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MERCURE
GALAN
DEDIE A MONSEIGNE
TEQUE
LYON
TELA VALLE
LE DAUPHIN
MARS
, 1707.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du-
Palais au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-hait fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII.
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR
Lya lieu de croire qu'on
* ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'ily en a quantité
1
AULECTEUR.
de défigurez étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
оц d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
5
MERCVRE
GALANT
LYON
MARS , 1706 .
#
1803
DE
RIT
IEN ne fait mieux voir
l'ardeur du zele & la fincerité
de l'amour que les peuples
qui font fous la domination
du Roy ont pour ce Monarque
, que les rejouiffances
A iij
6 MERCURE
la
qui ont eclaté dans toutes les
Provinces de France , pour
›
naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne. Il paroift
que ces peuples fe font faifis
avec avidité de l'occafion de
cette heureuſe naiſſance pour
faire voir la profondeur de leur
amour & leur attachement
inviolable pour un Souverain
qui a toujours fait l'admiration
, même de toutes les Puiffances
jaloufes de fa gloire , &
qui ne luy ont fait la guerre
que pour l'obfcurcir & pour
affoiblir fa puiffance que la Politique
ne leur permettoit pas de
>
GALANT
fouffrir , ainfi que l'on peut connoître
par quantité de leurs
écrits , par des Difcours prononcez
chez eux , & même par
leur declaration de guerre.
Tous les Peuples de France ,
dis-je , toûjours charmez d'un
Monarque auffi pieux que
grand , & qui a tant fait pour
L'accroiffement & le maintien
de la veritable Religion , &
l'établiffement de tous
pour
les Arts qui font fleurir un Etat ,
fans parler de mille autres chofes
qui font tous les jours le
fujet de divers Panegyriques ;
tous les peuples , dis -je encore
A iiij
8 MERCURE
ont
une fois , qui fe font une
gloire d'obeïr à un fi grand
Monarque , ayant trouvé une
Occafion favorable de faire
voir qu'ils font toûjours les
mêmes pour un Souverain ſi
digne de leur amour
joint aux réjoüiffances publiques
dont je viens de parler ,
des Concerts à fa gloire , des
Panegyriques , & des Poëmes .
Les Vers Latins & François
n'ont pas auſſi eſté oubliez . On
a vû des Emblêmes ingenieufes,
& des Deviſes qui marquoient
parfaitement les plus belles actions
de fa vie , ainfi que diver-
>
GALANT 9
fes figures allegoriques qui fervoient
d'ornemens à pluſieurs
Feux d'artifice , le tout n'ayant
pour but que de repreſenter
fes vertus morales & chreftiennes.
Enfin on a prononcé divers
éloges de ce Monarque
dans la Chaire de Verité , & il
fembloit que les Peuples vouloient
donner par là des marques
du renouvellement de leur
amour & de leur fidelité , &
l'affurer que dans les conjonc
tures prefentes , ils n'épargneroient
ny leurs biens ny leur
Lang pour faire repentir les jaloux
de fa gloire de l'avoir
10 MERCURE
injuftement attaqué.
Quoy que le détail des réjoüillances
dont je vous ay parlé
dans ma derniere Lettre , en
occupe une bonne partie , celles
dont j'ay à vous parler dans
celle- cy , ne la rempliront
pas
moins , & cependant
il me fera
impoffible
de donner place à
toutes ces Feftes publiques, auf
quelles les Ennemis de la France
doivent faire attention
, puifqu'elles
font voir le zcle & l'égalité
de fentimens
de tous les
François pour le Monarque
qui les gouverne aujourd'huy
.
Vous n'eftes pas du caracteGALANT
II
re de beaucoup de gens , qui
aprés avoir lû une partie des
Articles que l'on renferme fous
un même titre , parce qu'ils
traitent d'une même matiere ,
ne regardent pas les fuivans ,
dont ils prétendent fçavoir le
contenu , & l'avoir deviné, parce
que tous ces fortes d'Articles
font fur le même fujet , &
ont une même fin pour but.
Cependant rien n'eft plus conftant
que la varieté qui regne
ordinairement dans ces fortes
d'Articles , eft tres - grande &
tres - divertiffante , la plupart
des genies eftant differens , pen12
MERCURE
fant & inventant diverſement .
D'ailleurs , lorfqu'il s'agit de
faire une Fefte , & de donner
un fpectacle , tous ceux qui ſe
trouvent dans cette obligation
n'ont pas dequoy faire une dépenfe
qui réponde à leur bonne
volonté , & à l'ardeur de
leur zele , & comme le genie &
l'invention ſuppléent fouvent
en ces fortes d'occafions , ce
qu'ils imaginent de galant &
de fpirituel donne fouvent
beaucoup plus de plaifir que
des Feftes beaucoup plus magnifiques
, & où toutes choſes
fe trouvent avec une grande
GALANT
13
abondance. Tout cela caufe
une tres - grande varieté dans
les Feftes qui fe donnent dans
plufieurs Villes differentes
quoy qu'elles ayent toutes le
même objet pour but , & c'eſt
cette varieté qui fait trouver
des chofes nouvelles dans chacune
de ces Feſtes , & qui fait
que les Lecteurs trop vifs &
trop impatiens qui parcourent
feulement tous les Livres qu'ils
prennent pour lire fans en lire
jamais aucun , croyent ſçavoir
tout ce qu'ils contiennent
parce qu'ils croyent avoir le
don de deviner , & qu'ils s'i14
MERCURE
maginent que parce qu'un
homme a la figure d'un autre
homme , il doit eftre regardé
de même. Les gens de ce caractere
qui parlent trop décifivement
dans les converfations
, des chofes qu'ils croyent
avoir luës , fe trouvent bien
fouvent fort embaraffez , lors
qu'on en cite des endroits aufquels
ils devroient avoir fait
attention , & dont on leur demande
leur ſentiment , & il ſe
trouve par leur réponſe qu'ils
n'ont prefque rien lû des chofes
qu'ils approuvent ou qu'ils
condamnent avec un jugeGALANT
15
ment décifif. J'ay cru , quoy
qu'ennemy mortel de la Satyre
, dont on ne trouve jamais
aucun trait dans les Lettres que
' je vous adreſſe , à moins qu'on
ne l'ait enveloppé dans quelques-
uns des Articles qui me
font
envoyez , fans qu'il puiffe
eftre découvert que par ceux
qui connoiffent particulierement
les perfonnes dont on
parle. J'ay crû , dis - je , quoy
que je ne me fois jamais fait un
plaifir de chagriner perfonne ,
que je pouvois, fans paffer pour
Satyrique , parler en general
de ceux dont je viens de vous
16 MERCURE
faire voir le caractere , parce
que le nombre en eft grand ,
& que ces M" qui ne font rem .
plis que d'eux - mêmes , impofent
prefque toûjours à ceux
qui les écoutent , & qui fe
croyent moins habiles qu'eux ,
quoy qu'ils le foient fouvent
beaucoup
plus. Je paſſe aux
Articles des Réjouiſſances
dont
je dois vous faire parr.
La Ville de Treguier n'a pas
fait voir moins
d'empreffement
que
les autres Villes de Bretagne
, pour marquer la joye
qu'elle reffentoit de la naiffance
d'un Prince à qui le Roy a
GALANT
17
de
cette
donnné le nom que portoient
autrefois fes Souverains. Le
jour que le Te Deum y fut chanté
en action de graces
naiffance , M des Landes
Grand Archidiacre , & Chanoine
de l'Egliſe de Treguier ,
ayant prêche , voicy ce que dit
ce fçavant homme à l'occaſion
des Réjouiffances
qui fe faifoient
ce jour- là par toute la
Ville.
pez
Nous fommes en ce jour occuà
benir le Ciel d'avoir comblé
de joye la Famille Royale & tout
le Royaume ; c'est unejoyepar
ticuliere pour une Province auffi
Mars
1797,
B
18 MERCURE *
fidelle que la Bretagne l'a toujours
efté à fes Princes , & pour un
Peuple belliqueux. Mais je me
trompe en difant que c'est une joye
particuliere , puifque felon Caffiodore
, le comble de la gloire
& de l'honneur est d'estre eftimé
de fon Prince . Quelle marque
plus éclatante de diftinction Sa
Majestépouvoit elle donner à cette
Province , qu'en nommant un
Prince de fon Sang Duc de Bretagne.
Que noftre fort est heureux
d'eftre nez Sujets d'un Monarque
qui parfa fageffe , parfa moderation
, par fa grandeur d'ame ,
par mille autres vertus , meGALANT
19
rite l'Empire de l'Univers . Nous
reconnoiffons deux Souverains ,
l'un celefte à qui nous devons noftre
amour comme un tribut perpetuel ;
L'autre terreftre , dont la puissance
eft une émanation de la Divinité.
Nous luy devons nos biens , noftre
fang, &comme les Abeilles nous
luy devons toutfacrifier avec autant
de zele que de plaifir.
Le jour qui avoit eſté marqué
pour faire des réjoüiffances
à Montauban , à l'occaſion
de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , M
Le Gendre qui en eft Intendant
, fit des liberalitez à tous
Bij
20 MERCURE
les malades & à tous les pauvres
de la ville fans exception ,
ainfi qu'à tous les Convents
de Religieux , & procura la liberté
à plufieurs prifonniers.
Il monta enfuite à cheval avec
un grand nombre de Gentilshommes
& d'Officiers qui s'étoient
affemblez à Montauban
, pour prendre part à cette
fefte. Il traverfa toute la Ville
& diftribua dans les places publiques,
beaucoup d'argent au
peuple qui ne ceffa point de
donner des marques de fa
joye & de crier vive le Roy
& Monfeigneur le Duc de Bre
GALANT
2 .
21
tagne . Deux fontaines de vin
coulerent pendant toute la
journée à la porte de cet Intendant.
Toute la Ville fut
illuminée à l'entrée de la nuit,
& l'on tira un feu d'artifice
que l'on avoit dreffé dans un
pré fur le bord de la Rriviere
du Tarn , vis-à- vis du Pont.
La Maiſon deM' l'Inten
dant , toutes celles de la Ville,
du Fauxbourg , le Pont & les
Ifles mefme qui font fur la Riviere
, furent éclairées d'une
maniere tres- finguliere , chacun
ayant cherché à l'envi à
donner des marques deſa joye
22 MERCURE
Les deux coftez de la Riviere
étoient bordez de fufées qui
tirerent pendant plus de deux
heures , en fe joignant en Arcon-
Ciel.
Tout cet artifice ayant ceffé
de tirer , on fervit à l'Intendance
un fuperbe ſouper fur
quatre tables differentes , fur
lefquelles il y avoit cent cinquante
couverts pour toutes
les perfonnes du beau fexe les
plus qualifiées de la Ville , &
qui furent fervies par autant
de Cavaliers , chacune én ayant
un -devant elle. Tout ce que
la faifon a de plus exquis
GALANT 23
& de plus nouveau , fut fer
vi dans ce repas. Le bal fucceda
à ce fouper. M' le Gendre
avoit fait mettre dans la plus
grande falle de cet Hoſtel ,
quatre Tableaux qui eſtoient
accompagnez des Infcriptions
fuivantes.
PREMIER TABLEAU.
Ce Tableau reprefentoit le
Roy ayant la Couronne fur la
tefte , & à fes coftez Monfeigneur
le Dauphin , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
& Monfeigneur le Duc de
24 MERCURE
#
Bretagne , ces trois Princes
avoient des Couronnes fuf
penduës fur leurs teftes , &
tenues chacune par une main
qui fortoit d'une nuë . On lifoit
les vers fuivans dans le
mefme Tableau-
Non interrupti dat pignus amoris.
Louis dans le Duc de Bretagne
Reçoit un gage precieux ,
De la faveur des Cieux.
Qui toujours l'acompagne ,
Comblé de benedictions ;
Il voit dans fa famille augufte
Les quatre generations
Tantdefois promifes au jufte.
DEUXIE ME
1
GALANT 825
(1
DEUXIE ME TABLEAU .
On voyoit dans de ce Tableau
Monfeigneur le Duc de Bre- .
tagne vêtu en Amour , tenant
à chaque main une branche
d'Olivier qu'il preſentoit au
Roy & àMonfieur le Duc de Savoye.
Deux Colonnes eftoient
placées aux deux coſtez de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, avec ces deux vers.
• Prælia jam ceffent , veſtri ſim nodus
amoris ,
· Me fine tela , volant me veniente
cadant.
Mars
1707. C
26
MERCURE
TRADUCTION
· Si ma naiffance apour vous quelques
charmes ,
Daignez- vous rendre à mes tendres
fouhaits ,
En ma faveur quittez les ar
mes ,
Et que je fois le noeud
d'une
éternelle
paix.
TROISIEME TABLEAU.
Ce Tableau faifoit voir un
Fleuve appuyé tranquillement
fur fon Urne , & voyant groffir
fes eaux à mesure qu'elles
s'éloignoient de leur fource ,
GALANT 27
Symbole de la durée , & de
l'accroiffement de la Maifon de
Bourbon , par la naiſſance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, avec ces mots tirez d'un
Vers de Virgile .
Vires que acquirit eundo.
TRADUCTION.
Plus il s'éloigne de fa fource ,
Plusfes eaux groffiffentfon cours
Et dans fon propre lit, il trouve
la
reſſource
Qui le fera durer toûjours,
C
28 MERCURE
QUATRIE
ME TABLEAU
.
On y voyoit Monſeigneur
le Duc de Bretagne dans fon
Berceau , avec ces deux vers.
Invideant hoftes , cælo aufpice ,
mafcula proles
Prodiit , & proavum, te Lodoice,
facit.
TRADUCTION
.
Quet Roy dans l'Univers eut jamais
l'avantage
De fe voir Pere , Ayeul & Bifaycul
,
GALANT 29
Il n'appartient qu'à Louis feul
D'avoir ce bonheur en partage.
Que tous vos ennemis, grandRoy,
feront furpris
Et leur envie confternée,
Si nos defirs font accomplis
Et que vous puissiez voir encore
la lignée
De voftre arriere petit fils.
La Lettre qui fuit vous apprendra
les réjouiffances
qui
ont efté faites à Toulon.
A Toulon ce 16° Fevrier 1707.
Je crois Mr vous devoirfaire
Cij
30 MERCURE
part des réjouiffances qui fe font
faites icy à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Betagne, pour qui toute la France
a fait fait encore des voeux,
& que tout le monde regarde
comme un Envoyé du Ciel , pour
nous apporter la Paix.
Dés
que
Mrs les Maire &
Confuls eurent appris cette heureufe
naiſſance , ils firent dreffer
un Arc de Triomphe , orné de
fleurs , de verdure & de peinture
, dans le milieu de l'espace
qui fe trouve entre l'Hofiel de
Ville & le Port , qui eft de
quarante pas de longueur , fur
GALANT BL
pa-.
wingt de largeur, & dont on
avoit fermé les deux avenuës ,
par de grands Portiques ornez
de la mefme maniere , au travers
defquels , l'Arc de Triomphe paroiffoit
en Perspective.
Au-deffus de ces Portiques ,fur
une plate-bande couverte de
vois femez de fleurs- de - lis , on
avoir mis du cofté de la rue
Bourbon les Portraits du Roy,
Monfeigneur le Dauphin , &
de toute la Famille Royale ; &
du cofté du Port, le Portrait de
Monfieur l'Amiral, & les Armoiries
de Mrs les Marefchaux
de France , de la Marine. An
de
C iiij
32 MERCURE
haut de chaque Portique , on
avoit arboré un grand Pavillon'
de Vaiffeau , de toile blanche , qui
flo oit entre deux grands Guidons
aux armes de France & de Bretagne
.
Sur les Pilaftres dans les compartimens
de l'Arc de Triomphe ,
on avoit mis des infcriptions &
des devifes peintes dans plufieurs
cartouches ; & fous le milieu du
carré , couloit une fontaine de vin
à deux tuyaux
.
Cette fefte qui a durétrois jours,
commença le Dimanche 13. A
l'iffuë de Vefpres. Mr le Marquis
de Chalmafel Commandant
1
GALANT
33
1
de la Ville , & Mrs les Maire
&Confuls en chaperon , fuivis
du Corps de Ville & precedez
des Tambours , des Fifres & des
Trompetes , fe rendirent à l'E
glife Cathedrale , où l'on chanta
le Te Deum en Muſique, Monfieurde
Chalucet noftre Evefque,
Officiant Pontificalement.
On avoit fait prendre les armes
à cinquante hommes choifis
de chacun des quatre quartiers ,
qui compofoient quatre Compagnies
, ayant les quatre Capitaines
de Ville à leur tefte . Ces quatre
Compagnies formoient une haye
le long des rues dans lesquelles on
34 MERCURE
marcha en ceremonie , jusqu'aux
portes de la Cathedrale , où elles
borderen la Place qui eſt audevant
, pendant qu'on chanta le
Te Deum , & firent trois dé
charges de Moufqueterie , d'où
on alla dans le mefme ordre juſqu'au
logis de Mr de Chalmafel,
& de-là à l'Hoftel de Ville . Le
foir à l'entrée de la nuit , on
marcha encore dans le mefme
ordre ,jufqu'à la Place d'Armes
où les troupes de la Garnifon étoient
en bataille , e où Mr de
Chalmafel & Mrs les Maire &
Confuls allumerent le feu de joye,
au bruit de trois décharges de
GALANT
35
toute l'artillerie , des cris
ن و ب
vive le Roy . On fit en mefme
temps des feux dans toutes les ruës
& des illuminations à toutes les
maiſons
Le fecond jour , le Regent
d'Humanité du College des Peres
de l'Oratoire , fondé par la Ville,
fit déclamer par fes Ecoliers habillez
en Bergers , un tres -beau
Poëme Latin , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne
; Mis les Maire & Confuls
& tout le Corps de Ville y
affifterent en ceremonie.
Le troifiéme & dernier jour ,
ils affifterent auſſi à une Ha
36 MERCURE
rangue que le Reverend Pere
Leonard , Profeffeur de Rhetorique
au mefme College , prononça
fur le mefmefujet , avec beaucoup
d'éloquence & avec fa vivacité
naturelle ; & le foir il fit jouer
un feu d'artifice dans la cour du
College qui eftoit toute illuminée,
ainsi que les dehors de la maison .
Pendant ces trois jours on afair
les mefmesfeux de joye, les mefmes
illuminations & les mefmes décharges
d'artillerie. Lafontaine de
vin a auffi coulé pendant les trois
jours, & Mrs les Maire & Con-
Juls ont fait diftribuer aux pauvres
, à la porte de l'Hostel de
GALANT 37
Ville deux mille pains chaque jour.
Mr de Chalmafel pendant ces
troisjours, a donné de magnifiques
repas aux Dames , à Mrs les
Officiers de la Marine & de la
Garnifon , à Mrs les Maire &
Confuls & aux autres Officiers
de Ville. Jedn
>
Mr de Briffac , Aide- Major
de la Place , a fait auffi des réjouiffances
en fon particulier dans
fa maifon & dans fon voisinage,
avec une troupe de fes amis
beaucoup de Dames , à qui il
donné de grands repas & qui ont
pendant les trois jours allumé tous
enfemble un feu de joye devant
a
38
MERCURE
Sa porte au fon des Tambours
లో des Trompetes
, & au bruit
de la Moufqueterie
d'une troupe
de fes voisins qui s'eftoient
mis
fous les armes , pour faire honneur
à fa fefte.
Voicy les Infcriptions qui
cftoient à l'Arc de Triomphe.
I. CARTOUCHE .
SERENISSIMO PRINCIPI
recens- nato ,
BRITANNIÆ DUCI
Jam
nova progenies , coelô demittitur
alto.
GALANT
39
Nafcenti PUERO, manibus date
Liliaplenis.
II.
CARTOUCHE .
Le jeune Prince , reprefenté
dans fon Berceau , fous la forme
d'Hercule , avec ces mots :
... Jam Jove dignus.it ?
expliquez par les Vers fuivans.
t
Le Cielfavorable à nos voeux
Rend ADELAIDE féconde ;
Er du Sangleplus pur du monde,
Nous donne un fecond Fils digne
defes Ayeux.
40 MERCURE
III. CARTOUCHE .
Deviſe pour le Prince.
Un Lis , avec ces mots :
Cælefti munere.
expliquez par les Vers ſuivans.
Soigneux du bonheur de la Fran
ce ,
Et non content du don déjafait à
CLOVIS ,
Le Ciel , en faveur de Lours ,
Dont il veut augmenter la gloire
la puissance ,
Ajoute à Ja Couronie , encore un
nouveau LIS.
GALANT 41
IV.
CARTOUCHE .
Autre Devife .
L'Arc- en- Ciel, avec ces mots :
Datfigna & pignora Pacis.
expliquez par les Vers fuivans.
Le Ciel , quoy qu'irrité juſtement
contre nous ,
Senfible à nos foupirs , calme enfin
fon courroux.
Cet Arc brillant en eft une marque
affurée ,
Et nous promet la Paix fi longtemps
defirée.
Mars
1707. Ꭰ
42 MERCURE
V. CARTOUCHE.
Sous le Portrait du Roy.
Nous mettons en nos jours toute
noftre esperance.
Vivez long-temps, GRand Roy,
vivez pour enfeigner ,
Aux Heros deftinez à gouverner
la France ,
L'Art de combatre & de regner.
VI. CARTOUCHE .
Sur la Fontaine de Vin.
Amis , dans ce jour fortuné ,
GALANT 43
Chantons , rions , vuidons le
verre ,
Buvons à la fanté du Prince nouveau-
né.
Il vient pour appaifer les troubles
de la terre ,
Et fait déja couler de bon vin à
longs traits.
Que l'Allemagne l'Angleterre
Veuillent où la Guerre ou la
Paix ;
Bûvons , puis nous ferons ou la
Paix ou la Guerre. ⠀
Ces Vers ont efté faits par
M' Trotebas , Avocat - Secretaire
dé la Ville de Toulon .
Je fuis , M , voftre , &c . 4
Dij
44 MERCURE
Le College de Vendofme ,
regi par des Preftres de l'Oratoire
, ayant voulu à l'exemple
de la Ville , donner des marques
de fa joye pour la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne. Les écoliers furent
divifez en quatre Compagnies
militaires , dont les Officiers.
auffi bien que les Soldats ,
avoient efté fi bien inftruits
qu'ils s'acquiterent en vieuxSoldats
de toutes leurs fonctions.
La Fefte commença par une
Paftorale qui fut reprefentée
fur un tres- beau Theatre . Cette
Paſtorale qui expliquoit le fujet
GALANT 45
de la Fefte, eftoit accompagnée
deplufieurs concerts de Mufique
à la louange du Prince
naiffant , & de voeux pour la
confervation du Roy , & pour
celle du jeune Prince. La piece
finie on paffa à l'Eglife , qui
eftoit parée de fes plus beaux
ornemens . Le Te Deum ·Y fut
chanté en mufique , de la com
pofition d'un tres-habile maî
tre.Aprés cette action de picté,
les Compagies militaires des
Ecoliers , qui y avoient affifté
en tres- bon ordre , fuivies de la
Communauté des Preftres de
l'Oratoire en habit de Choeurs
46 MERCURE
fe rendirent autour du feu de
joye , preparé dans la grande .
cour. Il fut allumé au milieu
des acclamations de Vive le
Roy , & d'une foule extraor
dinaire de peuples de la Province
, que cette ceremonie
avoit affemblez. On vit en
mefme temps paroiftre une
grande ilumination dans les
deux corps de logis du haut en
bas ; & l'on fit plufieurs falves
de Moufqueterie , qui furent
fuivies d'acclamations redoublées.
L'empreffement que le
peuple avoit de prendre part
la joye publique , fut fi vioGALANT
47
1
5
•
lent que comme on gardoit
avec beaucoup de foin les porres
pour empêcher la confufion
, il perça les murailles afin
d'avoir une libre entrée. Les
Ecoliers parurent fous les armes
durant trois jours, pendant
lefquels ils continuérent à don
ner des marques de leur joye.
Voicy ce qui s'eft paffe
Noyon touchant les Réjouiffances
faites fur le même fujet.
Les Capitaine , Officiers &
Chevaliers du noble Jeu de
l'Arc de cette Ville-là , qui fe
font diftinguez en de pareilles
occafions , n'ont pas manqué
48 MERCURE
de fe fignaler en celle- cy , puis
qu'auffi- toft que cette agréa
ble nouvelle y fut annoncée ,
le Capitaine fit avertir les autres
Officiers & tous les Chevaliers
de fe rendre en épée à
l'Hoſtel du Jardin , où la Compagnie
s'affembla , & refolut
unanimement de faire chanter
le Te Deum , en actions de graces
de ce nouveau don du Ciel ,
& fur l'heure cette Compagnie
marchant en ordre Tambours
battans , & Enfeigne déployée ,
les Capitaine , & Lieutenant à
la tefte , fe rendit à l'Eglife de
Sainte Godeberthe , Paroiffe
du
GALANT 49
I
S
•
du Jardin où elle fit chanter le
Te Deum , & les autres Prieres
pour le Roy & pour la Maiſon
Royale .
Enfuite la Compagnie eftant
revenue dans le même ordre à
I'Hoftel , elle paffa le refte de la
journée & une bonne partie de
la nuit à celebrer cette Fefte,
où la fanté du Roy fut bûë à
plufieurs repriſes.
Les illuminations , que le Ca-.
pitaine avoit ordonnées , parurent
pendant le foupé fur la
porte de l'Hôtel, aux feneftres ,
& fur toutes les murailles du
Jardin , & durérent bien avant
Mars
1707.
E
50 MERCURE
dans la nuit , tandis que les
Tambours de la Compagnie
battoient à la porte pour avertir
le peuple de venir boire à la
fanté de Sa Majefté , & le vin
fut abondamment répandu à
tous les furvenans. Mais lá
Compagnic voulant donner de
plus grandes marques de fon
zele & de la joye qu'elle ref
fent de la naiffance de ce nouveau
Prince , ne ſe contenta pas
de cette premiere Fefte , &
avant de fe féparer elle cont
vint d'en faire une feconde ,
qu'elle indiqua pour le 2 du
mois de Février ; ce qui fut
1.
C
GALANT ST
executé de la maniere qui
fuit.
Elle fit orner la grande porte
de l'Hoftel du Jardin , de
feſtons , de guirlandes , de pal
mes , & de lauriers ; au milieu
defquels & dans le frontifpice
,
eftoient placées les armes du
Roy, & parmy ces feftons &
ces guirlandes
, on lifoit l'inf
cription fuivante , en quatre
endroits differens,
títnud ausd ,oup ni
RENOVATA GAUDIA.
On avoit élevé au bout de
la ruë du Jardin , & danstoure
Eij
52 MERCURE
fa largeur , un Arc de Triom
phe de trente pieds de haut à
trois portiques
, accompagnez
de colonnes , de piédeſtaux
,
& de tous les ornemens qui
leur conviennent
; le portique
du milieu eftoit fermé.
Le Portrait du Roy fut placé
au haut du frontispice , avec
cette infcription .
REGI PROAVO
IN QUO DEUS EFFECIT
NEQUID DESIDERETUR.
Au cofté droit eftoit dans un
Cartouche.
GALANT 53
GENERATIO RECTORUM
BENEDICETUR.
Et au coſté gauche , cette
autre inſcription :
UT VIDEAS FILIOS FILIORUM
TUORUM ..
A un pied au deffous du Portrait
du Roy , on avoit auffi
placé le Portrait de Monfeigneur
le Dauphin à la droite
& celuy de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne à la gauche,
aveccette infcription.
Eij
$4 MERCURE
DELICIA PATRIS , ET FIRMAMENTUM
REGNI .
On voyoit plus bas un Tableau
qui reprefentoit Monfeigneur
le Duc de Bretagne
dans un lit de parade , pofé
dans le fond du portique fermé,
& dans un grand Cartouche au
deffous eftoit écrit :
VENITE ET VIDETE OPERA
DOMINI.
REVIVISCIT
NOMEN EJUS EST DUX
BRITANNIÆ
VIVAT.
GALANT 55
ITERUM DEUS DEDIT REGUM
MAXIMO
PRONEPOTEM
PROBIS HÆC DEBITA MERCES
REGIBUS
LETEMINI EQUITES LÆTENUTUR
CIVES , ET OMNES
DICANT
VIVAT REX PROAVUS .
VIVANT AVUS ET PATER.
VIVAT ET FILIUS:
Et entre les deux pié-d'eſtaux
du Portique on lifoit :
Hoc Equites Ludi Nobilis Ar
tus Civitatis Noviomenfis , in
E iiij
56 MERCURE
feliciNativitate D D.D. Ducis
Britannorum , Monumentum pofuere.
On prepara enfuite les cho
fes neceffaires pour les illuminations
, tant le long de la corniche
de l'Arc Triomphal
que fur
le fronton , au milieu duquel
& fur les deux bouts , furent
placez trois grands vafes remplis
de matieres combustibles,
On difpofa auffi des illuminations
fur le frontifpice de la
porte de l'Hoſtel , & fur les
corniches , fur les feneftres de
l'Hoftel , fur les murailles du
Jardin , & même fur les murail
GALANY
57
les des deux coftez de la rue.
A cofté de la porte le Capitaine
fit faire une fontaine pour
diftribuer le vin qu'il vouloit
donner au peuple.
Enfuite on fit dreffer dans la
place voifine du Jardin ,on feu
de bois , dans le milieu duquel
on plaça une colonne de trente
pieds de haut , fur le chapiteau
de laquelle on avoit pofé
une Renommée prête à fonner
de fa Trompette , dont la ban
derole contenoit ces mots :
ITERUM DICO GAUDETE ,
Il y avoit fous les pieds de
cette Renominée des feux d'ar
58 MERCURE
tifice qui devoient faire leur
effet à mesure que le feu de
bois s'allumeroit.
On avoit auffi fair conduire
dans la place du Jardin fix pie
ces de petit canon . i
Tout le trouvant en cet
eftat , les Capitaine , Officiers
& Chevaliers s'eftant rendus en
armés à l'Hoſtel , deux autres
Compagnies des Chevaliers des
Jardins de l'Arc qui font dans
lesFauxbourgs de la Ville , & qui
font foumifes à celle duJardin,
s'y rendirent pareillement ſui
vant l'ordre quileur enavoit été
donné.
GALANT
59
1
A fix heures precifes , la
Compagnie
en armes fortit du
Jardin à la clarté des flambeaux,
Tambours battans , En-:
feigne déployée , les Capitaine
& Lieutenant à la tefte,
& precedée de Violons & de
Hautbois , fe rendit en l'Eglife
de Sainte Godeberthe
avec
Ies deux Compagnies des Fauxbourgs
qui marchoient
dans
le mefme ordre ; & aprés avoir
mis les armes bas à la porte,
elles affifterent au Te Deum
qui fut chanté en Mufique ,
& aux Prieres pour le Roy &
pour Meffeigneurs les Princes
60 1
MERCURE
Aprés quoy ces trois Compagnies
fortirent dans le mefme
ordre , repritent leurs armes
aprés avoir fait le tour
de la place, où eftoit le feu de
bois. Le Capitaine & le Lieutenant
de la premiere Compagnie
allumerent ce feu qui
ayant fait prendre les feux d'artifice
, fit un tres - agreable effet.
Tous les Chevaliers de ces
Compagnies firent alors plufieurs
décharges de Moufqueterie
qui furent fuivies de
celles du canon , ce qui fe fit
avec des cris & des acclamations
redoublées de vive le Roy
GALANT 61
par tous les Officiers , Chevaliers
& habitans de la Ville
qui eftoient prefens,
La Compagnie retourna enfuite
dans le mefme ordre au
Jardin, fuivie des deux autres ';
& comme toute la rue eftoit
pour lors illuminée auffi- bien
que l'Arc Triomphal , on
apercevoit cet Arc du haut de
la rue & les Portraits du Roy
& de Mefleigneurs les Princes,
avec les Inferiptions dans une
perfpective la plus agréable du
monde , & tous les Chevaliers
firent devant l'Arc Triomphal
plufieurs décharges de Mouf
queterie.
62 MERCURE
Auffi - toft que les Compagnies
furent rentrées dans le
Jardin , on regala d'une collation
les Compagnies des Fauxbourgs
qui fe retirerent enfuite
à la referve de leurs Officiers
qui refterent au foupé que
la premiere Compagnie donna ,
dans lequel on paffa la meilleure
partie de la nuit, pendant
laquelle on but plufieurs fois
à la fanté du Roy au fon des
Violons & des Hautbois , &
au bruit des Tambours & de
plufieurs décharges du canon
qu'on avoit fait conduire dans
le Jardin .
GALANT 63
On fit couler pendant le
foupé la fontaine de vin que
le Capitaine donnoit au peuple
, qui venoit le recevoir &
qui redoubloit continuelle
ment fes cris de vive le Roy
avec la plus grande allegrefle
du monde.
*
Enfin le Capitaine & les
autres Officiers furent reconduits
chez eux , & les colla-
Itions qu'ils donnerent aux Chevaliers
, firent continuer juf
qu'au lendemain , cette agréable
fefte.
Ils ne s'eftoient pas moins
diftinguez à la Naiffance de
64 MERCURE
feu Monfeigneur le Duc de
Bretagne , & le Roy en ayant
marqué beaucoup de fatisfaction
& ayant fait connoiftre
qu'il cftoit tres content du zele
qu'ils faifoient paroiftre dans
toutes les occafions où ils
avoient lieu de le faire éclater,
Sa Majefté receut favorablement
un Placet par lequel ils
luy demanderent la grace de
l'exemption de la taille & du
logement des gens de guerre,
qui leur fut accordée
pour ce
luy des Officiers ou Chevaliers
qui abatteroit l'oifeau que la
·Compagnie tire chaque année
GALANT 65
1
クh
•
le premier jour de May. M
de Vaulx , Capitaine de la
Compagnie , qui avoit dreffé
le Placet , dit dans une affemblée
que la mefme Compagnie
tint aprés avoir obtenu du
Roy la grace qu'elle luy avoit
demandée , que quoyque lesfaveurs
d'un fi grand Prince fuffent
au-delà de toute reconnoiffance
comme elles eftoient toujours au-
Ideffus du merite des Sujets , néanmoins
il eftimoit que la Compagnie
devoit dans cette occafion
3
1
marquerfon zele , & qu'il eftoit
perfuadé que Meffieurs les Offi-
Chevaliers concoureroient
Mars
1707. E
66 MERCURE
avec luy unanimement à l'exe
cution du projet qu'il avoit dreffé,
& qu'il leurprefentoit de ce que la
Compagnie & ceux qui y entre
roient à l'avenir , devoient faire
pour ne perdre jamais de vûë un
ft grandbienfait.
Sur quoy
la
Compagnie
aprés avoir examine ce Projet ,
l'approuva d'une commune
voix & avec la plus grande
joye , & en confequence refolut
qu'à l'avenir & à per
petuité elle feroit dire & celebrer
en 1 Eglife de Sainte Godeberthe
, Paroiffe du Jardin ,
le premier jour de May de
GALANT 67
:
chaque année , une Meffe folemnelle
& en Mufique , avec
le Te Deum , l'Exaudiat , le.
Domine falvumfac Regem &les
Qraifons ordinaires , tant pour
remercier Dieu de la confervation
de la tres- precieufe &
facrée Perfonne de Sa Majefté,
de laquelle dependoit le bonheur
de la France , que pour
luy demander la continuation
& la durée de fes jours comblez
de merite , d'honneurs &.
de gloire qui ne devroient jamais
finir , & qui devoient au
moins participer à l'immorta
lité de les actions glorieuſes .
Fij
68 MERCURE
Comme auffi qu'aux deux
Services de la Fefte de la tres-!
Sainte Trinité & de Saint Se
baftien, que la Compagnie fait
dire & celebrer tous les ans en
la mefme Paroiffe , les mefmes
Prieres pour le Roy feroient
ajoûtées & chantées.
La Compagnie pria le Ca- e
pitaine & les Officiers de traiter
& paffer Contrat de cette
Fondation avec Mrs les Curé,
Marguillers & Paroiffiens de la
même Paroiffe, pour tels prix,
charges & conditions qu'ils
aviferoient conformément au
prefent Acte , leur donnant
GALANT 69
2
A
à cet effet tout pouvoir.
La Compagnie
refolut de
plus que le premier
May de
chaque année tous les Offi
ciers & Chevaliers
feroient tenus
de fe trouver au Jardin
avec l'épée au coſté à neuf
heures precifes du matin ; que
pour cet effet ils feroient avertis
par les Tambours
de la
Compagnie
qui battroient
le
premier coup à fept heures du
matin , & le fecond à huit
heures , pour faire marcher la
Compagnie
en ordre , Ens
feigne déployée
& Tambours
battans , jufqu'à la Porte de
70 MERCURE
l'Eglife où les Officiers &
Chevaliers entreroienr en leur
rang & affiſteroient à la Meſſe
& aux Prieres , à peine d'amende
contre chacun de ceux
qui y manqueroient , laquelle
amende ne pourroit estre remife
ni moderée que pour caufe
de maladie ou d'abſence au
moins de huit jours , en forte
qu'il ne feroit pas permis de
s'abfenter dans le cours def
dits huit jours.
Et afin que cette Fonda
tion ne fut pas interrompue, &.
qu'elle duraft à perpetuité, tous
les Officiers & Chevaliers son
GALANT 71
bligeroient par ferment de l'en- →
tretenir , ce qu'ils firent à
l'inftant ; & la Compagnie ordonna
que les deniers neceffaires
pour l'entretien annuel
de ladite Fondation , feroient.
levez comme taxe ordinaire du
Jardin fur les Officiers & Chevaliers
, qui ne recevroient au
cún nouveau Chevalier fans
luy faire prefter pareil ferment,
à peine de nullité de fa Recep
tion , & qu'au ferment quele
Chevalier prefte le jour de fa
Reception , on ajoûteroit.
Vous promettez auffi d'entre
72 MERCURE
tenir la Fondation que la Compagnie
a faite d'une Meffe folemnelle
des Prieres pour
Roy.
le
Vous trouverez un autre
voeu dans la Relation fuivante .
J'ay cru n'y devoir rien changer
, & je vous l'envoye dans
le mefme ftile qu'elle a efté
faite. J'ajoûteray feulement que
tout le monde convient de ce
que l'on y dit de M' le Prefident
de Nupces.
RELATION
GALANT 73
RELATION
IS
De ce qui a efté fait dans la
Devote & Royale Chapelle
de M les Penitens Bleus de
Touloufe , pour la Naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne.
T La Ville de Touloufe a de tout
temps produit des hommes qui fe
font diftinguez par leur merite
par leur fidelite en tout ce qui regarde
le fervice du Roy ; mais on
peut dire a fa gloire que ceux qu'on
y voit de nos jours , ne cedent en
rien à ceux qui les ont precedez.
Mars
1707.
G
74 MERCURE
Mr de Nupces , Prefident à
Mortier au Parlement de cette
Ville , vient d'en donner des preuves
fingulieres ; cet illuftre Magiftrat
n'eut pas plutoft pris part
aux Réjouiffances publiques qu'on
y fit pour l'heureuſe naiſſance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne ,
qu'il refolut à fon tour de faire
éclaterfa joye , & de faire rendre
au Ciel des actions de graces particulieres
de ce bien-fait ineftimable
qu'il a répandu fur la France.
L'occafion ne pouvoit eftre plus
favorable à fon zele ny à fa pieté
; il venoit d'eftre élú Prieur de
la Royale Confrerie des Penitens
GALANT 75
Bleus qui a l'honneur d'avoir
dans fes Regiftres le nom de Louis
Le Grand , ce nom fi aimé de fes
Sujets ,fi respecté dans l'Univers ,
que la gloire a marquépar tant
de traits immortels , de même que
les noms auguftes de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne & de Monfeigneur
le Duc de Berry.
Il propofa d'abord à cette Compagnie
de faire celebrer dans leur
Chapelle une Fefte de trois jours ,
avec l'Expofition du Saint Sacrement
, & de s'engager par un voeu
folemnel à reciter à genoux tous
les Vendredis durant dix années ,
cinq fois le Pater & cing fois
Gij.
76 MERCURE
l'Ave Maria , pour la conferva
tion du Prince nouveau - né , &
pour la profperité de toute la Famille
Royale ; cette pieufe refolution
fut unanimement approuvée
de tous les Confreres , & on choifit
le Dimanche fixième de Fevrier
pour commencer ces Prieres . Mr
l'Archevêque de Toulouſe futprié
d'en permettre l'execution , ce Prelat
zelé comme Confrere & ancien
Prieur , voulut en faire l'ouver
• ture , il fe rendit dans la Chapelle
à dix heures du matin , qu'on
avoitprisfoin d'orner magnifiquement
pour y celebrer la Meffe qu
fut chantée par une excellers
"
GALANT
77
.
Mufique. Les Confreres revestus.
de leur Sac de penitence , y affifte
rent avec beaucoup de devotion ;
plufieurs d'entr'eux y communierent
dans le même efprit qui fervoit
d'objet à cette Fefte. LeCorps
de Ville , des Perfonnes du premier.
rang & de tout fexe , voulurent
s'y trouver , il fut aie de remarquer
par l'attention.
cun apporta à cette Ceremonie , que
c'eftoit moins la curiofité qui les
avoit attirez en ce lieu , La
que
religion &un amour tendre &
respectueux pour le Prince .
A la fin de la Meffe Mr l'Ar
chevêque revestu de fes Habits
que
cha-
Giij
78 MERCURE
Pontificaux , reçut le Vau le Vou que la
Compagnie avoit déliberé defaire.
Ilfutprononcé par Mr le Prieur
à la face des Autels , & accompagné
du Te Deum en Mufique ,
dont la compofition eftoit nouvelle ,
& qui fut trouvée de tres bon
gouft.
L'aprefmidy du même jour, lés
Vefpres furent chantées folemnel
lement par les Confreres , & ony
donna la Benediction du Saint Sa.
crement. On continua cette Fefte
les deux joursfuivans , par l'Expofition
du Saint Sacrement , &
par un grand nombre de Meffes
qu'on fit dire dans la Chapelle ;
GALANT 79
tous les Confreres animez par l'exemple
de Mr le Prieur , don
nerent des marques d'une pieté finguliere
, par leur affiduité à tous
les Offices qu'on y celebra.
fut tres- édi
La Feſte fut terminée le dernier
jour par une Proceffion folem
nelle , l'ordre, le chant , les habits ,
la modestie , tout en
fiant . On fit la premiere Station.
dans l'Eglife Metropolitaine de
Saint Etienne la feconde dans
l'Eglife de la Maifon Profeffe des
Peres fefuites , dediée à S. Louis ;
la troifieme dans l'Eglife Abbatiale
de Saint Cernin , où repofent
les facrez dépofts des Reli-
Gij
80 MERCURE
par
de tres - belles
ques d'un grand nombre de Saints
qu'on invoqua avec beaucoup de
Ferveur pour la profperité du Roy
& de toute la Famille Royale.
Au retour de la Proceffion
, aprés
avoir recité a voix haute cinq
Pater & cing Ave , & un Motet
qui fut chanté
voix , on finit cette Fefte par
Benediction du Saint Sacrement.
La joye de ce digne Prieur ne
fe bornapasfeulement à ces oeuvres
pienfes , il en fit reffentir aux
pauvrès de doux effets par les aumônes
qu'il leurfit diftribuer , &
il voulut la communiquer
au public
par des feux , des illuminalä
GALANT
81
tions , & des décharges de moufqueterie
, quidurerentpendant trois
jours.
Ce n'est pas la feule occafion où
Mr le Prefident Nupces s'eft dif
tingue
On ne peut rappeller le fouvenir
de la tenue de la Chambre des
Vaccations , dont il a efté chargé
deux années de fuite , fans donner
des applaudiffemens à la vigilance
qu'il y fit paroiftre pour les interefts
de la Religion , &pour ceux
du Roy & de l'Etat."
-140
Les difcours qu'il prononça aux
ouvertures du Parlement de 1705.
de 1706. devant cette fçavan82
MERCURE
"
te Cour , n'exprimoient pas moins
les fentimens fidelles de fon coeur
pour Sa Majefté , qu'ils faifoient
briller fon éloquence & les rares
talens de fon efprit. Son merite eft
generalement reconnu ; il eft aimé
& eftimé ; auffi eft . il univerfel
accomply dans un âge où l'efprit
de beaucoup d'autres commence
à fe perfectionner. Son habileté à
traiter les affaires lesplus difficiles ,
l'integrité defes fugemens , l'éten
due de fes lumieres , & fon caractere
poly , obligeant , affable , e
defintereffe , luy ont acquis la confiance
des perfonnes les plus confi
derables , l'amour de tout le
GALANT 83
peuple ; chacun le demande pour
Arbitre de fes differens , & il fe
préte genercufement à tous par le
feulplaifir qu'il trouve à faire regner
la Paix.
de
a
La joye qui a paru à Toulou
fe à l'occafion de la naiffance
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, y a éclaté de plus d'une
maniere. Le 8. du mois der
nier , le Pere Dardéne , Preftre
de la Doctrine Chreftienne
Profeffeur de Rhetorique dans
le College de Toulouſe , y prononça
un Difcours Latin fur la
naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne , où il renfer84
MERCURE.
ma tout ce qui peut faire efperer
à la France une felicité durable.
Son Exorde fut remply de.
vivacité & d'éloquence . Il fit
voir ce que la France auroit dû
apprehender dans la fituation
où les affaires fe font trouvées,
fi le plus fage de nos Rois n'avoir
defarmé le Dieu vengeur
par fa pieté toûjours conftante ;
ce qui raffura fes Auditeurs ,
auffi bien que ce qu'il leur dit
fur la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne, dont
il leur parla comme d'un gage
affuré de la nouvelle alliance
GALANT 85
que Dieu faifoit avec nous : &
fur des prefages que l'avenir ne
démentira point , il dit que ce
*Prince eftoit né pour eftre un autre
appuy de la Religion , pour donner
un nouveau lustre à la Maifon
des Bourbons , &pour aſſurer la
felicité des peuples.
Aprés avoir parlé dans fa
premiere Partie deess rares talens
que Dieu fe plaift à répandre
fur les Princes , il ajoûta que
Monfeigneur le Duc de Bretagne
eftoit né dans une Cour où la pieté
triomphe de l'orgueil , fe porteroit
à la vertu par laforce de l'exemple.
Et voulant laiffer aux au86
MERCURE
tres le foin de reprefenter à ce
Prince , tout ce qui a fait donner
à Louis l'augufte furnom
de Grand , il fit en racourci le
portrait de toutes les actions
de valeur , de fageffe , de moderation
, & de conftance , qui
ont forcé l'envie même à le
reconnoiftre pour le plus grand
Roy de l'Univers. Cet Orateur
fe bornant enfuite à caracteri
fer le zele qui a fait foûtenir à
ce Monarque la Religion de fes
Peres , il invita Monfeigneur le
Duc de Bretagne à ſe hâter de
croiftre , afin de voir de toutes
parts l'herefie expirante ou
GALANT 87
étouffée fous les debris de fes
Temples. Il anima ces triftes
ruines , & fe fervit heureuſement
de leur voix , pour parler
au nouveau Prince des heretiques
déconcertez & defcendus
des hauts rangs où le crime
qui les y avoit élevez , auroit
voulu les foutenir ; il n'oublia
pas de faire voir que ce Heros
plein de bonté , les avoit traitez
avec douceur , lorfqu'ils
eftoient revenus avec fincerité
de leur funefte aveuglement.
Aprés ces peintures animées ,
il fit connoiftre par des compa
raiſons vives & naturelles , que
88 MERCURE
Monfeigneur le Duc de Breta
degenereroit pas de la vertu
ne ne
gne
de fes Ayeux , que l'Eglife occu
pée à faire retentir les voûtes de
fes Temples d'actions de
graces
immortelles , obtiendroit par fes
voeux ardens , que le Ciel pritfoin
luy - même de former ce Prince ,
pour le prefenter un jour à l'Univers
, comme un autre zelé Def
fenfeur de la Religion.
Cet Orateur parla en commençant
fa feconde Partie , du
defir naturel à tous les Princes ,
de laiffer aprés eux une poſterité
nombreuſe , pour s'aflurer
une espece d'immortalité fur
GALANT
89
la terre. Il fit voir enfuite que
Louis feul avoit déja vû l'effet
de la promeffe , que Dieu avoit
faite aux Rois les plus chers à fes
yeux , de leur faire voir leurs enfans
jufqu'à la quatriéme generation.
Les Auditeurs eftoient
entraînez par les Portraits qu'il
faifoit des rares vertus de
Louis le Grand , lorfqu'il pria
le Dieu des Armées d'arrefter
quelque temps le cours de nos
rapides Conqueftes , parce qu'il
manquoit à noftre Prince toû
jours heureux , l'occafion de
montrer à toute la terre fon
égalité d'ame , & fa conftance
Mars
1707.
H
90 MERCURE
dans les revers de la Fortune.
Il ajoûta , qu'avec ce nouveau
trait de grandeur , ilferoit dans
tout l'avenir le modelle des Rois,
Déja les coeurs s'attendriffoient
au fouvenir que l'Orateur retraça
de la mort, precipitée du
premier Duc de Bretagne , lors
qu'il fit voir le rapport qui fe
trouvoit entre Louis & Abraham.
Il prouva que ce grand
Prince , animé de la même foy ,
efperoit fans s'ébranler de voirfortir
des cendres de ce défunt Duc
une pofterité nombreuſe. Le Pere
Dardene dit enfuite que Dien
qui voyoit avec complaifance la
GALANT 91
་
le
moderation & la fageffe de ce Heros
, qu'il ne frappoit que pour
former felon fon coeur , luy avoit
rendu fon Petit -fils ,pour laiffer
un monument éternel de fes vertus
éclatantes . Il tomba fort à propos
fur les louanges de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & de Monfeigneur
le Ducde Berry. Ces éloges
ménagez avec délicateffe
avoient tant de rapport à fon
fujet , qu'il ne refta plus qu'à
faire voir pour le bonheur de
la France , que Monfeigneur
le Duc de Bretagne heriteroit
de leurs vertus .
Hij
92 MERCURE
Cet Orateur fit voir dans fa
troifiéme Partie des motifs d'u
ne folide joye , & que le plus
grand bonheur des peuples confif-
م و ن
tant à vivre dans un Etat Monarchique
, & à reconnoiftre des
Rois elevez fur le Trône par le
droit de la naiffance , les François
avoient dequoy s'applaudir de voir
l'heureux accroiffement de l'illuftre
Maifon des Bourbons L'Orateur
parla de Monſeigneur le Duc
de Bretagne , comme d'un Heros
nafflant , qui faifoit trembler
dés fon berceau les rivaux
de noftre gloire : il ajoûta qu'il
triompheroit comme Fofué , tandis
GALANT
93
que fon frere comme un autre Moife
, imploreroit pour nous dans le
Ciel le Dieu des Armées. Mais il
s'attacha fur tout à faire voir ,
que defcendu de tant d'Ayeux;
qu'on a toûjours vûs preferer la
Paix aux fruits de la Victoire ,
il forceroit nos ennemis à deman
der cette heureufe Paix, & à revenir
de cet aveuglement qui leur
fait méprifer leurs maux veritables
, pourfuivre de vaines efperances.
Aprés avoir ainfi Aatté
l'efpoir de fes Auditeurs , il
adreffa fon difcours à Monfeigneur
le Duc de Bretagne , &
luy dit de commencer à s'applau
94 MERCURE
dir d'eftre né dans unfiecle , quiluy
préparoit de fi grands fpectacles.
Qu'il y admireroit un Heros
Grand dans la profperité , & plus
grand encore dans l'adverfité.
Qu'il y verroit un Dauphin , qui
prefere l'amour des peuples à l'éclat
de la Couronne ; un Pere qui
creufant dans l'Antiquité la plus
reculée , ny trouve rien defi grand
quefon ayeul; une Mere qui par
la vivacité par la délicatesse
de fon genie , s'attire l'amour du
plus grand des Rois , & la veneration
des peuples ; & un Oncle
que
les
graces accompagnent
toujours.
Il parcourut enfuite tout
GALANT 95
&
pour
ce qu'il pourroit voir de merveilleux
dans la feconde Ville
de ce Royaume floriffant , & il
finit en faifant des voeux au
Ciel pour ce Prince ,
toute la Maifon Royale.
Ce difcours fut prononcé
dans la grande falle du College
, qui eftoit tenduë d'une
tres belle tapifferie. Tous les
Portraits de la Cour eftoient
rangez fur la frife , & la galerie
qui regnefur le haut de la falle ,
eftoit tenduë d'une verdure ,
ce qui produifoit un agréable
effer.L'Affemblée fut tres - il uf
tre. Mle Prefident Riquet
96 MERCURE
toujours - zelé pour tout ce qui
regarde la gloire du Roy , &
les interefts de la Religion &
de l'Etat , s'y trouva à la tefte
du Parlement , Mrs les Treforiers
, Mrs de l'Univerfité &
tous les autres Corps de la Ville
s'y trouverent auffi . Le concours
de la Nobleffe y fut fi
grand grand , que quoyque
cette Salle ait prés de vingt toifes
de longeur , il fut impoffible
de placer tout le monde ;
& chacun ſe retira tres- fatisfait
de l'éloquence du Pere
Dardene , de la delicateffe de
fes penfées , de la pureté & de
l'energie
GALANT 92
l'energie, de fes expreffions , &
fur tout de la bonne grace
avec laquelle il avoit prononcé
fon difcours.
Le Vers Latin, que vous allez
lire a efté fait pour mettre
au bas du Portrait
du Prince
nouveau- né.
Dux cum luce oritur
edet lucida facta.
TRADUCTION.
Dux
Il naiß avec le jour,fesfaits fe
ront brillans.
Mars 1707
I
98 MERCURE
BIBLIO
THE
Le temps de la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bre
tagne au commencement
du
mois de Janvier , a donné lieu
aux Vers fuivans .
PRO BRITANNIA DUCE.
IN JANUARIO NATO,
Dúx aperitFani menfem det elau
dere Templum
Noctem Aurora fugat , Specter ut
ora Ducis.
IMITATION,
Avec le Duc de Bretagne
DE
LYON
DE
Led
VILL
GALANT 99
Delices du nouvel an
1893
Qu'au lieu de Mars en campagne,
La Paix comble de biens la Terre
mp & l'Ocean.I
L'Aurore impatiente ufant de fa
puissance,
Chaffe la nuitpour voir du Prince
la naiffance.
La Lettre qui fuit regarde
encore la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , &
vous la trouverez remplie de
faits hiftoriques.
Iij
100 MERCURE
REPONSE à la Lettre de
MelaComteffe de .... écrite
le 20. Janvier 1707. à M. A.
fur la Reception de Mon
feigneur le Duc deBretagne,
à la Confrairie du Rofaire.
Vous m'avez fait connoiftre
en plufieurs occafions voftre atta
chement pour l'Ordre de S. Dominique
, l'intereft que vous
prenez à tout ce qui peut contribuer
à fon honneur. Ce que
me marquez dans votre
lettre du 20. Janvier au fujet de
la Reception de Monfeigneur le
Duc de Bretagne à la Confrairie
vous
GALA
101
a
ん
du Rofaire , m'est une nouvelle
preuve de voftre affection pour ce
Corps égalementfaint eg fçavant.
Vous defirez fçavoir de may lori,
gine de cette Ceremonie, & en quel
temps on a commencé de recevoir
lette devotion les heritiers prefomptifs
de la Couronne quelques
jours aprés leur naiffance , pour
les mettre fous la protection de la
Sainte Kierge , afin d'attirer für
eux les or
graces & les benedic
tions du Ciel , & pour les rendre
participans des prieres e des
bonnes oeuvres d'un nombre prefque
infini de perfonnes de toute
condition , affociées à la Congre
Liij
102 MERCURE
des
gation repanduë par le zele
Dominicains , dans tout le monde
Chreftien Voftre curiofité , Me
eft fort louable digne de voftre
pieté. Voicy donc en peu de mots
de celebres Hiftoriens nous
os
que
en
apprennent
.
*
La Reine blanche Epoufe de
Louis VIII. furnommé le Lion,
affligée de n'avoir point eu d'en
fans aprés dix ans de Ma
riage , tut recours aux Prieres de
S. Dominique qui fe trouva alors
à la Cour de France avec Don
Diego Azeber Evefque d'Ofme,
Ambaffadeur d'Alfonfe V111.
Roy de Castille & Pere de l'il
GALANT 103.
luftre & vertueuse Blanche. Ce
grand Saint autant édifié de la
pieté qu'honnoré de la confiance de
"Cette Reine , luy predit que fes
juftes defars feroient exaucez , f
elle vouloit honnorer d'un culte
particulier la tres- Sainte Vierge
par la devotion du Rofaire , dont
il luy enfeigna la pratique. Le
bonheur de l'évenement juſtifia
la folidité de la prediction: La
Reine accoucha d'un fils , mais la
mort l'ayant bien toft enlevé ,
uit de mefme finir bien- toft la
joye extraordinaire que cette Naif
fance venoit de caufer à la France
on general à la Reine en par
она
I iiij
.104 MERCURE
ticulier. Celle - cy accablée d'une
nouvelle douleur eut recours -de
nouveau aux Prieres de S. Dominique
, qui l'affura qu'elle pou
voit continuer d'efperer avec confiance
, en continuant de reciter
avec ferveur le Rofaire de la
Sainte Vierge. La promeffe du
r
Saint foutint la devotion de la
Reine, & la devotion de la Reine
merita de voir l'accompliffement
de la promeffe du Saint. En effet
le grand Saint Louis fur lefruit
de fon Mariage & le digne Suc
ceffeur du Trône de fon Pere.
Toutes les Hiftoires font foy de la
tendre & particuliere confiances
GALANT 105
dont S. Louis bonnora les Religieux
de S. Dominique. Ces
Peres furent pendant fon Regne
les Depofitaires de fes fecrets , les
Compagnons de fes voyages , fon
Confeil dans fes entrepriſes & fa
confolation dans fes difgraces
mais fur tout , eftant les Direc
teurs de fa confcience , ils le con
firmerent dans la devotion du Ro
fairequ'ilavoitfuccée avecle lait,
contribuerent par leur minif
tete
-tere à l'élever à cette haute Sain
qui le rend aujourd'huy le
digne objet de noftre culte. Les
Rais fes Succeffeurs pendant trois
Siedles confecutifs n'eurent auffa
106 MERCURE
pour Confeffeurs que des Dominicains
, quifans doute ne manquerent
pas d'inspirer cette devotion
à des Princes qui fe firent
un honneur & une espece de Religion
de fatore en tout l'exemple
d'un Ayeul fi refpectable
par
nion qu'il fit en fa perfonne de
la valeur des plus grands Heros,
avec la vertu des plus grands
Saints.
* One circonftance curieuſe
remarquable dans l'Hiftoire de ce·
temps-là vous convaincra , Me
de l'eftime & de l'affection inexprimable
de S. Louis envers l'Ordre
de Saint Dominique, Dienluy
GALANT 107
ayant donné un fixieme fils dans
le temps que le venerable Humbert
, cinquiéme General des Do
minicains , eftoit venu à Paris
pour avoir l'honneur de faluer Sa
Majefté, & pour aller nfuite
wifter les Convents de fon Or..
dre en France , ce Saint Monarque
le Pere General tint
voulut que
fur les Fons de Baptême
le Prince
nouvellement
né. Ce fils fut Ra
bert , Comte
de Clermont
, le plus
glorieux
le plus heureux
dans
fa pofterité
de tous les enfans
de
S. Louis
, pour avoir
efte la tige
de la branche
Royale
desBourbons
,
Dans
la veuë
d'attirer
du
fo8 MBRCURE
Cielfurcette illuftre branche toutes
les benedictions du Regne de S.
Louis une conftante fucceffion
de Rois jufqu'à la fin des ficcles
Anne d'Auftriche Epoufe de Louis
le fufte , fit revivre dans cette
Royale famille la veneration que
S. Louis & fes defcendans avoient
eue pour le Rofaire. Elle la pers
fuada fans peine au Roy for
Epoux qui voulut que le fils
qui leur fut donné du Ciel aprés
tant de voeux de prieres, &
qui regne aujourd'huy avec tant
de gloire fous le nom de Louis le
Grand , fut mis fous la protection
de la Sainte Vierge dans la
"
GALANT 109
Confrairie du Rofaire. La cere
monie en fut faite en prefence de
toute la Cour, deux mois aprés
la Naiffance de ce Prince le G.
Novembre 1638. Cerre illuftre
Reine cut auffi la confolation ,
quatre ans avant fa mort , de
voir Monfeigneur le Dauphin,
fon petit fils , aggregé à la mesme
devotion le 6. Novembre 1661 .
Monseigneur le Duc de Bourgogne
y fut auffi afſocié le 10.
donft 1682. par les foins de la
pienfe Reine Marie Therefe fon
Ayenle & ce Prince par les
hauts fentimens qu'il a de la protection
de la Sainte Vierge , von(
1ð MERCURE
lut que fon premier
fils , Monfeigneur
le Duc de Bretagne
y
fut aggregé
le premier
Juillet
1704. mais la mort l'ayant ravi
a la Terre pour eſtre rendu au
Ciel, le Ciel chargé du foin &
de l'accroiffement
des Lis de la
Terre , luy a bien- toft donné un
Fecond fils fous le mesme nom de
Duc de Bretagne
qui comme
vous fçavez , Me , a esté receu
la mefme Confrairie
du Rofaire
le 19. Janvier
cette année par
R. P. Moiffet
Exprovincial
des
Dominicains
de la Province
de
Toulouse
, Vifiteur
Apoftolique
de
Abbaye
de Fontevrauld
, s
be
GALANT ***
Prieur de leur Noviciat Geneval
de Paris , Fauxbourg Saint
Germain . Voilà, Me ce que j'ay
appris de l'origine delafuc
ceffion de cette Ceremonie qui s'ob
ferve fi religieusement quelques
jours aprés la Naiffance des Heritiers
prefomptifs de la Couronne.
Je fuis , &c.
Jevous envoye un Air nouveau
de Mr Merz de la Fléchs
en Anjou , dont les paroles
vous feront connoiftre que les
François font toujours animez
d'un veritable zele , & quoyqu'ils
ayent continué d'en don
12 MEXCURE
A
ner des marques dans toutes
les réjouiffances qui fe font
faites pour la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne,
ils ne laiffent pas d'en donner
tous les jours de nouvelles , felon
les occafions
qui s'en prefentent-
P
AIR NOUVEAU.
Ecoute- nous Seigneur , répons à
noftre zele
En faveur de Louis , ton ferviteurfidelle.
Aux befoins defon peuple , acorde
son fecours:
GALANT
113
Conferver ce grand Rov que ta
nler
sbin
pau
BIBLIO
THE
LYON
mpe
qu'il
and
ionrom
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Gra
nger
om12
MEXCURE
ner des marques
dans toutes
Ies
fai
fei
ils
TOL
for
fen
Eco
2517
font
GALANT 113
Conferve ce grand Roy que ta
bonté nous donne ,
Er que tout ce qui peut ébranler
fa Couronne
4
Famais defon bonheur n'interrompe
le cours..
Qu'il regne dans les coeurs , qu'il
regne fur la Terre:
Grand dans la Paix , grand
dans la Guerre:
Qu'il foit par tout comblé d'hon-
Ateneurs :
300
Qu'il regne dans les coeurs
Qu'il regne fur la Terre.
Je paffe à un article étranger
qui en renferme un grand nom
quie
Mars 1707. K
374 MERCURE
bre , & qui ne pût trouver
place dans ma dernière Lettre.
Le Pape a fait Monfignor
Bichi , Prefident du bétail ;
Monfignor Erba , Ponent de
la Vifite Monfignor Martinelli
Evefque de Sulmone, Votant
de la Signature de la Juftice;
Monfignor Spada , Vifitateur
à Lorrere , Monſignor
Giudici , a efté fait membre de
la Congregation de la Chambreg
Monfignor Giuftiniani ,
Confulteur de la Congrègation
des Rites ; Monfignor
Dandini & Monfignor Balestra,
Confulteurs deda Vifite Apof
GALANT IS
1
tolique ; Monfignor Minotti,
Confulteur de la Congregation
Confiftoriale ; Monfignor
Albati , Confulteur de celle
du bon Gouvernement ; Monfignor
Dolci & Monfignor
Ruotta , Confulteurs de la
Congregation de la Confulte ;
Monfignor Tefta , Gouverneur
de Jefi ; Monſignor Fof-
Gouverneur de Vi-
1
carini
terbe, Monsignor Negroni ,
Gouverneur d'Afcoli ; Monfi
gnor Gallerati , Gouverneur
d'Orvieto ; Monfignor Pilaftri
, Gouverneur de Spolete ;
Monfignor Baviera , Gouver
K ij
116 MERCURE
neur de Montalto; Monfignor
Arigoni , Gouverneur de Fano
; Monfignor Regio , Gous
verneur de Sabine ; Monfi
gnor Afflitti , Gouverneur de
Cita- di- Caftello ; Monfignor
Farfetti , Gouverneur de Rieti ,
Monſignor Rizzi , Gouvera
neur de Tivoli ; Monfignor
Drezzonigo , Gouverneur de
Froffmone; Monfignor Bar
barozza, Gouverneur de Maze
zerano ; Mr l'Abbé Guimiggi ,
Recteur de Carpentras ; Mr
l'Abbé Gentilone , Auditeur
de la Nonciature d'Eſpagnes
& Mr l'Abbé Simonetti, Au
GALANT f17
I
diteur de celle de Naples,
La Maifon de Bichitient
un trang confiderable depuis
prés de deux ficcles . Jacques
Ibiderman , Jeſuite , dédia au
commencement
du dernier
ficcle , un Ouvrage Philo
fophique à un Prelat de cette
Maifon . Celuy à qui Sa Sainteté
vient de donner une Charge,
a beaucoup travaillé fous
le dernier Pontificat . Monfignor
Erba eftoit déja fort connu
fous le Pontificat d'Alexan
dre VIII. La Charge de
Ponent de la Vifite , eft une
des plus importantes de cette
18 MERCURE
1
Cour. M'Erba , fuivant quel
ques Auteurs , font originaires
de Bientina , petit Bourg d'Ita
lie dans la Toſcane. Monfignor
Martinelli qui a eſté fair
Votant de la Signature de Juftice
, eft un Prelat fort, eftimé
à la Cour de Rome , Son nom
eft connu il y a long temps ,
& plufieurs perfonnes d'un
merite diftingué l'ont porté.
Il eft parlé de cette maifon dans
les ouvrages de Pierre Matthieu
. Monfignor Spáda nouveau
Vifitateur de Lorette , eft
d'une Maifon quia fourni plu
fleurs Cardinaux au Sacré Col
y
"
GALANT 119
•
lege. Il eft parent du nouveau
Cardinal Spada. Monfignor
Giudici eft parent du Cardinal
de ce nom , qui a efté Viceroy
de Sicile , & il l'eft auffi par
conféquent du Duc de Martina
. Monfignor Giuftiniani eft
d'une famille qui a donné des
Cardinaux & des Evêques
l'Eglife. Horatio Giuftiniani
fut Cardinal & Evêque de Nocera
André Giuftiniani fut Evêque
d'Ifola dans la Calabre ;
Antonio Giuftiniani fut Evêque
de Lipari ; Bernard Giuſtitiniani
fut Evêque d'Angloni ;
Decio Giuftiniani fut Evêque
120 MERCUR
d'Aleria en Corfe ; Angelo
Giuftiniani fut Evêque de Ge
nêve ; Auguftin Giuftiniani fut
Evêque de Nebbio ; Benoiſt
Giuftiniani fut Evêque de Port ;
& enfin S. Laurent Giuftiniani
& fon frere Leonard, furent Patriarchesde
Venife , & Laurent
fut lepremier Evêque de cette
Ville.
Monſignor Dandini eſt duffi
d'une Maiſon qui a donné des
Cardinaux à l'Églife. Jerôme
Dandini eftoit Cardinal dans
le penultiéme ficcle ; Jules III.
l'honora de cette dignité ; Je
rôme Dandini , celebreJefuite !
eftoit
GALANT 121
eftoit de la même Maifon , les
Comtes qui portent ce nom
dans l'Etat Ecclefiaftique , en
font aujourd'huy les Chefs .
Monfignor Balestra joint à une
naiffance confiderable , un merite
dont il a fouvent donné
des preuves fous le dernier Pontificat
. Monfignor Minotti eft
d'une famille qui eft alliée à
celle de Dandoli , qui a donné
un Doge à la Republique de
Venife ; André Dandoli l'eftoit
en 1342. Monfignor Abbati
eft un des plus habiles Theologiens
de la Cour de Rome.
Monfignor Dolci eft petit - ne-
Mars
1707.
L
122 MERCURE
veu du celebre Doldi , qui fue
Tié d'une tendre amitié avec
Pierre Danés , Evêque de Lavaur
. Monfignor Ruotta eft
fils d'un des plus fçavans hommes
de toute l'Italie . Il eſt luymême
un tres-habile Jurifconfulte
. Monfignor Teſta a efté
employé dans plufieurs affaires
importantes fous ce Pontificat
& fous le dernier Pape. Le
Gouvernement de Viterbe
qu'a eu Monſignor Fofcari ,
eft une preuve de fon merite ,
puifque Viterbe eft un desplus
importans Poltes de tout l'Etat
Ecclefiaftique . Monfignor
GALANT 123
1
Negroni a travaillé fur quelques
ouvrages de Saint Jean
Chrifoftome , Succeffeur de
Neftorius au Siege de Conftantinople.
Monfignor Gallerari ,
Gouverneur d'Orvieto , eſt un
Prelat d'un merite diftingué.
Il eftoit fort confideré du feu
Cardinal Noris. Monfignor Pilaftri
eft d'une ancienne famille
originaire , à ce que préten .
dent quelques Auteurs, de Negombo
, Ville l'Ile de Ceylan.
Monfignor Baviera avoit beauancoup
de part à la confiance
du feu Cardinal Omodei , Milanois
, & frere de Mr le Mar-
"
Lij
124 MERCURE
quis de Caftel- Rodrigo , & c'eft
ce Cardinal qui l'a introduit à
la Cour de Rome. Monfignor
Arigoni eft un tres-bon Jurif
confulte ; il joint à cette qualité
l'amour des belles Lettres ,
aufquelles il s'eft attaché toute
fa vie . Monfignor Regio a efté
avancé par feu M' le Cardinal
Cibo , qui avoit pour luy une
tendre amitié. Monfignor Afflitti
a efté toûjours attaché à
Sa Sainteté , avant même qu'elle
fuft élevée fur la Chaire de
Saint Pierre , & dans le temps
qu'elle avoit la Secretairerie des
Brefs , Monfignor Afflitti s'atGALANT
125
tacha à ce Pontife d'une maniere
particuliere ; c'eſt à Mon
fignor Farfetti que feu M le
Cardinal Radziejouski , Primat
de Pologne , dût en partie fon
élevation dans le Sacré College
; il prit foin de faire connoiftre
ce Prelat au feu Pape,
Innocent XI. La famille de
Monfignor Rizzi eſt originaire
de Piémont ; mais differente
celle de David Rizzi , qui
périt malheureufement en Ecoffe
, fous le regne de Marie
Stuard. Monfignor Rezzonigo
fçait parfaitement la Jurifprudence
& les Lettres hu
da
Liij
126 MERCURE
maines. Monsignor Barbaroz
za vient du cofté maternel du
celebre François Roaldez , fameux
Jurifconfulte & ami du
Chancelier de Lhofpital. M
l'Abbé Guimiggi eft d'une naiffance
confiderable & d'une
pieté exemplaire qui luy a fait
meriter l'eftime de Sa Sainteté
M' l'Abbé Gentilone eft treshabile
dans l'Hiftoire Ecclefiaftique
, on dit qu'il a compofé
une Hiftoire du Concile
de Gentilly affemblé en 767.
au fujet du culte des Images.
M' l'Abbé Simonetti defcend
du cofté maternel du celebre
GALANT 127
5
Cardinal Geoffroy d'Alatry,qui
fur l'ornement de fon ficcle
& qui fe diftingua, également
par la pratique exacte des devours
de fon eftat & par l'amour
qu'il avoit pour les Sciences
, & par la protection qu'il
accorda à tous ceux qui les cultivoient.
M l'Abbé Simonetti
qui vient d'eftre fait Auditeur
de la Nonciature de Naples
, eft également bon Canonifte
& habile Theologien ;
il a donné des preuves de fon
intelligence dans les affaires
dans la conduite de celles qui
hy ont qfté confiées fous le
L iiij
128 MERCURE
dernier Pontificat & au commencement
de celuy - cy . Le
feu Pape Innocent XII . avoit
beaucoup de confideration
pour luy , & il l'employoit ordinairement
dans les occafions
où il falloit des
perfonnes de
confiance . Cet Abbé avoit auffi
efté fort attaché à feu M' le
Cardinal Noris , ce Prelat l'avoit
connu dans le temps qu'il
eftoit encore dans l'Ordre des
Auguftins .
M Girolamo Giuftiniani
que la Republique vient de
nommer à l'Ambaffaderde
France , eft proche parent de
GALANT 129
celuy qui donne lieu à cet Article.
Il joint à un merite generalement
reconnu dans toute
l'Italie une naiflance tres-illuftre.
En effet , la Maifon de
Giuſtiniani qui eſt répanduë
dans l'Etat de Venife , dans celuy
de Genes , dans le Royaume
de Naples , dans l'Ifle de
Corfe , & dans celle de Chio ,
eft confiderable dans le monde
, & elle y tient un rang tresélevé
depuis plufieurs ficcles.
L'Empereur Andronic Paleologue
donna l'Ile de Chio en
• proprieté à la branche de Giuft
tiniani établie dans l'Etat de
130 MERCURE
Genes , & il luy en donna enfaite
le Gouvernement . Il en
eftoit Gouverneur lorfque les
Turcs la prirent en 1566. Paul
Giuſtiniani fut Doge de la Republique
de Venife au commencement
du fixiéme fiecle.
Son fils Auguſtin Giuftiniani ,
qui entra dans la Societé des
Jefuites , & qui mourut à Naples
fur la fin du même ficcle
fut un tres-grand Theologien .
Benoift Giuſtiniani , de la branche
établie à Genes , fut auffi
un tres - fçavant homme. I
mourut en 1622. & il compofa
divers Traitez qui luy ont
GALANT
131
tous fait beaucoup d'honneur.
Jerôme Giuftiniani ; de la branche
établie dans l'Ile de Chio ,
étudia à Paris , & il s'y établit .
Il y publia en 1606. la Def
cription & l'Hiftoire de l'Ifle
de Chio, Bernard Giuftiniani
de Venife , fut celebre dans le
quinziéme fiecle , par fa quali-,
te & par fa doctrine. Il eftoit
fils de Leonard Giuftiniani qui
eftoit frere de S. Laurent Giuf
tiniani , premier Patriarche de
Venife : ce Leonard eftoit Senateur
de Venife, & neveu d'un
autre Leonard Giuftiniani , fameux
Orateur , & n'eftoit pas
132 MERCURE
fon fils , comme le dit mal à
propos Philippe de Bergame.
Bernard Giuftiniani fut employé
dans les principales affaires
de la Republique. En 1471 .
il fut Ambaffadeur à Rome
auprés du Pape Sixte IV . Afon
retour il compofa la vie de S.
Laurent fon oncle , que l'on
trouve à la tefte des ouvrages
de ce grand Prelat , imprimez
à Bafle. Il publia auffi un Traité
de l'origine de Venife , l'Hiftoire
des Gots , la vie de Saint
Marc l'Evangeliſte , & d'autres
ouvrages qui luy ont acquis
une grande réputation. LauGALANT
133
tent Giuftiniani Chartreux , fut
un Religieux d'une grande vertu
. Il compofa un ouvrageintitulé
Hortus Deliciarum. On en
fit une édition à Milan en
1515. Leonard Giuftiniani , dit
de Chio , fut Archevêque de
Mitylene , vers le milieu du
quinziéme fiecle. Il écrivit au
1 Pape Nicolas V. au fujet de la
prife de Conftantinople par les
Turcs. Cette Lettre á paru fous
le titre de Urbis Conftantinopolitane
jactura & captivitate.
Omfroy Giuftiniani , noble Ve
nitien , fe fignala beaucoup à la
celebre Bataille de Lepante en
134 MERCURE
14
1571. & il fut choisi par Sebaſtien
Venieri , General de la
Flote Venitienne
, pour porter
à Venife la nouvelle de cette
grande Victoire remportée für
les Turcs. Jamais noble Venitien
ne reçut tant d'honneur
de tous les differens Etats de la
Republique , qu'Omfroy Giuſ.
tiniani en reçut en cette occafion.
J'ay parlé des autres
grands hommes de cette Maifon
, & des Cardinaux & autres
Prelats qu'elle a produis , dans
un Article qui regarde un Prelat
de cette Maiſon , qui eſt à
prefent à la Cour de Rome.
GALANT
135
Le Pape a nommé à l'Archevefché
de Corfou , Monfignor
Nicolo Zeno . Je vous ay
déja parlé du merite de ce Prelat
qui joint à une naiſſance
confiderable , une pieté exemplaire
. Je dois ajoûter icy qu'il
à long-temps refufé cette dignité
& qu'il a fallu un ordre
exprés de Sa Sainteté pour l'obliger
de fe charger du trou-
-peau qui luy vient d'eftre con-
C
fie .
Sa Sainteté a auffi nommé
-à l'Evêché de Montefiafcone ,
qui eft uni à celuy de Cornetto,
& qui vacquoit par la mort de
136 MERCURE
M' le Cardinal Barbarigo
Monfignor Bonaventura
dont je vous ay parlé dans une
de mes dernieres Lettres au
fujet des changemens arrivez
dans la Cour de Rome , depuis
la derniere promotion des Cardinaux
. Je dois ajouter à ce que
je vous ay déja dit de ce Prelat
, qu'il eft generalement eftimé
en Italic & que le choix
du Souverain Pontifea efté approuvé
de tout le monde, Il
falloit en effet un pareil choix
pour confoler les peuples de
Montefiafcone de la mort d'un
des plus dignes Paſteurs qu'ils
GALANT 137
ayent eu depuis l'établiffement
de leur Eglife: Montefiafcond
eft une Ville & Evêché d'Italie ,
dans le Pays apellé Patrimoine
de Saint Pierre . Les Latins la
nomment Monsfalifcorum
. Elle
eftoit autrefois la Capitale des
Falifques , celebre par les Vins
- Mufcats ; cette Ville qui eft fituée
proche du Lac de Bolſene ,
eft affez 'mal baſtie , & l'on y
a tranfporté le Siege Epifcopal
de Corneto Ville maritime &
mal faine . Jerome Bentivoglio
tint un Synode en 1591. on
yen affembla un autre en
1612. Feu M le Cardinal Bar-
M Mars
1707
138 MERCURE
barigo y a fondé un tres - beau
Seminaire fur le modele que
Saint Charles a laiffé . La Ville
de Corneto eft celebre pour
avoir donné la naiffance au
Cardinal de Caſtelleſi , qui prit
le nom de Corneto fa patrie ,
& qui fut Evefque d'Herford
en Angleterre . Le Cardinal de
Corneto étoit l'homme de
fon temps qui avoit fait le plus
de progrés dans la langue Latine
& qui imita le mieux Ciceron
. Il fçavoit outre la langue
latine , plufieurs autres
langues dans une égale perfection
. Son érudition le fit conGALANT
139
noiftre à la Cour d'Innocent
VIII. ce Pape qui l'eftimoit
beaucoup l'envoya Nonce en
Ecoffe. Il fe fit d'illuftres amis
dans ce Royaume , & il ſe fit
connoiftre dans un voyage
qu'il fit à la Cour d'Angleterredu
Roy Henry VII. qui luy
donna l'Evêche d'Herford , &
enfuite celuy de Balth . Alcxandre
VI. fucceffeur d'Innocent
VIII. le nomma fon Secretaire
, & le mit au nombre des
Cardinauxen 1934 :
On fit à Xaintes , dans le
mois dernier , la Benediction
des Drapeaux du Regiment de
Mij
140 MERCURE
M le Marquis de Conflant!
M' l'Abbé Rouffelet fut nommé
par le Chapitre pour faires
cette Ceremonie , qu'il accompagna
du Difcours fuivant .
L'action que vous venez de
faire , Monfieur , au pied de ce S.
Autel, également remplie d'éclat
&de religion , & que nous avons
confacrée par une fainte ceremo
nie , n'est pas unpieux uſage inventé
de nos jours.im ol 9
Ily a bien des Siècles paffez
que le plus faint d'entre nos Rois ,
dont le fang coule encore glorieufement
dans l'augufte race des
GALANT 145
*
Bourbonsaje veux dire faint
Louis nous en a donné un
exemple digne de la memoire de
tous les Siecles à venir. Cefaint.
Roy animé du defir de la Conquête
de la Terre - Sainte , entra dans
PEglife de Paris , dediée à lafain
te Vierge , chargé de fon Dra
peau ; il le reprit de la main de.
fon Evêque après une benediction
folemnelle , comme l'Etendard de
Jefus Chrift , dont il voulut porter
le nom la gloire parmy ces
1 peuples infideles . Les fuccès e
furent bien differens , dit l'hiftoire
de fa vie , car tantoft il fut le
vainqueur de fes ennemis ,
e
en
u
142 MERCURE
tantoſt il en fut vainçu, luy-mêð
me
Qu'ayje prétendu , Mr en
remettant devant was yeux la
peinture d'un fi faint exemple ,
d'une ceremonie qui me paroît
avoir tant de juftes rapports avec,
la vôtre & Fay prétendu uniquement
publier à la face de tant de
nobles & genereux Capitaines
qui vous accompagnent , de tant
de braves Soldats , que je vois tous
prefts de vous obeir & de vous
fuivre, que vous eftes icy venu ,
à l'exemple de ce faint Heros ,
entre les Princes Chreftiens , reconnoistre
la fouveraine puiſſance
GALANT
143
du grand Dieu des Armées , vous
foumettre à fon Empire , l'adorer
comme l'Arbitre fouverain de la
Paix , & de la Guerre ; comme
Le Distributeur des victoires ,
des infortunes , comme il luiplaît ,
& quand il lui plaît . En un
mot comme l'Auteur le principe
de tous les biens ; comme il
en est la fin , à laquelle toutes chor
= fes doivent fe
rapporter.
C'eft pour cela que vous luy
avezfait ce mefemble trois a veux
folemnels au pied de fon faint
Autel , enprefence de tout ce grand
peuple qui vous environne ; reconnoiffant
fa fouveraine puiffan
1
2
144 MERCURE
ce ; vous luy avez protefté que
vous attendiez tout de luy , que
vous ne vous confiez nullement
dans votre bras de chair , ny dans
ta force des Armées , quelques redoutables
qu'elles vous paruffent.
Non in fortitudine equi voluntatem
habebit , neque in
tibiis viri , bene placitum erit
ei. C'est ainsi qu'en avoit parlé
un des premiers vainqueurs du
monde , élevé de la façon de Dieu
même ( je veux dire le jeune David
, lorsqu'il luy faifoit fairefon
apprentissage de guerre egorgeant,
jeune Berger qu'il étoit
les plus cruels ennemis de fon troupeau.
Vous
GALANT 147
J
la valeur à
Vous avez donc protefté hautement
, Mr , à ce grand Dieu des
Armées , que vous n'avez nullement
afpiré à la profperité & à la
gloire des armes , que
de coûtume de promettre aux
・plus
braves coeurs , fans le fecours de
cette Juprême puiffance ( je dis de
ce grand Dieu des Armées ) qui
-fsait , quand il luy plaît , attacher
la victoire à un feul cheveu de
la tefte , ou à une feule pierre tournée
lancée en fon nom dans le
front du plus fier du plus arrogant
de fes ennemis ; ou bien à
unfon leger , & à des pots caffez
renverfez les uns fur les autres
·
Mars 1707.
N
146 MERCURE
pour faire tomber les murs des
Fortereßes les plus redoutables ,
renverser avec eux la force de
fes ennemis ; voilà , Mr,
quel a efté voftre premier aveu.
Le fecond a efté d'une entiere
Soumiffion àfes divines volontez ;
lorfqu'il voudra bien fufpendre la
profperité & la gloire , qui femblent
estre des compagnes infepa-
•·rables des plus genereufes entreprifes
: C'eft auffi cette foumiffion
aux ordres deDieu , qui vous mettra
toûjours dans le rang de fes
vainqueurs ; parce que fans compter
fur la défaite de vos ennemis,
vous ferez toujours le vainqueur
GALANT 147
4
des plus nobles paffions qui vous
auront animé au combat ; vous
ferez toujours le vainqueur de
vous même. C'est ainsi que Dieu
ne fit pas moins d'eftime d'Abraham
lorfque par fon humble foumiffion,
il abattit le bras e le
couteau qu'il venoit d'élever pour
immoler fon fils unique . C'eft en
Jeune
pareille foumiffion
que le Dieu des Armées trouvate
Secret de joindre la défaite d'Elea-
Zar avec fon propre triomphe ; fes
gains & fa défaite luy ayant fervy
de charpour l'élever au deffus
defon vainqueur même ; auſſi eftce
lefens le plus nature! que nous
Nije
148 MERCURE
pouvons donnner à ces belles paz
roles de Saint Ambroise à ce fu
jet Suo fepultus triumpho.
Enfin le troifiéme aveu que
vous eftes venu faire , Mr , au
pied de ce faint Autel , est une
proteftation folemnelle ; qu'il n'eft
point d'éclat & de gloire , dont
les plus heureux fuccès de voftre
valeur puiffent vousfignaler , que
vous ne foyez preft de rapporter
uniquement à ce grand Dieu des
Armées ; parce que comme il eft
l'auteur & le principe de tous les
biens ; il est auffi luy foul la fin
fouveraine & neceffaire , à laquelle
toute la gloire doit fe rap
porter.
GALANT 149
que
Vous vous
Je fçay , Mr,
eftes chargé du Drapeau que je
viens de vous mettre entre les
mains , pour le défendre à la gloire
du grand Monarque de qui vous
le tenez , auffi-bien que l'honneur
de la Nation Françoife . Mais
aprés tout , inutilement travaillerez-
vous à de vains titres d'un
fepulchre glorieuxsà ces vains éloges
, qui s'évanouiffent avec la
voix qui les a prononcez ; fi vous
ne les rapportez à celuy qui a
protefté de ne partager fa gloire
avec perfonne. Et c'eft de cette
forte que vous unirez parfaitement
vos deffeins avec ceux de
Niij
150 MERCURE
LOUIS LE GRAND , dont les
grandsfentimens ont toujours été
la plus jufte mfure de la veritable
grandeur , & qu'il a protefté
mille mille fois qu'il fe
fentoit obligé de rapporter toute
la gloire dont Dicu l'a voulu fa
vorifer, tous fes differens
évenemens , à l'unique Souverain
dont relevent toutes les Couronnes.
Allez , allez donc , Mr , fi
gnalez vous de plus en plus ,
Mrs , tous tant que vous eftes par
de genereux combats ; mêlezvous
fans crainte parmi vos plus
fiers ennemis faites - les trembler ;
GALANT 151
à la veuë de ce faint Drapeau ;
combattez pour fa gloire , er il
combattra pour vous ; comme
l'Arche du Seigneur devint le
bouclier la defenfe du peuple
de Dieu qui combattoit pour elle.
Scachez vous attaquez les
a
que
ennemis de Dieu , lorsque vous
combattez les ennemis du grand
Monarque qui vous a mis les
armes à la mains parce qu'il vous
fait les glorieux défenfeurs de
la jufte cauſe qu'il foutient , &
de la religion qu'il a uniquement
protegée. Je le repete encore une
fois , & je veux bien que tour
le monde l'entende , parce qu'il
Niiij
152 MERCURE
vous a fait les glorieux défenfeurs
de la jufte cauſe qu'il foutient
, de la Religion qu'il
uniquement protegée. Gravez ,
fur tout , Mr, imprimez nobles
&vaillants Capitaines fur vos
Etendarts les nobles fentimens de
la dépendance , que vous eftes icy
venu protefter au Dieu des Ar
mées , de vostre entiere foumiffion
àfes divines volontez , quand il
voudra bien meer voftre fort de
victoires & d'infortunes; toûjours
prefts, toûjours difpofez de rappor
ter toute voftre gloire à la fienne.
Etjofe vous promettre de fa part,
qu'ily gravera àson tour , "de
fa
GALANT 153
main invifible & toute puiſfante
, les glorieux caracteres d'une
heureufe deftinée , tels qu'il les
fir paroiftre fur les Enfeignes du
premier Empereur Chreftien In
hoc figno vinces . Agréez , Mrs ,
que je vous adreffe les mêmes paroles
, que lorsque le fort des armes
vous engagera dans la mêlée
parmi vos ennemis , je leveray
inceffamment les mains au Ciel,
à l'exemple du Pontife Aaron
pour en obtenir fes benedictions
les plus refervées , & l'entiere
profperité de vos armes , me
promettant que j'entretay en quel
que part de la gloire qui vous ar
ཚ་
も
1
154 MERCURE
tend, de vos plus juftes recompenfes.
Quay que ceux qui font le
fujet des Articles fuivans foient
decedez il y a déja quelque
temps , je n'ay pû vous en parler
plutoft
, parce que
gnement des lieux demandoit
du temps pour cftre informé
de ce que je vous en devois
dire.
l'éloi
M ' le Cardinal Leopold de
Collonitſch , Archevêque de
Strigonie , & Primat de Hongric
, eft mort à Vienne , aprés
une longue maladie , âgé de
foixante -feize ans . Il avoit efté
GALANT iss
fait Cardinal par le feu Pape
Innocent XI. & il avoit fouvent
donné des marques de fa
reconnoiffance au feu Empereur
, qui luy avoit procuré cette
dignité. Ce Prelat eftoit d'une
ancienne famille originaire
de Boheme , & diftinguée par
les alliances qu'elle a dans l'Empire
; mais il tiroit encore plus
d'éclat de fa picté & de la vertu
folide dont il a fait profeſfion
toute fa vie.
Strigonie ou Gran eft une Ville
de la baſſe Hongrie , fur le
Danube , au - deffus de Bude .
Elle eft fituée dans une Plaine,
156 MERCURE
commandée par une montagne
voifine. L'Archevêque de
Strigonie eft Primat , Chancelier
& Chef du Confeil du
Royaume de Hongrie. L'Eglife
Cathedrale eft dans le Châ+
teau , & le Roy Saint Eſtienne
qui la fit bâtir , y eft enterré.
Soliman II. prit cette Ville en
1543. l'ArchiducMatthias l'affiega
en 1574. avec soooo .
hommes , mais il fut obligé de
lever le fiege. Le Comte de
Mansfeld General de Troupes
Imperiales tenta de nouveau
cette entrepriſe en 1595. & il
défit quatorze mille Turcs deGALANT
157
vante
]
rut ,
mmais il mou mais il
C
, & l'Archiduc Matthias la
prit enfin par Capitulation.
Arfenius Czernowish , Ar
chevêque des Rafciens , eft
mort à Vienne âgé de foixante-
treize ans. Son corps a efte
tranfporté à Bude. Il eftoit fort
fçavant ; il avoit paffe une partie
de fa vie dans la folitude , &
il s'y eftoit perfectionné dans
la connoiffance des Sciences
humaines ; il fçavoit parfaitement
la Theologie des Peres
Grecs , & il en avoit fait une
étude tres - particuliere . Il s'étoit
auffi fort appliqué à la
158 MERCURE
connoiffance des Langues Orientales
, eftant perfuadé qu'-
on ne pouvoit faire de grands
progrés dans l'étude des Saintes
Lettres , fans, fçavoir les
Langues originales & l'Idiome
dans lequel elles ont eſté écrites.
L'Eglife dont ce Prelat
avoit le gouvernement, eft fort .
ancienne. La Religion Chrêtienne
y fut établie dans les
premiers ficcles. On voit dans
les Soufcriptions du Concile
d'Antioche , tenu fous Jovien ,
celle d'un de fes Evêques. Nicephore
Calixte , Curopalate ,
& Jean Zonare , difent que le
GALANY 19
Chriftianifme fut rétabli en ce
Pays dans le dixiéme fiècle , &
il paroift que c'est le fentiment
du Cardinal Baronius. Philip
pe Evêque de Fermo , Legat du
Saint Siege , & envoyé par Nicolas
III. pour traiter quel
ques affaires importantes avec
Ladiflas III . du nom Roy de
Hongrie , celebra en 1279.un
-Concile à Bude , dont Olderic
Raynaldus a mis les Ordonnances
, qui font au nombre
de trente fix , à la fin du quatorziéme
tome des Annales
Ecclefiaftiques ; & on remarque
qu'il y avoit dans ce Con160
MERCURE
cile des Députéz de l'Eglife des
Rafciens. Sponde , Bertius
Simler , & les Auteurs de l'Hiftoire
de Hongrie , difent la même
chofe. Sigifmond Roy de
Hongrie , qui fut couronné
Roy en 1387. & qui fut depuis
Empereur , avoit à la Cour
un Archevêque des Rafciens ,
qui ne le quittoit point ; ce Prelat
engagea cet Empereur d'embellir
la Ville de Bude , & d'y
faire bâtir ces fuperbes Palais
dont l'on voit encore les ruines
, & le Chaſteau où les fucceffeurs
de ce Prince choifirent
enfuite leur logement . Jerôme
GALANT 161
Cardan , Medecin & Aftrolo
gue de Milan , qui vivoit dans
le feiziéme fiecle , avoit paffe
quelques années de fa jeuneffe
parmi les Rafciens . Il avoit
commencé à s'attacher à l'Af
trologie , & il y commença fon
Ouvrage du Jugement des Aftres.
Aprés la prife de Patras &
de Lepante en 1687. le General
Morofini envoya fommer
Caftel- Tornefe , petite Ville de
la Province de Belvedere dans
la Morée , proche du Cap Tornefe.
L'Aga qui commandoit
dans cette Fortereffe n'ayant
fait aucune refiftance, &l'ayant
Mars
1707.
162 MERCURE
abandonnée à la premiere ſommation
, un Officier Venitien
trouva dans une maifon deux
Rafciens , qui travailloient aux
Sciences occultes ; c'eft du
moins le nom qu'ils donnerent
aux fupputations qu'ils faifoient
du cours des Aftres
lors qu'on leur demanda ce
qu'ils faifoient, Il eft certain
que tous ceux de ce Pays font
fort attachez à l'Aftrologie . Ils
paffent une partie de leur vie à
contempler les Aftres , & ils
n'entreprennent rien qu'ils n'y
ayent efté déterminez par l'afpect
des Planetes. Toutes les
A
GALANT 163
Relations que les
Voyageurs
ont faites de ce Pays- là , en con
viennent .
Don Antonio de Sanjurgo
Evêque d'Aftorga eft mort
dans fon Evêché. Il a rempli
une affez longue carriere dans
l'Eglife avec beaucoup d'édification.
Il avoit beaucoup de
zele dans les fonctions de fon
miniftere & une grande ardeur
pour le falut de les freres. Ce
Prelat eftoit un des plus habiles
Theologiens
de toute l'Efpagne
; il avoit employé une partic
de fa jeuneffe à l'étude de
La Scholaftique , & il y avoit fait
4
O ij
164 MERCURE
de tres grands progrés . Il étoit
d'une naiffance confiderable
mais il étoit encore plus diftingué
par l'éclat de fes vertus &
par fon merite perfonnel . Il a
toujours refidé exactement
dans fon Evêché & il ne quittoit
jamais fon Siege , que
pour les affaires de fon Clergé
ou pour celles dont il ne
pouvoit fe difpenfer. I a
efté fort regretté dans fon
Diocefe ; le bien qu'il y faifoit
& fur tout celuy qu'il répandoit
dans le fein des pauvres
luy avoit gagné le coeur de
tout fon peuple Aftorgue ou
GALANT 165
Aftorga que les Latins nomment
Afturica Auguſta, & Afturum
Montanorum , eft une Ville
d'Eſpagne fituée dans le
Royaume de Leon . L'Eveſché
eftoit autrefois fuffragant de
Brague en Portugal , mais depuis
que ce Royaume eft feparé
de la Monarchie d'Espagne,
l'Evêché d'Aftroga eſt ſuffragant
de Compoftelle . Cette
Ville eft fur la riviere de Torroselle
eft dans une plaine, affez
bien fortifiée , mais il y a peut
d'habitans . Ce qu'il y a de plus
confiderable font quelques
Tours , une Place , & l'Eglife
166 MERCURE
Cathedrale qui eft au bout de
la Ville. On y
Cela
un
Sy
node vers le milieu du s . Siccle.
Cette Ville a produit en
divers temps des perfonnes
d'un grand merite , & fon
Eglife a cu plufieurs Prelats
d'une vertu reconnue. Celuy
qui fut caufe que
l'on
y tint un
Concile
en
447.
eftoit
un
faint homme qui avoit beau
coup de zele pour la confervation
de la difcipline de l'E
glife. Il avoit fuccedé à un Prelat
qui avoit eu de grandes
liaifons avec Saint Auguftin
mort dans les premieresannées
a
GALANT 167
ce mefme fiecle .
M N... Lambert de Soy
rier Evêque d'Ivrée eft mort
dans fa Ville Epifcopale dans
un âge affez avancé . Il étoit de
Chambery , d'une bonne famille
de la Robe . Son pere, fon
frere, & plufieurs de fes anceftres
ont exercé dans le Senat
de cette Ville , les Charges les
plus confiderables . Mr l'Abbé
Lambert de Soyrier , neveu du
Prelat dont je vous apprens la
mort , eft Chanoine de la Cathedrale
de Saint Pierre de
Genêve , dont les Chanoines
auffi bien que leur Evêque, font
#
168 MERCURE
refugiez à Annecy en Savoye.
M l'Abbé Lambert a pris en
cette Ville des degrez de Docteur
en Droit . C'eft un Eccle
fiaftique que M l'Evêque de
Genêve eſtime beaucoup. Feu
M' l'Evêque d'Ivrée a efté
long- temps Vicaire General de
Mr le Cardinal le Camus , રે
Grenoble; ce Prelat avoit beaucoup
de confiance en luy , &
fous le Pontificat d'Innocent
XI. qui donna le Chapeau à
M' l'Evêque de Grenoble , Mi
l'Abbé Lambert fut chargé de
la conduite de pluſieurs affai →
res importantes à Rome pour
le
GALANT 169
le fervice de ce Prelat ; c'eft
dans les frequens voyages qu'il
fit en cette Cour qu'il eut le
bonheur de gagner les bonnes
graces du Pape Innocent , qui
luy donna jufqu'à la mort des
marques de fon eftime & de
fon amitié. Monfieur le Duc
de Savoye le nomma d'abord
à l'Evêché d'Aoufte , & il fut
enfuite transferé à celuy d'Ivrée.
Ce Prince l'avoit nommé
à celuy de Genêve aprés la
mort de M d'Arenthon , dernier
Evêque mais l'efprit
de partialité que Mª Lambert
avoit laiffe paroiftre dans quel-
Mars
1707.
P
170 MERCURE
ques occafions , luy fit donner
l'exclufion , & Monfieur le Duc
de Savoye nomma à cette dignité
Mª de Bernex , qui en eſt
aujourd'huy revêtul M' l'Evêque
d'Ivrée eftoit un rigide obfervateur
de la Difcipline Ecclefiaftique
; il n'en pardonnoit
pas la plus legere infraction
il fe picquoit auffi d'eftre un
zelé Difciple de Saint Auguf
tin. La conduite qu'il a tenue
en certaines conjonctures qui
fe font prefentées pendant qu'il
gouvernoit le Diocefe de Grenoble
, fous les ordres de Monfieur
le Cardinal le Camus A3
;
GALANT 170
font des preuves fignalées qu'il
portoit à jufte titre la qualité
de Difciple de ce grand Doctcur.
I
Jyrée eft une Ville d'Italie en
Piemont , fur la Doria balta ;
l'Evêché eſt Suffragant de Turin,
Cette Ville a efté longtemps
Imperiale , l'Empereur
Frederic H. & Guillaume Comte
de Hollande la donnerent .
à Thomas de Savoye II. du .
nom , Comte de Maurienne en
52. Les habitans fe foûmi .
rent l'an 1313. à Philippes de
Savoye Prince de Piémont , &
en 1349. Jean Marquis de
P ij
172 MERCURE
Montferrat céda à Amé VI.
Comte de Savoye , die le Comte
Verd, une partie des droits qu'il
avoit fur Ivrée. Les François
prirent cette Ville en 1554
durant les guerres d'Italic . Stra
bon , Pline , Mr de Thou , &
Mr Guichenon , parlent avangeufement
de cette Ville.
Dame N... de Blancheville,
fille de feu Mi N... de Blancheville
, premier Preſident du
Senat de Chambery , & de Dame
N... de Beaufort d'une
des plus illuftres Maifons de
Savoye , & veuve de Mre N...
de Bertrand , Marquis de Cha
GALANT 173
mouffet , Prefident au Senat de
Chambery , & cy- devant Ambaffadeur
de Monfieur le Duc
de Savoye à la Cour de France
, eft morte dans un âge fort
avancé. Elle laiffe plufieurs enfans
de feu Mr le Prefident
de Chamouffet fon époux , Mr
le Marquis de Chamouffet qui
cftoit premier Prefident du
Senat de Chambery , dans le
temps que le Roy conquic
la Savoye, Il avoit efté auparavant
Preſident au même SSce
nat. Ce Magiftrat qui eft fort
confideré de Monfieur le
Duc de Savoye , a époufé en fe-
P iij
174 MERCURE
condes noces Dame N. de
Montfalcon de Saint Pierre ,
d'une des plus illuftres Maifons
de Savoye , dont eftoit le dernier
Evêque de Lauſanne. Cette
Dame eftoit Fille d'honneur
de Madame la Ducheffe de Savoye
, lorſqu'elle époufa Mr
le Prefident de Chamouflet.
Cetre Dame laiffe Mr l'Abbé
C
de Chamouſſet , qui eſt à la
pana
Cour de Savoye , & qui n'eſt
pas moins diftingué par fon
merite que par la naiſſance &
par la faveur ouil eft dans cette
Cour. Mla Comteffe de Chevron
eft auffi fille de feue Mela
GALANT 175
Vous
Prefidente de Chamouffet. La
Maifon de Blancheville dont
eftoit cette Dame , oft une des
plus illuftres de toute la Savoye.
Mr le Baron d'Ery , frere de la
Dame dont je apprens là
mort , en eft le Chef ; cette
Daine eftoit auffi foeur de feuë
Me de la Moutonniere & de
Mvde Bellecour . Mr le Prefident
de Blancheville leur pere ,
a commandé en Savoye , & il
oit frere de Mr de Blanche.
wville , Colonel General de la
Cavalerie de Savoye , & Commandeur
de l'Ordre de l'Annonciade.
Pij
176 MERCURE
Je dois ajoûter icy que Mrs
de Chamouffet font de la même
Maiſon que Mrs de la Peroufe
, dont le pere a auffi elté
premier Prefident du Senat de
Chambery. Ils portent tous
pour Armes , d'or à un Lyon de
defables , couronné , armé lampaffé
de gueules.
Quoy que l'Article que vous
allez lire ne foit pas nouveau ,
il cft neanmoins du nombre
de ceux qui ne doivent pas eftre
oubliez , puifque rien n'eſtant
plus precieux que la fanté , on
fe doit toûjours faire un plaifir
d'apprendre les grands foins
GALANT
177
que fe donnent ceux qui travaillent
à fa confervation . Perfonne
n'ignore que la Compagnie
des Apotiquaires , illuftre
par tant de fçavans Maiftres
qui la compoſent , a établi depuis
plufieurs années dans le
Fauxbourg Saint Marceau , un
tres-beau Laboratoire pour y
faire tous les ans gratuitement
un Cours de Chymie public .
Ils ont donné par là des preu
ves inconteftables de leur défintereffement
& de leur zele
pour la perfection de leur Art .
Ce Laboratoire eft devenu celebre
par raport aux operations
178 MERCURE
IS
curicufes & utiles qu'on y a
démontrées , & par les fçavanres
leçons qu'on y a données.
Ces M's choififfent tous les
ans un de leurs Maiftres pour
faire ces démonftrations ; mais
ce choix n'eft refervé que pour
ceux qui ont donné des preuauthentiques
de leur adreffe
pour conduire leurs operations
de Chymie avec difcernement ,
& qui peuvent fatisfaire par
leurs leçons , le grand nombre
de curieux & de fçavans qui
honorent le Laboratoire de leur
prefence . Mr Rouviere le fils
fut reçû dans cette compagnie
ves
GALANT 179
-
des Apotiquaires au mois de
May dernier , il leur donna des
marques tout à fait convaincantes
de fa capacité pour tout
ce qui concerne fonArt; par fes
réponſes juftes & exactes à tou
tes lesqueſtions qu'on luy propofa
, & par l'élection fevere
qu'il avoit faite des meilleures
drogues deftinées à la compo
fition de fon chef d'oeuvre.
Ce celebre Corps fut de plus
tellement perfuadé de fon éru
dition , par le difcours fçavant
qu'il prononça , & dans lequel
il donna des marques des progrez
qu'illa faits dans fa pro
180 MERCURE
feffion , dans les belles Lettres ,
& dans la Phyfique , qu'ayant
à choifir d'un digne Artiſte
pour démonftrer le Cours de
Chymie , ils jetterent d'un confentement
unanime , les yeux
fur Mr Rouviere le fils &
quoy qu'ils n'euffent auparavant
honoré de cette preferance
, que les plus anciens &
les plus experimentez de leur
Compagnie , ils le propoferent
huit jours feulement avant
l'ouverture à Mr Rouviereis
qui furpris d'un tel choix , fe
fervit inutilement de tout ce
que fa modeftie luy pût infpiGALANT
181
rer pour s'en deffendre ; il s'excufa
( en vain ) fur fon âge peu
avancé & fur fon peu d'experience
, & fut enfin obligé de
céder à des follicitations pref
fantes. Il commença fon Cours
de Chymie le trofiéme Aouft,
par le difcours que voicy .
Il y ades ficcles , Meffieurs ,
qui ne nous font connus que par
leur ignorance ; & par leur barbarie
, comme lefurent ceux durant
lefquels les Gots , & les Peuples
du Nordfe répandirent dans
les Provinces Romaines , où portant
le fer & lefeu , & toutes les
182 MERCURE
borreurs de la guerre , les Sciences
les Arts qui ne fe plaisent que
dans les douceurs de la Paix , s'enfuirent
de l'Italie , & prefque de
toute l'Europe : nous ne lesy
avons vûës revenir que quand
des Princes vainqueurs & genereux
les y ont rappellées par leur
protection , & par leurs bienfaits.
En France nous devons à nos Rois
le retour de la Politeffe , des beaux
Arts & des Sciences. C'eſtparles,
graces , & par les richeffes dont
François I. combla tant de Sçavans
qu'il attira dans ce Royaume que
Paris eftdevenu ce que la celebres
Athenes fut autrefois , & ce que
GALANT 183
Rome la Triomphante devint enfuite
c'est - à - dire le fejour des
Mufes la retraite laplusfüre
& laplus honorable que les belles
Lettres ayentjamais euë. Maisde
combien LOUIS LE GRAND ,
a- t-il furpaffé les Rois fes Predeceffeurs
, er du coftédu Heros ,
du cofté du Protecteur des Sçavans,
& de ceux qui cherchent à le devenir;
je laiſſe à ces dignes Panegiriftes
à celebrer fes Victoires &
JesTriomphes ; je merenfermeuni
quement dans monfujer . Ce Monarque
a plus fait luy feul que
tous les Rois qui ont travaillé
avant luy à former cette Monar
184 MERCURE
chie ; en veut- on des Monumens
plus certains que tant de celebres
Academies ,forméesparles ordres,
foutenues par fes liberalitez , ou
illuftrées par l'honneur defa Royabe
protection ? Il y a des Academies
pour les Arts & pour les
Sciences ; il y en a pour les Inf
criptions , pour les Medailles , &
pour l'Hiftoire ; il y en a pour la
Peinture. L'Aftronomie , & la
Geographie ,fineceffaires à la Navigation
, fe cultivent dans le plus
fuperbe Obfervatoire quifoir dans
le monde ; la Medecine n'eft pas
traitée moins favorablement. Fugez-
en , Mrs , par tout ce que
le
GALANT 185
Roy afait pour la Botanique , pour
pour la Chymie , l'Anatomie
qui font les trois parties effentielles
de la Medecine. Sur cela , Mrs
l'idée du Jardin Royal s'offre
voftre imagination : vous vous
reprefentez en même temps tous
l'application conti-
2
les foins
nuelle de celuy qui y prefide pour
y faire élever les Plantes les
plus curieufes & les plus utiles
de l'Orient & de l'Occident
la réputation du Profeffeur eft
un loge éclatant de cette Ecole ;
on ne fait que d'achever ces fçavantes
Leçons de Botanique , où
lon a démontre plus de cinq mille
Mars
1797.. е
186 MERCURE
Plantes , tant de l'Europe que des
autres parties du Monde. N'y at-
il pas auffi un Theatre Anatomique
Royal, où le Profeſſeurauſſi
celebre , démontre publiquement la
conftruction & l'ufage des parties
du Corps humain ? Connoiffance
fi neceffaire à quiconque fe deftine
à la Profeffion de Medecin ? N'y
fait-on pas encore tous les ans dans
un Laboratoire Royal , un Cours
de Chymie qui épuife cette Science,
& qui porte la Pharmacie àfa
perfection ? Deforte que le Jardin
Royal doit eftre regardé comme le
Temple d'Apollon , où s'enfeigne
gratuitement les trois parties de la
GALANT 187
Medecine , cette auguſte Science
que les Demi-Dieux , n'ont point
dédaigné de pratiquer , & dont
Apollon fe fait honneur d'avoir
efté l'Inventeur.
Inventum Medicina meum eft ,
opifexque per orbem⠀⠀⠀
Dicor , & Herbarum fubjecta
potentia nobis.
Quelle reconnoiffance ne doit on
en eft comme le
premier mobile , & qui avec une
application fi conftanter fifaivle,
exige que ces Exercices fe faffent
regulierement & felon les imen
pas à celuy qui en eſt
Qij
188 MERCURE
la
tions de Sa Majefté . Tout s'execu
te d'une maniere utile & honora
ble , parce que cela eft animé par
lesfoins duplusfçavant Medecin ,
du plus fage Protecteur que
Medecine ait jamais eu ; Vous re→
connoiſſez , Mrs , à ce portrait
l'Illuftre Mr Fagon , qui joint à
une vaſte ſcience qu'il a de toute
la nature , une vivacité de jugement,
& une probitéfi reconnue ,
•que nous pouvons luy appliquer
ce que Macrobe dit du divin Hippocrate
,Tam fallere quam falli
nefcit, & pendant que nousfouhaitons
les années de Neftor au
- «Monarque incomparable dont la
2
GALANT 189
de Pe
Providence luy a confié les jours
precieux , vous ne me defavouërez
pas fi je fouhaite au Prince
de la Medecine Françoife les cent
quarante années que vécut ,felon
quelques- uns , le celebre Medecin
Pergame , je veux dire Galien
cefublime maiftre de la Medecine,
& le parfait Interprete d'Hypo
crate . En effet Mrlepremier Medecin
honore d'une protection trop
vive es troppuiſſante laFaculté
Medecine de Paris , pour ne pas
meriter nos voeux les plus ardents ;
Faculté de Medecine maintenant
fi recommandable , qu'on y pourroit
trouver aujourd'huy un Chyde
190 MERCURE
kon , un Efculape , un Aretée ,
un Theophrafte , un Nigere , un
Celfus , un Galien , un Diofcoride
; Faculté dans laquelle il
n'y a pas un Docteur dont on ne
puiffe dire avecla plus exacte verité
Perfpicuus Doctor
Rura
Herbas , Prata , Virecta ,
Arboreos cultus , deliciafque
tenet.
Tempora diftinguit , Medici
nas comparat Arti ,
Confulit , & viros qua ratione
juvent.
Que ne dirois -je point icy en
GALANT 191
particulier de Mr le Doyen de la
Faculté, & de Mrs les Docteurs
- Profeffeurs en Pharmacie, fi
leur prefence ne m'obligeoit à me
taire encore plus que
leur modef
tie, & fi je ne fçavois qu'avec
une feience profonde & un merite
fingulier ; leur grand coeur
aime mieux meriter les louanges
que de les entendre au reste aprés
Phonneur tous les bons offices
queje viens de recevoir, neferois-je
pas fufpect fi je pouvois icy
mon gré expofer leur capacité infinie
dans toutes les parties de la
Medecine , & fi je parlois en
particulier de cette probité qui les
·
192 MERCURE
rend à la fois fi aimables & fi
reſpectables dans le commerce de
la vie des oracles certains
dans la pratique de la Medecine.
Quant à vous , Mrs , qque nous
devons regarder comme Maitres
de l'Art , & qui m'avez fait
l'honneur de me choisir pour faire
icy en faveur du public ce cours
de Chymie dont vous avezfifagement
étably l'ufage , je ne fsay
fi le choix que vous avez fait
ne déroge point à ce vif & heu
reux difcernement , qu'on ne vous
peut difputer. Je crains bien
dans l'affection dont vous m'honarez
l'efprit ne fe foit laiffe impofer
que
GALANT 193
impoſer par
le coeur. Tout ce que
je puis dire , eft que fi je ne
repons pas à la haute reputation
que ce Laboratoire s'eft acquife par
l'habileté des Sçavants Artiftes
qui m'ont precedé , je feray du
moins tout mon poffible pourfoutenir
l'honneur de votre choix &
pour meriter voftre approbation ;
fi je ne réuffis pas , vous ne fçauriez
eftre , Mrs , les témoins de
ma foibleffe , que vous ne le
foyez certainement de ma bonne
volonté.
Ce difcours receut de grands
aplaudiffemens. Mr Rouviere
fit voir dans les leçons qu'il
R
Mars
1707.
194 MERCURE
donna pendant le cours qu'il
Profeffa , la beauté & l'utilité
de la Chymie ; que fans elle
on ne pouvoit connoiſtre les
caufes des maladies, puifqu'elle
découvre feule la caufe des differentes
fermentations qui produifent
tous les dérangemens
de noftre machine. Il expliqua
les principes de Chymie d'une
maniere tout- à - fait Phyfique,
& fuivant l'hypothefe de Mr
Defcartes ; il continua fes lefuivant
les mefmes prinçons
cipes , & il s'attacha aux fermentations
: Objet qui a partage
jufqu'icy les fentimens de
3
GALANT 195
$
tous les Philofophes. Il en expliqua
la caufe d'une maniere
tout- à - fait mecanique , & il
découvrit fur ce fujet de tresbelles
experiences qu'il va donner
au public. Son cours qui ne
devoit durer que fix femaines,
eftant fini , il fit un remerciment
à fes Confreres , par
un difcours remply d'érudition
, & de quantité de faits
curieux , que je vous envoyeray
le mois prochain.
Aprés vous avoir parlé de
ceux qui s'appliquent à l'étude'
des moyens de conferver la vie,
paffe à ceux qui ne cherchent
Rij
196 MERCURE
qu'à la ravir aux ennemis de
leur Souverain & de leur Patrie
, ou du moins qui font
dans le party contraire à celuy
qu'ils ont embraſſé .
Le Roy d'Eſpagne a donné
le Gouvernement des Armes de
la Province de Guipufcoa à M
le Marquis de Villareal , Lieutenant
des Gardes & Lieutenant
general des Armées de Sa
Majefté Catholique . Il eft de
la Maiſon de Menezés ; & par
conféquent allié du Roy de
Portugal ,puifque Ferdinand II .
du nom , Duc de Bragance 6°.
aycul du Roy de Portugal d'auGALANT
197
jourd'huy , époufa Eleonor de
Menezés , fille de Pierre Comte
de Villareal . C'est ce même Ferdinand
Duc de Bragance , qui
étant tombé dans la difgrace
du Roy de Portugal Jean II . eut
le malheur de perdre la vie ſur
un échafaut à Evora le 21. Juin
de l'an 1463. Illaiffa d'Eleonore
de Menezés Jacques Duc de
Bragance , dont la deſtinée fut
plus heureufe que celle de fon
pere. Il fut Favory du Roy
Emmanuel , qui le nomma en
1498. Roy de Portugal , en cas
qu'il mouruft fans enfans . Ce
Monarque luy donna en 1 5 1 3 .
Rij
198 MERCURE
le Commandement d'une Armée
qu'il envoya en Afrique.
La Maifon de Villareal a encore
un alliance avec la Maifon
de Bragance. Theodofe I. Duc
de Bragance , fils aîné de Jean
dont je viens de parler , laiffa
de Beatrix de Lancaſtre , fille
de Louis I. du nom , grand
Commandeur de l'Ordre d'A
vis , & de Madelaine de Grenade
, Elifabeth , femme de Michel
de Menezés , premier Duc
de Camiña, mort fans enfans.
Cette Dame eftoit foeurde Jacques
tué à la funefte Bataille de
d'Alcaçar en 1578. On peut
GALANTS19 199
LYON
juger par ce détail de lancich
neté & de l'illuftration
Maifon de Menezés , puifque
dés le quinziéme fiecle , elle
s'allioit aux Maiſons Royales .
M le Marquis de Villareal a
donné des preuves de fa valeur
en plufieurs occafions.
Le Gouvernement de Cartagene
a efté donné par Sa Majefté
Catholique à M² de Ma
honi , Maréchal de Camp . Je
vous ay parlé plufieurs fois de
de cet Officier general , & des
preuves qu'il a données de fon
courage & de fon zele depuis
qu'il fert dans les Troupes
Riiij
200 MERCURE
d'Espagne. Le Gouvernement
que Sa Majefté Catholique
vient de luy donner eſt tres important
. Cartagene , qu'on
nommoit autrefois Carthage la
neuve , Carthago nova & Spartaria
, porte ce nom parce qu'el
le fut bâtie par les Carthaginois
. Scipion la prit aux Eſpagnols
, en un jour l'an 544. de
Rome. Elle eft fur la Mer Mediterranée
dans le Royaume de
Murcie, avec Evêché fuffragant
de Tolede. Quatre chofes la
rendent confiderable ; fçavoir ,
fon Port , qui eft un des meilleurs
d'Efpagne. La pêche du
4
GALANT 201
Maquereau qui fe fait vers une
Ifle qui eft vis - à - vis du Port ;
l'abondance du Jonc , que les
Efpagnols nomment Esparto ,
& dont ils font les Cabats ; &
fes mines de pierres precieuſes.
Cartagene eft une Ville de
grand commerce ; il y a une
Bonne Fortereffe & plufieurs
belles Eglifes . Silius Italicus a
fait unemagnifique deſcription
de cette Ville dans fon 15 Livre
, & Strabon dans fon 3
Livre ; Eftienne des Villes en a
auffi parlé avantageufement,
Tite Live en parle auffi dans
Con 26 Livre. Eutrope dans
C
202 MERCURE
e
& feulement
fon 3 & Pline dans fon 26 .
M' le Comte de Starremberg
, Prefident du Confeil Pri-
Privé de l'Empereur , a obtenu
une difpenfe du Pape ; pour
époufer fa belle - foeur , qui eft
une grace qu'on accorde ra
rement aux Teftes couronnées
mefine
pour des raifons d'Etat . La
Maifon des Starremberg eft
une des plus illuftres d'Allema !
gne. Le celebre Comte Conrad-
Baltazard de Starremberg
,
Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'or , Confeiller au Confeil
d'Etat du feu Empereur
GALANT 203
Leopold I. fon Camerier &
Gouverneur Prefident du Confeil
de la Regence de l'Autriche
infericure , a fait beaucoup
d'honneur à cette Maifon dans
le dernier fiecle. Il s'acquit une
gloire immortelle au fiege de
Vienne en 1683. il deffendit
cette Ville , avec une vigueur
extraordinaire , contre une Ar
mée formidable de Turcs , ce
qui donna le loifir au Roy de
Pologne & à M' l'Electeur de
Baviere , d'aller au fecours de
certe Place . Le Comte de Star
remberg mourut fort vieux à
Vienne au mois de May de l'an
204 MERCURE
1687. Il eftoit oncle de celuy
qui donne lieu à cet Article.
M' Patieco Ambaſſadeur du
Roy de Portugal à la Haye , a
épousé une Princeffe de Naffau
- Siegen. La ceremonie s'en
fit à Bruxelles il y à quelques
temps , & M' le Duc d'A
rensberg portoit la procuration
de l'époux. M Patieco
dont j'ay eu fouvent occafion
de vous parler eft d'une
ancienne famille de Portugal.
Sa nouvelle époufe eft d'une
des cinq branches de la Maiſon
de Naffau , qui tirent leur origine
d'Othon , pere de WalraGALANT
205
me , oncle paternel de l'Empereur
Adolphe. Othon époufa
Agnés , Comteffe de Solms , &
il forma par ce mariage la fe
conde branche de Naffau , qui
s'eft enfuite fous-divifée en 's .
autres; fçavoir,Naffau Orange;
Naffau - Siegen , dont M° Patieco
eft fortie ; Naffau Dillembourg;
les Princes de Naffau , &
Naffau Hadamar. La pre niere
branche fut formée par Walrame
, qui mourut en 1289.
& qui laiffa Adolphe qui fut
Empereur , & qui fut Li tige
de trois autres branches de la
Maifon de Naffau ; Naffau206
MERCURE
Salbruck , Naffau - Wiſbaden ,
& Idſtein , & Naffau - Veilbourg.
Walrame & Othon
eftoient fils d'Henry le Riche ,
Comte de Naffau , mort en
1 2 54. La branche d'Orange eft
celle qui s'eft le plus diftinguée.
M'Patieco eft de la même Maique
M' le Duc d'Escalona ,
Viceroy de Naples , qui porte
auffi le nom de Patieco .
fon
M'Balaan de l'Ordre de Cluny
a efté beni Abbé d'Anieres
qui eft du même Ordre dans
l'Eglife du Seminaire de Saint
Magloire par M l'Evêque de
Xaintes. L'Affemblée eftoit
GALANT 207
nombreuſe & compoſée de ce
qu'il ya de plus diftingué dans
le Clergé de cette Ville . Mr
l'Abbé Balaan eft un Religieux
fort diftingué dans fon Ordre
par les talens de fon efprit &
par les Charges qu'il y a exercées
; il s'eft appliqué toute fa
vie à l'étude de la Theologic
Pofitive &
Scholaftique , & perfonne
n'ignore qu'il a fait de
grands progrez dans l'une &
dans l'autre ; il s'eft auffi fort
attaché à la Jurifprudence Canonique,
& il a donné des preuves
en plufieurs occafions qu'il
y eftoit tres-verfé . L'Abbaye
"
208
MERCURE
d'Anieres , dont il eſt Titulaire,
eft tres-ancienne dans l'Ordre
de Cluny , elle a produit d'illuftres
ſujets . Cette Abbaye en
fournit fur tout beaucoup à
l'Eglife dans le penultiéme fie
cle ; il y cut un Religieux d'Anieres
, en ce temps-là , qui eut
beaucoup de credit à la Cour
de Catherine de Medicis ; cette
Princeffe l'employoit fouvent
dans les fupputations aftronomiques
aufquelles on fçait
qu'elle s'attachoit beaucoup ;
elle le recommandaenmourant
à Henry III. fon fils qui cut
égard à fa recommandation,
GALANT 209
Dame N... de Châtillon
d'une des plus anciennes &
des plus qualifiées maiſons du
Lyonnois , fut benite Abbeſſe
de la Deferte à Lyon le 17. du
mois dernier dans l'Eglife de
cette Abbaye par Mr l'Evêque
deChâloy
qui s'étoit rendu
à Lyon pour cette ceremonie.
M de Roftaing Abbeffe de
Chazaut & M la Prieure de
Saint Benoiſt eftoient forties de
leurs Monafterés , fituez dans
la mefme Ville , pour affifter
à cette ceremonie & pour fervir
la nouvelle Abbeffe. Mr
L'Evêque de Saint Flour qui fe
S
Mars
1707.
•
210 MERCURE
trouva alors à Lyon affifta à
cette ceremonie ainfi que
l'ancien Abbé de Saint Antoine
, & prefque tous Mrs les
Comtes de Saint Jean à une
partie defquels cette Abbeſſe
eft alliée. Il y eut de plus une
grande Affemblée compofée
de tout ce qu'il y a de plus
illuftre & de plus confiderable
à Lyon dans la Robbe & dans
l'Epée. On ne peut marquer
d'empreffement qu'en firent
voir les Religieufes de cette
Abbaye pour la reception
de leur nouvelle Abbeffe , &
ils luy temoignerent toutes
plus
GALANT 211
tant en general qu'en particu
lier , la joye & la fatisfaction
qu'elles avoient de la voir à la
tefte de leur Communauté.
On peut dire qu'il y a longs
temps que la joye & l'empreffement
des compagnies à recevoir
ceux que le Roy leur don
ne pour chefs , juſtifient le
choix de Sa Majefté. Les corps
Ecclefiaftiques font fi perfuadez
de l'attention que ce grand
Prince apporte dans le choix
des fujets aufquels il confie
le gouvernement de l'Eglife
, qu'il fuffit d'avoir été
nommé par le Roy à une Evê
S ij
212 MERCURE
ché ou à une Abbaye , pour
meriter l'applaudiffement
&
l'empreffement des peuples.
Mr le Comte de Touloufe
a donné fon Regiment de Cavalerie
à Mr le Comte d'Age
nois , fils de Mr le Marquis de
Richelieu ; & ce Prince l'a don
né d'une maniere fi prévenante
& fi genereufe que ces don
n'a pas efté ce qui a touché
le plus la Maiſon de Richelieu .
Mr le Comte d'Agenois eft fils
de Mr le Marquis de Richelieu
, neveu du Duc de ce nom ,
& de Dame N ... de la Porte la
Meilleraye , fille de Mr le Duc
Mazarin.
GALANT 213
Il eftoit Capitaine dans le
Regiment qui luy vient d'être
donné , & il s'eft fort diſtingué
à la Bataille de Ramillies , où
il a eſté bleſſé dangereuſement
aubras & à la tefte , ayant com
battu feul contre neuf Cavaliers
qui l'avoient entouré , &
contre lefquels il fe deffendit
avec tant de valeur , qu'il s'échappa
de leurs mains , aprés
en avoir bleffé plufieurs . Le
choix que Monfieur le Comte
de Toulouſe a fait de M le
Comte d'Agenois pour luy
confier fon Regiment , luy a
attiré beaucoup de loüanges.
214 MERCURE
Je vous envoye deux Lettres
qui doivent avoir place
dans l'Hiftoire
, & qui pourrónt
eſtre recherchées dans la
fuite des temps , felon les occurences.
Quoy qu'il y ait cu
quelque changement dans la
fituation des affaires du Milanez
, depuis que ces Lettres
font écrites ; jay néanmoins
crû vous les devoir envoyer .
Ce que je vous écris chaque
mois ne doit pas feulement
regarder la fituation où le trouvent
les affaires dans le temps;
que je finis mes Lettres ; mais
celle où elles ont efté pendant
GALANT 215
le
temps qui s'eſt paffe d'une
Lettre à l'autre , les affaires qui
font dans un violent mouvement
, changeant fouvent plufieurs
fois de face pendant
un
mois,& ne fe trouvant quelquefois
pas le foir dans la fituation
où elles étoient le matin . Si mes
Lettres ne contenoient
que l'état
où se trouve les affaires le
jour que vous les recevez , il ne
me faudroit fouvent que peu
de pages pour vous en inftruire
; mais comme elles renferment
une fuite d'Hiftoire fort
détaillée , le paffé s'y doit trou
ver avec le prefent . Enfin ce
26 MERCURE
font les nouvelles d'un mois
que je vous envoye , & non les
nouvelles d'un jour. Je paſſe à
la premiere des deux Lettres
dont je viens de vous parler.
LETTRE
GALANT 217
LETTRE
De Mr le Chevalier de
Graville , Envoyé Extraordinaire
de France , à
Meffieurs les Chefs &
Confeillers des trois Li-
..gues Grifes , le 9. Février
1707.
MAGNIFIQUES
SEIGNEURS
Le memoire que Mr
Windfers
Envoyé Extraordinaire de l'Empereur
a fait le 23. Janvier, ne
Mars
1707.
T
218 MERCURE
venant que de paroiftre au jour
jay eftéjufqu'à prefent hors d'état
de répondre à un écrit qui intereffe
le Roy mon maistre & fes Alliez.
Le but de cette propofition eft
de vous engagerà ouvrir vospaffages
;fon Auteurprétendde vous
y porter par trois moyens. Le premier
regarde l'Union hereditaire.
Le fecond estfondéfur une reconnoiffance
de bienfaits que les Ligues
doivent avoir reçus , en con-
Sequence de la même confederation
; & le troifiéme vous renvoye
à des graces futures.
La fimple lecture du Traité
hereditaire fait connoiſtre qu'il
GALANT 219
concerne uniquement le Comté de
Tirol & les Seigneuries prés l' Arleberg
Maximilien Premier
avec qui vous l'avez conclu n'avoit
pas intention d'y comprendre
le Milanez , puifque ce Duché
eftoit alors fous une autre domi
nation que celle de la Maifon
d'Autriche . Si l'on difoit que ce
Prince auroit pú vouloir , comme
Empereur envoyer des troupes
dans un Fief de l'Empire , la
réponſe nattroit du Triate mefmes
Maximilien n'y agiffant que
comme Archiduc. D'ailleurs Par
gument de Mr Windfersfe trouve-
Specialement détruit dans l'article -
Tij
220 MERCURE
33
de l'union hereditaire , où il eft
parlé du paffage ; cette clauſe
porte feulement que les parties
s'accorderontreciproquement dans
leurs Pais , Villes , Chafteaux
,, Dominations , l'achat des chofes
neceffaires à la vie en refervant
la puiffance de Dieu, laneceffité
des Souverains & le
le cas
d'envoyer ou de vendre les mef- ,
,, mes denrées aux ennemis de
l'un des contractans & que les
», cheminsferont libres &ouverts
aux deux parties fans aucune
nouvelle charge , augmentation
de Douannes ny impoſts , que
de pareilles taxes fe pourront
و د
ه د
و د
و د
GALANT 221
que
less
се
feulement mettre fur les fujets
d'autres Puiffances, g
conditions cy deffusferont obfer- "
vées fidelement & fans fraude. "
Qui de vos Patriotes pourra
tirer de cet article une confequence
femblable à l'induction de Mr
Windfers quelle perfonne fans
paffion ne dira pas que la clauſe
?
regarde fimplement la facilité des
urores ? fi les Grifons avoient
voulu pour lors confentir à ouvrir
leur Pais à des troupes , ils
n'auroientpas manquéfans doute,
comme voftre Republique l'a toujours
pratiqué en pareilles occa
fions , de specifier le nombre des
Tij
222 MERCURE
gens de guerre & la distance des
marches. Les Ligues connurent
bien en 1632. que l'Empereur
n'avoit point un pareil droit touchant
leurs paffages , lorfqu'elles
fe plaignirent en Suiffe que Ferdinand
II. avoit voulu établir fur
eux un titre imaginaire , ainfi
qu'il fe peut voir dans ces mots
de l'Hiftoire de Sprecher. *
Monfieur Windfers auroit
dû penfer plus d'une fois à fe
faire fort d'un article de l'union
hereditaire , dont le veritable fens
Notum effe Imperatorum etiam in
pofterum hoc præfumptivo jure Rhæ
torum tranfitibus abuti voluiffe.
GALANT 223
n'eſt pas feulement contraire àfa
demande , mais peut encore vous
faire reffouvenir de plufieurs contraventions
de lapart des Archi
dues à ce mefme traité. Combien
de plaintes les Grifons ont - ils porté
contre l'augmentation des impofts
dans le Tirol & les quatre Seigneuries
prés d'Arleberg ? Combien
defois ont- ils inutilement foli
cité lepayement de plus de 30. penfions
, que l'Empereur leur doit
encore aujourd'huy? Si les Comtes
du Tirol ont manqué d'obſerver
des conditions qu'ils fontfans contreditobligez
d'executer, fur quel
pied pourroient- ils vouloir exiger
Tiiij
224 MERCURE
de vous des chofes , aufquelles
vous n'eftes nullement engagez ?
Je viensprefentement aux bienfaits
, dont Mr Windfers dit que
la Maifon d'Autriche a accablé
les Grifons , en faveur du traité
hereditaire ; fon écrit parle pompeufement
des vivres que vous
avez tirez d'Allemagne. Je
fçay , magnifiques Seigneurs ,fi ce
Miniftre peut faire fur ce fujet
tant de merite àla Cour de Vienne.
Si le Tirol vous a donné des Sels ,
vous luy avez donné de l'argent
fourni des bois. D'ailleurs il
eft de l'intereft du Comte de faciliter
de tout fon pouvoir le debit
ne
GALANT 225
"
de fes denrées . Feu Mr le Baron
Roft l'a bien temoigné ; un des
plus forts motifs qui l'engagea à
à s'oppofer à l'alliance de Venife,
eftoit , difoit- il,
que les Salines
de Hall fouffriroient un dommage
irreparable ,fi les Grifons venoient
àfe fervirde celles de la Seigneurie
. Quant aux bleds , vous ne
les avez pas eu des Etats de l'Empereur
, mais du Cercle de Suabe,
vous en avez mesme fait venir
avec plus de facilité par le
Lac de Conftance , fans les voi-
Sturer fur les Terres des Autrichiens.
Difpenfez-moy , M. S. de
226 MERCURE
parler du bon voisinage que Mr
Windfers exalte fifort. Vos abfcheids
font remplis de plaintes contre
de frequentes interdictions de
commerce & d'autres mauvais
traitemens. Des violences pareilles
auront efté derobées à la connoif
fance des Princes de la Maifon
d'Autriche ; mais vous n'en avez
pas moins fouffert de leurs Mátniftres.
Siprefentement MrWind
fers vous donne à entendre , que
les derniers impofts établis fur vos
patriotes ont effé abolis , la grace
eftpeu confiderable; vous luy de
vez tout au plus la reconnoiffance
de ne vous point faire de mal
d'injuftice.
"
GALANT 227
Les biens que les
Imperiaux
vous
*
pour l'avenir dans
leMilanezfont desfruitsprecoces,
qui ont la mine de nejamais meurir.
Les traites feront entre les
mains du Prince , qui se trouvera
le maitre lors de la recolte des
grains . Les changemens arrivez
vers la fin de l'année derniere's
montrent que la campagne prochainepeut
eftie fujette à d'autres revolutions
; elles font d'autantplus
plaufibles , que les Imperiauxe
n'ontprefque point de places fortes
dans ce Duché ; le Chasteau de
Milan , Cremone , Valence
Final obéiffent toujours à Phi228
MERCURE
tippe V. Sans parlerdes Garnifons,
le Roy d'Espagne a encore fur le
Mantouan environ quinze mille
hommes , ces troupes doivent
donner la main à des armées nombreuſes
preftes à fe mettre en mouvement
pour recouvrer le reſte dis
Milanez. Mr Windfers femble
luy - mefme convenir du peril où
pourroitfe trouver Voftre Repu
"blique , fi elle s'expofoit par la
conceffion de fes paffages aux Imperiaux
, à irriter les deux Couronnes.
Lorfque ce Miniftre dit
que l'Empereur à apprehendé
commettre le bien la trandé
de
ع و م
quillité des lowables Ligues
GALANT 229
pendant qu'elles avoient fur leurs
frontieres les armes de France ég
d'Espagne , ne luy est- il pas
échappé de vous laiffer connoiſtre
la fauſſe démarche que vous au
riez faite , fi les troupes des me
mespuiffances venoient à reprendre
Le Comafque , aprés que vous auriez
ouvert voftre Pais aux Autrichiens
alon
Feftime fuperflu de répondre à
l'argument que l'Envoyéde l'Empereur
veut fonderfur le paffage
de quelques poftillons & le retour
d'un petit nombre de gens reftez
malades à Mantone. Je m'étonne
qu'on ait ofé vous faire un re230
MERCURE
&
proche , qui ne fçauroit convenir
qu'à des fujets de la Maifon
d'Autriche. Voftre Republique
pouvoit- elle refufer à des Voyageurs
fans armes la liberté d'aller
fur fes Terres ? n'en a t- elle pas
agi de mesme à l'égard d'une
plusgrande quantité d'Officiers
de Couriers Imperiaux
? je veux
croire que diverfes recrues Allemandes
ontfans fa permiffion traverfé
le Territoire des Ligues .
Je ne vous arresteray pas plus
long- temps , magnifiques Seigneurs.
L'entiere liberté ou vous Taiffe le
Traité hereditaire de fermer voftre
Etat à des troupes deftinées pour
·
GALANT 231
le Duché de Milan ; la partialité
inexcufable que vous témoigneriez
parfa conceffion de vos paffages
en faveur des Autrichiens,
aprés l'impetuofité avec laquelle
au feul bruit des armes Bavaroifes
, vos Communes fe retrancherent
en 1703. contre Mrl'Electeur
, dans le temps que
deux Couronnes & leurs Alliez
laiffoient aux Ligues un commerce
fi libre des mefmes denrées
prefentement à la difpofition de
la Cour de Vienne ; l'intereft
évident. que vous avez d'ofter
la Maifon d' Autriche , déja trop
voifine des Grifons du cofté de la
les
232 MERCURE
Suabe & du Tirol , des facilitez
à vous refferer davantage vers
Le Comafque ; le fouvenir encore
recent des plaintes qu'en 16.31. &
en 1635. vos ancêtres firent inutilement
à la Cour de Vienne ;
d'avoir contre les promeſſes expreffes
des Commandans Autrichiens
, receu en general & en
particulier des dommages ineftimables
, lors de la defcente des
Allemans en Italie pour l'affaire
de Mantouë ; la crainte de voir
naître dans le fein de vostre patrie
les malheurs de la guerre ;
la declaration
la
Diette generale
de Tavos fit pendant le
que
GALANT 233
ع و ب
mois de May 1701. aux Miniftres
des deux Couronnes & de
la Cour de Vienne d'avoir trouvé
par la pluralité des voix de Com- ·
manes, qu'elles avoientjugé con- "
venable , pour la profperité de
leurpatrie, d'obferver une exactes
neutralité , de ne point accor- " .
der le paffage par leur Païs ny à “
Lune my à l'autre Puiffance "
pour l'offenfe de l'un des deux "
partis ; mais de fe deffendre
de le maintenir avec tous les
moyens de la Republique , fi l'on «
entreprenoit de le violer; le mê- «
me ferment que vous avez depuis
eitere plufieursfois ; toutes ces con-
Mars
1707.
se
234 MERCURE
fiderations formeront chez- vous »
fuivant les apparences, des barrieres
impenetrables aux Imperiaux.
