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MERCURE
GALANT
REQUE
DEDIE A MONSEIGNEUR
DEL
VILLE
LE DAUPHIN
FEVRIER
, 1707
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant .
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliezen veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l' Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'ily en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Mea
moires, & quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
5
MERCVRE
GALANT
BIBLIO
1709
FEVRIER , 17
DE
LA
LYON
VILLE
OUS trouverez
dans
l'Article par
lequel j'ay cru devoir
commencer cette Lettre ,
le Portrait d'un parfait Monarque.
Il contient peu de
paro-
A iij
6 MERCURE
les ; mais il eft tres - beau , parce
qu'il eft tres -reffemblant.
Le 25. de Janvier le P. le
Camus , Jefuite , Profeffeur
de Rhetorique au College de
LOUIS LE GRAND , prononça
un Difcours latin, fur la naiffance
de Monſeigneur le Duc de
Bretagne , en prefence de Monfieur
le Cardinal d'Eftrées
d'un grand nombre de Prelats ,
& de plufieurs perfonnes de
diftinction. Ce Pere en commençant
l'Eloge du Roy , qui
rempliffoit prefque tout fon
Difcours , s'écria , que le Ciel
enfin couronnoit pour la feconde
GALANT 7
"
fois fes grandes vertus en luy
donnant un arriere-petit-fils , afin
que rien ne manquaft à fes glorieufes
destinées ; & que c'estoit
par la naissance de ce jeune Prince
que les efperances de laplus grande
partie de l'Europe , conjurée contre
noftre grand Monarqué , alloient
eftre confondues. L'Ecriture, continua-
t-il , neprometpoint de plus
grande récompenfe aux Princes
qui regnentfelon le coeur de Dieu ,
que celle d'une longuepofterité , ¿
lefigne qui fait le mieux voir
le Ciel benit les deffeins des hommes
, eft une longue vie qui leur
donne lieu de voir les enfans de
que
A iiij
8 MERCURE
leurs petits enfans. Dans l'ancienne
Loy , dit ce Pere , la fterilité
dans les mariages eftoit presque un
préjugé de malediction ; & ceux
qui par le deffaut d'enfans eftoient .
privez de l'efperance de voir naître
dans leur famille , le Meffie
promis & annoncé à leurs peres ,
eftoient regardez comme une efpece
de reprouvez qui s'eftoient rendus
indignes par leurs defordres
fecrets , des grandes promeſſesfaites
à leurs peres Abraham , Ifaac ,
Facob ; ceux au contraire dont
le Ciel beniffoit les mariages par
une nombreuſe pofterité , eftoient
en veneration à tout Ifraël , qui
GALANT 9
que
le
les regardoit comme les Elûs du
Dieu de leurs peres. Il eſt certain
dans la nouvelle Loy comme
dans la premiere , Dieu marque
fouvent fa volonté de la même.
maniere , & quoy que l'objet de
nos esperances , ne foit plus
même que celuy fur lequel eftoient
fondez celles des Ifraëlites , il n'eft
pasmoins certain qu'une longue
nombreuſe generation eft fouvent
le figne des benedictions que Dieu
verfe fur les mariages . Si cette
verité eft certaine à l'égard des
hommes particuliers , elle est bien
plus incontestable à l'égard des
Princes à qui il importe tant pour
10 MERCURE
le repos de leurs Etats d'avoir des
heritiers. C'eft pour cette raison
que les peuples, par la bouche defquels
la voix de Dieu s'explique
fifouvent , ont donné le nom de
Dieu- donné aux Princes qui fe
font fait long- temps attendre ,
dont la naiffance a ranimé les efperances
prefque éteintes des Sujets.
Le Pere le Camus aprés
avoir jetté quelques fleurs fur
le tombeau du premier Duc de
Bretagne , que le Ciel n'a fait
que montrer à la France , paffa
aux grandes qualitez du Roy ;
il fit voir que les Miniftres &
ceux qui tiennent les premieGALANT
II
res places fous ce grand Prin
ce , peuvent facilement remplir
leurs devoirs ; que tout coule de
fource ; & que l'autorité & le
genie du Prince , font évanouir
les difficultez e applaniffent le
chemin. Il fit voir enfuite avec
beaucoup d'éloquence les dons
du Ciel dont les Rois ont befoin
pour bien regner , fçavoir ;
une naiffance augufte ; un air
d'autorité fur le vifage qui
rempliffe la curiofité des peuples
, & qui tienne dans le refpect
ceux qui l'environnent ;
un air ferieux & de la gravité
dans le public ; de la brieveté
12 MERCURE
foûtenue par une grande juftef
fe dans les réponfes qu'il faut
faire , le don de faire remarquer
un fecond bien fait dans
la maniere dont on accorde
les graces ; un jugement ferme
& folide dans les affaires ;
un eſprit de droiture & d'équité
de grands fentimens de
religion , & enfin une attention
continuelle à faire rendre
une exacte juftice aux fujets.
On jugea fans peine que l'Orateur
en traçant le modele d'un
grand Roy , faifoit le Portrait
du Monarque qui gouverne
aujourd'huy la France ; il fit ,
;
.
GALANT
13
en effet connoiftre à la fin de
fon Diſcours qu'il parloit de
ce Prince , & il en finit l'éloge
par le rapport qu'il fit remarquer
qui le trouvoit entre les
vertus de ce grand Monarque
& celles qu'il attribuoit au
Heros dont il venoit de tracer
le portrait l'éloge de Monfeigneur
, & ceux du Roy d'Eſpagne
, de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , &de Monfeigneur
le Duc de Berry , furent
remplis de traits brillans , qui
marquoient parfaitement leur
caractere. Ce qu'il dit enfuite
au Clergé & au reſte de fon
14 MERCURE
Auditoire , fut fort applaudi.
On remarqua par tout des penfées
neuves , & des choſes qui
eftoient particulieres aux differentes
perfonnes aufquelles il
s'adreffa . Les fouhaits qu'il fit
pour la Paix à la fin de fon Difcours
, furent exprimez avec
beaucoup de feu & beaucoup
de delicateffe .
Ce Diſcours , dont la latinité
fut trouvée tres - belle &
tres - pure , eftoit remply de
penfées auffi vives que fleuries ;
la maniere dont il fut.
prononcé
ne plut pas moins que tout
l'ouvrage. Le foir , toutes les
GALANT
15
feneftres de la cour du College
furent illuminées ; on y tira
beaucoup d'artifice , & tous les
Penfionnaires de ce grand College
donnerent des marques
d'une parfaite allegreffe . Les
cris de Vive le Roy , ne furent
pas oubliez.
Je ne pus donner place dans
ma derniere Lettre , à ce qui
s'eftoit paffé à la Paroiffe de S.
Louis en l'Ifle , à l'occaſion de
la naiſſance de Monſeigneur
le
Duc de Bretagne. Je vous ay
fouvent parlé de ce que le Roy
pour cette Eglife , dediée
au plus faint de nos Rois ,
a fait
16 MERCURE
Patron & Aycul de Sa Majeſté
.
le
Vous fçavez que la premiere
Loterie qui a cité accordée
par ce Prince en faveur des
Saints Edifices , a efté pour
Baftiment de l'Eglife de Saint
Louis. Sa Majefté n'avoit fait
jufqu'alors de pareilles graces
qu'en faveur des Hôpitaux
mais informé des befoins pref
fans de cette Eglife , elle en accorda
une il y a quelques an
nées pour le Baftiment de l'Eglife
de Saint Louis , qui fut
tirée avec une approbation ge
nerale de tout le public ; mais
GALANT 17
le fruit que l'on en retira
n'ayant pas efté fuffifant pour
une fi grande entreprife , Sa
Majefté accorda une feconde
Loterie dont les effets paroîtront
dans peu . M le Curé &
M" les Marguillers de cette
Paroiffe, penetrez de juftes fentimens
de reconnoiffance , caufez
par tant de bontez , &
prenant d'ailleurs toute la part
qu'ils doivent à la naiffance qui
fait le fujet de la joye publique
, firent dire le Dimanche
23 Janvier , un Salut folemnel
dans leur Eglife , où le Saint
Sacrement fut expofé , & le
Février
1707 . B
18 MERCURE
Te Deum y fut chanté avec
toute la pompe qui leur fut
poffible ; l'Autel eftoit paré de
tres-beaux ornemens , & éclairé
d'un grand nombre de lumieres.
Tous les Paroiffiens
Υ
affifterent , & firent paroiftre
une pieté exemplaire , afin
d'attirer par la ferveur de leurs
prieres , toutes fortes de benela
dictions fur le jeune Prince qui
venoit de naiftre ; & toute la
ceremonic fut terminée par
Benediction du Saint Sacrement.
Les Paroiffiens auroient
voulu faire éclater leur zele par
d'autres marques de leur joye ,
GALANT 19
& en donner une plus grande
demonſtration par des feux &
des illuminations ; mais croyant
ne devoir rien faire de femblable
fans l'autorité des Magiftrats
, ils fuppléerent par
l'ardeur de leurs voeux au Ciel ,
aux marques exterieures & brillantes
de leur joye qu'ils auroient
voulu donner avec
plus d'éclat dans un temps où
l'allegreffe doit eftre auffi vive
qu'univerfelle dans tout le
Royaume .
•
Les Poëtes ayant exercé leur
veine , & les Muficiens leur
talent fur la naiffance de Mon20
MERCURE
feigneur le Duc de Bretagne
il a paru plufieurs Chanſons fur
ce fujet. Les paroles de celle que
je vous envoye ont eſté miſes
en Air par M' du Careau .
AIR NOUVEAU.
O France ! en merveilles feconde
,
Pour foûtenir l'éclat des Lis ,
Le Ciel donne un nouveau Fils
Au plus augufte Roy du monde.
Monfieur l'Evêque de Pamiers
, qui a employé tout le
revenu de fon Evêché depuis
GALANT 21
As
THECHE
BIBLIO
LYON
DE
VILLE
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20 MERCURE
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L
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1
&
10
GALANT
21
qu'il en eft pourvû, aux befoins
de fon Diocefe , & à faire rebâtir
& decorer fa Cathedrale ,
& les autres Eglifes de la même
Ville , qui avoient efté détruites
par les Heretiques , a crû
que fon zele ne feroit pas toutà-
fait remply , fi aprés avoir
relevé tous les Temples du Seigneur
, il n'employoit tous fes
foins à y faire garder la reverence
& la modeftie que les
Chreftiens devroient conferver
dans ces Saints Lieux , & qu'on
y viole que trop fouvent . C'eſt
pourquoy , & à l'occafion de
quelques irreverences qui s'y
22 MERCURE
font commifes aux dernieres
Festes de Noël , qu'il a adreffé
la Lettre Paftorale qui fuit aux
Fideles de fon Diocefe. On ne
peut la rendre trop publique ,
& elle doit faire plaifir à tous
les peuples du monde , de quelque
Religion qu'ils foient
puifqu'on ne doit jamais perdre
le refpect ny commettre
d'irreverences dans des lieux
deftinez au culte de la Religion.
GALANT 23
Jean - Baptifte de Verthamon
ن م
par la grace de Dieu & l'au
thorité Apoftolique
, Evêque
Seigneurde Pamiers , Confeiller
du Roy enfes Confeils ,
Prefident nédes Etats de Foix;
aux Fideles de noftre Diocefe :
Salut & Benediction
en noftre
Seigneur
Ne reconnoiffons - nous pas , mes
tres - chers Freres , dans lefiecle malheureux
où nous vivons , la verité
de cetteparole de JESUS CHRIST ,
que lorfque le Fils de l'Homme
viendra il ne trouvera plus de
foy fur la terre. Et peut -on penfer
que cette vertu vive encore alb
jourd'huy dans le coeur des Chreftiens,
24 MERCURE
lorfqu'on les voit prophaner avec
tant de mépris les Sanctuaires, du
Seigneur , & fouillerpar leursfacrileges
ce qu'ily a de plus augufte dans
la Religion ? Les defordres que nous
avons vus de nosyeux , & les plaintes
que nous recevons de toutes parts
fur les irreverences qui fe commettent
dans nos Eglifes , nous couvrent
de confufion devant Dieu , &
nous rempliffent le coeur d'amertume.
C'est poury remedier , autant que
nous en fommes capables , que nous
vous adreffons ces reflexions & ces
avertißemens que lafolicitude Paftorale
& le devoir de noftre charge nous
preffent de vous donner. Vous le fçavez
, & les gens de bien en gemiffent
encore ; vous fçavez , dis -je , jufqu'à
quel point on a porté l'impieté , &
ce que nous avons efté obligez de faiGALANT
25
ve pour la reprimer. Nos plus auguf
tes Solemnitez ont efté remplies de
troubles lajoye commune que devoit
nous donner la naiſſance du
Sauveur , a eſté changée en deüil &
en trifteße Nous n'avons pu retenir
nos larmes , voyant plufieurs Fideles
, loin de recourir à la clemence du
divin Enfant dans ces jours de falut
fi propres à obtenir mifericorde , tém
igner au contraire plus que jamais
leur mépris pour JESUSCHRIST
, & l'infulter mème ouvertement
, comme s'ils s'eftoient
prévalus de l'eftat de foibleffe &
d'impuiffance où il s'eft réduit volontairement
pour nous.
Malgré l'ignorance & la corruption
des Nations que Dieu a abandonnées
&a laiffé marcher dans leurs
propres voyes , be feut infinit de la
Février 1707. C
26 MERCURE
Divinité que les hommes confervent
toujours , & que le crime n'a jamais
pú effacerentierement de leurs coeurs ,
a fuffi dans tous les temps pour leut
inſpirer une crainte religieufe & une
weneration fecrete pour les lieux où
elle eft adorée. Eft- il poſſible que des
Chreftiens élevez dans le fein de l'E
glife Catholique ignorent un devoir
que les peuples les plus barbares ont
connu par les lumieres feules de la
Taifon , & n'ayent pas autant de
respectpour les Temples du Dieu vi❤
vant que ces peuples en ont eu pour
ceux de leurs Idoles ?
Saint Paul aprés nous avoir averti
que les membres de nos corps
font devenus par le Baptême les
Temples du Saint Efprit , fait
des menaces terribles de la part de
Dieu contre ceux qui oferont les vie*
GALANT
27
lerpar quelque peche. Cegrand Apotre
enviſageant toûjours les Fideles
par cette angufte qualité les appelle
par tout des Saints , & les exhorte
à veillerfans ceffe fur leurs coeurs pour
en chaffer tout defir & toute inclination
dereglée. Il veut que par ref
pelt pour la Divinité qui eft prefente
qui habite en eux , ils confervent
toujours une modeftie dont tous les
hommesfoient édifiez ; il veut qu'ils
converfent entre- eux comme on converſe
dans le Ciel , & qu'ils banniffent
abfolument de leurs bouches, nonfeulement
toutes paroles deshonneftes ;
mais encore toutes celles qu'on peat
appeller folles , boufonnes , ou inatiles.
En un mot , il veut qu'ils marchent
toûjours d'une maniere digne
de Dieu, & qu'ils évitent jusqu'à
l'apparence du mal, afin de glorifier
C ij
28 MERCURE
Dieu dans leur corps mortel , qu'il y
regne paisiblement , & qu'il n'y
voye rien qui puiffe bleßer la pureté
& lafainteté de fes regards. On peut
dire que c'eft fur ce principe qu'eft
fondée principalement la vigilance
chrefienne & l'obligation étroite
qu'ont tous les hommes de travailler
à entretenir en eux le filence de leurs
fens & de leurs pallions , feul capable
de faire repofer fur eux l'Esprit
du Seigneur.
Or fi nousfommes obligez de veiller
de fi prés fur nous- mêmes , afin
qu'il ne s'y paffe rien qui puiffe offenfer
l'efprit du Seigneur qui y habite
, quel crime ne commettent pas
ceux qui perdant tout respect pour
la
majefte de Dieu , portent leurs irreverences
jufqu'à venir dans nos Eglifes,
& fous les yeux mêmes de J EGALANT
29
SUS- CHRIST, interrompre les Of
fices , troubler l'attention des Fideles,
& joindre le fcandale à l'impieté?
Vous ne doutez pas , més treschers
Freres , de la prefence de Dieu
dans ces Saints lieux : vous fçavez,
avec combien de faintes & d'auguf
tes ceremonies ils luy ont efté confacrez,
& vous fçavez encore que
JESUS -CHRIST a promis aux Fideles
de fe trouver au milieu deux
par tout où ils s'affembleroient plufieurs
en fon nom . Ce Dieu que ni
les Cieux ni le Ciel des Cieux ne
peuvent contenir , pour marquer autrefois
qu'il vouloit bien habiter le
Temple bati par Salomon , le remplit
d'un nuage épais le jour de fa
Dedicace ; mais noftre Sauveur a
fait bien davantage en faveur de
Ciij
30 MERCURE
nos Eglifes . Il ne s'y montre pas pour
unefois , il s'y montre tous lesjours ,
&il s'y montrera juſqu'à la fin des
fiecles . Il a difipé l'obscurité du nuageil
s'y montre à découvert , nos
yeux
le
voyent , nos mains & noftre
bouche le touchent ; il n'eft plus pour
nous un Dieu caché , & l'on peut dire
des Chreftiens avec encore plus de
raifon que Moyfe ne le difoit des
Juifs , que jamais Nation n'approcha
fes Dieux de fi prés .
Perfuadez, comme vous le devez
eftre de ces veritez , mes tres- chers
Freres , comment ofez vous vous con.
duire dans nos Eglifes , comme f
Dieu en eftoit éloigné , ou qu'il ne
prift aucune part à ce qui s'y paſſe ?
Pour ne rien dire de cette diffipation
d'efprit où vous eftes continuellement
& de cette infenfibilité prodigieufe
GALANT 31
qui vous fait negliger des momens
precieux qui devraient eftre employez
à demander& à meriser des gracES.
dont vous avez un fe grand befoin ,
pouvez- vous douter que se Dien ja.
loux de l'honneur qui luy est dû , ne
foit pas offenfé par ces pofturesfi peu
respectueuses que vous y tenez, & ces
converfations dont il faudroit peuteftre
retrancher la moitié par tout
ailleurs , & qui dans la Maifon de
Prieresfont autant de crimes? JESUSCHRIST
fe mit en colere & fit un
fouet de cordes pour chaffer du Temple,
ou plutoft du Parvis du Temple ,
ceuxquiy vendoient des colombes &
d'autres chofes propres à eftre offertes
en facrifice ; il leur reprocha d'une
voix terrible , & qu'il n'a fait en
tendre que dans cette occafion , qu'ils
profanoient la Maifon de fon
Ciiij
32 MERCURE
Pere , qui eftoit la Maiſon d'O
raifon . Il a commencé , pour ainfi
dire , & il a fini par cette action
éclatante , fes inftructions toutes divines
, & la predication de fon Evangile
. Comparez , mes Freres ,
le Parvis du Temple , comparez, la
Temple même avec nos Eglifes . Si
un commerce qui paroiffoit innocent
& même utile pour les Sacrifices qui
fe faifoient dans ce Temple , irritant
jufqu'à mettre en colere celuy
qui eftoit la douceur même , de quel
ail penfez - vous qu'il voye ce qui
fe paffe tous les jours dans des Temples
qu'il a élevez par la prefence
de fon Corps adorable , fi fort audeffus
de celuy de Jerufalem ? Avec
quelle horreur pensez- vous qu'il regarde
, luy qui fonde le fond des
Coeurs , celangage des yeux dont vous
vous yfervez, pour vous dire peutGALANT
33
eftré des chofes que vous n'oferiez
prononcer ? Ces rendez- vous & ces
entretiens criminels que vous auriez
honte d'avoirenſemble dans des Places
publiques , & aufquels il faut
que la Religionferve de voile par un
facrilege deteftable ! Pour nous qui
ne jugeons que fur le rapport de nos
yeux , nous gemiſſons du mal qu'ils
voyent, & tremblons pour celuy qu'ils
ne voyent pas.
Mais penfez- vous , mes Freres à
que de tels crimes demeureront impunis
? Penfez- vous que le Seigneur
foit moins puiffant qu'il ne fut aux
trefois ou que ? où fujet à quelque changement
ilfoit devenu moins jaloux
de la gloire, & fouffre fans reffenti
ment qu'on l'infulte jufque dans fa
maison ? Cinquante mille Bethfamites
furent frappez de mort fur le
34 MERCURE
•
champ , pour avoir , non pas infulté
ni profané l'Arche , maisfeulement
pour l'avoir regardée avec une curiofitépeu
respectueuse ; & qu'eftoit- ce
que l'Arche en comparaifon des Tas
bernacles de nos Eglifes & Ne craignez-
vous done point que celuy qui
s'eft montré fi fevere envers ceux
qui luy manqnoient de respect , &
qui a remply toute l'Ecriture des
monumens de fes terribles vangeanses
fur eux , ne fe réveille de ce fommeil
profond dont il vous paroiſt endormy,
& ne vienne tout à coup vous
frapper des traits de fa colere , &
vous accabler des foudres defa juftice
? Jufqu'à quand abuſerez- vous de
fa patience & de la douceur avec
laquelle il fouffre toutes vos impie
tez ou plutoft , jufqu'à quand Seigneur,
fouffrirez- vous vous - mêmè
GALANT
35
que vos ennemis attaquent impanément
votre faint Nom jusqu'a
quandles verra-t-on s'élever contre
vous par leur argücil & par leur
infolence , au milieu même de vos
plus faintes folemnitez 2 Ouy , nous
les avons vûes ces Nations infideles
entrer dans votre heritage ; ils ont
profane voftre Temple , & ils y ont
élevé leurs infames étendarts; ils ont
confpiré d'abolir vos Feftes ; ils fe
font permis tout ce que leur baine &
leur malignité a pu leur inspirer
contre voftre gloire & contre le Saint
d'Ifraël.
Laifferez- vous toujours , Seigneur
cet orgueil s'élever de plus en plus ?
voftre main demeurera - t - elle tou
joursfans actionparmy tant defcandale
&fauffrirez- vous que les Na
tions demandent plus longtemps où
36 MERCURE
eft donc noftre Dieu , dont nous
loüons fans ceffe la puiffance &
la justice , tandis qu'il demeure.
immobile , & que les impies l'infultent
impunéinent ?
Déployez là donc , Seigneur , cette
main toute - puiſſante ; tirez- là de
voftre fein ; qu'elle s'éleve & qu'elle
tombe avec toute fa pefanteur fur
ces infideles qui ne vous connoiffent
pas , & fur toux ceux qui n'adorent
pas voftre faint Nom : mais que
cette paiffance foit une puiſſance de
mifericorde , qui en terraſſant vos ennemis
les convertiffe , & qui en punissant
le peché épargne &fauve le
pécheur.
Voila , mes chers Freres , toute la
vangeance que noftre zele pour la
gloire de Dieu , meſlé de tendreſſe &
de charité pour vous , nous permet de
GALANT
37
luy demander de tous les fcandals
dont nous nous plaignons amerement
à vous ; & il la tirera certainement
cette vangeance , qu'il fe
doit à luy - même ; mais il n'y a perfonne
fur la terre qui puiffe vous
promettre que ce foit d'une maniere
auli avantageuse pour vous , que
celle- cy ,
Qui fçait en effet fi fa patience
& vos irreverences ne font point arrivées
à leur comble : & qui peut
vous affuret que la premiere faute
que vous commettrez encore contre luy
ne mettra point le sceau à votre reprobation
Tout ce que nous avons
à vous dire , c'est qu'en embraßant
la penitence & changeant de conduite
, vous pouvez obtenir & vous
obtiendrezinfailliblement mifericorde.
Mais nous fommez obligez d'a38
MERCURE
jouter en même temps que fi refufant
d'obéir aux avis paternels que la
Charité Paftorale nous fait vous
donner , vous continuez encore de vi
vre dans la même diffolution , &
qu'on vous voye commettre les mêz
mes impietez, dont nous avons efté
tant de fois les triftes témoins , nous
n'avons plus rien fur quoy nouspuis
fions appuyer la moindre efperance de
voftre falut.
Car enfinfi dans un temps où tout
nous éleve à Dieu , la majefté des
Offices , le chant des Hymnes & des
Pleaumes , le concours des Peuples
que les mêmes voeux raffemblent , la
prefence même de noftre immortelle
& toute-puifante Victime , fi tout
cela vous laiffe toûjours également
froids & infenfibles , par où pourrez
vous eftre touchez & fortir du mortel
GALANT 39
affoupiffement où vous eftes ? Qu'y
a-t- il de plus puissant pour vous
élever à Dieu que ces grands objets
qui furent toûjours le foutien de la
pieté des Fideles ? Quand eft ce que
la Religion reffemblera plus de
beautez, de charmes & d'attraits
capables de la faire aimer ?
à en
Entrez donc , mes Freres , dans
les deffeins de Dieus fuivez l'esprit
de l'Eglifes profitez des avantages
qu'elle vous procure ; apprenez
connoiftre le prix , & à les employer
utilement pour votre falut. Quand
vous entrezdans la Maifon du Seigneur
, fongez combien ce lieu eft . ter
rible pour les Anges mêmes , qui y
font dans unprofondrespect . Si vous
ne voulez pas les imiter , éloignezvous,
Laiffez les Miniftres du Seigneur
chanter fes louanges dans la
40 MERCURE
compagnie de ces Efprits bien- heu
reax , & ne venez pas les interrompre
par vos irreverences , où pluroft
, mes chers Freres , venez, mais
venez avec un coeur contrit & humi
lié ; venez adorer Dieu dans fon
faint Temple ; venez l'adorer en
efprit & en verité; venez-y le louer
& confeffer fon faint Nom dans
Affemblée des Fuftes ; venez y vous
unir à toutes les Nations de la ter
re , afin de chanter tous enfemble .
qu'il eft bon & que fa mifericorde eft
éternelle,
Donnez - nous cette confolation ,
mes tres-chers Freres , que par voftre
¨docilité à nous écouter , & voftre fidelité
à obeir à la voix d'un Pafteur
qui vous aime , nous puiſions avoir
lieude rendre graces à Dieu d'avoir
`exaucé nos prieres & d'avoir effayé
nos larmes.
GALANT 41
1
Uniffons - nous donc tous enfemble
pour obtenir du Pere des mifericordes
, & la fin dufcandale & la converfion
de ceux qui l'ont donné . Et
vous , Miniftres du Dieu vivant ,
qui eftes nosfideles cooperateurs dans
les travaux aufquels nous avons
efté appellez , foyez comme des Sentinelles
vigilantes fur les remparts
de Ferufalem. Deffendez en l'entrée
qui ne doit eftre ouverte qu'à ceux
dont les noms font écrits fur le livre
de l'Agneaus deffendez- la , dis -je ,
contre les ennemis du Seigneur 3
faites rentrer les pecheurs en euxmêmes
, reprefentez- leur la grandeur
de leurs crimes ; & tachez de
les gagner par vos avertiſſemens
charitables ; mais fi méprisant ces
moyens pleins de douceur ils perfiftent
à infulter le Dieu que vous fer-
Février 1707.
D
42 MERCURE
viz, & à profanerfon Temple , armez
vous d'un faint zele ; prenez en
main la caufe de votre Maiftre ; ne
craignez rien , il fçaura vous foùtenir
luy feul vous jugera , & luy
feul peut vous couronner, lorsque
vous aurez fidelement rempli voftre
Miniftere.
Les articles qui regardent la
mort des Sçavans font fouvent
tres curieux , & ils inftruifent
beaucoup lorfqu'ils apprennent
, non- feulement le nombre
& les noms des ouvrages
qui font fortis de leur plume ;
mais auffi l'hiftoire de ces ouvrages
& en quoy il confiftent.
C'elt ce que vous trouverez
GALANT
43
3
E
t
5
dans les deux premiers articles
que vous allez lire . Le troifiéme
qui regarde la mort d'une fçavanto
perfonne de voſtre fexe ,
ne merite pas d'eftre lû avec
moins d'attention .
Il y a déja quelque temps
que vous fçavez la perte que
la Republique des Lettres a
faite de M Bayle . Il eft mort
à Rotterdam ; le malheur qu'-
il avoit eu de naiftre dans l'herefie
, l'obligea de fortir du
Royaume dans le temps de la
revocation de l'Edit de Nantes
pour fe retirer en Hol-
Lande . C'eft où il a publié tant
Dij
44 MERCURE
mença
d'excellens ouvrages. Il com
à donner fon Journal
de la Republique des Lettres , au
mois de Mars de l'année 1684 .
& il le continua juſqu'au mois
de Septembre mil fix cens qua
tre- vingt fept ; ces premiers.
Journaux furent tres bien receus
; mais ayant eſté obligé de
diſcontinuer cet ouvrage fur la
fin de l'an 1687. M Bafnage
de Beauval entreprit un nouveau
Journal fous le titre d'Hif
toire des ouvrages des Sçavans
qu'il donna auffi de trois en
trois mois ; dans la preface du
premier volume de ce JourGALANT
45
mal , Mr Bafnage convient
fincerement du , danger qu'il
ya d'écrire aprés un auffi ha
bile homme que Mr Bayle.
Mr Bernard entreprit à peu
prés dans le mefme temps de
continuer la Republique des Lettres
. Il pouffa cet ouvrage jufqu'en
1689. & il ceffa enfuite
d'y travailler jufqu'en 1699 .
qu'il le reprit , & il le continue
encore à prefent . En 1696 .
M' Bayle publia fon fameux
Dictionnaire critique ; cet ouvrage
eft d'un travail immenfe
; & on doit le regarder comme
un vray trefor de Littera46
MERCURE
ture. Cette édition fut bientoft
épuifée , & l'Auteur travailla
à une feconde , qu'il publia
en 1702. mais qu'il augmenta
confiderablement
. Il eft
vray qu'il en reforma plufieurs
Articles aufquels la Critique
avoit eu lieu de s'attacher . Celuy
des Manichéens , qui eft
dans ce Dictionnaire
, donna.
lieu au livre de la diftinction du
·Bien du Mal , qu'un fçavant
Solitaire donna au public en
1703. M' Bayle répondit à cet
ouvrage où fa doctrine eftoit.
fort attaquée , dans un des
Journaux de M Bafnage. 11
GALANT 47 .
·
publia de fçavantes Obfervations
fur la Comete qui parut
en 1680. mais la plupart des
matieres qui faifoient le fonds.
de cet ouvrage eftoient fort
étrangers à ce Phenomene , &
au lieu des regles d'Aftronomie
, on y trouva plufieurs belles
queftions de la plus fublime
Metaphyfique , & d'autres fujets
de cette nature . C'eſt à peu
prés de cette maniere qu'en ufa
Michel de Montagne , qui donna
pour titre à un Chapitre de
fes Effais ; Traité des Coches , &
qui cependant ne parloit rien
moins que des Coches. Mr
48 MERCURE
J
Bayle a donné il n'y a pas longtemps
la fuite de ces Obfervations
, contre leſquelles plufieurs
Critiques d'Hollande ſe
font élevez . Il donna peu aprés
que feu Mr Maimbourg eut
publié fon Hiftoire du Calvinifme
, une Critique generale de
cette Hiftoire. On trouve dans
cet ouvrage un grand fonds
d'érudition ; mais les préjugez
du party où l'Auteur avoit le
malheur d'eftre engagé , y paroiffent
à découvert à cela
prés la Critique , en ce qui regarde
les faits hiftoriques , eft
exacte. On doit auffi à Mr Bayle,
GALANT
49
了
S
1
C
1
trois tomes du livre intitulé
Réponse aux Questions d'un Provincial
: les deux premiers regardent
plufieurs fujets de Critique
& d'Hiftoire , & le troifiéme
ne contient preſque qu'-
une réponse à quelques écrits
qui avoient paru contre luy
au fujet des deux premiers , ou
il s'eftoit déclaré avec trop de
liberté fur la préference qu'il
donne à l'Atheifme fur 1I
dolâtrie . Mr Bayle publia en
1680. un livre intitulé Penfees
diverſes , où il répandit fur les
fujets qu'il traitoit toute l'érudition
qu'ils eftoient capables
Eévrier
1707. E
50 MERCURE
de recevoir. Il en publia la
fuite en deux volumes en 1705.
ten voici le titre : Continuation
des Penfees diverfes , écrites à un
Docteur de Sorbonne , à l'occasion
de la Comete qui parut au mois de
Decembre 1680. on Réponse à
plufieurs difficultez que Monſieur
*** a propofées à l'Auteur. A
Rotterdam , chez Reinier Leers
1705. Ily a long- temps que le
Public attendoit la fuité de cet
ouvrage , que Mr Bayle avoit
promis diverfes fois depuis dix
ans. L'opinion que l'Athéïſme
n'eft pas pire que l'Idolâtrie ,
luy a attiré une infinité de CriGALANT
SI
tiques , perfuadez que l'Atheifme
eft la plus pernicieuſe difpofition
d'efprit & de coeur qui
Le puiffe rencontrer dans un
homme. Tout le fecond volume
eft employé à examiner cerre
queftion. Voici fa Theſe :
L'Idolatrie des anciens Payens
• n'est pas un mal plus affreux que
l'ignorance de Dieu , dans laquelle
on tomberoit , ou par ſtupidité ou
par deffaut d'attention , fans une
malice prémeditée , fondée fur le
deffein de ne fentir nuls remords ,
en s'adonnant à toutes fortes de
crimes. Son Dictionnaire dans
lequel il y a quelques Articles
E ij
52 MERCURE
qui luy ont attiré la mauvaiſè
humeur des Critiques , a auffi
donné lieu au livre fuivant :
La conformité de la Foy avec la
Raifon , ou deffenfe de la Religion
contre les principales difficultez répanduës
dans le Dictionnaire hiftorique
& critique de Mr Bayle.
A Amfterdam chez Henry Def
bordes , 1705. p . 390. Mr Bayle
a auffi publié en divers temps
plufieurs petites pieces volantes
qui ont efté employées dans
les Journaux d'Hollande , du
nombre defquelles font celles
qui paroiffent dans les premiers
Journaux de Trevoux , de l'éGALANT
53
dition d'Amfterdam . Mr Bayle
eftoit un des grands Philo ,
fophes & un des plus fublimes
Geometres de noftre temps ; il
répandoit l'évidence fur tous
les fujets qu'il manioit . Il eftoit
né dans le Dioceſe de Rieux .
Il laiffe un frere à Toulouſe
qui eft un des plus grands Philofophes
de ce fiecle. Il a donné
un excellent Traité de Phyſique
, & des Differtations de Lacte
, de Menftruis , & c. fous le
titre de Differtationes Medico-
Phyfica . Cet ouvrage eft treseftimé.
M Pierre- Sylvain Regis
E iij
54 MERCURE
de
un des plus grands Philoſophes
ce temps , eft mort dans un
âge fort avancé , & aprés avoir
paffe fa vieilleffe dans de longues
& cruelles incommoditez.
Il eftoit né dans l'Agenois,
& il eftoit venu à Paris eftant
encore fort jeune ; le gouft
qu'il avoit pour la Philofophic
l'arrefta dans cette grande Ville
; il s'attacha dés - lors aux ſentimens
de Mr Descartes , qui
commençoient à avoir
grand cours dans le monde.
Il fut dans la fuite un des plus
zelez deffenfeurs de ce celebre
un
Philofophe. Mr Huet ancien
GALANT
55.
Evêque d'Avranches
, ayant
publié un livre intitulé Cenſura
Philofophia Cartefiana , Mr Regis
y répondit par un autre
qui pouvoit fervir d'Apologic
à la nouvelle Philofophie. Le
feu Pere Louis le Vallois , Confeffeur
de Monfeigneur
le Duc
auffi atde
Bourgogne , ayant au
taqué les principes de la Philofophie
Cartefienne
, fous le
nom de Louis de la Ville , Mr
Regis cftant de ceux qui s'y
trouvérent le plus vivement attaquez
, fe deffendit par d'autres
écrits qui luy firent beaucoup
d'honneur , & qui infen-
1
E iiij
56. MERCURE
fiblement donnérent lieu à une
querelle litteraire qui intereſſa
agréablement les Sçavans . Mr.
Regis n'eftoit pourtant pas fi
attaché aux fentimens de fon
Maiſtre , qu'il ne s'en foit dans
la fuite éloigné en quelques
endroits , comme il a fait
fur la nature des idées , que
Mr Defcartes , & Mr Arnaud
, prétendent n'eſtre que
des modifications de noftre
ame , & fur l'union de l'ame
& du corps. Mr Regis n'a pas
fuivi aveuglement les princi
pes de fon Maiftre , & c'est en
s'en éloignant qu'il a formé fon
GALANT 57
Syftême particulier de Philofophie
, dont il a donné l'explication
au public dans un ouvrage
de plufieurs volumes ,
qui a eu un grand fuccés . L'accord
de la Foy & de la Raifon eft
le dernier ouvrage de Mr Regis
; il le publia il y a trois ans
aprés y avoir travaillé un grand
nombre d'années. Il entreprend
dans ce livre de rendre
fenfible une chofe , où les plus
habiles gens des ficcles paffez
ont échoué ; & on peut dire
que e'eft un deffein où s'il luy avoit
été glorieux de réüffir, il ne
luy auroit pas efté honteux de
58 MERCURE
fuccomber aprés tant d'excellens
Philofophes qui l'ont tenté
inutilement. C'eft en effet
un de ces myfteres qui ne font
point à la portée de la raiſon
humaine. Le livre de l'Accord
de la Foy de la Raifon eft pourtant
un des plus beaux ouvrages
que nous ayons
fur cette
matiere ; l'édition qu'on en a
faite dans les Pays étrangers en
eft une preuve inconteſtable.
Mr Regis eft mort à l'Ho .
ftel de Rohan , où il demeuroit
depuis plufieurs années.
Feu Monfieur le Duc de Rohan
l'honoroit d'une amitié
GALANT 59
particuliere , & le Duc qui porte
aujourd'huy le même nom ,
avoit pour luy les mêmes égards
qu'avoit feu Mr fon pere.
C'elt dans cet Hoftel où
Mr Regis affembloit à certains
jours de la femaine depuis plufieurs
années , les plus habiles
Philofophes de Paris , & que
l'on y agitoit les plus belles
matieres de la Philofophie.
Les Sçavans viennent de faire
confiderable par la
une perte
mort de Mlle Petit : elle joignoit
à une pieté tres - exemplaire
, puifqu'il
fe paffoit
peu
de jours dans l'année
qu'elle
ne
60 MERCURE
reçût la fainte Euchariftic , un
efprit tres- éclairé . Elle fçavoit
parfaitement les principes de
la Religion chreſtienne , mais
ce n'eftoit pas aux fimples queftions
du Catechifme que fes
lumieres fe bornoient ; elle
avoit penetré dans les queftions
les plus épineufes de la
Theologie ; & elle fçavoit fur
les matieres de la Grace la plus
pure doctrine de l'Eglife , &
fur ce chapitre elle eftoit bien
éloignée de la difpofition de
certaines perfonnes de fon fexe
qui s'attachent par entêtement
& par préjugé à un party pluGALANT
61
1
toft qu'à un autre ; elle fuivoit
la doctrine la plus conftamment
reçue dans l'Eglife , ſoit
par l'approbation des Souverains
Pontifes , foit par les décifions
des Conciles , & en fuivant
cette doctrine autorifée
par tant de faints Oracles , elle
avoit encore voulu eftre perfuadée
par elle - même qu'elle
n'abandonnoit pas la route du
grand S. Auguſtin ,f & elle estoit
fur ce fujet plus d'une fois entrée
en difpute avec ceux qui fe
prétendant les veritables Difciples
de ce S. Docteur , foûtiennent,
fous des noms équivalens
62 MERCURE
le dangereux dogme de la Grace
neceffitante. Mlle Petit étoit
auffi bonne Philofophe qu'elle
eftoit bonne Theologienne.
Elle fçavoit parfaitement la
Philofophie de M Gaffendi ; &
elle eftoit toûjours prête à def
fendre le fentiment de ce Philofophe
, qui eft auffi commun
à Mr Defcartes , fçavoir : qu'il
n'y a dans les corps aucune pefanteur
naturelle abfoluë ; &
dans les Conferences où elle fe
trouvoit , perfonne ne réüſſiffoit
mieux qu'elle à montrer
l'évidence de ce principe des
Gaffendiſtes
, que des corps en
GALANT 63
équilibre dans une balance
pour avoir une maffe égale font
tirez également par des atomes
crochus ; ce qui n'eſt pas toutà
fait conforme à l'opinion
des Cartefiens , qui difent
que
la force du tourbillon les preffe
autant d'un cofté que d'autre ;
il y avoit peu d'ouvrages d'efprit
& de doctrine dont Mlle
Petit n'eut fait la lecture , &
les confequences qu'elle en tiroit
eftoient toûjours auffi juf
tes que folides. Mlle Petit avoit
choifi un Directeur dont les lumières
pouvoient égaler les
frennes ; c'eftoit à un Religieux
64 MERCURE
Minime , celebre par fa vertu
& par fon érudition , mais que
fa modeftie m'empêche
de
nommer , qu'elle avoit confié
le foin de fa confcience. Elle
auroit pû vivre plus long- temps
fi elle avoit voulu recevoir les
fecours de la Medecine. Elle
eftoit d'Amiens , & foeur d'un
des principaux Officiers du Prefidial
de cette Ville. Les legs
pieux qu'elle a faits dans fon
Teftament
, font de grandes
preuves de fa pieté.
MN... de Boiftel, Seigneur
de Chaſtignonville
, Confciller
en la troifiéme Chambre
GALANT 65
1
des Enqueftes du Parlement de
Paris , eft mort fans laiffer d'en
fans de Dame N... de Roger
fon époufe , & fille de M' N...
de Roger , Confeiller au Chât
télet . Il eftoit coufin germain
de Mile Boiftel , Confeiller en
la même Chambre , qui a époufé
Mlle le Boults , & de M. l'Ab :
bé le Boiftel qui demeure de
puis plufieurs années dans le
Seminaire de S. Magloire , où
il donne de grands exemples
de picté. La famille de Mle
Boiftel eft fort ancienne à Paris ,
elle a donné aux Cours Supe÷
rieures de cette Ville plufieurs
Février 1707……… Fitas
66 MERCURE
Magiftrats d'un grand merite.
Un des ayeux de celui dont je
vous apprens aujourd'huy
la
mort , le diftingua fort fous
le regne du Roy Henry III .
par fa fidelité & par fon zele
pour le fervice de fon Prince.
Il parut toûjours fort contraire
aux deffeins des Ligueurs , & il
fut un de ceux qui déconcertérent
le plus fouvent leurs
jers feditieux. Le Duc de Guife
qui fut affaffiné aux Etats de
Blois , le rechercha pluſieurs
fois , & n'oublia rien pour l'at
tirer dans fon party , mais les
foins de ce Prince furent inutiles
: ce grand Magiftrat deproGALANT
67
meura inébranlable , & fa fidelité
ne put recevoir aucune
atteinte . Il n'eut pas moins de
zele pour le fervice du Roy
Henry IV. qu'il en avoit eu
pour celuy d'Henry III . Il
demeura attaché à ce Monarque
jufqu'à la mort. Ie
pere de ce grand Magiftrat
avoit paru avec éclat à la Cour
d'Henry II. où la Reine Catherine
de Medicis l'avoit employé
en diverfes affaires de
confequence. Il avoit fait pour
le fervice de cette Princeffe plufieurs
voyages en Italic ; on dit
même qu'il en ramena Câme
Fij
63 MERCURE
4
Rageri , qui s'y eftoit retiré.
pour quelque mécontentement
qu'il avoit reçu de cette Reine .
La famille de M' Boiftel a auffi
donné de grands fujets à l'Eglife
. Un Religieux de ce nom
fut dans le penultiéme fiecle
une des plus grandes lumieres
de l'Ordre de S. Benoift. Il joignoit
à une
à une connoiffance
tresparfaite
de la Theologie Scholaftique
, une vertu & une pieté
éclatante ; il en donna des marques
dans les differens emplois
qu'il exerça dans fon Ordre. Il
compofa des ouvrages de pieté
aufquels fa modeſtie l'empêcha.
GALANT M69
de mettre fon nom . Il avoit efté
lié avec faint François de Sales ,
& c'eft de luy que ce Saint parle
dans une de fes Lettres
fans le nommer , comme d'un
grand ferviteur de Dieu , &
d'un homme qui avoit fait de
grands progrés dans la vie fpirituelle
. M'Boiftel qui vient de
mourir , eftoit un tresbon Juge
, & il avoit acquis beaucoup
de reputation dans l'exercice
de fa Charge. Il joignoit à un
grand defintereffement une
grande application aux fonctions
de fon Miniftere. Il eft
mort dans un âge affez avancé.
70 MERCURE
Je vous appris l'Efté dernier
que M d'Orvilliers avoit efté
nommé Gouverneur de l'Ile
de Cayenne ; il eſt heureuſement
arrivé dans ce Gouver
nement , ce que vous pourrez
voir dans la Relation que je
vous envoye , qui contient tout
ce qui s'eſt paffé pendant fa
route.
EXTRAIT
D'une Lettre de Cayenne du
2 Novembre 1706 .
с
Le 14. Juillet à la pointe du
jour nous levames l'ancre d'un
GALANT 71
vent de N. N. E. avec la Flotte
de Canada & celle des Ifles ,
nousfortimes par le pertuis d' Antioche
au nombre de 26. voiles ..
La Gaillarde , avec une Fregate
marchande eurent ordre de faire
= pendant lejour l'avant-garde à la
veie de la Flotte & de s'y joindre
le foir ; il parut le lendemain matin
derriere la Flotte trois Vaif
feaux qui s'en approcherent affez
pour la reconnoiftre ; mais il ne
nous inquieterent point dans noftre
routte que nous continuames à
O.S.O. Nous eúmes encore les
jours fuivans les vents de N.
N. E. affez frais jufqu'a l'Eſt,
72 MERCURE
qui nous auroient bien fait faire
du chemin fi nous n'avions efté
retardez par quelque mauvais
voiliers aufquels , il falloit proportionner
noftre voilure. Le 19 .
aprés midy par les 45 degrez 2.m.
de latitude les 2. d. 46. m. de
longitude. Mrs de Saujon
Defcartes s'eftimant fuffifament
bors les Caps pour fe feparer prirent
chacun leur route , le premier
avec la Flotte de Canada
O. - N. O. & nous avec celle
de les au S. OS.
Le 23. un petit marchand
ayant tiré quelques coups de fufil
mit fon pavillon en pane , Me
Defcartes
GALANT 73
1
Defcartes y envoya fon Canor.
Nous n'avons point fçû dequoy
il s'agiffoit , les vents quijufqu'à ce
jour nous avoient étéfavorablesfe
rangerent de l'avant pendant la
nuit du 24. on défcouvrit à la
pointe du jour au vent à nous
trois Vaiffeaux , un defquels fe
détacha le foir pour venir nous
reconnoiftre , & auffi- toft revira
de Bord. Le Commandantfitfignal
à la Flote de fe refferrer auprés de
luy , ce qui n'eftoit pas poffible à 2 .
de nos Baftimens qui eftoient tout
à la vûë de nous , à moins de les
attendre cofté en travers ; ce que
nefit pas MrDescartes ; il cargua
Février
1707.
G
74 MERCURE
feulementfes baffes voiles , & courut
de l'avant toute la nuit ,fi bien
qu'ils ne nous rejoignirentpas cette
nuit.
Le 28. les vents qui avoient
commencé la veille à fe rangerfoiblement
au Nord- Eft , fe fortifierent
, les vents alifez commencerent.
Nous nous eftimions pour
lors à cinquante lieuës N.
Madere
.
S.de
Le 29 , à trois heures aprés minuit
la Charente ayant faitfignal
qu'il y avoit dans la Flote un
Baftiment étranger , le Commandant
s'en approcha & luy donna
chaffe ; nous le fuivîmes à toutes
GALANT 75
voiles dehors , & nous connûmes
aujour que c'eftoit une Quaiche.
M Defcartes mit Pavillon Anglois
, qu'il affura d'un coup de canon;
la Quaiche en mit un blanc ,
ne difcontinua pas de prendre
chaffe jufqu'à neuf heures , que
Mr Defcartes ne pouvant lajoindre
mit côté en travers pour attendre
fa Flote . Ce petit Baftiment
fit la même manoeuvre & ayant
fait fervir en même temps que
nous il s'aprocha de ceux de nos
Vaiffeaux , qui estoient les plus
éloignez . Sa fanfaronade luy fût
fatale , carayant été aprés midy de
maftéde fongrand maft, Mª Def
Gij
76 MERCURE
cartes le joignit , & aprés en avoir
tiré les prifonniers , le fit couler
bas. Le 30. par les 22. degrez
minutes de latitude , & les 358.
degrez 6. minutes de longitude , les
ن ب
6 .
vents de N. E. continuant tresbons
, M d'Orvilliers ſe voyant
dépaffé l'Ile de Madere , & que
la route de M Defcartes ne s'accommodoit
pas avecla fienne , cargua
fes baffes voiles pour l'attendre
, luy demanda la liberté de
fairefa veritable route , dont ils
convinrent. Nous luy demandames
des nouvelles de la Quaiche
qu'il avoit prife le foir precedent :
il nous dit que c'eftoit un Anglois
GALANT 27
77
venu à Madere pour y charger des
vins , & que les prifonniers rapportoient
que depuis peu de jours
cinq Vaiffeaux de guerre Anglois
eftoient partis de S. Michel pour
les Illes de l'Amérique. Aprés nous
eftrefouhaité de part d'autre un
bon voyage , chacun pritfa route ,
eux au S. O. & nous au S. S.
O.
Le 3. Aouft nous paffâmes le
Tropique du Cancer par les
d. 21.m. de longitude.
353.
Le 6. comme nous nous eftimions
prés des Ifles du Cap verd , on fit
pendant la nuit toute l'attention
neceffaire en pareille occafion ,
Giij
78 MERCURE
tin ,
effectivement à 6. heures du manous
reconnúmes 8. à 9. lieues
au vent ànous l'Ile de S. Antoine,
qui eft une terre fort élevée ; cette
connoiffance nous fit plaifir , parce
qu'elle affuroit noftre route.
Fufqu'icy noftre navigation avoit
avoit efté fort heureuse , & nous
comptions avecle fecours des vents
alifez , acheverenpeu noftre voyage,
mais noftre efperancefut trompéespremierement
la hauteur commença
à nous manquer ayant le
Soleilau Zenit , &pendant trois
jours nous eûmes les vents fifoibles
qu'ils differoient peu du calme.
Le ix. aprés midy ils fauterent
GALANT 79
tout d'un coup au S. O. & du
depuis jufqu'au 23. nous les cúmes
toûjours forcez & variables depuis
le S. O. jufqu'à Q. N. O.
avec des grains tres-pefans mêlez
de groffes pluyes qui incommodoient
fort nos équipages.
Enfin ce vent contraire aprés
nous avoirfatigué pendant douze
jours , calma ; &le 23. Aouſt il
fe rangea fur le foir au S. S. E.
où il fraîchit pendant la nuit.
Le 24. noftre hauteur obſervée
à midyfe trouva de 4. degrez 48 .
m. qui eft celle de Cayenne . Quoy
que pour lors noftre veritable route
Semblaſt eſtre l'Ouest ; cependant
D iiij
80
MERCURE
nous nefimesporter qu'à O. S.O.
à deffein de gagner deux cent lieuës
au ventjuſqu'à la hauteur de deux
degrez , parce que le long de cette
Cofte les eaux qui fortent de la
riviere des
Amazones , jointes aux
marées , font un courant fi rapide
que plufieurs Navigateurs y ont
efté trompez. Nous eumes toujours
depuis les vents tres - favorables
pour noftre route , & le 27. ayant
attrapé la hauteur que nous cherchions
, nous arrivâmes à Ouest ,
prenant un peu de Sud , afin de
nous entretenir contre les courans ,
dont nous
commencions à nous ap÷
percevoir. Nous continuâmes cette
GALANT 8
route , faifant 3.5 . lieuës plus ou
moins par 24. heures , fans cepen-.
dant trouver changement d'eau.
ny fond ; ce quiinous impatientoit
fort , & nous fit juger que nos
Pilotes s'eftoient trompez dans
leur route , nous avoient mis
cent lieuës à l'Ouest plus qu'il ne
falloit.
Enfin le 3. Septembre nous trouvâmes
fond à 40. braffes , &
pendant la nuit on continua de
fonder d heure en heure , avec diminution
de fonds , à peu prés de
deux braffes par lieue , & le fable
de plus en plus vafeux.
Le s. nous vimes la terre à
82 MERCURE
diſtance defix àfept lieües, &nous
continuâmes noftre route le long de
la Cofte la fonde à la main , parce
qu'elle est fort plate , & qu'on ne
trouve à vue de terre que fix à
Sept braffes ; le fond eft auffi vafeux
& les eaux auffi troubles
qu'à Rochefort , & les couransy
fontfi violens qu'il faut de neceffité
étaler les marées.
quatre
Le 8. nous paffames le Connêtable
, qui eſt une groſſe roche
éloignée de
lienes de terre
ferme, à l'entrée de la nuit
nous moüillâmes dans la rade foraine
de Cayenne , oùl'on nous.envoya
deux Pilotes qui entrérent
GALANT 83
le lendemain le Vaiffeau en rade ;
auffi-toft qu'il fut moüillé je defcendis
à terre.
Je crois que le détail que
vous trouverez dans l'Article
fuivant de tout ce qui fe paffe
lorfqu'un Chevalier de Malthe
fait fes voeux , vous paroiftra
curieux & nouveau ; vous en
trouverez un dans l'article fuivant.
Noble Frere Jean- François
Fraguier, Chevalier de l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem ,
vient de faire fes voeux dans le
Temple du Grand Prieuré de
France , entre les mains de
84 MERCURE
Religieux Seigneur Frere Nicolas
de Gaudechart de Bachevillé
, Commandeur de Maupas
& du mont de Soiffons ,
confequence d'un Bref de Sa
Sainteté enregiftré à Malthe
dans la Chancellerie de cet
Ordre. M' le Prieur- Curé du
benir
Temple commença par
l'épée nue du nouveau Chevalier
qui eftoit vêtu d'une robe
longue : Mr le Commandeur
élevé fur une eftrade & affis
dans un fauteuil , luy mit cette
épée au côté, en difant ;Je vous
ceins cette épée la mettant à voftre
cofté au nom de Dieu Tout- PuifGALANT
85
fant , & de la glorieufe Vierge
Marie, de Monfieur Saint Jean-
Baptifte noftre Patron , & du
glorieux Saint George , à l'honneur
duquel recevrez l'Ordre de
Chevalerie. Puis le Novice tira
fon épée & l'ébranla trois fois
dans l'air au nom de la Sainte
Trinité. A peine eut il remis
fon épée dans le foureau
Mr le Commandeur de Bachevillé
l'en retira & dit en luy
en donnant trois coups fur
l'épaule ,je vousfais Chevalier,
c. Mr le Chevalier de Thumery
de Boiffife , luy mit enfuite
les Eperons dorcz.
que
86 MERCURE
Le nouveau Chevalier aprés
avoir communié de la main
de Mr le Prieur - Curé du Temple
, qui celebra la Meſſe , alla
Te mettre à genoux devant Mr
le Commandeur , qui l'interrogea
long- temps felon la formule
ordinaire ; qui luy commanda
enfuite d'aller prendre
le Meffel fur l'Autel ; de le luy
apporter , & de mettre les
mains fur le Saint Canon , fur
lequel il prononça les voeux
folemnels de la Religion. Il luy
mit alors le Manteau à bec
chargé de la croix blanche à
huit pointes , & luy expliqua
GALANT 87
> les huit beatitudes , dont elles
font le fymbole. Il y ajoûta le
Cordon de foye , qui reprefente
les principaux inftrumens de la
Paffion de Noftre Seigneur , &
aprés quelques prieres prononcées
par le Celebrant tourné
vers l'Affemblée , le nouveau
Profez alla embraffer tous les
Commandeurs & Freres de
l'Ordre qui eftoient là comme
témoins parmi lesquels fe
trouverent Mrs les Commandeurs
Perrot , de Caumartin ,
de Briçonnet , & c . On le con--
duifit aprés la ceremonie dans
le Refectoire, où eftant à terre
88 MERCURE
fur un tapis , ou luy fervit feulement
l'eau , le pain & le fel ,
que l'Ordre venoit de s'engager
de luy fournir , aprés quoy
Mr de Bachevillé donna un dîné
magnifique.
Mr le Chevalier Fraguier
eft fils de Mre Nicolas Fraguier
Confeiller au Parlement,
qui a eu 3. fils & une fille , qui
époufa le 29. Juin 1700. Mr
de Catinat , neveu du Maréchal
de ce nom. Mre Martin
Fraguier de Buffy, qui eſt l'aîné,
fut reçû avec diftinction Confeiller
au Parlement le 10. Février
1706. Le Chevalier dont
GALANT 89
je viens de parler ; eft jumeau
de ce Confeiller : le troifiéme
eft prefentement à Malte &
acheve fes Caravanes ; il a efté
reçû de minorité , en forté
qu'à l'age de 2 1. an , il ſe trouve
avoir 20 , ans d'ancienneté.
dans l'Ordre .
Je ne vous dirayrien des filiations
, & des alliances de cette
famille , vous en ayant parlé au
mois de Juillet 1700. lorfque
Mlle Fraguier foeur du nouveau
Profez , époufa Mr de Catinat ;
cette famille a toujours rempli
avec honneur des emplois
confiderables . Guillaume Fra-
H Février
1797.
90 MERCURE
en
guier qui fut tué à la Bataille de
Guinegafte au mois d'Aouſt
1479. eftoit frere de Mre Louis
Fraguier Evefque de Troyes
dont il eft parlé dans le Traité
des Libertez de l'Eglife Gallicane
en 1460. fait par Mr Pithou .
Aprés vous avoir parlé d'un
homme qui vient de quitter le
monde fans abandonner fa
vie , je dois vous parler de la
naiffance d'un jeune Seigneur
qui n'en goutera pas fi- toft les
douceurs . C'eft de celle du fils
de Mr le Duc d'Uzés , nommé
Comte de Cruffol , fur la naiffance
duquel Mr Simar a fait
les vers fuivans.
GADANT 91
V
Enez , aimable Enfant , venez
d'un nom illuftre
Et dans tous les temps repelte :
Soutenir la gloire & le luftre ,
En confacrant le vostre à l'immortalité.
D'une heureufe fecondité
Vous etes le precieux gage,
Par la vertu même allaite,
Croiſſez en gloire comme en age:
En vous voyant , Fail enchanté
Ignore ce qu'il doit admirer davan-
Oules Graces , les feux , les Ris ,&.
la Beauté ;
Ou la douce & noblefierté
Qui brille fur votre viſage.
Mais , à Ciel , quel beureux pré-
Tage T
Vous naiffez prefque in mime
temps ,
92 MERCURE
Qu'ADELAIDE accorde à nos defirs
ardens
Un Heros , qui des Dieux eft le plus
bel ouvrage :
COMTE , vous luydevez un legitime
hommage
Mais que voftre deftin me paroift
glorieux ,
Puifque vous avezl'avantage,
De ne ceder qu'au fang des
Dieux.
Le jeune Comte qui vient
de naître ne tiendra pas fi-toft
e langage qui fait le fujet des
Vers fuivans , puifqu'ils renferment
une declaration d'amour.
Ces Vers font de M
Guidin de Blois,
GALANT
93
CEſſezpetits oifeaux , ceffez vos
doux
ramages !
N'infultezplus aux maux que je
reffens !
Et n'interrompez point l'Echo de ces
bocages,
Qui s'accordefibien à mes triftes accens
:
Ecoutez, comme moy , cette Nimphe
fenfible ,
Qui , de fon Palais invifible ,
Me rend plainte pour plainte , &
foupirs pourfoupirs.
Que mon fort feroit doux ! dans le
mal qui me preffe ;.
Si , comme elle, l'ingrate , qui fait
mes déplaifirs ,
Me rendoit quelquefois tendreſſe
pourtendreße:
S
Je languis la nuit & lejoura
94 MERCURE
Et je fuis tout mélancolique ;
On dit que c'est le mal d'Amour ;
Et que ce mal fe communique :
En effet je l'ay pris de vous ;
Je n'ayjamais pu m'en deffendre:
Ah ! belle Iris , que mon fort feroit
doux !
Si jepouvois à mon tour vous le rendre.
Il y a long - temps que celuy
qui fait le fujet de l'Article fuivant
, ne doit plus eſtre en eſtat
de faire de pareilles declarations
d'amour.
•
Le Roy a donné l'Abbaye
de Warneton au Pere Def
obry , Religieux de la mefme
Abbaye. Il eft generalement
GALANT
95
eftimé dans fon Ordre & tous
ceux qui le connoiſſent ont
aplaudy au choix de Sa Majeſté
, pour remplir cette dignité.
En effet ce Religieux joint à
une naiffance confiderable & à
une profonde érudition , une
vertu & une pieté folide . Il a
poffedé les principales Charges.
de l'Abbaye de Warneton
dont il eft aujourd'huy Abbé ,
& il a eu fouvent occafion d'y
donner des preuves de fa pieté
& de fa doctrine : elle a toujours
efté pure & hors des at
teintes de la nouveauté . Il a
paru tel que je le reprefente
>
96 MERCURE
dans toutes les occafions où il
selt
agi de foûtenir la faine
Doctrine . Son zele a efté ſoutenu
par de grandes lumieres :
elles luy ont cfté utiles dans le
gouvernement
de fa Maiſon ,
& elles luy ont acquis une folidé
réputation dans tout l'Ordre
de Saint Benoift , dont il
eft un des plus dignes membres.
L'Abbaye de Warneton
eft celebre dans l'Hiftoire
par
fon ancienneté , & par les fu
jets qu'elle a produits , princicipalement
dans le penultiéme
fiecle.
Le Roy donna dans la pro
motion
GALANT 97
motion des Benefices que Sa
Majefté fit à Noël dernier
l'Abbaye d'Argenfoles , à une
Religieufe de cette Abbaye ,
qui porte le nom de la Bretéche ,
croyant qu'elle eftoit de la famille
de ceux de ce nom , qui
fe font tous fignalez au ſervice
de Sa Majefté , & dont le nombre
eft fi grand que je ne vous
ay point encore parlé de famil
le fi nombreufe. Ce Monarque
ayant fçu que la Religieuſe
dont je viens de vous parler
n'eftoit pas de cette famille ,
& qu'ellé eftoit originaire
Février
1707. I
98 MERCURE
Soiffons , l'expedition de fon
Brevet fur fufpenduë ; mais
ayant efté enfuite informé qu'-
elle meritoit la grace qu'il avoit
cru faire à une autre Sa Majefté
luy a fait expedier fon Brevet.
Je ne vous dis rien davantage
, eſtant perfuadé que vous
voyez comme moy que le Roy
eft grand dans tout ce qu'il
fait.
La Lettre qui fuit vient d'un
de ceux qui ont eu part aux
Feftes dont elle parle. Jay cru
vous la devoir envoyer de la
même maniere qu'elle a efté
écrite.
REQUE
4
DE
LELA
VILLE
GALANT 99 %
Depuis que Son Alreffe Serm
niffime Madame de Nemours eft
de retour à Paris on folemnife cet
heureux jour dans tout le Comté
de Neuchatel de Valangin.
Voicy ce qui s'eft fur tout
paffé dans deux des principaux
lieux du Comté de Valangin , à
ce fujet ;fur les dix heures du matin
du jour que cette Feftefut inftituée
, tous les hommes capables
de porter les
àLocle & àla Chaux de Fond.
armes , fe trouverent
Ily avoitfix Compagnies à Locle
& quatre à la Chaux- de- Fond.
Les Officiers , aprés avoir exhorté
ces Troupes à eftrefideles & obéif-
I ij
100 MERCUKK
fantes àSon AlteffeSereniffime,&
continuer leurs voeux pour la
confervation de la vie de cette Sacrée
Princeffe , on fit des décharges
generales , & tout le monde
tant hommes quefemmes , ع و ب&
enfans
teffe Sereniffime Madame nôtre
Souveraine Princeffe , pendant
que les Troupes rechargeoient
leurs armes. Ily avoit dans un
Char de Triomphe , fix fortes
d'Inftrumens ; quatre jeunes filles
, & deux garçons qui chantoient
une chanfon de leur compofition
, qui convenoit au fujet de
leur joye , & qui exprimoit parcria
Vive Son AlGALANT
101
faitement les fentimens de leurs
cours. Peu de temps aprésfoixante
Cavaliers monterent à cheval
à la Chaux - de - Fonds , pour fe
-rendre à moitié chemin de Locle ;
ce Char de Triomphe marcha efcorté
de buit Cavaliers & defeize
Fantaffins. Nous continuames
noftre marchejufqu'au lieu où nous
rencontrames la Cavalerie de Locle
qui eftoit rangée dans un grande
→ Prairie. Aprés qu'on se fut falué
de part & d'autre à coups depiftolets
, les Officiers mirent pied à
terre. On dreffa une table au milieu
de la Campagne chargée d'une tresbelle
collation ; les Cavaliers au
I iij
102 MERCURE
1
nombre de deux cent , demeurerent
àcheval, pendant que les Officiers
de part & d'autre burent &
mangerent enfemble. On but à
lafanté de noftre Auguſte & Sereniffime
Princeffe , au bruit &
aux décharges de la Moufqueterie ,
compofée de huit cens Soldats qui
eftoient campez fur une hauteur
vis-à- vis de nous. Cette réjouiffance
qui fe fit fur le gazon , jufques
à quatre heures dufoir , qu'on to
Je fepara pour aller mettre le feu
chacun à des tas de bois de quinze
à vingt chars , où l'onfut jusqu'à
huit heures du foir, en continuant
les cris de joye & de réjouiſſance.
GALANT 103
Chacun illumina, fest feneftres.
Cette illumination fut des plus
brillantes , puifque de fimples par
ticuliers trouverent moyen deplacer
jusqu'à quarante lumieres à
leurs feneftres. Ily en eut même
qui ne pouvant à leurgré en mettre
affez devant leurs maifons , en
attacherent à des arbres qui n'en.
eftoient pas éloignez . Ces illuminations
eftant finies , il y eut un
grand Bal , qui dura jusques à
quatre heures du matin.
M' de Polaftre , Seigneur de
Peyrefitte , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , & Gou-
I
j
104 MERCURE
verneur du Fort - Griffon de
Befançon , eft mort fubitement
âgé de foixante - douze ans
aprés avoir fervi le Roy pen .
dant 49. ans. Ce Gentilhomme
joignoit un à grand fang froid ,
un grand courage , dont il a
donné des preuves aux Sieges
de Douay & de Lille , & à celuy
de Nimegue , où il fut bleffé
à la jambe , qu'il luy fallut
couper. Il reçut cette bleffure
en repouffant les ennemis qui
avoient fait une fortie , jufque
dans la Place , où M " de Polaftre
fon frere fut pris & bleſſé
à l'oeil , qu'il perdit en cette ocGALANT
105
cafion. Ils eftoient tous deux
Capitaines dans le Regiment
de Sault ; ils eftoient d'une noble
& ancienne maiſon établic
dans le haut Languedoc , depuis
deux ficcles , à laquelle
l'amour des Armes & de la
Juſtice , femble hereditaire , &
qui a donné des Officiers diſtinguez
aux Armées de ſa Majeſté
& des Rois fes Predeceffeurs
& de grands Magiſtrats à
la Robe ; il y a encore aujourd'huy
un Confeiller de la
grand Chambre du Parlement
de Toulouſe , & un premier
Prefident au Prefidial de Caf106
MERCURE
telnaudarry , & qui font voir
dans l'exercice de leurs Charges
beaucoup de capacité &
d'integrité. Ce dernier avant
que d'eftre reveſtu de cette
Charge , avoit fervi avec diftinction
pendant douze ans en
qualité de Capitaine. Il a efté
employé à la Cour de Rome
pour des affaires importantes ,
où il s'eft fait estimer & aimer
de plufieurs Cardinaux & des
perfonnes les plus diftinguées
de cette Cour.
Mr N .... de Cauret de
Tagny , Abbé de Beaulieu ,
Diocefe de Boulogne , eft mort
GALANT 107
dans un âge affez avancé. Il
eftoit frere de feu M' le Marquis
de Tagny , Seigneur de
Coigniers prés de Versailles ,
qui mourut il y a trois ans , &
qui laifla M' le Marquis de
Tagm Officier de Marine
& deux filles , dont le me
rite & les agréemens font
connus de tout le monde . M
l'Abbé de Tagni eftoit auffi
frere de M' le Comte de Tagni
, qui avoit épousé une parente
de Mr l'Electeur de
Treves : cette Dame n'avoit
époufé Mr le Comte de Tagni
qu'en quatrieme noces ;
108 MERCURE
elle avoit eu de fon premier
mariage feuë M° de Courcelles
, dont la beauté a tant fait
de bruit il y a quelques années.
M' le Comte de Tagni n'a
point eu d'enfans de cette Dame
, qui mourut il y'a cinq ou
fix ans. La Maiſon de Cauret ,
dont M ' le Marquis de Tagni
eft aujourd'huy le chef , eft
une des plus illuftres de Normandie.
Elle eſt originaire d'Ir
lande , où elle a tenu un rang
tres- conſiderable pendant plufieurs
fiecles , & d'où elle paffa
en France , il y a prés de deux
cens ans. Depuis qu'elle eft étaGALANT
09
blie dans ce Royaume ; elle s'y
cft alliée aux plus grandes Maifons
; fçavoir , à celles de Lenoncourt
, d'Eſtouteville , & à
plufieurs autres de ce rang. M
l'Abbé de Tagni qui donne
licu à cet Article , eftoit encore
plus recommendable par fon
merité & par fes qualitez perfonnelles
, que par l'éclat de
fa naiffance. Il avoit beaucoup
d'efprit, un grand naturel pour
les fciences , qu'il avoit cultivées
pendant fa jeuneſſe ; il
eftoit auffi tres -appliqué aux
devoirs de fon cftat . Illes rempliffoit
avec une exactitude édi110
MERCURE
fiante , & rien ne pouvoit le
détourner de l'attention qu'il
y donnoit . Il joignoit à cela
beaucoup de nobleſſe dans ſes
manieres ; il vivoit dans fon
Abbaye avec l'éclat d'un homme
de fa naiffance. Sa maifon
eftoit ouverte à toutes les perfonnes
de qualité & à tous
ceux qui avoient quelque reputation
d'efprit. M' l'Abbé de
Tagni qui en avoit beaucoup ,
avoit un gouft fingulier pour
tous ceux qui avoient la réputation
d'en avoir.
Mª la Marquiſe de Longchefne
, foeur de M' le Duc de la
GALANT III
Ferté & du Pere de la Ferté Jefuite
, eft morte , ayant Lurvécu
peu de temps à M la Marquife
fa belle mere. Elle étoit
fille d'Henry de Senneterre
Maréchal de France Marquis
de la Ferté , de Saint Aubin
, la Louppe &c. Chevalier
des Ordres du Roy , & Gouverneur
des trois Evêchez de
Mets , Toul , & Verdun , &
de Dame N... d'Angennes
la
Louppe , foeur de M la Comteffe
d'Aulonne.M ' le Maréchal
de la Ferté cftoit fils d'Henry
Seigneur de Sennectere & de
la Ferté-Nabert, Chevalier des
112 MERCURE
Ordres du Roy , mort le s
Janvier 1661. & de Marguerite
de la Châtre fille de Claude
de la Châtre Maréchal de
France & Chevalier des Ordres
du Roy , & de Jeanne Chabot.
Henry de Sennectere étoit
fils de François Seigneur de
Senneterre & de la Ferté-Nabert
, Chevalier des Ordres du
Roy , Capitaine de Cinquante
hommes d'armes , & de Jeanne
de Laval , fille de Gilles de Laval
Baron de Maillé , Seigneur
de Roche Courbon , & de
Loüife de Sainte Maure . François
de Senneterre eftoit fils de
GALANT 113
Nectaire Seigneur de S. Nectaire
, dit par corruption Sennectere
, & de Magdeleine
Décampes Dame de la Ferté-
Nabert. Nectaire eftoit fils
d'Antoine & de Marie d'Alegre.
Je n'entreray pas plus
avant dans la genealogie de
l'illuftre maifon de la Ferté ,
parce que fi on vouloit rapporter
tous les monumens
que l'hiftoire nous en a confervez
on pouroit prefque remon
ter jufqu'au fixiéme fiecle auquel
temps S. Nectaire eftoit
Evêque d'Auvergne ; ce Saint
a donné le nou qu'il portoit.
Février 1707
. K
114 MERCURE
à tous fes defcendans Collateraux
& la plufpart mefme pour
témoigner leurs veneration
pour la memoire de cet ancien
Evêque , ont affecté de joindre
le nom de Nectaire à leur furnom.
S. Nectaire a eu d'illuftres
fucceffeurs de fa maiſon ; plufieurs
Prelats de ce mefme
nom ont gouverné comme
luy toute l'Eglife d'Auvergne.
Madelaine de S. Nectaire
veuve de Mre N ... de Saint
Exupere , Marquis de Miraumont
, fe rendit celebre par
vertu & par fon courage dans
le 16° . ficcle , pendant les
>
fa
GALANT
115
troubles de la Ligue & fous le
regne du Roy Henry III . Elle
arma plus de trois cens Gentils
- hommes , à la tefte defquels
elle fe mit pour chaffer des
terres qu'elle avoit en Auvergne
, les Rebelles qui y faifoient
de grands défordres . Elle
les battit en plufieurs occafions
& elle eut mefme la gloire de
faire für le fieur de Montal ,
qui en commandoit un corps
confiderable ; & les Hiſtoriens
remarquent que ce General
mourut de douleur d'avoir été
obligé de fuir devant une femme
. M° de Miraumont fit plu-
!
Kij
116 MERCURE
fieurs autres actions de valeur
qui rendirent fon nom celebre;
mais elle fçût toujours accorder
avec cette humeur mar
tiale la retenue & la pudeur
que les perfones de fon fexe &
de fa naiffance doivent conferver
avec une rigoureufe
exactitude. Il n'y a pas longtemps
que je vous ay parlé de
a maifon de Bullion , & je dois
feulement vous faire remar
quer aujourd'huy que Mr le
Marquis de Long- Chefne eft
petit-fils du Surintendant de
cc nom .
Je crois qu'ayant à vous
GALANT 17
parler du Sacre de Mr de Matignon
Evêque de Limoges
je dois vous envoyer la Lettre
qui m'a efté adreffée fur ce fujet
, & qui vous expliquera
mieux que je ne pourrois faire
tout ce qui s'eft paffé à cette
occafion .
palle
A Lyon ce 7. Février.
La ceremonie du Sacre de
Monfieur l'Evêque de Limoges
quifut faite dans cette Ville Dimanche
paffé 23. du mois deFanvier
, a efté accompagnée de quelques
circonftances fi particulieres ,
que j'ay crú que je vous ferois
118 MERCUR E
plaifir , Mr , fi je vous les faifoisfçavoir.
La premiere circonstance qui
a rendu cette ceremonie fort finguquatre
Prelats
liere , eft
que des
qui l'ont
faite
, ily en a trois
qui
font
Comtes
de Lyon
. Ces
trois
Prelats
font
Monfieur
l'Archevêque
de Lyon
;par les mains
duquel
nouvel
Evêque
fut
Sacré
Monfieur
l'Evêque
de
Saint
Flour
qui fut le premier
Evêque
.
Affiftant
, & Monfieur
l'Evêque
de Limoges
, quifut Sacré
.
On avoit même crú d'abord
pouvoir compter fur un quatrième
Prelat Comte de Lyon , comme
GALANT
119
les trois premiers , Monfieur l'Evêque
de Poitiers qui avoit efté
invité , ayant fait efperer qu'il
pourroit fe trouver à Lyon pour ce
Sacre ; mais la trop grande dif
tance des lieux & quelques au
tres obftacles effentiels dérangerent
les mesures qui avoient eſté prifes
, on eut recours à Monfieur
l'Evêque de Bellay dont le Dioceffe
eft dans noftre voisinage. La
feconde circonftance qui a paru finguliere
dans ce Sacre , regarde les
incidens qui en ont fait differer
la ceremonie pendant deux mois
& qui ont contraint Monfieur
l'Evêque de Saint Flour , qui
120 MERCURE
d'ailleurs refidefi exactement dans
fon Diocefe , de refter malgré luy
dans cette Ville durant tout ce
temps - la . Le retardement extraordinaire
des Bulles pour le nouvel
Evêque qui estoient attendue's
chaquejour de Rome , avoient
déja arreſté affez long- temps ici
Monfieur l'Evêque de Saint
Flour , lorfqu'un nouvel incident
encore plus fâcheux , acheva de
mettre à l'epreuve la patience de
ce Prelat ; ce fut une maladie fort
violente fort dangereufe dont
il fut attaqué en fortant de l'Eglife
de Sainte Elizabeth en Belle-
Cour , d'où il venoit de recevoirla
profeffion
GALANT 121
profeffion d'une Religieufe
d'adminiftrer la Confirmation à un
grand nombre de perfonnes auf
quelles ilfut une exhortation tres
touchante pour les difpofer à ce
Sacrement.
Le bruit de cette maladie s'étant
répandu dans cetteVille , tout
le monde futperfuadé que le Sacrè
ne pouvoit eftre fait de fort
long-temps ,parce que le mal de vint
tres - violent en peu de temps ,
que la gangrene s'y estant miſe , il
fallut faire au Malad: des incifions
tres - douloureufes , qu'ilfoû
tint avec toute la patience d'un
gray Chreftien
Février
1707.
avec tout ce
L
122 MERCURE
courage qui femble eſtre hereditaire
dans l'illuftre Maifon d'Ef
taing ; mais on apprit bien-toft avec
une fenfible joye , que ce Prelat
eftoit hors de peril , & aprés quin-
Ze jours , on le vit avec admiration
faire durant deux ou trois
heures la ceremonie du Sacre , d'un
air auſſi tranquille & auffiferme
que s'il avoit joui de la fanté la
plus parfaite.
La troifiéme circonftance qui a
paru digne de remarque dans ce
Sacre , c'eft qu'on n'avoitpoint vi
dans Lyon de pareille ceremonie
depuis cinquante- trois ans ; c'eſt- àdire
depuis le Sacre defeu MonGALANT
123
•ficur Camille de Neufville , qui fe
·fit en 1654. La derniere chofe
que je dois vous faire remarquer,
Monfieur, c'est que ce Sacre a esté
•fait dans l'Eglife de SaintJean ,
fi venerable aux Fideles par fon
ancienneté , qui eft de plus de dix
Siecles ; par de précieux dépoft de
la tefte de Saint Irénée ; de celle de
Saint Cyprien , Evêque de Carthage
, de plufieurs autres Reliques
confiderables qu'ony conferve
; par la dignité de fon Archevêque
Primat des Gaules , & de
fes trente-deux Chanoines Comtes
de Lyon , par la majefté desplus
anciennes ceremonies de l'Eglife ,
Lij
$114 MERCURE
{
que
"'qu'ony a toujours confervées
dans
la Meffe & dans l'Office que l'on
y fait par coeur & fans inftrumens
de Mafiques
up fob nusipel
• C'est dans ce mefme lieu
l'Eglife Grecque fut réunie ily a
432. ans avec la Latine , dans
un Concile general quiy fut tenu
•l'an 1274 par le Pape Gregoire
X. qui en avoit eflé Chanoine
.
Il reste encore aujourd'huy
dans
cette mefme Eglife de S. Jean ,
un Monument
fort fingulier
de
cette Paix Pauquel
peu de gens
font attention
. Pour marquer
que
la réunion des deux Eglifes, Latine
& Grecque
s'eftfaite dans cet enGALANT
125-
droitsiliya en tout temps deux
Croixauxdeux coftez du Maistre ,
Autel sau lieuque dans toutes les
autres Eglifes'il n'ya qu'unefeule
Croix au milieu de l'Autel.
¿ Voilà ce que j'ayi éru devoir
vous écrire fur le Sacre de Monfieur
l'Evefque de Limoges ,auquel
Monfieur l'Arche vefque de Vienne
affifta commeparticulier avec
tout le nombreux Clergé
perfonnes les plus qualifiées de
cette Ville , outre une foule innombrable
de peuple qui remplif
foit cette vafte Eglife & les doubles
Galeries qui environnent.
Jefuis , & c Love
les
Liij.
1261 MERCURE
Il s'eft fait des rejouiffances
dans toutes les Villes du Royau
me pour la naiffance de Mon
feigneur le Duc de Bretagne.
A peine eut - on appris cette
nouvelle à Bayonne que les
réjouiffances y commencérent
d'une maniere qui fit connoître
l'ardeur & la fincerité du
zele de tous les Habitans . La
Reine Douairiere d'Eſpagne affifta
au Te Deum qui fut chanté
, & voulut aller à l'Hoftel de
Ville pour y voir le feu qui fut
fait le foir dans la Place de cet
Hoſtel , & pour y mieux remarquer
la joye du peuple qui
GALANT 127
eftoit affemblé en ce lieu. Les
illuminations furent grandes
par toute la Ville , où l'on alluma
des feux dans toutes les
ruës. Chacun fe diftingua à
l'envi , On ne pouvoit attendre
moins d'un peuple dont le
Gouverneur eft fi zelé & fi attentif
à tout ce qui peut regarde
le bien & la gloire de l'Etat.
L'Augufte Princeffe dont je
viens de vous parler , donna de
plus d'une maniere des marques
d'une joye parfaite.
On chanta le Te Deum à
Montpellier le 22. de Janvier
au fujet de la même naiſſan-
Liiij
128 MERCURE
cc . Monfieur le Duc de Roquelaure
, tout le Clergé & toute
la Nobleffe , fe trouvérent à
cette ceremonie , M ° la Ducheffe
de Roquelaure eftoit dans
unetribune, accompagnée d'un
grand nombre de Dames . On
tira un feu d'artifice à l'iffuë du
Te Deum , & M' le Duc de Roquelaure
, fuivi de toute la Nobleffe
& des Officiers , alluma
le feu de la Ville ; ce feu fe fit à
la Place de la Canourgue , M° la
Ducheffe de Roquelaure eftoit
chez Me Damartin , qui a une
tres- belle maifon dans cette
Place ; on luy donna une collaGALANT
129
à
tion magnifique , où se trouva
Mr le Duc de Roquelaure ;
toute la maiſon eftoit remplie
de leur fuite , qui eut part
cette collation . Mr & Me de
Roquélaure allerent enfuite
chez Me de Bafville , qui leur
donna un fort grand Youpé ,
& le lendemain 23. Mr & Mc
la Ducheffe ayant voulu donner
en leur particulier des marques
de leur joye , firent dire
que la porte de leur Hoftel feroit
ouverte à tous ceux qui
voudroient venir le même jour
à fix heures du foir . L'empref
fement des'y rendre fut grand.
130 MERCURE
Meffieurs les Archevêques &
Evêques qui avoient efté conviez
en particulier s'y rendirent
auffi. Dés que l'on fut en
pleine nuit les rideaux des feneftres
qui donnent ſur le jardin
ayant efté tirez , on remarqua
l'édifice d'un feu d'artifice .
Cet édifice qui cftoit illuminé
par un grand nombre delamperons
, eftoit d'ordre Tofcan. Il
avoit huit toifes de face , & une
baluftrade, au-deffus de laquelle
cſtoient les armes du Roy . Chaque
façade avoit huit pilaftres.
Il y avoit dans celle qui regar
doit l'Hoftel de
Roquelaure ,
GALANT 131
un grand Tableau qui reprefentoit
la France à genoux qui
recevoit le Prince qu'un Ange
luy apportoit. On voyoit aux
coftez de ce Tableau des figures
rehauffées d'or , qui reprefentoient
plufieurs Vertus.
Dans les entre- deux des groupes
des pilaftres , eftoient les armes
de Monfeigneur , de Mon
feigneur le Duc de Bourgogne,
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , &
au- deffus de toutes ces armes
on remarquoit des devifes qui
convenoient au fujet.
132 MERCURE
Les autres façades de cet édi
fice eftoient ornées à peu prés
dans le même gouft ; mais avec
cette difference , que l'on avoit
pratiqué à celle qui eftoit en
dehors & qui donnoit fur l'ef
planade de la Ville , des mafques
marins qui jetterent du
vin pendant tout le jour & toute
la nuit . On avoit placé des
muids de vin dans le jardin
pour les domestiques de ceux
qui eftoient à la Felte . Toutes
ces façades depuis le bas jufqu'au
deffus de la baluftrade ,
eftoient peintes de marbres de
differentes couleurs , & les fiGALANT
133
I
gures & baluftres étoient femts
d'or , ainfi que de grands vafes
C qui eftoient pofez fur les pié-
-deſtaux de la baluftrade , qui
eftdient illuminez par le dedans
& qui jettoient de grandes flames
de feu. Une grande Pyramiders
élevoit du milieu de cet
édificeelle oftoit terminée par
un globe d'azur , orné de fleurs
de lis d'or.
L'illumination ayant fait
pendant quelque temps leplai
fit de l'Affemblée le canon
commença à tirer , & l'air parut
enfuite tout remply d'arti
fice. Le feu ayant achevé de
134 MERCURE
titer , on paffa dans une grande
Salle , où plufieurs Muficiens
chanterent divers morceauxdes
plus beaux Opera , & qui convenoient
le plus au fujet de la
réjouillance publique. On foupa
enfuite , & l'on fervit plufieurs
tables en même temps &
avec une égale magnificence.
Plus de 300 , Perfonnes , de
compte ffaaiitt ,, fouperent fort à
leur aife dans les Appartemens
d'en bas on fervit auffi une
Table dans les Appartemens
d'en haut pour M les Archevêques
& Evêques ; M' de Roquelaure
tenoit cette Table.
GALANT g
Tout le monde but les fantez
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne & de Monſeigneur
le Duc de Bretagne de la ma
niere accoutumée dans ces fortes
de Feftes . Il y avoit longtemps
que l'on n'avoit rien
veu de fi magnifique dans
Montpellier . Toutle palla avec
tant d'ordre que l'on auroit pu
croire qu'il n'y avoit dans la
maifon que la Compagnie de
la Chambre où l'on eftoit . Il
y eut un grand Bal aprés le
fouper , où tout le monde
danfa , excepté M' les Archevêques
& Evêques qui fe reti
S
136 MERCURE
rerent. M & M la Ducheffe
de Roquelaure eftoient dans
deux fauteuils placez fous un
dais. Ce Duc & cette Ducheffe
qui n'avoient point voulu danfer
depuis qu'ils font à Montpellier
, & qui avoient ſeulement
fait danfer devant eux ,
voulurent en confideration du
fujet de la Fefte commencer le
Bal. L'habit de M le Duc de
Roquelaure eftoit de Velours
hoir avec des Boutons d'or
maffif, & fa vefte eftoit d'une
étofe tres riche. Il ne paroiffoit
affez de fond à celuy de
Madame la Ducheffe de RoGALANT
137
] niere
quelaure que pour faire voir
qu'elle l'avoit voulu d'une couleur
modefte ; le devant de
fon corps eftoit de velours noir
tout chamarré de tres belles
pierreries.dlle avoit une
ceinture de diamans , de maque
tout cet ajuſtement ,
joint à l'air grand & majeftueux
que l'on remarque dans
fa perfonne , faifoit que la place
qu'elle occupoit ne pouvoit être
mieuxremplie. On fut charmé
de la voir danfer & kouté
l'Affemblée avoua quell'on ne
pouvoit s'en acquiter avec plus
de grace ; de maniero quordu.
Février 1707
. M
138 MERCURE
tes les perfonnes qui n'étoient
pas placées au premier rang
fe leverent pour lavoir danfer,
ce qu'elle fit aux acclamations
de tous ceux qui ne pouvoient
fe laffer de l'admirer. Cette
Ducheffe dit , que puifqu'elle
avoit danſé elle vouloit que
toutes les Dames ferieufes
& qui avoient quitté la danfe
il y avoit long temps , danfaffent
auffi , ce qui fut executé
& mit beaucoup de gayeté
dans le Bal. C'est ainsi que
finit la Feſte dont on parle encore
aujourd'huy dans toute
la Province.
14
t
GALANT 139
Mr de Paratte , Maréchal
de Camp , & qui commandé
en chefdans le Comté de Nice,
fit chanter , de concert avec le
Clergé , le Te Deum dans
l'Eglife principale de la Ville
qui porte ce nom . Cette Ceremonie
fe fit le 2 3. de Janvier
à quatre heures du foir. Le
Senat y étant arrivé Mrde
Paratte s'y rendit à la tefte du
Corps de Ville , des Officiers
des troupes & de la Nobleffe.
Les François avoient tous des
Cocardes blanches , & les Of
ficiers des autres Nations qui
s'y trouverenten avoient de
J
Mij
140 MERCURE
mêlées de blanc & de bleu , &
les Dames les avoient imitez ,
en ayant mis de pareilles à
deurs coiffures. Lorsque la nuit
approcha tous ces Officiers alderent
prendre au Palais Mr de
Paratte. Ils marcherent en
Corps avec des flambeaux de
cire blanche à la main , pour
aller allumer le Feu de joye ,
au bruit du Canon de Nice ,
de Montalban & de Villefranche
, & de la Moufqueterie de
cinq Bataillons qui étoient
rangez fur la Montagne où
iétoit le Chafteau de Nice , &
·les cinq Bataillons qui font en
M
GALANT 141
ce lieu firent chacun vingt
feux de neuf pieds de hauteur .
Ceux du premier Bataillon de
Flandre formoient un Cercle
au plus haut de la Montagne.
Ceux du fecond for
moient un autre Cercle au
deffous. Ceux du Regiment de
Grignan faifoient voir un troifiéme
Cercle au deffous du fo
cond de Flandre ; le quatrième
étoit formé par les feux du
Regiment de Champigny ; &
le cinquième par ceux du Regiment
de Saillan : de maniere
que ces cinq Cercles qui conrenoient
cent feux formoient
142 MERCUKE
un Collifée ou Amphiteaftre.
Les troupes firent leurs décharges
au milieu de ces feux , ce
qui produifit un des plus bril
lans effets qu'il foit poffible
d'imaginer. Tous ces feux
étoient vûs de trente lieuës ,
tant fur terre que
fur mer mer , &
que
les dél'on
prétend même
charges fe firent entendre auffi
loin du cofté de la mer . Tous
les Habitans de la Ville de
Nice firent de grandes illuminations
, & remplirent toutes
leurs feneftres de lumieres.Unc
partie de la Ville étant en Amphiteatre
fur le penchant de la
GALANT 143
Montagne , & l'autre partie
en plainé , & les maiſons étant
toutes de cinq à fix étages ,
tout ce grand amas de lumieres
qui jettoit une réverberation
dans la mer , produiſoit
un effet auffi merveilleux que
furprenant , & toutes les rues
étant remplies de feux ne paroiffoient
pas moins brillantes
que les maifons. Aprés que
Feu principal , apellé le Feu du
Roy , fut allumé , on n'entendit
dans toute la Ville & fur
toute la Montagne , que des
cris de Vive le Roy . Pendant
que tant de feux brilloient de
le
144 MERCURE
toutes parts , Mr de Paratte fé
mit en marche,fuivy du Corps
de Ville & de toute la Nobleffe
pour aller ouvrir une
Fontaine de Vin qui fortit du
pied d'un Soleil de 14. pieds
de diamettre ; les Armes du
Roy étoient pofées à la pointe
de chacun de fes rayons ; celles
de Monfeigneur
au deffous ;
celles de Monſeigneur
le Duc
de Bourgogne paroiffoient
enfuites, & celles de Monfei
gneur de Duc de Bretagne
étoient au deffous . On lifoit au
deffus du Soleil les paroles fuivantes
, qui font celles de la
Devife
*
GALANT
145
Devife de Sa Majefté : Nec pluribus
impar. Et au deffous : Il
porte partoutfes rayons & l'abon
dance ; le tout eftoit orné de
Trophées d'armes mêlez de flames
& de feftons. Le tout produifoit
un éclat auffi ébloüiffant
que celuy du Soleil , à caufe
de cinquante flambeaux allumez
, qui eftoient derriere ,
& dont l'éclat rejailliffoit jufques
fur le Palais auprés duquel
on avoit placé ce Soleil.
Ĉe Palais eftoit illuminé par
200. flambeaux qui estoient
aux feneftres. Mr de Paratte
qui eftoit à la tefte de toute
Février 1707 . N
146 MERCURE
l'Affemblée qui fe trouva en
ce lieu,beut à la fanté du Roy ,
Squi fut portée au premier Conful.
Ces fantez furent fuivies
par des cris réiterez de Vive le
Roy. Toutes les Troupes defcendirent
enfuite en marchant
en ordre , & M de Paratte
eftant à leur tefte , alla faluër
toutes les Armes de la Famille
Royale. Tous les Officiers &
tous les Soldats bûrent en paſfant
devant ces Armes . La Fontaine
qui eftoit au pied , fournit
du vin jufqu'à minuit . Toutes
les Dames , la Nobleffe , & les
Officiers entrérent enfuite au
GALANT 147
>
Palais , où l'on joua avant le
foupé. Le jeu fini on fe mit à
-table , & M² de Paratte ayant
arauffi - toft demandé à boire ,
bût le premier à la fanté de Sa
Majcité , qui fut accompagnée
de cris de Vive le Roy. Toutes
les Dames , tous les Officiers .
& toute la Nobleffe en firent
de même , & l'on bût enfuite
des fantez de Monfeigneur , de
Monfeigneur le Duc de Bournogogne
, & de Monſeigneur le
A Duc de Bretagne , & l'on bût
en fortant de table à l'heureux
jour que Sa Majesté mariera
Monfeigneur le Duc de Breta-
Nij
148 MERCURE
gne. Mr de Paratte commença
enfuite le Bal avec Me fon
épouſe . On ne peut rien ajoû→
ter à la magnificence
de cette
Fefte , & à l'ordre qui y fut
obſervé , & rien n'eſt égal à la
la joye que les peuples du Comté
de Nice ont marquée en cette
occafion.
Madame de Lanmary , Abbeffe
de Ligueux , toûjours attentive
à tout ce qui peut prouver
fon zele pour la Maiſon
Royale , vient encore d'en dɔnner
de nouvelles marques , en
faifant chanter le Te Deum
pour la naiffance de MonfeiGALANT
149
gneur le Duc de Bretagne, dans
l'Eglife de fon Abbaye où
s'eft trouvée toute la Nobleffe
du voifinage , qu'elle y avoit
fait inviter. Ces actions de graces
ont efté fuivies de grandes
réjouiffances . Cette Abbeffe eft
foeur de feu M' le Marquis de
Lanmary , Grand Echanfon de
France , Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de la Reine
mort à l'Armée d'Italic le 26 .
Juillet 1702. extrêmement regretté.
Il a laiffé plufieurs enfans
, dont l'aîné eft M' le Marquis
de Lanmary, grand Echanfon
de France , qui doit fervic
Niij
150 MERCURE
la Campagne prochaine en
qualité de Moufquetaire._ezist
Vous fçavez que la Maifon
de Lanmary eſt une branche
de celle de Beaupoil - Saint- Au
laire , qui a pour chef M le
Marquis de Saint- Aulaire , Lieutenant
general au Gouvernement
du haut & bas Limofin ,
qui fut reçu à l'Academie Françoife
avec M' l'Abbé de Louvois
le 23. du mois de Septembre
dernier. M' l'Evêque de
Tulles & M' le Commandeur
de Saint -Aulaire , Secretaire des
Commandemens du Grand-
Maistre de Malte , font freres
GALANT 15H
de M ' le Marquis de Saint - Aulaire.
M le Comte de Saint-
Aulaire fon fils aîné , cft Colonel
du Regiment d'Anguien .
Son fecond fils eft mort au fiege
de Turin , où il comman
doit le Regiment de Saint- Aulaire
Infanterie , dont il eftoit
Colonel .
La Lettre qui fuit vous apprendra
les réjouiffances qui fe
font faites à Pau , pour la naiffance
de Monfeigneur le Duc
de
Bretagne.
Niiij
152 MERCURE
A Pau ce 2 Février.
Vous vous intereffez trop à
tout ce qui regarde cette Ville , pour
ne vous pasfaire part de ce qui s'y
vient de paffer.
M de Bertier , Premier Prefi
dent de ce Parlement , quijoint à
fa bonne mine , des manieres affables
& polies , qui luygagnentles
coeurs de tout le pays ,
pays , a voulu
donner une marque publique de
fon zele pour tout ce qui regarde
le Roy & l'Etat. Tout le Parlement
affifta au Te Deum qui fut
chanté hier matin à la Paroiffe ,
GALANT
153
& à la fin duquel toute l'Artillerie
du Chasteau fit plufieurs décharges.
L'apréfdinée tout le peuple
de la campagne campagne ,, attiré par le
bruit de la Fefte , s'eftant joint a
celuy de laVille , alla enfuite chez
Mr le Premier Preſident , & fes
Appartemens eftant ouverts à tout
le monde , la propreté en fut remarquée
, & l'on y admira les
Portraits du Roy & de la Famille
Royale , qui font des plus reffemblans.
Les croifées de toutes les
faces de la maifon eftoient garnies
de deuxrangs defanaux ,fur lefquels
on avoit peint les Armes de
France , de Bretagne & de Na154
MERCURE
varre ; ce qui devoit produire un
Spectacle auffi agréable que brillant,
dés que la nuit commenceroit à pa
roiftre. Le grand Portail reprefen
toit un Arc de Triomphe compofe
de Lauriers , au frontispice duquel
on lifoit ces mots : A LA GLOIRE
DU ROY ET DE SON AUGUSTE ,
FAMILLE . Les Portraits du Roy
de Monfeigneur le Dauphin
eftoient placez aux deux coftez de
cet Arc , dans lequel entre les co
lonnes , on avoit pratiqué des fontaines
qui fourniſſoient une grande
abondance de vin , & les chapiteaux
de ces colonnes eftoient
chargez d'artifice.
GALANT 155
Sur les quatre heures aprés midi
, le Corps de Ville fuivi de la
Bourgeoisie fous les armes , aprés
avoir allumé le feu de la Ville
avec les ceremonies accoûtumées
fe rendit en bon ordre de la Place
Royale chez Mr le Premier Prefident.
Il trouva au milieu de la
Cour une table couverte de toutes
fortes de mets. La Bourgeoifie
fe mit fur deux rangs en bataille
dans cette Cour. Pendant ce temps
la Ville s'avança jufques dans
l'Appartement de Mr le Premier
Prefident , où elle le trouva qui
venoit au- devant d'elle. On def
cendit enfuite dans la Cour , où
156 MERCURE
en arrivant Mr le Premier Prefident
, le Maire les principaux
Officiers de Ville , s'eftant arreftez
au haut de la Table , burent debout
à la fanté du Roy au bruit des
acclamations réiterées de Vive le
Roy , que faifoit retentir le peuple
, dont la cour la ruë eftoient &
remplies , & au bruit deplufieurs
décharges de mon(queterie que fit
la Bourgeoific. Ces décharges ne
furent interrompues que pour boire
anffi à la fanté du Roy. Les fontaines
de vin fourniffoient en méme
temps au peuple qui remplif
foit la rue, dequoy renouveller la
mémefanté. On diftribua à ceux
a
GALANT 157
qui eftoient dans la cour une partie
des mets qui couvroient la table
& l'on fit promener parmi eux
un grand nombre de flacons de vin
quife trouverent vuides prefqu'en
même temps qu'ils furent entamez
, ce qui donna un agréable
Spectacle. Le vin dont ces flacons
eftoient remplis, eftoit de Juranfon ,
qui eft auffi eftimé en ce pays que
celuy de Champagne , auquel
prétend qu'il peut le difputer. Cependant
on en diftribua au peuple
avec autant d'abondance que fi ce
vin avoit efté fort commun , &
l'on auroit dit à voir la maniere
on
dont on le prodiguoit , qu'il n'y
158 MERCURE
<
avoit qu'à en aller puiſer dans le
Gave ; c'eft-à-dire dans la riviere.
Toute la Bourgeoifte ayant enfuite
défilé en faifantplufieurs décharges
, revint plufieurs fois &
fit de nouvelles décharges pourfai
re connoiftre que fon zele n'avoit
point de bornes pais qu'il s'étendoit
au de- là de l'ufage ordinaire. Pendant
que ces chofes fe paffoient
l'Aſſemblée , quife formoit de tout
la Robe & l'Epée fait
voir icy de plus illuftre , groffiffit
dans les Appartemens dont Madame
la Premiere Prefidente faifoit
les honneurs , avec le bon efprit
l'obligeante attention qui
ce
que
#GALANT
459
,
engage tout le monde à en parler
avantageusement , & qui fait
qu'on s'affemble fi volontiers chez
Welle. Les Dames rempliffoient une
partie des feneftres , & les filles
affemblées dans l'Appartement de
Mlle de Bertier, que vous ne pûtes
mieux louer un jour qu'en difant
quel formoit fon merite fur celuy
de Madame fa mere ,
occupoient
l'autre cofté des feneftres . Tout ce
• beau fexe , aprés avoir pris beaucoup
de plaifir à tout ce qui s'étoit
paffé dans la Cour , quitta les feneftres
, &fit plufieurs parties de
jeu. Pendant
que le plaifir du jeu
l'occupoit , le Peuple dont les ruës
160 MERCURE
eftoient remplies n'en prenoit pas
moins à voir l'illumination qui
dura jufques à quatre heures du
matin ; cette illumination eftoit
accompagnée de celles de toute la
Ville. Les parties du jeu eftant
finies on fervit deux Tables pour
les Dames de dix - huit couverts
chacune qui furent également
remplies de tout ce que la faifon
avoit de plus rare , &quatre autres
moindres pour les hommes
dont deux ou trois avoient à peine
purent trouver place aux Tables
des Dames. L' Artifice dontje vous
ay déja parlé, qui accompagnoit
l'Arc de Triomphe joua alors avec
GALANT 161
beaucoup de fuccés , & on choiſit
ce temps-là à toutes les Tables pour
boire les fantez du Roy , de Monfeigneur
, de Monfeigneur le Duc
de Bretagne , & des autres Princes
de la Famille Royale , ce que
l'on fit avec une joye auffi grande
que respectueuse . Il y avoir
au fruit une prodigieufe quantité
de confitures feiches qui fur dif
tribuée au Peuple qui fe trouva
dans la Salle , & dont la foule
eftoit fi grande que les Tables ne
furent fer vies qu'avec beaucoup
de peine ; cependant chacun eur
part à ces confitures ', Mr le Premier
Prefident & Me la Pre-
·
Février 1707 . O
162 MERCURE
ใน
miere Prefidente n'ayantpas vouque
l'on remportaft la moindre
chofe . Les Violons qui avoient.
commencé à jouer lorfque l'on fervit
le fruit , continuerent aprés
Le fouper , enfuite duquel il y eut
un grand Bal où toutes les Dames
eftoient fort parées. Cette
Fefte dura jufqu'à 3. heures aprés.
minuit fans que la foule & le vin
caufaffent aucun défordre , malgré
la vivacité des gens du Pays qui
ne fervit qu'à enfaire mieux briller
le zele l'efprit. Cette Fefte
continue encore aujourd'huy par
une Fontaine de vin qui coule
depuis hier devant l'Hoſtel de
GALANT 103
Ville , par un grand repas que
la Ville a donné , aprés lequel la
Bourgeoisie fous les armes , precedée
par le Corps de Ville eft retournée
chez Mr le Premier Pre
fident , où l'on a chanté des Airs
à la louange du Roy & fur la
naiffance du nouveau Prince , enfuite
de quoy quoy l'on afait encore une
triple décharge de Moufqueterie,
accompagnée de cris redoublez de
VIVE LEROY , & noftre
Premier Prefident , en buvant
encore du bon vin de Juranſon.
Je crois ne pouvoir mieux
finir cet Article de réjouiffances
, que par l'Air que je vous
2
O ij
164 MERCURE
envoye.
Il eft de Mr Careau.
AIR NOUVEAU...
Le Ciel donne un Prince àla Fran
ce
Lesjeux, les ris, & les amours,
Ontcelebréfa naiffance ;
Phoebus , pour l'honorer , ramene
les beaux ours ;
a
Noftre vin eft bon à merveille :
Ha que deplaifirs à lafois ;
Chantons armez d'une bouteille
La gloire & le bonheur de l'Empire
François.
T
165
büifnfeion
i'de
ton
audes
tinde
>ert
Onde
: le
de
ille
de
ar-
LYON
164
MERCURE
envo
A
Le Ci
Les
Onte
Phaba
No
Ha
qu
C
La
glo
p
GALANT 165
Pendant qu'on fe réjoüiffoit
de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , on
pleuroit dans la Maifon de
Bouflers la mort d'un rejetton
de cette illuftre race , qui auroit
pû faire un jour un des
ornemens de la Cour du Prince
nouveau -né . C'eft celle de
Mre Louis - François Gombert
de Bouflers , Comte de Ponches
, qui eft deccdé à l'âge de
fix ans . Il eftoit fils de Mr le
Maréchal de Bouflers & de'
Dame N ... de Gramont , fille
de Mr le Maréchal Duc de
Gramont & de Marie- Char166
MERCURE
lotte de Caftelnau , fille de Jacques
Maréchal de France . Je
vous ay parlé plufieurs fois de
la Maifon de Bouflers , & je ne
puis rien vous en dire de nouveau
qu'en remontant dans les
fiecles les plus reculez . Le Cartulaire
de l'Abbaye Saint André-
aux Bois , prés de Montreuil
, & les Chartes de Saint
Aubert de Cambray , parlent
des liberalitez faites à ces Eglifes
par Enguerrand de Morlay
& par Guy fon fils aîné. Cet
Enguerrand & ce Guy vivoient
en 1151. Ce dernier époufa
Matilde de Campigneules ,
GALANT 167
dont il eut Guillaume , Seigneur
de Campigneules , qui
fut furnommé le Trifte . Celuycy
fit le voyage de la Terre-
Sainte fur la fin de fes jours
& il fut pere d'Henry Seigneur
de Bouflers , qui fe maria environ
l'an 1 235. avec Elifabeth
de Campigneules , dont
il eut Guillaume Seigneur de
Bouflers , qui en 1266. accompagna
Charles d'Anjou frere
du Roy Saint Louis , à la Conquefte
des Royaumes de Naples
& de Sicile , ce Seigneur
fe diftingua beaucoup à la
bataille qui fut donnée par
168 MERCURE
le Duc d'Anjou contre Mainfroy
qui difputoic ces deux
Couronnes . Guillaume cut plu
fieurs differens en r275 . avec
Dreux d'Amiens , S¹ de Viniacour.
Il époufa la fille du Seigneur
de Thiembronne , de la
maifon de Bournel , dont il
cut Pierre I. du nom , S de
Bouflers , qui fut du nombre
des Chevaliers que le Roy Philippe
le Bel envoya en Guyennc
pour en chaffer les Anglois.
Dame Anne de la Grange,
veuve de M Louis de Buade ,
Comte de Frontenac , Gouverneur
& Lieutenant general de
la
GALANT 169
la nouvelle France Acft morte
en cette Ville. Elle avoit efte
Dame d'Honneur . de feue S.
Alteffe Royale Mademoiselle ,
& elle avoit eu beaucoup de
part aux bonnes graces de cetre
Princeffe. M de Frontenac
avoit l'honneur d'appartenir à
la Reine Douairiere de Pologne
, & elle fortoit de la même
tige que cette Princeffe ; elle
eftoit auffi alliée de fort
prés à la Maifon de Beauvillier
, parce que Jacqueline heritiere
d'une branche de la
maifon de la Grange , époufa
Honorat de Beauviller , Comte
Février
1707. Р
o MERCURE
C
de Saint Aignan , pere de feu
M le Duc de Saint Aignan.
Jacqueline de la Grange eftoit
coufine germaine de l'ayeul du
pere de la Reine de Pologne ;
de forte que M les Ducs de
Beauvillier & de Saint Aignan
petits - fils de Jacqueline de la
Grange , font coufins au quatriéme
degré de cette Princeffe .
Je fais cette remarque , parce
que M de Frontenac eftoit
coufine au même degré de cette
Princeffe . La maifon de la
Grange eft originaire du Berry ;
elle a produit François II . du
nom , Maréchal de France ,
GALANT 171
pere de Jacqueline dont je
viens de parler ; il eftoit l'aîné
de fa maifon & frere d'Antoine
, bifayeul de la Reine
Douairiere de Pologne , & qui
fit la branche d'Arquien, Mr
le Comte de Frontenac eftoit
d'une des meilleures maifons
du Royaume . Il avoit fait bâtir
dans le Nouvelle France à Ca
taracoüi , ou comme d'autres
difent Kataraconi , le Fort qui
porte fon nom ; & qui eft fitué
l'entrée du Lac Ontario en
arrivant du cofté de Montreal.
Il paroift eftre au 44 degré
de latitude au Nord . Mr de
Pij
172 MERCURE
Frontenac avoit fait fon plus
long fejour dans ce licu . Sa
bonne conduite luy avoit attiré
la confiance & l'amour de
la plus grande partie des Americains
, qui le regardoient tous
comme leur pere & comme
leur Protecteur. C'eſt à l'aycul
de feu Mr de Frontenac qu'Antoine
Buccupaduli , Romain de
nation , & qui vivoit fur la fin
du feiziéme fiecle , dédia un
Recueil de Lettres , qui luy
avoient efté écrites pendant
qu'il eftoit Secretaire des Brefs
Apoftoliques , fous le Pontificat
de Gregoire XIII . Janus
GALANT 173
A
Nicyus Erytræus en parle dans
fes éloges des Hommes illuftres
. La maifon de Buade eft
connue dans le Royaume de
puis plus de trois ficcles.
Elle y eftoit dans une grande
confideration
fous le regne de
Philippe de Valois . Ce Monarque
fit de grands biens à un
Seigneur de Buade , qu'il honora
de fa confiance ; ille char ?
gea même de quelques negotiations
fecrettes , dont il s'acquitta
avec beaucoup de fuccésped
han
P
Mr le Comte de Frontenac
cftoit civil , honneſte , obli-
Piij
174 MERCURE
geant ; il eftimoit fort les gens
de Lettres , & il avoit acquis
plufieurs belles connoiffances.
Il avoit le gouft fin fur les ouvrages
d'efprit , & lors qu'il
eftoit en France on déferoit
fort au jugement qu'il portoit
fur les Pieces de Theatre. M
la Comteffe de Frontenac eftoit
belle , bien faite , & elle avoit
des manieres engageantes qui
luy attiroient beaucoup d'amis.
Il s'eft répandu un projet de
Medaille à la gloire du Roy
de Suede qui fait grand bruit
dans le monde , & le nombre
des copies qui en courre par
GALANT 175
tout eft prodigieux , puifque
tous ceux qui l'ont entendu
lire ou reciter , fe font auffi toft
donnez la peine de le copier.
Le voicy :
MARS SINE VENERE.
ALEXANDER SINE VINO.
CESAR SINE AMBITIONE .
TIBERIUS SINE DOLO .
REX VICTOR SINE ARROGANTIA
.
Le Portrait du Roy de Suede
doit eftre dans la face droite
de cette Medaille , & ce que
vous venez de lire doit remplir
tout le revers . On fait connoître
pår là que Sa Majeſté Suc-
P iiij
176 MERCURE
doife a toutes les qualitez qu'on
peut fouhaiter dans un grand
Monarque.
Que c'eft un Mars qui n'eſt
point épris d'une Venus , & que
l'amour ne l'empêchera jamais de
courir à la gloire.
Qu'il eft auffi brave qu'Alexandre
; mais que le vin ne luy
ferajamais rien faire d'indigne de
fon rang
Qu'il reffemble à Cefar dans
tout ce qui regarde la belle gloire ;
mais l'ambition ne le dévore
que
point , comme elle a fait le coeur de
cet Empereur.
Qu'il eft auffi habile Politique
GALANT
177
que Tybere ; mais qu'il a plus de
droiture que luy, & que ce n'eft
point par la fraude qu'il vient à
bour de fes deffeins,
Enfin que ce Monarque eft
toujours le même, que fes victoires
ne l'enorgueilliffent point.
Je vous laiffe faire vos reflexions.
Cependant je vous diray
qu'il eft impoffible que ce
qui eft generalement admiré
par le public , ne merite quelque
eftime.
Je ne puis m'empêcher d'a
joûter encore icy que file Roy
de Suede merite dans un âge
auffi peu avancé toutes les
178 MERCURE
aura vâ
peu
louanges qui luy font données,
il doit eftre un jour regardé
comme un prodige dont on
de femblables . On
n'en doit pas douter, puiſqu'un
des plus grands Monarques de
la terre qui s'eft toûjours fair
une gloire de rendre juſtice à
tout le monde , dit il n'y a pas
long - temps en parlant de ce
Prince , qu'un Monarque qui
mourroit à fon âge & qui auroit
fait d'auffigrandes chofes que luy ,
mourroit auffi glorieux qu'un Souverain
qui auroit vêcù cent ans ,
& qui pendant toute fa vie an
GALANT 179
roit travaillé pour acquerir de la
gloire
M l'Evêque de Toul ayant
efté nommé il y a quelque
temps à l'Evêché de Meaux
le Chapitre de Toul ayant toû
jours efté fortement attaché à
ce Prelat , & ne pouvant l'oublier
, luy a écrit la Lettre fuivante
au commencement de
cette année .
MONSEIGNEUR ,
Les tres- humbles devoirs que
nous vous rendons au commencement
de cette année
2
ont
pour
180 MERCURE
principe la tres-reſpecteuſe veneration
que nous confervons pour
vous dans le trifte fouvenir de
vous avoir eu pour notre Chef
noftre Paſteur , pendant tant
d'années . Voftre tranflation Monfeigneur
, qui a rompu les liens
facrez quivous attachoient à nôtre
Eglife , ne fçauroit rompre ceux
que vôtre extreme bontépour nous,
& nos refpects infinis pour vous ,
ont formez : Nous revererons
éternellement vofte merite incom- .
parable , & cette tendreſſe paternelle
qui vous a porté à vivre
avec nous , comme fi vous aviez
efté un de nous , & nous fommes
GALANT 481
-perfuadez Monfeigneur, que vous
porterez toujours dans votre fein
une Compagnie que vous avez
toujours honorée de vôtre affiction
& de voftre amitié. C'estlafeule
confolation qui nous refte,Monfeigneur
, dans la perte que nous
avons faite lors que vous nous
evez quittez. Et c'est dans ces
Sentimens que nous vous souhaittons
une fainte & heureuſe année
, dans laquelle nous prions le
Seigneur de vous combler de fes
benedictions lesplus precieuſes; donnez-
nous
nez nous la vôtre , Monfeigneur ,
agréez toujours le profond
182 MERCURE
invariable respect avec lequel
nous fommes ,
MONSEIGNEUR ,
Vos tres- humbles & tresobéiffans
ferviteurs , Les
Doyen, Chanoines & Chapitre
de l'Eglife Cathedrale
de Toul . JOBAL DE PAGNI
, Prefident du Chapitre.
D'ARBAMONTE ,
Secretaire.
Sa Majefté a donné la Lieutenance
de Roy du bas Poitou
au fils du fecond lit de Mr le
Marquis de Villette , âgé ſeulement
de neufans , fur la démif
fion qui luy en a efté faite par
Mr fon pere. Il a efté preſenté
GALANT 183
a
à Sa Majefté , qui luy a dit qu'-
elle avoit efté bien aife de trouver
cette occafion de faire plaisir à fon
pere , & qu'elle efperoit qu'il feroit
l'heritier de fa valeur ,
celle de fes Ayeux.
de
>
L'Extrait que je vous envoye
d'une Lettre de Dunkerque ,
merite moins d'attention à caufe
des prifes dont il y eft parlé ,
quoy qu'affez confiderables
qu'à caufe de l'intrepide valeur
des François , dont il fait voir
un bel exemple. Il eft vray qu'
ils n'ont jamais efté épouvantez
par le nombre , & que s'ils
n'ont pas toûjours efté heureux
, leur malheur ne doit pas
184 MERCURE
eftre imputé à leur peu de courage.
les
A Dunkerque ce 7. Février .
Mr de Combreugne , comman
dant la Driade , fut rencontré par
trois Fleffingois , l'un de 28 .
deux autres de 20. canons. Il ſe
battit contre tous les trois pendant
fix heures , foûtint un abordage ,
cut fon grand maft coupés &ſe
retira enfuite malgré eux , aprés
leur avoir tué ou bleſſé plus de
120 hommes. Il est revenu à Dunkerque
diminué de 45. hommes
tuez ou bleffez , plus de morts que
d'autres. Ilfe prepare à retourner.
Cette action a fait du bruit & les
"
GALANT 185
a
femmes fe font revoltées à Fleffingue
, difant qu'on menoit leurs
maris à la boucherie. Les Hollandois
pour diminuer le merite de cette
action , ont dit qu'il eftoit venu
deux Vaiffeaux au fecours de
Combreugne ; mais cela n'eftpoint.
Les deux Glazon , l'aîné montant
la Syrene de 28. canons , &le ca
det un autre petit Vaiffeau , ont
amené icy cet aprefdinée Dimanche
6. une jolie Fregate Hollandoife ,
·montée de feize canons percée pour
vingt-deux , venant de Ligourne
pour Angleterre , chargée d'huile ,
de raifins , de ris , &c. avec une
Février 1707. Q
186 MERCURE
A
partie de faye eftimée trente mille
écas.10 E voh oh mansued
On doit remarquer fur tout
dans cet Extrait , la revolte des
femmes à Fleffingue , en difant
que l'on menoit leurs maris à
la boucherie
. Rien ne prouve
mieux la grande perte que les
Ennemis ont faite , & rien n'eft
plus glorieux aux François ,
puifqu'il eft conftant qu'ils é
roient beaucoup inferieurs en
nombre.
Mr l'Abbé de Saumery ,
Chanoine de l'Eglife de Nôtre-
Dame de Paris , cft mort âgé
de dix huit ans . Il eftoit fils de
IGALANT 187
Mr le Comte de Saumery ,
Lieutenant de Roy de Cham
bor , neveu de Mr le Marquis
de Saumery , cy-devant Sousgouverneur
de Meffeigneurs
les Princes , & Gouverneur
de
Chambor en furvivance de Mr
de Saumery fon pere , qui avoit
époufé Dame N.... Charron
de Menars , foeur de Mr le Prefident
de Menars , & de feuë
McColbert. La maiſon de Saumery
defcend d'un Officier de
réputation , nommé le Capitaine
Johanne , qui paffa en
France lors qu'Henry Roy de
Navarre y vint recueillir la fuc
Qij
188 MERCURE
ceffion d'Henry III . Roy de
France. Ce Prince contribua
par les foins au mariage du Ca
pitaine Johanne avec l'heritiere
de Saumery dans le Blefois . Cer
Officier tiroit fon origine des
Seigneurs de la Carra en Bearn.
Son Canonicat a efté donné
par Monfieur le Cardinal de
Noailles Archevêque de Paris ,
à Mr l'Abbé d'Orfanne , Doce
teur de Sorbonne , & Vicegerent
de l'Officialité . Il eft frere
du Lieutenant general d'Yffou
dun en Berry. Il a demeuré
plufieurs années dans le Seminaire
de S. Magloire , d'où Mr
GALANT 189
PEvêque de Châlons le tira
pour le faire fon grand Vicai
re. Ce Prelat en ayant connu
le merite , le donna à Monfieur
le Cardinal fon frere...
M Philibert , Comte de
Gramont , Chevalier des Ordres
du Roy , cy- devant Góuverneur
de la Rochelle , & Païs
d'Aulnix , eft mort âgé de 86 .
ans . Il laiffe deux filles de Dame
Ifabelle Hamilton ſon épouſe,
qui font M la Comteſſe Staffort
& M l'Abbeffe de Pouffay.
M' le Comte de Gramont
n'eftoit pas moins diſtingué par
fon efprit & par les marques
+
190 MERCURE
qu'il avoit données enplufieurs
occafions de fa valeur , que par
fa haute naiſſance. Il s'eftoit
diftingué au fiege de Trin en
1643. au combat de Fribourg
en 1644. & à la bataille de
Lens en 1648. Il eftoit frere
de feu Mr le Maréchal de
Gramont , pere du Duc de cè
nom ; & il eftoit forti du ma
riage d'Antoine de Gramont
II. du nom , Comte de Gramont
, de Guiche , & de Lou
vigny , Souverain de Bidache ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Viceroy de Navarre & Gouverneur
de Bayonne , & de
GALANTV 191
Claudine de Montmorency
tante de feu Mr le Maréchal
de Luxembourg , fille de Louis
S de Bouteville , & de Charlotte
Comteffe de Luffe . M' le
Comte de Gramont eut de
cette Dame, qu'il avoit épouſée
en fecondes nôces , Henry
Comte de Thoulongeon , Lieutenant
de Roy de Navarre , M
le Comte de Gramont qui vient
de mourir , Sufanne - Charlotte
femme de Henry Mitte , Marquis
de Saint- Chaumont ; Anne
- Louiſe , mariée à Ifaac de
Pas , Marquis de Feuquieres
Lieutenant general des Armées
192 MERCURE
du Roy , Confeiller d'Etat d'épée
, Gouverneur de la Ville
& Citadelle de Verdun , & Ambaffadeur
en Suede , &c. mort
au mois de Decembre 1666 .
& Françoife- Marguerite, époufe
de Philippes Marquis de
Leon en Bearn. Feu Mr le Comte
de Gramont , que le Roy
avoit honoré d'un Brevet de
Duc peu de temps avant fa
mort , avoit eu de Louife de
Roquelaure fa premiere femme
, & fille du Maréchal de ce
nom , feu Mr le Maréchal de
Gramont. Antoine de Gramont
rendit de grands fervices
GALANT 193
ces aux Rois Henry le Grand
& Louis le Jufte fon fils ; il
avoit pour pere Philibert Comte
Gramont & de Thoulongeon
, qui mourut au fiege de
la Fere en 1580. âgé de vingthuit
ans , & pour mere Diane ,
dite Corifande d'Andoinfoi ,
Comteffe de Louvigni , fille
unique de Paul , Vicomte de
Louvigni & S de Lefcar. Il
eftoit auffi frere de Catherine
de Gramont femme de François
de Caumont , Comte de
Lauzun. Philibert eftoit fils
d'Antoine d'Aure , dit de Grámont
I. du nom , qui fut fub-
Février
1707. R
194 MERCURE
ftitué au Nom & Armes de
Gramont , & qui eftoit fils de
Menaud d'Aure Vicomte
d'After , qui eftoit fils de Jean
I. du nom , & de Jeanne de
Foix. Menaud d'Aure , Claire
de Gramont heritiere de cette
Maifon , & niece de Gabriel ,
Cardinal de Gramont , Evêque
de Tarbes . Blanche Reine de
Navarre , fille aînée de Charles
III. Roy de Navarre épou
fa en fecondes noces Jean II.
Roy d'Arragon , dont elle eut
un fils nommé Charles . Cette
Reine eftant morte en 1441 .
le Prince fon fils demanda le
GALANT 195
Royaume , que fon pere luy
refufa , ce qui donna lieu à une
longue guerre , où les maifons
de Gramont & de Beaumont
prirent beaucoup de part . Mª
la Cointelle de Gramont veuve
du Comte qui vient de
mourir a efté Dame du Palais
de la feue Reine . C'est une
Dame d'une grande vertu ; d'un
merite generalement reconnu ,
& dont la conduite peut eftre
propofée pour exemple.
Je dois ajoûter icy que l'ef
prit brillant & agréable de feu
Mrle Comte de Gramont , répondoit
à ce que je vous en ay
Rij
196 MERCURE
dir au commencement de cet
Article. „ Francgaris 201
M Antoine du Chafteau J
Seigneur de la Barre , Capitaine
au Regiment des Gardes Françoifes
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Commandeur
de l'Ordre de Saint Louis
eſt mort âgé de 76. ans. Il
avoit porté les armes toute fa
vie , & il avoit toûjours fervi
le Roy avec beaucoup de zele
d'application . Il eftoit d'une
famille qui a donné plufieurs
Officiers de diftinction . Son pere
avoit fervi pendant la plus
grande partie de fa vie , & fon
&
"GALANY 197
de
ayeul avoit long-temps porté
les armes pour le fervice du feu
Roy Louis le Jufte. Cette famille
eftoit déja connue en
France fur la fin du regne
Henry III Ce Prince avoit
beaucoup d'estime pour un Officier
de ce nom , qui eftoit attaché
à fa perfonne . Il luy don
na en diverfes occafions des
marques particulieres de ſa confiance
, & il le chargea de plufieurs
negociations fecrettes en
Allemagne, qui luy firent beau
coup d'honneur . Aprés la mort
tragique du Roy Henry III.
cct Officier s'attacha au party
Riij
198 MERCURE
du Roy Henry IV. & quelques
efforts que fiffent les Ligueurs
pour l'attirer dans leur party
ils n'y pûrent réüſfir , & il demeura
toûjours fidele à fon veritable
Maiftre.
La Relation que vous allez
lire eft la plus ample & la plus
circonftanciée de toutes celles
qui ont paru icy des expeditions
faites par M le Comte de
Villars, Chef d'Efcadre , depuis
fon départ de Toulon.
Nous mouillames au Port- Mahon
avec l'Efcadre , lepremierjour
de l'an environ fur les dix heures
du matin. Cemême jour,Mr de la
THEQUE
DE GALANT 00
Fonquiere vint an Bord de
Villars , le pria de faire defcendre
un détachement du Bataillon
de Mr de la Roche Alard , pour
aller s'emparer d'une Bastide qui
pouvoit empêcher les Rebelles de
venir nous fufiller dans nos Vaiffeaux
, les coups de fufis fe croifant
d'une terre à l'autre , ce qui
futfait l'aprefmidy , & l'on s'empara
de ceite Baftide fans trouver
aucune refiftance. On y laiffa cinquante
hommes pour la garder ,
commandez par Mr le Chevalier
de Lanty. On fir fortir ce même
jour une garde avancée du grand
Fort pour couvrir auffi nos Vaif-
R iiij
200
MERCURE
feaux de ce cafté- là . Le lendemain
2. à la pointe du jour , on apperçut
du haut de nos mafts qu'une grande
quantité de Rebelles s'embar
quoient dans des batteaux à Mahon
, er paffoient de l'autre cofté
pour aller à la Baftide , où eftoient
nos cinquante hommes , ils com-
అ
mencerent à les fufiller dés qu'il
fut jour. Ils l'avoient environnée
de toutes parts , &fe gliffoient
méme jufqu'à la porte , à la
faveur des murailles à hauteur
d'homme , dont tout le pays eft cou
pé , chaque particulier entourant
fon champ d'une pareille muraille,
à cause de la quantité de pierre
GALANT 201
qu'il y a dans le terrein ; mais l'on
fir feu fureux de noftre Baſtidefià
propos , qu'il en refta plufieurs de
morts & de bleffez fur la place ,
ce qui intimida tellement les autres
qu'ils ne jugerent pas à propos de
s'avancer davantage de fi prés. Ils
fe contenterent feulement de fufiller
toujours la Baftide , d'où l'on ne
leur rifpoftoit qu'à propos , pour
ménager les munitions. Ce même
jour au matin , on fit un détachement
pour aller relever nos gens
de la Bastide à qui on n'avoit
laiffe que pour 24. heures de vivres
, & à peu prés pour autant
de temps de munitions. Nos trou202
MERCURE
pes defcenduës ayant marché quelque
temps vers cette Baftide au
nombre de cent cinquante hommes
commandez par Mr de Septeme ,
quijugea quefon détachement eftoit
trop foible pour attaquer le nombre
des Rebelles , qui parut fort fuperieur
au fien , outre qu'ils eftoient
retranchez derriere des murailles ,
fe rembarqua avec fon détachement.
L'aprefmidy on fit marcher
le Bataillon entier du Chevalier
de la Roche-Alard ; la Compagnie
de Grenadiers de Mr de la Jonquiere
: & quelques Grenadiers
Espagnols , qui aprés quelques ef
copetades de part & d'autre , reGALANT
203
poufferent les Rebelles & les chaf
ferent fort loinau - delà de la Baſtide
, d'où l'on releva le détachement
que l'on y avoit mis le jour
d'auparavant, & l'ony en laiffa
un pareil nombre , commandé par
Mr deClancy Ces coquins fuirent
jufqu'à leurs batteaux , où ils fe
rembarquerent & retournerent
Mahon , d'où ils ne revinrent
point pour inquieter la Baftide.
Le 3. & le 4. l'on fe prépara
marcher à Mahon , diftant d'environ
une lieue du Chasteau de S.
Philippe , où depuis quelque temps.
le Bataillon de Mr de la Jon
quiere eftoit refferré. Nos Vaif
204 MERCURC
E.
feaux ont fourny en Canonniers
en Matelots mesme en Officiers
, tout ce que Dom Falgo ,
Gouverneur de l'Ifle , a jugé à
propos pour la fureté de ces Forts,
d'où l'on tira tous les Soldats que
Fon pût pour former noftre petite
Armée . Le s . fur les quatre
heures du matin Mr de la Jonquiere
fortit du Fort pour mar
cher aux Rebelles avec les deux
Bataillons de la Marine , un troifiéme
formé d'Espagnols , de gens
du Pays , de quelques Mayorquins
& de quelques Napolitains,
étant convenu avec Mr de Vil
lars que le Bataillon des Vaiffeause
GALANT 205
ne
commandé par Mr de Valette ,
defcendroit à terre que quand nos
troupes , parties du Fort , fe feroient
emparées de la Calle - Figuiere
où les Rebelles avoient fait
un retranchement fur le bord de la
mer, où l'on avoit projetté de
debarquer deux pieces de canon de
trente-fix que nous devions mener
pour faire bréche à Mahon. Les
troupes marcherent fort lentement
ayant avec elles deux pieces de
canon de Campagne de quatre
vres , qui étoient trainées par les
Matelots des Vaiffeaux , le Pays
étant plein de hauts & bas de
beaucoup de murailles de rolie
206 MERCURE
chers , ce canon avançoit difficilement.
Etant enfin parvenus à une
groffe Baftide dont les Rebelles
d'où ils fai- étoient maistres ,
foient un gros feu , la Compagnie
des Grenadiers de Mr de la Jonquiere
commandée par Mr de
Gouyon , y marcha l'enleva.
Les Rebelles voyant que le gros ne
fuivoit point à caufe que le canon
ne pouvoit avancer , revinrent à
cette Baftide , où ils furprirent nos
Grenadiers en defordre occcupez an
pillage, qu'il eft prefque impoffible
d'empécher enpareille occafion , &
ils reprirent la Baftide que nos
gens furent obligez d'abandonner
GALANT 207
pour aller joindre le Corps. Ces
Rebelles prirent la retraite de nos
Grenadiers pour un grand avantage
qu'ils remportoientfur nous ,
joint à ce que le Corps n'avançoit
point , n'ofant abandonner le canon
, & ils vinrent fur nos troupes
avec beaucoup d'infolence , le
long de plufieurs murailles , paroiffant
avoir deffein de leur couper
le cofté du Fort. MrdeVillars
impatient de voir que
les troupes
de Mr de la Fonquiere n'avançoient
quefort lentement , n'attenditpas
qu'elles fuffent à la Calle-
Figuiere ; il defcendit à terre à la
tefte du Bataillon des Vaiffeaux ,
208 MERCURE
$
marcha aux retranchements.
de ces Rebelles par la droite. Mr
de la fonquiere luy envoya trois
fois des Officiers pour le prier de
venir le joindre à la gauche avec
fes troupes, afin de pouvoir charger
avecplus de force les Rebelles
qui s'avançoient toujours fort infolemment
fur les fiennes . Mr de
Villars ayant marché à la gauche
avec le Bataillon des Vaiffeaux ,
fit occuper une muraille pour arrefter
les Rebelles , poftez dans un
Pays couvert & coupé de murailles
vis-à- vis de la noftre , d'où
l'on fit un affez gros feu de part
d'autre. Dans ce mefme temps
GALANT 209
Mr de Villars & Mr de laFonquiere
, s'étant abouchez , privent
le party de renvoyer le canon qui
ne faifoit que retarder la marche
de nos troupes Mr de Villars
diftribua quelques piftoles aux
Mayorquins pour les remener au
Fort. Dans le mefme temps Mrs.
de Graffe de Soutmartin demanderent
vingt Soldats à Mr
de Villars pour aller prendre en
flanc à la gauche une muraille.
derriere laquelle les Rebelles faifoient
un fort grand feu . Il les
leur accorda , & ils ébranlerent
veritaiblement ces Rebelles , & firent
crier en mefme temps, Vive le
Février
1707. S
210 MERCURE
Roy , à leur vingt Soldats . Dans
ce moment les deux Compagnies
de Grenadiers de Gouyon & de
Charron chargerent a la droitte
les Rebelles jufqu'alors fort infolens
, qui prirent lafuite ,
ils les pourfuivirent l'épée dans les
reins jufqu'à la porte de Mahon ,
qu'on leur ferma avant
groffe partie de ces Rebelles euffent
pú y entrer , étant poursuivis de
trop prés ; ils prirent le party de
fefauver à la campagne.
ne. Tout le
Bataillon des Vaiffeaux étant fur
la droite , fut lepremier quifuivit
les Grenadiers, ils fe rendirent
maiftres enfemble du Fauxbourg,
une
GALANT 211
Toutes les autres troupes fuivirent
de prés , & fe vinrent mettre en
bataille proche le Fauxbourg. Ily
eut un Officier Espagnol tué à la
porte mefme : Marande , plu
fieurs de nos Soldats furent bleffez
dans le Fauxbourg , où tous nos
gens devoient eftre tuez, ce Fauxbourg
étant enfilé par un Baſtion
par
les
murailles
de la Ville
d'où
les
Rebelles
faifoient
un
fort
grand
feu. Cependant
la
maniere dont nos Grenadiers les
avoient amenez dans leur Ville ,
·les ayant intimidez , ony entendit
crier quelque temps aprés , Vive
Philippe quint. Mr. de Villars
Sij
212 MERCURE
envoya dans ce temps -là un Tam
bour pourfommer la Place de fe
rendre dans le moment
, fans quoy
il feroit tout paffer au fil de l'épée.
La crainte les détermina
à envoyer
auffi-toft les Bayles du lieu demanderpardon
o la vie , fefou
mettant de la part de tous les Habitans
de la Ville à l'obéiffance du
Roy Philippe. Ils demanderert
auffi à Mr de Villars de ne point
faire entrer fes troupes ce foir
là dans la Ville , appréhendant
que les Soldats , encore animez
nefißent beaucoup de défordre pendant
la nuit , ce qu'il leur accor
da, faifant feulement garder touGALANT
213
tes
les
en dehors par fes
portes
Grenadiers. Il fit auffi occuper un
Convent de Cordeliers qui eft une
vraye Fortereffe , & logea le reste
des Troupes dans le Faux- bourg
dont nos Grenadiers s'étoient rendus
maiftres en arrivant. Le len
demain 6. toutes les Troupes entrerent
tambour battant dans la
Ville , ou le Clergé chanta le Te
Deum . Ce mefme jour les Bayles
·de Leor de Port Fornelle vinrent
fe rendre à l'obeiffance . Le
7. & le 8. on défarma tous les
habitans de Mahon , comme
il ne refloit plus de toute l'Ifle à
venir à l'obeiſſance , qué les gens
薯
214 MERCURE
à la
de Ciudadela , où s'étoient re
fugiez tous les plus rebelles avec
les Mayorquins qui avoient efté
envoyezpour la défenſe de l'Ifle ,
ayant commiffion de l'Archiduc
Mr de lafonquiere y marcha le 9.
avec toutes les Troupes
referve du Bataillon des Vaiffeaux
qui refta à lagarde de Mahon, de
Leor ,& de Port Fornelle , eſpe
rant que l'approche de nos Troupes
vers Ciudadela , pourroit intimider
tous lespeuples qui s'y étoient
retirez , joint aux menaces qu'il
leur envoya faire de ruiner tout
le Pays s'il ne fe rendoient à l'abeiſſance
, ce qui reuffit àmerveille.
#GALANT 215
As envoyerent troisjours aprés une
capitulation à Mrde laFonquiere
qu'il figna, ne voulantpoint diffe
rer à entrer dans cette plate, Ciudadela
eftant une Ville à buit
bons Baftions , avec un chemin
couvert , & 40. ou 50. pieces
de canon en batterie. Les Rebelles
eftoient de leur propre aveu dans
cette petite bataille deux mille cinq
sent combattans , nous n'étions
que treize cens honmmes.
2
Jay crû devoir ajoûter à
la Relation que vous venez de
quoy que fort belle lire
& fortrétendue , quelques
morceaux d'une autre. Rela216
MERCURE
tion qui eft auffi fort eftimée ,
& qui parle plus au long de
quelques endroits qui font dans
la premiere , de même que cette
premiere s'étend davantage
fur beaucoup d'autres endroits
.
Nous arrivâmes icy le 1.Janvier
avec 3. Vaiffeaux & 9.Tartanes
chargées de munitions de guerre &
de bouche ; fçavoir le Neptune
commandé par Mr le Comte de
Villars Chef d'Efcadre & noftre
Commandant ; le Parfaitpar Mr
du Quefne Monnier ; le Fendant
, par Mr de Roquemador.
Nous avions un Bataillon de
quat
tre
GALANT 217
tre cens hommes de la Marine ,
commandé parMr le Chevalier de
la Roche-Alard. Nous trouvâmes
Mr de la Jonquiere, qui commande
auffi un Bataillon de la Marine de
400. hommes , qui eftoit dans
le Fort avec Don Diego Davilar,
Gouverneur du Chateau , Efpagnol
fort affidé pour Phi ippe V.
avecfa garnifon , qui eftoit de trois
cens cinquante hommes , tant Napolitains
qu'Espagnols , & quelques
Compagnies franches . Il
eftoit temps que nous arrivaffions,
la Garnifon & le Bataillon de la
Marine , n'ofantfortir à laportée
du fufil de la Place depuis le 19 .
Février 1707.
T
6
218 MERCURE
Octobre dernier , que toute l'Ifle
s'eftoit revoltée , auffi bien que quelques
Compagnies qu'ils avoient de
Mayorque qui venoient faire
le coup de fufil aux paliffades de
la Place.
Deux heures aprés que les Rebelles
eurent repouffe nos Troupes
jufqu'au bord de la mer , Mr de
Villars ordonna à Mr le Chevalier
de la Roche- Alard de defcendre
à terre avec fon Bataillon ; une
Compagnie de quarante Efpagnols
, & la Compagnie de Grenadiers
de Mr de la Fonquiere ,
pour chaffer les ennemis de leurs
retranchemens. Mr le Chevalier
GALANT (219
de la Roche- Alard eftant à terre ,
fur les deux heures aprés midy ,
Separa fon Bataillon en trois pelotons
, ayant mis à fa droite
la Compagnie
des Grenadiers
de
Monilezun
& celle du Caftelet,
pour aller fe joindre aux quarante
Espagnols qui n'avoient pas débarqué
au même endroit , & qui
pouvoient eftre coupez. Il mit àfa
gauche 3. Compagnies ,commandées
par Mr de Simonnet , Colonel en
fecond , & garda au centre 2. au
tres Compagnies de Grenadiers un
peu fur la droite, afin dans cet ordre
, de pouvoir prendre les Ennemis
en flanc & à revers. La droi
Tij
220 MERCURE
A
te où étoit Mrs de Montlezun
& de Caftelet , effuya le premier
feu à caufe qu'ils avoient moins
de chemin à faire que les autres ,
& que Mr de Ponttevez la
Garde , Aide- Major , que l'on
avoit envoyé de ce cofté-là , &
qui s'aperçut que les Espagnols
ralentisfoient leur marche , avec
raifon , ne voyant pas nos troupes.
qui étoient cachées par des rideaux,
fit preffer ces deux Compagnies
les Ennemis attendirent à demi
portée du fufil ; mais les Ef
pagnols les troupes du Roy &
donnerent avec tant de vigueur ,
que les Rebelles furent chaffez de
que
GALANT 221
leurs retranchemens , & qu'ils
prirent la fuite vers Mahon. Ils
perdirent dans cette action plus de
deux de leurs faixante hommes
principaux Capitaines. Ils étoient
quinze cens.
Le 7. on furprit cinq prifonniers
,parmy lefquels il y avoit un
Moine
un Medecin
qui avoient
deferté du Chateau
. Mr
de Villars les envoya à Don Diego
Davilarpour les punir , & faute
de Boureau ils furent fufillez le
lendemain 8. & enfuite
expofez
à une potence avec leurs habits.
Cet exemple
a fort étonné tous les
peuples de l'Ifle.
Tiij
222 MERCURE
Fornelle eft unFort à quatre Baf
tions qui a efté pris fans refiftance
par Don Falgo , Gouverneur de
l'Ifle , avec cent Eſpagnols.
Le xx . les troupes s'avancerent
vers Ciudadela. Les Jurats vin
rent à une grande lieuë au devant
demander grace. Mr de la Jonquiere
les renvoya pour raſſurer
les efprits alarmez & feditieux
quand on fut à un quart de
lieuë de la Ville ils ne voulurent
y recevoir que deux cens Efpagnols
, difant que leurs Privileges
ne leur permettoient pas
de donner entrée dans leur
Ville à aucunes troupes étran
GALANT 223
geres . Mr de laFonquiere y entra
pourtant avec cent Grenadiers
François pour fa Garde. Le refte
des troupes fut difperfé dans des
maifons de la Campagne.
...Voicy les Articles de la Capitulation
de cette Place , qui
furent demandez , & que Mr
de la Jonquiere jugea à propos
d'accorder
T
iiij
224 MERCURE
ARTICLES DE LA CAPITULALATION
QUI SE SONT PASSEZ
« DE LA PART DE DON FRANCISCO
NEL, GOUVERNEUR
DES . ARMES DE CIUDADELA
, DES MAGNIFIQUES
JURATS DE L'ISLE , &C.
✨ PEUPLES DE Cette Ville,
LE II. JANVIER 1707.
POUR SE SOUMETTRE A
L'OBEISSANCE DE PHI
LIPPES V. NOstre Roy,
QUE DIEU GARDE .
ARTICLE I.
Avant
que de prefterferment
de fidelité à Philippe V. il fera
GALANT 225
permis audit Sieur Net de paffer
a Mayorque avec tous les Soldats
Mayorquains, les Deferteurs
du Chasteau de S. Philippes pour
s'en aller à leur Patrie , auffi-bien
que les Napolitains , Espagnols
tous autres qui ont deferté dudit
Chafteau, s'ily a quelqu'un
qui veuille retourner dansfa Compagnie
, qu'on le recevra comme
auparavant fans le chaftier , les
affurant qu'ils ne feront point pris
par aucun Baftiment François juf
qu'à ce qu'ils foient arrivez à
Mayorque.
II.
Que l'on accordera un pardon
226 MERCURE
general à tous ceux de Ciudadela,
quoy qu'ils foient prifonniers en
quelqu'endroit que ce foit de l'Ifle.
III.
Qu'ils feront maintenus dans
tous leurs privileges , & c. autres
graces accordées par Philippes V.
fes Prédeceffeurs , dont ils ont
joйy jufqu'au 1.9 . Octobre de l'an
paffé 1706. quefurvint la fourberic
commencée par Jean Michel
Saura.
IV.
Que tous les Habitans de la
Ville de Ciudadela & de fa dépendance
, ne feront point defarmez
, au contraire qu'ils feront
GALANT 227
maintenus avec leurs armes pour
leur deffence .
V.
Que l'on ne recevra aucunes
troupes ni Chefs qui ne foient
Espagnols & à la folde de Phi
lippes V.
V I.
Que l'on ne pourra faire aucu-·
cunes levées de Soldats fans le
confentement des Jurats de Ciudadela.
VII.
Qu'il fera permis aux Habitans
de Ciudadela de fortir de
Ifle pendant le temps de fix mois,
& d'emporteravec eux leurs biens,
228 MERCURE
& à ceux qui font dehors de l'Ifle,
comme Patrons Mariniers
d'y revenir & de rentrer dans
leurs biens pendant ledit temps
excepté Saura , le Chef de l'horreur
, dans laquelle
le nous nous trouvons
,fon frere Gabriel , & ceux
qui feront convaincus d'avoir efté
de fa compagnie
.
VIII.
Que tous ceux qui jouiffent"
d'emplois ou dignitez tant Royales,
univerfelles , politiques que Militaires
, feront confervez dans le
mefme rang & avec les mefmes
appointemens, comme auparavant,
cela s'entend fous le bon plaifir de
Philippe quint.
GALANT 229
IX.
Que tous les Creanciers de Jean-
Michel Saura & defon frere Ga
briel , feront payez avant que
leurs biens foient confiſquez.
X.
Que l'on ne fera obligé depayer
aucune fomme pour raifon des
Cloches , Artillerie & autres Metaux
de ladite Ciudadela , & que
tout
demeurera à qui il appartenoit
auparavant.
X I.
Que tous les Ecclefiaftiques qui
fe trouvent dans Ciudadela peuvent
en fortir pour aller où ils
voudront.
1
230 MERCURE
XII.
Que l'on rendra la liberté au
Capitaine François Thomas , aux
Subalternes & aux Soldats Mayorquains
qui fe trouvent prifonniers
qui étoient fous le commandement
de François Nel qui s'embarqueront
avec les autres.
f
Il paroift depuis un mois , un
Manifefte que Mr de Langallerie
dit avoir fait luy- mefme ;
mais il auroit beaucoup mieux
fait de ne point écrire , puifque
ceux qui ne font pas bien
informez de fon affaire , auroient
pû croire qu'elle n'au
GALANT 231
roit pas efté auffi mauvaiſe
qu'elle l'eft en effet. Ce
Manifefte , loin de fervir à fa
juftification , fait connoiftre
qu'il eft veritablement coupable
, puifqu'il n'y parle de rien
moins que
des chofes dont il a
eſté accuſé. Il bat beaucoup de
Pays , & il croit qu'en attirant
dans fon party tous ceux à qui
il donne des louanges , & dont
il fait des Hiftoires à plaifir qui
n'ont aucun rapport à la fienne
, il ébloüyra le Public , &
fe fera autant de Partiſans que
ceux dont il parle ont de parens
& d'amis ; mais enfin il
232 MERCURE
eft évident , & perſonne n'en
peut difconvenir , que tout ce
qu'il dit eft étranger à ſa cauſe,
dont on auroit bien de la peine
à trouver une ligne dans
fon Manifefte , ce qu'il en dit
ne s'étendant pas juſques- là ,
& j'ay mefme vû des gens qui
aprés avoir lû & relû ce Manifefte
ont demandé de quoy
il étoit accufé , ou plutot où
étoient les endroits par où il
prétendoit fe juftifier , lorfqu'il
cherche à juftifier les autres
pour groffir fon Manifeſte ,
qu'il n'auroit pû faire fans cela
puiſqu'il n'y dit rien qui reGALANT
233
garde le fujet de fon accufation
. On voit beaucoup de ve
nin répandu dans ce Manifefte,
des portraits fatyriques fur des
chofes qui font étrangeres à
fon fujet , ou du moins qui ne
regardent que fort indirectement
le crime dont il eft accufé
, & la plus grande partie
de fon Manifefte confifte dans
les foins qu'il fe donne , &
dans les chofes qu'il prétend
avoir ramaffécs & conciliées
pour prouver qu'on l'a voulu
arrefter. Cependant il ne rap- "
porte aucune preuve folide &
conftante ; mais feulement des
V Février
1707 .
234 MERCURE
chofes dont ceux qui par des
raiſons particuliers auroient du
penchant à le croire , pour
roient tirer quelques induc
que la
tions ; mais des inductions ne
font pas toujours des veritez ,
& il s'eft trouvé quelquesfois
que des chofes qui avoient plus
d'apparance de verité
verité mefme , n'étoient pas
toujours veritables . Il paroift
par toutes ces chofes , ou que
Mr de Langallerie craignoit
veritablement d'eftre arrefté ,
" ou qu'il vouloit qu'il paruft
qu'il euft de juftes fujets de le
craindre , afin de faire connoî-
(
GALANT 235
tre qu'il avoit cu raifon de fuir,
rien ne pouvant autorifer l'énormité
d'un crime pareil à celuy
de fe déclarer contre fon
Souverain , & de porter les armes
contre luy en travaillant à
la deftruction de fa Patrie. Il
refulte de tout cela , & perfonne
n'en peut difconvenir ,
ny alleguer aucune bonne raifon
contraire ; il refulte , dis-je
de tout cela , que fi Mr de
Langallerie s'étoit fenty innocent
, loin de prendre tant de
précautions pour éviter d'eftre
arreſté , & de marquer une fi
grande crainte de l'eftre , il
V ij
236 MERCURE
feroitvenu fe juftifier à la Cour,
ce qu'il a toujours refuſé de
faire , donnant à connoiftre par
là qu'il luy étoit impoffible de
fe juftifier. Je dois ajouter que
les grandes louanges qu'il donne
luy-mefme à la valeur dans
tout fon Manifefte , & qu'il fe
fait donner par d'autres
l'éloge qu'il fait & qu'il fait faire
de fes fervices , auroient parlé
pour luy , & que pour peu
que fa foibleffe cuft cu part à
fon crime & que l'on cuft remarqué
qu'il s'y étoit trouvé
engagé par des conjonctures
qui empefchent de raiſonner
d'autres , &
GALANT 237
quand de certains befoins parlent
, toute la Cour luy auroit
tendu les bras , & fes fervices
& fa valeur auroient fait fermer
les yeux fur beaucoup de
chofes ; mais il a bien connu
qu'il étoit trop criminel pour
que cela arrivalt , & il a cru que
les convictions que l'on avoit
contre luy étoient trop fortes,
de maniere qu'il a mieux aimé
achever deconvaincre le public
de la verité des chofes dont on
l'accufoit, que de rifquer d'être
puny en fe livrant luy- mefme ,
un homme de fon caractere
n'étant pas homme à avoüer
238 MERCURE
fon crime , & encore moins à
faire des foumiffions en demandant
excufe. Voicy le fait
dont il s'agit.
Toute l'Armée d'Italie fçait ,
& je n'en parle qu'aprés ent
avoir efté informé d'une ma
niere à n'en pouvoir douter ,
qu'il a pris au Roy une fomme
de foixante mille livres qui luy
avoit efté remiſe pour S. M.
dans la Principauté de Maffe , &
dans la Garfagnane . Il eftoit
du devoir de ceux qui ont le
maniement des affaires du Roy
de luy en demander compte , &
c'eftoit paroiftre d'intelligence
GALANT 239
avecluy , & fe rendre ſon complice
que de ne le pas faire. Il l'a
trouvé fort mauvais , & il a
cru qu'en faveur de fes longs
fervices , quoy qu'ils n'ayent
pas efté tous heureux , on devoit
fermer les yeux fur un
pareil procedé , quoy qu'il
fuft des plus hardis , & qu'il
fuft tres-dangereux de l'autorifer,
à caufe des confequences
.
D'ailleurs le fait eftoit fi conftant
& fi connu , qu'il n'étoit
pas poffible que l'on crût qu'il
n'étoit pas fçû , fi on avoit
feint de l'ignorer , de forte que
M' de Langallerie étoit bien
240 MERCURE
perfuadé que s'il cherchoit à
fe juftifier , fes raifons feroient
fi foibles & fi peu vray-femblables
, qu'il feroit par fes défenfes
encore mieux connoître
des veritez qu'il ne pouvoit
cacher. Il faut qu'elles foient
bien évidentes
, puifque tous
les jours on donne un fi bon
tour à de mauvaiſes cauſes ,
que ceux qui les écoutent les
croyent bonnes , jufqu'à ce que
les Avocats des adverfes parties
ayent parlé ; mais n'ayant
rien trouvé dans la fienne à
quoy il puft donner quelque
lueur de juftice , il a mieux aimé
GALANT 241
& me n'en rien dire du tout ,
faire rouler fon Manifefte fur
toutes les chofes dont je viens
de vous parler , & dont la plufpart
ne regardent pas fa caufe ,
& il a cru qu'il fuffifoit qu'on
répandiſt dans le monde qu'il
avoit fait un beau Manifefte ,
& qu'il euft diverti le Lecteur
en quelques endroits , pour
faire croire qu'il cftoit juſtifié ,
& qu'on l'avoit injuſtement
calomnié
pour avoir des prétextes
qui puffent autorifer les perfecutions
qu'il alleguc ; mais
par malheur pour luy ces prétendus
perfecuteurs ont un ca-
Février
1707. X
242 MERCURE
ractere bien éloigné de celuy
qu'il leur donne. Leur douceur
, & leurs manieres obligeantes
font generalement reconnues
, & ils n'ont pas befoin
d'eftre juſtifiez . Ils ne font
point rivaux de gloire de Mr
de Langallerie . Ils ne font rien
d'eux-mêmes dans des faits pareils
à ceux dont il s'agit , & delquels
ils ne font que Rapporteurs
, & il leur importe que
l'Etat ait de grands Capitaines
& de les conferver quand il en
a , puifque tout roulant fur
eux , on veut fouvent fans raifon
les rendre refponfables des
GALANT 243
chofes aufquelles ils n'ont aucune
part , l'employ de combattre
eftant tout different de
celuy qu'ils rempliffent . Peuts'ils
fe trouvoient les
eftre
que
armes
à la main
ils les
manicroient
auffi
bien
que
leur
plume
, &
nous
avons
vû
depuis
vingt
- deux
ans
un
de
leurs
Confreres
faire
trembler
une
fiere
Republique
, & luy
donner
la loy
, en
obligeant
ceux
qui
la reprefentoient
de
fortir
.
de
leur
Etat
pour
aller
implorer
la clemence
d'un
Monarque
qui
n'a
point
de
parcil
.
C'est
pourquoy
on
ne doit
pas
X ij
244 MERCURE
re
s'étonner fi l'on a vû fous fon
regne des chofes dont les
gnes les plus floriffans ne fourniffent
aucun exemple dans
tous les Etats du monde.
il
La Relation que vous allez
lire eft d'un Officier qui a accompagné
la Princeffe , à l'oc
cafion du mariage de laquelle
rapporte toutes les Feftes
qui fe font faites . Il en rend
compte à fa Souveraine qui l'a
envoyée en France à une grande
Princeffe , dont je la tiens.
GALANT 245
RELATION ,
ENTRE E S ,
FESTES ROYALES , 1706 .
A l'Augufte Princeffe Palatine ,
Electrice de Brunſwick
& Lunebourg.
Pov
OURfatisfaire aux ordres de
voftre Alteffe Electorale , je commenceray
cette relation de la Ville
de Magdebourg, S. A. R.y arrivafur
le midy , & trouva à un quart de
lieue de la Ville , 44. Caroſſes à fix
Chevaux , & beaucoup de Gentilshommes
du Pays à Cheval, magni-
X iij
246 MERCURE
看
fiquement habillez , ayant à leur
tefte un grand nombre de Chaffeurs.
Elle entra dans la Ville avec tout
ce cortege. Son Alteffe Royale fut
conduite au Palais Royal au bruit
du canon & de la Moufquetterie tant
de la Bourgeoifie que des Troupes ,
qui bordoient les ruës depuis la porte
de la Ville jufqu'au Palais ,Toutes
les Dames de la ville eftoient fur le
Perron & eurent l'honneur de faluer
Son Alteffe Royale à la defcente de
fon Caroffe, Elle monta enfuite dans
fon Appartement , où Mr le General
de Finck luy prefenta Mr le Doyen d
la tefte des Chanoines , & le Corps
de la Nobleffe , qui complimenterent
Son Alteffe Royale furfon heureufe
arrivée. Elle y dina , & les
Pricipaux du Pays eurent l'honneur
d'eftre admis à fa Table . Onfervit
GALANT 247
"
ན་
en mefme temps buit grandes Tables
pour la Nobleffe . Ce repas fut accompagné
d'une fort belle Mufique
Son Alteffe Royale eftant fortie de
Table apprit qu'ily avoit dans la
place du Palais un grand peuple qui
bruloit d'envie de voir fon Augufte
Princeffe elle paffa de la Salle du
Feftin fur un Balcon „ & la maniere
agreable dont elle le fit luy attia
tous les coeurs des Peuples . On
vit auft- toftparoître quarante Français
vetus à la Morefque ; leurs
\\habits eftoient couleur d'Orange : ils
eftoient précedez par des Hautbois
Gils formoient des danfes en faifant
des acclamations à la maniere
des Motes . S. A. R. m'ordonna de
leurjetter de l'argent . Enfuite elle
rentra pour quelque temps dans fon
appartement , où un moment aprés
248 MERCURE
elle parut avec un habit magnifique
pourrecevoir douze Deputez de diffe
rens Etats. V. A. E. s'imagine bien
que ces Deputez eftoient pourvus de
Harangues ; mais comme la pluf
partfurent prononcées dans une langue
queje ne poffe de pas bien , je ne
m'étendray pas davantage fur cet
Article , en affurant Votre Alteffe
Electorale que Madame la Prin
ceffe Royale répondit avec cette grace
& cette bonté hereditaires à Paugufte
fang dont elle eft fortie. La
Harangue des Magiftrats fut accompagnée
,fuivant l'usage qui s'ob
ferve dans tous les Etats , desprefens
de la Ville , & je les ay trouvezfi
finguliers que j'ay cru leur devoir
donner place dans cette Relation. Ils
confiftoient en quatre pieces de boeuf
fumé , deax cens livres de carpes
翟
GALANT 249
bait cens d'huiẞtres , cent citrons , un
tonneau de vin du Rhin , un de vin
de Canarie , une tonne de Breuhan
d'Halberstadt , une de Magde
bourg , trois fouder d'avoine & deux
defoin. Ily eut le foir Appartement
qui fut fuivi d'un grand foupé oùs.
l'affluence du peuple fut fi grande
que les Gardes du Corps eurent beaucoup
de peine à demeurer maistres des
portes.
Le Mardy 23. S. A. R. alla fur
les trois heures aprés midy à l'Eglife
appellée le Dôme . Elle fut reçue
à la porte par le Doyen à la tefte
des Chanoines , & on luy fit voir
plufieurs Reliques & autres curiofitez.
Elle retourna enfuite au Palais
où ellejoua à l'Hombre. Le Jeu fini
cette Princeffe fe mit à table où elle
fut fervie avec autant d'abondance
250 MERCURE
& de delicateffe qu'elle l'avoit été an
dinė . La Mufiquefefit encore enten
dre pendant ce repas , où le peuple
vint avec autant d'affluence qu'il
avoit fait au diné.
Le Mercredy 24. S. A. R. dina
fur les onze heures , & monta enfuite
en Caroffe. Elle fut reconduite avec
les mefmes honneurs qu'elle avoit efté
reçuë , c'est - à- dire , au bruit du Canon
& de la Moufqueterie . Elle fit
fept milles ce jour là , & arriva fur
le foir à Ziegefet. Elle y trouva la
Nobleffe du Pays à cheval dont elle
reçut les foumifions . Cette Nobleffe
la conduifit au Chateau au milieu
d'une allée d'arbres que les Habitans
avoient plantée depuis l'entrée
du Bourgjufqu'au Chateau , où elle
fut traitée avec autant de magnifi
dence quefi S. A. R. eut efté dans
GALANT 251
une des plus grandes Villes de l'Eu
rope. Il y avoit auffi plufieurs tables
pour la Nobleſſe , & l'on n'épargna
pas pour boire à lafanté de
Sa Majesté , & de leurs Alteffes
Royales , les p'us excellens vins
d'Hongrie , de Champagne & de
Bourgogne.
Le Jeudy 25. S. A. R. partitfur
les onze heures ; elle arriva de bonne
beure à Brandebourg. La Nobleffe
qui étoit en grand nombre hors de
la ville , la complimenta fur fon
heureufe arrivée. Elle entra enfuite
dans la Ville , accompagnée d'un
grand cortege ; elle la traverfa entre
plufieurs hayes d'habitans fous les
armes , d'Etudians chantans.
Elle arriva à l'Eveſché après avoir
paße fous divers Portiques de verdure
, & dont la porte étoit auffi or
252 MERCURE
née de verdure, ainsi que de Devifes
& de Vers Latins , le tout accom
pagné d'un grand chaur de Mufique.
S. A. R. trouva à la porte de l'Eglife
Mrs du Chapitre en habits de
Ceremonie . Ils avoientfait orner la
tour du Chapitre de beaucoup de ver
dure , accompagnée d'une fi grande
quantité de fleurs naturelles , qu'il
Sembloit que l'on fuft dans la plus
belle faifon de l'année . A peine S.
A. R. fut elle entrée dans fon Appartement
, que l'onfervit plufieurs
Tables avec tant de profufion , que
l'on peut dire à la gloire de M
de Schlippenbach Aberſchenck
qu'il n'épargnoit ni peines , ni foins ,
ni depenfes pour remplir dignement
l'employ dont Sa Majesté l'avoit
honoré. S. A. R. reçut au fortir de
table les complimens des trois Etats,
E
GALANT 253
que
& le concours du peuple étant fe
grand que les Appartemens ne fuffifant
pas pour contenir tous ceux
qui s'étoient empreffez pour la voir,
S. A. R. eut la bonté de faire uné.
partie d'Hombre dans une Salle
qui avoit deux iffaës , de maniere
l'on fit entrer le peuple par une
porte ,&fortir par l'autre , afin déviter
la confufion . Mr de Briou
Major & Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majefté , je donna tous
les foins imaginables pourfatisfaire
tous ceux que la curiofité avoit attirezen
lesfaifant paffer les uns aprés.
les autres. Le jeu étantfini les tables
furent fervies avec toute la délicateffe
& la magnificence imagi
nable. Il meferoit imposible de vous
marquer le grand nombre de perfonnes
de qualité des deux Sexes qui ve-
Fevrier 1707. Y
254 MERCURE
noient faire leur cour , ce qui marquoit
l'Etat floriffant de Sa Majesté.
Le Vendredy 26. S. A. R. partit
à dix heures du matin , ayant fept
milles à faire pour arriver à Spandau
. Je laiſſiray noftre Augufte
Princeffe de Pruffe dans fon Careße
pour prendre en passant le divertif
fement que luy avoit preparé les
Bateliers de Brandebourg qui au
nombre de quarante , vestus legerement
, couronnez de verdure & chacun
dans une petite nacelle firent
voir leur adreße en formant une efpe
de combat à la maniere des Gondolliers
de Venife , aprés quoy S.
A. R. ayant continué fa route , difna
dans une maifon champestre . Je ne
vous diray rien de ce qui fe paffa à
ce repas ,puifqu'étant perfuadé qu'il
>
GALANT 255
ne s'y pouvoit rien paſſer qui paſt
exciter la cariofité de V. A. E. je
pris les devans pour me rendre à
Spandau , où je crus bien qu'il ne fe
pafferait rien que de remarquable,
& je ne me trompay pas , ayant.
trouvé en y arrivant un grand nombre
de caroffes à fix chevaux ; toute
La Nobleffe des environs à cheval ,
& des Arcs de Triomphe avec les
Portraits de leurs Alteffes Royales ,
entremélez de Devifes & de leurs
Armoiries. La Bourgeoisie étoitfous
les armes & les troupes reglées
Occupoient
tous les poftes d'honneur ;
mais je fus bien furpris lorfqu'on
me dit que Sa Majesté étoit arrivée
avec Monfeigneur le Prince
Royal , & Meffeigneurs les Marcgraves.
Je montay aui - toft dans
Lappartement du Roy , que j'eus
Yij
256 MARCURE
vé
Phonneur de voir au milieu de fa
Cour. Je me prefentay à Monfei
gneur le Prince Royal , qui me reçut
tres -favorablement. Le Paffu
day que son illuftre Epouse arriveroit
bien toft , & que les ordres de
Sa Majefié avoiont_efté executez
par tout avec beaucoup d'exactitude
A peine mon compliment fut il ache
que l'on entendit le bruit da canon
; la joye éclata fur le visage du
Roy, & l'impatience que Sa Ma
jefté témoigna fit un plaifir fenfible
à tout le monde. Enfin le Ciel
exauça les voeux de ce Monarquez.
il vit par une feneftre le caroffe de
S. A. R. que l'on fit monter fur le
rempart du Chateau. Sa Majesté
s'y rendit par une porte de fon appartement
qui donne fur une Ter♣
raffe , S. A. R. étant defcenduë de
GALANT 257
caroße fe jetta aux genoux de S. M.
mais elle la retint avec tant de tendreße
que nonobstant tous les efforts
que fit cette Princeße pour luy marquer
fa foumiffion , elle ne pust embraßer
fes genoux ; au contraire S.
M. l'embraßa d'une manierefi tendre
& fi remplie de bonté , que tous
ceux qui en furent témoins en verferent
des larmes de joye . Ce Prince
s'étoit dépouillé de fa grandeur pour
faire voir le coeur d'un pere dans celuy
d'un grand Monarque , S. M.
conduifit enfuite S. A. R. dans
l'appartement qui luy étoit deſtiné ,
où il luy prefenta fon auguftefils &
tous les Princes de fon fang. Les premiers
complimens étant finis , Sa
Majesté fortit avec toute fa Cour ,
laißa Monseigneur le Prince
Royal faire fon compliment en par-
Y
iij
258 MERCURE
ticulier. Quelque temps après S. M.
ientra chez Madame la Princeße
Royale , aprés avoir aßûré fa
chere fille de fon amitié Royale; c'eſt
ainfi , Madame , qu'il l'a nomme ,
nom bien cher à S. A. R. Sa Majesté
partit enfuite pour Berlin . V.
A. E. fçait que Spandau eft une
des plus belles Fortereßes de l'Europe
, & qui renferme un fuperbe
bafiment. Les remparts redoutables
de cette Fortereße retenoient dans
l'esclavage un nombre de malheu
reux, qui étoient refervez à faire ref
fouvenir la pofterité d'un fi heureux
jour , puis qu'ayant remis leur falut
dans la grace qu'ils efperoient obte
nir de S. M. par l'entremise de S.
A. R. ils n'afpiroient qu'après ce
moment fortuné pour faire préſenter
leur requeste à S. A. R. mais le
GALANT 259
General Tettau , Commandantdes
Gardes du Corps & Gouverneur de
la Place , pour éviter les importunitez
que S. A. R. en auroit pû recevoir
, leur avoit deffendu l'ufage
de l'écriture. Cependant ce General
en ayant informé le Roy , Sa Majefte
luy répondit avec unfourire plein
de bonté, j'ay tant de joye de voir
icy la Princeffe , que je veux.
leur donner à tous la liberté :
elle leur fut renduë quelques jours
aprés. Voila, Madame , se qui con.
ronna ce grand jour.
Le Samedy 27. S. A. R. qui
eftoit en Robbe , aprés avoir pris un
Leger repas , monta -feule dans fon
caroffe , & fortit de Spandau fur le
midy au bruit du canon & de la
moufqueterie & des acclamations du
peuple. S. M. alla hors de la ville
260 MERCURE
par
ོ
la
au devant de cette Princeffe ; elle
monta dans fon carroffe, & elle entra
dans la fuperbe ville de Berlin
porte Royale , qui eftoit ornée
de Trophées de Devifes. La
marche commençoit par un Regiment
de Cavalerie, fuivi de 32 , caroffes
à fix chevaux , qui appartenoient
à la principale Nobleffe . Ces
32. caroffes eftoient à la tefte de 40.
caroffes magnifiques , dont chacun eftoit
accompagné des Pages & des
Laquais qui apparienoient aux Offiers
de S. M. Ceux de Meffeigneurs
les Marcgraves & de Monfeigneur
le Prince Royal venoient enfuite, aprés
lefquels on voyoit paroiftre ceux
de Sa Majele . Le nombre de tous ces
caroßes montoit juſques à 104. les
chevaux de main de la Nobleſſe , des
Princes & du Roy , fe faifoient reGALANT
201
marquer enfuite. Je ne diray rien de
la beauté des chevaux, quife fit affez
connoiftre pendant la marches
j'ajouteray feulement que leurs
houßes & leurs caparaçons eftoient de
la plus grande magnificence : les
Valets de pied venoient enfuite 3
les Pages de S. M. ayant leurs Ecuyers
à leur tefte attiroient les regards
de tous les fpectateurs . Ils eftoient
faivis de quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de plufieurs
Gentilshommes à cheval & des
Trompettes de la Chambre qui precedoient
les cent Suißes de la Gatde
, formant deux hayes au milieu
defquelles Monfeigneur le Prince
Royal eftoit à cheval , accompagné
de Meffeigneurs les Margraves &
des Generaux d'Armées qui marchoient
devant le Caroße de S. M
.
ن م
262 MERCURE
Il eftoit attelé de 8 chevaux, qui par
la fierté de leur démarche fembloient
fe glorifier d'être attelez aufuper.
be caroße , dans lequel deux auguf
tes perfonnes attiroient uniquement
les regards de tout un grand peuple.
Le caroße de S. M. eftoit environné
d'Officiers en charge fuperbement
montez. Les caroßes de S. A. R.qui
eßoient remplis defes Dames d'Honneur
& de fes Femmes de Chambre,
faivoient celuy de S. M. & ces caroßes
eftoientfuivis d'un grand nom.
bre de Gardes du Corps . Cette fuperbe
marche eftoit fermée par un Regiment
de Dragons , & elle avoit
pour, arriere- garde un Efcadron de
60. Cuirafiers , qui marchoient en
fort bon ordre avec timbales & trompettes.
V. A. E fera peut- eftre fur
prife de ce que je m'étend davanta
GALANT 263
du
ge en parlant de cette troupe que
Regiment de Dragons ; mais elle
doit fçavoir que cet Escadron n'était
compafé que de Bouchers qui avoient
Fair i cavalier, & qui eftoient
fi bien équippez , que je les
pris d'abord pour un Efcadron de
Troupes reglees . V. A. E. peut bien
juger que S. A. R. à qui S. M
defera ce jour- là tous les honneurs,
ne traversa cette grande ville qu'-
au bruit des acclamations du peuple,
auquel S. A. R repondit de la
tifte avec le fourire gracieux qui luy
eft fi ordinaire , & qui ne manque.
jamais de luy attirer tous les coeurs ,
Toutes les maifons eftoient parées
de Tapißerie vivantes , arrivées de
plufieurs pays éloignez pour admirer
cette magnifique entrée. Les rues
étoient bordées par la Bourgeoife ,
264 MERCURE
b
& les places publiques étoient occupées
par divers Corps de troupes. Ce
fut au milieu de ces marques de
triomphe que S. M arriva dans fon
fuperbe Chasteau. Elle conduifit S.
A. R. dans un appartement ma -
gnifique & orné de tout ce qui peut
attirer &fatisfaire la veuë.V.A.E.
connoift la fumptuofité de S. M. fon
bon gouft , & l'amour qu'elle a pour
tous les beaux Arts , Ainfi je ne
parleray point des belles peintures ,
nt des ornemens defes vaftes appartemens;
mais je ne puis m'empefcher
de me recrierfur la beauté du lit que
S. M. avoit fait preparer pour ces.
heureux Epeux. Le fond est de velours
couleur de feu , femé de 144.
chiffres du glorieux nom de S. M.
couronnez & brodezde perles & re»
baußez encore de plusgroßes . Ce lit
étoit
GALANT 265
étoit doublé d'un drap d'argent rebroche
d'or , & bordé d'une Campane
d'or. L'Ordre de Sa Majesté
fe trouve fi bien placé dans les ornemens
que l'on ne peut s'empêcher de
demeurer
d'accord que
la richeffe de
ce lit eft jointe au bon gouft.
Le Roy commença à donner des
marques de fa liberalité à S. A. R.
en luy faifant preſent d'une grande
quantité de Brillans & de Perles
mais avec tant de grace qu'encore
que les préfens fuffent d'un grand
prix S. A. R. fut plus fenfible aux
bontez du Roy qu'à leurs richeffes.
Si Madame la Princeffe Royale
vous étoit inconnue , je pourrois
faire un portrait à V. A. E.
de la maniere gracieuse avec laquelle
elle recevoit tout ce que le Roy
avoit la bonte de luy donner fi gene
Fevrier 1707. Ꮓ
266 MERCURE
reufement , & avec quelle douceur
& quelle modestie elle recevoit les
honneurs que S. M. luy faifoit ren
dres mais je paroitrois fufpect, ayant
l'honneur d'appartenir au grand
Prince qui luy a donné le jour.
F'ajouteray feulement qu'elle a ga
gné tous les coeurs par fon merite
perfonnel & par fes rares qualitez.
Vingt- quatreTrompettes ayantfait
connoiftre que la Table de S. M.
eftoitfervie , elle donna la main à
S. A. R. qui fut placée à fa gauche,
Monfeigneur le Prince Royal à
fa droite, & enfuite les Marcgraves
& les Marcgravines . Si je parle
encore icy de la magnificence des appartemens
du Roy mon recit paroiira
fabuleux; mais non , toute l'Europe
connoift la grandeur de S. M. ainfi
je ne dois rien craindre. Lejoupéfini
GALANT
267
le Roy reconduifit
Madame la Princeffe
Royale dans fon appartement
,
& aprés luy avoir dit mille chofes
obligeantes
, S. M. fe retira pour
Laifer S. A. R. prendre le repos
dont elle avoit befoin , & afindefe
preparer pour le jour fuivant , jour
heureux qui devoit remplir les vaux
de tout un peuple.
Le Dimanche 28. S. A. R. dina
dansfon appartement, & furles trois
heures S. M. la couronna avant que
d'aller à l'Autel. Elle avoit envoyé
la Couronne par fon Grand
Maitre de la Garderobe à S A. R.
afin que l'on paft le précautionner
contrefa pefanteur. Elle est d'or maf
fif, figarnie de gros diamans & de
perles qu'elle furprenoit & qu'elle
éblouiffoit les yeux. S. A. R. étant
revêtuë de la Mante Royale , &
Z ij
268
MERCURE
*
ayantfes beaux cheveux épars , fe
rendit dans fa Chambre d'Audiance
au milieu de laquelle étoit un carreau
de velours cramoifi . Le Roy en
ayant efté averti , fortit de fon appartement
avecfa nombreuſe Cour
Sa Majesté étoit accompagnée de
Meffeigneurs les Marcgraves , reveftus
du Colier de l'Ordre , & précedée
du grand Maitre de la Garderobe
qui portoit la Couronnefur un
carreau de velours . S. A. R. n'euft
pas plustoft apperçu S. M. qu'ellefe
jetta à fes genoux , & S . M. ayant
pris la Couronne la pofa fur la tefte
de Madame la Princeffe Royale.
Le Roy la releva & la conduifit
ainfi dans fa Chambre , où étoient
les perfonnes qui devoient avoir
l'honneur de la coëffer. S. M. ne ſe
retirapoint après cette ceremonie, ne
GALANT 269
pouvant affez contempler la belle
Princeffe que Dieu luy avoit refervée
pourfille. Monfeigneur le Prince
Royal para un moment aprés en
habit ferieux d'un drap d'argent cou
vert d'un point d'Espagne d'or femé
de diamans & revesta du Collier de
l'Ordre. Ilfalua le Roy , & S. M.
luy fouhaitta toutes fortes de benedictions.
Le Prince fe jetta à fes genouxpour
luy marquerfa foumillion.
Le Rayfe tourna du cofté de Madame
la Princeffe Royale , & lui ayant
fait le même compliment , fit figne à
Monfeignent le Prince Royal de
prendre fon augufte épouse pour la
conduire dans la Chapelle Royale,
où les Ceremonies qui fe font en
de pareilles occafions furent exactement
remplies au bruit des Timbales
& des Trompettes , & d'une triple
Z iij
270 MERCURE
decharge du canon , de la moufqueterie&
de la Cavalerie , tout étant
pour cet effet fous les armes dans
toutes lesplaces de la ville, les Gatdes
du Corps occupant la Cour da
Chasteau. Enfortant de la Chapelle
ces illuftres époux furent conduits
dans la grande Salle des feftins , qui
étoit fi brillante de lumiere qu'elle
éblouiffoit lesyeux. Il y avoit plus
de deux mille bougies ; je n'ay jamais
vù tant de richeffes enfemble
qu'ily en avoit dans le Buffet qui
Occupoit tout un cofté de la Salle de
puis le hautjufqu'en bas. Le repas
fini Sa Majeftédança avec Madame
la Princeffe Royale .Monfeigneur
le Prince Royal dança enfuite avec
cette Princeffe , & le Balfe termina
par une dance avec desflambeaux.
Je tire le ride aufur ce quifuivit ; il
GALANT 275
n'y a que l'amour qui vous en puiffe
faire le recit. Je paffe au Lundy 29.
deftiné pour complimenter Monfetgneur
le Prince Royal & Madame
la Princeffe Royale. Le compliment
de S. M. fut accompagné d'un préfent
de diamans d'un grand prix.
Monfeigneur le Prince Royal envoya
à fon augufte épouse , une caf
fette remplie de brillans & de perles,
Le Mardy fuivant les Deputez
de tous les Etats de S. M. eurent
l'honneur de complimenter leurs Alteffes
Royales , & ils firent leur don
gratuit . Ily eut le feudy une grande
Mafcarade fous le titre des quatre
parties du Monde. La premiere
Quadrille étoit commandée par Sa
Majefté avec Madame la Princeffe
Royale reprefentant l'Europe. S. A
R. fit voir dans cet habit auſſi bien
$
272 MERCURE
que dans les autres , que c'étofe
avec raison que S. M. Pavoit thoifie
pour reprefenter la plus confiderable
& la plus belle partie du
monde. Le Roy étoit veſtu à la Romaine.
Son habit étoit de drap d'or,
enrichi d'un grand nombre de gros
diamans ; fes brodequins étoient de
mefme étoffe , & garnis de brillans ,
& fon Manteau Royal de velours
couleur de feu double de drap d'or.
Il avoit une Couronne de lauriet
mélé de diamans , & il tenoit un
bafton d'Empereur. Quatre Herauts
portoient des Faifceaux d'Armes
devant Sa Majefté. S. A. R. avoit
un babit de velours bleu brodé d'or,
& des lambrequins de drap d'or rebrochez
d'argent , avec des fleurs
naturelles. Son Manteau Royal
étoit de velours conleur de feu , dou
GALANT : 273
ble de drap d'argent. Elle avoit dans
fa coeffure un bec de corbin couronné
&garni de perles & de diamans qui
jettoient quantité de feu ; mais qui
n'approchoit pas de celuy qui fort
de fes yeux.
La feconde Quadrille étoit commandée
par Monseigneur le Prince
Royal & par Madame la Marcgravine
Philippes reprefentant
CAfte.
La troisième étoit conduite par
Monfeigneur le Margrave Philippes
, & par Madame la Marcgravine
Albrecht repréſentant l'Affrique
La quatrième par Monseigneur
le Marcgrave Albert , & par Madame
la Comteffe de VVartemberg
repréfentant l'Amerique.
Tous ces differens peuples, s'étant
274 MERCURE
rendus dans l'Appartement du Rey,
toute la mafcarade marcha par
quadrille au fon des Trompettes &
an bruit des Timbales & fe rendit
dans lagrandeSalle où eftoient deux
Tables en forme de fer à cheval ;
visˆvis l'une de l'aute . Il y avoit
du cofté de celle de S. M. un Amphitheatrejufqu'aahaut
de la Salle
pour placer le monde , & comme il
eftoit défendu d'y entrer fans eftre
mafqué , rien n'étoit plus brillant
que cette Affemblée. Il y avoit un
magnifique Buffet vis- à- vis de cet
Amphitheatre, & deux Gloires aux
deux coftez de la mefme Salle , remplies
de Muficiens & de Muficiennes ,
qui reprefentoient aut les quatre
Parties du monde , & qui chanterent
les louanges de Madame la Princeffe
Royale , aufquelles répondit
GALANT 275
ane fymphonie entremelée d'un bruit
de guerre . Ce (pectacle eftoit des plus
brillans & des plus beaux. Le foupé
fini on retourna dans l'Appartement
de S. M. ou il y eut an grand Bal
Je ne dois pas oublier que les Officiers
qui fervoient & les Pages ,
eftotent auffi mafquez:
Ily eut Appartement le Vendre»
dy , & le Roy dina en Public avec
leurs Alteffes Royales , & toutes les
fois que Sa Majesté dinoit en ceremonie
les fantez eftoient marquées
par un bruit de Trompettes auquel
répondoit celuy du canon .
Le Samedy fuivant S. M. alla
au Cours. Elle avoit dans fon Ca.
Madame la Princeffe Royale &
Madame la Margrave Philippes.
Toute la Cour accompagna S. M.
au Cours ; elle fe rendit de - là i
à
276 MERCURE
Charlottembourg; cette maison Royale
eft connuede V. A. E. ainfifans
parler defafituation , je me conten
teray de rendre compte à V. A. E.
des honneurs que S. M. fit rendre à
Madame la Princeffe Royale. Elle
yfut reçue au bruit du canon , &
les habitans y avoient élevé un
Arc de Triomphe àfa gloire , & à
celle de Monfeigneurfon époux. Le
Roy conduifit cette Princeffe dans.
l'Appartement qui luy eftoit deftiné,
Je ne vous diray rien de la magnificence
de cet Appartement , & je
vous parleray feulement d'une Toi
lette d'or mallifdont Sa Majesté luy
fit prefent.
Le Dimanche Mr l'EvêqueUr
finus fit la dédicace de la Chapelle
Royale , au bruit du canon , & en
prefence de S. M. & de toute la
Maiſon
GALANT 277
Maifon Royale , de maniere que ce
jour fut donné au Seigneur.
y eut Comedie Italienne le
Lundy le Roy alla enfuite à la
Maifon de Ville , où Madame la
Princeffe Royale fut complimentée
au nom de Mrs du Magiftrat par
Mr.Dankelmans
le Margrave
Albert , faifoit les honneurs en qualité
de Bourguemefire. On prefenta
à S. A. R. quatre cruches remplies
de vin , qui eftoient d'une hauteur
démesurée. Ily eut des illuminations
dans toute la Ville ; S. M. foupa
ce jour- là dans le grand Salon defon
Appartement.
Il y eut le Mardy une grande
mafcarade un grand repas , & les
rangs ne devant point eftre obſervez
à Table à caufe des habits de mafque
dont chacun eftoit revétu , les
Fevrier 1707.
A a
278 MERCURE
places furent tirées aux billets , &
chacun prit la fienne felon le rang
qu'il luy eftoit écha . Le bonheur de
S A. R. luyfit avoir S. M. pour
mary , qui eftoit habillée en Matelot
. Elle eftoit fi bien deguifée qu'on
eut de la peine à la reconnoistre fous
un habitfi raftique, S. A. R. eftoit
en Catalane , & elle s'attira fous
cet habit de nouvelles douceurs de S.
M. C
Le Roy & toute la Cour retourne .
Tent le Mecredy à Berlin où il y eut
lefoir Appartement
Le feudy S. M. dina en Public ,
& l'aprés dinée S. M. étant accompagnée
de S. A. R. alla voir la
répreſentation d'un grand Balet
danfé par quantité de perfonnes de
qualité des deux fexes , qui avoient
à leur tefte Meffeigneurs les MarcGALANT
279
graves Albert & Chretien. Il fut
Parfaitement bien execute ; les ha
bits étaient bien entendus & conve
nables aux personnages , V. A. E,
en verra lefujet dans le Livre de ce
Ballet que j'auray l'honneur de luy
porter . Elle y trouvera un prologue à
la gloire de Madame la Princeſſe
Royale,
Le Vendredy S. M, accompagnée
de toute fa Cour alla voir un feu
d'artifice auquel on avoit travaillé
depuis long temps. Le vent ne fut
pas favorable , ce qui fut cause que
S. M. & tous les Spectateurs ne
privent pas tant de plaifir à ce
Spectacle qu'ils auraient du faire . Je
m'entre point dans le sujet de ce feu ,
puifque les imprimiz qui accompagnentle
Livre du Ballet en apprendront
jufqu'aux moindres tir-
Aaij
280 MERCURE
conftances à V. A. E. Je dirayfeutement
que S. M. fit prefent ce jourlà
à S. A. R. d'une robbe de velours
doublée de martre zibeline , & j'ajouterai
que tous les jours qui avoient
efté marquez par S. M. pour les divertiffemens
nouveaux qui fe fuccedoient
les uns aux autres , il ne s'en
paffa aucun fans que S. M. fift
reffentir à S. A. R. des effets de
fa liberalité & de fa magnificence.
Il y eut Cours le Samedy , &
comme S. M. ne veille pas , elle avoit
permis à S. A. R. d'avoir Bal &
mafcarade le Dimanche ; ce divertiffement
fut enfuite continué prefque
tous les foirs.
C
Le Lundy ily eut unefeconde reprefentation
dugrand Ballet .
Le Mardy S. M. prit avec leurs
Alteffes Royales le divertiffement
GALANT 281
d'uncombat d'Hures de Sangliers ,
de Tauraux , d'Ours de Loups
de chevaux & de chiens . On lacha
enfuite une grande quantité de Re
mards qui furent bernez par les Cavaliers
, ce qu'ils firent avec tant
d'adreſſe qu'ils demeurèrent maiſtres
du champ de bataille . Ainfi les
Chaffeurs de Sa Majesté ne manqueront
point de manchons cet hyver.
Ce Prince pint Cour le Mercredy ,
& le Reudywelle】donna dans la
grande salle , une Feſte magnifique
nommée le Festin du Printemps.
La Salle étoit ornée d'une nouvelle
verdure , de Miroirs & d'Orangers,
& éclairée de plus de trois mille
bougies. Il y avoit une gallerie de
chaque cafté où les Spectateurs étoient
placez, & l'on voyoit à l'oppofite du
Buffet une Glaire remplie de Mufi
A a iij
282 MERCURE
ciens & de Symphoniſtes. Il y avoit
une table de fix vingt couverts ,
l'on nefut encore placé que felon le
rang qui écheut par les billets qui
furent tirez. Les louanges du Roy
furent chantées pendant le repas, &
celles de Monfeigneur le Prince
Rayal & defon illuftre épouse ne fu
rentpas oubliées. On dança enfuite,
& il y eut une entrée d'un Arlequin
& d'une Arlequine , qui fut executée
par le fieur Poirier , Maiftre à
Dancer du Roy Augufte , & parla
Dlle le Grand.
Ily eut Appartement le Vendredi
& le Samedi un fpectacle tout charmant
. Il confiftoit dans une illumnation
qui fit paroitre la Ville de
Berlin tout en feu chacun s'étoit
efforcé à l'envi de faire diftinguer fa
maison par quantité de Devifes ,
GALANT 283
Lautres ornemens & de flambeaux
de cire, S. M. fe promena par toute
la Ville , ayant dans fon caroffe S.
A. R. & Mesdames les Maregravines
, Monfeigneur le Prince Royal.
étoit à cheval avec·les Margraves,
& tous les Seigneurs de la Cour, Le
ne vous ferai point de detail de cette
illumination ni des Devifes faites
à l'honneur de ces illuftres Epoux ,
tout le brillant d'un pareilſpectacle
ne pouvant effie mis fur le papier
j'ajouterai feulement que ce ſpectacle
étoit tres- beau à voir.
Ie ne pais m'empécher de vous
entretenir du fuperbe bastiment de
l'Arcenal qui égale au gouft de tout
le monde , tout ce qu'il y a de plus
beau . Les trois façades en étoient
ouvertes dans l'enfoncement de celle,
du milien étoit a Statue du Roi
284 MERCURE
fur un Trophée d' Armes que Monfeigneur
le Margrave Philippes
GrandMaistre de l' Artillerie , avoit
fait élever à lagloire de S. M. Les
deux autres reprefentoient dans l'ens
foncement,d'autres Trophées,au baus
defquels étoit l'étoile de S. M. & des
allées de Canons & de Mortiers
entremêlées d'autres armes & gar.
déespar des Compagnies de Canonniers&
de Bombardiers ; mais avec
une figrande propreté que l'on auroit
pris ce terrible baftiment pour an
lieu de plaifance.
Le Dimanche il y eut Bal ; le
Lundi , une troifiéme repetition du
grand Ballet; & le foir à la Cour,
grande Mafcarade. S. M. voulant
terminer toutes fes magnificences par
quelque chofe de particulier , donna
à Madame la Princeffe Royale une
GALANT 285
#
fefte la plus galante qu'ilfoit poſſi
ble d'inventer. La grande Salie fe
trouva le Mardi ornée de nouvelle
Verdure & d'Orangers . Lagallerie
qui regnoit tout alentour étoit garnie
de glaces de Miroirsformant des
pilaftres qui portoient des guirlandes
garnies de bougies , & des bustes de
cire dans les diftances, ornées de drapperies
de differentes couleurs . Il y
avoit une trentaine de tables quarrées
à quatre couverts reprefentant
un endroit public ; celle de S. M.
étoit dans le milieu. Le tiers de l'a
Salle ou environ étoit caché d'un
grand rideau de taffetas couleur de
feu. S. M, s'y étoit renduë la premiere
pour en faire elle mefme les
honneurs . Les places ayant efté tirées
au fort dans les Appartemens
de leurs Alteffes Royalles , elles par
286 MERCURE
tirent fuivies de toute la Cour , &
chacun marcha dans le rang que le
hazardlui avoit donné. Le Roy alla
au devant de Madame la Princeffe
Royale au bruit des Trompettes &
des Timbales, & l'ayant apparem
ment eue pour femme , il la plaça
auprés de lui. La table de S. M
étoit quarrée ; §. A. R. étoit à fa
gauche ; dans le bout à la droite du
Roy étoit Monfeigneur le Prince
Royal, & vis - à- vis étoit Madamë
la Margravine Philippes . Ily eut
pendant le fouper une tres - belle Symphonie,
Toutes les tables furent les
vées aprés le repas , & le rideau
ayant difparu laiffa voir un spectatres-
particulier, c'étoit une Faire
où il y avoit huit boutiques parfaitement
ornées , & remplies de curio
fitez de bijoux & d'autres malde
GALANT 287
chandifes. Les Marchands étoient
buit Chambelans de Sa Majefté
vestus à la maniere des Pays d'ou
venoient les marchandifes qui rempliffoient
leurs boutiques , au milieu
defquelles eftoit un Theatre d'Opeperateur
qui ne manquoit pas de
raifonnement pour débiter fa marchandife
. Il n'eut pas beaucoup de
peine à s'en défaite , puis qu'-
elle eftoit à fi bon marché que tout
le monde en vouloit avoir & faifoit
voler les gands & les mouchoirs. Il
y avoit dans fa bande un Arlequin
& an Scaramouche avec fa femme ,
quigardaient la caffette aux drogues .
V. A. E peut bien s'imaginer que
c'étoient des perfonnes de condition
qui faifoient les Charlatans , Pendant
qu'ils amufoient le monde , les
marchandises difparoiffoient. Elles
288 MERCURE
eftoient numerotées en forme de Lotterie
, & les billets ne coutant rien
Meffieurs les Marchands vuiderent
bien- toft leurs boutiques . Le fot
décida des gros lots . Le Roy temoigna
à toute la Cour pariette generofité
qu'il eftoit reconnoiffant du zele
& de l'empressement avec lequel elle
avoit répondu à toutesfes intentions .
Voilà Madame tout ce que je puis
dire à V. A. E. Ce n'eſt pas que je
ne fois perfuadé qu'il ne me foit
échapé beaucoup de chofes dignes de
luy eftre rapportées ; mais le temps.
eftoit court , les magnificences de S.
M. trop frequentes & trop grandes.
F'efpere dire de vive voix à Voftre
Alteffe Electorale ce que je puis
avoir oublié.
Mis
GALANT 289
IS
Ms de la Societé Royale des
Sciences établie à Montpellier
ont tenu leur premiere Séance
publique . La conjoncture dans
laquelle cette Séance s'eft -tenuë
a donné beaucoup de relief
à cette importante action . Mó
des Etats qui eftoient alors affemblez
voulurent bien ceder
pour ce jour - là , leur Salle à
cette Societé . M l'Archevêque
de Narbonne qui eft Prefident
né des Etats , fe rendit dans
cette Affemblée ; mais ce ne
fut pas pour y occuper la place
éminente qui eft dûë à ſa qualité
, mais pour y prendre fim-
Février 1707 . Bb
,
290 MERCURE
plement celle d'Academicien
Honoraire. M' le Duc & M
la Ducheffe de Roquelaure fuivis
de la plus grande partie de
de la Nobleffe de la Province
& de vingt - deux Archevêques
ou Evêques , qui compofent
les Etats , s'y rendirent
auffi , & fe placerent
dans les Tribunes qui avoient
efté pratiquées dans la Salle .
M' de Plantade , qui eft Directeur
cette année , & qui en
l'abfence de M' l'Evêque de
Montpellier , fecond Academicien
Honoraire , préfidoir
ce jour - là , ouvrit l'Affemblée
GALANT 291
par un beau Difcours fur l'utilité
& l'avantage des Academies
; il parla pendant trois
quarts d'heure fur la Philofophie
, la Geometrie , l'Aftronomie,
les Mathematiques , & fur
les autres Sciences , dont il fit
avec beaucoup d'érudition un
détail de tous les avantages
.
Son difcours fut auffi fleury
qu'éloquent , & quoy qu'il
euft déclaré dés le commencement
, que conformement
à l'efprit de la Societé , dont
il avoit l'honneur d'eftre
Membre , il ne s'eftoit point
attaché à polir fon difcours ,
Bbij
292 MERCURE
·
& à y répandre des fleurs .
On cut néanmoins le plaifir
d'en entendre un tres- éloquent
. Mr de Plantade ayant
ceffe de parler , Mr Gauteron
Secretaire de l'Academie lut les
Reglemens donnez par le Roy
à cette nouvelle Compagnie
.
Cette lecture eftant finie , Mr
Chicoineau , Confeiller de la
Cour des Aides , Chancelier de
la Faculté de Medecine , & de
la Claffe des Botanistes
, lut un
difcours de Phyfique , où il établit
la conformité qu'il prétend
qu'il y a entre les plantes & celle
des animaux. Ce difcours ,
GALANT 293
où regnoit une grande étude
de la nature , fut tres- applaudi,
& Mr Chicoineau dit plufieurs
chofes nouvelles fur cette matiere
, qui furent écoutées avec
beaucoup de plaifir. Mr des
Clapies , Profeffeur en Mathematiques
, prit la parole aprés
que Mr Chicoineau eut ceſſé
de parler. Il lut une differtation
qu'il avoit compofée fur l'Eclipfe
qui parut le 12. May de
l'année derniere , & qui fut apperçue
à Montpellier avec des
circonftances tres- particulieres
, puifque depuis huit heu-
Bb iij
294 MERCURE
res du matin jufqu'à dix , il y
cut dans cette Ville une fi
grande obfcurité qu'on ne s'y
reconnoiffoit pas . Mr des Clapies
fit fur ce fujet quantité de
doctes & curieufes obfervations
, & il accompagna
fes reflexions
de plufieurs predictions
aftronomiques , toutes
fondées fur la plus exacte fupputation
. La Séance fut terminée
par ce difcours . L'illuftre
Affemblée qui l'honora de fa
prefence , donna de grands éloges
à tous ceux qui avoient
parlé , & fe retira tres -fatisfaite
de tout ce qu'elle avoit entendu,
GALANT 295
Le Roy a donné le Cordon
rouge de l'Ordre
de S. Louis ,
& la penfion
qui y eftoit attachée
, qui vacquoient
par la
mort de Mr de la Barre , à Mr
de Saint - Hilaire , Lieutenant
general
d'Artillerie
. Cet Officier
fert depuis un grand nombre
d'années
dans l'Artillerie
,
& il a donné des marques
de
fon courage
& de fa capacité
dans toutes les occafions
où il
s'eft trouvé . Feu Mr le Maréchal
d'Humieres
avoit beaucoup
d'eftime
pour luy , & il
en a parlé plufieurs
fois au Roy
comme d'un des meilleurs
Of..
Bb iiij
296 MERCURE
erie ;
ficiers qu'il y eût dans l'Artil-
M' le Duc du Mayne n'a
pas eu des fentimens moins
avantageux pour M' de Saint
Hilaire. Ce Prince a eu fouvent
occafion de juger par luy
même de quoy cet Officier
eftoit capable , & il en a parlé
tres- avantageufement à S. M.
Le nom de M' de Saint Hilaire
eft celebre dans l'Artillerie . Il
eft neveu de M' de Saint Hilaire
auffi Lieutenant General d'Artillerie
, qui eftoit auprés de M
le Vicomte de Turenne lorfque
ce General fut emporté d'un
coup de canon ; cet Officier
GALANY 297
avoit beaucoup de part à la
confiance de M' de Turenne ,
& il eftoit toûjours chargé des
commiffions perilleuses , & ou
il y avoit de la gloire a acquerir .
On fçait que dans le moment
que M' de Turenne fut tué il
luy donnoit des ordres importans
& dont le fuccés nous auroit
procuré de grands avanta
ges.
Le Roy ayant declaré qu'il
ne donneroit les Charges vacantes
dans le Regiment des
Gardes que felon l'ancienneté
des Officiers , a donné la Compagnie
qui vacquoit par la mort
298 MERCURE
de M de la Barre à M' de Briçonnet
, le plus ancien Lieutenant
du Regiment. La famille
de Briçonnet qui eft originaire
de Touraine , a cfté féconde
en hommes illuftres . Sous les
regnes de Charles V. & de
Charles VI . on vit dans la
Cour de ces Princes , Bertrand
Briçonnet Maistre des Requeftes
qui fut ayeul de Jean fieur
de Varennes Receveur General
des Finances. Celuy cy fut
pere du Cardinal Guillaume
Briçonnet , Evêque de S. Malo
& de Nifmes , & enfuite Archevêque
de Reims aprés fon
HOTEL
GALANT 299
*
frere Robert , qui avoit che
auffi Chancelier de France . Ce
Cardinal mourut Archevêque
de Narbonne. Guillaume de
Briçonnet fon frere aîné , laiffa
de Jeanne de Brinon ſon époufe
, Michel Evêque de Lodeve.
Le Cardinal de ce nom avoit
efté marié avant que d'entrer
dans l'état ecclefiaftique , & il
avoit eu de Raoulette de Baune
fon époufe , Guillaume Abbé
de S. Germain des Prez , Evêque
de Lodeve & enfuite de
Meaux . Ce Prelat fut le grand
adverfaire des Heretiques : il
traduifit en François Contempla
300 MERCURE
tiones idiota, Le fecond fils du
Cardinal Briçonnet fut Denis
Evêque de Lodeye . Claude
de Briçonnet , fils de Guillaume
& de Jeanne Brinon ,
époufa Claudine de Leneville.
Il en eut Claude Evêque de Lodeve.
Il feroit difficile de trouver
une famille où il y eût plus
de Dignitez Ecclefiaftiques raffemblées
. Le nouveau Capitaitaine
aux Gardes qui donne lieu
à cet article , a toûjours fervi
avec beaucoup de diſtinction ,
& il a fouvent donné des marde
fa valeur,
ques
GALANT 301
La Ville de Bourges , qui s'eſt
toûjours diftinguée dans toutes
les occafions où les Villes
du Royaume ont marqué l'ardeur
de leur zele pour le Roy,
a donné de grands témoignages
de la joye qu'elle a reffentie
à l'occafion de la naiſſance
de Monfeigneur
le Duc de Bretagne.
Monfieur de Montgegeron
, Intendant de Berri ,étant
convenu avec le Clergé de la
Cathedrale& les Maire & Echevins
, que les réjoü:flances qui
avoient efté refolues pour cette
heureuſe naiffance , fe feroient
le 30. Janvier , les Officiers de
302 MERCURE
la Bourgeoific furent avertis de
donner les ordres neceffaires
pour difpofer les Compagnies
de tous les quartiers.
La Fefte
commença le 2.9.
fur le foir par le bruit des cloches
& de l'artillerie
de la Ville.
Le lendemain
à trois heures
aprés midi Monfieur
de Montgeron
, le Prefidial
, les Maire
& Echevins
, & les Officiers de
Ville , ainfi que tous les autres
Corps , fe rendirent à la Cathedrale
, où les Chapitres
, les
Paroiffes , & tous les Ordres
Religieux s'eftoient affemblez .
Le Te Deum fut chanté avec
GALANT 303
beaucoup de folemnité : quatre
cent Bourgeois proprement
vêtus , divifcz par Compagnies
& qui avoient eſtérangez
en bon ordre dans la place
de l'Eglife , firent trois décharges
de leur moufqueterie à la
fin du Te Deum , aprés lefquel-,
les ils conduifirent Mr l'Intendant
& les Officiers de Ville ,
dans la place de l'Intendance.
On y avoit preparé un grand
feu , & toute la façade de l'Hô
tel de Mr l'Intendant cftoit
remplie de lamperons , rangez
felon l'ordre de l'Architecture
de cette façade. Les armes du
304 MERCURE
Roy , de Monfeigneur le Duc
.de Bretagne , & de toute la Famille
Royale eftoient entourées
de feftons de lauriers , &
plaçées au deffus de la porte,
On alluma le feu au bruit de
l'artillerie & de la moufqueterie
des Bourgeois , qui ne cefferent
point de tirer pendant
plus d'une heure & demie . Plufieurs
fontaines de vin qui é
toient devant l'Intendance
coulerent pendant tout le tems
que le peuple refta dans la place.
Sur les fix heures du foir
Mr l'Intendant
fi : repreſenter
chez luy un divertiffe nent en
GALANT
305
Mufique , intitulé Leucothoé. Il
fut precedé par un Prologue à
la louange du Roy & de Monfeigneur
leDuc de Bretagne . Un
plaifir fi agreable furprit d'aurant
plus que les Vers , la Mufique
& l'execution n'avoient
coûré que trois femaines . En
fortant de ce divertiffement on
vit les Cours & les Jardins de ,
l'Intendance
éclairez par une
infinité de lamperon qui formoient
une illumination auffi
agreable que vive. On tira fur
la premiere terraffe de ces Jardins
un grand nombre de fufées
volantes & d'autre artifice .
·
Février 1707
• Cc
306 MERCURE
Six tables de vingt couverts
chacune furent enfuite ferviesavec
autant de profufion que
de delicateffe. Le repas fut fuivi
d'un grand Bal dans deux Salles
differentes , par où cette Feſte
fut terminée le trente - un Janvier
à cinq heures du matin .
Pendant la même nuit le peuple
de fon cofté témoigna fa
joye par des affemblées dans les
ruës , où l'on donnoit à boire
à tous ceux qui fe preſentoient;
par des feux devant les portes
de chacun des Bourgeois , des
lumieres à toutes les feneftres
& des illuminations de lampeGALANT
307
rons fur les portes des Magif--
trats & des principaux Officiers
de Ville , qui tous à l'envi ont
voulu faire voir la part qu'ils
prennent à cette heurcufe naiffance
, qui comble les voeux de
tout le Royaume .
*
Je dois ajouter icy que Mr
l'Evefque d'Apt a donné une
grande fefte au fujet de la meſ
me naiffance . Il a fait reprefenter
dans fon Palais un Opera
fpirituel de fa compoſition ,
qu'il avoit fait mettre en Mufique.
Cet ouvrage reçut beaucoup
d'applaudiffement , & la
fymphonic fut trouvée admi-
Cc ij
308 MERCURE
rable. Il y eut le foir une gran
de illumination au Palais Epiſcopal
, devant lequel on tira
un tres- beau feu d'Artifice, &
qui réüffit beaucoup . Il y avoit
un grand nombre d'emblêmes
& d'ingenieuſes Deviſes . Le fu
jet de ce Feu eftoit fur une
nouvelle Conftellation de ſept
Etoiles , decouverre par quelques
Aftrologues , & qu'ils ont
nommée Borbonia Sidera. Le
tout ayant efté parfaitement
bien executé, Mr d'Apt a reçu
beaucoup de complimens fur
cetre Fefte. Ce Prelat ne perd
aucune occafion de donner des
1
GALANT 309
marques de fon zele pour la
Maifon Royale , & l'on peut
dire qu'il n'eft pas moins bon
François que Paſteur vigilant .
Il y a quatre ou cinq ans qu'il
fit une Ordonnance fur le cas
de confcience , qui fut trouvée
tres- belle. Ce Prelat fut le premier
qui en cette occafion mit
la main à la plume , & qui porta
les premiers coups à l'ennemi
caché . Son zele fut fort approuvé
, & fut bientoft imité
par la plufpart des Prelats de
l'Eglife Gallicane . Il a donné
en plufieurs autres occafions
des preuves de fön attache310
MERCURE
ment inviolable pour la faine
doctrine
, & pour la plus pure
difcipline de l'Eglife , dont il
eft un rigide obfervateur
.
Mr l'Abbé Lefranc Chanoine
de l'Eglife Royale de S.
Quentin , celebre autant par fa
vertu , que par fon eloquence
vive & patetique dans la Chaire
, s'eſt diſtingué d'une maniere
toute particuliere dans les
rejoüiffances qui fe font faites
à S. Quentin pour la naiſſance
Monfeigneur le Duc de Bretagne
. Il eut le bonheur de publier
le premier cette grande
nouvelle , qu'il avoit receuë de
de
GALANT 311
fon frere , Officier de Madame
ła Ducheffe de Bourgogne ; il
en marqua fa joye par une
grande Fefte qu'il donna le lendemain.
Sa marfon eft dans un
enforcement qui fait face à une
grande rue. Il fit elever audeffus
de fa porte une Corniche
d'ordre Corinthien , fur laquelle
eftoient pofez plufieurs.
vafes remplis de matiere combuftible
; derriere la Corniche
s'élevoient en amphitheatre
plufieurs degrez chargez d'une
infinité de lamperons, dont
la difpofition faifoit un tresbel
effet dans une nuit fort
312 MERCURE
obfcure & cependant fort calme.
Cette illumination fut fuivie
d'une grande collation que
cet Abbé donna à plufieurs de
fes Confreres , .où le bon vin
de Champagne ne fut pas
pargné .
é-
Mr le Marquis de Neile
vient d'acheter de Mr le Comte
de Roucy, la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois . Celuy qui
en eft pourvû à l'avantage de
commander toutes les Com .
pagnies de Gendarmes lorſqu’-
elles font affemblées , de mefme
que le Capitaine des Gardes
du Corps qui a la Compagnie
2
GALANT 313
pagnie Ecoffoife commande les
quatre Compagnies
lorfqu'elles
font affemblées ; c'eſt Mr
le Maréchal de Noailles qui a
aujourd'huy cet avantage. Ce
droit a efté accordé à la Nation
Ecoffoife par le Roy Charles
VII. en confideration
des
fervices qu'il en avoit reçus
pendant les troubles qui avoient
agité les commencemens
de fon regne.
Les trois derniers Capitaines
Lieutenans des Gendarmes
Ecoffois qui ont poffedé cette
charge , font M' le Marquis de
Walpergue de Pianeffe , qui
Dd
Février
1707.
34 MERCURE
fut enfuite premier Miniftre
de Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc de Savoye . Il l'a
vendit à Mr le Prince de Ligne,
Marquis de Moï, qui eftoit alors
Capitaine de dans le Regiment
de Cavalerie de feu
Mr le Marquis de Tilladet . Il
a
commandé ce Corps pendant
douze ans ; il a paru avec
diftinction dans toutes les ations
d'éclat qui fe font paffées
pendant ce temps , & auf
quelles la Gendarmerie s'eft
trouvée , principalement au
combat de Cavalerie qui fe
donna la veille de la bataille de
GALANT 315
Fleurus, & le jour de cette bataille
, où ce Corps foûtint avec
beaucoup d'intrepidiré l'honneur
qu'il a d'eftre un des Corps
les plus diftinguez. Il fe fignala
auffi beaucoup au Siege de
Mons.
Je vous ay fouvent parlé
de l'illuftre maifon de Ligne &
du Prince de ce nom , Chevalier
de la Toifon d'Or, qui a
efté Vice- Roy de Sicile & Gouverneur
de Milan . Mr le Marde
Moï vendit fa Charge
à Mr le Comte de Roucy, Colonel
du Regiment des Cravates
& de l'illuftre maifon de la
quis
D dij
316 MERCURE
Rochefoucaut. Je ne m'éten
dray point icy fur la Genealogie
de ce Comté , puifque ce
n'eft pas en de pareilles occafions
que je parle ordinairement
des Genealogies , & que
d'ailleurs ce que j'aurois à vous
en dire rempliroit le refte de
ma lettre . Je dois feulement,
ajouter icy que ce Comte ; qui
eft Lieutenant General , eft entré
au fervice du Roy dés fa
plus grande jeuneſſe . Il eſt né
foldat ; il a toujours paffé pour,
tres - bon Officier , & parmi un
grand nombre d'autres quali
qui le diftinguent , on a
GALANT 317
toujours remarqué qu'il eft parti
des premiers au commencement
de chaque campagne , &
qu'il eft revenu des derniers . Il
s'eft trouvé à la tefte des Cravates
eftant encore fort jeune,
& il a partagé les lauriers dont
ce Corps s'eft couvert pendant
tout le temps qu'il l'a animé par
fa valeur. Il n'a pas eu moins de
part à tous les avantages qui ont
étéremportez par laGendarmerie
fous fon commandement.
Perfonne n'ignore la gloire
qu'il s'eft acquiſe à la journée
de Luzzara , qui a eſté fi gſoticufe
à S. M. C. il en apporta
D d iij
38 MERCURE
la nouvelle au Roy. La dili
gence qu'il fit en cette occafion
, fut regardée avec étonnement
, & elle furpaffa celle
des meilleurs Courriers . Sa valeur
& fa conduite parurent a
vec éclat à la fameufe journée
de Spire. Il chargea les ennemis
à plufieurs reprifes , & il
les fit plier par tout. Tout le
monde fçait que la Gendarmerie
conferva fa gloire à l'affaire
d'Hochfter, & que Mr le Comte
de Roucy qui la comman
doit , fe couvrir de nouveaux
lauriers dans cette occafion. Il
s'eft trouvé dans beaucoup
GALANT319.
d'autres actions où il a toujours
paru avec la mefme
diftinction . Il joint d'ailleurs
les qualitez les plus aimables
, à mille avantages acquis
& naturels. Auffi peut- on
affurer que jamais homme d'une
naiffance auffi illuftre, n'a
eu plus d'amis de tout rang.
Il ne fçait pas en perdre , & il
fçait toujourss'en faire de nouvcaux
.
Mr le Marquis de Nefle , à
qui Mr. le Comte de Roucy
vient de vendre fa Charge , &
qui n'eft âgé que de 19. ans ,
cft fils de feu Mr le Marquis de
Dd iiij
320 MERCURE
Mailly, tué au Siege de Luxen
bourg & deDameŇ ... deColigny,&
petit fils deMr le Comte
de Mailly & de Marguerite de
Monchy , fille d'André Bertrand
Marquis de Moncavtel ,
& de Madeleine aux Epaules ,
dite de Laval , Marquife de
Nefle, qui a apporté la belles
terre de Nefle dans la maiſon
de Mailly . Mr le Marquis de
Nefle eft neveu de feu Mr le
Comte de Mailly Maréchal de
Camp & Meſtre de Camp General
des Dragons , qui avoit
époufé Mlle de Sainte- Hermine,
niece à la mode de Bretagne
GALANT 32x
de Madame de Maintenon. Il
eft auffi neveu de Mr l'Evefque
de Lavaur & de Mr l'Archevefque
d'Arles .
Comme felon toutes les ap
parences la Campagne ouvrira
cette année en Efpagne plutoft
que dans tous les autres lieux
où la guerre eft allumée , je fuis
perfuadé que vous fouhaitez
d'apprendre fi les affaires de ce
Royaume continuent d'eftre
dans un auffi bon eftat qu'on
le mande de tous coftez depuis
trois ou quatre mois . Je puis
vous affurer que rien n'eft changé
à cet égard ; que tous les
322 MERCURE
fonds neceffaires pour
faire une
glorieufe Campagne font trouvez
, & qu'ils font auffi affurez
que s'ils eftoient entierement
dans les coffres du Roy,
D'ailleurs les Munitionnaires
fe font engagez de fournir
quatre-vingt mille rations par
mois , & même fans avoir demandé
aucune fomme d'avance.
La levée des nouveaux Regimens
eft achevée , & tous
ceux pour qui il a efté neceſ
faire de faire des recruës , font
complets. Jamais il ne s'est rien
vû de plus beau que les che
vaux , & ceux des Cavaliers
GALANT 323
pourroient fervir à des Generaux
d'Armées . On ne doit pas
s'en étonner ; la beauté & la
vîteſſe des chevaux d'Espagne
font connues. Je dois ajoûter
à tout cela que l'on ne compte
point parmi toutes ces Trou
pes , ni parmi les fonds deftinez
pour faire la Campagne ,
les Troupes que des Villes , des
Corps , des Communautez , &
des Particuliers levent de temps
en temps à leurs dépens , non
plus que les dons gratuits que
quelques Villes & quelques
Communautez font auffi de
temps en temps à Sa Majeſté
&
324 MERCURE
Catholique. Le zele des Sujets
de ce Monarque eft fi ardent
pour un Prince dont ils ont
tant lieu d'eftre fatisfaits , &
qui a expofé fon fang pour
cux dés le commencement de
fon regne , en fe trouvant l'épée
à la main à la tefte de fes
Troupes dans les actions les
plus vives. Le zele , dis- je , des
Sujets d'un Prince toûjours
preft à verfer fon fang pour
eux, eft fi grand que l'on voit
tous les jours des chofes progieufes
à cet égard. On a vû le
Gouverneur du Chateau de
Tortone refufer la vie , afin de
GALANT 325
de
profe
faire enfevelir fous les ruines
de la Place qui avoit eſté
confiée à fa fidelité. On en a
vû d'autres qui ont mieux aimé
fouffrir la mort que
noncer feulement qu'ils reconnoiffoient
l'Archiduc pour leur
veritable Souverain ; l'on en
voit tous les jours qui abandonnent
leurs biens ; qui laiffent
leurs maifons at pillage ,
ou qui quittent des Benefices
confiderables pour fe rendre :
auprés de leur legitime Souve
rain ; de maniere que l'Archiduc
ne peut fe vanter d'eftre
"
maiftre des cours de ceux dont
326 MERCURE
il occupe les Villes . Mais il faut
avouer en même temps que fi
jamais Sujets n'ont fait voir de
fidelité plus conftante
, jamais
Monarque n'a fait voir de plus
prompte reconnoiffance. Il ne
promet pas ; mais il donne tout
ce qu'il peut donner prefentement
en attendant qu'il puiffe
faire davantage. Les familles
mêmes de ceux qui ont perdu
la vie pour luy , font récompenfées
, quoy que dans la fitua--
tion où il fe trouve , il puft les
faire attendre , ceux à qui les
récompenfes eftoient dûës ne
vivant plus . Ce Monarque don3
GALANT 327
ne des Charges , des Gouverhemens,
des Titres d'honneur ;
des Penfions & des Benefices ,
& les fervices font des titres
pour les obtenir plus puiffans
que le rang & la naiſſance. On
en vient de voir un exemple
dans un Curé d'une Paroiffe de
la Manche , à qui ce Monarque
a donné un Evêché. Enfin on .
eft furpris de le voir trouver des
moyens de donner fur l'heure
récompenfes au lieu de paroles
à une fi grande quantité
de Sujets fideles . Je ne mets
point icy les noms de ceux qui
des
328 MERCURE
ont levé des Troupes à leurs
dépens ; qui ont donné liberalement
des fommes pour fubvenir
aux befoins de l'Etat ;
qui ont perdu la vie en rendant
de fignalez fervices , ou qui ont
abandonné les lieux poffedez
par l'Archiduc . Vous les voyez,
vous les lifez toutes les femaines
dans les Nouvelles publiques
, & vous y trouvez les
récompenfes données par un
Monarque qui cherit tant fon
peuple & qui en eſt ſi chéry.
Si je mettois icy tous ces noms ,
ils occuperoient une grande
partie de ma Lettre . Je ne dois
GALANT 329
pas
"
oublier de vous dire que
funion qui fe trouve aujourd'huy
entre la France & PEpagne
doit eftre grande , puifque
le peuple de Madrid n'eut
pas plutoft appris la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne
, qu'il commença à donner
des marques de fa joye par
des feux , des illuminations , &
des acclamations , fans attendre
les ordres qu'il devoit
recevoir , & qui ne purent efire'
affez toft donnez pour prevenir
leur zele.
?
Voicy la fuite des nouvelles
d'Efpagne , contenue dans les
Février 1707
; Ee
330 MERCURE
Lettres que vous allez lire .
A Madrid le 24.Janvier 1707.
Mr le Duc d'Offonne écrit du
19. de ce mois qu'un Espagnol
qui avoit efté fait prifonier au
mois d'Avril dernier à Alcantaqui
eft parti de Liſbonne
Decembre , a rapporté que
ra ,
le 24.
Les troupes débarquées par la flote
ennemie , y eftoient encore, &
qu'on attendoit des reponſes d'Angleterre
par un Courier qui y
avoit efté dépefché ; que ces troupes
confiftoient en cinq mille fix cens
hommes de pied , de onze mille
GALANT 331.
qui avoient efté embarquez, &
en quatre cens chevaux restez de
quinze cens's qui avoient efté
mis pareillementfur les vaiffeaux.
Mr le Marefchal de Berwick
partit hier pour le petit voyage
qu'il avoit projetté de faire vers
la Frontiere d'Aragon du cofté de
Molina.
Un homme venu de Saragoffe,
rapporte que le Comte de Noyelle
a efténommé par l'Archiduc , Viceroy
& Capitaine General de ce
Royaume là ;
Magiftrats de la Capitale avoient
pareillement efté nommezpar l'Archiduc
, quoyqu'il foit de la regle
que
les nouveaux
332 MERCURE
•
de les tirer au fort , dans une af
femblée de Ville , & que cette
infraction des Privileges excitoit
du
mécontentement , & augmen
toit le parti des bien- intentionnez
pour Philippes V. que
les enner
mis avoient en tout trois mille
•
hommes de troupes reglées , dont
il y avoit deux Regimens de Ca
valerie dans le Royoume d'Aragon
; qu'une partie avoit fes qu artiers
aux portes de Saragoffe , b
que les grains y eftoient d'une extréme
cherté.
On apprend par cette Lettre
ce qui eftoit refté en ce tempslà
aux Alliez des troupes qu'ils
GALANT 333.
ont fait embarquer dés la fin
de l'efté fur la formidable flote
qui devoit partir avant la S.
Jean , aprés avoir publié dés le
mois d'Avril qu'elle eftoit def
tinée à l'attaque de nos Coftes.
Vous verrez avant que je finiffe
cet article , a quoy aura
abouti ce grand armement ,
auquel on a travaillé pendant
une année , & qui a couté tant
de millions à l'Angleterre. Je
paffe à une autre Lettre :
с
A Madrid ce 4 Fevrier.
Vous ne devez plus douter de
334 MERCURE
la groffeffe de la Reine d'Espagne ,
puifque la confirmation a efté portée
en France par Mr le Comte
de Rupelmonde qui partit d'icy
il y a cinq jours. Cette impor
tante nouvelle afait beaucoup de
plaifir à toute la Cour , & les
peuples en ont donné des Marques
de joye tres-fingulieres . Ily
arvoit quarante -fix ans qu'une
pareille benediction du Ciel ne
s'eftoit veuë dans la Maifon
Royale d'Efpagne . La Reine fe
porte à merveilles , & elle a
toutes les marques de fon eftat
fans en avoir les incommoditez.
Elle doit aller un de ces jours en
GALANT 335
chaife à Noftre-Dame d' Atocha,
les Grands doivent l'accompagner
à pied fuivant l'Etiquete
pratiquée en pareille occafion . Le
Comte de Peterboroug eft arrivé
à Valence. Les ennemis publient
en ce païs- là qu'ils entreront de
bonne heure en campagne , mais
ils ne paroiffent guere en eftat de
le faire. Le bled y eft fort rare c
fort cher , & ils ont beaucoup de
peine à remonter leur Cavalerie
quoyqu'ils enlevent tous les chevaux
bons ou mauvais qui fe
trouvent dans le païs . Un Courier
parti de Cadis le 29. Janvier
dernier nous a appris qu'on
336 MERCURE
avoit veu le 20. à la hauteur
du
Cap de Sainte
Marie
une flote
de cent voiles , parmi
lesquels
eftoient trente
vaisseaux
de guerre
faifant
effort pour gagner
le Détroit
, quoyque
les vents fuffent
contraires. Ilfaut que ces mefmes
vents ayent continué
, puifque
le
29. on ne fçavoit
point encore à
Cadis ni dans les autres lieux
de la cofte plus voifins du Détroit,
que cette flote cuft paffe. Ce font
fans doute les troupes
débarquées
à Lifbonne
par la flote ennemie
qui paffent à Valence . Ainfi ily a
toute apparence
que le fort de la
guerre fera de ce cofté- là la Cama
pagne
GALANT 337
pagne prochaine. Tout le monde
vent icy que le Roy d'Espagne fe
mettra ce Printemps à la tefte
de fon armée; mais fa Majefté
Catholique ne s'eft point encore
déclarée là- deffus. Mrle Maref
chal de Berwick eft de retour
dhyer du voyage qu'il eftoit allé
faire fur la Frontiere d'Aragon
du cofté de Molina , & on croit
qu'il partira bien- toft pour en faire
un autre de plus long cours vers
Valence.
Cette Lettre vient d'un fi
bon lieu , qu'il n'eft par permis
de douter des nouvelles qu'elle
contient ; mais comme ces nou-
Ff Février
1707 .
338 MERCURE
velles font peu étenduës , je
crois devoir vous apprendre
ce qui eft venu à ma connoiffance
fur tous les articles qu'elle
renferme. Le premier regarde
les réjouiffances faites à l'occafion
de cette groffeffe . On
n'en fait en France que lorfque
les Reines ou les Princeffes,
qui à leur défaut mettent
des enfans mâles au jour qui
peuvent fucceder à la Couronne
, accouchent de quelque
Prince , & l'on a raifon de ne
fe pas rejoüir plutoft , puifque
fi elles accouchoient d'une Princcffe
, ſa naiſſance ne pourroit
GALANT 339
caufer de ces excez de joye
aufquels les peuples s'abandonnent
à la naiffance des
Princes qui peuvent un jour
devenir leurs Maiftres . Il n'en
dés
eft pas de mefme en Eſpagne,
où l'on peut donner des marques
de la plus grande joye,
que l'on apprend la groffeffe
d'une Reine , puifque
l'enfant qui en doit naiftre
foit Prince ou Princeffe , peut
parvenir à la Couronne , au
lieu que le Sceptre de France ,
felon les Loix du Royaume ,
ne paffe point entre les mains
des femmes. Il me faudroit
Ffij
340 MERCURE
un volume pour vous marquer
les emportemens de joye ,
aufquels le peuple de Madrid
s'eft abandonné auffi- toft qu'il
luy a efté permis de croire
que la Reine eftoit groffe ,
& que cette nouvelle luy a efté
annoncée de la maniere dont
on la rend publique en de
pareilles occafions. Le peuple
ne s'eft pas feulement rejoüi ,
parce qu'il eftoit feur de voir
un fucceffeur à la Couronne
d'Eſpagne dans l'enfant qui
doit naiftre ; mais encore par
ce qu'il aime le Roy & la
Reine d'Efpagne jufqu'à l'I
GALANT 341
tre
dolatrie , s'il m'eft permis de
parler ainfi. De maniere que
l'on peut dire que le fujet de
fa joye a efté double . Je n'enpoint
dans les détails de ce
qui s'eft paffé à cette occafion .
Je diray feulement en general
que les Grands , le Clergé , les
Confeils , les Corps , & generalement
tout le peuple , ont
donné en cette occafión des
marques de la plus parfaite &
de la plus vive joye . Toutes les
cloches ont fonné : on a fait
des illuminations & des feux :
on a chanté des Te Deum : on
a fait des proceffions : on a
Ff iiij
342 MERCURE
fait des éloges du Roy & de la
Reine dans la Chaire de verité.
Tous les Grands > tous les
Seigneurs , & tous les Corps ont
efté faire leurs complimens à
leurs Majeftez , & enfin chacun
s'eft fervy de tous les moyens.
qu'il a pû imaginer pour faire
connoiftre fa joye , fon amour ,
& fon devoüement entier pour
leurs Majeftez Catholique , qui
de leur cofté ont taché de faire
connoiftre au Peuple le plaifir
fenfible que leur caufoit la joye
dont il paroiffoit enyvré. Tout
ce grand Peuple voyant leurs
Majeftez fur le Balcon du Palais
, redoubla fes acclamations ,
& fuivant l'excez d'un zele qui
auroit pû paroiftre indifcret en
d'autres occafions , prit la liber
GALANT 343
té de les apoftropher , & leurs
Majeftez eurent la bonté de ·
luy répondre , ce qui acheva de
le charmer. La joye des Peuples
n'a pas moins éclaté à Seville ,
ainfi que dans toutes les Villes
des deux Caftilles & de l'Andaloufie
, dont plufieurs preparent
des feftes nouvelles , & fur
tout celle de Seville qui s'eft
fignalée en cette occafion .
(
A l'égard de l'article de la
Lettre que vous venez de lire ,
où il eft dit que la Reine d'Efpagne
doit aller en chaife à
Noftre-Dame d'Atocha
où
tous les Grands doivent l'accompagner
à pied , fuivant E-
-tiquette , pratiquée en pareille occafion,
c'eſt à dire un ancien Reglément
auquel les Rois d'Ef
344 MERCURE
pagne ontbien voulu s'affujettir
depuis un temps infini , & qui les
oblige de faire toujours les mê
mes chofes en telles faifons
tels jours & à telles heures . Je
dois ajouter que celuy qui a
écrit la Lettre a oublié de marquer
que dans l'occaſion dont
il s'agit, les Valets de Chambre
du Roy doivent porter la chaifes
mais il y a lieu de croire que
rien ne s'obſervera aujourd'huy
touchant cet article , le feu Roy
d'Espagne ayant commencé a
retrancher beaucoup de chofes
de l'Etiquette , qui ne font plus
de faifon , & qui , fi je l'ofe dire ,
paroiftroient ridicules aujourd'hy.
Quant à l'article où il eft
marqué que le bled eft fort cher
GALANT 345
dans le Royaume de Valence ,
rien n'eſt plus veritable , &
quand il n'y auroit que cette raifon
, il faut, ou que ce Royaume
périffe , ou qu'il implore la
clemence de fon veritable Souverain.
Il y croiſt beaucoup de
ris & comme il s'y trouve aujourd'huy
prefqu'entierement
confommé & que la terre qui
rapporte fi peu de bled , que l'on
y en a fait de tout temps venir
des Royaumes de Sicile & de
Sardaigne , & que les ordres
font donnez pour qu'il n'en for
te plus de ces Royaumes - là
on doit juger du pitoyable état
où celuy de Valence fe doit
trouver prefentement , la viande
y manquant entierement , &
étant de notorieté publique que
346 MERCURE
dés le jour de Noël le Gouver
neur de Valence n'en put trouver
pour fa perfonne . Je ne dis
rien de ce qui regarde les chevaux
, puifque les Valenciens
en demeurent eux meſines d'accord.
Les vents qui arreftent la
Flotte des Alliez , & dont il
eſt parlé dans la mefme Lettre
pourroient bien avoir caufé la
perte d'une partie de cette
Flotte dont le bruit commence
à fe répandre. J'efpere en avoir
des nouvelles certaines avant
que je finiffe ma Lettre , & vous
mander ce que l'on doit croire
là deffus .
Quoy que la Lettre qui fuit
vienne d'Oleron , où elle a efté
écrite le 15. de ce mois , on la
GALANT 347
doit regarder comme une Lettre
écrite à Madridle troifiéme
du mefme mois les nouvelles
qu'elle en rapporte eftant de a
cette datte là .
>
3. Par les Lettres de Madrid du
du courant , nous apprenons que la
groffeffe de la Reine a esté publiée le
29. du paffe , & que le 2. de Février
elle alla en Chaife à Porteurs ,
efcortée du Roy & de toute la Cour
à Chevalà Notre- Dame d'Atocha
pour en rendre graces àDieu . Tout ce
que l'allegreffe eft capable d'inspirer
aux gens qui en font les plusfufceptibles
a éclaté en ces deux occafions ;
mais avec tant d'emportement &
d'une manierefi naturelle & fi fin
cere , qu'il n'est plus permis de douter
que les coeurs des Caftillans ne
foient entierement au Roy , & que
348 MERCURE
la Naiffance d'un Prince oa d'une
Princeffe ne lay en concilie bien d'autres.
Toute l'Espagne s'y trouve d'au
tant plus fenfible que Dieu ne luy
avoit point donné de pareilfujet de
joye depuis 1661.
Monfieur le Maréchal de Barvvick
qui eftoit party de Madrid le
23 , du paſſe pour aller vifiter Ĉuença
, Molina , & la Frontiere d'Aragon
, eft de retour en Cour.
Monfieur deJoffreville eft aux environs
de Tudela , on croit qu'il entrera
par la en Aragon , avec un
Corps de Troupes , dés que l'on fera
en eftat d'y entrer par Molina , &
d'agir en Valence à même temps &
de concert.
On compte que nous aurons une
Armée de 15. on 16 , mille hommes
qui entrera en Catalogne par le
Rouillon
GALANT
349
Rouillon. On preffe toutes chofes
pour agir de bonne heure , & l'on ne
feint point de dire qu'on eft affeure
que les ennemis ne font pas en eflat
de nous refifter.
L'Archiduc vient de nommer à
quatre Canonicats de Sarragoffe
dont les Titulaires avoient quitté la
Villepour demeurer fidelles à S. M.
C. je crois qu'ils attendront longtemps
leurs Bulles .
Les Catalans ont envoyé plu
fieurs Deputez à Valence pour prier
ce Prince de paffer en Catalogne ,
parce qu'ils efperent que s'ily wa il
y menera des Troupes ; mais par cette
même raifon , les Habitans de Valence
s'y oppofent. Ceux - cy ont demandé
aux Catalans des grains qui
leur ont efté refufez. Les grains fe
vendent déja en cette Principauté ,
Février 1707.
.
Gg
350 MERCURE
quatre Piaftres lefacq.
On a chargé à Pampelune & a
Tudela , quantité de Boulets & der
Bombes pour noftre Armée de Via- s
lence. On a envoyé auli un Batail :
lon à Facca , pour fortifier les Milices
de Bearn qui en occupent la
Citadelle.
3
upy demoist d
Je n'ay rien à vous dire couv
chant cette Lettre , finon qu'elab
le fe rapporte à ce que je vous v
ay dit de la rareté des Bleds qui
fe trouve dans le Royaume
de
Valence , & que les Valenciens
ont en vain fait tous les efforts
imaginables
pour fetenir l'Archiduc
que l'on affeure eftre
paffé en Catalogne
, moins pour
fatisfaire
les Catalans
qui le deat
mandoient
avec empreffement
,
& chez qui le manque de beauGALANT
350
coup de chofes commence à caufer
de la divifion , que pour le
retirer d'un lieu où la difette de
toutes les chofes neceffaires à la
vie , auroit pu faire dans peu
fouffrir fa Maifon. Je metais fur
les autres articles de la Lett re,
fur lefquels vous pouvez faire
yos reflexions , & je paffe à la
derniere de celles que j'ay à
vous envoyer.
De Madrid, le 7. Février 1707.
Nous avons çû hier & aujour
d'huy , par des Courriers de Cadiz .
& de Malaga , que la plus grande
partie de la Flotte ennemie
eftoit enfin entrée dans la Méditer
rannée. On a compté 70. Voiles à
la hauteur de Malaga le 2. dece
mois , fuifant route vers le Levant :
Ggij
352 MERCURE
1
虞
On ne doute pas que ce ne foit le fecours
attendu par l'Archiduc à
Valence. Les Portugais le trouvent
par la , fans Troupes Etrangeres 3
ainfi felon les apparences il y aura
pen de chofes à faire en Eftramadur ,
à moins qu'il ne vienne de nonveaux
fecours d'Angleterre.
La Reyne fe porte à merveille ,
fagrosfeße continue très heureufement.
Cette Lettre commence à faicroire
que la tempefte dont on
a parlé a fait périr ou écarté
plufieurs Bâtimens de la flote
des Alliez , puiſqu'elle puifqu'elle parle
d'un nombre beaucoup moins
grand que celui dont il eft fait
mention dans la Lettre precedente
.
Je dois ajoûter ici à ce que
GALANT
353
je vous ay dit de la grande fidelité
& du grand amour des
Efpagnols pour Philipe V. qu'il
n'eft pas refté un feul Habitant
€ dans la Ville d'Alicante. On
y a vû pendant quelque temps
fept ou huit familles de celles
qui s'eftoient laiffées éblouïr
aux promeffes de l'Archiduc ,
& qui avoient pris fon party :
mais depuis quelque temps ces
familes en ont été fi mal traitées
qu'elle ont fuivi l'exemple des
autres. Enfin tout deferte , &
les fideles Efpagnols aimét mieux
abandonner leurs Maifons
leurs Biens, leurs Emplois, leurs
Charges & leurs Benefices , que
de demeurer fous la domination.
d'un Prince , qui outre qu'ils
ne l'ont pas reconnu pour leur
G giij
354 MERCURE
légitime Souverain , n'eft acom
pagné que de Troupes qui tournent
en dérifion les miſteres de
la religion , qui enempêchent l'exercice
, & qui profanent tous
les jours les Temples Sacrez, ce
qui eft fort fenfible aux Efpagnols
, à qui l'on peut donner
justement le nom de Catholi
ques auffi - bien qu'à leur Souverain
: Enfin l'on peut dire
que quand l'Archiduc tireroit
des fecours beaucoup plus con
fiderables que ceux que lui donnent
les Alliez , & qu'il auroi c
conquis la plus grande partie
des Royaumes qui compofent la
Monarchie d'Espagne , Philipe
V. demeureroit toûjours fur le
Trône , puifque l'on tient pour
affuré dans tout ce vafte Etat ,
GALANT
355%
que tant que les Rois d'Elpagne
feront maîtres des deux Caf
tilles , ils referont toûjours fur
le Trône d'Espagne .
J'ay oublié de vous dire en
vous parlant de l'amour & du
zele queles Habitans d'Alicante
ont fait voir pour leur lé
gitime Souverain , en abandonnant
leurs Biens & leur Patric,
que nous avons ici un Ecclefiaftique
d'un grand merite , qui
a abandonné le Doyenné d'Alicante
, aymant mieux renoncer
à tous les revenus qu'il en
retiroit que de reconnoître
l'Archiduc.
On ne peut fans admiration
l'entendre parler de l'inebranlable
fidelité de tous ceux qui
ont renoncé à leur fortune pour
356 MERCURE
T
fuivre leur devoir , & leur inclination
naturelle pour un Monarque
qui depuis le peu d'années
qu'il eft fur le Trône , a
expofe plufieurs fois fa vie pour
la gloire & pour la défence de
l'Etat que Dieu lui a donné ,
& qui travaille nuit & jour à la
confervation du bien de fes
Sujets.
Jeviens de vous faire voir , en
vous parlant des avantages attachés
à la Charge de Capitaine
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , à quelle ocafion les
Privileges dont elle jouït lui
ontefté accordés , & pourquoy
le Capitaine des Gardes du
Corps de la Compagnie apelée
Ecoffoife jouit auffi des mêmes
Privileges , & commande les
GALANT 357
autres Compagnies de ce Corps
lorfquelles font affemblées );
c'eft pourquoi je ne vous en die
ray rien dans l'article que vous
allez lire .
Monfieur le Maréchal de
Noailles qui eftoit indifpofé
depuis quelque temps , fe trouvant
le 17. de ce mois plus mat
qu'à l'ordinaire , crût de
voir remettre fa Charge de premier
Capitaine des Gardes du
Corps , entre les mains du Roy ,
afin que Sa Majesté en difpofâr
felon fon bon plaifir , & pour
cet effet il lui envoya une demiffion
pure & fimple. Le Roy
touché du procedé de ee Maréchal
, qui faifoit connoiftre
parlà qu'il fe confioit entiere
ment enfes bontés , & ſçachans
360 MERCURE
de cinq cens mille liv . à con
dition que Monfieur le Marés
chal de Noailles jouïroit de tous
les A pointemens de la Charge
dont il avoit fi genereufement
donné fa démiffions qu'en cas
que le Maréchal vint à mourir,
les 500000 livres feront ſubfrituées
aux mâles qui pourront
venir de Mr. le Duc de Noailless
& qu'en cas qu'il meure fans
enfans mâles , les soooo , liv.
feront pour Mr le Comte de
Noailles fon frere.
3
Madame la Maréchale de
Noailles n'a pas été oubliée dans
les graces faites à cette Maiſon ,
puifqu'elle pourra joüir fi elle
veut de 15000. div . de rente pendant
sa vie , aprés la mort de Me
entran ob sq . le Maréchal
GALANT 361
Maréchal fon Epoux fur le revenu
de la Charge.
* Je vous ay fouvent parlé
des fervices de мr le Duc de
Noailles qui l'ont fait parvenir
au rang de Lieutenant General
dans un âge où beaucoup d'autres
ont à peine commencé d'entrer
dans le Service , & ce qui
doit furprendre eft , que dans un
âge fi peu avancéil atoûjours fait
voir tant de conduite dans tout
ce qu'il a entrepris , que tous
fes projets ont toujours reüffi
heureuſement.
Je dois ajouter icy aux avantages
que je vous ay dit que pof
Tedoit la Compagnie des Gardes
du Corps appellée Compagnie
Ecoffoife , qu'elle porte la Bandolliere
blanche ; que toutes
Février 1707. Hh
362 MERCURE
celles des autres Compagnies
font mêlées d'autres couleurs
& que les Gardes de la manche
de Sa Majesté , font de cette
Compagnie.
Il femble que les bontez du
Roy aient redonné la fanté à
Monfieur le Maréchal de Noailles
puifqu'il s'eft beaucoup
mieux porté depuis que S. M.
a fait à la famille toutes les graces
dont je viens de vous parler
& са efté pour en remercier
Dieu que Mr Canneau
attaché au Service de ce Maréchal
, fit celebrer le 16 , de ce
mois dans l'Eglife des Thea.
tins , une Meffe folemnelle dont
Mr de Bullion Confeiller au
Parlement , ami de Monfieur le
Maréchal de Noailles , Mr
}
GALANT 363
de la Motte Colonel du Re
, & plu giment de Noailles
hieurs Capitaines & autres Offciers
du Regiment ont fait les
honneurs. L'Eglife eftoit magnifiquement
ornée & toute illuminée.
Les riches. Ornemens
dont S. A. R. Madame a fait
prefent à cette Eglife , furent
employez en cette occafion , &
la Melle fut celebrée par le R.
P. Vicaire General ; il cût pour
affiftant le R. P. Quinquet
,
qui doit le Jeudy- faint prêcher
la Céne devant le Roy . Mr
Canacau donna un grand repas
à l'iffuë de la Meffe . On
y but les fantez de Monfieur le
Maréchal de Noailles, & de tous
ceux de fa maifon , & chacun téy
moigna la joyequ'il reffentoit du
嘿
·
Hhij
364 MERCURE
retour de la fanté de ce maréchal.
Je dois ajouter icy que quel
ques jours aprés que le Roy cût
donné la Charge de Capitaine
des Gardes du Corps à Mr
le Duc de Noailles , S. M. envoya
dire à Mr le Maréchal
de Noailles qu'en cas que le Duc
fon fils decedat avant luy, il luy
conferveroit la charge , & qu'il
jouïroit toujours des honneurs
qui y font attachez.
La Charge de Confeiller
d'Etat d'Epée que poffedoit
Mr le Comte de Briord qui a
efté fucceffivement Ambaffadeur
en Savoye & en Hollande,
& qui eft mort il y a déja quel
que temps , vient d'eftre donGALANT
365
née à Mr le Marquis de Puifieux
Ambaffadeur vers les
Cantons Suiffes. Il ne faut que
de la valeur pour eftre élevé
aux premieres dignitez de PEpée
, & que fçavoir parfaitement
le droit pour remplir celles
de la Robe; mais les Confeillers
d'Etat d'Epée ne doivent
rien ignorer. Le mot d'Epée doit
faire connoiftre qu'ils doivent
s'en fçavoir bien fervir , & cel
luy d'Etat doit faire connoiſtre
que puifqu'ils entrent dans les
Confeils d'Etat où ils donnent
leur voix pour la décifion des
caufes dont les Arrefts font tous
les jours rendus publics , &
dont ils font quelques fois Ra
porteurs ils ne doivent rien
ignorer de tout ce que les Juges
Hhiij
366 MERCURE
doivent fçavoir pour décider
fur les plus importantes macieres.
Ils doivent auffi étre parfaits
negociateurs , la plus parcayano
remply ces places aprés avoir
exercé celles de Miniftres du
Roy dans des Cours Etrangeres.
Ainfi tous les Confeillers d'Etat
d'Epée doivent eſtre tous regardez
comme des perfonnes
d'une grande confideration , &
il fuffit pour faire l'éloge d'un
homme , de dire qu'il eft Confeiller
d'Etat d'Epée . Mr de
Puifieux joint beaucoup d'éloquence
à beaucoup de valeur.
Il a de la fageffe , de la prudence
, du fçavoir & de la penetra.
tion . Il parle bien ; il écrit de
mefme , & les difcours qu'il
prononce ſouvent , & qui rem,
GALANT 367
pliffent tous les jours les nouvelles
publiques en font d'écla
santes preuves. Il joint à toutes
ces rares qualitez une grande
naifance Ce Marquis defcend
du celebre Chancellier de Sillery
dont la memoire eft fi chere
à da France & qui eut tant de
part aux affaires au commencement
du regne de Louis XIII.
& aprés la chûte de Mr le Ma
réchald'Ancre Lamaifon de Pui
fieux- Sillery eft une branche
de celle de Brulart , l'une des
plus grandes de la Robe , dont
ceux qui en defcendent avoient
avant que de s'y engager les
premiers emplois de la guerre ,
Elle a donné plufieurs Premiers
Prefidens au Parlement de Dijon.
Mr. Brulart Marquis de
368 MERCURE
la Borde étoit à la teſte de ce
Corps avant Mr Bouchu qui
l'eft aujourd'huy. Mr le Marquis
de Puyfieux eft frere de Mr
L'Evefque de Soiffons & Pere de
Mela Comteffe de Blanchefort.
Le Roy a donné une penfion
de mille écus à Mr. de Simianes ,
Brigadier & Colonel d'Infanterie
, cy- devant connu fous
le nom de Chevalier de Simianes,
qui a fervy longtemps dans
la Gendarmerie , & qui a efté
bleffé à la Bataille de Fredlinghen
. Ilfe diftingua fort en Flandre
avant la derniere Campagne
, & je vous envoyai en ce
temps -là des relations qui rouloient
fur la gloire dont il s'eteit
couvert.
Il est d'une des meilleures ,
GALANT 369
maifons de France : Elle eft divifée
en
en plufieurs branches eftablies
en differentes Provinces .
Celle de Gordes eft une des
plus diftinguées ; la maifon de
Simianes a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de Lyon. Feu Mr.
l'Evêque de Langres avoit cité
Comte de cette Eglife , avant
que d'eftre élevé fur le Siege
Epifcopal de Langres . Il y a
une branche de cette maiſon
établie en Piemont . Mr. le Marquis
de Pianezze en eft le chef;
nous avons un excellent Traité.
de la verité de la Religion Chrétienne
de feu Mr. le Marquis de
Pianezze ; cet ouvrage qui avoit
efté composé en Italien , a efté
traduit en François par le feu P.
Bouhours de la Compagnie de
Jefus.
370 MERCURE
Le Roy vient de donner à
Mr. le Comte d'Efteing une
penfion de 4000. liv. & Sa Ma
jefté luy ayant en même temps
permis de la faire paffer à ceux
de fa famille qui luy convien
droient pour le bien de fes affaires
, & qui lui feroient trouver
des fecours preſens pour
l'aider dans le fervice . Il a fair
paffer la moitié de cette penfron
fur la tefte de fon fils aîné, b
& l'autre fur celle de Mr. le
Chevalier d'Efteing fon frere ,
qui fert dans la Gendarmerie .
Toutes mes Lettres font remplies
des actions éclatantes de
Mr. le Comte d'Efteing, & comme
elles doivent eftre encore >
prefentes à voftre Memoire , je
ne les repeteray point icy.
GALANT 371
Mr le Comte d'Efteing eft
Neveu de Monfieur l'Archevêque
de Narbonne , & d'une
des plus grandes maifons du
Royaume . Elle eft Originaire
d'Auvergne à qui elle a donné
plufieurs Evêques ainfi que plufeurs
Comtes à l'Eglife de Lion .
M. l'Evêque de Saint Flour qui
eft de cette Maifon a efté Comte
de Lion . Mr le Comte
d'Efteing a épousé la foeur de feu
Mr le Comte de Vaubecourt
& ce Comte n'ayant point laiffé
d'enfans la maiſon d'Eſteing a
herité des grands biens de celle
de Vaubecourt d'Hautonville,
Mr le Marquis de Bran
cas a eu dans le même temps
une penfion de deux mille livres
fon nom fuffit pour faire con372
MERCURE
noître fa maifon , & fes fervices
, n'eftant pas moins connus ,
je diray feulement qu'il fuffit
d,obtenir une Penfion dans un
temps où prefque tout les Souverains
de l'Europe , jaloux de
la gloire de Sa Majefté , ont mis
de nouveau les armes à la main
contre ce Monarque. Il fuffit
dis-je d'obtenir une Penfion
dans un temps fi difficile , pour
faire connoître que l'on a toutes
les qualités neceffaires pour
la bien meriter .
Quoi que le Parlement d'Ecoffe
ait aprouvé & ratifié le
Traité d'union des deux Royaumes
, on y a fait un fi grand
nombre d'aditions & de corrections
qu'on doûte fort fi le Parlement
d'Angleterre s'en accommodera
GALANT 373
commodera . Plufieurs croyent
que cette affaire n'aura pas tout
le fuccés que la Cour de out
Londres
en attend , ou du moins que
cette union ne fera pas de longue
durée , puifque les protefrations
de plufieurs grands Seigneurs
Ecoffois ; celle du Clergé
Presbiterien ; & les plaintes
& le murmure du peuple ,
ont laiffé plufieurs portes ouvertes
pour reclâmer contre
cette réfolution qui fait d'un
ancien Royaume independant ,
une Province foumife & dépendante
de l'Angleterre, fans pour
cela augmenter la force de cette
Couronne . On eft auffi perfuadé
que les Epifcopaux ne donneront
pas les mains aux reftric- -
tions de l'acte paffé en Ecoffe
Février
1707.
聊
Ii
338 MERCURE
velles font peu étenduës , je
crois devoir vous apprendre
ce qui eft venu à ma connoiffance
fur tous les articles qu'elle
renferme . Le premier regarde
les réjouiffances faites à l'occafion
de cette groffeffe . On
n'en fait en France que lorfque
les Reines ou les Princeffes,
qui à leur défaut mettent
des enfans mâles au jour qui
peuvent fucceder à la Couronne
, accouchent de quelque
Prince , & l'on a raifon de ne
ſe pas rejoüir plutoft , puiſque
fi elles accouchoient d'une Princeſſe
, ſa naiſſance ne pourroit
GALANT 339
caufer de ces excez de joye
aufquels les peuples s'abandonnent
à la naiffance des
Princes qui peuvent un jour
devenir leurs Maiftres . Il n'en
eft pas de mefme en Eſpagne,
où l'on peut donner des marques
de la plus grande joye,
dés que l'on apprend la groffeffe
d'une Reine , puifque
l'enfant qui en doit naiftre
foit Prince ou Princeffe , peut
parvenir à la Couronne , au
lieu que le Sceptre de France ,
felon les Loix du Royaume ,
ne paffe point entre les mains
des femmes. Il me faudroit
Ffij
340 MERCURE
un volume pour vous marquer
les emportemens de joye,
aufquels le peuple de Madrid ,
s'eft abandonné auffi- toft qu'il
luy a efté permis de croire
que la Reine eftoit groffe
& que cette nouvelle luy a efté
annoncée de la maniere dont
on la rend publique en de
pareilles occafions. Le peuple
ne s'eft pas feulement rejoüi ,
parce qu'il eftoit feur de voir
un fucceffeur à la Couronne
d'Eſpagne dans l'enfant qui
doit naiftre ; mais encore par
ce qu'il aime le Roy & la
Reine d'Efpagne jufqu'à l'I
GALANT 341
dolatrie , s'il m'eft permis de
parler ainfi. De maniere que
l'on peut
dire que le fujer de
fa joye a efté double . Je n'entre
point dans les détails de ce
qui s'eft paffé à cette occafion .
Je diray feulement en general
que les Grands , le Clergé , les
Confeils , les Corps , & generalement
tout le peuple , ont
donné en cette occafión des
marques de la plus parfaite &
de la plus vive joye. Toutes les
cloches ont fonné : on a fait
des illuminations & des feux :
on a chanté des Te Deum : on
a fait des proceffions : on a
Ff iiij
342 MERCURE
fait des éloges du Roy & de la
Reine dans la Chaire de verité.
Tous les Grands › tous les
Seigneurs , & tous les Corps ont
efté faire leurs complimens à
leurs Majeftez , & enfin chacun
s'eft fervy de tous les moyens.
qu'il a pu imaginer pour faire
connoiftre fa joye , fon amour ,
& fon devouement entier pour
leurs Majeftez Catholique , qui
de leur cofté ont taché de faire
connoiftre au Peuple le plaifir
fenfible que leur caufoit la joye
dont il paroiffoit enyvré . Tout
ce grand Peuple voyant leurs
Majeftez fur le Balcon du Palais
, redoubla fes acclamations ,
& fuivant l'excez d'un zele qui
auroit pû paroiftre indifcret en
d'autres occafions , prit la liber
GALANT 343
*
té de les apoftropher , & leurs
Majeftez eurent la bonté de
luy répondre , ce qui acheva de
le charmer. La joye des Peuples
n'a pas moins éclaté à Seville ,
ainfi que dans toutes les Villes
des deux Caftilles & de l'Andaloufie
, dont plufieurs preparent
des feftes nouvelles , & fur
tout celle de Seville qui s'eft
fignalée en cette occafion.
>
A l'égard de l'article de la
Lettre que vous venez de lire ,
où il eft dit que la Reine d'Efpagne
doit aller en chaife à
Noftre -Dame d'Atocha
où
tous les Grands doivent l'accompagner
à pied , fuivant PE-
·tiquette , pratiquée en pareille occafion
, c'eſt à dire un ancien Reglément
auquel les Rois d'Ef
344 MERCURE
pagne ont bien voulu s'affujettir
depuis un temps infini, & qui les
oblige de faire toujours les mê
mes chofes en telles faifons ,
tels jours & à telles heures . Je
dois ajouter que celuy qui a
écrit la Lettre a oublié de marquer
que dans l'occafion dont
il s'agit, les Valets de Chambre
du Roy doivent porter la chaiſes
mais il y a lieu de croire que
rien ne s'obſervera aujourd'huy
touchant cet article , le feu Roy
d'Espagne ayant commencé a
retrancher beaucoup de choſes
de l'Etiquette , qui ne font plus
de faifon, & qui , fi je l'ofe dire ,
paroiftroient ridicules aujourd'hy.
Quant à l'article où il eft
marqué que le bled eſt fort cher
GALANT 345
dans le Royaume de Valence ,
rien n'est plus veritable , &
quand il n'y auroit que cette raifon
, il faut,ou que ce Royaume
périffe , ou qu'il implore la
clemence de fon veritable Souverain.
Il y croiſt beaucoup de
ris & comme il s'y trouve aujourd'huy
prefqu'entierement
confommé & que la terre qui
rapporte ſi peu de bled , que l'on
y en a fait de tout temps venir
des Royaumes de Sicile & de
Sardaigne , & que les ordres
font donnez pour qu'il n'en for
te plus de ces Royaumes - là ,
on doit juger du pitoyable état
où celuy de Valence fe doit
trouver prefentement , la viande
y manquant entierement , &
étant de notorieté publique que
346 MERCURE
dés le jour de Noël le Gouver
neur de Valence n'en put trouver
pour fa perfonne . Je ne dis
rien de ce qui regarde les chevaux
, puifque les Valenciens
en demeurent eux mefmes d'accord
.
Les vents qui arreſtent la
Flotte des Alliez , & dont il
eft parlé dans la mefme Lettre
pourroient bien avoir caufé la
perte d'une partie de cette
Flotte dont le bruit commence
à fe répandre. J'efpere en avoir
des nouvelles certaines avant
queje finiffe ma Lettre , & vous
mander ce que l'on doit croire
là deffus .
Quoy que la Lettre qui fuit
vienne d'Oleron , où elle a efté **
écrite le 15. de ce mois , on la
GALANT
347
doit regarder comme une Lettre
écrite à Madridle troifiéme
du mefme mois les nouvelles
qu'elle en rapporte eftant de
cette datte là ,
>
la
Parles Lettres de Madrid du 3.
du courant , nous apprenons que
groffeffe de la Reine a efté publiée le
29. du paffe, & que le 2. de Février
elle alla en Chaife à Porteurs
efcortée du Roy & de toute la Cour
à Cheval à Notre- Dame d'Atocha's;
pour en rendre graces à Dieu . Tout ce
que l'allegreffe eft capable d'inspirer
aux gens qui en font les plusfufceptibles
a éclaté en ces deux occafions ;
mais avec tant d'emportement &
d'une manierefi naturelle & fi fincere
, qu'il n'eft plus permis de douter
que les coeurs des Caftillans ne
foient entierement au Roy , & que
348 MERCURE
la Naiffance d'un Prince on d'uñe
Princeffe ne lay en concilie bien d'autres.
Toute l'Espagne s'y trouve d'au
tant plus fenfible que Dieu ne luy
avoit point donné de pareilfujet de
joye depuis 1661.
Manfieur le Maréchal de Barvvick
qui eftoit party de Madrid le
23. du paffe pour aller vifiter Cuença
, Molina , & la Frontiere d'Aragon
, eft de retour en Cour
Monfieur deJoffreville eft aux environs
de Tudela , on croit qu'il entrera
par la en Aragon , avec un
Corps de Troupes , dés que l'on fera
en eftat d'y entrer par Molina , &
d'agir en Valence à même temps &
de concert.
On compte que nous aurons une
Armée de 15. on 16 , mille hommes
qui entrera en Catalogne par le
Rouillon
GALANT 349
Rouillon. On preffe toutes chofes
pour agir de bonne heure , & l'on ne
feint point de dire qu'on eft affeure
que les ennemis ne font pas en eflat
de nous refifter.
孱
L'Archiduc vient de nommer à
quatre Canonicats de Sarragoffe
dont les Titulaires avoient quitté la
ellepour demeurerfidelles à S. M.
C. je crois qu'ils attendront longtemLes
Catalans ont envoyé plu➡
leurs Bulles .
fieurs Deputez à Valence pour prier
ce Prince de paffer en Catalogne
parce qu'ils efperent que s'ily va il
y menera des Troupes mais par cette
même raifon , les Habitans de Valence
sy oppofent . Ceux- cy ont demandé
aux Catalans des grains leur ont efté refusez. Les grains fe
vendent déja encette
grains qui
Février
1707.
Principauté ,
Gg
350 MERCURE
quatre Piaftres lefacq .
On a chargé à Pampelune & à
Tudela , quantité de Boulets & der
Bombes pour noftre Armée de Valence.
On a envoyé auffi un Batails
lon à Facca , pour fortifier les Mi-)
lices de Bearn qui en occupent la
Citadelle. aist 7th
Je n'ay rien à vous dire tou
chant cette Lettre , finon qu'el
le fe rapporte à ce que je vous
ay dit de la rareté des Bleds qui
fe trouve dans le Royaume de
Valence , & que les Valenciens
ont en vain fait tous les efforts
imaginables pour retenir l'Archiduc
que l'on affeure eftre
paffé en Catalogne , moins pour
fatisfaire les Catalans qui le demandoient
avec empreffement,
& chez qui le manque de beauGALANT
350
f
coup de chofes commence à caufer
de la divifion , que pour le
retirer d'un lieu où la diferte de
toutes les chofes neceſſaires à la
vie , auroit pu faire dans peu
fouffrir la Maifon. Je me tais fur
les autres articles de la Lert re,
fur lefquels vous pouvez faire)
yes reflexions , & je paffe à la
derniere des celles que j'ay à
vous envoyer.
De Madrid , le 7. Février 1707.
Nous avons çû hier & aujour →
d'huy, par des Courriers de Cadiz.
& de Malaga , que la plus grande
partie de la Flotte ennemie
eftoit enfin entrée dans la Méditer
rannée. On a compté 70. Vailes à
la hauteur de Malaga le 2. dere
mois , fuifant route vers le Levant :
Ggij
352 MERCURE
7
On ne doute pas que ce ne foit le fecours
attendu par l'Archiduc à
Valence. Les Portugais le trouvent
par la , fans Troupes Etrangeres 3
ainfi felon les apparences il y aura
pen de chofes à faire en Eſtramaður
¿ à moins qu'il ne vienne de nouveaux
fecours d'Angleterre .
La Reyne feporte à merveilles
&fagrosfeße continuë trés-heuron–
fement.
Cette Lettre commence à fai-
* croire que la tempefte dont on
a parlé a fait périr ou écarté
plufieurs Bâtimens de la flote
des Alliez , puifqu'elle parle
d'un nombre beaucoup moins
grand que celui dont il eft fait
mention dans la Lettre precedente
.
་
Je dois ajoûter ici à ce que
GALANT 353
je vous ay dit de la grande fidelité
& du grand amour des
Efpagnols pour Philipe V. qu'il
n'eft pas resté un feul Habitant
dans la Ville d'Alicante . On
y a vû pendant quelque temps
Lept ou huit familles de celles
qui s'eftoient laiffées éblouïr
aux promeffes de l'Archiduc ,
& qui avoient pris fon party
mais depuis quelque temps ces
familes en ont été ſi mal traitées
qu'elle ont fuivi l'exemple des
autres. Enfin tout deferte , &
les fideles Espagnols aimét mieux
abandonner leurs Maifons
leurs Biens , leurs Emplois , leurs
Charges & leurs Benefices , que
de demeurer fous la domination.
d'un Prince , qui outre qu'ils
ne l'ont pas reconnu pour leur
>
G
giij
354 MERCURE
légitime Souverain , n'eft aconpagné
que de Troupes qui tournent
en dérifion les miſteres de
la religion , qui enempêchent l'exercice
, & qui profanent tous
les jours les Temples Sacrez, ce
qui eft fort fenfible aux Efpagnols
, peut donner
à qui l'on
juſtement le nom de Catholiques
auffi - bien qu'à leur Souverain
: Enfin l'on peut dire
que quand l'Archiduc tireroit
des fecours beaucoup plus confiderables
que ceux que lui donnent
les Alliez , & qu'il auroit
conquis la plus grande partie
des Royaumes qui compofent la
Monarchie d'Espagne , Philipe
V. demeareroit toûjours fur le
Trône , puifque l'on tient pour
affuré dans tout ce vafte Etat ,
GALANT: 355%
que tant que les Rois d'Elpagne
feront maîtres des deux caltilles
, ils refteront toûjours fur
le Trône d'Espagne .
J'ay oublié de vous dire en
vous parlant de l'amour & du
zele que les Habitans d'Alicante
ont fait voir pour leur lé
gitime Souverain , en abandonnant
leurs Biens & leur Patric ,
que nous avons ici un Ecclefiaftique
d'un grand merite , qui
a abandonné le Doyenné d'Alicante
, aymant mieux renoncer
à tous les revenus qu'il en
retiroit que de reconnoître
l'Archiduc .
On ne peut fans admiration
l'entendre parler de l'inebranlable
fidelité de tous ceux qui
ont renoncé à leur fortune pour
356 MERCURE
fuivre leur devoir , & leur inclination
naturelle pour un Monarque
qui depuis le peu d'années
qu'il eft fur le Trône , a
expofe plufieurs fois fa vie pour
la gloire & pour la défence de
l'Etat que Dieu lui a donné ,
& qui travaille nuit & jour à la
confervation du bien de fes
Sujets.
Jeviens de vous faire voir , en
vous parlant des avantages artachés
à la Charge de Capitaine
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , à quelle ocasion les
Privileges dont elle jouït lui
ontefté accordés , & pourquoy
le Capitaine des Gardes du
Corps de la Compagnie apelée
Ecoffoife jouit auffi des mêmes
Privileges , & commande les
GALANT 357
autres Compagnies de ce Corps
lorfquelles font affemblées ;
c'eft pourquoi je ne vous en die
ray rien dans l'article que vous
allez lire.
Monfieur le Maréchal de
Noailles qui eftoit indifpofé
depuis quelque temps , fe trou .
vant le 17. de ce mois plus mal
qu'à l'ordinaire , crût de
voir remettre fa Charge de premier
Capitaine des Gardes du
Corps , entre les mains du Roy ,
afin que Sa Majeſté en difpolât
felon fon bon plaifir , & pour
cet effet il lui envoya une de
miffion pure & fimple. Le Roy
touché du procedé de ee Maséchal
, qui faifoit connoiftre
parlà qu'il fe confioit entiere
ment enfes bontés , & ſçachang
7
*
358 MERCUR
ر
que la grace que l'on fait eft
double lorsqu'on ne l'a fait
point attendre , ne tarda pas à
remplir fes fouhaits , & dés le
lendemain 18. du mois Sa Ma
jefté donna la Charge dont Elle
avoit reçu la demithon , à Mr
le Duc de Noailles , & ordonna
qu'on lui en expediât le Breven
Ce Duc prêta ferment le matin
du même jour , entre les mains
de Sa Majefté , qui lui donna leb
Bâton. Mr le Maréchal d'Harcourt
le conduifit enfuite a
dans
la Salle des Gardes où il fût
reconnu , ce Maréchal ayant
donné l'ordre de lui obeïr en
tout ce qui regarderoit le fer, i
vice du Roy. Le nouveau, Ca
pitaine des Gardes , fuivit en
fuite le Roy à la Meffe , & il
GALANT 359
fit pour la premiere fois les fonc
tions de cette grande Charge
d'une maniere auffi aifée & auffi
naturelle que s'il les avoit faites
depuis longtemps .
On ne vit jamais deplus grands
empreffemens à la Cour que
ceux qui parurent ce jour là
pour lui faire des complimens ,
& qui furent d'autant plus finceres
que ce Duc eft digne.
des graces qu'il venoit de recevoir
du Roy.
Toute la famille Royale
aplaudit à ce choix , & le fit
connoître à ce Duc par les chofes
obligeantes qu'elle lui dit.
Le Roy ne voulant pas borner
fes graces au don qu'il venoit
de lui faire , lui donna le lendemain
un Brevet de retenue
360 MERCURE
+
de cinq cens mille liv . à con
dition que Monfieur le Maréchal
de Noailles jouïroit de tous
les Apointemens de la Charge
dont il avoit fi genereufement
donné fa démiffions qu'en cas
que le Maréchal vint à mourir ,
les 500000. livres feront fubftituées
aux mâles qui pourront
venir de Mr. le Duc de Noailless
& qu'en cas qu'il meure fans
enfans mâles , les 500000 liv .
feront pour Mr le Comte de
Noailles fon frere.
Madame la Maréchale de
Noailles n'a pas eſté oubliée dans
les graces faitesà cette Maifon ,
puifqu'elle pourra joüir fi elle
veut de 15000. div . de rente pendant
sa vie , aprés la mort de Me
smo ob co le Maréchal
GALANTA 361
M
Maréchal fon Epoux fur le revenu
de la Charge.
Je vous ay louvent parlé
des fervices de Mr le Duc de
Noailles qui l'ont fait parvenir
au rang de Lieutenant General
dans un âge où beaucoup d'autresont
à peine commencé d'entrer
dans le Service , & ce qui
doit furprendre eft , que dans un
âge fi peuavancéil atoûjours fait
voir tant de conduite dans tout
ce qu'il a entrepris , que tous
fes projets ont toujours reüffi
heureuſement.
Je dois ajouter icy aux avantages
que je vous ay dit que pof
fedoit la Compagnie des Gardes
du Corps appellée Compagnie
Ecoffoife , qu'elle porte la Bandolliere
blanche ; que toutes
Février 1707
. Hh
362 MERCURE
celles des autres Compagnies
font mêlées d'autres couleurs ,2
& que les Gardes de la manche
de Sa Majefté , font de cette
Compagnie.
Il femble que les bontez du
Roy aient redonné la fanté à
Monfieur le Maréchal de Noail
les puifqu'il s'eft beaucoup
mieux porté depuis que S. M.
a fait à fa famille toutes les gra
ces dont je viens de vous parler
& ça efté pour en remercier
Dieu
que Mr Canneau
attaché au Service de ce Maréchal
, fit celebrer le 26. de ce
mois dans l'Eglife des Thea
tins , une Meffe folemnelle dont
Mr de Bullion Confeiller au
Parlement , ami de Monfieur le
Maréchal de Noailles
*
> Mr
GALANT 363
de la Motte Colonel du Re
giment de Noailles , & pluheurs
Capitaines & autres Officiers
du Regiment ont fait les
honneurs . L'Eglife eftoit magnifiquement
ornée & toute illuminée
. Les riches Ornemens
dont S. A. R. Madame a fair
prefent à cette Eglife , furent
employez en cette occafion , &
la Meffe fut celebrée par le R.
P. Vicaire General ; il eût pour
affiftant le R. P. Quinquet ,
qui doit le Jeudy- faint prêcher
la Céne devant le Roy . Mr
Canneau donna un grand repas
à l'iffuë de la Meffe . On
y but les fantez de Monfieur le
Maréchal de Noailles, & de tous
ceux de fa maifon , & chacun té
moigna la joyequ'il reffentoit du
·
Hh ij
364 MERCUR
E
retour de la fanté de ce maréchal.
Je dois ajouter icy que quelques
jours aprés que le Roy cût
donné la Charge de Capitaine
des Gardes du Corps à Mr
le Duc de Noailles , S. M. envoya
dire à Mr le Maréchal
de Noailles qu'en cas que le Duc
fon fils decedat avant luy, il luy
conferveroit la charge , & qu'il
jouïroit toujours des honneurs
qui y font attachez .
La Charge de Confeiller
d'Etat d'Epée que poffedoir
Mr le Comte de Briord qui
efté fucceffivement Ambaffadeur
en Savoye & en Hollande,
& qui cft mort il y a déja quel
que temps , vient d'eftre donSGALANT
365
née a Mr le Marquis de Puifieux
, Ambaffadeur vers les
Cantons Suiffes . Il ne faut que
de la valeur pour eftre élevé
aux premieres dignitez de PEpée
, & que fçavoir parfaitement
le droit pour remplir celles
de la Robe; mais les Confeillers
d'Etat d'Epée ne doivent
rien ignorer. Le mot d'Epée doit
faire connoiftre qu'ils doivent
s'en fçavoir bien fervir , & cel
luy d'Etat doit faire connoiftre
que puifqu'ils entrent dans les
Confeils d'Etat où ils donnent
leur voix pour la décifion des
caufes dont les Arrefts font tous
les jours rendus publics
dont ils font quelques fois Raporteurs
, ils ne doivent rien
ignorer de tout ce que les Juges
&
Hhiij
366 MERCURE
doivent fçavoir pour décider
fur les plus importantes macieres
. Ils doivent auffi étre parfaits
negociateurs , la plus part ayano
remply ces places aprés avoin
exercé celles de Miniftres du
Roy dans des Cours Etrangeres.
Ainfi tous les Confeillers d'Etat
d'Epée doivent eftre tous res
gardez comme des perfonnes
d'une grande confideration , &
il fuffit pour faire l'éloge d'un
homme , de dire qu'il eft Confeiller
d'Etat d'Epée. Mr de
Puifieux joint beaucoup d'éloquence
à beaucoup de valeur.
Il a de la fageffe , de la pruden
ce , du fçavoir & de la penetra.
tion . Il parle bien ; il écrit de
mefme , & les difcours qu'il
prononce ſouvent , & qui rem
1
GALANT 367
pliffent tous les jours les nouvelles
publiques en font d'écla
santes preuves. Il joint à toutes,
ees rares qualitez une grande
naifance Ce Marquis defcend
du celebre Chancellier de Sillery
dont la memoire eft fi chere
à da France & qui cut tant de
part aux affaires au commencement
du regne de Louis XII.
& aprés la chûte de Mr le Ma
réchald' Ancre Lamaifon de Puifieux-
Sillery cft une branche
de celle de Brulart , Pune des
plus grandes de la Robe , dont
ceux qui en defcendent avoient
avant que de s'y engager les
premiers emplois de la guerre,
Elle a donné plufieurs Premiers
Prefidens au Parlement de Dijon.
Mr.Brulart Marquis de
368 MERCURE
la Borde étoit à la tefte de ce
Corps avant Mr Bouchu qui
l'eft aujourd'huy. Mr le Marquis
de Puyfieux eft frere de Mr
L'Evefque de Soiffons & Pere de
Mela Comteffe de Blanchefort.
Le Roy a donné une penfion
de mille écus à Mr. de Simianes ,
Brigadier & Colonel d'Infanterie
, cy- devant connu fous
le nom de Chevalier de Simia- nes, qui a fervy longtemp miadans
la Gendarmerie , & qui a efté
bleffé à la Bataille de Fredling
hen . Ilfe diftingua forten Flandre
avant la derniere Campa.
gne , & je vous envoyai en ce
temps - là des relations qui rouloient
fur la gloire dont il s'etoit
couvert.
Il est d'une des meilleures
GALANT 369
maifons de France ; Elle eft divifée
en plufieurs branches eftablies
en differentes Provinces .
Celle de Gordes eft une des
plus diftinguées ; la maifon de
Simianes a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de Lyon. Feu Mr.,
l'Evêque de Langres avoit cité
Comte de cette Eglife , avant
que d'eftre élevé fur le Siege
Epifcopal de Langres . Il y a
une branche de cette maiſon
établie en Piemont . Mr. le marquis
de Pianezze en eft le chef;
nous avons un excellent Traité
de la verité de la Religion Chrétienne
de feu Mr. le Marquis de
Pianezze ; cet ouvrage qui avoit
efté composé en Italien , a efté
traduit en François par le feu P.
Bouhours de la Compagnie de
Jefus .
37° MERCURE
Le Roy vient de donner à
Mr. le Comte d'Efteing une
penfion de 4000. liv , & Sa Ma
jefté luy ayant en même temps
permis de la faire paffer à ceux
de fa famille qui luy convien
droient pour le bien de fes affaires
, & qui lui feroient trouver
des fecours prefens pour
l'aider dans le fervice . Il a fair
paffer la moitié de cette penfion
fur la tefte de fon fils aîné, b
& l'autre fur celle de Mr. le
Chevalier d'Efteing fon frere ,
qui fert dans la Gendarmerie.i
Toutes mes Lettres font remplies
des actions éclatantes de
Mr. le Comte d'Efteing, & comme
elles doivent eftre encore
prefentes à voftre Memoire , je
ne les repeteray point icy.
GALANT 371
Mr le Comte d'Efteing eft
Neveu de Monfieur l'Arche
vêque de Narbonne , & d'une
des plus grandes maifons du
Royaume . Elle eft Originaire
d'Auvergne à qui elle a donnné
plufieurs Evêques ainfi que plufieurs
Comtes à l'Eglife de Lion .
Mr Evêque de Saint Flour qui
eft de cette Maiſon a efté Com .
te de Lion . Mr le Comte
d'Efteing a épousé la foeur de feu
Mr le Comte de Vaubecourt
& ce Comte n'ayant point laiffé
d'enfans la maifon d'Efteing a
herité des grands biens de celle
de Vaubecourt d'Hautonville,
*
Mr le Marquis de Bran
cas a eu dans le même temps
une penſion de deux mille livres
fon nom fuffit pour faire con372
MERCURE
ces ,
noître fa maifon , & fes fervin'eftant
pas moins connus,
je diray feulement qu'il fuffic
d,obtenir une Penfion dans un
temps où prefque tout les Souverains
de l'Europe , jaloux de
la gloirede Sa Majefté , ont mis
de nouveau les armes à la main
contre ce Monarque . Il fuffit
dis- je d'obtenir une Penfion
dans un temps fi difficile , pour
faire connoître que l'on a toutes
les qualités neceffaires pour
la bien meriter.
Quoi que le Parlement d'Ecoffe
ait aprouvé & ratifié le
Traité d'union des deux Royaumes
, on y a fait un fi grand
nombre d'aditions & de corrections
qu'on doûte fort fi le Parlement
d'Angleterre s'en accommodera
GALANT
373
commodera .
Plufieurs croyent
que cette affaire n'aura pas tout
le fuccés que la Cour de Londres
en attend, ou du moins que
cette union ne fera pas de longue
durée , puifque les protefrations
de plufieurs grands Seigneurs
Ecoffois ; celle du Clergé
Presbiterien ; & les plaintes
& le murmure du peuple ,
ont laiffé
plufieurs portes ouvertes
pour reclâmer
contre
cette
réfolution qui fait d'un
ancien
Royaume
independant ,
une Province
foumife & dépendante
de
l'Angleterre , fans pour
cela augmenter la force de cette
Couronne . On eft auffi perfuadé
que les Epifcopaux ne donneront
pas les mains aux reftrictions
de l'acte paffé en Ecoffe
Février 1707. Ii
374 MERCURE
*
pour la fureté des Prefbiteriens ,
ennemis jurez de la Hierarchic .
Comme nous fommes dans la
temps des plaiſirs , & qu'ils font
toûjours du goût de la jeuneſ,
fe , Madame la Ducheffe de
Bourgogne ayant ouï parler
avantageulement
de la Comedie
des Importuns , dont on a
donné plufieurs reprefentations
à Clagny , à voulu prendre
part à ce divertiffement
dont les Intermedes ne font
pas
moins agréables que la Piéce .
Cette Piece , qui n'eft point reprefentée
par des Acteurs de
profeffion , eft d'autant mieux
jouée que ceux qui la reprefentent
n'y eftant point obligez
comme ceux , qui fans avoir les
talens neceffaires s'en font fouGALANT
375
vent un métier , s'acquittent
des Rôlles qu'ils reprefentent
avecautant de naturel que d'intelligence
de maniere qu'il
femble que ces talens foient nez
avec eux. On peut dire que
J'Auteur qui rèprefente le premier
Rôlle entre bien dans le
fens de l'Auteur , puifque la
piece eft de fa compofition.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne lui en fit compli
ment en fortant , & lui fit connoître
que la Piéce & les Act
reurs avoient bien divertie.
Je ne dis rien du Prince & de
da Princeffe , dont le Palais eft
le féjour des jeux des ris &
des muſes , & où l'efprit ace
compagne coûjours la grandeur
& la magnificence..
I i iij
376 MERCURE
Quelques jours aprés madame
la Ducheffe de Bourgogne
ayant diné à Meudon , cette
Princeffe vint l'aprés dinée à
Paris avec Monfeigneur le Dauphin
, pour voir l'Opera d'Alcefte
, qui a efté remis fur le
Theatre avec beaucoup d'éclat ,
& qui fatisfait fort le Public.
On avoit joint à ce Divertiffement
la Tempefte d'Alcione , par.
ce que ce morceau de Mufique
a efté jugé tres - beau par tous les
Connoiffeurs.
>
Monfeigneur le Dauphin
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & Monfeigneur le Duc
de Berry , fouperent ce jour - là
à Meudon , où il y eût un grand
Concert de Mufique & un Bal
qui durerent iufqu'à cinq heu
GALANT 377
res du matin . Madame la Ducheffe
de Bourgogne a efté depuis
ce temps là à trois grandes
Aflemblées qui fe font faites
à Verfailles ; fçavoir chez Mela
Marquife de Bouzolle ; dans
l'Appartement de Mr. le Marquis
de Torcy fon frere , chez
Mela Duchefe de Lorge, chez
Me la Comteffe d'Armagnac
& chez Me de Chamillart.
>
Elle est partie aujourd'huy
avec le Roy pour Marly ; où elle
doit prendre les Divertiffemens
qui font deftinez pour
achever le refte du Carnaval.
La Flotte des Echelles du Levant
confiftant en neuf Vaiffeaux
Marchands , & quatre
Barques que l'on attendoit à
Marfeille , et heureufement ar-
Ii ij
378 MERCURE
rivée au Golphe d'Hieres . On
croit qu'elle a rapporté pour
plus de quatre millions d'effets .
Je dois ajouter icy pour faire
plaifir à ceux qui aiment le Caf
fé , qu'il y en a une trés grande
quantité fur cette Flotte .
Ce que vous venez de lire eſt
tiré d'une lettre d'Aix ; mais une
autre Lettre de Toulon que je
viens de voir , & qui eft dattée
du zo . de ce mois , porte qu'ily
a dix Vaiffeaux Marchands au
lieu de neuf, & neuf Barques au
lieu de quatre. Il eft à remarquer
que ces Barques font auffi grandes
que les Vaiffeaux , dont elle
ne different que parce que la
voilure eft differente. Cette
Flotte eftoit eſcortée par trois
Vaiffeaux du Roy. Quant à la
3
GALANT 379
valeur des effets , la Lettre de
Toulon dit auffi qu'elle monte à
plus de 4. millions .
Je vous ay déja parlé d'une
prife faite par deux de nos Fregares
, montant à cinq cent mille
livres ; il n'eftoit encore arrivé
d'effets que pour deuxcent mille
livres , & les effets qui font ar
rivez depuis montent à plus de
scent mille écus , quoiqu'ils ne
confiftent qu'en poil de chevre.
Le mot de l'Enigme du mois paf
fé eftoit la Chaife de commodité :
Ceux qui l'ont trouvé font Mef
fieurs Collande & du Perret de
la ruë S. Antoine , Florifel de
la ruë S. Martin , & l'Abbé
Boiffet de la ruë S. Honoré ; du
Callier de S. Lazare , de la Rapée
rue S. Bon , Commandeur
380 MERCURE
de l'Ordre de faint Cofme ; Bardet
& fon ami du Pleffis ; S. Germain
de l'Hoftel de Navailles &
fon Collegue , Hautefeuille de
l'Hoſtel de Pompadour ; Veartuod
& fa chere Epoufe , Don
Zelat , le Seigneur. de la Rade
S. Jean , & le fils de Gabriel ;
il Signor Bafini di Bolonia , Melliti
di Sameria ; Tamirifte ; Mé
Marotin de la rue S. Honoré , &
Mr deмontoftre . Meſdemoiſelles
Rouffet de la vieille rue du Tem
ple ; de Haute- Roche de la ruë
S. Martin; Collinet du Faubourg
S. Germain , la plus belle des
quatre foeurs ; la Reyne Conty,
& fon Infeparable Compagne la
Sultane Avas ; la Reyne des
amours demeurant aux quatre-
Vents dans la ruë S. Martin, &
GALANT 381
Mr. du Sauffoy avec leur bon
amy de la ruë S. Bon ; la Solitaire
de la rue aux Fers, & les 2 .
Voifines de la ruë Charenton .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eft de Mr. d'Aubicourt.
ENIGM E.
Parmi les jeux divers que le Sage
critique ,
Je celebre la Troupe étique
De mes propres freres puifnez:
Al'abftinence condamnez.
$
Si la Loy les define à faire penitence
L'ufage veut que
l'abondance
La bonne chere & les feftins
Mefaffent braver les deftins.
382 MERCURE
$
Que des Rats aujourd'huy , di
foit jadis ce Sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il femble que le fens commun
Soit la Ratiere de chacun .
Sន ··
Le Rat du Sage étoit de les vouloir
détruire
·Dans un temps qui doit les prodaire
,
Et tu fçauras , Lecteur , en apprenant
mon nom ,
Si la chofe eft facile ou non.
Les Alliez aprés avoir effuyé
pendant trois mois devant le
Chafteau de Modene toutes les
injures d'une faifon pluvieufe ,
plus incommode que la gelée ,
& qui fait périr plus de monde,
GALANT 383
•
font
entrez
par compofition
dans ce Chateau . Voicy les
Articles qui ont efté accordez
à Mr de Bar quiy commandoit .
Que la Garnifon fortira avec
Armes & Bagage , fix pieces de
Canon & quatre mortiers ; qu'-
elle fera conduite à Mantouë
& que les Alliez payeront en
argent comptant toutes les munitions
qui fe trouveront dans
la Place . On dit qu'il en eft
forty environ cinq cens hommes
jamais Capitulation n'a
efté fi honorable , puifque l'on
n'a preſque point encore vû accorder
fix pieces de 'Canon à
ceux qui ont défendu les plus
grandes Places .
Quant aux Munitions payées
par les Ennemis , on n'a jamais
384 MERCURE
rien vû de femblable & de plus
avantageux , & cet Article
pourra à l'avenir avoir lieu dans
les Capitulations , & ceux qui
l'obtiendront en auront obligation
à Mr de Bar.
Je ne fçay fi en comparant la
perte que les Ennemis ont faite
pendant tout l'hiver , devant
cette Place , & le peu d'avantage
qui leur en revient , les Alfiez
n'ont pas plus perdu que
gagné dans cette occafion .
Toute l'attention doit eftre
prefentement pour le Chateau
de Milan . On ne peut affez exagerer
ce que la fermeté de Mrle
Marquis de la Floride qui commande
dans cette Place , coute
aux Alliez . Tout eft en combuſtion
dans Milan depuis que
cette
GALANT 385
que
Place eft fous la domination de
l'Archiduc. Elle est tous les
jours menacée d'eftre mife en
cendres , & prefque tous les Habitans
out deferté aprés en avoir
émporté leurs meilleurs effets .
Ils ont porté la confternation
dans tout le Pays , où l'on n'entend
que plaintes & que gemif
femens , tant à caufe du pillage
des Soldats que des fommes
l'on exige de tous les Habitans
de ce Duché. Il eſt ſurprenant
que depuis fix mois les Alliez ne
fe foient pas rendus maiftres du
Chafteau de Milan , & qu'ils ne
fe foient pas mefme trouvez en
état de le faire depuis tant de
temps , quoy qu'ils ayent toujours
etté en mouvement pour
fe preparer à cette expedition ,
Fevrier 1707. Kk
386 MERCURE
&
que l'on
n'ait
oui
parler
d'autre
chofe
que
de marche
de Ca
non
& de troupes
. Rien
n'eſt
au
deffus
de
la valeur
& de la fermeré
de Mr
leMarquis
de la Floride
qui
commande
dans
ce
Chateau
; les
Alliez
l'ayant
fait
fommer
, il a répondu
qu'ayant
quatre
- vingt
ans
, al étoit
trop
vieux
pour
commencer
à faire
des
lachetez
,
& pour
manquer
de fidelité
à Phihippes
. qui
luy
avoit
confié
cette
Place
, fous
les ruines
de laquelle
il
avoit
refolu
de s'enfevalir
. On
affure
que
les
Alliez
ont
effin
affegé
cette
Place
dans
les
formes
; mais
quand
elle
ne refifteroit
pas
long
- temps
, elle
coute
déja
tant
aux
Ennemis
, auffibien
que
toutes
leurs
conquétes
d'Italie
que
tous
ces
avanta
GALANT 382
ges ne peuvent reparer la perte
de toutes leurs meilleurs troupes.
Il eft vray qu'ils tirent dè
grandes fommes de toutes les
Puiffances
d'Italie '; mais fi cet
argent peut leur faire lever des
hommes , il ne leur redonuerà
pas leurs vieilles troupes qui
ont prefqu'entierement
pery
dans des batailles gagnées au
commencement
de la Campagne
par Monfieur de Vendolme , &
par Mr de Medavy , ainfi que
devant les Places qu'ils ont af
fiegées durant un Hyver , capable
de faire perir les plus fortes
Armées dans un pays maré
cageux , & coupé de Canaux
qui inondent toujours les campagnes
pendant un Hyver pla
KK ij .
vieux .
388 MERCURE
Rien n'eft égal à la dureté
avec laquelle les Alliez exigent
de groffes contributions de toutes
les Puiffancés d'Italie, & l'on
peut dire qu'ils travaillent à
leur faire regetter les François
dont ils ont toujours efté traittez
d'une maniere plus humaine
. Il eft bon d'avoir de la Politique
; mais elle ne doit pas
toujours eftre auffi outrée que
l'a efté celle des Puiffances d'Italie
, pour ne donner aucun
chagrin aux Alliez , & l'on peut
dire qu'elles font aujourd'huy
les dupes de leur politique , &
que c'eft fouvent n'en point
avoir que d'en avoir trop. Si
elles avoient pris le bon party
à l'avenement de Philippe V. à
la Couronne d'Espagne , elles
ALANT 389
6
auroient pû empécher que la
Guerre ne s'allumaft en Italie,
& qu'aucun des Partis y fift entrer
des troupes . Elles reconnoiffent
leur faute , & elles s'en
repentent ; mais trop tard.
Vous attendez fans doute que
je vous parle du Roy de Suede ,
dont le fecret eft toûjours impenetrable
, Chacun le cherche
& quelqu'un pourroit l'avoirdeviné
, en ignorant pourtant
s'il a frappé au but . Voicy des
faits fur lefquels il eft permis à
chacun de raifonner . l'Empereur
ainfi qu'il eft connu à tout
le monde , a mis Mr l'Electeur
de Baviere , & Mr P'Electeur
de Cologne au Ban de l'Empire,
non feulement fans aucun fujet
legitime ; mais de fa propre au
Kkij
390 MERCURE
torité fans le confentement des
Electeurs , des Princes & des
Cercles , & contre toutes les
conftitutions de l'Empire . Le
Roy de Suede comme leur parent
, comme Membre de l'Empire
, & comme Amateur de la
Juftice , a fait les proteftations
contre un pareil attentat. CeMonarque
fait lever des Troupes
dans tous les Etats & dans tous
les lieux où il a crû qu'il luy
eftoit permis d'en faire lever, &
même dans l'Empire où il a le mê
me pouvoir que ceux qui en font
membres comme lui , & quand
même il n'en leveroit pas en cet.
te qualité, il en peut lever dans
tous les Etats & dans toutes les
Villes libres d'Allemagne , où
on luy permet de faire des leGALANT
391
vées . L'Empereur s'en eft plaint
à la Diette de Ratisbonne fans
nommer ce Monarque , n'ayant
pas ofé autrement parler de la
maniere qu'il a fait . S.M. I. n'en
demeure pas là : elle anime le
Czar, & elle luy propose une al
liance pour l'engager à tourner
une partie de fes armes contre
S. MS . fans ceffer d'entretenir
la Guerre en Pologne , afin de
donner de tous coftez de l'occupation
au monarque qui avoit
trouvé le moyen d'en pacifier
les troubles . Je ne crois pas que
toutes ces chofes doivent engager
le Roy de Suede à avoir
beaucoup d'égards pour l'Empereur
, qui d'ailleurs a rompu
le Traité de Risvvick dont S.
M. S peut luy demander raiſon
392 MERCURE
THA
comme garent de ce Traité
Tous les Alliez connoiffant la
droiture d'ame du Roy de Suede
craignent que ce Monarque
ne foit pas favorable à l'Empe
reur , & ne veule travailler à
remettre toutes chofes dans l'état
où elles eftoient avant la
rupture du Traité de Rifvvick .
Les Alliez font voir l'inquietude
qu'ils en ont , & font connoiftre
par là & par les mouvemens
qu'ils fe donnent , qu'ils
ne fçavent rien des projets du
Roy de Suede , & les menaces ‹
qu'ils laiffent de temps en temps
échapper contre ce Prince , &
les ennemis qu'ils cherchent à
luy fufciter tant parmer que par
terre , ne leur doivent pas attirer
les bonnes graces . Tous
}
GALANT 393
ces faits eftans conftans , chacun
peut raifonner , & en tirer
les confequences qu'il luy plaira.
Les Troupes du Roy de Suede
n'ont point encore fait de
mouvement en Allemagne , ce
Prince a feulement envoyé 8.
Regimens en Quartier d'Hyver
fur des Terres fituées le long
du Mein , & qui dépendent de
la Maifon Palatine , pour fe vanger
de ce que contre fa regularité
dans l'obfervation de la
neutralité , l'Electeur Palatin
nonobftant les remontrances de
Mr le Comte d'Oxenſtern Gouverneur
de deux Ponts , il a eu
la temerité d'y mettre des Troupes
Allemandes qui ne vivent
pas avec la même difcipline que
394 MERCUR
C
AA
celles de S M. S. Il y a lieu de
croire que l'Electeur Palatin qui
eft Beaufrere de l'Empereur n'a
rien fait en cette occafion fans
fa participation , & ce mépris
pour le Roy de Suede fournit
un nouveau fujet de raiſonner à
ceux qui cherchent à deviner à
quoy aboutiront les deffeins de
S. M. S.
L'affaire de Pologne pourroit
embaraffer ce Monarque , fi
T'un pouvoit mettre les Mofcovites
au nombre des autres
hommes ; mais il eſt conſtant que
cent mille Mofcovites peuvent
à peine valoir vingt mille hom
mes de troupes reglées. On en
peut juger par le peu d'expedi
tions que font leurs nombreuſes
Armées. Ainfi il y a lieu de
GALANT 39 %
croire que tout le feu qui paroift
en Pologne fera bien - toft reduit
en fumée .
Les dernieres nouvelles d'Hon
grie font
, que les Mécontens
ont fait une irruption en Stirie ,
où ils ont brûlé plus de 80 Vila
lages . Les mefmes Nouvelles
confirment que l'Armée , du
Comte Rabutin a beaucoup
plus fouffert que s'il avoit perdu
une bataille complette , &
comme les mauvais chemins &
les playes continuelles ont arrefté
le Comte de Staremberg ,
& faic perir une partie de fon
armée , on peut compter que
les affaires de l'Empereur vont
tres - mal en ce Pays - là .
On affure que la Flotte des
Alliez qui a tant fouffert depuis,
396 MERCURE
fon départ de Lilbonne , arriva
à Alicante le 6. de ce mois , &
qu'elle y attend des nouvelles
de l'Archiduc , pour fçavoir ou
fe fera le débarquement des
trois ou quatre mille hommes
échapez de tant de perils depuis
leur départ d'Angleterre , & les
feuls qui restent de la formida
ble Armée dont on a menacé
pendant l'hiver dernier , les
Coftes de France , ainfi que toute
l'Espagne.
Le Portugal qui , à ſon grand
regret , a vu partir ces Troupes,
ne ſe trouve pas peu embaraſſe ;
la divifion y regne toûjours , &
le frere puifné de S. M. Portugaife
s'elt retiré à Braga , où
ceux de fon parti le vont joindre
tous les jours . On n'efpere
pas
GALANT
397
pas beaucoup du Duc de Cadaval
, qui a eſté nommé General
des Troupes Portugaifes , ce
Duc eftant extrêmement vieux ,
& ayant peu de pratique de
l'Art militaire . Les Lettres de
Portugal difent que l'Armée
qu'il doit commander eft de dix
mille hommes , ce qui donne
lieu de croire qu'elle eft beaucoup
moins forte . J'ignore la
quantité de Troupes qui compofent
celle que les François
ont fur le Rhin . Elle doit eſtre
nombreufe , puifque les Alliez
le difent dans toutes leurs Lettres
, & dans toutes leurs Nou.
velles publiques
.
Le fecret des affaires d'Italie
, & le lieu où doit aller
Monfieur le Duc d'Orleans font
Fevrier
1707. LI
398 MERCURE
auffi impenetrables que les projets
du Roy de Suéde , ainfi je
me contenteray de vous dire
que S. A. R. que l'on ne peut
faire parler , quelques détours
fins & fpirituels que l'on prenne
pour l'y engager , s'ocupe entierement
des chofes qui regardent
la Campagne qu'il doit
faire ; que ce Prince travaille
Louvent avec le Roy , & qu'il
eft, quelques fois enfermé trois
ou quatre heures de fuite avec
Mr de Chamillart , & l'on peut
dire que fon application eft
égale à ſa valeur . Il vient de
donner mille écus de gratifica
tion à Mr de Longepierre , qui
avoit les Chifres pendant la
Campagne derniere , & une
Penfion de deux mille livres à
GALANT 399
Mr Lardy fon premier Chirurgien
, qui a fait voir la profon
deur de fon fçavoir , & l'ardeur
de fon zele dans la cure qui
lui a fi bien réüfi l'année derniere
, & à laquelle nous devons
S. A. R. puifque des
playes mal panfées coûtent fouvent
la vie .
Il n'y a point encore eu de
mouvement en Flandre à caufe
du mauvais temps ; toutes les
Troupes de la Maifon du Roy
qui font tres - belles & tres complettes
, doivent partir dés qu'
elles auront paffé en reveuë
devant Sa Majesté
Je ne fuis point furpris que
vous ayez été contente de ma
derniere Lettre'; il y avoit des
chofes capables d'exciter la cu-
Ll ij
4.00 MERCURE
riofité de ceux qui n'ont pás
d'attachement pour les nouvelles.
Iamais il ne m'en eft tant
refté , & jen'ay pû inferer dans
celle- cy aucun article étranger
, de maniere que je mefuis
trouvé obligé de referver beaucoup
d'articles & plufieurs belles
Relations touchant la Naif
fance de Monfeigneur le Duc
de Bretagne ,. que je vous en.
voyeray le mois prochain . Je
fuis Madame vôtre & c.
BIBLIOT
A Paris ce 28. Février 1707.
LYON
DE
AVIS.
1883 Le Mercure de Mars fe vendra
le Vendredy , premier jour
d'Avril.
TABLE.
DRelade, 5
Difcoursprononcéfur la naiffance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne
par le Pere le Camus ,idem
Réjouiffances faites pour la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne,
Lettre Paftorale de Mr l'Evefque
de Pamiers's
15
20
Premier article des morts , qui rèn–
ferme beaucoup de chofes curieufes,.
42
Extrait d'une ´Lettre de Cayenne ,
70
Ceremonies obfervées lorſqu'un Chevalier
de faint Jean de ferufalem
fait les Voeux , 83
Vers fur la naiſſance de Mr le
Comte de Cruffol ,
Déclaration d'amour ,
90
93
Lliij
TABLE.
Benefices donnez par le Roy , 97
Lettre de Valangin , fur les festes .
qui s'y font tous les ans
Second article des morts ,
98
103.
Sacie de Mr l'Evefque de Limoges
,
117
Suite des Réjouiflances faites pour
La naiffance de Monseigneur le
Duc de Bretagne ,
Troifiéme article des morts ,
126
165
Projet de Medaille à la gloire du
Roy de Suede ,
Lettre du Chapitre de Toul ,
174
179
Lieutenance de Roy du Bas - Poitou,
donnée au fils de Mrle Marquis
de Villette >
182
Extrait d'une Lettre de Dunker-
• que ,
Quatrième article des morts ,
183
196
Relation des Expeditions faites par
Mile Comte de Villars , Chef
TABLE.
Efcadre , 198
Réponce au Manifefte de Mr de
230 Langallerie ,
Relation digne de la curiofite de
toute l'Europe , où l'on voit tout
ce qui s'eft paßé , & toutes les
feftes qui fe font données à l'occafion
du mariage d'un des plus
grands Princes , & d'une des plus
grandes Princeffes d'Alemagne , 245
Premiere Sceance publique de l'Academie
des Sciences établie à
Montpellier , 289
Cordon Rouge & Penfion donnée à
Mr de Saint Hilaire , 295
Compagnie des Gardes donnée à Mr
de
Briçonnet , 297
Seconde fuite des Réjouissances faites
pour la naiffance de Mon/eigneur
Le Duc de Bretagne ,
Charge de la Compagnie des Gen-
301
TABLE.
darmes Ecofois venduë à Mr le
Marquis de Nefle ,
312
Nouvelles d'Espagne contenues en
plufieurs Lettres , 321
Charge donnée à Mr le Duc de
Noailles ,
Dons faits par le Roy ,
356
364
Article touchant l'union des Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe, 372
Divertiffemens donnez à Madame
la Ducheffe de Bourgogne , 374
Arrivée de la Flote du Levant , 377
Prife , montant à 500000 liv. 379
Article des Enigmes
Affaires d'Italie ,
>
idem
382
Article concernant le Roy de Suede,
389
Nouvelles de divers endroits , parmy
lefquelles il fe trouve un article
qui regarde Monfieur le Duc
d'Orleans , 395
TABLE.
Articles refervez 399
Avis quifait connoifre que le Mercure
prochain fe debitera pluſtoſt
qu'à l'ordinaire , 400
LYON
SVILLE
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
O France,doit regarder la p. 20 .
L'Air qui commence par ,
Le Ciel donne un Prince , doit
regarder la page 164 .
GALANT
REQUE
DEDIE A MONSEIGNEUR
DEL
VILLE
LE DAUPHIN
FEVRIER
, 1707
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant .
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliezen veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l' Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on néglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'ily en a quantité
AULECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Mea
moires, & quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
5
MERCVRE
GALANT
BIBLIO
1709
FEVRIER , 17
DE
LA
LYON
VILLE
OUS trouverez
dans
l'Article par
lequel j'ay cru devoir
commencer cette Lettre ,
le Portrait d'un parfait Monarque.
Il contient peu de
paro-
A iij
6 MERCURE
les ; mais il eft tres - beau , parce
qu'il eft tres -reffemblant.
Le 25. de Janvier le P. le
Camus , Jefuite , Profeffeur
de Rhetorique au College de
LOUIS LE GRAND , prononça
un Difcours latin, fur la naiffance
de Monſeigneur le Duc de
Bretagne , en prefence de Monfieur
le Cardinal d'Eftrées
d'un grand nombre de Prelats ,
& de plufieurs perfonnes de
diftinction. Ce Pere en commençant
l'Eloge du Roy , qui
rempliffoit prefque tout fon
Difcours , s'écria , que le Ciel
enfin couronnoit pour la feconde
GALANT 7
"
fois fes grandes vertus en luy
donnant un arriere-petit-fils , afin
que rien ne manquaft à fes glorieufes
destinées ; & que c'estoit
par la naissance de ce jeune Prince
que les efperances de laplus grande
partie de l'Europe , conjurée contre
noftre grand Monarqué , alloient
eftre confondues. L'Ecriture, continua-
t-il , neprometpoint de plus
grande récompenfe aux Princes
qui regnentfelon le coeur de Dieu ,
que celle d'une longuepofterité , ¿
lefigne qui fait le mieux voir
le Ciel benit les deffeins des hommes
, eft une longue vie qui leur
donne lieu de voir les enfans de
que
A iiij
8 MERCURE
leurs petits enfans. Dans l'ancienne
Loy , dit ce Pere , la fterilité
dans les mariages eftoit presque un
préjugé de malediction ; & ceux
qui par le deffaut d'enfans eftoient .
privez de l'efperance de voir naître
dans leur famille , le Meffie
promis & annoncé à leurs peres ,
eftoient regardez comme une efpece
de reprouvez qui s'eftoient rendus
indignes par leurs defordres
fecrets , des grandes promeſſesfaites
à leurs peres Abraham , Ifaac ,
Facob ; ceux au contraire dont
le Ciel beniffoit les mariages par
une nombreuſe pofterité , eftoient
en veneration à tout Ifraël , qui
GALANT 9
que
le
les regardoit comme les Elûs du
Dieu de leurs peres. Il eſt certain
dans la nouvelle Loy comme
dans la premiere , Dieu marque
fouvent fa volonté de la même.
maniere , & quoy que l'objet de
nos esperances , ne foit plus
même que celuy fur lequel eftoient
fondez celles des Ifraëlites , il n'eft
pasmoins certain qu'une longue
nombreuſe generation eft fouvent
le figne des benedictions que Dieu
verfe fur les mariages . Si cette
verité eft certaine à l'égard des
hommes particuliers , elle est bien
plus incontestable à l'égard des
Princes à qui il importe tant pour
10 MERCURE
le repos de leurs Etats d'avoir des
heritiers. C'eft pour cette raison
que les peuples, par la bouche defquels
la voix de Dieu s'explique
fifouvent , ont donné le nom de
Dieu- donné aux Princes qui fe
font fait long- temps attendre ,
dont la naiffance a ranimé les efperances
prefque éteintes des Sujets.
Le Pere le Camus aprés
avoir jetté quelques fleurs fur
le tombeau du premier Duc de
Bretagne , que le Ciel n'a fait
que montrer à la France , paffa
aux grandes qualitez du Roy ;
il fit voir que les Miniftres &
ceux qui tiennent les premieGALANT
II
res places fous ce grand Prin
ce , peuvent facilement remplir
leurs devoirs ; que tout coule de
fource ; & que l'autorité & le
genie du Prince , font évanouir
les difficultez e applaniffent le
chemin. Il fit voir enfuite avec
beaucoup d'éloquence les dons
du Ciel dont les Rois ont befoin
pour bien regner , fçavoir ;
une naiffance augufte ; un air
d'autorité fur le vifage qui
rempliffe la curiofité des peuples
, & qui tienne dans le refpect
ceux qui l'environnent ;
un air ferieux & de la gravité
dans le public ; de la brieveté
12 MERCURE
foûtenue par une grande juftef
fe dans les réponfes qu'il faut
faire , le don de faire remarquer
un fecond bien fait dans
la maniere dont on accorde
les graces ; un jugement ferme
& folide dans les affaires ;
un eſprit de droiture & d'équité
de grands fentimens de
religion , & enfin une attention
continuelle à faire rendre
une exacte juftice aux fujets.
On jugea fans peine que l'Orateur
en traçant le modele d'un
grand Roy , faifoit le Portrait
du Monarque qui gouverne
aujourd'huy la France ; il fit ,
;
.
GALANT
13
en effet connoiftre à la fin de
fon Diſcours qu'il parloit de
ce Prince , & il en finit l'éloge
par le rapport qu'il fit remarquer
qui le trouvoit entre les
vertus de ce grand Monarque
& celles qu'il attribuoit au
Heros dont il venoit de tracer
le portrait l'éloge de Monfeigneur
, & ceux du Roy d'Eſpagne
, de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , &de Monfeigneur
le Duc de Berry , furent
remplis de traits brillans , qui
marquoient parfaitement leur
caractere. Ce qu'il dit enfuite
au Clergé & au reſte de fon
14 MERCURE
Auditoire , fut fort applaudi.
On remarqua par tout des penfées
neuves , & des choſes qui
eftoient particulieres aux differentes
perfonnes aufquelles il
s'adreffa . Les fouhaits qu'il fit
pour la Paix à la fin de fon Difcours
, furent exprimez avec
beaucoup de feu & beaucoup
de delicateffe .
Ce Diſcours , dont la latinité
fut trouvée tres - belle &
tres - pure , eftoit remply de
penfées auffi vives que fleuries ;
la maniere dont il fut.
prononcé
ne plut pas moins que tout
l'ouvrage. Le foir , toutes les
GALANT
15
feneftres de la cour du College
furent illuminées ; on y tira
beaucoup d'artifice , & tous les
Penfionnaires de ce grand College
donnerent des marques
d'une parfaite allegreffe . Les
cris de Vive le Roy , ne furent
pas oubliez.
Je ne pus donner place dans
ma derniere Lettre , à ce qui
s'eftoit paffé à la Paroiffe de S.
Louis en l'Ifle , à l'occaſion de
la naiſſance de Monſeigneur
le
Duc de Bretagne. Je vous ay
fouvent parlé de ce que le Roy
pour cette Eglife , dediée
au plus faint de nos Rois ,
a fait
16 MERCURE
Patron & Aycul de Sa Majeſté
.
le
Vous fçavez que la premiere
Loterie qui a cité accordée
par ce Prince en faveur des
Saints Edifices , a efté pour
Baftiment de l'Eglife de Saint
Louis. Sa Majefté n'avoit fait
jufqu'alors de pareilles graces
qu'en faveur des Hôpitaux
mais informé des befoins pref
fans de cette Eglife , elle en accorda
une il y a quelques an
nées pour le Baftiment de l'Eglife
de Saint Louis , qui fut
tirée avec une approbation ge
nerale de tout le public ; mais
GALANT 17
le fruit que l'on en retira
n'ayant pas efté fuffifant pour
une fi grande entreprife , Sa
Majefté accorda une feconde
Loterie dont les effets paroîtront
dans peu . M le Curé &
M" les Marguillers de cette
Paroiffe, penetrez de juftes fentimens
de reconnoiffance , caufez
par tant de bontez , &
prenant d'ailleurs toute la part
qu'ils doivent à la naiffance qui
fait le fujet de la joye publique
, firent dire le Dimanche
23 Janvier , un Salut folemnel
dans leur Eglife , où le Saint
Sacrement fut expofé , & le
Février
1707 . B
18 MERCURE
Te Deum y fut chanté avec
toute la pompe qui leur fut
poffible ; l'Autel eftoit paré de
tres-beaux ornemens , & éclairé
d'un grand nombre de lumieres.
Tous les Paroiffiens
Υ
affifterent , & firent paroiftre
une pieté exemplaire , afin
d'attirer par la ferveur de leurs
prieres , toutes fortes de benela
dictions fur le jeune Prince qui
venoit de naiftre ; & toute la
ceremonic fut terminée par
Benediction du Saint Sacrement.
Les Paroiffiens auroient
voulu faire éclater leur zele par
d'autres marques de leur joye ,
GALANT 19
& en donner une plus grande
demonſtration par des feux &
des illuminations ; mais croyant
ne devoir rien faire de femblable
fans l'autorité des Magiftrats
, ils fuppléerent par
l'ardeur de leurs voeux au Ciel ,
aux marques exterieures & brillantes
de leur joye qu'ils auroient
voulu donner avec
plus d'éclat dans un temps où
l'allegreffe doit eftre auffi vive
qu'univerfelle dans tout le
Royaume .
•
Les Poëtes ayant exercé leur
veine , & les Muficiens leur
talent fur la naiffance de Mon20
MERCURE
feigneur le Duc de Bretagne
il a paru plufieurs Chanſons fur
ce fujet. Les paroles de celle que
je vous envoye ont eſté miſes
en Air par M' du Careau .
AIR NOUVEAU.
O France ! en merveilles feconde
,
Pour foûtenir l'éclat des Lis ,
Le Ciel donne un nouveau Fils
Au plus augufte Roy du monde.
Monfieur l'Evêque de Pamiers
, qui a employé tout le
revenu de fon Evêché depuis
GALANT 21
As
THECHE
BIBLIO
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&
10
GALANT
21
qu'il en eft pourvû, aux befoins
de fon Diocefe , & à faire rebâtir
& decorer fa Cathedrale ,
& les autres Eglifes de la même
Ville , qui avoient efté détruites
par les Heretiques , a crû
que fon zele ne feroit pas toutà-
fait remply , fi aprés avoir
relevé tous les Temples du Seigneur
, il n'employoit tous fes
foins à y faire garder la reverence
& la modeftie que les
Chreftiens devroient conferver
dans ces Saints Lieux , & qu'on
y viole que trop fouvent . C'eſt
pourquoy , & à l'occafion de
quelques irreverences qui s'y
22 MERCURE
font commifes aux dernieres
Festes de Noël , qu'il a adreffé
la Lettre Paftorale qui fuit aux
Fideles de fon Diocefe. On ne
peut la rendre trop publique ,
& elle doit faire plaifir à tous
les peuples du monde , de quelque
Religion qu'ils foient
puifqu'on ne doit jamais perdre
le refpect ny commettre
d'irreverences dans des lieux
deftinez au culte de la Religion.
GALANT 23
Jean - Baptifte de Verthamon
ن م
par la grace de Dieu & l'au
thorité Apoftolique
, Evêque
Seigneurde Pamiers , Confeiller
du Roy enfes Confeils ,
Prefident nédes Etats de Foix;
aux Fideles de noftre Diocefe :
Salut & Benediction
en noftre
Seigneur
Ne reconnoiffons - nous pas , mes
tres - chers Freres , dans lefiecle malheureux
où nous vivons , la verité
de cetteparole de JESUS CHRIST ,
que lorfque le Fils de l'Homme
viendra il ne trouvera plus de
foy fur la terre. Et peut -on penfer
que cette vertu vive encore alb
jourd'huy dans le coeur des Chreftiens,
24 MERCURE
lorfqu'on les voit prophaner avec
tant de mépris les Sanctuaires, du
Seigneur , & fouillerpar leursfacrileges
ce qu'ily a de plus augufte dans
la Religion ? Les defordres que nous
avons vus de nosyeux , & les plaintes
que nous recevons de toutes parts
fur les irreverences qui fe commettent
dans nos Eglifes , nous couvrent
de confufion devant Dieu , &
nous rempliffent le coeur d'amertume.
C'est poury remedier , autant que
nous en fommes capables , que nous
vous adreffons ces reflexions & ces
avertißemens que lafolicitude Paftorale
& le devoir de noftre charge nous
preffent de vous donner. Vous le fçavez
, & les gens de bien en gemiffent
encore ; vous fçavez , dis -je , jufqu'à
quel point on a porté l'impieté , &
ce que nous avons efté obligez de faiGALANT
25
ve pour la reprimer. Nos plus auguf
tes Solemnitez ont efté remplies de
troubles lajoye commune que devoit
nous donner la naiſſance du
Sauveur , a eſté changée en deüil &
en trifteße Nous n'avons pu retenir
nos larmes , voyant plufieurs Fideles
, loin de recourir à la clemence du
divin Enfant dans ces jours de falut
fi propres à obtenir mifericorde , tém
igner au contraire plus que jamais
leur mépris pour JESUSCHRIST
, & l'infulter mème ouvertement
, comme s'ils s'eftoient
prévalus de l'eftat de foibleffe &
d'impuiffance où il s'eft réduit volontairement
pour nous.
Malgré l'ignorance & la corruption
des Nations que Dieu a abandonnées
&a laiffé marcher dans leurs
propres voyes , be feut infinit de la
Février 1707. C
26 MERCURE
Divinité que les hommes confervent
toujours , & que le crime n'a jamais
pú effacerentierement de leurs coeurs ,
a fuffi dans tous les temps pour leut
inſpirer une crainte religieufe & une
weneration fecrete pour les lieux où
elle eft adorée. Eft- il poſſible que des
Chreftiens élevez dans le fein de l'E
glife Catholique ignorent un devoir
que les peuples les plus barbares ont
connu par les lumieres feules de la
Taifon , & n'ayent pas autant de
respectpour les Temples du Dieu vi❤
vant que ces peuples en ont eu pour
ceux de leurs Idoles ?
Saint Paul aprés nous avoir averti
que les membres de nos corps
font devenus par le Baptême les
Temples du Saint Efprit , fait
des menaces terribles de la part de
Dieu contre ceux qui oferont les vie*
GALANT
27
lerpar quelque peche. Cegrand Apotre
enviſageant toûjours les Fideles
par cette angufte qualité les appelle
par tout des Saints , & les exhorte
à veillerfans ceffe fur leurs coeurs pour
en chaffer tout defir & toute inclination
dereglée. Il veut que par ref
pelt pour la Divinité qui eft prefente
qui habite en eux , ils confervent
toujours une modeftie dont tous les
hommesfoient édifiez ; il veut qu'ils
converfent entre- eux comme on converſe
dans le Ciel , & qu'ils banniffent
abfolument de leurs bouches, nonfeulement
toutes paroles deshonneftes ;
mais encore toutes celles qu'on peat
appeller folles , boufonnes , ou inatiles.
En un mot , il veut qu'ils marchent
toûjours d'une maniere digne
de Dieu, & qu'ils évitent jusqu'à
l'apparence du mal, afin de glorifier
C ij
28 MERCURE
Dieu dans leur corps mortel , qu'il y
regne paisiblement , & qu'il n'y
voye rien qui puiffe bleßer la pureté
& lafainteté de fes regards. On peut
dire que c'eft fur ce principe qu'eft
fondée principalement la vigilance
chrefienne & l'obligation étroite
qu'ont tous les hommes de travailler
à entretenir en eux le filence de leurs
fens & de leurs pallions , feul capable
de faire repofer fur eux l'Esprit
du Seigneur.
Or fi nousfommes obligez de veiller
de fi prés fur nous- mêmes , afin
qu'il ne s'y paffe rien qui puiffe offenfer
l'efprit du Seigneur qui y habite
, quel crime ne commettent pas
ceux qui perdant tout respect pour
la
majefte de Dieu , portent leurs irreverences
jufqu'à venir dans nos Eglifes,
& fous les yeux mêmes de J EGALANT
29
SUS- CHRIST, interrompre les Of
fices , troubler l'attention des Fideles,
& joindre le fcandale à l'impieté?
Vous ne doutez pas , més treschers
Freres , de la prefence de Dieu
dans ces Saints lieux : vous fçavez,
avec combien de faintes & d'auguf
tes ceremonies ils luy ont efté confacrez,
& vous fçavez encore que
JESUS -CHRIST a promis aux Fideles
de fe trouver au milieu deux
par tout où ils s'affembleroient plufieurs
en fon nom . Ce Dieu que ni
les Cieux ni le Ciel des Cieux ne
peuvent contenir , pour marquer autrefois
qu'il vouloit bien habiter le
Temple bati par Salomon , le remplit
d'un nuage épais le jour de fa
Dedicace ; mais noftre Sauveur a
fait bien davantage en faveur de
Ciij
30 MERCURE
nos Eglifes . Il ne s'y montre pas pour
unefois , il s'y montre tous lesjours ,
&il s'y montrera juſqu'à la fin des
fiecles . Il a difipé l'obscurité du nuageil
s'y montre à découvert , nos
yeux
le
voyent , nos mains & noftre
bouche le touchent ; il n'eft plus pour
nous un Dieu caché , & l'on peut dire
des Chreftiens avec encore plus de
raifon que Moyfe ne le difoit des
Juifs , que jamais Nation n'approcha
fes Dieux de fi prés .
Perfuadez, comme vous le devez
eftre de ces veritez , mes tres- chers
Freres , comment ofez vous vous con.
duire dans nos Eglifes , comme f
Dieu en eftoit éloigné , ou qu'il ne
prift aucune part à ce qui s'y paſſe ?
Pour ne rien dire de cette diffipation
d'efprit où vous eftes continuellement
& de cette infenfibilité prodigieufe
GALANT 31
qui vous fait negliger des momens
precieux qui devraient eftre employez
à demander& à meriser des gracES.
dont vous avez un fe grand befoin ,
pouvez- vous douter que se Dien ja.
loux de l'honneur qui luy est dû , ne
foit pas offenfé par ces pofturesfi peu
respectueuses que vous y tenez, & ces
converfations dont il faudroit peuteftre
retrancher la moitié par tout
ailleurs , & qui dans la Maifon de
Prieresfont autant de crimes? JESUSCHRIST
fe mit en colere & fit un
fouet de cordes pour chaffer du Temple,
ou plutoft du Parvis du Temple ,
ceuxquiy vendoient des colombes &
d'autres chofes propres à eftre offertes
en facrifice ; il leur reprocha d'une
voix terrible , & qu'il n'a fait en
tendre que dans cette occafion , qu'ils
profanoient la Maifon de fon
Ciiij
32 MERCURE
Pere , qui eftoit la Maiſon d'O
raifon . Il a commencé , pour ainfi
dire , & il a fini par cette action
éclatante , fes inftructions toutes divines
, & la predication de fon Evangile
. Comparez , mes Freres ,
le Parvis du Temple , comparez, la
Temple même avec nos Eglifes . Si
un commerce qui paroiffoit innocent
& même utile pour les Sacrifices qui
fe faifoient dans ce Temple , irritant
jufqu'à mettre en colere celuy
qui eftoit la douceur même , de quel
ail penfez - vous qu'il voye ce qui
fe paffe tous les jours dans des Temples
qu'il a élevez par la prefence
de fon Corps adorable , fi fort audeffus
de celuy de Jerufalem ? Avec
quelle horreur pensez- vous qu'il regarde
, luy qui fonde le fond des
Coeurs , celangage des yeux dont vous
vous yfervez, pour vous dire peutGALANT
33
eftré des chofes que vous n'oferiez
prononcer ? Ces rendez- vous & ces
entretiens criminels que vous auriez
honte d'avoirenſemble dans des Places
publiques , & aufquels il faut
que la Religionferve de voile par un
facrilege deteftable ! Pour nous qui
ne jugeons que fur le rapport de nos
yeux , nous gemiſſons du mal qu'ils
voyent, & tremblons pour celuy qu'ils
ne voyent pas.
Mais penfez- vous , mes Freres à
que de tels crimes demeureront impunis
? Penfez- vous que le Seigneur
foit moins puiffant qu'il ne fut aux
trefois ou que ? où fujet à quelque changement
ilfoit devenu moins jaloux
de la gloire, & fouffre fans reffenti
ment qu'on l'infulte jufque dans fa
maison ? Cinquante mille Bethfamites
furent frappez de mort fur le
34 MERCURE
•
champ , pour avoir , non pas infulté
ni profané l'Arche , maisfeulement
pour l'avoir regardée avec une curiofitépeu
respectueuse ; & qu'eftoit- ce
que l'Arche en comparaifon des Tas
bernacles de nos Eglifes & Ne craignez-
vous done point que celuy qui
s'eft montré fi fevere envers ceux
qui luy manqnoient de respect , &
qui a remply toute l'Ecriture des
monumens de fes terribles vangeanses
fur eux , ne fe réveille de ce fommeil
profond dont il vous paroiſt endormy,
& ne vienne tout à coup vous
frapper des traits de fa colere , &
vous accabler des foudres defa juftice
? Jufqu'à quand abuſerez- vous de
fa patience & de la douceur avec
laquelle il fouffre toutes vos impie
tez ou plutoft , jufqu'à quand Seigneur,
fouffrirez- vous vous - mêmè
GALANT
35
que vos ennemis attaquent impanément
votre faint Nom jusqu'a
quandles verra-t-on s'élever contre
vous par leur argücil & par leur
infolence , au milieu même de vos
plus faintes folemnitez 2 Ouy , nous
les avons vûes ces Nations infideles
entrer dans votre heritage ; ils ont
profane voftre Temple , & ils y ont
élevé leurs infames étendarts; ils ont
confpiré d'abolir vos Feftes ; ils fe
font permis tout ce que leur baine &
leur malignité a pu leur inspirer
contre voftre gloire & contre le Saint
d'Ifraël.
Laifferez- vous toujours , Seigneur
cet orgueil s'élever de plus en plus ?
voftre main demeurera - t - elle tou
joursfans actionparmy tant defcandale
&fauffrirez- vous que les Na
tions demandent plus longtemps où
36 MERCURE
eft donc noftre Dieu , dont nous
loüons fans ceffe la puiffance &
la justice , tandis qu'il demeure.
immobile , & que les impies l'infultent
impunéinent ?
Déployez là donc , Seigneur , cette
main toute - puiſſante ; tirez- là de
voftre fein ; qu'elle s'éleve & qu'elle
tombe avec toute fa pefanteur fur
ces infideles qui ne vous connoiffent
pas , & fur toux ceux qui n'adorent
pas voftre faint Nom : mais que
cette paiffance foit une puiſſance de
mifericorde , qui en terraſſant vos ennemis
les convertiffe , & qui en punissant
le peché épargne &fauve le
pécheur.
Voila , mes chers Freres , toute la
vangeance que noftre zele pour la
gloire de Dieu , meſlé de tendreſſe &
de charité pour vous , nous permet de
GALANT
37
luy demander de tous les fcandals
dont nous nous plaignons amerement
à vous ; & il la tirera certainement
cette vangeance , qu'il fe
doit à luy - même ; mais il n'y a perfonne
fur la terre qui puiffe vous
promettre que ce foit d'une maniere
auli avantageuse pour vous , que
celle- cy ,
Qui fçait en effet fi fa patience
& vos irreverences ne font point arrivées
à leur comble : & qui peut
vous affuret que la premiere faute
que vous commettrez encore contre luy
ne mettra point le sceau à votre reprobation
Tout ce que nous avons
à vous dire , c'est qu'en embraßant
la penitence & changeant de conduite
, vous pouvez obtenir & vous
obtiendrezinfailliblement mifericorde.
Mais nous fommez obligez d'a38
MERCURE
jouter en même temps que fi refufant
d'obéir aux avis paternels que la
Charité Paftorale nous fait vous
donner , vous continuez encore de vi
vre dans la même diffolution , &
qu'on vous voye commettre les mêz
mes impietez, dont nous avons efté
tant de fois les triftes témoins , nous
n'avons plus rien fur quoy nouspuis
fions appuyer la moindre efperance de
voftre falut.
Car enfinfi dans un temps où tout
nous éleve à Dieu , la majefté des
Offices , le chant des Hymnes & des
Pleaumes , le concours des Peuples
que les mêmes voeux raffemblent , la
prefence même de noftre immortelle
& toute-puifante Victime , fi tout
cela vous laiffe toûjours également
froids & infenfibles , par où pourrez
vous eftre touchez & fortir du mortel
GALANT 39
affoupiffement où vous eftes ? Qu'y
a-t- il de plus puissant pour vous
élever à Dieu que ces grands objets
qui furent toûjours le foutien de la
pieté des Fideles ? Quand eft ce que
la Religion reffemblera plus de
beautez, de charmes & d'attraits
capables de la faire aimer ?
à en
Entrez donc , mes Freres , dans
les deffeins de Dieus fuivez l'esprit
de l'Eglifes profitez des avantages
qu'elle vous procure ; apprenez
connoiftre le prix , & à les employer
utilement pour votre falut. Quand
vous entrezdans la Maifon du Seigneur
, fongez combien ce lieu eft . ter
rible pour les Anges mêmes , qui y
font dans unprofondrespect . Si vous
ne voulez pas les imiter , éloignezvous,
Laiffez les Miniftres du Seigneur
chanter fes louanges dans la
40 MERCURE
compagnie de ces Efprits bien- heu
reax , & ne venez pas les interrompre
par vos irreverences , où pluroft
, mes chers Freres , venez, mais
venez avec un coeur contrit & humi
lié ; venez adorer Dieu dans fon
faint Temple ; venez l'adorer en
efprit & en verité; venez-y le louer
& confeffer fon faint Nom dans
Affemblée des Fuftes ; venez y vous
unir à toutes les Nations de la ter
re , afin de chanter tous enfemble .
qu'il eft bon & que fa mifericorde eft
éternelle,
Donnez - nous cette confolation ,
mes tres-chers Freres , que par voftre
¨docilité à nous écouter , & voftre fidelité
à obeir à la voix d'un Pafteur
qui vous aime , nous puiſions avoir
lieude rendre graces à Dieu d'avoir
`exaucé nos prieres & d'avoir effayé
nos larmes.
GALANT 41
1
Uniffons - nous donc tous enfemble
pour obtenir du Pere des mifericordes
, & la fin dufcandale & la converfion
de ceux qui l'ont donné . Et
vous , Miniftres du Dieu vivant ,
qui eftes nosfideles cooperateurs dans
les travaux aufquels nous avons
efté appellez , foyez comme des Sentinelles
vigilantes fur les remparts
de Ferufalem. Deffendez en l'entrée
qui ne doit eftre ouverte qu'à ceux
dont les noms font écrits fur le livre
de l'Agneaus deffendez- la , dis -je ,
contre les ennemis du Seigneur 3
faites rentrer les pecheurs en euxmêmes
, reprefentez- leur la grandeur
de leurs crimes ; & tachez de
les gagner par vos avertiſſemens
charitables ; mais fi méprisant ces
moyens pleins de douceur ils perfiftent
à infulter le Dieu que vous fer-
Février 1707.
D
42 MERCURE
viz, & à profanerfon Temple , armez
vous d'un faint zele ; prenez en
main la caufe de votre Maiftre ; ne
craignez rien , il fçaura vous foùtenir
luy feul vous jugera , & luy
feul peut vous couronner, lorsque
vous aurez fidelement rempli voftre
Miniftere.
Les articles qui regardent la
mort des Sçavans font fouvent
tres curieux , & ils inftruifent
beaucoup lorfqu'ils apprennent
, non- feulement le nombre
& les noms des ouvrages
qui font fortis de leur plume ;
mais auffi l'hiftoire de ces ouvrages
& en quoy il confiftent.
C'elt ce que vous trouverez
GALANT
43
3
E
t
5
dans les deux premiers articles
que vous allez lire . Le troifiéme
qui regarde la mort d'une fçavanto
perfonne de voſtre fexe ,
ne merite pas d'eftre lû avec
moins d'attention .
Il y a déja quelque temps
que vous fçavez la perte que
la Republique des Lettres a
faite de M Bayle . Il eft mort
à Rotterdam ; le malheur qu'-
il avoit eu de naiftre dans l'herefie
, l'obligea de fortir du
Royaume dans le temps de la
revocation de l'Edit de Nantes
pour fe retirer en Hol-
Lande . C'eft où il a publié tant
Dij
44 MERCURE
mença
d'excellens ouvrages. Il com
à donner fon Journal
de la Republique des Lettres , au
mois de Mars de l'année 1684 .
& il le continua juſqu'au mois
de Septembre mil fix cens qua
tre- vingt fept ; ces premiers.
Journaux furent tres bien receus
; mais ayant eſté obligé de
diſcontinuer cet ouvrage fur la
fin de l'an 1687. M Bafnage
de Beauval entreprit un nouveau
Journal fous le titre d'Hif
toire des ouvrages des Sçavans
qu'il donna auffi de trois en
trois mois ; dans la preface du
premier volume de ce JourGALANT
45
mal , Mr Bafnage convient
fincerement du , danger qu'il
ya d'écrire aprés un auffi ha
bile homme que Mr Bayle.
Mr Bernard entreprit à peu
prés dans le mefme temps de
continuer la Republique des Lettres
. Il pouffa cet ouvrage jufqu'en
1689. & il ceffa enfuite
d'y travailler jufqu'en 1699 .
qu'il le reprit , & il le continue
encore à prefent . En 1696 .
M' Bayle publia fon fameux
Dictionnaire critique ; cet ouvrage
eft d'un travail immenfe
; & on doit le regarder comme
un vray trefor de Littera46
MERCURE
ture. Cette édition fut bientoft
épuifée , & l'Auteur travailla
à une feconde , qu'il publia
en 1702. mais qu'il augmenta
confiderablement
. Il eft
vray qu'il en reforma plufieurs
Articles aufquels la Critique
avoit eu lieu de s'attacher . Celuy
des Manichéens , qui eft
dans ce Dictionnaire
, donna.
lieu au livre de la diftinction du
·Bien du Mal , qu'un fçavant
Solitaire donna au public en
1703. M' Bayle répondit à cet
ouvrage où fa doctrine eftoit.
fort attaquée , dans un des
Journaux de M Bafnage. 11
GALANT 47 .
·
publia de fçavantes Obfervations
fur la Comete qui parut
en 1680. mais la plupart des
matieres qui faifoient le fonds.
de cet ouvrage eftoient fort
étrangers à ce Phenomene , &
au lieu des regles d'Aftronomie
, on y trouva plufieurs belles
queftions de la plus fublime
Metaphyfique , & d'autres fujets
de cette nature . C'eſt à peu
prés de cette maniere qu'en ufa
Michel de Montagne , qui donna
pour titre à un Chapitre de
fes Effais ; Traité des Coches , &
qui cependant ne parloit rien
moins que des Coches. Mr
48 MERCURE
J
Bayle a donné il n'y a pas longtemps
la fuite de ces Obfervations
, contre leſquelles plufieurs
Critiques d'Hollande ſe
font élevez . Il donna peu aprés
que feu Mr Maimbourg eut
publié fon Hiftoire du Calvinifme
, une Critique generale de
cette Hiftoire. On trouve dans
cet ouvrage un grand fonds
d'érudition ; mais les préjugez
du party où l'Auteur avoit le
malheur d'eftre engagé , y paroiffent
à découvert à cela
prés la Critique , en ce qui regarde
les faits hiftoriques , eft
exacte. On doit auffi à Mr Bayle,
GALANT
49
了
S
1
C
1
trois tomes du livre intitulé
Réponse aux Questions d'un Provincial
: les deux premiers regardent
plufieurs fujets de Critique
& d'Hiftoire , & le troifiéme
ne contient preſque qu'-
une réponse à quelques écrits
qui avoient paru contre luy
au fujet des deux premiers , ou
il s'eftoit déclaré avec trop de
liberté fur la préference qu'il
donne à l'Atheifme fur 1I
dolâtrie . Mr Bayle publia en
1680. un livre intitulé Penfees
diverſes , où il répandit fur les
fujets qu'il traitoit toute l'érudition
qu'ils eftoient capables
Eévrier
1707. E
50 MERCURE
de recevoir. Il en publia la
fuite en deux volumes en 1705.
ten voici le titre : Continuation
des Penfees diverfes , écrites à un
Docteur de Sorbonne , à l'occasion
de la Comete qui parut au mois de
Decembre 1680. on Réponse à
plufieurs difficultez que Monſieur
*** a propofées à l'Auteur. A
Rotterdam , chez Reinier Leers
1705. Ily a long- temps que le
Public attendoit la fuité de cet
ouvrage , que Mr Bayle avoit
promis diverfes fois depuis dix
ans. L'opinion que l'Athéïſme
n'eft pas pire que l'Idolâtrie ,
luy a attiré une infinité de CriGALANT
SI
tiques , perfuadez que l'Atheifme
eft la plus pernicieuſe difpofition
d'efprit & de coeur qui
Le puiffe rencontrer dans un
homme. Tout le fecond volume
eft employé à examiner cerre
queftion. Voici fa Theſe :
L'Idolatrie des anciens Payens
• n'est pas un mal plus affreux que
l'ignorance de Dieu , dans laquelle
on tomberoit , ou par ſtupidité ou
par deffaut d'attention , fans une
malice prémeditée , fondée fur le
deffein de ne fentir nuls remords ,
en s'adonnant à toutes fortes de
crimes. Son Dictionnaire dans
lequel il y a quelques Articles
E ij
52 MERCURE
qui luy ont attiré la mauvaiſè
humeur des Critiques , a auffi
donné lieu au livre fuivant :
La conformité de la Foy avec la
Raifon , ou deffenfe de la Religion
contre les principales difficultez répanduës
dans le Dictionnaire hiftorique
& critique de Mr Bayle.
A Amfterdam chez Henry Def
bordes , 1705. p . 390. Mr Bayle
a auffi publié en divers temps
plufieurs petites pieces volantes
qui ont efté employées dans
les Journaux d'Hollande , du
nombre defquelles font celles
qui paroiffent dans les premiers
Journaux de Trevoux , de l'éGALANT
53
dition d'Amfterdam . Mr Bayle
eftoit un des grands Philo ,
fophes & un des plus fublimes
Geometres de noftre temps ; il
répandoit l'évidence fur tous
les fujets qu'il manioit . Il eftoit
né dans le Dioceſe de Rieux .
Il laiffe un frere à Toulouſe
qui eft un des plus grands Philofophes
de ce fiecle. Il a donné
un excellent Traité de Phyſique
, & des Differtations de Lacte
, de Menftruis , & c. fous le
titre de Differtationes Medico-
Phyfica . Cet ouvrage eft treseftimé.
M Pierre- Sylvain Regis
E iij
54 MERCURE
de
un des plus grands Philoſophes
ce temps , eft mort dans un
âge fort avancé , & aprés avoir
paffe fa vieilleffe dans de longues
& cruelles incommoditez.
Il eftoit né dans l'Agenois,
& il eftoit venu à Paris eftant
encore fort jeune ; le gouft
qu'il avoit pour la Philofophic
l'arrefta dans cette grande Ville
; il s'attacha dés - lors aux ſentimens
de Mr Descartes , qui
commençoient à avoir
grand cours dans le monde.
Il fut dans la fuite un des plus
zelez deffenfeurs de ce celebre
un
Philofophe. Mr Huet ancien
GALANT
55.
Evêque d'Avranches
, ayant
publié un livre intitulé Cenſura
Philofophia Cartefiana , Mr Regis
y répondit par un autre
qui pouvoit fervir d'Apologic
à la nouvelle Philofophie. Le
feu Pere Louis le Vallois , Confeffeur
de Monfeigneur
le Duc
auffi atde
Bourgogne , ayant au
taqué les principes de la Philofophie
Cartefienne
, fous le
nom de Louis de la Ville , Mr
Regis cftant de ceux qui s'y
trouvérent le plus vivement attaquez
, fe deffendit par d'autres
écrits qui luy firent beaucoup
d'honneur , & qui infen-
1
E iiij
56. MERCURE
fiblement donnérent lieu à une
querelle litteraire qui intereſſa
agréablement les Sçavans . Mr.
Regis n'eftoit pourtant pas fi
attaché aux fentimens de fon
Maiſtre , qu'il ne s'en foit dans
la fuite éloigné en quelques
endroits , comme il a fait
fur la nature des idées , que
Mr Defcartes , & Mr Arnaud
, prétendent n'eſtre que
des modifications de noftre
ame , & fur l'union de l'ame
& du corps. Mr Regis n'a pas
fuivi aveuglement les princi
pes de fon Maiftre , & c'est en
s'en éloignant qu'il a formé fon
GALANT 57
Syftême particulier de Philofophie
, dont il a donné l'explication
au public dans un ouvrage
de plufieurs volumes ,
qui a eu un grand fuccés . L'accord
de la Foy & de la Raifon eft
le dernier ouvrage de Mr Regis
; il le publia il y a trois ans
aprés y avoir travaillé un grand
nombre d'années. Il entreprend
dans ce livre de rendre
fenfible une chofe , où les plus
habiles gens des ficcles paffez
ont échoué ; & on peut dire
que e'eft un deffein où s'il luy avoit
été glorieux de réüffir, il ne
luy auroit pas efté honteux de
58 MERCURE
fuccomber aprés tant d'excellens
Philofophes qui l'ont tenté
inutilement. C'eft en effet
un de ces myfteres qui ne font
point à la portée de la raiſon
humaine. Le livre de l'Accord
de la Foy de la Raifon eft pourtant
un des plus beaux ouvrages
que nous ayons
fur cette
matiere ; l'édition qu'on en a
faite dans les Pays étrangers en
eft une preuve inconteſtable.
Mr Regis eft mort à l'Ho .
ftel de Rohan , où il demeuroit
depuis plufieurs années.
Feu Monfieur le Duc de Rohan
l'honoroit d'une amitié
GALANT 59
particuliere , & le Duc qui porte
aujourd'huy le même nom ,
avoit pour luy les mêmes égards
qu'avoit feu Mr fon pere.
C'elt dans cet Hoftel où
Mr Regis affembloit à certains
jours de la femaine depuis plufieurs
années , les plus habiles
Philofophes de Paris , & que
l'on y agitoit les plus belles
matieres de la Philofophie.
Les Sçavans viennent de faire
confiderable par la
une perte
mort de Mlle Petit : elle joignoit
à une pieté tres - exemplaire
, puifqu'il
fe paffoit
peu
de jours dans l'année
qu'elle
ne
60 MERCURE
reçût la fainte Euchariftic , un
efprit tres- éclairé . Elle fçavoit
parfaitement les principes de
la Religion chreſtienne , mais
ce n'eftoit pas aux fimples queftions
du Catechifme que fes
lumieres fe bornoient ; elle
avoit penetré dans les queftions
les plus épineufes de la
Theologie ; & elle fçavoit fur
les matieres de la Grace la plus
pure doctrine de l'Eglife , &
fur ce chapitre elle eftoit bien
éloignée de la difpofition de
certaines perfonnes de fon fexe
qui s'attachent par entêtement
& par préjugé à un party pluGALANT
61
1
toft qu'à un autre ; elle fuivoit
la doctrine la plus conftamment
reçue dans l'Eglife , ſoit
par l'approbation des Souverains
Pontifes , foit par les décifions
des Conciles , & en fuivant
cette doctrine autorifée
par tant de faints Oracles , elle
avoit encore voulu eftre perfuadée
par elle - même qu'elle
n'abandonnoit pas la route du
grand S. Auguſtin ,f & elle estoit
fur ce fujet plus d'une fois entrée
en difpute avec ceux qui fe
prétendant les veritables Difciples
de ce S. Docteur , foûtiennent,
fous des noms équivalens
62 MERCURE
le dangereux dogme de la Grace
neceffitante. Mlle Petit étoit
auffi bonne Philofophe qu'elle
eftoit bonne Theologienne.
Elle fçavoit parfaitement la
Philofophie de M Gaffendi ; &
elle eftoit toûjours prête à def
fendre le fentiment de ce Philofophe
, qui eft auffi commun
à Mr Defcartes , fçavoir : qu'il
n'y a dans les corps aucune pefanteur
naturelle abfoluë ; &
dans les Conferences où elle fe
trouvoit , perfonne ne réüſſiffoit
mieux qu'elle à montrer
l'évidence de ce principe des
Gaffendiſtes
, que des corps en
GALANT 63
équilibre dans une balance
pour avoir une maffe égale font
tirez également par des atomes
crochus ; ce qui n'eſt pas toutà
fait conforme à l'opinion
des Cartefiens , qui difent
que
la force du tourbillon les preffe
autant d'un cofté que d'autre ;
il y avoit peu d'ouvrages d'efprit
& de doctrine dont Mlle
Petit n'eut fait la lecture , &
les confequences qu'elle en tiroit
eftoient toûjours auffi juf
tes que folides. Mlle Petit avoit
choifi un Directeur dont les lumières
pouvoient égaler les
frennes ; c'eftoit à un Religieux
64 MERCURE
Minime , celebre par fa vertu
& par fon érudition , mais que
fa modeftie m'empêche
de
nommer , qu'elle avoit confié
le foin de fa confcience. Elle
auroit pû vivre plus long- temps
fi elle avoit voulu recevoir les
fecours de la Medecine. Elle
eftoit d'Amiens , & foeur d'un
des principaux Officiers du Prefidial
de cette Ville. Les legs
pieux qu'elle a faits dans fon
Teftament
, font de grandes
preuves de fa pieté.
MN... de Boiftel, Seigneur
de Chaſtignonville
, Confciller
en la troifiéme Chambre
GALANT 65
1
des Enqueftes du Parlement de
Paris , eft mort fans laiffer d'en
fans de Dame N... de Roger
fon époufe , & fille de M' N...
de Roger , Confeiller au Chât
télet . Il eftoit coufin germain
de Mile Boiftel , Confeiller en
la même Chambre , qui a époufé
Mlle le Boults , & de M. l'Ab :
bé le Boiftel qui demeure de
puis plufieurs années dans le
Seminaire de S. Magloire , où
il donne de grands exemples
de picté. La famille de Mle
Boiftel eft fort ancienne à Paris ,
elle a donné aux Cours Supe÷
rieures de cette Ville plufieurs
Février 1707……… Fitas
66 MERCURE
Magiftrats d'un grand merite.
Un des ayeux de celui dont je
vous apprens aujourd'huy
la
mort , le diftingua fort fous
le regne du Roy Henry III .
par fa fidelité & par fon zele
pour le fervice de fon Prince.
Il parut toûjours fort contraire
aux deffeins des Ligueurs , & il
fut un de ceux qui déconcertérent
le plus fouvent leurs
jers feditieux. Le Duc de Guife
qui fut affaffiné aux Etats de
Blois , le rechercha pluſieurs
fois , & n'oublia rien pour l'at
tirer dans fon party , mais les
foins de ce Prince furent inutiles
: ce grand Magiftrat deproGALANT
67
meura inébranlable , & fa fidelité
ne put recevoir aucune
atteinte . Il n'eut pas moins de
zele pour le fervice du Roy
Henry IV. qu'il en avoit eu
pour celuy d'Henry III . Il
demeura attaché à ce Monarque
jufqu'à la mort. Ie
pere de ce grand Magiftrat
avoit paru avec éclat à la Cour
d'Henry II. où la Reine Catherine
de Medicis l'avoit employé
en diverfes affaires de
confequence. Il avoit fait pour
le fervice de cette Princeffe plufieurs
voyages en Italic ; on dit
même qu'il en ramena Câme
Fij
63 MERCURE
4
Rageri , qui s'y eftoit retiré.
pour quelque mécontentement
qu'il avoit reçu de cette Reine .
La famille de M' Boiftel a auffi
donné de grands fujets à l'Eglife
. Un Religieux de ce nom
fut dans le penultiéme fiecle
une des plus grandes lumieres
de l'Ordre de S. Benoift. Il joignoit
à une
à une connoiffance
tresparfaite
de la Theologie Scholaftique
, une vertu & une pieté
éclatante ; il en donna des marques
dans les differens emplois
qu'il exerça dans fon Ordre. Il
compofa des ouvrages de pieté
aufquels fa modeſtie l'empêcha.
GALANT M69
de mettre fon nom . Il avoit efté
lié avec faint François de Sales ,
& c'eft de luy que ce Saint parle
dans une de fes Lettres
fans le nommer , comme d'un
grand ferviteur de Dieu , &
d'un homme qui avoit fait de
grands progrés dans la vie fpirituelle
. M'Boiftel qui vient de
mourir , eftoit un tresbon Juge
, & il avoit acquis beaucoup
de reputation dans l'exercice
de fa Charge. Il joignoit à un
grand defintereffement une
grande application aux fonctions
de fon Miniftere. Il eft
mort dans un âge affez avancé.
70 MERCURE
Je vous appris l'Efté dernier
que M d'Orvilliers avoit efté
nommé Gouverneur de l'Ile
de Cayenne ; il eſt heureuſement
arrivé dans ce Gouver
nement , ce que vous pourrez
voir dans la Relation que je
vous envoye , qui contient tout
ce qui s'eſt paffé pendant fa
route.
EXTRAIT
D'une Lettre de Cayenne du
2 Novembre 1706 .
с
Le 14. Juillet à la pointe du
jour nous levames l'ancre d'un
GALANT 71
vent de N. N. E. avec la Flotte
de Canada & celle des Ifles ,
nousfortimes par le pertuis d' Antioche
au nombre de 26. voiles ..
La Gaillarde , avec une Fregate
marchande eurent ordre de faire
= pendant lejour l'avant-garde à la
veie de la Flotte & de s'y joindre
le foir ; il parut le lendemain matin
derriere la Flotte trois Vaif
feaux qui s'en approcherent affez
pour la reconnoiftre ; mais il ne
nous inquieterent point dans noftre
routte que nous continuames à
O.S.O. Nous eúmes encore les
jours fuivans les vents de N.
N. E. affez frais jufqu'a l'Eſt,
72 MERCURE
qui nous auroient bien fait faire
du chemin fi nous n'avions efté
retardez par quelque mauvais
voiliers aufquels , il falloit proportionner
noftre voilure. Le 19 .
aprés midy par les 45 degrez 2.m.
de latitude les 2. d. 46. m. de
longitude. Mrs de Saujon
Defcartes s'eftimant fuffifament
bors les Caps pour fe feparer prirent
chacun leur route , le premier
avec la Flotte de Canada
O. - N. O. & nous avec celle
de les au S. OS.
Le 23. un petit marchand
ayant tiré quelques coups de fufil
mit fon pavillon en pane , Me
Defcartes
GALANT 73
1
Defcartes y envoya fon Canor.
Nous n'avons point fçû dequoy
il s'agiffoit , les vents quijufqu'à ce
jour nous avoient étéfavorablesfe
rangerent de l'avant pendant la
nuit du 24. on défcouvrit à la
pointe du jour au vent à nous
trois Vaiffeaux , un defquels fe
détacha le foir pour venir nous
reconnoiftre , & auffi- toft revira
de Bord. Le Commandantfitfignal
à la Flote de fe refferrer auprés de
luy , ce qui n'eftoit pas poffible à 2 .
de nos Baftimens qui eftoient tout
à la vûë de nous , à moins de les
attendre cofté en travers ; ce que
nefit pas MrDescartes ; il cargua
Février
1707.
G
74 MERCURE
feulementfes baffes voiles , & courut
de l'avant toute la nuit ,fi bien
qu'ils ne nous rejoignirentpas cette
nuit.
Le 28. les vents qui avoient
commencé la veille à fe rangerfoiblement
au Nord- Eft , fe fortifierent
, les vents alifez commencerent.
Nous nous eftimions pour
lors à cinquante lieuës N.
Madere
.
S.de
Le 29 , à trois heures aprés minuit
la Charente ayant faitfignal
qu'il y avoit dans la Flote un
Baftiment étranger , le Commandant
s'en approcha & luy donna
chaffe ; nous le fuivîmes à toutes
GALANT 75
voiles dehors , & nous connûmes
aujour que c'eftoit une Quaiche.
M Defcartes mit Pavillon Anglois
, qu'il affura d'un coup de canon;
la Quaiche en mit un blanc ,
ne difcontinua pas de prendre
chaffe jufqu'à neuf heures , que
Mr Defcartes ne pouvant lajoindre
mit côté en travers pour attendre
fa Flote . Ce petit Baftiment
fit la même manoeuvre & ayant
fait fervir en même temps que
nous il s'aprocha de ceux de nos
Vaiffeaux , qui estoient les plus
éloignez . Sa fanfaronade luy fût
fatale , carayant été aprés midy de
maftéde fongrand maft, Mª Def
Gij
76 MERCURE
cartes le joignit , & aprés en avoir
tiré les prifonniers , le fit couler
bas. Le 30. par les 22. degrez
minutes de latitude , & les 358.
degrez 6. minutes de longitude , les
ن ب
6 .
vents de N. E. continuant tresbons
, M d'Orvilliers ſe voyant
dépaffé l'Ile de Madere , & que
la route de M Defcartes ne s'accommodoit
pas avecla fienne , cargua
fes baffes voiles pour l'attendre
, luy demanda la liberté de
fairefa veritable route , dont ils
convinrent. Nous luy demandames
des nouvelles de la Quaiche
qu'il avoit prife le foir precedent :
il nous dit que c'eftoit un Anglois
GALANT 27
77
venu à Madere pour y charger des
vins , & que les prifonniers rapportoient
que depuis peu de jours
cinq Vaiffeaux de guerre Anglois
eftoient partis de S. Michel pour
les Illes de l'Amérique. Aprés nous
eftrefouhaité de part d'autre un
bon voyage , chacun pritfa route ,
eux au S. O. & nous au S. S.
O.
Le 3. Aouft nous paffâmes le
Tropique du Cancer par les
d. 21.m. de longitude.
353.
Le 6. comme nous nous eftimions
prés des Ifles du Cap verd , on fit
pendant la nuit toute l'attention
neceffaire en pareille occafion ,
Giij
78 MERCURE
tin ,
effectivement à 6. heures du manous
reconnúmes 8. à 9. lieues
au vent ànous l'Ile de S. Antoine,
qui eft une terre fort élevée ; cette
connoiffance nous fit plaifir , parce
qu'elle affuroit noftre route.
Fufqu'icy noftre navigation avoit
avoit efté fort heureuse , & nous
comptions avecle fecours des vents
alifez , acheverenpeu noftre voyage,
mais noftre efperancefut trompéespremierement
la hauteur commença
à nous manquer ayant le
Soleilau Zenit , &pendant trois
jours nous eûmes les vents fifoibles
qu'ils differoient peu du calme.
Le ix. aprés midy ils fauterent
GALANT 79
tout d'un coup au S. O. & du
depuis jufqu'au 23. nous les cúmes
toûjours forcez & variables depuis
le S. O. jufqu'à Q. N. O.
avec des grains tres-pefans mêlez
de groffes pluyes qui incommodoient
fort nos équipages.
Enfin ce vent contraire aprés
nous avoirfatigué pendant douze
jours , calma ; &le 23. Aouſt il
fe rangea fur le foir au S. S. E.
où il fraîchit pendant la nuit.
Le 24. noftre hauteur obſervée
à midyfe trouva de 4. degrez 48 .
m. qui eft celle de Cayenne . Quoy
que pour lors noftre veritable route
Semblaſt eſtre l'Ouest ; cependant
D iiij
80
MERCURE
nous nefimesporter qu'à O. S.O.
à deffein de gagner deux cent lieuës
au ventjuſqu'à la hauteur de deux
degrez , parce que le long de cette
Cofte les eaux qui fortent de la
riviere des
Amazones , jointes aux
marées , font un courant fi rapide
que plufieurs Navigateurs y ont
efté trompez. Nous eumes toujours
depuis les vents tres - favorables
pour noftre route , & le 27. ayant
attrapé la hauteur que nous cherchions
, nous arrivâmes à Ouest ,
prenant un peu de Sud , afin de
nous entretenir contre les courans ,
dont nous
commencions à nous ap÷
percevoir. Nous continuâmes cette
GALANT 8
route , faifant 3.5 . lieuës plus ou
moins par 24. heures , fans cepen-.
dant trouver changement d'eau.
ny fond ; ce quiinous impatientoit
fort , & nous fit juger que nos
Pilotes s'eftoient trompez dans
leur route , nous avoient mis
cent lieuës à l'Ouest plus qu'il ne
falloit.
Enfin le 3. Septembre nous trouvâmes
fond à 40. braffes , &
pendant la nuit on continua de
fonder d heure en heure , avec diminution
de fonds , à peu prés de
deux braffes par lieue , & le fable
de plus en plus vafeux.
Le s. nous vimes la terre à
82 MERCURE
diſtance defix àfept lieües, &nous
continuâmes noftre route le long de
la Cofte la fonde à la main , parce
qu'elle est fort plate , & qu'on ne
trouve à vue de terre que fix à
Sept braffes ; le fond eft auffi vafeux
& les eaux auffi troubles
qu'à Rochefort , & les couransy
fontfi violens qu'il faut de neceffité
étaler les marées.
quatre
Le 8. nous paffames le Connêtable
, qui eſt une groſſe roche
éloignée de
lienes de terre
ferme, à l'entrée de la nuit
nous moüillâmes dans la rade foraine
de Cayenne , oùl'on nous.envoya
deux Pilotes qui entrérent
GALANT 83
le lendemain le Vaiffeau en rade ;
auffi-toft qu'il fut moüillé je defcendis
à terre.
Je crois que le détail que
vous trouverez dans l'Article
fuivant de tout ce qui fe paffe
lorfqu'un Chevalier de Malthe
fait fes voeux , vous paroiftra
curieux & nouveau ; vous en
trouverez un dans l'article fuivant.
Noble Frere Jean- François
Fraguier, Chevalier de l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem ,
vient de faire fes voeux dans le
Temple du Grand Prieuré de
France , entre les mains de
84 MERCURE
Religieux Seigneur Frere Nicolas
de Gaudechart de Bachevillé
, Commandeur de Maupas
& du mont de Soiffons ,
confequence d'un Bref de Sa
Sainteté enregiftré à Malthe
dans la Chancellerie de cet
Ordre. M' le Prieur- Curé du
benir
Temple commença par
l'épée nue du nouveau Chevalier
qui eftoit vêtu d'une robe
longue : Mr le Commandeur
élevé fur une eftrade & affis
dans un fauteuil , luy mit cette
épée au côté, en difant ;Je vous
ceins cette épée la mettant à voftre
cofté au nom de Dieu Tout- PuifGALANT
85
fant , & de la glorieufe Vierge
Marie, de Monfieur Saint Jean-
Baptifte noftre Patron , & du
glorieux Saint George , à l'honneur
duquel recevrez l'Ordre de
Chevalerie. Puis le Novice tira
fon épée & l'ébranla trois fois
dans l'air au nom de la Sainte
Trinité. A peine eut il remis
fon épée dans le foureau
Mr le Commandeur de Bachevillé
l'en retira & dit en luy
en donnant trois coups fur
l'épaule ,je vousfais Chevalier,
c. Mr le Chevalier de Thumery
de Boiffife , luy mit enfuite
les Eperons dorcz.
que
86 MERCURE
Le nouveau Chevalier aprés
avoir communié de la main
de Mr le Prieur - Curé du Temple
, qui celebra la Meſſe , alla
Te mettre à genoux devant Mr
le Commandeur , qui l'interrogea
long- temps felon la formule
ordinaire ; qui luy commanda
enfuite d'aller prendre
le Meffel fur l'Autel ; de le luy
apporter , & de mettre les
mains fur le Saint Canon , fur
lequel il prononça les voeux
folemnels de la Religion. Il luy
mit alors le Manteau à bec
chargé de la croix blanche à
huit pointes , & luy expliqua
GALANT 87
> les huit beatitudes , dont elles
font le fymbole. Il y ajoûta le
Cordon de foye , qui reprefente
les principaux inftrumens de la
Paffion de Noftre Seigneur , &
aprés quelques prieres prononcées
par le Celebrant tourné
vers l'Affemblée , le nouveau
Profez alla embraffer tous les
Commandeurs & Freres de
l'Ordre qui eftoient là comme
témoins parmi lesquels fe
trouverent Mrs les Commandeurs
Perrot , de Caumartin ,
de Briçonnet , & c . On le con--
duifit aprés la ceremonie dans
le Refectoire, où eftant à terre
88 MERCURE
fur un tapis , ou luy fervit feulement
l'eau , le pain & le fel ,
que l'Ordre venoit de s'engager
de luy fournir , aprés quoy
Mr de Bachevillé donna un dîné
magnifique.
Mr le Chevalier Fraguier
eft fils de Mre Nicolas Fraguier
Confeiller au Parlement,
qui a eu 3. fils & une fille , qui
époufa le 29. Juin 1700. Mr
de Catinat , neveu du Maréchal
de ce nom. Mre Martin
Fraguier de Buffy, qui eſt l'aîné,
fut reçû avec diftinction Confeiller
au Parlement le 10. Février
1706. Le Chevalier dont
GALANT 89
je viens de parler ; eft jumeau
de ce Confeiller : le troifiéme
eft prefentement à Malte &
acheve fes Caravanes ; il a efté
reçû de minorité , en forté
qu'à l'age de 2 1. an , il ſe trouve
avoir 20 , ans d'ancienneté.
dans l'Ordre .
Je ne vous dirayrien des filiations
, & des alliances de cette
famille , vous en ayant parlé au
mois de Juillet 1700. lorfque
Mlle Fraguier foeur du nouveau
Profez , époufa Mr de Catinat ;
cette famille a toujours rempli
avec honneur des emplois
confiderables . Guillaume Fra-
H Février
1797.
90 MERCURE
en
guier qui fut tué à la Bataille de
Guinegafte au mois d'Aouſt
1479. eftoit frere de Mre Louis
Fraguier Evefque de Troyes
dont il eft parlé dans le Traité
des Libertez de l'Eglife Gallicane
en 1460. fait par Mr Pithou .
Aprés vous avoir parlé d'un
homme qui vient de quitter le
monde fans abandonner fa
vie , je dois vous parler de la
naiffance d'un jeune Seigneur
qui n'en goutera pas fi- toft les
douceurs . C'eft de celle du fils
de Mr le Duc d'Uzés , nommé
Comte de Cruffol , fur la naiffance
duquel Mr Simar a fait
les vers fuivans.
GADANT 91
V
Enez , aimable Enfant , venez
d'un nom illuftre
Et dans tous les temps repelte :
Soutenir la gloire & le luftre ,
En confacrant le vostre à l'immortalité.
D'une heureufe fecondité
Vous etes le precieux gage,
Par la vertu même allaite,
Croiſſez en gloire comme en age:
En vous voyant , Fail enchanté
Ignore ce qu'il doit admirer davan-
Oules Graces , les feux , les Ris ,&.
la Beauté ;
Ou la douce & noblefierté
Qui brille fur votre viſage.
Mais , à Ciel , quel beureux pré-
Tage T
Vous naiffez prefque in mime
temps ,
92 MERCURE
Qu'ADELAIDE accorde à nos defirs
ardens
Un Heros , qui des Dieux eft le plus
bel ouvrage :
COMTE , vous luydevez un legitime
hommage
Mais que voftre deftin me paroift
glorieux ,
Puifque vous avezl'avantage,
De ne ceder qu'au fang des
Dieux.
Le jeune Comte qui vient
de naître ne tiendra pas fi-toft
e langage qui fait le fujet des
Vers fuivans , puifqu'ils renferment
une declaration d'amour.
Ces Vers font de M
Guidin de Blois,
GALANT
93
CEſſezpetits oifeaux , ceffez vos
doux
ramages !
N'infultezplus aux maux que je
reffens !
Et n'interrompez point l'Echo de ces
bocages,
Qui s'accordefibien à mes triftes accens
:
Ecoutez, comme moy , cette Nimphe
fenfible ,
Qui , de fon Palais invifible ,
Me rend plainte pour plainte , &
foupirs pourfoupirs.
Que mon fort feroit doux ! dans le
mal qui me preffe ;.
Si , comme elle, l'ingrate , qui fait
mes déplaifirs ,
Me rendoit quelquefois tendreſſe
pourtendreße:
S
Je languis la nuit & lejoura
94 MERCURE
Et je fuis tout mélancolique ;
On dit que c'est le mal d'Amour ;
Et que ce mal fe communique :
En effet je l'ay pris de vous ;
Je n'ayjamais pu m'en deffendre:
Ah ! belle Iris , que mon fort feroit
doux !
Si jepouvois à mon tour vous le rendre.
Il y a long - temps que celuy
qui fait le fujet de l'Article fuivant
, ne doit plus eſtre en eſtat
de faire de pareilles declarations
d'amour.
•
Le Roy a donné l'Abbaye
de Warneton au Pere Def
obry , Religieux de la mefme
Abbaye. Il eft generalement
GALANT
95
eftimé dans fon Ordre & tous
ceux qui le connoiſſent ont
aplaudy au choix de Sa Majeſté
, pour remplir cette dignité.
En effet ce Religieux joint à
une naiffance confiderable & à
une profonde érudition , une
vertu & une pieté folide . Il a
poffedé les principales Charges.
de l'Abbaye de Warneton
dont il eft aujourd'huy Abbé ,
& il a eu fouvent occafion d'y
donner des preuves de fa pieté
& de fa doctrine : elle a toujours
efté pure & hors des at
teintes de la nouveauté . Il a
paru tel que je le reprefente
>
96 MERCURE
dans toutes les occafions où il
selt
agi de foûtenir la faine
Doctrine . Son zele a efté ſoutenu
par de grandes lumieres :
elles luy ont cfté utiles dans le
gouvernement
de fa Maiſon ,
& elles luy ont acquis une folidé
réputation dans tout l'Ordre
de Saint Benoift , dont il
eft un des plus dignes membres.
L'Abbaye de Warneton
eft celebre dans l'Hiftoire
par
fon ancienneté , & par les fu
jets qu'elle a produits , princicipalement
dans le penultiéme
fiecle.
Le Roy donna dans la pro
motion
GALANT 97
motion des Benefices que Sa
Majefté fit à Noël dernier
l'Abbaye d'Argenfoles , à une
Religieufe de cette Abbaye ,
qui porte le nom de la Bretéche ,
croyant qu'elle eftoit de la famille
de ceux de ce nom , qui
fe font tous fignalez au ſervice
de Sa Majefté , & dont le nombre
eft fi grand que je ne vous
ay point encore parlé de famil
le fi nombreufe. Ce Monarque
ayant fçu que la Religieuſe
dont je viens de vous parler
n'eftoit pas de cette famille ,
& qu'ellé eftoit originaire
Février
1707. I
98 MERCURE
Soiffons , l'expedition de fon
Brevet fur fufpenduë ; mais
ayant efté enfuite informé qu'-
elle meritoit la grace qu'il avoit
cru faire à une autre Sa Majefté
luy a fait expedier fon Brevet.
Je ne vous dis rien davantage
, eſtant perfuadé que vous
voyez comme moy que le Roy
eft grand dans tout ce qu'il
fait.
La Lettre qui fuit vient d'un
de ceux qui ont eu part aux
Feftes dont elle parle. Jay cru
vous la devoir envoyer de la
même maniere qu'elle a efté
écrite.
REQUE
4
DE
LELA
VILLE
GALANT 99 %
Depuis que Son Alreffe Serm
niffime Madame de Nemours eft
de retour à Paris on folemnife cet
heureux jour dans tout le Comté
de Neuchatel de Valangin.
Voicy ce qui s'eft fur tout
paffé dans deux des principaux
lieux du Comté de Valangin , à
ce fujet ;fur les dix heures du matin
du jour que cette Feftefut inftituée
, tous les hommes capables
de porter les
àLocle & àla Chaux de Fond.
armes , fe trouverent
Ily avoitfix Compagnies à Locle
& quatre à la Chaux- de- Fond.
Les Officiers , aprés avoir exhorté
ces Troupes à eftrefideles & obéif-
I ij
100 MERCUKK
fantes àSon AlteffeSereniffime,&
continuer leurs voeux pour la
confervation de la vie de cette Sacrée
Princeffe , on fit des décharges
generales , & tout le monde
tant hommes quefemmes , ع و ب&
enfans
teffe Sereniffime Madame nôtre
Souveraine Princeffe , pendant
que les Troupes rechargeoient
leurs armes. Ily avoit dans un
Char de Triomphe , fix fortes
d'Inftrumens ; quatre jeunes filles
, & deux garçons qui chantoient
une chanfon de leur compofition
, qui convenoit au fujet de
leur joye , & qui exprimoit parcria
Vive Son AlGALANT
101
faitement les fentimens de leurs
cours. Peu de temps aprésfoixante
Cavaliers monterent à cheval
à la Chaux - de - Fonds , pour fe
-rendre à moitié chemin de Locle ;
ce Char de Triomphe marcha efcorté
de buit Cavaliers & defeize
Fantaffins. Nous continuames
noftre marchejufqu'au lieu où nous
rencontrames la Cavalerie de Locle
qui eftoit rangée dans un grande
→ Prairie. Aprés qu'on se fut falué
de part & d'autre à coups depiftolets
, les Officiers mirent pied à
terre. On dreffa une table au milieu
de la Campagne chargée d'une tresbelle
collation ; les Cavaliers au
I iij
102 MERCURE
1
nombre de deux cent , demeurerent
àcheval, pendant que les Officiers
de part & d'autre burent &
mangerent enfemble. On but à
lafanté de noftre Auguſte & Sereniffime
Princeffe , au bruit &
aux décharges de la Moufqueterie ,
compofée de huit cens Soldats qui
eftoient campez fur une hauteur
vis-à- vis de nous. Cette réjouiffance
qui fe fit fur le gazon , jufques
à quatre heures dufoir , qu'on to
Je fepara pour aller mettre le feu
chacun à des tas de bois de quinze
à vingt chars , où l'onfut jusqu'à
huit heures du foir, en continuant
les cris de joye & de réjouiſſance.
GALANT 103
Chacun illumina, fest feneftres.
Cette illumination fut des plus
brillantes , puifque de fimples par
ticuliers trouverent moyen deplacer
jusqu'à quarante lumieres à
leurs feneftres. Ily en eut même
qui ne pouvant à leurgré en mettre
affez devant leurs maifons , en
attacherent à des arbres qui n'en.
eftoient pas éloignez . Ces illuminations
eftant finies , il y eut un
grand Bal , qui dura jusques à
quatre heures du matin.
M' de Polaftre , Seigneur de
Peyrefitte , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , & Gou-
I
j
104 MERCURE
verneur du Fort - Griffon de
Befançon , eft mort fubitement
âgé de foixante - douze ans
aprés avoir fervi le Roy pen .
dant 49. ans. Ce Gentilhomme
joignoit un à grand fang froid ,
un grand courage , dont il a
donné des preuves aux Sieges
de Douay & de Lille , & à celuy
de Nimegue , où il fut bleffé
à la jambe , qu'il luy fallut
couper. Il reçut cette bleffure
en repouffant les ennemis qui
avoient fait une fortie , jufque
dans la Place , où M " de Polaftre
fon frere fut pris & bleſſé
à l'oeil , qu'il perdit en cette ocGALANT
105
cafion. Ils eftoient tous deux
Capitaines dans le Regiment
de Sault ; ils eftoient d'une noble
& ancienne maiſon établic
dans le haut Languedoc , depuis
deux ficcles , à laquelle
l'amour des Armes & de la
Juſtice , femble hereditaire , &
qui a donné des Officiers diſtinguez
aux Armées de ſa Majeſté
& des Rois fes Predeceffeurs
& de grands Magiſtrats à
la Robe ; il y a encore aujourd'huy
un Confeiller de la
grand Chambre du Parlement
de Toulouſe , & un premier
Prefident au Prefidial de Caf106
MERCURE
telnaudarry , & qui font voir
dans l'exercice de leurs Charges
beaucoup de capacité &
d'integrité. Ce dernier avant
que d'eftre reveſtu de cette
Charge , avoit fervi avec diftinction
pendant douze ans en
qualité de Capitaine. Il a efté
employé à la Cour de Rome
pour des affaires importantes ,
où il s'eft fait estimer & aimer
de plufieurs Cardinaux & des
perfonnes les plus diftinguées
de cette Cour.
Mr N .... de Cauret de
Tagny , Abbé de Beaulieu ,
Diocefe de Boulogne , eft mort
GALANT 107
dans un âge affez avancé. Il
eftoit frere de feu M' le Marquis
de Tagny , Seigneur de
Coigniers prés de Versailles ,
qui mourut il y a trois ans , &
qui laifla M' le Marquis de
Tagm Officier de Marine
& deux filles , dont le me
rite & les agréemens font
connus de tout le monde . M
l'Abbé de Tagni eftoit auffi
frere de M' le Comte de Tagni
, qui avoit épousé une parente
de Mr l'Electeur de
Treves : cette Dame n'avoit
époufé Mr le Comte de Tagni
qu'en quatrieme noces ;
108 MERCURE
elle avoit eu de fon premier
mariage feuë M° de Courcelles
, dont la beauté a tant fait
de bruit il y a quelques années.
M' le Comte de Tagni n'a
point eu d'enfans de cette Dame
, qui mourut il y'a cinq ou
fix ans. La Maiſon de Cauret ,
dont M ' le Marquis de Tagni
eft aujourd'huy le chef , eft
une des plus illuftres de Normandie.
Elle eſt originaire d'Ir
lande , où elle a tenu un rang
tres- conſiderable pendant plufieurs
fiecles , & d'où elle paffa
en France , il y a prés de deux
cens ans. Depuis qu'elle eft étaGALANT
09
blie dans ce Royaume ; elle s'y
cft alliée aux plus grandes Maifons
; fçavoir , à celles de Lenoncourt
, d'Eſtouteville , & à
plufieurs autres de ce rang. M
l'Abbé de Tagni qui donne
licu à cet Article , eftoit encore
plus recommendable par fon
merité & par fes qualitez perfonnelles
, que par l'éclat de
fa naiffance. Il avoit beaucoup
d'efprit, un grand naturel pour
les fciences , qu'il avoit cultivées
pendant fa jeuneſſe ; il
eftoit auffi tres -appliqué aux
devoirs de fon cftat . Illes rempliffoit
avec une exactitude édi110
MERCURE
fiante , & rien ne pouvoit le
détourner de l'attention qu'il
y donnoit . Il joignoit à cela
beaucoup de nobleſſe dans ſes
manieres ; il vivoit dans fon
Abbaye avec l'éclat d'un homme
de fa naiffance. Sa maifon
eftoit ouverte à toutes les perfonnes
de qualité & à tous
ceux qui avoient quelque reputation
d'efprit. M' l'Abbé de
Tagni qui en avoit beaucoup ,
avoit un gouft fingulier pour
tous ceux qui avoient la réputation
d'en avoir.
Mª la Marquiſe de Longchefne
, foeur de M' le Duc de la
GALANT III
Ferté & du Pere de la Ferté Jefuite
, eft morte , ayant Lurvécu
peu de temps à M la Marquife
fa belle mere. Elle étoit
fille d'Henry de Senneterre
Maréchal de France Marquis
de la Ferté , de Saint Aubin
, la Louppe &c. Chevalier
des Ordres du Roy , & Gouverneur
des trois Evêchez de
Mets , Toul , & Verdun , &
de Dame N... d'Angennes
la
Louppe , foeur de M la Comteffe
d'Aulonne.M ' le Maréchal
de la Ferté cftoit fils d'Henry
Seigneur de Sennectere & de
la Ferté-Nabert, Chevalier des
112 MERCURE
Ordres du Roy , mort le s
Janvier 1661. & de Marguerite
de la Châtre fille de Claude
de la Châtre Maréchal de
France & Chevalier des Ordres
du Roy , & de Jeanne Chabot.
Henry de Sennectere étoit
fils de François Seigneur de
Senneterre & de la Ferté-Nabert
, Chevalier des Ordres du
Roy , Capitaine de Cinquante
hommes d'armes , & de Jeanne
de Laval , fille de Gilles de Laval
Baron de Maillé , Seigneur
de Roche Courbon , & de
Loüife de Sainte Maure . François
de Senneterre eftoit fils de
GALANT 113
Nectaire Seigneur de S. Nectaire
, dit par corruption Sennectere
, & de Magdeleine
Décampes Dame de la Ferté-
Nabert. Nectaire eftoit fils
d'Antoine & de Marie d'Alegre.
Je n'entreray pas plus
avant dans la genealogie de
l'illuftre maifon de la Ferté ,
parce que fi on vouloit rapporter
tous les monumens
que l'hiftoire nous en a confervez
on pouroit prefque remon
ter jufqu'au fixiéme fiecle auquel
temps S. Nectaire eftoit
Evêque d'Auvergne ; ce Saint
a donné le nou qu'il portoit.
Février 1707
. K
114 MERCURE
à tous fes defcendans Collateraux
& la plufpart mefme pour
témoigner leurs veneration
pour la memoire de cet ancien
Evêque , ont affecté de joindre
le nom de Nectaire à leur furnom.
S. Nectaire a eu d'illuftres
fucceffeurs de fa maiſon ; plufieurs
Prelats de ce mefme
nom ont gouverné comme
luy toute l'Eglife d'Auvergne.
Madelaine de S. Nectaire
veuve de Mre N ... de Saint
Exupere , Marquis de Miraumont
, fe rendit celebre par
vertu & par fon courage dans
le 16° . ficcle , pendant les
>
fa
GALANT
115
troubles de la Ligue & fous le
regne du Roy Henry III . Elle
arma plus de trois cens Gentils
- hommes , à la tefte defquels
elle fe mit pour chaffer des
terres qu'elle avoit en Auvergne
, les Rebelles qui y faifoient
de grands défordres . Elle
les battit en plufieurs occafions
& elle eut mefme la gloire de
faire für le fieur de Montal ,
qui en commandoit un corps
confiderable ; & les Hiſtoriens
remarquent que ce General
mourut de douleur d'avoir été
obligé de fuir devant une femme
. M° de Miraumont fit plu-
!
Kij
116 MERCURE
fieurs autres actions de valeur
qui rendirent fon nom celebre;
mais elle fçût toujours accorder
avec cette humeur mar
tiale la retenue & la pudeur
que les perfones de fon fexe &
de fa naiffance doivent conferver
avec une rigoureufe
exactitude. Il n'y a pas longtemps
que je vous ay parlé de
a maifon de Bullion , & je dois
feulement vous faire remar
quer aujourd'huy que Mr le
Marquis de Long- Chefne eft
petit-fils du Surintendant de
cc nom .
Je crois qu'ayant à vous
GALANT 17
parler du Sacre de Mr de Matignon
Evêque de Limoges
je dois vous envoyer la Lettre
qui m'a efté adreffée fur ce fujet
, & qui vous expliquera
mieux que je ne pourrois faire
tout ce qui s'eft paffé à cette
occafion .
palle
A Lyon ce 7. Février.
La ceremonie du Sacre de
Monfieur l'Evêque de Limoges
quifut faite dans cette Ville Dimanche
paffé 23. du mois deFanvier
, a efté accompagnée de quelques
circonftances fi particulieres ,
que j'ay crú que je vous ferois
118 MERCUR E
plaifir , Mr , fi je vous les faifoisfçavoir.
La premiere circonstance qui
a rendu cette ceremonie fort finguquatre
Prelats
liere , eft
que des
qui l'ont
faite
, ily en a trois
qui
font
Comtes
de Lyon
. Ces
trois
Prelats
font
Monfieur
l'Archevêque
de Lyon
;par les mains
duquel
nouvel
Evêque
fut
Sacré
Monfieur
l'Evêque
de
Saint
Flour
qui fut le premier
Evêque
.
Affiftant
, & Monfieur
l'Evêque
de Limoges
, quifut Sacré
.
On avoit même crú d'abord
pouvoir compter fur un quatrième
Prelat Comte de Lyon , comme
GALANT
119
les trois premiers , Monfieur l'Evêque
de Poitiers qui avoit efté
invité , ayant fait efperer qu'il
pourroit fe trouver à Lyon pour ce
Sacre ; mais la trop grande dif
tance des lieux & quelques au
tres obftacles effentiels dérangerent
les mesures qui avoient eſté prifes
, on eut recours à Monfieur
l'Evêque de Bellay dont le Dioceffe
eft dans noftre voisinage. La
feconde circonftance qui a paru finguliere
dans ce Sacre , regarde les
incidens qui en ont fait differer
la ceremonie pendant deux mois
& qui ont contraint Monfieur
l'Evêque de Saint Flour , qui
120 MERCURE
d'ailleurs refidefi exactement dans
fon Diocefe , de refter malgré luy
dans cette Ville durant tout ce
temps - la . Le retardement extraordinaire
des Bulles pour le nouvel
Evêque qui estoient attendue's
chaquejour de Rome , avoient
déja arreſté affez long- temps ici
Monfieur l'Evêque de Saint
Flour , lorfqu'un nouvel incident
encore plus fâcheux , acheva de
mettre à l'epreuve la patience de
ce Prelat ; ce fut une maladie fort
violente fort dangereufe dont
il fut attaqué en fortant de l'Eglife
de Sainte Elizabeth en Belle-
Cour , d'où il venoit de recevoirla
profeffion
GALANT 121
profeffion d'une Religieufe
d'adminiftrer la Confirmation à un
grand nombre de perfonnes auf
quelles ilfut une exhortation tres
touchante pour les difpofer à ce
Sacrement.
Le bruit de cette maladie s'étant
répandu dans cetteVille , tout
le monde futperfuadé que le Sacrè
ne pouvoit eftre fait de fort
long-temps ,parce que le mal de vint
tres - violent en peu de temps ,
que la gangrene s'y estant miſe , il
fallut faire au Malad: des incifions
tres - douloureufes , qu'ilfoû
tint avec toute la patience d'un
gray Chreftien
Février
1707.
avec tout ce
L
122 MERCURE
courage qui femble eſtre hereditaire
dans l'illuftre Maifon d'Ef
taing ; mais on apprit bien-toft avec
une fenfible joye , que ce Prelat
eftoit hors de peril , & aprés quin-
Ze jours , on le vit avec admiration
faire durant deux ou trois
heures la ceremonie du Sacre , d'un
air auſſi tranquille & auffiferme
que s'il avoit joui de la fanté la
plus parfaite.
La troifiéme circonftance qui a
paru digne de remarque dans ce
Sacre , c'eft qu'on n'avoitpoint vi
dans Lyon de pareille ceremonie
depuis cinquante- trois ans ; c'eſt- àdire
depuis le Sacre defeu MonGALANT
123
•ficur Camille de Neufville , qui fe
·fit en 1654. La derniere chofe
que je dois vous faire remarquer,
Monfieur, c'est que ce Sacre a esté
•fait dans l'Eglife de SaintJean ,
fi venerable aux Fideles par fon
ancienneté , qui eft de plus de dix
Siecles ; par de précieux dépoft de
la tefte de Saint Irénée ; de celle de
Saint Cyprien , Evêque de Carthage
, de plufieurs autres Reliques
confiderables qu'ony conferve
; par la dignité de fon Archevêque
Primat des Gaules , & de
fes trente-deux Chanoines Comtes
de Lyon , par la majefté desplus
anciennes ceremonies de l'Eglife ,
Lij
$114 MERCURE
{
que
"'qu'ony a toujours confervées
dans
la Meffe & dans l'Office que l'on
y fait par coeur & fans inftrumens
de Mafiques
up fob nusipel
• C'est dans ce mefme lieu
l'Eglife Grecque fut réunie ily a
432. ans avec la Latine , dans
un Concile general quiy fut tenu
•l'an 1274 par le Pape Gregoire
X. qui en avoit eflé Chanoine
.
Il reste encore aujourd'huy
dans
cette mefme Eglife de S. Jean ,
un Monument
fort fingulier
de
cette Paix Pauquel
peu de gens
font attention
. Pour marquer
que
la réunion des deux Eglifes, Latine
& Grecque
s'eftfaite dans cet enGALANT
125-
droitsiliya en tout temps deux
Croixauxdeux coftez du Maistre ,
Autel sau lieuque dans toutes les
autres Eglifes'il n'ya qu'unefeule
Croix au milieu de l'Autel.
¿ Voilà ce que j'ayi éru devoir
vous écrire fur le Sacre de Monfieur
l'Evefque de Limoges ,auquel
Monfieur l'Arche vefque de Vienne
affifta commeparticulier avec
tout le nombreux Clergé
perfonnes les plus qualifiées de
cette Ville , outre une foule innombrable
de peuple qui remplif
foit cette vafte Eglife & les doubles
Galeries qui environnent.
Jefuis , & c Love
les
Liij.
1261 MERCURE
Il s'eft fait des rejouiffances
dans toutes les Villes du Royau
me pour la naiffance de Mon
feigneur le Duc de Bretagne.
A peine eut - on appris cette
nouvelle à Bayonne que les
réjouiffances y commencérent
d'une maniere qui fit connoître
l'ardeur & la fincerité du
zele de tous les Habitans . La
Reine Douairiere d'Eſpagne affifta
au Te Deum qui fut chanté
, & voulut aller à l'Hoftel de
Ville pour y voir le feu qui fut
fait le foir dans la Place de cet
Hoſtel , & pour y mieux remarquer
la joye du peuple qui
GALANT 127
eftoit affemblé en ce lieu. Les
illuminations furent grandes
par toute la Ville , où l'on alluma
des feux dans toutes les
ruës. Chacun fe diftingua à
l'envi , On ne pouvoit attendre
moins d'un peuple dont le
Gouverneur eft fi zelé & fi attentif
à tout ce qui peut regarde
le bien & la gloire de l'Etat.
L'Augufte Princeffe dont je
viens de vous parler , donna de
plus d'une maniere des marques
d'une joye parfaite.
On chanta le Te Deum à
Montpellier le 22. de Janvier
au fujet de la même naiſſan-
Liiij
128 MERCURE
cc . Monfieur le Duc de Roquelaure
, tout le Clergé & toute
la Nobleffe , fe trouvérent à
cette ceremonie , M ° la Ducheffe
de Roquelaure eftoit dans
unetribune, accompagnée d'un
grand nombre de Dames . On
tira un feu d'artifice à l'iffuë du
Te Deum , & M' le Duc de Roquelaure
, fuivi de toute la Nobleffe
& des Officiers , alluma
le feu de la Ville ; ce feu fe fit à
la Place de la Canourgue , M° la
Ducheffe de Roquelaure eftoit
chez Me Damartin , qui a une
tres- belle maifon dans cette
Place ; on luy donna une collaGALANT
129
à
tion magnifique , où se trouva
Mr le Duc de Roquelaure ;
toute la maiſon eftoit remplie
de leur fuite , qui eut part
cette collation . Mr & Me de
Roquélaure allerent enfuite
chez Me de Bafville , qui leur
donna un fort grand Youpé ,
& le lendemain 23. Mr & Mc
la Ducheffe ayant voulu donner
en leur particulier des marques
de leur joye , firent dire
que la porte de leur Hoftel feroit
ouverte à tous ceux qui
voudroient venir le même jour
à fix heures du foir . L'empref
fement des'y rendre fut grand.
130 MERCURE
Meffieurs les Archevêques &
Evêques qui avoient efté conviez
en particulier s'y rendirent
auffi. Dés que l'on fut en
pleine nuit les rideaux des feneftres
qui donnent ſur le jardin
ayant efté tirez , on remarqua
l'édifice d'un feu d'artifice .
Cet édifice qui cftoit illuminé
par un grand nombre delamperons
, eftoit d'ordre Tofcan. Il
avoit huit toifes de face , & une
baluftrade, au-deffus de laquelle
cſtoient les armes du Roy . Chaque
façade avoit huit pilaftres.
Il y avoit dans celle qui regar
doit l'Hoftel de
Roquelaure ,
GALANT 131
un grand Tableau qui reprefentoit
la France à genoux qui
recevoit le Prince qu'un Ange
luy apportoit. On voyoit aux
coftez de ce Tableau des figures
rehauffées d'or , qui reprefentoient
plufieurs Vertus.
Dans les entre- deux des groupes
des pilaftres , eftoient les armes
de Monfeigneur , de Mon
feigneur le Duc de Bourgogne,
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , &
au- deffus de toutes ces armes
on remarquoit des devifes qui
convenoient au fujet.
132 MERCURE
Les autres façades de cet édi
fice eftoient ornées à peu prés
dans le même gouft ; mais avec
cette difference , que l'on avoit
pratiqué à celle qui eftoit en
dehors & qui donnoit fur l'ef
planade de la Ville , des mafques
marins qui jetterent du
vin pendant tout le jour & toute
la nuit . On avoit placé des
muids de vin dans le jardin
pour les domestiques de ceux
qui eftoient à la Felte . Toutes
ces façades depuis le bas jufqu'au
deffus de la baluftrade ,
eftoient peintes de marbres de
differentes couleurs , & les fiGALANT
133
I
gures & baluftres étoient femts
d'or , ainfi que de grands vafes
C qui eftoient pofez fur les pié-
-deſtaux de la baluftrade , qui
eftdient illuminez par le dedans
& qui jettoient de grandes flames
de feu. Une grande Pyramiders
élevoit du milieu de cet
édificeelle oftoit terminée par
un globe d'azur , orné de fleurs
de lis d'or.
L'illumination ayant fait
pendant quelque temps leplai
fit de l'Affemblée le canon
commença à tirer , & l'air parut
enfuite tout remply d'arti
fice. Le feu ayant achevé de
134 MERCURE
titer , on paffa dans une grande
Salle , où plufieurs Muficiens
chanterent divers morceauxdes
plus beaux Opera , & qui convenoient
le plus au fujet de la
réjouillance publique. On foupa
enfuite , & l'on fervit plufieurs
tables en même temps &
avec une égale magnificence.
Plus de 300 , Perfonnes , de
compte ffaaiitt ,, fouperent fort à
leur aife dans les Appartemens
d'en bas on fervit auffi une
Table dans les Appartemens
d'en haut pour M les Archevêques
& Evêques ; M' de Roquelaure
tenoit cette Table.
GALANT g
Tout le monde but les fantez
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne & de Monſeigneur
le Duc de Bretagne de la ma
niere accoutumée dans ces fortes
de Feftes . Il y avoit longtemps
que l'on n'avoit rien
veu de fi magnifique dans
Montpellier . Toutle palla avec
tant d'ordre que l'on auroit pu
croire qu'il n'y avoit dans la
maifon que la Compagnie de
la Chambre où l'on eftoit . Il
y eut un grand Bal aprés le
fouper , où tout le monde
danfa , excepté M' les Archevêques
& Evêques qui fe reti
S
136 MERCURE
rerent. M & M la Ducheffe
de Roquelaure eftoient dans
deux fauteuils placez fous un
dais. Ce Duc & cette Ducheffe
qui n'avoient point voulu danfer
depuis qu'ils font à Montpellier
, & qui avoient ſeulement
fait danfer devant eux ,
voulurent en confideration du
fujet de la Fefte commencer le
Bal. L'habit de M le Duc de
Roquelaure eftoit de Velours
hoir avec des Boutons d'or
maffif, & fa vefte eftoit d'une
étofe tres riche. Il ne paroiffoit
affez de fond à celuy de
Madame la Ducheffe de RoGALANT
137
] niere
quelaure que pour faire voir
qu'elle l'avoit voulu d'une couleur
modefte ; le devant de
fon corps eftoit de velours noir
tout chamarré de tres belles
pierreries.dlle avoit une
ceinture de diamans , de maque
tout cet ajuſtement ,
joint à l'air grand & majeftueux
que l'on remarque dans
fa perfonne , faifoit que la place
qu'elle occupoit ne pouvoit être
mieuxremplie. On fut charmé
de la voir danfer & kouté
l'Affemblée avoua quell'on ne
pouvoit s'en acquiter avec plus
de grace ; de maniero quordu.
Février 1707
. M
138 MERCURE
tes les perfonnes qui n'étoient
pas placées au premier rang
fe leverent pour lavoir danfer,
ce qu'elle fit aux acclamations
de tous ceux qui ne pouvoient
fe laffer de l'admirer. Cette
Ducheffe dit , que puifqu'elle
avoit danſé elle vouloit que
toutes les Dames ferieufes
& qui avoient quitté la danfe
il y avoit long temps , danfaffent
auffi , ce qui fut executé
& mit beaucoup de gayeté
dans le Bal. C'est ainsi que
finit la Feſte dont on parle encore
aujourd'huy dans toute
la Province.
14
t
GALANT 139
Mr de Paratte , Maréchal
de Camp , & qui commandé
en chefdans le Comté de Nice,
fit chanter , de concert avec le
Clergé , le Te Deum dans
l'Eglife principale de la Ville
qui porte ce nom . Cette Ceremonie
fe fit le 2 3. de Janvier
à quatre heures du foir. Le
Senat y étant arrivé Mrde
Paratte s'y rendit à la tefte du
Corps de Ville , des Officiers
des troupes & de la Nobleffe.
Les François avoient tous des
Cocardes blanches , & les Of
ficiers des autres Nations qui
s'y trouverenten avoient de
J
Mij
140 MERCURE
mêlées de blanc & de bleu , &
les Dames les avoient imitez ,
en ayant mis de pareilles à
deurs coiffures. Lorsque la nuit
approcha tous ces Officiers alderent
prendre au Palais Mr de
Paratte. Ils marcherent en
Corps avec des flambeaux de
cire blanche à la main , pour
aller allumer le Feu de joye ,
au bruit du Canon de Nice ,
de Montalban & de Villefranche
, & de la Moufqueterie de
cinq Bataillons qui étoient
rangez fur la Montagne où
iétoit le Chafteau de Nice , &
·les cinq Bataillons qui font en
M
GALANT 141
ce lieu firent chacun vingt
feux de neuf pieds de hauteur .
Ceux du premier Bataillon de
Flandre formoient un Cercle
au plus haut de la Montagne.
Ceux du fecond for
moient un autre Cercle au
deffous. Ceux du Regiment de
Grignan faifoient voir un troifiéme
Cercle au deffous du fo
cond de Flandre ; le quatrième
étoit formé par les feux du
Regiment de Champigny ; &
le cinquième par ceux du Regiment
de Saillan : de maniere
que ces cinq Cercles qui conrenoient
cent feux formoient
142 MERCUKE
un Collifée ou Amphiteaftre.
Les troupes firent leurs décharges
au milieu de ces feux , ce
qui produifit un des plus bril
lans effets qu'il foit poffible
d'imaginer. Tous ces feux
étoient vûs de trente lieuës ,
tant fur terre que
fur mer mer , &
que
les dél'on
prétend même
charges fe firent entendre auffi
loin du cofté de la mer . Tous
les Habitans de la Ville de
Nice firent de grandes illuminations
, & remplirent toutes
leurs feneftres de lumieres.Unc
partie de la Ville étant en Amphiteatre
fur le penchant de la
GALANT 143
Montagne , & l'autre partie
en plainé , & les maiſons étant
toutes de cinq à fix étages ,
tout ce grand amas de lumieres
qui jettoit une réverberation
dans la mer , produiſoit
un effet auffi merveilleux que
furprenant , & toutes les rues
étant remplies de feux ne paroiffoient
pas moins brillantes
que les maifons. Aprés que
Feu principal , apellé le Feu du
Roy , fut allumé , on n'entendit
dans toute la Ville & fur
toute la Montagne , que des
cris de Vive le Roy . Pendant
que tant de feux brilloient de
le
144 MERCURE
toutes parts , Mr de Paratte fé
mit en marche,fuivy du Corps
de Ville & de toute la Nobleffe
pour aller ouvrir une
Fontaine de Vin qui fortit du
pied d'un Soleil de 14. pieds
de diamettre ; les Armes du
Roy étoient pofées à la pointe
de chacun de fes rayons ; celles
de Monfeigneur
au deffous ;
celles de Monſeigneur
le Duc
de Bourgogne paroiffoient
enfuites, & celles de Monfei
gneur de Duc de Bretagne
étoient au deffous . On lifoit au
deffus du Soleil les paroles fuivantes
, qui font celles de la
Devife
*
GALANT
145
Devife de Sa Majefté : Nec pluribus
impar. Et au deffous : Il
porte partoutfes rayons & l'abon
dance ; le tout eftoit orné de
Trophées d'armes mêlez de flames
& de feftons. Le tout produifoit
un éclat auffi ébloüiffant
que celuy du Soleil , à caufe
de cinquante flambeaux allumez
, qui eftoient derriere ,
& dont l'éclat rejailliffoit jufques
fur le Palais auprés duquel
on avoit placé ce Soleil.
Ĉe Palais eftoit illuminé par
200. flambeaux qui estoient
aux feneftres. Mr de Paratte
qui eftoit à la tefte de toute
Février 1707 . N
146 MERCURE
l'Affemblée qui fe trouva en
ce lieu,beut à la fanté du Roy ,
Squi fut portée au premier Conful.
Ces fantez furent fuivies
par des cris réiterez de Vive le
Roy. Toutes les Troupes defcendirent
enfuite en marchant
en ordre , & M de Paratte
eftant à leur tefte , alla faluër
toutes les Armes de la Famille
Royale. Tous les Officiers &
tous les Soldats bûrent en paſfant
devant ces Armes . La Fontaine
qui eftoit au pied , fournit
du vin jufqu'à minuit . Toutes
les Dames , la Nobleffe , & les
Officiers entrérent enfuite au
GALANT 147
>
Palais , où l'on joua avant le
foupé. Le jeu fini on fe mit à
-table , & M² de Paratte ayant
arauffi - toft demandé à boire ,
bût le premier à la fanté de Sa
Majcité , qui fut accompagnée
de cris de Vive le Roy. Toutes
les Dames , tous les Officiers .
& toute la Nobleffe en firent
de même , & l'on bût enfuite
des fantez de Monfeigneur , de
Monfeigneur le Duc de Bournogogne
, & de Monſeigneur le
A Duc de Bretagne , & l'on bût
en fortant de table à l'heureux
jour que Sa Majesté mariera
Monfeigneur le Duc de Breta-
Nij
148 MERCURE
gne. Mr de Paratte commença
enfuite le Bal avec Me fon
épouſe . On ne peut rien ajoû→
ter à la magnificence
de cette
Fefte , & à l'ordre qui y fut
obſervé , & rien n'eſt égal à la
la joye que les peuples du Comté
de Nice ont marquée en cette
occafion.
Madame de Lanmary , Abbeffe
de Ligueux , toûjours attentive
à tout ce qui peut prouver
fon zele pour la Maiſon
Royale , vient encore d'en dɔnner
de nouvelles marques , en
faifant chanter le Te Deum
pour la naiffance de MonfeiGALANT
149
gneur le Duc de Bretagne, dans
l'Eglife de fon Abbaye où
s'eft trouvée toute la Nobleffe
du voifinage , qu'elle y avoit
fait inviter. Ces actions de graces
ont efté fuivies de grandes
réjouiffances . Cette Abbeffe eft
foeur de feu M' le Marquis de
Lanmary , Grand Echanfon de
France , Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de la Reine
mort à l'Armée d'Italic le 26 .
Juillet 1702. extrêmement regretté.
Il a laiffé plufieurs enfans
, dont l'aîné eft M' le Marquis
de Lanmary, grand Echanfon
de France , qui doit fervic
Niij
150 MERCURE
la Campagne prochaine en
qualité de Moufquetaire._ezist
Vous fçavez que la Maifon
de Lanmary eſt une branche
de celle de Beaupoil - Saint- Au
laire , qui a pour chef M le
Marquis de Saint- Aulaire , Lieutenant
general au Gouvernement
du haut & bas Limofin ,
qui fut reçu à l'Academie Françoife
avec M' l'Abbé de Louvois
le 23. du mois de Septembre
dernier. M' l'Evêque de
Tulles & M' le Commandeur
de Saint -Aulaire , Secretaire des
Commandemens du Grand-
Maistre de Malte , font freres
GALANT 15H
de M ' le Marquis de Saint - Aulaire.
M le Comte de Saint-
Aulaire fon fils aîné , cft Colonel
du Regiment d'Anguien .
Son fecond fils eft mort au fiege
de Turin , où il comman
doit le Regiment de Saint- Aulaire
Infanterie , dont il eftoit
Colonel .
La Lettre qui fuit vous apprendra
les réjouiffances qui fe
font faites à Pau , pour la naiffance
de Monfeigneur le Duc
de
Bretagne.
Niiij
152 MERCURE
A Pau ce 2 Février.
Vous vous intereffez trop à
tout ce qui regarde cette Ville , pour
ne vous pasfaire part de ce qui s'y
vient de paffer.
M de Bertier , Premier Prefi
dent de ce Parlement , quijoint à
fa bonne mine , des manieres affables
& polies , qui luygagnentles
coeurs de tout le pays ,
pays , a voulu
donner une marque publique de
fon zele pour tout ce qui regarde
le Roy & l'Etat. Tout le Parlement
affifta au Te Deum qui fut
chanté hier matin à la Paroiffe ,
GALANT
153
& à la fin duquel toute l'Artillerie
du Chasteau fit plufieurs décharges.
L'apréfdinée tout le peuple
de la campagne campagne ,, attiré par le
bruit de la Fefte , s'eftant joint a
celuy de laVille , alla enfuite chez
Mr le Premier Preſident , & fes
Appartemens eftant ouverts à tout
le monde , la propreté en fut remarquée
, & l'on y admira les
Portraits du Roy & de la Famille
Royale , qui font des plus reffemblans.
Les croifées de toutes les
faces de la maifon eftoient garnies
de deuxrangs defanaux ,fur lefquels
on avoit peint les Armes de
France , de Bretagne & de Na154
MERCURE
varre ; ce qui devoit produire un
Spectacle auffi agréable que brillant,
dés que la nuit commenceroit à pa
roiftre. Le grand Portail reprefen
toit un Arc de Triomphe compofe
de Lauriers , au frontispice duquel
on lifoit ces mots : A LA GLOIRE
DU ROY ET DE SON AUGUSTE ,
FAMILLE . Les Portraits du Roy
de Monfeigneur le Dauphin
eftoient placez aux deux coftez de
cet Arc , dans lequel entre les co
lonnes , on avoit pratiqué des fontaines
qui fourniſſoient une grande
abondance de vin , & les chapiteaux
de ces colonnes eftoient
chargez d'artifice.
GALANT 155
Sur les quatre heures aprés midi
, le Corps de Ville fuivi de la
Bourgeoisie fous les armes , aprés
avoir allumé le feu de la Ville
avec les ceremonies accoûtumées
fe rendit en bon ordre de la Place
Royale chez Mr le Premier Prefident.
Il trouva au milieu de la
Cour une table couverte de toutes
fortes de mets. La Bourgeoifie
fe mit fur deux rangs en bataille
dans cette Cour. Pendant ce temps
la Ville s'avança jufques dans
l'Appartement de Mr le Premier
Prefident , où elle le trouva qui
venoit au- devant d'elle. On def
cendit enfuite dans la Cour , où
156 MERCURE
en arrivant Mr le Premier Prefident
, le Maire les principaux
Officiers de Ville , s'eftant arreftez
au haut de la Table , burent debout
à la fanté du Roy au bruit des
acclamations réiterées de Vive le
Roy , que faifoit retentir le peuple
, dont la cour la ruë eftoient &
remplies , & au bruit deplufieurs
décharges de mon(queterie que fit
la Bourgeoific. Ces décharges ne
furent interrompues que pour boire
anffi à la fanté du Roy. Les fontaines
de vin fourniffoient en méme
temps au peuple qui remplif
foit la rue, dequoy renouveller la
mémefanté. On diftribua à ceux
a
GALANT 157
qui eftoient dans la cour une partie
des mets qui couvroient la table
& l'on fit promener parmi eux
un grand nombre de flacons de vin
quife trouverent vuides prefqu'en
même temps qu'ils furent entamez
, ce qui donna un agréable
Spectacle. Le vin dont ces flacons
eftoient remplis, eftoit de Juranfon ,
qui eft auffi eftimé en ce pays que
celuy de Champagne , auquel
prétend qu'il peut le difputer. Cependant
on en diftribua au peuple
avec autant d'abondance que fi ce
vin avoit efté fort commun , &
l'on auroit dit à voir la maniere
on
dont on le prodiguoit , qu'il n'y
158 MERCURE
<
avoit qu'à en aller puiſer dans le
Gave ; c'eft-à-dire dans la riviere.
Toute la Bourgeoifte ayant enfuite
défilé en faifantplufieurs décharges
, revint plufieurs fois &
fit de nouvelles décharges pourfai
re connoiftre que fon zele n'avoit
point de bornes pais qu'il s'étendoit
au de- là de l'ufage ordinaire. Pendant
que ces chofes fe paffoient
l'Aſſemblée , quife formoit de tout
la Robe & l'Epée fait
voir icy de plus illuftre , groffiffit
dans les Appartemens dont Madame
la Premiere Prefidente faifoit
les honneurs , avec le bon efprit
l'obligeante attention qui
ce
que
#GALANT
459
,
engage tout le monde à en parler
avantageusement , & qui fait
qu'on s'affemble fi volontiers chez
Welle. Les Dames rempliffoient une
partie des feneftres , & les filles
affemblées dans l'Appartement de
Mlle de Bertier, que vous ne pûtes
mieux louer un jour qu'en difant
quel formoit fon merite fur celuy
de Madame fa mere ,
occupoient
l'autre cofté des feneftres . Tout ce
• beau fexe , aprés avoir pris beaucoup
de plaifir à tout ce qui s'étoit
paffé dans la Cour , quitta les feneftres
, &fit plufieurs parties de
jeu. Pendant
que le plaifir du jeu
l'occupoit , le Peuple dont les ruës
160 MERCURE
eftoient remplies n'en prenoit pas
moins à voir l'illumination qui
dura jufques à quatre heures du
matin ; cette illumination eftoit
accompagnée de celles de toute la
Ville. Les parties du jeu eftant
finies on fervit deux Tables pour
les Dames de dix - huit couverts
chacune qui furent également
remplies de tout ce que la faifon
avoit de plus rare , &quatre autres
moindres pour les hommes
dont deux ou trois avoient à peine
purent trouver place aux Tables
des Dames. L' Artifice dontje vous
ay déja parlé, qui accompagnoit
l'Arc de Triomphe joua alors avec
GALANT 161
beaucoup de fuccés , & on choiſit
ce temps-là à toutes les Tables pour
boire les fantez du Roy , de Monfeigneur
, de Monfeigneur le Duc
de Bretagne , & des autres Princes
de la Famille Royale , ce que
l'on fit avec une joye auffi grande
que respectueuse . Il y avoir
au fruit une prodigieufe quantité
de confitures feiches qui fur dif
tribuée au Peuple qui fe trouva
dans la Salle , & dont la foule
eftoit fi grande que les Tables ne
furent fer vies qu'avec beaucoup
de peine ; cependant chacun eur
part à ces confitures ', Mr le Premier
Prefident & Me la Pre-
·
Février 1707 . O
162 MERCURE
ใน
miere Prefidente n'ayantpas vouque
l'on remportaft la moindre
chofe . Les Violons qui avoient.
commencé à jouer lorfque l'on fervit
le fruit , continuerent aprés
Le fouper , enfuite duquel il y eut
un grand Bal où toutes les Dames
eftoient fort parées. Cette
Fefte dura jufqu'à 3. heures aprés.
minuit fans que la foule & le vin
caufaffent aucun défordre , malgré
la vivacité des gens du Pays qui
ne fervit qu'à enfaire mieux briller
le zele l'efprit. Cette Fefte
continue encore aujourd'huy par
une Fontaine de vin qui coule
depuis hier devant l'Hoſtel de
GALANT 103
Ville , par un grand repas que
la Ville a donné , aprés lequel la
Bourgeoisie fous les armes , precedée
par le Corps de Ville eft retournée
chez Mr le Premier Pre
fident , où l'on a chanté des Airs
à la louange du Roy & fur la
naiffance du nouveau Prince , enfuite
de quoy quoy l'on afait encore une
triple décharge de Moufqueterie,
accompagnée de cris redoublez de
VIVE LEROY , & noftre
Premier Prefident , en buvant
encore du bon vin de Juranſon.
Je crois ne pouvoir mieux
finir cet Article de réjouiffances
, que par l'Air que je vous
2
O ij
164 MERCURE
envoye.
Il eft de Mr Careau.
AIR NOUVEAU...
Le Ciel donne un Prince àla Fran
ce
Lesjeux, les ris, & les amours,
Ontcelebréfa naiffance ;
Phoebus , pour l'honorer , ramene
les beaux ours ;
a
Noftre vin eft bon à merveille :
Ha que deplaifirs à lafois ;
Chantons armez d'une bouteille
La gloire & le bonheur de l'Empire
François.
T
165
büifnfeion
i'de
ton
audes
tinde
>ert
Onde
: le
de
ille
de
ar-
LYON
164
MERCURE
envo
A
Le Ci
Les
Onte
Phaba
No
Ha
qu
C
La
glo
p
GALANT 165
Pendant qu'on fe réjoüiffoit
de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , on
pleuroit dans la Maifon de
Bouflers la mort d'un rejetton
de cette illuftre race , qui auroit
pû faire un jour un des
ornemens de la Cour du Prince
nouveau -né . C'eft celle de
Mre Louis - François Gombert
de Bouflers , Comte de Ponches
, qui eft deccdé à l'âge de
fix ans . Il eftoit fils de Mr le
Maréchal de Bouflers & de'
Dame N ... de Gramont , fille
de Mr le Maréchal Duc de
Gramont & de Marie- Char166
MERCURE
lotte de Caftelnau , fille de Jacques
Maréchal de France . Je
vous ay parlé plufieurs fois de
la Maifon de Bouflers , & je ne
puis rien vous en dire de nouveau
qu'en remontant dans les
fiecles les plus reculez . Le Cartulaire
de l'Abbaye Saint André-
aux Bois , prés de Montreuil
, & les Chartes de Saint
Aubert de Cambray , parlent
des liberalitez faites à ces Eglifes
par Enguerrand de Morlay
& par Guy fon fils aîné. Cet
Enguerrand & ce Guy vivoient
en 1151. Ce dernier époufa
Matilde de Campigneules ,
GALANT 167
dont il eut Guillaume , Seigneur
de Campigneules , qui
fut furnommé le Trifte . Celuycy
fit le voyage de la Terre-
Sainte fur la fin de fes jours
& il fut pere d'Henry Seigneur
de Bouflers , qui fe maria environ
l'an 1 235. avec Elifabeth
de Campigneules , dont
il eut Guillaume Seigneur de
Bouflers , qui en 1266. accompagna
Charles d'Anjou frere
du Roy Saint Louis , à la Conquefte
des Royaumes de Naples
& de Sicile , ce Seigneur
fe diftingua beaucoup à la
bataille qui fut donnée par
168 MERCURE
le Duc d'Anjou contre Mainfroy
qui difputoic ces deux
Couronnes . Guillaume cut plu
fieurs differens en r275 . avec
Dreux d'Amiens , S¹ de Viniacour.
Il époufa la fille du Seigneur
de Thiembronne , de la
maifon de Bournel , dont il
cut Pierre I. du nom , S de
Bouflers , qui fut du nombre
des Chevaliers que le Roy Philippe
le Bel envoya en Guyennc
pour en chaffer les Anglois.
Dame Anne de la Grange,
veuve de M Louis de Buade ,
Comte de Frontenac , Gouverneur
& Lieutenant general de
la
GALANT 169
la nouvelle France Acft morte
en cette Ville. Elle avoit efte
Dame d'Honneur . de feue S.
Alteffe Royale Mademoiselle ,
& elle avoit eu beaucoup de
part aux bonnes graces de cetre
Princeffe. M de Frontenac
avoit l'honneur d'appartenir à
la Reine Douairiere de Pologne
, & elle fortoit de la même
tige que cette Princeffe ; elle
eftoit auffi alliée de fort
prés à la Maifon de Beauvillier
, parce que Jacqueline heritiere
d'une branche de la
maifon de la Grange , époufa
Honorat de Beauviller , Comte
Février
1707. Р
o MERCURE
C
de Saint Aignan , pere de feu
M le Duc de Saint Aignan.
Jacqueline de la Grange eftoit
coufine germaine de l'ayeul du
pere de la Reine de Pologne ;
de forte que M les Ducs de
Beauvillier & de Saint Aignan
petits - fils de Jacqueline de la
Grange , font coufins au quatriéme
degré de cette Princeffe .
Je fais cette remarque , parce
que M de Frontenac eftoit
coufine au même degré de cette
Princeffe . La maifon de la
Grange eft originaire du Berry ;
elle a produit François II . du
nom , Maréchal de France ,
GALANT 171
pere de Jacqueline dont je
viens de parler ; il eftoit l'aîné
de fa maifon & frere d'Antoine
, bifayeul de la Reine
Douairiere de Pologne , & qui
fit la branche d'Arquien, Mr
le Comte de Frontenac eftoit
d'une des meilleures maifons
du Royaume . Il avoit fait bâtir
dans le Nouvelle France à Ca
taracoüi , ou comme d'autres
difent Kataraconi , le Fort qui
porte fon nom ; & qui eft fitué
l'entrée du Lac Ontario en
arrivant du cofté de Montreal.
Il paroift eftre au 44 degré
de latitude au Nord . Mr de
Pij
172 MERCURE
Frontenac avoit fait fon plus
long fejour dans ce licu . Sa
bonne conduite luy avoit attiré
la confiance & l'amour de
la plus grande partie des Americains
, qui le regardoient tous
comme leur pere & comme
leur Protecteur. C'eſt à l'aycul
de feu Mr de Frontenac qu'Antoine
Buccupaduli , Romain de
nation , & qui vivoit fur la fin
du feiziéme fiecle , dédia un
Recueil de Lettres , qui luy
avoient efté écrites pendant
qu'il eftoit Secretaire des Brefs
Apoftoliques , fous le Pontificat
de Gregoire XIII . Janus
GALANT 173
A
Nicyus Erytræus en parle dans
fes éloges des Hommes illuftres
. La maifon de Buade eft
connue dans le Royaume de
puis plus de trois ficcles.
Elle y eftoit dans une grande
confideration
fous le regne de
Philippe de Valois . Ce Monarque
fit de grands biens à un
Seigneur de Buade , qu'il honora
de fa confiance ; ille char ?
gea même de quelques negotiations
fecrettes , dont il s'acquitta
avec beaucoup de fuccésped
han
P
Mr le Comte de Frontenac
cftoit civil , honneſte , obli-
Piij
174 MERCURE
geant ; il eftimoit fort les gens
de Lettres , & il avoit acquis
plufieurs belles connoiffances.
Il avoit le gouft fin fur les ouvrages
d'efprit , & lors qu'il
eftoit en France on déferoit
fort au jugement qu'il portoit
fur les Pieces de Theatre. M
la Comteffe de Frontenac eftoit
belle , bien faite , & elle avoit
des manieres engageantes qui
luy attiroient beaucoup d'amis.
Il s'eft répandu un projet de
Medaille à la gloire du Roy
de Suede qui fait grand bruit
dans le monde , & le nombre
des copies qui en courre par
GALANT 175
tout eft prodigieux , puifque
tous ceux qui l'ont entendu
lire ou reciter , fe font auffi toft
donnez la peine de le copier.
Le voicy :
MARS SINE VENERE.
ALEXANDER SINE VINO.
CESAR SINE AMBITIONE .
TIBERIUS SINE DOLO .
REX VICTOR SINE ARROGANTIA
.
Le Portrait du Roy de Suede
doit eftre dans la face droite
de cette Medaille , & ce que
vous venez de lire doit remplir
tout le revers . On fait connoître
pår là que Sa Majeſté Suc-
P iiij
176 MERCURE
doife a toutes les qualitez qu'on
peut fouhaiter dans un grand
Monarque.
Que c'eft un Mars qui n'eſt
point épris d'une Venus , & que
l'amour ne l'empêchera jamais de
courir à la gloire.
Qu'il eft auffi brave qu'Alexandre
; mais que le vin ne luy
ferajamais rien faire d'indigne de
fon rang
Qu'il reffemble à Cefar dans
tout ce qui regarde la belle gloire ;
mais l'ambition ne le dévore
que
point , comme elle a fait le coeur de
cet Empereur.
Qu'il eft auffi habile Politique
GALANT
177
que Tybere ; mais qu'il a plus de
droiture que luy, & que ce n'eft
point par la fraude qu'il vient à
bour de fes deffeins,
Enfin que ce Monarque eft
toujours le même, que fes victoires
ne l'enorgueilliffent point.
Je vous laiffe faire vos reflexions.
Cependant je vous diray
qu'il eft impoffible que ce
qui eft generalement admiré
par le public , ne merite quelque
eftime.
Je ne puis m'empêcher d'a
joûter encore icy que file Roy
de Suede merite dans un âge
auffi peu avancé toutes les
178 MERCURE
aura vâ
peu
louanges qui luy font données,
il doit eftre un jour regardé
comme un prodige dont on
de femblables . On
n'en doit pas douter, puiſqu'un
des plus grands Monarques de
la terre qui s'eft toûjours fair
une gloire de rendre juſtice à
tout le monde , dit il n'y a pas
long - temps en parlant de ce
Prince , qu'un Monarque qui
mourroit à fon âge & qui auroit
fait d'auffigrandes chofes que luy ,
mourroit auffi glorieux qu'un Souverain
qui auroit vêcù cent ans ,
& qui pendant toute fa vie an
GALANT 179
roit travaillé pour acquerir de la
gloire
M l'Evêque de Toul ayant
efté nommé il y a quelque
temps à l'Evêché de Meaux
le Chapitre de Toul ayant toû
jours efté fortement attaché à
ce Prelat , & ne pouvant l'oublier
, luy a écrit la Lettre fuivante
au commencement de
cette année .
MONSEIGNEUR ,
Les tres- humbles devoirs que
nous vous rendons au commencement
de cette année
2
ont
pour
180 MERCURE
principe la tres-reſpecteuſe veneration
que nous confervons pour
vous dans le trifte fouvenir de
vous avoir eu pour notre Chef
noftre Paſteur , pendant tant
d'années . Voftre tranflation Monfeigneur
, qui a rompu les liens
facrez quivous attachoient à nôtre
Eglife , ne fçauroit rompre ceux
que vôtre extreme bontépour nous,
& nos refpects infinis pour vous ,
ont formez : Nous revererons
éternellement vofte merite incom- .
parable , & cette tendreſſe paternelle
qui vous a porté à vivre
avec nous , comme fi vous aviez
efté un de nous , & nous fommes
GALANT 481
-perfuadez Monfeigneur, que vous
porterez toujours dans votre fein
une Compagnie que vous avez
toujours honorée de vôtre affiction
& de voftre amitié. C'estlafeule
confolation qui nous refte,Monfeigneur
, dans la perte que nous
avons faite lors que vous nous
evez quittez. Et c'est dans ces
Sentimens que nous vous souhaittons
une fainte & heureuſe année
, dans laquelle nous prions le
Seigneur de vous combler de fes
benedictions lesplus precieuſes; donnez-
nous
nez nous la vôtre , Monfeigneur ,
agréez toujours le profond
182 MERCURE
invariable respect avec lequel
nous fommes ,
MONSEIGNEUR ,
Vos tres- humbles & tresobéiffans
ferviteurs , Les
Doyen, Chanoines & Chapitre
de l'Eglife Cathedrale
de Toul . JOBAL DE PAGNI
, Prefident du Chapitre.
D'ARBAMONTE ,
Secretaire.
Sa Majefté a donné la Lieutenance
de Roy du bas Poitou
au fils du fecond lit de Mr le
Marquis de Villette , âgé ſeulement
de neufans , fur la démif
fion qui luy en a efté faite par
Mr fon pere. Il a efté preſenté
GALANT 183
a
à Sa Majefté , qui luy a dit qu'-
elle avoit efté bien aife de trouver
cette occafion de faire plaisir à fon
pere , & qu'elle efperoit qu'il feroit
l'heritier de fa valeur ,
celle de fes Ayeux.
de
>
L'Extrait que je vous envoye
d'une Lettre de Dunkerque ,
merite moins d'attention à caufe
des prifes dont il y eft parlé ,
quoy qu'affez confiderables
qu'à caufe de l'intrepide valeur
des François , dont il fait voir
un bel exemple. Il eft vray qu'
ils n'ont jamais efté épouvantez
par le nombre , & que s'ils
n'ont pas toûjours efté heureux
, leur malheur ne doit pas
184 MERCURE
eftre imputé à leur peu de courage.
les
A Dunkerque ce 7. Février .
Mr de Combreugne , comman
dant la Driade , fut rencontré par
trois Fleffingois , l'un de 28 .
deux autres de 20. canons. Il ſe
battit contre tous les trois pendant
fix heures , foûtint un abordage ,
cut fon grand maft coupés &ſe
retira enfuite malgré eux , aprés
leur avoir tué ou bleſſé plus de
120 hommes. Il est revenu à Dunkerque
diminué de 45. hommes
tuez ou bleffez , plus de morts que
d'autres. Ilfe prepare à retourner.
Cette action a fait du bruit & les
"
GALANT 185
a
femmes fe font revoltées à Fleffingue
, difant qu'on menoit leurs
maris à la boucherie. Les Hollandois
pour diminuer le merite de cette
action , ont dit qu'il eftoit venu
deux Vaiffeaux au fecours de
Combreugne ; mais cela n'eftpoint.
Les deux Glazon , l'aîné montant
la Syrene de 28. canons , &le ca
det un autre petit Vaiffeau , ont
amené icy cet aprefdinée Dimanche
6. une jolie Fregate Hollandoife ,
·montée de feize canons percée pour
vingt-deux , venant de Ligourne
pour Angleterre , chargée d'huile ,
de raifins , de ris , &c. avec une
Février 1707. Q
186 MERCURE
A
partie de faye eftimée trente mille
écas.10 E voh oh mansued
On doit remarquer fur tout
dans cet Extrait , la revolte des
femmes à Fleffingue , en difant
que l'on menoit leurs maris à
la boucherie
. Rien ne prouve
mieux la grande perte que les
Ennemis ont faite , & rien n'eft
plus glorieux aux François ,
puifqu'il eft conftant qu'ils é
roient beaucoup inferieurs en
nombre.
Mr l'Abbé de Saumery ,
Chanoine de l'Eglife de Nôtre-
Dame de Paris , cft mort âgé
de dix huit ans . Il eftoit fils de
IGALANT 187
Mr le Comte de Saumery ,
Lieutenant de Roy de Cham
bor , neveu de Mr le Marquis
de Saumery , cy-devant Sousgouverneur
de Meffeigneurs
les Princes , & Gouverneur
de
Chambor en furvivance de Mr
de Saumery fon pere , qui avoit
époufé Dame N.... Charron
de Menars , foeur de Mr le Prefident
de Menars , & de feuë
McColbert. La maiſon de Saumery
defcend d'un Officier de
réputation , nommé le Capitaine
Johanne , qui paffa en
France lors qu'Henry Roy de
Navarre y vint recueillir la fuc
Qij
188 MERCURE
ceffion d'Henry III . Roy de
France. Ce Prince contribua
par les foins au mariage du Ca
pitaine Johanne avec l'heritiere
de Saumery dans le Blefois . Cer
Officier tiroit fon origine des
Seigneurs de la Carra en Bearn.
Son Canonicat a efté donné
par Monfieur le Cardinal de
Noailles Archevêque de Paris ,
à Mr l'Abbé d'Orfanne , Doce
teur de Sorbonne , & Vicegerent
de l'Officialité . Il eft frere
du Lieutenant general d'Yffou
dun en Berry. Il a demeuré
plufieurs années dans le Seminaire
de S. Magloire , d'où Mr
GALANT 189
PEvêque de Châlons le tira
pour le faire fon grand Vicai
re. Ce Prelat en ayant connu
le merite , le donna à Monfieur
le Cardinal fon frere...
M Philibert , Comte de
Gramont , Chevalier des Ordres
du Roy , cy- devant Góuverneur
de la Rochelle , & Païs
d'Aulnix , eft mort âgé de 86 .
ans . Il laiffe deux filles de Dame
Ifabelle Hamilton ſon épouſe,
qui font M la Comteſſe Staffort
& M l'Abbeffe de Pouffay.
M' le Comte de Gramont
n'eftoit pas moins diſtingué par
fon efprit & par les marques
+
190 MERCURE
qu'il avoit données enplufieurs
occafions de fa valeur , que par
fa haute naiſſance. Il s'eftoit
diftingué au fiege de Trin en
1643. au combat de Fribourg
en 1644. & à la bataille de
Lens en 1648. Il eftoit frere
de feu Mr le Maréchal de
Gramont , pere du Duc de cè
nom ; & il eftoit forti du ma
riage d'Antoine de Gramont
II. du nom , Comte de Gramont
, de Guiche , & de Lou
vigny , Souverain de Bidache ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Viceroy de Navarre & Gouverneur
de Bayonne , & de
GALANTV 191
Claudine de Montmorency
tante de feu Mr le Maréchal
de Luxembourg , fille de Louis
S de Bouteville , & de Charlotte
Comteffe de Luffe . M' le
Comte de Gramont eut de
cette Dame, qu'il avoit épouſée
en fecondes nôces , Henry
Comte de Thoulongeon , Lieutenant
de Roy de Navarre , M
le Comte de Gramont qui vient
de mourir , Sufanne - Charlotte
femme de Henry Mitte , Marquis
de Saint- Chaumont ; Anne
- Louiſe , mariée à Ifaac de
Pas , Marquis de Feuquieres
Lieutenant general des Armées
192 MERCURE
du Roy , Confeiller d'Etat d'épée
, Gouverneur de la Ville
& Citadelle de Verdun , & Ambaffadeur
en Suede , &c. mort
au mois de Decembre 1666 .
& Françoife- Marguerite, époufe
de Philippes Marquis de
Leon en Bearn. Feu Mr le Comte
de Gramont , que le Roy
avoit honoré d'un Brevet de
Duc peu de temps avant fa
mort , avoit eu de Louife de
Roquelaure fa premiere femme
, & fille du Maréchal de ce
nom , feu Mr le Maréchal de
Gramont. Antoine de Gramont
rendit de grands fervices
GALANT 193
ces aux Rois Henry le Grand
& Louis le Jufte fon fils ; il
avoit pour pere Philibert Comte
Gramont & de Thoulongeon
, qui mourut au fiege de
la Fere en 1580. âgé de vingthuit
ans , & pour mere Diane ,
dite Corifande d'Andoinfoi ,
Comteffe de Louvigni , fille
unique de Paul , Vicomte de
Louvigni & S de Lefcar. Il
eftoit auffi frere de Catherine
de Gramont femme de François
de Caumont , Comte de
Lauzun. Philibert eftoit fils
d'Antoine d'Aure , dit de Grámont
I. du nom , qui fut fub-
Février
1707. R
194 MERCURE
ftitué au Nom & Armes de
Gramont , & qui eftoit fils de
Menaud d'Aure Vicomte
d'After , qui eftoit fils de Jean
I. du nom , & de Jeanne de
Foix. Menaud d'Aure , Claire
de Gramont heritiere de cette
Maifon , & niece de Gabriel ,
Cardinal de Gramont , Evêque
de Tarbes . Blanche Reine de
Navarre , fille aînée de Charles
III. Roy de Navarre épou
fa en fecondes noces Jean II.
Roy d'Arragon , dont elle eut
un fils nommé Charles . Cette
Reine eftant morte en 1441 .
le Prince fon fils demanda le
GALANT 195
Royaume , que fon pere luy
refufa , ce qui donna lieu à une
longue guerre , où les maifons
de Gramont & de Beaumont
prirent beaucoup de part . Mª
la Cointelle de Gramont veuve
du Comte qui vient de
mourir a efté Dame du Palais
de la feue Reine . C'est une
Dame d'une grande vertu ; d'un
merite generalement reconnu ,
& dont la conduite peut eftre
propofée pour exemple.
Je dois ajoûter icy que l'ef
prit brillant & agréable de feu
Mrle Comte de Gramont , répondoit
à ce que je vous en ay
Rij
196 MERCURE
dir au commencement de cet
Article. „ Francgaris 201
M Antoine du Chafteau J
Seigneur de la Barre , Capitaine
au Regiment des Gardes Françoifes
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Commandeur
de l'Ordre de Saint Louis
eſt mort âgé de 76. ans. Il
avoit porté les armes toute fa
vie , & il avoit toûjours fervi
le Roy avec beaucoup de zele
d'application . Il eftoit d'une
famille qui a donné plufieurs
Officiers de diftinction . Son pere
avoit fervi pendant la plus
grande partie de fa vie , & fon
&
"GALANY 197
de
ayeul avoit long-temps porté
les armes pour le fervice du feu
Roy Louis le Jufte. Cette famille
eftoit déja connue en
France fur la fin du regne
Henry III Ce Prince avoit
beaucoup d'estime pour un Officier
de ce nom , qui eftoit attaché
à fa perfonne . Il luy don
na en diverfes occafions des
marques particulieres de ſa confiance
, & il le chargea de plufieurs
negociations fecrettes en
Allemagne, qui luy firent beau
coup d'honneur . Aprés la mort
tragique du Roy Henry III.
cct Officier s'attacha au party
Riij
198 MERCURE
du Roy Henry IV. & quelques
efforts que fiffent les Ligueurs
pour l'attirer dans leur party
ils n'y pûrent réüſfir , & il demeura
toûjours fidele à fon veritable
Maiftre.
La Relation que vous allez
lire eft la plus ample & la plus
circonftanciée de toutes celles
qui ont paru icy des expeditions
faites par M le Comte de
Villars, Chef d'Efcadre , depuis
fon départ de Toulon.
Nous mouillames au Port- Mahon
avec l'Efcadre , lepremierjour
de l'an environ fur les dix heures
du matin. Cemême jour,Mr de la
THEQUE
DE GALANT 00
Fonquiere vint an Bord de
Villars , le pria de faire defcendre
un détachement du Bataillon
de Mr de la Roche Alard , pour
aller s'emparer d'une Bastide qui
pouvoit empêcher les Rebelles de
venir nous fufiller dans nos Vaiffeaux
, les coups de fufis fe croifant
d'une terre à l'autre , ce qui
futfait l'aprefmidy , & l'on s'empara
de ceite Baftide fans trouver
aucune refiftance. On y laiffa cinquante
hommes pour la garder ,
commandez par Mr le Chevalier
de Lanty. On fir fortir ce même
jour une garde avancée du grand
Fort pour couvrir auffi nos Vaif-
R iiij
200
MERCURE
feaux de ce cafté- là . Le lendemain
2. à la pointe du jour , on apperçut
du haut de nos mafts qu'une grande
quantité de Rebelles s'embar
quoient dans des batteaux à Mahon
, er paffoient de l'autre cofté
pour aller à la Baftide , où eftoient
nos cinquante hommes , ils com-
అ
mencerent à les fufiller dés qu'il
fut jour. Ils l'avoient environnée
de toutes parts , &fe gliffoient
méme jufqu'à la porte , à la
faveur des murailles à hauteur
d'homme , dont tout le pays eft cou
pé , chaque particulier entourant
fon champ d'une pareille muraille,
à cause de la quantité de pierre
GALANT 201
qu'il y a dans le terrein ; mais l'on
fir feu fureux de noftre Baſtidefià
propos , qu'il en refta plufieurs de
morts & de bleffez fur la place ,
ce qui intimida tellement les autres
qu'ils ne jugerent pas à propos de
s'avancer davantage de fi prés. Ils
fe contenterent feulement de fufiller
toujours la Baftide , d'où l'on ne
leur rifpoftoit qu'à propos , pour
ménager les munitions. Ce même
jour au matin , on fit un détachement
pour aller relever nos gens
de la Bastide à qui on n'avoit
laiffe que pour 24. heures de vivres
, & à peu prés pour autant
de temps de munitions. Nos trou202
MERCURE
pes defcenduës ayant marché quelque
temps vers cette Baftide au
nombre de cent cinquante hommes
commandez par Mr de Septeme ,
quijugea quefon détachement eftoit
trop foible pour attaquer le nombre
des Rebelles , qui parut fort fuperieur
au fien , outre qu'ils eftoient
retranchez derriere des murailles ,
fe rembarqua avec fon détachement.
L'aprefmidy on fit marcher
le Bataillon entier du Chevalier
de la Roche-Alard ; la Compagnie
de Grenadiers de Mr de la Jonquiere
: & quelques Grenadiers
Espagnols , qui aprés quelques ef
copetades de part & d'autre , reGALANT
203
poufferent les Rebelles & les chaf
ferent fort loinau - delà de la Baſtide
, d'où l'on releva le détachement
que l'on y avoit mis le jour
d'auparavant, & l'ony en laiffa
un pareil nombre , commandé par
Mr deClancy Ces coquins fuirent
jufqu'à leurs batteaux , où ils fe
rembarquerent & retournerent
Mahon , d'où ils ne revinrent
point pour inquieter la Baftide.
Le 3. & le 4. l'on fe prépara
marcher à Mahon , diftant d'environ
une lieue du Chasteau de S.
Philippe , où depuis quelque temps.
le Bataillon de Mr de la Jon
quiere eftoit refferré. Nos Vaif
204 MERCURC
E.
feaux ont fourny en Canonniers
en Matelots mesme en Officiers
, tout ce que Dom Falgo ,
Gouverneur de l'Ifle , a jugé à
propos pour la fureté de ces Forts,
d'où l'on tira tous les Soldats que
Fon pût pour former noftre petite
Armée . Le s . fur les quatre
heures du matin Mr de la Jonquiere
fortit du Fort pour mar
cher aux Rebelles avec les deux
Bataillons de la Marine , un troifiéme
formé d'Espagnols , de gens
du Pays , de quelques Mayorquins
& de quelques Napolitains,
étant convenu avec Mr de Vil
lars que le Bataillon des Vaiffeause
GALANT 205
ne
commandé par Mr de Valette ,
defcendroit à terre que quand nos
troupes , parties du Fort , fe feroient
emparées de la Calle - Figuiere
où les Rebelles avoient fait
un retranchement fur le bord de la
mer, où l'on avoit projetté de
debarquer deux pieces de canon de
trente-fix que nous devions mener
pour faire bréche à Mahon. Les
troupes marcherent fort lentement
ayant avec elles deux pieces de
canon de Campagne de quatre
vres , qui étoient trainées par les
Matelots des Vaiffeaux , le Pays
étant plein de hauts & bas de
beaucoup de murailles de rolie
206 MERCURE
chers , ce canon avançoit difficilement.
Etant enfin parvenus à une
groffe Baftide dont les Rebelles
d'où ils fai- étoient maistres ,
foient un gros feu , la Compagnie
des Grenadiers de Mr de la Jonquiere
commandée par Mr de
Gouyon , y marcha l'enleva.
Les Rebelles voyant que le gros ne
fuivoit point à caufe que le canon
ne pouvoit avancer , revinrent à
cette Baftide , où ils furprirent nos
Grenadiers en defordre occcupez an
pillage, qu'il eft prefque impoffible
d'empécher enpareille occafion , &
ils reprirent la Baftide que nos
gens furent obligez d'abandonner
GALANT 207
pour aller joindre le Corps. Ces
Rebelles prirent la retraite de nos
Grenadiers pour un grand avantage
qu'ils remportoientfur nous ,
joint à ce que le Corps n'avançoit
point , n'ofant abandonner le canon
, & ils vinrent fur nos troupes
avec beaucoup d'infolence , le
long de plufieurs murailles , paroiffant
avoir deffein de leur couper
le cofté du Fort. MrdeVillars
impatient de voir que
les troupes
de Mr de la Fonquiere n'avançoient
quefort lentement , n'attenditpas
qu'elles fuffent à la Calle-
Figuiere ; il defcendit à terre à la
tefte du Bataillon des Vaiffeaux ,
208 MERCURE
$
marcha aux retranchements.
de ces Rebelles par la droite. Mr
de la fonquiere luy envoya trois
fois des Officiers pour le prier de
venir le joindre à la gauche avec
fes troupes, afin de pouvoir charger
avecplus de force les Rebelles
qui s'avançoient toujours fort infolemment
fur les fiennes . Mr de
Villars ayant marché à la gauche
avec le Bataillon des Vaiffeaux ,
fit occuper une muraille pour arrefter
les Rebelles , poftez dans un
Pays couvert & coupé de murailles
vis-à- vis de la noftre , d'où
l'on fit un affez gros feu de part
d'autre. Dans ce mefme temps
GALANT 209
Mr de Villars & Mr de laFonquiere
, s'étant abouchez , privent
le party de renvoyer le canon qui
ne faifoit que retarder la marche
de nos troupes Mr de Villars
diftribua quelques piftoles aux
Mayorquins pour les remener au
Fort. Dans le mefme temps Mrs.
de Graffe de Soutmartin demanderent
vingt Soldats à Mr
de Villars pour aller prendre en
flanc à la gauche une muraille.
derriere laquelle les Rebelles faifoient
un fort grand feu . Il les
leur accorda , & ils ébranlerent
veritaiblement ces Rebelles , & firent
crier en mefme temps, Vive le
Février
1707. S
210 MERCURE
Roy , à leur vingt Soldats . Dans
ce moment les deux Compagnies
de Grenadiers de Gouyon & de
Charron chargerent a la droitte
les Rebelles jufqu'alors fort infolens
, qui prirent lafuite ,
ils les pourfuivirent l'épée dans les
reins jufqu'à la porte de Mahon ,
qu'on leur ferma avant
groffe partie de ces Rebelles euffent
pú y entrer , étant poursuivis de
trop prés ; ils prirent le party de
fefauver à la campagne.
ne. Tout le
Bataillon des Vaiffeaux étant fur
la droite , fut lepremier quifuivit
les Grenadiers, ils fe rendirent
maiftres enfemble du Fauxbourg,
une
GALANT 211
Toutes les autres troupes fuivirent
de prés , & fe vinrent mettre en
bataille proche le Fauxbourg. Ily
eut un Officier Espagnol tué à la
porte mefme : Marande , plu
fieurs de nos Soldats furent bleffez
dans le Fauxbourg , où tous nos
gens devoient eftre tuez, ce Fauxbourg
étant enfilé par un Baſtion
par
les
murailles
de la Ville
d'où
les
Rebelles
faifoient
un
fort
grand
feu. Cependant
la
maniere dont nos Grenadiers les
avoient amenez dans leur Ville ,
·les ayant intimidez , ony entendit
crier quelque temps aprés , Vive
Philippe quint. Mr. de Villars
Sij
212 MERCURE
envoya dans ce temps -là un Tam
bour pourfommer la Place de fe
rendre dans le moment
, fans quoy
il feroit tout paffer au fil de l'épée.
La crainte les détermina
à envoyer
auffi-toft les Bayles du lieu demanderpardon
o la vie , fefou
mettant de la part de tous les Habitans
de la Ville à l'obéiffance du
Roy Philippe. Ils demanderert
auffi à Mr de Villars de ne point
faire entrer fes troupes ce foir
là dans la Ville , appréhendant
que les Soldats , encore animez
nefißent beaucoup de défordre pendant
la nuit , ce qu'il leur accor
da, faifant feulement garder touGALANT
213
tes
les
en dehors par fes
portes
Grenadiers. Il fit auffi occuper un
Convent de Cordeliers qui eft une
vraye Fortereffe , & logea le reste
des Troupes dans le Faux- bourg
dont nos Grenadiers s'étoient rendus
maiftres en arrivant. Le len
demain 6. toutes les Troupes entrerent
tambour battant dans la
Ville , ou le Clergé chanta le Te
Deum . Ce mefme jour les Bayles
·de Leor de Port Fornelle vinrent
fe rendre à l'obeiffance . Le
7. & le 8. on défarma tous les
habitans de Mahon , comme
il ne refloit plus de toute l'Ifle à
venir à l'obeiſſance , qué les gens
薯
214 MERCURE
à la
de Ciudadela , où s'étoient re
fugiez tous les plus rebelles avec
les Mayorquins qui avoient efté
envoyezpour la défenſe de l'Ifle ,
ayant commiffion de l'Archiduc
Mr de lafonquiere y marcha le 9.
avec toutes les Troupes
referve du Bataillon des Vaiffeaux
qui refta à lagarde de Mahon, de
Leor ,& de Port Fornelle , eſpe
rant que l'approche de nos Troupes
vers Ciudadela , pourroit intimider
tous lespeuples qui s'y étoient
retirez , joint aux menaces qu'il
leur envoya faire de ruiner tout
le Pays s'il ne fe rendoient à l'abeiſſance
, ce qui reuffit àmerveille.
#GALANT 215
As envoyerent troisjours aprés une
capitulation à Mrde laFonquiere
qu'il figna, ne voulantpoint diffe
rer à entrer dans cette plate, Ciudadela
eftant une Ville à buit
bons Baftions , avec un chemin
couvert , & 40. ou 50. pieces
de canon en batterie. Les Rebelles
eftoient de leur propre aveu dans
cette petite bataille deux mille cinq
sent combattans , nous n'étions
que treize cens honmmes.
2
Jay crû devoir ajoûter à
la Relation que vous venez de
quoy que fort belle lire
& fortrétendue , quelques
morceaux d'une autre. Rela216
MERCURE
tion qui eft auffi fort eftimée ,
& qui parle plus au long de
quelques endroits qui font dans
la premiere , de même que cette
premiere s'étend davantage
fur beaucoup d'autres endroits
.
Nous arrivâmes icy le 1.Janvier
avec 3. Vaiffeaux & 9.Tartanes
chargées de munitions de guerre &
de bouche ; fçavoir le Neptune
commandé par Mr le Comte de
Villars Chef d'Efcadre & noftre
Commandant ; le Parfaitpar Mr
du Quefne Monnier ; le Fendant
, par Mr de Roquemador.
Nous avions un Bataillon de
quat
tre
GALANT 217
tre cens hommes de la Marine ,
commandé parMr le Chevalier de
la Roche-Alard. Nous trouvâmes
Mr de la Jonquiere, qui commande
auffi un Bataillon de la Marine de
400. hommes , qui eftoit dans
le Fort avec Don Diego Davilar,
Gouverneur du Chateau , Efpagnol
fort affidé pour Phi ippe V.
avecfa garnifon , qui eftoit de trois
cens cinquante hommes , tant Napolitains
qu'Espagnols , & quelques
Compagnies franches . Il
eftoit temps que nous arrivaffions,
la Garnifon & le Bataillon de la
Marine , n'ofantfortir à laportée
du fufil de la Place depuis le 19 .
Février 1707.
T
6
218 MERCURE
Octobre dernier , que toute l'Ifle
s'eftoit revoltée , auffi bien que quelques
Compagnies qu'ils avoient de
Mayorque qui venoient faire
le coup de fufil aux paliffades de
la Place.
Deux heures aprés que les Rebelles
eurent repouffe nos Troupes
jufqu'au bord de la mer , Mr de
Villars ordonna à Mr le Chevalier
de la Roche- Alard de defcendre
à terre avec fon Bataillon ; une
Compagnie de quarante Efpagnols
, & la Compagnie de Grenadiers
de Mr de la Fonquiere ,
pour chaffer les ennemis de leurs
retranchemens. Mr le Chevalier
GALANT (219
de la Roche- Alard eftant à terre ,
fur les deux heures aprés midy ,
Separa fon Bataillon en trois pelotons
, ayant mis à fa droite
la Compagnie
des Grenadiers
de
Monilezun
& celle du Caftelet,
pour aller fe joindre aux quarante
Espagnols qui n'avoient pas débarqué
au même endroit , & qui
pouvoient eftre coupez. Il mit àfa
gauche 3. Compagnies ,commandées
par Mr de Simonnet , Colonel en
fecond , & garda au centre 2. au
tres Compagnies de Grenadiers un
peu fur la droite, afin dans cet ordre
, de pouvoir prendre les Ennemis
en flanc & à revers. La droi
Tij
220 MERCURE
A
te où étoit Mrs de Montlezun
& de Caftelet , effuya le premier
feu à caufe qu'ils avoient moins
de chemin à faire que les autres ,
& que Mr de Ponttevez la
Garde , Aide- Major , que l'on
avoit envoyé de ce cofté-là , &
qui s'aperçut que les Espagnols
ralentisfoient leur marche , avec
raifon , ne voyant pas nos troupes.
qui étoient cachées par des rideaux,
fit preffer ces deux Compagnies
les Ennemis attendirent à demi
portée du fufil ; mais les Ef
pagnols les troupes du Roy &
donnerent avec tant de vigueur ,
que les Rebelles furent chaffez de
que
GALANT 221
leurs retranchemens , & qu'ils
prirent la fuite vers Mahon. Ils
perdirent dans cette action plus de
deux de leurs faixante hommes
principaux Capitaines. Ils étoient
quinze cens.
Le 7. on furprit cinq prifonniers
,parmy lefquels il y avoit un
Moine
un Medecin
qui avoient
deferté du Chateau
. Mr
de Villars les envoya à Don Diego
Davilarpour les punir , & faute
de Boureau ils furent fufillez le
lendemain 8. & enfuite
expofez
à une potence avec leurs habits.
Cet exemple
a fort étonné tous les
peuples de l'Ifle.
Tiij
222 MERCURE
Fornelle eft unFort à quatre Baf
tions qui a efté pris fans refiftance
par Don Falgo , Gouverneur de
l'Ifle , avec cent Eſpagnols.
Le xx . les troupes s'avancerent
vers Ciudadela. Les Jurats vin
rent à une grande lieuë au devant
demander grace. Mr de la Jonquiere
les renvoya pour raſſurer
les efprits alarmez & feditieux
quand on fut à un quart de
lieuë de la Ville ils ne voulurent
y recevoir que deux cens Efpagnols
, difant que leurs Privileges
ne leur permettoient pas
de donner entrée dans leur
Ville à aucunes troupes étran
GALANT 223
geres . Mr de laFonquiere y entra
pourtant avec cent Grenadiers
François pour fa Garde. Le refte
des troupes fut difperfé dans des
maifons de la Campagne.
...Voicy les Articles de la Capitulation
de cette Place , qui
furent demandez , & que Mr
de la Jonquiere jugea à propos
d'accorder
T
iiij
224 MERCURE
ARTICLES DE LA CAPITULALATION
QUI SE SONT PASSEZ
« DE LA PART DE DON FRANCISCO
NEL, GOUVERNEUR
DES . ARMES DE CIUDADELA
, DES MAGNIFIQUES
JURATS DE L'ISLE , &C.
✨ PEUPLES DE Cette Ville,
LE II. JANVIER 1707.
POUR SE SOUMETTRE A
L'OBEISSANCE DE PHI
LIPPES V. NOstre Roy,
QUE DIEU GARDE .
ARTICLE I.
Avant
que de prefterferment
de fidelité à Philippe V. il fera
GALANT 225
permis audit Sieur Net de paffer
a Mayorque avec tous les Soldats
Mayorquains, les Deferteurs
du Chasteau de S. Philippes pour
s'en aller à leur Patrie , auffi-bien
que les Napolitains , Espagnols
tous autres qui ont deferté dudit
Chafteau, s'ily a quelqu'un
qui veuille retourner dansfa Compagnie
, qu'on le recevra comme
auparavant fans le chaftier , les
affurant qu'ils ne feront point pris
par aucun Baftiment François juf
qu'à ce qu'ils foient arrivez à
Mayorque.
II.
Que l'on accordera un pardon
226 MERCURE
general à tous ceux de Ciudadela,
quoy qu'ils foient prifonniers en
quelqu'endroit que ce foit de l'Ifle.
III.
Qu'ils feront maintenus dans
tous leurs privileges , & c. autres
graces accordées par Philippes V.
fes Prédeceffeurs , dont ils ont
joйy jufqu'au 1.9 . Octobre de l'an
paffé 1706. quefurvint la fourberic
commencée par Jean Michel
Saura.
IV.
Que tous les Habitans de la
Ville de Ciudadela & de fa dépendance
, ne feront point defarmez
, au contraire qu'ils feront
GALANT 227
maintenus avec leurs armes pour
leur deffence .
V.
Que l'on ne recevra aucunes
troupes ni Chefs qui ne foient
Espagnols & à la folde de Phi
lippes V.
V I.
Que l'on ne pourra faire aucu-·
cunes levées de Soldats fans le
confentement des Jurats de Ciudadela.
VII.
Qu'il fera permis aux Habitans
de Ciudadela de fortir de
Ifle pendant le temps de fix mois,
& d'emporteravec eux leurs biens,
228 MERCURE
& à ceux qui font dehors de l'Ifle,
comme Patrons Mariniers
d'y revenir & de rentrer dans
leurs biens pendant ledit temps
excepté Saura , le Chef de l'horreur
, dans laquelle
le nous nous trouvons
,fon frere Gabriel , & ceux
qui feront convaincus d'avoir efté
de fa compagnie
.
VIII.
Que tous ceux qui jouiffent"
d'emplois ou dignitez tant Royales,
univerfelles , politiques que Militaires
, feront confervez dans le
mefme rang & avec les mefmes
appointemens, comme auparavant,
cela s'entend fous le bon plaifir de
Philippe quint.
GALANT 229
IX.
Que tous les Creanciers de Jean-
Michel Saura & defon frere Ga
briel , feront payez avant que
leurs biens foient confiſquez.
X.
Que l'on ne fera obligé depayer
aucune fomme pour raifon des
Cloches , Artillerie & autres Metaux
de ladite Ciudadela , & que
tout
demeurera à qui il appartenoit
auparavant.
X I.
Que tous les Ecclefiaftiques qui
fe trouvent dans Ciudadela peuvent
en fortir pour aller où ils
voudront.
1
230 MERCURE
XII.
Que l'on rendra la liberté au
Capitaine François Thomas , aux
Subalternes & aux Soldats Mayorquains
qui fe trouvent prifonniers
qui étoient fous le commandement
de François Nel qui s'embarqueront
avec les autres.
f
Il paroift depuis un mois , un
Manifefte que Mr de Langallerie
dit avoir fait luy- mefme ;
mais il auroit beaucoup mieux
fait de ne point écrire , puifque
ceux qui ne font pas bien
informez de fon affaire , auroient
pû croire qu'elle n'au
GALANT 231
roit pas efté auffi mauvaiſe
qu'elle l'eft en effet. Ce
Manifefte , loin de fervir à fa
juftification , fait connoiftre
qu'il eft veritablement coupable
, puifqu'il n'y parle de rien
moins que
des chofes dont il a
eſté accuſé. Il bat beaucoup de
Pays , & il croit qu'en attirant
dans fon party tous ceux à qui
il donne des louanges , & dont
il fait des Hiftoires à plaifir qui
n'ont aucun rapport à la fienne
, il ébloüyra le Public , &
fe fera autant de Partiſans que
ceux dont il parle ont de parens
& d'amis ; mais enfin il
232 MERCURE
eft évident , & perſonne n'en
peut difconvenir , que tout ce
qu'il dit eft étranger à ſa cauſe,
dont on auroit bien de la peine
à trouver une ligne dans
fon Manifefte , ce qu'il en dit
ne s'étendant pas juſques- là ,
& j'ay mefme vû des gens qui
aprés avoir lû & relû ce Manifefte
ont demandé de quoy
il étoit accufé , ou plutot où
étoient les endroits par où il
prétendoit fe juftifier , lorfqu'il
cherche à juftifier les autres
pour groffir fon Manifeſte ,
qu'il n'auroit pû faire fans cela
puiſqu'il n'y dit rien qui reGALANT
233
garde le fujet de fon accufation
. On voit beaucoup de ve
nin répandu dans ce Manifefte,
des portraits fatyriques fur des
chofes qui font étrangeres à
fon fujet , ou du moins qui ne
regardent que fort indirectement
le crime dont il eft accufé
, & la plus grande partie
de fon Manifefte confifte dans
les foins qu'il fe donne , &
dans les chofes qu'il prétend
avoir ramaffécs & conciliées
pour prouver qu'on l'a voulu
arrefter. Cependant il ne rap- "
porte aucune preuve folide &
conftante ; mais feulement des
V Février
1707 .
234 MERCURE
chofes dont ceux qui par des
raiſons particuliers auroient du
penchant à le croire , pour
roient tirer quelques induc
que la
tions ; mais des inductions ne
font pas toujours des veritez ,
& il s'eft trouvé quelquesfois
que des chofes qui avoient plus
d'apparance de verité
verité mefme , n'étoient pas
toujours veritables . Il paroift
par toutes ces chofes , ou que
Mr de Langallerie craignoit
veritablement d'eftre arrefté ,
" ou qu'il vouloit qu'il paruft
qu'il euft de juftes fujets de le
craindre , afin de faire connoî-
(
GALANT 235
tre qu'il avoit cu raifon de fuir,
rien ne pouvant autorifer l'énormité
d'un crime pareil à celuy
de fe déclarer contre fon
Souverain , & de porter les armes
contre luy en travaillant à
la deftruction de fa Patrie. Il
refulte de tout cela , & perfonne
n'en peut difconvenir ,
ny alleguer aucune bonne raifon
contraire ; il refulte , dis-je
de tout cela , que fi Mr de
Langallerie s'étoit fenty innocent
, loin de prendre tant de
précautions pour éviter d'eftre
arreſté , & de marquer une fi
grande crainte de l'eftre , il
V ij
236 MERCURE
feroitvenu fe juftifier à la Cour,
ce qu'il a toujours refuſé de
faire , donnant à connoiftre par
là qu'il luy étoit impoffible de
fe juftifier. Je dois ajouter que
les grandes louanges qu'il donne
luy-mefme à la valeur dans
tout fon Manifefte , & qu'il fe
fait donner par d'autres
l'éloge qu'il fait & qu'il fait faire
de fes fervices , auroient parlé
pour luy , & que pour peu
que fa foibleffe cuft cu part à
fon crime & que l'on cuft remarqué
qu'il s'y étoit trouvé
engagé par des conjonctures
qui empefchent de raiſonner
d'autres , &
GALANT 237
quand de certains befoins parlent
, toute la Cour luy auroit
tendu les bras , & fes fervices
& fa valeur auroient fait fermer
les yeux fur beaucoup de
chofes ; mais il a bien connu
qu'il étoit trop criminel pour
que cela arrivalt , & il a cru que
les convictions que l'on avoit
contre luy étoient trop fortes,
de maniere qu'il a mieux aimé
achever deconvaincre le public
de la verité des chofes dont on
l'accufoit, que de rifquer d'être
puny en fe livrant luy- mefme ,
un homme de fon caractere
n'étant pas homme à avoüer
238 MERCURE
fon crime , & encore moins à
faire des foumiffions en demandant
excufe. Voicy le fait
dont il s'agit.
Toute l'Armée d'Italie fçait ,
& je n'en parle qu'aprés ent
avoir efté informé d'une ma
niere à n'en pouvoir douter ,
qu'il a pris au Roy une fomme
de foixante mille livres qui luy
avoit efté remiſe pour S. M.
dans la Principauté de Maffe , &
dans la Garfagnane . Il eftoit
du devoir de ceux qui ont le
maniement des affaires du Roy
de luy en demander compte , &
c'eftoit paroiftre d'intelligence
GALANT 239
avecluy , & fe rendre ſon complice
que de ne le pas faire. Il l'a
trouvé fort mauvais , & il a
cru qu'en faveur de fes longs
fervices , quoy qu'ils n'ayent
pas efté tous heureux , on devoit
fermer les yeux fur un
pareil procedé , quoy qu'il
fuft des plus hardis , & qu'il
fuft tres-dangereux de l'autorifer,
à caufe des confequences
.
D'ailleurs le fait eftoit fi conftant
& fi connu , qu'il n'étoit
pas poffible que l'on crût qu'il
n'étoit pas fçû , fi on avoit
feint de l'ignorer , de forte que
M' de Langallerie étoit bien
240 MERCURE
perfuadé que s'il cherchoit à
fe juftifier , fes raifons feroient
fi foibles & fi peu vray-femblables
, qu'il feroit par fes défenfes
encore mieux connoître
des veritez qu'il ne pouvoit
cacher. Il faut qu'elles foient
bien évidentes
, puifque tous
les jours on donne un fi bon
tour à de mauvaiſes cauſes ,
que ceux qui les écoutent les
croyent bonnes , jufqu'à ce que
les Avocats des adverfes parties
ayent parlé ; mais n'ayant
rien trouvé dans la fienne à
quoy il puft donner quelque
lueur de juftice , il a mieux aimé
GALANT 241
& me n'en rien dire du tout ,
faire rouler fon Manifefte fur
toutes les chofes dont je viens
de vous parler , & dont la plufpart
ne regardent pas fa caufe ,
& il a cru qu'il fuffifoit qu'on
répandiſt dans le monde qu'il
avoit fait un beau Manifefte ,
& qu'il euft diverti le Lecteur
en quelques endroits , pour
faire croire qu'il cftoit juſtifié ,
& qu'on l'avoit injuſtement
calomnié
pour avoir des prétextes
qui puffent autorifer les perfecutions
qu'il alleguc ; mais
par malheur pour luy ces prétendus
perfecuteurs ont un ca-
Février
1707. X
242 MERCURE
ractere bien éloigné de celuy
qu'il leur donne. Leur douceur
, & leurs manieres obligeantes
font generalement reconnues
, & ils n'ont pas befoin
d'eftre juſtifiez . Ils ne font
point rivaux de gloire de Mr
de Langallerie . Ils ne font rien
d'eux-mêmes dans des faits pareils
à ceux dont il s'agit , & delquels
ils ne font que Rapporteurs
, & il leur importe que
l'Etat ait de grands Capitaines
& de les conferver quand il en
a , puifque tout roulant fur
eux , on veut fouvent fans raifon
les rendre refponfables des
GALANT 243
chofes aufquelles ils n'ont aucune
part , l'employ de combattre
eftant tout different de
celuy qu'ils rempliffent . Peuts'ils
fe trouvoient les
eftre
que
armes
à la main
ils les
manicroient
auffi
bien
que
leur
plume
, &
nous
avons
vû
depuis
vingt
- deux
ans
un
de
leurs
Confreres
faire
trembler
une
fiere
Republique
, & luy
donner
la loy
, en
obligeant
ceux
qui
la reprefentoient
de
fortir
.
de
leur
Etat
pour
aller
implorer
la clemence
d'un
Monarque
qui
n'a
point
de
parcil
.
C'est
pourquoy
on
ne doit
pas
X ij
244 MERCURE
re
s'étonner fi l'on a vû fous fon
regne des chofes dont les
gnes les plus floriffans ne fourniffent
aucun exemple dans
tous les Etats du monde.
il
La Relation que vous allez
lire eft d'un Officier qui a accompagné
la Princeffe , à l'oc
cafion du mariage de laquelle
rapporte toutes les Feftes
qui fe font faites . Il en rend
compte à fa Souveraine qui l'a
envoyée en France à une grande
Princeffe , dont je la tiens.
GALANT 245
RELATION ,
ENTRE E S ,
FESTES ROYALES , 1706 .
A l'Augufte Princeffe Palatine ,
Electrice de Brunſwick
& Lunebourg.
Pov
OURfatisfaire aux ordres de
voftre Alteffe Electorale , je commenceray
cette relation de la Ville
de Magdebourg, S. A. R.y arrivafur
le midy , & trouva à un quart de
lieue de la Ville , 44. Caroſſes à fix
Chevaux , & beaucoup de Gentilshommes
du Pays à Cheval, magni-
X iij
246 MERCURE
看
fiquement habillez , ayant à leur
tefte un grand nombre de Chaffeurs.
Elle entra dans la Ville avec tout
ce cortege. Son Alteffe Royale fut
conduite au Palais Royal au bruit
du canon & de la Moufquetterie tant
de la Bourgeoifie que des Troupes ,
qui bordoient les ruës depuis la porte
de la Ville jufqu'au Palais ,Toutes
les Dames de la ville eftoient fur le
Perron & eurent l'honneur de faluer
Son Alteffe Royale à la defcente de
fon Caroffe, Elle monta enfuite dans
fon Appartement , où Mr le General
de Finck luy prefenta Mr le Doyen d
la tefte des Chanoines , & le Corps
de la Nobleffe , qui complimenterent
Son Alteffe Royale furfon heureufe
arrivée. Elle y dina , & les
Pricipaux du Pays eurent l'honneur
d'eftre admis à fa Table . Onfervit
GALANT 247
"
ན་
en mefme temps buit grandes Tables
pour la Nobleffe . Ce repas fut accompagné
d'une fort belle Mufique
Son Alteffe Royale eftant fortie de
Table apprit qu'ily avoit dans la
place du Palais un grand peuple qui
bruloit d'envie de voir fon Augufte
Princeffe elle paffa de la Salle du
Feftin fur un Balcon „ & la maniere
agreable dont elle le fit luy attia
tous les coeurs des Peuples . On
vit auft- toftparoître quarante Français
vetus à la Morefque ; leurs
\\habits eftoient couleur d'Orange : ils
eftoient précedez par des Hautbois
Gils formoient des danfes en faifant
des acclamations à la maniere
des Motes . S. A. R. m'ordonna de
leurjetter de l'argent . Enfuite elle
rentra pour quelque temps dans fon
appartement , où un moment aprés
248 MERCURE
elle parut avec un habit magnifique
pourrecevoir douze Deputez de diffe
rens Etats. V. A. E. s'imagine bien
que ces Deputez eftoient pourvus de
Harangues ; mais comme la pluf
partfurent prononcées dans une langue
queje ne poffe de pas bien , je ne
m'étendray pas davantage fur cet
Article , en affurant Votre Alteffe
Electorale que Madame la Prin
ceffe Royale répondit avec cette grace
& cette bonté hereditaires à Paugufte
fang dont elle eft fortie. La
Harangue des Magiftrats fut accompagnée
,fuivant l'usage qui s'ob
ferve dans tous les Etats , desprefens
de la Ville , & je les ay trouvezfi
finguliers que j'ay cru leur devoir
donner place dans cette Relation. Ils
confiftoient en quatre pieces de boeuf
fumé , deax cens livres de carpes
翟
GALANT 249
bait cens d'huiẞtres , cent citrons , un
tonneau de vin du Rhin , un de vin
de Canarie , une tonne de Breuhan
d'Halberstadt , une de Magde
bourg , trois fouder d'avoine & deux
defoin. Ily eut le foir Appartement
qui fut fuivi d'un grand foupé oùs.
l'affluence du peuple fut fi grande
que les Gardes du Corps eurent beaucoup
de peine à demeurer maistres des
portes.
Le Mardy 23. S. A. R. alla fur
les trois heures aprés midy à l'Eglife
appellée le Dôme . Elle fut reçue
à la porte par le Doyen à la tefte
des Chanoines , & on luy fit voir
plufieurs Reliques & autres curiofitez.
Elle retourna enfuite au Palais
où ellejoua à l'Hombre. Le Jeu fini
cette Princeffe fe mit à table où elle
fut fervie avec autant d'abondance
250 MERCURE
& de delicateffe qu'elle l'avoit été an
dinė . La Mufiquefefit encore enten
dre pendant ce repas , où le peuple
vint avec autant d'affluence qu'il
avoit fait au diné.
Le Mercredy 24. S. A. R. dina
fur les onze heures , & monta enfuite
en Caroffe. Elle fut reconduite avec
les mefmes honneurs qu'elle avoit efté
reçuë , c'est - à- dire , au bruit du Canon
& de la Moufqueterie . Elle fit
fept milles ce jour là , & arriva fur
le foir à Ziegefet. Elle y trouva la
Nobleffe du Pays à cheval dont elle
reçut les foumifions . Cette Nobleffe
la conduifit au Chateau au milieu
d'une allée d'arbres que les Habitans
avoient plantée depuis l'entrée
du Bourgjufqu'au Chateau , où elle
fut traitée avec autant de magnifi
dence quefi S. A. R. eut efté dans
GALANT 251
une des plus grandes Villes de l'Eu
rope. Il y avoit auffi plufieurs tables
pour la Nobleſſe , & l'on n'épargna
pas pour boire à lafanté de
Sa Majesté , & de leurs Alteffes
Royales , les p'us excellens vins
d'Hongrie , de Champagne & de
Bourgogne.
Le Jeudy 25. S. A. R. partitfur
les onze heures ; elle arriva de bonne
beure à Brandebourg. La Nobleffe
qui étoit en grand nombre hors de
la ville , la complimenta fur fon
heureufe arrivée. Elle entra enfuite
dans la Ville , accompagnée d'un
grand cortege ; elle la traverfa entre
plufieurs hayes d'habitans fous les
armes , d'Etudians chantans.
Elle arriva à l'Eveſché après avoir
paße fous divers Portiques de verdure
, & dont la porte étoit auffi or
252 MERCURE
née de verdure, ainsi que de Devifes
& de Vers Latins , le tout accom
pagné d'un grand chaur de Mufique.
S. A. R. trouva à la porte de l'Eglife
Mrs du Chapitre en habits de
Ceremonie . Ils avoientfait orner la
tour du Chapitre de beaucoup de ver
dure , accompagnée d'une fi grande
quantité de fleurs naturelles , qu'il
Sembloit que l'on fuft dans la plus
belle faifon de l'année . A peine S.
A. R. fut elle entrée dans fon Appartement
, que l'onfervit plufieurs
Tables avec tant de profufion , que
l'on peut dire à la gloire de M
de Schlippenbach Aberſchenck
qu'il n'épargnoit ni peines , ni foins ,
ni depenfes pour remplir dignement
l'employ dont Sa Majesté l'avoit
honoré. S. A. R. reçut au fortir de
table les complimens des trois Etats,
E
GALANT 253
que
& le concours du peuple étant fe
grand que les Appartemens ne fuffifant
pas pour contenir tous ceux
qui s'étoient empreffez pour la voir,
S. A. R. eut la bonté de faire uné.
partie d'Hombre dans une Salle
qui avoit deux iffaës , de maniere
l'on fit entrer le peuple par une
porte ,&fortir par l'autre , afin déviter
la confufion . Mr de Briou
Major & Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majefté , je donna tous
les foins imaginables pourfatisfaire
tous ceux que la curiofité avoit attirezen
lesfaifant paffer les uns aprés.
les autres. Le jeu étantfini les tables
furent fervies avec toute la délicateffe
& la magnificence imagi
nable. Il meferoit imposible de vous
marquer le grand nombre de perfonnes
de qualité des deux Sexes qui ve-
Fevrier 1707. Y
254 MERCURE
noient faire leur cour , ce qui marquoit
l'Etat floriffant de Sa Majesté.
Le Vendredy 26. S. A. R. partit
à dix heures du matin , ayant fept
milles à faire pour arriver à Spandau
. Je laiſſiray noftre Augufte
Princeffe de Pruffe dans fon Careße
pour prendre en passant le divertif
fement que luy avoit preparé les
Bateliers de Brandebourg qui au
nombre de quarante , vestus legerement
, couronnez de verdure & chacun
dans une petite nacelle firent
voir leur adreße en formant une efpe
de combat à la maniere des Gondolliers
de Venife , aprés quoy S.
A. R. ayant continué fa route , difna
dans une maifon champestre . Je ne
vous diray rien de ce qui fe paffa à
ce repas ,puifqu'étant perfuadé qu'il
>
GALANT 255
ne s'y pouvoit rien paſſer qui paſt
exciter la cariofité de V. A. E. je
pris les devans pour me rendre à
Spandau , où je crus bien qu'il ne fe
pafferait rien que de remarquable,
& je ne me trompay pas , ayant.
trouvé en y arrivant un grand nombre
de caroffes à fix chevaux ; toute
La Nobleffe des environs à cheval ,
& des Arcs de Triomphe avec les
Portraits de leurs Alteffes Royales ,
entremélez de Devifes & de leurs
Armoiries. La Bourgeoisie étoitfous
les armes & les troupes reglées
Occupoient
tous les poftes d'honneur ;
mais je fus bien furpris lorfqu'on
me dit que Sa Majesté étoit arrivée
avec Monfeigneur le Prince
Royal , & Meffeigneurs les Marcgraves.
Je montay aui - toft dans
Lappartement du Roy , que j'eus
Yij
256 MARCURE
vé
Phonneur de voir au milieu de fa
Cour. Je me prefentay à Monfei
gneur le Prince Royal , qui me reçut
tres -favorablement. Le Paffu
day que son illuftre Epouse arriveroit
bien toft , & que les ordres de
Sa Majefié avoiont_efté executez
par tout avec beaucoup d'exactitude
A peine mon compliment fut il ache
que l'on entendit le bruit da canon
; la joye éclata fur le visage du
Roy, & l'impatience que Sa Ma
jefté témoigna fit un plaifir fenfible
à tout le monde. Enfin le Ciel
exauça les voeux de ce Monarquez.
il vit par une feneftre le caroffe de
S. A. R. que l'on fit monter fur le
rempart du Chateau. Sa Majesté
s'y rendit par une porte de fon appartement
qui donne fur une Ter♣
raffe , S. A. R. étant defcenduë de
GALANT 257
caroße fe jetta aux genoux de S. M.
mais elle la retint avec tant de tendreße
que nonobstant tous les efforts
que fit cette Princeße pour luy marquer
fa foumiffion , elle ne pust embraßer
fes genoux ; au contraire S.
M. l'embraßa d'une manierefi tendre
& fi remplie de bonté , que tous
ceux qui en furent témoins en verferent
des larmes de joye . Ce Prince
s'étoit dépouillé de fa grandeur pour
faire voir le coeur d'un pere dans celuy
d'un grand Monarque , S. M.
conduifit enfuite S. A. R. dans
l'appartement qui luy étoit deſtiné ,
où il luy prefenta fon auguftefils &
tous les Princes de fon fang. Les premiers
complimens étant finis , Sa
Majesté fortit avec toute fa Cour ,
laißa Monseigneur le Prince
Royal faire fon compliment en par-
Y
iij
258 MERCURE
ticulier. Quelque temps après S. M.
ientra chez Madame la Princeße
Royale , aprés avoir aßûré fa
chere fille de fon amitié Royale; c'eſt
ainfi , Madame , qu'il l'a nomme ,
nom bien cher à S. A. R. Sa Majesté
partit enfuite pour Berlin . V.
A. E. fçait que Spandau eft une
des plus belles Fortereßes de l'Europe
, & qui renferme un fuperbe
bafiment. Les remparts redoutables
de cette Fortereße retenoient dans
l'esclavage un nombre de malheu
reux, qui étoient refervez à faire ref
fouvenir la pofterité d'un fi heureux
jour , puis qu'ayant remis leur falut
dans la grace qu'ils efperoient obte
nir de S. M. par l'entremise de S.
A. R. ils n'afpiroient qu'après ce
moment fortuné pour faire préſenter
leur requeste à S. A. R. mais le
GALANT 259
General Tettau , Commandantdes
Gardes du Corps & Gouverneur de
la Place , pour éviter les importunitez
que S. A. R. en auroit pû recevoir
, leur avoit deffendu l'ufage
de l'écriture. Cependant ce General
en ayant informé le Roy , Sa Majefte
luy répondit avec unfourire plein
de bonté, j'ay tant de joye de voir
icy la Princeffe , que je veux.
leur donner à tous la liberté :
elle leur fut renduë quelques jours
aprés. Voila, Madame , se qui con.
ronna ce grand jour.
Le Samedy 27. S. A. R. qui
eftoit en Robbe , aprés avoir pris un
Leger repas , monta -feule dans fon
caroffe , & fortit de Spandau fur le
midy au bruit du canon & de la
moufqueterie & des acclamations du
peuple. S. M. alla hors de la ville
260 MERCURE
par
ོ
la
au devant de cette Princeffe ; elle
monta dans fon carroffe, & elle entra
dans la fuperbe ville de Berlin
porte Royale , qui eftoit ornée
de Trophées de Devifes. La
marche commençoit par un Regiment
de Cavalerie, fuivi de 32 , caroffes
à fix chevaux , qui appartenoient
à la principale Nobleffe . Ces
32. caroffes eftoient à la tefte de 40.
caroffes magnifiques , dont chacun eftoit
accompagné des Pages & des
Laquais qui apparienoient aux Offiers
de S. M. Ceux de Meffeigneurs
les Marcgraves & de Monfeigneur
le Prince Royal venoient enfuite, aprés
lefquels on voyoit paroiftre ceux
de Sa Majele . Le nombre de tous ces
caroßes montoit juſques à 104. les
chevaux de main de la Nobleſſe , des
Princes & du Roy , fe faifoient reGALANT
201
marquer enfuite. Je ne diray rien de
la beauté des chevaux, quife fit affez
connoiftre pendant la marches
j'ajouteray feulement que leurs
houßes & leurs caparaçons eftoient de
la plus grande magnificence : les
Valets de pied venoient enfuite 3
les Pages de S. M. ayant leurs Ecuyers
à leur tefte attiroient les regards
de tous les fpectateurs . Ils eftoient
faivis de quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de plufieurs
Gentilshommes à cheval & des
Trompettes de la Chambre qui precedoient
les cent Suißes de la Gatde
, formant deux hayes au milieu
defquelles Monfeigneur le Prince
Royal eftoit à cheval , accompagné
de Meffeigneurs les Margraves &
des Generaux d'Armées qui marchoient
devant le Caroße de S. M
.
ن م
262 MERCURE
Il eftoit attelé de 8 chevaux, qui par
la fierté de leur démarche fembloient
fe glorifier d'être attelez aufuper.
be caroße , dans lequel deux auguf
tes perfonnes attiroient uniquement
les regards de tout un grand peuple.
Le caroße de S. M. eftoit environné
d'Officiers en charge fuperbement
montez. Les caroßes de S. A. R.qui
eßoient remplis defes Dames d'Honneur
& de fes Femmes de Chambre,
faivoient celuy de S. M. & ces caroßes
eftoientfuivis d'un grand nom.
bre de Gardes du Corps . Cette fuperbe
marche eftoit fermée par un Regiment
de Dragons , & elle avoit
pour, arriere- garde un Efcadron de
60. Cuirafiers , qui marchoient en
fort bon ordre avec timbales & trompettes.
V. A. E fera peut- eftre fur
prife de ce que je m'étend davanta
GALANT 263
du
ge en parlant de cette troupe que
Regiment de Dragons ; mais elle
doit fçavoir que cet Escadron n'était
compafé que de Bouchers qui avoient
Fair i cavalier, & qui eftoient
fi bien équippez , que je les
pris d'abord pour un Efcadron de
Troupes reglees . V. A. E. peut bien
juger que S. A. R. à qui S. M
defera ce jour- là tous les honneurs,
ne traversa cette grande ville qu'-
au bruit des acclamations du peuple,
auquel S. A. R repondit de la
tifte avec le fourire gracieux qui luy
eft fi ordinaire , & qui ne manque.
jamais de luy attirer tous les coeurs ,
Toutes les maifons eftoient parées
de Tapißerie vivantes , arrivées de
plufieurs pays éloignez pour admirer
cette magnifique entrée. Les rues
étoient bordées par la Bourgeoife ,
264 MERCURE
b
& les places publiques étoient occupées
par divers Corps de troupes. Ce
fut au milieu de ces marques de
triomphe que S. M arriva dans fon
fuperbe Chasteau. Elle conduifit S.
A. R. dans un appartement ma -
gnifique & orné de tout ce qui peut
attirer &fatisfaire la veuë.V.A.E.
connoift la fumptuofité de S. M. fon
bon gouft , & l'amour qu'elle a pour
tous les beaux Arts , Ainfi je ne
parleray point des belles peintures ,
nt des ornemens defes vaftes appartemens;
mais je ne puis m'empefcher
de me recrierfur la beauté du lit que
S. M. avoit fait preparer pour ces.
heureux Epeux. Le fond est de velours
couleur de feu , femé de 144.
chiffres du glorieux nom de S. M.
couronnez & brodezde perles & re»
baußez encore de plusgroßes . Ce lit
étoit
GALANT 265
étoit doublé d'un drap d'argent rebroche
d'or , & bordé d'une Campane
d'or. L'Ordre de Sa Majesté
fe trouve fi bien placé dans les ornemens
que l'on ne peut s'empêcher de
demeurer
d'accord que
la richeffe de
ce lit eft jointe au bon gouft.
Le Roy commença à donner des
marques de fa liberalité à S. A. R.
en luy faifant preſent d'une grande
quantité de Brillans & de Perles
mais avec tant de grace qu'encore
que les préfens fuffent d'un grand
prix S. A. R. fut plus fenfible aux
bontez du Roy qu'à leurs richeffes.
Si Madame la Princeffe Royale
vous étoit inconnue , je pourrois
faire un portrait à V. A. E.
de la maniere gracieuse avec laquelle
elle recevoit tout ce que le Roy
avoit la bonte de luy donner fi gene
Fevrier 1707. Ꮓ
266 MERCURE
reufement , & avec quelle douceur
& quelle modestie elle recevoit les
honneurs que S. M. luy faifoit ren
dres mais je paroitrois fufpect, ayant
l'honneur d'appartenir au grand
Prince qui luy a donné le jour.
F'ajouteray feulement qu'elle a ga
gné tous les coeurs par fon merite
perfonnel & par fes rares qualitez.
Vingt- quatreTrompettes ayantfait
connoiftre que la Table de S. M.
eftoitfervie , elle donna la main à
S. A. R. qui fut placée à fa gauche,
Monfeigneur le Prince Royal à
fa droite, & enfuite les Marcgraves
& les Marcgravines . Si je parle
encore icy de la magnificence des appartemens
du Roy mon recit paroiira
fabuleux; mais non , toute l'Europe
connoift la grandeur de S. M. ainfi
je ne dois rien craindre. Lejoupéfini
GALANT
267
le Roy reconduifit
Madame la Princeffe
Royale dans fon appartement
,
& aprés luy avoir dit mille chofes
obligeantes
, S. M. fe retira pour
Laifer S. A. R. prendre le repos
dont elle avoit befoin , & afindefe
preparer pour le jour fuivant , jour
heureux qui devoit remplir les vaux
de tout un peuple.
Le Dimanche 28. S. A. R. dina
dansfon appartement, & furles trois
heures S. M. la couronna avant que
d'aller à l'Autel. Elle avoit envoyé
la Couronne par fon Grand
Maitre de la Garderobe à S A. R.
afin que l'on paft le précautionner
contrefa pefanteur. Elle est d'or maf
fif, figarnie de gros diamans & de
perles qu'elle furprenoit & qu'elle
éblouiffoit les yeux. S. A. R. étant
revêtuë de la Mante Royale , &
Z ij
268
MERCURE
*
ayantfes beaux cheveux épars , fe
rendit dans fa Chambre d'Audiance
au milieu de laquelle étoit un carreau
de velours cramoifi . Le Roy en
ayant efté averti , fortit de fon appartement
avecfa nombreuſe Cour
Sa Majesté étoit accompagnée de
Meffeigneurs les Marcgraves , reveftus
du Colier de l'Ordre , & précedée
du grand Maitre de la Garderobe
qui portoit la Couronnefur un
carreau de velours . S. A. R. n'euft
pas plustoft apperçu S. M. qu'ellefe
jetta à fes genoux , & S . M. ayant
pris la Couronne la pofa fur la tefte
de Madame la Princeffe Royale.
Le Roy la releva & la conduifit
ainfi dans fa Chambre , où étoient
les perfonnes qui devoient avoir
l'honneur de la coëffer. S. M. ne ſe
retirapoint après cette ceremonie, ne
GALANT 269
pouvant affez contempler la belle
Princeffe que Dieu luy avoit refervée
pourfille. Monfeigneur le Prince
Royal para un moment aprés en
habit ferieux d'un drap d'argent cou
vert d'un point d'Espagne d'or femé
de diamans & revesta du Collier de
l'Ordre. Ilfalua le Roy , & S. M.
luy fouhaitta toutes fortes de benedictions.
Le Prince fe jetta à fes genouxpour
luy marquerfa foumillion.
Le Rayfe tourna du cofté de Madame
la Princeffe Royale , & lui ayant
fait le même compliment , fit figne à
Monfeignent le Prince Royal de
prendre fon augufte épouse pour la
conduire dans la Chapelle Royale,
où les Ceremonies qui fe font en
de pareilles occafions furent exactement
remplies au bruit des Timbales
& des Trompettes , & d'une triple
Z iij
270 MERCURE
decharge du canon , de la moufqueterie&
de la Cavalerie , tout étant
pour cet effet fous les armes dans
toutes lesplaces de la ville, les Gatdes
du Corps occupant la Cour da
Chasteau. Enfortant de la Chapelle
ces illuftres époux furent conduits
dans la grande Salle des feftins , qui
étoit fi brillante de lumiere qu'elle
éblouiffoit lesyeux. Il y avoit plus
de deux mille bougies ; je n'ay jamais
vù tant de richeffes enfemble
qu'ily en avoit dans le Buffet qui
Occupoit tout un cofté de la Salle de
puis le hautjufqu'en bas. Le repas
fini Sa Majeftédança avec Madame
la Princeffe Royale .Monfeigneur
le Prince Royal dança enfuite avec
cette Princeffe , & le Balfe termina
par une dance avec desflambeaux.
Je tire le ride aufur ce quifuivit ; il
GALANT 275
n'y a que l'amour qui vous en puiffe
faire le recit. Je paffe au Lundy 29.
deftiné pour complimenter Monfetgneur
le Prince Royal & Madame
la Princeffe Royale. Le compliment
de S. M. fut accompagné d'un préfent
de diamans d'un grand prix.
Monfeigneur le Prince Royal envoya
à fon augufte épouse , une caf
fette remplie de brillans & de perles,
Le Mardy fuivant les Deputez
de tous les Etats de S. M. eurent
l'honneur de complimenter leurs Alteffes
Royales , & ils firent leur don
gratuit . Ily eut le feudy une grande
Mafcarade fous le titre des quatre
parties du Monde. La premiere
Quadrille étoit commandée par Sa
Majefté avec Madame la Princeffe
Royale reprefentant l'Europe. S. A
R. fit voir dans cet habit auſſi bien
$
272 MERCURE
que dans les autres , que c'étofe
avec raison que S. M. Pavoit thoifie
pour reprefenter la plus confiderable
& la plus belle partie du
monde. Le Roy étoit veſtu à la Romaine.
Son habit étoit de drap d'or,
enrichi d'un grand nombre de gros
diamans ; fes brodequins étoient de
mefme étoffe , & garnis de brillans ,
& fon Manteau Royal de velours
couleur de feu double de drap d'or.
Il avoit une Couronne de lauriet
mélé de diamans , & il tenoit un
bafton d'Empereur. Quatre Herauts
portoient des Faifceaux d'Armes
devant Sa Majefté. S. A. R. avoit
un babit de velours bleu brodé d'or,
& des lambrequins de drap d'or rebrochez
d'argent , avec des fleurs
naturelles. Son Manteau Royal
étoit de velours conleur de feu , dou
GALANT : 273
ble de drap d'argent. Elle avoit dans
fa coeffure un bec de corbin couronné
&garni de perles & de diamans qui
jettoient quantité de feu ; mais qui
n'approchoit pas de celuy qui fort
de fes yeux.
La feconde Quadrille étoit commandée
par Monseigneur le Prince
Royal & par Madame la Marcgravine
Philippes reprefentant
CAfte.
La troisième étoit conduite par
Monfeigneur le Margrave Philippes
, & par Madame la Marcgravine
Albrecht repréſentant l'Affrique
La quatrième par Monseigneur
le Marcgrave Albert , & par Madame
la Comteffe de VVartemberg
repréfentant l'Amerique.
Tous ces differens peuples, s'étant
274 MERCURE
rendus dans l'Appartement du Rey,
toute la mafcarade marcha par
quadrille au fon des Trompettes &
an bruit des Timbales & fe rendit
dans lagrandeSalle où eftoient deux
Tables en forme de fer à cheval ;
visˆvis l'une de l'aute . Il y avoit
du cofté de celle de S. M. un Amphitheatrejufqu'aahaut
de la Salle
pour placer le monde , & comme il
eftoit défendu d'y entrer fans eftre
mafqué , rien n'étoit plus brillant
que cette Affemblée. Il y avoit un
magnifique Buffet vis- à- vis de cet
Amphitheatre, & deux Gloires aux
deux coftez de la mefme Salle , remplies
de Muficiens & de Muficiennes ,
qui reprefentoient aut les quatre
Parties du monde , & qui chanterent
les louanges de Madame la Princeffe
Royale , aufquelles répondit
GALANT 275
ane fymphonie entremelée d'un bruit
de guerre . Ce (pectacle eftoit des plus
brillans & des plus beaux. Le foupé
fini on retourna dans l'Appartement
de S. M. ou il y eut an grand Bal
Je ne dois pas oublier que les Officiers
qui fervoient & les Pages ,
eftotent auffi mafquez:
Ily eut Appartement le Vendre»
dy , & le Roy dina en Public avec
leurs Alteffes Royales , & toutes les
fois que Sa Majesté dinoit en ceremonie
les fantez eftoient marquées
par un bruit de Trompettes auquel
répondoit celuy du canon .
Le Samedy fuivant S. M. alla
au Cours. Elle avoit dans fon Ca.
Madame la Princeffe Royale &
Madame la Margrave Philippes.
Toute la Cour accompagna S. M.
au Cours ; elle fe rendit de - là i
à
276 MERCURE
Charlottembourg; cette maison Royale
eft connuede V. A. E. ainfifans
parler defafituation , je me conten
teray de rendre compte à V. A. E.
des honneurs que S. M. fit rendre à
Madame la Princeffe Royale. Elle
yfut reçue au bruit du canon , &
les habitans y avoient élevé un
Arc de Triomphe àfa gloire , & à
celle de Monfeigneurfon époux. Le
Roy conduifit cette Princeffe dans.
l'Appartement qui luy eftoit deftiné,
Je ne vous diray rien de la magnificence
de cet Appartement , & je
vous parleray feulement d'une Toi
lette d'or mallifdont Sa Majesté luy
fit prefent.
Le Dimanche Mr l'EvêqueUr
finus fit la dédicace de la Chapelle
Royale , au bruit du canon , & en
prefence de S. M. & de toute la
Maiſon
GALANT 277
Maifon Royale , de maniere que ce
jour fut donné au Seigneur.
y eut Comedie Italienne le
Lundy le Roy alla enfuite à la
Maifon de Ville , où Madame la
Princeffe Royale fut complimentée
au nom de Mrs du Magiftrat par
Mr.Dankelmans
le Margrave
Albert , faifoit les honneurs en qualité
de Bourguemefire. On prefenta
à S. A. R. quatre cruches remplies
de vin , qui eftoient d'une hauteur
démesurée. Ily eut des illuminations
dans toute la Ville ; S. M. foupa
ce jour- là dans le grand Salon defon
Appartement.
Il y eut le Mardy une grande
mafcarade un grand repas , & les
rangs ne devant point eftre obſervez
à Table à caufe des habits de mafque
dont chacun eftoit revétu , les
Fevrier 1707.
A a
278 MERCURE
places furent tirées aux billets , &
chacun prit la fienne felon le rang
qu'il luy eftoit écha . Le bonheur de
S A. R. luyfit avoir S. M. pour
mary , qui eftoit habillée en Matelot
. Elle eftoit fi bien deguifée qu'on
eut de la peine à la reconnoistre fous
un habitfi raftique, S. A. R. eftoit
en Catalane , & elle s'attira fous
cet habit de nouvelles douceurs de S.
M. C
Le Roy & toute la Cour retourne .
Tent le Mecredy à Berlin où il y eut
lefoir Appartement
Le feudy S. M. dina en Public ,
& l'aprés dinée S. M. étant accompagnée
de S. A. R. alla voir la
répreſentation d'un grand Balet
danfé par quantité de perfonnes de
qualité des deux fexes , qui avoient
à leur tefte Meffeigneurs les MarcGALANT
279
graves Albert & Chretien. Il fut
Parfaitement bien execute ; les ha
bits étaient bien entendus & conve
nables aux personnages , V. A. E,
en verra lefujet dans le Livre de ce
Ballet que j'auray l'honneur de luy
porter . Elle y trouvera un prologue à
la gloire de Madame la Princeſſe
Royale,
Le Vendredy S. M, accompagnée
de toute fa Cour alla voir un feu
d'artifice auquel on avoit travaillé
depuis long temps. Le vent ne fut
pas favorable , ce qui fut cause que
S. M. & tous les Spectateurs ne
privent pas tant de plaifir à ce
Spectacle qu'ils auraient du faire . Je
m'entre point dans le sujet de ce feu ,
puifque les imprimiz qui accompagnentle
Livre du Ballet en apprendront
jufqu'aux moindres tir-
Aaij
280 MERCURE
conftances à V. A. E. Je dirayfeutement
que S. M. fit prefent ce jourlà
à S. A. R. d'une robbe de velours
doublée de martre zibeline , & j'ajouterai
que tous les jours qui avoient
efté marquez par S. M. pour les divertiffemens
nouveaux qui fe fuccedoient
les uns aux autres , il ne s'en
paffa aucun fans que S. M. fift
reffentir à S. A. R. des effets de
fa liberalité & de fa magnificence.
Il y eut Cours le Samedy , &
comme S. M. ne veille pas , elle avoit
permis à S. A. R. d'avoir Bal &
mafcarade le Dimanche ; ce divertiffement
fut enfuite continué prefque
tous les foirs.
C
Le Lundy ily eut unefeconde reprefentation
dugrand Ballet .
Le Mardy S. M. prit avec leurs
Alteffes Royales le divertiffement
GALANT 281
d'uncombat d'Hures de Sangliers ,
de Tauraux , d'Ours de Loups
de chevaux & de chiens . On lacha
enfuite une grande quantité de Re
mards qui furent bernez par les Cavaliers
, ce qu'ils firent avec tant
d'adreſſe qu'ils demeurèrent maiſtres
du champ de bataille . Ainfi les
Chaffeurs de Sa Majesté ne manqueront
point de manchons cet hyver.
Ce Prince pint Cour le Mercredy ,
& le Reudywelle】donna dans la
grande salle , une Feſte magnifique
nommée le Festin du Printemps.
La Salle étoit ornée d'une nouvelle
verdure , de Miroirs & d'Orangers,
& éclairée de plus de trois mille
bougies. Il y avoit une gallerie de
chaque cafté où les Spectateurs étoient
placez, & l'on voyoit à l'oppofite du
Buffet une Glaire remplie de Mufi
A a iij
282 MERCURE
ciens & de Symphoniſtes. Il y avoit
une table de fix vingt couverts ,
l'on nefut encore placé que felon le
rang qui écheut par les billets qui
furent tirez. Les louanges du Roy
furent chantées pendant le repas, &
celles de Monfeigneur le Prince
Rayal & defon illuftre épouse ne fu
rentpas oubliées. On dança enfuite,
& il y eut une entrée d'un Arlequin
& d'une Arlequine , qui fut executée
par le fieur Poirier , Maiftre à
Dancer du Roy Augufte , & parla
Dlle le Grand.
Ily eut Appartement le Vendredi
& le Samedi un fpectacle tout charmant
. Il confiftoit dans une illumnation
qui fit paroitre la Ville de
Berlin tout en feu chacun s'étoit
efforcé à l'envi de faire diftinguer fa
maison par quantité de Devifes ,
GALANT 283
Lautres ornemens & de flambeaux
de cire, S. M. fe promena par toute
la Ville , ayant dans fon caroffe S.
A. R. & Mesdames les Maregravines
, Monfeigneur le Prince Royal.
étoit à cheval avec·les Margraves,
& tous les Seigneurs de la Cour, Le
ne vous ferai point de detail de cette
illumination ni des Devifes faites
à l'honneur de ces illuftres Epoux ,
tout le brillant d'un pareilſpectacle
ne pouvant effie mis fur le papier
j'ajouterai feulement que ce ſpectacle
étoit tres- beau à voir.
Ie ne pais m'empécher de vous
entretenir du fuperbe bastiment de
l'Arcenal qui égale au gouft de tout
le monde , tout ce qu'il y a de plus
beau . Les trois façades en étoient
ouvertes dans l'enfoncement de celle,
du milien étoit a Statue du Roi
284 MERCURE
fur un Trophée d' Armes que Monfeigneur
le Margrave Philippes
GrandMaistre de l' Artillerie , avoit
fait élever à lagloire de S. M. Les
deux autres reprefentoient dans l'ens
foncement,d'autres Trophées,au baus
defquels étoit l'étoile de S. M. & des
allées de Canons & de Mortiers
entremêlées d'autres armes & gar.
déespar des Compagnies de Canonniers&
de Bombardiers ; mais avec
une figrande propreté que l'on auroit
pris ce terrible baftiment pour an
lieu de plaifance.
Le Dimanche il y eut Bal ; le
Lundi , une troifiéme repetition du
grand Ballet; & le foir à la Cour,
grande Mafcarade. S. M. voulant
terminer toutes fes magnificences par
quelque chofe de particulier , donna
à Madame la Princeffe Royale une
GALANT 285
#
fefte la plus galante qu'ilfoit poſſi
ble d'inventer. La grande Salie fe
trouva le Mardi ornée de nouvelle
Verdure & d'Orangers . Lagallerie
qui regnoit tout alentour étoit garnie
de glaces de Miroirsformant des
pilaftres qui portoient des guirlandes
garnies de bougies , & des bustes de
cire dans les diftances, ornées de drapperies
de differentes couleurs . Il y
avoit une trentaine de tables quarrées
à quatre couverts reprefentant
un endroit public ; celle de S. M.
étoit dans le milieu. Le tiers de l'a
Salle ou environ étoit caché d'un
grand rideau de taffetas couleur de
feu. S. M, s'y étoit renduë la premiere
pour en faire elle mefme les
honneurs . Les places ayant efté tirées
au fort dans les Appartemens
de leurs Alteffes Royalles , elles par
286 MERCURE
tirent fuivies de toute la Cour , &
chacun marcha dans le rang que le
hazardlui avoit donné. Le Roy alla
au devant de Madame la Princeffe
Royale au bruit des Trompettes &
des Timbales, & l'ayant apparem
ment eue pour femme , il la plaça
auprés de lui. La table de S. M
étoit quarrée ; §. A. R. étoit à fa
gauche ; dans le bout à la droite du
Roy étoit Monfeigneur le Prince
Royal, & vis - à- vis étoit Madamë
la Margravine Philippes . Ily eut
pendant le fouper une tres - belle Symphonie,
Toutes les tables furent les
vées aprés le repas , & le rideau
ayant difparu laiffa voir un spectatres-
particulier, c'étoit une Faire
où il y avoit huit boutiques parfaitement
ornées , & remplies de curio
fitez de bijoux & d'autres malde
GALANT 287
chandifes. Les Marchands étoient
buit Chambelans de Sa Majefté
vestus à la maniere des Pays d'ou
venoient les marchandifes qui rempliffoient
leurs boutiques , au milieu
defquelles eftoit un Theatre d'Opeperateur
qui ne manquoit pas de
raifonnement pour débiter fa marchandife
. Il n'eut pas beaucoup de
peine à s'en défaite , puis qu'-
elle eftoit à fi bon marché que tout
le monde en vouloit avoir & faifoit
voler les gands & les mouchoirs. Il
y avoit dans fa bande un Arlequin
& an Scaramouche avec fa femme ,
quigardaient la caffette aux drogues .
V. A. E peut bien s'imaginer que
c'étoient des perfonnes de condition
qui faifoient les Charlatans , Pendant
qu'ils amufoient le monde , les
marchandises difparoiffoient. Elles
288 MERCURE
eftoient numerotées en forme de Lotterie
, & les billets ne coutant rien
Meffieurs les Marchands vuiderent
bien- toft leurs boutiques . Le fot
décida des gros lots . Le Roy temoigna
à toute la Cour pariette generofité
qu'il eftoit reconnoiffant du zele
& de l'empressement avec lequel elle
avoit répondu à toutesfes intentions .
Voilà Madame tout ce que je puis
dire à V. A. E. Ce n'eſt pas que je
ne fois perfuadé qu'il ne me foit
échapé beaucoup de chofes dignes de
luy eftre rapportées ; mais le temps.
eftoit court , les magnificences de S.
M. trop frequentes & trop grandes.
F'efpere dire de vive voix à Voftre
Alteffe Electorale ce que je puis
avoir oublié.
Mis
GALANT 289
IS
Ms de la Societé Royale des
Sciences établie à Montpellier
ont tenu leur premiere Séance
publique . La conjoncture dans
laquelle cette Séance s'eft -tenuë
a donné beaucoup de relief
à cette importante action . Mó
des Etats qui eftoient alors affemblez
voulurent bien ceder
pour ce jour - là , leur Salle à
cette Societé . M l'Archevêque
de Narbonne qui eft Prefident
né des Etats , fe rendit dans
cette Affemblée ; mais ce ne
fut pas pour y occuper la place
éminente qui eft dûë à ſa qualité
, mais pour y prendre fim-
Février 1707 . Bb
,
290 MERCURE
plement celle d'Academicien
Honoraire. M' le Duc & M
la Ducheffe de Roquelaure fuivis
de la plus grande partie de
de la Nobleffe de la Province
& de vingt - deux Archevêques
ou Evêques , qui compofent
les Etats , s'y rendirent
auffi , & fe placerent
dans les Tribunes qui avoient
efté pratiquées dans la Salle .
M' de Plantade , qui eft Directeur
cette année , & qui en
l'abfence de M' l'Evêque de
Montpellier , fecond Academicien
Honoraire , préfidoir
ce jour - là , ouvrit l'Affemblée
GALANT 291
par un beau Difcours fur l'utilité
& l'avantage des Academies
; il parla pendant trois
quarts d'heure fur la Philofophie
, la Geometrie , l'Aftronomie,
les Mathematiques , & fur
les autres Sciences , dont il fit
avec beaucoup d'érudition un
détail de tous les avantages
.
Son difcours fut auffi fleury
qu'éloquent , & quoy qu'il
euft déclaré dés le commencement
, que conformement
à l'efprit de la Societé , dont
il avoit l'honneur d'eftre
Membre , il ne s'eftoit point
attaché à polir fon difcours ,
Bbij
292 MERCURE
·
& à y répandre des fleurs .
On cut néanmoins le plaifir
d'en entendre un tres- éloquent
. Mr de Plantade ayant
ceffe de parler , Mr Gauteron
Secretaire de l'Academie lut les
Reglemens donnez par le Roy
à cette nouvelle Compagnie
.
Cette lecture eftant finie , Mr
Chicoineau , Confeiller de la
Cour des Aides , Chancelier de
la Faculté de Medecine , & de
la Claffe des Botanistes
, lut un
difcours de Phyfique , où il établit
la conformité qu'il prétend
qu'il y a entre les plantes & celle
des animaux. Ce difcours ,
GALANT 293
où regnoit une grande étude
de la nature , fut tres- applaudi,
& Mr Chicoineau dit plufieurs
chofes nouvelles fur cette matiere
, qui furent écoutées avec
beaucoup de plaifir. Mr des
Clapies , Profeffeur en Mathematiques
, prit la parole aprés
que Mr Chicoineau eut ceſſé
de parler. Il lut une differtation
qu'il avoit compofée fur l'Eclipfe
qui parut le 12. May de
l'année derniere , & qui fut apperçue
à Montpellier avec des
circonftances tres- particulieres
, puifque depuis huit heu-
Bb iij
294 MERCURE
res du matin jufqu'à dix , il y
cut dans cette Ville une fi
grande obfcurité qu'on ne s'y
reconnoiffoit pas . Mr des Clapies
fit fur ce fujet quantité de
doctes & curieufes obfervations
, & il accompagna
fes reflexions
de plufieurs predictions
aftronomiques , toutes
fondées fur la plus exacte fupputation
. La Séance fut terminée
par ce difcours . L'illuftre
Affemblée qui l'honora de fa
prefence , donna de grands éloges
à tous ceux qui avoient
parlé , & fe retira tres -fatisfaite
de tout ce qu'elle avoit entendu,
GALANT 295
Le Roy a donné le Cordon
rouge de l'Ordre
de S. Louis ,
& la penfion
qui y eftoit attachée
, qui vacquoient
par la
mort de Mr de la Barre , à Mr
de Saint - Hilaire , Lieutenant
general
d'Artillerie
. Cet Officier
fert depuis un grand nombre
d'années
dans l'Artillerie
,
& il a donné des marques
de
fon courage
& de fa capacité
dans toutes les occafions
où il
s'eft trouvé . Feu Mr le Maréchal
d'Humieres
avoit beaucoup
d'eftime
pour luy , & il
en a parlé plufieurs
fois au Roy
comme d'un des meilleurs
Of..
Bb iiij
296 MERCURE
erie ;
ficiers qu'il y eût dans l'Artil-
M' le Duc du Mayne n'a
pas eu des fentimens moins
avantageux pour M' de Saint
Hilaire. Ce Prince a eu fouvent
occafion de juger par luy
même de quoy cet Officier
eftoit capable , & il en a parlé
tres- avantageufement à S. M.
Le nom de M' de Saint Hilaire
eft celebre dans l'Artillerie . Il
eft neveu de M' de Saint Hilaire
auffi Lieutenant General d'Artillerie
, qui eftoit auprés de M
le Vicomte de Turenne lorfque
ce General fut emporté d'un
coup de canon ; cet Officier
GALANY 297
avoit beaucoup de part à la
confiance de M' de Turenne ,
& il eftoit toûjours chargé des
commiffions perilleuses , & ou
il y avoit de la gloire a acquerir .
On fçait que dans le moment
que M' de Turenne fut tué il
luy donnoit des ordres importans
& dont le fuccés nous auroit
procuré de grands avanta
ges.
Le Roy ayant declaré qu'il
ne donneroit les Charges vacantes
dans le Regiment des
Gardes que felon l'ancienneté
des Officiers , a donné la Compagnie
qui vacquoit par la mort
298 MERCURE
de M de la Barre à M' de Briçonnet
, le plus ancien Lieutenant
du Regiment. La famille
de Briçonnet qui eft originaire
de Touraine , a cfté féconde
en hommes illuftres . Sous les
regnes de Charles V. & de
Charles VI . on vit dans la
Cour de ces Princes , Bertrand
Briçonnet Maistre des Requeftes
qui fut ayeul de Jean fieur
de Varennes Receveur General
des Finances. Celuy cy fut
pere du Cardinal Guillaume
Briçonnet , Evêque de S. Malo
& de Nifmes , & enfuite Archevêque
de Reims aprés fon
HOTEL
GALANT 299
*
frere Robert , qui avoit che
auffi Chancelier de France . Ce
Cardinal mourut Archevêque
de Narbonne. Guillaume de
Briçonnet fon frere aîné , laiffa
de Jeanne de Brinon ſon époufe
, Michel Evêque de Lodeve.
Le Cardinal de ce nom avoit
efté marié avant que d'entrer
dans l'état ecclefiaftique , & il
avoit eu de Raoulette de Baune
fon époufe , Guillaume Abbé
de S. Germain des Prez , Evêque
de Lodeve & enfuite de
Meaux . Ce Prelat fut le grand
adverfaire des Heretiques : il
traduifit en François Contempla
300 MERCURE
tiones idiota, Le fecond fils du
Cardinal Briçonnet fut Denis
Evêque de Lodeye . Claude
de Briçonnet , fils de Guillaume
& de Jeanne Brinon ,
époufa Claudine de Leneville.
Il en eut Claude Evêque de Lodeve.
Il feroit difficile de trouver
une famille où il y eût plus
de Dignitez Ecclefiaftiques raffemblées
. Le nouveau Capitaitaine
aux Gardes qui donne lieu
à cet article , a toûjours fervi
avec beaucoup de diſtinction ,
& il a fouvent donné des marde
fa valeur,
ques
GALANT 301
La Ville de Bourges , qui s'eſt
toûjours diftinguée dans toutes
les occafions où les Villes
du Royaume ont marqué l'ardeur
de leur zele pour le Roy,
a donné de grands témoignages
de la joye qu'elle a reffentie
à l'occafion de la naiſſance
de Monfeigneur
le Duc de Bretagne.
Monfieur de Montgegeron
, Intendant de Berri ,étant
convenu avec le Clergé de la
Cathedrale& les Maire & Echevins
, que les réjoü:flances qui
avoient efté refolues pour cette
heureuſe naiffance , fe feroient
le 30. Janvier , les Officiers de
302 MERCURE
la Bourgeoific furent avertis de
donner les ordres neceffaires
pour difpofer les Compagnies
de tous les quartiers.
La Fefte
commença le 2.9.
fur le foir par le bruit des cloches
& de l'artillerie
de la Ville.
Le lendemain
à trois heures
aprés midi Monfieur
de Montgeron
, le Prefidial
, les Maire
& Echevins
, & les Officiers de
Ville , ainfi que tous les autres
Corps , fe rendirent à la Cathedrale
, où les Chapitres
, les
Paroiffes , & tous les Ordres
Religieux s'eftoient affemblez .
Le Te Deum fut chanté avec
GALANT 303
beaucoup de folemnité : quatre
cent Bourgeois proprement
vêtus , divifcz par Compagnies
& qui avoient eſtérangez
en bon ordre dans la place
de l'Eglife , firent trois décharges
de leur moufqueterie à la
fin du Te Deum , aprés lefquel-,
les ils conduifirent Mr l'Intendant
& les Officiers de Ville ,
dans la place de l'Intendance.
On y avoit preparé un grand
feu , & toute la façade de l'Hô
tel de Mr l'Intendant cftoit
remplie de lamperons , rangez
felon l'ordre de l'Architecture
de cette façade. Les armes du
304 MERCURE
Roy , de Monfeigneur le Duc
.de Bretagne , & de toute la Famille
Royale eftoient entourées
de feftons de lauriers , &
plaçées au deffus de la porte,
On alluma le feu au bruit de
l'artillerie & de la moufqueterie
des Bourgeois , qui ne cefferent
point de tirer pendant
plus d'une heure & demie . Plufieurs
fontaines de vin qui é
toient devant l'Intendance
coulerent pendant tout le tems
que le peuple refta dans la place.
Sur les fix heures du foir
Mr l'Intendant
fi : repreſenter
chez luy un divertiffe nent en
GALANT
305
Mufique , intitulé Leucothoé. Il
fut precedé par un Prologue à
la louange du Roy & de Monfeigneur
leDuc de Bretagne . Un
plaifir fi agreable furprit d'aurant
plus que les Vers , la Mufique
& l'execution n'avoient
coûré que trois femaines . En
fortant de ce divertiffement on
vit les Cours & les Jardins de ,
l'Intendance
éclairez par une
infinité de lamperon qui formoient
une illumination auffi
agreable que vive. On tira fur
la premiere terraffe de ces Jardins
un grand nombre de fufées
volantes & d'autre artifice .
·
Février 1707
• Cc
306 MERCURE
Six tables de vingt couverts
chacune furent enfuite ferviesavec
autant de profufion que
de delicateffe. Le repas fut fuivi
d'un grand Bal dans deux Salles
differentes , par où cette Feſte
fut terminée le trente - un Janvier
à cinq heures du matin .
Pendant la même nuit le peuple
de fon cofté témoigna fa
joye par des affemblées dans les
ruës , où l'on donnoit à boire
à tous ceux qui fe preſentoient;
par des feux devant les portes
de chacun des Bourgeois , des
lumieres à toutes les feneftres
& des illuminations de lampeGALANT
307
rons fur les portes des Magif--
trats & des principaux Officiers
de Ville , qui tous à l'envi ont
voulu faire voir la part qu'ils
prennent à cette heurcufe naiffance
, qui comble les voeux de
tout le Royaume .
*
Je dois ajouter icy que Mr
l'Evefque d'Apt a donné une
grande fefte au fujet de la meſ
me naiffance . Il a fait reprefenter
dans fon Palais un Opera
fpirituel de fa compoſition ,
qu'il avoit fait mettre en Mufique.
Cet ouvrage reçut beaucoup
d'applaudiffement , & la
fymphonic fut trouvée admi-
Cc ij
308 MERCURE
rable. Il y eut le foir une gran
de illumination au Palais Epiſcopal
, devant lequel on tira
un tres- beau feu d'Artifice, &
qui réüffit beaucoup . Il y avoit
un grand nombre d'emblêmes
& d'ingenieuſes Deviſes . Le fu
jet de ce Feu eftoit fur une
nouvelle Conftellation de ſept
Etoiles , decouverre par quelques
Aftrologues , & qu'ils ont
nommée Borbonia Sidera. Le
tout ayant efté parfaitement
bien executé, Mr d'Apt a reçu
beaucoup de complimens fur
cetre Fefte. Ce Prelat ne perd
aucune occafion de donner des
1
GALANT 309
marques de fon zele pour la
Maifon Royale , & l'on peut
dire qu'il n'eft pas moins bon
François que Paſteur vigilant .
Il y a quatre ou cinq ans qu'il
fit une Ordonnance fur le cas
de confcience , qui fut trouvée
tres- belle. Ce Prelat fut le premier
qui en cette occafion mit
la main à la plume , & qui porta
les premiers coups à l'ennemi
caché . Son zele fut fort approuvé
, & fut bientoft imité
par la plufpart des Prelats de
l'Eglife Gallicane . Il a donné
en plufieurs autres occafions
des preuves de fön attache310
MERCURE
ment inviolable pour la faine
doctrine
, & pour la plus pure
difcipline de l'Eglife , dont il
eft un rigide obfervateur
.
Mr l'Abbé Lefranc Chanoine
de l'Eglife Royale de S.
Quentin , celebre autant par fa
vertu , que par fon eloquence
vive & patetique dans la Chaire
, s'eſt diſtingué d'une maniere
toute particuliere dans les
rejoüiffances qui fe font faites
à S. Quentin pour la naiſſance
Monfeigneur le Duc de Bretagne
. Il eut le bonheur de publier
le premier cette grande
nouvelle , qu'il avoit receuë de
de
GALANT 311
fon frere , Officier de Madame
ła Ducheffe de Bourgogne ; il
en marqua fa joye par une
grande Fefte qu'il donna le lendemain.
Sa marfon eft dans un
enforcement qui fait face à une
grande rue. Il fit elever audeffus
de fa porte une Corniche
d'ordre Corinthien , fur laquelle
eftoient pofez plufieurs.
vafes remplis de matiere combuftible
; derriere la Corniche
s'élevoient en amphitheatre
plufieurs degrez chargez d'une
infinité de lamperons, dont
la difpofition faifoit un tresbel
effet dans une nuit fort
312 MERCURE
obfcure & cependant fort calme.
Cette illumination fut fuivie
d'une grande collation que
cet Abbé donna à plufieurs de
fes Confreres , .où le bon vin
de Champagne ne fut pas
pargné .
é-
Mr le Marquis de Neile
vient d'acheter de Mr le Comte
de Roucy, la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois . Celuy qui
en eft pourvû à l'avantage de
commander toutes les Com .
pagnies de Gendarmes lorſqu’-
elles font affemblées , de mefme
que le Capitaine des Gardes
du Corps qui a la Compagnie
2
GALANT 313
pagnie Ecoffoife commande les
quatre Compagnies
lorfqu'elles
font affemblées ; c'eſt Mr
le Maréchal de Noailles qui a
aujourd'huy cet avantage. Ce
droit a efté accordé à la Nation
Ecoffoife par le Roy Charles
VII. en confideration
des
fervices qu'il en avoit reçus
pendant les troubles qui avoient
agité les commencemens
de fon regne.
Les trois derniers Capitaines
Lieutenans des Gendarmes
Ecoffois qui ont poffedé cette
charge , font M' le Marquis de
Walpergue de Pianeffe , qui
Dd
Février
1707.
34 MERCURE
fut enfuite premier Miniftre
de Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc de Savoye . Il l'a
vendit à Mr le Prince de Ligne,
Marquis de Moï, qui eftoit alors
Capitaine de dans le Regiment
de Cavalerie de feu
Mr le Marquis de Tilladet . Il
a
commandé ce Corps pendant
douze ans ; il a paru avec
diftinction dans toutes les ations
d'éclat qui fe font paffées
pendant ce temps , & auf
quelles la Gendarmerie s'eft
trouvée , principalement au
combat de Cavalerie qui fe
donna la veille de la bataille de
GALANT 315
Fleurus, & le jour de cette bataille
, où ce Corps foûtint avec
beaucoup d'intrepidiré l'honneur
qu'il a d'eftre un des Corps
les plus diftinguez. Il fe fignala
auffi beaucoup au Siege de
Mons.
Je vous ay fouvent parlé
de l'illuftre maifon de Ligne &
du Prince de ce nom , Chevalier
de la Toifon d'Or, qui a
efté Vice- Roy de Sicile & Gouverneur
de Milan . Mr le Marde
Moï vendit fa Charge
à Mr le Comte de Roucy, Colonel
du Regiment des Cravates
& de l'illuftre maifon de la
quis
D dij
316 MERCURE
Rochefoucaut. Je ne m'éten
dray point icy fur la Genealogie
de ce Comté , puifque ce
n'eft pas en de pareilles occafions
que je parle ordinairement
des Genealogies , & que
d'ailleurs ce que j'aurois à vous
en dire rempliroit le refte de
ma lettre . Je dois feulement,
ajouter icy que ce Comte ; qui
eft Lieutenant General , eft entré
au fervice du Roy dés fa
plus grande jeuneſſe . Il eſt né
foldat ; il a toujours paffé pour,
tres - bon Officier , & parmi un
grand nombre d'autres quali
qui le diftinguent , on a
GALANT 317
toujours remarqué qu'il eft parti
des premiers au commencement
de chaque campagne , &
qu'il eft revenu des derniers . Il
s'eft trouvé à la tefte des Cravates
eftant encore fort jeune,
& il a partagé les lauriers dont
ce Corps s'eft couvert pendant
tout le temps qu'il l'a animé par
fa valeur. Il n'a pas eu moins de
part à tous les avantages qui ont
étéremportez par laGendarmerie
fous fon commandement.
Perfonne n'ignore la gloire
qu'il s'eft acquiſe à la journée
de Luzzara , qui a eſté fi gſoticufe
à S. M. C. il en apporta
D d iij
38 MERCURE
la nouvelle au Roy. La dili
gence qu'il fit en cette occafion
, fut regardée avec étonnement
, & elle furpaffa celle
des meilleurs Courriers . Sa valeur
& fa conduite parurent a
vec éclat à la fameufe journée
de Spire. Il chargea les ennemis
à plufieurs reprifes , & il
les fit plier par tout. Tout le
monde fçait que la Gendarmerie
conferva fa gloire à l'affaire
d'Hochfter, & que Mr le Comte
de Roucy qui la comman
doit , fe couvrir de nouveaux
lauriers dans cette occafion. Il
s'eft trouvé dans beaucoup
GALANT319.
d'autres actions où il a toujours
paru avec la mefme
diftinction . Il joint d'ailleurs
les qualitez les plus aimables
, à mille avantages acquis
& naturels. Auffi peut- on
affurer que jamais homme d'une
naiffance auffi illuftre, n'a
eu plus d'amis de tout rang.
Il ne fçait pas en perdre , & il
fçait toujourss'en faire de nouvcaux
.
Mr le Marquis de Nefle , à
qui Mr. le Comte de Roucy
vient de vendre fa Charge , &
qui n'eft âgé que de 19. ans ,
cft fils de feu Mr le Marquis de
Dd iiij
320 MERCURE
Mailly, tué au Siege de Luxen
bourg & deDameŇ ... deColigny,&
petit fils deMr le Comte
de Mailly & de Marguerite de
Monchy , fille d'André Bertrand
Marquis de Moncavtel ,
& de Madeleine aux Epaules ,
dite de Laval , Marquife de
Nefle, qui a apporté la belles
terre de Nefle dans la maiſon
de Mailly . Mr le Marquis de
Nefle eft neveu de feu Mr le
Comte de Mailly Maréchal de
Camp & Meſtre de Camp General
des Dragons , qui avoit
époufé Mlle de Sainte- Hermine,
niece à la mode de Bretagne
GALANT 32x
de Madame de Maintenon. Il
eft auffi neveu de Mr l'Evefque
de Lavaur & de Mr l'Archevefque
d'Arles .
Comme felon toutes les ap
parences la Campagne ouvrira
cette année en Efpagne plutoft
que dans tous les autres lieux
où la guerre eft allumée , je fuis
perfuadé que vous fouhaitez
d'apprendre fi les affaires de ce
Royaume continuent d'eftre
dans un auffi bon eftat qu'on
le mande de tous coftez depuis
trois ou quatre mois . Je puis
vous affurer que rien n'eft changé
à cet égard ; que tous les
322 MERCURE
fonds neceffaires pour
faire une
glorieufe Campagne font trouvez
, & qu'ils font auffi affurez
que s'ils eftoient entierement
dans les coffres du Roy,
D'ailleurs les Munitionnaires
fe font engagez de fournir
quatre-vingt mille rations par
mois , & même fans avoir demandé
aucune fomme d'avance.
La levée des nouveaux Regimens
eft achevée , & tous
ceux pour qui il a efté neceſ
faire de faire des recruës , font
complets. Jamais il ne s'est rien
vû de plus beau que les che
vaux , & ceux des Cavaliers
GALANT 323
pourroient fervir à des Generaux
d'Armées . On ne doit pas
s'en étonner ; la beauté & la
vîteſſe des chevaux d'Espagne
font connues. Je dois ajoûter
à tout cela que l'on ne compte
point parmi toutes ces Trou
pes , ni parmi les fonds deftinez
pour faire la Campagne ,
les Troupes que des Villes , des
Corps , des Communautez , &
des Particuliers levent de temps
en temps à leurs dépens , non
plus que les dons gratuits que
quelques Villes & quelques
Communautez font auffi de
temps en temps à Sa Majeſté
&
324 MERCURE
Catholique. Le zele des Sujets
de ce Monarque eft fi ardent
pour un Prince dont ils ont
tant lieu d'eftre fatisfaits , &
qui a expofé fon fang pour
cux dés le commencement de
fon regne , en fe trouvant l'épée
à la main à la tefte de fes
Troupes dans les actions les
plus vives. Le zele , dis- je , des
Sujets d'un Prince toûjours
preft à verfer fon fang pour
eux, eft fi grand que l'on voit
tous les jours des chofes progieufes
à cet égard. On a vû le
Gouverneur du Chateau de
Tortone refufer la vie , afin de
GALANT 325
de
profe
faire enfevelir fous les ruines
de la Place qui avoit eſté
confiée à fa fidelité. On en a
vû d'autres qui ont mieux aimé
fouffrir la mort que
noncer feulement qu'ils reconnoiffoient
l'Archiduc pour leur
veritable Souverain ; l'on en
voit tous les jours qui abandonnent
leurs biens ; qui laiffent
leurs maifons at pillage ,
ou qui quittent des Benefices
confiderables pour fe rendre :
auprés de leur legitime Souve
rain ; de maniere que l'Archiduc
ne peut fe vanter d'eftre
"
maiftre des cours de ceux dont
326 MERCURE
il occupe les Villes . Mais il faut
avouer en même temps que fi
jamais Sujets n'ont fait voir de
fidelité plus conftante
, jamais
Monarque n'a fait voir de plus
prompte reconnoiffance. Il ne
promet pas ; mais il donne tout
ce qu'il peut donner prefentement
en attendant qu'il puiffe
faire davantage. Les familles
mêmes de ceux qui ont perdu
la vie pour luy , font récompenfées
, quoy que dans la fitua--
tion où il fe trouve , il puft les
faire attendre , ceux à qui les
récompenfes eftoient dûës ne
vivant plus . Ce Monarque don3
GALANT 327
ne des Charges , des Gouverhemens,
des Titres d'honneur ;
des Penfions & des Benefices ,
& les fervices font des titres
pour les obtenir plus puiffans
que le rang & la naiſſance. On
en vient de voir un exemple
dans un Curé d'une Paroiffe de
la Manche , à qui ce Monarque
a donné un Evêché. Enfin on .
eft furpris de le voir trouver des
moyens de donner fur l'heure
récompenfes au lieu de paroles
à une fi grande quantité
de Sujets fideles . Je ne mets
point icy les noms de ceux qui
des
328 MERCURE
ont levé des Troupes à leurs
dépens ; qui ont donné liberalement
des fommes pour fubvenir
aux befoins de l'Etat ;
qui ont perdu la vie en rendant
de fignalez fervices , ou qui ont
abandonné les lieux poffedez
par l'Archiduc . Vous les voyez,
vous les lifez toutes les femaines
dans les Nouvelles publiques
, & vous y trouvez les
récompenfes données par un
Monarque qui cherit tant fon
peuple & qui en eſt ſi chéry.
Si je mettois icy tous ces noms ,
ils occuperoient une grande
partie de ma Lettre . Je ne dois
GALANT 329
pas
"
oublier de vous dire que
funion qui fe trouve aujourd'huy
entre la France & PEpagne
doit eftre grande , puifque
le peuple de Madrid n'eut
pas plutoft appris la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne
, qu'il commença à donner
des marques de fa joye par
des feux , des illuminations , &
des acclamations , fans attendre
les ordres qu'il devoit
recevoir , & qui ne purent efire'
affez toft donnez pour prevenir
leur zele.
?
Voicy la fuite des nouvelles
d'Efpagne , contenue dans les
Février 1707
; Ee
330 MERCURE
Lettres que vous allez lire .
A Madrid le 24.Janvier 1707.
Mr le Duc d'Offonne écrit du
19. de ce mois qu'un Espagnol
qui avoit efté fait prifonier au
mois d'Avril dernier à Alcantaqui
eft parti de Liſbonne
Decembre , a rapporté que
ra ,
le 24.
Les troupes débarquées par la flote
ennemie , y eftoient encore, &
qu'on attendoit des reponſes d'Angleterre
par un Courier qui y
avoit efté dépefché ; que ces troupes
confiftoient en cinq mille fix cens
hommes de pied , de onze mille
GALANT 331.
qui avoient efté embarquez, &
en quatre cens chevaux restez de
quinze cens's qui avoient efté
mis pareillementfur les vaiffeaux.
Mr le Marefchal de Berwick
partit hier pour le petit voyage
qu'il avoit projetté de faire vers
la Frontiere d'Aragon du cofté de
Molina.
Un homme venu de Saragoffe,
rapporte que le Comte de Noyelle
a efténommé par l'Archiduc , Viceroy
& Capitaine General de ce
Royaume là ;
Magiftrats de la Capitale avoient
pareillement efté nommezpar l'Archiduc
, quoyqu'il foit de la regle
que
les nouveaux
332 MERCURE
•
de les tirer au fort , dans une af
femblée de Ville , & que cette
infraction des Privileges excitoit
du
mécontentement , & augmen
toit le parti des bien- intentionnez
pour Philippes V. que
les enner
mis avoient en tout trois mille
•
hommes de troupes reglées , dont
il y avoit deux Regimens de Ca
valerie dans le Royoume d'Aragon
; qu'une partie avoit fes qu artiers
aux portes de Saragoffe , b
que les grains y eftoient d'une extréme
cherté.
On apprend par cette Lettre
ce qui eftoit refté en ce tempslà
aux Alliez des troupes qu'ils
GALANT 333.
ont fait embarquer dés la fin
de l'efté fur la formidable flote
qui devoit partir avant la S.
Jean , aprés avoir publié dés le
mois d'Avril qu'elle eftoit def
tinée à l'attaque de nos Coftes.
Vous verrez avant que je finiffe
cet article , a quoy aura
abouti ce grand armement ,
auquel on a travaillé pendant
une année , & qui a couté tant
de millions à l'Angleterre. Je
paffe à une autre Lettre :
с
A Madrid ce 4 Fevrier.
Vous ne devez plus douter de
334 MERCURE
la groffeffe de la Reine d'Espagne ,
puifque la confirmation a efté portée
en France par Mr le Comte
de Rupelmonde qui partit d'icy
il y a cinq jours. Cette impor
tante nouvelle afait beaucoup de
plaifir à toute la Cour , & les
peuples en ont donné des Marques
de joye tres-fingulieres . Ily
arvoit quarante -fix ans qu'une
pareille benediction du Ciel ne
s'eftoit veuë dans la Maifon
Royale d'Efpagne . La Reine fe
porte à merveilles , & elle a
toutes les marques de fon eftat
fans en avoir les incommoditez.
Elle doit aller un de ces jours en
GALANT 335
chaife à Noftre-Dame d' Atocha,
les Grands doivent l'accompagner
à pied fuivant l'Etiquete
pratiquée en pareille occafion . Le
Comte de Peterboroug eft arrivé
à Valence. Les ennemis publient
en ce païs- là qu'ils entreront de
bonne heure en campagne , mais
ils ne paroiffent guere en eftat de
le faire. Le bled y eft fort rare c
fort cher , & ils ont beaucoup de
peine à remonter leur Cavalerie
quoyqu'ils enlevent tous les chevaux
bons ou mauvais qui fe
trouvent dans le païs . Un Courier
parti de Cadis le 29. Janvier
dernier nous a appris qu'on
336 MERCURE
avoit veu le 20. à la hauteur
du
Cap de Sainte
Marie
une flote
de cent voiles , parmi
lesquels
eftoient trente
vaisseaux
de guerre
faifant
effort pour gagner
le Détroit
, quoyque
les vents fuffent
contraires. Ilfaut que ces mefmes
vents ayent continué
, puifque
le
29. on ne fçavoit
point encore à
Cadis ni dans les autres lieux
de la cofte plus voifins du Détroit,
que cette flote cuft paffe. Ce font
fans doute les troupes
débarquées
à Lifbonne
par la flote ennemie
qui paffent à Valence . Ainfi ily a
toute apparence
que le fort de la
guerre fera de ce cofté- là la Cama
pagne
GALANT 337
pagne prochaine. Tout le monde
vent icy que le Roy d'Espagne fe
mettra ce Printemps à la tefte
de fon armée; mais fa Majefté
Catholique ne s'eft point encore
déclarée là- deffus. Mrle Maref
chal de Berwick eft de retour
dhyer du voyage qu'il eftoit allé
faire fur la Frontiere d'Aragon
du cofté de Molina , & on croit
qu'il partira bien- toft pour en faire
un autre de plus long cours vers
Valence.
Cette Lettre vient d'un fi
bon lieu , qu'il n'eft par permis
de douter des nouvelles qu'elle
contient ; mais comme ces nou-
Ff Février
1707 .
338 MERCURE
velles font peu étenduës , je
crois devoir vous apprendre
ce qui eft venu à ma connoiffance
fur tous les articles qu'elle
renferme. Le premier regarde
les réjouiffances faites à l'occafion
de cette groffeffe . On
n'en fait en France que lorfque
les Reines ou les Princeffes,
qui à leur défaut mettent
des enfans mâles au jour qui
peuvent fucceder à la Couronne
, accouchent de quelque
Prince , & l'on a raifon de ne
fe pas rejoüir plutoft , puifque
fi elles accouchoient d'une Princcffe
, ſa naiſſance ne pourroit
GALANT 339
caufer de ces excez de joye
aufquels les peuples s'abandonnent
à la naiffance des
Princes qui peuvent un jour
devenir leurs Maiftres . Il n'en
dés
eft pas de mefme en Eſpagne,
où l'on peut donner des marques
de la plus grande joye,
que l'on apprend la groffeffe
d'une Reine , puifque
l'enfant qui en doit naiftre
foit Prince ou Princeffe , peut
parvenir à la Couronne , au
lieu que le Sceptre de France ,
felon les Loix du Royaume ,
ne paffe point entre les mains
des femmes. Il me faudroit
Ffij
340 MERCURE
un volume pour vous marquer
les emportemens de joye ,
aufquels le peuple de Madrid
s'eft abandonné auffi- toft qu'il
luy a efté permis de croire
que la Reine eftoit groffe ,
& que cette nouvelle luy a efté
annoncée de la maniere dont
on la rend publique en de
pareilles occafions. Le peuple
ne s'eft pas feulement rejoüi ,
parce qu'il eftoit feur de voir
un fucceffeur à la Couronne
d'Eſpagne dans l'enfant qui
doit naiftre ; mais encore par
ce qu'il aime le Roy & la
Reine d'Efpagne jufqu'à l'I
GALANT 341
tre
dolatrie , s'il m'eft permis de
parler ainfi. De maniere que
l'on peut dire que le fujet de
fa joye a efté double . Je n'enpoint
dans les détails de ce
qui s'eft paffé à cette occafion .
Je diray feulement en general
que les Grands , le Clergé , les
Confeils , les Corps , & generalement
tout le peuple , ont
donné en cette occafión des
marques de la plus parfaite &
de la plus vive joye . Toutes les
cloches ont fonné : on a fait
des illuminations & des feux :
on a chanté des Te Deum : on
a fait des proceffions : on a
Ff iiij
342 MERCURE
fait des éloges du Roy & de la
Reine dans la Chaire de verité.
Tous les Grands > tous les
Seigneurs , & tous les Corps ont
efté faire leurs complimens à
leurs Majeftez , & enfin chacun
s'eft fervy de tous les moyens.
qu'il a pû imaginer pour faire
connoiftre fa joye , fon amour ,
& fon devoüement entier pour
leurs Majeftez Catholique , qui
de leur cofté ont taché de faire
connoiftre au Peuple le plaifir
fenfible que leur caufoit la joye
dont il paroiffoit enyvré. Tout
ce grand Peuple voyant leurs
Majeftez fur le Balcon du Palais
, redoubla fes acclamations ,
& fuivant l'excez d'un zele qui
auroit pû paroiftre indifcret en
d'autres occafions , prit la liber
GALANT 343
té de les apoftropher , & leurs
Majeftez eurent la bonté de ·
luy répondre , ce qui acheva de
le charmer. La joye des Peuples
n'a pas moins éclaté à Seville ,
ainfi que dans toutes les Villes
des deux Caftilles & de l'Andaloufie
, dont plufieurs preparent
des feftes nouvelles , & fur
tout celle de Seville qui s'eft
fignalée en cette occafion .
(
A l'égard de l'article de la
Lettre que vous venez de lire ,
où il eft dit que la Reine d'Efpagne
doit aller en chaife à
Noftre-Dame d'Atocha
où
tous les Grands doivent l'accompagner
à pied , fuivant E-
-tiquette , pratiquée en pareille occafion,
c'eſt à dire un ancien Reglément
auquel les Rois d'Ef
344 MERCURE
pagne ontbien voulu s'affujettir
depuis un temps infini , & qui les
oblige de faire toujours les mê
mes chofes en telles faifons
tels jours & à telles heures . Je
dois ajouter que celuy qui a
écrit la Lettre a oublié de marquer
que dans l'occaſion dont
il s'agit, les Valets de Chambre
du Roy doivent porter la chaifes
mais il y a lieu de croire que
rien ne s'obſervera aujourd'huy
touchant cet article , le feu Roy
d'Espagne ayant commencé a
retrancher beaucoup de chofes
de l'Etiquette , qui ne font plus
de faifon , & qui , fi je l'ofe dire ,
paroiftroient ridicules aujourd'hy.
Quant à l'article où il eft
marqué que le bled eft fort cher
GALANT 345
dans le Royaume de Valence ,
rien n'eſt plus veritable , &
quand il n'y auroit que cette raifon
, il faut, ou que ce Royaume
périffe , ou qu'il implore la
clemence de fon veritable Souverain.
Il y croiſt beaucoup de
ris & comme il s'y trouve aujourd'huy
prefqu'entierement
confommé & que la terre qui
rapporte fi peu de bled , que l'on
y en a fait de tout temps venir
des Royaumes de Sicile & de
Sardaigne , & que les ordres
font donnez pour qu'il n'en for
te plus de ces Royaumes - là
on doit juger du pitoyable état
où celuy de Valence fe doit
trouver prefentement , la viande
y manquant entierement , &
étant de notorieté publique que
346 MERCURE
dés le jour de Noël le Gouver
neur de Valence n'en put trouver
pour fa perfonne . Je ne dis
rien de ce qui regarde les chevaux
, puifque les Valenciens
en demeurent eux meſines d'accord.
Les vents qui arreftent la
Flotte des Alliez , & dont il
eſt parlé dans la mefme Lettre
pourroient bien avoir caufé la
perte d'une partie de cette
Flotte dont le bruit commence
à fe répandre. J'efpere en avoir
des nouvelles certaines avant
que je finiffe ma Lettre , & vous
mander ce que l'on doit croire
là deffus .
Quoy que la Lettre qui fuit
vienne d'Oleron , où elle a efté
écrite le 15. de ce mois , on la
GALANT 347
doit regarder comme une Lettre
écrite à Madridle troifiéme
du mefme mois les nouvelles
qu'elle en rapporte eftant de a
cette datte là .
>
3. Par les Lettres de Madrid du
du courant , nous apprenons que la
groffeffe de la Reine a esté publiée le
29. du paffe , & que le 2. de Février
elle alla en Chaife à Porteurs ,
efcortée du Roy & de toute la Cour
à Chevalà Notre- Dame d'Atocha
pour en rendre graces àDieu . Tout ce
que l'allegreffe eft capable d'inspirer
aux gens qui en font les plusfufceptibles
a éclaté en ces deux occafions ;
mais avec tant d'emportement &
d'une manierefi naturelle & fi fin
cere , qu'il n'est plus permis de douter
que les coeurs des Caftillans ne
foient entierement au Roy , & que
348 MERCURE
la Naiffance d'un Prince oa d'une
Princeffe ne lay en concilie bien d'autres.
Toute l'Espagne s'y trouve d'au
tant plus fenfible que Dieu ne luy
avoit point donné de pareilfujet de
joye depuis 1661.
Monfieur le Maréchal de Barvvick
qui eftoit party de Madrid le
23 , du paſſe pour aller vifiter Ĉuença
, Molina , & la Frontiere d'Aragon
, eft de retour en Cour.
Monfieur deJoffreville eft aux environs
de Tudela , on croit qu'il entrera
par la en Aragon , avec un
Corps de Troupes , dés que l'on fera
en eftat d'y entrer par Molina , &
d'agir en Valence à même temps &
de concert.
On compte que nous aurons une
Armée de 15. on 16 , mille hommes
qui entrera en Catalogne par le
Rouillon
GALANT
349
Rouillon. On preffe toutes chofes
pour agir de bonne heure , & l'on ne
feint point de dire qu'on eft affeure
que les ennemis ne font pas en eflat
de nous refifter.
L'Archiduc vient de nommer à
quatre Canonicats de Sarragoffe
dont les Titulaires avoient quitté la
Villepour demeurer fidelles à S. M.
C. je crois qu'ils attendront longtemps
leurs Bulles .
Les Catalans ont envoyé plu
fieurs Deputez à Valence pour prier
ce Prince de paffer en Catalogne ,
parce qu'ils efperent que s'ily wa il
y menera des Troupes ; mais par cette
même raifon , les Habitans de Valence
s'y oppofent. Ceux - cy ont demandé
aux Catalans des grains qui
leur ont efté refufez. Les grains fe
vendent déja en cette Principauté ,
Février 1707.
.
Gg
350 MERCURE
quatre Piaftres lefacq.
On a chargé à Pampelune & a
Tudela , quantité de Boulets & der
Bombes pour noftre Armée de Via- s
lence. On a envoyé auli un Batail :
lon à Facca , pour fortifier les Milices
de Bearn qui en occupent la
Citadelle.
3
upy demoist d
Je n'ay rien à vous dire couv
chant cette Lettre , finon qu'elab
le fe rapporte à ce que je vous v
ay dit de la rareté des Bleds qui
fe trouve dans le Royaume
de
Valence , & que les Valenciens
ont en vain fait tous les efforts
imaginables
pour fetenir l'Archiduc
que l'on affeure eftre
paffé en Catalogne
, moins pour
fatisfaire
les Catalans
qui le deat
mandoient
avec empreffement
,
& chez qui le manque de beauGALANT
350
coup de chofes commence à caufer
de la divifion , que pour le
retirer d'un lieu où la difette de
toutes les chofes neceffaires à la
vie , auroit pu faire dans peu
fouffrir fa Maifon. Je metais fur
les autres articles de la Lett re,
fur lefquels vous pouvez faire
yos reflexions , & je paffe à la
derniere de celles que j'ay à
vous envoyer.
De Madrid, le 7. Février 1707.
Nous avons çû hier & aujour
d'huy , par des Courriers de Cadiz .
& de Malaga , que la plus grande
partie de la Flotte ennemie
eftoit enfin entrée dans la Méditer
rannée. On a compté 70. Voiles à
la hauteur de Malaga le 2. dece
mois , fuifant route vers le Levant :
Ggij
352 MERCURE
1
虞
On ne doute pas que ce ne foit le fecours
attendu par l'Archiduc à
Valence. Les Portugais le trouvent
par la , fans Troupes Etrangeres 3
ainfi felon les apparences il y aura
pen de chofes à faire en Eftramadur ,
à moins qu'il ne vienne de nonveaux
fecours d'Angleterre.
La Reyne fe porte à merveille ,
fagrosfeße continue très heureufement.
Cette Lettre commence à faicroire
que la tempefte dont on
a parlé a fait périr ou écarté
plufieurs Bâtimens de la flote
des Alliez , puiſqu'elle puifqu'elle parle
d'un nombre beaucoup moins
grand que celui dont il eft fait
mention dans la Lettre precedente
.
Je dois ajoûter ici à ce que
GALANT
353
je vous ay dit de la grande fidelité
& du grand amour des
Efpagnols pour Philipe V. qu'il
n'eft pas refté un feul Habitant
€ dans la Ville d'Alicante. On
y a vû pendant quelque temps
fept ou huit familles de celles
qui s'eftoient laiffées éblouïr
aux promeffes de l'Archiduc ,
& qui avoient pris fon party :
mais depuis quelque temps ces
familes en ont été fi mal traitées
qu'elle ont fuivi l'exemple des
autres. Enfin tout deferte , &
les fideles Efpagnols aimét mieux
abandonner leurs Maifons
leurs Biens, leurs Emplois, leurs
Charges & leurs Benefices , que
de demeurer fous la domination.
d'un Prince , qui outre qu'ils
ne l'ont pas reconnu pour leur
G giij
354 MERCURE
légitime Souverain , n'eft acom
pagné que de Troupes qui tournent
en dérifion les miſteres de
la religion , qui enempêchent l'exercice
, & qui profanent tous
les jours les Temples Sacrez, ce
qui eft fort fenfible aux Efpagnols
, à qui l'on peut donner
justement le nom de Catholi
ques auffi - bien qu'à leur Souverain
: Enfin l'on peut dire
que quand l'Archiduc tireroit
des fecours beaucoup plus con
fiderables que ceux que lui donnent
les Alliez , & qu'il auroi c
conquis la plus grande partie
des Royaumes qui compofent la
Monarchie d'Espagne , Philipe
V. demeureroit toûjours fur le
Trône , puifque l'on tient pour
affuré dans tout ce vafte Etat ,
GALANT
355%
que tant que les Rois d'Elpagne
feront maîtres des deux Caf
tilles , ils referont toûjours fur
le Trône d'Espagne .
J'ay oublié de vous dire en
vous parlant de l'amour & du
zele queles Habitans d'Alicante
ont fait voir pour leur lé
gitime Souverain , en abandonnant
leurs Biens & leur Patric,
que nous avons ici un Ecclefiaftique
d'un grand merite , qui
a abandonné le Doyenné d'Alicante
, aymant mieux renoncer
à tous les revenus qu'il en
retiroit que de reconnoître
l'Archiduc.
On ne peut fans admiration
l'entendre parler de l'inebranlable
fidelité de tous ceux qui
ont renoncé à leur fortune pour
356 MERCURE
T
fuivre leur devoir , & leur inclination
naturelle pour un Monarque
qui depuis le peu d'années
qu'il eft fur le Trône , a
expofe plufieurs fois fa vie pour
la gloire & pour la défence de
l'Etat que Dieu lui a donné ,
& qui travaille nuit & jour à la
confervation du bien de fes
Sujets.
Jeviens de vous faire voir , en
vous parlant des avantages attachés
à la Charge de Capitaine
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , à quelle ocafion les
Privileges dont elle jouït lui
ontefté accordés , & pourquoy
le Capitaine des Gardes du
Corps de la Compagnie apelée
Ecoffoife jouit auffi des mêmes
Privileges , & commande les
GALANT 357
autres Compagnies de ce Corps
lorfquelles font affemblées );
c'eft pourquoi je ne vous en die
ray rien dans l'article que vous
allez lire .
Monfieur le Maréchal de
Noailles qui eftoit indifpofé
depuis quelque temps , fe trouvant
le 17. de ce mois plus mat
qu'à l'ordinaire , crût de
voir remettre fa Charge de premier
Capitaine des Gardes du
Corps , entre les mains du Roy ,
afin que Sa Majesté en difpofâr
felon fon bon plaifir , & pour
cet effet il lui envoya une demiffion
pure & fimple. Le Roy
touché du procedé de ee Maréchal
, qui faifoit connoiftre
parlà qu'il fe confioit entiere
ment enfes bontés , & ſçachans
360 MERCURE
de cinq cens mille liv . à con
dition que Monfieur le Marés
chal de Noailles jouïroit de tous
les A pointemens de la Charge
dont il avoit fi genereufement
donné fa démiffions qu'en cas
que le Maréchal vint à mourir,
les 500000 livres feront ſubfrituées
aux mâles qui pourront
venir de Mr. le Duc de Noailless
& qu'en cas qu'il meure fans
enfans mâles , les soooo , liv.
feront pour Mr le Comte de
Noailles fon frere.
3
Madame la Maréchale de
Noailles n'a pas été oubliée dans
les graces faites à cette Maiſon ,
puifqu'elle pourra joüir fi elle
veut de 15000. div . de rente pendant
sa vie , aprés la mort de Me
entran ob sq . le Maréchal
GALANT 361
Maréchal fon Epoux fur le revenu
de la Charge.
* Je vous ay fouvent parlé
des fervices de мr le Duc de
Noailles qui l'ont fait parvenir
au rang de Lieutenant General
dans un âge où beaucoup d'autres
ont à peine commencé d'entrer
dans le Service , & ce qui
doit furprendre eft , que dans un
âge fi peu avancéil atoûjours fait
voir tant de conduite dans tout
ce qu'il a entrepris , que tous
fes projets ont toujours reüffi
heureuſement.
Je dois ajouter icy aux avantages
que je vous ay dit que pof
Tedoit la Compagnie des Gardes
du Corps appellée Compagnie
Ecoffoife , qu'elle porte la Bandolliere
blanche ; que toutes
Février 1707. Hh
362 MERCURE
celles des autres Compagnies
font mêlées d'autres couleurs
& que les Gardes de la manche
de Sa Majesté , font de cette
Compagnie.
Il femble que les bontez du
Roy aient redonné la fanté à
Monfieur le Maréchal de Noailles
puifqu'il s'eft beaucoup
mieux porté depuis que S. M.
a fait à la famille toutes les graces
dont je viens de vous parler
& са efté pour en remercier
Dieu que Mr Canneau
attaché au Service de ce Maréchal
, fit celebrer le 16 , de ce
mois dans l'Eglife des Thea.
tins , une Meffe folemnelle dont
Mr de Bullion Confeiller au
Parlement , ami de Monfieur le
Maréchal de Noailles , Mr
}
GALANT 363
de la Motte Colonel du Re
, & plu giment de Noailles
hieurs Capitaines & autres Offciers
du Regiment ont fait les
honneurs. L'Eglife eftoit magnifiquement
ornée & toute illuminée.
Les riches. Ornemens
dont S. A. R. Madame a fait
prefent à cette Eglife , furent
employez en cette occafion , &
la Melle fut celebrée par le R.
P. Vicaire General ; il cût pour
affiftant le R. P. Quinquet
,
qui doit le Jeudy- faint prêcher
la Céne devant le Roy . Mr
Canacau donna un grand repas
à l'iffuë de la Meffe . On
y but les fantez de Monfieur le
Maréchal de Noailles, & de tous
ceux de fa maifon , & chacun téy
moigna la joyequ'il reffentoit du
嘿
·
Hhij
364 MERCURE
retour de la fanté de ce maréchal.
Je dois ajouter icy que quel
ques jours aprés que le Roy cût
donné la Charge de Capitaine
des Gardes du Corps à Mr
le Duc de Noailles , S. M. envoya
dire à Mr le Maréchal
de Noailles qu'en cas que le Duc
fon fils decedat avant luy, il luy
conferveroit la charge , & qu'il
jouïroit toujours des honneurs
qui y font attachez.
La Charge de Confeiller
d'Etat d'Epée que poffedoit
Mr le Comte de Briord qui a
efté fucceffivement Ambaffadeur
en Savoye & en Hollande,
& qui eft mort il y a déja quel
que temps , vient d'eftre donGALANT
365
née à Mr le Marquis de Puifieux
Ambaffadeur vers les
Cantons Suiffes. Il ne faut que
de la valeur pour eftre élevé
aux premieres dignitez de PEpée
, & que fçavoir parfaitement
le droit pour remplir celles
de la Robe; mais les Confeillers
d'Etat d'Epée ne doivent
rien ignorer. Le mot d'Epée doit
faire connoiftre qu'ils doivent
s'en fçavoir bien fervir , & cel
luy d'Etat doit faire connoiſtre
que puifqu'ils entrent dans les
Confeils d'Etat où ils donnent
leur voix pour la décifion des
caufes dont les Arrefts font tous
les jours rendus publics , &
dont ils font quelques fois Ra
porteurs ils ne doivent rien
ignorer de tout ce que les Juges
Hhiij
366 MERCURE
doivent fçavoir pour décider
fur les plus importantes macieres.
Ils doivent auffi étre parfaits
negociateurs , la plus parcayano
remply ces places aprés avoir
exercé celles de Miniftres du
Roy dans des Cours Etrangeres.
Ainfi tous les Confeillers d'Etat
d'Epée doivent eſtre tous regardez
comme des perfonnes
d'une grande confideration , &
il fuffit pour faire l'éloge d'un
homme , de dire qu'il eft Confeiller
d'Etat d'Epée . Mr de
Puifieux joint beaucoup d'éloquence
à beaucoup de valeur.
Il a de la fageffe , de la prudence
, du fçavoir & de la penetra.
tion . Il parle bien ; il écrit de
mefme , & les difcours qu'il
prononce ſouvent , & qui rem,
GALANT 367
pliffent tous les jours les nouvelles
publiques en font d'écla
santes preuves. Il joint à toutes
ces rares qualitez une grande
naifance Ce Marquis defcend
du celebre Chancellier de Sillery
dont la memoire eft fi chere
à da France & qui eut tant de
part aux affaires au commencement
du regne de Louis XIII.
& aprés la chûte de Mr le Ma
réchald'Ancre Lamaifon de Pui
fieux- Sillery eft une branche
de celle de Brulart , l'une des
plus grandes de la Robe , dont
ceux qui en defcendent avoient
avant que de s'y engager les
premiers emplois de la guerre ,
Elle a donné plufieurs Premiers
Prefidens au Parlement de Dijon.
Mr. Brulart Marquis de
368 MERCURE
la Borde étoit à la teſte de ce
Corps avant Mr Bouchu qui
l'eft aujourd'huy. Mr le Marquis
de Puyfieux eft frere de Mr
L'Evefque de Soiffons & Pere de
Mela Comteffe de Blanchefort.
Le Roy a donné une penfion
de mille écus à Mr. de Simianes ,
Brigadier & Colonel d'Infanterie
, cy- devant connu fous
le nom de Chevalier de Simianes,
qui a fervy longtemps dans
la Gendarmerie , & qui a efté
bleffé à la Bataille de Fredlinghen
. Ilfe diftingua fort en Flandre
avant la derniere Campagne
, & je vous envoyai en ce
temps -là des relations qui rouloient
fur la gloire dont il s'eteit
couvert.
Il est d'une des meilleures ,
GALANT 369
maifons de France : Elle eft divifée
en
en plufieurs branches eftablies
en differentes Provinces .
Celle de Gordes eft une des
plus diftinguées ; la maifon de
Simianes a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de Lyon. Feu Mr.
l'Evêque de Langres avoit cité
Comte de cette Eglife , avant
que d'eftre élevé fur le Siege
Epifcopal de Langres . Il y a
une branche de cette maiſon
établie en Piemont . Mr. le Marquis
de Pianezze en eft le chef;
nous avons un excellent Traité.
de la verité de la Religion Chrétienne
de feu Mr. le Marquis de
Pianezze ; cet ouvrage qui avoit
efté composé en Italien , a efté
traduit en François par le feu P.
Bouhours de la Compagnie de
Jefus.
370 MERCURE
Le Roy vient de donner à
Mr. le Comte d'Efteing une
penfion de 4000. liv. & Sa Ma
jefté luy ayant en même temps
permis de la faire paffer à ceux
de fa famille qui luy convien
droient pour le bien de fes affaires
, & qui lui feroient trouver
des fecours preſens pour
l'aider dans le fervice . Il a fair
paffer la moitié de cette penfron
fur la tefte de fon fils aîné, b
& l'autre fur celle de Mr. le
Chevalier d'Efteing fon frere ,
qui fert dans la Gendarmerie .
Toutes mes Lettres font remplies
des actions éclatantes de
Mr. le Comte d'Efteing, & comme
elles doivent eftre encore >
prefentes à voftre Memoire , je
ne les repeteray point icy.
GALANT 371
Mr le Comte d'Efteing eft
Neveu de Monfieur l'Archevêque
de Narbonne , & d'une
des plus grandes maifons du
Royaume . Elle eft Originaire
d'Auvergne à qui elle a donné
plufieurs Evêques ainfi que plufeurs
Comtes à l'Eglife de Lion .
M. l'Evêque de Saint Flour qui
eft de cette Maifon a efté Comte
de Lion . Mr le Comte
d'Efteing a épousé la foeur de feu
Mr le Comte de Vaubecourt
& ce Comte n'ayant point laiffé
d'enfans la maiſon d'Eſteing a
herité des grands biens de celle
de Vaubecourt d'Hautonville,
Mr le Marquis de Bran
cas a eu dans le même temps
une penfion de deux mille livres
fon nom fuffit pour faire con372
MERCURE
noître fa maifon , & fes fervices
, n'eftant pas moins connus ,
je diray feulement qu'il fuffit
d,obtenir une Penfion dans un
temps où prefque tout les Souverains
de l'Europe , jaloux de
la gloire de Sa Majefté , ont mis
de nouveau les armes à la main
contre ce Monarque. Il fuffit
dis-je d'obtenir une Penfion
dans un temps fi difficile , pour
faire connoître que l'on a toutes
les qualités neceffaires pour
la bien meriter .
Quoi que le Parlement d'Ecoffe
ait aprouvé & ratifié le
Traité d'union des deux Royaumes
, on y a fait un fi grand
nombre d'aditions & de corrections
qu'on doûte fort fi le Parlement
d'Angleterre s'en accommodera
GALANT 373
commodera . Plufieurs croyent
que cette affaire n'aura pas tout
le fuccés que la Cour de out
Londres
en attend , ou du moins que
cette union ne fera pas de longue
durée , puifque les protefrations
de plufieurs grands Seigneurs
Ecoffois ; celle du Clergé
Presbiterien ; & les plaintes
& le murmure du peuple ,
ont laiffé plufieurs portes ouvertes
pour reclâmer contre
cette réfolution qui fait d'un
ancien Royaume independant ,
une Province foumife & dépendante
de l'Angleterre, fans pour
cela augmenter la force de cette
Couronne . On eft auffi perfuadé
que les Epifcopaux ne donneront
pas les mains aux reftric- -
tions de l'acte paffé en Ecoffe
Février
1707.
聊
Ii
338 MERCURE
velles font peu étenduës , je
crois devoir vous apprendre
ce qui eft venu à ma connoiffance
fur tous les articles qu'elle
renferme . Le premier regarde
les réjouiffances faites à l'occafion
de cette groffeffe . On
n'en fait en France que lorfque
les Reines ou les Princeffes,
qui à leur défaut mettent
des enfans mâles au jour qui
peuvent fucceder à la Couronne
, accouchent de quelque
Prince , & l'on a raifon de ne
ſe pas rejoüir plutoft , puiſque
fi elles accouchoient d'une Princeſſe
, ſa naiſſance ne pourroit
GALANT 339
caufer de ces excez de joye
aufquels les peuples s'abandonnent
à la naiffance des
Princes qui peuvent un jour
devenir leurs Maiftres . Il n'en
eft pas de mefme en Eſpagne,
où l'on peut donner des marques
de la plus grande joye,
dés que l'on apprend la groffeffe
d'une Reine , puifque
l'enfant qui en doit naiftre
foit Prince ou Princeffe , peut
parvenir à la Couronne , au
lieu que le Sceptre de France ,
felon les Loix du Royaume ,
ne paffe point entre les mains
des femmes. Il me faudroit
Ffij
340 MERCURE
un volume pour vous marquer
les emportemens de joye,
aufquels le peuple de Madrid ,
s'eft abandonné auffi- toft qu'il
luy a efté permis de croire
que la Reine eftoit groffe
& que cette nouvelle luy a efté
annoncée de la maniere dont
on la rend publique en de
pareilles occafions. Le peuple
ne s'eft pas feulement rejoüi ,
parce qu'il eftoit feur de voir
un fucceffeur à la Couronne
d'Eſpagne dans l'enfant qui
doit naiftre ; mais encore par
ce qu'il aime le Roy & la
Reine d'Efpagne jufqu'à l'I
GALANT 341
dolatrie , s'il m'eft permis de
parler ainfi. De maniere que
l'on peut
dire que le fujer de
fa joye a efté double . Je n'entre
point dans les détails de ce
qui s'eft paffé à cette occafion .
Je diray feulement en general
que les Grands , le Clergé , les
Confeils , les Corps , & generalement
tout le peuple , ont
donné en cette occafión des
marques de la plus parfaite &
de la plus vive joye. Toutes les
cloches ont fonné : on a fait
des illuminations & des feux :
on a chanté des Te Deum : on
a fait des proceffions : on a
Ff iiij
342 MERCURE
fait des éloges du Roy & de la
Reine dans la Chaire de verité.
Tous les Grands › tous les
Seigneurs , & tous les Corps ont
efté faire leurs complimens à
leurs Majeftez , & enfin chacun
s'eft fervy de tous les moyens.
qu'il a pu imaginer pour faire
connoiftre fa joye , fon amour ,
& fon devouement entier pour
leurs Majeftez Catholique , qui
de leur cofté ont taché de faire
connoiftre au Peuple le plaifir
fenfible que leur caufoit la joye
dont il paroiffoit enyvré . Tout
ce grand Peuple voyant leurs
Majeftez fur le Balcon du Palais
, redoubla fes acclamations ,
& fuivant l'excez d'un zele qui
auroit pû paroiftre indifcret en
d'autres occafions , prit la liber
GALANT 343
*
té de les apoftropher , & leurs
Majeftez eurent la bonté de
luy répondre , ce qui acheva de
le charmer. La joye des Peuples
n'a pas moins éclaté à Seville ,
ainfi que dans toutes les Villes
des deux Caftilles & de l'Andaloufie
, dont plufieurs preparent
des feftes nouvelles , & fur
tout celle de Seville qui s'eft
fignalée en cette occafion.
>
A l'égard de l'article de la
Lettre que vous venez de lire ,
où il eft dit que la Reine d'Efpagne
doit aller en chaife à
Noftre -Dame d'Atocha
où
tous les Grands doivent l'accompagner
à pied , fuivant PE-
·tiquette , pratiquée en pareille occafion
, c'eſt à dire un ancien Reglément
auquel les Rois d'Ef
344 MERCURE
pagne ont bien voulu s'affujettir
depuis un temps infini, & qui les
oblige de faire toujours les mê
mes chofes en telles faifons ,
tels jours & à telles heures . Je
dois ajouter que celuy qui a
écrit la Lettre a oublié de marquer
que dans l'occafion dont
il s'agit, les Valets de Chambre
du Roy doivent porter la chaiſes
mais il y a lieu de croire que
rien ne s'obſervera aujourd'huy
touchant cet article , le feu Roy
d'Espagne ayant commencé a
retrancher beaucoup de choſes
de l'Etiquette , qui ne font plus
de faifon, & qui , fi je l'ofe dire ,
paroiftroient ridicules aujourd'hy.
Quant à l'article où il eft
marqué que le bled eſt fort cher
GALANT 345
dans le Royaume de Valence ,
rien n'est plus veritable , &
quand il n'y auroit que cette raifon
, il faut,ou que ce Royaume
périffe , ou qu'il implore la
clemence de fon veritable Souverain.
Il y croiſt beaucoup de
ris & comme il s'y trouve aujourd'huy
prefqu'entierement
confommé & que la terre qui
rapporte ſi peu de bled , que l'on
y en a fait de tout temps venir
des Royaumes de Sicile & de
Sardaigne , & que les ordres
font donnez pour qu'il n'en for
te plus de ces Royaumes - là ,
on doit juger du pitoyable état
où celuy de Valence fe doit
trouver prefentement , la viande
y manquant entierement , &
étant de notorieté publique que
346 MERCURE
dés le jour de Noël le Gouver
neur de Valence n'en put trouver
pour fa perfonne . Je ne dis
rien de ce qui regarde les chevaux
, puifque les Valenciens
en demeurent eux mefmes d'accord
.
Les vents qui arreſtent la
Flotte des Alliez , & dont il
eft parlé dans la mefme Lettre
pourroient bien avoir caufé la
perte d'une partie de cette
Flotte dont le bruit commence
à fe répandre. J'efpere en avoir
des nouvelles certaines avant
queje finiffe ma Lettre , & vous
mander ce que l'on doit croire
là deffus .
Quoy que la Lettre qui fuit
vienne d'Oleron , où elle a efté **
écrite le 15. de ce mois , on la
GALANT
347
doit regarder comme une Lettre
écrite à Madridle troifiéme
du mefme mois les nouvelles
qu'elle en rapporte eftant de
cette datte là ,
>
la
Parles Lettres de Madrid du 3.
du courant , nous apprenons que
groffeffe de la Reine a efté publiée le
29. du paffe, & que le 2. de Février
elle alla en Chaife à Porteurs
efcortée du Roy & de toute la Cour
à Cheval à Notre- Dame d'Atocha's;
pour en rendre graces à Dieu . Tout ce
que l'allegreffe eft capable d'inspirer
aux gens qui en font les plusfufceptibles
a éclaté en ces deux occafions ;
mais avec tant d'emportement &
d'une manierefi naturelle & fi fincere
, qu'il n'eft plus permis de douter
que les coeurs des Caftillans ne
foient entierement au Roy , & que
348 MERCURE
la Naiffance d'un Prince on d'uñe
Princeffe ne lay en concilie bien d'autres.
Toute l'Espagne s'y trouve d'au
tant plus fenfible que Dieu ne luy
avoit point donné de pareilfujet de
joye depuis 1661.
Manfieur le Maréchal de Barvvick
qui eftoit party de Madrid le
23. du paffe pour aller vifiter Cuença
, Molina , & la Frontiere d'Aragon
, eft de retour en Cour
Monfieur deJoffreville eft aux environs
de Tudela , on croit qu'il entrera
par la en Aragon , avec un
Corps de Troupes , dés que l'on fera
en eftat d'y entrer par Molina , &
d'agir en Valence à même temps &
de concert.
On compte que nous aurons une
Armée de 15. on 16 , mille hommes
qui entrera en Catalogne par le
Rouillon
GALANT 349
Rouillon. On preffe toutes chofes
pour agir de bonne heure , & l'on ne
feint point de dire qu'on eft affeure
que les ennemis ne font pas en eflat
de nous refifter.
孱
L'Archiduc vient de nommer à
quatre Canonicats de Sarragoffe
dont les Titulaires avoient quitté la
ellepour demeurerfidelles à S. M.
C. je crois qu'ils attendront longtemLes
Catalans ont envoyé plu➡
leurs Bulles .
fieurs Deputez à Valence pour prier
ce Prince de paffer en Catalogne
parce qu'ils efperent que s'ily va il
y menera des Troupes mais par cette
même raifon , les Habitans de Valence
sy oppofent . Ceux- cy ont demandé
aux Catalans des grains leur ont efté refusez. Les grains fe
vendent déja encette
grains qui
Février
1707.
Principauté ,
Gg
350 MERCURE
quatre Piaftres lefacq .
On a chargé à Pampelune & à
Tudela , quantité de Boulets & der
Bombes pour noftre Armée de Valence.
On a envoyé auffi un Batails
lon à Facca , pour fortifier les Mi-)
lices de Bearn qui en occupent la
Citadelle. aist 7th
Je n'ay rien à vous dire tou
chant cette Lettre , finon qu'el
le fe rapporte à ce que je vous
ay dit de la rareté des Bleds qui
fe trouve dans le Royaume de
Valence , & que les Valenciens
ont en vain fait tous les efforts
imaginables pour retenir l'Archiduc
que l'on affeure eftre
paffé en Catalogne , moins pour
fatisfaire les Catalans qui le demandoient
avec empreffement,
& chez qui le manque de beauGALANT
350
f
coup de chofes commence à caufer
de la divifion , que pour le
retirer d'un lieu où la diferte de
toutes les chofes neceſſaires à la
vie , auroit pu faire dans peu
fouffrir la Maifon. Je me tais fur
les autres articles de la Lert re,
fur lefquels vous pouvez faire)
yes reflexions , & je paffe à la
derniere des celles que j'ay à
vous envoyer.
De Madrid , le 7. Février 1707.
Nous avons çû hier & aujour →
d'huy, par des Courriers de Cadiz.
& de Malaga , que la plus grande
partie de la Flotte ennemie
eftoit enfin entrée dans la Méditer
rannée. On a compté 70. Vailes à
la hauteur de Malaga le 2. dere
mois , fuifant route vers le Levant :
Ggij
352 MERCURE
7
On ne doute pas que ce ne foit le fecours
attendu par l'Archiduc à
Valence. Les Portugais le trouvent
par la , fans Troupes Etrangeres 3
ainfi felon les apparences il y aura
pen de chofes à faire en Eſtramaður
¿ à moins qu'il ne vienne de nouveaux
fecours d'Angleterre .
La Reyne feporte à merveilles
&fagrosfeße continuë trés-heuron–
fement.
Cette Lettre commence à fai-
* croire que la tempefte dont on
a parlé a fait périr ou écarté
plufieurs Bâtimens de la flote
des Alliez , puifqu'elle parle
d'un nombre beaucoup moins
grand que celui dont il eft fait
mention dans la Lettre precedente
.
་
Je dois ajoûter ici à ce que
GALANT 353
je vous ay dit de la grande fidelité
& du grand amour des
Efpagnols pour Philipe V. qu'il
n'eft pas resté un feul Habitant
dans la Ville d'Alicante . On
y a vû pendant quelque temps
Lept ou huit familles de celles
qui s'eftoient laiffées éblouïr
aux promeffes de l'Archiduc ,
& qui avoient pris fon party
mais depuis quelque temps ces
familes en ont été ſi mal traitées
qu'elle ont fuivi l'exemple des
autres. Enfin tout deferte , &
les fideles Espagnols aimét mieux
abandonner leurs Maifons
leurs Biens , leurs Emplois , leurs
Charges & leurs Benefices , que
de demeurer fous la domination.
d'un Prince , qui outre qu'ils
ne l'ont pas reconnu pour leur
>
G
giij
354 MERCURE
légitime Souverain , n'eft aconpagné
que de Troupes qui tournent
en dérifion les miſteres de
la religion , qui enempêchent l'exercice
, & qui profanent tous
les jours les Temples Sacrez, ce
qui eft fort fenfible aux Efpagnols
, peut donner
à qui l'on
juſtement le nom de Catholiques
auffi - bien qu'à leur Souverain
: Enfin l'on peut dire
que quand l'Archiduc tireroit
des fecours beaucoup plus confiderables
que ceux que lui donnent
les Alliez , & qu'il auroit
conquis la plus grande partie
des Royaumes qui compofent la
Monarchie d'Espagne , Philipe
V. demeareroit toûjours fur le
Trône , puifque l'on tient pour
affuré dans tout ce vafte Etat ,
GALANT: 355%
que tant que les Rois d'Elpagne
feront maîtres des deux caltilles
, ils refteront toûjours fur
le Trône d'Espagne .
J'ay oublié de vous dire en
vous parlant de l'amour & du
zele que les Habitans d'Alicante
ont fait voir pour leur lé
gitime Souverain , en abandonnant
leurs Biens & leur Patric ,
que nous avons ici un Ecclefiaftique
d'un grand merite , qui
a abandonné le Doyenné d'Alicante
, aymant mieux renoncer
à tous les revenus qu'il en
retiroit que de reconnoître
l'Archiduc .
On ne peut fans admiration
l'entendre parler de l'inebranlable
fidelité de tous ceux qui
ont renoncé à leur fortune pour
356 MERCURE
fuivre leur devoir , & leur inclination
naturelle pour un Monarque
qui depuis le peu d'années
qu'il eft fur le Trône , a
expofe plufieurs fois fa vie pour
la gloire & pour la défence de
l'Etat que Dieu lui a donné ,
& qui travaille nuit & jour à la
confervation du bien de fes
Sujets.
Jeviens de vous faire voir , en
vous parlant des avantages artachés
à la Charge de Capitaine
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , à quelle ocasion les
Privileges dont elle jouït lui
ontefté accordés , & pourquoy
le Capitaine des Gardes du
Corps de la Compagnie apelée
Ecoffoife jouit auffi des mêmes
Privileges , & commande les
GALANT 357
autres Compagnies de ce Corps
lorfquelles font affemblées ;
c'eft pourquoi je ne vous en die
ray rien dans l'article que vous
allez lire.
Monfieur le Maréchal de
Noailles qui eftoit indifpofé
depuis quelque temps , fe trou .
vant le 17. de ce mois plus mal
qu'à l'ordinaire , crût de
voir remettre fa Charge de premier
Capitaine des Gardes du
Corps , entre les mains du Roy ,
afin que Sa Majeſté en difpolât
felon fon bon plaifir , & pour
cet effet il lui envoya une de
miffion pure & fimple. Le Roy
touché du procedé de ee Maséchal
, qui faifoit connoiftre
parlà qu'il fe confioit entiere
ment enfes bontés , & ſçachang
7
*
358 MERCUR
ر
que la grace que l'on fait eft
double lorsqu'on ne l'a fait
point attendre , ne tarda pas à
remplir fes fouhaits , & dés le
lendemain 18. du mois Sa Ma
jefté donna la Charge dont Elle
avoit reçu la demithon , à Mr
le Duc de Noailles , & ordonna
qu'on lui en expediât le Breven
Ce Duc prêta ferment le matin
du même jour , entre les mains
de Sa Majefté , qui lui donna leb
Bâton. Mr le Maréchal d'Harcourt
le conduifit enfuite a
dans
la Salle des Gardes où il fût
reconnu , ce Maréchal ayant
donné l'ordre de lui obeïr en
tout ce qui regarderoit le fer, i
vice du Roy. Le nouveau, Ca
pitaine des Gardes , fuivit en
fuite le Roy à la Meffe , & il
GALANT 359
fit pour la premiere fois les fonc
tions de cette grande Charge
d'une maniere auffi aifée & auffi
naturelle que s'il les avoit faites
depuis longtemps .
On ne vit jamais deplus grands
empreffemens à la Cour que
ceux qui parurent ce jour là
pour lui faire des complimens ,
& qui furent d'autant plus finceres
que ce Duc eft digne.
des graces qu'il venoit de recevoir
du Roy.
Toute la famille Royale
aplaudit à ce choix , & le fit
connoître à ce Duc par les chofes
obligeantes qu'elle lui dit.
Le Roy ne voulant pas borner
fes graces au don qu'il venoit
de lui faire , lui donna le lendemain
un Brevet de retenue
360 MERCURE
+
de cinq cens mille liv . à con
dition que Monfieur le Maréchal
de Noailles jouïroit de tous
les Apointemens de la Charge
dont il avoit fi genereufement
donné fa démiffions qu'en cas
que le Maréchal vint à mourir ,
les 500000. livres feront fubftituées
aux mâles qui pourront
venir de Mr. le Duc de Noailless
& qu'en cas qu'il meure fans
enfans mâles , les 500000 liv .
feront pour Mr le Comte de
Noailles fon frere.
Madame la Maréchale de
Noailles n'a pas eſté oubliée dans
les graces faitesà cette Maifon ,
puifqu'elle pourra joüir fi elle
veut de 15000. div . de rente pendant
sa vie , aprés la mort de Me
smo ob co le Maréchal
GALANTA 361
M
Maréchal fon Epoux fur le revenu
de la Charge.
Je vous ay louvent parlé
des fervices de Mr le Duc de
Noailles qui l'ont fait parvenir
au rang de Lieutenant General
dans un âge où beaucoup d'autresont
à peine commencé d'entrer
dans le Service , & ce qui
doit furprendre eft , que dans un
âge fi peuavancéil atoûjours fait
voir tant de conduite dans tout
ce qu'il a entrepris , que tous
fes projets ont toujours reüffi
heureuſement.
Je dois ajouter icy aux avantages
que je vous ay dit que pof
fedoit la Compagnie des Gardes
du Corps appellée Compagnie
Ecoffoife , qu'elle porte la Bandolliere
blanche ; que toutes
Février 1707
. Hh
362 MERCURE
celles des autres Compagnies
font mêlées d'autres couleurs ,2
& que les Gardes de la manche
de Sa Majefté , font de cette
Compagnie.
Il femble que les bontez du
Roy aient redonné la fanté à
Monfieur le Maréchal de Noail
les puifqu'il s'eft beaucoup
mieux porté depuis que S. M.
a fait à fa famille toutes les gra
ces dont je viens de vous parler
& ça efté pour en remercier
Dieu
que Mr Canneau
attaché au Service de ce Maréchal
, fit celebrer le 26. de ce
mois dans l'Eglife des Thea
tins , une Meffe folemnelle dont
Mr de Bullion Confeiller au
Parlement , ami de Monfieur le
Maréchal de Noailles
*
> Mr
GALANT 363
de la Motte Colonel du Re
giment de Noailles , & pluheurs
Capitaines & autres Officiers
du Regiment ont fait les
honneurs . L'Eglife eftoit magnifiquement
ornée & toute illuminée
. Les riches Ornemens
dont S. A. R. Madame a fair
prefent à cette Eglife , furent
employez en cette occafion , &
la Meffe fut celebrée par le R.
P. Vicaire General ; il eût pour
affiftant le R. P. Quinquet ,
qui doit le Jeudy- faint prêcher
la Céne devant le Roy . Mr
Canneau donna un grand repas
à l'iffuë de la Meffe . On
y but les fantez de Monfieur le
Maréchal de Noailles, & de tous
ceux de fa maifon , & chacun té
moigna la joyequ'il reffentoit du
·
Hh ij
364 MERCUR
E
retour de la fanté de ce maréchal.
Je dois ajouter icy que quelques
jours aprés que le Roy cût
donné la Charge de Capitaine
des Gardes du Corps à Mr
le Duc de Noailles , S. M. envoya
dire à Mr le Maréchal
de Noailles qu'en cas que le Duc
fon fils decedat avant luy, il luy
conferveroit la charge , & qu'il
jouïroit toujours des honneurs
qui y font attachez .
La Charge de Confeiller
d'Etat d'Epée que poffedoir
Mr le Comte de Briord qui
efté fucceffivement Ambaffadeur
en Savoye & en Hollande,
& qui cft mort il y a déja quel
que temps , vient d'eftre donSGALANT
365
née a Mr le Marquis de Puifieux
, Ambaffadeur vers les
Cantons Suiffes . Il ne faut que
de la valeur pour eftre élevé
aux premieres dignitez de PEpée
, & que fçavoir parfaitement
le droit pour remplir celles
de la Robe; mais les Confeillers
d'Etat d'Epée ne doivent
rien ignorer. Le mot d'Epée doit
faire connoiftre qu'ils doivent
s'en fçavoir bien fervir , & cel
luy d'Etat doit faire connoiftre
que puifqu'ils entrent dans les
Confeils d'Etat où ils donnent
leur voix pour la décifion des
caufes dont les Arrefts font tous
les jours rendus publics
dont ils font quelques fois Raporteurs
, ils ne doivent rien
ignorer de tout ce que les Juges
&
Hhiij
366 MERCURE
doivent fçavoir pour décider
fur les plus importantes macieres
. Ils doivent auffi étre parfaits
negociateurs , la plus part ayano
remply ces places aprés avoin
exercé celles de Miniftres du
Roy dans des Cours Etrangeres.
Ainfi tous les Confeillers d'Etat
d'Epée doivent eftre tous res
gardez comme des perfonnes
d'une grande confideration , &
il fuffit pour faire l'éloge d'un
homme , de dire qu'il eft Confeiller
d'Etat d'Epée. Mr de
Puifieux joint beaucoup d'éloquence
à beaucoup de valeur.
Il a de la fageffe , de la pruden
ce , du fçavoir & de la penetra.
tion . Il parle bien ; il écrit de
mefme , & les difcours qu'il
prononce ſouvent , & qui rem
1
GALANT 367
pliffent tous les jours les nouvelles
publiques en font d'écla
santes preuves. Il joint à toutes,
ees rares qualitez une grande
naifance Ce Marquis defcend
du celebre Chancellier de Sillery
dont la memoire eft fi chere
à da France & qui cut tant de
part aux affaires au commencement
du regne de Louis XII.
& aprés la chûte de Mr le Ma
réchald' Ancre Lamaifon de Puifieux-
Sillery cft une branche
de celle de Brulart , Pune des
plus grandes de la Robe , dont
ceux qui en defcendent avoient
avant que de s'y engager les
premiers emplois de la guerre,
Elle a donné plufieurs Premiers
Prefidens au Parlement de Dijon.
Mr.Brulart Marquis de
368 MERCURE
la Borde étoit à la tefte de ce
Corps avant Mr Bouchu qui
l'eft aujourd'huy. Mr le Marquis
de Puyfieux eft frere de Mr
L'Evefque de Soiffons & Pere de
Mela Comteffe de Blanchefort.
Le Roy a donné une penfion
de mille écus à Mr. de Simianes ,
Brigadier & Colonel d'Infanterie
, cy- devant connu fous
le nom de Chevalier de Simia- nes, qui a fervy longtemp miadans
la Gendarmerie , & qui a efté
bleffé à la Bataille de Fredling
hen . Ilfe diftingua forten Flandre
avant la derniere Campa.
gne , & je vous envoyai en ce
temps - là des relations qui rouloient
fur la gloire dont il s'etoit
couvert.
Il est d'une des meilleures
GALANT 369
maifons de France ; Elle eft divifée
en plufieurs branches eftablies
en differentes Provinces .
Celle de Gordes eft une des
plus diftinguées ; la maifon de
Simianes a donné plufieurs Comtes
à l'Eglife de Lyon. Feu Mr.,
l'Evêque de Langres avoit cité
Comte de cette Eglife , avant
que d'eftre élevé fur le Siege
Epifcopal de Langres . Il y a
une branche de cette maiſon
établie en Piemont . Mr. le marquis
de Pianezze en eft le chef;
nous avons un excellent Traité
de la verité de la Religion Chrétienne
de feu Mr. le Marquis de
Pianezze ; cet ouvrage qui avoit
efté composé en Italien , a efté
traduit en François par le feu P.
Bouhours de la Compagnie de
Jefus .
37° MERCURE
Le Roy vient de donner à
Mr. le Comte d'Efteing une
penfion de 4000. liv , & Sa Ma
jefté luy ayant en même temps
permis de la faire paffer à ceux
de fa famille qui luy convien
droient pour le bien de fes affaires
, & qui lui feroient trouver
des fecours prefens pour
l'aider dans le fervice . Il a fair
paffer la moitié de cette penfion
fur la tefte de fon fils aîné, b
& l'autre fur celle de Mr. le
Chevalier d'Efteing fon frere ,
qui fert dans la Gendarmerie.i
Toutes mes Lettres font remplies
des actions éclatantes de
Mr. le Comte d'Efteing, & comme
elles doivent eftre encore
prefentes à voftre Memoire , je
ne les repeteray point icy.
GALANT 371
Mr le Comte d'Efteing eft
Neveu de Monfieur l'Arche
vêque de Narbonne , & d'une
des plus grandes maifons du
Royaume . Elle eft Originaire
d'Auvergne à qui elle a donnné
plufieurs Evêques ainfi que plufieurs
Comtes à l'Eglife de Lion .
Mr Evêque de Saint Flour qui
eft de cette Maiſon a efté Com .
te de Lion . Mr le Comte
d'Efteing a épousé la foeur de feu
Mr le Comte de Vaubecourt
& ce Comte n'ayant point laiffé
d'enfans la maifon d'Efteing a
herité des grands biens de celle
de Vaubecourt d'Hautonville,
*
Mr le Marquis de Bran
cas a eu dans le même temps
une penſion de deux mille livres
fon nom fuffit pour faire con372
MERCURE
ces ,
noître fa maifon , & fes fervin'eftant
pas moins connus,
je diray feulement qu'il fuffic
d,obtenir une Penfion dans un
temps où prefque tout les Souverains
de l'Europe , jaloux de
la gloirede Sa Majefté , ont mis
de nouveau les armes à la main
contre ce Monarque . Il fuffit
dis- je d'obtenir une Penfion
dans un temps fi difficile , pour
faire connoître que l'on a toutes
les qualités neceffaires pour
la bien meriter.
Quoi que le Parlement d'Ecoffe
ait aprouvé & ratifié le
Traité d'union des deux Royaumes
, on y a fait un fi grand
nombre d'aditions & de corrections
qu'on doûte fort fi le Parlement
d'Angleterre s'en accommodera
GALANT
373
commodera .
Plufieurs croyent
que cette affaire n'aura pas tout
le fuccés que la Cour de Londres
en attend, ou du moins que
cette union ne fera pas de longue
durée , puifque les protefrations
de plufieurs grands Seigneurs
Ecoffois ; celle du Clergé
Presbiterien ; & les plaintes
& le murmure du peuple ,
ont laiffé
plufieurs portes ouvertes
pour reclâmer
contre
cette
réfolution qui fait d'un
ancien
Royaume
independant ,
une Province
foumife & dépendante
de
l'Angleterre , fans pour
cela augmenter la force de cette
Couronne . On eft auffi perfuadé
que les Epifcopaux ne donneront
pas les mains aux reftrictions
de l'acte paffé en Ecoffe
Février 1707. Ii
374 MERCURE
*
pour la fureté des Prefbiteriens ,
ennemis jurez de la Hierarchic .
Comme nous fommes dans la
temps des plaiſirs , & qu'ils font
toûjours du goût de la jeuneſ,
fe , Madame la Ducheffe de
Bourgogne ayant ouï parler
avantageulement
de la Comedie
des Importuns , dont on a
donné plufieurs reprefentations
à Clagny , à voulu prendre
part à ce divertiffement
dont les Intermedes ne font
pas
moins agréables que la Piéce .
Cette Piece , qui n'eft point reprefentée
par des Acteurs de
profeffion , eft d'autant mieux
jouée que ceux qui la reprefentent
n'y eftant point obligez
comme ceux , qui fans avoir les
talens neceffaires s'en font fouGALANT
375
vent un métier , s'acquittent
des Rôlles qu'ils reprefentent
avecautant de naturel que d'intelligence
de maniere qu'il
femble que ces talens foient nez
avec eux. On peut dire que
J'Auteur qui rèprefente le premier
Rôlle entre bien dans le
fens de l'Auteur , puifque la
piece eft de fa compofition.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne lui en fit compli
ment en fortant , & lui fit connoître
que la Piéce & les Act
reurs avoient bien divertie.
Je ne dis rien du Prince & de
da Princeffe , dont le Palais eft
le féjour des jeux des ris &
des muſes , & où l'efprit ace
compagne coûjours la grandeur
& la magnificence..
I i iij
376 MERCURE
Quelques jours aprés madame
la Ducheffe de Bourgogne
ayant diné à Meudon , cette
Princeffe vint l'aprés dinée à
Paris avec Monfeigneur le Dauphin
, pour voir l'Opera d'Alcefte
, qui a efté remis fur le
Theatre avec beaucoup d'éclat ,
& qui fatisfait fort le Public.
On avoit joint à ce Divertiffement
la Tempefte d'Alcione , par.
ce que ce morceau de Mufique
a efté jugé tres - beau par tous les
Connoiffeurs.
>
Monfeigneur le Dauphin
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & Monfeigneur le Duc
de Berry , fouperent ce jour - là
à Meudon , où il y eût un grand
Concert de Mufique & un Bal
qui durerent iufqu'à cinq heu
GALANT 377
res du matin . Madame la Ducheffe
de Bourgogne a efté depuis
ce temps là à trois grandes
Aflemblées qui fe font faites
à Verfailles ; fçavoir chez Mela
Marquife de Bouzolle ; dans
l'Appartement de Mr. le Marquis
de Torcy fon frere , chez
Mela Duchefe de Lorge, chez
Me la Comteffe d'Armagnac
& chez Me de Chamillart.
>
Elle est partie aujourd'huy
avec le Roy pour Marly ; où elle
doit prendre les Divertiffemens
qui font deftinez pour
achever le refte du Carnaval.
La Flotte des Echelles du Levant
confiftant en neuf Vaiffeaux
Marchands , & quatre
Barques que l'on attendoit à
Marfeille , et heureufement ar-
Ii ij
378 MERCURE
rivée au Golphe d'Hieres . On
croit qu'elle a rapporté pour
plus de quatre millions d'effets .
Je dois ajouter icy pour faire
plaifir à ceux qui aiment le Caf
fé , qu'il y en a une trés grande
quantité fur cette Flotte .
Ce que vous venez de lire eſt
tiré d'une lettre d'Aix ; mais une
autre Lettre de Toulon que je
viens de voir , & qui eft dattée
du zo . de ce mois , porte qu'ily
a dix Vaiffeaux Marchands au
lieu de neuf, & neuf Barques au
lieu de quatre. Il eft à remarquer
que ces Barques font auffi grandes
que les Vaiffeaux , dont elle
ne different que parce que la
voilure eft differente. Cette
Flotte eftoit eſcortée par trois
Vaiffeaux du Roy. Quant à la
3
GALANT 379
valeur des effets , la Lettre de
Toulon dit auffi qu'elle monte à
plus de 4. millions .
Je vous ay déja parlé d'une
prife faite par deux de nos Fregares
, montant à cinq cent mille
livres ; il n'eftoit encore arrivé
d'effets que pour deuxcent mille
livres , & les effets qui font ar
rivez depuis montent à plus de
scent mille écus , quoiqu'ils ne
confiftent qu'en poil de chevre.
Le mot de l'Enigme du mois paf
fé eftoit la Chaife de commodité :
Ceux qui l'ont trouvé font Mef
fieurs Collande & du Perret de
la ruë S. Antoine , Florifel de
la ruë S. Martin , & l'Abbé
Boiffet de la ruë S. Honoré ; du
Callier de S. Lazare , de la Rapée
rue S. Bon , Commandeur
380 MERCURE
de l'Ordre de faint Cofme ; Bardet
& fon ami du Pleffis ; S. Germain
de l'Hoftel de Navailles &
fon Collegue , Hautefeuille de
l'Hoſtel de Pompadour ; Veartuod
& fa chere Epoufe , Don
Zelat , le Seigneur. de la Rade
S. Jean , & le fils de Gabriel ;
il Signor Bafini di Bolonia , Melliti
di Sameria ; Tamirifte ; Mé
Marotin de la rue S. Honoré , &
Mr deмontoftre . Meſdemoiſelles
Rouffet de la vieille rue du Tem
ple ; de Haute- Roche de la ruë
S. Martin; Collinet du Faubourg
S. Germain , la plus belle des
quatre foeurs ; la Reyne Conty,
& fon Infeparable Compagne la
Sultane Avas ; la Reyne des
amours demeurant aux quatre-
Vents dans la ruë S. Martin, &
GALANT 381
Mr. du Sauffoy avec leur bon
amy de la ruë S. Bon ; la Solitaire
de la rue aux Fers, & les 2 .
Voifines de la ruë Charenton .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eft de Mr. d'Aubicourt.
ENIGM E.
Parmi les jeux divers que le Sage
critique ,
Je celebre la Troupe étique
De mes propres freres puifnez:
Al'abftinence condamnez.
$
Si la Loy les define à faire penitence
L'ufage veut que
l'abondance
La bonne chere & les feftins
Mefaffent braver les deftins.
382 MERCURE
$
Que des Rats aujourd'huy , di
foit jadis ce Sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il femble que le fens commun
Soit la Ratiere de chacun .
Sន ··
Le Rat du Sage étoit de les vouloir
détruire
·Dans un temps qui doit les prodaire
,
Et tu fçauras , Lecteur , en apprenant
mon nom ,
Si la chofe eft facile ou non.
Les Alliez aprés avoir effuyé
pendant trois mois devant le
Chafteau de Modene toutes les
injures d'une faifon pluvieufe ,
plus incommode que la gelée ,
& qui fait périr plus de monde,
GALANT 383
•
font
entrez
par compofition
dans ce Chateau . Voicy les
Articles qui ont efté accordez
à Mr de Bar quiy commandoit .
Que la Garnifon fortira avec
Armes & Bagage , fix pieces de
Canon & quatre mortiers ; qu'-
elle fera conduite à Mantouë
& que les Alliez payeront en
argent comptant toutes les munitions
qui fe trouveront dans
la Place . On dit qu'il en eft
forty environ cinq cens hommes
jamais Capitulation n'a
efté fi honorable , puifque l'on
n'a preſque point encore vû accorder
fix pieces de 'Canon à
ceux qui ont défendu les plus
grandes Places .
Quant aux Munitions payées
par les Ennemis , on n'a jamais
384 MERCURE
rien vû de femblable & de plus
avantageux , & cet Article
pourra à l'avenir avoir lieu dans
les Capitulations , & ceux qui
l'obtiendront en auront obligation
à Mr de Bar.
Je ne fçay fi en comparant la
perte que les Ennemis ont faite
pendant tout l'hiver , devant
cette Place , & le peu d'avantage
qui leur en revient , les Alfiez
n'ont pas plus perdu que
gagné dans cette occafion .
Toute l'attention doit eftre
prefentement pour le Chateau
de Milan . On ne peut affez exagerer
ce que la fermeté de Mrle
Marquis de la Floride qui commande
dans cette Place , coute
aux Alliez . Tout eft en combuſtion
dans Milan depuis que
cette
GALANT 385
que
Place eft fous la domination de
l'Archiduc. Elle est tous les
jours menacée d'eftre mife en
cendres , & prefque tous les Habitans
out deferté aprés en avoir
émporté leurs meilleurs effets .
Ils ont porté la confternation
dans tout le Pays , où l'on n'entend
que plaintes & que gemif
femens , tant à caufe du pillage
des Soldats que des fommes
l'on exige de tous les Habitans
de ce Duché. Il eſt ſurprenant
que depuis fix mois les Alliez ne
fe foient pas rendus maiftres du
Chafteau de Milan , & qu'ils ne
fe foient pas mefme trouvez en
état de le faire depuis tant de
temps , quoy qu'ils ayent toujours
etté en mouvement pour
fe preparer à cette expedition ,
Fevrier 1707. Kk
386 MERCURE
&
que l'on
n'ait
oui
parler
d'autre
chofe
que
de marche
de Ca
non
& de troupes
. Rien
n'eſt
au
deffus
de
la valeur
& de la fermeré
de Mr
leMarquis
de la Floride
qui
commande
dans
ce
Chateau
; les
Alliez
l'ayant
fait
fommer
, il a répondu
qu'ayant
quatre
- vingt
ans
, al étoit
trop
vieux
pour
commencer
à faire
des
lachetez
,
& pour
manquer
de fidelité
à Phihippes
. qui
luy
avoit
confié
cette
Place
, fous
les ruines
de laquelle
il
avoit
refolu
de s'enfevalir
. On
affure
que
les
Alliez
ont
effin
affegé
cette
Place
dans
les
formes
; mais
quand
elle
ne refifteroit
pas
long
- temps
, elle
coute
déja
tant
aux
Ennemis
, auffibien
que
toutes
leurs
conquétes
d'Italie
que
tous
ces
avanta
GALANT 382
ges ne peuvent reparer la perte
de toutes leurs meilleurs troupes.
Il eft vray qu'ils tirent dè
grandes fommes de toutes les
Puiffances
d'Italie '; mais fi cet
argent peut leur faire lever des
hommes , il ne leur redonuerà
pas leurs vieilles troupes qui
ont prefqu'entierement
pery
dans des batailles gagnées au
commencement
de la Campagne
par Monfieur de Vendolme , &
par Mr de Medavy , ainfi que
devant les Places qu'ils ont af
fiegées durant un Hyver , capable
de faire perir les plus fortes
Armées dans un pays maré
cageux , & coupé de Canaux
qui inondent toujours les campagnes
pendant un Hyver pla
KK ij .
vieux .
388 MERCURE
Rien n'eft égal à la dureté
avec laquelle les Alliez exigent
de groffes contributions de toutes
les Puiffancés d'Italie, & l'on
peut dire qu'ils travaillent à
leur faire regetter les François
dont ils ont toujours efté traittez
d'une maniere plus humaine
. Il eft bon d'avoir de la Politique
; mais elle ne doit pas
toujours eftre auffi outrée que
l'a efté celle des Puiffances d'Italie
, pour ne donner aucun
chagrin aux Alliez , & l'on peut
dire qu'elles font aujourd'huy
les dupes de leur politique , &
que c'eft fouvent n'en point
avoir que d'en avoir trop. Si
elles avoient pris le bon party
à l'avenement de Philippe V. à
la Couronne d'Espagne , elles
ALANT 389
6
auroient pû empécher que la
Guerre ne s'allumaft en Italie,
& qu'aucun des Partis y fift entrer
des troupes . Elles reconnoiffent
leur faute , & elles s'en
repentent ; mais trop tard.
Vous attendez fans doute que
je vous parle du Roy de Suede ,
dont le fecret eft toûjours impenetrable
, Chacun le cherche
& quelqu'un pourroit l'avoirdeviné
, en ignorant pourtant
s'il a frappé au but . Voicy des
faits fur lefquels il eft permis à
chacun de raifonner . l'Empereur
ainfi qu'il eft connu à tout
le monde , a mis Mr l'Electeur
de Baviere , & Mr P'Electeur
de Cologne au Ban de l'Empire,
non feulement fans aucun fujet
legitime ; mais de fa propre au
Kkij
390 MERCURE
torité fans le confentement des
Electeurs , des Princes & des
Cercles , & contre toutes les
conftitutions de l'Empire . Le
Roy de Suede comme leur parent
, comme Membre de l'Empire
, & comme Amateur de la
Juftice , a fait les proteftations
contre un pareil attentat. CeMonarque
fait lever des Troupes
dans tous les Etats & dans tous
les lieux où il a crû qu'il luy
eftoit permis d'en faire lever, &
même dans l'Empire où il a le mê
me pouvoir que ceux qui en font
membres comme lui , & quand
même il n'en leveroit pas en cet.
te qualité, il en peut lever dans
tous les Etats & dans toutes les
Villes libres d'Allemagne , où
on luy permet de faire des leGALANT
391
vées . L'Empereur s'en eft plaint
à la Diette de Ratisbonne fans
nommer ce Monarque , n'ayant
pas ofé autrement parler de la
maniere qu'il a fait . S.M. I. n'en
demeure pas là : elle anime le
Czar, & elle luy propose une al
liance pour l'engager à tourner
une partie de fes armes contre
S. MS . fans ceffer d'entretenir
la Guerre en Pologne , afin de
donner de tous coftez de l'occupation
au monarque qui avoit
trouvé le moyen d'en pacifier
les troubles . Je ne crois pas que
toutes ces chofes doivent engager
le Roy de Suede à avoir
beaucoup d'égards pour l'Empereur
, qui d'ailleurs a rompu
le Traité de Risvvick dont S.
M. S peut luy demander raiſon
392 MERCURE
THA
comme garent de ce Traité
Tous les Alliez connoiffant la
droiture d'ame du Roy de Suede
craignent que ce Monarque
ne foit pas favorable à l'Empe
reur , & ne veule travailler à
remettre toutes chofes dans l'état
où elles eftoient avant la
rupture du Traité de Rifvvick .
Les Alliez font voir l'inquietude
qu'ils en ont , & font connoiftre
par là & par les mouvemens
qu'ils fe donnent , qu'ils
ne fçavent rien des projets du
Roy de Suede , & les menaces ‹
qu'ils laiffent de temps en temps
échapper contre ce Prince , &
les ennemis qu'ils cherchent à
luy fufciter tant parmer que par
terre , ne leur doivent pas attirer
les bonnes graces . Tous
}
GALANT 393
ces faits eftans conftans , chacun
peut raifonner , & en tirer
les confequences qu'il luy plaira.
Les Troupes du Roy de Suede
n'ont point encore fait de
mouvement en Allemagne , ce
Prince a feulement envoyé 8.
Regimens en Quartier d'Hyver
fur des Terres fituées le long
du Mein , & qui dépendent de
la Maifon Palatine , pour fe vanger
de ce que contre fa regularité
dans l'obfervation de la
neutralité , l'Electeur Palatin
nonobftant les remontrances de
Mr le Comte d'Oxenſtern Gouverneur
de deux Ponts , il a eu
la temerité d'y mettre des Troupes
Allemandes qui ne vivent
pas avec la même difcipline que
394 MERCUR
C
AA
celles de S M. S. Il y a lieu de
croire que l'Electeur Palatin qui
eft Beaufrere de l'Empereur n'a
rien fait en cette occafion fans
fa participation , & ce mépris
pour le Roy de Suede fournit
un nouveau fujet de raiſonner à
ceux qui cherchent à deviner à
quoy aboutiront les deffeins de
S. M. S.
L'affaire de Pologne pourroit
embaraffer ce Monarque , fi
T'un pouvoit mettre les Mofcovites
au nombre des autres
hommes ; mais il eſt conſtant que
cent mille Mofcovites peuvent
à peine valoir vingt mille hom
mes de troupes reglées. On en
peut juger par le peu d'expedi
tions que font leurs nombreuſes
Armées. Ainfi il y a lieu de
GALANT 39 %
croire que tout le feu qui paroift
en Pologne fera bien - toft reduit
en fumée .
Les dernieres nouvelles d'Hon
grie font
, que les Mécontens
ont fait une irruption en Stirie ,
où ils ont brûlé plus de 80 Vila
lages . Les mefmes Nouvelles
confirment que l'Armée , du
Comte Rabutin a beaucoup
plus fouffert que s'il avoit perdu
une bataille complette , &
comme les mauvais chemins &
les playes continuelles ont arrefté
le Comte de Staremberg ,
& faic perir une partie de fon
armée , on peut compter que
les affaires de l'Empereur vont
tres - mal en ce Pays - là .
On affure que la Flotte des
Alliez qui a tant fouffert depuis,
396 MERCURE
fon départ de Lilbonne , arriva
à Alicante le 6. de ce mois , &
qu'elle y attend des nouvelles
de l'Archiduc , pour fçavoir ou
fe fera le débarquement des
trois ou quatre mille hommes
échapez de tant de perils depuis
leur départ d'Angleterre , & les
feuls qui restent de la formida
ble Armée dont on a menacé
pendant l'hiver dernier , les
Coftes de France , ainfi que toute
l'Espagne.
Le Portugal qui , à ſon grand
regret , a vu partir ces Troupes,
ne ſe trouve pas peu embaraſſe ;
la divifion y regne toûjours , &
le frere puifné de S. M. Portugaife
s'elt retiré à Braga , où
ceux de fon parti le vont joindre
tous les jours . On n'efpere
pas
GALANT
397
pas beaucoup du Duc de Cadaval
, qui a eſté nommé General
des Troupes Portugaifes , ce
Duc eftant extrêmement vieux ,
& ayant peu de pratique de
l'Art militaire . Les Lettres de
Portugal difent que l'Armée
qu'il doit commander eft de dix
mille hommes , ce qui donne
lieu de croire qu'elle eft beaucoup
moins forte . J'ignore la
quantité de Troupes qui compofent
celle que les François
ont fur le Rhin . Elle doit eſtre
nombreufe , puifque les Alliez
le difent dans toutes leurs Lettres
, & dans toutes leurs Nou.
velles publiques
.
Le fecret des affaires d'Italie
, & le lieu où doit aller
Monfieur le Duc d'Orleans font
Fevrier
1707. LI
398 MERCURE
auffi impenetrables que les projets
du Roy de Suéde , ainfi je
me contenteray de vous dire
que S. A. R. que l'on ne peut
faire parler , quelques détours
fins & fpirituels que l'on prenne
pour l'y engager , s'ocupe entierement
des chofes qui regardent
la Campagne qu'il doit
faire ; que ce Prince travaille
Louvent avec le Roy , & qu'il
eft, quelques fois enfermé trois
ou quatre heures de fuite avec
Mr de Chamillart , & l'on peut
dire que fon application eft
égale à ſa valeur . Il vient de
donner mille écus de gratifica
tion à Mr de Longepierre , qui
avoit les Chifres pendant la
Campagne derniere , & une
Penfion de deux mille livres à
GALANT 399
Mr Lardy fon premier Chirurgien
, qui a fait voir la profon
deur de fon fçavoir , & l'ardeur
de fon zele dans la cure qui
lui a fi bien réüfi l'année derniere
, & à laquelle nous devons
S. A. R. puifque des
playes mal panfées coûtent fouvent
la vie .
Il n'y a point encore eu de
mouvement en Flandre à caufe
du mauvais temps ; toutes les
Troupes de la Maifon du Roy
qui font tres - belles & tres complettes
, doivent partir dés qu'
elles auront paffé en reveuë
devant Sa Majesté
Je ne fuis point furpris que
vous ayez été contente de ma
derniere Lettre'; il y avoit des
chofes capables d'exciter la cu-
Ll ij
4.00 MERCURE
riofité de ceux qui n'ont pás
d'attachement pour les nouvelles.
Iamais il ne m'en eft tant
refté , & jen'ay pû inferer dans
celle- cy aucun article étranger
, de maniere que je mefuis
trouvé obligé de referver beaucoup
d'articles & plufieurs belles
Relations touchant la Naif
fance de Monfeigneur le Duc
de Bretagne ,. que je vous en.
voyeray le mois prochain . Je
fuis Madame vôtre & c.
BIBLIOT
A Paris ce 28. Février 1707.
LYON
DE
AVIS.
1883 Le Mercure de Mars fe vendra
le Vendredy , premier jour
d'Avril.
TABLE.
DRelade, 5
Difcoursprononcéfur la naiffance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne
par le Pere le Camus ,idem
Réjouiffances faites pour la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne,
Lettre Paftorale de Mr l'Evefque
de Pamiers's
15
20
Premier article des morts , qui rèn–
ferme beaucoup de chofes curieufes,.
42
Extrait d'une ´Lettre de Cayenne ,
70
Ceremonies obfervées lorſqu'un Chevalier
de faint Jean de ferufalem
fait les Voeux , 83
Vers fur la naiſſance de Mr le
Comte de Cruffol ,
Déclaration d'amour ,
90
93
Lliij
TABLE.
Benefices donnez par le Roy , 97
Lettre de Valangin , fur les festes .
qui s'y font tous les ans
Second article des morts ,
98
103.
Sacie de Mr l'Evefque de Limoges
,
117
Suite des Réjouiflances faites pour
La naiffance de Monseigneur le
Duc de Bretagne ,
Troifiéme article des morts ,
126
165
Projet de Medaille à la gloire du
Roy de Suede ,
Lettre du Chapitre de Toul ,
174
179
Lieutenance de Roy du Bas - Poitou,
donnée au fils de Mrle Marquis
de Villette >
182
Extrait d'une Lettre de Dunker-
• que ,
Quatrième article des morts ,
183
196
Relation des Expeditions faites par
Mile Comte de Villars , Chef
TABLE.
Efcadre , 198
Réponce au Manifefte de Mr de
230 Langallerie ,
Relation digne de la curiofite de
toute l'Europe , où l'on voit tout
ce qui s'eft paßé , & toutes les
feftes qui fe font données à l'occafion
du mariage d'un des plus
grands Princes , & d'une des plus
grandes Princeffes d'Alemagne , 245
Premiere Sceance publique de l'Academie
des Sciences établie à
Montpellier , 289
Cordon Rouge & Penfion donnée à
Mr de Saint Hilaire , 295
Compagnie des Gardes donnée à Mr
de
Briçonnet , 297
Seconde fuite des Réjouissances faites
pour la naiffance de Mon/eigneur
Le Duc de Bretagne ,
Charge de la Compagnie des Gen-
301
TABLE.
darmes Ecofois venduë à Mr le
Marquis de Nefle ,
312
Nouvelles d'Espagne contenues en
plufieurs Lettres , 321
Charge donnée à Mr le Duc de
Noailles ,
Dons faits par le Roy ,
356
364
Article touchant l'union des Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe, 372
Divertiffemens donnez à Madame
la Ducheffe de Bourgogne , 374
Arrivée de la Flote du Levant , 377
Prife , montant à 500000 liv. 379
Article des Enigmes
Affaires d'Italie ,
>
idem
382
Article concernant le Roy de Suede,
389
Nouvelles de divers endroits , parmy
lefquelles il fe trouve un article
qui regarde Monfieur le Duc
d'Orleans , 395
TABLE.
Articles refervez 399
Avis quifait connoifre que le Mercure
prochain fe debitera pluſtoſt
qu'à l'ordinaire , 400
LYON
SVILLE
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
O France,doit regarder la p. 20 .
L'Air qui commence par ,
Le Ciel donne un Prince , doit
regarder la page 164 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères