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Eur.
511
1707,4
Mercure
<36624505040018
<36624505040018
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AVRIL , 1707.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant .
Comm
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendrent
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII .
Avec Privilege du Roy '
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU
LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires
qu'on envoye
pour efire employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Mea
moires, & que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
5
MERCVRE
GALANT
J
AVRIL ,
1707 .
E ne doute point qu'en jetyeux
fur
ce
que
tant les
vous allez lire, vous ne trouviez
que je reprens
les choſes
d'un
peu loin ; mais il faut fouvent
rappeller
les idées
du paffé
A ij
6 MERCURE
રે
,
pour bien juger dụ preſent .
Le Roy , ayant depuis fa
Majorité acoutumé la France
gagner des Batailles & à
conquerir des Villes , il femble
aujourd'huy quecelongenchainement
de profperitez qui n'a
jamais efté accompagné que
de legeres difgraces , luy ait
fait oublier que le fuccés des
armes eft journalier , & qu'on
a veu dans tous les fiecles de
fameux Conquerans effuyer de
grands revers , fans quoy on
auroit pû dire qu'ayant toûjours
triomphé fans difficulté
ils auroient triomphé fans gloiGALANT
7
re . Jamais Monarque n'a triomphé
plus long- temps que le
Roy , puifqu'auffi- toft aprés
fa Majorité , & fortant à
peine de l'enfance , ce Prince
fe trouva en perfonne aux Siéges
de Stenay & de Saint Guilain
, & au fameux & long
fiege de Montmedy. Onpeut
mefme dire qu'il a donné de
la vigueur a tous les fieges qui
fe font faits en Flandre depuis
fa Majorité jufqu'à la Paix des
Pyrenées , & que c'eſt à ce Prince
que font dues les Places qui
ont efté emportées pendant ce
nombre d'années. A peine le
i
8 MERCURE
Printemps commençoit- il tous
les ans à paroiftre que ce Monarque
, abandonnant tous les
plaifirs dont jouït la Cour d'un
jeune Souverain , partoit pour
fe rendre fur les frontieres . Ses
armées n'étoient mefme fouvent
pas encore aſſemblées , &
la faifon ne leur fourniffoit pas
encore dequoy fe mettre en
campagne . Cependant il eſtoit
toûjours en mouvement. Il
faifoit des reveues ; il achevoit
de faire remplir les Magazins ;
il vifitoit les Places expofées .
Il ordonnoit des fortifications
aux endroits qui luy paroifGALANT
9
foient foibles ; il examinoit les
Garniſons , & il inſpiroit de
la valeur à toutes les Troupes ,
qui voyant fon attachement
au mêtier de la guerre , s'y
appliquoient de mefme , &
s'expofoient volontairement
aux plus grandes fatigues ,
voyant
celles
que leur Souverain
effuyoit tous les jours. Ce
Prince demeuroit fur les frontieres
pendant tout le temps
que duroient toutes les Campagnes
, & quoy qu'il ne puft
toujours affieger en perfonne
les Villes qu'il avoit refolu de
mettre au nombre de fes conΙΟ
MERCURE
queftes , il eftoit neanmoins
l'ame de tous les fieges qui fe
faifoient
, & les Troupes perfuadées
qu'il ne laifferoit manquer
ni de fecours ni de toutes
les chofes neceffaires pour la
conquefte de ces Places , &
animées par cette confiance,
combattoient avec plus de vigucur.
Je ne dis rien de la Campagne
que ce Monarque fit en
perfonne en 1667. La rapidité
de fes conqueftes donna de la
jaloufie aux puiffances qui luy
étoient redevables de tout leur
éclat , ce qui ne l'empecha pas
GALANT It
pendant que l'orage commençoit
à gronder contre luy
d'attaquer en perfonne la Franche-
Comté en plein hiver , &
de l'emporter. Il céda enfuite
au temps & mit bas les armes
en demeurant poffeffeur de la
plus grande partie de ſes conqueftes
, perfuadé que ceux
qui en avoient arrefté le cours
en payant d'ingratitude les fervices
qu'il leur avoit rendus ,
repentiroient bien- toft d'un
fi lâche procedé. Il avoit refolu
d'en prendre une juſte &
glorieufe vengeance , & comme
il eftoit affuré de voir
12 MERCURE
reüffir tous les projets qu'il
formoit , il fe mit en eftat de
les
executer , ce qu'il fit en
1672. d'une maniere fi éclatante
& fi glorieufe que les
ficcles ne fourniffent point
d'exemples de conqueftes faites
avec tant de rapidité . Les Villes
ne fe rendoient pas feulement à
fon aproche , mais les Provinces
entieres , & il ne ceffa point
d'entaffer victoires fur victoires
jufqu'à la Paix de Nimegue
qu'il impofa à fes ennemis pour
pour le repos de l'Europe en
luy facrifiant en cette confideration
une partie de ſes conqueftes.
GALANT 13
Si ce Monarque en fit un fi
grand nombre pendant le
cours d'une guerre à laquelle il
s'étoit preparé , il n'en fit pas
moins dans celle que le Prince
d'Orange luy fufcita en 1688 .
quoy qu'il n'euft alors que
tres- peu de Troupes fur pied ,
& qu'il n'euft point de fonds
dans fon épargne . On doit
ajoûter à cela que le Prince
d'Orange faifant de cette guerre
une guerre de Religion ,
avoit animé contre luy prefque
tous les Proteftans de l'Europe
; que fes armées eſtoient
remplies des Soldats & des Of14
MERCURE
ficiers Proteftans dont la fupreffion
de l'Edit de Nantes
avoit caufé la défertion . Tant
de Troupes aguerries , & tant
de Puiffances liguées avec le
Prince d'Orange qui fit agir
pour luy toutes les forces d'Angleterre
tant de terre que de
mer, ne purent arrefter les conqueftes
d'un Monarque accoûtumé
à vaincre . Il gagna tant
de Batailles , & remporta tant
de Places , que fe trouvant en
eftat une troifiéme fois d'en
facrifier au repos de l'Europe ,
en en réſervant encore pour
luy pour s'indemnifer des frais
GALANT 15
de la guerre , il rendit la tranquilité
à cette mefme Europe ,
contant de faire voir qu'il étoit
en état de pouffer fes conqueftes
encore plus loin , &
qu'il auroit pû aneantir ceux
qui l'avoient attaqué injuſtement
, fi la continuation de fes
triomphes n'avoit dû trop
affoiblir les forces de l'Europe
& luy faire répandre trop de
de fang , les vainqueurs ne
laiffant pas d'en perdre auffi
beaucoup pendant le cours
d'une longue guerre
.
Si le Roy avoit afpiré à la
Monarchie univerfelle , comme
16 MERCURE
le difoient ceux qui regnoient
en Angleterre, & comme fouffroient
ceux qui avoient le maniement
des affaires en Hollande
, que les Proteftans François
le publiaffent dans les
écrits publics dont ils font
les Auteurs ; les premiers , parce
que la guerre feule pouvoit
les empêcher de defcendre d'un
Trône ufurpé , & leur faire
tirer de l'argent des peuples ; &
les feconds , parce qu'ils ne
pouvoient s'enrichir & fe main
tenir dans les Poftes qu'ils occupoient
, que dans le défordre
& dans la confufion , & penGALANT
17
dant une longue guerre.
Si , dis - je , encore une fois ,
le Roy avoit afpiré à la Monarchie
univerfelle , il n'auroit
pas rendu par la Paix de Nimegue
& par celle de Rifwick ,
un fi grand nombre de places
qui pouvoient l'y conduire . Il
n'auroit pas efté prefque fans
troupes & fans argent dans le
temps que le Prince d'Orange ,
qui avoit fait une ligue prefque
avec toute l'Europe contre luy,
paſſa en Angleterre , & enfin
voyant la mort prochaine de
Charles II . Roy d'Eſpagne , il
n'auroit pas travaillé à un Trai-
Avril 1707
. B
18 MERCURE
té de partage pour empêcher
que la guerre ne s'allumaft
dans toute l'Europe , aprés la
mort de ce Monarque. Ces
faits font inconteftables & de
notorieté publique , & il ne
l'eft pas moins que les Anglois
& les Hollandois après avoir
reconnu Philippe V. pour legitime
Roy d'Espagne , ont ceffé
de le reconnoiftre , & ont déclaré
la guerre aux deux Rois,
fans couvrir leur injuftice
mefme d'aucun pretexte , &
alleguant feulement que lapuif
fance des deux Rois unie en
femble feroit trop grande, r
GALANT 19
Il n'y a perfonne qui , fur
des faits fi pofitifs , puiffe difconvenir
que la guerre que l'on
fait aujourd'huy aux deux Rois
eft tout- à-fait injufte , puifque
les Alliez mefme ne peuvent
s'empêcher de convenir du
motif qui là leur a fait entreprendre
& qu'ils aiment
mieux paffer pour injuftes que
pour mauvais politiques . Ainfi
il ya lieu d'efperer que malgré
quelques revers de fortune
, que le Ciel n'a peuteftre
fait effuier aux vainqueurs
que pour leur faire fentir qu'ils
doivent toute leur gloire à la
Bij
20 MERCURE
divine Puiffance , cette guerre
poura finir auffi heureuſement
qu'elle a commencé. Les avantages
remportez par les Alliez
pendant quelques
campagnes
ne doivent pas encore leur faire
croire que la fortune leur fera
toûjours favorable. S'ils jettent
les yeux fur les avantanges
qu'ils ont remportez , ils verront
qu'ils font moins dûs à
leur valeur qu'à de certaines
fatalitez que les plus fages &
les plus braves ne peuvent fouvent
éviter ; que tous ceux qui
ont pû combattre à la bataille
d'Hochſtet ont repouffe & batGALANT
21
tu les Ennemis , & qu'ils ne
doivent legain de la bataille qu'à
l'impoffibilité de combatre ou
plufieurs Corps fe font trouvez.
Je prétens vous faire voir
que depuis ce défavantage juf
qu'au moment que je vous
écris aujourd'huy
, le Roy s'eft
peut - eftre plus couvert de
gloire qu'il n'avoit fait auparavant
durant un grand nombre
de campagnes , pendant
lefquelles la victoire avoit toû
jours accompagné fes armes .
Que fa tefte, fa raifon , & fa religion
ont agi; qu'il a toujours été
22 MERCURE
le même , & que fi fon bonheur
ne l'a jamais en orgueilly ,
fon malheur ne l'a jamais abattu
. Je vais pouffer les chofes
encore plus loin , &vous prouver
que le Roy n'a jamais paru
plus grand & plus laborieux
qu'il a dû le paroiftre aux
yeux de ceux qui luy ont rendu
juftice pendant les deux années
qui ont fuivy la bataille
d'Hochftet , & que files François
ont perdu plus de places
plutoft par une efpece de revolution
que par le fort des
armes , les ennemis ont perdu
infiniment plus de monde &
GALANT 23
>
plus de batailles
ce qui eft
dû au grand travail , aux foins,
aux ordres , & à l'aplication
du Roy pour remettre
toutes
chofes dans leur premier
état ,
& pour empêcher
les ennemis
de tirer tous les avantages
qu'ils efperoient
que la bataille
d'Hochftet
leur procureroit
.
En effet il paroiffoit
que rien
ne feroit capable
l'année fuivante
de refifter au torrent des
Ennemis
qui paroiffoit
nous
devoir inonder
de tous les
coftez . Ils menacerent
pendant
tout l'hiver ; ils fe
preparerent
aux plus grandes conqueftes ,
24 MERCURE
& s'en applaudirent comme fr
elles étoient déja faites. Prefque
toute la Cavalerie Françoiſe
avoit eſté ruinée en Alemagne,
& il ne paroiffoit pas qu'il fuft
poffible de la rétablir pendant
l'hiver , & l'on tenoit comme
une chofe affeurée que le tems
l'argent , & les chevaux devoient
manquer. Il ne paroiffoit
pas non plus que l'on puſt
trouver affez d'hommes pour
reparer la perte du grand nombre
de Regiments qui avoient
efté faits prifonniers de guerre.
Le Roy travailla pendant tout
J'hiver à chercher les moyens
de
GALANT 25.
de faire triompher fes Armécs
à
l'ouverture de la
Campagne
dans tous les lieux où il en avoit.
Les Troupes fe trouverent à
d'ouverture de la
Campagne.
auffi belles & auffi nombreufes
qu'elles l'avoient jamais eſté .
Toute la Cavalerie fe trouva
remontée , & M le Maréchal
de Villars fe pofta avantageufement
pour attendre le Duc
de
Marlbourough , qui ayant
choifi les meilleures Troupes
des Alliez marcha à luy
avec toute la confiance imaginable
, & perfuadé qu'il
s'alloit couvrir de gloire par
Avril 1707
. C
26 MERCURE
une victoire fignalée . Il avoit
des vivres , des munitions &
des troupes dans plufieurs
poftes , & la Ville de Treves
en cftoit remplic. Mr le Maréchal
de Villars qui avant
fon départ de la Cour , avoit eu
des conferences avec le Roy &
qui en avoit receu des inftructions
, touchant tout ce qu'il
devoit faire , ne s'étonna point.
Il fe pofta avantageufement
affuré que le Duc de Marlborough
ne pourroit l'attaquer
fans eftre battu , &fans perdre
la plus grande partie de fon armée.
Ce Duc le tafta de tous
GALANT
27
coftez , pendant treize jours
dans fon Camp de Sirck , &
ayant connu qu'il ne pouvoit
l'entamer , & les rifques
où il s'expoferoit s'il s'obftinoit
plus long- temps à demeu
rer dans le pays , refolut de fe
retirer ; ce qu'il fit fans tambours
& fans trompettes , & il
marcha du cofté de la Flandre ,
où nous commencions à faire
des conqueftes. Il fit abandonner
Tréves , & plufieurs autres
Poftes ; il en fit enlever une partie
des munitions & des provifions
, & brûler le refte , & fe
voyant fort harcelé dans fa
Cij
28 MERCURE
marche , il fit jetter dans la riviere
prefque toutes celles qu'il
faifoit marcher avec luy. Sa
déroute fut grande , & ſa honte
le fut encore davantage . Il ne
fçavoit fi tout ce qu'il voyoit
eftoit veritable , & s'il ne ſe
trompoit point. Je ne repete
point icy ce que j'ay dit dans le
temps que j'ay donné des Relations
de cette affaire , où l'on
en trouve tout le détail . Le Duc
de Marlbourough revint en
Flandre , avec une précipita
tion qui tenoit plus de la fuite
que de la retraite . La perte qu'il
fit en cette occafion fut confiGALANY
29
>
derable. Il abandonna beaucoup
de malades , & l'on trou
va quantité de chevaux morts
dans fon Camp. Ses troupes deferterenten
foule , & l'on compta
plus de sooo, déferteurs.
Enfin cette retraite precipitée
luy coûta 10. à 12000.
hommes
, le nombre de ceux qui
furent tuez ou pris s'eftant encore
trouvé plus grand que celuy
des deferteurs . Comme la
fortune commençoit à vouloir
que les avantages fuffent balancez
de part & d'autre , cette
retraite empêcha en Flandre
l'execution de quelques- uns de
Ĉ iij 2
30 MERCURE
nos projets , & fut cauſe que
nous ne pourſuivîmes pas nos
conqueftes. Les Alliez eftant
fort fuperieurs en nombre à
caufe de la jonction de tant de
Troupes trouverent moyen
de penetrer dans nos Lignes , &
de faire quelques prifonniers ;
mais outre que M' de Caraman
leur fit acheter cher le petit
avantage qu'ils remporterent
à cette occafion , ils ne pûrent
en profiter pendant tout le
refte de la Campagne , & furent
repouffez & battus en plufieurs
endroits , en voulant
avancer plus avant dans le
Pays,
GALANT 31
que ces chofes
fe
Pendant
IS
paffoient en Flandre , M's les
Maréchaux de Villars & de
Marcin fe faifirent de beaucoup
de Poltes , & marcherent
en Allemagne , où ils s'emparerent
encore de beaucoup
d'autres , & M' le Maréchal de
Marcin aprés s'eftre emparé
d'une partie des Lignes des Ennemis
, revint en Flandre où il
amena quelques Troupes que
l'on y crut neceffaires . Cependant
M' le Maréchal de Vilayant
continué fa marche
porta l'allarme juſqu'aux Lignes
de Stolhoffen , & fit beaulars
Ciii
32 MERCURE
coup de prifonniers ainſi qu'avoit
fait M le Maréchal de Marcin
. Enfin l'Armée du Prince de
Bide ayant achevé de s'affembler
, & eftant fort fuperieure ,
ne fit pour toute expedition
que la conquefte de la foible
Ville d'Haguenau , & ce qu'il
y eut de furprenant , & dont
on a vû peu d'exemples , eſt
que la Garnifon trouva moyen
de s'échaper , fans que l'Officier
general qui faifoit le fiege
de cette Place en euft connoiffance
, que lorfque M' de Péry
qui en eftoit Gouverneur , cuft
mis cette Garnifon en feuGALANT
33
reté , de maniere que cette
conquefte devint plutoſt un ſujet
de chagrin qu'un fujet de
les Ennemis . Voila
joye pour
de quelle maniere fe paffa la
campagne
en Allemagne
& en
Flandre. Quant à celle d'Italie
elle fut tres - glorieufe . On prit
la Mirandole
, Chivas & Aſti ,
& l'on s'empara de plufieurs.
Poftes confiderables
par leur
fituation ,& par les
avantages
qu'on en pouvoit tirer ; les Ennemis
furent auffi battus en
plufieurs rencontres
, avant &
aprés la fameufe bataille de
Caffano , & particulierement
34 MERCURE
au combat de la Caffine prés
de Gavardo . La bataille de Caffano
leur coûta preſque tous
leurs Officiers Generaux , M
le Comte de Linange y fut tué ,
& l'on fçut quelques jours
aprés que Monfieur le Prince
Jofeph de Lorraine , M ' le Duc
de Wirtemberg , le General
Bibrac , le General Reventlaw ,
& plufieurs autres , eftoient
morts des bleffures qu'ils avoient
reçûës dans ce combat ,
où M le Prince Eugene fut
bleffé en deux endroits . On fit
le fiege de Nice à la fin de la
même Campagne ; mais cette
GALANT
35
Place ne fut prife qu'au commencement
de l'hiver.
y
Voila ce qui s'eft paffé en
Allemagne , en Flandre & en
Italie , pendant la Campagne
qui a fuivi la bataille d'Hochf
tet , & que les Alliez inconfiderement
, ou plûtoſt fans
faire d'attention , mettent au
rang des trois Campagnes qu'ils
prétendent avoir efte malheureufes
à la France. Cependant
il feroit difficile d'en faire de
plus glorieufes. On y trouve
des déroutes honteufes pour
les Alliez , & qui leur ont coûté
cher de plus d'une maniere;
36 MERCURE
un nombre prefqu'infini de
Poftes emportez dans tous les
lieux où la France avoit des
Troupes ; des Armées ennemies
ruinées ; plufieurs Villes
prifesi des batailles gagnées ,
& enfin les Ennemis battus &
pourſuivis d'un coſté juſqu'aux
Lignes de Stolhoffen , & de l'autre
jufqu'au fond de l'Italie . Je
ne cite que les faits contenus
plus amplement dans les Relations
de tous ces avantages ,
qui ont efté renduës publiques.
¿
Je paffe à la troifiéme Campagne
que l'on met au rang des
GALANT 37**
malheureuſes , & pendant le
cours de laquelle les Troupes
de France ont remporté en
Allemagne & en Italie un
grand nombre d'avantages dignes
d'une éternelle gloire . On
ne peut rien ajoûter à ce qu'elles
ont fait en Allemagne pendant
tout le cours de la Campagne
, & en Italie , jufqu'à la
levée du Siege de Turin , où
les Ennemis perdirent plus de
monde que nous ; mais ces fortes
de pertes ne fe comptent
jamais lors qu'on en tire des
avantages auffi confiderables
que fut la levée du fiege de Tu-
..
38 MERCURE
rin . Je ne repete point icy ce
que je vous en ay déja dit ; il
fuffit que ce malheur , & la perte
de la bataille de Ramillies
ayent obfcurcy l'éclat des avanrages
que les Troupes du Roy
avoient remportez pendant
toute la Campagne . Comme ce
Monarque n'en eft pas caufe ;
que tous les avantages que
l'on a remportez pendant cette
même Campagne luy font dûs ;
& que ce qui fe paffe lorfque
ces Troupes font en action ne
le regarde plus , & qu'il fuffit
qu'il les ait fait partir en eſtat
de vaincre , par les foins qu'il a
;
GALANT
39
pris , ainfi que par les confeils
& les ordres qu'il a donnez .
voyons ce qu'il a fait pour
parvenir à tant de fuccés . Il
avoit pendant tout l'hiver travaillé
aux moyens d'avoir par
tout de nombreuſes Armées ,
il avoit concerté avec Monfieur
le Duc de Vendôme , &
avec M le Maréchal de Villars
par où ils devoient l'un & l'autre
ouvrir la Campagne en Allemagne
& en Italie , & il s'étoit
contenté à l'égard de la
Flandre d'y faire trouver une
Armée auffi aguerrie que nombreuſe
. Le refte ne dépendant
40 MERCUR
E
pas de luy , parce que les Ennemis
eftant forrs de ce coſté- là il
feroit dificile d'executer
les projets
que l'on formeroit , & que
les deux partis ne peuvent fouvent
rien faire que fuivant les
fauffes démarches
que l'un ou
l'autre fait , & que felon l'occafion
qui s'en prefente. Voyons
prefentement ce que firent les
deux Armées pour executer les
projets que leurs Generaux
avoient concertez avec le Roy.
Les mesures eftoient fi bien
prifes que M' le Maréchal de
Villars auroit remis les affaires
d'Allemagne dans la fituation
GALANT 41
S
1
5
1
où elles eftoient avant la Bataille
d'Hochftet
, fi peu de temps
aprés l'ouverture de la Campagne
, ce General n'avoit cfté
obligé d'affoiblir fon Armee en
envoyant plufieurs détachemens
de fuite en Flandre fuivant
les ordres qu'il en reçur.
On peut juger des expeditions
qu'il auroit faites par celles qu'-
il fit avant le premier détachement
de fes Troupes pour
Flandre , & par celles qu'il continua
de faire , quoy qu'il fuft
refté prefque fans forces.
La Campagne s'ouvrit par
la chaffe qu'il donna conjoin-
Avril 1707. D
42 MERCURE
B
tement avec M' le Maréchal de
Marcin au Prince de Bade &
au Comte de Friefen , qui furent
obligez d'abandonner leur
Camp. M' de Villars défit dans
fa marche huit cens chevaux ,
dont il y eut cent de tuez & plus
de cent faits prifonniers . On
entra dans le Camp que les Ennemis
avoient fortifié entre
Biſchveiller & Drufenheim , où
l'on trouva leurs tentés dreffées
avec une grande quantité de
munitions & de vivres ; ainfi
que dans Bifchveiller , qu'ils
avoient mis en de deffenfe.
On y trouva auffi les bagan
eftat deffenGALANT
43
ges , & entr'autres ceux du
Comte de Friefen & fa vaiffelle
d'argent . Les Ennemis furent
pouffez jufqu'à Stratmatt
où eftoit leur Pont fur le Rhin ,
qu'ils repafferent , enfuite dequoy
ils rompirent le Pont , &
ainfi le Fort -Louis fut entierement
dégagé. M' le Maréchal
de Villars aprés avoir envoyé
des détachemens pour faire les
fieges de Drufenheim , marcha
avec le refte de fon Armée
pour tâcher de profiter du defordre
où eftoient les Ennemis,
1- & pour s'emparer des retranchemens
de Lauterbourg. On
Dij
44 MERCURE
fut par ce moyen maiſtre des
Lignes du Motern . M' le Maréchal
de Villars pouſſa enſuite
les Ennemis par tout ; il
força les retranchemens qu'ils
avoient à la tefte du Pont de
Berghen , s'empara de ce Pont ,
& alla jufqu'au Fort - Loüis
dont les Ennemis avoient levé
le blocus . M' le Comte du
Bourg s'empara le même jour
par fon ordre d'un autre retranchement
fraifé & pallifladé
, que les Ennemis avoient à
la tefte du Pont de Stratmatt
qu'ils rompirent en s'enfuyant,
& qui eftoit gardé par trois ou
GALANT 45
quatre cens hommes . Tous ces
avantages furent remportez en
quatre ou cinq jours , & rendirent
le Roy maiſtre du rivage
gauche du Rhin jufqu'à Philifbourg
.
Je ne dis rien de la priſe de
Drufenheim où l'on trouva
une grande quantité de munitions
& de vivres. Celle d'Ha
guenau fuivit de prés , & l'on
y fit deux mille cinq cens prifonniers
, parmy lefquels il y
avoit un Officier general , &
plufieurs autres Officiers qui s'y
eftoient jettez aprés l'abandonnement
des Lignes. On trouva
46 MERCURE
dans la Ville foixante pieces de
canon preſque toutes de batterie
, cinq cent milliers de poudre
, des boulets , du plomb ,
& de toutes fortes de munitions
à proportion , quinze
mille facs de farine & un pareil
nombre de facs de bled & d'avoine.
M' le Maréchal de Villars
envoya enfuite des détachemens
qui fe faifirent de Germersheim
, de Billikum , de Spire
, & de Neuftadt. Pendant
que ces chofes fe paffoient M
le Comte de Reygnac , Gouverneur
de Brifack fit attaquer
les Lignes que les Ennemis
GALANT 47
avoient faites dans la Montagne
noire . Elles furent forcées ,
& les Troupes du Roy entrerent
dans la Souabe . M' le Maréchal
de Villars mit des Troupes
dans la petite Hollande ,
vis- à- vis de Philiſbourg , ce qui
obligea les Ennemis de rompre
le Pont qu'ils y avoient fur le
Rhin , de maniere qu'il ne leur
en refta aucun au - deffus de
Mayence. Il établit auffi de
groffes contributions dans le
Palatinat & dans les Evêchez
de Spire & de Wormes. Les
chofes eftoient en cet eftat lorf
que M' le Maréchal de Villars
48 MERCURE
fut obligé d'envoyer en Flan →
dre en deux détachemens 28 .
bataillons & 24. efcadrons ,
fans compter d'autres détachemens
qu'il fit enfuite. A peine
ce Maréchal eut- il fait ces détachemens
qu'il battit les Ennemis
qui avoient commencé à
faire paffer un corps de Troupes
du cofté de Philifbourg , &
qu'il les obligea à repaffer le
Rhin. Quelque temps aprés il
paffa luy - même ce fleuve au
Fort - Louis. Les ennemis qui
voulurent s'y oppofer perdirent
cinq cens hommes . Enfin
ce Maréchal pourſuivit les Enr
"
nemis
GALANT
49
nemis juſqu'à la riviere de Stolhoffen
, aprés avoir donné fes
ordres pour faire rétablir l'ouvrage
à corne qui avoit eſté
rafe en confequence du Traité
de Rifwick . Il fit faire en même
temps des redoutes , & établir
des batteries fur le bord de
la riviere de Stolhoffen.
Les Ennemis ne firent rien
pendant le refte de la Campagne.
Ils pafferent néanmoins le
Rhin , & aprés avoir ravitaillé
1. Landau , ils furent obligez de
le repaffer. Ainfi Mr le Maréchal
de Villars demeura maiftre
des bords du Rhin , depuis Bâle
Avril 1707
. E
so MERCURE
jufqu'à Philifbourg.
Voila un tres petit abregé
de la derniere Campagne d'Allemagne
, dont je ne parle icy
que pour vous donner lieu de
rappeller l'idée du détail qui
occupe une partie de fept ou
huit de mes Lettres , qui peuvent
paffer pour des volumes.
Il feroit difficile de faire une
Campagne plus glorieufe . Cependant
toutes ces expeditions.
ont efté faites dans la troifiéme
des années qui font regardées !
comme des années malheureu
fes pour la France . Voyons prefentement
ce qui s'eft paffé en
GALANT
51
Italie pendant les premiers
mois de la même
Campagne.
Comme le Roy avoit concerté
pendant tout l'hiver avec Monfieur
de Vendôme ce que ce
Prince y devoit faire , ainfi qu'il
avoit concerté avec Mr le Maréchal
de Villars ce que ce Maréchal
devoit faire en Allemagne
, les avantages remportez
en Italie y ont d'abord
efté tels que le Roy avoit prévû
, & qu'ils ont répondu à l'attente
de ce Monarque jufqu'au
temps qu'un revers de fortune
qu'il ne pouvoit prévoir ;
qui ne dépendoit pas de luy
Eij
52 MERCURE
& que par confequent il ne
pouvoit empêcher , a changé la
face des affaires , & fait perdre
tout le fruit des heureux fuccés
des projets que ce Monarque
avoitfibien concertez pendant
tout l'hiver , & qui luy
avoient par tout fait meriter
tant de gloire à l'ouverture de
la Campagne
.
Jamais en aucun lieu & en
aucun temps , & fous aucune
Puiffance , mefme du temps
que les Souverains de Rome
cftoient appellez Maistres du
Monde , on n'a veu remporter
un avantage auffi confiderable.
GALANT
53
que celuy qui couvrit de gloire
les armes du Roy dés le quatriéine
jour de la trofiéme année
que l'on
regarde
comme
malheureuſe
à la
France
, puifque
dés
le
quatrième
jour
de
Janvier
le
Chafteau
de
Nice
battit
la
Chamade
quoy
qu'il
fuft
bien
muni
de
toutes
chofes
, &
qu'il
y eut
dedans
cent
dix
pieces
de
canon
de
bronze
de
divers
calibres
. Cette
Place
étoit
regardée
comme
une
des
plus
fortes
de
l'Europe
, & plufieurs
même
la
croyoient
imprenable
.
Cet avantage fut fuivy du
E iij
54 MERCURE
gain de la Bataille de Calcinato
qui fut gagnée dans un temps
où la terre manque fouvent
de fourage pour les armées
qui fe mettent en campagne
dés le mois d'Avril . Il avoit
efté concerté entre le Roy &
Monfieur de Vendofme , ce
Prince ayant paffé une partie
del hiver à Paris, qu'il tâcheroit
de furprendre les ennemis dés
qu'il feroit retourné à l'armée ,
& de leur livrer Bataille . Monfieur
de Vendofme paffa à Milan
en s'en retournant , où il
dit publiquement à table
pour empêcher que l'on ne
GALANT 55
découvrit fon deffein , que
l'ouverture de la campagne
eftoit reculée , M' le Comte
de Medavy n'ayant pû executer
les ordres qu'il avoit reçus
de luy. Cependant les Troupes
avançoient de tous coftez pour
l'execution du deffein projetté,
& comme Monfieur de Vendofine
n'étoit point à l'armée,
des ennemis le croyoient d'autant
plus éloigné de leur livrer
Bataille qu'ils eftoient perfuadez
qu'il n'en pouvoit donner
de long- temps aprés fon arrivée
, ayant befoin de temps
pour voir toutes chofes par
E iiij
56 MERCURE
luy mefme , & pour fe preparer
à uneaction ; mais ils furent
trompéz & donnerent
dens le piege que ce Prince
leur avoit tendu. La Bataille
nommée de Calcinato ,fut donnée
peu de temps aprés fon
arrivée , tout s'étant trouvé
preft pour cet effet . Les ennemis
perdirent dans cette Bataille
plus de fix mille hommes ;
fix pieces de canon ; prefque
tout leur bagage ; plus de mille
chevaux , vingt - quatre drapeaux
, & douze étendars. Le
gain de cette Bataille attira un
grand nombre d'autres avanGALANT
57
tages , ainſi qu'il arrive ordinairement
aprés les grands
évenemens , & les ennemis
J
furent acculez dans les Montagnes
. Turin fut inveſti prefque
dans le mefme temps &
l'on fe rendit maître de Quiers,
de Montcallier , de plufieurs
autres poftes , & de la Ville &
Citadelle d'Aft , ainfi que de
Ceva & de Mondovy , où furent
faits priſonniers Monſieur
le Prince & Madame la Princeffe
Carignan , avec leurs enfans.
Je ne dis rien de la fuites,
ce qui fe paffa à la levée du
fege de Turin n'étant qué trop
58 MERCURE
connu , & en ayant déja parlé
amplement. Il parut deux jours
aprés que la fortune vouloit ſe
repentir de fon changement ,
par la victoire que Mr le Comte
de Mcdavi remporta , dans
laquelle les troupes de Heffe ,
commandées par le Prince de
Heffe Caffel , furent entierement
défaites. Les ennemis
curent trois mille hommes
tucz ; on leur fit trois mille
cinq cens prifonniers , outre
les traîneurs , & on leur prit
trente trois Etendars & vingr
trois Drapeaux . Ce nombre
de Drapeaux & d'Erendars fur
GALANT 59
une preuve auffi éclatante que
convaincante que rien n'avoit
manqué à cette victoire , &
qu'elle avoit eft é des pluscom-
こ
plettes. Cependant la levée du
fiege de Turin avoit fait un fi
grand tort à nos affaires qu'un
avantage auffi confiderable
ne les pût rétablir. La fortune
continuant enfuite de nous
estre auffi contraire qu'elle
nous avoit esté fouvent favorable
, fon changement n'eut
aucun pouvoir fur le coeur du
Roy , & ce Monarque fit voir
autant de fermeté qu'elle marqua
d'inconftance. Ce Prince
60 MERCURE
avoit raifon des applaudir malgré
tout fon malheur qu'il ne
meritoit pas , & que fa conduite
ne luy avoit pas attiré.
La Campagne d'Allemagne
venoit de reüffit felon les projets
, & les armes avoient elté
glorieufes de ce cofté là depuis
le commencement juſqu'à la
fin , & elles avoient remporté
en Italie tous les grands avantages
que vous venez de voir
jufqu'au mois de Septembre.
On doit remarquer quel tant
dans les trois années malheureufes
que
dans les heureufes ,
4
le Roy à toujours pris tant de
GALANT 61.
foin pour avoir de nombreuſes
armées à l'ouverture de chaque
campagne , & que les projets
qu'il a formez pendant
l'hiver , ont toujours efté fi
grands & fibien concertez, que
les troupes ne font entrées en
campagne qu'accompagnées
de la victoire. Comme ce Monarque
a pris les mêmes foins
pour la Campagne qui fera
peut-eftre commencée avant
que vous receviez ma Lettre
il y a lieu d'efperer que nos
lauriers ne feront point mélez
d'amertumes , & que nos troupes
ayant par tout la liberté.
62 MERCURE
>
d'agir , ce qui leur a plutoft
manqué que le courage , le
Ciel rendra victorieufes les
armes d'un Monarque qui depuis
le commencement des ficcles
, s'eft trouvé feul capable
de donner la Paix à fes ennemis
au milieu des plus grandes
profperitez , fans vouloir jouïr
de tous les fruits de fes victoires
,
•
Comme nous n'imitons
point en France nos ennemis ,
qui dans tous leurs écrits publics
ont toujours parlé de
victoires dans le temps où ils
perdoient des batailles , & qui
GALANT
63
ont quelques fois fait chan
ter des Te Deum pour des
S
victoires que nous avions rem
portées , ainfi que je vous ay
fouvent fait
remarquer.
Comme
, dis -je , nous ne dégui
fons jamais la verité , on ne l'a
point cachée dans
plufieurs
Mandemens qui ont efté donnez
par les Prelats de France
pour faire des Prieres publi-
5 ques ; je vous en envoye un de
Monfieur l'Evefque de
Nîmes ,
qui paffe pour un chef- d'oeu
evre , & que l'on recherche avec
un grand
empreffement.
[
S
1
64 MERCURE
›Mes tres- chers Freres ,
Nous voyons toujours avec douleur
le cours durable & violent
des dereglemense des calamitez
du fiecle des Princes armez de
tous coftez , les uns contre les autres
des Nations émuës par des
raifons d'intereft , dé jaloufies , de
défiance , de haine ; des Royaumes
divifez , & par confequent defolez
; des Armées toujours preftes à
fe choquer & à fe détruire ; une
guerre enfin generale , & le fang
Chreftien répandu par tout ; que
pouvons nous juger , finon que
GALANT 65
tout le Monde , felon la parole de
faint Jean , eftant plein de malice
& de corruption , la colere du
Ciel tombe fur tous les Habitans
de la Terre?
Mais nous fommes encore plus
•fenfibles aux maux qui font gemir
la France , & qui nous touchent
de plus prés. Il femble , mes treschers
Freres ,
que le Seigneur dit
•
retiré de nous fes benedictions
accoûtumées. Les ennemis , qui
fuyoient autrefois devant nous ,
prévalent aujourd'huy fur nous ;
Dieupour tempererpar des humiliations
falutaires , une gloire
heureuſement & longuement.con-
Avril 1707
. F
66 MERCURE
tinuée ; & pour punir noftre ingratitude
& noftre confiance préfomptueufe
, afflige depuis quelques
années un Royaume qu'il avoit
rendu luy - même fi floriffant.
Reconnoiſſons , mes tres - chers
Freres , que nous ne fommes malheureux
, que parce que nous fommes
coupables ; difons avec le
Prophete : Malheur à nous , parce
que nous avonspéché : Væ nobis ,
quia peccavimus .
Nous ne manquons ny de force
ny de courage. Lefeu de la Nation
n'eft pas rallenti. La Puiffan
ce qui nous gouverne , n'ajamais
plus de grandeur , defageffe &
GALANT 67
de pieté..... Cependant nos Armes
neprofperentpoint , une Main
inviſible nous frape & nous enlewe
les Victoires , quand nous fommes
prefts de les gagner ; & la
Providence , qui fembloit preparer
nos voyes , & conduire elle-même
nos entrepriſes , femble avoir tourné
vers nos ennemis le bonheur des
évenemens .
Nous ne fommes pas furpris de
cette diverfité defortune . Dieufeul
ceft exempt de tout changement
, & de toute viciffitude.
Comme il n'y a pointfur la terre
de parfaite Justice , il n'y a point
auffi de parfaite Felicité. Celuy.
Fij
68 MERCURE
qui vit dans l'Eternité , & qui
a créé toutes chofes enſemble ,
eſt le feul qui eſt juſte en tout ,
& Roy victorieux éternelles
ment. 一首
Nous ne fommes pas étonnez
non plus , que Dieu nous chaftie ;
puifque nous n'avons , ny profité
de fes graces , nyfuivi fes comman
demens. Si nous eftions fideles obfervateurs
defa Loy , &qu'il ne
vouluft que nous éprouver ,
nous purifier par la tribulation ,
nous pourrions efperer qu'il feroit
bien- soft touche de noftre fidelité
& de noftre patience, Mais nous
avons irrité fa colere , & nous ne
GALANT 69
pouvons l'appaifer que par une
priere une penitence perfeverante.
Qui ne voit mes tres-chers Freres
, que la Religion s'affoiblit tous
·les jours dans l'efprit des Peupless
Chacun cherche fes interefts. Les
miferes augmentent , & l'on de
vient moins charitable . On eft hu
miliéfans devenir humble . Le lu
xe regne jufques fur les débris de
la pauvreté. L'Herefie n'a prefque
perdu que fon nom. L'Evangile
n'eft ny affez connu , ni aſſez pratiqué;
le Fils de l'Homme ne
trouveroit aujourd'huy que pen
foy en Ifraël.
de
70 MERCURE
C'eft de là , mes tres-chers Freres
, quepartent les coups de la main
de Dien . Nos pechez font la caufe
de nos malheurs. Les Nations qui
nous attaquent ,font moins à crainles
vices
qui
l'ennemy
qui
dre pour nous , que
nous corrompent;
peut nous nuire davantage , c'eſt
nous -mêmes , fi nous n'allons aux
pieds des Autels , par une converfionfincere,
laver dans nos larmes ,
& dans le Sang deJefus Chrift
nos iniquitez
paffees ; fléchiffant
ainfi la Justice de Dieu qui lespunit:
attirantfa mifericorde qui
lespardonne.
L
·
Nous vous avons autrefois exGALANT
71
hortez, mestres-chers Freres , dans
le temps même de nos conqueftes ,
à demander la Paix au Seigneur.
Une guerre , quelque glorienfe
qu'elle foit , ne laiffe pas d'eftre
ruineufe . Combien de cruautez
d'injuftices fe commettent inévitablement
dans les plus juftes ?
Vous fçavez les raisons que
nous avons de defirer & de deman
der , avecplus d'ardeur quejamais,
cette bien-heureufe Paix.
Que fi ces momens fortunez ;
que Te monde ne peut prévoir ny
avancer, & que le Pere Celeſte
tient en fa puiffance , ne doivent
pas encore arriver , prions -le ,
72 MERCURE
qu'il fe fouvienne de fon ancienne
alliance , à laquelle nous ferons à
l'avenirplusfideles ; qu'il conferve
la Sacrée Perfonne du Roy , &
maintienne l'honneur de fon regne
: qu'il le remette dans les voyes
de fes profperitez paffées , & luy
enfeigne
wage
qu'il en doit faire
pour fon falut , non pas pour fa
propre gloire qu'il répande un
Efprit defageffe dansfes Confeils ;
un Efprit deforce dans fes Armées,
& ce double Efprit dans les Chefs
qui les commandent : qu'il affermiffe
Philippe V. fon Petit-Fils ,
-par l'amour des Peuples , & par
-Sa protection efficace , fur le Trône
où
GALANT 73
où il l'a placé : qu'il veuille bien
continuer de generation en genera
tion , lafucceffion defa pieté , jointe
à celle de fa Couronne.
Efperons , mes tres - chers Freres ,
• que Dieu exaucera nos Prieres ,
& qu'il ne méprifera pas des coeurs
contrits humiliez. Il n'a jami's
détourné de nous fa mifericorde
; & même , en nous
corrigeant par l'adverfité , il
n'abandonne pas fon Peuple.
3.
M' le Duc de Sora, Prince de
Piombino , de la maiſon de
Boncompagno , & petit Neveu
du Pape Gregoire XIII . eft
Avril 1707
. G
74 MERCURE
mort à Rome âgé de plus de
65. ans. Il a efté fort regretté
en Italie. Ses manieres genereufes
& bien - faifantes luy
avoient gagné tous les coeurs
de principales perfonnes de
Rome. Sa maifon eftoit ouverte
aux honneftes gens , & fur
tout à la Nobleffe qu'il a protegée
durant tout le cours de fa
vie . Gregoire XIII . eſtoit né
à Bologne. Il eftoit connu auparavant
fous le nom d'Hugues
Boncompagno , Cardinal du titre
de S. Sixte , & fût élû à l'âge
de 70. ans , aprés la mort
de Pie V. il avoit une parGALANT
75
1-
faite connoiffance de la Jurif
prudence civile & canonique ,
qu'il avoit profeffée avec beaucoup
de reputation. Il gouverna
l'Eglife pendant 13. années;
il affembla les plus habiles Mathematiciens
de fon temps ,
pour travailler à la reforme du
Calendrier, ce qui fut heureufement
executé en 15.82 . en
oftant 10. jours au mois d'Otobre
, & fuivant l'Equinoxe
du Printemps, comme avoient
fait les Peres de Nicée . Ce
grand Pape mouru : le 10 .
Avril de l'an 1585 .
Gij
76 MERCURE
La maiſon de
Boncompa
gno de Bologne, eft ancienne,
& elle a tenu un grand rang
dans le monde depuis Gregoi
re XIII . Philippe
Boncompagno
neveu de ce Souverain
Pontife , & Cardinal du titre
de faint Sixte, mourut à Rome
fous lePontificat du Pape Sixte
Quint. Il fut envoyé Legat à
Venife, pour y faluer le Roy
Henry III. à fon retour de
Pologne ; & il exerça divers au-
• tres emplois. Il mourut âgé de
38. ans en 1583.Cette
maifon
a efté feconde en hommes illuftres
; elle a donné dans le
GALANT 77
17e. fiecle 2. Cardinaux au Sacré
College : Hierôme Boncompagno
, arriere neveu de
Gregoire XIII. créé Cardinal
par le Pape Alexandre VII. en
1664. & mort en 1684. &
Jacques Boncompagno Archevêque
de Bologne , qui fut fait
Cardinal par le Pape Innocent
XII. & envoyé par luy Legat
à Modene en 1699. pour faluer
la Reyne des Romains .
Mr le Marquis de Lambertie
Gouverneur de la Ville de
Nancy , eft mort univerſellement
, regretté à la Gour de
Lorraine, où fes longs fervices
Giij
78 MERCURE
& l'exacte probité dont il avoit
fait toute la vie profeffion , luy
avoient attiré une trés- grande
confideration. Il y a quelque
temps que je vous parlay
de fon mariage; Me la Marquife
de Lambertic fa veuve eft
parente , ainfi que je vous l'ay
déja dit, de Me la Marquife de
Chamarante, parce qu'elle dé
4
cend de l'illuftreMaifon d'Anglure
de Bourlemont . Mr le
Marquis de Lambertie eftoit
de l'ancienne Chevalerie deLos
raine ; il avoit longtemps porté
les Armés pour le fervice de
fon Maiftre ; & feu Mr le Duc
GALANT
79
e
de Lorraine , Charles V. du
nom avoit beaucoup d'eftime
pour luy , & l'avoit employé ,
en plufieurs affaires dont le fuccés
luy avoit fait beaucoup
d'honneur . Mr le Marquis de
Lambertie aimoit beaucoup les
fciences ; il protegeoit ceux qui
les cultivoient, & il leur a donné
dans plufieurs occafions des
marques de fa liberalité. Il a
fait voir en mourant beaucoup
de foumiffion aux ordres de
Dieu ; & il a quitté la vie fans
peine , quoiqu'il y dût eſtre attaché
par bien des endroits . Il
a donné dans fon Teftament
G iiij
80 MERCURE
des marques de fa charité & de
l'amour qu'il avoit pour les
pauvres.
Le pere de Mr le Marquis
de Lambertie eftoit Lieutenant
de Roy pour le fervice de S. M.
à Nancy , & Gouverneur de
Long -Wy ; le défunt eſtoit
Confeiller d'Etat de S. A. R.
Madame la Ducheffe de Lorraine
& de Barois , Baillif &
Commandant du Château &
de la Ville de Nancy : il avoit
époufé en premieres nôces
Dame Criftine de Lenoncourt,
foeur de Mr le Marquis de Lenoncourt
de Blainville , & en
GALANT 81
2
fecondes nôces DameCharlotte
Eleonore d'Anglure , Dame
d'Atour de S. A. R. Madame
S la Ducheffe de Lorraine , dont
le perc ayant eſté fait priſonnier
par les Turcs , fut renvoyé
fur la parole qu'il donna
d'envoyer fa rançon au grand
Seigneur ; mais il fit plus puifqu'il
en fut luy-même le Porteur
, ce qui luy attira beaucoup
de loüanges du grand Seigneur
qui luy remit fa rançon.
M' le Comte François de
, Berka , cy- devant Ambaſſadeur
de l'Empereur à Veniſe , eſt
nmort regretté de toute la Cour
Et
3
82 MERCURE
de Vienne . Il avoit porté les
Armes dans les premieres années
de fa vie , & il avoit donné
en plufieurs occafions des
marques de fon courage ; il
s'eftoit depuis attaché à la negotiation
. Le feu Empereur l'avoit
employé dans plufieurs af
faires d'une difcuffion fort delicate
. Ce Miniftre eftoit d'une
naiffance fort qualifiée ; il eſtoit
originaire du Tirol , & il defcendoit
des anciens Liberateurs
de la Suiffe , du cofté maternel
; le genereux Furſtius
eftoit un de fes ayeux collateraux.
Walter Furftius , Suiffe
GALANT 82
du Canton d'Uri , ancien & fidele
amy de Werner Stouffacher
, de Switz , fe joignit à luy ,
dans le deffein de fecouer le
joug des Gouverneurs qui leur
cftoient envoyez par les Archiducs
d'Auftriche , & de mettre
leur Patric en liberté. Ils affocierent
à l'execution de cette
entreprife , Arnoul Melchthal
d'Underwald , & fe jurerent
une fidelité inviolable. Le lieu
nommé vulgairement Im grütli
, proche d'un Lac au Pays
d'Uri , fut choifi pour l'Affem.
blée , & ces trois hommes prirent
chacun avec eux quatre
84 MERCURE
ou cinq fideles & vaillans Compagnons
, pour executer leur
deffein qui eut le fuccés que
tout le monde fçait.
Le Docteur Drake , Auteur
de divers écrits contre le Gouvernement
, eft mort à Londres.
Il eftoit Membre de la
Societé Royale de la Faculté
de Medecine . Il avoit fait tou
te fa vie une étude continuelle
des matieres de Phyfique ; & il
s'y eftoit rendu tres- habile.
M' Drake eftoit fouvent chargé
dans les Affemblées de fa
Societé d'en rediger par ordre
des matieres , & il le faifoit touGALANT
85
1
jours avec beaucoup de netteté
& de précifion. Il eftoit fort
verfé dans la Méchanique ; il
s'eftoit appliqué à cette Science
depuis quelques années , &
il avoit lû dans la Societé Royale
plufieurs Differtations de
Mechanique qui avoient eſté
fort applaudies. M' Drake
avoit efté fort lié autrefois avec
le Docteur Hydes , & ils avoient
fait long- temps enfemble les
-mêmes études . M' Hydes donna
même en mourant à fon
amy des marques de la confance
qu'il avoit euë en luy. M*
Drake n'avoit pas réüſſi dans
86 MERCURE
la Politique ; les Memoires qu'il
avoit faits fur cette matiere
ont toûjours efté mal - reçus à
à la Cour d'Angleterre. D'ail
leurs le party que fuivoit co
Docteur n'eftoit pas le dominant
à cette Cour ; ainfi
il n'y a pas lieu de s'éton
ner fi tous les avis ou écrits qui
tendoient au bien & à la confervation
de ce party ont efté
fi mal reçus
.
Le jeune Duc de Holftein-
Ploën eft mort âgé de quatre
ans . Son coufin fils du Duc
Erneft Joachim , luy a fuccedé .
La Maifon d'Holface ou de
GALANT 87
Holſtein , deſcend à ce qu'on
prétend de l'ancienne Maiſon
de Saxe , fondée par Witikind
le Grand . La plupart des Hiftoriens
rapportent qu'il fut le
cinquiéme aycul de Sigefroy I.
Comte d'Oldembourg dans la
Weftphalie , dont la ligne droi
ite finit à Frederic qui fe prefenta
au fupplice auquel fon
epere Huno le glorieux avoit
cfté condamné , combattit &
7- tua un effroyable lyon à la vûë
edu Peuple de Goflar . Ce fut en
1140. & dans le temps que
l'on celebra le Concile de Sens
de contre Abeilard . Il laiffa le
88 MERCURE
Comté d'Oldembourg à Elimar
fon couſin germain . Aprés
huit generations la pofterité de
ce dernier fe reduifit à Theodoric
le Fortuné , qui recueillit
tous les biens de fa famille.
Theodoric le Fortuné , Comte
d'Oldembourg & de Delmenhorſt
, époufa en premieres
nôces Adelaïde heritiere du
Comté Delmenhorst , & il époufa
en fecondes nôces vers
l'an 1423. Hedwige , fille de
Gerard & foeur d'Adolphe de
SchawembourgComte, d'Holface
, de la Jutie meridionale
, &c . veuve de BaltaGALANT
89
10
03-
zard Duc de
Meklenbourg. Il
mourut en l'année 1440. &
laiffa Chriftian I. Maurice Bachelier
de la Faculté de Theologie
de Paris & Chanoine de
Bremen & Gerard le Belli
queux , Comte d'Oldembourg.
Chriſtian I. fut Roy de Dannemarck
à la
recommandation
d'Adolphe fon oncle maternel ,
qui le fit fon heritier. Il obtint
alors de l'Empereur Frederic
III. du nom , le Holftein , Stomarn
, & Wagheren en Fief de
l'Empire, & d'Irmarfen en propre.
La Maifon d'Holface a
formé depuis ce temps- là les
Avril 1707. H
90 MERCURE
branches de Sunderburg , de
Norburg , de Glukburg , de
Arafbeck , de Gottorp & d'Ottingen.
Chriſtierne II . Roy de
Dannemarck eft un des Princes
de cette Maiſon qui a le
plus fait parler de luy. Ses dif
graces & fa longue captivité
font des preuves bien fortes
de la viciffitude des chofes humaines.
Le Difcours prononcé par
M' de Rouviere le fils à l'ouverture
de fon Cours de Chymie
, & que je vous vous envoyay le
mois dernier , a reçu tant d'applaudiffemens
, que je ne doute
人
GALANT 91
3
point que vous n'attendiez avec
impatience
le Remerciement
qu'il a fait en finiffant le même
Cours de Chymie
, & que je
vous ay promis de vous envoyer.
Le voicy.
ancien ,
L'ufage des remerciemens publics
, Meffieurs , n'eft pas moins
que l'établissement des
Communautez des Affemblées
desperfonnes de merite, depuis que
les talents differens ontréuni en autant
des corps feparez ceux qui en
font une profeffion ouverte. Les
Particuliers qui s'y font vus honpremiers
choix ou des
porez dés
Hij
92 MERCURE
plus douces préferences , fe font
attachez fcrupuleufement à réünir
des actions de graces qui ne pouvoientfe
divifer, & à rappeller
dans un feul difcours ; lesfentimens
& les expreffions d'une reconnoiffance
qui doit moins tomber fur
les membres quefur le corps qu'ils
ont l'honneur de compofer . D'ail
leurs toute reconnoiffance fincere a
toujours aimé à fe rendre publique
Je n'emprunteraypas icy de l'antiquité
lespreuves & les exemples
de cet ufage ; l'Academie de l'Univers
la plus celebre l'authorife
affez. Il n'eftpermis ni à l'esprit ,
GALANT 93
ni au rang d'y eftre agregé qu'à
la pluralité des fuffrages , ni d'y
eftrereceu que par un remerciement
1 public d'éclat. Pour moy , Mef
fieurs , à peine mefuis-je trouvé
dans un age auffipeu avancé agregé
à ceux quiprofeſſent la Pharmacie
, queje me fuis vú honnoré
• par la Compagnie d'un choix qui
'a dû me ſurprendre, quoiqu'agreablement
, & qui paffoit mon âge
& mesforces à la fois ; vous avez
crû fans doute , Meſſieurs , que
l'envie que j'aurois de vous obéir ,
me tiendroit lieu d'intelligence &
de merite , où vous avez fuppofé
que voftre choix portoit avec luy
1.
es
94 MERCURE
les moyens d'y répondre . Sint Mæcenates
non deerunt Marones .
Vous avez donc voulu , Meffieurs
, que je fiffe dans ce Laboratoire
un cours de Chymie ;je vous
dois un remerciement public d'une
·pareille préference , & un compte
public en même temps de la conduite
que j'y ay gardée , & de la
maniere dont j'ay tâché de m'en
acquitter.
Fe
me declare d'abord, Meffieurs
, Partifan du fameux Mr
Defcartes ; j'ay appris de luy de
bonne heure à me défaire de toutes
éclairé de fortes de préjugez ,
Les principes sje n'ay pas eu grand
GALANT 95
5
peine à marcherfur les pas du ce
lebre Vanhelmont , à qui la Medecine
eft redevable de tant de dé-
A couvertes. Ainsi , Meffieurs , Ad-
#mirateur des Anciens , je n'ay pas
efté leur efclave ; jay profité de
leurslumieres , fans m'affujettir à
leurs opinions ; j'ay preferé en un
mot les experiences conftantes des
Modernes aux raisonnemens va
gues des Anciens , & les nouveaux
ef principes de Phyfique & de Chymie
, à ces anciens élemens qu'on
reconnoift eftre par là des corps veritables
de compofition .
W
Ce n'eftpas à moy à reveiller
ni la difpute qui a partagé
tous
96 MERCURE 1
les gens de lettres entre les Modernes
& les Anciens ; fila queſtion
devenoit generale , & qu'elle s'étendit
depuis les talens des hommes
,jufqu'à la fcience des Rois;
Je veux dire jufqu'à la politique
& àl'Art Militaire ; je deman
derois , la queſtion feroit decidée
, fi Louis le Grand n'a
mis le Herosplus haut que Céfar
Alexandre. Du cofté de l'ef
prit je demanderoispeut- eftre avec
quelque prevention , fi nous n'avons
pas certains ouvrages de nôtre
temps que nous preferons tous
dans le mêmegenre à ceux de l'antiquité.
Ces queftions fortiroient
pas
de
GALANT
97
1. de mon
9
mon fujet , je n'en fais qu'une
qui part du centre de ma profeffon
: Je demandefi celuy qui porte
fi dignement en France le titre
de premier Medecin ne le merite
pas dans le monde entier , &par
rapport à tous les temps, &fi avec
l'intelligence qu'il poffede , & les
prares qualitez qui le diftinguent
il devroit ceder ce titre de premier,
l'e pris à la rigueur , aux Medecins
del'lfle de Co , & de Bergame ;
a vous lepenfez comme moy ,
Mffieurs
, le Celebre Hypocrate & le
Fameux Galien s'ils revenoient à
l's la vie n'ôteroient pas à l'illuſtre
Mr Fagon un titre qui convient
Avril 1707
. I
98 MERCURE
fifort àfesfuccés & àfon merite;
de pareilles paralleles ne decident
pas en faveur des Anciens : mais
nous nous renfermons icy , dans
ee qui regarde nos experiences &
nos operations, &fur tous lesprincipes
que nous devons fuivre en
Phyfique , & en Chymie. Ilfaut
d'abord convenir
les Anciens
que
n'ont pas connu le mouvement,
& que rien n'est plus confus que
les idées qu'ils nous en donnent ,
leurs élemens , leurs accidens , leurs
qualitez occultes , & leur Antiperifthafe
nenous découvrent rien ,
& ne nous apprennnent que
termes ; toute l'intelligence confifte
des
GALANT 99
2
l'efprit n'y › à les citer à propos
peut rien trouver à comprendre ,
ceux qui fuivent ces fortes d'erthreurs
, &qui s'y arrestentfervi-
Clement peuvent bien dire , authoritati
credere magnum compendium
, & nullus labor . Il
en coûte un peu plus d'entrer à
fonds dans la connoiffance des loix
du mouvement , dans la differen-
9 te configuration , & dans les di
"nivers rapports des parties entr'elles;
Eu dans les reflexions & refract
de la lumiere , & dans les effets
furprenans de la matiere magnetique.
A l'égard de la lumiere &
des couleurs. Lucianfeferoit bien
ons
Iij
100 MERCURE
accommodé du Syfteme nouveal
luy qui demande dansfa Pharfale,
fit ne color proprius rerum lucisve
repulfa eludant aciem.
Cet autheur fameux n'eftoit pas
moins Philofophe que Poëte;fes
doutes eftoient des lumieres qu'il
n'ofoit fuivre, devant & aprés
luy , comme defon temps les genies
les plus rares foumettoient leurs
intelligences aux opinions reçûës
il falloit chercher la verité dans la
dic fion de quelqu' Auteur grave ;
fe choifir un maiftre , en preferer
l'autorité à la verité même. Jurare
in verba magiftri eftoit une loy
ou du moins un ufage des fçavans ,
GALANT IOI
1
qui paffoit desfimples écoliers aux
Profeffeurs les plus celebres . Cette
tyrannie qui afairgemir lesfciences
fi longtemps , & qui à arresté
leurs progrés pendant tant de fiecles
, s'eft vue entierement détruite
dés les premiers jours ferains du
Regne heureux , & àjamais memorable
de Louis le Grand ; les
· Sciences & les Arts fousfes douces
loix n'ontplus rien qui les contraigne.
Les bienfaits dont il les
comble , & les diftinctions dont i !
les honnore confondent dans nos
Academies des perfonnes du pre-
1 mier rang, & celles du plus
diocre , raffemblentfous les mêmes
me-
Iiij
102 MERCURE
le
nom
titres ceux que l'inegalité de leur
naiffance avoit trop feparez , &
reuniffent au même point de perf
pective ceux que le rang ,
les emplois nepouvoient jamais
rapprocher & dont la fcience &
l'efpritpouvoient uniquement faire
un tout ensemblefous cettepuiffante
& royale protection . Qu'on
ne s'étonne plusfi Denis introdui
fit à Siracufe le fameux Platon
furfon propre Char, & s'il luy
fervitde Cocherluy - même ; qu'on
ne vante plus Rome Athenes
d'avoir élevé des Statues d'or à
Proerefius , & à l'Orateur Demetrius
; niTrajan pour avoir con
GALANT 103
duitfurfon Char de Triomphe cet
Orateur Fameux. LOUIS LE
cultive dans GRAND , reçoit
fon propre Palais les Sciences &
les Arts , joint liberalementfes
bienfaits aux diftinctions dont il
honnore tous ceux qui compofent
nos celebres Academies ; ils ne
fçauroient plus dire avecle Poëte
Satyrique.
Nullus in orbe locus , nulla
emolumenta laborum .
Res hodie minor eft, heri quam
fuit ,
atque
cadem cras.
Deterit exiguis aliquid , proponimus
illuc.
I
iij
104 MERCUR E
Ire , fatigatas ubi dedalus exuit
alas.
Qu'il eft beau à un Monarque
, qu'il eft utile à un Heros de
proteger les Sciences & les Arts ,
& de favorifer ceux qui enfont
la profeffionla plus ouverte : c'eft
à quoy fe font toûjours attachez
les Alexandres e les Céfars ;
les Scipions & les Pompées ; les
Auguftes & les Conftantins ; les
Charlemagnes & lesTheodofes Ils
avoient tous compris ce Paradoxe
Politique , Militaire ,
Peuples qui font les moins propres
aux exercices de Pallas ne font pas
les plus propres à ceux de Mars.
Sat. 3. Juven.
que
les
GALANT 105
les
Ciceron n'eftoit pas né brave ,
mais l'étude luy avoit élevé le
courage , & l'esprit luy avoit
ddonné du coeur ; il n'avoit dans
guerres civiles , ni la valeur
ni l'experience de Pompée , & il
en a mieux jugé que luy. Dans
les acclamations publiques du
Couronnement de l'Empereur Tacite
, les foldats même s'écrioient,
nemo Melius quam litteratus
qui Imperat . Lucullus au raport
de Plutarque, devint
ture par l'intelligence des hiftoires
, un Capitaine confommé.
Cette idée ne rappelle- t- elle pas
celle qui depuis deux jours entrexel
-pos.
15.
par
la lec106
MERCURE
mêle fans ceffe noftre admiration
à nos larmes ; & à nos larmes ,
& à nos plaintes nos applaudiffemens.
Vous m'entendez , Meffieurs
;Je ne puis m'empêcher de
citer icy ce grand Prince qui com
mande les Armées du Roy en Italie
, & qui vient de faire triompher
fa valeur en dépit de la victoire.
Elle s'eftoit attachée à fes
Confeils , & il n'y avoit qu'à
profiter d'eux , pour jouir d'elle ;
fon intelligence luy avoit fait prévoir
en même temps , & la difgrace
qui nous afflige & le bonheur
qui nous a ffuuyy, dans les
mêmes circonstances où nous adGALANT
107
n
mirons & fa valeur & fa fageffe
. Plaignons nous de cette modeftie
qui l'a empêché de changer
effes avis en ordres abfolus . Ce n'est
pas la premiere fois que nous
voyons couler fon fang, & fe
mêler à celuy qu'il fait répandre ;
ce n'eft pas la premiere fois qu'il
a brave la mort au milieu de fes
fureurs & de fes trophées. Il
nous avoit donné dés fa plus tendre
jeuneffe , dans quelques campagnes
l'idée que nous avons de
difluy; il y parut Capitaine aufftque
Soldat , & Heros auffitôt
que Guerrier; qui luy dispu
tera à l'avenir , aucun de ces Ti- tera´à
Teon-
༧། :
pagnes
tôt
que
108 MERCURE
titres ? Mais quelles lumieres ne
joint-il pas à cette experience ; à
ce naturel heureux , y a- t-il un
art où il ne foit plus que connoiffeur,
où une fcience qu'il ne poffede
, comme ceux qu'on y confulte
en oracles ? Quel genie , quels talens
, qu'elle érudition , quel goût,
quel esprit , quel caractere , quel
fonds , quel dehors & qu'elle envie
de bien faire , avec tous les
moyens de réuffir , & c'eft veritablement
de luy que nous pouvons
dire aprés Homere ,
Qui prælia mufis .
Temperat & moderatur apolline
Martem
,
GALANT 109
R
S
-
Et c'est à luy- même que ceux qui
l'ont fecondé dans le chocq le plus
terrible , & qui l'ontfuivi dans
une retraite judicieuſe , pourront
dire ce que Pline dit à Trajan :
hæret lateri tuo quifquis acceffit
, finemque fermoni tuus
cuique pudor , non tua fuperbia
facit : Que nous ferions heureux
, fi la déference àfes avis
cût eftéfans restriction , & que fa
modeftie ne luy eût pas fait preferer
les incertitudes d'un confeil à
fes lumieres propres. Revenons
noftresujet.
Rien ne prouve mieux fur quel
pied font en France les fciences &
110 MERCURE
>
les arts ,
que le cas qu'en
fait
un
fi grand
Prince
, & les progrés
qu'il
y afaits
luy-même
. Rien
ne
prouve
mieux
auffi
, à quelle
perfection
on a porté
les belles
connoiffances
. Mais
convenons
-en
il y en a peu qui fe foient
plus
enrichies
dans les
derniers
fiécles , que
la Chymie
. La Phyfique
eft devenue
ce qu'elle
n'eftoit
pas , &
prefque
ce qu'elle
doit
eftre
; la
Medecine
a relevé
fon éclat , &
donné
plus de fûreté
à fes
operations
; mais
avoions
que c'eſt
un
pays
vafte
, où il y a bien
des terres
inconnuës
. La Chymie
feule
,
fe laiffe
voir
à découvert
de tous
GALANY 111
és
7.
n.
coftez , & n'a prefque plus rien
d'inacceffible aux reflexions &
me experiences . C'est ce que ne pouvoient
pas dire d'elle les anciens :
nous n'avons plus recours comme
eux, aux qualitez occultes ,
expliquer certains Phenomenes
ni à des Enigmes pour débrouiller
1. des obfcuritez
.
No
Ив
1-
a
pour
La Chymie eft devenuë un
La flambeau qui éclaire dans les tenebres
de la compofition des corps ,
& leur décompofition eft à nos
yeux une démonſtration de ces parties
differentes. Je ne rappelle pas
icy , Mrs , ce que je táchay d'expliquer
dans mon premier difcours,
ete,
S
112 MERCURE
je me contenteray de vous dire ,
que felon les principes quej'établis
pour lors , nous avons trouvé en
effet dans toutes nosoperations , &
dans nos differentes experiences ,
que toutes les parties d'un corps ,
aprés fa décompofition , font veritablement
, eau , efprit, fel , ſoufre
& terre , & qu'avec ces cinq
principes il n'eft point de difficulté
où l'on ne réponde , ni d'obscurité
qu'il ne foit facile d'éclaircir. Ce
n'eft pas tout , c'eft par- là que nous
expliquons fans peine , toutes les
operations du corps animé. La
Structure & la fauation de fespar
ties nous eft conuue par lefecours
GALANT 113
.
e
&
de l'anatomie , qui eft parvenuë de
nos jours àfa derniere perfection ;
nous fçavons par elle , que le corps
animé n'est qu'un tiſſu & un affemblage
de tuyaux. A quoy nous
fervtroit cette connoiffance , fi la
bs. Chymie ne nous découvroit la nature
, les proprietez & les usages
des Liqueurs qui y roullent continuellement.
es,
Ou
ing
C
Dus
Les
AY
La Chymie feule nous montre
d'une maniere claire & exacte,
comment fe foutiennent entr'elles
toutes les fonctions du corps & des
parties qui le compofent , comme
les vrais principes. Un Medecin
qui ne voudra rien devoir à la
Avril 1707
. K
114 MERCURE
Chymie , nous donnera- t- il une
juſte idée , & bien diſtincte de la
diffolution des alimens ; de leur
converfion en chyle & enfang,
de la nourriture & accroiffement
des parties , & de toutes les filtrations
differentes qui fe font dans
tous les corps animez ; démêlerat-
il bien fans ce fecours , les caufe
trouveraguefes
des maladies ,
t-il affez éclairé dans le choix des
remedes les plus propres à la
rifon. Il dira avec Manilius ,
per varios cafus artem experientia
fecit exemplo monftrante
viam. Mais Ovide luy
répondra : Seris venit ufus ab anGALANT
115
な
EX
nis, & on ne sçauroit diſcon venir,
que les principes de la Chymee
fes operations , n'abregent dans un
Medecin la neceffité des longues
épreuves
.
Vous l'avez pú
remarquer
Mrs , qui avez estéſi affivous
,
dus & fi attentifs au Cours de
Chymie que nous venons de faire.
Je parle à ceux qui ont bien voudlu
veniricy , on s'éclaircir & s'inftruire
; avouez que vous avez
sregardé un Cours de Chymie comme
un abregé des longues études
qu'exige de nous noftre Profeffion.
Tout le monde le fçait
ne
tout le
monde le dit , noftre vie est trop
Kij
116 MERCURE
courte pour un Art fi long. La
Chymie en rapproche le terme &
nous fait employer utilement tout
le temps que nous donnons à une
intelligence fructueufe , parfon
Secours à force de chercher ce qu'on
n'a pas trouvé , vous parviendrez
à trouver , même ce qu'on n'a
jamais cherché. Ne vous en tenez
pas à votre age ; à ce que vous en
Sçavez déja , ni même ,fije l'ofe
dire, à ce qu'en ont fçû les autres ,
& à ce qu'en ont laiffé dans leurs
écrits nos Auteurs les plus celebres.
Hypocrate ne veut pas que ceux
qui cherchent à force d'étude la
Science & la verité, fe limitent à
GALANT 117
Out
en-
14
na
les ramaffer dans les Livres de
ཟུ་ ceux qui nefontplus , quafi bonaufragantium
. Il exige de
เท ceux qui s'attachent à un pareil
for commerce , qu'ils s'embarquent
fur
d'autres mers , & qu'ils aillent
chercher plus loin des effets precieux
qui donnent de plus grandes
richeffès au monde , & à euxmêmes
une une gloire d'un plus grand
éclat. Mihi verò , dit- il , invenire
aliquid corumquæ
nondum
inventa funt, quam ipfum
notum , quod occultum
effe .
præftet, fcientiæ votum & opus
Leffe videtur.
-S
en
fe
irs
res.
UX
Voila un avis qui vous auto18
MERCURE
rife , & un confeil qui vous fait
voir ailleurs de grands biens à acquerir.
Faites comme ceux dont
parle Efope , à qui leur pere
dit
en mourant , qu'il avoit caché
dans un champ une certaine
quantité d'or ; ilsy allerent creufer
& remuër la terre de tous côtez
; leur recherche ne leur fit pas
découvrir de l'or , mais le champ
de fterile qu'il eftoit devint fertile
produifit des moiffons abondan
tes, qui valoientplus que l'or qu'on
y cherchoit. Faites- en vous- mêmes
Apologue ; allez faire de belles
découvertes de nouvelles acquifitions
dans ces terres inconnues
GALANT 119
11
Ont
du vafte Empire de la Medecine,
dans lesquellesperfonne ne s'eft encore
introduit. Je vous le diray
davec Columelle : Etiam quicumhque
funt habiti mortalium ſa-
Int pientiffimè, multa fciiffe dicuntur
non omnia. Comptez dans
VOS études que ceux qui vous y
ontprecedé n'en ont pas épuifé tous
les trefors & que ceux qui fur les
mêmes traces ont cherché la verité
ne font pas toujours arrivez juf
on qu'à ce reduit où elle ſe renferme ;
regardez les plusfameux Auteurs
les comme autant de Heros qui ont
étendu & étably leurs conqueftes ;
mais non pas comme autant d'Heras
n:
Des
C
120 MERCURE
cules qui ayênt mis au bout de leur
courfe un Non plus ultra , quż
arrefte, ou des Colonnes qu'on ne
paffepas. Patet qmnibus veritas ,
ditle Philofophe moral , non dum
eft occupata , multum ex illâ
etiam futuris relictum eft.
Les Parthes difoient autrefois
que leur Empire n'eftoit borné ni
par des rivieres , ni par des monts
mais qu'ils s'étendoientjufqu'où ils
pouvoient porter leurs armes . Difons
de même des Sciences ; elles
dontjufqu'où peut aller le bon efprit
,fi vosfoins réuffiffent , & que
des Sçavans plus âgez que vous
ne puiffent le voir fans envie :
DitesGALANT
121
Dites-leur avec Minutius , quid
invidetis , fi veritas veftri tem→
poris ætate maturuit. Lé vray
eft- il neceffairementfi ancien qu'il
ne puiffe jamais eftre nouveau ;
fi cette idée de nouveauté les choque
, dites-leur : Non quod fequimur
novum eft , fed vos fe-
ช ro didifciftii , quod non fequi
15 opportet . Aprés cela marchez à
ils grands pas dans le chemin peu pra-
Di tiqué des découvertes ; faites- vous
de nouvelles routes , rendez- les
faifees & praticables , & à vous
& à ceux à qui vous les aurez
frayées ; tâchez d'en franchir les
barrieres & d'en ofter les épines &
les
es
و
Avril
1707.
L
122 MERCURE
les embarras , Audenda nec vos .
territet alea , fed pulchrè quæ
jam refulgent præcipitent inertes.
Souvenez- vous en un mot ,
que l'espoirde la récompenfe anime
& dédommage dans le travail ,
& qu'on eft trop payé d'avoir
cherché la verité quand on la trouve.
Voila , Meffieurs , quelles ont
efté mes idées & mes pratiques
dans l'étendue de la Chymie &
dans le Cours que vous avez vou
lu que j'en ay fait en public ; je
vous en devois le compte que je
vous rends , je vous devois de
même le Remerciement public que
je vous fais d'un choix qui m'hoGALANT
123
1
S more , & d'une preference qui m'a
xflatté. Je tâcheray de m'en rendre
un peu plus digne par une applica
tion redoublée par des recherches
où je n'épargneray ni dépense ni
travail ; je nedefefperepas , Meffieurs
, aprés tant de bontez & de
graces , que vous ne mepermettiez
dans la fuite de vous rendre compte
en public on en particulier de
mes
découvertes & de mes remarques
; tout au moins vous ne sçau
riez trouver mauvais
1001
ר
01
120
que
dans
mes doutes je m'adreẞe à vous comme
à des Maiftres , & que dans
mes difficultez je vous confulte
comme des Oracles.
Lij
124 MERCURE
Le feu Roy de Portugal
avoit nommé avant de mourir
le Comte de Villa Major
pour aller à Vienne en qualité
d'Ambaffadeur Extraordidemander
une
pour
naire , & pour
des Archiducheffes en mariage
le Prince de Brezil , qui
cft aujourd'huy Roy de Portugal.
Ce Comte qui eft d'une
des premieres Maiſons du Portugal
, & qui deſcent du coſté
maternel des anciens Ducs de
Bragance , aprés avoir fait
beaucoup de difficulté d'accepter
cet employ ; eft enfin
parti de Liſbonne pour exeGALANT
125
cuter la commiſſion que le feu
Roy luy avoit donnée . Il eft
arrivé à Vienne , où il a efté
receu avec de grandes marques
de diftinction. L'Empereur
luy a donné plufieurs audiences
fecretes , & on ne
doute pas que ce Miniftre ne
réuffiffe dans le principal point
C de fa commiffion . On affure
qu'il fallut l'intimider pour luy
faire accepter l'employ dont
il avoit cfté chargé par le feu
Roy. Ce Comte avoit eu de
grands fujets de mécontentement
au commencement du
nouveau regne ; c'est ce qui
C
Lij
126 MERCURE
luy avoit fait prendre la réfo
lution de fe retirer dans fes
Terres & de ne plus paroistre
à la Cour. D'ailleurs les difpofitions
favorables qu'il a fait
voir pour le jeune Prince frere
du Roy , ont donné quelques
foupçons , & c'eft ce qui a dé ,
terminé le Confeil du nouveau
Roy de l'éloigner fous le pretexte
d'unc Ambaffade honorable.
On affure que ce Comte
dit tout haut peu de temps
aprés la mort du Roy , qu'on
avoit bien toft oublié les fer-
&
vices
fignalez que
fon pere
ſon ayeul avoient
rendus
à la
GALANT 127
5
e
Maiſon de Bragance ; & qu'ils
avoient le plus contribué à faire
remonter fur le Trône le feu
Roy , ayeul de celuy cy.
Il paroift depuis le départ
de cet Ambaffadeur , que l'on
n'a plus en Portugal le mefme
empreffement que l'on a fait
voir d'abord pour ce Mariage. J On en donne beaucoup de
raifons ; mais comme on fe
peut tromper , & que je ne dis
jamais rien dans mes Lettres
dont je ne fois affuré , ou du
1 moins dont je ne croye l'eftre,
S
!
pas
m
je crois ne devoir m'étendre
davantage fur cet article .
Liij
128 MERCURE
Mr le Comte de Viry a époufé
Mile de Rochefort ; ce Mariage
s'eft fait à Rochefort prés
d Belley. Mr le Comte de
Viry cft de l'ancienne Maiſon
de Viry en Genevois ; il eſt
iffu de Louis de Vify & d'An
toinette Maréchal. Loüis de
Viry eftoit forti du Mariage
d'Amé de Viry Seigneur de
Viry, la Perriere- Rolle , Confeigneur
d'Hauteville - Ducreft.
& de S. Ours ; on trouve unc
mention honnorable de ce
Seigneur dans l'Hiſtoire . Il rendit
des fervices confiderables
au Duc de Bourgogne en la
GALANT 129
guerre que ce Prince eut con-
12- tre les Liegeois & dans celle
qu'il fit au Duc de Bourbon.
d: Monftreler , Alain , Chorier ,-
on Gollut & Paradin parlent beaucoup
de ce Seigneur dans leur
Hiftoire. Amé de Viry Che
valier Seigneur de Viry en
Genevois un de ſes ayeux , vivant
en 1430. époufa Lucie
1 de la Baume ( de la mefme
ft Maifon que Mr le Maréchal
de Montrevel ) Dame de Curcetafrey,
fille de Galois de la .
Baume Seigneur de la Baume
& de Montrevel & d'Alain de
Chatillon , Amé de Viry eut
ge
de
n
es
130 MERCURE
de ce mariage Galois dé Viry
Chevalier Seigneur dudit lieu ,
qui fut pere
d'Amé Seigneur
de Viry & de Monts , vivant en
1412. celui- cy laiſſa de Marguerite
d'Hauteville fa femme
Amé de Viry & Philibert de
Viry, Chevalier Seigneur d'Alemogne
, de Rofey & de S.
André de Briord , qui ne laiffa
d'Ifabelle de Montchenu fa
femme , que Guillemette de
Viry épouse d'Aynard de Rivoire
Seigneur de Preffins en
Dauphine. Amé de Viry frere.
aifné de celuy dont je viens de
parler , laiffa de Jeanne de
GALANT
131
m
Ty Compeys,Amé deViry; Claude
, de Viry Chevalier Seigneur
eu d'Efpereaux & de Montvieil ;
a Louis de Viry Chevalier Seiar
gneur de S. André de Briord
d'Allemogne & de Roſey, qui
d'Antoinette Maréchal dont je
A viens de parler , laiffa Claude
S de Viry Chanoine & Comte
if de Lyon en 15 10. Ifabelle de
Viry femme de Jacques de
de Chevelu en Savoye ; Françoife
de Viry Religieufe Abblic à
Lyon, qui fut un des plus beaux
reefprits de fon temps ; Guiette
dede Viry époufe de Pierre de
de Cordon Chevalier Seigneur
132 MERCURE
ぷ
d'Evieu en Bugey , & Gabrielle
de Viry alliée à Angelin Seigneur
dePontrene , Chevalier &
Prefident de Genevois . Jean de
Viry Seigneur de la Baltie de
Melliers ; Pierre de Viry ; Georgette
de Viry femme de Jean
de Genève Chevalier Seigneur
de Lullins, & Perrette de Viry,
qui eut pourmaryAlexandre de
Montrevel, Chevalier Seigneur
de Châteaufort. Amé Seigneur
de Viry Chevalier , deuxième
du nom , époufa le 10. May
1406. Catherine de Montche
nu , & il en eut Amé, Baron
de Viry Seigneur de Mone
GALANT
133
2
Vieil , Rolle , Coppet , Allemogne
& Rofey, qui laiffa
'Helene de Monthon fa
on
C
Eur
ut
ר ו
emme, Michel Baron de Viry;
Aymonde Viry Seigneur d'Allemogne
& de Mategnin ; Jean
de Viry Seigneur de Rofey ;
Jeanne deViry& Renée deViry,
les deux plus belles perfonnes
de leur temps ; Peronne de Viry
époufe de Jacques Seigneur
de Genoft & d'Elpey , & Helene
de Viry , alliée au Seigneur
de Valeyfe. Voilà une
partie des ancêtres de Mr le
Comte de Viry ; fon épouſe eſt
fille de Mre N ... de Morefte
134 MERCURE
Baron de S. Agnieu & de
Rochefort , & petite fille de
Jean Jacques de Moreſte auffi
Baron de S Agnieu , & de
Melchiorre de Menthon d'une
des plus illuftres maiſons de
Savoye , & qui a donné un
S. à l'Eglife en la perfonne de
Frere Bernard de Menthon .
Jean Jacques de Morefte eftoit
fils de Charles de Morefte Baron
de S. Agnieu Seigneur de
Ribaud , & de Catherine Aro
de Montnelas . La Maifon de
Moreste qui eft une des plus
confiderables de Savoye , &
qui y eft divifée en plufieurs
GALANT 135
branches , porte par conceffion
4 des Ducs de Savoye d'azur à
deux faces d'argent à la bande
de gueules bronchant fur le
u tout.
་
Je crois vous faire plaifir de
yous envoyer des vers de Mlle
des Houlieres. Ils font de faion
fon ; & quand ils n'en feroient
to pas , les Ouvrages de cette
B fpirituelle perfonne , peuvent
charmer en tout temps. Vous
Afçavez qu'elle eft une digne heritiere
du beau talent que fa
mere avoit pour la Poëfie ; &
que lorfqu'elle avoit entrepris
de peindre quelque chofe , il
136 MERCURE
eftoit impoffible d'en donner
une plus jufte idée , & de faire
des vers plus châtiez .
HYMNE
s
A
LAMOUR ,
Sur la demande d'un Printems
Lorfque le Printemps nous
Separe ,
Comment puis je chanter fon retour
,fes attrais ,
Dieux ? contre nous toutfe declare
,
Amour fais defcendre la Paix,
Que nos charmants Guerriers ne
nous qnittent jamais .
GALANT 137
It
e.
#
Force cette belle exilée ;
A reparer les maux que la difcorde
a
faits ,
Nos coeurs en vain l'ont rappellée
,
Amour fais defcendre la Paix ,
Que nos charmans Guerriers ne
nous quittentjamais.
Quelle revienne fur la terre ,
Repandre a pleines mainfesgraces,
fes biens -faits ;
Defarmes le Dieu de la Guerre,
Amourfais defcendre la Paix ,
Que nos charmants Guerriers ne
nous quittentjamais.
Avril 1707
. M
138 MERCURE
Si Marsrefufe de fe rendre,
Frappe ce fier Vainqueur de mille
nouveaux traits .
A-t-iljamais pu s'en deffendre?
Amourfais defcendre la Paix ,
Que nos charmants Guerriers ne
nous quittentjamais.
Tu dois pour l'honneur de tes
armes
Mefler à leurs Lauriers des Mir
thes toujours frais ,
Amourfais ceffer nos allarmes,
Amourfais defcendre la Paix ,
Que nos charmants Guerriers ne
nous quittentjamais.
GALANT 139
tes
Rien ne peut mieux fuivte
les Vers que vous venez de lire ,
que le Printemps que je vous
envoye .
AIR NOUVEAU.
C'est lafaifon des amours
Que lafaifon des beaux jours.
Florepourfon cher Zephire ,
Forme les plus tendres voeux ,
Et les Oyfeaux amoureux ,
Chantent leur tendre martyre ;
C'est la faifon des amours ,
Que la faifon des beauxjours.
Aimable & jeune Climene ,
Laiffez - vous enfin charmer ,
Mij
140 MERCURE
Tout céde au penchant d'aimer „
Ceffez donc d'eftre inhumaine ;
C'est la faifon des amours ,
Que la faifon des beauxjours..
Je crois vous devoir parler
de Vers Eſpagnols aprés vous
en avoir envoyé de François.
L'article qui fuit vous apprendera
ce que j'aurois pû vous.
en dire moy même , fi la Langue
Efpagnole m'étoit auſſi
familiere qu'à la Perſonne qui
à bien voulu fe donner la peine
de le faire
& qui entend &
parle parfaitemene cette Langue.
Je vous l'envoye de la
GALANT 141
D
maniere que je l'ay reçû .
On parle icy avec beaucoup
d'approbation d'un Panegyrique
du Roy en Vers Espagnols , que
ceux qui entendeut cette langue
trouvent d'une grande beauté.
Don Lorenzo de las Llamoffas ,
natif de Lima , Capitale du Pe
rou , en eft l'Auteur . Il le dedie à
Sa Majesté , par l'entremise de S.
17 E. Mr le Duc d'Albe , à qui
il
1 demande par une belle piece de
Poëfe , qu'il plaife à Son Excellence
de faire paẞer cet ouvrage
jufqu'aux pieds du Roy . Ilyfait
l'éloge du nom , de la perfonne , &
de l'Illuftre Maifon d'Albe ,
ل ذ
4
qui
142 MERCURE
en Espagnol veut dire l'Aurore.
Il dit d'abord fur ce nom que
l'Aurore fçait reveſtir de lumiere
les brillantes heures du
jour. L'Auteurfefelicite d'avoir
pú trouver unſigrand Mediateur
pour un fipetit culte. Il remarque
que c'eſt le premier Ambaſſadeur
que le grand Philippe a envoyé
à Louis le Grand ; & que
le choixde ce Monarque n'étoit
tombé fur ce digne Miniftre
que dans la certitude , que Son
Excellence le repreſenteroit
parfaitement , puifqu'on luy en
voit toûjours l'image profon
dement gravée dans le coeur .
GALANT 143
#
A l'égard des Anceftres de Son
Excellence , cet Auteur dit
Efpagne reconnoift qu'elle
doit des Provinces & des
que
Royaumes à l'épée de ceux de
ce grand nom , & que la Monarchie
n'ayant pas dequoy le
reconnoiftre , elle avoit cru
que d'envoyer Son Excellence
pour remplir les plus grands
emplois , c'eftoit ajoûter de
plus grandes difficultez à la reconnoiffance
; & que c'eſtoit
s'en acquitter que de l'envoyer
à la Cour de Louis , où le
feul honneur de fervir eft un
digne prix des plus grands fer-
1
144 MERCURE
vices. Il affure enfin que
s'il ne
fait icy qu'ébaucher l'éloge de
cet illuftre Duc , il pourra luy
donner un jour toute fon étendue
& qu'il celcbrera avec éclat
un nom qui precede par tout
le char lumineux du Soleil , &
qui fe fait également aimer &
refpecter dans tout le monde.
Cette piece de Poesie eft fuivie
d'un beau Sonnet à la loüange de
l'Auteur à la gloire de Louis
le Grand. Le genie de Don Lorenzo
de las Llamoffas y est dépeintfous
la figure d Apollon dont
con le croit le portrait veritable ,
· la pensée qui ferme ce Sonnet
eft
GALANY
ཀསྶ 145
eft que fi la gloire du Roy approche
de l'infini , perfonne
ne peut mieux la chanter qu'un
Efpagnol . Ce Sonnet eft de Don
Manuel de Lofo , amy de l'Auteur
Gentilhomme de Son Ex-
• cellence . C'est un jeune Caftillan
qui joint un vray merite auxplus
belles qualitez. Il a fort bien
pris noftre langue , & il parle
Italien avec prefque
ap-
François
autant de facilité qu'Espagnol .
On lit enfuite l'Epitre dedicatoire
en Profe , où l'Auteur donne
l'idée de fon deffein & de fon ou
vrage. Il dit d'abord au Roy , que
tout le monde l'admire , que
Avril 1707
. N
146 MERCURE
tout le monde le loue ; mais
que perfonne ne peut le définir
ni le dépeindre. Que bien loin
que Sa Majesté foit redevable
aux éloges qu'on luy donne ,
elle y perd toûjours , eftant impoffible
au plus delicat Pancgyrifte
de n'en pas fupprimer
plus de traits de gloire qu'il
n'en publie. L'Auteur continuě
en difant que c'eft dans cette
connoiffance que fa plume
trop timide s'eft retenuë deux
fois , dans les deux voyages
qu'il a faits icy , fans autre
intereft que celuy d'y venir
admirer fa perfonne & fa gloiGALANT
147
re , qui ne laiffent ni l'une ni
l'autre aucune liberté d'expri-
1 mer le raviſſement où elles jettent
, & qui eft ce que les
Voyageurs peuvent trouver
de plus merveilleux & de plus
digne de leurs courſes differentes
; mais qu'à preſent ſans
s'arrefter au péril inevitable de
voir fa plume tomber & ſe precipiter
de la fupreme élevation
des pieds de S. M. dans l'abyme
profond d'une tres- humble
confufion
, il en a fait avec plaifir
le facrifice à un fujet d'éloge
auffi grand & auffi digne.
Je n'ay pas , dit il , Sire l'ame
e
S
Nij
148 MERCURE
allez vulgaire pour ' preferer
mon avantage à ma gloire ,
ni pour craindre de payer trop
cher l'honneur de vous offrir
ce tribut , quoy qu'il me le
faille acheter au prix d'une
ruine .
C'eft de deffein premedité,Si-
´re que je n'ai pas choifi quelque
action particuliere pour fujet
de ce petit Panegyrique ; étant
toutes remplies , à ma foible
maniere d'en juger , d'une perfection
qui les égale , je n'ay
pas pû me flatter d'en rencontrer
une , qui pour eftre d'un
moindre éclat, m'en facilitaſt
GALANT 149
I d'avantage l'expreffion . Elles
font toutes fi fort au deffus de
mon genie que ne pouvant pas
les concevoir en leur entier
mon choix a demeuré fufpendu
& j'ay pris le party de les
admirer dans Voftre Majefté
comme dans leur fource .
Il fupplie enfuite Sa Majesté
de luy pardonner la pauvreté du
facrifice , puifque ce qui le rend
le plus agreable fur les Autels ,
n'eft pas tant la valeur de l'offranque
l'affection & les oeux de
celuy qui la fait , le merite de
celuy qui la prefenté. Il tire de
ces deux raifons une confiance que
de
N iij
150 MERCURE
fon tribut ne fera pas meprifé; &
il finit en fouhaitant que Dieu
conferve la perfonne facrée de
Sa Majefté autant que le monde
entier en a befoin.
Le Panegirique eft en Strophes
de même mefure & de huit vers
chacune. Les Espagnols apellent
Octaves , ce genre de Poëfie , qui
eft fort en ufage parmi eux. Les
vers & les penfees de cet ouvragefont
d'unefi grande élevation
, qu'il feroit malaifé d'en
conferver toute leur force & tout
le fens en les traduifant en toute
autre langue.
Au reste Don Lorenz a de Las
GALANT
151
- Llamoffas n'eft pas moins connu
ni moins eftimé en Espagne parfa
¿ fcience que par fon rare talent de
1 faire de beaux vers . C'eft un ef
prit du premier ordre & il a donné
dans ce Panegyrique tout fon
effort à fon genie.
"
M' le Cardinal de Noailles
a fait une Ordonnance pour
recommander le foin de preparer
de bonne heure les malades
à la mort. Le zele & la
pieté de ce Prelat y éclatent
par tour , & il la commence
par ce que Saint Auguſtin die
penitence des malades &
que
la
des mourans eft fouvent malade
Niiij
152 MERCURE
&mourante comme eux Quelque
fûre que l'experience
journaliere rende cette penſée ,
ce Cardinal nelaiffe pas de conjurer
les parens de fe dépoüiller
de cette fauffe & foible tendreffe
qui les empêche de découvrir
aux malades le peril où
ils font , & qui ne fert qu'à leur
faire perdre un temps pretieux
qu'on ne retrouve plus , & dont
l'uſage decide toûjours de l'éternité.
La précaution que Son Eminence
prend aujourd'huy n'eft
pas une chofe nouvelle dans
l'Eglife ; le 4
с
Concile de LaGALANT
153
ב
1.
1
X
tran celebré en 1215. fous le
Pape Innocent III. fit un Canon
exprés ( c'eſt le 22. ) pour
deffendre l'entrée de l'Eglife
aux Medecins qui ne feroient
pas attentifs à l'obfervation
de cette Loy , & il donne pour
motif de ce Decret l'intereft
même temporel des malades ,
puifque le peché cftant là premiere
caufe de leurs maladies ,
en faifant ceffer la caufe , on
fait auffi fouvent ceffer l'effet.
M' le Cardinal de Noailles.
pour appuyer fon Ordonnance
par des exemples domefti
ques , rapporte le 29° Canon
с
154 MERCURE
d'un Concile celebré à Paris en
1429. où celuy du Concile de
Latran eft confirmé dans toute
fon étenduë ; il rapporte auffi
un des Statuts Synodaux qu'Etienne
Poncher , un des plus
grands Evêques qui ayent gouverné
l'Eglife de Paris , fit pour
l'obfervation de cette Loy fi falutaire
aux infirmes.
Le Pere Souhare , Recollet ,
fameux Predicateur , qui a prê
ché dans l'Eglife Cathedrale de
Bayonne l'Avent dernier , &
dont toutes les nombreufes
Affemblées qui fe font trouvées
à fes Sermous ont efté fi
GALANT 155
1 fatisfaites , que M' l'Evêque
de Bayonne le choifit pour prêcher
le Carême fuivant dans le
même lieu , où il a continué
I d'attirer la mefme foule , &
1 de fe couvrir de la mefme
gloire par des applaudiffemens
continuels , & fur tout
par un éloge de M' de Beauvau ,
Evêque de Bayonne . La Reine
Douairiere d'Efpagne ayant
oui parler des Predications pleines
d'onction de ce fçavant
Predicateur , refolut de l'aller
entendre le fecond Dimanche
du Carême qu'il vient de finir
avec les mêmes applaudiffe156
MERCURE
mens. L'Affemblée fe trouva
ce jour - là auffi illuftre que
nombreuſe , & l'Eglife toute
remplie quatre heures avant
que le Sermon commençaſt.
Voicy le Difcours qu'il adreffa
à cette grande Reine.
1.
MADAME ,
Quel Spectacle nouveau fe pre-
Lente icy tout- à- coup à mes yeux ;
Seroit- ce l'effet du pur hazard , où
ne feroit- ce pas plutoft unefage &
mifterieufe difpofition de la Provi
le même jour que Jefusdence
que
Chrift a choifi pour manifefterfa
GALANT 157.
• gloire aux hommes fur la fainte
Montagne du Tabor , V. M. ait
auffi voulu manifefter la fienne au
1 milieu de ce Temple Augufte. Les
Apôtres peu accoûtumez à cesfortes
de raviffans Spectacles, ne purent
pas foutenir longtemps le trop
vif éclat qui fortoit du vifage de
leur Adorable Maiftre ; nous Madame
, auffipeu accoûtumez que
les Apôtres à ces grandsjours, nous
avons prefqu'autant de peine à
foutenir l'éblouiffante fplendeur qui
environne V. M. lorfqu'avec mille
timides & refpectueufesprécautions
, nous ofons feulement porter
les yeux fur elle. Ne craignez
ز
158 MERCURE
charmer les
pourtant pas , Madame , que je
m'arreſte trop longtemps à toute cette
pompe exterieure , fi propre à
fafciner les yeux ,
fens fuivant le beau confeil que
Jefus- Chrift donne aujourd'huy à
fes Apôtres.Je me contenteray d'en
eftre l'heureux Spectateur,fans en
eſtre un importun Panegirifte.
Aprés tout , Madame , vous le
fçavez en présence de ces faints
Autels , & de ces Adorables Tabernacles
; il nous eft deffendu par
noftre miniftere de bruſler unfeul
grain d'encens qu'à la gloire de
Dieu feul. Dans la Sainte Sion ,
on ne doit chanter de Cantiques
GALANT 159
qu'au Dieu de Jacob ; on lonera
affez ailleurs toutes les royales
qualitez quife trouvent heureufement
réunies en vostre facréeperfonne
, & qui nefe trouvent qu'en
elle-feule. Mais ; Madame , dans
la maifon du Dieu des vertus ; il
1 n'est que vostre pieté toute feule
qui merite nos applaudiffemens &
nos éloges. On lovera affez voſtre
Maifon Souveraine , pour avoir
donné des Imperatrices & des Reines
à la plusgrandepartie de l'Europe
; mais icy il faut la louerpour
luy avoir donné des Reines & des
Imperatrices Chrétiennes. On
louera affez voftre Sang pour cftrẻ
160 MERCURE
monté fur le Trône des Céfars
Chrétiens , & poury avoir fait
regner la Foy & la Religion defefus
- Chrift.On loüera aſſez les briblantes
Couronnes qui ont orné vôtrefront
Augufte, & qui vous ont
foumis tant de Peuples divers &
tant de Nations differentes ; mais
icy il faut les louer , parce que par
un humble & religieux refpect
vous avez fçû les jetter aux pieds
de l'Agneau. Voilà, Madame , le
beau luftre que la pieté donne juf
qu'aux Maifons Souveraines , juf
qu'aux Teftes Couronnées . Elle
feule afait l'éloge de la Femme
Forte chez le Sage , & toute
la
GALANT 161
renduë
gloire d'une grande Princeffe chez
Le Roy Prophete ; & j'ofe dire, Ma
dame, qu'elle feule vous a
plus recommandablefur le Trône;
qu'ellefeule vous rend plus refpectable
hors du Trône , qu'elle feule
enfin vous rendra toûjoursplus digne
du Trône que toutes vos autres
royales qualitez. Seigneur Dicu
Tout- Puillant , qui tenez les
coeurs desRois entre vos mains ,
confervez toûjours celuy de
cette grande & pieuſe Reine ;
exaucez les voeux ardens qu'el
le vient vous faire aux pieds de
vos faintsAutels . Ceffez, Sei-:
gneur, ceffez d'eftre le Dieu des
O
Avril
1707 .
162 MERCURE
Armées , & commencez à être
le Dieu de la Paix. Nous vous
la demandons par l'Interceffion
de voftre Sainte Mere & c.
M' le Marquis de Tenebron
, Infpecteur d'Infanterie ,
qui avoit donné des preuves fignalées
de fa fidelité & de fon
courage eft mort de maladie à
Murcie , & il a efté fort regret
té à caufe de fon merite & de
fes qualitez perfonnelles . H
eftoit d'une famille qui a produit
plufieurs perfonnes de lettres
. Un de fes ayeux avoit fait
un traité fur les Nimetulahites
qui n'a jamais vû le jour,
GALANT 163
S
7
Les Nimetulahites font une
forte de Religieux Turcs , qui
font ainfi nommez à caufe de
leur Fondateur Nimetulabi . Ils
s'affemblent tous les Lundis ,la
nuit , pour chanter des Hymnes
à la louange de Dieu . Ceux
qui veulent eftre reçus dans cet
Ordre font obligez de faire
une quarantaine ; c'eft à dire ,
de demeurer pendant quarante
jours enfermez fans compagnie
dans une chambre , où on
ne leur donne qu'environ quatre
onces de nourriture par
jour . Au fortir de cette chambre
aprés les quarante jours de
O ij
164 MERCURE
jeûne , les autres Religieux
prennent le Novice par la main
& danfent à la Morefque , en
faiſant quantité de geftes extravagants.
Le traité de feu M' de.
Tenebron auroit efté agreablement
reçû des Sçavans , &
on efperoit même il n'y a pas
long-temps qu'il paroiftroit.
Cette famille eft originaire du
Bearn où elle a ſubſiſté pendant
plufieurs ficcles , & ou
elle a produit plufieurs perfonnes
qui fe font diftingueés en
portant les armes pour le fervice
de nos Rois & des Monar
ques qui ont gouverné les difGALANT
165
>
ferens Etats de l'Espagne.
Vous avez fans doute appris
la mort de M' du Chefne ,
Ecuyer Confeiller du Roy , &
premier Medecin de Meffeit
gneurs les Enfans de France ,
decedé à Versailles à l'âge de 92
ans. Il avoit fait fon Cours de
Medecine fous les plus habiles
Profeffeurs de la Faculté de Paris
. Il alla enfuite à Montpel
lier où il prit le Bonnet de
Docteur en 1637. aprés quoy
il Profeffa la Medecine à Sezanne
en Brie , lieu de fa naiffance
, & il y acquit tant de
reputation que le bruit de ſon
166 MERCURE
fçavoir eftant parvenu juſques
à M de Louvois , il l'engagea
de venir à Paris , où ayant travaillé
avantageufement pour
te Public pendant quelques an
nées , Sa Majefté , informée de
fon experience , luy donna la
Charge de Medecin de fes
Camps & Armées , & il fit
plufieurs Campagnes en cette
qualité . On doit remarquer
qu'eftant fort jeune , il s'eftoit
trouvé au fiege de Perpignan
fous Louis le Jufte. La reputa
tion qu'il continua de s'acquerir
dans les Armées du Roy fut
caufe que Sa Majefté le nomma
GALANT 167
3 Medecin des Invalides ; du
#Chafteau de Vincennes , de la
Baftille & de l'Amirauté , & enfin
elle luy confia le foin de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
de Monfeigneur le Duc
d'Anjou , & de Monfeigneur
le Duc de Berry , & aprés avoir
paffé plufieurs années dans cet
employ de confiance , Sa Majefté
luy donna des Lettres de
Nobleffe pour luy & pour ſes
defcendans , qui furent enregiftrées
au Parlement. Le Roy
nomma pour fuivre S. M.
C. en qualité de fon premier
Medecin, & il l'accompa
x
168 MERCURE
gna jufqu'à l'entrée des terres
d'Efpagne. Il a auffi eu l'honneur
de fuivre Monſeigneur
le
Duc de Bourgogne
dans toutes
fes Campagnes . Son zele
& fon application pour la fanté.
de ces auguftes Princes étoient
Loûtenues d'une probité ſincere
, d'une pieté folide , & d'u
ne grande charité envers les
Pauvres qu'il foulageoit également
fes aumônes
& par
fes remedes. Il eft mort comme
ila vécu. Ses derniers fentimens
& fes dernieres paroles ont efté
des preuves certaines de fa fidelité
conftante pour fon Prinpar
ce ,
GALANT 169
ce , & de fon attachement inviolable
pour fon Dieu , dont
il a proferé le nom jufqu'au
dernier foupir de fa vie.
Il laiffe une pofterité nombreuſe
, ayant eu feize enfans
de Damoiſelle Marie de Champy
, qu'il époufa en 1641. entr'autres
M' du Chefne , Gouverneur
du Chafteau de Bouillon
; M du Cheſne Abbé de
Mauleon , entre les bras duquel
il est mort . Cet Abbé eft Prê
tre & Docteur en Theologie
de la Maiſon & Societé de Navarre
. Il prêcha il y a deux ans
le Sermon de la Céne devant
Avril
1707.
Р
170 MERCURE
Sa Majefté, & il reçut de grands
applaudiffemens. Il avoit prê
ché il y a quelques années aux
Invalides le jour de Saint Louis,
avec une approbation generale
. Feu M' du Chefne laiffe
auffi une fille qui eſt Abbeſſe
de Saint Dizier en Champagne.
L'aîné de tous fes enfans , qui
eft mort Medecin des Invalides
, a eu plufieurs enfans dont
l'aîné mourut il y a environ
deux ans en Allemagne Capitaine
d'Infanterie. Le fecond
qui étudie en Droit , fait déja
parler de luy avec diftinction ,
ayant beaucoup de merite &
GALANT 171
de vertu. Feu M' du Chefne
- Commiffaire des guerres eftoit
auffi fils de M' du Chefne qui
vient de mourir. Il n'a laiffé
qu'une fille mariée à M' de
Laumont de Courgis , qui a
efté Gouverneur de Monfieur
le Duc de Lorraine à preſent
regnant.
M' le Comte de
Lezignem
Lezay & non Luzignan coml'ufage
l'a introduit , cy- devant
Envoyé Extraordinaire
de la
Cour de France à celle de Vienne
eft mort en cette Ville dans
la foixante & quatriéme année
de fon âge avec la reputa-
Pij
172 MERCURE
tion d'un des plus honneſtes
hommes de fon fiecle . Mr
Befli -a prouvé par des temoignages
inconteftables
dans
Hiftoire des Comtes de Poitiers
, auffi- bien que plufieurs
autres Auteurs digne de foy ,
que M' le Comte de Lezignem
Lezay deſcendoit en droite ligne
& mafculine de Hugues
Sire de Lezignem VII. du
nom & furnommé le Brun
par Simon Sire de Lezay qui
eut cette terre en partage &
qui en prit le nom felon l'ufage
de fon temps. Il vivoit au
commencement du 12 ° . fiecle.
>
GALANT 173
1
1
S
lac,
;
Sa pofterité a contracté des
alliances avec les illuftres maifons
de Vivonne , Archiac
Cologne, Baumont - Breffuire ,
Laval Loué, la Tremoille , Mortagne
Aunay , Gontaut Biron ,
Aubuffon la Feüillade , Nail-
Barbançois - Sarzay , & plufieurs
autres. Les freres de M
le Comté de Lezignem font ,
M' l'Evêque de Rhodés , feu
M' le Marquis de Lezay , M'le
Commandeur de Lezignem &
feue M la Marquife de la Roche-
Aymon , mere de Mr l'Evêque
du Puy. Mr le Comte de
Lezignem avoit épousé Fran-
Piij
174 MERCURE
çoiſe de Buel , fille de René ,
Comte de Sancerre & de Françoife
de Montaillais , dont il a
laiffé Mr le Marquis de Lezignem
, qui a épousé la Dame
heritiere d'Eftiffac la Rochefoucault
, & Mr l'Abbé de Lezignem,
grand Vicaire & grand
Archidiacre de Rhodés ,Deputé
aux Affemblées generales
du Clergé de 1695. & de
1707.
Je crois ne pouvoir mieux
commencer l'Article de la
mort de Mr le Maréchal de
Vauban que par les qualitez
que voicy. Sebaſtien le Preftre
GALANT 175
I
י
de Vauban , Chevalier Seigneur
de Bazoches Vauban
Pierre - Pertuis , Poüilly - Cervon
, la Chaume , Epiry , & autres
lieux , Chevalier des Ordres
du Roy , Maréchal de
France , Grand- Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis ,
Commiffaire general des Fortifications
de France , & Gouverneur
de la Citadelle de Lille.
Mr de Vauban eſt mort
âgé de foixante feize ans . Il
eftoit fils d'Urbain le Preftre ,
Seigneur de Vauban , & d'Aimée
de Carmignol . Il avoit
épouſé Jeanne d'Onoy , de la
Pin
176 MERCURE
famille des Barons d'Epiry en
Nivernois , morte en 1705. Il
en a eu deux filles ; l'aînée a
époufé Jean - Baptifte de Megrigny
, Comte de Villebertin ,
neveu de Mr de Megrigny ,
Gouverneur de la Citadelle de
Tournay , & fils de Mr de Megrigny
Villebertin , qui avoit
commandé les Gendarmes de
la Reine- Mere , & qui eftoit
frere aîné du Gouverneur de
la Citadelle de Tournay. La
mere de Mr de Villebertin
eftoit de la maifon de Guerchy
, & fille du Vicomte d'Aunay.
Mr de Villebertin eft Seii
k
GALANT 177
gneur en partie de la Terre
d'Aunay en Nivernois. La cadette
époufa en 1691. Louis .
Bernin Marquis d'Uffé en Touraine
, Controlleur general de
la Maifon
du Roy.
Antoine le Preftre , connu
fous le nom de M' du Puis-
Vauban , eft neveu du Maréchal
de ce nom , & Lieutenant
general des Armées du Roy,
Gouverneur de Bethune , &
Commandeur de l'Ordre de
Saint Louis. Le pere de M' du
Puis Vauban eftoit coufin gerinain
de M' le Maréchal de
Vauban , & neveu de la Mare
178 MERCURE
chale ; la mere de cette Maréchale
ayant eu d'un ſecond
mariage la mere de M' du Puis ,
au nom duquel on ajoûte celuy
de Vauban,
Louis le Preftre de Vauban
qui eft auffi neveu du Maréchal
, eut en 1684. l'Abbaye
de Brantôme au Diocefe de Perigueux
, & en 1690. celle de
Belleville.
M' le Maréchal de Vauban
commença à fervir en 1651.
Il porta d'abord le Moufquet
dans le Regiment de Condé ; &
fut Officier dans ce Regiment
qui étoit alors dans des intereſts
GALANT
179
I
་
C
contraires à ceux de S. M. Il
paffa enfuite dans le Regiment
de Cavalerie de M' du Montal
qui eftoit de la mefme Province.
Il fut Lieutenant dans ce
Regiment , dans lequel ayant
efté fait prifonnier , le Cardinal
Mazarin luy parla fortement
pour le faire rentrer dans
le fervice du Roy. Il fuivit fes
confeils , & il fut pourvû d'une
Compagnie dans le Regiment
d'Infanterie de la Ferté. Il reçû
deux coups au Siege de
Stenay , l'un dans le corps , &
l'autre au vifage dont la marquey
eft toujours demeurée. Il
180 MERCURE
fervit en 1657.
d'Ingenieur
au Siege de Montmedy , fous
le Maréchal de la Ferté qui
luy donna beaucoup de loüanges
, & qui dit que ce jeune hommeparviendroit
un jour aux premiers
honneurs de la guerre. İl
conduifit en 1667. tous les
fieges que le Roy fit cette Campagne
, & il eut enfuite la conduite
de tous les freges que Sa
Majefté fit en perfonne , ainfi
que beaucoup d'autres fous les
Generaux qui ont commandé
les Armées du Roy ; fçavoir
ceux d'Aire en 1676. de Saint
Guſlain en 1677. de LuxemGALANT
181
!
3
bourg en 1684. de Philifbourg
en 1688. de Charleroy en 169 3 .
d'Ath en 1697. & de Brifack
en 1703. Sa Majeſté luy avoit
commis le foin de toutes les
Fortifications du Royaume.
Le Roy luy a fait plufieurs
gratifications confiderables . Il
luy donna 4000. louis d'or
aprés le fiege de Maftrick en
1673. 75000. livres aprés le
ſiege de Valenciennes ; 75000 .
livres aprés le fiege de Gand ;
33000. livres aprés le fiege de
Luxembourg ; 33000. livres
en 1687. 100000. livres aprés
le fiege de Mons , & Sa Ma182
MERCURE
jeſté luy fit l'honneur de le faire
dîner avec elle ; & 120000.
aprés le fiege de Namur.
Il avoit efté fait Maréchal
de Camp dans le mois d'Aouft
1676. & il fut nommé Lieutenant
general au mois d'Aouſt
1688. Quoy que fa principale
Occupation fuft d'avoir la direction
des Sieges lorſqu'il fervoit
dans les Armées , il avoit
neanmoins la paye de Maréchal
de Camp ou de Lieutenant
general. Il commanda les
Troupe à Dunkerque en
1689. en qualité de Lieutenant
general , & à la fin de
GALANT 183
J
l'année il alla vifiter les Places
de la Meufe. En May 1693 .
il fut fait Grand - Croix de l'Ordre
de Saint Louis , & en 1694
& 1695 , il commanda dans les
quatre Evêchez de la baffe Bretagne.
Il fut fait Maréchal de
France en 1703. & Sa Majeſté
luy donna les Entrées , & il fut
fait Chevalier de l'Ordre du S.
Elprit en 1705. ce qui ne l'empêcha
, pas de demeurer toûjours
Grand - Croix de Saint
Louis .
Je dois ajoûter icy quele 5 .
Juin 1668. le Roy luy avoit
donné le Gouvernement de la
184 MERCURE
Citadelle de Lille , qu'il avoit
fait bâtir luy - même ; qu'en
Decembre 1680. Sa Majefté
luy avoit donné le Gouvernement
de Douay qu'il vendit en
en 1682. 150000. livres à M
de Pommereu Capitaine aux
Gardes ; qu'en 1684. le Roy
l'avoit gratifié une feconde fois
du Gouvernement de la Citadelle
de Lille , qu'avoit Mª du
Mets , qui fut fait Gouverneur
de Gravelines .
Mr le Maréchal de Vauban
joignoit à fes qualitez militaires
celle d'aimer les Lettres , &
de proteger ceux qui les cultiGALANT
185
voient. Il eftoit en cela d'autant
plus loüable qu'il le faifoit
fans oftentation , puifqu'il
ne vouloit pas
même que
que les
Sçavans à qui il accordoit fon
amitié en rendiffent public leur
témoignage. Il a donné une
preuve de cette rare modeftic
peu de temps avant fa mort , en
refufant la Dedicace de l'Hiftoire
du Prince Ragotszi , que
l'on vient de mettre au jour.
L'Auteur en parle dans la Preface
de ce Livre , fans nommer
ce Maréchal. Il travailloit nuit
& jour depuis fix mois , lors
que la mort l'a furpris , à un
Avril 1707
.
186 MERCURE
ouvrage qui fait voir de quelle
maniere on peut deffendre toutes
les Places fortes qui appar
tiennent à la France , & comment
on peut attaquer toutes
celles qui font au pouvoir
des ennemis. L'Academie des
Sciences dont il eftoit Academicien
honoraire
, luy ayant
fait faire un Service comme elle
fait ordinairement
aprés la
mort de tous ceux qui font de
ce Corps , toute la Compagnie
s'y trouva , ce que l'on n'avoit
point encore remarqué , & l'on
y compta plus de quatre - vingt
hommes de Lettres.
GALANT 187
"
2
1
1
Les armes de Vauban étoient
d'azur au chevron d'or accompagné
de trois feüilles de treffles
à la queue fichée , fommé
d'un croiffant d'argent.
Pendant que les grands hommes
meurent , ceux qui ne commencent
qu'à entrer dans la
carriere de l'honneur , fe marient.
Le 2. de ce mois , Monfieur
le Comte d'Evreux , cadet des
enfans de Monfieur le Duc de
Bouillon , & Colonel general
de la Cavalerie Françoife, époufa
Mlle Crozat , qui luy a apporté
en dotte deux millions
Qij
188 MERCURE
d'argent comptant , & le tout
s'eft paffé avec beaucoup de magnificence.
La modeftie des Peres Benedictins
eft caufe que je ne vous
ay pas envoyé plutoſt le Bref
du Pape , que vous allez lire.
Ce Bref a efté envoyé à ces Peres
à l'occafion de la belle édition
des oeuvres de Saint Gregoire
le Grand qu'ils dédierent
à Sa Sainteté l'année derniere.
C'eft le R. P. Dom Denis de
Sainte- Marthe qui n'eft pas
moins connu par fon merite
que par celuy de fon illuftre
famille , qui a eu la principale
GALANT 189
- part à cette édition , l'une des
plus parfaites que ces P.P. ayent
données jufqu'icy. Les prefens
de devotion dont il eft fait
mention dans ce Bref , font
deux douzaines de Medailles
d'or qui ont efté diſtribuées
aux fçavans de cette illuftre
Congregation
conformement
aux intentions de Sa Sainteté.
30 . LA
T
190 MERCURE
BREF
DE N. S. P. LE PAPE
CLEMENT XI.
Au Superieur General de la Congregationde
Saint Maur.
Anoftre cher Fils le Superieur
General de la Congregation
de Saint Maur , de l'Ordre
de Saint Benoift.
CLEMENT XI.
NOTRE CHER FILS , SALUT
Et benediction Apoftolique.
Nous nepouvons differer plus
long-temps à vous marquer comGALANT
191
que
bien nous eftimons & aprouvons le
foin que voftreCongrégationprend
de revoir les ouvrages des SS . PP .
de l'Eglife , & d'en donner au
public des éditions plus correctes
celles qui ont paru juſqu'à
prefent. Nous jugeons que ce travail
, auffi digne de voſtre état que
de la vertu dont vous faites profeffion
, tournera non feulement à
la gloire de tout voftre Corps
mais encore qu'il fera tres-utile
toute la Republique Chreftienne
& fur tout à la Religion Orthodoxe.
à
C'eft pourquoy Nous vous
exhortons dans le Seigneur , &
192 MERCURE
&
vous vos Religieux depourſuivre
cette noble entreprife avec
autant de diligence que vous l'avez
commencée avec courage ; per-
Juadez que tout ce qui dépendra
de Nouspour vousfaire honneur
&plaifir , vous fera accordé en
out
temps.
Cependant Nous avons donné
ordre qu'on vous envoyatquelques.
petits prefens de devotion , pour
eftre diftribuez comme vous le
jugerez à propos , fur tout à ces
hommes fçavans , qui ont la peine
& le foin de ces fortes d'éditions ;
ces prefens leurferont des preuves
indubitables de l'amour
paternel
GALANT 193
Nous
avons pour
paternel que
leurs perfonnes , & de l'eftime que
Nous faifons de leurs études &
de leurs ouvrages.co
Pour vous , noftre cher Fils ,
Nous vous donnons la Benedic
tion Apoftolique , comme le principal
gage de noftre bienveillance.
Lonné à Rome à Saint Pierre
fous Anneau du Pefcheur , le 19.
Avril de l'An 1706. & lefixié
me de noftre Pontificat.
>
Signé , ULYSSE Jos.
Archevêque de Theodofic.
Le Roy de Suede , quoy que
Avril
1707.
R
194 MERCURE
d'un âge fort peu avancé , à
déja merité de l'aveu de toutes
les Nations qui ont ouï parler
de ce Monarque , d'eftre mis au
nombre des grands hommes ;
à quoy l'on peut ajoûter qu'il
eft un des plus honneftes hommes
du monde. La juftice eft la
regle de toutes les actions , &
quand il a une fois formé un
projet qu'il croit juſte , rien
n'eft capable de luy faire changer
de fentiment , ni même de
l'ébranler un moment . Je n'entreprens
point de faire le Portrait
de ce Prince , puifque la
beauté de la matiere a excité
GALANT 195
plufieurs beaux efprits à travailler
fur un fi riche fujet.
Un fibeau choix les affuroit du
fuccés de leur ouvrage ; vous
en pouvez juger par ce qui
fait.
PORTRAIT
DE CHARLES XII.
ROY DE SUEDE.
P. Our peindre un Alexandre ,
faudroit un Apelle ,
il
Charles eft Alexandre du Nord,
Du Vainqueur de l'Afie , il a l'air
& le port
Et va du même pas à la Gloire im
mortelle s
Rij
196 MERCURE
Mais où trouver encore un Apelle
nouveau ,
Le Peintre manque au paralelle.
S
Pour moy bien au deffus de ce fameux
modele
Je compte enprenant le Pinceau ,
Moins fur mon art , que fur mon
zele ,
Et fur le fujet du Tableau :
.
Si dans les moindres traits je puiseftre
fidele ,
Le Portraitferatoûjours beau.
Et d'abord ( car je dois aux dons de
la nature
Le premier rang dans ma Peinture
)
Le viſage en ovale , avecgrace allongé,
Frape par de grands traits , qu'un
GALANT 197
air doux
accompagne
Un teint , que le hale a chargé ,
Eft garent des Exploits de plus d'une
Campagne.
S
Sous un front ouvert & ferein,
Desyeux vifs & brillans d'une noble
lumiere
Témoignent cette ardeur guerriere
Qui dés les premiers coups que fcût
Lancer fa main
Al Europe étonnée annonça fa carį
riere.
S
Pour temperer lefeu , qui brille dans
fes yeux ,
La Nature avec l'Art a formé fur
fa bouche ,
Un fouris fin & gracieux ,
Qui charme à fon abord le coeur le
plusfarouche ,
Riij
198 MERCURE
Ses cheveux negligez & longs ;
Et que nonchalamment , d'une main
cavaliere ,
Quelquefois il releve , & rejette en
arriere ,
Tiennent des deux couleurs , fans eftre
noirs
ny
blonds .
2
Dégagé d'un luxe incommode ,
Leneceffaire faitfa mode
Comme un fimple Soldat vetu groffiérement
Pour la forme & pour la matiere ,
Un habit luy fuffit une Campagne
entiere ,
Grand chapeau , gants de buffle , &
pour l'aſſortiment….
Ceinturon de même parure ,
D'où pendun large coutelas
Peu brillant au dehots , pen chargé
de dorure ,
GALANT 199
Mais terrible dans les combats
Enfiay cravatte à la Dragonne ,
C'est tout l'ajustement qu'il fouffre
Menfa perfonne.
S
Mais me fuis-je mépris ? eft - ce un
grand Potentat ?
2. Est- ce un Rey queje viens depeindre
?
C'est un Roy , mais un Roy Soldat
Qui dépouillé d'un vain éclat ,
N'en fait pas moins fe faire
craindre
Cet air de negligence , & defimplicitè,
N'altere point en luyla Majesté,
Sansrien devoir à la magnificence,
Theftfervy, craint , respecté ,
Et paroift Roy dés qu'ils'avance.
2
R. iiij
200 MERCURE
Une fagefrugalité
Dont il donne l'exemple avec autorité
* ystreli
Y
De fon Camp bannit la moleffe ,
Et le deffend luy- mème , aufeu de la
jeuneffe ,
D'un écüeil plus à redouter ,
Que tous les ennemis que fon bras
fçut dompter;
~~Tout le jour agiſſant fans ceffè
Il n'accorde , qu'à peine, à la neceffi
té,
5
Un court fammeilfur la nuit emprunté
,
Et qui fouvent interrompu , ne
Laiffe
Nulle prife à la volupté.
En lay la probitéfarpaffe le courage ;
Et les loix de l'honneur font fes premieres
loix ,
GALANTM 2012
Il ne manque jamais à la foy qu'il
sengage }
Ilparlepeu , mais avec poids ,
Amy de la vertu , zelé pour la juftices
ર
Ennemy declaré du menfonge & du
vice ,
Au feul & vray merite il fe laiffe
toucher ,
Sans attendre qu'il fe prefente ,
Zuy-même il leprévient d'une main
bien-faifanie ,
-Et s'empreffe pour le chercher
Dans ce Conquerant fi terrible .
La fiere Majefté n'eft point inaccef
fibles jalur lading and
Atoute heure , en tout temps ilfe laif
approcher, wow , babor ed
Aimé de fes Sujets en vraypere , il
les aime
202 MERCURE
Et l'on trouve toujours enluy
Autant de douceur pour autruy
Que d'auferitépour luy mente.
2
"
Hardy , mais fans temerité,
Ilfeait (quand il le faut )fufpendre
Une trop vive activité, Av .
Et medite longtemps ce qu'il veut entreprendre
,
Mais lafque la fageffe , & la gloire
ont dicté
Le party qu'un Heros doit prendre
Ilpart , il execute avec rapidité ,
Ce que , dans un fecret , que rien ne
Surprendre
Ila feul longtemps medité , vid
Et que l'effet feul peut apprendre:
S
Alors il ne connoift nypeine ny danger&
GALANT 203
Rien ne l'étonne & ne l'arrefte ,
Rien ne peut le faire changer ,
Et vit- il la mort toute prefte ,
Ilfaut , s'il l'a reglé , perir ou fe
vanger.
De là les fuccès de fes armes
Et tous ces exploits glorieux
Qui tiennent aujourd'huy l'Univers
en allarme ,
Et du cofte du Nordfont tourner tous
Les
yeux
Mais à quelque haut point de
gloire
Que l'ait élevé la Victoire ,
Toujours conftant àfuivre ſes projets
,
On doutepar toute la terre ,
S'il a paru plus grand , lorsqu'il
fait la guerre,
Que lorfqu'il a donné la paix.
204 MERCURE
Mr Moullart Sanfon , Geographe
ordinaire du Roy, vient
de donner une Carte au Public
intitulée :
L'Efpagne divifee en tous fes
Royaumes Principautez , fuiwant
qu'ils font compris fous les
Couronnes de Caftille & d'Aragon
, poffedées par Philippe de
France , Roy Catholique V. du
nom , fous la Conronne de Portugal
poffedée par Jean de Bragance
Roy de Portugal V. du nom,
preſentée à fon Ateffe Royale ,
Monfeigneur le Duc d'Orleans.
Il me feroit impoffible d'entrer
dans le détail de cette CarGALANT
205
te , tant elle eſt compofée de
parties differentes, le Roy d'Ef
pagne eftant maître d'un grand
nombre de Royaumes & de divers
autres Etats. L'ordre qui ſe
trouve dans cette Carte , & les
Annotations qui font à la marge
, vous feront comprendre
tout ce que je ne pourrois
vous expliquer que très - difficilement
, & que les yeux font
mieux comprendre à l'efprit ,
que toutes les plus claires explications
. Je dois ajoûter icy ,
que le nom de Sanfon vous
doit donner une bonne opinion
de cette Carte , tous ceux
206 MERCURE
de ce nom ayant toûjours efté
fort reguliers dans leurs Ouvrages
, & n'ayant point épar
gné le travail pour fatisfaire le
Public. La Carte dont je vous
parle , fe vend chez Mr Moullart
Sanſon , dans le Cloiſtre
faint Nicolas du Louvre ; cette
Carte eftant de faifon , eft recherchée
avec beaucoup d'empreffement
.
On trouve au bas de cette
Carte , une petite Carte des environs
de Madrid , où l'on voit
les marches & les campemens
de fa Majesté Catholique , en
1706 .
GALANT
207
Le 12. de ce mois , le Pere
Placide , Affiftant General des
Auguftins Déchauſſez , Geographe
Ordinaire du Roy
préfenta à fa Majeſté , une
Carte de la Catalogne en deux
grandes feuilles . Voicy ce qu'il
dit à fa Majesté :
SIRE , ayant eu plufieurs
memoires trés-particuliers de la
Catalogne , j'ay crú qu'il eftoir de
mon devoir , avant que d'en don→
ner la Carte au Public , de la pré-
Senter à Voftre Majeſté , pour lui
donner de nouveau cette marque
de mes trés-profonds refpects , &
pour l'affeurer en même temps , de
208 MERCURE
la continuation de mes voeux &
de mes prieres , pour la confervation
de fa Perfonne Sacrée , &
pour la profperité de fes Armes.
Sa Majefté qui eftime les
Ouvrages du Pere Placide , reçût
cette Carte avec beaucoup
de bonté , marquant le plaifir
qu Elle avoit d'aprendre ce
qu'elle contient de particulier,
que le Pere Placide lui expliqua
avec beaucoup de netteré
, tant à l'égard de la divifion
de la Carte , qu'à l'égard
des côtes de la Mer & du dedans
des Terres , qui ont des
fingularitez qui font connoître
GALANT 209
avec quel foin & quelle exactitude
le Pere Placide a travaillé
à cette derniere Carte , qui ne
cede en rien à toutes celles qu'il
a données cy- devant au Public
.
Cette Carte fe vend ruë S.
Jacques prés la ruë de la Parcheminerie
, chez Mademoifelle
du Val , niéce de l'Au-
* teur , & chez qui l'on trouve
tous fes autres Ouvrages.
Rien n'eft égal à l'induſtrie
des hommes , & il eft impoffible
de bien concevoir jufqu'où
leur imagination peut aller .
La conftruction des Vaiffeaux
Avril 1707 . S
270 MERCURK
compofez d'un fi grand nom→
bre de chofes differentes , qu'il
faudroit un volume entier
pour en dire feulement les
noms , & qui n'ont commencé
que par deux ais cloüez enfemble
, pour porter une perfonne
feulement , en est une
preuve éclatante. Ainfi l'on ne
s'étonnera pas que Mr Marius
ait inventé des Clavecins, bri-
Lez & portatifs.
Ces nouveaux Clavecins fe
plient en trois , & fe tranfportent
avec la mefme facilité
qu'une Guittarre. Lorsqu'ils
font replicz , ils n'ont que 7 .
à
GALANT 211
8. pouces de largeur & 6. d'é
paiffeur , & ils ont à peu prés
la forme d'une boëte à Perruque.
Quant à la longueur , il
y en a de 4. ou 5. fottes . Ceux
de trois pieds qui font les plus
courts , font au vray ton de
l'Opera, comme les plus grands
Clavecins & ne pefent qu'environ
12. livres . Ceux-là font
faits avec des tables de vieux
luths qui ont plus de cent ans,
& font montez de cordes d'une
compofition nouvelle , ce qui
leur donne une harmonie douce
& moëlleuſe , & d'une force
qui furprend pour leur volu
S ij
212 MERCURE
me. A l'égard des autres lon
gueurs au-deffus , leur harmo
nie eft differente , & plus forte
à caufe de leur longueur. Ceux
qui font de 4. & des pieds &
au-deffus , ont un fons tout
femblable aux plus grands
Clavecins.ba mi , nakatwVE
Mr Marius , qui loge rue de
Richelieu , à la porte cochere,
vis-à- vis du Lion Ferré , donnera
toutes les inftructions ne
ceffaires pour la facilité du
tranfport de ces Clavecins
dans tous les lieux où l'on vou
dra des envoyer. Il apprendran
beaucoup de chofes curieufes
1
GALANT 213
qui regardent la bonté de ces
Clavecins , & qui feront connoî
tre qu'ils doivent duter longtemps
, & qu'ils font exemts
de beaucoup d'inconveniens ,
auſquels_pluſieurs
Clavecins
font fujets. Il fe fait écoûter
avec plaifir , fur toutes ces cho->
fes , de tous ceux qui vont chez
luy. On doit remarquer qu'il
a feul le privilege de faire ces
fortes d'Inftrumens
, & qu'il eft
le feul qui les vend .
"
La harangue qui fuit , ne
pût trouver place dans ma derniere
Lettre. Elle fut pronon
cée par Mr Bizoton , Maire de
214 MERCURE
la Ville d'Orleans à la porte
de l'Eglife de Sainte Euverte , le
jour que Mr l'Evêque d'Or
leans y fit fon entrée publique.
MONSEIGNEUR,
Nos voix font trop foibles
pour exprimer noftre joye , nous
laiffons agir nos coeurs & nous
levons les mains au Ciel pour le
remercier du don precieux qu'il
nous a fait aujourd buy : Sa Ma.
jefté qui ne fe trompe jamais , ne
pouvoit faire un choix qui nous
fut plus avantageux ; ce ne fera
point icy , Monfeigneur
, un de
GALANT 215
ces Triomphes de l'ancienne Rome,
qui parune vaine oftentation, faifoit
trainer aprés le Char d'un
Conquerant , des Rois captifs &
des peuples enchaînez : par une
route bien oppofee nous allons voir
un grand Prélat , touché de compaffion
, donner la grace à une in
finité de Criminels Pénitens . On
entend déja de toutes parts les acclamations
de vostre peuple , qui
demande avec empressement de
recevoir la Benediction de vostre
Grandeur. Il s'attend auffi
Monfeigneur, à l'honneur de vostre
protection : nous l'efperons tous,
nous fupplions tres -bumble
276 MERCURE
ment voftre Grandeur , de vou
loir bien nous l'accorder : nous
tâcherons de la meriter par nos
obéiffances & par nos plus profonds
refpects.
L'Article que je vous ay
envoyé à l'occafion de la mort
de feu M de Roquette , Evêque
d'Autun , n'eftant pas entierement
conforme à la verité
, j'ay cru vous devoir envoyer
ce qui fuit pour la gloire
de cette famille,
Mre Gabriel de Roquette ancien
Evêque d'Autun & Abbé
de Grandfelve , eftoit fils de
feu
GALANT 217
feu Mre François de Roquette
Ecuyer Seigneur d'Amade, Capitoul
de Touloufe en l'année
1619. Contrôleur General des
Finances deLanguedoc. Il avoit
efté Secrétaire de la Chambre
du Roy , & Sa Majefté l'ho
nora d'un Brevet de Confeiller
d'Eftat le dernier Mars 1646 .
en confideration des fervices
queluy & ſes peres avoient rendus
à Sa Majefté dans les temps
difficiles. Il époufa en 1619.
Marie de Senaux , foeur de M
de Senaux Prefident au Parlėment
de Touloufe , fort aimé
& fort confideré du Cardinal
T
Avril
1707.
218 MERCURE
de Richelieu & foeur de la Reverente
Mere Marguerite de
Senaux , Fondatrice fpirituelle
des Monaſteres des Filles de
S. Dominique ruë Vivienne &
& de la Croix Fauxbourg S.
Antoine rue Charonne , dont
elle fut Prieure perpetuelle par
un Bref de fa Sainteté en forme
d'Ordre.
100
La famille de Mrs de Roquerte
eft originaire de Touloufe
, où il y a eu plufieurs
Capitouls de ce nom. On voit
dans le Livre des Annales de
la mefme Ville , que dans les
années 1466 , 1487 , 1494 ,
GALANT 219
1505 , & 1619. Le Capitoulat
fut exercé par ceux de ce
nom.
Feu
Monfieur l'Evefque
d'Autun eut deux freres , dont
l'aîné eft mort Confeiller au
Parlement de Toulouſe , & le
fecond futMaistre des
Comptes
à Paris , aprés avoir eu la premiere
Commiffion
fous feu
Monfieur le Comte de Brienne,
Secretaire d'Eftat , qui fervit fi
bien dans cet employ durant
la Regence , qu'en confideration
de fes fervices , le Roy luy
fit expedier un Brevet de Confeiller
d'Eftat de premier May
Tij
220 MERCURE
1651. Le merite & la pieté
de la feuë Mere Marguerite,
tante de feu Mr d'Autun ,
la firent connoiftre de la feuë
Reine Mere , dont elle fut fort
confiderée . Sa Majesté la fit
venir de Touloufe pour faire
à Paris les deux fondations
dont je viens de vous parler.
Cette Merc Marguerite eut de
puiffans amis à la Cour ; elle
fit connoiftre Mr d'Autun
& le preſenta à la Reine Mere,
Il fut connu peu après de Madame
la Princeffe , Mere de
Son Alteffe Sereniffime feu
Monfieur le Prince . Cette
GALANT 221
Princeffe eut beaucoup de confideration
pour luy , ainfi que
feu Monfieur le Prince , &
Monfieur le Prince de Conty.
Feue Madame de Longueville
; feu Mr le Duc d'Epernon
; feu Mr le Duc de Candalle
; feu Me la Ducheffe de
Guife ; feu Mlle de Guife ;
feu Mr.le Comte , & feuë Me
la Conteffe de Brienne ; feu
Mr le Tellier , depuis Chancelier
de France & de plufieurs
perfonnes du premier
rang.
La Mere Marguerite, tante
de' feu Mr l'Evefque d'Au-
T iij
222 MERCURE
tun qui cftoit alors Abbé de
Roquette , le plaça auprés de
feu Monfieur le Prince de Conti
, qui ayant reconnu en luy
beaucoup d'efprit & de penetration
, le fit Grand Vicaire
de tous fes benefices . Ce Prince
luy donna le Prieuré de Charlieu
en Lionnois & celuy de
S. Denis en Vaux dépendans de
fes Abbayes de Cluny & de S.
Denis en France .
La Reine Mere auprés de
qui feu Mr d'Autun avoit un
grand accés , & le feu Cardinal
Mazarin le chargerent de
beaucoup d'affaires , dans lef
GALANT 223
A
V
1
quelles il réuffit fi bien , que
le Roy l'honora en 1651 .
d'un Brevet de Confeiller d'Etat
& d'un autre de Predicateur
Ordinaire de Sa Majesté.
Le Roy luy donna en 1661 .
l'Abbaye de Granfelve Ordre
de. Cifteaux Diocefe de Tou-
-loufe , vacante par le deccz de
feu Mr, le Cardinal Mazarin ,
qui en avoit eu la démiffion volontaire
de feu Monfieur le
Prince de Conty qui en avoit
efté Titulaire immediatement
aprés la mort du Cardinal de
Richelieu . En 1666. le Roy
luy donna l'Evefché d'Autun ,
T iiij
224 MERCURE
où il a fait bâtir avec les liberalitez
de Sa Majesté un Seminaire
d'une fi grande magnificence
, qu'il eft fans contredit
le plus beau de France.
On peut dire que jamais
perfonne n'a eu plus d'accés
& plus de part à la confiance
des Princes & des grands Seigneurs
du Royaume , que feu
Mr. l'Evefque d'Autun ; &
qu'il a rendu de grands & importans
fervices à fon Diocefe.
Quoyque les Séances du
Clergé extraordinairement affemblé
n'ayent duré que peu
de jours , elles n'ont pas laiffe
GALANY 225
d'eftre auffi utiles à l'Etat , que
fi elles avoient duré pendant
plufieurs mois. Voicy les noms
des Prélats & des Abbez qui
ont compofe cette Affemblée.
Province de Paris .
Monfieur le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris.
Mr l'Abbé Morel , Aumônier
du Roy.
Province d'Aix.
Mr. de Cofnac , Archevêque
d'Aix .
Mr l'Abbé de Fargues , fon
neveu. de Lor
Province d'Arles.
Mr de Mailly , Archevêque
d'Arles.
226 MERCURE
Mr l'Abbé de Ville.
Province d'Auch.
Mr de Poudenx , Evêque de
Tarbes.
Mr l'Abbé Crozat .
Province de Bordeaux.
Mr Bazin de Bezons , Archevêque
de Bordeaux .
Mr l'Abbé de Rochebonne,
Comte de Lyon.
Province de Vienne .
Mr la Garde de Chambonas
, Evêque de Viviers.
Mr. l'Abbé de Montmorin .
Province d'Ambrun.
Mr le Tellier , ancien Curé
de Saint Severin à Paris , Evêque
de Digne.
GALANT 227
Mr l'Abbé Viala .
Province deToulouse.
Mr de Mailly , Evêque de Lavaur.
Mr l'Abbé Olier de Verneüil
, Grand Archidiacre de Toulouſe.
Province d'Alby.
Mr Bricqueville de la Luzerne
, Evêque de Cahors.
Mr l'Abbé de Luzignan
Grand Vicaire & Grand- Archi
diacre de Rhodés .
Province de Narbonne.
Mr Chevalier du Sault , Evêque
d'Alais
.
Mr l'Abbé de Broglio .
228
MERCURE
bar Province de Reims .
Mr Clermont de Châte , Evêque
de Laon. canicrot
Mr l'Abbé de
Dromefnil ,
Aumônier du Roy.
Province de Rouen...
Mr de Daquin , Evêque de
Séez.
Mr l'Abbé de
Tourouvre ,
grand Archidiacre de Rouen.
Province de Lyon.
Mr de Clermont- Tonnerre ,
Evêque de Langres.
Mr
l'Abbé de S.
Georges ,
Comte de Lyon.
Province de Sens .
Mr de
Thubieres de Quelus,
Evêque d'Auxerre.
GALANTIM 229
Mr l'Abbé Turgot , Aumônier
du Roy .
Province de Tours.
Mr Pontet , Evêque d'Angers.
Mrl'Abbé de Treffan , Comte
de Lyon & premier Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans par
Survivancé.
Provinces de Bourges.
M' Charpin de Genetines ,
Evefques de Limoges. r
M de Ravanne
Grand
,
Aumônier de l'Artillerie & du
Salpêtre
de France.
PRESIDENT
Monfieur le Cardinal de
Noailles.
230 MERCURE
PROMOTEUR.
Mr l'Abbé de. Maulevrier ,
Comte de Lyon Aumônier du
Roy & Agent general du Clergé
de France ,
SECRETAIRE.
Mr l'Abbé de Poudenx
Agent general du Clergé de
France .
HUISSIER.
Mr
Muguet.
Le Vendredy 18. Mars , les
D putez s'affemblerent chez
Mrle Cardinal de Noailles , cù
l'on convint de s'y affembler
encore le lendemain. Ce jour
GALANT 231
1
là 19. on examina les pouvoirs
de tous les Députez du premier
& du fecond ordre. Le Lundy
21 , qui fut le jour de l'ouverture
de l'Affemblée aux Auguftins
, Mile Cardinal de Noailles
chanta la Meſſe du S. Efprit. Il
avoit pour Diacre & pour Soufdiacre
d'Office , M l'Abbé
Morel Deputé de la Province
de Paris & M l'Abbé de
Dromefnil Deputé de celle de
Rheims ; pour Diacre & Soufdiacre
d'honneur Ms les Abbez
de S. George & de Broglio ,
& M' l'Abbé de Treffant Deputé
de la Province de Tours ,
232 MERCURE
pour Preftre Affiftant. Aprés
Evangile M ' l'Evefque d'Angers
, Depuré de la Province
de Tours , fit un beau Sermon
fur l'affliction
, fur la patience
que l'on doit avoir dans les
difgraces , & fur la foumiffion
que les fidelles doivent avoir
aux ordres du Ciel , ces trois
chofes firent la divifion de fon
difcours. Il opofa aux malheurs
qui ont affligé la France depuis
trois ans une peinture vive &
éloquente des profperitez de
de ce mêmeRoyaume pendant
le cours de foixante années ,
& il conclut qu'en comparant
GALANT 233
unfi grand nombre d'années
heureufes & glorieufes avec les
trois dernieres où la France a
reçû divers échecs , il n'y avoit
pas lieu de murmurer contre la Providence
; que l'adverfité eft auffi
fouvent une marque d'une prédilection
particuliere de Dieu que
la plus éclatante profperité. Il fit
voir enfin que Dieu pourvoit
avoir eu deux vues dans les difgraces
qu'il a permis qui affligeaf-
Sent ce Royaume pendant ces der
nieres campagnes , d'humilier les
les Pefcheurs en puniffant le luxe
la corruption où ils vivent
pendant les calamitez de laguerre,
Avril 1707
V
234 MERCURE
de facrifier les juftes par l'épreuve
de l'adverfité , qui de l'aveu
de tous ceux qui ont fait le
plus de progrez dans les voyes
Spirituelles , eft le creufet où Dien
acheve de purifier les faints. Cet
Evefque en parlant de la pieté
du Roy & de la foumiffion
qui paroift dans toute la conduite
de ce Monarque aux ordres
de Dieu dit , que la naif
fance de Monfeigneur le Duc
de Bretagne devoit eftre regardée
comme une benediction fenfible
du Ciel & une folide
recompenfe des vertus de c
grand Roy. Il parla enfuite du
GALANT
235
fujet qui les affembloit , &
quoy qu'il eut fait voir que l'ufage
des revenus Ecclefiaftiques
eft facré , qu'aucune main pro
phane ni doit toucher & que
la moindre infraction fur ce
fujet avoit efté punie d'une maniere
éclatante dans le premier
Teftament,il établit cependant
des exceptions, & il fit connoître
qu'il y avoit des occafions où l'Eglife
devoit ouvrir fes Trefors temporels
aux Princes de la Terre ,
fur tout lors que la guerre qu'ils
foutiennent eftcomme celle- cy, une
guerre de juftice & de religion.
Ce Prelat dit beaucoup de bel-
Vij
236 MERCURE
1
les chofes fur ce fujet ; & il
parla d'une maniere qui fit
plaifir à toute l'Affemblée ;
finit en faifant voir que l'Empire
le Sacerdoce doivent concourrir
enfemble de leurs befoins
il
mutuels , & qu'il y a de triftes
conjonctures , où les effets les plus
précieux & le plus à l'ufage de
l'Eglife doivent eftrefacrifiez pour
les befoinspreffans de l'Etat & du
Prince qui le gouverne . Mr l'Evêque
d'Angers reçût de grands
applaudiffemens ; & il foûtint
parfaitement en cette occaſion
la reputation qu'il s'eft acquife
dans le miniftere de la paroGALANT
237
le , lors qu'il n'eftoit encore que
dans le fecond ordre de l'Eglife.
Tous les Prelats & les
autres Deputez , les premiers
en Etole & les feconds en
Bonnet carré furent àla
Communion qu'ils recurent de
la main de fon Eminence.
Le lendemain 22. le Clergé
s'affembla pour élire un Prefident
. M. le Cardinal de Noailles
fût élû d'une commune voix
& tous les membres de l'Af
femblée luy donnèrent leur
fuffrage, avec un épanchement
de coeur qui fait voir combien
fon Eminence eft eftimée &
238 MERCURE
confiderée dans le Clergé.
Le 2 3. lesDéputez allerent en
corps à Verfailles ; ils furent
conduits à l'Audience de Sa
Majefté par Mr le Marquis de
Dreux , Grand- Maiſtre des Ceremonies
, & par Mr. Def
granges Maistre des Ceremonies
. Mr le Cardinal de Noailles
porta la parole. Il dit d'abord
que le Clergé toûjours preſt
à obéir à Sa Majesté, & invio-
Lablement attaché a fon fervice
,
venoit parfes Députez avec autant
d'empreffement
que de zele
recevoirfes ordres. Heureux s'il
pouvoit donner à S. M. de nouGALANT
239
velles marques de fon dévouement
de fon affection fincere : heureux
s'il pouvoit parfon exemple
fortifier tous les Etats de fon
Royaume dans l'obéiffance & la
Joumiffion qu'ils luy doivent : heureux
enfin s'il pouvoit luy aider
par fon credit, ne lepouvant autrement
à foutenir la Religion &
la juftice qu'elleprotege ellefeule.
Mr l'Archevêque parla enfui- .
te du fujet de la guerre , & fit
voir quel'on vouloit violer les
droits les plus naturels , & arracher
à une Nation que l'honla
justice & la fidelité
acur ,
conduifent toûjours , un Roy
240 MERCURE
legitime que la nature & les
loix luy ont donné .
Son Eminence fit voir enles
ennemis de la Refuite
que
ligion
, enflez
de
leurs
fuccés
,
s'élevoient
contr'elle
avec
une
nouvelle
fureur
; & fit
connoître
que
fi
Dieu
la
laiffoit
dans
le
peril
, ce
n'eftoit
que
pour
l'en
tirer
avec
plus
de
gloire
.
Ce
qu'elle
dit
là-deffus
, fut
fort
applaudy
; ce Prelat
fit
voir
enfuite
d'une
maniere
, qui
charma
toute
l'affemblée
, que
c'étoit
par
S.
M.
que
le Ciel
devoit
operer
ce
miracle
, &
que
c'eftoit
pour
augmenter
la
grandeur
GALANT 241
grandeur de ce Monarque qu'il
paroiffoit l'abandonner quelques
fois , puifqu'il ne coutoit
rien à la nature d'eftre grand
dans la profperité , ce qu'il fit
connoiftre d'une maniere auffi
fainte que perfuafive.
Ilajoûta , rien nepeut , SIRE ,
effacer vos victoires paffées , la
pofterité aura de la peine à les
croire. Mais c'en eftune bienplus
glorieuse de foumettre un coeur.
accoûtumé à vaincre , de le foûtenir
dans les difgraces & les pertes
inevitables dans laguerre, avec
autant de force , que fi l'habitude
l'y avoit preparé, & de pouvoir
Avril 1707
. X
242 MERCURE
dire , comme David ce Roy felon
le coeur de Dieu , élevé à unfi
haut point de gloire , e éprouvé
par tant d'afflictions. Je ſuis preft
& point troublé. C'est un specta
cle bien plus digne de l'admiration
des louanges des Miniftres de
F. C. de voir V. M. foumife à
Dieu , maîtreffe d'elle-même , &
fuperieure à tout evenement , que
de la voir dompterfes ennemis, &
les mettre à fes pieds , comme elle
fait tant de fois..
Aprés avoir fait voir qu'il
n'y a de vray ni de folide grandeur
que celle qui conduit à la
gloire éternelle , & avoir fait
GALANT 243
"
connoiſtre que le Roy vient
d'acquerir cette grandeur par
fa foumiffion aux ordres de
Dieu . Il ajoûta , nous venons
edifie zde vosgrands exemples vous
offrir tous les fecours que le crédit
du Clergé peut nous fournir
Nousfçavons que V, M. ne veut
rien de l'Eglife , dont tout eft facré,
que dans un veritable befoin.
Nous connoiffonsfa droiture & fa
pieté, & nous nousy abandonnons
avec confiance, affeurezfur la bonté
, la Religion & la parole d'un
Roy, qui la garde mesme à fes
ennemis , qui ne foutient la guerre
que pour parvenir à la Paix , &
X ij
244 MERCURE
qui veut toujours l'acheter aux dépens
de fes propres interefts , eftant
plus fenfible aux maux defespeu
ples qu'à fa gloire . C'eſt travailler
à leur repos , & fervir l'Eglife
que d'aider V.M. àfinir une
guerre , où la Religion ne fouffre
pas moins que vôtre Royaume.
Plaife à Dieu , qui eft le Dieu
des Armées , comme le Dieu de
Paix, vous donner la victoire que
vous ne voulez que pour donner
la Paix . Mais fur tout qu'il conferve
, autant que nous le defirons
voftre vievoftre
fanté plus
ceffaire que jamais ; qu'il vous
faffe jouir encore un grand nom
neGALANT
245
bre d'années de la douce & folide
joye , que vous goutez au milieu
de voftre Augufte Famille , fi attachée
à vous , & fi digne de vôtre
tendreffe ; qu'il vous faffe voir
les enfans du Prince qui vient de
naiftre , qu'ils apprennent de
vous à faire regnerDieu dans vos
Etats , & à conferver jusques à
la confommation dufiecle à voſtre
Trofne , la glorieufe qualité de
Trés-Chretien , que vous y avez
foutenuefi dignement.
a
Le Clergé alla enfuite faluer
Monfeigneur
, & Mr le Cardinal
de Noailles qui porta auffi
la parole , s'attira encore de
X iij
246 MERCURE
grands applaudiffemens. Il parloit
à un Prince fi digne de
loüanges , qu'il feroit difficile
de ne s'en pas attirer lors que
l'on en fait l'Eloge.
Le Jeudy 24. Mrs Pelletier
de Souzy , Dagueffeau , de
Chamillart
, d'Armenonville
,
de Pontchartrain & des Marets
, Commiffaires du Roy ,
fe rendirent aux Grands - Auguftins
, où le Clergé eftoit affemblé.
Ils furent reçûs à la
porte de la ruë , par Mrs de
Maulevrier
& de Poudenx ,
Agens du Clergé , & Mr l'Archevêque
de Bordeaux ; Mrs
GALANT 247
les Evêques de Lavaur , de Tarbes
, de Langres , de Laon &
d'Auxerre , accomagnez de 6 .
Députez du Second Ordre , allerent
au devant d'eux , & les
rencontrerent à l'entrée du
Cloître. Ils marcherent dans
l'ordre fuivant , juſqu'à la Salle
de l'Affemblée . Mr le Pelletier
eftoit entre Mr l'Archevêque
de Bordeaux & Mr l'Abbé de
Rochebonne ; Mr Dagueffeau
entre Mr. l'Evêque de Lavaur
& Mr l'Abbé de Verneuil ; Mr
de Chamillart , entre Mr l'Evêque
de Tarbes , & Mr l'Abbé
de Broglio ; Mr d'Arme-
X iiij
248
MERCURE
nonville , entre Mr
l'Evêque de
Langres
& Mr l'Abbé
de S.
Gcorges
Mr le Comte de
Pontchartrain , entre Mr l'Evêque
de Laon & Mr l'Abbé
de
Dromefnil , & Mr
Defmarefts
, entre Mr
l'Evêque
d'Auxerte
& Mr.
l'Abbé
Turgot.
Tous les
Commiffaires
étoient
en
Robbe de fatin noir , hors
Mrs de
Chamillart & Mr de
Pontchartrain
, qui eftoient en
manteau
court . Lorsqu'ils
furent
arrivez
dans la Salle de
l'Affemblée , & qu'ils eurent pris
place vis - à - vis M le Cardinal
de
Noailles ; Mr le Pelletier luy
-"
GALANT 249
il
remit la Letre du Roy. Son
Eminence en rompit le cachet
& la donna à lire à Mr de Pou ,
denx , Secretaire de l'Affemblée.
Mr le Pelletier prit enfuite
la parole ; & aprés avoir
parlé des befoins de l'Etat ,
fit un détail des profperitez de
la France , pendant les 60. pre
mieres années du régne de fa
Majefté . Il loua la moderation
de ce Monarque , pendant le
cours de fes Victoires ; il donna
auffi de grandes louanges à fa
fermeté dans les difgraces qui
luy font arrivées pendant les
3. dernieres campagnes. Illoua
250 MERCURE
enfuite le zele que le Clergé fit
paroître dans toutes les occafions
heureufes ou malheureufes
de l'Etat , & il fit voir que
les profperitez qui ont toûjours
efté attachées au regne du Roy ,
venoient en partie de la parfaite.
union qu'il y avoit toûjours euë
entre le Sacerdoce & l'Empire ,
que rien ne pouvoit plus contribuer
au rétablissement des affaires
de S. M. que la confervation de
cette union ; & il finit , en expofant
à l'Affemblée les raifons
qui avoient obligé le Roy a
demander le credit du Clergé.
Mr. le Cardinal de Noailles lui
GALANT 251
répondit , que le Clergé , au
nom duquel il parloit , eftoit per
fuadé de la pieté du Roy , & que
ce n'eftoit quepour les befoins preffans
de l'Etat , que ce Prince fe
fervoir des revenus Ecclefiaftiques,
qu'il eftoir plus perfuadé que perfonne
, que l'ufage en eft facré ;
mais auffi qu'il n'eftoit pas moins
convaincu
que
dans une Guerre
auffi jufte que celle - cy , dans une
Guerrefur tout de Religion , l'Eglife
devoit fournir fa propreſub-
Stance pour le foutien de l'Etat ,
& il fit voir en finiffant , le zele
du Clergé , en offrant fon credit
au Roy ; Mrs les Commif252
MERCURE
faires s'eftant levez enfuite ,
ils furent reconduits par les
Evêques à l'endroit où ces Prelats
les avoient reçûs , & par
les 2. Agens juſqu'à la porte
de la ruë.
On fit le lendemain 17. un
Bureau,à la tête duquel étoit M
le Cardinal , & qui eftoit compofé
de Mr l'Archevêque de
Bordeaux , de Mr l'Evêque de
Viviers , & des autre Evêques
dont je viens de parler . Ce Bureau
qui eftoit chargé d'examiner
les propofitions faites
par Mrs les Commiffaires du
Roy , régla toutes choſes ſelon
GALANT 253
le defir de fa Majefté , & il examina
les conditions qui devoient
eftre inferées dans le
Contrat. Enfin tout eftant
reglé , Mrs les Deputez fe rendirent
à Verfailles le 12. pour
figner le Contrat paffé entre
le Roy & le Clergé , & pour
le prefenter à fa Majefté . Mr.
l'Evêque d'Auxerre porta la
parole ce jour - là , & parla d'abord
en ces termes
Le Clergé de France effimeroit
peu l'avantage d'eftre le premier
Corps de votreRoyaume , s'il n'étoit
le premier à fignalerfon zele
pour le fervice de Votre Majefté;
254 MERCURE
elle vient d'éprouver dans cette
Affemblée , qu'elle a reconnu dans
toutes les autres , un defir extrême
de luy plaire , une parfaite foumiſſion
àfes volontez , un respect
un attachement inviolablepour
Sa Perfonne facrée , & dans les
befoins preffans de l'Etat , une
reffſource qui ne luy manqueroit
jamais , finos biens repondoient à
nos fentimens. Rien ne nous coute
, ȘIRE , dans l'efperance que
nos Neveux étonnez des actions
heroiques du Regne le plus beau
le plus catholique qui fut jamais
, apprendront en même- temps
que nous étions dignes d'être vos
Sujets.
GALANT
255
Il parla enfuite de la promp
titude avec laquelle
l'inclination
du Clergé le faifoit fatisfaire
à fes devoirs , & du concert
heureux des volontez &
des coeurs de tous les Ordres
du Royaume
, réunis au ſeul
point de luy plaire ; & aprés.
- avoir fait une coute
peinture
de la maniere dont le Roy a
gouverné
pendant la paix &
pendant la guerre , il ajoûta :
Il ne vous manquoit , SIRE ,
qu'un genre de merite , celuy de
connoiftre
l'adverfité , & la fupporter
avec un courage Chreftien ;
il convenoit à un Petit -fils defaint
256 MERCURE
Louis d'avoir avec luy ce trait de
reffemblance , Dieu l'ajoûte à
vostregloire , & pour vous donner
lien de produire au dehors des vertus
qu'une longue profperité tenoit
cachées , il en interrompit le cours
pour un moment. Si le regne de
Voftre Majefté n'avoit efté partagés
qu'entre le calme de la Paix ,
la rapidité des conqueftes , l'envie
auroit pu luy difputer mille
vertusque quelques malheurs nous
ont fait découvrir.
Il dit enfuite aprés avoir fait
voir la maniere heroïque dont
le Roy avoit fupporté fes adverfitez
, que quiconque ne fe
GALANT 257
a
que rien ne
laiße point aveugler par la bonne
fortune , n'eft point ébranlé par la
mauvaise , & que tel eft le privilege
de la vertus que
peut émouvoir le jufte foûtenu par
la bonne cauſe , & par le témoignage
d'une confcience droite ; que
tout fremit autour de luy , fans
qu'il s'en étonne , parce qu'il eft
affermipar la main du Tout-puiffant.
Mr l'Evêque d'Auxerre fit
enfuite une tres - belle peinture
des raifons qui ont fait naître
la guerre que le Roy foûtient
aujourd'huy , & il fit voir combien
les motifs qui ont fait
Avril 1707
. Y
258 MERCURE
prendre les armes aux Alliez ,
font glorieux à Sa Majesté. Il
dit auffi en parlant du Roy
d'Efpagne , & de Sa Majefté :
Elle voit fon Petit -fils fur le fecond
Trône du monde faire regner
avec luy la pieté , la juſtice ,
la valeur. Celuy qui l'a fait
Roy , fçaura le maintenir contre
tous les efforts des Puissances conjurées
; il s'eftfervy de vostrefageffe
pour l'y placer , il fe fervira
de vostre puiffance pour l'y affer
mir.
Ce Prelat finit en difant le
Clergé voit avec plaifir que V.
M. eft toute attentive à travailGALANT
259
ler au repos & à la fanctification
de fes peuples ; qu'elle met ces
deux devoirs à la tefte de tous les
devoirs de la Royauté, & quefon
principal objet , eft de confommer le
grand ouvrage de la felicité publique.
Nous l'attendons , SIRE,
de cette application continuelle
infatigable qui vous fait chercher
tous les temperamens poffiblespour
adoucir la rigueur des temps ; de
cette difpofition fincere de facrifier
au repos public les interefts de vôtrepropre
grandeur: de cette bonté
paternelle qui vous fait defcendre
dans les befoins des particuliers ;
de cet efprit de paix avec lequel
Y ij
260 MERCURE
vousfaites la guerre ; de cette vi
gilance à contenir dans l'ordre vos
Sujets , & de cette fermeté à prevenir
les troubles qui naiffent de
l'herefie de la nouveauté. Voilà,
SIRE , ce qui redouble nos efperances.
Veuille le Ciel favorable
vous donner de longs jours pourla
gloire de l'Eglife , & pour le bien
de vos Peuples ! Puiffe V. M.
aprés avoir efté long- temps l'admiration
du genre humain ! Puiffet
- elle comblée d'années auffi bien
que de gloire , foutenir bien avant
dans ce fiecle , la créance des merveilles
, dont elle a étonné celuy
qui là vũ nai tre ! -
GALANT 261
i
Jamais Affemblée du Clergé
n'a concouru avec plus de
zele & plus de promptitude
,
à tout ce qui regarde la gloire
& le bien de la Religion & de
l'Etat , L'efprit a brillé dans
tout ce qui s'eft fait & dans
tout ce qui s'eft dit dans le
cours de cette Affemblée ou à
fon occafion . Le Sermon qui
s'eftfait à ſon ouverture, a charmé
toute une Auditoire qu'il
n'eftoit pas aifé de furprendre
& d'éblouir. Le Difcours de
Mr le Pelletier de Souzy a efté
trouvé tres- beau , & les Harangues
faites par Monficur le Car262
MERCURE
dinal de Noailles , & par Mr
l'Evêque d'Auxerre ont reçu
milleapplaudiffemens au milieu
d'une Cour éclairée, & qui n'eſt
pas prodigue de loüanges . Enfin
cette Affemblée a paru comme
un éclair qui a beaucoup
brillé , & qui loin d'eſtre ſuivi
de la tempefte , a produit des
effets tout contraires , & donné
de la joye à toute la France.
Je devois vous avoir parlé
plûtoſt de l'article que vous allez
lire ; mais je ne viens que
d'eſtre informé de ce qui le regarde.
Le 30. de Mars , les Depu
GALANT 263
夏
tez d'Artois , conduits par M
le Marquis de Dreux , Grand-
Maistre des Ceremonies , & par
M' Desgranges Maistre des
Ceremonies , eurent Audience
du Roy , & preſenterent à S.
M. les cahiers des Etats . M
l'Abbé d'Auchy Deputé des
Etats pour le Clergé , porta la
parole , accompagné de M'le
Comte de Sowaftre , Deputé
pour la Nobleffe , & de Mr
Candron , ancien Echevin d'Aras
pour le Tiers Eftat . Le
difcours de Mr l'Abbé d'Auchi
fut trés -éloquent & remply
de penſées vives & fleu264
MERCURE
immortelles
ries. Il dit à S. M. qu'il cherchoit
en fa perfonne royale quel
que chofe de plus grand que cette
grandeur que les hommes eftiment
Oque ces grandes
actions luy paroiftroient petites &
de peus de confideration pefées au
poids du Sanctuaire , fi elles n'avoient
eu lajustice pour leur principe
, & fi elles n'avoient eſté accompagnées
d'unepieté qui les rend
en effet divines & furnaturelles,
parce qu'elle les rapporte à Dieu.
Il dit enfuite que fi nous nous
fouvenons avec joye de ces fuccés
fi importans au corps de la Monar
chie ; nous ne devons pas confi
derer
GALANT 265
1
"
rer avec moins de plaifir un fi
grand nombre de vertus fi utiles à
noftre édification , dont Dieu a embelli
l'ame de S. M. Cette bonté
& cette douceur qui temperent en
elle le pouvoirfuprême ; & qui
luyfont porter de plus d'une ma-
A niere l'Image du Createurs du
Souverain Maistre des Creatures.
Cette humeur genereufe & bienfaifante
qui convient fi bien à ce
caractere de grandeur , imprimé
dans fa royale perfonne ; cette mo
deration dans les plus grandes faveurs
de la fortune , &pourparler
d'une maniere moins profane ,
dans les plus grandes benedictions
Avril 1707 Ꮓ
1
266 MERCURE
du Ciel , cette pieté éclatante que.
Dieu a gravée dans fon coeur que
S. M. infpire àfa royalefamille ,
avec un foin fi perfeverant. Ce
Zele ardent qui l'intereſſe d'une
maniere fi particuliere dans les calamitez
de l'Eglife ; cette charité
agiffante dont tous lesfujets reçoivent
tous les jours despreuvesfenfibles
cette moderation & cette
temperance qui offrent un beau
Portrait de laReligion Chrétienne,
en faisant voir à l'Univers un
Monarque qui regne encore plus,
abfolument fur fes defirs &fur.
fes paffions que furfes fujets , &
que l'on devoit enfin admirer cet- ,
GALANT 267
te modeftie qui le met même au- deffus
de toutes les chofes qui contribuent
le plus à l'élevation . Voilà
tous les excellens Matereaux
que Mr l'Abbé d'Auchy mic
en oeuvre dans ce beau difcours.
Il finit en fouhaittant au
Roy , que le Maistre du Ciel &
de la Terre , montre de plus en
• plus aux hommes les avantages
les plus folides de la Religion , par
l'abondance des graces qu'il répandra
fur S. M. & que S. M. à
fon tour continue de nous donner
des preuves de la force toute divine
de la Religion , par une fuite
conftante d'actions faintes qui glo
Zij
268 MERCURE
rifient Dieu , & qui mettent
fa mifericorde dans le plus beau
jour.
Ce difcours qui fut prononcé
avec beaucoup
de grace, receut
de grands applaudiffemens
,
& le Roy en parut d'autant
plus fatisfait qu'il eſtoit tout
Chrétien; en effet tous ceux qui
l'entendirent
avoüerent qu'il
y avoit longtemps
qu'ils n'en
avoient ouy de plus pieux & de
plus touchant . Je dois ajoûter
icy à la louange de Mr l'Abbé
d'Auchy , qu'il a la reputation
de parler avec beaucoup de forte
& de dignité. Il a paru en
GALANT 269
coup
plufieurs occafions d'éclat d'une
maniere qui luy a fait beaud'honneur
, & lors qu'il
s'en prefente dans la Province
d'Artois qui demande que
l'on choififfe quelqu'un pour
le miniftere de la parole ; c'eft
fouvent fur luy qu'on jette les
yeux , & on doit dire en fa faveur
qu'une naiffance illuftre eft
la moindre qualité dont la nature
l'ait favorifé . Il décend de
ces anciens Bers d'Auxi , dont
l'Hiftoire de Flandres nous a
confervé le fouvenir.
La varieté faifant un des
agrémens de mes Lettres , on
Y iij
270 MERCURE
ne doit pas s'étonner de la grán.
de difference qui fe trouve fou
vent entre les articles qui fe fuccedent
les uns aux autres , telle
qu'est celle qui fe rencontre entre
l'article que vous venez de
lire , & à la Chanfon qui fuit .
AIR NOUVEAU.
j.
Bergers , ajustez vos Mufettes ;
Voici le Printemps de retour,
Le doux Zephir , par fes plaintes
fecretes ,
Aux naiffantes Fleurettes,
Exprimefon amour;
khanalla
Et les Oyfeaux par mille Chan
fonnettes,
1
GALANT 271
Repetent tour à tour ,
Bergers , ajustez vos Mufettes
Voicy le Printemps de retour.
Les Chanfons & les Flutes
ayant beaucoup de rapport enfemble
, l'article qui fuit fe
trouve bien placé.
Mr Hotteterre le Romain ,
Ordinaire de la Mufique du
Roy vient de faire imprimer un
Livre intitulé, Principes de laFlite
Traverfiere , ou Flute d'Allemagne
; de la Flute à Bec , C
du
Hautbois. Ce livre doit eftre
2
*
utile à ceux qui fe plaifent à
jouer de ces Inftrumens ; ils y
Z iiij
272 MBRCURE
trouveront des demonftrations
& des explications fur toutesles
difficultez qui pourroient
les
embaraffer touchant ces inftrumens
, ce qui pourra tenir lieu
de Maitre à ceux qui ne font
pas en eftat d'en avoir . Ce livre
fe vend chez le fieur Chriftophe
Ballard , ruë faint Jean
de Beauvais au Mont Parnaffe ,
chez le fieur Foucault rue S.
Honoré à la Regle d'Or , &
chez l'Auteur , rue Chriftine.
Il paroift depuis peu un
Livre intitulé : Diverses avan-
7
d'Espagne , tures de France
Nouvelles galantes & hiftoriGALANT
273
ques . Cet Ouvrage eft des plus
divertiffans &des plus curieux.
On yvoit des paffions & des
événemens extraordinaires ; des
ruptures & des infidelitez furprenantes
, des raccommodemens
feints & diffimulez , d'autres
qui font de bonne foy &
1 dont la fuite eft heureuſe . Les
converfations & les Lettres
galantes qui fe trouvent dans
ce Livre , font fort eftimées ,
ainfi que les Deſcriptions de
plufieurs divertiffemens dont le
détail feroit trop long , pour
eftre inferé dans cet article . Cet
Ouvrage eft dedié à fon Alteffe
274 MERCURE
Sereniffime Monfieur le Duc
de Vendômne. LEpître a reçû
beaucoup d'aplaudiffemens ; il
eft vray que la matiere en eft
riche , mais tous ceux qui travaillent
fur de grands fujets ,
ne répondent pás toûjours à
leur beauté. Ce Livre fe vend
fur le Quay des Auguſtins , à
la defcente du Pont Neuf, chez
la veuve Chaftelain, & à Rouen
chez Jean - Baptifte Beſogne ,
ruë Ecuyere.
Le Roy a nommé M' Poiffon
Medecin Ordinaire de S. M.
par quartier , Premier Medecin
de Monfeigneur le Duc de
SGALANT 275
O Bourgogne , ce Prince ayant
témoigné à fa Majefté , qu'il
eftoit trés-fatisfait de fes affiduitez
pendant pluſieurs années
, tant à la Cour que pendant
fa Campagne de Flandre .
S. M. a donné une Charge
d'Exempt de fes Gardes , à
M le Comte de Lyonnieres ,
qui eftoit Capitaine de Carabiniers.
Cet Officier eft de
Breffe , & de l'Illuftre Maifon
de Seyturier , qui faifoit une
grande figure en ce Pays là dés
le 14′ fiècle , dans lequel vivoit
Eftienne de Seyturier , Seigneur
de Cornod , dont eft defcen276
MERCURE
re
due toute la Maiſon de Seyturier.
La branche de Cornod
eft finie dans celle de la Poype,
dont cft M l'Evêque de Poitiers.
M' le Comte de Lyonnieres
eft fils de M Pierre de
Seyturier , Seigneur de Lyonnieres
, qui vit encore , &quia
prés de 90 ans . M' de Lyonnieres
, frere de celuy dont je
parle , a pris alliance dans la
Maifon d'Egmont , fi connuë
en Flandre. La Maifon de Seyturier
porte d'azur à deux faux
d'argent manchées d'or, pofées
en fautoir , cimier un Pelican
d'or , & pour devife, Si mieux,
GALANT 277
non pis , par conceffion des
Ducs de Savoye. M ' le Comte
de Lyonnieres
, joint à une gran
de naiffance, une valeur reconnuë
& dont il a donné des marques
en plufieurs occafions. Il
eft parent de M l'Evêque de
Xaintes.
Le Roy a donné à M* le
Marquis de Vieillevigne , fils
aîné de M' le Marquis de Crux ,
l'agrément pour acheter le Re
giment de M' le Chevalier de
Bragny , Infanterie . M' le Marquis
de Vieillevigne fervoit
dans les Moufquetaires
.
S. M. a auffi donné à M
278 MERCURE
Pierre Puchot, Marquis des Al
leurs , cy- devant Envoyé extraordinaire
de S. M. en Polo
gne , le Cordon Rouge de l'Or
dre de S. Louis , qui vaquoit
par la mort de M le Maréchal
de Vauban. M des Alleurs eft
d'une ancienne famille de Nor
mandie , qui a donné plufieurs
Officiers de merite , & d'une!
grande reputation au Parle
ment de cette Province. Il fut
élevé Page de feue S. A. R.
Mademoiselle. Lorfqu'il fortit
de chez cette Princeffe , il entra
dans le Regiment des Gardes
, où aprés avoir efté Sous-
ཧ་
GALANT
279
Lieutenant & Lieutenant , il
devint Capitaine. Il fervit avec
tant de diftinction dans ces dif
ferens Emplois , qu'il parvint
jufqu'à celuy de Lieutenant Ge
neral. S. M. ayant connu qu'il
avoit d'autres talens que celuy
de la Guerre , & qu'il connoif
foit parfaitement les differens
interefts des Princes , l'a ema
ployé en plufieurs négocia- l
tions dans les Cours d'Allema
gne . La fermeté qu'il a fait voir
dans celle de Pologne , luy af
fait beaucoup d'honneur.
B
Mr de Labadie a eſté pourvû
du Gouvernement de la Citad
280 MERCURÉ
delle de Lille , qui vacquoit par
la mort de Mr le Maréchal de
Vauban. Mr de Labadie eft
Lieutenant General des Armées
du Roy , & il fert depuis
deux ans en Eſpagne . Il a efté
bleffe plufieurs fois pendant
cette guerre , en donnant
des marques de fon courage .
I fe trouva à la Bataille de
Luzzara en 1702. & il eftoit à
celle de Frindlinghen que Mr
le Maréchal de Villars gagna à
la fin de la même année. Il merita
dans ces deux Batailles des
marques de l'eftime de ceux qui
les commandoient en chef. Mr
GALANT 281
de Labadie joint à un courage
& à un merite
generalement
Treconnus
une naiſſance confiderable
fa famille eft origi
naire de Languedoc , & elle a
produit des perfonnes
d'une
grande reputation , & qui ont
rendu des fervices fignalez à
nos Rois dans leurs Armées.
On peut affeurer que Mr de
Labadic a bien profité de ces
exemples domeftiques.
C. Le Roy a donné le gouvernement
de Collioure à Mr le
Comte d'Aubeterre , Licutenant
General de les Armées ,
fur la demiffion volontaire de
Avril
1707.
A a
282 MERCURI
à
Mr le Chevalier d'Aubeterre
fon oncle qui eftoit Gouver
neur de cette Place il y a 5o.ans.
S. M. on a confervé le commandement
& les appointemens
ce Chevalier fa vie durant ; il a
rendu de fi longs & fi importans
fervices au Roy , & àl'E
particulierement pendant
les temps difficiles , que ces fervices
n'ont pas peu contribué
grace que S. M. a trouvé
bon de faire à ces deux Mrs.
Mr le Chevalier d'Aubeterre ,
eft le plus ancien Lieutenant
General des Armées du Roy ,
& a fouvent commandé en chef
tat ,
à la
GALANT 283
des Corps d'armées , & dans des
Pays où il a prefque toûjours
battu les ennemis ; il eft fils du
Maréchal d'Aubeterre. La mai--
fon d'Aubeterre eft des plus
anciennes de Gaſcogne. Ceux
qui portent aujourd'huy ce
nom , font de la maifon d'Ef
parbes.
Le Roy Henry IV. qui avoit
pour Capitaine de fes Gardes
du Corps de la premiere Compagnie,
nommée la Compagnie
des Ecoffois. , Mr le Comte
de Luffan , Gouverneur de la
Ville & Comté de Blaye, Sénéchal
& Gouverneur d'Agenois
A a ij
284 MERCURE
& Condomois & Caftel en Lie,
pere du Maréchal d'Aubeterre,
fit époufer à ce Maréchal l'he
ritiere de la maifon d'Aubeter
, à condition de porter ce
conjointement avec le
re ,
nom
›
fien & leurs armes de même ;
la
Maréchale avoit pour pere
David Bouchard Vicomte
d'Aubeterre Chavalier de l'Ordre
du S. Efprit Gouverneur
de Perigord , tué au Combat
qu'il gagna à l'Ifle en Perigord,
contre les Religionaires , &
pour mere Renée de Bourdeille
, fille de Henry de Bourdeille
, Marquis d'Archiac , CheGALANT
285
valier du S Efprit , & Gouverneur
de Perigord , & de Jacquette
de Monberon le perc
de Mr le Comte d'Aubeterre ,
Lieutenant General des Armées
du Roy, à prefent Gouverneur
de Collioure, fe nommoitFrançois
Defparbes, dit le Vicomte
d'Aubeterre, Sénéchal & Gou
verneur d'Agenois & Condo
mois , fecond fils du Maréchal
d'Aubeterre , & frere du Chevalier
la mere de Mr le Comte
d'Aubeterre eftoit Marie de
Pompadour , fille de Philibert
de Pompadour , Chevalier du
S. Efprit , & Lieutenant Gene-
:
286 MERCURE
ral du haut & bas Limofin , &
foeur de N ............... Marquis
de Pompadour , auffi Chevalier
du S. Elprit, & Lieutenant General
de la Province de Limo.
fin. Mr le Comte d'Aubeterre
, a époufé Julie de Sainte-
Maure ,fille du Comte de Jonzac
, Lieutenant General des
Provinces d'Angoumois , &
Xaintonge , & Gouverneur de
Coignac , dont le pere eftoit
Chevalier du S. Efprit, & avoit
les mêmes charges . Cette branche
de Jonzac eft l'aînée de celle
de feu Mr le Duc de Montau
fier.
GALANT 287
rs
Sa Majefté a donné un Brévet
de Meſtre de Camp , à Mr
le Comte de Boiffieres - Durfort
, en confideration de l'uti
lité de fes fervices . Il eft de
même maiſon que M❞ les Ducs
de Duras & de Lorge . Sa branche
eft établie en Quercy, & il
y poffede plufieurs grandes
terres ; ce Comte a un frere
Capitaine de Chevaux dans la
Colonelle - Generale , nommé
de Comte de Clermont , en
memoire du feu Comte de
Clermont Vertillac , fon ayeul
maternel ; ces deux M's ont un
oncle fort connu dans le mon
s
288 MERCURE
de , fous le nom de Marquis
de Boiffieres , qui eftoit cy devant
Seneschal de l'Agenois , &
Colonel du Regiment d'Infanterie
de Durfort , qu'il a donné
fous le bon plaifir de S. M. à
fon fils prefentement Colonel
de ce Regiment ; M' le Com
te de Leobard- Durfort, Lieute
nant Colonel des Dragons de
Liftenois , eft auffi coufin de
ces M , de forte qu'on peut
dire que la valeur , & le zele
pour le bien l'Etat , font en un
degré éminent dans l'illuftre
maiſon de Durfort , qui outre
les quatre branches que je viens
de
GALANT 289
}
de nommer , a auffi produit
celles de Livrac , dont il ne refte
qu'une fille de Blaignac de
Caftelbaire , & plufieurs autres,
qui tirent leur origine des precedentes.
Le Roy a auffi honoré huit
Exempts de fes Gardes du
Corps , de huit Brevets de
Meftre de Camp. Ce font M
le Chevalier d'Eunonville
, &
M's de la Richardie ; de Vareigne
; de Lianne ; de Bufca ; de
Chafteauguay ; de la Grange ;
& de Mongon
.
rs
M's de Maffée & de Montholon
, Maréchaux des Logis
Avril 1707
. Bb
290 MERCURE
de la Compagnie
des Mouf
quetaires noirs , ont eu de pareils
Brevets .
Sa Majesté a donné en même
temps des Croix de S. Louis à
M" de Bony , Viart , Dalon ,
S. Leon , & de Payre-longues ,
Sous Brigadiers du même
Corps.
J
Le Roy vient d'accorder à
M' de Champlatreux , Prefident
à Mortier , la furvivance
de cette grande Charge . Ainfi
elle fera exercée par le petit- fils
de feu M' Molé Premier Prefident
du Parlement , qui fit voir
pour le Roy une fermeté inéGALANY
201
branlable dans les temps difficiles.
Sa Majefté en fit l'éloge ,
ainfi que de ceux de cette Mai
fon en accordant cette furvivance
, & cet éloge fut entendu
d'une partie de la Cour.
La Maifon de Son Alteffe
Royale Monfieur le Duc d'Orleans
, dont je vous ay appris
le mois paffé le départ de Paris ,
& qui marche en ordre de Bataille
dans fa route , eftant arrivée
à Orleans , le Maire &
les Echevins allerent faire compliment
à Mr de Frefquieres
qui en eft Controlleur general ,
& qui la commande , & luy
Bb ij
292 MERCURE
firent au nom de la Ville les
preſens de Vins , au fon de plus
de vingt tambours & de plufieurs
fifres.
Le 2. d'Avril Son Alteffe
Royalepaffa dans la même Ville
fur les cinq heures du foir.Elle
trouva dans la grande Place
les dix Compagnies de la Ville
qui eftoient fous les armes , &
qui avoient leurs Officiers à
leur tefte . Mr Bizoton , Maire
d'Orleans eut l'honneur d'haranguer
ce Prince , à la tefte
des Echevins , & de luy faire
les prefens de la Ville . Voicy
le Difcours qu'il prononça.
GALANT 293
MONSEIGNEUR ,
Quelle joye pour nous de voir
pour la premiere fois Voftre Alteffe
Royale , nous profitons des
momens qu'elle nous donne pour
avoir l'honneur de luy rendre nos
obéiffances. Nous devons ce bonbeur
à la gloire dont elle eft animée
, pour aller punir des Rebelles
quife font fouftraits de l'obéiffance
de leur Roy legitime . Vos deffeins
, Monfeigneur , toûjours conçus
avecfageffe ,foûtenus par vôtre
valeur , & par le Sang Royal
dont vonsfortez , quiaformé tant
Bb iij
294 MERCURE
de Heros , nous font déja compter
vos victoires ; nos voeux vous ac—
compagneront par tout , Monfeigneur
,juſques au retour glorieux
& triomphant de Vôtre Alteſſe
Royale , la fuppliant par les plus
profonds refpects de nous accorder
Ja protection.
Les Orleanois , qui n'avoient
point encore vuce Prince dans
leur Ville , auroient bien voulu
le poffeder pendant quelques
jours,pour luytémoigner combien
ils font reconnoiffans des
Son Alteffe Royale
bontez que
a pour eux , & dont ils reçoivent
fi fouvent des marques ;
GALANT 295
mais elle leur fit connoiftre
qu'elle ne pouvoit , arrêter plus
longtemps . Tout copeuple lay
fouhaita mille & mille profpe
titez ; ce qui fe fitravec une acclamation
fi generale que ce
Prince en fut touché.
Le Vendredy premier Avril ,
fur la nouvelle certaine que les
Chanoines & Barons de Clery
avoient reçûë , que S. A. R.
devoit le lendemain coucher
dans leur Ville , ils donnerent
ordre à leurs Officiers de faire
affembler les Bourgeois , d'en
faire la revûe , & de leur diftribuer
à tous des Cocardes ; ce
Bb iiij
296 MERCURE
qui fut ponctuellement executé
: de forte que le lendemain
Samedy à fix heures du foir ,
s'eftant mis fous les armes , ils
fe rendirent dans la grande
place , & partirent tambour
batant pour fe rendre à la
porte par laquelle ce Prince
devoit arriver. Sur les fept heures
& demie , le tambour qui
avoit efté mis à la découverte ,
ayant battu, ils formerent une
haye depuis la porte de la Ville
jufqu'à la Maifon qui avoit été
préparée pour ce Prince. Son
Alteffe Royale , en defcendant
de Chaife , trouva au bas
•
GALANT 297
dus degré , Mro l'Evefque
d'Orleans & le Chapitre de
Clery en Corps , qui l'accompagnerent
jufqu'à fon Appartement
, où elle reçût les complimens
de Mr l'Evefque & du
Chapitre, enfuite de quoy , Elle
fe mit à table. S. A. R. ayant
voulu faire l'honneur à Mr
l'Evefque d'Orleans , de le faire
manger avec elle , ordonna que
Bon apportaft trois couverts ;
l'un pour Mr l'Evefque , & les
deux autres pour le Capitaine
de fes Gardes & pour le Prémier
Gentilhomme de fa Chambre.
y eut quatre Services , tant Il
298 MERCURE
en gras qu'en maigre . Le repas
fut auffi magnifique que
délicat. On ne doit pas s'en
étonner , puifque Mr l'Evelque
d'Orleans en avoit fait la
dépenfe.
Les Bourgeois donnerent
des marques de leur joye pendant
tout le foupé , par de frequentes
décharges de moufqueterie
; ils ne fe retirerent
que pour laiffer repoſer S. A.
R. aprés eltre fortie de table.
Le lendemain Dimanche , la
Bourgeoisie fe remit fous les
armes à quatre heures du matin
, & s'eftant rendue devant
GALANT 299
le logis où ce Prince avoit couché
, elle forma une double
haye jufqu'à l'Eglife , où Son
Alteffe Royale fe rendit à cinq
heures precifes . Mr l'Evef
que d'Orleans en Rochet à
la tefte du Chapitre , la reçût
à la porte , luy prefenta l'Eaubenîte
, & la conduifit dans le
Choeur à la place qui luy avoit
efté déſtinée , & qu'elle occupa
en qualité de Patron & de fecond
Chanoine de cette Eglife ,
le Roy en eſtant premier Chanoine.
Cette place eftoit ornée
d'une Pente , d'un grand Tapis
, & d'un Carcau de velours
300 MERCURE
cramoifi , le tout garny de galon
, de frange & de crefpine
d'or. S. A. R. ayant pris fa
place , Mr l'Evefque d'Orleans
& le Chapitre fe placerent de
file au deffous de la forme occupée
par ce Prince , & les Of
ficiers fe placerent entre les
formes & les marches de l'Autel
. Le Chanoine qui avoit cfté
deputé , commença la Meffe ,
pendant laquelle on chanta le
Moter , Benedictus Dominus.
meus qui docet manus meas ad
pralium & digitos meos ad bellum.
Ce motet fut trés - bien
executé. M' le Tourneur Mai
GALANT gor
4
tre de Mufique de cette Eglife
qui l'avoit compofé , reçût des
aplaudiffemens de ce Prince, qui
lui firent d'autant plus de plaifir
qu'il ne les donne qu'avec juftice
& avec connoiffance. La
Melle étant finie , le Chanoine
Celebrant luy donna le Corporal
à baifer , & Mr l'Evef
que d'Orleans luy prefenta
l'Eau benite. Le départ de ce
Prince fut accompagné des acclamations
& des voeux d'une
nombreuſe populace , qui depuis
plufieurs jours , s'eftoit
rendue à Clery pour participer
à fa joye , & le Chapitre de
302 MERCURE
cette Ville , toûjours attentif à
fes devoirs , fit chanter une
grande - Meffe en Mufique ,
pour la fanté & la confervation
du Roy , de toute la Famille
Royale , & pour la profperité
des Armes de S. M. Mr l'Evêque
d'Orleans y affifta en Rochet
. Son exemple , fa pieté &
fon zele édifierent tous les Spectateurs,
& exciterent toute la
populace à joindre fes prieres
aux fiennes . A l'iffue de la
Meffe , le Chapitre en corps
alla remercier ce Prelat , & le
pria de luy faire l'honneur de
fe trouver en la maiſon de Mr
GALANT 303
Gervais , Sindic du Chapitre
pour luy prefenter les Statuts
de l'Eglife , & luy en demander
l'aprobation. Ce Prelat s'y
tranſporta , & il y fut traité
magnifiquement par le Chapitre.
Je vous ay déja plufieurs fois
parlé de ce celebre Chapitre ;
il a toûjours efté remply par
des perfonnes diftinguées , foit
par leur mérite perfonnel , foit
par leur naiffance . On a fouvent
tiré de ce Chapitre , des
Evefques , des Abbez , des Aumôniers
du Roy & des Maifons
Royales , & des Confeil304
MERCURE
lers de Cours Superieures. Les
Chanoines ont la qualité de
Barons , ad inftar , des Comtes
de Lion. Ils font Chapelains
d'honneur du Roy, & jouiffent
du droit de Committimus au
Grand & Petit Sceau .
L'Eglife qui eft dediée à la
fainte Vierge , eft une des plus
regulieres du Royaume ; & elle
eft trés- renommée
par les pelerinages
continuels qui s'y
font pour toutes fortes de maladies
, & fur tout pour la fterilité
des femmes . Le 1 1. Avril
1583. Henry III . & la Reine
fon Epoufe , y allerent à pied
GALANT 305
faire leurs Offrandes , & ils y
retournerent l'année fuivante .
On y voit le Tombeau du Roy
Louis XI. & des Princes de la
Maifon de Dunois.
Plufieurs perfonnes de diftinction
de la Ville d'Orleans ,
qui n'avoient pû voir S. A. R.
affez à leur gré , s'étoient rendües
le foir à Clery, pour avoir
la fatisfaction de la confiderer
plus long- temps.
Son Alteffe Royale en partit
le lendemain pour fe rendre à
Loches. On doit remarquer
qu'il y a en deçà de Loches ,
une Ville nommée Beaulien
Cc
Avril
1707.
306 MERCURE
qui prétendit avoir l'honneur
d'haranguer ce Prince , la premiere.
Čelle de Loches , comme
la plus confiderable
& la
plus ancienne , crût que cet
honneur luy eftoit dû , de maniere
que l'émulation de ces
deux Villes fit naître quelque
defordre entre les habitans de
l'une & de l'autre , ce qui les
empêcha de jouir tranquillement
du plaifir de voir un
grand Prince qu'ils avoient attendu
avec beaucoup d'impatience.
L
Il partit de Loches pour fe
rendre à Poitiers ; je n'ay point
GALANT 307
.t
encore reçu de Relation de ce
qui s'y cft paffé ; mais l'on m'a
affuré qu'il y avoit eſté reçu
avec de grandes acclamations
de joye , & qu'il avoit efté inagnifiquement
traité par M
Doujat Intendant de la Province.
Si j'en apprens davantage
avant que de fermer ma Lettre ,
je vous en feray part.
Son Alteffe Royale devoit
dePoitiers aller coucherà Barbezieux
; mais comme il y
dix- fept Poſtes de cette grande
Ville à ce Marquifat , Mr
Begon , Intendant de Rochefort
, croyant qu'il pourroit
Cc ji
308 MERCURE
fon
arriver quelques difficultez qui
pourroient empêcher que ce
Prince ne fit une auffi longue
traite , fe rendit à Châteauneuf
, fitué fur les confins de
département ; & quelques
Poftes en deça de Barbezieux.
Il attendit S. A. R. pendant
douze jours , à caufe que
départ avoit efté differé de huit
jours , & fe prepara à l'y bien
recevoir , en cas qu'il ne pût
aller coucher à Barbezieux . Ce
Prince paffa à Château-neuf ,
où il s'arrefta feulement pendant
trois quarts d'heure , ne
voulant rien changer à la marfon
GALANT 309
che qu'il avoit refolu de faire.
Mr Begon cut l'honneur de
l'entretenir , & de luy offrir
tous les raffraichiffemens imaginables,
& tout ce qui dépen
doit de luy & de fon département.
Ce Prince luy fit un accueil
des plus favorables , & le
remercia d'une maniere fi charmante
que cet Intendant en.
1 fut penetré. C'eft un homme
d'un rare merite , dont le zele
pourle fervice du Roy , eft des
plus ardent , & l'on peut dire
de cet Intendant , qu'il n'ignore
rien.
Le Mardy s . d'Avril , S. A
310 MERCURE
R. arriva fur les fix heures du
foir à Barbezieux , n'en ayant
employé que douze à faire les
dix-fept Poltes que l'oncompte
depuis Poitiers jufqu'à cette
Ville- là. Ce Prince alla defcendre
chez Mr Charpentier de
Chantereine , Sénéchal de ce
Marquifat , la maiſon de ce
Sénéchal ayant efté choiſie
comme la plus propre pour le
recevoir. Son Alteffe Royale,
fut reçue avec de grandes acclamations
; tout le Peuple des
environs de Barbezieux , s'y
eſtant rendu , ainſi que toute la
Nobleffe , témoigna unc exGALANT
311
trême empreffement de voir ce
Prince . Le Curé de Barbezieux,
qui avoit efté chargé du foin de
porter la parole au nom de la
Ville & du Clergé , prononça
le difcours fuivant.
MONSEIGNEUR ,
Si j'ay l'honneur de paroître
icy devant voftre Alteffe Royale ,
ce n'eftpointpourpublierſes loüanges,
ni pour luy offrir desprefens
Cette premiere gloire eft refervée
à un nombre choifi de beaux Efprits
qui fçavent ramaffer vos
grandes actions , pour les tranf
312 MERCURE
mettre à la pofterité ; & il n'y
qu'un peuplefloriffant & riche ,
qui dans fon abondance pourroit
peut- eftre trouver quelque chofe
digne d'eftre offert à un ſi grand
Prince. Ainfi ,
Monseigneur , ja
mais la petite Ville de Barbezieux
n'a plus fenty fon indigence qu'aujourd'huy
; cependant j'ofe dire ,
Monfeigneur , qu'elle n'est pas
moins fenfible au bonheur & à la
joye qu'elle reffent de voir icy Vôtre
Alteffe Royale , de qui elle a
ouy dire de fi grandes choſes. Je
fuis donc chargé, Monfeigneur ,
de toutes les acclamations qu'elle
Doudroit faire éclater ; de toutes les
benedictions:
GALANT
313
benedictions qu'elle vous defire
& de tous les voeux qu'elle fait
pour la confervation de voſtre Augufte
Perfonne.
Pour ce qui regarde noftre Clergé
, Monfeigneur , il levera tous
lesjours les mains au Ciel , pour
tuy demander la grace de vous
voirbientoftretourner glorieux
triomphant de nos ennemis . Ils attend
que vos Victoires luy feront
dans peu chanter le Te Deum
& d'apprendre que la terreur que
leur aura donnéun Sang fi heroique
& prodigué plufieurs fois
avec un courage qui vous couvre
d'une gloire immortelle les aura
Avril 1707 . Dd
314 MERCURE
forcez à vous cederla Victoire ,
par tout où vous aurez paru les
armes à la main.
Son Alteffe Royale foupa le
foir avec les principales perfonnes
de fa Cour qui eurent
l'honneur de manger avec elle.
Le foupé qui avoit efté prepa
ré eftoit de cinq fervices ; ce
Prince fe leva de table aprés
le premier fervice , & fe retira
dans fa chambre . Mr le Comte
de Chaſtillon premier Gentilhomme
de fa Chambre , & Mr
le Chevalier d'Etampes Capitaine
de fes Gardes , refterent
à table par l'ordre de ce PrinGALANT
315
ce. Ils y firent mettre Mr &
M de Chantereine , ainfi que
Mr le Marquis de S. Gelais de
Lufignan , Mlles fes filles , &
quelques autres Dames . On
trouva dans les quatre fervices
qui n'avoient point encore
paru , autant de delicateffe que
de magnificence. Il y cut dans
le même temps une table de
quinze couverts fervie pour
perfonnes de la fuite de Son
Alteffe Royale. Ce Prince s'étant
levé le lendemain matin à
fix heures , ne voulut point du
déjeuné qu'on luy avoit preparé,
& ne mangea que du pain,
les
"
Dd ij
316 MERCURE
ce qui fut caufe que Mr Des
bordes , Curé de Barbezieux ,
qui avoit harangué ce Prince
à fon arrivée , fe fouvint qu'un
Ambaſſadeur ayant vû manger
du pain fec au General des ennemis
de fon Maiftre , dit qu'il
falloit faire lapaix avec une Nation
dont les Commandans vivoient
avec tant de frugalité.
Son Alteffe Royale dit en partant
à MⓇ de Chantereine , qu'
elle avoit bien repofé & qu'-
elle avoit trouvé chez elle
toutes les commoditez qu'elle
pouvoit fouhaiter . Elle répondit
à ce Prince avec tout l'efGALANT
317
prit & toute la politeffe imaginable
. Cette Dame qui a eſté
élevée à Paris , eft d'une famille
diftinguée dans la Robe , &
n'eft mariée que depuis quelques
années. Plufieurs Gentilshommes
des environs & plufieurs
Dames de qualité eurent
l'honneur de rendre leurs devoirs
àSon Alteffe Royale, dont
les manieres honneftes , charmerent
tous ceux qui eurent
l'avantage de la voir de prés.
Ce Prince partit de Barbezieux
le même jour 6 °. & alla
coucher à Bordeaux . Il paffa au
milieu de cinq cens Vaiffeaux ,
с
Dd iij
318 MERCURE
dont les canons tirerent chacun
onze coups ; il eft à remarquer
que fur mer tous les faluts fe
font par nombreimpair. L'Artillerie
du Chateau- Trompette
fe fit anffi entendre , & fit
des merveilles en cette occafion.
Son Alteffe Royale
fut reçue par Mr d'Alon premier
Prefident du Parlement
de Bordeaux , accompagné de
deux Prefidens à Mortier , &
de vingt - quatre Confeillers ,
fuivant l'ordre que ce premier
Preſident en avoit reçu de la
Cour. Voicy de quelle maniere
il parla à 'ce Prince.
GALANT 319
" MONSEIGNEUR ,
Nous venons reverer dans vôtre
Alteffe Royale le Sang de nos
Maiftres ; leFils d'un Prince dont
la memoire fera toujours chere à
la France , & le Nerven du plus
grand & du plus puiffant des
Rois. Ces marques publiques de ·
noftre refpect , Monfeigneur , ont
efté precedées par l'hommagefecret
de nos coeurs. C'est un tribut que
tous les hommes doivent à vos
vertus.
Il nous eftfans doute bien doux
Monfeigneur , de pouvoir admirer
de prés tant de vertus réunies dans
voftre Alteffe Royale , une feule
Dd iiij
320 MERCURE
nous allarme & trouble la joye que
nous reffentons ; c'est voftre valeur.
ོ ག་ Il est vray , Monfeigneur
qu'il fied bien à un Prince de chercher
quelque fois la gloire avec
impatience ; mais quand on aporté
l'intrepidité au de-là même de l'idée
que les plus grands Heros en
ont conçue , on a remply à cet égard
ce qu'on devoit à fon nom , à sa
naiffance à la pofterité. Quittes
de ce premier devoir , Monfeigneur
, oferions - nous en rappeller
un autre à Voftre Alteffe Royale
avec cette liberté respectueuse que
les Rois vos Ayeuls , nous ontfoua
GALANT 321
vent permis de porter juſqu'aux
pieds de leurs Trônes : le Sang qui
coule dans vos veines : ce fang le
plus beau , & le plus precieux de
l'univers appartient à l'Etat , c'eft
noftre bien. C'est la plus noble &
la plus riche portion de noſtre patrimoine
, vous ne pouvez plus le
prodiguer fans bleffer les regles de
Lajustice && de l'équités Kolor
Pardonnez ces expreffionss
Monfeigneur , à nos frayeurs paffees
unfecret preffentiment nous
flatte qu'au retour de Voftre Alteffe
Royale nous n'aurons que des actions
de graces à vous rendre commeau
Vainqueur de nos ennemis.
8
322 MERCUR
E
Cefont du moins, Monseigneur,
les voeux ardens & finceres d'une
Compagnie fidelle à fon Roy, zelée
pourfa gloire toujoursfoumise àfes
ordres & attachée par les liens les
plusfacrez à fon auguſte Maison.
Mr l'Intendant & les Jurats
eurent auffi l'honneur d'aller
au devant de ce Prince. Il feroit
mal- aifé de vous exprimer
avec quelles acclamations il a
efté receu à Bordeaux , & l'empreffement
que toutes les per
fonnes de diftinction , & tout
le peuple a témoigné de le voir
pendant le peu de temps qu'il
y a demeuré. Il n'en partit que
GALANT 323
pour fe rendre à Bayonne où il
arriva le 8. entre trois & qua
tre hevres aprés midy.
Mr le Duc de Gramont qui
en eft Gouverneur alla à che
val au devant de ce Prince ac
compagné des principaux de
la Ville. Mr de Beauveau , Evê
que de Bayonne , fortit auffi de
la Ville pour aller au devant
de S. A. R. La Reine Douairiere
d'Efpagne qui fait ſon fejour à
dansla mêmeville , avoit envoyé
dix caroffes ou berlingues audevant
duPrince qui eft fon neveu
à la mode deBretagne.Le grand
Ecuyer de cette Princelle qui
324 MERCURE
cftoit dans l'un de ces Caroffes ,
complimenta S. A. R. de la part
de Sa Majefté
Catholique , &
luy dit par fon ordre , que fans
une indifpofition qui luy eftoit
furvenue , elle n'auroit envoyé
perfonne pour luy témoigner
toute l'eftime & toute la tendreffe
qu'elle avoit pour luy.
Il defcendit de caroffe au bout
du Pont , & il
traverſa une partie
de la Ville à pied pour ſe
rendre chez
Mrl'Evêque , où il
devoit loger. Les ruës eftoient
couvertes d'herbes & de fleurs ,
& les feneftres ornées de tresbeaux
tapis. Ce Prince aprés
GALANT 325
avoir changé d'habit fortit accompagné
d'une nombreuſe
Cour pour aller voir la Reinc
d'Espagne , à qui il prefenta
une Lettre de Madame qui eft
fa Coufine germaine : Sa Majefté
Catholique lut cette Lettre
avec une fatisfaction qui
fut remarquée de toute l'Aſfemblée
, & dont elle donna
des témoignages à S. A. R.
par le redoublement des caref
fes qu'elle luy fit. Ce Prince alla
enfuite fouper chez Mr le Duc
de Gramont avec la Ducheffe
fon Epoufe qu'il falua en la
baifant. Les Dames les plus .
326 MERCURE
qualifiées de la Ville furent con
viées à ce fouper , aprés lequel
S. A. R. alla coucher à l'Evêché.
Elle fe leva le lendemain
fur les fept heures du matin ,
& elle receut, fur les neuf heures
& demie , les refpects de
tous les Corps de la Ville. Mr
l'Evêque fit, fervir fur les onze
heures un fuperbe dîner . Les
premiers Officiers de la Maifon
de S. A. R. & plufieurs perfonnes
de diftinction eurent
l'honneur de dîner avec elle.
Mr de Bayonne voulut luy donner
la ferviette & ce Prince luy
dit , Quoy , Monfieur , avec des
GALANT 327
mains facrées ? Mr l'Evêque répondit
, il n'y a rien de facrépour
vous , Monfeigneur. A l'iffue du
repas ce Prince accompagné
de Mr le Duc de Gramont , al
la prendre congé de la Reine
d'Eſpagne , qui luy marqua
autant de tendreffe que d'eftime.
Il ne quitta cette Princeffe
que pour monter en carroffe
avec Mr le Duc de Gramont ,
& pour continuer fon voyage.
La Reine d'Efpagne qui avoit
envoyé fon caroffe d'honneur
pour accompagner
ce Prince
jufqu'au de là des portes de la
Ville , fortit elle - même dans
328 MERCURE
un de fes caroffes accompagné
de cinq autres , & fuivit S. A.
R. Ce Prince s'en eftant apperceu
defcendit auffi- toft de caroffe
pour la prier de ne
fe pas
donner cette peine . Cette Princeffe
feignit d'y confentir ; mais
elle fit en même temps donner
ordre à fon Cocher d'aller le
plus vite qu'il pourroit , & de
prendre les devans , ce qui fut
executé , de maniere qu'ils ne
fe feparerent qu'au paffage d'une
riviere où leurs caroffes furent
contraints de s'arrefter .
On ne peut rien ajoûter à des
manieres fi honneftes : elles ne
GALANT 329
charmerent pas feules S. A. R.
& toute la Cour , cette Princeffe
eftant belle , bien faite ,
& ayant beaucoup d'eſprit .
En attendant que je vous
parle de la fuite du Voyage de
ce Prince , & de fon arrivée à
Madrid , je paffe à quelques
Articles de Marine.
Extrait d'une Lettre de Toulon
du 12. Avril.
Le Content de 60. Canons ,
armé par Mr de Grenonville , &
le Mercure de So. Canons , armé
parMr de Beaucaire , eftoient ily
Avril 1707
.
Ec
330 MERCURE
a quatre jours du cofté de Monaco,
d'où le premier a envoyé dans ce
·Port une prife chargée de bled.
On doit remarquer que depuis
prés de deux mois toutes
les
Nouvelles publiques impri
mées chez les Alliez ont commencé
à parler de la priſe de
ces deux Vaiffeaux , & qu'elles
ont donné des deſcriptions fabuleufes
de ce qui s'eft paffé
dans la priſe de ces deux Vaiffeaux.
Comme les nouvelles
dont je vous parle , font fouvent
remplies d'avantages remportez
par les Alliez , qui fe
GALANT
331
trouvent détruites par le temps,
on ne doit pas ajoûter foy à
tout ce qui s'y trouve contre
les deux Couronnes , fans en
avoir des preuves dont on ne
puiffe douter.
Les prifes dont il eft parlé
dans ce que vous allez lire ,font
plus conftantes que ne l'étoient
la priſe du Content & celle du
Mercure , lorfque les Ennemis
en ont fait des Relations auffi
amples que peu finceres .
ABreft ce 18. Avril.
Les trois Vaiffeaux qui vont
Ee ij
332 MERCURE
d'icyjoindre Mr de Fourbin à Dunkerque
, font , la Dauphine de 54 .
canons , & le Triton de 44. que
Mrs de Roquefeuille , Capitaine
de Vaiffean , & le Chevalier de
Nangy , Capitaine de Fregate commandent.
Ces deux doivent eftre
fuivispar le Fidele de Rochefort , de
60. canons , commandépar Mr Henequin
, ce qu'ilfit le 7. ou le 8, de
ce mois ; & ils fortirent de cette rade
le 13. d'un vent de Nordeft , qui les
obligeant de croifer fur Oneffant à
l'Ouest de la Manche , leur ontfait
prendre un Anglais de 24. canons ,
beau Navire dans fa grandeur ,
d'environ 250. tonneaux , venant
de Ligourne , chargé de vin de Flo--
rence , d'huile , de favon , de que ! -
ques balles de foye & foirie. Cette
prife qui eft eftimée cent mille livres ,
GALANT 333
eft dans ce Port depuis Samedy , &
nos trois Navires ont retourne à la
Mer , pour fe rendre à leurs deftinations.
Les vents leurs font pour cet
effet , devenus favorables. Il nous
étoit venu le jour précedent , une autre
prife Hollandoife , armée de 14.
canons allant à Lisbonne , qu'on ef
time aufli cent mille livres étant
chargée de bled, defromage , de balots
& de toile d'Hollande ; ce qui en
fait le mérite. Ce font les Fregattes
le Natal Aymable de S, Malo
qui ont fait cette Prife:
L'article que vous allez lire ,"
doit vous faire d'autant plus de
plaifir , que vous y verrez la
continuation des avantages que
nos Vaiffeaux remportent tous
les jours fur ceux des ennemis,
1
334 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Dunkerque
du 19e Avril.
Mr le Marquis de Chamillatt
qui arriva Mercredy au foir 13. de
ce mois , n'en eft parti que le Landy.
18. au matin. Il est venu an
Risban an on Mrs les Comtes de
Aumont & d'Artagnan l'attendoient.
On luy a tiré force canon ,
ainfi que de la Ville , da Pare , &
des Forts.
Le Duc de Vendôme, Vaif
feau de vingt-fix canons , a pris
un Fleingais de quatorze , chargé
deplomb& d'épiceries pourLigourne,
eftimé quatre- vingt mille livres..
Les Fregates du Commerce ayant
attaqué un Anglois de vingt -fix
canons montez, on nefçait comment
GALANT 335
le feu s'eft pris aux poudres 5 muis
l'Anglois a fauté en l'air betout
fon monde a efté perdu fans qu'il
ait fait aucun mal aux noftres.
Les mefmes Fregates ant envoyé
icy un Paquebot Anglois chargé
de plomb , eftimé 25000. livres !
155 AUD CAUD
Je pourrois vous parler en
core de diverfes petites prifes
arrivées dans plufieurs delnos
Ports , fi tout ce qui me refte
à vous dire ne m'empêchoit pas
de m'étendre mais on peut
juger par le nombre des groffes
prifes que l'on fait , que celuy
des petites prifes doit eſtre plus
confiderable .
S'il eft glorieux de fe voir éle
fon mérite , au premier
pofte d'un grand Etat , on ne fe
vé par
336 MERCURE
couvre pas d'une moindre gloire
quand on le quitte volontairement
, lorsqu'on ne fe fent plus
les forces neceffaires pour en
bien remplir toutes les fonctions.
C'est ce que vient de faire
Mr deHarlay, Premier Pref.
dent d'un des plus Auguftes
Corps du monde , & qui a mérité
les graces que le Roy a bien
voula luy faire après avoir reçû
fa démiffion. La justice qu'il a
rendue à tout le monde , fervira
éternellement d'exemple à
ceux qui rempliront aprés luy
une place fi importante ,
Le Roy en a pourvû Mr le
Pelletier , Prefident à Mortier,
fils de Mrile Pelletier , cv-devant
Prevost des Marchands , à
qui la Ville de Paris doit une
partic
GALANT 337
partie des embelliffemens qui la
font admirer de tous les peuples
du monde. Le pofte de
Contrâlleur General qu'il ocsupa
enfuite , ne luy afervy qu'à
faire voir qu'il fe trouve des
hommes capables de renoncer
aux plus grands honneurs &
aux plus grands biens , pour
mener une vie, tranquille , &
pour fervir Dieu après avoir
fervy l'Etat. On a lieu de tout
efperer da fils d'un Miniftre fi
fage & fi moderé. En effet , il
paroift que Mr le Pelletier aujourd'huy
Premier Prefident
remplira avec autant de fageffe
& de moderation , la place que
le Rov vient de luy donner, que
Mr le Pelletier fon pere a rem
ply celles de Contrôlleur Ge
Avril 1707. Ff
$38 MERCURE
neral & de Miniſtre d'Etat . II
femble que le Ciel l'ait fait naître
pour occuper dignement le
pofte qu'il commence à remplir.
Sa probité generalement
reconnue , eft aufli grande que
fon défintereffement . Un grand
travail & une application continuelle
, luy ont acquis toute
l'experience que doit avoir le
Chef du premier Parlement de
France. Ses lumieres luy ont
toûjours fait démêler le vray
d'avec le faux , & il a toûjours
fait voir qu'il eftoit incapable
de prévention , & que des apparences
de droit & des raifons
fpecicules , ne pouvoient ni l'ébloüir
ni l'embarraſſer , ni luy
faire prendre le change , quelques
fcrupules que l'on puft
4
GALANT 339
3
jetter dans fon efprit , pour lui
donner des foupçons contre la
verité. Il a toûjours écoûté les
parties avec une docilité qui
leur a donné lieu de luy faire
comprendre leurs affaires. Il a
toujours paru au - deffus des
paffions qui font à craindre dans
un Juge. Il est tendre pour les
malheureux , & n'oublie rien
de tout ce qui peut les confoler.
Il s'eft toûjours déclaré
ennemy de l'iniquité. L'égalité
qui paroift toûjours .fur fon vifage
, le rend en tout temps ac
ceffible à toutes fortes de perfonnes
, & fes manieres obligeantes
luy ont toujours attiré
les coeurs de tous ceux qui ont
eu befoin de luy . Les retraites
qu'il fait fouvent , doivent faire
C
Ffij
340 MERCURE
connoiftre la délicateffe de fa
confcience , & qu'elle ne luy
peut rien reprocher. Enfin , f
j'en crois le public , qui m'a
fourny tous les traits de ce portrait
, ce grand Magiftrat doit
eftre , felon le coeur de Dieu &
felone celuy des hommes. Ainfi
la France doitun remerciement
au Roy du choix que fa Majeſté
a faic.
1
Mre François Charlés de
Menou Chevalier Marquis de
Menou Enfeigne des Gendarmes
Ecoffois , fils de feu Mr
le Marquis de Charnifay & de
Dame Françoife Marie deClere ,
époufa le 16 du mois paffé Marie
Anne Therele de Murcé , fille
de Mre François de la Grandiere
de Murcé & de Marie Gabriel
GALANT 341
de Neuilly d'une des bonnes
Maifons d'Anjou . La ceremonie
du Mariage s'eft faite à la
Paroiffe de S. Paul par Mr
l'Abbé de Charnifay fon frere .
La Maison de Menou eft originaire
de Touraine & tres - ancienne
, comme il fe voit dans
plufieurs Chartes à Tours & à
la Chambre des Comptes de
Paris ; elle n'eft établie en Nivernois
que depuis cent ou
fix vingts ans. Nicolas Sire de
Menou fon dixiéme ayeul , fut
grand Maistre des Arbalefriers
fous le regne de S. Loüis , qui
commandoit l'arriere garde de
de l'armée de ce Monarque au
combat où les Turcs furent
défaits devant Damiette ; Pierre
Sire de Menou fon cinquième
"
¿
F fiij
342 MERCURE
2
t
aycal , fut Amiral de France
fous le regne de Charles VI .
Jean Sire de Menou fon qua
triéme ayeul fut Chambelan du
Roy Charles VII . Philippes de
Menou fon Trifayeul fut Chambelan
du Roy Louis XI. Ambaffadeur
en Espagne fous le
Roy Charles VIII. Premier
Maistre d'Hoftel de la Reine
Anne de Bretagne'nde la Reine
Claude, du Dauphin fils da Roy
François I. & fon Gouvernenr.
René fils de Philippes fon bi
fayeul fut premier Echanfon
de la Reine Claude . Louis de
Menou fon ayeul a fervy juf
qu'à fa mort , & il eut le commandement
de Brouage & de
Ifle d'Oléron , & Armand
François de Menou Marquis de
GALANT 343
Charnifay fon pere, a fervi treslongtemps
dans le Regiment des
Gardes Françoiſes . La Maiſon
de Clere eft originaire de Nor
mandie & tres ancienne ! Ses
anceftres ont efté de temps immemorial
reconnus premiers
Barons de cette Province .
Iheftitemps de vous parler de
ce qui s'eft paffé en Espagne
depuis ma derniere Lettre en
trelles Troupes Efpagnoles &
celles des Alliez , & de l'Etat
où le trouve prefentement le
Royaume de Valence & celuy
d'Arragon , dont les Alliez ne
fe peuvent dire les maiſtres ,
quoy qu'ils occupent la plus
grande partie des Places de ces
deux Royaumes , dont les ha
bitans confervent dans le coeur
344 MERCURE
une fidelité inviolable à Philip
pe V. à l'exception de ceux qui
fe font laiffez gagner , & qui fe
font mutinez afin de profiter
des defordres & de piller dans
les ſeditions publiques qu'ils
excitent tous les jours à cet ef.
fer ; car il est à remarquer que
la plufpart de ces feditieux ne
font que de la lie du peuple , &
qu'ils cherchent tous les jours
de nouveaux moyens de leur
faire des affaires auprés de ceux
qui gouvernent , afin d'avoir occafion
de s'emparer d'une partie
des effets de ceux qu'ils ac
cufent. On doitauffi remarquer
que le Clergé & les Religieux
de Sarragoffe font demeurez fidelles
à leur legitime Souverain ,
& que s'ils ne peuvent par la
GALANT 347
force fecoüer le joug qui leur
eft impofé , ils ne laiffent pas de
faire voir une fermeté digne de
la plus haute admiration , lors
que l'on veut exiger d'eux des
chofes contraires à leur devoir ,
& à leur caractere . Le digne
Chef de ce Clergé en fait voir
un exemple digne que l'on en
conferve la memoire dans tous
les ficcles , & l'on ne peut trop
louer la maniere dont il a répondu
aux menaces qui luy ont
efté faites , ayant dit , qu'il s'efti
meroit heureux de fuivre les traces
de fon Predeceffeur faint Valerien ,
qui fut traduit & martirifé à Var
lence...
Quoy que ce que vous allez lire
ne foit pas nouveau , il ne laif
fera pas de le paroiſtte à ceux,
346 MERCURE
qui n'en ont rien appris . D'ail
leurs , je fuis les dartes des Nouvelles
qui font dans ma dernie
re Lettre. L'Extrait qui fuit
eft tiré d'une Lettre de Jumilla,
dattée du 9. Mars.
S.
Nous apprenons , & vous y pou
vez compter, que Archiduc partit
de Valence le du courant & qu'il
a pris la route de Tortofe , ayant
laiffé les Valenciens dans une confternation
d'autant plus grande que
cette retraite de leur Heros leur dé
couvre entierement fa foibleffe.
On fait pour certain que les
dernieres Troupes que les ennemis
ont débarquées à Alicante confiftent
feulement en 3500. fantalins , &
en 800. chevaux ; & comme ils fe
trouvoient trap à l'étroit dans cette
Place , où ily avoit d'ailleurs une
GALANT 347
garniſon de trois à quatre mille hom
mes , ils en envoyerent un détachement
dans les Villes de Xixona
d'Oya de Caftalla , d'Elda , de Noveldad
Elche. Ce mouvement
obligea Mr de Bervick de partir auf.
fi - toft de la Cour pour Je précautionner
en cas que les ennemis en voubuffent
à quelqu'un de nos quartiers ,
tar nous les avons difperfez , enfai-
Fant un cordon de trente lieues depuis
la mer jufques en Arragon , le long
de la frontiere de Valence . Mr de
Bervick en raffembla donc quelquesuns
àfon arrivée , proche d'Orihuela
, qui forment un petit Corps , &
quant au refte de fes Troupes , il les
a laiffées dans leurs quartiers , où
t'on croit qu'elles resterontjufqu'à ce.
qu'elles ayent reçu leurs recruës ,
cependant avec ce petit corps d'Ar-
L
348 MERCURE
mée , il chaffa les ennemis le 8, du
courant d'Elche , de Novelda , &
d'Elda, Ily eut un choc le mêmejour
8. entre une troupe des ennemis qui
fe retiroient de Novelda avec leurs
bagages , & an de nos détachemens
commandé par DonJoſeph Vallexos
qui les mena fi brusquement , qu'aprés
leur avoir tué ou pris 120. hom
mes , il contraignit le reste à prendre
hafuite & à luy abandonner dix-ſept
mulets chargez d'habits pour des Of
ficiers , & de beaucoup de vaiffelle
d'argent.
Les dates des Extraits de Lets
tres que je vous envoye , font
voir que
les Nouvelles y font
fuivies felon le temps que les
chofes fe font paffées
GALANT 349.
1
:
A Murcie , le 21 Mars.
Les ennemis fontfort embaraffez
Ils ont caffé cinq Regimens qui
eftoient trop foibles pour entrer en
campagne 5 ils ont incorporé les Soldats
dans d'autres Regimens , & les
Officiers fe trouvant fans employ fe
Jont rembarquez pour retourner en
"Angleterre.
Vous avez oüi parler de l'action
du Colonel Zerezeda , dont jufqu'icy
nous n'avons point d'exemple.
Je crois ne vous en pouvoir
donner un détail plus circonftancié
, & plus veritable ,
que celuy qu'il a fait luy - même
. Vous le trouverez dans ce
que vous allez lire.
Avril
1707. Gg
350 MERCURE
of
TRADUCTION
De la Relation imprimée à
Madrid , & écrite à Mr le
Duc de Berwik , par le Colonel
Dom Jouan de Zerezeda.
De Monovar , le 22. Mars 1707
à cinq heures du matin .
Fe fortis hier de cette Ville à buit
heures du foir , avec 80. chevaux ,
30. hommes du Pais , & deux Capitaines
de mon Regiment , dont
Pun s'apelle Dom Vincent de Fuen
buena & l'autre Dom André Cantudo.
Nous arrivâmes fur les trois
beures du matin , à une lieuë dAGALANT
351
licant , dans le chemin qui va à la
foffe de Caftalla. Sur les neuf heures
, je découvris une nuée de pouf
fiere qui s'élevait à la fortie d'Ali
cant. Inquiet de n'avoir pù prendre
ni arrefter perſonne qui pût me
donner quelque avis , je me déterminay
aux approches de ce tourbillon
de poudre , à m'approcher moymème
avec un foldat , pour voir de
qu'elle force pouvoit eftre cette troupes
& comme elle me parut excelfive
, j'ordonnay que ceux du pays fe
"retiraffent dans la montagne avec
un Enfeigne & fix foldats , pour les
escorter. Je m'écartay en msmetemps
de l'efcadron . Je m'avifay de
monter fur un arbre , au pied duquel
je laiffay le foldat pour tenir
mon cheval. Je fus affez heureux
pour qu'ils paſſaſſent à trois cens
Gg ij
352 MERCURE
A
pas de moy , fans qu'ils puffent me
voir , & moy je pûs fort bien les rèconnoiftre
juger de leurforce , quoique
le nombre m'en paruſt plus
grand par le bon ordre qu'ils gardoi
nt dans leur marche . Un Officier
eftoit à l'avant- garde avec
quelques Grenadiers 3'le refte fuivoit
en for bon ordre , au nombre , à ce
quil me paroiffoit , d'environ 430 .
Je vis de plus , à un quart de lieuë
de la , un détachement d'Infanterie
qui venoit & qui eftoit encore du
même Regiment. Pour conclufion ,
Monfieur , je crâs dans le peu de
temps que j'eus à y penser , que je
perdrois tous les foins que je m'étois
donnez jufques - là , fi je n'en venois
aux mains : Je defcendis avec
précipitation de mon arbre , j'allay
où eftoient les deux Capitaines ,
GALANT 353
Dom Vincent de Fuenbuena & Dom
André Cantado , & j'y arrivay
dans le temps que les ennemis paffoient
déja devant l'embuscade. Je
demanday à ces deux Officiers , ce
qu'ils en penfoient ; ils me répondirent
fans befiter , Marchez Monfieur,
& attaquons- les . Tout cela,
dis je , fefit bien vite , & nous nous
jetiàmés fur eux avec tant d'impetuofité
, qu'il n'en échapa pas un
feul. Nous avons mené priſonniers
dans cette Ville , le Lieutenant Colonel
, 3. Capitaines , 4. Lieute
mans , 3. Enfeignes , 14. Sergen's
& 315 foldats , fans compterceux
que
les Officiers ont avec eux , qu'ils
difent eftre leurs valets. Quelque
Cavalerie des ennemis qui me parut
eftre d'environ 60, thevaux ,
avec un détachement d'Infanterie,
Gg iij
354 MERCURE
.
eftait fortie d'Alicant , & elle at.
riva dans le temps que je m'en retournois
; & comme la plupart de
nos foldats eftoient employez à la
garde de nas prifonniers , cette derniere
troupe échapa aufort de la premiere
; cependant , avec environ 15.
chevaux qui avoient demeuré à
Varriere - garde pour couvrir noftre
marche , Dom Vincent de Fuenbuena
marchoit déja pour les attaquer:
Il me falut bien courir pour
L'en empefcher, & j'eus encore bien
de la peine à le retenir , tant fon
honneur & fon courage lay en dimi.
nuoient le nombre ; avec cette circonftance
, qu'aucun de nos foldats
n'avoit fon fufil chargé , & qu'ils
avoient tous fort bien employé leur
poudre. Ce qu'on ne sçauroit trop efti.
mer en eux , c'est qu'il n'y en eu; pas
GALANT 355
un feal qui defcendit de cheval pour
profiter des dépouilles de ceux qui
avoient efté tuez Ils ne le voalurent
pas mème , lorsque je Pordonmay
, s'en tenant toûjours à la défenſe
qu'on leur en avoit faite , fur
peine de punition ; dans la quantité
cependant de fufils qui refloient , &
``que nous ne pouvions emporter, j'obligay
un certain nombre de nos Cavaliers
, de defcendre de cheval pour
les rompre, Nous avons aufi.raporté
trois Bannieres que Dom vincent
de Faepbuena va remettre aux
pieds de Votre Excellence. Le Regiment
ennemy eft celuy du Marquis
de Montandre. Nous ferons partir
d'icy tous nos prisonniers dès ce matin
à neufheures , excepté ceux qui
ne peuvent marcher ; il y en a plus
de 80, fort bleffez, & il en est resté
356 MERCURE
"
en chemin 22 qui fe mouroient : Les
Officiers pourrontdire à V. E. combienj'ay
eu de peine à leurfauverla
vie ; ils font inconfolables. Aprés
avoirpu nous compter eux - mêmes à
vingt repriſes , ils ne peuvent pas
encore fe perfuader que nousfulfions
en fi petit nombre. Il y a trois de
leurs Officiers fort dangereusement
bleffez s'ils ne meurent pas la nuit
prochaine , je leur laifferay la liberté
de s'en retourner demain à Alicant
pour le faire penfer,
Il y a des Lettres de Madrid
qui porrent , que le Lieutenant-
Colonel de ce Regiment qui le
commandoit , s'eft tué fe croyant
indigne de vivre aprés une avan
ture pareille.
On doit remarquer que le
Colonel Zerezeda avant que de
GALANT 357
l'action
fe couvrir de gloire par
dont vous venez de lire le détail
, avoit fecouru le Chafteau
de Montela , & qu'avec deux
cens chevaux il y avoit fait entrer
des vivres & des munitions ,
& deffait quatre cens hommes
des ennemis qui luy en vouloient
difputer le paffage. Le
Roy d'Espagne pour recompenfer
ceux qui ont enlevé le Regiment
de Montandre , ordonna
auffi toft aprés en avoir reçû
la nouvelle , une paye extraordinaire
par maniere de gratifica.
tion , à tous les Officiers & Soldats
qui ont eu part à cette action
, & Sa Majefté a honoré
Don Juan de Zerezeda , qui
avant la prise de ce Regiment
s'eftoit encore diftingué par
358 MERCURE
d'autres actions d'éclat , d'une
Croix des Ordres Militaires &
d'un Tiere de Caftille . Sa Majeté
Catholique donna aufli en
même temps une Lieutenance
Colonelle au Capitaine Funbuena
.
Vous trouverez la fuite des
Nouvelles dans les deux Articles
fuivans .
A Albacete , le 23. Mars 1707.
Fay reçu , Mr , la voftre , par
laquelle vous me mandez qu'il
vous vient des Troupes pour former
une petite Arméepour l'Aragon
. Cela fera des merveilles , &
je crois
que
les Ennemis n'auront
GALANT 359
pas beaujeu cette Campagne en ce
Pays- cy.
L'Archiduc eft parti de Valence
pour n'eftre pas témoin de la manoeuvre
qu'ils feront obligez de
faire.
Depuis que les Ennemis ont
abandonné Elche Novelda , ils
reftent dans un refpectueux filence.
Ils ont formé un petit Camp d'environ
cinq mille hommes à la Laye
de Caftille , en deça du Xucar ; le
refte de leur armée doit s'y affembler
inceffamment. Il paffa hier
matinpar icy un Capitaine des Carabiniers
du Regiment de Rouffillon
- Nuevo , qui alloit à Madrid
360 MERCURE
porter au Roy la nouvelle
de la
prife du Regiment
de Montendre
;
Anglois
de nation. Il eftoit auffi
chargédes Drapeaux
.
A Madrid le 4. Avril 1707.
de
Mr le Comte de S.Jean , qui
s'eftoit approché d'Alcanifas ,
Royaume de Leon , avec des Troupes
Portugaifes , & quelque Artillerie
, a efté bleffé d'un coup
moufquet en voulant reconnoiftre
la Place , & il fe retira le lendemain
avec fes Troupes en Portugal:
La Province d'Eftramadure
leve un Regiment de Cavalerie à
fes
GALANT 361
fes dépens , pour la diffenfe de la
frontiere , & ilferafurpied avant
la fin de ce mois.
Le Duc d'Offune a levé en
Andaloufie dans fes terres un Regiment
de Dragons de trois Efcadrons
, qui eft actuellement monté,
habillé, & armé àfes dépens , &
·il a propoféau Roy d'Espagne pour
les emplois de ce Regiment des Officiers
de fervice , que Sa Majesté
Catholique a approuvez ; il eft
Capitaine general de cette Province.
it
Mr le Maréchal de Berwick
écrit du 30. Mars , & du premier
de ce mois , que
que le Marquis
Avril 1707 Hh
362 MERCURE
Das Minas , & le Comte de Gal
loway, font arrivez à Xativa
qu'ilsy ontfait conduire leur Artillerie
, & qu'on affure que toutes
leurs Troupesfortent de leurs quartiers
pour y aller camper ; que celles
qu'ils ont fait embarquer à
Alicante ne confiftent qu'en deux
Bataillons Espagnols formez de
la garnifon d'Alcantara , & qu'ils
·les font paffer à Barcelone , apparemment
, parce qu'ils ne s'y fieroient
pas , fi on les faifoit fervir
dans le voisinage de l'armée du
Roy d'Espagne.
Suivant les nouvelles de Sarragoffe
, l'Archiduc devoit arriver
GALANT 363
à Barcelone le 22. Mars.
La Reine d'Espagne eftant , à
ce qu'on affure dans le cinquiéme
mois de fa groffeffe , s'est fait faigner
ce matin. Elle continue à fe
bien porter. Leurs Majeftez Catholiques
font eftat de paffer au
Palais du Retiro dans la fin de la
femaine prochaine , pour y refter
jufqu'au commencement de Fuin.
Monfieur l' Ambaffadeur de France
fera logé al Hermitano San
Antonio.
La Lettre qui fuit vous divertira.
Elle est d'un Religieux qui
l'a écrite à Madrid à fon retour
de Valence , d'où il eftoit party
aprés l'Archiduc,
Hh ij
364 MERCURE
Lasprefence de l'Archiduc dans
Valence , a diffipé l'idée qu'on s'y
étoit faite de fon mérite & de fes tre
fors . On a vû à découvert , qu'il n'a
ni un ni l'autre , il n'entend non
plus que moy , les affaires d'Etat ni
celles de la Guerre , Auli ceux qui
te gouvernent , qui font le Prince
Antoine Darmflat & un Allemand
fon ancien Gouverneur , dont il aura
befoin longtemps , ne s'attachent à le
faire valoir qu'en le faisant paſſer
pour bon Catholique , on ne luy
laffe manquer ni Meſſe ni Sermon ;
il fe trouve des premiers à tous les
exercices de pieté , & le mèle fi peu
d'autre chofe , qu'on diroit qu'il n'eft
venu en Espagne que pour y conquerir
le Royaume des Creux.Ses forces. con-
•fiftent en 14 ou 15000. hommes ,
parmy lefquels ily a 4000 Anglois,
GALANT 365
Ily faut ajoûter prés de 6000 hommes
que la derniere Flotte a débarquez
à Alicante.
Les Portugais ont beaucoup de
peine à trouver des chevaux pour remonter
leur Cavalerie . Ilsfont reduits
à acheter ceux des chartiers qui
enlevent les bouës des ruës.
Deux Officiers Anglois , ont enlevé
deux belles Religieufes du Convent
de la Saidia de Valence : celuy
qui les a aidé à faire ce rapt
facrilege , a efté condamné à avoir
les deux mains coupées , & à efte
pendu , ce qui a efté executé.
Mr de Legal fervira la Campagne
prochaine en Aragon . Il
partit de Madrid le 25. de Mars
pour Pampelune , afin de recevoir
les troupes Françoifes , &
il les fera marcher à Tudela ,
Hh iij
366 MERCURE
qui eft le quartier d'Aſſemblée ;
Je vous feray part à la fin de
de ma Lettre , de la fuite des
nouvelles d'Espagne , & de l'ar
rivée de Monfieur le Duc d'Or
leans à Madrid .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé, étoit le Vaiſſeau . Ceux qui
l'ont trouvé font , Mrs de Labar
Salocin ; Mouffinat ; le Vaffeur;
l'Abbé Darifxi ; le Marquis de
G. Puteaux , de la rue Traver
fine ; Minet ; B. & Robbe ; Jean
Guy du Beffey , du Cloitre S.
Benoist ; Jolivet & le fameux
Girardin ; Poulet de Metz ;
l'Abbé Archangely ; Dilange ;
Forby & fon amy ; Monbart ;
l'Abbé Girard ; Perier ; le Galois
le Soyeux , Contrôlleur des
Gabelles de Roüen ; Dom ZeGALANT
267
1
lut ; il Signor Bazini de Bolonia
; le fils de Dom Gabriel ; le
Seigneur de la Rade S. Jean's
Melliti di Sameria ; Hoifnard ;
Beauregard , Edme- NicolasMoreau
de S. Florentin , Diocefe
de Sens, Maiftre és Arts en l'Univerfité
de Paris ; l'Abbé baille-
moy à boire ; le malheureux
Lifandre , du Fauxbourg S. Ger-
; main ; l'oncle Chartrain , le
Chaffeur de la rue des trois
Maillets ; le Rieur continuel ;
le Gaillard du chien noir , le
Gantier de S. André , le Poëte
incomparable , le docte Conca .
doc ; le Prudent avare ; B. aux
25. Maiftreffes ; l'Anagramistes
le Premontré nouveau ; l'Adonis
de la ruë Trouffevaches le
beau Simon ; les deux Antago
368 MERCURE
niftes des Quatre - Nations ; le
Directeur de loin , le Sellier de
l'antiquité ; les deux Ambulans
du Palais ; le Baron de l'éloquence
; le Peintre menteur ; le
Difgracié ; le Peintre R... la
Broche ; le beau Bourlier ; Tamirifte
; le Poulet ; le Solitaire
de la rue aux Feves ; Duo Feminin
, de la porte Gaillon's le
bon Norman , le Solitaire quesmine
; Mlles Tiers- Chafteau ,
du cul de fac de l'Opera , &
Lolote , vis - à - vis l'Epée de
bois de la ruë S. Honoré ; Beaupré
; la Fontaine ; Leger ; Cofin
; Lufavine , Paves , Urtonelle
; Gautier l'aînée , de la
rue des Lombards ; des Hayes 5
Lauroy ; le Févre la cadette ;
Baudran ; Minet , de Chartres ;
GALANT 369
Mallet; Auberc l'aînée ; Henriette
Gourdade ; la jeune Muſe
renaiffante la plus jeune des
belles Dames de la rue des Bernardins
; l'adorable Canchon
& la foeur Baber , du quartier S.
Martin , la petite Poule ; la belle
Lingere de la rue des Arcis ; la
brune de Batte ; la chere amie
de Saint Germain en Laye , les
deux Amies de la rue des trois
Maillets ; la charmante Poupon
ne ; N. des deux Anges , ruë S.
Denis ; les deux Belles de la rue
des Bourdonnois ; Babet l'aimable
; Michon l'indiferente ; la
Belle conftante ; la Belle des
trois bouteilles ; la Charmante
veuve & fa chere amie , Mlle
Bizot l'ainée .
Je vous envoye une Enigme
370 MERCURE
nouvelle , faite par Mr de la Jobrie
. Je crois que vous vous attacherez
plus à la deviner , qu'à
y chercher la richeffe des rimes.
ENIGME.
Nez d'un Pere commun, peut- eftre
en mème jour,
Nous sommes trente - deux , tous fort
beaux , faits au tour.
Sous deux Chefs differens nous fai
fons deux Armées ,
Et de nos Commandants nous portons
les livrées.
Quoy qu'ennemis mortels en tout
temps & faifon ,
Nous couchons pelle- meſle enla mémé
maison .
Nous y vivons en paix , mais nous
n'en fortons guere,
GALANT
371
Que pour nous déclarer une cruelle
guerre .
Celuy qui commande eft tant foit
pea poltron ,
Il évite les coups & craint fort la
priſon.
La Princeffe au contraire , ainfiqu'
une Amazone ,
Aux perils les plus grands expofe fa
perfonne.
1
Au fort de la meflée un courageux
Soldat
Souvent change de fexe &gagne le
combat,
J'ay déja vu trente & une année
s'écouler depuis que j'ay
commencé à vous envoyer des
Nouvelles les premiers jours
de chaque mois , & la Lettre
que j'acheve pour vous envoyer
372 MERCURE
Inceffament , fera la premiere de
la trente deuxième année . Ily a
fouvent eu des mois pendant un
filong efpace de tems , à la fin defquels
je me fuis trouvé accablé
de tant d'Articles differens , que
j'ay efté obligé de les remettre
-au mois fuivant ; mais je dois
yous avouer qu'il ne m'en eft
jamais tant refté qu'aujourd'hui
& que je pourrois en compofer
une Lettre entière. Il me feroit
ailé de ne reſerver jamais rien
s'il ne s'agiffoit que de vous dire
Mr l'Evêque de Tourpay & Mr
de Pointis font decedez ; le Roy
vient de donner des Benefices à
tels & tels ; Mr. Portail vient
d'eftre nommé Prefident à Mortier
à la place de Mr le Pelletier
, & Mr le Nain eft devenu
premier
GALANT 373
premier Avocat General , &
ainfi des autres ; mais comme il
ne s'agit pas feulement de cela
dans mes Lettres , où je dois
vous parler à fond des perfonnes
dont j'ay à vous entretenir ,
& que ces Articles font fouvent
accompagnez d'un grand nombre
de circonftances curieuſes
& hiftoriques , ces fortes d'Articles
vous paroîtront toûjours
nouveaux , quand même ils feroient
reculez de plufieurs mois.
Vous devez compter que la Lettre
que vous recevrez aprés cel.
le- cy fera des plus curieufes &
des plus remplies , puifqu'avec
ce que j'ay refervé vous y trouverez
l'ouverture que le Parlement
& la Cour des Aides font
aprés Pafques , ainfi que les Acâ-
Avril 1707
. I i
374 MERCURE
demies établies & entretenues
par le Roy ; & des ceremonies
éclatantes qui fe doivent faire
le mois prochain. Tout cela
fera accompagné des Nouvelles
Courantes , & de ce qui fe fera
paffé à l'ouverture de la Campague
dans tous les lieux où le
Roy a des Armées.
ya
6
On doit demeurer d'accord
que tout ce que S. M. fait eft
toûjours à propos & bien placé.
Ce Prince qui ne voulut fouffrir
à Marly pendant la derniere
femaine du Carnaval qu'une
partie des divertiffemens qu'ily
avoit permis les années precedentes
, donna un exemple d'une
grande fageffe , de même
qu'il en vient de donner un d'u
ne devotion auffi vive qu'exemiGALANT
- 375
plaire qui a édifié toute la Cour
pendant toute laSemaine fainte.
Ce Monarque a affifté à tous les
Offices qui fe difent pendant
cette fainte Semaine , & quoy
qu'extrêmement
longs
ils
n'ont jamais paru trop longs
pour luy . Le Jeudy faint il lava
les pieds à treize pauvres , & les
fervit avec une humilité qui
l'exalta . Le Sermon appellé de
la Céne , fut fait par le Pere Kinquet
Theatin . On écrit de Verfailles
que fon Difcours fut fage ,
poly , remply de feu & d'onction
; & auffi éloquent que folide.
Il eft conftant que ce Pere
a reçu des applaudiflemens
de
Sa Majesté & de toute la Cour,
& qu'un tres- habile Predicateur,
pour ne pas dire le plus
Y
Ii ij
376 MERCURE
habile du fiecle , & qui a fucdé
au Pere Bourdalouë , qui fut
un de fes Auditeurs , luy dit
*qu'il commençoit par où les plus
grinds Predicateurs finiffcient.
>
On peut dire que le Vendredy
faint S.M. paffa toute la journée
dans fa Chapelle , foit pour entendre
la Paffion du P. Gaillard
Jefuite , dont toute la Cour fut
charmée , foit pourentendre tous
les Offices de ce même jour..
La fatigue que le Roy fe donna
le Samedy ne peut eftre comparée
à rien qui en puiffe approcher
, puifque Sa Majesté toucha
le matin quinze cens malades
, & cela d'un air aifé & content
, & fans marquer une certaine
repugnance que les perfonnes
les plus faintes ne pourroient
quelquefois s'empêcher
GALANT 377
de faire voir en de pareilles occafions.
S. M. confacra encore toute
Papreldinée de ce jour - là à
l'examen qu'elle fit avec le Pere
de la Chaife , d'un nombre infini
de perfonnes , dont plufieurs
pouvoient prétendre par
leur merite & par leur vertu ,
aux Benefices qui furent diftribuez
.
Ce Prince affifta enfuite aux
Matines qui furent dites pour
le lendemain. Je ne vous dis
rien du jour de Pâques , qui
étant un jour d'Oraifon & d'al
fiduité à l'Eglife pour les autres
, devoit eftre un jour de repos
pour le Roy , en comparaifon
de tout ce que ce Prince
avoit fait pendant les quatre
Ii iij
378 MERCURE
jours precedens.
Puifque vous fouhaitez que je
vous parle de la fituation des affaires
de l'Europe , je commenceray
par la Pologne . Les interefts
particuliers qui font continuer
les divifions de ce Royaume
, acheveront bien - toft de le
ruïner, fi le Roy de Suede, dont
les Polonois ont plus befoin du
fecours qu'ils ne croyent , ne
travaillent bien- toft à empefcher
fa ruïne totale. Ce Royaume
pouvoit devenir tranquile
& travailler peu à peu à fe rétablir
aprés l'abdication du Roy
Augufte , fi les Polonois cuffent
unanimement reconnu le Roy
Staniflas ; mais ceux que le Roy
Augufte avoit nommez aux premieres
Charges , craignant de
GALANT 379
les perdre lorfque le Roy Staniflas
feroit paisible poffeffeur
de la Couronne , ont demandé
l'Election d'un autre Roy , afin
que leur eftant redevable du
choix qu'ils auroient fait de luy,
il ne les dépouillaft point des
Charges dont ils avoient efté
pourvus par le Roy Augufte. Il
y a outre cela , des intrigues fecrettes
de quelques Polonois ,
qui afpirent fecrettement à la
Couronne . Toutes ces chofes
sont efté caufe que le Czar feignant
de favorifer le party de
ceux qui font contraires au Roy
Stanislas , eft entré fi avant
dans la Pologne , fans qu'on pût
penétrer qu'il agiffoit plus pour
fuy-même, que pour ceux qu'il
feignoit de fervir . En effet , on
380 MERCURE
commence à découvrir qu'il a
deffein de faire élire l'aîné des
Princes ſes enfans , Roy de Pologne
; ce qui n'eſt pas tout à
fait hors d'aparence . Il eſt
en poffeffion d'une partie du
Royaume , dont il confume la
plus grande partie des vivres
& des étofes , d'une maniere que,
foit que fes vues fecrettes réüffiffent
ou non , la Pologne ne fe
remettra de longtemps des fautes
qu'elle a faites . Il ne s'agit
plus de Mofcovites , ignorant
le métier de la Guerre , & dont
la multitude ne fervoit qu'à en
faire périr davantage . La conjoncture
prefente a beaucoup
aidé à leur faire apprendre le
métier de la Guerre , & l'Empereur
y a beaucoup contribué
GALANT 381
Tans penfer aux fuittes de ce
qu'il faifoit. Il a fair paffer
beaucoup d'Allemans dans
les Troupes Mofcovites , afin de
les rendre capables , jointes aux
Troupes Polonoifes , de tailler
de la befogne au Roy de Suede,
& de l'occuper entierement
afin que les Troupes de ce Monarque
ne puffent faire aucuns
mouvemens qui puffent eftre
favorabies aux Princes oppris
mez par S. M. I. qui a fait voir
dans cette occafion une conduite
plus capable de ruiner fes
affaires que de les avancer.
Dans le temps qu'il agiffoit le
plus contre le Roy de Suede ,
il feignoit d'avoir des menage
mens pour luy, & de reconnoiffoit
le Roy Stanillas ; mais toug
ز
382 MERCURE
ce qu'il faifoit eftoit fi mal conduit
la politique eftoit fi
; peu
cachée , & fes mouvemens découvroient
tellement fes irre
folutions , & le peu de fondement
que l'on devoit faire fur fa
parole , que ni le Roy de Suede
ni le Czar ne s'y font point fiez .
Le confeil de ce Prince paroift
auffi jeune & auffi embaraffé que
luy . Ses affaires avec les Mécontens
font toûjours dans une
tres - mauvaiſe fituation . Les
Mécontens avancent toûjours,
& quand les Imperiaux ontquelques
avantages , ce n'eft pas qu'
ils faffent des conqueftes ; mais
ils empêchent feulement quelques
fois les Mécontens d'en
faire un auffi grand nombre
qu'ils feroient s'ils n'y trou
GALANT 383
bient aucun obstacle. La Tranfilvanie
abandonnée par les Imperiaux
, après avoir ruiné des-
Armées entieres pour la conquerir
, eft une grande marque
de leur foibleffe . En effet ils
arouënt eux - mêmes dans leurs
nouvelles publiques , qu'ils ont
des corps d'armées fi affoiblis ,
qu'ils font obligez de les laiffer
repofer pendant toute la
Campagne , afin de fe remettre .
Quant aux affaires de l'Empire
, qui ont beaucoup de liai
fon avec celles de l'Empereur ,
les Troupes de l'Empire fe font
retranchées à la portée du canon
de Lauterbourg , dans des
Iffes du Rhin . Elles paroiffent
vouloir ſe tenir fur la défenfive .
De noftre cofté on ne ceffe
384 MERCURE
point de tirer du canon de la
redoute avancée de Lauterbourg
fur leurs retranchemens ,
& de leur tuer du monde , ce
qui ne les empêche pas de travailler
, & de fe couvrir le
plus qu'ils peuvent . On en
fçaura davantage aprés l'arrivée
de Monfieur le Maréchal
de Villars , dont les projets
concertez avec le Roy , doivent
eftre inconnus . Les ennemis ,
felon toutes les apparences ,
n'auront pas cette Campagne
de grandes forces de ce coltélà
, nonobſtant toutes les preffantes
inftances & les remon
trances faites par les Hollan .
dois pour engager les Cercles
de l'Empire à fournir plus de
troupes que celles qu'ils fe font
engagez
I
GALANT 385
Engagez de donner , eftant dans
l'impuiffance de faire de plus
grands efforts . Cet article eft
un de ceux qui ont le plus chagriné
le Duc de Marlborough
aprés fon retour d'Angleterre,
Ce Duc avoit auffi compté fur
un plus gros corps de troupes
d'Hanover , & fur celles aufquelles
l'Electeur de Brandebourg
a envoyé des ordres de
retourner dans fes Etats , ainfi
que fur les douze mille Saxons
dont l'Angleterre & la Hol
lande fe font ſi ſouvent flatées .
Le Duc de Marlborough , disje
, voyant que tant de troupes
lay manquoient , & que le peu
de fourage ne permettoit pas
d'ouvrir la Campagne de quinze
jours ou trois femaines , eft
Avril 1707
. Kk
386 MERCURE
party pour un voyage de vingt
jours , & il est allé à Hanover ;
à la Cour de Suede & à Berlin:
La bonne opinion qu'il a
de luy-mefme , luy faifant croire
que dés qu'il parlera , il obtiendra
tout ce qu'il fouhaite , où
plûtoft qu'il rangera ces Princes
à la raison , c'eſt à quoy il n'y
à guere d'apparence , puifqu'il
fembleroit
que dés qu'il parle,
tous les Souverains doivent déferer
à ſes ſentimens , & qu'il
y auroit plus d'oftentation que
d'autres chofes dans ce voyage .
Le Roy de Suede eft aujourd'huy
admiré de toute l'Europe
, & mefme de tous ceux qui
le craignent & qui ne l'aiment
pas , à caufe des juftes meſures.
qu'il prend pour rendre ſes feGALANT
387
crets impenetrables , & à caufe
de fa probité & de la juftice
qu'il a toûjours fait voir dans
toutes fes entrepriſes . Il paroîtroit
que tout ce que ce Monarque
a projetté fe feroit reduit
en fumée dés que ce Duc
auroit paru , & que Sa Majefté
Suedoife auroit eu la fois
blefe de fe rendre à fes prieres,
ou qu'elle auroit apprehendé
fes menaces . Enfin la politique
ne veut pas que pour la gloire
du Roy de Suede ce Monarque
luy accorde rien de ce qu'il
luy demandera , quand mefme
il trouveroit dans fes demandes
des chofes qui l'accommoderoient
. Si ce Prince changeoit
le plan de fes projets aprés
avoir écouté le Duc de Marl
Kk ij
388 MERCURE
borough , il ne paroîtroit plus
aufli grand qu'il paroift aujourd'huy
aux yeux de l'Univers ›
& celuy qui auroit eu la gloire
d le faire changer , meriteroit
d'en eftre eftimé . Je ne fuis
point garent de ce qui fe paffera
; je ne fçay point deviner , &
je ne dis point ce qui arrivera ;
mais feulement ce qui devroit
arriver.
Les Lettres qui faivent viennent
de tomber entre mes mains .
Je ne fuis point garent des nouvelles
qui fe trouvent dans les
Lettres que je vous envoye , &
qui me paroiffent eftre bien reçûes
dans le monde . Quant aux
faits que je vous raporte , fans
vous envoyer de Lettres , je
preas totes les précautions
GALANT
qu'il m'eft poffible pour en fçavoir
la verité avant que de vous
les envoyer.
A Oleron , le 16. Mars.
-3 .
Monfieurle Duc d'Orleans arriva
à Bayonne le 8. du courant à
heures aprés midy. Il alla un moment
aprés , rendre visite à la Reine
Doüairiere d'Espagne , & le lendemain
à 9. heures du matin il y retourna
pour en prendre congé Cette
Princeffe trouva moyen , à l'occasion
du Tabac d'Espagne , dont S. 4.
R. prend quelques fois , de l'enga
ger à garder une riche Tabatiere ,
à la fermeture de laquelle il y a
un tres-gros diamant . Ce Prince
trouva dans cette Tabatiere , une
bague de grand prix . Les chofes fe
.
Kkij
390 MERCURE
pafferent d'une maniere fi galante ,
qu'il ne pût s'empêcher de garder
Fun & l'autre. Ce Prince partitfur
Les dix heures dans fa Chaife rou
lante , & prit la route de S. Jean
de Luz , pour aller à Madrid par
Burgos ; & ayant trouvé que la
Reine avoit pris les devans , il mit
pied à terre, & eftant venu à la
portiere du Caraffe de cette Princeffe,
il la preffa de retourner , fe trouvant
comblé de l'honneur qu'elle luy faifoit
; mais elle luy répondit ; qu'on
n'en pouvoit trop faire à un
Prince de fon rang & de fon mérite
, & continua de l'accompagner
prés d'une lieue. Les Espagnols lay
ont envoyé 80 ou 100 mulets ou mules
au paffage , pour luy & pourfa
faitte .
+
Mr de Legal arriva à Pampe--
GALANT 391
lune le z. Ily trouva le Royal Artillerie
qu'il fit marcher à Tudela
les autres Troupes tiennent la même
route. On écrit de cette dernière Vil.
•le ,
que
les Equipages de Mrde Le
gal y font depuis le même jour 2. &
que fes gens qui les y ont conduits ,
ont ordre de l'y attendre. On ajoûte
que la Ville eft remplie d'Arragonnois
qui s'y retirent chaque jour en
grand nombre , & qui affarent qu'on
fçait dans l'Arragon tous nos préparatifs
contre ce Royaume ; & que
n'y ayant pas en tout mille hommes
de troupes reglées , on y purloit de
lever12 . Regimens de Milices ; mais
qu'outre que cette levée paroiffoit impoffible
, les perfonnes raisonnables
ne la croyoient pas affez forte pour
nous refifter.
Une Lettre d'Albaçette du
392 MERCURE
30. Mars porte , que le Bataillon
qui fut enlevé par le Colonel
Zerezeda eftoit en marche
pour aller en garnifon à Girore
, & que les prifonniers ont
efté envoyez au Chafteau d'Alarcon
dans la Manche . Noftre
Armée fe raffembloit fans celle ;
il Y avoit déja à Albacete
vingt - deux mille hommes en
corps ; on y eftoit perfuadé que
Mr de Barvvick marchoit droit
à Valence , & qu'il ne tenoit
qu'à luy d'en eftre le maiftre -
dans quinze jours. La garnifon
d'Alicante eftoit foible ; on y
embarquoit beaucoup de monde
pour la Catalogne , & même
plufieurs effets.
GALANT 393
A Oleron , le 19. Avril .
%
ཛཿ%
Le Courrier de la Malle d'Italie,
parti de Madrid le. 14. arriva hier
au foir . Les Lettres qu'il nous a
apportéesfont du 13. Elles nous ap
prennent que les dernières qu'on
avoit reçues de Mr de Bervi k por
tent que les Ennemis s'eftoient af
femblez; qu'ils occupoient les paffages
depuis la Fuenté de la guera
jufqu'à la Oya de Caftilla ; qu'il
marchoit à eux pour les combattre
& que nous eftions tres -fuperieurs en
nombre en qualité . On ne marque
point la date de la Lettre de Mr de
Bervick ; mais il faut croire qu'elle
eft anterieure de trois ou quatre jours
à celle qui nous enparle , car ilfaut
ce temps-là à un Courrier Efpagnol
394 MERCURE
pour aller d' Albacete à Madrid , &
il s'enfuit que Mr de Bervick a ouvert
la Campagne ily a déja huis
jours, & que fon deffein eft de matcher
à la Plaine de Valence , fans
qu'on nous dife s'il laiſſe ou non ,
un Corps de Troupes aux environs
d'Alicante , pour brider cette Place.
On a publié à Valence depuis le départ
de l'Archiduc , une Ordonnance
par laquelle il est enjoint aux habi
tans à qui en avoit donné des ar
mes de Arcenal dela Ville , de les
y remettre inceffamment.
Les deux Officiers Anglois qui
avoient enlevé les deux Religieufes
eftaient deux Colonels ; on marque
qu'ilsfe fontfauvez bors du Royaume
, & que les deux Religieufes ont
efté trouvées. L'Archiduc n'eft pas
parti deValence le s . comme je vous
GALANT 395
鬼
Favois mandé , mais le 7 On remarqua
qu'il pleuroit enpartant.
On écrit de Tudela du 16. qu'un
de nos Regimens y eftoit arrivé ; que
les autres deftinez pour l'Armée
Arragon y estoient attendus de
jour enjour , & que l'on comptoit que
cette Armée ferait en corps fur la fin
de ce mois. On n'y fçavoit pas ce
qui fe paffe dans Sarragoffe , parce
que perfonne ne peat y entrer ni en
fortir fans eftrefouillé , ce qui fait
que ceux qui y font n'ofent écrire. Ce
Royaumen'areçu aucunfecours; iln'a
d'autres Troupes reglées que les conzenues
au détailfuivant qu'un homme
judicieux & bien inftruit nous
envoye . 300. Fontains Anglois &
Hollandois à Daroca ; 600. Fantalins
des mèmes nations a Calasayud
; 300. Chevaux Aragonnois
396 MERCURE
Magaillon ; 80 , Chevaux à Sara
vagoffe ; 120. Chevaux levez dans
la même Ville ; 500. Fantalins levez
en la méme Ville. Tout cela
monte à
1400.
t
hommes d'Infante
rie , & à 500. hommes de Cavale
rie. Voila à quoy fe reduifent les
Troupes quifont en pied dans l'Ar
ragon.
La Lettre qui fuit eſtant de
Madrid même , vous fera connoître
que les ennemis fe font
mis en campagne plutoft que
n'avoient crû ceux qui ont écrit
les Lettres precedentes. Comme
ils font de beaucoup infe
rieurs ils n'avoient qu'un
moyen à tenter pour leur faire
obtenir quelque fuccés de la
Fortune Ce moyen eftit d'em .
pêcher que toutes les Troupes
qui
GALANT 397
qui devoient compofer l'Armée
d'Efpagne ne fe joigniffent , afin
de pouvoir tomber fur quelques
corps feparez ; mais ce projet ne
leur a pas reüffi comme vous
pouvez voir dans ce qui fuit .
A Citta le 14. Avril .
Je vous diray que les ennemis
ayant fait une marche fur nous , &
ayant afemble diligemment toute
leur Armée, ils ont envoyé un corps
de quinze mille hommes vers un
quartier que nous occupions , que,
nous leur cedamés avant hier , eftant
infoûtenable , ce qui nous a obligé de
nous affembler auffi , eftant partis le
12. du courant pour nous rendre icy
toute l'Infanterie eft jointe an
nombre de cinquante Bataillons tant
Espagnols que François , & cent &
quelques Efcadrons , qui font avec
Avril 1707. LI
398 MERCURE
Milord auprès des Ennemis qui font
Yecla & Milord à Monte- Ale
grés ils garderont les Montagnes ,
n'ayant pas plus d'Infanterie que
nons ; mais nous leurfommes fupe
rieurs en Cavalerie preſque du double
, ce qui les empêchera defe mestre
en Plaine. L'on parle icy de
Troupes qui doivent nousjoindre par
Aragon. Par cette diverfion nous
les jetterions bientoft en Catalogne,
Vous jugez bien que la crain
tea dû ceffer dés que toute l'Ar
mée acfté jointe , & que les Ennemis
ont dû alors commencer
à trembler.
On doit remarquer que les nou
velles de l'Armée , qui font dans
la Lettre de Madrid que vous allez
lire , ne vont que jufqu'au
13. our apparemment lajonction
34
GALANT 399
marquée dans la Lettre du 14 .
de l'Armée ; que vous venez de
lire , n'eftoit pas encore faite.
A Madrid le 18. Avril 1707.
Nous apprenons par les Lettres
de Mr de Bervvik du 11. & du 13 .
que les ennemis ont encore continue
de marcher en avant , & qu'étant
entrez en Caftille ils font venus cam .
per le 12. à recla, Mr de Bervvick
s'eft retire en deça pour aſſembler toutes
fes troupess la plupart defon Infanterie
était à Petrota , & à Chinchilla
le 13. & il étoit avec la Cavallerie
à Montanegro . Toutes les
Lettres des Officiers Generaux portent
que fon armée eft fuperieure en
nombre , & en qualité , & que fes
troupes nedemandent qu'à combatre .
Ainfi il y a apparence qu'ily aura
danspeu dejours une grande action ,
Lij
14400 MERCURE
n'y ayant prefqueplus lieu de douter
que les ennemis ne veuillent hazarder
une bataille , preffez fans doute
parla difficulté dela fubfiftance , &
par la crainte des nouveaux fecours
qui paffent de France en Navarre.
Les Portugais font toujours quel
ques mouvements fur leurs Frontieres
; mais par les Lettres de la
Vielle-Caftille, arrivée, avant hier,
il ne paroift pas qu'ils foient en état
dentrer actuellensent
en campagne ,
comme ils enfont courir le bruit depuis
quelque temps.
Monfeigneur
le Duc d'Orleans eft
arrivée aujourd'huy en cette Cour à
cing heures dufoir en bonnefanté.
Le Roy d'Espagne avoit envoyé
à fa rencontre Don Gaspard Giron ,
Pan de fes Mayordomes
, pour luy
fes caroffes, & des
faire com
S.
Auguſtin , Vil
du
GALANT 4or
lage à 6 lieues de Madrid, an débouche
des Montagnes . S.A.R. eftoit at
tendue icy avec grande impatience , &
fon arrivée afait beaucoup de plaifir
à leurs Majefter , ainsi qu'à
toute la Cour. Ce Prince ne fera icy
que deux jours , & ilpartira enfuite
pour Armée,
J'ay veu d'autres Lettres qui
ajoûtent en parlant de la reception
faite à S. A. R. qu'elle a
efté receue comme les Infants
d'Efpagne. Le Mayordome qui
avoit cfté envoyé pour le complimenter,
fe plaça fur le devant
du carofle avec Mr Amelot
qui avoit auffi efté au devant de
ce Prince , & Son Alteffe Royale
eftoit feule dans le fond . Elle
foupa en particulier , & fut fervie
à genoux . Elle a efté logée
L1 iij
402 MERCURE
dans le Palais , & ceux de ſa fuite
dans les plus belles maiſons des
environs .. :
La Lettre que vous allez lire
Vous apprendra la fuite des nou
velles de l'Arméc .
A Madrid le 10. Avril.
Zes Lettres de Mr le Maréchal
de Bervvick du 17. arrivées cette
nait , nous apprennent que
le 14.
au foir les ennemis avoient marché
drecla pour venir, furprendre les
troupes du Roy d'Espagne , qui
eftoient à Montalegre fous les ordres
de Mr le Duc de Popoly , pendant
que Mr de Berovick étoit a Pretota;
mais que Mr de Popoly en ayant efte
averti s'étoit retiré en bon ordre , &
avoit joint le gros de l'armée qui.
athevoit de s'affembler à Preteta.
Que Mr de Bervvick eftoit veno
x
GALANT 40%
·
enfuite avec toutes fes troupes
Chinchilla con quelques Regimens
devoientfe rendre le 16. Que les
ennemis s'étoient alors avancez a
Pretota , & qu'ayant fait de fa
part toutes les difpofitions pour une
bataille , ne doutant prefque plus
que las ennemis ne vouluffent l'ha-
Zarder , il avoit appris le 17. qu'ilą
avoient marché en arriere dès le 163
du mefme coſté d'Yecla par où ils
eftoient venus ; que le lendemain
18. Mr. de Bervvick matcheroit
avec toute fon armée pour les fuivre,
tacher de les empêcher de rentrer
dans le Royaume de Valence par
Fuente la rguera . Toutes les Let
tres des Particuliers marquent que
les Troupes font de la meilleure vo
lonté du monde .
Je vous parleray plus ample
404 MERCURE
ment le mois prochain de tout
ce qui s'est fait à l'arrivée de S.
A. R. à Madrid , & j'efpere
,"
même vous faire part de tout
ce qui s'eft paffé pendant fa route
depuis Bayonne juſqu'au lieu
où S. M. C. a envoyé recevoir
ce Prince.
Je reçois dans ce moment ce
que vous allez lire .
Extrait d'une Lettre de Tou
lon , du 24. AAvvrriill..
Il arriva hier une de nos Pregattes
venant de Minorque, par la
quelle nous avons fçu qu'il y a en
dans cette Ifle une nouvelle confpivation.
Ces Infulaires devoient le
22. du mois paffé commencer par égor
la Garnifon de Ciudadela , dons
le Major devoit leur envrir les Por
gès. Le Gouverneur de l'Ifle en étant
ger
GALANT 405
avertyfe fervit du Major même qu'il
favoit eftre complice, pour défarmer
les Habitans ; aprés quoy ilfit pendre
vingt-fept des principaux , parmy
lefquels fut le Major & un des
Jurats. Il a auffi envoyé icy buit ou
neuf autres Complices , & nous
croyons bien qu'il y aura encore des
gens punis , Ce Gouverneur Efpagnol,
a parfaitement fait fon devoir , &
nos Marins ne luy ont pas efté inu ,
tiles dans cette occafion.
Le cheval marin; le Sunderland; l'Ha
nover, & le Hodington , Vaiffeaux marchands
Anglois venant de Livourne ri
chement chargez , ont efté pris par fix
Armateurs François à la hauteur du Cap
ou pointe de Beachy. Je fuis , &c.
A Paris ce 3. Avril 1707.
AVIS.
On vendra le Mercure de May le 3.de
Juin.
TABLE.
PRclude remply de faits hiftoriques qui
meritent de l'attention , & qui fait
connoiftre que fi la France a fait de
grandespertes pendant les trois dernieres
Campagnes , elle n'a pas taiffé de
remporter de grands avantages.
Mandementde Mr l'Evêque de Nimes ,
S
63
73 Premier Article des morts ,
Difcours prononcé par Mr Rouviere le
fils , à la findefon Cours de Chimie, 90
Ambassadeur de Portugal à Vienne, 124
Mariage,
128
Hymne à l'Amour,par Mlle des Houlieres
s
136
Article concernant un Eloge du Roy ,fait
par un Espagnol, en Vers Efpagn. 140.
Ordonnance de Mr l'Archevêque de Paris
,
151
Difcours adreffe à la Reine Douairiere
d'Espagne, 154
Second article des morts , 162
Mariage, 187
Bref du Pape, 188
TABLE.
Fortrait du Roy de Suede ,
Cartes nouvelles ,
Clavecin portatif,
191
204
209
Harangue faite à Mr l'Eveſque d'Or-
Moleans , 214
216
Nouvel article concernant feu Mr l'Evefque
d'Autun.
Journal curieux de tout ce qui s'eft passé
dans la derniere Affemblée du Cler
ge ,
224
Difcours fait au Roy au nom des Etats
d'Artois ,
262
271
Livres nouveaux ,
Dons faitspar le Roy , & Titres d'honneur
accordez par Sa Majesté . 274
Journal de tout ce qui s'est fait dans toutes
les Villes de France , où S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans a paffé en
allant en Espagne ,
Divers articles de Marine ,
291
329
Portrait de Mr le Pelletier nommé Premier
Prefident ,
Mariage ,
335
340
Suite des Nouvelles d'Espagne depuis
ma derniere Lettre ,
345
TABLE.
366 Article des Enigmes ,
Article touchant le Mercure prochain ,
371
Tout ce qui s'eft paffé à Versailles pen.
dant la Semainefainte, 374
Situation des Affaires de laguerre, 378
Seconde fuite des Nouvelles d'Espagne ,
dans laquelle fe trouve la reception faite
à Madrid à S. A R. Monfieur le Dua
d'Orleans ,
Confpiration découverte & punie , 404
Quatre Vaiffeaux Anglois pris par fix
Armateurs François ,
·
388
405
Avis pour placer les Figures.
L'Air , C'eft la faifon des Amours , p. 139
L'Ait , Bergers ajustez vos Mufettes,
page 270.
511
1707,4
Mercure
<36624505040018
<36624505040018
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AVRIL , 1707.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant .
Comm
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendrent
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII .
Avec Privilege du Roy '
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU
LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires
qu'on envoye
pour efire employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Mea
moires, & que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
5
MERCVRE
GALANT
J
AVRIL ,
1707 .
E ne doute point qu'en jetyeux
fur
ce
que
tant les
vous allez lire, vous ne trouviez
que je reprens
les choſes
d'un
peu loin ; mais il faut fouvent
rappeller
les idées
du paffé
A ij
6 MERCURE
રે
,
pour bien juger dụ preſent .
Le Roy , ayant depuis fa
Majorité acoutumé la France
gagner des Batailles & à
conquerir des Villes , il femble
aujourd'huy quecelongenchainement
de profperitez qui n'a
jamais efté accompagné que
de legeres difgraces , luy ait
fait oublier que le fuccés des
armes eft journalier , & qu'on
a veu dans tous les fiecles de
fameux Conquerans effuyer de
grands revers , fans quoy on
auroit pû dire qu'ayant toûjours
triomphé fans difficulté
ils auroient triomphé fans gloiGALANT
7
re . Jamais Monarque n'a triomphé
plus long- temps que le
Roy , puifqu'auffi- toft aprés
fa Majorité , & fortant à
peine de l'enfance , ce Prince
fe trouva en perfonne aux Siéges
de Stenay & de Saint Guilain
, & au fameux & long
fiege de Montmedy. Onpeut
mefme dire qu'il a donné de
la vigueur a tous les fieges qui
fe font faits en Flandre depuis
fa Majorité jufqu'à la Paix des
Pyrenées , & que c'eſt à ce Prince
que font dues les Places qui
ont efté emportées pendant ce
nombre d'années. A peine le
i
8 MERCURE
Printemps commençoit- il tous
les ans à paroiftre que ce Monarque
, abandonnant tous les
plaifirs dont jouït la Cour d'un
jeune Souverain , partoit pour
fe rendre fur les frontieres . Ses
armées n'étoient mefme fouvent
pas encore aſſemblées , &
la faifon ne leur fourniffoit pas
encore dequoy fe mettre en
campagne . Cependant il eſtoit
toûjours en mouvement. Il
faifoit des reveues ; il achevoit
de faire remplir les Magazins ;
il vifitoit les Places expofées .
Il ordonnoit des fortifications
aux endroits qui luy paroifGALANT
9
foient foibles ; il examinoit les
Garniſons , & il inſpiroit de
la valeur à toutes les Troupes ,
qui voyant fon attachement
au mêtier de la guerre , s'y
appliquoient de mefme , &
s'expofoient volontairement
aux plus grandes fatigues ,
voyant
celles
que leur Souverain
effuyoit tous les jours. Ce
Prince demeuroit fur les frontieres
pendant tout le temps
que duroient toutes les Campagnes
, & quoy qu'il ne puft
toujours affieger en perfonne
les Villes qu'il avoit refolu de
mettre au nombre de fes conΙΟ
MERCURE
queftes , il eftoit neanmoins
l'ame de tous les fieges qui fe
faifoient
, & les Troupes perfuadées
qu'il ne laifferoit manquer
ni de fecours ni de toutes
les chofes neceffaires pour la
conquefte de ces Places , &
animées par cette confiance,
combattoient avec plus de vigucur.
Je ne dis rien de la Campagne
que ce Monarque fit en
perfonne en 1667. La rapidité
de fes conqueftes donna de la
jaloufie aux puiffances qui luy
étoient redevables de tout leur
éclat , ce qui ne l'empecha pas
GALANT It
pendant que l'orage commençoit
à gronder contre luy
d'attaquer en perfonne la Franche-
Comté en plein hiver , &
de l'emporter. Il céda enfuite
au temps & mit bas les armes
en demeurant poffeffeur de la
plus grande partie de ſes conqueftes
, perfuadé que ceux
qui en avoient arrefté le cours
en payant d'ingratitude les fervices
qu'il leur avoit rendus ,
repentiroient bien- toft d'un
fi lâche procedé. Il avoit refolu
d'en prendre une juſte &
glorieufe vengeance , & comme
il eftoit affuré de voir
12 MERCURE
reüffir tous les projets qu'il
formoit , il fe mit en eftat de
les
executer , ce qu'il fit en
1672. d'une maniere fi éclatante
& fi glorieufe que les
ficcles ne fourniffent point
d'exemples de conqueftes faites
avec tant de rapidité . Les Villes
ne fe rendoient pas feulement à
fon aproche , mais les Provinces
entieres , & il ne ceffa point
d'entaffer victoires fur victoires
jufqu'à la Paix de Nimegue
qu'il impofa à fes ennemis pour
pour le repos de l'Europe en
luy facrifiant en cette confideration
une partie de ſes conqueftes.
GALANT 13
Si ce Monarque en fit un fi
grand nombre pendant le
cours d'une guerre à laquelle il
s'étoit preparé , il n'en fit pas
moins dans celle que le Prince
d'Orange luy fufcita en 1688 .
quoy qu'il n'euft alors que
tres- peu de Troupes fur pied ,
& qu'il n'euft point de fonds
dans fon épargne . On doit
ajoûter à cela que le Prince
d'Orange faifant de cette guerre
une guerre de Religion ,
avoit animé contre luy prefque
tous les Proteftans de l'Europe
; que fes armées eſtoient
remplies des Soldats & des Of14
MERCURE
ficiers Proteftans dont la fupreffion
de l'Edit de Nantes
avoit caufé la défertion . Tant
de Troupes aguerries , & tant
de Puiffances liguées avec le
Prince d'Orange qui fit agir
pour luy toutes les forces d'Angleterre
tant de terre que de
mer, ne purent arrefter les conqueftes
d'un Monarque accoûtumé
à vaincre . Il gagna tant
de Batailles , & remporta tant
de Places , que fe trouvant en
eftat une troifiéme fois d'en
facrifier au repos de l'Europe ,
en en réſervant encore pour
luy pour s'indemnifer des frais
GALANT 15
de la guerre , il rendit la tranquilité
à cette mefme Europe ,
contant de faire voir qu'il étoit
en état de pouffer fes conqueftes
encore plus loin , &
qu'il auroit pû aneantir ceux
qui l'avoient attaqué injuſtement
, fi la continuation de fes
triomphes n'avoit dû trop
affoiblir les forces de l'Europe
& luy faire répandre trop de
de fang , les vainqueurs ne
laiffant pas d'en perdre auffi
beaucoup pendant le cours
d'une longue guerre
.
Si le Roy avoit afpiré à la
Monarchie univerfelle , comme
16 MERCURE
le difoient ceux qui regnoient
en Angleterre, & comme fouffroient
ceux qui avoient le maniement
des affaires en Hollande
, que les Proteftans François
le publiaffent dans les
écrits publics dont ils font
les Auteurs ; les premiers , parce
que la guerre feule pouvoit
les empêcher de defcendre d'un
Trône ufurpé , & leur faire
tirer de l'argent des peuples ; &
les feconds , parce qu'ils ne
pouvoient s'enrichir & fe main
tenir dans les Poftes qu'ils occupoient
, que dans le défordre
& dans la confufion , & penGALANT
17
dant une longue guerre.
Si , dis - je , encore une fois ,
le Roy avoit afpiré à la Monarchie
univerfelle , il n'auroit
pas rendu par la Paix de Nimegue
& par celle de Rifwick ,
un fi grand nombre de places
qui pouvoient l'y conduire . Il
n'auroit pas efté prefque fans
troupes & fans argent dans le
temps que le Prince d'Orange ,
qui avoit fait une ligue prefque
avec toute l'Europe contre luy,
paſſa en Angleterre , & enfin
voyant la mort prochaine de
Charles II . Roy d'Eſpagne , il
n'auroit pas travaillé à un Trai-
Avril 1707
. B
18 MERCURE
té de partage pour empêcher
que la guerre ne s'allumaft
dans toute l'Europe , aprés la
mort de ce Monarque. Ces
faits font inconteftables & de
notorieté publique , & il ne
l'eft pas moins que les Anglois
& les Hollandois après avoir
reconnu Philippe V. pour legitime
Roy d'Espagne , ont ceffé
de le reconnoiftre , & ont déclaré
la guerre aux deux Rois,
fans couvrir leur injuftice
mefme d'aucun pretexte , &
alleguant feulement que lapuif
fance des deux Rois unie en
femble feroit trop grande, r
GALANT 19
Il n'y a perfonne qui , fur
des faits fi pofitifs , puiffe difconvenir
que la guerre que l'on
fait aujourd'huy aux deux Rois
eft tout- à-fait injufte , puifque
les Alliez mefme ne peuvent
s'empêcher de convenir du
motif qui là leur a fait entreprendre
& qu'ils aiment
mieux paffer pour injuftes que
pour mauvais politiques . Ainfi
il ya lieu d'efperer que malgré
quelques revers de fortune
, que le Ciel n'a peuteftre
fait effuier aux vainqueurs
que pour leur faire fentir qu'ils
doivent toute leur gloire à la
Bij
20 MERCURE
divine Puiffance , cette guerre
poura finir auffi heureuſement
qu'elle a commencé. Les avantages
remportez par les Alliez
pendant quelques
campagnes
ne doivent pas encore leur faire
croire que la fortune leur fera
toûjours favorable. S'ils jettent
les yeux fur les avantanges
qu'ils ont remportez , ils verront
qu'ils font moins dûs à
leur valeur qu'à de certaines
fatalitez que les plus fages &
les plus braves ne peuvent fouvent
éviter ; que tous ceux qui
ont pû combattre à la bataille
d'Hochſtet ont repouffe & batGALANT
21
tu les Ennemis , & qu'ils ne
doivent legain de la bataille qu'à
l'impoffibilité de combatre ou
plufieurs Corps fe font trouvez.
Je prétens vous faire voir
que depuis ce défavantage juf
qu'au moment que je vous
écris aujourd'huy
, le Roy s'eft
peut - eftre plus couvert de
gloire qu'il n'avoit fait auparavant
durant un grand nombre
de campagnes , pendant
lefquelles la victoire avoit toû
jours accompagné fes armes .
Que fa tefte, fa raifon , & fa religion
ont agi; qu'il a toujours été
22 MERCURE
le même , & que fi fon bonheur
ne l'a jamais en orgueilly ,
fon malheur ne l'a jamais abattu
. Je vais pouffer les chofes
encore plus loin , &vous prouver
que le Roy n'a jamais paru
plus grand & plus laborieux
qu'il a dû le paroiftre aux
yeux de ceux qui luy ont rendu
juftice pendant les deux années
qui ont fuivy la bataille
d'Hochftet , & que files François
ont perdu plus de places
plutoft par une efpece de revolution
que par le fort des
armes , les ennemis ont perdu
infiniment plus de monde &
GALANT 23
>
plus de batailles
ce qui eft
dû au grand travail , aux foins,
aux ordres , & à l'aplication
du Roy pour remettre
toutes
chofes dans leur premier
état ,
& pour empêcher
les ennemis
de tirer tous les avantages
qu'ils efperoient
que la bataille
d'Hochftet
leur procureroit
.
En effet il paroiffoit
que rien
ne feroit capable
l'année fuivante
de refifter au torrent des
Ennemis
qui paroiffoit
nous
devoir inonder
de tous les
coftez . Ils menacerent
pendant
tout l'hiver ; ils fe
preparerent
aux plus grandes conqueftes ,
24 MERCURE
& s'en applaudirent comme fr
elles étoient déja faites. Prefque
toute la Cavalerie Françoiſe
avoit eſté ruinée en Alemagne,
& il ne paroiffoit pas qu'il fuft
poffible de la rétablir pendant
l'hiver , & l'on tenoit comme
une chofe affeurée que le tems
l'argent , & les chevaux devoient
manquer. Il ne paroiffoit
pas non plus que l'on puſt
trouver affez d'hommes pour
reparer la perte du grand nombre
de Regiments qui avoient
efté faits prifonniers de guerre.
Le Roy travailla pendant tout
J'hiver à chercher les moyens
de
GALANT 25.
de faire triompher fes Armécs
à
l'ouverture de la
Campagne
dans tous les lieux où il en avoit.
Les Troupes fe trouverent à
d'ouverture de la
Campagne.
auffi belles & auffi nombreufes
qu'elles l'avoient jamais eſté .
Toute la Cavalerie fe trouva
remontée , & M le Maréchal
de Villars fe pofta avantageufement
pour attendre le Duc
de
Marlbourough , qui ayant
choifi les meilleures Troupes
des Alliez marcha à luy
avec toute la confiance imaginable
, & perfuadé qu'il
s'alloit couvrir de gloire par
Avril 1707
. C
26 MERCURE
une victoire fignalée . Il avoit
des vivres , des munitions &
des troupes dans plufieurs
poftes , & la Ville de Treves
en cftoit remplic. Mr le Maréchal
de Villars qui avant
fon départ de la Cour , avoit eu
des conferences avec le Roy &
qui en avoit receu des inftructions
, touchant tout ce qu'il
devoit faire , ne s'étonna point.
Il fe pofta avantageufement
affuré que le Duc de Marlborough
ne pourroit l'attaquer
fans eftre battu , &fans perdre
la plus grande partie de fon armée.
Ce Duc le tafta de tous
GALANT
27
coftez , pendant treize jours
dans fon Camp de Sirck , &
ayant connu qu'il ne pouvoit
l'entamer , & les rifques
où il s'expoferoit s'il s'obftinoit
plus long- temps à demeu
rer dans le pays , refolut de fe
retirer ; ce qu'il fit fans tambours
& fans trompettes , & il
marcha du cofté de la Flandre ,
où nous commencions à faire
des conqueftes. Il fit abandonner
Tréves , & plufieurs autres
Poftes ; il en fit enlever une partie
des munitions & des provifions
, & brûler le refte , & fe
voyant fort harcelé dans fa
Cij
28 MERCURE
marche , il fit jetter dans la riviere
prefque toutes celles qu'il
faifoit marcher avec luy. Sa
déroute fut grande , & ſa honte
le fut encore davantage . Il ne
fçavoit fi tout ce qu'il voyoit
eftoit veritable , & s'il ne ſe
trompoit point. Je ne repete
point icy ce que j'ay dit dans le
temps que j'ay donné des Relations
de cette affaire , où l'on
en trouve tout le détail . Le Duc
de Marlbourough revint en
Flandre , avec une précipita
tion qui tenoit plus de la fuite
que de la retraite . La perte qu'il
fit en cette occafion fut confiGALANY
29
>
derable. Il abandonna beaucoup
de malades , & l'on trou
va quantité de chevaux morts
dans fon Camp. Ses troupes deferterenten
foule , & l'on compta
plus de sooo, déferteurs.
Enfin cette retraite precipitée
luy coûta 10. à 12000.
hommes
, le nombre de ceux qui
furent tuez ou pris s'eftant encore
trouvé plus grand que celuy
des deferteurs . Comme la
fortune commençoit à vouloir
que les avantages fuffent balancez
de part & d'autre , cette
retraite empêcha en Flandre
l'execution de quelques- uns de
Ĉ iij 2
30 MERCURE
nos projets , & fut cauſe que
nous ne pourſuivîmes pas nos
conqueftes. Les Alliez eftant
fort fuperieurs en nombre à
caufe de la jonction de tant de
Troupes trouverent moyen
de penetrer dans nos Lignes , &
de faire quelques prifonniers ;
mais outre que M' de Caraman
leur fit acheter cher le petit
avantage qu'ils remporterent
à cette occafion , ils ne pûrent
en profiter pendant tout le
refte de la Campagne , & furent
repouffez & battus en plufieurs
endroits , en voulant
avancer plus avant dans le
Pays,
GALANT 31
que ces chofes
fe
Pendant
IS
paffoient en Flandre , M's les
Maréchaux de Villars & de
Marcin fe faifirent de beaucoup
de Poltes , & marcherent
en Allemagne , où ils s'emparerent
encore de beaucoup
d'autres , & M' le Maréchal de
Marcin aprés s'eftre emparé
d'une partie des Lignes des Ennemis
, revint en Flandre où il
amena quelques Troupes que
l'on y crut neceffaires . Cependant
M' le Maréchal de Vilayant
continué fa marche
porta l'allarme juſqu'aux Lignes
de Stolhoffen , & fit beaulars
Ciii
32 MERCURE
coup de prifonniers ainſi qu'avoit
fait M le Maréchal de Marcin
. Enfin l'Armée du Prince de
Bide ayant achevé de s'affembler
, & eftant fort fuperieure ,
ne fit pour toute expedition
que la conquefte de la foible
Ville d'Haguenau , & ce qu'il
y eut de furprenant , & dont
on a vû peu d'exemples , eſt
que la Garnifon trouva moyen
de s'échaper , fans que l'Officier
general qui faifoit le fiege
de cette Place en euft connoiffance
, que lorfque M' de Péry
qui en eftoit Gouverneur , cuft
mis cette Garnifon en feuGALANT
33
reté , de maniere que cette
conquefte devint plutoſt un ſujet
de chagrin qu'un fujet de
les Ennemis . Voila
joye pour
de quelle maniere fe paffa la
campagne
en Allemagne
& en
Flandre. Quant à celle d'Italie
elle fut tres - glorieufe . On prit
la Mirandole
, Chivas & Aſti ,
& l'on s'empara de plufieurs.
Poftes confiderables
par leur
fituation ,& par les
avantages
qu'on en pouvoit tirer ; les Ennemis
furent auffi battus en
plufieurs rencontres
, avant &
aprés la fameufe bataille de
Caffano , & particulierement
34 MERCURE
au combat de la Caffine prés
de Gavardo . La bataille de Caffano
leur coûta preſque tous
leurs Officiers Generaux , M
le Comte de Linange y fut tué ,
& l'on fçut quelques jours
aprés que Monfieur le Prince
Jofeph de Lorraine , M ' le Duc
de Wirtemberg , le General
Bibrac , le General Reventlaw ,
& plufieurs autres , eftoient
morts des bleffures qu'ils avoient
reçûës dans ce combat ,
où M le Prince Eugene fut
bleffé en deux endroits . On fit
le fiege de Nice à la fin de la
même Campagne ; mais cette
GALANT
35
Place ne fut prife qu'au commencement
de l'hiver.
y
Voila ce qui s'eft paffé en
Allemagne , en Flandre & en
Italie , pendant la Campagne
qui a fuivi la bataille d'Hochf
tet , & que les Alliez inconfiderement
, ou plûtoſt fans
faire d'attention , mettent au
rang des trois Campagnes qu'ils
prétendent avoir efte malheureufes
à la France. Cependant
il feroit difficile d'en faire de
plus glorieufes. On y trouve
des déroutes honteufes pour
les Alliez , & qui leur ont coûté
cher de plus d'une maniere;
36 MERCURE
un nombre prefqu'infini de
Poftes emportez dans tous les
lieux où la France avoit des
Troupes ; des Armées ennemies
ruinées ; plufieurs Villes
prifesi des batailles gagnées ,
& enfin les Ennemis battus &
pourſuivis d'un coſté juſqu'aux
Lignes de Stolhoffen , & de l'autre
jufqu'au fond de l'Italie . Je
ne cite que les faits contenus
plus amplement dans les Relations
de tous ces avantages ,
qui ont efté renduës publiques.
¿
Je paffe à la troifiéme Campagne
que l'on met au rang des
GALANT 37**
malheureuſes , & pendant le
cours de laquelle les Troupes
de France ont remporté en
Allemagne & en Italie un
grand nombre d'avantages dignes
d'une éternelle gloire . On
ne peut rien ajoûter à ce qu'elles
ont fait en Allemagne pendant
tout le cours de la Campagne
, & en Italie , jufqu'à la
levée du Siege de Turin , où
les Ennemis perdirent plus de
monde que nous ; mais ces fortes
de pertes ne fe comptent
jamais lors qu'on en tire des
avantages auffi confiderables
que fut la levée du fiege de Tu-
..
38 MERCURE
rin . Je ne repete point icy ce
que je vous en ay déja dit ; il
fuffit que ce malheur , & la perte
de la bataille de Ramillies
ayent obfcurcy l'éclat des avanrages
que les Troupes du Roy
avoient remportez pendant
toute la Campagne . Comme ce
Monarque n'en eft pas caufe ;
que tous les avantages que
l'on a remportez pendant cette
même Campagne luy font dûs ;
& que ce qui fe paffe lorfque
ces Troupes font en action ne
le regarde plus , & qu'il fuffit
qu'il les ait fait partir en eſtat
de vaincre , par les foins qu'il a
;
GALANT
39
pris , ainfi que par les confeils
& les ordres qu'il a donnez .
voyons ce qu'il a fait pour
parvenir à tant de fuccés . Il
avoit pendant tout l'hiver travaillé
aux moyens d'avoir par
tout de nombreuſes Armées ,
il avoit concerté avec Monfieur
le Duc de Vendôme , &
avec M le Maréchal de Villars
par où ils devoient l'un & l'autre
ouvrir la Campagne en Allemagne
& en Italie , & il s'étoit
contenté à l'égard de la
Flandre d'y faire trouver une
Armée auffi aguerrie que nombreuſe
. Le refte ne dépendant
40 MERCUR
E
pas de luy , parce que les Ennemis
eftant forrs de ce coſté- là il
feroit dificile d'executer
les projets
que l'on formeroit , & que
les deux partis ne peuvent fouvent
rien faire que fuivant les
fauffes démarches
que l'un ou
l'autre fait , & que felon l'occafion
qui s'en prefente. Voyons
prefentement ce que firent les
deux Armées pour executer les
projets que leurs Generaux
avoient concertez avec le Roy.
Les mesures eftoient fi bien
prifes que M' le Maréchal de
Villars auroit remis les affaires
d'Allemagne dans la fituation
GALANT 41
S
1
5
1
où elles eftoient avant la Bataille
d'Hochftet
, fi peu de temps
aprés l'ouverture de la Campagne
, ce General n'avoit cfté
obligé d'affoiblir fon Armee en
envoyant plufieurs détachemens
de fuite en Flandre fuivant
les ordres qu'il en reçur.
On peut juger des expeditions
qu'il auroit faites par celles qu'-
il fit avant le premier détachement
de fes Troupes pour
Flandre , & par celles qu'il continua
de faire , quoy qu'il fuft
refté prefque fans forces.
La Campagne s'ouvrit par
la chaffe qu'il donna conjoin-
Avril 1707. D
42 MERCURE
B
tement avec M' le Maréchal de
Marcin au Prince de Bade &
au Comte de Friefen , qui furent
obligez d'abandonner leur
Camp. M' de Villars défit dans
fa marche huit cens chevaux ,
dont il y eut cent de tuez & plus
de cent faits prifonniers . On
entra dans le Camp que les Ennemis
avoient fortifié entre
Biſchveiller & Drufenheim , où
l'on trouva leurs tentés dreffées
avec une grande quantité de
munitions & de vivres ; ainfi
que dans Bifchveiller , qu'ils
avoient mis en de deffenfe.
On y trouva auffi les bagan
eftat deffenGALANT
43
ges , & entr'autres ceux du
Comte de Friefen & fa vaiffelle
d'argent . Les Ennemis furent
pouffez jufqu'à Stratmatt
où eftoit leur Pont fur le Rhin ,
qu'ils repafferent , enfuite dequoy
ils rompirent le Pont , &
ainfi le Fort -Louis fut entierement
dégagé. M' le Maréchal
de Villars aprés avoir envoyé
des détachemens pour faire les
fieges de Drufenheim , marcha
avec le refte de fon Armée
pour tâcher de profiter du defordre
où eftoient les Ennemis,
1- & pour s'emparer des retranchemens
de Lauterbourg. On
Dij
44 MERCURE
fut par ce moyen maiſtre des
Lignes du Motern . M' le Maréchal
de Villars pouſſa enſuite
les Ennemis par tout ; il
força les retranchemens qu'ils
avoient à la tefte du Pont de
Berghen , s'empara de ce Pont ,
& alla jufqu'au Fort - Loüis
dont les Ennemis avoient levé
le blocus . M' le Comte du
Bourg s'empara le même jour
par fon ordre d'un autre retranchement
fraifé & pallifladé
, que les Ennemis avoient à
la tefte du Pont de Stratmatt
qu'ils rompirent en s'enfuyant,
& qui eftoit gardé par trois ou
GALANT 45
quatre cens hommes . Tous ces
avantages furent remportez en
quatre ou cinq jours , & rendirent
le Roy maiſtre du rivage
gauche du Rhin jufqu'à Philifbourg
.
Je ne dis rien de la priſe de
Drufenheim où l'on trouva
une grande quantité de munitions
& de vivres. Celle d'Ha
guenau fuivit de prés , & l'on
y fit deux mille cinq cens prifonniers
, parmy lefquels il y
avoit un Officier general , &
plufieurs autres Officiers qui s'y
eftoient jettez aprés l'abandonnement
des Lignes. On trouva
46 MERCURE
dans la Ville foixante pieces de
canon preſque toutes de batterie
, cinq cent milliers de poudre
, des boulets , du plomb ,
& de toutes fortes de munitions
à proportion , quinze
mille facs de farine & un pareil
nombre de facs de bled & d'avoine.
M' le Maréchal de Villars
envoya enfuite des détachemens
qui fe faifirent de Germersheim
, de Billikum , de Spire
, & de Neuftadt. Pendant
que ces chofes fe paffoient M
le Comte de Reygnac , Gouverneur
de Brifack fit attaquer
les Lignes que les Ennemis
GALANT 47
avoient faites dans la Montagne
noire . Elles furent forcées ,
& les Troupes du Roy entrerent
dans la Souabe . M' le Maréchal
de Villars mit des Troupes
dans la petite Hollande ,
vis- à- vis de Philiſbourg , ce qui
obligea les Ennemis de rompre
le Pont qu'ils y avoient fur le
Rhin , de maniere qu'il ne leur
en refta aucun au - deffus de
Mayence. Il établit auffi de
groffes contributions dans le
Palatinat & dans les Evêchez
de Spire & de Wormes. Les
chofes eftoient en cet eftat lorf
que M' le Maréchal de Villars
48 MERCURE
fut obligé d'envoyer en Flan →
dre en deux détachemens 28 .
bataillons & 24. efcadrons ,
fans compter d'autres détachemens
qu'il fit enfuite. A peine
ce Maréchal eut- il fait ces détachemens
qu'il battit les Ennemis
qui avoient commencé à
faire paffer un corps de Troupes
du cofté de Philifbourg , &
qu'il les obligea à repaffer le
Rhin. Quelque temps aprés il
paffa luy - même ce fleuve au
Fort - Louis. Les ennemis qui
voulurent s'y oppofer perdirent
cinq cens hommes . Enfin
ce Maréchal pourſuivit les Enr
"
nemis
GALANT
49
nemis juſqu'à la riviere de Stolhoffen
, aprés avoir donné fes
ordres pour faire rétablir l'ouvrage
à corne qui avoit eſté
rafe en confequence du Traité
de Rifwick . Il fit faire en même
temps des redoutes , & établir
des batteries fur le bord de
la riviere de Stolhoffen.
Les Ennemis ne firent rien
pendant le refte de la Campagne.
Ils pafferent néanmoins le
Rhin , & aprés avoir ravitaillé
1. Landau , ils furent obligez de
le repaffer. Ainfi Mr le Maréchal
de Villars demeura maiftre
des bords du Rhin , depuis Bâle
Avril 1707
. E
so MERCURE
jufqu'à Philifbourg.
Voila un tres petit abregé
de la derniere Campagne d'Allemagne
, dont je ne parle icy
que pour vous donner lieu de
rappeller l'idée du détail qui
occupe une partie de fept ou
huit de mes Lettres , qui peuvent
paffer pour des volumes.
Il feroit difficile de faire une
Campagne plus glorieufe . Cependant
toutes ces expeditions.
ont efté faites dans la troifiéme
des années qui font regardées !
comme des années malheureu
fes pour la France . Voyons prefentement
ce qui s'eft paffé en
GALANT
51
Italie pendant les premiers
mois de la même
Campagne.
Comme le Roy avoit concerté
pendant tout l'hiver avec Monfieur
de Vendôme ce que ce
Prince y devoit faire , ainfi qu'il
avoit concerté avec Mr le Maréchal
de Villars ce que ce Maréchal
devoit faire en Allemagne
, les avantages remportez
en Italie y ont d'abord
efté tels que le Roy avoit prévû
, & qu'ils ont répondu à l'attente
de ce Monarque jufqu'au
temps qu'un revers de fortune
qu'il ne pouvoit prévoir ;
qui ne dépendoit pas de luy
Eij
52 MERCURE
& que par confequent il ne
pouvoit empêcher , a changé la
face des affaires , & fait perdre
tout le fruit des heureux fuccés
des projets que ce Monarque
avoitfibien concertez pendant
tout l'hiver , & qui luy
avoient par tout fait meriter
tant de gloire à l'ouverture de
la Campagne
.
Jamais en aucun lieu & en
aucun temps , & fous aucune
Puiffance , mefme du temps
que les Souverains de Rome
cftoient appellez Maistres du
Monde , on n'a veu remporter
un avantage auffi confiderable.
GALANT
53
que celuy qui couvrit de gloire
les armes du Roy dés le quatriéine
jour de la trofiéme année
que l'on
regarde
comme
malheureuſe
à la
France
, puifque
dés
le
quatrième
jour
de
Janvier
le
Chafteau
de
Nice
battit
la
Chamade
quoy
qu'il
fuft
bien
muni
de
toutes
chofes
, &
qu'il
y eut
dedans
cent
dix
pieces
de
canon
de
bronze
de
divers
calibres
. Cette
Place
étoit
regardée
comme
une
des
plus
fortes
de
l'Europe
, & plufieurs
même
la
croyoient
imprenable
.
Cet avantage fut fuivy du
E iij
54 MERCURE
gain de la Bataille de Calcinato
qui fut gagnée dans un temps
où la terre manque fouvent
de fourage pour les armées
qui fe mettent en campagne
dés le mois d'Avril . Il avoit
efté concerté entre le Roy &
Monfieur de Vendofme , ce
Prince ayant paffé une partie
del hiver à Paris, qu'il tâcheroit
de furprendre les ennemis dés
qu'il feroit retourné à l'armée ,
& de leur livrer Bataille . Monfieur
de Vendofme paffa à Milan
en s'en retournant , où il
dit publiquement à table
pour empêcher que l'on ne
GALANT 55
découvrit fon deffein , que
l'ouverture de la campagne
eftoit reculée , M' le Comte
de Medavy n'ayant pû executer
les ordres qu'il avoit reçus
de luy. Cependant les Troupes
avançoient de tous coftez pour
l'execution du deffein projetté,
& comme Monfieur de Vendofine
n'étoit point à l'armée,
des ennemis le croyoient d'autant
plus éloigné de leur livrer
Bataille qu'ils eftoient perfuadez
qu'il n'en pouvoit donner
de long- temps aprés fon arrivée
, ayant befoin de temps
pour voir toutes chofes par
E iiij
56 MERCURE
luy mefme , & pour fe preparer
à uneaction ; mais ils furent
trompéz & donnerent
dens le piege que ce Prince
leur avoit tendu. La Bataille
nommée de Calcinato ,fut donnée
peu de temps aprés fon
arrivée , tout s'étant trouvé
preft pour cet effet . Les ennemis
perdirent dans cette Bataille
plus de fix mille hommes ;
fix pieces de canon ; prefque
tout leur bagage ; plus de mille
chevaux , vingt - quatre drapeaux
, & douze étendars. Le
gain de cette Bataille attira un
grand nombre d'autres avanGALANT
57
tages , ainſi qu'il arrive ordinairement
aprés les grands
évenemens , & les ennemis
J
furent acculez dans les Montagnes
. Turin fut inveſti prefque
dans le mefme temps &
l'on fe rendit maître de Quiers,
de Montcallier , de plufieurs
autres poftes , & de la Ville &
Citadelle d'Aft , ainfi que de
Ceva & de Mondovy , où furent
faits priſonniers Monſieur
le Prince & Madame la Princeffe
Carignan , avec leurs enfans.
Je ne dis rien de la fuites,
ce qui fe paffa à la levée du
fege de Turin n'étant qué trop
58 MERCURE
connu , & en ayant déja parlé
amplement. Il parut deux jours
aprés que la fortune vouloit ſe
repentir de fon changement ,
par la victoire que Mr le Comte
de Mcdavi remporta , dans
laquelle les troupes de Heffe ,
commandées par le Prince de
Heffe Caffel , furent entierement
défaites. Les ennemis
curent trois mille hommes
tucz ; on leur fit trois mille
cinq cens prifonniers , outre
les traîneurs , & on leur prit
trente trois Etendars & vingr
trois Drapeaux . Ce nombre
de Drapeaux & d'Erendars fur
GALANT 59
une preuve auffi éclatante que
convaincante que rien n'avoit
manqué à cette victoire , &
qu'elle avoit eft é des pluscom-
こ
plettes. Cependant la levée du
fiege de Turin avoit fait un fi
grand tort à nos affaires qu'un
avantage auffi confiderable
ne les pût rétablir. La fortune
continuant enfuite de nous
estre auffi contraire qu'elle
nous avoit esté fouvent favorable
, fon changement n'eut
aucun pouvoir fur le coeur du
Roy , & ce Monarque fit voir
autant de fermeté qu'elle marqua
d'inconftance. Ce Prince
60 MERCURE
avoit raifon des applaudir malgré
tout fon malheur qu'il ne
meritoit pas , & que fa conduite
ne luy avoit pas attiré.
La Campagne d'Allemagne
venoit de reüffit felon les projets
, & les armes avoient elté
glorieufes de ce cofté là depuis
le commencement juſqu'à la
fin , & elles avoient remporté
en Italie tous les grands avantages
que vous venez de voir
jufqu'au mois de Septembre.
On doit remarquer quel tant
dans les trois années malheureufes
que
dans les heureufes ,
4
le Roy à toujours pris tant de
GALANT 61.
foin pour avoir de nombreuſes
armées à l'ouverture de chaque
campagne , & que les projets
qu'il a formez pendant
l'hiver , ont toujours efté fi
grands & fibien concertez, que
les troupes ne font entrées en
campagne qu'accompagnées
de la victoire. Comme ce Monarque
a pris les mêmes foins
pour la Campagne qui fera
peut-eftre commencée avant
que vous receviez ma Lettre
il y a lieu d'efperer que nos
lauriers ne feront point mélez
d'amertumes , & que nos troupes
ayant par tout la liberté.
62 MERCURE
>
d'agir , ce qui leur a plutoft
manqué que le courage , le
Ciel rendra victorieufes les
armes d'un Monarque qui depuis
le commencement des ficcles
, s'eft trouvé feul capable
de donner la Paix à fes ennemis
au milieu des plus grandes
profperitez , fans vouloir jouïr
de tous les fruits de fes victoires
,
•
Comme nous n'imitons
point en France nos ennemis ,
qui dans tous leurs écrits publics
ont toujours parlé de
victoires dans le temps où ils
perdoient des batailles , & qui
GALANT
63
ont quelques fois fait chan
ter des Te Deum pour des
S
victoires que nous avions rem
portées , ainfi que je vous ay
fouvent fait
remarquer.
Comme
, dis -je , nous ne dégui
fons jamais la verité , on ne l'a
point cachée dans
plufieurs
Mandemens qui ont efté donnez
par les Prelats de France
pour faire des Prieres publi-
5 ques ; je vous en envoye un de
Monfieur l'Evefque de
Nîmes ,
qui paffe pour un chef- d'oeu
evre , & que l'on recherche avec
un grand
empreffement.
[
S
1
64 MERCURE
›Mes tres- chers Freres ,
Nous voyons toujours avec douleur
le cours durable & violent
des dereglemense des calamitez
du fiecle des Princes armez de
tous coftez , les uns contre les autres
des Nations émuës par des
raifons d'intereft , dé jaloufies , de
défiance , de haine ; des Royaumes
divifez , & par confequent defolez
; des Armées toujours preftes à
fe choquer & à fe détruire ; une
guerre enfin generale , & le fang
Chreftien répandu par tout ; que
pouvons nous juger , finon que
GALANT 65
tout le Monde , felon la parole de
faint Jean , eftant plein de malice
& de corruption , la colere du
Ciel tombe fur tous les Habitans
de la Terre?
Mais nous fommes encore plus
•fenfibles aux maux qui font gemir
la France , & qui nous touchent
de plus prés. Il femble , mes treschers
Freres ,
que le Seigneur dit
•
retiré de nous fes benedictions
accoûtumées. Les ennemis , qui
fuyoient autrefois devant nous ,
prévalent aujourd'huy fur nous ;
Dieupour tempererpar des humiliations
falutaires , une gloire
heureuſement & longuement.con-
Avril 1707
. F
66 MERCURE
tinuée ; & pour punir noftre ingratitude
& noftre confiance préfomptueufe
, afflige depuis quelques
années un Royaume qu'il avoit
rendu luy - même fi floriffant.
Reconnoiſſons , mes tres - chers
Freres , que nous ne fommes malheureux
, que parce que nous fommes
coupables ; difons avec le
Prophete : Malheur à nous , parce
que nous avonspéché : Væ nobis ,
quia peccavimus .
Nous ne manquons ny de force
ny de courage. Lefeu de la Nation
n'eft pas rallenti. La Puiffan
ce qui nous gouverne , n'ajamais
plus de grandeur , defageffe &
GALANT 67
de pieté..... Cependant nos Armes
neprofperentpoint , une Main
inviſible nous frape & nous enlewe
les Victoires , quand nous fommes
prefts de les gagner ; & la
Providence , qui fembloit preparer
nos voyes , & conduire elle-même
nos entrepriſes , femble avoir tourné
vers nos ennemis le bonheur des
évenemens .
Nous ne fommes pas furpris de
cette diverfité defortune . Dieufeul
ceft exempt de tout changement
, & de toute viciffitude.
Comme il n'y a pointfur la terre
de parfaite Justice , il n'y a point
auffi de parfaite Felicité. Celuy.
Fij
68 MERCURE
qui vit dans l'Eternité , & qui
a créé toutes chofes enſemble ,
eſt le feul qui eſt juſte en tout ,
& Roy victorieux éternelles
ment. 一首
Nous ne fommes pas étonnez
non plus , que Dieu nous chaftie ;
puifque nous n'avons , ny profité
de fes graces , nyfuivi fes comman
demens. Si nous eftions fideles obfervateurs
defa Loy , &qu'il ne
vouluft que nous éprouver ,
nous purifier par la tribulation ,
nous pourrions efperer qu'il feroit
bien- soft touche de noftre fidelité
& de noftre patience, Mais nous
avons irrité fa colere , & nous ne
GALANT 69
pouvons l'appaifer que par une
priere une penitence perfeverante.
Qui ne voit mes tres-chers Freres
, que la Religion s'affoiblit tous
·les jours dans l'efprit des Peupless
Chacun cherche fes interefts. Les
miferes augmentent , & l'on de
vient moins charitable . On eft hu
miliéfans devenir humble . Le lu
xe regne jufques fur les débris de
la pauvreté. L'Herefie n'a prefque
perdu que fon nom. L'Evangile
n'eft ny affez connu , ni aſſez pratiqué;
le Fils de l'Homme ne
trouveroit aujourd'huy que pen
foy en Ifraël.
de
70 MERCURE
C'eft de là , mes tres-chers Freres
, quepartent les coups de la main
de Dien . Nos pechez font la caufe
de nos malheurs. Les Nations qui
nous attaquent ,font moins à crainles
vices
qui
l'ennemy
qui
dre pour nous , que
nous corrompent;
peut nous nuire davantage , c'eſt
nous -mêmes , fi nous n'allons aux
pieds des Autels , par une converfionfincere,
laver dans nos larmes ,
& dans le Sang deJefus Chrift
nos iniquitez
paffees ; fléchiffant
ainfi la Justice de Dieu qui lespunit:
attirantfa mifericorde qui
lespardonne.
L
·
Nous vous avons autrefois exGALANT
71
hortez, mestres-chers Freres , dans
le temps même de nos conqueftes ,
à demander la Paix au Seigneur.
Une guerre , quelque glorienfe
qu'elle foit , ne laiffe pas d'eftre
ruineufe . Combien de cruautez
d'injuftices fe commettent inévitablement
dans les plus juftes ?
Vous fçavez les raisons que
nous avons de defirer & de deman
der , avecplus d'ardeur quejamais,
cette bien-heureufe Paix.
Que fi ces momens fortunez ;
que Te monde ne peut prévoir ny
avancer, & que le Pere Celeſte
tient en fa puiffance , ne doivent
pas encore arriver , prions -le ,
72 MERCURE
qu'il fe fouvienne de fon ancienne
alliance , à laquelle nous ferons à
l'avenirplusfideles ; qu'il conferve
la Sacrée Perfonne du Roy , &
maintienne l'honneur de fon regne
: qu'il le remette dans les voyes
de fes profperitez paffées , & luy
enfeigne
wage
qu'il en doit faire
pour fon falut , non pas pour fa
propre gloire qu'il répande un
Efprit defageffe dansfes Confeils ;
un Efprit deforce dans fes Armées,
& ce double Efprit dans les Chefs
qui les commandent : qu'il affermiffe
Philippe V. fon Petit-Fils ,
-par l'amour des Peuples , & par
-Sa protection efficace , fur le Trône
où
GALANT 73
où il l'a placé : qu'il veuille bien
continuer de generation en genera
tion , lafucceffion defa pieté , jointe
à celle de fa Couronne.
Efperons , mes tres - chers Freres ,
• que Dieu exaucera nos Prieres ,
& qu'il ne méprifera pas des coeurs
contrits humiliez. Il n'a jami's
détourné de nous fa mifericorde
; & même , en nous
corrigeant par l'adverfité , il
n'abandonne pas fon Peuple.
3.
M' le Duc de Sora, Prince de
Piombino , de la maiſon de
Boncompagno , & petit Neveu
du Pape Gregoire XIII . eft
Avril 1707
. G
74 MERCURE
mort à Rome âgé de plus de
65. ans. Il a efté fort regretté
en Italie. Ses manieres genereufes
& bien - faifantes luy
avoient gagné tous les coeurs
de principales perfonnes de
Rome. Sa maifon eftoit ouverte
aux honneftes gens , & fur
tout à la Nobleffe qu'il a protegée
durant tout le cours de fa
vie . Gregoire XIII . eſtoit né
à Bologne. Il eftoit connu auparavant
fous le nom d'Hugues
Boncompagno , Cardinal du titre
de S. Sixte , & fût élû à l'âge
de 70. ans , aprés la mort
de Pie V. il avoit une parGALANT
75
1-
faite connoiffance de la Jurif
prudence civile & canonique ,
qu'il avoit profeffée avec beaucoup
de reputation. Il gouverna
l'Eglife pendant 13. années;
il affembla les plus habiles Mathematiciens
de fon temps ,
pour travailler à la reforme du
Calendrier, ce qui fut heureufement
executé en 15.82 . en
oftant 10. jours au mois d'Otobre
, & fuivant l'Equinoxe
du Printemps, comme avoient
fait les Peres de Nicée . Ce
grand Pape mouru : le 10 .
Avril de l'an 1585 .
Gij
76 MERCURE
La maiſon de
Boncompa
gno de Bologne, eft ancienne,
& elle a tenu un grand rang
dans le monde depuis Gregoi
re XIII . Philippe
Boncompagno
neveu de ce Souverain
Pontife , & Cardinal du titre
de faint Sixte, mourut à Rome
fous lePontificat du Pape Sixte
Quint. Il fut envoyé Legat à
Venife, pour y faluer le Roy
Henry III. à fon retour de
Pologne ; & il exerça divers au-
• tres emplois. Il mourut âgé de
38. ans en 1583.Cette
maifon
a efté feconde en hommes illuftres
; elle a donné dans le
GALANT 77
17e. fiecle 2. Cardinaux au Sacré
College : Hierôme Boncompagno
, arriere neveu de
Gregoire XIII. créé Cardinal
par le Pape Alexandre VII. en
1664. & mort en 1684. &
Jacques Boncompagno Archevêque
de Bologne , qui fut fait
Cardinal par le Pape Innocent
XII. & envoyé par luy Legat
à Modene en 1699. pour faluer
la Reyne des Romains .
Mr le Marquis de Lambertie
Gouverneur de la Ville de
Nancy , eft mort univerſellement
, regretté à la Gour de
Lorraine, où fes longs fervices
Giij
78 MERCURE
& l'exacte probité dont il avoit
fait toute la vie profeffion , luy
avoient attiré une trés- grande
confideration. Il y a quelque
temps que je vous parlay
de fon mariage; Me la Marquife
de Lambertic fa veuve eft
parente , ainfi que je vous l'ay
déja dit, de Me la Marquife de
Chamarante, parce qu'elle dé
4
cend de l'illuftreMaifon d'Anglure
de Bourlemont . Mr le
Marquis de Lambertie eftoit
de l'ancienne Chevalerie deLos
raine ; il avoit longtemps porté
les Armés pour le fervice de
fon Maiftre ; & feu Mr le Duc
GALANT
79
e
de Lorraine , Charles V. du
nom avoit beaucoup d'eftime
pour luy , & l'avoit employé ,
en plufieurs affaires dont le fuccés
luy avoit fait beaucoup
d'honneur . Mr le Marquis de
Lambertie aimoit beaucoup les
fciences ; il protegeoit ceux qui
les cultivoient, & il leur a donné
dans plufieurs occafions des
marques de fa liberalité. Il a
fait voir en mourant beaucoup
de foumiffion aux ordres de
Dieu ; & il a quitté la vie fans
peine , quoiqu'il y dût eſtre attaché
par bien des endroits . Il
a donné dans fon Teftament
G iiij
80 MERCURE
des marques de fa charité & de
l'amour qu'il avoit pour les
pauvres.
Le pere de Mr le Marquis
de Lambertie eftoit Lieutenant
de Roy pour le fervice de S. M.
à Nancy , & Gouverneur de
Long -Wy ; le défunt eſtoit
Confeiller d'Etat de S. A. R.
Madame la Ducheffe de Lorraine
& de Barois , Baillif &
Commandant du Château &
de la Ville de Nancy : il avoit
époufé en premieres nôces
Dame Criftine de Lenoncourt,
foeur de Mr le Marquis de Lenoncourt
de Blainville , & en
GALANT 81
2
fecondes nôces DameCharlotte
Eleonore d'Anglure , Dame
d'Atour de S. A. R. Madame
S la Ducheffe de Lorraine , dont
le perc ayant eſté fait priſonnier
par les Turcs , fut renvoyé
fur la parole qu'il donna
d'envoyer fa rançon au grand
Seigneur ; mais il fit plus puifqu'il
en fut luy-même le Porteur
, ce qui luy attira beaucoup
de loüanges du grand Seigneur
qui luy remit fa rançon.
M' le Comte François de
, Berka , cy- devant Ambaſſadeur
de l'Empereur à Veniſe , eſt
nmort regretté de toute la Cour
Et
3
82 MERCURE
de Vienne . Il avoit porté les
Armes dans les premieres années
de fa vie , & il avoit donné
en plufieurs occafions des
marques de fon courage ; il
s'eftoit depuis attaché à la negotiation
. Le feu Empereur l'avoit
employé dans plufieurs af
faires d'une difcuffion fort delicate
. Ce Miniftre eftoit d'une
naiffance fort qualifiée ; il eſtoit
originaire du Tirol , & il defcendoit
des anciens Liberateurs
de la Suiffe , du cofté maternel
; le genereux Furſtius
eftoit un de fes ayeux collateraux.
Walter Furftius , Suiffe
GALANT 82
du Canton d'Uri , ancien & fidele
amy de Werner Stouffacher
, de Switz , fe joignit à luy ,
dans le deffein de fecouer le
joug des Gouverneurs qui leur
cftoient envoyez par les Archiducs
d'Auftriche , & de mettre
leur Patric en liberté. Ils affocierent
à l'execution de cette
entreprife , Arnoul Melchthal
d'Underwald , & fe jurerent
une fidelité inviolable. Le lieu
nommé vulgairement Im grütli
, proche d'un Lac au Pays
d'Uri , fut choifi pour l'Affem.
blée , & ces trois hommes prirent
chacun avec eux quatre
84 MERCURE
ou cinq fideles & vaillans Compagnons
, pour executer leur
deffein qui eut le fuccés que
tout le monde fçait.
Le Docteur Drake , Auteur
de divers écrits contre le Gouvernement
, eft mort à Londres.
Il eftoit Membre de la
Societé Royale de la Faculté
de Medecine . Il avoit fait tou
te fa vie une étude continuelle
des matieres de Phyfique ; & il
s'y eftoit rendu tres- habile.
M' Drake eftoit fouvent chargé
dans les Affemblées de fa
Societé d'en rediger par ordre
des matieres , & il le faifoit touGALANT
85
1
jours avec beaucoup de netteté
& de précifion. Il eftoit fort
verfé dans la Méchanique ; il
s'eftoit appliqué à cette Science
depuis quelques années , &
il avoit lû dans la Societé Royale
plufieurs Differtations de
Mechanique qui avoient eſté
fort applaudies. M' Drake
avoit efté fort lié autrefois avec
le Docteur Hydes , & ils avoient
fait long- temps enfemble les
-mêmes études . M' Hydes donna
même en mourant à fon
amy des marques de la confance
qu'il avoit euë en luy. M*
Drake n'avoit pas réüſſi dans
86 MERCURE
la Politique ; les Memoires qu'il
avoit faits fur cette matiere
ont toûjours efté mal - reçus à
à la Cour d'Angleterre. D'ail
leurs le party que fuivoit co
Docteur n'eftoit pas le dominant
à cette Cour ; ainfi
il n'y a pas lieu de s'éton
ner fi tous les avis ou écrits qui
tendoient au bien & à la confervation
de ce party ont efté
fi mal reçus
.
Le jeune Duc de Holftein-
Ploën eft mort âgé de quatre
ans . Son coufin fils du Duc
Erneft Joachim , luy a fuccedé .
La Maifon d'Holface ou de
GALANT 87
Holſtein , deſcend à ce qu'on
prétend de l'ancienne Maiſon
de Saxe , fondée par Witikind
le Grand . La plupart des Hiftoriens
rapportent qu'il fut le
cinquiéme aycul de Sigefroy I.
Comte d'Oldembourg dans la
Weftphalie , dont la ligne droi
ite finit à Frederic qui fe prefenta
au fupplice auquel fon
epere Huno le glorieux avoit
cfté condamné , combattit &
7- tua un effroyable lyon à la vûë
edu Peuple de Goflar . Ce fut en
1140. & dans le temps que
l'on celebra le Concile de Sens
de contre Abeilard . Il laiffa le
88 MERCURE
Comté d'Oldembourg à Elimar
fon couſin germain . Aprés
huit generations la pofterité de
ce dernier fe reduifit à Theodoric
le Fortuné , qui recueillit
tous les biens de fa famille.
Theodoric le Fortuné , Comte
d'Oldembourg & de Delmenhorſt
, époufa en premieres
nôces Adelaïde heritiere du
Comté Delmenhorst , & il époufa
en fecondes nôces vers
l'an 1423. Hedwige , fille de
Gerard & foeur d'Adolphe de
SchawembourgComte, d'Holface
, de la Jutie meridionale
, &c . veuve de BaltaGALANT
89
10
03-
zard Duc de
Meklenbourg. Il
mourut en l'année 1440. &
laiffa Chriftian I. Maurice Bachelier
de la Faculté de Theologie
de Paris & Chanoine de
Bremen & Gerard le Belli
queux , Comte d'Oldembourg.
Chriſtian I. fut Roy de Dannemarck
à la
recommandation
d'Adolphe fon oncle maternel ,
qui le fit fon heritier. Il obtint
alors de l'Empereur Frederic
III. du nom , le Holftein , Stomarn
, & Wagheren en Fief de
l'Empire, & d'Irmarfen en propre.
La Maifon d'Holface a
formé depuis ce temps- là les
Avril 1707. H
90 MERCURE
branches de Sunderburg , de
Norburg , de Glukburg , de
Arafbeck , de Gottorp & d'Ottingen.
Chriſtierne II . Roy de
Dannemarck eft un des Princes
de cette Maiſon qui a le
plus fait parler de luy. Ses dif
graces & fa longue captivité
font des preuves bien fortes
de la viciffitude des chofes humaines.
Le Difcours prononcé par
M' de Rouviere le fils à l'ouverture
de fon Cours de Chymie
, & que je vous vous envoyay le
mois dernier , a reçu tant d'applaudiffemens
, que je ne doute
人
GALANT 91
3
point que vous n'attendiez avec
impatience
le Remerciement
qu'il a fait en finiffant le même
Cours de Chymie
, & que je
vous ay promis de vous envoyer.
Le voicy.
ancien ,
L'ufage des remerciemens publics
, Meffieurs , n'eft pas moins
que l'établissement des
Communautez des Affemblées
desperfonnes de merite, depuis que
les talents differens ontréuni en autant
des corps feparez ceux qui en
font une profeffion ouverte. Les
Particuliers qui s'y font vus honpremiers
choix ou des
porez dés
Hij
92 MERCURE
plus douces préferences , fe font
attachez fcrupuleufement à réünir
des actions de graces qui ne pouvoientfe
divifer, & à rappeller
dans un feul difcours ; lesfentimens
& les expreffions d'une reconnoiffance
qui doit moins tomber fur
les membres quefur le corps qu'ils
ont l'honneur de compofer . D'ail
leurs toute reconnoiffance fincere a
toujours aimé à fe rendre publique
Je n'emprunteraypas icy de l'antiquité
lespreuves & les exemples
de cet ufage ; l'Academie de l'Univers
la plus celebre l'authorife
affez. Il n'eftpermis ni à l'esprit ,
GALANT 93
ni au rang d'y eftre agregé qu'à
la pluralité des fuffrages , ni d'y
eftrereceu que par un remerciement
1 public d'éclat. Pour moy , Mef
fieurs , à peine mefuis-je trouvé
dans un age auffipeu avancé agregé
à ceux quiprofeſſent la Pharmacie
, queje me fuis vú honnoré
• par la Compagnie d'un choix qui
'a dû me ſurprendre, quoiqu'agreablement
, & qui paffoit mon âge
& mesforces à la fois ; vous avez
crû fans doute , Meſſieurs , que
l'envie que j'aurois de vous obéir ,
me tiendroit lieu d'intelligence &
de merite , où vous avez fuppofé
que voftre choix portoit avec luy
1.
es
94 MERCURE
les moyens d'y répondre . Sint Mæcenates
non deerunt Marones .
Vous avez donc voulu , Meffieurs
, que je fiffe dans ce Laboratoire
un cours de Chymie ;je vous
dois un remerciement public d'une
·pareille préference , & un compte
public en même temps de la conduite
que j'y ay gardée , & de la
maniere dont j'ay tâché de m'en
acquitter.
Fe
me declare d'abord, Meffieurs
, Partifan du fameux Mr
Defcartes ; j'ay appris de luy de
bonne heure à me défaire de toutes
éclairé de fortes de préjugez ,
Les principes sje n'ay pas eu grand
GALANT 95
5
peine à marcherfur les pas du ce
lebre Vanhelmont , à qui la Medecine
eft redevable de tant de dé-
A couvertes. Ainsi , Meffieurs , Ad-
#mirateur des Anciens , je n'ay pas
efté leur efclave ; jay profité de
leurslumieres , fans m'affujettir à
leurs opinions ; j'ay preferé en un
mot les experiences conftantes des
Modernes aux raisonnemens va
gues des Anciens , & les nouveaux
ef principes de Phyfique & de Chymie
, à ces anciens élemens qu'on
reconnoift eftre par là des corps veritables
de compofition .
W
Ce n'eftpas à moy à reveiller
ni la difpute qui a partagé
tous
96 MERCURE 1
les gens de lettres entre les Modernes
& les Anciens ; fila queſtion
devenoit generale , & qu'elle s'étendit
depuis les talens des hommes
,jufqu'à la fcience des Rois;
Je veux dire jufqu'à la politique
& àl'Art Militaire ; je deman
derois , la queſtion feroit decidée
, fi Louis le Grand n'a
mis le Herosplus haut que Céfar
Alexandre. Du cofté de l'ef
prit je demanderoispeut- eftre avec
quelque prevention , fi nous n'avons
pas certains ouvrages de nôtre
temps que nous preferons tous
dans le mêmegenre à ceux de l'antiquité.
Ces queftions fortiroient
pas
de
GALANT
97
1. de mon
9
mon fujet , je n'en fais qu'une
qui part du centre de ma profeffon
: Je demandefi celuy qui porte
fi dignement en France le titre
de premier Medecin ne le merite
pas dans le monde entier , &par
rapport à tous les temps, &fi avec
l'intelligence qu'il poffede , & les
prares qualitez qui le diftinguent
il devroit ceder ce titre de premier,
l'e pris à la rigueur , aux Medecins
del'lfle de Co , & de Bergame ;
a vous lepenfez comme moy ,
Mffieurs
, le Celebre Hypocrate & le
Fameux Galien s'ils revenoient à
l's la vie n'ôteroient pas à l'illuſtre
Mr Fagon un titre qui convient
Avril 1707
. I
98 MERCURE
fifort àfesfuccés & àfon merite;
de pareilles paralleles ne decident
pas en faveur des Anciens : mais
nous nous renfermons icy , dans
ee qui regarde nos experiences &
nos operations, &fur tous lesprincipes
que nous devons fuivre en
Phyfique , & en Chymie. Ilfaut
d'abord convenir
les Anciens
que
n'ont pas connu le mouvement,
& que rien n'est plus confus que
les idées qu'ils nous en donnent ,
leurs élemens , leurs accidens , leurs
qualitez occultes , & leur Antiperifthafe
nenous découvrent rien ,
& ne nous apprennnent que
termes ; toute l'intelligence confifte
des
GALANT 99
2
l'efprit n'y › à les citer à propos
peut rien trouver à comprendre ,
ceux qui fuivent ces fortes d'erthreurs
, &qui s'y arrestentfervi-
Clement peuvent bien dire , authoritati
credere magnum compendium
, & nullus labor . Il
en coûte un peu plus d'entrer à
fonds dans la connoiffance des loix
du mouvement , dans la differen-
9 te configuration , & dans les di
"nivers rapports des parties entr'elles;
Eu dans les reflexions & refract
de la lumiere , & dans les effets
furprenans de la matiere magnetique.
A l'égard de la lumiere &
des couleurs. Lucianfeferoit bien
ons
Iij
100 MERCURE
accommodé du Syfteme nouveal
luy qui demande dansfa Pharfale,
fit ne color proprius rerum lucisve
repulfa eludant aciem.
Cet autheur fameux n'eftoit pas
moins Philofophe que Poëte;fes
doutes eftoient des lumieres qu'il
n'ofoit fuivre, devant & aprés
luy , comme defon temps les genies
les plus rares foumettoient leurs
intelligences aux opinions reçûës
il falloit chercher la verité dans la
dic fion de quelqu' Auteur grave ;
fe choifir un maiftre , en preferer
l'autorité à la verité même. Jurare
in verba magiftri eftoit une loy
ou du moins un ufage des fçavans ,
GALANT IOI
1
qui paffoit desfimples écoliers aux
Profeffeurs les plus celebres . Cette
tyrannie qui afairgemir lesfciences
fi longtemps , & qui à arresté
leurs progrés pendant tant de fiecles
, s'eft vue entierement détruite
dés les premiers jours ferains du
Regne heureux , & àjamais memorable
de Louis le Grand ; les
· Sciences & les Arts fousfes douces
loix n'ontplus rien qui les contraigne.
Les bienfaits dont il les
comble , & les diftinctions dont i !
les honnore confondent dans nos
Academies des perfonnes du pre-
1 mier rang, & celles du plus
diocre , raffemblentfous les mêmes
me-
Iiij
102 MERCURE
le
nom
titres ceux que l'inegalité de leur
naiffance avoit trop feparez , &
reuniffent au même point de perf
pective ceux que le rang ,
les emplois nepouvoient jamais
rapprocher & dont la fcience &
l'efpritpouvoient uniquement faire
un tout ensemblefous cettepuiffante
& royale protection . Qu'on
ne s'étonne plusfi Denis introdui
fit à Siracufe le fameux Platon
furfon propre Char, & s'il luy
fervitde Cocherluy - même ; qu'on
ne vante plus Rome Athenes
d'avoir élevé des Statues d'or à
Proerefius , & à l'Orateur Demetrius
; niTrajan pour avoir con
GALANT 103
duitfurfon Char de Triomphe cet
Orateur Fameux. LOUIS LE
cultive dans GRAND , reçoit
fon propre Palais les Sciences &
les Arts , joint liberalementfes
bienfaits aux diftinctions dont il
honnore tous ceux qui compofent
nos celebres Academies ; ils ne
fçauroient plus dire avecle Poëte
Satyrique.
Nullus in orbe locus , nulla
emolumenta laborum .
Res hodie minor eft, heri quam
fuit ,
atque
cadem cras.
Deterit exiguis aliquid , proponimus
illuc.
I
iij
104 MERCUR E
Ire , fatigatas ubi dedalus exuit
alas.
Qu'il eft beau à un Monarque
, qu'il eft utile à un Heros de
proteger les Sciences & les Arts ,
& de favorifer ceux qui enfont
la profeffionla plus ouverte : c'eft
à quoy fe font toûjours attachez
les Alexandres e les Céfars ;
les Scipions & les Pompées ; les
Auguftes & les Conftantins ; les
Charlemagnes & lesTheodofes Ils
avoient tous compris ce Paradoxe
Politique , Militaire ,
Peuples qui font les moins propres
aux exercices de Pallas ne font pas
les plus propres à ceux de Mars.
Sat. 3. Juven.
que
les
GALANT 105
les
Ciceron n'eftoit pas né brave ,
mais l'étude luy avoit élevé le
courage , & l'esprit luy avoit
ddonné du coeur ; il n'avoit dans
guerres civiles , ni la valeur
ni l'experience de Pompée , & il
en a mieux jugé que luy. Dans
les acclamations publiques du
Couronnement de l'Empereur Tacite
, les foldats même s'écrioient,
nemo Melius quam litteratus
qui Imperat . Lucullus au raport
de Plutarque, devint
ture par l'intelligence des hiftoires
, un Capitaine confommé.
Cette idée ne rappelle- t- elle pas
celle qui depuis deux jours entrexel
-pos.
15.
par
la lec106
MERCURE
mêle fans ceffe noftre admiration
à nos larmes ; & à nos larmes ,
& à nos plaintes nos applaudiffemens.
Vous m'entendez , Meffieurs
;Je ne puis m'empêcher de
citer icy ce grand Prince qui com
mande les Armées du Roy en Italie
, & qui vient de faire triompher
fa valeur en dépit de la victoire.
Elle s'eftoit attachée à fes
Confeils , & il n'y avoit qu'à
profiter d'eux , pour jouir d'elle ;
fon intelligence luy avoit fait prévoir
en même temps , & la difgrace
qui nous afflige & le bonheur
qui nous a ffuuyy, dans les
mêmes circonstances où nous adGALANT
107
n
mirons & fa valeur & fa fageffe
. Plaignons nous de cette modeftie
qui l'a empêché de changer
effes avis en ordres abfolus . Ce n'est
pas la premiere fois que nous
voyons couler fon fang, & fe
mêler à celuy qu'il fait répandre ;
ce n'eft pas la premiere fois qu'il
a brave la mort au milieu de fes
fureurs & de fes trophées. Il
nous avoit donné dés fa plus tendre
jeuneffe , dans quelques campagnes
l'idée que nous avons de
difluy; il y parut Capitaine aufftque
Soldat , & Heros auffitôt
que Guerrier; qui luy dispu
tera à l'avenir , aucun de ces Ti- tera´à
Teon-
༧། :
pagnes
tôt
que
108 MERCURE
titres ? Mais quelles lumieres ne
joint-il pas à cette experience ; à
ce naturel heureux , y a- t-il un
art où il ne foit plus que connoiffeur,
où une fcience qu'il ne poffede
, comme ceux qu'on y confulte
en oracles ? Quel genie , quels talens
, qu'elle érudition , quel goût,
quel esprit , quel caractere , quel
fonds , quel dehors & qu'elle envie
de bien faire , avec tous les
moyens de réuffir , & c'eft veritablement
de luy que nous pouvons
dire aprés Homere ,
Qui prælia mufis .
Temperat & moderatur apolline
Martem
,
GALANT 109
R
S
-
Et c'est à luy- même que ceux qui
l'ont fecondé dans le chocq le plus
terrible , & qui l'ontfuivi dans
une retraite judicieuſe , pourront
dire ce que Pline dit à Trajan :
hæret lateri tuo quifquis acceffit
, finemque fermoni tuus
cuique pudor , non tua fuperbia
facit : Que nous ferions heureux
, fi la déference àfes avis
cût eftéfans restriction , & que fa
modeftie ne luy eût pas fait preferer
les incertitudes d'un confeil à
fes lumieres propres. Revenons
noftresujet.
Rien ne prouve mieux fur quel
pied font en France les fciences &
110 MERCURE
>
les arts ,
que le cas qu'en
fait
un
fi grand
Prince
, & les progrés
qu'il
y afaits
luy-même
. Rien
ne
prouve
mieux
auffi
, à quelle
perfection
on a porté
les belles
connoiffances
. Mais
convenons
-en
il y en a peu qui fe foient
plus
enrichies
dans les
derniers
fiécles , que
la Chymie
. La Phyfique
eft devenue
ce qu'elle
n'eftoit
pas , &
prefque
ce qu'elle
doit
eftre
; la
Medecine
a relevé
fon éclat , &
donné
plus de fûreté
à fes
operations
; mais
avoions
que c'eſt
un
pays
vafte
, où il y a bien
des terres
inconnuës
. La Chymie
feule
,
fe laiffe
voir
à découvert
de tous
GALANY 111
és
7.
n.
coftez , & n'a prefque plus rien
d'inacceffible aux reflexions &
me experiences . C'est ce que ne pouvoient
pas dire d'elle les anciens :
nous n'avons plus recours comme
eux, aux qualitez occultes ,
expliquer certains Phenomenes
ni à des Enigmes pour débrouiller
1. des obfcuritez
.
No
Ив
1-
a
pour
La Chymie eft devenuë un
La flambeau qui éclaire dans les tenebres
de la compofition des corps ,
& leur décompofition eft à nos
yeux une démonſtration de ces parties
differentes. Je ne rappelle pas
icy , Mrs , ce que je táchay d'expliquer
dans mon premier difcours,
ete,
S
112 MERCURE
je me contenteray de vous dire ,
que felon les principes quej'établis
pour lors , nous avons trouvé en
effet dans toutes nosoperations , &
dans nos differentes experiences ,
que toutes les parties d'un corps ,
aprés fa décompofition , font veritablement
, eau , efprit, fel , ſoufre
& terre , & qu'avec ces cinq
principes il n'eft point de difficulté
où l'on ne réponde , ni d'obscurité
qu'il ne foit facile d'éclaircir. Ce
n'eft pas tout , c'eft par- là que nous
expliquons fans peine , toutes les
operations du corps animé. La
Structure & la fauation de fespar
ties nous eft conuue par lefecours
GALANT 113
.
e
&
de l'anatomie , qui eft parvenuë de
nos jours àfa derniere perfection ;
nous fçavons par elle , que le corps
animé n'est qu'un tiſſu & un affemblage
de tuyaux. A quoy nous
fervtroit cette connoiffance , fi la
bs. Chymie ne nous découvroit la nature
, les proprietez & les usages
des Liqueurs qui y roullent continuellement.
es,
Ou
ing
C
Dus
Les
AY
La Chymie feule nous montre
d'une maniere claire & exacte,
comment fe foutiennent entr'elles
toutes les fonctions du corps & des
parties qui le compofent , comme
les vrais principes. Un Medecin
qui ne voudra rien devoir à la
Avril 1707
. K
114 MERCURE
Chymie , nous donnera- t- il une
juſte idée , & bien diſtincte de la
diffolution des alimens ; de leur
converfion en chyle & enfang,
de la nourriture & accroiffement
des parties , & de toutes les filtrations
differentes qui fe font dans
tous les corps animez ; démêlerat-
il bien fans ce fecours , les caufe
trouveraguefes
des maladies ,
t-il affez éclairé dans le choix des
remedes les plus propres à la
rifon. Il dira avec Manilius ,
per varios cafus artem experientia
fecit exemplo monftrante
viam. Mais Ovide luy
répondra : Seris venit ufus ab anGALANT
115
な
EX
nis, & on ne sçauroit diſcon venir,
que les principes de la Chymee
fes operations , n'abregent dans un
Medecin la neceffité des longues
épreuves
.
Vous l'avez pú
remarquer
Mrs , qui avez estéſi affivous
,
dus & fi attentifs au Cours de
Chymie que nous venons de faire.
Je parle à ceux qui ont bien voudlu
veniricy , on s'éclaircir & s'inftruire
; avouez que vous avez
sregardé un Cours de Chymie comme
un abregé des longues études
qu'exige de nous noftre Profeffion.
Tout le monde le fçait
ne
tout le
monde le dit , noftre vie est trop
Kij
116 MERCURE
courte pour un Art fi long. La
Chymie en rapproche le terme &
nous fait employer utilement tout
le temps que nous donnons à une
intelligence fructueufe , parfon
Secours à force de chercher ce qu'on
n'a pas trouvé , vous parviendrez
à trouver , même ce qu'on n'a
jamais cherché. Ne vous en tenez
pas à votre age ; à ce que vous en
Sçavez déja , ni même ,fije l'ofe
dire, à ce qu'en ont fçû les autres ,
& à ce qu'en ont laiffé dans leurs
écrits nos Auteurs les plus celebres.
Hypocrate ne veut pas que ceux
qui cherchent à force d'étude la
Science & la verité, fe limitent à
GALANT 117
Out
en-
14
na
les ramaffer dans les Livres de
ཟུ་ ceux qui nefontplus , quafi bonaufragantium
. Il exige de
เท ceux qui s'attachent à un pareil
for commerce , qu'ils s'embarquent
fur
d'autres mers , & qu'ils aillent
chercher plus loin des effets precieux
qui donnent de plus grandes
richeffès au monde , & à euxmêmes
une une gloire d'un plus grand
éclat. Mihi verò , dit- il , invenire
aliquid corumquæ
nondum
inventa funt, quam ipfum
notum , quod occultum
effe .
præftet, fcientiæ votum & opus
Leffe videtur.
-S
en
fe
irs
res.
UX
Voila un avis qui vous auto18
MERCURE
rife , & un confeil qui vous fait
voir ailleurs de grands biens à acquerir.
Faites comme ceux dont
parle Efope , à qui leur pere
dit
en mourant , qu'il avoit caché
dans un champ une certaine
quantité d'or ; ilsy allerent creufer
& remuër la terre de tous côtez
; leur recherche ne leur fit pas
découvrir de l'or , mais le champ
de fterile qu'il eftoit devint fertile
produifit des moiffons abondan
tes, qui valoientplus que l'or qu'on
y cherchoit. Faites- en vous- mêmes
Apologue ; allez faire de belles
découvertes de nouvelles acquifitions
dans ces terres inconnues
GALANT 119
11
Ont
du vafte Empire de la Medecine,
dans lesquellesperfonne ne s'eft encore
introduit. Je vous le diray
davec Columelle : Etiam quicumhque
funt habiti mortalium ſa-
Int pientiffimè, multa fciiffe dicuntur
non omnia. Comptez dans
VOS études que ceux qui vous y
ontprecedé n'en ont pas épuifé tous
les trefors & que ceux qui fur les
mêmes traces ont cherché la verité
ne font pas toujours arrivez juf
on qu'à ce reduit où elle ſe renferme ;
regardez les plusfameux Auteurs
les comme autant de Heros qui ont
étendu & étably leurs conqueftes ;
mais non pas comme autant d'Heras
n:
Des
C
120 MERCURE
cules qui ayênt mis au bout de leur
courfe un Non plus ultra , quż
arrefte, ou des Colonnes qu'on ne
paffepas. Patet qmnibus veritas ,
ditle Philofophe moral , non dum
eft occupata , multum ex illâ
etiam futuris relictum eft.
Les Parthes difoient autrefois
que leur Empire n'eftoit borné ni
par des rivieres , ni par des monts
mais qu'ils s'étendoientjufqu'où ils
pouvoient porter leurs armes . Difons
de même des Sciences ; elles
dontjufqu'où peut aller le bon efprit
,fi vosfoins réuffiffent , & que
des Sçavans plus âgez que vous
ne puiffent le voir fans envie :
DitesGALANT
121
Dites-leur avec Minutius , quid
invidetis , fi veritas veftri tem→
poris ætate maturuit. Lé vray
eft- il neceffairementfi ancien qu'il
ne puiffe jamais eftre nouveau ;
fi cette idée de nouveauté les choque
, dites-leur : Non quod fequimur
novum eft , fed vos fe-
ช ro didifciftii , quod non fequi
15 opportet . Aprés cela marchez à
ils grands pas dans le chemin peu pra-
Di tiqué des découvertes ; faites- vous
de nouvelles routes , rendez- les
faifees & praticables , & à vous
& à ceux à qui vous les aurez
frayées ; tâchez d'en franchir les
barrieres & d'en ofter les épines &
les
es
و
Avril
1707.
L
122 MERCURE
les embarras , Audenda nec vos .
territet alea , fed pulchrè quæ
jam refulgent præcipitent inertes.
Souvenez- vous en un mot ,
que l'espoirde la récompenfe anime
& dédommage dans le travail ,
& qu'on eft trop payé d'avoir
cherché la verité quand on la trouve.
Voila , Meffieurs , quelles ont
efté mes idées & mes pratiques
dans l'étendue de la Chymie &
dans le Cours que vous avez vou
lu que j'en ay fait en public ; je
vous en devois le compte que je
vous rends , je vous devois de
même le Remerciement public que
je vous fais d'un choix qui m'hoGALANT
123
1
S more , & d'une preference qui m'a
xflatté. Je tâcheray de m'en rendre
un peu plus digne par une applica
tion redoublée par des recherches
où je n'épargneray ni dépense ni
travail ; je nedefefperepas , Meffieurs
, aprés tant de bontez & de
graces , que vous ne mepermettiez
dans la fuite de vous rendre compte
en public on en particulier de
mes
découvertes & de mes remarques
; tout au moins vous ne sçau
riez trouver mauvais
1001
ר
01
120
que
dans
mes doutes je m'adreẞe à vous comme
à des Maiftres , & que dans
mes difficultez je vous confulte
comme des Oracles.
Lij
124 MERCURE
Le feu Roy de Portugal
avoit nommé avant de mourir
le Comte de Villa Major
pour aller à Vienne en qualité
d'Ambaffadeur Extraordidemander
une
pour
naire , & pour
des Archiducheffes en mariage
le Prince de Brezil , qui
cft aujourd'huy Roy de Portugal.
Ce Comte qui eft d'une
des premieres Maiſons du Portugal
, & qui deſcent du coſté
maternel des anciens Ducs de
Bragance , aprés avoir fait
beaucoup de difficulté d'accepter
cet employ ; eft enfin
parti de Liſbonne pour exeGALANT
125
cuter la commiſſion que le feu
Roy luy avoit donnée . Il eft
arrivé à Vienne , où il a efté
receu avec de grandes marques
de diftinction. L'Empereur
luy a donné plufieurs audiences
fecretes , & on ne
doute pas que ce Miniftre ne
réuffiffe dans le principal point
C de fa commiffion . On affure
qu'il fallut l'intimider pour luy
faire accepter l'employ dont
il avoit cfté chargé par le feu
Roy. Ce Comte avoit eu de
grands fujets de mécontentement
au commencement du
nouveau regne ; c'est ce qui
C
Lij
126 MERCURE
luy avoit fait prendre la réfo
lution de fe retirer dans fes
Terres & de ne plus paroistre
à la Cour. D'ailleurs les difpofitions
favorables qu'il a fait
voir pour le jeune Prince frere
du Roy , ont donné quelques
foupçons , & c'eft ce qui a dé ,
terminé le Confeil du nouveau
Roy de l'éloigner fous le pretexte
d'unc Ambaffade honorable.
On affure que ce Comte
dit tout haut peu de temps
aprés la mort du Roy , qu'on
avoit bien toft oublié les fer-
&
vices
fignalez que
fon pere
ſon ayeul avoient
rendus
à la
GALANT 127
5
e
Maiſon de Bragance ; & qu'ils
avoient le plus contribué à faire
remonter fur le Trône le feu
Roy , ayeul de celuy cy.
Il paroift depuis le départ
de cet Ambaffadeur , que l'on
n'a plus en Portugal le mefme
empreffement que l'on a fait
voir d'abord pour ce Mariage. J On en donne beaucoup de
raifons ; mais comme on fe
peut tromper , & que je ne dis
jamais rien dans mes Lettres
dont je ne fois affuré , ou du
1 moins dont je ne croye l'eftre,
S
!
pas
m
je crois ne devoir m'étendre
davantage fur cet article .
Liij
128 MERCURE
Mr le Comte de Viry a époufé
Mile de Rochefort ; ce Mariage
s'eft fait à Rochefort prés
d Belley. Mr le Comte de
Viry cft de l'ancienne Maiſon
de Viry en Genevois ; il eſt
iffu de Louis de Vify & d'An
toinette Maréchal. Loüis de
Viry eftoit forti du Mariage
d'Amé de Viry Seigneur de
Viry, la Perriere- Rolle , Confeigneur
d'Hauteville - Ducreft.
& de S. Ours ; on trouve unc
mention honnorable de ce
Seigneur dans l'Hiſtoire . Il rendit
des fervices confiderables
au Duc de Bourgogne en la
GALANT 129
guerre que ce Prince eut con-
12- tre les Liegeois & dans celle
qu'il fit au Duc de Bourbon.
d: Monftreler , Alain , Chorier ,-
on Gollut & Paradin parlent beaucoup
de ce Seigneur dans leur
Hiftoire. Amé de Viry Che
valier Seigneur de Viry en
Genevois un de ſes ayeux , vivant
en 1430. époufa Lucie
1 de la Baume ( de la mefme
ft Maifon que Mr le Maréchal
de Montrevel ) Dame de Curcetafrey,
fille de Galois de la .
Baume Seigneur de la Baume
& de Montrevel & d'Alain de
Chatillon , Amé de Viry eut
ge
de
n
es
130 MERCURE
de ce mariage Galois dé Viry
Chevalier Seigneur dudit lieu ,
qui fut pere
d'Amé Seigneur
de Viry & de Monts , vivant en
1412. celui- cy laiſſa de Marguerite
d'Hauteville fa femme
Amé de Viry & Philibert de
Viry, Chevalier Seigneur d'Alemogne
, de Rofey & de S.
André de Briord , qui ne laiffa
d'Ifabelle de Montchenu fa
femme , que Guillemette de
Viry épouse d'Aynard de Rivoire
Seigneur de Preffins en
Dauphine. Amé de Viry frere.
aifné de celuy dont je viens de
parler , laiffa de Jeanne de
GALANT
131
m
Ty Compeys,Amé deViry; Claude
, de Viry Chevalier Seigneur
eu d'Efpereaux & de Montvieil ;
a Louis de Viry Chevalier Seiar
gneur de S. André de Briord
d'Allemogne & de Roſey, qui
d'Antoinette Maréchal dont je
A viens de parler , laiffa Claude
S de Viry Chanoine & Comte
if de Lyon en 15 10. Ifabelle de
Viry femme de Jacques de
de Chevelu en Savoye ; Françoife
de Viry Religieufe Abblic à
Lyon, qui fut un des plus beaux
reefprits de fon temps ; Guiette
dede Viry époufe de Pierre de
de Cordon Chevalier Seigneur
132 MERCURE
ぷ
d'Evieu en Bugey , & Gabrielle
de Viry alliée à Angelin Seigneur
dePontrene , Chevalier &
Prefident de Genevois . Jean de
Viry Seigneur de la Baltie de
Melliers ; Pierre de Viry ; Georgette
de Viry femme de Jean
de Genève Chevalier Seigneur
de Lullins, & Perrette de Viry,
qui eut pourmaryAlexandre de
Montrevel, Chevalier Seigneur
de Châteaufort. Amé Seigneur
de Viry Chevalier , deuxième
du nom , époufa le 10. May
1406. Catherine de Montche
nu , & il en eut Amé, Baron
de Viry Seigneur de Mone
GALANT
133
2
Vieil , Rolle , Coppet , Allemogne
& Rofey, qui laiffa
'Helene de Monthon fa
on
C
Eur
ut
ר ו
emme, Michel Baron de Viry;
Aymonde Viry Seigneur d'Allemogne
& de Mategnin ; Jean
de Viry Seigneur de Rofey ;
Jeanne deViry& Renée deViry,
les deux plus belles perfonnes
de leur temps ; Peronne de Viry
époufe de Jacques Seigneur
de Genoft & d'Elpey , & Helene
de Viry , alliée au Seigneur
de Valeyfe. Voilà une
partie des ancêtres de Mr le
Comte de Viry ; fon épouſe eſt
fille de Mre N ... de Morefte
134 MERCURE
Baron de S. Agnieu & de
Rochefort , & petite fille de
Jean Jacques de Moreſte auffi
Baron de S Agnieu , & de
Melchiorre de Menthon d'une
des plus illuftres maiſons de
Savoye , & qui a donné un
S. à l'Eglife en la perfonne de
Frere Bernard de Menthon .
Jean Jacques de Morefte eftoit
fils de Charles de Morefte Baron
de S. Agnieu Seigneur de
Ribaud , & de Catherine Aro
de Montnelas . La Maifon de
Moreste qui eft une des plus
confiderables de Savoye , &
qui y eft divifée en plufieurs
GALANT 135
branches , porte par conceffion
4 des Ducs de Savoye d'azur à
deux faces d'argent à la bande
de gueules bronchant fur le
u tout.
་
Je crois vous faire plaifir de
yous envoyer des vers de Mlle
des Houlieres. Ils font de faion
fon ; & quand ils n'en feroient
to pas , les Ouvrages de cette
B fpirituelle perfonne , peuvent
charmer en tout temps. Vous
Afçavez qu'elle eft une digne heritiere
du beau talent que fa
mere avoit pour la Poëfie ; &
que lorfqu'elle avoit entrepris
de peindre quelque chofe , il
136 MERCURE
eftoit impoffible d'en donner
une plus jufte idée , & de faire
des vers plus châtiez .
HYMNE
s
A
LAMOUR ,
Sur la demande d'un Printems
Lorfque le Printemps nous
Separe ,
Comment puis je chanter fon retour
,fes attrais ,
Dieux ? contre nous toutfe declare
,
Amour fais defcendre la Paix,
Que nos charmants Guerriers ne
nous qnittent jamais .
GALANT 137
It
e.
#
Force cette belle exilée ;
A reparer les maux que la difcorde
a
faits ,
Nos coeurs en vain l'ont rappellée
,
Amour fais defcendre la Paix ,
Que nos charmans Guerriers ne
nous quittentjamais.
Quelle revienne fur la terre ,
Repandre a pleines mainfesgraces,
fes biens -faits ;
Defarmes le Dieu de la Guerre,
Amourfais defcendre la Paix ,
Que nos charmants Guerriers ne
nous quittentjamais.
Avril 1707
. M
138 MERCURE
Si Marsrefufe de fe rendre,
Frappe ce fier Vainqueur de mille
nouveaux traits .
A-t-iljamais pu s'en deffendre?
Amourfais defcendre la Paix ,
Que nos charmants Guerriers ne
nous quittentjamais.
Tu dois pour l'honneur de tes
armes
Mefler à leurs Lauriers des Mir
thes toujours frais ,
Amourfais ceffer nos allarmes,
Amourfais defcendre la Paix ,
Que nos charmants Guerriers ne
nous quittentjamais.
GALANT 139
tes
Rien ne peut mieux fuivte
les Vers que vous venez de lire ,
que le Printemps que je vous
envoye .
AIR NOUVEAU.
C'est lafaifon des amours
Que lafaifon des beaux jours.
Florepourfon cher Zephire ,
Forme les plus tendres voeux ,
Et les Oyfeaux amoureux ,
Chantent leur tendre martyre ;
C'est la faifon des amours ,
Que la faifon des beauxjours.
Aimable & jeune Climene ,
Laiffez - vous enfin charmer ,
Mij
140 MERCURE
Tout céde au penchant d'aimer „
Ceffez donc d'eftre inhumaine ;
C'est la faifon des amours ,
Que la faifon des beauxjours..
Je crois vous devoir parler
de Vers Eſpagnols aprés vous
en avoir envoyé de François.
L'article qui fuit vous apprendera
ce que j'aurois pû vous.
en dire moy même , fi la Langue
Efpagnole m'étoit auſſi
familiere qu'à la Perſonne qui
à bien voulu fe donner la peine
de le faire
& qui entend &
parle parfaitemene cette Langue.
Je vous l'envoye de la
GALANT 141
D
maniere que je l'ay reçû .
On parle icy avec beaucoup
d'approbation d'un Panegyrique
du Roy en Vers Espagnols , que
ceux qui entendeut cette langue
trouvent d'une grande beauté.
Don Lorenzo de las Llamoffas ,
natif de Lima , Capitale du Pe
rou , en eft l'Auteur . Il le dedie à
Sa Majesté , par l'entremise de S.
17 E. Mr le Duc d'Albe , à qui
il
1 demande par une belle piece de
Poëfe , qu'il plaife à Son Excellence
de faire paẞer cet ouvrage
jufqu'aux pieds du Roy . Ilyfait
l'éloge du nom , de la perfonne , &
de l'Illuftre Maifon d'Albe ,
ل ذ
4
qui
142 MERCURE
en Espagnol veut dire l'Aurore.
Il dit d'abord fur ce nom que
l'Aurore fçait reveſtir de lumiere
les brillantes heures du
jour. L'Auteurfefelicite d'avoir
pú trouver unſigrand Mediateur
pour un fipetit culte. Il remarque
que c'eſt le premier Ambaſſadeur
que le grand Philippe a envoyé
à Louis le Grand ; & que
le choixde ce Monarque n'étoit
tombé fur ce digne Miniftre
que dans la certitude , que Son
Excellence le repreſenteroit
parfaitement , puifqu'on luy en
voit toûjours l'image profon
dement gravée dans le coeur .
GALANT 143
#
A l'égard des Anceftres de Son
Excellence , cet Auteur dit
Efpagne reconnoift qu'elle
doit des Provinces & des
que
Royaumes à l'épée de ceux de
ce grand nom , & que la Monarchie
n'ayant pas dequoy le
reconnoiftre , elle avoit cru
que d'envoyer Son Excellence
pour remplir les plus grands
emplois , c'eftoit ajoûter de
plus grandes difficultez à la reconnoiffance
; & que c'eſtoit
s'en acquitter que de l'envoyer
à la Cour de Louis , où le
feul honneur de fervir eft un
digne prix des plus grands fer-
1
144 MERCURE
vices. Il affure enfin que
s'il ne
fait icy qu'ébaucher l'éloge de
cet illuftre Duc , il pourra luy
donner un jour toute fon étendue
& qu'il celcbrera avec éclat
un nom qui precede par tout
le char lumineux du Soleil , &
qui fe fait également aimer &
refpecter dans tout le monde.
Cette piece de Poesie eft fuivie
d'un beau Sonnet à la loüange de
l'Auteur à la gloire de Louis
le Grand. Le genie de Don Lorenzo
de las Llamoffas y est dépeintfous
la figure d Apollon dont
con le croit le portrait veritable ,
· la pensée qui ferme ce Sonnet
eft
GALANY
ཀསྶ 145
eft que fi la gloire du Roy approche
de l'infini , perfonne
ne peut mieux la chanter qu'un
Efpagnol . Ce Sonnet eft de Don
Manuel de Lofo , amy de l'Auteur
Gentilhomme de Son Ex-
• cellence . C'est un jeune Caftillan
qui joint un vray merite auxplus
belles qualitez. Il a fort bien
pris noftre langue , & il parle
Italien avec prefque
ap-
François
autant de facilité qu'Espagnol .
On lit enfuite l'Epitre dedicatoire
en Profe , où l'Auteur donne
l'idée de fon deffein & de fon ou
vrage. Il dit d'abord au Roy , que
tout le monde l'admire , que
Avril 1707
. N
146 MERCURE
tout le monde le loue ; mais
que perfonne ne peut le définir
ni le dépeindre. Que bien loin
que Sa Majesté foit redevable
aux éloges qu'on luy donne ,
elle y perd toûjours , eftant impoffible
au plus delicat Pancgyrifte
de n'en pas fupprimer
plus de traits de gloire qu'il
n'en publie. L'Auteur continuě
en difant que c'eft dans cette
connoiffance que fa plume
trop timide s'eft retenuë deux
fois , dans les deux voyages
qu'il a faits icy , fans autre
intereft que celuy d'y venir
admirer fa perfonne & fa gloiGALANT
147
re , qui ne laiffent ni l'une ni
l'autre aucune liberté d'expri-
1 mer le raviſſement où elles jettent
, & qui eft ce que les
Voyageurs peuvent trouver
de plus merveilleux & de plus
digne de leurs courſes differentes
; mais qu'à preſent ſans
s'arrefter au péril inevitable de
voir fa plume tomber & ſe precipiter
de la fupreme élevation
des pieds de S. M. dans l'abyme
profond d'une tres- humble
confufion
, il en a fait avec plaifir
le facrifice à un fujet d'éloge
auffi grand & auffi digne.
Je n'ay pas , dit il , Sire l'ame
e
S
Nij
148 MERCURE
allez vulgaire pour ' preferer
mon avantage à ma gloire ,
ni pour craindre de payer trop
cher l'honneur de vous offrir
ce tribut , quoy qu'il me le
faille acheter au prix d'une
ruine .
C'eft de deffein premedité,Si-
´re que je n'ai pas choifi quelque
action particuliere pour fujet
de ce petit Panegyrique ; étant
toutes remplies , à ma foible
maniere d'en juger , d'une perfection
qui les égale , je n'ay
pas pû me flatter d'en rencontrer
une , qui pour eftre d'un
moindre éclat, m'en facilitaſt
GALANT 149
I d'avantage l'expreffion . Elles
font toutes fi fort au deffus de
mon genie que ne pouvant pas
les concevoir en leur entier
mon choix a demeuré fufpendu
& j'ay pris le party de les
admirer dans Voftre Majefté
comme dans leur fource .
Il fupplie enfuite Sa Majesté
de luy pardonner la pauvreté du
facrifice , puifque ce qui le rend
le plus agreable fur les Autels ,
n'eft pas tant la valeur de l'offranque
l'affection & les oeux de
celuy qui la fait , le merite de
celuy qui la prefenté. Il tire de
ces deux raifons une confiance que
de
N iij
150 MERCURE
fon tribut ne fera pas meprifé; &
il finit en fouhaitant que Dieu
conferve la perfonne facrée de
Sa Majefté autant que le monde
entier en a befoin.
Le Panegirique eft en Strophes
de même mefure & de huit vers
chacune. Les Espagnols apellent
Octaves , ce genre de Poëfie , qui
eft fort en ufage parmi eux. Les
vers & les penfees de cet ouvragefont
d'unefi grande élevation
, qu'il feroit malaifé d'en
conferver toute leur force & tout
le fens en les traduifant en toute
autre langue.
Au reste Don Lorenz a de Las
GALANT
151
- Llamoffas n'eft pas moins connu
ni moins eftimé en Espagne parfa
¿ fcience que par fon rare talent de
1 faire de beaux vers . C'eft un ef
prit du premier ordre & il a donné
dans ce Panegyrique tout fon
effort à fon genie.
"
M' le Cardinal de Noailles
a fait une Ordonnance pour
recommander le foin de preparer
de bonne heure les malades
à la mort. Le zele & la
pieté de ce Prelat y éclatent
par tour , & il la commence
par ce que Saint Auguſtin die
penitence des malades &
que
la
des mourans eft fouvent malade
Niiij
152 MERCURE
&mourante comme eux Quelque
fûre que l'experience
journaliere rende cette penſée ,
ce Cardinal nelaiffe pas de conjurer
les parens de fe dépoüiller
de cette fauffe & foible tendreffe
qui les empêche de découvrir
aux malades le peril où
ils font , & qui ne fert qu'à leur
faire perdre un temps pretieux
qu'on ne retrouve plus , & dont
l'uſage decide toûjours de l'éternité.
La précaution que Son Eminence
prend aujourd'huy n'eft
pas une chofe nouvelle dans
l'Eglife ; le 4
с
Concile de LaGALANT
153
ב
1.
1
X
tran celebré en 1215. fous le
Pape Innocent III. fit un Canon
exprés ( c'eſt le 22. ) pour
deffendre l'entrée de l'Eglife
aux Medecins qui ne feroient
pas attentifs à l'obfervation
de cette Loy , & il donne pour
motif de ce Decret l'intereft
même temporel des malades ,
puifque le peché cftant là premiere
caufe de leurs maladies ,
en faifant ceffer la caufe , on
fait auffi fouvent ceffer l'effet.
M' le Cardinal de Noailles.
pour appuyer fon Ordonnance
par des exemples domefti
ques , rapporte le 29° Canon
с
154 MERCURE
d'un Concile celebré à Paris en
1429. où celuy du Concile de
Latran eft confirmé dans toute
fon étenduë ; il rapporte auffi
un des Statuts Synodaux qu'Etienne
Poncher , un des plus
grands Evêques qui ayent gouverné
l'Eglife de Paris , fit pour
l'obfervation de cette Loy fi falutaire
aux infirmes.
Le Pere Souhare , Recollet ,
fameux Predicateur , qui a prê
ché dans l'Eglife Cathedrale de
Bayonne l'Avent dernier , &
dont toutes les nombreufes
Affemblées qui fe font trouvées
à fes Sermous ont efté fi
GALANT 155
1 fatisfaites , que M' l'Evêque
de Bayonne le choifit pour prêcher
le Carême fuivant dans le
même lieu , où il a continué
I d'attirer la mefme foule , &
1 de fe couvrir de la mefme
gloire par des applaudiffemens
continuels , & fur tout
par un éloge de M' de Beauvau ,
Evêque de Bayonne . La Reine
Douairiere d'Efpagne ayant
oui parler des Predications pleines
d'onction de ce fçavant
Predicateur , refolut de l'aller
entendre le fecond Dimanche
du Carême qu'il vient de finir
avec les mêmes applaudiffe156
MERCURE
mens. L'Affemblée fe trouva
ce jour - là auffi illuftre que
nombreuſe , & l'Eglife toute
remplie quatre heures avant
que le Sermon commençaſt.
Voicy le Difcours qu'il adreffa
à cette grande Reine.
1.
MADAME ,
Quel Spectacle nouveau fe pre-
Lente icy tout- à- coup à mes yeux ;
Seroit- ce l'effet du pur hazard , où
ne feroit- ce pas plutoft unefage &
mifterieufe difpofition de la Provi
le même jour que Jefusdence
que
Chrift a choifi pour manifefterfa
GALANT 157.
• gloire aux hommes fur la fainte
Montagne du Tabor , V. M. ait
auffi voulu manifefter la fienne au
1 milieu de ce Temple Augufte. Les
Apôtres peu accoûtumez à cesfortes
de raviffans Spectacles, ne purent
pas foutenir longtemps le trop
vif éclat qui fortoit du vifage de
leur Adorable Maiftre ; nous Madame
, auffipeu accoûtumez que
les Apôtres à ces grandsjours, nous
avons prefqu'autant de peine à
foutenir l'éblouiffante fplendeur qui
environne V. M. lorfqu'avec mille
timides & refpectueufesprécautions
, nous ofons feulement porter
les yeux fur elle. Ne craignez
ز
158 MERCURE
charmer les
pourtant pas , Madame , que je
m'arreſte trop longtemps à toute cette
pompe exterieure , fi propre à
fafciner les yeux ,
fens fuivant le beau confeil que
Jefus- Chrift donne aujourd'huy à
fes Apôtres.Je me contenteray d'en
eftre l'heureux Spectateur,fans en
eſtre un importun Panegirifte.
Aprés tout , Madame , vous le
fçavez en présence de ces faints
Autels , & de ces Adorables Tabernacles
; il nous eft deffendu par
noftre miniftere de bruſler unfeul
grain d'encens qu'à la gloire de
Dieu feul. Dans la Sainte Sion ,
on ne doit chanter de Cantiques
GALANT 159
qu'au Dieu de Jacob ; on lonera
affez ailleurs toutes les royales
qualitez quife trouvent heureufement
réunies en vostre facréeperfonne
, & qui nefe trouvent qu'en
elle-feule. Mais ; Madame , dans
la maifon du Dieu des vertus ; il
1 n'est que vostre pieté toute feule
qui merite nos applaudiffemens &
nos éloges. On lovera affez voſtre
Maifon Souveraine , pour avoir
donné des Imperatrices & des Reines
à la plusgrandepartie de l'Europe
; mais icy il faut la louerpour
luy avoir donné des Reines & des
Imperatrices Chrétiennes. On
louera affez voftre Sang pour cftrẻ
160 MERCURE
monté fur le Trône des Céfars
Chrétiens , & poury avoir fait
regner la Foy & la Religion defefus
- Chrift.On loüera aſſez les briblantes
Couronnes qui ont orné vôtrefront
Augufte, & qui vous ont
foumis tant de Peuples divers &
tant de Nations differentes ; mais
icy il faut les louer , parce que par
un humble & religieux refpect
vous avez fçû les jetter aux pieds
de l'Agneau. Voilà, Madame , le
beau luftre que la pieté donne juf
qu'aux Maifons Souveraines , juf
qu'aux Teftes Couronnées . Elle
feule afait l'éloge de la Femme
Forte chez le Sage , & toute
la
GALANT 161
renduë
gloire d'une grande Princeffe chez
Le Roy Prophete ; & j'ofe dire, Ma
dame, qu'elle feule vous a
plus recommandablefur le Trône;
qu'ellefeule vous rend plus refpectable
hors du Trône , qu'elle feule
enfin vous rendra toûjoursplus digne
du Trône que toutes vos autres
royales qualitez. Seigneur Dicu
Tout- Puillant , qui tenez les
coeurs desRois entre vos mains ,
confervez toûjours celuy de
cette grande & pieuſe Reine ;
exaucez les voeux ardens qu'el
le vient vous faire aux pieds de
vos faintsAutels . Ceffez, Sei-:
gneur, ceffez d'eftre le Dieu des
O
Avril
1707 .
162 MERCURE
Armées , & commencez à être
le Dieu de la Paix. Nous vous
la demandons par l'Interceffion
de voftre Sainte Mere & c.
M' le Marquis de Tenebron
, Infpecteur d'Infanterie ,
qui avoit donné des preuves fignalées
de fa fidelité & de fon
courage eft mort de maladie à
Murcie , & il a efté fort regret
té à caufe de fon merite & de
fes qualitez perfonnelles . H
eftoit d'une famille qui a produit
plufieurs perfonnes de lettres
. Un de fes ayeux avoit fait
un traité fur les Nimetulahites
qui n'a jamais vû le jour,
GALANT 163
S
7
Les Nimetulahites font une
forte de Religieux Turcs , qui
font ainfi nommez à caufe de
leur Fondateur Nimetulabi . Ils
s'affemblent tous les Lundis ,la
nuit , pour chanter des Hymnes
à la louange de Dieu . Ceux
qui veulent eftre reçus dans cet
Ordre font obligez de faire
une quarantaine ; c'eft à dire ,
de demeurer pendant quarante
jours enfermez fans compagnie
dans une chambre , où on
ne leur donne qu'environ quatre
onces de nourriture par
jour . Au fortir de cette chambre
aprés les quarante jours de
O ij
164 MERCURE
jeûne , les autres Religieux
prennent le Novice par la main
& danfent à la Morefque , en
faiſant quantité de geftes extravagants.
Le traité de feu M' de.
Tenebron auroit efté agreablement
reçû des Sçavans , &
on efperoit même il n'y a pas
long-temps qu'il paroiftroit.
Cette famille eft originaire du
Bearn où elle a ſubſiſté pendant
plufieurs ficcles , & ou
elle a produit plufieurs perfonnes
qui fe font diftingueés en
portant les armes pour le fervice
de nos Rois & des Monar
ques qui ont gouverné les difGALANT
165
>
ferens Etats de l'Espagne.
Vous avez fans doute appris
la mort de M' du Chefne ,
Ecuyer Confeiller du Roy , &
premier Medecin de Meffeit
gneurs les Enfans de France ,
decedé à Versailles à l'âge de 92
ans. Il avoit fait fon Cours de
Medecine fous les plus habiles
Profeffeurs de la Faculté de Paris
. Il alla enfuite à Montpel
lier où il prit le Bonnet de
Docteur en 1637. aprés quoy
il Profeffa la Medecine à Sezanne
en Brie , lieu de fa naiffance
, & il y acquit tant de
reputation que le bruit de ſon
166 MERCURE
fçavoir eftant parvenu juſques
à M de Louvois , il l'engagea
de venir à Paris , où ayant travaillé
avantageufement pour
te Public pendant quelques an
nées , Sa Majefté , informée de
fon experience , luy donna la
Charge de Medecin de fes
Camps & Armées , & il fit
plufieurs Campagnes en cette
qualité . On doit remarquer
qu'eftant fort jeune , il s'eftoit
trouvé au fiege de Perpignan
fous Louis le Jufte. La reputa
tion qu'il continua de s'acquerir
dans les Armées du Roy fut
caufe que Sa Majefté le nomma
GALANT 167
3 Medecin des Invalides ; du
#Chafteau de Vincennes , de la
Baftille & de l'Amirauté , & enfin
elle luy confia le foin de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
de Monfeigneur le Duc
d'Anjou , & de Monfeigneur
le Duc de Berry , & aprés avoir
paffé plufieurs années dans cet
employ de confiance , Sa Majefté
luy donna des Lettres de
Nobleffe pour luy & pour ſes
defcendans , qui furent enregiftrées
au Parlement. Le Roy
nomma pour fuivre S. M.
C. en qualité de fon premier
Medecin, & il l'accompa
x
168 MERCURE
gna jufqu'à l'entrée des terres
d'Efpagne. Il a auffi eu l'honneur
de fuivre Monſeigneur
le
Duc de Bourgogne
dans toutes
fes Campagnes . Son zele
& fon application pour la fanté.
de ces auguftes Princes étoient
Loûtenues d'une probité ſincere
, d'une pieté folide , & d'u
ne grande charité envers les
Pauvres qu'il foulageoit également
fes aumônes
& par
fes remedes. Il eft mort comme
ila vécu. Ses derniers fentimens
& fes dernieres paroles ont efté
des preuves certaines de fa fidelité
conftante pour fon Prinpar
ce ,
GALANT 169
ce , & de fon attachement inviolable
pour fon Dieu , dont
il a proferé le nom jufqu'au
dernier foupir de fa vie.
Il laiffe une pofterité nombreuſe
, ayant eu feize enfans
de Damoiſelle Marie de Champy
, qu'il époufa en 1641. entr'autres
M' du Chefne , Gouverneur
du Chafteau de Bouillon
; M du Cheſne Abbé de
Mauleon , entre les bras duquel
il est mort . Cet Abbé eft Prê
tre & Docteur en Theologie
de la Maiſon & Societé de Navarre
. Il prêcha il y a deux ans
le Sermon de la Céne devant
Avril
1707.
Р
170 MERCURE
Sa Majefté, & il reçut de grands
applaudiffemens. Il avoit prê
ché il y a quelques années aux
Invalides le jour de Saint Louis,
avec une approbation generale
. Feu M' du Chefne laiffe
auffi une fille qui eſt Abbeſſe
de Saint Dizier en Champagne.
L'aîné de tous fes enfans , qui
eft mort Medecin des Invalides
, a eu plufieurs enfans dont
l'aîné mourut il y a environ
deux ans en Allemagne Capitaine
d'Infanterie. Le fecond
qui étudie en Droit , fait déja
parler de luy avec diftinction ,
ayant beaucoup de merite &
GALANT 171
de vertu. Feu M' du Chefne
- Commiffaire des guerres eftoit
auffi fils de M' du Chefne qui
vient de mourir. Il n'a laiffé
qu'une fille mariée à M' de
Laumont de Courgis , qui a
efté Gouverneur de Monfieur
le Duc de Lorraine à preſent
regnant.
M' le Comte de
Lezignem
Lezay & non Luzignan coml'ufage
l'a introduit , cy- devant
Envoyé Extraordinaire
de la
Cour de France à celle de Vienne
eft mort en cette Ville dans
la foixante & quatriéme année
de fon âge avec la reputa-
Pij
172 MERCURE
tion d'un des plus honneſtes
hommes de fon fiecle . Mr
Befli -a prouvé par des temoignages
inconteftables
dans
Hiftoire des Comtes de Poitiers
, auffi- bien que plufieurs
autres Auteurs digne de foy ,
que M' le Comte de Lezignem
Lezay deſcendoit en droite ligne
& mafculine de Hugues
Sire de Lezignem VII. du
nom & furnommé le Brun
par Simon Sire de Lezay qui
eut cette terre en partage &
qui en prit le nom felon l'ufage
de fon temps. Il vivoit au
commencement du 12 ° . fiecle.
>
GALANT 173
1
1
S
lac,
;
Sa pofterité a contracté des
alliances avec les illuftres maifons
de Vivonne , Archiac
Cologne, Baumont - Breffuire ,
Laval Loué, la Tremoille , Mortagne
Aunay , Gontaut Biron ,
Aubuffon la Feüillade , Nail-
Barbançois - Sarzay , & plufieurs
autres. Les freres de M
le Comté de Lezignem font ,
M' l'Evêque de Rhodés , feu
M' le Marquis de Lezay , M'le
Commandeur de Lezignem &
feue M la Marquife de la Roche-
Aymon , mere de Mr l'Evêque
du Puy. Mr le Comte de
Lezignem avoit épousé Fran-
Piij
174 MERCURE
çoiſe de Buel , fille de René ,
Comte de Sancerre & de Françoife
de Montaillais , dont il a
laiffé Mr le Marquis de Lezignem
, qui a épousé la Dame
heritiere d'Eftiffac la Rochefoucault
, & Mr l'Abbé de Lezignem,
grand Vicaire & grand
Archidiacre de Rhodés ,Deputé
aux Affemblées generales
du Clergé de 1695. & de
1707.
Je crois ne pouvoir mieux
commencer l'Article de la
mort de Mr le Maréchal de
Vauban que par les qualitez
que voicy. Sebaſtien le Preftre
GALANT 175
I
י
de Vauban , Chevalier Seigneur
de Bazoches Vauban
Pierre - Pertuis , Poüilly - Cervon
, la Chaume , Epiry , & autres
lieux , Chevalier des Ordres
du Roy , Maréchal de
France , Grand- Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis ,
Commiffaire general des Fortifications
de France , & Gouverneur
de la Citadelle de Lille.
Mr de Vauban eſt mort
âgé de foixante feize ans . Il
eftoit fils d'Urbain le Preftre ,
Seigneur de Vauban , & d'Aimée
de Carmignol . Il avoit
épouſé Jeanne d'Onoy , de la
Pin
176 MERCURE
famille des Barons d'Epiry en
Nivernois , morte en 1705. Il
en a eu deux filles ; l'aînée a
époufé Jean - Baptifte de Megrigny
, Comte de Villebertin ,
neveu de Mr de Megrigny ,
Gouverneur de la Citadelle de
Tournay , & fils de Mr de Megrigny
Villebertin , qui avoit
commandé les Gendarmes de
la Reine- Mere , & qui eftoit
frere aîné du Gouverneur de
la Citadelle de Tournay. La
mere de Mr de Villebertin
eftoit de la maifon de Guerchy
, & fille du Vicomte d'Aunay.
Mr de Villebertin eft Seii
k
GALANT 177
gneur en partie de la Terre
d'Aunay en Nivernois. La cadette
époufa en 1691. Louis .
Bernin Marquis d'Uffé en Touraine
, Controlleur general de
la Maifon
du Roy.
Antoine le Preftre , connu
fous le nom de M' du Puis-
Vauban , eft neveu du Maréchal
de ce nom , & Lieutenant
general des Armées du Roy,
Gouverneur de Bethune , &
Commandeur de l'Ordre de
Saint Louis. Le pere de M' du
Puis Vauban eftoit coufin gerinain
de M' le Maréchal de
Vauban , & neveu de la Mare
178 MERCURE
chale ; la mere de cette Maréchale
ayant eu d'un ſecond
mariage la mere de M' du Puis ,
au nom duquel on ajoûte celuy
de Vauban,
Louis le Preftre de Vauban
qui eft auffi neveu du Maréchal
, eut en 1684. l'Abbaye
de Brantôme au Diocefe de Perigueux
, & en 1690. celle de
Belleville.
M' le Maréchal de Vauban
commença à fervir en 1651.
Il porta d'abord le Moufquet
dans le Regiment de Condé ; &
fut Officier dans ce Regiment
qui étoit alors dans des intereſts
GALANT
179
I
་
C
contraires à ceux de S. M. Il
paffa enfuite dans le Regiment
de Cavalerie de M' du Montal
qui eftoit de la mefme Province.
Il fut Lieutenant dans ce
Regiment , dans lequel ayant
efté fait prifonnier , le Cardinal
Mazarin luy parla fortement
pour le faire rentrer dans
le fervice du Roy. Il fuivit fes
confeils , & il fut pourvû d'une
Compagnie dans le Regiment
d'Infanterie de la Ferté. Il reçû
deux coups au Siege de
Stenay , l'un dans le corps , &
l'autre au vifage dont la marquey
eft toujours demeurée. Il
180 MERCURE
fervit en 1657.
d'Ingenieur
au Siege de Montmedy , fous
le Maréchal de la Ferté qui
luy donna beaucoup de loüanges
, & qui dit que ce jeune hommeparviendroit
un jour aux premiers
honneurs de la guerre. İl
conduifit en 1667. tous les
fieges que le Roy fit cette Campagne
, & il eut enfuite la conduite
de tous les freges que Sa
Majefté fit en perfonne , ainfi
que beaucoup d'autres fous les
Generaux qui ont commandé
les Armées du Roy ; fçavoir
ceux d'Aire en 1676. de Saint
Guſlain en 1677. de LuxemGALANT
181
!
3
bourg en 1684. de Philifbourg
en 1688. de Charleroy en 169 3 .
d'Ath en 1697. & de Brifack
en 1703. Sa Majeſté luy avoit
commis le foin de toutes les
Fortifications du Royaume.
Le Roy luy a fait plufieurs
gratifications confiderables . Il
luy donna 4000. louis d'or
aprés le fiege de Maftrick en
1673. 75000. livres aprés le
ſiege de Valenciennes ; 75000 .
livres aprés le fiege de Gand ;
33000. livres aprés le fiege de
Luxembourg ; 33000. livres
en 1687. 100000. livres aprés
le fiege de Mons , & Sa Ma182
MERCURE
jeſté luy fit l'honneur de le faire
dîner avec elle ; & 120000.
aprés le fiege de Namur.
Il avoit efté fait Maréchal
de Camp dans le mois d'Aouft
1676. & il fut nommé Lieutenant
general au mois d'Aouſt
1688. Quoy que fa principale
Occupation fuft d'avoir la direction
des Sieges lorſqu'il fervoit
dans les Armées , il avoit
neanmoins la paye de Maréchal
de Camp ou de Lieutenant
general. Il commanda les
Troupe à Dunkerque en
1689. en qualité de Lieutenant
general , & à la fin de
GALANT 183
J
l'année il alla vifiter les Places
de la Meufe. En May 1693 .
il fut fait Grand - Croix de l'Ordre
de Saint Louis , & en 1694
& 1695 , il commanda dans les
quatre Evêchez de la baffe Bretagne.
Il fut fait Maréchal de
France en 1703. & Sa Majeſté
luy donna les Entrées , & il fut
fait Chevalier de l'Ordre du S.
Elprit en 1705. ce qui ne l'empêcha
, pas de demeurer toûjours
Grand - Croix de Saint
Louis .
Je dois ajoûter icy quele 5 .
Juin 1668. le Roy luy avoit
donné le Gouvernement de la
184 MERCURE
Citadelle de Lille , qu'il avoit
fait bâtir luy - même ; qu'en
Decembre 1680. Sa Majefté
luy avoit donné le Gouvernement
de Douay qu'il vendit en
en 1682. 150000. livres à M
de Pommereu Capitaine aux
Gardes ; qu'en 1684. le Roy
l'avoit gratifié une feconde fois
du Gouvernement de la Citadelle
de Lille , qu'avoit Mª du
Mets , qui fut fait Gouverneur
de Gravelines .
Mr le Maréchal de Vauban
joignoit à fes qualitez militaires
celle d'aimer les Lettres , &
de proteger ceux qui les cultiGALANT
185
voient. Il eftoit en cela d'autant
plus loüable qu'il le faifoit
fans oftentation , puifqu'il
ne vouloit pas
même que
que les
Sçavans à qui il accordoit fon
amitié en rendiffent public leur
témoignage. Il a donné une
preuve de cette rare modeftic
peu de temps avant fa mort , en
refufant la Dedicace de l'Hiftoire
du Prince Ragotszi , que
l'on vient de mettre au jour.
L'Auteur en parle dans la Preface
de ce Livre , fans nommer
ce Maréchal. Il travailloit nuit
& jour depuis fix mois , lors
que la mort l'a furpris , à un
Avril 1707
.
186 MERCURE
ouvrage qui fait voir de quelle
maniere on peut deffendre toutes
les Places fortes qui appar
tiennent à la France , & comment
on peut attaquer toutes
celles qui font au pouvoir
des ennemis. L'Academie des
Sciences dont il eftoit Academicien
honoraire
, luy ayant
fait faire un Service comme elle
fait ordinairement
aprés la
mort de tous ceux qui font de
ce Corps , toute la Compagnie
s'y trouva , ce que l'on n'avoit
point encore remarqué , & l'on
y compta plus de quatre - vingt
hommes de Lettres.
GALANT 187
"
2
1
1
Les armes de Vauban étoient
d'azur au chevron d'or accompagné
de trois feüilles de treffles
à la queue fichée , fommé
d'un croiffant d'argent.
Pendant que les grands hommes
meurent , ceux qui ne commencent
qu'à entrer dans la
carriere de l'honneur , fe marient.
Le 2. de ce mois , Monfieur
le Comte d'Evreux , cadet des
enfans de Monfieur le Duc de
Bouillon , & Colonel general
de la Cavalerie Françoife, époufa
Mlle Crozat , qui luy a apporté
en dotte deux millions
Qij
188 MERCURE
d'argent comptant , & le tout
s'eft paffé avec beaucoup de magnificence.
La modeftie des Peres Benedictins
eft caufe que je ne vous
ay pas envoyé plutoſt le Bref
du Pape , que vous allez lire.
Ce Bref a efté envoyé à ces Peres
à l'occafion de la belle édition
des oeuvres de Saint Gregoire
le Grand qu'ils dédierent
à Sa Sainteté l'année derniere.
C'eft le R. P. Dom Denis de
Sainte- Marthe qui n'eft pas
moins connu par fon merite
que par celuy de fon illuftre
famille , qui a eu la principale
GALANT 189
- part à cette édition , l'une des
plus parfaites que ces P.P. ayent
données jufqu'icy. Les prefens
de devotion dont il eft fait
mention dans ce Bref , font
deux douzaines de Medailles
d'or qui ont efté diſtribuées
aux fçavans de cette illuftre
Congregation
conformement
aux intentions de Sa Sainteté.
30 . LA
T
190 MERCURE
BREF
DE N. S. P. LE PAPE
CLEMENT XI.
Au Superieur General de la Congregationde
Saint Maur.
Anoftre cher Fils le Superieur
General de la Congregation
de Saint Maur , de l'Ordre
de Saint Benoift.
CLEMENT XI.
NOTRE CHER FILS , SALUT
Et benediction Apoftolique.
Nous nepouvons differer plus
long-temps à vous marquer comGALANT
191
que
bien nous eftimons & aprouvons le
foin que voftreCongrégationprend
de revoir les ouvrages des SS . PP .
de l'Eglife , & d'en donner au
public des éditions plus correctes
celles qui ont paru juſqu'à
prefent. Nous jugeons que ce travail
, auffi digne de voſtre état que
de la vertu dont vous faites profeffion
, tournera non feulement à
la gloire de tout voftre Corps
mais encore qu'il fera tres-utile
toute la Republique Chreftienne
& fur tout à la Religion Orthodoxe.
à
C'eft pourquoy Nous vous
exhortons dans le Seigneur , &
192 MERCURE
&
vous vos Religieux depourſuivre
cette noble entreprife avec
autant de diligence que vous l'avez
commencée avec courage ; per-
Juadez que tout ce qui dépendra
de Nouspour vousfaire honneur
&plaifir , vous fera accordé en
out
temps.
Cependant Nous avons donné
ordre qu'on vous envoyatquelques.
petits prefens de devotion , pour
eftre diftribuez comme vous le
jugerez à propos , fur tout à ces
hommes fçavans , qui ont la peine
& le foin de ces fortes d'éditions ;
ces prefens leurferont des preuves
indubitables de l'amour
paternel
GALANT 193
Nous
avons pour
paternel que
leurs perfonnes , & de l'eftime que
Nous faifons de leurs études &
de leurs ouvrages.co
Pour vous , noftre cher Fils ,
Nous vous donnons la Benedic
tion Apoftolique , comme le principal
gage de noftre bienveillance.
Lonné à Rome à Saint Pierre
fous Anneau du Pefcheur , le 19.
Avril de l'An 1706. & lefixié
me de noftre Pontificat.
>
Signé , ULYSSE Jos.
Archevêque de Theodofic.
Le Roy de Suede , quoy que
Avril
1707.
R
194 MERCURE
d'un âge fort peu avancé , à
déja merité de l'aveu de toutes
les Nations qui ont ouï parler
de ce Monarque , d'eftre mis au
nombre des grands hommes ;
à quoy l'on peut ajoûter qu'il
eft un des plus honneftes hommes
du monde. La juftice eft la
regle de toutes les actions , &
quand il a une fois formé un
projet qu'il croit juſte , rien
n'eft capable de luy faire changer
de fentiment , ni même de
l'ébranler un moment . Je n'entreprens
point de faire le Portrait
de ce Prince , puifque la
beauté de la matiere a excité
GALANT 195
plufieurs beaux efprits à travailler
fur un fi riche fujet.
Un fibeau choix les affuroit du
fuccés de leur ouvrage ; vous
en pouvez juger par ce qui
fait.
PORTRAIT
DE CHARLES XII.
ROY DE SUEDE.
P. Our peindre un Alexandre ,
faudroit un Apelle ,
il
Charles eft Alexandre du Nord,
Du Vainqueur de l'Afie , il a l'air
& le port
Et va du même pas à la Gloire im
mortelle s
Rij
196 MERCURE
Mais où trouver encore un Apelle
nouveau ,
Le Peintre manque au paralelle.
S
Pour moy bien au deffus de ce fameux
modele
Je compte enprenant le Pinceau ,
Moins fur mon art , que fur mon
zele ,
Et fur le fujet du Tableau :
.
Si dans les moindres traits je puiseftre
fidele ,
Le Portraitferatoûjours beau.
Et d'abord ( car je dois aux dons de
la nature
Le premier rang dans ma Peinture
)
Le viſage en ovale , avecgrace allongé,
Frape par de grands traits , qu'un
GALANT 197
air doux
accompagne
Un teint , que le hale a chargé ,
Eft garent des Exploits de plus d'une
Campagne.
S
Sous un front ouvert & ferein,
Desyeux vifs & brillans d'une noble
lumiere
Témoignent cette ardeur guerriere
Qui dés les premiers coups que fcût
Lancer fa main
Al Europe étonnée annonça fa carį
riere.
S
Pour temperer lefeu , qui brille dans
fes yeux ,
La Nature avec l'Art a formé fur
fa bouche ,
Un fouris fin & gracieux ,
Qui charme à fon abord le coeur le
plusfarouche ,
Riij
198 MERCURE
Ses cheveux negligez & longs ;
Et que nonchalamment , d'une main
cavaliere ,
Quelquefois il releve , & rejette en
arriere ,
Tiennent des deux couleurs , fans eftre
noirs
ny
blonds .
2
Dégagé d'un luxe incommode ,
Leneceffaire faitfa mode
Comme un fimple Soldat vetu groffiérement
Pour la forme & pour la matiere ,
Un habit luy fuffit une Campagne
entiere ,
Grand chapeau , gants de buffle , &
pour l'aſſortiment….
Ceinturon de même parure ,
D'où pendun large coutelas
Peu brillant au dehots , pen chargé
de dorure ,
GALANT 199
Mais terrible dans les combats
Enfiay cravatte à la Dragonne ,
C'est tout l'ajustement qu'il fouffre
Menfa perfonne.
S
Mais me fuis-je mépris ? eft - ce un
grand Potentat ?
2. Est- ce un Rey queje viens depeindre
?
C'est un Roy , mais un Roy Soldat
Qui dépouillé d'un vain éclat ,
N'en fait pas moins fe faire
craindre
Cet air de negligence , & defimplicitè,
N'altere point en luyla Majesté,
Sansrien devoir à la magnificence,
Theftfervy, craint , respecté ,
Et paroift Roy dés qu'ils'avance.
2
R. iiij
200 MERCURE
Une fagefrugalité
Dont il donne l'exemple avec autorité
* ystreli
Y
De fon Camp bannit la moleffe ,
Et le deffend luy- mème , aufeu de la
jeuneffe ,
D'un écüeil plus à redouter ,
Que tous les ennemis que fon bras
fçut dompter;
~~Tout le jour agiſſant fans ceffè
Il n'accorde , qu'à peine, à la neceffi
té,
5
Un court fammeilfur la nuit emprunté
,
Et qui fouvent interrompu , ne
Laiffe
Nulle prife à la volupté.
En lay la probitéfarpaffe le courage ;
Et les loix de l'honneur font fes premieres
loix ,
GALANTM 2012
Il ne manque jamais à la foy qu'il
sengage }
Ilparlepeu , mais avec poids ,
Amy de la vertu , zelé pour la juftices
ર
Ennemy declaré du menfonge & du
vice ,
Au feul & vray merite il fe laiffe
toucher ,
Sans attendre qu'il fe prefente ,
Zuy-même il leprévient d'une main
bien-faifanie ,
-Et s'empreffe pour le chercher
Dans ce Conquerant fi terrible .
La fiere Majefté n'eft point inaccef
fibles jalur lading and
Atoute heure , en tout temps ilfe laif
approcher, wow , babor ed
Aimé de fes Sujets en vraypere , il
les aime
202 MERCURE
Et l'on trouve toujours enluy
Autant de douceur pour autruy
Que d'auferitépour luy mente.
2
"
Hardy , mais fans temerité,
Ilfeait (quand il le faut )fufpendre
Une trop vive activité, Av .
Et medite longtemps ce qu'il veut entreprendre
,
Mais lafque la fageffe , & la gloire
ont dicté
Le party qu'un Heros doit prendre
Ilpart , il execute avec rapidité ,
Ce que , dans un fecret , que rien ne
Surprendre
Ila feul longtemps medité , vid
Et que l'effet feul peut apprendre:
S
Alors il ne connoift nypeine ny danger&
GALANT 203
Rien ne l'étonne & ne l'arrefte ,
Rien ne peut le faire changer ,
Et vit- il la mort toute prefte ,
Ilfaut , s'il l'a reglé , perir ou fe
vanger.
De là les fuccès de fes armes
Et tous ces exploits glorieux
Qui tiennent aujourd'huy l'Univers
en allarme ,
Et du cofte du Nordfont tourner tous
Les
yeux
Mais à quelque haut point de
gloire
Que l'ait élevé la Victoire ,
Toujours conftant àfuivre ſes projets
,
On doutepar toute la terre ,
S'il a paru plus grand , lorsqu'il
fait la guerre,
Que lorfqu'il a donné la paix.
204 MERCURE
Mr Moullart Sanfon , Geographe
ordinaire du Roy, vient
de donner une Carte au Public
intitulée :
L'Efpagne divifee en tous fes
Royaumes Principautez , fuiwant
qu'ils font compris fous les
Couronnes de Caftille & d'Aragon
, poffedées par Philippe de
France , Roy Catholique V. du
nom , fous la Conronne de Portugal
poffedée par Jean de Bragance
Roy de Portugal V. du nom,
preſentée à fon Ateffe Royale ,
Monfeigneur le Duc d'Orleans.
Il me feroit impoffible d'entrer
dans le détail de cette CarGALANT
205
te , tant elle eſt compofée de
parties differentes, le Roy d'Ef
pagne eftant maître d'un grand
nombre de Royaumes & de divers
autres Etats. L'ordre qui ſe
trouve dans cette Carte , & les
Annotations qui font à la marge
, vous feront comprendre
tout ce que je ne pourrois
vous expliquer que très - difficilement
, & que les yeux font
mieux comprendre à l'efprit ,
que toutes les plus claires explications
. Je dois ajoûter icy ,
que le nom de Sanfon vous
doit donner une bonne opinion
de cette Carte , tous ceux
206 MERCURE
de ce nom ayant toûjours efté
fort reguliers dans leurs Ouvrages
, & n'ayant point épar
gné le travail pour fatisfaire le
Public. La Carte dont je vous
parle , fe vend chez Mr Moullart
Sanſon , dans le Cloiſtre
faint Nicolas du Louvre ; cette
Carte eftant de faifon , eft recherchée
avec beaucoup d'empreffement
.
On trouve au bas de cette
Carte , une petite Carte des environs
de Madrid , où l'on voit
les marches & les campemens
de fa Majesté Catholique , en
1706 .
GALANT
207
Le 12. de ce mois , le Pere
Placide , Affiftant General des
Auguftins Déchauſſez , Geographe
Ordinaire du Roy
préfenta à fa Majeſté , une
Carte de la Catalogne en deux
grandes feuilles . Voicy ce qu'il
dit à fa Majesté :
SIRE , ayant eu plufieurs
memoires trés-particuliers de la
Catalogne , j'ay crú qu'il eftoir de
mon devoir , avant que d'en don→
ner la Carte au Public , de la pré-
Senter à Voftre Majeſté , pour lui
donner de nouveau cette marque
de mes trés-profonds refpects , &
pour l'affeurer en même temps , de
208 MERCURE
la continuation de mes voeux &
de mes prieres , pour la confervation
de fa Perfonne Sacrée , &
pour la profperité de fes Armes.
Sa Majefté qui eftime les
Ouvrages du Pere Placide , reçût
cette Carte avec beaucoup
de bonté , marquant le plaifir
qu Elle avoit d'aprendre ce
qu'elle contient de particulier,
que le Pere Placide lui expliqua
avec beaucoup de netteré
, tant à l'égard de la divifion
de la Carte , qu'à l'égard
des côtes de la Mer & du dedans
des Terres , qui ont des
fingularitez qui font connoître
GALANT 209
avec quel foin & quelle exactitude
le Pere Placide a travaillé
à cette derniere Carte , qui ne
cede en rien à toutes celles qu'il
a données cy- devant au Public
.
Cette Carte fe vend ruë S.
Jacques prés la ruë de la Parcheminerie
, chez Mademoifelle
du Val , niéce de l'Au-
* teur , & chez qui l'on trouve
tous fes autres Ouvrages.
Rien n'eft égal à l'induſtrie
des hommes , & il eft impoffible
de bien concevoir jufqu'où
leur imagination peut aller .
La conftruction des Vaiffeaux
Avril 1707 . S
270 MERCURK
compofez d'un fi grand nom→
bre de chofes differentes , qu'il
faudroit un volume entier
pour en dire feulement les
noms , & qui n'ont commencé
que par deux ais cloüez enfemble
, pour porter une perfonne
feulement , en est une
preuve éclatante. Ainfi l'on ne
s'étonnera pas que Mr Marius
ait inventé des Clavecins, bri-
Lez & portatifs.
Ces nouveaux Clavecins fe
plient en trois , & fe tranfportent
avec la mefme facilité
qu'une Guittarre. Lorsqu'ils
font replicz , ils n'ont que 7 .
à
GALANT 211
8. pouces de largeur & 6. d'é
paiffeur , & ils ont à peu prés
la forme d'une boëte à Perruque.
Quant à la longueur , il
y en a de 4. ou 5. fottes . Ceux
de trois pieds qui font les plus
courts , font au vray ton de
l'Opera, comme les plus grands
Clavecins & ne pefent qu'environ
12. livres . Ceux-là font
faits avec des tables de vieux
luths qui ont plus de cent ans,
& font montez de cordes d'une
compofition nouvelle , ce qui
leur donne une harmonie douce
& moëlleuſe , & d'une force
qui furprend pour leur volu
S ij
212 MERCURE
me. A l'égard des autres lon
gueurs au-deffus , leur harmo
nie eft differente , & plus forte
à caufe de leur longueur. Ceux
qui font de 4. & des pieds &
au-deffus , ont un fons tout
femblable aux plus grands
Clavecins.ba mi , nakatwVE
Mr Marius , qui loge rue de
Richelieu , à la porte cochere,
vis-à- vis du Lion Ferré , donnera
toutes les inftructions ne
ceffaires pour la facilité du
tranfport de ces Clavecins
dans tous les lieux où l'on vou
dra des envoyer. Il apprendran
beaucoup de chofes curieufes
1
GALANT 213
qui regardent la bonté de ces
Clavecins , & qui feront connoî
tre qu'ils doivent duter longtemps
, & qu'ils font exemts
de beaucoup d'inconveniens ,
auſquels_pluſieurs
Clavecins
font fujets. Il fe fait écoûter
avec plaifir , fur toutes ces cho->
fes , de tous ceux qui vont chez
luy. On doit remarquer qu'il
a feul le privilege de faire ces
fortes d'Inftrumens
, & qu'il eft
le feul qui les vend .
"
La harangue qui fuit , ne
pût trouver place dans ma derniere
Lettre. Elle fut pronon
cée par Mr Bizoton , Maire de
214 MERCURE
la Ville d'Orleans à la porte
de l'Eglife de Sainte Euverte , le
jour que Mr l'Evêque d'Or
leans y fit fon entrée publique.
MONSEIGNEUR,
Nos voix font trop foibles
pour exprimer noftre joye , nous
laiffons agir nos coeurs & nous
levons les mains au Ciel pour le
remercier du don precieux qu'il
nous a fait aujourd buy : Sa Ma.
jefté qui ne fe trompe jamais , ne
pouvoit faire un choix qui nous
fut plus avantageux ; ce ne fera
point icy , Monfeigneur
, un de
GALANT 215
ces Triomphes de l'ancienne Rome,
qui parune vaine oftentation, faifoit
trainer aprés le Char d'un
Conquerant , des Rois captifs &
des peuples enchaînez : par une
route bien oppofee nous allons voir
un grand Prélat , touché de compaffion
, donner la grace à une in
finité de Criminels Pénitens . On
entend déja de toutes parts les acclamations
de vostre peuple , qui
demande avec empressement de
recevoir la Benediction de vostre
Grandeur. Il s'attend auffi
Monfeigneur, à l'honneur de vostre
protection : nous l'efperons tous,
nous fupplions tres -bumble
276 MERCURE
ment voftre Grandeur , de vou
loir bien nous l'accorder : nous
tâcherons de la meriter par nos
obéiffances & par nos plus profonds
refpects.
L'Article que je vous ay
envoyé à l'occafion de la mort
de feu M de Roquette , Evêque
d'Autun , n'eftant pas entierement
conforme à la verité
, j'ay cru vous devoir envoyer
ce qui fuit pour la gloire
de cette famille,
Mre Gabriel de Roquette ancien
Evêque d'Autun & Abbé
de Grandfelve , eftoit fils de
feu
GALANT 217
feu Mre François de Roquette
Ecuyer Seigneur d'Amade, Capitoul
de Touloufe en l'année
1619. Contrôleur General des
Finances deLanguedoc. Il avoit
efté Secrétaire de la Chambre
du Roy , & Sa Majefté l'ho
nora d'un Brevet de Confeiller
d'Eftat le dernier Mars 1646 .
en confideration des fervices
queluy & ſes peres avoient rendus
à Sa Majefté dans les temps
difficiles. Il époufa en 1619.
Marie de Senaux , foeur de M
de Senaux Prefident au Parlėment
de Touloufe , fort aimé
& fort confideré du Cardinal
T
Avril
1707.
218 MERCURE
de Richelieu & foeur de la Reverente
Mere Marguerite de
Senaux , Fondatrice fpirituelle
des Monaſteres des Filles de
S. Dominique ruë Vivienne &
& de la Croix Fauxbourg S.
Antoine rue Charonne , dont
elle fut Prieure perpetuelle par
un Bref de fa Sainteté en forme
d'Ordre.
100
La famille de Mrs de Roquerte
eft originaire de Touloufe
, où il y a eu plufieurs
Capitouls de ce nom. On voit
dans le Livre des Annales de
la mefme Ville , que dans les
années 1466 , 1487 , 1494 ,
GALANT 219
1505 , & 1619. Le Capitoulat
fut exercé par ceux de ce
nom.
Feu
Monfieur l'Evefque
d'Autun eut deux freres , dont
l'aîné eft mort Confeiller au
Parlement de Toulouſe , & le
fecond futMaistre des
Comptes
à Paris , aprés avoir eu la premiere
Commiffion
fous feu
Monfieur le Comte de Brienne,
Secretaire d'Eftat , qui fervit fi
bien dans cet employ durant
la Regence , qu'en confideration
de fes fervices , le Roy luy
fit expedier un Brevet de Confeiller
d'Eftat de premier May
Tij
220 MERCURE
1651. Le merite & la pieté
de la feuë Mere Marguerite,
tante de feu Mr d'Autun ,
la firent connoiftre de la feuë
Reine Mere , dont elle fut fort
confiderée . Sa Majesté la fit
venir de Touloufe pour faire
à Paris les deux fondations
dont je viens de vous parler.
Cette Merc Marguerite eut de
puiffans amis à la Cour ; elle
fit connoiftre Mr d'Autun
& le preſenta à la Reine Mere,
Il fut connu peu après de Madame
la Princeffe , Mere de
Son Alteffe Sereniffime feu
Monfieur le Prince . Cette
GALANT 221
Princeffe eut beaucoup de confideration
pour luy , ainfi que
feu Monfieur le Prince , &
Monfieur le Prince de Conty.
Feue Madame de Longueville
; feu Mr le Duc d'Epernon
; feu Mr le Duc de Candalle
; feu Me la Ducheffe de
Guife ; feu Mlle de Guife ;
feu Mr.le Comte , & feuë Me
la Conteffe de Brienne ; feu
Mr le Tellier , depuis Chancelier
de France & de plufieurs
perfonnes du premier
rang.
La Mere Marguerite, tante
de' feu Mr l'Evefque d'Au-
T iij
222 MERCURE
tun qui cftoit alors Abbé de
Roquette , le plaça auprés de
feu Monfieur le Prince de Conti
, qui ayant reconnu en luy
beaucoup d'efprit & de penetration
, le fit Grand Vicaire
de tous fes benefices . Ce Prince
luy donna le Prieuré de Charlieu
en Lionnois & celuy de
S. Denis en Vaux dépendans de
fes Abbayes de Cluny & de S.
Denis en France .
La Reine Mere auprés de
qui feu Mr d'Autun avoit un
grand accés , & le feu Cardinal
Mazarin le chargerent de
beaucoup d'affaires , dans lef
GALANT 223
A
V
1
quelles il réuffit fi bien , que
le Roy l'honora en 1651 .
d'un Brevet de Confeiller d'Etat
& d'un autre de Predicateur
Ordinaire de Sa Majesté.
Le Roy luy donna en 1661 .
l'Abbaye de Granfelve Ordre
de. Cifteaux Diocefe de Tou-
-loufe , vacante par le deccz de
feu Mr, le Cardinal Mazarin ,
qui en avoit eu la démiffion volontaire
de feu Monfieur le
Prince de Conty qui en avoit
efté Titulaire immediatement
aprés la mort du Cardinal de
Richelieu . En 1666. le Roy
luy donna l'Evefché d'Autun ,
T iiij
224 MERCURE
où il a fait bâtir avec les liberalitez
de Sa Majesté un Seminaire
d'une fi grande magnificence
, qu'il eft fans contredit
le plus beau de France.
On peut dire que jamais
perfonne n'a eu plus d'accés
& plus de part à la confiance
des Princes & des grands Seigneurs
du Royaume , que feu
Mr. l'Evefque d'Autun ; &
qu'il a rendu de grands & importans
fervices à fon Diocefe.
Quoyque les Séances du
Clergé extraordinairement affemblé
n'ayent duré que peu
de jours , elles n'ont pas laiffe
GALANY 225
d'eftre auffi utiles à l'Etat , que
fi elles avoient duré pendant
plufieurs mois. Voicy les noms
des Prélats & des Abbez qui
ont compofe cette Affemblée.
Province de Paris .
Monfieur le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris.
Mr l'Abbé Morel , Aumônier
du Roy.
Province d'Aix.
Mr. de Cofnac , Archevêque
d'Aix .
Mr l'Abbé de Fargues , fon
neveu. de Lor
Province d'Arles.
Mr de Mailly , Archevêque
d'Arles.
226 MERCURE
Mr l'Abbé de Ville.
Province d'Auch.
Mr de Poudenx , Evêque de
Tarbes.
Mr l'Abbé Crozat .
Province de Bordeaux.
Mr Bazin de Bezons , Archevêque
de Bordeaux .
Mr l'Abbé de Rochebonne,
Comte de Lyon.
Province de Vienne .
Mr la Garde de Chambonas
, Evêque de Viviers.
Mr. l'Abbé de Montmorin .
Province d'Ambrun.
Mr le Tellier , ancien Curé
de Saint Severin à Paris , Evêque
de Digne.
GALANT 227
Mr l'Abbé Viala .
Province deToulouse.
Mr de Mailly , Evêque de Lavaur.
Mr l'Abbé Olier de Verneüil
, Grand Archidiacre de Toulouſe.
Province d'Alby.
Mr Bricqueville de la Luzerne
, Evêque de Cahors.
Mr l'Abbé de Luzignan
Grand Vicaire & Grand- Archi
diacre de Rhodés .
Province de Narbonne.
Mr Chevalier du Sault , Evêque
d'Alais
.
Mr l'Abbé de Broglio .
228
MERCURE
bar Province de Reims .
Mr Clermont de Châte , Evêque
de Laon. canicrot
Mr l'Abbé de
Dromefnil ,
Aumônier du Roy.
Province de Rouen...
Mr de Daquin , Evêque de
Séez.
Mr l'Abbé de
Tourouvre ,
grand Archidiacre de Rouen.
Province de Lyon.
Mr de Clermont- Tonnerre ,
Evêque de Langres.
Mr
l'Abbé de S.
Georges ,
Comte de Lyon.
Province de Sens .
Mr de
Thubieres de Quelus,
Evêque d'Auxerre.
GALANTIM 229
Mr l'Abbé Turgot , Aumônier
du Roy .
Province de Tours.
Mr Pontet , Evêque d'Angers.
Mrl'Abbé de Treffan , Comte
de Lyon & premier Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans par
Survivancé.
Provinces de Bourges.
M' Charpin de Genetines ,
Evefques de Limoges. r
M de Ravanne
Grand
,
Aumônier de l'Artillerie & du
Salpêtre
de France.
PRESIDENT
Monfieur le Cardinal de
Noailles.
230 MERCURE
PROMOTEUR.
Mr l'Abbé de. Maulevrier ,
Comte de Lyon Aumônier du
Roy & Agent general du Clergé
de France ,
SECRETAIRE.
Mr l'Abbé de Poudenx
Agent general du Clergé de
France .
HUISSIER.
Mr
Muguet.
Le Vendredy 18. Mars , les
D putez s'affemblerent chez
Mrle Cardinal de Noailles , cù
l'on convint de s'y affembler
encore le lendemain. Ce jour
GALANT 231
1
là 19. on examina les pouvoirs
de tous les Députez du premier
& du fecond ordre. Le Lundy
21 , qui fut le jour de l'ouverture
de l'Affemblée aux Auguftins
, Mile Cardinal de Noailles
chanta la Meſſe du S. Efprit. Il
avoit pour Diacre & pour Soufdiacre
d'Office , M l'Abbé
Morel Deputé de la Province
de Paris & M l'Abbé de
Dromefnil Deputé de celle de
Rheims ; pour Diacre & Soufdiacre
d'honneur Ms les Abbez
de S. George & de Broglio ,
& M' l'Abbé de Treffant Deputé
de la Province de Tours ,
232 MERCURE
pour Preftre Affiftant. Aprés
Evangile M ' l'Evefque d'Angers
, Depuré de la Province
de Tours , fit un beau Sermon
fur l'affliction
, fur la patience
que l'on doit avoir dans les
difgraces , & fur la foumiffion
que les fidelles doivent avoir
aux ordres du Ciel , ces trois
chofes firent la divifion de fon
difcours. Il opofa aux malheurs
qui ont affligé la France depuis
trois ans une peinture vive &
éloquente des profperitez de
de ce mêmeRoyaume pendant
le cours de foixante années ,
& il conclut qu'en comparant
GALANT 233
unfi grand nombre d'années
heureufes & glorieufes avec les
trois dernieres où la France a
reçû divers échecs , il n'y avoit
pas lieu de murmurer contre la Providence
; que l'adverfité eft auffi
fouvent une marque d'une prédilection
particuliere de Dieu que
la plus éclatante profperité. Il fit
voir enfin que Dieu pourvoit
avoir eu deux vues dans les difgraces
qu'il a permis qui affligeaf-
Sent ce Royaume pendant ces der
nieres campagnes , d'humilier les
les Pefcheurs en puniffant le luxe
la corruption où ils vivent
pendant les calamitez de laguerre,
Avril 1707
V
234 MERCURE
de facrifier les juftes par l'épreuve
de l'adverfité , qui de l'aveu
de tous ceux qui ont fait le
plus de progrez dans les voyes
Spirituelles , eft le creufet où Dien
acheve de purifier les faints. Cet
Evefque en parlant de la pieté
du Roy & de la foumiffion
qui paroift dans toute la conduite
de ce Monarque aux ordres
de Dieu dit , que la naif
fance de Monfeigneur le Duc
de Bretagne devoit eftre regardée
comme une benediction fenfible
du Ciel & une folide
recompenfe des vertus de c
grand Roy. Il parla enfuite du
GALANT
235
fujet qui les affembloit , &
quoy qu'il eut fait voir que l'ufage
des revenus Ecclefiaftiques
eft facré , qu'aucune main pro
phane ni doit toucher & que
la moindre infraction fur ce
fujet avoit efté punie d'une maniere
éclatante dans le premier
Teftament,il établit cependant
des exceptions, & il fit connoître
qu'il y avoit des occafions où l'Eglife
devoit ouvrir fes Trefors temporels
aux Princes de la Terre ,
fur tout lors que la guerre qu'ils
foutiennent eftcomme celle- cy, une
guerre de juftice & de religion.
Ce Prelat dit beaucoup de bel-
Vij
236 MERCURE
1
les chofes fur ce fujet ; & il
parla d'une maniere qui fit
plaifir à toute l'Affemblée ;
finit en faifant voir que l'Empire
le Sacerdoce doivent concourrir
enfemble de leurs befoins
il
mutuels , & qu'il y a de triftes
conjonctures , où les effets les plus
précieux & le plus à l'ufage de
l'Eglife doivent eftrefacrifiez pour
les befoinspreffans de l'Etat & du
Prince qui le gouverne . Mr l'Evêque
d'Angers reçût de grands
applaudiffemens ; & il foûtint
parfaitement en cette occaſion
la reputation qu'il s'eft acquife
dans le miniftere de la paroGALANT
237
le , lors qu'il n'eftoit encore que
dans le fecond ordre de l'Eglife.
Tous les Prelats & les
autres Deputez , les premiers
en Etole & les feconds en
Bonnet carré furent àla
Communion qu'ils recurent de
la main de fon Eminence.
Le lendemain 22. le Clergé
s'affembla pour élire un Prefident
. M. le Cardinal de Noailles
fût élû d'une commune voix
& tous les membres de l'Af
femblée luy donnèrent leur
fuffrage, avec un épanchement
de coeur qui fait voir combien
fon Eminence eft eftimée &
238 MERCURE
confiderée dans le Clergé.
Le 2 3. lesDéputez allerent en
corps à Verfailles ; ils furent
conduits à l'Audience de Sa
Majefté par Mr le Marquis de
Dreux , Grand- Maiſtre des Ceremonies
, & par Mr. Def
granges Maistre des Ceremonies
. Mr le Cardinal de Noailles
porta la parole. Il dit d'abord
que le Clergé toûjours preſt
à obéir à Sa Majesté, & invio-
Lablement attaché a fon fervice
,
venoit parfes Députez avec autant
d'empreffement
que de zele
recevoirfes ordres. Heureux s'il
pouvoit donner à S. M. de nouGALANT
239
velles marques de fon dévouement
de fon affection fincere : heureux
s'il pouvoit parfon exemple
fortifier tous les Etats de fon
Royaume dans l'obéiffance & la
Joumiffion qu'ils luy doivent : heureux
enfin s'il pouvoit luy aider
par fon credit, ne lepouvant autrement
à foutenir la Religion &
la juftice qu'elleprotege ellefeule.
Mr l'Archevêque parla enfui- .
te du fujet de la guerre , & fit
voir quel'on vouloit violer les
droits les plus naturels , & arracher
à une Nation que l'honla
justice & la fidelité
acur ,
conduifent toûjours , un Roy
240 MERCURE
legitime que la nature & les
loix luy ont donné .
Son Eminence fit voir enles
ennemis de la Refuite
que
ligion
, enflez
de
leurs
fuccés
,
s'élevoient
contr'elle
avec
une
nouvelle
fureur
; & fit
connoître
que
fi
Dieu
la
laiffoit
dans
le
peril
, ce
n'eftoit
que
pour
l'en
tirer
avec
plus
de
gloire
.
Ce
qu'elle
dit
là-deffus
, fut
fort
applaudy
; ce Prelat
fit
voir
enfuite
d'une
maniere
, qui
charma
toute
l'affemblée
, que
c'étoit
par
S.
M.
que
le Ciel
devoit
operer
ce
miracle
, &
que
c'eftoit
pour
augmenter
la
grandeur
GALANT 241
grandeur de ce Monarque qu'il
paroiffoit l'abandonner quelques
fois , puifqu'il ne coutoit
rien à la nature d'eftre grand
dans la profperité , ce qu'il fit
connoiftre d'une maniere auffi
fainte que perfuafive.
Ilajoûta , rien nepeut , SIRE ,
effacer vos victoires paffées , la
pofterité aura de la peine à les
croire. Mais c'en eftune bienplus
glorieuse de foumettre un coeur.
accoûtumé à vaincre , de le foûtenir
dans les difgraces & les pertes
inevitables dans laguerre, avec
autant de force , que fi l'habitude
l'y avoit preparé, & de pouvoir
Avril 1707
. X
242 MERCURE
dire , comme David ce Roy felon
le coeur de Dieu , élevé à unfi
haut point de gloire , e éprouvé
par tant d'afflictions. Je ſuis preft
& point troublé. C'est un specta
cle bien plus digne de l'admiration
des louanges des Miniftres de
F. C. de voir V. M. foumife à
Dieu , maîtreffe d'elle-même , &
fuperieure à tout evenement , que
de la voir dompterfes ennemis, &
les mettre à fes pieds , comme elle
fait tant de fois..
Aprés avoir fait voir qu'il
n'y a de vray ni de folide grandeur
que celle qui conduit à la
gloire éternelle , & avoir fait
GALANT 243
"
connoiſtre que le Roy vient
d'acquerir cette grandeur par
fa foumiffion aux ordres de
Dieu . Il ajoûta , nous venons
edifie zde vosgrands exemples vous
offrir tous les fecours que le crédit
du Clergé peut nous fournir
Nousfçavons que V, M. ne veut
rien de l'Eglife , dont tout eft facré,
que dans un veritable befoin.
Nous connoiffonsfa droiture & fa
pieté, & nous nousy abandonnons
avec confiance, affeurezfur la bonté
, la Religion & la parole d'un
Roy, qui la garde mesme à fes
ennemis , qui ne foutient la guerre
que pour parvenir à la Paix , &
X ij
244 MERCURE
qui veut toujours l'acheter aux dépens
de fes propres interefts , eftant
plus fenfible aux maux defespeu
ples qu'à fa gloire . C'eſt travailler
à leur repos , & fervir l'Eglife
que d'aider V.M. àfinir une
guerre , où la Religion ne fouffre
pas moins que vôtre Royaume.
Plaife à Dieu , qui eft le Dieu
des Armées , comme le Dieu de
Paix, vous donner la victoire que
vous ne voulez que pour donner
la Paix . Mais fur tout qu'il conferve
, autant que nous le defirons
voftre vievoftre
fanté plus
ceffaire que jamais ; qu'il vous
faffe jouir encore un grand nom
neGALANT
245
bre d'années de la douce & folide
joye , que vous goutez au milieu
de voftre Augufte Famille , fi attachée
à vous , & fi digne de vôtre
tendreffe ; qu'il vous faffe voir
les enfans du Prince qui vient de
naiftre , qu'ils apprennent de
vous à faire regnerDieu dans vos
Etats , & à conferver jusques à
la confommation dufiecle à voſtre
Trofne , la glorieufe qualité de
Trés-Chretien , que vous y avez
foutenuefi dignement.
a
Le Clergé alla enfuite faluer
Monfeigneur
, & Mr le Cardinal
de Noailles qui porta auffi
la parole , s'attira encore de
X iij
246 MERCURE
grands applaudiffemens. Il parloit
à un Prince fi digne de
loüanges , qu'il feroit difficile
de ne s'en pas attirer lors que
l'on en fait l'Eloge.
Le Jeudy 24. Mrs Pelletier
de Souzy , Dagueffeau , de
Chamillart
, d'Armenonville
,
de Pontchartrain & des Marets
, Commiffaires du Roy ,
fe rendirent aux Grands - Auguftins
, où le Clergé eftoit affemblé.
Ils furent reçûs à la
porte de la ruë , par Mrs de
Maulevrier
& de Poudenx ,
Agens du Clergé , & Mr l'Archevêque
de Bordeaux ; Mrs
GALANT 247
les Evêques de Lavaur , de Tarbes
, de Langres , de Laon &
d'Auxerre , accomagnez de 6 .
Députez du Second Ordre , allerent
au devant d'eux , & les
rencontrerent à l'entrée du
Cloître. Ils marcherent dans
l'ordre fuivant , juſqu'à la Salle
de l'Affemblée . Mr le Pelletier
eftoit entre Mr l'Archevêque
de Bordeaux & Mr l'Abbé de
Rochebonne ; Mr Dagueffeau
entre Mr. l'Evêque de Lavaur
& Mr l'Abbé de Verneuil ; Mr
de Chamillart , entre Mr l'Evêque
de Tarbes , & Mr l'Abbé
de Broglio ; Mr d'Arme-
X iiij
248
MERCURE
nonville , entre Mr
l'Evêque de
Langres
& Mr l'Abbé
de S.
Gcorges
Mr le Comte de
Pontchartrain , entre Mr l'Evêque
de Laon & Mr l'Abbé
de
Dromefnil , & Mr
Defmarefts
, entre Mr
l'Evêque
d'Auxerte
& Mr.
l'Abbé
Turgot.
Tous les
Commiffaires
étoient
en
Robbe de fatin noir , hors
Mrs de
Chamillart & Mr de
Pontchartrain
, qui eftoient en
manteau
court . Lorsqu'ils
furent
arrivez
dans la Salle de
l'Affemblée , & qu'ils eurent pris
place vis - à - vis M le Cardinal
de
Noailles ; Mr le Pelletier luy
-"
GALANT 249
il
remit la Letre du Roy. Son
Eminence en rompit le cachet
& la donna à lire à Mr de Pou ,
denx , Secretaire de l'Affemblée.
Mr le Pelletier prit enfuite
la parole ; & aprés avoir
parlé des befoins de l'Etat ,
fit un détail des profperitez de
la France , pendant les 60. pre
mieres années du régne de fa
Majefté . Il loua la moderation
de ce Monarque , pendant le
cours de fes Victoires ; il donna
auffi de grandes louanges à fa
fermeté dans les difgraces qui
luy font arrivées pendant les
3. dernieres campagnes. Illoua
250 MERCURE
enfuite le zele que le Clergé fit
paroître dans toutes les occafions
heureufes ou malheureufes
de l'Etat , & il fit voir que
les profperitez qui ont toûjours
efté attachées au regne du Roy ,
venoient en partie de la parfaite.
union qu'il y avoit toûjours euë
entre le Sacerdoce & l'Empire ,
que rien ne pouvoit plus contribuer
au rétablissement des affaires
de S. M. que la confervation de
cette union ; & il finit , en expofant
à l'Affemblée les raifons
qui avoient obligé le Roy a
demander le credit du Clergé.
Mr. le Cardinal de Noailles lui
GALANT 251
répondit , que le Clergé , au
nom duquel il parloit , eftoit per
fuadé de la pieté du Roy , & que
ce n'eftoit quepour les befoins preffans
de l'Etat , que ce Prince fe
fervoir des revenus Ecclefiaftiques,
qu'il eftoir plus perfuadé que perfonne
, que l'ufage en eft facré ;
mais auffi qu'il n'eftoit pas moins
convaincu
que
dans une Guerre
auffi jufte que celle - cy , dans une
Guerrefur tout de Religion , l'Eglife
devoit fournir fa propreſub-
Stance pour le foutien de l'Etat ,
& il fit voir en finiffant , le zele
du Clergé , en offrant fon credit
au Roy ; Mrs les Commif252
MERCURE
faires s'eftant levez enfuite ,
ils furent reconduits par les
Evêques à l'endroit où ces Prelats
les avoient reçûs , & par
les 2. Agens juſqu'à la porte
de la ruë.
On fit le lendemain 17. un
Bureau,à la tête duquel étoit M
le Cardinal , & qui eftoit compofé
de Mr l'Archevêque de
Bordeaux , de Mr l'Evêque de
Viviers , & des autre Evêques
dont je viens de parler . Ce Bureau
qui eftoit chargé d'examiner
les propofitions faites
par Mrs les Commiffaires du
Roy , régla toutes choſes ſelon
GALANT 253
le defir de fa Majefté , & il examina
les conditions qui devoient
eftre inferées dans le
Contrat. Enfin tout eftant
reglé , Mrs les Deputez fe rendirent
à Verfailles le 12. pour
figner le Contrat paffé entre
le Roy & le Clergé , & pour
le prefenter à fa Majefté . Mr.
l'Evêque d'Auxerre porta la
parole ce jour - là , & parla d'abord
en ces termes
Le Clergé de France effimeroit
peu l'avantage d'eftre le premier
Corps de votreRoyaume , s'il n'étoit
le premier à fignalerfon zele
pour le fervice de Votre Majefté;
254 MERCURE
elle vient d'éprouver dans cette
Affemblée , qu'elle a reconnu dans
toutes les autres , un defir extrême
de luy plaire , une parfaite foumiſſion
àfes volontez , un respect
un attachement inviolablepour
Sa Perfonne facrée , & dans les
befoins preffans de l'Etat , une
reffſource qui ne luy manqueroit
jamais , finos biens repondoient à
nos fentimens. Rien ne nous coute
, ȘIRE , dans l'efperance que
nos Neveux étonnez des actions
heroiques du Regne le plus beau
le plus catholique qui fut jamais
, apprendront en même- temps
que nous étions dignes d'être vos
Sujets.
GALANT
255
Il parla enfuite de la promp
titude avec laquelle
l'inclination
du Clergé le faifoit fatisfaire
à fes devoirs , & du concert
heureux des volontez &
des coeurs de tous les Ordres
du Royaume
, réunis au ſeul
point de luy plaire ; & aprés.
- avoir fait une coute
peinture
de la maniere dont le Roy a
gouverné
pendant la paix &
pendant la guerre , il ajoûta :
Il ne vous manquoit , SIRE ,
qu'un genre de merite , celuy de
connoiftre
l'adverfité , & la fupporter
avec un courage Chreftien ;
il convenoit à un Petit -fils defaint
256 MERCURE
Louis d'avoir avec luy ce trait de
reffemblance , Dieu l'ajoûte à
vostregloire , & pour vous donner
lien de produire au dehors des vertus
qu'une longue profperité tenoit
cachées , il en interrompit le cours
pour un moment. Si le regne de
Voftre Majefté n'avoit efté partagés
qu'entre le calme de la Paix ,
la rapidité des conqueftes , l'envie
auroit pu luy difputer mille
vertusque quelques malheurs nous
ont fait découvrir.
Il dit enfuite aprés avoir fait
voir la maniere heroïque dont
le Roy avoit fupporté fes adverfitez
, que quiconque ne fe
GALANT 257
a
que rien ne
laiße point aveugler par la bonne
fortune , n'eft point ébranlé par la
mauvaise , & que tel eft le privilege
de la vertus que
peut émouvoir le jufte foûtenu par
la bonne cauſe , & par le témoignage
d'une confcience droite ; que
tout fremit autour de luy , fans
qu'il s'en étonne , parce qu'il eft
affermipar la main du Tout-puiffant.
Mr l'Evêque d'Auxerre fit
enfuite une tres - belle peinture
des raifons qui ont fait naître
la guerre que le Roy foûtient
aujourd'huy , & il fit voir combien
les motifs qui ont fait
Avril 1707
. Y
258 MERCURE
prendre les armes aux Alliez ,
font glorieux à Sa Majesté. Il
dit auffi en parlant du Roy
d'Efpagne , & de Sa Majefté :
Elle voit fon Petit -fils fur le fecond
Trône du monde faire regner
avec luy la pieté , la juſtice ,
la valeur. Celuy qui l'a fait
Roy , fçaura le maintenir contre
tous les efforts des Puissances conjurées
; il s'eftfervy de vostrefageffe
pour l'y placer , il fe fervira
de vostre puiffance pour l'y affer
mir.
Ce Prelat finit en difant le
Clergé voit avec plaifir que V.
M. eft toute attentive à travailGALANT
259
ler au repos & à la fanctification
de fes peuples ; qu'elle met ces
deux devoirs à la tefte de tous les
devoirs de la Royauté, & quefon
principal objet , eft de confommer le
grand ouvrage de la felicité publique.
Nous l'attendons , SIRE,
de cette application continuelle
infatigable qui vous fait chercher
tous les temperamens poffiblespour
adoucir la rigueur des temps ; de
cette difpofition fincere de facrifier
au repos public les interefts de vôtrepropre
grandeur: de cette bonté
paternelle qui vous fait defcendre
dans les befoins des particuliers ;
de cet efprit de paix avec lequel
Y ij
260 MERCURE
vousfaites la guerre ; de cette vi
gilance à contenir dans l'ordre vos
Sujets , & de cette fermeté à prevenir
les troubles qui naiffent de
l'herefie de la nouveauté. Voilà,
SIRE , ce qui redouble nos efperances.
Veuille le Ciel favorable
vous donner de longs jours pourla
gloire de l'Eglife , & pour le bien
de vos Peuples ! Puiffe V. M.
aprés avoir efté long- temps l'admiration
du genre humain ! Puiffet
- elle comblée d'années auffi bien
que de gloire , foutenir bien avant
dans ce fiecle , la créance des merveilles
, dont elle a étonné celuy
qui là vũ nai tre ! -
GALANT 261
i
Jamais Affemblée du Clergé
n'a concouru avec plus de
zele & plus de promptitude
,
à tout ce qui regarde la gloire
& le bien de la Religion & de
l'Etat , L'efprit a brillé dans
tout ce qui s'eft fait & dans
tout ce qui s'eft dit dans le
cours de cette Affemblée ou à
fon occafion . Le Sermon qui
s'eftfait à ſon ouverture, a charmé
toute une Auditoire qu'il
n'eftoit pas aifé de furprendre
& d'éblouir. Le Difcours de
Mr le Pelletier de Souzy a efté
trouvé tres- beau , & les Harangues
faites par Monficur le Car262
MERCURE
dinal de Noailles , & par Mr
l'Evêque d'Auxerre ont reçu
milleapplaudiffemens au milieu
d'une Cour éclairée, & qui n'eſt
pas prodigue de loüanges . Enfin
cette Affemblée a paru comme
un éclair qui a beaucoup
brillé , & qui loin d'eſtre ſuivi
de la tempefte , a produit des
effets tout contraires , & donné
de la joye à toute la France.
Je devois vous avoir parlé
plûtoſt de l'article que vous allez
lire ; mais je ne viens que
d'eſtre informé de ce qui le regarde.
Le 30. de Mars , les Depu
GALANT 263
夏
tez d'Artois , conduits par M
le Marquis de Dreux , Grand-
Maistre des Ceremonies , & par
M' Desgranges Maistre des
Ceremonies , eurent Audience
du Roy , & preſenterent à S.
M. les cahiers des Etats . M
l'Abbé d'Auchy Deputé des
Etats pour le Clergé , porta la
parole , accompagné de M'le
Comte de Sowaftre , Deputé
pour la Nobleffe , & de Mr
Candron , ancien Echevin d'Aras
pour le Tiers Eftat . Le
difcours de Mr l'Abbé d'Auchi
fut trés -éloquent & remply
de penſées vives & fleu264
MERCURE
immortelles
ries. Il dit à S. M. qu'il cherchoit
en fa perfonne royale quel
que chofe de plus grand que cette
grandeur que les hommes eftiment
Oque ces grandes
actions luy paroiftroient petites &
de peus de confideration pefées au
poids du Sanctuaire , fi elles n'avoient
eu lajustice pour leur principe
, & fi elles n'avoient eſté accompagnées
d'unepieté qui les rend
en effet divines & furnaturelles,
parce qu'elle les rapporte à Dieu.
Il dit enfuite que fi nous nous
fouvenons avec joye de ces fuccés
fi importans au corps de la Monar
chie ; nous ne devons pas confi
derer
GALANT 265
1
"
rer avec moins de plaifir un fi
grand nombre de vertus fi utiles à
noftre édification , dont Dieu a embelli
l'ame de S. M. Cette bonté
& cette douceur qui temperent en
elle le pouvoirfuprême ; & qui
luyfont porter de plus d'une ma-
A niere l'Image du Createurs du
Souverain Maistre des Creatures.
Cette humeur genereufe & bienfaifante
qui convient fi bien à ce
caractere de grandeur , imprimé
dans fa royale perfonne ; cette mo
deration dans les plus grandes faveurs
de la fortune , &pourparler
d'une maniere moins profane ,
dans les plus grandes benedictions
Avril 1707 Ꮓ
1
266 MERCURE
du Ciel , cette pieté éclatante que.
Dieu a gravée dans fon coeur que
S. M. infpire àfa royalefamille ,
avec un foin fi perfeverant. Ce
Zele ardent qui l'intereſſe d'une
maniere fi particuliere dans les calamitez
de l'Eglife ; cette charité
agiffante dont tous lesfujets reçoivent
tous les jours despreuvesfenfibles
cette moderation & cette
temperance qui offrent un beau
Portrait de laReligion Chrétienne,
en faisant voir à l'Univers un
Monarque qui regne encore plus,
abfolument fur fes defirs &fur.
fes paffions que furfes fujets , &
que l'on devoit enfin admirer cet- ,
GALANT 267
te modeftie qui le met même au- deffus
de toutes les chofes qui contribuent
le plus à l'élevation . Voilà
tous les excellens Matereaux
que Mr l'Abbé d'Auchy mic
en oeuvre dans ce beau difcours.
Il finit en fouhaittant au
Roy , que le Maistre du Ciel &
de la Terre , montre de plus en
• plus aux hommes les avantages
les plus folides de la Religion , par
l'abondance des graces qu'il répandra
fur S. M. & que S. M. à
fon tour continue de nous donner
des preuves de la force toute divine
de la Religion , par une fuite
conftante d'actions faintes qui glo
Zij
268 MERCURE
rifient Dieu , & qui mettent
fa mifericorde dans le plus beau
jour.
Ce difcours qui fut prononcé
avec beaucoup
de grace, receut
de grands applaudiffemens
,
& le Roy en parut d'autant
plus fatisfait qu'il eſtoit tout
Chrétien; en effet tous ceux qui
l'entendirent
avoüerent qu'il
y avoit longtemps
qu'ils n'en
avoient ouy de plus pieux & de
plus touchant . Je dois ajoûter
icy à la louange de Mr l'Abbé
d'Auchy , qu'il a la reputation
de parler avec beaucoup de forte
& de dignité. Il a paru en
GALANT 269
coup
plufieurs occafions d'éclat d'une
maniere qui luy a fait beaud'honneur
, & lors qu'il
s'en prefente dans la Province
d'Artois qui demande que
l'on choififfe quelqu'un pour
le miniftere de la parole ; c'eft
fouvent fur luy qu'on jette les
yeux , & on doit dire en fa faveur
qu'une naiffance illuftre eft
la moindre qualité dont la nature
l'ait favorifé . Il décend de
ces anciens Bers d'Auxi , dont
l'Hiftoire de Flandres nous a
confervé le fouvenir.
La varieté faifant un des
agrémens de mes Lettres , on
Y iij
270 MERCURE
ne doit pas s'étonner de la grán.
de difference qui fe trouve fou
vent entre les articles qui fe fuccedent
les uns aux autres , telle
qu'est celle qui fe rencontre entre
l'article que vous venez de
lire , & à la Chanfon qui fuit .
AIR NOUVEAU.
j.
Bergers , ajustez vos Mufettes ;
Voici le Printemps de retour,
Le doux Zephir , par fes plaintes
fecretes ,
Aux naiffantes Fleurettes,
Exprimefon amour;
khanalla
Et les Oyfeaux par mille Chan
fonnettes,
1
GALANT 271
Repetent tour à tour ,
Bergers , ajustez vos Mufettes
Voicy le Printemps de retour.
Les Chanfons & les Flutes
ayant beaucoup de rapport enfemble
, l'article qui fuit fe
trouve bien placé.
Mr Hotteterre le Romain ,
Ordinaire de la Mufique du
Roy vient de faire imprimer un
Livre intitulé, Principes de laFlite
Traverfiere , ou Flute d'Allemagne
; de la Flute à Bec , C
du
Hautbois. Ce livre doit eftre
2
*
utile à ceux qui fe plaifent à
jouer de ces Inftrumens ; ils y
Z iiij
272 MBRCURE
trouveront des demonftrations
& des explications fur toutesles
difficultez qui pourroient
les
embaraffer touchant ces inftrumens
, ce qui pourra tenir lieu
de Maitre à ceux qui ne font
pas en eftat d'en avoir . Ce livre
fe vend chez le fieur Chriftophe
Ballard , ruë faint Jean
de Beauvais au Mont Parnaffe ,
chez le fieur Foucault rue S.
Honoré à la Regle d'Or , &
chez l'Auteur , rue Chriftine.
Il paroift depuis peu un
Livre intitulé : Diverses avan-
7
d'Espagne , tures de France
Nouvelles galantes & hiftoriGALANT
273
ques . Cet Ouvrage eft des plus
divertiffans &des plus curieux.
On yvoit des paffions & des
événemens extraordinaires ; des
ruptures & des infidelitez furprenantes
, des raccommodemens
feints & diffimulez , d'autres
qui font de bonne foy &
1 dont la fuite eft heureuſe . Les
converfations & les Lettres
galantes qui fe trouvent dans
ce Livre , font fort eftimées ,
ainfi que les Deſcriptions de
plufieurs divertiffemens dont le
détail feroit trop long , pour
eftre inferé dans cet article . Cet
Ouvrage eft dedié à fon Alteffe
274 MERCURE
Sereniffime Monfieur le Duc
de Vendômne. LEpître a reçû
beaucoup d'aplaudiffemens ; il
eft vray que la matiere en eft
riche , mais tous ceux qui travaillent
fur de grands fujets ,
ne répondent pás toûjours à
leur beauté. Ce Livre fe vend
fur le Quay des Auguſtins , à
la defcente du Pont Neuf, chez
la veuve Chaftelain, & à Rouen
chez Jean - Baptifte Beſogne ,
ruë Ecuyere.
Le Roy a nommé M' Poiffon
Medecin Ordinaire de S. M.
par quartier , Premier Medecin
de Monfeigneur le Duc de
SGALANT 275
O Bourgogne , ce Prince ayant
témoigné à fa Majefté , qu'il
eftoit trés-fatisfait de fes affiduitez
pendant pluſieurs années
, tant à la Cour que pendant
fa Campagne de Flandre .
S. M. a donné une Charge
d'Exempt de fes Gardes , à
M le Comte de Lyonnieres ,
qui eftoit Capitaine de Carabiniers.
Cet Officier eft de
Breffe , & de l'Illuftre Maifon
de Seyturier , qui faifoit une
grande figure en ce Pays là dés
le 14′ fiècle , dans lequel vivoit
Eftienne de Seyturier , Seigneur
de Cornod , dont eft defcen276
MERCURE
re
due toute la Maiſon de Seyturier.
La branche de Cornod
eft finie dans celle de la Poype,
dont cft M l'Evêque de Poitiers.
M' le Comte de Lyonnieres
eft fils de M Pierre de
Seyturier , Seigneur de Lyonnieres
, qui vit encore , &quia
prés de 90 ans . M' de Lyonnieres
, frere de celuy dont je
parle , a pris alliance dans la
Maifon d'Egmont , fi connuë
en Flandre. La Maifon de Seyturier
porte d'azur à deux faux
d'argent manchées d'or, pofées
en fautoir , cimier un Pelican
d'or , & pour devife, Si mieux,
GALANT 277
non pis , par conceffion des
Ducs de Savoye. M ' le Comte
de Lyonnieres
, joint à une gran
de naiffance, une valeur reconnuë
& dont il a donné des marques
en plufieurs occafions. Il
eft parent de M l'Evêque de
Xaintes.
Le Roy a donné à M* le
Marquis de Vieillevigne , fils
aîné de M' le Marquis de Crux ,
l'agrément pour acheter le Re
giment de M' le Chevalier de
Bragny , Infanterie . M' le Marquis
de Vieillevigne fervoit
dans les Moufquetaires
.
S. M. a auffi donné à M
278 MERCURE
Pierre Puchot, Marquis des Al
leurs , cy- devant Envoyé extraordinaire
de S. M. en Polo
gne , le Cordon Rouge de l'Or
dre de S. Louis , qui vaquoit
par la mort de M le Maréchal
de Vauban. M des Alleurs eft
d'une ancienne famille de Nor
mandie , qui a donné plufieurs
Officiers de merite , & d'une!
grande reputation au Parle
ment de cette Province. Il fut
élevé Page de feue S. A. R.
Mademoiselle. Lorfqu'il fortit
de chez cette Princeffe , il entra
dans le Regiment des Gardes
, où aprés avoir efté Sous-
ཧ་
GALANT
279
Lieutenant & Lieutenant , il
devint Capitaine. Il fervit avec
tant de diftinction dans ces dif
ferens Emplois , qu'il parvint
jufqu'à celuy de Lieutenant Ge
neral. S. M. ayant connu qu'il
avoit d'autres talens que celuy
de la Guerre , & qu'il connoif
foit parfaitement les differens
interefts des Princes , l'a ema
ployé en plufieurs négocia- l
tions dans les Cours d'Allema
gne . La fermeté qu'il a fait voir
dans celle de Pologne , luy af
fait beaucoup d'honneur.
B
Mr de Labadie a eſté pourvû
du Gouvernement de la Citad
280 MERCURÉ
delle de Lille , qui vacquoit par
la mort de Mr le Maréchal de
Vauban. Mr de Labadie eft
Lieutenant General des Armées
du Roy , & il fert depuis
deux ans en Eſpagne . Il a efté
bleffe plufieurs fois pendant
cette guerre , en donnant
des marques de fon courage .
I fe trouva à la Bataille de
Luzzara en 1702. & il eftoit à
celle de Frindlinghen que Mr
le Maréchal de Villars gagna à
la fin de la même année. Il merita
dans ces deux Batailles des
marques de l'eftime de ceux qui
les commandoient en chef. Mr
GALANT 281
de Labadie joint à un courage
& à un merite
generalement
Treconnus
une naiſſance confiderable
fa famille eft origi
naire de Languedoc , & elle a
produit des perfonnes
d'une
grande reputation , & qui ont
rendu des fervices fignalez à
nos Rois dans leurs Armées.
On peut affeurer que Mr de
Labadic a bien profité de ces
exemples domeftiques.
C. Le Roy a donné le gouvernement
de Collioure à Mr le
Comte d'Aubeterre , Licutenant
General de les Armées ,
fur la demiffion volontaire de
Avril
1707.
A a
282 MERCURI
à
Mr le Chevalier d'Aubeterre
fon oncle qui eftoit Gouver
neur de cette Place il y a 5o.ans.
S. M. on a confervé le commandement
& les appointemens
ce Chevalier fa vie durant ; il a
rendu de fi longs & fi importans
fervices au Roy , & àl'E
particulierement pendant
les temps difficiles , que ces fervices
n'ont pas peu contribué
grace que S. M. a trouvé
bon de faire à ces deux Mrs.
Mr le Chevalier d'Aubeterre ,
eft le plus ancien Lieutenant
General des Armées du Roy ,
& a fouvent commandé en chef
tat ,
à la
GALANT 283
des Corps d'armées , & dans des
Pays où il a prefque toûjours
battu les ennemis ; il eft fils du
Maréchal d'Aubeterre. La mai--
fon d'Aubeterre eft des plus
anciennes de Gaſcogne. Ceux
qui portent aujourd'huy ce
nom , font de la maifon d'Ef
parbes.
Le Roy Henry IV. qui avoit
pour Capitaine de fes Gardes
du Corps de la premiere Compagnie,
nommée la Compagnie
des Ecoffois. , Mr le Comte
de Luffan , Gouverneur de la
Ville & Comté de Blaye, Sénéchal
& Gouverneur d'Agenois
A a ij
284 MERCURE
& Condomois & Caftel en Lie,
pere du Maréchal d'Aubeterre,
fit époufer à ce Maréchal l'he
ritiere de la maifon d'Aubeter
, à condition de porter ce
conjointement avec le
re ,
nom
›
fien & leurs armes de même ;
la
Maréchale avoit pour pere
David Bouchard Vicomte
d'Aubeterre Chavalier de l'Ordre
du S. Efprit Gouverneur
de Perigord , tué au Combat
qu'il gagna à l'Ifle en Perigord,
contre les Religionaires , &
pour mere Renée de Bourdeille
, fille de Henry de Bourdeille
, Marquis d'Archiac , CheGALANT
285
valier du S Efprit , & Gouverneur
de Perigord , & de Jacquette
de Monberon le perc
de Mr le Comte d'Aubeterre ,
Lieutenant General des Armées
du Roy, à prefent Gouverneur
de Collioure, fe nommoitFrançois
Defparbes, dit le Vicomte
d'Aubeterre, Sénéchal & Gou
verneur d'Agenois & Condo
mois , fecond fils du Maréchal
d'Aubeterre , & frere du Chevalier
la mere de Mr le Comte
d'Aubeterre eftoit Marie de
Pompadour , fille de Philibert
de Pompadour , Chevalier du
S. Efprit , & Lieutenant Gene-
:
286 MERCURE
ral du haut & bas Limofin , &
foeur de N ............... Marquis
de Pompadour , auffi Chevalier
du S. Elprit, & Lieutenant General
de la Province de Limo.
fin. Mr le Comte d'Aubeterre
, a époufé Julie de Sainte-
Maure ,fille du Comte de Jonzac
, Lieutenant General des
Provinces d'Angoumois , &
Xaintonge , & Gouverneur de
Coignac , dont le pere eftoit
Chevalier du S. Efprit, & avoit
les mêmes charges . Cette branche
de Jonzac eft l'aînée de celle
de feu Mr le Duc de Montau
fier.
GALANT 287
rs
Sa Majefté a donné un Brévet
de Meſtre de Camp , à Mr
le Comte de Boiffieres - Durfort
, en confideration de l'uti
lité de fes fervices . Il eft de
même maiſon que M❞ les Ducs
de Duras & de Lorge . Sa branche
eft établie en Quercy, & il
y poffede plufieurs grandes
terres ; ce Comte a un frere
Capitaine de Chevaux dans la
Colonelle - Generale , nommé
de Comte de Clermont , en
memoire du feu Comte de
Clermont Vertillac , fon ayeul
maternel ; ces deux M's ont un
oncle fort connu dans le mon
s
288 MERCURE
de , fous le nom de Marquis
de Boiffieres , qui eftoit cy devant
Seneschal de l'Agenois , &
Colonel du Regiment d'Infanterie
de Durfort , qu'il a donné
fous le bon plaifir de S. M. à
fon fils prefentement Colonel
de ce Regiment ; M' le Com
te de Leobard- Durfort, Lieute
nant Colonel des Dragons de
Liftenois , eft auffi coufin de
ces M , de forte qu'on peut
dire que la valeur , & le zele
pour le bien l'Etat , font en un
degré éminent dans l'illuftre
maiſon de Durfort , qui outre
les quatre branches que je viens
de
GALANT 289
}
de nommer , a auffi produit
celles de Livrac , dont il ne refte
qu'une fille de Blaignac de
Caftelbaire , & plufieurs autres,
qui tirent leur origine des precedentes.
Le Roy a auffi honoré huit
Exempts de fes Gardes du
Corps , de huit Brevets de
Meftre de Camp. Ce font M
le Chevalier d'Eunonville
, &
M's de la Richardie ; de Vareigne
; de Lianne ; de Bufca ; de
Chafteauguay ; de la Grange ;
& de Mongon
.
rs
M's de Maffée & de Montholon
, Maréchaux des Logis
Avril 1707
. Bb
290 MERCURE
de la Compagnie
des Mouf
quetaires noirs , ont eu de pareils
Brevets .
Sa Majesté a donné en même
temps des Croix de S. Louis à
M" de Bony , Viart , Dalon ,
S. Leon , & de Payre-longues ,
Sous Brigadiers du même
Corps.
J
Le Roy vient d'accorder à
M' de Champlatreux , Prefident
à Mortier , la furvivance
de cette grande Charge . Ainfi
elle fera exercée par le petit- fils
de feu M' Molé Premier Prefident
du Parlement , qui fit voir
pour le Roy une fermeté inéGALANY
201
branlable dans les temps difficiles.
Sa Majefté en fit l'éloge ,
ainfi que de ceux de cette Mai
fon en accordant cette furvivance
, & cet éloge fut entendu
d'une partie de la Cour.
La Maifon de Son Alteffe
Royale Monfieur le Duc d'Orleans
, dont je vous ay appris
le mois paffé le départ de Paris ,
& qui marche en ordre de Bataille
dans fa route , eftant arrivée
à Orleans , le Maire &
les Echevins allerent faire compliment
à Mr de Frefquieres
qui en eft Controlleur general ,
& qui la commande , & luy
Bb ij
292 MERCURE
firent au nom de la Ville les
preſens de Vins , au fon de plus
de vingt tambours & de plufieurs
fifres.
Le 2. d'Avril Son Alteffe
Royalepaffa dans la même Ville
fur les cinq heures du foir.Elle
trouva dans la grande Place
les dix Compagnies de la Ville
qui eftoient fous les armes , &
qui avoient leurs Officiers à
leur tefte . Mr Bizoton , Maire
d'Orleans eut l'honneur d'haranguer
ce Prince , à la tefte
des Echevins , & de luy faire
les prefens de la Ville . Voicy
le Difcours qu'il prononça.
GALANT 293
MONSEIGNEUR ,
Quelle joye pour nous de voir
pour la premiere fois Voftre Alteffe
Royale , nous profitons des
momens qu'elle nous donne pour
avoir l'honneur de luy rendre nos
obéiffances. Nous devons ce bonbeur
à la gloire dont elle eft animée
, pour aller punir des Rebelles
quife font fouftraits de l'obéiffance
de leur Roy legitime . Vos deffeins
, Monfeigneur , toûjours conçus
avecfageffe ,foûtenus par vôtre
valeur , & par le Sang Royal
dont vonsfortez , quiaformé tant
Bb iij
294 MERCURE
de Heros , nous font déja compter
vos victoires ; nos voeux vous ac—
compagneront par tout , Monfeigneur
,juſques au retour glorieux
& triomphant de Vôtre Alteſſe
Royale , la fuppliant par les plus
profonds refpects de nous accorder
Ja protection.
Les Orleanois , qui n'avoient
point encore vuce Prince dans
leur Ville , auroient bien voulu
le poffeder pendant quelques
jours,pour luytémoigner combien
ils font reconnoiffans des
Son Alteffe Royale
bontez que
a pour eux , & dont ils reçoivent
fi fouvent des marques ;
GALANT 295
mais elle leur fit connoiftre
qu'elle ne pouvoit , arrêter plus
longtemps . Tout copeuple lay
fouhaita mille & mille profpe
titez ; ce qui fe fitravec une acclamation
fi generale que ce
Prince en fut touché.
Le Vendredy premier Avril ,
fur la nouvelle certaine que les
Chanoines & Barons de Clery
avoient reçûë , que S. A. R.
devoit le lendemain coucher
dans leur Ville , ils donnerent
ordre à leurs Officiers de faire
affembler les Bourgeois , d'en
faire la revûe , & de leur diftribuer
à tous des Cocardes ; ce
Bb iiij
296 MERCURE
qui fut ponctuellement executé
: de forte que le lendemain
Samedy à fix heures du foir ,
s'eftant mis fous les armes , ils
fe rendirent dans la grande
place , & partirent tambour
batant pour fe rendre à la
porte par laquelle ce Prince
devoit arriver. Sur les fept heures
& demie , le tambour qui
avoit efté mis à la découverte ,
ayant battu, ils formerent une
haye depuis la porte de la Ville
jufqu'à la Maifon qui avoit été
préparée pour ce Prince. Son
Alteffe Royale , en defcendant
de Chaife , trouva au bas
•
GALANT 297
dus degré , Mro l'Evefque
d'Orleans & le Chapitre de
Clery en Corps , qui l'accompagnerent
jufqu'à fon Appartement
, où elle reçût les complimens
de Mr l'Evefque & du
Chapitre, enfuite de quoy , Elle
fe mit à table. S. A. R. ayant
voulu faire l'honneur à Mr
l'Evefque d'Orleans , de le faire
manger avec elle , ordonna que
Bon apportaft trois couverts ;
l'un pour Mr l'Evefque , & les
deux autres pour le Capitaine
de fes Gardes & pour le Prémier
Gentilhomme de fa Chambre.
y eut quatre Services , tant Il
298 MERCURE
en gras qu'en maigre . Le repas
fut auffi magnifique que
délicat. On ne doit pas s'en
étonner , puifque Mr l'Evelque
d'Orleans en avoit fait la
dépenfe.
Les Bourgeois donnerent
des marques de leur joye pendant
tout le foupé , par de frequentes
décharges de moufqueterie
; ils ne fe retirerent
que pour laiffer repoſer S. A.
R. aprés eltre fortie de table.
Le lendemain Dimanche , la
Bourgeoisie fe remit fous les
armes à quatre heures du matin
, & s'eftant rendue devant
GALANT 299
le logis où ce Prince avoit couché
, elle forma une double
haye jufqu'à l'Eglife , où Son
Alteffe Royale fe rendit à cinq
heures precifes . Mr l'Evef
que d'Orleans en Rochet à
la tefte du Chapitre , la reçût
à la porte , luy prefenta l'Eaubenîte
, & la conduifit dans le
Choeur à la place qui luy avoit
efté déſtinée , & qu'elle occupa
en qualité de Patron & de fecond
Chanoine de cette Eglife ,
le Roy en eſtant premier Chanoine.
Cette place eftoit ornée
d'une Pente , d'un grand Tapis
, & d'un Carcau de velours
300 MERCURE
cramoifi , le tout garny de galon
, de frange & de crefpine
d'or. S. A. R. ayant pris fa
place , Mr l'Evefque d'Orleans
& le Chapitre fe placerent de
file au deffous de la forme occupée
par ce Prince , & les Of
ficiers fe placerent entre les
formes & les marches de l'Autel
. Le Chanoine qui avoit cfté
deputé , commença la Meffe ,
pendant laquelle on chanta le
Moter , Benedictus Dominus.
meus qui docet manus meas ad
pralium & digitos meos ad bellum.
Ce motet fut trés - bien
executé. M' le Tourneur Mai
GALANT gor
4
tre de Mufique de cette Eglife
qui l'avoit compofé , reçût des
aplaudiffemens de ce Prince, qui
lui firent d'autant plus de plaifir
qu'il ne les donne qu'avec juftice
& avec connoiffance. La
Melle étant finie , le Chanoine
Celebrant luy donna le Corporal
à baifer , & Mr l'Evef
que d'Orleans luy prefenta
l'Eau benite. Le départ de ce
Prince fut accompagné des acclamations
& des voeux d'une
nombreuſe populace , qui depuis
plufieurs jours , s'eftoit
rendue à Clery pour participer
à fa joye , & le Chapitre de
302 MERCURE
cette Ville , toûjours attentif à
fes devoirs , fit chanter une
grande - Meffe en Mufique ,
pour la fanté & la confervation
du Roy , de toute la Famille
Royale , & pour la profperité
des Armes de S. M. Mr l'Evêque
d'Orleans y affifta en Rochet
. Son exemple , fa pieté &
fon zele édifierent tous les Spectateurs,
& exciterent toute la
populace à joindre fes prieres
aux fiennes . A l'iffue de la
Meffe , le Chapitre en corps
alla remercier ce Prelat , & le
pria de luy faire l'honneur de
fe trouver en la maiſon de Mr
GALANT 303
Gervais , Sindic du Chapitre
pour luy prefenter les Statuts
de l'Eglife , & luy en demander
l'aprobation. Ce Prelat s'y
tranſporta , & il y fut traité
magnifiquement par le Chapitre.
Je vous ay déja plufieurs fois
parlé de ce celebre Chapitre ;
il a toûjours efté remply par
des perfonnes diftinguées , foit
par leur mérite perfonnel , foit
par leur naiffance . On a fouvent
tiré de ce Chapitre , des
Evefques , des Abbez , des Aumôniers
du Roy & des Maifons
Royales , & des Confeil304
MERCURE
lers de Cours Superieures. Les
Chanoines ont la qualité de
Barons , ad inftar , des Comtes
de Lion. Ils font Chapelains
d'honneur du Roy, & jouiffent
du droit de Committimus au
Grand & Petit Sceau .
L'Eglife qui eft dediée à la
fainte Vierge , eft une des plus
regulieres du Royaume ; & elle
eft trés- renommée
par les pelerinages
continuels qui s'y
font pour toutes fortes de maladies
, & fur tout pour la fterilité
des femmes . Le 1 1. Avril
1583. Henry III . & la Reine
fon Epoufe , y allerent à pied
GALANT 305
faire leurs Offrandes , & ils y
retournerent l'année fuivante .
On y voit le Tombeau du Roy
Louis XI. & des Princes de la
Maifon de Dunois.
Plufieurs perfonnes de diftinction
de la Ville d'Orleans ,
qui n'avoient pû voir S. A. R.
affez à leur gré , s'étoient rendües
le foir à Clery, pour avoir
la fatisfaction de la confiderer
plus long- temps.
Son Alteffe Royale en partit
le lendemain pour fe rendre à
Loches. On doit remarquer
qu'il y a en deçà de Loches ,
une Ville nommée Beaulien
Cc
Avril
1707.
306 MERCURE
qui prétendit avoir l'honneur
d'haranguer ce Prince , la premiere.
Čelle de Loches , comme
la plus confiderable
& la
plus ancienne , crût que cet
honneur luy eftoit dû , de maniere
que l'émulation de ces
deux Villes fit naître quelque
defordre entre les habitans de
l'une & de l'autre , ce qui les
empêcha de jouir tranquillement
du plaifir de voir un
grand Prince qu'ils avoient attendu
avec beaucoup d'impatience.
L
Il partit de Loches pour fe
rendre à Poitiers ; je n'ay point
GALANT 307
.t
encore reçu de Relation de ce
qui s'y cft paffé ; mais l'on m'a
affuré qu'il y avoit eſté reçu
avec de grandes acclamations
de joye , & qu'il avoit efté inagnifiquement
traité par M
Doujat Intendant de la Province.
Si j'en apprens davantage
avant que de fermer ma Lettre ,
je vous en feray part.
Son Alteffe Royale devoit
dePoitiers aller coucherà Barbezieux
; mais comme il y
dix- fept Poſtes de cette grande
Ville à ce Marquifat , Mr
Begon , Intendant de Rochefort
, croyant qu'il pourroit
Cc ji
308 MERCURE
fon
arriver quelques difficultez qui
pourroient empêcher que ce
Prince ne fit une auffi longue
traite , fe rendit à Châteauneuf
, fitué fur les confins de
département ; & quelques
Poftes en deça de Barbezieux.
Il attendit S. A. R. pendant
douze jours , à caufe que
départ avoit efté differé de huit
jours , & fe prepara à l'y bien
recevoir , en cas qu'il ne pût
aller coucher à Barbezieux . Ce
Prince paffa à Château-neuf ,
où il s'arrefta feulement pendant
trois quarts d'heure , ne
voulant rien changer à la marfon
GALANT 309
che qu'il avoit refolu de faire.
Mr Begon cut l'honneur de
l'entretenir , & de luy offrir
tous les raffraichiffemens imaginables,
& tout ce qui dépen
doit de luy & de fon département.
Ce Prince luy fit un accueil
des plus favorables , & le
remercia d'une maniere fi charmante
que cet Intendant en.
1 fut penetré. C'eft un homme
d'un rare merite , dont le zele
pourle fervice du Roy , eft des
plus ardent , & l'on peut dire
de cet Intendant , qu'il n'ignore
rien.
Le Mardy s . d'Avril , S. A
310 MERCURE
R. arriva fur les fix heures du
foir à Barbezieux , n'en ayant
employé que douze à faire les
dix-fept Poltes que l'oncompte
depuis Poitiers jufqu'à cette
Ville- là. Ce Prince alla defcendre
chez Mr Charpentier de
Chantereine , Sénéchal de ce
Marquifat , la maiſon de ce
Sénéchal ayant efté choiſie
comme la plus propre pour le
recevoir. Son Alteffe Royale,
fut reçue avec de grandes acclamations
; tout le Peuple des
environs de Barbezieux , s'y
eſtant rendu , ainſi que toute la
Nobleffe , témoigna unc exGALANT
311
trême empreffement de voir ce
Prince . Le Curé de Barbezieux,
qui avoit efté chargé du foin de
porter la parole au nom de la
Ville & du Clergé , prononça
le difcours fuivant.
MONSEIGNEUR ,
Si j'ay l'honneur de paroître
icy devant voftre Alteffe Royale ,
ce n'eftpointpourpublierſes loüanges,
ni pour luy offrir desprefens
Cette premiere gloire eft refervée
à un nombre choifi de beaux Efprits
qui fçavent ramaffer vos
grandes actions , pour les tranf
312 MERCURE
mettre à la pofterité ; & il n'y
qu'un peuplefloriffant & riche ,
qui dans fon abondance pourroit
peut- eftre trouver quelque chofe
digne d'eftre offert à un ſi grand
Prince. Ainfi ,
Monseigneur , ja
mais la petite Ville de Barbezieux
n'a plus fenty fon indigence qu'aujourd'huy
; cependant j'ofe dire ,
Monfeigneur , qu'elle n'est pas
moins fenfible au bonheur & à la
joye qu'elle reffent de voir icy Vôtre
Alteffe Royale , de qui elle a
ouy dire de fi grandes choſes. Je
fuis donc chargé, Monfeigneur ,
de toutes les acclamations qu'elle
Doudroit faire éclater ; de toutes les
benedictions:
GALANT
313
benedictions qu'elle vous defire
& de tous les voeux qu'elle fait
pour la confervation de voſtre Augufte
Perfonne.
Pour ce qui regarde noftre Clergé
, Monfeigneur , il levera tous
lesjours les mains au Ciel , pour
tuy demander la grace de vous
voirbientoftretourner glorieux
triomphant de nos ennemis . Ils attend
que vos Victoires luy feront
dans peu chanter le Te Deum
& d'apprendre que la terreur que
leur aura donnéun Sang fi heroique
& prodigué plufieurs fois
avec un courage qui vous couvre
d'une gloire immortelle les aura
Avril 1707 . Dd
314 MERCURE
forcez à vous cederla Victoire ,
par tout où vous aurez paru les
armes à la main.
Son Alteffe Royale foupa le
foir avec les principales perfonnes
de fa Cour qui eurent
l'honneur de manger avec elle.
Le foupé qui avoit efté prepa
ré eftoit de cinq fervices ; ce
Prince fe leva de table aprés
le premier fervice , & fe retira
dans fa chambre . Mr le Comte
de Chaſtillon premier Gentilhomme
de fa Chambre , & Mr
le Chevalier d'Etampes Capitaine
de fes Gardes , refterent
à table par l'ordre de ce PrinGALANT
315
ce. Ils y firent mettre Mr &
M de Chantereine , ainfi que
Mr le Marquis de S. Gelais de
Lufignan , Mlles fes filles , &
quelques autres Dames . On
trouva dans les quatre fervices
qui n'avoient point encore
paru , autant de delicateffe que
de magnificence. Il y cut dans
le même temps une table de
quinze couverts fervie pour
perfonnes de la fuite de Son
Alteffe Royale. Ce Prince s'étant
levé le lendemain matin à
fix heures , ne voulut point du
déjeuné qu'on luy avoit preparé,
& ne mangea que du pain,
les
"
Dd ij
316 MERCURE
ce qui fut caufe que Mr Des
bordes , Curé de Barbezieux ,
qui avoit harangué ce Prince
à fon arrivée , fe fouvint qu'un
Ambaſſadeur ayant vû manger
du pain fec au General des ennemis
de fon Maiftre , dit qu'il
falloit faire lapaix avec une Nation
dont les Commandans vivoient
avec tant de frugalité.
Son Alteffe Royale dit en partant
à MⓇ de Chantereine , qu'
elle avoit bien repofé & qu'-
elle avoit trouvé chez elle
toutes les commoditez qu'elle
pouvoit fouhaiter . Elle répondit
à ce Prince avec tout l'efGALANT
317
prit & toute la politeffe imaginable
. Cette Dame qui a eſté
élevée à Paris , eft d'une famille
diftinguée dans la Robe , &
n'eft mariée que depuis quelques
années. Plufieurs Gentilshommes
des environs & plufieurs
Dames de qualité eurent
l'honneur de rendre leurs devoirs
àSon Alteffe Royale, dont
les manieres honneftes , charmerent
tous ceux qui eurent
l'avantage de la voir de prés.
Ce Prince partit de Barbezieux
le même jour 6 °. & alla
coucher à Bordeaux . Il paffa au
milieu de cinq cens Vaiffeaux ,
с
Dd iij
318 MERCURE
dont les canons tirerent chacun
onze coups ; il eft à remarquer
que fur mer tous les faluts fe
font par nombreimpair. L'Artillerie
du Chateau- Trompette
fe fit anffi entendre , & fit
des merveilles en cette occafion.
Son Alteffe Royale
fut reçue par Mr d'Alon premier
Prefident du Parlement
de Bordeaux , accompagné de
deux Prefidens à Mortier , &
de vingt - quatre Confeillers ,
fuivant l'ordre que ce premier
Preſident en avoit reçu de la
Cour. Voicy de quelle maniere
il parla à 'ce Prince.
GALANT 319
" MONSEIGNEUR ,
Nous venons reverer dans vôtre
Alteffe Royale le Sang de nos
Maiftres ; leFils d'un Prince dont
la memoire fera toujours chere à
la France , & le Nerven du plus
grand & du plus puiffant des
Rois. Ces marques publiques de ·
noftre refpect , Monfeigneur , ont
efté precedées par l'hommagefecret
de nos coeurs. C'est un tribut que
tous les hommes doivent à vos
vertus.
Il nous eftfans doute bien doux
Monfeigneur , de pouvoir admirer
de prés tant de vertus réunies dans
voftre Alteffe Royale , une feule
Dd iiij
320 MERCURE
nous allarme & trouble la joye que
nous reffentons ; c'est voftre valeur.
ོ ག་ Il est vray , Monfeigneur
qu'il fied bien à un Prince de chercher
quelque fois la gloire avec
impatience ; mais quand on aporté
l'intrepidité au de-là même de l'idée
que les plus grands Heros en
ont conçue , on a remply à cet égard
ce qu'on devoit à fon nom , à sa
naiffance à la pofterité. Quittes
de ce premier devoir , Monfeigneur
, oferions - nous en rappeller
un autre à Voftre Alteffe Royale
avec cette liberté respectueuse que
les Rois vos Ayeuls , nous ontfoua
GALANT 321
vent permis de porter juſqu'aux
pieds de leurs Trônes : le Sang qui
coule dans vos veines : ce fang le
plus beau , & le plus precieux de
l'univers appartient à l'Etat , c'eft
noftre bien. C'est la plus noble &
la plus riche portion de noſtre patrimoine
, vous ne pouvez plus le
prodiguer fans bleffer les regles de
Lajustice && de l'équités Kolor
Pardonnez ces expreffionss
Monfeigneur , à nos frayeurs paffees
unfecret preffentiment nous
flatte qu'au retour de Voftre Alteffe
Royale nous n'aurons que des actions
de graces à vous rendre commeau
Vainqueur de nos ennemis.
8
322 MERCUR
E
Cefont du moins, Monseigneur,
les voeux ardens & finceres d'une
Compagnie fidelle à fon Roy, zelée
pourfa gloire toujoursfoumise àfes
ordres & attachée par les liens les
plusfacrez à fon auguſte Maison.
Mr l'Intendant & les Jurats
eurent auffi l'honneur d'aller
au devant de ce Prince. Il feroit
mal- aifé de vous exprimer
avec quelles acclamations il a
efté receu à Bordeaux , & l'empreffement
que toutes les per
fonnes de diftinction , & tout
le peuple a témoigné de le voir
pendant le peu de temps qu'il
y a demeuré. Il n'en partit que
GALANT 323
pour fe rendre à Bayonne où il
arriva le 8. entre trois & qua
tre hevres aprés midy.
Mr le Duc de Gramont qui
en eft Gouverneur alla à che
val au devant de ce Prince ac
compagné des principaux de
la Ville. Mr de Beauveau , Evê
que de Bayonne , fortit auffi de
la Ville pour aller au devant
de S. A. R. La Reine Douairiere
d'Efpagne qui fait ſon fejour à
dansla mêmeville , avoit envoyé
dix caroffes ou berlingues audevant
duPrince qui eft fon neveu
à la mode deBretagne.Le grand
Ecuyer de cette Princelle qui
324 MERCURE
cftoit dans l'un de ces Caroffes ,
complimenta S. A. R. de la part
de Sa Majefté
Catholique , &
luy dit par fon ordre , que fans
une indifpofition qui luy eftoit
furvenue , elle n'auroit envoyé
perfonne pour luy témoigner
toute l'eftime & toute la tendreffe
qu'elle avoit pour luy.
Il defcendit de caroffe au bout
du Pont , & il
traverſa une partie
de la Ville à pied pour ſe
rendre chez
Mrl'Evêque , où il
devoit loger. Les ruës eftoient
couvertes d'herbes & de fleurs ,
& les feneftres ornées de tresbeaux
tapis. Ce Prince aprés
GALANT 325
avoir changé d'habit fortit accompagné
d'une nombreuſe
Cour pour aller voir la Reinc
d'Espagne , à qui il prefenta
une Lettre de Madame qui eft
fa Coufine germaine : Sa Majefté
Catholique lut cette Lettre
avec une fatisfaction qui
fut remarquée de toute l'Aſfemblée
, & dont elle donna
des témoignages à S. A. R.
par le redoublement des caref
fes qu'elle luy fit. Ce Prince alla
enfuite fouper chez Mr le Duc
de Gramont avec la Ducheffe
fon Epoufe qu'il falua en la
baifant. Les Dames les plus .
326 MERCURE
qualifiées de la Ville furent con
viées à ce fouper , aprés lequel
S. A. R. alla coucher à l'Evêché.
Elle fe leva le lendemain
fur les fept heures du matin ,
& elle receut, fur les neuf heures
& demie , les refpects de
tous les Corps de la Ville. Mr
l'Evêque fit, fervir fur les onze
heures un fuperbe dîner . Les
premiers Officiers de la Maifon
de S. A. R. & plufieurs perfonnes
de diftinction eurent
l'honneur de dîner avec elle.
Mr de Bayonne voulut luy donner
la ferviette & ce Prince luy
dit , Quoy , Monfieur , avec des
GALANT 327
mains facrées ? Mr l'Evêque répondit
, il n'y a rien de facrépour
vous , Monfeigneur. A l'iffue du
repas ce Prince accompagné
de Mr le Duc de Gramont , al
la prendre congé de la Reine
d'Eſpagne , qui luy marqua
autant de tendreffe que d'eftime.
Il ne quitta cette Princeffe
que pour monter en carroffe
avec Mr le Duc de Gramont ,
& pour continuer fon voyage.
La Reine d'Efpagne qui avoit
envoyé fon caroffe d'honneur
pour accompagner
ce Prince
jufqu'au de là des portes de la
Ville , fortit elle - même dans
328 MERCURE
un de fes caroffes accompagné
de cinq autres , & fuivit S. A.
R. Ce Prince s'en eftant apperceu
defcendit auffi- toft de caroffe
pour la prier de ne
fe pas
donner cette peine . Cette Princeffe
feignit d'y confentir ; mais
elle fit en même temps donner
ordre à fon Cocher d'aller le
plus vite qu'il pourroit , & de
prendre les devans , ce qui fut
executé , de maniere qu'ils ne
fe feparerent qu'au paffage d'une
riviere où leurs caroffes furent
contraints de s'arrefter .
On ne peut rien ajoûter à des
manieres fi honneftes : elles ne
GALANT 329
charmerent pas feules S. A. R.
& toute la Cour , cette Princeffe
eftant belle , bien faite ,
& ayant beaucoup d'eſprit .
En attendant que je vous
parle de la fuite du Voyage de
ce Prince , & de fon arrivée à
Madrid , je paffe à quelques
Articles de Marine.
Extrait d'une Lettre de Toulon
du 12. Avril.
Le Content de 60. Canons ,
armé par Mr de Grenonville , &
le Mercure de So. Canons , armé
parMr de Beaucaire , eftoient ily
Avril 1707
.
Ec
330 MERCURE
a quatre jours du cofté de Monaco,
d'où le premier a envoyé dans ce
·Port une prife chargée de bled.
On doit remarquer que depuis
prés de deux mois toutes
les
Nouvelles publiques impri
mées chez les Alliez ont commencé
à parler de la priſe de
ces deux Vaiffeaux , & qu'elles
ont donné des deſcriptions fabuleufes
de ce qui s'eft paffé
dans la priſe de ces deux Vaiffeaux.
Comme les nouvelles
dont je vous parle , font fouvent
remplies d'avantages remportez
par les Alliez , qui fe
GALANT
331
trouvent détruites par le temps,
on ne doit pas ajoûter foy à
tout ce qui s'y trouve contre
les deux Couronnes , fans en
avoir des preuves dont on ne
puiffe douter.
Les prifes dont il eft parlé
dans ce que vous allez lire ,font
plus conftantes que ne l'étoient
la priſe du Content & celle du
Mercure , lorfque les Ennemis
en ont fait des Relations auffi
amples que peu finceres .
ABreft ce 18. Avril.
Les trois Vaiffeaux qui vont
Ee ij
332 MERCURE
d'icyjoindre Mr de Fourbin à Dunkerque
, font , la Dauphine de 54 .
canons , & le Triton de 44. que
Mrs de Roquefeuille , Capitaine
de Vaiffean , & le Chevalier de
Nangy , Capitaine de Fregate commandent.
Ces deux doivent eftre
fuivispar le Fidele de Rochefort , de
60. canons , commandépar Mr Henequin
, ce qu'ilfit le 7. ou le 8, de
ce mois ; & ils fortirent de cette rade
le 13. d'un vent de Nordeft , qui les
obligeant de croifer fur Oneffant à
l'Ouest de la Manche , leur ontfait
prendre un Anglais de 24. canons ,
beau Navire dans fa grandeur ,
d'environ 250. tonneaux , venant
de Ligourne , chargé de vin de Flo--
rence , d'huile , de favon , de que ! -
ques balles de foye & foirie. Cette
prife qui eft eftimée cent mille livres ,
GALANT 333
eft dans ce Port depuis Samedy , &
nos trois Navires ont retourne à la
Mer , pour fe rendre à leurs deftinations.
Les vents leurs font pour cet
effet , devenus favorables. Il nous
étoit venu le jour précedent , une autre
prife Hollandoife , armée de 14.
canons allant à Lisbonne , qu'on ef
time aufli cent mille livres étant
chargée de bled, defromage , de balots
& de toile d'Hollande ; ce qui en
fait le mérite. Ce font les Fregattes
le Natal Aymable de S, Malo
qui ont fait cette Prife:
L'article que vous allez lire ,"
doit vous faire d'autant plus de
plaifir , que vous y verrez la
continuation des avantages que
nos Vaiffeaux remportent tous
les jours fur ceux des ennemis,
1
334 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Dunkerque
du 19e Avril.
Mr le Marquis de Chamillatt
qui arriva Mercredy au foir 13. de
ce mois , n'en eft parti que le Landy.
18. au matin. Il est venu an
Risban an on Mrs les Comtes de
Aumont & d'Artagnan l'attendoient.
On luy a tiré force canon ,
ainfi que de la Ville , da Pare , &
des Forts.
Le Duc de Vendôme, Vaif
feau de vingt-fix canons , a pris
un Fleingais de quatorze , chargé
deplomb& d'épiceries pourLigourne,
eftimé quatre- vingt mille livres..
Les Fregates du Commerce ayant
attaqué un Anglois de vingt -fix
canons montez, on nefçait comment
GALANT 335
le feu s'eft pris aux poudres 5 muis
l'Anglois a fauté en l'air betout
fon monde a efté perdu fans qu'il
ait fait aucun mal aux noftres.
Les mefmes Fregates ant envoyé
icy un Paquebot Anglois chargé
de plomb , eftimé 25000. livres !
155 AUD CAUD
Je pourrois vous parler en
core de diverfes petites prifes
arrivées dans plufieurs delnos
Ports , fi tout ce qui me refte
à vous dire ne m'empêchoit pas
de m'étendre mais on peut
juger par le nombre des groffes
prifes que l'on fait , que celuy
des petites prifes doit eſtre plus
confiderable .
S'il eft glorieux de fe voir éle
fon mérite , au premier
pofte d'un grand Etat , on ne fe
vé par
336 MERCURE
couvre pas d'une moindre gloire
quand on le quitte volontairement
, lorsqu'on ne fe fent plus
les forces neceffaires pour en
bien remplir toutes les fonctions.
C'est ce que vient de faire
Mr deHarlay, Premier Pref.
dent d'un des plus Auguftes
Corps du monde , & qui a mérité
les graces que le Roy a bien
voula luy faire après avoir reçû
fa démiffion. La justice qu'il a
rendue à tout le monde , fervira
éternellement d'exemple à
ceux qui rempliront aprés luy
une place fi importante ,
Le Roy en a pourvû Mr le
Pelletier , Prefident à Mortier,
fils de Mrile Pelletier , cv-devant
Prevost des Marchands , à
qui la Ville de Paris doit une
partic
GALANT 337
partie des embelliffemens qui la
font admirer de tous les peuples
du monde. Le pofte de
Contrâlleur General qu'il ocsupa
enfuite , ne luy afervy qu'à
faire voir qu'il fe trouve des
hommes capables de renoncer
aux plus grands honneurs &
aux plus grands biens , pour
mener une vie, tranquille , &
pour fervir Dieu après avoir
fervy l'Etat. On a lieu de tout
efperer da fils d'un Miniftre fi
fage & fi moderé. En effet , il
paroift que Mr le Pelletier aujourd'huy
Premier Prefident
remplira avec autant de fageffe
& de moderation , la place que
le Rov vient de luy donner, que
Mr le Pelletier fon pere a rem
ply celles de Contrôlleur Ge
Avril 1707. Ff
$38 MERCURE
neral & de Miniſtre d'Etat . II
femble que le Ciel l'ait fait naître
pour occuper dignement le
pofte qu'il commence à remplir.
Sa probité generalement
reconnue , eft aufli grande que
fon défintereffement . Un grand
travail & une application continuelle
, luy ont acquis toute
l'experience que doit avoir le
Chef du premier Parlement de
France. Ses lumieres luy ont
toûjours fait démêler le vray
d'avec le faux , & il a toûjours
fait voir qu'il eftoit incapable
de prévention , & que des apparences
de droit & des raifons
fpecicules , ne pouvoient ni l'ébloüir
ni l'embarraſſer , ni luy
faire prendre le change , quelques
fcrupules que l'on puft
4
GALANT 339
3
jetter dans fon efprit , pour lui
donner des foupçons contre la
verité. Il a toûjours écoûté les
parties avec une docilité qui
leur a donné lieu de luy faire
comprendre leurs affaires. Il a
toujours paru au - deffus des
paffions qui font à craindre dans
un Juge. Il est tendre pour les
malheureux , & n'oublie rien
de tout ce qui peut les confoler.
Il s'eft toûjours déclaré
ennemy de l'iniquité. L'égalité
qui paroift toûjours .fur fon vifage
, le rend en tout temps ac
ceffible à toutes fortes de perfonnes
, & fes manieres obligeantes
luy ont toujours attiré
les coeurs de tous ceux qui ont
eu befoin de luy . Les retraites
qu'il fait fouvent , doivent faire
C
Ffij
340 MERCURE
connoiftre la délicateffe de fa
confcience , & qu'elle ne luy
peut rien reprocher. Enfin , f
j'en crois le public , qui m'a
fourny tous les traits de ce portrait
, ce grand Magiftrat doit
eftre , felon le coeur de Dieu &
felone celuy des hommes. Ainfi
la France doitun remerciement
au Roy du choix que fa Majeſté
a faic.
1
Mre François Charlés de
Menou Chevalier Marquis de
Menou Enfeigne des Gendarmes
Ecoffois , fils de feu Mr
le Marquis de Charnifay & de
Dame Françoife Marie deClere ,
époufa le 16 du mois paffé Marie
Anne Therele de Murcé , fille
de Mre François de la Grandiere
de Murcé & de Marie Gabriel
GALANT 341
de Neuilly d'une des bonnes
Maifons d'Anjou . La ceremonie
du Mariage s'eft faite à la
Paroiffe de S. Paul par Mr
l'Abbé de Charnifay fon frere .
La Maison de Menou eft originaire
de Touraine & tres - ancienne
, comme il fe voit dans
plufieurs Chartes à Tours & à
la Chambre des Comptes de
Paris ; elle n'eft établie en Nivernois
que depuis cent ou
fix vingts ans. Nicolas Sire de
Menou fon dixiéme ayeul , fut
grand Maistre des Arbalefriers
fous le regne de S. Loüis , qui
commandoit l'arriere garde de
de l'armée de ce Monarque au
combat où les Turcs furent
défaits devant Damiette ; Pierre
Sire de Menou fon cinquième
"
¿
F fiij
342 MERCURE
2
t
aycal , fut Amiral de France
fous le regne de Charles VI .
Jean Sire de Menou fon qua
triéme ayeul fut Chambelan du
Roy Charles VII . Philippes de
Menou fon Trifayeul fut Chambelan
du Roy Louis XI. Ambaffadeur
en Espagne fous le
Roy Charles VIII. Premier
Maistre d'Hoftel de la Reine
Anne de Bretagne'nde la Reine
Claude, du Dauphin fils da Roy
François I. & fon Gouvernenr.
René fils de Philippes fon bi
fayeul fut premier Echanfon
de la Reine Claude . Louis de
Menou fon ayeul a fervy juf
qu'à fa mort , & il eut le commandement
de Brouage & de
Ifle d'Oléron , & Armand
François de Menou Marquis de
GALANT 343
Charnifay fon pere, a fervi treslongtemps
dans le Regiment des
Gardes Françoiſes . La Maiſon
de Clere eft originaire de Nor
mandie & tres ancienne ! Ses
anceftres ont efté de temps immemorial
reconnus premiers
Barons de cette Province .
Iheftitemps de vous parler de
ce qui s'eft paffé en Espagne
depuis ma derniere Lettre en
trelles Troupes Efpagnoles &
celles des Alliez , & de l'Etat
où le trouve prefentement le
Royaume de Valence & celuy
d'Arragon , dont les Alliez ne
fe peuvent dire les maiſtres ,
quoy qu'ils occupent la plus
grande partie des Places de ces
deux Royaumes , dont les ha
bitans confervent dans le coeur
344 MERCURE
une fidelité inviolable à Philip
pe V. à l'exception de ceux qui
fe font laiffez gagner , & qui fe
font mutinez afin de profiter
des defordres & de piller dans
les ſeditions publiques qu'ils
excitent tous les jours à cet ef.
fer ; car il est à remarquer que
la plufpart de ces feditieux ne
font que de la lie du peuple , &
qu'ils cherchent tous les jours
de nouveaux moyens de leur
faire des affaires auprés de ceux
qui gouvernent , afin d'avoir occafion
de s'emparer d'une partie
des effets de ceux qu'ils ac
cufent. On doitauffi remarquer
que le Clergé & les Religieux
de Sarragoffe font demeurez fidelles
à leur legitime Souverain ,
& que s'ils ne peuvent par la
GALANT 347
force fecoüer le joug qui leur
eft impofé , ils ne laiffent pas de
faire voir une fermeté digne de
la plus haute admiration , lors
que l'on veut exiger d'eux des
chofes contraires à leur devoir ,
& à leur caractere . Le digne
Chef de ce Clergé en fait voir
un exemple digne que l'on en
conferve la memoire dans tous
les ficcles , & l'on ne peut trop
louer la maniere dont il a répondu
aux menaces qui luy ont
efté faites , ayant dit , qu'il s'efti
meroit heureux de fuivre les traces
de fon Predeceffeur faint Valerien ,
qui fut traduit & martirifé à Var
lence...
Quoy que ce que vous allez lire
ne foit pas nouveau , il ne laif
fera pas de le paroiſtte à ceux,
346 MERCURE
qui n'en ont rien appris . D'ail
leurs , je fuis les dartes des Nouvelles
qui font dans ma dernie
re Lettre. L'Extrait qui fuit
eft tiré d'une Lettre de Jumilla,
dattée du 9. Mars.
S.
Nous apprenons , & vous y pou
vez compter, que Archiduc partit
de Valence le du courant & qu'il
a pris la route de Tortofe , ayant
laiffé les Valenciens dans une confternation
d'autant plus grande que
cette retraite de leur Heros leur dé
couvre entierement fa foibleffe.
On fait pour certain que les
dernieres Troupes que les ennemis
ont débarquées à Alicante confiftent
feulement en 3500. fantalins , &
en 800. chevaux ; & comme ils fe
trouvoient trap à l'étroit dans cette
Place , où ily avoit d'ailleurs une
GALANT 347
garniſon de trois à quatre mille hom
mes , ils en envoyerent un détachement
dans les Villes de Xixona
d'Oya de Caftalla , d'Elda , de Noveldad
Elche. Ce mouvement
obligea Mr de Bervick de partir auf.
fi - toft de la Cour pour Je précautionner
en cas que les ennemis en voubuffent
à quelqu'un de nos quartiers ,
tar nous les avons difperfez , enfai-
Fant un cordon de trente lieues depuis
la mer jufques en Arragon , le long
de la frontiere de Valence . Mr de
Bervick en raffembla donc quelquesuns
àfon arrivée , proche d'Orihuela
, qui forment un petit Corps , &
quant au refte de fes Troupes , il les
a laiffées dans leurs quartiers , où
t'on croit qu'elles resterontjufqu'à ce.
qu'elles ayent reçu leurs recruës ,
cependant avec ce petit corps d'Ar-
L
348 MERCURE
mée , il chaffa les ennemis le 8, du
courant d'Elche , de Novelda , &
d'Elda, Ily eut un choc le mêmejour
8. entre une troupe des ennemis qui
fe retiroient de Novelda avec leurs
bagages , & an de nos détachemens
commandé par DonJoſeph Vallexos
qui les mena fi brusquement , qu'aprés
leur avoir tué ou pris 120. hom
mes , il contraignit le reste à prendre
hafuite & à luy abandonner dix-ſept
mulets chargez d'habits pour des Of
ficiers , & de beaucoup de vaiffelle
d'argent.
Les dates des Extraits de Lets
tres que je vous envoye , font
voir que
les Nouvelles y font
fuivies felon le temps que les
chofes fe font paffées
GALANT 349.
1
:
A Murcie , le 21 Mars.
Les ennemis fontfort embaraffez
Ils ont caffé cinq Regimens qui
eftoient trop foibles pour entrer en
campagne 5 ils ont incorporé les Soldats
dans d'autres Regimens , & les
Officiers fe trouvant fans employ fe
Jont rembarquez pour retourner en
"Angleterre.
Vous avez oüi parler de l'action
du Colonel Zerezeda , dont jufqu'icy
nous n'avons point d'exemple.
Je crois ne vous en pouvoir
donner un détail plus circonftancié
, & plus veritable ,
que celuy qu'il a fait luy - même
. Vous le trouverez dans ce
que vous allez lire.
Avril
1707. Gg
350 MERCURE
of
TRADUCTION
De la Relation imprimée à
Madrid , & écrite à Mr le
Duc de Berwik , par le Colonel
Dom Jouan de Zerezeda.
De Monovar , le 22. Mars 1707
à cinq heures du matin .
Fe fortis hier de cette Ville à buit
heures du foir , avec 80. chevaux ,
30. hommes du Pais , & deux Capitaines
de mon Regiment , dont
Pun s'apelle Dom Vincent de Fuen
buena & l'autre Dom André Cantudo.
Nous arrivâmes fur les trois
beures du matin , à une lieuë dAGALANT
351
licant , dans le chemin qui va à la
foffe de Caftalla. Sur les neuf heures
, je découvris une nuée de pouf
fiere qui s'élevait à la fortie d'Ali
cant. Inquiet de n'avoir pù prendre
ni arrefter perſonne qui pût me
donner quelque avis , je me déterminay
aux approches de ce tourbillon
de poudre , à m'approcher moymème
avec un foldat , pour voir de
qu'elle force pouvoit eftre cette troupes
& comme elle me parut excelfive
, j'ordonnay que ceux du pays fe
"retiraffent dans la montagne avec
un Enfeigne & fix foldats , pour les
escorter. Je m'écartay en msmetemps
de l'efcadron . Je m'avifay de
monter fur un arbre , au pied duquel
je laiffay le foldat pour tenir
mon cheval. Je fus affez heureux
pour qu'ils paſſaſſent à trois cens
Gg ij
352 MERCURE
A
pas de moy , fans qu'ils puffent me
voir , & moy je pûs fort bien les rèconnoiftre
juger de leurforce , quoique
le nombre m'en paruſt plus
grand par le bon ordre qu'ils gardoi
nt dans leur marche . Un Officier
eftoit à l'avant- garde avec
quelques Grenadiers 3'le refte fuivoit
en for bon ordre , au nombre , à ce
quil me paroiffoit , d'environ 430 .
Je vis de plus , à un quart de lieuë
de la , un détachement d'Infanterie
qui venoit & qui eftoit encore du
même Regiment. Pour conclufion ,
Monfieur , je crâs dans le peu de
temps que j'eus à y penser , que je
perdrois tous les foins que je m'étois
donnez jufques - là , fi je n'en venois
aux mains : Je defcendis avec
précipitation de mon arbre , j'allay
où eftoient les deux Capitaines ,
GALANT 353
Dom Vincent de Fuenbuena & Dom
André Cantado , & j'y arrivay
dans le temps que les ennemis paffoient
déja devant l'embuscade. Je
demanday à ces deux Officiers , ce
qu'ils en penfoient ; ils me répondirent
fans befiter , Marchez Monfieur,
& attaquons- les . Tout cela,
dis je , fefit bien vite , & nous nous
jetiàmés fur eux avec tant d'impetuofité
, qu'il n'en échapa pas un
feul. Nous avons mené priſonniers
dans cette Ville , le Lieutenant Colonel
, 3. Capitaines , 4. Lieute
mans , 3. Enfeignes , 14. Sergen's
& 315 foldats , fans compterceux
que
les Officiers ont avec eux , qu'ils
difent eftre leurs valets. Quelque
Cavalerie des ennemis qui me parut
eftre d'environ 60, thevaux ,
avec un détachement d'Infanterie,
Gg iij
354 MERCURE
.
eftait fortie d'Alicant , & elle at.
riva dans le temps que je m'en retournois
; & comme la plupart de
nos foldats eftoient employez à la
garde de nas prifonniers , cette derniere
troupe échapa aufort de la premiere
; cependant , avec environ 15.
chevaux qui avoient demeuré à
Varriere - garde pour couvrir noftre
marche , Dom Vincent de Fuenbuena
marchoit déja pour les attaquer:
Il me falut bien courir pour
L'en empefcher, & j'eus encore bien
de la peine à le retenir , tant fon
honneur & fon courage lay en dimi.
nuoient le nombre ; avec cette circonftance
, qu'aucun de nos foldats
n'avoit fon fufil chargé , & qu'ils
avoient tous fort bien employé leur
poudre. Ce qu'on ne sçauroit trop efti.
mer en eux , c'est qu'il n'y en eu; pas
GALANT 355
un feal qui defcendit de cheval pour
profiter des dépouilles de ceux qui
avoient efté tuez Ils ne le voalurent
pas mème , lorsque je Pordonmay
, s'en tenant toûjours à la défenſe
qu'on leur en avoit faite , fur
peine de punition ; dans la quantité
cependant de fufils qui refloient , &
``que nous ne pouvions emporter, j'obligay
un certain nombre de nos Cavaliers
, de defcendre de cheval pour
les rompre, Nous avons aufi.raporté
trois Bannieres que Dom vincent
de Faepbuena va remettre aux
pieds de Votre Excellence. Le Regiment
ennemy eft celuy du Marquis
de Montandre. Nous ferons partir
d'icy tous nos prisonniers dès ce matin
à neufheures , excepté ceux qui
ne peuvent marcher ; il y en a plus
de 80, fort bleffez, & il en est resté
356 MERCURE
"
en chemin 22 qui fe mouroient : Les
Officiers pourrontdire à V. E. combienj'ay
eu de peine à leurfauverla
vie ; ils font inconfolables. Aprés
avoirpu nous compter eux - mêmes à
vingt repriſes , ils ne peuvent pas
encore fe perfuader que nousfulfions
en fi petit nombre. Il y a trois de
leurs Officiers fort dangereusement
bleffez s'ils ne meurent pas la nuit
prochaine , je leur laifferay la liberté
de s'en retourner demain à Alicant
pour le faire penfer,
Il y a des Lettres de Madrid
qui porrent , que le Lieutenant-
Colonel de ce Regiment qui le
commandoit , s'eft tué fe croyant
indigne de vivre aprés une avan
ture pareille.
On doit remarquer que le
Colonel Zerezeda avant que de
GALANT 357
l'action
fe couvrir de gloire par
dont vous venez de lire le détail
, avoit fecouru le Chafteau
de Montela , & qu'avec deux
cens chevaux il y avoit fait entrer
des vivres & des munitions ,
& deffait quatre cens hommes
des ennemis qui luy en vouloient
difputer le paffage. Le
Roy d'Espagne pour recompenfer
ceux qui ont enlevé le Regiment
de Montandre , ordonna
auffi toft aprés en avoir reçû
la nouvelle , une paye extraordinaire
par maniere de gratifica.
tion , à tous les Officiers & Soldats
qui ont eu part à cette action
, & Sa Majefté a honoré
Don Juan de Zerezeda , qui
avant la prise de ce Regiment
s'eftoit encore diftingué par
358 MERCURE
d'autres actions d'éclat , d'une
Croix des Ordres Militaires &
d'un Tiere de Caftille . Sa Majeté
Catholique donna aufli en
même temps une Lieutenance
Colonelle au Capitaine Funbuena
.
Vous trouverez la fuite des
Nouvelles dans les deux Articles
fuivans .
A Albacete , le 23. Mars 1707.
Fay reçu , Mr , la voftre , par
laquelle vous me mandez qu'il
vous vient des Troupes pour former
une petite Arméepour l'Aragon
. Cela fera des merveilles , &
je crois
que
les Ennemis n'auront
GALANT 359
pas beaujeu cette Campagne en ce
Pays- cy.
L'Archiduc eft parti de Valence
pour n'eftre pas témoin de la manoeuvre
qu'ils feront obligez de
faire.
Depuis que les Ennemis ont
abandonné Elche Novelda , ils
reftent dans un refpectueux filence.
Ils ont formé un petit Camp d'environ
cinq mille hommes à la Laye
de Caftille , en deça du Xucar ; le
refte de leur armée doit s'y affembler
inceffamment. Il paffa hier
matinpar icy un Capitaine des Carabiniers
du Regiment de Rouffillon
- Nuevo , qui alloit à Madrid
360 MERCURE
porter au Roy la nouvelle
de la
prife du Regiment
de Montendre
;
Anglois
de nation. Il eftoit auffi
chargédes Drapeaux
.
A Madrid le 4. Avril 1707.
de
Mr le Comte de S.Jean , qui
s'eftoit approché d'Alcanifas ,
Royaume de Leon , avec des Troupes
Portugaifes , & quelque Artillerie
, a efté bleffé d'un coup
moufquet en voulant reconnoiftre
la Place , & il fe retira le lendemain
avec fes Troupes en Portugal:
La Province d'Eftramadure
leve un Regiment de Cavalerie à
fes
GALANT 361
fes dépens , pour la diffenfe de la
frontiere , & ilferafurpied avant
la fin de ce mois.
Le Duc d'Offune a levé en
Andaloufie dans fes terres un Regiment
de Dragons de trois Efcadrons
, qui eft actuellement monté,
habillé, & armé àfes dépens , &
·il a propoféau Roy d'Espagne pour
les emplois de ce Regiment des Officiers
de fervice , que Sa Majesté
Catholique a approuvez ; il eft
Capitaine general de cette Province.
it
Mr le Maréchal de Berwick
écrit du 30. Mars , & du premier
de ce mois , que
que le Marquis
Avril 1707 Hh
362 MERCURE
Das Minas , & le Comte de Gal
loway, font arrivez à Xativa
qu'ilsy ontfait conduire leur Artillerie
, & qu'on affure que toutes
leurs Troupesfortent de leurs quartiers
pour y aller camper ; que celles
qu'ils ont fait embarquer à
Alicante ne confiftent qu'en deux
Bataillons Espagnols formez de
la garnifon d'Alcantara , & qu'ils
·les font paffer à Barcelone , apparemment
, parce qu'ils ne s'y fieroient
pas , fi on les faifoit fervir
dans le voisinage de l'armée du
Roy d'Espagne.
Suivant les nouvelles de Sarragoffe
, l'Archiduc devoit arriver
GALANT 363
à Barcelone le 22. Mars.
La Reine d'Espagne eftant , à
ce qu'on affure dans le cinquiéme
mois de fa groffeffe , s'est fait faigner
ce matin. Elle continue à fe
bien porter. Leurs Majeftez Catholiques
font eftat de paffer au
Palais du Retiro dans la fin de la
femaine prochaine , pour y refter
jufqu'au commencement de Fuin.
Monfieur l' Ambaffadeur de France
fera logé al Hermitano San
Antonio.
La Lettre qui fuit vous divertira.
Elle est d'un Religieux qui
l'a écrite à Madrid à fon retour
de Valence , d'où il eftoit party
aprés l'Archiduc,
Hh ij
364 MERCURE
Lasprefence de l'Archiduc dans
Valence , a diffipé l'idée qu'on s'y
étoit faite de fon mérite & de fes tre
fors . On a vû à découvert , qu'il n'a
ni un ni l'autre , il n'entend non
plus que moy , les affaires d'Etat ni
celles de la Guerre , Auli ceux qui
te gouvernent , qui font le Prince
Antoine Darmflat & un Allemand
fon ancien Gouverneur , dont il aura
befoin longtemps , ne s'attachent à le
faire valoir qu'en le faisant paſſer
pour bon Catholique , on ne luy
laffe manquer ni Meſſe ni Sermon ;
il fe trouve des premiers à tous les
exercices de pieté , & le mèle fi peu
d'autre chofe , qu'on diroit qu'il n'eft
venu en Espagne que pour y conquerir
le Royaume des Creux.Ses forces. con-
•fiftent en 14 ou 15000. hommes ,
parmy lefquels ily a 4000 Anglois,
GALANT 365
Ily faut ajoûter prés de 6000 hommes
que la derniere Flotte a débarquez
à Alicante.
Les Portugais ont beaucoup de
peine à trouver des chevaux pour remonter
leur Cavalerie . Ilsfont reduits
à acheter ceux des chartiers qui
enlevent les bouës des ruës.
Deux Officiers Anglois , ont enlevé
deux belles Religieufes du Convent
de la Saidia de Valence : celuy
qui les a aidé à faire ce rapt
facrilege , a efté condamné à avoir
les deux mains coupées , & à efte
pendu , ce qui a efté executé.
Mr de Legal fervira la Campagne
prochaine en Aragon . Il
partit de Madrid le 25. de Mars
pour Pampelune , afin de recevoir
les troupes Françoifes , &
il les fera marcher à Tudela ,
Hh iij
366 MERCURE
qui eft le quartier d'Aſſemblée ;
Je vous feray part à la fin de
de ma Lettre , de la fuite des
nouvelles d'Espagne , & de l'ar
rivée de Monfieur le Duc d'Or
leans à Madrid .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé, étoit le Vaiſſeau . Ceux qui
l'ont trouvé font , Mrs de Labar
Salocin ; Mouffinat ; le Vaffeur;
l'Abbé Darifxi ; le Marquis de
G. Puteaux , de la rue Traver
fine ; Minet ; B. & Robbe ; Jean
Guy du Beffey , du Cloitre S.
Benoist ; Jolivet & le fameux
Girardin ; Poulet de Metz ;
l'Abbé Archangely ; Dilange ;
Forby & fon amy ; Monbart ;
l'Abbé Girard ; Perier ; le Galois
le Soyeux , Contrôlleur des
Gabelles de Roüen ; Dom ZeGALANT
267
1
lut ; il Signor Bazini de Bolonia
; le fils de Dom Gabriel ; le
Seigneur de la Rade S. Jean's
Melliti di Sameria ; Hoifnard ;
Beauregard , Edme- NicolasMoreau
de S. Florentin , Diocefe
de Sens, Maiftre és Arts en l'Univerfité
de Paris ; l'Abbé baille-
moy à boire ; le malheureux
Lifandre , du Fauxbourg S. Ger-
; main ; l'oncle Chartrain , le
Chaffeur de la rue des trois
Maillets ; le Rieur continuel ;
le Gaillard du chien noir , le
Gantier de S. André , le Poëte
incomparable , le docte Conca .
doc ; le Prudent avare ; B. aux
25. Maiftreffes ; l'Anagramistes
le Premontré nouveau ; l'Adonis
de la ruë Trouffevaches le
beau Simon ; les deux Antago
368 MERCURE
niftes des Quatre - Nations ; le
Directeur de loin , le Sellier de
l'antiquité ; les deux Ambulans
du Palais ; le Baron de l'éloquence
; le Peintre menteur ; le
Difgracié ; le Peintre R... la
Broche ; le beau Bourlier ; Tamirifte
; le Poulet ; le Solitaire
de la rue aux Feves ; Duo Feminin
, de la porte Gaillon's le
bon Norman , le Solitaire quesmine
; Mlles Tiers- Chafteau ,
du cul de fac de l'Opera , &
Lolote , vis - à - vis l'Epée de
bois de la ruë S. Honoré ; Beaupré
; la Fontaine ; Leger ; Cofin
; Lufavine , Paves , Urtonelle
; Gautier l'aînée , de la
rue des Lombards ; des Hayes 5
Lauroy ; le Févre la cadette ;
Baudran ; Minet , de Chartres ;
GALANT 369
Mallet; Auberc l'aînée ; Henriette
Gourdade ; la jeune Muſe
renaiffante la plus jeune des
belles Dames de la rue des Bernardins
; l'adorable Canchon
& la foeur Baber , du quartier S.
Martin , la petite Poule ; la belle
Lingere de la rue des Arcis ; la
brune de Batte ; la chere amie
de Saint Germain en Laye , les
deux Amies de la rue des trois
Maillets ; la charmante Poupon
ne ; N. des deux Anges , ruë S.
Denis ; les deux Belles de la rue
des Bourdonnois ; Babet l'aimable
; Michon l'indiferente ; la
Belle conftante ; la Belle des
trois bouteilles ; la Charmante
veuve & fa chere amie , Mlle
Bizot l'ainée .
Je vous envoye une Enigme
370 MERCURE
nouvelle , faite par Mr de la Jobrie
. Je crois que vous vous attacherez
plus à la deviner , qu'à
y chercher la richeffe des rimes.
ENIGME.
Nez d'un Pere commun, peut- eftre
en mème jour,
Nous sommes trente - deux , tous fort
beaux , faits au tour.
Sous deux Chefs differens nous fai
fons deux Armées ,
Et de nos Commandants nous portons
les livrées.
Quoy qu'ennemis mortels en tout
temps & faifon ,
Nous couchons pelle- meſle enla mémé
maison .
Nous y vivons en paix , mais nous
n'en fortons guere,
GALANT
371
Que pour nous déclarer une cruelle
guerre .
Celuy qui commande eft tant foit
pea poltron ,
Il évite les coups & craint fort la
priſon.
La Princeffe au contraire , ainfiqu'
une Amazone ,
Aux perils les plus grands expofe fa
perfonne.
1
Au fort de la meflée un courageux
Soldat
Souvent change de fexe &gagne le
combat,
J'ay déja vu trente & une année
s'écouler depuis que j'ay
commencé à vous envoyer des
Nouvelles les premiers jours
de chaque mois , & la Lettre
que j'acheve pour vous envoyer
372 MERCURE
Inceffament , fera la premiere de
la trente deuxième année . Ily a
fouvent eu des mois pendant un
filong efpace de tems , à la fin defquels
je me fuis trouvé accablé
de tant d'Articles differens , que
j'ay efté obligé de les remettre
-au mois fuivant ; mais je dois
yous avouer qu'il ne m'en eft
jamais tant refté qu'aujourd'hui
& que je pourrois en compofer
une Lettre entière. Il me feroit
ailé de ne reſerver jamais rien
s'il ne s'agiffoit que de vous dire
Mr l'Evêque de Tourpay & Mr
de Pointis font decedez ; le Roy
vient de donner des Benefices à
tels & tels ; Mr. Portail vient
d'eftre nommé Prefident à Mortier
à la place de Mr le Pelletier
, & Mr le Nain eft devenu
premier
GALANT 373
premier Avocat General , &
ainfi des autres ; mais comme il
ne s'agit pas feulement de cela
dans mes Lettres , où je dois
vous parler à fond des perfonnes
dont j'ay à vous entretenir ,
& que ces Articles font fouvent
accompagnez d'un grand nombre
de circonftances curieuſes
& hiftoriques , ces fortes d'Articles
vous paroîtront toûjours
nouveaux , quand même ils feroient
reculez de plufieurs mois.
Vous devez compter que la Lettre
que vous recevrez aprés cel.
le- cy fera des plus curieufes &
des plus remplies , puifqu'avec
ce que j'ay refervé vous y trouverez
l'ouverture que le Parlement
& la Cour des Aides font
aprés Pafques , ainfi que les Acâ-
Avril 1707
. I i
374 MERCURE
demies établies & entretenues
par le Roy ; & des ceremonies
éclatantes qui fe doivent faire
le mois prochain. Tout cela
fera accompagné des Nouvelles
Courantes , & de ce qui fe fera
paffé à l'ouverture de la Campague
dans tous les lieux où le
Roy a des Armées.
ya
6
On doit demeurer d'accord
que tout ce que S. M. fait eft
toûjours à propos & bien placé.
Ce Prince qui ne voulut fouffrir
à Marly pendant la derniere
femaine du Carnaval qu'une
partie des divertiffemens qu'ily
avoit permis les années precedentes
, donna un exemple d'une
grande fageffe , de même
qu'il en vient de donner un d'u
ne devotion auffi vive qu'exemiGALANT
- 375
plaire qui a édifié toute la Cour
pendant toute laSemaine fainte.
Ce Monarque a affifté à tous les
Offices qui fe difent pendant
cette fainte Semaine , & quoy
qu'extrêmement
longs
ils
n'ont jamais paru trop longs
pour luy . Le Jeudy faint il lava
les pieds à treize pauvres , & les
fervit avec une humilité qui
l'exalta . Le Sermon appellé de
la Céne , fut fait par le Pere Kinquet
Theatin . On écrit de Verfailles
que fon Difcours fut fage ,
poly , remply de feu & d'onction
; & auffi éloquent que folide.
Il eft conftant que ce Pere
a reçu des applaudiflemens
de
Sa Majesté & de toute la Cour,
& qu'un tres- habile Predicateur,
pour ne pas dire le plus
Y
Ii ij
376 MERCURE
habile du fiecle , & qui a fucdé
au Pere Bourdalouë , qui fut
un de fes Auditeurs , luy dit
*qu'il commençoit par où les plus
grinds Predicateurs finiffcient.
>
On peut dire que le Vendredy
faint S.M. paffa toute la journée
dans fa Chapelle , foit pour entendre
la Paffion du P. Gaillard
Jefuite , dont toute la Cour fut
charmée , foit pourentendre tous
les Offices de ce même jour..
La fatigue que le Roy fe donna
le Samedy ne peut eftre comparée
à rien qui en puiffe approcher
, puifque Sa Majesté toucha
le matin quinze cens malades
, & cela d'un air aifé & content
, & fans marquer une certaine
repugnance que les perfonnes
les plus faintes ne pourroient
quelquefois s'empêcher
GALANT 377
de faire voir en de pareilles occafions.
S. M. confacra encore toute
Papreldinée de ce jour - là à
l'examen qu'elle fit avec le Pere
de la Chaife , d'un nombre infini
de perfonnes , dont plufieurs
pouvoient prétendre par
leur merite & par leur vertu ,
aux Benefices qui furent diftribuez
.
Ce Prince affifta enfuite aux
Matines qui furent dites pour
le lendemain. Je ne vous dis
rien du jour de Pâques , qui
étant un jour d'Oraifon & d'al
fiduité à l'Eglife pour les autres
, devoit eftre un jour de repos
pour le Roy , en comparaifon
de tout ce que ce Prince
avoit fait pendant les quatre
Ii iij
378 MERCURE
jours precedens.
Puifque vous fouhaitez que je
vous parle de la fituation des affaires
de l'Europe , je commenceray
par la Pologne . Les interefts
particuliers qui font continuer
les divifions de ce Royaume
, acheveront bien - toft de le
ruïner, fi le Roy de Suede, dont
les Polonois ont plus befoin du
fecours qu'ils ne croyent , ne
travaillent bien- toft à empefcher
fa ruïne totale. Ce Royaume
pouvoit devenir tranquile
& travailler peu à peu à fe rétablir
aprés l'abdication du Roy
Augufte , fi les Polonois cuffent
unanimement reconnu le Roy
Staniflas ; mais ceux que le Roy
Augufte avoit nommez aux premieres
Charges , craignant de
GALANT 379
les perdre lorfque le Roy Staniflas
feroit paisible poffeffeur
de la Couronne , ont demandé
l'Election d'un autre Roy , afin
que leur eftant redevable du
choix qu'ils auroient fait de luy,
il ne les dépouillaft point des
Charges dont ils avoient efté
pourvus par le Roy Augufte. Il
y a outre cela , des intrigues fecrettes
de quelques Polonois ,
qui afpirent fecrettement à la
Couronne . Toutes ces chofes
sont efté caufe que le Czar feignant
de favorifer le party de
ceux qui font contraires au Roy
Stanislas , eft entré fi avant
dans la Pologne , fans qu'on pût
penétrer qu'il agiffoit plus pour
fuy-même, que pour ceux qu'il
feignoit de fervir . En effet , on
380 MERCURE
commence à découvrir qu'il a
deffein de faire élire l'aîné des
Princes ſes enfans , Roy de Pologne
; ce qui n'eſt pas tout à
fait hors d'aparence . Il eſt
en poffeffion d'une partie du
Royaume , dont il confume la
plus grande partie des vivres
& des étofes , d'une maniere que,
foit que fes vues fecrettes réüffiffent
ou non , la Pologne ne fe
remettra de longtemps des fautes
qu'elle a faites . Il ne s'agit
plus de Mofcovites , ignorant
le métier de la Guerre , & dont
la multitude ne fervoit qu'à en
faire périr davantage . La conjoncture
prefente a beaucoup
aidé à leur faire apprendre le
métier de la Guerre , & l'Empereur
y a beaucoup contribué
GALANT 381
Tans penfer aux fuittes de ce
qu'il faifoit. Il a fair paffer
beaucoup d'Allemans dans
les Troupes Mofcovites , afin de
les rendre capables , jointes aux
Troupes Polonoifes , de tailler
de la befogne au Roy de Suede,
& de l'occuper entierement
afin que les Troupes de ce Monarque
ne puffent faire aucuns
mouvemens qui puffent eftre
favorabies aux Princes oppris
mez par S. M. I. qui a fait voir
dans cette occafion une conduite
plus capable de ruiner fes
affaires que de les avancer.
Dans le temps qu'il agiffoit le
plus contre le Roy de Suede ,
il feignoit d'avoir des menage
mens pour luy, & de reconnoiffoit
le Roy Stanillas ; mais toug
ز
382 MERCURE
ce qu'il faifoit eftoit fi mal conduit
la politique eftoit fi
; peu
cachée , & fes mouvemens découvroient
tellement fes irre
folutions , & le peu de fondement
que l'on devoit faire fur fa
parole , que ni le Roy de Suede
ni le Czar ne s'y font point fiez .
Le confeil de ce Prince paroift
auffi jeune & auffi embaraffé que
luy . Ses affaires avec les Mécontens
font toûjours dans une
tres - mauvaiſe fituation . Les
Mécontens avancent toûjours,
& quand les Imperiaux ontquelques
avantages , ce n'eft pas qu'
ils faffent des conqueftes ; mais
ils empêchent feulement quelques
fois les Mécontens d'en
faire un auffi grand nombre
qu'ils feroient s'ils n'y trou
GALANT 383
bient aucun obstacle. La Tranfilvanie
abandonnée par les Imperiaux
, après avoir ruiné des-
Armées entieres pour la conquerir
, eft une grande marque
de leur foibleffe . En effet ils
arouënt eux - mêmes dans leurs
nouvelles publiques , qu'ils ont
des corps d'armées fi affoiblis ,
qu'ils font obligez de les laiffer
repofer pendant toute la
Campagne , afin de fe remettre .
Quant aux affaires de l'Empire
, qui ont beaucoup de liai
fon avec celles de l'Empereur ,
les Troupes de l'Empire fe font
retranchées à la portée du canon
de Lauterbourg , dans des
Iffes du Rhin . Elles paroiffent
vouloir ſe tenir fur la défenfive .
De noftre cofté on ne ceffe
384 MERCURE
point de tirer du canon de la
redoute avancée de Lauterbourg
fur leurs retranchemens ,
& de leur tuer du monde , ce
qui ne les empêche pas de travailler
, & de fe couvrir le
plus qu'ils peuvent . On en
fçaura davantage aprés l'arrivée
de Monfieur le Maréchal
de Villars , dont les projets
concertez avec le Roy , doivent
eftre inconnus . Les ennemis ,
felon toutes les apparences ,
n'auront pas cette Campagne
de grandes forces de ce coltélà
, nonobſtant toutes les preffantes
inftances & les remon
trances faites par les Hollan .
dois pour engager les Cercles
de l'Empire à fournir plus de
troupes que celles qu'ils fe font
engagez
I
GALANT 385
Engagez de donner , eftant dans
l'impuiffance de faire de plus
grands efforts . Cet article eft
un de ceux qui ont le plus chagriné
le Duc de Marlborough
aprés fon retour d'Angleterre,
Ce Duc avoit auffi compté fur
un plus gros corps de troupes
d'Hanover , & fur celles aufquelles
l'Electeur de Brandebourg
a envoyé des ordres de
retourner dans fes Etats , ainfi
que fur les douze mille Saxons
dont l'Angleterre & la Hol
lande fe font ſi ſouvent flatées .
Le Duc de Marlborough , disje
, voyant que tant de troupes
lay manquoient , & que le peu
de fourage ne permettoit pas
d'ouvrir la Campagne de quinze
jours ou trois femaines , eft
Avril 1707
. Kk
386 MERCURE
party pour un voyage de vingt
jours , & il est allé à Hanover ;
à la Cour de Suede & à Berlin:
La bonne opinion qu'il a
de luy-mefme , luy faifant croire
que dés qu'il parlera , il obtiendra
tout ce qu'il fouhaite , où
plûtoft qu'il rangera ces Princes
à la raison , c'eſt à quoy il n'y
à guere d'apparence , puifqu'il
fembleroit
que dés qu'il parle,
tous les Souverains doivent déferer
à ſes ſentimens , & qu'il
y auroit plus d'oftentation que
d'autres chofes dans ce voyage .
Le Roy de Suede eft aujourd'huy
admiré de toute l'Europe
, & mefme de tous ceux qui
le craignent & qui ne l'aiment
pas , à caufe des juftes meſures.
qu'il prend pour rendre ſes feGALANT
387
crets impenetrables , & à caufe
de fa probité & de la juftice
qu'il a toûjours fait voir dans
toutes fes entrepriſes . Il paroîtroit
que tout ce que ce Monarque
a projetté fe feroit reduit
en fumée dés que ce Duc
auroit paru , & que Sa Majefté
Suedoife auroit eu la fois
blefe de fe rendre à fes prieres,
ou qu'elle auroit apprehendé
fes menaces . Enfin la politique
ne veut pas que pour la gloire
du Roy de Suede ce Monarque
luy accorde rien de ce qu'il
luy demandera , quand mefme
il trouveroit dans fes demandes
des chofes qui l'accommoderoient
. Si ce Prince changeoit
le plan de fes projets aprés
avoir écouté le Duc de Marl
Kk ij
388 MERCURE
borough , il ne paroîtroit plus
aufli grand qu'il paroift aujourd'huy
aux yeux de l'Univers ›
& celuy qui auroit eu la gloire
d le faire changer , meriteroit
d'en eftre eftimé . Je ne fuis
point garent de ce qui fe paffera
; je ne fçay point deviner , &
je ne dis point ce qui arrivera ;
mais feulement ce qui devroit
arriver.
Les Lettres qui faivent viennent
de tomber entre mes mains .
Je ne fuis point garent des nouvelles
qui fe trouvent dans les
Lettres que je vous envoye , &
qui me paroiffent eftre bien reçûes
dans le monde . Quant aux
faits que je vous raporte , fans
vous envoyer de Lettres , je
preas totes les précautions
GALANT
qu'il m'eft poffible pour en fçavoir
la verité avant que de vous
les envoyer.
A Oleron , le 16. Mars.
-3 .
Monfieurle Duc d'Orleans arriva
à Bayonne le 8. du courant à
heures aprés midy. Il alla un moment
aprés , rendre visite à la Reine
Doüairiere d'Espagne , & le lendemain
à 9. heures du matin il y retourna
pour en prendre congé Cette
Princeffe trouva moyen , à l'occasion
du Tabac d'Espagne , dont S. 4.
R. prend quelques fois , de l'enga
ger à garder une riche Tabatiere ,
à la fermeture de laquelle il y a
un tres-gros diamant . Ce Prince
trouva dans cette Tabatiere , une
bague de grand prix . Les chofes fe
.
Kkij
390 MERCURE
pafferent d'une maniere fi galante ,
qu'il ne pût s'empêcher de garder
Fun & l'autre. Ce Prince partitfur
Les dix heures dans fa Chaife rou
lante , & prit la route de S. Jean
de Luz , pour aller à Madrid par
Burgos ; & ayant trouvé que la
Reine avoit pris les devans , il mit
pied à terre, & eftant venu à la
portiere du Caraffe de cette Princeffe,
il la preffa de retourner , fe trouvant
comblé de l'honneur qu'elle luy faifoit
; mais elle luy répondit ; qu'on
n'en pouvoit trop faire à un
Prince de fon rang & de fon mérite
, & continua de l'accompagner
prés d'une lieue. Les Espagnols lay
ont envoyé 80 ou 100 mulets ou mules
au paffage , pour luy & pourfa
faitte .
+
Mr de Legal arriva à Pampe--
GALANT 391
lune le z. Ily trouva le Royal Artillerie
qu'il fit marcher à Tudela
les autres Troupes tiennent la même
route. On écrit de cette dernière Vil.
•le ,
que
les Equipages de Mrde Le
gal y font depuis le même jour 2. &
que fes gens qui les y ont conduits ,
ont ordre de l'y attendre. On ajoûte
que la Ville eft remplie d'Arragonnois
qui s'y retirent chaque jour en
grand nombre , & qui affarent qu'on
fçait dans l'Arragon tous nos préparatifs
contre ce Royaume ; & que
n'y ayant pas en tout mille hommes
de troupes reglées , on y purloit de
lever12 . Regimens de Milices ; mais
qu'outre que cette levée paroiffoit impoffible
, les perfonnes raisonnables
ne la croyoient pas affez forte pour
nous refifter.
Une Lettre d'Albaçette du
392 MERCURE
30. Mars porte , que le Bataillon
qui fut enlevé par le Colonel
Zerezeda eftoit en marche
pour aller en garnifon à Girore
, & que les prifonniers ont
efté envoyez au Chafteau d'Alarcon
dans la Manche . Noftre
Armée fe raffembloit fans celle ;
il Y avoit déja à Albacete
vingt - deux mille hommes en
corps ; on y eftoit perfuadé que
Mr de Barvvick marchoit droit
à Valence , & qu'il ne tenoit
qu'à luy d'en eftre le maiftre -
dans quinze jours. La garnifon
d'Alicante eftoit foible ; on y
embarquoit beaucoup de monde
pour la Catalogne , & même
plufieurs effets.
GALANT 393
A Oleron , le 19. Avril .
%
ཛཿ%
Le Courrier de la Malle d'Italie,
parti de Madrid le. 14. arriva hier
au foir . Les Lettres qu'il nous a
apportéesfont du 13. Elles nous ap
prennent que les dernières qu'on
avoit reçues de Mr de Bervi k por
tent que les Ennemis s'eftoient af
femblez; qu'ils occupoient les paffages
depuis la Fuenté de la guera
jufqu'à la Oya de Caftilla ; qu'il
marchoit à eux pour les combattre
& que nous eftions tres -fuperieurs en
nombre en qualité . On ne marque
point la date de la Lettre de Mr de
Bervick ; mais il faut croire qu'elle
eft anterieure de trois ou quatre jours
à celle qui nous enparle , car ilfaut
ce temps-là à un Courrier Efpagnol
394 MERCURE
pour aller d' Albacete à Madrid , &
il s'enfuit que Mr de Bervick a ouvert
la Campagne ily a déja huis
jours, & que fon deffein eft de matcher
à la Plaine de Valence , fans
qu'on nous dife s'il laiſſe ou non ,
un Corps de Troupes aux environs
d'Alicante , pour brider cette Place.
On a publié à Valence depuis le départ
de l'Archiduc , une Ordonnance
par laquelle il est enjoint aux habi
tans à qui en avoit donné des ar
mes de Arcenal dela Ville , de les
y remettre inceffamment.
Les deux Officiers Anglois qui
avoient enlevé les deux Religieufes
eftaient deux Colonels ; on marque
qu'ilsfe fontfauvez bors du Royaume
, & que les deux Religieufes ont
efté trouvées. L'Archiduc n'eft pas
parti deValence le s . comme je vous
GALANT 395
鬼
Favois mandé , mais le 7 On remarqua
qu'il pleuroit enpartant.
On écrit de Tudela du 16. qu'un
de nos Regimens y eftoit arrivé ; que
les autres deftinez pour l'Armée
Arragon y estoient attendus de
jour enjour , & que l'on comptoit que
cette Armée ferait en corps fur la fin
de ce mois. On n'y fçavoit pas ce
qui fe paffe dans Sarragoffe , parce
que perfonne ne peat y entrer ni en
fortir fans eftrefouillé , ce qui fait
que ceux qui y font n'ofent écrire. Ce
Royaumen'areçu aucunfecours; iln'a
d'autres Troupes reglées que les conzenues
au détailfuivant qu'un homme
judicieux & bien inftruit nous
envoye . 300. Fontains Anglois &
Hollandois à Daroca ; 600. Fantalins
des mèmes nations a Calasayud
; 300. Chevaux Aragonnois
396 MERCURE
Magaillon ; 80 , Chevaux à Sara
vagoffe ; 120. Chevaux levez dans
la même Ville ; 500. Fantalins levez
en la méme Ville. Tout cela
monte à
1400.
t
hommes d'Infante
rie , & à 500. hommes de Cavale
rie. Voila à quoy fe reduifent les
Troupes quifont en pied dans l'Ar
ragon.
La Lettre qui fuit eſtant de
Madrid même , vous fera connoître
que les ennemis fe font
mis en campagne plutoft que
n'avoient crû ceux qui ont écrit
les Lettres precedentes. Comme
ils font de beaucoup infe
rieurs ils n'avoient qu'un
moyen à tenter pour leur faire
obtenir quelque fuccés de la
Fortune Ce moyen eftit d'em .
pêcher que toutes les Troupes
qui
GALANT 397
qui devoient compofer l'Armée
d'Efpagne ne fe joigniffent , afin
de pouvoir tomber fur quelques
corps feparez ; mais ce projet ne
leur a pas reüffi comme vous
pouvez voir dans ce qui fuit .
A Citta le 14. Avril .
Je vous diray que les ennemis
ayant fait une marche fur nous , &
ayant afemble diligemment toute
leur Armée, ils ont envoyé un corps
de quinze mille hommes vers un
quartier que nous occupions , que,
nous leur cedamés avant hier , eftant
infoûtenable , ce qui nous a obligé de
nous affembler auffi , eftant partis le
12. du courant pour nous rendre icy
toute l'Infanterie eft jointe an
nombre de cinquante Bataillons tant
Espagnols que François , & cent &
quelques Efcadrons , qui font avec
Avril 1707. LI
398 MERCURE
Milord auprès des Ennemis qui font
Yecla & Milord à Monte- Ale
grés ils garderont les Montagnes ,
n'ayant pas plus d'Infanterie que
nons ; mais nous leurfommes fupe
rieurs en Cavalerie preſque du double
, ce qui les empêchera defe mestre
en Plaine. L'on parle icy de
Troupes qui doivent nousjoindre par
Aragon. Par cette diverfion nous
les jetterions bientoft en Catalogne,
Vous jugez bien que la crain
tea dû ceffer dés que toute l'Ar
mée acfté jointe , & que les Ennemis
ont dû alors commencer
à trembler.
On doit remarquer que les nou
velles de l'Armée , qui font dans
la Lettre de Madrid que vous allez
lire , ne vont que jufqu'au
13. our apparemment lajonction
34
GALANT 399
marquée dans la Lettre du 14 .
de l'Armée ; que vous venez de
lire , n'eftoit pas encore faite.
A Madrid le 18. Avril 1707.
Nous apprenons par les Lettres
de Mr de Bervvik du 11. & du 13 .
que les ennemis ont encore continue
de marcher en avant , & qu'étant
entrez en Caftille ils font venus cam .
per le 12. à recla, Mr de Bervvick
s'eft retire en deça pour aſſembler toutes
fes troupess la plupart defon Infanterie
était à Petrota , & à Chinchilla
le 13. & il étoit avec la Cavallerie
à Montanegro . Toutes les
Lettres des Officiers Generaux portent
que fon armée eft fuperieure en
nombre , & en qualité , & que fes
troupes nedemandent qu'à combatre .
Ainfi il y a apparence qu'ily aura
danspeu dejours une grande action ,
Lij
14400 MERCURE
n'y ayant prefqueplus lieu de douter
que les ennemis ne veuillent hazarder
une bataille , preffez fans doute
parla difficulté dela fubfiftance , &
par la crainte des nouveaux fecours
qui paffent de France en Navarre.
Les Portugais font toujours quel
ques mouvements fur leurs Frontieres
; mais par les Lettres de la
Vielle-Caftille, arrivée, avant hier,
il ne paroift pas qu'ils foient en état
dentrer actuellensent
en campagne ,
comme ils enfont courir le bruit depuis
quelque temps.
Monfeigneur
le Duc d'Orleans eft
arrivée aujourd'huy en cette Cour à
cing heures dufoir en bonnefanté.
Le Roy d'Espagne avoit envoyé
à fa rencontre Don Gaspard Giron ,
Pan de fes Mayordomes
, pour luy
fes caroffes, & des
faire com
S.
Auguſtin , Vil
du
GALANT 4or
lage à 6 lieues de Madrid, an débouche
des Montagnes . S.A.R. eftoit at
tendue icy avec grande impatience , &
fon arrivée afait beaucoup de plaifir
à leurs Majefter , ainsi qu'à
toute la Cour. Ce Prince ne fera icy
que deux jours , & ilpartira enfuite
pour Armée,
J'ay veu d'autres Lettres qui
ajoûtent en parlant de la reception
faite à S. A. R. qu'elle a
efté receue comme les Infants
d'Efpagne. Le Mayordome qui
avoit cfté envoyé pour le complimenter,
fe plaça fur le devant
du carofle avec Mr Amelot
qui avoit auffi efté au devant de
ce Prince , & Son Alteffe Royale
eftoit feule dans le fond . Elle
foupa en particulier , & fut fervie
à genoux . Elle a efté logée
L1 iij
402 MERCURE
dans le Palais , & ceux de ſa fuite
dans les plus belles maiſons des
environs .. :
La Lettre que vous allez lire
Vous apprendra la fuite des nou
velles de l'Arméc .
A Madrid le 10. Avril.
Zes Lettres de Mr le Maréchal
de Bervvick du 17. arrivées cette
nait , nous apprennent que
le 14.
au foir les ennemis avoient marché
drecla pour venir, furprendre les
troupes du Roy d'Espagne , qui
eftoient à Montalegre fous les ordres
de Mr le Duc de Popoly , pendant
que Mr de Berovick étoit a Pretota;
mais que Mr de Popoly en ayant efte
averti s'étoit retiré en bon ordre , &
avoit joint le gros de l'armée qui.
athevoit de s'affembler à Preteta.
Que Mr de Bervvick eftoit veno
x
GALANT 40%
·
enfuite avec toutes fes troupes
Chinchilla con quelques Regimens
devoientfe rendre le 16. Que les
ennemis s'étoient alors avancez a
Pretota , & qu'ayant fait de fa
part toutes les difpofitions pour une
bataille , ne doutant prefque plus
que las ennemis ne vouluffent l'ha-
Zarder , il avoit appris le 17. qu'ilą
avoient marché en arriere dès le 163
du mefme coſté d'Yecla par où ils
eftoient venus ; que le lendemain
18. Mr. de Bervvick matcheroit
avec toute fon armée pour les fuivre,
tacher de les empêcher de rentrer
dans le Royaume de Valence par
Fuente la rguera . Toutes les Let
tres des Particuliers marquent que
les Troupes font de la meilleure vo
lonté du monde .
Je vous parleray plus ample
404 MERCURE
ment le mois prochain de tout
ce qui s'est fait à l'arrivée de S.
A. R. à Madrid , & j'efpere
,"
même vous faire part de tout
ce qui s'eft paffé pendant fa route
depuis Bayonne juſqu'au lieu
où S. M. C. a envoyé recevoir
ce Prince.
Je reçois dans ce moment ce
que vous allez lire .
Extrait d'une Lettre de Tou
lon , du 24. AAvvrriill..
Il arriva hier une de nos Pregattes
venant de Minorque, par la
quelle nous avons fçu qu'il y a en
dans cette Ifle une nouvelle confpivation.
Ces Infulaires devoient le
22. du mois paffé commencer par égor
la Garnifon de Ciudadela , dons
le Major devoit leur envrir les Por
gès. Le Gouverneur de l'Ifle en étant
ger
GALANT 405
avertyfe fervit du Major même qu'il
favoit eftre complice, pour défarmer
les Habitans ; aprés quoy ilfit pendre
vingt-fept des principaux , parmy
lefquels fut le Major & un des
Jurats. Il a auffi envoyé icy buit ou
neuf autres Complices , & nous
croyons bien qu'il y aura encore des
gens punis , Ce Gouverneur Efpagnol,
a parfaitement fait fon devoir , &
nos Marins ne luy ont pas efté inu ,
tiles dans cette occafion.
Le cheval marin; le Sunderland; l'Ha
nover, & le Hodington , Vaiffeaux marchands
Anglois venant de Livourne ri
chement chargez , ont efté pris par fix
Armateurs François à la hauteur du Cap
ou pointe de Beachy. Je fuis , &c.
A Paris ce 3. Avril 1707.
AVIS.
On vendra le Mercure de May le 3.de
Juin.
TABLE.
PRclude remply de faits hiftoriques qui
meritent de l'attention , & qui fait
connoiftre que fi la France a fait de
grandespertes pendant les trois dernieres
Campagnes , elle n'a pas taiffé de
remporter de grands avantages.
Mandementde Mr l'Evêque de Nimes ,
S
63
73 Premier Article des morts ,
Difcours prononcé par Mr Rouviere le
fils , à la findefon Cours de Chimie, 90
Ambassadeur de Portugal à Vienne, 124
Mariage,
128
Hymne à l'Amour,par Mlle des Houlieres
s
136
Article concernant un Eloge du Roy ,fait
par un Espagnol, en Vers Efpagn. 140.
Ordonnance de Mr l'Archevêque de Paris
,
151
Difcours adreffe à la Reine Douairiere
d'Espagne, 154
Second article des morts , 162
Mariage, 187
Bref du Pape, 188
TABLE.
Fortrait du Roy de Suede ,
Cartes nouvelles ,
Clavecin portatif,
191
204
209
Harangue faite à Mr l'Eveſque d'Or-
Moleans , 214
216
Nouvel article concernant feu Mr l'Evefque
d'Autun.
Journal curieux de tout ce qui s'eft passé
dans la derniere Affemblée du Cler
ge ,
224
Difcours fait au Roy au nom des Etats
d'Artois ,
262
271
Livres nouveaux ,
Dons faitspar le Roy , & Titres d'honneur
accordez par Sa Majesté . 274
Journal de tout ce qui s'est fait dans toutes
les Villes de France , où S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans a paffé en
allant en Espagne ,
Divers articles de Marine ,
291
329
Portrait de Mr le Pelletier nommé Premier
Prefident ,
Mariage ,
335
340
Suite des Nouvelles d'Espagne depuis
ma derniere Lettre ,
345
TABLE.
366 Article des Enigmes ,
Article touchant le Mercure prochain ,
371
Tout ce qui s'eft paffé à Versailles pen.
dant la Semainefainte, 374
Situation des Affaires de laguerre, 378
Seconde fuite des Nouvelles d'Espagne ,
dans laquelle fe trouve la reception faite
à Madrid à S. A R. Monfieur le Dua
d'Orleans ,
Confpiration découverte & punie , 404
Quatre Vaiffeaux Anglois pris par fix
Armateurs François ,
·
388
405
Avis pour placer les Figures.
L'Air , C'eft la faifon des Amours , p. 139
L'Ait , Bergers ajustez vos Mufettes,
page 270.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères