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1707, 05
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Eur.
511
1707,5
ا ن ا و ب
Mercure
<
36624505030016
<
36624505030016
Bayer.
Staatsbibliothek
Et-Pa

MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
MAY ,
1707.
A
PARIS,
Chez
MICHEL
BRUNET ,
Grande
Salle du
Palais au
Mercure
galant.
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendrent
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- ting.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU
LECTEUR
ILya lieu de
croire
qu'on
ne lit plus
l'Avis qui a
efté mis
depuis
tant
d'années
au
commencement de
chaque
Volume du
Mercure ,
puis
que
malgré les
prieres
réiterées
qu'on a
faites
d'écrire en
caracteres
lifibles les
Noms
propres quife
trouvent
dans
les
Memoires qu'on
envoye
pour eftre
employez , on néglige
de le
faire
caufe
qu'ily
ce qui eft
en a
quantité
AU LECTEUR !
de defigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tous les bon's Ouvrages leur à
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchisent le port.
MERCVRE
GALANT
MAY ,
1707
pat
1
' EST une verité conf
Cente
tante , & tous les hommes
en
demeurent d'accord ;
mais ils
oublient fouvent les
chofes dont ils font
convenus
c'eſt une verité
conftante
, dis
A iij
6 MERCURE
je , que l'on ne doit jamais decider
abfolument de quoy que
ce foit fans l'avoir examiné à
fond , & fans avoir fait de ferieuſes
& de profondes reflexions
, fur toutes les circonftances
qui peuvent regarder les
chofes dont il s'agit de decider ,
les apparences eftant fouvent
trompeufes & faifant faire aux
hommes de continuelles fautes
par une trop grande & trop
prompte credulité , qui leur
fait laiffer le vray pour s'attacher
à une lucur de vraifemblance
lorfqu'il s'agit de
donner fa voix touchant les
GALANT
7
évenemens
publics ; en
voici
un exemple. Laplus
commune
opinion eft que la Ceffation
de la guerre
en Italie , & l'abandonnement
des
Poftes que
nous y
occupions ne font pas
avantageux
à la France. Ĉependant
rien n'eft fi
contraire
à la verité & aux
interefts des
Alliez , & fi
favorable à la France
; en
voicy les
preuves .
On a dit de
tout
temps
que
l'Italie
eftoit le
Cemetiere
des
François ; mais elle
l'eft
égale
ment de tous les
Etrangers
qui
y font
quelque
féjour. Ses
chaleurs
exceffives , & les exha-
A
iiij
8
MERCURE
pas nez
laifons qui fortent d'une infinité
de canaux appellez Narvilles
, & d'un grand nombre de
marais , font périr infenfiblement
ceux qui ne font
dans l'air de ce pays . Ainfi l'on
peut dire que les François font
heureux d'en fortir , & les Allemans
malheureux d'y demeurer
, puifqu'il y en périra un ſi
grand nombre qu'il faudra
fouvent les renouveller .
D'ailleurs l'or & l'argent
font en Italie a
beaucoup plus
bas prix qu'en France & en Allemagne
, & les Italiens n'en
reçoivent
que fur le pied de la
GALANT
9
valeur des
Efpeces de leur
Pays ; de maniere que les Troupes
y coûtent
beaucoup plus à
entretenir
qu'ailleurs , & que
l'argent que l'on Y fait venir
ne retourne jamais dans les
licux d'où on l'a
apporté.
Par le Traité qui vient d'eftre
conclu il périra des Allemans
en Italie jufques à la Paix
generale
, &
l'argent qui y fera
continuellement apporté ne
reverra jamais
l'Allemagne.
Les François
occupoient en
Italie un
nombre infini de poftes,
où leurs troupes feroient demeurées
dans
l'inaction jufques
10
MERCURE
à la paix generale , &
n'auroient
pûleur fervir ailleurs . Ileft conftant
qu'ils auroient évacué toutes
ces Places en ce temps - là ,
la plufpart ne devant pas eftre
gardées comme des
conqueftes,
&
n'ayant efté
occupées que
par
bienfeance , & que pour
empêcher que les Ennemis ne
s'en
faififfent.
Quant aux Places
conquifes , les reſtitutions
fe font
ordinairement de part
& d'autre, à quelque chofe prés
à la
conclufion d'unepaix generale
, & s'il ne s'en étoit conclu
de 10. ans , la France auroit veu
périr fes troupes, & fon argent
GALANT II
s'evanouir ,
pendant tout ce
temps- là , au lieu que les Allemans
, vont eſtre expoſez aux
mêmes
inconveniens jufqu'au
temps d'une Paix generale, n'ofant
jufqu'à ce temps là fortir
des Poftes où ils font entrez , de
crainte que les Princes voiſins
qui s'en plaignent tous les
jours , & qui menacent de les
attaquer , ne s'en emparent.
Pendant que les Allemans
perdront ainfi leur temps &
leur argent, & que leurs troupes
périffant tous les jours , feront
fouvent renouvellées , les troupes
Françoiſes qui font forties
12
MERCURE
des
mêmes
lieux,
pourront agir
utilement
par
tout où il
plaira
au
Roy de les
envoyer .
Tous
ces faits
font
inconteſtables
, &
le
paffe eft
une
preuve
certaine
&
convaincante
que
l'avenir
ne
peutêtre
autrement
. Ainfi, il n'y
a
point à
douter des
avantages
qui
reviennent
à la
France
par
l'abandonnement
qu'elle
vient
de faire de
l'Italie, & de ce
qu'il
en
coûtera
aux
Allemans
, dont
plufpart
des
troupes
feront
obligées
de
refter
dans
l'inaction
, de
demeurer
dans un Pays
où il y a tant de
pertes à
effuyer,
fans
cellé de la vie.
la
"
GALANT
13
Tout ce que je viens de
Vous
rapporter ne
confiſtant
point en
raifonnemens ; mais
dans un amas de faits
conftans ,
connus de toute
l'Europe , perfonne
ne peut en
difconvenir.
Je
pourrois
même
pouffer les
chofes plus loin , & dire que
fi la
confervation
d'autres Pla
ces
n'avoit point
dépendu de
la priſe de
Turin , il nous ſeroit
avantageux
d'en avoir levé
le fiege ,
puifque nous l'aurions
rendu à la fin de la
guerre
, auffi bien que les
Places que
nous
venons
d'évacuer , tant
parce que cet article auroit efté
14 MERCURE
ftipulé dans le Traité, que parce
que le Roy accoûtumé
à faire
genereufement de pareilles graces
, n'auroit pû la refufer au
Pere des deux grandes Princeffes
qui ont époufé deux de fes
Petits -fils . Toutes ces chofes
mûrement
confiderées , il eft
conftant que fi nous avions
efté
Maiftres de Turin nous
n'aurions pas évacué l'Italie , &
que nous y aurions roûjours
perdu des hommes & confommé
de l'argent ; au lieu que les
Allemans vont feuls effuyer
les maux atachez à ceux qui font
obligez d'avoir des Troupes en
GALANT
15
Italic. Le Roy
dont la
penetration
eft grande ; qui ne ſe laiffe
furprendreaux
apparenpoint
ces ; qui ne quitte jamais le vrai
pour fuivre le faux ; qui ne
prend jamais le
change ; qui s'atache
toûjours au folide lorfqu'ils'agit
du bien de l'Etat . Le
Roy, dis-je , dont toutes les reflexions
font juftes , & qui juge
toûjours
fainement de toutes
chofes, s'eft peu mis en peine de
ce que le Public diroit , de la fortic
de fes Troupes d'Italie
pourveu qu'elles luy fuffent utiles
ailleurs ,
pendant que celles
des Alliez
acheveroient de fe
16
MERCURE
ruiner dans un lieu où il n'eft
pas befoin de fieges & decombats
pour les faire périr , l'air
empoifonné du Pays & fatal aux
Etrangers , & les Payfans qui
affomment les foldats qui s'écartent
feuls ou en petit nombre
faifant ( mais veritablement
en plus de temps ) ce
que feroient les plus grands
Sieges & les plus fanglantes
Batailles .
Je crois que le Portrait du Roy
que vous allez lire ne peut eftre
mieux placé qu'à la fuite de ce
Prelude , Il eft de M ' Maugard ,
de Troyes , dont les ouvrages
GALANT
17
om
fouvent
receu de
grands ap
plaudiffemens.
PORTRAIT
M
DU
ROY.
SONNET .
Ontrer dans les
hazards un
courage
intrepide
Moiffonner des lauriers au milieu des
glaçons ,
Dompter les
élemens ,
maitriser les
faifons
Se
borner
dans
le
fort
d'une
course
rapide.
S
Sans
armes
terraffer plus de
monflres
qu Alcide
May
1707.
to
B
18 MERCURE
Triompher de l'erreur malgré tousfes
poifons ,
Elever en tous lieux de pieufes maifons
Devenirde lafoy Papuileplusfolide.
S
Eftre des Potentats l'afile & le foùtien
Vaincrefes ennemis : leurprocurer du
´bien ,
Ces vertus brillent peu dans unHeros
vulgaire .
S
Mais fe foutenir feul contre tout
l'univers th
;
Etfurmonter du fort les caprices di
vers ,
C'eft le plus noble effort qu'un grand
coeurpuiffe faire.
La ceremonie dont je vous
GALANT
19 .
envoye la Relation n'eſt pas
nouvelle; mais la Relation aura
pour vous toute la grace de la
nouveauté , n'ayant encore été
veuë de perfonne.
D'ailleurs
ces fortes de Relations hiftoriques
font des morceaux d'hiftoire
qui meritent d'eftre confervez.

Les Janvier Mr Fontaine
Defmontets ; Doyen de Sainte-
Croix ,
Confeiller au Parle
ment,prit poffeffion de l'Eglife &
du Diocefe d'Orleans en vertu
d'une
Procuration que Mre Louis
Gafton Fleuriau , ci- devant E -véque
d' Aire , luy avoit envoyée.
Bij
20 MERCURE
ah
م و ي
Le Mécredy 26. Janvier, l'Entrée
fut publiée dans Orleans par
des Affiches & pardes Cris publics,
fon des Tambours & des
Trompettes. Le lendemain Mr
Blandin Notaire , fe tranfporta à
Yeure - le - Chaſtel , Sully , à
Mont-pipeau , à Acheres , pour
la notifier aux Seigneurs de ces
Baronnies les fommer de fe
trouver , ou un Gentilhomme
pour eux , fondez de Procuration
, à ladite Entrée , afin de
porter Monfieur , fuivant l'obligation
dont leurs Terres
font tenues.
Le 12. Février Mr noftre EGALANT
21
vêque
arriva icy
incognito ; il
établit auffi - toft un
Bureau pour
examiner les
expofez des
Remiffionnaires
, qui tous les jours arrivoient
en foule pour
s'écrouer ou
aux
grandes
Prifons ou à
l'Officialité.
Il
s'eeft
trouvé
environ
neuf cent de
toutes les
Provinces
du
Royaume. Le
Bureau fut com
pofé de Mr
l'Evêque , de Mr
Official , de Mr le
Doyen , de
Mrd
Argouges d'
Achere
Confeiller
au
Parlement de Mr
Thotnard
Lieutenant
Criminel de
Mr de la
Fonds
Prevoft
d'Orleans
, & de Mr
Rafficot ,
Avocat
en
Parlement.
22 MERCURE
Huitjours avant l'Entrée Monfieur
l'Evêque établit une Miffion
dans fa Chapelle Epifcopale , qui
eftoit magnifiquement tendue. Le
Pere Bonneau ,Jefuite , ypréchoit
tous les jours , & Monfieur l'E
veque y difoit la Meffe , & le
foir le matin il y donnoit la
Benediction du Saint- Sacrement ;
les Remiffionnaires furent avertis
d'apporter tous un Certificat de
Confeffion ; tous les Curez de la
Ville tous les Superieurs des
Communautez eurent pouvoir
d'abfoudre des Cas refervez
Le Feudy 24. aprés Vefpress
Mr de la Gogue Official d'Or
"
t
GALANY
23
leans , Mr de
Flacourt
Promoteur
, Mr
Prouft
Confeiller à la
Prevofté &
Baillif de la
Justice
temporelle ,
accompagnez
du Procureur
Fifcal & des
deux
Greffiers
&
Appariteurs ,
allerent à
Sainte
Croix , &
prefenterent au
Chapitre les
Lettres du
Roy & de
Son
Alteffe
Royale , par
lesquelles
il leur
eftoit
enjoint de
recevoir.
de luy Monfieur
l'Evêque
rendre les
honneurs dús &
rendus
àfes
Predeceffeurs ; en même
temps
Mr
l'Official les
invita par un
Compliment
d'affifter à
l'Entrée.
Le
lendemain Mr
l'Official
Mr le
Promoteur
aſſiſte≈ de deux
24 MERCURE
Chanoines Députez de Saintedes
Officiers de la Fuftice Croix
temporelle , allerent inviter Mrde
Bouville Intendant d'Orleans.
Le mêmejour le lendemain
Mr de Flacourt Promoteur
, portant
laparole , accompagné des fufdits
Députez , & desfufdits Officiers
, alla au nom de Monfieur
l'Evêque inviter Mrs les Maire
Echevins , Mrs du Prefidial
& de la Prevosté & Mrs du
Chapitre de Saint Agnan , à qui
ils prefenterent des Lettres comme
cy-deffus , defe trouver à l'Entrées
& enfuite fans prefenter des Let
tres , Mrs de l'Univerfité , Mrs
les
GALANT
25
les
Adminiftrateurs de
l'Hôpital
General ,
Mrs les
Treforiers de
France ,
Mrs de
l'Election , & A
Mrs des
Forefts.
Le
Samedy
26.
Mr
l'Official
accompagné de
Mr le
Promoteur
des
Officiers de la
Juſtice
temporelle
fe
transporterent aux
Prifons
; fe
firent
reprefenter
les Regiftres
aprés
avoir
pris le
ferment
des
Geolliers ;
drefferent un
procés
verbal de
tous les
Prifonniersforvolontaires
;
firent
venir
"
cez
tous les
Prifonniers
pour
crime ;
s'informerent
par leur
bouche
des
fujets de leur
détention , &
ordonnerent
aux
Geolliers de les
amener
C
May
1707.
26 MERCURE
tous à la Proceffion de l'Entrée ,
afin d'obtenir leur grace fi leur cas
eftoit jugé remiffible.
Le Dimanche 27. le Chapitre .
de Sainte - Croix alla complimen--
ter Monfieur l'Evêque en robes&
en bonnets , & luy prefenta pain
vin , Mr le Doyen portant la
parole. Mrs de Saint- Agnan firent
de même ; Mrs du Chapitre
de Saint Pierre Empont ; Mrs du
Chapitre de Saint Pierre le Puellier
, & Mrs les Curez de la
Ville tous en robes en bonnets ,
y allerent pareillement.
Lefoir Mrd'Armenonville
arriva
à Orleans , & fut le lendemain
complimenté
par tous les Corps.
GALANT
27
Le
Lundy 28.
Monfieur l'E
vêque n'alla point à
l'Abbaye de
la
Courdieu , ni à celle de
Saint
Loup , où il a droit
d'aller & de
faire fa
Vifite la
veille de fon
Entrée .
Environ fur les cinq heures
du
foir
Monfieur
l'Evêque
alla à
l'Abbaye de
Saint
Euverte
avec trois
Caroffes .
Dans les deux
premiers
eftoient les
Officiers de fa
Juftice , les
Notaires
les deux
&
Députez de
Sainte-
Croix , Mrs
Vinot &
Guerin , & Mr
l'Evêque
eftoit
accompagné de fon Official
fon
Promoteur. En
entrant
dans
l'Eglife le
Syndic de
Sainte-
Croix
protefta fur ce que
Mon-
Cij
28 MERCURE
fieur l'Evêque n'avoit point efté
à la Courdieu ni à Saint Loup ,
afin que cela ne puft préjudicier à
fes Succeffeurs ; le Prieurde l'Abbaye
de la Courdieu fe prefenta ,
declara que c'eftoit avec chagrin
q'ils avoient efté privez de
P'honneur dele recevoir , & qu'ils
eftoient prefts de le recevoir lors
qu'il fouhaiteroit venir chez eux .
A la porte de l'Eglife de Saint
Euverte le Pere Germond Prieur
Clauſtral¸revêtu d'une Chape¸à
la tefte de fes Religieux tous en
Chapes , le P. Chantre portant ,
fon Bâton , prefenta à Monfieur
l'Evêque la Croix à baifer , le
GALANT
29.
Livre des
Evangiles , l'Eau - benite
¸l'Encens , & le
harangua en
Latin.
Monfieur
l'Evêque en Rochet
& en
Camail , fans Croffe ,
luy
répondit en la
même
langue.
On
marcha
Proceffionnellement
jufqu'à
l'Autel en
chantant le Te
Deum , que le Pere
Prieur avoit
commencé.
Monfieur
l'Evêque
(qui avoit donné la
Benediction
depuis qu'on eftoit entré dans l'Eglife
, & qui la donna même dans
les
Cloiftres ) fit fa priere à l'Autel
.
Enfuite
on le
conduifit à un
Trône du cofté de
l'Evangile où il
refta
debout
pendant qu'on achevoit
le Te
Deum
alternative-
C iij
30 MERCURE
ment avec l'Orgue, à la fin duquel
le Prieur dit le Verfet & l'Orai-
・fon ; enfuite Monfieur l'Evêque
remonta à l'Autel & y donna la
Benediction folemnelle , aprés quoy
il s'informa du Prieur fi la Regle
eftoit obfervée ;fi le Profeſſeur enfeignoit
une Doctrine Orthodoxe ,
le tout fort obligeamment.
La Proceffion marcha dans le
même ordre & fortit par la porte
du Cloiſtre jusqu'à la
porte
Maifon Abbatiale , où les Religieux
le quitterent ; en cet endroit
Mrs les Officiers de la Justice
temporelle de Mr de Grave Abbé
de Saint Euverte ,fe
prefenterent
de la
GALANT
31
R
Mr le
Bailly dit à
Monfieur
l'Evêque
qu'il
avoit reçu ordre
par écrit de Mr
l'Abbé de luy offrirun
lit , deux oeufs , & dufoin
pourfa mule , ce qui eftoit
feulement
ce qu'il luy
devoit , à
quoy
ilfut
répondu que par les plus anciens
Procés
verbaux il
paroiffoit
que les
Abbez de Saint
Euverte
eftoient
obligez de
regaler les Evêques
d'Orleans , la veille de leur
Entrée ,
avec fa
Compagnie . Il
fut du tout dreffé
Procés
verbal
à
d'autre avec des
protef
tations
reciproques. Tous les Officiers
s'eftant
retirez, le
Prieur vint
inviter
Monfieur
l'Evêque , Mr
de
part
C
iiij
32 MERCURE
l'Official , & Mr le Promoteur
de venir prendre une portion au
Refectoire , ce que fa Grandeur
accepta ; le Pere Prieur eftoit affis
à fa gauche & Mr l'Official &
Mr le Promoteur à fa droite ; on
fit la lecture ; aprés le foupé la recreation,
toute la Communauté
fut édifiée des manieres engageantes
, de la modeftie de la douceur
de Monfieur l'Evêque d'Orleans.
Le lendemain 1. de Mars à
fix heures du matin , la Compagnie
des Gardes de Mr le Marquis
de Sourdis, Gouverneur d'Orleans
, fut rangée en haye dans le
Cloiftre des Religieux , leur mouf
GALANT
33
queton fur l'épaule , & accompagna
Monfieur l'Evêque pendant
toute la
Ceremonie,
Ce Prelat en Rochet & en Camail
fortit de la Maiſon Abbatiale
precedéparquatre
Aumôniers
en Chapes rouges , & par tous les
Religieux en Chapes ; à côté de ce
Prelat eftoient fon Official & Promoteur
en robes & en bonnets ; Mr
Guerin Syndic de Sainte - Croix ,
eftoit derriere , & Mr Brachet
Chanoine , faifant la
fonction de
Chefcier de Sainte- Croix , qui eft
obligé de mettre
d'ofter la Mitre
, eftoit immediatement devant.
Mr de Leftringuant , Vicaire de
34 MERCURE
7
Saint Eloy portoit la Croffe pour
le Curé de ladite
Paroiffe , qui a
droit de porter celle de "Meffieurs
les Evêques
d'Orleans . Ladite
Croffefelon la coûtume eftoit voilée
d'un fatin blanc , dont elle demeura
couverte
jufqu'à S. Agnan..
Monfieur
l'Evêque
eftant arrivé
à l'Autel , aprés avoir faitfapriere
s'affitfur un fauteuil du coftéde
l'Evangile , où le Pere Prieur &
le Pere Curé le
revestirent d'une
Aube , d'une Etole
blanche unie ,
d'une
Mitre
blanche fimple &
unie & de gands blancs. Aprés
avoirfait la
genuflexion & baife
l'Autel , on
marcha
proceſſionnelGALANT
35
lement jufques fous le Fubé , où
Univerfité fe prefenta. Mr Berroyer
Recteur , à la tefte de Mrs
les Anteceffeurs tous en robes rouges
& en bonnets, & de Mrs les
Aggregez en robes noires , precedez
de leurs
Maffiers &
Suppoſts , fit
une
harangue latine fort
éloquente
, à laquelle
Monfieur
l'Evêque
répondit en la même langue.
A la porte de l'Eglife Mrs les
Echevins en robes d'é-
Maire
carlate , leurs Officiers en robes
noires ,fe
prefenterent. Mr Bizoton
Maire de la Ville fit une tresbelle
harangue en François ; Mon-
Geur
l'Evêque y répondit auſſi en
36
MERCURE
François. Sur le pas de la porte exterieure
, Mr Defmazures Colonel
de la Milice Bourgeoife , harangua
en François au nom des
dix Capitaines , de leurs Lieutenans
& de leurs Enfeignes , Monfieur
l'Evêque qui répondit en même
langue.
La Proceffion marcha auffi- toft
en cet ordre ; l'Hôpital & les Adminiftrateurs
; tous les Religieux ;
tous les Habituez Vicaires & Curez
en Chapes ; les Chapitres de
Saint Pierre Empont de Saint
Pierre le Puellier ;
l'Univerſité ;
le Chapitre de Sainte Croix en
Chapes ; Mr Menard Chanoine,
GALANT
37
revetu
d'une
Tunique
rouge , pre-
Sentapour lors le Livre
des
Evangiles
à baifer , puis
marcha.. On
voyoit
enfuite
tous les
Officiers &
les
Domestiques
de
Monfieur
l'Evêque
de fa
Famille ; la Croffe
toûjours
couverte
d'un fatin
blanc ,
& quatre
Aumôniers en
Chapes.
Monfieur
l'Evêque avoit à fes
deux côtez fon
Official & fon
Promoteur en robes & en
bonnets ,
derriere , Mrs les
Syndic &
Chefcier , puis Mr le
Bailly ,
Mrs les
Officiers de la
Juſtice ;
Mr d'
Armenonville fon frere
Mr de
Morvillefon
neveu ; Mr
Dargouges
Confeiller au Parle-
;
38 MERCURE
ment , Mr l'Abbé de Paris Chanoine
de Chartres auffifon neveu ;
Mr le Prefident Gilbert , & plufieurs
perfonnes de qualité ; puis
fuivoient Mrs de Ville , avec leurs
cinquante Archers, & tous les Capitaines
, Lieutenans & Enfei
gnes. Les Religieux de S. Euverte
fe retirérent aprés que Monfieur
l'Evefque les eut remercié.
Toutes les rues eftoientſablées , &
tenduës magnifiquement
.
Ala porte du Cloitre de Saint
Agnan , MrHumery de la Boiffiere
à la tefte des Chanoines de S.
Agnan tous en Chapes , prefenta
la Croix & le Livre des EvanGALANT
39
que,
giles à baifer à
Monfieur
l'Evef
l'Encens ,
l'Eau -
benite , &
fir un
compliment latin ,
auquel il
fut
répondu de
mefme. La
Mufi
que qui eftoit tres - bonne
chanta
auffi-toft un motet.
Monfieur l'Evefque
alla à
l'Autel . Ce
Prelat
fit fa priere fur un
Priedien de velours
violet ; il fut
aprés
conduit
dans la
Sacriftie , où les
Marguilliers
Clercs
s'offrirent
fuivant leur
obligation de luy
laver les pieds &
de
l'habiller ; illes
remercialeur
fit
donner
quarante- deux fols paquarante
- deux
rifis qui leur font dûs ;
enfuite on
dévoila la
Croſſe
.
Monfieur
l'Evfue
eftant re40
MERCURE
munitates
veftu Pontificalement revint à
l'Autel, aprés l'avoir baifé ,
il s'affit fur un fauteüil du cofté de
l'Evangile , jura &figna lesfermens
ordinaires , exceptéle mot im-
•que l'on en avoit ôté,
Enfuite le Chantre & le Syndic
le conduisirent à la premiere place
du Cheur , & luy dirent : Recipimus
te in Concanonicum &
Confratrem noftrum . Monfieur
l'Evefque defcendit dans la Nef,
&fe mit fur un fauteüil violet ;
ilfut auffi- toft enlevé portépar
les Marguilliers Clercs , les
tre Dignitez du Chapitre aux
quatre Ala
coins. Ala porte du GloîquaGALANT
41
tre Mr
Brachet
Chefcier
chanta
Humilitate vos ad
Benedictionem
, &
Monfieur
l'Evefque entonna
du haut de fa
Chaire , Sit
nomen , &c. & il donna la benediction
folemnelle au
Chapitre
& au Cloiftre , qu'il avoit
donnée
fans
ceremonie au
Peuple en marchant
dans le
Cloitre & lors
qu'on
le
conduifoit. En cet endroit le
Chapitre le quitta & le
remercia.
Auffi- toft le
Bailly de
l'Eveſché
fit appeller les quatre
Barons. Mr.
Tourtier
fe
prefentapour le Baron
d'Yeure-le-
Chaftel ; Mr de Menou
de
Champli-vaut pour Mr le
Duc de Sully ; Mr
Dautruy pour
Mây
1797 .
D
42 MERCURE
Mr le Marquis de
Montpipeau ;
Mr Dallencs de
Maurepas
pour Mr Détiau Baron d'Acheres
; Monfieur l'Evefque fut ainſi
porté jufqu'au marché de la porte
de
Bourgogne , où eftoit autrefois
laporte de la Ville.
En cet endroit Me & Mlle
d'Armenonville , Mr de la Vrilliere
Secretaire d'Etat , Mr de
Bouville Intendant, & le R. Pere
Fleuriau Jefuite frere de Monfieur
l'Evefque , occupoient deux
feneftres.
Toute la Justice l'attendoit en
ce lieu pour dépofer à ſes pieds leur
Jurifdiction , eftant affis dans fon
GALANT
43
fauteuil pofé à terre , le Livre
des
Evangiles fur fes
genoux ;
Mr l'Official aſſiſté du
Promoteur
prêta le ferment ; enfuite Mr de
Troyes Prefident au
Prefidial
Mr Thoinard
Lieutenant Criminel
, Mr de la Fonds Prevoft
Lieutenant de Police
d'Orleans ,
haranguerent fort
éloquemment
Monfieur l'Evefque qui leur répondit
de même ; enfuite Mr le.
Lieutenant Criminel , Mrle Prevoft
d'Orleans , & Mrs les deux
Prevofts des
Maréchaux,
jurerent
tous quatre enfemble fur l'Evangile
qu'ils ne
retenoient & ne cachoient
aucun criminel ni prifon-
Dij nier.
44
MERCURE
On fit auffi-toft fortir les prifonniers
d'une maifon qui
répond
devant
l'Eglife de la
Conception
où on les avoit
amenez , & ils deftlerent
tous l'un aprés l'autre ; ils
firent une
genuflexion & crierent
mifericorde ; ils eftoient
precedez
par le Bailly & par les Officiers
de la Fuftice
temporelle de Monfieurl'Evefque
& par les Geolliers
des deuxprifons. Il est vray que
comme ils eftoient prés de mille
lorfqu'il en eut défilé environ deux
cent ,
Monfieur
l'Evêque jugea
propos de marcher & de leur
ordonner de fuivre ; ils furent
tousplacezdans les aîles de l'Eglife
à
GALANT
45
de
Sainte
Croix ou ils
affifterent
à la
grande
Meſſe.
En entrant dans le
Cloiftre on
vit deux
Amphiteatresfur chacun
defquels il y avoit plus de
que >
quatre
mille
perfonnes ; je dois
ajoûter
dans les rues aux
feneftres
fur les
échafaux ,
jufquesfur les
toits des maifons ,
dans les arbres
des
Cloiftres il y avoit une fi
grande
quantité de
perfonnes venuës
de toutes parts que l'on vit
dans
Orleans un
fpectacle digne
de
l'ancienne
Rome .
Ala
A la porte de Sainte Croix
MrFontaines de
Montets Doyen,
prefenta à
Monfieur l'Evefque
46
MERCURE
la croix, le livre à baifer , l'encens,
l'eau benite , & luy fit faire . le
ferment
acoûtumé &
l'harangua
doctement en latin , à quoy ce Prelat
répondit de
mefme ; enfuite
il tira un ruban violet attaché à
la corde d'une cloche & toutes les
cloches
fonnerent,
Il fut conduit à l'Autel qu'il
baifa ; il alla de là prendre poffeffion
defa chaire
Epifcopale & enfuite
de lapremiere place de Chanoine
, Mr le Doyen entonna le
Te Deum que la
Mufique chanta
, à la fin duquel Mrle Doyen
dit le Verfer &
l'Oraifon. Monfieur
l'Evefque donna enfuite la
GALANT
47
1 ble

benediction . Il alla dans la Sacriftie
, où ilfut revêtu d'une chafurouge
il celebra la Meſſe
du Saint Efprit
Pontificalement
à la fin de laquelle le
Chapitre le
reconduifit à fon Hôtel ; en le
quittantilpria
tous les Chanoines
de dîner
Pendant la Meffe Mr l'Official
& Mr le
Promoteur , Mr le
Bailly & les
Officiers
eftoient à la
droite de
l'Autel. Les
quatre Gentilshommes
à la gauche
, &plus
basfurune eftrade parée Mr¸ Me
& Mlle
d'Armenonville Mrs
de la Vrilliere , de
Bouville , Robert
, Gilbert , le Pere Fleuriau ,
48
MERCURE
1
toute la
famille , &
plufieurs perfonnes
de qualité.
Ily avoit dans la grande Salle
de
l'Evefché une table en fer à
cheval ,
preparée pour 90.
perfonnes
, ou Mr
l'Evefque manged en
en
Camail; tout le Cha-
Rochet
pitre de Sainte Croix eftoit en dedans
de la table & celuy de S.
Agnan en dehors ; les trois dignitez
de Saint Pierre
Empont , &
de S. Pierre le
Puellier ; le Porte
Croffe & les
Aumôniers , tous
en robes en bonnets. A lafin
du repas , Mr le Bouc
Theologal ,
monta dans une chaire
preparée
dans la cour où il
prefcha aux remiffionaires
;
GALANT
49
/
miſſionaires ; à la fin du
fermon
Monfieur
l'Evefque , du haut de
lela
feneftre
donna
l'abfolution &
à la
benediction la
croffe à la
main .
Ily
avoit dans une
grande fale en
bas deux
tables de
feize
couverts
qui
furent
fervies
magnifiquement
, ou
mangerent avec la famille
, Mrs de la
Vrilliere & de
Bouville ,
plufieurs
perſonnes de
qualité ,
l'Official & le
Promoteur.
Mrs de Ville , du
Prefidial ,
de la
Prevoté , de
l'Election , des
Forefts , les
Prevofts des
Maref
chaux, & de
l'Univerfité ,
furent
tous
traitez
feparement
dans des
maiſons qu'ils
avoient
indiquées.
May
1707 . E
50 MERCURE
Dés le mefme jour Monfieur
l'Evefque commença à expedier
les graces à ceux dont les cas furent
jugez remiffibles .
J'aurois dû vous faire part
dés le mois paffé des articles
que vous allez lire ſi j'avois eu
du temps & de la place.
Meffire Charles François
d'Efcars Chevalier Marquis de
Merville , Baron de Montal ,
de Roquebroc , & autres lieux;
eft mort en cette Ville. La maifon
d'Efcars eft ancienne &
illuftre : Perufe eftoit fon premier
nom , elle le quitta pour
prendre celuy d'Elcars. Elle
GALANT
51
r
S!
4
s'eft
divifée en
plufieurs
branches
,
celle de la
Vauguion a
efté l'une des
plus
diftinguées
à
caufe de
l'alliance que fit
François
d'Efcars ,
Seigneur de
la
Vauguion , avec
Ifăbeau de
Bourbon , fille
unique & heritiere
de
Charles de
Bourbon ,
Prince du
Sang
Royal , iſſu de
la
branche des
Comtes de la
Marche de
Vendôme.
Cette
Princeffe
porta à fon
mary les
Seigneuries de
Carency , de
Bucquoy &
d'Aubigny.
Cette
alliance fut
faite en
1516. en
prefence
d'Anne de
France
Ducheffe
de
Bourbon , de
Charles
E ij
52 MERCURE
de Bourbon -
Montpenſier ;
Conneftable de France , & de
la Ducheffe fa femme Suzanne
fille unique d'Anne , dont je
viens de parler . Jean d'Efcars
Chevalier des Ordres du Roy ,
fils de François , fe qualifia à
caufe de la Princeffe fa mere ,
Prince de Carency , non que
Carency fuft une Principauté ,
mais à caufe que cette Terre
avoit efté poffedée par une
branche de l'Auguſte Maiſon
de France ; du Prince de Carency
& d'Anne de Clermont-
Tallart, nâquirent Claude d'Ef
cars mort fans enfans ; Ifabeaut
GALANT
53
?
d'Efcars
femme de Jean
Baron
d'Amanzé ; &
Diane
d'Eſcars ,
Princeffe de
Carency ,
Dame de
la
Vauguion , femme de Charles
Comte de
Maure , & en fccondes
noces de Louis
d'Eftuer
de
Cauffade ,
Seigneur de
Saint
Mefgrin , dont la
Maiſon s'eſt
éteinte dans celle de
Quelen du
Broutet , dont eft
aujourd'huy
le
Chef Mr le
Comte de la
Vauguion , qui
foûtient
avec
éclat la
grandeur des
Maiſons
qui ont fait
connoiftre , & qui
ont
illuftré la
fienne en s'y confondant
Ce
Prince a
renouvellé
luymême
l'alliance qu'il
Eiij
54 MERCURE
avoit avec la Maifon de Bourbon
par fon mariage avec Mademoifelle
de Bourbon Buffet ,
dont il a des enfans qu'il fait
élever avec beaucoup de foin ;
l'aîné porte le nom de Prince de
Carency.
L'autre branche de la Maifon
d'Eſcars eftoit celle des Seigneurs
d'Eſcars , qui ſubſiſte
encore en Limoufin , & dont
eft Chef Mr le Comte d'Efcars
qui n'eft pas marié.
La branche de Merville s'éle
matablit
en
Auvergne par
riage de François
d'Eſcars
, Baron
de Merville
, Grand SenefGALANT
55
e
chal de Guyenne , avec Roſe
de Montal , Dame de la Roquebroc
, qui defcendoit d'une
t foeur du renommé Saint - Ge-
; raud Comte
d'Aurillac . Mr le
Marquis d'Efcars qui vient de
mourir, eftoit fon arriere petitfils,
& petit fils de Jacques d'Efcars
, Baton de Merville , & de
Madelaine de Bourbon Malau-
I fe ; il eftoit fils de Charles d'Efcars
, Marquis de Merville , &
de N.... Dame de la Rabateliere.
Cette Dame eft connuë
par fon merite & par fon efprit.
Elle a donné un Livré de pieté
au public , qui a fait beaucoup
E iiij
56 MERCURE
de bruit ; c'eſt le Solitaire de
Terraffou. Mr le Marquis d'Efcars
avoit épousé Dame N………
de la Fonts Saint- Project , dont
il a ' aiffé des enfans.
Mr Alexandre de Gallard de
Bearn , Comte de S. Maurice &
de Braffac , eft mort dans une
de fes Terres en Quercy , âgé
de 98. ans . Il laiffe de feue Dame
Charlotte de la Rochefoucauld
ſon épouſe & fille unique
& heritiere de Jacques de la Rochefoucauld,
Baron de la Salles ,
de Gente, & c . François -Alexandre
de Gallard de Bearn , Comte
de Braflac , Baron de la RocheGALANT
57
Beaucourt ,
Lavaures , la Salles
& Gentes , cy devant Colonel
d'un Regiment
d'Infanterie ,
Chef du nom & armes de cette
Maifon , & qui a épousé Dame
Marthe-
Madeleine Foullé , fille
de M -
Etienne Foullé , Marquis
de Prunevaux , Confeiller
d'Etat , & foeur de
Guillaume
Foullé ,
Marquis de
Martangis ,
Ambaffadeur pour le Roy auprés
des
Couronnes du Nort ;
& Daniel de Gallard de Bearn ,
de la
Rochefoucaud , marié à
Dame
Gabrielle de
Raymond .
La Maifon de Gallard de Braffac
eſt une des plus illuſtres de
58
MERCURE
Guyenne ; elle tire ſon origine
felon la
tradition du Pays ,
des anciens Comtes de Condomois
, & cette tradition eſt
juftifiée par les Actes qu'on
conferve dans les Archives du
Chafteau de
Condom .
Hugues
de Gallard qui vivoit en 1268 .
portoit déja la qualité de Noble
& Puiffant , & il époufa Eleonor
d'Armagnac , dont il eut
la Terre de Braffac qui eft encore
aujourd'huy dans cette
Maiſon . Bertrand de Gallard
fon fecond fils , ne laiffa d'Iſabeau
de
Tournon fa femme ,
que Marguerite de Gallard
GALANT 59
femme de
Guy
Roger ,
quatriéme
fils de
Guillaume
Roger
Comte
de
Beaufort
, & frere
du Pape
Gregoire
XI . Pierre
de
Gallard , fils aîné
d'Hugues
fut
Grand - Maiftre
des
Arbaleftriers
de France , fous
Philippes
le Bel , & c'eſt à cette
Charge
qu'a
fuccedé
celle
de
Colonel
general
de
l'Infanterie
Françoife
. Jean
de Gallard
Baron de
Braffac , fut fon arriere
- petit - fils ; il eſt parlé
de
luy dans le Traité
de Paix de
Bretigny
, conclu
entre
le Roy
Edouard
III .
d'Angleterre
&
Jean Roy de France
. Hector
60
MERCURE
de Gallard fon troifiéme fils ,
fut fort aimé du Roy Louis XI .
qui créa en fa faveur une Compagnie
de Gardes du Corps .
Jean de Gallard fils aîné de Jean
dont je viens de parler , fut dé
puté en 1440. aux Etats d'Orleans
avec le S de
Fimarcon ,
pour le Comté
d'Armagnac.
De Miraille de la Vallette fon
époufe , il eut Hugues de Gallard
, qui épouſa en
premieres
noces Marie de Grezolles , &
en
fecondes Jeanne d'Antin ,
fille
d'Arnaut d'Antin & veuve
de Jean de Bearn ,
Seigneur de
Saint - Maurice .
Bertrand de
GALANT
Gr
Gallard ,
Confeiller
Clerc &
Prefident aux
Enqueftes du Parlement
de
Bordeaux , &
enfuite
élû
Archevêque de la
même
Ville , aprés la
mort de Jean de
Foix ,
fortit de ce
mariage , de
même que
François de
Gallard
fon frere aîné , qui de
Jeanne
de Bearn , fille
unique de Jean
de Bearn & de
Jeanne
d'Antin
laiffa Jean de
Gallard de
Bearn ,
Chevalier de
l'Ordre du
Roy ,
&
Echanfon de
Monfeigneur
le
Dauphin en
1543.
René de
Gallard fon fils auffi
Chevalier
de
l'Ordre du Roy , laiffa
de Marie de la
Roche -
Beau62
MERCURE
court , petite fille & heritiere
de François de la Roche- Beaucourt
, Gouverneur d'Angoumois
, Jean de Gallard , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit ,
Gouverneur
de Nancy & de
toute la Lorraine , Ambaffadeur
à Rome vers le Pape Urbain
VIII. Chef du Confeil
de la Reine , & Surintendant
de fa Maiſon
. Ce Seigneur
ne
laiffa point d'enfans de fon
époufe Catherine de Sainte-
Maure , Dame d'Honneur de
la Reine. Il laiffa pour fucceffeur
fon frere puifné Louis de
Gallard de Bearn , Comte de
GALANT
63
Braffac , qui de Dame Marie de
Rancornet laiffa
Alexandre de
Gallard ,
dont je
vous
apprens
la
mort, &qui a
fervi
tres
longtemps
à la
tefte
du
Regiment
de
Navarre.
C'eſt
par le
mariage
de
François
de
Gallard
& de
Jeanne de
Bearn ,
dont
j'ay
déja
parlé , qu'il fut
ftipulé
que
leurs
defcendans
joindroient
le
nom
de
Bearn à
celuy
de
Gallard ;
ce que les
Seigneurs
de
Braffac
,
ont
toûjours
obfervé
depuis .
On
voit
encore
aujourd'huy
des
vieilles
Tours
élevées
fur
une
Colline
prés
de la
Ville
de
Condom ,
qu'on
nomme
"
64 MERCURE
Tours de Gallard
!
M' le Comte de Marcieu
ancien Capitaine dans le Regi .
ment de la Couronne , un des
plus anciens Corps du Royaume
, eft mort des bleffures qu'il
avoit reçuës à la Journée de
Turin. Cet Officier donna des
preuves ſignalées de ſon courage
dans cette action , & il
reçut des éloges d'une partie
des Officiers Generaux qui furent
témoins de fa bravoure.
Il eftoit frere de M' de Marcicu
Gouverneur de la Ville de
Grenoble , & d'une des plus anciennes
Maiſons du Dauphiné.
GALANT
65
Leur Grand mere eftoit fortie
de la Maifon de
Grolier - Cazaud
, une des plus
confiderables
& des plus
anciennes de
la Ville de Lyon . Mrs de Marcieu
font alliez aux
meilleures
Maiſons de
Dauphiné , de Breſfe
, de Bugey , & du
Lyonnois .
Feue
Madame la
Comteffe de
Montgeffond , mere de Mr le
Marquis de
Meximieux & du
Reverend Pere
General des
Chartreux , eftoit foeur de feu
M' le Comte de
Marcieu , auſſi
Gouverneur de
Grenoble , &
pere de celuy dont je vous apprens
la mort. M'
Guichenon
F
May
1707.
66 MERCURE
parle avantageufement
de la
Maifon de Marcieu , dans fon
Nobiliaire
de Breffe & de Bugey.
On en trouve d'autres témoignages
confiderables
dans
plufieurs Auteurs, qui tous parlent
de cette Maifon en termes
tres - avantageux
, & avoüent
tous qu'elle eftoit déja fort ancienne
du temps du dernier
Dauphin Souverain du Dauphiné.
La Maiſon de Marcieu
a donné des perfonnes confiderables
à l'Eglife ; ceux de cette
famille qui fe font engagez.
dans l'Etat ecclefiaftique
y ont
brillé par leurs lumieres , & par
GALANT 67
leurs vertus . Il y en eut un dans
le penultiéme fiecle qui fut
fort eftimé à la Cour d'Henry
III.
Le Pere Vignier Preftre de
l'Oratoire , eft mort dans de
grands fentimens de pieté &
aprés avoir vêcu dans une pratique
continuelle & exacte des
vertus chreftiennes . Il eftoit
d'une Maiſon diftinguée par
les perfonnes de merite qu'elle
a produites & par les alliances.
qu'elle a faites dans les familles
les plus confiderables . II
cftoit de la même famille
feuë Mc la Comteffe de Tonque
Fij
68 MERCURE
nerre , mere de feu M' l'Evêque
de Noyon , & proche parente
de feuë M° la Ducheffe
de Luxembourg , mere de la
Maréchale
de ce nom . L'Aycul
du Pere Vignier , dont je vous
apprens la mort , fut honoré il
y a déja pluſieurs années du
Brevet de Confeiller d'Etat . Le
Le Pere Vignier qui vient de
mourir entra fort jeune dans
Congregation
. Il s'y diftingua
bien toft par fes talens.
Il enfeigna pendant quelque
temps la Philofophie à Noyon;
on l'attira enfuite à Paris , où
il a donné de frequentes
preufa
GALANT 69
ves des talens dont la nature.
l'avoit enrichi. Il en avoit un
declaré pour la fpiritualité. Les
Ouvrages qu'il a compoſez fur
cette matiere en font d'illuftres
preuves . Le dernier qu'il a publié
fur ce fujet luy a fait beaucoup
d'honneur & a eu un
grand fuccés dans le monde.
Le Pere Vignier joignoit à un
grand fçavoir & à une vertu
tres - pure , une grande modeſtie
& une grande fimplicité de
moeurs.
Le Pere Bezancenot Religieux
de Cîteaux & Docteur
de Sorbonne , eft mort à Cî70
MERCURE
teaux où il s'eftoit retiré depuis
prés de deux années , pour y
finir fes jours. Il étoit de Bourgogne
& allié à la plus grande
partie des meilleures familles
du Parlement de Dijon ; mais
il étoit moins confiderable par
fa naiffance que par ſa vertu &
par l'étendue de fes lumieres . Il
a paſſe ſa vie dans un exacte pratique
des vertus de fon état, &
dans une aplication continuelle
à l'étude. Il eftoit tres -habile
Theologien ; il a Profeffé pens
dant plus de trente années la
Theologie dans fon Ordre , &
il s'eft toûjours acquitté de co
а
>
GALANT 71
penible & difficile employ avec
beaucoup de fuccés & à la fatisfaction
de fes Superieurs. Ce
Pere étoit auffi bon Canonifte ;
il avoit fait une longue étude
de la Jurifprudence Eclefiaftique,
perfuadé que la connoiffance
de cette fcience a unegrande
liaiſon avec la Theologie.
On doit auffi rendre à ce
Religieux la juftice d'avoüer
qu'il à toujours efté fort attaché
à la faine Doctrine ; tout
ce qui luy paroiffoit alterer
un peu les principes , l'allarmoit
& le mettoit en mouvement.
Il a perfifté jusqu'à la
72 MERCURE
mort dans de fi falutaires difpofitions.
Il a terminé une vie
penitente,infirmè & laborieuſe
& pouffée jufqu'à un longterme
par une fainte mort .
M' l'Abbé de Candau Abbé
de Bonne-Fonds & l'Ile-Chauvet
eft mort dans le Quercy. Il
eftoit frere de M' de Candau
Gentilhomme de la Manche
du Roy d'Espagne , & de Monfieur
le Duc de Berry , & qui
fert ce Prince depuis quelques
années avec beaucoup de diftinction.
Cet Abbé eft mort
dans un âge affez avancé &
aprés une longue maladie
ou
GALANT
73
ie
De
où il a donné diverfes marques
de fa patience & de få
fe réfignation aux ordres de
Dieu . Il avoit paffé une partie
de fa vie dans la retraite
& à s'inftruire des devoirs de
l'état où il avoit efté appelé . Il
I eftoit tres- verfé dans la connoiffance
des Lettres humaines
& dans celle de la Theologie.
Il avoit lû durant plui
fieurs années avec
beaucoup
d'affiduité les Peres de l'Eglife ,
& il y avoit fait des progrés
dont il avoit donné des mar
ques en diverfes occafions d'éclat
. Il joignoit à ces qualitez
May 1707 . G
S
4
74 MERCURE
1
fi neceffaires à un Miniftre de
l'Eglife , une ardente charité ,
il en donnoit fur tout des maréclatantes
aux membres
ques
de Jefus Chrift ; il avoit pour
eux un grand amour , & il prevenoit
fouvent leurs befoins .
M' l'Abbé de Candau eftoit
d'une maiſon fort ancienne &
fort illuftrée dans le Quercy.
M' l'Abbé Ferret eft mort
en cette Ville âgé de prés de
90. ans. Il eftoit refpectable
par fa picté & par fon merite.
Il avoit paffe les premieres
années de fa vie dans la Congregation
des Prêtres de l'OraGALANT
75
toire , où il eftoit entré fort
jeune . Il s'attacha lorfqu'il en
fortit à feu M'
Pavillon Evef
que d'Alet, qui le fit fon Promoteur
; il paffa quelques années
dans ce Dioceſe où il fit
de grands fruits ; & il le quitta
pour aller dans celuy de Sens ,
où feu M' de
Gondrin l'attira .
Cet
Archevefque dont la memoire
eft en grande
veneration
dans l'Eglife de France avoit
connû le merite de M' Ferret
en plufieurs occafions importantes
; il luy donna de l'employ
à Sens , & il l'affocia au
gouvernement de cette Eglife.
Gij
76 MERCURE
M' Ferret fe retira à Paris aprés
la mort de M ' l'Archevêque de
Sens , & il eftoit chargé depuis
quelques années de la conduite
des Filles orphelines du Fauxbourg
S. Marceau . M ' le Cardinal
de Noailles qui connoiffoit
fon zele & fa vertu , l'avoit
engagé à fe charger du foin de
ces pauvres Filles . M ' Ferret
eftoit de Lyon , où il avoit un
frere fort habile Medecin qui
mourut il y a plufieurs années.
Les biens qu'il en herita ne fervirent
qu'à animer fon zele &
fa charité pour les pauvres ;
c'eft dans les exercices de cette
GALANT
77
.
vertu
qu'il a
paffé une
partie
de fa vie : il a paffé
l'autre à
remplir le faint
miniſtere de la
Direction . La
reputation qu'il
avoit d'être tres -
éclairé dans les
voyes
fpirituelles , luy
avoient
acquis la
confiance de
plufieurs
perfonnes
d'un rang tres - diftingué
; M la
Princeffe de Soubize
fur tout , & M la
Duchefde
Sully ,
fuivoient
avec joye
fes
confeils & les
recherchoient
dans
toutes les
affaires qui regardoient
leur
confcience
&
leurs
difpofitions
interieures .
M™ Ñ……. de
Philippi de S.
Viance , Abbé de
Beaulieu
dans
ге
Giij
78.
MERCURE
le Dioceſe de Limoges , eft
mort dans un âge affez avancé.
Il eftoit d'une tres ancienne famille
du Limouſin , & proche
parent de M ' de S. Viance Lieutenant
des Gardes du Corps ,
dont la fille a époufé M le
Comte de Saillant . La maiſon
de S. Viance a donné plufieurs
Chevaliers à l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , & elle eft alliée
aux meilleures maifons du Limoufin
& des Provinces voifines
. M l'Abbé de S. Viance
joignoit à l'éclat de fa naiffance
une folide pieté & un efprit
cultivé par la lecture & par l'é- `
GALANT 79
tude des belles Lettres . Il s'étoit
attaché une partie de fa
vie à
l'Hiftoire , & peu de perfonnes
en avoient des notions
plus fûres & plus exactes que
luy. L'Abbaye deBeaulicu a été
fondée dans le
neuviéme fiecle
par S. Raoul
Archevefque de
Bourges & de l'ancienne
maifon
de Turenne . Ce Saint fut
en fon temps un des plus
grands ornemens de l'Aquitaine.
M' l'Abbé Davi , ci- devant
Prieur des Bons Hommes , prés
d'Angers , eft mort en cette
Ville âgé de prés de 90. ans.
G iiij
80
MERCURE
Il avoit travaillé à l'éducation
de M' le Prince de Soubize ,
de même qu'à celle de M¹³ ſes
enfans &
principalement de
M'l'Evefque de Strasbourg. Et
depuis un tres grand nombre
d'années il demeuroit à l'Hôtel
de Soubize . C'eft fur fa démif
fion que le Roy donna il y a
quelques mois le Prieuré des
Bons Hommes , à M' l'Abbé
le
Moyne , ainſi que je
vous l'ay appris dans une de
mes dernieres Lettres . M'l'Abbé
Davi joignoit à une tresgrande
pieté une connoiſſance
exacte des vertus qui convienGALANT
8
1
nent à l'état qu'il avoit embraſ
fé . Il aimoit l'étude , & la folitude
avoit pour luy de
grands
attraits ; de forte que tout le
temps qu'il ne donnoit pas aux
Princes aufquels il eftoit attaché
, eftoit
employé aux exercices
de pieté , ou dans fa Bibliotheque
. Il eſt mort dans
de grands
fentimens de pieté
& avec une grande prefence
d'efprit .
Dame Marie
Marthe
Cotton
veuve de Mre
François Antoine
du Lieu ,
Chevalier Scigneur
de
Chenevouz , Doyen
des
Maiftres des
Comptes
82 MERCURE
eft morte âgée de foixante fix
ans , aprés avoir donné dans
le cours de fa vie diverfes
marques de fa pieté & de ſa
prudence. Feu Mr de Chenevouz
fon mary , eftoit de
Lyon ; il fut receu Maistre des
Comptes en l'année 1652. il
a exercé cette Charge pendant
plufieurs années , avec beaucoup
d'honneur & de probi
té . Il a laiffé de cette Dame
Mr de Chenevouz qui exerce
aujourd'huy la mefme Charge
& qui a époufé la veuve de
feu Mr Langlois Receveur des
Configuations du Parlement .
GALANT 83
Feu Mr de
Chenevouz eftoit
frere de Mr du Lieu , cy - devant
Lieutenant
Particulier au
Prefidial de
Lyon , & qui demeure
à
prefent en cette Ville,
où il cultive les
belles
lettres
pour
leſquelles il a
toûjours
eu beaucoup
d'attachement . Il
a eu d'un
premier
Mariage
Dame N ... du Lieu ,
femme
de Mr le
Comte de
Varennes
Lieutenant
General des Armées
du Roy , & il a plufieurs
fils de
Dame N... de
la Lande , foeur de Mr le Marquis
de la Lande , fa feconde
femme ; cette Dame eft fille
84 MERCURE
de feu Mr le Marquis de la
Lande Lieutenant General de
l'Orleannois.
Mre N... Teſtu de Pierre-
Baffe,Abbé de Touffaints d'Angers
& de S. Laurens de l'Efcore
, cft mort dans un âge
tres -avancé . Il avoit efté pendant
plufieurs années , Doyen
de l'Eglife Cathedrale d'Auxerre,
& il refigna peu de temps
avant ſa mort cette dignité à
Mr l'Abbé Moreau Docteur
de la Maifon de Navarre , qui
n'eft pas moins diftingué par
fon merite perfonnel que par
fa doctrine & par fon érudi
GALANT 85 4
tion . Mr
l'Abbé de
Pierre-
Baffe eftoit d'une
ancienne famille
originaire de
Touraine ,
dont je vous ay
amplement parlé
dans
plufieurs de mes lettres .
Ilavoit fait
honneur à fon nom
parune
pratique
exacte & conftante
des
vertus de l'état qu'il
avoit
embraffé. Il
s'eftoit
pliqué à
l'étude dans fa
jeuneffe ,
ap-
& il y
avoit fait de
grands
progrés , fur tout dans la Jurifprudence
Canonique qui faifoit
fa plus
chere
occupation.
Feu Mr
Colbert
Evefque
d'Auxerre ,
eftimoit
beaucoup
cet Abbé , & il l'hono86
MERCURE
roit d'une confiancet tres - particuliere
; ces fentimens luy
eftoient communs avec le Chapitre
d'Auxerre qui a cfté tresfenfiblement
touché de la
perte de ce digne Chef. Cet
Abbé eft mort dans de grands
fentimens de pieté & de religion,
Mre François Olivier Abbé
& Chanoine de la Sainte Chapelle
Royale du Palais, eft mort
dans un âge affez avancé . Il a
toûjours rempli tous fes devoirs
avec beaucoup d'exacti-
'tude ; & il s'eftoit attiré beaucoup
de confideration dans
GALANT
87.
fon
Chapitre par fon merite
& par fes qualitez
perfonnelles.
Il avoit un frere
Chanoine de
l'EglifeCathedrale de Chartres
& un autre
Religieux de l'Ordre
de S.
Auguftin de la Congregation
de Sainte
Geneviève .
Celuy - cy demeure dans la
maifon de
Nanterre, Ces Mrs
avoient un frere
Officier dans
le
Parlement, mort depuis quelques
années. La famille de Mrs
Olivier eft
ancienne à Paris .
Mr Olivier eftoit Avocat General
au
Parlement au
commencement
du
penultiéme
fiecle . Il fit un
difcours le 27 .
88
MERCURE
Mars 1504. fur la Prefentation
des Bulles de la Legation
du Cardinal d'Amboife , qui
fit beaucoup de bruit . Il y
prouva que les pouvoirs des
Legats doivent eftre fixez à un
certain temps , & ne peuvent
cftre ni perpetuels
ni pour
un temps indeterminé . Cet
illuftre Magiftrat parut dans
cette occafion un želé deffenfeur
des Libertez de l'Eglife
Gallicane , & il mit habilement
en oeuvre cette Maxime
du Droit : Legatio debet effe tem
poralis , & non perpetua , quia
tales Legati funt inftar proconfulum
.
GALANT 89
1
5
Mrl'Abbé Bazire Chanoine
de la Sainte Chapelle duPalais à
Paris &
Docteur de
Sorbonne,
eft mort âgé
d'environ trentedeux
ans . Cet Abbé s'eftoit
acquis la reputation d'un folide
Théologien , les Actes
qu'il foutint dans fa Licence
luyfirent beaucoup
d'honneur,
& on luy rendit plufieurs fois
la juftice de dire qu'on ne
pouvoit les foûtenir avec plus
d'habileté. Il s'eftoit fort attachésà
lla.
Pofitive , & il
y
avoit ppeu de
difficultez
dans
Hiftoire
Ecclefiaftique
,
qu'il
ne
dévelopât
fur
le
champavce
May
1707.
H
90 MERCURE
une grande preſence d'efprit.
Le merite de ce digne Ecclefiaftique
ne confiftoit pas
dans
la fimple connoiffance des
fciences ; il eftoit encore plus .
recommandable par une folide
pieté , que par l'éclat que
fa doctrine pouvoit luy don
ner ; il rempliffoit avec une
fcrupuleuse exactitude les devoirs
de fon eftat , & rien ne
pouvoit le détourner des prat
tiques journalieres de fpiritua
lité qu'il s'impofoit . Il aimoit
fort la folitude , & quand il ne
pouvoit la conferver chez luy,
il l'alloit chercher dans les
GALANT
91
S
S
Cloiftres ; il fe plaifoit
particulierement
dans celuy des Chartreux.
Il avoit dans cette Maifon
un Ami dont le merite &
la doctrine ont déja fait beaucoup
de bruit parmi les gens
de lettres . C'eftoit dans la Celulle
de ce
fçavant
Religieux
où il alloit
chercher ces confolations
fpirituelles qu'il difoit
fouvent que l'on trouvoit
difficilement dans le monde.
Mre Louis Marcel de Coetlogon
Evêque de Tournay ,
cy- devant Evêque de S. Brieu,
mourut dans fon Palais Epifcopal
le 18. Avril , âgé de
Hij
92 MERCURE
cinquante-neuf ans ; il eſt fort
regreté dans ces deux Diocefes
, ayant toutes les qualitez
& les vertus requifes dans
un Paſteur. Il avoit toûjours
efté fort charitable & d'une
pieté exemplaire ; il eſtoit fils
puifné de feu Mre René Marquis
de Coetlogon Lieutenant
pour le Roy de la Haute
Bretagne & Gouverneur de
Rennes, & de feuë Dame Philippe
de Coetlogon aînée de
cette Maifon , de laquelle je
vous ay fouvent parlé en differentes
occafions
.
".
Le dernier Jubilé qui comGALANT
93
mença & finit à
Paris
pendant
le
Carnaval ,
ayant enfuite
paffé dans les
Provinces,
on en fit
l'ouverture à
Alby
le 10. du
mois
d'Avril , où
les
foins &
l'exemple de Mr
de
Nefmond, qui en eſt Archevêque
, ont
beaucoup contribué
à la
dévotion que le
peuple de cet
Archevêché a
fait voir en cette
occafion . Me
de
Saliez connue
fous le
nom de
Viguiere d Alby ; qui
jouit
d'une
parfaite
fante
malgré le
bruit qui
s'eftoit
répandu de fa
mort , &
dont
les Vers ont
cité fort ef
2
94 MERCURE
timez lorfqu'il en eft forti de
fa veine , a fait la Paraphrafe
que je vous envoye , du Pfeaume
45. qui commence par
Deus nofter refugium & virtus
, que l'on chante pendant
le Jubilé.
2
Ce Pfeaume a cfté composé
pour rendre grace à Dieu du
fecours qu'il donna à Jeruſalem
du tems du Roy Jofaphat ,
& fon fens moral nous apprend
que toute noftre confiance
doit eftre en Dieu ; &
que s'il eft noftre Protecteur ,
toutes les Puiffances de la terre
ne peuvent nous nuire.
GALANT
95
La
Paraphafe
n'altere
point
la
traduction
litterale,
LE
Seigneur eft noftre
eſperance,
Il est noftre
refuge en nos
afflic
tions ,
Et le
fecours defa
puiſance ,
A toujours
adoucy nos
tribulations .
Auffi quandnous
verrions lesvilles,
les
Campagnes
S'ébranler , &
changer de lieu z
Au
milieu de la Mer
s'èlancer les
•Totoy
Montagnes
yh turion o vil ti
Nous
mettrions tout
noftre
espoir
en Dieu cang stone
De
l'Ocean les
vagues
foulevées,
Ontfait
entendre un bruit à nous
templi
d'horreur ,
96 MERCURE
Par fes flots orgueilleux nos Montagnes
bravées
,
N'ontpû fegarentir de trouble & de
terreur.
S
Mais le cours d'un Fleuve rapide
Réjouit la fainte Cité ,
Son Temple , où du Tres - Haut la
Majesté refide,
A confervé fon luftre avecfa Sainteté.
Le Seigneur eft au milieu d'elle ,
Jamais rien ne l'ébranlera,
Et dés le point dujourfa bontépaternelle
juis archittson andT
Contre tous la protegera.
2
Si l'on voit le liguer contre un puifempire
ja bas O
Thermod' rilqump Des
Ce
GALANT
97
Des
Nations , & de
fuperbes
Rois ,
Ils
fondent
comme de la cire.
Si toft que le
Seigneurfait
retentir
favoix.
Ileft le
Seigneur des
armées ,
Et de nos bras il eft le
ferme
appui,
D'une
pieufe
ardeur nos, ames
enflamées
,
Luy
demandent la
Paix &
l'attendent
de luy.
2
Venez donc
admirer fur la
terre &
fur
l'onde ,
Quelsfontfes
ouvrages
divers ,
Il
releve , il
abat , les
Royaumes
du
monde ,
Et lay feulpeut
donner la paix à l'Univers.
May
1797 .
S
98 MERCURE
Il brifera les arcs , rompra toutes
les armes
Si nous implorons fonfecours ,
Il coule de nosyeux une fource de Larmes
,
Dontil arreftera le cours.

Tenez vous en repos , dit- il & que
la terre
Scache ce que je fuis , & n'espere
qu'en moy
Maistre de l'Univers ,je luy donne la
boy ,
Et je tiens dans mes mains & la
paix& la guerre ,
2
Ileft le vray Dieu des armées ,
Et de nos foibles brasil eft lefeul appuy,
D'unepieufe ardeur nos ames enflamées,
GALANT
99
Luy
demandent la paix , &
l'attendent
de luy.
On
baptifa le jour de
Pâques
à Nice, trois
Juives . Elles
font
foeurs & ont efté
inftruites par
les Peres
Jefuites de la
même
Ville ; la
Ceremonie
fe fit dans
leur
Eglife
avec
beaucoup
de
pompe , en
preſence
de tout le
Senat , des
Confuls , de la Nobleffe
, des
principaux
Officiers
dela
garnifon &
d'une
grande
multitude de
Peuple . Mr de
Paratte
Gouverneur
de Nice &
M fon
Epouſe
tinrent l'ainée
fur les Fonds ; M' le
Premier
Prefident & M la
Premiere
I ij
100 MERCURE
Prefidente tinrent la feconde ,'
& la troifiéme fut tenuë par
M' Gayot Intendant de Nice ,
& par M l'Intendante . Certe.
Cermonie fe fit à l'iffuë de Vefpres;
& elle avoit efté précedée
d'un grand repas donné par
M' de Paratte aux Parains &
aux Maraines , & à tous les
les Chefs des differents Corps
tant de la Ville que de la garnifon
. On tira le canon pendant
la
Ceremonie du Baptême pour
apprendre cette Converfion
aux Peuples des environs , &
pour les engager à prendre part
à la joye qu'elle avoit répanduë
GALANT 101
par toute la Ville . Cet exemple
a produit un fi bon effet que
plufieursJuifs & plufieursJuives
Le font inftruire & paroiffent
tres-difpofez à le fuivre .
Je ne doute point que la Lettre
que vous allez lire ne vienne de
Berlin où du moins de quelque
bel Efprit fort affectionné
à cette Cour. Je vous l'envoye
d'autant plus volontiers qu'il
n'y eft parlé ni de Guerre ni
d'affaire d'Etat dont mes lettres
font d'ailleurs affez remplies.
L'amour y a beaucoup de part,
& l'on peut dire que ce qui le
regarde eft du reffort de toutes
I iij
102
MERCURE
T
que
les
Cours du
Monde. Il
vient de
triompher
avec
beaucoup
d'éclat
dans
celle de
Berlin qui eft
aujourd'huy une des
plus
magnifiques
Cours de
l'Europe.
Vous
verrez par la
lettre
vous
allez lire que
l'efprit & le
bon
gouft n'y
regnent pas
moins que la
magnificence.
Celuy qui a
fait ,
Monfieur
la
Relation de
toutes les
festes qui
à
l'occafion du
mariage de
Monfeigneur
le
Prince
Royal de
Pruffe,
ont
éclaté dans
Berlin
pendant un
mois
entier ,
s'eft tiré
d'affaire en
homme
d'esprit
lorsqu'il a mis
dans fa
Relation qu'il ne
difoit
GALANT 103
He
7
rien du Ballet qui peut tenir un des
premiers rangsparmy les Festes qui
ont charmé tous les fpectateurs
&joferois mefme dire lepremier
rang ,fuivant le fentiment de plufieurs
perfonnes de bon gouft &
qui peuvent bien juger de ces fortes
de divertiffemens , en ayant
veu dans les premieres Cours de
l'Europe. L'Officier , dis -je , de
la Cour d'Hanovre qui a fait la
Relation qui eft devenuë publique
pour rendre un compte exact àfon
Souverain & à fa Souveraine ,
de tout ce qu'il avoit veu de digne
d'eftre admiré de la poſterité,
tant fur la route de Madame la
I
iiij
104
MERCURE
Princeffe
Royale de
Pruffe jufqu'à
Berlin, que dans cette floriffante
Capitale. Cet
Officier , disje
, encore une fois ,
trouvant tant
de
grandeur , tant de
galanterie ,
tant
d'efprit & tant
d'invention
dans le
Ballet ,
qu'il luy
paroiffoit
impoffible d'enfaire une defcription
qui
répondit à
toutes ces
chofes ,
s'excuſe d'en
parler en
difant que
le
Livre du
Ballet qu'il a cru devoir
apporter en fera mieux connoftre
la
beauté que tout ce qu'il
en
pouroit dire.
Voicy en
quoy
confiftoit ee
Balletqui paſſepour un
chefd'oeuvre
en
toutes fes
parties ,
& dans
lequel
l'Hiftoire , la Faa
GALANT
105 .
ble , l'Allegorie , entrent avec
tant d'artque l'on nepeut trop donner
de louanges àfon Auteur.
ARGUMENT.
Le fujet du Ballet eftoit le
Triomphe de la Beauté ſur le
coeur des Heros ,
repreſenté par
les
Amours de Mars , de
Neptune
& d'Apollon. Mars aprés avoir
fubjuguéplufieurs
Royaumes , fut
vaincu par la beauté de la
Deeffe Venus.
Neptune ayant
aidé à fupiter fon frere à
dompter
les Geans rebelles , fe fentit épris
de la beauté de la Deeffe Amphi
106
MERCURE
trite ; &
Apollon ayant tué le
Serpent Python , fut vaincu par
la beauté de la
Nimphe
Daphnis .
Ces trois
Divinitez qui font
au-deffus des Heros & des Rois,
avoientfenti la force de la Beauté
dans le temps qu'ils y
penfoient
le moins , & qu'ils
eftoient occu
pez desfoins & des travaux de
la Guerre. Ces Dieux ont chacun
un
Caractere qui leur eftpar
ticulier , ce qui a donné lieu de
faire paroiftre
beaucoup de varieté
dans les Entrées , dans les Decorations
dans les habits , &
de faire voir avec plus d'éclar
& plus
d'étendue la force de la
GALANT 107
Beauté, les horreurs qui environnoient
le Champ de Mars :
les vagues froides & agitées ,
dans lesquelles Neptune fe trouvoit,
& la prudence d'Apollon ,
Dieu de la Sageffe , n'ayant pú
les garantir contre la redoutable
puillance de la Beauté. D'ailleurs
Apollon rendoit la victoire de la
Beauté d'autantplus certaine qu'il
eftoit mal-heureux dans fon amour,
& que ni ce malheur ni les rigueurs
de la belle Daphnis , qui
par fon indifference le devoit punir
de la temerité qu'il avoit euë
de méprifer l'amour, n'eftoient pas
capables de le guerir de fa paffion
108
MERCURE
ce qui par les plaintes que fa douleur
luy arracha , donna lieu de
diverfifier la Mufique l'action,
afin que les yeux les oreilles
des
Spectateurs ne fuſſent pas
fatiguez par une trop grande uniformité.
Mais ce qui a fait preferer
ce fujet à tout autre , eft la grande
conformité qui fe trouve entre Son
Alteffe
Monfeigneur le Prince
Royal , & les
Divinitez quifont
lefujet de ce Ballet ,
puifqu'étant
certain que Son Alteffe Royale
n'ayant point fenti jusqu'à prefent
le pouvoir de l'amour , à caufe
du grand
attachement qu'elle a
GALANT
109
pour la guerre , eftant partie pour
Hannovre s'y eftoit laiffée vaincre
par les charmes & les merveil
leufesqualitez de
l'incomparable
Princeffe dont la beauté a fçu
triompher de fon coeur. On ne pouvoit
choisir un fujet qui eut plus
de rapport à cet évenement que
celuy qui a donné lieu d'introduire
trois
perfonnages qui font
au- deffus des Heros , & qui par
leur exemple font connoiftre à Son
Alteffe Royale que la Guerre &
l'Amour font
compatibles , &
que presque tout ce
quité a eu de plus grand , foit
parmi les Dieux , foit parmi les
que
l'Anti110
MERCURE
Heros , a reconnu le pouvoir de
l'amour.
Ilfalloit quelque chose d'auffi
convaincant pour confoler ce
Prince de la perte de fa liberté ,
que le fort de ces Heros , qui luy
firent voir par leur exemple qu'il
ne luy eftoit rien arrivé d'extraordinaire
qui ne fut arrivé aux
plus grands perfonnages , & qu'il
avoit d'autant plus de raifon de
s'en confoler & d'aimer , qu'il
le pouvoitfairefans rien diminuer
de fes
inclinations heroïques , &
que Son Alteffe Royale Madame
fon épouse ,furpaffe de beaucoup en
vertus en beauté toutes les
GALANT III
&
perfections de Venus ,
d'Amphitrite
de
Daphnis , qui par
leur beauté avoient vaincu autrefois
Mars, Neptune & Apollon.
Le
Royaume de Pruffe & la
deftinée
s'entretenoient dans le Prologue.
Le
Royaume de Pruffe fe
plaignit de laperte de la Reine pendant
que la Deftinée defcendit du
Ciel dans une nuepour raffurer ce
Royaume , en luy apprenant qu'elle
avoitremplacécette perte par le mariage
du Prince , ce que le Royaume
dePruffe ne pouvant croire d'abord
à
cause que
loit point fe foumettre aux Loix
de l'Amour , elle luy fit
connoiftre
le Prince ne von112
MERCURE
qu'ayant employé tout fon pouvoir
, elle luy avoit fait éprouver
le fort des plus grands Heros
, particulierement de ceux
dont les avantures devoient eftre
reprefentées dans le Ballet.
Le Theatre reprefentoit une
partie de la Ville de Berlin &
du Palais Royal. Le Royaume
de Pruffe , habillé en Reine avec
le Manteau Royal , le Sceptre à
la main & la Couronne fur la
tefte : aprés l'Ouverture finie , parutfuivi
de douze Heros d'Armes
, qui formoient le Choeur ,
quipour marquer les douze Provinces
qui compofent ce Royaume,
GALANT
113
portoient des Coftes d'Armes où
les Armes de chaque Province
eftoient en broderie . Le Manteau
Royal de
velours
cramoifi efloit
doublé
d'hermine &
rempli de
Couronnes d'or brodées
d'Aigles
noirs entremêlez d'or.
La Deftinée defcendit dans une
machine fuivie des
Parques &
d'autres
Divinitez , toutes habillées
conformement à leur em-.
plois &
diftinguées par
ques
de leurs attributs .
les mar-
Dans l'Entrée de Mars , ce
par
Dieu parut fur le Theatre dans
un Char de Triomphe , tiré
des chevaux & fuivi des huit
May 1707. K
114 MERCURE
Heros à la tefte defquels marchoit
Son Alteffe Royale Monfeigneur
le Marcgrave Albert.
Le Theatre reprefentoit dans
cette Entrée une Place d'Armes,
ornée de toutesfortes de Trophées,
auffi-bien que des Buftes de tous
les Electeurs de Brandebourg , au
milieu defquels & dans l'enfoncement
du Theatre on voyoit en
perspective la Statue Equestre de
Sa Majesté Pruffienne.
Venus dans fon Entrée defcendit
dans fon Char tiré par
Colombes , & dans lequel eftoient
avecelle , les Graces , les Amours,
les Plaifirs & neuf Nimphes ,
des
GALANT 115
tous ces perfonnages compofant
lafuite de Venus.
Le Theatre reprefentoit dans
l'Entrée de Neptune diverfes
fortes de Grottes avec des Ports
de Mer remplis de Vaiffeaux ; on
voyoit auffi plufieurs Phares aux
coftez de ces Ports. La Mer fut
parfaitement bien reprefentée.
Neptune parut avec fes Tritons
furfon Char tiré par des -chevaux
Marins , & il s'éleva
d'une maniere que l'on eut dit qu'il
fortoit effectivement du fond de la
Mer.Son Alteffe Royale le Marcgrave
Chretien - Louis , frere
puifné de Sa Majefté , eftoit à
1
Kij
116 MERCURE
la tefte des huit Tritons , &pendant
qu'on danfa , d'autres Tritons
contrefaits
voguoient continuellement
dans la Mer , comme
fi en effet elle eut jefté remplie de
gens qui nageoient.
Amphitrite
arriva fur un
Dauphin , & Neptune la receut
au bord de la Mer ; & le
chant la danfe eftant finie ils &
retournerentenfemble dans la Mer
où ils parurent s'abîmer.
Dans l'Entrée d' Apollon , le
Theatre reprefentoit un Paifage
environné de rochers , de forefts
& de fontaines , & dans l'enfoncement
duquel on voyoit le
GALANT 117
+
Serpent Python , qui avoit esté
tué par la main d'Apollon .
La Couronne d'Apollon eftoit
compofée de rayons , & ce Dieu
eftoit armé d'un Arc & d'une
fleche . Il eftoit accompagné de
Bergers Heroïques , & ſe plaignit
que fa victoire avoit efté
anneantie par celle que Daphnis
avoit remportéefur luy , fans que
ni fa qualité de Roy , ni celle
de Heros , ni mefme celle du Dieu
de la Sageffe cuffe le pû garentir
de fes coups , & qu'après avoir
inventé la Medecine & l'ufage
des herbes , fon mal feul demeuroit
fans remede , & qu'il eftoit
118
MERCURE
le feul pour quifa puissance eftoit
vaine.
Daphnis avec les Nimphes
Diane , à laquelle elle s'eftoir
vouée,paroiffoit enfuite en Chaf
fereffe avec l'babit de Diane ; de
forte qu'on voyoit toujours quelque
chofe de nouveau & de different
, foit dans la Musique ,
dans la Danfe & dans les habits
, ainfi que dans les machines
dans les décorations. Cette
Scene finitpar une Entrée de Bacchus
qui fervit d'Intermede par
rapport aux Satires & auxFaunes
quife trouvent ordinairement dans
les forests.
GALANT
119
>
Dans l'Epilogue le Theatre réprefentoit
le Temple de la Beauté,
avec l'Infcription tirée d'une ancienne
Medaille : Veneri Victrici
; comme tout ce divertiffement
n'avoit
pour
but
que
le
Triomphe de la Beauté & les
Hommages que les Heros font
obligez de luy rendre , le Dieu
Mercure ,
par
Celeftes
, defcendit
du
Ciel
pour
exhorter
les
Divinitez
affemblées
en cette
fefte
, de
reconnoiftre
la
force
de la
Beauté
, pour
feliciter
le Prince
Royal
du bon
choix
qu'il
avoit
fait
de la
Princeffe
qui
l'avoit
charmé
,
pour
fe
ordre des Dieux
£20 MERCURE
joindre tous ensemble pour danfer
le grand Ballet, & pour unir
leurs voeux & leurs acclamations.
Il fe forma auffi-toft un spectacle
des plus fuperbes , plus
de cent perfonnes ayant paru à la
fois magnifiquement habillées, &
chantant & danfant de tant de
manieres differentes , qu'on fe
trouvafaifi d'admiration par cette
grande varieté de voix , de danfes
& d'habits ; le tout enſemble ne
confpirant neanmoins qu'à une
mefmefin.
Les vers eftoient en langue
Allemande &
convenoient parfaitement
bien au fujet , particulierement
GALANT
121
lierement à
caufé du
rapport qu'il
У avoit entre les
caracteres
des
Acteurs,
les
Perfonnages
qu'ils
reprefentoient. On peut
ajoûter
que quoyque
l'on parlaſt
toûjours
de
l'Amour & de la
Beauté , on
y
trouvoit
toûjours de la difference
quand on les
reprefentoit
dans la
perfonne
d'un Dieu de la
guerre , dans celle d'un Dieu de
la Mer , & dans celle d'un
Dieu de la Sageffe , qui par leurs
caracteres
differens ,
aufquels
s'eftoitfort
foigneufement
attaché,
rendoient
auffi
l'Amour & fes
effets tous
differens.
on
Les voix eftoient tres -belles ,
May
1707.
L
122 MERCURE
& on admira fur tout celle de
Mademoiselle Conradine ; cette
Demoiselle eft d'Hambourg. Ilferoit
difficile de trouver une plus
belle perfonne , une meilleure Actrice
& une plus belle voix. Elle
eft grande ; elle a l'air & le port
admirable , & elle reprefentoit
parfaitement bien
coup de majefté , le Royaume de
Pruffe & la Déeffe Venus.
On peut
dire
que
avec beau
la
Mufique
l'Orchefte eftoient admirables ,
& ilferoit difficile de trouver des
Muficiens & des Joueurs d'inf
trumens meilleures que ceux de
Sa Majesté Pruffienne.
GALANT
123
Ceux qui ont chanté dans ce
Ballet , font:
1. Mademoiselle Conrandine ,
qui reprefentoit dans le Prologue
le Royaume de Pruffe , & dans
l'Entrée de Mars , la Deeffe Venus.
2. Mademoiſelle Weideman,
reprefentoit dans le même Prologue
la Deftinée ; Deeffe de la Providence
, & dans l'Entrée de Nep-
Amphitrite , Deeffe de la
tune ,
Mer.
3. Mademoiselle Blefendorf,
paroiſſoit dans l'Entrée d'Apollon,
fous le perfonnage de Daphnis.
4. Mr Frobele , Muficien de
Lij
124 MERCURE
la Chapelle du Roy , dans l'Entrée
de Mars , reprefentoit ce
Dieu.
5 .
Mr Stricker , Muficien de
la Chambre du Roy , Neptune,
dans l'Entrée de cette Divinité.
6. Mr Gio Michel Pieri ,
Muficien de la Chambre de Son
Alteffe Royale Monfeigneur le
Land - Grave de Heffe - Caffel,
dans l'Entrée d'Apollon , reprefentoit
ce Dieu .
Gentil- 7. Mr Hufwedel
homme de Mr l'Ambasadeur
de
Suede , dans l'Epilogue le Dieu
Mercure. Ce Gentilhomme qui
chante parfaitement
bien , s'eftoit
>
GALANT 125
chargé de ce Rôle à la follicitation
du Roy , pour faire plaiſir à l'illuftre
Compagnie , qui paroiffoit
avec luy fur le Theatre .
་ Mr Volumier Maîrre des danfes
& des concerts de la Cour
avoit compofé toutes les Entrées.
Mr Finger Maître de la Chapelle,
Mr Stricker Muficien de
la Chambre du Roy avoient fait
la Mufique & les Symphonies de
de ce grand Ballet , qui pouvoit
aller de pair avec le plus bel Opera.
Mr d'Eofander Colonel
Ingenieur General du Roy avoit
imaginé toutes les decorations &
fait batir le lieu où ce Ballet a efté
danfé.
Liij
126 MERCURE
Mr Wenzel Peintre de la Cour
avoit fait toutes les peintures qui
ornoient le Theatre ainfi que toutes
les Machines , & Mr Potier ,
avoit imaginé & fait faire les
habits , & tout ce
divertiffement
partoit du genie de Son Alteffe
Royale Monfeigeur le Marcgrave
Albert , & la Musique
avoit efté dirigée en particulier
par Mr de Tettau l'aîné , Chambellan
du Roy & Directeur de
la
Mufique.
Les Danfeurs de ce Baller
eftoient
Son Alteffe Royale Monſeigneur
le Marcgrave Albert, qui
GALANT 127
repreſentoit Mars , danfa dans
cette entrée au milieu de huit Heros
qui eftoient.
Meffieurs.
Le Comte & Chambellan de
Truchs .
Le Colonel d'Eofander .
De Muhlendorf.
De Kleift.
De
Lefgewang.
De
Los.
De
Derfchau.
De
Blanckenftein.
Dans l'Entrée de Venus.
Mademoiselle de Monbail, reprefentoit
cette Déeffe accompagnée
de
Liiij
128
MERCURE
Mefdemoiselles.
De
Bernâtre.
De Barfus, l'aînée.
De Brand , l'aînée
De Brand , la cadette.
De
Tettau .
De Beffer.
De
Canſtein ,
De
Gratin .
Dans l'Entrée des Amours.
Meffieurs.
Le jeune Comte de Wartenberg.
Les deux jeunes Comtes de
Wartenfleben .
Le jeune Baron d'Afpach .
GALANT
129
De
Brand , le jeune.
De Robel.
De
Rofey ,
De
Klitzing.
Dans l'Entrée des Graces & des
Plaifirs
Madame la Comteffe de Wartenfleben.
d'Ilgen.
Mefdemoiselles.
De Sonfleld , l'aînée.
De Sonfleld , la cadetté.
De Brand.
De
Blutowsky.
De
Haxhaufen.
De
Heidekampf.
Dans l'Entrée de Neptune.
130 MERCURE
Son Alteffe Royale Monfeigneur
le Marcgrave Chriftien
Louis , danfoit au milieu de huit
Tritons , reprefentez par Meffieurs.
De Stens.
De Munchhaufen .
De Finck .
D'Arnim ,
De Falckenhan.
De Grellen.
De Luternau.
De Schefsky.
Dans l'Entrée d' Amphitrite.
Mefdemoifelles
.
De Grothe.
De Barfus , la cadette.
GALANT 131
De Tauben.
De Berband.
De
Lippen.
De Bilen.
D'Alançon , l'aînée.
D'Alançon , la jeune.
Dans l'Entrée d'Apollon.
Meffieurs.
Volumier , Maiftres des danfes
de la Cour,
De Schonberg , l'aîné.
De Schonberg , le cadet.
D'Adrecaffe
.
De Beftuci .
De Vatteville .
Du Pleffis
Dans l'Entrée des Chaſſeurs..
132 MERCURE
Meffieurs.
Le Baron de Thinger.
De Droft.
Le Baron de Rofenhan .
De Munchau , l'aîné.
De Munchau , le cadet..
De Clothe.
De Chevalier.
De
Blutowsky.
D'Einfidel .
Dans l'Entrée de
Daphnis.
Mefdemoiselles
De Walterfée.
De Steiffen .
De
Counitzen.
De Schmettau , l'aînée.
De Schmettau , la cadette.
GALANT
133
De la
Motte.
Dans l'Entrée de Bachus.
Monfieur le Comte de Borghauſen
,
repreſentant Bachus , ac-·
compagné de
De Grot.
Meffieurs.
De
Rechenberg.
De
Tettau .
De
Wittgenstein.
De
Pelnitz .
De
Stanislawsky.
Monfieur Potier , danfa en Indien
&
Mademoiſelle le Grand ,
en Indienne.
Et
quatre Satyres qni eftoient .
quatre Maistres des danfes.
134 MERCURE
Weideman.
Lavenant .
Bude , &
La Plam.
Meffieurs.
Reprefentoient des fifres qui
marchoient à la tefte de cette troupe
, compofée de quatre- vingtperfonnesfans
compter celles qui chanterent
, & qui toutes eftoientfort
richement habillées.
Je crois qu'une chanfon conviendra
bieu à la fuite d'un Ballet.
L'Air de celle que je vous
envoye eft de Mr du Careau.
GALANT
135
Ven
07
Fer
rinte
₤is,
Fire.
e de
ral ,
fque
font
des
Touautre.
MERCURE
aßßez les frimats, ramenezlesfleurs etla verdure
Le
Tu
W
Fay
briller dans ces boccages, Celebrenparvos doux ra
76
rages et ses charmes etmon amour,.
4 *
Etn
N
trouv
prés
ienn
Coute
nvo
hom
Mr au Carcau.
vent
GALANT
135
AIR
NOUVEAU.
Le Vin nefert icy qu'a
redoubler
ta
gloire,
Tu peux m'en laifferprendre, Iris,
fans
t'allarmer.
Fay mille
raifons pour
t'aimer,
Etn'en
puisperdre
qu'une à boire .
Ne foyez
point
ſurpriſe de
trouver un
ouvrage
Moral ,
aprés une
Chanſon ,
puifque
rien n'eft plus mêlé que le font
toutes les
occupations des
hommes , &qu'ils
paffent fouvent
d'une
extremité à
l'autre .
136 MERCURE
L'Ouvrage que vous allez lire
eft de M de Pincé , Curé de
Livry à trois lieuës de Paris.
J'efpere vous en donner un
pareil tous les mois , & je crois
que je vous feray plaifir en vous
tenant parole.
SONNET.
DEveloperfon coeur en ofter tous
les vices ,
Sonderla profondeur defes iniquitez
Remettre le repos dansfesfens agitez,
Reprimerfes defirs & calmerfes caprices.
GG
Preferer la retraite aux pompes, aux
delices
GALANT
137
Penfer à tous les maux quɔ l'on a
meritez
Mediterfon neant , bannirfes vani-
17. ,
Rechercher à loifir toutesfes injuftices.
$
Envifager la mort l'attendre fans
trembler
Sy preparer enfin & ne fepoint trou-
"bler ,
Voilà ce qu'un Chreftien à chaque
jour doitfaire.
S
Malheureux qui veut fuivre un
plaifir feducteur ,
Lefalut eternel eft noftre unique affaire
,
Quifuit un Dieu clement éprouve un
Dieu vengeur.
L'Empereur a nommé Mr
May
17.07.
M
138 MERCURE
le Cardinal de Saxe - Zeits à
l'Archevêché de Strigonie , va
la Mr le
çant par la mort
tide
y
Cardinal de Kollonitz , & Mr
l'Archevêque de Kolozza eſt
arrivé à Vienne pour complimenter
ce Cardinal au nom
du Clergé d'Hongrie fur cette
nomination. Le nouvel Archevêque
de Strigonie eft de
la branche de Saxe Naumbourg
ou Zeitz ; cette branche
qui eft une des principales de
la Maifon de Saxe fe forma
en la perfonne du Duc Maurice
, dont l'appanage confiftoit
dans tous les biens que
GALANT 139
fon pere poffedoit dans la
Voitlande
& dans le Comté
de Henneberg avec l'Evefché
de Naumbourg
ou de Zeitz
dont il avoit eſté long- temps
Adminiftrateur
. Maurice eftoit
le quatrième enfant de l'Electeur
Jean George
, & le
partage que cet Electeur fit
de l'Electorat
de Saxe , de l'Adminiſtration
de Magdebourg
,
& d'une partie des Terres qui
dépendent de la Maifon de
Saxe en Thuringe
, avec trois
autres Baillages de l'Adminif
tration de l'Evêché de Merfbourg
, de la Baffe
Lulace
ay
Mij
140
MERCURE
T
cinq Baillages des Terres fituées
dans la
Voitlande & dans
le Comté de
Henneberg & de
l'Adminiſtration de l'Evêché
de
Naumbourg ou de Zeitz ,
entre fes quatre enfans , ſubfifte
encore à preſent. Lesautres
principales branches de
la Maiſon de Saxe , font celles
de Saxe- Hall , de Saxe - Merfbourg
, de Saxe-
Weymar , de
Saxe -Eyfenach , & de Saxe-
Gotha .
Voicy à peu prés l'origine
de ces branches ; en 1464 .
Frederic, dit le Pacifique , laiffa
deux fils Erneſt & Albert leCou
rageux, en1 573 Jean Guillaume
GALANT
141
1-
6
un des defcendans d'Erneft
laiffa auffi deux fils ;
fçavoir Fre
deric
Guillaume , qui a fait la
branche
d'Altembourg , & Jean
qui a fait celle de
Weymar . La
branche
d'Altembourg finit en
1672. Jean de Weymar II.
eut neuf enfans mâles , & il
mourut en 1605. de ces neuf
enfans , deux feulement eurent
lignée ; fçavoir Guillaume de
Weymar & Erneft de Gotha,
qui partagerent entre eux le
Duché d'Eifenach . Albert le
Courageux , fecond fils de Frederic
le
Pacifique fur pere de
Henri le Pieux qui eut deux
142 MERCURE
fils ; fçavoir Maurice & Augufte.
Maurice par une revolution
affez furprenante devint
Electeur de Saxe en 1547 .
en la place de Jean Frederic le
Magnanime qui eftoit de la
famille d'Erneft & qui fut dépouillé
de cet Electorat , parce
qu'il s'eftoit déclaré contre
l'Empereur Charles- Quint, en
fe déclarant Chef de la celebre
Ligue de Smalcalde , tant il eſt
vray que dans tous les temps
les Chefs de la Maifon d'Autriche
ont regardé comme le
plus grand de tous les attentats
celuy de fe déclarer contreGALANT
143
eux , & qu'ils ont toûjours regardé
les
engagemens contraires
à leurs interefts particuliers
, comme des actions
dignes des plus grands chaſtimens.
Augufte fucceda à fon
frere Maurice , & eut pour
fucceffeur fon fils Chriftian I.
qui fut
pere de Jean Georgel.
dont j'ay parlé cy- devant . Toutes
ces differentes branches ont
embraffé
laConfeffion d'Augfbourg
, & le Cardinal qui
donne lieu à cet article abjura
fes erreurs il y a
quelques
années en entrant dans l'État
Ecclefiaftique . L'Evêché de Ja144
MERCURE
*
varin ou Raab, a efté le pre
mier fruit de fa converfion .
Cet Evêché eft fuffragant de
"Strigonie ; c'eft une Ville &
Fortereffe de Hongrie. L'Archevêque
de Strigonic eft
Primat du Royaume de Hongrie
, Legat né du " S. Siege
dans cet Etat , Grand Chancelier
du Royaume , Lieutenant
General né du Roy
d'Hongrie, dans toute l'éténduë
de fes Etats. Il a feul le
droit de couronner les Rois .
Autrefois il devoit eftre natif
de Strigonie meſme , mais
les. Rois de la Maiſon d'Autriche
GALANT
145
triche qui ont aboli toutes les
Loix , ont paffé par deffus cette
Coûtume & ont nommé quelquefois
des
Allemans à cet
Archevêché . Les
fuffragans de
Strigonie font les Evêchez de
Nitra , Vaccia & Agria dans
la Haute
Hongrie , & Javarin
,
Vefprin & Cinq - Eglifes
dans la Baffe.
L'Evêque de
Vefprin comme premier fuffragant
de
Strigonie a coûtume
de
couronner la Reine
d'une autre
Couronne que
celle des Rois .
L'on ne met
cette
Couronne que fur l'épaule
des Reines , & il n'y a
May 1707. N
146 MERCURE
jamais eu que la Reine Marie
qui l'ait eue fur la tefte , encore
ce fut parce que cette
Princeffe fut éleue Roy &
non pas Reine.
Le Siege de Strigonie a eu
de grands Prélats , & il a donné
d'illuftres deffenfeurs de la
Religion Chreftienne ; plufieurs
Cardinaux ont poffedé
cette dignité , & il eft forti
de fçavans hommes du Clergé
de cette Ville.
Le Roy d'Eſpagne a nommé
à l'Evêché de Cordoue le
Pere Jean Bonillo qui eftoit
de l'Ordre des Trinitaires , &
GALANT
147
cy.y- devant Evêque d'Almeria .
Ce Prelat a déja fignalé fon
zele dans ce dernier Evêché ;
a fait il y a
une refidence continuelle
, & s'eft
uniquement appliqué
aux fonctions de fon
Miniftere. Le choix que Sa
Majefte
Catholique a fait de
fa perfonne pour l'élever fur
le Siege de
Cordoue qui vac◄
quoit par la mort de M le
Cardinal de Salazar , a efté generalement
applaudi en Efpagne.
Ce Prelat eſt d'une
famille qui a donné de grands
Sujets à la
Monarchie de Caf.
tille. Il
defcend du cofté ma-
Nij
148 MERCURE
ternel de la Maiſon Frangipani
eftablie en Italie , & qui a produit
dans le treziéme fiecle
Latinus Frangipani , Cardinal
Evêque d'Oftie & fils de la
foeur de Nicolas III . Il avoit
étudié à Paris & y avoit receu
les honneurs du Doctorat.
Il entra enfuite dans l'Ordre
de S. Dominique , où il exerça
les principales Charges de
cet Ordre , aprés avoir enſeigné
la Theologie . Le Pape
Nicolas III . fon oncle le fit
Cardinal en 1278. & l'envoya
Legat dans la Marche- d'Ancone
, dans la Romagne , dans
GALANT
149
la
Tofcane & dans la Lombardie.
Il mourut à Peroufe
en
1294.
M' le Marquis de Lenoncourt
a eu le
Gouvernement
de Nancy qui vacquoit par la
mort de Mr le
Marquis de
Lambertye . Il y a longtemps
que Mr le Marquis de Lenoncourt
eft employé dans les ne
gociations pour Mr le Duc
de Lorraine ; il a efté tres fouvent
envoyé en France & dans
les autres Cours ; & en derlieu
, il a efté envoyé du
hier
Ducfon Maiftre en cette Cour
pour faire les
complimens à
Nii?
150 MERCURE
la Maiſon Royale , fur la naiffance
de Monfeigneur le Duc
de Bretagne. La Maiſon de Lenoncourt
eft connue en France
& en Lorraine depuis plufieurs
ficcles : elle a donné plufeurs
Prelats à l'Eglife de
Rheims , & à d'autres Eglifes
du Royaume mais elle eft
encore fort diftinguée pour
avoir donné plufieurs Cardinaux
au facré College. La
Maifon de Lenoncourt porte
de Gueules à la Croix engrelée
d'argent , par conceffion des
Rois de France , de la feconde
race à ce que pretendent quel
GALANT 151
:
ques Auteurs. Elle eft alliée aux
Maiſons de Longueval & de
Longwi : elle a auffi l'honneur
d'eftre alliée à la Maifon Imperiale
de Luxembourg ; ce
qui fe voit dans une Lettre
de l'Empereur Henry
VII. qui eftoit de cette Maifon.
L'ancien nom de la Maifon
de
Lenoncourt eftoit Nancy.
& les Chefs de cette Maifon
eltoient Seigneurs de cette Ville
. Ils changerent ce nom en celuy
de Lenoncourt dans le 1 3 .
ficcle , en changeant avec leurs
Souverains la Terre de Nancy
Niiij
152 MERCURE
contre celle de Lenoncourt.
La Maifon de Lorraine s'eft
deux fois alliée avec celle de Le
noncourt ; des trois Cardinaux
que celle- cy a donné au Sacré
College , Olderic eftoit Prevôt
de S.Jean- Gout en 1098. &
les deux autres eftoient , l'un
Archevefque de Rheims , &
l'autre Archevefque d'Embrun.
Cette Maiſon a auffi
donné plufieurs Generaux aux
Armées de France & de Lorraine
; elle a fondé les Cordeliers
de Toul ,les Dominicains
de Lenoncourt , & les Religieufes
de la Congregation de
*
GALANY 153
t ·
Noftre - Dame de Nancy . M
le Marquis de Lenoncourt aujourd'huy
chef de cette grande
maifon a efté deux fois Ambaffadeur
à Rome , & il eft à
prefent Grand Chambellan
de Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc de Lorraine ; il
aime & il fçait les belles Lettres
; il parle plufieurs Langues ;
il a apris le mêtier de la guerre
en France où il a efté Colonel ,
& il a commandé la Nobleffe
du Barrois.
Je viens à l'Article des Benefices
qui doit eftre long , le Roy
ayant nommé à un grand nom
154 MERCURE
bre de
Benefices qui
vacquoient
depuis la
nomination qui a precedé
celle dont je vais vous
parler.
Sa Majesté a donné dans cette
derniere nomination l'Evêché
de Tournay à M René
François de Beauvau-le - Rivau ,
Evêque de Bayonne , Abbé de
Saint Victor en Caux , & Docteur
de Sorbonne . Il eft fils de
feu Mr le Marquis du Rivau ,
Capitaine des Suiffes de la Garde
de feuë S. A. R, Monfieur
Gafton de France. Mr le Marquis
du Riváu eftoit Chefd'une
des branches de l'illuftre
GALANT 155
Maifon de Beauvau ,
originaire
d'Anjou qui compte parmi
fes glorieux
avantages , celuy
d'eftre allié à la Maifon Roya
le. Jean de Bourbon , Comte
de Vendôme, cinquiéme Ayeul
de Louis le Grand , ayant épou
fé vers le milieu du
quinziéme
fiecle Ifabeau de Beauvau , Dame
de la Roche- fur- Yon , dont
Monfieur le Prince de Conty
d'à prefent a long-temps porté
le nom . Ce Prelat a toutes
les qualitez
perfonnelles qu'on
peut defirer dans un homme de
fon caractere. La capacité , les
bonnes moeurs , le bel efprit
156 MERCURK
+
& la politeffe , font des qualitez
qui luy font naturelles eft
ce qui luy a fait meriter l'Evê
ché dont il vient d'eltre pours
vû. Il eſt frere de Mr le Com
te de Beauvau Maréchal de
Camp & Capitaine de l'une des
Compagnies de la Gendarme
rie. Il eft parent de Madame la
Princeffe de Conty Douairiere
dans un degré fort proche.
L'Evêche de Bayonne a efté
donné à Mr l'Abbé Druillet ,
Grand Vicaire & Grand- Archidiacre
du Mans , ci - devant
Chanoine de 115. en Rouergue
, & Docteur de Sorbonne.
GALANT 157
Il eft fils du premier, lit de M
Druillet
Prefident aux
Enqueftes
du
Parlement de Toulouſe ,
qui eft dans cette ,
Compagnie
depuis 4. ans. Il y a plus d'un
fiecle que les ancêtres de cet
Abbé y ont fervy à la fatisfac
tion du Public , & qu'ils y ont
fait voir leur zele pour le bien
de l'Etat. M' l'Abbé Druillet
s'eft long- temps diftingué dans
les
fonctions de Grand- Vicaire
aufquelles il s'eft fort
appliqué ,
& dans celles de la
Prédication ,
qui luy a fait meriter l'eſtime du
Public. M' le
Prefident fon pere.
à fçû allier l'amour des belles.
158 MERCURE
lettres avec les devoirs de la Magiftrature.
Il eſt un des mainteneurs
des Jeux Floraux , c'eftee
que nous apellons à Paris Académicien
, & le troifiéme de ce
mois il Prefida à la diftribution
des Prix ordinaires , & y lut
une Analyfe & une Traduction
en Vers d'une des Odes d'Horace
, qui merita l'applaudiffement
de toute l'Affemblée. Ce
fçavant Magiftrat a époufé en
fecondes noces Dame Ifabelle
de Montlaur niece de Mr
l'Evêque du Mans , Louis de la
Vergne de Montenard de Tref
fan , Maifon tres - confiderable
GALANT
159
dans le
Languedoc avec la fur,
Vivance
pour M l'Abbé de
Treffan fon neveu de la Charge
de premier
Aumônier
de
Monfieur le Duc
d'Orleans.
M la
Prefidente de
Druillet
joint
beaucoup de merite aux
avantages de la nature , & elle
eft un des plus beaux
ornemens
de la Ville de
Touloufe . Elle
remporta
l'année
derniere le
Prix de
l'Eglogue aux Jeux Floraux,
Sa
modeftie luy fait ca
cher
plufieurs pieces de Vers
de fa façon , dont même fes
meilleurs amis luy
arrachent à
peine une
lecture
particuliere ,
160 MERCURE
quoy qu'elles dûfſent faire un
fingulier plaifir , fi elles eſtoient
données au public. Mlle de
Montlaur , foeur de pere du
nouvel Evêque de Bayonne ,
fait voir tout l'efprit , toute la
politeffe & tout le bon gouft
qui éclatent dans celuy & dans
celle qui luy ont donné le jour.
Les Touloufains ont remarqué
à l'occafion de la nomination
de M' l'Abbé Druillet à l'Evêché
de Bayonne , que leur Ville
continue de donner un grand
nombre d'Evêques , & qu'il y
en a prefentement plufieurs qui
occupent des fieges importans ;
GALANT 161
an
nt
He
пр
it
ns
.

on
A
nd
DESSj
fçavoir M Perfin de Mongaillard
Evêque de Saint Pons ; M
Barthelemy de Gramond Evêque
de Saint Papoul ; M' de la
Broue , Evêque de
Mirepoix ;
Mr Bertier , Evêque de Blois ;
M Catelan , Evêque de Valence
; & M Druillet , nommé à
l'Evêché de
Bayonne .
L'Abbaye de Granſelve
Ordre de Cifteaux , Dioceſe de
Touloufe , vacante par la mort
de l'ancien Evêque d'Autun , a
efté donnée à M' le
Cardinal
de la
Trimoüille . Vous fçavez
qu'il eft frere de Mr le Duc de
Noirmoutier , & de M° la Prin-
May 1707.
162 MERCURE
ceffe des Urfins , ci- devant veuve
de M' le Prince de Chalais ,
de la Maifon de Tallerand de
Perigord. Ce Prelat a eſté longtemps
Auditeur de Rote , & il
en a rempli les fonctions avec
beaucoup de fuccés . Il eft Licentié
de Sorbonne , & il a fair
fa Licence avec beaucoup d'application
. M' l'Abbé de Clerambault
& cet Abbé , qui en
cftoient les plus forts , donnoient
de l'émulation à leurs
Commilitans par celle qui étoit
entre eux. Les branches de
Noirmoutier & de Royan fe
font féparées de la Maifon de
GALANT 163
la
Trimouille au
commencement
du feiziéme fiecle ; celle
de Royan
fubfifte
dans
laperperfonne
de M la Ducheffe de
Chaſtillon . L'Abbaye de Granfelve
a toûjouts efté poffedée
par de grands & illuftres
fonnages. Les derniers poffeffeurs
de cette Abbaye font M
le Cardinal de Richelieu , feu
Mr le Prince de Conty ; Mrle
Cardinal Mazarin , qui l'eut fur
la
démiffion de ce Prince , &
feu Mr l'Evêque d'Autun .
L'Abbaye de Begard , Diocefe
de
Treguier ,
vacante par
la mort de Mr de Coetlo164
MERCURE
to
gon , Evêque de Tournay , a
Mrl'Abbé de Polignac Licentié
de Sorbonne , Auditeur de
Rote, l'un des Quarante del A
cademie Françoife , & cy - des
vant Ambaſſadeur Extraordi
naire en Pologne. Heft frere de
Mr le Marquis de Polignac
Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy , Baron des Etats.
de Languedoc , Gouverneur
du Puy & du Pays du Velay. Il
eft fils & petit - fils de Louis-
Armand , & de Gafpard- Armand
Vicomtes de Polignac ,
Marquis de Chalençon , Chevaliers
des Ordres du Roy
GALANT 165
&
Gouverneurs des Pays de
Velay & de Vivarets . Le nom de
leur Maiſon eft
Chalençon , dans
laquelle celle de Polignac s'eft
éteinte dans le milieu du 14
fiecle par Valpurge Vicomteſfe
de Polignac , qui époufa un
Seigneur de Chalençon , à condition
que la
pofterité qui viendroit
de leur
mariage porteroit
le nom & les armes de Polignac.
Mr l'Abbé de
Polignac
eftant connu par fon efprit &
par les grands emplois dont il
a efté pourvû , je ne dois pas
m'étendre
davantage fur ce
qui le
regarde.
166 MERCURE
L'Abbaye de Bonnecombe ,
Diocefe de Rhodes , vacante
par la fortie de Mr l'Abbé de
la Bourlie hors du Royaume ,
a efté donnée à Mr l'Abbé de
Lufignan , Grand - Archidiacre
& Grand - Vicaire de Mr l'Evêque
de Rhodés fon oncle. Ce
nouvel Abbé eft fils de feu Mr
le Comte de Lufignan Lezay ,
ci - devant Envoyé Extraordinaire
à la Cour de Vienne . Il
y a peu de Maiſons dans le
Royaume plus celebre qué celle
de Lufignan . Les titres les
plus auguftes y ont efté comme
en foule. Elle a donné des Rois
GALANT 167
aux Royaumes de Jerufalem &
de Chypre , & même des Empereurs
à l'Orient . La branche
des Seigneurs de Lezay cft féparée
de fa tige depuis plus de
cinq cens ans , ainfi que je l'ay
fait voir à l'occafion de la
mort de Mr le Comte de Lufignan.
Il feroit à fouhaiter que
les biens de cette branche fuffent
proportionnez à la grandeur
de fon origine ; on pourroit
luy appliquer avec juſtice
ces paroles d'Ovide :
Regna cadunt , Urbespereunt, nec
quæ fuit olim ,
168 MERCURE
Roma manet , præter nomen inane
Knihila
Mr l'Abbé de Lufignan
eftoit Député à l'Affemblée du
Clergé de 1695. & il l'eftoit
encore à celle qui vient de
finir
L'Abbaye de Bonnefond ,
Dioceſe de Cominges , vacante
par la mort de Mr l'Abbé
de Candau , à Mr l'Abbé de
Poudenx , Agent General du
Clergé & Grand- Vicaire de
Mr l'Evêque de Tarbes fon
oncle. C'eſt un homme de qualité
du Diocefe de Tarbes en
Bigorre
GALANT
169
em-
Bigorre , qui remplit parfaite
ment les
devoirs
d'Agent du
Clergé , & qui
employe à l'étu
de de la
Jurifprudence Canonique
, le temps que fon c
ploy luy laiffe. La
Province
d'Auch , qui eftoit en tour de
nommer à
l'Agence
generale
du Clergé, a
nommé cet Abbé .
Mr
l'Abbé de
Candau par la
mort de qui cette
Abbayevacquoit
eftoitfrered
a
Mr le Marquis
de
Candau ,
Gentilhomme
de la
Manche de
Monfei,
gneur le Duc de
Bourgogne
.
L'Abbaye de S. Maur fur
Loire Dioceſe d'Angers , à M²
May 1707
.
P
170 MERCURB
l'Abbé Martineau Grand-Vicaire
& Archidiacre d'Angers.
Il eft frere du Pere Martineau
de la Compagnie de Jefus , &
Confeffeur de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , qui a procuré
par fon credit à la Cour ,
cette Abbaye à M² l'Abbé
Martineau , quila meritoit par
luy - mefme & par fon appli
cation au
gouvernement du
Diocefe d'Angers , dont il eft
depuis plufieurs années Grand-
Vicaire. Sa famille qui eft originaire
d'Angers , elt divifée
en plufieurs branches , dont
l'une eft établie dans le Parle1
GALANT
171
ment de Paris , où il y a un
Confeiller de ce nom .
L'Abbaye de l'Ifle
Chauvet
Diocefe de
Luçon
vacante
par la mort de M' l'Abbé de
Candau , à Mr
d'Aynac- Turenne
, Docteur de Sorbonne .
eft de
l'ancienne
maiſon de
Turenne , en Limofin dont la
branche aînée
féteignit fur la
fin du 13. fiecle dans la maifon
des
Comtes de
Cominges ,
& les Rogers
Comtes de Beaufort
en Anjou , ayant
fuccedé
aux Vicomtes de Turenne dans
le 14. leur race
feconde en
Papes & en
Cardinaux , en Ar-
Pij
172 MERCURE
chevêques & en Evêques , finit
vers le milieu du 15 dans la
Maifon de la Tour d'Auver
gne , qui a rendu le nom de Turenne
fi celebre durant les trois
derniers ficcles. La branche des
Vicomtes d'Aynac eft établie
en Limoufin & en Quercy ou
font fes terres. L'Abbé dont
je vous parle eft parent de Mr
le Cardinal de Noailles ; il eftoit
Député à l'Aſſemblée generale
du Clergé de 1705. il a toutes
les qualitez que l'on peut fou
haiter dans un
Ecclefiaftique, &
alpur dire
on peut que le choix que
le Roy a fait en le nommant
b
GALANT, 173
?
à l'Abbaye de l'Ile Chauvet
a efté fort applaudi . Feu Mr
l'Abbé du Candau eftoit fils
de Mr le Marquis de Candau
Gentilhomme de la Manche
de Monfeigneur le Duc de Ber
ry , & ci -devant du Roy d'Eſpagne.
L'Abbaye de Sully , Dioceſe
de Tours , vacante par la démiffion
d'un Chanoine d'Or--
leans , à Mr l'Abbé Ame Dieu,
Grand - Vicaire d'Orleans , &
qui l'eftoit ci - devant d'Aire ,
où il eftoit Archidiacre & auparavant
Curé de Saint Urciffe
de Cahors. Il a beaucoup de
Piij
174 MERCURE
vertu & un grand talent pour
la
conduite d'un
Seminaire ,
ayant
gouverné
celuy d'Aire
avec
beaucoup de fageffe , pendant
que Mr
Fleuriau en eftoit
Evêque. Il eftoit du Dioceſe de
Cahors .
L'Abbaye de Meymac , Diocefe
de
Limoges ,
vaccante par
la
démiffion de Mr l'Abbé de
Meſchatin ,
Comte de Lyon ,
à Mr l'Abbé de
Tournelles
Docteur de la Maiſon & Societé
de
Sorbonne ,
Profeffeur
dans ce
celebre College , &
Chanoine de
Tournay. Il eft
zelé pour la
bonne
Doctrine ,
GALANT 175
& ennemy declaré de ceux qui
veulent s'en écarter . Le choix
de Sa Majefté a été applaudy de
tous ceux qui connoiffent cet
habile Docteur , & principalement
de fes Ecoliers qu'il prend
foin de former dans la connoiffance
des faintes Lettres
avec beaucoup d'application .
L'Abbaye de Beaulieu vaccante
par la mort de Mr l'Abbé
de S. Viance , frere de Mr
le Marquis de S. Viance , ci- devant
Lieutenant des Gardes du.
Corps de la Compagnie de
Noailles , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & Gou
3Piiij
376
MERCURE
3
verneur de
Coignac, à
Mrl'Abbé
de
Beaufranc ,
Gentilhomme
de
Normandie , d'une
noblefamille
du nom de Tilly .
Sonfrere
aîné eft marié
enNormandie
& le
fecond eft à
prefent Licutenant
de la
Louveterie du Roy,
& il a été élevé Page dans la
Vennerie de Sa
Majesté .
L'Abbaye de Saint
Pierre
de
Maurs ,
Diocefe de
Saint
Flour en
Auvergne ,
vaccante
par la
démiffion de Mr l'Abbé
Foucaud neveu de Mr Foucaud
,
Lieutenant
general des
Armées du Roy , à Mr
l'Abbé
de
Cambefort ,
Docteur de
Sorbonne &
Curé de
Nôtre-
1
1GALANT 177
Dame de Bonnes Nouvelles de
Paris. Il eft fils de Mr Douradou
de Cambefort , Confeiller
au Prefidial d'Aurillac . Ce Docteur
a un talent particulier
pour la conduite des ames , &
prêche avec beaucoup de fuccés.
Il eft de la famille de Fortet
, qui a fondé le College de
ce nom à Paris ; il eft allié à la
famille de Delhort, qui eft une
des plus confiderables de la
Ville d'Aurillac , & qui eſt reveftuë
de la Charge de LieutenantsGeneral
au Prefidial de
cette Villé. Il a pris foin de l'éducation
de Mrle Comte d'Evreux.
sb'à 16 ennodive
178
MERCURE
a
L'Abbaye de
Willancourt à
M
Levert de
Villers ,
Reli
gieufe du
même Ordre . Elle
beaucoup de pieté , & elle a
poffedé les
principales
Charges
de fa
Maifon .
Elle eft d'un genie
fuperieur & a
toutes les qualitez
neceffaires pour la con,
duite d'une
Maiſon
Religieufe
.
L'Abbaye de Saint
Etienne
de
Reims , de
l'Ordre de Saint
Auguftin,
vaccante par la mort
de MⓇ de
Rambouillet ,
foeur de
feuë M la
Ducheffe de
Monraufier
, à
Dame
Marguerite
Gobillon ,
Religieuſe de Sainte
Perrine de la
Villette , prés de
GALANT 179
Paris , & du même Ordre . Cette
Dame eft niece de feu M
Nicolas
Gobillon
Grand - Vicaire
de Paris , & Curé de Saint
Laurent
, & fille de feu M
Guillaume
de Gobillon
, Ecuyer
S du Val , Capitaine
de Cavalerie
, qui à l'âge de 46. ans
avoit déja fervi le Roy pendant
vingt - neuf Campagnes
. Cette
famille qui eft ancienne
à Paris ,
eft alliée à celle de Mr le Maré
chal de Catinat . M° Gobillon
a l'eftime
de tous ceux qui la
connoiffent
; fa pieté & fon
merite ont déterminé
le Roy
à luy confier
la conduite
d'un
180
MERCURE
des plus
celebres
Monafteres
du Royaume. Mr le Maréchal
de
Chamilly rendit au Roy un
glorieux
témoignage en faveur
de feu Mr
Gobillon pere de la
nouvelle Abbeffe , qui s'eftoit
fignalé au fiege de Grave.
>
Le
Canonicat de la
Sainte
Chapelle du Palais à Paris
vaccant par la mort de M ' Olivier
, a efté donné à Mr Boyvin
de
Vauroüis , Abbé de la
Sye en Brignon , Dioceſe de
Poitiers. Feu M' de
Vauroüis
fon pere eftoit
Confeiller au
Parlement , & il eft neveu de
Mª de Ribeyre , Conſeiller
d'Etat
, & couſin
germain de M˚ la
b
GALANT 181
premiere Prefidente de Rouen
& de M de la Bourdonnaye
,
Intendante de Bordeaux. Il a
geil
efté Deputé à l'Affemblée
nerale du Clergé de 1705.
eſt Docteur de Sorbonne , &
il joint à cette qualité une
lide vertu.
To-
Le fecond Canonicat de la
même Eglife qui vacquoit par
la mort de M Bazire Docteur
de Sorbonne , à M' l'Abbé
Bochart de Champigny,Bachelier
de Sorbonne , & neveu de
Mle Tréforier de la Sainte
Chapelle , de feu M' l'Eveſque
de Valence , & de M' le Doyen
182
MERCURE
de Lille ; il donne de grandes
efperances . La Maiſon de Bochart
eft ancienne dans le Parlement
de Paris à qui elle a donné
un Premier Prefident; elle eft
diviſée en 2. branches , qui font
celle de Sarron,dont eft M' l'Evefque
de Clermont , & celle
de Champigni dont eft celuy
qui donne lieu à cet article .
Le Canonicat vacant dans
l'Eglife Cathedrale de Nifmes,
a efté donné à M' l'Abbé Flechier
neveu de l'Evefque de la
même Ville . Ce jeune Abbé
qui eft élevé dans le Seminaire
de Saint Magloire , donne de
GALANT 183
vives efperances qu'il marchera
un jour fur les traces de l'Illuftre
Prelat qui gouverne
I'Egliſe
de Niſmes . Il eſt tres- appliqué
à fes devoirs , & il a beaucoup
de goût pour les Sciences .
Le Roy a donné une penfion
de 1500 livres fur l'Évefché
de Tournay à M' le Bas
Curé de Saint Chriſtophle de
Paris Docteur de Sorbonne ,
& Syndic pour la feconde fois
de la Faculté de Theologie. Il
a beaucoup de merite , & remplit
avec aplaudiffement le miniftere
dont il eſt chargé. Il eft
au goût de tout le monde , &
184 MERCURE
il foûtient avec reputation les
affaires du plus grand poids. »
Sa Majefté a donné le Ser
ment de fidelité de l'Egliſe de
Tournay à M'l'Abbé de Plans
che-Mahot Aumônier de fon
Regiment d'Infanterie
Cet
Ecclefiaftique
a confervé au
milieu du tumulte des armes
une grande pureté de moeurs,
& s'eft toûjours attaché aux
devoirs de fon état.
li Sa Majeſté a auffi donné la
Chapellainie
Royale du Quef-»
noy à Ml'Abbé Raguet Docteur
en Theologie ; cet Abbé
eft de la Compagnie
du Jourcoretinal
GALANT 185
nal des Sçavans , & M' le Chancelier
l'a choifi pour examiner
les Livres qui regardent la Doctrine
& la Theologie . Les feuls
extraits qui paroiffent de cet
Abbé dans le Journal , & dans
le fupplément qui accompagne
le Journal , font fon éloge . On
y trouve une grande préci
fion , un jugement folide des
Ouvrages dont il parle , & une
grande pureté de ftile. Cet
Abbé eft bon Theologien ; il
eft auffi tres - verſé dans les matieres.
Philofophiques , & fur
tout dans celles qui regardent
la Methaphifique ; il fçait
May 1707.
186 MERCURE
&
parfaitement
fur l'Hiſtoire
Ec
clefiaftique
, & fa Critique fur
cette partie de l'Histoire
eft
exacte & judicieuſe
. L'eftime
que M le Chancelier
& M que
l'Abbé Bignon
ont pour
Raguet , font mieux fon éloge
que tout ce que j'en pourrois
dire .
*
+
M
Le Roy a donné fur la prefentation
de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , l'Abbaye
de S. Remy de Villers-
Cotterets à Madame d'Auvergne
Religieufe de la même
Abbaye. Cette Dame eft foeur
de M le Duc de Bouillon , du
1
GALANT 187
Cardinal de ce nom , & de M ,
le Comte d'Auvergne ; de feuë
Madame la Ducheffe de Baviere
, & de la Mere de Bouillon
Carmelite dans le Convent
de la rue Saint Jacques . Cette
Dame eft fille de feu M' le
Duc de Bouillon fils du Maréchal
de ce nom , & de Dame
Eleonore de Bergues, d'une des
plus grandes Maifons des Païs-
Bas . Mais elle eft moins diftinguée
par l'éclat de fa naiffance,
fa que par vertu & 17& par fon
merite. Sa Majefté en agréant
le choix que Son A. R. a fait
de cette Dame pour l'Abbaye
Qij
188 MERCURE
de Villers - Cotterets , n'a fait
que remplir les voeux de toutes
les Dames qui compofent act
te celebre Abbaye , & qui font
haiterent avec beaucoup d'atdeur
de voir Madame d'Au
vergne à leur tefte , dés que
leur Abbeffe fut morte. Cette
Abbeffe , avant que de remplit
certe premiere place, s'en eftoit
rendue digne par l'attention
qu'elle avoit apportée à bien
remplir les autres Charges de
cette Abbaye qui luy avoient
efté confiées. Elle a beaucoup
de lumieres , & un talent par
xiculier pour la conduite d'une
GARANT 189
HV
emble
Maiſon
Religieufe , la douceur
de fes moeurs doit rendre
d'ailleurs
Ton gun amest
gouvernement
fort doux :
qualitez que l'on
doit
fouhaiter dans les
perfonnes
qui font
chargées du gouvernement
des
grandes Maifons
, telle qu'est celle de Villers
Cotterets qui eft tres ancienne
, & qui a
toûjours efte
gouvernée
par des perfonnes
de diftinction
, govs sib up
Comme l'état de ma veue
ne me permet plus de diftinguer
les
objets , que je ne vois
rien par moy - même , & que
cen'eft que fur le
rapport
eb
199 MBRCURE
d'autruy que je vous envoye
ce qui fe fait & ce qui fe dit
dans les actions publiques , &
que je vous parle des Haran
gues qui font prononcées devant
le Roy , il arrive quel
quesfois que la memoire de
ceux qui m'en font le rapport
n'eft pas tout à fait fidelle , ou
que les parens ou amis de ceux
dont je parle me donnent des
Memoires qui ne font pas auffi
juftes que le feroient ceux des
perfonnes intereffées , fi leur
modeftic ne les empêchoit pas
de les donner eux - mêmes.
Comme, dis-je, toutes ces cho,
GALANT
191
font
fes ,
principalement depuis que
le Ciel m'a affligé de la perte
de la veuë , font caufe que je
donne des
Memoires qui ne
pas toujours auffi juftes
qu'ils
devroient l'eftre ; je ne
fais point de
difficulté de reparer
les mois fuivans tout ce
que j'ay dit , qui ne fe trouve
pas tout à fait conforme
à la
verité.
Cependant les fautes
que je fais en ces fortes d'occafions
font
quelquesfois heureufes
pour ceux qui lifent mes
Lettres , puifque pour les reparer
les mois fuivans , les
mouvemens que je me donne
192 MERCURE
font caufe qu'ils trouvent dans
mes Lettres , des articles & des
pieces dignes de leur curiofité.
Vous en voyez un exemple
dans la Harangue que je vous
envoye , dont on ne m'avoit
pas fait un rapport fidelle. Je
puis vous affurer que l'Auteur
ne fe plaindra pas de moy , &
que ceux qui ont bien voulu
me la donner ont eu entre les.
mains l'original dont ils m'ont
donné une copie. Je dois ajoûter
encore à cet article que
M' l'Abbé d'Auchy ne defcend
point des Bers d'Auxy ,
ainfi que je vous l'ay dit le mois
precedent.
GALANT
193
HOVE
precedent. Son nom cft Porteboisil
eftoit
Religieux de l'Abbaye
de S. Bertin à S. Omer
& il fut nommé Abbé d'Auchy
- les - Moines fur la fin de
l'année 1702. Il n'a pû eftre
employé depuis long -
temps ,
comme je l'ay dit , pour le miniftere
de la parole ,
lorsqu'il
Seft agi de faire quelque choix
pour cet effet ,
puifqu'il y a
trop peu de temps qu'il a l'hon
neur d'eftre appellé aux Etats
d'Artois , qu'il n'a
commencé
diy entrer qu'en l'année 1703 .
& qu'il n'avoit pas encore efté
Deputé à la
Cour pour le Cl
May 1707
.
The
le
Cler
R
194 MERCUR
E
gé de la Province d'Artois ,
lorfqu'il a prononcé la Harangue
fuivante devant S. M.
HARANGUE
le
Prononcée devant Sa Majesté
30. Mars , au nom des trois
Corps qui compofent les Etats
de la Province d'Artois , par
Dom Bertin Portebois , Abbé
Regulier de l'Abbaye d'Auchy
-les- Moines Ordre de S.
Benoift, Député pour le Clergé
, accompagné de Mr le
Comte de Souaftre Député
pour la Nobleffe , & de M
Caudron ancien Avocat &
Echevin de la Ville d'Arras
Député pour le Tiers Etat .
SIRE ,
Voftre Province d'Artois vient
GALANT
195
aujourd'huy vous renouveller fes
hommages , & témoigner à Voftre
Majefté la joye que tous vos Peuples
ont eu, en
apprenant la naiffance
du Prince que le Ciel a donné
à la France.
*
Nous nous
estimerions tous
tres-heureux , & fort
honorez ,
fi V. M. donnoit un jour à l'un
de fes
Arrieres- Petit-Fils le nom
que portoit
autrefois fi
dignement
le Frere du plus faint de tous les
Rois , & l'un des plus
auguftes
de vos
Prédeceffeurs.
Nous
venons en même temps
affeurer V. M. d'une
obeisance
* de Robert Comte d'Artois.
Rij
196 MERCURE
tres - refpectueuse
, d'une fidelité
parfaite , d'un attachement
&
d'un zele qui n'auront jamais de
bornes.
la
Nous prefentons tous les jours
nos Voeux au Seigneur pour
confervation de vostre Perfonne
facrée , parce que nous connoiffons
tout le merite du don
Ciel nous a fair ,
fair , en nous
nant pour Maiftre , un Roy fi
religieux , & fi plein de bontez
pour tous fes Sujets .
que
le
don-
Nous ne vous regardons point
feulement , SIRE, comme noftre
Souverain , au fervice duquel
fommes prefts de facrifier nos nous
GALANT
197
biens & nos vies ; mais encore,
Si j'ofe
m'exprimer ainſi , comme
un bon Pere ,pour qui nous avons
tous des fentimens de respect , de
reconnoiffance , & d'amour.
ع و ن
V. M. peut compter d'avoir
en Artois autant de coeurs affectionnez
& fideles , qu'elle y a de
Sujets fous fa puiffance . Nous
yfommes penetrez plus que
ne peut dire , de l'attention particuliere
l'on
que vous vous donnez
,
donnez
, pour
mettre cette Province à couvert
des infultes de
l'Ennemy.
ef- De noftre cofté , nous nous
forçons d'y
correfpondre
autant
que nous le pouvons. Nous
y
Rij
198 MERCURE
avons fait bâtir des Forts , des
Redoutes , & des Corps - de- Garde
; nous y avons nos Habitans
meflez avec les Soldats de V. M.
pour deffendre la ligne , * &pour
empefcher l'Ennemy de penetrer,
de nous contraindre à luy
payer une contribution qu'il avoit
en la temerité de nous demander.
C'est à vos foins , SIRE , &.
à voftre application que nous fommes
redevables , fi nous nous trouvons
encore dans le pouvoir de
contribuer de nos biens aux befoins
de l'Etat , & de donner à
V. M. de nouvelles marques de
* de la Doule .
GALANT
199
de noftre attache- noftre zele ,
ment pour fon fervice.
Nous ne confultonsjamais nos
forces , lorsqu'il s'agit du fervice
de V. M. nous
commençons toújours
par recevoir fes ordres avec
foumiffion , & nous donnons en-
Suite toute noftre attention à chercher
les moyens de les pouvoir
executer avec promptitude ; nous
pouvons dire mefme que fouvent
nous prévenons les ordres que
V. M. peut eftre contrainte de
nous donner. Noftre principale
application eft de nous faire toujours
diftinguer de vos autres Peuples
,par noftre zele plus actif, &
R
iij
200 MERCURE
noftre obeiſſance plus prompte &
plus exacte.
Enfin , SIRE , nous ne fommes
plus libres de ne pas confacrer
nos biens & nos vies pour
le fervice de V. M. vous avez
fçu par vos bontez vous rendre
le Maiftre abfolu de nos coeurs.
Regnez donc , SIRE, regnez,
& que le Roy du Ciel vous faffe
encore regner longues années fur
la terre , & pour la gloire defon
nom, & pour noftre propre
heur. Il y va de l'intereft de la
Religion auffi-bien que du noſtre.
Vous en eftes le principal Protecteur,
& on peut dire avec vebonGALANT
201
rité , qu'il n'y a que V. M. entre
les Princes Chreftens , qui fe mette
en peine d'arrefter les progrés de
la fauffe Religion , & de l'obliger
fe contenir dans les anciennes
bornes que le
malheur des temps
paßé avoit contraint de tolerer.
La pieté de V. M. l'amour
qu'elle a toujours eu pour la Re-
-ligion , en quoi certes elle doit fervir
d'exemple à toutes les Teftes
couronnées , ne sçauroient manquer
d'attirer fur voftre Perfonne
facrée , & fur voftre Royaume ,
toute forte de benediction .
Les prieres ferventes de vos
fideles Sujets forceront enfin le
202 MERCURE
Ciel à eftre favorable à vos juftes
deffeins , & à feconder vos
bonnes & pieufes intentions .
Ce font les voeux tres finceres
tres-ardens que voftre Peuple.
d'Artois offre fans ceſſe au Dien
des Armées. Il fe prefente aujourd'huypar
fes Députez devant
V. M. pour la fupplier tres- humblement
d'avoir pour agreable fa
bonne volonté, & en mefme temps
de le vouloir bien foulager autant
les befoins de l'Etat le pourque
que
ront permettre.
C'est pour cela , SIRE ,
nous prenons la liberté de repréſenter
à V. M. le cahier de nos tresGALANT
203
humbles
remontrances ,
aufquelles
nous vousfupplions
d'avoir égard,
d'y répondre
favorablement
.
L'Article qui fuit eſt à peu
prés de la même nature que celuy
que vous venez de lire . On
s'eftoit mépris en me mandant
que le fameux Mr Bayle , qui
eft mort à Rotterdam , eftoit
frere de M Bayle Docteur en
Medecine & Profeffeur és Arts
en l'Univerfité de Touloufe.
pere du deffunt eftoit né en
Rouergue , proche de la Ville
de
Montauban , & fut appellé
pour faire les fonctions de Mi-
Le
204 MERCURE
de
niftre au Carla , Dioceſe de
Rieux , où fon fils qui eft mort
en Hollande a pris naiffance .
Quant à Mr Bayle qui refiprefentement
à Toulouſe ,
il est né à Boulogne , Ville de
Gafcogne , & il a quelques parens
de fon nom dans les Diocefes
de Rieux & de Pamiers ;
mais il n'y a nulle parenté entre
fa famille & celle de Mr
Bayle , mort à Rotterdam . Il
fe trouve des Lettres du deffunt
écrites à Mr Bayle de Touloufe
, qui
marquent que l'eftime
qu'il avoit pour luy eftoit fi
grande , qu'il auroit ſouhaité
GALANT
205
d'eftre fon
parent.
Le Mardy 3. de ce mois ,
M's de
l'Academie des
Infcriptions
tinrent leur Séance publique
d'aprés Pafques. M
Baudelot de Dairval en fit l'ouverture
par une Differtation
qu'il lut fur les Actions de graces
des Anciens. Quoy que tout
ce qu'il dit dans cette occafion
n'eut pas par tout un rapport
effentiel au fujet qu'il avoit
entrepris , toute l'Affemblée
avoüa qu'il y avoit
beaucoup
d'érudition & de recherches
dans fa
Differtation . Il parcourut
dans fa troifiéme par206
MERCURE
tie qui eftoit celle qui convenoit
le plus à fa matiere , tout
ce que Plutarque , Ariftote ,
Ciceron , Quintilien , & les autres
Auteurs rapportent de la
maniere dont les Anciens offroient
leurs Sacrifices en actions
de graces. Au commencement
, dit - il , les peuples marquoient
leur reconnoiffance
à la
Divinité qu'ils avoient choifie
pour Protectrice , en élevant les
yeux & les mains au Ciel ; enfuite
l'ufage des Sacrifices s'établit
ů les actes de reconnoiffance
devinrentplusfolemnels.
Il appuya
ce qu'il dit par des Eſtampes
GALANT 207
a
qu'il avoit fait graver , & qu'il
prefenta à l'Affemblée . Cette
multitude d'hommes & de
femmes qui paroiffoient dans
ces figures élever leurs voix au
Ciel , autour de la victime qu'-
ils facrifioient , donnoit une
idée jufte de cette ancienne ceremonie.
Il diftribua enfuite
dans l'Affemblée deux Medailles
qu'il avoit fait graver pour
mettre à la portée de tout le
monde ce qu'il rapportoit des
ufages des premiers peuples de
la terre. L'une reprefentoit
Brutus ; & au revers , la Liberté
eftoit repreſentée avec ce mot :
208 MERCURE
Libertas. L'autre eftoit de porphire
, c'est - à - dire qu'elle reprefentoit
un Porphirogenete.
Mr Baudelot eft connu par l'amour
qu'il a pour les Medailles
, dont il a un tres - beau Cabinet
. Il a compofé un Livre
en deux volumes de l'utilité des
Voyages. Sa difpute avec Mr
l'Abbé de Vallemont fur une
Medaille d'Alexandre le Grand,
a depuis peu occupé agreablement
le public. Cette difpute
s'eft faire dans les termes les
plus exacts de la politeffe.
Mr l'Abbé Nadal , Auteur
de la Tragedie de Saül , qui a cu
GALANT
209
un grand fuccés , parla enſuite
des Veftales ; de leur origine ,
de leur durée , de leur nombre ,
de leurs
privileges , & des peines
dont elles eftoient punies .
lorfqu'elles péchoient contre
les loix qui leur eftoient impofées
. Numa Pompilius fecond
Roy des Romains , & Auteur des
Loix qui ont efté filong temps
en ufage à Rome , en établit
4 pour le culte de la Deeffe
Veſta; en nommant cette Deeffe
Mr l'Abbé Nadal dit fur ce
fujet plufieurs choſes tres curieufes
, il examina ce qu'eftoit
cette Divinité , fi elle
reprefen-
May 1707 S
210 MERCURE
toit le feu ou la terre , comme
l'ont crû quelques - uns , ou
quelque autre chofe , ce qui
avoit donné occafion à la grande
veneration qu'on avoit à
Rome pour cette Divinité . Servius
Tullius fucceffeur de Numa
, augmenta le nombre des
Veftales jufqu'à fix , & enfin
fous les autres Maiftres de
l'Empire Romain , on en vit
jufqu'à fept , mais jamais davantage.
On les enlevoit à leurs
parens comme par force , depuis
l'âge de fix ans jufqu'à celuy
de dix ; je dis qu'on les enlevoit
à leurs parens , parce
GALANT 211
qu'ils ne donnoient jamais volontairement
leurs enfans pour
les confacrer à un eftat dont la
moindre infraction eftoit punie
par des
chaſtimens terribles
. Les Rois & les
Empereurs
faifoient autrefois le choix des
jeunes filles ; les Souverains
Pontifes eurent enfuite ce
foin ; & la beauté feule des
enfans les
déterminoit ,afin que
la grandeur du facrifice qu'ils
faifoient de leur
virginité ,
dans un âge où ils ne con
noiffoient point encore l'engagement
qu'ils prenoient , impolat
davantage aux peuples.
Sij
212 MERCURE
Les dix premieres années que
les Veftales paffoient dans le
Temple eftoient employées à
s'inftruire des loix , les dix autres
à les pratiquer , & les dix
dernieres à les enfeigner aux
autres . Ces trente années expirées
elles eftoient déchargées
du joug de la continence , &
elles pouvoient fe marier , mais
dans la fuite des temps on leur
fit voüer une virginité perpetuelle.
La defcription que Mr
Nadal fit enfuite de l'habit des
Veftales fut tres - curieufe , &
l'idée qu'il en donna fut tresmagnifique.
Leur habillement
GALANT 213
de foy - même fuperbe leur
donnoit lieu de paroiſtre encore
plus belles ; elles avoient un
bras tout nud , leur fein qui
eftoit découvert rehauffoit l'éclat
de leur beauté ; & les Hiftoriens
remarquent que lorfque
le voeu de continence n'étoit
pas pour toute la vie , on
ne fe foucioit gueres de les retenir
dans le Temple aprés que
les trente années d'obligation
cftoient expirées , & qu'on tenoit
peu de compte d'une vertu
dont le déclin de leur beauté
diminuoit fort le prix . Les
Veftales eftoient deftinées à en214
MERCURE
tretenir le feu facré. L'extinc
tion de ce feu eftoit regardé par
ce peuple fuperftitieux comme
un grand malheur , & d'un prefage
finiftre , & on ne manquoit
jamais de mettre fur le
compte de cette extinction
toutes les difgraces qui arrivoient
cette année-là aux Ro,
mains. La maniere dont on s'y
prenoit pour le rallumer avoit
quelque chofe de myſterieux ,
& même, s'il eftpermis de parler
ainfi à l'égard d'une ceremonie
payenne, quelque chofe
de venerable ; on ne le fervoit
pas de feu materiel , on preGALANT
215
noit un vaſe d'airain qu'on expofoit
aux rayons les plus ardens
du Soleil , & on mettoit
au fonds de ce vaſe , une matiere
combuftible , qui échauffée
par la reverberation
du Soleil
qui donnoit fur les differens
côtez de ce vaſe , l'enflamoit
à la fin . La negligence de
la Veftale qui avoit laiffé éteindre
le feu , eftoit ſeverement
punie. On la menoit dans un
lieu écarté du Temple , où on
la dépouilloit de fes habits ; le
grand Pontife qui avoit grand
foin de la fouftraire à toute autre
vûë d'homme que la fienne,
216 MERCURE
aprés l'avoir fait mettre nuë la
faifoit foüetter en fa preſence.
Les Veftales joüiffoient d'une
grande liberté ; elles fortoient
du Temple feules au commencement.
Elles alloient chez
leurs parens , dans toutes les
affemblées , & même dans le
lieu où l'on parloit des affaires
de la Republique. On leur remettoit
fouvent le Jugement
des affaires importantes , & elles
devenoient prefque toûjours
les arbitres des differens
interefts de leurs familles , mais
depuis qu'une Veſtale eut eſté
violée par de jeunes libertins à
la
GALANT
217
la porte de la maifon de fon
pere , on ne les laiffoit plus fortir
feules ; elles avoient des
Gardes , & on portoit devant
elles les
faifceaux comme devant
les Dictateurs .
Mrl'Abbé
Nadal remit à une autre Conference
le détail de la
punition
fevere qui fuivoit les chûtes
honteufes qui
regardoient
la
continence. Cette
Differtation
fut femée de traits
brillans .
L'Exorde fur tout en fut pom
peux ; on y reconnut
plufieurs
traits de Tite- Live
habilement
mis en
oeuvre , & on ne peut
parler de la religion & des ce-
May 1707. T
218 MERCURE
remonics avec plus de pompe
que le fit , cet Abbé . L'érudition
fur tout s'y fit fentir par
tout , une multitude de citations
des Auteurs Grecs & Latins
furent autant de preuves
de la doctrine de cet Abbé . Je
dois ajoûter à ce que je viens de
dire Mr Nadal trouva une
que
occafion naturelle dans fa Differtation
d'encenſer feu M' Racine.
Ce fut en parlant des Veftales
& d'un endroit qui avoit
quel que relation à la Tragedie
de Britannicus de cet illuftre
Auteur.
Mr l'Abbé Pinart parla
GALANT
219
aprés Mr l'Abbé Nadal fur
les
Talifmans
. Il
parcourut
tous les temps , foit de la Gentilité
, foit du
Chriſtianiſme ,
où ces
misterieufes figures
avoient cu plus de cours , &
il fit voir d'une maniere fort
fpirituelle la ridicule erreur des
peuples & mefme d'une efpece
de
Philofophes qui ont pretendu
tirer des
conjectures
feures fur ces fortes de Medailles
. Ce fujet luy donna
lieu de parler de la Cabale ; il
rapporta les diverſes extravade
ceux qui s'attachent gances
à cette
fcience
Judaique qui
Tij
220 MERCURE
a trouvé des partiſans parmi
les Philofophes les plus fenfez
, & mefme parmi quelques
Theologiens. Les Cabaliſtes
enteftez de leurs illufions
donnent une ancienne origine
à cette pretenduë fcience ,
ils difent fort ferieufement ,
& Mr Pinart le dit de mefme,
en parlant leur langage d'une
maniere fort agreable , que
- cette rare connoiffance qu'on tire
du nom & des attributs particuliers
de Dieu , prit naiſſance
dans le Paradis Terreftre ; qu'Adam
à qui Dieu avoit donné une
pleine intelligence des fciences les
GALANT 221
>
genre
plus cachées , eftoit grand Cabalifte
; que Noé qu'on doit regarder
comme le fecond pere du
humain , fut auffi fort attaché à
la Cabale ; que Moyfe enfin fcutcette
fcience dans un éminent degré.
Avec de tels
protecteurs ,
il est difficile en effet qu'elle
n'ait acquis un grand credit
dans le monde. Aprés ce Legiflateur
vinrent les Ptolemées
, les Plines , les Paracelfes ,
les
Vanhelmont &
plufieurs
autres , mefine de noftre temps ,
à la memoire defquels Mr Pinart
voulut bien faire grace ,
en ne les nommant pas ; mais
Tiij
222 MERCURE
on reconnut aisément qu'il
avoit en veuë le Livre qui a
páru fous le titre de Comte de
Gabalis , & auquel on affure
qu'une focieté remplie de perfonnes
, d'ailleurs fort judicieuſes
, a donné lieu en parlant
des Talifmans ; il cita le
fameux Gaffarel fi entefté dans
le dernier fiecle de ces fortes
de chimeres , mais moins condamnable
pour avoir tenté de
leur donner cours , que par
temerité qu'il eut , à ce qu'on
affure , par de criminels menagemens
, & dans la veuë
de ramener plus aifément les
la
GALANT 123
Proteftans au ſein de l'Eglife ,
de prefcher en Dauphiné contre
la Doctrine du Purgatoire .
Ce que Mr Pinart dit fur les
differentes vertus que les Partifans
des Talifmans leur attribuënt,
fut écouté avec beaucoup
de plaifir , de mefme que
tous les paffages des anciens
Auteurs qu'il rapporta dans
le texte original ; je veux dire
en Grec & en Latin .
Quelque pla fir que Mr
l'Abbé Bignon Preſident de
cette Affemblée
eut ,
ainfi que
[
tout le refte de l'Auditoire
d'entendre Mr Pinart , il fut
T iiij
224 MERGURE
obligé de le prier de remettre
un autre feance le reftè de
fa
differtation , afin que Mr
Galand pût profiter du peu de
temps qui reftoit pour lire une
differtation fur une nouvelle
Medaille tirée du cabinet de
Mr Foucaud Confeiller d'Etat,
& qui effoit à l'Affemblée en
qualité d'honoraire . Mr. Galand
pretend que cette Medaille
a efté
frappée pour une
Cleopatre femme de l'Empereur
Tite , & inconnuë juſqu'à
prefent à tous les
Antiquaires.
Pour pouvoir juger de la folidité
de fes
conjectures , il fit
GALANT 225
répandre dans l'Affemblée plu
fieurs copies de la Medaille de
cette nouvelle Cleopatre . On
avoit toûjours crû jufqu'à prèfent
que l'Empereur Tite n'avoit
eu que deux femmes ; que
Berenice la feconde dont il devint
éperdument amoureux au
Siege de Jerufalem , paſſa avec
luy à Rome , & que c'eſt à
caufe de la haine que les Romains
témoignerent pour cette
Princeffe Juive ( ellé eftoit du
fang des Herodes ) qu'elle
changea fon nom en celuy de
Julie qui cftoit plus agreable
par plufieurs endroits , au peu226
MERCURE
ple Romain. Mr Galand, forcé
peut- eftre par l'autorité &
le témoignage de l'Hiſtoire ,
avoua que plufieurs Auteurs
femblent infinuer que cette
Princeffe peut bien avoir auffi
pris le nom de Cleopatre ( &
c'eſt à quoy il femble qu'il y
ait beaucoup d'apparence )
pour abandonner tout- à - fait
celuy de Berenice , qui eftoit
odieux aux Romains , & qu'un
de nos plus grands Auteurs a
tant celebré dans le dernier.
fiecle, dans fes ouvrages . Quelques
nouvelles que paruffent
les conjectures de Mr Galand,
GALANY 227
!
on doit convenir qu'il leur
donna toute la force qu'elles
pouvoient recevoir. Il fe fervit
de tous les
caracteres particuliers
de la Medaille ; de
tous les traits qui paroiffoient
la diftinguer des autres qui
ont efté gravées pour la veritable
Berenice , afin d'affurer
l'exiftance d'une Cleopatre differente
de toutes celles qui
ont paru & que l'Hiftoire connoift
, & de la fameufe Berenice
, femme de
l'Empereur
Tite .
Il fe fit il y a
quelque temps.
un grand
mouvement
à l'A228
MERCURÊ
cademie des Sciences , où plufieurs
places d'Eleves furent
remplies.
M' Hubert , fut nommé
Eleve de M' du Verney Anatomifte.
M ' Saumon, de M ' Jaugeon
Mechanicien , à la place de Mr
de Senpré, Veteran .
MrSaurin,de MrVarignon.
Mr Vinflou , de Mr Littre,
Anatomifte.
Mr Bonice , de Mr Maraldi
Aftronome.
Mr Nicole , de Mr Carré.
Mechanicien , à la place de Mr
de Beauvillier, Veteran ; & Mr
GALANT
229
l'Abbé
Terraffon , de M' de
Fontenelles
Secretaire , à la
place de Mr Simon de Valhebert
Veteran .
Cette mefme
Academie ouvrit
fes
fceances le
lendemain
de
l'ouverture de
l'Academic
des
Infcriptions.
Mr de
Fontenelles en qualité
de
Secretaire de cette Academie
lut trois
Eloges funebres
de
trois
Academiciens
morts
depuis
peu ; fçavoir de
Mr Regis , de Mr le Maréchal
de
Vauban , & de Mr
l'Abbé
Gallois .
Voicy
quelques
traits
recueillis
de ces
230 MERCURE
éloges , & que je dois ajoûter
à ce que je vous ay déja dit
des deux premiers Academiciens
, en vous apprenant
leur
mort.
Pierre Silvain Regis eftoit
né à la Sauvetat dans l'Agenois
; il fit fes premiers exercices
, & il apprit les lettres humaines
dans le College des
Peres de l'Oratoire de Cahors .
Il vint enfuite à Paris pour y
commencer fon cours de Sorbonne
dont il avoit deffein de
fe faire Docteur. Il commença
cette carriere avec beaucoup
d'ardeur ; mais la loy qu'on y
GALANT 231
impoſe à ceux qui l'entreprennent
, de fuivre & de profeffer
le
Peripatetifme , le dégouta
bien toft. Avant de venir
à Paris , il avoit oüi parler
de la
Philofophie de Mr
Deſcartes qui
commençoit à
faire du bruit , & il
reconnût
bien - toft que la Doctrine de
ce
Philofophe , qui n'a pour
objet que la pleine évidence ,
& qui eft
déchargée de cette
quantité de termes obfcurs &
difficiles à
comprendre , eft
preferable à celle d'Ariftote
qui en eft fi
furchargée ; il a
abandonna le projet qu'il avoit
232 MERCURE
d'abord forme, & il s'attacha
à Mr Rouault, le plus celebre
difciple de Mr Defcartes ; il
devint fous cet habile Cartefien
, un des premiers Legiflateurs
de la nouvelle Philofo-
香味
phie, & les progrés qu'il y fit
furent fi grands & fi rapides,
qu'on le jugea bien toft digne
d'aller planter de nouvelles colonies
de Philofophes Cartefiens,
dans les Provinces . Chargé
d'une fiimportante Miſſion,
il alla à Toulouſe , comme la
Ville du Royaume , aprés Paris
, la plus propre à répandre
plûtoft une nouvelle Doctrine :
5GALANT
233
vit
Il y tint pendant plufieurs années
ces fameufes Conferences
dont on a tant parlé dans le
monde ; les perfonnes des deux
fexes y eftoient également receuës
, & y faifoient des progrés
prefque également rapides.
Ce ne fut pas mefme
fans
étonnement qu'on y
une Dame foutenir publiquement
des Thefes Françoifes de
pur
Cartefianifme . Mr Regis
y prefidoit ; le Preſident & la
Dame Soutenante ne s'y firent
pas moins admirer l'une que
l'autre , &
foutinrent pendant
prefque toute une journée les
May 1707. V
234 MERCURE
efforts redoublez des ennemis
de la nouvelle Philofophie. La
reputation de Mr Regis croiffoit
tous les jours , & le fuccés
de fes conferences luy donnoit
un nouvel éclat , ainfi on
nelelaiffa pas long- temps dans
laProvince, & on le jugea digne.
de paroiftre fur un plus grand
Theatre & de deffendre dans la
capitale duRoyaume, les droits
du Cartefianifme. Il tint dans
cette grande Ville les mêmes
Conferences qu'il avoit tenues
à Toulouſe , & à certains jours
de la femaine il raffembloit
chez luy tout ce qu'il y avoir
GALANT
235
44
de plus
fcavant à Paris , & par
confequent
dans le
Royaume.
Ses
ennemis ou plutoft ceux
de la
nouvelle
Philofophie , jaloux
du fuccés
qu'avoient ces
nouvelles
conferences , entreprirent
d'en
interrompre
le
cours & ils ne
trouverent
point pour cela de meilleur
moyen
que d'y intereffer
la
Religion
; ils debiterent
dans
le monde qu'elle
eftoit bleffée
dans les
principes de cette
nouvelle
fecte . Feu Mr l'Archevêque
de Paris , plus perfuadé
qu'un autre de la pureté
de ces principes , ne voulant
Vij
236 MERCURE
pourtant
pas donner lieu de
fcandale
aux foibles
& aux
ignorans , envoya chercher Mr
Regis , & en le comblant d'éloges
& de careffes , il le pria de
fufpendre fes Conferences , &
en mefme temps , il luy demanda
d'en vouloir avoir avec
luy de particulieres à certains
jours de la femaine ; de forte
que ce Prelat par un zele affez
rafiné , profita de ce qu'il oftoit
au public. Mr Regis fut charmé
de ce que la fin de fes Conferences
le rendoient à luymefme
& luy donnoit le
temps de mettre fes Memoires
GALANT 237
en ordre , s'eftant entierement
livré au public pendant que fes
Conferences avoient duré, & le
grand nombre de gens qui venoient
chez ne luy laiffant pas
un moment pourpenfer à l'ouvrage
qu'il méditoit depuis
longtemps. Enfin rendu à luymeline
, & jouiffant du calme
de fon Cabinet , il reduifit fon
Syſteme de Philofophie dans
la forme que nous le voyons
aujourd'uy; c'eft- à - dire en trois
Volumes in 4°. & il le don
na au public en 1680 .
O
La reputation de M' Regis
n'eftoit
pas renfermée dans le
238 MERCURE
Royaume ; elle s'eftoit fort répanduë
en Angleterre , en Efpagne
, & en Italie : il s'eftoit
fait d'illuftres difciples dans
toutes ces contrées ; & lorfque
M ' le Duc d'Escalona aujourd'huy
Viceroy de Naples ,
eut perdu fon équipage dans
la bataille que M le Maréchal
de Noailles
gagna pendant la
derniere guerre en Catalogne ,
il n'envoya demander à ce General
qu'une caffette qui renfermoit
les Commentaires
de
Cefar , & le Systême de M
Regis : & lorfque Mr le Comte
de S. Yftevan de Gomas fon
GALANT 239
fils vint en France , quelque
temps aprés l'élevation
de
S. M. Catholique
fur le Trône
d'Eſpagne , en qualité d'Envoyé
extraordinaire
de ce Prince
, il eut ordre du Duc fon
pere de rendre une viſite à Mr
Regis. Il ne s'en tint pas à une
feule , il luy en rendit plufieurs
autres , dans lesquelles
il fut
charmé de l'efprit & de la douceur
de ce
ce Philofophe.
Le Roy ayant donné un
nouvel ordre il y a quelques
années àl'Academie des Sciences
,y nomma Mr Regis ; mais
fon nom ne fervit qu'à illuf.
240 MERCURE
trer la Liſte des Academiciens,
fes incommoditez continuelles
l'ayant empêché d'en faire
aucune fonction.
Quant à l'Eloge que Mr
de Fontenelles fit de Mr le Maréchal
de Vauban , vous ayant
par avance fait fçavoir tout ce
qu'il en a dit àl'Academie, lorfque
je vous parlay de fa mort
quelques jours avant que Mr
de Fontenelles prononçaſt ſon
Eloge , je ne le repeteray point
icy , & je vous diray feulement
que Mr de Vauban
ayant fçû que le Roy le vouloit
élever à la dignité de Maréchal
GALANT
241
réchal de
France , il
fupplia
S. M. de ne le point
honorer
de cette qualité, de crainte que
ce titre ne
l'empêchât peut- être
de
l'employer
fous
d'autres
Generaux
dans les
occafions
où fon fervice feroit
neceffaire
; & quand le Roy , peu ſenfible
à cette
remontrance , eut
enfin
couronné fes
fervices ,
ce
nouveau
Maréchal pria encore
S. M. de
n'avoir
aucun
égard à fa dignité , & de l'employer
en qualité de Lieutenant
General dans tous les Sieges ,
& dans toutes les
autres occafions
où la
connoiffance qu'il
May 1707. X
242 MERCURE
avoit de la guerre luy paroîtroit
tant foit peu utile. Ces
traits font autant de preuves
de la modeftie de feu M' le
Maréchal de Vauban ; & j'en
pourrois rapporter plufieurs
autres , & entrer dans un détail
plus fuivi , mais je ne ferois
que dire une feconde fois ce
que vous avez déja lû dans ma
Lettre d'Avril ; je dois feulement
ajoûter icy un trait qui
n'a efté rapporté que par M
de Fontenelles . Ce General ,
dit - il , dans les Sieges , aimoit
mieux les tirer en longueur , &
s'acquerir moins de gloire , que de
GALANT
243
prodiguer la vie des Soldats par
des conqueftes trop rapides , ne
s'embarraffant guere des redoutables
difcours du Courtifan oifif:
le temps de la Paix continua ,
M'de Fontenelles , n'en eftoit pas
un de repos pour M le Maréchal
de Vauban ; il l'employoit à
la culture de la fcience qui con -venoit
à fa profeffion , c'eſt- à- dire ,
aux Mathematiques , & à cette
partie des Mathematiques qui regarde
la guerre. Il raffembla dans
Jes Oifivetez ( c'est le titre qu'il
donné à douze gros volumes infolio
de Collections qu'il a laiffées
) tout ce qui regarde les Fora
X ij
244 MERCURE
tifications , la conduite des troupes,
celle d'un Siege, & plufieurs autres
matieres . Quelque temps mefme
avant de mourir , il prefenta
au Roy un manufcrit d'un prix
inestimable au jugement des connoiffeurs
,fur les Fortifications &
la maniere d'attaquer une Place ;
& comme c'eſt au Roy feul qu'il
en vouloit faire prefent , il dit
S. M. en le luy donnant , que
c'eftoit par cette raison qu'il ne
l'avoit pas voulu faire imprimer.
Le bon coeur de Mr le Maréchal
de Vauban a paru
principalement
dans le foin qu'il a pris toute fa
vie de foulager le Soldat , & d'aGALANT
245
lorsqu'il
il fe faià
vancer les Officiers : il fe rendoit
le protecteur de ceux - cy
leur connoiffoit du merite de
la valeur ; il ne s'en tenoit pas
leur égard à la feule recommandation
, & aux fimples offres de
fervice : fa bourse leur eftoit ouverte
en tout temps ,
foit mefme un plaifir de prévenir
leurs befoins, & fouvent de les
deviner ; & lorfqu'il luy arrivoit
de leur faire quelque gratification
, il s'appliquoit mefme à
les décharger du poids de la reconnoiffance
de l'humiliation
qu'un honneſte homme effuyeſouvent
à recevoir quelque chofe
ع و م
Q iij
246
MERCURE
leur
difant
qu'il
d'un
autre
en
eftoitjufte qu'il
répandiffe en leurs
mains ce que S. M. luy
donnoit
de trop dans les
gratifications exceffives
qu'elle luy
faifoit. L'at
tention de Mr le
Maréchal de
chercher
Vauban à
procurer le bien desparticuliers
nefe
bornoitpas aux gens
de
guerre , il
compatiffoit
auſſi aux
miferes
publiques , & il s'eft appliqué
toute fa vie à y
des
remedes : il
confumoit une partie
de fon
loifir à
imaginer des
moyens
propres
au
foulagement
des
peuples , à les
reduire en pratique
, à
calculer les
deniers
publics,
& à
chercherpar d'exactes
GALANT 247
continuelles fupputations le
rare fecret de remplir les coffres
du Roy , defoulager le peuple.
Toutes les réflexions qu'il faifoit
fur ce fujet eftoient puifées d'une
longue experience , & de la connoiffance
qu'il s'eftoit acquife des
forces du Royaume. Il avoit pour
maxime quand il voyageoit , de
s'informer avec une grande exactitude
du nombre , de la force &
des richeſſes des habitans des lieux
où il paffoit , & enfuite il en faifoit
faire des états fidelles par fes
Secretaires ; il pouffoit mefme fouvent
fon attention jusqu'à faire
mesurer les arpens de terre ,
X iiij
248
MERCURE
c'eftoit fur les calculs qu'il faifoit
enfuite , qu'il avoit fi bien acquis
la connoiffance des forces interieu
res du
Royaume.
Mr de
Fontenelles finit cet
Eloge , en difant que ce Maréchal
avoit conftruit trente Pla
ces toutes neuves dans le Royaume,
entre lesquelles on doit admirer
la
Citadelle de Lille qui eft
un chef- d'oeuvre de l'art , & qu'il
particulierement appliqué
s'efloit
à fortifier ; qu'il en avoit reparé
300. autres ; qu'il avoit conduit
fix- vingt Sieges , & qu'il s'eftoit
trouvé à 150. actions de vigueur.
M˚Jean Galloys Prêtre AbGALANT
249
bé de S. Martin de Cores , un
des Quarante de l'Academie
Françoife ,de l'Academie Royale
des Sciences , & Profeffeur
Royal en Langue Grecque
eftoit né en 1633. à Paris
dans une fort bonne famille .
Les foins que l'on prit de
fon éducation eurent tout le
fuccés que l'on pouvoit defirer.
Il donna de bonne -
heure des marques de l'inclination
qu'il avoit pour les
Sciences , & de cette étendue
de lumieres qui les luy faifoit
toutes embraffer. A l'âge de
dix- neuf ou vingt ans il publia
250
MERCURE
fon premier Ouvrage , qui fut
un gage certain du progrés
qu'il feroit dans les Sciences .
Il s'attacha aux
Mathematiques
, à la Geometrie , à la
Theologie , à la Philoſophie ,
& il fe montra dans toutes un
excellent homme ; & quelque
diſproportion que les Sciences
euffent entre elles , il ne s'y rendoit
pas moins également habile.
Lorfqu'en 1665. M' de
Salo Confeiller - Clerc au Parlement
de Paris
entreprit de
rendre compte au public toutes
les femaines des exercices des
Sçavans , & des
productions
GALANT 251
de leur efprit , & qu'il conçut
l'idée de cet excellent Ouvrage
qui en a enfanté tant d'autres
, je veux dire le fournal des
Sçavans ; il affocia à l'execution
de ce grand deffein M' l'Abbé
Galloys . Cet Ouvrage quelque
excellent qu'il fût , fit beaucoup
de mécontens , & l'orage
qu'il excita fut fi grand , que
l'Auteur fut obligé de l'abandonner
; la liberté que ce Magiftrat
fe donnoit de dire fon
fentiment fur les Ouvrages &
fur la doctrine des Auteurs ,
attira cette tempête. Cet Ouvrage
abandonné fut relevé
252 MERCURE
par M Galloys feul , encouragé
par M Colbert ; ce fage
Miniftre fizelé pour la culture
des Sciences . Le nouveau Journaliſte
y mit les Lettres initiales
de fon nom , & le publia
pendant pluſieurs années avec
une fageffe & une prudence ,
qui luy attirerent beaucoup
d'approbateurs. Il le quitra enfin
, eftant trop diftrait par
d'autres
occupations , je veux
dire , par une Chaire de Profeffeur
en
Langue Grecque ,
dont il fut
pourvû , & par fes
autres exercices academiques.
La vertu que M' de FonteGALANT
253
nelles loua le plus en feu M
Galloys , ce fut fon rare defintereffement.
A la fource des
graces & de la faveur , il ne fit
rien pour fa fortune , parce
qu'il s'en foucioit peu , & il eft
étonnant qu'avec la part qu'il
avoit aux bonnes graces d'un
grand Miniftre , il fe foit
trouvé auffi dénué de biens
qu'il l'eftoit lorfqu'il en fut
connu la premiere fois , à
une legere penfion prés . M' le
Marquis de Seignelay répara
l'oubly que Mr fon pere avoit
femblé faire de M ' Galloys , fi
cependant on peut imputer à
254 MERCURE
ce Miniftre comme un oubly,
de n'avoir pas donné à Mr Gallois
des honneurs & des avantages
que ce dernier ne recherchoit
point , & pour lesquels il
paroiffoit même avoir de l'éloignement
. Mr de Seignelay,
dis-je , luy fit donner la Chaire
dont on vient de parler , &
l'Abbaye de Saint Martin de
Cores . Mr de Fontenelles
s'étendit
auffi fur l'exacte connoiffance
que Mr l'Abbé Galloys
avoit des Livres; il en avoit
aſſemblé un grand nombre , &
le choix n'en pouvoit cftre plus
judicieux . Il en connoiffoit parGALANT
255
faitement les éditions , & une
aplication de plufieurs années
à cette recherche , l'avoit rendu
un des plus habiles hommes
de ce temps en ce genre
de fcience . Il confacroit tout
le loifir que fes autres exercices
luy laiffoient à la lecture de
fes Livres , & avec eux renfermé
en luy mefme il en faifoit
fes plus cheres delices , & il
n'auroit pas changé fa fituation
contre celle du plus riche
Beneficier du Royaume. Sa
maifon eftoit ouverte à tous
les Sçavans qui le venoient confulter
, & il leur
prodiguoit
256
MERCURE
avec plaiſir une partie de fon
temps & répandoit dans leur
fein les trefors d'érudition &
de ſcience qu'une aplication de
plus de foixante années luy
avoit acquife. Il eft mort à Paris
dans le College Royal d'une
maladie laguiffante , dans le
cours de laquelle il a donné de
grandes marques de ſa patience
& de fa foumiffion aux ordres
de la Providence . Il eftoit âgé
d'environ 74. ans.
M de
Fontenelles ajoûta à
tout ce que je viens de dire
Mr l'Abbé Galloys avoit eſté
fait Profeffeur en
Mathemati
que
GALANT 257
ques à la place de feu Mr Blondel
, en 1686. pour remplir
celle de Profeffeur en Langue
Grecque , qui vacqua le 12. du
mois d'Aouft de cette même
année , par la mort de Mr Cotelier
Licentié en Theologie
de la Maiſon & Societé de Sorbonne
, & qui eſtoit de Niſmes
, & fils d'un Miniſtre qui
changea de Religion. Mrl'Abbé
Galloys fut chargé par les
Miniftres d'Etat de faire une
Traduction Latine du Traité
de Paix de Munfter & d'Ofnabruck
, dont feu Mr le Comte
d'Avaux avoit efté Plenipoten-
May 1707.
Y
258 MERCURE
tiaire. Il s'acquitta de cette
commiffion avec beaucoup de
fuccés.
Mr l'Abbé Bignon qui prefidoit
à l'Affemblée parla à la
fin de chaque éloge , & a joint
quelques traits particuliers
à
ceux dont Mr de Fontenelles
avoit enrichi ces éloges ; & ce
qu'on admira le plus dans cet
Abbé , c'est qu'en faiſant l'Analyfe
de ces differens Difcours
il réfuma tout ce qu'il y avoit
de plus beau & de plus particulier
dans chacun .
Mr Lemery le fils parla aprés
Mr de Fontenelles , & termina
GALANT 259
la Séance de ce jour- là . Il lut
un Difcours que Mr Littre
avoit compofé fur la glande
pituitale . L'Auteur de cette
Differtation avoit recherché.
avec une fcrupuleufe ſcrupuleuſe exactitude
tout ce qui appartient à cette
petite partie du cerveau . Il
en fit voir les ufages ; il en démontra
l'utilité , &, il expliqua
dans un bel ordre tous les rapports
qu'elle a avec les autres
partics du corps. Il en fit voir
particulierement cinq proprietez
, & il foûtint par le rapport
qu'il fit de quatre experiences
qu'il avoit autrefois faites , tout
Yij
260
MERCURE
ce qu'il avança fur ce ſujet .
Quoy que cetteDiffertation fut
à la portée de peu de perfonnes ,
& écrite dans les
propres termes
de l'Art , & qu'elle ne puft
eftre entenduë que de ceux qui
ſe ſont appliquez à la Mechanique
& à
l'Anatomie , on ne
laiffa pas de
s'appercevoir que
tout ce que Mr Littre avoit
raffemblé fur cette matiere
eftoit fondé fur la longue étude
qu'il avoit faite de la Phifique
, &
principalement de
cette partie du corps humain ,
qui eft la fource de toutes les
humeurs , bonnes ou mauvaiGALANT
261
1
fes , qui font
falutaires ou qui
font
nuifibles au corps naturel .
On trouva dans cette Differtation
tout ce qu'on peut defirer
fur cette matiere , & quelque
détournée qu'elle fuſt
pour
plus grande partie des Auditeurs
, ils furent obligez de
convenir que Mr Littre eftoit
un fçavant & profond Anatomifte.
la
Mr l'Abbé Bignon réſuma
d'un Difcours fi abftrait & qui
avoit dû échaper à l'attention
déja diffipée par les Diſcours
pecedens , & d'un ftile different
tout ce qui pouvoit le
,
262 MERCURE
mieux éclaircir cette matiere ,
& la rendre plus fenfible à tout
le
monde. On
remarqua de
nouveau en cette occafion l'étenduë
de l'eſprit de cet Abbé
qui parla avec une égale profondeur
fur les matieres de Litterature
, de Philofophie , de
Morale , d'Algebre , de Geometrie
, d'Anatomie , & de Phifique
; & il reçut autant d'éloges
de l'Analyfe qu'il fit de la
Differtation de Mr Littre , que
Mr Littre luy- même en avoit
reçu de fes découvertes..
Le Lundy 11. Avril Mr de
Harlay ci- devant Premier PreGALANT
263
que
ན་
fident vint au
Parlement pour
la derniere fois , & aprés yavoir
fait enregiſtrer
une Declaration
du Roy touchant
les Billets de
Monnoye
. Il dit à Mrs de la
Grand
Chambre , que c'eftoit
la derniere
fonction qu'ilferoit &
le Roy luy ayant enfin accordé
la permiffion
qu'il fouhaitoit
depuis
fi longtemps
, de fe retirer , il
venoit prendre congé d'eux & leur
faire de tres-humbles excufes fur
tout ce qui avoit pú les chagriner
dansfa conduite , & que s'il avoit
manqué à ce qu'il devoit à leur caractere
& à leur dignité , qu'il les
prioit d'eftre perfuadez qu'il au264
MERCURE
roit toûjours pour eux dans fa retraite
la confideration qu'ils meritoient
, & qu'il les prioit treshumblement
de luy accorder quelque
part dans l'honneur de leur
Jouvenir. Mr Molé qui eſt le
plus ancien Prefident à Mortier
, répondit à un difcours fi
touchant par un autre qui ne
le fut pas moins : il luy dit
la douleur que le Parlement avoit
de le perdre ne pouvoit eftre plus
vive ; qu'il eftoit accoûtumé depuis
fi longtemps de voir à fa tefte
les Harlay, & que la fageffe des
grands Magiftrats qui avoient
portéce nom , le luy rendroient toujours
que
GALANT 265
jours cher. Le Parlement finit
enfuite fes Séances pour ne
rentrer qu'aprés Pâques .
Le Mécredy 4. May Mrs de
la Cour des Aides rentrérent au
Palais . Mr des Aguais Procureur
General fit un Difcours
fort court fur la Loy & fur les
Ordonnances , dont il requit
lecture pour en graver d'une
maniere plus forte le fouvenir
dans le coeur des
Magiſtrats &
des Avocats . Mr le Camus Premier
Preſident ayant ordonné
cette lecture dans des termes
qui marquoient le defir qu'il
avoit qu'on y cut beaucoup
May 1707 . Ꮓ
266 MERCURE
d'attention ; le Greffier la fit ,
& cette lecture eftant faite ,
l'Audience finit.
Avant que d'entrer dans le
détail de tout ce qui s'eft paffé
à l'ouverture du Parlement , je
dois vous parler icy des changemens
faits dans cet augufte
Corps, Je vous ay déja dit que
Mr le Prefident Molé avoit obtenu
la furvivance de fa Charge
pour Mr fon fils , & la maniere
obligeante dont le Roy
luy avoit accordé cette furvivance.
Je dois ajoûter icy que
Sa Majesté a fait la même grace
à Mr le Preſident de Lamoignon
, fils de feu Mr de Lamoignon
Premier Prefident , qui a
longtemps remply les fonctions.
de cette Charge , avec un agréGALANT
207
que
ment general . Mr de Lamoignon
fon fils ne s'eft pas moins
fait eftimer. Il joint à tout ceque
doit fçavoir un
Magiftrat qui
occupe un pofte auffi élevé
l'eft celuy de
Prefident à Mortier
, une
profonde
litterature.
Sa Majesté a fait en même
remps deux graces à ce Prefident
,
puifqu'aprés luy avoir accordé
la
furvivance de fa Charge
pour fon fils aîné , elle luy a
donné
l'agrément pour acheter
pour Mr de
Blancmefnil fon
cadet , la Charge d'Avocat General
, qui
vacquoit par la
motion de Mr
Portail à celle
prode
Prefident à
Mortier qu'avoit
Mr le
Preſident le
Pelletier
avant que d'être nommé Premier
Prefident.
Zij
268 MERCURC
Mr Lenain cftant par ces promɔtions
monté à la Charge de
premier Avocat General , a obtenu
du Roy la penfion qui eft
attachée à cette Charge.
L'ouverture du Parlement
commença auffi - toft aprés que
la Cour des Aides eut fini fa
Séance. Mr Portail , premier
Avocat General , requit , ainſi
que l'on venoit de faire à la
Cour des Aides , que l'on fift la
lecture de la Loy & des Ordonnances
, & la maniere dont il
parla luy attira de grands applaudiffemens.
Ce Magiftrat fit
voir la neceffité qu'il y avoit de
faire fouvent la lecture qu'il demandoit
, afin que l'efprit de la
Loy s'imprimaft fortement dans
l'efprit des Juges , & qu'il leur
GALANT 269
fuft toûjours prefent . Mr Molé
qui tenoit l'Audience , ordonna
cette lecture , dans laquelle on
remarqua la fageffe des premiers
Legiflateurs , tant à l'égard de
la maniere de rendre la Juftice.
que de la conduite de ceux qui
font chargez de l'adminiftrer.
Le lendemain 5. Mrle Premier
Prefident fut inftalé . Voicy ce
qui s'eft paffé à cet égard.
Aprés qu'il eut reçu les Provifions
, elles furent données à
Mr Bochard de Sarron Doyen
des Confeillers , qui ayant fait
faire l'Enquefte de vie & de
moeurs du nouveau Premier
Prefident , fit faire par Mr Tibeuf
de Saint- Germain Conſe l .
ler , la lecture defdites Provifions
& de l'Enqueste de
Z iij
270 MERCURE
vie &
demours .
Ce même jour Mr le Premier
Prefident Pelletier fe trouva entre
fept & huit heures du matin
áu Parquet des Huiffiers de la
Cour , où eftant
accompagné
de plufieurs Ducs & Pairs , &
des parens & amis de fa famille ,
il attendit jufqu'à ce qu'on euſt
déliberé fur lefdites lectures
qui furent encore faites en prefence
des deux Chambres affemblées
, aufquelles Mrle Prefident
Molé prefidoit , aprés
quoy Mr Dongois Greffier vint
avertir Mr le Premier Prefident
de paffer au Greffe Civil , où
il paffa accompagné des Huif
fiers de fervice , & où on luy
donna un fauteuil . Enfuite on
manda les deux Chambres des
}
GALANT 271
Enqueftes & des Requeftes du
Palais , aprés quoy les avis ayant
efté pris , Mr Dongois alla avertir
Mr le Premier Prefident de
venir preſter ferment , & pour
cet effet il fe mit dans le Banc
où fe mettent Meffieurs les
Gens du Roy au petites Audiences
, & là eftant debout & nuë.
tefte , Mr Molé luy fit prêter le
ferment en la maniere accoûtumée
. Enfuite de quoy Mr le
Prémier Prefident fe rendit à la
Buvette avec Meffieurs , d'où il
revint à l'Audience & la Cour
monta fur les hauts fieges , &
Monfieur le Premier Prefident
prit la place que les Premiers
Prefidens occupent aux grandes
Audiences du Lundy , dù Mardy
, & du Jeudy matin . Ces
Z iiij
272 MERCURE
fortes de receptions ne fe font
que les jours de grandes audiences
du matin. Il y avoit ce jourlà
au Parlement des Ducs &
Pairs & plufieurs Maiftres des
Requeftes , qui fuivant le droit
que leur donne leur Charge
étoient venus y prendre féance.
Il y avoit auffi ce jour- là des
Confeillers d'honneur . Tour
cela s'étant pratiqué à la reception
de Monfieur le Premier
Prefident , & ce Magiſtrat ayant
pris féance , l'Audience commença
. Monfieur le Premier
Prefident avoit eu la precaution
d'ordonner qu'on ne fift
point d'harangue fur fon inftalation
, & que mefme en plaidant
on ne lui donnât point de louanges
, la modeſtie de ce Magiftrat
GALANT 273
n'en pouvant fouffrir , quoy que
le public convienne qu'il en
merite beaucoup . Mr Ferrary ,
Avocat , qui eftoit chargé de
la caufe qui eftoit la premiere
au Rôle , donna des marques
dans fon plaidoyé du chagrin
que luy caufoient les ordres
fuperieurs qui luy fermoient
la bouche lorſqu'il avoit
une fi belle occafion de s'étendre
fur de fi juftes loüanges ,
& de ce que la parole luy eftoit
interdite dans un jour qui auroit
efté le plus brillant de fa
vie , & dans lequel il voyoit
pour la premiere fois le grand
Magiftrat que le Roy venoit de
mettre à la tefte du Parlement .
Son éloquence n'auroit pas
manqué de luy faire trouver le
274 MERCURE
moyen de donner des loüanges
à Monfieur le Premier Prefident
en parlant toûjours du filence
qui luy eftoit impofé , lorfque
ce Magiftrat le fit taire par un
figne de main , & l'obligea de
continuer la caufe dont il
eftoit chargé.
L'Audience finit à l'ordinaire
à dix heures , & lorſque l'on
fut entré à la Buvette , Monfieur
le Premier Prefident ne
pût arrefter le cours des loüanges
qui luy furent données
avec un épanchement de coeur
qui parut tres- fincere .
>
Le lendemain on fit les Mercuriales
fuivant l'ufage ; vous
fçavez que l'on en fait deux fois
l'année ; fçavoir quelques jours
aprés la S. Martin , & quelques ,
GALANT 275
jours aprés les Festes de Pafques.
Mr Portail premier Avocat
General parla pour la derniere
fois en cette qualité , devant
remplir la place de Prefident
à Mortier que Mr le Pelletier
venoit de quitter . Il s'étendit
fur la fageffe , & fit voir
qu'elle est dans un Magiftrat le
fondement le principe de toutes
les vertus , que fans elle toutes les
autres ne font point de veritables
vertus , & qu'elles n'en ont que l'apparence
; qu'un Magiftrat a beau
avoir de la probité, de l'exactitude ,
du defintereffement , & enfin de l'attention
à tout ce qu'il fait ; quefans
la fageffe qui feule garantit des
écüeils , où les paſſions , ces malheu–
reufes ennemies du genre humain , le
peuventfaire tomber , toutes les au-
·
·276 MERCURE
tres qualitez, qui ornent & embel
liffent fon ame , eftant comme ces
belles fleurs qu'un mefme jour voit
fouvent naitre & mourir , qui ne refiftent
pas au moindre orage , & que
le plus foible vent emporte on détruit.
Aprés avoir fait voir que
le caractere effentiel d'un Magiftrat
eft dans la fageffe ;
aprés en avoir fait le pivot de la
Magiftrature ; & aprés en avoir
recommandé l'exercice à ceux
qui la profeffent dans les ter
mes les plus vifs , il fit connoître
que c'est par cette vertu fouvent fi
negligée par la plupart des Juges
de la terre , que le grand Magiftrat
qu'ils venoient de perdre s'eftoit fi
fort diftingué pendant l'adminiftration
dont il avoit esté chargé ; il fit
voir en fa perfonne un modele
GALANT 277
d'un' parfait Magiftrat , ſur lequel
tous ceux qui entrent dans
le penible & dangereux exercice
de la Magiftrature , devroient
regler leur conduite :
il fit voir auffi en la perfonne de
Mr de Harlay un juge continuellement
appliqué à remplir
les fonctions de fa Charge , à
rendre la justice au peuple , &
à démêler le veritable droit des
Parties à travers les tours & les
traits brillans , dans lefquels les
défenfeurs des caufes ne cherchent
fouvent qu'à l'obfcurcir
& à le faire perdre de veuë au
Juge. Mr Portail remarqua enfuite
que Mr le Premier Prefident
avoit puifé dans les exem.
ples domestiques l'amour de la
juftice ; il entra là - deffus dans
278
MERCURE
un détail exact des vertus qui
ont caracterifé les grands Magiftrats
de la Maifon de Harlay ;
il parla du celebre Achilles de
Harlay Premier Prefident du
Parlement de Paris , & grand
pere de celuy qui vient de le
démettre de fa Charge . Il fit
un grand éloge de ce Magiftrat,
qui fe diftingua fort par fa fide
lité dans les temps fâcheux qui
troublerent fi long - temps la
France, & qui mirent ce Royaume
en état de perir. Mr Portail
paffa enfuite à l'Eloge du nouveau
Premier Prefident ; il donna
à ce Magiftrat des loüanges
fines &
délicates ; il en parla
comme d'un Juge dont les lumieres
font foutenues par une
longue experience , & qui dans
GALANT 279
l'exercice d'une des premieres
Charges de la Robbe , s'eft attiré
l'amour & l'eftime des peuples
, & s'y eft comporté avec
tant de fageffe , que le public
le verra avec plaifir dans l'augufte
place que le Roy vient de
luy donner ; il dit que le choix
de S. M. n'avoit point prévenu les
defirs & les voeux de la France
mais qu'elle s'y eftoitfeulement con--
formée , & qu'il paroiffoit qu'en
cette occafion S. M. n'avoit écouté
que la voix de tous les ordres de fon
Royaume, Mr le Pelletier le Miniftre
ne devoit pas eftre oublié
dans cet Eloge , ayant cultivé
avec beaucoup de foin le riche
naturel de Mr fon fils par l'excellente
éducation qu'il luy a
donnée ; ainfi le Public luy eſt
280 MERCURE
redevable en partie des grane
des vertus qui brillent dans le
Chef du plus augufte Corps du
monde . Mr Portail parlar du
defintereffement , & des autres
vertus de ce Miniftre dans des
termes qui firent plaifir.
Mr le Premier Prefident parla
aprés Mr Portail ; fon difcours
fut rempli des loüanges de fon
Predeceffeur : Il loüa fon integrité
, ſon exactitude dans les
fonctions de fa Charge , fon amour
pour la justice , la dignité
avec laquelle il rempliffoit
la premiere Charge de la Magiftrature
, & enfin fon amour
pour les Sciences ; & parla enfuite
de feu Mr de Harlay fon
Pere , Procureur General du
Parlement de Paris , & de fon
GALANT 281
ayeul Achilles de Harlay , qui
avoit rempli avec tant de reputation
la Charge de Premier
Prefident dans les temps
les plus difficiles & les plus orageux
; il parla auffi de tous les
grands Hommes qui ont porté
Pilluftre nom de Harlay , & il
jetta quelques fleurs fur leurs
Tombeaux ; il parla enfin de
l'antiquité , de la grandeur , &
de l'origine de cette Maifon ,
& il finit en avoüant qu'il étoit
dangereux de paroître aprés de fi
grands Hommes , & que la comparaifon
qu'on fait entre ceux qui
occupent les premieres places & les.
illuftres . Perfonnages qui les ont
precedez est toujours fàcheule. La
modeftie de Mr le Pelletier
triompha en cet endroit
1 May 1707.
A a
> &
282 MERCURE
elle donna beaucoup de relief
à fon merite. Il pria Mrs ' fes
Confreres de luy mettre fou
vent devant les yeux cet illuftre
modelle , & leur dit qu'il sache
roit de regler fa conduite fur les
grands exemples qu'il luy avoit
donnez , & que s'il avoit le malbeur
de s'en écarter il les conjuroit
de l'en avertir ; & il ajoûta , que
cë feroit là la marque la plus fincere
qu'il pourroit recevoir de leur
attachement. Ce Difcours reçût
de grands applaudiffemens , &
l'on y remarqua plufieurs traits
également modeftes & éloquens.
Mr le Premier Prefident
ayant ceffé de parler , le Greffier
lut quelques Reglemens
nouveaux qui regardoient l'adminiftration
de la Justice &
GALANT 283
374)
l'ordre des Audiences , aprés
quoy chacun fe retira également
fatisfait de l'éloquence
des Magiftrats qui parlerent
dans cette importante occafion,
& fi Mrs du Parquet marquerent
beaucoup de chagrin de la
perte qu'ils faifoient de Mr le
premier Avocat General , Mrs
les Prefidens à Mortier qui fe
trouverent à cette Ceremonic
, témoignerent publiquement
leur joye , de l'acquifition
qu'ils venoient de faire e de faire en la
perfonne de Mr Portail.
Le choix que le Roy a fait de
Mr le Pelletier pour remplir la
place de Premier Prefident a
attiré à ce Magiftrat les Complimens
de divers Corps . Voici
celuy qui luy a efté fait par Mr
Aa ij
284
MERCURE
l'Abbé
d'Etoilly , Cenfeur de
Sorbonne. Il eftoit
accompagné
de Mrs Charton , Pirot , du Mas,
Bouret , de la Ruë , Berthe , &
d'Argentré . Quoy que je ne
tienne pas ce
Compliment de la
premiere main , je puis vous af.
furer qu'il a efté
prononcé de la
maniere que je vous
l'envoye ,
& que je n'y ay pas changé un
feul mot .
MONSEIGNEUR ,
Sorbonne nous envoye vous témoi
gner la joye qu'elle a de voir dans
voftre
élevation à la premiere Place
de la fuftice le choix du Prince applaudi
des peuples comme il en avoit
effe prevenus le bien de la Religion
réuni avecceluy de l'Etat &tous les
GALANT 285
cette penetr
ન્ય
traits les plus
marquez d'une vocation
qui vient de Dieu . Auli , Monfeigneur
, ce choix fi
respectable vous
eft
d'autant plus
glorieux , que vous
ne le devez qu'au
difcernement de
Sa
Majefte , & à vous - même : Elle
a connu voſtre merite , cet efprit droit
& folide , cette étendue de lumieres
penetration
fuperieure aux affaires
, ce caur
naturellement porté à
l'équité, cette
confcience fi délicate ,
cette
borreurfi
chretienne de
l'injuf
tice , cette
integrité ferme & inflexible
, cette
application. continuelle
au travail , cette
maturité vive &
décifive , cette gravité pleine de douceur
& de modeftie , cette
facilité
d'accés, cette bonté , & ces
manieres
fi
prévenantes & fi honneftes . Elle a
connu la pureté de vostre zele pour
fon fervice , voftre
attachement
in-
Anne
286 MERCURE
violable auxfaintes libertez de notre
Eglife ; combien vous aviez efté
goûté & respecté au Tribunal , depuis
que vousy teniez un rang éminent
; avec quelle émulation des volontez
on vous defiroit au plus élevé
pour remplir le grand vuide qu'alloit
y laiffer un Magiftrat incomparable
, & confoler par là les gens de
bien affligez de fa retraite : Elle a
connu quel repos elle auroit ellemême
, fi elle dépofoit entre vas
mains avec une portion fi précieuſe
de fa puiance , les biens la definée
de fes fujets ; c'eft - là , fans.
autre reffort ce qui l'a déterminée .
à vous mettre à la tefte du premier
Parlement de fon Royaume , &
vous donner à remplacer le grand
Harlay, c'est-à- dire , le tuteur des
Loix , lemadele des Magiftrats
f
GALANT 287
Poracle de la Justice , un homme
qui étoit unique avant qu'il vous.
eut pour Succeffeur ; puilliez- vous ,
Monfeigneur, foutenir avec un éclat
toûjours nouveau la haute reputation
que vous avez acquiſe ; par un
faint ufage de l'autorité qui vous
eft confiée , prolonger les jours & les
contentemens de Monfieur votre il
luftre Pere , illuftre par les benedi-
Etions defon miniftere , par la tendre
amitié dont le Roy l'honore ; mais
plus illuftre encore par la fimplicite
de fa vertu & par l'exemple de fa
retraite ; multiplier à la pieté & à
La charité qui vous environnent de
toutes parts dans votre famille les
moyens d'accroître le culte de Dien
& de foulager la mifere des hommes.
Puiſſiez vous , en vous fuivant toùjours
vous - même , & fuivi de ces
288 MERCURE
hommes établis fur Ifraël , que l'Ecriture
appelle les Dieux de la
terre , arriver à une heureufe plenitude
d'années & de merites , tou.
jours fans exception desperfonnes ,
accesible aux petits comme aux
grands , &favorable feulement au.
bon droit ; toûjours éloigné de la précipitation
& des préjugez dans l'examen
, & à pareil degré de longueurs
affectées & ruineufes dans la
décifion ; toujours l'azile de l'opprimé
, l'appui de l'orphelin & de la
veuve , le Pere du Peuple & des
pauvres , le défenfeur de l'Eglife &
de fesfacrezprivileges , le fleau &
la terreur des méchans , enfin vous
fouvenant toujours en jugeant les
hommes • que Dieu pefera tous vos
Fugemens dans fa balance . Tels
font, Monfeigneur , les juftes voeux
de
GALANT 289
de
Sorbonne , les voeux
qu'elle croit
dignes de vous & d'elle : Voilà les
graces qu'elle
demande pour vous
au
Seigneur , & les plus
grandes
qu'il ait à vous accorder. Outre
l'intereft
general , elle en a un particulier
à votre gloire ; elle a cultivé
dans un de fes
Colleges ces beaux
commencemens
de votre vie dont elle
Je
fouvient encore avec plaisir , ceux
auffi de vos trois
illuftres freres , nez
comme vous , plus reglez & meilleurs
qu'on ne le devient par l'étude , tous
trois
l'exemple de la
jeuueffe , &
dans l'eftime
universelle qu'ils avoient
,
laiffant ignorer lequel eftoit
·plus
eftimable , un dont
l'innocence
qu'il avoit reçue an
Baptême , accompagnée
de charmes &
d'austerite
tout à la fois a efté couronnée
à la
fleur de fes ans , où elle
femblait
May 1707 . B b
,
290
MERCURE
; un déja ne pouvoir
plus croitre
autre que Dieu a confervé
au monde
pour montrer
qu'on y fçavoit
encore
eftre digne des premiers
trônes de l'Eglife
& le refufer
; le troifieme
, [que
Pordre de Dieu y a fait monterpour
honorer
le Sacerdoce
& Epifcopat
: Elle a eu même l'honneur
de compter
au nombre
de fes enfans
ce der
nier , feu Monfeigneur
l'Evèque
d'Orleans
, Prelat
éclairé , religieux
accompli
, à qui nous n'avons
eu rien
à defirer
qu'une
plus longue
vie ; elle vient de vous rendre
votre
propre
fang , que vous luy aviez
donné à former
dans le même de fes
Colleges
, M. votre cher & aimable
Fils , jeune homme
d'une vivacité
également
docile , noble , fage , poli,
appliqué
, & qui ne promet
rien
moins en marchant
fur vos pas ,
GALANY
291
que de raffembler un jour tous vos
éloges , & d'illuftrer fon nom & fa
famille. C'est tout cela ensemble ,
Monfeigneur , qui nous fait prendre
plus de part à vos
à vos glorieufes profperitez
, & qui nous en fait auſſi
plus efperer à votre puissante protection
,
perfuadez que vous unirez,
aux fentimens intimes du coeur de
Monfieur votre illuftre Pere pour
nous , l'attention ancienne & hereditaire
dans votre augufte place à
ceux de nos interefts , qui ne font
indifferens ny à la Religion , ny
l'Empire.
Ce Compliment eftant fini ,
Monfieur le Premier Prefident
aprés avoir remercié le Corps
de Sorbonne , &
particulierement
Mr l'Abbé d'Etoüilly qui.
avoit porté la parole , dit à Mr
Bb ij
292 MERCURE
Pirot qu'il remarqua parmy les
Deputez , qu'il fçavoit qu'il étoit
fort des amis de Monfieur de Harlays
qu'il le voyoitfouvent , & qu'il
le prioit de ne pas oublier le chemin
defa maison.
Les vers qui fuivent , & qui
font adreffez à Mr le Marquis de
Chamillart
>
contiennent un
éloge du Roy qui doit vous faire
plaifir.
MINER
VE
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE CHAMILLART..
Regarde , CHAMILLART
, l'honneur
qu'une Déeffe ,
GALANT
293
Ajoûte au
nouveau rang où ton
Roy taplacé,
Fille de Jupiter , c'eftmoy dont la
Sageffe ,
Vient
achever en toy ce qu'il a commencé.
C'eftmoy qui la premiere ay regné
fur ton ame ,
Farrachay ton enfance au penchant
desplaifirs ,
Ilfaut que jufqu'au bout monnſeul
amour t'enflame ,
C'eft à
Minervefeule à regler tes
defirs.
Bb
iij
294 MERCURE
Quelsfoins n'exige pas la place ou
l'on t'appelle
,
Je fçay que tu la dois payer de ton
Fe
repos ,
Mais avec trop d'éclat peut-on
marquerfon zele ,
Quand on fert comme toy le plus
grand des Heros.
Envain les noirs projets de lajaloufe
envie,
Ofent d'un plein triomphe aujourd'huy
feflatter ,
Illes confondera tous & l'éclat de
fa vie ,
Bien loin de s'affaiblir eft preſt à
s'augmenter,
GALANT 295
Sa vertu n'eut paru qu'une vertu
commune ,
S'il n'eut jamais du fort éprouvé
les
revers ,
Mais puifqu'enfin fon coeur fçait
vaincre la fortune ,
Sagloire eft confommée aux yeux
de l'Univers.
Voy , comme il eft tranquille au
milieu de l'orage.
Voy , quels nouveaux lauriers je
deftine à fon front.
Quel triomphe l'envie en fremiffant
de rage ,
Bb
iiij
296 MERCURE
Dans lefond des enfers va cacher
fon affront.
Penfes-y-bien , monfils , c'eftfous
de tels aufpices ,
Que tu vasprefider dans le Confeil
de
Mars ,
De tes nobles travaux les heureufes
premices ,
Feront bientôt voler ton nom de
toutes parts.
Arrefte , à quels tranſports déja tu
t'abandonnes ,
Ils ont trop de chaleur , je dois les
reprimer ,
Quelque honneur qui t'attende apprens
que tu moiffonnes
"
1
1
GALNAT
297
Dans un champ que ton pere a pris
foin de femer.
Inftruit par mes leçons , c'eft luy
dont la
prudence
Va
donner la
victoire au plus jufte
party,
Etj'ay trop differé la digne recom
pense
D'un foin que malgré moy le Sort
a démenty..
Couronnons la vertu , mon intereft
m'empreffe ,
En vain je veux regner fur les
coeurs des mortels
298 MERCURE
S'il n'eftpoint icy bas deprix pour
la Sageffe ,
Qui voudra de Minerve encenfer
les Autels ?
Adieu , je vais trouverle Maiftre
du Tonnerre ,
Je veux pour ce quej'aime implórer
fa faveur,
LOUIS doit triompher , il importe
à la terre ,
Il n'appartient qu'à luy defairefon
bonheur.
Je fçay jufqu'à quel point maprefence
t'eft chere,
GALANT 299
Jeprévois tes regrets , mais puifqu'enfin
ton Roy
Vient de t'affocier à ton illuſtre
pere ,
Cet exemple vivant tefuffira fans
moy.
C'est ainsi qu'autrefois , Uliffe ab
fent d'Itaque
Je voulus quefonfils fut toûjours
fous mesyeux,
Mais dés qu'entre fes bras j'cus
remis Telemaque ,
Je confentis fans peine à remonter
aux Cieux.
Vous verrez par ce qui fuit
300 MERCURE
que nonobftant la guerre , le
commerce eft toûjours grand
en France , & que la plufpart
des Nations ne peuvent s'en paffer.
BORDEAUX ET BLAYE.
Il y avoit à deſcendre au premier
Avril 1707 ›
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
128
264
392
7
ETRANGERS .
Danois ,
Dantziquois ,
Ecoffois ,
4
I
Efpagnols ,
Hollandois ',
Holstein ,..
Irlandois ,
Suedois ,
97
489
4
52
I
34
GALANT
301
Autres
Vaiffeaux &
Barques
de montées pendant Avril .
Barques
de Sel ,
Vailleaux
François ,
35
72
-107
ETRANGERS.
Bremois ,
Danois ,
Ecoffois
3
Espagnols ,
Hollandois ,
Hambourguois ,
Irlandois ,
Lubecquois ,
Schlefvick ,
Suedois ,
2
13
I
4
I
-I
8
39
146
635
Total de ce qui eft monté ,
Vaiffeaux & Barques defcenduës
pendant le même mois .
302 MERCURE
Barques de Sel ,
Vaiffeaux
François
,
35
137
190
5
ETRANGERS
.
Danois ,
Dantzicquois ,
Efpagnols ,
Ecoffois ,
Hollandois ,
Irlandois ,
Suedois , 64
4
3
I
34
9
8
Total de ce qui eft defcendu , 254
Refte aux Ports à defcendre , 381
Sçavoir ,
Barques de Sel ,
Vaiffeaux François ,
110
199
309
GALANT
303
ETRANGERS .
Bremois ,
Danois ,
Ecoffois >
Efpaguols ,
Hollandois ,
Holſtein ,
Hambourquois ,
Irlandois ,
Lubecquois ,
I
5
5
3
3
I
I
8
I
Schellvick , I
Suedois ,
Cy ,
15
381
Vous pouvezjuger par ce que
Vous venez de lire jufqu'où
peut aller ce commerce pendant
une année , puifque l'Etat que
vous venez de voir n'est que
d'un mois feul .
Rien ne peut mieux preceder
304 MERCURE

l'Article de l'avantage remporpar
Mr le Chevalier de Forbin
que l'état de fon armement ;
le voicy .
Vaiffeaux. Capitaines . Canons .
Le Mars. Mr de Forbin , Commandant
.
56
La Dauphine . Mr de Roquefeüille
,
56
Le Fidelle, Mr Hennequin, 56
Le Content. Mr …………
56
Le Blaqual. Mr de Touroure
, 54
Le Salisbury. Mr le Chevalier
Vezin , 52
le Prothée. Mr le Comte d'Illiers
,
48 Le Grifon. Mr le Chevalier de
Nangis , 44
GALANT
305
B
Ze Gerfey . Mr Bart ,
Le Mercure. Mr ……….
44
44
L'Héroine , Fregate de découverte
, commandée par Mr de
Ligondez , 16
Quatre Barques longues , ayant
chacune dix canons , Mr de Soleure
, Commandant.
Ceux qui commandent les
trois autres , font :
Melirurs ,
De Gourville , Enfeigne .
Perrier , Capitaine de Flute ; &
Vanderneffe , auffi Capitaine
de Flute .
La Lettre qui fuit vous apprendra
le détail de ce qui s'eft
paffé pendant cette expedition ;
elle eft de Mr ...... Commandant
le Vaiffeau le Fidelle , &
May 1707 .
Cc
306 MERCURE
qui ayant eu l'avantage de s'emparer
d'un des Vaiffeaux ennemis
,
, peut rendre un jufte compte
de tout ce qui s'eft paffé
dans cette importante affaire .
A Dunkerque ce 15. May.
Nous partimes d'icy Mercredy
au foir 11. de ce mois , & nous
fifmes route du côté de la Manches
le lendemain feudy nous cumes avis
qu'il avoit paffé une Flotte qui
était fortie des Dunes : Nous la fuivifmes
, nous la joignifmes le foir ,
& nous la gardames pendant la
nuit ; le lendemain Mr le Chevalier
de Fourbin fe nuit en devoir
d'attaquer , quoy qu'il parût que
cette Flotte avoit beaucoup de Navires
de force. Elle eftoit escortée de
GALANT
307
trois Vaiffeaux de Guerre depuis
70. canons juſqu'à 76. & d'une
Fregatte. Les autres Navires qui
nous avoient paius gros , & dont
ily en avoit an de trois ponts , ne
fe mirent pas en ligne . Le Blaqual
commandé par Mr de Touroure
, attaqua le premier , & fut
fort incommode. Mr de Rocquefeuille
aborda enfuite avec le Griffon
commandé par Mr le Chevalier
de Nangis , & ils enleverent le
Navite. Mr le Chevalier de Fourbin
aborda le Commandant ; mais
il déborda & perdit beaucoup de
monde ; le Gerfey & le Prothée ,
l'un commandé par Mr Bart , &
l'autre par Mr le Comte d'Iliers ,
ne parent arrefter ce Navire
força de voile fans eftre poursuivi
Par les nôtres , & il joignit le Na-
ز
il
Ccij
308 MERCURE
1
vire de la tête que nous allions
combattre , Mr de Vezin & moy.
Ce Navire ayant reviréfurfon com
mandant pour eftre plus prés à fe
prefter fecours . Mr de Vezin alla
aborder le Navite qui luy eftoit.
deftiné. Je le fuivis je combatis
le Commandant Anglois , afin que
Mr de Vezin n'eut pas les deux
Navires fur le corps ; Mr de Vezin
ne tint pas &ppaafſfſaa de l'avant. Le
Navire Anglois mit tout à aculer
fur le Commandant qu'il alloit aborder
de forte qu'il pouvoit ne
me pas trouver entre- deux ; je retins
un pea le vent , & continuay
mon feu fut le Commandant , en
faifant auffi tirer fur l'autre Navire
; je coupay la vergue. d'artimont
, & enfuite le grand mat du
Commandant , & comme j'arrivay
,
GALANT
309
fur luy pour l'aborder , il fe rendit.
Le Navire que Mr de Vezin avoit
combatu & qu'il canonoit encore ,"
Je trouva par mon travers ; je le
canonay auli ; une de fes vergues
de l'hune fut coupée , & ii fe détermina
à arriver pour prendre la fuite
fuivi du Salisbury ; je voulus retenir
le vent pour luy couper chemin ,
la Mer eftantfort groffe & ma batterie
ouverte , & les canons dehors
lon vint me dire que j'empliffois
d'eau ; je vis mes canons qui labouroient
la Mer , & je fus obligé
d'amener mes huniers pour dreſſer
le Navire avant que mes canons
fuffent dedans & les fabords fermez.
Ce Navire prit beaucoup d'avance
fur moy , de forte que je ne
chaffay pasi j'envoyay au Vaiffeau
que je venois de prendre Mr da
310 MERCUR E
Conferac pour le commander. Les
~ Navires qui donnerent chaffe au
Vaiffeau Anglois qui fuioit , ne
purent le joindre eftant trop prés de
terre. Le Combat s'eft donnéfous le
Cap de Berezieres . Le foir nous
fifmes route pour Dunkerque , où
nsus arrivâmes à onze heures du
matin ; il y a eu 22. Vaiffeaux
Marchands de pris . Les deux de
Guerre ont la premiere batterie de
33. livres de bales ; la feconde de 16 .
70. pieces de canon , montez
l'un de 460. hommes d'équipage ,
& l'autre de 480. ils alloient à
Plimouth , & devoient faire route.
pour Lisbonne avec 5000. hommes
de troupes qu'ils devoient ramaaffer
le long de la côte . J'ay rendu à Mr
de Fourbin Mr de Lalonne , Lieutenant
de fon Vaiffeau bleffe , &
&
GALANT
311
Gelin Garde de la Marine , bleffe
d'un coup fufil. J'ay les Pavillons .
Officiers tuez .
Mr de Vefin Capitaine de Vaif.
feau ; Villeblin Capitaine de Fregate
; Feydeau Lieutenant de Vaif
feau ; d'Erviliers Enfeigne ; d'Efcalis
Enfeigne.
Bleffez .
Mrs de S. Honorine Lieutenant,
une jambe & les deux mains emportées
; Mr le Baron & Afli Lieutenant
, une main percée ; d' Allone ,
deux coups à la tefte & un au cofté ;
Eftables Major , plufieurs bleffures ,
beaucoup d'autres Officiers bleßez legerement
, & une vingtaine de
Gardes de la Marine tuezou bleßez:
Du nombre de ces derniers font M
Jamain Capitaine de Brulos ; Mr
du Mefnéfous - Brigadier des Gardes,
312 MERCURE
de la Marine , & Mrs d'Eragny,
de Preville , d'Ignes & de
& de Geſlains
Gardes de la Marine.
Aut
Le fils de Mr du Guay , Inten
dant de Dunkerque , qui n'a encore
que quatorze ou quinze
ans ; qui a eſté élevé Page de la
Chambre ; qui eft prefentement
Garde de la Marine , & qui s'eft
trouvé dans le combat au milieu
de les confreres qui ont efte
tuez ou bleffez , en a le pree
mier apporté la nouvelle au
Roy, à qui il fut prefenté par
Mr le Comte de Pontchartrain.
11 en fic luy - mefme le recit à
Sa Majesté qui voulut l'ap
prendre de luy. Comme c'eftoit
la premiere campagne qu'il fai
foit , ce Prince luy demandi ,
aprés l'avoir écouté , fi la Mer
ne
GALANT
313
ne luy avoit point fait de peur , &
s'il ne s'y eftoit point trouvé mal. II
répondit que ouy , mais que dés
qu'il fut question de combattre , le
plaifir qu'il reßentit en ce moment,
fit aufi - toft diffiperfa crainte & fon
mal.
Quelque temps aprés , Mrle
Chevalier de Nangis qui avoit
efté depêché par Mr le Chevalier
de Forbin ,
apporta au Roy
plus ample détail de cette
action , & Sa Majeſté le fit Capitaine
de Vaiffeau .
un
Sa
Majesté
ayant
jugé que
l'action de Mr le
Chevalier de
Forbin
meritoit
d'eftre
recompenfée
, & ne
voulant
point
differer à luy
donner des marques
de fa
fatisfaction , l'a nommé
Chef
d'Eſcadre . Cet
hon-
Dd
May
1707 .
314 MERCURE
neur accordé auffi toft que mé
rité , doit l'engager à donner
avant la fin de la Campagne de
nouvelles marques de fa valeur,
& de fon attention au fervice.
Je paffe des Anglois battus
fur Mer , à un General Anglois
qui commence à craindre d'eftre
battu cette année fur terre ;
c'est le Duc de Marlborough
qui fe donne de grands mouvemens
pour avoir une nombreufe
Armée , & qui commc
Vous fçavez a efté demander
des troupes dans plufieurs
Cours , & a fait un voyage en
Saxe pour tâcher de faire expliquer
le Roy de Suede fur
les projets qu'il a formez pour
cette Campagne . Ce Monarque
ne luy donna point d'audience
GALANT
315
particuliere aprés fon arrivée ,
19 & il n'entra dans la
Chambre
ob deg Sa
Majesté
Suedoife que
lorfque l'on en ouvrit la porte
pour les
Ambaffadeurs & En-
Pravoyez qui eftoient dans l'Ansichtichambre
avec ce Duc , ce
fifut caufe que le
compliment
qui
qu'il fit à ce
Monarque fut endgrendu
& retenu par
plufieurs
-pode ces
Miniftres. Je vous en
envoye une Copie .
One Voicy une Lettre , non pas de la
pb
Chancelerie , mais écrite de la main
& du coeur de la Reine de la
Grand'
Bretagne , qui fe feroit fait
un plaifir de venir voir Voftre Ma.
jefte , qui fait
l'admiration de toute
Europe , fi cela avoit pù s'accor-
Seder avec fon fexe : cela me fournit
l'occasion de faluer Voftre Majefté,
Ddij
316
MERCURE
& de l'assurer de mes refpects : heu
reux
fi je pouvois
avoir
l'honneur
de faire
quelque
Campagne
avec
elie , afin d'en
apprendre
ce qui ma
refte
encore à fçavoir
dans le métiers
de la
Guerte.
n ' en
' a soil
Ce
compliment eft fort glo
rieux au Roy de Suede , & fait
peu
d'honneur à celuy qui l'a
prononcé , & qui a démenti par
là le langage qu'il a toûjours
ténu depuis que la fortune , qui
fe joue fouvent des
hommes, layo
a
accordé
quelques - unes de fes
faveurs. Son
humilité étudiée
&
contrainte n'a pû engager le
Roy de Suede à
s'expliquers &
fi ce Monarque s'y eftoit laillé »
furprendre , il faudroit effacer P
quelques traits des Portraits que
l'on en fait , & qui font aujour
ACANT
317
d'huy répandus dans toute l'Europerdous
waste 2ST
Le Duc de
Marlborough
n'a rien die à la Haye à fon retour
de Saxe , finon que les Alliez
n'avoient rien à craindre du
Rov de Suede ; mais dans le
mefme temps , il a fait connoiftre
par une
humeurfombre
& chagrine , par des termes defobligeans
& par des
brufqueries
faites à
contre- temps , &
contraires à
l'affabilité qu'il a
toûjours fait voir . It a , dis - je,
fait
connoiftre
chofes qu'il
n'eftoit pas perpar
toutes ced
fuadé de ce qu'il difoit , & en
effets, on écrit
d'Allemagne
qu'avant la fin du mois dernier leut
Roy de Suede avoit fait déclarer ?
au
Minifire de
l'Empereur qui eft
"
Dd iij
318 MERCURE
!
à fa Cour, que Sa Majesté Im - s
periale eut à luy renvoyer les douze
ou quinze cens Mofcovites qui ?
Lors de fon approche fe retirerent en
Saxe , & qui font prefentement fur
le Rhin , à faute de quoy Sais
Majesté Suedoife y envoyeroit des
troupes pour les ramener dans cet
Electorat, Des avis ajoûtent qu'à
l'occafion du demêléfurvenu à Bref
lavo entre les Officiers de l'Empereur
& ceux du Roy de Suede qui
en vinrent aux mains, au fujet des
nouvelles levées que
les uns & les
autres vouloient faire , Sa Majefte
Suedoife pretend que pour quatre
Dragons Suedois qui y furent tuez
par les Imperiaux, l'Empereur lug
en rende quatre cens des fiens ; que
Chancellerie de Suede délivra
prefqu'en mefme-temps au Miniftre
GALANT 319
de l'Electeur Palatin , le memoire
des dédamagemens que Sa Majesté
Suedoife luy demande & qui
montent à
un
Tomme
Cela paroift bien contraire
aux difcours du Duc de Marlbourgh.
On fçait depuis longtemps
que le Roy de Suede à
ces fujets de plainte , & beaucoup
d'autres dont je vous ay
déjà parlé il y a quelques mois,
contre l'Empereur & contre
l'Electeur Palatin . Si ce que le
Duc de Malbourough a raporté
eftoit veritable il faudroit qu'il
euft acomodé toutes ces chofes
pendant le peu de féjour qu'il
a fait à la Cour de Suede , à
quoy il ne paroift aucune vraifemblance.
Comme le temps
d'ouvrir la campagne avance
Dd iiij
320 MERCURE
tous les jours les projets du
Roy de Suede commenceront
peut eftre à le manifefter avaut
que je finiffe ma Lettrenys
nay reculé le plus qu'il m'a
ené poffible l'Article des Affaires
d'Efpagne , afin d'éviter de
vous en parler à plufieurs repri
fes , dans le deffein d'en faire un
corps confiderable , & qui puſt
atenir lieu d'un morceau d'Hiftoire.
Je finis cet Article le mois
paffé par l'arrivée de Monfieur
le Duc d'Orleans à Madrid ;
mais comme je n'étois pas encore
informé de beaucoup de chofes
qui devoient y tenir place ,
je dois vous dire que l'ardeurde
-Son Alteffens Royaleseftoit [fi
grande pour fe rendre à Madrid
que les montagnes & les préciBGALANT
321
pices ne luy firent point de peur,
& que fa chaife eftant tombée
de deffus la montagne d'Iron ,
& ayant fait deux tours fans que
SmAli Rp falt bleffée , elle continua
fans s'étonner de marcher
savec la même viteffe , & de
-s'expofer aux mêmes perils . Il
feroit impoffible d'exprimer les
facclamations avec lesquelles ce
-Prince fut reçu dans tous les
lieux où il paffa . Tous les Bourgeois
eftoient fous les armes ,
& luy fervirent de Gardes . Je
ne vous repeteray point ce qui
fe paffa aux environs de Madrid ,
& de quelle maniere il y fur
sreçû, vous en ayant déja parlé.
J'ajouteray feulement qu'il donbna
un Diamant de prix à Don
Gafpard Giron , qui eftoit venu
322 MBRCURD
1
le recevoir de la part de Sa Ma
jefté Catholique, & quatre cens
Louis d'or aux Gardes du Corps :
que ce Monarque avoit envoyez .
au devant de luy. Je ne vous dis
ray rien non plus des acclama-o
tions du peuple de Madrid , puifqu'il
me feroit impoffible devous
exprimer à quel point elles ont
éclaté. Il avoit paru quelques
jours avant fon arrivée un Decret
qui contenoit la maniere
dont il devoit eftre reçu , & je
vous ay déja dit qu'il l'a efté
comme les Infants d'Espagne,
Il fut conduit en arrivant dans
la Gallerie de l'Audience , &
le Roy luy prefenta les Grands
d'Efpagne qui le faluerent, Sa
Majefte Catholique paffa enfuite
dans un Cabinet avec ce
GALANT 323
Prince , où ils eurent enfemble
un affez long entretien . Son Alteffe
Royale mangea enfuite feules&
fut fervie un genoüil en
terre. Il ne fut queftion aprés
fon arrivée ni de Feftes ni de
Promenades . Ce Prince tout
remply du defir de la gloire
ne fut occupé que de fon départ
, & l'on peut dire qu'il
ne parut à Madrid que comme
un éclair qui difparoift
auffi-toft après avoir commencé
de paroiftre. Cependant les
Ennemis qui avoient appris fon
départ de Paris , & qui fçavoient
avec quelle diligence il devoit
marcher , formerent la refolu
tion de donner Bataille avant,
qu'il puft arriver dans le Royaume
de Valence , fçachant de
324
MERCURE
quelle maniere il s'eft toûjours
expofé dans un jour de combate
boit toûjours
& qu'un pareil exemple donne,
& de
beaucoup de mi
191
vigueur aux
Troupes ; mais ce
Prince ayant eu trop de chemin
à faire ne put
arriver que le lensv
demain du
Combat , ainfi q
vous
l'avez fçu.
Cependant 90p 2016
peut dire que fon arrivée end
Efpagne a
beaucoup
contribuén
au gain de cette
Bataille, puifq
que la
precipitation des Enne
mis qui
craignoient qu'il
n'arrib
vaft avant le
Combat , a cité
cauſe qu'ils ont eu
l'impruden
ce de venir en
Plaine ,
ayant v
beaucoup
moins de
Cavalerie :
que
l'Armée des deux
nes & celle
qu'ils
avoients
eſtant moins bonne , & plus malov
montée.
Courg
GALANT
325
Il s'agit prefentement de vous
apprendre ce qui s'eft paffé dans
cette fameufe Bataille mais
comme il ne fe trouve point de
Relations affez exactes pour
rapporter les faits qui ne doi
vent pas eftre oubliez dans uneb
affaire de cette
importance , & ¥
que les Officiers qui ont com
batu dans une aîle , ne font pas
fi bien informez de ce qui s'eftis
paffé dans l'autre , que ceux quip
y ont fervi , & que les Officiers
centre fçavent mieux ce qui v
s'y eft paffe , que ceux qui ont
agi dans les deux aîles , j'ay cru
vous devoir envoyer deux oud
trois des Relations qui ont fait.
icy le plus de bruit & commen
elles
ne peuvent fuffire poure
vous faire connoiftre une infi- m
du
226 MERCURE
a
nité de chofes qui font échapées
à ceux qui les ont écrites , je
crois devoir ajoûter encore
quelques extraits de plufieurs
autres Relations , que vous
trouverez enfuite de celles que
vous allez lire.
2Mp 2100
Du Camp d'Almanza , le 27.
Avril, da A
Depuis le 9. de ce mois que
nous commençâmes à campers les
Ennemis voyant que nos Troupes
n'eftoient point encore affemblées
, marchérent en corps du côté
de Villena , qui n'eft qu'à quatre
lieues d'Yecla , où eftoit alors Mr
de Berwick
, qui ayant appris leur
GALANT 327
OL
1910009 1.0
15 marche fit fortir toutes les Troupes
que nous avions dans Villena ,
alaisant feulement cent hommes
dans le Chasteau avec un Com-
30mandant. Le lendemain on eut
avis qu'ils venoient à nous , ce
qui fit prendre le party à Mylord
d'abandonner Yecla , où nous a
vions quelques Magafins de paille
d'avoine , dont les Ennemis 38
es profiterent , ce que nous ne pouvions
empêcher. Nous vinmes camper à
Montalegré ce que nous eftions de
Troupes auprés d'Yecla , tandis que
Mylord faifoit affembler l'armée
à Pretota à trois lieues de Montalegré.
Nous reftames trois jours en
328 MARCURE
ce Camp d'où les Ennemis nous
pourfuivoient , venant camper
dans l'endroit que nous quittions.
Eufin toute noftre Armée s'affembla
à S. Chille, où nous arriva
mes le Samedy 16 , croyant que
nous aurions une affaire le Dimanche
des Rameaux. On avoit
difpofe toutes chofes pour cela ,
dans la penfée que
les Ennemis
viendroient nous attaquer , ce que
n'ayant pas fait , & ayant appris
qu'ils s'en eftoient retournez
& qu'ils alloient faire le
fiege du Chateau de Villena ,
nous revinmes à eux . Nous arrivâmes
le
23. au Camp d'Alman
GALANT
329
t
za , où
Milord eut avis que le
Chafteau fe
deffendoit bien . Il envoya
le 24. faire le ſiege de Niora
en Valence , qui n'est qu'à deux
lieues d'icy , ce que les
Ennemis
ayant
appris , ils
refolurent de
quitter celuy de Villena & de venir
à nous dans
l'efperance qu'ils
avoient
que
Milord ne les
attendroit
pas. Ils
virent aux
approches
bien le
contraire ,
puifqu'ayant
eu avis que les
Ennemis marchoient
à nous ,
Milord fit
avertir
les
Troupes qu'il avoit
envoyées
faire le fiege , & fit mettre toute
l'Armée en
bataille ; il
rangea tout
May 1707.
Ee
330
MERCURE
le monde
chacun
dans
fon Pofte
.
Sur
les dix
heures
du matin
du
NOT trommence
à voir l'Armée
25.
on commença
des
Ennemis qui marchoient
en
ille en tres - bon ordre . Alors
bataille en
on ne douta plus que nous allions
avoir une affaire generale, les Ennemis
avançant toujours & Milord
obfervant leur marche . Ils ar
riverent enfin environ à une heure
aprés midy , & ils trouvérent
toute noftre Armée bien difpofée à
lesrecevoir
.L'affaire commença fur
les deux heures , & dura jusqu'à
la nuit cloſe. La bataille a eſté complette
leur droite & leur gauche
ayant donné bien vivement. La
GALANT 331
se
s'évictoire
a d'abordfort balancé , &
a paru ſe vouloir déclarer pour les
Alliez les Ennemis ayant pour-
Suivi noftre centre jufques dans
Almanza , où ils nous avoient fait
beaucoup de prifonniers ,
toient emparez de quelques - unes
de nos pieces de canon ; mais nos
Troupes s'eftant ralliées , chargerent
fi violemment les Ennemis
qu'ils furent obligez de plier à leur
tour , d'abandonner nos prifonniers.
Alors noftre droite & noftre
gauche donnerent en même temps
aprés quelque refiftance du cofté
des Ennemis nos gens les repouf
ferent tellement , que nous demeu-
&
Ee ij
332 MERCURE
rames maiftres du Champ de Bataille
de forte que nous les pourfuivimes
plus de deux lieuës , en
tuant toujours , en faifantdes
prifonniers
0
ur du
Mr leChevalier d'Asfeld ame
na hier 26. treize Bataillons qu'il
a faits prifonniers , ce qui avecfox
que nous avions faits le
Combat, fait dix-neuf Bataillons
entiers. Outre cela il y a vingt
by
Bataillons des Ennemis prefque
tous défaits , & nous avonsprés
de cinq mille bleffez & un tresgrand
nombre de prifonniers . On
compte que les Ennemis ont perdu
plus de quinze mille hommes parHGALANY
$33
Nous n'avons
my lefquels ils ont beaucoup d'Of
ficiers de remarque.
seu dans cette affaire pour
affaire pour certain
que quinze cens hommes tuez ou
bleffez , & pas un Officier General
, à la referve de M de Polaftron
& de Sillery Brigadiers
de quelques Colonels ; le Regiment
de la Couronne y a perdu
dix Capitaines. La Cavalerie Ef
pagnole a fait des merveilles
98 Monfieur le Duc d'Orleans
arriva hier , & toute l'Armée
donna des
marques ues d'une
grande
que
joye. Foubliois
à vous dire
nous leur avons pris toute leur Artillerie
au nombre
de 23. pieces ;
334 MERCURE
quantité de Drapeaux & Esendarts
, des Timbales , & fi leur
Cavalerie n'eut pas eu bonnesjama
bes, je crois qu'elle auroit en le fort
de leur Infanterie , Toute l'Infan
terie Portugaise a efté taillée en
pieces ou faiteprifonniere , La mois
tie de nofre Armée a fait un mou
vement , & eft décampée ce matin
avec toute noftre groffe Artillerie
& nos petites pieces . Il n'y a que
ma Brigade , au nombre de treize
pieces de huit qui eft restée icy ,
toute l'Artillerie des Ennemis qu'-
on a auſſi laiffée , que j'ay ama
garde . Je crois cependant que le
refte de l'Armée partira demain
4
GALANT 335
qu'on laiffera
icy l'Artillerie
des
Ennemis
dans un Chasteau

nous avons du monde. Milord
eft
auffi refté , je vais recevoir
fes
ordres . Monfieur
le Duc d'Or
leans a fejourné
auffi icy . Je ne
Sçaurois
vous exprimer
lajoye que
les Espagnols
ont du gain de cette
Bataille
. Selon les apparences
nous
allons entrer dans les Royaumes
de
Valence
& d'Aragon
. Il nous
vient beaucoup
de Troupes
; il y
quinze
jours que nous fouffrons
extrêmement
, acaufe du mauvais
temps qui eft plus froid qu'on ait
encore vú en Espagne
, avec des
pluyes
continuelles
& des vents
terribles
.
a
-336 MERCURE
On doit remarquer que toutes
les Relations portent que, l'on
n'a pris que 22. pieces de canon
aux Ennemis , qui eft tout ce
qu'ils en avoient . Cependant la
Relation que vous venez de lire,
& qui eft d'un Commiffaire Provincial
d'Artillerie, qui dit avoir
en fa garde le canon pris fur les
Ennemis , dit qu'il y en a 23 .
pieces.
La Relation qui fuit paroiftra
beaucoup plus circonstanciée.
RELATION
De la Bataille
d'Almanza ,
Le 22. Avril 1707. l'armée des
deux Couronnes décampa de Monalegre
& vint camper à Almanza
GALANT 337
fix lieues de Villena dont les ennemis
faifoient lefiege le 24. au matin
Mr le Marefchal de Barvvick
détacha Mr le Comte de Pinto avec
Mr de Courville Brigadier & Colonel
du Regiment du Mayne , &
cinquante hommes par Bataillons
pour s'emparer du Château d'Ayona
pofte que quelques Miquelets du
Royaume de Valence occupoient &
qui nous incommodoient dans nos
fourages ; le foirdu même jour fur les
fix heures nospartis avancez vinrent
rendre compte à Mr le Marefchal
que l'armée ennmie avoit levé le
Siège de Villena & qu'elle eftoit
venue camper à 3 lieues de nousprés
d'un lieu nommé Caudeté. Sur cesavis
Mrle Marechal ne doutant plus que
les Ennemis n'euffent deffein de nous
attaquer le lendemain , envoya ordre
May 1707.
F
338 MERCURE
/
1
a Mr de Pintode; revenir avec fon
détachement ce qu'il ne puft faire
que quelques heures avant la Bataille
.
le
forst
Le lendemain Mt le Marefchal
fut informé que les ennemis marchoient
à nousfur quatre Colonnesiil
alla d'abord les reconnoistre d'affez
prés ; enfuite il vint marquer !
Champ de Bataille par quelque
changement de terrain qu'il jugea
à propos de faire fur l'aile gauche ,
& il fit tiver une groffe pièce d'Artillerie
pour avertir les Fourageurs
qui n'eftoient pas encore rentrez
dans le Camp . Sur les 8. heures du
matin on découvrit fur les hauteurs
à trois quarts de lieues de nous quel
ques Bataillons de Troupes ennemies
, & comme de moment à autre
on eftoit averti que le refte fe forGALANY
.339
4
moitderrière les hauteurs , onfit tirer
un fecond coup de canon ; on envoya
tout le Bagage à Almanza , & toute
noftre Armée fe mit en bataille.
Batail
Elle eftoit composée de 50.
lons & de 72. Efcadrons , les Efpagnols
en avoient la droite , & les
François la gauche . Mr le Maréchal
ayantfait toutes les difpofitions
neceffaires & ayant expliqué
*fes ordres aux Officiers Generaux
& autres pour tous les differens
poftes qu'ils devoient occuper
dans le combat , il attendit de pieferme
les ennemis Nous les découvrimes
fur le midy qui marchoient
à
nous fur deux lignes , en bon ordre
& fortferrez ; la droite de noftre Armée
s'étendoit jufqu'à une hauteur
vers Montalegre
, & la gauche eftoit
appuyée d'une autre hauteur qui re-
>
Fij

340 MERCURE
"
gardoit le chemin de Valence .Une
Tavine qui eftoit devant nghe infanterie
de la droite fe perdoit infenfiblement
en remontant vers la hagteur
dont elle eftoit appuyée . Les en
nemis eftant à demi - lieuë de nous
parurent redoubler leur marches ils
Pafferent la ravine , dont Mr le
Maréchal deffendit de leur difputer
le paffage , afin qu'ilsfe trouvaffent
entre cette ravine & le front de notre
Armée. Après l'avoir paffee &
s'eftre emparez d'une petite eminence
qui débordoit fur noftre droite , leur
premiere ligne s'ébranla pour
à nous . Alors Mr le Maréchal qui
avoit jugé à propos de leur laiffer
faire leurs differens mouvemens
notre veue les fit
brusquement charger
par toute l'aile droite de fa premiere
ligne ; la Cavalerie Eſpagnovenit
GALANT 341
84
le renverfa d'abord celle des ennemis
qui s'eftoit trop avancée ; mais
leur Infanterie ,jufqu'à laquelle on
les mena battant , fit un figrosfeufur
tette Cavalerie Espagnole qu'elle
fut pouffée à fon tour en affez grand
defordre ; les ennemis s'en eftant apperçus
firent avancer cinq Bataillear
lons Anglois , qui coulant par
gauche avoient deffein de venir pren .
dre en flanc noftre Infanterie de la
droite , dénuée alos de Cavalerie ;
mais Mr le Maréchal quifaifoit déja
avancer la droite de fa feconde
ligne pour donner le temps à la Cavalerie
pouffée de fe rallier derriere ,
s'eftant apperçu de la manoeuvre de
ces cinq Bataillons , fit marcher la
Brigade du Maine qui fermoit la
droite de l'Infanterie de la feconde
ligne pour aller à leur rencontre . La
Fiij
342 MERCURE
4
manoeuvre de ces cing Bataillons
ennemis qui couloient toujours par
leur gauche , obligea la Brigade du
Mainedefaire àpeu près les mêmes
mouvemens & enfin aprés avoirbien
marché , nous par noftre droite &
eux par leurgauche , ces Bataillons
fe trouverentfiprés les uns des autres
qu'il fallut donner , & faifant demi
tour à droit & nous à gauche , ils
nous firent une décharge à trentepas
qui ne nous endommagea que trespeu.
Surcela nous marchâmes à eux
teste baiffée , & ayant fait noftre
décharge à brûle- pourpoint , nous les
chargeames la bayonnette au bout
du fufil , & les mêmes dans un tel
defordre qu'ils plierent fans pouvoir
jamais fe rallier , & comme il falloit
qu'ils paffaffent la ravine en
fuyant devant nous ; ce fut- là que
· GALANT 343
la carnage que l'on fit de commença
ces cinq bataillons Anglois ,
Mr le Maréchal voyant ce fuccés
pouffa la Cavalerie qui s'eftoit ralliée
contre ces bataillons , & acheva
de les tailler en pieces ainfi que
la
Cavalerie ennemie qui s'étoit avan
céepour les fecourir.
$
Pendant que cela fe paffoit en cet
endroit de la mêlée , une brigade
Hollandoife qui s'étoit avancée vers
le centre des deux Armées , avoit
chargé une brigade Efpagnole de
nouvelle levée , & l'ayant enfoncée
& mife en déroute , leur aile droite
entre-mêlée de Cavalerie & d'Infanterie
, au lieu de les pourfuivre ,
prit en flanc & en tefte la brigade
de la Couronne qu'elle mena bat .
tantjufqu'auprès d'Almanza Mrle
Maréchalprefent à tout , les y rallia
344 MERCURE
Pourtant en les faifant foutenir &
les ramenant aux ennemis ; on chargeafi
fierement ceux qui les avoient
rompus qu'on les déffit à plate cou
tnre d'autant plus qu'ils s'apperce
voientque leuraile gauche étoit abfolument
défaite & vivement pourfuivie.
Cependant le gros de l'Infanterie
de cette droite faifoit toujours
ferme devant noftre aile gauche qui
Pavoit plufieurs fois vigoureufement
chargée fans pouvoir la rompre àcaufe
de l'Infanterie meflée parmy les
Efcadrons ; mais Mr le Marefchal
preffe de finir l'affaire avant la nuit ,
fit marcher deux Brigades entieres
pour la prendre en flanc & dés qu'ils
s'en apperçurent ils fe retirerent en
affez bon ordre pour tacher de gagner
les Montagnes. La Cavalerie Franfoife
qui les ferroit de prés tailla en
GALANT 345
pieces plufieurs Bataillons Portugais
dans cette retraite . La Brigade des
Gardes & celle du Mayne pourfuivant
auſſi leur avantage recognerent
les ennemis jufques dans les Montagnes
de noftre droite.
que
Mr le Marefchal les avoit envoyé
couperparla Cavalerie , tandis
nos deux Brigades les fuivoient de
prés pour les charger fi-toft qu'ils fe
roient ferme mais la nuit eftant pref
que fermée nous obligea de revenir
au Champ de Bataille.
Cependant ce qui reftoit de leur
gauche fe voyant couper les paffages
de la Montagne ne fongea plus qu'à
faire quelques conditions pourfe rendre
avec fureté , & Mr le Comte de
Dhona qui les commandoit ayant
envoyé un Colonel Anglois & un
Hollandois pour traiter, Mrle Ma346
MERCURE
2510
refchal envoia Mr d' Asfeld avec la
Cavalerie Françoife pour leurfaire
mettre bas les armes & pour s'enrendre
maiftres , & le lendemain ils furent
amenez au nombre de treize Ban
taillons 3 favoir cing Anglois , cing
Hollandois , & trois Portugais ;
; il
y avoit avec euxfix Marefchaux de
Camp , fix Brigadiers , & vingt Colonels
. Enfin nous avons huit cens
Officiers prifonniers , huit ou neuf
mille Soldats , toute l'Artillerie confiftanten
vingt- deux pieces de Canon ,
fix vingt tantDrapeaux qu'Etendars
& prefque tout leur Bagage. Quant
au nombre des morts ils ont laiffé cinq
mille hommes fur le Champ de Bataille
fans compter les bleffez
Noftre perte a efté d'environ deux
mille hommes tant tuez que bleſſez;
GALANT : 347
Je ne puis m'empêcher d'ajouter
cette Relation aux deux autres
que vous venez de lire , &
quoy qu'il m'en reste encore plufieurs
autres , je ne mettray à la
fuite de cette troifiéme Relation
que des Extraits dignes de la
curiofité du public.
RELATION
De la Bataille donnée entre
Almanza & Caudeté , le 2 5 .
Avril 1707 .
Les ennemis leverent le fiege du
Chasteau de Villena le 24. & vir
rent camper à Caudete. Le 25. ils fe
mirent en marche pour Almanza , où
l'armée de Mr de Bervvick eftoit
campée depuis deux jours. Leur avant348
MERCURE
garde parut fur les onze heures du
matin. A deux heures & demie ils
eftoient en bataille à portée de noftre
canon , ayant entrelaffe leur Infante
rie parmi leur Cavalerie ; quoyque
noftre ordre de bataille fut different
parce que nous avions noftre Infanterie
dans le centre , & noftre Cavalerie
furles ailes , Mr de Berovick ne
jugea pas à propos de le changer. A
trois heures precifes noftre premiere
ligne s'ébranla , pour les charger. La
Cavalerie de noftre premiere ligne de
noftre droite & de noftre
gauche , batit
avec valeur la droite & la gauche
des ennemis deleurpremiere ligne. La
feconde de leurgauche , qui eftoit com
pofee d'Anglois ; & d'Hollandois ;
obligerent noftre droite à fe retirer.
Les Gardes du Roy d'Espagne , &
toute la Cavalerie fe rallierent
avant
GALANT 349
1
avant mefme d'avoir joint noftre feconde
ligne ; un moment aprés ils
chargerent tout de nouveau , & culbuterentpour
la feconde fois toute la
Cavalerie qu'ils trouverent ; le feu
de l'Infanterie les obligea neanmoins
àfe retirer encore. Mr le Marefchal
qui s'en aperçut , fit venir la Brigade
du Mayne. Pendant ce tems- là
nofre gauche de Cavalerie , qui
avoit affaire aux Portugais , lesmenoit
battans Dans ce même tems nous
nous aperçumes , que les Brigades
d'Orleans , & de la Couronne , qui
aftoient aucentre de noftre Infanterie
eftoient forcées , que mesme deux
Bataillons Anglois eftoient aux
murailles d'Almanza , ce qui obligea
d'envoyer quatre Efcadrons de la
droite de la feconde ligne , qui pafferent
ces deux Bataillons Anglois
May 1707 .
Gg
350 MERCURE
au fil de l'épée , fans qu'il s'en écha
pat aucun. La gauche des ennemis,
qui eftoit en defordre , donna le tems
à la Brigade du Maine d'arriver
& même aux Gardes du Roy & d
la Cavalerie de l'aile droite de nôtre
premiere ligne de fe rallier. Un moment
aprés nos deux droites de Cavalerie
, avec les Brigades des Gardes
à pied , & du Maine , rechargerent
avec tant de valeur , l'épée à la
main , & la bayonnette au bout du & la
fufil , qu'ils culbuterent tout ce qu'ils
trouverent. La Cavalerie ennemie
abandonna fon Infanterie. Langfre
tailla en pieces plufieurs Bataillons
Portugais. Le 26. à la pointe du jour,
13. Bataillons Anglois , ou Hollandois
, qui s'étoient fauvez dans les
Montagnes , fe rendirent au Chevalier
& Asfeld prifonniers de guerre ,
GALANT 351
avec le Comte Dona qni les commandoit
, & plufieurs autres Officiers
Generaux & Brigadiers . L'on affure
que le Marquis de Las- Minas &
Galovvay font bleffez
Nous avons fait prés de 9000.
hommes prifonniers , non compris 7 à
Sao. Officiers , & les morts & les
bleffex , qui font au nombre de plus
de rooo. hommes . On a pris aux
ennemis 120. Drapeaux ou Etendars,
toute leur Artillerie, & la plus grande
partie de leur Bagage. Nous
avons perdu environ 2000. hommes
tuez ou bleffez, parmi lesquels ily a
beaucoup d'Officiers , entr'autres le
Marquis de Polaftron , & le Marquis
de Sillery , qui font fort regretez.
Les Gardes du Corps de S. M. C.
ont fouffert un peu , le Duc de Sarno
qui les commandoit , eft bleffe en
Gg ij
352 MERCURE
douze endroits. Le Marquisde S
Elme eft auf du nombre. Noftre
armee
eftoit
compolce
de fo. Batail
lons , & de So. Efcadrons . Noftre
Infanterie décampa le 27. Avril ,
avec l Artillerie , & prend la route
de Valence , par Requeña. La Cavalerie
la fuivra inceffament . Monfieur
le Duc d'Orleans joignit l'ar
mée lelendemain de la Bataille. Les
ennemis fe retirerent à Xativa be
mefme jour du Combat , avec la Ca
valerie qui leur eft restée. On croit
qu'ils n'ont plus d'Infantere.
2
Ce qui fuit eft tiré de la Relation
d'un Colonel Irlandois ,.
dont je voudrois fçavoir le nom,
afin que le public luy rendit la
juftice qui luy eſt duë.
Mr le Ducd' Havré m'ordonna de
GALANT
353
charger en queue un Regiment d'Infanterie
Portagaife qui fe retiroit
en quarré. Il le fit attaquer par la
droite par de la Cavalerie Efpagnole
, à la gauche par de l'Infanterie
Françoife , & les chargea en
queue. Ce Regiment Portugais fe
défendit affurément en braves gens ,
& quoy qu'abandonné de fa Cavalerie
qui fe retiroit au trot , il fe
laiffa tailler en pieces plutoft que de
Je laiffer rompre. Il fut tout the
dans fes rangs , & il est actuellement
tel fur le Champ de bataille .
Cette infanterie nous amufa affez
de temps pour donner au refle des
Ennemis depuis le centre jufqu'à
Pextremité de leur droite , le temps.
de fe mettre en fort bon ordre ; M.
de Mahony fe trouva alors à nôtre
tefte , & moy j'avois joint le reste du
F
Gg iij
354 MERCURE
Regiment. Mr de Mahony prit la
refolution d'enveloper ceux qui fe
retiroient en fi bon ordre , & prit
dans ce deffein toute notre Cavale
rie depuis notre centre jufqu'à l'extremité
de notre gauche , & il en
forma unfer à cheval. Ce mouve
mentfit prendre une fuite precipitée
aux Ennemis, Mr de Maboni nous
or lonna de les fuivre , & il nous
mena à bride abatuë pour gagner
la tefte des Ennemis , & pour leur
couper l'unique chemin praticable
dins la montagne pour de la Cava.
lerie. Quand ily fut arrivé il ne
Je trouva fuivy que d'environ 100.
Dragons , de 30. Eſpagnols , de Mr
le Chevalier Barry , & de Mrs
Moran , English , Ronan & moy;
avec fipeu de monde il n'eut pas efté
pardonnable de vouloir se battre,
GALANT
355
"
contre un Corps de Troupes aui
confiderable. Nous le fifmes appercevoir
qu'il n'étoit pasfuivy ; n'importe
, dit- il , fi nous ne fommes
pas affez forts
pour
battre ces
gens - là , nous ferons ferme icy,
& nous obligerons cette canaille
en leur ôtant le chemin ,
de fe precipiter & de fe caffer
le cou dans les Rochers . Ce fut
en effet le party que prirent ces Mrs
les Portugais . Le Duc d' Havré nous
joignit fur la brune avec 15. Efcadrons.
Nous filmes une demi conver“
fon fur la droite , & nous defcendimes
dans la Plaine , de l'autre
cofté de laquelle nous vimes l'ails
gauche des Ennemis fe retirer . Nous
traversames la Plaine , & nous
joignimes la Cavalerie de notre
droite qui pourfuivoit ceux cy l'épée
356 MERCURE
dans les reins . C'eftoit pour la plu
part Infanterie Angloife qni gagne
une Montagne, & fit ferme jufqu'
ce que notre Infanterie nous eut
joint ; on les entoura enfuite . Ces
gens qui n'avoient ny provifions ny
munitions fe rendirent à Mr d'Asfeld
au nombre de buit Bataillons
Anglois , deux Regimens Ecoffois, &
trois Portugais.
Comme on doit rendre juſtice
à fes ennemis mêmes , j'ay cru
la devoir rendre au Regiment
d'Infanterie Portugaife qui s'eft
laiffé tuer fans perdre fes rangs.
Une fi vigoureuſe défenſe augmente
beaucoup la gloire de
ceux qui ont eu l'avantage d'en
triompher , ce qu'ils n'ont pû
faire fans avoir une valeur fuperieure
à celle d'un. Corps fi
GALANT
357
brave & fi
intrepide . La Cavalerie
Portugaife n'a pas fait voir
la même valeur , & tous les autres
Corps de la même Nation
ne fe font pas
diftinguez comme
le Regiment dont je viens de
vous parler. L'Extrait qui fuit
d'une autre Relation , en eft
une preuve convaincante
.
EXTRAIT .
La
Cavalerie
Espagnole & Frapçoife
ont fait
merveilles , & c'est
à elles & à la Brigade du Maine
qu'on doit la Victoire . Les Portugais
n'ont rien fait qui vaille ; leur
Infanterie
a mis bas les armes
criant , Viva
Phelipé
quinto , &
les Anglois qui estoient avec eux en
ont tué beaucoup à coups d'épeé , en
358 MERCURE
2007
leur difant , pourquoy ne l'avezvous
pas fait avant que de nous
amener icy .
Enfin c'eft une Victoire complette ,
& qui fait bien de l'honneur à notre
General , qui a fait les fonctions
d'un General & dun Soldat , allant
à la charge contre les Escadrons
les plusforts des Ennemis , & agif
fant avecunfang froid & une prefence
d'efprit extraordinaire . Mrs le
Chevalier d'Asfeld , de Mahony ,
de Silly , de Ronquillo, d' Amezaga ,
& le Duc d'Havre fe font fort di
finguez
Je ne doute point que ce que
vous allez lire ne vous falle
beaucoup de plaifir . Il eft tire
d'une tres belle Relation que
je ne vous envoye pas , parce
qu'elle contient beaucoup de
GALANT
359
chofes qui font dans celles que
Vous venez de voir .
Mr
d'Asfeld voyant que nous
avions reculé , envoya
diligemment
fes Aydes de Camp à la tefte de
notre
Infanterie , pour luy dire de
ne pas s'étonner de ce qu'elle venoit
de voir; que tout fe faifoit par ordre
de M1 de Bervick , pour attirer &
engager les Ennemis
davantage , &
que dans un moment on alloit voir
beur
deftruction
entiere. Alors Mr
de Bervick fit paffer la
Brigade du
Maine
de
la feconde ligne à la
premiere , & ainfi nous eumes à la
tefte quatre
Brigades
Françoifes ,
tout des plus
redoutables , fçavoir du
Maine , d'Orleans , la Couronne
& Sillery. Mr de Labadie
Lieu
tenant General , mit pied à terre
&
ayant pris un Sponton il fe mit à
17
360 MERCURE
la tefte de cette Infanterie , & l'exhorta
de foutenir l'honneur de la
Nation. Mrs de Courville , de Po
laftron , de Sillery & de Charpe
enfirent autant à fon exemple , &
bien- tôt aprés toute l'Armée char
gea celle des Ennemis.
Noftre Cavalerie fit cette attaque
avec tant de fureur , qu'elle ne
trouva rien qui fut capable de luy
refifter.
L'Infanterie Ennemie ne fut pas
fi facile à vaincre ; il s'en eftoit
formé un corps dans leur centre qui
refifta long temps avec beaucoup de
valeur ; mais enfin à force de conftance
& dintrepidité , les nostres
l'enfoncerent & la
1
percerent
tellement
, qu'elle ne putjamais fe remettre
, & que nos Bataillons ayant
percé & repercé les fiens , la taille
rent
GALANT
361
rent en
pieces , &
forcerent ceux qui
leur
avoient
échappé à
chercher leur
falut dans la fuite .
On les pour
Suivit prés de deux
iieuës , & jufqu'à
ce
qu'il fut
prefque nuit . On
fit
fonner pour lors la
retraite , &
aprés
beaucoup de
peine pour faire
retirer nos
Soldats , cette
grande actionfinit.
Je vous
envoye deux
Extraits
de
deux
Lettres de
Madrid ,
toutes deux
dattées du 2. May ,
dans
lesquelles vous
trouverez
beaucoup de
chofes
dignes de
vôtre
curiofité , & un
troifiéme
qui ne vous plaira pas
moins .
On a efté
furpris de ce que les
Ennemis qui
étoient
inferieurs faifoient
un plus
grand
front que
nous , &
qu'ils
débordoient da cofté
de
noftre
droite , ce qui
donne lien
May
1707 . Hh
362
MERCURE
efte
de croire
qu'ils avoient
mis des
corps de Miquelets
dans leurfeconde
Ligne
qui n'ont pas efté compris
dans le dénombrement
que nous avons
eu de leurs Troupes
. On a
furpris
enfecond lieu de ce qu'ils ont
ofé prefenter
la Bataille
. Les uns
s'imaginent
qu'ils ne nous croyoient
pas fi forts
& la verité eft qu'ils
Se propofoient
fort ferieufement
de venir à Madrid
; au moins leurs
Generaux
le difoient
- ils ainfi.
D'autres
n'atribuent
cela qu'à un
excés de prefomption
, & d'autres
croyent
enfin , que la neceffité
les y
a obligez
, tant parce qu'ils manquoient
de vivres , que parce qu'ils
Prevoyoient
que plus ils attendroient
,
plus noftre Armée
grosiroit
par de
nouveaux
fecours
de France. Les
deux Armées
eftoient
rangées
en
GALANT
363
très bel ordre , &
paroiffoient trésdifpofées
à fe bien battre.
Les Chevaux aprés la Bataille
fe
vendoient un écu dans notre
Camp ; les habits
15. fols , un fufil
une piece de 4. f. & les Mules s'y
donnoient pour rien .
La perte que nous avons faite
en cette Bataille a efté prefque entierement
reparée fur le champ , par
des François prifonniers d'Hochftet
& de Ramillies , que les Ennemis
avoientforcez de prendre party avec
eux.
Le Duc de Sarno
Napolitain ,
Lieutenant des
Gardes du Corps
Italiens , a reçu onze bleffures , d'nt
neuf font depuis le haut de la tefte
jufqu'à
l'épaule , prefque toutes de
coupsde fabre. Le Marquis de Sant
Elmo , auffi
Napolitain , & Offi-
Hhij
364 MERCURE
cier dans les mêmes Gardes , eft
bleffe dangereufement
au bras. Ce
Corps eftoit oppofe aux Dragons de
la Reine Anne qui fe font battus
comme des Lions.
O louë prefque également toutes
nos Troupes , & tous nos Generaux,
On admire fur tout la fermeté , la
conduite & la prefence d'efprit du
Duc de Bervisk dont on fait cette
remarque, qu'enparcourant
les rangs
en donnantles ordres dans le fort
de l'action , il paroiffoit tranquille
&froid , & prenoit du tabac comme
s'il avoit esté à une revûë. On louë
auffi beaucoup
Mr le Chevalier
Asfeld
A l'égard
des Ennemis
, on parle
particulierement
des Dragons
de la
Reyne
Anne & du Regiment
de
Naau
. On avoit d'abord
parle
GALANT
365
moins
avantageufement de l'Infanterie
Portugaife ; mais on a fçu depuis
que quelques Bataillons fe font
fort
diftinguez.
On s'eft informé des Payfans en
pourfuivant les Ennemis , s'ils n'avoient
pas vu quelque Corps de leur
Infanterie , & ils ont affuré qu'ils
n'en avoient vù aucun , ce qui fait
juger qu'il ne leur reste plus que
quelques
vagabons que les Payfans
acheveront , ou que la faim obligera
de fe rendre.
Les François & les
Espagnols
Je louent
mutuellement beaucoup les
uns des autres .
Monfieur le Duc d'Orleans arriva
fur la fin de la Bataille , &
tint un Confeil de Guerre où il fus.
refola de faire marcher inceffamment
noftre Cavalerie aprés les
Hh iij
366 MERCURE

fuyards , avec ordre de ne les pas
abandonner
:
Cette Cavalerie
aprés trois lieuës
de marche eut le bonheur de rencontrer
tous les bagages des Ennemis ,
& des Chariots, Caroffes & Caleches
, dont le nombre eft de plus de
quatre cens . Le deffein des Ennemis
eftoit de venir à droiture à Madrid,
puifque tous ces Caroffes & fes Can
leches eftoientdeftinées pourles Officiers.
Quoy que le Marquis das Minas
fe foit échapé bleffé , toute la
Maiſon a estéfaite prifonniere . Ses
Bagages , & le Secretariat
ont efté
pris , & l'ony a trouvé quantité de
Lettres écrites par les Correfpondans
de cette Cour , à ce Marquis.
Le 30. un Courrier apporta la
nouvelle à Sa Majesté qu'on avoit
Encore pris 1500 , des Ennemis qu'on
GALANT
367
avoit amenéz à noftre Camp
Six mille Habitans de la Manche
ont efté pourvûs des armes trouvées
aux environs du lieu où la
Bataille a efté donnée .
Il partit d'icy avant hier, vers les
quatre heures aprés midy , un Domeftique
de Mr l'Ambaſſadeur , avec
des Paquets de S. A. R. pour
Mr de Geofreville qui eft à Molina ,
& pour Mr de Legal qui eft à Pam
pelune , avec ordre d'entrer inceffamment
en operation en Aragon.
AUTRE.
Les Payfans qui font demeurez
fidelles au Roy , & qui fe font mu
tinez , affomment journellement tous
lesfuyards qu'ils rencontrent, Mr le
Marquis de las Minas abandonna.
368 MERCURE
la partie de bonne heure. Il a eſté
bleffé , & fa Maitreſſe vêtue en Amazone,
& qui n'avoit point voulu
le quitter , a efté tuée auprés de luy.
Il est peu echape de Portugais..
MrdeBervick ayant été au devant
de Mr le Ducd'Orleans , luy dit
qu'il
avoit fait ce qu'il avoit pu pour
faire differer le Combat jufqu'a
fon arrivée , ce qu'il n'avoit pû
éviter , ayant eſté attaqué ; mais
qu'il eftoit bien perfuadé que le
ayant
donné bruit de fa venuë
de l'épouvente aux Ennemis &
du courage à nos Troupes , cela
avoit efte caufe du gain de la
bataille : furquoy Monfieur le Duc
d'Orleans luy répondit , qu'il ne
devoit rien diminuer de la gloire
& de l'honneur qui luy estoient
entierement dus,
GALANY
369
J'ay vûdes Relations qui portent
que Mr le Comte de Parabere
commença l'affaire avec
fon Regiment de Cavalerie . Il
chargea quatre fois Cavalerie
& Infanterie. Mr le Chevalier
de Parabere fon frere , eut fon
cheval tué à la premiere charge
, & demeura prifonnier , &
la feconde charge , il fut
délivré fur le point d'eftre
tué. Mr de Bervick dit en
propres termes à Mr de Parabere
, qu'il luy avoit obligation
de la maniere dont il
avoit le premier chargé les
Ennemis , & il a témoigné
à
Monfieur le Duc d'Orleans que
Mr de Parabere s'eftoit fort dif
tingué dans cette affaire .
Les Grands d'Eſpagne qui fe
370
MERCURE
font trouvez à cette bataille
s'y font fort diftinguez , Mrs les
Ducs de Popoly & d'Havre
enveloperent
les ennemis . Mr
le Duc d'Havré qui n'a pas encore
vingt - quatre ans , a fait paroître
dans cette grande Journée
la même valeur dont il a
dans déja donné des marques
plufieurs occafions où il s'eft
trouvé. Il eſt Colonel des Gardes
Wallones de Sa Majesté Ca.
tholique , & Lieutenant General
de fes Armées. Ce Duc eft.
de la Maifon de Croy , l'une des
plus illuftres de Flandre . Il eft
auffi Duc de Croy en Picardie .
Madaine fa mere , qui eft Françoife
, eft de la Maifon d'Halluin
, dont elle eft heritiere.
Le Duché d'Havré eft à une
GALANT 371
lieuë de Mons .
Mr de Sandricour , Colonel du
Regiment de Berry Cavalerie ,
avec une adreffe , une valeur
fans feconde , & une vivacité
au deffus de fon âge , culbuta
la droite des ennemis , & les
renverfa fur leur feconde ligne.
Mr de Martigny , Lieutenant
Colonel de ce Regiment reçut
dans la mêlée cinq coups de fabres
fçavoir , deux fur la tefte,
un au vifage , & deux fur le
bras droit . Son fils , qui eft fort
jeune , a fuivi l'exemple de fon
pere , en faisant des chofes furprenantes.
Mr de Silly s'eft auffi fort dif
tingué , & quoy qu'il eut reçû
deux bleffures , il n'a laiffé
pas
d'apporter
la nouvelle de cette
372
MERCURE
victoire
fignalée.
On ne fçauroit donner trop
de louanges
à Mr de GroteftCa
pitaine dans le Regiment
de
Blaifois , qui avec cent Soldats
& douze Payfans , a deffendu
Villena autant de temps qu'il
eftoit neceffaire
pour donner à
Mr de Bervick le temps
ver, & de le préparer à bien recevoir
les ennemis.
d'arri-
Mr de Bervick détacha le
nommé Don Pedro , avec quelques
Compagnies
franches de
Cavalerie
& d'Infanterie
, qui
luy amena un Capitaine
Portugais
, avec quatre Soldats . Le
Capitaine
fut de fi bonne foy
qu'il découvrit
ce qu'il fçavoit
des projets des Alliez , les preparatifs
, & les ordres des Generaux.
GALNAT 373
neraux. Ce Maréchal prit de
grandes meſures pour empêcher
que les Alliez nefuffent couverts
d'un rideau dont ils auroient pu
"fe couvrir . Ce Don Pedro eft
un Miquelet de Murcie , qui
s'eft fort diftingué dans toures
les expeditions qui ont efté faites
par l'Evêque de ce nom . Il
a du coeur & de l'efprit , une
parfaite connoiffance du pays ,
& left heureux en tout ce qu'il
entreprend

ہ م ج
Mr de Veignaux ayant efté
plufieurs fois à la charge , &
voyant que nous avions tout à
efperer du fuccés de la Bataille ,
raffembla cinq Efcadrons , &
s écartant un peu i prit les Enmis
en flanc , les rompit , &
acheva de les mettre en defor-
- May 1707.
Ii
374
MERCURE
dre , de forte
qu'ils
ne fongerent
plus
qu'à
fe fauver
. 4-9a
sup 91 Je dois
ajoûter
à tout
ce que je vous
ay dit de la Bataille
que
les
Ennemis
attaquérent
nôtre
piquet
, & que
nos ten- tes n'eftoient
pas encore
pliées lors
qu'on
fe mit
en bataille
. L'Armée
des Ennemis
qui eftoit fur deux
lignes
, eftoit
difpofée de maniere
que
les Efcadrons
& les
Bataillons
eftoient
mêlez par
tout
; c'est
- à - dire
qu'ils avoient
placé
cinq
Bataillons
aprés
cinq
Efcadrons
, & que
ce
même
ordre
eftoit
obfervé
dans
les deux
lignes
, où l'on
voyoit
par tout
alternativement
cinq
Efcadrons
& cinq
Batail
lons. 3% 7
I
ob ab.
On allure qu'il n'y avoit pas
1
GALANT
375
un homme
dans l'Armée
défaite
qui ne revinft
à quatre cens
écus aux Alliez .
Je finis par un Article
qui vous
divertira
beaucoup
. Mr de las
Minas avoit pris depuis l'année
derniere
, le titre de Conquerant
de l'Espagne
, & fe difoit le Bras
droit de la Justice de Dieu . Avant
que le Combat
commençaft
, il
dicaux Troupes
, que fi elles voulaient
le fuivre , il les meneroit
en
quinze jours à Madrid , & il ajoûta
en montrant
l'Armée
des
deux Couronnes
, il ne faut pour
cela que battre ces canailles
que voia
. Ce General
Portugais
& Mi
lord Galloway
fe vantoient
tous
les jours qu'ils battroient
Mr
de Bervick
, & qu'ils le meneroient
à Madrid. Ils l'en fai-
Ii ij
376 MERCURI
foient fouvent menacer , & l'on
h'entendoit tous les jours parler
que de leurs rodomontades. Ils
ajoûtoient qu'ils croyoient ce
Maréchal fi foible , que ne craie
gnant rien pour l'Archiduc , ils a
voient envie de le prier d'y venir
avec eux.
En effet , on a trouvé beaucoup
d'habits neufs parmy les
équipages de leurs Officiers ,
avec lefquels ils devoient faire
leur entrée à Madrid ; mais les
Soldats qui les ont trouvez ont
fait les Marquis avec ces habits,
& ces Officiers ont eu le cha
grin de les leur voir porter , en
les conduifant dans les lieux
qui devoient leur fervir de prix
fon.
On
peut dire
que par le gain
GALANT 377
de cette Bataille les Troupes
des deux Couronnes ont nonfeulement
triomphé des forces
des Alliez ; mais auffi de l'orgueil
de leurs Officiers , qui devenoit
chaque jour infupporsable.
v
de
vick dit a
Le Combat commença de leur
cofté enfuite de leurs rodomondes
; & du cofté des deux Couronnes,
aprés des Prieres, & une
Abfolution generale enfuite
quoy Mr le Maréchal de Ber-
Efpagnols en parlant
leur Langue , qu'il efperoit
qu'ils continueroient de donner dans
de Combat des preuves d'une inebranlable
fermeté , & d'une valeur
dont ceux de leur Nation avoient
fouvent donné des marques éclataneCe
Maréchal dit enfuite aux
Ii iij
378 MARCURE
François
en changeant
de la
gage & non pas de ſtile , qu'il
Comptait
far leur valeur ordinaire
,
& qu'ilne croyoit pas leur en devoir
dire davantage
. Le Combat
commença
enfuite
& le canon tira
à cartouche
; mais il devint bieb
toft aprés inutile
, l'ardeur
des
deux partis les ayant engageza
fe joindre
& à fé mêler, Vous
en avez appris la fuite dans tout
¿ce que vous venez de lire. Ce
Combac
eft rempli
de tant de
circonstances
glorieufes
pour
les Vainqueurs
, & lesBraves qui
s'y font fignalez
font en fi grand
nombre
que j'aurois
pû vous
donner
un volume
entiers de
tout ce qui s'eft paffé dans certe
glorieufe
Journée
. Le jour que
l'on en rendit
graces à Dieud
#6
#GALANT 379
Paris par des Prieres publiques ,
ilne fut pas neceffaire d'exciter
Je pouple à donner des marques
de la joye. Iky parut porté de
luy - même , & il n'oublia rien
pour faire voir l'épanchement
de celle qu'il reffentoit.
29bIl feroit difficile de bien exprimer
ce qui fe paffa ce jourlà
chez Monfieur le Duc d'AL
abea, Ambaffadeur d'Espagne.
L'Affamblée y fat nombreuſe ,
& compofée de perfonnes d'une
grande diftinction de l'un & de
Pautre fexe , & de tout ce qui
festrouve aujourd'huy à Paris
Vores
Sujets
de
Sa
Majefte
Catholique Tout l'Hofteh de
scer Ambaffadeur fur illuminé
savecides flambeaux de cire blanche.
L'Artifice s'y fit entendre
380 MERCURE
l'on
pendant toute la foirée ,
ne difcontinua
point de tirer
des fufées volantes.olyeundes
Concerts
de toutes fortes d'inde
trumens
Le vinly , fut diftribué
sea abondance
; & toutes les suos
des environs
furent remplies
par un nombre infini de peuple
qui redoubla fes acclamations
,
-en voyant pleuvoir l'argent de
tous coftez fuivant les ordres
qui en avoient efté donnez par
un Ambaffadeur
qui remplit
cavec autant d'éclat que de po
liteffe , d'efprice& d'affabilité
,
toutes les fonctions
d'un employ
par lequel il a le glorieux avan
tage de reprefenter
un Monarq
que qui n'eſt pas
-mandable
par les vertus & pab
fes grandes qualitez , que par les
moins recom
GALANT 38€
dix- fept Couronnes qu'il poffede
. 900
25 Mr le Preſident Orry a auffi
donné des marques par une fuperbe
Fefte , de la joye qu'il a
reffentie à l'occafion de la Bataille
d'Almanza ; mais ce qui
a fuivi cette grande Journée &
·les avantages que vient de rem
porter Mr le Maréchal de Vil
lars ne me laiffant point de place
pour vous parler de cette
Fefte , je fuis obligé d'en remet
tre la defcription au mois pro
chain.
yoVous trouverez dans ce qui
fuit tout ce qui s'eft paffé depuis
le Combat d'Almanza , &
vous y verrez les premiers fruits
ducgain de cette Bataille .
382 MERCURE
A Madrid ce 9. May 1707.
z109NCI
Monfeigneur
le Duc
d'Orlean's eftant
arrivé
avec l'Armée
le de
ce mois à un quart
de lieue
de Re- quena
, envoya
fommer
le Gouverneur
de fe rendre
à difcretion
avec fagar nifon
, à faute
de quoy
il les feroit
tons pendre
. Le Gouverneur
capitula
la nuit & fe rendit
à difcretion
. N y avoit
dans la Place
quelques
Va "lenciens
nouvellement
levez
, & un
detachement
du Regiment
d'Hume- da › qui font
demeurez
prifonniers
de guerre
. Le 3. les Troupes
entrerent
dans
Requena
, & un détache
ment
eut ordre
de s'aller
emparer
des défilez
de Bunols
, qui eft un paf fage
tres- difficile
, où il nefe trouva
perfonne
pour
le difputer
. Le 4. di
1
GALANT 383
vers lieux du Royaume de Valence
envoyerent prêter l'obéiffance , & les
Dragons & les Grenadiers marche .
gent pour aller camper à Siete Aquas.
Le reste de l'Armée devoit
fuivre le lendemain pour aller droit à
Kalence , qui n'eft qu'à douze lieuës
de Requena. Mrle Chevalier d'Af
feld de fon cofté devoit arriver le 3.
ou le 4. à Xativa . La Cavalerie
des Ennemis eftoit campée à Carlet ,
à quatre lieuës de Valence , & tous
les avis portent qu'ils embarquoient
leurartillerie & tous leurs effets pour
les transporter en Catalogne
On ne doutoit pas que cette Cavalerie
ne fe retiraft à Tortofe dés
quel Armée du Roy d'Espagne s'ap
procheroit de Valence . Quant à leur
Infanterie ; elle eft entierement détruite
, & il ne leur en refte que les
384 MERCURE
*
garnifons d'Alicant , de Denia &
de quelques autres Chateaux, ve
Monfieur le Ducd'Orleans s'eft di
termine afairelui-même l'expedition
d'Arragon
, &dés que la Capitale
du Royaume de Valence fera foumife,
ilfe rendra en diligence à Madrid,
pour paßerenfuite vers les Frontieres
d'Arragon. Il a envoyé pour cet effetfes
ordres à Mrs de Legal &de
Foffreville
, & l'on prend de ce dofte
cy routes les mesures posibles , pour
grofferfon Armée & pour la mettre
en eftat d'agir.
Le Marquis de Bay qui eft campé
avecun Corps de Troupes auprés
de la Sarza , s'eft rendu maire d'un
petit Bourg fermé , nommé Quadras
, où les Portugais avoient
foixante hommes. Il n'y a du refte
jufqu'à prefent ancun mouvement
confi
GALANT 385
"Confiderablefur cette frontiere la. On
ne doute pas que la nouvelle de la
Bataille d'Almanza ne jette une
grande confternation en Portugal.
On écrit de Salamanque que les
Portugais commencent à évacuer
Ciudad- Rodrigo ; qu'ils en
ont déja fait fortir l'Artillerie
& les armes , & qu'ils font miner
les murailles pour les faire fauter.
Cet avis merite confirmation.
La Relation qui fuit eftant de
Requena même , il n'y a point
à douter que celuy dont elle
vient ne foit bien, informé de
ce qu'il mande .
Au Camp de Requena ce
3 ° . May 1707.
Monfieur le Duc d'Orleans anivz
hier icy avec la plus grande parti
de la Cavalerie & tous les Grena
May 1707.
Kk
386 MERCURE
diers de l'Armée , à la referve des
quatre Compagnies ; tout le reste de
l'Infanterie ( excepté 13. Batail
lons qui font demeurez à Almanza
avec quelque Cavalerie , fous les
ordres de Mr d' Asfeldy doit arriver
demain , ayant pris une autre route
avec Artillerie qui est arrivée
ce foir au nombre de quatorze pieces
le refie du canon eft demeuré avet
Mr d' Asfeld. L'ordre eft donné pour
partir demain pour aller du cofé de
Valence. Requena fut fommé hier,
& le Gouverneur nenacé d'étre pendu
s'il fouffroit un coup de canon , c'eft
ce qui l'a obligé de fe rendre ce matin.
Il s'étoit retiré dans le château
qui n'eft pas fort;'il avoit abandonné
La Ville dont chaque ruë étoitfermée
d'une patiffade & d'un parapet de
pierre feche avec unfoffé au devant.
GALANT
387
La garnifon
eftoit de 483 hommes
tous Valenciens
habillez
de neuf, &
de 95. Officiers
ou Sergens
, on y 4
trouvé
4.
4. petites pieces defonte d'une
livre ; pea de vivres & de manitions
de guerre
les Habitans
qui
ont toujours
efté fidelles
, ont une joye
inexprimahle
, & ne ceffent point
de crier Vive Philippe
V. & la
Reyne
fon Epoule
. Les Ennemis
ont perdu toute leur Infanterie
, &
il ne leur refte plus que leur Cavalerie
qui fe fauve du cofté de Tortofe.
On a aulli appris que les principaux
Chefs de la Revolte
fe fauvent
de Valence.
Ce qui fuit eft tiré d'une Lettre
de Madrid du 9. May.
Un Trompette de Mylord Galovvay
arriva le 4. de ce mois au
Camp de Requena ; il a dit que
KK ij
288
MERCURE
des
091751
Milord Gallevvay étoit bleffé à la
tefte, mais que fa bleffare n'eftoitpas
dangereuse ; qu'ils ont perdu 15000 .
hommes dans la Bataille , & qu'il
ne leurreftoit aucun Corps d'Infanterie,
Leur Cavalerie étoit campée aux
environs de Valence fous les ordres
de Gallovvay , pour couvrir fans
doute l'embarquement de l'Antillerie
, des munitions , & principaux
feditieux qui fe retirent en
Catalogne. Ce General fe devoit remettre
en marche en diligence avec
fa Cavalerie d'abord que la tefte
de nos Troupes auroit paffé las Cabrillas,
Mr le Chevalier d' Asfeld
devoit eftre le trois avec son détachement
de 7000. hommes devant
Xativa , d'où il doit aller à´Alcyra ,
• qui eft le feul endroit de ce cofté- là
capable de faire quelque défenfe ,
GALANT 389
1
excepté Denia & Alicante : On dit
le que Marquis de Las Minas fe
retira à Alcyra après la Bataille ;
mais je ne crois pas qu'il s'expofe à
y refter. Je pense qu'aprés la prife
de la Ville de Valence . S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans reviendra
en pofte à cette Cour pour paffer
inceffamment fur la frontiere d'Aragon
où il fe mettra à la tefte des
Troupes qui s'affemblent de ce coftélà
pour marcher en droiture à Sarragoffe
. Aprés la prise de cette Capitale
les deux armées pourront en peu
de tempsfe donner la mainfur l'Ebre,
& renfermer les Ennemis en Catalogne
. Tout eft encore tranquile fur
les Frontieres de Portugal,
Les victoires confiderables
entraînant toûjours après elles
Kk iij
390 MERCURE
de grandes & heureufes fuites ,
il y avoit lieu de croire que que le
gain de la Bataille d'Almanza
produiroit de grands avantages.
En voicy les premiers fruits ..
Du Camp de Chefté del Campo,
prés de Valence , le 8. May.
Ily a deux jours que nousfommes
ity. Avant d'yarriver S. A R. en
voya un Trompette à Valence fom.
mer les Rebelles de rentrer dans l'obeiffance
de leur Roy . Ils laifferent
paffer quelques jours fans fe déter
miner & pendant ce temps - là , nôtre
canon nos vivres arriverent, Son
Alteffe Royalefe difpofoit à marcher
croyant qu'ils fe vouloient deffendre ,
mais leurs Députez arriverent pour
faire leurs foumillions & pour im
GALANT 391
plorer fa protection , afin d'obtenir
mifericorde de Sa Majefte Catholi
que ce qu'elle leurpromit, Ellevient
dy envoyer dix Bataillons & deux
Regimens de Cavallerie. Mr le
Maréchal de Bervick part demain
pour penetrer plus avant. Son Al
telle Royale part le même jour en
pofte pour Madrid , afin d'aller de
là en Aragon joindre l'Armée qui
s'y affemble . On croit que ce Royau
mefera peu de refiftance S. A. R
neferafuivie que de peu de perſonnes
à cause que les poftes font mal garnies
. Elle fe porte à merveille quoy
qu'elle fe fatigue beaucoup.
Jay vu d'autres Lettres qui
partent que la Ville de Valen
ce avoit fait demander trois
chofes. Sçavoir , une Amnistie
generale ; une Garnifon Efpas
392 MERCURE
gnole , & la confervation de
leurs Privileges ; que Monfieur
le Duc d'Orleans leur avoit accordé
les deux premieres , &
que ce Prince avoit répondu à
l'égard de la troifiéme , qu'il
leur rendroit tous les bons offices
qu'il pourroit auprés de Sa
Majesté Catholique.
La Lettre qui fuit eftant de
Valence même, vous en appren
dra des nouvelles .
De Valence le 10. May.
Ze 8. de ce mois dix Bataillons
Espagnols & deux Regiments de
Cavalerie partirent du Camp de
Chefté del Campo , pourvenir prendrepoffefion
de Valence , cette Ville
eftant enfin revenue à l'obeisance.
GALANT 393
Ces Troupes entrerent le 9. dans la
Place fans faire aucun defordre , &
elles furent parfaitement bien reçues
des peuples ; le foir toutes les
feneftres furent illuminées . Vos oun
Le
10. Milord Barvick vint à
Eglife Cathedrale , où il fut reçu
Par le Clergé & par les Magiftrats.
On a trouvé dins cette place 31 .
pieces de canon de differens calibres ;
deux gros mortiers , & une tres - grande
quantité de Moufquets .
Les Ennemis ont embarqué douze
cens hommes qui avoient efte bleffez
à la Bataille , & il en eft refte - icy
encore plus de cinq cens , qu'ils n'ont
pas eu le temps d'embarquer.
Mrs Guillain , Bianconnelly &
des Foffez font partis pour aller
trouver Mr d'Afeld à Xativa , que
Pon croyoit prendre fans Ingenieurs
394 MERCURE
cette
mais la refiftance que fait
Place a obligé d'y en envoyer . Il en
doit demain partir un autre avec
Mr Menchant pour quelqu'autre
entrepriſe.
Abier

Son Alteffe Royale partit hier
pour Madrid , d'où elle doit aller
commander Armée d'Arragon
Celle- cy va prendre auſſi cette route .
& les deux Armées fe joindront au
paffage de l'Ebre , que celle d'Aragon
doit nousfavorifer , afin defaire
à ce qu'on croit , les fieges de Torto-
Je de Lerida,
F'oublie de vous dire
que toute no
tre Cavalerie eft venue aujourd'huy
camper à une lieuë d'icy , & noftre
Infanterie à trois lieuës .
Il y a des Lettres de Valence
qui portent que la Députation
de cette Ville avoit envoyé or
GALANT 395
dre à toutes les Villes , Bourgs,
& Villages de ce Royaume , de
reconnoiftre Philipe V. leur le
gitime Roy.
Voicy ce que l'on écrit de
Madrid
touchant
la reduction
de Valence
& les affaires
du
même Royaume
.
De Madrid ce 16. May .
Noftre armée ayant marché de
Requena
à Valence
, pour reduire
cette Ville Capitale
à l'obeiffance
du
Roy ,fans chercherd'autre détour que
celuy que demandoit
la difpofition
des
lieux pour la fubfiftance
de l'armée.
Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc
d'Orleans
envoya d'avance
un Trom- pette pour donner avis aux habitans
de cette ville , de venir fe foumettre
396 MERCURE
avant qu'on en usat avec la rigueur
qu'avoit merité leur obftination. Ce
Trompette avoit efté dépeché de Bu
nol à l'arrivéedeSon Alteffe Royale.
En attendant la réponse l'armée s'avança
jufqu'à Chefté , & ce fut à te
Camp que le Dimanche 8. de ce
mois arriverent les Deputez de Va- '
lence pour implorer la clemence du
Roy & pour fe rendre à difcretion ,
confeffant la larme à l'oeil leur faute
& leur aveuglement , demandant
pourgrace à Son Alteffe Royale qu'il
luy plut d'empefcher fes troupes de
les maltraiter , & que dans la Gar
nifon qu'on leur envoyeroit , on leur
donnaft Mile Marquis dePozoblanco ,
avecfon Regiment , & les Gardes du
Roy. Mr le Duc d'Orleans leur accor
da cette grace & Son Alteffe Royale
fit detacherfurl'heure douze Batail-
Lons,
GALANT 397
lons , dix Efpagnols & deux François
avec fix Efcadrons de Pozo-
Blanco & de Cerezeda , commandez
Par le Marefchal de Camp D
Antonio del Valle , pour mettre des
Corps de Garde dans toutes les places
, & à toutes les portes de la Ville
, afin d'éviter les défordres qui
pouvoient arriver dans cette conjonc
ture . Des les . du mois le Comte de la
Corçana eftoit forti de cette Ville ,
& il fut fuivi les jours d'après des
plus obftinez rebelles & des Miquelet's
incorporez dans le peu de Cava
lerie bien maltraitée qui a refté aux
ennemis aprés la Bataille. Ils marcherent
à Morviedro pour se rendre à
Tortofe , abandonnant tous , leurs
familles & leurs biens , pour éviter
te chatiment qui eft du à leur rebellion
& à leurs mauvaife conduite.
May 1797 . LI
398 MERCURE
Son Alteffe Royalefit encore détacher
les deux Regimens de Figueroa &
d Avila , & celuy de Cavalerie de
Don Jofeph Carrillo , tous trois commandezpar
ce Colonel. Son ordre fut
de faire conftruire un pont de bateaux
fur le Xucar , pour obliger Alcira
de revenir à fon devoir , & pour y
faire rentrer toutce pais
o o
establir
une commnication
avec le corps que
commande
Mrle Chevalier
d' Asfelt,
n'y aiant plus de Ville qui puiffe
faire quelque refiftance aprés la reduction
de Valence
& la fuite des
ennemis
. On y a remarqué
la joye publique
des fideles fujets du Roi , qui
avoient fouffert l'opprefion
de la domination
tirannique
. Ils recurent les
troupes de Sa Majesté avec des acclamations
proportionnées
au filence
qu'ils avoieat gardéfi long-temps.
GALANT 399
e
Mr le Marquis de Crevecour
Colonel de Cavalerie du Regiment
de la Reine arriva à Madrid de la
part de Son Alteffe Roiale où il
apporta cette heureufe nouvelle le onze
de Mai fur les neuf heures du foir ,
dans le moment on vit éclater la
joie publique , par des acclamations ,
par des feux de joie & par des illu
minations.
Mr le Duc d'Orleans partit en
pofte du Camp de Chefté des le neuf,
aprés la reduction de Valence pour
retourner à Madrid. Il en eft parti
à la tefte des troupes
qui font toutes preftes à entrer dans
le Roiaume d' Arragon . Son Alteffe
Rojale , n'y trouvera pas d'obstacles
capables de l'arrefter long- temps dans
ce Roiaume. On ne doute pas qu'elle
ne s'avance en diligence jufqu'a l'Epour
s'aller
mette
Lij
400 MERCURE
bre. Les ennemis u'ont plus d'armée
& les Catalans rebelles paroiffent
déja fe repentir du parti qu'ils ont
pris. Ils n'ont fait aucune oppofition
au paffage deMrle Duc de Noailles ,
& par les dernieres Lettres de Catalogne
on voit que fi l'Archiduc ,
quitte Barcelone , pourpaffer en Ita
lie comme on le croit , tout le
païs
crira
mifericorde pour obtenir le par
don de fon infidelité , & Barcelone
ouvrira fes portesfans qu'il foit be
foin de l'affieger.
Sa Majesté
Catholique n'eut
pas plutoft fçu la prife de Va
lence , & qu'il ne reftoit prefque
plus de Troupes des Alliez
dans ce
Royaume , qu'elle donna
4500. Pistoles à plufieurs
Gentilshommes
Valenciens
GALANT
401
pour leur donner moyen de retourner
dans leurs maifons , qu'-
ils
n'avoient
abandonnées que
pour s'empêcher de reconnoître
l'Archiduc ,
Il y a lieu de croire que le
Royaume
d'Arragon ne tiendra
pas longtemps , & les dernieres
Lettres qui en font venuës portent
que dix - neuf gros Villages
eftoient
rentrez fous l'obeiffance
de
Philippe V. auff
bien que les Villes de Calatayud
, de Magallon , de Borja ,
& de Muffer.
Vous trouverez la Lettre fuivante
, à
l'exception des premieres
lignes , remplie de quantité
de faits qui ne fe trouvent
point dans celles que vous ve
nez de lire.
L1 iij
402 MERCURE
A Madrid le 16. May.

Mele Marquis de Crevecut are
riva en cette Cour le 11. pour appor
zer à Sa Majesté Catholique la nouvelle
de la reduction de valence,
qui envoya le 8 de ce mais des Dh
putez à Son Alteffe Royale au Camp
de Banols , pour implorer la clemence
du Roy d'Espagne. Le même jour
Monfieur le Duc d'Orleans envoy
à Valence dix Bataillons &fix Ef
cadrans Blpagnols fous le comman
dement de Mr del Valle Mare
chal de Camp, & Lieutenant Colonel
du Regiment des Gardes Espar
gnoles , pour s'emparer de tous les
Poftes . Il n'y avait point de Trou
pas dans cette ville , les Ennemis en
eftant fortis dés le 5. & les partes
I
GALANT 403
eftoient gardées feulement par les
Habitans & quelques autres Rebek
les . Ony a trouvé 30. pieces de ça.
non ,fort peu de munitions de guerre ,
&quelques bleds &farines, Le 11 .
de ce mois la ville de Valence eftoit
fort tranquile , & il n'y avoit plus
que quatre Villes affer confiderables
2 de ce Royaume, qui ne s'eftoient pas
encorefoumises à l'obéiffance du Roys
fçavoir Alzira , Xativa , Denia ,
Alicante. Lapremiere eft blo
quée par nos Troupes & ſuivant
la derniere Lettre de Mr de Bere
vick il efperoit qu'elle fe rendroit
inceffamment faute de vivres . La
Leconde eft aliegée par Mr Le Chevalier
d'Asfeld , qui a 11. Bataillons
& 24 Efcadrons, depuis le 9.
de ce mois, & on croit qu'elle doit eftre
renduë àprefent, les 2. Autres doivena
49.
404 MERCURE
eftre aliegeespar le dernier après la
reduction de Xativa.
Mrle Maréchal de Bervick ekoit
campé le 11. à Morviedro 4 lieues
par de la Valence , fur le chemin de
Tortofe , avec 24 Bataillons &
44. Efcadrons . Les ennemis eftoient
à Cubagna, & devoient en décamper
le 12 pourse rendre vers Tortofe
Mr de Bervick les poursuivra juf
qu'à cette Place , aprés quoy ily a
apparence qu'il en fera le fiege ou
qu'il viendra tout le long de l'Ebre à
Fraga , pour fe joindre à l'Armée
de S. A. R. qui fans doute aura
remis pour
lors Aragon fous l'obéiffance
de S. M. C. & ils iront en
femblefaire le fege de Lerida.
T
Monfieur le Duc d'Orleaas arriva
en cette Cour le 13. au matin , &
en repartit hier à midy en diligence
GALANT 405
pour fe rendre fur les Frontieres
d'Aragon , dans le deffein d'entrer
inceffamment dans ce Pays - là pour
le reduire. Les dernieres nouvelles
que nous en avons nous apprennent
que Borja , Magallon , & plufieurs
autres lieux , s'eftoient remis
fous l'obeiffance du Roy d'Efpagne
, & que tout le reste du
Royaume en feroit de même d'abord
que S. A. R. y entreroit avec des
Troupes. Il n'y a dans tout l'Aragon
que Saragoffe qui foit
neftat de
Je deffendre , & on efpere que cette
Ville fuivra Pexemple de Valence.
Ainfi on compte que cette expedition
ne durera tout au plus que quinze
jours ou trois femaines.
Mr le Duc d'Offune eft entré en
Portugal du cofté de Niebla, Ce
Royaume fera.fans doute dans une
406 MERCURE
y
grande confternation
de la Bataille
d'Almanza
, où les Portugais ont
efte tous défaits à la referve de trois
ou quatre Bataillons
qui font pri
à fonniers. Ce Royaume fe trouve
prefent entierement
exposé aux progrés
du Roy d'Espagne
, n'ayant
point de Troupes pour s'oppofer a
que nous voudrons
ous d'abord
entrer, à moins que les Anglois &
Hollandois
n'y envoyent
un fecours
du moins de 15.à 20 , mille hommes,,
ce que l'on ne croit pas qu'ilsfoient
en eftat de faire. Peut etre mème
que les Portugais
ne les voudroient
pas recevoir ; car dans le temps de la
mort du Roy Don Pedro , ils ne vou
lurent pas permettre
que les Anglois
niles Hollandois
débarquaßent
au.
cnnes Troupes à Lisbonne de celles
qu'ils avoientpour lors dans le Port,
GALANT 407.
Si les nouvelles fuivantes que
je viens d'aprendre fe trouvent
veritables , le Portugal doit être
prefentement bien embaraffé.
Mr le Duc d'Offune , Gouverneur
& Capitaine General
de l'Andaloufie , ayant fous luy
Mr le Comte de Fienne , Licutenant
General dans les Troupes
du Roy d'Efpagne , marche
avec 6000. hommes de pied ,
1500. chevaux , 14. pieces de
canon & fix mortiers pour entrer
dans les Algarves par la
baffe Guadiane , gueable prefque
par tout en cette faifon . II
a débarqué fon Artillerie & fes
munitions à Gibraleon dans le
Comté de Niebla , que les Efpagnols
appellent El Contado. Les
Portugais n'ont aucunes Trou-
1
408 MERCURE
-
pes de ce cofté là , où ils ont
feulement quelques Milices , de
forte qu'on efperequ'il y pourra
faire des progrés confiderables .
Mr le Marquis de Rifbourg
Viceroy de Galice , a un corps
de Troupes , & un train d'Artillerie
avec des pontons pour
paffer le Minio , & entrer par le
cofté de Thuy dans la Province
que les Portugais appellent entre
Minio & Doaro , & pour marcher
vers Braga qui en eſt la
capitale.
Mr le Marquis de Bay , avec
8000. hommes de pied , & 1590 .
chevaux , doit entrer en Portugal
du cofté de Caftel - Rodrigo
, dans la Province que
Portugais nomment Tia - los
Montes , à la gauche de la Riviere
de Duero .
les
Le
GALANT
409
& ·
:
Le mot de
l'Enigme du mois
paffé eftoit le feu des Echets :
Ceux qui l'ont deviné font
la grande
Princeffe qui ne fçait
" point ce jeu , & qui devine plus
jufte que la Dame qui y joue ;
Mrs de S. Cyran
l'Archer , ruë
du Puits , Baron , de
Chaumont
en Baffigny , le Jolivet ; la Frefnaye
; la Roulandiere
de la rúë
Hautefeüille ; Don Tonito
Efpagnol ; Roget , ruë de la Cerifaye
; Jean Guy du Beffey , du
Cloiftre S. Benoiſt ; Mr Thevenot
, Bailly de Chaillot ;
Charlot , chez Mr Lambon Notaire
, Colique , Buvetier de la
Cour des Aides ; Edme
Nicolas
Moreau , de Saint Florentin
Maiftre és Arts en
l'Univerfité
May 1707 .
Mm
410
MERCURE
de Paris ; Tamirifte
; Bonnarien
, de l'Evêché
d'Angouleme
;
le Solitaire
de la rue aux Féves;
le Baron d'Albikrac
; le Chevalier
Dougny, & fon cher Forby
; D. L. *** de la ruë S. Bon
l'Inconnu
B....le Krouft nouveau
; le Solitaire
Que - mine;
Miles Lucas , de la rue aux
ves ; Doña Mariana
; la Reine
Couty , & fon infeparable
com
pagne la Sultane Avas ; la charmante
Henriette
; Madelon
la
Brune ; l'aimable
Cadette de la
ruë Pierre Sarrazin
; la plus jeu- ce des belles Dames de la ruč
des Bernardins
& le dépofitajre
de la Folie ; la Nymphe
de
Marly ; la Belle de la rue Dauphine
; la Nymphe
de Fontenay.
Le nombre des Devineurs
feGALANT
411
CO
roit plus grand , fi plufieurs n'avoient
pas pris le change , en
croyant que l'Enigme eftoit le
Jeu de Dames .
Quoy qu'il foit conftant que
des Enigmes qui font juftes
foient devinees plus ailémenc
que les autres , il me paroiſt
néanmoins que l'on ne devinera
pas ailément celle que je vous
envoye , quoy que tous les rapports
en foient juftes.
shober ENIGME
E fuis communément d'unefigure
ronde ,
Chacun fe pique aujourd'huy dans.
-Da le monde
De meparer fort richement ,
Bien que l'on me perde aifement.
Mm ij
412 MERCURE
Je fuis commun par tout , & dans
chaque Province
Fe fers les petits & les grands ,
J'occupe de femblables rangs
Chezl'Artifan& chez le Prince.
Je ne sçaurois fervirſi jay ma
berté,ve
Une dure necefîté.
li
Veut qu'on m'attache , & pour fur
pas croift de prine,oks
Une Compagne qui me gêne ,
Augmente ma captivité
Plusdans l'Hiverque dans l'Eté.
Vous qui nepouvez me connoiftre
Par ce recit de mon employ,
Stachez que bienfouvent pour atta
quermon Maiftre ,
D'un air audacieux on met la main
·fur moy.
Les Airs appellez Printemps ,
GALANT 413
eftant à la modé dans cette faifon
, je vous en envoye encore
un .
AIR NOUVEAU.
Revenez, Printemps , revenez ,
Ranimer la nature
Chaffez les frimats , ramenez
Les fleurs & la verdure :
Et vous petits oifeaux qui chantez.
fon retour
Et qui voyez Iris briller dans ces
boccages ,
Celebrezpar vos doux ramages
Et fes charmes & mon amour.
Pendant que le Printemps
fait renouveller le chant des
oyfeaux , les Braves fentent renouveller
leur ardeur guerriere.
Vous verrez par la Lettre
Mm iij
414
MERCURE
fuivante
que l'Armée
de Rouf
fillon marche
avec beaucoup
de diligence
, & qu'elle avance
fort.
Au Camp de Figuieres , le 17.
May.
Monfieur
le Ducde Noailles vint
camper hier 16, à la Fonquiere , &
il campe aujourd'huy
à Figuieres,
Les Sommerans
qui avoient efte
mandez par Nebot , qui comman
doit en ce pays - cy , pour fe trouver
au débouché des montagnes
, ont refufé
d'obéir aux ordres de ce Rebelle,
& tous les lieux jufques au Ter ,
fontrentrez fous l'obéiffance
de Phi
lippes V. Nous n'avons trouvé fur
noftre marche que la Cavalerie
de
Nebot , qui a paru à une lieuë
GALANT 417
1
3
Figuieres , mais elle n'a pas jugé à
propos d'attendre un détachement de
la matre , que Mr le Duc de Noail
lesy a envoyé, & elle a pris lafuite
tres- promptement à fan approche. La
confternation eft fort grande en ce
pays depuis le fuccés des affaires du
Royaume de Valence , & elle eft en
core augmentée confiderablementpar
l'arrivée de Mr le Ducde Noailles;
quay que l'Armée de ce Dac ne fois
pas nombreuſe , elle ne laiſſe pas
d'inquieter les Ennemis , & de fube
fifter àleurs dépens.
Du 19.
Les ennemis ne paroient faire
aucuns mouvemens , &je ne crois
pas qu'ils foient fort en eftat d'en
fano , ayant tiré ily a trois ouquas
416 MARCURE
trejours buit cens hommes de lagar
nifon de Gironne pour les envoyer a
Barcelone
; ce qui fait connoistre le
le preffant befoin qu'ils ont de Trou
pes de ce coffé-là.
Du zo.
3
**On a nouvelles que les ennemis
affemblent leur Cavalerie qui pour
fa monter à buit ou neuf cens che
vaux ; & qu'ils ont remplacé les
bait cens Anglois & Hollandois
qu'ils ont tiré de Gironne , par cing
cens Napolitains .
Voicy
ce que je viens de voir
dans une Lettre
de Dunkerque
.
Le nombre des prifonniersfaits
dansje dernier combat donnépar Mr
8
GALANT 417
3
*
de Forbin , tant fur les Vaiffeaux
de transport que fur les Vaiffeaux
de guerre , montent à onze cens.
Le Capitaine Saulce , montant
une des Fregates de la Chambre du
Commerce , avoit pris la veille de
ce combat un vaiffeau . Anglais de
vingt-fix canons.
Ileft
double
a Calais
dans
une
Chaloupe plusieurs de nos
prifonniers qui fe font fauvez de
Douvres . Ils difent que le defordre
avoit esté tres- grand en cette Ville
après le combat, & que fi nos gens
eftoient defcendus à terre , tout auroit
fui devant eux, tant la conf
ternation y eftoit grande.
On écrit de Toulon du 22 .
que le Vaiffeau du Roy le Mercure
de cinquante canons , ves
noit d'y arriver avec une prife
418 MERCURE
Hollandoife eftimée cinquante
mille livres , & qu'on y attendoir
inceffamment le Vaiffeau le
Contant de cinquante - fix ca
nons qui eftoient enfemble if
n'y a pas plus de quinze jours
entre Gennes & Monaco, eftant
l'un & l'autre armez en courfe
Je vous ay déja fait voir il
y a deux mois la fauffeté des
nouvelles publiques
publiques d'Hollande
, qui avoient affuré que
le premier de ces deux Vaiffeaux
avoit esté pris , & que
l'autre avoit eflé contraint de
s'échouër & de fe bruler enfuite.
Je vous marquay dans le
mefme temps que le Vaiffeau le
Mercure avoit envoyé à Tou
lon un Navire chargé de bled,
dont il s'eftoit rendu maiſtre =
1
GALANT 419
mais ce que je vous écris aujourd'huy
marque encore plus
certainement que ce Vaiffeau
n'a pas efté pris , puifqu'il eft
arrivé à Toulon avec la prife
dont je viens de vous parler.
Quelques Lettres arrivées dans
la mefme Ville , portent que le
Vaiffeau le Contant que l'on y
attend , a auffi fait deux prifes,
Vous attendez fans doute que
je vous parle des dernieres expeditions
faites par Mr le Maréchal
de Villars . Je dis expeditions,
parce que la prife des fameufes
lignes de Stolhoffen qui
ont fauvé l'Empire pendant prés
de cinq années , a entrainé avec
elle la prife de plufieurs poftes
qui fe font rendus en mefmetemps
; mais l'affaire eft fi gran420
MERCURE
8
de ; les fuites en font fi confiderables
& nos troupes font enco
re fi étonnées
de fe voir au milieu
de l'abondance
, & de voir
de toutes parts les ennemis fuir
devant elles , qu'elles ne fçavent
ni de quels coftez courir
à la Victoire
, ni les conqueftes
qu'elles ont faites , ni la valeur,
ni le nombre
de toutes les cho
fes qu'elles
voyent
fous leur
puiffance
,fans les pouvoir compter.
Jugez fi dans une fituation
pareille
& toujours
occupées
pourfuivre
leur victoire , & à
cueillir
les fruits de leur premiere
expedition
, aucun de
ceux qui compofent
cette victorieufe
armée a pu trouver un
moment
de loifir pour entrer
dans des détails pareils à ceux
que
GALANT
421
que j'ay accoutumé à vous donner
, lorfque je vous entretiens
des grands évenemens . Vous
en avez un exemple dans ce
que je viens de vous donner
des affaires d'Espagne . Je vous
diray feulement que vous devez
vous fouvenir du Prelude
de ma derniere Lettre , dans
lequel je vous ay fait voir que
tout ce qui fe fait de grand &
d'heureux a eſté concerté avec
le Roy , qui ayant ſouvent eſté
à la tefte de fes Armées , s'eft
acquis beaucoup d'experience ,
& qui connoift fi parfaitement
tous les lieux où il a des troupes
, & ceux qui font occupez
par fes ennemis , que tout luy
eft connu jufqu'au moindre buif-
May 1707.
Nn
422 MERCURE
fon . Ainfi l'on peut dire que
lorfqu'il concerte une entre
prife , les lumieres qu'il donne
à fes Generaux contribuent
beaucoup , aux fuccez de leurs
entreprifes . Il est vray que Sa
Majefté fçavoit tout ce qui de
voit arriver touchant les afe
faires d'Allemagne , que lorf
qu'on luy eut dit que Mr de
Beaujeu eftoit dans fon Antie
chambre , elle fit connoiftre
qu'elle fçavoit le fujet de fon
arrivée , & dit mefme beaucoup
de chofes dont Mr de Beaujeu,
qui n'avoit pas encore parle
devoit faire le rapport.
Une entrepriſe de cette con
fequence demandoit beaucoup
de fecret , de promptitude &
d'intelligence , & il faloit fur
GALANT
423
1
d
tout trouver les moyens de
faire prendre le change aux
ennemis , parce qu'ayant vingtdeux
mille hommes répandus en
divers endroits , ils auroient fait
entrer la plus grande partie de
ces troupes dans leurs Lignes
de
Stolhoffen , au lieu que Me
de Villars leur ayant donné de
la jaloufie pour plufieurs autres
coftez où il avoit fait voir des
troupes , ainfi qu'en d'autres
lieux où il paroiffoit qu'il n'en
cut que pour confommer les
fourages . Les ennemis , trompez
par toutes ces chofes , feparerent
leurs troupes en divers
Corps , afin de couvrir les
poftes pour lefquels ils apprehendoient
, de maniere qu'ils ne
laifferent dans leurs Lignes que
No j
424 MERCURE
fix Bataillons & un Regiment
de Cavalerie. Mr de Villars
avoit non - feulement pris des me
fures pour entrer de vive force
dans les Lignes ; mais mefme
pour prendre les ennemis à revers
, en forte que fi la crainte
ne leur cut point donné des
ailes , ce Maréchal auroit tuć
ou fait prifonniers tous ceux
qui eftoient dans les Lignes
Toutes chofes eftant ainfi
difpofées , & les ennemis ne
craignant rien du cofté qu'ils
devoient apprehender le plus
Mr de Villars demeura tranquile
dans Strasbourg , ou l'on
ne parla que de joye & de repas,
& fur tout d'un Bal dont il fie
d'avance courir le bruit , & qu'il
ne donna que le foir même qu'il
GALANT 425
$
3
devoit partir , de maniere qu'il
s'éclipfa vers la fin du Bal &
qu'il avoit déja fait plufieurs
licuës de chemin avant quel on
fçût dans le Bal qu'il en eftoit
forty & lorsque l'on s'en aperçue
on crût qu'il s'eftoit retiré pour
fe repofer fçachant qu'il fatiguoit
fans ceffe & qu'il avoit
befoin de repos. La fatigue qu'il
fe donnoit alors luy
paroiffoit
bien douce , & le défir de cueïllir
de nouveaux lauriers ne luy
permettoit pas d'en fentir les
atteintes . Tout eftoit en mouvement
auffi bien que luy ; fon
canon avançoit & fes troupes
marchoient de toutes parts pour
fon projet , dont il n'avoit confié
le fecret qu'à ceux qui devoient
faire les attaques . Il
Nauj
426 MERCURE
avoit découvert de noftre côté
du Rhin
, un canal où l'on pou
voit mettre des bateaux pour
aller enfuite attaquer une
Inle
occupée par les ennemis . Il fit
venir un pont de bâteaux , & il
ordonna plufieurs fauffes atta
ques du cofté du Rhin , pour
faire croire qu'il vouloit forcer
le paffage de l'Ile du Marqui
fat , & celuy de l'Ile de Talon
de , pendant qu'avec un gros
Corps de Cavalerie & plufieurs
Bataillons il iroit fe prefenter
aux Lignes du cofté de Bibel.
Cependant
Mr de Broglio qui
eftoit chargé du débarquement
remplit foixante bateaux de
Grenadiers
, aborda à l'Ile de
Neubourg , & renvoya les bar
teaux pour amener d'autre InGALANT
427
fanterie pendant qu'il marches
roit aux ennemis avec fon pre
mier détachement. Ils fienty
tres peu de reſiſtancers dans
l'Ifle , & aprés que nos Soldats
les en curent chaffez , ils fe jetterent
dans l'eau & pafferent
en terre ferme pour s'y retran
cher. Deux mille hommes fe
prefenterent pour attaquer cette
teftes mais ils furent repouf
fez ; cependant Mr de Léé attaqua
l'Ile de Talonde avec 4 .
Bataillons , & fit paroiftre
beaucoup de bateaux à Drufenheim.
Mr de Pery attaqua
stres - vivement par l'Ifle du
Marquifat avec un fort gros feu
@descanon , & neuf Bataillons ,
Pendant que cela fe paffoit Mr
de Villars eftoit prés de Bibel
03
C.C
428 MERCURE
avec le gros de fa Cavalerie &
pou d'Infanterie
. Les fafcines
& les échelles eftoient déja or
données pour l'attaque ; il n'étoit
pas néanmoins
facile de
voir ce qui fe pafoit dans le
Camp des Ennemis , à caufe
d'un brouillard fort épais. On
monta fur une hauteur lorfqu'il
commença à fe diffiper & ons
s'apperçut
que les Ennemis
fuyoient , & que leurs tentes
eftoient encore tendues .
eftoit cinq heures du matin ; on
entra auffi - toft dans les Lignes ,
& un Cavalier & un Huard
furent tuez de quelques coups
perdus. Il falloit que la peur
des Ennemis fuft bien grande ,
puifqu'outre
leurs tentes ,
abandonnerent
toutes leurs mu
Lils!
GALANT 429
nitions de guerre & de bouche ;
tous leurs équipages ; quantité
d'habits neufs pour habiller plu
fieurs Regimens ; un Pont de ba
teaux ; pluſieurs Pontons de cuivre
, & tout leur canon . On n'en
avoit encore compté que cent
pieces lorsque le Courier eft party,
& il y a apparence que l'on en
aura trouvé beaucoup davantagé
, puifque l'on ne commençoit
alors qu'à travailler à l'Inventaire
qui devoit durer plufieurs
jours.
Je dois ajoûter que Mr de
Villars avoit défait la Garde
de Cavalerie que les Ennemis
avoient auprés de leur Camp ,
& que Mr de Verceil qui les
pourfuivoit avec les Huffards ,
lorfque le fecond Courrier eft
430 MERCURE
parti , en a tué un fort grand
nombre , les Huffards ne voulant
point fe charger de ptifonniers.
77
jup
W
up shoq
Je ne vous donne pas tout ce
que vous venez de lire , comme
une Relation
parfaite
ce ne
font que des morceaux
tirez de
plufieurs
Lettres ; mais vous
devez eftre perfuadée
que
Vous envoyeray
le mois prochain
tout ce qui fe pourrafçavoir
d'une auffi grande action,
& tous les avantages
dont elle
aura efté fuivie, Cependant
on
ne doit pas eftre furpris fi on
demande
de grandes contribu
tions aux ennemis ; on ne les
peut trop étendre , puifqu'aprés
l'affaire de Ramillies
ils en ont
fait payer à la Chaftellenie
de
GALANT ,
431
dûes Comme
fi elle les avoit
Lille
com
dûës dés le
commencement de
la
guerre .
Je viens de voir une Lettre
qui porte que Mr le Duc de
Wirtemberg s'eftoit rompu une
jambe en fuyant ; ce qui fuit
vient de
tomber entre mes
mains .
Du Fort- Louis , le 22. May ,
à cinq
heures.
Nous attaquons à l'heure
queje vous écris , les Lignes de
Stolhoffen.1
Mr le
Maréchal avec 17..
Bataillons
, la
Cavalerie & les Dragons
, par les
Montagnes ,
premier
cofté con
Par
Talonde , fecond cofté.
¿Par le Fort- Louis ,
troisième cofté,
Par Selz ,
quatrième cofté.
Par
Montre ,
cinquième cofté.
432
MERCURE
Par Lauterbourg
, fixième cott
Etpar Taxelande
, feptiéme cofte
2.Ilse faitungrosfeu de notrepart,
& les Ennemis ne tirent pas
coup.
Du 23 au matin.
Les Ennemis viennent de décamper
& d'abandonner
les Lignes &le.
le Fort Malgré
luy , vis-à-vis du
Fort- Louis , & nos Troupes font
entrées dans les Retranchemens
.
Nous apprenons
auf que nous avons
gagne Pifle de Talonde & l'Ile de
Selz. On coftoyera fans doute les
Montagnes
. Cet avantage
vant
une groffe Bataille. Nous voila
maitres d'un grand pays , & qui
doit les Contributions
depuis cing
ans.
Mr le Maréchal
de Villars ,
qui
GALANT
433
qui avoit mis par écrit le projet
auquel il avoit eu l'honneur de
travailler avec le Roy , en avoit
donné des copies à Mrs de Péry ,
de Broglio , & de Vivans ,
eftoient
chargez des
principales
qui
attaques , afin qu'aprés les avoir
examinez avec
attention , ils les
executaffent avec
vigueur , &
les fiffent
executer de même ; ce
qu'ils ont fait . On ne
fçavoit pas
encore le détail de ce qui s'eftoit
paffé à
quelques
attaqués , lors
que le fecond
Courrier eft arrivé
.
Je ne dois pas oublier que dans
cette expedition Mr de Cezanne
marchoit à la tefte de
l'Infanteries
Mrle
Chevalier de la Vrilliere
à la tefte des
Dragons ; &
les
Officiers
Generaux à la tefte
May 1707. Oo
434
MERCURE
des Colonnes
de Cavalerie
, &
que chacun a faitvoir autant de
zele & de conduite
que d'ardeur
pour combattre
les Ennemis , en
cas que l'on en euft joint un plus
grand nombre
que l'on n'a fait.
A peine fe fut - on rendu maître
des Lignes , que l'on fic affembler
plufieurs
milliers
de payfans
, afin de les rafer.
Madame
la Princelle
de Bade
envoya
demander
à Mr le Maréchal
de Villars
des Sauve-gardes
pour fon Chateau
de Raftad
, & ce Maréchal
répondit
avec beaucoupd
honnêteté
, qu'
il iroit luy en fervir lay - même. En
effet il valla , & il trouva
tous
les appartemens
de ce Châfteau
magnifiquement
meublez
,
On peut dire que lorfque
l'on
GALANT
4-35
que
commença à s'y raffurer , Philif
bourg
commença à
trembler ;
que la
frayeur faifit les cours
des
habitans de
Manheim , &
d'Heidelberg
; que
Fribourg ap.
prehenda
beaucoup , & que l'on
commença à
Stutgard à chercher
les
moyens de
payer les
contributions. Les
Cercles les
plus proches firent la même chofe
, &
commencérent à
connoître
, mais trop tard , que les Anglois
& les
Hollandois eftoient
caufe de l'état
malheureux où
ils fe
trouvoient , ne leur ayant
pas donné depuis 18. mois un fol
fur les
fubfides qu'ils font convenus
de leur payer. Ils
voyent
leurs
troupes
féparées en pouvoir
de
deferter , & fur le
point
d'eftre tous les jours battues en
Oo ij
436
MERCURE
détail , ne pouvant
fe rejoindre,
afin de former
un Corps confiderable
pour fe deffendre
.
Enfin l'Allemagne
fe voit obli
gée non- feulement
de payer de
groles
contributions
tant pour
le paffé que pour l'avenir
; mais aufi de fournir
à la fubfiftance
combatd'une
Armée
de 4.5000
. tants , & de toute la fuite
J'accompagne
,borcane Je viens
de recevoir
la Rela
tion
qui fuit , elle est courte
mais
elle s'explique
avec tant
de netteté
que je crois
qu'elle
ne laiffera
pas de vous faire plai fir aprés
ce que vous
venez
de
Jire.
Dimanche
22. de ce mois à fix
heures du foir, Mr. le Marquis
de Vivans
:Lieutenant
Generab &
GALANT " 437
EX
Mr de Broglio Maréchal de Camp,
qui commandoit aux Lignes de
Lauterbourg , firent jetter un Pont
de Batteaux à Neubourg , entre
Lauterbourg & Hagenbach , fans
que les Ennemis s'en apperçuffent.
Le lendemain à cinq heures du matin
quinze mille hommes qui estoient
fous leurs ordres , paffèrent le Rhin
fans aucun obftacle pendant qu'on
amufoit les Ennemis avec une batterie
degros canon , dreffée dans l'Ifle
du Marquifat, & que Mr le Maréchal
les inquietoit avec quarante
Efcadrons & dix Bataillons près de
Bibel.
Lorfque les Ennemis eurent apprisle
paffage de Mr de Vivans
qui alloit les mettre entre deux feux,
ils prirent lafuite du cofté des Montagnes
, fans ofer combattre , aban-
O o iij
438
MERCURE
donnant leurs fortes & fameufes l
gnes de Stolhoffen , toate lear Artil
Lerie ; lears Magafins ; la plusgran
de partie de leurs Tentes toutes dref
fées , &leurs Hapitaux remplis de
malades.
Mrle Maréchalefant
entré dans
les Lignes alla droit à Raftad ,
Maifon de la Princeffe de Bade , où
eftoit le Quartier General de notre
Armée le 23. à neufheures du matin.
La Princeffe qui s'eftoitfauvee
dans les Montagnes avec fa famil
le , eft revenue. Je vous envoyeray
au premierjour les particularitez
de
cette hardie & heureuse expeditions.
qui va caufer une allarme generale
dans tout l'Empire , & je vous apa.
prendray s'il eft vray que Philif bong
, foit inveſti , comme le bruit
vient de s'en répandre.
GALANT 439
La multitude des grands &
heureux évenemens , s'il m'eft
permis de parler ainfi , m'empêche
de m'étendre fur celuy qui
fuit , & même de vous parler de
quelques autres à peu prés de
la même nature .
Mr du Moulin , Officier d'une
grande réputation , & d'une intrepidité
encore plus grande , '
ayant pris avec luy trois cens
hommes d'élite , a trouvé moyen.
d'entrer dans Malines , & de
faire crier au peuple Vive Philippe
V. Il a brûlé deux ou trois
Magafins ; il a penetré juſqu'à
l'Hoftel de Ville , & il a dir- on
amené pour ôtages un Bourguemetre
, le Gouverneur , & quatre
Colonels , & s'eft enfuite re
tiré fans avoir perdu perfonne.
440
MERCURE
-
Quant à cequi regarde noftre
Armée., on affure qu'elle n'a ja
mais efté plus belle . Mr de Beaur
yau qui a fait la revûë de la
Cavalerie
de cette Armée , dia
aprés l'avoir bien examinée
qu'
il y avoit dix ans qu'il n'avoit vi
une fa belle Cavalerie
. Monfieur
l'Electeur
de Baviere , devant
qui elle pala en revûë quelques
jours aprés , dit qu'il n'y pouvoit
rien trouver à redire , & qu'il ne
feavoit laquelle
eftoit la plus belle
de la ligne droite ou da la ligne
gauche. Cette armée aft compofée
de plus de 60000. Fantalfins
, & de prés de 30000.
vaux. Il eft furprenant
que tant
de Troupes
foient également
bonnes . Cependant
c'eft uneverité
conſtante
, & que perfonne
cheGALANT
445
{
ne contredit . Monfieur l'Electeur
de Baviere en eſt un bon
Juge , & il y a long temps qu'il fe
trouve à la tefte de grandes ar
mées , & ce qu'il y a de furprenant
eft que depuis le premier
Officier jufqu'au dernier Soldat
chacun a témoigné une fi grande
envie de combattre depuis qu '
elle a commencé à s'affembler
qu'il y avoit à douter fi Mr de
Vendôme auroit pu s'empeicher
de livrer le combat que le Duc
Malbouroug aprehendoit , quoy
qu'il eût groffy ſon armée de
plufieurs garnifons ; qu'il euft
retiré toutes les troupes de
Courtray, & qu'il n'eut laiffé
que 200 hommes dans Oftende.
Une Dame de diftiction de Bruxelles
ayant voulu le flater fur
442
MERCURE
fa prochaine
victoire , il luy fit
connoiltre
que les François ne tenoient
pas la contenance de gens qui
fe devoient laiffer battre.
Cette armée étoit campée le27
la droite à Goffeliere , & la gauche
à Pieton. Celle des Alliez
avoit la droite à Soignies , & fa
gauche à Enghien , de maniere
que Mrde Vendofme ne pouvoit
combatre qu'en Plaine , ce qui
Juy auroit efté fort avantageux ,
à caufe qu'il eft fuperieur en
Cavalerie ; mais. mais la priſe des
Lignes de Stolhoffen a d'abord
fait changer la fituation des af
faires de Flandre , comme vous
pourrez voir dans la Lettre, qui
en arriva hier au foir à la Cour ,
& que je vous envoye , dansune
Lettre écrite de Verſailles.
1
443
GALANT
20
Selon les
nouvelles qui
arriverent
hier icy , il n'y a pas d'apparence
qu'il y ait une bataille en
Flandre , les
Ennemis ayant envoyé
leurs gros canons & les équipages
à Bruxelles ; les
Deferteurs
de
l'Armée des
ennemis
difoient
que lear armée eftoit
prévenuë que
S'il y avoit
Bataille , ils la perdroient.
Les mefmes
Nouvelles
ajoutent que Mr de Vendôme a
fait applanir les chemins & couper
ce qui pouvoit
arrefter les troupes
&
empefcher le combat , mais que
le Duc de
Marlboroug n'en voulant
pas courir les risques , avoit
fait un
détachement de quinze mille
hommes pour
l'Allemagne.
*
Le befoin que les
Ennemis
ont de fecours de ce cofté - là
fournit au Duc de
Marlborough
3.
444
MERCURE
un pretexte
fpecieux
pour ne
point
rifquer
une bataille
, & l'on peut
dire
qu'il
s'eft faifi de
ce pretexte
promptement
& en
habile
homme
.
Je ne finiray
point
ma Lettre
tant que les grands
évenemens
fe fuccederont
les uns aux au
tres, Je viens
d'apprendre
que. fon Alteffe
Royale
, Mr le Duc d'Orleans
a foumis
la Villede
Sarragoffe
fans qu'il
en ait coû-
Cate
trois
Huffards
& un que
pitaine
. Il y avoit
dans la place quatre
mille
hommes
d'infanterie
& deux
mille
chevaux
.
qui fe font retirez
à l'approche
de nos troupes
; beaucoup
de poudre
, & trois cens bombes
chargées
. Son Alteffe
Royale
eftoit dans l'un des Faubourgs
de
;
GALANT 445
de Sarragoffe lorſque le Courrier
eft parti , & il a rapporté
que Mi de la Puebla étoit de l'autre
cofté de la Ville , avec,
deux mille chevaux , & que dés
que l'artillerie qu'ils attendoient
feroit arrivée , ils mar
cheroient vers Lerida & Tor
tofe , où Mr de Berwik les devoit
joindre après avoir nettoyé
le reste du Royaume de
Valence .
J'oubliois à vous dire que
Monfieur le Duc d'Orleans a
impofé aux Aragonnois une
contribution d'un million qu'ils ;
s'eftoient engagez de payer.
Jamais je n'ay relervé tant
d'articles confiderables pour le
mois fuivant ; mais je puis dire
auffi que mes Lettres n'ont jas
May 1707. Pp
446
MERCURE
mais efté remplies
d'un fi grand
nombre
de chofes curieufes
&.
de fi grands
évenemens
. Je
fuis , Madame
, voftre , & c.
A Paris ce 31 May.
APOSTILLE
.
Au Camp devant
Saragoffe
le
26 May. Nouspartimes
hier de trois lienës
duy à cing heures
du matin
, avec
sonte
noftre
Cavalerie
qui mara
choit
en bataille
fur deux colonnes
dans la plus belle plaine
du monde. A une demi lieuë
de la place
nos
Huffards
qui faifoient
l'avantgarde
, détacherent
vingt
hommes
avec
autant
de Dragons
Espagnols
, pour
aller
apres
environ
cent cin- quante
Cavaliers
ennemis
qui
eftoiens
fur une hauteur
pour nous, obferver
, & qui fe retiroient
de
GALANT
447
hauteur en hauteur fans atendre
nos gens. Enfin
Monfieur le Duc
d'Orleans fit faire halte à fa Cavalerie
pendant quelque temps pour
attendre
l'Infanterie qui n'avoit
du partir que deux heures aprés nous.
Un Paifan luy fut amené qui vènoit
de Saragoffe qui dit que dans
la Ville on ne parloit nullement
de
l'arrivée de Son Alteffe Royale ;
que le General des Rebelles prenoit
foin de cacher toutes chofes ,
re qui nous fit juger qu'un Trompelte
qu'on avoit envoyé pour ſom.
mer la ville le matin dont nous
n'avions aucune réponse , eftoit tombé
entre fes mains . Nous apprimes
auffi que ce General n'avoit avec
lay que quatre mille hommes de pied
be
deux mille
chevaux ramiffez.
C'eſtort beaucoup dans une Vivie
P pij
448
M.
RCURE
contre nous qui n'avions
encore que
13 Bataillons
& vingt trois Ef
cadrons ; cependant
Monfieur
le Duc
d'Orleans
prit la refolution
de faire
marcher
toute fa Cavalerie
fur
les hauteurs
, afin qu'on la puft
voir de la Ville . Pour cet effet
nous primes les
& nous evants ,
nefumes pas piùteft fur la hautent
out est la Justice , que Pon entendit un
grand braits c'estoient
nos Huards
qui efloient entre dans les Fauxbourg's
enpoursuivant
les 150 Mai
tres , & qui malgré le feu de quel
ques Grenadiers
& des Bourgeois
qui tiroientfur eux,ils les poursuivi.
où ils rent jufques
dans la porte ,
tuerent à coupsde fabre le Comman
dant des Grenadiers
& cinq oufix
autres . Ils en blefferent
plus de trente
fans autreperie
que d'un Captaine
,
C
R
GALANT
449
4
6.
dun Huffard dangereuſement bleffe,
& un cheval d'Officier legerément
bleffe . J'eftois affez prés du lieu
avec Monfieur le Duc d'Orleans.
·Nous y reftames un quart d'heure
aprés l'action , & S. A. R. vini
icy dans un Convent , où nous fommes
, pour fe rafraichir pendant que
da Cavalerie continuoit à matcher.
S. A. R. trouva le Capitaine des
Huffards bleffé, & elle luy donna
trente Louis , & deux Louis à cha.
que Huffard bleffé . Nous compitons
de refter icy quelque temps pour attendre
noftre canon qui ne fçauroit
nous joindre que de 4. jours ; mais
"nous fûmes trompez , la vigueur des
Huffards avoit tellement étourdy les
•habitans de Saragoffe qu'ils envoyerent
deux heures aprés , les Rebelles
s'estant retirez pendant ce
-
Ppij
450
MERCURE
les
temps-là de l'autre coflé de l'Ebre,
Ils nous livrerent le Fort de l'Inquifition
, & trois portes de la Ville,
où l'on refolut de ne laiffer entrerper
fonne avant qu'on eust defarmé les
Bourgeois. Nous en allons faire l
tour aujourd'huy
, uprés quoy on
defarmera.
On voit par cette Relation
la prife de Sarragoffe
eft
dûë à S. A. R. puifque cette
place ne s'eft rendue qu'aprés
qu'elle eût fait paroiftre l'armée
fur les hauteurs qui font proche
de cette Ville .
que
Les Alliez qui fe verront dans
peu acculez en Catalogne par
trois armées , fçavoir par celle
de Valence ; par celle d'Aragon
, & par celle de Rouffillon
, ne doivent attendre au
GALANT
451
cun fecours ,
puifque fur le bruit
que les
Hollandois
avoient déliberé
s'ils
envoyeroient en
Efpagne , quatre
hommes tirez
de
chacune des
Compagnies
qui
compofent leur armée , il en
eftoit
deferté prés de trois mille
hommes , aucun Soldat ne voulant
aller fervir en
Catalogne.
L'averfion pour ce fervice n'eft
pas moins
grande en
Angleterre ,

d'ailleurs il ne fe
trouve prefentement
pas un
homme pour
embarquer ; le refte des
troupes
deftinées
pour
l'Espagne eftant
depuis peu arrivé à
Alicante ,
ainfi que
toutes les
nouvelles
publiques vous l'ont appris .
D'ailleurs les affaires des Allicz
font
tellement
delabrées en
Espagne, qu'un fecours de vingt
452
MERCURE
mille
hommes
ne fuffiroit
pas
pour les rétablir
quand il y ar
riveroit
prefentement
. Cependant
il eft conftant
que quand
l'argent
feroit
preft pour un pa
reil fecours
, ce qui n'eft pas ,
il eft abfolument
impoffible
qu ' il y puft arriver
de plus de fix
mois.
AVIS
.
Le Mercure
de Juin fe dé- bitera
dés le premier
de Juillet.
On avertit
de nouveau
qu'on
n'employera
aucun
des Memoires
dont
les ports
n'auront
pas efté payez
.
TABLE
.
PRelude qui demande beaucoup
d'attention
Portrait du Roy ,
17
TABLE.
Ceremonie curieufe , & dont on ne
voit point de pareille ,
0
Premier article des morts ,
18
So
Paraphrafefaite par Me de Saliez,
Viguiere & Alby ,
92
Baptème de trois Juives fait à
99
Nice ,
Addition à la Relation des Feftes
qui le font faites à Berlin ,
dont on a déja veu un grand
detail
2.101
136 Sonnet ,
Nomination
du
Cardinal
de Zaxem
Zeits à l'
Evefché
de
Strigonie
137
L'Evefché
de
Cordoue
eft
rempli
par
Le Roy
d'Espagne
, 146
Gouvernement
de Nancy donné, 149
Benifies donnez par le Roy dans
la derniere Promotion
Harangue faite au Roy par Mr.
l'Abbé d'Auchy , Deputé des
153
TABLE .
Etats d'Artois ,
Erreur corrigée ,
189
203
205
Difcoursprononcezparplufieurs Aca
demiciens de l'Academie Royale
des Medailles & Infcriptions
dans leur premiere feance publi
que d'aprés Paques ,
Places remplies à PAcademie
Royale des Sciences, & Difcours
prononcez dans la mesme Academie
, dans fa premiere Seance
d'aprés Paques ,.
-
227
Ce qui s'eft paffe au Parlement
dans la dernière Seance de Mi
le Premier President
de Harlay,
262
Ouverture
de la Cour des Aides, 165
Ce qui s'eftpaffé au Parlement
dans
Jes premieres
Seances d'aprés
Paques ; fçavoir le jour de fon
ouverture; celuy de l'instalation
TABLE.
deMr le Pelletier Premier Prefi
dent , & celuy des Mercuriales ,
266
Harangue faite à Mr le Premier
Prefident au nom de Mrs de Sorbonne
,
283
392
Eloge du Roy, fait par Minerve,
adreffe à Mr le Marquis de
Chamillart ,
Vaiffeaux montez & defcendus à
Bordeaux & à Blaye pendant
le mois d'Avril dernier, 300
Avantage remportépar Mrle Chevalier
de Forbin , 393
Reception faite au Duc de Marlborough
à la Cour de Suede , &
compliment fait par ce Duc à
Sa Majefte Suedoife , .314 Article
touchant
les
affaires
d'Ef
pagne
, contenant
plufieurs
Rela
.
tions
de la Bataille
d'Almanza
;
TABLE
.
divers
Extraits
de Lettre
fur le
mefme
fujet ; les Conqueftes
faites
enfuite
du gain
de la mefme
Ba
taille
: le tout mêlé de plusieurs
faits curieux
& Hiftoriques
, 320
Articles des Enigmes ,
409
Affaires
de Catalogne
,
414
416
Nouvelles
Maritimes
, Détail
de ce qui s'eft paffe
à la prife
des Lignes
de Stolhoffen
, 419
Affaires
de Flandre
,
439
Affaires
du Royaume
d'Aragon
,
444 Apoſtille
qui contient
une Relation
exalte
de tout
ce qui s'eft paßé
prife
de Sarragoffe
, 20 Avis
important
au Lecteur
446
451
L'Air
Le Vin nefert icy , P. 135." L'Air
Revenez
Printemps
, p· 4¹5 .
I
CATALOGUE
DES
LIVRES NOUVEAUX ,
QUI SE VENDENT A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grand' Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Iftoire de Philippes Augufte Roy de
France , in douze , 2. volumes , 4. liv.
De M. de Mezeray.
H
Hiftoire de France , infolio , 3. vol .
La même , in quarto , 3. vol.
60. liv.
20. liv.
La même, in douze, 8. vol. 20. liv.
De M. l'Abbé Vertot.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
voit les changemens qui font arrivez dans ce
Royaume au fujet de la Religion & du Gou.
vernement, in douze , 2. vol. feconde Edition
liv.
De Meffieurs Corneille , de l'Académic
Françoife.
Les Oeuvres de P. & T. Corneille , in douze, 7. vol.
15. liv.
Les Metamorphofes
mifes en vers François
,
avec des figures
en taille douce
à chaque
Fa-
9. liv.
ble , in douze , 3. vol.
Les Fables
d'Efope
, traduction
nouvelle
en profe
, avec des figures
en taille douce à cha- que Fable , & des Quatrains
en vers à la fin de chaques
Difcours
moraux
, in douze , 2.
vol.
S.
. liv. De M. de Fontenelle
, de l'Académie
Françoife
.
Toutes
les Oeuvres
, in douze, 7. vol. 14. liv.
Lefdites
Oeuvres
fe vendent
feparément
,
Sçavoir
:
fols. liv. 12.
Les
nouveaux
Dialogues
des morts
, in douze
,
2. 3. volumes ,
Le Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des Morts , in 12 .
1. l. 16. f.
1. l. 16.
f.
Entretiens
fur
la pluralité
des
Mondes
, aug
mentés
du
fixiéme
foir
, in 12.
L'Hiftoire
des Oracles
, in douze ,
1.
1. 16.
f.
Poëfies
paftorales
, avec
un
traité
de
la nature
2. liv.
de
l'Eglogue
, & une
digreffion
fur
les
Anciens
& les
Modernes
, in douze
,
Les
Lettres
Galantes
de M.le
Chevalier
d'Her
.
sisin
douze
,
2. liv. 5. L.
De Mademoiselle
de la Forçe
. L'Hiftoire
fecrete
de la Maiſon
de Bourgogne
,
in douze , 2. vol. . 3.
L. 12.
f.
Ca
5
De Marguerite de Valois Reine de Navarre
, foeur de François I. in douze , 2. volumes
, 3.
1. 12.
Guftave Vafa , Hiftoire de Suede , in douze
2. volumes >
f
3. 1. 12.6
L'Hiftoire fecrete de Henry IV. Roy de Caftille
, furnommé l'impuiſſant , in 12.
De M. Durier.
4.
*
Le Quinte-Curce de la vie & des actions d'Alexandre
le Grand , avec les Supplemens de
Jean Freinshemius , de la traduction de M.
de Vaugelas , in douze , 2. vol . 1. 10. f.
Le même en François & en Latin , in douze
2. vol. 4. liv.
Les Metamorphofes d'Ovide en François, avec
figures , in douze , 3. vol.
4.1. 10. f.
Hiftoire d'Herodote , in douze , 3. vol. 6. 1.
De Polybe , avec les Fragmens ou Ex
traits du même Auteur , contenant la plûpart
des Ambaffades , in douze, 3. vol. 6.1.
Ciceron,de la nature des dieux , n 12. 1 1. 10. f.
1
De M. de Martignac.
Virgile , le Latin à côté , avec des remarques
& des figures , in douze , 3. vol. 6. live
Horace , le Latin à côté , avec des remarques
A indouze, 2 volta o
4.liv.
Entretiens
fur les anciens
Auteurs
, contenant
en abregé
leur vie & le jugement
de
leurs
ouvrages
, in douze
,
douze
>
2. 1.
Les Satyres de Perfe , avec des remarques par
M. le Préſident de Silvecane , in 12 .
A ij
De M.
Richelet
. Les plus
belles
Lettres
Françoiles
fur toutes
fortes
defujets
, avec
la manière
de les écrire
,
nouvelle
édition
revûë
, corrigée
, & confi derablement
augmentée
, in douze
,
mes
2. volu
4.1
. 10. f
Le Dictionaire
des Rimes
, derniere
édition
indouze
Du
R. P Bouhours
.
2.1
. 10.
2. liv.
Penfées
ingenieufes
des Anciens
& des Modernes
, in douze
,
2. liv.
La maniere
de bien
penfer
dans
les ouvrages
d'efprit
, in douze
,
Les Entretiens
d'Arifte
& d'Eugene
, nouvelle
liv. 10. f.
édition
, où les mots
des devifes
font expli-
• 2.
quez
, in douze
Hiftoire
d'Aubuffon
, Grand
Maître
de Rhodes
, in douze
,De
M.
Felibien
.
liv. 2.
1:5.6
.
Entretiens
fur les vies & les ouvrages
des plus
excellents
Peintres
anciens
& modernes
,>
12.
liv
.
in
quarto
, 2.
vol
.
3.1. 10.
L
Recueil
hiftorique
de
la
vie
&
des
ouvrages
des
plus
celebres
Architectes
, in4.
Defcriptions
des
Peintures
faites
pour
le Roy
,
avec
une
Defcription
fommaire
du Château
de Verfailles
, in douze
, De
M. de S. Evremont
,
2, liv,
Ocuvres
mêlées
de M. de Saint
-Evremont
, in

quarto ,
2. vol:
12. liv.
Les mêmes oeuvres in douze , s . volumes
,
fervir
16. liv.
Les Memoires de M. de Saint - Evremont , contenant
diverſes avantures
qui peuvent
d'inftructions
à ceux qui ont à vivre dans le
grand monde , in douze , 2. vol. 4. 1. 10.f.
Nouveau Recueil d'ouvrages
qui n'ont pas
encore été publiez , in douze ,
De M. Perrot d'Ablancourt.
2. liv.
Les Oeuvres de Tacite , en trois volumes , in
6. liv. douze,
Lucien de la même traduction
, in douze , 3 .
volumes ,
4.1. 10. f.
Les Commentaires de Cefar , in douze , 2 .

volumes , 4. liv.
Les
guerres
d'Alexandre
par Arrian , fa vie
tirée du grec de Plutarque
, & fes Apophtegmes
de la même traduction
, in rà.
De Monfieur Dubois
Françoife.
2.1.
de l'Académie
Les Lettres de faint Auguſtin , rangées felon
l'ordre des temps , revues & corrigées fur
les anciens manufcrits , & augmentées de
quelques Lettres qui n'avoient point encore
paru ; avec des notes fur les points
d'hiftoires , de chronologie , & autres qui
peuvent avoir befoin d'éclairciffement , traduites
fur l'édition des PP. Benedictims , in
octavo , 6. vol. 18. 1.
Les Confeilions de faint Auguſtin , avec des
notes & de nouveaux
fommaires
des cha pitres , traduites
fur l'édition
des PP. Be
2. I. s. f.
nedictins
, in douze ,
Les Soliloques
, le Manuel
, & les Meditations de faint Auguftin
, traduites
fur l'édition
des
2. liv.
PP. Benedictins
, in douze,
Les Offices
de Ciceron
, traduits
en François fur la nouvelle
édition
latine de Grævius
,
avec des notes & des fommaires
des chapi- tres , avec le latin à côté , in douze ,
Le livre de Ciceron
dela Vieilleffe
, & celui de
l'Amitié
& les Paradoxes
, traduits
fur
s notes & drs.
l'édition
de Grævius
, avec des fommaires
des chapitres
, avec le latin à cô-
2. liv..
té , in douze ,
Les Lettres
de Ciceron
à fes amis , traduites en françois
le latin à côté, fuivant
l'édition
de Grævius
, avec des avertiffemens
fur cha- des fommaires
& des notes fur
que livre ,
J
-
chaque lettre , in douze, 4.
vol.
De M. Flechier
.
2.1
8. liv.
Les Panegiriques
& autres Sermons
, in douze 4. liv.10.f
2. vol.
Hiftoire
du
Cardinal
Ximenés
, in douzeľ
,
2. vol.
Recueil
des
Oraifons
funebres
, in douze
,
2. liv. 10.
4.
liv.
Hiftoire
de Theodofe
le Grand, in 12.
Panegirique
de Trajan par Pline fecond, in
douze
3. la
2
lit
De Monfieur. Roger de Rabutin , Comte
de Buffy .
ཐཱཝ
Les Lettres de Meffire Roger de Rabutin
Comte de Buffy , Lieutenant general des .
Armées du Koy , & Meftre de camp de
la Cavalerie Françoife & étrangere , feconde
édition , in douze , 4. vol . 1706.
Les Memoires du même , in 4. 2. vol .
Les mêmes , in douze , . vol.
2
g. 1 .
1. 12.
6.1.
t
De M. de Marolles Abbé de Villeloin.
La Semaine fainte à l'ufage de Rome & de
Paris , en latin & en françois , in 8. 4.1.
La même , in doaze , 2. 1. 10. f.
Les oeuvres de Seneque en latin & en françois,
avec des notes , in octavo , 2. vol . 6.4.
Les Amours d'Ovide , de la même traduction
, in octavo ,
3.
liv.
Les Epitres heroïdes d'Ovide , de la même
traduction , in octavo ,
3. Fv.
Les Epitres d'Ovide à plufieurs , de la même
traduction , in octavo , 3. liv.
Les Triftes d'Ovide , in octavo , de la même
traduction , 3. liv.
Amours de Pfiché & de Cupidon , par M. de
la Fontaine , in douze , d Hollande , h
A iiij
Livres de Devotions
.
Les Vies des Saints de toute l'année fuivant
l'ufage du Calendrier
& du Martirologe Romain
, revues , corrigées
& mifes dans la pureté de nôtre langue , augmentées
en cette derniere Edition d'un grand nombre de Vies de Saints & autres non encore im
primées , de plufieurs
Vies exemplaires
& de plufieurs
grands Perfonnages
qui font morts en opinion de fainteté , & des Vies des Saints & Saintes de l'Ordre de faint
Jean de Jerufalem
, in folio, 2. vol. 18. -Les mêmes par le P. Girard , inquarto,
2. vol.
10.
1.
Les mêmes par l'Abbé Commainville
,
8. 1.
in douze , 4. vol. Les Fleurs des Vies des Saints en abregé , &
leurs doctrines
en maximes
; avec des refle- xions .fpirituelles
& morales
fur leurs plus belles actions , qui peuvent
fervir de medi- tations pour tous les jours de l'année , parle R. P. Amable
Bonnefons
de la Compagnie
10.liv.
de Jefus, in octavo , 4. vol.
Penfées
& Reflexions
fur les égaremens
.des
hommes
,. par M. l'Abbé de Villiers , in
douze, 3. vol.
Reflexions
ou Sentences
& Maximes
morales & politiques
, dédiées
à Madame
de Maintenon
, in douze ,
6. liv.
1.l. §. f.
ou Sentences
morales
de M. la Rochefoucault
, in douze , 6. édition
,
1. l. 10. f.
Chrétiennes
& Maximes
morales , tirées. de l'Ecriture
fainte , des faints Peres & des
meilleurs Auteurs anciens & modernes ,
avec plufieurs belles penfées des Poëtes la~
tins & françois fur chaque fujet , in douzey
2.. liv.
Les confeils de la Sageffe ou la Morale de
Salomon , in douze , 2. vol . 31.
Confeils d'un pere à les enfants fur les divers
états de la vie , par M. l'Abbé Gouffault,
in douze , Lk. 16. f.
Du même , le Portrait d'une honnête
femme , in douze ». I. L. 16. f
Conduite du fage dans les differents états de
la vie , in douze , 2. vol. ?
Devoirs des maîtres , de M. l'Abbé Fleury
in doaze ,
4. 1
1. 1. 10. f.
De La vie des Evêques
par Grenade in douze , 1. l . 10. f
Toutes les oeuvres de Grenade par M. Girard,
in folio , 2. vol.
22.
30.
1
les mêmes en dix vol. in octavo,
Pleaumes de David en latin & en françois
avec des reflexions morales fur chaque verfet
, in douze , 3. vol.
Catechifme hiftorique de M. l'Abbé Fleury ,
in douze , 2. vol
6. I
4. I
De Bourges , cinquième édition , par
M. de la Chetardie , in 8. 2. vol. Ste 1. 10. f.
De la Doctrine Chrétienne , in quarto
par Turlot ,
Du Dioceze d'Autun,in douze, 1. 10. f.
Conduire de la Confeffion & Communion
tirée des manufcrits de faint François de
Sales , in dixhuit , 1.liv
Le grand Dictionaire de la Bible , in folio
2. vol. par M. Simon Docteur en Theo
9
A v
logie ,
af.
Hiftoire du vieux & du nouveau Teftament
par M. de Royaumont Prieur de Sombreval
, avec les figures , in quarto ,
ES. live
Le même livre fans figures , in 12. 3. t
Hiftoire de l'Eglife , in t . 4. vol. 6.liv. Sainte & Ecclefiaftique
, où l'on voit tout ce qui s'eſt paflé parmi les Hebreux depuis leur rétabliffement
en Judée juſqu'à la naiffance
de Jefus- Chrift ; avec l'etabli fement du Chriftianifme
dans toutes les par ties de la terre , par M. Du Verdier
Hifto
riographe
de France , derniere
édition , in douze , 4. vol.
vol
8. liv.
Des Papes , où l'on voit leurs vies, leur
naiffance , & leurs progrez , in douze, deux
~3.1.10. fo
Des Conciles & des Canons de l'Eglife,
& l'Abregé chronologique de la vie des Papes
, & leurs décifions , où l'on verra en
abregé ce qui s'eft paffé de plus confidera
ble dans l'Eglife depuis fa naiffance jufqu'à
prefent , avec des remarques pour l'intelligence
des Canons obfcurs & difficiles , ou
qui meritent quelque obfervation particu
Here , derniere & nouvelle édition ,
gmentée par M. Hermant , in douze , quatre
vol. 8. liv
alle
Du même l'hiftoire des Religions ou Or
dres militaires de l'Eglife , & des Ordres de
Chevalerie , in douze , 2. live
Du Diocefe de Bayeux , contenant l'hi
ftoire des Evêques , avec celle des Saints
Doyens & des hommes illuffres de l'Eglife
Cathedrale du Diocele , par le même in
VAL
IT
quarto 1705.
6.1.
2.18
De l'origine & du progrez des revenus
Ecclefiaftiques , par Acofta , in douze.
Ou antiquité de l'Etat Monaftique , in
douze , 3. vol.
7. 1.
Des Juifs , écrite par Flavius Jofeph
traduite par M. Arnauld d'Andilly , in quar
to , 2. vol.
1. liv.
12. 1.
• La même , in douze , vol.
Du Concile de Trente , par Frapolo ,
8. 1.
in quarto ,
La Cour fainte du Reverend Pere Cauffin "
infolio , 2. vol. 18. 1. La même , in octavo , 6. vol. 18.1. Le Chrétien
mourant
, ou Maximes
pour horter àbien mourir , par le R. P. Helyot
in douze ,
Pratique efficace
Pex-
1. l. 10. f.
pour bien vivre & bien mourir
, avec une exhortation pour les agoni
zans , in douze,
2. 1.
Memorial
des
Confeffeurs
& des Penitens
, tirėt
principalement
de la doctrine
du Concile
de
Trente
& du Catechifme
Romain
, par
Bel--
larmin
, in douze
,
2.1.
La
Couronne
de l'Année
Chrétienne
, où meditations
fur
les véritez
de l'Evangile
, par
Abelly
, in douze
, 2. vol.
3. 1.10
.f.
Meditations
fur
l'hiftoire
& la concorde
des
Evangiles
, par
Feydeau
, in 12. 3. vol . 6.1.
Chrétiennes
& metaphyfiques
du Pero
Malbranche
, in douze
, 2. vol. 4.1-
- Du même , Traité de Morale , in dou-
[ ze , 2. vol.
Meditations de Buſée , in 12. 2. vol.
3. Lane
3.1..
Les mêmes
en un vol . in douze , 11,10. f
A vi
12
L'Art de Prêcher la parole de Dieu , in dou
ze ,
1. li 15. f 1.11.
Dégoût du Monde , tiré de l'Ecriture Sainte ,
C
in douze ,
r. l . 16. f.
Les Sermons de Saint Jean Chryfoftome , fur
S. Matthieu , in quarto, 2. vol.
12. Les Lettres de S. Jerome , nouvelle Traduction
, in octavo , 401a
3.k
La Guide des Pécheurs , par le R. P. Grenade,
in octavo,
Preuves & explications des Véritez Chrétiennes
, in douze,
Confeffions de S. Auguftin , par Dubois,
douze ,
2.1
2.1.5.f
Les mêmes
, par Ceriziers
, in douze 1.1. 10. f.
Epitres & Evangiles de toute l'année , avec
l'Ordinaire de la Meffe , in douze , 1. 1. 10. f
Semaine Sainte , de divers Auteurs , & de differentes
grandeurs.
Nouveau Teftament du P. Amelòtte , in quara
to, 2% vol. 12. la
Le même , in vingt-quatre , 1. l . 10. £ &
in douze , 2. L. 10.L 2+
Le même , de Mons , in octave ,
volumes ,
deux
4.1. 10.L Le même , des Docteurs de Louvain ,
in douze , z. vol.
3.1.. Le même , in douze , un vol. 1 I. 10. f..
NovumTeftamentum , in 24. Colonia ,
Idem , in 24. de Huré ,
Imitation de JESUS , in octave ,
1, 1. 10. fa-
11. 10. f
3. I.
La mêine , in douze 1.1. 10. f. & in
vingt-quatre,
>
La même , de la traduction da P. Rty
13 2. 1. `gnon , in douze ,
La même , de la mêine traduction , in
vingt-quatre ,
1.
La même , en vers par >
Corneille , in
douze ,
2. 1.
La même , in 18.
2. 1.
La même , de la traduction de l'Abbé
-"
Belle - Garde , in dɔuze ,
La même , in 24.
Imitatio. Chrifti. in 32.
Triomphe de l'Humilité , in douze ,
gures ,
2.1: 5. f.
I.1.
´IS.E
avec Fi-
2.1.
La Connoiffance de foy même , du P. Lamy
Benedictin , in douze , 6. vol.
IN 1. 10.f.
La Verité
de la Religion
Chrétienne
, par Ab badie , in douze , 3. volumes
, Entretiens
fur les Sciences
du P. l'Oratoire
, in 12.
6. 1.
Lamy , de
2. 1.
Arnauld
La frequente Communion
de M.
d'Andilly, impreffion d'Hollande , in octa-
4. 1. 1o. vo
2 .
Lo
1.
Difcours Philofophique fur la création &
Parrengement du Monde , in douze ,
Traité contre le luxe des Hommes & des Femmes
, & contre le luxe avec lequel on éleve
les Enfans de l'un & de l'autrefexe ,
Dupradel , Avocat au Confeil, in douze,
1705.
par
1. 1. 10.
M.
f
Des Benefices , par Frapolo Sarpi , in
.douze ,
2.1
.
Inftructions des Prêtre s , par Molina, in octavo
,
4. 10. fo Les avis ou exercices
du P. Suffren , in 12. 2. L Idée des Prédicateurs
où ils pourront
voir la
Dignité
, les devoirs
& les abus de leur
Miniftere , avec l'ufage que leurs Auditeurs
doivent faire dela parole de Dieu , in dou
ze ,
6. I.
1. 1. 10. f
Le Journal des Saints en forme de Meditations
, in douze , 3. volumes . Derniere édition
,
Miffel Romain , felon le Reglement du Concile
de Trente , traduit en françois , avec
Pexplication de toutes les Meffes & de toutes
les cérémonies de l'Eglife pendant l'Année,
par Voifin,indouze, 6. volumes , Iz...
Biblia Sacra Vulgata , fol . Lugduni ,
Eadem , in octavo , Colon &
Eadem , in octavo, Lugduni ,
12.1
.
6. I.
3.1.
Eadem , in 24. 6. vol. Colonia , 7.1. 10. f.
Lamême , en françois , des Docteurs de
Louvain , fol
12. 16 Tite Live , Réduit en maxime , in 12.
2. 1
Le Naturalifte , morale ou entretien fur la
Phyfique & la Morale , in douze , z. 1.
Indiculus Univerfalis du P. Pomey, in 12. 1. l.s.f.
La vie de S. Jean Chrifoftome , in octavo , 24
volumes ,
6.1.
De S. Martin Evêque de Tours , avee
l'hiftoire de la fondation de fon Eglife , &
ee qui s'y eft paffé de plus confidérable jufqu'à
prefent , in quarto , 6.1 La Dévotion au facré coeur de JESUS , in
donze-
1.lo
Allov ‛ ' ,。
zul să che. 21 2
1
Belles Lettres & Hiftoires.
Les Elemens de l'Hiftoire , par M. de Vallemont
, enrichis de figures , in douze , 3. vo
lumes , 7. 1. 10. f.
Hiftoire de Venife , par Baptifta Nani , Ca- valier & Procurateur
de S. Marc, in douze , 4. volumes
,
10.
1.
2 De l'Empire , par Heiff. in quarto 2 or
volumes ,
12. 1.
9.1
Des Guerres civiles de France , par
Davila , in douze , 4. vol.
•Des Guerres civiles de Flandres , par
Strada , in douze , 3. vol. 6. I
La même , impreffion d'Hollande, avec
vol. 9. l . toutes les figures , in douze , 3,
De Charles VI Roy de France , par
M. le Laboureur , fol. 2, vol. asi t
De la feu Reine
d'Angleterre
, in octavo
,
21. 10. 1..
De Dion Caffius , contenant ce qui s'eſt
paffé de plus confiderable fous les Empereurs.
Romains , traduits du grec en françois
in douze , 2. volumes , 4.
1..
S, F
Des Herefies & des Heretiques,parBocai
ger in
> quarto ,
De France , par M. le Gendre , in douze,
volumes , 4.1.. De Louis XIII. dit le Jufte , in dou→
2. L.
De la Chine , par M. l'Abbé Pelletier ,
in douze , 2 vol. 4.1 .
Du Regne de Louis le Grand , jufques
la Paix generale , 1697 in12 2. b sofo
T6
in fol.
Des Comtes de Toulouze , par Caftel
9. 1. De l'Académie Françoife , avec les
fentimens de ladite Académie fur le Cid,par
M. Pelliffonin douze ,
· 2. 1. De la Conquête de la Floride , par les
Efpagnols , in douze ,
1.116.f.
Du Mexique & de la Nouvelle
Efpagne , nouvelle Edition,in douze, 2 , vol.
avec figures , 5.1.
Des Secretaires d'Etat , in quarto , avec
leurs Armes & Blafon , 6.1. De la Monarchie Françoife , fous le
Régne de Louis le Grand , in douze , 3.
volumes ,
6. 1.
Romaine , contenant ce qui s'eft paffé de
plus mémorable depuis le commencement
del'Empire d'Augufte , jufqu'à celuy deTibere
, derniere Edition , in douze , 3. volumes,
4.
6.h
·16. 1.
De Thucidide , infol.
Des Empereurs d'Occident , in dou-
1. 1. 10. f.
De Henry II par Varillas , in douze,
volumes ,
6. L
De Henry III. par le même , in douze,
6. volumes ,

9. I
De Louis XI,par le même , in douze
4. volumes ,
3.
>
6. I.
9.1.
De Louis XII.par le même , in douze
volumes
De Charles VIII par le même , in 12-
volumes , 4.1.10. fo
De Juftin en François , par Defcoutu
reo , in dosižšej 25 vol
17
Les Métamorphofes d'Ovide en Rondeaux ,
par Benferade , in quarto , enrichies de figures
, de Paris ,
15. I. Les mêmes , d'Hollande , in quarto ,
10.1 .
Les mêmes Traductions nouvelles en
Profe , enrichies de figures en taille douce ,
in octavo, 2. volumes , 10. 1. Les mêmes
, in douze , 2. vol. 4.1. 10. f. Les Memoires
de Meffire
Philippes
de Comi nes , Seigneur
d'Argenton
> contenant
FHiftoire des Rois Louis XI. & Charles
VIII. avec la Chronique fcandaleufe , par
Denis Godefroy , derniere Edition , divifée
en 3. vol. in douze , d'Hollande , 9. I.
Hiftoriques
& Politiques
, contenant
l'hiftoire
d'Autriche
& de divers
Etats
de l'Europe
, où l'on
voit
leurs
Guerres
, Alliances
,
Traitez
de Paix
, & autres
particularitez
,
avec
un Traité
de l'intereft
des Princes
, in
douze
, 2. volumes
, Pour
fervir
à l'Hiftoire
de la Hollande
,
& des autres
Provinces
unies
, par ry , in douze ,
De la Reine Marguerite , in 12.
De Gafpard de Coligni , in 12.
De Monfieur de Guiſe , in 4 .
4. I.
M. Aube-
2.1. 5. f.
1.l. 10, f.
1. l. 10. f.
6. 1.
De Madame la Comteffe D **** ; dans
lefquelles on verra que trés -fouvent il y a
beaucoup plus de malheur que de dérégiemens
dans la conduite des femmes , in
douze , 2. volumes , 3. l . 1.2 . f.
De ce qui s'eft paffé en Suéde & aux Provinces
voikincs , par M. Chanut , in douze 3. vol. 2
4.1. 10. f
1
De S. Evremont , contenant diverfes avans
tures , in douze , 2. vol. 4.1. 10. f
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire ,
avec des fcrupules fur le Stile , in 12 .
Guerres des Turcs , contre la Pologne , in do's
I. 1. 10. L
Zex
2.1.
L'Art de plaire dans la Converfation , in dou
Ze , 2 . 1. 5.f
Réflexions fur le Ridicule & fur les moyens de
l'éviter , in 12.
Modéles de converfations , pour les Perfonnes
'Homme de Cour , par Amelotte de la Houf-
2.1. . .
polies , in 12. 2.1.5.fr
faye , in 12.
2.1. 10. 6.
1.1.20 f
Du même , le Prince de Machiavel , in
douze ,
Receüil choifi des plus beaux traits d Hiftoire,
in 12.
Les Lettres de Monfieur de Vaumoriere , in
douze , 2. vol. 4. I
Du Cardinal
de Bentivoglio
, in12. Italien. nes & Françoifes
,
2. L
Les mêmes toutes Italiennes , in douze ,
1. l. 1o. f.
De Ciceron à Atticus , le Latin à côté , in
douze , 3- volumes ,
4.1.10
. f.
De M. de Voiture
, in douze
, 2. vol. 51.
De M. Richelet
, in douz
2. vol. 4. 1. 10.f
De M. Arnauld
d'Ardilly
, in 12. 1. I. 10. I.
De Ciceron
, par M. Dubois
, in douze , 4-
volumes
,
2. vol.
8. 1.
1.
De M. Bourfault , in douze ,
Sublimedes Auteurs ou penfées rédigées par
matieres , fuivant l'ordre Alphabetique , in
douze, 1705.
1
1
vol.
Etat de la Cour des Rois de l'Europe , par M.
de Sainte Marthe , in douze , 4.
De la France , in douze , 3. vol.
Prefent de la puiffance
Ottomanne , in dou
ze ,
6. I.
6. 1.
2.1.
De l'Empire
d'Allemagne , in douze,
1. 1. 10. f.
Des affaires de l'Europe , in quarto
broché , 1704. 1. l. 16. f.
Oraifons funébres de M. de Meaux , in 12. 2.
De M. Flechier , in 12. 2. 1. 10. f.
De Mafcaron , in douze, --

7
2. 1. 5.f.
Le Theophrafte moderne ou nouveaux caracteres
des moeurs , nouvelle Edition , augmentée
, in douze 3.1.
Sentimens critiques fur les caracteres de M.
la Bruyere , ce Livre eft rempli de belles
Lettres & de traits d'Erudition , in douze ,
2.1. 10. f.
Les Vies des plus illuftres fçavans Hommes
de leurs Siècles , par Thevet , in douze , 8.
vol. avec figures ,
La Vie d'Elizabeth Reine d'Angleterre , par
15. I.
Gregorio Leti , in douze , 2. vol. 4. I. 10. f.
De Madame de
Montmorency , in octavo
Du Taffe , in douze
D: M. de Saveufo , in octavo,
2. 1.
1 , l. 16. f.
2. l. 10.f.
La Philofophie des Gens de Cour , où l'on
enfeigne d'une maniere aiſée & naturelle , ce
qu'il y a de plus curieux dans la Phyfique ,
& de plus folide dans la Morale ,
fage des Perfonnes de qualité , in 12.
L'Homme de qualité , in douze ,
pour
I'
2.l.
1.1
.
Le fort de l'honnête homme & du fcelerat ,
20
fçavoir
, fipour parvenir
dans le monde, il
faut être honnête
homme
ou fcelerat , in
3.1.12.6.
douze , 2. volumes
, L'Hiftoire
réduite
à fes principes
, in douze,
2. volumes
, 3. 1.12
.f.
Les
mots
à la mode
, & des
nouvelles
façons
de parler
, avec
des
obfervations
fur
divers
manieres
de s'exprimer
, par
M.
Cailliere
,de
1.1.16
. f.
l'Académie
Françoife
, in 12.
Du
bon
& du
mauvais
ufage
, dans
les
ma
nieres
de s'exprimer
, des
façons
de parler
Bourgeoifes
, & en quoy
elles
font
differentes
de
celles
de
la Cour
, fuite
des
mots
à la
mode
, par
le même
, in 12 .
La
Bibliotheque
Orientale de l'Orient
, in fo!-
Appian
Alexandrin
, in fol.
>
1. l. 16.f. ou
Dictionaire
Romans
& Hiftoires
Galantes
.
2.
15.1
.
LenouveauDemocrite
ou délaffemens
d'Elprit,
in douze , Pratique
curieufe , ou les Oracles des Sibilles. pour fe divertir en compagnie
, 3. Edition augmentée
d'une feconde Partie , fur de nouvelles
queftions
, qui n'ont point encorepa-
2. I. ru , in douze , Zayde , hiftoire
Efpagnole
, avec l'origine des Romans de M. Huet , in douze,
·3
2..VOI
12.6.
lumes , La vie & les bons mots, Hiſtoires plaifantes &
agréables de Scaramouche, in 12. 1.1.16. f.
Arlequiniana , les bons mots & les hiftoires
plaifantes d'Arlequin , in douze,
Tomefecond fous letitrede livrefans noma
2. 1.
1
"
1
21
M.Cate
ه ل ل ا
ه ل ل ا
in douze ,
2 L
Les paroles remarquables , les bons mots & les
maximes des Orientaux , in 12 . 2.1. Receüil de bons mots tirées des Anciens & des
Modernes , in douze , 1. 1. 16. f.
Epiftres en vers de M. Sabatier , in 12. 1.1.
Les élegies amoureufes d'Ovide , in douxe ,
1. 1. 10. f.
Portraits ferieux , galans & critiques , in dou
Ze I.1. 1. 16.f.
Les Chanfons de Monfieur de Coulange , in
douze , 2. volumes ,
4. 1.
Converſations Académiques, par M. le Galois,
in douze , 2. volumes , 3.1. 12. f.
Les Soeurs Rivales , Hiſtoire galante , in douze
, 1. l. 16. f.
L'Illuftre Moufquetaire , nouvelle Galante
in douze , 1.1. s . f.
Le Duc de Guife furnommé le Balafré , in
douze ,
2.1.
Milord Courtenay , ou Hiftoire fecrette des
premiers amours d'Elizabeth d'Angleterre,
par M. le Noble , in douze , 1.1. 16. f.
Hiftoire fecrette de Henry IV. Roy de Caftille
,furnommé l'Impuiffant , in 12. 1.1. 16. f.
De l'admirable Dom Guichotte de la
Manche , in douze , s . vol . 12.1. 10.f.
Les Malades de belle humeur , ou Lettres divertiffantes
, écrites de Chaudray , in dou
2:,
2.14
Sirocs & Mirames , hiftoire Perfanne , in dou
ze, 2. volumes
Le Napolitain , ou le Défenfeur de fa Maîtreffe
, in douze ,
Le Seraskier Bacha , in 12
3.1. 12.f
1. l. s.f.
5.1.10, f
22
C
4
10.1%
1.1. 10.f.
4.1
Tarfis & Zelie , in octavo , vol.
La Minte du Taffe , in 12 .
Heroine Moufquetaire , in 12. 4. vol.
Cara Muftapha , Grand Vifir , hiftoire contenant
fon élevation ,fes amours dans le ferrail
, fes divers emplois , le vrayfujet qui luy
a fait entreprendre le Siege de Vienne , & les
particularitez de fa mort , in 12.
Le Mary jaloux , in 12 .
Le Comte de Warvick , par Madame
in douze , volumes, 2.
Le Grand Cyrus , in octavo , 10. vol.
Caffandre , inoctavo , 10. vol.
Promenade de Verfailles , in octavo,
Difcours fatiriques & moraux , n12.
Fables nouvelles en vers , in 12...
1. l. 10.f
f. 1. 1. 10
Daunoy,
4.
3. L.
I.1.
1.1.
Les Fables de Phedré ,traduction nouvelle , in
douze ,
C
1.1.15.6
) 1. 1. 10. f.
De la Critique
, in douze
,
Parallele
des Anciens
& des Modernes
en ce
qui
regarde
les Arts
& les Sciences
, Dialo
gues
avec
le Poëme
du Siécle
de Louis
le
Grand
, & uneEpitre
en vers
fur le genie
vol.
6.1.
par M Perrault
, indouze
, 4.
Receuil
des
Harangues
prononcées
par Mrs.
de l'Académie
Françoife
dans
leurs
Receptions
, & en d'autres
occafions
differentes
depuis
l'établiflement
de l'Académie
, juf
qu'à
prefent
, in quarto
,
6. l.
De la Chevalerie ancienne & moderne , par le
Pere Meneftrier de la Compagnie de Jefus ,
in douze
2.4. Du même , la Methode du Blaſon , avec
les figures
, in douze, 2.1. 10. f
Les Principes de la Philofophie de Defcartes ,
* 23.
chart
avec les figures , in douze ,
2 1. 10. f.
Traité de la Guerre , ou Politique militaire ,
par M. du Chatelet , in douze ,
:
1. 1. 10. f.
Pratique de la Guerre , contenant l'ufage de
l'Artillerie bombes , mortiers , feux d'artifices
, fappes , petards , mines , ponts , pontons
, tranchées & travaux , avec l'ordre des
affauts aux bréches ,
par le Sieur Malthus
Ingenieur du Roy , in octavo, 2 1. 10. f.
Le parfait Maréchal , par Solleyfel , in quarto
12. 1.
7. 1.
Inftructions
pour les Jardins
, fruitiers potagers
, par M. de la Quintinie
, in quarto , 2.
volumes
,
Le Jardinier folitaire
, ou Dialogues
entre un Curieux
& un Jardinier folitaire
, feconde Edition augmentée
, in druze ,
2. 1. La Venerie Royale
de Salnove
, in 4. 4.1. Dictionaire
Italien
& François
, & François
Italien , par Veneroni
, nouvelle Edition
, in
quarto,
8.1.
per-
2 . 1.
Du même , le Maitre Italien dans fa
fection , in douze ,
Dictionaire Eſpagnol & François, & François
Elpagnol , in quaro, d'Hollande ,
Le Parfumeur Royal , in douze ,
12.1.
2.1.
Nouveaux élemens de
Mathematiques , ou
principes generaux de toutes les Sciences ,
qui ont les grandeurs pour objet , par Monfieur
Preftet , in quarto , 2. vol. 16.1.
Traité Methodique & abregé de toutes lesMathematiques
qui comprend toutes les parties
de cette Science , les plus utiles & les plus
neceffaires à un Homme de Guerre , & à
tous ceux qui fe veulent perfectionner dane
-
24 les Mathematiques
,par M de Neuve-Eglife,
in octavo, 2. vol. 8.1. Des fortifications
enrichies de figures ,par
M. Gautier , in 12.
1.1. 10.
Du
même
, traité
de l'Artillerie
, in douzė,
1. 1 10.
f.
La Maiſon
réglée
, ou l'art
de diriger
la Maifon
d'un
grand
Seigneur
, tant
à la Ville,
qu'à
la Campagne
, feconde
Edition
augmentée
de la maniere
de faire
toutes
fortes
d'eaux
, d'effences
, & deliqueurs
à la mode
d'Italie
, m 12.
vol.
2.4.
Les quinzes
Livres des Elemens
de Geometrie
,
6.1. par Henrion
, in octavo , 2.
Nouveaux
Elemens
de Geometrie
, pratique concernant
l'arpentage
des fuperficies
acceffibles
, enſemble
la methode
de toifer, par
Moitoiret
de Blainville
, in 12.
1. 1. 10.f.
L'ufage du compas de proportion , parOzanam,
nouvelleédition, in octavo, 1.1. 10.f
La Gnomonique
univerfelle , ou la fcience de tracerles Cadrans folaires fur toutes fortes
de ſurfaces tant ſtables que mobiles, in 6-
tavo ,
4.
lir
.
Traité du mouvement des eaux , parMariotte,
in douze , 2. 1.s. 6.
Nouveau
Traité
du
grand
negoce
de
France
pour
la correfpondance
des
Marchands
, enfemble
les
principales
obfervations
duJauge
univerfel
, de
la Marine
& de la Navigation
, 1.1.10
.
in douze
,
Elemens
d'Arithmetique
& d'Algebre
,
ou Introductions
aux Mathematiques
, par
3.
liv.
M. Lagny , in douze ,
L'Arithmetique en fa perfection , mife en pra
tique
25
372
tique felon l'ufage des Financiers , Banquiers
& Marchands par Le Gendre
douze, 2.. 1. s. f.
Le Commerce en fon jour ou l'Art d'apprendre
en peu de temps à tenir les livres de cont
ptes à parties doubles & fimples par debit &
credit , in folio,
Voyages & Geographie.
6. liv.
Les fameux Voyages de Pietro della Vallé
Gentilhomme Romain , furnommé l'illuftre
Voyageur, avec un dénombrement tresexact
des chofes les plus curieufes & les plus
remarquables qu'il a vûës dans la Turquie,
l'Egypte , la Paleftine , la Perfe , & les Indes
Orientales , & que les Auteurs qui en
ont cy-devant écrit , n'ont jamais obfervées,
in quarto , 4. vol . 20. liv.
Second Voyage du P. Tachard & des Jefuites
envoyés par le Roy au Royaume de Siam ,
in quarto , 6. liv .
Voyage d'Italie , de Dalmatie , de Grece &
du Levant , par Jacob Spon , in douze , 3 •
vol. avec figures ,
6. liv.
En Mofcovie , Tartarie , Perfe , aux Indes
, & en plufieurs autres Pays Etrangers ,
par Jean Struys , in douze , 3. vol . avec figu
res
>
6. liv.
2.
En Perfe , par Chardin , in douze ,
vol. 5. liv. & en un vol. in douze d'Hollande
, avec figures , 4. I.
Et
Ambaffade en Maroc , par M. de S.
Olon , in douze ,
2. 1.
De Siam , par M. l'Abbé Choify , im
26
1. liv.
Ambdaofufzaed,es de M. le Comtede Guilleragues
20.1
.
& de M. Girardin
auprés du Grand Sei- gneur àConftantinople
, in douze , 1. l. 10. f. Les Voyages
de M. de Monconis
, in quarto ,
3. vol. avec figures , Nouvelle
Methode
pour apprendre
la Geogra- phic univerfelle
, enrichie
de Cartes , Ar- moiries
, figures
des Nations
, & de plu- fieurs Tables Chronologiques
, par M. de la
Croix , ens . Vol. in douze , enrichie
de figures
en taille- douce , Le Dictionaire
Geographique
& Hiftorique
de M. Baudrand
, in folio , 1705.
La Geographie
ancienne
, moderne
& hiftorienrichie
de Cartes , par M. d'Audi- que ,
fret , in quarto , 3. vol .
12.1
.
18. 1.
18. 1.
Le parfait
Geographe
, ou l'Art d'apprendre la Geographie
par demandes
&par répon
fes , in douze , 2. volumes
, rempli
de Cartes tres-exactes
, nouvelle
édition
, 1706.
4.1.
Le Dictionaire
Geographique
, avec la Carte
generale
de tout l'Univers
, in douze ,
2. livres.
Deſcription
nouvelle
de la Ville de Paris, confiderablement
augmentée
des éditions
précedentes
, & enrichie
de beaucoup
de figures
en taille-douce en cette nouvelle
édition,
par M. G. Brice, in douze, 2. vol. 4.1, 10. L.
Medecine
& Chirurgie
.
La nouvelle Chirurgie Medicale & raiſonnée,
par Etmuller , in douze ,
1.l. 10.
f.
Traité des Pierres qui s'engendrent dansles
2.1 . 5. f.
hommes & dans les animaux , par Nicolas
Venette , in douze ,
Differtations fur la Goutte , par un Docteur
en Medecine , in douze , 1. 1. 10. f
1.1.
Obfervations fur les Fiévres & les Febrifuges,
par M. Spon , in douze ,
Hiftoire des Plantes , in douze , 2. volumes ,
avec figures , 5.1.
Secrets concernans la beauté & la fanté , par
Blegny , is octavo , 2. vol. 6. liv.
L'Anatomie du Corps humain , par Diemerbroeck
, in quarto , 2. vol. 12. 1.
Anatomia corporis humani , Bartolino , in octavo
,
3.
1.
Cours de Chimie , par M. Lemery, in octavo,
derniere édition , 4.1. 10. f
Anatomie de l'homme , par Dionis, in octavo ,
4. 1. 10. f.
Tragédies , Poëfies , & Comédies.
Les Oeuvres de M. Racine , in douze , 2. volumes
,
6. liv.
De M. Moliere , in douze , 8. V. 15. 1.
De M. Corneille
belle édition ,
in douze , 7. vol.
De Scarron , in douze , 10. vol.
De Voiture , in douze , 2. vol.
De Clement Marot , in douze ,
belle édition ,
15.
liv.
15.1.
3.1. l.
2 .
vol.
6. 1.
4.1.
4.1.10 f
20. 1.
s.1.
De Benferade , in douze , 2. vol.
De le Pays , in 12. 3. vol.
De Balzac , in douze, II. vol.
De M. de
Montfleury ,
imprimées en 2. vol . in douze ,
nouvellement
B ij
28
vol.
D'Horace
par Dacier , in douze, 10:
20.1
.
Les Comédies
de Terence traduites en François
avec des remarques
par M. Dacier ,
douze , 3. vol.
De Plaute , de la même traduction
,
douze 3. vol
.
6. I
in
4.1
. 10. f
- Plutus
& les
Nuées
d'Ariftophanes
, dela même
traduction
, in douze
, 2.
L'Oedipe
& l'Electre de Sophocles
, de la même
traduction
, in donze ,
2. liv La Philis de Scire Paftorale du Comte Bon- narelli , nouvellement
traduite en vers Fran
çois avec l'Italien à côté , in douze,
2.1.
2. P
Pafto Fido Italien & François , in 12.
Le même en Vers François & Italiens
2.1 5. A
in douze
,
Le Recueil
nouveau
de tous
les Opera
, avec
les airs
, en 7. vol . in douze
,
Poefies
de Malherbe
, avec
les Obfervations
de
M.
Ménage
fur
la Langue
Françoife
, in
douze
rieces détachées
.
La Devinereffe , in douze,
14.
1
3.
liva
1-1
. 10.f
Les Dames vangées , ou la Duppe defoymêine
, in douze
Bradamante
, par M. Corneille ,
Artaxerxés , Tragedie , in douze,
Les Joueufes , in douze ,
Le Capricieux , in douze ,
Le Chevalier à la mode , in douze,
Les Sarrafins , in douze ›
1. liv
in 12.
1.k
1. h
10: f.
1.k
J
ii.
K
29
ming
!
Livres de Droit.
Traité de la Communauté des biens entre
l'homme & la femme conjoints par mariage
, par M. Dernuffon Avocat au Parlement
, in fol.
Les Oeuvres de Bacquet , par Ferriere
fo!.
10. 1.
in
15 1. Bibliotheque Canonique de Bouchel & Blóndeau
,in fol. 2. vol .
241 Arrefts du Parlement de Paris , par Bardet ,
infol. 1 vol .
Lyon
18. 1.
De M. Louet , in fol. 2. volumes , de
, 16. I
Les mêmes
, infol. 2. v . de Paris , 30.k. De M. Henry , infol. 1. vol. confidera- blement augmentés
, fous preffe
Les Décifions
Catholiques
, par Filleau
, in folo ,
12.1.
Les Loix
Civiles
dans
leur ordre
naturel
, enfemble
le Droit
Public
, Legum
Delectus
ex
libris Digeftorum
, & Codicis
, nova
editio
aucta
,
in fol.
De M. Perard Caftel.
18. I.
Paraphrafe du Commentaire de Me. Charles
du Moulin fur les Regles de la Chancellerie
Romaine , receues dans le Royaume de Franée
, in folio , 11. liv.
Nouveau Recueil de plufieurs queſtions
notables fur les matieres beneficiales , in fol.
2. vol.
14. 1.
Les Definitions
du Droit
Canon
, contenant
un recueil
fort exact
de toutes
les
Biij
30 matieres beneficiales
fuivant les maximes di
Palais , ou les queftions font décidées felon
P'opinion des plus celebres Auteurs qui ont écrit fur ces matieres , conformément
aux
libertez de l'Eglife Gallicane , à la nouvelle
Ordonnance
& aux Arrefts qui y font intervenus
; le tout dirigé par ordre alphabe tique, avec des remarques tres neceffaires: pour l'éclairciffement
des mêmes définitions
, troifiéme édition , revue, corrigée-
& augmentée
de 700 nouvelles remarques
, par M. Noyer Avocat au Parlement,.
& Banquier expeditionaire
en Cour deRome
in fol.
Fly Clari Opera , in fol.
Ferrerii Tractatus Juris , in fol:
15.1
10.
9
live
De M. Lucien Soefve ancien Avocat.
Nouveau Recueil de plufieurs queftions-nota- bles tant de Droit que de Coûtumes , ju«.
gées par
Arrefts d'Audiance
du Parlement.
de Paris, depuis 1640. jufqu'à prefent ,
folis,
Traité des fucceffions , par M. le Brun ,
filio ».
Coutume de Paris , par Monfieur le Maître,
14.1
10.
l
in folio ,
Les Oeuvres de M. Loyſeau , in folio,nouvelle
édition ,
12.h
Journal des Audiances
du Parlement de Paris,
in folio , 4. vol.
40
.
Coûtames generales des Pays & Duché de
Taifan , fol papier fin ,
Bourgogne , avec les Commentaires de M...
14
.
#
Traité de l'Abus par Fevret , fol.
De M..Dernuffon , Avocat .
12. 13.
Traité des Propres réels réputez réels & con--
ventionels, où font traitées les notables que
ftions du Droit François , feconde édition
augmentée d'un tiers , in quarto , 6. 1 .
Du même, dela fubrogation de ceux
qui fuccedent au lieu & place des Crean--
ciers , nouvelle édition augmentée , in quarto
J 6. liv.
Du même , du Douaire & de la Garde--
Noble & Bourgeoife
, in quarts ,
Cabaffutius Praxis Juris Canonici , in 4.
6. I.
6.15 Tables Chronologiques dés Ordonnances , in
quarto , par Blanchard ,
Coûtumes de Châlons , in quarto ,
6. l .
61..
Grotius du Droit de la Guerre & de la Paix ,.
avec les notes de Monfieur Courtin , in
quarto , 2. vol .
12. I..
Les Inftituts du Droit Confulaire , ou les Ele--
mens de la Jurifprudence
des Marchands ,
C
in quarto ,
7. I..
Les Plaidoyers de M Gaultier , ancien Avo
cat au Parlement , avec les Arreſts intervenus
fur iceux , donnez nouvellement
air
public par M. Gueret , Avocat au Parle
ment , in quarto , 2. vol.
De Ma le Maître , ancien Avocat ,
in quarto,
in
6. liv.
quarto ,
Praticien François de M. Lange , nouvelle
édition , 7: 1. 10.f
Dictionaire Civil & Canonique , de Droit &
de Pratique , nouvelle édition , confiderable
A
32.
ment augmentée
, m quarto , 1706. 7. Les Loix Čiviles , le Droit public , & Legum Delectus
ex Libris Digeftorum
, & Cadices ad ufum Schola & Fori, accefferunt
fingulis Legibus fue Summe earum fententiarum
brevi complex ,
in quarto , 6. vol. Legum Delectus , in quarto , feparatim
, 6. Tractatus
de vfura & Fonore , à Gaitte , m
quarto ,
36.1
7 live
La Jurifprudence
Françoife
, par Helo , in4
2. vol.
Les Conferences
des Ordonnances
, par
nier , in quarto, 2., vol .
Iz l.
Bor
12.
liv.
6.1
Commentaire
fur les Coûtumes generales du Bailliage de Meaux , avec des notes fur la
Coûtume de Paris , par Bobé , in-4 Stile univerfel dreffé pour toutes les Cours & Jurifdictions
du Royaume , fuivant l'Or
de
donnance
Civile de Louis XIV. Roy
France & de Navarre , donné au mois d'A vril 1677. par M. Gauret, in 4. 4. I, 10.f.
-Du même , Stile univerfel fuivantl'Ordonnance
Criminelle
, in quarto ,
4. I.
6. I
Stile du Confeil du Roy , in 4. Nouveau Stile des Lettres de Chancellerie de
6.1. France , in quarto , '
De l'état & de la capacité des Ecclefiaftiques
pour les Ordres & Benefices , où on rap
porte les empêchemens , peines, ceafures &
irregularitez , prononcez par le Droit & les
Conciles contre les Ecclefiaftiques , & les
abfolutions , difpenfes , rehabilitations neceffaires
pour s'en faire relever par les Superieurs
par M. Michel Duperray , celebre
Avocat au Parlement , in quarto ,
2.1
33
1/5Ca
www
.
Le parfair Procureur , contenant la nouvelle
maniere de proceder dans toutes les Cours
& Jurifdictions du Royaume , in quarto . 2 .
vol.
12. 1
La Methode generale pour l'intelligence des
Coûtumes de France , par Challine , in
octavo ,
2. 1. 10. f.
Le parfait Notaire de Caffan , in 8. 2.1. 10.f
Inftituts Coûtumiers de Loifel,in 8. z. 1 .
Mrbeli Laft tutiones Furis Canonici , in douze ,
liv. 10 f. " I.
10. f.
La découverte des mifteres du Palais , ou ik
eft parlé des parties en general des Intendans
des grandes Maifons , des Procureurs , des
Avocats , Notaires , Huilliers , 'n tu . . l. 16.f.
Les Inftituts de Juftinien , par Ferriere , in
vol. 12. 2 . 4.
Coûtumes deParis de Maître du Moulin, Tournet
, & Jolly , in douze , 2 vol , 4. 1
Traitez des Droits honorifiques des Seigneurs ,
par Marechal , ir douze , 2. vol . 4. Ï. 10. f.
Des Hypoteques , par Monfieur Bafna..
ge , in douze ,
Edit pour les Duels , in douze , broché ,
2. 1.
1.11
..
Traité du Droit d'Amortiffement , par Monfieur
de Lauriere , in douze , I. 1. 10:
Nouveau Traité du Mariage Chrétien fait fe
lon les loix de l'Eglife & les Ordonnances
de nos Roys , avecun Traité tres-neceffaire
de l'impuiffance de l'homme & de la femme
, in douze , 2. II
Obfervations analytiques fur la Coûtume de
Paris , par M. Pithou , in dix -huit. 1. l.
Ordonnances des Eaux & Forefts ; augmen~
tées des Edits , Declarations , & Arreſts
34
1. 1. 10.
in vingt-quatre ,
--------Sur le fait des Aydes & Gabelles, in vingtquatre
,
Pour les matieres Civiles,in vingt-quatre,
1.1. 10. f.
Four les matieres Crimineles , in virgt.
quatre , I. 1. 10.1
.
1. 1.10.
f
in 24,
Pour les Marchands , in 24
Sur le fait de Committimus ,
1.1. 10. f.
Inſtitutiones
Fuſtiniani
, in vingt quatre , rubro
nigrum,
1.1.10
.
Catalogue
des Ufages
de l'Ordre de S.
François
, avec leur prix.
Breviarium
Romanum
, maximo caractereeditum,
60.1 in fol.
Breviarium
Franciſcanum
, in quo Officium Sant- torum Ordinum S. Francifci inter Officia Roma- na inferuntur
, quibus adjuncta funt Sanctorum
recentiorum
Officia, ufque ad annum 1908.
inclufivè , maximo caractere , in fol. 5o.l. Le petit Breviaire
in douze àl'ufage des Predi- cateurs, tant à Hymnes
vieilles qu'à Hym nes nouvelles
, fe vend en un volume,
fur tranche ,
maroquin
noir , rouge
s. 1.10 f
doré fur tranche , 6. 1. & en maroquin
rouge,
6. 1. 10. f.
Le même petit Breviaire in douze fe vend en
deux volumes , maroquin noir ,
tranché ,
rongefur
10. l. doré fur tranche , 11. 1. & en maroquin
rouge, 1.2.1
.
35
Car
Les mêmes petits Breviaires in douze , en un &
en deux volumes tant à Hymnes vieilles qu'à
Hymnes nouvelles , ont été imprimez avec
les Saints d'Espagne & d'Alemagne, & font
du même prix que les autres .
Quand on voudra lefdits petits Breviaires lavez
& reglez , c'eft dix fols par volume d'augmentation.
Darale Franc(canum , in 32. tant H. V. que
H. N. en maroquin , rouge fur tranche , 1 .
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2.1. 5. maroquin rouge ,
2.1. 10. f.
Breviaire de l'Ordre de faint François , avec
les Rubriques en François , in octavo, 2. vol.
en maroquin n oir , rouge fur tranche , 18.
1. doré fur tranche , 20. 1. & en maroquin
rouge ,
22. liv.
Le même Breviaire in octavo , 4. vol .
maroquin noir , rouge fur tranche , 30. liv .
doré fur tranche , 34. liv. & en maroquin
rouge , 38. 1.
Si l'on veut lefdits Breviaires lavez & reglez
c'eft vingt fols par volume d'augmentation .
Le Diurnal à l ufage de l'Ordre , avec les Rubriques
en françois in octavo , maroquin
noir , rouge fur tranche , s . 1. 1o. f, doré ,
6. 1. 10 f. & en marcquin rouge , 7.1 10. f.
quand on le voudra lavé & reglé , c'eſt dix
fols d'augmentation .
Le même Breviaire in 8.en 2 , & en 4. vol, avec
les Rubriques en françois , a été imprimé
auffi-bien que le Diurnal in 8. & in 32. avec
les Saints d'Efpagne & d'Alemagne , & fe
vend le même prix.
Miffale Francifcanum, in quo Miffa SS.Trium Or¬
36 dinum S. Francifci
interMiffas Breviari! Roma“ niinferuntur
, in folio, maxino caractere,en veaul, fur tranche, 13. I. doré , 14. 1, en ma- rouge
roquin noir , doré , 20 1. & en
rouge, doré ,
maroquin
221
,
Il y en a en grand papier qui valent, reliez en maroquin
noir, doré , 30. 1. &en maroquin
rouge, doré , 34 I.
Les mêmes Miffels ont été imprimez
avec les Meffes des Saints d'Espagne
& d'Allemagne
,
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Proceffionel
de l'Ordre de S François
, avec une methode
pour apprendre
le
pleinchant
, in octavo,
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qui s'impriment
à Paris.
1
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à Paris chez MICHEL BRUNET, grandfalle
du Palais , au Mercure Galant.
Es Lettres de Saint Jerôme , nouvellement
L traduites des PP . Benedictins , in octave
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du Nouveau Teftament
felon la Vulgate , par M. Huré , imprimépar la permiſſion de Monfeigneur
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Les Oeuvres de Sainte Thereſe , de la traduction
de Monfieur Arnaud d'Andilly , in octavo ,
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Comte d'Agen , in douze , 8. vol.
La Vie de M. Deſcartes , in quarto,
La même , in douze ,
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, reprobationis , & gratia actualis ,
in quarto , 170s.
Tables geographiques & chronologiques de tous
les Archevêchez & Evêchez de l'Univers
où l'on voit dans un abregé méthodique &
fuccint , l'Etat ancien & prefent tant de l'Eglife
Latine que de l'Eglife Grecque , & des
autres Communions de la Chrêtienté ; la
fituation & diftribution de toutes les Provinces
Ecclefiaftiques , les noms des Archevêchez
& Evêchez , leurs érections , unions ,
revenus , &c. in octavo ,
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Les Oeuvres de Meffieurs Corneille , in douze ,
10. vol. nouvellement imprimez ,, 20. liv.
Hiftoire de la Conquête du Perou , in douże,
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Coûtume du païs & Duché de Normandie, par
M. Pefnelle , in quarto , L'efprit de la Coûtume de Normandie , Recueil d'Arreſts notables du même Parlement
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Les Homelies de l'Année , par M. Hermant ,
3. liv. in douze , 2. vol. Differtations
fur le Pecule des Religieux & des
Religieufes
, in douze, 2. vol. 4.
liv. Traité de la Grammaire Françoiſe , par M. l'Abbé Regnier Defmarais,Secretaireperpetuel
de l'Academie Françoiſe , in quarto , 6. liv. Obfervations de Meffieurs de l'Academie Françoife
, furles Remarques de M. de Vaugelas,
in quarto, Harangues prononcez par Meffieurs de l'Academie
Françoife , dans leurs receptions , in
quarto ,
6. liv..
6. liv.
Les Veritez plaifantes , ou le Monde au naturel
, in douze ,
2.
2. liv.
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liv.
Les Oeuvres de M Cyrano de Bergerac,
fon Pedant joué , in donze,
Gloffaire du Droit François , contenant l'expli
cation des mots difficiles qui fe trouvent dans
les Ordonnances de nos Roys , in quarto,
10.liv. 2. vol.
La Science parfaite des Notaires , de Ferriere,
in quarto,
Du même , Introduction
à la Pratique ,
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6. liv.
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Style univerfel des Huiffiers ou Sergens ,
donze...
Mat
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Negociations ou Ambaffades de Monfieur de
Baffompierre , in douze, 3. vol. 6. liv.
Plaidoyez de M. le Noble, in octavo, 2. liv. 10. f.
Conferences du Diocèfe de la Rochelle , in
douze, 2. liv.
Le Bon Paſteur
, ou le devoir
des Preftres
, in douze , 2. vol.
Cathechifme
de Montpellier
, in douze , 3 .
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A
4. liv.
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aifément la Geographie par demandes & par
réponſes , Nouvelle Edition , corrigée &
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2. vol. par M. le Cocq , 1707.
4. liv. 10. f.
Hiftoire univerſelle , traduite du Latin du P.
Turcellin Jefuite ; avec des Notes fur l'Hiftoire
, la Fable , & la Geographie , in douze
, 3. vol. 1707. 6. liv.
Voïage du Sieur Paul Lucas au Levant ; on y
verra le récit de l'entrepriſe violente du Pacha
de Babylone contre les Sujets du Roy,
l'établiffement des Miffionaires Capucins en
cette Ville , & l'Hiftoire du jeune Paleologue
, in douze , 2. vol. 4. liv.
Les Vies des faints Peres des Deferts & de quelques
Saintes écrites des Peres de l'Eglife ,
& traduites par M. Arnaud d'Andilly , inoctavo
, 3. vol. 12. liv.
Le Nouveau Teftament de Nôtre - Seigneur
J. C. traduit en François felon la Vulgate
par le R. P. Bouhours , in douze , 2. vol . 5. 1.
——Le même, in-dix- huit , 2. vol. 2. liv. f.
Les Saints Defirs de la Mort , ou Recueil de
quelques penfées des Peres de l'Eglife , pour
par
IO
montrer
comment
les Chrétiens
doivent mé- prifer la vie & fouhaiter
la mort , par le R.P.
Lallemant
, in douze,
1. liv. io.f.
fe
Teftament
Spirituel
ou
Prieres
à Dieu
pour
difpofer
à bien
mourir
, par
le R. P. Lallemant
, in doute
, 1. liv. 10.f.
Les
Sermons
duR. P. Cheminais
de la Compagnie
de Jefus
, in douze
, 3. vol. s.div
. 10 ..
Penfées
Ingenieufes
des
Peres
de l'Eglife
, par le
R. P. Bouhours
, in douze
,
Remarques
nouvelles
fur
la Langue
Françoile
,
par
le R. P. Bouhours
, in douze
,2. vol.fl.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le