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MERCURE
LYON
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
DE
1893 *
VILLE
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1707 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Calle du
Palais au Merc ure galant .
Comm
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VII.
Avec Privilege du Roy
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
.
و
de défigurez , étantimpoſſible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages a leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent
le port.
MERCVRE
GALANTS
SEPTEMBRE , 170
M
THEQUE
LYON
ESSIEURS de l'Academic
Françoiſe ,
voulant honorer la
memoire de Saint Louis , à caufe
que ce Saint eft Patron du
Roy, font dire tous les ans le
jour que l'Eglife en celebre la
DE
LA
VILLE
A iij
6 MERCURE
Fefte , une Meffe accompagnée
d'une grande Mufique ,
& ils choififfent un Predicateur
d'une reputation établie & capable
de fe fervir des plus
beaux traits de l'Eloquence
pour faire le Panegirique d'un
S. dont la vie fe trouve remplie
d'une infinité de Vertus
morales & chreftiennes , que
l'on voit tous les jours pratiquer
au Souverain , dont ils
ont le glorieux avantage d'être
fous la protection . Et comme
ce Monarque reffemble
au grand Saint qu'il a pour
patron , par toutes ces vertus ,
GALANT 7
& par tout ce qu'il a fait pour
la gloire de l'Eglife , & pour
épargner le fang de fes Sujets ,
les Predicateurs qui fe font
chargez du Panegirique dont
je viens de vous parler ne
manquent jamais de faire un
éloge de S. M. qui fait connoiftre
tout ce qui la peut faire
comparer au grand Saint dont
elle porte le nom . La Meſſe
eftant finie , le jour de la Feſte
de ce S. qu'on celebra le 2 5. du
mois dernier , pendant laquelle
M ' du Bouffet , fit chanter le
Pleaume Laudate Jerufalem Dominum
, M' l'Abbé de Cam-
A iiij
8
MERCURE
befort , Docteur de Sorbonne ,
& Curé de Noftre- Dame de
Bonne - Nouvelles , prononça
en prefence de l'Academie en
Corps, &d'une illuftre & nombreufe
affemblée , le Panegirique
de Saint Louis.
rs
On doit remarquer qu'il fit
l'honneur à M " de l'Academie
du choix du ſujet de ſon
Panegirique. Elle avoit donné
pour fujets des prix de l'Eloquence
& de Poëfie,Qu'il nepeut
y avoir de veritable bonheur que
dans la pratique des vertus Chref
tiennes ; & que la grandeur du
Roy le rendfuperieur à toutes forGALANT
.9
tes d'évenemens. Il tira principalement
de ce dernier fujet,
qui fournit la matiere de plufieurs
éloges qui peuvent également
eftre donnez à Saint
Louis & au plus grand de fes
fucceffeurs, l'éloge de ces deux
grands Princes. Voicy les paroles
qui luy fervirent de Texte
, & mefme fon Exorde en-
>
tier.
ZELUS DOMUS TUÆ COMEDIT
ME , ET OPPROBRIA
EXPROBRANTIUM TIBI CECIDERUNT
SUPER ME.
Le zéle de voftre maiſon ,
10 MERCURE
Seigneur , me devore , & les
opprobres de ceux qui vous
outragent retombent fur moy.
+
C'est ainsi que s'exprimoit au
Pfeaume 68. David ce grand
Roy , à qui l'amour de Dieu &
le zele de fa gloire , firent remporter
des victoires fignalées , fubjuguer
les Moabites , triompher des
Philiftins , vaincre les Ammonites
, établir Ifraël dans Sion ,
former le deffein de l'edifice du
Temple pour l'Arche du Seigneur
qui pour couronner tant de
victoires & tant de triomphes par
des vertus encore plus éclatantes ,
fouffre enfin tout ce que la mifeGALANT
II
ricorde de Dieu & de fa Justice ,
l'impicté des hommes & l'adverfité
purent faire fouffrir à une
ame pure , fimple & innocente.
Chargé de faire l'éloge d'un
Prince formé comme David felon
le coeur de Dieu , & qui toujours
animé du zéle de la religion
& de la justice , eut le bonheur
de prendre part aux humiliations
de Fefus- Chrift , en travaillant
à la conquête des lieux
faints , où ce Roy des Rois fut couvert
& comblé d'opprobres .. D'un
Roy qui fut toujours fidéle dans les
plus grandes tentations , toûjours
trouvé digne de Dieu., digne de
12 MERCURE
fouffrir pour Dieu ; pourrois-je
mieux remplir voftre attente &
mon miniftere , qu'en vous reprefentant
faint Louis fous ces traits
glorieux , qui le rendirent la parfaite
image de David & de Fefus-
Chrift , & qu'en vous faifant
voir que fon zele o fa patience ,
fa vertu & fa fainteté , égalerent
fa valeur & fa puiſſance ,
fa grandeur & fa gloire.
C'est par cette conformité avec
David & avec JESUSCHRIST
que tous les peuples
de la terre publient la fainteté
de ce grand Prince ; c'est par elle
qu'il fera le Fuge des nations ,
GALANT
13
comme il en fut le Roy, & c'eft
elle auffi qui va faire tout le
fujet de ce difcours.
ZELUS DOMUS TUÆ COMEDIT
ME. La grandeur & la
puiffance de faint Louis confacrées
par le zéle pour la gloire de
Dien , dont il fut toûjours animé
comme David , feront le
fujet de mon premier point.
OPPROBRIA EXPROBRANTIUM
TIBI CECIDERUNT SUPER
ME .
Ce zéle recompenfe & couronné
dans faint Louis par la gloire des
opprobres des humilitions de
Fefus- Chrift , fera le sujet du
dernier.
14 MERCURE
Saint Louis confacre fa grandeur
& fapuiffance par fon zéle
pourlagloire de Dieu , Ďieu releve
la grandeur & la puiſſance
de faint Louis par la gloire
des humiliations & des opprobres
de Fefus-Chrift.
Vous verrez par tout ce puiffant
Monarque auffi humble dans
les grandeurs , qu'il le fut dans les
humiliations , & auffifaint , auſſi
foumis à Dieu dans la profperité
, qu'il le fut dans l'adverfité.
Si pour faire fon éloge , je
joins au zéle qu'il eut pour
gloire de Dieu , la conftance qu'il
fit paroiftre dans fes malheurs ,
la
GALANT 15
& la fermeté qui le foutint
dans fes difgraces , nos courtes
adverfitez déja fi heureusement
interrompues bientoftplus glorieufement
reparées , ont eu moins
de part à ce choix , le defir
que
de me conformer au fentiment de
Pilluftre Compagnie dont la pieté
pour faint Louis rend icy cette
Fefte fi celebre.
Cette Compagnie fi augufte par
le merite & par la dignité des
grands hommes qui la compofent ,
entre les differents fujets qu'elle
a coutume de propofer pour avoir
des effais de divers genres de cette
éloquence , qu'on ne trouve dans
16 MERCURE
Ja perfection que parmy vous
Meffieurs , fait voir cette année,
qu'il ne peut y avoir de veritable
bonheur , que dans la
pratique des vertus chrétiennes.
Et dans cette foule de merveilles
dont le regne où nous vivons
eft une fource fi vive &
fi feconde ; parmy ces merveilles
que vous feuls , Meffieurs , pouvez
faire croire à la pofterité ;
ce qui vous a le plus touché &
que vous voulez que l'on publie
aujourd'huy , eft cette grandeur
& cette fageffe du Roy qui l'ont
rendu comme faint Louis fupeGALANT
17
rieur à toute forte d'évenement ,
& qui en furent toûjours fouverainement
independantes.
Ainfi , Meffieurs, fi je n'ay
pas eu le bonheur d'apprendre parmy
vous , à parler comme vous ,
j'auray du moins l'avantage d'a
voir reglé dans ce difcours mes
idées fur les voftres , perfuadé que
celles que vous venez de donner
du plus grand fucceffeur de faint.
Louis, qui fe fanctifie comme luy
fur le trône , feront trouvées dignes
du faint Roy dont j'entreprendray
l'éloge aprés avoir imploré
le fecours du faint Efprit,
&c.
Septembre 1707. B
18 MERCURE
Mr l'Abbé de Cambefort
aprés avoir fait voir dans le
commencement de fon premier
point en quoy conſiſte
principalement la grandeur des
Rois , fit voir que la feule pratique
des vertus chrétiennes
fait leur plus folide merite
& leur plus veritable gloire.
Il tira l'éloge de faint Louis
de fon zéle pour la gloire de
Dieu , pour la religion & pour
la juftice qui l'avoit toûjours
animé, & il fit voir que Dieu
qui vouloit le donner comme
un prodige de fainteté à la
maifon d'Ifrel , l'avoit déja
GALANT
19
comblé de ſes plus preticufes
benedictions & de fes plus
grandes mifericordes , & que
faint Louis y ayant toûjours
cooperé , avoit confacré tous
fes foins & toute fa puiffance
à fe fanctifier luy- mefme , à
fanctifier fon Royaume & érendre
celuy de Jefus Chrift.
Il dit à l'occafion de l'éducation
qu'il avoit receuë de la
Reine Blanche de Caftille fa
mere , que s'il eftoit arrivé jufqu'icy
que l'Espagne cût donné
fouvent à la France , les Illuftres
meres de fes plus grands Rois , il
arrivoit enfin heureuſement de nos
Bij
20 MERCURE
jours qu'elle rece voit de la France
figenereufe & fireconnoiffante, des
Rois formez de l'augufte fang de
faint Louis & le digne petit fils
d'un Prince qui a merité avec
tant de justice le furnom de
GRAND.
A l'occafion des guerres civiles
& de la revolte des Princes
qui troublerent le commencement
du regne de faint
Louis , il dit qu'aprés qu'il eut
receu de la Reine fa mere cette
noble éducation qui forme également
lesfaints & les heros,Dieu.
l'avoit voulu inftruire par l'adverfité
qui en eft la fure maistref
GALANT 21
fe , & il montra par une belle
allufion que c'eftoit ainsi que
dans ces minoritez traversées ,
Dieu faifoit voir ces Rois , ces
Heros ces regnes qui apprennent
aux autres Rois de la terre
à ſe vaincre eux- mefmes , & à
joindre à la gloire du triomphe
celle du pardon & de l'oubly.
Au fujet de la maladie de
faint Louis & du voeu qu'il
fit pour la conqueſte de la
terre fainte , il fit voir que rien
ne pourroit mieux nous marquer
qu'elle fut alors la confternation
de tout le royaume que ce que
nous avons éprouvé nous mêmes
22 MERCURE
fous un regne qui eft comme celuy
de faint Louis , le regne de l'équité
& de la justice.
Il rapporta
ce bel endroit
de la vie de faint Louis écrite
par Mr l'Abbé de Choify de
l'AcademieFrançoife, qui eſtoit
du nombre des auditeurs . ( La
crainte de le perdre , dit l'illuftre
hiſtorien qu'il a trouvé parmy
vous , Meffieurs , fit fentir le
bonheur de le poſſeder.
Mais qu'elle fut, continua- t'il,
fa foumiffion fa refignation
aux ordresde la Providence , ver
rez-vous , grand Dieu , dans un
mefme fujet la fidelité d'AbraGALANT
23
ham & l'obéiffance d'Ifaac fang
en eftre touché.
Il ajouta en parlant de la
maladie du Roy & de Monfeigneur
, Dieu toujours fenfible
à de femblables difpofitions , a
donné fouvent à la France affligée,
à efperer contre toutes efperances,
& luy a confervéfes plus
grands Princes , lorfqu'elle fe
voyoit fur le point de les perdre ;
veüille-t-il pour le bien de l'Eglife
de l'Etat prolonger leurs
jours mefme aux dépens des nôtres.
.
Il entra enfuite dans un détail
tres- exact de la vie de
24 MERCURE
faint Louis , & il fut affez heureux
pour en decouvrir jufqu'aux
moindres circonstances
en paraphrafant ce beau Pſeau
me qui renferme le voeu que
Salomon faifoit à Dieu .
C'est le MEMENTO DOMINE
DAVID , Souvenez – vous ,
Seigneur , dit-il , de la pieté de
ce fecond David , fur qui vous
exerçâtes de fi grandes mifericordes,
& fur le trône de qui vous
avez élevé un fucceffeur & un
fils tel que nous avons le bonheur
de le voir aujourd'huy.
En faveur de ce fils , fouvenez-
vous de cette douceur majeftueuses
GALANT 25
ك
7
tueufe ; de cette humilité heroïque ;
de cette moderation chrétienne que
faint Louis conferva toujours fur
le trône dans le tnmulte de la
Cour , dans l'embarras des affaires
, & mefme parmy les defordres
de la guerre.
Il parcourut enfuite les autres
verfets , & dans le SICUT.
JURAVIT DOMINO , il rapella
la fidelité de faint Louis a accomplir
les voeux faits au Dieu ,
de Jacob , de foutenir la cou-,
ronne par les vertús les plus.
heroïques , & de la fanctifier
par les vertus chrétiennes .
Dans la paraphrafe du ver-
Septembre 1797.
C
26 MERCURE
fet , SI INTROIERO IN TABERNACULUM
DOMUS MEE
SI DESCENDERO IN LECTUM
STRATI MEI . Il fit admirer faint
Louis au milieu de fa Cour ,
preſervant ſon eſprit & ſon
coeur des dangereux attraits
de l'ambition & de la volupté
, funeftes écueils de l'innocence
des Princes , & faifant
des obftacles de fon falut les
moyens de fa fanctification ,
confacrant l'élevation du trôl'humilité
& la royauté
par la penitence , il entroit
dans un beau dérail des dangers
aufquels la facilité de fane
par
GALANT 27
tisfaire les paffions expofe les
Princes , & reprefenta faint
Louis donnant aux Anges &
aux Hommes le grand & le rare
fpectacle d'un Roy jufte &
penitent , faiſant de fa Cour
un azile affuré à la vertu
n'ayant d'autre regle que la charité
& la juftice , & confacrant
les pretieux moments
qu'il pouvoit dérober au gouvernement
de fon Royaume ,
à la priere & à la penitence ,
à la frequentation des Sacrements
& au ſervice des pauvres..
En continüant fa paraphra-
Cij
28 MERCURE
il
fe , SI ASCENDERO IN
LECTUM STRATI ME1 ,
fit confiderer Saint Louis dépouillé
de ces dehors majeſ
tueux, qui cachent fouvent aux
yeux des hommes les foibleffes
des Rois ; & le reprefenta tel
qu'il paroiffoit aux yeux de Dieu
defcendu du haut du Trônepour
ſe profterner en fecret
devant cet Etre fouverain , par .
qui feul les Rois regnent , pour
demander la fagefle qui lui étoit .
neceffaire ; & pour puifer, comme
Moyfe , dans le fein de la :
Divinité , les Loix qu'il devoir
donner à fon Peuplexos n
*.
GALANT 29.
En parlant des mortifications
fecrettes de S. Louis ;
Anges du Ciel , dit- il , vous
feuls Confidens des mortifications
interieures exterieures de cet
à
Auge terreftre , c'est à vous
nous découvrir icy celles des penitents
les plus aufteres , cachées
fous les marques de la royauté ,
les mefmes mains qui portoient
le Sceptre avec tant .
de dignité l'épée avec tant de
force , armées des inftrumens de
la penitence la plus rigoureufe
pour expien les pechez de fon
peuple, & pour donner quelquefois
par fon lang un nouvel
Ciij
30 MERCURE
酱
éclat à fa
pourpre.
Aprés
avoir
fait voir ce que
faint
Louis
avoit
fait pour
fanctification
, il entra
dans
le
détail
de ce qu'il fit
fa
pour celle
de fon royaume
, & pour
étendre celuy de Jefus Chrift.
En paraphrafant le verfet ,
SURGE DOMINE IN REQUIEM
TUAM , TU ET ARCA SANCTIFICATIONIS
TUE. C'eft icy ,
dit-il , l'ouvrage de voſtre grace,
Seigneur , & le fruit du zéle
de ce grand Saint pour la gloire
de l'Arche d'alliance ; & en parlant
de l'étendue de ce zéle ,
il
rapporta tout ce que faint
GALANT
31
Louis avoit fait de grand pour
le gouvernement & pour la
fanctification de fon Royaume.
Il fit voir les abominations
de l'impieté détruite ;
l'herefie aneantie par la force
de fes armes ; le duel & le
blafpheme abolis par la vigueur
de fes loix ; la langue
impie du blafphemateur
purifiée
par
le feu ; l'ufure défendue
; la vangeance defarmée ;
& fous fon regne comme fous
le regne de Louis le Grand , la
fauffe valeur confondue & defhonnorée.
Il fit voir l'integrité dans
C iiij
32 MERCURE
l'adminiſtration de la Justice ,
& les juftices mefme Jugées ;
le bon ordre dans les finances
; la difcipline
dans le fervice
; la fureté dans les traitez ;
la fidelité dans le
commerce ;
le repos des peuples affuré par
la vigilance des Miniftres , par
la
moderation des Grands , &
par la puiffance du Roy. La
guerre
enfin fanctifiée
par une
jufte caufe & portée à une
heureufe fin ; la violence des
armes , & la licence des Soldats
reprimées par la feverité
de la difcipline militaire &
chrétienne .
GALANT 33
Il fit voir que fi Dieu avoit
répandu tant de benedictions
fur le regne de faint Louis ,
c'eftoit la récompenfe des
Temples élevez jufques dans
Ephraim à l'Arche fainte pat
la pieté de ce grand Prince , &
c'eft ainfi qu'il paraphraſa le
verfet ECCE AUDIVIMUS EAM
IN EPHRATA , & fur ces paro- .
les que Salomon & le peuple
qui luy étoit foumis adreffoient
à Dieu , ADORABIMUS EUM
IN LOCO UBI STETERUNT PEDES
EJUS , il dit en faisant une
>
belle allufion de faint Louis à
l'Arche . Penetrez de la mefme
34 MERCURE
reconnoiffance de vostre ancienpeuple
dont nous renouvellons icy les
vaux , nous adorons voſtre providence
, mon Dieu , IN LOCO
UBI STETERUNT PEDES EJUS ,
dans tous les lieux que ce faint
Roy a marquez par
les traces de
fa juftice & de fa pieté , IN
CAMPIS SILVA , continua t- il
en parlant de Vincennes , jufques
fous ces arbres que les temps
ont respectez, où fur un Tribunal
de
gazon , où femblable à
l'Ange qui jugeoit Ifraëlfous un
chefne , il écoutoit les plaidoyers
confus du pauvre & de l'orphelin.
GALANT
35
La fuite des verfets VIDUAM
EJUS BENEDICENS BENEDICAM
T
,
PAUPERES EJUS
"
pau-
SATURABO PANIBUS , luy fervit
à faire voir tout ce que faint
Louis avoit fait pour les
3.vres & pour les miferables
dont aucune espece , dit- il , n'échapa
à fes foins & à fa magnificence
, & en parlant des aumofnes
de faint Louis , il prit
occafion de parler de celles
que le Roy fit diftribuer au
Louvre en
1694.
Qu'elle fut , dit- il , la profufion
des trefors de fon épargne
dans ces temps malheureux où
36 MERCURE
Dieu , comme dit le Prophete ,
pour punir les pechez des peuples
appelle la famine fur la terre,
La fin du dernier fiecle nous les
rappelle ces temps malheureux, &
ce Louvrefera un monument éterla
charité de faint Louis
n'eft pas éteinte , & qu'elle anime
toujours fon augufte fang.
La fuite des verfets , SACER
nel
que
DOTES EJUS INDUAM SALUTARI
, ET SANCTI EJUS EXULTATIONE
EXULTABUNT
, fit
une deſcription naturelle de ce
faint Louis avoit fait pour
l'Eglife , en rendant aux Temples
& aux facrifices
que
pour lefGALANT
37
quels il eut une foy fi vive ,
leur premier veneration ; en
retabliffant la ferveur de l'an-
*
cienne difcipline , & en n'élevant
aux dignitéz Ecclefiaftiques
que des veritables Pafteurs
, & en prevenant entierement
toute forte de fimonię
ou de violences qui auroient
pû rendre hereditaire le patrimoine
de Jefus Chrift & des
- pauvres.
En paraphrafant ces paroles ,
SANCTI EJUS EXULTATIONE
EXULTABUNT , il marqua qu'elle
fut la joye des Anges du
Ciel & des Saints de la terre
38 MERCURE
en voyant l'herefie des Albigeois
foudroyée
par le zéle de
faint Louis ; le chef audacieuxde
ces Sectaires humilié à Tes
pieds , & le fuperbe Frederic
forcé de reparer l'injure faite
au Prélats de France qu'il retenoit
prifonniers
.
En parlant des differens que
faint Louis eut avec la Cour
de Rome , quel respect , ditil
, & quelle veneration n'eutpas
ce grand Saint pour les Miniftres
de Jefus- Chrift ; mais dés qu'il
s'agit de défendre les droits de fa
Couronne les libertez de l'Eglife
dont il eft le protecteur , de
GALANT 39
1 quelle maniere , fans perdre le
refpect de Fils , ne demefle- t- il pas
le Souverain & le Prince temporel
d'avec le faint Pontife.
L'Eloge de la Sorbonne dont
il a l'avantage d'eſtre Docteur
& dont il faifoit l'honneur ce
jour-là , fut placé dans cet endroit
fort à propos.
Ce fut fous le regne de ce
Monarque , dit-il , par ces liberalitez
qu'on vit naiftre la Sorbonne
, ce fanctuaire de la Religion
, cet azile de la Foy , ce
fleau de l'herefie , cette celebre Ecole
& dont enfin le Grand Cardinal
les illuftres Prélats que
40 MERCURE
vous avez parmy vous , Meffieurs
, & qui font fuperieurs par
leur merite & par leurs lumieres
, à leurs dignitez à leurnaiffance
, font mieux l'éloge que tout
ce que je pourrois en dire icy.
Dans ce verfet , ILLUC PRODUCAM
CORNU DAVID , PARAVI
LUCERNAM CHRISTO
MEO', il dit que c'eftoit ainfi que
Dieu avoit voulu affermir le trône
de faint Louis & perpetuer
dans les heritiers de fa Couronne
& de fon fang, des modeles à
tous les Rois de la terre .
Il finit fon premier point
par la paraphrafe du verfet
GALANT 41
)
INIMICOS EJUS INDUAM CONFUSIONE
, & pour faire voir
l'élevation de la gloire de faint
Louis par la confufion de fes
Ennemis , dont la jaloufe perfidie
fut autant confondue
par
fa clemence que par fes victoires
, il fit une deſcription
tres- éloquente & tres vive des
actions de faint Louis ; il fit
voir fon trône prefque renverfé
dans fa minorité , affermi
par fa prudence
& par
valeur , & les armées conduites
avec tant de fagefle dans
les pays infidéles fous l'étendart
de la foy ; les mers tra-
Septembre 1707.
D
La
42 MERCURE
verfées avec tant de rapidité ,
les perils effuyez avec tant de
courage ; ces batailles données
& réiterées avec tant de force
, & fur tout celle de Taillebourg
que fa valeur rendit
fi celebre.
Le paffage du premier point
au fecond , par rapport au fujet
de fon difcours , fut des
plus heureux , comme l'on
peut voir par ces paroles , Su-
PER IPSUM AUTEM EFFLOREBIT
SANCTIFICATIO MEĄ ,
il ajouta que , s'il ne faifoit
pas une plus longue deſcription de
tant d'autres glorieufes actions de
GALANT 43
I
faint Louis , un plus grand objet
un plus beau point de cuë
pour la gloire de ce pieux Prince
le preffoit ; c'eftoit de faire voir
tant de vertus e de victoires
couronnées par les humiliations de
Jefus- Chrift.
C'est par ces humiliations
dit- il , que Dieu qui fit refleurir
dans ce grand Roy la Religion
eg penitence , fit auffi refleurir
en luy la fainteté de Fefus-
Chrift.
Il paffa ainfi du premier au
fecond point , dans lequel il
fit voir que fi faint Louis confacra
fa grandeur & fa puif-
Dij
44 MERCURE
fance par le zéle de la gloire
de Dieu , Dieu releva la grandeur
& la puiffance de faint
Louis par la gloire des opprobres
& des humiliations de Jefus
- Chrift. OPPROBRIA EXPROBRANTIUM
TIBI CECI-
1
DERUNT SUPER ME .
Si le premier point parut
auffi beau que nouveau , le
dernier ne fut pas moins rempli
de quantité de penſées tresbrillantes
& tres - propres au
fujet. Il dit d'abord que fi la
bonté
Sagrandeur &fafageſſe avoient
plus paru par fon annéantissement
la mifericorde de Dieu
GALANT 45
:
de
jufqu'à la mort de la Croix que
par la creation de l'Univers , la
grandeur de Saint Louis parut
auffi avec plus d'éclat dans les
humiliations qu'il plut à Dieu de
luy fairefouffrir , & il ajoûta que
fairefervir tout ce que la royauté
à de grand à étendre le regne
Jefus Chrift , & s'efforcer de foumettre
aujougde la Croix l'Orient
l'Occident avoit esté le glorieux
deffein qu'infpiroit au Macabée
Chreftien l'ardeur de fon zele;
mais que couronner l'heureuxfuccez
defes entrepriſes par la gloire
des bumiliations de fefus- Chrift ;
fe rendre conforme à l'Image d'un
a
46 MERCURE
1 · Dieu fouffrant ; porter fa Croix
& les chaînes de la captivité
avec une grandeur d'ame &
S
une fermeté de courage , que rien
ne fut capable d'ébranler ; mourir
enfin fur la pouffiere & fur la
cendre dans une terre étrangere
c'étoit dans un grand Roy le trophée
le plus éclatant de la Religion
, le plus grand de tous les
facrifices , un martyr des plus genereux
, & dans S. Louis com
me dans les Apoftres le comble de
Sagloire.
Pour faire voir l'appareil
du facrifice qui donna à Dieu
une fi fainte victime , & que
GALANT 47
Dieu voulut ne luy eftre immolée
qu'aprés l'avoir couronnée
par tant de glorieux exploits
, il fit voir combien Dieu
terrible dans fes confeils touchant
les Rois & les enfans des
Hommes , eftoit toûjours admirable
dans fes Saints .
Il dit que l'abomination de la
deſolation placée dans les lieux
fanctifiez par la vie & par la
mort de Jefus - Chrift ; les cris des
enfans d'Ifraël qui gemißoient
fous une dure captivité , s'effoient
"élévez jufqu'au trône de faint
Louis , que preffe de la charité
de Fefus - Chrift , il avoit cru que
48 MERCURE
des
les Rois tres - Chrétiens eſtant les
protecteurs nez des conqueftes du
Sauveur , comme ils font l'azile
అ la refource des Rois
fidéles perfecutez pour la foy , il
devoit comme Moyfe rétablir le
peuple de Dieu dans fa premiere
liberté , & placer comme Salomon
l'Arche du Seigneur dans le
·Temple.
Il fit une belle defcription
de tout ce qu'avoit fait faint
Louis pour affurer un heureux
fuccez à une fi grande & fi
glorieufe entreprife , & il fic
voir de quelle maniere il avoit
- rallumé le zéle de la Loy de
Dieu
GALANT
49
-Dieu qui paroiffoit éteint pref
que dans tous les coeurs , &.
levé fans ceffe des mains pures
& innocentes au Ciel pour attirer
du haut de la Montagne
fainte les fecours divins fur les
combats d'Ifraël , & épuisé fes
trefors & mené avec luy ce
qu'il avoit de plus cher au
monde.
y
L'expedition & la priſe de
Damiete furent dépeintes
d'une maniere charmante , par
le bel endroit des Macabées
qui fait allufion à la deviſe
des Rois de France , UT SOL
REFULSIT IN CLYPEOS Au-
Septembre 1707.
E
50 MERCURE
REOS MULTITUDO GENTIUM
couverte
DISSIPATA EST. Aprés avoir
repreſenté la mer
d'un nombre prodigieux de
vaiffeaux chargez d'une armée
de Princes & de Heros chrétiens
portant avec reſpect l'étendart
de Jeſus- Chriſt. En
vain , dit il , la force des fameufes
Tours de Damiete & fes fuperbes
murs ; en vain une armée
de Sarrafins retranchez fur le rivage
s'oppoſe au zéle impetueux
qui anime le Fofué de la loy nouvelle
, UT SOL REFULSIT IN
CLYPEOS AUREOS , MULTITUDO
GENTIUM DISSIPATA EST .
GALANT
Saint Louis porté par la foy fur
les eaux, la Croix d'une main
l'épée de l'autre ne ſe lance
pas pluftoft dans la mer à travers
un nuage de traits qui le couvrent
& des vagues repouffées
fur ellemefme
, que fes Ennemis
effrayez
diffipent comme fe diffipe un
nuage à l'ardeur
du Soleil. La
terreur
que le
Seigneur envoye
quand il luy plaift, s'empara des
infidéles ; il fit dans cette occafion
ce que dit le Prophete , MAGNALIA
IN EGYPTO , TERRIBILIA
IN TERRA
CHAM.
Il parla
enfuite de la profondeur
impenetrable des ju-
E ij
52 MERCURE
gements
de Dieu
, & de fes
voyes
incomprehenfibles
qui
·permet
qu'une
guerre
que la
Religion
avoit
commencée
,
que la fageffe
conduifoit
, que la
valeur
executoit
, ne fut pas toû
jours
fuivie
de la victoire
, &
que le party
le plus juſte , &
qui fembloit
devoir
l'emporter
,
ne fut pas le plus heureux
.
Il rapporta
à cette
occafion
ce bel endroit
de la Lettre
de
faint Bernard
au Pape Eugene
.
Gardez
- vous bien , dit- il , d'attribuer
au Chef
un fi malheureux
fuccez
. Moyfe
conduit
le
peuple
de Dieu à une terre abonGALANT
53
dante , il luy promet la victoire
furfes Ennemis , les Tribus d'Ifraël
s'uniffent pour vanger le crime
de la Tribu de Benjamin ,
Dieu luy- mefme leur defigne un
Chef; les uns & les autres font
vaincus , & les vangeurs du crime
font forcez de ceder aux impies
qui l'ont commis.
Il rapporta auffi ce bel endroit
de faint Auguftin . SICUT
SE HABEBANT ET PECCATA
POPULI ET MISERICORDIA
DEI ALTERNAVERUNT
PROSPERA
ET ADVERSA BELLORUM ,
& dit que fi la fidelité des If-
Eiij
54 MERCURE
raëlites à obferver la Loy eftoit
la meſure des benedictions de
Dieu fur la profperité de leurs *
armes , il ne falloit pas s'étonner
qu? les Chrétiens plus criminels ,
comme plus éclairez que les Ennemis
qu'ils alloient combattre ,euffent
excité la vengeance divine ,
& qu'une floriffante armée cút
eftéfrapée de ce fleau terrible que
Dieu referve dans les trefors de
fa colere pour punir l'impieté des
hommes , & pour imprimer dans
leurs coeurs la crainte de ſes jugements.
Il tira des grandes chofes
que S. Louis fit dans cette
GALANT
55
occafion le fujet d'un éloge
magnifique , & dit qu'une nouvelle
gloire effaçoit les merveilles
qu'on venoit d'entendre , que
dans le tems
que
les Anges vangeurs
de l'iniquité verfoient fur
T'armée de S. Louis des vafes de
fureur; ce grand Prince tranfporté
du zele d'Aaron parmi un
tas de mourants qu'il fervoit luymefme
, ou de morts dont il avoit
receu les derniers foupirs , fe jettoir
l'encenfoir à la main entre
Dieu & fon armée , ſe. re
doit comme chargé feul des iniquitez
de tous les coupables ; s'offroit
à la justice divine comme
E iiij
56 MERCURE
l'unique victime du facrifice ; conjuroit
le Seigneur dans le jeûne,
dans le cilice , dans le fac , &
dans la cendre, d'abreger les jours
de fa colere ,
d'en tourner
contre-luy feul tous les traits .
Il releva ce bel endroit de
S. Louis. par ces paroles du
Prophete ; où font donc Seigneur
vos mifericordes anciennes ?Avezvous
oublié l'alliance que vous
avez contractée avec Abraham ?
Ne vous fouvenez- vous plus de
e fidelle ferviteur David ?
Voulez- vous couvrir d'opprobres
in Prince que vous venez de
combler de gloire? Souffrirez- vous
GALANT
57
que
l'armée défaite & que le
Roy devenu captif, l'infidelle victorieux
s'écrie, où eft donc le Dieu
d'Ifrael?
Il ajoûta que telle avoit
efté la conduite du Ciel fur
S. Louis , que Dieu menoit
quelquefois les Saints à qui il
deftinoit d'autres couronnes ;
que Dieu les menoit à la gloire
par le mefme chemin qui
conduifoit les Heros du Paganifme
à l'ignominie, & qu'il
ne traitoit pas également tous
les Rois formez felon fon
coeur.
Que l'adverfité comme la
*
58
MERCURE
profperité avec fes Heros ,
qu'au jugement mefme du
fage, les uns eftoient au-deffus
des autres , MELIOR EST
PATIENS VIRO FORTI ET
QUI DOMINATUR ANIMO SUO
EXPUGNATORE URBIUM.
Que les biens & les maux,
le gain comme. la perte des
batailles ,
venoient
également
de la main Toute- Puiffante de
Dieu , & que dans l'ordre de
la Providence , tout fervoit à
la fanctification de fes Elûs .
Il rappella dans cet endroit
le fujet du Prix de
l'Eloquence
donné cette année par Meſ
GALANT 59
fieurs de l'Academie , & cet
endroit eft un des plus beaux
de fon difcours ; nous voyons
mefme , ajoûta- t - il , & vous
voulez , Meffieurs , qu'on le publie
aujourd'huy , que Dieu fe
fert quelquefois de l'adverfitépour
couronner les plus grands Saints
les plus grands Princes , par
Ides vertus qui nous feroient inconnuës
en eux , fur tout lorfque
leur fageffe & leur fermeté
les rendent fuperieurs aux
plus fâcheux évenemens , &
qu'elles font & la force des
Soldats & la confiance des peuples.
60 MERCURE
Cet endroit fut fuivi d'une
heureuſe allufion fur la devife
du Roy , NEC PLURIBUS
IMPAR , & il ajoûta que dans
les Princes qui pouvoient fuffire
à tous par eux-mefmes ,
les difgraces eftoient comme
des nuages qui ne nous cachoient
le Soleil pour un temps,
que pour nous faire découvrir
un nouvel éclat dans fes.
rayons , REFULSIT SOL QUI
PRIUS ERAT IN NUBILO,
Il dit qu'il manquoit à la
gloire de S. Louis d'avoir fait
éclater la patience dans les
fers comme il avoit fait éclaCALANT
61
ter la fainteté fur le Trône , &
la moderation dans la victoire,
Et pour mettre dans tout
fon jour la preuve du fujet
de fon fecond point , il ajoûta
que la plus grande mifericorde
de Dieu fur les Saints , & une
Jurabondance de confolation & de
joye fur les Apôtres , fut d'eftre
marquez au sceau desfouffrances
de Fefus- Chrift.
Que Dieu avoit conduit S.
Louis , comme il conduifit fon
Difciple bien- aimé du Tabor fur
le Calvaire , pour recevoir fur
l'un toutes les impreffions de fa
douleur de fon amour , aprés Ú
62 MERCURE
avoir receu fur l'autre tout l'éclat
de fa gloire.
Que Jefus- Chrift luy- mefme
n'avoit gouté les amertumes de
fon calice ny fouffert les opprobres
de fa paffion , qu'aprés eſtre entré
peu de jours auparavant en
triomphe dans Jerufalem , comme
fi l'oppofition de la gloire devoit
faire mieux fentir la profondeur
des humiliations & leur
donner plus de merite.
Il continua en difant qu'il
falloit que
le zele de S. Louis
futfuivi dans ce religieux Prince
des bumiliations de Jesus-Chrift,
puifqu'il ne chercha jamais que
GALANT 63
la gloire de la croix de fon Dieu,
& qu'il mit toute la fienne à
crucifier le monde en luy , & à
fe crucifier luy-mefme au monde.
Il ajoûta que fiJesus- Chrift
n'avoit jamais paru plus puiffant
ni plus victorieux que dans
fes fouffrances & dans fa mort,
il n'y avoit jamais rien eu de
plus fort que les mains adorables
du Sauveur qui avoient vaincu
le monde , non pas armées de
fer , mais percées par le fer.
Que fi l'hommage que
ture univerfelle rendit à la divinité
de Fefus -Chrift mourant fur
la croix , avoit plus manifeftéſa
la
na64
MERCURE
gloire
que
la vafte
étendue
des
Cieux
qui la
publient
; que fi
les chaines
dont
S. Pierre
fut lié
luy font
devenues
auffi
honnotables
que
dire
S.
Louis
dans
fa
capque
tivité
avoit
fait
paroiftre
plus
de
grandeur
d'ame
&
plus
de
Ma
jefté
qu'il
n'en
avoit
jamais
montré
fur
le
Trône
; que
toûjours
Roy
dans
les
fers
il eftoit
entré
Triomphateur
dans
ceux
des
Sarrafins
; qu'il
avoit
porté
fes
chaines
avec
la
mefme
dignité
que
le Sceptre
; impofe
des
loix
à
fes
vainqueurs
, ce qui
leur
avoit
fait
fouhaiter
d'avoir
un
tel
les clefs , on pouvoit
GALANT 65
que
Maiftre, jufqu'à déliberer s'ils le
choiſiroient pour Roy ; qu'il avoit
appris au monde
la feule
victoire ne fait pas les Heros.
Qu'il avoit enfin receu de fes
ennemis , s'il eftoit permis de le
dire , fans faire comparaifon de
la Creature au Createur , les
mefmes hommages que Jefus-
Chrift avoit receus des Juifs ,
abbatus à fes pieds par un rayon
de la Majesté terrible qu'il fit
briller
à leurs yeux
.
Il
continua fes
preuves par
cette belle
comparaiſon
, &
dit quefi les enfans d'Ifraèl
n'avoient
pú foûtenir la prefence de
Septembre
1707.
F
66 MERCURE
Moife qui defcendoit de la Montagne
plein de la Majefté de Dieu,
on ne pouvoit foûtenir auffifans
en eftre ébloui l'éclat de la Majefté
de S. Louis plein de la gloire
des humiliations
de Fefus- Chrift
couvert de fes opprobres , &
qu'on devroit tirer le voile fur
la fermeté de courage qu'aucune
confideration ny aucun spectacle
d'horreur ne peuvent ébranler ,
fur la fageffe qui defcendit
avec luy dans la prifon qui ne
l'abandonna jamais dans les fers
où il dicta les conditions de fa liberté
, receut le ferment de fes
ennemis , & regarda comme un
GALANT 67
blafpheme celuy qu'on luy deman
doit.
Aprés avoir rapporté cet endroit
du Pleaume, QUOD EXPROBAVERUT
INIMICI TUI
DOMINE, QUOD EXPROBAVERUNT
COMMUTATIONEM
que
les
en-
CHRISTI TUI, il dit
nemis de Dieu qui reprochoient
autrefois à fon peuple´l'anneantiffement
de leurs Rois , & le
renversement du Trône d'Ifraël
devoient changer de langage à la
veuë de S. Louis qui refufoit
de traiter de fa rançon qui ne
donnoit à des Barbares d'autre
affurance que fa vertu , & qui
68 MERCURE
du fond d'une prifon où l'on n'est
frapé que de l'horreur qu'imprime
l'image toujours prefente de la
mort , formoit le plan d'un fecond
facrifice..
Il finit enfuite la plus touchante
defcription qu'on puiffe
faire de la mort de S. Louis,
à laquelle feule , fans faire le
recit de la feconde expedition ,
plus funeſte à la France que
la premiere , il voulut s'arrefter ,
comme eſtant auffi pretieuſe
aux yeux de Dieu , que fa vie
eft glorieufe aux yeux des
hommes .
Quel triomphe , dit-il , pour
GALANT 69
la Religion , de voir un grand
Roy éloigné de fes Etats , affligé
de tout ce que la contagion a de
plus affreux , environné déja des
ombres de la mort , dépoüillé des
marques de la Royauté, & rendre
à Dieu fur la pouffiere &fur la
cendre une ame qu'il avoit toújours
poffedée en paix . Quel trophée
pour la Foy de le voir dans
cet Etat humiliéfous la puiffante
main du Seigneur ; luy facrifier
fa vie, fa gloire , fes entreprises ;
n'eftre occupé que du foin d'implorer
le fecours du Ciel fur fes
chers & fidelles fujets & fur les
Princes fes enfans à qui il laiffe
70 MERCURE
un heritage plus pretieux que fa
Couronne ; c'est l'amour & la
crainte de Dieu , la verité & la
juftice ; fes inftructions enfin qui
renferment toute la droiture de
fon efprit , toute la pureté de fon
coeur , & toute la grandeur de
fon ame. Quel fpectacle auxyeux
de noftre Foy ; quelle inftruction
pour les Princes de la Terre &
pour les peuples qui leur fontfoùmis
de voir le plus grand Roy
du monde dans l'attente de ce
moment terrible , qui égale les
Souverains au dernier de leurs
fujets , jouir dans cet état d'une
tranquilitéparfaite , n'avoir d'auGALANT
71
tre vûë que
folation
que la Foy , d'autre
amour
que celuy de Dieu , d'autre
crainte
que de fa juftice
, d'autre
attente
que le Jugement
, d'autre
efperance
que la vie éternelle
, d'autre
regret que de laiffer l'Arche
Sainte
entre les mains des Philiftins
,
d'autre
douleur
enfin que de ne
pas rendre à la vraye
Religion
un
peuple
incirconcis
qui s'en eftoit
Separé.
le Ciel , d'autre con-
>
Aprés cette belle Deſcription
de la mort de S. Louis ,
il paffa aux benedictions que
Dieu a repanduës fur fa glorieufe
pofterité , & dit que fi
72 MERCURE
Dieu n'avoitpas permis à David
d'élever legrand édifice du Temple
qu'il avoit préparé , & fi cette
gloire fut refervée à fon fils Salomon';
que fi Moife ce fidelle
conducteur
dupeuple de Dieu mourut
fans entrer dans la Terre promife
, fi le paffage du Fourdain
fut refervé à fofué ; Dieu
content du facrifice de ce grand
Saint , avoit refervé cette gloire
le Soleil
à fes Succeffeurs
; que
éclairoit fans interruption
dans
l'un ou l'autre Emifphere
la vafte
étenduë des païs foumis à leur domination
; que le Royaume
tres-
Chretien , & le Royaume
Catho
a
lique
GALANT 73
lique heureuſement réunis n'en
faifoient plus qu'un par le zele
de fa glorieufe pofterité à répandre
la lumiere de l'Evangile
aux
nations du monde les plus barbares
, & à élever par tout fur
les ruines de l'Herefie & de
l'Idolatrie , dans les lieux les plus
éloignez , des Temples au Dieu
vivant.
Il tira enfuite de cet endroit
des Proverbes de Salomon ,
CORONA DIGNITATIS SENE-
>
CTUS QUE IN VIIS JUSTITIE
REPERIETUR un des
plus beaux éloges que l'on
puiffe faire & de S. Louis &
Septembre 1707.
G
74 MERCURE
que
Dien du Roy , en difant
couronnoit les Saints dans leurs
defcendants , & que le fage nous
apprenoit que la plus grande gloire
des Saints Rois eftoit dans leurs
Succeffeurs un long regne & une
vieilleffe confommée dans les voyés
de la Sainteté & de la Juftice.
Il fit entrer dans fon difcours
la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne ,
& prophetifa fort heureuſement
& fort à propos celle
du Prince des Afturies qui
vient de naiftre en Espagne ,
& qui eft venu au monde dans
le temps mefme qu'il faifoit
GALANT
75
des voeux pour fa Naiffance.
Qu'elles benedictions , dit- il , en
s'adreffant à faint Louis , inconnues
à tous les Princes de la
terre , Dieu ne répandit- il pas fur
voftre augufte fang , le Prince
qui vient de naiftre & que Dieu
nous a donné dans fa
mifericorde ,
celay que l'Espagne attend pour
combler nos voeux communs , nous
font un gage affuré que Dieu fidéle
dans fes promeffes , confervera
aos heritiers fur vostre trone
jusqu'à la consommation des
fiecles.
C'est ainsi , dit- il , que Dieu
l'avoit promis à David, & qu'il
Gij
76 MERCURE
recompenfa la pieté de fes Succeffeurs
à garder fon alliance ,
JURAVIT DOMINUS DAVID
VERITATEM ET NON FRUSTRABITUR
EUM ET FILII
EORUM USQUE IN SECULUM
SEDEBUNT SUPER SEDEM
TUAM.
Il finit fon difcours en faifant
des voeux pour le Roy ,
pour les Princes , & pour la
Paix . Il ne nous refte , dit- il ,
qu'à fouhaiter que le grand Roy
dont le regne retrace fi glorieufement
le vostre , donne à fes dignes
Fils & à fes fidéles Sujets
la joye de le voir regner au delà
a
GALANT
77
de la
quatriéme
generation.
Qu'il plaife à Dieu de confondre
par la force de fes armes
les Nations conjurées , ennemies
de la Paix , & jaloufes de fa
gloire. Qu'un Roy qui fait revivre
en luy le fang de la Maifon
de France , la vertu des anciens
Rois d'Espagne éteinte avec
le leur , rempliffe toutes nos efperances.
Ce font , dit- il , en s'adreſfant
à Meffieurs de l'Academic
, les voeux les plus ardents
de cette illuftre Compagnie pour
fon grand Protecteur , & pour
toute fa glorieufe pofterité. On
G iij
78 MERCURE
lit dans vos coeurs , Meffieurs
on voit avec admiration dans
vos écrits , ce qu'on ne sçauroit
trouver dans d'autres penſées ny
dans d'autres expreffions que les
voftres.
Il exhorta enfuite l'Auditoire
d'unir fes voeux & fes
prieres à ceux de ces Mcffieurs ,
pour demander à Dieu la mê.
me grace , & conjura faint
Louis de nous obtenir de la
divine mifericorde cette charité
pure
toujours émbrafé ILLUMINARE
éclairée dont il fut
1
HIS QUI IN TEN I BRIS ET
IN UMBRA MORTIS SEDENT.
GALANT 79
Ouy , grand Saint , dit il ,
la qualité de Roy & la Couronne
que vous portez dans le
Ciel vous interreffe à la fanctification
de vos fidéles Sujets ;
faites réjaillir fur nous quelques
rayons de la gloire dont vous
jouiffez , AD DIRIGENDOS
PEDES NOSTROS IN VIAM
PACIS , pour nous faire meriter
une paix durable fur la Terre
qui foit fuivie d'une Paix éternelle
dans le Ciel.
Ce que vous venez de lire ,
a dû vous faire connoiftre que
Meffieurs de l'Academie Françoiſe
avoient fait un bon choix
Giiij
80 MERCURE
en priant M' l'Abbé de Cambefort
, de faire le Panegirique
de faint Louis le jour de
la Fefte de ce faint. L'honner
que faint Louis avoit fait
à Pierre de Cambefort , l'un
de fes Ayculs , de loger chez
luy en allant vifiter la fainte-
Chapelle du Puy en Velay
fon retour de la Terre fainte ,
engagea cet habile Orateur à
fe furpaffer , comme il fit dans
cette occafion. La pieté , ainfi
que la fidclité pour le fervice
du Roy , font hereditaires dans
fa famille qui eft tres ancienne
, & qui a efté honorée il Y
GALANT 81
a plufieurs fiecles , par d'illuftres
alliances .
rs
Le mefme jour , M" de
l'Academic des Medailles &
Infcriptions , & M" de l'Academie
des Sciences , firent dire
7 dans l'Eglife des Preftres de
l'Oratoire , une Meffe qui fut
celebrée par M' l'Abbé de la
Marck - Tilladet , l'un des
Membres de la premiere de
ces Academies , & le Pere de
la Boiffiere , Preftre de la mê-
3 me Congregation , prononça
5 le Panegirique de S. Louis en
prefence des 2. illuftres Corps
dont je viens de vous parler.
82. MERCURE
Il prit pour Texte ce que David
mourant dit à Salomon ,
& il fit voir que S. Louis , en
obfervant par tout la loy de
Dieu avoit efté vrayement
S.
jufques fur le Trofne , & Roy
jufques dans les fers. Il fut S.
fur le Trofne par la protec
tion qu'il y donna à la vertu ,
par
le foin continuel qu'il eur
d'en chaffer les vices & les paffions
qui l'environnent de
toutes parts. Le Pere de la
Boiffiere fit en cet endroit un
beau Portrait de la Cour. Il
la reprefenta comme une region
où il foufle un air empoiGALANT
83
>
1 fonné qui en confume tous les
- habitans , & il ajouta que fi
· S. Louis réuffit à rendre fa Cour
qui avoit efté jufques- là le centre
& l'azile de tous les plaifirs ,
une Cour Chreftienne , & l'azile
des vertus Chreftiennes , Louis le
- Grand , un de fes Petits-Fils
n'avoit pas moins réuffs à en profcrire
les vices . L'éloge qu'il fit du
Roy dans cet endroit fut court;
mais les traits en furent bien
marquez , & il reprefenta ce
Monarque encore plus grand
par l'excellent ufage qu'il a toujour
fait de fa raifon ; par fa
moderation ; par fon équité
84 MERCURE
& par fa pieté , que par fes
triomphes.
Le Pere de la Boiffiere fit
enfuite une defcription des
deux voyages que S. Loüis fit
dans l'Orient , qui plut beaucoup
. Il décrivit d'une maniere
tres touchante les horreurs
d'une longue prifon dans
le premier voyage , & la maladie
contagicufe dont ce S.
fut frapé dans le fecond . Les
paroles qu'il mit à la bouche
de ce Saint Roy preft à paroif
tre devant Dieu ; les difpofitions
où il le reprefenta , & la
parfaite foumiffion aux ordres
GALANT 85
du Ciel , dans laquelle il le
peignit dans ces derniers momens
, fraperent toute l'Af
femblée.
Ce Pere fit dans fon Exorde
un compliment à M's des
deux Academies beaucoup plus
Chreftien que flateur...
L'Extrait dufermon de M
l'Abbé de Cambefort s'étant
trouvé plus long que je ne
croyois , il ne me refteroit pas
de place pour les nouvelles
courantes , fi je m'étendois
plus au long fur celuy de M
de la Boiffiere ; mais fon élo86
MERCURE
quence étant connue , perfon
ne ne doutera que le fermon
qu'il a preché devant un fi
grand nombre de Sçıvans
n'ait répondu à ce qu'ils attendoient
du choix qu'ils avoient
fait de ce grand Predicateur.
On avoit chanté pendant la
Metle ile Pleaume 149. qui
avoit efté mis en Muſique par
M ' de Bouffet. Je vous envoye
ce Pleaume qui fut diſtribué
à toute l'Affemblée , avec une
Verfion ou Paraphrafe en
Stances régulieres . Elles font
de la compofition de Mr MoGALANT
81
reau de Mautour , qui à pareil
jour l'an 1704. donna celle
du Pleanme 127. Voicy le
149. de la maniere qu'il a efté
diftribué.
88 MERCURE
MOTE T
CHANTE'
LE JOUR DE S. LOUIS
DANS L'EGLISE
DE L'ORATOIRE ,
En prefence de Meffieurs des Academies
Royales des Infcriptions ,
& des Sciences ;
Mis en Mufique par Monſieur
De Bouffet , 1707.
Pfeaume 149. Cantate Domino.
Dans ce Cantique , que plufieurs
Interpretes attribuent aux VicGALANT
89
toires remportées par les Ifraëlites
aprés leur retour de Babylone
, le Prophete Roy invite le
Peuple choifi de Dieu , &àfon
exemple tous les Chreftiens à
luy rendre de nouvelles actions,
de graces pour tous les fecours
qu'ils ont reçus contre leurs Ennemis
: David , parlant de la
gloire des Elús , prend occafion
de faire voir
font les Miniftres de la vengeance
du Seigneur contre les
Princes les Grands de la
Terre quifont ennemis de fa loy,
ou rebelles à fes ordres .
que fouvent
ils
Septembre 1707. H
90 MERCURE
Cantate Domino Canticum novum
laus ejus in Ecclefia
Sanctorum.
Q
UE de nouveaux Concerts
nos Temples retentiffent ?
A louer le Seigneur , confacrons.
ce grand jour :
Redoublons nôtre zele , & que
nos voix s'uniffent
Au cantiques divins de la celefte
Cour.
Latetur Ifraël in eo qui fecit
eum : & Filii Sion exultent in
Rege fuo.
Qu'Ifraël , penetré de joye & de
tendreffe ,
GALANT 91
Vante le Tout puiſſant , dont il
reçût la loy ?
Vous , Enfans de Sion , montrez
vôtre allegreffe ,
Par des voeux folemnels , beniffez
vôtre Roy.
Laudent nomen ejus in choro :
in tympano & pfalteriopfallant ei.
Celebrez par vos chants fa puiffance
infinie ,
Publiez fa grandeur au bruit de
vos concerts ;
Que par les doux accords d'unc
tendre harmonie ,
Son nom fe falfe entendre &
penetre les airs ?
'I
Quia beneplacitum eft Domino
Hij
92 MERCURE
•
in populo fuo : & exaltabit manfuetos
in falutem.
A fon peuple cheri , le Seigneur
favorable ,
Fait gouter dés ce monde un folide
bonheur ,
Il lui prête en tout temps une
main fecourable ,
Il est l'appuy du juſte & de
l'humble de coeur.
Exultabunt Sancti in gloria :
Tætabunturin cubilibusfuis.
Les Saints qui joüiront du prix
de leur victoire ,
Poffederont en Dieu l'objet de
leurs defirs ;
Goûtant un doux repos dans le
GALANT 93
fein de la gloire ,
Ils feront enyvrez d'un torrent
de plaifirs.
Exultationes Dei in gutture
eorum : & gladii ancipites inmanibus
eorum .
La vertu du Tres-Haut animera
leur zele ,
Du plus ardent amour , ils feront
enflammez ;
Et l'on verra perir le pecheur
infidele ,
Sous le glaive trenchant dont ils
feront armez .
Ad faciendam vindictam in
nationibus
: increpationes
in populis.
94 MERCURE
C'est par eux que le Ciel dans fa
jufte colere ,
Soûmetra la fierté des peuples
orgüeilleux ,
Et que de leurs projets l'audace
temeraire ,
Oufera confonduë , ou tournera
contre-eux.
Ad alligandos Reges eorum in
compedibus : & nobiles eorum in
manicis ferreis .
Les plus fuperbes Rois des nations
perfides
Seront humiliez , malgré leur
vain effort ;
Et leurs Chefs obftinez , de fang
toûjours avides ,
Dans la captivité termineront
leur fort .
GALANT 95
Ut faciant in eis judicium
confcriptum gloria bac eft omnibus
Sanctis ejus.
C'eft ainfi qu'aux Elûs la gloire
eft refervée ,
D'executer du Ciel les fecrets
jugemens ;
Ainfi l'on voit fur nous fa juſtice
éprouvée ,
Lorfque de fa vengeance ils font
les inftrumens .
Domine faluum fac Regem :
exaudi nos in die , quâ invocaverimus
te.
Seigneur conſervez nôtre
Roy : & exaucez- nous aujourauquel
nous vous invoquerons,
96 MERCURE
1
Vous trouverez dans l'article
qui fuit des marques de
la profonde humilité du Pape,
& tout ce que le faint Pere a
fait pour détourner de deffus
fes ouailles , la colere du Ciel
dans les dernieres tremblemens
de terre.
M Luc Antonio Chracas
a publié depuis peu à Rome
une Relation hiftorique des
tremblemens de terre arrivez
à Rome , dans une partie de
l'Estat Ecclefiaftique & dans
d'autres lieux , le foir du 14
Janvier , & le matin du 2 ° Fevrier
de l'année 1703. Cet
Ouvrage
GALANT
97
Ouvrage eft dedié à Monfeignor
Pietro de Carolis Gouverneur
de Terni . Il fait voir
dans cet Ouvrage les dommages
que ces tremblemens ont
caufez , les Miffions , le Jubilé
, les Proceffions , & toutes
les autres devotions & les bonnes
oeuvres ordonnées & executé
s par fa Sainteté & par
tout le peuple , pour appaifer
la colere de Dieu . On y trouve
auffi les difcours prononcez
à cette occafion par le S.
Pere dans le Confiftoire & dans
la Chapelle Papale : & l'Auteur
rend compte des foins
Septembre 1797.
I
98 MERCURE
pleins de tendreffe avec lefquels
fa Sainteté & la Congregation
établie pour ce fujet
, ont pourveu au foulage
ment des lieux ruinez par cet
accident .
Ce Livre fait mention de
deux Edits du S. Pere publiez
-pendant le Jubilé qu'il avoit
accordé pour appaiſer la colere
de Dieu , l'un pour renouveller.
la défenſe faite aux femmes
par le feu Pape Innocent XI .
d'apprendre la Muſique & à
jouer des inftrumens d'aucuns
Maiftres Laïques ou Ecclefiaftiques
; & l'autre pour reformer
LYON
* 7893*
VALLE
GALANTE19
DELA
VILLE
le luxe du mefme fexe.
Il apprend une autre
conftance qui n'avoir pas efté
fque , c'eſt que dans le temps
du fecond tremblement de terre
, pendant que fa Sainteté
quittoit fes habits facerdotaux
dont elle eftoit alors revêtue
, parce qu'elle faifoit la
Benediction des Cierges , lors ,
dis - je , que le Pape quittoit fes
habits facerdotaux , pour aller
fuivi du facré College , dans
l'Eglife de faint Pierre , afin d'y
implorer le fecours des faints
Apoftres , il fe recommandoit
aux prieres des Cardinaux qui
I ij
100 MERCURE
s'approchoient de luy , & il les
exhortoit avec les fentimens
de la plus profonde humilité ,
à luy obtenir le pardon de fes
pechez qui avoient , difoit - il ,
ffort irrité le Seigneur
comme un autre David C'eft
moy,continuoit- il, qui ay peché,
c'eft moy qui ay commis l'iniquité;
quel mal ont fait ces pauvres
Brebis paroles , ajoute l'Auteur
, qui tirerent les larmes des
yeux de tous ceux qui les entendirent
. Lorfqu'il eftoit preft
d'entrer dans l'Eglife de faint
Pierre , quelques uns des Penitenciers
vinrent au devant
GALANT TOI
de luy & l'informerent de la
rude Secouffe qu'avoit reçeuë
le Dôme de cette Eglife , &
ils luy reprefenterent le peril
où il s'expofoit en y entrant ;
mais la crainte du danger ne
fûr pas capable de le retenir ,
lorfqu'il s'agiffoit du falut de
fon peuple ; & negligeant le
foin de fa propre vie , il s'avança
jufqu'au tombeau des
faints Apoftres où il fit une
priere des plus ardentes
au grand contentement de
tout le peuple qui eftoit prefent
& qui ne pouvoit affez
exprimer la confolation qu'il
Iiij
102 MERCURE
que
recevoit des marques de la
tendreffe vrayment paternelle
fa Sainteté faifoit paroître.
L'aprefdinée , le Pape revêtu
d'un fimple habit de laine ,
fes Gardes en figne de deuil ,
porrant leurs lances & leurs
épées la pointe en bas , & le
fon difcordant & lugubre des
trompettes & des tambours
répondant à la trifteffe de tout
le Cortege , fe rendit en carroffe
à l'Eglife de faint Clement
, où il mit pied à terre,
n'ayant point voulu à ſon paffage
eftre falué de l'artillerie
du Chafteau faint Ange felon
GALANT 103
la coûtume , & il alla delà à
faint Jean de Latran & dans
quelques autres Eglifes pour
implorer le fecours du Ciel .
La Mere Madelaine Brigalier
, Religieufe de l'Ordre de
Fontevrault , eft morte âgée
de 81. ans dans le Convent
des Filles Dieu de cette Ville ,
aprés avoir fanctifié la vie par
une folitude de 68. ans , eftant
entrée dans la Religion dés l'âge
de 13. ans & avoir confommé
le facrifice qu'elle avoit
fait à Dieu par la patience
qu'elle a témoignée dans les
maux dont elle a efté affligée
Iiiij
104 MERCURE
pendant plus de vingt années
avant fa mort. Elle avoit exercé
plufieurs emplois dans fon
Ordre qui luy avoient attiré
l'eftime & la confiance de fes
Superieures , & fur tout de
feuë M l'Abbeffe de Fontevrault
. Me Brigalier eftoit
foeur de feu M Brigalier
Confeiller de la Cour des Aydes
& pere de Me la Marquiſe
de Normanville
. Ce Magiftrat
a toûjours efté dans une grande
reputation
.
>
M Everardo Marquis de
Salviati , Envoyé Extraordinaire
de M' le Grand Duc de
•
GALANT 105 .
Tofcane à la Cour de France ,
eft mort il y a déja quelque
temps. Il eftoit en cette Cour
depuis douze ans , & s'y eftoit
acquis l'eftime de tous les honneftes
gens . Il a efté univer-
-fellement regretté ; ce Miniftre
eftoit d'une des plus grandes
Maifons de Florence , & il
avoit l'honneur d'eftre allié à
Monfieur le Grand Duc dont
il eftoit grand Veneur. Ce
Marquis qui avoit toûjours aimé
les belles Lettres , defcendoit
du celebre Jean Salviati
qui époufa en 1455. Lena ou
Magdalena de Gondi , & dont
106 MERCURE
fon fecond fils Alamanni de
Salviati fit la branche deSalviati
qui s'est établie à Florence , &
qui y a poffedé les principaux
emplois de cet Etat. Alamanni
de Salviati épousa Lucrece
Caponi , d'une famille tresconfiderable.
Lena de Gondi
fa mere, étoit fille de Simon de
Gondi Haut Prieur de l'Etat
de Florence. Il fut le premier
de fa Maiſon qui remplit cette
place , depuis que Simon fon
grand pere & fes deux grands
oncles Bellicozzo & jean eurent
renoncé au parti Gibellin
, pour embraſſer celuy des
GALANT 107
Guelphes
, & il fut trois
fois élevé à cette dignité. Il
eftoit fils aîné de Silveftre
de
Gondi , feptiéme
fils de Simon
de Gondi , le huitiéme
dans la
ligne directe
depuis Bellicozzo
qui vivoit en 1199. Ce Simon
renonça
luy & toute la Maifon
au party Gibellin
l'an 13 51.
Les actes qui furent
paſſez à
ce fujer fubfiftent
encore
aujourd'huy
. Il paroift
dans ces
il
actes , qu'aimant
la patrie ,
luy prefta huit mille florins
d'or , fomme
qui eftoit alors
confiderable
, & qui felon la
···ſupputation
de Jean Cervoni
108 MERCURE
& de Jules Perotti, deux celebres
Hiftoriens , fe montoit à
vingt cinq mille écus . Il poffedoit
de grands biens prés de
Valcava dans le Mugello; le Senateur
de Gondi & l'Abbé fon
frere qui a efté Ambaffadeur
en France , en joüiffent encore
aujourd'huy. La branche aîné
de la Maifon deSalviati eft ref
tée à Rome, & elle fubfifte en la
perfonne du Duc de Salviati ;
la branche qui eft établie à Florence
& qui y a produit plufieurs
Gonfaloniers , s'en fepara
environ l'an 1486. & ce fut
alors qu'Alamanni de Salviati
GALANT 109
époufa Lucrece Caponi. Alamanni
a procuré de grandes
alliances à fa famille du cofté
- de Lena de Gondi fa mere ,
outre celle de la Maifon de
Medicis. Il n'y a point de
O Maifons fouveraines dans l'Europe
, felon le
rapport de plufieurs
Hiftoriens, avec qui cette
alliance ne luy donne de l'affinité
; & M de Corbinelli
Auteur de l'Hiftoire genealogique
de la Maifon de Gondi ,
l'a prouvé dans deux tables
que l'on trouve à la page 77.
de cette hiftoire , & il a dit que
de Madelaine de Gondi & de
110 MERCURE
Jean de Salviati font fortis tous
les Princes de l'Europe chrétienne
qui vivent aujourd'huy.
Ainfi felon le témoignage de
cer Auteur , ce n'eft pas à la
feule Maifon de Gondi- Lefdiguieres
& de Retz que celle de
Salviati eftoit alliée , mais auffi
aux plus grandes Maifons de
l'Europe ; & pour le renfermer
dans la Tofcane , à celles de
Strozzi , de Gualfreducci , Dellapiarza
& de Philippi , qu'on
affure eftre toutes forties de
la mefme tige que celle de
Gondi .
>
Cette mort a efté faivie
GALANT III
de celle de Meflire Jean de
Freſnoy , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem,
Grand Prieur de Champagne,
Commandeur des Commanderies
de Sommereux , & de
Valeure. Son corps aprés avoir
efté embaumé , a cfté transferé
à Voulainne , où eft le
Château où refident les Grands:
Prieurs de Champagne. M
de Freſnoy eftoit âgé de 89 .
ans & il eftoit depuis un
grand nombre d'années Grand
Prieur de Champagne . Il étoit
fort eftimé , & avoit marqué
en plufieurs occafions un zele
>
•
112 MERCURE
extraordinaire pour l'honneur
& les interefts de fon Ordre.
Il avoit autrefois fervy fur
Mer avec diſtinction . Le Roy
luy donna des marques fingulieres
de l'eftime qu'il avoit
pour luy , lorfqu'il préta ferment
entre les mains de Sa
Majefté pour le Grand Prieuré
de Champagne . Il a laiſſé
plus de cent mille livres à
Ï'Ordre de Malthe , & il a
difpofé du quint fuivant l'ufage
de cet Ordre , en faveur
de M' le Marquis de Frefnoy
fon neveu , qui a époufé Mademoiſelle
de Colligny . La
GALANT 113
Maifon de Frefnoy eſt tresancienne
, & tres- illuftrée . Les
Alliances qu'elle a prifes dans
les meilleures Maifons du
Royaume, luy donnent d'ailleurs
un grand rang dans le
monde .
M' de Meneftrel , Prefident
au Grand Confeil , qui vient
de mourir dans un âge peu
avancé , & qui ne laiffe point
d'enfans , eftoit un modéle
achevé d'un Magiftrat appliqué
à fes devoirs , & la faveur
& les follicitations n'avoient
jamais fait fur luy aucune impreffion
. Il eftoit fort atta-
Septembre 1707. K
114 MERCURE
ché à ſon domeſtique , dont
il ne fortoit que pour des affaires
indifpenfables . Ce Prefident
avoit deux freres , dont
l'un a efté Colonel d'Infanterie
; & l'autre eft M de S. Germain
, qui a eſté Capitaine aux
Gardes. Il a fervy avec diftinction
, & il y a peu d'hommes
auffi bien faits que luy.
M' de Meneftrel avoit auffi
une foeur , qui a épouſé Mª le
Comte de Bezons Lieutenant
General des Armées du
Roy.
M' l'Abbé Allemanno Salviati,
Florentin, frere du Duc de
GALANT 1115
La
ce nom , a efté nommé Nonce
Extraordinaire
, pour porter en
France les Langes benits & les
autres prefens que le Pape envoye
à Monfeigneur le Duc
de Bretagne. M le Duc Salviati
, qui eſt établi à Rome, eſt
l'aîné de cette Maiſon .
branche qui eft à Florence ,
& dont je parle dans un autre
Article , fe fepara de cellecy
fur la fin du quinziéme
fiecle : elles viennent toutes
deux de Jean Salviati & de
Lena de Gondi. Jacques Salviati
, fils aîné de Jean , épouſa
en 1486. Lucrece de Medicis,
Kij
116 MERCURE
grand' Tante de Catherine de
Medicis, Reine de France . On
doit remarquer que du mariage
de Jean Salviati & de
Lena de Gondi , tous les Princes
de l'Europe qui vivent aujourd'huy
font fortis ; ce qui
fe prouve fuivant le rapport
de quelques Auteurs , par
Genealogies de toutes les
Maifons Souveraines . M'l'Abbé
Salviati joint à une naif
fance auffi illuftre , beaucoup
de merite & une grande reputation
d'efprit . Le Pape
qui le confidere beaucoup ,
l'a choifi preferablement
à
les
GALANTA 117
plufieurs Abbez de la Cour
Romaine , pour une Commiffion
fi honorable.
Le Pape a fait une promotion
de deux Cardinaux. Il a
declaré que Monfignor Josef
Vallemanni , fon Majordome,
& Archevêque
d'Athenes ,
cftoit celuy qu'il avoit reſervé
in petto , à la derniere Promotion
. M' Vallemanni eft âgé
d'environ 55. ans . Il eft Gentilhomme
Romain ; mais il eft
encore plus recommandable
par fa vertu & par la connoiffance
des affaires , qu'il a puifée.
dans une longue experience
118 MERCURE
que par la naiffance. Il a en
beaucoup de part à toutes les
affaires qui fe font paffées fous
ce Pontificat & fous le precedent
; & il a la reputation
d'eftre un grand Canonifte.
Le Secretariat de l'Immunité
,
dont il eftoit revêtu , eſt une
preuve de fa capacité . Il a
fait voir qu'il meritoit ce pofte
depuis peu , dans les démêlez
que le Pape a eus avec une
Cour voifine , par la vigueur
avec laquelle il a foûtenu les
droits du S. Siege. Monfignor
Vallemanni eftoit Maistre de
Chambre du Pape dans le
{
GALANT 119
temps de la derniere Promotion
, & on s'attendoit alors
de le voir honorer de la Pourpre
, puifque fa Dignité luy
donnoit un droit prefque afſuré
d'y aſpirer ; & comme
on ne croyoit pas qu'il fût
celuy que le Pape s'eftoit refervé
in petto , on fut fort furpris
à la Cour de Rome de le
voir oublié , fur tout lorfqu'on
vit Monfignor Fabiani ,
Secretaire de la Propaganda ,
( qui eft une Charge bien
moins importante que celle
de Secretaire de l'Immunité )
élevé au Cardinalat . Les amis
120 MERCURE
du nouveau Cardinal perdirent
même en quelque maniere
l'efperance qu'il fût jamais
revêtu de cette Dignité , lorfque
Sa Sainteté luy donna la
Charge de Majordome , qui
vaquoit par l'élevation de
Monfignor Aquaviva au Cardinalat
; cette Charge qui eft
la premiere de la Maiſon du
Pape , & qui a infpection fur
toutes les autres ,
que celuy qui en eft revêtu ,
aux Cardinaux. Cependant Sa
Sainteté vient de faire voir à
tout Rome qu'elle ne fçait pas
oublier le vray merite.
autres , égalant pref-
M'
GALANT 121
Mr Thomas Melland de
Tournon , Patriarche Titulaire
d'Antioche , Vicaire Apoftolique
, & Legat à latere en la
Chine , eft le fecond Cardinal
que S. S. vient de nommer. Il
eſt François d'origine , & Piemontois
de naiffance , & âgé
de 45. ans tout au plus. Če
nouveau Cardinal vint à Rome
y a quelques années , plutôt
par un motif de curiofité , que
par aucune veuë fur la fortune,
qu'il ne prevoyoit pas devoir
eftre fi rapide. Pendant le fcjour
qu'il fit à Rome, comme
fimple Abbé , il cut occafion
Septembre 1707.
il
L
122 MERCURE
de s'y faire des amis , qui le
prefenterent plufieurs fois au
Pape ; mais il n'y avoit aucune
apparence qu'il dût fortir
de l'état où il eftoit , puis
qu'il n'avoit jamais penfé à
entrer en Prelature , lorfque
Sa Sainteté l'envoya chercher,
pour luy dire qu'elle l'avoit
choifi pour l'envoyer en la
Chine , & pour y eftre por
teur de la Décifion fur les affaires
qui ont troublé depuis
quelques années l'Eglife de ce
grand Eftat. Le Pape luy donna
en même temps le caractere
d'Evêque , avec le titre de PaGALANT
133
triarche d'Antioche ; & deux
années enfuite , n'eftant encore
qu'à peine arrivé en la
Chine , Sa Sainteté l'a élevé
au Cardinalat. D'ailleurs on
peut concevoir de grandes
efperances de ce voyage . Dés
que cé Prelat fut arrivé à Canton
, fur les frontieres de la
Chine, au mois d'Avril 1705. il
écrivit aux PP. Jefuites de Pekin
de faire agréer à l'Empereur
de la Chine fon entrée dans
cet Empire ; ce que firent ces
Peres & par leurs foins ils
procurerent à Mile Patriarche
d'Antioche une reception con-
Lj
124 MERCURE
›
venable au caractere dont il
eft revêtu . Ce nouveau Cardinal
eft d'une ancienne Famille
de Piemont
qu'une
vieille Tradition dit eftre for- ·
tie de l'illuftre Maifon de
Tournon en France , qui produifit
un Cardinal fous François
I.
M' de Corbinelli , Gentilhomme
originaire de Florence
, & eftimé de tout le monde
pour fa probité , pour fon
efprit , & pour
& pour fon fçavoir,
vient de donner au public
Hiftoire Genealogique de la
Maifon de Gondi , en 2. Vol .
GALANT 125
in 4° . avec les preuves. Cette
illuftre Maiſon a pris fon origine
dans celle des Philippi ,
auffi ancienne que la Republique
de Florence. C'eſt le
fentiment des plus celebres
Ecrivains d'Italie. C'eft ainfi
que le penfent le Dante , Jean
Villani , Verinus , Maleſpini ,
Cervoni, Monaldi, & Perrotti .
L'Auteur ne commence l'ordre
des filiations qu'Abelli Cozzo,
qui vivoit en 1100. & qui
eftoit le feiziéme Ayeul en
ligne directe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere de Lefdiguieres.
Paul Mini , dit dans
L
iij
126 MERCURE
le Livre qu'il a écrit pour la
défenfe des Florentins , que ce
Bellicozzo poffedoit une Tour
dans la Ville de Florence avec
des Portiques , ou Loges ; privilege
qui n'apartenoit qu'aux
Maifons illuftres , qu'on appelloit
de igrandi. Cette Tour
a appartenu à la Maiſon de
Gondi pendant 270. ans ,
c'eft à dire , jufqu'à 1428 .
qu'elle paffa dans celle des
Strozzi. Gondo de Gondi eft
le cinquième dans la ligne directe
: fa pofterité n'a jamais.
manqué d'ajouter au nom de
Gondo le furnom de Gondi ; cet
GALANT 127
ufage eft venu des Romains ,
& marque la Maiſon : ainſi
Gondo de Gondi n'eft autre
- chofe
que Gondo , fils de Gondi.
Cette Maifon , outre la branche
qui eft en France , & qui
y a efté fi illuftrée , fubfifte à
Florence en la perfonne de
Ferdinand- Alexandre de Gondi
& de Charles Antoine de
Gondi. Le premier a cfté Gentilhomme
de la Chambre du
Prince de Toſcane , à préſent
grand Duc. Il vint en France
en / 1661 . en qualité d'Envoyé
Extraordinaire ; en 1687. il
époufa Octavia de Gondi , fille
Liiij
128 MERCURE
du Chevalier Frederic de Gondi
, & de Catherine de Medicis
; & par ce mariage , les
deux branches de Leonard &
de Silveftre , tous deux fils de
Simon de Gondi , le huitième
dans la ligne directe , fe réü
nirent. En 1688. il fut fait
grand Echanfon de la Princeffe
de Tofcane Yolande- Beatrix
de Baviere , foeur de feuë
Madame la Dauphine. En
1695. il fut fait Senateur de
Florence , & grand Maréchal
des Logis en 1696. Charles-
Antoine , Abbé de Gondi , fon
frere , eft Secretaire d'Eſtat du
*
GALANT 129
Grand Duc. Il nâquit en 1642 .
en 1671. le Grand Duc l'envoya
en France, avec la qualité
d'Envoyé ; il y a demeuré
dix ans. Il fut fait Secretaire
d'Eftat en 1682. & Confeiller
d'Eftat en 1688. Jean de
Gondi leur pere , a efté employé
dans les plus grandes
& les plus delicates Negociations
à la Cour de France , à
celles de Rome & de Venife,
& a efté revêtu des plus grandes
Dignitez de fon païs . L'Auteur
de cette Hiftoire, eft allié
à cette Maiſon . Antoine de
Gondi , l'onziéme dans la ligne
130 MERCURE
directe , époufa Madelaine de
Corbinelli dans le quinziéme
fiecle . La Maiſon de Corbinelli
a donné à la Republique
de Florence , depuis l'année
1286. jufqu'en 1530. dix
grands Gonfalonniers , quarante-
neuf hauts Prieurs , &
deux Senateurs . Elle a auffi
donné plufieurs Chevaliers à
l'Ordre de Malthe , & elle a
des alliances avec les plus illuftres
Maifons de Tofcane ;
& en France avec celles d'Iliers
& la Palu - Bouligneux.
Madelaine de Corbinelli a introduit
l'uſage dans les granGALANT
131
des familles de changer les
noms qu'on avoit receus au
Baptême. Antoine de Gondi ,
deuxième du nom fon fils,
2
avoit receu fur les Fonts Baptifmaux
le nom de Guidobal-
:
do ; & lorfque fon pere fut
mort en 1426. elle luy fit
prendre le nom d'Antoine ;
& dans la fuite Louis de Medicis
fon pere Jean eftant
mort ; quitta le nom de Louis ,
pour prendre celuy de Jean .
Ce Jean fut le pere de Cofme
de Medicis , premier Grand
Duc de Tofcane.
L'Auteur , qui donne lieu à
132 MERCURE
1 cet Article , eft fils de feu Raphaël
de Corbinelli , Secretaire
de Marie de Medicis , Reine de
France.Celui- ci étoit fils de Jacques
de Corbinelli , né à Florence,
& qui fe retira en France,
fous le Regne de Catherine
de Medicis . Cette Reine dont
il avoit l'honneur d'eftre allié,
le donna à fon fils , le Duc
d'Anjou , comme un homme
de belles Lettres , & il fuivit
ce Prince en Pologne , pour
l'entretenir dans le goût des
Sciences . Il luy lifoit tous les
jours, Polybe , & Tacite &
Davila dit , que lorsque ce
:
GALANT 133
Prince fut parvenu à la Couronne
de France , M' de Corbinelli
luy lifoit auffi tous les
jours les Difcours & le Prince
de Machiavel . Il fit un Recueil
des Maximes de Tite-
Live ; & on a inferé dans la
Preface de cet Quvrage une
Lettre de Jufte Lipfe , où il eſt
parlé d'un frere de M ' de Corbinelli
, qui perit malheureufement
à Florence , dans une
entrepriſe qui regardoit la Republique
. On confideroit à la
Cour, celuy dont je parle, comme
un homme du caractere
de ces anciens Romains , pleins
134 MERCURE
de droiture , & incapables de
la moindre lâcheté. Le Chancelier
de Lhofpital cut pour
luy une tendre amitié , il fit
même des Vers à fa loüange.
M' de Corbinelli " eftoit à un
tel point amy & Patron declaré
des gens de Lettres , que
n'eftant pas fort riche , il ne
laiffoit pas d'employer une
partie de fon bien à faire imprimer
leurs Ecrits . Ce fut
par fes foins que le Livre de
Dante,fur la Langue Italienne,
parut. Mais fon talent n'eftoit
pas borné aux exercices des
Mufes , il eftoit homme de
GALANT 135
4
Cabinet, & homme de valeur
& d'execution ; ce qui paroiſt
dans l'Hiftoire d'Henry IV.
de Pierre Matthieu . Quelques
autres Auteurs n'ont pas efté
tout à fait de ce fentiment.
Le petit fils de Jacques Corbinelly
, qui vient de donner
l'Hiftoire Genealogique de la
Maifon de Gondi , eft l'Auteur
d'un Extrait de tous les
beaux endroits des Ouvrages des
plus celebres Auteurs de ce temps.
Cet Ouvrage fut imprimé à
Amfterdam en 1681 .
La peine qu'il s'eft donnée
de reduire les anciens Hifto136
MERCURE
riens en Maximes , contribuera
à leur gloire & à l'inſtruction
du public
.
M' l'Abbé Perrochel de
Grandchamp , cy- devant Abbé
de Saint Crefpin le Grand, de
Soiffons , s'eft depuis peu défait
de la Dignité de Chantre de
l'Eglife de Noftre - Dame de
Paris , qu'il avoit euë aprés la
mort de feu M' Joly , & qu'il
n'accepta qu'à condition qu'il
quitteroit fon Abbaye , qui
fut donnée à M' Brunet , Adminiſtrateur
du Spirituel de la
Cure de S. Roch . M' l'Abbé
Perrochel eft neveu de feu M
GALANT 137
Pérrochel , Evêque de Boulogne
, & Superieur & Vifiteur
General des Carmelites de
France. Il a toûjours donné
de grandes marques de fon
détachement pour le monde,
& d'une fincere pieté .
M' le Cardinal de Noailles
qui connoit fon merite & fa
vertu , & qui le regarde comme
un modele achevé d'un parfait
Ecclefiaftique , a differé pendant
trois années entieres de
pourvoir à fon Canonicat
quoy que M' l'Abbé Perrochel
luy en eût donné la démiffion ;;
& S. E. ne s'eft enfin détermi-
M
Septembre 1707.
138 MERCURE
>
a écrit à S. E.
>
née à remplir cette Dignité ,
que fur ce que cet Abbé
qui eft à Bordeaux, occupé à
la vifite des Convens dont il
eft Directeur
qu'il ne rentreroit pas à Paris.
avant que cette Dignité fûr
remplie. Enfin S. E. preffée
par les vives inftances de M
Perrochel , a nommé M' l'Abbé
de Gontaut , fon parent ,.
pour remplir la place de Chantre
de l'Eglife de Paris . Cet
Abbé a long- temps porté les
Armes , & à fervy dans la Cavalerie
& dans les Carabiniers,
pendant que M' le Maréchal
GALANT 139 .
de Noailles commandoit les
Armées du Roy en Catalogne,
& fous M de Vendôme , qui
a commandé en ce païs - là
aprés ce Maréchal . Il y a environ
dix ans que M' de Gontaut
a embraffé l'état Ecclefiaftique
, & il s'y eft acquis
tant de réputation , que S. E.
. l'a nommé Superieur des Hermites
du Mont Valerien
dont il a remplý la place
aprés M Mador , Evêque du
Bellay , il a auffi celle de Superieur
des Urfulines d'Argenteüil
. Il a beaucoup de talent
pour la Direction & pour la
M.ij
140 MERCURE
7
Chaire , qu'il a exercé dans
plufieurs Eglifes de cette Ville ;
& fur tout dans celle de Saint
Jacques de la Boucherie . La
branche de la Maifon dont il
eft , eft celle des Comtes de
Cabreres , établie en Quercy..
Elle fe fepara dans le quatorziême
fiecle de la Maiſon de
Gontaut - Biron , fi celebre par
les grands Hommes qu'elle a
donnez à la France , & principalement
par le fameux Armand
de Gontaut , Baron de Biron,
Maréchal de France , & Grand
Maiſtre de l'Artillerie , qui fignala
en tant d'occafions fon
GALANT 141.
courage pour le fervice de l'Etat
durant les Regnes d'Henry
III . & d'Henry
IV . & qui per
dit enfin la vie au Siege d'Epernay,
où il fut tué d'un coup de
Fauconneau
. Il eftoit pere du
fecond Maréchal
de Biron, qui
fut fait Duc & Pair & Amiral
de France , & Gouverneur
de
Bourgogne
.
Il y a encore plufieurs branches
de la Maifon de Gontaut-
Biron ; fçavoir celle des Barons
d'Arraux , établie en Bearn ;
& celles de S. Blancart & de
Lanzac , qui fubfiftent encore
aujourd'huy en Quercy. Les
142 MERCURE
branches de Salignac , & de
S. Geniez font éteintes : Cellecy
eft finie dans la Maiſon de
Navailles , par la mere du Maréchal
de France de ce nom .
Je paffe à l'article d'Espagne ,
& ce que vous allez lire vous
apprendra la fuite de ce qui
s'eſt paffé depuis ma derniere
Lettre , dans les Royaumes de
Valence & d'Aragon , & dans
l'armée de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans. Les Miquelets
rebelles, à qui la levée du
fiege de Denia avoit fait reprendre
les armes , font entierement
foûmis , & la tranquilCALANT
143
lité qui regne dans ce Royaume,
où la divifion ne fubfifte
plus que dans deux Places
dont l'une ne tiendroit pas
long - temps , fi les Alliez n'y
avoient point de troupes. C'eſt
de la fidelle Ville d'Alicante ,
dont je veux parler , dont on
ne peut douter de la fidclité
des habitans pour Philippe V.
leur legitime Souverain , puis
qu'à peine eurent - ils connu.
qu'ils ne pourroient refifter
aux armes des Alliez qui s'approchoient
de leur Place , qu'elle
demeura prefque deferte , la
plus grande partie de ſes habi144
MERCURE
tans ayant mieux aimé abandonner
leurs maifons & leurs
biens , que de reconnoiſtre un
autre Souverain .
Quant aux Miquelets, dont
je viens de parler , comme ces
fortes de gens aiment toûjours
beaucoup mieux la guerre que
la paix , parce qu'ils profitent
toûjours,lorfque le defordre regne
, la levée du fiege de Denia
avoit fait reprendre les armes.
aux plus mutins ; mais plufieurs
ayant eſté attaquez & pris les
armes à la main , il fut jugé que
fiaprés cette récidive, on ne faifoit
une juſtice exemplaire , &
qui
GALANT 145
qui puft intimider tous ceux qui
avoient repris les armes , le calme
ne regneroit jamais dans le
Royaume de Valence . Cette
refolution auffi falutaire que
neceffaire & importante , ayant
efté prife , on crut devoir paffer
à l'execution pour rétablir la
tranquilité dans tout le Royaume
, & quantité de Miquelets
ayant efté pris les armes à la
main , on en fit pendre centdix.
Cette jufte feverité a produit
l'effet que l'on s'en eftoit
propofé,puifqu'aufſi toſtaprés,
quatre Compagnies de Miquelets
, rendirent les armes à M
Septembre 1707. N
146 MERCURE
de Pozzoblanco , qui leur fit
grace, & fi la juftice que l'on venoit
de faire en puniffant leurs
Camarades qui n'en avoient pas
ufé de même , la clemence dont
on a ufé envers ceux qui fe
font foûmis , a efté cauſe que
beaucoup d'autres ont fuivi
leur exemple , & quela tranquilité
regne dans le Royaume ;
ce qui fait voir que la feverité
& la clemence font neceffaires ,
& qu'elles produifent de bons
effets , lorfque l'on s'en fert à
propos. Cette feverité eft caufe
que ceux des habitans de Valence
qui confervoient un coeur
rebelle , ne feront plus deforGALANT
147
S
mais en pouvoir de donner des
marques de leur rebellion. D'abord
que cette Ville fut rentrée
fous l'obéiffance de fon
veritable Souverain , il fut ordonné
que tous les habitans
porteroient leurs armes aux
lieux où on leur marqua.
Cependant il s'en trouva plufieurs
, qui loin d'obeïr à cet ordre
, cacherent avec grand foin
les armes qu'ils avoient en leurs
maifons . Les chofes en demeu- -
rent- là , & ces infidelles Sujets
crurent que l'on ne feroit plus
de recherche. En effet , on a cfté
long temps fans rien dire à per-
Nij
148 MERCURE
fonne ; mais aprés avoir profitéde
ce temps pour découvrir ce
qu'on vouloit fçavoir, on eft demeuré
perfuadé que plufieurs
habitans devoient avoir gardé
des armes , & l'on refolut de
faire une recherche generale.
On alla d'abord chez un Libraire
, dont la conduite eftoit
fufpecte , & on ne ſe trompa
pas ; on luy trouva des armes ,
& il fut auffi toft pendu . Cette
mort a fauvé la vie à un grand
nombre d'habitans , puifque
pendant la nuit qui a fuivi l'execution
du Libraire , on a jetté
environ cinq mille armes dans
les rues de Valence . Cette quanGALANI
149
tité d'armes , jointe au grand
nombre de celles qui avoient
cfté portées à l'Hoftel de Ville
dans les temps marquez , ayant
fait juger que s'il en reftoit dans
Valence , le nombre n'en pouvoit
cftre que fort petit , & qu'il
n'i avoit rien à en craindre ,on a
trouvé à propos de ne pas continuer
les recherches commencées
, afin de ne chagriner perfonne
, de maniere que la Ville
de Valence eſt prefentement
dans une grande tranquilité ,
& felon toutes apparences ,
cette tranquilité doit eftre durable
, les Rebelles eftant con-
N iij
150 MERCUR
E
vaincus que la plus courte rebellion
eft la meilleure , puifque
l'on a toûjours remarqué que
le temps la fait fuccomber , &
qu les Rebelles qui ne fe font
pas foûmis , ont efté punis.
A l'égard du Royaume d'Ar
ragon , dont toutes les places
font prefentement ſoûmiſes à
Philippe V. huit ou dix habitans
de Sarragoffe , capitale de
ce Royaume , ayant parlé avec
une infolence capable de caufer
de nouveaux foûlevemens ,
& ayant fait craindre que leur
mauvaiſe intention n'en demeuraft
pas là , on crut qu'une
GALANT
151 .
prompte punition de ces Rebelles
feroit un grand bien ,
& qu'en les faifant pendre ,
on empêcheroit
de nouveaux
troubles qui auroient pû faire
perdre la vie a beaucoup d'autres.
La mort de ces dix Rebelles
a remis le calme dans Sarra.
goffe , qui jouit auffi prefentement
d'une tranquilité parfaite,
ainfi que tout le Royaume . Il
n'en eft pas de même de la Principauté
de Catalogne , que la
Rebellion acheve de ruiner , &
qui ne peut jouir d'aucun repos
avant que de s'eftre entierement
remife fous l'obciffance
N iiij
152 MERCURE
' de fon Icgitime Souverain ;
mais il eft des fautes que l'on
ne repare pas auffi toft que l'on
voudroit , & qui font fouffrir
long temps. Il y a lieu de croire
que la plufpart des habitans
de cette Province fe repentent
prefentement de leur rebellion
& qu'ils font perfuadez , comme
dit le Proverbe , que les
plus courtes foliesfont toujours les
meilleures ; mais le Ciel permet
que ces peuples fouffrent pour
leur faire mieux fentir la faute
qu'ils ont faite , & que les armées
des deux partis couvrent
tout leur Pays , & qu'elles y viGALANT
153
vent à difcretion . Ils doivent
fouhaiter que S. A. R. oblige
bien - toft les Alliez à fe retirer
de chez eux , puifque tout leur
repos dépend des avantages que
ce Prince remportera fur les
Alliez . S'il les remet fous la
puiffance de Philippes V. &
qu'ils contribuent à ce retour
ce Monarque les regardera toûjours
comme fes Sujets , & ne
Jaiſfera pas malgré leur rebellion
, d'avoir plus d'égards pour
eux , que ceux qui ne les regardant
que comme des peuples
conquis & infidelles , s'en défieront
toûjours , & craindront
154 MERCUR
R
que le repentir ne leur faffe implorer
la clemence de leur veritable
Souverain
, qu'ils ne manqueroient
pas d'obtenir , les
Sujets eftant regardez de leurs
Souverains
comme des enfans
à qui l'on pardonne toûjours .
Les Alliez n'en uferont pas
de même ; ils tireront de chez
cux tout ce qu'ils pourront
, &
ils les accableront
toûjours de
troupes , fçachant bien qu'ils
n'y a point d'autres moyens.
pour conferver feurement
un
Peuple conquis . Celuy de Catalogne
deviendra
heureux aprés
tant de malheurs , ſi S.
GALANT 155
A. R. les remet bientoft fous
l'obéïffance de leur legitime
Maiftre , puifqu'il ne peut que
par ce moyen feul voir hors
de fes Terres toutes les Troupes
qui y vivent à difcretion.
Ce Prince eft fur le point d'ou
vrir la Campagne d'Autonne ,
& elle fera ouverte avant que
vous receviez ma Lettre , puifqu'il
aura reçû toutes les chofes
neceffaires pour la commencer
; & il y a lieu de tout
efperer de fa vigilance , de fon
activité & de fa valeur . Il auroit
pû s'aller repofer en attendant
l'ouverture de cette
156 MERCURE
Campagne d'Autonne ; mais
il a cru que s'il ne quittoit point
fon Armée , tout en roit
mieux , & qu'elle recevroit
pluftoft toutes les choſes dont
elle avoit befoin
. Il y a apparence
que la Campagne qui va
commencer luy fera glorieufe ,
& ce Prince vient de l'ouvrir
par une action qui luy a fait
beaucoup d'honneur parmy les
Troupes , & parmy ceux qui
fçavent le mêtier de la guerre.
On en peut juger par la
lecture de la Relation qui fuit.
Elle vient d'un Officier qui s'eft
trouvé dans l'affaire dont il
GALANT 157
rapporte
le détail
.
Du Camp de Balaguer le
27. Aouft.
Le 22. du courant , Son Alteffe
Royale réfolut de faire faire
un fourrage general par les fept
Regiments de Dragons qui font
en ce quartier ; & comme il fe
devoit faire à une lieuë du Camp
des Ennemis , Elle ordonna que
les Dragons fe tiendroient prefts
le Mardy 23. à la petite pointe
du jour , & qu'ils porteroient.
leurs armes. S. A. R. jugeant
que la proximité des Ennemis
158 MERCURE
ن م
pourroit donner occafion à quelque
affaire , monta à cheval à quatre
heures demie du matin , &
s'avança avec tous les Dragons
à l'exception de ceux qui estoient
reftez à la garde du Camp &
des Etendars , entre les Villages
de Belcaire & de où
Mrde Silly qui commandoit trois
Efcadrons de notre Avant-garde,
aperçut les Ennemis qu'il fit reconnoiftre
au nombre de 13. Efcadrons
, dont il envoya donner
avis à S. A. R. qui luy ordonna
de s'approcher d'eux fans fe
trop engager. Il remarqua qu'ils
faifoient une manoeuvre pour l'
atGALANT
159
tirer à
eux ,
ce qui le fit juger
qu'ils eftoient foutenus , & effectivement
deux Dragons qui nous
avoient deferté la nuit , avoient
averty Mylord Galoway de l'ordre
qui avoit efté donné le foir.
Cependant , jugeant par leur fituation
& par leur contenance
qu'il auroit le temps de les pouvoir
charger , il en donna avis
à S. A. R. qui luy envoya à
toutes jambes 4. Efcadrons de
Bouville & de Courtebonne,fous
les ordres de Mr d'Offerville.
Lorſqu'ils furent à la portée du
piftolet , les Ennemis ayant aperçi
le reste de nos Troupes qui
160 MERCURE
de con
>
les
fortoient de derriere un rideau
voulurent faire un quart
verfion pour fe retirer ; mais nos
7. Efcadrons profiterent ſi à propos
de ce mouvement , que fans
tirer un coup , ils tomberent fur
eux le fabre à la main ,
mirent entierement en deroute ,
fans beaucoup de refiftance ; Mr
d'Offeville s'eftant debandé fur
eux avec fes 4. Efcadrons , les
pouffa affez loin , en tuant &
faifant des prifonniers. S. A. R.
luy ayant envoyé ordre de s'arreter
, il rallia fes Troupes , &
il apperçut 38. ou 40. Efcadrons
des Ennemis rangez en bataille
GALANT 161
de lieuë de luy. à un bon
quart
S. A. R. venoit d'en eftre averque
l'on fit
tie par un Officier prifonnier , ce
qui luy fit prendre le party de
faire faire la retraite
en fort bon ordre , ayant fait
prendre les devants aux prifonniers
, dont plufieurs qui n'alloient
pas affez vifte au gré de nos foldats
, eurent lieu de s'en repentir.
Comme les Ennemis qui nous
pourſuivoient , avoient plus de
so . Efcadrons. S. A. R. envoya
icy ordre à la Brigade d'Orleans
Infanterie , de paffer le pont
pour s'avancer derriere une hauteur
où eft noftre Grande Garde,
Septembre 1707.
162 MERCURE
de
à une petite demi-lieuë de nous .
Les Ennemis , qui apparemment
fe douterent de la chofe , nous
voyant faire halte fur cette hauteur
, ne jugerent pas à propos
paffer outre, & ils s'en retournerent
aprés avoir fait deux lieuës
de chemin. On fait état qu'ils
ont perdu 3.00 .
hommes
, parmy
lefquels font 12. Officiers . Fay
compté parmy les prisonniers ss .
foldats bleffez., & 53. qui ne
l'eftoient pas ; & parmy ceux
des Officiers bleffez , il s'eft trou
vé un Lieutenant Colonel dans
les Troupes de Hollande , bleffé à
la tefte d'un coup de fabre. Pen-
A
GALANT 163
ح و
efté
de cadant
le refte du jour , on amena
quelqu'autres prifonniers . De
noftre cofté , Mr de Chafel , Maréchal
des Logis de l'Armée a
bleffé au poignet d'un coup
rabine avant le choc , & deux
Dragons , l'un d'un coup au travers
du corps , & l'autre à l'épaule.
On ne fait mention d'aucun
mort , & certainement les
Ennemis ne fe défendirent pas .
On leur a pris 250. chevaux en
fort mauvais état , ce qui nous
fait juger que leur Cavalerie
fouffre. Les deferteurs venus depuis
, difent qu'ils tiennent leurs
chevaux fellez toutes les - nuits
O ij
164 MERCURE
depuis ce jour- là , crainte de furprife.
S. A. R. toûjours attentive
à tout ce qui peut contribuer
à la gloire des armes du
Roy, marcha le 3. de ce mois
à quatre heures du matin avec
55. Efcadrons & 17. Bataillons
dans le deffein de combattre
les Ennemis qui eftoient
poftez à quatre lieuës de fon
Camp proche de Lerida ; mais
deux deferteurs ayant quitté
ce Camp pour aller avertir les
Ennemis de cette marche , ils .
fe retirerent avec beaucoup de
precipitation ; de maniere que
GALANT 165
n'ayant pû cftre joints , il n'y
cut aucune action. S. A. R.
les pourfuivit pendant quatre
lieuës ; mais ils gagnerent les
montagnes , & fe retirerent
du cofté de Barcelone , ayant
fait huit lieuës de chemin
dont leurs Troupes furent
fort fatiguées. Ils ont laiffé
dans leur Camp ; deux cens
boeufs , avec quantité de bled
& de fourrage. La vivacité
de ce Prince qui ne leur donne
aucun repos , les fatigue
beaucoup , & fa vigilance qui
les tient toûjours alertes , leur
caufe de continuelles inquie166
MERCURE
tudes. Les foins que prend
tous les jours ce Prince font
incroyables . Ils fe répandent
fur tout ce qui peut contribuer
aux fuccés des entreprifes
qu'il fe propofe. Il n'y a
quoy il ne faffe atten- rien à
tion ; il entre dans tous les détails
; il voit tout par luy- même
; il pourvoit à tout autant
qu'il luy eft poffible , & n'êtant
pas moins le Pere des
Troupes que le General , il y
a lieu de croire que dans les
occafions les plus perilleufes ,
elles ne le fuivront pas moins
par devoir que par inclination .
*
GALANT 167
Ceux qui avoient écrit qu'il
ne reftoit plus à prendre que
Denia & Alicante dans le
Royaume de Valence, s'étoient
trompez , puiſque les Villes de
Boucairent & Concentaine
eftoient encore fous la puiffance
des Alliez. Elles viennent
toutes deux d'eftre emportées
par M de Mahony.
La premiere avoit merité d'être
pillée à caufe de fa refiftance
; mais elle s'eft garantie du
pillage en donnant quarante
mille écus.
L'article que vous allez lire
, & dont je continue à vous
168 MERCURE
envoyer la fuite tous les mois ,
doit faire connoiftre que le
commerce continue d'aller fort
bien , mefme avec ceux que la
politique pluftoft que la juftice
a rendu nos Ennemis .
BORDEAUX ET BLAYE.
Vaiffeaux & Barques defcenduës
pandant Juidet.
Ily avoit à deſcendre au dernierJuin.
Barques de Sel , 59
Vaiffeaux François ,
112
171
ETRANGERS ,
GALANT 169
ETRANGERS .
Danois ,
Ecoffois ,
Hollandois ,
Efpagnol ,
Holſtein ,
Irlandois
,
Sucdois ,
S
2
36
I
I
I
3
49
220
VAISSEAUX
Barques montées pendant
le mois de fuillet.
Barques de Sel , 27
Vaiffeaux François , 46
73
Septembre 1707.
P
170 MERCURE
ETRANGERS.
Bremois ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Lubecquois ',
13
86
8
I
2
VAISSEAU X.
Barques defcenduës pendan
le mefme mois.
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
32
46
78
ETRANGERS
Bremois ,
Ecoffois ,
I
2
GALANT 171
Danois ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Suedois ,
4
21
I
Vaiffeaux de montez ,
Vaiffeaux defcendus ,
Refte au Ports ,
31
109
306
109
SÇAVOIR :
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
197
34
II2
166
ETRANGERS .
Danois ,
Pij
172 MERCURE
Espagnol ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Lubecquois ,
Suedois ,
31
197
23
I
>
Il paroît un Livre qui a
pour titre Lettres de Mr G.
Defnouës , Profeffeur d'Anatomie
& de Chirurgie , dans l'Academie
de Boulogne ; de
M Guillelmini , Profeffeur de
Medecine à Padoüe de l'Academie
Royale des Sciences , جوف
GALANT 173
quelques Sçavans , fur differen
tes nouvelles découvertes à Rome
en 1706. M' Defnouës , Chirurgien
François , fe plaint
dans fa Lettre que M' l'Abbé
Zumbo , Sicilien , de la mort
duquel il eft parlé dans l'Hiftoire
de l'Academie des Sciences
de l'année 1701. s'eft attribué
un Secret auquel il n'avoit
aucune part , que celle
d'y avoir travaillé fous M
Defnouës. Celuy- cy qui en
eft le veritable Inventeur ,
doit bien- toft arriver en cette
Ville , où il donnera des preuyes
certaines du droit qu'il a
Piij
174 MERCURE
fur cette découverte . Elle
confifte dans l'utile fecret de
preparer anatomiquement les
corps , pour en faire enfuite
les figures en relief avec la
cire , d'une maniere
qui exprime
la fituation
& la proportion
de toutes les parties
du corps , juſqu'aux
plus pctites.
L'Abbé
Sicilien avoit
efté employé
comme
un Ouvrier
adroit par M ' Defnouës
;
& on pretend
que ſe ſervant
des lumieres
de ce fçavant
Profeffeur
, il prepara anatomiquement
une tête qu'il apporta
en cette Ville , où il im-
4
GALANT
175
pofa fans peine à M" de l'Academie
, qui ne foupçonnant
rien de fa rufe , luy donnerent
toute la gloire d'une fi
belle découverte , M' Def
nouës aportera en venant icy ,
deux corps parfaitement bien
preparez l'un eft celuy d'une
femme morte dans les douleurs
de l'enfantement , la
tête de l'enfant plus groffe
qu'à l'ordinaire , n'ayant pû
paffer. Le Chirurgien François
a parfaitement bien reprefenté
la mere & l'enfant dans cet
eftat douloureux . Avec ce
Secret il ne fera plus necef-
Piij
176 MERCURE
faire de faire fur des cadavres
difficiles à trouver , & horribles
à voir , une eftude dégoûtante
de l'Anatomie. M
D noues qui n'eſt point jaloux
de fon Secret , découvre
dans fa troifiéme Lettre , fa
maniere d'operer. Avant de
faire les injections de cire dans
les veines & dans les arteres ,
il y feringue l'efprit de vin
alcoholifé , qu'il colore avec
un beau Cinabre naturel ,
broyé foigneufement fur le
Porphyre ; & il reconnoît
de bonne foy que M' Swammerdam
eft le premier Auteur
GALANT 177
de ces Injections , & que pour
luy il n'a fait que perfectionner
cette invention , en faifant
paffer auparavant l'efprit
de vin coloré.
M' Azevedo , Medecin de
Seville , & Docteur de Montpellier
, Aggregé à la Faculté
de Paris , prononça à l'ouverture
des Etudes de la Faculté
de Paris , un Difcours Latin,
qui receut de grands applaudiffemens.
A la verité le fujet
les meritoit encore plus que
l'élegance du ftile . Le Medecin
Efpagnol a prouvé , que
veritable Medecine doit plus à
la
178 MERCURE
l'experience qu'aux raisonnemens,
& qu'elle fe perfectionne plus
par la pratique que par les fyfte
dont lenombreendécouvreد
affez l'incertitude & l'inutilité.
M Azevedo fit voir que la
Medecine confiftoit à difcerner
les fymptomes bizarres
des maladies fouvent compliquées
, la vertu des Remedes ,
leur proportion aux difpofitions
perfonnelles & preffantes
du malade , & le moment de
les appliquer utilement
feule pratique peut donner
cette connoiffance. Il peignit
enfuite agreablement l'embar-
;
la
GALANT 179
ras d'un Medecin à fyfteme ,
qui au fortir de fon Cabinet,
fe trouve dans un païs incon-
& qui ne voit gueres de
nu ,
malades dont les accidens reffemblent
aux idées generales
qu'il s'eft formées.
M' Azevedo finit ce Difcours
par un éloge de M ' Fagon
, qui fut trouvé tres - delicat
.
Le merite de M ' Azevedo
eſt connu en cette Ville il y
a déja long- temps . Il y profeffe
la Medecine depuis quelques
années
& il s'y eft acquis
une grande reputarion.
180 MERCURE
Un illuftre Auteur , qui ne
veut pas eftre nommé , mais
qui fe fera connoiftre au public
quand il en fera temps,
a deffein de donner une nouvelle
Edition de l'Anthologie
des Epigrammes Grecques. S'il y
a quelque homme de Lettres
qui le veuille aider à rendre
cette Edition meilleure , il le
pourra faire
>
en s'adreffant
ou au Libraire Henry Schelte,
d'Amfterdam
ou à M' le
Clerc , qui demeure 'dans la
même Ville celuy qui s'eft
chargé de cette Edition aura
GALANT 181
Un
beaucoup d'égard & de reconnoiffance
pour les avis &
les fecours qu'on luy fournira,
& il en fera honneur à ceux
qui luy en donneront , s'ils
veulent eftre nommez.
Exemplaire bien relié , fera
la moindre chofe qu'il of
frira à ceux qui auront fourny
des fecours un peu confiderables
. L'Edition fera in
folio , & de la grandeur des
Oeuvres de Grotius , de l'Edition
d'Amfterdam.
Perfonne n'ignore que M
de Longepierre a traduit en
François , d'une maniere tres182
MERCURE
naturelle , plufieurs des Epigrammes
qui compofent ce
Recueil , dans fes doctes Remarques
fur les Ydilles de
Theocrite. Grotius a aufli traduit
tout le Recueil en autant
de Vers qu'il y en a dans l'Original
, qu'il égale tres -fouvent
, & qu'il furpaffe même
quelquefois , felon le jugement
des Connoiffeurs. A l'égard
des Additions , qu'il n'a pas
traduites , parce qu'il ne les
avoit pas , on les mettra en
Profe , de même qu'un endroit
de l'Edition d'Eftienne , qu'il
n'a pû traduire.
GALANT # 183
•
M' Petroni, Comte de Caldana,
Italien , fit imprimer il y
a quelques années à Venife ,
un Poëme heroïque Latin en
douze Livres , intitulé Clovis,
ou Clodias. Il décrit dans cet
Ouvrage les actions remarquables
des Rois de France ,
& fur tout celles de Louis le
Grand , à qui ce Comte avoit
dedié fon Poëme .
Il en envoya quelques Exemplaires
en France , & le Roy
ayant veu cet ouvrage , honora
M' Petroni d'une Lettre
qui marque l'eftime que Sa
Majefté faifoit de fon travail
184 MERCURE
& de fon zele .
M' Petroni charmé des bontez
de Sa Majefté , & defirant
avoir l'honneur de voir le Monarque
dont il avoit chanté
les actions & les vertus heroïques
, fur
le rapport
de la Renommée
, cft venu
depuis
peu
en France
. Il a efté
preſenté
à Sa Majefté
, qui
continuant
de
marquer
l'eftime
qu'elle
fait
du vray
merite
, a donné à cet
Auteur
une
Medaille
d'or
d'un
prix
tres
confiderable
. La face
droite
repreſente
le Buſte
du Roy
, & l'on
voit dans
le revers
, ceux
de MonGALANT
185
feigneur le Dauphin , de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, de Monfeigneur le Duc
d'Anjou , aujourd'huy Philippe
V. Roy d'Espagne , &
de Monfeigneur le Duc de
Berry , qui compoſent la Famille
Royale . Cette Medaille
qui a efté gravée par le fieur
Rouffel , & frappée à la Monnoye
des Medailles , eft accompagnée
d'une grande chaî
ne d'or.
M' Petroni eft de la noble
& ancienne famille des Petrones
qui a donné plufieurs
grands Hommes à la Repu-
Septembre 1707. e
›
186 MERCURE
blique Romaine , & enfuite
des Empereurs ; fçavoir Vefpafien
& Tite. Cette famille,
quoy que fort ancienne , eft
encore fort connue à Rome,
à Sienne , à Boulogne , & en
Toſcane , où cft le Comte de
Caldana , dont M' Petroni
porte le nom . Lors que la
Maifon de Medicis devint
Souveraine , la branche des
Petroni , qui eftoit établie en
Tofcane , fe retira fur les Terres
de l'Etat de Venife ; où
elle a toûjours efté fort confiderée
, & diftinguée par plufieurs
Emplois. Il y a eu un
GALANT 187
avec
,
Nicolas Petroni , oncle de celuy
qui fait le fujet de cet Article
, qui aprés avoir enſeigné
applaudiffement dans l'Univerfité
de Padouë , à l'âge
de dix- neuf ans fut dans
la fuite Nonce Extraordinaire
de Sa Sainteté prés du Grand
Duc de Tofcane ; & enfin
Evêque de Parenzo. Ce Prélat
ayant conçû de grandes
efperances de l'efprit de fon
neveu , & de fon application
à l'eftude , avoit voulu luy
faire embraffer l'eftat Ecclefiaftique
; mais eftant reſté ſeul
de toute fa famille dans l'Eſtat
188 MERCURE
de Venife , fes parens l'enga
gerent à fe marier , afin qu'un
beau nom ne perît point.
Il époufa une fille de la noble
Famille des Rigori , dont il a
eu fept enfans ; entr'autres
deux filles , qui font mariées
à Meffieurs de Marini , auffi
d'unc noble Famille Venitienne
; & aprés la mort de
fa femme , fe fentant appellé
à l'eftat Ecclefiaftique
و
il a
fuivy les mouvemens de la
grace , & il a pris l'Ordre de
Prêtrife.
En vous parlant dans ma
derniere Lettre du Canonicat
CALANT 189
& Doyenné de S. Sauveur de
Merz , je vous ay dit qu'il avoit
efté donné à M' l'Abbé
Barbet ; mais ceux
qui
m'ont envoyé ce Memoire ,
s'eftoient trompez , puifque
celuy qui eft pourvû de ce Benefice
fe nomme Rabet. Il eft
d'une famille auffi illuftre qu*-
ancienne , puifqu'il eft arriere
petit fils de M Claude Rabet
S' de Chandres, qui eftoit Confeiller
d'Etat en 1624. & qu'il
a auffi l'honneur d'eftre de la
famille de M's d'Aligre , dont
il y a aujourd'huy un Prefident
à Mortier. Je dois ajoû
190 MERCURE
ter à cet article que tous les
Anceftres de cet Abbé , ong
rendu à la Couronne des fervices
tres - importans , ce qui
fait voir que le Roy ne répand
fes graces que fur des fujets
qui le meritent.
Il s'eft auffi gliffe au commencement
de cette Lettre ,
un nom pour un autre , &
dans l'article où je vous parle
de la promotion de deux
nouveaux Cardinaux , il y a
Fabiani , au lieu de Fabroni.
M'
d'Armenonville ayant
fait de grands embelliſſemens
au Bois de Boulogne , depuis
GALANT 191
qu'il en eft Capitaine , & ayant
auffi rendu le Chafteau de la
Meutte , qui luy fert de logement
en cette qualité , une
des plus agreables Maiſons des
environs de Paris , & Monſeigneur
le Duc & Madame la
Ducheffe de
Bourgogne en
ayant oui parler comme d'un
dieu qui meritoit d'eftre veu ,
refolurent d'y aller fans en avertir
M'd'Armenonville , qui
de fon coſté fe doutoit qu'il
auroit un jour l'honneur
de
recevoir cette auguſte Compagnie
dans cette agreable
Mailon . Il nefe
trompoit pas ,
192
M
CURE
& ayant fçû qu'elle eftoit en
chemin pour s'y rendre , il alla
la recevoir à la porte du Parc
appellée la porte verte . adame
la Ducheffe de Bourgogne
fe promena long- temps dans
ce Parc , en habit d'Amazo
ne , accompagnée d'une vingtaine
de Dames , dont les plus
jeunes cftoient auffi vêtues en
Amazones , & l'on fe rendit
enfuite au Chateau de la
Meutte , d'affez bonne heure
pour en voir les Apartemens .
M & M d'Armenonville ,
pour répondre à l'honneur
qu'ils recevoient , trouverent
le
GALANT 193
le
"
moyen , malgré la brieveté
du temps , de faire preparer
un magnifique
Ambigu
dont la delicateffe
des Mets ,
& la beauté
des Fruits
, repondoient
à leurs foins , & à l'ardent
defir qu'ils avoient
que
ce répas pult eftre digne des
auguftes
perfonnes
, pour lefquelles
ils l'avoient
fait preparer.
Comme
ils n'avoient
pas
preveu que la Compagnie
duft
eftre fi nombreuſe
, la table
n'eftoit
que de quinze couverts.
Il y avoit une feconde
table pour les - Seigneurs
qui
acompagnoient
Monfeigneur
Septembre
1707.
R
194 MERCURE
le Duc de Bourgogne , & comme
toutes les Dames ne purent
trouver place à la permiere
table , il y en eut plufieurs
qui fe placerent à la feconde
, ce qui fut cauſe que
beaucoup d'Officiers n'i purent
avoir place , & M' d'Armenonville
s'en eſtant aperçu , il
en fit fervir une troifiéme dans
fon Cabinet . Comme il fallut
employer un peu de temps à
preparer ces tables , les hautbois
jouerent pendant cet intervalle
, durant lequel Madame
la Ducheſſe de Bourgogne,
danfa avec les jeunes Dames
GALANT 195
de fa fuite. On fe mit à table
à 8. heures ; Monſeigneur &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
furent fervis par M' &
par M d'Armenonville . Pendant
le foupé , on illumina
la Cour avec beaucoup de
lamperons , afin que la Compagnie
en fût éclairée lorfqu'elle
fortiroit. Le répas fini ,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
reprit la danſe , afin de
donner un air de fefte à la
reception qui luy avoit eſté
faite , & Mr d'Armenonville
voulant marquer la joye qu'il
reffentoit de ce que cette re-
Rij
196 MERCURE
2101-2000
ception avoit efte agreable aux
auguftes perfonnes qui luy avoient
fait l'honneur de venir
chez luy , fit tirer de tres belles
fufées volantes , dont il avoit
fait provifion , dans la
penfée qu'il pourroit un jour
recevoir l'honneur qu'il reçût
ce jour - là. La danſe finit à
une heure aprés minuit , &
toute la Compagnie retourna
à Verfailles , éclairée par un
grand nombre de flambeaux.
C
301
L'Article qui fuit eft bien
different de celuy que vous
venez de lire .
GALANT 197
382
Je vous parlay il y a quel
ques mois de Madame dé
Mailly , Religieufe de l'Ordre
de S. Dominique , & Profeffe
du Convent de Poiffy , lorfque
le Roy la nomma au
Pricuté de ce Monaftere Royal,
vaquant par la mort de Madame
de Chaunes , foeur de
feu M le Duc de Chaunes
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Bretagne , & qui avoit cfté
fort long- temps Ambaſſadeur
de France à Rome . Le Roy
a nommé à ce Benefice pour
la premiere fois, & le privilege
R iij
198 MERCURE
•
d'y nommer pour le prefent
& pour l'avenir a efté accordé
à Sa Majefté par le Pape , &
par un Indult exprés , du vivant
même de Madame de
Chaunes , en confideration de
ce que Sa Majeſté a offert de
rétablir la magnifique Eglife
de ce Monaftere Royal , dont
le Tonnerre a entierement
détruit le toit , qui eftoit tout
de plomb , ainfi que le comble
& la Charpente , qui eftoient
d'une beauté proportionnée
au refte de cette Eglife ; ce qui
doit monter à de tres - groffes
fommes. Ce premier choix
GALANT
SLID
THEADE BLIO
THÈQUE
199
ne pouvoit mieux tomber,que
fur Madame de Mailly . Elle
a toutes les grandes qualitez
que l'on peut fouhaiter dans
une perfonne de ſa naiſſance ;
toutes les vertus d'une digne
Religieufe , & tout l'efprit &
tout le merite qui convient à
une parfaite Superieure . Elle
n'attendoit
que Les Bulles pour
prendre poffeffion de ce Prieuré
Royal. Les ayant receuës &
les ayant faites fulminer , elle
alla le deux de ce mois falucr
& remercier le Roy , accompngnée
de Madame la Marquife
de Mailly fa mere , heri
R iiij
200 MERCURE
tiere de la Maifon de Monto
cavrel , de M Evêqueride
Lavaur, fon frerede Mide
Marquis de la Vrilliere ♫ Secretaire
d'Etat , & de Madame
la Comteffe de Mailly ſa bellefoeur
, Dame d'Atour de Maq
dame Mar Ducheffe de Bour
gogne. Le Roy la receut tresfavorablemente,
& luy parla
avec les termes obligeans qui
hiy font fi naturels , & dont
Sa Majesté fe fert fi à propos,
pour honorer les perfonnes ,
qui font encore plus diftine
guées par une bonne con4
duite que par une grande
GALANT 201
naiffance. Le lendemain Ma
dame de Mailly , Prieure de
Boiffy , alla faluerà S.Gor
où
main le Roy & la Reine d'An
gleterre, qui honorent ce Monaftere
Royal d'une affection
particuliere. De là cette digne
Superieure alla à Poiffy ,
elle arriva fur les trois heures
aprés midy , accompagnée de
tous ceux qui cftoient avec
elle lors qu'elle alla faluer le
Roy , ainfi que de Meſdames
les Marquifes de la Vrilliere,
& de Liftenois , fes niéces , de
Madame la Comteffe de Seaux-
Tavannes , de Meſdemoiselles
202 MERCURE
de Nefle & de Mailly , auffi fes
niéces. Mademoiſelle de Mailly
eft fille de feu M' le Comte
de Mailly , Menin de Mon.
feigneur , & de Madame la
Comteffe de Mailly , & foeur par
confequent de Meſdames de
la Vrilliere & de Liftenois ; &
Mademoiſelle de Nefle eft fille
de M' le Marquis de Nefle , qui
fut tué au Siege de Philifbourg,
qui avoit époufé Mademoifelle
de Coligny. Mademoi
felle de Nefle , quoy que
une grande jeuneffe , a toutes
les vertus & toutes les perfections
que l'on peut defirer
dans
GALANT 203
Elle
dans les perfonnes de fa naiffance
& de fon fexe.
joint à beaucoup d'agrément
une fageffe & une conduite
qui la diſtinguent.. Elle a eſté
élevée par Madame la Prieure
de Mailly fa tante , & elle fait
honneur à fon éducation.
Plufieurs autres perfonnes de
diftinction fe trouverent à cette
Ceremonie.
Les Dames Religieufes conduites
par Madame de Livet,
Sous- Prieure , vinrent en Communauté
& en habit de Choeur
à la Grand' Porte du Convent ,
pour recevoir une Superieure
204 MERCURE
qu'elles eftimoient beaucoup,
& qui eftoit du choix du Roy,
approuvé par le Pape . Le R.
Pere Provincial des Jacobins,
à lá teſte des Religieux de ſon
Convent , accompagnoit auffi
Madame la Prieure . On ouvrit
les deux battans de la
grande Porte ; elle entra ,
felon la coûtume , avec toutes
les perfonnes de fa compagnie
& de fa fuite , & avec
un grand nombre d'autres
perfonnes de tout fexe & de
tous états , qui avoient pris foin
de s'y rendre de Paris , de Verfailles
de S. Germain , & de
C
GALANT 205
tous les lieux des environs,
Toutes les Dames Religieufes
témoignerent leur joye , avec
une,vraye effufion de coeur,
On conduifit au Chapitre Pro
ceffionnellement , malgré la
foule , la nouvelle Superieure,
La Communauté marchoit
devant elle , & elle avoit à fes
coftez un Commiſſaire Apoftolique
, & le Pere Provincial,
Superieur du Convent. Lors
qu'elle fut entrée dans le Chapitre
, M' Jouffe , Avocat au
Parlement , & Notaire au Châtelet
de Paris , comme Notaire
Apoftolique , fit lecture des
206 MERCURE
Bulles en Latin & en François ;
& M ' l'Abbé Audran , Commiffaire
Apoftolique , fit un
beau Difcours à ce fujet , &
avec l'éloquence qui luy a acquis
la reputation de grand
Predicateur. On conduifit enfuite
Madame la Prieure à la
Chapelle où fe fait , l'Office
Divin depuis que là grande.
Eglife a efté fi fort endommagée.
On y obferva toutes
les formalitez qui fe pratiquent
en cas pareil . Aprés que
Madame la Prieure eut fonné
la Cloche , pour preuve de ſa
priſe de poffeffion , le ComGALANT
207
miffaire Apoftolique la conduifit
à fa place du Choeur , &
on entonna le Te Deum , qui
fut chanté avec l'Orgue. Pendant
ce temps -là la Sous - Prieure
& toutes les Dames Religieufes
vinrent donner le baifer
de paix , & le recevoir de
leur nouvelle Prieure. Le Te
Deum finy , le Notaire Apofto
lique dreffa dans le Choeur
même l'Acte de prife de poffeffion
; & les Témoins qui y
fignerent furent M l'Evêque,
de Lavaur , M' le Marquis de
la Vrilliere , M' l'Abbé d'Abcour
, & plufieurs autres per-
J
208 MERCURE
fonnes de diftiuction ; enfuite
de quoy on mena Madame la
Prieure dans fon Appartement
, que feuë Madame de
Chaunes avoit pris foin de
rendre propre & magnifique ,
fans avoir rien d'oppofé à la
modeftic Religieufe. On y
trouva une grande Collation,
pour les perfonnes de diftinétion
, & on en abandonna les
reftes au peuple.
On profita enfuite de l'occafion
pour voir ce beau Monactere.
L'Eglife en eft beaucoup
plus belle en dedans qu’-
en dehors. Le Chapitre eft
GALANT 209
un curieux morceau d'Archi .
tecture : le grand Cloiftre eft
tres- beau ; mais en beauté &
en grandeur , rien neſt au deffus
du Refectoire , fameux par
le Colloque de Poiffy qu'on y
a tenu . Cent Religieufes y
peuvent manger à la fois , &
ce Vaiffeau eft un des plus
beaux du Royaume . La Vou
te en eſt preſque auffi plate
qu'un plafond ordinaire , Le
Dortoir en eft grand & vafte' ,
& il conferve de beaux reftes
de fon antiquité . Outre les
Cellules que toutes les Religieufes
ont dans ce Dortoir ,
Septembre 1705 .
S
210 MERCURE
"
la plus part de ces Dames ont
des Appartemens feparez &
tres agreables, avec des Jardins
particuliers. Le Jardin commun
eft d'une grande beauté ,
& il eft joint à un bois de
haute futaye & d'une grande
étendue. Tout y marque une
fondation Royale . Tout le
monde en fortit fur le foir
fort content de tout ce qu'on
y voit vû. Il n'y eut aucun
defordre , quoyque l'affluence
de ceux qui y eftoient entrez ,
fuft tres-grande.
Dés le lendemain , Madame
de Poiffy , fur un incident
2
GALANT 211
qui ne la regardoit en rien ,
eut une belle occafion de
donner des preuves de fon
merite perfonnel , & de fa
tendreffe pour toutes les Filles
de cette illuftre Communauté.
Elle écrivit au Roy pour demander
à Sa Majefté , une
grace particuliere pour deux
de ces Dames. Elle l'obtint ,
& Sa Majefté honora de fon
approbation & de fon eſtime ,
une fageffe , une charité &
une moderation qui acheverent
de faire connoiftre le bon
choix que le Roy avoit fait
de cette Dame , pour oc-
Sij
212 MARCURE
1
cuper une place qu'elle eft fi
digne de remplir. Il cftoit difhcile
d'y mettre une perfonne
d'un plus grand merite &
d'une plus belle reprefentar
tion .
bs sop. 129071
Je ne parleray point icy de
ce que
je vous ay déja dit
pluſieurs fois de l'illuftre Mai
fon de Mailly. Vous fçavez
que M' l'Archevefque
d'Arles
eft frere , ainfi
de Lavaur, de Me de Mailly
Prieure de Poiffy ; & que
ces deux Prélats font
que
July
que
M² l'Evel
par leur
conduite le bonheur de leurs
Diocefes . Chacun fçait jufGALANT
2.3
qu'où M l'Archevefque d'Ar
les a porté fon zéle pour le
Roy & pour les Diocefains ,
dans les dernieres affaires de
Provence. J'ajouteray feulement
que Me de Moncavrel
Abbeffe del Abbaye aux Bois ,
eft foeur de Madame la Marquife
de Mailly , & par conſequent
tante de Me de Mailly
Prieure de Poiffy. Cette
Abbeffe entretient dans fon
Monaftere un efprit de Religion
, qui n'a rien de farouche
dans fon aufterité , & qui"
édifie toute fa Communauté.
Elle eft en yeneration au de214
MERCURE
dans & au dehors , & elle peut
fe flater d'avoir une des Communautés
de Paris des mieux
reglées & des plus faintes .
C'est un grand exemple que
Madame de Poiffy fon illuſtre
niece a eu long temps devant
les yeux , qu'elle a toûjours
fuivi , & qu'elle ne perdra ja- .
mais de veuë,
Je crois devoir ajoûter icy
la piece fuivante , qui vient de
tomber entre mes mains .
GALANT 215
ANTIQUITÉS
Du Royal Monaftere de Saint
Loüis de Poiffy.
Le lieu où eft bafti le Royal
Monaftere de S. Louis de Poiffy ,
eftoit autrefois un Chasteau Royal
où les Reines alloient fouvent
faire leurs couches ; le Roy Saint
Louis y naquit & fut baptifé ,
de là vient qu'il fe faifoit un
tres-grand plaifir de s'appeller
Louis de Poiffy. Ce faint Roy
fut canonife par le Pape Boniface
VIII. fous le Regne du
Roy Philippe le Bels petit fils de
216 MERCURE
S. Louis ; lequel voulant honorer
rendre celebre le lien de
La naiffance de fon faint Ayeul ,
y fit baftir l'Eglife & le Monaftere
que l'on voit à prefent
fous le titre de S. Louis ; où on
obferva de placer le grand Autel
au mefme endroit où eftoit le lit
de la Reine Blanche , lorsqu'elle
mit au monde ce faint Roy ; ce
qui fait que cette Eglife n'eft
pas tout-à-fait Orientée , comme
elle devroit l'eftre, & comme le
font toutes les autres. Le Roy
Philippe le Bel n'ayant pû avant
fa mort achever de la faire baftir,
les Rois fes enfans & ſes fucceffeurs
GALANT 219
ceffeurs prirent foin de mettre la
derniere main à un ouvrage fi
digne de leur grandeur de
leur pieté. Quand elle fut dans
Sa perfection , on en fit la Dedicace
fous le Regne de Philippe
de Vallois , qui en fit toute la
dépense , & affifta à la ceremonie
avec toute fa Courlan 1330 .
Ce faint lieu a toujours efté en
fi grande veneration pour les raifons
qu'on vient d'expofer , que
plufieurs Princeffes de l'Augufte
Sang de France s'y font confacrées
à Dieu , & y ont paffe
finy leurs jours tres -faintement
dans l'état Religieux qu'on
Septembre 1707.
T
218 MERCURE
y profeffe. Leurs corps repofent
encore dans cette Eglife , auffi
bien
le.coeur
que le coeur du Roy Philippe
le Bel fon fondateur ; le
corps du Prince Jean fils du Roy
Philippe de Vallois ; les Princeffes
qui ont fait profeffion dans ce
Monaftere, & dont on y conferve
precicufement les corps
font ,
Madame Marie de Clermont
petite fille de S. Louis , & fille
de Robert Comte de Clermont ,
dernier fils de ce Saint & chef
de la Branche Royale de Bourbon.
Madame
Marguerite de
GALANT 219
France fille du Roy Charles VI.
Madame Ifabeau de Vallois
fille de Charles de Vallois frere
du Roy Philippe le Bel , & de
Catherine veuve d'un Empereur
de Conftantinople.
Madame Ifabeau d'Artois petite
niece de S. Louis.
Madame Marie de Bourbon
fille de Pierre Duc de Bourbon .
Madame Ifabeau d'Alençon ,
niece de Madame Marie de
Bourbon .
Madame Ifabeau de Bourbon-`
Vendofme , fille du Prince Jean
de Bourbon & de Catherine de
Vendofme.
Tij
220 MERCURE
Madame Catherine d'Harcourt
, dont la mere Catherine de
Bourbon eftoit Princeffe du Sang.
Madame Marie de Bretagne
fille d'Artus , Duc de Bretagne.
Il
y a eu quantité d'autres
Princeffes & Perfonnes illuftres ,
dont les monumens font dans l'Eglife
de faint Louis de Poiffy ;
mais on les paffe fous filence ,
comme une infinité d'autres particularitez
qui rendent cette Eglife
tres- confiderable ; mais qui font
de moindre confequence que ce que
nous venons de dire , qui a un
fi grand rapport à la perfonne
GALANT 221
facrée de LOUIS XIV .
le plus grand Roy du monde .
Je vous ay parlé de la Meffe
que M de l'Academie
Françoife firent celebrer dans
la Chapelle du Louvre , le
jour de la Fefte de S. Louis ,
& du Panegerique de ce Saint
qui fut prononcé devant cette
fçavante Compagnie ; mais
je ne vous ay rien dit touchant
les Prix de Profe & de
Poëfie , qu'elle donna l'aprefdinée
, & qu'elle diftribuë de
deux ans en deux ans . Voicy
le fujet du Prix propofé
pour l'Eloquence.
Tiij
222 MERCURE
1
Qu'il ne peut y avoir de veritable
bonheurpour l'homme , que
dans la pratique des vertus Chrétiennes.
Ce Prix a eſté remporté
par Mr Hainault , Confeiller
au Parlement , & comme il
feroit difficile de vous marquer
icy toutes les beautez de
cette piece , je me contenteray
de vous en donner une idée
generale .
L'Auteur confidere le bonheur
que procure à l'homme
la pratique des vertus chrétiennes.,
par trois côtez , par
fon éclat & fon élevation , par
GALANT 223
fa folidité & par fon immenfité.
L'éclat & l'élevation de ce
bonheur répondent au fentiment
vif & preffant que l'homme
a de fa grandeur . Il faut
que ce fentiment foit fatisfait ,
fans quoy l'homme ne peut
eftre icy bas parfaitement heureux
, & c'eft ce que fait la
pratique des vertus chrétiennes,
foit par
la grandeur de fon
objet qui eft Dieu mefme ,
foit par la grandeur des ſentimens
qu'elle infpire . Il paffe
de là à la folidité de ce bonheur
, cette folidité , dit - il , en
T iiij
224 MERCURE
fait le principal caractere : quand
l'homme eut pu s'étourdir fur la
baffeffe & la mifere de la creature
en faveur des plaiſirs qu'il
s'en promettoit , elle n'eut pas
efté d'ailleurs plus en eftat de le
rendre heureux ; pouvoit- elle en
effet foible & legere , affurer à
l'homme un estat fixe & permanent
? elle pouvoit tout au plus
amufer fes ennuis en variant fes
peines , ou fi l'on veut , accordons-
luy qu'elle pút quelquefois
le mettre dans une fituation plus
agreable ; mais quoy le parfait
bonheur ne fera -t-il qu'un paffage
continuel du plaifir à la douleur
GALANT 225
de la douleur au plaifir , &
l'homme eftoit-il deftiné à cette
étrange viciffitude ?
En parlant de ce qu'il en
coute à noftre vanité dans la
pourfuite des biens qu'offre le
monde .
de
re-
Formons- nous , dit- il ,
dit- il , des
projets d'élevation ; que
fus ne nous faut- il pas effuyer
de ceux qui peuvent nous en
·faciliter les moyens ? avec quelle
dureté n'exercent ils pas la fu-·
periorité tirannique qu'ils ont fur
nous ? & par combien d'amertumes
la gloire prepare- t- elle cette
couppe empoisonnée qu'elle diftri
226 MERCURE
buë à ceux qui la fuivent ? il n'en
coute pas moins dans les paffions
qui paroiffent plus tranquilles :
fi noftre coeur devientfenfible &
cherche à s'attacher à la creature,
c'eſt-là où noftre amour propre eft
le plus humilié : que de mépris
Souffrir d'un objet que fouvent on
n'eftime guere ? par quellefujetion
faut-il gagner un coeur qui ne
Je donne que par caprice , &c.
Il paffe enfuite à la fauffe
maxime du point d'honneur
,
& dit , cette maxime du point
d'honneur
qui ne lave les injures
que dans le fang , & qui
ne laiffe noftre coeur en repos qu'a
GALANT 227
prés que nous avons vangé l'injure
qu'on nous a faite ; qu'estelle
autre choſe qu'un aveu “ honteux
& fecret que nous faisons
à noftre ennemi , de l'avantage
qu'il a fur nous ; ne croyons pas
que le défordre & les emportemens
qui naiſſent à fa vuëfoient
les vrais effets d'une ame noble
& d'un coeur bien placé, malgré
le prejugé general, ces émotions
ne font que découvrir à noftre ennemi
le trouble dans lequel il a
feu nous jetter, rien ne le
doit tant flatter que cet empire
qu'il s'eft acquis fur nos fens.
On voit dans le fecond
228 MERCURE
point , le vuide & le neant de
la creature , oppoſez à l'immuable
ftabilité du createur.
L'Auteur enviſage cette verité
de deux coftez ; l'homme qui
fonde fon bonheur fur la crcature
eſt malheureux , non feulement
parce qu'il ne trouve
nulle folidité dans les plaifirs ;
mais auffi à caufe qu'il n'a
nulle reſource dans fes peines .
Aprés avoir prouvé que ce
n'eft ni en s'appuyant fur la
creature ni en s'appuyant fur
foy-mefme , que l'homme peut
eftre heureux , il ajoûte.
Ah ! Seigneur, ce n'est qu'aGALANT
229
vec vous ce n'est qu'en vous
qu'on peut goûter des ce monde
une joye folide & un parfait
bonheur ; fur qui pourrionsnous
nous repofer plus furement
du foin de noftre felicité que fur
celuy qui nous connoift mieux que
nous-mefmes ? oublions pour un
moment l'impuiffance de la creature
: fuppofons encore que
pouvant , elle voulut nous rendre
heureux , en trouveroit- elle
furement les moyens ? fçauroit
elle écarter à propos ce qui pourroit
alterer noftre bonheur ? connoift-
elle affez ce qui fe paffe
dans noftre coeur pour ne fe pas
le
230 MERCURE
méprendre aux plaifirs qu'elle
nous offriroit ? non non , n'attendons
de bonheur que de Dieu feul,
cet Eftre fouverain mefure fes
bienfaits àſapuiſſance ; & comme
il eft fouverainement grand',
il n'y a que luy qui puiſſe nous
rendre fouverainement heureux .
Le troifiéme point nous
donne une démonftration bien
nette & bien preciſe de cette
verité , que l'homme n'eſt heureux
icy bas qu'en efperance .
L'homme n'eft heureux ici bas
que par les plaifirs qu'il eſpere .
jamais par ceux dont iljoüit.
Il est aisé d'en appercevoir la
GALANY 231
ame incapable de reraifon
, fon
conpos
, veut eftre agitée , femblable
en cela au feu qui ne fe
Serve que par le mouvement ;
cette partie fpirituelle ne peut demeurer
dans un eftat d'inaction,
il faut qu'ellefoit remuée ou par
les peines ou par les plaifirs , &
le calme feul luy eft infuportable ;
ainfi pour fatisfaire à ce qu'exige
f nature , elle fe propofe quel
ques biens vers lesquels toute toute fon
ardeur l'emporte ; à la voir s'empreffer
, on croiroit
fion va faire tout fon bonheur ;
mais il eft pourtant vray que c'est
la recherche feule qui luy en plaift ;
que
la
poffef232
MERCURE
عوب
incertaine de reuffir , la crainte ¿
l'efperance l'entraînent tour à tour
la confervent dans ce mouvement
qui luy eft fi neceffaire ;
a-t-elle faifi ce qu'elle cherchoit ,
la voilà certaine de fon eftat ,
elle n'a plus rien qui l'anime , &
elle va tomber dans l'ennuy , fi un
nouveau bien offert ne l'entretient
dans fa premiere vivacité; ce ne
Jera que dans le fejour des bienheureux
que nous jouirons en
mefme temps & de nos defirs &
de leur objet ; alors l'ame toute
entiere ne pourra fuffire malgré
toute fon ardeur aux defirs mefme
qu'excitera encore en elle l'objet
GALANT 233
a
dont elle jouira , mais icy bas elle
eft reduite à borner fon bonheur
à fes efperances , ainfi donc plus
nous groffirons fes efperances
plus nous ajouterons à fon bonheur,
plus le bien que nous luy
repreſenterons à acquerir fera confiderable
, plus il redoublera fon
empreſſement.
Un plus long détail de cetre
piece me meneroit trop loin ;
je finis par la priere à Jeſus-
Chrift.
Auteur de toute felicité , Verbe
faint , laiffez tomber fur nous
quelques gouttes de ce torrent
Septembre 1707. V
234 MERCURE
immenfe de bonheur dont vous
enyvrez vos juftes ; c'est la conformité
parfaite qu'ils ont avec
vous qui les rend fouverainement
heureux : commencez donc
noftre bonheur en commençant
noftre juftice , chaque grace nouvelle
ne pourra ajoûter à noftre
perfection qu'elle n'ajoute à noftre
felicité.
Le fujet du Prix de Poëfie
eftoit .
Que la fageffe du Roy le rend
·Superieur à toutes fortes d'évenemens.
Ce Prix a efté remporté par
Mr Houdart de la Motte , qui
GALANT 235
a donné depuis peu au public
un Recücil de fes Odes,
qui ont efté generalement
approuvées
. Le beau tour de
Ode luy eftant familier , il
s'eft fervi du talent naturel
qu'il a pour faire des Odes ,
afin de meriter le Prix de Poëfie
qu'il a remporté . Ce Prix
luy ayant efté délivré , il prononça
en prefence de M¹s de
l'Academie
& d'une illuftre &
fçavante affemblée , une Ode
qu'il avoit compofée à la gloire
de M's de
l'Academie , & pour
les remercier du Prix qu'ils luy
avoient ajugé . Il avoit trou-
.
Vij
236 MERCURE
vé moyen de faire entrer dans:
cette Ode de nouveaux
Eloges
du Roy , & differens de ceux
qui rempliffoient
l'Ode , par
laquelle il avoit remporté
le
prix.
Toutes ces pieces arant
efté luës au bruit des applaudiffemens
fouvent réiterez, M
l'Abbé Abeille qui eft du
Corps de l'Academie , lut une
Epitre fur l'Esperance , adreffée
• à S. A. S. Monfieur le Prince.
de Conty. Cette Epitre qui
eftoit en Vers & qui fut fort
aplaudie , finit agréablement
la fccance de ce jour - là , &
CALANT 237
toute l'Affemblée s'en retourna
remplie des belles chofes
qu'elle avoit entenduës .
Je vous envoyai le mois
paffé un Air , dont les paroles
ont efté faites par
Mademoifelle
de la Charfe , de la Maifon
de la Tour du Pin. Celles.
que vous allez lire font encore
de cette fpirituelle perfonne,
dont l'efprit n'eſt pas moins
connu que la naiffance.
AIR NOUVEAU.
Je vivray fous tes loix , adorable
Bacchus
238 MERCURE
Si tu veux effacer Tircis de ma
memoire :
Mais il faut que ce foit fans
boire ,
Un Dieu , dis- je , le veux , il n
faut rien de plus ,
Eftre Bacchante in partibus ,
Peut affranchir mon coeur , c
conferverma gloire.
ne
Il paroiſt depuis peu à Lille
chez Ig. Fievet , & L. Danel ,
Imprimeurs du Roy , un Livre
intitulé , Relation de ce qui s'eft
paffé à Lille le premier May1707 .
lorfque S. A.S. E. Monfeigneur
Jofeph Clement , Archevêque de
GALANT 239
Archi-
Cologne , Prince Electeur du
Saint Empire Romain ,
Chancelier pour l'Italie , Legat
né du Saint Siege Apoftolique ,
Evêque & Prince de Hildesheim,
de Ratisbonne & de Liege , Ad
miniftrateur de Bercthefgade ,
-Duc des deux Bavieres , du Palatinat,
Weftphalie, Engheren &
Bouillon , Comte Palatin du
Rhin , Landgrave de Leuchtemberg,
Marquis de Franchimont,
Comtede Looze Horn, &c . a été
Sacré Evêque dans l'Eglife Collegiale
de S. Pierre , en preſence
de fon Sereniffime Frere Monfeigneur
Maximilien- Emanuel ,
240 MERCURE
Duc de la haute & baffe Baviere,
edu haut Palatinat , Comte
Palatin du Rhin , Grand Echan
fon du Saint Empire & Electeur,
Landgrave de Leuchtemberg ,
Vicaire General des Païs- Bas, c..
par Monfeigneur l'Archevêque
Duc de Cambray, Prince du Saint
Empire .
On voit auffi dans le même
Livre une Relation de ce qui
s'eft paffé le 11. Juillet à l'Eglife
des Dames de l'Abbiette,
de l'Ordre de S. Dominique,
lorfque S. A. S. E. de Cologne,
y a receu le Pallium , des mains
de Monfeigneur l'Archevêque
Duc
GALANT 241
Duc de Cambray , Prince du
Saint Empire. On trouve dans
Cette Relation des chofes trescurieufes
, fçavoir , ce que c'eft:
que le Pallium , la forme , fa
fignification , & l'uſage qu'on
en peut faire . Toutes ces Ceremonies
auffi faintes qu'auguftes
, fe font paffées d'une
maniere fort édifiante , & la
A
pieté de S. A. S. E. y a paru
d'une maniere qui a fait connoître
qu'Elle avoit embraffé
avec joye le party qu'Elle a
pris . Elle a fait des Retraites ,
des Exhortations , & des Sermons
tous remplis d'onction ;
Septembre 1707. X
242 MERCURE
& dés qu'il s'eft agy de rendre
graces des faveurs accordées
par le Ciel aux deux Couronnes
, Elle s'eft toûjours trouvée
prête à Officier.
*
Le Roy a nommé Maréchal
de fes Camps & Armées,
M le Comte de Teffé fils du
Marechal
de ce nom , cn confideration
de la conduite & de
la valeur qu'il a fait voir dans
l'affaire de Provence
. Il épouſa
il y à environ deux ans Mlle
Bouchu , & M le Maréchal de
Teffé fon pere , Grand d'Efpagne
, luy ceda certe Grandeffe
en faveur de ce mariage . Mlle
GALANT
243
1
Bouchu eft fille unique de M
Bouchu Confeiller d'Etat , &
ci - devant Intendant de Dauphiné
, petite - fille de feu M*
Bouchu qui a eu le même employ
en Bourgogne durant prés
de trente cinq années , & arriere
- petite - fille du celebre M
Pouchu premier Prefident du
Parlement de Dijon . M' le
Comte de Teffé eft fils de M
René de Froulay, Maréchal de
Teffé & de Dame N.... d'Aunay
' , d'une ancienne Maifon
de Normandie. La Maifon de
Froulay- Teffe eft une des plus
illuftres du Maine , où elle eft
4
X ij
244 MERCURE
établie depuis plufieurs ficcles
Elle a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de S. Jean de Lyon ,
& M l'Abbé de Teffé , Abbé
de Savigny & frere de celuy que
le Roy vient de nommer Maréchal
de Camp , eft aujour
d'huy Comte de cette Eglife.
Cette Maiſon a auffi donné des
Chevaliers des Ordres du Roy ,
& des grands Maréchaux de
Logis de la Maiſon de Sa Majefté.
Le Roy vient de nommer
Brigadier de fes Armées M'de
Tricaud , Lieutenant - Colonel
du Regiment Lyonnois . Il y à
GALANT 245
plus de trente ans qu'il eft dans
le fervice , fans avoir jamais
manqué une feule campagne.
Il a efté Lieutenant , Capitaine ,
Major, & enfin Lieutenant-Colonel
du Regiment Lyonnois .
Il fe diftingua beaucoup au fiege
de Luxembourg. Il a ſouvent
efté bleffé , & l'on crut qu'il
ne réchaperoit pas de la bleſſure
qu'il reçut à la Bataille de
Nerwinde.
Il a fervi en Italie à la tefte de
fon Regiment pendant toute
cette guerre , & il a ſouvent fait
des actions qui luy ont attiré
des louanges de Sa Majeſté. Il
X iij
246 MERCURE
selt fort diftingué pendant le
ficge de Toulon .
Cet Officier eft d'une ancien
ne famille originaire de Beaujollois
, & établie il y à un fiecle
dans le Bugey. Feu M' de
Tricaud fon pere époufa une
fille de l'illuftre Mailon d'Oncieux
, qui fubfifte encore aujourd
huy en Savoye . Il en cut
plufieurs garçons dont celuy
qui donne lieu à cet article eft
le cadet . Son aîné eſt marié à
une fille de la Maiſon de Guillon
la - Chaux de Lyonnois. II
en à un fils qui eſt aujourd'huy
Capitaine dans le Regiment
GALANT 247
Lyonnois . Le fecond eft Chanoine
dans l'Eglife Cathedrale
de Belley. Et le troifiéme , qui
eftoit Capitaine d'Infanterie
dans le Regiment d'Anjou ,
fut tué à la bataille de Seneff.
Mr de Tricaud eft Chevalier de
l'Ordre de S. Louis.
ге
M Marie - Jofeph Comte
de Tallard , fils aîné du Maréchal
de ce nom , a eu l'agrément
du Roy pour acheter le
Regiment de Cavalerie de Mr
le Comte de Teffé , parce que
comme vous ſçavez , les Maréchaux
de Camp ne gardent.
point de Regimens fans un pri-
X iiij
248 MERCURE
vilege particulier . Mr le Comte
de Tallard a efté long - temps
connu fous le nom d'Abbé de
Tallard. Quelque temps aprés
la mort de François Marquis
de la Baume , fon frere aîné ,
Brigadier des Armées du Roy ,
tué à la Bataille d'Hochftet , il
entra dans les Moufquetaires ,
où il eftoit , lors qu'à la Bataille
de Ramillies il fut pris l'épée à
la main , aprés y avoir eſté blefdangereufement
. Catherine
Ferdinande fa foeur fut mariée
en 1704. à Mr le Marquis de
Saffenage . Ils font fils de Catherine
de Groflée , de Virville , da
fé
GALANT 249
la Tiroliere , fille de Charles de
Groflée , Comte de Virville ,
Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Montelimart , morte
en cette Ville depuis quelques
années. Le nom de la maifon
de ce jeune Comte , eft Hoftun
de la Baume. La Terre de Tallard
entra dans cette Maiſon
en 1516. par le mariage de
Meraud d'Hoftun , Seigneur de
la Baume & de Françoiſe de
Clermont, fille de Bernardin de
Clermont,Vicomte de Tallard
& d'AnneComteffe de Tonnerre.
Cette Terre aprés en eſtre
fortie y rentra par le maria250
MERCURE
ge
de Catherine de Bonne , fille
d'Alexandre de Bonne Comte
d'Auriac & de Tallard , Maréchal
de Camp , Lieutenant general
de la Ville de Lyon , &
des Provinces de Lyonnois
Forefts & Beaujollois , & de
Marie de Neuville de Villeroy
avec Roger d'Hoſtun , Marquis
de la Baume , Comman--
pour le Roy en l'abfence
des Gouverneurs dans les Provinces
de Lyonnois , Forefts ,
& Beaujollois. Mr le Maréchal
de Tallard eft forti de
ce mariage. Mr le Comte de
quis
dant
GALANT 251
Verdun , dont le jeune Marquis
de la Baume avoit é
poufé la fille , cft l'aîné de cette
Maifon.
Le Roy a donné à Mr Defgranges
, Capitaine au Regiment
Royal Rouffillon , l'agrément
pour acheter le Regiment
de Dragons de Guyenne , dont
Mr le Maréchal de Montrevel
s'eſt démis en fa faveur . Ce
nouveau Colonel eft fils de
Mr Defgranges Maitre des
Ceremonies
. Il a fervi pendant
cinq années tant dans les Moufquetaires
que dans la Cavalerie .
Il a donné des marques
de fa
252 MERCURE
conduite & de fa valeur à l'affaire
de Turin , où le Royal
Rouffillon foûtint les plus
grands efforts des ennemis , &
il y fut dangereufement bleffe
& fait prifonnier.
Le Jeudy premier de ce
mois , M' le Duc d'Albe , Ambaſſadeur
d'Eſpagne , apprit
fur les quatre heures & demie
du foir , par un Courrier Extraordinaire
, que la Reine fa
Maîtreffe eftoit heureufement
accouchée d'un Prince le 25.
à dix heures dix- fept minutes
du matin . A peine S. E. eutelle
parlé au Courrier , qu'Elle
GALANT 253:
monta en Caroffe , pour aller
porter au Roy cette agreable
nouvelle. Elle trouva en chemin
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qui alloit à Meudon
, où eftoit Monfeigneur .
Ce Duc fit arréter fon Čarofſe
dés qu'il fut à portée d'approcher
de celuy de ce Prince,
qui fit auffi arréter le fien en
même temps , & qui s'écria ,
dés qu'il vit venir ce Miniftre
à luy ; Monfieur , vous nous
venez annoncer quelque bonne
nouvelle. Ce Duc luy fit auffitoft
du bonheur
que
part
la
France partage avec l'Eſpagne.
254 MERCURE
Ce Prince en témoigna fai
joye par des expreffions dignes
de fon coeur & de fon efprit ;
& aprés mille honnêtetez , qui
regardoient perfonnellement
M le Duc d'Albe : Allez ,-
Monfieur, luy dit- il , portéz au³
Roy cette heureuſe nouvelle , &
je vais la porter de voſtre part à
Monfeigneur. Ce Duc rentra
dans fon Caroffe , & il fe
rendit en diligence à Verfailles
. Il eſt aifé de deviner à quel
point le Roy fut fenfible à ce
bonheur & à toutes les circonftances.
Ceux qui ont
l'honneur de l'approcher, con
GALANT 255
nårent encore mieux que d'au
tres , quelle fut en ce moment
la fenfibilité de fon coeur de
Pere pour tous fes Enfans ,
ainfi que pour tous les Sujets ,
& la joye qu'elle reffentit du
bonheur des Espagnols , qu'il
a toûjours honorez d'une
vraye affection & d'une eftime
route particuliere. Madame
la Ducheffe de Bourgogne ne
fut pas moins fenfible à ce .
bonheur . Elle aime tendre
ment la Reine fa foeur , Elle
en a toûjours parlé avec autant
d'eftinie que d'affection ,
& Elle a tous les fentimens
256 MERCURE
que peuvent exiger d'Elle &
la Cour qui l'admire , & la
France qui l'aime & qui l'honore.
Toute la Famille Royale
à qui M le Duc d'Albe fit
part de cette agreable & avantageufe
nouvelle
, en parut
également
touchée. Le Roy
en voulut fçavoir tout le détail
; & fa joye redoubla lors
qu'il apprit que la Reine d'Eſpagne
eftoit accouchée le jour
de S. Louis , ce qui fit éclater
fa Religion & fa pieté. Tout
le refte du jour le paffa en
tranfports
de joye , & en rendant
des graces au Ciel . Mle
GALANT 257
$
y
Duc d'Albe avoit à peine traverfé
le Cours pour fe rendre
à Versailles , que la grande
nouvelle qu'il y portoit fe répandit
dans Paris , & elle
devint publique en moins
d'une heure. La joye y fut
generale , & chacun s'empreffa
d'en faire part à fes amis .
Madame la Ducheffe d'Albe
qui ne manque à rien , & qui
n'a pas moins de tendreffe que
de veneration pour la Reine
fa Maîtreffe , & pour Madame
la Ducheffe de Bourgogne , fuivoit
de prés le Duc fon époux ,
& fe rendit à Versailles pour
Septembre 1707.
Y
258 MERCURE
faluer le Roy , & pour feliciter
certe Princeffe , qui a pour
Elle de grandes diftinctions.
S. E. receut auffi du Roy , de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & de toute la Famille
Royale les honnêtetez les plus
marquées , & dont elle cut
lieu d'eftre fatisfaite.
Leurs Excellences revinrent
enſemble à Paris le Samedy.
Leurs ordres eftoient donnez
pour les magnifiques Feftes ,
qui commencerent dés le Dimanche
quatrième du mois.
Tout eftoit en mouvement au
dedans & au dehors de leur
GALANT 259
Hoftell eft grand & beau
& tichement meublé. Les
rues qui y aboutiffent font
larges & belles ; mais il n'y a
point de place fpacieuſe devant
cet Hoftel & M le
Duc d'Albe auroit donné une
bonne fomme pour en avoir
une , où il eut pû faire execu-
- terefes deſſeins. Il fallut fe borner
au terrain qui eft devant
fon Hoftel & on trouva le
-moyen de l'orner fi avantageulement
& avec tant de
Igouft , que l'on n'y pouvoit
rien fouhaiter.l
On remarqua au dehors au
Y ij
260 MERCURE
>
tour de tout ce grand Hoſtel,
& en dedans au tour de la
grande Cour de doubles
rangs de plaques qui avoient
une faillie de 15.ou 16.poulces
pour porter de gros flambeaux
de cire blanche pour les Illuminations.
On en mit auffi un´
tres -grand nombre Laauu tour
de la grande porte , & ils furent
placez jufqu'au toît avec
beaucoup de fymetrie . Vis à
vis de ce portail , on avoit pratiqué
fur la muraille d'un Jardin
qui y répond , un grand
Balcon , large & profond ,
bien couvert & bien tapiffé
*
GALANT 261
pour y placer les Trompettes
, les Tymbales , les Violons
& les Haut- bois , dont
> P'harmonie fe fit entendre pendant
trois nuits de fuite , par
une infinité de concerts differens
. On éleva en même temps
une Pyramide des plus brillantes
& des mieux entenduës
pour le feu de joye qui fe tira
le Dimanche. Cette Pyramide
eftoit au milieu de deux
grandes rues qui fe croiſent
l'encoignure de cet Hoftel.
Elle eftoit dans toutes les
proportions de l'art . Les ornemens
en eftoient allegori262
MERCURE
ques , & les pintures & des
reliefs en exprimoiert tout à
fait bien ce qu'on y avoit
voulu marquer. On lifoit aux
quatre faces du piedeſtal les
quatre Inferiptions fuivantes ,
en Efpagnol , on François , en
Latin & en Italien ; & toutes
ales quatre renfermoient
à peu
-prés le même ſenskolh
.T
I
Al mayor de los Principes.
A vifta del mayor de las Reyes ,
El la mejor de las Ciudades .
El mas rendido de los Vaffallos .
II.
An Prince tres- auguſte
GALANT 263
Fils du grand Philippe ,
Petit Fils de Louis le Grand ,
La fidelité la plus humble.
I I I.
Spei Patris auguftiffimi ,
Avi potentiffimi Proli ,
Utriufque gentis vinculo
Exultans fidelitas.
IV.
In offequio d'un augufto natale
In prefenza d'un augufio Monarcha
Nel pin bel teatro del mondo
Il piu Reverente de Vaffalli.
Les Emblemes qui fuivent
ornoient les quatre faces de la
Pyramide.
264 MERCURE
སྭཱ ༔ །
I.
Le Soleil precedé de l'Aurore
repreſentée par l'Aftre du
matin , avec ces mots Efpagnols
:
Nadie primero que El Alva ,
Rendidos cultos ofrece ,
Quando & fol nos amanece.
II.
Une nuit obfcure avec de
grands éclairs & des foudres
qui fe diffipoient aux premiers
rayons du Soleil à l'Orient
avec ces mots :
Tout cede à ma Naiffance.
III.
Le Deluge univerfel & fur
des
GALANT 265
des nuës entaffées , un Berceau
où eftoit repreſenté le Prince
entouré de l'Arc en Ciel , avec
ces paroles :
1
Hoc erit foederis fignum.
IV.
Un Laurier , du Trône duquel
s'élevoient jufqu'au haut
de fes branches des Trophées
d'armes , fur lefquels eftoit le
Berceau du Prince , que Pallas
berçoit elle- mefme , & de
fa pique , elle l'aidoit à
prendre
de fes mains les branches
du Laurier
Italiens.
avec ces mots
Su l'armi mauvicino à gli allori.
Septembre 1707 .
Ꮓ
266 MERCURE
Sur les armes je fuis prés des
Lauriers.
La fuite fera voir l'effet
que tout cela produifit. Ces
deffeins , ces defcriptions &
ces Emblemes font de Mr
Dom Laurenzo de las Llamof .
fas , natif de Lima au Perou ,
qui a fait l'excellent Pancgirique
du Roy dont je vous
donnay un extrait il y a quel
ques mois. Il a un tres beau
genie.
Le Dimanche 4° du mois
jour auquel le Roy fit chanter
le Te Deum à Verfailles ,
& qui fut le premier jour de
GALANT 267
cette magnifique Fefte . Il y
eut un grand dîné & une
Compagnie nombreuſe &
choifie ; mais on eft fervi pendant
toute l'année chez S. E.
avec tant de magnificence
que fi l'on avoit pu cacher
tous les preparatifs des réjouiffances
qui devoient commencer
le foir , on ne fe feroit
pas aperçû qu'il y cut dû
avoir ce jour là chez S. E. une
Fefte extraordinaire . Tout le
refte du jour ſe paffa en plaifirs
qui fe fuccederent les uns aux
autres. Toutes les perſonnes de
la plus grande diftinction de
Z
ij
268 MERCURE
furent contila
Cour & de la Ville de l'un
& de l'autre fexe y avoient
efté invitées. Un fort grand
nombre s'y rendit fur le foir.
Le jeu & plufieurs autres divertiffemens
У
nuels. A l'entrée de la nuit , la
maifon de S. E. parut en feu
de tous coftés . Toute cette
grande Illumination qui dura
pendant toutes les trois nuits ,
eftoit de gros flambeaux de
cire blanche. A l'égard des
Jardins , ils furent illuminez
par des lamperons & par des
pots qui defignoient les parterres.
་
GALANT 269.
?
Quoyque les Cours de l'Hôtel
de S. È foient d'une grande
écenduë , la dixième partie des
Caroffes de ceux qui effoient
conviez à la Felte n'auroit pû y
trouver place , & afin que les
Dames en fortant de leur
Caroffe puffent deſcendre à
pied par devant la porte , on
avoit étendu de grands tapis
de Turquie dans la rue , ce
qui leur donna la commodité
, ainfi qu'aux Seigneurs de
fortir à pied pour voir l'effet
de cette Illumination
. La Symphonie
tenoit agreablement fa
partie dans ce grand fpectacle.
Z iij
270 MERCURE
Toutes les feneftres des maifons
voiſines eſtoient occupées
par des perfonnes de confideration
, & le concours du peupl
fut prodigieux dans les
Tues. Il n'y eut cependant ny
defordre ny embarras à caufe
des fages precautions qu'on
avoit prifes.
M d'Argenfon qui veille
à tout , qui ne manque à
rien , & qui outre le repos public
qu'il a toûjours en vûë ,
avoit voulu donner à M ' le Duc
d'Albe des marques particulieres
de fa confideration , en
envoyant dés l'entrée de la nuit ,
"
GALANT 271
น
les Gardes de la Maréchaufféc
en jufte au corps bleu , galonez
d'or , avec leur plume
blanche & tres- bien montez ,
& plufieurs Eſcoüades du Guet
pied & à cheval. Les Gardes
la Maréchauffée toûjours
à cheval , fe rangerent autour
des tapis de Turquie , en face
de l'Hoſtel , pour conferver
toûjours libre tout cet espace,
pour l'abord & pour le degagement
des Carroffes qui y
abordoient . Jamais le bon
ordre n'a efté mieux obfervé
dans une foule .
Entre neuf & dix heures
Z iiij
272 MERCURE
จ
du foir , on commença à fervir
le foupé. Le repas fut des/
plus grands que l'on ait veu à
Paris. La premiere table qui
eftoit en fer à cheval , eftoit
de cinquante couverts. Chaque
fervice fut d'environ deux
cens plats ou hors d'oeuvres ,
& tous les fervices furent entierement
relevez fans qu'il
refta un plat du precedent .
Tous les plats remplis de ce
que la faifon avoit de plus
nouveau , & tous les mets les
plus exquis y furent prodiguez
, & la maniere dont le
tout eftoit difpofé , produiſoit
GALANT 273
4
un agreable ſpectacle . Quatre
Mailtres d'Hoftel fervoient
dans le vuide du fer à che
val & les gens de livrée fervoient
au tour de la table. Les
potages y furent fervis dans
de grandes olles d'argent ou
de porcelaine rebordée d'argent.
Les entrées eftoient de
de tout ce qu'il y avoit alors
de plus rare & de plus exquis.
Le Roft y parut furprenant par
la diverfité & par le gibier le
plus rare. L'entremets y
trouvé des plus finguliers &
des plus delicats ; mais rien
ne parut plus extraordifut
274 MERCURE
naire & plus furprenant
que le deffert , que les Efpagnols
appellent Ramilletté.
Tout le tour interieur de la
table eftoit rebordé de pyramides
du fruit le plus beau ,
le plus rare & de confitures
les plus exquifes & les moins
communes . Les compotes &
les glaces d'une compofition
finguliere rempliffoient le
vuide que laiffoient entre elles
le magnifiques corbeilles d'argent
maffif & du plus beau
travail qui portoient les fruits
& les confitures , & d'une fymetric
qui faifoit plaifir à voir.
.
GALANT 275
Il y avoit au milieu de la table
un riche furtout d'argent
que S. E. a apporté de Madrid
, & qui ne cede en rien
aux plus beaux qui ont eſté
faits . On voyoit aux coftez de
ee magnifique ſurtout fur deux
corbeilles d'argent des plus
belles & des plus grandes
d'un cofté , le Roy d'Espagne
à cheval avec tous les attributs
de fes exploits , & fur
tout de la Victoire d'Alman-
& foulant aux pieds la
,
za ,
difcorde
&
l'herefie
;
&
de
l'autre
, la
Reine
fur
fon
Trône
, tenant
entre
fes
bras
le
}
276 MERCURE
Prince des Afturies qu'elle
montre aux quatre parties du
monde & aux nations differentes
qui dépendent de la
Monarchie d'Eſpagne . La Juf
tice montre au Prince d'une
main fa balance , & de l'autre
fon glaive. Ces deux fi
gures s'élevoient de 15. à 16 .
poulces de haut fur une terraffe
de Chocolat ornée dé differents
attributs dorez & convenables
aux fujets . Leur matiere
eftoit d'une pafte des
plus rares & dont on fait les
paftilles blanches ; ce qui les
faifoit paroiftre d'un veritable
GALANT 277
marbre blanc. La fculpture en
eftoit belle & bien finie . Les
gens de livrée qui ſervoient à
table , n'avoient aucun autre
employ. Ils ne portoient ny
ne rapportoient les plats . Ce
foin regardoit plus de cent
perfonnes differentes , qu'on
avoit diftribuées par bandes
feparées , avec des gens fenfez
qui les conduifoient , pour
éviter toute forte de confu
fion ; auffi n'y en eut - il auçune.
Ceux qui demandoient à
boire , trouvoient d'abord à
cofté de leur affiete une foucoupe
avec des caraffes des
278 MERCURE
plus 3 excellens Vins de Bour
gogne & de Champagne. Les
liqueurs qui eftoient à la glace,
eftoient diftribuées tout le
long de la table , dans de grands
fceaux d'argent ou de fine
porcelaine richement garnies.
Outre le grand nombre de
flambeaux qui éclairoient cette
table , cinq grands luftres de
cristal , portant chacun douze
groffes bougies & quantité de
girandoles , ornoient & éclai
roient ce beau Salon richer
ment meublé , ainfi que le font
pendant toute l'année , les Apartemens
de leurs Excellences.
GALANT 279
Toutes les autres pieces du
plain pied eftoient ornées &
éclairées de meſme . La plufpart
des hommes de confideration
qui étoient de la Fefte, aimoient
mieux manger debout
derriere les Dames , que d'aller
aux autres tables qui leur
eftoient deſtinées. Il eftoit
prés de minuit lors qu'on fortit
de cette premiere table . A
peine les Dames curent -elles
commencé à fe lever , que les
fufées & les
ferpenteaux partirent
de tous coftez & fe repandirenr
dans les ruës voifines.
On courut aux feneftres ;
280 MERCURE
& ces fufées ayant continué
pendant quelque temps de partir
feparées & enfemble , le
feu d'artifice commença enfuite
& continua fans intervalle
un temps confiderable. On
n'en a peu veu d'auffi beaux ;
& on ne comprenoit pas.comment
on avoit pû raffembler
dans un auffi mediocre efpace
la quantité d'artifices differencesqui
en partirent . L'invention
n'a encore rien trouvé fur
cette matiere qui n'y fut réüni
& multiplié ; la terre l'air & le
Ciel parurent filong - temps en
feu fans difcontinuation , que
GALANT 281
tous les fpectateurs en furent
furpris & charmez , & perfonne
n'en reçût la plus legere incommodité.
Pendant que l'artifice
joüa , vingt tambours.
entourerent le feu & fe joignirent
au bruit de guerre
timbales , des trompettes
, des
haut bois & des violons . Les
yeux & les oreilles y trouverent
un plaifir égal , & ce plaifir
ne pouvoit eftre plus parfait.
des
Pendant tout le temps que le
foupé dura , on diftribua au
dehors des paftez , des jambons
du roit & de bons vins
Septembre 1705 .
A a
282 MERCURE
aux Muficiens , aux Suiffes ,
aux Gardes de la Maréchauffée,
& aux Soldats du guet à pied
& à cheval , & à tous ceux qui
y effoient employez à quelque
chofe ; & on en diftribua les
reftes au menu peuple. Le feu
d'artifice fut à peine fini , qu'on
fe mit au jeu & on recommença
divers autres divertiffemens
qui durerent juſqu'au
jour. Pendant tout ce tempslà
, on ne difcontinua pas de
fervir des fruits , des confitures
, des glaces & des liqueurs.
Cette diftribution continua
pendant les deux nuits fuiGALANT
283
vantes . Je ne vous diraypoint
les noms de toutes les perfonnes
de la plus grande diftinction
qui fe font trouvées à ces
Feftes , le nombre en eftant
trop grand. Je vous diray
feulement que dés le premier
jour , il y cut à la grande ta
ble quarante Dames , toutes
Princeffes , Duchelles ou femmes
de la premiere qualité.
Monfieur le Duc d'Albe ne
put refufer aux grandes inftances
qu'on luy fit de fe mettre à
table , mais on ne put jamais
l'obtenir de M la Ducheffe
fon Epoufe. S. E. voulut fe
A a ij
284 MERCURE
conferver la liberté d'aller &
de venir pour donner par tout
des ordres ou des avis , qui
puffent remedier à toute forte
d'embarras & au moindre
contre-temps. L'air noble
judicieux & aifé qui luy eſt ſi
naturel fe foutint par tout
& il luy réuffit fi bien , qu'el
le ne laiffa rien à fouhaiter à
perfonne.
Tous les Miniftres Eftrangers
y avoient efté invitez , &
M'I'Ambaffadeur de Venife s'y
trouva tous les trois jours. S.
E. qui a du gouft pour toutes
les bonnés chofes , fe récrioit
GALANT 285
à tout moment fur ce qu'elle
voyoit. Parmy les principaux
Seigneurs de la Cour qui s'y
trouverent M le Duc de
Lauzun & M le Maréchal de
Bouflers , qui font amis particuliers
de M' le Duc d'Albe ,
nè fe contenterent pas des ap
plaudiffemens qu'ils luy donnerent
; ils allerent dés le len
demain à Verfailles , & ils rendirent
compte au Roy de tout
ce qu'ils avoient vû de grand
& de magnifique. On fçait
qu'ils font tres capables d'en
juger. Auffi en firent- ils un
détail que S. M. écouta avec
286 MERCURE
plaifir. Elle fit des queſtions
& des reflexions qui marquerent
affez le plaifir que ce recit
luy faifoit. S. M. prit delà
occafion de parler des Efpagnols
avec l'affection & l'eftime
que S. M. fait toûjours
voir pour cette nation , ce
qu'Elle fe plaiſt à témoigner
dans toutes les occafions qui
s'en prefentent. Le Roy fit l'éloge
de la Maifon d'Albe , &
il en fit un particulier de M
le Duc d'Albe qui réunit en
luy toute la gloire & toutes
les vertus de fes illuftres Anceftres
. S. M. en parla pen.
#GALANT 287
par
dant tout fon difné. Ce Prince
avoit avant la Fefte donnée
M le Duc d'Albe , avoit
témoigné que les perfonnes
de fa Cour qui avoient cfté
invitées à cette Fefte , luy fo
roient plaifir de s'y trouver ; &
qu'ilfouhaitoit qu'o neut pour
Monfieur & Madame la Ducheffe
d'Albe , les plus grands
égards & les plus grandes
diftinctions . On ne doit pas
s'étonner aprés cela du concours
des
gens les plus qualifiez
que leurs Excellences ont
vû chez elles ; ayant d'ailleurs
le talent de s'attirer tout au
288 MERCURE
moins l'eftime & l'affection
de tous ceux qui les connoiffent
, ou qui ont avec elles
la moindre relation. elegv
? Nous voicy au Lundy fecond
jour de cette grande
Fefte. Voyons la difference
qu'il y a entre ce qui s'y eff
paffé ce jour-là , & ce qui s'y
eftoit paffé le precedent.
Cette magnificence fut foutenue
avec le mefme éclat
pendant les deux jours fuivans.
Les illuminations en furent
égales , la fymphonie y
fut la mefme, & les mefmes
Gardes , les mefmes Suiffes &
le
GALANT 289
le mefme Guet eftoit auffi
diftribué au dehors .
Comme il y a
prefentement
à Paris un grand nombre d'Efpagnols
diftinguez , de divers Etats
du Roy d'Espagne , il y en eut
beaucoup au diné de S. E. où
fe
trouverent peu d'autres perfonnes
. Ils avoient tous des
habits
richement brodez , &
faits exprés pour cette ceremonie.
Tous les
Gentilshommes
& tous les Officiers de fon
Excellence , avoient fait faire
auffi exprés des habits fort riches
fuivant l'ufage étably
chez les
Espagnols pour les
jours qu'ils appellent fours de
fonction. Toute la livrée de S.
E. qui eft fans contredit une
des plus belles & des plus ri-
Septembre 1707 .
Bb
290 MERCURE
ches que l'on puiffe voir , eftoit
auffi toute neuve & faite exprés.
Vous ferez peut -eftre bien
aife de fçavoir les noms des Sujet's
du Roy d'Efpagne qui font
icy , & qui fe trouverent aux
Feftes données par Monfieur le
Duc d'Albe pendant 3. jours.
Ce font Mr le Duc de S. Pierre
Grand d'Efpagne . Mr le Marquis
de la Florida , auff
par une conduite fans reproche
, que par fes exploits & le
grand nombre des Places qu'il
a glorieufement défenduës . Mr
le Comte de S. Eftevan de
Gormas , fils aîné de Mr le
Duc d'Efcalona Viceroy de Naples
, & l'un des plus grands
hommes du fiecle . Mr le Marquis
de Monteleon , connu &
GALANY 291
eftimé par fes longs fervices &
par fes grands fuccez dans les
negociations ; & qui facrifie à
fa fidelité fon bien & fa Famille
; & un grand nombre
d'autres dont je vous parleray
dans quelque autre occafion ,
& qui meritent tous d'eftre
connus.
Le jour de la feconde Fefte
que S. E donna , tout parut
d'abord fi fimple au dehors de
fon Hoſtel , que perfonne ne
s'attendit en y entrant , qu'il
dût y avoir ny feu d'artifice ,
ny rien d'aprochant à ce qu'on
y avoit vu de magnifique le
jour precedent.
Comme il devoit y avoir grand
Bal , on ajouta au grand Salon
de fort beaux miroirs & de
Bb ij
292 MERCURE
grandes glaces aux trumeaux ,
qui faifoient un tres - beleffet ; &
pour empêcher que le parquet
ne fuft gâté, on étendit de beaux
tapis de Perfe , fur lefquels on
mit la grande table en fer à che,
val , afin que ce qui pourroit
tomber en fervant ou en deffervant
, ne laiſſât rien de gluane
ou d'humide qui puft faire glif
fer ceux qui danferoient. Enfin
on prit toutes les plus delicates
précautions fur tout ce qui pourroit
arriver de fâcheux , tant au
dedans qu'au dehors .
Dés l'entrée de la nuit la
Symphonie recommença par un
grand bruit de guerre , & elle
continua jufqu'à l'ouverture du
bal. A l'heure du foupé on fervit
un ambigu des plus magnifiques ,
GALANT 293
Outre la bonté & la nouveauté
des mets differens , rien n'eftoit
plus agreable à la vûë que le
mélange prodigieux des potages
dans de riches olles , d'entrées
toutes differentes , de roft de
gibier le plus rare , & de magnifiques
corbeilles remplies des
plus beaux fruits & des plus excellentes
confitures . Dans le
cours du foupé on releva les
entrées , par un grand fervice
d'entremets & le roft par un fer.
vice entier de glaces . Les li
queurs à la glace y furent fervies
comme le jour precedent
dans des feaux d'argent & de
porcelaine . La table eftoit rem
plie d'une partie des mêmes
Dames du premier rang qui y
eftoient la veille , & de beau-
Bb iij
294 MERCUR
I
coup d'autres de même diftinetion
qui n'y avoient pas encore
paru . On ne fut pas moins longtemps
à table de Lundy que le
Dimanche , mais on en fortit
avec une furpriſe bien plus gran
de. On n'avoit vû au dehorsaucun
artifice prepare . Dés qu'on
cut cefféde manger , le fignal fur
donné pour tirer un feu , ou pour
mieux dire , plufieurs , le long des
Juës,d'une invention toute nou
velle Les Dames agréablement
furpriſes coururent aux fenêtres
au bruit des fufées , & de l'artifice
qui les accompagnoit . Elles
virent , le long des ruës , des
combats & des ricochets de flames
, qui fe rallumoient aprés
s'eftre éteintes , & qui fe jettoient
les unes fur les autres ,
Bb iiij
GALANT 295
en forme de feu Gregeois. Il partoit
en même temps & à la fois ,
& fucceffivement , de groffes
.gerbes de feu du milieu desruës ,
pendant que des fufées plates
alloient au niveau de la terre
du bout d'une rue à l'autre , &
que fans difcontinuation
d'autres
fufées s'élevoient au plus
haut des airs , tantoft feparées
tantoft en girandoles . Il s'eft peu
vû de fpectacle plus curieux ny
plus amufant. Auffi les accla
mations répondoient elles de
tous coſtez au bruit de guerre
des inftrumens qui s'eftoient fait
entendre la nuit precedente , &
le bon ordre ny fut pas moins
bien gardé .
-
A peine ce divertiffement
fut - il fini , que les violons &
296 MERCURE
3
les haut bois fe trouverent
placez fur les échafaux quor
leur avoit deftinez pour de bal 5
& on ouvrit la sporte aux maf→
ques . Le concours en fuc trés- :
grad , & on danfa prefque auf
foft aprés l'ouverture du bal
dans les fept pieces differentes
de ce mefme appartement, ce
qui continua jufqu'à fept heul
res du matin . Mrle Prince d'Ef.
pinoy , qui dans un âge peu avancé
, a toutes les qualitez que
l'on peut fouhaner à unes perfonne
de fa naiffance , ouvric
le premier bal dans le grand
Salon avec Mlle de Bay , fille
de Mr le Marquis de Bay , qui
commande l'armée d'Espagne
fur les frontieres de Portugal.
Les Dames qui avoient efté du
GALANIM 297
3
A
foupés y danferent les unes aprés
les autres. Cependant le
nombre de mafques groffiffoit ,
lansaques les odanfesty ufuffent
interrompues ny embarraffées
parce qu'outre les Suiffes qui
eftoient difperfez fur l'efcaliers
& aux portes des apartemens
il y en avoit d'autres en de
dans , qui arreftoient honneftement
tous ceux qui avoient de
l'empreffement pour fe rendre
aux lieux où l'on danfoit , & qui
faifoient ouvrir le paffage aux
Dames pour aller occuper les
places qui leur eftoient deftinées
. Des Gentilshommes de
S. E. qui fe tenoient fur le
haut de l'escalier , conduifoient
les marques les plus diftinguez
& fur tout les Dames par des
298 MERCURE
endroits qui leur faifoient éviter
l'embarras de la foule . Depuis
le commencement du bal
jufqu'à fept heures du matin
qu'il finit , on fervit fans dif
continuer toute forte de liqueurs
, de glaces , de fruits &
de rafraichiffemens . Trente
domeftiques de S. E. alloient
& venoient fans ceffe avec des
corbeilles & des foucoupes
, &
tout y fut prodigué avec abondance
. Auffi n'y eut- il aucune
efpece de contre - temps , malgré
l'embarras & la foule. Les
violons avoient fur tous leurs
échafaux du pain , du vin , des
pâtez & des jambons ; les Suiffes,
les Gardes & le Guet eftoient
regalez au dehors de la mefme
maniere. Toute l'affemblée fut
GALANT
250U
MYON
tres -fatisfaite ; chacun s'ente
tourna en donnant des loüa
à S. E.E. Auffi
gespa
peut
-on dire
que
dans
une
Maifon
Royale
,
on
n'auroit
pas
eu
plus
d'égards
,
plus
de
menagemens
&
plus
de
reſpect
.
Mr le Duc d'Albe fe donna
de grands mouvemens pendant
toute la nuit , Il alla fouvent
pendant le bal de Chambre en
Chambre , & depuis le haut de
l'efcalier où il paroiffoit fou
vent pour y conferver le bon
ordre, jufqu'à la derniere piece
où l'on danfoit . Tout s'y
paffa auffi fans interruption felon
fes idées & felon l'envie
qu'il avoit que le dernier de
tous ceux qui compofoient l'affemblée
y fut à proportion auf
300 MERCURE
content que le premier . Auffi
n'y refufoit-on rien à perfonne
, excepté que l'on donnoit
Ja preference aux Dames ; mais
ceux qui la cedoient , n'atten
doient pas long- temps aprés les
rafraichiffemens qu'ils demandoient.
La Fefte du troifiéme jour
peut eftre regardée comme un
mélange des deux premieres.
Tout y fut égal au dehors , à
la referve des feux d'artifice qui
dans le mefme goût de ceux
du Lundy , furent encore differens
& multipliez . Le foupé
fut auffi un ambigu ; mais d'une
invention nouvelle , & l'embar.
ras y fut encore moins grand ,
quoyqu'il y eut un plus grand
de diftincnombre
de T
plus
grand
GALANT zor
301
"
tion. Le bal fut encore plus
beau que le precedent ; les
mafques y vinrent en plus grand
nombre , l'ordre y fut égal ,
& la profufion qui ne pouvoit
lab
aller plus loin , n'y fut pas
moindre. Il est étonnant que
Mr le Duc d'Albe ait pû refifter
trois jours & trois nuits
à toutes les fatigues qu'il s'eft
données S. E. Madame la Ducheffe
d'Albe ne fe donnoit
guere moins de mouvemens.
L'un & l'autre alloient & fe
trouvoient par tout pour
donner
à propos des ordres neceffaires.
Auffi tout s'y eft- il paflé
à leur gloire & à leur fatisfac
tion . On y danfa comme au
bal precedent en fept pieces
differentes ; les violons & les
302 MERCURE
haut -bois y eftoient également
bons par tout ; on continua de
danfer cette troifiéme nuit jufqu'à
prés de huit heures du
matin ; & on prodigua également
aux derniers qui en fortirent
, les confitures , les fruits,
les glaces & les liqueurs ; de
maniere que tout le monde en
fortit en s'écriant qu'il ne s'étoit
rien vû de pareil .
Madame la Nourrice du Roy
d'Efpagne donna auffi en cette
occafion , des marques de la
joye qu'elle reffentoit . A peine
eut- elle appris la naiffance
da Prince des Afturies , qu'elle
alla à Verſailles . Dés que le
Roy l'aperceut , S. M. luy dit
qu'elle venoit plustoft pour recevoir
des complimens , que pour en faire ;
GALANT 303
& en effet , elle en reçût de
toute la Cour , Auffi toft qu'el
le fut de retour à Paris , ello
ne fongea qu'à faire preparer
une Feſte qu'elle donna bientoft
aprés. Toute la façade de
fa maiſon du cofté de la ruë fut
illuminée avec de gros flambeaux
de poing de cire blanche
, & le derriere de cette maidenne
fon , qui donne dans le Jardin
du Palais Royal fut auffi illaminé
; mais d'une maniere dif
ferente , certe illumination étant
compofée d'un nombre in.
fiai de lamperons , qui reprefentoient
un arc de triomphe
qui regardoit une allée du jar.
din du Palais Royal . Elle avoit
auffi fait mettre plufieurs petites
pieces de canon dans le mê304
MERCURE
me Jardin avec quantité de
de boëtes. Il y avoit au devant
de fa porte une fontaine de vin
pour tous les paffans , & une
autre dans fa Cour pour les
Joueurs d'inftrumens , & pour
les domestiques des perfonnes
de qualité qu'elle avoit conviées
à un grand repas , qui ne
fut pas un des moindres plaifirs
de la Fefle. On mangea
dans un grand Salon orné de
glaces , & remply de trés - beaux
luftres de cristal , qui eftant
multipliez dans les glaces , produifoient
un éclat des plus brillans
, & qui avec celuy des
Alambeaux qui eftoient au dehors
, éclairoit tout le quartier,
Le bucher d'où fortoit un May
parce que S. M. C. eft née le
3
GALANT 305
premier jour de May , & que
c'eſt auffi le nom de la Nourrice
de ce Monarque , fut allumé
par Mr le Curé de S.
Euftache , au bruit du canon &
des boëtes. On avoit commencé
auparavant à tirer des fufées
volanies , & le nombre en augmenta
lors que le feu commença
à bruler. Les violons fe firent
auffi entendre dans le mefme
temps , & pour furcroit de re-
Jouillances , Madame la Nourrice
en habit d'Efpagnolette
jetta beaucoup de Monoye au
peuple , & une grande quantite
de facs de dragées , ac.
compagnées de confitures feiches
. Il y eut enfuite un grand
bal , & cette feſte qui dura
prefque toute la nuit , & pen-
Cc
Septembre 1707 .
A
306 MERCURE
dant laquelle on ne ceffa point
de boire à la fanté des deux
Rois finic fans qu'il y cut
eu aucun defordre & chacun
s'en retourna fort fatisfait
en loüant la generofité & la
galanterie de Madame la Nour,
rice , ainfi que fon amour pour
le Prince qu'elle a eu le glorieux
avantage de nourrir.d
P
Mr Clement premier Valet
de Chambre de Madame la Du
cheffe de Bourgogne , ayant eu
l'honneur d'accoucher la Reine
d'Efpagne , on a fait pendant
deux jours des réjouiffances à
fon logis , ruë S. Antoine il
y eut une grande illumination ,
un tres - beau feu d'artifice , une
fontaine de vin qui ne ceffa
point de couler tant que dura
j
SGADAST 307
la Fefte , qui fut animée par
les tambours & par les rompettes
de la Ville , & pour em
pêcher le defordre que la grande
affluences du peuple auroit
pu caufer , on avoit fait venir
les Archers du Guet , qui étoient
tres- proprement vêtus ,
& qui fe rangerent au tour du
feu . Les infcriptions qui rempliffoient
la façade du Logis de
Mr Clement , n'ont pas efté un
des moindres ornemens de cette
Fefte , Ces infcriptions expli
3 quoient le fujet de deux Tableaux
qui avoient efté faits
exprés , fur la Naiffance du
Prince des Afturies.
Dans le premier de ces Ta- .
bleaux , on avoit peint l'Efpagne
qui préfentoit le Prince au
Cc ij
308 MERCURE
}
Roy de France fon bifayeul, &\
elle témoignoit la joye qu'elle
avoit de la Naiffance de ce Prin
ce par les paroles , faivantes
écrites dans un quadre placé
au deffous du premier Tableau .
BENEDICTUS DOMINUS
QUI NON EST, PASSUS , UT
DEFICER ET SUCCESSOR
FAMILIA TUA, Ruth . 4.
Beni foit le Seigneur qui n'a poine
permis que voftre Famille fût fans
Succeffeur. Et le Roy transporté
par les mouvemens d'une ten- >
dreffe paternelle , fembloit dire
auPrince , ces paroles qui étoient
écrites dans un quadre qui étoit
au deffus du Tableau . PATREM
VOCABIS ME , ET POST ME
INGREDI NON CESSABIS.hi
Jerem 3. Vous m'appellerez vo➡m vùn
GALANT 309
tre Pere; parce que vous ne ceffe-
The
rez point de marcher fur mes traces.
On ne pouvoit flater les
Efpagnols d'une efperance plus
douce , qu'en leur promettant
une entiere conformité entre
le Regne du Prince des Afturies
& le Regne de Louis le
Grand , foit à caufe de la grandeur
des évenemens qui le rendront
fameux dans les fiecles à
venir ; foit à caufe de la bonté
qu'il aura pour les peuples
qui luy feront foumis. Le fecond
Tableau réprefentoit le
Baptême du Prince.
On Y
voyoit Monfieur le Cardinal
Portocarero , qui fembloit demander
au Roy & à Madame 7
la Ducheffe de Bourgogne quel
nom ils vouloient luy donner,
310 MERCURE
Et le Roy fembloit répondre.
VOCA NOMEN EJUS ; A CCELEKA
SPOLIA DETRAHE . SPOLIA DET
CELEKA S
RE
MAN
FESTINA PRÆDARI.
Ifai. 8. Appellez- le : halez- vous
de prendre les dépouilles ; prenez
wife le batin . C'eſt ainſi qu'on
a cru pouvoir exprimer le nom
de Louis ; parce que ce nom
fait fouvenir de la rapidité incroyable
des victoires de Louis
XIV . On avoit marqué au
deffus de ce Tableau la raifon
pour laquelle ce Prince doit
porter le nom de ce grand
Saint. Ce n'eft pas feulement
par ce qu'il eſt né le jour de
*
* Il n'y a qu'un feul mot dans l'Hebreu
, mais la vulgate & la traduction
ne l'ont pu exprimer dans toute fa
force que par tous ces mots.
GALANT 311
la Fefte de S. Louis ; mais auffi
parce que FORTIS IN BELLO ,
SECUNDUM No- MAGNUS
MEN , MAXIMUS IN SALUTEM
EXPUGNARE INSURGENTES
HOSTES , UT CONSEQUATUR
HEREDITATEM . Ecclefi . 46.
Il fera vaillant dans la guerre ,
auli grand que le nom qu'il por
tera , & tres-grand pour le falut
& la défense de fes peuples , pour
renverserles Ennemis qui s'élevent
contre luy , & pour conferver la
Couronne qui eft fon heritage. Sur
le trumeau du milieu de la maifon
, il y avoit trois autres infcriptions
qui marquoient les avantages
que la Naiffance du
Prince des Afturies procurera
aux peuples. La premiere eftoit
conçûë en ces termes. MUL312
MERCURE
TIPLICABITUR IMPERIUM
EJUS , ET PACIS NON ERIT
FINIS. Ifai. 9. Son Empire s'étendra
de plus en plus , &la paix
qu'il procurera , n'aura point de
fin. On a voulu faire entendre
par là
que cette Naiffance fera
avantageufe à nos Ennemis mêmes.
La feconde eftoit conçûë.
en ces termes . ET ERIT DUX
EJUS EX EO , ET PRINCEPS
DE MEDIO EJUS PRODUCETUR
. Jerem 30. Ce peuple trouvera
fon Chef au dedans de luymème
fon Prince naifira au milieu
de luy, C'eft l'avantage particulier
que les Espagnols trou .
vent en cette occafion . Le
Prince des Afturies n'eft point
étranger à leur égard , puiſqu'il
defcend par 8 endroits deCharles
HGALANT $ 313
les V. Roy d'Eſpagne : & que
le fang Efpagnol a paffé dans
fes veines par Marie - Therefe
d'Auftriche Infante d'Efpagne
Epoufe de Louis XIV . & fa
Bifayeule avantage d'autant
plus grand , qu'il fera perpetuel.
C'est ce qu'on a voulu
marquer par cette autre infcription
. NoN AUFERETUR
SCEPTRUM DE JUDA , ET
DUX DE FEMORE EJUS , Gen.
49. Le Sceptre ne fera point ôté
de Juda , & il y aura toujours fur
le trone des Princes de fa pofterité.
Cette infcription contient deux
parties : la premiere marque
combien feront vains & inutiles
tous les efforts de ceux qui
veulent ufurper la Couronne
d'Espagne . La feconde fait voir
Septembre 1707. Dd
.
314 MERCURE
que ce Prince fera la tige d'une
longue fuite de Succeffeurs ,
qui ne fera point interrompuë
d'icy jufqu'à la fin du monde ;
& que par confequent les Efpagnols
ne feront jamais expofez
à chercher des Princes dans
un fang étranger. Sur deux autres
croilées eftoient deux infcriptions
qui marquent l'effet
que la Naiffance du Prince des
Afturies a produit fur les coeurs
des Espagnols . Celle de la droite
eftoit conçue en ces termes .
SUPER SOLIUM DAVID , ET
SUPER REGNUM EJUS SEDEBIT
UT CONFIRMETIL-
& CORROBORET
IN
JUDICIO ET JUSTITIA . Ifaï .
7. Il fera aflis fur le trône de David
, & il poſſedera fen Royau-
*
LUD ,
GALANT 315
me , pour l'affermir , & le fortifier
dans l'équité & dans la Justice
. On lifoit ces paroles dans
celle de la gauche . ET IN
-TESTAMENTIS STETIT SEMEN
EORUM . Ecclefi . 44.
Leur pofterité affermit le coeur des
peuples dans la réſolution de maintenir
le Teftament ( de Charles
11. ) En effet , quoyqu'on cut
crû que l'attachement & la
fidelité des Eſpagnols pour Philippe
V. leur Prince legitime ,
ne pût recevoir d'accroiffe-
Iment ; on a vû cependant redoubler
leur zèle & leur amour
à la Naiffance de ce Prince .
".
Les Réjouiffances dont je
viens de vous parler , ont eflé
faites avant que l'on cuft chanté
le Te Deum , en actions de
Ddij
316 MARCURE
,
graces de la Naiffance de Monfeigneur
le Prince des Afturies ,
& par confequent avant que
celles de la Ville fuffent commencées
, parce qu'elles ne fe
font jamais qu'aprés que le Te
Deum a cfté chanté. Il le fut
le 8. de ce mois ece
aprés que
Monfieur le Cardinal de Noail .
les eut reçû la Lettre du Roy,
que j'ay crû devoir mettre icy,
quoy que je ne doute point que
Vous n'ayez déja veu cette
Lettre , puifqu'elle a efté rendue
publique . Mais les Lettres
que je vous écris eftant regardées
comme des Journaux hiftoriques
, on l'y trouvera un jour,
lors qu'il fera difficile de la trouver
ailleurs .
GALANT 317
Mon Coufin , Dé toutes les mar
ques vifibles de la protection dont
it a plû à Dieu de favorifer mon
Petit-Fils le Roy d'Espagne , depuis
qu'il a efté appelle à la Cou
ronne, qui luy appartient par les
droits les plus legitimes & les plus
facrez ; il n'y en a point eu de plus
éclatante & de plus precieufe que
la Naiffance d'un Prince des
Afturies. Les Espagnols y font
d'autant plus fenfibles , qu'ils fe
font vus privez d'un pareil avantage
pendant une longue fuite d'années:
& l'union des deux Couronnes
rendant entr'elles les interefts
communs ; la France ne doit pas
donner aujourd'huy moins de marques
de joye für cette Naiffance ,
que l'Espagne en a fait paroiire
fur celle du Duc de Bretagne . Ces
Dd iij
318 MERCURE
deax Princes affurent également la
fabilité des deux Monarchies ; ils
ôtent à nos Ennemis communs y la
fauffe idée de réunion , dont ils fai- e
foient le prétexte le plus fpecieux
de la Guerre qu'ils ont allumée ,
& me donnent la fatisfaction de
voir la poffeffion des deux Royaumes.
affurée à deux Branrhes de ma
Maison. La jufte reconnoiffance.
que je dois à Dieu , unique Auteur
de tant de bienfaits , m'engage à
vous écrire cette Lettre , pour vous
dire que je defire que vous falliez
chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville
de Paris , au jour & à l'heure que
le Grand Maitre , ou le Maître des
Ceremonies vous dira de ma part ;
& je luy donne ordre de convier à
cette Ceremonie mes Cours , & ceux
GALANTM319
qui ont accoûtumé d'y affifter. Sur
ce , je prie Dieu qu'il vous ait
Mon Coufin, en fa fainte digne
garde. Ecrit à verfailles le quatre
Septembre 1707.
Le Te Deum fut chanté le 8 .
& le Parlement fe trouva ens
Corps dans l'Eglife de Noftre
Dame, où toutes les Cours Su
pericures fe rendirent pareilÎement
, auffi bien que le Corps
de Ville , & les Miniftres Etrangers
qui font en cette Cour.
Il y eut le foir du même jour, un
grand Repas à l'Hôtel de Ville,
fervy en Ambigu , où plufieurs
perfonnes de diftinction fe trouverent.
A l'iffuë de ce Repas on
alluma le Feu qui eftoit dreffé
devant cet Hoftel . Il conſiſtoit
Dd iiij
320 MERCURE
en une figure de Bronze , qui
reprefentoit l'Espagne , tenant
d'une main un bouquet de Lys,
& s'appuyant de l'autre fur les
Colomnes d'Hercule > avec
leur Deviſe ordinaire , Non plus
ultra , pour fignifier que l'Efpagne
ne peut trouver de plus
fermes appuis , que dans l'union
des deux Branches de la Maifon
Royale de Bourbon , qui
regne en France & en Espagne.
On lifoit fur la face du Piédeftal
qui regardoit l'Hoftel
de Ville ?
vante .
l'Infcription fui-
LUDOVICO MAGNO ,
Ex altero nepote Philippo ,
Hifpaniarum Regi Catholico ,
Iterum Pravo ,
GALANTM 321§
Inauditam Felicitatem
Fauftis Aufpiciis Natam ,
Gratulantur, ina 500 is
& Præfectus & Ædilese A
dranHb . ddimolol
Du même cofté l'on voyoit
au deffus de l'Entablement , la
Victoire tenant entre fes mains
une Medaille qui reprefentoit
Saint Louis , offrant au Ciel le
Prince des Afturies , avec ces
paroles d'Horace .
Reddas incolumem precor , & ferves
anime dimidium mee.
Sur les Pilaftres on avoit
peint les quatre principaux évenemens
qui ont précedé la
naillance du Prince des Afturies
: D'un cofté l'on voyoit la
322 MERCURE
bataille d'Almanza , & la reduction
des Royaumes d'Arragon
& de Valence ; de l'autre
les lignes de Stoloffen forcées ;
l'Allemagne ouverte aux Armées
du Roy & la levée du
Siege de Toulon par Monfieur
le Duc de Savoye.
>
Pendant que l'on tiroit ce
feu , on en allumoit un million
d'autres dans toutes les ruës
de Paris , & l'artifice fe faifoit
entendre de tous coftez , plufieurs
particuliers ayant voulu
ſe diftinguer , pour marquer
leur attachement & leur zele
pour la Couronne d'Espagne ,
& particulierement ceux qui
ont le plus de commerce avec
les Etats de Sa Majesté Ca holique.
On vit auffi beaucoup
GALANT
323
de tables dreffées dans plufieurs
ruës, où l'on fit boire les paffans
à la fanté des deux Rois & du
Prince des Afturies ; & ces Réjoüiffances
durerent bien avant
dans la nuit.
17J'ay oublié de vous marquer
que le Canon de l'Arfenal ,
celuy de la Bastille , & celuy
que l'on avoit placé dans la
Place de Greve , avoient annoncé
ces Réjoüiffances dés
cinq heures du matin , & que
le Feu qui eftoit devant l'Hôtel
de Ville fut tiré au bruit
du Canon , aprés que l'on cut
admiré plufieurs fufées volan
tes que l'on tira les unes aprés
les autres , qui font appellées
Fufees d'honneur, & qui femblent
n'eftre tirées que pour avertir
$
324 MERCURE
que la Fefte va commencer.
Le même jour , Monfieur le
Cardinal d'Eftrées " fit auffi
chanter le Te Deum dans l'Eglife
Abbatiale de S. Germain
des Prez.
Le 10. Mr le Chevalier de
Caftel dos Rios , fils de Mile
Marquis de Caftel dos Rios ,
Grand d'Espagne , & Viceroy
du Perou , donna une grande
Fefte dans le College d'Harcourt.
Le 19. le Roy donna audiance
au Pere Perrin , Commiffaire
General de la Terre-
Sainte en France , Gardien du
Grand Convent des Religieux
Cordeliers de Paris , & Député
par le Pere General de fon
Ordre , qui eft Grand d'Ef
GALANT 325
pagne. Ce Pere complimenta
Sa Majefté fur la Naiffance de
Monfeigneur le Prince des Afturies
, & ce Monarque ayant
ouy fon compliment , dont toute
la Cour parut fatisfaite , répondit
d'une maniere tresobligeante
, & qui fit connoître
combien il eftoit contant
du Pere General da Contant
>
Grand
Convent de Paris , & de tout
l'Ordre . Le Pere Perrin eut
auffi audiance de Monſeigneur
le Dauphin & de toute la
famille Royale , dont il eut
auffi lieu d'eftre tres content.
Je dois ajoûter icy la feſte
, quoy que j'euffe refolu
de ne vous plus parler ce
mois- cy de celles qui regardent
Paris. Mrs le Leu & le Large,
qui fuit
"
326 MERCURE
qui font du nombre de ceux
qui ont commerce en Espagne,
dont je vous ay parlé cy deffus ,
donnerent le 8. de ce mois une
fefte des plus brillantes , & qui
fut tres applaudie . Il y avoit
au devant de la porte Cochere
de leur Logis , une Pyramide
fufpendue , toute remplie de
Bougies , dont les lumières qui
fe répandoient de tous coftez ,
faifoient paroître les Ecuffons
des Armes d'Espagne , & les
paroles de Vive le Roy , la
Reine , & le Prince des Afturies
. On découvrit en même
temps dans le fond de la court
du même Logis , qui eft tresfpacieufe
, une infinité de Bou
gies & de Lamperons rangez
par compartimens le long des
GALANT 327
r
feneftres & d'un grand Veftibule
, où paroiffoit un grand
Tableau , dans lequel on voyoit
d'un cofté l'Espagne , fous la
figure d'une Reine vétuë des
Habits Royaux , tenant de la
main gauche le Prince des
Afturies , & de la droite un
Miroir ardent refléchiffant les
rayons du Soleil fur l'Envie &
fur plufieurs animaux ennemis
de la lumiere , qui paroiffoient
tous terraffez de frayeur à la
veuë de cet Aftre nouveau ,
avec ces paroles écrites en gros,
carecteres ; Novo fplendore tremifcunt
; faifant allufion aux
Ennemis , qui fe voyent déconcertez
par la Naiffance de ce
Prince , qui leur oftant toutef
poir de pouvoir faire regner
328 MERCURE
y
des Eftrangers en Eſpagne, doit
par confequent réunir tous les
Sujets fous fon Empire. Il
avoit à chaque cofté de cette.
Emblême , trois Cartouches or
nez de Feftons , dans le premier
defquels eftoit peint l'enfant
Frixus monté fur le Belier de
la Toifon d'Or , avec ces mots ,
Sibique patrique.
Dans le fecond , un jeune
Hercule écrafant le voleur
Cacus dans fon antre , avec ces
paroles Ultor ad antra Caci
fcetur.
Dans le troifiéme,un Berceau
orné & environné de Lys & de
branches d'Olivier , avec ces
mots Gratos fundent cunabula
flores.
Dans le quatriéme un Lion,
GALANT 329
reprefentant la Nation Efpagnole
, à l'entrée du Jardin des
Hefperides , avec ces paroles ,
Infanti Domino cuftodit.
Dans le cinquième , une Grenade
, avec ces mots , Con la
Corona nafci,
Et dans le fixiéme , un Lion ,
prefentant au Soleil qui diffipe
des nuages , un bouton de Lys,
qu'il tient dans une de fes pattes
, avec ces paroles , Inde decus
tutamen & ortus.
Il eut enfuite dans cette
Y
grande Cour deux Tables de
vingt couverts chacune , qui
furent fervies proprement par
deux Ambigus . Il y avoit aux
deux coftez de cette Cour des
Violons , des Hautsbois , des
Timbales & des Trompettes ;
Septembre 1707. Ee
330 MERCURE
2
& tous ces Inftrumens fe répondant
les uns aux autres ,
tâchoient à fe furpaffer , & formoient
un concert des pl
plus
harmonieux
, tandis que pour
ne laiffer rien à defirer au peuple
, qui paroiffoit tres content
de cette Feſte , on avoit eu foin
de placer en dehors au premier
étage , deux groffes pieces de
vin de Champagne , qui couloient
dans la rue fans difcontinuer
, & qui excitoient tous
les paffans à prendre part à la
joye que reffentoient les Conviez
, & à répondre à tous les
cris de Vive le Roy , que les
Conviez faifoient entendre ,
& à toutes les fantez qu'ils
beuvoient . La Fefte continua
par les Danfes , qui ne cefferent
GALANT 231
que lorsque l'on vit pargiftre
l'Aurore.
Pendant que l'on se réjoüiffoit
à Paris de la Naiffance d'un
grand Prince , on pleuroit à
Grenoble la mort de Monfieur
le Cardinal le Camus , qu'il eft
plus ailé d'admirer que d'imiter.
J'ay tant de chofes à vous
en dire que je me trouve
obligé de remettre au mois
prochain à vous en parler .
Cependant je vous diray que
Meffire Pierre Faudel Efcuyer
, Seigneur de Favereſſes ,
mourut à Sainte Menehoud en
Champagne le onzième de ce
mois , dans fa cent & deuxième
année . Il eftoit fils d'un ancien
Officier d'Henry IV. qui s'étoit
retiré chez luy aprés avoir fer-
Eeij
332 MERCUR
E
vi plufieurs années avec diftinction
, & avoir commandé une
Compagnie d'Ordonnance pour
le fervice de Sa Majefté . Henry
IV. paffant à Favereffes en
1609. luy fit l'honneur d'entrer
dans fa maifon & voulut voir
fon fils , qui eft celuy qui vient
de deceder . Ce venerable veillard
fe fouvenoit diftinctement
d'avoir eu l'honneur d'eftre
porté entre le bras d'Henry
IV. & il en parloit fouvent
dans fa Famille . Il eft mort
avec une fermeté vrayment
chrétienne , & il a confervé
une raifon faine & entiere jufqu'aux
derniers moments de fa
vie . Il laiffa plufieurs enfans
entre autres Mr Faudel Prefident
en la Cour des Monoyes ,
GALANT 333
ส
& Madame de Malezieu Gou
vernante des Enfans de S. A.
S. Monfieur le Duc du Maine
Je vous ay déja parlé du
deffein que S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , avoit eu de
furprendre les Ennemis dans
leur Camp ; mais ayant efté informé
de quelques circonftances
nouvelles depuis que je
vous ay envoyé cet article , je
crois devoir ajoûter icy l'Extrait
d'une Lettre qui vous les
apprendra.
Le dernier jour du mois paffe ,
S. A. R. partit à 8. heures du
foir, & nous marchames toute la
nuit pour aller furprendre les Ennemis
dans leur Camp ; mais la
pointe du jour nous furprit trop- toft.
Ils furent avertis par leurs partis
334 MERCURE
& ayant ani - toft décampé , ils
allerent à fix grandes lieuës de leur
Camp du cofté de Barcelone. S. A.
R. prit le party de camper dans
leur Camp. Ils avoient efté ſi preſſèz
de l'abandonner , qu'ils n'avoient
pû emporter leur pain . Nos Soldats
en profiterent , & on prit dens
Officiers , dont l'un efle Major
de la place de Lerida , & l'autre
un homme qui avoit beaucoup de
Lettres , parmy lesquelles il y en
avoit une pour Mylord Galovay ,
par laquelle nous avons appris la
levée du fiege de Toulon
Quoyque je vous aye déja par
lé des réjouiffances qui fe fontfaites
icy pour la Naiffance de
Monfeigneur le Prince des Afturies
, je ne vous ay neanmoins
encore rien dit de ce qui s'eft
GALANT 335
paffé à Madrid dans le temps
de l'accouchement de la Reine
d'Espagne , & de ce qui a fuivi
cet acouchement , parce que
l'on n'en fçavoit encore icy rien
lorfque l'on y a commencé les
réjoüiffance , & que le premier
Courrier de Madrid qui en étoit
party auffi- toft aprés l'acouchement
de S. M. C. n'avoit
pû rien apporter autre
chofe , finon que S. M. eftoit
accouchée d'un Prince auquel
on avoit donné le nom de Prince
des Afturies . Je crois ne
pouvoir mieux commencer l'article
qui regarde cette Naiffance
, qu'en vous envoyant une
Lettre de Madrid .
336 MERCURE
A Madrid le 29. Aouſt 1707.
•
Ze 25 de ce mois , jour de la
fefte de faint Louis , la
Reine qui
avoit bien paffe la nuit , fentit
à cinq heures du matin de petites
douleurs qui cefferent & reprirent
de temps en temps jufqu'à neuf
beures . Elles augmenterent alors
confiderablement , juſqu'à dix heures,
elles furent tres- vives de
puis dix heures jufques & compris
feize minutes & demie que fa
Majefté mit au monde un Prince
qui com le l'Efpagne de joye & de
felicitez, qui eft beau comme un Ange
& qui paroift aufi fort & aui
vigoureux que s'il avoit quatre
mois. Dans l'inftant de cet acouchement
, on envoya des courriers de
tous coftez. La Reine & l'Enfant
joüiffens
GALANT 337
jouiffent d'une fanté auJi parfaite
qu'on la peut defirer.
Madame la Princeße des Ūr-..
fins fait les fonctions de Gouvernante
de ce Prince . Le Roy def
pagne ne pouvoit confier un ani
grand depoft a qui que ce foit qui
en fut plus digne que cette illuftre
Dime
* Les Seigneurs qui ont affifté à
l'accouchement de la Reine dans
La Chambre jointe à celle du lit &
qui ont vu l'Infant dans l'inftant
de fa Naillance , font:
Le Cardinal Portocarrero.
Le Grand Inquifiteur,
L'Evefque de Gironde , Prefident
de l'Affiente.
Le Commiffaire General de la
Croifade.
Don Bogia Grand Aumoniér.
Septembre 1707 .
Ff
338 MERCURE
M
Le President de Caftille.
Le Marquis de Manfera , Prefident
du Confeil d'Italie
Le Comte de Frigiliano , cy- de
vant Prefident du Confeil d'Aragon .
Le Duc d' Aurifco, Prefident du
Confeil des Indes.
Le Duc de Veraguas , Prefident
du Confeil des Crdres .
Le Duc de Medina Cali.
Le Duc d'Abrantes ,
Le Comte de Cartaneda d'Aguilar.
*
Le Duc d'Avré.
Le Duc de Popoli.
Le Comte d'Aguillar.
Le Duc de Jovenaſſo.
Le Marquis de Canalles.
Le Duc de Montalto,
Le Duc de Montellano.
Le Marquis de Vilagaña.
GALANT 339
$
Le Marquis d'Aytona.
Le Duc de S. Jean.
Le Marquis d'Ariza.
Le Marquis de Priego.
Les Ducs d'Arcos & Baños,
Le Marquis d'Aftorga.
Le Conneftable de Caftille .
Le Duc de Medina Sidonia,
Le Comte de Benavente.
Le Comte de S. Eftevan.
Le Marquis de Caftel Rodrigo.
Le Comte de Pinto.
Le Marquis de Majorada &
Don Jofeph Grimaldo en qualité
Secretaires d'Etat .
Miniftres Etrangers .
5.3
Le Nonce du Pape.
L'Ambaffadeur de France.
L'Envoyé du Roy d'Angleterre.
F fij
340 MERCURE
L'Envoyé du Grand Duc de Tofcane
.
L'Envoyé des Cantons Suiſſes.
Les Envoyez de Modene & de
de Mantoüe.
ས
Il eft impoffible d'exprimer la
joye dont les peuples font penetrez.
Les Eglifes font remplies de gens
qui rendent graces à Dieu de ce
grand évenement ; ce ne font que
Festes & rejouifances publiques .
Mr l'Ambaßadeur de France en
a fait une magnifique qui a duré
pendant trois jours . La façade de
fon Palais eftoit richement ornée ;
les portraits du Roy , de fa Majefté
Catholique & de la Reine y ont
efté expofez avec les ornemens les
plus magnifiques . Il y avoit des
fontaines de vins qui n'ont point
difcontinués ély dep muz quo&
GALANT 34º
·
fymphonie & plufieurs tables ouwertes
, qui ont efte fervies pendant
les trois jours avec toute la magnificence
pollible,
On a fait une Proceffion Generadle
de la Paroiffe du Palais à Notre-
Dame d'Atocha , où le Roy a
affifté avec tous fes Confeils & tous
·les Tribunaux de cette Cour.›
Sa Majesté Catholique a fait
diftribuer de grandes aumofnes ,&
Elle a pardonné aux Comtes de
Palmes , de Lemos , de Monterey
& de Puno- en- Roftro , au Marquis
del Carpio , à tous les exilez, & mème
au Ducde l'Infantado qui eftoit
prifonnier au Chateau de Segovie
à condition qu'il fe retirera à une
de fes terres ; mais tous les autres
fans exception ont permiſſion de fe
rendre en cette Cour.
F fiij
342 MERCURE
S. M. a accordé la mesme grace
à pluſieurs Officiers des Confeils ,
& à d'autres qui estoient prisonniers
à Madrid , dans Alcaçar on
Chafteau de Segovie , pour avoir
manqué à leur devoir , lorfque les
Ennemis entrerent icy. Enfin S.
Ma accordé la liberté à tous les
prifonniers , excepté aux voleurs ,
aux Bohemiens , & à ceux qui
ont merité la mort .
t On a donné le titre de Prince
des Afturies au Prince qui
vient de naître , parce que ce
titre eftoit attaché aux perfonnes
des fils aînez des anciens
Rois de Caftille .
C
?
La Province des Afturies >
qui avoit autrefois Titre de
Royaume , eft une dépendance
du Royaume de Caftille. Ce
GALANT 343
(
4
petit Eftat eft remply de Montagnes
& de Rochers efcar
pez , où le cantonnerent le
refte des anciens Goths qui furent
fubjuguez par les Maures
il y a plufieurs ficcles. Ces
Mufulmans ne pûrent jamais
penetrer dans ces Montagnes ,
& cette contrée fut la feule
qui ne fubit point le joug de
Mahomet ; & ce fut là où le
vray fang Efpagnol pullula
pendant quelques fecles , &
le conferva jufqu'à ce que le
valeureux Dom Peläge , qui
avoit toûjours confervé une
petite Royauté fur ces hauteurs ,
en defcendit , & commença le
grand ouvrage de l'expulfion
des Maures , qui fut enfin confommé
fous les Regnes de Fer-
Ff iiij
344 MERCURE
dinand & Ifabelle , par les foins
du Cardinal Ximenés, 203
Je dois ajoûter ce qui fuit à
la Lettre de Madrid que vous
venez de lire. Le Roy d'Efpa
gne fic aprés les couches de la
Reine , un tres- beau Diſcours
à fon Confeil , pour luy mar
quer la raifon qu'il avoit ecë
de pardonner à tous ceux dont
vous avez veu les noms dans
la Lettre de Madrid . Ce Dif
cours fat tres touchant , & fit
admirer l'efprit & la bonté de
ce Monarque , ainfi que l'at-.
tention qu'il avoit de fe faifir
de toutes les occafions qui pou
voient luy fournir les moyens
de faire plaisir à fes Sujets de
toutes fortes d'états . Si ce Dif
cours peut tomber entre mes
GALANT 345
mains je ne manqueray pas
de vous en faire part , & je ne
doute point qu'il ne falle beau.
coup de plaifir à tous ceux qui
le liront , puifque l'on a remarqué
que ce Monarque n'a
jamais fait de Réponse publi
que , ni de Difcours dans fon
Confeil , qui n'ayent charme
tous ceux qui les ont entendus ,
Je vous en ay envoyé quelques
fois , qui ont efté admirez de
tout le monde , endog
€
Le Prince dont la Naiffance
a caufé tant de joye , "a efté
ondoyé par Dom Carlos de
Borja , Archevêque de Trebifonde
, qui faifoit les fonctions
de Grand Aumônier , affifté de
Mrs les Evêques de Girone &
d'Oviedo , Les Ceremonies ont
346 MERCURE
efté differées juſques à ce que
Mr le Duc d'Orleans puiffe fe
rendre à Madrid ; & alors il
fera nommé au Noms du Roy
Tres Chrétien , par S. A. R.
& par Madame la Princeffe des
Urfins. Cependant le peuple,
fur la premiere nouvelle de
l'accouchement de la Reine ,
eftoit venu en foule dans la
place du Palais , & le Roy pour
la fatisfaction publique , fit porter
le jeune Prince fur un Balcon
, afin qu'il pûr eftre veu de
cette foule prodigieufe , qui fais
foit retentir l'air de cris d'allegreffe
. La Lettre de Madrid
Vous a parlé de la Proceffion
qui fut faite , où tout les Con
feils affifterent avec le Royi
c'eft pourquoy j'ajouteray feu
*
GALANT 347
lement icy que le Te Deum fut
chanté dans toutes les Eglifes ,
& que l'on fit des feux dans
toutes les rues pendant plufieurs
jours. Le concours des
peuples -fut fi grand autour du
Palais pendant tous ces jourslà
, que le Roy fut obligé de
faire porter le Prince fur les
Balcons , afin qu'il fût veu de
tout ce grand peuple . La Manufacture
de Segovie voulant
eftre la premiere à faire un
preſent au Prince des Afturies,
afin de fervir d'exemple aux
autres , elle a donné mille
Varas , qui font fept cens quatorze
aunes de tres - beau Drap
bleu Turquin , difant que c'é
toit pour les langes & les maillots
de ce Prince.
348 MERCURE
Les Réjouiffances qui fe font
faites à Sarragoffe , ont elté des
plus grandes , & l'on en jugera
lorfque l'on fçaura qu'elles y
ont efté continuées pendant
neuf jours ; ce qui en fait plus,
concevoir que tout ce que je
pourrois vous en dire . Le Te
Deum y a efté chanté en prefence
de la Nobleffe & des Of
ficiers de Ville , dans l'Eglife
de San Salvador . Mr l'Archevêque
fit la même Ceremonie,
& officia Pontificalement dans
l'Eglife de Noftre - Dame del
Pilar , où Mr le Comte de Xerena
, Prefident , & tous les Of
ficiers de la Chancellerie affifterent
en Ceremonie , avec
un tres grand concours de Nobleffe.
La Ville de Burgos a fait
GALANT 349
faire fes complimens par Mr
le Connérable de Caſtille ; cellé
de Seville , par Mr le Duc de
Medina Sidonia , & par Dom
Manuel d'Arias fon Archevêque
celle de Salamanque , par
Mr le Comte de Benaventé ;
celle de Segovie , par Mr le
Comte d'Aguilar ; celle d'Avila,
par Mr le Comte de San Efte
ran. Ils ont tous fait des prefens
au jeune Prince , à titres
de langes : & il arriva les jours
fuivans des Députez des autres
Villes , qui en firent de même.
Dom Manuel d'Arias , Archevêque
de Seville , a fait de fon
chef un prefent de mille piftoles,
T
La Lettre qui fuit vous apprendra
ce qui s'eft paffé
350 MERCURE
Bayonne , à l'occafion de la
Naiffance du Prince qui eft aujourd'huy
l'objet d'un fi grand
nombre de Eeftes publiques. xi
1
A Bayonne ce 31 Aouftf
· La Reine Doüairiere d'Eſpagne
apprit le 28. par un Courrier déa
pêché exprès par S. M. C. que la
Reine fon Epoufe eftoit accouchée
d'un Prince fans prefque fentir de
douleurs , & qu'elle eftoit en tresbon
eftat , ainsi que le Prince dont
il luy apprenoit la naiffance . Cette
Princefle expedia hier deux de fes
Gentilshommes , l'un à Madrid,
l'autre à Versailles pour feliciter
le's deux Cours fur cet heureux &
important évenement , qu'elle com.
mença de celebrer dés hier , enfais
GALANT 351
1
fant faire des Illuminations dans
fon Palais , & par une triple dé
charge de noftre Artillerie ; ce qui
doit continuer pendant trois jours.
Elle fit auli hier chanter un Te
Deum en actions de graces , au
Convent de la Vifitation , où elle
affifta & elle alluma enfuite un
Feu de joye , qu'elle avoit fait
dreffer dans une Cour de ce Monaftere.
Vous connoiftrez dans l'Ar
ticle ſuivant avec quel empref
fement on continuë par tout
tes Réjouiflances qui font aujourd'huy
tant de bruit dans
toute l'Europe.
On recent à Balaguer , où
l'Armée eftoit en quartier de
rafraîchiffement , le 29 Aouft,
852 MERCUR
E
la nouvelle de l'heureux accouchement
de la Reine d' Ef
pagne. L'Artillerie eut ordre
le même jour de faire trois décharges
des tout fon Canon
& toutes les Troupes de leurs
Moufquets & Moufquetons.
On mit des lumieres fur toutes
les feneftres de la Ville de
Balaguer , & le lendemain matin
aprés avoir invité tous les
Chanoines , Preftres & Religieux
de la Ville , avec les
Alcades & principaux habitans.
Mrl'Abbé Defrabines , Aumônier
de Monfieur le Duc d'Or
leans , celebra la Meffe
commencement de laquelle il
entonna le Te Deum. On chanta
enfuite l'Exaudiat & les
Tambours , Fiffres & Muficiens
au
GALANT 353
chanterent le Domine falvam
fac Regem & aprés la Meffe ,
Mr l'Abbé Defrabines dit les
Orailons ordinaires , Son Alteffe
Royale, qui avoit ordonné
cette Ceremonie , y affifta avec
tous les Officiers Generaux, &
ceux de fa Maifon .
ab Je vous envoye un Journal de
tout ce qui a occupé la Cour de
puis fon départ de Verſailles
pour Fontainebleau , jufqu'au
30. de ce mois , & vous trouverez
ce Journal beaucoup plus
exact que ceux dont je vous ay
fait part depuis trois années ,
ayant pris des mesures pour vous
en envoyer un cette année auffi
complet que vous le pouvez fouhaiter
, & dans lequel vous puif
fiez remarquer la même exac-
Gg Septembre 1707.
354 MERCURE
titude qui fe trouvoit dans ceux
que je vous envoyois il y a quel
ques années. Je dois vous dire ,
avant que d'entrer dans ce Journal
, que vous n'y trouverez pas
que le Roy foit tous les jours
ocupé par autant de plaifirs que
le reste de la Cour en prend , S.
M. fe donnant de grands foins
aux affaires de fon Etat qui font
fon unique atachement , quoyque
( s'il m'eft permis de le dire)
Elle ne faffe point parade deſon
travail . Ce Monarque tient
Confeil Royal à l'iffuë de fa
Meffe tous les Dimanches , les
Mercredis , & les Jeudis ; S. M.
tient le Lundy Confeil de Dépêches
ou de Parties , où Elle
juge les caufes importantes de
fes Sujets, lorfque les Parlemens
GALANT 355
.
y rencontrent des difficultez; &
quand Elle le trouve intereſſée
dans ces fortes de Caufes , c'eſt
un préjugé prefque certain qu'e
Elle prononcera contre Elle
même. Le Mardy ily a Confeil
de Finances auffi - bien que
le Samedy , & les Vendredy
Confeil de Confcince , où l'on
traite des affaires Eccleſiaſtiques.
Tous ces Confeils ocupent
le Roy jufques à une heure
aprés Midi qu'il fe met à table
pour diner & S. M. les reprend
fouvent aprés le repas ;
& aprés les chaffes & les promenades
Elle travaille avec fest
Miniftres qui ont des jours marquez
pour raporter les affaires
de leurs Départemens , & les
affaires extraordinaires qui ar-
G g ij
356 MERCURE
rivent , felon la neceffité des
temps . Cependant ce Monarque
ne laiffe rien voir qui marque
ce grand travail , & l'activité
avec laquelle il s'aplique
aux affaires , & ne laiffe voir
fur fon vifage aucun mouvement
qui puiffe faire deviner
les heureux ou malheureux évenemens.
Cette égalité jointe à
toutes les graces naturelles qui
accompagnent tout ce que fait
ce Prince , caufe l'admiration
de fes Sujets , & dont les Etrangers
font toujours firemplis
lors qu'ils quittent fa Cour ,
qu'ils ne font fouvent pas crus
chez eux , lors qu'ils raportent
de bonne foy ce qu'ils ont veu,
Le 12. de ce mois fur le midi ,›
le Roy partit de Versailles pour
GALANT 357
aller coucher à Petit - Bourg ,
qui apartient à M. le Marquis
d'Antin . S. M. avoit dans fon
caroffe Madame la Ducheffe de
Bourgogne , S. A. R. Madame ;
Me la Ducheffe du Lude , Dame
d'honneur , & M la Comteffe
de Mailly Dame d'Atour.
Les Gardes du Corps , les Gendarmes
, les Chevaux Legers , &
les Moufquetaires Gris & Noirs
étoient difpofez par Efcadrons"
fur la route , pour courre les
uns & les autres à l'ordinaire ,
fçavoir les Moufquetaires devant
le carroffe de S. M : & les
autres Corps aprés le même
Carroffe. Le Roy fit trés- obli-*
geamment arrêter fon Carroffe
à Juvifi pour recevoir des corbeilles
de fruits qui luy furent
358 MERCURE
3
préfentées par M. le Prefident
Portail , qui a une maiſon en
ce licu là . S. M. reçut ces
fruits avec la bonté qui luy eft
naturelle , & Elle les prefenta
Elle -même à Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & à Madame
. Ces corbeilles étoient
accompagnées d'autres rafraî
chiffemens dont S. M. remercja
Mr. Portail, Avant que d'ar
river à Petit Bourg Elle fut
rencontrée par Mr. le Marquis
d'Antin , qui étoit venu pour
la faluer fur la route , & qui
reprit les devans pour la rece
voir à Petit- Bourg S. M. y arriva
à 4. heures , & aprés être
entrée dans l'apartement que
ce Marquis luy avoit fait pré - 1
parer, qu'Elle trouva trés beau ,
-
GALANT
359
& dont les meubles étoient magnifiques
, Elle paffa dans un
autre apartement , & Elle fe
rendit enfuite dans les jardins
qu'Elle trouva trés - bien entendus.
Comme rien n'échape
à S. M. de tout ce qui peut regarder
l'ordonnance des jar
dins , & le bon goût , Elle fit
connoître à M. d'Antin ce qu'il
pouvoit faire pour les rendre.
plus agreables , & pour profi-!
ter de l'aspect de la Seine , dont
la veuë fait une des beautez .
Au retour de cette promenade
, ce Prince travailla jufqu'à
l'heure du fouper qui fut
fervi par les Officiers de S. M.
qui s'y étoient rendus la veille .
Toutes les tables tinrent comme
à Versailles , & furent . fer-
曖
360 MERCURE
vies de même , & Mr d'Antin
n'eut la liberté que de faire
fournir toutes fortes de rafraî
chiffemens à tous les Officiers
de S. M. & à toute la fuite de
la Cour , comme il avoit fait
pendant toute la journée à tous
ceux qui étoient venus chez
Juy. Les Gardes du Corps ne
manquerent de rien , & les Gardes
Françoifes & Suiffes ne purent
vuider tous les tonneaux
de vin qu'on leur diftribua.
Le 13. le Roy entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château
, pendant laquelle plu
fieurs Muficiens que Mr d'Antin
avoit fait venir de Paris ,
chanterent un Motet qui fur
trés - bien executé . Sa Majesté
dina enfuite & elle partit à
l'iffuë
GALANT 361
Tiffuë du diné avec la mefme
faite qu'elle eftoit venue. Elle
arriva à Fontainebleau fur les
quatre heures , & Monfeigneur
& Meffeigneurs les Princes qui
avoient efté à la chaffe du loup
ce jour - là , en eftoient revenus
à l'heure que S. M. devoit arriver
, afin de la recevoir à la
defcente de fon carroffe au bas
du Fer à cheval . Sa Majeſté
travailla , felon fa coutume , qui
eft d'employer tous les foirs
plufieurs heures à fes affaires .
· ··
Le Roy alla tirer dans les
Parquets , le 14. Monfeigneur
alla à la chaffe du loup avec
Meffeigneurs les Ducs de Bourgogne
& de Berry. Sur les 4.
heures Madame la Ducheffe de
Bourgogne accompagnée de fes.
Septembre 1707. Hh
362 MERCURE
Dames , alla fe promener dans
la foreft ; elle joignit S. M. &
achfuite Monfeigneur , & ils revinrent
enſemble à l'entrée de
da nuit. Il y eut grand jeu jufqu'au
fouper , & le Roy traavailla
avec fes Miniftres .
ely cut chaffe du cert lers.
S. M. en courut deux de fuider;
Monfeigneur , Madame la
Ducheffe de Bourgogne & tous
les Princes eftoient de cette
chaffe . Cette Princeffe donna
le retour de chaffe , qui fut
grand. Elle fe mit enfuite au.
jeu avec les Princes , & le Roy
s'enferma pour travailler Monfieur
le Prince de Vaudemont
Mesrécria fort fur la beauté de
da chaffe , & fur les équipages
de chaffe de S. M qui fur-
+
GALANY 363
3
prirent beaucoup d'Etrangers.-
Le 16. le Roy alla tirer dans
les Parquets & Meffeigneurs les
Princes à Samois. Madame de
Bourgogne & fes Dames allerent
fe promener dans la forêt à cheval
, en habits d'Amazones , & au
retour elles allerent à la Comedie
. On reprefenta le Tartufe .
Le Roy reçut le 17. à fon le
ver la nouvelle d'une troifiéme
expedition faite par M. le Chevalier
de Forbin , & qu'il avoit
pris 17. vaiſſeaux d'une Flotte
Holandoife chargée d'étain ,
d'argent & de draperies. Meffieurs
le Camus eurent l'honneur
de faire la réverence à S.
M.à l'occafion de la mort de Mr
le Cardinal Evêque de Grenoble.
Le Roy & toute la Cour al-
Hh ij
364 MRRCWRE
lerent à la chaffe du Cerf , qui
fut tres -belle , & le Cerf vint
fe faire prendre auprés de la ca.
léche dans laquelle couroit
Madame la Ducheffe de Bourgogne
.
Le 18. le Roy alla tirer , &
Monfeigneur , Madame la Duchelle
de Bourgogne , Meffeigneurs
les Princes & toute la
Cour , fe promenerent en caroffe
& à pied dans le Parc &
autour du Canal . Madame de
Bourgogne prit le divertiffement
de la chaffe du Renard
dans la Bruyere d'Avon . Le jeu
Россира enfuite jufqu'à l'heure
du fouper .
Le 19. Monfeigneur , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne
, accompagnez de toutes
GALANT 365
> les Dames coururent le cerf
à la Boiffiere , & Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de
Berry allerent à la chaffe du
fanglier ; il yy eeuutt uun grand retour
de chaffe donné par Madame
de Bourgogne , & la comedie
fucceda au repas . S. M.
avoit
Myes
"
expreffement deffendu
qu'on entraft dans les vignes
pendant aucunes chaffes , de
crainte qu'on ne fit tort à la
vendange des particuliers. On
avoit appris le matin du mê ,
me jour , la mort de Mr d'A
vejan qui commandoit à Nancy.
Ses Emplois furent auffi - toft
demandez par plufieurs perfonnes
; mais S. M. en difpofa
en faveur des abfens , Elle
donna fon Gouvernement à Mr
Hhiij
366 MERCURE
le Chevalier Bauyn , ancien Capitaine
aux Gardes ; le Commandement
de Nancy , à Mr de
Valeil ; fa Grand Croix dev
l'Ordre de faint Louis , à Mr
de Laumont , & fon Cordon
rouge à Mr d'Asfeld , & S. M.
donna une penfion aux enfans
du défunt , ce qui marque.
qu'Elle eftoit contente des fervices
du défunt , puifque certe
penfion ne luy avoit point été
demandée.
Le 20. le Roy alla tirer dans
les Parquets ; Monfeigneur ,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & Meffeigneurs les
Princes allerent à la chaſſe du
loup Les Dames eftoient fort
parées , ayant des plumets &
des cocardes uniformes . MadaGALANT
367.
me de Bourgogne eft toûjours
precedée dans toutes ces chaf
fes d'un Ecuyer qui court de
vant elle , & il y en a toûjours
deux à les coftez , & toutes les
Dames en ont un d'un cofté
& un Page de l'autre . Cette
galante troupe eft toûjours ac
compagnée d'un grand nombre
de Seigneurs Le Roy donna
une penſion , & envoya la Croix
de S. Louis à Mr Perée Dalion ,
Commandant d'un Bataillon du
Regiment de Vexin , qui a
défendu le fort S. Louis à Toulon
, avec beaucoup de valeur
& de conduite . Sa Famille eft
originaire de Touraine , & a
toûjours eſté attachée à nos
Rois , tant dans le fervice militaire
, que dans les Charges
Hhinj
268: MERCURE
de la Maifon Royale. Mr Peréc
neveu de celuy dont S. M.
vient de recompenfer le meri
te , eftant actuellement Huiffier
de la Chambre, il poffede cette
Charge de pere en fils , depuis
Louis XI.
Le Roy & toute la Cour fe
promenerent le 21. dans le
Parc , dans les Jardins & autour
du canal Les caroffes des Prin
ces, des Princeffes & des principales
perfonnes de la Cour, fui
vent dans ces promenades, & le
grand nombre de Seigneurs qui
accompagnent ce cortege
cheval , le rendent tres magnifique.
Monfeigneur alla ce jour
là à la chaffe du loup.
Le 22 Mrole Marquis de
Torcy reçût une Lettre porGALANTM
2699
F
tant que trois Galleres de Na
ples , & quatre de l'Efcadre de
Mr le Duc de Turcis , s'eftant
approchées de Gaëtte , avoient '
tiré ſi juſtement für les afficab
geans qu'elles avoient pris en
flanc , pendant que Mr le Duc
d'Escalona faifoit une fortie
qu'ils avoient efté obligez de
lever le fiege avec precipita
tion , aprés avoir perdu mille!
ou douze cens hommes. Le Roy
alla ce jour- là à la chaffe du
cerf , & les Dames qui é ?
toient de la partie , y allerent
à cheval, Me la Maréchale
d'Eltrées donna un tres - beau?
retour de chaffe à Monfeigneur,
à Madame la Duchefe
Bourgogne , à Meffeigneurs les
Princes , & aux Dames .
de
370 MERCURE
Le 25. le Roy alla l'aprefdi
née tirer dans les Parquets , &
Monfeigneur alla à la chaffe du
loup. Toute la Cour s'affemasz
bla fur les fix heures , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& les Dames eftant fort
parées , fuivirent le Roy , pour
recevoir le Roy , la Reine &%!
Madame la Princeffe d'Angle
terre, qui arriverent à 7 heures
par la Cour des Cuifines . Le Regiment
des Gardes förmoit une
double haye , & les cent Suif .
ſes bordoient l'Efcalier . ? Les 1
Balcons & les feneftres de la
Cour ovale , eftoient remplis
de toute la Cour. Le Roy les
reçût au grand degré , & donna
la main à la Reine . Les
Princeffes & les Dames étoient
GALANT 371
rangées depuis le haut du de-
3 gré jufqu'à l'Apartement de
leurs Majeftez Britaniques , qui
regne tout le long de la Gallerie
de Diane , dans laquelle
il y a un grand nombre de luftres
; cet Apartement qui en
-compofe plufieurs de fuire , étant
plus commode pour leurs
Majeftez , que le fuperbe A partement
de la Reine Mere , où
le feu Roy d'Angleterre logeoit
avec la Reine. Le Roy , la
Reine & la Princeffe d'Angleterre
y font logez feparement
quoyque les Apartemens fe
communiquent . La Galerie leur
fert de Salle des Gardes . Le
Roy ayant conduit leurs Majeftez
Britanniques dans leurs :
Apartemens , revint travailler
氪
372 MERCURE
avec fes Miniftres . Le Roy
d'Angleterre & Madame la
Princeffe fa foeur , allerent à
huit heures au jeu de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
jufqu'à Pheure du fouper. Le
Roy s'y rendit à dix heures ,
& il alla avec cette augufte
Compagnie prendre la Reine à
fon Apartement. Ily avoit trois
fauteuils au foupé . La Reine
Occupa celuy du milieu ; le Roy
fon fils celuy de fa droite , &
le Roy celuy de fa gauche. Les
bouts de la table eftoient occupez
par Madame la Princeffe
d'Angleterre , ayant la droite
fur Madame la Ducheffe de
Bourgogne, & par Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de
Berry , Madame , & Madame
GALANT 373
fa Ducgeffe d'Orleans . Monfeigneur
ne fe trouva point au
foupé , parce qu'il avoit fait un
retour de chaffe chez luy aprés
la chaffe du loup. Il y eut
Cercle aprés le foupe , & le
Cercle fini , le Roy reconduifit
leurs Majeftez Britaniques dans
leurs Apartemens
.
Le Roy d'Angleterre commença
le 14 fes vifites à neuf
heures du matin ; il alla chez
le Roy , chez Monfeigneur , &
chez Meffeigneurs les Princes .
Sa Majefte tint Confeil avant
la Meffe , afin d'avoir le temps
d'y mener la Reine d'Angleterre
, qui tint ce jour - là grande
Toilette , où fe rendirent
Madame la Ducheffe de Bour
gogne , ainfi que toutes les
374 MERCURE
Princeffes , & toutes les Dames
de la Cour. Le Roy fe rendit
à midy chez la Reine d'Angleterre
pour la mener à la Mel-
1e. Monfeigneur , & Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne
& de Berry , avoient efté le matin
à la chaffe du fanglier , &
ils eſtoient revenus pour fe trou
ver chez leurs Majeftez Britaniques
à l'heure de la Meffe .
Le Roy donna la main à la
Reine , precedez de Meffeigneurs
les Princes , & fuivis de
Madame de Bourgogne qui
donnoit la droite à Madame la
Princeffe d'Angleterre , de Madame
la Ducheffe d'Orleans ,
de Madame la Ducheffe , de
Madame la Princeffe de Conty
Doüairiere , & de toutes les DaGALANT
375
*
mes magnifiquement parées. On
palla par la Gallerie de Diane
bordée des Gardes du Corps &
des cent Suiffes , & remplie d'un
fort grand nombre de Seigneurs
& de Courtifans , aux travers
defquels leurs Majeftez pafferent
pour ſe rendre à la Tribune
, où Elles entendirent la
Meffe . Cette nombreuſe &
brillante Cour , ainfi que la
beauté de la Mufique du Roy
fufprirent Madame la Princefle
d'Angleterre qui n'eftoit point
encore venue à Fontainebleau.
Quoyque plufieurs des Seigneurs
Anglois qui ont l'honneur
de fuivre leurs Majeftez ,
y fuffent venus plufieurs fois ,
cette magnificence leur parut
toûjours nouvelle , & ils ne
376 MERCURE
il ne
purent s'empêcher de fe récrier ,
que fi leurs Majeftez Britaniques
partoient de Londres dans l'éclat
de leurs plus grandes profperitez
pour venir voir le Roy
Roy
o
feroit pas polible qu'on les reçut
avec plus de Majesté & de gran-
- deur, & que ce qui les furprenoit
encore d'avantage , eftoit que depuis
qu ' Elles eftoient en France , cela
ne s'eftoit jamais dementi un feul
moment , & qu'il leur paraisoit
au contraire que la generofité du
Roy augmentoit tous les jours à
Leur égard, La Cour ne s'aperçut
pas comme eux de cette reception
, eftant accoutumée à
voir fans ceffe les manieres obligeantes
du Roy. Comme il y
cut ce jour- là grande chaffe
du cerf dans la partie de la
GALANT 377
*
ह.
foreft appellée la Boiffiere , le
Roy dina a fon petit Couvert ,
& leurs Majeftez Britaniques
chez Elles . On partit à deux
heures pour cette chaffe , le
Roy feul dans une Caleche , le
Roy d'Angleterre dans une autre
, & Madame de Bourgogne
dans une troifiéme , vêtue en
Amazone , ainfi que toutes les
Dames qui fuivoient dans d'autres
Caleches . Le Roy d'Angleterre
monta à cheval au
Rendez - vous . La fuite eftoit
nombreuſe , & l'on en peut juger
par le nombre de chevaux ,
puifqu'il en fortit cent foixante
& dix - fept de la petite Ecurie
du Roy , fans ceux qui
fortirent de la Grande , fans
ceux de toute la Vennerie , &
2
Septembre 1707 .
Li
378 * MERCURE
是
*
fans ceux des Seigneurs qui
avoient ſuivi. Le Roy d'Angleterre
& la Princeffe fafoeur,
en furent furpris , & donnerent
à leur retour des marques de leur
étonnement . Cette Princeffe
n'eut que le temps de s'habiller
pour aller à la Comedie.Onjoüa
le Cinna, Le Cercle y fut fort
magnifique , & toutes les Princeffes
& beaucoup de Dames y étoient
brillantes de pierreries . Il
y avoit fept fauteuils de rang,
où eftoient le Roy d'Angleterre
& à fa droite Madame
la Princeffe fa foeur , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
Madame , & Madame la Ducheffe
d'Orleans : & Sa Majesté
Britannique avoit à fa gauche
Monfeigneur , & Monfeigneur
12
हैं
>
GALANT 379
*
le Duc de Berry. Madame la
Ducheffe Madame la Princeffel
de Conty , & toutes les
autres Princeffes & Damess
formoient le Cercle , juſqu'à
l'Orquefte. Le fouper fuivit ce
divertiffement , & les rangs y
furent obfervez comme le jour
précedent. Ileft impoffible de
voir plus de pierreries enfemble
, que celles qui fervoient de
parure à cette augufte Compagnie
, qui reconduifit à l'iffue
du fouper leurs Majeftez
Britanniques dans leurs Appartemers.
* Le même jour Mr Clement
arriva d'Elpagne & il parut
fi reconnoiffant des bons traitemens
qu'il a receus à Madrid ,
qu'il ne ceffa point de parler,
Ii u
380 MERCURE
en ferloüant de la politeffe &
de la cordialité des Grands
d'Efpagne , de Monfieur le Cardinal
Portocarrero , & de tous
les Seigneurs. Il parla auffi
beaucoup de la joye extrême
que reffentoit la Nation d'avoir
un Prince , & des Réjoüiffances
extraordinaires qui
ont efté faites , & qu'il avoit
trouvées par tout fur la route,
jufqu'à la derniere Ville de la
frontiere .
Le 25. leurs Majeftez Britanniques
allerent incognito le
matin entendre une Meffe à la
Chapelle , & retournerent chez
Elles . Le même jour à midy,
-le Roy alla aprés le Confeil ,
prendre la Reine pour aller à
la Meffe , où l'on alla dans le
#GALANT 38s
même ordre que le jour précedent
, & où le même concours
fe trouva. Leurs Majeftez
dînerent enfuite au grand
Couvert du Royoù toute
la Famille eftoit. Il y eut
l'aprés dînée une promenade,
où toute la Cour parut magnique.
Cette promenade le fit
dans les Jardins & autour du
Canal , où l'on vit la Chaffe
des Cormorans. Tous les Caroffes
de la Cour fuivirent ceux
de leurs Majeftez , qui estoient
dans le même Caroffe. Il y ent
auffi un grand nombre de Seigneurs
& de Courtifans à cheval.
On joüa enfuite chez
Madame la Ducheffe de Bourgogne
; ce jeu fut fuivi du foupé
au grand Couvert.
382 MERCURE
Vous trouverez à la fin de
ma Lettre , la fuite de ce Journala
vii qovung 20ei nois)
Ne m'eſtant pas affez étendu
dans l'article que vous avez
trouvé dans ma Lettre , touchant
l'accouchement de la
Reine d'Espagne , fur les feftes
qui fe font faites à Madrid à ce
fajet j'ay crû devoir reprendre
cet article , afin que l'on
nly pût rien fouhaiter. Les
feftes y ont duré douze jours ,
toutes les maifons de la Ville
onts cfté illuminées pendant
tout ce temps - là avec de la
cire blanche ; on y a fait des
feux de joye devant toutes les
portes , aufquels on peut don
ner le nom de feux d'artifice ,
les moindres artiſans n'en ayant
GALANT 383
point fait qui n'en fuffent accompagnez
de plus ou de moins,
felon leur pouvoir. Il y a des
Lettres qui portent que Madrid
paroiffoit toutes les nuits
unMont-Ethna,à caufe des feux
& des flammes qui en fortoient,
Il y avoit pendant le jour di
Ily
verfes Quadrilles de marques,
qui alloient en cavalcade par
la Ville. Tous les Corps de
Métiers ont fait faire des Pric
res publiques , que l'on appelle
Feftes en Espagne , & qui le font
en effet , à caufe de la magnificence
avec laquelle on décore
les Eglifes i de la grande quantité
de lumieres que l'on y mers
du grand nombre de perfonnes
qui s'y trouvent , ainfi que de
la Mulique , accompagnée d'un
384 MERCURE
grand nombre d'Inftrumens , &
de la Symphonie que
rend tout le jour,
l'on y ena
On a remarqué que Madame
la Ducheffe d'Offone s'eft extrémement
diftinguée tant dans
ces fortes de feftes d'Eglife ,
que dans celles qu'elle a données
tant dedans que devant
fon Hoftel. Elle eft niéce de
Mr le Connétable de Caſtille ,
Mayordome Mayor , que l'on
a veu icy Ambaffadeur Extraordinaire
, pour venir remercier
le Roy de la part de la Junta ,
& de toute l'Espagne , de leur
avoir donné pour Roy , Monfeigneur
le Duc d'Anjou . Il
s'acquitta de cet Employ d'une
maniere digne de fa naiffance
& de fa magnificence , & digne
de
GALANT
385
de toute la
Monarchie d'Efpagne
. Auffi reçut - il icy tous
les honneurs que
meritoient fa
perfonne & fon Employ. Madame
la Ducheffe d'Offonne ,
qui eft une des plus belles &
des plus parfaites perfonnes de
la Cour d'Espagne , donna chez
elle , en l'ablence de Mile Duc
d'Olonne , qui
commande en
Andaloufie , & qui n'a jamais
quitté le Roy fon Maistre depuis
qu'il le vint trouver en
France , que pour
l'Employ
qu'il occupe
prefentement :
Madame la
Ducheffe d'Offone ,
dis - je , donna une fefte des plus
magnifiques
. Il y eut une grande
illumination , de
continuels
feux
d'artifice
, un grand repas ,
& un grand bal qui dura toure
Septembre 1707. Kk
386 MERCURE
la nuit . Toutes les perſonnes
de diftinction le font auffi fignaqu'elles
ont
données , & le peuple les a fuivis
de bien prés. Ce même peuple
ayant demandé avec de
grandes inftances , une feste de
Taureaux , & la dépenſe en
Jeftante fort grande , le Roy a
cu de la peine à y confentir ;
mais il s'est enfin rendu à l'empreffement
de les fidelles Suejets
, & aux inftantes prieres
sde la Ville de Madrid , qui a
Brenouvellé les demandes pour
en obtenir la permiffion. Quoy
que la Reine le porte tres bien .
on ne laiffera pas d'attendre
encore quelque temps , afin
nqu'elle foit encore plus en eſtat
de jouir de la veuë de ce grand
alées dans lesfont
GALANT 387
40
fpectacle.
1039
Je dois ajoûter icy à ce que
je vous ay déja dit des dons
qui ont efté faits en confideration
de la Naiffance du Prince
des Afturies , que les Evêques
& le Clergé de Leon & d'Ofma
, ont envoyé au Roy d'Efpagne
deux mille piftoles à
caufe de la Naiffance du Prince ,
& plus de quarante - deux mille
Ecus de Don gratuit . S. M. C.
a donné à Made Bervvick le
Domaine des Villes de Liria
& de Xerica dans le Royaume
de Valence , en titre de Duché
, & la Grandefle de la
premiere Claffe , hereditaire
par celuy qu'il luy plaira de fes
enfans. Ainfi l'on peut dire , en
faifant reflexion fur les diffe-
K kij
388 MERCURE
rens Dons que S. M. C. faic
tous les jours , qu'il fuffit de la
bien fervir , pour ne manquer
jamais de bien ni d'honneur .
Comme j'ay commencé à
vous donner la Campagne de
Mile Maréchal de Villars par
Lettres , je crois devoir continuer
de même , afin que cette
fuite de Lettres mifes enfemble ,
renferme toute cette Campagne
, écrite par un Officier qui
ne mande rien que de veritable,
& dont il a efté témoin.i
Au Camp de Raftadt le 31 .
Aouft .
L'armée du Roy ayant confommé.
tous les fourages qui eftoient entre les
rivieres d'Alb & d . li Mwg , Mr
GALANT 289
le Marefchal de Villars réfolut de
venir fe placer derriere Raftadt ,
mais comme les armées eftoient à la
demie portée du Canon , & les poftes
à la portée du pistolet , on n'avoit
pas attendu le moment de la marche
pour préparer une retraite affez
difficile , ayant à paffer une riviere
qui aprés les grandes pluyes n'eft
guéable en aucun endroit , & deux
autres défilez affez facheux,
Pour offer donc à l'Ennemy toutes
connoiffances non feulement da
jour , mais du temps que l'armée
auroit à marcher , en arrivant au
Camp de Gotzau , Mr le Maref
chal fit faire neuf ponis fur l'Alb
& plufieurs fur les autres ruiffeaux
qui pouvoient embarafler la marche.
On renvoya le's gros bagages
cinq ou fix jours auparavant fous
Kk iij
390 MERCURE
prétexte de faire durer les fourages
plus long-temps , & la nuit du 28.
au 19. l'armée repaſſa toutes les
rivieres fans que l'Ennemy s'en ap
perçut , on je mit en bataille
dns la plaine de Mulberg , où l'on
fit une trés- longue balte pour voir
fi l'Ennemy voudroit chercher une
affaire generale , & fur les deux
heures aprés midy ne voyant paroitre
perfonne , l'armée campa la
droite à Rupenheim , & la gauche
à Raftadt ; nos Houffars prirent
bier le Comte de volbran Adjudant
General de l'Empereur à la tefte
de leur armée qui eft venue camper
à Eflingen. Depuis fix femaines.
nous leur laiffons toujours un pays
ruiné, nous nous donnons ceux qui
font pleins de fourages. Leur Ca.
valerie ne fubfifte que des avoines,
GALANT : 39t
qu'on lui donne régulierement.
Cette Lettre fait fi bien voir
que la tefte de Mr le Marefchal
de Villars n'agit pas moins dans
tout ce qu'n fait , que fa valeur,
lorfqu'il s'agit de combattre.
Ainfi ne vous en pouvant rien
dire que vous ne puiffiez vous
dire vous mefme , je paffe à une
autre Lettre.
Au Camp de Raftadt le s .
Septembre.
Depuis quatre ou cinq jours nos
Partys de Houfards ou d'Infanterie
ont pris plus de 150. chevaux
aux ennemis, Les armées font toùjours
dans les mefmes fituations .
Celle du Roy à Raftadt fur la riviere
Kk iiij
392 MERCURE
de Marg, où nous fommes dans l'abondance
des fourages , & l'armée.
Imperialle à Etlingen où nousfea
vons qu'elle en a tres peu. Le Ma
de Bareith partit avant hier pour
retourner dans fes Etats , & l'on
attend Electeur d'Hanovre dans
cette femaine. Le Duc de Virtemberg
a raffemblé un Corps d'armée
derriere les montagnes noires , &
pouffe quelques détachemens dans la
vallée de la Quinche .
On a appris depuis cette Lettre
que Mr le Duc de Wirtemberg
s'eftoit rendu maître
Chateau d'Hornberg , où il
a fait plus de cent prifonniers ;
mais comme Mr de Villars en
a fait beaucoup cette campagne
, il a efté facile d'en faire
GALANT 393
une échange . Ainfi ils ont plus
de chagrin du grand nombre de
chevaux qui leur ont efté pris
depuis l'ouverture de la Campagne
, que de joye de la prife
du Chateau d'Hornberg.
Du 19. Septembre .
Les Ennemis attaquerent il y a
deux jours un pofte que nous avons
dans le village de Candel , de l'autre
cofté des lignes , qui n'est qu'un
mauvais cimetiere ; ils y ont eu
beaucoup de gens tuez , & ils fe
font retirez honteufement . Ce cimetiere
eftoit deffendu par un Lieutenant
des Troupes de Baviere avec
vingt hommes. Mr le Duc d'Hanovre
a joint l'armée Imperiale depuis
deux jours , il a efle falué
Jon arrivée par une triple décharge
394 MERCORE
de 70. pieces de canons , & il a
amené environ deux mille hommes
de Troupes Prußennes. Le lende
main de fon arrivée il tint un grand
confeil de guerre dont le réfultat ne
nous embarraffe pas beaucoup. Nous
fçavons que les Ennemis vont au
fourage à douze lieues de leur camp.
Nous en avons pour juſqu'à la fin
du mois , & nous n'avons encore efté
qu'à cinq petites lieuës.
On apprit par un Courrier
parti le vingt - quatre du mefme
Camp de Raftadt , que Mr d'Hanovre
n'avoit encore rien entrepris
; mais qu'il continuë à
fe vanter , & à menacer beaucoup
, fans étonner Mr le Marefchal
de Villars , qui ne craint
rien de fes projets.
GALANT 395
Mr le Duc de Noailles entra
dans la Cerdaigne Espagnole le
matin du 12. de ce mois, & dans
Puicerda qui en eft la Capitale,
le foir du mefme jour. Il y avoit
dans la Ville environ 300. hommes
, tant Cavalerie qu'Infanterie
, qui en fortirent trois qu
quatre heures avant que nos
Troupes y entraffent . L'entrée
des Troupes dans Puicerda produit
un avantage confiderable,
puifqu'outre qu'elle leur a donné
lieu de s'approcher de Mr
le Duc d'Orleans , elles vivront
aux dépens de la Cerdaigne Efpagnole
, comme elles viennent
de faire aux dépens du Lampourdan
.
A peine la fievre de Monfieur
le Duc d'Orleans cut elle
396 MERCURE
-
ceffé , & dont S. A. R. a efté
quitte pour trois accés , que ce
Prince qui fouhaitoit depuis
long temps avec beaucoup
d'impatience de fe voir devant
Lerida pour en faire le fiege
refolut de partir le 11. de Bala
guer , pour le rendre le lendemain
devant cette Place , qui
fut inveſtie auffi - toft aprés fon
arrivée ; mais les grandes pluyes
qui tombent ordinairement dans
les montagnes , ayant groffy la
Segre fur laquelle il avoit un
Pont , & ce Pont ayant efté
rompu par la rapidité de l'eau ,
on auroit efté obligé de décamper
, parce que l'armée eftoit
feparée des deux coftez de la
riviere , fi heureuſement cette ri
viere n'euft baiffé , & fi l'on n'eut
GALANT 397
repris toutes les pieces du Pont,
avec lesquelles on le racomoda.
Il y a lieu de tout efperer de la
- vigilance de S. A. R qui pendant
tout le quartier de rafre
chiffement n'a pas voulu perdre
de veuë la conqueste qu'Elle
s'eft proposée de faire , & qui
a mieux aimé faire preparer
elle-même toutes les chofes neceffaires
pour ce fiege que
d'aller
prendre du repos en attendant
l'ouverture de la campagne
d'Autonne . Mr le Comte
d'Egmont qui fervoit dans l'armée
de ce Prince › y eſt mort
15. de ce mois. le
Depuis ma derniere Lettre ,
les deux armées de Fland cont
décampé trois fois chacune ,
fans qu'il le fo.t paffé ren de
398 MERCURE
confiderable dans ces décampemens
, & l'on peut dire avec
juftice queM de Vendome s'eft
acquis beaucoup de gloire par
tous les mouvemens qu'il a fait
faire à ces Troupes qui ont
toujours efté faits fort à propos
, puifque jugeant bien que
toutes les marches du Duc de
Marlborough ne tendoient qu'à
fe pofter de maniere qu'il puit
affieger Nieuport fans qu'il pût
eftre fecouru , à moins qu'on
ane luy livraft combat , & Mr de
Vendome , par une fage prévoyance
, par une vigilance
extreme , & par le moyen de
les Efpions , dont il reçoit des
nouvelles à tout moment, a rompu
toutes les mesures d'un General
heureux , vif , & entre-
*
GALANT 399
(2
prenant , ce qui augmente la
gloire de ce Prince , qui par les
raifons que je viens de dire , a
fait faire à Mr de la Motte tous
les mouvemens neceffaires pour
rompre les mesures du vigilant
Anglois dont je viens de parler .
Mr de Vendôme avoit plus fait
Sencore. Il avoit fait jetter des
Troupes dans le Fort de la Kenoque
, & il en avoit encore de
toutes preftes pour occuper les
Dunes , & tous les Poftes qui
pouvoient rendre l'entrepriſe
fur Nieuport tres- difficile , &
même impoffible , felon le jugement
de plufieurs . Voila ce qui
s'eft fait pendant tout le mois ,
ce qui a coûté des foins continnels
aux deux Generaux , &
qui ne rend pas moins fameux
400 MERCURE
ceux qui réuffiffent en parant
par leur fçavoir , les coups qu'on
leur veut porter , que feroit le
gain d'une Bataille ou toutes les
Troupes auroient part , au lieu
que des mouvemens pareils ne
font fouvent dûs qu'àleur bonne
conduite& à leur experience.
Il y a eu deux Réjouiffances à
l'occafion de la Naiffance du
Prince des Afturies , la premiere
s'eft faite à Tournay , où l'on
chanta le Te Deum dans l'Eglife
de Nôtre Dame. Il y avoit deux
Dais dans le Choeur ; l'un pour
Monfieur l'Electeur de Baviere ,
& l'autre pour Monfieur l'Electeur
de Cologne, qui officia Pontificalement
. Toute la Cour de
S. A E. de Baviere , avec un
grand nombre d'Officiers , affifta
GALANT 401
à ce Te Deum , après quoy on fit
une triple décharge dans les
trois lignes de l'Armée , ainfi
que de toute l'Artillerie de la
Citadelle . Mr de Vendôme ne
fortit pas de fon Camp , dont il
ne s'éloigne jamais à caufe des
frequens Elpions qui luy viennent
, & des Courriers du Partifan
Jacob , qui eft prefque
toûjours à vûë des Ennemis avec
300. Dragons , fans les apprehender
. Če Prince a fait relever
les Lignes de Commines.
Les fecondes Réjouiffances
dont je viens de vous parler fe
font faites à Lille , où S. A , E..
de Cologne a auffi officié , &
elle a donné à cette occafion ,
une grande Fefte à fa Maifon de
Campagne. Il s'eft paffé depuis
Septembre 1707.
LI
402 MERCURE
ce temps - là une action affez
confiderable entre deux partis .
Je ne vous en dis rien icy , puifqu'il
eft parlé de cette action
dans la fuite du Journal de Fontainebleau
, que vous trouverez
à la fin de ma Lettre.
J'aurois bien des chofes à vous
dire des affaires de Mer , s'il mes
reftoit affez de place & affezyder
temps pour vous en parler avecétenduë.
L'Efcadre de Mr du
Guay- Troüin a fait quatre prifes
, qui font un Baſtiment Hollandois
de 30. Canons chargé de
ris , de papier , de 17. balles de
foye , & de quelques autres mare
chandiſes , le tout eftimé
60. mille écus ; deux autres Bâ
timens Hollandois , l'un de 25o..
& l'autre de 180 tonneaux char
GALANT 403
res
gez de fucre , venant de Suri
nam ; la 4 prife , eftoit une re
prife Françoife chargée de fell
venant de Cadix . L'Extrait qui
fuit & qui eft tiré d'une Lettreb
de Dunkerque , vous apprendra
que lorfque des Galleres font
commandées par de braves , &
experimentez Capitaines , elles
peuvent prendre des Vaiffeaux ™
bien garnis d'hommes & de ca ~
nons , & bien deffendus .
Les fix Galeres de Dunkerquer
ayant trouvé le quatrième de Sep
tembre , à la hauteur d'Harvick
une petite Flotte de douze vaiffeaux
Charbonniers qui faifoient route de
ce pays vers la Holande , convoyée
par une Fregate percée pour vingtbuit
canons , n'en ayant que vingt-
Llij
404 MERCURE
fix de montez Ilfaifoit peu de vent,
mais cependant affez pour que la
Flote prit la fuite & leConvoy aulis
mais nos Galeres les eurent bientôt.
joints . Elles attaquerent le Convoy
qui fe deffendit tres - bien . La premiere
bordée tua au Chevalier de
Langeron qui montoit la Commandante
, trois Turcs , trois Forçats ,
& trois Soldats , & quelques- uns
au Chevalier de Fontet quatrième
Capitaine. Les Galeres , avant
que de pouvoir aborder , furent tellement
incommodées , que la Commandante
eut trente - neuf hommes
tuez ou bleffez, & Mr de S. Martin
Enfeigne eft du nombre des premiers.
La troifiéme Galere , qui eft
commandéepar Mr le Chevalier de
Levy , aborda, & enfin enleva la
Fregate , qui s'eftoit deffendue à
GALANT 405
merveilles pendant prés de deux heures.
Nous avons eu dans cette action
quarente -fept hommes tuez ou
bleffez, fçavoir trente - neuffur la
premiere Galere , & huit feulement
fur les cinq dernieres . Elles entrerent
dans la Rade le feptième avec
leur prife. Cette action dura depuis
neuf heures jufqu'à onze du foir.
Le 6. il entra aufi dans le Port
un petit Corfaire de douze canons »
nommé la Faloufie , qui eftoit forti
de ce même Port . Il amena un petit
Corfaire Fleinguois de fix pieces
de canons qu'il avoit pris.
J'aurois de quoy faire un
grand article , fi je vous parlois
aujourd'huy de toutes les expeditions
faites par Mr le Chevalier
de Forbin depuis le glo-
N
406 MERCURE
rieux avantage qu'il remporta
au commencement de la Campagne
fur plufieurs vaiffeaux
Anglois. Les expeditions , dont
j'aurois à vous parler , regar
dent les prifes faites fur les Flotes
Angloifes & Holandoifes qui
alloient à Archangel , & fur la
Flote d'Hambourg ; mais comme
l'on n'en a point de nouvelles
à droiture , je crois devoir
attendre pour en parler
Relations qui viendront de fa
Flote , & il y a lieu de croire
que les avantages qu'il a remportez
font encore plus confiderables
que l'on n'a publié ,
puifque n'ayant cfté rapportez
que par les Ennemis melme , ils
les auront beaucoup diminuez.
On doit remarquer que Mr
les
GALANT 407
1
Le Chevalier de Forbin avoit
en partant deux vaiffeaux de
plus , qui ont efté feparez par
la tempefte. Ces deux vaiffeaux
font le Fidelle & la Dauphine
commandez par Mr de Roque
feuille , & par Mr. le Chevalier
Hennequin . Ils n'ont pas perdu
leur temps , puifqu'ils font revenus
à Dunkerque avec une
prife Angloife venant des Indes
Orientales , leftée de falpêtre ,
& chargée de riches marchandifes
, eftimée plus de deux cens
mille livres
Je ne dois pas finir cet Article
de Marine , fans vous entretenir
d'une affaire qui s'y
vient de paffer. On a fçû par
des Lettres de Breft , que l'on
y a rendu juſtice à un homme
408 MERCURE
7
reconnu pour Brave depuis
long temps , ce qui a fait beaucoup
de plaifir à quantité de
perfonnes de diftinction . Mr le
Comte d'Arquien , Commandant
cy- devant le Bourbon ,
ayant appris à fon retour en
France , que quelques mal- intentionnez
avoient répandu des
bruits defavantageux touchant
l'action qui s'eftoit paffée au
mois de Mars dernier , entre
deux Vaiffeaux Hollandois &
le fien
par lefquels il a eſté
pris aprés un rude combat , a
fait fupplier le Roy de luy accorder
un Confeil de Guerre.
Il l'a obtenu , & aprés une ample
information des circonftances
de cette action , & le té
moignage même des Ennemis ,
il
GALANT 409
il a reçû du Confeil toute l'aprobation
qui eft deuë à fa conduite
.
Je vous tiens parole
> & je
vous envoye la fuite du Journal
de Fontainebleau , dont le
commencement a dû vous faire
plaifir.
>
Le 26. leurs Majeftez entendirent
la Meffe à midy , comme
les jours précedens toutes
chofes eftant difpofées de même ;
& Elles mangerent à leur petit
Couvert , à caufe des habits de
Chaffe dont les Dames eftoient
revétuës dés le matin , & qui
ne conviennent pas au grand
Couvert. On alla enfuite à la
Chaffe du Cerf , dont le Rendez
vous eftoit aux fentiers.
d'Avon . Elle fut tres belle ,
Mm Septembre 1707.
410 MCRCURE
& on y courut en Caleche , ainfi
qu'à la précedente Chaffe.
Ceux qui ne connoiffent pas
l'attention du Roy à rendre
" tout facile feront furpris
que l'on courre le Cerf en
Caleche : mais leur eſtonnement
ceffera , lors qu'ils fçauront
que Sa Majesté a fait
faire une infinité de routes "
dans la Foreft où l'on peut
courir comme dans les plus
belles allées . Les Princeffes
avant à leur retour demeuré
qelque temps chez elles , elles
fe rendirent à un grand retour
de Chaffe , donné par Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Ceux qui furent de ce retour
de Chaffe eftoient le Roy d'Angleterre
, Madame la Princeife
GALANT 411
fa foeur , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de
Berry , Madame de la Valliere ,
Madame de la Vrilliere , Madame
la Ducheffe de Lorge
Madame de Mailly , une Dame
Angloife , Madame de Duras ,
& Madame de Beaumanoir. La
Reine d'Angleterre avolt fait
quelques vifites pendant la
Chaffe. Les Princeffes quitterent
leurs habits de Chaffe ,
pour le rendre au fouper du
Roy en habits ordinaires , où
toute la famille Royale fe raffembla.
On appric ce jour- là
que la Tranchée devoit eftre
ouverte le 19 , de ce mois devant
Lerida . On apprit auffi que
les Ennemis ayant envoyé un
Mmij
412 MERCURE
party de 650 chevaux pour
paffer la Sambre , fous la conduite
d'un
afin de ta fameux Partifan
de
homde
penetrer
dans
l'Artois
, Mr de Tournefort
avoit marché
avec une troupe
de Cavalerie
de même force ;
avoit attaqué
ce party & mis
en déroute
, ayant tué 70 .
mes , & pris une centaine
, dont
le Partifan
eft du nombre
. On
reçut auffi des Lettres
de Piemont
, qui portoient
que Monfieur
de Savoye
avoit voulu
furprendre
Suze ; mais comme
le Chateau
est tres bon &
qu'il y avoit des Troupes
à
portée
d'entrer
dans la Ville ,
on ne crut pas que
prife de Monfieur
de Savoye
put reüfir.
>
l'éntreGALANT
413
Le Roy donna le 27 le Gouvernement
d'Orleans , de l'Orleanois
, Blaifois & Amboife
, vaccant par la mort de
Mr le Marquis de Sourdis
Mr le Marquis d'Antin . Monfeigneur
, & Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berry
ont efté à la Chaffe du Loup,
& il y en eut un de pris en
deux heures : Ils en coururent
un fecond. Le Roy dîna à fon
à fon petit Couvert , & leurs
Majeftez Britanniques dînerent
chez Elles . Les deux Rois
allerent au fortir de table , tirer
dans les Parquets . La Reine ,
& Madame la Princeffe d'Angleterre
receurent le foir vifite
chez Elles. Ce même foir , le
Bourgeois Gentilhomme fut ·
Mm iij
414 MERCURE
repreſenté avec tous fes ornemens
; & l'on avoit fait exprés
venir à Fontainebleau tous les
anciens Danfeurs qui eftoient
autrefois des divertiffemens du
Roy , & dont la plufpart ont
danfé à cette Piece , la premiere
fois qu'elle fut reprefentée
devant Sa Majefté à
S. Germain en Laye . Le Ballec
qui avoit efté remis par le
fieur Pecourt , fut trouvé tres
beau & tres-bien executé. Les
voix plurent beaucoup , & ce
divertiffement , dont les habits
convenables au fujet , eftoient
tres propres , parut complet.
L'on prit beaucoup de plaifir
à entendre les Airs Efpagnols
qui furent chantez . Le Roy
& la Princeffe d'Angleterre
GALANY 415
F
fe divertirent beaucoup , ainfi
que la nombreuſe affemblée
qui fe trouva à ce fpectacle . A
l'heure du foupé , le Roy alla
prendre la Reine d'Angleterre
chez elle , & l'on foupa au
grand Couvert ; les Princeffes
eftoient parées à leur ordinaire
, excepté que les Gar
nitures de pierreries eftoient
differentes.
;
La Meutte de Monfieur le
Comte de Toulouſe chaffa
feule le 28. & ce Prince fe
trouva à cette chaffe où il va
fouvent , ainfi que Monfieur le
Duc qui chaffe auffi tres - fouvent
avec fa Meutte . Monfeigneur
le Duc de Berry alla tirer
; la Meffe fe dit à midy à
l'ordinaire , & leurs Majeftez
Mm iiij
416 MERCURE
dinerent au grand Couvert . On
alla l'apréfdinée promener à
Franchart , Madame la Princeffe
d'Angleterre ayant defiré
de voir le defert de cet
Hermitage qui eft un des plus
folitaires qu'il y ait au monde ,
& d'une beauté qui fait fouhaiter
à tous les curieux de le
voir . La promenade fut des
plus galantes . Le Roy , la Reine
d'Angleterre , Madame la
Ducheffe d'Orleans Doûairiere
, & leurs Dames d'honneur ,
eftoient dans le mefme Carroffe .
Le Roy d'Angleterre , Monfeigneur,
Meffeigneurs les Princes
, Madame la Princeffe d'Angleterre
, Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & toutes les jeuGALANT
417
ext
12
nes Dames de la Cour'eftoient à
cheval en habit d'Amazones
avec des plumets & des cocardes
au Chapeau ; leurs habits
eftoient magnifiques. Toute
cette troupe accompagnoit le
Carrolle de S. M. avec un
grand nombre de Seigneurs &
de Cavaliers . Aprés qu'on fe fut
promené aux environs de Franchart
, on trouva dans le Salon "
que la Reine a fait baftir fur
le haut d'une efpece de precipice
dont la vûë eft tres - agreable
, une colation ſervie en Ambigu
, qui y avoit efté preparée
par les Officiers de S. M.
Cette galante troupe ne revint
qu'à l'entrée de la nuit . On
joua au retour , & on foupa
enfuite au grand Couvert , où
418 MERCURE
les Dames eftoient parées à
l'ordinaire .
Leurs Majeftez allerent le
29. à la Meffe à midy à l'ordinaire
. On apprit ce jour- là
l'arrivée de M le Chevalier de
Forbin à Breſt , avec les prifes
dont on a déja parlé. Il en a
envoyé une tres - belle Relation
au Roy , qu'il finit en aſſurant
S. M. qu'il y a amplement dequoy
la dedommager des frais de
l'armement , & dequoy en faire
un autre tres- confiderable.
Leurs Majeftez dînerent à leur
petit Couvert , & allerent l'aprefdînée
à la chaffe du cerf
en Caleche . Le rendez - vous
eftoit à la Croix de Monfervel .
11 y eut enfuite un retour de
chaffe qui fut donné
par MaGALANT
419
dame la Ducheffe de Bourgogne
, où fe trouverent le Roy
d'Angleterre , Madame la Princeffe
fa foeur , Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berry
, & les Dames . La mefma
Compagnie alla le foir voir une
Reprefentation de la Tragedie
de Mithridate . Toute cette augufte
troupe foupa le foir au
grand couvert de Sa Majesté .
On apprit ce jour - là la
mort de M. le Comte d'Egmont ,
qui fervoit en Espagne , & qui
laiffe cinquante mille livres de
rente à fa veuve.
Je vous envoyeray le mois
prochain , la fuite de ce Journal.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit le Feu, Ceux qui
420 MERCURE
l'ont trouvé font Mrs Favier ;
Berthelot ; Tegor , de la rue
de la Cerizaye; Mylord des Roches
; Chauxpain ; Berkenhead,
Maistre d'Hoftel Anglois ; Jacques
le Crenés de la Ville du
Mans ; Jean Bigot ; René Aubin
, de la rue Trouffe - vache ;
René Augoüillan du College
de Beauvais ; François Jean-
Baptifte Tribuot ; Jofeph David
du Bois ; le Voilin du Dieu
des Eaux ; Batouchat ; le Solitaire
Que - Mine , & fon Amy
Darius , le Berger Muficien , &
& le petit bon - homme Eftienne
; le Marin de Romont en
Suiffe ; un penfionnaire de M
Thomas , qui l'a expliquée en
vers Latins , & le Chevalier
des Avantures en vers François;
GALANT 421
Me la Prefidente de l'Election
de Chaumont & Magny ; Miles
Finette Mignogne ; la plus jeune
des belles Dames de la ruë
des Bernardins ; la Solitaire de
la rue aux Feves ; la belle
Blonde , de Rennes ; la Brune
d'Argenteuil ; la belle G. T.
de la rue M. La Dame fans
Medecin ; la derniere des trois
Soeurs des C. La groffe Mere
& fa Soeur de la ruë S. Jacques.
du
L'Enigme que je vous envoye
eft de Mr l'Abbé Heral
Vialar du Tarn , en Roüergne.
ENIGM E.
Je fuis dés ma naiſſance , enterrẻ
¨juſqu'au cou ,
Fay foif fort rarement , mais toù.
jours gueule ouverte ,
422 MERCURE
Dans mon ventre affamé plus d'un
fot & d'un fou,
Sans me raffafier ont rencontre lear
perte.
Suivant un Proverbe afite ,
On tire de monſeinſouvent la verité.
Je n'offre à quiconque m'aborde ,
Qu ' Abyme , Chaines , Fers , Roüe ,
Potence & Corde ;
Toujours pourtant chez moy l'hyver
perfecuté >
Contre l'Efte trouve un azile ,
Que m'emprunte à fon tour l'Efté,
Quand l'Hyverdécharge fa bile.
AIR NOUVEAU.
Vous m'avez donc quitté , plaignez
mon trifte fort,
Ce départ me coute la vie :
Souvenez- vous du moins , Philis
que je fuis mort ,
Le jour que vous eftes partie.
GALANT 423
Ce qui fuir vous aprendra ceux qui
font montez, & qui ont efté gratifiez
dans la nouvelle promotion de Marine
d'eftre faite ..
qui vientION
D'OFFICIERS
de Marine du 29. Septembre.
Chefs d'Efcadre.
Mrs Chabert .
De Francs
Penfion de seo. liures.
De Ribeirette ,
Du Quefne-Monier Capitaines.
Penfion de 100. livres.
De Forville .
De Motheux .
Capitaines à la haute Paye.
La Boiffiere.
Le Comte d'Argini.
Capitaines de Vaiffeaux.
De Grenonville .
D'Obrien de Brefme.
Capitaines de Fregates .
Le Chevalier de Voifins .
Michault.
La Valette Thomas .
424 MERCURE
}
Lieutenans de Vaiffeaux.
Mrs Fevret.
De Tourelle Grignan.
De la Bergerie.
Nobile.
Bidaud.
Marandé .
Le Marquis du Chafteau- Renauld .
Capitaine de Brulot,
Couvrieret de S. Philippe.
Lieutenant d'Artillerie.
De Salagnac .
Enfeignes de Vaiffeaux.
De Leuze.
De Conteneuil .
Le Chevalier d'Abret du Chefne.
Defcoubleau de la Rongerie.
Kerberio de Coetlogon .
Sheridan.
Comte de Chafteau-Renauld .
Le chevalier de Gouffier.
Le Comte de Montbrun .
Sous - Lieutenant d'Artillerie .
Gombault.
GALANT 425
Lieutenant de Frégate.
Mrs. Siccard du Mail.
Apuril.
Capitaine de Flute.
Chevaliers de S. Louis.
Gratien ,
De Sauzay..
Aides d'Artillerie .
De
Montefquiou.
De Combes.
Je ne puis me refoudre à finir fans
vous parler des affaires de Naples.
Vous verrez dans quel eftat elles font.
par l'Extrait que je vous envoy e d'une
Lettre d'Italie.
La divifion les troubles augmentent
de jour en jour dans Naples , à l'occafion
des partis qui s'y forment. La mefintel
ligence du Comte de Martinitz & du
General Thaun y contribue encore . Comy
me ils reçoivent directement les Ordres,
l'un de Vienne , & l'autre de Barcelone,
ils prétendent commander tous deux : &
Septembre 1707 .
Nn
426 MERCURE
C
fur les plaintes que les Députezde la Ville
ont faites au Comte de Martinitz , de
¿ce qu'on les obligeait à fournir tous les
jours de la fubfiftance pour fix mille chevaux,
quoy que la Cavalerie ne monte
pas à ce nombre à beaucoup prés , il a
ordonne auffi -toft au Comte de Thaun
de luy envoyer l'eftar de fes Troupes
mais ce dernier a déchiré l'ordre en
prefence du porteur , difant , qu'il n'en
recevoit que de l'Empereur.
Les nouveaux Grands de la façon de
l'Archiduc , voulant foutenir les prérogatives
de leur Grandeffe , deviennent
infupportables aux autres Seigneurs
Napolitains : La premiere Nobleffe en
fait des railleries en fecret , & il y en
a même qui leur donnent publiquement
Inom de Novi Gelfomini di Catalogna,
Nouveaux Jasmins de Catalogne,
Enfin la plupart des Seigneurs parlent
bautement contre le Gouvernement non,
veau.
J'aurois plufieurs chofes auffi curieuGALANT
427
fes à vous dire fut ce fujer s'il me reftoit
du temps & de la place. J'ajouteray feufement
que la fidelité que les Royaumes
de Sicile & de Sardaigne fon: piroiftre ;
& Pinquietude qu'ils donnent aux Napolitains
par leurs Vaiffeaux dont ils
ont ordonné de nouveaux armemens ,
chagrinent fort ceux qui font dans Naples
du party de la Rebellion , que plufieurs
ont abandonné , & qui paroift devoir
eftre quitté par beaucoup d'autres ,
fitoft qu'ils en trouveront une occafion
favorable.
Mr de Lillers , qui a apporté au Roy
La nouvelle de l'arrivée de Mr le Chevalier
de Forbin à Breft , a dir qu'il
avoit rapporté la dépouille de 53. Vailfeaux
Anglois , Hollandois , & Hambourguois.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 30. Septembre 1707.
AVIS TRES IMPORTANT
On debitera le Mercure d'Octobre
le 4 de Novembre , & le
Nn ij
428 MERCURE
lendemain de la Saint Martin ,
fans aucune remife , on vendra
la Relation intitulée :
HISTOIRE DU SIE GE
DE TOULON.
Où l'on voit les raifons politiques qui ont
fait agir ceux qui l'ont entrepris ←
tout ce qui s'eft paẞé depuis le jour que
Monfieur de Savoye est entré en Provencejufqu'au
jour que ce Prince en eft
forty.
Avec un Plan qui n'a point encore
efté vû .
Ceux qui voudront envoyer
des Memoires touchant ce Siedoivent
les envoyer inceffamment.
ge
DE
LAVILLE
LYON
#1893
BIB
TABLE 85
Prelude
, 5
Extrait du Panegirique de S.
Louis , prononcé devant l'Academie
Françoife , lejour de la Fefte
de Saint Louis , & tout ce qui
s'eft paffé ce jour- là à l'occafion
de la Fefe de ce Saint ,
Relation hiftorique des tremblemens
de terre arrivez à Rome ,
Premier article des morts ,
7
96
103
`Mr l'Abbé Alemanno Salviati,
nommépour venir aporter les langes
benits à Monseigneur le Duc
de
Bretagne ,
Promotion de deux Cardinaux , 117
Hiftoire genealogique de la maison
114
124
de
Gondy ,
Dignité de Chantre donnée à Mr
Abbe de Gontault , fur la dêmiffion
de Mr l'Abbé de Perochel, 136
Affaires d'Espagne ,
Vaiffeaux montez & defcendus pen-
142
TABLE.
dant le mois d'Aouft ,
Lettre de Mr Defnonës ,
167
172
Propofitionfaite auxfçavans , 180
Poëme de Mr Petroni
Fautes reparées ,
183
188
190
Reception faite en la maison de la
Meutte, par Mr d'Armenonville,
à Monseigneur le Duc , &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
,
·Ceremonie obfervée à la prise de pof
feion du Prieuré Royal de Poiffy ,
par Madamede Mailly , 197
Ce qui s'est paßé à l'Academie
Françoife le jour de la diftribution
des Prix ,
Relation des Ceremonies obfervées
à Lille lorfque S. A. S. E. de
Cologne fut Sacrée Evêque &
qu ' Elle reçut le Pallium , 238
Dons faitspar le Roy,
Feftes données par Monfieur le Duc
221
242 .
TABLE.
Albe Ambaffadeur d'Espagne ,
252
Fefte donnée par Madame la Nourrice
de S. M. C.
302
Réjouiffances faites à la maifon de
Mr Clement , au fujet de la naiffancedu
Prince des Afturies , 306
Te Deum chanté & réjouissances
faites dans toute la Ville de Paris
,
Audiance donnée au Pere Gardien
315
des Cordeliers du Grand Couvent,
324
Rejeniflances faites dans la rue du
Roule ,
Second article des morts
325
33r
Smittes des nouvelles de l'armée de S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans,
333
Nouvelles de Madrid touchant l'acouchement
de la Reine d'Espagne,
* 336
TABLE .
Fournal de tout ce qui s'eft passé à
Fontainbleau depuis que la Cour
a quitté Versailles , dans lequel
on trouve plufieurs nouvelles
marquées dans les jours ou elles
font artivées ,
>
353
Suite des Réjouißances faites en
Eſpagne ,
Affaires d Allemagne ,
Prife de Puicerda ,
382
388
395
Monfieur le Ducd'Orleans ferend devant
Lerida ,
く
Affaires de Flandre ,
Affaires de la Marine ,
idem.
397
402
Article des Enigmes
Promotion de Marine ,
Nouvelles de Naples ,
Suite du Fournal de Fontainbleau , 409
, 419
423
425
Arrivée de Mrle Chevalier de Forbin à
Breft ,
Avis tres- important ,
427
idem
L'Air , Fe vivrayſous tes loix , page 137
L'Air , Vous m'avez donc , page 422
LYON
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
DE
1893 *
VILLE
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1707 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Calle du
Palais au Merc ure galant .
Comm
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VII.
Avec Privilege du Roy
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
.
و
de défigurez , étantimpoſſible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages a leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent
le port.
MERCVRE
GALANTS
SEPTEMBRE , 170
M
THEQUE
LYON
ESSIEURS de l'Academic
Françoiſe ,
voulant honorer la
memoire de Saint Louis , à caufe
que ce Saint eft Patron du
Roy, font dire tous les ans le
jour que l'Eglife en celebre la
DE
LA
VILLE
A iij
6 MERCURE
Fefte , une Meffe accompagnée
d'une grande Mufique ,
& ils choififfent un Predicateur
d'une reputation établie & capable
de fe fervir des plus
beaux traits de l'Eloquence
pour faire le Panegirique d'un
S. dont la vie fe trouve remplie
d'une infinité de Vertus
morales & chreftiennes , que
l'on voit tous les jours pratiquer
au Souverain , dont ils
ont le glorieux avantage d'être
fous la protection . Et comme
ce Monarque reffemble
au grand Saint qu'il a pour
patron , par toutes ces vertus ,
GALANT 7
& par tout ce qu'il a fait pour
la gloire de l'Eglife , & pour
épargner le fang de fes Sujets ,
les Predicateurs qui fe font
chargez du Panegirique dont
je viens de vous parler ne
manquent jamais de faire un
éloge de S. M. qui fait connoiftre
tout ce qui la peut faire
comparer au grand Saint dont
elle porte le nom . La Meſſe
eftant finie , le jour de la Feſte
de ce S. qu'on celebra le 2 5. du
mois dernier , pendant laquelle
M ' du Bouffet , fit chanter le
Pleaume Laudate Jerufalem Dominum
, M' l'Abbé de Cam-
A iiij
8
MERCURE
befort , Docteur de Sorbonne ,
& Curé de Noftre- Dame de
Bonne - Nouvelles , prononça
en prefence de l'Academie en
Corps, &d'une illuftre & nombreufe
affemblée , le Panegirique
de Saint Louis.
rs
On doit remarquer qu'il fit
l'honneur à M " de l'Academie
du choix du ſujet de ſon
Panegirique. Elle avoit donné
pour fujets des prix de l'Eloquence
& de Poëfie,Qu'il nepeut
y avoir de veritable bonheur que
dans la pratique des vertus Chref
tiennes ; & que la grandeur du
Roy le rendfuperieur à toutes forGALANT
.9
tes d'évenemens. Il tira principalement
de ce dernier fujet,
qui fournit la matiere de plufieurs
éloges qui peuvent également
eftre donnez à Saint
Louis & au plus grand de fes
fucceffeurs, l'éloge de ces deux
grands Princes. Voicy les paroles
qui luy fervirent de Texte
, & mefme fon Exorde en-
>
tier.
ZELUS DOMUS TUÆ COMEDIT
ME , ET OPPROBRIA
EXPROBRANTIUM TIBI CECIDERUNT
SUPER ME.
Le zéle de voftre maiſon ,
10 MERCURE
Seigneur , me devore , & les
opprobres de ceux qui vous
outragent retombent fur moy.
+
C'est ainsi que s'exprimoit au
Pfeaume 68. David ce grand
Roy , à qui l'amour de Dieu &
le zele de fa gloire , firent remporter
des victoires fignalées , fubjuguer
les Moabites , triompher des
Philiftins , vaincre les Ammonites
, établir Ifraël dans Sion ,
former le deffein de l'edifice du
Temple pour l'Arche du Seigneur
qui pour couronner tant de
victoires & tant de triomphes par
des vertus encore plus éclatantes ,
fouffre enfin tout ce que la mifeGALANT
II
ricorde de Dieu & de fa Justice ,
l'impicté des hommes & l'adverfité
purent faire fouffrir à une
ame pure , fimple & innocente.
Chargé de faire l'éloge d'un
Prince formé comme David felon
le coeur de Dieu , & qui toujours
animé du zéle de la religion
& de la justice , eut le bonheur
de prendre part aux humiliations
de Fefus- Chrift , en travaillant
à la conquête des lieux
faints , où ce Roy des Rois fut couvert
& comblé d'opprobres .. D'un
Roy qui fut toujours fidéle dans les
plus grandes tentations , toûjours
trouvé digne de Dieu., digne de
12 MERCURE
fouffrir pour Dieu ; pourrois-je
mieux remplir voftre attente &
mon miniftere , qu'en vous reprefentant
faint Louis fous ces traits
glorieux , qui le rendirent la parfaite
image de David & de Fefus-
Chrift , & qu'en vous faifant
voir que fon zele o fa patience ,
fa vertu & fa fainteté , égalerent
fa valeur & fa puiſſance ,
fa grandeur & fa gloire.
C'est par cette conformité avec
David & avec JESUSCHRIST
que tous les peuples
de la terre publient la fainteté
de ce grand Prince ; c'est par elle
qu'il fera le Fuge des nations ,
GALANT
13
comme il en fut le Roy, & c'eft
elle auffi qui va faire tout le
fujet de ce difcours.
ZELUS DOMUS TUÆ COMEDIT
ME. La grandeur & la
puiffance de faint Louis confacrées
par le zéle pour la gloire de
Dien , dont il fut toûjours animé
comme David , feront le
fujet de mon premier point.
OPPROBRIA EXPROBRANTIUM
TIBI CECIDERUNT SUPER
ME .
Ce zéle recompenfe & couronné
dans faint Louis par la gloire des
opprobres des humilitions de
Fefus- Chrift , fera le sujet du
dernier.
14 MERCURE
Saint Louis confacre fa grandeur
& fapuiffance par fon zéle
pourlagloire de Dieu , Ďieu releve
la grandeur & la puiſſance
de faint Louis par la gloire
des humiliations & des opprobres
de Fefus-Chrift.
Vous verrez par tout ce puiffant
Monarque auffi humble dans
les grandeurs , qu'il le fut dans les
humiliations , & auffifaint , auſſi
foumis à Dieu dans la profperité
, qu'il le fut dans l'adverfité.
Si pour faire fon éloge , je
joins au zéle qu'il eut pour
gloire de Dieu , la conftance qu'il
fit paroiftre dans fes malheurs ,
la
GALANT 15
& la fermeté qui le foutint
dans fes difgraces , nos courtes
adverfitez déja fi heureusement
interrompues bientoftplus glorieufement
reparées , ont eu moins
de part à ce choix , le defir
que
de me conformer au fentiment de
Pilluftre Compagnie dont la pieté
pour faint Louis rend icy cette
Fefte fi celebre.
Cette Compagnie fi augufte par
le merite & par la dignité des
grands hommes qui la compofent ,
entre les differents fujets qu'elle
a coutume de propofer pour avoir
des effais de divers genres de cette
éloquence , qu'on ne trouve dans
16 MERCURE
Ja perfection que parmy vous
Meffieurs , fait voir cette année,
qu'il ne peut y avoir de veritable
bonheur , que dans la
pratique des vertus chrétiennes.
Et dans cette foule de merveilles
dont le regne où nous vivons
eft une fource fi vive &
fi feconde ; parmy ces merveilles
que vous feuls , Meffieurs , pouvez
faire croire à la pofterité ;
ce qui vous a le plus touché &
que vous voulez que l'on publie
aujourd'huy , eft cette grandeur
& cette fageffe du Roy qui l'ont
rendu comme faint Louis fupeGALANT
17
rieur à toute forte d'évenement ,
& qui en furent toûjours fouverainement
independantes.
Ainfi , Meffieurs, fi je n'ay
pas eu le bonheur d'apprendre parmy
vous , à parler comme vous ,
j'auray du moins l'avantage d'a
voir reglé dans ce difcours mes
idées fur les voftres , perfuadé que
celles que vous venez de donner
du plus grand fucceffeur de faint.
Louis, qui fe fanctifie comme luy
fur le trône , feront trouvées dignes
du faint Roy dont j'entreprendray
l'éloge aprés avoir imploré
le fecours du faint Efprit,
&c.
Septembre 1707. B
18 MERCURE
Mr l'Abbé de Cambefort
aprés avoir fait voir dans le
commencement de fon premier
point en quoy conſiſte
principalement la grandeur des
Rois , fit voir que la feule pratique
des vertus chrétiennes
fait leur plus folide merite
& leur plus veritable gloire.
Il tira l'éloge de faint Louis
de fon zéle pour la gloire de
Dieu , pour la religion & pour
la juftice qui l'avoit toûjours
animé, & il fit voir que Dieu
qui vouloit le donner comme
un prodige de fainteté à la
maifon d'Ifrel , l'avoit déja
GALANT
19
comblé de ſes plus preticufes
benedictions & de fes plus
grandes mifericordes , & que
faint Louis y ayant toûjours
cooperé , avoit confacré tous
fes foins & toute fa puiffance
à fe fanctifier luy- mefme , à
fanctifier fon Royaume & érendre
celuy de Jefus Chrift.
Il dit à l'occafion de l'éducation
qu'il avoit receuë de la
Reine Blanche de Caftille fa
mere , que s'il eftoit arrivé jufqu'icy
que l'Espagne cût donné
fouvent à la France , les Illuftres
meres de fes plus grands Rois , il
arrivoit enfin heureuſement de nos
Bij
20 MERCURE
jours qu'elle rece voit de la France
figenereufe & fireconnoiffante, des
Rois formez de l'augufte fang de
faint Louis & le digne petit fils
d'un Prince qui a merité avec
tant de justice le furnom de
GRAND.
A l'occafion des guerres civiles
& de la revolte des Princes
qui troublerent le commencement
du regne de faint
Louis , il dit qu'aprés qu'il eut
receu de la Reine fa mere cette
noble éducation qui forme également
lesfaints & les heros,Dieu.
l'avoit voulu inftruire par l'adverfité
qui en eft la fure maistref
GALANT 21
fe , & il montra par une belle
allufion que c'eftoit ainsi que
dans ces minoritez traversées ,
Dieu faifoit voir ces Rois , ces
Heros ces regnes qui apprennent
aux autres Rois de la terre
à ſe vaincre eux- mefmes , & à
joindre à la gloire du triomphe
celle du pardon & de l'oubly.
Au fujet de la maladie de
faint Louis & du voeu qu'il
fit pour la conqueſte de la
terre fainte , il fit voir que rien
ne pourroit mieux nous marquer
qu'elle fut alors la confternation
de tout le royaume que ce que
nous avons éprouvé nous mêmes
22 MERCURE
fous un regne qui eft comme celuy
de faint Louis , le regne de l'équité
& de la justice.
Il rapporta
ce bel endroit
de la vie de faint Louis écrite
par Mr l'Abbé de Choify de
l'AcademieFrançoife, qui eſtoit
du nombre des auditeurs . ( La
crainte de le perdre , dit l'illuftre
hiſtorien qu'il a trouvé parmy
vous , Meffieurs , fit fentir le
bonheur de le poſſeder.
Mais qu'elle fut, continua- t'il,
fa foumiffion fa refignation
aux ordresde la Providence , ver
rez-vous , grand Dieu , dans un
mefme fujet la fidelité d'AbraGALANT
23
ham & l'obéiffance d'Ifaac fang
en eftre touché.
Il ajouta en parlant de la
maladie du Roy & de Monfeigneur
, Dieu toujours fenfible
à de femblables difpofitions , a
donné fouvent à la France affligée,
à efperer contre toutes efperances,
& luy a confervéfes plus
grands Princes , lorfqu'elle fe
voyoit fur le point de les perdre ;
veüille-t-il pour le bien de l'Eglife
de l'Etat prolonger leurs
jours mefme aux dépens des nôtres.
.
Il entra enfuite dans un détail
tres- exact de la vie de
24 MERCURE
faint Louis , & il fut affez heureux
pour en decouvrir jufqu'aux
moindres circonstances
en paraphrafant ce beau Pſeau
me qui renferme le voeu que
Salomon faifoit à Dieu .
C'est le MEMENTO DOMINE
DAVID , Souvenez – vous ,
Seigneur , dit-il , de la pieté de
ce fecond David , fur qui vous
exerçâtes de fi grandes mifericordes,
& fur le trône de qui vous
avez élevé un fucceffeur & un
fils tel que nous avons le bonheur
de le voir aujourd'huy.
En faveur de ce fils , fouvenez-
vous de cette douceur majeftueuses
GALANT 25
ك
7
tueufe ; de cette humilité heroïque ;
de cette moderation chrétienne que
faint Louis conferva toujours fur
le trône dans le tnmulte de la
Cour , dans l'embarras des affaires
, & mefme parmy les defordres
de la guerre.
Il parcourut enfuite les autres
verfets , & dans le SICUT.
JURAVIT DOMINO , il rapella
la fidelité de faint Louis a accomplir
les voeux faits au Dieu ,
de Jacob , de foutenir la cou-,
ronne par les vertús les plus.
heroïques , & de la fanctifier
par les vertus chrétiennes .
Dans la paraphrafe du ver-
Septembre 1797.
C
26 MERCURE
fet , SI INTROIERO IN TABERNACULUM
DOMUS MEE
SI DESCENDERO IN LECTUM
STRATI MEI . Il fit admirer faint
Louis au milieu de fa Cour ,
preſervant ſon eſprit & ſon
coeur des dangereux attraits
de l'ambition & de la volupté
, funeftes écueils de l'innocence
des Princes , & faifant
des obftacles de fon falut les
moyens de fa fanctification ,
confacrant l'élevation du trôl'humilité
& la royauté
par la penitence , il entroit
dans un beau dérail des dangers
aufquels la facilité de fane
par
GALANT 27
tisfaire les paffions expofe les
Princes , & reprefenta faint
Louis donnant aux Anges &
aux Hommes le grand & le rare
fpectacle d'un Roy jufte &
penitent , faiſant de fa Cour
un azile affuré à la vertu
n'ayant d'autre regle que la charité
& la juftice , & confacrant
les pretieux moments
qu'il pouvoit dérober au gouvernement
de fon Royaume ,
à la priere & à la penitence ,
à la frequentation des Sacrements
& au ſervice des pauvres..
En continüant fa paraphra-
Cij
28 MERCURE
il
fe , SI ASCENDERO IN
LECTUM STRATI ME1 ,
fit confiderer Saint Louis dépouillé
de ces dehors majeſ
tueux, qui cachent fouvent aux
yeux des hommes les foibleffes
des Rois ; & le reprefenta tel
qu'il paroiffoit aux yeux de Dieu
defcendu du haut du Trônepour
ſe profterner en fecret
devant cet Etre fouverain , par .
qui feul les Rois regnent , pour
demander la fagefle qui lui étoit .
neceffaire ; & pour puifer, comme
Moyfe , dans le fein de la :
Divinité , les Loix qu'il devoir
donner à fon Peuplexos n
*.
GALANT 29.
En parlant des mortifications
fecrettes de S. Louis ;
Anges du Ciel , dit- il , vous
feuls Confidens des mortifications
interieures exterieures de cet
à
Auge terreftre , c'est à vous
nous découvrir icy celles des penitents
les plus aufteres , cachées
fous les marques de la royauté ,
les mefmes mains qui portoient
le Sceptre avec tant .
de dignité l'épée avec tant de
force , armées des inftrumens de
la penitence la plus rigoureufe
pour expien les pechez de fon
peuple, & pour donner quelquefois
par fon lang un nouvel
Ciij
30 MERCURE
酱
éclat à fa
pourpre.
Aprés
avoir
fait voir ce que
faint
Louis
avoit
fait pour
fanctification
, il entra
dans
le
détail
de ce qu'il fit
fa
pour celle
de fon royaume
, & pour
étendre celuy de Jefus Chrift.
En paraphrafant le verfet ,
SURGE DOMINE IN REQUIEM
TUAM , TU ET ARCA SANCTIFICATIONIS
TUE. C'eft icy ,
dit-il , l'ouvrage de voſtre grace,
Seigneur , & le fruit du zéle
de ce grand Saint pour la gloire
de l'Arche d'alliance ; & en parlant
de l'étendue de ce zéle ,
il
rapporta tout ce que faint
GALANT
31
Louis avoit fait de grand pour
le gouvernement & pour la
fanctification de fon Royaume.
Il fit voir les abominations
de l'impieté détruite ;
l'herefie aneantie par la force
de fes armes ; le duel & le
blafpheme abolis par la vigueur
de fes loix ; la langue
impie du blafphemateur
purifiée
par
le feu ; l'ufure défendue
; la vangeance defarmée ;
& fous fon regne comme fous
le regne de Louis le Grand , la
fauffe valeur confondue & defhonnorée.
Il fit voir l'integrité dans
C iiij
32 MERCURE
l'adminiſtration de la Justice ,
& les juftices mefme Jugées ;
le bon ordre dans les finances
; la difcipline
dans le fervice
; la fureté dans les traitez ;
la fidelité dans le
commerce ;
le repos des peuples affuré par
la vigilance des Miniftres , par
la
moderation des Grands , &
par la puiffance du Roy. La
guerre
enfin fanctifiée
par une
jufte caufe & portée à une
heureufe fin ; la violence des
armes , & la licence des Soldats
reprimées par la feverité
de la difcipline militaire &
chrétienne .
GALANT 33
Il fit voir que fi Dieu avoit
répandu tant de benedictions
fur le regne de faint Louis ,
c'eftoit la récompenfe des
Temples élevez jufques dans
Ephraim à l'Arche fainte pat
la pieté de ce grand Prince , &
c'eft ainfi qu'il paraphraſa le
verfet ECCE AUDIVIMUS EAM
IN EPHRATA , & fur ces paro- .
les que Salomon & le peuple
qui luy étoit foumis adreffoient
à Dieu , ADORABIMUS EUM
IN LOCO UBI STETERUNT PEDES
EJUS , il dit en faisant une
>
belle allufion de faint Louis à
l'Arche . Penetrez de la mefme
34 MERCURE
reconnoiffance de vostre ancienpeuple
dont nous renouvellons icy les
vaux , nous adorons voſtre providence
, mon Dieu , IN LOCO
UBI STETERUNT PEDES EJUS ,
dans tous les lieux que ce faint
Roy a marquez par
les traces de
fa juftice & de fa pieté , IN
CAMPIS SILVA , continua t- il
en parlant de Vincennes , jufques
fous ces arbres que les temps
ont respectez, où fur un Tribunal
de
gazon , où femblable à
l'Ange qui jugeoit Ifraëlfous un
chefne , il écoutoit les plaidoyers
confus du pauvre & de l'orphelin.
GALANT
35
La fuite des verfets VIDUAM
EJUS BENEDICENS BENEDICAM
T
,
PAUPERES EJUS
"
pau-
SATURABO PANIBUS , luy fervit
à faire voir tout ce que faint
Louis avoit fait pour les
3.vres & pour les miferables
dont aucune espece , dit- il , n'échapa
à fes foins & à fa magnificence
, & en parlant des aumofnes
de faint Louis , il prit
occafion de parler de celles
que le Roy fit diftribuer au
Louvre en
1694.
Qu'elle fut , dit- il , la profufion
des trefors de fon épargne
dans ces temps malheureux où
36 MERCURE
Dieu , comme dit le Prophete ,
pour punir les pechez des peuples
appelle la famine fur la terre,
La fin du dernier fiecle nous les
rappelle ces temps malheureux, &
ce Louvrefera un monument éterla
charité de faint Louis
n'eft pas éteinte , & qu'elle anime
toujours fon augufte fang.
La fuite des verfets , SACER
nel
que
DOTES EJUS INDUAM SALUTARI
, ET SANCTI EJUS EXULTATIONE
EXULTABUNT
, fit
une deſcription naturelle de ce
faint Louis avoit fait pour
l'Eglife , en rendant aux Temples
& aux facrifices
que
pour lefGALANT
37
quels il eut une foy fi vive ,
leur premier veneration ; en
retabliffant la ferveur de l'an-
*
cienne difcipline , & en n'élevant
aux dignitéz Ecclefiaftiques
que des veritables Pafteurs
, & en prevenant entierement
toute forte de fimonię
ou de violences qui auroient
pû rendre hereditaire le patrimoine
de Jefus Chrift & des
- pauvres.
En paraphrafant ces paroles ,
SANCTI EJUS EXULTATIONE
EXULTABUNT , il marqua qu'elle
fut la joye des Anges du
Ciel & des Saints de la terre
38 MERCURE
en voyant l'herefie des Albigeois
foudroyée
par le zéle de
faint Louis ; le chef audacieuxde
ces Sectaires humilié à Tes
pieds , & le fuperbe Frederic
forcé de reparer l'injure faite
au Prélats de France qu'il retenoit
prifonniers
.
En parlant des differens que
faint Louis eut avec la Cour
de Rome , quel respect , ditil
, & quelle veneration n'eutpas
ce grand Saint pour les Miniftres
de Jefus- Chrift ; mais dés qu'il
s'agit de défendre les droits de fa
Couronne les libertez de l'Eglife
dont il eft le protecteur , de
GALANT 39
1 quelle maniere , fans perdre le
refpect de Fils , ne demefle- t- il pas
le Souverain & le Prince temporel
d'avec le faint Pontife.
L'Eloge de la Sorbonne dont
il a l'avantage d'eſtre Docteur
& dont il faifoit l'honneur ce
jour-là , fut placé dans cet endroit
fort à propos.
Ce fut fous le regne de ce
Monarque , dit-il , par ces liberalitez
qu'on vit naiftre la Sorbonne
, ce fanctuaire de la Religion
, cet azile de la Foy , ce
fleau de l'herefie , cette celebre Ecole
& dont enfin le Grand Cardinal
les illuftres Prélats que
40 MERCURE
vous avez parmy vous , Meffieurs
, & qui font fuperieurs par
leur merite & par leurs lumieres
, à leurs dignitez à leurnaiffance
, font mieux l'éloge que tout
ce que je pourrois en dire icy.
Dans ce verfet , ILLUC PRODUCAM
CORNU DAVID , PARAVI
LUCERNAM CHRISTO
MEO', il dit que c'eftoit ainfi que
Dieu avoit voulu affermir le trône
de faint Louis & perpetuer
dans les heritiers de fa Couronne
& de fon fang, des modeles à
tous les Rois de la terre .
Il finit fon premier point
par la paraphrafe du verfet
GALANT 41
)
INIMICOS EJUS INDUAM CONFUSIONE
, & pour faire voir
l'élevation de la gloire de faint
Louis par la confufion de fes
Ennemis , dont la jaloufe perfidie
fut autant confondue
par
fa clemence que par fes victoires
, il fit une deſcription
tres- éloquente & tres vive des
actions de faint Louis ; il fit
voir fon trône prefque renverfé
dans fa minorité , affermi
par fa prudence
& par
valeur , & les armées conduites
avec tant de fagefle dans
les pays infidéles fous l'étendart
de la foy ; les mers tra-
Septembre 1707.
D
La
42 MERCURE
verfées avec tant de rapidité ,
les perils effuyez avec tant de
courage ; ces batailles données
& réiterées avec tant de force
, & fur tout celle de Taillebourg
que fa valeur rendit
fi celebre.
Le paffage du premier point
au fecond , par rapport au fujet
de fon difcours , fut des
plus heureux , comme l'on
peut voir par ces paroles , Su-
PER IPSUM AUTEM EFFLOREBIT
SANCTIFICATIO MEĄ ,
il ajouta que , s'il ne faifoit
pas une plus longue deſcription de
tant d'autres glorieufes actions de
GALANT 43
I
faint Louis , un plus grand objet
un plus beau point de cuë
pour la gloire de ce pieux Prince
le preffoit ; c'eftoit de faire voir
tant de vertus e de victoires
couronnées par les humiliations de
Jefus- Chrift.
C'est par ces humiliations
dit- il , que Dieu qui fit refleurir
dans ce grand Roy la Religion
eg penitence , fit auffi refleurir
en luy la fainteté de Fefus-
Chrift.
Il paffa ainfi du premier au
fecond point , dans lequel il
fit voir que fi faint Louis confacra
fa grandeur & fa puif-
Dij
44 MERCURE
fance par le zéle de la gloire
de Dieu , Dieu releva la grandeur
& la puiffance de faint
Louis par la gloire des opprobres
& des humiliations de Jefus
- Chrift. OPPROBRIA EXPROBRANTIUM
TIBI CECI-
1
DERUNT SUPER ME .
Si le premier point parut
auffi beau que nouveau , le
dernier ne fut pas moins rempli
de quantité de penſées tresbrillantes
& tres - propres au
fujet. Il dit d'abord que fi la
bonté
Sagrandeur &fafageſſe avoient
plus paru par fon annéantissement
la mifericorde de Dieu
GALANT 45
:
de
jufqu'à la mort de la Croix que
par la creation de l'Univers , la
grandeur de Saint Louis parut
auffi avec plus d'éclat dans les
humiliations qu'il plut à Dieu de
luy fairefouffrir , & il ajoûta que
fairefervir tout ce que la royauté
à de grand à étendre le regne
Jefus Chrift , & s'efforcer de foumettre
aujougde la Croix l'Orient
l'Occident avoit esté le glorieux
deffein qu'infpiroit au Macabée
Chreftien l'ardeur de fon zele;
mais que couronner l'heureuxfuccez
defes entrepriſes par la gloire
des bumiliations de fefus- Chrift ;
fe rendre conforme à l'Image d'un
a
46 MERCURE
1 · Dieu fouffrant ; porter fa Croix
& les chaînes de la captivité
avec une grandeur d'ame &
S
une fermeté de courage , que rien
ne fut capable d'ébranler ; mourir
enfin fur la pouffiere & fur la
cendre dans une terre étrangere
c'étoit dans un grand Roy le trophée
le plus éclatant de la Religion
, le plus grand de tous les
facrifices , un martyr des plus genereux
, & dans S. Louis com
me dans les Apoftres le comble de
Sagloire.
Pour faire voir l'appareil
du facrifice qui donna à Dieu
une fi fainte victime , & que
GALANT 47
Dieu voulut ne luy eftre immolée
qu'aprés l'avoir couronnée
par tant de glorieux exploits
, il fit voir combien Dieu
terrible dans fes confeils touchant
les Rois & les enfans des
Hommes , eftoit toûjours admirable
dans fes Saints .
Il dit que l'abomination de la
deſolation placée dans les lieux
fanctifiez par la vie & par la
mort de Jefus - Chrift ; les cris des
enfans d'Ifraël qui gemißoient
fous une dure captivité , s'effoient
"élévez jufqu'au trône de faint
Louis , que preffe de la charité
de Fefus - Chrift , il avoit cru que
48 MERCURE
des
les Rois tres - Chrétiens eſtant les
protecteurs nez des conqueftes du
Sauveur , comme ils font l'azile
అ la refource des Rois
fidéles perfecutez pour la foy , il
devoit comme Moyfe rétablir le
peuple de Dieu dans fa premiere
liberté , & placer comme Salomon
l'Arche du Seigneur dans le
·Temple.
Il fit une belle defcription
de tout ce qu'avoit fait faint
Louis pour affurer un heureux
fuccez à une fi grande & fi
glorieufe entreprife , & il fic
voir de quelle maniere il avoit
- rallumé le zéle de la Loy de
Dieu
GALANT
49
-Dieu qui paroiffoit éteint pref
que dans tous les coeurs , &.
levé fans ceffe des mains pures
& innocentes au Ciel pour attirer
du haut de la Montagne
fainte les fecours divins fur les
combats d'Ifraël , & épuisé fes
trefors & mené avec luy ce
qu'il avoit de plus cher au
monde.
y
L'expedition & la priſe de
Damiete furent dépeintes
d'une maniere charmante , par
le bel endroit des Macabées
qui fait allufion à la deviſe
des Rois de France , UT SOL
REFULSIT IN CLYPEOS Au-
Septembre 1707.
E
50 MERCURE
REOS MULTITUDO GENTIUM
couverte
DISSIPATA EST. Aprés avoir
repreſenté la mer
d'un nombre prodigieux de
vaiffeaux chargez d'une armée
de Princes & de Heros chrétiens
portant avec reſpect l'étendart
de Jeſus- Chriſt. En
vain , dit il , la force des fameufes
Tours de Damiete & fes fuperbes
murs ; en vain une armée
de Sarrafins retranchez fur le rivage
s'oppoſe au zéle impetueux
qui anime le Fofué de la loy nouvelle
, UT SOL REFULSIT IN
CLYPEOS AUREOS , MULTITUDO
GENTIUM DISSIPATA EST .
GALANT
Saint Louis porté par la foy fur
les eaux, la Croix d'une main
l'épée de l'autre ne ſe lance
pas pluftoft dans la mer à travers
un nuage de traits qui le couvrent
& des vagues repouffées
fur ellemefme
, que fes Ennemis
effrayez
diffipent comme fe diffipe un
nuage à l'ardeur
du Soleil. La
terreur
que le
Seigneur envoye
quand il luy plaift, s'empara des
infidéles ; il fit dans cette occafion
ce que dit le Prophete , MAGNALIA
IN EGYPTO , TERRIBILIA
IN TERRA
CHAM.
Il parla
enfuite de la profondeur
impenetrable des ju-
E ij
52 MERCURE
gements
de Dieu
, & de fes
voyes
incomprehenfibles
qui
·permet
qu'une
guerre
que la
Religion
avoit
commencée
,
que la fageffe
conduifoit
, que la
valeur
executoit
, ne fut pas toû
jours
fuivie
de la victoire
, &
que le party
le plus juſte , &
qui fembloit
devoir
l'emporter
,
ne fut pas le plus heureux
.
Il rapporta
à cette
occafion
ce bel endroit
de la Lettre
de
faint Bernard
au Pape Eugene
.
Gardez
- vous bien , dit- il , d'attribuer
au Chef
un fi malheureux
fuccez
. Moyfe
conduit
le
peuple
de Dieu à une terre abonGALANT
53
dante , il luy promet la victoire
furfes Ennemis , les Tribus d'Ifraël
s'uniffent pour vanger le crime
de la Tribu de Benjamin ,
Dieu luy- mefme leur defigne un
Chef; les uns & les autres font
vaincus , & les vangeurs du crime
font forcez de ceder aux impies
qui l'ont commis.
Il rapporta auffi ce bel endroit
de faint Auguftin . SICUT
SE HABEBANT ET PECCATA
POPULI ET MISERICORDIA
DEI ALTERNAVERUNT
PROSPERA
ET ADVERSA BELLORUM ,
& dit que fi la fidelité des If-
Eiij
54 MERCURE
raëlites à obferver la Loy eftoit
la meſure des benedictions de
Dieu fur la profperité de leurs *
armes , il ne falloit pas s'étonner
qu? les Chrétiens plus criminels ,
comme plus éclairez que les Ennemis
qu'ils alloient combattre ,euffent
excité la vengeance divine ,
& qu'une floriffante armée cút
eftéfrapée de ce fleau terrible que
Dieu referve dans les trefors de
fa colere pour punir l'impieté des
hommes , & pour imprimer dans
leurs coeurs la crainte de ſes jugements.
Il tira des grandes chofes
que S. Louis fit dans cette
GALANT
55
occafion le fujet d'un éloge
magnifique , & dit qu'une nouvelle
gloire effaçoit les merveilles
qu'on venoit d'entendre , que
dans le tems
que
les Anges vangeurs
de l'iniquité verfoient fur
T'armée de S. Louis des vafes de
fureur; ce grand Prince tranfporté
du zele d'Aaron parmi un
tas de mourants qu'il fervoit luymefme
, ou de morts dont il avoit
receu les derniers foupirs , fe jettoir
l'encenfoir à la main entre
Dieu & fon armée , ſe. re
doit comme chargé feul des iniquitez
de tous les coupables ; s'offroit
à la justice divine comme
E iiij
56 MERCURE
l'unique victime du facrifice ; conjuroit
le Seigneur dans le jeûne,
dans le cilice , dans le fac , &
dans la cendre, d'abreger les jours
de fa colere ,
d'en tourner
contre-luy feul tous les traits .
Il releva ce bel endroit de
S. Louis. par ces paroles du
Prophete ; où font donc Seigneur
vos mifericordes anciennes ?Avezvous
oublié l'alliance que vous
avez contractée avec Abraham ?
Ne vous fouvenez- vous plus de
e fidelle ferviteur David ?
Voulez- vous couvrir d'opprobres
in Prince que vous venez de
combler de gloire? Souffrirez- vous
GALANT
57
que
l'armée défaite & que le
Roy devenu captif, l'infidelle victorieux
s'écrie, où eft donc le Dieu
d'Ifrael?
Il ajoûta que telle avoit
efté la conduite du Ciel fur
S. Louis , que Dieu menoit
quelquefois les Saints à qui il
deftinoit d'autres couronnes ;
que Dieu les menoit à la gloire
par le mefme chemin qui
conduifoit les Heros du Paganifme
à l'ignominie, & qu'il
ne traitoit pas également tous
les Rois formez felon fon
coeur.
Que l'adverfité comme la
*
58
MERCURE
profperité avec fes Heros ,
qu'au jugement mefme du
fage, les uns eftoient au-deffus
des autres , MELIOR EST
PATIENS VIRO FORTI ET
QUI DOMINATUR ANIMO SUO
EXPUGNATORE URBIUM.
Que les biens & les maux,
le gain comme. la perte des
batailles ,
venoient
également
de la main Toute- Puiffante de
Dieu , & que dans l'ordre de
la Providence , tout fervoit à
la fanctification de fes Elûs .
Il rappella dans cet endroit
le fujet du Prix de
l'Eloquence
donné cette année par Meſ
GALANT 59
fieurs de l'Academie , & cet
endroit eft un des plus beaux
de fon difcours ; nous voyons
mefme , ajoûta- t - il , & vous
voulez , Meffieurs , qu'on le publie
aujourd'huy , que Dieu fe
fert quelquefois de l'adverfitépour
couronner les plus grands Saints
les plus grands Princes , par
Ides vertus qui nous feroient inconnuës
en eux , fur tout lorfque
leur fageffe & leur fermeté
les rendent fuperieurs aux
plus fâcheux évenemens , &
qu'elles font & la force des
Soldats & la confiance des peuples.
60 MERCURE
Cet endroit fut fuivi d'une
heureuſe allufion fur la devife
du Roy , NEC PLURIBUS
IMPAR , & il ajoûta que dans
les Princes qui pouvoient fuffire
à tous par eux-mefmes ,
les difgraces eftoient comme
des nuages qui ne nous cachoient
le Soleil pour un temps,
que pour nous faire découvrir
un nouvel éclat dans fes.
rayons , REFULSIT SOL QUI
PRIUS ERAT IN NUBILO,
Il dit qu'il manquoit à la
gloire de S. Louis d'avoir fait
éclater la patience dans les
fers comme il avoit fait éclaCALANT
61
ter la fainteté fur le Trône , &
la moderation dans la victoire,
Et pour mettre dans tout
fon jour la preuve du fujet
de fon fecond point , il ajoûta
que la plus grande mifericorde
de Dieu fur les Saints , & une
Jurabondance de confolation & de
joye fur les Apôtres , fut d'eftre
marquez au sceau desfouffrances
de Fefus- Chrift.
Que Dieu avoit conduit S.
Louis , comme il conduifit fon
Difciple bien- aimé du Tabor fur
le Calvaire , pour recevoir fur
l'un toutes les impreffions de fa
douleur de fon amour , aprés Ú
62 MERCURE
avoir receu fur l'autre tout l'éclat
de fa gloire.
Que Jefus- Chrift luy- mefme
n'avoit gouté les amertumes de
fon calice ny fouffert les opprobres
de fa paffion , qu'aprés eſtre entré
peu de jours auparavant en
triomphe dans Jerufalem , comme
fi l'oppofition de la gloire devoit
faire mieux fentir la profondeur
des humiliations & leur
donner plus de merite.
Il continua en difant qu'il
falloit que
le zele de S. Louis
futfuivi dans ce religieux Prince
des bumiliations de Jesus-Chrift,
puifqu'il ne chercha jamais que
GALANT 63
la gloire de la croix de fon Dieu,
& qu'il mit toute la fienne à
crucifier le monde en luy , & à
fe crucifier luy-mefme au monde.
Il ajoûta que fiJesus- Chrift
n'avoit jamais paru plus puiffant
ni plus victorieux que dans
fes fouffrances & dans fa mort,
il n'y avoit jamais rien eu de
plus fort que les mains adorables
du Sauveur qui avoient vaincu
le monde , non pas armées de
fer , mais percées par le fer.
Que fi l'hommage que
ture univerfelle rendit à la divinité
de Fefus -Chrift mourant fur
la croix , avoit plus manifeftéſa
la
na64
MERCURE
gloire
que
la vafte
étendue
des
Cieux
qui la
publient
; que fi
les chaines
dont
S. Pierre
fut lié
luy font
devenues
auffi
honnotables
que
dire
S.
Louis
dans
fa
capque
tivité
avoit
fait
paroiftre
plus
de
grandeur
d'ame
&
plus
de
Ma
jefté
qu'il
n'en
avoit
jamais
montré
fur
le
Trône
; que
toûjours
Roy
dans
les
fers
il eftoit
entré
Triomphateur
dans
ceux
des
Sarrafins
; qu'il
avoit
porté
fes
chaines
avec
la
mefme
dignité
que
le Sceptre
; impofe
des
loix
à
fes
vainqueurs
, ce qui
leur
avoit
fait
fouhaiter
d'avoir
un
tel
les clefs , on pouvoit
GALANT 65
que
Maiftre, jufqu'à déliberer s'ils le
choiſiroient pour Roy ; qu'il avoit
appris au monde
la feule
victoire ne fait pas les Heros.
Qu'il avoit enfin receu de fes
ennemis , s'il eftoit permis de le
dire , fans faire comparaifon de
la Creature au Createur , les
mefmes hommages que Jefus-
Chrift avoit receus des Juifs ,
abbatus à fes pieds par un rayon
de la Majesté terrible qu'il fit
briller
à leurs yeux
.
Il
continua fes
preuves par
cette belle
comparaiſon
, &
dit quefi les enfans d'Ifraèl
n'avoient
pú foûtenir la prefence de
Septembre
1707.
F
66 MERCURE
Moife qui defcendoit de la Montagne
plein de la Majefté de Dieu,
on ne pouvoit foûtenir auffifans
en eftre ébloui l'éclat de la Majefté
de S. Louis plein de la gloire
des humiliations
de Fefus- Chrift
couvert de fes opprobres , &
qu'on devroit tirer le voile fur
la fermeté de courage qu'aucune
confideration ny aucun spectacle
d'horreur ne peuvent ébranler ,
fur la fageffe qui defcendit
avec luy dans la prifon qui ne
l'abandonna jamais dans les fers
où il dicta les conditions de fa liberté
, receut le ferment de fes
ennemis , & regarda comme un
GALANT 67
blafpheme celuy qu'on luy deman
doit.
Aprés avoir rapporté cet endroit
du Pleaume, QUOD EXPROBAVERUT
INIMICI TUI
DOMINE, QUOD EXPROBAVERUNT
COMMUTATIONEM
que
les
en-
CHRISTI TUI, il dit
nemis de Dieu qui reprochoient
autrefois à fon peuple´l'anneantiffement
de leurs Rois , & le
renversement du Trône d'Ifraël
devoient changer de langage à la
veuë de S. Louis qui refufoit
de traiter de fa rançon qui ne
donnoit à des Barbares d'autre
affurance que fa vertu , & qui
68 MERCURE
du fond d'une prifon où l'on n'est
frapé que de l'horreur qu'imprime
l'image toujours prefente de la
mort , formoit le plan d'un fecond
facrifice..
Il finit enfuite la plus touchante
defcription qu'on puiffe
faire de la mort de S. Louis,
à laquelle feule , fans faire le
recit de la feconde expedition ,
plus funeſte à la France que
la premiere , il voulut s'arrefter ,
comme eſtant auffi pretieuſe
aux yeux de Dieu , que fa vie
eft glorieufe aux yeux des
hommes .
Quel triomphe , dit-il , pour
GALANT 69
la Religion , de voir un grand
Roy éloigné de fes Etats , affligé
de tout ce que la contagion a de
plus affreux , environné déja des
ombres de la mort , dépoüillé des
marques de la Royauté, & rendre
à Dieu fur la pouffiere &fur la
cendre une ame qu'il avoit toújours
poffedée en paix . Quel trophée
pour la Foy de le voir dans
cet Etat humiliéfous la puiffante
main du Seigneur ; luy facrifier
fa vie, fa gloire , fes entreprises ;
n'eftre occupé que du foin d'implorer
le fecours du Ciel fur fes
chers & fidelles fujets & fur les
Princes fes enfans à qui il laiffe
70 MERCURE
un heritage plus pretieux que fa
Couronne ; c'est l'amour & la
crainte de Dieu , la verité & la
juftice ; fes inftructions enfin qui
renferment toute la droiture de
fon efprit , toute la pureté de fon
coeur , & toute la grandeur de
fon ame. Quel fpectacle auxyeux
de noftre Foy ; quelle inftruction
pour les Princes de la Terre &
pour les peuples qui leur fontfoùmis
de voir le plus grand Roy
du monde dans l'attente de ce
moment terrible , qui égale les
Souverains au dernier de leurs
fujets , jouir dans cet état d'une
tranquilitéparfaite , n'avoir d'auGALANT
71
tre vûë que
folation
que la Foy , d'autre
amour
que celuy de Dieu , d'autre
crainte
que de fa juftice
, d'autre
attente
que le Jugement
, d'autre
efperance
que la vie éternelle
, d'autre
regret que de laiffer l'Arche
Sainte
entre les mains des Philiftins
,
d'autre
douleur
enfin que de ne
pas rendre à la vraye
Religion
un
peuple
incirconcis
qui s'en eftoit
Separé.
le Ciel , d'autre con-
>
Aprés cette belle Deſcription
de la mort de S. Louis ,
il paffa aux benedictions que
Dieu a repanduës fur fa glorieufe
pofterité , & dit que fi
72 MERCURE
Dieu n'avoitpas permis à David
d'élever legrand édifice du Temple
qu'il avoit préparé , & fi cette
gloire fut refervée à fon fils Salomon';
que fi Moife ce fidelle
conducteur
dupeuple de Dieu mourut
fans entrer dans la Terre promife
, fi le paffage du Fourdain
fut refervé à fofué ; Dieu
content du facrifice de ce grand
Saint , avoit refervé cette gloire
le Soleil
à fes Succeffeurs
; que
éclairoit fans interruption
dans
l'un ou l'autre Emifphere
la vafte
étenduë des païs foumis à leur domination
; que le Royaume
tres-
Chretien , & le Royaume
Catho
a
lique
GALANT 73
lique heureuſement réunis n'en
faifoient plus qu'un par le zele
de fa glorieufe pofterité à répandre
la lumiere de l'Evangile
aux
nations du monde les plus barbares
, & à élever par tout fur
les ruines de l'Herefie & de
l'Idolatrie , dans les lieux les plus
éloignez , des Temples au Dieu
vivant.
Il tira enfuite de cet endroit
des Proverbes de Salomon ,
CORONA DIGNITATIS SENE-
>
CTUS QUE IN VIIS JUSTITIE
REPERIETUR un des
plus beaux éloges que l'on
puiffe faire & de S. Louis &
Septembre 1707.
G
74 MERCURE
que
Dien du Roy , en difant
couronnoit les Saints dans leurs
defcendants , & que le fage nous
apprenoit que la plus grande gloire
des Saints Rois eftoit dans leurs
Succeffeurs un long regne & une
vieilleffe confommée dans les voyés
de la Sainteté & de la Juftice.
Il fit entrer dans fon difcours
la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne ,
& prophetifa fort heureuſement
& fort à propos celle
du Prince des Afturies qui
vient de naiftre en Espagne ,
& qui eft venu au monde dans
le temps mefme qu'il faifoit
GALANT
75
des voeux pour fa Naiffance.
Qu'elles benedictions , dit- il , en
s'adreffant à faint Louis , inconnues
à tous les Princes de la
terre , Dieu ne répandit- il pas fur
voftre augufte fang , le Prince
qui vient de naiftre & que Dieu
nous a donné dans fa
mifericorde ,
celay que l'Espagne attend pour
combler nos voeux communs , nous
font un gage affuré que Dieu fidéle
dans fes promeffes , confervera
aos heritiers fur vostre trone
jusqu'à la consommation des
fiecles.
C'est ainsi , dit- il , que Dieu
l'avoit promis à David, & qu'il
Gij
76 MERCURE
recompenfa la pieté de fes Succeffeurs
à garder fon alliance ,
JURAVIT DOMINUS DAVID
VERITATEM ET NON FRUSTRABITUR
EUM ET FILII
EORUM USQUE IN SECULUM
SEDEBUNT SUPER SEDEM
TUAM.
Il finit fon difcours en faifant
des voeux pour le Roy ,
pour les Princes , & pour la
Paix . Il ne nous refte , dit- il ,
qu'à fouhaiter que le grand Roy
dont le regne retrace fi glorieufement
le vostre , donne à fes dignes
Fils & à fes fidéles Sujets
la joye de le voir regner au delà
a
GALANT
77
de la
quatriéme
generation.
Qu'il plaife à Dieu de confondre
par la force de fes armes
les Nations conjurées , ennemies
de la Paix , & jaloufes de fa
gloire. Qu'un Roy qui fait revivre
en luy le fang de la Maifon
de France , la vertu des anciens
Rois d'Espagne éteinte avec
le leur , rempliffe toutes nos efperances.
Ce font , dit- il , en s'adreſfant
à Meffieurs de l'Academic
, les voeux les plus ardents
de cette illuftre Compagnie pour
fon grand Protecteur , & pour
toute fa glorieufe pofterité. On
G iij
78 MERCURE
lit dans vos coeurs , Meffieurs
on voit avec admiration dans
vos écrits , ce qu'on ne sçauroit
trouver dans d'autres penſées ny
dans d'autres expreffions que les
voftres.
Il exhorta enfuite l'Auditoire
d'unir fes voeux & fes
prieres à ceux de ces Mcffieurs ,
pour demander à Dieu la mê.
me grace , & conjura faint
Louis de nous obtenir de la
divine mifericorde cette charité
pure
toujours émbrafé ILLUMINARE
éclairée dont il fut
1
HIS QUI IN TEN I BRIS ET
IN UMBRA MORTIS SEDENT.
GALANT 79
Ouy , grand Saint , dit il ,
la qualité de Roy & la Couronne
que vous portez dans le
Ciel vous interreffe à la fanctification
de vos fidéles Sujets ;
faites réjaillir fur nous quelques
rayons de la gloire dont vous
jouiffez , AD DIRIGENDOS
PEDES NOSTROS IN VIAM
PACIS , pour nous faire meriter
une paix durable fur la Terre
qui foit fuivie d'une Paix éternelle
dans le Ciel.
Ce que vous venez de lire ,
a dû vous faire connoiftre que
Meffieurs de l'Academie Françoiſe
avoient fait un bon choix
Giiij
80 MERCURE
en priant M' l'Abbé de Cambefort
, de faire le Panegirique
de faint Louis le jour de
la Fefte de ce faint. L'honner
que faint Louis avoit fait
à Pierre de Cambefort , l'un
de fes Ayculs , de loger chez
luy en allant vifiter la fainte-
Chapelle du Puy en Velay
fon retour de la Terre fainte ,
engagea cet habile Orateur à
fe furpaffer , comme il fit dans
cette occafion. La pieté , ainfi
que la fidclité pour le fervice
du Roy , font hereditaires dans
fa famille qui eft tres ancienne
, & qui a efté honorée il Y
GALANT 81
a plufieurs fiecles , par d'illuftres
alliances .
rs
Le mefme jour , M" de
l'Academic des Medailles &
Infcriptions , & M" de l'Academie
des Sciences , firent dire
7 dans l'Eglife des Preftres de
l'Oratoire , une Meffe qui fut
celebrée par M' l'Abbé de la
Marck - Tilladet , l'un des
Membres de la premiere de
ces Academies , & le Pere de
la Boiffiere , Preftre de la mê-
3 me Congregation , prononça
5 le Panegirique de S. Louis en
prefence des 2. illuftres Corps
dont je viens de vous parler.
82. MERCURE
Il prit pour Texte ce que David
mourant dit à Salomon ,
& il fit voir que S. Louis , en
obfervant par tout la loy de
Dieu avoit efté vrayement
S.
jufques fur le Trofne , & Roy
jufques dans les fers. Il fut S.
fur le Trofne par la protec
tion qu'il y donna à la vertu ,
par
le foin continuel qu'il eur
d'en chaffer les vices & les paffions
qui l'environnent de
toutes parts. Le Pere de la
Boiffiere fit en cet endroit un
beau Portrait de la Cour. Il
la reprefenta comme une region
où il foufle un air empoiGALANT
83
>
1 fonné qui en confume tous les
- habitans , & il ajouta que fi
· S. Louis réuffit à rendre fa Cour
qui avoit efté jufques- là le centre
& l'azile de tous les plaifirs ,
une Cour Chreftienne , & l'azile
des vertus Chreftiennes , Louis le
- Grand , un de fes Petits-Fils
n'avoit pas moins réuffs à en profcrire
les vices . L'éloge qu'il fit du
Roy dans cet endroit fut court;
mais les traits en furent bien
marquez , & il reprefenta ce
Monarque encore plus grand
par l'excellent ufage qu'il a toujour
fait de fa raifon ; par fa
moderation ; par fon équité
84 MERCURE
& par fa pieté , que par fes
triomphes.
Le Pere de la Boiffiere fit
enfuite une defcription des
deux voyages que S. Loüis fit
dans l'Orient , qui plut beaucoup
. Il décrivit d'une maniere
tres touchante les horreurs
d'une longue prifon dans
le premier voyage , & la maladie
contagicufe dont ce S.
fut frapé dans le fecond . Les
paroles qu'il mit à la bouche
de ce Saint Roy preft à paroif
tre devant Dieu ; les difpofitions
où il le reprefenta , & la
parfaite foumiffion aux ordres
GALANT 85
du Ciel , dans laquelle il le
peignit dans ces derniers momens
, fraperent toute l'Af
femblée.
Ce Pere fit dans fon Exorde
un compliment à M's des
deux Academies beaucoup plus
Chreftien que flateur...
L'Extrait dufermon de M
l'Abbé de Cambefort s'étant
trouvé plus long que je ne
croyois , il ne me refteroit pas
de place pour les nouvelles
courantes , fi je m'étendois
plus au long fur celuy de M
de la Boiffiere ; mais fon élo86
MERCURE
quence étant connue , perfon
ne ne doutera que le fermon
qu'il a preché devant un fi
grand nombre de Sçıvans
n'ait répondu à ce qu'ils attendoient
du choix qu'ils avoient
fait de ce grand Predicateur.
On avoit chanté pendant la
Metle ile Pleaume 149. qui
avoit efté mis en Muſique par
M ' de Bouffet. Je vous envoye
ce Pleaume qui fut diſtribué
à toute l'Affemblée , avec une
Verfion ou Paraphrafe en
Stances régulieres . Elles font
de la compofition de Mr MoGALANT
81
reau de Mautour , qui à pareil
jour l'an 1704. donna celle
du Pleanme 127. Voicy le
149. de la maniere qu'il a efté
diftribué.
88 MERCURE
MOTE T
CHANTE'
LE JOUR DE S. LOUIS
DANS L'EGLISE
DE L'ORATOIRE ,
En prefence de Meffieurs des Academies
Royales des Infcriptions ,
& des Sciences ;
Mis en Mufique par Monſieur
De Bouffet , 1707.
Pfeaume 149. Cantate Domino.
Dans ce Cantique , que plufieurs
Interpretes attribuent aux VicGALANT
89
toires remportées par les Ifraëlites
aprés leur retour de Babylone
, le Prophete Roy invite le
Peuple choifi de Dieu , &àfon
exemple tous les Chreftiens à
luy rendre de nouvelles actions,
de graces pour tous les fecours
qu'ils ont reçus contre leurs Ennemis
: David , parlant de la
gloire des Elús , prend occafion
de faire voir
font les Miniftres de la vengeance
du Seigneur contre les
Princes les Grands de la
Terre quifont ennemis de fa loy,
ou rebelles à fes ordres .
que fouvent
ils
Septembre 1707. H
90 MERCURE
Cantate Domino Canticum novum
laus ejus in Ecclefia
Sanctorum.
Q
UE de nouveaux Concerts
nos Temples retentiffent ?
A louer le Seigneur , confacrons.
ce grand jour :
Redoublons nôtre zele , & que
nos voix s'uniffent
Au cantiques divins de la celefte
Cour.
Latetur Ifraël in eo qui fecit
eum : & Filii Sion exultent in
Rege fuo.
Qu'Ifraël , penetré de joye & de
tendreffe ,
GALANT 91
Vante le Tout puiſſant , dont il
reçût la loy ?
Vous , Enfans de Sion , montrez
vôtre allegreffe ,
Par des voeux folemnels , beniffez
vôtre Roy.
Laudent nomen ejus in choro :
in tympano & pfalteriopfallant ei.
Celebrez par vos chants fa puiffance
infinie ,
Publiez fa grandeur au bruit de
vos concerts ;
Que par les doux accords d'unc
tendre harmonie ,
Son nom fe falfe entendre &
penetre les airs ?
'I
Quia beneplacitum eft Domino
Hij
92 MERCURE
•
in populo fuo : & exaltabit manfuetos
in falutem.
A fon peuple cheri , le Seigneur
favorable ,
Fait gouter dés ce monde un folide
bonheur ,
Il lui prête en tout temps une
main fecourable ,
Il est l'appuy du juſte & de
l'humble de coeur.
Exultabunt Sancti in gloria :
Tætabunturin cubilibusfuis.
Les Saints qui joüiront du prix
de leur victoire ,
Poffederont en Dieu l'objet de
leurs defirs ;
Goûtant un doux repos dans le
GALANT 93
fein de la gloire ,
Ils feront enyvrez d'un torrent
de plaifirs.
Exultationes Dei in gutture
eorum : & gladii ancipites inmanibus
eorum .
La vertu du Tres-Haut animera
leur zele ,
Du plus ardent amour , ils feront
enflammez ;
Et l'on verra perir le pecheur
infidele ,
Sous le glaive trenchant dont ils
feront armez .
Ad faciendam vindictam in
nationibus
: increpationes
in populis.
94 MERCURE
C'est par eux que le Ciel dans fa
jufte colere ,
Soûmetra la fierté des peuples
orgüeilleux ,
Et que de leurs projets l'audace
temeraire ,
Oufera confonduë , ou tournera
contre-eux.
Ad alligandos Reges eorum in
compedibus : & nobiles eorum in
manicis ferreis .
Les plus fuperbes Rois des nations
perfides
Seront humiliez , malgré leur
vain effort ;
Et leurs Chefs obftinez , de fang
toûjours avides ,
Dans la captivité termineront
leur fort .
GALANT 95
Ut faciant in eis judicium
confcriptum gloria bac eft omnibus
Sanctis ejus.
C'eft ainfi qu'aux Elûs la gloire
eft refervée ,
D'executer du Ciel les fecrets
jugemens ;
Ainfi l'on voit fur nous fa juſtice
éprouvée ,
Lorfque de fa vengeance ils font
les inftrumens .
Domine faluum fac Regem :
exaudi nos in die , quâ invocaverimus
te.
Seigneur conſervez nôtre
Roy : & exaucez- nous aujourauquel
nous vous invoquerons,
96 MERCURE
1
Vous trouverez dans l'article
qui fuit des marques de
la profonde humilité du Pape,
& tout ce que le faint Pere a
fait pour détourner de deffus
fes ouailles , la colere du Ciel
dans les dernieres tremblemens
de terre.
M Luc Antonio Chracas
a publié depuis peu à Rome
une Relation hiftorique des
tremblemens de terre arrivez
à Rome , dans une partie de
l'Estat Ecclefiaftique & dans
d'autres lieux , le foir du 14
Janvier , & le matin du 2 ° Fevrier
de l'année 1703. Cet
Ouvrage
GALANT
97
Ouvrage eft dedié à Monfeignor
Pietro de Carolis Gouverneur
de Terni . Il fait voir
dans cet Ouvrage les dommages
que ces tremblemens ont
caufez , les Miffions , le Jubilé
, les Proceffions , & toutes
les autres devotions & les bonnes
oeuvres ordonnées & executé
s par fa Sainteté & par
tout le peuple , pour appaifer
la colere de Dieu . On y trouve
auffi les difcours prononcez
à cette occafion par le S.
Pere dans le Confiftoire & dans
la Chapelle Papale : & l'Auteur
rend compte des foins
Septembre 1797.
I
98 MERCURE
pleins de tendreffe avec lefquels
fa Sainteté & la Congregation
établie pour ce fujet
, ont pourveu au foulage
ment des lieux ruinez par cet
accident .
Ce Livre fait mention de
deux Edits du S. Pere publiez
-pendant le Jubilé qu'il avoit
accordé pour appaiſer la colere
de Dieu , l'un pour renouveller.
la défenſe faite aux femmes
par le feu Pape Innocent XI .
d'apprendre la Muſique & à
jouer des inftrumens d'aucuns
Maiftres Laïques ou Ecclefiaftiques
; & l'autre pour reformer
LYON
* 7893*
VALLE
GALANTE19
DELA
VILLE
le luxe du mefme fexe.
Il apprend une autre
conftance qui n'avoir pas efté
fque , c'eſt que dans le temps
du fecond tremblement de terre
, pendant que fa Sainteté
quittoit fes habits facerdotaux
dont elle eftoit alors revêtue
, parce qu'elle faifoit la
Benediction des Cierges , lors ,
dis - je , que le Pape quittoit fes
habits facerdotaux , pour aller
fuivi du facré College , dans
l'Eglife de faint Pierre , afin d'y
implorer le fecours des faints
Apoftres , il fe recommandoit
aux prieres des Cardinaux qui
I ij
100 MERCURE
s'approchoient de luy , & il les
exhortoit avec les fentimens
de la plus profonde humilité ,
à luy obtenir le pardon de fes
pechez qui avoient , difoit - il ,
ffort irrité le Seigneur
comme un autre David C'eft
moy,continuoit- il, qui ay peché,
c'eft moy qui ay commis l'iniquité;
quel mal ont fait ces pauvres
Brebis paroles , ajoute l'Auteur
, qui tirerent les larmes des
yeux de tous ceux qui les entendirent
. Lorfqu'il eftoit preft
d'entrer dans l'Eglife de faint
Pierre , quelques uns des Penitenciers
vinrent au devant
GALANT TOI
de luy & l'informerent de la
rude Secouffe qu'avoit reçeuë
le Dôme de cette Eglife , &
ils luy reprefenterent le peril
où il s'expofoit en y entrant ;
mais la crainte du danger ne
fûr pas capable de le retenir ,
lorfqu'il s'agiffoit du falut de
fon peuple ; & negligeant le
foin de fa propre vie , il s'avança
jufqu'au tombeau des
faints Apoftres où il fit une
priere des plus ardentes
au grand contentement de
tout le peuple qui eftoit prefent
& qui ne pouvoit affez
exprimer la confolation qu'il
Iiij
102 MERCURE
que
recevoit des marques de la
tendreffe vrayment paternelle
fa Sainteté faifoit paroître.
L'aprefdinée , le Pape revêtu
d'un fimple habit de laine ,
fes Gardes en figne de deuil ,
porrant leurs lances & leurs
épées la pointe en bas , & le
fon difcordant & lugubre des
trompettes & des tambours
répondant à la trifteffe de tout
le Cortege , fe rendit en carroffe
à l'Eglife de faint Clement
, où il mit pied à terre,
n'ayant point voulu à ſon paffage
eftre falué de l'artillerie
du Chafteau faint Ange felon
GALANT 103
la coûtume , & il alla delà à
faint Jean de Latran & dans
quelques autres Eglifes pour
implorer le fecours du Ciel .
La Mere Madelaine Brigalier
, Religieufe de l'Ordre de
Fontevrault , eft morte âgée
de 81. ans dans le Convent
des Filles Dieu de cette Ville ,
aprés avoir fanctifié la vie par
une folitude de 68. ans , eftant
entrée dans la Religion dés l'âge
de 13. ans & avoir confommé
le facrifice qu'elle avoit
fait à Dieu par la patience
qu'elle a témoignée dans les
maux dont elle a efté affligée
Iiiij
104 MERCURE
pendant plus de vingt années
avant fa mort. Elle avoit exercé
plufieurs emplois dans fon
Ordre qui luy avoient attiré
l'eftime & la confiance de fes
Superieures , & fur tout de
feuë M l'Abbeffe de Fontevrault
. Me Brigalier eftoit
foeur de feu M Brigalier
Confeiller de la Cour des Aydes
& pere de Me la Marquiſe
de Normanville
. Ce Magiftrat
a toûjours efté dans une grande
reputation
.
>
M Everardo Marquis de
Salviati , Envoyé Extraordinaire
de M' le Grand Duc de
•
GALANT 105 .
Tofcane à la Cour de France ,
eft mort il y a déja quelque
temps. Il eftoit en cette Cour
depuis douze ans , & s'y eftoit
acquis l'eftime de tous les honneftes
gens . Il a efté univer-
-fellement regretté ; ce Miniftre
eftoit d'une des plus grandes
Maifons de Florence , & il
avoit l'honneur d'eftre allié à
Monfieur le Grand Duc dont
il eftoit grand Veneur. Ce
Marquis qui avoit toûjours aimé
les belles Lettres , defcendoit
du celebre Jean Salviati
qui époufa en 1455. Lena ou
Magdalena de Gondi , & dont
106 MERCURE
fon fecond fils Alamanni de
Salviati fit la branche deSalviati
qui s'est établie à Florence , &
qui y a poffedé les principaux
emplois de cet Etat. Alamanni
de Salviati épousa Lucrece
Caponi , d'une famille tresconfiderable.
Lena de Gondi
fa mere, étoit fille de Simon de
Gondi Haut Prieur de l'Etat
de Florence. Il fut le premier
de fa Maiſon qui remplit cette
place , depuis que Simon fon
grand pere & fes deux grands
oncles Bellicozzo & jean eurent
renoncé au parti Gibellin
, pour embraſſer celuy des
GALANT 107
Guelphes
, & il fut trois
fois élevé à cette dignité. Il
eftoit fils aîné de Silveftre
de
Gondi , feptiéme
fils de Simon
de Gondi , le huitiéme
dans la
ligne directe
depuis Bellicozzo
qui vivoit en 1199. Ce Simon
renonça
luy & toute la Maifon
au party Gibellin
l'an 13 51.
Les actes qui furent
paſſez à
ce fujer fubfiftent
encore
aujourd'huy
. Il paroift
dans ces
il
actes , qu'aimant
la patrie ,
luy prefta huit mille florins
d'or , fomme
qui eftoit alors
confiderable
, & qui felon la
···ſupputation
de Jean Cervoni
108 MERCURE
& de Jules Perotti, deux celebres
Hiftoriens , fe montoit à
vingt cinq mille écus . Il poffedoit
de grands biens prés de
Valcava dans le Mugello; le Senateur
de Gondi & l'Abbé fon
frere qui a efté Ambaffadeur
en France , en joüiffent encore
aujourd'huy. La branche aîné
de la Maifon deSalviati eft ref
tée à Rome, & elle fubfifte en la
perfonne du Duc de Salviati ;
la branche qui eft établie à Florence
& qui y a produit plufieurs
Gonfaloniers , s'en fepara
environ l'an 1486. & ce fut
alors qu'Alamanni de Salviati
GALANT 109
époufa Lucrece Caponi. Alamanni
a procuré de grandes
alliances à fa famille du cofté
- de Lena de Gondi fa mere ,
outre celle de la Maifon de
Medicis. Il n'y a point de
O Maifons fouveraines dans l'Europe
, felon le
rapport de plufieurs
Hiftoriens, avec qui cette
alliance ne luy donne de l'affinité
; & M de Corbinelli
Auteur de l'Hiftoire genealogique
de la Maifon de Gondi ,
l'a prouvé dans deux tables
que l'on trouve à la page 77.
de cette hiftoire , & il a dit que
de Madelaine de Gondi & de
110 MERCURE
Jean de Salviati font fortis tous
les Princes de l'Europe chrétienne
qui vivent aujourd'huy.
Ainfi felon le témoignage de
cer Auteur , ce n'eft pas à la
feule Maifon de Gondi- Lefdiguieres
& de Retz que celle de
Salviati eftoit alliée , mais auffi
aux plus grandes Maifons de
l'Europe ; & pour le renfermer
dans la Tofcane , à celles de
Strozzi , de Gualfreducci , Dellapiarza
& de Philippi , qu'on
affure eftre toutes forties de
la mefme tige que celle de
Gondi .
>
Cette mort a efté faivie
GALANT III
de celle de Meflire Jean de
Freſnoy , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem,
Grand Prieur de Champagne,
Commandeur des Commanderies
de Sommereux , & de
Valeure. Son corps aprés avoir
efté embaumé , a cfté transferé
à Voulainne , où eft le
Château où refident les Grands:
Prieurs de Champagne. M
de Freſnoy eftoit âgé de 89 .
ans & il eftoit depuis un
grand nombre d'années Grand
Prieur de Champagne . Il étoit
fort eftimé , & avoit marqué
en plufieurs occafions un zele
>
•
112 MERCURE
extraordinaire pour l'honneur
& les interefts de fon Ordre.
Il avoit autrefois fervy fur
Mer avec diſtinction . Le Roy
luy donna des marques fingulieres
de l'eftime qu'il avoit
pour luy , lorfqu'il préta ferment
entre les mains de Sa
Majefté pour le Grand Prieuré
de Champagne . Il a laiſſé
plus de cent mille livres à
Ï'Ordre de Malthe , & il a
difpofé du quint fuivant l'ufage
de cet Ordre , en faveur
de M' le Marquis de Frefnoy
fon neveu , qui a époufé Mademoiſelle
de Colligny . La
GALANT 113
Maifon de Frefnoy eſt tresancienne
, & tres- illuftrée . Les
Alliances qu'elle a prifes dans
les meilleures Maifons du
Royaume, luy donnent d'ailleurs
un grand rang dans le
monde .
M' de Meneftrel , Prefident
au Grand Confeil , qui vient
de mourir dans un âge peu
avancé , & qui ne laiffe point
d'enfans , eftoit un modéle
achevé d'un Magiftrat appliqué
à fes devoirs , & la faveur
& les follicitations n'avoient
jamais fait fur luy aucune impreffion
. Il eftoit fort atta-
Septembre 1707. K
114 MERCURE
ché à ſon domeſtique , dont
il ne fortoit que pour des affaires
indifpenfables . Ce Prefident
avoit deux freres , dont
l'un a efté Colonel d'Infanterie
; & l'autre eft M de S. Germain
, qui a eſté Capitaine aux
Gardes. Il a fervy avec diftinction
, & il y a peu d'hommes
auffi bien faits que luy.
M' de Meneftrel avoit auffi
une foeur , qui a épouſé Mª le
Comte de Bezons Lieutenant
General des Armées du
Roy.
M' l'Abbé Allemanno Salviati,
Florentin, frere du Duc de
GALANT 1115
La
ce nom , a efté nommé Nonce
Extraordinaire
, pour porter en
France les Langes benits & les
autres prefens que le Pape envoye
à Monfeigneur le Duc
de Bretagne. M le Duc Salviati
, qui eſt établi à Rome, eſt
l'aîné de cette Maiſon .
branche qui eft à Florence ,
& dont je parle dans un autre
Article , fe fepara de cellecy
fur la fin du quinziéme
fiecle : elles viennent toutes
deux de Jean Salviati & de
Lena de Gondi. Jacques Salviati
, fils aîné de Jean , épouſa
en 1486. Lucrece de Medicis,
Kij
116 MERCURE
grand' Tante de Catherine de
Medicis, Reine de France . On
doit remarquer que du mariage
de Jean Salviati & de
Lena de Gondi , tous les Princes
de l'Europe qui vivent aujourd'huy
font fortis ; ce qui
fe prouve fuivant le rapport
de quelques Auteurs , par
Genealogies de toutes les
Maifons Souveraines . M'l'Abbé
Salviati joint à une naif
fance auffi illuftre , beaucoup
de merite & une grande reputation
d'efprit . Le Pape
qui le confidere beaucoup ,
l'a choifi preferablement
à
les
GALANTA 117
plufieurs Abbez de la Cour
Romaine , pour une Commiffion
fi honorable.
Le Pape a fait une promotion
de deux Cardinaux. Il a
declaré que Monfignor Josef
Vallemanni , fon Majordome,
& Archevêque
d'Athenes ,
cftoit celuy qu'il avoit reſervé
in petto , à la derniere Promotion
. M' Vallemanni eft âgé
d'environ 55. ans . Il eft Gentilhomme
Romain ; mais il eft
encore plus recommandable
par fa vertu & par la connoiffance
des affaires , qu'il a puifée.
dans une longue experience
118 MERCURE
que par la naiffance. Il a en
beaucoup de part à toutes les
affaires qui fe font paffées fous
ce Pontificat & fous le precedent
; & il a la reputation
d'eftre un grand Canonifte.
Le Secretariat de l'Immunité
,
dont il eftoit revêtu , eſt une
preuve de fa capacité . Il a
fait voir qu'il meritoit ce pofte
depuis peu , dans les démêlez
que le Pape a eus avec une
Cour voifine , par la vigueur
avec laquelle il a foûtenu les
droits du S. Siege. Monfignor
Vallemanni eftoit Maistre de
Chambre du Pape dans le
{
GALANT 119
temps de la derniere Promotion
, & on s'attendoit alors
de le voir honorer de la Pourpre
, puifque fa Dignité luy
donnoit un droit prefque afſuré
d'y aſpirer ; & comme
on ne croyoit pas qu'il fût
celuy que le Pape s'eftoit refervé
in petto , on fut fort furpris
à la Cour de Rome de le
voir oublié , fur tout lorfqu'on
vit Monfignor Fabiani ,
Secretaire de la Propaganda ,
( qui eft une Charge bien
moins importante que celle
de Secretaire de l'Immunité )
élevé au Cardinalat . Les amis
120 MERCURE
du nouveau Cardinal perdirent
même en quelque maniere
l'efperance qu'il fût jamais
revêtu de cette Dignité , lorfque
Sa Sainteté luy donna la
Charge de Majordome , qui
vaquoit par l'élevation de
Monfignor Aquaviva au Cardinalat
; cette Charge qui eft
la premiere de la Maiſon du
Pape , & qui a infpection fur
toutes les autres ,
que celuy qui en eft revêtu ,
aux Cardinaux. Cependant Sa
Sainteté vient de faire voir à
tout Rome qu'elle ne fçait pas
oublier le vray merite.
autres , égalant pref-
M'
GALANT 121
Mr Thomas Melland de
Tournon , Patriarche Titulaire
d'Antioche , Vicaire Apoftolique
, & Legat à latere en la
Chine , eft le fecond Cardinal
que S. S. vient de nommer. Il
eſt François d'origine , & Piemontois
de naiffance , & âgé
de 45. ans tout au plus. Če
nouveau Cardinal vint à Rome
y a quelques années , plutôt
par un motif de curiofité , que
par aucune veuë fur la fortune,
qu'il ne prevoyoit pas devoir
eftre fi rapide. Pendant le fcjour
qu'il fit à Rome, comme
fimple Abbé , il cut occafion
Septembre 1707.
il
L
122 MERCURE
de s'y faire des amis , qui le
prefenterent plufieurs fois au
Pape ; mais il n'y avoit aucune
apparence qu'il dût fortir
de l'état où il eftoit , puis
qu'il n'avoit jamais penfé à
entrer en Prelature , lorfque
Sa Sainteté l'envoya chercher,
pour luy dire qu'elle l'avoit
choifi pour l'envoyer en la
Chine , & pour y eftre por
teur de la Décifion fur les affaires
qui ont troublé depuis
quelques années l'Eglife de ce
grand Eftat. Le Pape luy donna
en même temps le caractere
d'Evêque , avec le titre de PaGALANT
133
triarche d'Antioche ; & deux
années enfuite , n'eftant encore
qu'à peine arrivé en la
Chine , Sa Sainteté l'a élevé
au Cardinalat. D'ailleurs on
peut concevoir de grandes
efperances de ce voyage . Dés
que cé Prelat fut arrivé à Canton
, fur les frontieres de la
Chine, au mois d'Avril 1705. il
écrivit aux PP. Jefuites de Pekin
de faire agréer à l'Empereur
de la Chine fon entrée dans
cet Empire ; ce que firent ces
Peres & par leurs foins ils
procurerent à Mile Patriarche
d'Antioche une reception con-
Lj
124 MERCURE
›
venable au caractere dont il
eft revêtu . Ce nouveau Cardinal
eft d'une ancienne Famille
de Piemont
qu'une
vieille Tradition dit eftre for- ·
tie de l'illuftre Maifon de
Tournon en France , qui produifit
un Cardinal fous François
I.
M' de Corbinelli , Gentilhomme
originaire de Florence
, & eftimé de tout le monde
pour fa probité , pour fon
efprit , & pour
& pour fon fçavoir,
vient de donner au public
Hiftoire Genealogique de la
Maifon de Gondi , en 2. Vol .
GALANT 125
in 4° . avec les preuves. Cette
illuftre Maiſon a pris fon origine
dans celle des Philippi ,
auffi ancienne que la Republique
de Florence. C'eſt le
fentiment des plus celebres
Ecrivains d'Italie. C'eft ainfi
que le penfent le Dante , Jean
Villani , Verinus , Maleſpini ,
Cervoni, Monaldi, & Perrotti .
L'Auteur ne commence l'ordre
des filiations qu'Abelli Cozzo,
qui vivoit en 1100. & qui
eftoit le feiziéme Ayeul en
ligne directe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere de Lefdiguieres.
Paul Mini , dit dans
L
iij
126 MERCURE
le Livre qu'il a écrit pour la
défenfe des Florentins , que ce
Bellicozzo poffedoit une Tour
dans la Ville de Florence avec
des Portiques , ou Loges ; privilege
qui n'apartenoit qu'aux
Maifons illuftres , qu'on appelloit
de igrandi. Cette Tour
a appartenu à la Maiſon de
Gondi pendant 270. ans ,
c'eft à dire , jufqu'à 1428 .
qu'elle paffa dans celle des
Strozzi. Gondo de Gondi eft
le cinquième dans la ligne directe
: fa pofterité n'a jamais.
manqué d'ajouter au nom de
Gondo le furnom de Gondi ; cet
GALANT 127
ufage eft venu des Romains ,
& marque la Maiſon : ainſi
Gondo de Gondi n'eft autre
- chofe
que Gondo , fils de Gondi.
Cette Maifon , outre la branche
qui eft en France , & qui
y a efté fi illuftrée , fubfifte à
Florence en la perfonne de
Ferdinand- Alexandre de Gondi
& de Charles Antoine de
Gondi. Le premier a cfté Gentilhomme
de la Chambre du
Prince de Toſcane , à préſent
grand Duc. Il vint en France
en / 1661 . en qualité d'Envoyé
Extraordinaire ; en 1687. il
époufa Octavia de Gondi , fille
Liiij
128 MERCURE
du Chevalier Frederic de Gondi
, & de Catherine de Medicis
; & par ce mariage , les
deux branches de Leonard &
de Silveftre , tous deux fils de
Simon de Gondi , le huitième
dans la ligne directe , fe réü
nirent. En 1688. il fut fait
grand Echanfon de la Princeffe
de Tofcane Yolande- Beatrix
de Baviere , foeur de feuë
Madame la Dauphine. En
1695. il fut fait Senateur de
Florence , & grand Maréchal
des Logis en 1696. Charles-
Antoine , Abbé de Gondi , fon
frere , eft Secretaire d'Eſtat du
*
GALANT 129
Grand Duc. Il nâquit en 1642 .
en 1671. le Grand Duc l'envoya
en France, avec la qualité
d'Envoyé ; il y a demeuré
dix ans. Il fut fait Secretaire
d'Eftat en 1682. & Confeiller
d'Eftat en 1688. Jean de
Gondi leur pere , a efté employé
dans les plus grandes
& les plus delicates Negociations
à la Cour de France , à
celles de Rome & de Venife,
& a efté revêtu des plus grandes
Dignitez de fon païs . L'Auteur
de cette Hiftoire, eft allié
à cette Maiſon . Antoine de
Gondi , l'onziéme dans la ligne
130 MERCURE
directe , époufa Madelaine de
Corbinelli dans le quinziéme
fiecle . La Maiſon de Corbinelli
a donné à la Republique
de Florence , depuis l'année
1286. jufqu'en 1530. dix
grands Gonfalonniers , quarante-
neuf hauts Prieurs , &
deux Senateurs . Elle a auffi
donné plufieurs Chevaliers à
l'Ordre de Malthe , & elle a
des alliances avec les plus illuftres
Maifons de Tofcane ;
& en France avec celles d'Iliers
& la Palu - Bouligneux.
Madelaine de Corbinelli a introduit
l'uſage dans les granGALANT
131
des familles de changer les
noms qu'on avoit receus au
Baptême. Antoine de Gondi ,
deuxième du nom fon fils,
2
avoit receu fur les Fonts Baptifmaux
le nom de Guidobal-
:
do ; & lorfque fon pere fut
mort en 1426. elle luy fit
prendre le nom d'Antoine ;
& dans la fuite Louis de Medicis
fon pere Jean eftant
mort ; quitta le nom de Louis ,
pour prendre celuy de Jean .
Ce Jean fut le pere de Cofme
de Medicis , premier Grand
Duc de Tofcane.
L'Auteur , qui donne lieu à
132 MERCURE
1 cet Article , eft fils de feu Raphaël
de Corbinelli , Secretaire
de Marie de Medicis , Reine de
France.Celui- ci étoit fils de Jacques
de Corbinelli , né à Florence,
& qui fe retira en France,
fous le Regne de Catherine
de Medicis . Cette Reine dont
il avoit l'honneur d'eftre allié,
le donna à fon fils , le Duc
d'Anjou , comme un homme
de belles Lettres , & il fuivit
ce Prince en Pologne , pour
l'entretenir dans le goût des
Sciences . Il luy lifoit tous les
jours, Polybe , & Tacite &
Davila dit , que lorsque ce
:
GALANT 133
Prince fut parvenu à la Couronne
de France , M' de Corbinelli
luy lifoit auffi tous les
jours les Difcours & le Prince
de Machiavel . Il fit un Recueil
des Maximes de Tite-
Live ; & on a inferé dans la
Preface de cet Quvrage une
Lettre de Jufte Lipfe , où il eſt
parlé d'un frere de M ' de Corbinelli
, qui perit malheureufement
à Florence , dans une
entrepriſe qui regardoit la Republique
. On confideroit à la
Cour, celuy dont je parle, comme
un homme du caractere
de ces anciens Romains , pleins
134 MERCURE
de droiture , & incapables de
la moindre lâcheté. Le Chancelier
de Lhofpital cut pour
luy une tendre amitié , il fit
même des Vers à fa loüange.
M' de Corbinelli " eftoit à un
tel point amy & Patron declaré
des gens de Lettres , que
n'eftant pas fort riche , il ne
laiffoit pas d'employer une
partie de fon bien à faire imprimer
leurs Ecrits . Ce fut
par fes foins que le Livre de
Dante,fur la Langue Italienne,
parut. Mais fon talent n'eftoit
pas borné aux exercices des
Mufes , il eftoit homme de
GALANT 135
4
Cabinet, & homme de valeur
& d'execution ; ce qui paroiſt
dans l'Hiftoire d'Henry IV.
de Pierre Matthieu . Quelques
autres Auteurs n'ont pas efté
tout à fait de ce fentiment.
Le petit fils de Jacques Corbinelly
, qui vient de donner
l'Hiftoire Genealogique de la
Maifon de Gondi , eft l'Auteur
d'un Extrait de tous les
beaux endroits des Ouvrages des
plus celebres Auteurs de ce temps.
Cet Ouvrage fut imprimé à
Amfterdam en 1681 .
La peine qu'il s'eft donnée
de reduire les anciens Hifto136
MERCURE
riens en Maximes , contribuera
à leur gloire & à l'inſtruction
du public
.
M' l'Abbé Perrochel de
Grandchamp , cy- devant Abbé
de Saint Crefpin le Grand, de
Soiffons , s'eft depuis peu défait
de la Dignité de Chantre de
l'Eglife de Noftre - Dame de
Paris , qu'il avoit euë aprés la
mort de feu M' Joly , & qu'il
n'accepta qu'à condition qu'il
quitteroit fon Abbaye , qui
fut donnée à M' Brunet , Adminiſtrateur
du Spirituel de la
Cure de S. Roch . M' l'Abbé
Perrochel eft neveu de feu M
GALANT 137
Pérrochel , Evêque de Boulogne
, & Superieur & Vifiteur
General des Carmelites de
France. Il a toûjours donné
de grandes marques de fon
détachement pour le monde,
& d'une fincere pieté .
M' le Cardinal de Noailles
qui connoit fon merite & fa
vertu , & qui le regarde comme
un modele achevé d'un parfait
Ecclefiaftique , a differé pendant
trois années entieres de
pourvoir à fon Canonicat
quoy que M' l'Abbé Perrochel
luy en eût donné la démiffion ;;
& S. E. ne s'eft enfin détermi-
M
Septembre 1707.
138 MERCURE
>
a écrit à S. E.
>
née à remplir cette Dignité ,
que fur ce que cet Abbé
qui eft à Bordeaux, occupé à
la vifite des Convens dont il
eft Directeur
qu'il ne rentreroit pas à Paris.
avant que cette Dignité fûr
remplie. Enfin S. E. preffée
par les vives inftances de M
Perrochel , a nommé M' l'Abbé
de Gontaut , fon parent ,.
pour remplir la place de Chantre
de l'Eglife de Paris . Cet
Abbé a long- temps porté les
Armes , & à fervy dans la Cavalerie
& dans les Carabiniers,
pendant que M' le Maréchal
GALANT 139 .
de Noailles commandoit les
Armées du Roy en Catalogne,
& fous M de Vendôme , qui
a commandé en ce païs - là
aprés ce Maréchal . Il y a environ
dix ans que M' de Gontaut
a embraffé l'état Ecclefiaftique
, & il s'y eft acquis
tant de réputation , que S. E.
. l'a nommé Superieur des Hermites
du Mont Valerien
dont il a remplý la place
aprés M Mador , Evêque du
Bellay , il a auffi celle de Superieur
des Urfulines d'Argenteüil
. Il a beaucoup de talent
pour la Direction & pour la
M.ij
140 MERCURE
7
Chaire , qu'il a exercé dans
plufieurs Eglifes de cette Ville ;
& fur tout dans celle de Saint
Jacques de la Boucherie . La
branche de la Maifon dont il
eft , eft celle des Comtes de
Cabreres , établie en Quercy..
Elle fe fepara dans le quatorziême
fiecle de la Maiſon de
Gontaut - Biron , fi celebre par
les grands Hommes qu'elle a
donnez à la France , & principalement
par le fameux Armand
de Gontaut , Baron de Biron,
Maréchal de France , & Grand
Maiſtre de l'Artillerie , qui fignala
en tant d'occafions fon
GALANT 141.
courage pour le fervice de l'Etat
durant les Regnes d'Henry
III . & d'Henry
IV . & qui per
dit enfin la vie au Siege d'Epernay,
où il fut tué d'un coup de
Fauconneau
. Il eftoit pere du
fecond Maréchal
de Biron, qui
fut fait Duc & Pair & Amiral
de France , & Gouverneur
de
Bourgogne
.
Il y a encore plufieurs branches
de la Maifon de Gontaut-
Biron ; fçavoir celle des Barons
d'Arraux , établie en Bearn ;
& celles de S. Blancart & de
Lanzac , qui fubfiftent encore
aujourd'huy en Quercy. Les
142 MERCURE
branches de Salignac , & de
S. Geniez font éteintes : Cellecy
eft finie dans la Maiſon de
Navailles , par la mere du Maréchal
de France de ce nom .
Je paffe à l'article d'Espagne ,
& ce que vous allez lire vous
apprendra la fuite de ce qui
s'eſt paffé depuis ma derniere
Lettre , dans les Royaumes de
Valence & d'Aragon , & dans
l'armée de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans. Les Miquelets
rebelles, à qui la levée du
fiege de Denia avoit fait reprendre
les armes , font entierement
foûmis , & la tranquilCALANT
143
lité qui regne dans ce Royaume,
où la divifion ne fubfifte
plus que dans deux Places
dont l'une ne tiendroit pas
long - temps , fi les Alliez n'y
avoient point de troupes. C'eſt
de la fidelle Ville d'Alicante ,
dont je veux parler , dont on
ne peut douter de la fidclité
des habitans pour Philippe V.
leur legitime Souverain , puis
qu'à peine eurent - ils connu.
qu'ils ne pourroient refifter
aux armes des Alliez qui s'approchoient
de leur Place , qu'elle
demeura prefque deferte , la
plus grande partie de ſes habi144
MERCURE
tans ayant mieux aimé abandonner
leurs maifons & leurs
biens , que de reconnoiſtre un
autre Souverain .
Quant aux Miquelets, dont
je viens de parler , comme ces
fortes de gens aiment toûjours
beaucoup mieux la guerre que
la paix , parce qu'ils profitent
toûjours,lorfque le defordre regne
, la levée du fiege de Denia
avoit fait reprendre les armes.
aux plus mutins ; mais plufieurs
ayant eſté attaquez & pris les
armes à la main , il fut jugé que
fiaprés cette récidive, on ne faifoit
une juſtice exemplaire , &
qui
GALANT 145
qui puft intimider tous ceux qui
avoient repris les armes , le calme
ne regneroit jamais dans le
Royaume de Valence . Cette
refolution auffi falutaire que
neceffaire & importante , ayant
efté prife , on crut devoir paffer
à l'execution pour rétablir la
tranquilité dans tout le Royaume
, & quantité de Miquelets
ayant efté pris les armes à la
main , on en fit pendre centdix.
Cette jufte feverité a produit
l'effet que l'on s'en eftoit
propofé,puifqu'aufſi toſtaprés,
quatre Compagnies de Miquelets
, rendirent les armes à M
Septembre 1707. N
146 MERCURE
de Pozzoblanco , qui leur fit
grace, & fi la juftice que l'on venoit
de faire en puniffant leurs
Camarades qui n'en avoient pas
ufé de même , la clemence dont
on a ufé envers ceux qui fe
font foûmis , a efté cauſe que
beaucoup d'autres ont fuivi
leur exemple , & quela tranquilité
regne dans le Royaume ;
ce qui fait voir que la feverité
& la clemence font neceffaires ,
& qu'elles produifent de bons
effets , lorfque l'on s'en fert à
propos. Cette feverité eft caufe
que ceux des habitans de Valence
qui confervoient un coeur
rebelle , ne feront plus deforGALANT
147
S
mais en pouvoir de donner des
marques de leur rebellion. D'abord
que cette Ville fut rentrée
fous l'obéiffance de fon
veritable Souverain , il fut ordonné
que tous les habitans
porteroient leurs armes aux
lieux où on leur marqua.
Cependant il s'en trouva plufieurs
, qui loin d'obeïr à cet ordre
, cacherent avec grand foin
les armes qu'ils avoient en leurs
maifons . Les chofes en demeu- -
rent- là , & ces infidelles Sujets
crurent que l'on ne feroit plus
de recherche. En effet , on a cfté
long temps fans rien dire à per-
Nij
148 MERCURE
fonne ; mais aprés avoir profitéde
ce temps pour découvrir ce
qu'on vouloit fçavoir, on eft demeuré
perfuadé que plufieurs
habitans devoient avoir gardé
des armes , & l'on refolut de
faire une recherche generale.
On alla d'abord chez un Libraire
, dont la conduite eftoit
fufpecte , & on ne ſe trompa
pas ; on luy trouva des armes ,
& il fut auffi toft pendu . Cette
mort a fauvé la vie à un grand
nombre d'habitans , puifque
pendant la nuit qui a fuivi l'execution
du Libraire , on a jetté
environ cinq mille armes dans
les rues de Valence . Cette quanGALANI
149
tité d'armes , jointe au grand
nombre de celles qui avoient
cfté portées à l'Hoftel de Ville
dans les temps marquez , ayant
fait juger que s'il en reftoit dans
Valence , le nombre n'en pouvoit
cftre que fort petit , & qu'il
n'i avoit rien à en craindre ,on a
trouvé à propos de ne pas continuer
les recherches commencées
, afin de ne chagriner perfonne
, de maniere que la Ville
de Valence eſt prefentement
dans une grande tranquilité ,
& felon toutes apparences ,
cette tranquilité doit eftre durable
, les Rebelles eftant con-
N iij
150 MERCUR
E
vaincus que la plus courte rebellion
eft la meilleure , puifque
l'on a toûjours remarqué que
le temps la fait fuccomber , &
qu les Rebelles qui ne fe font
pas foûmis , ont efté punis.
A l'égard du Royaume d'Ar
ragon , dont toutes les places
font prefentement ſoûmiſes à
Philippe V. huit ou dix habitans
de Sarragoffe , capitale de
ce Royaume , ayant parlé avec
une infolence capable de caufer
de nouveaux foûlevemens ,
& ayant fait craindre que leur
mauvaiſe intention n'en demeuraft
pas là , on crut qu'une
GALANT
151 .
prompte punition de ces Rebelles
feroit un grand bien ,
& qu'en les faifant pendre ,
on empêcheroit
de nouveaux
troubles qui auroient pû faire
perdre la vie a beaucoup d'autres.
La mort de ces dix Rebelles
a remis le calme dans Sarra.
goffe , qui jouit auffi prefentement
d'une tranquilité parfaite,
ainfi que tout le Royaume . Il
n'en eft pas de même de la Principauté
de Catalogne , que la
Rebellion acheve de ruiner , &
qui ne peut jouir d'aucun repos
avant que de s'eftre entierement
remife fous l'obciffance
N iiij
152 MERCURE
' de fon Icgitime Souverain ;
mais il eft des fautes que l'on
ne repare pas auffi toft que l'on
voudroit , & qui font fouffrir
long temps. Il y a lieu de croire
que la plufpart des habitans
de cette Province fe repentent
prefentement de leur rebellion
& qu'ils font perfuadez , comme
dit le Proverbe , que les
plus courtes foliesfont toujours les
meilleures ; mais le Ciel permet
que ces peuples fouffrent pour
leur faire mieux fentir la faute
qu'ils ont faite , & que les armées
des deux partis couvrent
tout leur Pays , & qu'elles y viGALANT
153
vent à difcretion . Ils doivent
fouhaiter que S. A. R. oblige
bien - toft les Alliez à fe retirer
de chez eux , puifque tout leur
repos dépend des avantages que
ce Prince remportera fur les
Alliez . S'il les remet fous la
puiffance de Philippes V. &
qu'ils contribuent à ce retour
ce Monarque les regardera toûjours
comme fes Sujets , & ne
Jaiſfera pas malgré leur rebellion
, d'avoir plus d'égards pour
eux , que ceux qui ne les regardant
que comme des peuples
conquis & infidelles , s'en défieront
toûjours , & craindront
154 MERCUR
R
que le repentir ne leur faffe implorer
la clemence de leur veritable
Souverain
, qu'ils ne manqueroient
pas d'obtenir , les
Sujets eftant regardez de leurs
Souverains
comme des enfans
à qui l'on pardonne toûjours .
Les Alliez n'en uferont pas
de même ; ils tireront de chez
cux tout ce qu'ils pourront
, &
ils les accableront
toûjours de
troupes , fçachant bien qu'ils
n'y a point d'autres moyens.
pour conferver feurement
un
Peuple conquis . Celuy de Catalogne
deviendra
heureux aprés
tant de malheurs , ſi S.
GALANT 155
A. R. les remet bientoft fous
l'obéïffance de leur legitime
Maiftre , puifqu'il ne peut que
par ce moyen feul voir hors
de fes Terres toutes les Troupes
qui y vivent à difcretion.
Ce Prince eft fur le point d'ou
vrir la Campagne d'Autonne ,
& elle fera ouverte avant que
vous receviez ma Lettre , puifqu'il
aura reçû toutes les chofes
neceffaires pour la commencer
; & il y a lieu de tout
efperer de fa vigilance , de fon
activité & de fa valeur . Il auroit
pû s'aller repofer en attendant
l'ouverture de cette
156 MERCURE
Campagne d'Autonne ; mais
il a cru que s'il ne quittoit point
fon Armée , tout en roit
mieux , & qu'elle recevroit
pluftoft toutes les choſes dont
elle avoit befoin
. Il y a apparence
que la Campagne qui va
commencer luy fera glorieufe ,
& ce Prince vient de l'ouvrir
par une action qui luy a fait
beaucoup d'honneur parmy les
Troupes , & parmy ceux qui
fçavent le mêtier de la guerre.
On en peut juger par la
lecture de la Relation qui fuit.
Elle vient d'un Officier qui s'eft
trouvé dans l'affaire dont il
GALANT 157
rapporte
le détail
.
Du Camp de Balaguer le
27. Aouft.
Le 22. du courant , Son Alteffe
Royale réfolut de faire faire
un fourrage general par les fept
Regiments de Dragons qui font
en ce quartier ; & comme il fe
devoit faire à une lieuë du Camp
des Ennemis , Elle ordonna que
les Dragons fe tiendroient prefts
le Mardy 23. à la petite pointe
du jour , & qu'ils porteroient.
leurs armes. S. A. R. jugeant
que la proximité des Ennemis
158 MERCURE
ن م
pourroit donner occafion à quelque
affaire , monta à cheval à quatre
heures demie du matin , &
s'avança avec tous les Dragons
à l'exception de ceux qui estoient
reftez à la garde du Camp &
des Etendars , entre les Villages
de Belcaire & de où
Mrde Silly qui commandoit trois
Efcadrons de notre Avant-garde,
aperçut les Ennemis qu'il fit reconnoiftre
au nombre de 13. Efcadrons
, dont il envoya donner
avis à S. A. R. qui luy ordonna
de s'approcher d'eux fans fe
trop engager. Il remarqua qu'ils
faifoient une manoeuvre pour l'
atGALANT
159
tirer à
eux ,
ce qui le fit juger
qu'ils eftoient foutenus , & effectivement
deux Dragons qui nous
avoient deferté la nuit , avoient
averty Mylord Galoway de l'ordre
qui avoit efté donné le foir.
Cependant , jugeant par leur fituation
& par leur contenance
qu'il auroit le temps de les pouvoir
charger , il en donna avis
à S. A. R. qui luy envoya à
toutes jambes 4. Efcadrons de
Bouville & de Courtebonne,fous
les ordres de Mr d'Offerville.
Lorſqu'ils furent à la portée du
piftolet , les Ennemis ayant aperçi
le reste de nos Troupes qui
160 MERCURE
de con
>
les
fortoient de derriere un rideau
voulurent faire un quart
verfion pour fe retirer ; mais nos
7. Efcadrons profiterent ſi à propos
de ce mouvement , que fans
tirer un coup , ils tomberent fur
eux le fabre à la main ,
mirent entierement en deroute ,
fans beaucoup de refiftance ; Mr
d'Offeville s'eftant debandé fur
eux avec fes 4. Efcadrons , les
pouffa affez loin , en tuant &
faifant des prifonniers. S. A. R.
luy ayant envoyé ordre de s'arreter
, il rallia fes Troupes , &
il apperçut 38. ou 40. Efcadrons
des Ennemis rangez en bataille
GALANT 161
de lieuë de luy. à un bon
quart
S. A. R. venoit d'en eftre averque
l'on fit
tie par un Officier prifonnier , ce
qui luy fit prendre le party de
faire faire la retraite
en fort bon ordre , ayant fait
prendre les devants aux prifonniers
, dont plufieurs qui n'alloient
pas affez vifte au gré de nos foldats
, eurent lieu de s'en repentir.
Comme les Ennemis qui nous
pourſuivoient , avoient plus de
so . Efcadrons. S. A. R. envoya
icy ordre à la Brigade d'Orleans
Infanterie , de paffer le pont
pour s'avancer derriere une hauteur
où eft noftre Grande Garde,
Septembre 1707.
162 MERCURE
de
à une petite demi-lieuë de nous .
Les Ennemis , qui apparemment
fe douterent de la chofe , nous
voyant faire halte fur cette hauteur
, ne jugerent pas à propos
paffer outre, & ils s'en retournerent
aprés avoir fait deux lieuës
de chemin. On fait état qu'ils
ont perdu 3.00 .
hommes
, parmy
lefquels font 12. Officiers . Fay
compté parmy les prisonniers ss .
foldats bleffez., & 53. qui ne
l'eftoient pas ; & parmy ceux
des Officiers bleffez , il s'eft trou
vé un Lieutenant Colonel dans
les Troupes de Hollande , bleffé à
la tefte d'un coup de fabre. Pen-
A
GALANT 163
ح و
efté
de cadant
le refte du jour , on amena
quelqu'autres prifonniers . De
noftre cofté , Mr de Chafel , Maréchal
des Logis de l'Armée a
bleffé au poignet d'un coup
rabine avant le choc , & deux
Dragons , l'un d'un coup au travers
du corps , & l'autre à l'épaule.
On ne fait mention d'aucun
mort , & certainement les
Ennemis ne fe défendirent pas .
On leur a pris 250. chevaux en
fort mauvais état , ce qui nous
fait juger que leur Cavalerie
fouffre. Les deferteurs venus depuis
, difent qu'ils tiennent leurs
chevaux fellez toutes les - nuits
O ij
164 MERCURE
depuis ce jour- là , crainte de furprife.
S. A. R. toûjours attentive
à tout ce qui peut contribuer
à la gloire des armes du
Roy, marcha le 3. de ce mois
à quatre heures du matin avec
55. Efcadrons & 17. Bataillons
dans le deffein de combattre
les Ennemis qui eftoient
poftez à quatre lieuës de fon
Camp proche de Lerida ; mais
deux deferteurs ayant quitté
ce Camp pour aller avertir les
Ennemis de cette marche , ils .
fe retirerent avec beaucoup de
precipitation ; de maniere que
GALANT 165
n'ayant pû cftre joints , il n'y
cut aucune action. S. A. R.
les pourfuivit pendant quatre
lieuës ; mais ils gagnerent les
montagnes , & fe retirerent
du cofté de Barcelone , ayant
fait huit lieuës de chemin
dont leurs Troupes furent
fort fatiguées. Ils ont laiffé
dans leur Camp ; deux cens
boeufs , avec quantité de bled
& de fourrage. La vivacité
de ce Prince qui ne leur donne
aucun repos , les fatigue
beaucoup , & fa vigilance qui
les tient toûjours alertes , leur
caufe de continuelles inquie166
MERCURE
tudes. Les foins que prend
tous les jours ce Prince font
incroyables . Ils fe répandent
fur tout ce qui peut contribuer
aux fuccés des entreprifes
qu'il fe propofe. Il n'y a
quoy il ne faffe atten- rien à
tion ; il entre dans tous les détails
; il voit tout par luy- même
; il pourvoit à tout autant
qu'il luy eft poffible , & n'êtant
pas moins le Pere des
Troupes que le General , il y
a lieu de croire que dans les
occafions les plus perilleufes ,
elles ne le fuivront pas moins
par devoir que par inclination .
*
GALANT 167
Ceux qui avoient écrit qu'il
ne reftoit plus à prendre que
Denia & Alicante dans le
Royaume de Valence, s'étoient
trompez , puiſque les Villes de
Boucairent & Concentaine
eftoient encore fous la puiffance
des Alliez. Elles viennent
toutes deux d'eftre emportées
par M de Mahony.
La premiere avoit merité d'être
pillée à caufe de fa refiftance
; mais elle s'eft garantie du
pillage en donnant quarante
mille écus.
L'article que vous allez lire
, & dont je continue à vous
168 MERCURE
envoyer la fuite tous les mois ,
doit faire connoiftre que le
commerce continue d'aller fort
bien , mefme avec ceux que la
politique pluftoft que la juftice
a rendu nos Ennemis .
BORDEAUX ET BLAYE.
Vaiffeaux & Barques defcenduës
pandant Juidet.
Ily avoit à deſcendre au dernierJuin.
Barques de Sel , 59
Vaiffeaux François ,
112
171
ETRANGERS ,
GALANT 169
ETRANGERS .
Danois ,
Ecoffois ,
Hollandois ,
Efpagnol ,
Holſtein ,
Irlandois
,
Sucdois ,
S
2
36
I
I
I
3
49
220
VAISSEAUX
Barques montées pendant
le mois de fuillet.
Barques de Sel , 27
Vaiffeaux François , 46
73
Septembre 1707.
P
170 MERCURE
ETRANGERS.
Bremois ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Lubecquois ',
13
86
8
I
2
VAISSEAU X.
Barques defcenduës pendan
le mefme mois.
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
32
46
78
ETRANGERS
Bremois ,
Ecoffois ,
I
2
GALANT 171
Danois ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Suedois ,
4
21
I
Vaiffeaux de montez ,
Vaiffeaux defcendus ,
Refte au Ports ,
31
109
306
109
SÇAVOIR :
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
197
34
II2
166
ETRANGERS .
Danois ,
Pij
172 MERCURE
Espagnol ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Irlandois ,
Lubecquois ,
Suedois ,
31
197
23
I
>
Il paroît un Livre qui a
pour titre Lettres de Mr G.
Defnouës , Profeffeur d'Anatomie
& de Chirurgie , dans l'Academie
de Boulogne ; de
M Guillelmini , Profeffeur de
Medecine à Padoüe de l'Academie
Royale des Sciences , جوف
GALANT 173
quelques Sçavans , fur differen
tes nouvelles découvertes à Rome
en 1706. M' Defnouës , Chirurgien
François , fe plaint
dans fa Lettre que M' l'Abbé
Zumbo , Sicilien , de la mort
duquel il eft parlé dans l'Hiftoire
de l'Academie des Sciences
de l'année 1701. s'eft attribué
un Secret auquel il n'avoit
aucune part , que celle
d'y avoir travaillé fous M
Defnouës. Celuy- cy qui en
eft le veritable Inventeur ,
doit bien- toft arriver en cette
Ville , où il donnera des preuyes
certaines du droit qu'il a
Piij
174 MERCURE
fur cette découverte . Elle
confifte dans l'utile fecret de
preparer anatomiquement les
corps , pour en faire enfuite
les figures en relief avec la
cire , d'une maniere
qui exprime
la fituation
& la proportion
de toutes les parties
du corps , juſqu'aux
plus pctites.
L'Abbé
Sicilien avoit
efté employé
comme
un Ouvrier
adroit par M ' Defnouës
;
& on pretend
que ſe ſervant
des lumieres
de ce fçavant
Profeffeur
, il prepara anatomiquement
une tête qu'il apporta
en cette Ville , où il im-
4
GALANT
175
pofa fans peine à M" de l'Academie
, qui ne foupçonnant
rien de fa rufe , luy donnerent
toute la gloire d'une fi
belle découverte , M' Def
nouës aportera en venant icy ,
deux corps parfaitement bien
preparez l'un eft celuy d'une
femme morte dans les douleurs
de l'enfantement , la
tête de l'enfant plus groffe
qu'à l'ordinaire , n'ayant pû
paffer. Le Chirurgien François
a parfaitement bien reprefenté
la mere & l'enfant dans cet
eftat douloureux . Avec ce
Secret il ne fera plus necef-
Piij
176 MERCURE
faire de faire fur des cadavres
difficiles à trouver , & horribles
à voir , une eftude dégoûtante
de l'Anatomie. M
D noues qui n'eſt point jaloux
de fon Secret , découvre
dans fa troifiéme Lettre , fa
maniere d'operer. Avant de
faire les injections de cire dans
les veines & dans les arteres ,
il y feringue l'efprit de vin
alcoholifé , qu'il colore avec
un beau Cinabre naturel ,
broyé foigneufement fur le
Porphyre ; & il reconnoît
de bonne foy que M' Swammerdam
eft le premier Auteur
GALANT 177
de ces Injections , & que pour
luy il n'a fait que perfectionner
cette invention , en faifant
paffer auparavant l'efprit
de vin coloré.
M' Azevedo , Medecin de
Seville , & Docteur de Montpellier
, Aggregé à la Faculté
de Paris , prononça à l'ouverture
des Etudes de la Faculté
de Paris , un Difcours Latin,
qui receut de grands applaudiffemens.
A la verité le fujet
les meritoit encore plus que
l'élegance du ftile . Le Medecin
Efpagnol a prouvé , que
veritable Medecine doit plus à
la
178 MERCURE
l'experience qu'aux raisonnemens,
& qu'elle fe perfectionne plus
par la pratique que par les fyfte
dont lenombreendécouvreد
affez l'incertitude & l'inutilité.
M Azevedo fit voir que la
Medecine confiftoit à difcerner
les fymptomes bizarres
des maladies fouvent compliquées
, la vertu des Remedes ,
leur proportion aux difpofitions
perfonnelles & preffantes
du malade , & le moment de
les appliquer utilement
feule pratique peut donner
cette connoiffance. Il peignit
enfuite agreablement l'embar-
;
la
GALANT 179
ras d'un Medecin à fyfteme ,
qui au fortir de fon Cabinet,
fe trouve dans un païs incon-
& qui ne voit gueres de
nu ,
malades dont les accidens reffemblent
aux idées generales
qu'il s'eft formées.
M' Azevedo finit ce Difcours
par un éloge de M ' Fagon
, qui fut trouvé tres - delicat
.
Le merite de M ' Azevedo
eſt connu en cette Ville il y
a déja long- temps . Il y profeffe
la Medecine depuis quelques
années
& il s'y eft acquis
une grande reputarion.
180 MERCURE
Un illuftre Auteur , qui ne
veut pas eftre nommé , mais
qui fe fera connoiftre au public
quand il en fera temps,
a deffein de donner une nouvelle
Edition de l'Anthologie
des Epigrammes Grecques. S'il y
a quelque homme de Lettres
qui le veuille aider à rendre
cette Edition meilleure , il le
pourra faire
>
en s'adreffant
ou au Libraire Henry Schelte,
d'Amfterdam
ou à M' le
Clerc , qui demeure 'dans la
même Ville celuy qui s'eft
chargé de cette Edition aura
GALANT 181
Un
beaucoup d'égard & de reconnoiffance
pour les avis &
les fecours qu'on luy fournira,
& il en fera honneur à ceux
qui luy en donneront , s'ils
veulent eftre nommez.
Exemplaire bien relié , fera
la moindre chofe qu'il of
frira à ceux qui auront fourny
des fecours un peu confiderables
. L'Edition fera in
folio , & de la grandeur des
Oeuvres de Grotius , de l'Edition
d'Amfterdam.
Perfonne n'ignore que M
de Longepierre a traduit en
François , d'une maniere tres182
MERCURE
naturelle , plufieurs des Epigrammes
qui compofent ce
Recueil , dans fes doctes Remarques
fur les Ydilles de
Theocrite. Grotius a aufli traduit
tout le Recueil en autant
de Vers qu'il y en a dans l'Original
, qu'il égale tres -fouvent
, & qu'il furpaffe même
quelquefois , felon le jugement
des Connoiffeurs. A l'égard
des Additions , qu'il n'a pas
traduites , parce qu'il ne les
avoit pas , on les mettra en
Profe , de même qu'un endroit
de l'Edition d'Eftienne , qu'il
n'a pû traduire.
GALANT # 183
•
M' Petroni, Comte de Caldana,
Italien , fit imprimer il y
a quelques années à Venife ,
un Poëme heroïque Latin en
douze Livres , intitulé Clovis,
ou Clodias. Il décrit dans cet
Ouvrage les actions remarquables
des Rois de France ,
& fur tout celles de Louis le
Grand , à qui ce Comte avoit
dedié fon Poëme .
Il en envoya quelques Exemplaires
en France , & le Roy
ayant veu cet ouvrage , honora
M' Petroni d'une Lettre
qui marque l'eftime que Sa
Majefté faifoit de fon travail
184 MERCURE
& de fon zele .
M' Petroni charmé des bontez
de Sa Majefté , & defirant
avoir l'honneur de voir le Monarque
dont il avoit chanté
les actions & les vertus heroïques
, fur
le rapport
de la Renommée
, cft venu
depuis
peu
en France
. Il a efté
preſenté
à Sa Majefté
, qui
continuant
de
marquer
l'eftime
qu'elle
fait
du vray
merite
, a donné à cet
Auteur
une
Medaille
d'or
d'un
prix
tres
confiderable
. La face
droite
repreſente
le Buſte
du Roy
, & l'on
voit dans
le revers
, ceux
de MonGALANT
185
feigneur le Dauphin , de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, de Monfeigneur le Duc
d'Anjou , aujourd'huy Philippe
V. Roy d'Espagne , &
de Monfeigneur le Duc de
Berry , qui compoſent la Famille
Royale . Cette Medaille
qui a efté gravée par le fieur
Rouffel , & frappée à la Monnoye
des Medailles , eft accompagnée
d'une grande chaî
ne d'or.
M' Petroni eft de la noble
& ancienne famille des Petrones
qui a donné plufieurs
grands Hommes à la Repu-
Septembre 1707. e
›
186 MERCURE
blique Romaine , & enfuite
des Empereurs ; fçavoir Vefpafien
& Tite. Cette famille,
quoy que fort ancienne , eft
encore fort connue à Rome,
à Sienne , à Boulogne , & en
Toſcane , où cft le Comte de
Caldana , dont M' Petroni
porte le nom . Lors que la
Maifon de Medicis devint
Souveraine , la branche des
Petroni , qui eftoit établie en
Tofcane , fe retira fur les Terres
de l'Etat de Venife ; où
elle a toûjours efté fort confiderée
, & diftinguée par plufieurs
Emplois. Il y a eu un
GALANT 187
avec
,
Nicolas Petroni , oncle de celuy
qui fait le fujet de cet Article
, qui aprés avoir enſeigné
applaudiffement dans l'Univerfité
de Padouë , à l'âge
de dix- neuf ans fut dans
la fuite Nonce Extraordinaire
de Sa Sainteté prés du Grand
Duc de Tofcane ; & enfin
Evêque de Parenzo. Ce Prélat
ayant conçû de grandes
efperances de l'efprit de fon
neveu , & de fon application
à l'eftude , avoit voulu luy
faire embraffer l'eftat Ecclefiaftique
; mais eftant reſté ſeul
de toute fa famille dans l'Eſtat
188 MERCURE
de Venife , fes parens l'enga
gerent à fe marier , afin qu'un
beau nom ne perît point.
Il époufa une fille de la noble
Famille des Rigori , dont il a
eu fept enfans ; entr'autres
deux filles , qui font mariées
à Meffieurs de Marini , auffi
d'unc noble Famille Venitienne
; & aprés la mort de
fa femme , fe fentant appellé
à l'eftat Ecclefiaftique
و
il a
fuivy les mouvemens de la
grace , & il a pris l'Ordre de
Prêtrife.
En vous parlant dans ma
derniere Lettre du Canonicat
CALANT 189
& Doyenné de S. Sauveur de
Merz , je vous ay dit qu'il avoit
efté donné à M' l'Abbé
Barbet ; mais ceux
qui
m'ont envoyé ce Memoire ,
s'eftoient trompez , puifque
celuy qui eft pourvû de ce Benefice
fe nomme Rabet. Il eft
d'une famille auffi illuftre qu*-
ancienne , puifqu'il eft arriere
petit fils de M Claude Rabet
S' de Chandres, qui eftoit Confeiller
d'Etat en 1624. & qu'il
a auffi l'honneur d'eftre de la
famille de M's d'Aligre , dont
il y a aujourd'huy un Prefident
à Mortier. Je dois ajoû
190 MERCURE
ter à cet article que tous les
Anceftres de cet Abbé , ong
rendu à la Couronne des fervices
tres - importans , ce qui
fait voir que le Roy ne répand
fes graces que fur des fujets
qui le meritent.
Il s'eft auffi gliffe au commencement
de cette Lettre ,
un nom pour un autre , &
dans l'article où je vous parle
de la promotion de deux
nouveaux Cardinaux , il y a
Fabiani , au lieu de Fabroni.
M'
d'Armenonville ayant
fait de grands embelliſſemens
au Bois de Boulogne , depuis
GALANT 191
qu'il en eft Capitaine , & ayant
auffi rendu le Chafteau de la
Meutte , qui luy fert de logement
en cette qualité , une
des plus agreables Maiſons des
environs de Paris , & Monſeigneur
le Duc & Madame la
Ducheffe de
Bourgogne en
ayant oui parler comme d'un
dieu qui meritoit d'eftre veu ,
refolurent d'y aller fans en avertir
M'd'Armenonville , qui
de fon coſté fe doutoit qu'il
auroit un jour l'honneur
de
recevoir cette auguſte Compagnie
dans cette agreable
Mailon . Il nefe
trompoit pas ,
192
M
CURE
& ayant fçû qu'elle eftoit en
chemin pour s'y rendre , il alla
la recevoir à la porte du Parc
appellée la porte verte . adame
la Ducheffe de Bourgogne
fe promena long- temps dans
ce Parc , en habit d'Amazo
ne , accompagnée d'une vingtaine
de Dames , dont les plus
jeunes cftoient auffi vêtues en
Amazones , & l'on fe rendit
enfuite au Chateau de la
Meutte , d'affez bonne heure
pour en voir les Apartemens .
M & M d'Armenonville ,
pour répondre à l'honneur
qu'ils recevoient , trouverent
le
GALANT 193
le
"
moyen , malgré la brieveté
du temps , de faire preparer
un magnifique
Ambigu
dont la delicateffe
des Mets ,
& la beauté
des Fruits
, repondoient
à leurs foins , & à l'ardent
defir qu'ils avoient
que
ce répas pult eftre digne des
auguftes
perfonnes
, pour lefquelles
ils l'avoient
fait preparer.
Comme
ils n'avoient
pas
preveu que la Compagnie
duft
eftre fi nombreuſe
, la table
n'eftoit
que de quinze couverts.
Il y avoit une feconde
table pour les - Seigneurs
qui
acompagnoient
Monfeigneur
Septembre
1707.
R
194 MERCURE
le Duc de Bourgogne , & comme
toutes les Dames ne purent
trouver place à la permiere
table , il y en eut plufieurs
qui fe placerent à la feconde
, ce qui fut cauſe que
beaucoup d'Officiers n'i purent
avoir place , & M' d'Armenonville
s'en eſtant aperçu , il
en fit fervir une troifiéme dans
fon Cabinet . Comme il fallut
employer un peu de temps à
preparer ces tables , les hautbois
jouerent pendant cet intervalle
, durant lequel Madame
la Ducheſſe de Bourgogne,
danfa avec les jeunes Dames
GALANT 195
de fa fuite. On fe mit à table
à 8. heures ; Monſeigneur &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
furent fervis par M' &
par M d'Armenonville . Pendant
le foupé , on illumina
la Cour avec beaucoup de
lamperons , afin que la Compagnie
en fût éclairée lorfqu'elle
fortiroit. Le répas fini ,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
reprit la danſe , afin de
donner un air de fefte à la
reception qui luy avoit eſté
faite , & Mr d'Armenonville
voulant marquer la joye qu'il
reffentoit de ce que cette re-
Rij
196 MERCURE
2101-2000
ception avoit efte agreable aux
auguftes perfonnes qui luy avoient
fait l'honneur de venir
chez luy , fit tirer de tres belles
fufées volantes , dont il avoit
fait provifion , dans la
penfée qu'il pourroit un jour
recevoir l'honneur qu'il reçût
ce jour - là. La danſe finit à
une heure aprés minuit , &
toute la Compagnie retourna
à Verfailles , éclairée par un
grand nombre de flambeaux.
C
301
L'Article qui fuit eft bien
different de celuy que vous
venez de lire .
GALANT 197
382
Je vous parlay il y a quel
ques mois de Madame dé
Mailly , Religieufe de l'Ordre
de S. Dominique , & Profeffe
du Convent de Poiffy , lorfque
le Roy la nomma au
Pricuté de ce Monaftere Royal,
vaquant par la mort de Madame
de Chaunes , foeur de
feu M le Duc de Chaunes
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Bretagne , & qui avoit cfté
fort long- temps Ambaſſadeur
de France à Rome . Le Roy
a nommé à ce Benefice pour
la premiere fois, & le privilege
R iij
198 MERCURE
•
d'y nommer pour le prefent
& pour l'avenir a efté accordé
à Sa Majefté par le Pape , &
par un Indult exprés , du vivant
même de Madame de
Chaunes , en confideration de
ce que Sa Majeſté a offert de
rétablir la magnifique Eglife
de ce Monaftere Royal , dont
le Tonnerre a entierement
détruit le toit , qui eftoit tout
de plomb , ainfi que le comble
& la Charpente , qui eftoient
d'une beauté proportionnée
au refte de cette Eglife ; ce qui
doit monter à de tres - groffes
fommes. Ce premier choix
GALANT
SLID
THEADE BLIO
THÈQUE
199
ne pouvoit mieux tomber,que
fur Madame de Mailly . Elle
a toutes les grandes qualitez
que l'on peut fouhaiter dans
une perfonne de ſa naiſſance ;
toutes les vertus d'une digne
Religieufe , & tout l'efprit &
tout le merite qui convient à
une parfaite Superieure . Elle
n'attendoit
que Les Bulles pour
prendre poffeffion de ce Prieuré
Royal. Les ayant receuës &
les ayant faites fulminer , elle
alla le deux de ce mois falucr
& remercier le Roy , accompngnée
de Madame la Marquife
de Mailly fa mere , heri
R iiij
200 MERCURE
tiere de la Maifon de Monto
cavrel , de M Evêqueride
Lavaur, fon frerede Mide
Marquis de la Vrilliere ♫ Secretaire
d'Etat , & de Madame
la Comteffe de Mailly ſa bellefoeur
, Dame d'Atour de Maq
dame Mar Ducheffe de Bour
gogne. Le Roy la receut tresfavorablemente,
& luy parla
avec les termes obligeans qui
hiy font fi naturels , & dont
Sa Majesté fe fert fi à propos,
pour honorer les perfonnes ,
qui font encore plus diftine
guées par une bonne con4
duite que par une grande
GALANT 201
naiffance. Le lendemain Ma
dame de Mailly , Prieure de
Boiffy , alla faluerà S.Gor
où
main le Roy & la Reine d'An
gleterre, qui honorent ce Monaftere
Royal d'une affection
particuliere. De là cette digne
Superieure alla à Poiffy ,
elle arriva fur les trois heures
aprés midy , accompagnée de
tous ceux qui cftoient avec
elle lors qu'elle alla faluer le
Roy , ainfi que de Meſdames
les Marquifes de la Vrilliere,
& de Liftenois , fes niéces , de
Madame la Comteffe de Seaux-
Tavannes , de Meſdemoiselles
202 MERCURE
de Nefle & de Mailly , auffi fes
niéces. Mademoiſelle de Mailly
eft fille de feu M' le Comte
de Mailly , Menin de Mon.
feigneur , & de Madame la
Comteffe de Mailly , & foeur par
confequent de Meſdames de
la Vrilliere & de Liftenois ; &
Mademoiſelle de Nefle eft fille
de M' le Marquis de Nefle , qui
fut tué au Siege de Philifbourg,
qui avoit époufé Mademoifelle
de Coligny. Mademoi
felle de Nefle , quoy que
une grande jeuneffe , a toutes
les vertus & toutes les perfections
que l'on peut defirer
dans
GALANT 203
Elle
dans les perfonnes de fa naiffance
& de fon fexe.
joint à beaucoup d'agrément
une fageffe & une conduite
qui la diſtinguent.. Elle a eſté
élevée par Madame la Prieure
de Mailly fa tante , & elle fait
honneur à fon éducation.
Plufieurs autres perfonnes de
diftinction fe trouverent à cette
Ceremonie.
Les Dames Religieufes conduites
par Madame de Livet,
Sous- Prieure , vinrent en Communauté
& en habit de Choeur
à la Grand' Porte du Convent ,
pour recevoir une Superieure
204 MERCURE
qu'elles eftimoient beaucoup,
& qui eftoit du choix du Roy,
approuvé par le Pape . Le R.
Pere Provincial des Jacobins,
à lá teſte des Religieux de ſon
Convent , accompagnoit auffi
Madame la Prieure . On ouvrit
les deux battans de la
grande Porte ; elle entra ,
felon la coûtume , avec toutes
les perfonnes de fa compagnie
& de fa fuite , & avec
un grand nombre d'autres
perfonnes de tout fexe & de
tous états , qui avoient pris foin
de s'y rendre de Paris , de Verfailles
de S. Germain , & de
C
GALANT 205
tous les lieux des environs,
Toutes les Dames Religieufes
témoignerent leur joye , avec
une,vraye effufion de coeur,
On conduifit au Chapitre Pro
ceffionnellement , malgré la
foule , la nouvelle Superieure,
La Communauté marchoit
devant elle , & elle avoit à fes
coftez un Commiſſaire Apoftolique
, & le Pere Provincial,
Superieur du Convent. Lors
qu'elle fut entrée dans le Chapitre
, M' Jouffe , Avocat au
Parlement , & Notaire au Châtelet
de Paris , comme Notaire
Apoftolique , fit lecture des
206 MERCURE
Bulles en Latin & en François ;
& M ' l'Abbé Audran , Commiffaire
Apoftolique , fit un
beau Difcours à ce fujet , &
avec l'éloquence qui luy a acquis
la reputation de grand
Predicateur. On conduifit enfuite
Madame la Prieure à la
Chapelle où fe fait , l'Office
Divin depuis que là grande.
Eglife a efté fi fort endommagée.
On y obferva toutes
les formalitez qui fe pratiquent
en cas pareil . Aprés que
Madame la Prieure eut fonné
la Cloche , pour preuve de ſa
priſe de poffeffion , le ComGALANT
207
miffaire Apoftolique la conduifit
à fa place du Choeur , &
on entonna le Te Deum , qui
fut chanté avec l'Orgue. Pendant
ce temps -là la Sous - Prieure
& toutes les Dames Religieufes
vinrent donner le baifer
de paix , & le recevoir de
leur nouvelle Prieure. Le Te
Deum finy , le Notaire Apofto
lique dreffa dans le Choeur
même l'Acte de prife de poffeffion
; & les Témoins qui y
fignerent furent M l'Evêque,
de Lavaur , M' le Marquis de
la Vrilliere , M' l'Abbé d'Abcour
, & plufieurs autres per-
J
208 MERCURE
fonnes de diftiuction ; enfuite
de quoy on mena Madame la
Prieure dans fon Appartement
, que feuë Madame de
Chaunes avoit pris foin de
rendre propre & magnifique ,
fans avoir rien d'oppofé à la
modeftic Religieufe. On y
trouva une grande Collation,
pour les perfonnes de diftinétion
, & on en abandonna les
reftes au peuple.
On profita enfuite de l'occafion
pour voir ce beau Monactere.
L'Eglife en eft beaucoup
plus belle en dedans qu’-
en dehors. Le Chapitre eft
GALANT 209
un curieux morceau d'Archi .
tecture : le grand Cloiftre eft
tres- beau ; mais en beauté &
en grandeur , rien neſt au deffus
du Refectoire , fameux par
le Colloque de Poiffy qu'on y
a tenu . Cent Religieufes y
peuvent manger à la fois , &
ce Vaiffeau eft un des plus
beaux du Royaume . La Vou
te en eſt preſque auffi plate
qu'un plafond ordinaire , Le
Dortoir en eft grand & vafte' ,
& il conferve de beaux reftes
de fon antiquité . Outre les
Cellules que toutes les Religieufes
ont dans ce Dortoir ,
Septembre 1705 .
S
210 MERCURE
"
la plus part de ces Dames ont
des Appartemens feparez &
tres agreables, avec des Jardins
particuliers. Le Jardin commun
eft d'une grande beauté ,
& il eft joint à un bois de
haute futaye & d'une grande
étendue. Tout y marque une
fondation Royale . Tout le
monde en fortit fur le foir
fort content de tout ce qu'on
y voit vû. Il n'y eut aucun
defordre , quoyque l'affluence
de ceux qui y eftoient entrez ,
fuft tres-grande.
Dés le lendemain , Madame
de Poiffy , fur un incident
2
GALANT 211
qui ne la regardoit en rien ,
eut une belle occafion de
donner des preuves de fon
merite perfonnel , & de fa
tendreffe pour toutes les Filles
de cette illuftre Communauté.
Elle écrivit au Roy pour demander
à Sa Majefté , une
grace particuliere pour deux
de ces Dames. Elle l'obtint ,
& Sa Majefté honora de fon
approbation & de fon eſtime ,
une fageffe , une charité &
une moderation qui acheverent
de faire connoiftre le bon
choix que le Roy avoit fait
de cette Dame , pour oc-
Sij
212 MARCURE
1
cuper une place qu'elle eft fi
digne de remplir. Il cftoit difhcile
d'y mettre une perfonne
d'un plus grand merite &
d'une plus belle reprefentar
tion .
bs sop. 129071
Je ne parleray point icy de
ce que
je vous ay déja dit
pluſieurs fois de l'illuftre Mai
fon de Mailly. Vous fçavez
que M' l'Archevefque
d'Arles
eft frere , ainfi
de Lavaur, de Me de Mailly
Prieure de Poiffy ; & que
ces deux Prélats font
que
July
que
M² l'Evel
par leur
conduite le bonheur de leurs
Diocefes . Chacun fçait jufGALANT
2.3
qu'où M l'Archevefque d'Ar
les a porté fon zéle pour le
Roy & pour les Diocefains ,
dans les dernieres affaires de
Provence. J'ajouteray feulement
que Me de Moncavrel
Abbeffe del Abbaye aux Bois ,
eft foeur de Madame la Marquife
de Mailly , & par conſequent
tante de Me de Mailly
Prieure de Poiffy. Cette
Abbeffe entretient dans fon
Monaftere un efprit de Religion
, qui n'a rien de farouche
dans fon aufterité , & qui"
édifie toute fa Communauté.
Elle eft en yeneration au de214
MERCURE
dans & au dehors , & elle peut
fe flater d'avoir une des Communautés
de Paris des mieux
reglées & des plus faintes .
C'est un grand exemple que
Madame de Poiffy fon illuſtre
niece a eu long temps devant
les yeux , qu'elle a toûjours
fuivi , & qu'elle ne perdra ja- .
mais de veuë,
Je crois devoir ajoûter icy
la piece fuivante , qui vient de
tomber entre mes mains .
GALANT 215
ANTIQUITÉS
Du Royal Monaftere de Saint
Loüis de Poiffy.
Le lieu où eft bafti le Royal
Monaftere de S. Louis de Poiffy ,
eftoit autrefois un Chasteau Royal
où les Reines alloient fouvent
faire leurs couches ; le Roy Saint
Louis y naquit & fut baptifé ,
de là vient qu'il fe faifoit un
tres-grand plaifir de s'appeller
Louis de Poiffy. Ce faint Roy
fut canonife par le Pape Boniface
VIII. fous le Regne du
Roy Philippe le Bels petit fils de
216 MERCURE
S. Louis ; lequel voulant honorer
rendre celebre le lien de
La naiffance de fon faint Ayeul ,
y fit baftir l'Eglife & le Monaftere
que l'on voit à prefent
fous le titre de S. Louis ; où on
obferva de placer le grand Autel
au mefme endroit où eftoit le lit
de la Reine Blanche , lorsqu'elle
mit au monde ce faint Roy ; ce
qui fait que cette Eglife n'eft
pas tout-à-fait Orientée , comme
elle devroit l'eftre, & comme le
font toutes les autres. Le Roy
Philippe le Bel n'ayant pû avant
fa mort achever de la faire baftir,
les Rois fes enfans & ſes fucceffeurs
GALANT 219
ceffeurs prirent foin de mettre la
derniere main à un ouvrage fi
digne de leur grandeur de
leur pieté. Quand elle fut dans
Sa perfection , on en fit la Dedicace
fous le Regne de Philippe
de Vallois , qui en fit toute la
dépense , & affifta à la ceremonie
avec toute fa Courlan 1330 .
Ce faint lieu a toujours efté en
fi grande veneration pour les raifons
qu'on vient d'expofer , que
plufieurs Princeffes de l'Augufte
Sang de France s'y font confacrées
à Dieu , & y ont paffe
finy leurs jours tres -faintement
dans l'état Religieux qu'on
Septembre 1707.
T
218 MERCURE
y profeffe. Leurs corps repofent
encore dans cette Eglife , auffi
bien
le.coeur
que le coeur du Roy Philippe
le Bel fon fondateur ; le
corps du Prince Jean fils du Roy
Philippe de Vallois ; les Princeffes
qui ont fait profeffion dans ce
Monaftere, & dont on y conferve
precicufement les corps
font ,
Madame Marie de Clermont
petite fille de S. Louis , & fille
de Robert Comte de Clermont ,
dernier fils de ce Saint & chef
de la Branche Royale de Bourbon.
Madame
Marguerite de
GALANT 219
France fille du Roy Charles VI.
Madame Ifabeau de Vallois
fille de Charles de Vallois frere
du Roy Philippe le Bel , & de
Catherine veuve d'un Empereur
de Conftantinople.
Madame Ifabeau d'Artois petite
niece de S. Louis.
Madame Marie de Bourbon
fille de Pierre Duc de Bourbon .
Madame Ifabeau d'Alençon ,
niece de Madame Marie de
Bourbon .
Madame Ifabeau de Bourbon-`
Vendofme , fille du Prince Jean
de Bourbon & de Catherine de
Vendofme.
Tij
220 MERCURE
Madame Catherine d'Harcourt
, dont la mere Catherine de
Bourbon eftoit Princeffe du Sang.
Madame Marie de Bretagne
fille d'Artus , Duc de Bretagne.
Il
y a eu quantité d'autres
Princeffes & Perfonnes illuftres ,
dont les monumens font dans l'Eglife
de faint Louis de Poiffy ;
mais on les paffe fous filence ,
comme une infinité d'autres particularitez
qui rendent cette Eglife
tres- confiderable ; mais qui font
de moindre confequence que ce que
nous venons de dire , qui a un
fi grand rapport à la perfonne
GALANT 221
facrée de LOUIS XIV .
le plus grand Roy du monde .
Je vous ay parlé de la Meffe
que M de l'Academie
Françoife firent celebrer dans
la Chapelle du Louvre , le
jour de la Fefte de S. Louis ,
& du Panegerique de ce Saint
qui fut prononcé devant cette
fçavante Compagnie ; mais
je ne vous ay rien dit touchant
les Prix de Profe & de
Poëfie , qu'elle donna l'aprefdinée
, & qu'elle diftribuë de
deux ans en deux ans . Voicy
le fujet du Prix propofé
pour l'Eloquence.
Tiij
222 MERCURE
1
Qu'il ne peut y avoir de veritable
bonheurpour l'homme , que
dans la pratique des vertus Chrétiennes.
Ce Prix a eſté remporté
par Mr Hainault , Confeiller
au Parlement , & comme il
feroit difficile de vous marquer
icy toutes les beautez de
cette piece , je me contenteray
de vous en donner une idée
generale .
L'Auteur confidere le bonheur
que procure à l'homme
la pratique des vertus chrétiennes.,
par trois côtez , par
fon éclat & fon élevation , par
GALANT 223
fa folidité & par fon immenfité.
L'éclat & l'élevation de ce
bonheur répondent au fentiment
vif & preffant que l'homme
a de fa grandeur . Il faut
que ce fentiment foit fatisfait ,
fans quoy l'homme ne peut
eftre icy bas parfaitement heureux
, & c'eft ce que fait la
pratique des vertus chrétiennes,
foit par
la grandeur de fon
objet qui eft Dieu mefme ,
foit par la grandeur des ſentimens
qu'elle infpire . Il paffe
de là à la folidité de ce bonheur
, cette folidité , dit - il , en
T iiij
224 MERCURE
fait le principal caractere : quand
l'homme eut pu s'étourdir fur la
baffeffe & la mifere de la creature
en faveur des plaiſirs qu'il
s'en promettoit , elle n'eut pas
efté d'ailleurs plus en eftat de le
rendre heureux ; pouvoit- elle en
effet foible & legere , affurer à
l'homme un estat fixe & permanent
? elle pouvoit tout au plus
amufer fes ennuis en variant fes
peines , ou fi l'on veut , accordons-
luy qu'elle pút quelquefois
le mettre dans une fituation plus
agreable ; mais quoy le parfait
bonheur ne fera -t-il qu'un paffage
continuel du plaifir à la douleur
GALANT 225
de la douleur au plaifir , &
l'homme eftoit-il deftiné à cette
étrange viciffitude ?
En parlant de ce qu'il en
coute à noftre vanité dans la
pourfuite des biens qu'offre le
monde .
de
re-
Formons- nous , dit- il ,
dit- il , des
projets d'élevation ; que
fus ne nous faut- il pas effuyer
de ceux qui peuvent nous en
·faciliter les moyens ? avec quelle
dureté n'exercent ils pas la fu-·
periorité tirannique qu'ils ont fur
nous ? & par combien d'amertumes
la gloire prepare- t- elle cette
couppe empoisonnée qu'elle diftri
226 MERCURE
buë à ceux qui la fuivent ? il n'en
coute pas moins dans les paffions
qui paroiffent plus tranquilles :
fi noftre coeur devientfenfible &
cherche à s'attacher à la creature,
c'eſt-là où noftre amour propre eft
le plus humilié : que de mépris
Souffrir d'un objet que fouvent on
n'eftime guere ? par quellefujetion
faut-il gagner un coeur qui ne
Je donne que par caprice , &c.
Il paffe enfuite à la fauffe
maxime du point d'honneur
,
& dit , cette maxime du point
d'honneur
qui ne lave les injures
que dans le fang , & qui
ne laiffe noftre coeur en repos qu'a
GALANT 227
prés que nous avons vangé l'injure
qu'on nous a faite ; qu'estelle
autre choſe qu'un aveu “ honteux
& fecret que nous faisons
à noftre ennemi , de l'avantage
qu'il a fur nous ; ne croyons pas
que le défordre & les emportemens
qui naiſſent à fa vuëfoient
les vrais effets d'une ame noble
& d'un coeur bien placé, malgré
le prejugé general, ces émotions
ne font que découvrir à noftre ennemi
le trouble dans lequel il a
feu nous jetter, rien ne le
doit tant flatter que cet empire
qu'il s'eft acquis fur nos fens.
On voit dans le fecond
228 MERCURE
point , le vuide & le neant de
la creature , oppoſez à l'immuable
ftabilité du createur.
L'Auteur enviſage cette verité
de deux coftez ; l'homme qui
fonde fon bonheur fur la crcature
eſt malheureux , non feulement
parce qu'il ne trouve
nulle folidité dans les plaifirs ;
mais auffi à caufe qu'il n'a
nulle reſource dans fes peines .
Aprés avoir prouvé que ce
n'eft ni en s'appuyant fur la
creature ni en s'appuyant fur
foy-mefme , que l'homme peut
eftre heureux , il ajoûte.
Ah ! Seigneur, ce n'est qu'aGALANT
229
vec vous ce n'est qu'en vous
qu'on peut goûter des ce monde
une joye folide & un parfait
bonheur ; fur qui pourrionsnous
nous repofer plus furement
du foin de noftre felicité que fur
celuy qui nous connoift mieux que
nous-mefmes ? oublions pour un
moment l'impuiffance de la creature
: fuppofons encore que
pouvant , elle voulut nous rendre
heureux , en trouveroit- elle
furement les moyens ? fçauroit
elle écarter à propos ce qui pourroit
alterer noftre bonheur ? connoift-
elle affez ce qui fe paffe
dans noftre coeur pour ne fe pas
le
230 MERCURE
méprendre aux plaifirs qu'elle
nous offriroit ? non non , n'attendons
de bonheur que de Dieu feul,
cet Eftre fouverain mefure fes
bienfaits àſapuiſſance ; & comme
il eft fouverainement grand',
il n'y a que luy qui puiſſe nous
rendre fouverainement heureux .
Le troifiéme point nous
donne une démonftration bien
nette & bien preciſe de cette
verité , que l'homme n'eſt heureux
icy bas qu'en efperance .
L'homme n'eft heureux ici bas
que par les plaifirs qu'il eſpere .
jamais par ceux dont iljoüit.
Il est aisé d'en appercevoir la
GALANY 231
ame incapable de reraifon
, fon
conpos
, veut eftre agitée , femblable
en cela au feu qui ne fe
Serve que par le mouvement ;
cette partie fpirituelle ne peut demeurer
dans un eftat d'inaction,
il faut qu'ellefoit remuée ou par
les peines ou par les plaifirs , &
le calme feul luy eft infuportable ;
ainfi pour fatisfaire à ce qu'exige
f nature , elle fe propofe quel
ques biens vers lesquels toute toute fon
ardeur l'emporte ; à la voir s'empreffer
, on croiroit
fion va faire tout fon bonheur ;
mais il eft pourtant vray que c'est
la recherche feule qui luy en plaift ;
que
la
poffef232
MERCURE
عوب
incertaine de reuffir , la crainte ¿
l'efperance l'entraînent tour à tour
la confervent dans ce mouvement
qui luy eft fi neceffaire ;
a-t-elle faifi ce qu'elle cherchoit ,
la voilà certaine de fon eftat ,
elle n'a plus rien qui l'anime , &
elle va tomber dans l'ennuy , fi un
nouveau bien offert ne l'entretient
dans fa premiere vivacité; ce ne
Jera que dans le fejour des bienheureux
que nous jouirons en
mefme temps & de nos defirs &
de leur objet ; alors l'ame toute
entiere ne pourra fuffire malgré
toute fon ardeur aux defirs mefme
qu'excitera encore en elle l'objet
GALANT 233
a
dont elle jouira , mais icy bas elle
eft reduite à borner fon bonheur
à fes efperances , ainfi donc plus
nous groffirons fes efperances
plus nous ajouterons à fon bonheur,
plus le bien que nous luy
repreſenterons à acquerir fera confiderable
, plus il redoublera fon
empreſſement.
Un plus long détail de cetre
piece me meneroit trop loin ;
je finis par la priere à Jeſus-
Chrift.
Auteur de toute felicité , Verbe
faint , laiffez tomber fur nous
quelques gouttes de ce torrent
Septembre 1707. V
234 MERCURE
immenfe de bonheur dont vous
enyvrez vos juftes ; c'est la conformité
parfaite qu'ils ont avec
vous qui les rend fouverainement
heureux : commencez donc
noftre bonheur en commençant
noftre juftice , chaque grace nouvelle
ne pourra ajoûter à noftre
perfection qu'elle n'ajoute à noftre
felicité.
Le fujet du Prix de Poëfie
eftoit .
Que la fageffe du Roy le rend
·Superieur à toutes fortes d'évenemens.
Ce Prix a efté remporté par
Mr Houdart de la Motte , qui
GALANT 235
a donné depuis peu au public
un Recücil de fes Odes,
qui ont efté generalement
approuvées
. Le beau tour de
Ode luy eftant familier , il
s'eft fervi du talent naturel
qu'il a pour faire des Odes ,
afin de meriter le Prix de Poëfie
qu'il a remporté . Ce Prix
luy ayant efté délivré , il prononça
en prefence de M¹s de
l'Academie
& d'une illuftre &
fçavante affemblée , une Ode
qu'il avoit compofée à la gloire
de M's de
l'Academie , & pour
les remercier du Prix qu'ils luy
avoient ajugé . Il avoit trou-
.
Vij
236 MERCURE
vé moyen de faire entrer dans:
cette Ode de nouveaux
Eloges
du Roy , & differens de ceux
qui rempliffoient
l'Ode , par
laquelle il avoit remporté
le
prix.
Toutes ces pieces arant
efté luës au bruit des applaudiffemens
fouvent réiterez, M
l'Abbé Abeille qui eft du
Corps de l'Academie , lut une
Epitre fur l'Esperance , adreffée
• à S. A. S. Monfieur le Prince.
de Conty. Cette Epitre qui
eftoit en Vers & qui fut fort
aplaudie , finit agréablement
la fccance de ce jour - là , &
CALANT 237
toute l'Affemblée s'en retourna
remplie des belles chofes
qu'elle avoit entenduës .
Je vous envoyai le mois
paffé un Air , dont les paroles
ont efté faites par
Mademoifelle
de la Charfe , de la Maifon
de la Tour du Pin. Celles.
que vous allez lire font encore
de cette fpirituelle perfonne,
dont l'efprit n'eſt pas moins
connu que la naiffance.
AIR NOUVEAU.
Je vivray fous tes loix , adorable
Bacchus
238 MERCURE
Si tu veux effacer Tircis de ma
memoire :
Mais il faut que ce foit fans
boire ,
Un Dieu , dis- je , le veux , il n
faut rien de plus ,
Eftre Bacchante in partibus ,
Peut affranchir mon coeur , c
conferverma gloire.
ne
Il paroiſt depuis peu à Lille
chez Ig. Fievet , & L. Danel ,
Imprimeurs du Roy , un Livre
intitulé , Relation de ce qui s'eft
paffé à Lille le premier May1707 .
lorfque S. A.S. E. Monfeigneur
Jofeph Clement , Archevêque de
GALANT 239
Archi-
Cologne , Prince Electeur du
Saint Empire Romain ,
Chancelier pour l'Italie , Legat
né du Saint Siege Apoftolique ,
Evêque & Prince de Hildesheim,
de Ratisbonne & de Liege , Ad
miniftrateur de Bercthefgade ,
-Duc des deux Bavieres , du Palatinat,
Weftphalie, Engheren &
Bouillon , Comte Palatin du
Rhin , Landgrave de Leuchtemberg,
Marquis de Franchimont,
Comtede Looze Horn, &c . a été
Sacré Evêque dans l'Eglife Collegiale
de S. Pierre , en preſence
de fon Sereniffime Frere Monfeigneur
Maximilien- Emanuel ,
240 MERCURE
Duc de la haute & baffe Baviere,
edu haut Palatinat , Comte
Palatin du Rhin , Grand Echan
fon du Saint Empire & Electeur,
Landgrave de Leuchtemberg ,
Vicaire General des Païs- Bas, c..
par Monfeigneur l'Archevêque
Duc de Cambray, Prince du Saint
Empire .
On voit auffi dans le même
Livre une Relation de ce qui
s'eft paffé le 11. Juillet à l'Eglife
des Dames de l'Abbiette,
de l'Ordre de S. Dominique,
lorfque S. A. S. E. de Cologne,
y a receu le Pallium , des mains
de Monfeigneur l'Archevêque
Duc
GALANT 241
Duc de Cambray , Prince du
Saint Empire. On trouve dans
Cette Relation des chofes trescurieufes
, fçavoir , ce que c'eft:
que le Pallium , la forme , fa
fignification , & l'uſage qu'on
en peut faire . Toutes ces Ceremonies
auffi faintes qu'auguftes
, fe font paffées d'une
maniere fort édifiante , & la
A
pieté de S. A. S. E. y a paru
d'une maniere qui a fait connoître
qu'Elle avoit embraffé
avec joye le party qu'Elle a
pris . Elle a fait des Retraites ,
des Exhortations , & des Sermons
tous remplis d'onction ;
Septembre 1707. X
242 MERCURE
& dés qu'il s'eft agy de rendre
graces des faveurs accordées
par le Ciel aux deux Couronnes
, Elle s'eft toûjours trouvée
prête à Officier.
*
Le Roy a nommé Maréchal
de fes Camps & Armées,
M le Comte de Teffé fils du
Marechal
de ce nom , cn confideration
de la conduite & de
la valeur qu'il a fait voir dans
l'affaire de Provence
. Il épouſa
il y à environ deux ans Mlle
Bouchu , & M le Maréchal de
Teffé fon pere , Grand d'Efpagne
, luy ceda certe Grandeffe
en faveur de ce mariage . Mlle
GALANT
243
1
Bouchu eft fille unique de M
Bouchu Confeiller d'Etat , &
ci - devant Intendant de Dauphiné
, petite - fille de feu M*
Bouchu qui a eu le même employ
en Bourgogne durant prés
de trente cinq années , & arriere
- petite - fille du celebre M
Pouchu premier Prefident du
Parlement de Dijon . M' le
Comte de Teffé eft fils de M
René de Froulay, Maréchal de
Teffé & de Dame N.... d'Aunay
' , d'une ancienne Maifon
de Normandie. La Maifon de
Froulay- Teffe eft une des plus
illuftres du Maine , où elle eft
4
X ij
244 MERCURE
établie depuis plufieurs ficcles
Elle a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de S. Jean de Lyon ,
& M l'Abbé de Teffé , Abbé
de Savigny & frere de celuy que
le Roy vient de nommer Maréchal
de Camp , eft aujour
d'huy Comte de cette Eglife.
Cette Maiſon a auffi donné des
Chevaliers des Ordres du Roy ,
& des grands Maréchaux de
Logis de la Maiſon de Sa Majefté.
Le Roy vient de nommer
Brigadier de fes Armées M'de
Tricaud , Lieutenant - Colonel
du Regiment Lyonnois . Il y à
GALANT 245
plus de trente ans qu'il eft dans
le fervice , fans avoir jamais
manqué une feule campagne.
Il a efté Lieutenant , Capitaine ,
Major, & enfin Lieutenant-Colonel
du Regiment Lyonnois .
Il fe diftingua beaucoup au fiege
de Luxembourg. Il a ſouvent
efté bleffé , & l'on crut qu'il
ne réchaperoit pas de la bleſſure
qu'il reçut à la Bataille de
Nerwinde.
Il a fervi en Italie à la tefte de
fon Regiment pendant toute
cette guerre , & il a ſouvent fait
des actions qui luy ont attiré
des louanges de Sa Majeſté. Il
X iij
246 MERCURE
selt fort diftingué pendant le
ficge de Toulon .
Cet Officier eft d'une ancien
ne famille originaire de Beaujollois
, & établie il y à un fiecle
dans le Bugey. Feu M' de
Tricaud fon pere époufa une
fille de l'illuftre Mailon d'Oncieux
, qui fubfifte encore aujourd
huy en Savoye . Il en cut
plufieurs garçons dont celuy
qui donne lieu à cet article eft
le cadet . Son aîné eſt marié à
une fille de la Maiſon de Guillon
la - Chaux de Lyonnois. II
en à un fils qui eſt aujourd'huy
Capitaine dans le Regiment
GALANT 247
Lyonnois . Le fecond eft Chanoine
dans l'Eglife Cathedrale
de Belley. Et le troifiéme , qui
eftoit Capitaine d'Infanterie
dans le Regiment d'Anjou ,
fut tué à la bataille de Seneff.
Mr de Tricaud eft Chevalier de
l'Ordre de S. Louis.
ге
M Marie - Jofeph Comte
de Tallard , fils aîné du Maréchal
de ce nom , a eu l'agrément
du Roy pour acheter le
Regiment de Cavalerie de Mr
le Comte de Teffé , parce que
comme vous ſçavez , les Maréchaux
de Camp ne gardent.
point de Regimens fans un pri-
X iiij
248 MERCURE
vilege particulier . Mr le Comte
de Tallard a efté long - temps
connu fous le nom d'Abbé de
Tallard. Quelque temps aprés
la mort de François Marquis
de la Baume , fon frere aîné ,
Brigadier des Armées du Roy ,
tué à la Bataille d'Hochftet , il
entra dans les Moufquetaires ,
où il eftoit , lors qu'à la Bataille
de Ramillies il fut pris l'épée à
la main , aprés y avoir eſté blefdangereufement
. Catherine
Ferdinande fa foeur fut mariée
en 1704. à Mr le Marquis de
Saffenage . Ils font fils de Catherine
de Groflée , de Virville , da
fé
GALANT 249
la Tiroliere , fille de Charles de
Groflée , Comte de Virville ,
Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Montelimart , morte
en cette Ville depuis quelques
années. Le nom de la maifon
de ce jeune Comte , eft Hoftun
de la Baume. La Terre de Tallard
entra dans cette Maiſon
en 1516. par le mariage de
Meraud d'Hoftun , Seigneur de
la Baume & de Françoiſe de
Clermont, fille de Bernardin de
Clermont,Vicomte de Tallard
& d'AnneComteffe de Tonnerre.
Cette Terre aprés en eſtre
fortie y rentra par le maria250
MERCURE
ge
de Catherine de Bonne , fille
d'Alexandre de Bonne Comte
d'Auriac & de Tallard , Maréchal
de Camp , Lieutenant general
de la Ville de Lyon , &
des Provinces de Lyonnois
Forefts & Beaujollois , & de
Marie de Neuville de Villeroy
avec Roger d'Hoſtun , Marquis
de la Baume , Comman--
pour le Roy en l'abfence
des Gouverneurs dans les Provinces
de Lyonnois , Forefts ,
& Beaujollois. Mr le Maréchal
de Tallard eft forti de
ce mariage. Mr le Comte de
quis
dant
GALANT 251
Verdun , dont le jeune Marquis
de la Baume avoit é
poufé la fille , cft l'aîné de cette
Maifon.
Le Roy a donné à Mr Defgranges
, Capitaine au Regiment
Royal Rouffillon , l'agrément
pour acheter le Regiment
de Dragons de Guyenne , dont
Mr le Maréchal de Montrevel
s'eſt démis en fa faveur . Ce
nouveau Colonel eft fils de
Mr Defgranges Maitre des
Ceremonies
. Il a fervi pendant
cinq années tant dans les Moufquetaires
que dans la Cavalerie .
Il a donné des marques
de fa
252 MERCURE
conduite & de fa valeur à l'affaire
de Turin , où le Royal
Rouffillon foûtint les plus
grands efforts des ennemis , &
il y fut dangereufement bleffe
& fait prifonnier.
Le Jeudy premier de ce
mois , M' le Duc d'Albe , Ambaſſadeur
d'Eſpagne , apprit
fur les quatre heures & demie
du foir , par un Courrier Extraordinaire
, que la Reine fa
Maîtreffe eftoit heureufement
accouchée d'un Prince le 25.
à dix heures dix- fept minutes
du matin . A peine S. E. eutelle
parlé au Courrier , qu'Elle
GALANT 253:
monta en Caroffe , pour aller
porter au Roy cette agreable
nouvelle. Elle trouva en chemin
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qui alloit à Meudon
, où eftoit Monfeigneur .
Ce Duc fit arréter fon Čarofſe
dés qu'il fut à portée d'approcher
de celuy de ce Prince,
qui fit auffi arréter le fien en
même temps , & qui s'écria ,
dés qu'il vit venir ce Miniftre
à luy ; Monfieur , vous nous
venez annoncer quelque bonne
nouvelle. Ce Duc luy fit auffitoft
du bonheur
que
part
la
France partage avec l'Eſpagne.
254 MERCURE
Ce Prince en témoigna fai
joye par des expreffions dignes
de fon coeur & de fon efprit ;
& aprés mille honnêtetez , qui
regardoient perfonnellement
M le Duc d'Albe : Allez ,-
Monfieur, luy dit- il , portéz au³
Roy cette heureuſe nouvelle , &
je vais la porter de voſtre part à
Monfeigneur. Ce Duc rentra
dans fon Caroffe , & il fe
rendit en diligence à Verfailles
. Il eſt aifé de deviner à quel
point le Roy fut fenfible à ce
bonheur & à toutes les circonftances.
Ceux qui ont
l'honneur de l'approcher, con
GALANT 255
nårent encore mieux que d'au
tres , quelle fut en ce moment
la fenfibilité de fon coeur de
Pere pour tous fes Enfans ,
ainfi que pour tous les Sujets ,
& la joye qu'elle reffentit du
bonheur des Espagnols , qu'il
a toûjours honorez d'une
vraye affection & d'une eftime
route particuliere. Madame
la Ducheffe de Bourgogne ne
fut pas moins fenfible à ce .
bonheur . Elle aime tendre
ment la Reine fa foeur , Elle
en a toûjours parlé avec autant
d'eftinie que d'affection ,
& Elle a tous les fentimens
256 MERCURE
que peuvent exiger d'Elle &
la Cour qui l'admire , & la
France qui l'aime & qui l'honore.
Toute la Famille Royale
à qui M le Duc d'Albe fit
part de cette agreable & avantageufe
nouvelle
, en parut
également
touchée. Le Roy
en voulut fçavoir tout le détail
; & fa joye redoubla lors
qu'il apprit que la Reine d'Eſpagne
eftoit accouchée le jour
de S. Louis , ce qui fit éclater
fa Religion & fa pieté. Tout
le refte du jour le paffa en
tranfports
de joye , & en rendant
des graces au Ciel . Mle
GALANT 257
$
y
Duc d'Albe avoit à peine traverfé
le Cours pour fe rendre
à Versailles , que la grande
nouvelle qu'il y portoit fe répandit
dans Paris , & elle
devint publique en moins
d'une heure. La joye y fut
generale , & chacun s'empreffa
d'en faire part à fes amis .
Madame la Ducheffe d'Albe
qui ne manque à rien , & qui
n'a pas moins de tendreffe que
de veneration pour la Reine
fa Maîtreffe , & pour Madame
la Ducheffe de Bourgogne , fuivoit
de prés le Duc fon époux ,
& fe rendit à Versailles pour
Septembre 1707.
Y
258 MERCURE
faluer le Roy , & pour feliciter
certe Princeffe , qui a pour
Elle de grandes diftinctions.
S. E. receut auffi du Roy , de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & de toute la Famille
Royale les honnêtetez les plus
marquées , & dont elle cut
lieu d'eftre fatisfaite.
Leurs Excellences revinrent
enſemble à Paris le Samedy.
Leurs ordres eftoient donnez
pour les magnifiques Feftes ,
qui commencerent dés le Dimanche
quatrième du mois.
Tout eftoit en mouvement au
dedans & au dehors de leur
GALANT 259
Hoftell eft grand & beau
& tichement meublé. Les
rues qui y aboutiffent font
larges & belles ; mais il n'y a
point de place fpacieuſe devant
cet Hoftel & M le
Duc d'Albe auroit donné une
bonne fomme pour en avoir
une , où il eut pû faire execu-
- terefes deſſeins. Il fallut fe borner
au terrain qui eft devant
fon Hoftel & on trouva le
-moyen de l'orner fi avantageulement
& avec tant de
Igouft , que l'on n'y pouvoit
rien fouhaiter.l
On remarqua au dehors au
Y ij
260 MERCURE
>
tour de tout ce grand Hoſtel,
& en dedans au tour de la
grande Cour de doubles
rangs de plaques qui avoient
une faillie de 15.ou 16.poulces
pour porter de gros flambeaux
de cire blanche pour les Illuminations.
On en mit auffi un´
tres -grand nombre Laauu tour
de la grande porte , & ils furent
placez jufqu'au toît avec
beaucoup de fymetrie . Vis à
vis de ce portail , on avoit pratiqué
fur la muraille d'un Jardin
qui y répond , un grand
Balcon , large & profond ,
bien couvert & bien tapiffé
*
GALANT 261
pour y placer les Trompettes
, les Tymbales , les Violons
& les Haut- bois , dont
> P'harmonie fe fit entendre pendant
trois nuits de fuite , par
une infinité de concerts differens
. On éleva en même temps
une Pyramide des plus brillantes
& des mieux entenduës
pour le feu de joye qui fe tira
le Dimanche. Cette Pyramide
eftoit au milieu de deux
grandes rues qui fe croiſent
l'encoignure de cet Hoftel.
Elle eftoit dans toutes les
proportions de l'art . Les ornemens
en eftoient allegori262
MERCURE
ques , & les pintures & des
reliefs en exprimoiert tout à
fait bien ce qu'on y avoit
voulu marquer. On lifoit aux
quatre faces du piedeſtal les
quatre Inferiptions fuivantes ,
en Efpagnol , on François , en
Latin & en Italien ; & toutes
ales quatre renfermoient
à peu
-prés le même ſenskolh
.T
I
Al mayor de los Principes.
A vifta del mayor de las Reyes ,
El la mejor de las Ciudades .
El mas rendido de los Vaffallos .
II.
An Prince tres- auguſte
GALANT 263
Fils du grand Philippe ,
Petit Fils de Louis le Grand ,
La fidelité la plus humble.
I I I.
Spei Patris auguftiffimi ,
Avi potentiffimi Proli ,
Utriufque gentis vinculo
Exultans fidelitas.
IV.
In offequio d'un augufto natale
In prefenza d'un augufio Monarcha
Nel pin bel teatro del mondo
Il piu Reverente de Vaffalli.
Les Emblemes qui fuivent
ornoient les quatre faces de la
Pyramide.
264 MERCURE
སྭཱ ༔ །
I.
Le Soleil precedé de l'Aurore
repreſentée par l'Aftre du
matin , avec ces mots Efpagnols
:
Nadie primero que El Alva ,
Rendidos cultos ofrece ,
Quando & fol nos amanece.
II.
Une nuit obfcure avec de
grands éclairs & des foudres
qui fe diffipoient aux premiers
rayons du Soleil à l'Orient
avec ces mots :
Tout cede à ma Naiffance.
III.
Le Deluge univerfel & fur
des
GALANT 265
des nuës entaffées , un Berceau
où eftoit repreſenté le Prince
entouré de l'Arc en Ciel , avec
ces paroles :
1
Hoc erit foederis fignum.
IV.
Un Laurier , du Trône duquel
s'élevoient jufqu'au haut
de fes branches des Trophées
d'armes , fur lefquels eftoit le
Berceau du Prince , que Pallas
berçoit elle- mefme , & de
fa pique , elle l'aidoit à
prendre
de fes mains les branches
du Laurier
Italiens.
avec ces mots
Su l'armi mauvicino à gli allori.
Septembre 1707 .
Ꮓ
266 MERCURE
Sur les armes je fuis prés des
Lauriers.
La fuite fera voir l'effet
que tout cela produifit. Ces
deffeins , ces defcriptions &
ces Emblemes font de Mr
Dom Laurenzo de las Llamof .
fas , natif de Lima au Perou ,
qui a fait l'excellent Pancgirique
du Roy dont je vous
donnay un extrait il y a quel
ques mois. Il a un tres beau
genie.
Le Dimanche 4° du mois
jour auquel le Roy fit chanter
le Te Deum à Verfailles ,
& qui fut le premier jour de
GALANT 267
cette magnifique Fefte . Il y
eut un grand dîné & une
Compagnie nombreuſe &
choifie ; mais on eft fervi pendant
toute l'année chez S. E.
avec tant de magnificence
que fi l'on avoit pu cacher
tous les preparatifs des réjouiffances
qui devoient commencer
le foir , on ne fe feroit
pas aperçû qu'il y cut dû
avoir ce jour là chez S. E. une
Fefte extraordinaire . Tout le
refte du jour ſe paffa en plaifirs
qui fe fuccederent les uns aux
autres. Toutes les perſonnes de
la plus grande diftinction de
Z
ij
268 MERCURE
furent contila
Cour & de la Ville de l'un
& de l'autre fexe y avoient
efté invitées. Un fort grand
nombre s'y rendit fur le foir.
Le jeu & plufieurs autres divertiffemens
У
nuels. A l'entrée de la nuit , la
maifon de S. E. parut en feu
de tous coftés . Toute cette
grande Illumination qui dura
pendant toutes les trois nuits ,
eftoit de gros flambeaux de
cire blanche. A l'égard des
Jardins , ils furent illuminez
par des lamperons & par des
pots qui defignoient les parterres.
་
GALANT 269.
?
Quoyque les Cours de l'Hôtel
de S. È foient d'une grande
écenduë , la dixième partie des
Caroffes de ceux qui effoient
conviez à la Felte n'auroit pû y
trouver place , & afin que les
Dames en fortant de leur
Caroffe puffent deſcendre à
pied par devant la porte , on
avoit étendu de grands tapis
de Turquie dans la rue , ce
qui leur donna la commodité
, ainfi qu'aux Seigneurs de
fortir à pied pour voir l'effet
de cette Illumination
. La Symphonie
tenoit agreablement fa
partie dans ce grand fpectacle.
Z iij
270 MERCURE
Toutes les feneftres des maifons
voiſines eſtoient occupées
par des perfonnes de confideration
, & le concours du peupl
fut prodigieux dans les
Tues. Il n'y eut cependant ny
defordre ny embarras à caufe
des fages precautions qu'on
avoit prifes.
M d'Argenfon qui veille
à tout , qui ne manque à
rien , & qui outre le repos public
qu'il a toûjours en vûë ,
avoit voulu donner à M ' le Duc
d'Albe des marques particulieres
de fa confideration , en
envoyant dés l'entrée de la nuit ,
"
GALANT 271
น
les Gardes de la Maréchaufféc
en jufte au corps bleu , galonez
d'or , avec leur plume
blanche & tres- bien montez ,
& plufieurs Eſcoüades du Guet
pied & à cheval. Les Gardes
la Maréchauffée toûjours
à cheval , fe rangerent autour
des tapis de Turquie , en face
de l'Hoſtel , pour conferver
toûjours libre tout cet espace,
pour l'abord & pour le degagement
des Carroffes qui y
abordoient . Jamais le bon
ordre n'a efté mieux obfervé
dans une foule .
Entre neuf & dix heures
Z iiij
272 MERCURE
จ
du foir , on commença à fervir
le foupé. Le repas fut des/
plus grands que l'on ait veu à
Paris. La premiere table qui
eftoit en fer à cheval , eftoit
de cinquante couverts. Chaque
fervice fut d'environ deux
cens plats ou hors d'oeuvres ,
& tous les fervices furent entierement
relevez fans qu'il
refta un plat du precedent .
Tous les plats remplis de ce
que la faifon avoit de plus
nouveau , & tous les mets les
plus exquis y furent prodiguez
, & la maniere dont le
tout eftoit difpofé , produiſoit
GALANT 273
4
un agreable ſpectacle . Quatre
Mailtres d'Hoftel fervoient
dans le vuide du fer à che
val & les gens de livrée fervoient
au tour de la table. Les
potages y furent fervis dans
de grandes olles d'argent ou
de porcelaine rebordée d'argent.
Les entrées eftoient de
de tout ce qu'il y avoit alors
de plus rare & de plus exquis.
Le Roft y parut furprenant par
la diverfité & par le gibier le
plus rare. L'entremets y
trouvé des plus finguliers &
des plus delicats ; mais rien
ne parut plus extraordifut
274 MERCURE
naire & plus furprenant
que le deffert , que les Efpagnols
appellent Ramilletté.
Tout le tour interieur de la
table eftoit rebordé de pyramides
du fruit le plus beau ,
le plus rare & de confitures
les plus exquifes & les moins
communes . Les compotes &
les glaces d'une compofition
finguliere rempliffoient le
vuide que laiffoient entre elles
le magnifiques corbeilles d'argent
maffif & du plus beau
travail qui portoient les fruits
& les confitures , & d'une fymetric
qui faifoit plaifir à voir.
.
GALANT 275
Il y avoit au milieu de la table
un riche furtout d'argent
que S. E. a apporté de Madrid
, & qui ne cede en rien
aux plus beaux qui ont eſté
faits . On voyoit aux coftez de
ee magnifique ſurtout fur deux
corbeilles d'argent des plus
belles & des plus grandes
d'un cofté , le Roy d'Espagne
à cheval avec tous les attributs
de fes exploits , & fur
tout de la Victoire d'Alman-
& foulant aux pieds la
,
za ,
difcorde
&
l'herefie
;
&
de
l'autre
, la
Reine
fur
fon
Trône
, tenant
entre
fes
bras
le
}
276 MERCURE
Prince des Afturies qu'elle
montre aux quatre parties du
monde & aux nations differentes
qui dépendent de la
Monarchie d'Eſpagne . La Juf
tice montre au Prince d'une
main fa balance , & de l'autre
fon glaive. Ces deux fi
gures s'élevoient de 15. à 16 .
poulces de haut fur une terraffe
de Chocolat ornée dé differents
attributs dorez & convenables
aux fujets . Leur matiere
eftoit d'une pafte des
plus rares & dont on fait les
paftilles blanches ; ce qui les
faifoit paroiftre d'un veritable
GALANT 277
marbre blanc. La fculpture en
eftoit belle & bien finie . Les
gens de livrée qui ſervoient à
table , n'avoient aucun autre
employ. Ils ne portoient ny
ne rapportoient les plats . Ce
foin regardoit plus de cent
perfonnes differentes , qu'on
avoit diftribuées par bandes
feparées , avec des gens fenfez
qui les conduifoient , pour
éviter toute forte de confu
fion ; auffi n'y en eut - il auçune.
Ceux qui demandoient à
boire , trouvoient d'abord à
cofté de leur affiete une foucoupe
avec des caraffes des
278 MERCURE
plus 3 excellens Vins de Bour
gogne & de Champagne. Les
liqueurs qui eftoient à la glace,
eftoient diftribuées tout le
long de la table , dans de grands
fceaux d'argent ou de fine
porcelaine richement garnies.
Outre le grand nombre de
flambeaux qui éclairoient cette
table , cinq grands luftres de
cristal , portant chacun douze
groffes bougies & quantité de
girandoles , ornoient & éclai
roient ce beau Salon richer
ment meublé , ainfi que le font
pendant toute l'année , les Apartemens
de leurs Excellences.
GALANT 279
Toutes les autres pieces du
plain pied eftoient ornées &
éclairées de meſme . La plufpart
des hommes de confideration
qui étoient de la Fefte, aimoient
mieux manger debout
derriere les Dames , que d'aller
aux autres tables qui leur
eftoient deſtinées. Il eftoit
prés de minuit lors qu'on fortit
de cette premiere table . A
peine les Dames curent -elles
commencé à fe lever , que les
fufées & les
ferpenteaux partirent
de tous coftez & fe repandirenr
dans les ruës voifines.
On courut aux feneftres ;
280 MERCURE
& ces fufées ayant continué
pendant quelque temps de partir
feparées & enfemble , le
feu d'artifice commença enfuite
& continua fans intervalle
un temps confiderable. On
n'en a peu veu d'auffi beaux ;
& on ne comprenoit pas.comment
on avoit pû raffembler
dans un auffi mediocre efpace
la quantité d'artifices differencesqui
en partirent . L'invention
n'a encore rien trouvé fur
cette matiere qui n'y fut réüni
& multiplié ; la terre l'air & le
Ciel parurent filong - temps en
feu fans difcontinuation , que
GALANT 281
tous les fpectateurs en furent
furpris & charmez , & perfonne
n'en reçût la plus legere incommodité.
Pendant que l'artifice
joüa , vingt tambours.
entourerent le feu & fe joignirent
au bruit de guerre
timbales , des trompettes
, des
haut bois & des violons . Les
yeux & les oreilles y trouverent
un plaifir égal , & ce plaifir
ne pouvoit eftre plus parfait.
des
Pendant tout le temps que le
foupé dura , on diftribua au
dehors des paftez , des jambons
du roit & de bons vins
Septembre 1705 .
A a
282 MERCURE
aux Muficiens , aux Suiffes ,
aux Gardes de la Maréchauffée,
& aux Soldats du guet à pied
& à cheval , & à tous ceux qui
y effoient employez à quelque
chofe ; & on en diftribua les
reftes au menu peuple. Le feu
d'artifice fut à peine fini , qu'on
fe mit au jeu & on recommença
divers autres divertiffemens
qui durerent juſqu'au
jour. Pendant tout ce tempslà
, on ne difcontinua pas de
fervir des fruits , des confitures
, des glaces & des liqueurs.
Cette diftribution continua
pendant les deux nuits fuiGALANT
283
vantes . Je ne vous diraypoint
les noms de toutes les perfonnes
de la plus grande diftinction
qui fe font trouvées à ces
Feftes , le nombre en eftant
trop grand. Je vous diray
feulement que dés le premier
jour , il y cut à la grande ta
ble quarante Dames , toutes
Princeffes , Duchelles ou femmes
de la premiere qualité.
Monfieur le Duc d'Albe ne
put refufer aux grandes inftances
qu'on luy fit de fe mettre à
table , mais on ne put jamais
l'obtenir de M la Ducheffe
fon Epoufe. S. E. voulut fe
A a ij
284 MERCURE
conferver la liberté d'aller &
de venir pour donner par tout
des ordres ou des avis , qui
puffent remedier à toute forte
d'embarras & au moindre
contre-temps. L'air noble
judicieux & aifé qui luy eſt ſi
naturel fe foutint par tout
& il luy réuffit fi bien , qu'el
le ne laiffa rien à fouhaiter à
perfonne.
Tous les Miniftres Eftrangers
y avoient efté invitez , &
M'I'Ambaffadeur de Venife s'y
trouva tous les trois jours. S.
E. qui a du gouft pour toutes
les bonnés chofes , fe récrioit
GALANT 285
à tout moment fur ce qu'elle
voyoit. Parmy les principaux
Seigneurs de la Cour qui s'y
trouverent M le Duc de
Lauzun & M le Maréchal de
Bouflers , qui font amis particuliers
de M' le Duc d'Albe ,
nè fe contenterent pas des ap
plaudiffemens qu'ils luy donnerent
; ils allerent dés le len
demain à Verfailles , & ils rendirent
compte au Roy de tout
ce qu'ils avoient vû de grand
& de magnifique. On fçait
qu'ils font tres capables d'en
juger. Auffi en firent- ils un
détail que S. M. écouta avec
286 MERCURE
plaifir. Elle fit des queſtions
& des reflexions qui marquerent
affez le plaifir que ce recit
luy faifoit. S. M. prit delà
occafion de parler des Efpagnols
avec l'affection & l'eftime
que S. M. fait toûjours
voir pour cette nation , ce
qu'Elle fe plaiſt à témoigner
dans toutes les occafions qui
s'en prefentent. Le Roy fit l'éloge
de la Maifon d'Albe , &
il en fit un particulier de M
le Duc d'Albe qui réunit en
luy toute la gloire & toutes
les vertus de fes illuftres Anceftres
. S. M. en parla pen.
#GALANT 287
par
dant tout fon difné. Ce Prince
avoit avant la Fefte donnée
M le Duc d'Albe , avoit
témoigné que les perfonnes
de fa Cour qui avoient cfté
invitées à cette Fefte , luy fo
roient plaifir de s'y trouver ; &
qu'ilfouhaitoit qu'o neut pour
Monfieur & Madame la Ducheffe
d'Albe , les plus grands
égards & les plus grandes
diftinctions . On ne doit pas
s'étonner aprés cela du concours
des
gens les plus qualifiez
que leurs Excellences ont
vû chez elles ; ayant d'ailleurs
le talent de s'attirer tout au
288 MERCURE
moins l'eftime & l'affection
de tous ceux qui les connoiffent
, ou qui ont avec elles
la moindre relation. elegv
? Nous voicy au Lundy fecond
jour de cette grande
Fefte. Voyons la difference
qu'il y a entre ce qui s'y eff
paffé ce jour-là , & ce qui s'y
eftoit paffé le precedent.
Cette magnificence fut foutenue
avec le mefme éclat
pendant les deux jours fuivans.
Les illuminations en furent
égales , la fymphonie y
fut la mefme, & les mefmes
Gardes , les mefmes Suiffes &
le
GALANT 289
le mefme Guet eftoit auffi
diftribué au dehors .
Comme il y a
prefentement
à Paris un grand nombre d'Efpagnols
diftinguez , de divers Etats
du Roy d'Espagne , il y en eut
beaucoup au diné de S. E. où
fe
trouverent peu d'autres perfonnes
. Ils avoient tous des
habits
richement brodez , &
faits exprés pour cette ceremonie.
Tous les
Gentilshommes
& tous les Officiers de fon
Excellence , avoient fait faire
auffi exprés des habits fort riches
fuivant l'ufage étably
chez les
Espagnols pour les
jours qu'ils appellent fours de
fonction. Toute la livrée de S.
E. qui eft fans contredit une
des plus belles & des plus ri-
Septembre 1707 .
Bb
290 MERCURE
ches que l'on puiffe voir , eftoit
auffi toute neuve & faite exprés.
Vous ferez peut -eftre bien
aife de fçavoir les noms des Sujet's
du Roy d'Efpagne qui font
icy , & qui fe trouverent aux
Feftes données par Monfieur le
Duc d'Albe pendant 3. jours.
Ce font Mr le Duc de S. Pierre
Grand d'Efpagne . Mr le Marquis
de la Florida , auff
par une conduite fans reproche
, que par fes exploits & le
grand nombre des Places qu'il
a glorieufement défenduës . Mr
le Comte de S. Eftevan de
Gormas , fils aîné de Mr le
Duc d'Efcalona Viceroy de Naples
, & l'un des plus grands
hommes du fiecle . Mr le Marquis
de Monteleon , connu &
GALANY 291
eftimé par fes longs fervices &
par fes grands fuccez dans les
negociations ; & qui facrifie à
fa fidelité fon bien & fa Famille
; & un grand nombre
d'autres dont je vous parleray
dans quelque autre occafion ,
& qui meritent tous d'eftre
connus.
Le jour de la feconde Fefte
que S. E donna , tout parut
d'abord fi fimple au dehors de
fon Hoſtel , que perfonne ne
s'attendit en y entrant , qu'il
dût y avoir ny feu d'artifice ,
ny rien d'aprochant à ce qu'on
y avoit vu de magnifique le
jour precedent.
Comme il devoit y avoir grand
Bal , on ajouta au grand Salon
de fort beaux miroirs & de
Bb ij
292 MERCURE
grandes glaces aux trumeaux ,
qui faifoient un tres - beleffet ; &
pour empêcher que le parquet
ne fuft gâté, on étendit de beaux
tapis de Perfe , fur lefquels on
mit la grande table en fer à che,
val , afin que ce qui pourroit
tomber en fervant ou en deffervant
, ne laiſſât rien de gluane
ou d'humide qui puft faire glif
fer ceux qui danferoient. Enfin
on prit toutes les plus delicates
précautions fur tout ce qui pourroit
arriver de fâcheux , tant au
dedans qu'au dehors .
Dés l'entrée de la nuit la
Symphonie recommença par un
grand bruit de guerre , & elle
continua jufqu'à l'ouverture du
bal. A l'heure du foupé on fervit
un ambigu des plus magnifiques ,
GALANT 293
Outre la bonté & la nouveauté
des mets differens , rien n'eftoit
plus agreable à la vûë que le
mélange prodigieux des potages
dans de riches olles , d'entrées
toutes differentes , de roft de
gibier le plus rare , & de magnifiques
corbeilles remplies des
plus beaux fruits & des plus excellentes
confitures . Dans le
cours du foupé on releva les
entrées , par un grand fervice
d'entremets & le roft par un fer.
vice entier de glaces . Les li
queurs à la glace y furent fervies
comme le jour precedent
dans des feaux d'argent & de
porcelaine . La table eftoit rem
plie d'une partie des mêmes
Dames du premier rang qui y
eftoient la veille , & de beau-
Bb iij
294 MERCUR
I
coup d'autres de même diftinetion
qui n'y avoient pas encore
paru . On ne fut pas moins longtemps
à table de Lundy que le
Dimanche , mais on en fortit
avec une furpriſe bien plus gran
de. On n'avoit vû au dehorsaucun
artifice prepare . Dés qu'on
cut cefféde manger , le fignal fur
donné pour tirer un feu , ou pour
mieux dire , plufieurs , le long des
Juës,d'une invention toute nou
velle Les Dames agréablement
furpriſes coururent aux fenêtres
au bruit des fufées , & de l'artifice
qui les accompagnoit . Elles
virent , le long des ruës , des
combats & des ricochets de flames
, qui fe rallumoient aprés
s'eftre éteintes , & qui fe jettoient
les unes fur les autres ,
Bb iiij
GALANT 295
en forme de feu Gregeois. Il partoit
en même temps & à la fois ,
& fucceffivement , de groffes
.gerbes de feu du milieu desruës ,
pendant que des fufées plates
alloient au niveau de la terre
du bout d'une rue à l'autre , &
que fans difcontinuation
d'autres
fufées s'élevoient au plus
haut des airs , tantoft feparées
tantoft en girandoles . Il s'eft peu
vû de fpectacle plus curieux ny
plus amufant. Auffi les accla
mations répondoient elles de
tous coſtez au bruit de guerre
des inftrumens qui s'eftoient fait
entendre la nuit precedente , &
le bon ordre ny fut pas moins
bien gardé .
-
A peine ce divertiffement
fut - il fini , que les violons &
296 MERCURE
3
les haut bois fe trouverent
placez fur les échafaux quor
leur avoit deftinez pour de bal 5
& on ouvrit la sporte aux maf→
ques . Le concours en fuc trés- :
grad , & on danfa prefque auf
foft aprés l'ouverture du bal
dans les fept pieces differentes
de ce mefme appartement, ce
qui continua jufqu'à fept heul
res du matin . Mrle Prince d'Ef.
pinoy , qui dans un âge peu avancé
, a toutes les qualitez que
l'on peut fouhaner à unes perfonne
de fa naiffance , ouvric
le premier bal dans le grand
Salon avec Mlle de Bay , fille
de Mr le Marquis de Bay , qui
commande l'armée d'Espagne
fur les frontieres de Portugal.
Les Dames qui avoient efté du
GALANIM 297
3
A
foupés y danferent les unes aprés
les autres. Cependant le
nombre de mafques groffiffoit ,
lansaques les odanfesty ufuffent
interrompues ny embarraffées
parce qu'outre les Suiffes qui
eftoient difperfez fur l'efcaliers
& aux portes des apartemens
il y en avoit d'autres en de
dans , qui arreftoient honneftement
tous ceux qui avoient de
l'empreffement pour fe rendre
aux lieux où l'on danfoit , & qui
faifoient ouvrir le paffage aux
Dames pour aller occuper les
places qui leur eftoient deftinées
. Des Gentilshommes de
S. E. qui fe tenoient fur le
haut de l'escalier , conduifoient
les marques les plus diftinguez
& fur tout les Dames par des
298 MERCURE
endroits qui leur faifoient éviter
l'embarras de la foule . Depuis
le commencement du bal
jufqu'à fept heures du matin
qu'il finit , on fervit fans dif
continuer toute forte de liqueurs
, de glaces , de fruits &
de rafraichiffemens . Trente
domeftiques de S. E. alloient
& venoient fans ceffe avec des
corbeilles & des foucoupes
, &
tout y fut prodigué avec abondance
. Auffi n'y eut- il aucune
efpece de contre - temps , malgré
l'embarras & la foule. Les
violons avoient fur tous leurs
échafaux du pain , du vin , des
pâtez & des jambons ; les Suiffes,
les Gardes & le Guet eftoient
regalez au dehors de la mefme
maniere. Toute l'affemblée fut
GALANT
250U
MYON
tres -fatisfaite ; chacun s'ente
tourna en donnant des loüa
à S. E.E. Auffi
gespa
peut
-on dire
que
dans
une
Maifon
Royale
,
on
n'auroit
pas
eu
plus
d'égards
,
plus
de
menagemens
&
plus
de
reſpect
.
Mr le Duc d'Albe fe donna
de grands mouvemens pendant
toute la nuit , Il alla fouvent
pendant le bal de Chambre en
Chambre , & depuis le haut de
l'efcalier où il paroiffoit fou
vent pour y conferver le bon
ordre, jufqu'à la derniere piece
où l'on danfoit . Tout s'y
paffa auffi fans interruption felon
fes idées & felon l'envie
qu'il avoit que le dernier de
tous ceux qui compofoient l'affemblée
y fut à proportion auf
300 MERCURE
content que le premier . Auffi
n'y refufoit-on rien à perfonne
, excepté que l'on donnoit
Ja preference aux Dames ; mais
ceux qui la cedoient , n'atten
doient pas long- temps aprés les
rafraichiffemens qu'ils demandoient.
La Fefte du troifiéme jour
peut eftre regardée comme un
mélange des deux premieres.
Tout y fut égal au dehors , à
la referve des feux d'artifice qui
dans le mefme goût de ceux
du Lundy , furent encore differens
& multipliez . Le foupé
fut auffi un ambigu ; mais d'une
invention nouvelle , & l'embar.
ras y fut encore moins grand ,
quoyqu'il y eut un plus grand
de diftincnombre
de T
plus
grand
GALANT zor
301
"
tion. Le bal fut encore plus
beau que le precedent ; les
mafques y vinrent en plus grand
nombre , l'ordre y fut égal ,
& la profufion qui ne pouvoit
lab
aller plus loin , n'y fut pas
moindre. Il est étonnant que
Mr le Duc d'Albe ait pû refifter
trois jours & trois nuits
à toutes les fatigues qu'il s'eft
données S. E. Madame la Ducheffe
d'Albe ne fe donnoit
guere moins de mouvemens.
L'un & l'autre alloient & fe
trouvoient par tout pour
donner
à propos des ordres neceffaires.
Auffi tout s'y eft- il paflé
à leur gloire & à leur fatisfac
tion . On y danfa comme au
bal precedent en fept pieces
differentes ; les violons & les
302 MERCURE
haut -bois y eftoient également
bons par tout ; on continua de
danfer cette troifiéme nuit jufqu'à
prés de huit heures du
matin ; & on prodigua également
aux derniers qui en fortirent
, les confitures , les fruits,
les glaces & les liqueurs ; de
maniere que tout le monde en
fortit en s'écriant qu'il ne s'étoit
rien vû de pareil .
Madame la Nourrice du Roy
d'Efpagne donna auffi en cette
occafion , des marques de la
joye qu'elle reffentoit . A peine
eut- elle appris la naiffance
da Prince des Afturies , qu'elle
alla à Verſailles . Dés que le
Roy l'aperceut , S. M. luy dit
qu'elle venoit plustoft pour recevoir
des complimens , que pour en faire ;
GALANT 303
& en effet , elle en reçût de
toute la Cour , Auffi toft qu'el
le fut de retour à Paris , ello
ne fongea qu'à faire preparer
une Feſte qu'elle donna bientoft
aprés. Toute la façade de
fa maiſon du cofté de la ruë fut
illuminée avec de gros flambeaux
de poing de cire blanche
, & le derriere de cette maidenne
fon , qui donne dans le Jardin
du Palais Royal fut auffi illaminé
; mais d'une maniere dif
ferente , certe illumination étant
compofée d'un nombre in.
fiai de lamperons , qui reprefentoient
un arc de triomphe
qui regardoit une allée du jar.
din du Palais Royal . Elle avoit
auffi fait mettre plufieurs petites
pieces de canon dans le mê304
MERCURE
me Jardin avec quantité de
de boëtes. Il y avoit au devant
de fa porte une fontaine de vin
pour tous les paffans , & une
autre dans fa Cour pour les
Joueurs d'inftrumens , & pour
les domestiques des perfonnes
de qualité qu'elle avoit conviées
à un grand repas , qui ne
fut pas un des moindres plaifirs
de la Fefle. On mangea
dans un grand Salon orné de
glaces , & remply de trés - beaux
luftres de cristal , qui eftant
multipliez dans les glaces , produifoient
un éclat des plus brillans
, & qui avec celuy des
Alambeaux qui eftoient au dehors
, éclairoit tout le quartier,
Le bucher d'où fortoit un May
parce que S. M. C. eft née le
3
GALANT 305
premier jour de May , & que
c'eſt auffi le nom de la Nourrice
de ce Monarque , fut allumé
par Mr le Curé de S.
Euftache , au bruit du canon &
des boëtes. On avoit commencé
auparavant à tirer des fufées
volanies , & le nombre en augmenta
lors que le feu commença
à bruler. Les violons fe firent
auffi entendre dans le mefme
temps , & pour furcroit de re-
Jouillances , Madame la Nourrice
en habit d'Efpagnolette
jetta beaucoup de Monoye au
peuple , & une grande quantite
de facs de dragées , ac.
compagnées de confitures feiches
. Il y eut enfuite un grand
bal , & cette feſte qui dura
prefque toute la nuit , & pen-
Cc
Septembre 1707 .
A
306 MERCURE
dant laquelle on ne ceffa point
de boire à la fanté des deux
Rois finic fans qu'il y cut
eu aucun defordre & chacun
s'en retourna fort fatisfait
en loüant la generofité & la
galanterie de Madame la Nour,
rice , ainfi que fon amour pour
le Prince qu'elle a eu le glorieux
avantage de nourrir.d
P
Mr Clement premier Valet
de Chambre de Madame la Du
cheffe de Bourgogne , ayant eu
l'honneur d'accoucher la Reine
d'Efpagne , on a fait pendant
deux jours des réjouiffances à
fon logis , ruë S. Antoine il
y eut une grande illumination ,
un tres - beau feu d'artifice , une
fontaine de vin qui ne ceffa
point de couler tant que dura
j
SGADAST 307
la Fefte , qui fut animée par
les tambours & par les rompettes
de la Ville , & pour em
pêcher le defordre que la grande
affluences du peuple auroit
pu caufer , on avoit fait venir
les Archers du Guet , qui étoient
tres- proprement vêtus ,
& qui fe rangerent au tour du
feu . Les infcriptions qui rempliffoient
la façade du Logis de
Mr Clement , n'ont pas efté un
des moindres ornemens de cette
Fefte , Ces infcriptions expli
3 quoient le fujet de deux Tableaux
qui avoient efté faits
exprés , fur la Naiffance du
Prince des Afturies.
Dans le premier de ces Ta- .
bleaux , on avoit peint l'Efpagne
qui préfentoit le Prince au
Cc ij
308 MERCURE
}
Roy de France fon bifayeul, &\
elle témoignoit la joye qu'elle
avoit de la Naiffance de ce Prin
ce par les paroles , faivantes
écrites dans un quadre placé
au deffous du premier Tableau .
BENEDICTUS DOMINUS
QUI NON EST, PASSUS , UT
DEFICER ET SUCCESSOR
FAMILIA TUA, Ruth . 4.
Beni foit le Seigneur qui n'a poine
permis que voftre Famille fût fans
Succeffeur. Et le Roy transporté
par les mouvemens d'une ten- >
dreffe paternelle , fembloit dire
auPrince , ces paroles qui étoient
écrites dans un quadre qui étoit
au deffus du Tableau . PATREM
VOCABIS ME , ET POST ME
INGREDI NON CESSABIS.hi
Jerem 3. Vous m'appellerez vo➡m vùn
GALANT 309
tre Pere; parce que vous ne ceffe-
The
rez point de marcher fur mes traces.
On ne pouvoit flater les
Efpagnols d'une efperance plus
douce , qu'en leur promettant
une entiere conformité entre
le Regne du Prince des Afturies
& le Regne de Louis le
Grand , foit à caufe de la grandeur
des évenemens qui le rendront
fameux dans les fiecles à
venir ; foit à caufe de la bonté
qu'il aura pour les peuples
qui luy feront foumis. Le fecond
Tableau réprefentoit le
Baptême du Prince.
On Y
voyoit Monfieur le Cardinal
Portocarero , qui fembloit demander
au Roy & à Madame 7
la Ducheffe de Bourgogne quel
nom ils vouloient luy donner,
310 MERCURE
Et le Roy fembloit répondre.
VOCA NOMEN EJUS ; A CCELEKA
SPOLIA DETRAHE . SPOLIA DET
CELEKA S
RE
MAN
FESTINA PRÆDARI.
Ifai. 8. Appellez- le : halez- vous
de prendre les dépouilles ; prenez
wife le batin . C'eſt ainſi qu'on
a cru pouvoir exprimer le nom
de Louis ; parce que ce nom
fait fouvenir de la rapidité incroyable
des victoires de Louis
XIV . On avoit marqué au
deffus de ce Tableau la raifon
pour laquelle ce Prince doit
porter le nom de ce grand
Saint. Ce n'eft pas feulement
par ce qu'il eſt né le jour de
*
* Il n'y a qu'un feul mot dans l'Hebreu
, mais la vulgate & la traduction
ne l'ont pu exprimer dans toute fa
force que par tous ces mots.
GALANT 311
la Fefte de S. Louis ; mais auffi
parce que FORTIS IN BELLO ,
SECUNDUM No- MAGNUS
MEN , MAXIMUS IN SALUTEM
EXPUGNARE INSURGENTES
HOSTES , UT CONSEQUATUR
HEREDITATEM . Ecclefi . 46.
Il fera vaillant dans la guerre ,
auli grand que le nom qu'il por
tera , & tres-grand pour le falut
& la défense de fes peuples , pour
renverserles Ennemis qui s'élevent
contre luy , & pour conferver la
Couronne qui eft fon heritage. Sur
le trumeau du milieu de la maifon
, il y avoit trois autres infcriptions
qui marquoient les avantages
que la Naiffance du
Prince des Afturies procurera
aux peuples. La premiere eftoit
conçûë en ces termes. MUL312
MERCURE
TIPLICABITUR IMPERIUM
EJUS , ET PACIS NON ERIT
FINIS. Ifai. 9. Son Empire s'étendra
de plus en plus , &la paix
qu'il procurera , n'aura point de
fin. On a voulu faire entendre
par là
que cette Naiffance fera
avantageufe à nos Ennemis mêmes.
La feconde eftoit conçûë.
en ces termes . ET ERIT DUX
EJUS EX EO , ET PRINCEPS
DE MEDIO EJUS PRODUCETUR
. Jerem 30. Ce peuple trouvera
fon Chef au dedans de luymème
fon Prince naifira au milieu
de luy, C'eft l'avantage particulier
que les Espagnols trou .
vent en cette occafion . Le
Prince des Afturies n'eft point
étranger à leur égard , puiſqu'il
defcend par 8 endroits deCharles
HGALANT $ 313
les V. Roy d'Eſpagne : & que
le fang Efpagnol a paffé dans
fes veines par Marie - Therefe
d'Auftriche Infante d'Efpagne
Epoufe de Louis XIV . & fa
Bifayeule avantage d'autant
plus grand , qu'il fera perpetuel.
C'est ce qu'on a voulu
marquer par cette autre infcription
. NoN AUFERETUR
SCEPTRUM DE JUDA , ET
DUX DE FEMORE EJUS , Gen.
49. Le Sceptre ne fera point ôté
de Juda , & il y aura toujours fur
le trone des Princes de fa pofterité.
Cette infcription contient deux
parties : la premiere marque
combien feront vains & inutiles
tous les efforts de ceux qui
veulent ufurper la Couronne
d'Espagne . La feconde fait voir
Septembre 1707. Dd
.
314 MERCURE
que ce Prince fera la tige d'une
longue fuite de Succeffeurs ,
qui ne fera point interrompuë
d'icy jufqu'à la fin du monde ;
& que par confequent les Efpagnols
ne feront jamais expofez
à chercher des Princes dans
un fang étranger. Sur deux autres
croilées eftoient deux infcriptions
qui marquent l'effet
que la Naiffance du Prince des
Afturies a produit fur les coeurs
des Espagnols . Celle de la droite
eftoit conçue en ces termes .
SUPER SOLIUM DAVID , ET
SUPER REGNUM EJUS SEDEBIT
UT CONFIRMETIL-
& CORROBORET
IN
JUDICIO ET JUSTITIA . Ifaï .
7. Il fera aflis fur le trône de David
, & il poſſedera fen Royau-
*
LUD ,
GALANT 315
me , pour l'affermir , & le fortifier
dans l'équité & dans la Justice
. On lifoit ces paroles dans
celle de la gauche . ET IN
-TESTAMENTIS STETIT SEMEN
EORUM . Ecclefi . 44.
Leur pofterité affermit le coeur des
peuples dans la réſolution de maintenir
le Teftament ( de Charles
11. ) En effet , quoyqu'on cut
crû que l'attachement & la
fidelité des Eſpagnols pour Philippe
V. leur Prince legitime ,
ne pût recevoir d'accroiffe-
Iment ; on a vû cependant redoubler
leur zèle & leur amour
à la Naiffance de ce Prince .
".
Les Réjouiffances dont je
viens de vous parler , ont eflé
faites avant que l'on cuft chanté
le Te Deum , en actions de
Ddij
316 MARCURE
,
graces de la Naiffance de Monfeigneur
le Prince des Afturies ,
& par confequent avant que
celles de la Ville fuffent commencées
, parce qu'elles ne fe
font jamais qu'aprés que le Te
Deum a cfté chanté. Il le fut
le 8. de ce mois ece
aprés que
Monfieur le Cardinal de Noail .
les eut reçû la Lettre du Roy,
que j'ay crû devoir mettre icy,
quoy que je ne doute point que
Vous n'ayez déja veu cette
Lettre , puifqu'elle a efté rendue
publique . Mais les Lettres
que je vous écris eftant regardées
comme des Journaux hiftoriques
, on l'y trouvera un jour,
lors qu'il fera difficile de la trouver
ailleurs .
GALANT 317
Mon Coufin , Dé toutes les mar
ques vifibles de la protection dont
it a plû à Dieu de favorifer mon
Petit-Fils le Roy d'Espagne , depuis
qu'il a efté appelle à la Cou
ronne, qui luy appartient par les
droits les plus legitimes & les plus
facrez ; il n'y en a point eu de plus
éclatante & de plus precieufe que
la Naiffance d'un Prince des
Afturies. Les Espagnols y font
d'autant plus fenfibles , qu'ils fe
font vus privez d'un pareil avantage
pendant une longue fuite d'années:
& l'union des deux Couronnes
rendant entr'elles les interefts
communs ; la France ne doit pas
donner aujourd'huy moins de marques
de joye für cette Naiffance ,
que l'Espagne en a fait paroiire
fur celle du Duc de Bretagne . Ces
Dd iij
318 MERCURE
deax Princes affurent également la
fabilité des deux Monarchies ; ils
ôtent à nos Ennemis communs y la
fauffe idée de réunion , dont ils fai- e
foient le prétexte le plus fpecieux
de la Guerre qu'ils ont allumée ,
& me donnent la fatisfaction de
voir la poffeffion des deux Royaumes.
affurée à deux Branrhes de ma
Maison. La jufte reconnoiffance.
que je dois à Dieu , unique Auteur
de tant de bienfaits , m'engage à
vous écrire cette Lettre , pour vous
dire que je defire que vous falliez
chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville
de Paris , au jour & à l'heure que
le Grand Maitre , ou le Maître des
Ceremonies vous dira de ma part ;
& je luy donne ordre de convier à
cette Ceremonie mes Cours , & ceux
GALANTM319
qui ont accoûtumé d'y affifter. Sur
ce , je prie Dieu qu'il vous ait
Mon Coufin, en fa fainte digne
garde. Ecrit à verfailles le quatre
Septembre 1707.
Le Te Deum fut chanté le 8 .
& le Parlement fe trouva ens
Corps dans l'Eglife de Noftre
Dame, où toutes les Cours Su
pericures fe rendirent pareilÎement
, auffi bien que le Corps
de Ville , & les Miniftres Etrangers
qui font en cette Cour.
Il y eut le foir du même jour, un
grand Repas à l'Hôtel de Ville,
fervy en Ambigu , où plufieurs
perfonnes de diftinction fe trouverent.
A l'iffuë de ce Repas on
alluma le Feu qui eftoit dreffé
devant cet Hoftel . Il conſiſtoit
Dd iiij
320 MERCURE
en une figure de Bronze , qui
reprefentoit l'Espagne , tenant
d'une main un bouquet de Lys,
& s'appuyant de l'autre fur les
Colomnes d'Hercule > avec
leur Deviſe ordinaire , Non plus
ultra , pour fignifier que l'Efpagne
ne peut trouver de plus
fermes appuis , que dans l'union
des deux Branches de la Maifon
Royale de Bourbon , qui
regne en France & en Espagne.
On lifoit fur la face du Piédeftal
qui regardoit l'Hoftel
de Ville ?
vante .
l'Infcription fui-
LUDOVICO MAGNO ,
Ex altero nepote Philippo ,
Hifpaniarum Regi Catholico ,
Iterum Pravo ,
GALANTM 321§
Inauditam Felicitatem
Fauftis Aufpiciis Natam ,
Gratulantur, ina 500 is
& Præfectus & Ædilese A
dranHb . ddimolol
Du même cofté l'on voyoit
au deffus de l'Entablement , la
Victoire tenant entre fes mains
une Medaille qui reprefentoit
Saint Louis , offrant au Ciel le
Prince des Afturies , avec ces
paroles d'Horace .
Reddas incolumem precor , & ferves
anime dimidium mee.
Sur les Pilaftres on avoit
peint les quatre principaux évenemens
qui ont précedé la
naillance du Prince des Afturies
: D'un cofté l'on voyoit la
322 MERCURE
bataille d'Almanza , & la reduction
des Royaumes d'Arragon
& de Valence ; de l'autre
les lignes de Stoloffen forcées ;
l'Allemagne ouverte aux Armées
du Roy & la levée du
Siege de Toulon par Monfieur
le Duc de Savoye.
>
Pendant que l'on tiroit ce
feu , on en allumoit un million
d'autres dans toutes les ruës
de Paris , & l'artifice fe faifoit
entendre de tous coftez , plufieurs
particuliers ayant voulu
ſe diftinguer , pour marquer
leur attachement & leur zele
pour la Couronne d'Espagne ,
& particulierement ceux qui
ont le plus de commerce avec
les Etats de Sa Majesté Ca holique.
On vit auffi beaucoup
GALANT
323
de tables dreffées dans plufieurs
ruës, où l'on fit boire les paffans
à la fanté des deux Rois & du
Prince des Afturies ; & ces Réjoüiffances
durerent bien avant
dans la nuit.
17J'ay oublié de vous marquer
que le Canon de l'Arfenal ,
celuy de la Bastille , & celuy
que l'on avoit placé dans la
Place de Greve , avoient annoncé
ces Réjoüiffances dés
cinq heures du matin , & que
le Feu qui eftoit devant l'Hôtel
de Ville fut tiré au bruit
du Canon , aprés que l'on cut
admiré plufieurs fufées volan
tes que l'on tira les unes aprés
les autres , qui font appellées
Fufees d'honneur, & qui femblent
n'eftre tirées que pour avertir
$
324 MERCURE
que la Fefte va commencer.
Le même jour , Monfieur le
Cardinal d'Eftrées " fit auffi
chanter le Te Deum dans l'Eglife
Abbatiale de S. Germain
des Prez.
Le 10. Mr le Chevalier de
Caftel dos Rios , fils de Mile
Marquis de Caftel dos Rios ,
Grand d'Espagne , & Viceroy
du Perou , donna une grande
Fefte dans le College d'Harcourt.
Le 19. le Roy donna audiance
au Pere Perrin , Commiffaire
General de la Terre-
Sainte en France , Gardien du
Grand Convent des Religieux
Cordeliers de Paris , & Député
par le Pere General de fon
Ordre , qui eft Grand d'Ef
GALANT 325
pagne. Ce Pere complimenta
Sa Majefté fur la Naiffance de
Monfeigneur le Prince des Afturies
, & ce Monarque ayant
ouy fon compliment , dont toute
la Cour parut fatisfaite , répondit
d'une maniere tresobligeante
, & qui fit connoître
combien il eftoit contant
du Pere General da Contant
>
Grand
Convent de Paris , & de tout
l'Ordre . Le Pere Perrin eut
auffi audiance de Monſeigneur
le Dauphin & de toute la
famille Royale , dont il eut
auffi lieu d'eftre tres content.
Je dois ajoûter icy la feſte
, quoy que j'euffe refolu
de ne vous plus parler ce
mois- cy de celles qui regardent
Paris. Mrs le Leu & le Large,
qui fuit
"
326 MERCURE
qui font du nombre de ceux
qui ont commerce en Espagne,
dont je vous ay parlé cy deffus ,
donnerent le 8. de ce mois une
fefte des plus brillantes , & qui
fut tres applaudie . Il y avoit
au devant de la porte Cochere
de leur Logis , une Pyramide
fufpendue , toute remplie de
Bougies , dont les lumières qui
fe répandoient de tous coftez ,
faifoient paroître les Ecuffons
des Armes d'Espagne , & les
paroles de Vive le Roy , la
Reine , & le Prince des Afturies
. On découvrit en même
temps dans le fond de la court
du même Logis , qui eft tresfpacieufe
, une infinité de Bou
gies & de Lamperons rangez
par compartimens le long des
GALANT 327
r
feneftres & d'un grand Veftibule
, où paroiffoit un grand
Tableau , dans lequel on voyoit
d'un cofté l'Espagne , fous la
figure d'une Reine vétuë des
Habits Royaux , tenant de la
main gauche le Prince des
Afturies , & de la droite un
Miroir ardent refléchiffant les
rayons du Soleil fur l'Envie &
fur plufieurs animaux ennemis
de la lumiere , qui paroiffoient
tous terraffez de frayeur à la
veuë de cet Aftre nouveau ,
avec ces paroles écrites en gros,
carecteres ; Novo fplendore tremifcunt
; faifant allufion aux
Ennemis , qui fe voyent déconcertez
par la Naiffance de ce
Prince , qui leur oftant toutef
poir de pouvoir faire regner
328 MERCURE
y
des Eftrangers en Eſpagne, doit
par confequent réunir tous les
Sujets fous fon Empire. Il
avoit à chaque cofté de cette.
Emblême , trois Cartouches or
nez de Feftons , dans le premier
defquels eftoit peint l'enfant
Frixus monté fur le Belier de
la Toifon d'Or , avec ces mots ,
Sibique patrique.
Dans le fecond , un jeune
Hercule écrafant le voleur
Cacus dans fon antre , avec ces
paroles Ultor ad antra Caci
fcetur.
Dans le troifiéme,un Berceau
orné & environné de Lys & de
branches d'Olivier , avec ces
mots Gratos fundent cunabula
flores.
Dans le quatriéme un Lion,
GALANT 329
reprefentant la Nation Efpagnole
, à l'entrée du Jardin des
Hefperides , avec ces paroles ,
Infanti Domino cuftodit.
Dans le cinquième , une Grenade
, avec ces mots , Con la
Corona nafci,
Et dans le fixiéme , un Lion ,
prefentant au Soleil qui diffipe
des nuages , un bouton de Lys,
qu'il tient dans une de fes pattes
, avec ces paroles , Inde decus
tutamen & ortus.
Il eut enfuite dans cette
Y
grande Cour deux Tables de
vingt couverts chacune , qui
furent fervies proprement par
deux Ambigus . Il y avoit aux
deux coftez de cette Cour des
Violons , des Hautsbois , des
Timbales & des Trompettes ;
Septembre 1707. Ee
330 MERCURE
2
& tous ces Inftrumens fe répondant
les uns aux autres ,
tâchoient à fe furpaffer , & formoient
un concert des pl
plus
harmonieux
, tandis que pour
ne laiffer rien à defirer au peuple
, qui paroiffoit tres content
de cette Feſte , on avoit eu foin
de placer en dehors au premier
étage , deux groffes pieces de
vin de Champagne , qui couloient
dans la rue fans difcontinuer
, & qui excitoient tous
les paffans à prendre part à la
joye que reffentoient les Conviez
, & à répondre à tous les
cris de Vive le Roy , que les
Conviez faifoient entendre ,
& à toutes les fantez qu'ils
beuvoient . La Fefte continua
par les Danfes , qui ne cefferent
GALANT 231
que lorsque l'on vit pargiftre
l'Aurore.
Pendant que l'on se réjoüiffoit
à Paris de la Naiffance d'un
grand Prince , on pleuroit à
Grenoble la mort de Monfieur
le Cardinal le Camus , qu'il eft
plus ailé d'admirer que d'imiter.
J'ay tant de chofes à vous
en dire que je me trouve
obligé de remettre au mois
prochain à vous en parler .
Cependant je vous diray que
Meffire Pierre Faudel Efcuyer
, Seigneur de Favereſſes ,
mourut à Sainte Menehoud en
Champagne le onzième de ce
mois , dans fa cent & deuxième
année . Il eftoit fils d'un ancien
Officier d'Henry IV. qui s'étoit
retiré chez luy aprés avoir fer-
Eeij
332 MERCUR
E
vi plufieurs années avec diftinction
, & avoir commandé une
Compagnie d'Ordonnance pour
le fervice de Sa Majefté . Henry
IV. paffant à Favereffes en
1609. luy fit l'honneur d'entrer
dans fa maifon & voulut voir
fon fils , qui eft celuy qui vient
de deceder . Ce venerable veillard
fe fouvenoit diftinctement
d'avoir eu l'honneur d'eftre
porté entre le bras d'Henry
IV. & il en parloit fouvent
dans fa Famille . Il eft mort
avec une fermeté vrayment
chrétienne , & il a confervé
une raifon faine & entiere jufqu'aux
derniers moments de fa
vie . Il laiffa plufieurs enfans
entre autres Mr Faudel Prefident
en la Cour des Monoyes ,
GALANT 333
ส
& Madame de Malezieu Gou
vernante des Enfans de S. A.
S. Monfieur le Duc du Maine
Je vous ay déja parlé du
deffein que S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , avoit eu de
furprendre les Ennemis dans
leur Camp ; mais ayant efté informé
de quelques circonftances
nouvelles depuis que je
vous ay envoyé cet article , je
crois devoir ajoûter icy l'Extrait
d'une Lettre qui vous les
apprendra.
Le dernier jour du mois paffe ,
S. A. R. partit à 8. heures du
foir, & nous marchames toute la
nuit pour aller furprendre les Ennemis
dans leur Camp ; mais la
pointe du jour nous furprit trop- toft.
Ils furent avertis par leurs partis
334 MERCURE
& ayant ani - toft décampé , ils
allerent à fix grandes lieuës de leur
Camp du cofté de Barcelone. S. A.
R. prit le party de camper dans
leur Camp. Ils avoient efté ſi preſſèz
de l'abandonner , qu'ils n'avoient
pû emporter leur pain . Nos Soldats
en profiterent , & on prit dens
Officiers , dont l'un efle Major
de la place de Lerida , & l'autre
un homme qui avoit beaucoup de
Lettres , parmy lesquelles il y en
avoit une pour Mylord Galovay ,
par laquelle nous avons appris la
levée du fiege de Toulon
Quoyque je vous aye déja par
lé des réjouiffances qui fe fontfaites
icy pour la Naiffance de
Monfeigneur le Prince des Afturies
, je ne vous ay neanmoins
encore rien dit de ce qui s'eft
GALANT 335
paffé à Madrid dans le temps
de l'accouchement de la Reine
d'Espagne , & de ce qui a fuivi
cet acouchement , parce que
l'on n'en fçavoit encore icy rien
lorfque l'on y a commencé les
réjoüiffance , & que le premier
Courrier de Madrid qui en étoit
party auffi- toft aprés l'acouchement
de S. M. C. n'avoit
pû rien apporter autre
chofe , finon que S. M. eftoit
accouchée d'un Prince auquel
on avoit donné le nom de Prince
des Afturies . Je crois ne
pouvoir mieux commencer l'article
qui regarde cette Naiffance
, qu'en vous envoyant une
Lettre de Madrid .
336 MERCURE
A Madrid le 29. Aouſt 1707.
•
Ze 25 de ce mois , jour de la
fefte de faint Louis , la
Reine qui
avoit bien paffe la nuit , fentit
à cinq heures du matin de petites
douleurs qui cefferent & reprirent
de temps en temps jufqu'à neuf
beures . Elles augmenterent alors
confiderablement , juſqu'à dix heures,
elles furent tres- vives de
puis dix heures jufques & compris
feize minutes & demie que fa
Majefté mit au monde un Prince
qui com le l'Efpagne de joye & de
felicitez, qui eft beau comme un Ange
& qui paroift aufi fort & aui
vigoureux que s'il avoit quatre
mois. Dans l'inftant de cet acouchement
, on envoya des courriers de
tous coftez. La Reine & l'Enfant
joüiffens
GALANT 337
jouiffent d'une fanté auJi parfaite
qu'on la peut defirer.
Madame la Princeße des Ūr-..
fins fait les fonctions de Gouvernante
de ce Prince . Le Roy def
pagne ne pouvoit confier un ani
grand depoft a qui que ce foit qui
en fut plus digne que cette illuftre
Dime
* Les Seigneurs qui ont affifté à
l'accouchement de la Reine dans
La Chambre jointe à celle du lit &
qui ont vu l'Infant dans l'inftant
de fa Naillance , font:
Le Cardinal Portocarrero.
Le Grand Inquifiteur,
L'Evefque de Gironde , Prefident
de l'Affiente.
Le Commiffaire General de la
Croifade.
Don Bogia Grand Aumoniér.
Septembre 1707 .
Ff
338 MERCURE
M
Le President de Caftille.
Le Marquis de Manfera , Prefident
du Confeil d'Italie
Le Comte de Frigiliano , cy- de
vant Prefident du Confeil d'Aragon .
Le Duc d' Aurifco, Prefident du
Confeil des Indes.
Le Duc de Veraguas , Prefident
du Confeil des Crdres .
Le Duc de Medina Cali.
Le Duc d'Abrantes ,
Le Comte de Cartaneda d'Aguilar.
*
Le Duc d'Avré.
Le Duc de Popoli.
Le Comte d'Aguillar.
Le Duc de Jovenaſſo.
Le Marquis de Canalles.
Le Duc de Montalto,
Le Duc de Montellano.
Le Marquis de Vilagaña.
GALANT 339
$
Le Marquis d'Aytona.
Le Duc de S. Jean.
Le Marquis d'Ariza.
Le Marquis de Priego.
Les Ducs d'Arcos & Baños,
Le Marquis d'Aftorga.
Le Conneftable de Caftille .
Le Duc de Medina Sidonia,
Le Comte de Benavente.
Le Comte de S. Eftevan.
Le Marquis de Caftel Rodrigo.
Le Comte de Pinto.
Le Marquis de Majorada &
Don Jofeph Grimaldo en qualité
Secretaires d'Etat .
Miniftres Etrangers .
5.3
Le Nonce du Pape.
L'Ambaffadeur de France.
L'Envoyé du Roy d'Angleterre.
F fij
340 MERCURE
L'Envoyé du Grand Duc de Tofcane
.
L'Envoyé des Cantons Suiſſes.
Les Envoyez de Modene & de
de Mantoüe.
ས
Il eft impoffible d'exprimer la
joye dont les peuples font penetrez.
Les Eglifes font remplies de gens
qui rendent graces à Dieu de ce
grand évenement ; ce ne font que
Festes & rejouifances publiques .
Mr l'Ambaßadeur de France en
a fait une magnifique qui a duré
pendant trois jours . La façade de
fon Palais eftoit richement ornée ;
les portraits du Roy , de fa Majefté
Catholique & de la Reine y ont
efté expofez avec les ornemens les
plus magnifiques . Il y avoit des
fontaines de vins qui n'ont point
difcontinués ély dep muz quo&
GALANT 34º
·
fymphonie & plufieurs tables ouwertes
, qui ont efte fervies pendant
les trois jours avec toute la magnificence
pollible,
On a fait une Proceffion Generadle
de la Paroiffe du Palais à Notre-
Dame d'Atocha , où le Roy a
affifté avec tous fes Confeils & tous
·les Tribunaux de cette Cour.›
Sa Majesté Catholique a fait
diftribuer de grandes aumofnes ,&
Elle a pardonné aux Comtes de
Palmes , de Lemos , de Monterey
& de Puno- en- Roftro , au Marquis
del Carpio , à tous les exilez, & mème
au Ducde l'Infantado qui eftoit
prifonnier au Chateau de Segovie
à condition qu'il fe retirera à une
de fes terres ; mais tous les autres
fans exception ont permiſſion de fe
rendre en cette Cour.
F fiij
342 MERCURE
S. M. a accordé la mesme grace
à pluſieurs Officiers des Confeils ,
& à d'autres qui estoient prisonniers
à Madrid , dans Alcaçar on
Chafteau de Segovie , pour avoir
manqué à leur devoir , lorfque les
Ennemis entrerent icy. Enfin S.
Ma accordé la liberté à tous les
prifonniers , excepté aux voleurs ,
aux Bohemiens , & à ceux qui
ont merité la mort .
t On a donné le titre de Prince
des Afturies au Prince qui
vient de naître , parce que ce
titre eftoit attaché aux perfonnes
des fils aînez des anciens
Rois de Caftille .
C
?
La Province des Afturies >
qui avoit autrefois Titre de
Royaume , eft une dépendance
du Royaume de Caftille. Ce
GALANT 343
(
4
petit Eftat eft remply de Montagnes
& de Rochers efcar
pez , où le cantonnerent le
refte des anciens Goths qui furent
fubjuguez par les Maures
il y a plufieurs ficcles. Ces
Mufulmans ne pûrent jamais
penetrer dans ces Montagnes ,
& cette contrée fut la feule
qui ne fubit point le joug de
Mahomet ; & ce fut là où le
vray fang Efpagnol pullula
pendant quelques fecles , &
le conferva jufqu'à ce que le
valeureux Dom Peläge , qui
avoit toûjours confervé une
petite Royauté fur ces hauteurs ,
en defcendit , & commença le
grand ouvrage de l'expulfion
des Maures , qui fut enfin confommé
fous les Regnes de Fer-
Ff iiij
344 MERCURE
dinand & Ifabelle , par les foins
du Cardinal Ximenés, 203
Je dois ajoûter ce qui fuit à
la Lettre de Madrid que vous
venez de lire. Le Roy d'Efpa
gne fic aprés les couches de la
Reine , un tres- beau Diſcours
à fon Confeil , pour luy mar
quer la raifon qu'il avoit ecë
de pardonner à tous ceux dont
vous avez veu les noms dans
la Lettre de Madrid . Ce Dif
cours fat tres touchant , & fit
admirer l'efprit & la bonté de
ce Monarque , ainfi que l'at-.
tention qu'il avoit de fe faifir
de toutes les occafions qui pou
voient luy fournir les moyens
de faire plaisir à fes Sujets de
toutes fortes d'états . Si ce Dif
cours peut tomber entre mes
GALANT 345
mains je ne manqueray pas
de vous en faire part , & je ne
doute point qu'il ne falle beau.
coup de plaifir à tous ceux qui
le liront , puifque l'on a remarqué
que ce Monarque n'a
jamais fait de Réponse publi
que , ni de Difcours dans fon
Confeil , qui n'ayent charme
tous ceux qui les ont entendus ,
Je vous en ay envoyé quelques
fois , qui ont efté admirez de
tout le monde , endog
€
Le Prince dont la Naiffance
a caufé tant de joye , "a efté
ondoyé par Dom Carlos de
Borja , Archevêque de Trebifonde
, qui faifoit les fonctions
de Grand Aumônier , affifté de
Mrs les Evêques de Girone &
d'Oviedo , Les Ceremonies ont
346 MERCURE
efté differées juſques à ce que
Mr le Duc d'Orleans puiffe fe
rendre à Madrid ; & alors il
fera nommé au Noms du Roy
Tres Chrétien , par S. A. R.
& par Madame la Princeffe des
Urfins. Cependant le peuple,
fur la premiere nouvelle de
l'accouchement de la Reine ,
eftoit venu en foule dans la
place du Palais , & le Roy pour
la fatisfaction publique , fit porter
le jeune Prince fur un Balcon
, afin qu'il pûr eftre veu de
cette foule prodigieufe , qui fais
foit retentir l'air de cris d'allegreffe
. La Lettre de Madrid
Vous a parlé de la Proceffion
qui fut faite , où tout les Con
feils affifterent avec le Royi
c'eft pourquoy j'ajouteray feu
*
GALANT 347
lement icy que le Te Deum fut
chanté dans toutes les Eglifes ,
& que l'on fit des feux dans
toutes les rues pendant plufieurs
jours. Le concours des
peuples -fut fi grand autour du
Palais pendant tous ces jourslà
, que le Roy fut obligé de
faire porter le Prince fur les
Balcons , afin qu'il fût veu de
tout ce grand peuple . La Manufacture
de Segovie voulant
eftre la premiere à faire un
preſent au Prince des Afturies,
afin de fervir d'exemple aux
autres , elle a donné mille
Varas , qui font fept cens quatorze
aunes de tres - beau Drap
bleu Turquin , difant que c'é
toit pour les langes & les maillots
de ce Prince.
348 MERCURE
Les Réjouiffances qui fe font
faites à Sarragoffe , ont elté des
plus grandes , & l'on en jugera
lorfque l'on fçaura qu'elles y
ont efté continuées pendant
neuf jours ; ce qui en fait plus,
concevoir que tout ce que je
pourrois vous en dire . Le Te
Deum y a efté chanté en prefence
de la Nobleffe & des Of
ficiers de Ville , dans l'Eglife
de San Salvador . Mr l'Archevêque
fit la même Ceremonie,
& officia Pontificalement dans
l'Eglife de Noftre - Dame del
Pilar , où Mr le Comte de Xerena
, Prefident , & tous les Of
ficiers de la Chancellerie affifterent
en Ceremonie , avec
un tres grand concours de Nobleffe.
La Ville de Burgos a fait
GALANT 349
faire fes complimens par Mr
le Connérable de Caſtille ; cellé
de Seville , par Mr le Duc de
Medina Sidonia , & par Dom
Manuel d'Arias fon Archevêque
celle de Salamanque , par
Mr le Comte de Benaventé ;
celle de Segovie , par Mr le
Comte d'Aguilar ; celle d'Avila,
par Mr le Comte de San Efte
ran. Ils ont tous fait des prefens
au jeune Prince , à titres
de langes : & il arriva les jours
fuivans des Députez des autres
Villes , qui en firent de même.
Dom Manuel d'Arias , Archevêque
de Seville , a fait de fon
chef un prefent de mille piftoles,
T
La Lettre qui fuit vous apprendra
ce qui s'eft paffé
350 MERCURE
Bayonne , à l'occafion de la
Naiffance du Prince qui eft aujourd'huy
l'objet d'un fi grand
nombre de Eeftes publiques. xi
1
A Bayonne ce 31 Aouftf
· La Reine Doüairiere d'Eſpagne
apprit le 28. par un Courrier déa
pêché exprès par S. M. C. que la
Reine fon Epoufe eftoit accouchée
d'un Prince fans prefque fentir de
douleurs , & qu'elle eftoit en tresbon
eftat , ainsi que le Prince dont
il luy apprenoit la naiffance . Cette
Princefle expedia hier deux de fes
Gentilshommes , l'un à Madrid,
l'autre à Versailles pour feliciter
le's deux Cours fur cet heureux &
important évenement , qu'elle com.
mença de celebrer dés hier , enfais
GALANT 351
1
fant faire des Illuminations dans
fon Palais , & par une triple dé
charge de noftre Artillerie ; ce qui
doit continuer pendant trois jours.
Elle fit auli hier chanter un Te
Deum en actions de graces , au
Convent de la Vifitation , où elle
affifta & elle alluma enfuite un
Feu de joye , qu'elle avoit fait
dreffer dans une Cour de ce Monaftere.
Vous connoiftrez dans l'Ar
ticle ſuivant avec quel empref
fement on continuë par tout
tes Réjouiflances qui font aujourd'huy
tant de bruit dans
toute l'Europe.
On recent à Balaguer , où
l'Armée eftoit en quartier de
rafraîchiffement , le 29 Aouft,
852 MERCUR
E
la nouvelle de l'heureux accouchement
de la Reine d' Ef
pagne. L'Artillerie eut ordre
le même jour de faire trois décharges
des tout fon Canon
& toutes les Troupes de leurs
Moufquets & Moufquetons.
On mit des lumieres fur toutes
les feneftres de la Ville de
Balaguer , & le lendemain matin
aprés avoir invité tous les
Chanoines , Preftres & Religieux
de la Ville , avec les
Alcades & principaux habitans.
Mrl'Abbé Defrabines , Aumônier
de Monfieur le Duc d'Or
leans , celebra la Meffe
commencement de laquelle il
entonna le Te Deum. On chanta
enfuite l'Exaudiat & les
Tambours , Fiffres & Muficiens
au
GALANT 353
chanterent le Domine falvam
fac Regem & aprés la Meffe ,
Mr l'Abbé Defrabines dit les
Orailons ordinaires , Son Alteffe
Royale, qui avoit ordonné
cette Ceremonie , y affifta avec
tous les Officiers Generaux, &
ceux de fa Maifon .
ab Je vous envoye un Journal de
tout ce qui a occupé la Cour de
puis fon départ de Verſailles
pour Fontainebleau , jufqu'au
30. de ce mois , & vous trouverez
ce Journal beaucoup plus
exact que ceux dont je vous ay
fait part depuis trois années ,
ayant pris des mesures pour vous
en envoyer un cette année auffi
complet que vous le pouvez fouhaiter
, & dans lequel vous puif
fiez remarquer la même exac-
Gg Septembre 1707.
354 MERCURE
titude qui fe trouvoit dans ceux
que je vous envoyois il y a quel
ques années. Je dois vous dire ,
avant que d'entrer dans ce Journal
, que vous n'y trouverez pas
que le Roy foit tous les jours
ocupé par autant de plaifirs que
le reste de la Cour en prend , S.
M. fe donnant de grands foins
aux affaires de fon Etat qui font
fon unique atachement , quoyque
( s'il m'eft permis de le dire)
Elle ne faffe point parade deſon
travail . Ce Monarque tient
Confeil Royal à l'iffuë de fa
Meffe tous les Dimanches , les
Mercredis , & les Jeudis ; S. M.
tient le Lundy Confeil de Dépêches
ou de Parties , où Elle
juge les caufes importantes de
fes Sujets, lorfque les Parlemens
GALANT 355
.
y rencontrent des difficultez; &
quand Elle le trouve intereſſée
dans ces fortes de Caufes , c'eſt
un préjugé prefque certain qu'e
Elle prononcera contre Elle
même. Le Mardy ily a Confeil
de Finances auffi - bien que
le Samedy , & les Vendredy
Confeil de Confcince , où l'on
traite des affaires Eccleſiaſtiques.
Tous ces Confeils ocupent
le Roy jufques à une heure
aprés Midi qu'il fe met à table
pour diner & S. M. les reprend
fouvent aprés le repas ;
& aprés les chaffes & les promenades
Elle travaille avec fest
Miniftres qui ont des jours marquez
pour raporter les affaires
de leurs Départemens , & les
affaires extraordinaires qui ar-
G g ij
356 MERCURE
rivent , felon la neceffité des
temps . Cependant ce Monarque
ne laiffe rien voir qui marque
ce grand travail , & l'activité
avec laquelle il s'aplique
aux affaires , & ne laiffe voir
fur fon vifage aucun mouvement
qui puiffe faire deviner
les heureux ou malheureux évenemens.
Cette égalité jointe à
toutes les graces naturelles qui
accompagnent tout ce que fait
ce Prince , caufe l'admiration
de fes Sujets , & dont les Etrangers
font toujours firemplis
lors qu'ils quittent fa Cour ,
qu'ils ne font fouvent pas crus
chez eux , lors qu'ils raportent
de bonne foy ce qu'ils ont veu,
Le 12. de ce mois fur le midi ,›
le Roy partit de Versailles pour
GALANT 357
aller coucher à Petit - Bourg ,
qui apartient à M. le Marquis
d'Antin . S. M. avoit dans fon
caroffe Madame la Ducheffe de
Bourgogne , S. A. R. Madame ;
Me la Ducheffe du Lude , Dame
d'honneur , & M la Comteffe
de Mailly Dame d'Atour.
Les Gardes du Corps , les Gendarmes
, les Chevaux Legers , &
les Moufquetaires Gris & Noirs
étoient difpofez par Efcadrons"
fur la route , pour courre les
uns & les autres à l'ordinaire ,
fçavoir les Moufquetaires devant
le carroffe de S. M : & les
autres Corps aprés le même
Carroffe. Le Roy fit trés- obli-*
geamment arrêter fon Carroffe
à Juvifi pour recevoir des corbeilles
de fruits qui luy furent
358 MERCURE
3
préfentées par M. le Prefident
Portail , qui a une maiſon en
ce licu là . S. M. reçut ces
fruits avec la bonté qui luy eft
naturelle , & Elle les prefenta
Elle -même à Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & à Madame
. Ces corbeilles étoient
accompagnées d'autres rafraî
chiffemens dont S. M. remercja
Mr. Portail, Avant que d'ar
river à Petit Bourg Elle fut
rencontrée par Mr. le Marquis
d'Antin , qui étoit venu pour
la faluer fur la route , & qui
reprit les devans pour la rece
voir à Petit- Bourg S. M. y arriva
à 4. heures , & aprés être
entrée dans l'apartement que
ce Marquis luy avoit fait pré - 1
parer, qu'Elle trouva trés beau ,
-
GALANT
359
& dont les meubles étoient magnifiques
, Elle paffa dans un
autre apartement , & Elle fe
rendit enfuite dans les jardins
qu'Elle trouva trés - bien entendus.
Comme rien n'échape
à S. M. de tout ce qui peut regarder
l'ordonnance des jar
dins , & le bon goût , Elle fit
connoître à M. d'Antin ce qu'il
pouvoit faire pour les rendre.
plus agreables , & pour profi-!
ter de l'aspect de la Seine , dont
la veuë fait une des beautez .
Au retour de cette promenade
, ce Prince travailla jufqu'à
l'heure du fouper qui fut
fervi par les Officiers de S. M.
qui s'y étoient rendus la veille .
Toutes les tables tinrent comme
à Versailles , & furent . fer-
曖
360 MERCURE
vies de même , & Mr d'Antin
n'eut la liberté que de faire
fournir toutes fortes de rafraî
chiffemens à tous les Officiers
de S. M. & à toute la fuite de
la Cour , comme il avoit fait
pendant toute la journée à tous
ceux qui étoient venus chez
Juy. Les Gardes du Corps ne
manquerent de rien , & les Gardes
Françoifes & Suiffes ne purent
vuider tous les tonneaux
de vin qu'on leur diftribua.
Le 13. le Roy entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château
, pendant laquelle plu
fieurs Muficiens que Mr d'Antin
avoit fait venir de Paris ,
chanterent un Motet qui fur
trés - bien executé . Sa Majesté
dina enfuite & elle partit à
l'iffuë
GALANT 361
Tiffuë du diné avec la mefme
faite qu'elle eftoit venue. Elle
arriva à Fontainebleau fur les
quatre heures , & Monfeigneur
& Meffeigneurs les Princes qui
avoient efté à la chaffe du loup
ce jour - là , en eftoient revenus
à l'heure que S. M. devoit arriver
, afin de la recevoir à la
defcente de fon carroffe au bas
du Fer à cheval . Sa Majeſté
travailla , felon fa coutume , qui
eft d'employer tous les foirs
plufieurs heures à fes affaires .
· ··
Le Roy alla tirer dans les
Parquets , le 14. Monfeigneur
alla à la chaffe du loup avec
Meffeigneurs les Ducs de Bourgogne
& de Berry. Sur les 4.
heures Madame la Ducheffe de
Bourgogne accompagnée de fes.
Septembre 1707. Hh
362 MERCURE
Dames , alla fe promener dans
la foreft ; elle joignit S. M. &
achfuite Monfeigneur , & ils revinrent
enſemble à l'entrée de
da nuit. Il y eut grand jeu jufqu'au
fouper , & le Roy traavailla
avec fes Miniftres .
ely cut chaffe du cert lers.
S. M. en courut deux de fuider;
Monfeigneur , Madame la
Ducheffe de Bourgogne & tous
les Princes eftoient de cette
chaffe . Cette Princeffe donna
le retour de chaffe , qui fut
grand. Elle fe mit enfuite au.
jeu avec les Princes , & le Roy
s'enferma pour travailler Monfieur
le Prince de Vaudemont
Mesrécria fort fur la beauté de
da chaffe , & fur les équipages
de chaffe de S. M qui fur-
+
GALANY 363
3
prirent beaucoup d'Etrangers.-
Le 16. le Roy alla tirer dans
les Parquets & Meffeigneurs les
Princes à Samois. Madame de
Bourgogne & fes Dames allerent
fe promener dans la forêt à cheval
, en habits d'Amazones , & au
retour elles allerent à la Comedie
. On reprefenta le Tartufe .
Le Roy reçut le 17. à fon le
ver la nouvelle d'une troifiéme
expedition faite par M. le Chevalier
de Forbin , & qu'il avoit
pris 17. vaiſſeaux d'une Flotte
Holandoife chargée d'étain ,
d'argent & de draperies. Meffieurs
le Camus eurent l'honneur
de faire la réverence à S.
M.à l'occafion de la mort de Mr
le Cardinal Evêque de Grenoble.
Le Roy & toute la Cour al-
Hh ij
364 MRRCWRE
lerent à la chaffe du Cerf , qui
fut tres -belle , & le Cerf vint
fe faire prendre auprés de la ca.
léche dans laquelle couroit
Madame la Ducheffe de Bourgogne
.
Le 18. le Roy alla tirer , &
Monfeigneur , Madame la Duchelle
de Bourgogne , Meffeigneurs
les Princes & toute la
Cour , fe promenerent en caroffe
& à pied dans le Parc &
autour du Canal . Madame de
Bourgogne prit le divertiffement
de la chaffe du Renard
dans la Bruyere d'Avon . Le jeu
Россира enfuite jufqu'à l'heure
du fouper .
Le 19. Monfeigneur , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne
, accompagnez de toutes
GALANT 365
> les Dames coururent le cerf
à la Boiffiere , & Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de
Berry allerent à la chaffe du
fanglier ; il yy eeuutt uun grand retour
de chaffe donné par Madame
de Bourgogne , & la comedie
fucceda au repas . S. M.
avoit
Myes
"
expreffement deffendu
qu'on entraft dans les vignes
pendant aucunes chaffes , de
crainte qu'on ne fit tort à la
vendange des particuliers. On
avoit appris le matin du mê ,
me jour , la mort de Mr d'A
vejan qui commandoit à Nancy.
Ses Emplois furent auffi - toft
demandez par plufieurs perfonnes
; mais S. M. en difpofa
en faveur des abfens , Elle
donna fon Gouvernement à Mr
Hhiij
366 MERCURE
le Chevalier Bauyn , ancien Capitaine
aux Gardes ; le Commandement
de Nancy , à Mr de
Valeil ; fa Grand Croix dev
l'Ordre de faint Louis , à Mr
de Laumont , & fon Cordon
rouge à Mr d'Asfeld , & S. M.
donna une penfion aux enfans
du défunt , ce qui marque.
qu'Elle eftoit contente des fervices
du défunt , puifque certe
penfion ne luy avoit point été
demandée.
Le 20. le Roy alla tirer dans
les Parquets ; Monfeigneur ,
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & Meffeigneurs les
Princes allerent à la chaſſe du
loup Les Dames eftoient fort
parées , ayant des plumets &
des cocardes uniformes . MadaGALANT
367.
me de Bourgogne eft toûjours
precedée dans toutes ces chaf
fes d'un Ecuyer qui court de
vant elle , & il y en a toûjours
deux à les coftez , & toutes les
Dames en ont un d'un cofté
& un Page de l'autre . Cette
galante troupe eft toûjours ac
compagnée d'un grand nombre
de Seigneurs Le Roy donna
une penſion , & envoya la Croix
de S. Louis à Mr Perée Dalion ,
Commandant d'un Bataillon du
Regiment de Vexin , qui a
défendu le fort S. Louis à Toulon
, avec beaucoup de valeur
& de conduite . Sa Famille eft
originaire de Touraine , & a
toûjours eſté attachée à nos
Rois , tant dans le fervice militaire
, que dans les Charges
Hhinj
268: MERCURE
de la Maifon Royale. Mr Peréc
neveu de celuy dont S. M.
vient de recompenfer le meri
te , eftant actuellement Huiffier
de la Chambre, il poffede cette
Charge de pere en fils , depuis
Louis XI.
Le Roy & toute la Cour fe
promenerent le 21. dans le
Parc , dans les Jardins & autour
du canal Les caroffes des Prin
ces, des Princeffes & des principales
perfonnes de la Cour, fui
vent dans ces promenades, & le
grand nombre de Seigneurs qui
accompagnent ce cortege
cheval , le rendent tres magnifique.
Monfeigneur alla ce jour
là à la chaffe du loup.
Le 22 Mrole Marquis de
Torcy reçût une Lettre porGALANTM
2699
F
tant que trois Galleres de Na
ples , & quatre de l'Efcadre de
Mr le Duc de Turcis , s'eftant
approchées de Gaëtte , avoient '
tiré ſi juſtement für les afficab
geans qu'elles avoient pris en
flanc , pendant que Mr le Duc
d'Escalona faifoit une fortie
qu'ils avoient efté obligez de
lever le fiege avec precipita
tion , aprés avoir perdu mille!
ou douze cens hommes. Le Roy
alla ce jour- là à la chaffe du
cerf , & les Dames qui é ?
toient de la partie , y allerent
à cheval, Me la Maréchale
d'Eltrées donna un tres - beau?
retour de chaffe à Monfeigneur,
à Madame la Duchefe
Bourgogne , à Meffeigneurs les
Princes , & aux Dames .
de
370 MERCURE
Le 25. le Roy alla l'aprefdi
née tirer dans les Parquets , &
Monfeigneur alla à la chaffe du
loup. Toute la Cour s'affemasz
bla fur les fix heures , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& les Dames eftant fort
parées , fuivirent le Roy , pour
recevoir le Roy , la Reine &%!
Madame la Princeffe d'Angle
terre, qui arriverent à 7 heures
par la Cour des Cuifines . Le Regiment
des Gardes förmoit une
double haye , & les cent Suif .
ſes bordoient l'Efcalier . ? Les 1
Balcons & les feneftres de la
Cour ovale , eftoient remplis
de toute la Cour. Le Roy les
reçût au grand degré , & donna
la main à la Reine . Les
Princeffes & les Dames étoient
GALANT 371
rangées depuis le haut du de-
3 gré jufqu'à l'Apartement de
leurs Majeftez Britaniques , qui
regne tout le long de la Gallerie
de Diane , dans laquelle
il y a un grand nombre de luftres
; cet Apartement qui en
-compofe plufieurs de fuire , étant
plus commode pour leurs
Majeftez , que le fuperbe A partement
de la Reine Mere , où
le feu Roy d'Angleterre logeoit
avec la Reine. Le Roy , la
Reine & la Princeffe d'Angleterre
y font logez feparement
quoyque les Apartemens fe
communiquent . La Galerie leur
fert de Salle des Gardes . Le
Roy ayant conduit leurs Majeftez
Britanniques dans leurs :
Apartemens , revint travailler
氪
372 MERCURE
avec fes Miniftres . Le Roy
d'Angleterre & Madame la
Princeffe fa foeur , allerent à
huit heures au jeu de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
jufqu'à Pheure du fouper. Le
Roy s'y rendit à dix heures ,
& il alla avec cette augufte
Compagnie prendre la Reine à
fon Apartement. Ily avoit trois
fauteuils au foupé . La Reine
Occupa celuy du milieu ; le Roy
fon fils celuy de fa droite , &
le Roy celuy de fa gauche. Les
bouts de la table eftoient occupez
par Madame la Princeffe
d'Angleterre , ayant la droite
fur Madame la Ducheffe de
Bourgogne, & par Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de
Berry , Madame , & Madame
GALANT 373
fa Ducgeffe d'Orleans . Monfeigneur
ne fe trouva point au
foupé , parce qu'il avoit fait un
retour de chaffe chez luy aprés
la chaffe du loup. Il y eut
Cercle aprés le foupe , & le
Cercle fini , le Roy reconduifit
leurs Majeftez Britaniques dans
leurs Apartemens
.
Le Roy d'Angleterre commença
le 14 fes vifites à neuf
heures du matin ; il alla chez
le Roy , chez Monfeigneur , &
chez Meffeigneurs les Princes .
Sa Majefte tint Confeil avant
la Meffe , afin d'avoir le temps
d'y mener la Reine d'Angleterre
, qui tint ce jour - là grande
Toilette , où fe rendirent
Madame la Ducheffe de Bour
gogne , ainfi que toutes les
374 MERCURE
Princeffes , & toutes les Dames
de la Cour. Le Roy fe rendit
à midy chez la Reine d'Angleterre
pour la mener à la Mel-
1e. Monfeigneur , & Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne
& de Berry , avoient efté le matin
à la chaffe du fanglier , &
ils eſtoient revenus pour fe trou
ver chez leurs Majeftez Britaniques
à l'heure de la Meffe .
Le Roy donna la main à la
Reine , precedez de Meffeigneurs
les Princes , & fuivis de
Madame de Bourgogne qui
donnoit la droite à Madame la
Princeffe d'Angleterre , de Madame
la Ducheffe d'Orleans ,
de Madame la Ducheffe , de
Madame la Princeffe de Conty
Doüairiere , & de toutes les DaGALANT
375
*
mes magnifiquement parées. On
palla par la Gallerie de Diane
bordée des Gardes du Corps &
des cent Suiffes , & remplie d'un
fort grand nombre de Seigneurs
& de Courtifans , aux travers
defquels leurs Majeftez pafferent
pour ſe rendre à la Tribune
, où Elles entendirent la
Meffe . Cette nombreuſe &
brillante Cour , ainfi que la
beauté de la Mufique du Roy
fufprirent Madame la Princefle
d'Angleterre qui n'eftoit point
encore venue à Fontainebleau.
Quoyque plufieurs des Seigneurs
Anglois qui ont l'honneur
de fuivre leurs Majeftez ,
y fuffent venus plufieurs fois ,
cette magnificence leur parut
toûjours nouvelle , & ils ne
376 MERCURE
il ne
purent s'empêcher de fe récrier ,
que fi leurs Majeftez Britaniques
partoient de Londres dans l'éclat
de leurs plus grandes profperitez
pour venir voir le Roy
Roy
o
feroit pas polible qu'on les reçut
avec plus de Majesté & de gran-
- deur, & que ce qui les furprenoit
encore d'avantage , eftoit que depuis
qu ' Elles eftoient en France , cela
ne s'eftoit jamais dementi un feul
moment , & qu'il leur paraisoit
au contraire que la generofité du
Roy augmentoit tous les jours à
Leur égard, La Cour ne s'aperçut
pas comme eux de cette reception
, eftant accoutumée à
voir fans ceffe les manieres obligeantes
du Roy. Comme il y
cut ce jour- là grande chaffe
du cerf dans la partie de la
GALANT 377
*
ह.
foreft appellée la Boiffiere , le
Roy dina a fon petit Couvert ,
& leurs Majeftez Britaniques
chez Elles . On partit à deux
heures pour cette chaffe , le
Roy feul dans une Caleche , le
Roy d'Angleterre dans une autre
, & Madame de Bourgogne
dans une troifiéme , vêtue en
Amazone , ainfi que toutes les
Dames qui fuivoient dans d'autres
Caleches . Le Roy d'Angleterre
monta à cheval au
Rendez - vous . La fuite eftoit
nombreuſe , & l'on en peut juger
par le nombre de chevaux ,
puifqu'il en fortit cent foixante
& dix - fept de la petite Ecurie
du Roy , fans ceux qui
fortirent de la Grande , fans
ceux de toute la Vennerie , &
2
Septembre 1707 .
Li
378 * MERCURE
是
*
fans ceux des Seigneurs qui
avoient ſuivi. Le Roy d'Angleterre
& la Princeffe fafoeur,
en furent furpris , & donnerent
à leur retour des marques de leur
étonnement . Cette Princeffe
n'eut que le temps de s'habiller
pour aller à la Comedie.Onjoüa
le Cinna, Le Cercle y fut fort
magnifique , & toutes les Princeffes
& beaucoup de Dames y étoient
brillantes de pierreries . Il
y avoit fept fauteuils de rang,
où eftoient le Roy d'Angleterre
& à fa droite Madame
la Princeffe fa foeur , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
Madame , & Madame la Ducheffe
d'Orleans : & Sa Majesté
Britannique avoit à fa gauche
Monfeigneur , & Monfeigneur
12
हैं
>
GALANT 379
*
le Duc de Berry. Madame la
Ducheffe Madame la Princeffel
de Conty , & toutes les
autres Princeffes & Damess
formoient le Cercle , juſqu'à
l'Orquefte. Le fouper fuivit ce
divertiffement , & les rangs y
furent obfervez comme le jour
précedent. Ileft impoffible de
voir plus de pierreries enfemble
, que celles qui fervoient de
parure à cette augufte Compagnie
, qui reconduifit à l'iffue
du fouper leurs Majeftez
Britanniques dans leurs Appartemers.
* Le même jour Mr Clement
arriva d'Elpagne & il parut
fi reconnoiffant des bons traitemens
qu'il a receus à Madrid ,
qu'il ne ceffa point de parler,
Ii u
380 MERCURE
en ferloüant de la politeffe &
de la cordialité des Grands
d'Efpagne , de Monfieur le Cardinal
Portocarrero , & de tous
les Seigneurs. Il parla auffi
beaucoup de la joye extrême
que reffentoit la Nation d'avoir
un Prince , & des Réjoüiffances
extraordinaires qui
ont efté faites , & qu'il avoit
trouvées par tout fur la route,
jufqu'à la derniere Ville de la
frontiere .
Le 25. leurs Majeftez Britanniques
allerent incognito le
matin entendre une Meffe à la
Chapelle , & retournerent chez
Elles . Le même jour à midy,
-le Roy alla aprés le Confeil ,
prendre la Reine pour aller à
la Meffe , où l'on alla dans le
#GALANT 38s
même ordre que le jour précedent
, & où le même concours
fe trouva. Leurs Majeftez
dînerent enfuite au grand
Couvert du Royoù toute
la Famille eftoit. Il y eut
l'aprés dînée une promenade,
où toute la Cour parut magnique.
Cette promenade le fit
dans les Jardins & autour du
Canal , où l'on vit la Chaffe
des Cormorans. Tous les Caroffes
de la Cour fuivirent ceux
de leurs Majeftez , qui estoient
dans le même Caroffe. Il y ent
auffi un grand nombre de Seigneurs
& de Courtifans à cheval.
On joüa enfuite chez
Madame la Ducheffe de Bourgogne
; ce jeu fut fuivi du foupé
au grand Couvert.
382 MERCURE
Vous trouverez à la fin de
ma Lettre , la fuite de ce Journala
vii qovung 20ei nois)
Ne m'eſtant pas affez étendu
dans l'article que vous avez
trouvé dans ma Lettre , touchant
l'accouchement de la
Reine d'Espagne , fur les feftes
qui fe font faites à Madrid à ce
fajet j'ay crû devoir reprendre
cet article , afin que l'on
nly pût rien fouhaiter. Les
feftes y ont duré douze jours ,
toutes les maifons de la Ville
onts cfté illuminées pendant
tout ce temps - là avec de la
cire blanche ; on y a fait des
feux de joye devant toutes les
portes , aufquels on peut don
ner le nom de feux d'artifice ,
les moindres artiſans n'en ayant
GALANT 383
point fait qui n'en fuffent accompagnez
de plus ou de moins,
felon leur pouvoir. Il y a des
Lettres qui portent que Madrid
paroiffoit toutes les nuits
unMont-Ethna,à caufe des feux
& des flammes qui en fortoient,
Il y avoit pendant le jour di
Ily
verfes Quadrilles de marques,
qui alloient en cavalcade par
la Ville. Tous les Corps de
Métiers ont fait faire des Pric
res publiques , que l'on appelle
Feftes en Espagne , & qui le font
en effet , à caufe de la magnificence
avec laquelle on décore
les Eglifes i de la grande quantité
de lumieres que l'on y mers
du grand nombre de perfonnes
qui s'y trouvent , ainfi que de
la Mulique , accompagnée d'un
384 MERCURE
grand nombre d'Inftrumens , &
de la Symphonie que
rend tout le jour,
l'on y ena
On a remarqué que Madame
la Ducheffe d'Offone s'eft extrémement
diftinguée tant dans
ces fortes de feftes d'Eglife ,
que dans celles qu'elle a données
tant dedans que devant
fon Hoftel. Elle eft niéce de
Mr le Connétable de Caſtille ,
Mayordome Mayor , que l'on
a veu icy Ambaffadeur Extraordinaire
, pour venir remercier
le Roy de la part de la Junta ,
& de toute l'Espagne , de leur
avoir donné pour Roy , Monfeigneur
le Duc d'Anjou . Il
s'acquitta de cet Employ d'une
maniere digne de fa naiffance
& de fa magnificence , & digne
de
GALANT
385
de toute la
Monarchie d'Efpagne
. Auffi reçut - il icy tous
les honneurs que
meritoient fa
perfonne & fon Employ. Madame
la Ducheffe d'Offonne ,
qui eft une des plus belles &
des plus parfaites perfonnes de
la Cour d'Espagne , donna chez
elle , en l'ablence de Mile Duc
d'Olonne , qui
commande en
Andaloufie , & qui n'a jamais
quitté le Roy fon Maistre depuis
qu'il le vint trouver en
France , que pour
l'Employ
qu'il occupe
prefentement :
Madame la
Ducheffe d'Offone ,
dis - je , donna une fefte des plus
magnifiques
. Il y eut une grande
illumination , de
continuels
feux
d'artifice
, un grand repas ,
& un grand bal qui dura toure
Septembre 1707. Kk
386 MERCURE
la nuit . Toutes les perſonnes
de diftinction le font auffi fignaqu'elles
ont
données , & le peuple les a fuivis
de bien prés. Ce même peuple
ayant demandé avec de
grandes inftances , une feste de
Taureaux , & la dépenſe en
Jeftante fort grande , le Roy a
cu de la peine à y confentir ;
mais il s'est enfin rendu à l'empreffement
de les fidelles Suejets
, & aux inftantes prieres
sde la Ville de Madrid , qui a
Brenouvellé les demandes pour
en obtenir la permiffion. Quoy
que la Reine le porte tres bien .
on ne laiffera pas d'attendre
encore quelque temps , afin
nqu'elle foit encore plus en eſtat
de jouir de la veuë de ce grand
alées dans lesfont
GALANT 387
40
fpectacle.
1039
Je dois ajoûter icy à ce que
je vous ay déja dit des dons
qui ont efté faits en confideration
de la Naiffance du Prince
des Afturies , que les Evêques
& le Clergé de Leon & d'Ofma
, ont envoyé au Roy d'Efpagne
deux mille piftoles à
caufe de la Naiffance du Prince ,
& plus de quarante - deux mille
Ecus de Don gratuit . S. M. C.
a donné à Made Bervvick le
Domaine des Villes de Liria
& de Xerica dans le Royaume
de Valence , en titre de Duché
, & la Grandefle de la
premiere Claffe , hereditaire
par celuy qu'il luy plaira de fes
enfans. Ainfi l'on peut dire , en
faifant reflexion fur les diffe-
K kij
388 MERCURE
rens Dons que S. M. C. faic
tous les jours , qu'il fuffit de la
bien fervir , pour ne manquer
jamais de bien ni d'honneur .
Comme j'ay commencé à
vous donner la Campagne de
Mile Maréchal de Villars par
Lettres , je crois devoir continuer
de même , afin que cette
fuite de Lettres mifes enfemble ,
renferme toute cette Campagne
, écrite par un Officier qui
ne mande rien que de veritable,
& dont il a efté témoin.i
Au Camp de Raftadt le 31 .
Aouft .
L'armée du Roy ayant confommé.
tous les fourages qui eftoient entre les
rivieres d'Alb & d . li Mwg , Mr
GALANT 289
le Marefchal de Villars réfolut de
venir fe placer derriere Raftadt ,
mais comme les armées eftoient à la
demie portée du Canon , & les poftes
à la portée du pistolet , on n'avoit
pas attendu le moment de la marche
pour préparer une retraite affez
difficile , ayant à paffer une riviere
qui aprés les grandes pluyes n'eft
guéable en aucun endroit , & deux
autres défilez affez facheux,
Pour offer donc à l'Ennemy toutes
connoiffances non feulement da
jour , mais du temps que l'armée
auroit à marcher , en arrivant au
Camp de Gotzau , Mr le Maref
chal fit faire neuf ponis fur l'Alb
& plufieurs fur les autres ruiffeaux
qui pouvoient embarafler la marche.
On renvoya le's gros bagages
cinq ou fix jours auparavant fous
Kk iij
390 MERCURE
prétexte de faire durer les fourages
plus long-temps , & la nuit du 28.
au 19. l'armée repaſſa toutes les
rivieres fans que l'Ennemy s'en ap
perçut , on je mit en bataille
dns la plaine de Mulberg , où l'on
fit une trés- longue balte pour voir
fi l'Ennemy voudroit chercher une
affaire generale , & fur les deux
heures aprés midy ne voyant paroitre
perfonne , l'armée campa la
droite à Rupenheim , & la gauche
à Raftadt ; nos Houffars prirent
bier le Comte de volbran Adjudant
General de l'Empereur à la tefte
de leur armée qui eft venue camper
à Eflingen. Depuis fix femaines.
nous leur laiffons toujours un pays
ruiné, nous nous donnons ceux qui
font pleins de fourages. Leur Ca.
valerie ne fubfifte que des avoines,
GALANT : 39t
qu'on lui donne régulierement.
Cette Lettre fait fi bien voir
que la tefte de Mr le Marefchal
de Villars n'agit pas moins dans
tout ce qu'n fait , que fa valeur,
lorfqu'il s'agit de combattre.
Ainfi ne vous en pouvant rien
dire que vous ne puiffiez vous
dire vous mefme , je paffe à une
autre Lettre.
Au Camp de Raftadt le s .
Septembre.
Depuis quatre ou cinq jours nos
Partys de Houfards ou d'Infanterie
ont pris plus de 150. chevaux
aux ennemis, Les armées font toùjours
dans les mefmes fituations .
Celle du Roy à Raftadt fur la riviere
Kk iiij
392 MERCURE
de Marg, où nous fommes dans l'abondance
des fourages , & l'armée.
Imperialle à Etlingen où nousfea
vons qu'elle en a tres peu. Le Ma
de Bareith partit avant hier pour
retourner dans fes Etats , & l'on
attend Electeur d'Hanovre dans
cette femaine. Le Duc de Virtemberg
a raffemblé un Corps d'armée
derriere les montagnes noires , &
pouffe quelques détachemens dans la
vallée de la Quinche .
On a appris depuis cette Lettre
que Mr le Duc de Wirtemberg
s'eftoit rendu maître
Chateau d'Hornberg , où il
a fait plus de cent prifonniers ;
mais comme Mr de Villars en
a fait beaucoup cette campagne
, il a efté facile d'en faire
GALANT 393
une échange . Ainfi ils ont plus
de chagrin du grand nombre de
chevaux qui leur ont efté pris
depuis l'ouverture de la Campagne
, que de joye de la prife
du Chateau d'Hornberg.
Du 19. Septembre .
Les Ennemis attaquerent il y a
deux jours un pofte que nous avons
dans le village de Candel , de l'autre
cofté des lignes , qui n'est qu'un
mauvais cimetiere ; ils y ont eu
beaucoup de gens tuez , & ils fe
font retirez honteufement . Ce cimetiere
eftoit deffendu par un Lieutenant
des Troupes de Baviere avec
vingt hommes. Mr le Duc d'Hanovre
a joint l'armée Imperiale depuis
deux jours , il a efle falué
Jon arrivée par une triple décharge
394 MERCORE
de 70. pieces de canons , & il a
amené environ deux mille hommes
de Troupes Prußennes. Le lende
main de fon arrivée il tint un grand
confeil de guerre dont le réfultat ne
nous embarraffe pas beaucoup. Nous
fçavons que les Ennemis vont au
fourage à douze lieues de leur camp.
Nous en avons pour juſqu'à la fin
du mois , & nous n'avons encore efté
qu'à cinq petites lieuës.
On apprit par un Courrier
parti le vingt - quatre du mefme
Camp de Raftadt , que Mr d'Hanovre
n'avoit encore rien entrepris
; mais qu'il continuë à
fe vanter , & à menacer beaucoup
, fans étonner Mr le Marefchal
de Villars , qui ne craint
rien de fes projets.
GALANT 395
Mr le Duc de Noailles entra
dans la Cerdaigne Espagnole le
matin du 12. de ce mois, & dans
Puicerda qui en eft la Capitale,
le foir du mefme jour. Il y avoit
dans la Ville environ 300. hommes
, tant Cavalerie qu'Infanterie
, qui en fortirent trois qu
quatre heures avant que nos
Troupes y entraffent . L'entrée
des Troupes dans Puicerda produit
un avantage confiderable,
puifqu'outre qu'elle leur a donné
lieu de s'approcher de Mr
le Duc d'Orleans , elles vivront
aux dépens de la Cerdaigne Efpagnole
, comme elles viennent
de faire aux dépens du Lampourdan
.
A peine la fievre de Monfieur
le Duc d'Orleans cut elle
396 MERCURE
-
ceffé , & dont S. A. R. a efté
quitte pour trois accés , que ce
Prince qui fouhaitoit depuis
long temps avec beaucoup
d'impatience de fe voir devant
Lerida pour en faire le fiege
refolut de partir le 11. de Bala
guer , pour le rendre le lendemain
devant cette Place , qui
fut inveſtie auffi - toft aprés fon
arrivée ; mais les grandes pluyes
qui tombent ordinairement dans
les montagnes , ayant groffy la
Segre fur laquelle il avoit un
Pont , & ce Pont ayant efté
rompu par la rapidité de l'eau ,
on auroit efté obligé de décamper
, parce que l'armée eftoit
feparée des deux coftez de la
riviere , fi heureuſement cette ri
viere n'euft baiffé , & fi l'on n'eut
GALANT 397
repris toutes les pieces du Pont,
avec lesquelles on le racomoda.
Il y a lieu de tout efperer de la
- vigilance de S. A. R qui pendant
tout le quartier de rafre
chiffement n'a pas voulu perdre
de veuë la conqueste qu'Elle
s'eft proposée de faire , & qui
a mieux aimé faire preparer
elle-même toutes les chofes neceffaires
pour ce fiege que
d'aller
prendre du repos en attendant
l'ouverture de la campagne
d'Autonne . Mr le Comte
d'Egmont qui fervoit dans l'armée
de ce Prince › y eſt mort
15. de ce mois. le
Depuis ma derniere Lettre ,
les deux armées de Fland cont
décampé trois fois chacune ,
fans qu'il le fo.t paffé ren de
398 MERCURE
confiderable dans ces décampemens
, & l'on peut dire avec
juftice queM de Vendome s'eft
acquis beaucoup de gloire par
tous les mouvemens qu'il a fait
faire à ces Troupes qui ont
toujours efté faits fort à propos
, puifque jugeant bien que
toutes les marches du Duc de
Marlborough ne tendoient qu'à
fe pofter de maniere qu'il puit
affieger Nieuport fans qu'il pût
eftre fecouru , à moins qu'on
ane luy livraft combat , & Mr de
Vendome , par une fage prévoyance
, par une vigilance
extreme , & par le moyen de
les Efpions , dont il reçoit des
nouvelles à tout moment, a rompu
toutes les mesures d'un General
heureux , vif , & entre-
*
GALANT 399
(2
prenant , ce qui augmente la
gloire de ce Prince , qui par les
raifons que je viens de dire , a
fait faire à Mr de la Motte tous
les mouvemens neceffaires pour
rompre les mesures du vigilant
Anglois dont je viens de parler .
Mr de Vendôme avoit plus fait
Sencore. Il avoit fait jetter des
Troupes dans le Fort de la Kenoque
, & il en avoit encore de
toutes preftes pour occuper les
Dunes , & tous les Poftes qui
pouvoient rendre l'entrepriſe
fur Nieuport tres- difficile , &
même impoffible , felon le jugement
de plufieurs . Voila ce qui
s'eft fait pendant tout le mois ,
ce qui a coûté des foins continnels
aux deux Generaux , &
qui ne rend pas moins fameux
400 MERCURE
ceux qui réuffiffent en parant
par leur fçavoir , les coups qu'on
leur veut porter , que feroit le
gain d'une Bataille ou toutes les
Troupes auroient part , au lieu
que des mouvemens pareils ne
font fouvent dûs qu'àleur bonne
conduite& à leur experience.
Il y a eu deux Réjouiffances à
l'occafion de la Naiffance du
Prince des Afturies , la premiere
s'eft faite à Tournay , où l'on
chanta le Te Deum dans l'Eglife
de Nôtre Dame. Il y avoit deux
Dais dans le Choeur ; l'un pour
Monfieur l'Electeur de Baviere ,
& l'autre pour Monfieur l'Electeur
de Cologne, qui officia Pontificalement
. Toute la Cour de
S. A E. de Baviere , avec un
grand nombre d'Officiers , affifta
GALANT 401
à ce Te Deum , après quoy on fit
une triple décharge dans les
trois lignes de l'Armée , ainfi
que de toute l'Artillerie de la
Citadelle . Mr de Vendôme ne
fortit pas de fon Camp , dont il
ne s'éloigne jamais à caufe des
frequens Elpions qui luy viennent
, & des Courriers du Partifan
Jacob , qui eft prefque
toûjours à vûë des Ennemis avec
300. Dragons , fans les apprehender
. Če Prince a fait relever
les Lignes de Commines.
Les fecondes Réjouiffances
dont je viens de vous parler fe
font faites à Lille , où S. A , E..
de Cologne a auffi officié , &
elle a donné à cette occafion ,
une grande Fefte à fa Maifon de
Campagne. Il s'eft paffé depuis
Septembre 1707.
LI
402 MERCURE
ce temps - là une action affez
confiderable entre deux partis .
Je ne vous en dis rien icy , puifqu'il
eft parlé de cette action
dans la fuite du Journal de Fontainebleau
, que vous trouverez
à la fin de ma Lettre.
J'aurois bien des chofes à vous
dire des affaires de Mer , s'il mes
reftoit affez de place & affezyder
temps pour vous en parler avecétenduë.
L'Efcadre de Mr du
Guay- Troüin a fait quatre prifes
, qui font un Baſtiment Hollandois
de 30. Canons chargé de
ris , de papier , de 17. balles de
foye , & de quelques autres mare
chandiſes , le tout eftimé
60. mille écus ; deux autres Bâ
timens Hollandois , l'un de 25o..
& l'autre de 180 tonneaux char
GALANT 403
res
gez de fucre , venant de Suri
nam ; la 4 prife , eftoit une re
prife Françoife chargée de fell
venant de Cadix . L'Extrait qui
fuit & qui eft tiré d'une Lettreb
de Dunkerque , vous apprendra
que lorfque des Galleres font
commandées par de braves , &
experimentez Capitaines , elles
peuvent prendre des Vaiffeaux ™
bien garnis d'hommes & de ca ~
nons , & bien deffendus .
Les fix Galeres de Dunkerquer
ayant trouvé le quatrième de Sep
tembre , à la hauteur d'Harvick
une petite Flotte de douze vaiffeaux
Charbonniers qui faifoient route de
ce pays vers la Holande , convoyée
par une Fregate percée pour vingtbuit
canons , n'en ayant que vingt-
Llij
404 MERCURE
fix de montez Ilfaifoit peu de vent,
mais cependant affez pour que la
Flote prit la fuite & leConvoy aulis
mais nos Galeres les eurent bientôt.
joints . Elles attaquerent le Convoy
qui fe deffendit tres - bien . La premiere
bordée tua au Chevalier de
Langeron qui montoit la Commandante
, trois Turcs , trois Forçats ,
& trois Soldats , & quelques- uns
au Chevalier de Fontet quatrième
Capitaine. Les Galeres , avant
que de pouvoir aborder , furent tellement
incommodées , que la Commandante
eut trente - neuf hommes
tuez ou bleffez, & Mr de S. Martin
Enfeigne eft du nombre des premiers.
La troifiéme Galere , qui eft
commandéepar Mr le Chevalier de
Levy , aborda, & enfin enleva la
Fregate , qui s'eftoit deffendue à
GALANT 405
merveilles pendant prés de deux heures.
Nous avons eu dans cette action
quarente -fept hommes tuez ou
bleffez, fçavoir trente - neuffur la
premiere Galere , & huit feulement
fur les cinq dernieres . Elles entrerent
dans la Rade le feptième avec
leur prife. Cette action dura depuis
neuf heures jufqu'à onze du foir.
Le 6. il entra aufi dans le Port
un petit Corfaire de douze canons »
nommé la Faloufie , qui eftoit forti
de ce même Port . Il amena un petit
Corfaire Fleinguois de fix pieces
de canons qu'il avoit pris.
J'aurois de quoy faire un
grand article , fi je vous parlois
aujourd'huy de toutes les expeditions
faites par Mr le Chevalier
de Forbin depuis le glo-
N
406 MERCURE
rieux avantage qu'il remporta
au commencement de la Campagne
fur plufieurs vaiffeaux
Anglois. Les expeditions , dont
j'aurois à vous parler , regar
dent les prifes faites fur les Flotes
Angloifes & Holandoifes qui
alloient à Archangel , & fur la
Flote d'Hambourg ; mais comme
l'on n'en a point de nouvelles
à droiture , je crois devoir
attendre pour en parler
Relations qui viendront de fa
Flote , & il y a lieu de croire
que les avantages qu'il a remportez
font encore plus confiderables
que l'on n'a publié ,
puifque n'ayant cfté rapportez
que par les Ennemis melme , ils
les auront beaucoup diminuez.
On doit remarquer que Mr
les
GALANT 407
1
Le Chevalier de Forbin avoit
en partant deux vaiffeaux de
plus , qui ont efté feparez par
la tempefte. Ces deux vaiffeaux
font le Fidelle & la Dauphine
commandez par Mr de Roque
feuille , & par Mr. le Chevalier
Hennequin . Ils n'ont pas perdu
leur temps , puifqu'ils font revenus
à Dunkerque avec une
prife Angloife venant des Indes
Orientales , leftée de falpêtre ,
& chargée de riches marchandifes
, eftimée plus de deux cens
mille livres
Je ne dois pas finir cet Article
de Marine , fans vous entretenir
d'une affaire qui s'y
vient de paffer. On a fçû par
des Lettres de Breft , que l'on
y a rendu juſtice à un homme
408 MERCURE
7
reconnu pour Brave depuis
long temps , ce qui a fait beaucoup
de plaifir à quantité de
perfonnes de diftinction . Mr le
Comte d'Arquien , Commandant
cy- devant le Bourbon ,
ayant appris à fon retour en
France , que quelques mal- intentionnez
avoient répandu des
bruits defavantageux touchant
l'action qui s'eftoit paffée au
mois de Mars dernier , entre
deux Vaiffeaux Hollandois &
le fien
par lefquels il a eſté
pris aprés un rude combat , a
fait fupplier le Roy de luy accorder
un Confeil de Guerre.
Il l'a obtenu , & aprés une ample
information des circonftances
de cette action , & le té
moignage même des Ennemis ,
il
GALANT 409
il a reçû du Confeil toute l'aprobation
qui eft deuë à fa conduite
.
Je vous tiens parole
> & je
vous envoye la fuite du Journal
de Fontainebleau , dont le
commencement a dû vous faire
plaifir.
>
Le 26. leurs Majeftez entendirent
la Meffe à midy , comme
les jours précedens toutes
chofes eftant difpofées de même ;
& Elles mangerent à leur petit
Couvert , à caufe des habits de
Chaffe dont les Dames eftoient
revétuës dés le matin , & qui
ne conviennent pas au grand
Couvert. On alla enfuite à la
Chaffe du Cerf , dont le Rendez
vous eftoit aux fentiers.
d'Avon . Elle fut tres belle ,
Mm Septembre 1707.
410 MCRCURE
& on y courut en Caleche , ainfi
qu'à la précedente Chaffe.
Ceux qui ne connoiffent pas
l'attention du Roy à rendre
" tout facile feront furpris
que l'on courre le Cerf en
Caleche : mais leur eſtonnement
ceffera , lors qu'ils fçauront
que Sa Majesté a fait
faire une infinité de routes "
dans la Foreft où l'on peut
courir comme dans les plus
belles allées . Les Princeffes
avant à leur retour demeuré
qelque temps chez elles , elles
fe rendirent à un grand retour
de Chaffe , donné par Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Ceux qui furent de ce retour
de Chaffe eftoient le Roy d'Angleterre
, Madame la Princeife
GALANT 411
fa foeur , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de
Berry , Madame de la Valliere ,
Madame de la Vrilliere , Madame
la Ducheffe de Lorge
Madame de Mailly , une Dame
Angloife , Madame de Duras ,
& Madame de Beaumanoir. La
Reine d'Angleterre avolt fait
quelques vifites pendant la
Chaffe. Les Princeffes quitterent
leurs habits de Chaffe ,
pour le rendre au fouper du
Roy en habits ordinaires , où
toute la famille Royale fe raffembla.
On appric ce jour- là
que la Tranchée devoit eftre
ouverte le 19 , de ce mois devant
Lerida . On apprit auffi que
les Ennemis ayant envoyé un
Mmij
412 MERCURE
party de 650 chevaux pour
paffer la Sambre , fous la conduite
d'un
afin de ta fameux Partifan
de
homde
penetrer
dans
l'Artois
, Mr de Tournefort
avoit marché
avec une troupe
de Cavalerie
de même force ;
avoit attaqué
ce party & mis
en déroute
, ayant tué 70 .
mes , & pris une centaine
, dont
le Partifan
eft du nombre
. On
reçut auffi des Lettres
de Piemont
, qui portoient
que Monfieur
de Savoye
avoit voulu
furprendre
Suze ; mais comme
le Chateau
est tres bon &
qu'il y avoit des Troupes
à
portée
d'entrer
dans la Ville ,
on ne crut pas que
prife de Monfieur
de Savoye
put reüfir.
>
l'éntreGALANT
413
Le Roy donna le 27 le Gouvernement
d'Orleans , de l'Orleanois
, Blaifois & Amboife
, vaccant par la mort de
Mr le Marquis de Sourdis
Mr le Marquis d'Antin . Monfeigneur
, & Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berry
ont efté à la Chaffe du Loup,
& il y en eut un de pris en
deux heures : Ils en coururent
un fecond. Le Roy dîna à fon
à fon petit Couvert , & leurs
Majeftez Britanniques dînerent
chez Elles . Les deux Rois
allerent au fortir de table , tirer
dans les Parquets . La Reine ,
& Madame la Princeffe d'Angleterre
receurent le foir vifite
chez Elles. Ce même foir , le
Bourgeois Gentilhomme fut ·
Mm iij
414 MERCURE
repreſenté avec tous fes ornemens
; & l'on avoit fait exprés
venir à Fontainebleau tous les
anciens Danfeurs qui eftoient
autrefois des divertiffemens du
Roy , & dont la plufpart ont
danfé à cette Piece , la premiere
fois qu'elle fut reprefentée
devant Sa Majefté à
S. Germain en Laye . Le Ballec
qui avoit efté remis par le
fieur Pecourt , fut trouvé tres
beau & tres-bien executé. Les
voix plurent beaucoup , & ce
divertiffement , dont les habits
convenables au fujet , eftoient
tres propres , parut complet.
L'on prit beaucoup de plaifir
à entendre les Airs Efpagnols
qui furent chantez . Le Roy
& la Princeffe d'Angleterre
GALANY 415
F
fe divertirent beaucoup , ainfi
que la nombreuſe affemblée
qui fe trouva à ce fpectacle . A
l'heure du foupé , le Roy alla
prendre la Reine d'Angleterre
chez elle , & l'on foupa au
grand Couvert ; les Princeffes
eftoient parées à leur ordinaire
, excepté que les Gar
nitures de pierreries eftoient
differentes.
;
La Meutte de Monfieur le
Comte de Toulouſe chaffa
feule le 28. & ce Prince fe
trouva à cette chaffe où il va
fouvent , ainfi que Monfieur le
Duc qui chaffe auffi tres - fouvent
avec fa Meutte . Monfeigneur
le Duc de Berry alla tirer
; la Meffe fe dit à midy à
l'ordinaire , & leurs Majeftez
Mm iiij
416 MERCURE
dinerent au grand Couvert . On
alla l'apréfdinée promener à
Franchart , Madame la Princeffe
d'Angleterre ayant defiré
de voir le defert de cet
Hermitage qui eft un des plus
folitaires qu'il y ait au monde ,
& d'une beauté qui fait fouhaiter
à tous les curieux de le
voir . La promenade fut des
plus galantes . Le Roy , la Reine
d'Angleterre , Madame la
Ducheffe d'Orleans Doûairiere
, & leurs Dames d'honneur ,
eftoient dans le mefme Carroffe .
Le Roy d'Angleterre , Monfeigneur,
Meffeigneurs les Princes
, Madame la Princeffe d'Angleterre
, Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & toutes les jeuGALANT
417
ext
12
nes Dames de la Cour'eftoient à
cheval en habit d'Amazones
avec des plumets & des cocardes
au Chapeau ; leurs habits
eftoient magnifiques. Toute
cette troupe accompagnoit le
Carrolle de S. M. avec un
grand nombre de Seigneurs &
de Cavaliers . Aprés qu'on fe fut
promené aux environs de Franchart
, on trouva dans le Salon "
que la Reine a fait baftir fur
le haut d'une efpece de precipice
dont la vûë eft tres - agreable
, une colation ſervie en Ambigu
, qui y avoit efté preparée
par les Officiers de S. M.
Cette galante troupe ne revint
qu'à l'entrée de la nuit . On
joua au retour , & on foupa
enfuite au grand Couvert , où
418 MERCURE
les Dames eftoient parées à
l'ordinaire .
Leurs Majeftez allerent le
29. à la Meffe à midy à l'ordinaire
. On apprit ce jour- là
l'arrivée de M le Chevalier de
Forbin à Breſt , avec les prifes
dont on a déja parlé. Il en a
envoyé une tres - belle Relation
au Roy , qu'il finit en aſſurant
S. M. qu'il y a amplement dequoy
la dedommager des frais de
l'armement , & dequoy en faire
un autre tres- confiderable.
Leurs Majeftez dînerent à leur
petit Couvert , & allerent l'aprefdînée
à la chaffe du cerf
en Caleche . Le rendez - vous
eftoit à la Croix de Monfervel .
11 y eut enfuite un retour de
chaffe qui fut donné
par MaGALANT
419
dame la Ducheffe de Bourgogne
, où fe trouverent le Roy
d'Angleterre , Madame la Princeffe
fa foeur , Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berry
, & les Dames . La mefma
Compagnie alla le foir voir une
Reprefentation de la Tragedie
de Mithridate . Toute cette augufte
troupe foupa le foir au
grand couvert de Sa Majesté .
On apprit ce jour - là la
mort de M. le Comte d'Egmont ,
qui fervoit en Espagne , & qui
laiffe cinquante mille livres de
rente à fa veuve.
Je vous envoyeray le mois
prochain , la fuite de ce Journal.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit le Feu, Ceux qui
420 MERCURE
l'ont trouvé font Mrs Favier ;
Berthelot ; Tegor , de la rue
de la Cerizaye; Mylord des Roches
; Chauxpain ; Berkenhead,
Maistre d'Hoftel Anglois ; Jacques
le Crenés de la Ville du
Mans ; Jean Bigot ; René Aubin
, de la rue Trouffe - vache ;
René Augoüillan du College
de Beauvais ; François Jean-
Baptifte Tribuot ; Jofeph David
du Bois ; le Voilin du Dieu
des Eaux ; Batouchat ; le Solitaire
Que - Mine , & fon Amy
Darius , le Berger Muficien , &
& le petit bon - homme Eftienne
; le Marin de Romont en
Suiffe ; un penfionnaire de M
Thomas , qui l'a expliquée en
vers Latins , & le Chevalier
des Avantures en vers François;
GALANT 421
Me la Prefidente de l'Election
de Chaumont & Magny ; Miles
Finette Mignogne ; la plus jeune
des belles Dames de la ruë
des Bernardins ; la Solitaire de
la rue aux Feves ; la belle
Blonde , de Rennes ; la Brune
d'Argenteuil ; la belle G. T.
de la rue M. La Dame fans
Medecin ; la derniere des trois
Soeurs des C. La groffe Mere
& fa Soeur de la ruë S. Jacques.
du
L'Enigme que je vous envoye
eft de Mr l'Abbé Heral
Vialar du Tarn , en Roüergne.
ENIGM E.
Je fuis dés ma naiſſance , enterrẻ
¨juſqu'au cou ,
Fay foif fort rarement , mais toù.
jours gueule ouverte ,
422 MERCURE
Dans mon ventre affamé plus d'un
fot & d'un fou,
Sans me raffafier ont rencontre lear
perte.
Suivant un Proverbe afite ,
On tire de monſeinſouvent la verité.
Je n'offre à quiconque m'aborde ,
Qu ' Abyme , Chaines , Fers , Roüe ,
Potence & Corde ;
Toujours pourtant chez moy l'hyver
perfecuté >
Contre l'Efte trouve un azile ,
Que m'emprunte à fon tour l'Efté,
Quand l'Hyverdécharge fa bile.
AIR NOUVEAU.
Vous m'avez donc quitté , plaignez
mon trifte fort,
Ce départ me coute la vie :
Souvenez- vous du moins , Philis
que je fuis mort ,
Le jour que vous eftes partie.
GALANT 423
Ce qui fuir vous aprendra ceux qui
font montez, & qui ont efté gratifiez
dans la nouvelle promotion de Marine
d'eftre faite ..
qui vientION
D'OFFICIERS
de Marine du 29. Septembre.
Chefs d'Efcadre.
Mrs Chabert .
De Francs
Penfion de seo. liures.
De Ribeirette ,
Du Quefne-Monier Capitaines.
Penfion de 100. livres.
De Forville .
De Motheux .
Capitaines à la haute Paye.
La Boiffiere.
Le Comte d'Argini.
Capitaines de Vaiffeaux.
De Grenonville .
D'Obrien de Brefme.
Capitaines de Fregates .
Le Chevalier de Voifins .
Michault.
La Valette Thomas .
424 MERCURE
}
Lieutenans de Vaiffeaux.
Mrs Fevret.
De Tourelle Grignan.
De la Bergerie.
Nobile.
Bidaud.
Marandé .
Le Marquis du Chafteau- Renauld .
Capitaine de Brulot,
Couvrieret de S. Philippe.
Lieutenant d'Artillerie.
De Salagnac .
Enfeignes de Vaiffeaux.
De Leuze.
De Conteneuil .
Le Chevalier d'Abret du Chefne.
Defcoubleau de la Rongerie.
Kerberio de Coetlogon .
Sheridan.
Comte de Chafteau-Renauld .
Le chevalier de Gouffier.
Le Comte de Montbrun .
Sous - Lieutenant d'Artillerie .
Gombault.
GALANT 425
Lieutenant de Frégate.
Mrs. Siccard du Mail.
Apuril.
Capitaine de Flute.
Chevaliers de S. Louis.
Gratien ,
De Sauzay..
Aides d'Artillerie .
De
Montefquiou.
De Combes.
Je ne puis me refoudre à finir fans
vous parler des affaires de Naples.
Vous verrez dans quel eftat elles font.
par l'Extrait que je vous envoy e d'une
Lettre d'Italie.
La divifion les troubles augmentent
de jour en jour dans Naples , à l'occafion
des partis qui s'y forment. La mefintel
ligence du Comte de Martinitz & du
General Thaun y contribue encore . Comy
me ils reçoivent directement les Ordres,
l'un de Vienne , & l'autre de Barcelone,
ils prétendent commander tous deux : &
Septembre 1707 .
Nn
426 MERCURE
C
fur les plaintes que les Députezde la Ville
ont faites au Comte de Martinitz , de
¿ce qu'on les obligeait à fournir tous les
jours de la fubfiftance pour fix mille chevaux,
quoy que la Cavalerie ne monte
pas à ce nombre à beaucoup prés , il a
ordonne auffi -toft au Comte de Thaun
de luy envoyer l'eftar de fes Troupes
mais ce dernier a déchiré l'ordre en
prefence du porteur , difant , qu'il n'en
recevoit que de l'Empereur.
Les nouveaux Grands de la façon de
l'Archiduc , voulant foutenir les prérogatives
de leur Grandeffe , deviennent
infupportables aux autres Seigneurs
Napolitains : La premiere Nobleffe en
fait des railleries en fecret , & il y en
a même qui leur donnent publiquement
Inom de Novi Gelfomini di Catalogna,
Nouveaux Jasmins de Catalogne,
Enfin la plupart des Seigneurs parlent
bautement contre le Gouvernement non,
veau.
J'aurois plufieurs chofes auffi curieuGALANT
427
fes à vous dire fut ce fujer s'il me reftoit
du temps & de la place. J'ajouteray feufement
que la fidelité que les Royaumes
de Sicile & de Sardaigne fon: piroiftre ;
& Pinquietude qu'ils donnent aux Napolitains
par leurs Vaiffeaux dont ils
ont ordonné de nouveaux armemens ,
chagrinent fort ceux qui font dans Naples
du party de la Rebellion , que plufieurs
ont abandonné , & qui paroift devoir
eftre quitté par beaucoup d'autres ,
fitoft qu'ils en trouveront une occafion
favorable.
Mr de Lillers , qui a apporté au Roy
La nouvelle de l'arrivée de Mr le Chevalier
de Forbin à Breft , a dir qu'il
avoit rapporté la dépouille de 53. Vailfeaux
Anglois , Hollandois , & Hambourguois.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 30. Septembre 1707.
AVIS TRES IMPORTANT
On debitera le Mercure d'Octobre
le 4 de Novembre , & le
Nn ij
428 MERCURE
lendemain de la Saint Martin ,
fans aucune remife , on vendra
la Relation intitulée :
HISTOIRE DU SIE GE
DE TOULON.
Où l'on voit les raifons politiques qui ont
fait agir ceux qui l'ont entrepris ←
tout ce qui s'eft paẞé depuis le jour que
Monfieur de Savoye est entré en Provencejufqu'au
jour que ce Prince en eft
forty.
Avec un Plan qui n'a point encore
efté vû .
Ceux qui voudront envoyer
des Memoires touchant ce Siedoivent
les envoyer inceffamment.
ge
DE
LAVILLE
LYON
#1893
BIB
TABLE 85
Prelude
, 5
Extrait du Panegirique de S.
Louis , prononcé devant l'Academie
Françoife , lejour de la Fefte
de Saint Louis , & tout ce qui
s'eft paffé ce jour- là à l'occafion
de la Fefe de ce Saint ,
Relation hiftorique des tremblemens
de terre arrivez à Rome ,
Premier article des morts ,
7
96
103
`Mr l'Abbé Alemanno Salviati,
nommépour venir aporter les langes
benits à Monseigneur le Duc
de
Bretagne ,
Promotion de deux Cardinaux , 117
Hiftoire genealogique de la maison
114
124
de
Gondy ,
Dignité de Chantre donnée à Mr
Abbe de Gontault , fur la dêmiffion
de Mr l'Abbé de Perochel, 136
Affaires d'Espagne ,
Vaiffeaux montez & defcendus pen-
142
TABLE.
dant le mois d'Aouft ,
Lettre de Mr Defnonës ,
167
172
Propofitionfaite auxfçavans , 180
Poëme de Mr Petroni
Fautes reparées ,
183
188
190
Reception faite en la maison de la
Meutte, par Mr d'Armenonville,
à Monseigneur le Duc , &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
,
·Ceremonie obfervée à la prise de pof
feion du Prieuré Royal de Poiffy ,
par Madamede Mailly , 197
Ce qui s'est paßé à l'Academie
Françoife le jour de la diftribution
des Prix ,
Relation des Ceremonies obfervées
à Lille lorfque S. A. S. E. de
Cologne fut Sacrée Evêque &
qu ' Elle reçut le Pallium , 238
Dons faitspar le Roy,
Feftes données par Monfieur le Duc
221
242 .
TABLE.
Albe Ambaffadeur d'Espagne ,
252
Fefte donnée par Madame la Nourrice
de S. M. C.
302
Réjouiffances faites à la maifon de
Mr Clement , au fujet de la naiffancedu
Prince des Afturies , 306
Te Deum chanté & réjouissances
faites dans toute la Ville de Paris
,
Audiance donnée au Pere Gardien
315
des Cordeliers du Grand Couvent,
324
Rejeniflances faites dans la rue du
Roule ,
Second article des morts
325
33r
Smittes des nouvelles de l'armée de S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans,
333
Nouvelles de Madrid touchant l'acouchement
de la Reine d'Espagne,
* 336
TABLE .
Fournal de tout ce qui s'eft passé à
Fontainbleau depuis que la Cour
a quitté Versailles , dans lequel
on trouve plufieurs nouvelles
marquées dans les jours ou elles
font artivées ,
>
353
Suite des Réjouißances faites en
Eſpagne ,
Affaires d Allemagne ,
Prife de Puicerda ,
382
388
395
Monfieur le Ducd'Orleans ferend devant
Lerida ,
く
Affaires de Flandre ,
Affaires de la Marine ,
idem.
397
402
Article des Enigmes
Promotion de Marine ,
Nouvelles de Naples ,
Suite du Fournal de Fontainbleau , 409
, 419
423
425
Arrivée de Mrle Chevalier de Forbin à
Breft ,
Avis tres- important ,
427
idem
L'Air , Fe vivrayſous tes loix , page 137
L'Air , Vous m'avez donc , page 422
Qualité de la reconnaissance optique de caractères