Si malgrétant de puiſſans motifs
vous ouvriez vos Terres aux
ennemis duRoy mon Maistre & de
fes Alliez , ou fi vous écoutiez le
dangereux confeil de laifferpren
dre vos paffages , en vous contentantdefairepourlaforme,
unepro-y
teftation , vous vous chargeriez
auprés de vostre pofterité des fuites
fâcheufes qu'auroit une pareille
conduite. Fefuis tres -parfaitement
Magnifiques Seigneurs
Le tres- affectionné à vousfervir
LE CHEVALIER DE GRAVILLE
GALANT 235
Je vous ay déja parlé il y
quelques années de M' le Chevalier
de Graville , & ce que je
vous en dis alors a dû vous
faire connoiftre qu'il devien
droit un habile Negociateur ;
c'eft le fentiment de tous ceux
qui le connoiffent particulierement
, & fur tout celuy des
Miniftres qui l'ont employé.
Ses Lettres s'expliquent fi clai
rement qu'elles n'ont pas
foin de Commentaires. On
peut dire qu'il y épargne la dureté
& la hauteur du Miniftere
de Vienne , dont il parle mo
deftement . Il eft conftant qu'il
么
be-
V jj
236 MERCURE
tient rarement fes promeffes
& qu'il eft tres difficile , pour
ne pas dire impoffible , de s'en
accommoder . Il menace toujours
, & dés qu'il eft en eftat
de faire du mal il le fait effec
tivement. Tout ce que les Suiffes
ont tiré des Imperiaux a
toûjours efté chargé d'impoft.
Ils n'ont jamais rien demandé
qu'en menaçant , & s'ils ont
promis des Penfions par oftentation
, elles ont efté rarement
payées ; mais lorsqu'ils ont menacé
de l'interdiction du commerce
, ils ont toûjours tenu
parole, & l'Hiftoire Journaliere
GALANT 237
fait foy de ce que je n'avance
pas icy fans fujet. Deux raifons
doivent empêcher aujour
d'huy de ferfier à leur parole
& de faire aucune alliance avec
eux. L'une eft la mauvaife fituation
de leurs affaires du cofté ,
des Mécontens , qui font dans
l'Ifle de Schut , fituée à fept
lieues de Vienne , ce qui dérange
fort les affaires de l'Empereur
qui n'a ni Troupes ni
argent , & qui n'en peut en
voyer du cofté du Rhin . L'autre
raifon n'eft pas moins for
puifqu'elle regarde ce qui
eft arrivé à l'Electorat de Bay
238 MERCURE
,
viere aprés un Traité figné par
Sa Majesté Imperiale , & l'injufte
traitement fait à Madame
l'Electrice de Baviere , & aux
Princes fes enfans , fans en
avoir donné aucune raifon ni
bonne ni mauvaiſe. Je ne m'étens
point fur cet Article dont
j'ay parlé tres-amplement dans
plufieurs de mes Lettres, and
Comme je ne prétens ' rien
ajoûter aux Lettres de Mile
Chevalier de Graville , ce Che-.
valier ne laiffant rien à dire fur
les matieres qui en font le fujet
, je paffe à ſa feconde Lettre.
>
GALANT 239
LETTRE
De M le Chevalier de
Graville , du 13. Fevrier
1707. fur un memoire
que M Stanion a prefente
à Coire de la part
de l'Angleterre le 12. du
même mois
MAGNIFIQUES SEIGNEURS ,
Les Miniflres Imperiaux font
Juns doute bien perfuadez que leurs
demandes repugnent à vos interefts ;
puifqu'ilsfe croyent obligez de fe
faire feconder auprès de vous par
240 MERCURE
leurs Alliez & de changer continuela
lement de moyens , pour furprendre
votre prudence: hier Mrde VVind
fers prefentoit l'union hereditaire ,
aujourd'huy fen Atlas foûtient le
Traite des Grifons avec le Milanez
; on gardoit apparemment cette
derniere Piece pour le Corps de re-
Serve.
Mr Stanion vient de joindre fes
inftances à celles de la Cour de Vienne
au sujet de vos paffuges
Les Ligues ont , dit-il , vers la
,, fin du fiecle dernier , ouvert leur
pays , en vertu du Capitulat selles
2 doivent prefentement en agir de
› même à l'égard du frere de Sa
Majefté Imperiale , dont le deffein
eft de renouveller l'ancienne
22 confederation du Duché de Mi
25 Lan.
ა )
*
Une
GALANT 241
"
Une pareille conceffion de votre
5, part ne rompra pas la neutralité
,, des Grifons , vous l'avez éprouvé
durant la derniere guerre ; dans
dans celle - cy louverture de vos
paffages peut s'accorder avec la
Declaration de 1701. Venife
vous fournit un exemple.
›
La France & fes Alliez ne fça
raient vous faire ny bien ny mal';
,, au contraire vous avez à attendre
desgraces des deux Princes de
,, lala Maifon d'Autriche , & ils
ils font en eftat de vous priver
d'un commerce neceffaire.
ر ف و ن
Vous meriterez par vos fervices
,, envers la grande Alliance la pro-
,, tection de l'Angleterre & des
Provinces Unies ces Puiffances
`,, employeront leur mediation & leur
intercellion auprés de l'Empereu
X
Mars 1707.
242 MERCURE
, & du Prince fon frere , vous a)-
fifteront contre vos ennemis , &
& vous feront comprendre dans
la Paix generale.
Permettez- moy, Magnifiques Sei
gneurs , d'examiner avec vous ces
quatre moyens l'un après l'autre.
Lorfque les Autrichiens fe fervoient
de la communication de vôtre
pays pendant la derniere guerre ,
ils s'estoient efforcez par un long enchainement
d'intrigues de détacher
les Lignes des anciennes liaiſons
qu'elles avoient avec la France ;
les Grifons, n'avoient point encore
fait une declaration pareille à celle
que la Diette generale de Tavos
donna au mois de May 1701. Votre
Republique reconnoiffait le Capita
lat avec Charles II , alors ennemy
de mon Souverain ; au lieu que prem
GALANT 243
Jentement ce Traité regarde Philippe
V. Fils de France , allié de Sa
Majefte Tres - Chreftienne , & feul
legitime heritier du dernier Roy Catholique
, Les Cantonsproches d'Italie
ont bien reconnu l'équité d'un
droit inconteftable & leur propre
intereft en s'alliant avec le veritable
Prince du Milanez, Mr Stanion
vous rend peu de juftice de s'imaginer
qu'aprés avoir omis de rechercher
Philippe Vlorfque ce Monarque
eftoit paisible poffeffeur du
Duché & qu'il avoit rencoigné fes
'ennemis jufqu'au de- là de Trente ;
Vous alliez inconfiderement vous jetter
dans une Alliance avec l'Archiduc
, à la premiere lueur d'une
fortune paffagere.
L'Argument par lequel on prétend
que vous pouvez ouvrir vô-
Xij
244 MERCURE
tre territoire fans donner at
teinte à la Neutralité des Li
gues , eft aufi mal fondé ; les termes
feuls de la declaration de Tavos
en 1701. prouvent évidemment la
fauffeté d'une induction pareille ;
Quand les Deputez de la Diétege
nerale affurerent ,fuivant l'ordre des
Honorables Communes , les Miniftres
des deux Couronnes & de la
Cour de Vienne , que les Grifons
n'accorderoient point le paffage ny
à l'une ny à l'autre Puiffance ,
" pour l'offense de l'un des deux
» partis; mais qu'ils le deffendroient
& le maintiendroient avec tou
leurs moyens , fi l'on entreprenoit
de le violer ; Ne vous eftes - vous
pas engagez , Magnifiques Seigneurs
, par un Serment folemnel à
fermer conftamment voftre Etat du-
و د
"
و د
و و
GALANT 245
mens
vant le cours de la prefente guerre ?
pour tacher de vous délier d'une obli
gation fi claire, Mr Stanion , mal.
gré toute fon anthipatie coutre les
Sophifmes , fe trouve contraint de
recourir à de femblables fubtilitez ,
en vous infinuant que le changede
voftre intereft , doit
changer vos promeffes . Heureufe
découverte ! Belle échapatoire ! En
verité l'on fait grand honneur à vôtre
probité , d'estimer les Ligues fufceptibles
de pareilles équivoques .
Un commerce de prés de cinq années
me donne bien d'autres fentimens
d'elles sje n'ay pas moins bonne opinion
de votre connoiffance fur le veritable
bien des honorables Commanes
: tous les Membres de votre Gou
vernement fçavent que l'intereft de
la Republique est toujours le mê
Xiij
246 MERCURE
"
me , vous avez eû de tout temps à
craindre d'eftre enfermez des Autrichiens
les anciens ennemis de vostre
Liberté, & la prudence vous a obligez
de redoubler vos précautions contr'eux
à mesure qu'ils s'étendoient
davantage fur vos frontieres ; une
pareille politique a encore exigé de
vous de grands ménagemens envers
les Puiffances capables de maintenir
la Souveraineté de voftre Pays . Si
aujourd'huy vous ouvriez votre ter.
ritoire aux Imperiaux , n'iriez-vÕUS
pas au devant de la fervitude en irritant
les Etats dont la protection
vous a eftefi neceffaire & peut encore
vous garentir de l'esclavage . Mr
Stanion vous rapporte hors de propos
l'exemple da paffage que permet Venife
: Outre que cette Republique au-
Toit , faivant toutes les apparences »
1
GALANT 247
pris le party de fermerfes Provinces ,
fi la nature avoit couvert les confins
de la Seigneurie d'une chaine de montagnes
audi difficiles que les vôtres,
Sa neutralité est entierement oppofée
à celles des Grifons : Elle s'eft engagée
pofitivement à laiffer aller fur
fon territoire toutes fortes de Troupes ,
& vous avez juré plufieurs fois de
n'enfouffrir aucunes . Je ne vous parleray
pas des malheurs aufquels fe
font expofez les Etats qui ont accordé
chez eux l'entrée à des armées étrangeres.
coup d'eil fur divers pays
d'Italie peut vous y faire voir une
rifte peinture des horreurs de la guerre
, fruits amers de cette même Neutralité
, que Mr Stanion vous exhorte
fi cordialement d'embraffer. Ofe
viez- vous , Magnifiques Seigneurs ,
wousflatter d'avoir un fort moinsfa
Un
Xiiij
248 MERCURE
nefte ? A peine avez- vous témoigne
unejufte répugnance à ouvrir , en con-
Jequence de l'Union hereditaire , vos
terres aux Imperiaux , qu'il eft
échappé à des partisans de la Cour
• de Vienne de dire que Les Miniftres
de la Maifon d'Autriche (çauroient
bien un jour s'affurer de vos paffages,
qu'ils revendiqueroient les Droi
tures & l'Engadine , & foutiendroient
que des biens allodiaux de
l'Empire n'ont pú eftre allienez par
les Archiducs , S'il eftoit permis d'attaquer
une Souveraineté auſſi legi
time que celle de ces Communes , qui
dorefnavant feroit en eftat de com
pterfur les fonds les mieux acquis ?
Fe fuis difpenfe de repondre à l'ar
ticle , où l'on ofe avancer que la
France ne fçauroit faire ny bien
ny mal aux Grifons. Vous aurez
GALANT 249
leu les
particularitez que je vous ay
rapportées le neufde ce mois touchant
la fituation des deux Couronnes en
Italie. Quand Mr Stanion vous dit
que l'Angleterre
eft unie avec
l'Empereur
, l'Empire , & les
Etats Generaux à deffein de reduire
la puiffance exhorbitante
de la France & de retablir l'equilibre
en Europe ; ne convient
il pas lay mesme , fans y penfer ,
des forces de Sa Majesté Tres - Chretienne
, & des confiderations
refpectueufes
que vous eftes obligez d'avoir
pour Elle , c'est le feul endroit de fon
memoire , auquel vous puilicz donner
croiance , par rapport à la veneration
deue à un fi grand Roy . Si
l'Augufte maison de France ne pouvoit
veritablement
s'approcher des
Grifons vers le Comafque , elle e250
MERCURE
roit hors d'état de nuire en Italie aux
Impériaux. Quelle raifon a donc
MrStanion de vouloir vous faire refoudre
enpofte fur fes inftances ? Pourquoy
vous affure - t - il que l'Empe
reur & fes Alliez regarderont
comme un refus pofitif le moindre
délay de voltre part ? Les
difficultez qu'ilfait naitre au retour
des François en Lombardie , n'ont
jufqu'icy d'autres fondemens , que
dans une imagination intereffée à
vousfurprendre. Fe reçus encore bier
avis que Monfeigneur le Duc d'Or.
leans pafferait inceffamment les ALpes,
& que des Generaux s'eftoient
déja rendus en Savoye , avec ordre
de difpofer l'ouverture de la Campagne.
La marche de Son Alteffe Roya
le oftera bientoft aux Allemans le
moyen de vous couper le commerce da
GALANT 251
Cofté de Come. Vous pouvez tirer des
bleds de Suabe , de la Suiffe , & due
Bergamafe ; & fi l'Empereur prétendoit
vous priver des fels du Tirol,
feule denrée à fa difpofition , vous
auriez une reffource dans ceux de Venife
, que les Fermiers de la Seigneu
rie feroient intereffezà vous debiter.
Aprés vous avoir menacé d'une
interdiction des chofes neceffaires à
la vie , Mr Stanion fe radoucit &
vous repait d'efperance ; mais que
ces promeffes font vagues , & peu
Proportionnées à l'importance de
vos paffages fes emiffaires donnent
à entendre fecretement à des Offi
ciers du Roy d'Espagne que leurs
emplois feront confervez fous le gou
vernement de l'Archiduc : s'il
s'il y
avoit des perfonnes affez peu fen252
MERCURE
20
fees , pour écouter de pareilles offres ,
voftre Republique n'auroit garde de
fe laiffer facrifier à l'inconftance de
quelques particuliers . Que diray je
des fecours étrangers , dont Mr Stanion
vous flatte ? cette protection
eft extrémement éloignée ; le peril
auquel on voudroit vous expofer eft
à vostre porte ; & vous pourriez
vous trouver plongez dans les derniers
malheurs , avant mefme que
d'avoir receu des nouvelles du Païs,
duquel les Anglois vous font efperer
Caftance. D'ailleurs croiriezvous
bien fincere toutes les démonftrations
de bien veillance de Mr
Stanion ? Vous fçavez trop , Magnifiques
Seigneurs , que le coin de
la veritable affection fe reconnoist
à des demandes juftes & non conGALANT
253
raires aux interefts de fes amis.
Sans vouloir m'ériger en Prophete,
je puis bien predire que la pretendue
cordialité de Mr Stanionfinira
avec le befoin qui luy a donné la
naillance.
Si jamais la fageffe a dû prefider
à vos confeils , c'est dans la
conjoncture prefente : vous ne fau
riez affez pefer vos déliberations .
La precipitation avec laquelle
Angleterre demande vostre reponse ,
montre clairement que fon but eft
d'obtenir par adreffe des chofes dont
une meure reflexion de vostre part
luy raviroit le fuccez
Songez que vous avez entre les
mains le falut de votre Pattie
Songez qu'il ne vous refteroit d'une
refolution prife trop à la bâie qu'un
254 MERCURE
inutile repentir. Fefuis tres parfai
tement ,
Magnifiques Seigneurs ,
Ze tres- affectionné à vousfervir.
LE CHEVALIER DE GRAVILLE.
L'inegalité
des demandes
de
l'Empereur
& de fes Alliez eft
toujours
grande
; tantoft
ils
veulent
que l'union
foit hereditaire
, & tantoft ils la détruifent
pour foutenir
le Traité
des Grifons
avec le Milanez
.
Le Roy d'Eſpagne
eſtant toujours
fur le Trône le Capitulat
fait avec les Rois d'Espagne
,
GALANT 255
doit eftre toujours obfervé,
La conquefte d'une partie du
Milanez ne doit point avoir
rompu ce Traité , & tant que
l'on eft en guerre & que les
uns prennent des Places que les
autres reprennent quelques
mois aprés ou les années fuivantes
, les Traitez, ne doivent
point eftre rompus , & encore
moins le Capitulat pour le Milanez
fait aveç les Rois d'Eſpagne
qui ne font pas moins
Ducs de Milan , aprés avoir
perdu quelques Places de cet
Etat , qu'ils l'étoient auparavant.
Ainfi le paffage en doit
256 MERCURE
toujours eftre fermé aux Impe
riaux de mefme qu'il l'étoit auparavant.
Les revers de fortune
regardent tous les Princes qui
font en guerre , & quand leur
infortune n'oblige point leurs
Alliez à leur manquer lâchement
de foy , le mauvais eſtat
de leurs affaires change ſouvent
bien - toft dè face , & tout revient
en fon premier état .
Nous en avons un exemple
auffi éclatant qu'il eft reffent.
Nous venons de voir le Roy
d'Efpagne hors de fa Capitale ,
& les Alliez fe croyoient déja
maiftres des deux Caftilles ;
GALANT 257
cependant Sa Majeſté Catholique
eft aujourd'huy dans Madrid
plus puiffante qu'elle n'étoit
avant l'invafion des Ennemis
, & ce Monarque fe trouve
en eftat de leur donner la Loy ,
& d'achever non - feulement de
les chaffer du refte de fes Etats ;
mais auffi de donner de grandes
inquietudes aux Portugais
qui aprés avoir embraffe fon
party , l'ont indignement quitté.
Enfin rien n'eft fi ordinaire
que de voir aprés de grandes
invafions , toutes chofes retourner
en leur eftat naturel.
Il y a peu de Puiflances dans
Mars
1707. Y
258 MERCURE
l'Europe qui n'ayent effuyé de
pareils revers , & qui n'ayent
vû leurs Capitales attaquées ou
priſes ; & cependant la Fortune
qui les en avoit fait fortir les
fait aujourd'huy regner tranquillement
Eh pourquoy le
Milanez ne peut il pas avoir la
même deftinée ?
y
: le
Le R. P. de Sainte- Marthe,
Preftre de l'Oratoire , eft mort
dans un âge peu avancé . Il foutenoit
avec honneur le nom
qu'il portoit , & que tant de
Doctes perfonnages ont porté
avant luy ; & il paffoit déja
pour un des plus habiles hom ,
GALANT 259
mes de fa Congregation . Il
eftoit fils de feu M' de Sainte-
Gouverneur de la Marthe
Martinique , & frere de feu M
de Sainte- Marthe, Gouverneur
de la Grenade & de la Martinique
, qui mourut il y a quelques
années fans enfans . Celuy
dont je vous apprens aujour
d'huy la mort , travailloit à une
nouvelle Edition du Gallia
Chriftiana , cet excellent ouvrage
auquel les deux Doctes
freres, Scevole & Loüis de Sainte-
Marthe ont travaillé pendant
so ans,& que Pierre Scevole
, Louis - Abel & Nicolas
Y ij
260 MERCURE
>
*
de Sainte-Marthe , fils de Sce
vole , publierent en 1656 .
aprés l'avoir prefenté à l'Af
femblée du Clergé de France ,
& y avoir fait des Additions.
confiderables. Le Pere de
Sainte - Marthe qui vient de
mourir en auroit fait aufli
beaucoup à l'Edition qu'il preparoit
, & il l'auroit augmentée.
de tous les Evefques qui ont
paru dans l'Eglife Gallicano
depuis 50 ans. Il y a quelque
parlay avec
temps que
je
beaucoup d'étendue de la famille
de Mrs de Sainte- Marthe
, à l'occafion de la mort de
GALANT 261
M de Sainte- Marthe , Doyen
de la Cour des Aides ; ainfi il
ne me refte qu'à vous dire que
Jacques & Charles de Sainte-
Marthe qui vivoient dans le
milieu du feiziéme fiecle, s'acquirent
une grande reputation
par leurs doctes écrits . Charles
étoit Lieutenant Criminel d'Alençon
, Confeiller & Maiſtre
des Requeftes de Marguerite ,
Reine de Navarre . Ils étoient
l'un & l'autre oncles du celebre
Scevole de Sainte- Marthe,
Prefident & Treforier de France
dans la Generalité de Poitiers
, & à qui nous devons les
262 MERCURE
éloges d'un grand nombre
d'Hommes de lettres François .
La conftance & la fermeté de
ce grand Magiftrat parurent
avec éclat aux Etats de Blois ,
en 1588. & depuis à l'Affcmblée
des Notables à Rouen .
Il mourut en 1623. âgé de 78
ans. Baif,Jofeph Scaliger , Jufte
Lipce , Cafaubon, d'Aurat , de
Thou , Janus Doufay , Rapin,
Pafquier & un grand nombre
d'autres Sçavans , parlent de luy
avec admiration . Il laiffa de
Renée de la Tour , fa femme ,
Scevole & Louis de Sainte-
Marthe dont je viens de parGALANT
263
ler. Pierre Scevole , fils de l'aîné
de ces deux freres & Hiftoriographe
de France , a foutenu
par fon merite & par fon ſçavoir
, la grande réputation que
fon pere & fon oncle s'étoient
acquife . Il a compofé l'Etat
de l'Europe en 4 Volumes in
12. Un Traité de l'Origine des
Fleurs- de- Lys , Hiftoire Genealogique
de la Maifon de la Tremoille
qui avoit été dreffée par
fon pere ; 2. Volumes d'Additions
à l'Hiftoire Genealogique de
la Maifon de France ; un Traité
de l'Origine des Maifons Souve
raines , de leurs Armes de leurs,
264 MERCURE
Titres ; un autre Traité des Vicerois
& Gouvernemens des Royaumes
& Provinces de l'Europe ;
Orbis Chriftianus , en 7 Volumes
, & Hifpania Catholica feu
de Epifcopis Hifpania .
La même Congregation des .
Preftres de l'Oratoire a perdu
un de fes plus grands ornemens
par la mort du Pere Lamirante,
Affiftant du R. P. General . Il
étoit de Confalon dans l'Angoumois
, & d'une famille dif
tinguée par fa Nobleffe & par
fes alliances . Il entra dans la
Congregation à l'âge de vingtdeux
ans , & il y eut d'abord
que
GALANT 265
que fon Noviciat fut fini , des
emplois qui marquoient l'eftime
qu'on y avoit pour luy . Il
enfeigna la Philofophie à Beaune
, en Bourgogne , & enfuite
la Theologie à Saumur avec
beaucoup de fuccés . Il fut enfuite
Superieur de la Maifon
de Troyes , & de celle de Beaune
; & de- là il fut envoyé à
Châlons fur Marne , où il fut
auffi Superieur . On l'appella
enfin à Paris , & c'eft dans la
Maifon de l'Inftitution où il
fit voir les grands talens qu'il
avoit pour la conduite des
ames , & pour les former aux
Mars
1707
ZᏃ
266 MERCURE
vertus Ecclefiaftiques
. Il a esté
ctte long- temps Superieur
de
Mailon , & pendant
qu'il en a
eu le gouvernement
, il a enrichi
fa Congregation
d'excellens
Sujets , qu'il a pris luy mefme
le foin de former : c'eft en effet
de fon Ecole que font fortis
tant de grandsHommes
qui font
aujourd'huy
, par leurs talens ,
beaucoup
d'honneur
à leur
Congregation
. Ce Pere a esté
enfuite Superieur
de la Maifon
de la rue Saint Honoré, & on le
tira de cet employ
pour eftre
Vifiteur
, & peu aprés Affiftant
du Pere General
Il fut du nom .
bre de ceux qui furent propofez
pour remplir
cette place
aprés la mort du Perc de Sainte-
Marthe , & fon humilité
fut le
GALANT 267
les
plus grand obftacle qui empâcha
fon élevation . Ce vertueux
Preftre eft mort dans les fonctions
ad
e fon Miniftere , je veux
dire qu'il eft mort épuisé par
fatigues qu'il a cuës dans le Ju--
bile. Il eftoit âgé de prés de 80
ans. Une des vertus la plus cherie
du Pere Lamirante , eftoit
T'amour de la folitude : il ne fortoit
jamais.
Mre Gabriel de Roquette ,
ancien Evefque d'Autun , y eft
mort âgé de 85 ans , après avoir
exercé pendant un long Epifcopat
toutes les vertus que S.
Paul demande dans un veritable
Evefque. Le magnifique Seminaire
qu'il a fait bâtir , fera
un monument durable de fa pieté
& de fon zele pour l'inftruc-
Zij
268 MERCURE
quet
tion du Troupeau qui luy avoit
efté confié . Ce Prelat eftoit fils
de feu Mr de Roquette, celebre
Avocat du Parlement de Toulouſe
, & frere de feu Mr de Roquette,
qui aprés avoir efté premier
Commis de feu Mr Foufut
Confeiller dans ce même
Parlement . Il vint à Paris
fort jeune , & la Reine mere
qui avoit beaucoup de confidevoulut
ration pour fon pere ,
prendre elle - mefme foin de fa
fortune ; elle luy donna , étant
encore fort jeune , une petite
Abbaye , & quelque temps aprés
il fut pourvû de celle de Panfelve
dans le Diocefe de Montauban
& il l'a poffedée juſqu'à
la mort . Feu Mr l'Evefque d'Au
tun fe diftingua beaucoup dans
GALANT 269
les premieres années de fa vie ,
par la Prédication ; il eftoit né
Orateur , & il a fait plufieurs
fois , avec beaucoup d'éclat ,
l'ouverture des Etats de Bourgogne
dont les Evefques d'Autun
font Prefidens nez . Il n'a
pas efté dans une moindre confideration
à la Cour que dans la
Province de Bourgogne ; il ya
gagné dans les fejours qu'il y a
faits la confiance des perfonnes
les plus diftinguées . Le feu Roy
d'Angleterre l'honnoroit d'une
bienveillance particuliere. Il
ya cinq ou fix ans queMrl'Evef
que d'Autun qui fe fentoit affoiblir
par l'âge & par les indifpofitions
, fe demit de fon Evelché
entre les mains du Roy , qui le
donna à Mr l'Abbé de Senaux .>
Z iij
270 MERCURE
proche parent de ce Prelat qui
luy avoit déja procuré l'Evel
ché de Saintes , fur le rapport
avantageux qu'il en avoit fait à
Sa Majefté. Mr l'Abbé de Roquette
qui fe diftingue beaucoup
par les talens de fon efprit
& fur tout par la Predication ;
eſt neveu de ce Prelat ; il a esté
Député à plufieurs Affemblées
du Clergé , il fut choisi pour
faire l'Oraifon funebre du feu
Roy d'Angleterre Jacques II .
aux Filles de la Vifitation de.
Chaillot , devant leurs Majef
tez Britanniques , & iireçut de
grands applaudiffemens . Il eft
diftingué par plufieurs autres talens;
il fçait les belles Lettres &
eft grand Theologien & bon Canonifte.
Le Siege d'Autun eft
GALANT 271 me
un des plus anciens du Royau-
; il a de beaux droits , la Regale
temporelle & fpirituelle
de Lyon appartient à l'Evefque
d'Autun quand le Siege de Lyon
cft vacant ; feu Mr l'Evefque
d'Autun a joüy de ce droit à la
mort de feu Mr de Villeroy ,
Archevefque de Lyon. Cet Archevefque
a le mefme droit à
Autun , & Mr de Saint Georges
qui gouverne cette Eglife, a joui
de ce droit pendant la vacance
du Siege d'Autun , c'est à dire,
depuis fa demiffion , jufqu'au
Sacre de Mr l'Abbé Senaux .
L'Eglife d'Autun a produit
d'excellens Sujets . Jean Quintin
étoit Chanoine de cette
Eglife dans le penultiéme fiecle .
Il prononça une Harangue aux
Z iiij
272 MERCURE
Etats de Blois , qui luy fit beau
coup d'honneur , & qui fut une
preuve de fa fermeté & de fon
zele. On la trouve dans le premier
Tome ( p . 437. ) de l'Hiftoire
Ecclefiaftique de Theodore
de Beze . Il eft vray que
plufieurs Auteurs & fur tout
celuy qui a fait des Remarques
fur l'Edition du Dictionaire de
Morery de 1704. prétend qu'il
n'eftoit pas Chanoine d'Autun;
mais fon opinion eft fort combattuë.
Le Pere la Joye ancien Religieux
de l'Abbaye de Cherbourg
y eft mort agé de cent
trois ans deux mois . Il avoit
paffé favie dans la pratique des
vertus Chreftiennes , & dans
Pexacte oblervance des devoirs
GALANT 273
defon état , Il avoit exercé dans
fon Ordre
des emplois qui
prouvent l'estime que l'on y
avoit pour luy , & la reputation
qu'il s'y eftoic acquife . Il joi
gnoit à une humilité édifiante
une grande étenduë de lumicres
. Il eftoit bon Theologien &
grand Canonifte. Il avoit em→
ployé une partie de fa jeuneffe
dans l'étude de la Scholaſtique ,
& il y avoit fait des progrez
furprenans ; il en avoit aufli fait
de tres confiderables dans les
fciences humaines il fçavoit
parfaitement les belles Lettres ,
Il avoit employé à l'étude des
anciens Auteurs tout le temps
que les autres employent au
délaſſement de l'efprit aprés les
exercices de la regle ; il eft mort
274 MERCURE
avec beaucoup de tranquillité
& de refignation .
0%
>
Mre François Baſtonneau
Vicomte d'Azay Confeiller du
Roy & Maistre ordinaire en la
Chambre des Comptes
eft
auffi decedé. La famille dont il
fortoit a donné plufieurs Officiers
à la mefme Chambre , &
au Parlement de Paris . Elle
eftoit déja connuë fous le Roy
Henry IV . ce Prince n'étant
encore que Roy de Navarre
avoit à fa Cour un des ayeux
de celuy dont je vous apprens
la mort. 1 l'honoroit d'une
eftime particuliere, & luy confioit
une partie de fes affaires
les plus fecrettes . I l'envoya
plufieurs fois dans le Bearn
pour y avoir foin defes interefts .
GALANT 275
Cette famille a auffi donné à
l'Eglife des fujets d'un grand
merite. On en vit un dans l'Ordre
de Saint Benoift fur la fin
du penultiéme fiecle qui paffoit
pour un des plus grands Canoniftés
de ce fiecle - là . Mr Baftonneau
qui vient de mourir s'étoit
acquis une eſtime generale
par fa probité & par l'attention
qu'il a toûjours euë à remplir
les devoirs de fon Etat .. Il aimoit
les fciences , il s'y eftoit
appliqué dans fa jeuneffe , & ik
y avoit fait d'aſſez grands progrez
. Il cultivoit auffi les beaux
Arts, & ceux qui s'y attachoient
trouvoient toujours chez luy
un accueil favorable .
Mre N .. le Gras Docteur en
Theologie de la Faculté de
276 MERCURE
Paris eft mort dans un âge peu
avancé. Il travailloit avec zele
& avec application dans la Paroiffe
de S. Hilaire , & quoyqu'il
n'eut pas encore eu le
temps d'acquerir beaucoup
d'experience à caufe de fa jeuneffe
, il avoit pourtant déja
travaillé avec fuccez ; les regrets
que fa mort à caufez dans
l'étendue de fa Paroiffe en eft
une preuve. Il y eftoit eftoit generalement
eftimé , la douceur de`
fes moeurs , & l'utilité de fes
confeils , luy avoient fait meriter
la confiance des perfonnes
les plus confiderables de cette
Paroiffe. Mr le Gras avoit fait
fa Licence avec beaucoup de
fuccez & il paffoit pour un des
plus folides Theologiens de la
GALANT 277
Faculté. Il s'étoit fort appliqué
à la Jurifprudence depuis qu'il
avoit quitté fa Licence , & il
avoit acquis la reputation d'un
des meilleurs Canoniftes de cet.
te Ville . Il s'étoit auffi beaucoup
attaché aux études Specu
latives. Il s'étoit long- temps
appliqué à la Geometrie & aux
Mathematiques
; il avoit même
fait des progrez confiderables
dans ces deux ſciences .
MreN... le Pefcheux ancien
Docteur en Theologie de la Fa.
culté de Paris eft mort aprés
avoir beaucoup travaillé dans
la Paroiffe de S. Jacques du
Haut- pas , où il a paflé une
partie de fa vie. Il s'appliquoit
fort au falut du prochain . Mr
le Pefcheux a eu part aux plus
278 MERCURE
SA
grandes affaires de la Faculté .
Celles qui s'y pafferent il y a
quelques années luy firent beaucoup
d'honneur . Ons luy ben
rendit melme un témoignage
éclatant dans un ouvrage qui
parut fur ces matieres . Ileftoit
grand Theologien ; il avoit fait
les études avec beaucoupe de
fuccez & il avoit receu de
grands applaudiffemens dans les
Thefes qu'il avoit foutenuës
pendant fa Licence. Il aimoit
beaucoup la retraite , & il n'en
fortoit Pour exercer les
fonctions de fon miniftere ; de
forte que l'étude & le foin des
sames partagoient tout fon tems .
Il avoit une Biblioteque affez
nombreuſe qui eftoit compofée
des meilleurs Livres en chaque
genre .
GALANT 279
Mre LouisCoufin ancien Prefident
en la Cour des Monnoyes,
& l'un de Quarante de l'Academie
Françoife, eft mort dans
un âge tres avancé . Son Teftament
fait voir des marques
de fa pieté & de l'amour qu'il
a toûjours eu pour les fcieneces.
Il a donné fa Bibliotheque
compofée de prés de dix mille
volumes à Meffieurs de S. Victor
pour l'unir à la leur , afin
que parce moyen elle fut utile
au public. Il a donné outre
zcela une fomme de vingt mille
livres à cette Abbaie , pour les
Religieux de laquelle il avoit
une affection particuliere . Ila
fondé fix bourfes dans les Colleges
de Navarre & de Beauvais
, & il a donné trente mille
280 MERCURE
livres pour cette fondation &
quarante mille livres à un particulier
qui luy cftoit fort attaché
, & qui avoit foin de fes
affaires domeftiques. Il a fait
auffi plufieurs legs pieux . Il
a fait Executeur de fon Teſament
Mr l'Abbé Mingui Chanoine
de Noftre-Dame & Con- .
feiller au Parlement, qui eftoit
fon ami particulier . Mr le Prefident
Coufin a donné beaucoup
d'ouvrages au public . Il
a traduit tous les ouvrages d'Eufebe
de Cefarée , du Grec en
Latin . Il a donné au public
l'Hiſtoire Bizantine qui eft un
corps d'ouvrage tres- confiderable
; & une traduction de
l'Hiftoire Romaine . Il a auffi
fait pendant plufieurs années
GALANT 281
le Journal des Sçavans , & il y
a travaillé feul jufqu'en 1700 .
que Mr l'Abbé Bignon donna
une autre forme à cet ouvrage.
Il avoit vendu peu avant la
mort , fa Charge de Prefident
à la Cour des Monnoyes , à Mr
Gaifier Auditeur des Comptes ,
qui a efté receu dans cette Compagnie.
avec beaucoup d'agrément
, tant à caufe de fon me
rite perfonnel que de la probité
qu'il a fait paroiftre & de
fon application au travail dans
les Charges qu'il a exercées
avant que d'achetter celle de
Mr le Prefident Coufin.
Damoifelle N ... de Bretagne
de Goello eft morte âgée
de plus de quatre- vingt ans fans
avoir efté mariée . Elle avoit
A a
Mars
1707.
282 MERCURE
-
paffé la plus grande partie de
fa vie dans les exercices de la
plus ardente charité , & de toutes
les vertus chrétiennes . Elle eftoit
fille de feu Mre Claude
de Bretagne Comte de Vertus ,
& de Dame Catherine Fouquet
de la Varenne . Elle eftoit
foeur de feuë Dame Marie de
Bretagne Vertus , deuxième
femme d'Hercule de Rohan
Duc de Montbazon , Pair &
grand Veneur de France , Comte
de Rochefort en Iveline , & c.
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur & Lieutenant General
pour Sa Majefté de la
Ville de Paris & de l'Ile de
France. C'eft cette Ducheffe de
Montbazon qui fut fi celebre
fa beauté vers le milieu du
par
GALANT 283
dernier fiecle , & dont la mort
prématurée donna lieu à une
converfion d'éclat. Elle eſtoit
mere de Mr le Prince de Soubize
Lieutenant des Gendarmes du
Roy. La Maifon de Rohan-
Montbazon s'eftoit déja alliée
dans celle de Bretagne- Vertus
par le Mariage de Pierre Prince
de Guemené , qui époufa en
premieres noces Antoinette de
Bretagne- Avaugour , fille de
Charles Comte de Vertus &
de Goello , Vicomte de S. Nazaire
, & c. & de Philippe de
S. Amadour Dame de Choiré.
C'eft de ce Mariage qu'eftoit
venu Hercule de Montbazon
dont je viens de parler . La
Maifon de Vertus eft fortie de
celle des anciens Ducs de Bre-
Aa ij
284 MERCURE
tagne , & elle tire fon origine
d'un Comte de Vertus , fils naturel
d'un Duc de Bretagne.
Elle a toûjours foutenu l'éclat
de cette origine par les
grandes Alliances qu'elle a
prifes dans les meilleures Maifons
du Royaume , & par la figure
qu'elle a faite dans le
monde.
Il me reste beaucoup d'articles
de morts que je me trouve
obligé de referver pour le mois
prochain J'ajouteray ſeulement
à ceux que vous venez de lire,
la mort de Dame Elifabeth
Lombart. Elle avoit épousé Mre
François Pidou Chevalier ,
Seigneur de S. Olon Commandeur
de l'Ordre Militaire &
Hofpitalier de Noftre- Dame
"
GALANT 285
謝
du Mont- Carmel & de S. Lazare
, Gentilhomme Ordinaire
du Roy , cy- devant Envoyé Extraordinaire
de Sa Majefté à
Gennes , & fon Ambaffadeur à
Maroc . Cette Dame eft morte
aprés une cruelle maladie qui
aduré quatre mois pendant lefquels
ellca offert à Dieu toutes
fes fouffrances avec tant de
conftance , & d'une maniere fi
chrétienne , que fa maladie &
fa mort ont efté d'une grande
édification . C'eſt à fon bon
efprit , à fes leçons judicieufes
& à fes foins , que le fils & la
fille qu'elle laiffe font redevables
d'une éducation qui luy
fait honneur . Le garçon eft
l'aifné ; il eft fage & bien faits
il parle plufieurs fortes de
1
事
286 MERCURE
lagues . Il eft Chevalier de S. La
zare , & Enfeigne au Regiment
des Gardes . Il receut à Ramillies
une bleffure à la main droite dont
il eft eftropié. Sa foeura plus
d'efprit & de conduite que l'on
n'en a ordinairement à fon âge .
Elle jouë de plufieurs inftrumens
, & fur tout du Claveffin
où elle excelle, & elle fçait parfaitement
bien la Mufique.
La famille des Lombarts eft
originaire de Champagne , où
elle a toûjours tenu rang parmi
la bonne Nobleffe ; mais
le grand pere de la deffunte
ayant cu onze garçons , & fon
bien n'ayant pas fuffi pour les
élever tous felon leur naiffance ,
les uns entrerent dans le fervice
, & les autres prirent le
GALANT 287
"
party du commerce . Me de S.
Olon n'a eu qu'un frere qui eft
mort Secretaire du Roy , & qui
a laiffé deux enfans ; fçavoirun
fils auffi Secretaire du Roy , &
Vicomte d'Hermenonville , qui
a époufé Loüife Eugenie de
Vieil- Chaftel de Montalant ,
dont le pere eftoit Capitaine
de Cavalerie , & le grand pore
Commandant des Moufquetaires,
& une fille mariée àMr Mallet
, Seigneur de Luyfard & de
Noyfielle , & Confeiller au
" Parlement de Paris.
Le Mandement qui fuit merite
beaucoup d'attention .
288 MERCURE
DON LOUIS BELLUGA
ET MONCADA,
Par la grace de Dieu & du Saint
Siege Apoftolique , Evêque
de Cartagêne , Confeiller
d'Etat , Viceroy & Capitaine .
General du Royaume de Valence
: A nos bien- aimez en
Jefus- Chrift , les Fidelles de
noftre Dioceſe , Salut en nô-
Seigneur.
Veu la fueur miraculeuse , & les
larmes que l'Imagefacrée de Notre-
Dame de Pitie répandit trois
>
par
fois avec tant d'abondance , le bui
tiéme & le neuvième du courant
dans une maison du jardin de cette
Ville , laquelle maiſon regarde Alicante
;
GALANT 289
ز
les
cantece prodige ayant continué
deux jours , durant l'espace de dix
heures , en commençant le huitième
à une heure aprés midy, juqu'à midy
du jourfuivant ; de maniere que
lingesfur lesquels l'Urne de l'Image
facrée eft pofée , & même la terre en
furent baignées ; ce qui fut regardé
avec admiration de toutes les Troupes
de la Ville qui campoient de ce
cofté- là , auli bien que de nous , qui
avons eu le bonheur de nous y trouver
affez toft , pourremarquer les traces
de la fueur , &pour toucher les
Linges & l'urne qui en eftoient encore
tout mouillez Aprés avoir fait information
de ce prodige ; reçu la dépofition
de vingt - quatre témoins
choifis entre plufieurs autres ; l'affaire
ayant efté examinée & conclue
dans des Affemblées de Theologiens
Mars 1707. Bb
290 MERCURE
& de perfonnes pieuſes , ainfi que
l'ordonne le Concile de Trente : Nous
avons declaré & declarons , que lef
dites larmes & ladite fueurfont miraculeuses
, & que la facrée relique
des linges où les larmes & la fucur
ontcoule , font dignes du culte & de
la veneration publique.
Nous ne pouvions alors trouver
d'autre raison de ces larmes & de
cette fueur , que la grande mifericorde
de lafainte Vierge , à l'égard de
cette Ville qui demandoit à fon
tres-cher Fils qu'il daignaſt la défendre
contre les ennemis qui lameçoient
& qu'il délivraſt un parti
de nos troupes , qui à la mefme heure
qu'on s'apperçut de la futur eftoit
aux mains avec un parti des ennemis
, & qui l'avoit défait. Mais
ayant appris depuis , que le mefme
GALANT
291
jour entre dix & onze heures du
matin , les ennemis de noftre Sainte
Religion s'eftoient emparez de la
Ville d'Alicante à la referve du
Chaſteau , nous avons eftéconvain
cus que les larmes & la fueur de
la Sainte Vierge venoient fans
doute d'un fentiment de douleur ,
que la Reine des Anges témoi
gnoit avoir des ravages que les
heretiques faifoient alors dans cette
Ville & des outrages & des impietez
qu'ils commettoient à l'égard
des facrées images , comme nous le
craignions ; toutes les perfonnes pieu.
Jes furent perfuadées que s'en eftoit
le veritable motif, ce qui s'eft confirmé
par la fueur d'une image du
Sauveur qui fut veuë le 15. dans
une des Eglifes Paroiliales de cette
Ville , ce que nous ne regardonspas
Bb
ij
292 MERCURE
encore comme une chofe autentique
& averée.
Aujourd'huy Mercredy au foir ;
un Capitaine & deux Lieutenans
d'un des Regimens qui avoient efté
en Garnifon dans la Ville d'Alicante
, dont l'an eftoit forti le 15.
& les deux autres le 14. nous ont
demandé audience . Nous les avons
interrogez fur l'état de la place . Ils
nous ont repondu qu'ils ne pouvoient
nous raconter , fans fe fentir le
coeur percé de douleur les excez que
les Anglois avoient commis dans
les Eglifes de la Ville ; qu'ils
avoient efté témoins oculaires que
ces beretiques défefperant de prendre
le Chaftenu , s'eftoient jettez dans
les Eglifes, & qu'à grand coups
d'épée ils avoient mis les images
en pieces , coupant auxunes la tefte,
GALANT 293
les bras aux autres , & qu'ils
les avoient toutes brisées & jettées
par terre. Un des Officiers qui nous
ont parlé , nous a affuré qu'il
avoit pris luy- mefme entre ces bras
une image de la Tres- Sainte Vierge
coupée en deux , & qu'il avoit vù
un Soldat , qui d'un feul coup avoit
abbatu la tefte d'un Ecce hommo .
Un autre nous a dit qu'il avoit
vù quelques Officiers Anglois qui
entrerent dans l'Eglife de Saint Ni
colas , qui eft la Collegiale , donton
ne permettoit point l'entrée aux
Soldats , parce qu'on y avoit mis
une Sauvegarde pour conferver des
meubles qu'on y avoit portez; il
avoit veu, dis-je , ces Officiers s'ap_
procher de l'Eglife le chapeau fur
fur la tefte, quoy que le Vicaire fut
à la porte , tenant entre fes mains
Bb iij
294 MERCURE
le Trés- Saint Sacrement ; qu'ils
avoient paffe immediatement devant
le Preftre fans donner aucune
marque de refpect pour le Saint Sacrement
; qu'un Preftre s'eftant
avancé les ayant avertis que
par ces fortes d'irreverences ils ruinoient
leurs affaires , & qu'ainfi
il les prioit d'ofter leurs chapeaux ;
qu'un d'eux méprisantcet avis , prit
fon chapeau & en donna un coup
au Preftre & au Soleil , & que
zous enfemble s'en eftoient mocquez,
ce qui obligea le Vicaire à renfermer
le Saint Sacrement ; tous
les Catholiques qui s'eftoient refagiez
dans ce Temple facré gemiffant
& fondant en larmes. Qu'on
en avoit và d'autres chez les Meres
Capucines déterrer les corps de la
Mere Urfule Miracla & de la
GALANT 295
Mere Efpadagna , Fondatrice du
Convent , qui efloient mortes en
odeur de Sainteté , lefquels n'ayant
point trouvé les Trefors qu'ils efperoient
, les avoient trainez dans
Eglife. Et ces trois Officiers atef
tént que cela a
cela a efté general dans
toutes les Eglifes , quoyqu'ils ne
Payent pu voirque dans celles dont
on vient de parler , parce qu'auſſitoft
qu'ils furent pris , on les renvoya
aprés leur avoir fait payer à
chacun dix piftoles , Ils ajoûterent
que dans tout le pais d'alentour la
douleur & la confternation estoient
generales, parce qu'un Soldatavoit
tiré un coup de fufil à la Statuë.
de Noftre- Dame du Carmel ; qu'ils
en avoient enterré une autre dans
le Convent de S. Jean de Dieu ;
que dans la maison des Jefuites ,
Bb iiij
3
296 MERCURE
ils avoient tiréun coup de fufil à an
Crucifix ; & qu'ils avoient coupé le
vifage à l'Image de Notre- Dame
des Anges; qu'ils avoient arraché les
vafes facrez des mains des Preftres,
& qu'ils avoient commis beaucoup
d'autresfemblables facrileges ; qu'ils
avoient brifé les Tabernacles , en-
Levé les habits Sacerdotaux , &
que des Eglifes ils en avoient
fait des écuries ; qu'au refte ils ne
difoient rien qu'ils n'euſſent vû ở
entendu depuis des gens dupays qui
gemiffoient de voir ce qui s'eftoitpaffé
dans les Eglifes de la Ville ; qu'el
avoient efé generalement pillées &
·faccagées à la referve de deux , ſçavoir
, celles de Saint Nicolas & de
Sainte Marie , quifurent épargnées
au profit , comme il eft à prefumer ,
de celuy qui commandoit les TrouGALANT
297
pes , & afin que les Habitans quiy
avoient transporté beaucoup de chofes
, les rachetaffent du pillage .
Et leur ayant demandé à quelle
heure ces defordres avoient commence,
ils nous affurérent tous trois qu'ils
avoient commencé le même jour à
midy , & qu'ils avoient continué
prefque tout le lendemain . Ce
font précisément les deux jours que
durérent les larmes & la fueur de la
Reine des Anges , la tres- Sainte
Vierge, & l'heureprecife qu'elle commençafans
doute defuer , quoy qu'on
ne s'en foit apperçu qu'une heure
aprés . Les depofitions de ces trois ".
Officiers s'accordant parfaitement
avec celles de quelques autres Soldats
qui eftoientfortis d' Alicante le
même jour que la Ville fut prife ,
aufquels nous n'avions point donné
298 MERCURE
une entiere creance fufpendant noftre
jugementjufqu'à une plus umple information
, nous Ordonnâmes qu'on
en informaft , & qu'on ajoutaft leurs
témoignages aux actes de la declaration
de la qualification du mi-
Tacle , ce qu'ils firent auffi toft , &
avec ferment . Tont cela nous a efté
confirmé depuispar les Députez que
nous ont envoyé les deux Jurifdictions
Ecclefiaftique & Seculiere d'Orihuela
, feulement pour nous en donner
connoiffance
Parce que le Seigneur a daigné
faire ce miracle dans cette Ville ,
par le moyen de fes facrées Images ,
avec cette remarquable circonstance
defueurs & de larmes , à la vûë de
l'Armée qui eftoit campée de coſté là,
lefquelles commencerent à couler , au
moment que commença le combat de
GALANT
THEQUE
BIBLIOT
LELA
nos Troupes & de celles des e
&parce que d'ailleurs ce fut le t
mejour à la même heure que commencerent
les impietez les facrileges
outrages qu'on afaits auxfaintes
Images , nous ne pouvons douter
que noftre tres-mifericordieufe Mere
n'ait voulu par ces marques de douleur
dans ces circonstances de lieu &
de temps , nous encourager & nous
armer d'unfaint zele pour expier les
facrileges injures qu'on a faites à la
fainte Vierge, à l'Image de fon Fils
des autres Saints , & pour nous engagerparfes
larmes qui ont efté vûës
de nos Soldats lorfqu'ils efloient en
armes à la venger des ennemis de
Dieu & de fa Religion , leurfaifant
enindre par fes larmes qu'ils ne devoient
pas tant regarder dans cette
guerre , la justice de la cause de leur
300 MERCURE
Roy & de leur Patrie qu'ils deffendoient
, que fa propre caufe , & celle
defa Religion .
Quoy que nous ayons toujours efté
dans cette penfee , comme nous en
avons démontré la verité dans noftre
Lettre Paftorale , aujourd'huy cependant
nous nous croyons obligez par
le prefent miracle , & les obfervations
que nous avons faites , à déclarer
à nos tres - chers fils en noftre
Seigneur , que s'ily en avoit qui euffent
douté en quelque forte jufqu'à
prefent , s'il s'agilfoiticy d'une guerre
de Religion , ils ne devoient plus
balancer fur cela , puifque le Ciel
nous en donnoit des preuves fi manifeftes
& fi convaincantes . De plus
ce qui doit nous affermir dans cette
fainte refolution , & nous encourager
à tout entreprendre aux dépens méme
GALANT 301
de nos vies , eft l'experience que nous
avons de ce qui s'eſtpaſſé à Cartage.
ne , où il femble que la maniere dont
Les ennemis y font entrez devoit empêcher
ces prophanations & cesfacri..
leges.
Tout cela nous convainc , que fa
nous ne voulons voir nos Images
trainées & foulées aux pieds devant
nous , les armes des heretiques employées
à les brifer & à les défigurer 3
fi nous ne voulons voir nos Temples
& les Eglifes où nous adorons la
Majefté de JESUS - CHRIST , dans
le S. Sacrement , prophanées & cette
Image facrée que le Seigneur a mife
devant les yeux pour confondre leur
erreur , & pour eftre un accufateur
qui leurreprochefans ceffe leur aveuglement
; fi nous ne voulons , dis -je ,
la voir devenir objet de leurfacri-
•
302 MERCURE
legefureur , eftre mise enpieces &reduite
en poudre , &fi nous ne voulons
auffi , je ne fçay fi nos chers enfans
auront le coeur de le voir , &fi
j'auray des paroles affez fortes pour
l'exprimer, que le Dieu vivant devant
qui tremblent les puiffances du
Ciel , au feul, nom duquel l'Enfer
fremit,foit foutée aux pieds de ces
perfides & facrileges heretiques, Enfinfi
nous ne voulons eftre les efclaves
des ennemis de noftre fainte Religion
qui nous commandent en maiftres ;
puifque d'ailleurs nous fçavons qu'-
ils font la guerre non comme Troupes
auxiliaires , mais comme Chefs de
l'entreprise.
les
Il faut donc conclure que fi nous
ne voulons pas voir de nos yeux
mêmes fujets de douleur & d'autres
Images dans d'autres Villes pleuGALANT
303
rer les outrages qu'on fera aux
noftres , nous devons regarder precifement
cette guerre comme la caufe de
Dieu & de noftre Religion , ainfi
que le Ciel vient de le declarer par
des fignesfi fenfibles , &nous devons
la foûtenir avec ce genereux & catholique
engagement que demande
une fi fainie entreprife , ayant pou
jours devant les yeux que nous ne
deffendons pas feulement les interefts
de Philippes V. qui eft noftre Roj
fur la terre ; mais ceux du Roy d
Ciel, defa Religion , de fes Images ,
defon Sanctuaire, de fes Eglifes , de
fes Miniftres & de fon Prelat qui eft
L'objet de la plus grande indignation
des heretiques parce qu'il ne fe taist
pas lors qu'il voit les Loups allieger
Le Bercail de fon Eglife pour devorer
fes Brebis ; parce qu'il prend laplu304
MERCURE
me , qu'ilprévient & qu'il tache d'écarter
les coups qu'on leur porte .
Vous devezcroire , mes tres- chers fils
en Noftre- Seigneur , que Dieu nous.
favorifera , & que celuy qui mourra
on qui répandra une partie de fon
fang à la deffenfe d'une fijufte cause ,
arrivera au plus grand bonheur qu'il
puiffe efperer en cette vie , & il doit
eftre dans une ferme confiance que
Dieu luy donnera pour prix d'une fi
Sainte & fi catholique refolution , la
Couronne immortelle defa gloire.
C'est pourquoy nous attendons de
la bravoure que nous avons remar
quée dans nos Troupes , fpecialement
depuis ce qui vient d'arriver & de la
fainte haine dont nous les voyons
animées contre les ennemis de noftre
fainte Religion , puifqu'elles defirent
verfer leur fang pour deffendre
GALANT 305
non-feulement leur Roy , mais leurs
Eglifes , leurs Temples & leur Images
, nous attendons , dis-je , qu'ils
feront une vigoureuse deffenfe , &
afin que dans cette guerre fainte elles
reçoivent des fecours plus particuliers
du Ciel , aufquels elles doivenfe
difpofer par la reforme de leur vie
& de leurs moeurs ; & afin d'y engager
le Seigneur, & luy ôter des mains
Les verges
dont il chaftie nos pechezs
puis qu'il paroift maintenant que fa
mifericorde veut bien nous pardonner.
Nous exhortons nos tres - chers
enfans de le trouver tous les armes à
la main : nous les prions par les entrailles
de Jefus. Chrift de fe confeffer
& communier , & afin qu'ils le
faffent nous aurons foin d'envoyer dés
le matin des Preftres à l'Armée qui
les exhorteront àjoindre les Larmes
Mars 1796 .
Cc
.
306 MERCURE
•
d'une vraye penitence à celles de la
Sainte Vierge afin qu'elles foyent
agreables aux yeux de Dieu . Nous
faifons la même exhortation à tous nos
Diocefains , leur fignifiant la preffante
neceffité où nous fommes d'ufer
de cette diligence qui eft la marque
la plus certaine que nous puissions
donner non feulement de noftre amour
& de noftrefidelité envers noftre Roy
& naturel Seignenr , que nous voulons
fecourir mais encore du zele de
la Religion qui brule dans nos coeurs.
De mefme nous les exhortons tous ge
neralement à jeuner trois jours de la
femaine prochaine qui feront le 25.
le 27. & le 28. du courant , ce qui ·
s'obfervera exactement comme nous
le croyons dans cette Ville , & dans
tous les lieux de noftre Diocefe , &
afin que nos prieres foyent auffi conf
GALANT 307
tantes & auffi fouvent réiterées que
le demande la neceffité prefente , &
que les peuples ayent la confolation
devoir tous les jours le Saint Sacrement
expofe pour que leurs prieres fe
faffent avec plus de ferveur & de
devotion&c.
Le refte du Mandement regarde
la maniere de gagner les
Indulgences accordées par ce
Mandement , & les Eglifes qu'il
faut vifiter , & il finit par ces paroles
:
Enfoy dequoy nous ordonnons qu'on
donne les prefentes , & nous difons
qu'elles font fignées de noftre main
& plus basde noftre Secretaire.
Ce Mandement doit faire admirer
le zele & la religion du
Prelat qui l'a fait publier,, &
4-
Ccij
308 MERCURE
comme on ne le peut lire fans
faire enfuite beaucoup de reflexions
, je vous laiffe faire les
voltres .
En vous parlant le mois paſſé
du mouvement qui s'eft faic
dans les Gardes Françoifes , je
vous ay feulement dit que la
Compagnie vacante par la mort
de Mr de la Barre a efté donnée
à Mr Briçonnet , je dois ajoûter
icy que la Lieutenance de Mr.
Briçonnet a efté donnée à Mr de
la Bordene , qui fert dans ce
Corps depuis plufieurs années.
Il s'eft trouvé dans toutes les
actions où ce Regiment a efté
employé , & il y a donné de
frequentes marques de fon courage.
Il eft d'une famille qui a
produit plufieurs perfonnes dé
GALANT
309
merite & de valeur . Mr l'Abbé
de la Bordene qui a efté longtemps
Aumônier des Moufquetaires
, eft frere de celuy qui
donne lieu à cet Article ; il eft
encore plus diftingué par fa
vertu & par fon merite que par
fes talens , qui font fort étendus.
La Maifon de Mr dé la Bordene
eft de Perigord , & elle eft
alliée aux plus confiderables familles
de cette Province ; Son
pere & fon ayeul ont fervi le
Roy avec beaucoup de zele &
de diftinction , & ils ont reçû en
plufieurs occafions des marques
authentiques de la fatisfaction
que leurs Generaux , & le Roy
même ont eus de leur valeur.
Cette famille eftoit déja con310
MERCURE
nuë en France fous le regne de
de Henry III. & elle a produit
fous les regnes fuivans plufieurs
perfonnes d'un merite diftingué
dans la Robe & dans l'Epée .
La Sous lieutenance vacante
par la promotion de Mr de là.
Bordene à la Lieutenance , a
efté donnée à Mr de Bordeille ,
qui a déja fait plufieurs Campagnes
, & qui eft d'une tres ancienne
mailon de Perigord ; la
maifon de Bordeille tire fon nom
de la terre de Bordeille , qui eft
une des quatre premieres Baronnies
de Perigord ; elle a donné
plufieurs Sénéchaux à cette
Province, un Chevalier de l'Ordre
du S. Efprit , & un Cardinal
, qui a efté Evêque de Perigueux
& Archevêque de Tours ,
GALANT 311
Prelat encore plus diftingué par
fa vertu que par fa naillance &
par fes dignitez . Mr l'Abbé de
Brantome , dont la memoire eft
fichere aux gens de lettres
eftoit de cette maifon , à laquelle
il a fait beaucoup d'honneur
par les talens de fon efprit . Mrs
de Bordeille font connus dans
le Perigord dés le temps que
cette Province avoit fes Souverains
particuliers ; & ils tenoient
déja un rang confiderable
fous les Comtes de Perigieux
. Il y avoit à la bataille
de Jarnac un Baron de Bordeille
qui fe diftingua beaucoup . Il
combattit toûjours fous les
yeux du Duc d'Anjou , qui fut
élevé fur le Trône de Pologne
& qui regna enfuite fous le nom
312 MERCURE
d'Henry III. Ce Seigneur eut
même beaucoup de part à la faveur
de ce jeune Prince , & il
le fuivit en Pologne , d'où il
revint en France . Il quitta la
Cour aprés la mort funefte de ce
Monarque & fe retira en Perigord
où il mourut .
Mr le Chevalier de Paz , Capitaine
de Dragons , a eu l'Enfeigne
qui vacquoit par la promotion
de Mr de Bordeille . Mr
de Paz fert depuis plufieurs années
, quoy qu'il foit encore affez
jeune ; & il a donné des
preuves fignalées de fon courage
dans les dernieres actions
qui fe font paffées en Flandres .
Il est d'une naiffance confiderable
, & plufieurs de fes ayeux
ont efté tuez au Service de nos
Rois.
GALANT
313
Rois. Ily en cut un de ce nom
qui fe diftingua fort fous le regne
d'Henry III. Il garda toûjours
une fidelité inviolable à
ce Monarque , fans que rien fuft
capable de l'en détourner . Ce
Prince l'employa en diverfes
affaires particulieres , dont il
eut lieu d'eftre fatisfait. Il s'étoit
trouvé aux batailles de Jarnac
& de Moncontour , que ce
Monarque qui n'eftoit, encore
alors que Duc d'Anjou , gagna,
& il fuivit enfuite fon Maiſtre
en Pologne , d'où il revint en
France avec luy , & il mourut
peu aprés ce Prince .
Mr le Comte de Scoraille
Brigadier des Armées du Roy a
vendu fon Regiment de Dragons
, & il a acheté celuy d'An-
Mars 1707. Dd
314 MERCURE
-
jous il fervira en qualité de Brigadier.
La maison de Scoraille
eft de la Province d'Auvergne ,
dont Mr le Comte de Rouffille
aîné de la Maiſon eft Licutenant
general , La branche dont
celuy qui donne lieu à cet Article
, eft le chef , eft établie en
Bourgogne. Me la Ducheffe de
Fontanges , four de Me la Comteffe
de Molac eftoit de cette
Maifon qui defcend d'un Seigneur
de Scoraille , qui fut
guery d'une fiévre tres - violente
par l'interceffion de S. Marius
, Fondateur de l'Eglife de
Mauriac en Auvergne , Difciple
de S. Auftremoine , premier
Evêque d'Auvergne . Le Château
de Scoraille eft dans la
haute Auvergne , à cinq lieuës
d'Aurillac, Le Siege qu'y mic
GALANT
315
Pepin pere de Charlemagne en
767. eft une marque de fon antiquité
; on voit un ancien hom
mage prefté par un Vicomte de
Gimel à un Vicomte de Turenne
, du douzième fiecle , où il
avoit pour témoins Eftienne de
Scoraille, Phaydit de Turenne,
dont la posterité fubfifte encore
en Quercy, & Hugues de Noailles
, quatorziéme ayeul de Mr
le Maréchal Duc de Noailles .
3 Mr de Scoraille à vendu fon
Regiment à Mr de Saumery ,
Moufquetaire du Roy. I eft de
la maison de Johanne , dont je
vous ay déja parlé plufieurs fois,
& dont Mr le Marquis de Saumery
, cy - devant Sous - Gouverneur
des Meffeigneurs les Princes
, eft le Chef.
Dd ij
316 MERCURE
Mr le Marquis de Renty a eu
l'agrément du Roy pour acheter
la Compagnie des Gendarmes
de Bourgogne , de Mr le Comte
de Liniers . Il eft fils de Mr le
Marquis de Renty , Lieutenant
general de la Franche - Comté ,
& petit fils de feu Mr de Renty ,
mort on odeur de fainteté, aprés
avoir fait plufieurs établiffemens
Ecclefiaftiques qui font
autant de monumens de fa pieté.
La Maiſon de Renty eftoriginaire
de la Province d'Artois.
Elle y eft alliée aux Comtes de
Horn & d'Altena , de Henin ,
Comtes de Boffut , & Barons
d'Auxy & de Liedkerke ; & aux
Maifons de Croy Ducs d'Arfchot
& d'Ayneux d'Allencourt ,
& par la maifon de Croy d'ArfGALANT
9 317
chot celle de Renty eſt alliée à
celles de Bourgogue par le mariage
d'Antoinette de Bourgo
gne avec Charles de Croy Duc
d'Arfchot. Elle porte par conceffion
des premiers Ducs de
Bourgogne, d'argent à trois dodoires
de gueules , les deux adoffées
en chef & l'autre en pointe .
Feu Mr de Renty de fainte memoire
, crut que c'eftoit par un
fecret de la Providence qu'il·
avoit des doloires à fes armes ,
qui eft un outil de Cordonnier ,
& c'eft pour cette raison qu'il
fit l'établiffement des Freres
Cordonniers.
Mr le Comte de Liniers qui
a épousé Mlle de Sourches , fille
de Mr le Grand Prevoſt , eſt
fils de feu Mr Colbert , Miniftre
Dd
iij
318 MERCURE
& Secretaire d'Etat , & frere de
feu Mr de Seignelay & de Mr
l'Archevèque de Rouen .
Le carnaval s'eft paffé à Marly
d'une maniere digne dela
Cour d'un grand & fage Monarque
. Le Jeudy le Roy fit
la reveue des Regimens des
Gardes Françoifes & Suiffes , •
dont les Compagnics qui parurent
fort lentes , le trouverent
completes. Ceux qui furent témoins
de cette revûë dirent qu'-
elles n'avoient jamais efté plus
belles .
Il y cut un grand Bal le Vendredy
où la Cour d'Angleterre
fe trouva . Sa Majesté Britannique
, & Madame la Princeffe fa
foeur danferent à ce Bal , avec
une grace fans pareille , & qui
GALANT
319.
accompagne toutes leurs actions
. Les Mafques ne furent
point reçus à ce Bal , non plus
qu'à ceux du Dimanche & du
Mardy. La Cour y brilla beaucoup,
& lalageffe du Souverain
qui les donnoit fut d'autant
plus admirée , que la joye fage
& moderée qui parut dans ces
Bals , fut un effet de fa prudence
& de fa précaution.
On chaffa le Cerf , & l'on joüa
pendant les autres jours du Carnaval
.
Le 15. Sa Majefté , accompagnée
de Meffeigneurs les Princes
& d'un grand nombre de
Dames , prit le divertiffement
de la Challe du Vol , dans la
Plaine de Villepreux , Sa Ma-
Dd ij
320 MERCURE
jefté joüiffant toûjours d'une
fanté tres -parfaite.
Le Carnaval s'eft paffé à
Se ux avec la magnificence ordinaire
, & les Bals y ont efté
ouverts à tous les Mafques le
Dimanche & le Mardy. Comme
l'on eft affuré d'y voir une brillante
& nombreufe affemblée , &
d'y trouver toutes fortes de rafraîchiflemens
, pour ne pas dire
davantage, le Prince & la Princeffe
qui font les honneurs de
cette delicieuſe Maiſon, eſtant
toûjours galans & magnifiques ,
& ne fe laffant point d'en donner
des marques éclatantes , on ne
doit pas s'étonner fi l'Affemblée
y est toujours nombreufe . Elle
n'a jamais efté plus grande que
cette année , & le chemin deParis
jufqu'à Seaux y a toûjours efté
GALANT 321
pendant toute la nuit également
remply de carofles. Le nombre
de ceux qui eftoient aux environs
du Chateau eftoit fi prodigieux,
qu'il auroit efté abfolument
impoffible de les compter
à ceux qui auroient voulu l'entreprendre.
La plufpart de ces
Caroffes ayant repris le chemin
de Paris depuis le milieu de la
nuit jufqu'au matin , on fut furpris
d'en voir arriver autant
d'autres qui remplirent les
places de ceux qui les avoient
occupées pendant toute la
nuje ces Caroffes qui arrivoient
appartenoient aux Maf
ques qui rempliffoient encore
l'Affemblée , & qui ne
voulant s'en retourner qu'au
jour, avoient pris la précaution
322 MERCURE
de renvoyer leurs caroffes à Pa
ris , avec ordre de ne revenir
que le matin. La confufion auroit
efté grande en arrivant à
Seaux , & le defordre s'y feroit
fans doute mis , fi l'on n'avoit
pas eu la precaution de faire
éclairer les dehors du Chateau ,
les Cours & les Efcaliers , par
un grand nombre de falots &
d'autres lumieres , de maniere
que ces lumieres aidoient à
trouver tous les lieux que l'on
cherchoit , & faifoient éclater
le brillant amas de tous les habits
des Mafques , dont la varieté
des couleurs auffi - bien
que la richeffe , produifoit un fi
merveilleux effet qu'il eft plus
aifé de fe l'imaginer que d'en
donner une parfaite idée . Des
GALANT 323
ordres fi bien & fi judicieuſement
donnez pour le dehors ,
doivent vous faire juger que
rien ne manquoit au dedans de
tout ce qui pouvoit faire goûter
à l'Affemblée , fans incommodité
, les plaifirs qui l'y avoient
attirée . En effet , rien n'y manqua
pendant toute la nuit , &
aprés que les Maſques eurent
toûjours trouvé de quoy fe ra
fraichir pendant un fi long efpace
de temps , l'Affemblée qui
étoit encore nombreuſe à fept
heures du matin , fut ſurpriſe
de voir encore fervir à cet heure-
là , une collation auffi magnifique
que file Bal n'eut efté
commencé que depuis une heure
ou deux , & que perfonne
n'euft encore veu des effets de
324 MERCURE
la magnificence depuis l'ouverture
de ce Bal , du grand Prince
& de la grande Princeffe , chez
qui l'on courre toujours avec
empreffement lors qu'ils ont la
bonté de permettre que l'on
participe à leurs plaifirs. Je ne
vous dis point que l'on dança
dans plufieurs Appartemens ;
vous jugez bien que c'étoit une
neceffité , l'Affemblée étant
auffi nombreuſe qu'elle Fétoit ,
ou plutoft les Affemblées qui
furent plufieurs fois renouvellées.
Je ne parle point de l'a.
vanture qui arriva à un galant
homme qui entendit conter
fort fpirituellement des douceurs
à fa femme ; mais fon inquietude
ne dura pas longtemps,
ayant appris que le Maf-
>
GALANT 325
que qui les contoit faifoit un
des principaux ornemens du
beau Sexe .
La place de Dame du Palais
qui vacquoit par la mort de Ma
dame la Marquile de Mongon ,
dont je vous ay amplement parlé
il y a quelques mois , en vous
apprenant la mort , vient d'être
remplie par Madame la Marquife
de la Valliere , le Roy
ayant permis à Madame la Du
cheffe de Bourgogne de nommer
cette Marquile pour occu
per un Pofte fi avantageux , &
qui fait d'autant plus connoitre
le merite & la vertu de celles
qui en font pourvues , les perfonnes
qui approchent de fi prés
les grandes Princeffes devant
toujours fervir d'exemple aux
326 MERCURE
►
autres . Me la Marquife de la
Valliere eft la quatriéme fille
de Mr le Maréchal Duc de
Noailles , & âgée d'environ 22,
ans . Elle a été élevée dans l'Abbaye
de Saint Antoine ; elle a
beaucoup d'efprit , de folidité,
dejugement & de brillant tout
enfemble. Elle s'eft appliquée
à l'étude de l'Hiftoire & de la
Philofophie , dont elle parle
tres- jufte . Elle eft naturellement
éloquente ; auffi parlet
- elle tres bien,
Le Roy vient de donner
quatre Brevets de Colonels ,
à quatre des plus anciens Lieutenans
du Regiment des Gardes
Françoifes ; fçavoir à
Mrs le Feron , la Foreſt , du
Phays , & de Vizé . Ce dernier
GALANT
327
ce n'eſt
eft aufli Ayde Major du mefme
Regiment. Je ne fçay s'ils font
icy dans leur rang d'ancienneté ;
pas de
quoy il s'agit ,
mais de faire connoiftre que les
Brevets que le Roy vient de
leur accorder , leur donnent
rang pour devenir pluftoft Brigadiers
des armées de Sa Majeſté
La foudre eftant tombée it
y a quelques années fur l'Eglife
de la belle Abbaye de Poiffy &
la couverture en ayant efté confumée
, les Religieufes convinrent
fous le bon plaifir du
Pape , que le Roy nommeroit
à l'avenir la Prieure de ce Con
vent . C'est ainsi que l'on doit
nommer celle qui en occupe le
premier rang , & non Abbeffe ,
328 MERCURE
quoyqu'au lieu du nom de
Prieuré & de Prieure , on le
foit fait une habitude en parlants
de ce Prieuré & de la
Prieure de dire Abbaye &
Abbeſſe, L'accord dont je viens
de vous parler a efté fait en
confequence de ce que le Roy.
Sardepenſé prés de quatre cens
mille livres à retablir l'Egliſe
de cette Maiſon Le Pape y a
confenti , & Sa Majesté vient
d'y nommer pour la premiere
fois . Me de Chaulnes qui en
eftoit la derniere Prieure , étant
decedée , la Religieufe
que le Roy doit nommer à
ce Prieuré , doit eftre du meſ.
me Convent . Sa Majesté vient
de nommer Me de Mailly qui
a toutes les qualitez neceffaires
GALANT 329
pour remplir la place de la
deffunte. Il cft vray qu'elle
n'eftoit pas dans ce Convent ,
lorfque le Roy l'a nommée ; mais
elle avoit eu permiffion de fe
retirer à l'Abbaye aux Bois
pour des raifons particulieres ,
& qui ont efté trouvées fort
juftes. Cette nouvelle Prieure
eft belle- feur de Me de Mailly ,
- Dame d'Atour de Madame la
Ducheffe de Bourgogne . Elle
eft dans une eftime generale ,
& le choix de Sa Majefté en
eft une preuve convaincante.
Ce Prince vient de donner
plufieurs penfions , plus ou
moins fortes , fuivant les cmplois
& les fervices de ceux que
Sa Majefteen vient de gratifier.
Ceux qui les ont obtenues font
Mars 1707 Ec
330 MERCURE
•
Mr le Marquis de Bouzolles &
Mrs de Kercado , de Sigogne &
de Valouze . Si ces Mrs aimoient
autant la Musique qu'ils
le ils
chanteroient l'Air fuivant avec
plaifir en reconnoiffance des
bien - faits qu'ils viennent de
recevoir de Sa Majesté . Il eft
de Mr Metz de la Fleche en
Anjou .
ai
métier
des armes
,
AIR NOUVEAU.
Monarque Souverain dont nous
fuivons les Loix A
Soutiens le Grand Louis le plus
parfait des Rois ,
Et porte a fi haut point fon bonneur
&fa gloire,
GALANT 331
Que les ficcles futurs en gardent
la memoire.
Le Roy a donné des Brevets
de Mestre de Camp à Mrsyde
Trefnel & des Clufelles , Marefchaux
des Logis des Moufquetaires
Gris , & cinq Croix
de S. Louis à autant d'Officiers
de fon Regiment d'Infanterie,
du nombre defquels eft Mr de la
Buffiere Aide- Major.
13
Louis Guerin Libraire , ruë
S. Jacques à l'Image de Saint
Thomas d'Aquir , vend un Livre
qui a pour Titre , Entretiens fur
la Religion contre les Athées , les.
Deiftes contre tous les autres
Ennemis de la Foy Catholique , par
Mr Michel le Vasseur , Preftre du
Diocefe de Blois. Ce Livre eft
Ee ij
332 MERCURE
in 12. & ne contient que quatre
cens trente- neuf pages . Il paroîe
d'abord qu'un fi petit Ouvrage
ne doit pas fuffie pour une fi vafte
entreprife ; mais il ne laiffe pas
de fatisfaire fes Lecteurs ; it
renferme trois Entretiens.
L'Auteur prouve dans le premier
où il parle contre les
Athées , qu'il y a un Dieu , &
fait connoiftre par des preuves.
convaincantes aux Payens , aux :
Juifs & aux Mahometans que
Dieu eft l'Auteur de la Religion
Chrétienne , & qu'il veut.
que tous les hommes la fuivent
jufqu'à la fin des fiécles ; en
forte qu'ils ne peuvent luy care
agréables par aucune autre
voye.
Il prouve dans le fecond
GALANT 333
contre les Calviniftes , les Lutheriens,
lesȘociniens , & contre
tous les autres Heretiques ,
qu'ils n'ont aucune certitude ,
qu'ils fuivent veritablement la
Religion Chrétienne .
Et il prouve dans le troifiéme
qu'il n'y a que les Catholiques
qui en foient folide
mens affurez.
Comme je ne vous parle or
dinairement que de quelques
Livres nouveaux , & que cet
endroit regarde Mrs les Auteurs
des Journaux des Sçavans
& des Memoires de Trevoux ,
je ne vous en diray pas davantage
touchant le Livre que je
viens de vous annoncer , & je
me contenteray feulement d'ajouter
à cet Article que les
334 MERCURE
Memoires de Trevoux difent ,
qu'on doit rendre justice à l'Au
tear , dont le Livre eft un abregé
fort folide , & rempli d'une grande
quantité de reflexions utiles & judicienfes.
Les Lettres qui fuivent vous
feront connoiftre la fituation
des affaires d'Efpagne , & ce qui
s'y eft paffé depuis ce que je
vous en ay dit dans ma derniere
Lettre.
A Madrid le 21. Fevrier .
Les avis que l'on a de la Frontiere
de Valence par les Officiers
Generaux qui commandent
font que les Ennemis ont envoyé
de nouvelles Troupes à Elclié
GALANT 335
qu'ily a apparence qu'ils étendront
leurs Quartiers dans les
lieux voifins. Du refte ils n'a
voient encore fait aucun mouvement.
On croit cependant qu'ils
fe difpofent à entrer inceЛſamment
en campagne.
Le Gouverneur Portugais de
Ciudad - Rodrigo ayant marché
avec la plus grande partie de fa
Garnifon pour enlever un détachement
de Troupes Efpagnoles
qui eftoit logé dans un Village ,
qui eftoit chargé de la garde d'un
Pont entre Salamanque & Ciudad-
Rodrigo , trouva beaucoup de
refiftance , força neanmoins le
336 MEK CURE
F
1
pofte où il fit foixante prifonniers
de guerre Espagnols , ayant fait
·paffer defa Cavalerie à gué pour
les envelopper. D. Antonio de
Montenegro , Maréchal de Camp
Efpagnol , qui commande de ce côté-
là , en ayant efté averti monta
à cheval en diligence avec deux
Regimens de Cavalerie , & ayant
atteint les ennemis dans leur retraite
, il chargea leur arriere -garde.
dont il túa ou fit prifonniers trois
censhommes, reprit les beftiaux
qu'ils emmenoient avec euxs
Un Officierdépêchépar le Prince
de Tferclaës , arriva hier aufoir
avec des Lettres de ce Viceroy qui
demande
GALANT
337
demande une augmentation de
Troupes afin de rétablir la communication
avec
ecFacca , & de fecourircette
Place. On fe difpofe à luy
en envoyer , quoy qu'on foit cependant
perfuadé que Mrle Prince
Tferclaes a plus de Troupes qu'il
ne luy en faut pour couvrir fa
Frontiere.
Mrle Marquis de Valero , Viceroy
de Sardaigne , ayant demandé
depuis long- temps fon congé , le
·Roy d'Espagne a nommé Mr le
Marquis defamaïque, fils du Duc
de Veraguas, pour cet employ.
La valeur que Don Antonio
de Montenegro a fait paroiſtre
Mars 1706. Ff
338 MERCORE
en cette occafion luy a attiré
beaucoup de loüanges ; mais il
n'en merite pas moins pour
avoir pris fon party fi promptement
, pour reparer la perte
que les Efpagnols venoient de
faire , ce qui marque beaucoup
d'attention pour le fervice , &
de prefence d'efprit ; ce qui n'eft
pas moins neceffaire que
leur à un Officier general .
La Lettre qui fuit vous paroîtra
remplie d'un grand nombre
de faits curieux .
la
va-
A Oleron , ce 5. Mars 1707 .
Les dernieres Lettres de Madrid
font du 16. du paffe. Elles portent
que les deffeins de la Cour pour l'ouverture
de la Campagne font impeGALANT
339
netrables . On n'y dit point avec certitude
comment ni par où l'on commencera
mais il eft certain que les
forces du Roy font fuperieures à tel
point qu'on a mis en déliberation
dans Valence , s'il ne convenoit pas,
a l'Archiducpourfa fureté de repaf-
Jer en Portugal, Mylord Peterbou
rough a infifté pour l'affirmative
mais il s'eft trouve feul de fon avis ,
tous les autres Officiers Generaux
ayant effe contre , donnant pour rai-
Jon quefi Archiduc quitte , le peuple
prendra cela pour foibleffe ; qu'il
changera , & que tout fera perdu. Il
reftera donc, non pas dans Valence ni
dans l'Arragon; mais en Catalogne.
Son départpour Barcelone eftoit pu
blie pour le 19. de Février , & déja
l'on embarquoit fes équipages . Sa
necefité eftoit telle que de mille Cais
Ff ij
340 MERCURA
defroment dont la Ville de Valence
lay a fait prefentpour l'entretien des
Troupes , il a efté obligé d'en faire
vendre cinq cens ; chaque Cais contient
neuf mefares de Bearn. Le
Comte de Cifuentes s'eft tellement
oublié devant luy , qu'en perdant
le respect , il a tiré l'épée & bleſſé en
fa prefence le Prince Antoine Diewrichtein
, qui a efté Gouverneur de
Archiduc. Le Comte de Cardone
fon Viceroy en Valence , Don Manuel
Mercader, premier Prefident ,
& DonJuan Terraga dont on ne dit
point la qualité , font aux Arrefts
dans leurs maifons parfon ordre pour
fait de contufion. Il voulut auft
faire arrefter Don Raphael Nebot ;
mais le peuple fe mutina , difant :
s'il traite ainfi cet homme qui
F'a fi bien fervi , que ne fera- t- il
GALANT 341
point aux autres ? Cette émotion
obligea l'Archiduc à moderer fon ordre,
& à fe contenter de luy donner
la ville
pour prifon .
Quatre Navires de guerre Fran
çois efcortant fept autres Baftimens
font arrivez en ce Port , où ils ont debarque
quelques Soldats , beaucoup
de bombes de carcaffes , & d'autres
provifions de guerre & de bouche.
Quatre- vingt voiles des ennemis
parmy lefquels il y a douze Vail.
feaux de guerre font entrées dans le
Port d'Alicante , où elles ont débarqué
5000.hommes tout au plus , & des
provifions de guerre & de bouche . On
compte qu'avec ce fecours les enne
mis ne peuvent avoir dans ce Royau.
me que vingt deux mille hommes de
Troupes reglées , & que s'ils prennent
le party de garder les places ,
Ffiij
342 MERCURE
Comme il y à apparence , il ne lear
reftera preſque point de Troupes pour
tenir la
Campagne.
Lu groffeffe de la Reine fe confirme
de plus en plus . Elle produit
un effet merveilleux ; les gens de
Courécrivent quelle vaut cinquante
mille hommes de bonnes troupes an
parti du Roy , tant elle échaufe les
coeurs des fujets fidelles , & chagrine
les Rebelles . Mr de Mahoni
partit le ro. du passe pour aller vers
la frontiere de Valence pour raffembler
l'armée. Mr de Barvvick
partit en pofte le 15. & prit la mes
me route avec Mr de Popoli , Mrs
le Marquis d'Aitone & le Comte
d'Aguilar , Don Antonio del Valle
Don Carlos de San-Gil , Lieutenans
Generaux. Les troupes qui
effoient en quartierdans la Manche
GALANT 343
4
i que
la
font parties le 16. pour Albacete ,
où est le quartier general . Les ennemis,
ont abandonné Denia , ainfi
que quelques poftes fur la frontiere,
& fait revenir du cofté de Valence
les troupes qui les occupoient. De
trois cens hommes qu'ils avoient
dans Requeña ils en ont tiré cent
cinquante , & les ont fait mar
cher à Valence. On écrit
Ville d'Alcoy s'eft foumise au
au Roy
fans avoir efté attaquée. Mrs de
Joffreville & de Pons font à Molina
; ils ont quatre bons Regimens
dans ce pofte ou aux environs.
Or mande aufi que nous avons
cinq mille chevaux entre Siguença
& Tudela, & qu'onfait de grands
amas de provifions dans cette der.
niere place. On écrit auffi que be
Comte de la Puebla , Chef des
Le
344 MERCURE
cation
que
Rebelles d'Aragon , s'eftant emparé
des rentes des Ecclefiaftiques de la
Ville de Calatayud , ils ont ceffe
de faire toute forte de fervice . Ils
ont mefme fermé les Eglifes , &
affiché aux portes une excommunile
Grand Vicaire aful
minée , en reſſentiment de quoy le
Comte de la Puebla l'a fait arrefter
& conduire à Sarragoffe . On mande
de Pampelune qu'on y prepare douze
mille rations pour feize Bataillons
qui y font attendus de France, pour
renforcer Mr de Saluzzo qui doit
agir contre l'Aragon.
Je ne doute point que la lectu-.
re de cette Lettre ne vous aic
fait beaucoup de plaifir. La fuite
fait voir tous les jours qu'elle
ne contient que des chofes veritables.
Les effets que produit
GALANT
345
la groffeffe de la Reine d'Efpagne
vont au- delà de l'imagination
, & le Peuple de Madrid
ne ceffant point d'en témoigner
fa joye qui femble augmenter a
chaque inftant , quoyqu'elle ait
d'abord paru des plus vive , s'affemble
tous les jours dans la
place du Palais pour s'informer
des nouvelles de la fanté de
cette Princeffe , ce qui l'oblige
fouvent a le faire voir fur fon
Balcon , dont ce grand peuple
eft fi charmé , qu'il ne ceffe
point par les cris de joye , &
par fes acclamations de faire
connoiftre fes veritables fentimens
, & de faire des voeux au
Ciel pour l'heureux accouche
ment de cette grande Reine .
La Lettre que vous allez lire
346 MERCURE
n'eft pas moins curieufe & moins
remplie de faits que les deux au .!
tres .
A Oleron Ce 12 Mars 1707.
Les dernières Lettres que nous
avons de Madrid font du 28. da
mois dernier Elles portent qu'on
.avoit avis que Mr de Barovick
eftoit arrivé à Albacete où fon armée
s'affembloit. On affure qu'elle
fera de foixante Bataillons & de
cent un Efcadrons .
On a fceu que la derniere flote
arrivée à Alicante n'y a debarqué
que quatre mille hommes. e
Trois cens familles du Royaume
de Valence ont paffe dans noftre
Camp.
"Il eſt auſſi certain que l'ArchiGALANT
347
duc ayant fait demander au Paroiffes
fituées aux environs de la
Ville de Valence , leurs beftes de
charge pourporter en Catalogne fes
equipages & ceux des Officiers &
des troupes qui doivent le fuivre , il
ya eu plus de quatre cens habians
de ces Paroiffes qui ont quitté &
qui ont paffé dans la Manche avec
leurs Troupeaux & leurs meilleurs
effers.
Le deffein de ce Prince eft de fe
retirer à Tarragone , ne trouvant
point de feureté dans Valence . En
effet il paroift impoſſible qu'on y
puiffe refifter à l'armée du Roy ,
fur tout fi les Catalans fent occupez
par une armée Françoife qui doit
eftre tres-forte.
On a affiché au Palais de Valence
& à l'Hostel de Kille , des
348 MERCURE
き
Pafquinades contre l'Archiduc tout
à fait méprifantes . Le Secretaire da
Marquis de las Minas y a efté tué
dans une emente populaire , & le
Marquis de Santa - Cruz a eu le
mefme fort. Ileftjuftement puni d'avoir
paffé chez les ennemis l'année
derniere avec trois Galleres du Roy,
La groffeffe de la Reine va parfaitement
biens elle est à prefent
de cinq mois.
Mr de Monte- Negro , Brigadier
Espagnol , natif de Grenade
qui fert fur la Frontiere de Portu
gal fous Mr le Marquis de Bay , a
défait entierement un gros parti de
Portugais en ayant tué ou pris fixe
cens & chaffe le reste à plus de
deux lieues dans leur pais , d'où th
a ramené un butin confiderable.
Les Catalans ont rapèllé leurs
Miquelets
GALANT 349
Miquelets qui eftoient en Aragon.
Je feay pour certain que l'Archiduc
envoya il n'y a que buit
jours un homme de confiance , &
neanmoins de petit ordre , à Mr de
Tferclaës Vice- Roy de Navarre ,
pour l'informer de l'état prefent de
Sarragoffe , fur quoy Mr deTferclaës
depefcha d'aborddeux Courriers ; l'un
au Roy & l'autre à Bayonne , & l'on
ne doute point que ce ne foit pour
hater la marche des Troupes qui
doivent fervir contre l'Aragon, qui
non feulement n'en a aucunes , mais
dont la plus grande partie du peuple
eft defabusée des efperances imaginaires
que les Aragonois avoient
conçues du parti de l'Archiduc &
de fa fuperiorité pretenduë.
Ils avoient rempli de monde depuis
plus de deux mois les avenuës
Mars 1706 . Gg
350 MERCURE
"
de Jacca ; & les tenant ainfi bou
chées , la Garnifon Françoiſe qui
eft dans la Citadelle fous les ordres
de Mr le Vicomte de S. Martin,
faifoit fon Carnaval au pain &
à Peaudepuis trois femaines ; mais
enfin Mr de Saluzzo y a marché
avec un grand Convoyseftorté par
deux mille hommes , y compris le
Regiment de Dragons de Marimon.
Les ennemis l'ont attendu en un
Lieu appellé Santa Silla fitué
deux lieues de Jacca , fe fiant à
des coupures & des retranchemens
qu'ils avoient faits fur le
chemin , mais les Dragons ne les
y eurent pas plutoft attaquez , que
ce peuple prit l'épouvante de telle
forte , que fans que nous ayons eu
aucun homme de tué ny qu'un feul
bleſſe , nous en avons tué deux
GALANT 351
cens aux ennemis , & pris foixante
& dix , & nous fommes entrez dans
Facca le Dimanche du Carnaval 6º
jour du courant , ou nous fimes entrer
le mefme jour & la nuit fuivante
fix cens Mulets ou Chevaux
qui portoient noftre Convoy.
Cette action a confterné les Rebelles
de cette contrée ; de maniere qu'ils
ont abandonné leurs demeures que
les noftres faceagent.
t
*
Ce que l'on a dit de la difette
du bled dans le Royaume de Valence
eft confirmé par les dernieres
Lettres qui affurent que
la famine y a fait périr beaucoup
de monde , & que les
terres de cet état n'ont point
efté enfemencées cette année .
Je ne vous dis rien des complimens
que la Reine d'Ef-
Gg ij
352 MERCURE
*
pagne continuë de recevoir tous
les jours de la part de toutes les
Villes qui compofent le Royaume
d'Eſpagne , & de tous
τους les
corps qui font dans ces mefmes
Villes. Un Volume entier ne
fuffiroit pas pour vous en don
ner le détail. J'ajouteray feulement
à cet Article d'Eſpagne
que le temps me preffe de finir,
que l'on ne peut rien ajoûter à
la vivacité du zele de Mr le Cardinal
Portocarero , qui a trouvé
moyen d'engager tout le Clergé
d'Efpagne de prefter à Sa Majefté
Catholique deux millions.
d'écus , ce que ce Clergé a fait
de la meilleure grace du monde,
quoyque plufieurs Evefques &
plufieurs Chapitres cuffent déja
fait au Roy des dons graGALANT
353
tuits fur leurs revenus.
Toutes les nouvelles qui ont
affuré que l'Archiduc quitteroit
le Royaume de Valence , font
confirmées par la retraite de ce
Prince à Tortofe , ce qui ne
peut rien produire d'avantageux
pour luy
Je dois vous apprendre en
vous parlant des Vaiffeaux du
Mexique arrivez à Breft le 27 .
du mois paffe , qu'ils font partie
de ceux qui compofent ce que 、
les Efpagnols appellent Armadille
, diminutif d'Armada , qui
fignifie Armée Navale , ce qui
elt different d'une Armée de
terre , qu'ils appellent Exercito.
+
Ils nomment celle - cy l'Armadille
de Barlovento, qui eft le nom
qu'ils donnent à l'Efcadre que
Gg iij
354 MERCURE
le Roy d'Efpagne entretient
dans le Golfe de Mexique pour
la feureté de leur commerce de
Port en Porty & pour donner la
chaffe aux Corfaires & aux ennemis
de leur Nation , qui ne
frequentent que trop ces mers.
Barlovento veut dire au def
fous du vent , des lles qui font
à l'Orient du Mexique , & d'où
le vent vient toute l'année entre
les deux Tropiques en cé
Pays -là.
Le plus grand de ces deux
Vaiffeaux , nommé Noftra Señora
de Guadeloupe , porte le nom de
Capitane , & Pavillon au grand
maſts , comme Amiral de l'Armadille
, dont le Vice- Amiral
eſt nommé Amirante , portant la
Cornette au maft de Mizaine
GALANT 355
& le Contre- amiral qui porte
fon Pavilion à l'Artimon , eſt
appellé par les Efpagnols el Go
vierno OD OS
Cette Capitane , commandée
par Don André de Pez , General
de l'Armadille , eſt un Vaif.
feau percé pour 60. Canons
dont il en a cinquante quatre de
montez ; il a efté bâti à Campê
che , l'un des plus confiderables
Ports de la Nouvelle Espagne ,
où l'on fait venir la mâture de
Penzzacola , Forterelle qui appartient
aux Efpagnols dans la
Floride, à 5o. ou 60. lieuës à l'Orient
de l'embouchure du Fleuve
Miffiffipi , & où les Efpagnols
entretiennent un Gouverneur
& une garniſon de deux ou trois
cens hommes , ce Gouverne
356 MERCURE
ment relevant de la Viceroyau
té du Mexique . C'eft aux environs
de Penzzacola que fe trouvent
les plus beaux mafts du
monde en une quantité prodigieufe
, & d'où on les tranfporte
dans tous les Ports de la
Nouvelle Espagne , à la Havane
, & aux Atteliers des autres
Ifles de la Terre- ferme de l'Amerique
, où les Espagnols font
conftruire des Vaiffeaux .
La Fregate d'Avis de 20. canons
, nommée Notre- Dame de
l'Incarnation , commandée par
Don Diego Sanchez , fervoit de
Patache au Vaiffeau , qui portoit
plus d'un million de piaf
tres pour le Roy , & beaucoup
d'argent pour les Negocians.
Ces deux Vaiffeaux qui estoient
GALANT 357
partis enſemble de la Vera-
Cruz le vingt - deux Decembre ,
arrivérent à la Havane , Port de
l'Ile de Cuba , quelques jours
aprés , avec le Vaiffeau nommé
te Registre de Campêche , chargé
auffi d'un million de piaftres
pour le Roy d'Espagne . La Patache
de Don Diego Sanchez
l'un & l'autre richement chargez
d'or , d'argent , & de mar
chandifes , avec un autre Vaiffeau
Malouin , qui furent feparez
de la Capitane par un coup
de vent au milieu de leur route
, ſont arrivez heureuſement à
San - Lucar de Baramede .
Ces quatre Vaiffeaux s'étoient
joints à la Havane à trois Vaiffeaux
Marchands François , deux
de Saint Malo , dont l'un eft le
Glorieux de 18. canons com358
MERCURE
mandé par Mr de la Motte , &
l'autre de Nantes de 36. canons
nommé le Salabery , commandé
par Mr Thomas avec lefquels
les quatre Vaiffeaux Efpagnols
mirent à la voile de la Havane
le 28. Janvier. La Capitane , la
Patache , & deux Vailleaux .
François arrivérent ensemble à
Breft le 27. Fevrier , aprés une
navigation dont la diligence a
peu d'exemples ; depuis la dé
couverte de l'Amerique on n'avoit
point encore confié autant
de richeffes à aucun Vaiffeau
fi peu accompagné :
Sur un avis qu'avoit eu Mr le
Duc d'Albukerque , Viceroy
du Mexique , que le Roy fon
Maiftre avoit repaffé en France,
aprés le mauvais fuccés du fiege !
GALANT 359
de Barcelone , & que d'un autre
cofté l'Armée ennemie qui étoit
en Portugal avoit penetré jufqu'à
Madrid , crut que dans la
fituation où eftoient les affaires
du Roy d'Efpagne , il ne pouvoit
luy donner des marques
plus effentielles de fon zele &
de fa fidélité , qu'en luy envoyant
en quelque lieu qu'il
puft eftre , dequoy foutenir l'injufte
guerre que l'on faifoit à
Sa Majefté Catholique , & il
refolut fans hefiter , non - feulement
de hafarder tout l'argent .
qu'il envoyoit au Roy fon Maître
fur les Vaiffeaux qui ſe trouverent
alors à Vera Cruz en
eftat de naviger , avec les deux
autres mais il engagea auffi
les Negocians de Mexique d'em-
སྙ་
-
360 MERCURE
barquer fur ces quatre Baftimens
tout l'argent & les Marchandifes
qu'ils avoient fait enregistrer
, & dont il fçavoit que
le droit de cinquième qui en eft
dû à Sa Majefté Catholique ,
luy pourroit fournir les grandes
fommes dont elle avoit befoin
pour foûtenir la guerre , ce
qui fait voir que fi quelques Ef
pagnols ont manqué à leur devoir
, une infinité d'autres ont
donné des marques d'une fidelité
inviolable , tant en Espagne
que dans les autres Etats du
Roy leur Maiftre ; de maniere
qu'on ne peut affez louer tant
de braves Efpagnols qui fe font
diftinguez par leur fidelité , leur
attachement , & leur attention
à fervir leur legitime Souverain
dans
GALANT 36c
dans les occafions importantes ,
ainsi que vient de faire Mr le
Duc d'Albukerque.
Je viens d'apprendre que l'un
des trois Vaiffeaux arrivez à
San - Lucar , dont je vous ay
parlé dans cet Article , a péry
en chant dans le Port.
Je dois adjoûter icy,que la joye
que Don André de Pez reffentit
en arrivant à Breſt , alla au
delà de l'imagination . Trois
chofes cauferent l'excez de joye
dont il fut transportés, L'une
de voir les trefors qu'il avoit
amenez en feureté après avoir
ĆEĆ
expofé aux perils les plus
évidens , les Ennemis eftant puiffans
dans les Mers d'où il venoit,
& fon escorte eftant tres fobile
fa joye , quoique déja fort gran.
Mars 1707.
Hh
362 MERCURE
de, redoubla , lorfqu'il apprit que
le Roy d'Espagne eftoit rentré
dans Madrid. En éfer quoique le
mauvais fuccez de la Campagne
precedente eût fait tort à fes
affaires , on peut dire qu'il luy
avoit cfté avantageux , puifqu'il
avoit fait redoubler l'amour de
tous les vrais Espagnols pour
ce Monarque , & que tous les
Etats du Royaume s'étoient empreffez
à luy donner des fecours
d'hommes & d'argent ; que les
uns luy avoient prêté de groffes
fommes; que d'autres lui avoient
fait des dons gratuits ; que des
Villes particulieres & des Provinces
entieres avoient levé des
Compagnies , & même des Regimens
à leurs dépens , & que
Les affaires d'Efpagne eftoient
#
GALANT 363
dans une fi heureuſe fituation
que l'on attendoit de grandes
chofes à l'ouverture de la
Campagne , & l'entiere réu
nion des Royaumes qui s'étoient
foulevez , fous la même
Domination , & cette efperance
eftoit d'autant mieux fondée
que l'on eftoit bien informé que
les Rebelles fouffroient impatiemment
la domination de l'Archiduc
, fous laquelle toutes
leurs loix eftoient renversées &
& leur Religion tournée en dérifion
.
Le troifiéme fujet de joye que
reffentit Don André de Pez , &
quiachevad'ymettre le comble,
fut la certitude de la groffeffe de
la Reine d'Efpagne qui produi
fit le méme effet fur luy, qu'elle
Hhij
364 MERCUREA
avoit fait fur tous les cours des
Sujets les plus affectionnez au
Roy fon Maître , & qui avoit
tellement refferé les noeuds
de leur amour , que les écla
tantes marques qu'ils en donnerent
parurent autant de nou
veaux fermens de leur fidélité .
Pendant que ce zelé d'Efpagnol .
s'abandonnoit à la joye que luy
caufoient tant de grandes nouvelles
, il en reçût de la Cour
qui luy furent fort agréables ,
puifque le Roy luy fit fçavoir
qu'il vouloit qu'il fût le Maître
dans le Port de Breft , comme
il le feroit dans les Ports d'Ef
pagne ; & qu'il pouroit ordonde
fa Flotte & de ce qu'elle
portoit, comme il le jugeroit à
propos pour le fervice de Sa
F
GALANT 365
Majefté Catholique . Il aprit
par le même Courier que Son
AlieffeRoyale Monfieur le Duc
d'Orleans venoit à Madrid pour
fe mettre enfuite à la tête d'une
des armées du Roy d'Espagne ,
ce qui luy fit d'autant plus de
plaifir , qu'il n'ignoroit pas que
ce Prince eft fort aimé & fort
confideré dans tous les Etats du
Roy fan Maître . L'Ecurie de
Son Altele Royale partit pref
que cdans le même temps de Paris.
Monfieur de Plouy qui la
commandoit étoit à la tête avec
quelques autres Officiers de la
même,Ecurie , & dix Pages de
Son Alteffe Royale ; on voyoit
enfaite 40 Chevaux de main
avec leurs houffes , & l'on
Compta jufqu'à 100 Chevaux
Hh j
366 MERCURE
dans cette marche.
Quelques jours aprés on vie
paffer 30 Suiffes de la garde de
SonAlteffe Royale , commandez
par Monfieur de Fitte qui en
eft Lieutenant . Ils eftoient fuivis
de 35. Mulets de la Chambre
& de la Garderobe , qui avoient
à leurs rête Monfieur d'Albe
ras leur Capitaine.
La Maiſon partit quelques
jours enfuite , commandée
par
Monfieur de Frefquaire qui en
eft Contrôleur General . Il étoit
accompagné de trois autres
Contrôleurs qui font Mrs Bizo
ton , Lango & Frefnier:
Les Gardes partirent quel--
ques jours aprés la Maifon. Ils
étoient commandez par Mi de
S.Germain qui en eft Enfeigne
GALANT 367
On ne peut rien ajouter au
bon état auquel parurent tous
ces Corps aux yeux de tous
ceux qui les virent paffer ; on
ne doit pas s'en étonner , rien
n'eftant mieux reglé que la Maifon
de Monfieur le Duc d'Or
leans , & ceux qui en ont fain →
ne luy laiffant manquer de rien.
Je ne vous parle point du jour
du départ de Son Alteffe Royale ,
mais felon toutes les aparances
ce Prince partira dans le même
temps que vous receverez ma
Lettre.
Vous avez apris par les der
nieres nouvelles publiques la
priſe de plufieurs Vaiffeaux ennemis
, & fur tout celle de 14 .
Vaiffeaux que Mr du Queſne a
fait conduire à Breft , par cinq
368 MERCURE
Vaiffeaux de la Flotte qu'il com
mande . Cette Prife faifoit partie
d'une Flotte de 19 Vaieaux
qui alloit à Lisbone , & qui é
toit chargée de bifcuit , de froment,
de chairs falées , de charbon
de terre , de fer de merrein,
de plomb , de poudre , de boulets
, & de balots de Marchandifes
, les deux Vaiffeaux de
guerre qui efcortoient cette
Flotte prirent d'abord la fuite .
Je dois ajoûter à ces prifes .
& à celles qui font dans les dernieres
nouvelles publiques; plufieurs
autres prifes dont le dénombrement
feul vous furprendra.
Quatre Armateurs de S. Malo
ont pris cinq Vaiffeaux d'Amfterdam
qui revenoient de VeGALANT
369
nife,où ils avoient chargé beau
coup de provifions , dont la Ville
d'Amfterdam avoit befoin . Vous
trouverez encore beaucoup
d'autres prifes dans l'article:
que vous allez lire.
Extrait d'une Lettre du
Havre du 22. Mars .
Je vous diray que quatre Corfaires
de Dunkerque , fçavoir le
Comtede Toulouse , le Barentin ,
le Marquis de Bernieres , & an
autre , pouffez d'un vent d'Amont
ont conduit dans ce Port deux prifes
Angloifes allant à Lisbonne , une
dex 8. canons chargée de bled & de
balots , faite par le Comte de Toulouſe
après s'eftre battu avec une vis
gueur incroyable & s'eftre fait rafer
370 MERCURE
comme un ponton , ne luy estant refle
que le grand mafs de bout . On ne
feaitpoint encore ce qui eft dans les
ballots , le Capitaine qui eft beffe
en deux endroits , ayant répondu à
ceux qui luy ont demandé , regarde
dedans , & tu verras . On travail.
Le à traduire les reconnoiffemens , &
on vafaire décharger le Baftiment.
L'autre Prife qui n'est que de
buit à dix canons , eft auffi chargée
de bled & de balots , & Pon ignore
auli ce qu'elle contient. Cette Prife
aefté faite par le Barentin ,
Il est auffi arrivé deux petites Prifes
venant de Portugal hargées d'oranges
, de citrons , de raifins , & de
quelqu'autresprovifions de Caréme
L'Article que vous allez lire
eft tiré d'une Lettre de Dun
kerque
GALANT 371
PRISES FAITES
Par les Fregates de la Chambre
du Commerce.
4. Fregates de 12. à 16. canons ,
chargées de beurre & de cuirs verds
en Irlande , pour Oftende , eftimée
chacune 25000. livres.
4. Fregate de 36. canons , char
gée de briques & de quelques balots .
Partie d'Hollande pour la Cofte de
Guinée, eftimée 50000 , livres .
2. Baftimens Hollandois chargez
de canons & de poudre , allant
à Lisbonne , envoyez à Breft.
• La Reconnoiffance de 28. can
nons , Capitaine Andritte Baert , a
pris une Fregate de 20 , canons , char
gée à Lisbonne pour Amfterdam.
Chargement
163. Caiffes de Sucre du Brefil ;
372 MERCURE
80. millers de Campeche ; 12. de
mi pieces de vin blanc; 365. rouleaux
de Tabacde Brefil ; 600. caiffes de
fruits , une partie defel.
La Conftance de 28, canons,
Capitaine Bernard , a pris un Corfaire
d'Oftende de 10. canons.
Le Cupidon de 16. canons , Ca.
pitaine Alexandre Carpentier, a
pris un Dogre chargé de Poiffonn
La Marquife de Bernieres de
8. canons , a pris 2. Fregates , l'une
de 8. & l'autre de 10. canons
chargées de beurre & de cuirs verds
venant d'Irlande pourOftende , les
deuxfont eftimées 80000, livres.
Le mot de l'Enigme du Mois
paflé étoit le Carnaval. Ceux
qui l'ont trouvé font;Mrs Thomaffeau
Boisguilbert , de la
:
ruë
GALANT 373
Tue 5. Denis: Pouffin , de la ruč
S. Antoine Jean Guy du Beffey
: Roget , de la rue de la Cerizaye
Tamirifte le Solitaire
Ques- mine , & celuy de la ruë
aux Fenes : le grand Colas : D.
L. ami de la belle Henriette :
le devineur d'Enigmes : Pierrot
Bouffi : l'Avanturier de Seaux :
T'heureuſe rencontre : l'Amane
en idée : le Devin tondu : Me
Marotin & fon aimable four,
des Jacobins de la rue S. Ho-
-noré : Miles Davenne : Madelon
Bouget , de la rue S. Anroines
Orpheline D. L. de la
ruë neuve Saint Euftache : les
deux Jumelles la plus jeune
des belles Dames de la rue des
Bernardins la nouvelles Ah-
Mars 1706 .
374 MERCURE
drienne les Soeurs jalouſes , &
la fauffe Devinereffe M. A. S.
T.O. N.
5 !
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye eſt d'un Galant
Maloüin.
ENIGMEntebel
Secourable au befoin je confervay
jadis
Et ton pere & celuy de tout ce qui
refpire salon [ 253
09
Mais foumis aux rigueurs d'un tiranique
Empire ,
Souvent je fais perir celuy par qui
jefuis ? r
J'apporte tour à tour les chagrins
& la joye ,
Etfi j'ay quelques fois enrichi deş
Pays.
GALANT 375
Jay caufe tous les maux de Cola
chos & de Troje , 2007
De mes yeux meurtriers , quand
je veux innocens ,
J'annonce la Paix ou la Guerre.
Tres folide enfant de la terre ;
Quand il plait à deax infolens,
Je fais brifé comme du verre.
Guide par la vertu d'un caillou curieux
Sans ailes & fans pieds je vaš de
oncoplage en plage ,
Faifani fervir à mon ufage
Lefeu , la terre & l'air , & la mer
& les Cieux,
Za fcience la plus profonde
Malgréfes beaux raiſonnemenss
Tombée en des égaremens ,
Sans moy nefçauroitvien encore
l'autre monde,
Tij
376 MERCURE
Je vous envoye la Lifte des
Officiers Generaux qui viennent
d'eftre nommez pour fervir
dans toutes les Armées de
Sa Majefté. Vous y trouverez
peut - eftre quelques noms eftropiez
, la plupart des Copiftes
étans accoutumez à faire
de femblables fautes , & qui
font plus difficiles à
que
reparer
les fautes qui fe trouvent
dans un difcours dont la fuite
fait deviner le fens.
OFFICIERS GENERAUX
de l'Armée de Flandres ,
Monfieur le Duc de Vendô
me.
I
*
GALANT 377.
'Lieutenans Generaux,
Melieurs,
Le Comte de Gacé.
D'Artagnan.
De Gaffion.
Le Comte de la Motte,
D'Albergotty.
De Magnac.
De Liancourt.
Le Comte de Chemerault,
De Soufternon .
Le Duc de Guiche ,
Le Marquis de Biron.
Le Prince de Rohan .
Le Chevalier du Rofel .
De Puiffegur .
Le Prince de Birkenfeld ,
Maréchaux de Camps
Meffieurs ,
De Pudion.
De Levy.
Ii iij
378 MERCURE
De Bouzolles .
De Palavicini .
De Villers- Chandieu .
De Conflans .
Le Comte de Coignies .
Le Comte de Lifle.
De Guerchi.
Le Chevalier de Luxembourg;
De
Spar.
De
Ruffey.
Le Comte d'Eftrades.
ALLEMAGNE.
Mr le Maréchal de Villars, I
Lieutenans Genetaux,
Mellieurs ,
Le Comte du Bourg.
De Saint - Fremont.
D'Hautefort .
De la Chaftre.
GALANT 379
D'Imecourt 20
De Cheyladet .
De Léc , Irlandoise.
De Mandrecheid.
De Vivans.
De Péry orde
Maréchaux de Camp:
Meffieurs ,
D'Youl.
De Gafquet,
De Vieuxpont.
Le Chevalier de Croiffi.
Le Prince de Talmont,
De Cezanne.
De Dreux .
Le Chevalier de Broglio.
De Broglio Infpecteur.
Le Comte de Chamillart .
DAUPHINE'.
Mr le Maréchal de Teffé,
380 MERCURE
Lieutenans Generäux&to l'I
Melieurs,
De Montgon.battle
De Chamarantee
ban
De Sailly.
SUI
Raviv sa
Le Comte d'Aubeterre
De Saint- Pater .
De Dillon.
Maréchaux de Campi YC
Meſieurs pls La
equinorVioli
bradaved ) al
De Mauroy
De Vraigne
De Monforeau
Babolat
Le Prince de Robeck
De Muret.
Le Marquis de Grancey .
ESPAGNE
DI
I
Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc d'Orleans,
GALANT 381
Mr le Maréchal de Barwick.
Lieutenans Generaux.
Melieurs,
D'Avaray.
D'Eftin .
De Labadie.
De Heffy.s
Le Chevalier d'Asfeld.
De Joffrevillenning
Le Comte de Fiennes.
MOJJITEV
Maréchaux de Camp:
Meffieurs,
De Bligny.
De Silly , Dragons,
Le Comte de Brancas.
De Choiſeüil - Beaupré ,
Le Chevalier de Maulevrien
382 MERCURE
NAVARRE
Lieutenans Generaux.
Meffieurs ,
De Legall .
D'Arennes.
Maréchaux de Camps VNX
Meffieurs ,
De Kercado..
De Fontboifard .
ROUSSILLON
.
OLA
Mr le Duc de Noailles , Lieut
tenant general .
Maréchauxde Camp . Tert
Meffieurs c
De Polignac.
De Signier.
De Fimarcon. Avelló
GALANT 383
UCTI
LANGUEDOC;
byllimedƆ ob`lar'>21ek
M' le Duc de Roquelaure
Lieutenans Generaux.
• Meſieurst, quo of
De la Lande,
Julien.
putlay Ju
Maréchalde Camp
Mr Courten . 7th A .2
Brigadier.
Mr de Plánque. T32 G
GUYENNE.
Mr le Maréchal de Montred
vel.
Lieutenans Generaux, CI
Meffieurs
Le Marquis du Rozel ,
De Vibray .
384 MERCURE
POITOU.
CLAUDMAI
Mr le Maréchal de Chamilly:
Lieutenans Generaux, Ma
Meſſieurs sh
Le Comte de Chamilly .
De Guebrian . ebolisⱭ
De Vaillac .
Maréchal de Camp.
‚asilu!
Mr de Vervins. obrowo M 1
&
BRETAGNE. M
M' le Maréchal de Chasteaurenaud
.
Lieutenans Generaux. ¡A
Meffieurs ,
De Lanion and I
De Thianges . W
Brigadier.p
Mr de Clodoré,
.107
NICE
GALANT 385
NICE .
Mr de Paratte , Maréchal de
Camp .
NORMANDIE.
Mr de Matignon , Lieutenant
general .
Lieutenans Generaux.
De Raffan.
Melieurs ,
De Moncaut.
Brigadier
Mr d'Igulville.
Les nouvelles d'Espagne arrivées
depuis celles dont je vous
ay déja parlé , font
les enque
nemis ont abandonné les Villes
& les poftes qu'ils occupoient
Kk .
Mars
1707. ,
386 MERCURE
fur les Frontieres du Royaume
de Valence du coſté où font les
troupes d'Espagne , & qu'elles
font en état d'y entrer.
D'autres Lettres difent qu'un
gros Corps de troupes Elpa.
gnoles marchoit du coté de
Murcie , & que la plupart des
recruës eftoient arrivées .
Les réjouiffances pour la groffeffe
de la Reine d'Espagne continuent
toûjours à Madrid . Me
la Ducheffe d'Offone a donné
un tres -beau Bal à l'occaſion de
cette allegreffe publique , & Mr
le Duc de Medina- Celi une fuperbe
felte , où tout a paru avec
la magnificence qui luy eft ordinaire
Son zele n'a pas moins
brillé en cette occafion , que l'éclat
dont cette grande feſte a
GALANT 387
efté acompagnée.
J'apprens en ce moment que
l'Archiduc a impofé une Capitation
de quinze cens mille
livres au Royaume d'Aragon , &
qu'il a fait enlever toute l'argenterie
des Eglifes ; de maniere
que tous les Etats de ce
Royaume eftant également outrez
, attendent avec impatience
les troupes Espagnoles
pour fecouer un fi cruel joug.
On croit que l'Archiduc eftant
parfuadé qu'il ne peut conferver
ce Royaume , cherche à le
ruiner avant que d'eftre obligé
de l'abandonner , ce qui inquiete
beaucoup les Espagnols qui font
encore fous fa domination , &
qui contribueront de tout leur
pouvoir à luy faire repaffer la
Kk ij
388. MERCURE
mer. Je ne puis mieux finir l'article
d'Efpagne, que par la Lettre
fuivante.
A Madrid le 14. Mars 1707.
Des Lettres de Cadiz du 6. an
matin , apprennent que quatrevingt
baftimens des ennemis avoient
repaffé le Detroit , faiſant route au
Ponent. Il n'y avoit dans ce nombreque
trois vaiffeaux de guerre Anglois
, le refte flutes Angigifes &
Hollandoifes qui ont transporté à
Alicante les fecours de troupes &
de munitions qui y ont efté débar_
quéesdans le commencement du mois
paffe . Mle Marefchal de Bervvick
écrit du 9. & du 11. que les ennemis
avoient abandonné Elche
Elda & Novelda & plufieurs auGALANT
389
res lieux où ils avoient des quartiers
; que beurs troupes fe retiroient
& qu'elles revenoient du côté d'Alcante
; qu'ils rembarquoient leur
artillerie de campagne & plufieurs
autres chofes qu'ils avoient debarquées
, & que tous les avis affu.
Archiduc eftoit parti de roient que
Valence
le 8, pour ſe rendre
à Tortofe.
D'autres
Lettres
ajoûtent
que
toutes
les voitures
, Mules
& Mulets
que les ennemis
avoient
affemblez
en grand
nombre
avoient
eferenvoyez
dans les lieux dont on lés
avoit
tirez.
Mr le Marefchal de Barvvick
a envoyé des troupes dans les lieux____
que les ennemis ont abandonnez &
l'on y a trouvé beaucoup de chofes
qu'ils y ont laiffées , ce qui marque
affez que leur retraite s'est faite
Kk iij
390'˚ MERCURE
avec quelque precipitation. Onne
comprendpoint encore ce qui les a obligez
à faire ce mouvement , mais il
Jemble qu'il ne peut eftre qu'avanta
geux aux affaires du Roy d'Espagne,
puifqu'au moins cela donne du temps.
pour mettre les troupes Françoifes &
Efpagnoles en état d'agir.
Facca a efté fecouru par les troupes
de Mr le Prince de Tferclaës ,
commandées par Mr le Marquis de
-Saluzzo Marefchal de Camp.
..
Les Rebelles qui ont voulu dèffendre
les paffages , ont efté mis en
deroute à la premiere attaque avec
perte de cent cinquante des leurs demeurezfunka
place & de cinquante
faits prifonniers.
On a mis des vivres dans Faccá
pour quatre mois , & on y a taiffé en
garnifon un Regiment d'Infanterie
GALANT 391
1
Espagnol appellé des Afturies.
Monfeigneur le Dauphin ayant
refolu d'aller paffer quelques
jours à Anet, partit de Verſailles
le 17. de ce mois avec Monfeigneur
le Duc de Berry & Madame
la Princeffe de Conty
Douairiere . S. A. S. Monfieur
le Comte de Toulouſe eftoit de
la partie auffi - bien
que Mrs les
Ducs de la Feuillade & de Villeroy
, Mrs les Comtes de Roucy
& de Chemerault , avec Mr le
Marquis d'Albergotti , & plufieurs
autres perfonnes de diftinction
. Ils dinerent en arrivant
tous à la mefme table , Monfeigneur
l'ayant fouhaité ainfi . On
joua enfuite auBillard , ainsi qu'à
plufieurs autres jeux pendant le
refte de la journée,
392 MERCURE
Monfeigneur le Dauphin accompagné
de toute fa Cour ,
prit le lendemais le divertiffement
de la chaffe du Loup .
Toute cette illuftre Compagnie
foupa enſemble le foir du même
jour , & fe mit à table à
fix heures.
Le lendemain 20. la pluye
n'ayant point ceffé , & ayant
toujours été tres- forte , le jeu du
Billard & de la Guerre tinrent
lieu du plaifir de la chaffe où
l'on ne pût aller . Les Violons
joüerent le foir du même jour
pendant la plus grande partie
du foupé , le lieu où l'on mangea
étoit remply de tout ce qui
fe trouve dans les environs d'Anet,
de perfonnes de diſtinction
de l'un & de l'autre Sexe . Le
>
GALANT 393)
foupé fini , Monfeigneur le Duc
de Berry prit une des Dames
de la Compagnie, & dança un
Menuet avec elle. Il fe forma
enfuite une espece de petit Bal
qui ne fut pas long ; mais qui
fut fort divertiffant .
Le 21. Monfeigneur le Dauphin
alla avec toute la Cour ,
à la chaffe du Sanglier où il
prit beaucoup de plaifir . Mon
feigneur foupa ce foir- là à fon
petit couvert , & Monfeigneur
le Duc de Berry tint la table
de ce Prince .
Monfeigneur le Dauphin alla.
le 22. à la battuë . Il tua cinquante
Lapins , & Monfeigneur
le Duc de Berry en tua foixante.
Monfieur le Comte de Touloufe
courut un Cerf ce jour- là ,
& le prit .
394 MERCURE
Monfeigneur partit d'Anet
le 23. fur les dix heures du matin
, & l'on peut dire que jufqu'au
moment que ce Prince en
partic , Anet fut toujours remply
de la Nobleſſe & d'une infinité
d'Habitans de tous les
lieux qui environnent ce Château
, & de ceux qui en font
même éloignez de plufieurs
lieuës . L'abondance de toutes
chofes y fut grande pendant
tout le temps que Monfeigneur.
y demeura , & quoy que les tables
y fuffent fervies par les Of
ficiers du Roy , Monfieur de
Vendofme en fit fervir beaucoup
d'autres , & fit diftribuer
quantité de vin , de liqueurs &
de rafraichiffemens , de maniere
que toute la Nobleffe & tous 7
GALANT 395
les Habitans des environs d'Anet
, fe reffentirent de cetta
Feſte.
Le Clergé ayant eſté extraordinairement
convoqué pour des
raifons qui regardent le bien
public , auquel cet illuftre
Corps veut bien s'intereffer ,
aprés avoir fait l'ouverture de
fon Affemblée par une Meffe du
Saint Efprit , alla faluër le Roy ,
eftant conduit à cette Audience
en la maniere accoutumée.
Monfieur le Cardinal de Noailles
Archevêque de Paris , qui eft
Prefident de cette Affemblée ,
porta la parole avec beaucoup
de dignité , de tendreffe & d'on-
&tion , accompagnée d'une fimplicité
majeftuenfe . Il dit qu'il
venoit avec zele & foûmilion an
396 MERCURE
nom de l'Affemblée fur les premiers
ordres de Sa Majesté , offrir tout fon
credit. Il ajoûta que le Roy , dans
fes adverfitez, eftoitplus grand qu'il
n'avoit paru daus les profperitez
& fon Eminence finit en difant
Faffe le Seigneur qu'il foit permis
à Vofire Majefté de donner la Paix
comme elle l'a déja plufieurs fois accordée
à l'Europe , & qu'elle puiffe
foulager fes Peuples , qui fe font
chargez avec un zele qui égale leur
fidelite , du fardeau d'une longue
guerre fufcitée par l'envie & par
Panimofité de fes ennemis .
L'impatience de parler d'un
Difcours qui a reçû de grands
applaudiffemens , m'a obligé de
mettre icy ce qui m'en a cfté
rapporté par une perfonne qui
a beaucoup de memoire ; mais
comme
GALANT 397
comme elle
peut ne luy avoir
pas efté tout à fait fidelle , je
Vous parleray
le mois prochain
plus amplement
de ce Difcours
,
& comme l'Affemblée
qui vient
de commencér
doit eſtre courte,
& qu'elle finira au premier jour,
je vous envoyeray
un abregé
de tout ce qui fe fera paffé depuis
fon ouverture
, jufqu'à
fa
conclufion
, & cet abregé
fera
un affez beau morceau
d'Hiftoire.
L'Enlevement de Mr. de
Beringhen a fait tant de bruit ,
& il a efté raporté de tant de
manieres differentes , que je ne
doute point que vous n'en attendiez
un Article de moy. Je
vous en envoye un dans lequel
j'ay cru d'avoir paffer fur beau-
Mars 1707
. LF
398 MERCURE
coup de chofes ou peu im
portentes , ou étrangeres à
ce qui s'eft paffé en cette occafion
. Le 24. de ce mois, fur les
fept heures & demie du foir ,
Monfieur de Beringhen à fon
retour de Marly où il avoit accompagné
le Roy , fe mit dans
fa Berline ayant un Valet de
Chambre avec luy , un homme
de Livrée à Cheval qui portoic
un Flambeau , & un Palefrenier
qui fuivoit monté fur le 7e Cheval
qui fuit toûjours les attelages
du Roy , afin qu'on s'en
puiffe fervir en cas de befoin.
Le Partifan qui arrêta Mr le
Premier , fe nomme Queintem ,
il cftoit Valet de pied de feu
Monfieur le Prince de Conty ,
lorfque ce Prince alla fervir en
GALANT, 399
DE
THECUE
Hongrie
contre
les
Turcs
. Il
a
efté
Violon
de
Son
Alteffe
Elect
torale
de
Baviere
,
&
il
fut
enfuite
du
nombre
des
Chaffeurs
de
ce
Prince
; vous
fçavez
qu'il
y
a
des
Princes
en
Allemagne
qui
en
ont
beaucoup
, &
qu'ils
tiennent
mefine
lieu
de
troupes
dans
le
temps
où
l'on
en
a
befoin
. Ce
Queinteme
ayant
quitté
le
fervice
de
Monfieur
de
Baviere
fe
jetta
parmy
les
Ennemis
,
aufquels
on
dit
qu'il
fit
des
propofitions
indignes
d'un
homme
d'honneur
; c'est
ce
que
je
ne
puis
affurer
, quoiqu'il
foit
rapporté
par
plufieurs
.
Il
a
prefentement
une
Commiffion
de
Colonel
dans
les
troupes
Ennemis
.
La
Troupe
qu'il
commandoit
eftoit
de
feize
Officiers
;
&
de
.
Llij
400 MERCURE
quatorze Dragons , pour laquelle
il avoit trois paffeports de dix
hommes chacun . On doit remarquer
qu'il y avoit dans fes
Paffeports pour aller à l'Ennemy
; ils font partis d'Ath , &
font entrez en France par trois
differentes routes , & aprés eftre
Convenus des lieux où ils devoient
ſe poſter , il en demeura
10. dans les bois de Chantilly ,
ro.à S. Ouën , & ro. à Séve
où ils fe logerent en differens Cabarets . L'un d'eux , qui es
avoit
la qualité de Lieutenant ,
avoit de grandes habitudes à .
Paris , où il avoit vendu deux
Chevaux Anglois . Il fe
noit de temps en temps dans
les ruës de Séve , & fur le Pont.
11 vit paffer Monfieur le Duc
promeGALANT
401
d'Orleans ; mais le jour eftoit
encore trop grand pour ofer rien
tenter. Ils avoient veu paffer
deux jours auparavant Monfei
gneur le Dauphin , & Meffeigneurs
les Princes qui alloient
chaffer des Dains dans le bois
de Boulogne ; mais ils n'oferent
encore rien tenter , tant parce
qu'il y avoit beaucoup de monde
, que parce qu'ils devoient
faire leur retraite par le chemin
qui eft entre la Riviere & le
Parc de Boulogne .
Enfin deux jours aprés , la
Mouche ayant vû arriver Mr le
Premier , & jugeant par la Livrée
du Roy que ce devoit eftre
quelque Prince , ou du moins
une perfonne de la premiere
qualité , donna le fignal dont
Kk iij
402 MERCURE
on eftoit convenu , aux neuf
hommes qui pafferent le Pont.
Celuy qui fervoit de Mouche
les voulut fuivre ; mais les Peagers
qui l'avoient vû paffer &
repaffer plufieurs fois , le voyant
arriver fort vifte , fermerent la
barriere & l'arreſterent ; ils
avertirent la Brigade qui s'en
empara . Pendant que cela fe
paffoit , les neuf Cavaliers executerent
leur deffein . On arrê
ta d'abord celuy qui portoit le
flambeau , qu'on éteignit . Le
Commandant ayant fait arrêter
le Caroffe , prit ſans deſcendre.
de cheval , Mrle Premier par
12
manche , & luy dit qu'il l'arrê
toit de la part du Roy : il répondit
qu'il venoit de quitter
Sa Majeſté , qui eftes vous ? s'il
GALANT 403
ya un Officier qu'on me faffe
parler à luy . Enfin aprés l'avoir
tiré du Caroffe , ils le firent
monter fur le feptiéme cheval
dont j'ay déja parlé . Son Valet
de Chambre , qui avoit d'abord
monté fur le cheval de celuy
qui portoit le flambeau , le voulut
luivre tenant fon manteau ;
mais un des Cavaliers luy ayant
mis le piftolet fur la gorge , l'affura
qu'il le tuëroit s'il le fuivoit.
Mr de Beringhen demanda
qu'on permiſt au moins à fon
Valet de Chambre de luy don
ner fon manteau , ce qu'il fit en
le luy jettant de loin fur les
épaules.
Je dois ajouter icy que celuy
qui avoit efté arreſté au Pont
de Seve, devant fervir de guide
404 MERCURE
à ceux qui emmenoient Mr. de
Beringhen , fa prife fut caufe
qu'il y eut du retardement dans
leur marche.
On apprit à Versailles ce qui
fe venoit de paffer par le retour
des gens de Mr le Premier . Il
eftoit neuf heures lorfque l'on
fit au Roy le détail que vous ve
nez de lire . On dépêcha à Mr
de Chamillart qui estoit à l'Etang
, afin qu'il fit expedier des
Courriers . Le Roy fit aufli - toſt
partir un Exempt avec vingt
Gardes. Mr des Epinés , Ecuyer
de la petite Ecurie , partit auffi
& tous les autres Ecuyers de la
même Ecurie , monterent à cheval.
Les uns prirent la route
de Normandie , & les autres
celles d'Allemagne & de Flan
dre.
•
GALANT 405
On apprit du prifonnier qu'il
y avoit une chaife au premier
relais . On a auffi fçût qu'étant
fort fatiguez , Mr le Premier
fe trouvant incommodé , & que
le Partifan fe trouvant accablé
du fommeil , ils s'étoient arref
tez dans leur route ; que l'on
avoit decroché & baiffè le derriere
de la chaife , afin que Mr
le Premier puft repofer plus
com.nodement . Cette halte dura
du moins trois bonnes heures.
On prit dans la route trois ou
quatre Cavaliers dont les chevaux
n'avoient pû fuivre étant
trop fatiguez , & Mr de Louvain ,
Ecuyer du Roy prit un Cavalier
dans la Foreft de Chantilly,
& l'ayant remis entre les mains
d'un Officier de Mr le Prince
406 MERCURE
-
il pourfuivit fa route . Tous les
Courriers , & fur tout les Ecuyers
qui estoient partis , avoient fait
tant de diligence que le Partifan
entendit fonner le toxin
dans tous les Villages dés qu'il
fut forty de la Foreft de Chantilly
, & il commença alors à
croire qu'il étoit impoffible que
fon entrepriſe reüffit . On ne
doit pas s'étonner de la diligence
que firent les Ecuyers ac ta
petite écurie , la perfonne de
Mr de Berighen leur étant che
re , à caufe des fervices qu'il
leur rend tous les jours auprés
du Roy.
A peine Mr le Premier eut- il
paffé Ham qu'il fut repris. Voicy
comment la chofe fe paffa .
Un Capitaine du Regiment de
GALANT 407
Livry eftoit aux Champs , &
faifoit batre l'eftrade de plufieurs
côtez . Un Maréchal des
Logis & deux Cavaliers trouverent
en la battant Mr le Premier
eſcorté du Partiſan & de
deux Officiers . Il alla a eux ,
& leur ayant mis le premier le
piftolet fur la gorge , ils furent
obligez de fe rendre , à quoy
ils eftoient d'autant plus difpo .
fez qu'ils s'apercevoient qu'ils
alloient eftre environhez de
toutes parts. Mr le Premier
dit au Maréchal des Logis qu'il
en avoit cfté tres - bien traité
& recommanda que l'on ne leur
fit aucun mal . Il fit mefme fouper
le Partifan avec luy , & il
l'a fait conduire à Verfailles ,
& loger à la petite écurie . Me
408 MERCURE
de Beringhen qui eftoit allée au
devant de fon époux , a temoigné
parfes liberalitez l'excez de
fa joye en apprenant qu'il avoit
eſté repris . L'emprelement de
le voir a efté grand lors qu'il
eft arrivé à Verfailles , & la
foule eftoit fi grande qu'il eut
beaucoup de peine à paffer
aprés eftre defcendu de Caroffe.
Vous attendez , fans doute ,
que je vous parle du Traité qui
á efté conclu en Italie par Monfieur
le Prince de Vaudemont
au nom des deux Rois , & par
Monfieur le Prince Eugene au
nom de l'Empereur & de Monfieur
le Duc de Savoye ; mais il
me refte trop peu de place pour
entrer dans le détail de ce Traité
Je vous diray feulement qu '
il
GALANT 4c9
il nous doit eftre avantageux ,
puifque les Anglois & les Hollandois
qui n'y ont point donné
leur confentement , difent hautement
qu'ils en font fort mal fatisfaits
, & que ce Traité fera
caufe qu'ils ne feront pas une
Paix fi avantageufe avec les
deux Couronnes , qu'ils auroient
pu faire avant qu'il fuft arrefté.
pů
Il paroit même qu'il eft fur le
point de caufer quelque brouil
lerie entre l'Empereur & ces 2 .
Nations . Comme le Roy n'abandonné
jamais fes Alliez , & que
Monfieur le Duc de Mantouë eft
toûjours demeuré inviolablement
attaché à la France , ce
Monarque a pris hautement fes
interefts dans cette occafion
comme il a toujours pris ceux
Mars 1706.
Mm
410 MERCUR
C
de fes Alliez , & les Allemans
qui doivent entrer en poffeffion
des Etats de Mantouë, font obligez
de les rendre dans le même
état où ils font prefentement ,
lorfque l'on concluëra la Paix
generale ; & pour fûreté de cet
Article , le Roy doit garder la
Savoye & le Comté de Nice. La
guerre doit entierement ceffer
de ce cofté- là , & il eft ftipulé
que les ennemis ne la feront
point du cofté du Dauphiné ;
de maniere que toutes nos troupes
qui font en divers Poftes d'I
talie , & celles que commande
Mr de Médavy , eftant jointes à
celles qui font commandées par
Mr le Maréchal de Teffé , com
poferont une belle & nombreuſe
Armée, que le Roy employera
¤ M
GALANT 411
où il jugera à propos pour le
bien de fes affaires.
Quant à la fituation de celles
d'Allemagne
felon les Etats qui
ont efté arreftez , les ennemis
doivent
avoir quarante
- quatre
mille neuf cens fix hommes .
mais toutes les levées n'en font
pas faites , & les Magalins
pour
les faire fubfifter
ne font pas encore
remplis ; & comme il s'en
faut beaucoup
que tout cela ne
foit , il y a apparence
que nous
ferons les plus forts fur le Rhin.
A l'égard de ce qui regarde la
Flandre , nos troupes y font
nombreuſes, choifies & dans une
difpofition de fe fignaler qu'il
feroit impoffible d'exprimer.
Je ne vous dis rien du Roy de
Suede , eftant perfuadé que per-
M mij
412 MERCURE
fonne ne peut deviner ce qu'il
ne peut encore (çavoir lay - mefme
, puifqu'il ne peut le dérermia
rà rien, qu'il n'ait chaffé les
Mofcovites de toute la Pologne,
& des places qui luy appartiennent
, & dont ils font en-.
core les Maiftres, Cette affaire
eft devenue plus ferieufe qu'elle.
ne l'eftoit d'abord , l'armée des
Mofcovites ayant extrémement
groffi .
Mes Lettres font fi grandes.
& les mois font fi courts , qu'il
eft impoffible d'avoir tout le
temps neceffaire pour reflechir
fur les fautes qui s'y peuvent
glifer , & fur celles que la precipitation
du travail y peut faire .
laiffer aux Imprimeurs . Il s'eft
gliffé dans la derniere que Mr
GALANT 413
de Matignon eftoit Evefque de,
Limoges , & c'eft Mr
Chardin
,
de Genetines, cy - devant Comte
de Lyon .
On a dit que Me de Longchefne
, fille de Me la Maref
chale de la Ferté eftoit morte ,
& c'eft fa belle mere qui eft decedée.
Me la Maréchale de Bouflers
n'eft point fille du feu Maréchal
Duc de Gramont , mais petite
fille de ce Maréchal .
l'on a
Mr de S. Hilaire , que
dit neveu de Mr de S. Hilaire ,
Lieutenant
General de l'Artillerie,
qui eftoit auprés de Monfieur
le Maréchal de Turenne ,
lorfque ce General fut tué , eft
fils de ce mefme Lieutenant General.
414 MERCURE
J'avois efperé que je recevrois
une Relation de ce qui
s'eft paffé à l'entrée de Mr
l'Evefque d'Orleans. Si je la
reçois le mois , prochain , y
joindray quelques Harangues
qui ont efté faites à ce Prelat.
J'apprens en ce moment la mort
de Mr le Maréchal de Vauban
Je fuis , Madame , voſtre , & c.
A Paris ce 30. Mars 1707 .
AVIS .
C
Le Mercure d'Avril fe debitera
le Jeudy se May.
TABLE.
PRelude qui merite beaucoup d'attention.
Suite des réjouiffances faites en plu
fieurs Villes du Royaume , pour la
Naiffance de Monseigneur le
Duc de Bretagne , accompagnée
d'éloges prononcez à la gloire de
Sa Majesté de Fondations ; de
Poemes ; de Devifes ; d'Em
blèmes , & generalement de rou-A
tes les chofes qui peuvent fervir à
faire voir le zele & l'amour des
fujets , pour leur Souverain. 10
Lettre remplied'érudition & defaits
Hiftoriques , à Poccafion de la
Reception de Monseigneur le Duc
de Bretagne , à la Confraïrie du
Rofaire,
Donsfaitspar le Papeà plus de vingt?
perfonnes de diftinction .
100
114
TABLE.
Drapeaux du Regimeut de Conflant
benis à Xaintes , avec un Dif
cours prononcéfur ce fujet.
Premier article des morts .
139
154
Difcours prononcé par Mr Rouviere
lefils , à l'ouverture de fon cours
de Chimie.
204
176
Donsfaitspar leRoy d'Espagne , 196
Difpence accordée par le Pape . 201
Mariage,
Mr Balaan eft beni Abbé d' Anieres,
Me de Chaftillon benite Abbeffe
de la Deferte à Lyon . 206
Regiment donné par Mr le Comte
de Touloufe.
Lettres curieufes écrites par Mr le
• Chevalier de Graville , Envoyé
Extraordinaire de France , vers
les trois Ligues Grifes.
Second article des morts .
212
•
214-
258
Mandement de Mi l'Evefque de
Cartagene.
288
TABLE.
308
Suite du mouvementfait dans le Re
giment des Gardes , & des Charges
données dans ce Corps.
Regimens achettez& vendus . 313
Compagnie des Gendarmes de Bourgogne
achettée. 316
Divertiffemens du Carnaval 318
Me la Marquife de la Valliere eft
nommée Dame du Palais. 325
Brevets de Colonel donnez par le
326
Roy.
Nomination de Me de Mailly an
Prieuré dé Poiffy
Penfions données par
327
te Roy 329
Brevets de Mestre de Camp donnez
331 par Sa Majesté.
Entretiens fur la Religion contre
les Athées , les Deiſtes , & contre
tous les autres ennemis de la
Foy Catholique , par Mr Michel
le Vaffeur , Preftre du Diocefe de
Blois. ibid.
TABLE.
Situation des affaires d'Eſpagne de
puis le mois dernier , contenuës
dans plufieurs Lettres lo
334
Départ de l'Ecurie de Monfieur le
Duc d'Orleans , des Suiffes defa
Garde , de la Maifon & de fes
Gardes du Corps en quatre jours
365 differens.
Extraits de quelques Lettres où il
eft parlé de la prise de plufieurs
Vaiffeaux.
Article des Enigmes.
945-367
372
Lifte des Officiers Generaux qui
doivent fervir cette Campagne
dans toutes les Armées du Roy 376
Suite des nouvelles d'Eſpagne. 385
Divertißement d'Anet pendant
le fejour que Monfeigneur y a
,
、、: 39 ་ fait.
Compliment fait au Roy au nom de
PAßemblée du Clergé. 395
TABLE.
Enlevement de Mr de Beringhen.
397
Situation Generale des affaires de
la Guerre.
411
Fantes qui fe font gliffées dans le
dernier Mercure, 412
Articles refervez 414
BIBLIO
bra
LYON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Ecoute nous Seigneur , doit regarder
la p. 112 .
L'Air qui commence par ,
Monarque fouverain , doit regarder
la page 330 .
GALAN
DEDIE A MONSEIGNE
TEQUE
LYON
TELA VALLE
LE DAUPHIN
MARS
, 1707.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du-
Palais au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-hait fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII.
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR
Lya lieu de croire qu'on
* ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'ily en a quantité
1
AULECTEUR.
de défigurez étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
оц d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
5
MERCVRE
GALANT
LYON
MARS , 1706 .
#
1803
DE
RIT
IEN ne fait mieux voir
l'ardeur du zele & la fincerité
de l'amour que les peuples
qui font fous la domination
du Roy ont pour ce Monarque
, que les rejouiffances
A iij
6 MERCURE
la
qui ont eclaté dans toutes les
Provinces de France , pour
›
naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne. Il paroift
que ces peuples fe font faifis
avec avidité de l'occafion de
cette heureuſe naiſſance pour
faire voir la profondeur de leur
amour & leur attachement
inviolable pour un Souverain
qui a toujours fait l'admiration
, même de toutes les Puiffances
jaloufes de fa gloire , &
qui ne luy ont fait la guerre
que pour l'obfcurcir & pour
affoiblir fa puiffance que la Politique
ne leur permettoit pas de
>
GALANT
fouffrir , ainfi que l'on peut connoître
par quantité de leurs
écrits , par des Difcours prononcez
chez eux , & même par
leur declaration de guerre.
Tous les Peuples de France ,
dis-je , toûjours charmez d'un
Monarque auffi pieux que
grand , & qui a tant fait pour
L'accroiffement & le maintien
de la veritable Religion , &
l'établiffement de tous
pour
les Arts qui font fleurir un Etat ,
fans parler de mille autres chofes
qui font tous les jours le
fujet de divers Panegyriques ;
tous les peuples , dis -je encore
A iiij
8 MERCURE
ont
une fois , qui fe font une
gloire d'obeïr à un fi grand
Monarque , ayant trouvé une
Occafion favorable de faire
voir qu'ils font toûjours les
mêmes pour un Souverain ſi
digne de leur amour
joint aux réjoüiffances publiques
dont je viens de parler ,
des Concerts à fa gloire , des
Panegyriques , & des Poëmes .
Les Vers Latins & François
n'ont pas auſſi eſté oubliez . On
a vû des Emblêmes ingenieufes,
& des Deviſes qui marquoient
parfaitement les plus belles actions
de fa vie , ainfi que diver-
>
GALANT 9
fes figures allegoriques qui fervoient
d'ornemens à pluſieurs
Feux d'artifice , le tout n'ayant
pour but que de repreſenter
fes vertus morales & chreftiennes.
Enfin on a prononcé divers
éloges de ce Monarque
dans la Chaire de Verité , & il
fembloit que les Peuples vouloient
donner par là des marques
du renouvellement de leur
amour & de leur fidelité , &
l'affurer que dans les conjonc
tures prefentes , ils n'épargneroient
ny leurs biens ny leur
Lang pour faire repentir les jaloux
de fa gloire de l'avoir
10 MERCURE
injuftement attaqué.
Quoy que le détail des réjoüillances
dont je vous ay parlé
dans ma derniere Lettre , en
occupe une bonne partie , celles
dont j'ay à vous parler dans
celle- cy , ne la rempliront
pas
moins , & cependant
il me fera
impoffible
de donner place à
toutes ces Feftes publiques, auf
quelles les Ennemis de la France
doivent faire attention
, puifqu'elles
font voir le zcle & l'égalité
de fentimens
de tous les
François pour le Monarque
qui les gouverne aujourd'huy
.
Vous n'eftes pas du caracteGALANT
II
re de beaucoup de gens , qui
aprés avoir lû une partie des
Articles que l'on renferme fous
un même titre , parce qu'ils
traitent d'une même matiere ,
ne regardent pas les fuivans ,
dont ils prétendent fçavoir le
contenu , & l'avoir deviné, parce
que tous ces fortes d'Articles
font fur le même fujet , &
ont une même fin pour but.
Cependant rien n'eft plus conftant
que la varieté qui regne
ordinairement dans ces fortes
d'Articles , eft tres - grande &
tres - divertiffante , la plupart
des genies eftant differens , pen12
MERCURE
fant & inventant diverſement .
D'ailleurs , lorfqu'il s'agit de
faire une Fefte , & de donner
un fpectacle , tous ceux qui ſe
trouvent dans cette obligation
n'ont pas dequoy faire une dépenfe
qui réponde à leur bonne
volonté , & à l'ardeur de
leur zele , & comme le genie &
l'invention ſuppléent fouvent
en ces fortes d'occafions , ce
qu'ils imaginent de galant &
de fpirituel donne fouvent
beaucoup plus de plaifir que
des Feftes beaucoup plus magnifiques
, & où toutes choſes
fe trouvent avec une grande
GALANT
13
abondance. Tout cela caufe
une tres - grande varieté dans
les Feftes qui fe donnent dans
plufieurs Villes differentes
quoy qu'elles ayent toutes le
même objet pour but , & c'eſt
cette varieté qui fait trouver
des chofes nouvelles dans chacune
de ces Feſtes , & qui fait
que les Lecteurs trop vifs &
trop impatiens qui parcourent
feulement tous les Livres qu'ils
prennent pour lire fans en lire
jamais aucun , croyent ſçavoir
tout ce qu'ils contiennent
parce qu'ils croyent avoir le
don de deviner , & qu'ils s'i14
MERCURE
maginent que parce qu'un
homme a la figure d'un autre
homme , il doit eftre regardé
de même. Les gens de ce caractere
qui parlent trop décifivement
dans les converfations
, des chofes qu'ils croyent
avoir luës , fe trouvent bien
fouvent fort embaraffez , lors
qu'on en cite des endroits aufquels
ils devroient avoir fait
attention , & dont on leur demande
leur ſentiment , & il ſe
trouve par leur réponſe qu'ils
n'ont prefque rien lû des chofes
qu'ils approuvent ou qu'ils
condamnent avec un jugeGALANT
15
ment décifif. J'ay cru , quoy
qu'ennemy mortel de la Satyre
, dont on ne trouve jamais
aucun trait dans les Lettres que
' je vous adreſſe , à moins qu'on
ne l'ait enveloppé dans quelques-
uns des Articles qui me
font
envoyez , fans qu'il puiffe
eftre découvert que par ceux
qui connoiffent particulierement
les perfonnes dont on
parle. J'ay crû , dis - je , quoy
que je ne me fois jamais fait un
plaifir de chagriner perfonne ,
que je pouvois, fans paffer pour
Satyrique , parler en general
de ceux dont je viens de vous
16 MERCURE
faire voir le caractere , parce
que le nombre en eft grand ,
& que ces M" qui ne font rem .
plis que d'eux - mêmes , impofent
prefque toûjours à ceux
qui les écoutent , & qui fe
croyent moins habiles qu'eux ,
quoy qu'ils le foient fouvent
beaucoup
plus. Je paſſe aux
Articles des Réjouiſſances
dont
je dois vous faire parr.
La Ville de Treguier n'a pas
fait voir moins
d'empreffement
que
les autres Villes de Bretagne
, pour marquer la joye
qu'elle reffentoit de la naiffance
d'un Prince à qui le Roy a
GALANT
17
de
cette
donnné le nom que portoient
autrefois fes Souverains. Le
jour que le Te Deum y fut chanté
en action de graces
naiffance , M des Landes
Grand Archidiacre , & Chanoine
de l'Egliſe de Treguier ,
ayant prêche , voicy ce que dit
ce fçavant homme à l'occaſion
des Réjouiffances
qui fe faifoient
ce jour- là par toute la
Ville.
pez
Nous fommes en ce jour occuà
benir le Ciel d'avoir comblé
de joye la Famille Royale & tout
le Royaume ; c'est unejoyepar
ticuliere pour une Province auffi
Mars
1797,
B
18 MERCURE *
fidelle que la Bretagne l'a toujours
efté à fes Princes , & pour un
Peuple belliqueux. Mais je me
trompe en difant que c'est une joye
particuliere , puifque felon Caffiodore
, le comble de la gloire
& de l'honneur est d'estre eftimé
de fon Prince . Quelle marque
plus éclatante de diftinction Sa
Majestépouvoit elle donner à cette
Province , qu'en nommant un
Prince de fon Sang Duc de Bretagne.
Que noftre fort est heureux
d'eftre nez Sujets d'un Monarque
qui parfa fageffe , parfa moderation
, par fa grandeur d'ame ,
par mille autres vertus , meGALANT
19
rite l'Empire de l'Univers . Nous
reconnoiffons deux Souverains ,
l'un celefte à qui nous devons noftre
amour comme un tribut perpetuel ;
L'autre terreftre , dont la puissance
eft une émanation de la Divinité.
Nous luy devons nos biens , noftre
fang, &comme les Abeilles nous
luy devons toutfacrifier avec autant
de zele que de plaifir.
Le jour qui avoit eſté marqué
pour faire des réjoüiffances
à Montauban , à l'occaſion
de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , M
Le Gendre qui en eft Intendant
, fit des liberalitez à tous
Bij
20 MERCURE
les malades & à tous les pauvres
de la ville fans exception ,
ainfi qu'à tous les Convents
de Religieux , & procura la liberté
à plufieurs prifonniers.
Il monta enfuite à cheval avec
un grand nombre de Gentilshommes
& d'Officiers qui s'étoient
affemblez à Montauban
, pour prendre part à cette
fefte. Il traverfa toute la Ville
& diftribua dans les places publiques,
beaucoup d'argent au
peuple qui ne ceffa point de
donner des marques de fa
joye & de crier vive le Roy
& Monfeigneur le Duc de Bre
GALANT
2 .
21
tagne . Deux fontaines de vin
coulerent pendant toute la
journée à la porte de cet Intendant.
Toute la Ville fut
illuminée à l'entrée de la nuit,
& l'on tira un feu d'artifice
que l'on avoit dreffé dans un
pré fur le bord de la Rriviere
du Tarn , vis-à- vis du Pont.
La Maiſon deM' l'Inten
dant , toutes celles de la Ville,
du Fauxbourg , le Pont & les
Ifles mefme qui font fur la Riviere
, furent éclairées d'une
maniere tres- finguliere , chacun
ayant cherché à l'envi à
donner des marques deſa joye
22 MERCURE
Les deux coftez de la Riviere
étoient bordez de fufées qui
tirerent pendant plus de deux
heures , en fe joignant en Arcon-
Ciel.
Tout cet artifice ayant ceffé
de tirer , on fervit à l'Intendance
un fuperbe ſouper fur
quatre tables differentes , fur
lefquelles il y avoit cent cinquante
couverts pour toutes
les perfonnes du beau fexe les
plus qualifiées de la Ville , &
qui furent fervies par autant
de Cavaliers , chacune én ayant
un -devant elle. Tout ce que
la faifon a de plus exquis
GALANT 23
& de plus nouveau , fut fer
vi dans ce repas. Le bal fucceda
à ce fouper. M' le Gendre
avoit fait mettre dans la plus
grande falle de cet Hoſtel ,
quatre Tableaux qui eſtoient
accompagnez des Infcriptions
fuivantes.
PREMIER TABLEAU.
Ce Tableau reprefentoit le
Roy ayant la Couronne fur la
tefte , & à fes coftez Monfeigneur
le Dauphin , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
& Monfeigneur le Duc de
24 MERCURE
#
Bretagne , ces trois Princes
avoient des Couronnes fuf
penduës fur leurs teftes , &
tenues chacune par une main
qui fortoit d'une nuë . On lifoit
les vers fuivans dans le
mefme Tableau-
Non interrupti dat pignus amoris.
Louis dans le Duc de Bretagne
Reçoit un gage precieux ,
De la faveur des Cieux.
Qui toujours l'acompagne ,
Comblé de benedictions ;
Il voit dans fa famille augufte
Les quatre generations
Tantdefois promifes au jufte.
DEUXIE ME
1
GALANT 825
(1
DEUXIE ME TABLEAU .
On voyoit dans de ce Tableau
Monfeigneur le Duc de Bre- .
tagne vêtu en Amour , tenant
à chaque main une branche
d'Olivier qu'il preſentoit au
Roy & àMonfieur le Duc de Savoye.
Deux Colonnes eftoient
placées aux deux coſtez de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, avec ces deux vers.
• Prælia jam ceffent , veſtri ſim nodus
amoris ,
· Me fine tela , volant me veniente
cadant.
Mars
1707. C
26
MERCURE
TRADUCTION
· Si ma naiffance apour vous quelques
charmes ,
Daignez- vous rendre à mes tendres
fouhaits ,
En ma faveur quittez les ar
mes ,
Et que je fois le noeud
d'une
éternelle
paix.
TROISIEME TABLEAU.
Ce Tableau faifoit voir un
Fleuve appuyé tranquillement
fur fon Urne , & voyant groffir
fes eaux à mesure qu'elles
s'éloignoient de leur fource ,
GALANT 27
Symbole de la durée , & de
l'accroiffement de la Maifon de
Bourbon , par la naiſſance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, avec ces mots tirez d'un
Vers de Virgile .
Vires que acquirit eundo.
TRADUCTION.
Plus il s'éloigne de fa fource ,
Plusfes eaux groffiffentfon cours
Et dans fon propre lit, il trouve
la
reſſource
Qui le fera durer toûjours,
C
28 MERCURE
QUATRIE
ME TABLEAU
.
On y voyoit Monſeigneur
le Duc de Bretagne dans fon
Berceau , avec ces deux vers.
Invideant hoftes , cælo aufpice ,
mafcula proles
Prodiit , & proavum, te Lodoice,
facit.
TRADUCTION
.
Quet Roy dans l'Univers eut jamais
l'avantage
De fe voir Pere , Ayeul & Bifaycul
,
GALANT 29
Il n'appartient qu'à Louis feul
D'avoir ce bonheur en partage.
Que tous vos ennemis, grandRoy,
feront furpris
Et leur envie confternée,
Si nos defirs font accomplis
Et que vous puissiez voir encore
la lignée
De voftre arriere petit fils.
La Lettre qui fuit vous apprendra
les réjouiffances
qui
ont efté faites à Toulon.
A Toulon ce 16° Fevrier 1707.
Je crois Mr vous devoirfaire
Cij
30 MERCURE
part des réjouiffances qui fe font
faites icy à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Betagne, pour qui toute la France
a fait fait encore des voeux,
& que tout le monde regarde
comme un Envoyé du Ciel , pour
nous apporter la Paix.
Dés
que
Mrs les Maire &
Confuls eurent appris cette heureufe
naiſſance , ils firent dreffer
un Arc de Triomphe , orné de
fleurs , de verdure & de peinture
, dans le milieu de l'espace
qui fe trouve entre l'Hofiel de
Ville & le Port , qui eft de
quarante pas de longueur , fur
GALANT BL
pa-.
wingt de largeur, & dont on
avoit fermé les deux avenuës ,
par de grands Portiques ornez
de la mefme maniere , au travers
defquels , l'Arc de Triomphe paroiffoit
en Perspective.
Au-deffus de ces Portiques ,fur
une plate-bande couverte de
vois femez de fleurs- de - lis , on
avoir mis du cofté de la rue
Bourbon les Portraits du Roy,
Monfeigneur le Dauphin , &
de toute la Famille Royale ; &
du cofté du Port, le Portrait de
Monfieur l'Amiral, & les Armoiries
de Mrs les Marefchaux
de France , de la Marine. An
de
C iiij
32 MERCURE
haut de chaque Portique , on
avoit arboré un grand Pavillon'
de Vaiffeau , de toile blanche , qui
flo oit entre deux grands Guidons
aux armes de France & de Bretagne
.
Sur les Pilaftres dans les compartimens
de l'Arc de Triomphe ,
on avoit mis des infcriptions &
des devifes peintes dans plufieurs
cartouches ; & fous le milieu du
carré , couloit une fontaine de vin
à deux tuyaux
.
Cette fefte qui a durétrois jours,
commença le Dimanche 13. A
l'iffuë de Vefpres. Mr le Marquis
de Chalmafel Commandant
1
GALANT
33
1
de la Ville , & Mrs les Maire
&Confuls en chaperon , fuivis
du Corps de Ville & precedez
des Tambours , des Fifres & des
Trompetes , fe rendirent à l'E
glife Cathedrale , où l'on chanta
le Te Deum en Muſique, Monfieurde
Chalucet noftre Evefque,
Officiant Pontificalement.
On avoit fait prendre les armes
à cinquante hommes choifis
de chacun des quatre quartiers ,
qui compofoient quatre Compagnies
, ayant les quatre Capitaines
de Ville à leur tefte . Ces quatre
Compagnies formoient une haye
le long des rues dans lesquelles on
34 MERCURE
marcha en ceremonie , jusqu'aux
portes de la Cathedrale , où elles
borderen la Place qui eſt audevant
, pendant qu'on chanta le
Te Deum , & firent trois dé
charges de Moufqueterie , d'où
on alla dans le mefme ordre juſqu'au
logis de Mr de Chalmafel,
& de-là à l'Hoftel de Ville . Le
foir à l'entrée de la nuit , on
marcha encore dans le mefme
ordre ,jufqu'à la Place d'Armes
où les troupes de la Garnifon étoient
en bataille , e où Mr de
Chalmafel & Mrs les Maire &
Confuls allumerent le feu de joye,
au bruit de trois décharges de
GALANT
35
toute l'artillerie , des cris
ن و ب
vive le Roy . On fit en mefme
temps des feux dans toutes les ruës
& des illuminations à toutes les
maiſons
Le fecond jour , le Regent
d'Humanité du College des Peres
de l'Oratoire , fondé par la Ville,
fit déclamer par fes Ecoliers habillez
en Bergers , un tres -beau
Poëme Latin , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne
; Mis les Maire & Confuls
& tout le Corps de Ville y
affifterent en ceremonie.
Le troifiéme & dernier jour ,
ils affifterent auſſi à une Ha
36 MERCURE
rangue que le Reverend Pere
Leonard , Profeffeur de Rhetorique
au mefme College , prononça
fur le mefmefujet , avec beaucoup
d'éloquence & avec fa vivacité
naturelle ; & le foir il fit jouer
un feu d'artifice dans la cour du
College qui eftoit toute illuminée,
ainsi que les dehors de la maison .
Pendant ces trois jours on afair
les mefmesfeux de joye, les mefmes
illuminations & les mefmes décharges
d'artillerie. Lafontaine de
vin a auffi coulé pendant les trois
jours, & Mrs les Maire & Con-
Juls ont fait diftribuer aux pauvres
, à la porte de l'Hostel de
GALANT 37
Ville deux mille pains chaque jour.
Mr de Chalmafel pendant ces
troisjours, a donné de magnifiques
repas aux Dames , à Mrs les
Officiers de la Marine & de la
Garnifon , à Mrs les Maire &
Confuls & aux autres Officiers
de Ville. Jedn
>
Mr de Briffac , Aide- Major
de la Place , a fait auffi des réjouiffances
en fon particulier dans
fa maifon & dans fon voisinage,
avec une troupe de fes amis
beaucoup de Dames , à qui il
donné de grands repas & qui ont
pendant les trois jours allumé tous
enfemble un feu de joye devant
a
38
MERCURE
Sa porte au fon des Tambours
లో des Trompetes
, & au bruit
de la Moufqueterie
d'une troupe
de fes voisins qui s'eftoient
mis
fous les armes , pour faire honneur
à fa fefte.
Voicy les Infcriptions qui
cftoient à l'Arc de Triomphe.
I. CARTOUCHE .
SERENISSIMO PRINCIPI
recens- nato ,
BRITANNIÆ DUCI
Jam
nova progenies , coelô demittitur
alto.
GALANT
39
Nafcenti PUERO, manibus date
Liliaplenis.
II.
CARTOUCHE .
Le jeune Prince , reprefenté
dans fon Berceau , fous la forme
d'Hercule , avec ces mots :
... Jam Jove dignus.it ?
expliquez par les Vers fuivans.
t
Le Cielfavorable à nos voeux
Rend ADELAIDE féconde ;
Er du Sangleplus pur du monde,
Nous donne un fecond Fils digne
defes Ayeux.
40 MERCURE
III. CARTOUCHE .
Deviſe pour le Prince.
Un Lis , avec ces mots :
Cælefti munere.
expliquez par les Vers ſuivans.
Soigneux du bonheur de la Fran
ce ,
Et non content du don déjafait à
CLOVIS ,
Le Ciel , en faveur de Lours ,
Dont il veut augmenter la gloire
la puissance ,
Ajoute à Ja Couronie , encore un
nouveau LIS.
GALANT 41
IV.
CARTOUCHE .
Autre Devife .
L'Arc- en- Ciel, avec ces mots :
Datfigna & pignora Pacis.
expliquez par les Vers fuivans.
Le Ciel , quoy qu'irrité juſtement
contre nous ,
Senfible à nos foupirs , calme enfin
fon courroux.
Cet Arc brillant en eft une marque
affurée ,
Et nous promet la Paix fi longtemps
defirée.
Mars
1707. Ꭰ
42 MERCURE
V. CARTOUCHE.
Sous le Portrait du Roy.
Nous mettons en nos jours toute
noftre esperance.
Vivez long-temps, GRand Roy,
vivez pour enfeigner ,
Aux Heros deftinez à gouverner
la France ,
L'Art de combatre & de regner.
VI. CARTOUCHE .
Sur la Fontaine de Vin.
Amis , dans ce jour fortuné ,
GALANT 43
Chantons , rions , vuidons le
verre ,
Buvons à la fanté du Prince nouveau-
né.
Il vient pour appaifer les troubles
de la terre ,
Et fait déja couler de bon vin à
longs traits.
Que l'Allemagne l'Angleterre
Veuillent où la Guerre ou la
Paix ;
Bûvons , puis nous ferons ou la
Paix ou la Guerre. ⠀
Ces Vers ont efté faits par
M' Trotebas , Avocat - Secretaire
dé la Ville de Toulon .
Je fuis , M , voftre , &c . 4
Dij
44 MERCURE
Le College de Vendofme ,
regi par des Preftres de l'Oratoire
, ayant voulu à l'exemple
de la Ville , donner des marques
de fa joye pour la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne. Les écoliers furent
divifez en quatre Compagnies
militaires , dont les Officiers.
auffi bien que les Soldats ,
avoient efté fi bien inftruits
qu'ils s'acquiterent en vieuxSoldats
de toutes leurs fonctions.
La Fefte commença par une
Paftorale qui fut reprefentée
fur un tres- beau Theatre . Cette
Paſtorale qui expliquoit le fujet
GALANT 45
de la Fefte, eftoit accompagnée
deplufieurs concerts de Mufique
à la louange du Prince
naiffant , & de voeux pour la
confervation du Roy , & pour
celle du jeune Prince. La piece
finie on paffa à l'Eglife , qui
eftoit parée de fes plus beaux
ornemens . Le Te Deum ·Y fut
chanté en mufique , de la com
pofition d'un tres-habile maî
tre.Aprés cette action de picté,
les Compagies militaires des
Ecoliers , qui y avoient affifté
en tres- bon ordre , fuivies de la
Communauté des Preftres de
l'Oratoire en habit de Choeurs
46 MERCURE
fe rendirent autour du feu de
joye , preparé dans la grande .
cour. Il fut allumé au milieu
des acclamations de Vive le
Roy , & d'une foule extraor
dinaire de peuples de la Province
, que cette ceremonie
avoit affemblez. On vit en
mefme temps paroiftre une
grande ilumination dans les
deux corps de logis du haut en
bas ; & l'on fit plufieurs falves
de Moufqueterie , qui furent
fuivies d'acclamations redoublées.
L'empreffement que le
peuple avoit de prendre part
la joye publique , fut fi vioGALANT
47
1
5
•
lent que comme on gardoit
avec beaucoup de foin les porres
pour empêcher la confufion
, il perça les murailles afin
d'avoir une libre entrée. Les
Ecoliers parurent fous les armes
durant trois jours, pendant
lefquels ils continuérent à don
ner des marques de leur joye.
Voicy ce qui s'eft paffe
Noyon touchant les Réjouiffances
faites fur le même fujet.
Les Capitaine , Officiers &
Chevaliers du noble Jeu de
l'Arc de cette Ville-là , qui fe
font diftinguez en de pareilles
occafions , n'ont pas manqué
48 MERCURE
de fe fignaler en celle- cy , puis
qu'auffi- toft que cette agréa
ble nouvelle y fut annoncée ,
le Capitaine fit avertir les autres
Officiers & tous les Chevaliers
de fe rendre en épée à
l'Hoſtel du Jardin , où la Compagnie
s'affembla , & refolut
unanimement de faire chanter
le Te Deum , en actions de graces
de ce nouveau don du Ciel ,
& fur l'heure cette Compagnie
marchant en ordre Tambours
battans , & Enfeigne déployée ,
les Capitaine , & Lieutenant à
la tefte , fe rendit à l'Eglife de
Sainte Godeberthe , Paroiffe
du
GALANT 49
I
S
•
du Jardin où elle fit chanter le
Te Deum , & les autres Prieres
pour le Roy & pour la Maiſon
Royale .
Enfuite la Compagnie eftant
revenue dans le même ordre à
I'Hoftel , elle paffa le refte de la
journée & une bonne partie de
la nuit à celebrer cette Fefte,
où la fanté du Roy fut bûë à
plufieurs repriſes.
Les illuminations , que le Ca-.
pitaine avoit ordonnées , parurent
pendant le foupé fur la
porte de l'Hôtel, aux feneftres ,
& fur toutes les murailles du
Jardin , & durérent bien avant
Mars
1707.
E
50 MERCURE
dans la nuit , tandis que les
Tambours de la Compagnie
battoient à la porte pour avertir
le peuple de venir boire à la
fanté de Sa Majefté , & le vin
fut abondamment répandu à
tous les furvenans. Mais lá
Compagnic voulant donner de
plus grandes marques de fon
zele & de la joye qu'elle ref
fent de la naiffance de ce nouveau
Prince , ne ſe contenta pas
de cette premiere Fefte , &
avant de fe féparer elle cont
vint d'en faire une feconde ,
qu'elle indiqua pour le 2 du
mois de Février ; ce qui fut
1.
C
GALANT ST
executé de la maniere qui
fuit.
Elle fit orner la grande porte
de l'Hoftel du Jardin , de
feſtons , de guirlandes , de pal
mes , & de lauriers ; au milieu
defquels & dans le frontifpice
,
eftoient placées les armes du
Roy, & parmy ces feftons &
ces guirlandes
, on lifoit l'inf
cription fuivante , en quatre
endroits differens,
títnud ausd ,oup ni
RENOVATA GAUDIA.
On avoit élevé au bout de
la ruë du Jardin , & danstoure
Eij
52 MERCURE
fa largeur , un Arc de Triom
phe de trente pieds de haut à
trois portiques
, accompagnez
de colonnes , de piédeſtaux
,
& de tous les ornemens qui
leur conviennent
; le portique
du milieu eftoit fermé.
Le Portrait du Roy fut placé
au haut du frontispice , avec
cette infcription .
REGI PROAVO
IN QUO DEUS EFFECIT
NEQUID DESIDERETUR.
Au cofté droit eftoit dans un
Cartouche.
GALANT 53
GENERATIO RECTORUM
BENEDICETUR.
Et au coſté gauche , cette
autre inſcription :
UT VIDEAS FILIOS FILIORUM
TUORUM ..
A un pied au deffous du Portrait
du Roy , on avoit auffi
placé le Portrait de Monfeigneur
le Dauphin à la droite
& celuy de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne à la gauche,
aveccette infcription.
Eij
$4 MERCURE
DELICIA PATRIS , ET FIRMAMENTUM
REGNI .
On voyoit plus bas un Tableau
qui reprefentoit Monfeigneur
le Duc de Bretagne
dans un lit de parade , pofé
dans le fond du portique fermé,
& dans un grand Cartouche au
deffous eftoit écrit :
VENITE ET VIDETE OPERA
DOMINI.
REVIVISCIT
NOMEN EJUS EST DUX
BRITANNIÆ
VIVAT.
GALANT 55
ITERUM DEUS DEDIT REGUM
MAXIMO
PRONEPOTEM
PROBIS HÆC DEBITA MERCES
REGIBUS
LETEMINI EQUITES LÆTENUTUR
CIVES , ET OMNES
DICANT
VIVAT REX PROAVUS .
VIVANT AVUS ET PATER.
VIVAT ET FILIUS:
Et entre les deux pié-d'eſtaux
du Portique on lifoit :
Hoc Equites Ludi Nobilis Ar
tus Civitatis Noviomenfis , in
E iiij
56 MERCURE
feliciNativitate D D.D. Ducis
Britannorum , Monumentum pofuere.
On prepara enfuite les cho
fes neceffaires pour les illuminations
, tant le long de la corniche
de l'Arc Triomphal
que fur
le fronton , au milieu duquel
& fur les deux bouts , furent
placez trois grands vafes remplis
de matieres combustibles,
On difpofa auffi des illuminations
fur le frontifpice de la
porte de l'Hoſtel , & fur les
corniches , fur les feneftres de
l'Hoftel , fur les murailles du
Jardin , & même fur les murail
GALANY
57
les des deux coftez de la rue.
A cofté de la porte le Capitaine
fit faire une fontaine pour
diftribuer le vin qu'il vouloit
donner au peuple.
Enfuite on fit dreffer dans la
place voifine du Jardin ,on feu
de bois , dans le milieu duquel
on plaça une colonne de trente
pieds de haut , fur le chapiteau
de laquelle on avoit pofé
une Renommée prête à fonner
de fa Trompette , dont la ban
derole contenoit ces mots :
ITERUM DICO GAUDETE ,
Il y avoit fous les pieds de
cette Renominée des feux d'ar
58 MERCURE
tifice qui devoient faire leur
effet à mesure que le feu de
bois s'allumeroit.
On avoit auffi fair conduire
dans la place du Jardin fix pie
ces de petit canon . i
Tout le trouvant en cet
eftat , les Capitaine , Officiers
& Chevaliers s'eftant rendus en
armés à l'Hoſtel , deux autres
Compagnies des Chevaliers des
Jardins de l'Arc qui font dans
lesFauxbourgs de la Ville , & qui
font foumifes à celle duJardin,
s'y rendirent pareillement ſui
vant l'ordre quileur enavoit été
donné.
GALANT
59
1
A fix heures precifes , la
Compagnie
en armes fortit du
Jardin à la clarté des flambeaux,
Tambours battans , En-:
feigne déployée , les Capitaine
& Lieutenant à la tefte,
& precedée de Violons & de
Hautbois , fe rendit en l'Eglife
de Sainte Godeberthe
avec
Ies deux Compagnies des Fauxbourgs
qui marchoient
dans
le mefme ordre ; & aprés avoir
mis les armes bas à la porte,
elles affifterent au Te Deum
qui fut chanté en Mufique ,
& aux Prieres pour le Roy &
pour Meffeigneurs les Princes
60 1
MERCURE
Aprés quoy ces trois Compagnies
fortirent dans le mefme
ordre , repritent leurs armes
aprés avoir fait le tour
de la place, où eftoit le feu de
bois. Le Capitaine & le Lieutenant
de la premiere Compagnie
allumerent ce feu qui
ayant fait prendre les feux d'artifice
, fit un tres - agreable effet.
Tous les Chevaliers de ces
Compagnies firent alors plufieurs
décharges de Moufqueterie
qui furent fuivies de
celles du canon , ce qui fe fit
avec des cris & des acclamations
redoublées de vive le Roy
GALANT 61
par tous les Officiers , Chevaliers
& habitans de la Ville
qui eftoient prefens,
La Compagnie retourna enfuite
dans le mefme ordre au
Jardin, fuivie des deux autres ';
& comme toute la rue eftoit
pour lors illuminée auffi- bien
que l'Arc Triomphal , on
apercevoit cet Arc du haut de
la rue & les Portraits du Roy
& de Mefleigneurs les Princes,
avec les Inferiptions dans une
perfpective la plus agréable du
monde , & tous les Chevaliers
firent devant l'Arc Triomphal
plufieurs décharges de Mouf
queterie.
62 MERCURE
Auffi - toft que les Compagnies
furent rentrées dans le
Jardin , on regala d'une collation
les Compagnies des Fauxbourgs
qui fe retirerent enfuite
à la referve de leurs Officiers
qui refterent au foupé que
la premiere Compagnie donna ,
dans lequel on paffa la meilleure
partie de la nuit, pendant
laquelle on but plufieurs fois
à la fanté du Roy au fon des
Violons & des Hautbois , &
au bruit des Tambours & de
plufieurs décharges du canon
qu'on avoit fait conduire dans
le Jardin .
GALANT 63
On fit couler pendant le
foupé la fontaine de vin que
le Capitaine donnoit au peuple
, qui venoit le recevoir &
qui redoubloit continuelle
ment fes cris de vive le Roy
avec la plus grande allegrefle
du monde.
*
Enfin le Capitaine & les
autres Officiers furent reconduits
chez eux , & les colla-
Itions qu'ils donnerent aux Chevaliers
, firent continuer juf
qu'au lendemain , cette agréable
fefte.
Ils ne s'eftoient pas moins
diftinguez à la Naiffance de
64 MERCURE
feu Monfeigneur le Duc de
Bretagne , & le Roy en ayant
marqué beaucoup de fatisfaction
& ayant fait connoiftre
qu'il cftoit tres content du zele
qu'ils faifoient paroiftre dans
toutes les occafions où ils
avoient lieu de le faire éclater,
Sa Majefté receut favorablement
un Placet par lequel ils
luy demanderent la grace de
l'exemption de la taille & du
logement des gens de guerre,
qui leur fut accordée
pour ce
luy des Officiers ou Chevaliers
qui abatteroit l'oifeau que la
·Compagnie tire chaque année
GALANT 65
1
クh
•
le premier jour de May. M
de Vaulx , Capitaine de la
Compagnie , qui avoit dreffé
le Placet , dit dans une affemblée
que la mefme Compagnie
tint aprés avoir obtenu du
Roy la grace qu'elle luy avoit
demandée , que quoyque lesfaveurs
d'un fi grand Prince fuffent
au-delà de toute reconnoiffance
comme elles eftoient toujours au-
Ideffus du merite des Sujets , néanmoins
il eftimoit que la Compagnie
devoit dans cette occafion
3
1
marquerfon zele , & qu'il eftoit
perfuadé que Meffieurs les Offi-
Chevaliers concoureroient
Mars
1707. E
66 MERCURE
avec luy unanimement à l'exe
cution du projet qu'il avoit dreffé,
& qu'il leurprefentoit de ce que la
Compagnie & ceux qui y entre
roient à l'avenir , devoient faire
pour ne perdre jamais de vûë un
ft grandbienfait.
Sur quoy
la
Compagnie
aprés avoir examine ce Projet ,
l'approuva d'une commune
voix & avec la plus grande
joye , & en confequence refolut
qu'à l'avenir & à per
petuité elle feroit dire & celebrer
en 1 Eglife de Sainte Godeberthe
, Paroiffe du Jardin ,
le premier jour de May de
GALANT 67
:
chaque année , une Meffe folemnelle
& en Mufique , avec
le Te Deum , l'Exaudiat , le.
Domine falvumfac Regem &les
Qraifons ordinaires , tant pour
remercier Dieu de la confervation
de la tres- precieufe &
facrée Perfonne de Sa Majefté,
de laquelle dependoit le bonheur
de la France , que pour
luy demander la continuation
& la durée de fes jours comblez
de merite , d'honneurs &.
de gloire qui ne devroient jamais
finir , & qui devoient au
moins participer à l'immorta
lité de les actions glorieuſes .
Fij
68 MERCURE
Comme auffi qu'aux deux
Services de la Fefte de la tres-!
Sainte Trinité & de Saint Se
baftien, que la Compagnie fait
dire & celebrer tous les ans en
la mefme Paroiffe , les mefmes
Prieres pour le Roy feroient
ajoûtées & chantées.
La Compagnie pria le Ca- e
pitaine & les Officiers de traiter
& paffer Contrat de cette
Fondation avec Mrs les Curé,
Marguillers & Paroiffiens de la
même Paroiffe, pour tels prix,
charges & conditions qu'ils
aviferoient conformément au
prefent Acte , leur donnant
GALANT 69
2
A
à cet effet tout pouvoir.
La Compagnie
refolut de
plus que le premier
May de
chaque année tous les Offi
ciers & Chevaliers
feroient tenus
de fe trouver au Jardin
avec l'épée au coſté à neuf
heures precifes du matin ; que
pour cet effet ils feroient avertis
par les Tambours
de la
Compagnie
qui battroient
le
premier coup à fept heures du
matin , & le fecond à huit
heures , pour faire marcher la
Compagnie
en ordre , Ens
feigne déployée
& Tambours
battans , jufqu'à la Porte de
70 MERCURE
l'Eglife où les Officiers &
Chevaliers entreroienr en leur
rang & affiſteroient à la Meſſe
& aux Prieres , à peine d'amende
contre chacun de ceux
qui y manqueroient , laquelle
amende ne pourroit estre remife
ni moderée que pour caufe
de maladie ou d'abſence au
moins de huit jours , en forte
qu'il ne feroit pas permis de
s'abfenter dans le cours def
dits huit jours.
Et afin que cette Fonda
tion ne fut pas interrompue, &.
qu'elle duraft à perpetuité, tous
les Officiers & Chevaliers son
GALANT 71
bligeroient par ferment de l'en- →
tretenir , ce qu'ils firent à
l'inftant ; & la Compagnie ordonna
que les deniers neceffaires
pour l'entretien annuel
de ladite Fondation , feroient.
levez comme taxe ordinaire du
Jardin fur les Officiers & Chevaliers
, qui ne recevroient au
cún nouveau Chevalier fans
luy faire prefter pareil ferment,
à peine de nullité de fa Recep
tion , & qu'au ferment quele
Chevalier prefte le jour de fa
Reception , on ajoûteroit.
Vous promettez auffi d'entre
72 MERCURE
tenir la Fondation que la Compagnie
a faite d'une Meffe folemnelle
des Prieres pour
Roy.
le
Vous trouverez un autre
voeu dans la Relation fuivante .
J'ay cru n'y devoir rien changer
, & je vous l'envoye dans
le mefme ftile qu'elle a efté
faite. J'ajoûteray feulement que
tout le monde convient de ce
que l'on y dit de M' le Prefident
de Nupces.
RELATION
GALANT 73
RELATION
IS
De ce qui a efté fait dans la
Devote & Royale Chapelle
de M les Penitens Bleus de
Touloufe , pour la Naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne.
T La Ville de Touloufe a de tout
temps produit des hommes qui fe
font diftinguez par leur merite
par leur fidelite en tout ce qui regarde
le fervice du Roy ; mais on
peut dire a fa gloire que ceux qu'on
y voit de nos jours , ne cedent en
rien à ceux qui les ont precedez.
Mars
1707.
G
74 MERCURE
Mr de Nupces , Prefident à
Mortier au Parlement de cette
Ville , vient d'en donner des preuves
fingulieres ; cet illuftre Magiftrat
n'eut pas plutoft pris part
aux Réjouiffances publiques qu'on
y fit pour l'heureuſe naiſſance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne ,
qu'il refolut à fon tour de faire
éclaterfa joye , & de faire rendre
au Ciel des actions de graces particulieres
de ce bien-fait ineftimable
qu'il a répandu fur la France.
L'occafion ne pouvoit eftre plus
favorable à fon zele ny à fa pieté
; il venoit d'eftre élú Prieur de
la Royale Confrerie des Penitens
GALANT 75
Bleus qui a l'honneur d'avoir
dans fes Regiftres le nom de Louis
Le Grand , ce nom fi aimé de fes
Sujets ,fi respecté dans l'Univers ,
que la gloire a marquépar tant
de traits immortels , de même que
les noms auguftes de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne & de Monfeigneur
le Duc de Berry.
Il propofa d'abord à cette Compagnie
de faire celebrer dans leur
Chapelle une Fefte de trois jours ,
avec l'Expofition du Saint Sacrement
, & de s'engager par un voeu
folemnel à reciter à genoux tous
les Vendredis durant dix années ,
cinq fois le Pater & cing fois
Gij.
76 MERCURE
l'Ave Maria , pour la conferva
tion du Prince nouveau - né , &
pour la profperité de toute la Famille
Royale ; cette pieufe refolution
fut unanimement approuvée
de tous les Confreres , & on choifit
le Dimanche fixième de Fevrier
pour commencer ces Prieres . Mr
l'Archevêque de Toulouſe futprié
d'en permettre l'execution , ce Prelat
zelé comme Confrere & ancien
Prieur , voulut en faire l'ouver
• ture , il fe rendit dans la Chapelle
à dix heures du matin , qu'on
avoitprisfoin d'orner magnifiquement
pour y celebrer la Meffe qu
fut chantée par une excellers
"
GALANT
77
.
Mufique. Les Confreres revestus.
de leur Sac de penitence , y affifte
rent avec beaucoup de devotion ;
plufieurs d'entr'eux y communierent
dans le même efprit qui fervoit
d'objet à cette Fefte. LeCorps
de Ville , des Perfonnes du premier.
rang & de tout fexe , voulurent
s'y trouver , il fut aie de remarquer
par l'attention.
cun apporta à cette Ceremonie , que
c'eftoit moins la curiofité qui les
avoit attirez en ce lieu , La
que
religion &un amour tendre &
respectueux pour le Prince .
A la fin de la Meffe Mr l'Ar
chevêque revestu de fes Habits
que
cha-
Giij
78 MERCURE
Pontificaux , reçut le Vau le Vou que la
Compagnie avoit déliberé defaire.
Ilfutprononcé par Mr le Prieur
à la face des Autels , & accompagné
du Te Deum en Mufique ,
dont la compofition eftoit nouvelle ,
& qui fut trouvée de tres bon
gouft.
L'aprefmidy du même jour, lés
Vefpres furent chantées folemnel
lement par les Confreres , & ony
donna la Benediction du Saint Sa.
crement. On continua cette Fefte
les deux joursfuivans , par l'Expofition
du Saint Sacrement , &
par un grand nombre de Meffes
qu'on fit dire dans la Chapelle ;
GALANT 79
tous les Confreres animez par l'exemple
de Mr le Prieur , don
nerent des marques d'une pieté finguliere
, par leur affiduité à tous
les Offices qu'on y celebra.
fut tres- édi
La Feſte fut terminée le dernier
jour par une Proceffion folem
nelle , l'ordre, le chant , les habits ,
la modestie , tout en
fiant . On fit la premiere Station.
dans l'Eglife Metropolitaine de
Saint Etienne la feconde dans
l'Eglife de la Maifon Profeffe des
Peres fefuites , dediée à S. Louis ;
la troifieme dans l'Eglife Abbatiale
de Saint Cernin , où repofent
les facrez dépofts des Reli-
Gij
80 MERCURE
par
de tres - belles
ques d'un grand nombre de Saints
qu'on invoqua avec beaucoup de
Ferveur pour la profperité du Roy
& de toute la Famille Royale.
Au retour de la Proceffion
, aprés
avoir recité a voix haute cinq
Pater & cing Ave , & un Motet
qui fut chanté
voix , on finit cette Fefte par
Benediction du Saint Sacrement.
La joye de ce digne Prieur ne
fe bornapasfeulement à ces oeuvres
pienfes , il en fit reffentir aux
pauvrès de doux effets par les aumônes
qu'il leurfit diftribuer , &
il voulut la communiquer
au public
par des feux , des illuminalä
GALANT
81
tions , & des décharges de moufqueterie
, quidurerentpendant trois
jours.
Ce n'est pas la feule occafion où
Mr le Prefident Nupces s'eft dif
tingue
On ne peut rappeller le fouvenir
de la tenue de la Chambre des
Vaccations , dont il a efté chargé
deux années de fuite , fans donner
des applaudiffemens à la vigilance
qu'il y fit paroiftre pour les interefts
de la Religion , &pour ceux
du Roy & de l'Etat."
-140
Les difcours qu'il prononça aux
ouvertures du Parlement de 1705.
de 1706. devant cette fçavan82
MERCURE
"
te Cour , n'exprimoient pas moins
les fentimens fidelles de fon coeur
pour Sa Majefté , qu'ils faifoient
briller fon éloquence & les rares
talens de fon efprit. Son merite eft
generalement reconnu ; il eft aimé
& eftimé ; auffi eft . il univerfel
accomply dans un âge où l'efprit
de beaucoup d'autres commence
à fe perfectionner. Son habileté à
traiter les affaires lesplus difficiles ,
l'integrité defes fugemens , l'éten
due de fes lumieres , & fon caractere
poly , obligeant , affable , e
defintereffe , luy ont acquis la confiance
des perfonnes les plus confi
derables , l'amour de tout le
GALANT 83
peuple ; chacun le demande pour
Arbitre de fes differens , & il fe
préte genercufement à tous par le
feulplaifir qu'il trouve à faire regner
la Paix.
de
a
La joye qui a paru à Toulou
fe à l'occafion de la naiffance
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, y a éclaté de plus d'une
maniere. Le 8. du mois der
nier , le Pere Dardéne , Preftre
de la Doctrine Chreftienne
Profeffeur de Rhetorique dans
le College de Toulouſe , y prononça
un Difcours Latin fur la
naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne , où il renfer84
MERCURE.
ma tout ce qui peut faire efperer
à la France une felicité durable.
Son Exorde fut remply de.
vivacité & d'éloquence . Il fit
voir ce que la France auroit dû
apprehender dans la fituation
où les affaires fe font trouvées,
fi le plus fage de nos Rois n'avoir
defarmé le Dieu vengeur
par fa pieté toûjours conftante ;
ce qui raffura fes Auditeurs ,
auffi bien que ce qu'il leur dit
fur la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne, dont
il leur parla comme d'un gage
affuré de la nouvelle alliance
GALANT 85
que Dieu faifoit avec nous : &
fur des prefages que l'avenir ne
démentira point , il dit que ce
*Prince eftoit né pour eftre un autre
appuy de la Religion , pour donner
un nouveau lustre à la Maifon
des Bourbons , &pour aſſurer la
felicité des peuples.
Aprés avoir parlé dans fa
premiere Partie deess rares talens
que Dieu fe plaift à répandre
fur les Princes , il ajoûta que
Monfeigneur le Duc de Bretagne
eftoit né dans une Cour où la pieté
triomphe de l'orgueil , fe porteroit
à la vertu par laforce de l'exemple.
Et voulant laiffer aux au86
MERCURE
tres le foin de reprefenter à ce
Prince , tout ce qui a fait donner
à Louis l'augufte furnom
de Grand , il fit en racourci le
portrait de toutes les actions
de valeur , de fageffe , de moderation
, & de conftance , qui
ont forcé l'envie même à le
reconnoiftre pour le plus grand
Roy de l'Univers. Cet Orateur
fe bornant enfuite à caracteri
fer le zele qui a fait foûtenir à
ce Monarque la Religion de fes
Peres , il invita Monfeigneur le
Duc de Bretagne à ſe hâter de
croiftre , afin de voir de toutes
parts l'herefie expirante ou
GALANT 87
étouffée fous les debris de fes
Temples. Il anima ces triftes
ruines , & fe fervit heureuſement
de leur voix , pour parler
au nouveau Prince des heretiques
déconcertez & defcendus
des hauts rangs où le crime
qui les y avoit élevez , auroit
voulu les foutenir ; il n'oublia
pas de faire voir que ce Heros
plein de bonté , les avoit traitez
avec douceur , lorfqu'ils
eftoient revenus avec fincerité
de leur funefte aveuglement.
Aprés ces peintures animées ,
il fit connoiftre par des compa
raiſons vives & naturelles , que
88 MERCURE
Monfeigneur le Duc de Breta
degenereroit pas de la vertu
ne ne
gne
de fes Ayeux , que l'Eglife occu
pée à faire retentir les voûtes de
fes Temples d'actions de
graces
immortelles , obtiendroit par fes
voeux ardens , que le Ciel pritfoin
luy - même de former ce Prince ,
pour le prefenter un jour à l'Univers
, comme un autre zelé Def
fenfeur de la Religion.
Cet Orateur parla en commençant
fa feconde Partie , du
defir naturel à tous les Princes ,
de laiffer aprés eux une poſterité
nombreuſe , pour s'aflurer
une espece d'immortalité fur
GALANT
89
la terre. Il fit voir enfuite que
Louis feul avoit déja vû l'effet
de la promeffe , que Dieu avoit
faite aux Rois les plus chers à fes
yeux , de leur faire voir leurs enfans
jufqu'à la quatriéme generation.
Les Auditeurs eftoient
entraînez par les Portraits qu'il
faifoit des rares vertus de
Louis le Grand , lorfqu'il pria
le Dieu des Armées d'arrefter
quelque temps le cours de nos
rapides Conqueftes , parce qu'il
manquoit à noftre Prince toû
jours heureux , l'occafion de
montrer à toute la terre fon
égalité d'ame , & fa conftance
Mars
1707.
H
90 MERCURE
dans les revers de la Fortune.
Il ajoûta , qu'avec ce nouveau
trait de grandeur , ilferoit dans
tout l'avenir le modelle des Rois,
Déja les coeurs s'attendriffoient
au fouvenir que l'Orateur retraça
de la mort, precipitée du
premier Duc de Bretagne , lors
qu'il fit voir le rapport qui fe
trouvoit entre Louis & Abraham.
Il prouva que ce grand
Prince , animé de la même foy ,
efperoit fans s'ébranler de voirfortir
des cendres de ce défunt Duc
une pofterité nombreuſe. Le Pere
Dardene dit enfuite que Dien
qui voyoit avec complaifance la
GALANT 91
་
le
moderation & la fageffe de ce Heros
, qu'il ne frappoit que pour
former felon fon coeur , luy avoit
rendu fon Petit -fils ,pour laiffer
un monument éternel de fes vertus
éclatantes . Il tomba fort à propos
fur les louanges de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & de Monfeigneur
le Ducde Berry. Ces éloges
ménagez avec délicateffe
avoient tant de rapport à fon
fujet , qu'il ne refta plus qu'à
faire voir pour le bonheur de
la France , que Monfeigneur
le Duc de Bretagne heriteroit
de leurs vertus .
Hij
92 MERCURE
Cet Orateur fit voir dans fa
troifiéme Partie des motifs d'u
ne folide joye , & que le plus
grand bonheur des peuples confif-
م و ن
tant à vivre dans un Etat Monarchique
, & à reconnoiftre des
Rois elevez fur le Trône par le
droit de la naiffance , les François
avoient dequoy s'applaudir de voir
l'heureux accroiffement de l'illuftre
Maifon des Bourbons L'Orateur
parla de Monſeigneur le Duc
de Bretagne , comme d'un Heros
nafflant , qui faifoit trembler
dés fon berceau les rivaux
de noftre gloire : il ajoûta qu'il
triompheroit comme Fofué , tandis
GALANT
93
que fon frere comme un autre Moife
, imploreroit pour nous dans le
Ciel le Dieu des Armées. Mais il
s'attacha fur tout à faire voir ,
que defcendu de tant d'Ayeux;
qu'on a toûjours vûs preferer la
Paix aux fruits de la Victoire ,
il forceroit nos ennemis à deman
der cette heureufe Paix, & à revenir
de cet aveuglement qui leur
fait méprifer leurs maux veritables
, pourfuivre de vaines efperances.
Aprés avoir ainfi Aatté
l'efpoir de fes Auditeurs , il
adreffa fon difcours à Monfeigneur
le Duc de Bretagne , &
luy dit de commencer à s'applau
94 MERCURE
dir d'eftre né dans unfiecle , quiluy
préparoit de fi grands fpectacles.
Qu'il y admireroit un Heros
Grand dans la profperité , & plus
grand encore dans l'adverfité.
Qu'il y verroit un Dauphin , qui
prefere l'amour des peuples à l'éclat
de la Couronne ; un Pere qui
creufant dans l'Antiquité la plus
reculée , ny trouve rien defi grand
quefon ayeul; une Mere qui par
la vivacité par la délicatesse
de fon genie , s'attire l'amour du
plus grand des Rois , & la veneration
des peuples ; & un Oncle
que
les
graces accompagnent
toujours.
Il parcourut enfuite tout
GALANT 95
&
pour
ce qu'il pourroit voir de merveilleux
dans la feconde Ville
de ce Royaume floriffant , & il
finit en faifant des voeux au
Ciel pour ce Prince ,
toute la Maifon Royale.
Ce difcours fut prononcé
dans la grande falle du College
, qui eftoit tenduë d'une
tres belle tapifferie. Tous les
Portraits de la Cour eftoient
rangez fur la frife , & la galerie
qui regnefur le haut de la falle ,
eftoit tenduë d'une verdure ,
ce qui produifoit un agréable
effer.L'Affemblée fut tres - il uf
tre. Mle Prefident Riquet
96 MERCURE
toujours - zelé pour tout ce qui
regarde la gloire du Roy , &
les interefts de la Religion &
de l'Etat , s'y trouva à la tefte
du Parlement , Mrs les Treforiers
, Mrs de l'Univerfité &
tous les autres Corps de la Ville
s'y trouverent auffi . Le concours
de la Nobleffe y fut fi
grand grand , que quoyque
cette Salle ait prés de vingt toifes
de longeur , il fut impoffible
de placer tout le monde ;
& chacun ſe retira tres- fatisfait
de l'éloquence du Pere
Dardene , de la delicateffe de
fes penfées , de la pureté & de
l'energie
GALANT 92
l'energie, de fes expreffions , &
fur tout de la bonne grace
avec laquelle il avoit prononcé
fon difcours.
Le Vers Latin, que vous allez
lire a efté fait pour mettre
au bas du Portrait
du Prince
nouveau- né.
Dux cum luce oritur
edet lucida facta.
TRADUCTION.
Dux
Il naiß avec le jour,fesfaits fe
ront brillans.
Mars 1707
I
98 MERCURE
BIBLIO
THE
Le temps de la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bre
tagne au commencement
du
mois de Janvier , a donné lieu
aux Vers fuivans .
PRO BRITANNIA DUCE.
IN JANUARIO NATO,
Dúx aperitFani menfem det elau
dere Templum
Noctem Aurora fugat , Specter ut
ora Ducis.
IMITATION,
Avec le Duc de Bretagne
DE
LYON
DE
Led
VILL
GALANT 99
Delices du nouvel an
1893
Qu'au lieu de Mars en campagne,
La Paix comble de biens la Terre
mp & l'Ocean.I
L'Aurore impatiente ufant de fa
puissance,
Chaffe la nuitpour voir du Prince
la naiffance.
La Lettre qui fuit regarde
encore la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , &
vous la trouverez remplie de
faits hiftoriques.
Iij
100 MERCURE
REPONSE à la Lettre de
MelaComteffe de .... écrite
le 20. Janvier 1707. à M. A.
fur la Reception de Mon
feigneur le Duc deBretagne,
à la Confrairie du Rofaire.
Vous m'avez fait connoiftre
en plufieurs occafions voftre atta
chement pour l'Ordre de S. Dominique
, l'intereft que vous
prenez à tout ce qui peut contribuer
à fon honneur. Ce que
me marquez dans votre
lettre du 20. Janvier au fujet de
la Reception de Monfeigneur le
Duc de Bretagne à la Confrairie
vous
GALA
101
a
ん
du Rofaire , m'est une nouvelle
preuve de voftre affection pour ce
Corps égalementfaint eg fçavant.
Vous defirez fçavoir de may lori,
gine de cette Ceremonie, & en quel
temps on a commencé de recevoir
lette devotion les heritiers prefomptifs
de la Couronne quelques
jours aprés leur naiffance , pour
les mettre fous la protection de la
Sainte Kierge , afin d'attirer für
eux les or
graces & les benedic
tions du Ciel , & pour les rendre
participans des prieres e des
bonnes oeuvres d'un nombre prefque
infini de perfonnes de toute
condition , affociées à la Congre
Liij
102 MERCURE
des
gation repanduë par le zele
Dominicains , dans tout le monde
Chreftien Voftre curiofité , Me
eft fort louable digne de voftre
pieté. Voicy donc en peu de mots
de celebres Hiftoriens nous
os
que
en
apprennent
.
*
La Reine blanche Epoufe de
Louis VIII. furnommé le Lion,
affligée de n'avoir point eu d'en
fans aprés dix ans de Ma
riage , tut recours aux Prieres de
S. Dominique qui fe trouva alors
à la Cour de France avec Don
Diego Azeber Evefque d'Ofme,
Ambaffadeur d'Alfonfe V111.
Roy de Castille & Pere de l'il
GALANT 103.
luftre & vertueuse Blanche. Ce
grand Saint autant édifié de la
pieté qu'honnoré de la confiance de
"Cette Reine , luy predit que fes
juftes defars feroient exaucez , f
elle vouloit honnorer d'un culte
particulier la tres- Sainte Vierge
par la devotion du Rofaire , dont
il luy enfeigna la pratique. Le
bonheur de l'évenement juſtifia
la folidité de la prediction: La
Reine accoucha d'un fils , mais la
mort l'ayant bien toft enlevé ,
uit de mefme finir bien- toft la
joye extraordinaire que cette Naif
fance venoit de caufer à la France
on general à la Reine en par
она
I iiij
.104 MERCURE
ticulier. Celle - cy accablée d'une
nouvelle douleur eut recours -de
nouveau aux Prieres de S. Dominique
, qui l'affura qu'elle pou
voit continuer d'efperer avec confiance
, en continuant de reciter
avec ferveur le Rofaire de la
Sainte Vierge. La promeffe du
r
Saint foutint la devotion de la
Reine, & la devotion de la Reine
merita de voir l'accompliffement
de la promeffe du Saint. En effet
le grand Saint Louis fur lefruit
de fon Mariage & le digne Suc
ceffeur du Trône de fon Pere.
Toutes les Hiftoires font foy de la
tendre & particuliere confiances
GALANT 105
dont S. Louis bonnora les Religieux
de S. Dominique. Ces
Peres furent pendant fon Regne
les Depofitaires de fes fecrets , les
Compagnons de fes voyages , fon
Confeil dans fes entrepriſes & fa
confolation dans fes difgraces
mais fur tout , eftant les Direc
teurs de fa confcience , ils le con
firmerent dans la devotion du Ro
fairequ'ilavoitfuccée avecle lait,
contribuerent par leur minif
tete
-tere à l'élever à cette haute Sain
qui le rend aujourd'huy le
digne objet de noftre culte. Les
Rais fes Succeffeurs pendant trois
Siedles confecutifs n'eurent auffa
106 MERCURE
pour Confeffeurs que des Dominicains
, quifans doute ne manquerent
pas d'inspirer cette devotion
à des Princes qui fe firent
un honneur & une espece de Religion
de fatore en tout l'exemple
d'un Ayeul fi refpectable
par
nion qu'il fit en fa perfonne de
la valeur des plus grands Heros,
avec la vertu des plus grands
Saints.
* One circonftance curieuſe
remarquable dans l'Hiftoire de ce·
temps-là vous convaincra , Me
de l'eftime & de l'affection inexprimable
de S. Louis envers l'Ordre
de Saint Dominique, Dienluy
GALANT 107
ayant donné un fixieme fils dans
le temps que le venerable Humbert
, cinquiéme General des Do
minicains , eftoit venu à Paris
pour avoir l'honneur de faluer Sa
Majefté, & pour aller nfuite
wifter les Convents de fon Or..
dre en France , ce Saint Monarque
le Pere General tint
voulut que
fur les Fons de Baptême
le Prince
nouvellement
né. Ce fils fut Ra
bert , Comte
de Clermont
, le plus
glorieux
le plus heureux
dans
fa pofterité
de tous les enfans
de
S. Louis
, pour avoir
efte la tige
de la branche
Royale
desBourbons
,
Dans
la veuë
d'attirer
du
fo8 MBRCURE
Cielfurcette illuftre branche toutes
les benedictions du Regne de S.
Louis une conftante fucceffion
de Rois jufqu'à la fin des ficcles
Anne d'Auftriche Epoufe de Louis
le fufte , fit revivre dans cette
Royale famille la veneration que
S. Louis & fes defcendans avoient
eue pour le Rofaire. Elle la pers
fuada fans peine au Roy for
Epoux qui voulut que le fils
qui leur fut donné du Ciel aprés
tant de voeux de prieres, &
qui regne aujourd'huy avec tant
de gloire fous le nom de Louis le
Grand , fut mis fous la protection
de la Sainte Vierge dans la
"
GALANT 109
Confrairie du Rofaire. La cere
monie en fut faite en prefence de
toute la Cour, deux mois aprés
la Naiffance de ce Prince le G.
Novembre 1638. Cerre illuftre
Reine cut auffi la confolation ,
quatre ans avant fa mort , de
voir Monfeigneur le Dauphin,
fon petit fils , aggregé à la mesme
devotion le 6. Novembre 1661 .
Monseigneur le Duc de Bourgogne
y fut auffi afſocié le 10.
donft 1682. par les foins de la
pienfe Reine Marie Therefe fon
Ayenle & ce Prince par les
hauts fentimens qu'il a de la protection
de la Sainte Vierge , von(
1ð MERCURE
lut que fon premier
fils , Monfeigneur
le Duc de Bretagne
y
fut aggregé
le premier
Juillet
1704. mais la mort l'ayant ravi
a la Terre pour eſtre rendu au
Ciel, le Ciel chargé du foin &
de l'accroiffement
des Lis de la
Terre , luy a bien- toft donné un
Fecond fils fous le mesme nom de
Duc de Bretagne
qui comme
vous fçavez , Me , a esté receu
la mefme Confrairie
du Rofaire
le 19. Janvier
cette année par
R. P. Moiffet
Exprovincial
des
Dominicains
de la Province
de
Toulouse
, Vifiteur
Apoftolique
de
Abbaye
de Fontevrauld
, s
be
GALANT ***
Prieur de leur Noviciat Geneval
de Paris , Fauxbourg Saint
Germain . Voilà, Me ce que j'ay
appris de l'origine delafuc
ceffion de cette Ceremonie qui s'ob
ferve fi religieusement quelques
jours aprés la Naiffance des Heritiers
prefomptifs de la Couronne.
Je fuis , &c.
Jevous envoye un Air nouveau
de Mr Merz de la Fléchs
en Anjou , dont les paroles
vous feront connoiftre que les
François font toujours animez
d'un veritable zele , & quoyqu'ils
ayent continué d'en don
12 MEXCURE
A
ner des marques dans toutes
les réjouiffances qui fe font
faites pour la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne,
ils ne laiffent pas d'en donner
tous les jours de nouvelles , felon
les occafions
qui s'en prefentent-
P
AIR NOUVEAU.
Ecoute- nous Seigneur , répons à
noftre zele
En faveur de Louis , ton ferviteurfidelle.
Aux befoins defon peuple , acorde
son fecours:
GALANT
113
Conferver ce grand Rov que ta
nler
sbin
pau
BIBLIO
THE
LYON
mpe
qu'il
and
ionrom
b
Gra
nger
om12
MEXCURE
ner des marques
dans toutes
Ies
fai
fei
ils
TOL
for
fen
Eco
2517
font
GALANT 113
Conferve ce grand Roy que ta
bonté nous donne ,
Er que tout ce qui peut ébranler
fa Couronne
4
Famais defon bonheur n'interrompe
le cours..
Qu'il regne dans les coeurs , qu'il
regne fur la Terre:
Grand dans la Paix , grand
dans la Guerre:
Qu'il foit par tout comblé d'hon-
Ateneurs :
300
Qu'il regne dans les coeurs
Qu'il regne fur la Terre.
Je paffe à un article étranger
qui en renferme un grand nom
quie
Mars 1707. K
374 MERCURE
bre , & qui ne pût trouver
place dans ma dernière Lettre.
Le Pape a fait Monfignor
Bichi , Prefident du bétail ;
Monfignor Erba , Ponent de
la Vifite Monfignor Martinelli
Evefque de Sulmone, Votant
de la Signature de la Juftice;
Monfignor Spada , Vifitateur
à Lorrere , Monſignor
Giudici , a efté fait membre de
la Congregation de la Chambreg
Monfignor Giuftiniani ,
Confulteur de la Congrègation
des Rites ; Monfignor
Dandini & Monfignor Balestra,
Confulteurs deda Vifite Apof
GALANT IS
1
tolique ; Monfignor Minotti,
Confulteur de la Congregation
Confiftoriale ; Monfignor
Albati , Confulteur de celle
du bon Gouvernement ; Monfignor
Dolci & Monfignor
Ruotta , Confulteurs de la
Congregation de la Confulte ;
Monfignor Tefta , Gouverneur
de Jefi ; Monſignor Fof-
Gouverneur de Vi-
1
carini
terbe, Monsignor Negroni ,
Gouverneur d'Afcoli ; Monfi
gnor Gallerati , Gouverneur
d'Orvieto ; Monfignor Pilaftri
, Gouverneur de Spolete ;
Monfignor Baviera , Gouver
K ij
116 MERCURE
neur de Montalto; Monfignor
Arigoni , Gouverneur de Fano
; Monfignor Regio , Gous
verneur de Sabine ; Monfi
gnor Afflitti , Gouverneur de
Cita- di- Caftello ; Monfignor
Farfetti , Gouverneur de Rieti ,
Monſignor Rizzi , Gouvera
neur de Tivoli ; Monfignor
Drezzonigo , Gouverneur de
Froffmone; Monfignor Bar
barozza, Gouverneur de Maze
zerano ; Mr l'Abbé Guimiggi ,
Recteur de Carpentras ; Mr
l'Abbé Gentilone , Auditeur
de la Nonciature d'Eſpagnes
& Mr l'Abbé Simonetti, Au
GALANT f17
I
diteur de celle de Naples,
La Maifon de Bichitient
un trang confiderable depuis
prés de deux ficcles . Jacques
Ibiderman , Jeſuite , dédia au
commencement
du dernier
ficcle , un Ouvrage Philo
fophique à un Prelat de cette
Maifon . Celuy à qui Sa Sainteté
vient de donner une Charge,
a beaucoup travaillé fous
le dernier Pontificat . Monfignor
Erba eftoit déja fort connu
fous le Pontificat d'Alexan
dre VIII. La Charge de
Ponent de la Vifite , eft une
des plus importantes de cette
18 MERCURE
1
Cour. M'Erba , fuivant quel
ques Auteurs , font originaires
de Bientina , petit Bourg d'Ita
lie dans la Toſcane. Monfignor
Martinelli qui a eſté fair
Votant de la Signature de Juftice
, eft un Prelat fort, eftimé
à la Cour de Rome , Son nom
eft connu il y a long temps ,
& plufieurs perfonnes d'un
merite diftingué l'ont porté.
Il eft parlé de cette maifon dans
les ouvrages de Pierre Matthieu
. Monfignor Spáda nouveau
Vifitateur de Lorette , eft
d'une Maifon quia fourni plu
fleurs Cardinaux au Sacré Col
y
"
GALANT 119
•
lege. Il eft parent du nouveau
Cardinal Spada. Monfignor
Giudici eft parent du Cardinal
de ce nom , qui a efté Viceroy
de Sicile , & il l'eft auffi par
conféquent du Duc de Martina
. Monfignor Giuftiniani eft
d'une famille qui a donné des
Cardinaux & des Evêques
l'Eglife. Horatio Giuftiniani
fut Cardinal & Evêque de Nocera
André Giuftiniani fut Evêque
d'Ifola dans la Calabre ;
Antonio Giuftiniani fut Evêque
de Lipari ; Bernard Giuſtitiniani
fut Evêque d'Angloni ;
Decio Giuftiniani fut Evêque
120 MERCUR
d'Aleria en Corfe ; Angelo
Giuftiniani fut Evêque de Ge
nêve ; Auguftin Giuftiniani fut
Evêque de Nebbio ; Benoiſt
Giuftiniani fut Evêque de Port ;
& enfin S. Laurent Giuftiniani
& fon frere Leonard, furent Patriarchesde
Venife , & Laurent
fut lepremier Evêque de cette
Ville.
Monſignor Dandini eſt duffi
d'une Maiſon qui a donné des
Cardinaux à l'Églife. Jerôme
Dandini eftoit Cardinal dans
le penultiéme ficcle ; Jules III.
l'honora de cette dignité ; Je
rôme Dandini , celebreJefuite !
eftoit
GALANT 121
eftoit de la même Maifon , les
Comtes qui portent ce nom
dans l'Etat Ecclefiaftique , en
font aujourd'huy les Chefs .
Monfignor Balestra joint à une
naiffance confiderable , un merite
dont il a fouvent donné
des preuves fous le dernier Pontificat
. Monfignor Minotti eft
d'une famille qui eft alliée à
celle de Dandoli , qui a donné
un Doge à la Republique de
Venife ; André Dandoli l'eftoit
en 1342. Monfignor Abbati
eft un des plus habiles Theologiens
de la Cour de Rome.
Monfignor Dolci eft petit - ne-
Mars
1707.
L
122 MERCURE
veu du celebre Doldi , qui fue
Tié d'une tendre amitié avec
Pierre Danés , Evêque de Lavaur
. Monfignor Ruotta eft
fils d'un des plus fçavans hommes
de toute l'Italie . Il eſt luymême
un tres-habile Jurifconfulte
. Monfignor Teſta a efté
employé dans plufieurs affaires
importantes fous ce Pontificat
& fous le dernier Pape. Le
Gouvernement de Viterbe
qu'a eu Monſignor Fofcari ,
eft une preuve de fon merite ,
puifque Viterbe eft un desplus
importans Poltes de tout l'Etat
Ecclefiaftique . Monfignor
GALANT 123
1
Negroni a travaillé fur quelques
ouvrages de Saint Jean
Chrifoftome , Succeffeur de
Neftorius au Siege de Conftantinople.
Monfignor Gallerari ,
Gouverneur d'Orvieto , eſt un
Prelat d'un merite diftingué.
Il eftoit fort confideré du feu
Cardinal Noris. Monfignor Pilaftri
eft d'une ancienne famille
originaire , à ce que préten .
dent quelques Auteurs, de Negombo
, Ville l'Ile de Ceylan.
Monfignor Baviera avoit beauancoup
de part à la confiance
du feu Cardinal Omodei , Milanois
, & frere de Mr le Mar-
"
Lij
124 MERCURE
quis de Caftel- Rodrigo , & c'eft
ce Cardinal qui l'a introduit à
la Cour de Rome. Monfignor
Arigoni eft un tres-bon Jurif
confulte ; il joint à cette qualité
l'amour des belles Lettres ,
aufquelles il s'eft attaché toute
fa vie . Monfignor Regio a efté
avancé par feu M' le Cardinal
Cibo , qui avoit pour luy une
tendre amitié. Monfignor Afflitti
a efté toûjours attaché à
Sa Sainteté , avant même qu'elle
fuft élevée fur la Chaire de
Saint Pierre , & dans le temps
qu'elle avoit la Secretairerie des
Brefs , Monfignor Afflitti s'atGALANT
125
tacha à ce Pontife d'une maniere
particuliere ; c'eſt à Mon
fignor Farfetti que feu M le
Cardinal Radziejouski , Primat
de Pologne , dût en partie fon
élevation dans le Sacré College
; il prit foin de faire connoiftre
ce Prelat au feu Pape,
Innocent XI. La famille de
Monfignor Rizzi eſt originaire
de Piémont ; mais differente
celle de David Rizzi , qui
périt malheureufement en Ecoffe
, fous le regne de Marie
Stuard. Monfignor Rezzonigo
fçait parfaitement la Jurifprudence
& les Lettres hu
da
Liij
126 MERCURE
maines. Monsignor Barbaroz
za vient du cofté maternel du
celebre François Roaldez , fameux
Jurifconfulte & ami du
Chancelier de Lhofpital. M
l'Abbé Guimiggi eft d'une naiffance
confiderable & d'une
pieté exemplaire qui luy a fait
meriter l'eftime de Sa Sainteté
M' l'Abbé Gentilone eft treshabile
dans l'Hiftoire Ecclefiaftique
, on dit qu'il a compofé
une Hiftoire du Concile
de Gentilly affemblé en 767.
au fujet du culte des Images.
M' l'Abbé Simonetti defcend
du cofté maternel du celebre
GALANT 127
5
Cardinal Geoffroy d'Alatry,qui
fur l'ornement de fon ficcle
& qui fe diftingua, également
par la pratique exacte des devours
de fon eftat & par l'amour
qu'il avoit pour les Sciences
, & par la protection qu'il
accorda à tous ceux qui les cultivoient.
M l'Abbé Simonetti
qui vient d'eftre fait Auditeur
de la Nonciature de Naples
, eft également bon Canonifte
& habile Theologien ;
il a donné des preuves de fon
intelligence dans les affaires
dans la conduite de celles qui
hy ont qfté confiées fous le
L iiij
128 MERCURE
dernier Pontificat & au commencement
de celuy - cy . Le
feu Pape Innocent XII . avoit
beaucoup de confideration
pour luy , & il l'employoit ordinairement
dans les occafions
où il falloit des
perfonnes de
confiance . Cet Abbé avoit auffi
efté fort attaché à feu M' le
Cardinal Noris , ce Prelat l'avoit
connu dans le temps qu'il
eftoit encore dans l'Ordre des
Auguftins .
M Girolamo Giuftiniani
que la Republique vient de
nommer à l'Ambaffaderde
France , eft proche parent de
GALANT 129
celuy qui donne lieu à cet Article.
Il joint à un merite generalement
reconnu dans toute
l'Italie une naiflance tres-illuftre.
En effet , la Maifon de
Giuſtiniani qui eſt répanduë
dans l'Etat de Venife , dans celuy
de Genes , dans le Royaume
de Naples , dans l'Ifle de
Corfe , & dans celle de Chio ,
eft confiderable dans le monde
, & elle y tient un rang tresélevé
depuis plufieurs ficcles.
L'Empereur Andronic Paleologue
donna l'Ile de Chio en
• proprieté à la branche de Giuft
tiniani établie dans l'Etat de
130 MERCURE
Genes , & il luy en donna enfaite
le Gouvernement . Il en
eftoit Gouverneur lorfque les
Turcs la prirent en 1566. Paul
Giuſtiniani fut Doge de la Republique
de Venife au commencement
du fixiéme fiecle.
Son fils Auguſtin Giuftiniani ,
qui entra dans la Societé des
Jefuites , & qui mourut à Naples
fur la fin du même ficcle
fut un tres-grand Theologien .
Benoift Giuſtiniani , de la branche
établie à Genes , fut auffi
un tres - fçavant homme. I
mourut en 1622. & il compofa
divers Traitez qui luy ont
GALANT
131
tous fait beaucoup d'honneur.
Jerôme Giuftiniani ; de la branche
établie dans l'Ile de Chio ,
étudia à Paris , & il s'y établit .
Il y publia en 1606. la Def
cription & l'Hiftoire de l'Ifle
de Chio, Bernard Giuftiniani
de Venife , fut celebre dans le
quinziéme fiecle , par fa quali-,
te & par fa doctrine. Il eftoit
fils de Leonard Giuftiniani qui
eftoit frere de S. Laurent Giuf
tiniani , premier Patriarche de
Venife : ce Leonard eftoit Senateur
de Venife, & neveu d'un
autre Leonard Giuftiniani , fameux
Orateur , & n'eftoit pas
132 MERCURE
fon fils , comme le dit mal à
propos Philippe de Bergame.
Bernard Giuftiniani fut employé
dans les principales affaires
de la Republique. En 1471 .
il fut Ambaffadeur à Rome
auprés du Pape Sixte IV . Afon
retour il compofa la vie de S.
Laurent fon oncle , que l'on
trouve à la tefte des ouvrages
de ce grand Prelat , imprimez
à Bafle. Il publia auffi un Traité
de l'origine de Venife , l'Hiftoire
des Gots , la vie de Saint
Marc l'Evangeliſte , & d'autres
ouvrages qui luy ont acquis
une grande réputation. LauGALANT
133
tent Giuftiniani Chartreux , fut
un Religieux d'une grande vertu
. Il compofa un ouvrageintitulé
Hortus Deliciarum. On en
fit une édition à Milan en
1515. Leonard Giuftiniani , dit
de Chio , fut Archevêque de
Mitylene , vers le milieu du
quinziéme fiecle. Il écrivit au
1 Pape Nicolas V. au fujet de la
prife de Conftantinople par les
Turcs. Cette Lettre á paru fous
le titre de Urbis Conftantinopolitane
jactura & captivitate.
Omfroy Giuftiniani , noble Ve
nitien , fe fignala beaucoup à la
celebre Bataille de Lepante en
134 MERCURE
14
1571. & il fut choisi par Sebaſtien
Venieri , General de la
Flote Venitienne
, pour porter
à Venife la nouvelle de cette
grande Victoire remportée für
les Turcs. Jamais noble Venitien
ne reçut tant d'honneur
de tous les differens Etats de la
Republique , qu'Omfroy Giuſ.
tiniani en reçut en cette occafion.
J'ay parlé des autres
grands hommes de cette Maifon
, & des Cardinaux & autres
Prelats qu'elle a produis , dans
un Article qui regarde un Prelat
de cette Maiſon , qui eſt à
prefent à la Cour de Rome.
GALANT
135
Le Pape a nommé à l'Archevefché
de Corfou , Monfignor
Nicolo Zeno . Je vous ay
déja parlé du merite de ce Prelat
qui joint à une naiſſance
confiderable , une pieté exemplaire
. Je dois ajoûter icy qu'il
à long-temps refufé cette dignité
& qu'il a fallu un ordre
exprés de Sa Sainteté pour l'obliger
de fe charger du trou-
-peau qui luy vient d'eftre con-
C
fie .
Sa Sainteté a auffi nommé
-à l'Evêché de Montefiafcone ,
qui eft uni à celuy de Cornetto,
& qui vacquoit par la mort de
136 MERCURE
M' le Cardinal Barbarigo
Monfignor Bonaventura
dont je vous ay parlé dans une
de mes dernieres Lettres au
fujet des changemens arrivez
dans la Cour de Rome , depuis
la derniere promotion des Cardinaux
. Je dois ajouter à ce que
je vous ay déja dit de ce Prelat
, qu'il eft generalement eftimé
en Italic & que le choix
du Souverain Pontifea efté approuvé
de tout le monde, Il
falloit en effet un pareil choix
pour confoler les peuples de
Montefiafcone de la mort d'un
des plus dignes Paſteurs qu'ils
GALANT 137
ayent eu depuis l'établiffement
de leur Eglife: Montefiafcond
eft une Ville & Evêché d'Italie ,
dans le Pays apellé Patrimoine
de Saint Pierre . Les Latins la
nomment Monsfalifcorum
. Elle
eftoit autrefois la Capitale des
Falifques , celebre par les Vins
- Mufcats ; cette Ville qui eft fituée
proche du Lac de Bolſene ,
eft affez 'mal baſtie , & l'on y
a tranfporté le Siege Epifcopal
de Corneto Ville maritime &
mal faine . Jerome Bentivoglio
tint un Synode en 1591. on
yen affembla un autre en
1612. Feu M le Cardinal Bar-
M Mars
1707
138 MERCURE
barigo y a fondé un tres - beau
Seminaire fur le modele que
Saint Charles a laiffé . La Ville
de Corneto eft celebre pour
avoir donné la naiffance au
Cardinal de Caſtelleſi , qui prit
le nom de Corneto fa patrie ,
& qui fut Evefque d'Herford
en Angleterre . Le Cardinal de
Corneto étoit l'homme de
fon temps qui avoit fait le plus
de progrés dans la langue Latine
& qui imita le mieux Ciceron
. Il fçavoit outre la langue
latine , plufieurs autres
langues dans une égale perfection
. Son érudition le fit conGALANT
139
noiftre à la Cour d'Innocent
VIII. ce Pape qui l'eftimoit
beaucoup l'envoya Nonce en
Ecoffe. Il fe fit d'illuftres amis
dans ce Royaume , & il ſe fit
connoiftre dans un voyage
qu'il fit à la Cour d'Angleterredu
Roy Henry VII. qui luy
donna l'Evêche d'Herford , &
enfuite celuy de Balth . Alcxandre
VI. fucceffeur d'Innocent
VIII. le nomma fon Secretaire
, & le mit au nombre des
Cardinauxen 1934 :
On fit à Xaintes , dans le
mois dernier , la Benediction
des Drapeaux du Regiment de
Mij
140 MERCURE
M le Marquis de Conflant!
M' l'Abbé Rouffelet fut nommé
par le Chapitre pour faires
cette Ceremonie , qu'il accompagna
du Difcours fuivant .
L'action que vous venez de
faire , Monfieur , au pied de ce S.
Autel, également remplie d'éclat
&de religion , & que nous avons
confacrée par une fainte ceremo
nie , n'est pas unpieux uſage inventé
de nos jours.im ol 9
Ily a bien des Siècles paffez
que le plus faint d'entre nos Rois ,
dont le fang coule encore glorieufement
dans l'augufte race des
GALANT 145
*
Bourbonsaje veux dire faint
Louis nous en a donné un
exemple digne de la memoire de
tous les Siecles à venir. Cefaint.
Roy animé du defir de la Conquête
de la Terre - Sainte , entra dans
PEglife de Paris , dediée à lafain
te Vierge , chargé de fon Dra
peau ; il le reprit de la main de.
fon Evêque après une benediction
folemnelle , comme l'Etendard de
Jefus Chrift , dont il voulut porter
le nom la gloire parmy ces
1 peuples infideles . Les fuccès e
furent bien differens , dit l'hiftoire
de fa vie , car tantoft il fut le
vainqueur de fes ennemis ,
e
en
u
142 MERCURE
tantoſt il en fut vainçu, luy-mêð
me
Qu'ayje prétendu , Mr en
remettant devant was yeux la
peinture d'un fi faint exemple ,
d'une ceremonie qui me paroît
avoir tant de juftes rapports avec,
la vôtre & Fay prétendu uniquement
publier à la face de tant de
nobles & genereux Capitaines
qui vous accompagnent , de tant
de braves Soldats , que je vois tous
prefts de vous obeir & de vous
fuivre, que vous eftes icy venu ,
à l'exemple de ce faint Heros ,
entre les Princes Chreftiens , reconnoistre
la fouveraine puiſſance
GALANT
143
du grand Dieu des Armées , vous
foumettre à fon Empire , l'adorer
comme l'Arbitre fouverain de la
Paix , & de la Guerre ; comme
Le Distributeur des victoires ,
des infortunes , comme il luiplaît ,
& quand il lui plaît . En un
mot comme l'Auteur le principe
de tous les biens ; comme il
en est la fin , à laquelle toutes chor
= fes doivent fe
rapporter.
C'eft pour cela que vous luy
avezfait ce mefemble trois a veux
folemnels au pied de fon faint
Autel , enprefence de tout ce grand
peuple qui vous environne ; reconnoiffant
fa fouveraine puiffan
1
2
144 MERCURE
ce ; vous luy avez protefté que
vous attendiez tout de luy , que
vous ne vous confiez nullement
dans votre bras de chair , ny dans
ta force des Armées , quelques redoutables
qu'elles vous paruffent.
Non in fortitudine equi voluntatem
habebit , neque in
tibiis viri , bene placitum erit
ei. C'est ainsi qu'en avoit parlé
un des premiers vainqueurs du
monde , élevé de la façon de Dieu
même ( je veux dire le jeune David
, lorsqu'il luy faifoit fairefon
apprentissage de guerre egorgeant,
jeune Berger qu'il étoit
les plus cruels ennemis de fon troupeau.
Vous
GALANT 147
J
la valeur à
Vous avez donc protefté hautement
, Mr , à ce grand Dieu des
Armées , que vous n'avez nullement
afpiré à la profperité & à la
gloire des armes , que
de coûtume de promettre aux
・plus
braves coeurs , fans le fecours de
cette Juprême puiffance ( je dis de
ce grand Dieu des Armées ) qui
-fsait , quand il luy plaît , attacher
la victoire à un feul cheveu de
la tefte , ou à une feule pierre tournée
lancée en fon nom dans le
front du plus fier du plus arrogant
de fes ennemis ; ou bien à
unfon leger , & à des pots caffez
renverfez les uns fur les autres
·
Mars 1707.
N
146 MERCURE
pour faire tomber les murs des
Fortereßes les plus redoutables ,
renverser avec eux la force de
fes ennemis ; voilà , Mr,
quel a efté voftre premier aveu.
Le fecond a efté d'une entiere
Soumiffion àfes divines volontez ;
lorfqu'il voudra bien fufpendre la
profperité & la gloire , qui femblent
estre des compagnes infepa-
•·rables des plus genereufes entreprifes
: C'eft auffi cette foumiffion
aux ordres deDieu , qui vous mettra
toûjours dans le rang de fes
vainqueurs ; parce que fans compter
fur la défaite de vos ennemis,
vous ferez toujours le vainqueur
GALANT 147
4
des plus nobles paffions qui vous
auront animé au combat ; vous
ferez toujours le vainqueur de
vous même. C'est ainsi que Dieu
ne fit pas moins d'eftime d'Abraham
lorfque par fon humble foumiffion,
il abattit le bras e le
couteau qu'il venoit d'élever pour
immoler fon fils unique . C'eft en
Jeune
pareille foumiffion
que le Dieu des Armées trouvate
Secret de joindre la défaite d'Elea-
Zar avec fon propre triomphe ; fes
gains & fa défaite luy ayant fervy
de charpour l'élever au deffus
defon vainqueur même ; auſſi eftce
lefens le plus nature! que nous
Nije
148 MERCURE
pouvons donnner à ces belles paz
roles de Saint Ambroise à ce fu
jet Suo fepultus triumpho.
Enfin le troifiéme aveu que
vous eftes venu faire , Mr , au
pied de ce faint Autel , est une
proteftation folemnelle ; qu'il n'eft
point d'éclat & de gloire , dont
les plus heureux fuccès de voftre
valeur puiffent vousfignaler , que
vous ne foyez preft de rapporter
uniquement à ce grand Dieu des
Armées ; parce que comme il eft
l'auteur & le principe de tous les
biens ; il est auffi luy foul la fin
fouveraine & neceffaire , à laquelle
toute la gloire doit fe rap
porter.
GALANT 149
que
Vous vous
Je fçay , Mr,
eftes chargé du Drapeau que je
viens de vous mettre entre les
mains , pour le défendre à la gloire
du grand Monarque de qui vous
le tenez , auffi-bien que l'honneur
de la Nation Françoife . Mais
aprés tout , inutilement travaillerez-
vous à de vains titres d'un
fepulchre glorieuxsà ces vains éloges
, qui s'évanouiffent avec la
voix qui les a prononcez ; fi vous
ne les rapportez à celuy qui a
protefté de ne partager fa gloire
avec perfonne. Et c'eft de cette
forte que vous unirez parfaitement
vos deffeins avec ceux de
Niij
150 MERCURE
LOUIS LE GRAND , dont les
grandsfentimens ont toujours été
la plus jufte mfure de la veritable
grandeur , & qu'il a protefté
mille mille fois qu'il fe
fentoit obligé de rapporter toute
la gloire dont Dicu l'a voulu fa
vorifer, tous fes differens
évenemens , à l'unique Souverain
dont relevent toutes les Couronnes.
Allez , allez donc , Mr , fi
gnalez vous de plus en plus ,
Mrs , tous tant que vous eftes par
de genereux combats ; mêlezvous
fans crainte parmi vos plus
fiers ennemis faites - les trembler ;
GALANT 151
à la veuë de ce faint Drapeau ;
combattez pour fa gloire , er il
combattra pour vous ; comme
l'Arche du Seigneur devint le
bouclier la defenfe du peuple
de Dieu qui combattoit pour elle.
Scachez vous attaquez les
a
que
ennemis de Dieu , lorsque vous
combattez les ennemis du grand
Monarque qui vous a mis les
armes à la mains parce qu'il vous
fait les glorieux défenfeurs de
la jufte cauſe qu'il foutient , &
de la religion qu'il a uniquement
protegée. Je le repete encore une
fois , & je veux bien que tour
le monde l'entende , parce qu'il
Niiij
152 MERCURE
vous a fait les glorieux défenfeurs
de la jufte cauſe qu'il foutient
, de la Religion qu'il
uniquement protegée. Gravez ,
fur tout , Mr, imprimez nobles
&vaillants Capitaines fur vos
Etendarts les nobles fentimens de
la dépendance , que vous eftes icy
venu protefter au Dieu des Ar
mées , de vostre entiere foumiffion
àfes divines volontez , quand il
voudra bien meer voftre fort de
victoires & d'infortunes; toûjours
prefts, toûjours difpofez de rappor
ter toute voftre gloire à la fienne.
Etjofe vous promettre de fa part,
qu'ily gravera àson tour , "de
fa
GALANT 153
main invifible & toute puiſfante
, les glorieux caracteres d'une
heureufe deftinée , tels qu'il les
fir paroiftre fur les Enfeignes du
premier Empereur Chreftien In
hoc figno vinces . Agréez , Mrs ,
que je vous adreffe les mêmes paroles
, que lorsque le fort des armes
vous engagera dans la mêlée
parmi vos ennemis , je leveray
inceffamment les mains au Ciel,
à l'exemple du Pontife Aaron
pour en obtenir fes benedictions
les plus refervées , & l'entiere
profperité de vos armes , me
promettant que j'entretay en quel
que part de la gloire qui vous ar
ཚ་
も
1
154 MERCURE
tend, de vos plus juftes recompenfes.
Quay que ceux qui font le
fujet des Articles fuivans foient
decedez il y a déja quelque
temps , je n'ay pû vous en parler
plutoft
, parce que
gnement des lieux demandoit
du temps pour cftre informé
de ce que je vous en devois
dire.
l'éloi
M ' le Cardinal Leopold de
Collonitſch , Archevêque de
Strigonie , & Primat de Hongric
, eft mort à Vienne , aprés
une longue maladie , âgé de
foixante -feize ans . Il avoit efté
GALANT iss
fait Cardinal par le feu Pape
Innocent XI. & il avoit fouvent
donné des marques de fa
reconnoiffance au feu Empereur
, qui luy avoit procuré cette
dignité. Ce Prelat eftoit d'une
ancienne famille originaire
de Boheme , & diftinguée par
les alliances qu'elle a dans l'Empire
; mais il tiroit encore plus
d'éclat de fa picté & de la vertu
folide dont il a fait profeſfion
toute fa vie.
Strigonie ou Gran eft une Ville
de la baſſe Hongrie , fur le
Danube , au - deffus de Bude .
Elle eft fituée dans une Plaine,
156 MERCURE
commandée par une montagne
voifine. L'Archevêque de
Strigonie eft Primat , Chancelier
& Chef du Confeil du
Royaume de Hongrie. L'Eglife
Cathedrale eft dans le Châ+
teau , & le Roy Saint Eſtienne
qui la fit bâtir , y eft enterré.
Soliman II. prit cette Ville en
1543. l'ArchiducMatthias l'affiega
en 1574. avec soooo .
hommes , mais il fut obligé de
lever le fiege. Le Comte de
Mansfeld General de Troupes
Imperiales tenta de nouveau
cette entrepriſe en 1595. & il
défit quatorze mille Turcs deGALANT
157
vante
]
rut ,
mmais il mou mais il
C
, & l'Archiduc Matthias la
prit enfin par Capitulation.
Arfenius Czernowish , Ar
chevêque des Rafciens , eft
mort à Vienne âgé de foixante-
treize ans. Son corps a efte
tranfporté à Bude. Il eftoit fort
fçavant ; il avoit paffe une partie
de fa vie dans la folitude , &
il s'y eftoit perfectionné dans
la connoiffance des Sciences
humaines ; il fçavoit parfaitement
la Theologie des Peres
Grecs , & il en avoit fait une
étude tres - particuliere . Il s'étoit
auffi fort appliqué à la
158 MERCURE
connoiffance des Langues Orientales
, eftant perfuadé qu'-
on ne pouvoit faire de grands
progrés dans l'étude des Saintes
Lettres , fans, fçavoir les
Langues originales & l'Idiome
dans lequel elles ont eſté écrites.
L'Eglife dont ce Prelat
avoit le gouvernement, eft fort .
ancienne. La Religion Chrêtienne
y fut établie dans les
premiers ficcles. On voit dans
les Soufcriptions du Concile
d'Antioche , tenu fous Jovien ,
celle d'un de fes Evêques. Nicephore
Calixte , Curopalate ,
& Jean Zonare , difent que le
GALANY 19
Chriftianifme fut rétabli en ce
Pays dans le dixiéme fiècle , &
il paroift que c'est le fentiment
du Cardinal Baronius. Philip
pe Evêque de Fermo , Legat du
Saint Siege , & envoyé par Nicolas
III. pour traiter quel
ques affaires importantes avec
Ladiflas III . du nom Roy de
Hongrie , celebra en 1279.un
-Concile à Bude , dont Olderic
Raynaldus a mis les Ordonnances
, qui font au nombre
de trente fix , à la fin du quatorziéme
tome des Annales
Ecclefiaftiques ; & on remarque
qu'il y avoit dans ce Con160
MERCURE
cile des Députéz de l'Eglife des
Rafciens. Sponde , Bertius
Simler , & les Auteurs de l'Hiftoire
de Hongrie , difent la même
chofe. Sigifmond Roy de
Hongrie , qui fut couronné
Roy en 1387. & qui fut depuis
Empereur , avoit à la Cour
un Archevêque des Rafciens ,
qui ne le quittoit point ; ce Prelat
engagea cet Empereur d'embellir
la Ville de Bude , & d'y
faire bâtir ces fuperbes Palais
dont l'on voit encore les ruines
, & le Chaſteau où les fucceffeurs
de ce Prince choifirent
enfuite leur logement . Jerôme
GALANT 161
Cardan , Medecin & Aftrolo
gue de Milan , qui vivoit dans
le feiziéme fiecle , avoit paffe
quelques années de fa jeuneffe
parmi les Rafciens . Il avoit
commencé à s'attacher à l'Af
trologie , & il y commença fon
Ouvrage du Jugement des Aftres.
Aprés la prife de Patras &
de Lepante en 1687. le General
Morofini envoya fommer
Caftel- Tornefe , petite Ville de
la Province de Belvedere dans
la Morée , proche du Cap Tornefe.
L'Aga qui commandoit
dans cette Fortereffe n'ayant
fait aucune refiftance, &l'ayant
Mars
1707.
162 MERCURE
abandonnée à la premiere ſommation
, un Officier Venitien
trouva dans une maifon deux
Rafciens , qui travailloient aux
Sciences occultes ; c'eft du
moins le nom qu'ils donnerent
aux fupputations qu'ils faifoient
du cours des Aftres
lors qu'on leur demanda ce
qu'ils faifoient, Il eft certain
que tous ceux de ce Pays font
fort attachez à l'Aftrologie . Ils
paffent une partie de leur vie à
contempler les Aftres , & ils
n'entreprennent rien qu'ils n'y
ayent efté déterminez par l'afpect
des Planetes. Toutes les
A
GALANT 163
Relations que les
Voyageurs
ont faites de ce Pays- là , en con
viennent .
Don Antonio de Sanjurgo
Evêque d'Aftorga eft mort
dans fon Evêché. Il a rempli
une affez longue carriere dans
l'Eglife avec beaucoup d'édification.
Il avoit beaucoup de
zele dans les fonctions de fon
miniftere & une grande ardeur
pour le falut de les freres. Ce
Prelat eftoit un des plus habiles
Theologiens
de toute l'Efpagne
; il avoit employé une partic
de fa jeuneffe à l'étude de
La Scholaftique , & il y avoit fait
4
O ij
164 MERCURE
de tres grands progrés . Il étoit
d'une naiffance confiderable
mais il étoit encore plus diftingué
par l'éclat de fes vertus &
par fon merite perfonnel . Il a
toujours refidé exactement
dans fon Evêché & il ne quittoit
jamais fon Siege , que
pour les affaires de fon Clergé
ou pour celles dont il ne
pouvoit fe difpenfer. I a
efté fort regretté dans fon
Diocefe ; le bien qu'il y faifoit
& fur tout celuy qu'il répandoit
dans le fein des pauvres
luy avoit gagné le coeur de
tout fon peuple Aftorgue ou
GALANT 165
Aftorga que les Latins nomment
Afturica Auguſta, & Afturum
Montanorum , eft une Ville
d'Eſpagne fituée dans le
Royaume de Leon . L'Eveſché
eftoit autrefois fuffragant de
Brague en Portugal , mais depuis
que ce Royaume eft feparé
de la Monarchie d'Espagne,
l'Evêché d'Aftroga eſt ſuffragant
de Compoftelle . Cette
Ville eft fur la riviere de Torroselle
eft dans une plaine, affez
bien fortifiée , mais il y a peut
d'habitans . Ce qu'il y a de plus
confiderable font quelques
Tours , une Place , & l'Eglife
166 MERCURE
Cathedrale qui eft au bout de
la Ville. On y
Cela
un
Sy
node vers le milieu du s . Siccle.
Cette Ville a produit en
divers temps des perfonnes
d'un grand merite , & fon
Eglife a cu plufieurs Prelats
d'une vertu reconnue. Celuy
qui fut caufe que
l'on
y tint un
Concile
en
447.
eftoit
un
faint homme qui avoit beau
coup de zele pour la confervation
de la difcipline de l'E
glife. Il avoit fuccedé à un Prelat
qui avoit eu de grandes
liaifons avec Saint Auguftin
mort dans les premieresannées
a
GALANT 167
ce mefme fiecle .
M N... Lambert de Soy
rier Evêque d'Ivrée eft mort
dans fa Ville Epifcopale dans
un âge affez avancé . Il étoit de
Chambery , d'une bonne famille
de la Robe . Son pere, fon
frere, & plufieurs de fes anceftres
ont exercé dans le Senat
de cette Ville , les Charges les
plus confiderables . Mr l'Abbé
Lambert de Soyrier , neveu du
Prelat dont je vous apprens la
mort , eft Chanoine de la Cathedrale
de Saint Pierre de
Genêve , dont les Chanoines
auffi bien que leur Evêque, font
#
168 MERCURE
refugiez à Annecy en Savoye.
M l'Abbé Lambert a pris en
cette Ville des degrez de Docteur
en Droit . C'eft un Eccle
fiaftique que M l'Evêque de
Genêve eſtime beaucoup. Feu
M' l'Evêque d'Ivrée a efté
long- temps Vicaire General de
Mr le Cardinal le Camus , રે
Grenoble; ce Prelat avoit beaucoup
de confiance en luy , &
fous le Pontificat d'Innocent
XI. qui donna le Chapeau à
M' l'Evêque de Grenoble , Mi
l'Abbé Lambert fut chargé de
la conduite de pluſieurs affai →
res importantes à Rome pour
le
GALANT 169
le fervice de ce Prelat ; c'eft
dans les frequens voyages qu'il
fit en cette Cour qu'il eut le
bonheur de gagner les bonnes
graces du Pape Innocent , qui
luy donna jufqu'à la mort des
marques de fon eftime & de
fon amitié. Monfieur le Duc
de Savoye le nomma d'abord
à l'Evêché d'Aoufte , & il fut
enfuite transferé à celuy d'Ivrée.
Ce Prince l'avoit nommé
à celuy de Genêve aprés la
mort de M d'Arenthon , dernier
Evêque mais l'efprit
de partialité que Mª Lambert
avoit laiffe paroiftre dans quel-
Mars
1707.
P
170 MERCURE
ques occafions , luy fit donner
l'exclufion , & Monfieur le Duc
de Savoye nomma à cette dignité
Mª de Bernex , qui en eſt
aujourd'huy revêtul M' l'Evêque
d'Ivrée eftoit un rigide obfervateur
de la Difcipline Ecclefiaftique
; il n'en pardonnoit
pas la plus legere infraction
il fe picquoit auffi d'eftre un
zelé Difciple de Saint Auguf
tin. La conduite qu'il a tenue
en certaines conjonctures qui
fe font prefentées pendant qu'il
gouvernoit le Diocefe de Grenoble
, fous les ordres de Monfieur
le Cardinal le Camus A3
;
GALANT 170
font des preuves fignalées qu'il
portoit à jufte titre la qualité
de Difciple de ce grand Doctcur.
I
Jyrée eft une Ville d'Italie en
Piemont , fur la Doria balta ;
l'Evêché eſt Suffragant de Turin,
Cette Ville a efté longtemps
Imperiale , l'Empereur
Frederic H. & Guillaume Comte
de Hollande la donnerent .
à Thomas de Savoye II. du .
nom , Comte de Maurienne en
52. Les habitans fe foûmi .
rent l'an 1313. à Philippes de
Savoye Prince de Piémont , &
en 1349. Jean Marquis de
P ij
172 MERCURE
Montferrat céda à Amé VI.
Comte de Savoye , die le Comte
Verd, une partie des droits qu'il
avoit fur Ivrée. Les François
prirent cette Ville en 1554
durant les guerres d'Italic . Stra
bon , Pline , Mr de Thou , &
Mr Guichenon , parlent avangeufement
de cette Ville.
Dame N... de Blancheville,
fille de feu Mi N... de Blancheville
, premier Preſident du
Senat de Chambery , & de Dame
N... de Beaufort d'une
des plus illuftres Maifons de
Savoye , & veuve de Mre N...
de Bertrand , Marquis de Cha
GALANT 173
mouffet , Prefident au Senat de
Chambery , & cy- devant Ambaffadeur
de Monfieur le Duc
de Savoye à la Cour de France
, eft morte dans un âge fort
avancé. Elle laiffe plufieurs enfans
de feu Mr le Prefident
de Chamouffet fon époux , Mr
le Marquis de Chamouffet qui
cftoit premier Prefident du
Senat de Chambery , dans le
temps que le Roy conquic
la Savoye, Il avoit efté auparavant
Preſident au même SSce
nat. Ce Magiftrat qui eft fort
confideré de Monfieur le
Duc de Savoye , a époufé en fe-
P iij
174 MERCURE
condes noces Dame N. de
Montfalcon de Saint Pierre ,
d'une des plus illuftres Maifons
de Savoye , dont eftoit le dernier
Evêque de Lauſanne. Cette
Dame eftoit Fille d'honneur
de Madame la Ducheffe de Savoye
, lorſqu'elle époufa Mr
le Prefident de Chamouflet.
Cetre Dame laiffe Mr l'Abbé
C
de Chamouſſet , qui eſt à la
pana
Cour de Savoye , & qui n'eſt
pas moins diftingué par fon
merite que par la naiſſance &
par la faveur ouil eft dans cette
Cour. Mla Comteffe de Chevron
eft auffi fille de feue Mela
GALANT 175
Vous
Prefidente de Chamouffet. La
Maifon de Blancheville dont
eftoit cette Dame , oft une des
plus illuftres de toute la Savoye.
Mr le Baron d'Ery , frere de la
Dame dont je apprens là
mort , en eft le Chef ; cette
Daine eftoit auffi foeur de feuë
Me de la Moutonniere & de
Mvde Bellecour . Mr le Prefident
de Blancheville leur pere ,
a commandé en Savoye , & il
oit frere de Mr de Blanche.
wville , Colonel General de la
Cavalerie de Savoye , & Commandeur
de l'Ordre de l'Annonciade.
Pij
176 MERCURE
Je dois ajoûter icy que Mrs
de Chamouffet font de la même
Maiſon que Mrs de la Peroufe
, dont le pere a auffi elté
premier Prefident du Senat de
Chambery. Ils portent tous
pour Armes , d'or à un Lyon de
defables , couronné , armé lampaffé
de gueules.
Quoy que l'Article que vous
allez lire ne foit pas nouveau ,
il cft neanmoins du nombre
de ceux qui ne doivent pas eftre
oubliez , puifque rien n'eſtant
plus precieux que la fanté , on
fe doit toûjours faire un plaifir
d'apprendre les grands foins
GALANT
177
que fe donnent ceux qui travaillent
à fa confervation . Perfonne
n'ignore que la Compagnie
des Apotiquaires , illuftre
par tant de fçavans Maiftres
qui la compoſent , a établi depuis
plufieurs années dans le
Fauxbourg Saint Marceau , un
tres-beau Laboratoire pour y
faire tous les ans gratuitement
un Cours de Chymie public .
Ils ont donné par là des preu
ves inconteftables de leur défintereffement
& de leur zele
pour la perfection de leur Art .
Ce Laboratoire eft devenu celebre
par raport aux operations
178 MERCURE
IS
curicufes & utiles qu'on y a
démontrées , & par les fçavanres
leçons qu'on y a données.
Ces M's choififfent tous les
ans un de leurs Maiftres pour
faire ces démonftrations ; mais
ce choix n'eft refervé que pour
ceux qui ont donné des preuauthentiques
de leur adreffe
pour conduire leurs operations
de Chymie avec difcernement ,
& qui peuvent fatisfaire par
leurs leçons , le grand nombre
de curieux & de fçavans qui
honorent le Laboratoire de leur
prefence . Mr Rouviere le fils
fut reçû dans cette compagnie
ves
GALANT 179
-
des Apotiquaires au mois de
May dernier , il leur donna des
marques tout à fait convaincantes
de fa capacité pour tout
ce qui concerne fonArt; par fes
réponſes juftes & exactes à tou
tes lesqueſtions qu'on luy propofa
, & par l'élection fevere
qu'il avoit faite des meilleures
drogues deftinées à la compo
fition de fon chef d'oeuvre.
Ce celebre Corps fut de plus
tellement perfuadé de fon éru
dition , par le difcours fçavant
qu'il prononça , & dans lequel
il donna des marques des progrez
qu'illa faits dans fa pro
180 MERCURE
feffion , dans les belles Lettres ,
& dans la Phyfique , qu'ayant
à choifir d'un digne Artiſte
pour démonftrer le Cours de
Chymie , ils jetterent d'un confentement
unanime , les yeux
fur Mr Rouviere le fils &
quoy qu'ils n'euffent auparavant
honoré de cette preferance
, que les plus anciens &
les plus experimentez de leur
Compagnie , ils le propoferent
huit jours feulement avant
l'ouverture à Mr Rouviereis
qui furpris d'un tel choix , fe
fervit inutilement de tout ce
que fa modeftie luy pût infpiGALANT
181
rer pour s'en deffendre ; il s'excufa
( en vain ) fur fon âge peu
avancé & fur fon peu d'experience
, & fut enfin obligé de
céder à des follicitations pref
fantes. Il commença fon Cours
de Chymie le trofiéme Aouft,
par le difcours que voicy .
Il y ades ficcles , Meffieurs ,
qui ne nous font connus que par
leur ignorance ; & par leur barbarie
, comme lefurent ceux durant
lefquels les Gots , & les Peuples
du Nordfe répandirent dans
les Provinces Romaines , où portant
le fer & lefeu , & toutes les
182 MERCURE
borreurs de la guerre , les Sciences
les Arts qui ne fe plaisent que
dans les douceurs de la Paix , s'enfuirent
de l'Italie , & prefque de
toute l'Europe : nous ne lesy
avons vûës revenir que quand
des Princes vainqueurs & genereux
les y ont rappellées par leur
protection , & par leurs bienfaits.
En France nous devons à nos Rois
le retour de la Politeffe , des beaux
Arts & des Sciences. C'eſtparles,
graces , & par les richeffes dont
François I. combla tant de Sçavans
qu'il attira dans ce Royaume que
Paris eftdevenu ce que la celebres
Athenes fut autrefois , & ce que
GALANT 183
Rome la Triomphante devint enfuite
c'est - à - dire le fejour des
Mufes la retraite laplusfüre
& laplus honorable que les belles
Lettres ayentjamais euë. Maisde
combien LOUIS LE GRAND ,
a- t-il furpaffé les Rois fes Predeceffeurs
, er du coftédu Heros ,
du cofté du Protecteur des Sçavans,
& de ceux qui cherchent à le devenir;
je laiſſe à ces dignes Panegiriftes
à celebrer fes Victoires &
JesTriomphes ; je merenfermeuni
quement dans monfujer . Ce Monarque
a plus fait luy feul que
tous les Rois qui ont travaillé
avant luy à former cette Monar
184 MERCURE
chie ; en veut- on des Monumens
plus certains que tant de celebres
Academies ,forméesparles ordres,
foutenues par fes liberalitez , ou
illuftrées par l'honneur defa Royabe
protection ? Il y a des Academies
pour les Arts & pour les
Sciences ; il y en a pour les Inf
criptions , pour les Medailles , &
pour l'Hiftoire ; il y en a pour la
Peinture. L'Aftronomie , & la
Geographie ,fineceffaires à la Navigation
, fe cultivent dans le plus
fuperbe Obfervatoire quifoir dans
le monde ; la Medecine n'eft pas
traitée moins favorablement. Fugez-
en , Mrs , par tout ce que
le
GALANT 185
Roy afait pour la Botanique , pour
pour la Chymie , l'Anatomie
qui font les trois parties effentielles
de la Medecine. Sur cela , Mrs
l'idée du Jardin Royal s'offre
voftre imagination : vous vous
reprefentez en même temps tous
l'application conti-
2
les foins
nuelle de celuy qui y prefide pour
y faire élever les Plantes les
plus curieufes & les plus utiles
de l'Orient & de l'Occident
la réputation du Profeffeur eft
un loge éclatant de cette Ecole ;
on ne fait que d'achever ces fçavantes
Leçons de Botanique , où
lon a démontre plus de cinq mille
Mars
1797.. е
186 MERCURE
Plantes , tant de l'Europe que des
autres parties du Monde. N'y at-
il pas auffi un Theatre Anatomique
Royal, où le Profeſſeurauſſi
celebre , démontre publiquement la
conftruction & l'ufage des parties
du Corps humain ? Connoiffance
fi neceffaire à quiconque fe deftine
à la Profeffion de Medecin ? N'y
fait-on pas encore tous les ans dans
un Laboratoire Royal , un Cours
de Chymie qui épuife cette Science,
& qui porte la Pharmacie àfa
perfection ? Deforte que le Jardin
Royal doit eftre regardé comme le
Temple d'Apollon , où s'enfeigne
gratuitement les trois parties de la
GALANT 187
Medecine , cette auguſte Science
que les Demi-Dieux , n'ont point
dédaigné de pratiquer , & dont
Apollon fe fait honneur d'avoir
efté l'Inventeur.
Inventum Medicina meum eft ,
opifexque per orbem⠀⠀⠀
Dicor , & Herbarum fubjecta
potentia nobis.
Quelle reconnoiffance ne doit on
en eft comme le
premier mobile , & qui avec une
application fi conftanter fifaivle,
exige que ces Exercices fe faffent
regulierement & felon les imen
pas à celuy qui en eſt
Qij
188 MERCURE
la
tions de Sa Majefté . Tout s'execu
te d'une maniere utile & honora
ble , parce que cela eft animé par
lesfoins duplusfçavant Medecin ,
du plus fage Protecteur que
Medecine ait jamais eu ; Vous re→
connoiſſez , Mrs , à ce portrait
l'Illuftre Mr Fagon , qui joint à
une vaſte ſcience qu'il a de toute
la nature , une vivacité de jugement,
& une probitéfi reconnue ,
•que nous pouvons luy appliquer
ce que Macrobe dit du divin Hippocrate
,Tam fallere quam falli
nefcit, & pendant que nousfouhaitons
les années de Neftor au
- «Monarque incomparable dont la
2
GALANT 189
de Pe
Providence luy a confié les jours
precieux , vous ne me defavouërez
pas fi je fouhaite au Prince
de la Medecine Françoife les cent
quarante années que vécut ,felon
quelques- uns , le celebre Medecin
Pergame , je veux dire Galien
cefublime maiftre de la Medecine,
& le parfait Interprete d'Hypo
crate . En effet Mrlepremier Medecin
honore d'une protection trop
vive es troppuiſſante laFaculté
Medecine de Paris , pour ne pas
meriter nos voeux les plus ardents ;
Faculté de Medecine maintenant
fi recommandable , qu'on y pourroit
trouver aujourd'huy un Chyde
190 MERCURE
kon , un Efculape , un Aretée ,
un Theophrafte , un Nigere , un
Celfus , un Galien , un Diofcoride
; Faculté dans laquelle il
n'y a pas un Docteur dont on ne
puiffe dire avecla plus exacte verité
Perfpicuus Doctor
Rura
Herbas , Prata , Virecta ,
Arboreos cultus , deliciafque
tenet.
Tempora diftinguit , Medici
nas comparat Arti ,
Confulit , & viros qua ratione
juvent.
Que ne dirois -je point icy en
GALANT 191
particulier de Mr le Doyen de la
Faculté, & de Mrs les Docteurs
- Profeffeurs en Pharmacie, fi
leur prefence ne m'obligeoit à me
taire encore plus que
leur modef
tie, & fi je ne fçavois qu'avec
une feience profonde & un merite
fingulier ; leur grand coeur
aime mieux meriter les louanges
que de les entendre au reste aprés
Phonneur tous les bons offices
queje viens de recevoir, neferois-je
pas fufpect fi je pouvois icy
mon gré expofer leur capacité infinie
dans toutes les parties de la
Medecine , & fi je parlois en
particulier de cette probité qui les
·
192 MERCURE
rend à la fois fi aimables & fi
reſpectables dans le commerce de
la vie des oracles certains
dans la pratique de la Medecine.
Quant à vous , Mrs , qque nous
devons regarder comme Maitres
de l'Art , & qui m'avez fait
l'honneur de me choisir pour faire
icy en faveur du public ce cours
de Chymie dont vous avezfifagement
étably l'ufage , je ne fsay
fi le choix que vous avez fait
ne déroge point à ce vif & heu
reux difcernement , qu'on ne vous
peut difputer. Je crains bien
dans l'affection dont vous m'honarez
l'efprit ne fe foit laiffe impofer
que
GALANT 193
impoſer par
le coeur. Tout ce que
je puis dire , eft que fi je ne
repons pas à la haute reputation
que ce Laboratoire s'eft acquife par
l'habileté des Sçavants Artiftes
qui m'ont precedé , je feray du
moins tout mon poffible pourfoutenir
l'honneur de votre choix &
pour meriter voftre approbation ;
fi je ne réuffis pas , vous ne fçauriez
eftre , Mrs , les témoins de
ma foibleffe , que vous ne le
foyez certainement de ma bonne
volonté.
Ce difcours receut de grands
aplaudiffemens. Mr Rouviere
fit voir dans les leçons qu'il
R
Mars
1707.
194 MERCURE
donna pendant le cours qu'il
Profeffa , la beauté & l'utilité
de la Chymie ; que fans elle
on ne pouvoit connoiſtre les
caufes des maladies, puifqu'elle
découvre feule la caufe des differentes
fermentations qui produifent
tous les dérangemens
de noftre machine. Il expliqua
les principes de Chymie d'une
maniere tout- à - fait Phyfique,
& fuivant l'hypothefe de Mr
Defcartes ; il continua fes lefuivant
les mefmes prinçons
cipes , & il s'attacha aux fermentations
: Objet qui a partage
jufqu'icy les fentimens de
3
GALANT 195
$
tous les Philofophes. Il en expliqua
la caufe d'une maniere
tout- à - fait mecanique , & il
découvrit fur ce fujet de tresbelles
experiences qu'il va donner
au public. Son cours qui ne
devoit durer que fix femaines,
eftant fini , il fit un remerciment
à fes Confreres , par
un difcours remply d'érudition
, & de quantité de faits
curieux , que je vous envoyeray
le mois prochain.
Aprés vous avoir parlé de
ceux qui s'appliquent à l'étude'
des moyens de conferver la vie,
paffe à ceux qui ne cherchent
Rij
196 MERCURE
qu'à la ravir aux ennemis de
leur Souverain & de leur Patrie
, ou du moins qui font
dans le party contraire à celuy
qu'ils ont embraſſé .
Le Roy d'Eſpagne a donné
le Gouvernement des Armes de
la Province de Guipufcoa à M
le Marquis de Villareal , Lieutenant
des Gardes & Lieutenant
general des Armées de Sa
Majefté Catholique . Il eft de
la Maiſon de Menezés ; & par
conféquent allié du Roy de
Portugal ,puifque Ferdinand II .
du nom , Duc de Bragance 6°.
aycul du Roy de Portugal d'auGALANT
197
jourd'huy , époufa Eleonor de
Menezés , fille de Pierre Comte
de Villareal . C'est ce même Ferdinand
Duc de Bragance , qui
étant tombé dans la difgrace
du Roy de Portugal Jean II . eut
le malheur de perdre la vie ſur
un échafaut à Evora le 21. Juin
de l'an 1463. Illaiffa d'Eleonore
de Menezés Jacques Duc de
Bragance , dont la deſtinée fut
plus heureufe que celle de fon
pere. Il fut Favory du Roy
Emmanuel , qui le nomma en
1498. Roy de Portugal , en cas
qu'il mouruft fans enfans . Ce
Monarque luy donna en 1 5 1 3 .
Rij
198 MERCURE
le Commandement d'une Armée
qu'il envoya en Afrique.
La Maifon de Villareal a encore
un alliance avec la Maifon
de Bragance. Theodofe I. Duc
de Bragance , fils aîné de Jean
dont je viens de parler , laiffa
de Beatrix de Lancaſtre , fille
de Louis I. du nom , grand
Commandeur de l'Ordre d'A
vis , & de Madelaine de Grenade
, Elifabeth , femme de Michel
de Menezés , premier Duc
de Camiña, mort fans enfans.
Cette Dame eftoit foeurde Jacques
tué à la funefte Bataille de
d'Alcaçar en 1578. On peut
GALANTS19 199
LYON
juger par ce détail de lancich
neté & de l'illuftration
Maifon de Menezés , puifque
dés le quinziéme fiecle , elle
s'allioit aux Maiſons Royales .
M le Marquis de Villareal a
donné des preuves de fa valeur
en plufieurs occafions.
Le Gouvernement de Cartagene
a efté donné par Sa Majefté
Catholique à M² de Ma
honi , Maréchal de Camp . Je
vous ay parlé plufieurs fois de
de cet Officier general , & des
preuves qu'il a données de fon
courage & de fon zele depuis
qu'il fert dans les Troupes
Riiij
200 MERCURE
d'Espagne. Le Gouvernement
que Sa Majefté Catholique
vient de luy donner eſt tres important
. Cartagene , qu'on
nommoit autrefois Carthage la
neuve , Carthago nova & Spartaria
, porte ce nom parce qu'el
le fut bâtie par les Carthaginois
. Scipion la prit aux Eſpagnols
, en un jour l'an 544. de
Rome. Elle eft fur la Mer Mediterranée
dans le Royaume de
Murcie, avec Evêché fuffragant
de Tolede. Quatre chofes la
rendent confiderable ; fçavoir ,
fon Port , qui eft un des meilleurs
d'Efpagne. La pêche du
4
GALANT 201
Maquereau qui fe fait vers une
Ifle qui eft vis - à - vis du Port ;
l'abondance du Jonc , que les
Efpagnols nomment Esparto ,
& dont ils font les Cabats ; &
fes mines de pierres precieuſes.
Cartagene eft une Ville de
grand commerce ; il y a une
Bonne Fortereffe & plufieurs
belles Eglifes . Silius Italicus a
fait unemagnifique deſcription
de cette Ville dans fon 15 Livre
, & Strabon dans fon 3
Livre ; Eftienne des Villes en a
auffi parlé avantageufement,
Tite Live en parle auffi dans
Con 26 Livre. Eutrope dans
C
202 MERCURE
e
& feulement
fon 3 & Pline dans fon 26 .
M' le Comte de Starremberg
, Prefident du Confeil Pri-
Privé de l'Empereur , a obtenu
une difpenfe du Pape ; pour
époufer fa belle - foeur , qui eft
une grace qu'on accorde ra
rement aux Teftes couronnées
mefine
pour des raifons d'Etat . La
Maifon des Starremberg eft
une des plus illuftres d'Allema !
gne. Le celebre Comte Conrad-
Baltazard de Starremberg
,
Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'or , Confeiller au Confeil
d'Etat du feu Empereur
GALANT 203
Leopold I. fon Camerier &
Gouverneur Prefident du Confeil
de la Regence de l'Autriche
infericure , a fait beaucoup
d'honneur à cette Maifon dans
le dernier fiecle. Il s'acquit une
gloire immortelle au fiege de
Vienne en 1683. il deffendit
cette Ville , avec une vigueur
extraordinaire , contre une Ar
mée formidable de Turcs , ce
qui donna le loifir au Roy de
Pologne & à M' l'Electeur de
Baviere , d'aller au fecours de
certe Place . Le Comte de Star
remberg mourut fort vieux à
Vienne au mois de May de l'an
204 MERCURE
1687. Il eftoit oncle de celuy
qui donne lieu à cet Article.
M' Patieco Ambaſſadeur du
Roy de Portugal à la Haye , a
épousé une Princeffe de Naffau
- Siegen. La ceremonie s'en
fit à Bruxelles il y à quelques
temps , & M' le Duc d'A
rensberg portoit la procuration
de l'époux. M Patieco
dont j'ay eu fouvent occafion
de vous parler eft d'une
ancienne famille de Portugal.
Sa nouvelle époufe eft d'une
des cinq branches de la Maiſon
de Naffau , qui tirent leur origine
d'Othon , pere de WalraGALANT
205
me , oncle paternel de l'Empereur
Adolphe. Othon époufa
Agnés , Comteffe de Solms , &
il forma par ce mariage la fe
conde branche de Naffau , qui
s'eft enfuite fous-divifée en 's .
autres; fçavoir,Naffau Orange;
Naffau - Siegen , dont M° Patieco
eft fortie ; Naffau Dillembourg;
les Princes de Naffau , &
Naffau Hadamar. La pre niere
branche fut formée par Walrame
, qui mourut en 1289.
& qui laiffa Adolphe qui fut
Empereur , & qui fut Li tige
de trois autres branches de la
Maifon de Naffau ; Naffau206
MERCURE
Salbruck , Naffau - Wiſbaden ,
& Idſtein , & Naffau - Veilbourg.
Walrame & Othon
eftoient fils d'Henry le Riche ,
Comte de Naffau , mort en
1 2 54. La branche d'Orange eft
celle qui s'eft le plus diftinguée.
M'Patieco eft de la même Maique
M' le Duc d'Escalona ,
Viceroy de Naples , qui porte
auffi le nom de Patieco .
fon
M'Balaan de l'Ordre de Cluny
a efté beni Abbé d'Anieres
qui eft du même Ordre dans
l'Eglife du Seminaire de Saint
Magloire par M l'Evêque de
Xaintes. L'Affemblée eftoit
GALANT 207
nombreuſe & compoſée de ce
qu'il ya de plus diftingué dans
le Clergé de cette Ville . Mr
l'Abbé Balaan eft un Religieux
fort diftingué dans fon Ordre
par les talens de fon efprit &
par les Charges qu'il y a exercées
; il s'eft appliqué toute fa
vie à l'étude de la Theologic
Pofitive &
Scholaftique , & perfonne
n'ignore qu'il a fait de
grands progrez dans l'une &
dans l'autre ; il s'eft auffi fort
attaché à la Jurifprudence Canonique,
& il a donné des preuves
en plufieurs occafions qu'il
y eftoit tres-verfé . L'Abbaye
"
208
MERCURE
d'Anieres , dont il eſt Titulaire,
eft tres-ancienne dans l'Ordre
de Cluny , elle a produit d'illuftres
ſujets . Cette Abbaye en
fournit fur tout beaucoup à
l'Eglife dans le penultiéme fie
cle ; il y cut un Religieux d'Anieres
, en ce temps-là , qui eut
beaucoup de credit à la Cour
de Catherine de Medicis ; cette
Princeffe l'employoit fouvent
dans les fupputations aftronomiques
aufquelles on fçait
qu'elle s'attachoit beaucoup ;
elle le recommandaenmourant
à Henry III. fon fils qui cut
égard à fa recommandation,
GALANT 209
Dame N... de Châtillon
d'une des plus anciennes &
des plus qualifiées maiſons du
Lyonnois , fut benite Abbeſſe
de la Deferte à Lyon le 17. du
mois dernier dans l'Eglife de
cette Abbaye par Mr l'Evêque
deChâloy
qui s'étoit rendu
à Lyon pour cette ceremonie.
M de Roftaing Abbeffe de
Chazaut & M la Prieure de
Saint Benoiſt eftoient forties de
leurs Monafterés , fituez dans
la mefme Ville , pour affifter
à cette ceremonie & pour fervir
la nouvelle Abbeffe. Mr
L'Evêque de Saint Flour qui fe
S
Mars
1707.
•
210 MERCURE
trouva alors à Lyon affifta à
cette ceremonie ainfi que
l'ancien Abbé de Saint Antoine
, & prefque tous Mrs les
Comtes de Saint Jean à une
partie defquels cette Abbeſſe
eft alliée. Il y eut de plus une
grande Affemblée compofée
de tout ce qu'il y a de plus
illuftre & de plus confiderable
à Lyon dans la Robbe & dans
l'Epée. On ne peut marquer
d'empreffement qu'en firent
voir les Religieufes de cette
Abbaye pour la reception
de leur nouvelle Abbeffe , &
ils luy temoignerent toutes
plus
GALANT 211
tant en general qu'en particu
lier , la joye & la fatisfaction
qu'elles avoient de la voir à la
tefte de leur Communauté.
On peut dire qu'il y a longs
temps que la joye & l'empreffement
des compagnies à recevoir
ceux que le Roy leur don
ne pour chefs , juſtifient le
choix de Sa Majefté. Les corps
Ecclefiaftiques font fi perfuadez
de l'attention que ce grand
Prince apporte dans le choix
des fujets aufquels il confie
le gouvernement de l'Eglife
, qu'il fuffit d'avoir été
nommé par le Roy à une Evê
S ij
212 MERCURE
ché ou à une Abbaye , pour
meriter l'applaudiffement
&
l'empreffement des peuples.
Mr le Comte de Touloufe
a donné fon Regiment de Cavalerie
à Mr le Comte d'Age
nois , fils de Mr le Marquis de
Richelieu ; & ce Prince l'a don
né d'une maniere fi prévenante
& fi genereufe que ces don
n'a pas efté ce qui a touché
le plus la Maiſon de Richelieu .
Mr le Comte d'Agenois eft fils
de Mr le Marquis de Richelieu
, neveu du Duc de ce nom ,
& de Dame N ... de la Porte la
Meilleraye , fille de Mr le Duc
Mazarin.
GALANT 213
Il eftoit Capitaine dans le
Regiment qui luy vient d'être
donné , & il s'eft fort diſtingué
à la Bataille de Ramillies , où
il a eſté bleſſé dangereuſement
aubras & à la tefte , ayant com
battu feul contre neuf Cavaliers
qui l'avoient entouré , &
contre lefquels il fe deffendit
avec tant de valeur , qu'il s'échappa
de leurs mains , aprés
en avoir bleffé plufieurs . Le
choix que Monfieur le Comte
de Toulouſe a fait de M le
Comte d'Agenois pour luy
confier fon Regiment , luy a
attiré beaucoup de loüanges.
214 MERCURE
Je vous envoye deux Lettres
qui doivent avoir place
dans l'Hiftoire
, & qui pourrónt
eſtre recherchées dans la
fuite des temps , felon les occurences.
Quoy qu'il y ait cu
quelque changement dans la
fituation des affaires du Milanez
, depuis que ces Lettres
font écrites ; jay néanmoins
crû vous les devoir envoyer .
Ce que je vous écris chaque
mois ne doit pas feulement
regarder la fituation où le trouvent
les affaires dans le temps;
que je finis mes Lettres ; mais
celle où elles ont efté pendant
GALANT 215
le
temps qui s'eſt paffe d'une
Lettre à l'autre , les affaires qui
font dans un violent mouvement
, changeant fouvent plufieurs
fois de face pendant
un
mois,& ne fe trouvant quelquefois
pas le foir dans la fituation
où elles étoient le matin . Si mes
Lettres ne contenoient
que l'état
où se trouve les affaires le
jour que vous les recevez , il ne
me faudroit fouvent que peu
de pages pour vous en inftruire
; mais comme elles renferment
une fuite d'Hiftoire fort
détaillée , le paffé s'y doit trou
ver avec le prefent . Enfin ce
26 MERCURE
font les nouvelles d'un mois
que je vous envoye , & non les
nouvelles d'un jour. Je paſſe à
la premiere des deux Lettres
dont je viens de vous parler.
LETTRE
GALANT 217
LETTRE
De Mr le Chevalier de
Graville , Envoyé Extraordinaire
de France , à
Meffieurs les Chefs &
Confeillers des trois Li-
..gues Grifes , le 9. Février
1707.
MAGNIFIQUES
SEIGNEURS
Le memoire que Mr
Windfers
Envoyé Extraordinaire de l'Empereur
a fait le 23. Janvier, ne
Mars
1707.
T
218 MERCURE
venant que de paroiftre au jour
jay eftéjufqu'à prefent hors d'état
de répondre à un écrit qui intereffe
le Roy mon maistre & fes Alliez.
Le but de cette propofition eft
de vous engagerà ouvrir vospaffages
;fon Auteurprétendde vous
y porter par trois moyens. Le premier
regarde l'Union hereditaire.
Le fecond estfondéfur une reconnoiffance
de bienfaits que les Ligues
doivent avoir reçus , en con-
Sequence de la même confederation
; & le troifiéme vous renvoye
à des graces futures.
La fimple lecture du Traité
hereditaire fait connoiſtre qu'il
GALANT 219
concerne uniquement le Comté de
Tirol & les Seigneuries prés l' Arleberg
Maximilien Premier
avec qui vous l'avez conclu n'avoit
pas intention d'y comprendre
le Milanez , puifque ce Duché
eftoit alors fous une autre domi
nation que celle de la Maifon
d'Autriche . Si l'on difoit que ce
Prince auroit pú vouloir , comme
Empereur envoyer des troupes
dans un Fief de l'Empire , la
réponſe nattroit du Triate mefmes
Maximilien n'y agiffant que
comme Archiduc. D'ailleurs Par
gument de Mr Windfersfe trouve-
Specialement détruit dans l'article -
Tij
220 MERCURE
33
de l'union hereditaire , où il eft
parlé du paffage ; cette clauſe
porte feulement que les parties
s'accorderontreciproquement dans
leurs Pais , Villes , Chafteaux
,, Dominations , l'achat des chofes
neceffaires à la vie en refervant
la puiffance de Dieu, laneceffité
des Souverains & le
le cas
d'envoyer ou de vendre les mef- ,
,, mes denrées aux ennemis de
l'un des contractans & que les
», cheminsferont libres &ouverts
aux deux parties fans aucune
nouvelle charge , augmentation
de Douannes ny impoſts , que
de pareilles taxes fe pourront
و د
ه د
و د
و د
GALANT 221
que
less
се
feulement mettre fur les fujets
d'autres Puiffances, g
conditions cy deffusferont obfer- "
vées fidelement & fans fraude. "
Qui de vos Patriotes pourra
tirer de cet article une confequence
femblable à l'induction de Mr
Windfers quelle perfonne fans
paffion ne dira pas que la clauſe
?
regarde fimplement la facilité des
urores ? fi les Grifons avoient
voulu pour lors confentir à ouvrir
leur Pais à des troupes , ils
n'auroientpas manquéfans doute,
comme voftre Republique l'a toujours
pratiqué en pareilles occa
fions , de specifier le nombre des
Tij
222 MERCURE
gens de guerre & la distance des
marches. Les Ligues connurent
bien en 1632. que l'Empereur
n'avoit point un pareil droit touchant
leurs paffages , lorfqu'elles
fe plaignirent en Suiffe que Ferdinand
II. avoit voulu établir fur
eux un titre imaginaire , ainfi
qu'il fe peut voir dans ces mots
de l'Hiftoire de Sprecher. *
Monfieur Windfers auroit
dû penfer plus d'une fois à fe
faire fort d'un article de l'union
hereditaire , dont le veritable fens
Notum effe Imperatorum etiam in
pofterum hoc præfumptivo jure Rhæ
torum tranfitibus abuti voluiffe.
GALANT 223
n'eſt pas feulement contraire àfa
demande , mais peut encore vous
faire reffouvenir de plufieurs contraventions
de lapart des Archi
dues à ce mefme traité. Combien
de plaintes les Grifons ont - ils porté
contre l'augmentation des impofts
dans le Tirol & les quatre Seigneuries
prés d'Arleberg ? Combien
defois ont- ils inutilement foli
cité lepayement de plus de 30. penfions
, que l'Empereur leur doit
encore aujourd'huy? Si les Comtes
du Tirol ont manqué d'obſerver
des conditions qu'ils fontfans contreditobligez
d'executer, fur quel
pied pourroient- ils vouloir exiger
Tiiij
224 MERCURE
de vous des chofes , aufquelles
vous n'eftes nullement engagez ?
Je viensprefentement aux bienfaits
, dont Mr Windfers dit que
la Maifon d'Autriche a accablé
les Grifons , en faveur du traité
hereditaire ; fon écrit parle pompeufement
des vivres que vous
avez tirez d'Allemagne. Je
fçay , magnifiques Seigneurs ,fi ce
Miniftre peut faire fur ce fujet
tant de merite àla Cour de Vienne.
Si le Tirol vous a donné des Sels ,
vous luy avez donné de l'argent
fourni des bois. D'ailleurs il
eft de l'intereft du Comte de faciliter
de tout fon pouvoir le debit
ne
GALANT 225
"
de fes denrées . Feu Mr le Baron
Roft l'a bien temoigné ; un des
plus forts motifs qui l'engagea à
à s'oppofer à l'alliance de Venife,
eftoit , difoit- il,
que les Salines
de Hall fouffriroient un dommage
irreparable ,fi les Grifons venoient
àfe fervirde celles de la Seigneurie
. Quant aux bleds , vous ne
les avez pas eu des Etats de l'Empereur
, mais du Cercle de Suabe,
vous en avez mesme fait venir
avec plus de facilité par le
Lac de Conftance , fans les voi-
Sturer fur les Terres des Autrichiens.
Difpenfez-moy , M. S. de
226 MERCURE
parler du bon voisinage que Mr
Windfers exalte fifort. Vos abfcheids
font remplis de plaintes contre
de frequentes interdictions de
commerce & d'autres mauvais
traitemens. Des violences pareilles
auront efté derobées à la connoif
fance des Princes de la Maifon
d'Autriche ; mais vous n'en avez
pas moins fouffert de leurs Mátniftres.
Siprefentement MrWind
fers vous donne à entendre , que
les derniers impofts établis fur vos
patriotes ont effé abolis , la grace
eftpeu confiderable; vous luy de
vez tout au plus la reconnoiffance
de ne vous point faire de mal
d'injuftice.
"
GALANT 227
Les biens que les
Imperiaux
vous
*
pour l'avenir dans
leMilanezfont desfruitsprecoces,
qui ont la mine de nejamais meurir.
Les traites feront entre les
mains du Prince , qui se trouvera
le maitre lors de la recolte des
grains . Les changemens arrivez
vers la fin de l'année derniere's
montrent que la campagne prochainepeut
eftie fujette à d'autres revolutions
; elles font d'autantplus
plaufibles , que les Imperiauxe
n'ontprefque point de places fortes
dans ce Duché ; le Chasteau de
Milan , Cremone , Valence
Final obéiffent toujours à Phi228
MERCURE
tippe V. Sans parlerdes Garnifons,
le Roy d'Espagne a encore fur le
Mantouan environ quinze mille
hommes , ces troupes doivent
donner la main à des armées nombreuſes
preftes à fe mettre en mouvement
pour recouvrer le reſte dis
Milanez. Mr Windfers femble
luy - mefme convenir du peril où
pourroitfe trouver Voftre Repu
"blique , fi elle s'expofoit par la
conceffion de fes paffages aux Imperiaux
, à irriter les deux Couronnes.
Lorfque ce Miniftre dit
que l'Empereur à apprehendé
commettre le bien la trandé
de
ع و م
quillité des lowables Ligues
GALANT 229
pendant qu'elles avoient fur leurs
frontieres les armes de France ég
d'Espagne , ne luy est- il pas
échappé de vous laiffer connoiſtre
la fauſſe démarche que vous au
riez faite , fi les troupes des me
mespuiffances venoient à reprendre
Le Comafque , aprés que vous auriez
ouvert voftre Pais aux Autrichiens
alon
Feftime fuperflu de répondre à
l'argument que l'Envoyéde l'Empereur
veut fonderfur le paffage
de quelques poftillons & le retour
d'un petit nombre de gens reftez
malades à Mantone. Je m'étonne
qu'on ait ofé vous faire un re230
MERCURE
&
proche , qui ne fçauroit convenir
qu'à des fujets de la Maifon
d'Autriche. Voftre Republique
pouvoit- elle refufer à des Voyageurs
fans armes la liberté d'aller
fur fes Terres ? n'en a t- elle pas
agi de mesme à l'égard d'une
plusgrande quantité d'Officiers
de Couriers Imperiaux
? je veux
croire que diverfes recrues Allemandes
ontfans fa permiffion traverfé
le Territoire des Ligues .
Je ne vous arresteray pas plus
long- temps , magnifiques Seigneurs.
L'entiere liberté ou vous Taiffe le
Traité hereditaire de fermer voftre
Etat à des troupes deftinées pour
·
GALANT 231
le Duché de Milan ; la partialité
inexcufable que vous témoigneriez
parfa conceffion de vos paffages
en faveur des Autrichiens,
aprés l'impetuofité avec laquelle
au feul bruit des armes Bavaroifes
, vos Communes fe retrancherent
en 1703. contre Mrl'Electeur
, dans le temps que
deux Couronnes & leurs Alliez
laiffoient aux Ligues un commerce
fi libre des mefmes denrées
prefentement à la difpofition de
la Cour de Vienne ; l'intereft
évident. que vous avez d'ofter
la Maifon d' Autriche , déja trop
voifine des Grifons du cofté de la
les
232 MERCURE
Suabe & du Tirol , des facilitez
à vous refferer davantage vers
Le Comafque ; le fouvenir encore
recent des plaintes qu'en 16.31. &
en 1635. vos ancêtres firent inutilement
à la Cour de Vienne ;
d'avoir contre les promeſſes expreffes
des Commandans Autrichiens
, receu en general & en
particulier des dommages ineftimables
, lors de la defcente des
Allemans en Italie pour l'affaire
de Mantouë ; la crainte de voir
naître dans le fein de vostre patrie
les malheurs de la guerre ;
la declaration
la
Diette generale
de Tavos fit pendant le
que
GALANT 233
ع و ب
mois de May 1701. aux Miniftres
des deux Couronnes & de
la Cour de Vienne d'avoir trouvé
par la pluralité des voix de Com- ·
manes, qu'elles avoientjugé con- "
venable , pour la profperité de
leurpatrie, d'obferver une exactes
neutralité , de ne point accor- " .
der le paffage par leur Païs ny à “
Lune my à l'autre Puiffance "
pour l'offenfe de l'un des deux "
partis ; mais de fe deffendre
de le maintenir avec tous les
moyens de la Republique , fi l'on «
entreprenoit de le violer; le mê- «
me ferment que vous avez depuis
eitere plufieursfois ; toutes ces con-
Mars
1707.
se
234 MERCURE
fiderations formeront chez- vous »
fuivant les apparences, des barrieres
impenetrables aux Imperiaux.
Si malgrétant de puiſſans motifs
vous ouvriez vos Terres aux
ennemis duRoy mon Maistre & de
fes Alliez , ou fi vous écoutiez le
dangereux confeil de laifferpren
dre vos paffages , en vous contentantdefairepourlaforme,
unepro-y
teftation , vous vous chargeriez
auprés de vostre pofterité des fuites
fâcheufes qu'auroit une pareille
conduite. Fefuis tres -parfaitement
Magnifiques Seigneurs
Le tres- affectionné à vousfervir
LE CHEVALIER DE GRAVILLE
GALANT 235
Je vous ay déja parlé il y
quelques années de M' le Chevalier
de Graville , & ce que je
vous en dis alors a dû vous
faire connoiftre qu'il devien
droit un habile Negociateur ;
c'eft le fentiment de tous ceux
qui le connoiffent particulierement
, & fur tout celuy des
Miniftres qui l'ont employé.
Ses Lettres s'expliquent fi clai
rement qu'elles n'ont pas
foin de Commentaires. On
peut dire qu'il y épargne la dureté
& la hauteur du Miniftere
de Vienne , dont il parle mo
deftement . Il eft conftant qu'il
么
be-
V jj
236 MERCURE
tient rarement fes promeffes
& qu'il eft tres difficile , pour
ne pas dire impoffible , de s'en
accommoder . Il menace toujours
, & dés qu'il eft en eftat
de faire du mal il le fait effec
tivement. Tout ce que les Suiffes
ont tiré des Imperiaux a
toûjours efté chargé d'impoft.
Ils n'ont jamais rien demandé
qu'en menaçant , & s'ils ont
promis des Penfions par oftentation
, elles ont efté rarement
payées ; mais lorsqu'ils ont menacé
de l'interdiction du commerce
, ils ont toûjours tenu
parole, & l'Hiftoire Journaliere
GALANT 237
fait foy de ce que je n'avance
pas icy fans fujet. Deux raifons
doivent empêcher aujour
d'huy de ferfier à leur parole
& de faire aucune alliance avec
eux. L'une eft la mauvaife fituation
de leurs affaires du cofté ,
des Mécontens , qui font dans
l'Ifle de Schut , fituée à fept
lieues de Vienne , ce qui dérange
fort les affaires de l'Empereur
qui n'a ni Troupes ni
argent , & qui n'en peut en
voyer du cofté du Rhin . L'autre
raifon n'eft pas moins for
puifqu'elle regarde ce qui
eft arrivé à l'Electorat de Bay
238 MERCURE
,
viere aprés un Traité figné par
Sa Majesté Imperiale , & l'injufte
traitement fait à Madame
l'Electrice de Baviere , & aux
Princes fes enfans , fans en
avoir donné aucune raifon ni
bonne ni mauvaiſe. Je ne m'étens
point fur cet Article dont
j'ay parlé tres-amplement dans
plufieurs de mes Lettres, and
Comme je ne prétens ' rien
ajoûter aux Lettres de Mile
Chevalier de Graville , ce Che-.
valier ne laiffant rien à dire fur
les matieres qui en font le fujet
, je paffe à ſa feconde Lettre.
>
GALANT 239
LETTRE
De M le Chevalier de
Graville , du 13. Fevrier
1707. fur un memoire
que M Stanion a prefente
à Coire de la part
de l'Angleterre le 12. du
même mois
MAGNIFIQUES SEIGNEURS ,
Les Miniflres Imperiaux font
Juns doute bien perfuadez que leurs
demandes repugnent à vos interefts ;
puifqu'ilsfe croyent obligez de fe
faire feconder auprès de vous par
240 MERCURE
leurs Alliez & de changer continuela
lement de moyens , pour furprendre
votre prudence: hier Mrde VVind
fers prefentoit l'union hereditaire ,
aujourd'huy fen Atlas foûtient le
Traite des Grifons avec le Milanez
; on gardoit apparemment cette
derniere Piece pour le Corps de re-
Serve.
Mr Stanion vient de joindre fes
inftances à celles de la Cour de Vienne
au sujet de vos paffuges
Les Ligues ont , dit-il , vers la
,, fin du fiecle dernier , ouvert leur
pays , en vertu du Capitulat selles
2 doivent prefentement en agir de
› même à l'égard du frere de Sa
Majefté Imperiale , dont le deffein
eft de renouveller l'ancienne
22 confederation du Duché de Mi
25 Lan.
ა )
*
Une
GALANT 241
"
Une pareille conceffion de votre
5, part ne rompra pas la neutralité
,, des Grifons , vous l'avez éprouvé
durant la derniere guerre ; dans
dans celle - cy louverture de vos
paffages peut s'accorder avec la
Declaration de 1701. Venife
vous fournit un exemple.
›
La France & fes Alliez ne fça
raient vous faire ny bien ny mal';
,, au contraire vous avez à attendre
desgraces des deux Princes de
,, lala Maifon d'Autriche , & ils
ils font en eftat de vous priver
d'un commerce neceffaire.
ر ف و ن
Vous meriterez par vos fervices
,, envers la grande Alliance la pro-
,, tection de l'Angleterre & des
Provinces Unies ces Puiffances
`,, employeront leur mediation & leur
intercellion auprés de l'Empereu
X
Mars 1707.
242 MERCURE
, & du Prince fon frere , vous a)-
fifteront contre vos ennemis , &
& vous feront comprendre dans
la Paix generale.
Permettez- moy, Magnifiques Sei
gneurs , d'examiner avec vous ces
quatre moyens l'un après l'autre.
Lorfque les Autrichiens fe fervoient
de la communication de vôtre
pays pendant la derniere guerre ,
ils s'estoient efforcez par un long enchainement
d'intrigues de détacher
les Lignes des anciennes liaiſons
qu'elles avoient avec la France ;
les Grifons, n'avoient point encore
fait une declaration pareille à celle
que la Diette generale de Tavos
donna au mois de May 1701. Votre
Republique reconnoiffait le Capita
lat avec Charles II , alors ennemy
de mon Souverain ; au lieu que prem
GALANT 243
Jentement ce Traité regarde Philippe
V. Fils de France , allié de Sa
Majefte Tres - Chreftienne , & feul
legitime heritier du dernier Roy Catholique
, Les Cantonsproches d'Italie
ont bien reconnu l'équité d'un
droit inconteftable & leur propre
intereft en s'alliant avec le veritable
Prince du Milanez, Mr Stanion
vous rend peu de juftice de s'imaginer
qu'aprés avoir omis de rechercher
Philippe Vlorfque ce Monarque
eftoit paisible poffeffeur du
Duché & qu'il avoit rencoigné fes
'ennemis jufqu'au de- là de Trente ;
Vous alliez inconfiderement vous jetter
dans une Alliance avec l'Archiduc
, à la premiere lueur d'une
fortune paffagere.
L'Argument par lequel on prétend
que vous pouvez ouvrir vô-
Xij
244 MERCURE
tre territoire fans donner at
teinte à la Neutralité des Li
gues , eft aufi mal fondé ; les termes
feuls de la declaration de Tavos
en 1701. prouvent évidemment la
fauffeté d'une induction pareille ;
Quand les Deputez de la Diétege
nerale affurerent ,fuivant l'ordre des
Honorables Communes , les Miniftres
des deux Couronnes & de la
Cour de Vienne , que les Grifons
n'accorderoient point le paffage ny
à l'une ny à l'autre Puiffance ,
" pour l'offense de l'un des deux
» partis; mais qu'ils le deffendroient
& le maintiendroient avec tou
leurs moyens , fi l'on entreprenoit
de le violer ; Ne vous eftes - vous
pas engagez , Magnifiques Seigneurs
, par un Serment folemnel à
fermer conftamment voftre Etat du-
و د
"
و د
و و
GALANT 245
mens
vant le cours de la prefente guerre ?
pour tacher de vous délier d'une obli
gation fi claire, Mr Stanion , mal.
gré toute fon anthipatie coutre les
Sophifmes , fe trouve contraint de
recourir à de femblables fubtilitez ,
en vous infinuant que le changede
voftre intereft , doit
changer vos promeffes . Heureufe
découverte ! Belle échapatoire ! En
verité l'on fait grand honneur à vôtre
probité , d'estimer les Ligues fufceptibles
de pareilles équivoques .
Un commerce de prés de cinq années
me donne bien d'autres fentimens
d'elles sje n'ay pas moins bonne opinion
de votre connoiffance fur le veritable
bien des honorables Commanes
: tous les Membres de votre Gou
vernement fçavent que l'intereft de
la Republique est toujours le mê
Xiij
246 MERCURE
"
me , vous avez eû de tout temps à
craindre d'eftre enfermez des Autrichiens
les anciens ennemis de vostre
Liberté, & la prudence vous a obligez
de redoubler vos précautions contr'eux
à mesure qu'ils s'étendoient
davantage fur vos frontieres ; une
pareille politique a encore exigé de
vous de grands ménagemens envers
les Puiffances capables de maintenir
la Souveraineté de voftre Pays . Si
aujourd'huy vous ouvriez votre ter.
ritoire aux Imperiaux , n'iriez-vÕUS
pas au devant de la fervitude en irritant
les Etats dont la protection
vous a eftefi neceffaire & peut encore
vous garentir de l'esclavage . Mr
Stanion vous rapporte hors de propos
l'exemple da paffage que permet Venife
: Outre que cette Republique au-
Toit , faivant toutes les apparences »
1
GALANT 247
pris le party de fermerfes Provinces ,
fi la nature avoit couvert les confins
de la Seigneurie d'une chaine de montagnes
audi difficiles que les vôtres,
Sa neutralité est entierement oppofée
à celles des Grifons : Elle s'eft engagée
pofitivement à laiffer aller fur
fon territoire toutes fortes de Troupes ,
& vous avez juré plufieurs fois de
n'enfouffrir aucunes . Je ne vous parleray
pas des malheurs aufquels fe
font expofez les Etats qui ont accordé
chez eux l'entrée à des armées étrangeres.
coup d'eil fur divers pays
d'Italie peut vous y faire voir une
rifte peinture des horreurs de la guerre
, fruits amers de cette même Neutralité
, que Mr Stanion vous exhorte
fi cordialement d'embraffer. Ofe
viez- vous , Magnifiques Seigneurs ,
wousflatter d'avoir un fort moinsfa
Un
Xiiij
248 MERCURE
nefte ? A peine avez- vous témoigne
unejufte répugnance à ouvrir , en con-
Jequence de l'Union hereditaire , vos
terres aux Imperiaux , qu'il eft
échappé à des partisans de la Cour
• de Vienne de dire que Les Miniftres
de la Maifon d'Autriche (çauroient
bien un jour s'affurer de vos paffages,
qu'ils revendiqueroient les Droi
tures & l'Engadine , & foutiendroient
que des biens allodiaux de
l'Empire n'ont pú eftre allienez par
les Archiducs , S'il eftoit permis d'attaquer
une Souveraineté auſſi legi
time que celle de ces Communes , qui
dorefnavant feroit en eftat de com
pterfur les fonds les mieux acquis ?
Fe fuis difpenfe de repondre à l'ar
ticle , où l'on ofe avancer que la
France ne fçauroit faire ny bien
ny mal aux Grifons. Vous aurez
GALANT 249
leu les
particularitez que je vous ay
rapportées le neufde ce mois touchant
la fituation des deux Couronnes en
Italie. Quand Mr Stanion vous dit
que l'Angleterre
eft unie avec
l'Empereur
, l'Empire , & les
Etats Generaux à deffein de reduire
la puiffance exhorbitante
de la France & de retablir l'equilibre
en Europe ; ne convient
il pas lay mesme , fans y penfer ,
des forces de Sa Majesté Tres - Chretienne
, & des confiderations
refpectueufes
que vous eftes obligez d'avoir
pour Elle , c'est le feul endroit de fon
memoire , auquel vous puilicz donner
croiance , par rapport à la veneration
deue à un fi grand Roy . Si
l'Augufte maison de France ne pouvoit
veritablement
s'approcher des
Grifons vers le Comafque , elle e250
MERCURE
roit hors d'état de nuire en Italie aux
Impériaux. Quelle raifon a donc
MrStanion de vouloir vous faire refoudre
enpofte fur fes inftances ? Pourquoy
vous affure - t - il que l'Empe
reur & fes Alliez regarderont
comme un refus pofitif le moindre
délay de voltre part ? Les
difficultez qu'ilfait naitre au retour
des François en Lombardie , n'ont
jufqu'icy d'autres fondemens , que
dans une imagination intereffée à
vousfurprendre. Fe reçus encore bier
avis que Monfeigneur le Duc d'Or.
leans pafferait inceffamment les ALpes,
& que des Generaux s'eftoient
déja rendus en Savoye , avec ordre
de difpofer l'ouverture de la Campagne.
La marche de Son Alteffe Roya
le oftera bientoft aux Allemans le
moyen de vous couper le commerce da
GALANT 251
Cofté de Come. Vous pouvez tirer des
bleds de Suabe , de la Suiffe , & due
Bergamafe ; & fi l'Empereur prétendoit
vous priver des fels du Tirol,
feule denrée à fa difpofition , vous
auriez une reffource dans ceux de Venife
, que les Fermiers de la Seigneu
rie feroient intereffezà vous debiter.
Aprés vous avoir menacé d'une
interdiction des chofes neceffaires à
la vie , Mr Stanion fe radoucit &
vous repait d'efperance ; mais que
ces promeffes font vagues , & peu
Proportionnées à l'importance de
vos paffages fes emiffaires donnent
à entendre fecretement à des Offi
ciers du Roy d'Espagne que leurs
emplois feront confervez fous le gou
vernement de l'Archiduc : s'il
s'il y
avoit des perfonnes affez peu fen252
MERCURE
20
fees , pour écouter de pareilles offres ,
voftre Republique n'auroit garde de
fe laiffer facrifier à l'inconftance de
quelques particuliers . Que diray je
des fecours étrangers , dont Mr Stanion
vous flatte ? cette protection
eft extrémement éloignée ; le peril
auquel on voudroit vous expofer eft
à vostre porte ; & vous pourriez
vous trouver plongez dans les derniers
malheurs , avant mefme que
d'avoir receu des nouvelles du Païs,
duquel les Anglois vous font efperer
Caftance. D'ailleurs croiriezvous
bien fincere toutes les démonftrations
de bien veillance de Mr
Stanion ? Vous fçavez trop , Magnifiques
Seigneurs , que le coin de
la veritable affection fe reconnoist
à des demandes juftes & non conGALANT
253
raires aux interefts de fes amis.
Sans vouloir m'ériger en Prophete,
je puis bien predire que la pretendue
cordialité de Mr Stanionfinira
avec le befoin qui luy a donné la
naillance.
Si jamais la fageffe a dû prefider
à vos confeils , c'est dans la
conjoncture prefente : vous ne fau
riez affez pefer vos déliberations .
La precipitation avec laquelle
Angleterre demande vostre reponse ,
montre clairement que fon but eft
d'obtenir par adreffe des chofes dont
une meure reflexion de vostre part
luy raviroit le fuccez
Songez que vous avez entre les
mains le falut de votre Pattie
Songez qu'il ne vous refteroit d'une
refolution prife trop à la bâie qu'un
254 MERCURE
inutile repentir. Fefuis tres parfai
tement ,
Magnifiques Seigneurs ,
Ze tres- affectionné à vousfervir.
LE CHEVALIER DE GRAVILLE.
L'inegalité
des demandes
de
l'Empereur
& de fes Alliez eft
toujours
grande
; tantoft
ils
veulent
que l'union
foit hereditaire
, & tantoft ils la détruifent
pour foutenir
le Traité
des Grifons
avec le Milanez
.
Le Roy d'Eſpagne
eſtant toujours
fur le Trône le Capitulat
fait avec les Rois d'Espagne
,
GALANT 255
doit eftre toujours obfervé,
La conquefte d'une partie du
Milanez ne doit point avoir
rompu ce Traité , & tant que
l'on eft en guerre & que les
uns prennent des Places que les
autres reprennent quelques
mois aprés ou les années fuivantes
, les Traitez, ne doivent
point eftre rompus , & encore
moins le Capitulat pour le Milanez
fait aveç les Rois d'Eſpagne
qui ne font pas moins
Ducs de Milan , aprés avoir
perdu quelques Places de cet
Etat , qu'ils l'étoient auparavant.
Ainfi le paffage en doit
256 MERCURE
toujours eftre fermé aux Impe
riaux de mefme qu'il l'étoit auparavant.
Les revers de fortune
regardent tous les Princes qui
font en guerre , & quand leur
infortune n'oblige point leurs
Alliez à leur manquer lâchement
de foy , le mauvais eſtat
de leurs affaires change ſouvent
bien - toft dè face , & tout revient
en fon premier état .
Nous en avons un exemple
auffi éclatant qu'il eft reffent.
Nous venons de voir le Roy
d'Efpagne hors de fa Capitale ,
& les Alliez fe croyoient déja
maiftres des deux Caftilles ;
GALANT 257
cependant Sa Majeſté Catholique
eft aujourd'huy dans Madrid
plus puiffante qu'elle n'étoit
avant l'invafion des Ennemis
, & ce Monarque fe trouve
en eftat de leur donner la Loy ,
& d'achever non - feulement de
les chaffer du refte de fes Etats ;
mais auffi de donner de grandes
inquietudes aux Portugais
qui aprés avoir embraffe fon
party , l'ont indignement quitté.
Enfin rien n'eft fi ordinaire
que de voir aprés de grandes
invafions , toutes chofes retourner
en leur eftat naturel.
Il y a peu de Puiflances dans
Mars
1707. Y
258 MERCURE
l'Europe qui n'ayent effuyé de
pareils revers , & qui n'ayent
vû leurs Capitales attaquées ou
priſes ; & cependant la Fortune
qui les en avoit fait fortir les
fait aujourd'huy regner tranquillement
Eh pourquoy le
Milanez ne peut il pas avoir la
même deftinée ?
y
: le
Le R. P. de Sainte- Marthe,
Preftre de l'Oratoire , eft mort
dans un âge peu avancé . Il foutenoit
avec honneur le nom
qu'il portoit , & que tant de
Doctes perfonnages ont porté
avant luy ; & il paffoit déja
pour un des plus habiles hom ,
GALANT 259
mes de fa Congregation . Il
eftoit fils de feu M' de Sainte-
Gouverneur de la Marthe
Martinique , & frere de feu M
de Sainte- Marthe, Gouverneur
de la Grenade & de la Martinique
, qui mourut il y a quelques
années fans enfans . Celuy
dont je vous apprens aujour
d'huy la mort , travailloit à une
nouvelle Edition du Gallia
Chriftiana , cet excellent ouvrage
auquel les deux Doctes
freres, Scevole & Loüis de Sainte-
Marthe ont travaillé pendant
so ans,& que Pierre Scevole
, Louis - Abel & Nicolas
Y ij
260 MERCURE
>
*
de Sainte-Marthe , fils de Sce
vole , publierent en 1656 .
aprés l'avoir prefenté à l'Af
femblée du Clergé de France ,
& y avoir fait des Additions.
confiderables. Le Pere de
Sainte - Marthe qui vient de
mourir en auroit fait aufli
beaucoup à l'Edition qu'il preparoit
, & il l'auroit augmentée.
de tous les Evefques qui ont
paru dans l'Eglife Gallicano
depuis 50 ans. Il y a quelque
parlay avec
temps que
je
beaucoup d'étendue de la famille
de Mrs de Sainte- Marthe
, à l'occafion de la mort de
GALANT 261
M de Sainte- Marthe , Doyen
de la Cour des Aides ; ainfi il
ne me refte qu'à vous dire que
Jacques & Charles de Sainte-
Marthe qui vivoient dans le
milieu du feiziéme fiecle, s'acquirent
une grande reputation
par leurs doctes écrits . Charles
étoit Lieutenant Criminel d'Alençon
, Confeiller & Maiſtre
des Requeftes de Marguerite ,
Reine de Navarre . Ils étoient
l'un & l'autre oncles du celebre
Scevole de Sainte- Marthe,
Prefident & Treforier de France
dans la Generalité de Poitiers
, & à qui nous devons les
262 MERCURE
éloges d'un grand nombre
d'Hommes de lettres François .
La conftance & la fermeté de
ce grand Magiftrat parurent
avec éclat aux Etats de Blois ,
en 1588. & depuis à l'Affcmblée
des Notables à Rouen .
Il mourut en 1623. âgé de 78
ans. Baif,Jofeph Scaliger , Jufte
Lipce , Cafaubon, d'Aurat , de
Thou , Janus Doufay , Rapin,
Pafquier & un grand nombre
d'autres Sçavans , parlent de luy
avec admiration . Il laiffa de
Renée de la Tour , fa femme ,
Scevole & Louis de Sainte-
Marthe dont je viens de parGALANT
263
ler. Pierre Scevole , fils de l'aîné
de ces deux freres & Hiftoriographe
de France , a foutenu
par fon merite & par fon ſçavoir
, la grande réputation que
fon pere & fon oncle s'étoient
acquife . Il a compofé l'Etat
de l'Europe en 4 Volumes in
12. Un Traité de l'Origine des
Fleurs- de- Lys , Hiftoire Genealogique
de la Maifon de la Tremoille
qui avoit été dreffée par
fon pere ; 2. Volumes d'Additions
à l'Hiftoire Genealogique de
la Maifon de France ; un Traité
de l'Origine des Maifons Souve
raines , de leurs Armes de leurs,
264 MERCURE
Titres ; un autre Traité des Vicerois
& Gouvernemens des Royaumes
& Provinces de l'Europe ;
Orbis Chriftianus , en 7 Volumes
, & Hifpania Catholica feu
de Epifcopis Hifpania .
La même Congregation des .
Preftres de l'Oratoire a perdu
un de fes plus grands ornemens
par la mort du Pere Lamirante,
Affiftant du R. P. General . Il
étoit de Confalon dans l'Angoumois
, & d'une famille dif
tinguée par fa Nobleffe & par
fes alliances . Il entra dans la
Congregation à l'âge de vingtdeux
ans , & il y eut d'abord
que
GALANT 265
que fon Noviciat fut fini , des
emplois qui marquoient l'eftime
qu'on y avoit pour luy . Il
enfeigna la Philofophie à Beaune
, en Bourgogne , & enfuite
la Theologie à Saumur avec
beaucoup de fuccés . Il fut enfuite
Superieur de la Maifon
de Troyes , & de celle de Beaune
; & de- là il fut envoyé à
Châlons fur Marne , où il fut
auffi Superieur . On l'appella
enfin à Paris , & c'eft dans la
Maifon de l'Inftitution où il
fit voir les grands talens qu'il
avoit pour la conduite des
ames , & pour les former aux
Mars
1707
ZᏃ
266 MERCURE
vertus Ecclefiaftiques
. Il a esté
ctte long- temps Superieur
de
Mailon , & pendant
qu'il en a
eu le gouvernement
, il a enrichi
fa Congregation
d'excellens
Sujets , qu'il a pris luy mefme
le foin de former : c'eft en effet
de fon Ecole que font fortis
tant de grandsHommes
qui font
aujourd'huy
, par leurs talens ,
beaucoup
d'honneur
à leur
Congregation
. Ce Pere a esté
enfuite Superieur
de la Maifon
de la rue Saint Honoré, & on le
tira de cet employ
pour eftre
Vifiteur
, & peu aprés Affiftant
du Pere General
Il fut du nom .
bre de ceux qui furent propofez
pour remplir
cette place
aprés la mort du Perc de Sainte-
Marthe , & fon humilité
fut le
GALANT 267
les
plus grand obftacle qui empâcha
fon élevation . Ce vertueux
Preftre eft mort dans les fonctions
ad
e fon Miniftere , je veux
dire qu'il eft mort épuisé par
fatigues qu'il a cuës dans le Ju--
bile. Il eftoit âgé de prés de 80
ans. Une des vertus la plus cherie
du Pere Lamirante , eftoit
T'amour de la folitude : il ne fortoit
jamais.
Mre Gabriel de Roquette ,
ancien Evefque d'Autun , y eft
mort âgé de 85 ans , après avoir
exercé pendant un long Epifcopat
toutes les vertus que S.
Paul demande dans un veritable
Evefque. Le magnifique Seminaire
qu'il a fait bâtir , fera
un monument durable de fa pieté
& de fon zele pour l'inftruc-
Zij
268 MERCURE
quet
tion du Troupeau qui luy avoit
efté confié . Ce Prelat eftoit fils
de feu Mr de Roquette, celebre
Avocat du Parlement de Toulouſe
, & frere de feu Mr de Roquette,
qui aprés avoir efté premier
Commis de feu Mr Foufut
Confeiller dans ce même
Parlement . Il vint à Paris
fort jeune , & la Reine mere
qui avoit beaucoup de confidevoulut
ration pour fon pere ,
prendre elle - mefme foin de fa
fortune ; elle luy donna , étant
encore fort jeune , une petite
Abbaye , & quelque temps aprés
il fut pourvû de celle de Panfelve
dans le Diocefe de Montauban
& il l'a poffedée juſqu'à
la mort . Feu Mr l'Evefque d'Au
tun fe diftingua beaucoup dans
GALANT 269
les premieres années de fa vie ,
par la Prédication ; il eftoit né
Orateur , & il a fait plufieurs
fois , avec beaucoup d'éclat ,
l'ouverture des Etats de Bourgogne
dont les Evefques d'Autun
font Prefidens nez . Il n'a
pas efté dans une moindre confideration
à la Cour que dans la
Province de Bourgogne ; il ya
gagné dans les fejours qu'il y a
faits la confiance des perfonnes
les plus diftinguées . Le feu Roy
d'Angleterre l'honnoroit d'une
bienveillance particuliere. Il
ya cinq ou fix ans queMrl'Evef
que d'Autun qui fe fentoit affoiblir
par l'âge & par les indifpofitions
, fe demit de fon Evelché
entre les mains du Roy , qui le
donna à Mr l'Abbé de Senaux .>
Z iij
270 MERCURE
proche parent de ce Prelat qui
luy avoit déja procuré l'Evel
ché de Saintes , fur le rapport
avantageux qu'il en avoit fait à
Sa Majefté. Mr l'Abbé de Roquette
qui fe diftingue beaucoup
par les talens de fon efprit
& fur tout par la Predication ;
eſt neveu de ce Prelat ; il a esté
Député à plufieurs Affemblées
du Clergé , il fut choisi pour
faire l'Oraifon funebre du feu
Roy d'Angleterre Jacques II .
aux Filles de la Vifitation de.
Chaillot , devant leurs Majef
tez Britanniques , & iireçut de
grands applaudiffemens . Il eft
diftingué par plufieurs autres talens;
il fçait les belles Lettres &
eft grand Theologien & bon Canonifte.
Le Siege d'Autun eft
GALANT 271 me
un des plus anciens du Royau-
; il a de beaux droits , la Regale
temporelle & fpirituelle
de Lyon appartient à l'Evefque
d'Autun quand le Siege de Lyon
cft vacant ; feu Mr l'Evefque
d'Autun a joüy de ce droit à la
mort de feu Mr de Villeroy ,
Archevefque de Lyon. Cet Archevefque
a le mefme droit à
Autun , & Mr de Saint Georges
qui gouverne cette Eglife, a joui
de ce droit pendant la vacance
du Siege d'Autun , c'est à dire,
depuis fa demiffion , jufqu'au
Sacre de Mr l'Abbé Senaux .
L'Eglife d'Autun a produit
d'excellens Sujets . Jean Quintin
étoit Chanoine de cette
Eglife dans le penultiéme fiecle .
Il prononça une Harangue aux
Z iiij
272 MERCURE
Etats de Blois , qui luy fit beau
coup d'honneur , & qui fut une
preuve de fa fermeté & de fon
zele. On la trouve dans le premier
Tome ( p . 437. ) de l'Hiftoire
Ecclefiaftique de Theodore
de Beze . Il eft vray que
plufieurs Auteurs & fur tout
celuy qui a fait des Remarques
fur l'Edition du Dictionaire de
Morery de 1704. prétend qu'il
n'eftoit pas Chanoine d'Autun;
mais fon opinion eft fort combattuë.
Le Pere la Joye ancien Religieux
de l'Abbaye de Cherbourg
y eft mort agé de cent
trois ans deux mois . Il avoit
paffé favie dans la pratique des
vertus Chreftiennes , & dans
Pexacte oblervance des devoirs
GALANT 273
defon état , Il avoit exercé dans
fon Ordre
des emplois qui
prouvent l'estime que l'on y
avoit pour luy , & la reputation
qu'il s'y eftoic acquife . Il joi
gnoit à une humilité édifiante
une grande étenduë de lumicres
. Il eftoit bon Theologien &
grand Canonifte. Il avoit em→
ployé une partie de fa jeuneffe
dans l'étude de la Scholaſtique ,
& il y avoit fait des progrez
furprenans ; il en avoit aufli fait
de tres confiderables dans les
fciences humaines il fçavoit
parfaitement les belles Lettres ,
Il avoit employé à l'étude des
anciens Auteurs tout le temps
que les autres employent au
délaſſement de l'efprit aprés les
exercices de la regle ; il eft mort
274 MERCURE
avec beaucoup de tranquillité
& de refignation .
0%
>
Mre François Baſtonneau
Vicomte d'Azay Confeiller du
Roy & Maistre ordinaire en la
Chambre des Comptes
eft
auffi decedé. La famille dont il
fortoit a donné plufieurs Officiers
à la mefme Chambre , &
au Parlement de Paris . Elle
eftoit déja connuë fous le Roy
Henry IV . ce Prince n'étant
encore que Roy de Navarre
avoit à fa Cour un des ayeux
de celuy dont je vous apprens
la mort. 1 l'honoroit d'une
eftime particuliere, & luy confioit
une partie de fes affaires
les plus fecrettes . I l'envoya
plufieurs fois dans le Bearn
pour y avoir foin defes interefts .
GALANT 275
Cette famille a auffi donné à
l'Eglife des fujets d'un grand
merite. On en vit un dans l'Ordre
de Saint Benoift fur la fin
du penultiéme fiecle qui paffoit
pour un des plus grands Canoniftés
de ce fiecle - là . Mr Baftonneau
qui vient de mourir s'étoit
acquis une eſtime generale
par fa probité & par l'attention
qu'il a toûjours euë à remplir
les devoirs de fon Etat .. Il aimoit
les fciences , il s'y eftoit
appliqué dans fa jeuneffe , & ik
y avoit fait d'aſſez grands progrez
. Il cultivoit auffi les beaux
Arts, & ceux qui s'y attachoient
trouvoient toujours chez luy
un accueil favorable .
Mre N .. le Gras Docteur en
Theologie de la Faculté de
276 MERCURE
Paris eft mort dans un âge peu
avancé. Il travailloit avec zele
& avec application dans la Paroiffe
de S. Hilaire , & quoyqu'il
n'eut pas encore eu le
temps d'acquerir beaucoup
d'experience à caufe de fa jeuneffe
, il avoit pourtant déja
travaillé avec fuccez ; les regrets
que fa mort à caufez dans
l'étendue de fa Paroiffe en eft
une preuve. Il y eftoit eftoit generalement
eftimé , la douceur de`
fes moeurs , & l'utilité de fes
confeils , luy avoient fait meriter
la confiance des perfonnes
les plus confiderables de cette
Paroiffe. Mr le Gras avoit fait
fa Licence avec beaucoup de
fuccez & il paffoit pour un des
plus folides Theologiens de la
GALANT 277
Faculté. Il s'étoit fort appliqué
à la Jurifprudence depuis qu'il
avoit quitté fa Licence , & il
avoit acquis la reputation d'un
des meilleurs Canoniftes de cet.
te Ville . Il s'étoit auffi beaucoup
attaché aux études Specu
latives. Il s'étoit long- temps
appliqué à la Geometrie & aux
Mathematiques
; il avoit même
fait des progrez confiderables
dans ces deux ſciences .
MreN... le Pefcheux ancien
Docteur en Theologie de la Fa.
culté de Paris eft mort aprés
avoir beaucoup travaillé dans
la Paroiffe de S. Jacques du
Haut- pas , où il a paflé une
partie de fa vie. Il s'appliquoit
fort au falut du prochain . Mr
le Pefcheux a eu part aux plus
278 MERCURE
SA
grandes affaires de la Faculté .
Celles qui s'y pafferent il y a
quelques années luy firent beaucoup
d'honneur . Ons luy ben
rendit melme un témoignage
éclatant dans un ouvrage qui
parut fur ces matieres . Ileftoit
grand Theologien ; il avoit fait
les études avec beaucoupe de
fuccez & il avoit receu de
grands applaudiffemens dans les
Thefes qu'il avoit foutenuës
pendant fa Licence. Il aimoit
beaucoup la retraite , & il n'en
fortoit Pour exercer les
fonctions de fon miniftere ; de
forte que l'étude & le foin des
sames partagoient tout fon tems .
Il avoit une Biblioteque affez
nombreuſe qui eftoit compofée
des meilleurs Livres en chaque
genre .
GALANT 279
Mre LouisCoufin ancien Prefident
en la Cour des Monnoyes,
& l'un de Quarante de l'Academie
Françoife, eft mort dans
un âge tres avancé . Son Teftament
fait voir des marques
de fa pieté & de l'amour qu'il
a toûjours eu pour les fcieneces.
Il a donné fa Bibliotheque
compofée de prés de dix mille
volumes à Meffieurs de S. Victor
pour l'unir à la leur , afin
que parce moyen elle fut utile
au public. Il a donné outre
zcela une fomme de vingt mille
livres à cette Abbaie , pour les
Religieux de laquelle il avoit
une affection particuliere . Ila
fondé fix bourfes dans les Colleges
de Navarre & de Beauvais
, & il a donné trente mille
280 MERCURE
livres pour cette fondation &
quarante mille livres à un particulier
qui luy cftoit fort attaché
, & qui avoit foin de fes
affaires domeftiques. Il a fait
auffi plufieurs legs pieux . Il
a fait Executeur de fon Teſament
Mr l'Abbé Mingui Chanoine
de Noftre-Dame & Con- .
feiller au Parlement, qui eftoit
fon ami particulier . Mr le Prefident
Coufin a donné beaucoup
d'ouvrages au public . Il
a traduit tous les ouvrages d'Eufebe
de Cefarée , du Grec en
Latin . Il a donné au public
l'Hiſtoire Bizantine qui eft un
corps d'ouvrage tres- confiderable
; & une traduction de
l'Hiftoire Romaine . Il a auffi
fait pendant plufieurs années
GALANT 281
le Journal des Sçavans , & il y
a travaillé feul jufqu'en 1700 .
que Mr l'Abbé Bignon donna
une autre forme à cet ouvrage.
Il avoit vendu peu avant la
mort , fa Charge de Prefident
à la Cour des Monnoyes , à Mr
Gaifier Auditeur des Comptes ,
qui a efté receu dans cette Compagnie.
avec beaucoup d'agrément
, tant à caufe de fon me
rite perfonnel que de la probité
qu'il a fait paroiftre & de
fon application au travail dans
les Charges qu'il a exercées
avant que d'achetter celle de
Mr le Prefident Coufin.
Damoifelle N ... de Bretagne
de Goello eft morte âgée
de plus de quatre- vingt ans fans
avoir efté mariée . Elle avoit
A a
Mars
1707.
282 MERCURE
-
paffé la plus grande partie de
fa vie dans les exercices de la
plus ardente charité , & de toutes
les vertus chrétiennes . Elle eftoit
fille de feu Mre Claude
de Bretagne Comte de Vertus ,
& de Dame Catherine Fouquet
de la Varenne . Elle eftoit
foeur de feuë Dame Marie de
Bretagne Vertus , deuxième
femme d'Hercule de Rohan
Duc de Montbazon , Pair &
grand Veneur de France , Comte
de Rochefort en Iveline , & c.
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur & Lieutenant General
pour Sa Majefté de la
Ville de Paris & de l'Ile de
France. C'eft cette Ducheffe de
Montbazon qui fut fi celebre
fa beauté vers le milieu du
par
GALANT 283
dernier fiecle , & dont la mort
prématurée donna lieu à une
converfion d'éclat. Elle eſtoit
mere de Mr le Prince de Soubize
Lieutenant des Gendarmes du
Roy. La Maifon de Rohan-
Montbazon s'eftoit déja alliée
dans celle de Bretagne- Vertus
par le Mariage de Pierre Prince
de Guemené , qui époufa en
premieres noces Antoinette de
Bretagne- Avaugour , fille de
Charles Comte de Vertus &
de Goello , Vicomte de S. Nazaire
, & c. & de Philippe de
S. Amadour Dame de Choiré.
C'eft de ce Mariage qu'eftoit
venu Hercule de Montbazon
dont je viens de parler . La
Maifon de Vertus eft fortie de
celle des anciens Ducs de Bre-
Aa ij
284 MERCURE
tagne , & elle tire fon origine
d'un Comte de Vertus , fils naturel
d'un Duc de Bretagne.
Elle a toûjours foutenu l'éclat
de cette origine par les
grandes Alliances qu'elle a
prifes dans les meilleures Maifons
du Royaume , & par la figure
qu'elle a faite dans le
monde.
Il me reste beaucoup d'articles
de morts que je me trouve
obligé de referver pour le mois
prochain J'ajouteray ſeulement
à ceux que vous venez de lire,
la mort de Dame Elifabeth
Lombart. Elle avoit épousé Mre
François Pidou Chevalier ,
Seigneur de S. Olon Commandeur
de l'Ordre Militaire &
Hofpitalier de Noftre- Dame
"
GALANT 285
謝
du Mont- Carmel & de S. Lazare
, Gentilhomme Ordinaire
du Roy , cy- devant Envoyé Extraordinaire
de Sa Majefté à
Gennes , & fon Ambaffadeur à
Maroc . Cette Dame eft morte
aprés une cruelle maladie qui
aduré quatre mois pendant lefquels
ellca offert à Dieu toutes
fes fouffrances avec tant de
conftance , & d'une maniere fi
chrétienne , que fa maladie &
fa mort ont efté d'une grande
édification . C'eſt à fon bon
efprit , à fes leçons judicieufes
& à fes foins , que le fils & la
fille qu'elle laiffe font redevables
d'une éducation qui luy
fait honneur . Le garçon eft
l'aifné ; il eft fage & bien faits
il parle plufieurs fortes de
1
事
286 MERCURE
lagues . Il eft Chevalier de S. La
zare , & Enfeigne au Regiment
des Gardes . Il receut à Ramillies
une bleffure à la main droite dont
il eft eftropié. Sa foeura plus
d'efprit & de conduite que l'on
n'en a ordinairement à fon âge .
Elle jouë de plufieurs inftrumens
, & fur tout du Claveffin
où elle excelle, & elle fçait parfaitement
bien la Mufique.
La famille des Lombarts eft
originaire de Champagne , où
elle a toûjours tenu rang parmi
la bonne Nobleffe ; mais
le grand pere de la deffunte
ayant cu onze garçons , & fon
bien n'ayant pas fuffi pour les
élever tous felon leur naiffance ,
les uns entrerent dans le fervice
, & les autres prirent le
GALANT 287
"
party du commerce . Me de S.
Olon n'a eu qu'un frere qui eft
mort Secretaire du Roy , & qui
a laiffé deux enfans ; fçavoirun
fils auffi Secretaire du Roy , &
Vicomte d'Hermenonville , qui
a époufé Loüife Eugenie de
Vieil- Chaftel de Montalant ,
dont le pere eftoit Capitaine
de Cavalerie , & le grand pore
Commandant des Moufquetaires,
& une fille mariée àMr Mallet
, Seigneur de Luyfard & de
Noyfielle , & Confeiller au
" Parlement de Paris.
Le Mandement qui fuit merite
beaucoup d'attention .
288 MERCURE
DON LOUIS BELLUGA
ET MONCADA,
Par la grace de Dieu & du Saint
Siege Apoftolique , Evêque
de Cartagêne , Confeiller
d'Etat , Viceroy & Capitaine .
General du Royaume de Valence
: A nos bien- aimez en
Jefus- Chrift , les Fidelles de
noftre Dioceſe , Salut en nô-
Seigneur.
Veu la fueur miraculeuse , & les
larmes que l'Imagefacrée de Notre-
Dame de Pitie répandit trois
>
par
fois avec tant d'abondance , le bui
tiéme & le neuvième du courant
dans une maison du jardin de cette
Ville , laquelle maiſon regarde Alicante
;
GALANT 289
ز
les
cantece prodige ayant continué
deux jours , durant l'espace de dix
heures , en commençant le huitième
à une heure aprés midy, juqu'à midy
du jourfuivant ; de maniere que
lingesfur lesquels l'Urne de l'Image
facrée eft pofée , & même la terre en
furent baignées ; ce qui fut regardé
avec admiration de toutes les Troupes
de la Ville qui campoient de ce
cofté- là , auli bien que de nous , qui
avons eu le bonheur de nous y trouver
affez toft , pourremarquer les traces
de la fueur , &pour toucher les
Linges & l'urne qui en eftoient encore
tout mouillez Aprés avoir fait information
de ce prodige ; reçu la dépofition
de vingt - quatre témoins
choifis entre plufieurs autres ; l'affaire
ayant efté examinée & conclue
dans des Affemblées de Theologiens
Mars 1707. Bb
290 MERCURE
& de perfonnes pieuſes , ainfi que
l'ordonne le Concile de Trente : Nous
avons declaré & declarons , que lef
dites larmes & ladite fueurfont miraculeuses
, & que la facrée relique
des linges où les larmes & la fucur
ontcoule , font dignes du culte & de
la veneration publique.
Nous ne pouvions alors trouver
d'autre raison de ces larmes & de
cette fueur , que la grande mifericorde
de lafainte Vierge , à l'égard de
cette Ville qui demandoit à fon
tres-cher Fils qu'il daignaſt la défendre
contre les ennemis qui lameçoient
& qu'il délivraſt un parti
de nos troupes , qui à la mefme heure
qu'on s'apperçut de la futur eftoit
aux mains avec un parti des ennemis
, & qui l'avoit défait. Mais
ayant appris depuis , que le mefme
GALANT
291
jour entre dix & onze heures du
matin , les ennemis de noftre Sainte
Religion s'eftoient emparez de la
Ville d'Alicante à la referve du
Chaſteau , nous avons eftéconvain
cus que les larmes & la fueur de
la Sainte Vierge venoient fans
doute d'un fentiment de douleur ,
que la Reine des Anges témoi
gnoit avoir des ravages que les
heretiques faifoient alors dans cette
Ville & des outrages & des impietez
qu'ils commettoient à l'égard
des facrées images , comme nous le
craignions ; toutes les perfonnes pieu.
Jes furent perfuadées que s'en eftoit
le veritable motif, ce qui s'eft confirmé
par la fueur d'une image du
Sauveur qui fut veuë le 15. dans
une des Eglifes Paroiliales de cette
Ville , ce que nous ne regardonspas
Bb
ij
292 MERCURE
encore comme une chofe autentique
& averée.
Aujourd'huy Mercredy au foir ;
un Capitaine & deux Lieutenans
d'un des Regimens qui avoient efté
en Garnifon dans la Ville d'Alicante
, dont l'an eftoit forti le 15.
& les deux autres le 14. nous ont
demandé audience . Nous les avons
interrogez fur l'état de la place . Ils
nous ont repondu qu'ils ne pouvoient
nous raconter , fans fe fentir le
coeur percé de douleur les excez que
les Anglois avoient commis dans
les Eglifes de la Ville ; qu'ils
avoient efté témoins oculaires que
ces beretiques défefperant de prendre
le Chaftenu , s'eftoient jettez dans
les Eglifes, & qu'à grand coups
d'épée ils avoient mis les images
en pieces , coupant auxunes la tefte,
GALANT 293
les bras aux autres , & qu'ils
les avoient toutes brisées & jettées
par terre. Un des Officiers qui nous
ont parlé , nous a affuré qu'il
avoit pris luy- mefme entre ces bras
une image de la Tres- Sainte Vierge
coupée en deux , & qu'il avoit vù
un Soldat , qui d'un feul coup avoit
abbatu la tefte d'un Ecce hommo .
Un autre nous a dit qu'il avoit
vù quelques Officiers Anglois qui
entrerent dans l'Eglife de Saint Ni
colas , qui eft la Collegiale , donton
ne permettoit point l'entrée aux
Soldats , parce qu'on y avoit mis
une Sauvegarde pour conferver des
meubles qu'on y avoit portez; il
avoit veu, dis-je , ces Officiers s'ap_
procher de l'Eglife le chapeau fur
fur la tefte, quoy que le Vicaire fut
à la porte , tenant entre fes mains
Bb iij
294 MERCURE
le Trés- Saint Sacrement ; qu'ils
avoient paffe immediatement devant
le Preftre fans donner aucune
marque de refpect pour le Saint Sacrement
; qu'un Preftre s'eftant
avancé les ayant avertis que
par ces fortes d'irreverences ils ruinoient
leurs affaires , & qu'ainfi
il les prioit d'ofter leurs chapeaux ;
qu'un d'eux méprisantcet avis , prit
fon chapeau & en donna un coup
au Preftre & au Soleil , & que
zous enfemble s'en eftoient mocquez,
ce qui obligea le Vicaire à renfermer
le Saint Sacrement ; tous
les Catholiques qui s'eftoient refagiez
dans ce Temple facré gemiffant
& fondant en larmes. Qu'on
en avoit và d'autres chez les Meres
Capucines déterrer les corps de la
Mere Urfule Miracla & de la
GALANT 295
Mere Efpadagna , Fondatrice du
Convent , qui efloient mortes en
odeur de Sainteté , lefquels n'ayant
point trouvé les Trefors qu'ils efperoient
, les avoient trainez dans
Eglife. Et ces trois Officiers atef
tént que cela a
cela a efté general dans
toutes les Eglifes , quoyqu'ils ne
Payent pu voirque dans celles dont
on vient de parler , parce qu'auſſitoft
qu'ils furent pris , on les renvoya
aprés leur avoir fait payer à
chacun dix piftoles , Ils ajoûterent
que dans tout le pais d'alentour la
douleur & la confternation estoient
generales, parce qu'un Soldatavoit
tiré un coup de fufil à la Statuë.
de Noftre- Dame du Carmel ; qu'ils
en avoient enterré une autre dans
le Convent de S. Jean de Dieu ;
que dans la maison des Jefuites ,
Bb iiij
3
296 MERCURE
ils avoient tiréun coup de fufil à an
Crucifix ; & qu'ils avoient coupé le
vifage à l'Image de Notre- Dame
des Anges; qu'ils avoient arraché les
vafes facrez des mains des Preftres,
& qu'ils avoient commis beaucoup
d'autresfemblables facrileges ; qu'ils
avoient brifé les Tabernacles , en-
Levé les habits Sacerdotaux , &
que des Eglifes ils en avoient
fait des écuries ; qu'au refte ils ne
difoient rien qu'ils n'euſſent vû ở
entendu depuis des gens dupays qui
gemiffoient de voir ce qui s'eftoitpaffé
dans les Eglifes de la Ville ; qu'el
avoient efé generalement pillées &
·faccagées à la referve de deux , ſçavoir
, celles de Saint Nicolas & de
Sainte Marie , quifurent épargnées
au profit , comme il eft à prefumer ,
de celuy qui commandoit les TrouGALANT
297
pes , & afin que les Habitans quiy
avoient transporté beaucoup de chofes
, les rachetaffent du pillage .
Et leur ayant demandé à quelle
heure ces defordres avoient commence,
ils nous affurérent tous trois qu'ils
avoient commencé le même jour à
midy , & qu'ils avoient continué
prefque tout le lendemain . Ce
font précisément les deux jours que
durérent les larmes & la fueur de la
Reine des Anges , la tres- Sainte
Vierge, & l'heureprecife qu'elle commençafans
doute defuer , quoy qu'on
ne s'en foit apperçu qu'une heure
aprés . Les depofitions de ces trois ".
Officiers s'accordant parfaitement
avec celles de quelques autres Soldats
qui eftoientfortis d' Alicante le
même jour que la Ville fut prife ,
aufquels nous n'avions point donné
298 MERCURE
une entiere creance fufpendant noftre
jugementjufqu'à une plus umple information
, nous Ordonnâmes qu'on
en informaft , & qu'on ajoutaft leurs
témoignages aux actes de la declaration
de la qualification du mi-
Tacle , ce qu'ils firent auffi toft , &
avec ferment . Tont cela nous a efté
confirmé depuispar les Députez que
nous ont envoyé les deux Jurifdictions
Ecclefiaftique & Seculiere d'Orihuela
, feulement pour nous en donner
connoiffance
Parce que le Seigneur a daigné
faire ce miracle dans cette Ville ,
par le moyen de fes facrées Images ,
avec cette remarquable circonstance
defueurs & de larmes , à la vûë de
l'Armée qui eftoit campée de coſté là,
lefquelles commencerent à couler , au
moment que commença le combat de
GALANT
THEQUE
BIBLIOT
LELA
nos Troupes & de celles des e
&parce que d'ailleurs ce fut le t
mejour à la même heure que commencerent
les impietez les facrileges
outrages qu'on afaits auxfaintes
Images , nous ne pouvons douter
que noftre tres-mifericordieufe Mere
n'ait voulu par ces marques de douleur
dans ces circonstances de lieu &
de temps , nous encourager & nous
armer d'unfaint zele pour expier les
facrileges injures qu'on a faites à la
fainte Vierge, à l'Image de fon Fils
des autres Saints , & pour nous engagerparfes
larmes qui ont efté vûës
de nos Soldats lorfqu'ils efloient en
armes à la venger des ennemis de
Dieu & de fa Religion , leurfaifant
enindre par fes larmes qu'ils ne devoient
pas tant regarder dans cette
guerre , la justice de la cause de leur
300 MERCURE
Roy & de leur Patrie qu'ils deffendoient
, que fa propre caufe , & celle
defa Religion .
Quoy que nous ayons toujours efté
dans cette penfee , comme nous en
avons démontré la verité dans noftre
Lettre Paftorale , aujourd'huy cependant
nous nous croyons obligez par
le prefent miracle , & les obfervations
que nous avons faites , à déclarer
à nos tres - chers fils en noftre
Seigneur , que s'ily en avoit qui euffent
douté en quelque forte jufqu'à
prefent , s'il s'agilfoiticy d'une guerre
de Religion , ils ne devoient plus
balancer fur cela , puifque le Ciel
nous en donnoit des preuves fi manifeftes
& fi convaincantes . De plus
ce qui doit nous affermir dans cette
fainte refolution , & nous encourager
à tout entreprendre aux dépens méme
GALANT 301
de nos vies , eft l'experience que nous
avons de ce qui s'eſtpaſſé à Cartage.
ne , où il femble que la maniere dont
Les ennemis y font entrez devoit empêcher
ces prophanations & cesfacri..
leges.
Tout cela nous convainc , que fa
nous ne voulons voir nos Images
trainées & foulées aux pieds devant
nous , les armes des heretiques employées
à les brifer & à les défigurer 3
fi nous ne voulons voir nos Temples
& les Eglifes où nous adorons la
Majefté de JESUS - CHRIST , dans
le S. Sacrement , prophanées & cette
Image facrée que le Seigneur a mife
devant les yeux pour confondre leur
erreur , & pour eftre un accufateur
qui leurreprochefans ceffe leur aveuglement
; fi nous ne voulons , dis -je ,
la voir devenir objet de leurfacri-
•
302 MERCURE
legefureur , eftre mise enpieces &reduite
en poudre , &fi nous ne voulons
auffi , je ne fçay fi nos chers enfans
auront le coeur de le voir , &fi
j'auray des paroles affez fortes pour
l'exprimer, que le Dieu vivant devant
qui tremblent les puiffances du
Ciel , au feul, nom duquel l'Enfer
fremit,foit foutée aux pieds de ces
perfides & facrileges heretiques, Enfinfi
nous ne voulons eftre les efclaves
des ennemis de noftre fainte Religion
qui nous commandent en maiftres ;
puifque d'ailleurs nous fçavons qu'-
ils font la guerre non comme Troupes
auxiliaires , mais comme Chefs de
l'entreprise.
les
Il faut donc conclure que fi nous
ne voulons pas voir de nos yeux
mêmes fujets de douleur & d'autres
Images dans d'autres Villes pleuGALANT
303
rer les outrages qu'on fera aux
noftres , nous devons regarder precifement
cette guerre comme la caufe de
Dieu & de noftre Religion , ainfi
que le Ciel vient de le declarer par
des fignesfi fenfibles , &nous devons
la foûtenir avec ce genereux & catholique
engagement que demande
une fi fainie entreprife , ayant pou
jours devant les yeux que nous ne
deffendons pas feulement les interefts
de Philippes V. qui eft noftre Roj
fur la terre ; mais ceux du Roy d
Ciel, defa Religion , de fes Images ,
defon Sanctuaire, de fes Eglifes , de
fes Miniftres & de fon Prelat qui eft
L'objet de la plus grande indignation
des heretiques parce qu'il ne fe taist
pas lors qu'il voit les Loups allieger
Le Bercail de fon Eglife pour devorer
fes Brebis ; parce qu'il prend laplu304
MERCURE
me , qu'ilprévient & qu'il tache d'écarter
les coups qu'on leur porte .
Vous devezcroire , mes tres- chers fils
en Noftre- Seigneur , que Dieu nous.
favorifera , & que celuy qui mourra
on qui répandra une partie de fon
fang à la deffenfe d'une fijufte cause ,
arrivera au plus grand bonheur qu'il
puiffe efperer en cette vie , & il doit
eftre dans une ferme confiance que
Dieu luy donnera pour prix d'une fi
Sainte & fi catholique refolution , la
Couronne immortelle defa gloire.
C'est pourquoy nous attendons de
la bravoure que nous avons remar
quée dans nos Troupes , fpecialement
depuis ce qui vient d'arriver & de la
fainte haine dont nous les voyons
animées contre les ennemis de noftre
fainte Religion , puifqu'elles defirent
verfer leur fang pour deffendre
GALANT 305
non-feulement leur Roy , mais leurs
Eglifes , leurs Temples & leur Images
, nous attendons , dis-je , qu'ils
feront une vigoureuse deffenfe , &
afin que dans cette guerre fainte elles
reçoivent des fecours plus particuliers
du Ciel , aufquels elles doivenfe
difpofer par la reforme de leur vie
& de leurs moeurs ; & afin d'y engager
le Seigneur, & luy ôter des mains
Les verges
dont il chaftie nos pechezs
puis qu'il paroift maintenant que fa
mifericorde veut bien nous pardonner.
Nous exhortons nos tres - chers
enfans de le trouver tous les armes à
la main : nous les prions par les entrailles
de Jefus. Chrift de fe confeffer
& communier , & afin qu'ils le
faffent nous aurons foin d'envoyer dés
le matin des Preftres à l'Armée qui
les exhorteront àjoindre les Larmes
Mars 1796 .
Cc
.
306 MERCURE
•
d'une vraye penitence à celles de la
Sainte Vierge afin qu'elles foyent
agreables aux yeux de Dieu . Nous
faifons la même exhortation à tous nos
Diocefains , leur fignifiant la preffante
neceffité où nous fommes d'ufer
de cette diligence qui eft la marque
la plus certaine que nous puissions
donner non feulement de noftre amour
& de noftrefidelité envers noftre Roy
& naturel Seignenr , que nous voulons
fecourir mais encore du zele de
la Religion qui brule dans nos coeurs.
De mefme nous les exhortons tous ge
neralement à jeuner trois jours de la
femaine prochaine qui feront le 25.
le 27. & le 28. du courant , ce qui ·
s'obfervera exactement comme nous
le croyons dans cette Ville , & dans
tous les lieux de noftre Diocefe , &
afin que nos prieres foyent auffi conf
GALANT 307
tantes & auffi fouvent réiterées que
le demande la neceffité prefente , &
que les peuples ayent la confolation
devoir tous les jours le Saint Sacrement
expofe pour que leurs prieres fe
faffent avec plus de ferveur & de
devotion&c.
Le refte du Mandement regarde
la maniere de gagner les
Indulgences accordées par ce
Mandement , & les Eglifes qu'il
faut vifiter , & il finit par ces paroles
:
Enfoy dequoy nous ordonnons qu'on
donne les prefentes , & nous difons
qu'elles font fignées de noftre main
& plus basde noftre Secretaire.
Ce Mandement doit faire admirer
le zele & la religion du
Prelat qui l'a fait publier,, &
4-
Ccij
308 MERCURE
comme on ne le peut lire fans
faire enfuite beaucoup de reflexions
, je vous laiffe faire les
voltres .
En vous parlant le mois paſſé
du mouvement qui s'eft faic
dans les Gardes Françoifes , je
vous ay feulement dit que la
Compagnie vacante par la mort
de Mr de la Barre a efté donnée
à Mr Briçonnet , je dois ajoûter
icy que la Lieutenance de Mr.
Briçonnet a efté donnée à Mr de
la Bordene , qui fert dans ce
Corps depuis plufieurs années.
Il s'eft trouvé dans toutes les
actions où ce Regiment a efté
employé , & il y a donné de
frequentes marques de fon courage.
Il eft d'une famille qui a
produit plufieurs perfonnes dé
GALANT
309
merite & de valeur . Mr l'Abbé
de la Bordene qui a efté longtemps
Aumônier des Moufquetaires
, eft frere de celuy qui
donne lieu à cet Article ; il eft
encore plus diftingué par fa
vertu & par fon merite que par
fes talens , qui font fort étendus.
La Maifon de Mr dé la Bordene
eft de Perigord , & elle eft
alliée aux plus confiderables familles
de cette Province ; Son
pere & fon ayeul ont fervi le
Roy avec beaucoup de zele &
de diftinction , & ils ont reçû en
plufieurs occafions des marques
authentiques de la fatisfaction
que leurs Generaux , & le Roy
même ont eus de leur valeur.
Cette famille eftoit déja con310
MERCURE
nuë en France fous le regne de
de Henry III. & elle a produit
fous les regnes fuivans plufieurs
perfonnes d'un merite diftingué
dans la Robe & dans l'Epée .
La Sous lieutenance vacante
par la promotion de Mr de là.
Bordene à la Lieutenance , a
efté donnée à Mr de Bordeille ,
qui a déja fait plufieurs Campagnes
, & qui eft d'une tres ancienne
mailon de Perigord ; la
maifon de Bordeille tire fon nom
de la terre de Bordeille , qui eft
une des quatre premieres Baronnies
de Perigord ; elle a donné
plufieurs Sénéchaux à cette
Province, un Chevalier de l'Ordre
du S. Efprit , & un Cardinal
, qui a efté Evêque de Perigueux
& Archevêque de Tours ,
GALANT 311
Prelat encore plus diftingué par
fa vertu que par fa naillance &
par fes dignitez . Mr l'Abbé de
Brantome , dont la memoire eft
fichere aux gens de lettres
eftoit de cette maifon , à laquelle
il a fait beaucoup d'honneur
par les talens de fon efprit . Mrs
de Bordeille font connus dans
le Perigord dés le temps que
cette Province avoit fes Souverains
particuliers ; & ils tenoient
déja un rang confiderable
fous les Comtes de Perigieux
. Il y avoit à la bataille
de Jarnac un Baron de Bordeille
qui fe diftingua beaucoup . Il
combattit toûjours fous les
yeux du Duc d'Anjou , qui fut
élevé fur le Trône de Pologne
& qui regna enfuite fous le nom
312 MERCURE
d'Henry III. Ce Seigneur eut
même beaucoup de part à la faveur
de ce jeune Prince , & il
le fuivit en Pologne , d'où il
revint en France . Il quitta la
Cour aprés la mort funefte de ce
Monarque & fe retira en Perigord
où il mourut .
Mr le Chevalier de Paz , Capitaine
de Dragons , a eu l'Enfeigne
qui vacquoit par la promotion
de Mr de Bordeille . Mr
de Paz fert depuis plufieurs années
, quoy qu'il foit encore affez
jeune ; & il a donné des
preuves fignalées de fon courage
dans les dernieres actions
qui fe font paffées en Flandres .
Il est d'une naiffance confiderable
, & plufieurs de fes ayeux
ont efté tuez au Service de nos
Rois.
GALANT
313
Rois. Ily en cut un de ce nom
qui fe diftingua fort fous le regne
d'Henry III. Il garda toûjours
une fidelité inviolable à
ce Monarque , fans que rien fuft
capable de l'en détourner . Ce
Prince l'employa en diverfes
affaires particulieres , dont il
eut lieu d'eftre fatisfait. Il s'étoit
trouvé aux batailles de Jarnac
& de Moncontour , que ce
Monarque qui n'eftoit, encore
alors que Duc d'Anjou , gagna,
& il fuivit enfuite fon Maiſtre
en Pologne , d'où il revint en
France avec luy , & il mourut
peu aprés ce Prince .
Mr le Comte de Scoraille
Brigadier des Armées du Roy a
vendu fon Regiment de Dragons
, & il a acheté celuy d'An-
Mars 1707. Dd
314 MERCURE
-
jous il fervira en qualité de Brigadier.
La maison de Scoraille
eft de la Province d'Auvergne ,
dont Mr le Comte de Rouffille
aîné de la Maiſon eft Licutenant
general , La branche dont
celuy qui donne lieu à cet Article
, eft le chef , eft établie en
Bourgogne. Me la Ducheffe de
Fontanges , four de Me la Comteffe
de Molac eftoit de cette
Maifon qui defcend d'un Seigneur
de Scoraille , qui fut
guery d'une fiévre tres - violente
par l'interceffion de S. Marius
, Fondateur de l'Eglife de
Mauriac en Auvergne , Difciple
de S. Auftremoine , premier
Evêque d'Auvergne . Le Château
de Scoraille eft dans la
haute Auvergne , à cinq lieuës
d'Aurillac, Le Siege qu'y mic
GALANT
315
Pepin pere de Charlemagne en
767. eft une marque de fon antiquité
; on voit un ancien hom
mage prefté par un Vicomte de
Gimel à un Vicomte de Turenne
, du douzième fiecle , où il
avoit pour témoins Eftienne de
Scoraille, Phaydit de Turenne,
dont la posterité fubfifte encore
en Quercy, & Hugues de Noailles
, quatorziéme ayeul de Mr
le Maréchal Duc de Noailles .
3 Mr de Scoraille à vendu fon
Regiment à Mr de Saumery ,
Moufquetaire du Roy. I eft de
la maison de Johanne , dont je
vous ay déja parlé plufieurs fois,
& dont Mr le Marquis de Saumery
, cy - devant Sous - Gouverneur
des Meffeigneurs les Princes
, eft le Chef.
Dd ij
316 MERCURE
Mr le Marquis de Renty a eu
l'agrément du Roy pour acheter
la Compagnie des Gendarmes
de Bourgogne , de Mr le Comte
de Liniers . Il eft fils de Mr le
Marquis de Renty , Lieutenant
general de la Franche - Comté ,
& petit fils de feu Mr de Renty ,
mort on odeur de fainteté, aprés
avoir fait plufieurs établiffemens
Ecclefiaftiques qui font
autant de monumens de fa pieté.
La Maiſon de Renty eftoriginaire
de la Province d'Artois.
Elle y eft alliée aux Comtes de
Horn & d'Altena , de Henin ,
Comtes de Boffut , & Barons
d'Auxy & de Liedkerke ; & aux
Maifons de Croy Ducs d'Arfchot
& d'Ayneux d'Allencourt ,
& par la maifon de Croy d'ArfGALANT
9 317
chot celle de Renty eſt alliée à
celles de Bourgogue par le mariage
d'Antoinette de Bourgo
gne avec Charles de Croy Duc
d'Arfchot. Elle porte par conceffion
des premiers Ducs de
Bourgogne, d'argent à trois dodoires
de gueules , les deux adoffées
en chef & l'autre en pointe .
Feu Mr de Renty de fainte memoire
, crut que c'eftoit par un
fecret de la Providence qu'il·
avoit des doloires à fes armes ,
qui eft un outil de Cordonnier ,
& c'eft pour cette raison qu'il
fit l'établiffement des Freres
Cordonniers.
Mr le Comte de Liniers qui
a épousé Mlle de Sourches , fille
de Mr le Grand Prevoſt , eſt
fils de feu Mr Colbert , Miniftre
Dd
iij
318 MERCURE
& Secretaire d'Etat , & frere de
feu Mr de Seignelay & de Mr
l'Archevèque de Rouen .
Le carnaval s'eft paffé à Marly
d'une maniere digne dela
Cour d'un grand & fage Monarque
. Le Jeudy le Roy fit
la reveue des Regimens des
Gardes Françoifes & Suiffes , •
dont les Compagnics qui parurent
fort lentes , le trouverent
completes. Ceux qui furent témoins
de cette revûë dirent qu'-
elles n'avoient jamais efté plus
belles .
Il y cut un grand Bal le Vendredy
où la Cour d'Angleterre
fe trouva . Sa Majesté Britannique
, & Madame la Princeffe fa
foeur danferent à ce Bal , avec
une grace fans pareille , & qui
GALANT
319.
accompagne toutes leurs actions
. Les Mafques ne furent
point reçus à ce Bal , non plus
qu'à ceux du Dimanche & du
Mardy. La Cour y brilla beaucoup,
& lalageffe du Souverain
qui les donnoit fut d'autant
plus admirée , que la joye fage
& moderée qui parut dans ces
Bals , fut un effet de fa prudence
& de fa précaution.
On chaffa le Cerf , & l'on joüa
pendant les autres jours du Carnaval
.
Le 15. Sa Majefté , accompagnée
de Meffeigneurs les Princes
& d'un grand nombre de
Dames , prit le divertiffement
de la Challe du Vol , dans la
Plaine de Villepreux , Sa Ma-
Dd ij
320 MERCURE
jefté joüiffant toûjours d'une
fanté tres -parfaite.
Le Carnaval s'eft paffé à
Se ux avec la magnificence ordinaire
, & les Bals y ont efté
ouverts à tous les Mafques le
Dimanche & le Mardy. Comme
l'on eft affuré d'y voir une brillante
& nombreufe affemblée , &
d'y trouver toutes fortes de rafraîchiflemens
, pour ne pas dire
davantage, le Prince & la Princeffe
qui font les honneurs de
cette delicieuſe Maiſon, eſtant
toûjours galans & magnifiques ,
& ne fe laffant point d'en donner
des marques éclatantes , on ne
doit pas s'étonner fi l'Affemblée
y est toujours nombreufe . Elle
n'a jamais efté plus grande que
cette année , & le chemin deParis
jufqu'à Seaux y a toûjours efté
GALANT 321
pendant toute la nuit également
remply de carofles. Le nombre
de ceux qui eftoient aux environs
du Chateau eftoit fi prodigieux,
qu'il auroit efté abfolument
impoffible de les compter
à ceux qui auroient voulu l'entreprendre.
La plufpart de ces
Caroffes ayant repris le chemin
de Paris depuis le milieu de la
nuit jufqu'au matin , on fut furpris
d'en voir arriver autant
d'autres qui remplirent les
places de ceux qui les avoient
occupées pendant toute la
nuje ces Caroffes qui arrivoient
appartenoient aux Maf
ques qui rempliffoient encore
l'Affemblée , & qui ne
voulant s'en retourner qu'au
jour, avoient pris la précaution
322 MERCURE
de renvoyer leurs caroffes à Pa
ris , avec ordre de ne revenir
que le matin. La confufion auroit
efté grande en arrivant à
Seaux , & le defordre s'y feroit
fans doute mis , fi l'on n'avoit
pas eu la precaution de faire
éclairer les dehors du Chateau ,
les Cours & les Efcaliers , par
un grand nombre de falots &
d'autres lumieres , de maniere
que ces lumieres aidoient à
trouver tous les lieux que l'on
cherchoit , & faifoient éclater
le brillant amas de tous les habits
des Mafques , dont la varieté
des couleurs auffi - bien
que la richeffe , produifoit un fi
merveilleux effet qu'il eft plus
aifé de fe l'imaginer que d'en
donner une parfaite idée . Des
GALANT 323
ordres fi bien & fi judicieuſement
donnez pour le dehors ,
doivent vous faire juger que
rien ne manquoit au dedans de
tout ce qui pouvoit faire goûter
à l'Affemblée , fans incommodité
, les plaifirs qui l'y avoient
attirée . En effet , rien n'y manqua
pendant toute la nuit , &
aprés que les Maſques eurent
toûjours trouvé de quoy fe ra
fraichir pendant un fi long efpace
de temps , l'Affemblée qui
étoit encore nombreuſe à fept
heures du matin , fut ſurpriſe
de voir encore fervir à cet heure-
là , une collation auffi magnifique
que file Bal n'eut efté
commencé que depuis une heure
ou deux , & que perfonne
n'euft encore veu des effets de
324 MERCURE
la magnificence depuis l'ouverture
de ce Bal , du grand Prince
& de la grande Princeffe , chez
qui l'on courre toujours avec
empreffement lors qu'ils ont la
bonté de permettre que l'on
participe à leurs plaifirs. Je ne
vous dis point que l'on dança
dans plufieurs Appartemens ;
vous jugez bien que c'étoit une
neceffité , l'Affemblée étant
auffi nombreuſe qu'elle Fétoit ,
ou plutoft les Affemblées qui
furent plufieurs fois renouvellées.
Je ne parle point de l'a.
vanture qui arriva à un galant
homme qui entendit conter
fort fpirituellement des douceurs
à fa femme ; mais fon inquietude
ne dura pas longtemps,
ayant appris que le Maf-
>
GALANT 325
que qui les contoit faifoit un
des principaux ornemens du
beau Sexe .
La place de Dame du Palais
qui vacquoit par la mort de Ma
dame la Marquile de Mongon ,
dont je vous ay amplement parlé
il y a quelques mois , en vous
apprenant la mort , vient d'être
remplie par Madame la Marquife
de la Valliere , le Roy
ayant permis à Madame la Du
cheffe de Bourgogne de nommer
cette Marquile pour occu
per un Pofte fi avantageux , &
qui fait d'autant plus connoitre
le merite & la vertu de celles
qui en font pourvues , les perfonnes
qui approchent de fi prés
les grandes Princeffes devant
toujours fervir d'exemple aux
326 MERCURE
►
autres . Me la Marquife de la
Valliere eft la quatriéme fille
de Mr le Maréchal Duc de
Noailles , & âgée d'environ 22,
ans . Elle a été élevée dans l'Abbaye
de Saint Antoine ; elle a
beaucoup d'efprit , de folidité,
dejugement & de brillant tout
enfemble. Elle s'eft appliquée
à l'étude de l'Hiftoire & de la
Philofophie , dont elle parle
tres- jufte . Elle eft naturellement
éloquente ; auffi parlet
- elle tres bien,
Le Roy vient de donner
quatre Brevets de Colonels ,
à quatre des plus anciens Lieutenans
du Regiment des Gardes
Françoifes ; fçavoir à
Mrs le Feron , la Foreſt , du
Phays , & de Vizé . Ce dernier
GALANT
327
ce n'eſt
eft aufli Ayde Major du mefme
Regiment. Je ne fçay s'ils font
icy dans leur rang d'ancienneté ;
pas de
quoy il s'agit ,
mais de faire connoiftre que les
Brevets que le Roy vient de
leur accorder , leur donnent
rang pour devenir pluftoft Brigadiers
des armées de Sa Majeſté
La foudre eftant tombée it
y a quelques années fur l'Eglife
de la belle Abbaye de Poiffy &
la couverture en ayant efté confumée
, les Religieufes convinrent
fous le bon plaifir du
Pape , que le Roy nommeroit
à l'avenir la Prieure de ce Con
vent . C'est ainsi que l'on doit
nommer celle qui en occupe le
premier rang , & non Abbeffe ,
328 MERCURE
quoyqu'au lieu du nom de
Prieuré & de Prieure , on le
foit fait une habitude en parlants
de ce Prieuré & de la
Prieure de dire Abbaye &
Abbeſſe, L'accord dont je viens
de vous parler a efté fait en
confequence de ce que le Roy.
Sardepenſé prés de quatre cens
mille livres à retablir l'Egliſe
de cette Maiſon Le Pape y a
confenti , & Sa Majesté vient
d'y nommer pour la premiere
fois . Me de Chaulnes qui en
eftoit la derniere Prieure , étant
decedée , la Religieufe
que le Roy doit nommer à
ce Prieuré , doit eftre du meſ.
me Convent . Sa Majesté vient
de nommer Me de Mailly qui
a toutes les qualitez neceffaires
GALANT 329
pour remplir la place de la
deffunte. Il cft vray qu'elle
n'eftoit pas dans ce Convent ,
lorfque le Roy l'a nommée ; mais
elle avoit eu permiffion de fe
retirer à l'Abbaye aux Bois
pour des raifons particulieres ,
& qui ont efté trouvées fort
juftes. Cette nouvelle Prieure
eft belle- feur de Me de Mailly ,
- Dame d'Atour de Madame la
Ducheffe de Bourgogne . Elle
eft dans une eftime generale ,
& le choix de Sa Majefté en
eft une preuve convaincante.
Ce Prince vient de donner
plufieurs penfions , plus ou
moins fortes , fuivant les cmplois
& les fervices de ceux que
Sa Majefteen vient de gratifier.
Ceux qui les ont obtenues font
Mars 1707 Ec
330 MERCURE
•
Mr le Marquis de Bouzolles &
Mrs de Kercado , de Sigogne &
de Valouze . Si ces Mrs aimoient
autant la Musique qu'ils
le ils
chanteroient l'Air fuivant avec
plaifir en reconnoiffance des
bien - faits qu'ils viennent de
recevoir de Sa Majesté . Il eft
de Mr Metz de la Fleche en
Anjou .
ai
métier
des armes
,
AIR NOUVEAU.
Monarque Souverain dont nous
fuivons les Loix A
Soutiens le Grand Louis le plus
parfait des Rois ,
Et porte a fi haut point fon bonneur
&fa gloire,
GALANT 331
Que les ficcles futurs en gardent
la memoire.
Le Roy a donné des Brevets
de Mestre de Camp à Mrsyde
Trefnel & des Clufelles , Marefchaux
des Logis des Moufquetaires
Gris , & cinq Croix
de S. Louis à autant d'Officiers
de fon Regiment d'Infanterie,
du nombre defquels eft Mr de la
Buffiere Aide- Major.
13
Louis Guerin Libraire , ruë
S. Jacques à l'Image de Saint
Thomas d'Aquir , vend un Livre
qui a pour Titre , Entretiens fur
la Religion contre les Athées , les.
Deiftes contre tous les autres
Ennemis de la Foy Catholique , par
Mr Michel le Vasseur , Preftre du
Diocefe de Blois. Ce Livre eft
Ee ij
332 MERCURE
in 12. & ne contient que quatre
cens trente- neuf pages . Il paroîe
d'abord qu'un fi petit Ouvrage
ne doit pas fuffie pour une fi vafte
entreprife ; mais il ne laiffe pas
de fatisfaire fes Lecteurs ; it
renferme trois Entretiens.
L'Auteur prouve dans le premier
où il parle contre les
Athées , qu'il y a un Dieu , &
fait connoiftre par des preuves.
convaincantes aux Payens , aux :
Juifs & aux Mahometans que
Dieu eft l'Auteur de la Religion
Chrétienne , & qu'il veut.
que tous les hommes la fuivent
jufqu'à la fin des fiécles ; en
forte qu'ils ne peuvent luy care
agréables par aucune autre
voye.
Il prouve dans le fecond
GALANT 333
contre les Calviniftes , les Lutheriens,
lesȘociniens , & contre
tous les autres Heretiques ,
qu'ils n'ont aucune certitude ,
qu'ils fuivent veritablement la
Religion Chrétienne .
Et il prouve dans le troifiéme
qu'il n'y a que les Catholiques
qui en foient folide
mens affurez.
Comme je ne vous parle or
dinairement que de quelques
Livres nouveaux , & que cet
endroit regarde Mrs les Auteurs
des Journaux des Sçavans
& des Memoires de Trevoux ,
je ne vous en diray pas davantage
touchant le Livre que je
viens de vous annoncer , & je
me contenteray feulement d'ajouter
à cet Article que les
334 MERCURE
Memoires de Trevoux difent ,
qu'on doit rendre justice à l'Au
tear , dont le Livre eft un abregé
fort folide , & rempli d'une grande
quantité de reflexions utiles & judicienfes.
Les Lettres qui fuivent vous
feront connoiftre la fituation
des affaires d'Efpagne , & ce qui
s'y eft paffé depuis ce que je
vous en ay dit dans ma derniere
Lettre.
A Madrid le 21. Fevrier .
Les avis que l'on a de la Frontiere
de Valence par les Officiers
Generaux qui commandent
font que les Ennemis ont envoyé
de nouvelles Troupes à Elclié
GALANT 335
qu'ily a apparence qu'ils étendront
leurs Quartiers dans les
lieux voifins. Du refte ils n'a
voient encore fait aucun mouvement.
On croit cependant qu'ils
fe difpofent à entrer inceЛſamment
en campagne.
Le Gouverneur Portugais de
Ciudad - Rodrigo ayant marché
avec la plus grande partie de fa
Garnifon pour enlever un détachement
de Troupes Efpagnoles
qui eftoit logé dans un Village ,
qui eftoit chargé de la garde d'un
Pont entre Salamanque & Ciudad-
Rodrigo , trouva beaucoup de
refiftance , força neanmoins le
336 MEK CURE
F
1
pofte où il fit foixante prifonniers
de guerre Espagnols , ayant fait
·paffer defa Cavalerie à gué pour
les envelopper. D. Antonio de
Montenegro , Maréchal de Camp
Efpagnol , qui commande de ce côté-
là , en ayant efté averti monta
à cheval en diligence avec deux
Regimens de Cavalerie , & ayant
atteint les ennemis dans leur retraite
, il chargea leur arriere -garde.
dont il túa ou fit prifonniers trois
censhommes, reprit les beftiaux
qu'ils emmenoient avec euxs
Un Officierdépêchépar le Prince
de Tferclaës , arriva hier aufoir
avec des Lettres de ce Viceroy qui
demande
GALANT
337
demande une augmentation de
Troupes afin de rétablir la communication
avec
ecFacca , & de fecourircette
Place. On fe difpofe à luy
en envoyer , quoy qu'on foit cependant
perfuadé que Mrle Prince
Tferclaes a plus de Troupes qu'il
ne luy en faut pour couvrir fa
Frontiere.
Mrle Marquis de Valero , Viceroy
de Sardaigne , ayant demandé
depuis long- temps fon congé , le
·Roy d'Espagne a nommé Mr le
Marquis defamaïque, fils du Duc
de Veraguas, pour cet employ.
La valeur que Don Antonio
de Montenegro a fait paroiſtre
Mars 1706. Ff
338 MERCORE
en cette occafion luy a attiré
beaucoup de loüanges ; mais il
n'en merite pas moins pour
avoir pris fon party fi promptement
, pour reparer la perte
que les Efpagnols venoient de
faire , ce qui marque beaucoup
d'attention pour le fervice , &
de prefence d'efprit ; ce qui n'eft
pas moins neceffaire que
leur à un Officier general .
La Lettre qui fuit vous paroîtra
remplie d'un grand nombre
de faits curieux .
la
va-
A Oleron , ce 5. Mars 1707 .
Les dernieres Lettres de Madrid
font du 16. du paffe. Elles portent
que les deffeins de la Cour pour l'ouverture
de la Campagne font impeGALANT
339
netrables . On n'y dit point avec certitude
comment ni par où l'on commencera
mais il eft certain que les
forces du Roy font fuperieures à tel
point qu'on a mis en déliberation
dans Valence , s'il ne convenoit pas,
a l'Archiducpourfa fureté de repaf-
Jer en Portugal, Mylord Peterbou
rough a infifté pour l'affirmative
mais il s'eft trouve feul de fon avis ,
tous les autres Officiers Generaux
ayant effe contre , donnant pour rai-
Jon quefi Archiduc quitte , le peuple
prendra cela pour foibleffe ; qu'il
changera , & que tout fera perdu. Il
reftera donc, non pas dans Valence ni
dans l'Arragon; mais en Catalogne.
Son départpour Barcelone eftoit pu
blie pour le 19. de Février , & déja
l'on embarquoit fes équipages . Sa
necefité eftoit telle que de mille Cais
Ff ij
340 MERCURA
defroment dont la Ville de Valence
lay a fait prefentpour l'entretien des
Troupes , il a efté obligé d'en faire
vendre cinq cens ; chaque Cais contient
neuf mefares de Bearn. Le
Comte de Cifuentes s'eft tellement
oublié devant luy , qu'en perdant
le respect , il a tiré l'épée & bleſſé en
fa prefence le Prince Antoine Diewrichtein
, qui a efté Gouverneur de
Archiduc. Le Comte de Cardone
fon Viceroy en Valence , Don Manuel
Mercader, premier Prefident ,
& DonJuan Terraga dont on ne dit
point la qualité , font aux Arrefts
dans leurs maifons parfon ordre pour
fait de contufion. Il voulut auft
faire arrefter Don Raphael Nebot ;
mais le peuple fe mutina , difant :
s'il traite ainfi cet homme qui
F'a fi bien fervi , que ne fera- t- il
GALANT 341
point aux autres ? Cette émotion
obligea l'Archiduc à moderer fon ordre,
& à fe contenter de luy donner
la ville
pour prifon .
Quatre Navires de guerre Fran
çois efcortant fept autres Baftimens
font arrivez en ce Port , où ils ont debarque
quelques Soldats , beaucoup
de bombes de carcaffes , & d'autres
provifions de guerre & de bouche.
Quatre- vingt voiles des ennemis
parmy lefquels il y a douze Vail.
feaux de guerre font entrées dans le
Port d'Alicante , où elles ont débarqué
5000.hommes tout au plus , & des
provifions de guerre & de bouche . On
compte qu'avec ce fecours les enne
mis ne peuvent avoir dans ce Royau.
me que vingt deux mille hommes de
Troupes reglées , & que s'ils prennent
le party de garder les places ,
Ffiij
342 MERCURE
Comme il y à apparence , il ne lear
reftera preſque point de Troupes pour
tenir la
Campagne.
Lu groffeffe de la Reine fe confirme
de plus en plus . Elle produit
un effet merveilleux ; les gens de
Courécrivent quelle vaut cinquante
mille hommes de bonnes troupes an
parti du Roy , tant elle échaufe les
coeurs des fujets fidelles , & chagrine
les Rebelles . Mr de Mahoni
partit le ro. du passe pour aller vers
la frontiere de Valence pour raffembler
l'armée. Mr de Barvvick
partit en pofte le 15. & prit la mes
me route avec Mr de Popoli , Mrs
le Marquis d'Aitone & le Comte
d'Aguilar , Don Antonio del Valle
Don Carlos de San-Gil , Lieutenans
Generaux. Les troupes qui
effoient en quartierdans la Manche
GALANT 343
4
i que
la
font parties le 16. pour Albacete ,
où est le quartier general . Les ennemis,
ont abandonné Denia , ainfi
que quelques poftes fur la frontiere,
& fait revenir du cofté de Valence
les troupes qui les occupoient. De
trois cens hommes qu'ils avoient
dans Requeña ils en ont tiré cent
cinquante , & les ont fait mar
cher à Valence. On écrit
Ville d'Alcoy s'eft foumise au
au Roy
fans avoir efté attaquée. Mrs de
Joffreville & de Pons font à Molina
; ils ont quatre bons Regimens
dans ce pofte ou aux environs.
Or mande aufi que nous avons
cinq mille chevaux entre Siguença
& Tudela, & qu'onfait de grands
amas de provifions dans cette der.
niere place. On écrit auffi que be
Comte de la Puebla , Chef des
Le
344 MERCURE
cation
que
Rebelles d'Aragon , s'eftant emparé
des rentes des Ecclefiaftiques de la
Ville de Calatayud , ils ont ceffe
de faire toute forte de fervice . Ils
ont mefme fermé les Eglifes , &
affiché aux portes une excommunile
Grand Vicaire aful
minée , en reſſentiment de quoy le
Comte de la Puebla l'a fait arrefter
& conduire à Sarragoffe . On mande
de Pampelune qu'on y prepare douze
mille rations pour feize Bataillons
qui y font attendus de France, pour
renforcer Mr de Saluzzo qui doit
agir contre l'Aragon.
Je ne doute point que la lectu-.
re de cette Lettre ne vous aic
fait beaucoup de plaifir. La fuite
fait voir tous les jours qu'elle
ne contient que des chofes veritables.
Les effets que produit
GALANT
345
la groffeffe de la Reine d'Efpagne
vont au- delà de l'imagination
, & le Peuple de Madrid
ne ceffant point d'en témoigner
fa joye qui femble augmenter a
chaque inftant , quoyqu'elle ait
d'abord paru des plus vive , s'affemble
tous les jours dans la
place du Palais pour s'informer
des nouvelles de la fanté de
cette Princeffe , ce qui l'oblige
fouvent a le faire voir fur fon
Balcon , dont ce grand peuple
eft fi charmé , qu'il ne ceffe
point par les cris de joye , &
par fes acclamations de faire
connoiftre fes veritables fentimens
, & de faire des voeux au
Ciel pour l'heureux accouche
ment de cette grande Reine .
La Lettre que vous allez lire
346 MERCURE
n'eft pas moins curieufe & moins
remplie de faits que les deux au .!
tres .
A Oleron Ce 12 Mars 1707.
Les dernières Lettres que nous
avons de Madrid font du 28. da
mois dernier Elles portent qu'on
.avoit avis que Mr de Barovick
eftoit arrivé à Albacete où fon armée
s'affembloit. On affure qu'elle
fera de foixante Bataillons & de
cent un Efcadrons .
On a fceu que la derniere flote
arrivée à Alicante n'y a debarqué
que quatre mille hommes. e
Trois cens familles du Royaume
de Valence ont paffe dans noftre
Camp.
"Il eſt auſſi certain que l'ArchiGALANT
347
duc ayant fait demander au Paroiffes
fituées aux environs de la
Ville de Valence , leurs beftes de
charge pourporter en Catalogne fes
equipages & ceux des Officiers &
des troupes qui doivent le fuivre , il
ya eu plus de quatre cens habians
de ces Paroiffes qui ont quitté &
qui ont paffé dans la Manche avec
leurs Troupeaux & leurs meilleurs
effers.
Le deffein de ce Prince eft de fe
retirer à Tarragone , ne trouvant
point de feureté dans Valence . En
effet il paroift impoſſible qu'on y
puiffe refifter à l'armée du Roy ,
fur tout fi les Catalans fent occupez
par une armée Françoife qui doit
eftre tres-forte.
On a affiché au Palais de Valence
& à l'Hostel de Kille , des
348 MERCURE
き
Pafquinades contre l'Archiduc tout
à fait méprifantes . Le Secretaire da
Marquis de las Minas y a efté tué
dans une emente populaire , & le
Marquis de Santa - Cruz a eu le
mefme fort. Ileftjuftement puni d'avoir
paffé chez les ennemis l'année
derniere avec trois Galleres du Roy,
La groffeffe de la Reine va parfaitement
biens elle est à prefent
de cinq mois.
Mr de Monte- Negro , Brigadier
Espagnol , natif de Grenade
qui fert fur la Frontiere de Portu
gal fous Mr le Marquis de Bay , a
défait entierement un gros parti de
Portugais en ayant tué ou pris fixe
cens & chaffe le reste à plus de
deux lieues dans leur pais , d'où th
a ramené un butin confiderable.
Les Catalans ont rapèllé leurs
Miquelets
GALANT 349
Miquelets qui eftoient en Aragon.
Je feay pour certain que l'Archiduc
envoya il n'y a que buit
jours un homme de confiance , &
neanmoins de petit ordre , à Mr de
Tferclaës Vice- Roy de Navarre ,
pour l'informer de l'état prefent de
Sarragoffe , fur quoy Mr deTferclaës
depefcha d'aborddeux Courriers ; l'un
au Roy & l'autre à Bayonne , & l'on
ne doute point que ce ne foit pour
hater la marche des Troupes qui
doivent fervir contre l'Aragon, qui
non feulement n'en a aucunes , mais
dont la plus grande partie du peuple
eft defabusée des efperances imaginaires
que les Aragonois avoient
conçues du parti de l'Archiduc &
de fa fuperiorité pretenduë.
Ils avoient rempli de monde depuis
plus de deux mois les avenuës
Mars 1706 . Gg
350 MERCURE
"
de Jacca ; & les tenant ainfi bou
chées , la Garnifon Françoiſe qui
eft dans la Citadelle fous les ordres
de Mr le Vicomte de S. Martin,
faifoit fon Carnaval au pain &
à Peaudepuis trois femaines ; mais
enfin Mr de Saluzzo y a marché
avec un grand Convoyseftorté par
deux mille hommes , y compris le
Regiment de Dragons de Marimon.
Les ennemis l'ont attendu en un
Lieu appellé Santa Silla fitué
deux lieues de Jacca , fe fiant à
des coupures & des retranchemens
qu'ils avoient faits fur le
chemin , mais les Dragons ne les
y eurent pas plutoft attaquez , que
ce peuple prit l'épouvante de telle
forte , que fans que nous ayons eu
aucun homme de tué ny qu'un feul
bleſſe , nous en avons tué deux
GALANT 351
cens aux ennemis , & pris foixante
& dix , & nous fommes entrez dans
Facca le Dimanche du Carnaval 6º
jour du courant , ou nous fimes entrer
le mefme jour & la nuit fuivante
fix cens Mulets ou Chevaux
qui portoient noftre Convoy.
Cette action a confterné les Rebelles
de cette contrée ; de maniere qu'ils
ont abandonné leurs demeures que
les noftres faceagent.
t
*
Ce que l'on a dit de la difette
du bled dans le Royaume de Valence
eft confirmé par les dernieres
Lettres qui affurent que
la famine y a fait périr beaucoup
de monde , & que les
terres de cet état n'ont point
efté enfemencées cette année .
Je ne vous dis rien des complimens
que la Reine d'Ef-
Gg ij
352 MERCURE
*
pagne continuë de recevoir tous
les jours de la part de toutes les
Villes qui compofent le Royaume
d'Eſpagne , & de tous
τους les
corps qui font dans ces mefmes
Villes. Un Volume entier ne
fuffiroit pas pour vous en don
ner le détail. J'ajouteray feulement
à cet Article d'Eſpagne
que le temps me preffe de finir,
que l'on ne peut rien ajoûter à
la vivacité du zele de Mr le Cardinal
Portocarero , qui a trouvé
moyen d'engager tout le Clergé
d'Efpagne de prefter à Sa Majefté
Catholique deux millions.
d'écus , ce que ce Clergé a fait
de la meilleure grace du monde,
quoyque plufieurs Evefques &
plufieurs Chapitres cuffent déja
fait au Roy des dons graGALANT
353
tuits fur leurs revenus.
Toutes les nouvelles qui ont
affuré que l'Archiduc quitteroit
le Royaume de Valence , font
confirmées par la retraite de ce
Prince à Tortofe , ce qui ne
peut rien produire d'avantageux
pour luy
Je dois vous apprendre en
vous parlant des Vaiffeaux du
Mexique arrivez à Breft le 27 .
du mois paffe , qu'ils font partie
de ceux qui compofent ce que 、
les Efpagnols appellent Armadille
, diminutif d'Armada , qui
fignifie Armée Navale , ce qui
elt different d'une Armée de
terre , qu'ils appellent Exercito.
+
Ils nomment celle - cy l'Armadille
de Barlovento, qui eft le nom
qu'ils donnent à l'Efcadre que
Gg iij
354 MERCURE
le Roy d'Efpagne entretient
dans le Golfe de Mexique pour
la feureté de leur commerce de
Port en Porty & pour donner la
chaffe aux Corfaires & aux ennemis
de leur Nation , qui ne
frequentent que trop ces mers.
Barlovento veut dire au def
fous du vent , des lles qui font
à l'Orient du Mexique , & d'où
le vent vient toute l'année entre
les deux Tropiques en cé
Pays -là.
Le plus grand de ces deux
Vaiffeaux , nommé Noftra Señora
de Guadeloupe , porte le nom de
Capitane , & Pavillon au grand
maſts , comme Amiral de l'Armadille
, dont le Vice- Amiral
eſt nommé Amirante , portant la
Cornette au maft de Mizaine
GALANT 355
& le Contre- amiral qui porte
fon Pavilion à l'Artimon , eſt
appellé par les Efpagnols el Go
vierno OD OS
Cette Capitane , commandée
par Don André de Pez , General
de l'Armadille , eſt un Vaif.
feau percé pour 60. Canons
dont il en a cinquante quatre de
montez ; il a efté bâti à Campê
che , l'un des plus confiderables
Ports de la Nouvelle Espagne ,
où l'on fait venir la mâture de
Penzzacola , Forterelle qui appartient
aux Efpagnols dans la
Floride, à 5o. ou 60. lieuës à l'Orient
de l'embouchure du Fleuve
Miffiffipi , & où les Efpagnols
entretiennent un Gouverneur
& une garniſon de deux ou trois
cens hommes , ce Gouverne
356 MERCURE
ment relevant de la Viceroyau
té du Mexique . C'eft aux environs
de Penzzacola que fe trouvent
les plus beaux mafts du
monde en une quantité prodigieufe
, & d'où on les tranfporte
dans tous les Ports de la
Nouvelle Espagne , à la Havane
, & aux Atteliers des autres
Ifles de la Terre- ferme de l'Amerique
, où les Espagnols font
conftruire des Vaiffeaux .
La Fregate d'Avis de 20. canons
, nommée Notre- Dame de
l'Incarnation , commandée par
Don Diego Sanchez , fervoit de
Patache au Vaiffeau , qui portoit
plus d'un million de piaf
tres pour le Roy , & beaucoup
d'argent pour les Negocians.
Ces deux Vaiffeaux qui estoient
GALANT 357
partis enſemble de la Vera-
Cruz le vingt - deux Decembre ,
arrivérent à la Havane , Port de
l'Ile de Cuba , quelques jours
aprés , avec le Vaiffeau nommé
te Registre de Campêche , chargé
auffi d'un million de piaftres
pour le Roy d'Espagne . La Patache
de Don Diego Sanchez
l'un & l'autre richement chargez
d'or , d'argent , & de mar
chandifes , avec un autre Vaiffeau
Malouin , qui furent feparez
de la Capitane par un coup
de vent au milieu de leur route
, ſont arrivez heureuſement à
San - Lucar de Baramede .
Ces quatre Vaiffeaux s'étoient
joints à la Havane à trois Vaiffeaux
Marchands François , deux
de Saint Malo , dont l'un eft le
Glorieux de 18. canons com358
MERCURE
mandé par Mr de la Motte , &
l'autre de Nantes de 36. canons
nommé le Salabery , commandé
par Mr Thomas avec lefquels
les quatre Vaiffeaux Efpagnols
mirent à la voile de la Havane
le 28. Janvier. La Capitane , la
Patache , & deux Vailleaux .
François arrivérent ensemble à
Breft le 27. Fevrier , aprés une
navigation dont la diligence a
peu d'exemples ; depuis la dé
couverte de l'Amerique on n'avoit
point encore confié autant
de richeffes à aucun Vaiffeau
fi peu accompagné :
Sur un avis qu'avoit eu Mr le
Duc d'Albukerque , Viceroy
du Mexique , que le Roy fon
Maiftre avoit repaffé en France,
aprés le mauvais fuccés du fiege !
GALANT 359
de Barcelone , & que d'un autre
cofté l'Armée ennemie qui étoit
en Portugal avoit penetré jufqu'à
Madrid , crut que dans la
fituation où eftoient les affaires
du Roy d'Efpagne , il ne pouvoit
luy donner des marques
plus effentielles de fon zele &
de fa fidélité , qu'en luy envoyant
en quelque lieu qu'il
puft eftre , dequoy foutenir l'injufte
guerre que l'on faifoit à
Sa Majefté Catholique , & il
refolut fans hefiter , non - feulement
de hafarder tout l'argent .
qu'il envoyoit au Roy fon Maître
fur les Vaiffeaux qui ſe trouverent
alors à Vera Cruz en
eftat de naviger , avec les deux
autres mais il engagea auffi
les Negocians de Mexique d'em-
སྙ་
-
360 MERCURE
barquer fur ces quatre Baftimens
tout l'argent & les Marchandifes
qu'ils avoient fait enregistrer
, & dont il fçavoit que
le droit de cinquième qui en eft
dû à Sa Majefté Catholique ,
luy pourroit fournir les grandes
fommes dont elle avoit befoin
pour foûtenir la guerre , ce
qui fait voir que fi quelques Ef
pagnols ont manqué à leur devoir
, une infinité d'autres ont
donné des marques d'une fidelité
inviolable , tant en Espagne
que dans les autres Etats du
Roy leur Maiftre ; de maniere
qu'on ne peut affez louer tant
de braves Efpagnols qui fe font
diftinguez par leur fidelité , leur
attachement , & leur attention
à fervir leur legitime Souverain
dans
GALANT 36c
dans les occafions importantes ,
ainsi que vient de faire Mr le
Duc d'Albukerque.
Je viens d'apprendre que l'un
des trois Vaiffeaux arrivez à
San - Lucar , dont je vous ay
parlé dans cet Article , a péry
en chant dans le Port.
Je dois adjoûter icy,que la joye
que Don André de Pez reffentit
en arrivant à Breſt , alla au
delà de l'imagination . Trois
chofes cauferent l'excez de joye
dont il fut transportés, L'une
de voir les trefors qu'il avoit
amenez en feureté après avoir
ĆEĆ
expofé aux perils les plus
évidens , les Ennemis eftant puiffans
dans les Mers d'où il venoit,
& fon escorte eftant tres fobile
fa joye , quoique déja fort gran.
Mars 1707.
Hh
362 MERCURE
de, redoubla , lorfqu'il apprit que
le Roy d'Espagne eftoit rentré
dans Madrid. En éfer quoique le
mauvais fuccez de la Campagne
precedente eût fait tort à fes
affaires , on peut dire qu'il luy
avoit cfté avantageux , puifqu'il
avoit fait redoubler l'amour de
tous les vrais Espagnols pour
ce Monarque , & que tous les
Etats du Royaume s'étoient empreffez
à luy donner des fecours
d'hommes & d'argent ; que les
uns luy avoient prêté de groffes
fommes; que d'autres lui avoient
fait des dons gratuits ; que des
Villes particulieres & des Provinces
entieres avoient levé des
Compagnies , & même des Regimens
à leurs dépens , & que
Les affaires d'Efpagne eftoient
#
GALANT 363
dans une fi heureuſe fituation
que l'on attendoit de grandes
chofes à l'ouverture de la
Campagne , & l'entiere réu
nion des Royaumes qui s'étoient
foulevez , fous la même
Domination , & cette efperance
eftoit d'autant mieux fondée
que l'on eftoit bien informé que
les Rebelles fouffroient impatiemment
la domination de l'Archiduc
, fous laquelle toutes
leurs loix eftoient renversées &
& leur Religion tournée en dérifion
.
Le troifiéme fujet de joye que
reffentit Don André de Pez , &
quiachevad'ymettre le comble,
fut la certitude de la groffeffe de
la Reine d'Efpagne qui produi
fit le méme effet fur luy, qu'elle
Hhij
364 MERCUREA
avoit fait fur tous les cours des
Sujets les plus affectionnez au
Roy fon Maître , & qui avoit
tellement refferé les noeuds
de leur amour , que les écla
tantes marques qu'ils en donnerent
parurent autant de nou
veaux fermens de leur fidélité .
Pendant que ce zelé d'Efpagnol .
s'abandonnoit à la joye que luy
caufoient tant de grandes nouvelles
, il en reçût de la Cour
qui luy furent fort agréables ,
puifque le Roy luy fit fçavoir
qu'il vouloit qu'il fût le Maître
dans le Port de Breft , comme
il le feroit dans les Ports d'Ef
pagne ; & qu'il pouroit ordonde
fa Flotte & de ce qu'elle
portoit, comme il le jugeroit à
propos pour le fervice de Sa
F
GALANT 365
Majefté Catholique . Il aprit
par le même Courier que Son
AlieffeRoyale Monfieur le Duc
d'Orleans venoit à Madrid pour
fe mettre enfuite à la tête d'une
des armées du Roy d'Espagne ,
ce qui luy fit d'autant plus de
plaifir , qu'il n'ignoroit pas que
ce Prince eft fort aimé & fort
confideré dans tous les Etats du
Roy fan Maître . L'Ecurie de
Son Altele Royale partit pref
que cdans le même temps de Paris.
Monfieur de Plouy qui la
commandoit étoit à la tête avec
quelques autres Officiers de la
même,Ecurie , & dix Pages de
Son Alteffe Royale ; on voyoit
enfaite 40 Chevaux de main
avec leurs houffes , & l'on
Compta jufqu'à 100 Chevaux
Hh j
366 MERCURE
dans cette marche.
Quelques jours aprés on vie
paffer 30 Suiffes de la garde de
SonAlteffe Royale , commandez
par Monfieur de Fitte qui en
eft Lieutenant . Ils eftoient fuivis
de 35. Mulets de la Chambre
& de la Garderobe , qui avoient
à leurs rête Monfieur d'Albe
ras leur Capitaine.
La Maiſon partit quelques
jours enfuite , commandée
par
Monfieur de Frefquaire qui en
eft Contrôleur General . Il étoit
accompagné de trois autres
Contrôleurs qui font Mrs Bizo
ton , Lango & Frefnier:
Les Gardes partirent quel--
ques jours aprés la Maifon. Ils
étoient commandez par Mi de
S.Germain qui en eft Enfeigne
GALANT 367
On ne peut rien ajouter au
bon état auquel parurent tous
ces Corps aux yeux de tous
ceux qui les virent paffer ; on
ne doit pas s'en étonner , rien
n'eftant mieux reglé que la Maifon
de Monfieur le Duc d'Or
leans , & ceux qui en ont fain →
ne luy laiffant manquer de rien.
Je ne vous parle point du jour
du départ de Son Alteffe Royale ,
mais felon toutes les aparances
ce Prince partira dans le même
temps que vous receverez ma
Lettre.
Vous avez apris par les der
nieres nouvelles publiques la
priſe de plufieurs Vaiffeaux ennemis
, & fur tout celle de 14 .
Vaiffeaux que Mr du Queſne a
fait conduire à Breft , par cinq
368 MERCURE
Vaiffeaux de la Flotte qu'il com
mande . Cette Prife faifoit partie
d'une Flotte de 19 Vaieaux
qui alloit à Lisbone , & qui é
toit chargée de bifcuit , de froment,
de chairs falées , de charbon
de terre , de fer de merrein,
de plomb , de poudre , de boulets
, & de balots de Marchandifes
, les deux Vaiffeaux de
guerre qui efcortoient cette
Flotte prirent d'abord la fuite .
Je dois ajoûter à ces prifes .
& à celles qui font dans les dernieres
nouvelles publiques; plufieurs
autres prifes dont le dénombrement
feul vous furprendra.
Quatre Armateurs de S. Malo
ont pris cinq Vaiffeaux d'Amfterdam
qui revenoient de VeGALANT
369
nife,où ils avoient chargé beau
coup de provifions , dont la Ville
d'Amfterdam avoit befoin . Vous
trouverez encore beaucoup
d'autres prifes dans l'article:
que vous allez lire.
Extrait d'une Lettre du
Havre du 22. Mars .
Je vous diray que quatre Corfaires
de Dunkerque , fçavoir le
Comtede Toulouse , le Barentin ,
le Marquis de Bernieres , & an
autre , pouffez d'un vent d'Amont
ont conduit dans ce Port deux prifes
Angloifes allant à Lisbonne , une
dex 8. canons chargée de bled & de
balots , faite par le Comte de Toulouſe
après s'eftre battu avec une vis
gueur incroyable & s'eftre fait rafer
370 MERCURE
comme un ponton , ne luy estant refle
que le grand mafs de bout . On ne
feaitpoint encore ce qui eft dans les
ballots , le Capitaine qui eft beffe
en deux endroits , ayant répondu à
ceux qui luy ont demandé , regarde
dedans , & tu verras . On travail.
Le à traduire les reconnoiffemens , &
on vafaire décharger le Baftiment.
L'autre Prife qui n'est que de
buit à dix canons , eft auffi chargée
de bled & de balots , & Pon ignore
auli ce qu'elle contient. Cette Prife
aefté faite par le Barentin ,
Il est auffi arrivé deux petites Prifes
venant de Portugal hargées d'oranges
, de citrons , de raifins , & de
quelqu'autresprovifions de Caréme
L'Article que vous allez lire
eft tiré d'une Lettre de Dun
kerque
GALANT 371
PRISES FAITES
Par les Fregates de la Chambre
du Commerce.
4. Fregates de 12. à 16. canons ,
chargées de beurre & de cuirs verds
en Irlande , pour Oftende , eftimée
chacune 25000. livres.
4. Fregate de 36. canons , char
gée de briques & de quelques balots .
Partie d'Hollande pour la Cofte de
Guinée, eftimée 50000 , livres .
2. Baftimens Hollandois chargez
de canons & de poudre , allant
à Lisbonne , envoyez à Breft.
• La Reconnoiffance de 28. can
nons , Capitaine Andritte Baert , a
pris une Fregate de 20 , canons , char
gée à Lisbonne pour Amfterdam.
Chargement
163. Caiffes de Sucre du Brefil ;
372 MERCURE
80. millers de Campeche ; 12. de
mi pieces de vin blanc; 365. rouleaux
de Tabacde Brefil ; 600. caiffes de
fruits , une partie defel.
La Conftance de 28, canons,
Capitaine Bernard , a pris un Corfaire
d'Oftende de 10. canons.
Le Cupidon de 16. canons , Ca.
pitaine Alexandre Carpentier, a
pris un Dogre chargé de Poiffonn
La Marquife de Bernieres de
8. canons , a pris 2. Fregates , l'une
de 8. & l'autre de 10. canons
chargées de beurre & de cuirs verds
venant d'Irlande pourOftende , les
deuxfont eftimées 80000, livres.
Le mot de l'Enigme du Mois
paflé étoit le Carnaval. Ceux
qui l'ont trouvé font;Mrs Thomaffeau
Boisguilbert , de la
:
ruë
GALANT 373
Tue 5. Denis: Pouffin , de la ruč
S. Antoine Jean Guy du Beffey
: Roget , de la rue de la Cerizaye
Tamirifte le Solitaire
Ques- mine , & celuy de la ruë
aux Fenes : le grand Colas : D.
L. ami de la belle Henriette :
le devineur d'Enigmes : Pierrot
Bouffi : l'Avanturier de Seaux :
T'heureuſe rencontre : l'Amane
en idée : le Devin tondu : Me
Marotin & fon aimable four,
des Jacobins de la rue S. Ho-
-noré : Miles Davenne : Madelon
Bouget , de la rue S. Anroines
Orpheline D. L. de la
ruë neuve Saint Euftache : les
deux Jumelles la plus jeune
des belles Dames de la rue des
Bernardins la nouvelles Ah-
Mars 1706 .
374 MERCURE
drienne les Soeurs jalouſes , &
la fauffe Devinereffe M. A. S.
T.O. N.
5 !
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye eſt d'un Galant
Maloüin.
ENIGMEntebel
Secourable au befoin je confervay
jadis
Et ton pere & celuy de tout ce qui
refpire salon [ 253
09
Mais foumis aux rigueurs d'un tiranique
Empire ,
Souvent je fais perir celuy par qui
jefuis ? r
J'apporte tour à tour les chagrins
& la joye ,
Etfi j'ay quelques fois enrichi deş
Pays.
GALANT 375
Jay caufe tous les maux de Cola
chos & de Troje , 2007
De mes yeux meurtriers , quand
je veux innocens ,
J'annonce la Paix ou la Guerre.
Tres folide enfant de la terre ;
Quand il plait à deax infolens,
Je fais brifé comme du verre.
Guide par la vertu d'un caillou curieux
Sans ailes & fans pieds je vaš de
oncoplage en plage ,
Faifani fervir à mon ufage
Lefeu , la terre & l'air , & la mer
& les Cieux,
Za fcience la plus profonde
Malgréfes beaux raiſonnemenss
Tombée en des égaremens ,
Sans moy nefçauroitvien encore
l'autre monde,
Tij
376 MERCURE
Je vous envoye la Lifte des
Officiers Generaux qui viennent
d'eftre nommez pour fervir
dans toutes les Armées de
Sa Majefté. Vous y trouverez
peut - eftre quelques noms eftropiez
, la plupart des Copiftes
étans accoutumez à faire
de femblables fautes , & qui
font plus difficiles à
que
reparer
les fautes qui fe trouvent
dans un difcours dont la fuite
fait deviner le fens.
OFFICIERS GENERAUX
de l'Armée de Flandres ,
Monfieur le Duc de Vendô
me.
I
*
GALANT 377.
'Lieutenans Generaux,
Melieurs,
Le Comte de Gacé.
D'Artagnan.
De Gaffion.
Le Comte de la Motte,
D'Albergotty.
De Magnac.
De Liancourt.
Le Comte de Chemerault,
De Soufternon .
Le Duc de Guiche ,
Le Marquis de Biron.
Le Prince de Rohan .
Le Chevalier du Rofel .
De Puiffegur .
Le Prince de Birkenfeld ,
Maréchaux de Camps
Meffieurs ,
De Pudion.
De Levy.
Ii iij
378 MERCURE
De Bouzolles .
De Palavicini .
De Villers- Chandieu .
De Conflans .
Le Comte de Coignies .
Le Comte de Lifle.
De Guerchi.
Le Chevalier de Luxembourg;
De
Spar.
De
Ruffey.
Le Comte d'Eftrades.
ALLEMAGNE.
Mr le Maréchal de Villars, I
Lieutenans Genetaux,
Mellieurs ,
Le Comte du Bourg.
De Saint - Fremont.
D'Hautefort .
De la Chaftre.
GALANT 379
D'Imecourt 20
De Cheyladet .
De Léc , Irlandoise.
De Mandrecheid.
De Vivans.
De Péry orde
Maréchaux de Camp:
Meffieurs ,
D'Youl.
De Gafquet,
De Vieuxpont.
Le Chevalier de Croiffi.
Le Prince de Talmont,
De Cezanne.
De Dreux .
Le Chevalier de Broglio.
De Broglio Infpecteur.
Le Comte de Chamillart .
DAUPHINE'.
Mr le Maréchal de Teffé,
380 MERCURE
Lieutenans Generäux&to l'I
Melieurs,
De Montgon.battle
De Chamarantee
ban
De Sailly.
SUI
Raviv sa
Le Comte d'Aubeterre
De Saint- Pater .
De Dillon.
Maréchaux de Campi YC
Meſieurs pls La
equinorVioli
bradaved ) al
De Mauroy
De Vraigne
De Monforeau
Babolat
Le Prince de Robeck
De Muret.
Le Marquis de Grancey .
ESPAGNE
DI
I
Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc d'Orleans,
GALANT 381
Mr le Maréchal de Barwick.
Lieutenans Generaux.
Melieurs,
D'Avaray.
D'Eftin .
De Labadie.
De Heffy.s
Le Chevalier d'Asfeld.
De Joffrevillenning
Le Comte de Fiennes.
MOJJITEV
Maréchaux de Camp:
Meffieurs,
De Bligny.
De Silly , Dragons,
Le Comte de Brancas.
De Choiſeüil - Beaupré ,
Le Chevalier de Maulevrien
382 MERCURE
NAVARRE
Lieutenans Generaux.
Meffieurs ,
De Legall .
D'Arennes.
Maréchaux de Camps VNX
Meffieurs ,
De Kercado..
De Fontboifard .
ROUSSILLON
.
OLA
Mr le Duc de Noailles , Lieut
tenant general .
Maréchauxde Camp . Tert
Meffieurs c
De Polignac.
De Signier.
De Fimarcon. Avelló
GALANT 383
UCTI
LANGUEDOC;
byllimedƆ ob`lar'>21ek
M' le Duc de Roquelaure
Lieutenans Generaux.
• Meſieurst, quo of
De la Lande,
Julien.
putlay Ju
Maréchalde Camp
Mr Courten . 7th A .2
Brigadier.
Mr de Plánque. T32 G
GUYENNE.
Mr le Maréchal de Montred
vel.
Lieutenans Generaux, CI
Meffieurs
Le Marquis du Rozel ,
De Vibray .
384 MERCURE
POITOU.
CLAUDMAI
Mr le Maréchal de Chamilly:
Lieutenans Generaux, Ma
Meſſieurs sh
Le Comte de Chamilly .
De Guebrian . ebolisⱭ
De Vaillac .
Maréchal de Camp.
‚asilu!
Mr de Vervins. obrowo M 1
&
BRETAGNE. M
M' le Maréchal de Chasteaurenaud
.
Lieutenans Generaux. ¡A
Meffieurs ,
De Lanion and I
De Thianges . W
Brigadier.p
Mr de Clodoré,
.107
NICE
GALANT 385
NICE .
Mr de Paratte , Maréchal de
Camp .
NORMANDIE.
Mr de Matignon , Lieutenant
general .
Lieutenans Generaux.
De Raffan.
Melieurs ,
De Moncaut.
Brigadier
Mr d'Igulville.
Les nouvelles d'Espagne arrivées
depuis celles dont je vous
ay déja parlé , font
les enque
nemis ont abandonné les Villes
& les poftes qu'ils occupoient
Kk .
Mars
1707. ,
386 MERCURE
fur les Frontieres du Royaume
de Valence du coſté où font les
troupes d'Espagne , & qu'elles
font en état d'y entrer.
D'autres Lettres difent qu'un
gros Corps de troupes Elpa.
gnoles marchoit du coté de
Murcie , & que la plupart des
recruës eftoient arrivées .
Les réjouiffances pour la groffeffe
de la Reine d'Espagne continuent
toûjours à Madrid . Me
la Ducheffe d'Offone a donné
un tres -beau Bal à l'occaſion de
cette allegreffe publique , & Mr
le Duc de Medina- Celi une fuperbe
felte , où tout a paru avec
la magnificence qui luy eft ordinaire
Son zele n'a pas moins
brillé en cette occafion , que l'éclat
dont cette grande feſte a
GALANT 387
efté acompagnée.
J'apprens en ce moment que
l'Archiduc a impofé une Capitation
de quinze cens mille
livres au Royaume d'Aragon , &
qu'il a fait enlever toute l'argenterie
des Eglifes ; de maniere
que tous les Etats de ce
Royaume eftant également outrez
, attendent avec impatience
les troupes Espagnoles
pour fecouer un fi cruel joug.
On croit que l'Archiduc eftant
parfuadé qu'il ne peut conferver
ce Royaume , cherche à le
ruiner avant que d'eftre obligé
de l'abandonner , ce qui inquiete
beaucoup les Espagnols qui font
encore fous fa domination , &
qui contribueront de tout leur
pouvoir à luy faire repaffer la
Kk ij
388. MERCURE
mer. Je ne puis mieux finir l'article
d'Efpagne, que par la Lettre
fuivante.
A Madrid le 14. Mars 1707.
Des Lettres de Cadiz du 6. an
matin , apprennent que quatrevingt
baftimens des ennemis avoient
repaffé le Detroit , faiſant route au
Ponent. Il n'y avoit dans ce nombreque
trois vaiffeaux de guerre Anglois
, le refte flutes Angigifes &
Hollandoifes qui ont transporté à
Alicante les fecours de troupes &
de munitions qui y ont efté débar_
quéesdans le commencement du mois
paffe . Mle Marefchal de Bervvick
écrit du 9. & du 11. que les ennemis
avoient abandonné Elche
Elda & Novelda & plufieurs auGALANT
389
res lieux où ils avoient des quartiers
; que beurs troupes fe retiroient
& qu'elles revenoient du côté d'Alcante
; qu'ils rembarquoient leur
artillerie de campagne & plufieurs
autres chofes qu'ils avoient debarquées
, & que tous les avis affu.
Archiduc eftoit parti de roient que
Valence
le 8, pour ſe rendre
à Tortofe.
D'autres
Lettres
ajoûtent
que
toutes
les voitures
, Mules
& Mulets
que les ennemis
avoient
affemblez
en grand
nombre
avoient
eferenvoyez
dans les lieux dont on lés
avoit
tirez.
Mr le Marefchal de Barvvick
a envoyé des troupes dans les lieux____
que les ennemis ont abandonnez &
l'on y a trouvé beaucoup de chofes
qu'ils y ont laiffées , ce qui marque
affez que leur retraite s'est faite
Kk iij
390'˚ MERCURE
avec quelque precipitation. Onne
comprendpoint encore ce qui les a obligez
à faire ce mouvement , mais il
Jemble qu'il ne peut eftre qu'avanta
geux aux affaires du Roy d'Espagne,
puifqu'au moins cela donne du temps.
pour mettre les troupes Françoifes &
Efpagnoles en état d'agir.
Facca a efté fecouru par les troupes
de Mr le Prince de Tferclaës ,
commandées par Mr le Marquis de
-Saluzzo Marefchal de Camp.
..
Les Rebelles qui ont voulu dèffendre
les paffages , ont efté mis en
deroute à la premiere attaque avec
perte de cent cinquante des leurs demeurezfunka
place & de cinquante
faits prifonniers.
On a mis des vivres dans Faccá
pour quatre mois , & on y a taiffé en
garnifon un Regiment d'Infanterie
GALANT 391
1
Espagnol appellé des Afturies.
Monfeigneur le Dauphin ayant
refolu d'aller paffer quelques
jours à Anet, partit de Verſailles
le 17. de ce mois avec Monfeigneur
le Duc de Berry & Madame
la Princeffe de Conty
Douairiere . S. A. S. Monfieur
le Comte de Toulouſe eftoit de
la partie auffi - bien
que Mrs les
Ducs de la Feuillade & de Villeroy
, Mrs les Comtes de Roucy
& de Chemerault , avec Mr le
Marquis d'Albergotti , & plufieurs
autres perfonnes de diftinction
. Ils dinerent en arrivant
tous à la mefme table , Monfeigneur
l'ayant fouhaité ainfi . On
joua enfuite auBillard , ainsi qu'à
plufieurs autres jeux pendant le
refte de la journée,
392 MERCURE
Monfeigneur le Dauphin accompagné
de toute fa Cour ,
prit le lendemais le divertiffement
de la chaffe du Loup .
Toute cette illuftre Compagnie
foupa enſemble le foir du même
jour , & fe mit à table à
fix heures.
Le lendemain 20. la pluye
n'ayant point ceffé , & ayant
toujours été tres- forte , le jeu du
Billard & de la Guerre tinrent
lieu du plaifir de la chaffe où
l'on ne pût aller . Les Violons
joüerent le foir du même jour
pendant la plus grande partie
du foupé , le lieu où l'on mangea
étoit remply de tout ce qui
fe trouve dans les environs d'Anet,
de perfonnes de diſtinction
de l'un & de l'autre Sexe . Le
>
GALANT 393)
foupé fini , Monfeigneur le Duc
de Berry prit une des Dames
de la Compagnie, & dança un
Menuet avec elle. Il fe forma
enfuite une espece de petit Bal
qui ne fut pas long ; mais qui
fut fort divertiffant .
Le 21. Monfeigneur le Dauphin
alla avec toute la Cour ,
à la chaffe du Sanglier où il
prit beaucoup de plaifir . Mon
feigneur foupa ce foir- là à fon
petit couvert , & Monfeigneur
le Duc de Berry tint la table
de ce Prince .
Monfeigneur le Dauphin alla.
le 22. à la battuë . Il tua cinquante
Lapins , & Monfeigneur
le Duc de Berry en tua foixante.
Monfieur le Comte de Touloufe
courut un Cerf ce jour- là ,
& le prit .
394 MERCURE
Monfeigneur partit d'Anet
le 23. fur les dix heures du matin
, & l'on peut dire que jufqu'au
moment que ce Prince en
partic , Anet fut toujours remply
de la Nobleſſe & d'une infinité
d'Habitans de tous les
lieux qui environnent ce Château
, & de ceux qui en font
même éloignez de plufieurs
lieuës . L'abondance de toutes
chofes y fut grande pendant
tout le temps que Monfeigneur.
y demeura , & quoy que les tables
y fuffent fervies par les Of
ficiers du Roy , Monfieur de
Vendofme en fit fervir beaucoup
d'autres , & fit diftribuer
quantité de vin , de liqueurs &
de rafraichiffemens , de maniere
que toute la Nobleffe & tous 7
GALANT 395
les Habitans des environs d'Anet
, fe reffentirent de cetta
Feſte.
Le Clergé ayant eſté extraordinairement
convoqué pour des
raifons qui regardent le bien
public , auquel cet illuftre
Corps veut bien s'intereffer ,
aprés avoir fait l'ouverture de
fon Affemblée par une Meffe du
Saint Efprit , alla faluër le Roy ,
eftant conduit à cette Audience
en la maniere accoutumée.
Monfieur le Cardinal de Noailles
Archevêque de Paris , qui eft
Prefident de cette Affemblée ,
porta la parole avec beaucoup
de dignité , de tendreffe & d'on-
&tion , accompagnée d'une fimplicité
majeftuenfe . Il dit qu'il
venoit avec zele & foûmilion an
396 MERCURE
nom de l'Affemblée fur les premiers
ordres de Sa Majesté , offrir tout fon
credit. Il ajoûta que le Roy , dans
fes adverfitez, eftoitplus grand qu'il
n'avoit paru daus les profperitez
& fon Eminence finit en difant
Faffe le Seigneur qu'il foit permis
à Vofire Majefté de donner la Paix
comme elle l'a déja plufieurs fois accordée
à l'Europe , & qu'elle puiffe
foulager fes Peuples , qui fe font
chargez avec un zele qui égale leur
fidelite , du fardeau d'une longue
guerre fufcitée par l'envie & par
Panimofité de fes ennemis .
L'impatience de parler d'un
Difcours qui a reçû de grands
applaudiffemens , m'a obligé de
mettre icy ce qui m'en a cfté
rapporté par une perfonne qui
a beaucoup de memoire ; mais
comme
GALANT 397
comme elle
peut ne luy avoir
pas efté tout à fait fidelle , je
Vous parleray
le mois prochain
plus amplement
de ce Difcours
,
& comme l'Affemblée
qui vient
de commencér
doit eſtre courte,
& qu'elle finira au premier jour,
je vous envoyeray
un abregé
de tout ce qui fe fera paffé depuis
fon ouverture
, jufqu'à
fa
conclufion
, & cet abregé
fera
un affez beau morceau
d'Hiftoire.
L'Enlevement de Mr. de
Beringhen a fait tant de bruit ,
& il a efté raporté de tant de
manieres differentes , que je ne
doute point que vous n'en attendiez
un Article de moy. Je
vous en envoye un dans lequel
j'ay cru d'avoir paffer fur beau-
Mars 1707
. LF
398 MERCURE
coup de chofes ou peu im
portentes , ou étrangeres à
ce qui s'eft paffé en cette occafion
. Le 24. de ce mois, fur les
fept heures & demie du foir ,
Monfieur de Beringhen à fon
retour de Marly où il avoit accompagné
le Roy , fe mit dans
fa Berline ayant un Valet de
Chambre avec luy , un homme
de Livrée à Cheval qui portoic
un Flambeau , & un Palefrenier
qui fuivoit monté fur le 7e Cheval
qui fuit toûjours les attelages
du Roy , afin qu'on s'en
puiffe fervir en cas de befoin.
Le Partifan qui arrêta Mr le
Premier , fe nomme Queintem ,
il cftoit Valet de pied de feu
Monfieur le Prince de Conty ,
lorfque ce Prince alla fervir en
GALANT, 399
DE
THECUE
Hongrie
contre
les
Turcs
. Il
a
efté
Violon
de
Son
Alteffe
Elect
torale
de
Baviere
,
&
il
fut
enfuite
du
nombre
des
Chaffeurs
de
ce
Prince
; vous
fçavez
qu'il
y
a
des
Princes
en
Allemagne
qui
en
ont
beaucoup
, &
qu'ils
tiennent
mefine
lieu
de
troupes
dans
le
temps
où
l'on
en
a
befoin
. Ce
Queinteme
ayant
quitté
le
fervice
de
Monfieur
de
Baviere
fe
jetta
parmy
les
Ennemis
,
aufquels
on
dit
qu'il
fit
des
propofitions
indignes
d'un
homme
d'honneur
; c'est
ce
que
je
ne
puis
affurer
, quoiqu'il
foit
rapporté
par
plufieurs
.
Il
a
prefentement
une
Commiffion
de
Colonel
dans
les
troupes
Ennemis
.
La
Troupe
qu'il
commandoit
eftoit
de
feize
Officiers
;
&
de
.
Llij
400 MERCURE
quatorze Dragons , pour laquelle
il avoit trois paffeports de dix
hommes chacun . On doit remarquer
qu'il y avoit dans fes
Paffeports pour aller à l'Ennemy
; ils font partis d'Ath , &
font entrez en France par trois
differentes routes , & aprés eftre
Convenus des lieux où ils devoient
ſe poſter , il en demeura
10. dans les bois de Chantilly ,
ro.à S. Ouën , & ro. à Séve
où ils fe logerent en differens Cabarets . L'un d'eux , qui es
avoit
la qualité de Lieutenant ,
avoit de grandes habitudes à .
Paris , où il avoit vendu deux
Chevaux Anglois . Il fe
noit de temps en temps dans
les ruës de Séve , & fur le Pont.
11 vit paffer Monfieur le Duc
promeGALANT
401
d'Orleans ; mais le jour eftoit
encore trop grand pour ofer rien
tenter. Ils avoient veu paffer
deux jours auparavant Monfei
gneur le Dauphin , & Meffeigneurs
les Princes qui alloient
chaffer des Dains dans le bois
de Boulogne ; mais ils n'oferent
encore rien tenter , tant parce
qu'il y avoit beaucoup de monde
, que parce qu'ils devoient
faire leur retraite par le chemin
qui eft entre la Riviere & le
Parc de Boulogne .
Enfin deux jours aprés , la
Mouche ayant vû arriver Mr le
Premier , & jugeant par la Livrée
du Roy que ce devoit eftre
quelque Prince , ou du moins
une perfonne de la premiere
qualité , donna le fignal dont
Kk iij
402 MERCURE
on eftoit convenu , aux neuf
hommes qui pafferent le Pont.
Celuy qui fervoit de Mouche
les voulut fuivre ; mais les Peagers
qui l'avoient vû paffer &
repaffer plufieurs fois , le voyant
arriver fort vifte , fermerent la
barriere & l'arreſterent ; ils
avertirent la Brigade qui s'en
empara . Pendant que cela fe
paffoit , les neuf Cavaliers executerent
leur deffein . On arrê
ta d'abord celuy qui portoit le
flambeau , qu'on éteignit . Le
Commandant ayant fait arrêter
le Caroffe , prit ſans deſcendre.
de cheval , Mrle Premier par
12
manche , & luy dit qu'il l'arrê
toit de la part du Roy : il répondit
qu'il venoit de quitter
Sa Majeſté , qui eftes vous ? s'il
GALANT 403
ya un Officier qu'on me faffe
parler à luy . Enfin aprés l'avoir
tiré du Caroffe , ils le firent
monter fur le feptiéme cheval
dont j'ay déja parlé . Son Valet
de Chambre , qui avoit d'abord
monté fur le cheval de celuy
qui portoit le flambeau , le voulut
luivre tenant fon manteau ;
mais un des Cavaliers luy ayant
mis le piftolet fur la gorge , l'affura
qu'il le tuëroit s'il le fuivoit.
Mr de Beringhen demanda
qu'on permiſt au moins à fon
Valet de Chambre de luy don
ner fon manteau , ce qu'il fit en
le luy jettant de loin fur les
épaules.
Je dois ajouter icy que celuy
qui avoit efté arreſté au Pont
de Seve, devant fervir de guide
404 MERCURE
à ceux qui emmenoient Mr. de
Beringhen , fa prife fut caufe
qu'il y eut du retardement dans
leur marche.
On apprit à Versailles ce qui
fe venoit de paffer par le retour
des gens de Mr le Premier . Il
eftoit neuf heures lorfque l'on
fit au Roy le détail que vous ve
nez de lire . On dépêcha à Mr
de Chamillart qui estoit à l'Etang
, afin qu'il fit expedier des
Courriers . Le Roy fit aufli - toſt
partir un Exempt avec vingt
Gardes. Mr des Epinés , Ecuyer
de la petite Ecurie , partit auffi
& tous les autres Ecuyers de la
même Ecurie , monterent à cheval.
Les uns prirent la route
de Normandie , & les autres
celles d'Allemagne & de Flan
dre.
•
GALANT 405
On apprit du prifonnier qu'il
y avoit une chaife au premier
relais . On a auffi fçût qu'étant
fort fatiguez , Mr le Premier
fe trouvant incommodé , & que
le Partifan fe trouvant accablé
du fommeil , ils s'étoient arref
tez dans leur route ; que l'on
avoit decroché & baiffè le derriere
de la chaife , afin que Mr
le Premier puft repofer plus
com.nodement . Cette halte dura
du moins trois bonnes heures.
On prit dans la route trois ou
quatre Cavaliers dont les chevaux
n'avoient pû fuivre étant
trop fatiguez , & Mr de Louvain ,
Ecuyer du Roy prit un Cavalier
dans la Foreft de Chantilly,
& l'ayant remis entre les mains
d'un Officier de Mr le Prince
406 MERCURE
-
il pourfuivit fa route . Tous les
Courriers , & fur tout les Ecuyers
qui estoient partis , avoient fait
tant de diligence que le Partifan
entendit fonner le toxin
dans tous les Villages dés qu'il
fut forty de la Foreft de Chantilly
, & il commença alors à
croire qu'il étoit impoffible que
fon entrepriſe reüffit . On ne
doit pas s'étonner de la diligence
que firent les Ecuyers ac ta
petite écurie , la perfonne de
Mr de Berighen leur étant che
re , à caufe des fervices qu'il
leur rend tous les jours auprés
du Roy.
A peine Mr le Premier eut- il
paffé Ham qu'il fut repris. Voicy
comment la chofe fe paffa .
Un Capitaine du Regiment de
GALANT 407
Livry eftoit aux Champs , &
faifoit batre l'eftrade de plufieurs
côtez . Un Maréchal des
Logis & deux Cavaliers trouverent
en la battant Mr le Premier
eſcorté du Partiſan & de
deux Officiers . Il alla a eux ,
& leur ayant mis le premier le
piftolet fur la gorge , ils furent
obligez de fe rendre , à quoy
ils eftoient d'autant plus difpo .
fez qu'ils s'apercevoient qu'ils
alloient eftre environhez de
toutes parts. Mr le Premier
dit au Maréchal des Logis qu'il
en avoit cfté tres - bien traité
& recommanda que l'on ne leur
fit aucun mal . Il fit mefme fouper
le Partifan avec luy , & il
l'a fait conduire à Verfailles ,
& loger à la petite écurie . Me
408 MERCURE
de Beringhen qui eftoit allée au
devant de fon époux , a temoigné
parfes liberalitez l'excez de
fa joye en apprenant qu'il avoit
eſté repris . L'emprelement de
le voir a efté grand lors qu'il
eft arrivé à Verfailles , & la
foule eftoit fi grande qu'il eut
beaucoup de peine à paffer
aprés eftre defcendu de Caroffe.
Vous attendez , fans doute ,
que je vous parle du Traité qui
á efté conclu en Italie par Monfieur
le Prince de Vaudemont
au nom des deux Rois , & par
Monfieur le Prince Eugene au
nom de l'Empereur & de Monfieur
le Duc de Savoye ; mais il
me refte trop peu de place pour
entrer dans le détail de ce Traité
Je vous diray feulement qu '
il
GALANT 4c9
il nous doit eftre avantageux ,
puifque les Anglois & les Hollandois
qui n'y ont point donné
leur confentement , difent hautement
qu'ils en font fort mal fatisfaits
, & que ce Traité fera
caufe qu'ils ne feront pas une
Paix fi avantageufe avec les
deux Couronnes , qu'ils auroient
pu faire avant qu'il fuft arrefté.
pů
Il paroit même qu'il eft fur le
point de caufer quelque brouil
lerie entre l'Empereur & ces 2 .
Nations . Comme le Roy n'abandonné
jamais fes Alliez , & que
Monfieur le Duc de Mantouë eft
toûjours demeuré inviolablement
attaché à la France , ce
Monarque a pris hautement fes
interefts dans cette occafion
comme il a toujours pris ceux
Mars 1706.
Mm
410 MERCUR
C
de fes Alliez , & les Allemans
qui doivent entrer en poffeffion
des Etats de Mantouë, font obligez
de les rendre dans le même
état où ils font prefentement ,
lorfque l'on concluëra la Paix
generale ; & pour fûreté de cet
Article , le Roy doit garder la
Savoye & le Comté de Nice. La
guerre doit entierement ceffer
de ce cofté- là , & il eft ftipulé
que les ennemis ne la feront
point du cofté du Dauphiné ;
de maniere que toutes nos troupes
qui font en divers Poftes d'I
talie , & celles que commande
Mr de Médavy , eftant jointes à
celles qui font commandées par
Mr le Maréchal de Teffé , com
poferont une belle & nombreuſe
Armée, que le Roy employera
¤ M
GALANT 411
où il jugera à propos pour le
bien de fes affaires.
Quant à la fituation de celles
d'Allemagne
felon les Etats qui
ont efté arreftez , les ennemis
doivent
avoir quarante
- quatre
mille neuf cens fix hommes .
mais toutes les levées n'en font
pas faites , & les Magalins
pour
les faire fubfifter
ne font pas encore
remplis ; & comme il s'en
faut beaucoup
que tout cela ne
foit , il y a apparence
que nous
ferons les plus forts fur le Rhin.
A l'égard de ce qui regarde la
Flandre , nos troupes y font
nombreuſes, choifies & dans une
difpofition de fe fignaler qu'il
feroit impoffible d'exprimer.
Je ne vous dis rien du Roy de
Suede , eftant perfuadé que per-
M mij
412 MERCURE
fonne ne peut deviner ce qu'il
ne peut encore (çavoir lay - mefme
, puifqu'il ne peut le dérermia
rà rien, qu'il n'ait chaffé les
Mofcovites de toute la Pologne,
& des places qui luy appartiennent
, & dont ils font en-.
core les Maiftres, Cette affaire
eft devenue plus ferieufe qu'elle.
ne l'eftoit d'abord , l'armée des
Mofcovites ayant extrémement
groffi .
Mes Lettres font fi grandes.
& les mois font fi courts , qu'il
eft impoffible d'avoir tout le
temps neceffaire pour reflechir
fur les fautes qui s'y peuvent
glifer , & fur celles que la precipitation
du travail y peut faire .
laiffer aux Imprimeurs . Il s'eft
gliffé dans la derniere que Mr
GALANT 413
de Matignon eftoit Evefque de,
Limoges , & c'eft Mr
Chardin
,
de Genetines, cy - devant Comte
de Lyon .
On a dit que Me de Longchefne
, fille de Me la Maref
chale de la Ferté eftoit morte ,
& c'eft fa belle mere qui eft decedée.
Me la Maréchale de Bouflers
n'eft point fille du feu Maréchal
Duc de Gramont , mais petite
fille de ce Maréchal .
l'on a
Mr de S. Hilaire , que
dit neveu de Mr de S. Hilaire ,
Lieutenant
General de l'Artillerie,
qui eftoit auprés de Monfieur
le Maréchal de Turenne ,
lorfque ce General fut tué , eft
fils de ce mefme Lieutenant General.
414 MERCURE
J'avois efperé que je recevrois
une Relation de ce qui
s'eft paffé à l'entrée de Mr
l'Evefque d'Orleans. Si je la
reçois le mois , prochain , y
joindray quelques Harangues
qui ont efté faites à ce Prelat.
J'apprens en ce moment la mort
de Mr le Maréchal de Vauban
Je fuis , Madame , voſtre , & c.
A Paris ce 30. Mars 1707 .
AVIS .
C
Le Mercure d'Avril fe debitera
le Jeudy se May.
TABLE.
PRelude qui merite beaucoup d'attention.
Suite des réjouiffances faites en plu
fieurs Villes du Royaume , pour la
Naiffance de Monseigneur le
Duc de Bretagne , accompagnée
d'éloges prononcez à la gloire de
Sa Majesté de Fondations ; de
Poemes ; de Devifes ; d'Em
blèmes , & generalement de rou-A
tes les chofes qui peuvent fervir à
faire voir le zele & l'amour des
fujets , pour leur Souverain. 10
Lettre remplied'érudition & defaits
Hiftoriques , à Poccafion de la
Reception de Monseigneur le Duc
de Bretagne , à la Confraïrie du
Rofaire,
Donsfaitspar le Papeà plus de vingt?
perfonnes de diftinction .
100
114
TABLE.
Drapeaux du Regimeut de Conflant
benis à Xaintes , avec un Dif
cours prononcéfur ce fujet.
Premier article des morts .
139
154
Difcours prononcé par Mr Rouviere
lefils , à l'ouverture de fon cours
de Chimie.
204
176
Donsfaitspar leRoy d'Espagne , 196
Difpence accordée par le Pape . 201
Mariage,
Mr Balaan eft beni Abbé d' Anieres,
Me de Chaftillon benite Abbeffe
de la Deferte à Lyon . 206
Regiment donné par Mr le Comte
de Touloufe.
Lettres curieufes écrites par Mr le
• Chevalier de Graville , Envoyé
Extraordinaire de France , vers
les trois Ligues Grifes.
Second article des morts .
212
•
214-
258
Mandement de Mi l'Evefque de
Cartagene.
288
TABLE.
308
Suite du mouvementfait dans le Re
giment des Gardes , & des Charges
données dans ce Corps.
Regimens achettez& vendus . 313
Compagnie des Gendarmes de Bourgogne
achettée. 316
Divertiffemens du Carnaval 318
Me la Marquife de la Valliere eft
nommée Dame du Palais. 325
Brevets de Colonel donnez par le
326
Roy.
Nomination de Me de Mailly an
Prieuré dé Poiffy
Penfions données par
327
te Roy 329
Brevets de Mestre de Camp donnez
331 par Sa Majesté.
Entretiens fur la Religion contre
les Athées , les Deiſtes , & contre
tous les autres ennemis de la
Foy Catholique , par Mr Michel
le Vaffeur , Preftre du Diocefe de
Blois. ibid.
TABLE.
Situation des affaires d'Eſpagne de
puis le mois dernier , contenuës
dans plufieurs Lettres lo
334
Départ de l'Ecurie de Monfieur le
Duc d'Orleans , des Suiffes defa
Garde , de la Maifon & de fes
Gardes du Corps en quatre jours
365 differens.
Extraits de quelques Lettres où il
eft parlé de la prise de plufieurs
Vaiffeaux.
Article des Enigmes.
945-367
372
Lifte des Officiers Generaux qui
doivent fervir cette Campagne
dans toutes les Armées du Roy 376
Suite des nouvelles d'Eſpagne. 385
Divertißement d'Anet pendant
le fejour que Monfeigneur y a
,
、、: 39 ་ fait.
Compliment fait au Roy au nom de
PAßemblée du Clergé. 395
TABLE.
Enlevement de Mr de Beringhen.
397
Situation Generale des affaires de
la Guerre.
411
Fantes qui fe font gliffées dans le
dernier Mercure, 412
Articles refervez 414
BIBLIO
bra
LYON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Ecoute nous Seigneur , doit regarder
la p. 112 .
L'Air qui commence par ,
Monarque fouverain , doit regarder
la page 330 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères