALANT
193
HOME LIE
De N. S. P. le Pape CLEMENT
X. prononcée le jour de
Pafques , dans la Bafilique
de S. Pierre .
Les bonnes femmes qui venoient
avec un faint empreffement au
fepulchre de Jefus- Chrift , furent
frappées d'un grand& fubit étonnement
à la vue d'un jeune homvêtu
de blanc & affis fur la
me ,
pierre qu'il venoit de lever . Cet
Ange les raffura , & leur dit de fe
calmer , en leur difant ces paroles :
Octobre 1707.. R
194 MERCURE
NOLITE EX PAVESCERE;
JESUM QUERITIS NAZARENUM
CRUCIFIXUM.
عون
Ne craignez rien ; vous cherchez
Jefus de Nazareth , qui a
efté crucifié. Comme s'il eut dit ,
ceux qui cherchent Jeſus , & Jefus
crucifié , ne doivent rien craindre
: mais ceux – là doivent craindre
vivre dans une continuelle
frayeur , qui ne fe mettent point
en peine de chercherJeſus , & Fefus
crucifié. Combien de perfonnes
mes Venerables Freres
mes chers Enfans , qui veulent
qu'on croye qu'ils cherchent Fefus
; mais elles fe trompent , elles
>
GALANT 195
ne cherchent point Jefus crucifié ;
ellesfe trompent , dis -je , en croyant
chercher veritablement Jefus. En
effet , on cherche fouvent Jefus ,
maisJefus qui guerit les lepreux ,
qui ouvre lesyeux aux aveugles ,
quifait entendre lesfourds, quifait
parler les muets ; Fefus , enfin , qui
fait ceffer dans la Pifcine les langueurs
& les infirmitez d'un malade
de plus de trente années , ou
bien qui tire du fepulchre & qui
rappelle à la vie Lazare enterré depuis
quatrejours. Les perfonnes qui
le cherchent ainfi font celles dont
parle l'Evangile : Qu'une grande
multitude le fuivoit , parce
Rij
196 MERCURE
qu'ils voyoient les miracles qu'il
operoit en faveur de ceux qui
eftoient dans l'infirmité . Ce font
des perfonnes qui vivant d'ailleurs
dans l'oubli de Dieu , & prefque
infenfibles aux maladies de leurs
ames , n'ont recours à la fource du
falut que dans leurs befoins &
dans leurs neceffitez temporelles ;
bien éloignez de chercher Fefus
crucifié , ils font déterminez à ne
point porter fa croix. D'autres
cherchent Jefus , mais Jefus qui
change l'eau en vin aux noces de
Cana , ou dans le Defert de Bethfaide
, qui multiplie les pains pour
raffafier la multitude qui le fuiGALANT
197
gens
voit : & ce font ceux qui s'expofentfans
crainte à cet Anatheme de
l'Evangile : Malheur à vous qui
eftes raffaficz : Ce font des
qui n'entrent dans la Milice de
l'Eglife que pour s'enrichir dans
la fainte Sion , & fe nourrir dans
le luxe & dans l'abondante des
biens de Fefus - Chrift ; gens qui
n'ontpas d'autre deffein que de voir
tout d'un coup changer en vafes
pleins de vin , ceux qu'ils avoient
apporté pleins d'eau , & qui s'attribuent
par une injufte urfurpation
cespaniers pleins de fragmens
qui ne font autre chose que les
vaux des Fidelles , le prix des
Riij
198 MERCURE
*
pechez , en un mot le patrimoine
des pauvres, qu'ils arrachentfans
aucun fentiment de pitié à ces mêmes
pauvres , par une cruautéſa
crilege. De telles gens cherchent
leur propre bien , fouvent même
celuy qui ne leur appartient pas ,
felon que cela convient à leur intereft
, & nefongentgueres à ceux
de Jefus- Chrift , & c'est avecjuf
leur Sauveur leur faifoit tice
que
ce reproche : Vous me cherchez
non pas à caufe des prodiges
que vous avez vûs , mais à caufe
que vous avez eſté raffafiez .
Ces perfonnes ne cherchent pas
fans doute ,Jefus crucifié, & plût
>
THEQUE
GALANT 199
à Dieu qu'ils ne le cherchant
pas même pour le crucifier. D'au
tres perfonnes enfin cherchent Fefus-
Chrift , mais ils ne le veulent
point chercher ailleurs que fur cette
haute Montagne où paroiffant entre
Moyfe & Elie , * il fe fit
voir à fes Difciples dans toute la
Splendeur defon vifage , afin d'ar-
ᎠᎬ.
LA
VILLE
* On doit remarquer que S. Pierre
& l'Apôtre qui affifterent à la Transfigu
ration , ne reconnurent point Moyfe ni
Elie ; parce que ces deux Prophetes , felon
les loix des Juifs , n'avoient jamais
efté peints , & que les Apôtres ne purent
point les reconnoiftre par la conformité
qu'ils auroient pu avoir avec leurs Portraits
, qui ne paroiffoient point dans les
quatres premiers ficcles de l'Eglife non
plus que ceux des autres Saints.
R iiij
200 MERCURE
racher de leur coeur l'opprobre de
la Croix , & qu'aprés leur avoir
revelé E'excellence de fagrandeur ,
qu'il avoitfoin de tenir cachée , les
humiliations volontaires de fapaffon
ne les troublaffent point. C'eft
fur cette Montagne que. les hommes
terreftres voudroientfixer leur
demeure comme Pierre. Ils ne conçoivent
pas qu'ilfaut demander la
patience avant la gloire dans les
diverfes tentations de cette viepaffagere
; parce que le temps de l'épreuve
de l'affliction doitpreceder
celuy du regne & de la felici
té. Ils nepensentpas auxfouffrances
qu'il a fallu queFefus- Chrift
GALANT 201
aitſouffert pour entrer enfuite dans
la poffeffion defa gloire . Effrayez
qu'ilsfont par la pefanteur de la
Croix dont il faudroit qu'ils fe
chargeaffent , ils voudroient eſtre
les Compagnons de Jefus - Chrift
glorieux fortant du tombeau ,
& ne fe foucient pas d'eftre
les imitateurs de ce même Jefus-
Chrift qui fouffre & qui eft crucifié
: ils font encore plus déraisonnables
dans leurs demandes &
dans leurs prétentions que
des enfans de Zebedec : ils ont la
vanité d'eftre affis à la droite & à
la gauche de Fefus - Chrift dansfon
Royaume celefte , ils nepeuvens
la mere
202 MERCURE
fe refoudre à boire le calice que Jefus-
Chrift luy - même s'eft refolu
de boire , & qu'il n'a pas refuſé.
Ceux- là , non plus que les autres ,
ne cherchent point la Croix , ils
ne cherchent point par confequent
Jefus - Chrift crucifié; & parce
qu'ils ne cherchent pointJefus crucifié
, ils ne trouvent point Jefus-
Chrift qu'ils ne cherchent point veritablement.
Ce n'eft point à tous
ces hommes qui ne cherchent point
fincerementFefus- Chrift que l'Ange
auroit dit , Ne craignez point.
Eh! comment des gens qui aiment
ce qu'ils
ne devroient
point aimer,
ne craindront
-ilspoint
des dangers
GALANT 203
veritablement à craindre ! Qu'il en
eft peu qui n'ayent rien à crain–
dre , parce qu'il en eft bien peu qui
n'aiment que ce qu'ils doivent aimer.
Quant à nous , mes chers Engarentiffons
- nous fans ,
- nous de cette
frayeur , où vivent continuellement
ceux qui ne cherchent pointfincerement
Jefus - Chrift. Aimons la
Croix && cherchons Fefus - Chrift
crucifié : que celuy qui abien voulu
eftre attaché à la Croix pour
nous , poffede noftre coeur tout entier.
En effet , là où se trouvera
la Croix de Jefus - Chrift , là auffi
fe trouvera l'esperance , le falut.
la veritable tranquillité. Ar204
MERCURE
mons- nous donc de la Croix de
Jefus- Chrift; afin que nous devenions
dignes de Jefus - Chrift que
chacun de nous fe charge tous les
jours de fa Croix & qu'il fuive
de Fefus - Chrift ; que
les
pas
la
Croix de ce Sauveur fout pour luy
un tresor plus pretieux même que
toutes les richeffes de l'Egypte.
Jefus-Chrift a marché devant nous
& nous a precedé en portant fa
Croix. Il eft mort fur la Croix ,
pour nous inftruire de la neceffité où
nous fommes deporter à noftre tour
noftre Croix , & à mourir avec
joye fur la Croix. Si je parle à
Pimpie , je luy prêche une folie :
GALANT 205
c'est d'elle
que
les vrais
maisfic'eft lefage qui m'écoute , il
entend un grand myftere : le ſcandale
de la Croix eft enfin ceffe ; le
fcandale , dis-je , de cette Croix qui
eft un Arbre de vie pour tous ceux
qui s'y attachent : bien- heureux,
ceux qui ne s'en fepareront point :
& par elle
Fideles tirent la force de l'infirmité,
la gloire de l'opprobre , & même
la vie de la mort . Montons donc ,
mes chers Enfans , avec courage
fur la Croix , vivons mourons
fur la Croix. N'écoutons point
les paroles de ceux qui nous veulent
perfuader de defcendre de la
Croix. En cherchant ainfi l'op206
MERCURE
•
probre la honte de la Paffion , &
nous trouverons
certainement
la
gloire de la Refurrection , & nous
entendrons de la bouche de l'Ange
ces agreables paroles : Ne craignez
point. Ily a une mer immenfe,
mes chers Enfans , quifepare cette
vallée de noftre exil d'avec
noftre celefte patrie , d'avec le féjour
de la gloire. Dicu nous a défigné
& marqué un bois fortuné ,
avec lequel
nous pouvons traverfer
cette vafte mer. Que perfonne
effet ne prefume de pouvoirfaire
le trajet de la mer du fiecle où
nous vivons , s'il ne lefait s'il
n'eft porté fur la Croix de Jefusen
GALANT 207
嘗
Christ , c'est un arbre fatal qui
nous a chaffé de noftre patrie celef
te : c'est par un autre arbre que
nous y fommes rappellez , portez.
fur ce bois falutaire , approchonsnous
de Jefus - Chrift ; marchons
que
les
faffent
fur la mer fans craindre
vents lesplus furieux nous
faire naufrage. Quant à nous
Dieu nous garde de nous glorifier
d'autre chofe que de la
Croix de Jefus - Chriſt qui eſt
un fcandale à l'égard des Juifs ,
& une folie à l'égard des Gentils
; mais qui n'en fera pas
moins pour nous la force de
Dieu & la fageffe de Dieu.
208 MERCURE
.
Mettons toute noftie complaisan.
ce dans les infirmitez , dans les
opprobres , les affronts , l'indigence
, les perfecutions , & les afflicnous
aurons à fouffrir
tions
que
pour noftre SauveurJefus Chrift ;
que noftre confolation foit , que
noftre Dieu nous frappe fans nous
épargner le moins du monde : toutes
nos peines feront adoucies par
le fouvenir de la Croix de Jeſus-
Chrift, IN QUO EST SALUS ,
VITA , ET RESURRECTIO
NOSTRA NAM SI COMMORTUISUMUS
ET CONVIVEMUS
: SI SUSTINEBIMUS
ET CONGREGABIGALANT
209
MUS : Car fi nous mourons
avec luy , nous vivrons avec
luy : fi nous fouffrons avec luy ,
nous regnerons avec luy
cherchant Jefus & Jefus crucifié ,
avec les bonnes femmes de l'Evangile
, nous nous réjoüirons dé
fa fainte & admirable Refurrection
car le fruit de la Croix
eft la gloire de la Refurrection :
FRUCTUS ENIM CRUCIS
GLORIA EST RESURRECTIONIS.
Cette Homelie a fait beaucoup
de plaifir à tous ceux qui
l'ont lûë , & il y a lieu de croi-
Octobre
1707. S
210 MERCURE
re qu'elle n'en a pas moins fait
à tous ceux qui l'ont entenduë
prononcer par Sa Sainteté. Les
veritez qu'elle contient font fi
ſenſibles , que l'on en eſt frappé
d'abord , & l'éloquence la
plus vive doit moins -faire d'effet
fur les coeurs que ces veritez
, quand elles feroient rapportées
avec la plus grande
fimplicité.
Si je voulois vous faire part de
toutes les réjoüiffances qui ont
efté faites à l'occafion de la
Naiffance du Prince des Afturies
, toute ma Lettre en feroit
remplie ; c'eft pourquoy j'ay
GALANT 211
le
refolu de ne vous parler que
de celles qui ont cu quelque
chofe de fingulier , foit des
par
Decorations , par des Deviſes ,
ou par des Deſcriptions.
M' le Pul , Viguier de Beziers
, ayant efté averti par
Promoteur de M' l'Evêque de
Beziers , que ce Prelat avoit
reçu une Lettre du Roy pour
faire chanter le Te Deum , afin
de rendre graces à Dieu de la
Naiffance du Prince des Afturies
: M' le Pul , dis - je , ayant
efté averti que l'on devoit chanter
le Te Deum , auquel il devoit
affifter comme Officier
Sij
212 MERCURE
Royal , il fit auſſi- toſt peindre
quelques Devifes qu'il avoit
faites fur la Naiffance du Prince
des Afturies. Il les envoya
à M' Nicolin , Maire de la même
Ville , & elles brillerent au
Feu de joye qui fut fait devant
l'Hoftel de Ville , le foir du
jour que le Te Deum fut chanté
le matin à Beziers . Voici ce
qu'elles contenoient .
La
premiere avoit pour corps
un Soleil levant , & ces mots
Efpagnols pour ame :
REGOZIIA Y
ALENTA .
Il réjouit la terre , & l'anime en
naiffant.
GALANT 213
Onvoyoit dans la feconde ,
un Amour couronné qui defcendoit
du ciel en terre , & ce
vers de Virgile :
JAM NOVA PROGENIES COELO
DEMITTITUR.
Le Ciel donne à l'Espagne une
nouvelle Race.
La troifiéme reprefentoit un
Lis avec un bouton qui s'épanoüit
dans un Parterre , en face
d'un Palais qui reſſembloit à
l'Eſcurial , avec ces mots Italiens
:
TRANSPIANTATO NON MEN
FIORISCE .
Dans la terre étrangere il nefleurit
pas moins.
·
214 MERCURE
La quatrième , faifoit voir un
Lion naiffant , avec ces mots
Eſpagnols :
NASCO REY.
Je fuis néRoy.
On remarquoit dans la cinquiéme,
un Lis né parmi des rofes
, & ces mots Italiens :
SONO ARMATE PER LUI.
Pour le Lys feulement ces Rofes
font armées.
La
fixiéme avoit pour corps
un Amour
qui tenoit un rameau
d'olive , & ces paroles de
Virgile
pour ame :
SOLVIT FORMIDINE TERRAS .
Cet Enfant , des maux de la guerre
GALANT 215
Délivrera bien- toft la terre.
La feptiéme qui regardoit
l'Archiduc en Catologne , reprefentoit
un Aigle fur une
Rade preft à voler , avec ces
mots :
SPEM PONIT IN ALIS.
Il n'a d'espoir que dans fes ailes.
La huitiéme eftoit fur M
le Maréchal Duc de Barwick
en Eſpagne ; elle avoit pour
corps une Colomne foûtenant
un Statuë qui repreſentoit la
Divinité , &fon Piédeſtal eftoit
chargé d'un Trophée d'Armes ;.
elle avoit ces paroles de Virgile
pour
ame :
216 MERCURE
PIETATE INSIGNIS ET ARMIS.
elyCe Heros a toujours efté
tre en guerr
illuftre en prete.
295 1853nt
a
M' de Barwick paffa à Beziers
quelque temps aprés ces
Réjouiffances , où il fejourna
pendant trois jours . Il logca
au Palais Epifcopal , où il fut
vifité par M le Duc de Roquelaure
qui commande en chef
pour le Roy en Languedoc ;
par M' de Baſville , Intendant
de la Province ; par M' de Margon
Lieutenant de Roy ; par
tout ce qu'il y a de perfonnes
de diftinction dans le Pays . Il fut
auffi
GALANT 217
auffi complimenté par tous les
Ordres de la Ville . Voicy la
Harangue que luy fit le Définiteur
des Carmes de la Province
de Toulouſe.
MONSEIGNEUR,,
ce
que
par
Il est bien jufte d'honorer
nos très-humbles reſpects un Prinles
deux plus grands Rois
de la terre diftinguentpar les Emplois
les plus honorables de leurs
Royaumes. A- t-il failu veiller à
lagarde de nos Provinces ! la France
a efté témoin de vostre vigilance
& de voſtre fageffe. A- t- il fallu
Octobre 1707. T
218 MERCURE
fe montrer à la tefte des Armées
pour les Les commander ? l'Espagne
a efté le témoin de vostre pruden-
& de vostre valeur. On vous a
vú dans nos Contrées tenir des
Peuples dans leurdevoir , devenir
la terreur de nos voisins , renverferleurs
Fortereffes ; & dans d'autres
climats on vous a vú dompter
l'orgueil des Puiffances confederées.
Ne parle- t- on pas encore à
voftre arrivée , de la cèlebre Bataille
d'Almanza
, de cettefameu-
Le Fournée , où vous avez merité
gloire immortelle. Ne s'entre-`
tient on pas encore du grand nombre
d'ennemis que vous avez
GALANT 219
vaincus , des legions que vous
avez diffipées ; des peuples rebelles
que vous avez réduits fous l'obeiffance
de leur Roy ; n'applau
dit-on pas encore à vos victoires
? Trop heureux de pouvoir
feliciter celuy qui les a remporiées.
Vous avez fait triompher
nos armes par tout où vous avez
efté vous avez foûtenu des
Royaumes chancelans . Digne appuy
de tant de Couronnes , combien
n'en meritez- vous pas ? Puiffiez
- vous heureuſement finir cet ·
ouvrage de gloire que vous avez
fi bien commencé ; que le Dien des
Batailles préfide toujours aux vô-
Tij
220 MERCURE
tres , comme il a déja fait , qu'il
vous guide , qu'il vous accompagne
, qu'il combatte avec vous ,
que nous avons un jour le bon
heur de vous revoir couronné de
nouveaux lauriers pour vous feliciterfur
de nouvelles victoires.
M' de Barwick partit de Beziers
le premier de Septembre ,
& retourna en Eſpagne par
Fontarabic.
Vous avez pris trop de plaifir
à la lecture du Journal de
Fontainebleau , qui eſt dans ma
derniere Lettre , pour ne vous
pas envoyer la fuite comme je
" GADANT 221
vous l'ay promis.remias , 1999
Le 30. Septembre , Monfeigneur
, & Monfeigneur le Duc
de Berry allérent à la Chaffe du
Loup , & Leurs Majefteż dînerent
à leur petit couvert , afin
d'aller à la chaffe du Sanglier';
les Toiles eftoient tendues dans
les ventes de Bombon. Il y avoit
dans l'enceinte un grand nombre
de Sangliers & d'autres
beftes fauves ; fçavoirs, des
Cerfs , des Biches , des Chevreüils
, & des Renards . La
Cour s'y rendit , & le Roy , la
Reine d'Angleterre , le Roy
fon fils , la Princeffe farfour ,.
Tiij
222 MERCURE
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & Madame , eſtoient
dans le même Caroffe , & toutes
les Princeffes & les Dames ,
fuivoient dans les Caroffes &
dans les Caléches du Roy & de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & un grand Cortege
de Seigneurs à cheval , fuivis
d'un grand nombre de Caroffes.
Il y avoit plufieurs Chariots
preparez dans l'enceinte
en maniere de Plate- forme garnis
de ficges couverts de tapis ,
pour les Dames , & des Dards.
Il y avoit auffi un grand nombre
de chevaux de main prefts
GALANT 223
pour les Seigneurs qui voudroient
aller à coups d'épée
fur ces animaux . Le Roy d'An
gleterre & Monfeigneur le Duc
de Berry , en dardérent plufieurs.
On en tua 16. des plus
confiderables , & quelques Renards
. Cette chaffe donna beaucoup
de plaifir à Leurs Majeftez
Britanniques , auffi bien que
le fpectacle qui accompagne
toûjours ces chaffes , à caufe de
la multitude de gens qui environnent
les toiles , & de la grande
quantité de peuple que la
curiofité fait monter fur les arbres
, & qui forme une tapiffe-
Tiiij
224 MERCURE
rie admirable par fa diverfité ,
par tout où la vûë peut s'étendre.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne donna au retour
un grand Concert de Muſique
au Roy , & à Madame la Princeffe
d'Angleterre , qui dura
jufqu'à l'heure du fouper . Vous
ne douterez point de la beauté
des Voix & de celle de la Symphonie
, lorfque vous fçaurez
que ce Concert fut executé par
les Demoifelles Penfionnaires
de Sa Majefté , par les Muficiens
de fa Chambre
, & par
les Inftrumens ; le tout eftoit
conduit par M' de la Lande,
GALANT 225
Toutes les Dames affifterent à
ce divertiffement , où le Prologue
de l'Opera de Phaeton , &
plufieurs Actes furent chantez .
Les Familles Royales fouperent
au grand Couvert du Roy , où
la Cour eft toûjours fort groffe
, puifqu'outre le Cercle de
Ducheffes qui environne Leurs
Majeftez , le Cercle des Dames
qui n'ont pas le Tabouret ,
n'eft pas moins brillant . Les
Seigneurs forment un troifiéme
Cercle autour du fecond
& il eſt toûjours fort grand ,
parce que les Tables du Grand-
Maiftre & du Chambellan , où
226 MERCURE
mangent les Seigneurs , font
toûjours levées avant le foupé
du Roy , ainfi que celles que Sa
Majefté fait fervir pour les Seigneurs
& Dames Angloifes qui
ont l'honneur de fuivre Leurs
Majeftez Britanniques , l'attention
de ce Monarque allant
juſqu'à avoir ordonné des tables
dans les Appartemens
des
Dames Angloifes pour la fuite
de ces Dames .
Il y eut le premier Octobre ,
grande Toilette chez la Reine
d'Angleterre , où Meffeigneurs
les Princes , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , toutes
GALANT 227
les Princeffes & les Dames , fe
rendirent . Le Roy y alla prendre
la Reine pour la mener à
la Meffe , & le cortege eftoit
toûjours femblable à celuy
dont j'ay déja parlé . Leurs Majeftez
dinerent enfuite au grand
couvert. Il y eut l'aprefdinée
une magnifique promenade
autour du Canal . Le Roy , la
Reine d'Angleterre , Madame ,
& leurs Dames d'Honneur
cftoient dans le même Caroffe .
Le Roy d'Angleterre , Madame
la Princeſſe ſa foeur , Monfeigneur
, Meffeigneurs les Princes
, toutes les jeunes Dames ,
#
228 MERCURE
& un grand nombre de Seit
gneurs , environnoient à che
val les Caroffes de Leurs Majeſtez
, qui eſtoient ſuivis de
tous lesCaroffes des Princes , des
Princeffes , des Ambaſſadeurs ,
& de ceux de toute la Cour.
Il y eut à cette promenade , environ
cent cinquante Dames
vêtues en Amazones , & dont
les habits eftoieno tres magnifiques
, & l'on y compta quatre
- vingt - quatorze Caroffes.
On doit remarquer que ceux
de la Maifon Royale eftoient
attelez de huit chevaux
, & que
tous les autres en avoient fix,
GALANT 229
Aprés que l'on cut fait plufieurs
fois le tour du Canal , &
que l'on en eut fait auffi plufieurs
dans l'Allée Royale , cet-.
te galante Troupe finit fa promenade
par quelques tours qu'
elle fit autour du Parterre du
Tibre , & aprés cftre rentrée au
galop dans la Cour de l'Ovale,
les Dames fe remirent en grand
habit , pour fe rendre enfuite
à la Comedie de Pourceaugnac.
Il y eut avant l'ouverture de la
Piece , des Airs chantez par des
Demoiselles de la Mufique
Penfionnaires du Roy. La Piece
fut accompagnée des Danfes
230 MERCURE
qui entrent dans fon fujet , &
elle fut fuivie d'un Ballet , danfé
par les Danfeurs Penfionnaires
de Sa Majeſté. On ſe
rendit enfuite au grand Couvert
du Roy , où le brillant
des pierreries dont les Dames
eftoient parées , continua de
faire l'admiration des Etrangers
qui font à Fontainebleau.
Le 2. Octobre , le Roy donna
la main à l'ordinaire à la
Reine d'Angleterre pour la me
ner à la Meffe , au retour de
laquelle Leurs Majeftez dine-
-rent chez elles à leur petit couvert.
Les deux Rois allérent
GALANT 231
l'aprefdinée tirer dans les Parquets.
La Reine demeura en
devotion prefque tout le jour
à caufe du Dimanche . Madame
la Princeffe d'Angleterre
,
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne, allerent à Vespres
aux Loges , accompagnées d'un
grand nombre de Dames ; elles
vifiterent les Solitaires qui font
dans cette Maifon . Il y eut
au retour , Appartement chez
Monſeigneur , où la beauté de
la Mufique , les Jeux & les rafraîchiffemens
occuperent
la
Cour jufqu'au fouper au grand
couvert. Monfeigneur le Duc
232 MERCURE
de Berry , & plufieurs
autres
Princes , avoient efté ce jourlà
tirer dans des Plaines aux extremitez
de la Foreſt.
Les3. le Roy , aprés avoir
ramené
la Reine chez elle ,
dinaà fon petit couvert & leurs
Majeftez
Britaniques
dinerent
chez elles.LeRoy
d'Angleterre
;
Madame
la Princeffe
fa foeur ;
Monfeigneur
, Meffeigneurs
les Princes , Madame
la Ducheffe
de Bourgogne
& les Dames
allerent à la chaffe du Cerf,
dont le rendez - vous eftoit à la
plaine du Rhu. La chaffe fut
tres- belle & Madame
la PrinGALANT
233
ceffe d'Angleterre y prit beaucoup
de plaifir , ainfi qu'à toutes
les autres challes où cette
Princeſſe a efté. Les Dames , au
retour , fe remirent en grand
habit pour aller à une feconde
reprefentation du Bourgeois
Gentilhomine que Madame la
Princeffe d'Angleterre avoit
fouhaitée. Les ornemens de
cette piece furent augmentez
de plufieurs belles voix , & les
Muficiens parurent avec des
habits nouveaux. Il y cut aprés
le Ballet qui finit cette piece
plufieurs Scenes jouées par
Allard & du Moulin , accom-
Octobre 1707.
V
M
™s
234 MERCURE
pagnées de plufieurs danfes
d'Arlequins & des Scaramouches
qui danferent avec une
Jegereté furprenante . On rentra
chez le Roy aprés ce divertiffement
, & Sa Majefté ayant
efté prendre la Reine à qui Elle
avoit efté rendre vifite au retour
de la chaffe , on foupa à
l'ordinaire au grand couvert .
Tout cftoit difpofé le 4.
pour une grande chaffe , &
Monfeigneur devoit donner le
retour chez luy ; mais ce divertiffement
fut dérangé par
une pluye continuelle . Le Roy
dina ce jour-là à fon petit cou-
>
GALANT 235
6
vert , & la Reine d'Angleterre
chez elle , parce qu'elle s'étoit
trouvée un peu incommodée .
Le Roy fon fils , Madame la
Princeffe fa foeur , Madame la
Ducheffe de Bourgogne &
beaucoup de Dames dinerent
avec les Princes chez Monfeigneur
, où l'on fut occupé une
partie de la journée par diferens
plaifirs . Il y eut le foir appartement
chez ce Prince , où Sa
Majefté Britannique alla avec
toute la Cour. Les Familles
Royales fouperent enſuite au
grand couvert du Roy.
La pluye ayant continué le
Vij
236 MERCURE
5. rompit tous les projets
de chaffe de la journée. Le Roy
alla aprés le Confeil du matin ,
à la Meffe avec le Roy & la
Reine d'Angletterre , & leurs
Majeftez dînerent à leur petit
couvert . L'apreſdînée ſe paffa
en vifites de part & d'autre
& on alla vifiter la Reine
pour prendre congé d'Elle &
de Madame la Princeffe d'Angleterre
, qui devoient partir
Le lendemain aprés dîné pour
aller coucher à Corbeil , où fe
devoient rendre la veille un
détachement de Gardes du
Corps , & une Compagnie des
GALANY $237
lor-
Gardes Françoiſes pour monter
la Garde chez Sa Majefté.
Les Compagnies qui font en
quartier à Meluns, eurent ordre
d'eftre fous les armes lorfque
Sa Majefté y pafferoit , ce
quiavoit efté obfervé , lorfque
Sa Majefté palla par cette Ville
en venant à Fontainebleau . On
fit partir des Officiers de toutes
les Offices avec des Provifions
pour preparer le foupé de Sa
Majefté à Corbeil , & fon diné
du lendemain
, & pour avoir
foin des Tables de fa fuite . On
reprefenta le foir la Tragedie
des Horaces. On joua enfuite
238 MERCURE
une petite Comedie nommée ,
Les folles Amours. On trouva
que ces deux pieces , ainfi que
les precedentes , avoient eflé
tres - bien jouées , & avec beaucoup
d'art.Les Familles Royales
fouperent le foir au grand couvert.
Le 6. la Reine & Madame
la Princeffe d'Angleterre
allerent à la Meffe le matin
& dinerent à onze heures. Le
Roy alla prendre la Reine à
midi pour
la mener à fa Meffe,
Les Carroffes & les Gardes de
Sa Majesté l'attendoien au fer
à Cheval dans la cour du Che
GALANT 239
val blanc. En fortant de la
Meffe , le Roy & le Roy d'Angleterre
, conduifirent ces Princeffes
à leur Caroffe. Elles allerent
à l'Abbaye du Lis , prés
de Melun , non- feulement
pour voir cette Maiſon , mais
auffi afin de ne pas faire le chemin
de Fontainebleau à Melun
tout d'une traite. Aprés le départ
de ces Princeffes , le Roy
d'Angleterre & le Roy , dînerent
à leur petit couvert. Ils
allerent enfuite à la chaffe du
Cerf à la Boiffiere. Le premier
Cerf ayant peu duré , on en
courut un fecond qui dura
240 MERCURE
longtemps , & qui donna beaucoup
de plaifir. Madame la
Ducheffe de Bourgogne
& les
Dames eftoient de cette chaffe.
Au retour , Monfeigneur donna
chez luy un grand retour
de Chaffe , où le trouvérent
le Roy d'Angleterre , Madame
la Ducheffe de Bourgogne &
le Princes. Le repas fut long ,
& les Dames s'habillerent enfuite
pour paroître au fouper
de Sa Majesté.
Le 7. le Roy d'Angleterre
qui avoit pris la veille congé
du Roy , partit en pofte à huit
heures du matin , accompagné
des
GALANT 241.
des Officiers des Gardes qui
fervent prés de Sa Majesté.
Monfieur le Duc de Perth
premier Gentilhomme de fa
Chambre , & ci - devant fon
Gouverneur , le fuivoit en chaife.
Les Officiers eftoient à che
val , & Sa Majeſté alla joindre
la Reine fa Mere à Corbeil. Il
a paru pendant tout le temps
que Leurs Majeſtez Britanniques
ont demeuré à Fontainebleau
, que l'attention du Roy
à procurer des divertiffemens
au Roy de la Grand'Bretagne
& à Madame la Princeffe fa
four , a eu tout l'effet que S. M.
Octobre 1707. X
242 MERCURE
pouvoit fouhaiter , & ils en ont
paru tres fatisfaits , & la Reine ,
dont la vertu fert d'exemple ,
& qui au milieu de la Cour eft
fouvent en retraite , a fait voir
pendant fon féjour , combien
elle eftoit penetrée des bontez
& de la gencrofité de ce Monarque
. Le Roy fon Fils en a
paru également touché , & l'on
peut direque ce jeune Prince a
charmé toute la Cour , par fes
manieres , & par fa politeffe ,
& l'on a dit en le voyant joüer,
qu'il joüoit auffi noblement
que s'il avoit cfté à Windfor ,
au milieu de toute la Cour,
GALANT 243
Quant à la Princeffe fa four a
toutes les actions ont efté accompagnées
d'une bonne grace
& d'une politeſſe dont la
efté moins char
Cour n'a pas
mée qu'elle
l'a efté du Royſon
frere.
Aprés le départ de leurs
Majeftez Britanniques , le Roy
continua d'entendre la Meffe
avant le Confeil , comme Sa
Majefté faifoit auparavant , &
l'on continua auffi de dire celle
de Monfeigneur à midi , à
caufe de Madame la Ducheffe
de Bourgogne & des Dames ;
pendant cette Meffe , la Mu
X ij
244 MERCURE
fique chante toujours le même
Motet , qu'Elle, chante à
celle du Roy. Le même jour 7.
Sa Majefté dîna à fon petit
couvert , & alla tirer l'aprés
dinée , & Madame la Ducheffe
de Bourgogne en habit d'Amazone
alla à cheval avec fes
Dames trouver Sa Majeſté
pendant fa chaffe . Meffeigneurs
les Princes eftoient allez
tirer aux extremitez de la Foreft
. Le Roy entendit à ſon retour
un concert de Mufique,
Italienne , ou fe trouverent ,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, les Princes , & plu-
->
GALANT 245
la
fieurs Dames. Il fut executé
par M de la Lande , & par
famille .
Le 8. le Roy dîna à fon
petit couvert , aprés le Confeil
qui avoit efté tres - long
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne à fon grand cou
vert où mangerent Meffei
gneurs les Princes . Monfeigneur
dîna chez luy avec des
Princeffes & des Dames , comme
il fait ordinairement lors
qu'il ne dine point au grand
couvert du Roy. L'apréfdinée
il y eut chaffe du Cerf dans les
centiers d'Avon , avec la Meu-
X iij
246 MERCURE
en
o
te de Monfieur le Comte de
Toulouſe. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & les Dames
y allerent vetuës à l'ordinaire
en habits d'Amazones .
Au retour , elles fe remitent
grand habit pour aller
aller à la
Comedie , & l'on joua l'Homme
à bonne fortune, Madame la
Ducheffe de Bourgogne alla
fouper au grand couvert du
Roy où la Famille Royale fe
raffembla. Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berri
eftoient allez ce jour - la à la
chaffe du Sanglier.
Le 9. le mauvais temps em#
GALANT 247
pêcha le Roy d'aller tirer , ainfi
que Sa Majesté l'avoit projetté.
Madame la Ducheffe de Bourgogne
paffa la journée en devotion
, non feulement à caufe
du Dimanche ; mais auffi parce
que les Mathurins qui font
Chapelains du Roy à Fontainebleau
, celebroient ce jour-là
une feſte particuliere . Le Saint
Sacrement eftoit expofé dans
la Chapelle , & cette Princeffe y
entendit .Vefpres & le Sermon ,
qui fut fait par un des Religieux
de cette Maifon ; elle alla
le foir avec le Roy , au Salut du
Saint Sacrement. Meffeigneurs
X iiij
248 MERCURE
*
les Princes avoient efté tirer à
leur ordinaire. Dans ces chaffes
particulieres , l'équipage du
Veau trait , qui eft celuy du
Sanglier , eft toûjours à portée,
& au retour de ces chaffes,
sil en coûte toûjours la vie à
quelques Sangliers , & à quelques
Fans. Le foir , il y eut
Appartement chez Monfeigncur
, où l'on joia un tresgros
jeu qui dura juſqu'à l'heure
du fouper qui fut au grand
couvert.
Le 10. le Roy prit medecine
par précaution . Sa Majefté , qui
ne s'eft jamais difpenſée d'en
GALANT 249
tendre la Meffe , l'entend ces
jours-là dans fa Chambre , où
Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes affiftent toûjours
afin de fe trouver à la Medecine.
Ils allerent enfuite à la
chaffe du Loup . Madame la
Ducheffe de Bourgogne aprés
avoir dîné à fon grand couvert
avec les Dames à qui
elle fait l'honneur d'y donner
place , fe promena en Caroffe
dans la Foreft. Il y eut un grand
retour de chaffe chez Monfeigneur
, auquel le Jeu fucceda
pendant que le Roy eftoit au
Confeil. Sa Majefté ſoupa en
250 MERCURE
fuite à fon grand couvert avec
la Famille Royale. On apprit
ce jour-là les defordres caufez
par le débordement de la Lois
re. Le Roy en fut fort touché ,
& comme Pere de fes Sujets ,
il ordonna qu'on examinaſt les
dommages caufez par cet accident
, afin de foutager ceux
qui ont fouffert. On doit remarquer
la tendreffe du Roy
pour fes Peuples en de pareilles
occafions , & que Sa Majefté
n'attend pas les demandes
qu'on luy pourroit faire.
Le 11. le Roy alla l'apréf
dînée à la chaffe du Cerf avec
GALANT 251
fa Vennerie. Madame la Ducheffe
de Bourgogne & les Dames
en Amazones , eftoient de
cette chaffe . Elles fe remirent
en grand habit à leur retour
pour aller à la reprefentation
de la Tragedie d'Andromaque.
Vous trouverez à la fin de
ma Lettre la fuite de ce Journal.
La Reine Douairiere d'Efpagne,
dont lapieté continuë de fe
fignaler , fit baptifer & tint ſur
les Fonts dans la grande Eglife
de Bayonne , le jour de S. Louis
une Juive qui avoit embraſſe
252 MERCURE
volontairement la Religion Catholique
, & cette grande Princeffe
qui donne tous les jours
des marques d'une bonté genereufe
les biens qu'elle
continue de faire , mit cette
nouvelle Catholique dans un
Convent .
par
Le 28. du même mois , jour
auquel on celebroit la Feſte de
Saint Auguſtin , Sa Majefté alla
à la Benediction du Saint Sacrement
dans l'Eglife des Auguftins
, où elle fut haranguée
à la porte par le Pere Camartin
Prieur de ce Convent . Son dif
cours fut trouvé tres- beau , &
GALANT 253
fut applaudi de toutes les perfonnes
de diftinction qui accompagnoient
la Reine . Sa Majefté
, fuivie des principales perfonnes
de fa Maiſon , & de ce
que Bayonne a de plus diftingué
, fut enfuite conduite de- -
vant le Saint Sacrement pendant
que l'on chantoit le Te
Deum , accompagné de l'Orgue
, à l'iffuë duquel la Mufique
chanta un Motet . La Symphonie
fut admirée auſſi bien
que le S Louis Delgrés qui
chantoit le deffus , & dont la
voix fut trouvée tres belle
la Reine , & par toutes les perpar
-
254 MERCURE
fonnes de l'Affemblée qui ont
du gouft pour la Mufique.
Aprés la Benediction du Saint
Sacrement la Reine entra dans
le Convent , où les Religieux
luy prefenterent une magnifique
collation , dont Sa Majeſté
fut tres - fatisfaite . La Suite de
cette Reine eftoit grande , &
l'on peut dire que tout Bayonne
fe trouva à cette Fefte.
J'ay cru vous devoir envoyer
la Lettre fuivante de la
maniere que je l'ay requë ; ceux
dont elle vient eftant mieux
informez que moy de la verité
de tout ce qu'elle contient.
GALANT 255
D'ailleurs , on ne peut mettre
dans un trop grand jour l'inviolable
fidelité de ceux qui
l'ont portée auffi loin pour
leurs legitimes Souverains , que
l'on a fait dans la Maifon de
Marimon.
- La nouvelle de la naiſſance du
Prince des Afturies eftant arrivée
à Toulouſe le 7. de Septembre
elle fe répandit en un inftant dans
toute la Ville , où elle caufa ume
joye generale. Mais elle parut avec
eclat dans la maifon de Mr le
Marquis de Marymon Seigneur
Espagnol, arrivé depuis quel
256 MERCURE
ques mois à Toulouſe avec fa
Famille. Cettejoye auffi tendre que
vive fut accompagnée de toutes
les circonftances qui en pouvoient
marquer l'excés & l'excés la fincerité.
Plufieurs perfonnes de diftinction
s'étoient rendues chez ce Marquis
dés le moment qu'elles eurent apris
l'heureuſe naiſſance qui faifoit le
fujet defa joye , dont tout le Public
vit le foir du même jour des
marques éclatantes. La nuit étant
venuë , on alluma un grand feu
dans la cour de la maiſon de Mr
de Nicolas Confeiller au Parlement
, où Mr de Marymon eft
Logé . Lesfeneftres parurent en méGALANT
257
me tems éclairées d'un grand nom
bre de flambeaux de cire blanche ,
qui formoient une illumination
auffi agreable par la regularité
qu'elle l'étoit à Toulouſe par fa
nouveauté. Pendant tout le tems
a
le
que dura ce spectacle , on eut
plaifir de voir à diverfes reprifes
l'air tout brillant de lumieres par
le moyen d'un nombre infini de
fufées , qui à la faveur d'une nuit
tres - obfcure produifoient un effet
admirable. Mrs les Capitouls
avoient eu l'honnefteté d'accorder
àMrde Marymon une Brigade de
Soldats de la famille du Guer
qui pendant toute la fefte ne cef-
Octobre 1707.
Y
>
258 MERCURE
ferentpoint de faire des décharges
de Moufqueterie , & les Trompettes
& les Haut-bois de la Ville
jouerent auffipendant tout le temps
qu'elle dura . Le concours de toutes
fortes deperfonnes de l'un & l'au
tre fexe detous étatsfutextraordinaire
; & chacun admira le
zele, l'empreffement & l'amour
tendre de ce fidelle fujet pour
perfonne pour les interefts de
fon aimable Souverain. Toute 'fa
maifon ne refpiroit quejoye . Madame
la Marquife de Marymon
avec toutefa famille en eftoit penetrée.
On n'a jamais vú d'épanchement
de coeurs plus abondang
la
GALANT 259
ni plus fincere. Ce n'étoient que
fouhaits pour la fanté & pour
la confervation des perfonnes facrées
du Roy & de la Reine ; &
que voeux pour le nouveau Prince's
dont la naiffance fait efperer
la fin des malheurs de l'Espagne ,
& le repos de l'Europe entiere.
Cette fefte fut terminée par une
magnifique collation , que Madame
de Marymon donna à plufieurs
perfonnes diftinguées de l'un
de l'autre fexe , qui fe trouverent
chez elle.
Le nom de Mr le Marquis
eft Dom Jofeph de Marymon y
Gorbera ; il eft Catalan , & fa
Yij
260 MERCURE
maifon eft originaire de Barcelone.
Rien n'eft comparable à l'attachement
qu'il a pour fon Souverain
legitime. Pour ne point manquer
à la fidelité qu'il luy a jurée , il
a abandonndéfon Païs , fes biens
fes Charges . Lorfque Barcelon
ne fe rendit à l'Archiduc , il en
fortit avec Mr de Velasco , &
ayant efté débarqué avec
nifon dans le Royaume de Grenade
, il prit le chemin de Madrid ;
tandis que fa famille qui eftoit
auffi fortie de cette Ville , paſſoit
de Catalogne en Aragon , cherchant
une retraite de là en Naarre.
Ce Marquis accompagna
la
gar
GALANT 261
enfuite Sa Majesté Catholique
au fiege de Barcelone ; il la fuivit
lorfquelle paffa fur les frontieres
de France pour retourner à Madrid.
Ce Seigneur poffedoit des
Charges tres - confiderables dans
fon Pays avant les dernieres
revolutions arrivées en Catalogne.
Il eftoit Surintendant des Arcenaux
Royaux & de la fabrique
des Galeres & des Vaiffeaux. En
confideration de fes fervices & de
fa fidelité , le Roy Philippe V. luy
avoit accordé la furvivance de la
Charge de Confeiller de Manteau
& d'Epée dans le Confeil Sougerain
d'Arragon , occupéepar Mr
262 MERCURE
le Marquis de Serdagnola fon
Pere : mais ce Confeil ayant efte
reformé , Sa Majesté luy accorda
lafurvivance d'une pareille Charge
dans le Confeil Souverain d'I
talie. Ce Monarque joignit à cette
nouvelle grace une penfion de deux
mille ducats . Ce Marquis a épousé
Dona Maria Francifca de Velafco
, de l'illustrefamille des Velafco
de Caftille. Les enfans qu'il a eus
de fon mariage avec cette Dame
font Dona Maria Francifca de
Marymon y Velasco , Don Juan
Antonio , DonFelix , & quelques
autres. Madame de Marymony
Kelafco eft une Dame tres-accom
GALANT 263
plie. Elle a un grand fonds de
Religion & de Pieté ; une édu
cation & des manieres dignes de
fa naiffance & defon rang ; une
grandeur & une force d'ame à l'épreuve
de tous les accidens ; un
grandattachementpour fafamille,
& une tendreffe inexprimable
pourfes Souverains. Mademoiſelle
Dona Maria Francifca de Marymony
Velasco, eft digne fille d'une
telle mere. Elle eft tres- bien faite
tres-aimable ; elle a un naturel
excellent , des inclinations toutes
portées au bien & à la vertu ; une
humeur agreable & égale ; une
vivacité & une penetration fur264
MERCURE .
prenante un gouft exquis pour
toutes les belles chofes , & un agrément
fingulier , qui fe répandfur
tout ce qu'elle fait , & ce qu'elle
dit . Elle aime la Langue Francoife
, & elle a de tres- heureufes
difpofitions à l'apprendre. Mrs fes
freres ne démentent point leur naiffance,
& ils donnent déja de gran
des efperances , quoy qu'ils foient
encore fort jeunes. Mrle Marquis
de Marymon a plufieurs freres.
Cefont Don Miguel Archipreftre
d'Ager, Ecclefiaftique fçavant &
pieux , & que fon merite , autant
que fa naiffance& fafidelité , rend
digne d'occuper les dignitez de
l'Eglife
GALANT 265
Eglife ; Don Ramond Archidiacre
de la Metropolitaine de Terragone.
Don Antonio Doyen de la
Cathedrale de Gironne . ( Ces deux
derniers font dans une grande confideration
à Madrid , où ils fefont
retirez. ) Ils ont un merite infini ,
& toutes les qualitez neceffaires
pour remplir dignement les places
importantes , aufquelles ils ont
preferé leur honneur & leur devoir.
Don Felix Colonel de Dragons
, & Don Bernardin Capitaine
dans le Regiment de Mrfon
frere. Ces deux Officiers fervent
actuellement & avec beaucoup de
diftinction dans l'Armée de Son
Ꮓ Octobre
1707.
266 MERCURE
1
Alteffe Royale Monfieur le Duc
d'Orleans. Tous ces illuftres freres
ont abandonné leurs biens &
leurs établissemens , pour demeurer
inviolablement attachez à S.
M. C. fuivant en cela l'exemple
de Mr le Marquis de Serdagnola
Don Felix de Marimon leur
Pere , autrefois Surintendant des
Arcenaux Royaux , Treforier &
Intendant de la Principauté de Catalogne
, ancien Gouverneur de
Malaga , General de l'Artillerie ',
l'un des premiers Membres de
la Chambre generale du Commerce
de toute la Monarchie Espagnole
,
Tant de grands emplois accumulez
GALANT 267.
fur la tefte de ce Seigneur , font
fuffisamment fon éloge . Ce fut en
fa faveur en confideration de
fesfervices , que le feu Roy Charles
II. érigea en Marquifat la
Ferre de Serdagnola . Il fait à prefentfon
féjour à Madridavec Mr.
l'Archidiacre de Terragone & Mr
le Doyen de Gironne fes enfans.
Il a auffi auprés de luy Madame
la Comteffe de Guara fa fille
veuve du Comte de ce nom. Cette
Dame a unefille & deuxfils , l'un
defquels , fçavoir Don Felix de
AfloryMarymon, eft Capitaine de
Dragons dans le Regiment de Don
Felix de Marymon , fon oncle.
Z ij
268 MERCURE
La Maifon de Marymon tient
un grand rang en Espagne depuis
plufieurs ficles. Outre les grandes
Charges de Surintendant des Arcenaux
de la Marine , de
de
Treforier d'Intendant de Catalogne
, qui y ont efté comme bereditaires
, elle en a
en apoffedéplusieurs
autres tres-confiderables . Le dixié
me ayeul de Mr le Marquis
Marymon DonJofeph ,fut defon
temps Bayle general de Catalogne.
Un Marymon a estégrand Chambellan
de Jean I. Roy d'Aragon.
Ceux de ce nom ontpris des alliances
dans les premieres Maifons du
Pays ,fçavoir dans celles de CorGALANT
269
bera , de Tord, & de Fernez. Leur
Maifon a donné plufieurs grands
Sujets à l'Eglife & aux Armées ;
& ce qui eftencore infiniment plus
eftimable , c'est qu'elle fournit plu
fieurs exemples d'une fidelité inviolable
comme hereditaire enversfes
Souverains . Je dis comme
hereditaire , puifqu'on peut compter
cinq generations de fuite de ceux
de cette famille , qui ont abandonné
leur Pays , pour ne point reconnoiftre
d'autre Maistre que le legitime.
Lorfque les Catalans fecoüerent
le joug des Espagnols fous
Philippe IV en l'année 1640 .
Don Juan & Don Bernardin de
Ziij
270 MERCURE
Marymon , ayeul & bifayeul de
Mr le Marquis de Marymon
Don Jofeph ,fe retirerent à Madrid,
Mr le Marquis de Serdagnola
afuivi deuxfois leur exemple
, il a laiffe le fien à Mrsfes
enfans & à fes petit -fils. Quant
à ce qui regarde l'antiquité de la
Maifon de Marymon , on n'en
fçauroit donner une plus grande
idée , qu'en faifant remarquer que
la Ville de Serdagnola a paſſé de
mafle en masle par une fucceffion
fans interruption à ceux de cette
famille , depuis plus de 480, ans.
Je crois devoir ajoûter icy
GALANY (271
la Lettre fuivante , puifqu'elle
regarde auffi la Naiffance du
Prince des Afturies . Elle eft de
M' Sarron , dont les Ouvrages
de cette nature , ont fouvent
brillé.
A MONSIEUR
***
Iln'y a gueres d'Epoques , Mr,
plusfingulieres & plus éclatantes,
que celles qui fe trouvent jointes
enfemble à la naiffance du Prince
des Afturies . Il est né dans l'Année
où l'Eſpagne a remporté à Alman-
Za une fameufe Victoire fur fes
ennemis. Il eft né dans le Mois
Z iiij
272 MERCURE
d'Aouſt ; mois auquel Céfar Augufte
a donnéfon nom. Il eſt né
Te Jour de Saint Louis , Roy dont
on fait fouvent le Panegirique.
Année , Mois & Jour , qui comme
une conftellation de grandes
Etoilles , ont illuminé la Naiffance
du Prince. Ce fujet eftant
fi remarquable , Apollon a excité
les Mufes à le celebrer enplufieurs
langues. Voila ce qu'il m'a inspiré
en Latin & en François :
SUPER ORTUM PRINCIPIS
ASTURIARUM,
Natus in Augufto , Sanctique
Die Lodoïci ,
GALANT 273
Alta Anno palme : Clara quot
omina funt !
SUR LA NAISSANCE DU PRINCE
DES ASTURIES.
QuelsTemps d'éclat font joints du
·Prince à la Naiffance!
C'est le Mois d'un grand Empereur.
C'eft le jour d'un grand Roy de
France :
L'An ou l'Espagne eft la terreur ·
Des ennemis defon Empire ,
Vaincus dans un Combat fa
meux ,
Qui va leur attentat détruire.
274 MERCURE
.
•
Pour le Prince on voit là : cent prefages
heureux.
M François d'Efcoubleau ,
Comte puis Marquis de Sourdis
, Lieutenant general des Armées
du Roy , Chevalier de fes
Ordres , Gouverneur d'Or
leans , Orleanois & Pays Chartrain
, Capitaine du Chateau
& Chaffes d'Amboife , & Commandant
dans la Province de
Guyenne , mourut le mois dernier.
Il avoit efté d'abord connu
fous le nom de Chevalier
de Sourdis ; & il avoit porté les
armes pour le fervice du Roy
GALANT 275
dés qu'il avoit efté en eftat de
les porter . Aprés avoir ſucceſfivement
paflé par les degrez de
Colonel , de Brigadier , & de
Maréchal de Camp , le Roy le
fit Lieutenant general de fes
Armées en 1682. & Chevalier
de fes Ordres en 1689. De Dame
N... de Beziade ſa femme ,
fille de M Theophile , Seigneur
d'Avarey fur Loire ,
grand Bailly d'Orleans ; il n'a
laiffé qu'une fille unique ; fçavoir
, Angelique d'Efcoubleaude
-Sourdis , qui époufa le 24.
Mars 1702. François - Gilbert
Colbert, Marquis de S. Poan
"
276 MERCURE
ges & de Chabanois , Brigadier
des Armées du Roy M' le Marquis
de Sourdis eftoit frere de
feu François Marquis d'Alluye,
tué au fiege de Rentyen 16 37.
de feu Paul Marquis d'Alluye ,
Gouverneur de FOrleannois ,
&c. marié en 1667. avec Dame
Benigne de Meaux du Foüilloux
; de feu Henry Comte de
Monluc , marié à Marguerite
le Lievre , fille de feu M le
Marquis de la Grange, &c . premier
Prefident au grand Confeil
; de feu N... d'Efcoubleau
Abbé de Sourdis ; & de feuë
Ifabelle d'Efcoubleau , femme
GALANT 277
d'Antoine Marquis Deffiat , &
de deux autres filles Religieufes
& auffi decedées . Ils eftoient
tous fortis du mariage de M
Charles, d'Escoubleau Marquis
de Sourdis & d'Alluye , Chevalier
des Ordres du Roy en
1633. Meftre de Camp de la
Cavalerie legere de France
Maréchal de Camp , Gouverneur
de l'Orleanois , du Pays
Chartrain & du Blefois , mort
à Paris en 1666. âgé de 78 .
ans & de Dame Jeanne de
Monluc & de Foix , Comteffe
de Carmain , Princeffe de Chabanois
, morte à Paris en 1657.
>
278 MERCURE
Cette Dame eftoit fille d'A
drien de Monluc , Seigneur de
Montefquiou & de Jeanne de
Foix. Charles Marquis de Sour
dis eftoit frere de François Cardinal
de Sourdis Archevefque
de Bordeaux , qui quitta fes
droits d'aineffe pour entrer
dans l'eftat Ecclefiaftique , &
que le Pape Clement VIII.
honora de la Pourpre Romaine
à la recommandation d'Henry
IV. de Virginal d'Eſcoubleau
Marquis d'Alluye , mort
fans pofterité de Catherine Huraut
; d'Henry Evêque de Maillezais
, & enfuite de Bordeaux
GALANT 279
aprés le Cardinal fon frere ,
dont il fut le Coadjuteur ; de
Marie alliée premierement
à
Mi Claude du Puy , Seigneur
de Vatan , & enfuite à René
de Froulay , Comte de Teffé
grand pere du Maréchal de ce
nom ; de Catherine mariée
avec Henry Comte de Clermont
, & Chevalier des Ordres
du Roy ; de Madeleine Abbeffende
Saint Paul lez Beauvais ;
& d'Ifabeau decedée fans enfans
de Louis Huraut Baron
d'Uriel . Cette illuftre famille
venoit du mariage de François
d'Efcoubleau, Seigneur de Jour,
280 MERCURE
de Launay & de Montdou
bleau, Marquis d'Alluye , Gouverneur
de Chartres , & c. Premier
Ecuyer de la grande Ecurie
& Chevalier des Ordres du
Roy en 1585. & d'Ifabelle Ba
bou , Dame d'Alluye , fille de
Jean Babou , Seigneur de la
Bourdaifiere
, & de Françoiſe
Robertet Dame d'Alluye. François
eftoit frere de Louis qui a
fait la branche des Seigneurs
de Coudray - Montpenfier
,
d'Henry Evêque de Maillezais
( ce Siege a efté dans la fuite
transferé à la Rochelle en
1648. ) fait Commandeur des
GALANT 281
"
Ordres du Roy en 1595. & de
trois filles. Ils eftoient tous
enfans de Jean d'Eſcoubleau ,
Seigneur de la Chapelle - Bellovin
, de Jouy & du Coudray-
Montpenfier Chevalier de
l'Ordre du Roy & Maistre de
la Garderobe de François I. &
d'Antoinette de Brives qu'il
époufa en 1528. & qui mourut
en 1562. Ce Seigneur
étoit frere de Jacques Evêque
de Maillezais en 1550. & fils
d'Eftienne d'Escoubleau
mary de Jeanne du Tuffeau.
Maurice fils aîné de Lionnet ,
forma la branche aînée de cet-
Octobre
1707.
A a
&
282 MERCURE
te maiſon qui a fini dans la
perfonne de Dame Anne d'Efcoubleau
femme de François
des Simiane & de Ponteves ,
Marquis de Gordes , Comte
de Carces , & Chevalier des
Ordres du Roy. Certe Dame
eftoit fortie du mariage de
Pierre d'Escoubleau Marquis
de Sourdis , Capitaine au Gardes
& d'Antoinette de Bretagne
fille de Charles Comte de
Vertus, & Baron d'Avaugour ,
alors veuve en premieres nôces
de Pierre de Rohan , Prince
de Guemené , & en fecondes
nôces de René du Bellay , Mar
GALANT 283
quis de Thouarcé .
F
-
Madelaine d'Escoubleau
dont j'ay déja parlé établic
la reforme dans l'Abbaye de
noftre Dame de Saint Paul
lez Beauvais . Elle fut élevée
par Anne Babou Abbeffe de
Abbaye de Beaumont lez
Tours, fa grande-tante, & elle
fucceda à M de Pellevé en
1596. en l'Abbaye de Saint
Paul , agée feulement de 16 .
ans. Comme elle n'étoit encore
que Novice elle ne prit l'adminiftration
que du temporel
jufqu'au mois de Septembre
de la même année qu'elle fit
A a ij
284 MERCURE
Profeffion . Elle n'obtint fes
Bulles que cinq ans aprés à caufe
de la jeuneffe , mais elle ne
laiffa pas de gouverner cette
Abbaye tant pour le ſpirituel
que pour le temporel , & elle
eut la gloire d'y établir la reforme
qui y
fubfifte encore
aujourd'huy . Elle mourut en
1665. agée de 84. ans.
Dame Elizabeth de Rohan
époufe d'Alexandre Comte
de Meleun , Vicomte de Gand,
qu'elle avoit époufé en 1683 .
eft morte agée de 45. ans . Elle
eftoit fille de M Charles de
Rohan Duc de
Montbazon
3
GALANT 285
*
*
Prince de Guemené , Comte
de Montauban & de Rochefort
, Pair de France , & de
Jeanne Armande de Schomberg
, fille puînée de Henry ,
Comte de Nanteuil - le - Haudouin
, Maréchal de France
mort à Bordeaux d'une apo
plexie le 17. Novembre 1631 .
en la quarante- neuviéme année
de fon âge , & d'Anne de
la Guiche fa feconde femme,
MilaComteffe de Meleun étoit
foeur de Charles Prince de
Guemené allié en premieres
nôces avec Marie Anne d'Albert
de Luines , fille de Char286
MERCURE
les - Louis , Duc de Luines
morte le 19. Aouft de l'année
1679. en la dix-feptiéme an
née de fon âge , & en feconde
nôces le deux Decembre fuivant
avec Charlotte Elizabeth
de Cochefilet fille du Comte
de Vauvineux ; de Jean Baptifte
Armand , connu d'abord fous
le nom d'Abbé de Rohan &
enfuite fous celuy de Printe
de Montauban
, mort depuis
environ trois années & qui
avoit épousé en 1682. N ... de
Bautru -Nogent veuve de M
le Marquis de Grancey Lieutenant
General des Armées
GALANT 287
看
du Roy , dont il a eu Jeanne
Armande de Rohan ; de Jofeph
mort jeune en 1669.
d'Anne Damoifelle de Guemené
, de Jeanne Damoifelle
de Montauban & de Charlotte
Armande mariée en premieres
nôces à Guy Chabot ,
Comte de Jarnac , dont elle a
eu des enfans , & en feconde
nôces avec Pons de Pons
Comte de Roquefort . Charles
de Rohan Prince de Guemené
& Duc de Montbazon ,
Pere de M la Comteffe de
Meleun eftoit fils aîné de Louis
de Rohan VII. du nom Prin
288 MERCURE
ce de Guemené , Duc de
Montbazon , Pair & Grand
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , & mort
à Paris le 19. Février de l'an
1667. âgé de 68. ans, & d'Anne
de Rohan Princeffe de Guemené
fa coufine germaine fille
unique de Pierre de Rohan , &
de Madelaine de Rieux . Châteauneuf
fa première femme.
Il fe fignala à l'attaque des
lignes d'Arras en 1654. & au
fiege de Landrecies en 1655 .
Il fuivit le Roy à la Campagne
de Flandres en 1667. &
à la guerre de Hollande en
.1672.
GALANT 289
1672. où il fe diftingua auffi
beaucoup. Il eftoit frere de
Marie de Rohan qui époufa
en 1617. Charles d'Albret ,
Duc de Luynes Pair & Conneftable
de France , & qui prie
enfuite une feconde alliance
en 1622. avec Claude de Lorraine
Duc de Chevreule Pair
& Grand Chambellan de France.
Cette Dame eut beaucoup
de part aux affaires qui ſe paſferent
pendant la minorité du
Roy en 1649. & en 1650.
Mr le Duc de Rohan eftoit
auffi frere de Mr le Prince de
Soubize d'aujourd'huy
, Capi-
Bb Octobre
1707.
290 MERCURE
taine- Lieutenant des Gendarmes
. Ils eftoient tous enfans
mais de differents lits , du celebre
Hercule de Rohan Duc
de Montbazon , Pair & Grand
Veneur de France , Comte de
Rochefort en Iveline, & c . Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur & Lieutenant General
pour Sa Majeſté , de la
Ville de Paris & de l'Ifle de
France , qui fe diftingua beaucoup
fous le regne de Henry
III. & principalement à l'artaque
du Fauxbourg de Tours
contre les Ligueurs . Il fut marié
deux fois la premiere avec i
GALANT 291
Madelaine de Lenoncourt ,
Dame de Coupuray fille unique
d'Henry de Lenoncourt ,
Chevalier des Ordres du Roy
& de Françoiſe de Laval Bois
Dauphin , & en feconde l'an
1628 avec Marie de Bretagne
fille de Claude de Bretagne ,
Comte de Vertus & de Catherine
Fouquet de la Varrenne.
Il eut de la premiere Louis de
Rohan Duc de Montbazon &
M de Chevreufe dont je viens
de parler , & de la feconde M
le Prince de Soubize qui a formé
une autre branche de l'il
luftre Maifon de Rohan . Ces
Bb ij
292 MERCURE
Princes defcendent de Charles
de Rohan Seigneur de Guemené
, fils de Jean I. Vicomte
de Rohan & de fa feconde femme
Jeanne de Navarre
qui
vivoit vers le milieu du 16 .
fiecle.
M' l'Abbé de Lubiere eft
auffi decedé, âgé feulement de
31. an. Il y avoit lieu d'efperer
qu'il feroit de grands progrés
dans les Sciences & dans la'
Chaire. Il avoit paffé quelques
années parmi les Jefuites ; mais
le mauvais eftat de fa fanté l'obligea
de fortir de cette Com
pagnie , qui fut auffi fâchée de
GALANT 293
le perdre , qu'il l'eftoir de les
quitter. Cer Abbé donna au
commencement
de cette année
un Livre qui a pour Titre :
l'Esprit du Siecle , & dont le fuccés
a eſté grand , Le Roy ayant
vû cet ouvrage , paroiffoit fort
difpofé à luy faire du bien ,
lorfque Sa Majefté en apprit la
mort.
On trouve dans une Lettre
qui eft à la tefte de cet Ouvrage
un éloge fort delicat des Journaliſtes
de Trevoux . Mr l'Abbé
de Lubiere fe preparoit à
donner lorfqu'il eft mort, un
Recueil des plus belles penfées
Bb iij
294 MERCURE
.
des Peres de l'Eglife , fur toutes
fortes de fujets de Morale. Il
avoit redigé tout ce qu'il avoit
Trouvé dans les Peres qui pou
voit convenir à quelque vertu
ou à quelque paffion . Le Pere
Plochut , Auguftin & Docteur
de Sorbonne , luy avoit aidé à
faire le choix des matieres. Il
eft à fouhairer qu'il rempliffe
les vûes de fon Ami deffunt.
Cet Abbé avoit un grand ta
lent pour la Predication ; il
avoit prêché dans les meltleures
Chaires de Paris , & il
avoit cfté choisi pour faire le
Panegirique de Saint Ignace
GALANT 295
Fannée prochaine à l'Eglife de
Saint Louis de la rue S. Antoine
, & pour faire le Sermon
de la Cene devant le Roy . Cet
Abbé eftoit d'Arles , & coufin
germain de Mr de Julien Lieu
tenant general des Armées du
Roy. Il eftoit originaire de la
Principauté
d'Orange , où fon
grand - pere eftoit premier Prefident
du Confeiî Souverain de
cette Ville. Son pere quitta cer
te Principauté
pour s'aller établir
en Provence , & le zele de
la Religion y avoit beaucoup
contribué .
Dame Louiſe du Boquet ,
Bb iiij
296 MERCURE
fille de la Nourrice de Louis
XIII . âgée de 96. ans , veuve
de M Pierre de Mafchat de
Pompadour , Seigneur de la
Cofte , mourut le 20. du mois
dernier en fa maiſon de Com-
>
bes- la - Ville, prés de Brie- Comte-
Robert. Ses heritiers , font
M' de la Cofte de
Pompadour
cidevant Colonel d'Infanterie ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & les enfans
de M' de Bracmont ,
Capitaine
au Regiment de Navarre.
Cette mort a efté fuivie de
celle de M Efprit Cabart ,
IC
Chevalier , Seigneur de Viller
IGALANT 297
mont , ci - devant Gouverneur
des Illes d'Hieres , & Lieutenant
general pour le Roy à
Cayenne. Il avoit époufé Eleonore
de Broë , fille de Mr Bon-
André de Broë , Chevalier
Seigneur de la Guette , Confeiller
d'Etat ordinaire , & foeur
de Mr le Chevalier de la Guette
, Capitaine - Lieutenant des
Gendarmes Anglois . Il n'a eu
d'enfans de fon mariage , qu'un
garçon qui eftoit dans le Service
, & qui , quoy que fort
jeune encore, promettoit beaucoup.
Il a efté tué au Siege de
Mons. Il laiffe pour heritier
298 MERCURB
Mr de Beaubourg , ci - devant
Ecuyer ordinaire du Roy , neveu
de M° de Villermont fon
Epouſe . Sa mort a cité caufée
par une chute , à l'âge de 84 .
ans , & il avoit tant de vigueut
& tant de vivacité , qu'il y avoit
Hieu de croire qu'il auroit pû
vivre encore un grand nombre
d'années , fans l'accident qui
luy eft arrivé Jamais homme
n'a eu plus d'amis de la plus
grande diftinction & qui fouhaitoient
de le voir fouvent.
Il avoit fur tout une parfaite
connoiffance de tous les lieux
où la Navigation peut s'éten
TOTHEQUE
GALANT 199
dre , qu'il avoit acquife
feulement en voyageant ; mais
auffi par la lecture de fix ou
fept cens volumes de voyages ,
qui font dans fa Biblioteque.
Le Roy d'Angleterre , fçachant
qu'il y a des perfonnes
à Paris qui fe difent Oculiftes ,
Anglois , & fes Oculiftes , &
qui cependant ne font ni l'un
ni l'autre , & n'ont pour tout
remede que quelques colyres
qu'ils diftribuent , S. M. B.
à bien voulu , tant pour faire
juſtice à M' de Woolhoufe , que
pour détromper le Public , luy
DELA VIL
300 MERCURE
accorder les Lettres Patentes
dont voicy la teneur. partne
JACQUES III. par la grace
de Dieu , Roy de la Grand- Bretagne
, &c. Défenfeur de la Foy.
A tous ceux qui ces prefentes Lettres
verront , Salut. Sçavoir faifons
que noftre fidelle fujer, & domeftique
Jean Thomas de Woolhou
fe , Anglois, eftant reconnupour un
tres -habile Oculifte , nous avons
bien voulu tant en confideration
de fa fidelite & de fon zele pour
noftre fervice , que defa capacité
de fa grande experience dans
fon Art , l'agréer & recevoirpour
GALANT 301
noftre Oculifte , & luy acorder
comme nous luy acordons par ces
prefentes fignées de noftre main
toutes les prerogatives , privileges
avantages qui pouront luy
apartenir en cette qualité . Donné
en noftre Cour à S. Germain en
Laye , le 10. de Septembre 1707
dans la feptiéme année de noftre
Regne.
JACQUES ROY.
Par le Roy.
MIDDLETON.
Le cachet privé d'Angleterre
eft à cette Patente felon l'uſage
ordinaire de ce Royaume.
302 MERCURE
Mr de Woolhoufe cft Gra
dué de l'Univerfité de Cambrige
, & comme il avoit un
grand defir d'apprendre tout
ce qui pouvoit regarder la perfection
de fon Art , il alla dans
tous les lieux où les Univerfitez
avoient le plus de reputation
, & fur tout à celle d'Oxford
, où il demeura jufqu'au
temps de la revolution , qu'il
paffa en France. Il demeura
quelques temps à l'Univerſité
de Paris , d'où il alla enfuite à
celle de Montpellier , & cherchant
toûjours à profiter des
nouvelles découvertes qui fe
GALANT 303
faifoient en Europe , il paffa
en Italie
où il apprit tout
ce que l'on
fcavoit
de
plus
curieux
touchant
fon
Art ,
dans
les Univerfitez
de Pife
, de Rome
, & de Padouë
.
Il quitta
enfuite
l'Italie
, & refta
quelques
mois
dans
l'Univerſité
de Louvain
, & dans
celle
de
Leide
, pour
tâcher
de faire encore
de nouvelles
découvertes
de tout
ce qui regardoit
l'oeil ,
ce qui eftoit
aflez
impoffible
aprés
les grandes
& continuelles
études
qu'il
n'avoit
point
ceffé de faire
depuis
qu'il
avoit
embraffé
la Profeffion
d'Ocu
304 MERCURE
lifte , n'ayant jamais épargné ny
fa bourfe ,
ny
fes foins
pour
fçavoir à fond tout ce qui regarde
l'Art qu'il profelle, Il eft
Oculifte de pere en fils , en remontant
à la quatriéme generation
. Plufieurs femmes , mêmes
, de fa famille , ont exercé
cet Art avec beaucoup de reputation
, & particulierement
Mylady-Jey , fa grand'- tante ,
& Mr Stepkins , fon pere. Mr
de Woolhoufe eft d'une tresancienne
Nobleſſe du Comté
de Derby en Angleterre , mais
comme ce n'eft pas dequoy il
s'agit prefentement, je ne diray
GALANT 305
rien fur cet Article , & j'ajoûteray
feulement que ceux qui
ont l'avantage d'eftre nez avec
quelque diftinction , font de
meilleure foy que les autres
& ne cherchent pas à tromper
le Public , à quoy l'on ne fe
trouve point obligé lorfque
l'on a autant étudié que Mr de
Woolhoufe. Il fait toutes les
operations des yeux qui fe font
à prefent en Europe ; il les fait
volontairement devant tous les
Chirurgiens , les Medecins , &
les Anatomiftes , & il penfe
tous les Pauvres , gratis , pourvû
qu'ils luy apportent un Cer-
Octobre 1707 . Cc
306 MERCURE
tificat de leur Cure , fur du
papier timbré. Il demeure au
Fauxbourg S. Germain , ruë S
Benoift , à l'Hoftel Nôtre Da
me , proche les murs de l'Ab
baye.
Je croyois ne mettre dans
cette Lettre que deux Aticles.
du Journal de Fontainebleau ;
mais je me rrouve obligé d'en
faire trois , Voici le fecond
& ma Lettre finira par le dernier.
3
Le 12. on chanta à la Meffe
du Roy un Motet de la Compofition
de M' du Buiffon
Penfionnaire de la Mufique de
GALANT 307
Sa Majefté , dont elle fut fi
contente qu'elle ordonna quon
le chantaft trois jours de
fuite. L'apreſdînée
, le Roy ,
Monfeigneur , Madame la Ducheffe
de Bourgogne & Meſſeigneurs
les Princes , coururent
& prirent deux Cerfs à la Boiffiere.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne donna le retourde
chaffe , aprés lequel cette Princeffe
& les Dames fe remirent
en grand habit pour ſe trouver
au fouper du Roy.
Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes allerent le 13. au
matin à la chaffe du Loup. Ma
Cc ij
308 MERCURE
dame la Ducheffe de Bourgo
gne ayant voulu eftre de la
partie , fut fuivie de fès Dames .
On revint affez tard de la chaf
fe. Monfeigneur
donna un re
tour chez luy en arrivant . On
joüa enfuite jufqu'au foupé du
Roy , qui avoit tiré l'aprefdi
née dans les
parquets.
14. le Roy ayant diné à
fon petit couvert , alla à la chaffe
du Cerf dans les Centiers
d'Avon , avec Madame la Ducheffe
de Bourgogne . Monfeigneur
& Meffeigneurs
les Princes
revinrent aprés la mort du
premier , & Sa Majefté & Ma-
Le
GALANT 309
dame la Ducheffe de Bourgogne
en coururent un fecond ,
qui ne fut pris que fur la fin
du jour . Les Dames fe remirent
enfuite en grand habit
pour aller à la Comedie du
Menteur. Il y cut enfuite plu-,
fieurs Scenes entre un Scaramouche
& un Harlequin , qui
divertirent beaucoup . Le Roy
foupa àfon grand couvert avec,
la Famille Royale.
Le 15. l'ouverture de l'Octave
de la Fefte de Sainte Therefe
fe fit aux Carmes des Baffes-
Loges. Madame la Ducheffe
de Bourgogne & plufieurs Da
310 MERCURE
mes y allerent en devotion,
L'Office de cet Octave a efté
fondé par le feuë Reine , qui
portoit le nom de cette Sainte ,
pour demander à Dieu la confervation
de la facrée Perfonne
du Roy , & fa Benediction fur
toute la Famille Royale , & fur
les Armées de Sa Majesté. Il y
a Expofition du Saint Sacrement
pendant l'Octave , & cette
Fefte fe celebre avec beaucoup
de folemnité. Monfei--
gneur & Meffeigneurs les Prin
ces avoient efté à la chaffe du
Cerf le matin , & le Roy alla
tirer dans les Parquets l'apref
GALANT 31
dinée. Le foir il y cut Jeu
jufqu'à l'heure du fouper du
Roy ou la Famille Royale fe
trouva .
pe Le 16. le Roy dîna à fon
tit couvert , & Sa Majesté alla
enfuite tirer dans les Parquets ..
Monfeigneur , Madame la Du
cheffe de Bourgogne , Meffeigneurs
les Princes & les Dames
dînerent chez Madame la Ducheffe
du Lude , où il y eut Jeu
jufqu'au retour du Roy . Il y
eut le foir Appartement chez
Monſeigneur , & grand Jeu
aprés la Mufique jufqu'au fou
per de S. M. où la famille
312 MERCURE
Royale foupa à l'ordinaire.
Je dois ajoûter icy que Ma
dame de Torrecufa
, Napolitaine
, eft depuis quelques jours
à la Cour. Apres avoir tout
mis en ufage à Naples pour
contenir fes Vaffaux dans la
fidelité qu'ils doivent à leur
legitime Souverain , cette Dame
ayant efté obligée de ceder
à la force , elle a mieux aimé
abandonner fes grands biens
& fe retirer en Espagne
, que
de reconnoître l'Archiduc . Elle
a efté reçue du Roy avec beaucoup
de diftinction , à qui elle
a efté prefentée par Mr le Duc
d'Albe .
GALANT 313
d'Albe. Cette Dame eft fervie
par les Gentilhommes de cet
Ambaffadeur. Elle a auffi efté
prefentée à Monfeigneur , &
à toute la Maiſon Royale , &
par honneur accompagnée de
Mr de Saintot . & de Mr de
Vilra. Elle demeurera à la
Cour pendant quelques jours ,
& elle ira enfuite en Espagne ,
où font Mrs fes enfans .
Madame Sobieska , Polonoife
, eft auffi depuis quelques
jours à la Cour. Cette Dame ,
qui eft une des plus qualifiées ,
devroit s'appeller Sobieski ;
mais le mafculin en Polonois fe
Octobre 1707 . Dd
314 MERCURE
termine par le Ki , & le feminin
par le Ka. Elle reçoit à la
Cour tous les traitemens dûs
à fa naiffance & à fon merite.
La Cour fe trouva tres grof
fe le 17. à la Meffe du Roy , où
tous les Etrangers , enchantez
de la Mufique , fe trouverent
mêlez parmi les Courtilans . Le
Roy dîna à fon petit couvert
aprés le Confeil de Depêche ;
Monfeigneur dina auffi à fon
petit couvert , & Madame la
Ducheffe de Bourgogne à fon
grand couvert avec Meffeigneurs
les Princes . L'aprefdinécles
Dames allerent à la chaf
GALANT 315
du Cerf. Elles fe remirent au
retour en grand habit pour aller
voir l'Aftrate , Tragedie de
feu Mr Quinault , à l'iffuë de
laquelle on joua la Comedie
des Plaideurs . Enfuite onfoupa
au grand couvert du Roy.
Le 18. Monfeigneur , & Monfeigneur
le Duc de Berry allerent
aprés la Meffe du Roy à
la chaffe du Loup. Sa Majefté
aprés avoir dîné à fon petit
couvert , & Madame la Ducheffe
de Bourgogne chez elle
avec les Dames qui devoient
l'accompagner à la Chaſſe , allerent
courir le Cerf dans les
Dd ij
316 MERCURE
ventes de Bombon . Cette Prin
ceffe donna ce jour - là un grand
retour de Chaffe chez elle , &
l'on joua enfuite juſqu'au fouper
du Roy.
Le 19. il n'y eut qne Monfeigneur
le Duc de Berry qui
chaffa dans la matinée . Ce Prince
fe rendit au dîné de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
où il dîna avec toutes les Dames
qui devoient fuivre cette
Princeffe. Le Roy alla tirer le
même jour , aprés avoir dîné à
fon petit couvert , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne alla
promener à cheval dans la FoGALANT
317
reft , avec une nombreuſe &
galante fuite. Elle y trouva
Monfieur le Duc qui y chaffoit
avec la Meute . Cette Princeffe
fe mit de la partie , & aprés
avoir fuivi la Chaffe deux heures
, elle revint pour ſe trouver
à la Benediction du Saint Sacrement
qui eftoit exposé à
caufe de la Fefte de Saint Savinien
, Patron & premier Archevêque
de Sens , qui fe folemnife
dans tout le Diocefe.
Toute la Cour fe rendit enſuite
chez Monſeigneur , où il
y cut Apartement , & un gros
Jeu aprés la Mufique , & ce Jeu
Dd iij
318 MERCURE
continua jufqu'à l'heure du
fouper du Roy.
S. M. donna le matin du
2
20. un Brevet de retenue de
cent mille écus , à M' le Marquis
de Cavois , fur ſa Charge
de grand Maréchal des Logis ,
moitié pour luy & moitié pour
M de Cavois. L'aprefdinée ce
Prince courut en Caléche le
Cerfà la Boiffiere , avec Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Les Dames fuivoient dans d'autres
Caléches . Madame la Ducheffe
de Bourgogne donna le
retour de chaffe , où se trouverent
Meffeigneurs les PrinGALANT
*
319
ces , qui avoient paffé le jour à
la chaffe du Sanglier. Aprés le
repas les Dames fe mirent en
grand habit pour accompagner
Monfeigneur à la Comedie
de l'Avare. La famille Roya
le foupa enfuite au grand cou-.
vert du Roy.
S. M. alla tirer l'apreldinée
du 21. & Madame la Ducheffe
de Bourgogne fe promena en
Cavalcade dans la Foreft. Meffeigneurs
les Princes allerent à
la chaffe du Sanglier. On joüia
au retour jufqu'au fouper du
Roy.
Vous trouverez la conclu-
Dd iiij
320 MERCURE
fion de ce Journal , & le retour
du Roy à Versailles à la fin de
ma Lettre. Je crois qu'une
Chanfon fera bien placée à la
fuite des divertiffemens dont
l'Article precedent eft rempli.
Elle ne regarde pourtant pas
l'Amour , l'Auteur des paroles
de cet Air , ne voulant plus aimer
que la belle gloire . La Saifon
eft favorable ; le Champ
eft ouvert , & les lauriers font
pour ceux qui les fçavent cüeillir.
GALANT 321
દે .
DE
LA
VILLE
320
MERCURA
fion de
E
de
m
fo1
eſt
poi
lir.
pre
occupe
es et
o
GALANT 32r
AIR NOUVEAU.
Je ne fuis plus Amant que de la
belle gloire
,
Elle feule a prefent occupe mes efprits
;
Et j'ay banny de ma memoire
Les Amintes & les Cloris.
A propos de Feftes , je dois
ous dire qu'il s'eft gliffé une
aute dans celle qui a efté donnée
à Monſeigneur le Duc &
Madame la Ducheffe de Bour
zogne , par M' d'Armenonvilpuifque
l'on a écrit Meute,
764 .
322 MERCURE
au lieu de Muete. La Maifon
où cette Fefte s'eft donnée s'ap
pelle leChafteau de la Muette;le
mot deMeute n'eft que pour un
grand nombre de chiens de
chaffe qui font enfemble , & le
lieu où on les tient s'appelle le
Cheni , mais le nom de Muete
que porte ce Chaſteau , eft un
vieux mot François dérivé de à
Mutando. parce que dans toutes
les Forefts ,Bois , ou rendez- vous
dechaffe dans les plaifirs duRoy,
il y avoit toûjous un endroit
où l'on mettoit pendant la
Chaffe , la vieille Meute ou Relais
de vieux Chiens , autreGALANT
323
*
ment dits Chiens de rechange , &
cela eft fi veritable. que dans
les Forefts de Saint Germain en
Laye & de Fontainebleau , on
voit encore de vieilles mazures
qui portent ce nom de Muete,
& fi l'on en veut eftre plus
affuré , l'on peut voir les Proviſions
de Capitaine des Chaſ-
M' de Catelan avoit
Les
que
&
celles
qu'a
prefentement
M
d'Armenonville
, on
y
trouvera
le
nom
de
Chasteau
de
la
Muete
,
&
non
de
la
Meute
.
Je paffe à un Article bien
different , qui ne regarde point
les Feſtes , & où Mars a plus de
324 MERCURE
part que l'Amour
. Vous jugez
bien que je vais vous parler
d'Articles de Guerre.
Monfieur de Savoye ayant rerepaffé
le Var , & les Troupes
de France eftant rentrées dans
Nice , comme de ce Comté
les ennemis pouvoient fe
jetter dans la Vallée de Barcelonnette
, qui eftoit dégarnie
de Troupes , & fe rendre maîtres
des Poftes de l'Arenne & du
Caftelet que nous y occupions ,
M' le Maréchal de Teffe , fit
marcher promptement M" de
Dillon & de Caraccioli , avec
13. bataillons , & il fit en mê-
>
GALANT 325
me temps partir des Troupes
pour regarnir nos Frontieres
de Savoye & de Dauphiné ;
mais comme les ennemis pendant
leur voyage de Provence
avoient laiffé en Picmont
feize bataillons & fix mille
chevaux, aufquelles s'étoient
jointes les garnifons de leurs
Places d'Italie & un Corps confiderable
de recruës venues
d'Allemagne , ce qui remplaçoit
amplement la perte qu'ils
avoient faite en Provence
eſtant d'ailleurs informez que
l'on avoit contremandé les fecours
qui marchoient de ce
326 MERCURE
cofté là , ils fe font fervis de ce
Corps de Troupes fraîches &
tout porté fur les lieux pour
faire inveftir Suze avant que
les Troupes que l'on y renvoyoit
ayent pûy arriver , quelque
diligence qu'elles ayent faitc.
M' de Vraigne Maréchal
de Camp , n'ayant pas affez de
forces pour deffendre les hauteurs
& les retranchemens de
Suze , aprés avoir jetté dans la
Citadelle avec M' de Maffelin ,
toutes les chofes neceffaires
pour fa deffenſe , fe retira avec
ce qui luy reftoit des Troupes ,
à Exile , dont il occupe les hauGALANT
327
teurs , afin de barrer par ce
moyen la Vallée. Suze le trou
va invefti dans le temps que
M' de Teffe revint fur cette
Frontiere , & les Ennemis s'étoient
déja avancez devant la
Peroufe , avec un Corps de dix
ou douze mille hommes. Ce
Maréchal s'y rendit en diligence
pour y donner les ordres ,
& vifiter encore une fois les
Poftes de la Vallée de S. Martin.
Comme il eftoit apparent
que les ennemis , dans le même
temps qu'ils feroient le Siege
de Suze , pourroient peut- eftre
la Peroufe & la Vallée
attaquer
328 MERCURE
de Saint Martin , il envoya or
dre â Mr de Cadrieu , qui eftoit
dans la Vallée de Queyras , de
s'avancer au premier avis qu'il
auroit de la marche des ennemis
pour cette attaque , avec
les deux Bataillons de Gaſtinois
, à la tefte de la Vallée de
S. Martin du cofté du Praly.
Cette précaution ne fut pas
inutile , puifqu'en effet les ennemis
avoient ce deffein , mais
ayant quitté la Vallée de Luzerne
pour tomber par le Col
Julien fur le Praly , Mr de Cadricu
y arriva fi à propos qu'il
obligea les ennemis de fe retiGALANT
329
rer fans rien tenter ; de la Peroufe
Mr le Maréchal de Teffé
s'eft rendu au Col de la Feneftre
, ayant auparavant donné
ordre au Regiment de Vi
varets de s'y rendre de Feneftrelles
, & aux quatre Bataillons
d'Aunix & de Santerre de l'y
venir joindre. Ces quatre Bataillons
font partis le lendemain
du Col de la Feneftre
fous la conduite de Mrs le
Comte d'Aubeterre & le Marquis
de Broglio , pour aller occuper
les hauteurs de Fatieres ,
les Cols de Valettes & d'Arguel
, & Mr le Maréchal s'eſt
Octobre 1707
. Ec
330 MERCURE
rendu le même jour par le Col
du Bourget à Exile pour reconnoître
la pofition de Mr de
Vraigne , & celle des ennemis ,
ayant trouvé ces derniers maltres
de Chaumont , de Jaillon ,
de Jaluffe , de la Renaudiere ,
de Noftre- Dame de la Laure
& des hauteurs les plus voiftnes
de Suze , & vû qu'il n'y
avoit pas de poffibilité de fecourir
cette Place que par les
hauteurs du Col de la Feneftre,
fuperieures à celles qui estoient
occupées par les ennemis , &
qu'il eftoit par confequent de
la derniere confequence de s'y
GALANT
331
maintenir , aprés envoyé ordre
à Mr le Marquis de Thouy de
faire paffer par le Col de la
*
Rouc à Exile fix Bataillons des
Troupes de Savoye pour renforcer
Mr de Vraigne , dont
la fituation couvre Exile & le
refte de la Vallée , il eft revenu
établir fon quartier au Col de
la Feneftre , conduifant avec
luy les deux bataillons de Bourgogne
, les deux de Defgrigny ,
celuy de Corde , le troifiéme
du Royal Artillerie , & le premier
d'Albigeois , qui eftoient
arrivez à Cezane ; les ennemis
firent tâter nos hauteurs )
Ecij
332 MERCURE
mais ne trouvant pas qu'il fuft
bien poffible de nous depofter
ils ne fongerent qu'à fe rettan
cher dans leurs quartiers , & à
preffer le Siege de la Gitadelle
de Suze. M de Maffelin en s'y
renfermant avoit affuré qu'il
donneroit le temps aux troupes
d'arriver pour le fecourir ;
que rien ne luy manquoit pour
une vigoureufe deffenſe , & que
ce feroit fa faute s'il ne la faifoit
. M' le Maréchal luy fit encore
fçavoir par un Payfan qu'il
n'avoit qu'à tenir bon & qu'il
feroit inceffamment fecouru
ce Gouverneur par le retour
GALANT
333€
du Payfan , affura de nouveau
qu'il feroit fon devoir. Ce
pendant par une fatalité dont
je ne puis vous rien dire la
Redoute de Catinat s'eft renduë
, & la Citadelle de Suze
capitula le 4. aprés avoir efté
battue pendant huit jours. Je
ne puis encore vous rien dire
là- deffus . Si elle cuft tenu quelques
jours de plus , ce qui ne pa
roiffoit pas impoffible , cela auroit
donné le temps d'arriver à
quinze bataillons qui venoient
de Provence & de Dauphiné
& dont la marche avoit eſté
retardée deux jours par le dé
334 MERCURE
bordement des eaux , & l'on
n'attendoit plus que ce renfort
pour tenter le fecours , les au
tres troupes ayant joint . L'om
a fait marcher en Savoye cinq
Regimens de Dragons & quelque
Cavalerie , aux ordres de
M de Medavy , pour avec de
l'Infanterie qu'il a , tenir la tefte
de la Morienne , & barrer cette
Vallée , Exile , & le Corps
qui en occupe les hauteurs
barrent la Vallée de Chaumont.
Nos troupes font depuis
le Col de la Feneftre
jufqu'à Feneftre , & barrent par
ce moyen la Vallée de PrageGALANT
335.
*
las , la Vallée de Saint Martin
que nous occupons , & le Mongeneve
; de forte qu'elles affurent
le refte des entrées de
Dauphiné de maniere qu'il
faudra que les ennemis leur
paffent fur le ventre pour penetrer
dans le Pays. Ils ont renvoyé
leur Artillerie à Turin ,
& leurs Deferteurs affurent que
leur Cavalerie a commencé à
défiler. Les affaires qui regardent
l'Italie eftoient dans cette:
fituation le 12. de ce mois , & je;
vous apprendray la fuite qu'el
les auront en cas qu'elles ne
demeurent pas quelque temps
,
336 MERCURE
dans le même eftat , comme il
y a beaucoup d'apparence.
L'Extrait que je vous envoye
d'une Lettre d'Allemagne
, vous fera connoiſtre la
fituation d'une partie des affaires
de ce Pays- là.
Comme entr'autres chofes Sa Majefté
Imperiale s'eft obligée de faire
decider à la Diette de Ratisbonne ,
les Points qui regardent les droits
des Princes de l'Empire , le Roy
de Suede preffe le College de ceuxcy
de
poursuivre vivement cet
Article & particulierement celuy
du Ban publié contre les deux ELecteurs
GALANT 337:
lecteurs de Cologne & de Baviere.
& contre le Duc de Mantoie ;
comme auffi l'Article concernant la
ceffion du Haut Palatinat à l'Electeur
Palatin fans la participation
de ce College. Sa Majesté Sucdoife
a fait faire auffi au Colle-
Electoral une vigoureuſe remontrance
fur le procedé violent
du Roy Augufte contre plufieurs
Ducs de Saxe , dans les terres defquels
il a fait entrer toutes fes
´il
troupes , fous pretexte qu'ils n'ont
pas fourni leur contingent pour
l'armée de l'Empire .
ge
сп
L'Electeur d'Hanovre fouhaite
troupes qui fervent
Octobre 1797.
les
que
Ff
338 MERCURE
Flandre retournent en Allemagne.
Il fait fortifier tous les Poftes
avancez de la Foreft Noire . Comme
il commence à defefperer de
pouvoir contraindre Mr le Maréchal
de Villars a repaffer le Rhin ,
il fait travailler toute fon Infanterie
à un retranchement l'on
que
tire depuis la plus haute montagne
au - deffus d'Etlingen jufques fur
le bord du Rhin proche de Raftadt ,
dont le parapet doit avoir vingt
pieds d'épaiffeur. Il y a beaucoup
de maladies dans fon armée
principalement parmi les Troupes
qui font campées dans les terreins
bas & aquatiques. Lafolde
GALANT
339
de Hollande ne vient plus firegulierement
que par le paffe , & les
troupes de l'Empereur font depuis
long- temps en poffeffion d'en toucher
rarement ; mais celles des Cer
cles de Franconie & de Souabe
reçoivent regulierement leur argent
tous les quinze jours.
à
Cette Lettre doit donner
matiere à beaucoup de raifonnemens
, & taille bien de la be- .
fogne pour la Campagne prochaine
, puifqu'il n'y a pas
douter que le Roy de Suede ,
qui n'a point juſqu'icy démenti
le caractere d'homme juíte
Ffij
340 MERCURE
*
& droit , par lequel il fe diftingue
, continuant d'agir felon
la droiture de fes intentions ,
ne faffe rétablir beaucoup de
chofes dans leur premier eftat ,
ce qui n'arrivera pas fans que
l'on fe donne de grands mouvemens
en Allemagne. Le Duc
de Marlborough s'en donne
auffi beaucoup de fon cofté ,
& voyant que La gloire a efté
éclipfée cette année par l'éclat
de celle de Monfieur de Vendôme
, il voudroit faire l'année
prochaine à force d'hommes ,
ce que tout fon fçavoir dans le
mêtier de la guerre , n'a pû luy
GALANT 341
faire faire cette année. Enfin il
voudroit , s'il luy eftoit poffible,
voir laCampagne prochaine
toutes les troupes des Allicz
fous fes Etendarts ; mais de
la maniere que les affaires fe
trouvent difpofées , il n'y a
pas d'apparence que fes projets
puiffent réüffir , puifque Monfieur
d'Hanovre a formé les
mêmes fouhaits que ce Duc ;
mais avec plus de juftice , puifqu'il
doit eftre maiftre de fes
troupes , & qu'il eft jufte que
les Allemans deffendent leur
pays avant que de deffendre
celuy des autres . Il a fes raifons
Ff iij
342 MARCURE
particulieres , & pour l'intereft
feul de fa gloire , il mettra toute
l'Europe en feu , fi on luy ac
corde tout ce qu'il fouhaite. I
confidere que fi la Paix le fait ,
fon nom fera bien - toft oublié
auffi bien que fes exploits , d'au
tant plus qu'il n'a encore rien
fait pour eftre mis au nombre
des grands Capitaines . Le ha
zard a eu plus de part , & les
fautes de quelques particuliers,
aux grands évenemens qui ont
éclaté fous fon commandement
, que tout ce qui fait les
grands Capitaines ; fa temerité
a efté heureufe , & l'enchaînement
d'avantages qui a fait le
bonheur des Alliez , n'a efté
qu'une fuite de ces torrens de .
bonheur qui cauſent des revo
GALANT 343
lutions dans tous les fiecles ,
dont on ne peut deviner la cau .
fe , qui vient toûjours de plus
haut , & dont ceux qui fe trou¬
vent à la tefte des Troupes , ne
font que les inftrumens. Ainfi ,
ii y a moins de gloire pour ces
Generaux que la Fortune entraine
& qui triomphent prefque
fans combat, que pour les grands
Capitaines qui ont gagné des
batailles , où leur tefte a cu
plus de part que leurs bras , &
qu'ils n'ont remportées qu'aprés
qu'elles leur ont efté longtemps
difputés . Il n'en a pas etté
de même de celles qui ont fait
croire au Due de Marlborough
qu'il eft un des plus grands Capitaines
du monde. Quant aux
Places dont les Alliez fe font
Ff iiij
344 MERCURE
mis en poffeffion pendant le
commandement de ce General ,
il n'a point efté queſtion de faire
de fieges , & ces Places ont ou
vert leurs portes . de maniere
que ce General n'a brillé dans
aucun de ces longs Sieges dont
la Pofterité conferve la memoire
, & qui couvre preſque toûjours
de gloire ceux qui les ont
faits avec autant d'art & de.
conduite que de valeur . Ces
fortes de Sieges ne couvrent
pas feulement de gloire ceux
qui font venus glorieufement à
bout de leurs entrepriſes ; mais
auffi ceux qui ont deffendu avec
une longue & genereufe opiniâtreté,
les Places dont le foin
de la deffenſe leur avoit éſté
commis . On n'a rien vû de tout
GALANT 345·
cela dans les Campagnes du
Duc de Marlborough, mais feulement
quelques rayons d'une
fortune auffi éclatante què prévenante
, qui l'ont offufqué , &
qui luy ont fait croire qu'il égaloit
les Condez & les Turennes
; mais le contraire parut
bien dans la Campagne qui fuivit
celle d'Hochftet , & l'on
connut aisément qu'il ne devoit
qu'au hazard feul le fuccés de la
Campagne precedente . Il vint
avec une nombreuſe armée , qui
couverte des lauriers de la Campagned
' Hochftet , fe croyoit en
eftat de tout envahir ; mais la
Fortune manquant à fon Chef,
fa tefte & fa conduite n'y pûrent
fuppléer . Mr le Maréchal
de Villars l'arreſta , le battig
346 MERCURE
en détail , prit beaucoup de
fes Equipages , & de fes Munitions
, l'obligea d'en jetter
beaucoup dant l'eau , & de
revenir jufques en Elandre ,
en fuyant toûjours & fans re
garder derriere luy . Si ce Duc
eftoit auffi grand General que
ceux dont ils commandent les
Troupes le publient , foit par
politique , foit parce qu'ils en
font effectivement perfuadez ,
il auroit dû trouver moyen pendant
le cours d'une Campagne
entiere , de combattre Monfieur
le Duc de Vendôme , & il fe
feroit alors acquis une veritable
gloire. Ce Prince qui ne l'apprehendoit
pas , quoy que fes
Troupes fuffent fuperieures ,
n'avoit pas crû moins par cette
GALANT 347
raifon , qui n'avoit aucun pouvoir
fur fon efprit , que par celles
que vous allez voir , devoir
s'expofer aux rifques d'un combat
, ce qu'il auroit fait neanmoins
tres -volontiers , s'il n'avoit
pas efté jugé à propos de
le forcer à manger le païs des
Alliez , & à laiffer fouffrir fa
Cavalerie durant toute la Campagne
, pendant que nos Troupes
triomphoient en Allemagne
& en Espagne , & que du cofté
d'Italie elles foûtenoient le torrent
de celles des Alliez , qui
prétendoient tout inonder de ce
colté là .
Si le Duc de Marlborough
répond à cela qu'il n'a pas manqué
de bonne volonté , mais que
Mr de Vendôme a toujours évi
348 MERCURE
en
té le combat avec tant de foin
qu'il luy a efté impoffible d'engager
une affaire ; on pourra
Tuy repliquer que cette raifon.
n'eft bonne que pour un mediocre
General ; mais que s'il
eftoit auffi fuperieur aux autres
, qu'il fe l'imagine , il eftoit
impoffible qu'en mettant
ufage tout l'art de la Guerre ,
& toutes les rufes dont fe fervent
les grands Capitaines , il
n'euſt trouvé le moyen en cinq
mois de temps d'attaquer ce
Prince, dont la ferme contenance
devoit irriter fa fierté , & luy
faire fentir que les qualitez de
grand Capitaine ne luy font
pas duës , puis qu'il laiffoit en
repos un General, qui bien qu'il
n'cuſt pas refolu de combattre,
GALANT 349
s'eftoit propofé de ne pas fuir ,
en cas qu'il fuft attaqué : Mais
je veux qu'il ait efté impoffible
au Duc de Marlbouroug , pendant
la plus grande partie de
la Campagne , de jouer un autre
perfonnage que celuy qu'il
a joué , qui a efté de menacer
toûjours , & de ne rien faire.
Il devoit estre poffible à un Genéral
du fecond ordre , d'attaquer
Monfieur de Vendôme ;
lors qu'il fe fut affoibly par les
détachemens qu'il envoya en
Allemagne & en Provence , &
que croyant que le General
qu'il avoit en tefte eftoit encore
plus grand Capitaine que
ceux qui fçavent à fond le métier
de la Guerre , nel font perfuadez
, il crut qu'en faifant
350 MERCURE
quelque fauffe marche , & en fe
fervant de quelque rule de guerre
, il jetteroit une partie defes
Troupes du cofté de Nieuport ,
dont il pourroit faire faire le
Siege , fans qu'il fuft poffible
de fecourir la Place . Monfieur.
de Vendôme , dis - je , ayant
lieu de le craindre , parce que
la prudence vouloit que ce Ge
neral l'appréhendaft ; il envoya
un gros corps de Troupes de ce
cofté- là ; de maniere qu'il n'étoit
plus en estat de foûtenir les
efforts de Marlborough , fi ce
General l'avoit attaqué mais
la manoeuvre qu'il avoit faite
pendant toute la Campagne ;
luy avoit fait connoistre dequoy
il eftoit capable , & que pourvû
qu'il ne s'étonnaft pas de
GALANT 351
fon bruit & de fes menaces , il
ne le devoit pas apprehender ,
& que quoy que beaucoup plus
foible , il le fatigueroit tant ,
& juy tailleroit tant de befogne ,
qu'il feroit obligé de finir la
Campagne fans executer aucun
de les grands projets , qui n'étoient
que de vaftes idées , plus
chimeriques que réelles
&
qui ne tendoient qu'à intimider
par des fanfaronnades réïterées
, avec lesquelles il croyoit
faire peur
à nos Troupes , &
les engager à reculer où
ou à
perdre
courage dans un jour de
combat mais voyant que tout
ce manege eftoit inutile > &
qu'un General comme Monfieur
de Vendôme
" ne fe laiffe ny
furprendre ny.ébloüirs qu'il
352 MERCURE
connoît les Generaux qu'il a
à combattre , & qu'il en a toûtjours
battu de plus habiles &
de plus experimentez que luy,
il a bien veu qu'il ne pourroit
rien faire la Campagne
prochaine , fi fes Troupes n'étoient
infiniment fuperieures à
celles d'un General qui ne pouvoit
estre ny furpris ny intimidé
, & contre lequel on auroit
de la peine à fe défendre
avec une armée beaucoup fuperieure
à la fienne de maniere
que ce General Anglois
met tout en ufage pour avoir
l'année prochaine une armée
formidable , connoiffant bien
qu'il en a befoin , moins encore
pour vaincre , que pour n'eftre
pas vaincu , & , c'eft pourquoy
GALANT
353
-
l'on
peut dire qu'il eft alle battre
le Tambour dans plufieurs
Cours d'Allemagne
, en y faifant
connoiftre la neceffité qu'il
y a d'avoir la Campagne.prochaine
une armée en Flandre
fort fuperieure à celle de France
, fi l'on veut empêcher que
Monfieur de Vendôme ne rentre
dans toutes les Places conquifes
; ce que les Alliez ont
d'autant plus lieu de craindre ,
que tous les peuples de Flandre
ont le coeur Eſpagnol , & fur
tout depuis le gain de la bataille
d'Almanza , & la Naiffance
du Prince des Afturies :
mais par malheur pour le Duc
de Marlborough , le contretemps
eft des plus fâcheux ; &
lors qu'il demande que fon ar
Octobrei
1707
.
Gg
354 MERCORE
mée de Flandre foit groffie la
Campagne prochaine par un
grand nombre de Troupes Al
Temandes , les Princes Allemans
craignant pour leur propre païs,
veulent retirer celles qu'ils ont
en Flandre , & le Duc d'Hanover
principalement , alleguant
pour raifon de la demande
qu'il fait du rappel des
Troupes qu'il a en Flandre ;
qu'il n'a accepté le Generalat
de l'armée de l'Empire que
dans la penfée que fes Troupes
ferviroient fous luy , & groffiroient
fon armée .
Mais je veux que le Duc de
Malborough obtienne tout ce
qu'il demande , il ne fera pas
l'année prochaine une Campagne
plus glorieufe ; mais elle
GALANT
355
pourra eftre plus fanglante , &
ce General doit eftre perfuadé
auffi- bien que tous les Alliez ,
que la France fe reglera fur leurs
démarches , & fur les préparatifs
qu'ils font dés à prefent , ou du
moins qu'ils veulent perfuader
qu'ils vont faire. La France donc
n'en fera pas moins , & elle eft
même plus affurée que les Alliez
d'avoir de nombreuſes Troupës
à l'ouverture de la Campagne ,
& mefme en auffi grand nombre
qu'elle le jugera à propos ; puif
que par une prudence , & par
une prévoyance , que l'on ne
peut trop admirer, tous les fonds
font prefts pour la Campagne.
de 1708. Ainfi tous les beaux
projets du Duc de Malborough
'aboutiront qu'à faire perir de
Ggij
356 MERCURE
1
手
part & d'autre beaucoup plus
de monde la Campagne prochai
ne , & c'eſt à quoy aura abouti
fon peu de fçavoir dans l'art del
la guerre , qu'il prétend cacher
à l'ombre d'un nombre infini
de Troupes. Il auroit effective.
ment paru grand General , has:
bile homme , & grand politiques !
fi au lieu de publier à haute voix
dans toute l'Europe qu'il veur
que la Campagne prochaine fon
Armée foit groffie de plus de 20.
mille hommes , fans compter les
Troupes Angloifes & Hollan
doifes , il avoit tâché de faire
croire qu'il manqueroit de forces
la Campagne prochaine , &
que la plupart des Troupes Allemandes
devant quitter fon Armée
, il auroit bien de la peine à
GALANT 357
réfifter aux Troupes de France.
C'eft ce qu'auroit dû faire un
habile homme , pour empêcher
les François de groffir leur Armée
, pendant qu'il auroit fous
main mis tout en ufage , pour
que celle qu'il commande , fe
trouvât groffie à l'ouverture de
la Campagne ; & affez forte pour
livrer les Batailles , dont il ne
ceffe point de parler comme s'il
eftoit fûr de vaincre toûjours .
Voilà ce qu'il auroit dû faire ;
mais quand il auroit esté affuré
de réüfir, il n'auroit pas embraf
fé ce party; & il croit que pour
briller , il faut menacer beaucoup
, fe donner de grands mouveméns
, & aller dans plufieurs
Cours , afin de faire croire qu'il
a l'art de perfuader , & que
dés
358 MERCURE
qu'il a parlé , on doit fe rendre à
fes raifons , & que tous les Alliez
lui font obligez des foins & des
peines qu'il veut bien fe donner
dont il ne doit pas être moins récompensé
que des fervices qu'il
leur rend à la tefte de leurs
Troupes. Le temps nous fera
voir à quoy auront abouti tous
ces grands préparatifs , & tous
ces grands mouvemens . Cepen .
dant comme il me reste encore
beaucoup d'articles de guerre ,
dont je dois vous parler dans
cette lettre , je crois que la diverfité
des matieres eftant toûjours
agreable , je dois mettre
icy l'extrait d'une lettre de la
Rochelle qui doit vous divertir ,
auffi -bien que tous ceux qui le
liront. Cette lettre eft du 18. de
ce mois.
GALANT 359
Il eft arrivé un Vaße au richement
chargé , venant du Nord , du Port de
Nelfon , dans la Baye d'Uffon , qui.
a apporté un Ours blanc , qui a esté
pris à la mer , foixante lieuës au large.
Sa mere ayant efté tuée à coups
defufils , le jeune Ours ne laila pas
de fe jetter furelle pour la teter. Lifut
faifi dans ce temps - là par les Matelots
de la Chaloupe , & apporté dans
le Vaiẞeau . Ila beaucoup profité depuis
, & il deviendra gros comme un
Bauf. On coupa les pattes à fa mere,
qui ont un pied demi de diamettre .
Ce petit mignon - là a bon appétit ,
& les plus jolies quenottes du monde .
Un Cocq d'Inde n'est pour luy qu'un
petit déjeuné. Son ordinaire eft un
quartier de Mouton par repas . Il
mange des fruits & des Noix ; mais
point de pain. Il beurle effroyable360
MERCURE
ment. Son regard n'eft pas gratieux,
Cependant il eft affez bonne perfonne,
quand on ne le tourmente pas . On
Pamene à Paris avec un jeune Sauvage
de fon pays , & defa connoiffance.
Je continue de la maniere que
j'ay commencé à vous envoyer
par lettres ce qui fe paffe en Allemagne.
La premiere de celles
que vous allez lire , fuit la derniere
de celles que je vous envoyay
le mois paffé .
*
Au Camp de Raftat le 26. Septembre
1707 .
Mr le Marquis de Vivans étant
détaché de l'armée avec 15. Eſcadrons
prés d'Offembourg afin de tenir
Л
toujours
GALANT 361
toujours la tefte de la vallée de la
Kinche , les ennemis ont fait une
marche deplus de 25. lieues derriere
les montagnes , & Mr de Mercy
Brigadier dans l'armée Imperiale
avec prés de deux mille chevaux eft
tombé fur luy à la faveur d'un
brouillard, Ce meſme broüillard qui
a caufé le malheur de Mr de Vivans,
a efté le falut des Cavaliers dont
on n'a pas perdu 150. & dans les
décharges qui fe font faites les ennemis
ont en plus de gens tuez que
nous . Le Regiment de Choiseuil
qui a eu le temps de monter à cheval,
· Mr le Choiseuil à la tefte,afort bien
fait , ayant rompu les ennemis deux
fois nous ne comptons pasque la perte
aille à 200. Cavallers ou Dragons ,
perfonne de confideration n'y a
efté tué ni pris : les ennemis fe fons
Octobre 1707. Hh
362 MERCURE
retirez avec la même diligence qu'ils
eftoient venus.
LesAlliez qui n'ont eu aucune
occafion pendant toute la Campagne
de parler avantageufement
des affaires d'Allemagne
, fe font faifis de l'affaire de
Mr de Vivans , afin qu'en l'exagerant
extraordinairement ils
puffent faire croire à leurs peuples
, que leurs affaires en Allemagne
ne font pas dans un fi
mauvais eftat qu'elles y ont toûjours
efté pendant cette Campagne.
Il eft conſtant que tout
ce qu'ils ont écrit eſt outré , &
quand les quinze Efcadrons
commandez par Mr de Vivans
auroient eftè auffi complets
qu'ils devoient l'eftre à l'ouver.
GALANT 363
ture de la campagne , il s'en
faudroit beaucoup qu'il n'euft
perdu autant de monde & de
chevaux que difent les Relations.
fuppofées , qui ont efté données
au Public. On doit faire reflexion
que l'on eft à la fin d'une
Campagne , pendant laquelle
toutes les Troupes de M de
Villars ont toûjours efté en
mouvement , & que celles que
commandoit Mr de Vivans
eftoient nouvellement arrivées
du bout de l'Allemagne , &
qu'enfin aprés tant de fatigues ,
& aprés cinq mois de Campagne
, qui emportent ordinairement
beaucoup de monde par
les maladies & par la deſertion ,
qui arrivent en tout pays , même
parmi les Troupes qui ne
Hhij
364 MERCURE
1
manquent de rien , & encore
plus parmi celles qui fe font enrichies
, & qui veulent jouir en
repos du fruit de leurs travaux ,
& enfin par les pertes que les
accidens caufent dans le cours
d'une Campagne. Toutes ces
chofes doivent prouver que les
ennemis font plus perdre de
monde à Mr de Vivans qu'il
n'en avoit lorsqu'il a eſté attaqué
; mais on ne doit pas s'étonner
de leur entendre tenir ce
langage , puifqu'ils font fouvent
des Relations de Combats qui
n'ont point efté donnez. En voicy
un exemple tres - récent. Ils
viennent dans leurs Relations
publiques, de faire donner plufeurs
affauts au Chafteau de
Suze , durant lefquels il s'eft fait
GALANT 365
un grand carnage de nos troupes
, & cependant c'eſt un fait
conftant que la bréche ayant
efté faite , ce Chafteau s'eft rendu
fans qu'il y ait eu un feur
coup de main. Il y a des Lettres
qui portent que Mr de Vivans
avoit envoyé de petits Partis ,
qui ne purent l'avertir affez toft
de la marche des ennemis , le
grand brouillard ayant efté caufe
qu'ils s'eftoient égarez . Je paffe
à la feconde Lettre .
Au Camp de Raftadt , le 30 .
Septembre 1707.
Les Ennemisfirent hier un mouvement
, & comme les Troupes qui
étoient campées à noftre vûë , avoient
shangé leur Camp , où d'ailleurs on
Hh iij.
366 MERCURE
plus
voyoit beaucoup de fumée , l'on creat
que leur Armée entiere avoit marché
pour retourner vers Philisbourg. Le.
foir nous apprifmes qu'ils eftoient tout-
Jours derriere la riviere d'Ethlingen ,
& que ce changement n'étoit quepour
camper plus commodement
régulierement. Leur droite eftoit dans
des marais que les dernieres pluyes
rendoient impraticables . Il leur atriva
hier encore deux Regimens d' Infanterie.
Leur Cavalerie ne fubfifte
que de rofeaux des Iles du Rhin , ce
qui fait périr beaucoup de Chevaux.
Mrle Maréchal de Villars , pour
eftre un peu moins preffé pour les fourrages
, a fait venir dans ce Camp
les Bataillons qui arrivent de Comté
pourremplacer 20. Efcadrons qui vont
à Hagenbach , où les villages des
GALANT
367
environs de Landau leur apportent
des fourrages.
Les Ennemis n'ont pris dans l'affaire
de Mr le Marquis de Vivans
que deux Officiersfubalternes
.
Cette lettre fait non feulement
voir la fituation
où étoient
les Ennemis
, lorfqu'elle
a efté
écrite ; mais elle confirme
auffi
ce que je viens de vous dire de
l'affaire
de Mr de Vivans , les
Ennemis
ne luy ayant pris que
deux Officiers
fubalternes
, au
lieu qu'ils ont écrit dans leurs
nouvelles
, que plufieurs
Officiers
confiderables
avoient
efté tucz ,
& qu'ils en avoient
fait prifonniers
deux des principaux
. La
lettre qui fuit vous apprendra
la
continuation
de nos avantages
en Allemagne
.
Hh iiij
368 MERCURE
Au Camp de Raftadt le 3. Octo
bre 1707
.
Un de nos Capitaines de Houffards
prit hier à la tefte du camp des
Ennemis un Capitaine d'Infanterie ,
un Lieutenant de Cavalerie , vings
chevaux , & fix ou fept Cavaliers.
C'est le mefme qui prit il y a troisfemaines
un Adjudant General de
l'Empereur , & depuis deux mois ce
mefme Capitaine a battu cinq on fix
Partys des Ennemis , & leur a fait
des prifonniers , & pris des chevaux.
en grande quantité en douze occafions
differentes. Tous leurs prifonniers
nous affeurent que leur Cavalerie
eft fort abattuë par le manque
de fourrage.
GALANT
369
Je ne doute point que la lettre
qui fuit ne vous faffe autant
de plaifir que la precedente.
Au Camp de Raftadt , le 10.
Octobre 1707.
Les ennemis ont commencé une
nouvelle Ligne qui prend fur
les montagnes au deffus a Etlingen
, couvre la Ville , & enfuite
regagne derriere la riviere d'Albe ,
& va de là au Rhin . C'eß un affez
grand ouvrage , & comme nous les
avons chaffez depuis le commencement
de la guerre de douze lignes ou
retranchemens differens , nous efperons
avec l'aide du Seigneur qu'ils
ne feront pas plus heureux à cette
nouvelle Barriere. Ils fouffrent beau
coup dans leur Camp , & manquent
370 MERCURE
"1
defourages depuis longtemps. Mais
tous les chariots des Provinces voifines
leurs en voiturent , ce qui est une
ruine entiere pour le peuple , les chemins
eftant rompus par les pluyes
continuelles. Nous avons encore da
fourage pour quinze jours , & nous
n'en manquerons pas, quand on voudra
en faire defcendre d'Alface par
le Rhin.
>
Nos Partis prennent toujours
beaucoup de chevaux aux ennemis
qui malgré les deffenfes s'écartent ,
par la neceffité de chercher des herbes.
Illeur eft arrivé de nouvelles trou-
Pes de divers endroits de l'Empire.
Je devrois ajoûter icy une
Lettre de Raftadt du 17. de ce
mois ; mais comme le temps me
preffe extremement , & qu'il
GALANT 371
ne me refte pas de place pour
tous les articles dont j'ay à vous
parler , je vous diray en fubftance
que cette Lettre porte, qu'on
croyoit que Mr le Maréchal deVil-
Lars hiverneroit au delà du Rhin
qu'il y avoit une maladie contagieufe
dans l'armée ennemie , tant
Parmy les hommes que parmy les
chevaux ; que l'armée du Roy
eftoit exempte de ces maux , & que
Mi le Comte de Broglio avoit découvert
un endroit où il y avoit ena
core pour quinze jours de fourage
fans toucher aux Magazins d'Alface.
Je paffe aux affaires d'Efpagne.
Mrle Chevalier de Croy
blocque Tortofe du côté de Valence
, depuis cinq mois . Il eft
Loûjours maiſtre de la demy372
MERCURE
lune du bout du Pont ; il a fait
dreſſer une batterie fur le bord
de l'Ebre, qui endommagebeau.
coup les ouvrages de la Ville ,
& il a battu les Miquelets en
plufieurs rencontres.
Vous attendez fans doute
que je vous parle du Siege de
Lerida , & je vais fatisfaire vôtre
curiofité.
Comme les Ennemis fe font
toûjours attendus que l'on feroit
ce Siege , il eft aifé de juger
que l'on a dû trouver la Place,
auffi bien que le Chafteau , munie
de leurs meilleures Troupes
, & en affez grande quantité
, pour foûtenir un long
Siege , & que les vivres & les
munitions ne doivent pas leur
avoir manqué , non plus que
•
GALANT 373
toutes les chofes neceffaires
pour la défenfe de ces poftes
importans .
Je ne dis rien de la Ville ;
qui , malgré tout ce que jo
viens de vous dire , fera prife
fans doute avant que je finiffe
ma Lettre , quoy qu'elle foit
forte , elle ne pourra refifter
long - temps à des Affiegeans
bien refolus d'imiter la vivacité
d'un Chef toûjours en action ,
& qui ne repofe ny nuit ny jour .
Aprés la prife de la Ville , il
faut fe rendre maiſtre d'un Fort
qui eſt d'un coſté de la Place ,
& de l'ancien Chasteau , qui eft
de l'autre , dont on approchera
d'autant plus difficilement ,
qu'il eft fur un Rocher escarpé,
excepté du cofté de la Ville ,
J
374 MERCURE
où il y a une pente de terre
que les Ennemis ont fortifiée ,
en y faifant faire un grand Ouvrage
, auquel ils ont auffi fait
faire un chemin couvert .
Avant que de vous parler de
ce qui s'eft paffé à l'ouverture
de la tranchée , & les jours
fuivans , je crois devoir vous
donner un Etat des Troupes
qui font ce Siege , & vous marquer
les Quartiers où elles
font.
GALANT 375
ETAT
Des Quartiers de l'Armée
devant Lerida .
QUARTIER
GENERAL .
Balaguier.
LIEUTENANS GENERAUX,
Mrs De Labadie.
Dareine.
Feoffreville.
Comte d'Egmont.
Saint- Gilles.
Cilly.
MARECHAUX DE CAMP.
Bligny.
Maulevrier.
Brancas.
376 MERCURE
Medenille..
'Pinto.
Ronquillo.
Bourg , Irlandois
.
CAVALERIE .
INFANTERIE ..
Bataill.
Le Maine . 2
Breffe .
I
Buqueley.
I
I
Efcadr.
3
+3
3
Marymont .
3
www
3
3
3
Rouffillon -Nuevo.
Grenade .
Pui al quies.
Carfeton.
Bouville , Dragons .
Courtebonne , Dragons .
QUARTIER
De Caftillon de Frafagne.
LIEUTENANS GENERAUX,
Mrs De Legall
GALANT 377
Le Duc d'Avray.
MARECHAUX
DE CAMP .
Mrs De Kercado.
Le Duc de la Rao.
De la Vaire.
INFANTERIE .
Les Gardes.
Normandie.
Dillon .
Bataill .
4
3
I
Orleans.
Berwick.
CAVALERIE .
Les Gardes du Corps .
La Reine.
Afturie .
Rouffillon Viejo.
Efcadr.
4
4
4
3
QUARTIER D'ALFARAZ .
LIEUTENANS GENERAUX.
Mrs Le Comte d'Eftein.
Octobre
1707.
I i
378 MERCURE
De Helly.
MARECHAUX DE CAMP .
Mrs De Choiseuil.
De Pons.
INFANTERIE .
La Couronne.
Damas.
Medoc.
Blaifois .
La Sarre.
Angoumois.
Perigord.
Ile de France,
Bataill.
2
I
I
I
2 2
I
I
I
Durban. I
Miromefnil . I
CAVALERIE . Efcadr.
Carillo.
3
Milan.
3
La Meroty: 3
Amezaga. 3
GALANT 379
Berry .
Fléche.
Germinon .
3
3
QUARTIER
.
Dé Monçon.
BRIGADIER .
Mr De Bouville.
INFANTERIE.
Auvergne.
Hainault .
Bigorre.
Bataill.
QUARTIER
De Benavari.
2
Mr d'Avaret , Lieutenant General.
Mrs De Fontboifard.
De Saluzzo.
Ii ij
380 MERCURE
De Cailus.
CAVALERIE .
'Anjou .
La Feronaye.
Du Beffé .
Saint-Germain.
Simiane .
Cailus , Dragons.
Bozeli , Dragons.
Efcadr.
2
2
MAANAAM
2
2
3.
Je ne vous parle point de toutes
les difpofitions qui ont eſté
faites pour l'attaque de la Place,
environnée de toutes les Troupes
qui font dans la Lifte que
Vous venez de voir l'aplication
de S. A. R. à faire réüffir
tout ce qu'elle entreprend ,
doit vous faire juger que ce
Prince avoit pris toutes les me
fures neceffaires pour l'ouvers
GALANT 38
ture de la tranchée qui a efté
longtemps reculée , tant par les
groffes eaux qui empêchoient la
communication des Quartiers
& qui rompoient les Ponts ,
l'incommodité que les Troupes
en recevolent , qui étoient fouvent
campées au milieu des
eaux , que parce que ces pluyes
continuelles ne permettoient
pas à toutes les chofes neceffaires
, d'arriver avec autant de
promptitude que la genereufe
impatience de Monfieur le Duc
d'Orleans les fouhaitoit . On auroit
pû ouvrir la tranchée dés
qu'une partie des chofes neceffaires,
pour l'ouverture de cette
tranchée fut arrivée ; mais comme
on avoit refolu d'ataquer la
Place avec une vigueur qui rés
38% MERCURE
pondît à l'ardeur ' de S. A. R ;
On crût que fi on en manquoit
quand ce fiege feroit avancé ,
le ralentiffement
qui paroîtroit
en attendant le reſte des provi .
fions , redonneroit de la vigueur
aux Affiegez, & qu'ils pouroient
avoir le temps de reparer les
bréches avant qu'on recommençaft
les attaques ; de maniere
que l'on jugea à propos , de ne
point ouvrir la tranchée , que
l'on n'euft toutes les chofes neceffaires
pour pourſuivre le
fiege jufqu'à la fin , avec une
égale vigueur. Je ne dois pas
oublier ici , que Mr de Bervick
arriva au Camp le 15. de
Septembre , & que le 22. un
gros corps de Miquelets tiré
des Milices qui font dans la
GALANT 383
Ville , étant forti pour inquieter
ceux qui venoient fouvent
de Fraga au Camp , pour
y aporter les chofes neceffaires ,
fut attaqué dans les vignes par
M'de Fonboifard , qui en tua 30.
& en prit 25. avec 100. mules
Rien n'eſt égal à la prévoyance
de S. A. R. qui avoit refolu , en
cas que le pont que l'on a dreffé
fur la Segra , fuft une feconde
fois emporté par les eaux , de
faire paffer dans des bacs qu'elle
avoit fait venir exprés , toutes
les provifions tirées de Fraga .
Ce pont qui eft de nouvelle invention
, eft tres - folide , & peut
être porté fur des mulets . Il en
coûte aux habitans de Lerida ,
leur pont de pierre que les ennemis
ont fait ruïner . Il y avoit
284 MERCURE
d'abord dans la Ville , felon le
plus commun raport , cinq bataillons
de troupes reglées ; fçavoir
, 2. Anglois , 1. Holandois
& 2. Portugais , avec 2. bátaillons
de Miquelets ; & le Gouverneur
s'étant retiré dans le
Chafteau , fit dire aux habitans
& aux Troupes qu'il laiffa dans
Ja Ville , qu'ils ne devoient pas
compter d'y avoir une retraite ,
étant trop petit pour les contenir.
Ce langage n'étoit que
pour les engager à fe défendre
jufqu'à l'extrémité , perfuadez
qu'ils n'auroient aucun lieu de
retraite , puifqu'en effet , le
Chaſteau eft affez grand pour
contenir encore un plus grand
nombre de Troupes , & qu'il
renferme la Cathedrale & l'Evêché.
GALANY 385
2
vêché . S. A. R. qui pendant
toutes les traverses qu'elle avoit
effuyées , avoit toûjours eu attention
à tout ce qui pourroit
faire avancer le fiege , auffi toft
qu'il feroit formé , avoit ordonné
qu'il y eût 2000 payfans prêts
à faire les travaux , auffi-toft
qu'ils en recevroient l'ordre .
Ainfi , dés que l'on vit un temps
propre à ouvrir la tranchée, que
l'on attendoit depuis long
temps , elle fut ouverte , ce qui
fe fit la nuit du 2. au 3 , de ce
mois , par le Régiment des Gardes
du Roy d'Elpagne , environ
à 60. toiles de la Place , dans un
terrain mêlé de cailloux , & en
prefence de Monfieur le Duc
and'Orleans . Les habitans ne penloient
à rien moins , qu'à l'ou-
Octobre 1707 . KK
"
-
386 MERCURE
verture de cette tranchée , qu'ils
ne croyoient pas devoir être fitoft
ouverte , de maniere qu'ils
ne s'en aperçûrent pas d'abord,
étant d'ailleurs ocupez à boire à
la fanté de l'Archiduc , dont ils
celebroient le jour de la Naiffance.
On affûre qu'il n'y eue cet
te nuit là que tres peu de
gens
de tuez & de bleffez à la tran
chée. Le cheval de M de Valiere
fut tué auprés de S. A. R.
qui va tous les jours deux ou
trois fois à la tranchée , pour
animer les Soldats , & pour faire
avancer les travaux , à quoi fes
liberalitez ne contribuent pas
peu. Mr le Chevalier de Jaucourt
, Commiffaire Provincial
de l'Artillerie , fut bleffé lege -q¶
rement à la jouë , & Mr Da -T
MUDUM
GALANT 387
doncourt fat bleffé au pouce.
J'apprens en ce moment , la
prife de la Ville de Lerida , mais
n'étant pas encore informe du
détail , je remets à vous en parler
à la fin de ma Lettre , où vous
le trouverez. Cependant , voicy
ce qui s'eft paffé à la priſe de
Ciudad Rodrigo.Il y a longtems
que les Portugais s'attendolent
que cette Place feroit attaquées
fa fituation devant engager les
Efpagnols à ne la pas laiffer
plus long - temps entre leurs
mains. Ainfi les Portugais l'a *
voient munie de toutes les cho
fes neceffaires pour une longue!
& vigoureuſe défenfe , ce qui
prouve que la perte de cette
Place a efté confiderable pour
eux , tant à caufe des vivres &
KK ij
288 MERCURE
A
des munitions dont elle eftoit
remplie qu'à caufe qu'ils y
avoient jetté des Troupes d'élite
, & que toute cette Garni
fan cft perdue pour eux , ceux
qui n'ont pas efté tuez ayant
elté faits prifonniers de guerres
Je ne vous fais point de détail
de ce qui a précedé le jour de
la prife de cette Place. Je vous
diray feulement qu'il y avoit
peu de jours qu'elle eftoit alfiegée
, & que les Espagnols ,
fous le commandement de Mile
Marquis de Bay , dont l'experience
& la valeur font connuës
, avoient pouffé leurs attaques
avec tant de vivacité ,
que le quatre de ce mois ayant
refolu d'emporter la contrefcarpe
, ils l'attaquerent avec
GALANT 389
23
&
tant de valeur & d'intrepidité ,
qu'aprés la vigoureuſe défenſe
que les Affiegez firent d'abord ,
les Affiegeans s'apperçurent que
les Affiegez fe rebutoient ,
que leur feu ne fe foûtenoit pas.
Mile Marquis de Bay commença
alors à croire que les Ennemiseftoient
en defordre , ou du
moins que quelque chofe leur
manquoir. Ce Marquis prit fon
party fur l'heure , à quoy ilfe
trouva encore excité par les
troupes qui crioient , à l'affaut, à
affaut. De maniere qu'il changea
cette attaque en un affaut
general , & les Troupes emportées
par une valeur incroyables
fe jetterent dans la Place
l'épée à la main . L'action ne
dura pas plus d'un gros quart
KK iij
390 MERCURE
d'heure . La Garnifon eftoit
compofée de plus de trois mille
hommes fçavoir de dix- huit
cens Portugais de Troupes reglées
, & le refte de Milices.
Les Portugais curent dans cette
occafion trois cens hommes tuez
& fix cens de bleffez, & le refte
de la Garnifon , parmy laquelle
il y avoit beaucoup de malades ,
fut pris à difcretion . On a com
pté parmy ces prifonniers dixhuit
cens foixante dix - huit fol
dats & cent vingt Officiers , QnZ
a pris cinquante fix Drapeaux
ou Etendards & on a trouvé
dans la Place treize pieces de
canon trois mortiers , & pour .
un an de vivres , fans compter
les munitions qui y citoient en
grande abondance . Il y avoi
>
}
GALANT
391
auffi des fourages pour quatre
cens chevaux dont il reftoit
deux cens qui furent pris . Cette
expedition n'a coûté que trente
hommes aux Espagnols , & ils
n'en ont eu que foixante de
bleffez . La prife de cette Place
couvre la Caftille , & ouvre le
Portugal . Cette action n'eft pas
moins brillante pour Mr le
Marquis de Bay , que celle d'Alcantara,
qui le couvrit de gloire .
Les Portugais abandonnerent
San Felicé , auffi - toft qu'ils eurent
appris la reduction de Ciu-.
dad Rodrigo.
Voicy la fuite & la fin du Journal
de Fontainebleau , dont je
crois que vous ne ferez pas moins
fatisfaite, que de ce que je vous
ay déja envoyé de ce Journal.
392 MERCORE
Le 22. Monfeigneur & Meffeigneurs
les Princes allerent
au retour de la Melle du Roy ,
à la chaffe du Loups & Sa Ma
jefté alla l'apréfdi - né avec Ma
dame la Dacheffe de Bourgogne
à la chaffe du Cerf , aux fentiers
d'Avon . Cette Princeffe & les
Dames fe remirent en grand
habit au retour de cette Chaffe ,
pour accompagner Monfeigneur
à la Repreſentation de Venceflar ,
aprés laquelle on jona George
Au
fortir de laComedie,
Monfeigneur , Madame la Du
cheffe de Bourgogne , & les Princes,
allerent joindre leRoy , pour
fe rendre au fouper de S. M
Le 23. la Cour commença à
quieter Fontainebleau , & Monfieur
& Madame la Ducheffe
GALANT 3934 partirent
pour le rendre
à leur
Maifon de S. Maur . Monfieur
le
Comte de Toulouſe
partit auſſi
pour Rambouillet
, & les Meutes
& les Equipages
de ces Princes
eftoient
partis la veille
&
plufieurs
Seigneurs
& Dames
commencerent
à partir fucceffivement
, afin d'eviter
les em
baras ,qui n'auroient
pas manqué
d'arriver
, fi toute la Cour étoit
partie en un jour. Meffeigneurs
les Princes
allerent
à differen
tes Chaffes
, aprés avoir dîné
avec Madame
la Ducheffe
de
Bourgogne
. Le même jour cette
Princeffe
entendit
jouer pendant
fon dîné fept Haut -bois.
Ballons , & autres Symphoniftes
,
vêtus de la livrée de Mr le Duc
de Virtemberg
. Ils faifoient
394 MERCURE
*
une partie des douze que ce
Prince avoit amenez en Provence
›
du
& qui ont deferie
dans le temps de la levée d
Siege de Toulon . Les cinq au
tres eftoient demeurez malades
en chemin. Madame la Ducheffe
de Bourgogne en fut tresfatisfaite,
& elle leur fit donner
une gratification . Le Roy tira
l'aprésdînée dans les Parquets,
& Sa Majefté , felon fes bon
tez ordinaires , & ce qu'Elle a
toûjours fait dans les temps
qu'Elle a quitté Fontainebleau,
fit diftribuer de groffes fommes
pour la fubfiſtance pendant
l'année , des Pauvres , des Ma
lades , & de la Maifon des Orphelins.
Sa Majefté ordonna
auffi des gratifications
pour tous
b
GALANT 395
les Concierges ; les Jardiniers ,
& les autres Officiers de cette
Maifon.
Les détachemens des Gardes,
partirent le 14. au matin , pour
Petit- Bourg , & tous les Corps
de la Mailon du Roy furent dif
tribuez fur la route , dans les
mêmes lieux où ils avoient eſté
poftez avant l'arrivée de fa Majefté
. On chaffa le cerf l'aprés
dînée à la Boiffiere, & Madame
la Ducheffe de Bourgogne & fes
Dames , accompagnerent fa
Majefté. Monfeigneur , donna
enfuite un grand retour de
chaffe , aprés quoi Madame la
Ducheffe de Bourgogne fe mie
en grand- habic , pour le trou
ver au fouper du Roy, On eft
d'autant plus content de ce
396 MERCURE
Voyage , que pendant tout le
fejour qu'on a fait à Fontainebleau
, il n'eft arrivé aucun accident
dans les chaſſes ; que perfonne
de confideration n'y est
tombé malade , & que tous les
plaiſirs qui ont fuccedé les uns
aux autres , ont eu tout l'effet
que l'on en efperoit . On peut
dire auffi que Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Meffeigneurs
les Princes , & toute la
jeuneffe de la Cour , quittent
avec regret ce charmant ſejour,
où il femble que la Cour foit
plus raflemblée qu'ailleurs ; outre
que l'on y eft toûjours dans
un efprit de joye , de plaifirs &
de divertiffemens . M le Duc
de Guiche & quelques autres
Officiers Generaux de l'armée
*
de
GALANT
397
de Flandre , arriverent ce jour-
Já .
>
Le 25. Monfeigneur , & Mef
feigneurs les Princes partirent
à fix heures du matin. pour aller
à Meudon . Le Roy & Madame
la Ducheffe de Bourgogne entendirent
la Meffeà dix heures ,
& dînerent enfuite , Sa Majefté
à fon petit Couvert , & Madame
Ja Duchefle de Bourgogne , &
fes Dames chez Madame de
Maintenon . Le Roy , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
,
Madame la Ducheffe du Lude ,
& trois Dames du Palais partirent
dans le même Caroffe , &
arriverent à trois heures à Petit-
Bourg , où Mile Marquis d'Antin
n'avoit rien oublié pour la
reception de la Cour , de toutes
Octobre 1707
. LI
398 MERCURE
les chofes qui luy étoient permis
de faire. Ce Marquis fçachant
que le Roy devoit le promener
en arrivant , avoit fait difpofer
dans fon Jardin une Allée que
Sa Majesté avoit marquée , parce
qu'elle eftoit neceffaire pour
l'embelliffement de ce Jardin .
Les terres en eftoient égalées ;
les trous faits pour planter les
Ormes , qu'il avoit fait porter
fur le lieu , afin que Sa Majesté
puft avoir à Petit- Bourg le plaifir
qu'elle prend fouvent dans
fes jardins , en faifant planter
devant Elle , des Avenuës & des
Bofquets fi grands , qu'il paroift,
quand l'ouvrage eft achevé ,
que ce foit un ouvrage de vinge
années fait par la nature
la chofe réüffit comme Mr
&
GALANT 399
•
d'Antin ſe l'eftoit imaginée , Sa
Majefté ayant fait planter devant
Eile auffi long - temps que
le jour le put permettre . Au
retour , le Roy n'ayant aucun
de fes Miniftres pour travailler
à fon ordinaire joüa avec
Madame la Ducheffe de Bourgogne
& les Dames ; mais feulement
pour occuper cette Princeffe
, pour laquelle Sa Majeflé
a toûjours beaucoup d'attention.
Toutes les Dames fouperent
avec le Roy. S. A. R.
Madame , avoit pris les devans
pour le rendre à Paris , à cauſe
d'un rhume dont elle fe fentoit
incommodée .
Le Roy entendit le 26. la
Meffe dans la Chapelle , pendant
laquelle il y eut Mufique ;
Llij
ta
400 MERCURE
Mr d'Antin ayant fait venir
quelques Muficiens de Paris
pour augmenter le nombre de
sceux que Sa Majesté entendit
Fors qu'elle paffa à Petit- Bourg
pour aller à Fontainebleau. Ce
Prince retourna enfuite au Jardin
, dont il ne fortit point que
l'allée ne fuft entierement plantée
; & Mª d'Antin fuplia le Roy
de trouver bon qu'il la nommâc
""
Allée Royale , puifqu'elle eftoit
A du goût & de l'ordonnance de
Sa Majesté. A Liffuë du diné ,
qui fut fervi à l'ordinaire par
les Officiers du Roy , Sa Majeſté
partit avec les mefmes perfonnes
qui avoient eu l'honneur de l'accompagner
& elle arriva fur
les cinq heures du foir à Verſailles
. Tout le peuple eftoit dans
GALANT 401
l'avenue , afin de témoigner plutôt
la joye que luy cauloit un
retour fi fouhaité. A peine futonérentré
dans Verfailles que
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & toute la Cour allerent
chez Monfeigneur le Duc de
Bretagne , que l'on trouva dans
une fanté parfaite . Le Roy u'alda
point chez ce Prince , parce
qu'on le devoit porter chez Sa
Majefté. Mais ce jeune Prince
ayant eu beaucoup de vifites, Sa
Majefté ordonna qu'on ne le
portaft chez Elle que le lendemain.
Sa Majesté apprit en arrivant
que la Ville de Lerida avoit
efté emportée d'affaut .
Je vous ay déja parlé de ce qui
s'eft paffé à l'ouverture de la
panday
tranchée de cette Place qui fut
Llij
402 MERCURE
ouverte par M de Legal Lieutenant
General ; Mrde Bligny ,
Maréchal de Camp , & M ' d'Her .
fel Brigadier, avec fix Bataillons
des Gardes du Roy d'Espagne ,
Efpagnoles & Walonnes , fans
compter les Grenadiers , & les
Gardes de Cavalerie . Je ne vous
ay point nommé ceux qui ont
monté les tranchées fuivantes ;
mais vous ayant donné un état
de toutes les Troupes qui font
ce fiege , vous devez bien juger
que tous les Officiers Generaux
& tous les Corps qui le compo
fent , montent alternativement
la tranchée , & qu'ainfi elles fe
couvrent toutes de la gloire que
l'on peut acquerir en de femblables
occafions. Voicy la perte
que l'on a faite au cinq premieGALANT
403
res tranchées ; & comme elle a
efté peu confiderable , on peut
connoiſtre que Monfieur le Duc
d'Orleans a fait prendre toutes
les précautions neceffaires
que les Troupes ne fuffent expolées
qu'à propos , & que tous
les Ouvrages fuffent parfaits. "
Wine·Premiere Tranchée.
pour
1. Officier Efpagnol & 4 , Soldats
bleffez .
II.
2. Officiers fubalternes & un
Dragon tuez & 1. Sergens.
& 3. Soldats bleffez .
.III.
3. Soldats tuez & 10, bleffez.
IV .
1. Sergent & un Soldat
404 MERCURE
tuez , & 2. bleffez.
Cinquième nuit & le jourſuivant.
3. Soldats de tuez & 28. de
bleffez , fans compter Mr de
Jaucourt , Commiffaire Provincial
d'Artillerie , qui eut la jouë
percée d'un coup de moufquet ,
& Mr Dadoncourt , Capitaine,
qui fut bleffé à la main . Les
tranchées dont je viens de vous
parler , finiffent la nuit du 6. au
7. & comme il ne ſe paſſa rien
de confiderable jufqu'au 9. que
le canon commença à tirer , &
même jufqu'au 11. au foir, qu'on
fe logea fur la contregarde , je
Vous apprendray feulement ce
qui s'eft paffé depuis que le canon
a commencé à tirer , & ce
GALANT
405
qui s'est fait depuis le 12. au
foir que la contregarde
a efté
emportée , & les jours fuivans,
qui font autant de jours de gloi
re pour le General & pour les
Troupes , dont l'impatiente
ardeur
avoit efté jufques - là obligée
de ceder aux injures du
temps le plus affreux qu'il y ait
cu depuis longtemps .
Le 9 à fix heures du matin ,
les batteries
commencerent
à
battre la premiere
enceinte
de
la Ville. A la gauche , il y en
avoit deux de 4 pieces chacune ;
à la droite , une de s. & une de
6. & tout à fait à la droite
prés du Chateau
, une battequi
rie de quatre mortiers
tira fur le Baſtion du Chateau
où les Ennemis
avoient leur
>
406 MERCURE
batterie , qu'ils avoient augmentée
jufqu'à quatorze pieces,
dont ils faifoient un tres - grand
feu ; de forte qu'on fut obligé
de faire ceffer une de ces batteries
de la droite , parce qu'étant
vûë un peu. trop à revers
par celle des Ennemis , ils
poù .
voient la démonter . La nuit du
dix au onze , la fappe , qui avoie
cſté commencée la nuit précedente
; fut continuée jufqu'à
dix toifes de la brèche , & on
travailla à un retour qui commençoit
à embraffer l'angle de
la Contregarde . Nos batteries
faifoient un feu épouventable ,
& chaque piece tira quatre-
Covingt - dix coups par jour. Jamais
canon n'a efté mieux fervy,
on ne doit pas s'en étonner ,
GALANT 407
les liberalitez faites par S. A. R.
aux Canonniers , les ayant extraordinairement
animez &
les careffes faites aux Officiers
d'Artillerie par ce Prince , ayant
produit le même effet. Il avoit
fait l'honneur à deux de ces
Officiers de les faire manger à
fa table , peu
, peu de temps auparavant
. Le feu des Ennemis bleffa
quelques pieces ; mais il ne
les mit point hors d'eftat de
fervir . Mrde la Croix , Officier
d'Artillerie , fut coupé en deux
d'un coup de canon ; Mr Caffant ,
auffi Officier d'Artillerie , fut
tué d'un coup de Moufquet , &
le Major , neveu de Mr Rigoleau
, qquuii eeut le bras caffé dans
le même temps , mourut aprés
qu'on luy cut coupé, Le 12. la
408 MERCURE
"
bréche s'eftant trouvée acceffible
, S. A. R. alla à la tranchée ,
où eftoient les deux bataillons
d'Auvergne , celuy de Breffe &
celuy d Angoumois , aufquels
elle fit joindre leurs quatre
Compagnies de Grenadiers , &
les deux du Regiment dOrleans.
Ces fix Compagnies de
Grenadiers furent deltinées
pour attaquer la brèche de la
droite , & celle de la Contregarde
à l'entrée de la nuit. 11
y avoit quatre cens travailleurs
pour faire le logement , foutenus
par les deux bataillons
d'Auvergne , ayant leur piquet
à leur tefte. Les bataillons de
Breffe & d'Angoumois eftoient
deftinez pour garder la gauche,
& la Brigade d'Orleans eftoit à
la
GALANT 409
la queue de la tranchée , pour ſe
porter où il eftoit neceffaire . Je
ne dois pas oublier que les Offciers
Generaux qui commandoient
la tranchée étoient Mr.
d'Avaray , Lieutenant General,
Mr Kercado Maréchal de
Camp , & Mr de Lambert Brigadier.
Dés que les Grenadiers
curent débouché , les Ennemis
commencerent à faire un feu
épouventable , qui fe foûtine
également pendant plus de deux
heures ce qui n'empêcha pas
qu'on ne le logeaſt fur la bréche
& le long de la Contregarde
, jufques à l'épaulement,
d'où l'on voyoit le revers de
la deuxième enceinte , ainfi que
tous les ouvrages qui ont efté
nouvellement faits depuis la
Octobre 1707
.
Mm
410 MERCURE
رازا
Contregarde jufques à la Ri
viere ; de forte que l'on ne fe
trouva Teparé des Ennemis que
par quelques maifons . Ils avoient
alors abandonné le chemin
couvert fur la gauche , &
ſe voyant preſts 'd'eſtre emportez
, ils fonnerent le Toxcin
dans la Ville , & ils firent un
feu épouventable de moufqueterie
, qui paroiffoit eftre du
moins de trois mille hommes
HYTHES
feconde de leur canon elpe
rant par ce move
ch
par ce moyen nous faire
reculer ; mais tous leurs efforts
furent inutiles . L'affaire, finit
fur les dix heures fans beaucoup
de perre du cofté des Af
fiegeans , qui n'eurent que cinquante
hommes tuez ou bleffez .
Les Ennemis revinrent à la
LL
GALANT 411
charge une demie- heure aprés ,
& ils furent pareillement reo
pouffez. On pouvoit alors entrer
dans la Ville l'épée à la
main ce que les Grenadiers
foghaittoient paffionnement
mais pour éviter le defordre &
la confufion de la nuit , on jugea
à propos de differer jufqu'au
lendemain matin treize.
On fic avancer, à la pointe du
jour des Grenadiers › pour fe
faifir du chemin couvert qui
eftoit à la gauche , afin d'embraffer
la Ville de tous , coſtez“,
on s'apperçut dans ce temps - là
que les Ennemis fe retiroient
au Cháfteau , avec tout ce qu'ils
pouvoient emporter , & l'on en
vit , defcendre un Tambour du
Prince de Darmftar , avec des
Mm ij
412 MPRCURE
Lettres pour fon Alteffe Royale,
à qui ce Prince écrivoit qu'étant
obligé d'abandonner la Ville , il
la prioit de traiter chrefiennement
les pauvres femmes , les enfans &
les habitans qui s'eftoient resiver far
la montagne prés du Chateau . Son
A. R. fit réponſe ſur le champ
que comme ils luy avoient fervi
défendre la ville , il pourroit les retirer
dans le Chateau pour s'en fervir
de mesme, s'il n'aimoit miens
faire leur compofition , en rendant
dés à prefent le Chasteau, à fante
de quoy elle les traiteroit comme rebelles
. Mi de Darmstadt y en reçut
un grand nombre , ce qui
n'empêcha pas qu'il n'en reftaft
encore beaucoup dans la Ville.
Le 14. au matin on s'empara de
soute la Ville , excepté de deux
GALANT
413
teau
mailons qui font prés du Châ
d'où l'on fit feu , & contre
Jefquelles on drella une batterie
de canons , Son A. R. établit les
poftes dans la Ville. On avait
trouvé dans les Eglifes quantité
d'hommes , de femmes & d'en-
Fans , & beaucoup de beſtiaux
avec plus de 1200 , mules dans
les mailons . M d'Orleans dit en
Tortant de la Ville , on peut deshabiller
, & alors le pillage fe fit par
deux foldats de chaque chambrée
, qui avoient efté détachez
pour cet effet . Il faut vous dire
que lesfoldats d'une armée campent
par chambrées , qui font de
cinq ou fix hommes chacune ,
plus ou moins , & que toutes les
choles qu'ils gagnent féparé-
Iment , fuivant le terme dont ils
Mm iij
414 MERCURE
fe fervent, eft partagé entre tous
te la chambrée.
icy que S. A. R. euc la précau
tion de faire placer de gros corps
de Troupes aux endroits par lef
quels on auroit pû faire des for
ties du Chateau pendant le pil
lage. Il fut grand , parce que
toutes les petites villes & tous
les villages des environs avoient
mis à couvert dans cette Place
tout ce qu'ils avoient de meile
leur , de maniere que toute l'art
mée a efté enrichie par ce pillat
ge. M' de Darmstadteft fort bla
mé d'avoir voulu foûtenir un affaut
qui a caufé la ruine d'une
fi belle Ville , & la défolation de
tout le païs des environs. 10
Il y cut pendant le pillages
environ cent païfans sucz, parco
Sedoirajoûter
GALANT was
415
qu'ils voulurent opiniâtrement
sy opofer On crut devoir oras
donner ce piltage , podréparai
gner dans la fuite loifang des
peuples que cet exemple doit
rendre fages.g
Lets au matin on reconnut le
Château afin de convenir des
endroits où l'on placeroit les
batteries, & où l'on attacheroit
leMincur . Comme je fuis obligé,
à caufe des Feftes , de finir ma
Lettre ,feptjours avant que vous!
la recevica , je ne doute point
qu'il n'arrive de grandes nou
velles avant ce temps- là , que
Vous n'y trouverez pass mais
j'efpere que ʼn je vous en parle
plûtard que les autres , je vous
en envoyerai un plus grand dérail
, ce qui vous fera trouver
46 MERCURE
de la nouveauté dans une vieille
nouvelle,
7 ab
Le mot
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , étoit le Puits . Ceux qui
Pont trouvé
, font Me
Abbe
de Lerac , & le tout joly , Mr
Richi de Lyon , Favier , D. D
S. Berkenhead , de Saint Ger
main en Laye ; Julien Milet , de
la Gentilhommerie de Maire en
Medoc ; Jamé , du Faubourg S.
Germain , l'Arpenteur Royal de
Belru ; le Boiteux des deux Aigles
; le Solitaire du Marais ;
Tegor, de la rue de la Cerizaye ;
le Galant banal de S. Cloud ; un
Penfionnaire de Mr Thomas ;
legos Tambour du bout , le
Solitaire ; Que - mine & fon
amy Darius ; Me de Neuvi Pail
乳
GALANT 417
lou ; Miles Roulon , de l'E
chelle du Temple ; Genevieve
Jollain ; les filles de Mr Jame
du Faubourg S. Germain ; l'Ai
mable Brune d'Auteuil ; la plus
jeune des belles Dames de la
ruë des Bernardins ; la belle &
groffe Maman , de la ruë du
Pont aux Choux , & fon aima
ble & grande fiile , de la rue du
Monceau S. Gervais ; la Colombe
de Merignac prés de Bor
deaux ; la vieille Pie du Defert
la rare Simplicité la Bergere
Climene & fon Berger Tirciss
les belles Vendangeuſes du Seigneur
de la Roche - Chargé ;
Manon , de la rue des cinq Diamans
; la petite Suedoife ; la
Blonde fans pareille.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle
418 MERCURE
(
ENIGMEN SAN
!
A peine fuis je nè , qu'ennemi de
moi- même
Je fonge à former man tombeau.
J'aime fort la verdure , & je ne bois
point d'eau danski spre
Dés qu'ilfaut travailler, mon plaifir
eft extrême.
Je ſuis toujours brun en naißant
Et je blanches engroſiſſant, odlook
Famufe lajeuneffe ; elle me cher
che & m'aime th
F'imite le ferpent & je change de
peau ,
Et quoique toûjours le même ,
Trois fois en moins d'un mois je
prens un air nouveau.
LDOR .
HE
BIBLIOT
DE
BELA
LYON
VILLE
brent sur un fait veritable , on
misdocra
efaut.
us
sforGALANT
419
AIR NOUVEAU.
Quant à l'amour je vous convie
Vous m'en demandez des leçons';
Il ne faut pas tant de façons ,
Ayez en feulement envie';
Amourfçaura bien vous former ,
Aimez , aimez , & vous sçaurez
aimer
Je vous ay dit dit que Mr de la
Monnoye de Dijon avoit remporté
le trois de May le prix
de l'Eclogue aux Jeux Floraux ,
ce qui n'eft pas veritable . Cependantun
autre auroit pû faire
la même faute , puis qu'ayant
voulu fçavoir depuis pourquoy
l'on m'avoit mandé une fauffeté
pour un fait veritable , on
nisdocrg
"
420 MERCURE
m'a affuré qu'un homme avoit
efté affez hardy pour fe prefenter
dans l'Affemblée fous le
nom de Mr de la Monnoye , &
que le prix luy avoit eſté délivrés
Cependant j'ay ſçû par
Mr de la Monnoye même , qu'il
n'est point Auteur des Vers
aufquels ce prix a eſté ajugé ,
qu'il ne l'a ny reçû ny prétendu
recevoir ; qu'il n'afpire plus
il y a long-temps à de pareils
honneurs ; & que toutes les
pieces , qui en cès fortes d'occafions
pourroient à l'avenir
eftre envoyées fous fon nom à
Toulouſe & ailleurs , feront trescertainement
fuppofées.
Il me reste à l'ordinaire une
infinité d'articles , que je fuis
obligé de reſerver pour le mois
prochain
GALANT 421
prochain. Je puis vous affurer
que ma Lettre fera fort curicufe
, à caufe des belles matieres
qui la rempliffent ordinaitement
dans le mois de Novembre
, & que d'ailleurs la Guerre
m'en doit fournir auffi . Je fuis ,
Madame, voftre , & c.
A Paris ce 29 Octobre 1707 .
Nn
Octobre 1707. Na
422 MERCURE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR
'Avois promis , pour fatisfaire
à l'mpatience du Public JA , que
je
Sebiterois
le lendemain
de la
S. Martin , le Livre intitulé ,
Hiftoire du Siege de Toulon , où l'on
voit les raifons politiques qui ontfait
agir ceux qui l'ont entrepris , & tout
ce qui s'eft paffé depuis le jour que
Monfieurde Savoye eft entré en Provence
, jufqu'au jour que ce Prince
en eft forti ; avec un Fian qui n'a
point encore efté veu . Mais le bruit
s'eftant répandu que l'on travailloit
à cet Ouvrage , l'Aucur
a receu un fi grand nombre
GALANT 423.
de Memoires curieux , tant des
Officiers de Terre que de ceux
de la Marine , & d'une grandc
partie des Villes de Provence ,
qu'au lieu d'un Volume qu'il
`s'étoit propofé de donner au Public
, il s'eft trouvé obligé d'en
faire deux gros ; en forte qu'on
auroit pû les relier en trois Vo .
lumes dont chacun auroit
efté auffi gros que le font les
Mercures. Cependant on croit
faire plaifir au Public en ne faifant
relier tout ce grand Ouvrage
qu'en deux Volumes , qui ne
fe vendront que quatre livres les
deux, quoique naturellement ils
dûffent valoir autant que trois
Mercures , puifqu'ils contiennent
autant d'impreffion , &
que l'Eſtampe , qui eſt in folio ,
424 MERCURE
>
ait beaucoup coûté. L'Auteur
neanmoins ne voulant rien ga❤
guer fur cet Ouvrage , & voulant
donner fon travail gratis au
Public , a voulu qu'on donnât
cet Ouvrage luy
pour le
prix que je viens de marquer,
qui ne fuffira pas pour retirer les
frais de l'impreffion , & les ports
de plus de deux cens gros paquets
de lettres . Je dois avertir
le Public , que comme en commençant
l'impreffion de cet Ou
vrage , on n'a pas crû qu'il dût
eftre fi confiderable , on n'en a
pas fait imprimer une affez grande
quantité pour fatisfaire la curiofité
d'un nombre infini d'Officiers
de Terre & de Marine ,
dont les Emplois & les actions fe
voyent dans cet Ouvrage , ainf
GALANT 425
*
que les noms de tous ceux qui fe
font diftinguez par leur zele
dans toute la Provence , & qui
doivent garder cet Ouvrage
pour faire voir à leurs Defcendans
la gloire dont ils fe font
couverts , en gardant au Roy la
fidelité inviolable que luy doivent
tous fes Sujets . Tout cela
pourra eftre caufe que ceux qui
fe laifferont prévenir par l'empreffement
de ceux qui voudront
avoir cet Ouvrage , pourront
n'en plus trouver lors qu'ils en
voudrònt avoir , & qu'il arrivera
comme au Volume de l'affaire
de Cremone , dont l'impreffion
ayant manqué peu de jours aprés
qu'il fut mis en vente , il
n'a plus efté poffible d'en trouver
pour de l'argent .
426 MERCURE
18
Je dois ajoûter icy que l'Oue
vrage ayant groffi par les raifons
que je viens de dire , il ne
peut eftre donné au Public , que
le Vendredy 18. de Novembre.
AVIS.
Le Mercure de Novembre fe
debitera le fecond de Decem
bre.
ERRAT A.
Page 276. ligne ro . on a mis
feu Henry de Montluc ; il faud
after le mot de fen.
*
*
LYON
*
18834
TABLE.
ODB , fervant de Prelude ,
DE
Extrait d'un Panegyrique de S.
Louis ,
14
Voile donnépar Mr l'Archevêque
aux filles de Sainte Marie de la
ruë du Bacq , avec un Èxtrait
du fermonprêché par le Pere de
la Ruë
35
Mariage de Dom Auguftin Chigi ,
Premier article des morts
42
49.
56
60
·Evêché donnépar le Roy d'Espagne ,
Donsfaits par le Roy ,
Ouvrage defaifon , touchant le choix
des vins ,
Nouvelles de Pondichery :
68
7.9
Transport du coeur de Mr le Duc de
Nevers
87
Lettre touchant les rejouiffances
TABLE .
faites a Touloufe par de jeunes
Espagnols , à l'occafion de la
naiſſance du Prince des Afturies,
Second article des morts
ΙΟΙ
106
138
Raports de noms qui peuvent caufer
quelques erreurs ,
Réjouiffances faites par Monfieur
l'Electeur de Cologne , pour la
naiffance du Prince des Afturies ,
143
Relation du voyage du Nord , fait
par Mr le Comte de Forbin , 159
Homelie de fa Sainteté,
Suite des Réjouiffances faites pour
la naiffance du Princes des Afturies
193
210
Suite dn Journal de Fontainebleau ,
220
Article de Bayone qui en contiene
plufieurs qui regardent la Reine,
TABLE.
d'Espagne , Douairiere 258
Réjouißancesfaites par Mr le Mar
quis de Marimon
Lettre de Mr Sarron ,
255
271
274 Troisieme article des morts
Patentes d'Oculiste données par le
Roy d'Angleterre à Mr de
VVoolhouse ,
299
Suite de l'article du founal de Fontainebleau
qui fe trouve dans ce.
volume ,
Muete au lieu du nom de Meute
Affaire d'Italie ,
306
321
323
336
Extrait d'une Lettre d'Alemagne ,
Article curieux touchant les affaires
de Flandre , & dans lequel on
voit le caractere du Duc de
340 Marlborough ,
Extrait d'une Lettre de la Rochelle .:
359
TABLE .
Affaires d'Alemagne , 360
Continuation du blocus de Tortofe
371
Ouverture de la tranchée devant
Eerida,
Prife de Ciudad- Rodrigo ,
372
387
394
401
Fin du Journal de Foutainebleau ,
Prife de la Ville de Lerida
Articles des Enigmes , 418
Prix de Toulouſe délivré à un
Avis au Lecteur touchant l' 419
du Siege de Toulon ,
Autre avis ,
THEQUE
BIBLIJ
LYON
*
789
TE
LA
VILLE
421
526
Avispourplacer lesFigures.
doit
L'Air qui commence par
Je ne fuis plus amant
regarder la page 321 .
L'Air qui commence par
Quant à l'amour , doit regarder
la page 420
Qualité de la reconnaissance optique de caractères