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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER , 1707.
30 19
YON
APARIS, M
1893
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
DE
LA
mm
Omme il eft impoffible dans la con-
Concture
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumés qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII.
Avec Privilege du Roy Ada
AU LECTEUR
ILy a lieu de croire qu'on
-ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,&
quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront ez
affranchissent le port.
#
MEREVRE
GALANTS
JANVIER , 170
J
LYON
1893
'AY déja compté trente &
un mois de Janvier depuis
que je vous adreffe mes Let
tres , & j'ay eu le plaifir pendant
ce grand nombre d'années
, de vous parler de ce quia
BE
LA
VILLE
A iij
6 MERCURE
fait meriter le furnom de Grand,
de l'aveu même de toutes les
Nations , au Monarque fous
qui nous avons le bonheur de
vivre. Je l'ay vû dans des temps
de paix ne travailler qu'à étendre
le culte de la veritable Religion
; qu'à faire des Loix pour
reformer les abus qui s'étoient
gliffez dans fon Etat , & pour
épargner le fang de fes Sujets ;
& donner fes foins pour faire
fleurir les beaux Arts dans fon
Royaume. Je l'ay vû au milieu
des careffes de la Fortune la
plus flateufe & des lauriers dont
il fe couvroit tous les jours ,
GALANT
7
lorfqu'il commandoit fes Armées
en perfonne , ne fe fervir
de tous ces avantages que pour
impoſer la paix à l'Europe ; &
je vois aujourd'huy ce Prince
dans le temps que la Fortune
cherche à l'abandonner , faire
rougir cette même Fortune par
la fermeté heroïque avec laquelle
il fupporte les traverſes
qu'elle luy fait effuyer , & paroiftre
dans cet eftat plus digne
d'admiration aux yeux de l'Univers
, qu'il ne l'eftoit lorfque
la Fortune fuivoit fes
pas , & obéiffoit
à fes loix . Ce Monar
que fart voir
qu'il
fçait
fuppor-
A iiij
8 MERCURE
4
ter également la bonne & la
mauvaiſe fortune
, quoy qu'il
foit également difficile de faire
un bon ufage de l'une & de
l'autre. Il femble cependant
qu'un Prince fort élevé foit
dans un eſtat plus perilleux
,
puifqu'outre
qu'il peut tomber
de plus haut , le plus fage
fe laiffant fouvent éblouir
par
les charmes d'une Fortune toujours
riante , tombe aifément
dans des deffauts enfantez par
l'orgueil , & par le pouvoir abfolu
que donne une fortune
fans bornes
. Il croit que qui
peut tout eft en eftat de tout
GALANT 9
vouloir , fans qu'on puiſſe y
trouver à redire , & s'abandonnant
inſenſiblement à tout ce
que
7
fes defirs luy
infpirent , il
devient l'efclave de toutes fes
paffions. Il ne fonge qu'à envahir
les Etats fur lesquels il
n'a aucun droit legitime ; qu'à
faire des injuftices qu'il ne regarde
pas comme telles , parce
que tout luy eft permis ; & qu'à
contenter
tous fes defirs , au
lieu qu'il devroit ſe ſervir de ce
temps , & de l'heureuſe
fituation
de fes affaires , comme a
fait le Roy dans tous les temps
où la paix a regné dans fon
10 MERCURE
Royaume. Ces heureux temps
ont donné lieu à ce Prince d'y
faire regner la Religion dans
toute la pureté ; d'y attaquer
les vices , & d'y faire regner
la justice & les vertus par un
grand nombre de Loix & de
Reglemens qui ont étably dans
fon Royaume une police utile
à tous fes Sujets , & au bien de
fon Etat , & dont on commence
à fuivre les Reglemens dans
plufieurs Etats de l'Europe. Je
pourrois prouver ce que j'al
vance , mais ce n'eſt pas icy le
lieu d'entrer dans de pareils détails
, & je n'ay entrepris que de
GALANT 11
faire connoître que rien n'étant
plus difficile à fupporter que le
poids d'une grande fortune ,
qui a fouvent fait voir que les
plus fages Monarques & les
plus dignes de regner , devenoient
les plus foibles lorfqu'ils
eftoient favorifez de la Fortu¬
ne ; ce qui n'eſt point arrivé au
Monarque fous qui nous avons
l'avantage de vivre , ainſi que
je viens de vous le marquer. Si
ce Prince a fait voir une conduite
fi fage dans des temps ou ·
il eft fi difficile de regner fur
foy-même , & s'il n'a rien fait
qui puft porter atteinte au fur12
MERCURE
nom de Grand , que toute l'Eu
rope luy avoit donné , on ne
doit pas s'étonner de le voir
aujourd'huy toûjours égal à
luy- même lorfque la Fortune
cherche à l'abaiffer , & fi elle
n'a pû luy rien faire faire d'indigne
d'un grand homme au
milieu de fes plus fortes caref
fes , elle le verra triompher
toûjours par ſa fermeté & par
fa fageffe , au milieu des atteintes
qu'elle cherche à luy porter.
Je vous ay déja dit plus d'une
fois fuivant les occafions
qui fe font preſentées , & je
GALANT
13
yous ay même fait connoiftre
par
des preuves
inconteftables
que fi le Roy avoit conquis
par
la force de ſes armes pendant
le cours de la guerre prefente
,
autant de Places que la Fortune
en a livré à fes Ennemis
aprés
une mediocre
refiftance
, ou
même fans combat
, les Sujets
des Puiffances
liguées combleroient
aujourd'huy
de, benedictions
un Monarque
qui don
neroit la paix à leurs Souverains
en facrifiant
la plus grande
partie de fes conqueftes
, &
qui fçauroit
même l'impoſer
à ceux dont la politique
de14
MERCURE
mande qu'ils foient toûjours
en guerre , quand même la Fortune
ne leur feroit pas favorable
; ce qui fait voir que Sa
Majefté ne combat que pour
faire jouir l'Europe d'une tranquillité
profonde , au lieu que
fes Ennemis n'ont les armes à
la main que pour perpetuer
guerre. On ne doit pas en eftre
furpris. Louis le Grand femble
n'eftre né que pour s'immor
taliſer par des actions de grandeur
qui luy font uniques , &
dont on n'a oui parler dans aucun
fiecle , & fi d'autres Souverains
fe couvroient de la même
la
GALANT IS
gloire , il trouveroit des égaux
qui l'imiteroient en donnant
la paix à l'Europe ; mais comme
il en a efté le Pacificateur
lorfqu'il en a pû eftre le Conquerant
, le Ciel femble ne pas
vouloir que perfonne partage
avec luy une gloire dont aucun
Souverain ne s'eft jamais couvert.
Ainfi il ne doit point ſe
plaindre de la Fortune , qui en
fe declarant contre luy ne fert
qu'à rehauffer l'éclat de fa gloire
, puifqu'elle fait connoiſtre
que fes Ennemis ſe trouvant
dans la fituation où il a efté ,
font bien éloignez de l'imiter
16 MERCURE
en donnant la paix à l'Europe
comme ce Monarque a fait ,
lorfqu'il s'eft vû dans la fituation
où ils fe trouvent aujourd'huy
, ce qui doit faire fou
haiter à tous les Peuples de l'Europe
que fes armes foient toû
jours victorieuſes , puifque fes
conqueftes luy ont toûjours
facilité les moyens de leur donner
la paix , dont ils jouiroient
encore fi leurs Souverains ne
l'avoient rompue deux fois,
-Je vous ay promis dans ma
derniere Lettre de vous faire,
une peinture à la tefte deje: lle
GALANT
17
cy , de la fituation où fe trouvent
aujourd'huy toutes les
Puiffances qui font en guerre ;
mais je doute même fi je pourray
vous en parler avant que de
finir ma Lettre , puiſque je ne
puis voustenir ma parole avant
qu'un fecret qui cauſe aujourd'huy
une attention generale ,
& qui peut faire changer de
face à toutes les affaires foit
developpé..
L'Article qui fuit vous pa
roiftra digne de voftro curio
fité , quoy qu'il ne foit pas tout
à fait nouveau ; mais j'ay tou
jours obfervé de ne pas laiffer
Fanvier 1707.
B
18 MERCURE
enfevelir dans l'oubly les chofes
qui ont échapé d'abord à ma
connoiffance , ou dont je n'ay
pû cftre affez toft informé de
toutes les circonstances qui
les accompagnent. Ainfi quoy
que tout ce que je vous écris
ne fe foit pas toûjours paffe
dans le même mois que je vous
l'envoye , il ne doit pas laiffer
de paroiſtre nouveau à vous &
à vos amis , puiſqu'ils n'en ont
point encore entendu parler ,
ou du moins qu'ils n'en ont pas
encore eu une parfaite connoiffance.
M' l'Abbé Dumans , Cha
GALANT 19
noine de l'Eglife de Rennes &
Prieur de Sorbone , prononça
le 10. de Decembre de Dif
cours que le Prieur de Sorbone
doit toûjours prononcer à
la derniere Sorbonique. L'Affemblée
fut illuftre & nombreufe.
Monfieur le Cardinal
de Noailles , M l'Archevêque
de Tours , & M' l'Evêque de
Rofalie , ainfi que plufieurs
Abbez de diftinction & autres
perfonnes qui poffedent des
dignitez dans l'Eglife , furent
prefens à cette ceremonie. Ils
donnerent de grands applau
differens à Mol'Abbé Dus
Bij
20 MERCURE
mans , qui en reçut auffi beaucoup
de toute l'Affemblée . If
fe les attira par la beauté de
fon difcours
& par la grace
avec laquelle il le prononça . Il
parla avecbeaucoup d'éloquence
du zele de Sa Sainteté contre
toutes les nouveautez qu'on
a voulu introduire dans la doc
trine de l'Eglife fous fon Pontificat
, & de la prudence de ce
Pontife dans les conjonctures
malheureuſes
où l'Europe
fe
trouve . M l'Abbé Dumans.
dit en peu de paroles beaucoup
de chofes à la gloire du Roy.
Il n'eftpas neceffaire de s'éten
GALANT 21
dre beaucoup lorfqu'il s'agit
de la religion & de la picté de
ce Monarque, puifqu'elles font
fi connues qu'elles font tou
jours preſentés à l'imagination
de ceux à qui on en parle . Monfieur
le Cardinal de Noailles
& les perfonnes les plus confiderables
du Clergé , dont il
eftoit accompagné furent auſſi
louées d'une maniere qui convenoit
aux vertus qui leur font
particulieres , ou aux places
qu'elles occupent dans l'Eglife .
Le Pere d'Arcot Prieur des Ja
cobins , qui foûtenoit cette Sor
boniquesquiceft toûjours
22 MERCURE
"
foûtenue par un Religieux de
cet Ordre , fit un compliment
aux Prelats qui fe trouverent à
cette Affemblée , qui fut tresapplaudi.
Mi l'Abbé Dumans
recita enfuite un Poëme , felon
l'ufage pratiqué dans les Actes
de Sorboniques , où les loüanges
du Soutenant cftoient répandues
avec beaucoup d'éfprit.
Lorfque Mr Dumans
commença a argumenter , Son
Eminence & les autres Prelats
fortirent ; mais ce ne fut qu'aprés
avoir marqué à Mrole
Prieur de Sorbone , dont le
Priorat fuiffoit par cet Acte,
GALANT
23
3
le plaifir qu'ils avoient pris à
l'entendre , & il eut licu d'eftre
fort fatisfait des louanges qu'-
ils luy donnerent.
La Republique des Lettres a
perdu Mr Amelot de la Houffaye.
Il compofa à Venife ,
dans le temps qu'il yeftoit em
ployéà quelques negociacions,
I'Hiftoire du Gouvernement
de cette Republique , en deux
volumes in 12. Il dévoila les
plus fecrettes maximes des Ve
nitiens. Nous luy devons une
Traduction du Prince de Mal
chiavel , contre lequel Inno
dent Gentillet a ramaflé toutes
24 MERCURE
fes forces dans la Critique qu'il
en a faite , & qu'il dedia au Duc
d'Alençon , frere d'Henry III .
& dont il y a eu trois differentes
éditions . Mr de la Hoúf-
Laye a mis à la tefte de la Traduction
dont je viens de vous
parler , une Preface remplie de
tres - belles reflexions . On lit ce
qui fuit dans cette Preface ; il
eft tiré de Mr de Viquefort.
Machiavel dit presque par tout
ce que les Princes font tout ce
qu'ils devroient faire . Bacan a dit
la même chofe dans fon Livre
de l'augmentation des Sciences.
Mr de la Houlaye dit enfuite
GALANT 25
*
Juice qu'il ef Surprenant de voir
que prefque tout le monde croit
que Machiavelapprend aux Princes
une dangereufe Politique , puis
qu'au contraire les Princes ont appris
à Machiavelce qu'il a écrit.
C'est l'Ecole du Monde & l'obfervation
de ce qui s'y paffe , continue-
t- il , & non pas une creufe
ع و م
meditation de Cabinet , qui ont
efté les maximes de Machiavel
.
Bocalin a penfé prefque la mêine
chofe que Mr de la Houffaye
, & il a dit de plus que c'eſt
dans une Cour d'Italie , qu'il n'eft
pas à propos de nommer, que Ma
Janvier 1707.
C
26 MERCURE
chiavel a puifé la Politique defon
Prince, NGE SE
2
La Traduction Françoiſe de
THiftoire du Concile de Tren
te , eft auffi de M de la Houf
faye , & a fait beaucoup d'honneur
à cet illuftre Auteur. Certe
verfion , dont on a donné
au Public plufieurs édi
tions , a néanmoins efté attaquée
dans un des derniers vofumes
des Lettres chaifies de Mr
Simon , publiées en Hollande.
L'Auteur de ces Lettres , prétend
que Mr de la Houffaye
n'ayant pas bien entendu l'Italien
de Venife , qui eft fort difGALANT
27
ferent du langage de plufieurs
autres Villes voifines , n'a pas
traduit
fidellement
plufieurs
endroits de cet
ouvrage , & il
- luy reproche de n'eftre pas entré
・par tout dans le fens de
• fon Auteur.
Cependant on
peut affurer que cette Verfion
eſt tres-pure , & que les Notes
qui
l'accompagnent & qui fone
- propres au Traducteur
, en
rehauffent
extrêmement
le
prix. Mr de la Hauffaye a mis
à la tefte de cet
ouvrage , une
-tres- belle Preface, & qui donne
une idée jufte & préciſe de
tout l'ouvrage. Enfin cette
a
Cij
28 MERCURE
Traduction eft bien differente
de celle que Diodot avoit données
plufieurs années auparavant
du même ouvrage , &
Frapaolo eft auffi different de
luy - même entre les mains de
M' de la Houffaye & de Diodot
, que le langage Venitien
l'eft des autres Idiomes qui ont
cours dans les differentes Villes
d'Italie. M de la Houffaye
qui avoit une inclination particuliere
pour Frapaolo , & qui
en connoiffoit tout le merite ,
a auffi traduit le Traité des
Benefices de ce fçavant Religieux
, & il a foûtenu cette
GALANT 29
1
Verfion d'excellentés Notes
qui éclairciffent les penfées de
l'Auteur , & qui luy fervent
même fouvent de Commen
taires. Ce Traité a efté réimprimé
plufieurs fois , & toûjours
avec le même fuccés . La
matiere qu'on y examine a efté
fujette à de grandes conteftatations
, & le party que l'Auteur
& fon Traducteur ont
pris, n'a pas plû à tout le mon
de, & l'on peut dire que ce livre,
de même que l'Hiftoire du
Concile de Trente , a eu fes adverfaires.
Le même Traducteur nous
C iij
30 MERCURE .
a auffi donné une belle Tra
duction de l'Homme de Cour de
Gratien. Il dit que de toutes
les Traductions c'eft celle qui
luy a le plus coûté , à cauſe
que l'Auteur Efpagnol a trop
enveloppé fes penfées. Gratien
, dont les ouvrages font
fort cftimez , eftoit Jefuite.
L'Homme de Cour , qui eſt
écrit dans l'Idiome Eſpagnol ,
eſt celuy de fes ouvrages qui
luy a le plus coûté, & qui luy
a acquis le plus de réputation .
Mr de la Houffaye a dedié cet
ouvrage au Roy. Sa Verſion a
cfté fort applaudie , & on en a
GALANT
31
ES
t
fait plufieurs éditions. Mr de
la Houffaye avoit promis longtemps
avant la mort , une Tra
duction de tous les autres ou
vrages de Gratien ; il y a lieu
de croire que l'on aura. trouve
ces Traductions dans les papiers.
Ainfi on doit efperer que
fes heritiers executeront les in
tentions là deffus , & qu'ils feront
part au Public des Trefors
de Litterature qu'il a lail-
Lez, Le même a traduit en
François les Annales de Tacite,
Cet ouvrage eft travaillé avec
grandfoin , & il s'eft beaucoup
attaché à lepolir, ce qui a don-
Ciiij
22 MERCURE
32
né lieu de dire que Tacite n'a
rien perdu de fa pureté & de ſa
delicateffe , entre les mains de
M" de la Houffaye , qui joignoit
à une profonde erudi
tion , & à une exacte connoif
fance des fecrets de la Politi
que les moins connus , un ef
prit aiſe , & qui faifoit connottre
qu il avoit un
merce du monde . Il avoit efté
employé dans beaucoup de
negociations. Il avoit quitté le
monde quelques années avant
fa mort , & il menoit une vie
tres- particuliere. Il ne fe communiquoit
plus qu'à un nomun
grand comGALANT
33
1
&t
bre d'amis choifis , & il ne les
voyoit même que dans les promenades
publiques , & dans
des lieux neutres. Il avoit ncgligé
toute la vie les occafions
d'augmenter la fortune
comme elle ne fait du bien qu'à
ceux qui la cultivent ou qui la
cherchent , elle avoit auffi un
peu negligé cet excellent hom
me ; mais fes rigueurs n'avoient
rien diminué de fon
merite : elles n'avoient même
férvi qu'à le mettre dansun plus
beau jour , & à découvrir des
ralens , qui , fans cela , feroient
peut etre demeurez enſevelis,
A
34 MERGURE
Je ne vous dis rien de fa Mai
fon ; fon nom la fait affez con
noiftre , & les Regiftres du Parlement
de Paris font remplis
des noms de ceux de cette far
mille qui ont poffedé des Charges
dans cet augufte Tribunal.
Mr de la Houffaye eft mort penetré
des plus vifs fentimens
de pieté , dans lefquels il avoit
toûjours vêcu.
La mort de Mr de la Houf
faye a ofté fuivie de celle de
Mt l'Abbé de Ragny de la Madeleine.
Il eftoit de la même
Maifon que feu Mr Leonor
de Ragny la Madeleine , Mar
GALANT 35
quis de Ragny , Chevalier des
Ordres du Roy, qui ne laiſſa
de fon mariage avec Dame
Hyppolite
de Gondy de Rais
qu'une fille unique ; fçavoir
Anne de la Madeleine , Mar
quife de Ragny , mariée en
1632. avec Mre François de
Crequy - Blanchefort
, Ďuc de
Lefdiguieres
, Chevalier des Ordres
du Roy , Pair de France
Gouverneur
de Dauphiné
ayeul de feu Mr le Duc de Lef
diguieres , mort de maladie à
Modene il y a quelques années!
La Maifon de Ragny la Madeleine
eft originaire de Bour
36 MERCURE
-
gogne où elle a toûjours tent
un rang tres confiderable. Mr
l'Abbé de la Madeleine
, qui
vient de mourir , avoit l'Ab
baye de Tironneau au Dioceſe
du Mans , & il en auroit eu fans
doute de plus confiderables
fifa modeftie ne l'euft caché
aux yeux des hommes. Il fe
communiquoit peu , & il avoir
paffé une partie de fa vie dans
la retraite
. Son amour pour
les belles Lettres luy faifoit aimer
la folitude. Il avoit une
belle Bibliotheque
, & lorfqu'il
avoit fatisfait aux devoirs de
fon eftat , la lecture faifoit fon
GALANT 37
unique plaifir & fon unique
Occupation . Il avoit une parfaite
connoiffance de l'Antiquité.
Madame la Princeffe de
Crouy eft morte en couche à
Mons , n'ayant encore que 22 .
ans. Elle étoit fille de M le
Marquis du Foreft , & de Dame
N... de Milandon foeur de
Madame la Princeffe de Raches
, & de feu Monfieur le
Comte de Milandon, qui avoit
perdu un bras au fervice du
Roy. Madame la Princelle
de Raches , & Madame la
Marquise du Foreft , font nié$
8 MERCURE
ces de Monfieur le Maréchal
de Joyeuſe , & fille d'une
de fes foeurs. La feconde de
ces Dames a été élevée Fille
d'honneur de feue S. A. R.
Mademoiſelle , & elle quitta
le fervice de cette Princeffe
pour époufer Monfieur le Marquis
du Forest Gentilhomme
Flamand , & d'une trés ancien
ne Maiſon , établie depuis
long-temps dans le territoire
de Douay , où font toutes les
terres de ce Marquis . Monfreur
le Prince de Raches , qui a
époufé la foeur de Madame la
Marquife du Foreft , cft auffi
GALANT 39
d'une des meilleures Maifons
de Flandre. Toutes fes terres
font dans le Haynaut. La Maifon
de Milandon eft auffi de
la même Province; elle cft al
hée aux plus illuftres Familles
des Pays -Bas. Madame la Prin
ceffe de Crouy qui vient de
mourir , avoit époufé depuis
un an ou environ , Monfieur le
Prince de Crouy , fils de Mon
fieur le Duc de Crouy Gouver
neur de Mons pour Sa Majefté
Catholique. La Maiſon de
Crouy eſt une des plus illuftres
des Pays- Bas , & des mieux alliées
; fon ancienneté & ſon ik40
MERCURE
luftration font connues de tout
le monde. Madame la Princeffe
de Crouy laiffe une fille unique
de fon mariage , & elle eſt
otre univerfellement regreti
tée , à caufe de fes belles qualitez
& de fes manieres nobles
& genereufes. Cette Dame faifoit
l'empreffement de tout le
Pays ; fa máifon étoit ouverte
à toute la Nobleſſe du Haynaut,
& l'on y avoit tous les
jours , des divertiſſemens nouveaux.
d
Mla Comteffe d'Althan
époufe de M' le Prince Ferdinand
Leopold de Lobcouvitz ,
GALANT 41
eft morte à Vienne , univerfellement
regrettée de tous ceux
qui la connoiffoient . La natu
re avoit joint en elle les avan
ges du corps à ceux de l'efprit.
-Elle étoit d'une naiffance trés
diftinguée , & elle paffoit pour
une des plus belles perfonnes
de la Cour de Vienne. La lecture
, à laquelle elle donnoit tous
les jours un temps confiderable
, l'avoit rendue fi habile
dans l'Hiftoire , qu'elle faifoit
connoiftre dés qu'on en parloit
, qu'elle en avoit remarqué
les plus beaux traits , &
qu'ils étoient toûjours prefens
Janvier 1707.
D
42 MERCURE
à fon efprit , ce qui luy don≈
noit lieu d'en rapporter mille
chofes curieuſes . Cette Comteffe
avoit fait une grande liaifon
avec Madame la Comteffe
d'Afpremont four de Monfieur
le Prince Ragotzi. Ces
deux Dames , qu'un parfait raport
d'humeurs & d'inclina
tions avoit prefque rendues infeparables
, étoient les deux
perfonnes de la Cour de Vienne
les plus accomplies , & on
peut affurer que cette Cour a
perdu un de fes principaux ornemens
par la mort de l'une
de ces Dames , & par le départ
GALANY 43
de l'autre , qui est allée joindre
depuis peu en Allemagne Mr
le Comte d'Afpremont fon
époux . Il est peu de Maifons
en Allemagne, fionen excepte
les Souveraines , auffi illuftres
que celle de Lobcouvitz, dont
Monfieur le Prince de Lob .
convicz , qui vient de perdre
fon époufe, eft le chef . Elle
étoit connue dans l'Empire
fous les Othons , & elle y te,
noit un rang confiderable,
Sous les Princes de la Maiſon
de Suabe de malheureux
Conradin , dernier Prince de
cette Maiſon Imperiale , &
Dij
44 MERCURE
qui eut la tefte tranchée à Naples
, avoit à faCour un Comte
de Lobcouvitz , en qui il avoit
une confiance trés particuliere,
& qui étoit regardé comme le
chef de fon Confeil . Ce fidelle
Miniftre n'abandonna
point
fon Maiftre , aprés avoir efte
pris avec ce Prince & conduit
à Naples , & il ne voulut point
profiter de la liberté qu'on lui
offrit tant qu'il vit que Conra
din étoit retenu dans les pri
fons , & il ne fortit de Naples
pour s'en retourner en fon
pays , que lorfqu'il cut vû périr
fon Maiftre fur un échaffauc
GALANT 45
On affure même qu'il écrivit
une fatyre trés forte contre ce
lui qui avoit donné ce violenc
confeil à Charles Duc d'An
jou & Roy de Naples love
Madame laComteffe Douar
riere de Martinits , née Com
teffe de Dietrichftein eft mort
te à Vienne ; elle avoit un ges
nie fuperieur , & elle eftoit en
core plus recommandable par
les hautes qualitez de fon efprit
que par l'éclat de fa naif
fance. Elle avoit donné des
marques en plufieurs ! occafions
du progrés qu'elle avoit
fait dans les fciences : elle s'ét
46 MERCURE
toit appliquée dés la jouneffe |
à l'étude des belles lettres , &
elle n'avoit pas eu lieu de fe
repentir du temps qu'elle y
avoit employé. Cette Dame
étoit en commerce avec tout
ce qu'il y avoit de perfonnes
fçavantes en Allemagne, & fes
relations s'étendoient même
au delà de l'Empire , puiſqu '
elle en avoit cude tres grandes
avec feuë Mademoiselle Scur
dery, qu'ona fi juftement nommóc
la Sapho du drac - feptiéme
fiecle. La maifon de Dietricht
ftein cft tres-connue en Alle
magne, le Cardinal de oc nom
GALANT 47
qui fut le Favori & le principal
Miniftre de l'EmpereurMa
thias , & qui fut enlevé & jetté
dans une étroite prifon par les
artifices des Archiducs de Gratz
& d'Infpruch , a fait beaucoup
d'honneur à cette maifon.
L'Empire fe trouva bien de
fon adminiftration , & lorf
qu'il cut abandonné le gou
vernement des affaires , on les
vit tomber en decadence B
dans la confufion où les jetta
la cruelle & longue guerre de
Boheme. Feu Mr le Comtede
Martinits époux de da Dame ;
dont je vous apprens la mort,
48 MERCURE
étoit d'une tres-ancienne maifon
d'Allemagne
.
&
Madame laComteffe Douairiere
de Noirkermes , Dame de
FOrdre inftitué par l'Imperatrice
Douairiere , eft auffimorre
à Vienne . Elle avoit efté dans
une grande confideration fous
le regne du feu Empereur ,
quoyque les chofes euffent un
peu changé à fon égard , elle
eft morte auffi confiderée qu'
elle l'avoit toujours efténde
tous ceux qui la connoiffoient;
c'est- à- dire de toute la Courde
Vienne , où elle eftoit des plus
diftinguées par la naiffance &
par
GALANT
49
J
1
1
par fon merite . La maiſon de
Noirkermes eft une des plus
qualifiées de l'Autriche, & elle
y étoit déja connuë fous le
regne de l'Empereur Ferdinand
II. & fous celuy de l'Empereur
Mathias fon predeceffeur;
ce fut mefme l'ayeul de
Monfieur le Comte de Noirkermes
qui difpofa l'Empereur
Mathias à faire élire Roy des
Romains
l'Archiduc
d'Infpruc,
connu depuis fous le nom de
Ferdinand II. Il rendit enfuite
de grands fervices à ce Prince
dans la guerre de Boheme , & il
fut l'un de ceux qui
contribue
Fanvier 1707.
E
to MERCURE
rent le plus au gain de la bataille
de Prague, dont le fuccés
fut fi malheureux pour l'Electeur
Palatin. La maifon de
Noirkermes eft alliée à celle
de Lambert & à plufieurs autres
de ce rang. Feu Mrle Comte
de Noirkermes , époux de la
Dame dont je vous apprens
la mort , avoit porté les armes
toute fa vie pour le fervice
du feu Empereur dans les
guerres de Hongrie ; il s'étoit
fort fignalé dans les troubles
qui ont fi long- temps agité ce
pays-là , & il remporta mefme
de grands avantages fur les re-
"
GALANT ST
belles en differentes occafions.
Le Pape a donné la Vicelegation
de Bologne à Monfi
gnor Comaro. Elle étoit vacante
parce que Sa Sainteté a
donne la Charge d'Inquifiteur
de Malte à Monsignor Giacomo
Caracciol , qui étoit cy- devant
Vicelegat de Bologne.
Celuy qui l'eft à prefem joint
à l'éclat de fa naiffance plufeurs
grandes qualitez qui le
rendent digne des premiers
poftes de l'Eglife.
La Maifon de Cornaro cft
des plus illuftres de Venife.
Elle a donné deux Doges à
#
E ij
52 MERCURE
cette Republique
. Marc Cornaro
en fut élû Doge vers le milieu
du quatorziéme
ficcle. Il
reconquit
la Candie revoltée .
Marc Carnaro , petit fils de ce
dernier , fut pere de Catherine
Reine de Chypre ; cette Princeffe
ayant époufé Jacques
baftard de Chypre , & en étant
reftée veuve, elle remit le Gou
vernement
de cet Etat à la Republique
par les confeils de
Georges
Cornaro
fon frere
qui , d'Elifabeth
Morofini
laiffa
plufieurs
enfans . André Cornaro
, Cardinal & Adminiſtra
→
teur de l'Archeveſché
de SpaGALANT
53
t
latro , & Louis Cornaro auffi
Cardinal & Archevefque de
Zara qui ont fait beaucoup
d'honneur à la Maifon Cornaro,
qui a auffi produit le celebre
François Cornaro , Evefque de
Brefce, frere de Marc Cornaro
auffi Cardinal. François avoit
d'abord efté attaché à la profeffion
des armes ; il fe trouva
en r509. à la bataille de la
Ghieraddada que les François
gagnerent fur les Venitiens ,
& il recueillit les debris des
troupes de la République r
quelque temps aprés il repris
"
Eiij
54 MERCURI
à la Terre-
Padouë fur les Imperiaux.Fran
çois ayant rendu ces bons cervices
à fa Patrie , cultiva les
Lettres pendant le loifir que la
Paix luy procura , & il fit enfuite
un voyage
Sainte. A fon retour la Repu
blique le nomma Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur Charlesquint
, & il fuivit ce Prince en
Allemagne, en Eſpagne & dans
les Païs - Bas ; & en 1527. le
Pape Clement VII . luy donna
te Chapeau de Cardinal . Marc
Cornaro fon frere , Evefque
de Padouë , fut mis dans le >
GALANT 55
S
E
College des Cardinaux par le
Pape Alexandre VI . Ce Cardinal
rendit enfuite de grands
fervices aux Venitiens , qu'il
reconcilia avec le Pape Jules
Second . Le Cardinal Marc Cor
naro fut auffi Evefque de Ver
fone & Patriarche de Conftantinople
; il eut auffi la qualité
d'Archi- Preftre de l'Eglife Romaine
, & il eut l'honneur de
Couronner les Papes Adrien
VI. & Clement VII . Il mourut
à Venife fous lePontificat de ce
dernier. Cornara- Pifcopia ( Lucrecia
Helena ) étoit de la Maifon
Cornaro , & fille aifnée de
E iiij
56 MERCURE
Jean- Baptifte Cornaro , Pro
curateur de Saint Marc , qui eft
la premiere Charge de la Republique
aprés celle de Doge .
Le merite de cette fçavante
fille & les qualitez extraordinaires
qui l'ont renduë celebre
dans toute l'Europe , luy ont
donné encore plus d'éclat que
la grandeur de fa naiffance.
Frederic Cornaro , Cardinal
dans le dernier fiecle , avoit
efté Evefque de Bergame
,
de Vicenſe & de Padouë ,
Grand Prieur de Chypre
, &
fut fait Patriarche de Venife en
1632. Urbain VIII. le mit
4
?
GALANT 57
dans le Sacré College.
Mr Falconieri -a eſté nommé
Auditeur de Rote
pour rem
plir la place vacante par le de
cés de Mr Mutti . Sa Sainteté
en donnant cette place à Mr
Falconieri , a eu égard aux fervices
qu'il arendus fous le dernier
Pontificat &fous celui- cy.
Le Pape Innocent XII . emplaya
Mr Falconieri en plufieurs
affaires d'une difcuffion
delicate , & ce Pontife eut lieu
d'eftre fatisfait de fa conduite
& de fon intelligence . Tous
les Auditeurs de Rote ont tél
moigné beaucoup de joye en
58 MERCURE
"
apprenant le choix que le Pape
vient de faire de Mr Falconieri
pour remplir la place d'Audi
teur , & ils ont efté tres-con→
tens d'avoir ce nouveau Con
frere , dont le merite eft connu
à Rome depuis plufieurs an
nées. Il est d'une ancienne fa
mille de Rome qui a donné
plufieurs Miniftres à cette
Cour , & plufieurs Officiers aux
troupes de l'Eglife. On vit à
Rome fous Clement VII. qui
étoit de la Maifon de Medi
cis , Jerôme Falconieri qui fut
dans une grande confideration
fous ce Pontificat
. Ce Pape
GALANT $9
• Pemploya en plufieurs nego,
tiations qui luy firent beaucoup
d'honneur. Celuy qui
donne lieu à cet article , a
efté élevé avec beaucoup de
foin. Fou Mr Falconieri fon
pere , cut une attention particuliere
à luy donner une bonne
éducation ; il luy choifi
dans ce deffein , les meilleurs
Maiſtres qu'il put trouver dans
F'Italie. Ces foins n'ont pas été
perdus , puifqu'en effet il eft
peu de Theologiens à Rome
auffi profonds que Mr Falco
nieri; il eft connu en plufieurs
Coursde l'Europe pouruntres
60 MERCURE
fçavant Canonifte , & il fe
paffe peu d'affaires importantes
en Italie qui regardent la Jurifprudence
, fur lesquelles il
ne foit confulté . Il joint à la
connoiffance
de la Theologie
,
celle des belles Lettres. Sa Biblioteque
eft tres- belle, & remplie
de Livres curieux , & les
Etrangers la vont ordinairement
vifiter quand ils font le
voyage de Rome. Il avoit de
grandes liaifons avec feu Mrle
Cardinal Noris qui a eſté un
des plus grands hommes du
dernier fiecle.
M' Aleffandro Zeno a efté
GALANT 61
1.
3
I
élû dans le grand Confeil de la
Republique de Venife , Baile ,
.
ou Ambaffadeur ordinaire à la
Porte Ottomane. Mr Zeno eft
d'une tres ancienne famille
Venitienne , & qui eft alliée aux
plus grandes maifons de la Republique
; fçavoir , aux Maifons
Cornaro , Morofini , Fofcarino
, & à plufieurs autres de
ce rang. Il a donné des preu
ves de fa prudence & de fon
habileté dans pluſieurs affaires
dont le Senat luy a confié la
conduite ; il ne faut pas d'autre
preuve des lumieres en fait de
Politique , qquuee le choix que le
62 MERCURE
Grand Confeil en a fait pour
l'Ambaffade de Conftantinople
, cet employ eftant l'un des
plus importans que donne la
Republique, à caufe de la fituation
de fes Etats qui confinent
avec ceux du G. S. & à caufe
de l'attention continuelle que
ces deux Puiffances ont fur les
actions de l'une & de l'autre.
Mr Zeno a efté élevé dans la
connoiffance des affaires. Feu
Mr fon pere que la Republique
avoit aufli employé dans
plufieurs affaires d'une difficile
difcuffion , l'y avoit fait entrer
de bonne heure ; il n'en faifoit
GALANT 63
aucune pour la Republique ,
fans y appeller fon fils , & fans
luy donner là- deffus d'impor-
1 tantes leçons . De maniere qu'il
en a fait un des plus habiles
1 Politiques qui foient aujourd'huy
dans l'Etat de Venife.
Avant que de quitter les Ar-
5 ticles étrangers , je crois y devoir
ajoûter celuy qui fuit.
Mylord Baltimore a époufé
depuis quelque temps à Lon-
-dres , la fille de Mr le Comte
de Rivers. Quelques raifons de
famille ont fait tenir fecret
ce mariage pendant quelques
mois , & il n'a efté déclaré que
64 MERCURE
lorfque ce Comte s'eft embarqué
fur la derniere Flotte que
l'Angleterre
a fait partir pour
Efpagne. Ce Mylord eſt d'une
des plus anciennes Maiſons
d'Angleterre & des mieux alliées
, elle y eftoit déja connuë
fous le regne d'Edouard III.
qui inftitua l'Ordre de la Jarretiere.
Un Seigneur de cette
Maiſon fe diftingua beaucoup
à la Cour d'Edouard IV. par
fa valeur & par la fidelité qu'il
avoit promiſe à ce Prince , au
préjudice du Roy Henry VI.
& il eut beaucoup
de part aux
guerres qui defolerent les MaiGALANT
65
盟
I
fons de Lancaftre & d'York.
Celle-cy , qui eftoit la cadette ,
dépouilla fouvent la premiere ,
& ces guerres ne finirent que
s par le mariage du Roy Henry
VII. auparavant Comte de
Richemont , & qui avoit efté
longtemps prifonnier du Duc
de Bretagne , il époufa la feule
heritiere quis reftoit du Roy
Edouard IV . Ce Prince avoit
auffi à la Cour un Seigneur de
la Maifon de Baltimore , qui
cut beaucoup de part aux affaires
qui fe pafferent fous ce
regne. La - Maifon de Mr le
Comte de Rivers n'eft pas
Fanvier 1707.
F
66 MERCURE
moins ancienne. Elle s'éleva
beaucoup fous le regne de la
Reine Elifabeth , qui fit de
grands biens au bifaycul de Mr
le Comte de Rivers. La nou÷
velle épouſe a beaucoup d'agréemens.
La Reine Anne a
voulu affiſter aux ceremonies
dece mariage, où elle a figné,
aindi que toute la Cour.
Extrait d'une Lettre de Duninkerque
du s. Janvier. "
left entre en ce Portune Friegatte
Angloife de dix -huit canons ,
n'en ayant que feize de montez
GALANT 67
ils n'eutrente
hommes d'équipage qui
fefont deffendus contre un de nos
Corfaires tres bien armé. Hs fe
deffendirent comme des Lions ; ils
tuerent dix des noftres ,
rent que cinq hommes tuez & peu
de bleffez. Son chargement veftoir
de differentes fortes de Marchandifes
; fçavoir, de grains , d'étain ,
de plomb ; le tout eftimé arvec
le Baftiment , environ quarante
mille livres.
Quelques jours aprés , un autre
de nos Corfaires trouva en fa
route un autre Baftiment auffi
Anglois, obargédediverfes Mar
shandifes , valant environ trente
Fij
68 MERCURE
mille livres , fur lequel ily avoit
foixante- cing hommes de recruë ›
pour differentes fortes de Troupes
comme Carabiniers , Cavaliers ,
•Dragons , & Fantaſſins , parmy
lefquels il y avoit fept on buit
•Officiers que le Corfaire a gardez
avec luy , n'ayant envoyé dans le·
Port que le Bastiment , lesfoixan
tescing hommes de Troupes , Ma
telots, & la Marchandiſe , bien
clouez dans le fond de cale , ne
leur donnant les vivres que par
un trou ; en forte que quatre on
cing Matelots n'ont pas laiſſé de
conduire beureufement ce Baſtiment
icy ; mais l'on me dit dans
GALANT 69
le moment que le Sieur de Combreugne
Lieutenant de Vaißean
du Roy , natifde cette Ville , &
tres - brave homme , commandant
la Dryade , Vaiffeau de Sa Ma
jefté de quarante canons , arriva
hier au foir dans la rade par un
grand brouillard , avec un prife
de Hambourg , chargée deballots ,
eftimée cent mille livres. On dir
• que la plupart font de toiles ; ceux
• qui l'ont amenée affurent que
Barentin eftfort prés d'icy Lavec
nne Bargue longue , & un fort
grand Navire de Hambourg
auffi chargé de ballots , vallant
plus de cent mille écusto blon
le
70 MERCURE
Le Roy a prêté quatre de fes
Fregates d'icy à des particuliers ;
fçavoir , la Dryade de quarante
par
Mt de
canons commandée
Combreugne ; le Tigre de trente
canons , commandépar MrJamin
Enfeigne de Vaiffeau du Roy ; le
Sorlingue de vingt-huit ou trente
canons , commandé
commandé par Mr de
Gourville
ayant fous luy en fe-
י
cond Mr de Ponloy ; &l'Heroi
ne de dix-huit canons , commandée
par Mr de Torcy , auffi Enſeigne
de Vaiffeau de Sa Majesté.
Le vingt-un Decembre le
Pere le Camus Jefuite l'un des
GALANT
RT71
Profeffeurs de Rhetorique du
College , prononça un diſcours
fort éloquent fur l'établiffe.
I ment & les progrés de l'Aca
domie Françoife . Mr le Cardinal
d'Eftrées , accompagné
d'un grand nombre de Prelats
& de plufieurs perfonnes qua
lifiées , y affifta. Le P. le Ca
mus parla avec beaucoup d'é
loquence fur la naiffance , les
progrés & l'état de perfection
ou l'Academic Françoifea cfte
portée, fous la protection que
le plus grand des Rois luy a
accordée. Le trait d'éloquence
que cet habile Orateur plaça
72 MERCURE
dans l'endroit de la naiffance
de cette Academie , fut tresapplaudi
, & ce qu'il dit du feu
Roy Louis XIII. qui donna
un établiffement folide à cet
te fçavante Compagnie en
16.35. où il luy accorda des
Lettres Patentes , fut trouvé
trés- curieux. Il jetta des fleurs
fur des tombeaux des premicrs
Academiciens: Mrs Godeau
, Gombaud , Giry , Chapelain
, Habent, l'Abbé de Ce
rify, Conrart , Cerizay , Malleville
, Faret , Defmarefts ,
Boifrobert , Bautru , Chatelet,
Silhon , Sirmond , &c. Mr
Conrart
GALANT 73
70
a
Comrart qui fut le premier Secretaire
de l'Academie , & qui
buy a efté fort utile dans fon
établiffement fut extremement
koué auffi merite t- il bien les
louanges que les Auteurs luy
donnent. Son recueil de lettres
eft une preuve de la delicateffe
de fon efprit & de fon
riche naturel. Les louanges de
Mr le Cardinal de Richelieu ,
premier Protecteur de l'Academie,
ne furent pas oubliées
& ce fut en cet endroit que
l'Orateur fe furpaffa , & qu'il .
s'attira le plus d'applaudiffemens.
Mr de Vaugelas à qui
Fanvier 1707.
G
74 MERCURE
cette Compagnie
doit tout , &
qui s'eft immortalifé
par fes
fournit un vafte
ouvrages ,
champ à l'éloquence
du Ple
Camus , auffi bien que Mr de
Voiture
, Mrs de Corneille
&
de Racine
& Mr le Chance →
lier Seguier . Il s'appliqua
d'une
maniere
particuliere
à louer
ce grand Magiftrat
, dont la
memoire
fera long- temps precieufe
à la France. Il fit voir
que le Roy ayant pris aprés luy
le titre de Protecteur
de l'A
cademie, rien ne pouvoit
eftre
plus glorieux
à la memoire
de
ce grand homme. Le P. le Ca
GALANT 75
mus parla enfuite des ouvraages
que certe fçavante Compagnie
a donnez au public depuis
fon établiffement; ce qu'il
raporta touchant leDictionnai- !
re fut tres-beau; il dir que ce li
vre eft un trefor de litteratu
re, & qu'il contient des regles
fur la langue Françoife qui feront
deformais invariables ; ce
qu'il dit auff fur les remar
ques de Mr de Vaugelas & fur
les obfervations que l'Academie
a jointes à ce livre, dont
elle a donné depuis peu une
nouvelle édition , fut tres applaudi
, & on ne peut traiter
C
Gij
76 MERCURE
cc fujet avec plus d'éloquence.
LeP.le Camus s'adreffa en finiſſant
à la Compagnie qui formoit
fon Auditoire , & il peignit
le caractere d'une partic
des perfonnes les plus confiderables
qui eftoient prefentes
, & il les loua par des traits
particuliers , qui luy firent
d'autant plus d'honneur , qu'
on ne put prefque pas douter
que ce fçavant Jefuite ne parlaft
alors fur le champ , puifqu'il
ne pouvoit fçavoir qui
feroient ceux qui compoferoient
fon Auditoire. Mr le.
Cardinal d'Eftrées loüa beauGALANT
.77
t coup cet Orateur , & il témoi
gna aux Peres qui l'accompagnerent
quand il fortit , qu'il
eftoit tres- fatisfait de ce difcours
, & qu'il y avoit treslong
- temps qu'il n'en avoit
oui d'auffi éloquent . Mr l'Archevefque
de Tours & Mr
Evefque de Bayonne , qui
-furent du nombre des auditeurs
, donnerent auffi de grandes
louanges au P. le Camus ,
qui en reçut pareillement
beaucoup des perfonnesi les
plus qualifiées qui entendirent
fondifcours , ou fe trouverenit
plufieurs Seigneurs de la Cour
G iij
78 MERCURE
d'Angleterre
qui y avoient effe
invitez.
Je dois adjoûter icy en vous
parlant des Maiftres de la langue
, que s'il fuffifoit d'avoir
de l'efprit , du merite , beaucoup
d'érudition , & d'avoir
fait imprimer plufieurs ouvrages
de differens caracteres, dont
on a fait plufieurs éditions a
vec l'applaudiffement du public
, Mr l'Abbé Bordelon
pourroit efperer d'avoir place
un jour dans cette Compagnie .
Son premier Volume de l'ouvrage
intitulé la Langue , a eſté
fi bien reçu,tant en France, que
GALANT 79
dans les pays étrangers , qu'il
n'a pû refufer, pour fatisfaire à
l'empreffement du public, d'en
faire un fecond volume . Il
vient d'eftre mis au jour. Je
vous parlay dans ma lettre du
mois d'Avril 1705. du premier
volume , & je vous entretins des
vingt-fept Traitez qu'il contient.
Le fecond Volume, fous
un feul Traité , c'eſt la Langue
de celuy qui fait attention , comprend
trente- neuf fujets beaucoup
plus confiderables que
teux qui font compris dans le
premier volume , les voicy. A
Giiij
80 MERCURE
I. Attentions fur les Sciences,
& les Sçavans..
II. Attentions fur les Auteurs
& les livres.
III. Attentions fur la Criti
que & la Satyre.
IV. Attentions fur la Philo
Sophie & les Philofophes.
V. Attentions fur l'Hiſtoire
les Hiftoriens
VI. Attentions fur l'Eloquence
& les Orateurs.
VII. Attentions für la Medecine
& les Medecins.
VIII.
Attentions fur la Chy
mie les
Chymiftes.
IX.
Attentions fur la Poëfte
&les Poëtes.
GALANT 8
X.
Attentions fur la Mufique
& les Muficiens
mes
XI Attentions fur les fem-
Atacles.
-XII . Attentions fur l'amour.
XIII. Attentions fur les fpe-
XIV. Attentions fur la de-
XV. Attentions fur les Ecclevotion
& l'hypocrifie
fiaftiques
XVI, Attentions fur les per
fonnes Religieufes.
XVII. Attentionsfür laMa
giftrature les Magiftars
XVIII. Attentions fur la
guerre & les guerriers.
82 MERCURE
XIX. Attentions fur laCour
lesCourtifans.
XX. Attentions fur les Publicains.
XXI . Attentions fur le mariage
& les gens marickla
XXII . Attentions fur laNo.
bleffe & les Nobles.
XXIII. Attentions fur l'orgueil.
XXIV. Attentions fur la
gloire & les grandeurs.
e
XXV. Attentions fur la fuperiorité
& la dépendance.
XXVI. Attentions fur les
richeſſes& la pauvreté.
XXVII. Attentions fur les
GALANT 83
amis & les ennemis .
XXVIII. Attentions fur la
credulité.
XXIX. Attentions für l'opinion
& la contame.
XXX. Attentions fur la pres
vention:
XXXI . Attentionsfur lafu
perftition
XXXII. Attentions fur la
retraite la folitude
XXXIII. Attentions fur
la connoiffance de foy- mefme.
XXXIV . Attentionsfur la
liberté.
XXXV. Attentions fur les
afflictions.
84 MERCURE
XXXVI . Attentions fur la
jeuneffe & les jeunes gens.
XXXVII . Attentionsfur la
vicilleffe & les vieillards.
XXXVIII. Attentionsfur
le commerce de la vie civile.
XXXIX. Attentions fur
differens fujets
Toutes ces attentions comprennent
des fentimens , des
maximes , des avis , des pratiques
, &c. traitez avec beau
coup de délicateffe & de folidité,
& onpeut direque tout y eft
nouveau ; auffi n'y trouverez
vous aucune citation , de maniere
que ce livre eft verita
GALANT 85
I
1
ment utile & agreable . Vous
fçavez que le premier Volume
eft augmenté d'une eftampe
fort curieufe & d'une lettre
critique fur ce qui a efté dit
pour & contre cet ouvrage.
Les deux Volumes fe vendent
chez Urbain Couftelier,
rue S. Jacques , & chez Claude
Prud'homme au Palais.
Je dois vous dire encore à
Poccafion de l'Academie Françoife
, dont je viens de vous
parler , que M de la Motte
paroit y fouhaiter une place
par la démarche qu'il vient de
faire. Il a fait imprimer un vo86
MERCURE
lume des Odes qu'il a compo
fées en divers temps . Il l'a dédié
à cette Compagnie , & a
mis un Ode à la tefte, à la place
d'Epitre Dédicatoire . Il a
luy-même prefenté cer Ouvrage
à cet illuftre Corps un
jour d'affemblée , & l'ayant
prié de reciter l'Ode qui l'a regardoit
, elle l'a écouté avec
beaucoup d'attention & de
plaifir , & les aplaudiffemens
qu'il a reçûs font d'un bon augure
pour luy . Je ne vous dis
rien de ce Livre , s'il tombe
entre mes mains , je vous en
voyeray un article qui vous fe
GALANT 87
ra connoître ce qu'il contient ,
& qui pourra vous faire fouhaiter
de le voir. M' de la
Motte a auffi donné au public
plufieurs Opera , qui en
ont été trés- bien reçûs .
Aprés vous avoir parlé de
deux Auteurs dont le genre
d'écrire eft different , & qui
peuvent à juste titre elperer
d'avoir place un jour dans
quelque Academie , l'un étanc
tout efprit au fentiment de
plufieurs perfonnes qui en ont
infiniment , & l'autre devant
eftre regardé comme une Biblioteque
vivante , jamais per88
MERCURE
"
fonne n'ayant lû davantage ,
n'ayant plus retenu , & n'ayant
fait un meilleur ufage de fa
lecture. On peut dire qu'il a
beaucoup de genie , & l'in
vention qui fe trouve dans
fes ouvrages en eft une preuve.
Aprés , dis - je , vous avoir
parlé de ces deux Auteurs ,
je dois vous entretenir de
M Moreau de Mautour , qui
eft de l'Academie des Medailles
& Infcriptions , depuis
qu'elle a été augmentée & mife
en regle. Il vient de donner
au public un Livre intitulé
Differtation fur une Figure de
18
GALANT 89
bronze trouvée dans un Tombeau,
qui reprefente une Divinité
des Anciens. Ce Tombeau fut
découvert l'an 1703. par un
Laboureur du Village d'Ablainfevelt
, fitué entre Bapaume
& Arras dans le Pays d'Artois
qui en creufant un foffe
fur le bord d'une terre en friche
, découvrit une efpece de
perit édifice ou monument ,
qui étoit comme un caveau
quarré , long & large de neuf
à dix pieds , foûtenu par quatre
piliers ronds de quatre
pieds ou environ de hauteur ,
& de trois de circonference.
Fanvier 1707.
H
90 MERCURE
Le tout étoit conftruit de
pierres quarrées égales de 16 .
à 17. poulces de largeur. Aprés
avoir détruit une partie de ee
Monument , qui fans doute
étoit un Tombeau , ce Laboureur
trouva dans le milieu une
groffe urne de terre grifâtre
avec fon couvercle qu'il brifa
par hazard d'un coup de pic ;
l'urne de forme ronde , étoit
prefque remplie de cendres ,
& il y avoit environ onze cens
Medailles de petit bronze du
Bas Empire , mêlées de quelques
-unes de Billon D'un
côté de Burne il y en avoit
GALANT 91
じん
une autre petite avec une lampe
fepulchrale de terre , dont
le deffus tomba par morceaux
au premier attouchement , &
de l'autre côté on trouva une
9
figure ou petite ſtatuë de bronze
de 13. à 14. pouces de hauteur
, qui repreſente un homme
nud avec une longue barbe
, des yeux d'argent , & deux.
cornes à la tefte , ce qui en fait
la fingularité.
M' Moreau de Mautour
raporte dans fa Differtation ,
Tavanture qui luy a fait tomber
cette figure entre les mains,
& cette avanture eft trés cu-
Hij
92 MERCURE
*
rieuſe. La figure eft de Bac
chus , & on l'a voit preſentement
dans fon cabinet ; elle
luy a donné lieu d'aprofondir
la matiere , touchant trois differentes
fortes de figures , que
l'on dit eftre toutes de Bacchus.
On ne peut faire voir
plus d'érudition qu'il y en a
dans cet ouvrage , qui fe vend
chez Pierre Cot, rue Saint Jacques
, à l'entrée de la rruueë du
Foin , à la Minerve.
Je viens à l'article de ceux
qui ont été nommez aux Benefices
qui vacquoienr dans le
temps de la derniere PromoGALANT
93 98
tion. Je ne repeteray point en
parlant de chacun de ceux qui
les ont obtenus , les mors de
le Roy a donné, &c. parce que
cette repetition feroit en
nuyeuſe , & je me contente
ray , aprés avoir dit le Roy a
donné , & c. en parlant du premier
qui aura efté nommé , de
dire feulement telle & telle
•Abbaye , &c.
Le Roy a donné l'Evêché
de Quimper à Mr. l'Abbé de
Ploëuc qui en étoit Grand Vicairc.
Ce choix a été fort aplau
dy , lavertu de cet Abbé étant
connue , & fa naiffance étant
94 MERCURE
"
trés diftinguée. Il eft de Bretagne
, & allié à plufieurs itluftres
Maifons de cettre Province
, fçavoir , à celles du
Chaftel & de Goulainės. Vincent
Baron de Ploëuc avoit
époufé en premieres nôces Anne
du Chatel , qui étoit de la
même Maiſon que les deux tenommez
Tannequil du Chaltel
, dont la memoire fera tou
jours précieufe aux gens de
bien & aux bons François.
Vincent Baron de Plocuc épou
fa en fecondes nôces Mauricette
de Goulaines , fille de
Claude Seigneur de Goulaines,
GALANT 95
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
& de Dame Jeanne de Boutteville.
Ce nouveau Prélat eft
auffi allié à la Maifon de Rieux,
l'une des plus anciennes & des
plus illuftres de Bretagne , parce
que Sebaftien Marquis de
Ploeuc époufa Dame Marie
de Rieux , fille de René de
Rieux Marquis de Sourdeac ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General au Gouvernement
de Bretagne , &
Gouverneur de Breft , & de
Dame Sufanne de Sainte Melaine
. J'aurois un trop grand
déral à vous faire , je vous
96 MERCURE
parlois des grandes alliances
que la Maifon de Ploëuc a prifes
avec les plus illuftres Maifons
de Bretagne , & des Provinces
voifines ; il fuffit de vous
parler icy de l'alliance du nouvel
Evêque de Quimper avec
feuë Dame Marianne- Renée
de lá Porte d'Artois , Marquife
de
Chafteaurenaud
, morte
huit ou neuf ans avant que
M' le Marquis de ChasteaurenaudLon
époux , ait été élevé
à la dignité de Maréchal de
France.
L'Abbaye de Beaulieu Diocefe
de Boulogne à Mr l'Evê
que
GALANT 97
1
que de Belley ; il eft de la Famille
de Meffieurs de Madot
de la Ville de Gueret dans la
Marche, Iha trois freres , dont
T'un a pris le party de la Rob
be , l'autre celuy de l'épée , &
le troifiéme qui eft l'aîné , a été
cy- devant Doyen de Dammartin,
& eft à prefent Theolo
gal de l'Eglife de Belley , Meffieurs
du Chapitre l'ayant nommé
à cette dignité aprés la
mort de Mr Garron grand
ferviteur de Dieu , Mr. de Bclley
l'a fait fon Grand Vicaire.
Monfieur de Meaux qui l'eſtimoit
beaucoup , Favoir voulu
Janvier 1707.
I
98 MERCURE
faire fon Official ; il eft d'au
tant plus propre à cet employ,
qu'il eft un des meilleurs Canoniftes
du Royaume. Monfieur
l'Evêque de Belley a été
élevé dans la Communauté de
Saint Sulpice ; l'efprit & les
maximes qu'il y a puifées le dé
couvrent dans la belle Ordonnance
qu'il vient de publier
contre le Janfenifme au fujet
de la Conftitution
que le Pape
donna en 1705. Ce Prélat y
-fait un précis trés- exact de
J'hiftoire du fait , & il y découvre
bien le veritable efprit des
perfonnes qu'il y combat . Il
2
HERQUE
DE
LA
LYON
VILLE
СТАЧИЛЕ
ינ
VILLE
GALANT
défend fous les peines du roit,
dans l'étendue de fon Dre
la lecture du nouveau Teftament
de Mons , de's Leatres Provin
ciales, du Adiroir delapietéChrêtienne
, & de plufieurs autres.
L'Abbaye de Beaulieu vacante
par le docés de Mr. l'Ab
Bé de Jagny , a efté donnée à
Mr Evêque de Belley , parce
que les revenus de fon Evêché
font tres - modiques , & qu'ils
ne répondent pas aux droits
honorifiques que les Empereurs
& les Rois de France ont
accordez en differens temps à
cet Evêché. Haft tres- ancien,
I ij
TOO MERCURE
Guichenon
, dans fon Hiftoire
de Brefle & de Bugey , remarque
aprés Chifflet , que ce Siege
fut transferé de Nyons à Bel-
-ley , & qu'Audax qui fut le pre
mier qui gouverna
cette Eglife
depuis la tranflation
, vivoit
en 412. En l'année 1175. Frederic
Barberouffe
donna à S.
Anchelme
Evêque de Belley ,
& à fes Succeffeurs
, la Seigneu
rie haute , moyenne & baffe ,
avec Souveraineté
dans la Ville
de Belley , pouvoir de la fortifier
, & plufieurs autres prero
gatives tres - honorables
. François
I. & Henry II. s'eftant
GALANT 101-
L
3
2
rendus maiſtres de la Savoye
confirmerent la donation de
Frederic , & Henry IV. en fit
de même aprés l'échange du
Marquifato de Saluces avec la
Province de Bugey , dont Bclley
eft la Gapitale . Guichenon
ajoûte que les Evêques de Belley
portent la qualité de Princes
du Saint Empire , & ils pren
nent cette qualité dans toutes
les Expeditions & Mandemens
qu'ils font pour leur Dioceſe,
Elle leur eft auffi donnée dans
les Actes publics , comme il pa
roift par un Arreft du Confeil ,
d'Etat rendu à Fontainebleau
102 MERCURE
le
le 8. d'Octobre 1693. & par
beaucoup d'autres qu'il feroit
inutile de rapporter icy lly al
auffi un livre imprimé par
même Guichenon en 1642 :
chez la veuve Mathurin Du
puis , rue Saint Jacques , avec !
Privilege du Roy , dont le titre
eft : Epifcoporum Bellicenfium ,
quier domini temporales civitatis
Bellieti & S.R. I. Principesfunt,
Chronographica feries, L'Epitre
Dedicatoire de ce Livre donne
ઠTEvêqueo de Belley , de cel
remps-là , la qualité de Prince !
de l'Empire , & on l'y trouve :
en ces termes.
1 3
Illuftriffimo & Reverendiſſimo
GALANT 103
Domino Domino Joanni de Paffe
laigue Epifcopo & Domino Belli
cenfiSacri Romani Imperii Prin↓
cipi , Abbati Beata Maria de
Hambeya , nec non Priori fancti
Victoris Nivernenfis. marts ,
L'Abbaye de la Garde Dien
Diocefe de Cahors , à Mr PEvêque
de Cahors . left Faine
de MrideBriqueville , Marquis
de da Luzerne , Maréchal des
Camps & Armées de la Mas
jefté, & premier Enfeigne d'une
ches Compagnies de fes Mouf
suetaires ; ce Seigneur a épou
fe Dame N... de la Chaife,
niece du R. Pere de la Chaife,
I
iiij
104 MERCURE
Confeffeur du Roy , & fille
de feu Mr le Comte de la Chaife
, Capitaine des Gardes de la
Porte , & Sénéchal de la Ville
de Lion , & foeur de Mr le
Marquis de la Chaife , prefentement
Capitaine des Gardes
de la Porte de Sa Majefte.
Ce Prelat a demandé cette Ab
baye par un motif defintèreffe
& fort édifiant ,
puifqu'encla
recevant il a donné la démiffion
de celle de Chantemerle
en Brie , qui eft d'un reve
nu pour le moins égal à ce
luy de l'Abbaye de la Gare
de - Dicu , qui fe trouva fi
GALANT ! 105
tuée dans le Diocefe de Ca- "
hors , a donné à ce Prelat un
moyen de s'imposer une gran
de neceffité de refider dans fon
Dioceſe, où il eft prefque tou
jours ; puiſqu'il ne vient que ·
rarement à la Cour , & quand
il cft obligé d'y faire quelque
voyage , ce n'eft que pour les
affaires de fon Diocefe , qui y
demandent abfolument fa pre
fence. Mr l'Evêque de Cahors
eft Docteur de Sorbonne &
l'un des plus habiles de cette
celebre Faculté .
- L'Abbaye de la Vieuville
vacante par la demiffion de
106 MERCURE
?
Mr l'Abbé d'Asfeld , a cfté
donnée à Mr l'Abbé d'Iliers
d'Entragues , Aumonier de
Sa Majefté. Cer Abbé eft ,
Docteur de Sorbonne ; il ai
efté élevé dans le Seminaire
de Saint Sulpice , & il a de
meuré dans la Communauté
, jufqu'à ce qu'il ait efté
nommé par le Roy pour
fuc
ceder à Mr. l'Evêque d'Auxer
re , à la charge d'Aumonier de
Sa Majesté. Je vous parlay a
lors fort amplement de Mrs
fes freres qui fe font tous dif
tinguez au fervice de Sa Majesté
. Je dois ajoûter à ce queje
GALANT 107
vous ay en dit que Jean de Bal
zac), Sieur d'Entragues , fervin
tres-urilement le Roy Char
les D contre les Anglois , &
qu'il n'épargna ni fes biens
ni fa perfonne contre les ennémis
de ce Monarque. Il époufa
Jeanne de Chabannes ,
fille de Robert de Chabannes,
fient de Charlus & d'Alix de
Bors; il en cut Robert & Rof
fec. Robert fieur d'Entragues
&c.Confeiller & Chambellan
du Roy étoit Senechal d'A
gendis ch588. il laiffa trois
filles ,Anne femme de Guillau
mal du nom , Vicomte de
108 MERCURE
Joïcufe,Marie qui époufaLouis
Maler Sieur de Graville, & Marcouffis
, &c . Gouverneur de Picardie
& de Normandie , Chel
valier de l'Ordre de S. Michel
& Amiral de France, & Philip :
pe , mariée à Louis ficur de
Mouffaux. Roffec fecond fils
de Jean continua la pofterité.
Mr l'Abbéd'Entragues eftiencore
plus diftingué par la vertul
que par l'éclat de fa naiffance .
L'Abbaye de Trionneau ,
à Mr l'Abbé de Choifeül
Beau-Pré. La maiſon de Choifeuil
dont cet Abbé cft forti
reconnoit pourtige Rainier!
GALANT 109
Idu nom , Sieur de Choyfcüil
, qui vivoit cn 1060. &
1080. & dont le nom s'eft
confervé en plufieurs Chartes
. Nicolas de Choifeüil fervit
avec beaucoup de gloire
fous les Rois Louis XII.
& François premier, & il mourut
le 31. Aouft 15.37 .
15:37. Laiffant
Ferry de Choifcüil premier
de ce nom, Sieur du Pleffis
& de Praflin , Chevalier de
l'Ordre du Roy , qui mourut
d'une bleffure receue à la ba
taille de Jarnac l'an 1569. il
n'étoit alors qu'en la trentehuitième
année de fon âge ,
Tro MERCURE
& il avoit eu d'Anne de Bethune
fon époufe , Vicomteffe
de Chavignon , & c . Charles
Marefchal de France , Gilles
mort fans enfans & Ferry fecond
du nom , qui a continué
la pofterité de l'illuſtre maiſon
de Choifeuil. L'Abbaye qui a
"efté donnée à Mr l'Abbé de
Choifeuil vacquoit par la mort
de Mr l'Abbé Ragny - la Magdeleine
: il eft frere de Mr le
Comte de Beaupré- Choifeuil
Marefchal des Camps & Armées
du Roy , & heritier pre-
Tomptif de Mr le Marefchal
de Choifeuil fon oncle à la
GALANT III
node de Bretagne. Mile Comte
deBeaupré - Choifeüil eftoit
cy-devant Colonel d'un Regiment
de Dragons , & il cft
Lieutenant General en Champagne.
Feur Mr le Comte de
Choifeüil auffi Maréchal des
Camps & Armées du Roy
avoit eu la même Charge. Il
a une foeur mariée à M le
Comte d'Ampilly de la maifon
de Sommieres . Cette Dame
eft diftinguée par fon merite
& par fon efprit . M' l'Abbé
de Choifeüil joint à une
illuftre naiffance , un efprit trescultivé
par les Sciences , une
112 MERCURE
S
grande pureté de moeurs , &
un coeur plein de bonté , qui
luy gague les bonnes graces
de tous ceux qui le connoiffent.
L'Abbaye de Chantemerle
vacante par la démillion de M
l'Evêque de Cahors , à M'FAbbé
de Grand- Combles Montenoy.
C'eft un Gentilhomme
d'une ancienne Nobleſſe , bien
allié ,& dont la modeftie feule
fait l'éloge ; mais comme il a
une infinité d'autres belles qualitez
ce feroit luy faire injuftice
de les taire toutes . Je diray du
moins qu'il a l'efprit univerGALANT
113
fel ; qu'il s'applique à l'étude
des plus beaux Arts , & des
Sciences les plus fublimes , &
qu'il en cultive un grand nombre
à la fois avec beaucoup de
fuccés. Il eft fils d'un Capitaine
d'Infanterie , qui a tresbien
fervi , & qui a joint à la
profeffion des armes l'étude des
belles Lettres , & d'une Damoi-
-felle d'une ancienne nobleffe
tous deux Penfionnaires du
Roy perit fils d'un Capitaine
de Cavalerie & d'Infanterie. ,
&c. qui pendant cinquante
années confecutives arendu
de grands fervices à l'Etat , fug
Janvier 1707.
7
K
114 MERCURE
tout pendant la minorité du
Roy , & arriere petit -fils d'un
Lieutenant Colonel de Cava-,
lerie, tous deux auffi alliez tresnoblement
, & fortis d'une longue
fuite d'aycux d'Epée , originaires
de l'Ornois fur la frontiere
de Lorraine , où la Terre ,
qui dans le temps de la fixation
des noms , leur a donné le leur,
qui eft de Grand , eſt ſituée , &
actuellement
poffedée par indivis
, par le Roy , & par un
Gentilhomme
de la parenté de
cet Abbé.
L'Abbaye de Fongaufier , à
Madame de Vertron. Le Roy
GALANT as
a accompagné de don qu'il a
fait à cette Dame des termes
les plus obligeans ; elle joint à
une naiffance confiderable un
merite generalement recon
nu & une prudence dont elle
adonné diverfes marques dans
les emplois qu'elle a cus dans
fa Communauté . Cette Dame
a un genic fuperieur , elle s'eft
fervic avec fuccés de la tranquillité
dont on jouit dans la
retraite pour cultiver fon efprit
. Une longue lecture & de
folides reflexions fur tout ce
qu'elle a lû , en ont fait, del'a
You de tout le monde, une des
K
ij
116 MERCURE
mieux éclairées perſonnes de
fon fexe..
Le Doyenné de Tarafcon, à
Mr l'Abbé de Buffi Rabutin
grand Vicaire d'Arles & Dépu
té à la derniere Affemblée du
Clergé tenue en 1705. Cet
Abbé fait voir par la fuperiorité
de fon genie , qu'il n'a
pas moins d'efprit que Mr de
Buffy Rabutin fon pere, & ils
joint à cela une vie édifiante
& des moeurs irreprochables
:
il eft frere de M la Com !
teffe de la Riviere . La maison
de Rabutin eft des plus anciens
nes du Duché de Bourgogne
,
GALANT 117
& elle tire fon nom d'un Château
fitué dans le Charollois ..
Maieul de Rabutin vivoit en
1147. & il fut garand d'un
Traité que fitGuillaume Comte
deMâcon avecPierre le venerable
Abbé de Clunyde la maifon
de Montboiffier. Il affifta auffi
à un Traité fait en
1149.entre
Ponce Evefque de Mâcon
& Renauld II . Sieur de Bugey
& de Breffe. La mere de Mr
l'Abbé de Rabutin étoit Dame
Louife de Rouville , fille de
Jacques Sieur de Rouville
Comte de Clinchamp & d'Ifa .
belle de Longueval Manican,
>
18 MERCURE
Le General Raburin qui com
mande les armées de l'Empereur
en Hongrie , eft de cette
maiſon.
Sa Majefté la auffi nommé
fur la prefentation de Mle
Duc d'Orleans , M' l'Abbé
de Pibrac , Maiftre de la Cha
pelle de Son Alteffe Royale ,
à l'Abbaye de Saint Benoit
fur Loire, que M le Chevalier
de Lorraine , avoit poffedée
avant Mr l'Abbé de Grancey,
par la mort de qui elle eftoir
vacante. Ce choix a efté fort
applaudi. Cet Abbé qui s'eft
démis en même temps de l'Ab
GALANT 89%
baye de Saint Memin eftgrand/
Vicaire & grand Doyen de
Bayeux ; il a eu cette derniere
dignité de Mr l'Abbé de Thoifr
qui en eftoit revêu avang
luy. I eftoit Deputé à la derniere
Affemblée generale du
Clergé , & il l'avoit eſté à celle
dé 1685. qui eftoit auffi generale.
Il defcend en droite ligne
du celebre du Faur- Pibrac
Chancelier de Pologne , & Fa
yori: d'Henri III. Il nous a
laiffé les fameux Quatrains qui
portent fon nom . Il a efté cnterré
dans l'Eglifendu grand
Coqvent dés Auguſtins de cero i
THU
120 MERCURE
T
Ville , & on voit aupres de lad
Sacriftic l'Epitaphe que luy a
fait dreffer Michel du Faur fon!
Fils. Il eftoit Prefident au Par-b
lement de Paris , & farmaifon
eft de Toulouſe . Il eftoit frere
du celebre Pierre du Faur
Evêque de Lavaur .
L'Abbaye de Beaugency , a
Mr l'Abbé de Châteauneuf-
Caftagnieres. El cft Confeiller
Glerc au Parlement de Paris
& frere de Mr de Châteauneuf-
Gaftagnieres ci - devant . Am- !
baffadeur Extraordinaire à lay
Porte Ottomane & enfuite en
Portugal, mais ou il ne fit pas
un
GALANT 120
un long féjour , le feu Roy de
Portugal s'étant declaré contro
les deux Couronnes , peu de
temps aprés fon arrivée. Mr de
Châteauneuf a efté auffi Confeiller
au Parlement de Paris . Ik
cft fils, de mefme que le nouvel
Abbé de Beaugency , de feu
Mr.de Caftagnieres, Prefident
en la Chambre des Compres
de Chambery , & l'un , desi
plus opulens Magiſtrats de
cette Ville-là . La Famille der
Caftagnieres eft ancienne enl
Savoye & alliée à tout ce qu'ib
ya de plus confiderable dans
le Pays. Mr. l'Abbé de Châ
*
Fanvier 1707.
L
122 MERCURE
teauneuf a auffi fervi la France
dans plufieurs negociations .
L'Abbaye de Saint Mefinin
à Mr l'Abbé de Chepy. Heft
frere de Mr de Chepy , cy-devant
Chambellan de feuë S..
A. R. Mr leur pere avoit efté
attaché au fervice de ce Prin
ce & à celuy de feuë S. A. R.
Gafton de France , oncle du
Roy. Mr l'Abbé de Chepy
joint à beaucoup d'efprit , d'és
rudition & de belles lettres ,
beaucoup de vertu & beau
coup de fageffe . Cet Abbé s'eft
appliqué aux Mathematiques
dans les premieres années de
t
GALANTA 123
fa vic , & il cloit fort lie avec
feu Mr le Marquis de Lhofpital
, qui eftoit un des plus
grands Geometres du dernier
ficoke . L'Abbaye de Saint Mef
min,pont Mr l'Abbé de Che
pycft à preſent titulaire a produit
de grands fujets. Deux
Religieux de cette Maifon fe
diftinguerent fort dans le pe
nultiéme fiecle , par leur mcrite
& par leur feience ; ils s'exercerent
beaucoup dans la Controverfe.
Les nouveautez qui
commencerent à affliger l'Eglife
dans ce fiecle , firent écla
ter lour zele. Ils prêcherent
"
Lij
124 MERCURE
•
ils écrivirent , & ils difputerent
fortement contre les Heretiques.
L'un de ces Religieux
eftoit de Bourgogne & d'une
naiffance affez obfcure ; l'autre
eftoit de Champagne , & connu
fous le nom de Frere Zozime
.
Le Roy avoit donné avant
la derniere promotion le Pricuré
des Bons Hommes de l'Ordre
de Grammont , & prés de
la ville d'Angers, à Mrl'Abbé
le Moine Docteur de la maifon
& Societé de Sorbonne ,
qui eft tres cftimé à caufe de
fon merite & de fon applica
GALANT 125
tion à fes devoirs . Mr le Car -
dinal de Noailles, a temoigné
en diverfes occafions l'eftime
qu'il en fait par les commiſfions
dont il l'a chargé dans
l'étendue de fon Diocefe. Cet
Abbé eft fils de feu Mr le
Moine Intendant de Brouage ,
qui eft generalement eftimé.
Ce Benefice vacquaio par la
demiffion volontaire de l'an
cien Titulaire , qui a eſté Precepteur
de Mr. l'Evelque de
Strafbourg, qui a rendu com,
pte
au Roy du merite de Mi
•Ï'Abbé le Moine , en demandant
pour luy à Sa Majesté le
ebonnóltog al ch coLiij colo
126 MERCURH
Benefice qu'il en a obtenu.
Je vous ay parlé dans ma
lettre du mois de Novembre
dernier de M ' l'Abbé deGamaches
, au fujet du Pricuré d'Arbois
Diocefe de Besançon, que
le Roy luy a donné . Comme
il y a beaucoup de chofes
dans cet article qui ne fe fons
pas
trouvées veritables
, je
crois devoir vous en envoyer
un nouveau .
Mr l'Abbé de Gamaches
eft fils de Mr le Marquis de
Gamaches Lieutenant ), Generál
des Armées de Sa Majefté ,.
que le Roy avoit choifi pour
eftre auprés de la perſonne de
&
GALANT 127
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , lorfque ce Prince
portoit la qualité de Duc de
Chartres , & qui l'a mis depuis
auprés de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , fous
les ordres duquel il a eu l'honneur
de fervit dans les deux
glorieufes Campagnes que ce
Prince a faites en Flandre &
ren Allemagne : & de Dame
Louife Madeleine de Lomenie
de Brienne , fille du dernier Secretaire
d'Etat de ce nom , qui
avoit époufé N. le Bouthillier
de Chavigny : c'eft par là que
Mr l'Abbé de Gamaches eft
Liiij
128 MERCURE
parent de Mrs de Chaviguy.
Mr le Marquis de Gamaches
pere de Mr l'Abbé de ce
nom , portoit autrefois celuy
de Comte de Cayeu , mais il a
pris depuis le nom de Marquis
de Gamaches , & il a donné
celuy de Comte de Cayeu à
fon fils , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , depuis la
mort de Mr le Comte de Saint
Vallery fon neveu , Guidon des
Gendarmes de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , qui étant
mort à la bataille d'Ochftet
a eu le fort de plufieurs de fes
anceftres qui font morts au
GALANT 129
fit d'honneur : Mr le Marquis
de S. Vallery fon pere, & frere
aifné de Mr le Marquis de Gamaches
, mourut en Italie il y
a quatorze ou quinze ans , ou
il fervoit en qualité de Briga
dier.
Mr. le Marquis de Gama
ches fe trouve le chef & l'aif
né de Filluftre maifon de
Rouault : je n'entreprendray
point d'en faire icy la genea
logie , parce que cela me meneroit
trop loin . Il faudroit
pour la prendre dans ſa fource
feuilleter les Archives
d'Angleterre , dont plufieurs
130 MERCURE
prétendent que les Seigneurs
Rouault font originaires, avec
d'autant plus de raifon , qu'ils
portent dans leurs armes des
feopards paffez & lampaffez de
Gueule. Je vous diray feulement
touchant leurs alliances
, qu'il y a peu de maiſons
diftinguées à qui celle de
Rouault n'appartienne
.
Mr le Marquis de Gamaches
eft fils de feu Mir le Marquis de
Gamaches Lieutenant General
des Armées du Roy , Chevalier
des Ordres de Sa Majesté &
de Dame Marie Antoinette de
Lomenic , fille de Mr le Com
GALANT 131
te de Brienne , Miniftre & Sccretaire
d'Etat , & foeur de Mr
l'Evêque de Coutances . Cette
Dame a toûjours efté eftimée
à caufe de fa vertu , & des rares
qualitez de fon coeur & de fon
efprit. Il n'eft pas furprenant
que Mlle de Cayeu , foeur de
Mr l'Abbé de Gamaches
eftant élevée par une perfonne
d'un fi grand merite, paffe aujourd'huy
pour une des plus
aimbles perfonnes de la Cour.
Mr l'Abbé de Gamaches
que le Roy vient de nommer
au Prieuré d'Arbois , acheve fa
Theologie , & pour s'y atta
132 MERCURE
cher avec plus d'application
il demeure avec Mr Leullier
Docteur de Sorbonne , Grand-
Maiftre du College du Cardinal
le Moine , & dont les inf
tructions font tres - utiles à
ceux qui veulent prendre le
party de l'Eglife . Mr l'Abbé
de Gamaches eft d'ailleurs un
tres - bon fujet , & qui ne veut
devoir qu'à luy- même , ce qu'il
pourroit tenir de fa naiſſance.
Le Roy a nommé à l'Abbaye
de Meffines en Flandre
, Dioceſe d'Ypres va
cante par la mort de Madame
de Créquy , Mlle de Ghif
GALANY 133
relle ,
Chanoineſſe Reguliere
de la même Abbaye , où l'on
n'eft point reçue fans faire des
preuves d'une ancienne nobleſfe.
La deffunte Abbeffe qui
eftoit de l'illuftre Maifon de
Créquy , a gouverné cette Abbaye
pendant prés de cinquante
ans , avec une fageffe & une
conduite digne de fon nom
elle a vêcu & elle est morte en
odeur de fainteté. Celle qui
remplit aujourd'huy
fa place
eft dans une grande eftime
pour fa vertu. La Maiſon de
Ghiftelle eft une des plus anciennes
& des plus illuftres des
134
MERCURE
Pays - bas Efpagnols. Mr le
Marquis de S. Floris , qui en
eft l'aîné , eft un homme tresaccompli.
Il parle neuf fortes
de langues. Les Etats d'Artois
l'ont fouvent député à la Cour.
Il a rendu de grands fervices à
cette Province , & le Roy en
a toûjours paru tres- content .
Il eſt univerſel : il a fait fes
études en Allemagne
à la follicitation
de Mr le Doyen du
Chapitre de Liege fon oncle ;
il a enfuite époufe Mlle d'Eftrec
, fille de M la Comteffe
d'Eftrec ; il a trois foeurs , l'at
née a efté mariée à Mr le Baron
GALANT 135
+
d'Eskelbeck , qui eft d'une des
premieres Maifons de Flan
dre , & des plus illuftres : la
feconde à Mr. le Marquis de
la Buffiere , qui eft d'une des
plus confiderables familles &
des plus qualifiées d'Ar
tois : & la troifiéme , à Mr le
Comte de Boffu , frere de feu
Mr le Prince de Chimay , &
oncle de celuy d'à- prefent. leur
nom eft Alface. L'Abbaye de
Meffines ayant efté autrefois
entierement ruinée par les
troupes fut rétablie
fon entier par une Abbeffe
و
en
du nom & de la famille de
136 MERCURE
Ghiſtelle , dont eſt celle à qui
le Roy vient de donner cette
Abbaye. Cette famille eft fi
ancienne qu'elle a fait bâtir la
petite Ville de Ghiſtelle , fituée
entre Nieuport & Bruges , il
y a plus de 800. ans.
Il n'y a plus à douter de la
verité de ce que je vous ay dit
dans plufieurs de mes Lettres ,
touchant l'Eau Minerale qui fe
trouve dans un Puits , fitué dans
le milieu du Jardin de Mr Billet
, puifque Mrs de l'Academie
des Sciences y ont fait une
attention toute particuliere
, &
*
GALANT 137
que ce docte Corps a commis
un de fes Membres pour fe
tranfporter fur les lieux afin
d'en faire l'Analyſe , & de luy
rendre compte de tout ce qui
peut regarder cette Eau , afin
de mettre fon rapport dans fes
regiſtres , ce qui a efté executé
de point en point. Voicy le
compte qui en a eſté rendu à
cette fçavante Compagnic
zib amics.A 2
Geld ÷ M #Ach ai
6 , aldus dosier ? €
anvier
1707.
M
138 MERCURE
EXTRAIT
DES MEMOIRES
DE MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
DES SCIENCES.
οτ
VAN A LISE
Faite
par Mt Lemery
, Docteur
on Medecine , de L'EAU
MINERALE du Fauxbourg
S. Antoine , dans le
Jardin de feu Mr Billet, prés
la Croix - Faubin , à Paris,
Pour faire l'examen de cette
eau avec ordre & exactitude,jay
GALANT 139
efté fur les lieux afin de connoistre
parmoy-mefme l'endroit d'où l'on
tire cette eau , & pour eftre informé
de plufieurs circonstances neceffaires
à mon fajet . Je rappor
teray rey ce que j'en ay vú
que j'en ay appris .
ce
L'Eauminerale dont il eft queftion
, fe trouve dans un Puits ,
vers le milieu du Fardin de Mr
Billet. Ce Pairs eft profond de
trois toifes & demie; mais il n'y a
qu'environ trois pieds d'eau . Sous
cetre ran eft placée naturellement
une pierre creusée en maniere de
ehaudron par où l'eau entre dans
The Pants ; on ne peut découvrir
Mij
140 1
MERCURE
La fource plus avant. On a fait
des effodiations
au- deſſus , audeffous
& tout autour de ce
Puitspour voirfi l'on ne penetre
roit pointjufqu'àfon origine; mais
on n'a rien trouvé. On a fait di
vers Puits , un de vingt toifes au
deffus un autre à quarante
un autre àfoixante : mais on n'a
point rencontré
la mefme qualité
de l'eau. Au contraire , aucune des
eaux de ces Puits n'a efté bonne
à boire.
و
La fource de l'eau minerale paroift
intariffable ; car quelque
quantité qu'on en tire du Puits
elle eſt toujours de mefme hauteury .
-
GALANT 14
On m'a aſſuré qu'en toute faifon
l'on en pouvoit tirer jusqu'à foixante
muids chaque jour , fans
qu'il paroiffe qu'on en ait ofté.
On a remarqué que quand les
eaux qui font autour de cette
Source font hautes , fon eau nefe
bauffe jamais avec elles . Au contraire
elle ne paroift s'augmenter
qu'à mesure que les autres s'abbaiffent.
Cette can eft claire comme l'eau
de Fontaine , & à peu prés de
mefme gouft , excepté qu'elle tire
tant foit peufur le mineral ; elle
eft moins pefante à l'eſtomach que
L'eau de Fontaine , & elle paſſe
142 MERCURE
plus vite fans y laiffer de crudi
Tez ; elle ne change point de gouft
eftant gardée plufieurs jours ; mais
elle fait plus d'effet pour la Medecine
quand on la boit nouvellement
puifée. On l'employe dans
ta maison pour en boire à l'ordinaire
pour la fouppe & pour les
autres neceffitez du mefnage , comme
l'on fe fert ailleurs de l'eau
commune .
Cenx quife fontferois de cette
eau pour la Medecine ; enenfont
grand cas. On dit qu'elle pouffe
par les urines au premier jour
qu'on en boit , & qu'au fecond elle
pure tres-doucement par les felles
GALANT 143
fans qu'on en reſſente aucune tranchée
ni autre incommodité , ni
qu'elle empefche de vacquer àſes
affaires. On prétendque l'usage de
cette eau efttres- bon pour lafanté,
&l'on en rapporre un exemple
particulier en la perfonne de feu
Mr. Billet. Il a vécu jusqu'à
quatre- vingt - dix-huit
J
l'âge de
ans , fans maladie confiderable ,
dit on il prenoir de
parce que ,
cette eau deux verres le matin , à
jeun , à une heure loin l'un de
l'autre dés qu'il fe fentoit attaqué
de la moindre incommodité,
consinuoit à en prendre de mefore
cinq ou fix jours de fuisse. I
il
144
MERCURE
avoit quelquefois un peu de retenfion
d'urine , mais il s'en gueriſſoit
bien- toft par l'usage de ce
remede.
«L'eau minerale dont il s'agit n'eft
pas une découverte fi nouvelle
qu'on pourroit fe l'imaginer. On
la connoift depuis prés d'un fiecle.
deffunt Mrde la Broffe qui a esté
Intendant du Jardin du Roy , en
faifoit beaucoup d'eftime pour fes
vertus medecinales. Il luy donna
le nom d'eau fanative . On dit que
plufieurs Medecins fameux de
comme Mr Patin , Mr Paris
Mr Brayer & Mr Moreau l'a
woient en recommandation ; qu'ils
en
GALANT 145
en venoient boire fouvent , &
qu'ils en ordonnoient à leurs ma
lades.
Ce qui a fait que cette eau n'a
pas efté connue dans le public , eft
que feu Mr Billet qui n'eſt mort
que depuis huit mois , menoit une
&
wieferrée particuliere , ne
ne vouloit point que l'on divul
gaft les vertus de cette eau depeur
d'eftre incommodé par la quantité
des gens qui pouvoient en venir
demander ; mais Mr fon fils quin'eft
pas de la mefme humeur , à
cet égard , eftant bien aife d'obli
ger le public , en veut bien diftri
buer ou en laiffer prendre à ceux
Janvier 1707.
N
146
MERCURE
qui en voudront , & mesmefans
aucun intereft.
Quoique l'ufage ordinaire de
cette eau foit de n'en boire que
deux verres le matin , plufieurs
perfonnes en ont pris cinq ou fix
verres & s'en font bien trouvez
Je croy qu'on en peut uſer comme
des autres eaux minerales , une
-bouteille ou deux par jour.On continuë
ordinairement
à en prendre
fix jours de fuite ; mais on ne
doit point faire de regle generale
à ce sujet , les uns en peuvent
prendre plus long- temps , les autres
moins , fuivant leur temperamment
& l'effet du remede.
[ 2
GALANT 147
:\ On dira peut- effre qu'il n'eſt
-pas bien extraordinaire que de l'eau
beue le matin à jeun , lâche le
ventrefaffe
uriner. L'eau de
viviereproducet effet en plufieurs
perfonness mais il fera bien facile
à ceux qui boiront de l'eau de la
Source de feu Mr Billet de diftinguerfon
effet d'avec celuy de l'eau
de noire Aleft beaucoup plus
fenfible tant dans l'aperitif que
dans le purganf.
Wily On dit que les Plantes duFardin
de feu MrBillet fe reffentent
• de la bonté de fon eau car tes
· Arbres fruitiers 5 comme les Orangersqui
yfont en tres-grand nom-
Nij
148 MERCURE
bre ,les Refehers & mefme la
Vigne ,y ont une beauté particu
liere , & les fruits qu'ils produifent
font plus delicieux que ceux
qui ont cru aux environs on dit
auffis que le vin qu'on y fait eft
excellent , & que les legumes y
ont un gouft plus agreable qu'ail- leurs
p
La raison qu'on rapporte de tous
•ces bons effets , eft qu'on arrose en
Efte le jardin avec cette eau , qui
dit-on communique fa qualité
~ aux Plantes. On voir prefqu au
milieu du jardin de feu MrBillet
-un grand baffin qui peut contenir
environ foixante muids. On le
6%
2
GALANT 149
pen
rèmplit en Eſté , de l'eau minerale,
on la laiffe échauffer un
au Soleil , c'est avec quoy lowfair:
l'arrofement. MP4
Voilà ce que jay appris tou
chant l'Hiftoire de l'Eau fanative
de feu Mr Biller ; il me reste à
parler de l'Analife que j'en ay
faite.
-bought
ANALIS E.
xinII ob-voit
L'Esprit de Vitriol & les autres
Acides n'ont fait aucun trouble
ni changemement de couleur
ni fermentation dans noftre cau.
L'huile de Tartre faite par deffaillancey
a produit un blanc lairs .
Niij
150 MERCURE
teux qui a demeuré long- temps :
fufpendu avant que de ſe precipi
enfin au fond.
tens its eft d
du vaiffeau en maniere de Magifter
, ¿rj'ayreconnu que ce n'étoit
qu'un peu de terre argilleuſe,
5. L'eau minerale a fait rougir.
la diffolution de tournefol , ce qui
fait croire qu'elle contient un acide.
Elle n'a point noire la decoc
tion de Noix de galle , la diffolution
duſublimé corroſif ne la point
troublée , ni n'a en rien changéfa
couleur.is
is ve
Fay fait diftiler une quantité
de cette eau , & j'en ay bú plufieurs
verrées. Elle n'a eu le gouſt
ji VI
GALANT 151
que d'ean diftilée , & elle n'aproduie
chez moy aucun effet fenfible
autre que celui de l'eau com
mune.
tesر
J'en ay mis évaporer buit pins
pefant quinze livres de
mie , à feize onces la livre dans
une terrine de grais au feu de fable
; il m'eſt reſté aufond du vaiffeau
une matiere feche grife , pefant
trois dragmes moisfix grains,
fans odeur , un peu falée au goût,
avec un peu d'amertume . Fen ay
feparé une petite portion fur la
quelle j'ay verfe de l'esprit de Vitriol
; elle a jetté quelques bouil
lons differenciez tres -foibles.
جنوس
Niiij
152 MERCURE
Fay mis tremper le reste de la
matiere grife dans de l'eau chaude
je l'ay bien tanée pour en feparer
le fel , puisj'ayfiltré les lo
tions & je les ai mifes évaporer
fur le feu; il ne m'est resté que
vingt-quatre grains defel blanc ,
foible au goût , & qui ne m'a pas
paru plus falé que quand il eftoit
mélé avecfa matiere grife . Il n'a
point fermenté avec les acides ;
il n'a point petillé étant mis fur
des charbons ardens , & il n'a
rendu aucune fumée. Fayfaitfecher
ce qui eft demeuré aprés les
lations . C'à efté une terre grife
argilleufe pefant deux dragmes
GALANT 153
demie ,je l'ay mife calciner dans
un creufet à grand feu ; elle n'a
point jetté de fumées apparentes ,
mais elle a diminué d'un fcrupules
elle a un peu blanchi & elle eft
demeurée graiffeufe, argilleufe
alkaline.Fyay trouvépar le moien
du couteau aimanté quelques parti
cules de fer , mais éloignées l'une
de l'autre en tres-petite quantité.
Fay remarqué que la plufpart
des terres graffes contiennent
un peu de Vitrial , ce Vitriol
eftant ainfi calciné , quoiqu'avec
la terre , peut eftre reduit en fer.
Aprés avoir reflechi fur les experiences
que j'ai faites , il me
154 MERCURE
paroist que
l'eau minerale
de la
Source de feu Mr Billet , prend
fa qualité
d'un fel nitreux
mélé
avec une terre argilleuſe
on fulphureufe
. Au refte je ne tiens pas
la terre inutile pourfa vertu ; au
contraire
, je crois qu'eftant
intimement
mêlée avec lefel comme
elle l'eft , elle fait une maniere
de
favon
doux qui rend l'eau plus
capable de diffondre
e de fondre
les humeurs , qu'elle ne feroit ft
elle ne contenoit
que le fel tour feul.
LEMERY.
Là l'Academie Royale des
Sciences , le x 1. Decembre 1706.
GALANT ISS
Quoique l'experience ait affez
fait connoiftre les avan
tages confiderables, & les prerogatives
fingulieres que le
nouveau Thermometre de Mr
Nuguet a par deffus tous les
autrespil hiy manquoit neanmoins
de pouvoir eftre faci
lement tranfporté dans les païs
éloignez qui l'ont fouhaitté
jufqu'icy avec beaucoup d'em
preffement. Mr Nuguet vient
de remedier à cet inconve
nient, en trouvant le fecret de
racourcir ce Thermometre, des
deux tiers , & de le reduire à la
longueur d'environun pied ce
156 MERCURE
qui a dû furprendre beaucoup
les Sçavans du Royaume , qui
avoient jugé que la chofe é :
toit abfolument impoſſible.
L'Auteur a eu l'honneur de le
prefenter dans cet état à Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , qui a reçû cette nouvel
le machine tres - favorablement.
Cette feconde décou
verte ne doit pas eftre moins
glorieufe à Mr Núguet que la
premiere , non-feulement par →
ce que ce dernier Thermome
tre étoit beaucoup plus diffe
cile à reduire en pratique que
le premier, & qu'il a fallu pour
GALANT 157
y réüffir prendre des propoftions
toutés differentes ; mais
principalement,parce qu'en luy
confervant tous les
avantages
de l'autre , on en facilite la
communication
aux Royaumes
étrangers , & on en rend
l'ufage auffi aifé & auſſi univerfel
qu'on puiffe le defirer ,
pour faire une infinité d'ob-
Tervations importantes & d'experiences
exactes, aufquelles lès
autres Thermometres ne peuvent
eftre employez. Ce Thermometre
& celuy qué l'Auteur
a cy- devant rendu public , fe
vendent à Paris chez Pierre de
158 MERCURE
t
•
Ville, Emailleur du Roy, ruë
Saint Martin , vis-à- vis la rue
aux Ours.
Mr le Marquis de Montgeorges
Marefchal des Camps
& Armées du Roy , & Gapitaine
de la feconde Compagnie
des Grenadiers du Regiment
des Gardes Françoifes , s'étant
-démis volontairement de cette
Compagnie entre les mains de
Sa Majeſté , elle y a
nommé
Mr de Brillac, Capitaine dans
le mefme Regiments & comme
fa Compagnie demeuroit
vacante par cette promotion,
~ Sa Majefté en a pourvu Mr de
GALANT 159
Montgeorges, en luy donnanc
en mefme temps la permiffion
de la vendre, en confideration
de des fervices ; & parce qu'il
n'avoit rien tiré de celle des
Grenadiers , qui ne fe vend
point , & où l'on monte par
ancienneté . Cette Compagnie
a efté vendue à Mr de Villepau ,
Lieutenant dans le mefme Rei
giment , & qui l'a achettée a¬
vec l'agrément de Sa Majefté,
Mr le Marquis de Montgeorges
a toujours efté fort
attaché à ce Corps , où il a
cité Sous -lieutenant & Lieute
nant ; ileſt allié aux meilleures
160 MERCURE
maifons de Bretagne & de
Normandie. Il a fervi pendant
les dernieres Campagnes
avec beaucoup de diftinction ;
& Sa Majesté Catholique luy
a témoigné en plufieurs occafionsl'eftime
qu'elle avoit pour
luy.
Mr de Brillac eft frere de Mr
le Premier Prefident du Parle
ment de Rennes . Il eft d'une
tres- ancienne famille du Parlement
de Paris. Mrs de Brillac y
font connus depuis plufieurs
fiecles , & ils y ont poffedé des
Charges confiderables.Le nou、
yeau Capitaine de Grenadiers
GALANT 16F
de ce nom , s'eft diftingué dans
toutes les actions où il s'eft.
trouvé , & s'il n'avoit donné
de grandes preuves de fon courage
, il n'auroit pas efté mis
à la tefte des Grenadiers , nonobſtant
ſon ancienneté , puifque
l'on n'y met que des perfónnes
d'une valeur fouvent
éprouvée. Mt de Villepeau qui
a achetté la Compagnie qu'avoir
cy-devant Mr de Brillac ,
a fouvent donné des marques
de fon courage quoyqu'il
puiffe encore paffer pour jeu
ne; il a eu le bonheur de me
riter l'approbation
,& l'eftime
Fanvier 1707.
}
162 MERCURE
de tous les Officiers du Corps
où il a efté Sous - lieutenant
& enfuite Lieutenant . Il eft fils
de Mr le Comte de Villepau ,
Lieutenant de Roy de Heldin,
& l'un des plus anciens Offi
ciers des troupes de Sa Ma
jeſté.
On a frappé cette année à
la Monnoye des Médailles les
onze Jettons que l'on a coûtume
d'y fraper tous les ans ,
& dont plufieurs Treforiers
diftribuent le premier jour de
l'année , des bourfes remplies
de cent Jettons chacune, d'or
ou d'argent, felon le rang & lo
DELA VILLE
LYON
*
1883 *
GALANT 163
droit de ceux à qui ces Jettons
font donnez . Les Devifes ont été
faites par Mrs de l'Academie
Royale des Medailles & Infcriptions
, à l'exception de trois
qui font celles de Madame la
Ducheffe de Bourgogne , de
l'Artillerie & des Bâtimens . Celles
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne & des Bâtimens
font de Mr Oudinet , Garde du
Cabinet desMedailles de SaMajefté
, & celle de l'Artillerie a
efté faite par Mr Moreau de
Mautour , qui eft de l'Academie
des Infcriptions . A l'égard
des autres Devifes , comme el
1
O ij
164 MERCURE
les ont efté faites par la mef
me Academie en Corps , perfonne
ne peut fe les attribuer
en particulier, pas meſme ceux
qui donnent les premieres.
idées des Devifes , puifque
chacun difant fon fentiment ,
on y change, on y augmente,
ou l'on y retranche quelque
chofe , felon les avis de tous
les Academiciens
. Je crois que
yous remarquerez aisément ,
que le Jetton qui fuit celuy du
Trefor Royal dans l'eftampe
que je vous envoye , regarde
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Je ne vous donne point
GALANT 4165
l'explication de ces Devifes
l'application en doit eſtre aifée
lorfque les Devifes font juftes .
Cependant rien n'eft fi difficile
, & les Inventeurs fe forment
ſouvent des idées qui në
tombent pas toujours dans l'imagination
de ceux qui cherchent
à les expliquer , & ces
derniers y donnent quelquefois
un fens plus beau & plus
naturel que les Inventeurs mê
mes. Il fe trouve quelque fois
des fituations d'affaires qui rendent
ces Devifes difficiles à
trouver ; & c'eft alors que l'efprit
ayant beaucoup plus à
166 MERCURE
travailler , ceux qui ont l'avantage
de réüffir , acquierent
beaucoup plus de gloire.Comme
je ne vous envoye point
d'explication des Deviſes , à
caufe des raifons que vous venez
de lire , je ne vous dis
point ce que chaque Jetton reprefente
, puifque fi le Gra
veur a bien réüffi , & que fi fon
travail eft bon & net , vous le
remarquerez aifément. Vous
fçavez que la face droite des
Jettons ne contient que des
portraits.
Il eft mort depuis peu à Ver
failles , un homme âgé de dent
GALANT 167
cinq ans. Il avoit eſté Vigneron
auprés de Bar-fur- Seine. Monfieur
le Duc du Maine le nourriffoit
depuis deux ans pour
prolonger fes jours . Ce Prince
payoit auffi fon logement ; il
l'entretenoit & il luy donnoit
par jour trois livres de viande ,
un pain & une bouteille de vin
de Bourgogne. Il étoit né en
1601. il avoit efté marié en
162 1. & il avoit cfté 70. ans
avec fa femme. Il n'attendit
pas que l'année de fon veuvage
fuft finie pour ſe remarier ,
cette feconde femme mourut
dix ans aprés; il avoit alors cent
•
&
168: MERCURE
ans revolus . Il avoit beaucoup
de chagrin d'eftre veuf. Monfieur
le Duc du Maine l'a fait
enterrer & ce Prince a fait
prier Dieu pour luy.
M Jean- Baptifte d'Arnolet
de Loche- Fontaine , Prefi
dent en la Cour des Monnoyes,
cft mort il y a déja quelque
temps . Il avoit exercé cette
Charge pendant plufieurs an-)
nées avec beaucoup d'integrité
& avec la fatisfaction du public.
Il étoit entré fort jeune
dans la Magiftrature , & il s'étoit
formé aux affaires par l'ap- >
plication qu'il avoit euë au tra-
**
vail ,
GALANT 169
ail , & par le bon ufage qu'il
avoit fait des premieres années
de fa vie. Il avoit toujours eu
beaucoup d'inclination pour
les belles Lettres , & les liaifons
étroites qu'il a entretenuës jufqu'à
la mort avec Mr le Prefident
Coufin , fon Confrere ,
prouvent cette verité. Cette
tamille produiſit un fçavant
Religieux de l'Orde de Saint
François , fur la fin du dernier
fiecle . Il entra de bonne heure
dans la folitude , & il eut le
temps de fe perfectionner dans
la connoiffance de la Theolo
gie ; il la profeſſa long-temps
Fanvier 1707.
P
170 MERCURE
avec fuccés , & les Memoires
qu'il fournit fur les matieres
de la Grace à ceux de fes Confreres
qui affifterent
au Concile
de Trente , ne leur furent
pas inutiles.
M N... de Louet , Marquis
de Cauviffon , Lieutenant Ĝeneral
des Armées du Roy , &
Lieutenant General du haut
Languedoc , eft mort à Verfailles,
aprés quelques heures de
maladie. Il laiffe des enfans de
Dame N... de Louet de Cau →
viſſon , fa niece , qu'il avoit
époufée avec difpenfe . Elle
étoit fille de feu Mr le Marquis
GALANT 171
de Cauviffon , auffi Lieutenant
General en Languedoc, & frere
aifné de celuy qui vient de
mourir , & qui laiſſa de Dame
N... de l'Ile de Marivaux Mr
le Marquis de Cauviſſon, mort
depuis quelques années , revêtu
de la même Charge, & qui étoit
Colonel d'un Regiment d'Infanterie.
Celui- cy avoit épousé
Mlle de Biron , à prefent Marquife
d'Urfé , & Dame d'Honneur
de Madame la Princeffe
de Conty Douairiere . M's de
Cauviffon defcendent du celebre
Louet , Prefident au Parlement
de Toulouſe , & l'un des
>
rs
Pij
172 MERCURE
plus grands Jurifconfultes de
fon temps . Ila laiffé d'excellens
Ouvrages fur le Droit, qui portent
fon nom . Un de fes petitsfils
époufa l'heritiere de Cauviffon
Nogaret , qui étoit iſſuë
de ce fameux Nogaret qui donna
un fouflet au Pape Boniface
VIII. dans le quatorziéme fiecle.
Le pere de Mr le Marquis
de Cauviffon avoit eu la Charge
de Lieutenant General en
Languedoc aprés la mort de
Mr le Marquis d'Ambres , qui
étoit reveftu de cette mefme
Charge. Aprés la mort de Mr
de Duc de Montmorenci
, Ami
GALANT 173
al de France , qui eut la tefte
tranchée à Toulouſe aprés la
bataille de Caftelnaudary
, fous
le Regne précedent , le Roy
ofta la Charge de Lieutenant
General de Languedoc à Mr le
Duc de Ventadour , fon neveu
, & d'unique qu'elle étoit ,
il la divifa en trois , dont
Mr le Duc d'Arpajou en eut
une , Mr le Marquis d'Ambres
l'autre , & Mr le Comte de
Bioule de la Maiſon de Cardaillac
, cut la troifiéme. Mr le
Marquis de Cauviffon eftoit
Maréchal de Camp , & avoit
fervi toute favicavec beaucoup
de fuccés. P iij
174 MERCURE
Je dois vous parler icy d'uti
nouveau Brigadier que l'on
avoit oublié dans la Lifte que
je vous envoyai dans ma derniere
Lettre. C'eft Mr Deſcoftier
, Lieutenant de Roy de
Bergues Saint Winock. İl eſt
d'une des plus anciennes & des
plus qualifiées maiſons d'Anjou.
Il fert dés fa plus tendre
jeuneffe ; il a efté long- temps
Major du Regiment d'Orleans,
où il s'eft acquis l'eftime & la
confideration
des troupes par
fa valeur & par fon attachement
continuel au fervice. Ila
donné dans toutes les occaGALANT
175
"
fions où il s'eft trouvé , des
preuves d'un grand courage
& d'une grande intrepidité. Il
eft fort incommodé de fes
bleffures , peu d'Officiers en
ayant reçû autant que luy . Il a
efté Major de Charleroy .
Mr. l'Electeur de Cologne
ayant refolu de prendre les
Ordres facrez fans attendre
que le temps qui luy avoit cfté
accordé
par le Pape,fut expiré,
receutl'Orde
de Soudiacre
avec
une devotion
exemplaire
, au
mois de Juin dernier
, par Mr
l'Archevefque
de Cambray
dans l'Abbaye
de Loo , prés de
Piiij
176 MERCURE
la Ville de Lille , aprés en avoir
fait les fonctions pendant
plufieurs mois en differentes
Eglifes de la mefme Ville ; il
fut fait Diacre par Mr l'Evef
que de Tournay , le jour de la
Conception de la Vierge dans
l'Eglife des Recollets de cette
Ville ; & s'étant enfuite dif
pofé par un grand nombre de
bonnes oeuvres , & mefme par
de frequentes Predications à
recevoir l'Ordre de Preftrife ,
Mr l'Evefque de Tournay la
luy confera le jour de Noël
fuivant , dans l'Egliſe Paroiffiale
de Saint Maurice de Lille
GALANT 177
fa
Ce Prince refolut en mefme
temps de celebrer ſa premiere
Meffe le premier jour de cette
année dans l'Eglife des Peres
Jefuites de la meſme Ville ; il
écrivit à Mr l'Electeur de Baviere
, pour le prier d'y affifter,
& ce Prince luy répondit que
non -feulement il vouloit avoir
cette fatisfaction , mais meſme la
confolation de communièr ce jourlà
de fa main. Son Alteffe Electorale
de Cologne fit donner
part au Roy , par ſon Envoyé,
du jour qu'elle avoit pris pour
dire fa premiere Meffe , & fit
prier Sa Majefté de vouloit
4
178 MERCURE
bien nommer quelqu'un pour
affifter de fa part à cette
Ceremonie & elle envoya
pour cet effet fes ordres à
Mr le Prefident Rouillé qui
ſe rendit auffi - toft à Lille , & la
Ceremonie qui a beaucoup
édifié tout ceux qui l'ont vûë ,
s'eft faite de la maniere fuivante.
Vous trouverez de la
grandeur & de la pieté dans
tout ce qui regarde leurs Alteffes
Electorales de Baviere &
de Cologne . Ce détail auquel
je n'ay rien ajouté , & dont je
n'ay rien retranché , m'a eſté
envoyé par une perfonne d'une
GALANT 179
grande diftinction qui a bien
voulu fe donner la peine d'examiner
avec foin tout ce qui s'eft
paffé dans cette grande Ceremonie
, & toutes les circonftances
dont elle a efté accom
pagnée.
RELATION
De ce qui s'eft pafſé au ſujer
de la premiere Meffe qui a
efté celebrée par Monfieur
l'Electeur de Cologne, dans
l'Eglife des R. P. Jefuites de
la Ville de Lille, le 1. Janvier,
Monfieur l'Electeur de Colo
gne aprés avoir efté dés le matin
180 MERCURE
entendre la Meffe à la Chapelle
de Noftre- Dame de Grace , à une
lieuë de la Ville , fe rendit inco
gnito dans la maison où eftoit
Monfieur l'Electeur de Baviere ,
pour aller avec luypubliquement,
au lieu où la Ceremonie fe devoit
faire.
La marche fe fit par les prin
cipales rues de la Ville,& elle commençapar
troisCompagnies d'Ecoliers
des R.P.Jefuites, les uns vétus
à la Françoife , les autres à
la Romaine , les derniers à la
Hongroife ; ils eftoient tous à
cheval, chaque troupe avoit des
Officiers à fa tefte; chaque Com-
منوب
GALANT 181
pagnie eftoit de quarante Ecoliers.
Une Compagnie du Regiment
de Carabiniers
de fon Alteffe
Electorale de Baviere paroiffoit
enfuite avec fes Etendars , fes
tymballes fes trompettes.
Cette Compagnie eftoit fuivie
de deux Officiers Gardes - Selles
des deux Electeurs , à cheval ,
furvis de tous les gens
de livrée
des Ecuries des deux Cours meflez
enfemble.
On voyoit enfuite deux ca
roßes à fix chevaux , dans lefquels
eftoient les Gentilshommes
de bouche & quelques autres Gentilshommes
des deux Electeurs ;
182 MERCURE
deux autres caroffes à fix chevaux,
où eftoient les Gentilshom
mes de la Chambre , e encore
deux autres caroffes à fix chevaux
remplis des Miniftres des
deux Cours & de quatre Cha
noines de l'Eglife Cathedrale de
Liege , députez par le Chapitre
pour affifter à la ceremonie.
Ils eftoient fuivis par le Grand
Maréchal de la Cour de Colo-
2
gne à cheval , repreſenté par le
Comte d'Arco , qui avoit à fes
côtez deux Gentilshommes faifant
fonction de Maiſtres d'Hoftel
, ils eftoient tous trois couverts
; le premier portoit un bâGALANT
183
ton d'argent , & les deux autres
des bâtons noirs garnis d'Ivoire ;
Les deux Fourriers des deux Cours
paroiffoient enfuite à pied , & ils
eftoient fuivis des Valets de pied
des deux Electeurs fans diftinction
; des Trompettes de la Cour
de Cologne , & de celle de Baviere,
& des Tymballes de celle
de Cologne tous à cheval , la
Compagnie des Carabiniers de S.
A. E. de Cologne venoit enfuite
à pied , avec leurs pertuifannes .
Enfuite la Compagnie des Trabans
de Son Alteffe Electorale de
Cologne marchoit des deux côtez
du caroffe à fix chevaux ,
184 MERCURE
dans lequel eftoit ce Prince tenant
la droite , & veftu d'habits
d'Eglife de couleur rouge com
me Legat du S. Siege , & Monfieur
Electeur de Baviere à la
gauche veftu à l'ordinaire . Ces
Trabans eftoient precedez par les
tambours & les hautbois de la
Compagnie , ayant leur Lieutenant
à leur tefte le ponton à la
main.
On voyoit derriere eux à pied,
les deux Fourriers de la Chambre
des deux Electeurs , fuivis
des Pages de l'une & de l'autre
Cour.
Le Heraut d'Armes de BeechGALANT
185
tergaden paroiffoit enfuite feul ,
fans chapeau ; les trois He
raults d'Armes de Hildesheimb
de Ratifbonne & de Liege , le pre
mier au milieu , le fecond à la
droite , le dernier à la gauche
venoient aprés, puis le Herault
d'Armes de la maifon de Baviere
feul, & enfuite ceux de l'Ele
ctorat de Cologne de Baviere,
le premier à la droite & le dernier
à la gauche , & tous fans
chapeau.
Deux Gentilshommes de la
Chambre à cheval & teftes nuës
reprefentoient les deux grands
Chambellans des deux Electeurs
Janvier 1707,
186 MERCURE
le premier portant une Maffe
d'argent avec un Sceau , pour
marque de la Charge d'Archichancelier
d'Italie attachée à l'E
lectorat de Cologne, & l'autre un
Monde, qui eft la marque de la
Charge d'Archidapifer
annexée
à l'Electorat de Baviere.
Deux Gentilshommes de la
Chambre portoient refles nuës ,fur
des careaux de velours rouge
les Bonnets Electoraux des deux
Electeurs.
Enfuite les deux grands Maréchaux
des deux Cours portoient
des épées dans leurs fourreaux
la pointe en haut; lefouGALANT
187
reau de celle de l'Electeur de Cologne
eftoit de velours rouge,
celuy de celle de l'Electeur de Bavierede
velours bleu.
Tous ces Officiers precedoient
te caroße dans lequel eftoient les
deux Electeurs , à cofté duquel
marchoient les deux grands Efcuyers
& les Officiers des Gardes
du Corps des deux Princes.
La Compagnie des Gardes Archers
de Son Alteffe Electorale de
Cologne,à pied, marchoit enfuite,
une Compagnie du Regiment
de Carabiniers de S. A. E. de Bawiere
à cheval, fermoir la mar→
the
Qij
188 MERCURE
les
Les deux Electeurs eftant
ainfi arivez à l'Eglife , furent
reçus à la porte par la Communauté
des R. P. Jefuites ; Mr
'Evefque de Tournay eftant à
la tefte en Chappe & en Mitre,
leur prefenta l'Eau - benifte , &
accompagna jufqu'à l'Autel,
les deux plus jeunes Chanoines
de Liege portant la Robbe de
Monfieur l'Electeur de Cologne .
Lorfqu'ils furent arrivez au
prés de l'Autel , ils fe mirent
fur le mefme Prie-dieu , où aprés
avoir fait leur priere , ils fe pla
cerent l'un & l'autre , chacun
fur le Trône qui leur eftoit preGALANT
189
paré , élevé de trois degrez , celuy
de Monfieur l'Electeur de
Cologne , du cofté de l'Evangile
de damas blanc avec des bandes
de toile d'argent , & celuy de
Monfieur l'Electeur de Baviere
qui eftoit vis-à- vis du cofté de
l'Epitre de velours rouge, garni
de galon & de crefpines d'or.
S. A. E. de Cologne alla enfuite
, fuivie de fes Affiftans &
de fes Officiers à une Chapelle où
eftoient preparez fesOrnemensSa
cerdotaux , pendant qu'elle
refta, la Mufique chanta le Mo
tet , Dominus regnavit , de la
compofition de Mr de la Lans
190 MERCURE
de Maiſtre deMuſique de la Chapelle
du Roy.
Monfieur l'Electeur de Cologne
eftant arrivé à l'Autel revestu
de fes habits Sacerdotaux entonna
le Veni Creator , pendant
que la Mufique continuade
chanter cette Hymne , il fit la
Proceffion autour de l'Eglife accompagné
de fes Affiftans.
Eftant revenu à l'Autel, il
chanta l'Oraifon du S. Efprit,
la Mufique commença enfuite
Introite. Mr l'Electeur de Cologne
ayant quitté la Chappe
vec laquelle il avoit fait la Proreffion
, avant de prendre la
GALANT 39r
Chafuble, s'approcha de Mrl'E
lecteur de Baviere , qui luy mir
fur la tefte une Couronne nuptiale
, & l'ayant receüe il prit
la Chafuble & commença une.
grande Meffe , ayant pendant
l'Introite Mr l'Evefque de Tournay
en Chappe à fa droite ,
un Archidiacre de l'Eglife de Lies
ge auffi en Chappe à fa gauche,
aprés quoy Mr. l'Evefque de
Tournay fe mit dans un fauteuil
auprés de l'Autel du cofté
de l'Evangile ; le Diacre
Sous-diacre eftoient deux Cha
noines de l'Eglife de Liege...
Monfieur l'Electeur de Bas
le
192 MERCURE
viere alla feul à l'offrande ; lorf
que Mr l'Electeur de Cologne
cur lavé fes mains aprés l'Offertoire
, les principaux Officiers
de fa maifon apporterent le baffin
, l'éguiere & la ferviette.
Pendant l'Evangile & pendant
l'Elevation fix Pages de
Mr l'Electeur de Cologne vin
rent auprés de l'Autel avec des
flambeaux de cire blanche.
Monfieur l'Electeur de Baviere
reçut la Communion de
la main de Monfieur fon frere ,
& avant qu'il fe retiraft de
l'Autel , un Gentilhomme de fa
Chambre luy prefenta fur une
Гоисонре
3
GALANT 193
foucouppe un gobelet d'ean & de
vin, dont il fit ordinaire
.
l'ufage
La Meffe eftant finie , la Mufique
entonna le Domine ſalvum
fac Regem , aprés quoy Mon
fieur l'Electeur de Cologne chanta
l'Oraifon pour le Roy , une
peur Monfieur l'Electeur de Baviere,
une pour luy mefme.
Il entonna enfuite le Te
Deum, & pendant que la Muftque
continua de le chanter, Monfieur
l'Electeur de Cologne ayant
quitté la Chafuble, Monfieur l'E
Jecteur de Baviere vint à l'Au- "
tel recevoir fa benediction . Les
principaux Officiers des deux
Janvier 1707 R
194
MERCURE
Cours luy baiferent la main &
regúrent auffi fa benediction. Il
fit enfuite le tour de l'Eglife
pour donner au peuple la fatisfaction
de luy baifer la main,
& de recevoir fa benediction ;
lorfqu'il fut de retour à l'Autel
, l'on chanta le Benedicamus
patrem , il chanta enfuite
l'Oraifon qui fe dit ordinairement
, ilfinit ainfi la Ceremonie
de l'Eglife.
Aprés qu'il eut quitté les Ornemens
Sacerdotaux , ilfortit de
l'Eglife avec Monfieur l'Electeur
de Baviere , & ilsfurent conduits
de la mefme maniere qu'ils l'avoient
efté en venant à l'Hoftel
GALANT 195
deVille , où le difne eftoit preparé
par les Officiers de Monfieur
Electeur de Cologne , la maison
qu'il habite n'eftam pas affezfpa
tieufe depuis l'incendie qui y ar
Tiva l'année derniere.
223
7
Les deux Electeurs furent com
plimentez en defcendant de ca-
Foffe par le Magiftrar , & plu-
Juurs décharges de Moufqueterie
furent faites par la Compagnie
des Arquebusters de la Ville , qui
eftoient rangez dans la Cour.
Il y avoit deux Chambres
preparées ou les deux Electeurs
devoient demeurerjufqu'au difné.
Il y avoit dans une des Salles.
Rij
-96 MERCURE
une Eftrade élevée de trois degrez
, fur laquelle eftoit une table
prefque quarrée , au deffus de
laquelle eftoit un Dais de velours
rouge . Ces deux Princes mangerent
feuls à cette table, eftant affis
dans des fauteuils de velours des
rouge, Monfieur l'Electeur de Cologne
avoit la droite , & ils furent
fervis l'un & l'autre par
leurs principaux Officiers.
Pendant le difné la Mufique
chanta plufieurs Airs François.
Les deux Electeurs ayant bû chacun
une fois , tous ceux pour qui
il y avoit des tables preparées ,
fe retirerent pour aller difner ; il
y avoit fix tables differentes qui
-GALANT 197
toutes furent magnifiquement fervies.
Le difné fini Meffieurs les
Electeurs remonterent en caroffe ,
allerent aux Vespres qui furent
chantées par la Mufique.
On tira le foir un Feu d'Artifice
devant l'Hoftel de Ville
toutes les maisons furent illuminées.
On avoit fait pendant l'a
Meffe trois décharges de Buetes
de l'Artillerie de la Place, ce
qui fut continue le foir.
Dans la marche qui fe fit de
l'Eglife à l'Hostel de Ville , un
Gentilhomme de Mr l'Electeur
de Cologne jetta plufiears pieces
d'argent au peuple.
Riij
198 MERCURE
Cet Electeur a fait frapper une
Medaille qui d'un cofté marque le
jour le lieu où il a ditfa premiere
Meffe, dans les termes qui
fuivent Jofephus Clemens
Deo litans Infulæ , Kalendis
Januarii in Templo P.P. So
cietatis Jefu . Au le revers eft
un Calice , au deffus duquel eft
une Hoftie , & au deffous font
deux mains qui fe joignent; ces
mots fe lifent autour , Pia concordia
Fratrum , pour marquer
La fainte union qui s'eft faite ce
jour -là entre les deux Electeurs
par la Communion que l'un a receuë
de l'autre.
DE
VILLE
$
HELDE
GALANT $99
Dans les mots lofen Ver
CLeMens Deo LItans, e
ceux , pla ConCorDIa
fratrVM
, fe trouvent heureuſes
ment les nombres neceffaires pour
marquer l'année où cetté ceremonie
s'eft faite.
•
Mr le Prefident Roüillé
dont je viens de vous parler ,
& qui a affifté de la part du
Roy à la ceremonie , dont
Vous venez de lire le détail
apprit peu de remps aprés que
le Roy avoit ajoûté une feconde
grace à la premiere qu'il
luy avoit accordée , en don-,
nant à fon fils une difpenfe
R iiij
200 MERCURE
d'âge pour cftre reçu Confeiller
à la premiere Chambre des
Requeſtes , fans avoir voix deliberative
; mais plufieurs perfonnes
ayant rendu à Sa Majefté
des temoignages tresavantageux
de ce jeune Magiftrat
, ce Prince vient de luy
donner une ſeconde difpenfe
,
par laquelle il peut dés -à - prefent
avoir voix deliberative.
On ne doit pas en eftree furpris
, tous ceux de cette maifon
eftant nez avec de l'efprit,
s'il m'eft permis de parler ainfi
, & s'eftant de bonne heure
par leur fageffe & par leur peGALANT
201
netration , rendus dignes de
poffeder les plus grandes Charges
& les plus hauts emplois.
La difpenfe dont je viens de
vous parler ayant eſté ſecllée ,
fut enregistrée au Parlement
au commencement de cette
Fannée, ce qui le fit avec applaudiffement.
Je dois vous dire à Focca
fion de la grace que le Roy
vient de faire à Mr de Cha-
-millart Miniftre & Secretaire
d'Etat , que vous avez dû remarquer
dans une infinité
d'occaſions à peu prés de cette
nature , que rien n'eft com
1
202 MERCURE
parable à l'attention du Roy
pour tout ce qui peut régarder
le bien d'Etat , & que fa
penetration là-deffus a quelque
chofe de fi merveilleux ,
qu'en plufieurs occafions il
ne penfe point comme les autres
hommes, & que la fuite
fait toujours connoiſtre qu'il a
penfe jufte , quand mefme les
apparences auroient efté contraires,
& que ceux qui fe mêlent
de parler en Politiques auroient
d'abord penfé autrement
; mais l'on doit confiderer
que ce Monarque qui
gouverne par luy-meſme deGALANT
203
puis 46. ans , & qui ne laiffoit
pas melme avant ce temps-là
de briller, dans les Confeils &
de s'appliquer aux affaires , a
des lumieres qui font inconnues
aux plus Politiques , &
qu'il a toujours des raifons
particulieres & fecrettes de faire
tout ce qu'il fait, qu'il n'eft
pas obligé de rendre publi
ques , & qu'il ne fait rien mê
me dans les chofes qui paroif
fent peu confiderables , fans
avoir le bien de l'Etat en veuë.
Il eſt conſtant que ceux qui
font chargez du foin, des af
faires de la guerre , & que ceux
9
204 MERCURE
A
qui ont foin d'agir, afin que les
coffres de Sa Majefté foient
toujours remplis pour la fou
tenir ; pour payer les charges
de l'Etat, & pour fubvenir aux
befoins journaliers , font tel
lement accablez fous le fardeau
des affaires, que l'on a vû
deux grands Miniftres qui étoient
en mefme temps char
gez de ces deux differens emplois
, fuccomber fous la pefanteur
de ce fardeau ; de maniere
que F'on auroit pû penfer
que c'étoit trop peu de
deux perfonnes pour remplir
ces deux vaftes & onereux emGALANT
205
T
plois , dans l'exercice defquels
on fait fouvent , quoy qu'innocemment
plufieurs mécon
tens , qui ne fe rendant point
juftice, ne confiderent pas que
tous ceux qui prétendent à
une chofe ne la peuvent tous
obtenir. Il en eft ainfi de tout
ce qui regarde les parties dif
ferentes de ces deux grands
emplois, dont le Roy a cru ju
dicieufement devoir charger
un feul Miniftre, lorfque tout
le public paroiffoit perfuadé
que deux Miniftres avoient
bien de la peine à en remplir
les devoirs , mais Sa Majeſte
206 MERCURE
qui ne veut rien , & qui ne
fait rien que ce qui cft utile
à l'Etat , & qui n'eft pas obligéé
de faire toujours connoiftre
les raifons fecrettes qui la
font agir , avoit jugé depuis
long - temps par une infinité
de raifons & de chofes qui s'étoient
pallecs , dont l'Etat auroit
pu fouffrir dans la fuite ,
& dont il auroit fouffert par
le paffe, fans la grande atten
tion que ce Monarque don
noit à toutes les affaires , &
les remedes qu'il apportoit
pour les empefcher de fouffrir
. Le Roy , dis - je , quoyque
GALANT 207
parfaitement convaincu du travail
immenfe dont feroit ac
cablé le Miniftre qui feroit en
mefme temps chargé des affaires
des Finances & de celles de
la guerre , avoit refolu longtemps
avant d'executer fon
deffein , d'en charger une même
perfonne lorfque l'ocea
fion s'en prefenteroit . Je dois
vous dire à ce fujet qu'un habile
Miniftre de la guerre eft
fouvent chargé de beaucoup
de chofes qui demandent qu'il
ait des fonds particuliers pour
l'execution de fes projets fecrets
; pour faire faire des Ma
208 MERCURE
gafins dans les lieux où les ennemis
ne doivent pas fçavoir
qu'il y en ait ; pour payer des
Efpions ; pour attirer dans le
parti de fon Prince des Commandans
ennemis , & pourune
infinité de chofes differentes
dont l'argent ne doit point être
ouvertement follicité chez
les Contrôleurs Generaux &
chez les Treforiers
, parce que
cela feroit capable de faire
manquer les affaires fecrettes
que l'on a en veuë. Un Miniftre
de la guerre a donc raifon
de demander de grandes fommes
au Miniftre des Finances ;
GALANT 209
mais on a fouvent fçu dans la
fuite que craignant d'en manquer
, ils en ont demandé plus
qu'ils ne leur en falloit pour
les entreprifes concertées : dé
fortes que de Miniftre des Finandes
ne voulant pas qu'on
huy imputaft d'avoir fait manquer
quelque entreprife , four
miffoit tout ce qu'on luy demandoit
, de crainte que l'on
ne fe plaignift de luy ; mais en
même temps les autres affaires
pour lefquelles on avoit
befoin d'argent , fou ffroient
beaucoup, ce qui ne feroit
arrivé file Miniftre de la guer
Janvier 1707 .
1
S
pas
210 MERCURE
"
re , voulant avoir toujours des
fonds de referve . n'avoit toujours
continué de s'en faire
donner , & n'avoit toujours
demandé que les Treforiers qui
payent les affaires courantes de
la Guerre cuffent toujours leurs
Caiffes remplies ; de maniere
que le Roy fe trouvoit fouvent
embaraffé entre le Miniftre
qui demandoit toujours , &
celuy qui fe plaignoit qu'on
luy faifoit tous les jours de
nouvelles demandes . Le dernier
promettoit qu'il ne laiffe
roit manquer de rien lorfqu'on
auroit un veritable befoin de
:
GALANT 211
pas
વે
fon
fecours , &
alleguoit que
l'argent qu'il donnoit
au de- là
des befoins qu'on en avoit,
pourroit
cftre d'une grande
utilité à l'Etat. Il alloit même
plus loin ; mais ce n'eft
moy d'entrer
dans ces miſteres
: enfin ne voulant pas que
rien luy fuft imputé , fi quelqu'entrepriſe
venoit à tourner
mal , il fatisfaifoit à tout ce
qu'on luy demandoit
aux dépens
de ceux qui pouvoient
en fouffrir. Le Miniftre
de la
Guerre de fon costé , ne vouloit
pas s'expofer
aux rifques
de manquer
d'argent , & pour
• Sij
212 MERCURE
cet effet il vouloit avoir
toujours des fonds de referve
·fans neanmoins faire connoitre
qu'il en avoit , & fa dépenfe
étoit immenfe dans la vûë
de faire toujours quelque cho
fe d'éclatant pour fa gloire.
Toutes ces chofes étant connuës
au Roy , ce Prince auffi
fage que moderé , & n'ayant
toujours pour point de vue ,
que le bien de l'Etat , travailloit
fouvent avec la prudence
qui luy eft ordinaire , à empefcher
ces Miniftres de fe
broüiller , de crainte que l'Etat
n'en fouffrift. Ils le fervoient
GALANT 213
bien les uns & les autres , &
tout ce qu'ils luy difoient fembloit
toujours regarder uniquement
le bien de l'Etat ,
quoiqu'il en fouffrift un peu ;
qu'il eut pû dans les fuites en
fouffrir davantage , & que cela
donnaft de l'occupation , du
chagrin & de l'inquietude à ce
Monarque . On peut juger par
là fi le deffein qu'il avoit con
çû de donner ces deux Emplois
la mefme perfonne n'étoit
pas prudemment imaginé ,
puifqu'il devoit eftre utile an
bien de l'Etat , & luy procurer
du repos. Ce Monarque avoit
214 MERCURE
lieu de croire que le Miniftre
des Finances l'étant auffi de la
Guerre , il fourniroit abondamment
tous les fonds dont
on auroit befoin pour la faire
avec éclat ; mais qu'étant en
meſme temps Miniftre des Finances
il n'en amafferoit point
pour les conferver dans des
où il feroit neceffaire
d'en fournir pour les autres befoins
de l'Etat. La chofe qui
T'embarroiffoit le plus, étoit de
trouver un homme capable de
foutenir en mefme temps:
poids de ces deux Emplois . Il
vouloit avoir un Miniſtre de la
temps
મ
lc
GALANT 215
Guerre qui fuft affable &
puifque la plus honnefte
grande partie de la Nobleffe
du Royaume eft fouvent obligée
de luy parler , & que
mefmerles perfonnes du premier
rang font fouvent dans
cette obligation , & qu'il cft fâ
cheux à tant de perfonnes difringuĉes
par leur fang&parleur
fervice de n'être pas du moins
reques agréablement , lorsque
l'on ne peut leur accorder ce
qu'elles demandent . Mr.de
Chamillart avoit fait voir dans
le maniment des affaires des
Finances, cette douceur & certe
216 MERCURE
affabilité qui renvoye mefine
fouvent contens ceux à qui on
n'accorde rien. Il écoute ; il
répond ; il donne des raifons ,
& le plaifir que l'on a de l'en
tretenir empêche du moins de
fentir vivement le chagrin que
l'on a de ne rien obtenir. Jus
gez par là combien on doit
eftre fatisfait del ce Miniftre
Jorfque l'on en obtient tout
ce que l'on fouhaite. Ce cas
ractere fi rare parmi les hom
mes qui font élevez au defus
des autres , & qui ont quelque
forte d'autorité en main , obli
gea le Roy à fe déterminér
pour
GALANT 217
pour luy , & à luy donner la
Charge de Secretaire d'Etat , à
laquelle le département de la
Guerre eft attaché , fans luy
ofter le maniement de fes Fi
nances. Comme le fardeau de
ces deux Emplois étoit grand
à fupporter, quelque éclatant
qu'il fuft , Mr de Chamillart
remencia Sa Majefté lorsqu'elle
luy déclara qu'elle l'avoit choifi
pour Miniftre de la Guerre. Il
s'en excufa fur le peu de lu
mieres qu'il avoit pour bien
remplir toutes les fonctions
d'un fi grand & fi penible Employ
; mais le Roy cut la bonté
Janvier 1707 .
T
218 MERCURE
de luy dire qu'il en partageroit
les peines avec luy , & qu'il
auroit foin de l'inftruire . Comme
on ne pouvoit repliquer à
des paroles fi obligeantes que
par une profonde foumiffion ,
Mr de Chamillart obéit aux
volontez du Roy . On doit remarquer
que la Guerre ayant
recommencé peu de temps
aprés , ce Miniſtre s'est trouvé
d'autant plus accablé d'affaires
que la France n'avoit jamais eu
tant d'ennemis à la fois . Cependant
rien n'a manqué de
tout ce qui l'a regardé. On
eft toujours entré en CamGALANT
219
8
pagne avec des Armées floriffantes
, & le refte n'a pas dépendu
de luy . On ne doit pas
s'étonner fi le Roy aprés avoir
chargé ce Miniftre de tant de
foins differens dans des temps
fi difficiles , vient d'accorder à
Mr le Marquis de Chamillart
fon fils , la furvivance de fa
Charge de Secretaire d'Etat ,
afin que commençant , dés à
prefent, à le foulager peu à peu,
il luy foit dans la fuite d'un
plus grand fecours lorfqu'il
aura appris fous luy le mêtier
qu'il doit faire. Ce Marquis
donne de grandes efperances ,
Tij
220 MERCURE
& il paroift avoir toutes les
qualitez neceffaires pour bien
remplir un jour un Employ
auffi pénible qu'il eft confiderable
. Il n'a pas encore dixhuit
ans accomplis ; mais l'on
peut
dire
que fon efprit en a
trente & c'est pourquoy
le
Roy qui en eft bien informé
luy vient d'accorder une furvivance
qui le mettra en état
de faire valoir les grands talens
qu'on trouve en luy ; toute la
France a aplaudy à ce choix , &
toute la Cour , à commencer
par Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , a cfté l'en feliciGALANT
221
ter ce qui eft d'un bon augure.
Le Vicaire General avec fes
Affiftans , le Provincial & le
Prieur des Auguftins Déchauffez
de Paris , furent prefentez
au Roy le Mercredy cinquiéme
Janvier , par Monfieur le Cardinal
de Noailles , dans le Cabinet
de Sa Majeſté.
Le Vicaire General porta
la parole , & dit au Roy
SIRE , nous venons remercier
voftre Majefté de la bonté qu'elle
a euë de penfer à nos penibles affaires
luy demander la continua
tion de fa protection ; l'affurer de
Tiij
222 MERCURE
nos voeux & de nos prieres pour
la confervation de fa facrée perfonne
, pour celle de la famille
Royale pour la profperité de
l'Etat.
le
Sa Majefté répondit , jay
fait tout ce que j'ay pú & tout ce
que j'ay cru devoir faire pour
rétabliſſement de la regularité de
voftre Ordre , c'eft prefentement à
vous à la maintenir ; ma protection
ne vous manquera point ;
voftre Ordre eft fort auftere & le
doit eftre ; auffi il en faut obferver
exactement les regles .Fefpere
Mr le Cardinal me rendra
de temps en temps , compte de
que
GALANT 223
voftre conduite , & je me feray
toujours un plaifir de vous proteger.
Je merecommande aux prieres
de voftre Maifon de Paris , &
celles de toutes les autres .
Son Eminence parla au Roy
des qualitez de chaque Pere , &
de l'exactitude avec laquelle ils
obfervent leur Regle.
1
Les Peres qui ont efté prefentez
auRoy font le PereTho-
•
mas , Vicaire General ; le Pere
Placide , Affiftant General &
Geographe du Roy ; le Pere
François , Affiftant General ; le
Pere Damafe , Provincial y le
Pere Leonard , Prieur du Con
T iiij
224 MERCURE
vent de Paris ; & le Pere Martial
, Secretaire General .
On doit remarquer que ces
Peres étant tous des principaux
de l'Ordre , & ayant
le Vicaire General à leur tefte,
ont parlé au nom de tout l'Ordre
, & qu'ainfi tout s'eft fait
felon les regles.
Le 6. de Janvier Mr Molagne
, Profeffeur de Mathematiques
de la Chaire fondée
par feu Mr de Foix de Candale
, Evefque d'Aire , dans le
College de Guyenne étably à
Bordeaux , fit prononcer
deux de fes Ecoliers en prepar
GALANT 225
fence des Maire & Jurats , &
de l'Univerfité de Bordeaux ,
dans la Chapelle du mefme
College , une Oraifon funebre
de feue Henriete de Foix de
Candale , Princeffe de Buch &
Comteffe de Monpont. Cet
Eloge fut recité par Mr. le
Berton de Bonomie d'Oleron,
& par Mr Pines de Cadillac :
ce dernier fit l'ouverture par
un beau Difcours fur les qualitez
perfonelles
de cette Princeffet,
le premier démontra
enfuite plufieurs Theorémes
,
& le dernier fit une nouvelle
Demonſtration
de la quarante
226 MERCURE
feptiéme du premier Livre des
Elemens d'Euclide , fans fe
fervir d'aucune propofition
d'Euclide , comme font les anciens
Commentateurs
de cet
Auteur , ni de la Doctrine des
Proportions comme font les
Modernes . Cette Demonftration
qui paroift la plus fimple
& par confequent la plus aifée
de toutes celles qu'on a vûës
jufqu'à preſent , a efté inventée
par Mr Molagne,
Vous attendez fans doute
avec impatience , la Relation
de Canada que depuis quatre
ou cinq ans je vous envoye
GALANT 227
la fin de chaque année. Cette
derniere m'a efté rendue un
peu plus tard que les autres.
Je la viens de recevoir , & je
fatisfait voftre curiofité .
De Québec le 24. Octobre
1706.
MONSIEUR ;
Le Vaiffeau de Roy , nommé le
Heros , que montoit l'année derniere
Mr le Comte d'Arquin , &
que nous vifmes devant cette Ville,
paroit encore cette année dans noftre
rade ; c'eft Mr le Chevalier de Saugeon
, Capitaine de haut bord qui
le commande ce Vaiffean eft ac228
MERCURE
compagné d'une a Fluße , montée par
un Capitaine Irlandois . La navigation
, qu'on appelle icy la traverlée
ou la traverſe de ces deux
Navires a efté de prés de trois mois,
c'est beaucoup , on en attribuë la caufe
à la Flute qui a efté fort gourmandée
de la mer dans la route . Nos
Marchands de Québec prétendent
s'en accomoder, & je crois que l'af
faire en eft déja faite ; fi cela eft ,
le Vaiffeau de Roy ne tardera pas
à mettre a la voile , pourvû que
Nord- oüeft fe mette de la partie.
Outre les deux Vaiffeaux dont je
viens de vous parler , il en eft arrivé
auparavant cinq autres , mais
.
le
a C'eft un Vaiffeau long , ayant les
Varangues plates , le ventre enflé & là
Poupe ronde , il fert ordinairement à
porter des vivres,
GALANT 229
Marchands ; ils s'en font retournez
prefqu'aufitoft que les Marchandifes
ont efté déchargées : c'eftoient des
vins , des huiles , dufel & quelques
étoffes.
Le
Les a Anglois , nos voisins , one
fait courir icy le bruit au commenment
de l'Automne , par moyen
de quelques Sauvages , qu'ils a_
voient pris des Navires François
venant en Canada ; & cela faifoit
quelque peine , en ce que la faifon
s'avançant , on n'apprenoit aucune
nouvelle du Vaiffeau de Roy , le
principal d'entre tous ceux qui viennent
icy tous les ans ; mais le bruit
s'eft trouvé heureufement faux. An
refte je ne doute point que les Anglois
ne faffent inferer dans leurs
a Les Anglois de la nouvelle Angleterre.
230 MERCURE
Gazettes ,ou dans celles de Hollan
de , ces fortes de nouvelles faites à
plaifir.
Ce que je vous marqueray , Monfieur
, cette année- cy , fera en peu de
mots , car le temps preffe. Mr de
Saugeon parle déja de mettre à la
voile pour fon retour , quoiqu'ilfoit
à peine arrivé.
Le bled eft à grand marché en Canada
, & avec cela nous avons la
Paix. Il s'eftformé à la verité quelques
petits partis de nos Sauvages
qui ont tenu les Ennemis en baleines
ils ont fait mefme quelques prifonniers
aprés en avoir tué un affez
bon nombre. On appellera cela , fi
vous voulez , petite guerre.
Les Anglois prifonniers des années
paffées , & que nous avions au
Montreal , defcendent actuellement
GALANT 231
pourse rendre à Québec , où an Brigantin
les attend ; il vient de a
Bafton. On eft convenu de l'échange
des leurs avec les noftres qu'ils ramenent.
La liberté eft entiere de
part & d'autre, Ceux des Anglois ,
hommes ou femmes , qui voudront
repaſſer chez eux , pafferont , la choſe
eft libre. Quelqu'uns ont fuccombé à
la tentation, Les Anglois qui font
à Québec ou aux environs , & ceux
des ɓ trois Rivieres qui font Catho
liques en l'un & l'autre endroit , &
deplus tous ceux qui font parmi nes
a Ville Capitale de la nouvelle Ang
gleterre.
b Ville où il y a un Gouverneur . Cette
Place eft également diftante de Québec
& de Montreal , de 3o . lieuë de part &
d'autre : Je croy le Pole élevé , aux trois
Rivieres , de 46. degrez , ou environ ,
232 MERCURE
Sauvages , foit que ces Anglois
foient Catholiques , ou non , ne veulent
point quitter la nouvelle France....
ils ont raison .
Il s'eft converti parmi les Anglois
prifonniers au Montreal, depuis
la derniere lettre que je vous
ay adreffée , dix ou douze perſonnes ,
entre lefquelles deux Angloifes fort
opiniâtres d'abord, font cependant
mortsCatholiques. De jeunes enfans
nouvellement convertis à la Foy ,
ont fait voir une conftance éton
nante. I
- On croit qu'il y a une espece de
neutralité entre le Gouverneur de la
Menade ( où Manhate pour par
ler regulierement ) & nous . La ville
de Manhate qui eft dans la nouvelle
York , eft fize fur une riviere
affez confiderable , ( que Sanfon
GALANT 233
༣༦
appelle riviere du Nord , )
non loin de fon embouchure dans la
mer , Elope , Orange & Corlard ,
font autant de places bâties le long
de cette riviere , en montant. Mylord
Cornbury eft Gouverneur de
Manhate , c'e le Comte de Cla
rendon , connu du temps de fen
Roy Jacques ; il eft coufin germain
de la Princeffe Anne de Danemark; .
ce Mylord eft petit fils da Chancelier
Hyde.
Mr de la Mothe - Cadillac Capitaine
, eft monté au Détroit avec
cent cinquante foldats , dont
plufieurs fe font mariez, & ont me,
né leurs femmes avec eux . Quelques
querelles fe font renouvellées , avant
qu'ily arrivaft, mais des querelles
de vieille datte ; & cela en-
*
Janvier 1707.
V
234 MERCURE
tre les Outaoüacs & les Miamis
établis en cet endroit . Il y a eu
quelques coups de fufils tirez, an
Pere Recollet y a perdu la vie , cela
eft facheux. Trois autres Religieux
y font monter avec Mr de la Mothe
pour remplacer les morts . Le
Detroit eft une riviere qui a environ
vingt-cinq lienes de long &
un quart de lieue de large . Au milieu
de cette riviere eft le Lac appellé
par Sanfon Lac des eaux de
mer , Lac Salé , & mieux par
les Modernes Lac de Ste Claire .
La riviere du Detroit eft bornée
au Nord par le Lac Huron où
mer douce , & au Sud par le Lac
Erié ou du Chat. L'endroit de la
riviere où le Fort du Détroit , eft
bati, a environ 50. à 60. pas de
large le Fort du Detroit eft ren-
1
GALANT 235
fermé dans un espace de terre ca.
pable de contenir une bonne garni
Jon ; il eft fur une éminence & feparé
de la Riviere par une pente
douce de 40. pas ouenviron ; ce qui
forme une espece de glacis nature!
Le Detroit eft éloigné de l'Equateur
de 42. degrez: il femble que
c'est là fa latitude à quelques minutes
prés.
Les Hurons font demeurez au
Detroit à l'arrivée de Monfieur de
la Mothe, Ces Sauvages paroi/-
fent affez des noftres.
Les Millilaguez nation Outaouaife
, au Nord du Lac des Hurons
, font defcendus au Montreal ,
où ils ont protefté n'avoir aucune
part à la querelle des Outaouacs,
au Détroit. Ces Sauvages ont ame
né trois ou quatre prifonniers qu'ils
Vij
236 MERCURE
ont fait à a Cataracoüi l'an paffé.
Ils ont promis d'amener le reste
l'annéeprochaine.
Babouchi ChefdesNipiffiriniens
on Nipiffingues qui cabanent vers
le bout de l'Ile de Montreal , eft
mort à la chaffe fort regretté des
fiens ; il avoit l'ame fi bonne : fes
freres l'ont pleuré. C'est dommage
que Babouchi foit allé fitoft au pais
des Ames , toute la nation Algonkine
en fera long- temps affligée.
Les offemens de Babouchi font aa
Cataroconi , ou comme on dit icy
Kataracoui , c'eft le lieu du Fort de feu
Mr le Comte de Frontenac. Ce Fort eft
au Nord du Lac Ontario & à l'entrée, y
arrivant du Montreal : il est éloigné de
cette ville d'environ 88. lieües . il paroit
eftre au 44. degré de latitude
Nord.
GALANT 237
Etuellement dans fa Cabane , reverez
de fes compatriotes , qui efperent
le voir à leur tour au pays
"des Ames ; ce pays n'eft autre chofe
, à entendre les Sauvages , que
les Champs Elyfiens du Poëte Vitgile.
Babouchi avoit deux femmes,
& c'eftoit- là fa devotion , comme
celle de bien d'autres Sauvages .
Ce grand Chefdes Nipiffing a eu
en mourant les plus beaux fentimens
du monde. On a remarqué
qu'il a toujours aimé les Mittigouch
, c'est à dire les François ,
& qu'il avoit exhorté les fiens
ne les abandonner jamais,
A l'occafion de la mort de ce
Chef des Sauvages de la nation
Algonkine,je vous diray icy, Monfieur,
en deux mots, les ceremonies
obfervées dans les enterremens &
238 MERCURE
fepultures des Sauvages . Lafemme
du deffunt fait la Biete qui eft d'ordinaire
d'écorce d'arbre : elle enveloppe
le mort de quelques peaux
de Caftors ou d'Ours , & le met de
dans ; enfuite les conviez le mettent
en ceremonie fur une espece
déchafaut foutenu de quatre ou fix
pieux , élever de buit ou dix pieds.
On laiffe là pendant huit ou dix
jours deffécher au Soleil le
mort ; lequel temps expiré , il eft mis
dans une foffe avec fon arc, fes fleches
, fon Cafpitagan on Sac à Petun
, fa Chaudiere , &c. car ils
croyent que dans le pays des Ames ,
La chaudiere eft neceffaire pour y
faire cuire le Mahis ou Bled d'Inde
qui s'y trouve , & dont ils font ce
qu'ils appellent Sagamite, qui eft
une espece de Bouillic de bled de
corps
du
GALANT
239
Turquie mellé dans l'eau , nos Algonkins
nemment cela Mitaminabou.
a Taoüinetchefdes Algonkins qui
cabanent dans l'Ile de Montreal
au lieu appellé Lorette, eftant allé
en parti avec fes freres de la
mefme Nation , chez les Anglois b
faire coup , il a efté tué & deux
de fa Brigade bleffez. On l'a pleuré
dans fon village en chantant An
Hi, An Hi, Manes de Taouinet,
a Ce mot fignifie Loutre , chez les
Hurons, Les Sauvages prennent fouvent
des noms d'animaux , comme Outagami
fignifie Renard , Attiquamck poiffon
blanc ; Mahingan veut dire Loup, & c.
ou b Faire coup, ftile Canadien où Sauvage.
Tous les partis en ce pays-cy où
il y a quelque rencontre d'ennemis où
furpriſe d'habitations s'appellent coups.
240 MERCURE
efprit des Chefs venez pleurer ,
An Hi , An Hi.
Les Sauvages
du a Saut S.
Louis , ceux de Lorete
dans Pfle
de Montreal
&d'autres
encore , ont
fait plufieurs
partis en differens
temps pour empefcher
les deffeins de
nos ennemis ; il n'en eft revenu aucun
de bleßé de ceux du Montreal
,
ils ont au contraire
tous amené de
prifonniers.
Legrand
b Goyogoüen
de cLo
a Lieu de plufieurs Cabanes Iroquoifes
, à environ une lieuë & demie de
Montreal , c'eft-à -dire Ville - matie , ville
de l'Ile de Montreal
bIroquois de laNation dire des Goyon
goien au Sud du Lac Ontario.
c Miffion de Mis de S. Sulpice au
Sud de l'Ile Iefus . Cette Ifle eft contigue
à celle de Montreal , la Riviere des
Prairies entre deux,
Tete
GALANT 241
Tete , en l'Ile de Montreal accompagné
de deux Sauvages de fa Cabane
& de quelques autres du Saut
S. Louis a efté à a Orange pour excufer
un coup que de jeunes Sauvages
du Saut de S. Louis avoient
fait fur des ↳ Mehingans , auprès
d'Orange. Le Goïogoüen haran .
gua en prefence des Iroquois , &
Gouverneur d'Orange des
Loups ; ilfut écouté, & l'on convint
qu'on d enterreroit la Hache, aprés
que l'Arbre de paix feroit planté.
du
a Une des principales villes de la nouvelle
York aux Anglois.
b Mot Algonkin qui fignific Loup
ce font des Sauvages qu'on appelle Loups
amis & alliez des Anglois .
c Pieter Schuiler.
d Expreffion fauvage, c'est - à- dire
l'on feroit la paix .
Fanvier 1707 .
X
que
242 MERCURE
Les Anglois nos voisins ayant
tenté de gagner par promeßes &
d'attirer chez eux les Sauvages du
village de Lorete, qui font Hurons,
Iroquois , Algenkins , &c. LeGrand.
nom , Akoüeffan ou la Perdrix,.
& celuy qu'on appelle le Petit Anglois
, tous trois grands Chefs ,
ont refufe abfolument de les écouter
, &ont declaré hautement & liª
brement qu'ayant abandonné
leurs corps pour fervir de bouelier
à a Onnontio, ils ne vouloient
pas mettre ce Bouclier
entre les mains de l'Anglois...
Nous avons cependant jugé à propos
d'envoyer à Orange trois Saua
Nom que les Sauvages nos Alliez
donnent au Gouverneur General de la
nouvelle France .
GALANT 243
vages du a Saut S. Louis & deux
de Lorete , pour declarer aux ANglois
que tous les Sauvages Chreftiens
ne reconnoiffoient & n'écou
toient b qu'Onnontio .
LeCanalde la cChine vers le Sud.
Qüeft de l'fle de Montreal , dont l'entrée
pour ceux qui viennent des
grands Lacs & d'end Haut commence
à une petite ance , vulgairement
appellée le Port à l'Angliche,
s'eft trouvé rempli de l'eau dufleuve
S. Laurent au Printemps dernier.
Cecanal eft d'environ 25.
30. arpens . Le Lac S. Pierre qui
aprés d'une lieuë & demie de longueur
, & qui eft dans l'Ifle , entre
a C'est un village d'Iroquois à une
lieuë & demie de Montreal ; il eft en terre
ferme à la côte du Sud, en tirant un peu
X ij .
244 MERCURE
vers l'Oüeft. Celuy de Lorete eft dans
l'Ile de Montreal vers le Nord- Oüeft ,
b Les Algonkins appellent le Gouver
neur General de Canada : Kitchi Oxima
Simaganich, ce qui fignific Grand Chef
des Soldats.
c Le nom de la Chine qui eft une côte
au Sud Oueft de l'Ile de Montreal ,
vient de ce que Mr de la Salle qui a eſté
envoyé du Roy pour découvrir le Miffiffipi
, crût que de là on pourroit trouver
un chemin pour aller à la Chine
dans l'ancien monde. Le Lac S. Louis
que l'on voit de cette Chine & le Lac
des deux montagnes lui paroiffans comme
une mer vafte,il fe forma cette idée,
dOn appelle icy le Haut le cofté de
la fource du fleuve S. Laurent depuis
Quebec , d'où je vous écris , jufqu'aux
grands Lacs ; & mefme au de- là des
Grands Lacs , ce font les Lacs Ontario ,
Erie , Huron , celuy des Ilinois , le Lac
fuperieur, c. Le bas, c'eft depuis Quebec
jufqu'à la mer ; ou pour parler exa-
&tement , c'elt depuis les Grands Laca
jufqu'à Quebec & au delà,
GALANT 245
Ville- Marie, lieu de la refidence
du Gouverneur de l'Ile de Montreal
& la Chine , adonné lieu , il y a
bien des années à cette entreprise.
Ce Canal achevé fera tres - utile
pour le commerce & la traitea avec
les Sauvages d'en haut, qui éviteront
par-là le rifque dub Saut S.
Louis pour venir au Montreal , &
fera une route fure & aisée pour tout
a On fe fert de ce nom en *Canada
au bord de la Riviere des Prairies , qui
eft la Riviere des Outaouais.
pour fignifier l'échange des caftors &
autre Pelleterie des Sauvages , avec des
marchandifes
de France .
b C'eft une affez longue chute d'eau
formée par des cailloux ou roches dans
la grande Riviere. Elle commence à peu
prés, au lieu appellé Verdun dans l'ifle
de Montreal . L'Ile des Herons le rencontre
vers le milieu du Saut S. Louis.
X iij
146 MERCURE
se qui pourra nous venir des grands
Lacs & d'en haut . Quebec qui
fournit par fes Barques au Montreal
des marchandifes de France ,
છે qui reçoit de cette ville - cy des-
Caftors en échange , fentira quelque
jour l'utilité de ce Canal, auſi-bien
que tout le Canada en general, auffitoft
qu'on y aura mis la derniere
main.
L'hyver , Monfieur, l'hyver cetse
faifon cruelle , l'hyver, dis-je , a
efté modéré cette année en Canada,
mais les chaleurs ont efté exceſſives.
Qui le croiroit à Paris & en France
qu'on put avoirfi chaud en un pays
où l'on s'imagine que le nez gèle
de dix pas en dix pas En Efté le
Thermometre a monté jusqu'an 80.
degré . Il est vray qu'il n'eft pas de
lafaçon de few Mr Amontons.no
GALANT 247
Bre ami de l'Academie des Sciences.
Le Tube de Thermometre de cet
Academicien eft plus étroit que celui
d'Hubain , ou de de Ville .
On a trouvé à Montreal un Serpent
dans un`oeuf, que l'on a mis dans
une bouteille d'eau- de- vie ; on l'a
envoyé de cette maniere à Mr Sarrafin
, un de nos Chirurgiens Majors
, habile Anatomifte . Vous , Mr,
quifrequentezl'Academie des Sciences
, ne vous fouvenez- vous pas des
Difcours Anatomiques que Mr
de Tournefort à reçus d'icy , de
ce Mr Sarrazin & qu'il a lù en
pleine Academie , toute l'Affemblée
y applaudiffant ? Celuy du Caftor
eft d'un détail exačť rien n'eft
échapé , touty eft marqué avec une
précifion , une metteté & une jufteffe
defile que tous les gens de l'Art
j
Xiiij
248 MERCURE
n'atrappentpasfacilement, Sçavoir
bien diffequer & raifonner jufte fans
rien obmettre de ce dont on a fais
l'Anatomie , n'eft pas une choſe , à
mon avis , facile & qui fe rencontre
indifferemment dans le commun des
perfonnes du métier.
Le Canada fe peuple plus que
jamais. Noftre cofte du Nord eftprefwe
toute habitée à preſent , depuis
Québec jusqu'à l'Ile de Montreal,
Ily a des habitans à la riviere
Ouamachis , & encore à la riviere
du Loup , au Nord eüeft du a Lac
faint Pierre. Cela ira jufqu'à celle
a Ce Lac eft à trois lieuës au-deffus
de la Ville des trois Rivieres . Il a fept
lieues de long & quatre dans fon plus
/ large. Les trois Rivieres font à trente
lieuës de Québec, en montant le Fleuve
Saint Laurent,
GALANT 249.
de a Maskinongé , fi on a un peu
depatience. Nos Canadiens , fur
tout ceux de l'Ile de Montreal ,
qui eft la Touraine de la nouvelle
France , s'appliquent avec
courage àfaire des Torles , des Dro
guets, des Bas,&c. Les Moutons ,&
les Brebis fe multiplient , & parce
moyen on a des laines . Etqui a-t - il
de plus heureux qu'un Habitant
qui peut vivre en paix du lait de
fes Brebis, & qui de leur toifon voit
filerfes habits ?
b L'ancien Evefque de Québec
qu'on appelle icy tout court , Mon
Riviere au Nord- oüeft du Lac S
Pierre , dont l'embouchure dans ce Lac,
eft proche les lles de Richelieu , qu'on
appelle icy les les du Lac S. Pierre. "
b Monfeigneur de Laval , premie
Evefque de la nouvelle France
250 MERCURE
feigneur l'Ancien , fe porte à
merveille : il a quatre- vingt - cing
ans (fi je ne me trompe ) c'est un
grand vieillard , tout blanc , d'un
port majestueux , respectable aux
Sauvages comme aux François ;
vous le prendriez pour un Ambroife
ou un Athanafe ,fon exterieux go
fon abord impriment de la venera
tion . Monfeigneur l'Ancien eft d'un
grand fecours dans les conjonctures
prefentes ; Monfeigneur de a S. Vallier
demeurant toujours prifonnier
en Angleterre. Le premier dans un
figrand age , faisant presque toutes
Les fonctions de l'Epifcopat, & l'autre
comme un autre S. Paul , dans une
a Mr l'Abbé de Saint Vallier , cydevant
Aumônier du Roy , nommé à
I'Evefché de Québec en 1688. Mr de
Laval s'étant démis .
GALANT 251
prifon dure , fachcufe & longue ,
demeurant avec une conftance étonante
, foumis aux ordres du Seigneur
qui fait pourvoir à ce qui
paroit le plus abandonné , tont conf
pirant au bien de ceux qui l'aiment.
On a perdu cette année en Canada
un ancien Milionaire de Sa
Sulpice; c'eft Mr Barthelemy. Zes
Abbez de Fénelon , de Caylus &
d'Urfé , tous parens d'Archevefques
ou d'Evefques , ont traverse
avec luy des Contrées deferies &
immenfes pour gagner des ames à
Dieu, Mr Barthelemi s'appliqua
dés le commencement de fa Mion
à bienfçavoir la langue Algonkine,
Langue que prefque toutes les Nasiont
du Nord , en Amérique , parbent,
à quelques Dialectesprès. La
252 MERCURE
langue Hurone n'est point fi éten
duë, L'Ile de Montreal & celles
qui font adjacentes à l'Ouest & au
Nord, étoient au deffous de fon zele.
Les Nipiffiriniens , les Timiskaming
, les Outaoüacs , &c.
tous Sauvages qui parlent Algonkin
, l'écouterent comme un Oracle.
Kinté , Village Sauvage , an
Nord du Lac a Ontario fut quelque
temps le theatre de fes travaux
Avec Mr l'Abbé d'Urfé ; Mr Barthelemy
eftoit le pere des Algonkins :
toujours aimé , toujours respecté z
regretté également des François
& des Sauvages . Le Seigneur Pa
tiré du monde pour le faire jouir
d'une meilleure vie. Son principal
caractere eftoit la fincerité , quoique
d'un pays où cette qualité est fort
équivoque.
Ce mot fignifie , beau Lac,
GALANT 253
i
Voicy les promotions des Officiers
du détachement des troupes
de la Marine dans la nouvelle
France. Mr le Chevalier de
Longüeil , frete de Mr d'yberville
&fameux Officier de Marine , a la
place de Major de a Montreal
qu'occupoit cy-devant Mr de la Val
Liere , que vous avez vù mourir à
Verfailles l'année derniere . Mr de
Muis qui eft Capitaine & b Major
des troupes , eft Lieutenant de Roy
en l'Ile de c Cayenne , Mr du Mef
a Montreal fe prend icy , non pour
P'Ile de ce nom , mais pour la Ville de
l'Ifle.
b Major de Montreal , ou de Ville
Marie , & Major des troupes , font deux
emplois differens.
Ifle appartenante aux François ,
dans l'Amérique Méridionale , fur la
côte de la nouvelle Andaloufic. Cette
Ifle.cft au cinquiéme degré de latitude.
254 MERCURE
milà la place de Major qu'avoit Mr
de Muis . Mr de Repentigny , lefils,
& Mr de la Corne , tous deux Lieutenans
ont efté faits Capitaines.
Quant aux Officiers de Judicature ,
Mr Defchambault , cy- devant Procareur
du Roy, a eftèfait Lieutenant
General , de la Jurifdiétion de Montreal,
à la place deMrJuchereau , mort
Au Miſſiſſipy;& Mr Raimbault qui
faifoit auparavant l'Office de Gref
fier , eft à prefent Procureur du Roy.
Du Miffiffipy.
Ilfaut vous dire un mot du Miffilipi
, Pays conna fous le nom de
Loüifiane , qui fait partie de la
Floride ; une lettre de ce Pays découvert
, par Mrde la Salle & par
Mr d'Yberville , fous les ordres de
Loüis le Grand , marque qu'il eft
mort quelques perfonnes à la Mo.
GALANT 255
que
bile , qui eft le lien da Fort- Louis
& de la principale Habitation des
François en ce Pays. Vous fçavez
l'on a laiffe le Fort des Bilocchi
, & que la Mobile eft une
riviere affez large , dont l'embou
chure , dans le Golphe du Mexique,
eft au trentiéme degré de latitude, &
que c'est là où les Vaiffeaux que le
Roy envoye à Loüifiane , abordent.
Les Sauvages appellez Mobiliens ,
ne font pas fort éloignez du Fort-
Louis. Ils ont un Village proche de
la riviere qui porte leur nom ; &
au Nord- eft de leurs habitations fe
trouve une autre petite riviere , ce
quifait une espece de fourche en cet
endroit. Les Mobiliens font peæ
nombreux ; ils paroiſſent aſſez trai.
tables.
Nous avons fait, alliance, avec
256 MERCURE
le
35.
les Chicachas , nation confiderable.
Leur Villages font vers
degré de latitude Nord. Les Tamaroa
Sauvages , tres - connus dans
la Floride , font fort de nos amis.
Les Anglois envieux , fur tout ceux
de la Caroline , invitent par des
prefens , les Chaoüenons , Les
Alibamons & autres nations Sauvages
des environs de la Mobile ,
& de la riviere du S. Efptit , àfe
donner à eux ; mais ces Sauvages
nous connoiffant la plupart avant
eux , fçauront prendre le plus fur ,
en regardaut toujours le a François
comme leur pere.
Avant que de fermer ma lettre,
wous ne ferezpeut - etre pas faché de
Expreffion ordinaire des Sauvages,
Alliez des François ... le François ,
( au fingulier , ) pour dire les François .
...
GALANT 257
3
par
Sa Mufçavoir
que le Heros aura pour fon
retour dans fon Bord cinq cens hommes
, ou environ entre les Paffagers
font Mr de Galifet , Lieute
nant de Roy à Montreal ; ce Mr eft
fiere d'un Gentilhomme de mefme
nom , qui eftoit Lieutenant de Roy
à Saint Domingue & que vous
avez vù mourir à Paris en 17052
Mr de Muis , nommé
jesté à la Lieutenance de Roy dans
l'Ifle de Cayenne , je pense vous
avoir dit ce que c'est que cette
Ifle. Mr de Breslay , zelé Milionaire
de S. Sulpice , paffe auffi en
France. Ileft Deputé de la part de
la Nation Algonkine, & en patticulier
des Nipiling , auprès de
Kitchi okima Mittigouch , c'està-
dire , le grand chef des Fran-
Fanvier 1797,
Y
258 MERCURE
çois , pour paffer le a grand Lac
avec luy, Deux Sauvages Nipiffiniriens
, doivent l'accompagner »
& porter les prefens. Si vous etes
Verfailles dans le temps de l'Ambaſſade
Canadienne , vous verrez
entre ces prefens , un magnifique
colier de Porcelaine . De vons
marquer icy ce que c'eft que ces Coliers
de Sauvages , c'est ce que je ne
puis faire ; tout le monde dit que
Pon va mettre à la voile Le porteur
attend, & le Canot retourne
au Vaiſſeau pour la derniere fois.
D'ailleurs , Monfieur , vous devez
eftre inftruit pleinement de ses chofes
par mes premieres lettres. Je ne
fçaurois neanmoins m'empeſcher
d'ajouter encore icy une chofe , qui
a Le grand Lac , c'eſt la Mer , felon
le ftile des Sauvages,
GALANT 259
1
eft que Mr de Breslay a travaillé
tres- utilement au Canal de laChine
dont ie vous parle dans cette lettre.
C'eft un homme qui l'entend 3 èl a
sefté ci-devant Ingenieur à Dunkerque
, mais à preſent il met zout
fon genie à gagner des Sauvages à
Dieu... Mr d'Auteuil, Procureur
General da Confeil Souverain de la
nouvelle France , eft auffi un des
paffagers . De vous en dire davan- "
tage , ce feroit vous mettre en rifque
de ne recevoir aucune nouvelle de
moy. Des Vailleaux que nous ne
voyons icy qu'une fois l'année , ne
font pas de ces chofes indifferentes ;
il faut les ménager. Lefieur Balrafts
, Secretaire de Mr Raudot ,
noftre Intendant , traverse aui ba
mer & repaffe en France ; mais
Y ij
1
260 MERCURE
f
avec des bas de foye . a Il a donné,
dit-on , avant que de paſſer en Canada
, des Paffeports qui n'eftoient
paint legitimes , & cela l'emba.
raffe maintenant plus que jamais .
Je fuis ,
MONSIEUR ,
Vôtre tres-humble & tresobéïffant
ferviteur &
amy , S. * * *
a Bas de foye eft ce qu'on apelle lès.
fers au pieds .
Il paroift depuis peu un
Livre intitulé , Hiftoire de la
Sultane de Perfe & des Vifirs
Contes Turcs , compofez en lanGALANT
261
gue Turque par Chéc Zadé , &
traduits en François .
Chéc Zadé étoit Precepteur
d'Amurat II. Empereur Ottoman
, qui ayant remarqué que
ce jeune Prince avoit une trop
forte inclination pour le beau
fexe, compofa ce Livre, autant
pour le divertiffement du Prince,
que pour luy rendre les femmes
fufpectes , & luy faire connoiftre
qu'elles eftoient dangereufes,
afin d'empêcher qu'il
ne s'y attachaft trop fortement
. Le noeud de cette Hif
toire regarde le fils d'un Roy
qui promettoit beaucoup , &
262 MERCURE
qu'il mit fous la difcipline du
celebre Aboumafchar Mathematicien
, Philofophe & Aftrologue
, qui ayant connu par
l'horofcope qu'il tira de ce
Prince , qu'il étoit menacé d'un
terrible malheur pendant 40 .
jours fi pendant tout ce temps
il difoit un feul mot à qui que
ce fuft , luy défendit de parler
jufquà la fin des 40 jours .
Cette défenſe produifit un incident
qui fut fur le point de
luy faire perdre la vie . Le Roy
fon pere l'ayant fait venir devant
luy , & l'ayant interrogé
fur plufieurs chofes , il n'en
GALANT 263
put tirer une feule parole , ce
qui obligea le Roy qui eftoit
marié en fecondes nôces , de
l'envoyer chez la Reine fabelle
mere , qui fentoit pour luy
une paffion fi violente qu'elle
n'en pouvoit eſtre la maitreſſe.
Elle ne put s'empecher de luy
découvrir l'amour qu'elle fentoit
pour luy ; mais il ne fit
aucune reponſe . Elle pouffa la
chofe fi loin qu'elle luy prol'empoifonnement
de fon
pere en luy faifant voir la facilité
des expediens qu'elle
avoit trouvez pour l'execution
de cette entrepriſe , par le
pofa
264 MERCURE
moyen de laquelle il pourroit
monterefur le Trône . Ce Prin
ce voyant la fureur de ſa paſfion
, & qu'il commençoit à
avoir de la peine à fe débarraffer
de cette Princeffe , fe trouva
obligé de luy donner un
coup de poing dans les dents
qui la mit tout en fang , ce qui
changea tout d'un coup l'amour
de la Reine eu une haine
furieufe . Elle apella au fecours ;
elle fe lamenta ; le Prince fe
retira ; le Roy arriva , & elle
luy dit que le Prince avoit
voulu la forcer , & qu'il luy
avoit propofé de le faire mouGALANT
265
rir en luy promettant de l'époufer,
& en luy en faifant voir
les moyens. Le Roy refolut
.auffi - toft de faire mourir fon
fils ; mais il en fut detourné
par une hiftoire que luy raconta
fon premier Viſit , &comme
il en avoit 40. dont chacun luy
raconta chaque jour une hiftoire
pour empêcher l'effet de
ce qu'il avoit refolu , il differá
cette execution pandant 40 .
jours ; mais ce Monarque allant
tous les foirs chez la Reine
cette Princeffe luy racontoit
auffi une hiftoire par laquelle
elle détruifoit celle qui luy
Janvier 1707 .
Z
266 MERCURE
avoit efté raportée ce jour -là
par l'un de fes Vifirs , ce qui
fait 80. hiftoires , fçavoir 40.
raportées par les Viſirs , & 49 .
par la Reine, Le premier Tome
en contient 10. contées par
les Vifirs , & ro, par la Reine ,
ce qui doit tenir l'efprit du
Lecteur en fufpens jufqu'à la
fin du quatriéme Tome , où fe
verra le denouement de l'hif
toire qu'il eft bon de luy ca
cher , afin que la lecture des
quatre Volumes luy donne
plus de plaifir , & qu'il les life
avec plus d'avidité , afin d'être
éclairci du fort du Prince in-
१
GALANT 267
fortuné qui en fait le principal
fujet .
Il y a environ 25 ans que
M de la Croix Pétis , Secrecretaire
Interprete des Langues
Arabe , Turque , & Perfane
traduifit cet ouvrage étant en
core fort jeune , pour continuer
fes exercices en langue
Turque qu'il fçait parfaite
ment , s'étant perfectionné en
cette Langue , dans les voyages
qu'il a faits au Levant
ce qui luy a fait meriter une
Chaire de Profeffeur . On n'a'
mis que le nom de Pétis dans
la Preface l'Autcu ne cher-
羞
Z ij
268 MERCURE
chant point à fe faire connoi
tre par un ouvrage de la nature
de celuy dont il s'agit . Cependant
il eft conftant que
jamais Livre n'a commencé
d'une maniere plus capable
d'attirer l'attention du Lecteur
, & de faire fouhaiter d'en
voir la fuite. Jamais on n'a veu
tant d'incidens, tant de varieté,
& tant de chofes merveilleufes
enfemble , parmy lefquelles il
fe trouve une morale qui peut
eftre d'une grande utilité à
ceux qui reflechiffent fur ce
qu'ils lifent. Ce Livre ſe vend
chez la veuve de Claude BarGALANT
269
bin au Palais fur le Perron de
la Sainte Chapelle
.
L'Auteur a traduit prés de
60. Volumes d'Hiftoires & de
Sciences qu'il ne juge à propos
de faire imprimer que dans un
temps ou l'Empire des Letfera
plus à la mode que celuy
de Mars.
Il paroift auffi depuis peu
chez Claude Cellier Libraire
rue Saint Jacques , vis-àvis S.
Yves à la Toifon d'Or , un
Poëme intitulé : Les Voyages
dans Paris. Le but de l'Auteur
a cfté de faire voir la grandeur
de Paris , par une peinture in-
Z iij
270 MERCURE
genieufe & divertiffante
de
toutes les avantures
qui peuvent
arriver lors qu'on eft
obligé de traverfer cette gran-
Ville d'un bout à l'autre .
Pierre II. du nom Roy de
Portugal , mourut d'apoplexie
a Lifbonne , le 9 , du mois
dernier , dans la 57. année de
fon âge. Il eftoit fecond fils
de Jean IV . Roy de Portugal ,
qui remonta fur le Trône qu'avoient
autrefois occupé fes Anceftres
, & Alfonfe fon frere
aîné ayant eſté déclaré incapable
de gouverner
, il fur déclaré
Regent du Royaume
, le 12
"
GALANT 276
Novembre 1667. Il épouſa
pendant fa Regence la femme
de fon frere aîné qui avoit efte
déclaré impuiffant , Marie -Eli
fabeth - Françoife de Savoye ,
fille de Charles- Amedée de Savoyc,
Duc de Nemours, &d'Elifabeth
de Vendôme ; tante de
Monfieur le Duc de Vendôme ;
cette Princeffe qui eftoit Locur
de Madame la Ducheffe douairiere
de Savoye , laiffa une Princeffe
Infante de Portugal , qui
ne luy furvêcut que de quelques
années. Ce Prince eftant
encore Regent , fit la Paix avec
le Roy d'Eſpagne le 12. Fe-
3
Z iiij
272 MERCURE
vrier 1668. & par ce Traité il
affermit la Couronne dans fa
Maiſon. Il époufa en 1687.
en fecondes nôces Marie - Sophie-
Elifabeth de Neubourg ,
dont il a eu deux fils & quelques
Princeffes. L'aîné des Prin
ces eft celuy qui luy vient de
fucceder fous le nom de Jean
V. Cette Princeffe , qui mourut
il y a environ quatre ans ,
eftoit foeur de l'Imperatrice
Douairiere ; de la Reine Douairiere
d'Eſpagne ; de la Princeſſe
Sobieski , & de la Ducheffe de
Parme . Le Monarque dont je
Vous apprens la mort eftoit
GALANT 273
forti du mariage du Roy Jean
IV. dit le Fortuné, & de Loüife
fille de Jean Emmanuel Perez
de Gufman , Duc de Medina Sidonia;
le Roy Jean IV. mourut
à Lifbonne d'une retention d'u
rine le 6. Novembre 16'56 .
Il avoit cu trois fils , Theodofe
mort jeune , Alfonfe- Henry ,
Roy aprés fon pere , & mort
le 12 , Semptembre
1683. &
Dom Pedro qui vient de mourir.
Jean IV. eftoit le plus
proche heritier de la Couronne
; & il monta fur le Trône
de Portugal en 1640. Les Efpagnols
s'eftoient rendus maî
274 MERCURE
tres du Royaume aprés la mort
des Rois Dom Sebaſtien & du
Cardinal Henry ſon grand oncle
, l'an 1580. & ils garderent
cet Etat fous les regnes de Phi-
Hippes II . de Philippes III. &
Philippes IV . mais fur la fin
de l'an 1640. les Portugais qui
fe laffoient d'eftre gouvernez
par des Vicerois , & qui cftoient
tres- mortifiez de ce que le Portugal
n'eftoit qu'une Province
d'Espagne , couronnerent le
Duc de Bragance le 1. jour de
Decembre de l'an 1640. En
1643. il prit Salvatierra , & il
gagna une bataillé confideraGALANT
275
ble fur les Eſpagnols , prés de
Badajos l'année fuivante. En
1649. & en 1654. il remporta
auffi de grands avantages fur
les Hollandois dans le Brefil , &
il leur prit le Recif. Il eftoit
fils de Theodofe II . Duc de
Bragance , & d'Anne fille de
Jean Fernandés de Velafco ,
Connêtable d'Efpagne ; Theo
dofe avoit auffi eu de ce mariage
, Edouard qui fervit affez
longtemps en Allemagne , où
il fut arrefté l'an 1641. & conduit
de Ratisbonne au Châ
teau de Milan , où il mourut en
1649. Theodofe II. Conne
276 MERCURE
table de Portugal , mourut à
Villa-viciofa , le 29. Novembre
1630. Il eftoit fils de Jean
I. Conneftable de Portugal ;
celuy - cy traita de fes droits à
la Couronne de Portugal avec
Philippe II . Roy d'Eſpagne ,
qui le fit Chevalier de la Toifon
d'or en 1581. Il mourut.
l'année fuivante ; il laiffa de
Catherine , fille puifnée d'Edouard
de Portugal , Duc de
Guimaranez outre Theodofe
II. dont je viens de parler .
Edouard , tige des Ducs d'Oropeza
, Alexandre Archevêque
d'Evora , Philippe mort
GALANT 277.
•
jeune , Marie promiſe au Duc
de Parme , & Marie femme de
Jean Fernandés Pacheco. Jean
I. eftoit fils de Theodofe I. &
d'Ifabelle fille de Denis de Bragance
, Comte de Lemos , fa
premiere femme . Theodofe I.
prit une feconde alliance avec
Beatrix de Lancaftre , fille de .
Louis I. du nom , Grand Commandeur
de l'Ordre d'Avis , &
de Madelaine de Grenade , dont
il laiffa Jacques tué à la funefte
Bataille d'Alcaçar , en
1578. Elifabeth femme de
Michel de Menezés , premier
Duc de Camigna , morte fans
278 MERCURE
enfans . Theodofe I. eftoit fils
aîné de Jacques & d'Eleonor
de Gufman , fille de Jean Duc
de Medina Sidonia & d'Ifabelle
de Velafco ; ainfi il y a une
double alliance entre la Maifon
Royale de Portugal & cclle
de Velafco , dont Mr le Conneftable
de Caftille eft aujour
d'huy le Chef. Jacques eut
beaucoup de part aux bonnes
graces du Roy Emanuel qui le
defigna en 1498. Roy de Por
tugal , s'il mouroit fans enfans.
Ce Monarque luy donna en
513. le commandement
d'une
armée qu'il envoysen Afri
GALANT 279
-4
que. Jacques eftoit fils aîné de
Ferdinand II. du nom & d'E
leonore de Menezes , fille de
Pierres, Comte de Villareal.
Ferdinand II . eut le malheur de
tomber dans la difgrace du
Roy Jean II. qui luy fit couper
la tefte à Evora le 21. Juin
de l'an 1643. Ferdinand avoit
pris une feconde, alliance avec
Ifabelle fille de Ferdinand de
Portugal , Duc de Vifeo ; il en
eut Philippe , mort fans pofte
rité , Jacques , dont je viens de
parler , Denis , tige des Comtes
de Lemos , Alfonfe , Comman
deur de l'Ordre de Chrifty &
280 MERCURE
deux filles mortes jeunes. Ferdinand
II. eftoit fils de Ferdinand
I. Ducde Bragance , Marquis
de Villaviciofa , &c. Gouverneur
de Ceuta , mort en
1494. & enterré dans l'Egliſe
des Auguftins de Villaviciofa ,
qu'il avoit fondée , & deJeanne
de Caftro . Ferdinand laiffa de
cette Dame , outre Ferdinand
III. Jean Marquis de Montemajor
, Conneftable, de Portugal
, mort fans laiffer d'enfans
d'Elifabeth de Norogna fa
femme ; Alvarés , Comte d'O
livença , tige des Marquis de
Perreira ; Alfonfe , Comte de
GALANT 281
Faro qui a fait la branche des
Comtes d'Odemira , &c. Ferdinand
I. eftoit fils aîné d'AL
fonfe de Portugal & de Beatrix
de Pereira , fille & heritiere
d'Alvarés Pereira, Conneftable
de Portugal ; Alfonfe Comte
d'Ourem , qui a fait la branche
des Comtes de Vimiofa , eftoit
fils aîné d'Alfonfe , & celuy- cy
cftoit fils naturel de Jean I. Roy
de Portugal , qui l'avoit cu d'Agnés
Perez , une des plus belles
perfonnes de fon temps.
M'le Prince Louis - Guillaume
de Bade Maréchal de Camp
General des Troupes de l'Em-
Fanvier 1707.
A a
282 MERCURE
pereur & de l'Empire , eft
mort aprés une longue maladie
dans fon Château de Raftadt.
Il laiffe plufieurs enfans
de la Princeffe N ... de Saxe-
Lawembourg fon époufe . Il
eftoit fils aîné du feu Prince
Ferdinand Maximilien de Bade
& de la Princeffe Loüife Chretienne
de Savoye fille de Thomas-
François de Savoye Prin
ce de Carignan , Grand-Maître
de la Maifon du Roy &c,
& de Marie de Bourbon - Soiffons
. Le Prince dont je vous
aprens la mort étoit né à Paris
dans l'Hôtel de Soiffons en
GALANT 283
1654. & il avoit eu l'honneur
d'eftre nommé par le Roy fur
les fons de Baptême
; quoyqu'il
n'ait vêcu que cinquantedeux
ans , il n'a pas laiffé de
meriter la reputation d'un des
plus grands Generaux de l'Èurope
; ayant fouvent commandé
en chef avec beaucoup
de fuccez .:
Ce Prince fe rendit maiftre
de laBoffine en 1688.il battit les
Turcs l'année fuivante en trois
occafions differentes à Jagodi
na , à Neffa & à Vidin ; il
gagna la celebre Bataille de
Salankemen en 1691. & aprés
A a ij
284 MERCURE
cette grande Journée ou il ac
quit tant de gloire , l'Empe
reur luy donna le commandement
de fes Troupes fur le
Rhin ; il y a prefque toujours
fervi depuis.
Le Prince Ferdinand Maximilien
fon pere eftoit fils aîné
de Guillaume Prince de Bade
Chevalier de la Toifon d'Or
& Juge de la Chambre Imperiale
de Spire , & de fa premiere
femme qui eftoit de la maiſon
de Hohenzollern . Guillaume
eftoit fils d'Edouard le Fortuné
& celuy - ci eftoit fils de la Princeffe
Cecile , fille de Guftave
GALANT 285
I. Roy de Suede. Le Prince
Edouard de Bade fut nommé
le Fortuné à caufe des avantages
continuels qu'il remporta ,
& de la faveur qu'il cut auprés
des Empereurs fous lefquels il
vêcut. Edouard eftoit neveu
de Philibert qui fut tué à la
Bataille de Moncontour en
1969. & fils de Chriſtophle qui
ſe diſtingua dans fon fiecle par
un grand nombre d'actions
de valeur. Ce Chriſtophle étoit
fils de Bernard de Bade & de
Françoiſe de Luxembourg.
Bernard eftoit frere aîné d'Erneft
qui a fait la branche de
,
286 MERCURE
que
Bade - Dourlach. Il avoit enco
re pour frere Jacques Archevê
de Treves , mort en 15 II.
ils eftoient tous fils de Chriftophle
qui étoit fils aîné de Jacques
de Bade & de Catherine
de Lorraine fille de Charles I.
Duc de Lorraine & de Marguerite
de Baviere. Ce Chriſtophle
fit une convention avec
Philippes , Marquis d'Hochbergle
24. Aouft de l'an 1490 .
C'eftoit un teftament mutuel ,
par lequel fe reconnoiſſant
tous defcendus de la même famille
, ils fe donnoient leurs
biens reciproquement en cas de
*
GALANT 287
mort fans enfans . Ce Teftament
fut confirmé en 1499.
par l'Empereur Maximilien I.
Philippe mourut en 1503. &
ne laiffa de Marie de Savoye
fon époufe qu'une fille unique
nommée Jeanne , Marquife de
Rothelin & de Neufchaftel en
Suiffe , qui épouſa l'an 1504.
Louis d'Orleans I. Duc de Longueville,
&c.Chriftophle herita
des autres terres, Jacques de Bade
dont je viens de parler , def
ccndoit du celebre Herman de
Bade , qui fonda un Monaftere
à Backenaw en 1116. & dont
Bruno Evêque de Spire confir
288 MERCURE
ma la fondation ; Herman fils
de ce dernier augmenta enſuite
confiderablement cette fondation.
On a efté jufqu'à preſent
fort embaraffé fur l'origine de
l'illuftre Maiſon de Bade , les
uns la faifant defcendre des
Rois Goths , d'autres desUrfins,
& d'autres des Seigneurs de Ve
ronne. On dit que Frederic Barberouffe
honora de fon amitié
Herman de Veronne qui fuivit
ce Prince en Allemagne , & que
Frederic luy donna le Marquifat
d'Hochberg . Il y en à d'autres
qui prétendent qu'Hochberg
avoit des Marquis du
temps
GALANT 289
temps de l'Empereur Conrad
II. qui commença de regner en
1024. ils difent que la Maifon
de Bade vient des Comtes de
Vindoniffe , &
d'Altembourg,
& des Ducs de Zeringhen . Le
PrinceGuillaume de Bade ,ayeul
de celuy qui vient de mourir, étoit
un des plus fçavans Princes
de l'Europe . Haimoit les Sciences
& ceux qui les cultivoient .
Sa Maifon de Raftadt leur étoit
toûjours ouverte , & le titre
feul d'Homme de Lettres leur
y donnoit entrée .
MN.... de la Leigne
Marquis de Sainte- Hermine
Fanvier 1707 .
Bb
290 MERCURE
Lieutenant General , & Infpecteur
de la Cavalerie , & des
Dragons de l'Armée d'Allemagne
, mourut à Verſailles le
14. de Janvier , d'une fluxion
de poitrine. Il eftoit frere de
M' le Comte de Sainte- Hermine
qui a époufé Mlle de Putanges
; de M' l'Abbé de Sainte-
Hermine , auffi refpectable
par la vertu que par fa doctrine
, & de M la Comteffe de
Mailly , mere de M de la
Vrilliere & de Liftenoy. Il
eftoit petit-fils de Dame N...
d'Aubigné , fille du celebre
Agrippa d'Aubigné , Gouveres
GALANT 201
neur des Ifles d'Oleron , & d'une
fille iffuë de l'illuftre Maifon
de Lufignan . Je vous ay
fouvent parlé de Mr d'Aubi
gné , qui fut auffi recommandable
au commencement du
dernier ficcle , par la fidelité
qu'il garda jufqu'au dernier
foupir au Roy Henry le Grand
fon maiftre , que par les doctes
ouvrages qu'il nous a laiffez ,
& qui font autant de marques
de fa profonde érudition ; il
eftoit ayeul de Madame de
Maintenon & bifayeul de Mr
de Sainte - Hermine dont je
Vous apprens la mort. La Mai-
Bb ij
292 MERCURE
fon de la Leigne Sainte - Hermine
eft une des plus confiderables
du Poitou , où elle eftoit
connue dés le temps que cette
Province avoit fes Ducs particuliers
; c'eft- à- dire avant le fiecle
de Saint Louis , puifqu'Eleonore
de Guyenne qui époufa un
de nos Rois , eftoit Souveraine,
du Poitou . La Maiſon de Sainte-
Hermine eft alliée à celles
de Lufignan & de Villette , parce
que la feconde fille d'Agrippa
d'Aubigné époufale grandpere
de Mr le Marquis de Villette
, à celles de la Rochepofay
, qui a donné un Evêque à
GALANT 293
l'Eglife de Poitiers , & à plufieurs
autres de ce rang , qui
font originaires de Poitou , ou
qui font établies dans l'Anjou ,
& dans les Provinces voisines .
Mr le Marquis de Sainte- Hermine
que nous venons de perdre
, joignoit à l'éclat de fa
naiffance des qualitez perſonnelles
, qui le font
regretter de
tous ceux qui le connoiffoient ;
il avoit donné des marques de
fa valeur & de fa conduite ,
dans toutes les occafions où il
s'eftoit trouvé , & il avoit l'ef
prit auffi élevé que le coeur ;
il l'avoit cultivé par de longues
Bb iij
294 MERCURE
lectures & par de folides reflexions
fur tout ce qu'il avoit lû,
& fur tous les évenemens de la
vie.
Dame N... de Sublet d'Heudicourt
, épouſe de Mre N...
de Cordebeuf de Beauverger
Marquis de Mongon , eft morte
au commencement du mois
de Janvier. Elle eftoit allée en
Auvergne , où Mr de Mongon
s'eftoit rendu de l'Armée pour
y voir leur famille , & y regler
Ícurs affaires ; mais ayant efté
furprife d'une colique à Clermont
, elle y eft decedée. Elle
eftoit Dame du Palais de MaGALANT
295
dame la Ducheffe de Bourgogne
, dont elle eftoit fort confiderée
, ainfi que de toute la
Cour . Elle avoit époulé Mr
le Marquis de Mongon Licutenant
general , ci- devant Colonel
du Regiment de Cuiraffiers
, & Directeur general de
la Cavalerie en Italie. Il eft fils
aîné de feu Mr le Comte de
Mongon , d'une des meilleures
Maifons d'Auvergne . Mr
le Chevalier de Mongon , Capitaine
aux Gardes , & qui a
autant d'efprit que de valeur ,
eft frere de Mr le Marquis de
Mongon. M la Marquife de
Bb iiij
296
MERCURE
·
Mongon , qui vient de mourir,
eftoit fille de feu Mr le Marquis
d'Heudicourt , grand Louvetier
de France , & de D° Anne
de Pons,foeur de Mola Comteffe
de
Mioffens - Albret . La terre
de Pons eft en
Xaintonge ;
ceux qui la
poffedent prennent
la qualité de Sire. M la Marquife
de Mongon eftoit ſoeur
de Mr le Marquis d'Heudicourt
, Meftre de Camp , &
de Monfieur l'Abbé d'Heudicourt
, Docteur de Sorbonne
& Grand Vicaire de
Chartres ,
autant diftingué par la vertu
que par fa doctrine ; il demeu
GALANT 297
re dans la Communauté de S.
Sulpice . M de Mongon laiſſe
un fils , qui , bien que
2
dans
une
grande
jeuneffe
, eft déja
Meftre
de Camp
. La Maifon
de Sublet
eft
connue
en France
depuis
le regne
de François
I. &
Mr
Defnoyers
qui
eftoit
de
cette
maiſon
, eftoit
Secretaire
d'Etat
fous le
dernier
regne.
Il eftoit
bienfaiteur
de la maifon
du
Noviciat
des
Jefuites
dans
l'Eglife
defquels
on voit
fes
armes
. Cette
maiſon
a produit
plufieurs
autres
perfonnes
de merite
, qui
ont
rendu
de
grands
fervices
à nos Rois
.
298 MERCURE
Dame Perrette Meufnier ,
veuve de Mr Claude de Bullion
, Marquis de Longchefne
& d'Attilly, eft morte dans un
âge fort avancé . Elle avoit paffé
un long vcuvage dans l'e
xercice des vertus Chrétiennes;
elle étoit d'une ancienne famille
de Paris qui a donné plu
ficurs perfonnes de merite aux
Cours Superieures . Mr le Marquis
de Longchefne a laiffé dé
cette Dame Mr le Marquis de
Longchefne , qui a épousé
Dame N.... de la Ferté , fille
de feu Mr le Maréchal Duc de
la Ferté & feu Mr le Marquis
GALANT
d'Attilly qui a laiffé des
THEODE
99
offans
VILLE
DELAT
de Dame N.... de Beauveatr
du Rivau , fille de feu Mr le
Marquis de Rivau qui avoit été
Capitaine de la Compagnie des
Suiffes de feuë Son AlteffeRoyale
Monfieur Gafton de France .
Cette Dame a épousé en ſecondes
noces Mr le Comte de
Barville , Gouverneur du Fort
de Barreaux fur la Frontiere de
Dauphiné & de Savoye ; &
Dame N... de Bullion , épouſe
de M™ N.. de la Tour de Choifinet
, d'une illuftre Maifon
d'Auvergne. Feu Mr le Marquis
de Longchefne , époux de
300 MERCURE
la Dame dont je vous aprens
la mort , étoit fils de feu Mr
de Bullion , Surintendant des
Finances , & frere de feu Mr
de Bullion , Prefident à Mortier
au Parlement de Paris , &
pere de Mr le Marquis de Bullion
, Prevoft de Paris & Gouverneur
du Perche . La Maifon
de Bullion eft tres- ancienne &
fort illuftrée. Il en eft peu qui
ait raffemblé plus de dignitez ;
on y trouve des Officiers de
l'Ordre du Roy , des Surintendans
des Finances , des Prefidens
à Mortier au Parlement
de Paris , des Maistres des ReGALANT
301
n
queftes , des Gouverneurs de
Provinces , des Officiers Generaux
des Armées du Roy , &
plufieurs Officiers au Parlement
& aux autres Cours Supericures
de Paris .
Je dois ajouter à l'article que
vous trouverez dans ma Lettre
fur la mort de Mr le Marquis
de Cauviffon , que feu Mr le
Marquis de Nogaret - Cauviffon
, Lieutenant General de
Languedoc , neveu de celuy
qui vient de mourir & frere de
M la Marquife de Cauviſſon ,
avoit époufé Dame N ... de
Biron , qui eft Dame du Palais
302 MERCURE
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & qui fut une des
Dames nommées par Sa Majefté
pour aller recevoir cette
Princeffe auPont de Beauvoifin,
fur la Frontiere , lorfqu'elle
vint en France pour époufer
Monfieur le Duc de Bourgogne
en 1696. Me la Marquife
de Nogaret eft foeur de Me la
Marquife d'Urfé , Dame d'honneur
de Madame la Princeffe
de Conty Doüairiere . Je dois
encore ajouter au mefme article
, que le celebre Comte de
Dunois qui fit tant parler de
luy , fous le nom de Bâtard
GALANT 303
d'Orleans , pendant le Regne de
Charles VII. avoit épousé en
premieres noces une fille de la
famille de Mrs Louet , dont
étoit Mr le Marquis de Cauviſſon
, ainſi que je vous ay déja
dit , & dans laquelle étoit fondue
l'ancienne Maifon de Nogaret
par un mariage, à la charge
que les aînez porteroient le
nom de Nogaret .
Vous apprîtes par ma lettre
du mois d'Aouft de l'année
1705. que Mr Jouvenet,
Directeur de l'Academie Roya
le de Peinture & de Sculpture ,
avoit fait porter à Trianon
304 MERCURE
par ordre du Roy , les quatrè
grands Tableaux qu'il a faits
pour l'Eglife de S. Martin des
Champs ; ce Prince ayant fouhaitté
de les voir , fur le rapport
avantageux qu'on luy en
avoit fait . Sa Majefté en parut
pleinement fatisfaite, quoiqu'ils
ne fuffent pas encore
rout-à- fait achevez, & dit obligeamment
à Mr Jouvenet ,
qu'elle n'avoit rien vû de plus
beau Le public depuis ce tempslà
, eftoit dans l'impatience de
les voir placez dans l'Eglife
pour laquelle ils eftoient deftinez
. Quelques raiſons partiGALANT
305
· là
culieres en avoient retardé l'expofition
; mais ces difficultez
ont efté levées , & ils y ont
efté pofez la veille des Feftes
de Nocl . Depuis ce temps -
le concours du peuple , qui
fouhaittoit de voir ces Tableaux
a efté extraordinairement
grand dans cette Egliſe ,
&quoyque ces Tableaux
déja efté expofez il y a quelques
années dans la grande
Gallerie du Louvre le jour de
la Feſte de S. Loüis , le public
a temoigné autant d'empreffement
de les revoir , que s'ils
n'euffent point encore parus.
Fanvier 1707.
A
Cc
ayent
306 MERCURE
Tel eft le fort des belles chofes
que l'on voit toujours avec
plaifir , & que l'on ne fe
laffe point de voir. Vous fçavez
que ces quatre Tableaux ont
chacun 20. pieds de largeur
fur 12. de hauteur , & que
les fujets en font tirez de la
vie de Jefus-Chrift. Il chaffe
dans l'un les Marchands du
Temple ; il reffufcite le Lazare
dans l'autre ; dans le troifiéme
il eft à table chez le Pharifien
, où il pardonne à la femme
pechereffe les pechez qu'-
elle a commis ; & dans le dernier
, fes Difciples ayant par
GALANT 307
fon ordre jetté leurs filets dans
le Lac de Genezareth , le redirent
plein d'un grand nombre
de gros poiffons : le Peintre
a pris le moment que Jefus
- Chrift leur dit qu'ils euffent
à le fuivre , & qu'il les
feroit pefcheurs d'hommes.
Ces quatre grands Tableaux
parlent fi hautement du merite
fingulier de Mr Jouvenet , que
perfonne n'a refufé de luy rendre
fur ce fujet toute la gloire
qui luy en eſt dûë , & ſi
quelques - uns , fuivant leurs
gouftsou leurs connoiffances,
fe declarent pour l'un plus que
Cc ij
308 MERCURE
pour l'autre , ils conviennent
tous en general qu'on ne peut
traiter ces fujets avec plus de
nobleffe, plus de force & plus de
verité. On a déja gravé deux
de ces Tableaux ; il feroit à
fouhaitter pour la fatisfaction
publique & pour l'honneur de
la
Îa Nation que les deux autres
le fuffent auffi , pour faire voir
dans les pays étrangers à quel
degré de perfection les François
dans ces derniers temps
ont porté l'art de la Peinture .
Mr Jouvenet a peint auffi
à frefque depuis peu dans la
grande, voute de la nouvelle
GALANT 309.
R
Eglife des Invalides , douze
Tableaux de 30. pieds de
haut chacun fur 12. de larges
les Figures ont 14. pieds de
hauteur , & repreſentent les
douze Apôtres accompagnez
de Groupes d'Anges , portant
les inftrumens de leurs Martire.
Je laiffe à ceux qui con
noiffent la difficulté qu'il y a
de peindre de femblables ou
vrages , à en faire l'éloge qu'ils
meritent.
L'Article de la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bre
tagne fe feroit trouvé prefqu'au
commencement de ma Lettre,
310 MERCURE
j'avois eu plufieurs particu
laritez dont il m'a efté impof
fible d'eftre pleinement & feurement
informé avant quedavoir
employé tout le temps
neceffaire pour les ramaffer. Il
n'eft pas aifé d'eftre inftruit d'abord
de ce qui fe paffe en particulier
touchant un fait de cette
nature entre des perſonnes d'un
rang fi élevé , & d'ailleurs chacun
de ceux qui en peuvent eftre
témoins, eft fi occupé à remplir
fon devoir , qu'il feroit impoffible
à la mefme perfonne de
rapporter tout ce que j'ay ſçû .
Ainfi quoy que cet article air
GALANT
311
;
déja efté imprimé dans toutes
les nouvelles publiques , vous
ne laifferez pas de trouver la
grace de la nouveauté dans celuy
que vous allez lire.
Il y avoit déja plus de dix
jours que l'on comptoit que
Madame la Ducheffe de Bour
gogne pouvoit acoucher à tout
moment. La nuit du 7. au 8 .
de Janvier Monfeigneur le Duc
de Bourgogne étant couché
avec cette Princeffe , clle s'éveilla
à fix heures trois quarts du matin
, & l'état où elle ſe trouva
luy fit juger qu'elle ne feroit.
pas long-temps fans accoucher.
312 MERCURE
,
Elle cut de la peine à laiffer
lever le Prince fon époux , qui
fe leva neanmoins , & fe mit
en Robe de Chambre . Cette
Princeffe fonna ; Madame de la
Salle fa Garde vint , & ayant
remarqué que quelques fignes
qui devoient preceder l'accouchement
avoient paru , elle luy
donna les chofes dont elle avoit
befoin . Madame Quentin , premiere
femme de Chambre ,
s'étant levée avec toute la dili .
gence imaginable dés l'inſtant
qu'elle eut apris ce qui ſe paſfoit
, donna ordre qu'on allaſt
querir M Clement. On dit
chez
GALANT 313
*
chez luy qu'il étoit à la Meſſe
aux Recolets , où on l'envoya
chercher , & il fe rendit auffitoft
dans la Chambre de Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Madame la Ducheffe du
Lude , Dame d'honneur , qui
avoit donné de bons ordres
pour eftre avertie de tout ce
qui fe pafferoit,arriva un inſtant
aprés , & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne alla s'habiller
dans fon appartement . Peu de
temps aprés le départ de ce
Prince , la Princeſſe ſon épouſe
fentit une douleur affez vive.
Une Dame dont la vertu pou-
Fanvier 1707.
Dd
314 MERCURE
voit faire exaucer les prieres, &
Madame de la Salle luy tenoient
chacun une main. Elle
accoucha d'un Prince une minutte
tout au plus aprés fept
heures & demie. Madame la
Ducheffe du Lude alla auffi-toft
chez le Roy , & dit à Sa Majeſté
que la chofe étoit preffée , fans
luy dire
que Madame la Ducheffe
de Bourgogne étoit accouchée
d'un Prince. Sa Majefté
qui avoit jugé que fi cette
Princeffe accouchoit la nuit , il
Le perdroit beaucoup de temps
avant que les Officiers de fa
Garderobe fuffent avertis , &
GALANT 315
}
qu'ils euflent apporté les habits,
avoit donné ordre depuis dix
jours , qu'on les laiffaft fur une
chaife auprés de fon lit , de
maniere qu'elle fut habillée en
un inftant par Mr de Niers ,
l'un de fes premiers Valets de
Chambre , & par un Garçon
de la Chambre. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne qu'on
avoit auffi habille en tres peu
de temps , & qui avoit apris ce
qui s'étoit paffe , arriva en ce
moment ; il ſe jetta au col du
Roy , & dit à Sa Majeſté qu'il
luy étoit né un Prince . Ce Monarque
l'embraffa tendrement;
Dd ij
-316 MERCURE
ils fe rendirent à l'Appartement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , ainfi que tous les
Princes & toutes les Princeffes
qu'on n'avoit pû avertir
affez toft. A peine le Roy fut-il
entré dans la Chambre de Madame
la Ducheffe de Bourgo
gne, que fon premier foin fut
d'envoyer chercher Monfieur
le Cardinal de Janfon , & Mr
le Curé de Verfailles pour Ondoyer
le Prince qui venoit de
naître. L'impatience de Sa Majefté
parut grande en les attendant.
Ils firent neanmoins beaucoup
de diligence , & ayant
GALANY 317.
Ondoyé le Prince dés qu'ils
furent arrivez , Sa Majesté die
à haute voix, auffi-toft qué cette
Ceremonie fut finie , graces à
Dieu , le voila Chrétien , aprés
quoy elle embraffa Madame la
Ducheffe de Bourgogne &
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, & enfuite Madame la
Ducheffe de
Bourgogne ayant
embraffé le Prince fon époux ,
elle luy dit d'une maniere qui
marquoit autant de tendreffe
que de joye , Monfieur , je dois
се Prince à vostre pieté , & co
Prince luy répondit , Madame ,
& moyje le dois à Dieu , & à
Dd.iij
vous.
318 MERCURE
Pendant que Me Defperier
qui a la Charge de Remueuſe ,
qu'elle a exercée pendant l'enfance
de Meffeigneurs les Princes
, & de feu Monſeigneur le
Duc de Bretagne , emmaillota
le Prince que le Roy n'avoit
pas encore nommé , Mr de
Chamillart apporta le Cordon
de l'Ordre , que Sa Majesté mit
à ce Prince lorfque l'on cut
achevé de l'emmaillotter , tous
Les Enfans de France étant Chevaliers
nez. On trouva que co
Prince , qui eft beau de vilage ,
avoit les cheveux noirs , & plus.
longs que les enfans ne les ont
GALANT 319
ordinairement en naiffant. Sur
les huit heures & demie , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& le Prince fon fils , étant
en bon état , Madame la Maréchale
de la Mothe fe mit dans
la Chaife du Roy , & ayant le
Prince fur les genoux , Sa Majefté
dit à Mr le Maréchal de
Bouflers , Mr le Maréchalfaites
voftre charge , & conduisez
Monfieur le Duc de Bretagne
chez luy , & toute la Cour retentit
alors du nom de Monfeigneur
le Duc de Bretagne . Les
Gardes étoient par tout fous
les Armes , & la Chaiſe étoit
Dd iiij
320 MERCURE
précedée d'un détachement de
Gardes du Corps & de Cent-
Suiffes ; environnée d'un grand
nombre d'Officiers , & fuivie
de Madame la Ducheffe de
Ventadour; de Me de la Lande
Sous-Gouvernante , & de Me
d'Oquinquan , premiere Femme
de Chambre. La Cour fe
trouva tres- groffe fur le paffage
, le bruit de cette heureuſe
naiffance ayant mis tout Verfailles
en mouvement. Le Roy
ordonna beaucoup d'aumônes,
& le Grand Aumônier de
France en fut chargé felon l'ufage.
Quant à Monſeigneur le
GALANT 321
Duc de Bourgogne , outre les
liberalitez qu'il fait ordinaire
ment ce Prince donnant aux
pauvres tout ce qu'il a , délivra
ce jour-là un prifonnier qui
étoit dans les Prifons de Verfailles
pour une affez groffe
fomme , & qui avoit eu le bonheur
de faire prefenter un Placet
à ce Prince . Il va tous les
jours à la Meffe avant le Roy ;
: mais il y retourna avec Sa Majefté
le jour de la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, afin d'affiſter au Te
Deum qui y fut chanté .
Je ne vous diray rien des
322 MERCURE
Réjouiffances qui furent faites
ce jour - là à Verfailles . Elles
auroient encore efté plus grandes
& de plus de durée , fi le
Roy n'avoit témoigné qu'il
fouhaitoit qu'il y eût de la mo
deration par tout où l'on en
feroit . Toutes les maifons de
Paris furent illuminées dés le
foir même , & toutes les rues
furent remplies de feux , quoy
que la nouvelle de la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne ne fuft qu'à peine répandue
dans tous les Quartiers,
de maniere que perfonne n'avoit
eu le temps de fe préparer
GALANT 323
pour donner des marques plus
fingulieres de fa joye ; mais
l'on peut dire que pendant les
trois jours confecutifs qu'on
alluma des feux , ils furent toû
jours en augmentant. Les Horloges
publiques fonnérent pendant
ces trois jours ; ce qui ne
fe fait qu'en de pareilles occafions
,ou pour les Mariages des
Rois , & non pour les réjouiffances
qu'on fait pour des Conqueftes
de Places , & pour des
Batailles gagnées.
Le troifiéme jour le Te Deum
fut chanté dans l'Eglife Metropolitaine
; où tous les Corps
324 MERCURE
qui ont accoûtumé
d'affiſter
à de pareilles ceremonies
,
avoient efté invitez . Le foir du
même jour on tira un Feu d'artifice
devant l'Hoftel de Ville ,
dont la principale
Figure repre
fentoit l'Esperance
, pour marquer
que c'eſt par elle que l'on
attend une fuite heureuſe de la
naiſſance
de Monſeigneur
le
Duc de Bretagne. Quatre Cartouches
ornoient les quatre fa
ces du Theatre , dans lesquels
on lifoit les paroles fuivantes :
I.
Latis fpes addita Francis .
1/
GALANT 325
In te domus alta recumbit.
III.
Non deficit alter aureus
IV .
Nec
imbellem feroces proge
nerant Aquila Columbam
.
La façade de l'Hotel de
Ville cftoit illuminée , & il
y cut un magnifique Bal
où plufieurs perfonnes de diftinction
avoient efté invitées.
Ce Bal fut accompagné
d'une grande Collation ; outre
les feux de bois dont toute la
Ville fut remplie , il y eut des
Feux d'artifice dans plufieurs
326 MERCURE
Quartiers ; mais comme ce dé
tail me meneroit trop loin , je
vous parleray feulement d'un
feul , fait par un ſimple particulier
, afin que vous jugiez par
là de ce que peuvent avoir fait
ceux d'un rang plus élevé . Ce
particulier eft M Cadot , qui
loge dans la rue de l'Arbre- fec.
La machine de ce feu qui eftoit
fufpendu , alloit jufqu'au quatrième
étage de la maiſon la
plus haute , & il s'en falloit
douze pieds que le bas ne touchaft
à terre. Ce feu commen
ça à titer par le bas , & l'artifice
ne ceffa point de fortir en
VI
GALANT 327
abondance jufqu'au plus haut
de la machine . Il y avoit quatre
Devifes illuminées . La premiere
repreſentoit un Soleil dans fon
midy , avec ces paroles : Nec
pluribus impar ; dans la feconde
on voyoit un Dauphin entouré
de palmes & de lauriers , autour
defquels on lifoit les paroles
fuivantes : Portum juvat
ille fubire ; le Corps de la troifiéme
eftoit un Soleil levant
avec ces paroles : Laritiam pacem
que fero ; & la quatrième
avoit pour Corps une Toifon
d'or , au deffus de laquelle on
lifoit : Mitis amator,
328 MERCUREJe
ne vous diray rien da
vantage de ces quatre Devifes ,
dont l'application eft aiféc
faire .
Tous les Miniftres Etrangers
qui font icy s'emprefferent
de feliciter le Roy fur
l'heureuſe naiffance qui faifoit
le fujet de l'allegreffe
publique. Cependant je ne
vous parleray que de l'Audicnce
donnée à Monfieur l'Ambaffadeur
de Venife, parce qu'il
cut le plaifir de faire le premier
fon compliment au Roy,
& que vous ferez bien aife
d'apprendre en quoy confiftoir
GALANT 329
fon habit de ceremonie duquel
il cftoit vêtu le jour qu'il complimenta
Sa Majefté, qui fut le
dixiéme & le dernier jour marqué
pour les réjouiffances publiques.
Il avoit un pourpoint ;
des chauffes larges garnies de
rubans noirs ; un grand manteau
traînant en pointe , &
chamarré de dentelles noires ,"
ainfi que l'habit , & fon chapeau
eftoit orné d'un fort beau
tour de plumes . Il eut audience
de toute la Famille Royale ,
& même de Monfeigneur le
Duc de Bretagne , on trou
va beaucoup de grandeur dans
Fanvier 1707 .
Ee
330 MERCURE
cet habillement..
Je reviens aux réjouiffances
publiques qui ont efté continuées
pendant tout le mois de
Janvier: il eft vray qu'elles n'ont
pas efté generales comme elles
I'ont efté pendant les trois premiers
jours ; mais il ne s'eft
point paffé de jours qu'il n'y en
ait eu dans quelques quartiers
de la Ville. Monfieur le Cardinal
d'Eftrées ; Monfieur le Nonce
; Monfieur l'Envoyé de Genes
, & plufieurs autres , fe font
diftinguez en cette occafion
& les Comediens François ayant
donné la Comedie gratis , firent
illuminer ce jour - là la face de
leur Hoftel , & tirer beaucoup
d'artifice, & l'on en a vû chaque
jour l'air remply pendant touc
GALANT 331
le temps que je viens de vous
marquer
, de maniere
qu'il étoit
mal -aifé de mettre la tefte aux
feneftres
dans des lieux où la
vûë
vue eft un peu étendue
, fans
qu'elle
fuft frappée
de l'éclat
de quelques
fufées volantes
.
Vous vous fouvenez que dans
les mois d'Aouft & de Septembre
on fit des prieres publiques
dans Paris ; le principal motif
de ces prieres , fuivant le Mandement
de Monfeigneur l'Archevefque
de Paris , étoit pour
obtenir de Dieu par l'intercef-
#fion des Saints Patrons de la
France , l'heureux accouchement
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , la Chaffe de Ste
Geneviève fut découverte , &
toutes les Eglifes & les Paroif-
!
Ee ij
332 MERCURE
fes de Paris & des environs y
vinrent avec une affluence &
une pieté dont tout le monde.
fut temoin. Dieu qui a toujours
reçu favorablement les
voeuxqui luy ont efté faits au
nom de la ville de Paris par l'entremiſe
de fa fainte Patrone , a
femblé vouloir nous marquer
visiblement qu'elle devoit à fa
puiffante interceflion le Prince
que Madame la Ducheffe de
Bourgogne vient de mettre au
monde; puifque non feulement
depuis ces prieres publiques ,
cette Princelle a joui de la
parfaite fante que nous avions
demandée pour elle ; mais que
par un effet tout particulier de
la Providence , elle eft accouchée
de la maniere du monde
>
1
GALANT 333
1
la plus heureufe, au milieu de
POctave de la Fefte de Ste Geneviève
, comme fi Dieu euft
voulu faire fentir à la France
que c'eftoit à l'interceffion de
cette grande Sainte , qu'elle devoit
la naiffance du Prince qu'-
elle avoit tant defiré . C'eſt
pourquoy les Chanoines Reguliers
dépofitaires de fes preticu
fes Reliques , ayant cru en de
voir rendre à Dieu des actions.
de graces publiques , ils choifirent
pour cette folemnité le
10 Janvier , jour auquel on ce
lebre l'Octave de la Fefte de
Ste Genevieve ; ils chanterene
le Te Deum fur les cinq heures
du foir ; Mr l'Abbé de Ste Geneviève
y officia Pontificales
ment , & il eut la joye de voir
334 MERCURE
tout le grand peuple qui fe
trouva à cette ceremonie , fe
faire un devoir, comme luy , de
continuer de demander à Dieu
par les merites de Ste Gene-"
viéve la confervation de la perfonne
facrée de Sa Majefté &
de toute la Famille Royale .
Le 22. du mefme mois Mrs.
les Theologiens & Philofophes
du College Royal de Navarre ,
donnerent des marques de la
joye que leur caufoit la naif
fance d'un Prince qui faifoit le
fujet de l'allegreffe publique ,:
par un Feu accompagné d'un
grand nombre de fufées volantes
, & du bruit de quantité de
boëtes ; & la joye que temoigha
en cette occafion toute la
Jeuneffe de ce College ; ainfi
GALANT 335
que la fincerité de fon zele
pour toute la Famille Royale ,
ne furent pas ce qui éclata le
moins dans cette Fefte. Ils ne
firent en cela que fuivre les fentimens
que leur infpire Mr Morus
, leur Principal , ancien Re
&teur de l'Univerfité , & dont la
profonde érudition' , la grande
pieté & le devouement entier
à Sa Majefté , fe font univerfellement
remarquer . Il alluma
luy - mefme le Feu qui devoit
eftre le fymbole de fon ardeur
& de celle des Ecoliers qui
font fous fa conduite
Il s'eft fait un grand mouve
ment dans la Compagnie des
Gendarmes de la Garde, Vauluire
, premier Enfeigne eft monté
à la Charge de Sous - Lieute336
MERCURE
nant qu'avoit feu Mr le Prince
Maximilien fils de Mr de Soubize
; Mr de Valbelle , neveu de
Mr de Saint Omer , a eu l'Enfeigne
qu'avoit Mr de Vaului
re , & Mr Dubois la Roche ,
frere de Mr Vauluire , eſt devenu
Guidon à la place de Mr
de Valbelle.
Dor
Vous me demandez les noms
de ceux qui font aujourd'huy
Infpecteurs de la Cavalerie &
des Dragons ; les voicy . Mr le
Comte du Bourg eft Infpecteur
de la Cavalerie en Alemagne :
Mrs de Souternon , de Magnac
& de Beauvau , ont la meſme
infpection en Flandre ; Mrs de:
Mongon & de Broglio en Italie
& Mrs le Chevalier de Pourieres
& de Bouteville ont celle de
Dragons.
Le
GALANT 337
Le trifte fort de nos Troupes
d'Italie pendant la derniere
Campagne a beaucoup contribué
a faire connoiftre l'intrepi
de valeur de Son Altefle Royale
Monfieur le Duc d'Orleans
puifque ce Prince s'eft couvert
d'une gloire immortelle pendant
que les Ennemis cueilloient
des Lauriers qui leur
eftoient beaucoup plus avantageux
que glorieux , ne les devant
qu'a leur grande fuperio
1 rité , ayant attaqué huit mille
hommes, avec toute leur armée.
Cependant Son Alteffe Royale
en fit un fi grand carnage qu'il
les fit repentir plus d'une fois
pendant le combat de les avoir
attaquez, Le Roy ayant fçu l'étonnement
où ils ont efté d'a
Ff
Fanvier 1707.
338 MERCURE
voir vea ce Prince tout couvert
de fon fang continuer de
combattre , & d'animer les
Troupes fans vouloir le retirer ,
a cru qu'il ne pouvoit faire un
meilleur choix , & plus capable
de les intimider que celuy
de Son Alteffe Royale , pour
commander encore en Italie
pendant la Campagne prochaine.
En effet jamais General
d'armée n'a temoigné plus d'ardeur
de retourner au combat
aprés avoir eu du defavantage.
A peine ce Prince fut- il de
retour fur nos frontieres qu'il fe
donna tous les mouvemens ima-.
ginables pour rentrer en Italie
avant l'hiver , & quoy que la
guerifon de fa playe fuft encore
incertaine il ne laiffoit
•
3
GALANT 339
pas d'agir aprés avoir donné
fes ordres & de tout voir
par luy mefme comme s'il cut
efté dans la plus parfaite fantés
mais enfin il fut jugé à propos
de ne pas rifquer de rentrer en
Italie à caufe de la mauvaiſe
faifon qui nous auroit plus fait
la guerre que les Ennemis mêmes
. Ce Prince fut donc rapellé
à la Cour , où il fut reçeu en
Vainqueur . Auffi peut - on dire
que fon courage avoit triomphé
, quoy que le pepeu de Trou
pes dont il eftoit accompagné
lorfqu'il fut attaqué euft efté
obligé de ceder à la force Ce
Prince avoit toujours efperé
depuis fon rétour que le Roy le
renvoyeroit dans un Pays où
il avoit fait connoiftre que rien
Ffij
340 MERCURE
n'eftoit capable d'ébranler for
courage , & où il eſperoit en
donner de nouvelles marques
avec plus de fuccez . Dans cette
penfée il n'a point ceffé depuis
fon retour de chercher tous les
moyens de faire une Campagne
plus heureufe que la premiere,
Il a veu tous les Officiers de
reputation qui ont commandé
en Italie ; il a eu des conferences
avec eux ; il s'eft fait inftruire
de beaucoup de choſes ,
& il leur a demandé des avis .
Enfin il n'a point ceffé d'agir au
milieu du féjour du repos . On
ne doit pas s'eftonner aprés cela
que le Roy l'ait nommé pour
commander en Italie pendant
la Campagne prochaine. A
peine Sa Majesté eut elle de
GALANT 341
1
claré ce choix que toute la Cour
yaplaudit , & qu'un nombre
infini d'Officiers alla groffir la
fuite de ce Prince , & luy marquer
fa joye . Elle a efté univerfelle
à la Cour & à la Ville. Je
ne dois pas onblier icy une
chofe digne d'eftre remarquée .
Mr le Comte de Chaſtillon Premier
Gentilhomme de la Cham .
bre de ce Prince , & qui en
avoit obtenu l'agrément de vendre
cette Charge pour des raifons
que Son Alteffe Royale
aprouva , ayant fçû qu'elle avoit
efté nommée pour retourner en
Italie , & ne pouvant fe refoudre
avoir partir un Prince qu'il
aime tendrement , fans l'accompagner,
afin de combattre encore
auprés de fa perfonne , &
Ff iij
342 MERCURE
>
d'expofer luy & fon fils comme
ils ont déja fait , tout leur fang
pour parer les coups qui pourroient
tomber fur luy. Mr le
-Comte de Chatillon dis - je
ayant fçu qu'il devoit retourner
en Italie , alla auffi - toft
le prier avec les plus fortes inf
tances de luy permettre de garder
fa Charge Rien n'eft plus
beau & plus fincere , puifque
·lorfqu'il s'agit d'expofer fa vie ,
& que l'on pouroit s'en empêcher
, tout ce que l'on fait pour
l'obtenir eft de bonne foy .
Vous fçavez que lorsque le Roi
déclara que Monfieur le Duc
d'Orleans iroit fervir en Italie ,
S. M. dit auffi qu'elle avoit
-nommé Mr le Maréchal de
Teffé pour fervir fous ce Prin-
·
7
GALANT 343
ce. Ceux dont l'efprit eft capable
de faire de juftes reflections
ſe repreſenterent auffi - toft tout
ce que ce Maréchal a fait depuis
qu'il a commencé à fervir, & ils
trouverent que pendant tout le
temps qu'il a commandé les
Dragons en qualité de Colonel
General , il a fait une infinité
d'actions de la plus haute valeur
& de la plus grande intrepidité ,
de forte qu'il devoit plutoft travailler
à moderer fon courage
qu'à l'exciter. Les mêmes ayant
repaffé dans leur efprit toutes
fes campagnes d'Italie , trouverent,
qu'outre de grands & continuels
avantages qu'il y avoit
remportez , on luy devoit le gain
de la fameufe Bataille de Luzzarai
ainfi que la confervation de
344 MERCURE
,
*
Mantouě , dont il avoit foutent
le Blocus pendant un Hyver
entier
, ayant fait fubfifter fa
Garniſon aux dépens des Ennemis
qu'il combattoit tous les
jours par de frequentes forties ,
à la tefte defquelles on le voyoit
fouvent , & dont le commandement
qu'il avoit pouvoit le dif
penſer , ainfi que le Roy le remarqua
fort justement en ce
temps - là . La Lettre que je vous
écrivis alors contient un Volume
entier , puifque l'on y trouve
le Journal de ce Blocus , &
ce Volume ayant efté fort recherché
, & fort applaudy , ne
peut tirer fa gloire que des actions
de ce Maréchal . On he
peut rien ajoûter à la longue &
glorieufe marche qu'il fit en Ef
GALANT 345
ceux
pagne pour aller au fecours de
Badajos qui étoit fort preffé. Il
en fit lever le fiege aux Ennemis,
les pourfuivit , les battit en partie
& leur enleva tous leurs
Equipages . S'il s'eft trouvé dans
des occafions où la fortune luy
a efté moins favorable
qui ont plus de penetration
que les autres , & ceux qui fçavent
à fond la verité de tout ce
qui s'eft paffé , n'ignorent pas
que l'on ne luy peut rien impu
ter là - deffus , Quant au fiege de
rcelones , on ne le doit
pas
regarder comme une affaire ordinaire
, & il faut quelques fois
des fiecles entiers pour en trouver
de femblables. Si Mr le
Maréchal de Teffé n'avoit eu à
combattre qu'une armée beau❤
346 MERCURE
coup plus nombreuſe que la
fienne , ou une Place à emportes
bien fortifiée , & bien munie
de toutes chofes , il auroit pris
fes mesures pour pour réuffir glorieufement
, & le pallé doit faire
juger qu'il auroit pu réuffir ;
mais il eft des conjonctures contre
lefquelles on ne peut prendre
de mefures affez juftes.
Que peut faire un General qui
fe trouve devant une Place ou
tout eft armé ; bù tout travaille
pour en reparer les bréches , &
dont la Garniſon peut cftre tous
les jours rafraîchie par des milliers
d'hommes ? C'eſt l'état où
étoit Barcelone ; mais tout cela
n'auroit pas efté capable d'empêcher
fa prife , fi tout le Pays
ne s'étoit trouvé generalement
GALANT 347
T
armé , craignant que fa revolte ,
ayant efté trop loin , il n'en fut
puni aprés la conquefte de Barcelone
; de forte que les Revoltez
defcendoient des Montagnes
comme des Torrens , & qu'il
fembloit que des Legions fortoient
de terre derriere leCamp
des François pour les environ-,
ner de toutes parts , de maniere
que fi Mr le Maréchal de Teffé
avoit fait avancer des troupes
pour donner un affaut general ,
les Ennemis fe feroient en même
temps avancez de tous côtez
dans fon Camp , & luy auroient
livré des affauts fans qu'il puft
leur oppofer de troupes ; hé
que feroit -il arrivé fi pendant
ce temps les troupes de la Ville
forties par la bréche avoient en
348 MERCURE
>
mefme temps achevé d'innonder
fon Camp? Tout cela n'étoit
pas encore capable d'engager
Mr le Maréchal
de Teffé à
fever le fiege , & il fe feroit expofé
aux perils les plus évidens
pour acquerir
une plus grande
gloire , fi le Roy d'Espagne
dont on luy avoit confié la perfonne
, n'avoit point efté dans
fon Camp. La confervation
de
ce Monarque
devoit eftre fon
principal
but , & en le confervant
il a plus fait que s'il avoit
remporté
la victoire la plus fignalée
. D'ailleurs
, le Confeil
de Guerre
où l'on fit venir
quantité
d'Officiers
qui n'avoient
pas coûtume
d'y entrer,
refolut , à la referve d'une voix
feule , qu'il faloit lever le fiege ,
&
GALANT
349
&
conferver le Roy
d'Efpagne
qui n'étoit pas mefme encore
en pleine feureté aprés la levée
de ce fiege , & fur qui des Sommetans
, c'est- à - dire des Barba .
res qui n'habitent
qu'au fommet
des Montagnes , d'où ils
prennent leur nom , curent la
hardieffe de tirer .
On doit ajouter à toutes ces
chofes ce que je devais vous
marquer
pluftoft ; c'eſt que la
mort de Mr de Lapara avoit
rompu toutes les mefures qui
avoient efté prifes pour faire
avancer le fiege de Barcelone ;
de forte qu'il falut beaucoup de
temps pour rétablir les pertes
que cette mort avoit caulées
ce qui donna le temps aux Catalans
, qui n'étoient pas encore
Gg Janvier 1707.
350 MERCURE
armes ,
tous revoltez , de prendre les
& d'harceler Mr de
Teffé dans fon Camp , d'une
maniere qui l'empêchoit fouvent
d'avancer contre la Place,
de crainte que ces Revoltez no
fe faififfent du terrain qu'il auroit
efté obligé d'abandonner
pour avancer.
Tout ce que vous venez de
lire doit vous faire aplaudir au
choix du Roy, & doit vous faire
voir dequoy Mr le Maréchal
de Teffé eft capable . D'ailleurs
il est neceffaire de connoiſtre
l'Italie pour y fervir avec avantage
, à caufe du grand nombre
de rivieres & de ruiffeaux dont
ce Pays eft coupé , & il v a lieu
de croire que Mr de Teffé le
connoiffant parfaitement , à
GALANT 351
caufe du long fejour qu'il y a
fait , y fervira plus utilement
qu'un autre. Tout ce que je
viens de vous dire de ce Maréchal
, peut eftre cru aisément
puifque je n'ay rapporté que
des faits dont j'ay mefme fuprimé
une grande partie , n'ayant
pas eu deffein de faire icy fon
Hiftoire & ayant commencé
cet article. fans avoir refolu de
le faire , & fans m'y eftre préparé.
Cependant il ne me paroift
pas hors de propos , à cauſe
des raifons qu'il eft aifé de s'imaginer
; la verité feule m'a fait
parler, n'ayant point l'honneur
de connoiftre ce Maréchal , nyny
d'en eftre connu .
>
Mr le Duc de Beauvilliers
ayant perdu fes deux fils il y a
Gg ij
352 MERCURE
quatorze ou quinze mois , &
n'ayant plus d'enfans mâles ,
vient de faire une action bien
loüable & qui merite que la
pofterité en conferve la memoire.
Il a paru en cette occafion
, digne & genereux frere ,
& il a travaillé
à perpetuer
fa
famille , ainfi que doivent faire
tous ceux qui font d'une naiffance
diftinguée
, & s'eft privé
d'un bien qu'il auroit pu conferver.
Feu Mr le Duc de Saint
Aignan fon pere , avoit époufé
en fecondes noces Mlle de Rancé
, d'une noble & ancienne
maiſon prés de Chaſtillon fur
Indre , dont les Armes font de
Gueules au chef d'or , chargé
d'un Lion paffant d'azur . Cette
Demoiſelle
joüiffoit de la Terre
GALANT 353
> &
de Rancé . Il a eu trois enfans
de ce mariage , qui font Mr le
Chevalier de Saint Aignan au
jourd'huy Duc de ce nom
qui auroit efté Chevalier de
Malthe fans la mort des deux
fils de Mr le Duc de Beauvillier
; Mr l'Abbé de Saint Aignan,
prefentement en Licence
& qui a efté élevé dans le Seminaire
de Saint Sulpice , où il
eft encore. C'eft un modele de
pieté ; il est tres - babile Theologien
, & fut fait Preftre dans
l'Ordination de Noël dernier';
& Mlle de Saint Aignan , qui
avoit épousé Mr de Marillac ,
quia efté tué à la bataille d'Hochftet
; il defcendoit du Garde
des Sceaux & du Maréchal de
!
France de ce nom.
laiffé d'enfans .
il n'a point
G g iij
354 MERCURE
Quant à ce qui regarde la
maiſon de Saint Aignan dont je
vous ay fouvent parlé , je vous
en diray aujourd'huy peu de
chofe . Emeri de Beauvillier ,
Bailly & Gouverneur de Blois,
Baron de la Ferté- Hubert , & c.
épousa Louiſe de Huffon- Tonnerie
, qui fucceda avec fes
foeurs Anne & Madeleine , aux
biens de fes neveux Claude, tué
à la bataille de Pavie en 1525.
& Louis mort fans poftérité en
1537. elle eut le Comté de S.
Aignan qu'elle porta dans la
maifon de Beauvillier , & fut
mere de René de Beauvillier
qui épousa Anne de Clermont-
Tallart , fille d'Antoine fecond
Vicomte de Clermont , Bailly de
Viennois , & c. & de Françoiſe
GALANT
355
de Poitiers , foeur de Diane de
Poitiers , Ducheffe de Valentinois.
René fut pere de Claude
de Beauvillier , Comte de Saint
Aignan, Gouverneur d'Anjou,
&c. qui époufa en 1560. Marie
Babou la Bourdaifiere , premiere
fille de Philibert Babou , & foeur
de Philibert , Cardinal de la
Bourdaifiere, & de Jean , Grand
Maistre de l'Artillerie de Fran
ce ; de Claude de Beauvillier
fortit Honorat de Beauvillier ,
Comte de Saint Aignan
Mestre de Camp de la Cavalerie
legere de France & Lieutenant
General de Berry , qui
prit alliance avec Jaqueline de
la Grange , fille de François de
la Grange , Sieur de Montigni
& Maréchal de France , & de
356 MERCURE
>
Gabrielle de Crevant . Il en eut
François & Anne Emerie , Dame
d'Atour de la Reine Marie ..
Therefe d'Autriche ,alliée avec
Hyppolite de Bethune ; François
de Beauvillier premier
Duc de Saint Aignan , Comte
de Seri , Chevalier des Ordres
du Roy , premier Gentilhomme
de fa Chambre , & Gouverneur
de : Touraine & du Havre de
Grace . Ilfe trouva à la retraite
de Mayence fous le Cardinal
de la Vallere en 1635. il fut
bleffé au vifage au combat de
Vaudrevange l'année fuivantes
il le fut à la cuiffe au fiege de
Dole il fe trouva à la reprise
de Corbie , & il fe fignala enfuite
au fieges de Landrecy , de
Maubeuge , de Chimay , d'Yvoi
GALANT 357
& de Gravelines en 1644. où il
fervit en qualité de Marefchal
de Camp .
Mile Chevalier de S. Aignan,
aujourd'huy Duc de ce nom , qui
fait le fujet de cet Article , vient
d'époufer Mlle de Befmaux
fille unique de Mr le Marquis
de Befmaux , Cornette des Chevaux-
legers de la Garde , & de
Dame N... Colbert de Villacerf,
fille de feu Mr. de Villacerf
, premier Maitre d'Holtel
de la Reine , & enfuite de Ma
dame la Dauphine , & Surintendant
des Bâtimens ; & petite-
fille de Mr de Befmaux , qui
avoit efté Capitaine des Gardes
de Monfieur le Cardinal Mazarin
, & Gouverneur de la Baf
tille. Il eftoit de la maifon de
358 MERCURE
"
Montlezun , dont les anciens
Comtes ont éfté Comtes de Pardeac
en Gafcogne, prés d'Auch.
On affure que Mile de Befmaux
n'avoit qu'un an & demi
Forfqu'elle entra dans un Convent
; qu'elle n'en a que feize ,
& qu'elle n'eft fortie du Convent
que pour fe marier . Ainfi
F'on peut dire que n'ayant encore
nulle connoiffance du mon.
de , c'est une cire molle que l'on
maniera comme l'on voudra ;
mais comme elle eft en de bonnes
mains , & qu'elle ne verra
que de bons exemples , il y a
tout lieu de croire qu'elle ne
pendrra que de bonnes impreffions.
Quant à Mr le Duc de
Saint- Aignan , il eſt bien fait ,
& il a toutes les qualitez necefGALANT
359
faires pour bien remplir tous
les devoirs d'un homme de naiffance
, & d'un brave & parfaitement
honnefte homme . S'il
n'avoit pas toutes ces qualitez
Mr le Duc de Beauvillier n'auroit
pas répandu fur luy fes graces
à pleines mains , comme ce
Duc vient de faire . Outre qu'il
s'eft démis en fa faveur du Du,
ché de Saint - Aignan , qui vaut
cinq cens mille livres , il luy a
acheté un Regiment. Il loge
les nouveaux Epoux dans fon
Hoftel ; il leur fournit des équipages
& leur donne fa table
pendant un an , afin qu'ils puiffent
amaffer une année de leur
revene , & l'avoir devant eux
lorfqu'ils s'établiront . Madame
la Ducheffe de Saint - Aignan
360 MERCURE
fut prefentée au Roy le lendemain
, de la ceremonie de fon
mariage , par Me la Ducheffe
de Beauvillier accompagnée
>
de Me la Ducheffe de Mortemar
; de Meſdames de Livry
mere & belle - fille , de Me de
Villacerf, & de Me la Marquife
de Sommery. Le Roy les reçut
d'une maniere tres - obligeante ,
& leur parla avec l'agrément
qui accompagne tout ce que
fait & tout ce que dit ce Monarque.
Cette nouvelle Ducheffe
prit le lendemain le Tabouret
au fouper du Roy,
Il me reſte fi peu de temps ,
& fi peu de place pour achever
ma Lettre , que je me trouve
obligé de refferrer beaucoup les
articles dont j'ay à vous parler ,
&
GALANT 361
& fur tout celuy d'Efpagne ,
Vous en avez vû des nouvelles
fort étendues pendant tout le
mois , dans toutes les nouvelles
publiques qui me laiffent aujourd'huy
peu de chofe à vous
apprendre de nouveau . Cependant
je crois devoir continuer
comme j'ay commencé à vous
envoyer les Léttres de Madrid
qui parlent des affaires courantes
, & quoy qu'elles foient beaucoup
plus fuccintes que les Re-
I. tions qui contiennent les mêmes
nouvelles , je ne laiffe pas
de vous les envoyer , parce
que l'on peut compter feurement
fur ce qu'elles rapportent ,
& qu'elles peuvent donner lieu
de juger du vray ou du faux de
tout ce qui fe debite de plus
Janvier 1707.
Hh
362 MERCURE
étendu. Je ne vous parlay point
de la priſe d'Alcantara dans ma
derniere Lettre , parce qu'elle
venoit de partir , lorfque les
nouvelles en arriverent icy ;
vous la trouverez dans les deux
Lettres fuivantes .
A Madrid le 17. Decembre
1706.
Un Officier Espagnol qui eft ar
rivé il y a deux heures d'Alcantara
, a apporté la nouvelle au Roy
Eſpagne que cette place avoit eſté
furprife par le Marquis de Bey le
Is. de ce mois à la pointe du jour
par efcalade. Ce Marquis n'avoit
que 800 hommes d'Infanterie , &
ily en avoit 600. dans la place.
Il n'y a eu que douze Eſpagnols ruer
GALANY › 363
dans cette action & 30. Portugais
ceux qui reftoient ayant mis bas
les armes & demandé quartier, ont
efté faits prifonniers de guerre avec
leGouverneur& tous les Officiers . Le
peu de Cavalerie qu'il y avoit dans
la place s'eft fauvé par le pont.
Cette nouvelle a donné icy une treś •
grande joye . Elle eft importante de
tonte maniere. On a treavé dans
"Alcantara toute l'Artillerie qui y
-avoit eftè prife au mois d'Avril
dernier. Il y avoit quelques pieces
de canon &un mortier du Roy.
Les fecondes nouvelles que
l'on reçoit d'une expedition
eſtant ordinairement plus étendues
& plus veritables , parce
que ceux qui les mandent ont
eu plus de
temps pour s'en informer,
vous trouverez dans la
Hhij
364 MERCURE
lettre qui fuit plus de circonftances
touchant la prife d'Alcantara
, qu'il n'y en a dans celle
que vous venez de lire.
A Madrid ce 27. Decembre,
Nous avons appris par deux differens
Courriers dépefcher par le
Marquis de Bey , d'Alcantara ,
qu'il avait pris cette place par efcalade
le 15. de ce mois à la pointe
du jour , avec perte de 12. foldats
feulement ; que ce Marquis
n'avoit que 800. hommes d'Infan
serie , & qu'il y en avoit prés de
dans la place , dont il en a·
voit efté tué 150. & 960. faits
prifonniers de guerre , avec le Gouverneur
& tous les Officiers, & que
le refte s'eft fauvepar le pons, Qu
900 .
GALANT 365
*
on a trouvé dins la Place mille
quintaux de poudre , deux mile
quintaux de balles de mousquet 38.
-pieces de canon & un convoy de 200.
charettes qui y eftoient arrivées
deux jours auparavant, chargées
de farine, de cevade & de quelques
provifions.
- Le Roy d'Efpagne a reglé l'état
de fes troupes pour la campagne
prochaine à 49. Bataillons y compris
fes Gerdes Efpagnoles & Vuallones
, & à 120 , Efcadrons . On ne
compte point dans ce nombre les 8.
-Regimens Provinciaux de Galice ,
& les 10. d'Andalousie . Les tronpes
de France qui estoient de 30 .
Bataillons de 24. Efcudibus ,
viennent d'eftre augmentées de trois
Bataillons qui ont marché en Navarre
, elles leferont encore plus
Hhij
366 MERCURE
confiderablement. Les ordres ont efte
donnez dans les Provinces pour les
recruës d'Infanterie, & l'argent delivré
pour la remonte de la Cavalerie.
On travaille fortement à s'af
feurer des fonds pour foutenir cette
depenfe , & on efpere qu'ils ne man
queront pas.
Le Duc d'Hijar Viceroy de Ga
lice ayant demandé fon congé , Sa
Majefté Catholique a nommé pour
luy fucceder le Marquis de Rif
bourg qui la commandé pendant
toute cette année à Badajoz & en
Efremadure en l'abſence du Marquis
de Bey
A Madrid le 6. Janvier 1707.
Quoyqu'on ait eu de plufieurs
endroits la confirmation que les
GALANT 367
Troupes ennemies débarquées à
Lisbonne devoient paffer dans le
Royaume de Valence , on n'a point
appris que de nouveaux vaiſſeaux
Anglois ou Hollandois ayent paffé
le Détroit, & l'on écrit des frontie
res de Valence qu'il n'eftoit point
arrivé de recrues en ce pays - là,
comme on l'avoit dit ; mais feulement
des armes, des habits, & beau
coup d'autres choſes neceffaires pour
des Troupes , tant Cavalerie qu’-
Infanterie.
1
Le Marquis de Saluzzo, Maréchal
de Camp qui commande les
Troupes d'Espagne en Navarre , est
entrée en Arragon , & a forcé la ville
d'Exea, qu'il a pillée & faccagée
, aprés avoir tué un aſſez grand
nombre de Rebelles , & fait 3.50%
prifonniers, parmi lesquels fe iron.
368 MERCURE
ve le fils de Don Antonio Luzan ,
Gouverneurd'Arragon pour l'Archiduc.
Nous apprenons par des lettres
de l'Ile de Tenerife que le 6. de
Novembre dernier , une Efcadre
Angloise de 13. vaiffeaux de guerre
parut devant le Fext de Ste Croix ;
que deux vaiffeaux s'approcherent
du Fort , tirerent deffus près de 200.
coups de canon dans le deffein' , fans
doute , de faire revolter les habitans
de l'Ifle ; que le Fort répondit
de toute fon Artillerie , & que
le
Commandant Anglois voyant le peu
•d'effet de fon canon écrivit au Gou-
·verneur pour l'engager à reconnoif.
tre l'Archiduc: mais que la répon
Je du Gouverneur luy ayant ofté l'ef
perance de réuir par cette voye ,
non pas que par la force , & que
GALANT 369
·les habitans ayant parufur les rem
paris avec des cris redoublez de Vive
Philippe V. l'Efcadre avoit
diſparu la nuit fuivante , & avoit
pris à ce que l'on croit la route de
l'Amerique.
Voicy ce que porte un Lettre
de Bayonne touchant la prile
d'Exea .
A Bayonne le 29. Decembre
1706 .
Le Prince de Tferclaës , Vice-
Roy de la baute Navarre , écrit à
Mr le Duc de Gramont du 24 de
ce mois , que le Marquis de Saluzo
qui commande un petit corps de trou
pes fur les frontieres de l'Aragon ,
avoit pris la petite Ville d'Exea
fur les Rebelles ; qu'il avoitfait
370 MERCURE
Paffer la Garnifon au fil de l'épée
avec une partie des habitans qui
avoient perfifté dans leur rebellion ;
& que le fils du Gouverneur de
l'Aragon pour l'Archiduc , y avoit
efté fait prifonnier.
Je crois devoir ajouter icy
des particularitez qui font dans
quelques Relations , & qui me
paroiffent dignes de voſtre curiofité.
Monfieur le Marquis de
Saluzzo ayant fait , fommer le
Gouverneur d'Exea , ce Gouverneur
luy fit dire qu'il alloit
luy répondre par la bouche des
moufquets. Il crut devoir faire
cette réponſe , parce que fes
troupes fe trouvoient augmen
tées de fix cens Miquelets qui
venoient d'entrer dans la Place.
Ils tirerent d'abord fur les trouGALANT
370
pes de Sa Majesté Catholique.
Mr le Marquis de Saluzzo fic
auffi- toft avancer quatre pieces
de Canon qui commencerent à
tirer à une heure aprés midy ,
& s'étant enfuite avancé à la
faveur de la nuit , il s'aperçut
qu'il y avoit une bréche confiderable.
Il envoya auffi - toft
quelques Pionniers bien foutenus
, pour aplanir cette breche,
de maniere que tout s'étant
trouvé en eftat le lendemain au
point du jour , on donna un
affaut à la Place , & les Rebelles
ayant mal foutenu leur fierté,
auffi bien que le Gouverneur ,
furent forcez aprés quelque refiftance
, & ils perdirent environ
trois cens hommes . On fit
quartier à tous ceux qui mirent
372 MERCURE
les armes bas son fit quatre cens
Miquelets prifonniers : la Ville
fut pillée & prefque toute brûlée
, excepté les Eglifes & les
Communautez Religieufes . Il
y a cependant cu un Convent
brûlé , l'opiniaereté de ceux
qui le deffendoient en ayant
efté caufe , & l'on en a pris
quatre que l'on prétend punir
exemplairement. Les Religieufes
ont efté envoyées à Pampe-,
lune, auffi bien que les effets
quiont efté fauvez de l'embrafement
, confiftant en grains , laines
& huiles. Le Commandant
fut tué au commencement de .
l'action.
Le Gouverneur de Sarragoffe
ayant eu avis que les Efpagnols
alloient faire le fiege .
d'Exca ,
GALANT 373
"d'Exea , offrit double folde , &
trois mois de paye d'avance , à
tous ceux qui voudroient aller
fe jetter dans cette Place pour
la deffendre ; mais perfonne ne
de prefenta , & le frere & le fils
de ce Gouverneur furent obligez
d'y aller feuls. Le premier
y a cfté tué , & le fecond
y a
efté fait priſonnier
de guerre.
Les Alliez n'ayant
remporté
depuis
long-temps aucun avantage
dans le Royaume
de Valence
& dans celuy d'Aragon
,
ont beaucoup
exageré
l'affaire
arrivée
à Mr le Chevalier
Michel
de Pons ; voicy le fait. Ce
Chevalier
étant
malheureuſement
tombé
dans une embufcade
fe trouva enveloppé
par un
Corps d'Ennemis
trois fois auffi
Ii
Fanvier 1707.
374 MERCURE
*
fort que celuy qu'il commandoit
. Il fit connoiftre à fes Troupes
qu'il falloit vaincre ou mourie
plutoft que de fe rendre lâchement
prifonniers de guerre.
Elles furent de fon fentiment ,
& elles fuivirent fon exemple ,
de maniere qu'elles fe firent jour
au travers des ennemis dont elles
firent un grand carnage.
C'eſt un fait conftant que les
troupes qui remportent de femblables
avantages dans de pareilles
avantures , ont toûjours
efté regardées comme victorieufes.
En effet , c'eſt dérober aux
Ennemis une victoire qu'ils tiennent
entre leurs mains , que de
s'en échaper par la force de leur
courage & par celle de leurs armes
, Les Alliez fe trouverent
GALANT
375
bien furpris , de voir leur proye
échapée & la terre couverte de
ntorts , fans qu'il leur reftaft de
toute cette action , qui ne leur
a pas fait gagner un pouce de
terre , que la honte d'avoir eſté.
forcez par des Troupes beaucoup
inferieures à leur Corps.
Voicy encore une Lettre de
Madrid , par laquelle vous apprendrez
la fuite des affaires.
d'Efpagne.
A Madrid ce 17. Janvier 1707.
Des Lettres que nous recevons de
Navarre nous apprennent que le
Comte d'Ayanz , Maréchal de
Camp , qui commande pour le Roy
d'Eſpagne à Sanguefa , avoit pris
&faccage deux petites Villes d'AI
ij
376 MERCURE
le
Tagon nommées Uncastillo & Luftea,
dont les habitans foutenus par quel.
ques Miquelets , inquiétoient cette
frontiere-là , & y faifoient mille
defordres. Le Marquis de Risbourg
eft arrivé de Badajos , & fe difpofe
àpartir pour fon nouvel Employ de
Galice. Il a eu des avis , qu'il croit
furs , que les troupes Angloifes defcendues
à Lisbonne avoient efté rembarquées
, & étoient parties pour
Royaume de Valence. On n'aprend
point cependant par les Lettres de
Cadiz & d'Andaloufit , qu'aucune
Efcadie Angloife on Hollandoife
aye nouvellement paffé le Détroit.
On mande au contraire par des
Lettres du deux , qu'un Patron de
Barque Genoife , nouvellement arrivé
, auroit que la mort du Roy
Dom Pedro avoit faitſuſpendre le
GALANT 377
*
départ des troupes Angloifes de Lif
bonne , &il eſt aſſez vray ſemblable
que dans une pareille conjoncture les
Miniftres des Alliez autont voulu
fe fervir de la prefeuce de ces troupes
pour faire prendre au nouveau
Gouvernement des refolations convenables
aux interefts de la Ligue,
Mr de Goffreville part aujour
d'huy pour se rendre fur la frontiere
de Caftille du cofté d'Aragon pour
y faire les difpofitions convenables.
Mrle Maréchal de Bervvik a fait
marcher du mefme cofte le Regiment
de Cavalerie d'Helché , & il compte
d'aller bien tot luy mesme à
Molina & autres lieux voifins ,
pour reconnoistre des fituations ,
juger de ce qu'on peut faire de mieux
lorfque le temps fera venu de porter
tout de bon la guerre en Aragon.
I i iij
378 MERCURE
Je dois ajoûter icy que la
Ville d'Uncaftillo dont il eſt
parlé dans cette Lettre , a efté
abandonnée par les feditieux
qui l'occupoient , qu'elle a efté
enfuite pillée , & que l'on y a
mis le fcu , les habitans qui n'en
eftoient past fortis ayant efte
defarmez . Il y avoit dans Luftea
, dont il eſt parlé dans la
même Lettre , mille Miquelets ,
qui témoignerent d'abord vouloir
faire une vigoureuſe refifſtance
. Ils avoient quatre coulevrines
dont ils firent grand
feu ; mais le voyant vivement
attaquez ils fe retirerent avec
précipitation . On prit les cou-
Jevrines , quelques munitions
& un Drapeau , & le pofte fut
pillé on fic quelques prifonGALANT
379
niers , & onne perdit pas unfeul
homme en cette occafion . Lafuite
a fait voir que ce chaſtiment
eftoit neceffaire , puiſqu'il a efté
caufe que plufieurs lieux voifins
fe font foumis à la clemence
du Roy , du nombre defquels
font Falarduës & Malpica, dont
les habitans ont eſté traitez avec
beaucoup de douceur.
Je vous envoye une Lettre
qui ne vient pas d'Espagne ;
mais dont les nouvelles ont eſté
tirées de plufieurs Lettres vcnuës
de Madrid.
Mr le Maréchal de Bervvik
mande qu'il eft tres-content des Ef
pagnols que les Caftillans envoyent
de tous les Bourgs & Villages des
Deputez au Roy pour luy marquer
380 MERCURE
#
que lears biens & leurs vies font à
Sa Majesté Catholique. On porte
de tous coftez dans les Magazins , des
munitions pour la fubfiftance de l'armée.
Tous les Soldats font habil.
tez, payez & nourrison compte
quarante -huit bataillons & quinze
mille chevaux's il n'y manque pas
un ardillon. Les Regimens Efpagnols
& les Irlandois font complets ;
left venu des Deferteurs enfi grand
nombre au
que les Regimens étant recrutez,
on enforme un Regiment nouveau
, & on envoye ce qu'ily a de trop
à Bayonne pour recruter les Batail.
lons Irlandois qui fervent en Italie.
On crie , vive le Maréchal de
Bervvik , quand il paffe dans les
rues ; il tient table ouverte , & les
Grands le vifitent fouvent.
Il paroift par toutes les Let-
•
GALANT 281
zres qui viennent de Madrid ,
que le Roy d'Espagne aura cinquante
mille hommes ; qu'il ou
vrira de bonne heure la Campagne
, & qu'il fe mettra à la
tefte de les troupes . D'ailleurs
toutes les Lettres parlent auffi
de la grande union qu'il y a entre
ce Monarque , les Grands ,
& le Peuple. Rien ne marque
mieux l'affection des Grands ,
que la maniere dont ils ont cefebré
la naiffance de ce Prince,
plufieurs Grands ayant couru,
avec lui & fait voir leur adreffe
dans le Caroufel qui s'eft fait à
Madrid à l'occafion de cette
naiffance,
Je vous envoye un Extrait
d'une Lettre de Dunkerque
,
qui doit vous faire plaifir.
382 MERCURE
t
A
{
Le Barentin a amené une prife
Angloife de 24. canons eftimée 450.
mille 1. & l'on a trouvé 150, mille
piaftres cachées au pied du grand
mats ; il y avoit auff dans ce Bàtiment
300. pipes de vin de Canarie
& d'autres marchandifes. Ce
feul Vaiffeau a fait en fa derniere
courfe ponr 200. mille écus de prifes.
Le Sorlingue & l'Ameriquaine
de compagnie , avoient amene icy
trois jours auparavant , une priſe
Hollandoife chargée de poivre , de
Cacao, de canelle, de toiles & d'autres
marchandifes , eftimées cent
mille écus, &un autre eftimée vingt
mille livres,
Je dois vous dire pour rendre
justice à la verité que l'article
que vous allez lire n'est
pas de moy . Il eſt d'un homme'
GALANT : 383
7
de confideration & d'un grand
poids , & qui nonobftant fes
grands emplois & les affaires
politiques où il a efté employé ,
n'a jamais ceffé de faire voir
l'attachement particulier qu'il
a toujours eu pour les beaux
Arts, & fur tout pour le Deffein
& pour la Peintures pour qui
l'on peut dire qu'il a conçu de
l'amour dés le berceau .
Mr Manfard toujours attentif
à maintenir en vigueur les
chofes qui peuvent contribuer
à la gloire du regne du Roy, &
qui font fous fes ordres , alla le
7. de ce mois à l'Academie de
Peinture & de Sculpture pour
diftribuer les prix aux jeures
Etudians , & pour exhorter
( comme il fait de temps ca
384 MERCURE
temps ) lés Academiciens à continuer
les foins & les études qui
les rendent habiles , & qui foutiennent
l'honneur de la Compagnie
.
Aprés la mort de Mr de Villacerf
, l'Academie n'euſt pas
plutoft choifi Mr Manfard pour
fon Protecteur , qu'eftant par
luy- mefme fuffisamment informé
de quelle confequence il eſt
pour un Estat d'y faire Aeurir
des Arts , il refolut non - feulement
de les maintenir dans le
degré où les avoient mis ceux
qui l'avoient precedé dans fa
charge ; mais de les porter , s'il
étoit poffible , au dernier point
de perfection . Il fçavoit que la
Peinture eftoit le fondement
des beaux Arts , comme elle
eft
GALANT 385
I
eft l'amour & l'admiration
des grands Princes & des gens
d'efprit . Et pour ne pas voir fa
protection infructueuse , il fit
pourvoir l'Academie de tout ce
qui eftoit de l'utilité & de la
bienséance d'un Corps ficelebre ,
& il a rendu depuis peu le lieu
où elle fe tient auffi magnifique
qu'avantageux pour le progrés
de la Peinture.
Mais pour ne s'en point renir
aux aparences exterieures ,
quoy que capables d'elles - mef
mes de mettre le genie en mou -`
vement , il a voulu que celuy des
Statuts de l'Academie qui établit
la diftribution des Prix , füt
obfervé tres- regulierement . On
les donne tous les trois mois
aux jeunes Etudians ; fçavoir
Fanvier 1707. Kk
386 MERCURE
deux pour la Peinture & deux
pour la Sculpture ; & comme
la maniere de les diftribuer fait
d'autant plus d'effet fur les efprits
, qu'elle eft infinuante &
accompagnée de raifonnement,
Mr Manfard fe fert de ce motif
pour exciter autant qu'il luy
cft poffible les talens de ceux
qui l'écoutent. Il examine les
deffeins avec exactitude ; il en
fait appercevoir les beautez &
les deffauts , & par le poids de
fes paroles il infinuë de la perfeverance
aux plus forts & releve
le courage des plus foibles;
mais toujours en faisant voir
la difference de ce qu'il y a de
plus ou de moins loüable dans
l'Ouvrage , fans avoir aucun
égard à l'âge ni aux recomman
GALANT 387
dations en voicy un exemple.
Le jeune Coypel âgé feulement
de 12. ans , cftant appellé
dans fon rang pour recevoir le
Prix qu'il avoit merité, fe pres
fenta devant Mr le Surinten
dant , fon Deffein à la main , &
chargé de tous les fuffrages de
l'Academie : La petite taille du
jeune homme, & la grande ma
niere qu'on voyoit éclore dans
ce Deffein , furprirent Mr Manfard
, & luy donnerent occafion
de parler tres - ferieuſement à
la Compagnie fur le choix qu'
on devoit faire des jeunes Etudians.
Il dit , que pour approfondir tous
tes les connoiffances que demande
la Peinture , pour en bien connoiftra
toutes les parties , &pour rendrefa
Kk ij .
388 MERCURE
cile le chemin qui conduit à la per.
fection de ce bel Art, il falloit que
les particuliers qui compofent le
Corps de Academie fullent capables
d'en developper les difficultez ,
& d'en enfeigner les veritables principes
, & que cela ne s'executeroit
jamais tant qu'on recevroit pour
Academiciens des Afpirans fans genie,
& pour Ecoliers de jeunes etudians
, qui ne donnent aucune efperance
de réafir dans un Art fi beau ,
mais fi difficile. Il exhorta donc
la Compagnie d'examiner à l'avenir
avec plus d'exactitude les
Sujets qui fe prefenteroient ,
pour eftre admis dans le Corps
des Academiciens , ou pour def.
finer d'aprés le modelle , ou pour
concourir aux Prix qu'ils ne meriteroient
jamais , faute de ge
GALANT 389
nie ou de pratique fuffifante .
Le 25. de ce mois Mr le Marquis
de Gondrin , fils de Mr le
Marquis d'Antin & de Julie
d'Uzés , fille de feu Mr le Duc
d'Uzés , époufa Marie- Victoire-
Sophie de Noailles , fille de Mr
le Maréchal Duc de Noailles ,
& de N ... de Bournonville La
ceremonie des époufailles fe fic
dans la Chapelle de l'Archevêché
par Mr le Cardinal de
Noailles , oncle de la Mariée
en prefence de trente perfonnes
du premier rang , parens & alliez
des nouveaux époux , que
Son Eminence traita magnifiquement
aprés la ceremonie.
Mr le Maréchal de Noailles
donni le foir un grand foupé à
la même compagnie , qui fut
Kkij
390 MERCURE
precedé d'un tres - beau Concert
de voix & d'inftrumens .
Les Epoux furent mis au lic
aprés le foupé , & Madame la
Princeffe d'Epinoy donna la
chemiſe à la Mariée . Le lendemain
la même Compagnie alla
dîner chez Mrle Cardinal d'Etrées
, où elle avoit efté invitée
par fon Eminence , & elle
alla enfuite chez Mr le Bailly
de Noailles , où il y eut un grand
repas . Les Epoux partirent de
là pour fe rendre à Versailles , où
Madame la Marquife de Gondrin
devoit prendre poffeffion
de la place de Dame du Palais
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , qui luy a efté donnée
.
P
Mr le Marquis de Gondrin eft
GALANT 391
bien fait , & il a beaucoup de valeur
& d'efprit. Mllede Noailles
eft jeune , grande , fpirituelle ,
& bien faite. Elle a cinq fours,
toutes avantageufement , mariées
, & l'on ne doit pas s'en
étonner , puifqu'elles font filles
de Madame la Maréchale de
Noailles , dont l'exemple, fuffic
pour infpirer des fentimens de
vertu , & tout ce qui peut rendre
une fille parfaite . Je n'ay
pas cru devoir entrer dans les
Genealogies des Maifons dont
J'aurois pû vous parler à l'occafion
de ce mariage , vous en
ayant déja parlé plufieurs fois
fort amplement & d'ailleurs
ces Maifons font fi connues
qu'il fuffit de nommer ceux qui
en pottent les noms , pour que
!
392 MERCURE
chacun s'en repreſente aufſi- toft
la grandeur.
Ce que je vous ay dit dans ma
derniere Lettre touchant les
nouveaux Brigadiers faits par le
Roy n'étant pas tout - à - fait jufte
en quelques endroits , on trouvera
la verité dans ce qui fuit .
Mr Daulet a efté Capitaine
des Grenadiers de Navarre ";
'd'où il fut tiré pour eftre Major
de Philifbourg ; il eft prefentement
Lieutenant de Roy à
Tournay.
Mr de Mouron Lieutenant de
Roy de Lille , a efté long temps
Major d'un Regiment d'Infanteric
.
Mr du Coudray , Lieutenant
de Roy de Dunkerque , l'a efté
de Cafal.
GALANT 393
Mr de Gibaudiere , Lieutenant
de Roy de Bayonne , a longtemps
fervi dans le Regiment de
Normandie , & il eft originaire
de cette Province.
Mr de la Ferriere , Gouver
neur de Belle - Ifle , eftoit Lieutenant
- Colonel du Regiment
de Vermandois Infanterie , lors
qu'il fut fait Gouverneur de
Belle - Ifle.
Mr de Champereux , Lieutenant
de Roy de Valenciennes
a fervi toute fa vie dans
le Regiment de Picardie .
>
On a mis le nom de Hautereux
, au lieu de celuy de Hauterive
.
Quoy que la reputation du
Pere Don Bernard de Montfaucon
foit parfaitement bien
394 MERCURE
établie parmy les Sçavans , &
que l'on fçache tres - bien que
cet habile homme n'a eu befoin
d'aucun fecours pour la publi
cation qu'il a faite des oeuvres
de Saint Athanafe il y a prés de
quatre années , & que ce fçavant
Religieuxa enrichies d'excellens
Commentaires où il a
remply plufieurs Lagunes que
l'on trouvoit dans les anciennes
Editions , & où enfin il a reftirue
plufieurs paffages dont les
anciens Interprettes n'ont jamais
bien compris le veritable
fens , je dois dire icy que bien
que Mr l'Abbé Pinard foit un
tres -habile homme , il n'a aucune
part à cet ouvrage , &
qu'il a luy- mefme declaré qu'il
étoit entierement du au Pere de
Montfaucon.
GALANT 395.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé étoit le Cachet. Plufieurs
l'ont cherché , & en ont meſme
donné des explications ; mais il
a efté trouvé par peu de perfonnes.
Voicy les noms de ceux
qui ont deviné jufte . Meffieurs
les Abbez de la Terriere ; de
Sainte Cecile , & l'Abbé moitié
François & moitié Efpagnol ;
le Secretaire du Roy de la ruë
S. Antoine ; du Coudray , & de
1'Epine ; Don Zelut , Seigneur
de la Rade Saint Jean ; le fils de
Don Gabriel , il Signor Bazini
di Bolonia ; Melliti di Sameria ;
le refpectueux François . Miles
Greffet & Vaerturd ; Mlle de
la Houffaye , du Quay neuf, &
fon époux ; Marie Julienne ; la
jeune Muſe renai@fante ; la char396
MERCURE
mante Sapho du petit Paris de
la ruë de la Verrerie ; la belle
Gafconne du Fauxbourg Sainc
Germain ; la plus jeune des belles
Dames de la rue des Bernardins
; & l'Infante de la rue Saint
Honoré .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
Janvier 1707.
LI
398 MERCURE
fur
Il feroit difficile de vous rien
dire aujourd'huy de pofitif fur
les affaires de la guerre , quoy
que toutes les nouvelles publiques
foient remplies d'articles
fur ce fujetimais tout ce qu'elles
rapportent n'eft fondé que
des on dit , on croit , on eftperfuadé,
&c. Il ne laiffe pas de fe paffer
beaucoup de chofes pendant ce
temps d'inaction , dans le Cabinet
des Souverains qui ont
part à la guerre prefente . Cependant
il ne paroift pas que
l'on y puiffe faire aucun plan
fans fe propofer de le changer ,
s'il eft à propos , lorsque l'on
aura fçu les deffeins du Roy de
Suede , que je ne crois connus
que de Sa Majefté Suedoife , de
fon premier Miniftre , & des
GALANT 399
Souverains liguez avec luy. Si
lorfque le Tonnerre gronde on
étoit averty du lieu où il doit
tomber , on ſe garentiroit de fes
coups. Il y a lieu de croire que
les deffeins du Roy de Suede ne
le manifeſteront que par la marche
& felon toutes les apparences
il établira auparavant le
Roy Staniflas fur le Trône qu'il
luy a procuré , & les Polonois
ne fouffriront pas long - temps
que les Mofcovites leur donnent
des fecours qui acheveroient dé
ruïner leur Etat . Ils ouvriron
les yeux, & verront que le Czar
ne fouhaite que la guerre foit
continuée en Pologne , qu'afin
que pendant que les troupes du
Roy de Suede y feront occupées,
ce Monarque ne tourne pas fes
Llij
400 MERCURE
Armes du cofté de la Livonie
pour y reprendre les Places qui
luy appartiennent , & qui font
occupées par les Mofcovites . Je
le dis encore une fois , les Polonois
ne feront pas affez dupes
pour donner dans de femblables
paneaux , hé que pourroient- ils
faire , n'étant foutenus que par
les Mofcovites ? qui aidez d'une
groffe armée de Saxons n'ont
pû rendre le Roy Augufte entierement
maitre de la Pologne .
On. doit donc compter que les
affaires feront bien toft terminées
de ce cofté la . Cependant
toutes les Puiſſances Souveraines
qui font en guerre, font faire
les preparatifs neceffaires pour
l'ouverture de laCampagne prochaine
, mais malheureufement
GALANT 401
•
pour l'Empereur , elle eſt toujours
ouverteen Hongrie , & les
Mécontens ne laiffent pas à fes
troupes letemps de refpirer. Il
n'y a meſme prefque plus lieu de
douter que les Turcs feront biensoft
de la partie. En effet les
avanics faites à la Porte Ottomane
au Miniftre de l'Empe
reur qui eftoit venu chargé de
prefens , doivent le faire croire,
& perfonne n'en peur juger autrement
fur de fi fortes appas
rences . Il faut bien que l'Em-→
pereur en fait perfuadé , puif
qu'il fait revenir d'Italie fix Re
gimens de Cavalerie , dans le
temps que Mr le Prince Eugene
dit qu'il a befoin de 15000 .
hommes, fans quoy il ne peut
avoir d'armée en campagne . Les
Lli
402 MERCURE
4
raifons en font plaufibles ; il a
fait la guerre pendant tout
l'hiver dans un pays où il a toujours
plû , & qui d'ailleurs eft
fort marécageux , de maniere
qu'il a perdu une partie de fon
armée, tant à caufe des fatigues
que fes Troupes ont fouffertes
pendant une fi mauvaiſe ſaiſon,
que parce qu'il en a auffi perdu
confiderablement , tant aux
Sieges des Châteaux qu'il a pris,
qu'aux Sieges de ceux dont il n'a
pû s'emparer, & qu'il vient de
lever , de maniere qu'il ne luy
refte guere de Troupes au delà
de celles qui luy font neceffaires,
pour garder des Places ,
où les grandes fommes qu'on
en antirées sont empefché les
peuples de prendre dans le coeur
GALANT 403
le parti des Alliez . Si leur conqueftes
en Italie font caufe qu'-
ils n'ont plus affez de Troupes
pour mettre une armée en campagne
, les pertes que nous avons
faites ont produit un effet
contraire . Elles ont fait grof
fir l'armée deMr le Comte deMe
davi , qui dans le mefme temps
en a tiré des Poftes qu'il n'a
pas jugé à propos de garder ,
& qu'il a fait démolir . D'ail
leurs les Alliez ont fait tant de
malheureux par les contribu
tions qu'ils ont exigées : meſme
des Etats qui estoient demeurez
neutres, & de ceux des Princes
qui n'avoient fouffert que
parce qu'ils n'avoient pas vous
la fe détacher de leurs interefts .
Tous ces malheureux , dis- je ,
404 MERCUR
E
par
outrez de le voir accablez
une main qui les devoit ſecou -
rir, ont mieux aimé prendre parti
dans les Troupes de Mr de
Medavy , que de fervir ceux qui
les opprimoient. Ainfi ce General
a une armée de plus de
22000. hommes, qui groffit tous
les jours, & qui fe trouvera encore
plus forte & plus capable
de prefter la main à nos Troupes
, lorfqu'elles rentreront en
Italie , où les Alliez ne doivent
pas attendre un grand fecours
des Allemans . Les Cercles de
l'Empire font épuifez qu'ils
avoient mefme refolu de ne
point faire cette année de nou .
velles levées , alleguant que
pour des interefts particuliers ,
on a laiffé perir leurs Troupes
GALANT 405
pendant deux hyvers , & furtout
dans les lignes de Stołhofen,
où elles ont efté empoiſonnées
par la puanteur des eaux.
Les Puiffances qui compofent
ces Cercles fe font attirez in- .
confiderement les maux qu'elles
fouffrent. Le démêlé de l'Empereur
pour la Couronne d'Efpagne
ne regardoit point l'Al
lemagne, & le Confeil de Vienne,
par prieres, par menaces &
par prefens , a fçû les engager
dans une guerre qu'elles font
obligées aujourd'huy de foutenir
feules , toutes les forces que
les pays hereditaires peuvent
fournir à l'Empereur , ne luy
fuffifant pas pour tenir telle aux
Mécontens.
Quant à ce qui regarde les
406 MERCURE
affaires de Flandre , tout y pa
roift dans une grande tranquillité
, à l'égard des mouvemens
de guerre , mais quant à ce qui
regarde les contributions , les
levées & les autres chofes que
l'on demande aux pays nouvel,
lement conquis , on n'a jamais
vû de plus grands defordres &
de plus grands chagrins parmi
les peuples, que les Troupes des
Alliez qui ne font point payées,
volent en plein jour , ce qui a
rendu plus que jamais les coeurs
de ces peuples Espagnols &
François Les Hollandois qui
ont voulu la guerre font bien
embarraffez , & leur chagrin eft
grand de voir que les Anglois
font dans toutes les places conquifes
le commerce qu'il leur
1
GALANT 407
ont ofté Ils font fafchez de fe
voir environnez d'un peuple , qui
toft ou tard porterade plus grandes
atteintes à leur commerce.
Il a déja beaucoup fouffert depuis
l'ouverture de la guerre
prefente , puifque leurs fonds é
tantépuifés ils n'en peuvent foûtenir
le poids, & que les Anglois
paroiffent en état de n'agir plus
que felon leur volonté, les fonds
qui viennent d'eftre accordez
par le Parlement d'Angleterre
devant rendre les Anglois fifuperieurs
aux Hollandois , tant
fur mer que fur terre , que ces
derniers feront obligez d'en recevoir
la Loy. Ainfi les Politiques
de Hollande & les plus
fenfez voudroient bien pouvoir
parvenir à une bonne paix. L'af
408 MERCURE
faire de la fucceffion du feu
Princed Grangeles inquieteauf
fi beaucoup L'Electeur de Brandebourg
eft puiffant ; il a des
Alliez qui le font auffi , & felon
toutes les apparences , il n'abandonnera
pas cette affaire fans
qu'il en coûte quelque chofe de
confiderable aux Hollandois .
Enfin les avantages remportez
par leurs Alliez doivent leur
coûter cher , & rien ne leur fe ,
roit fi neceffaire que l'amitié &
la protection de la France .
:: Perfonne n'ignore le bon état
où le trouvent les affaires d'Efpagne
, & felon toutes les ap- ар
parences les premieres expedi
tions fe feront de ce cofté- là.
Le grand fecours des Anglois ,
fi long- temps promis , fi vanté ,
&
GALANY 409
& fi peu confiderable , & enfin
arrivé en Portugal
Portugal , ne peut
eftte faffifant pour fournir des
Troupes par tout où les Alliez
en ont, beſoin du cofté d'Elpaghe
. S'il demeure en Portugal ,
comme Sa Majelle Portugaife
le fouhaite , les Alliez acheveront
bien - toft de perdre le
Royaume de Valence , & celuy
d'Aragon , & la Catalogne ne
tiendra pas aprés ces expeditions
. Si au contraire les troupes
Angloifes quittent le Portugal
, les Etats dont je
>
de vous parler pourront eftre
deffendus un peu plus longtemps
fans que les Alliez en
puiffent néanmoins empêcher
la perte mais auffi le Royaume
de Portugal demeurera fort
Mm
Janvier 1707.
410 MERCURE
expofé aprés le départ des trou
pes Angloifes , puifque les Efpagnols
pourront ailément y entrer
, & qu'Alcantara n'en eft
qu'à quarante lieuës .
Ma Lettre eft fi remplie que
je me trouve obligé de referver
plufieurs articles fur differens
fujets , mais quoy qu'ils ne doi
vent pas vous paroiftre, nouveaux
lors que je vous en par
leray ; je fuis perfuadé que je
ne laifferay pas de vous appren.
dre beaucoup de chofes nouvelles
touchant ces articles refervez.
Je luis , Madame , voſtre ,
& c.
A Paris ce 31. Janvier 1707.
AVIS .
Le Mercure de Février ſe
vendra le 4. de Mars. Ceux qui,
"
GALANT 4 ! 1
envoyent
des Articles dans des
lettres dont le port n'eft point
affranchy
, font avertis de nouveau
que leurs Articles
ne fcront
point employez
, à moins
qu'ils ne viennent
des Armées
de Sa Majefté , dont toutes les
Relations
feront reçues fans
que le port foit affranchy
.
LYON
f 2 .
Mm ij
TABLE .
PRelude , qui contient des faits dignes
deftre remarquez , S
Difcours prononcé par Mr le Prieur de
Sorbonne , 18
T
231
Premier Article des Morts ,
Vice- Legation', & place d' Auditeur de
Rote données par le Pape,
Nomination d'un Baile
ST
où Ambaſſadeur
ordinaire de Venife , à la Porte
Ottomane ,
Mariage Etranger,
60
63
66
Extrait d'une Lettre de Dunkerque ,
contenant plufieurs prifes ,
Difcours prononcé par le Pere le Camus,
Jefuite , fur l'établiſſement de l'Aca
demie
Françoife ,
Ouvrage intitulé , la Langue ,
Odes de Mr de la Motte ,
70
78
85
87
Differtation fur une Figure de Bronze ,
trouvée dans un Tombeau ,
Benefices donnez dans la derniere Promotion
, 92
Raport fait à l'Academie des Sciences ,
par Mr Lemery, pour faire l'Analife
TABLE.
de l'Eau Minerale qui se trouve dans
un Puits fitué dans le Jardin de Mr
Billet au Fauxbourg S. Antoine, 136
Article touchant le nouveau Thermome
tre de Mr Nuguet , qui peut eftre
'transporté,
Mouvement fait dans le Regiment des
Gardes
15.5.
16.6. Second Article des Morts
Brigadier oublie dans la Lifte des Brigadiers
, du Mercure de Decembre, 174
Ceremonie obfervée lorsque S. A. E. de
Cologne areçu l'Ordre de Pretrife, 175
Difpenfe donnée au fils de Mr le Prefident
Rouille
199
Article curieux , touchant la furvivance
de la Charge de Secretaire d'Etat ,
laquelle le département de la Guerre eft
attaché , accordée à Mr le Marquis
de Chamillart, 201
Le Vicaire General des Auguftins déchauffez
& fes Affiftans , font préfentez
au Roy ,
221
Difcours prononcé dans le College de
Guyenne à Bordeaux, 224
TABLE.
Journal de cequi s'eft paffe en Canada ,
depuis l'année derniere, 227
Hiftoire de la Sultane de Perfe , & des
Vifirs , Contes Turcs,
Les Voyages dans Paris,
Troifiéme article des Morts ,
260
269
270
Addition à l'Article de la mort de Mr
1.30% de Cauviffon,
Tableaux de MrJouvenet , expofez a S.
Martin des Champs , 303
309
Article contenant tout ce qui s'eſt paſſe,
concernant les Couches de Madame la
Ducheffe de Bourgogne, & les rejouiffances
faites pour la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne ,
Noms des Infpecteurs de la Cavalerie
& des
Dragons,
336
Nomination de S. A. R. Monfieur le
Ducd'Orleans , pour aller commander
en Italie , & de Mr le Maréchal de
Teffe , pour fervir fons ce Prince, Ces
article contient des chofes qui meritent
que l'on y fale attention,
Mariage deMr leDuc deS. Aignan, 3,5 1
337
TABLE .
Nouvelles d'Espagne , contenuës en plufieurs
Lestres, 360
Extrait d'une feconde Lettre de Dun-
Kerque ,
382
Prixdiftribuez parMr Manfard, à l'Academie
de Peinture & de Sculpture , 38 3
Mariage deMrle Marquis de Gondrin ,
290
Article touchant les nouveaux Briga .
diers, dont on a parlé le mois paſſ", 39 2
Autre qui regarde la derniere Edition de
S. Athanafe,
Article des Enigmes
393
366
Affaires generales de la guerre, 398
Conclufion touchant les articlrs refervez,
Avis important,
410
ibid.
Avis pour placer la Figure.
L'Eftampe des Jettons doit
regarder la page 162 .
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER , 1707.
30 19
YON
APARIS, M
1893
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
DE
LA
mm
Omme il eft impoffible dans la con-
Concture
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumés qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VII.
Avec Privilege du Roy Ada
AU LECTEUR
ILy a lieu de croire qu'on
-ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,&
quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront ez
affranchissent le port.
#
MEREVRE
GALANTS
JANVIER , 170
J
LYON
1893
'AY déja compté trente &
un mois de Janvier depuis
que je vous adreffe mes Let
tres , & j'ay eu le plaifir pendant
ce grand nombre d'années
, de vous parler de ce quia
BE
LA
VILLE
A iij
6 MERCURE
fait meriter le furnom de Grand,
de l'aveu même de toutes les
Nations , au Monarque fous
qui nous avons le bonheur de
vivre. Je l'ay vû dans des temps
de paix ne travailler qu'à étendre
le culte de la veritable Religion
; qu'à faire des Loix pour
reformer les abus qui s'étoient
gliffez dans fon Etat , & pour
épargner le fang de fes Sujets ;
& donner fes foins pour faire
fleurir les beaux Arts dans fon
Royaume. Je l'ay vû au milieu
des careffes de la Fortune la
plus flateufe & des lauriers dont
il fe couvroit tous les jours ,
GALANT
7
lorfqu'il commandoit fes Armées
en perfonne , ne fe fervir
de tous ces avantages que pour
impoſer la paix à l'Europe ; &
je vois aujourd'huy ce Prince
dans le temps que la Fortune
cherche à l'abandonner , faire
rougir cette même Fortune par
la fermeté heroïque avec laquelle
il fupporte les traverſes
qu'elle luy fait effuyer , & paroiftre
dans cet eftat plus digne
d'admiration aux yeux de l'Univers
, qu'il ne l'eftoit lorfque
la Fortune fuivoit fes
pas , & obéiffoit
à fes loix . Ce Monar
que fart voir
qu'il
fçait
fuppor-
A iiij
8 MERCURE
4
ter également la bonne & la
mauvaiſe fortune
, quoy qu'il
foit également difficile de faire
un bon ufage de l'une & de
l'autre. Il femble cependant
qu'un Prince fort élevé foit
dans un eſtat plus perilleux
,
puifqu'outre
qu'il peut tomber
de plus haut , le plus fage
fe laiffant fouvent éblouir
par
les charmes d'une Fortune toujours
riante , tombe aifément
dans des deffauts enfantez par
l'orgueil , & par le pouvoir abfolu
que donne une fortune
fans bornes
. Il croit que qui
peut tout eft en eftat de tout
GALANT 9
vouloir , fans qu'on puiſſe y
trouver à redire , & s'abandonnant
inſenſiblement à tout ce
que
7
fes defirs luy
infpirent , il
devient l'efclave de toutes fes
paffions. Il ne fonge qu'à envahir
les Etats fur lesquels il
n'a aucun droit legitime ; qu'à
faire des injuftices qu'il ne regarde
pas comme telles , parce
que tout luy eft permis ; & qu'à
contenter
tous fes defirs , au
lieu qu'il devroit ſe ſervir de ce
temps , & de l'heureuſe
fituation
de fes affaires , comme a
fait le Roy dans tous les temps
où la paix a regné dans fon
10 MERCURE
Royaume. Ces heureux temps
ont donné lieu à ce Prince d'y
faire regner la Religion dans
toute la pureté ; d'y attaquer
les vices , & d'y faire regner
la justice & les vertus par un
grand nombre de Loix & de
Reglemens qui ont étably dans
fon Royaume une police utile
à tous fes Sujets , & au bien de
fon Etat , & dont on commence
à fuivre les Reglemens dans
plufieurs Etats de l'Europe. Je
pourrois prouver ce que j'al
vance , mais ce n'eſt pas icy le
lieu d'entrer dans de pareils détails
, & je n'ay entrepris que de
GALANT 11
faire connoître que rien n'étant
plus difficile à fupporter que le
poids d'une grande fortune ,
qui a fouvent fait voir que les
plus fages Monarques & les
plus dignes de regner , devenoient
les plus foibles lorfqu'ils
eftoient favorifez de la Fortu¬
ne ; ce qui n'eſt point arrivé au
Monarque fous qui nous avons
l'avantage de vivre , ainſi que
je viens de vous le marquer. Si
ce Prince a fait voir une conduite
fi fage dans des temps ou ·
il eft fi difficile de regner fur
foy-même , & s'il n'a rien fait
qui puft porter atteinte au fur12
MERCURE
nom de Grand , que toute l'Eu
rope luy avoit donné , on ne
doit pas s'étonner de le voir
aujourd'huy toûjours égal à
luy- même lorfque la Fortune
cherche à l'abaiffer , & fi elle
n'a pû luy rien faire faire d'indigne
d'un grand homme au
milieu de fes plus fortes caref
fes , elle le verra triompher
toûjours par ſa fermeté & par
fa fageffe , au milieu des atteintes
qu'elle cherche à luy porter.
Je vous ay déja dit plus d'une
fois fuivant les occafions
qui fe font preſentées , & je
GALANT
13
yous ay même fait connoiftre
par
des preuves
inconteftables
que fi le Roy avoit conquis
par
la force de ſes armes pendant
le cours de la guerre prefente
,
autant de Places que la Fortune
en a livré à fes Ennemis
aprés
une mediocre
refiftance
, ou
même fans combat
, les Sujets
des Puiffances
liguées combleroient
aujourd'huy
de, benedictions
un Monarque
qui don
neroit la paix à leurs Souverains
en facrifiant
la plus grande
partie de fes conqueftes
, &
qui fçauroit
même l'impoſer
à ceux dont la politique
de14
MERCURE
mande qu'ils foient toûjours
en guerre , quand même la Fortune
ne leur feroit pas favorable
; ce qui fait voir que Sa
Majefté ne combat que pour
faire jouir l'Europe d'une tranquillité
profonde , au lieu que
fes Ennemis n'ont les armes à
la main que pour perpetuer
guerre. On ne doit pas en eftre
furpris. Louis le Grand femble
n'eftre né que pour s'immor
taliſer par des actions de grandeur
qui luy font uniques , &
dont on n'a oui parler dans aucun
fiecle , & fi d'autres Souverains
fe couvroient de la même
la
GALANT IS
gloire , il trouveroit des égaux
qui l'imiteroient en donnant
la paix à l'Europe ; mais comme
il en a efté le Pacificateur
lorfqu'il en a pû eftre le Conquerant
, le Ciel femble ne pas
vouloir que perfonne partage
avec luy une gloire dont aucun
Souverain ne s'eft jamais couvert.
Ainfi il ne doit point ſe
plaindre de la Fortune , qui en
fe declarant contre luy ne fert
qu'à rehauffer l'éclat de fa gloire
, puifqu'elle fait connoiſtre
que fes Ennemis ſe trouvant
dans la fituation où il a efté ,
font bien éloignez de l'imiter
16 MERCURE
en donnant la paix à l'Europe
comme ce Monarque a fait ,
lorfqu'il s'eft vû dans la fituation
où ils fe trouvent aujourd'huy
, ce qui doit faire fou
haiter à tous les Peuples de l'Europe
que fes armes foient toû
jours victorieuſes , puifque fes
conqueftes luy ont toûjours
facilité les moyens de leur donner
la paix , dont ils jouiroient
encore fi leurs Souverains ne
l'avoient rompue deux fois,
-Je vous ay promis dans ma
derniere Lettre de vous faire,
une peinture à la tefte deje: lle
GALANT
17
cy , de la fituation où fe trouvent
aujourd'huy toutes les
Puiffances qui font en guerre ;
mais je doute même fi je pourray
vous en parler avant que de
finir ma Lettre , puiſque je ne
puis voustenir ma parole avant
qu'un fecret qui cauſe aujourd'huy
une attention generale ,
& qui peut faire changer de
face à toutes les affaires foit
developpé..
L'Article qui fuit vous pa
roiftra digne de voftro curio
fité , quoy qu'il ne foit pas tout
à fait nouveau ; mais j'ay tou
jours obfervé de ne pas laiffer
Fanvier 1707.
B
18 MERCURE
enfevelir dans l'oubly les chofes
qui ont échapé d'abord à ma
connoiffance , ou dont je n'ay
pû cftre affez toft informé de
toutes les circonstances qui
les accompagnent. Ainfi quoy
que tout ce que je vous écris
ne fe foit pas toûjours paffe
dans le même mois que je vous
l'envoye , il ne doit pas laiffer
de paroiſtre nouveau à vous &
à vos amis , puiſqu'ils n'en ont
point encore entendu parler ,
ou du moins qu'ils n'en ont pas
encore eu une parfaite connoiffance.
M' l'Abbé Dumans , Cha
GALANT 19
noine de l'Eglife de Rennes &
Prieur de Sorbone , prononça
le 10. de Decembre de Dif
cours que le Prieur de Sorbone
doit toûjours prononcer à
la derniere Sorbonique. L'Affemblée
fut illuftre & nombreufe.
Monfieur le Cardinal
de Noailles , M l'Archevêque
de Tours , & M' l'Evêque de
Rofalie , ainfi que plufieurs
Abbez de diftinction & autres
perfonnes qui poffedent des
dignitez dans l'Eglife , furent
prefens à cette ceremonie. Ils
donnerent de grands applau
differens à Mol'Abbé Dus
Bij
20 MERCURE
mans , qui en reçut auffi beaucoup
de toute l'Affemblée . If
fe les attira par la beauté de
fon difcours
& par la grace
avec laquelle il le prononça . Il
parla avecbeaucoup d'éloquence
du zele de Sa Sainteté contre
toutes les nouveautez qu'on
a voulu introduire dans la doc
trine de l'Eglife fous fon Pontificat
, & de la prudence de ce
Pontife dans les conjonctures
malheureuſes
où l'Europe
fe
trouve . M l'Abbé Dumans.
dit en peu de paroles beaucoup
de chofes à la gloire du Roy.
Il n'eftpas neceffaire de s'éten
GALANT 21
dre beaucoup lorfqu'il s'agit
de la religion & de la picté de
ce Monarque, puifqu'elles font
fi connues qu'elles font tou
jours preſentés à l'imagination
de ceux à qui on en parle . Monfieur
le Cardinal de Noailles
& les perfonnes les plus confiderables
du Clergé , dont il
eftoit accompagné furent auſſi
louées d'une maniere qui convenoit
aux vertus qui leur font
particulieres , ou aux places
qu'elles occupent dans l'Eglife .
Le Pere d'Arcot Prieur des Ja
cobins , qui foûtenoit cette Sor
boniquesquiceft toûjours
22 MERCURE
"
foûtenue par un Religieux de
cet Ordre , fit un compliment
aux Prelats qui fe trouverent à
cette Affemblée , qui fut tresapplaudi.
Mi l'Abbé Dumans
recita enfuite un Poëme , felon
l'ufage pratiqué dans les Actes
de Sorboniques , où les loüanges
du Soutenant cftoient répandues
avec beaucoup d'éfprit.
Lorfque Mr Dumans
commença a argumenter , Son
Eminence & les autres Prelats
fortirent ; mais ce ne fut qu'aprés
avoir marqué à Mrole
Prieur de Sorbone , dont le
Priorat fuiffoit par cet Acte,
GALANT
23
3
le plaifir qu'ils avoient pris à
l'entendre , & il eut licu d'eftre
fort fatisfait des louanges qu'-
ils luy donnerent.
La Republique des Lettres a
perdu Mr Amelot de la Houffaye.
Il compofa à Venife ,
dans le temps qu'il yeftoit em
ployéà quelques negociacions,
I'Hiftoire du Gouvernement
de cette Republique , en deux
volumes in 12. Il dévoila les
plus fecrettes maximes des Ve
nitiens. Nous luy devons une
Traduction du Prince de Mal
chiavel , contre lequel Inno
dent Gentillet a ramaflé toutes
24 MERCURE
fes forces dans la Critique qu'il
en a faite , & qu'il dedia au Duc
d'Alençon , frere d'Henry III .
& dont il y a eu trois differentes
éditions . Mr de la Hoúf-
Laye a mis à la tefte de la Traduction
dont je viens de vous
parler , une Preface remplie de
tres - belles reflexions . On lit ce
qui fuit dans cette Preface ; il
eft tiré de Mr de Viquefort.
Machiavel dit presque par tout
ce que les Princes font tout ce
qu'ils devroient faire . Bacan a dit
la même chofe dans fon Livre
de l'augmentation des Sciences.
Mr de la Houlaye dit enfuite
GALANT 25
*
Juice qu'il ef Surprenant de voir
que prefque tout le monde croit
que Machiavelapprend aux Princes
une dangereufe Politique , puis
qu'au contraire les Princes ont appris
à Machiavelce qu'il a écrit.
C'est l'Ecole du Monde & l'obfervation
de ce qui s'y paffe , continue-
t- il , & non pas une creufe
ع و م
meditation de Cabinet , qui ont
efté les maximes de Machiavel
.
Bocalin a penfé prefque la mêine
chofe que Mr de la Houffaye
, & il a dit de plus que c'eſt
dans une Cour d'Italie , qu'il n'eft
pas à propos de nommer, que Ma
Janvier 1707.
C
26 MERCURE
chiavel a puifé la Politique defon
Prince, NGE SE
2
La Traduction Françoiſe de
THiftoire du Concile de Tren
te , eft auffi de M de la Houf
faye , & a fait beaucoup d'honneur
à cet illuftre Auteur. Certe
verfion , dont on a donné
au Public plufieurs édi
tions , a néanmoins efté attaquée
dans un des derniers vofumes
des Lettres chaifies de Mr
Simon , publiées en Hollande.
L'Auteur de ces Lettres , prétend
que Mr de la Houffaye
n'ayant pas bien entendu l'Italien
de Venife , qui eft fort difGALANT
27
ferent du langage de plufieurs
autres Villes voifines , n'a pas
traduit
fidellement
plufieurs
endroits de cet
ouvrage , & il
- luy reproche de n'eftre pas entré
・par tout dans le fens de
• fon Auteur.
Cependant on
peut affurer que cette Verfion
eſt tres-pure , & que les Notes
qui
l'accompagnent & qui fone
- propres au Traducteur
, en
rehauffent
extrêmement
le
prix. Mr de la Hauffaye a mis
à la tefte de cet
ouvrage , une
-tres- belle Preface, & qui donne
une idée jufte & préciſe de
tout l'ouvrage. Enfin cette
a
Cij
28 MERCURE
Traduction eft bien differente
de celle que Diodot avoit données
plufieurs années auparavant
du même ouvrage , &
Frapaolo eft auffi different de
luy - même entre les mains de
M' de la Houffaye & de Diodot
, que le langage Venitien
l'eft des autres Idiomes qui ont
cours dans les differentes Villes
d'Italie. M de la Houffaye
qui avoit une inclination particuliere
pour Frapaolo , & qui
en connoiffoit tout le merite ,
a auffi traduit le Traité des
Benefices de ce fçavant Religieux
, & il a foûtenu cette
GALANT 29
1
Verfion d'excellentés Notes
qui éclairciffent les penfées de
l'Auteur , & qui luy fervent
même fouvent de Commen
taires. Ce Traité a efté réimprimé
plufieurs fois , & toûjours
avec le même fuccés . La
matiere qu'on y examine a efté
fujette à de grandes conteftatations
, & le party que l'Auteur
& fon Traducteur ont
pris, n'a pas plû à tout le mon
de, & l'on peut dire que ce livre,
de même que l'Hiftoire du
Concile de Trente , a eu fes adverfaires.
Le même Traducteur nous
C iij
30 MERCURE .
a auffi donné une belle Tra
duction de l'Homme de Cour de
Gratien. Il dit que de toutes
les Traductions c'eft celle qui
luy a le plus coûté , à cauſe
que l'Auteur Efpagnol a trop
enveloppé fes penfées. Gratien
, dont les ouvrages font
fort cftimez , eftoit Jefuite.
L'Homme de Cour , qui eſt
écrit dans l'Idiome Eſpagnol ,
eſt celuy de fes ouvrages qui
luy a le plus coûté, & qui luy
a acquis le plus de réputation .
Mr de la Houffaye a dedié cet
ouvrage au Roy. Sa Verſion a
cfté fort applaudie , & on en a
GALANT
31
ES
t
fait plufieurs éditions. Mr de
la Houffaye avoit promis longtemps
avant la mort , une Tra
duction de tous les autres ou
vrages de Gratien ; il y a lieu
de croire que l'on aura. trouve
ces Traductions dans les papiers.
Ainfi on doit efperer que
fes heritiers executeront les in
tentions là deffus , & qu'ils feront
part au Public des Trefors
de Litterature qu'il a lail-
Lez, Le même a traduit en
François les Annales de Tacite,
Cet ouvrage eft travaillé avec
grandfoin , & il s'eft beaucoup
attaché à lepolir, ce qui a don-
Ciiij
22 MERCURE
32
né lieu de dire que Tacite n'a
rien perdu de fa pureté & de ſa
delicateffe , entre les mains de
M" de la Houffaye , qui joignoit
à une profonde erudi
tion , & à une exacte connoif
fance des fecrets de la Politi
que les moins connus , un ef
prit aiſe , & qui faifoit connottre
qu il avoit un
merce du monde . Il avoit efté
employé dans beaucoup de
negociations. Il avoit quitté le
monde quelques années avant
fa mort , & il menoit une vie
tres- particuliere. Il ne fe communiquoit
plus qu'à un nomun
grand comGALANT
33
1
&t
bre d'amis choifis , & il ne les
voyoit même que dans les promenades
publiques , & dans
des lieux neutres. Il avoit ncgligé
toute la vie les occafions
d'augmenter la fortune
comme elle ne fait du bien qu'à
ceux qui la cultivent ou qui la
cherchent , elle avoit auffi un
peu negligé cet excellent hom
me ; mais fes rigueurs n'avoient
rien diminué de fon
merite : elles n'avoient même
férvi qu'à le mettre dansun plus
beau jour , & à découvrir des
ralens , qui , fans cela , feroient
peut etre demeurez enſevelis,
A
34 MERGURE
Je ne vous dis rien de fa Mai
fon ; fon nom la fait affez con
noiftre , & les Regiftres du Parlement
de Paris font remplis
des noms de ceux de cette far
mille qui ont poffedé des Charges
dans cet augufte Tribunal.
Mr de la Houffaye eft mort penetré
des plus vifs fentimens
de pieté , dans lefquels il avoit
toûjours vêcu.
La mort de Mr de la Houf
faye a ofté fuivie de celle de
Mt l'Abbé de Ragny de la Madeleine.
Il eftoit de la même
Maifon que feu Mr Leonor
de Ragny la Madeleine , Mar
GALANT 35
quis de Ragny , Chevalier des
Ordres du Roy, qui ne laiſſa
de fon mariage avec Dame
Hyppolite
de Gondy de Rais
qu'une fille unique ; fçavoir
Anne de la Madeleine , Mar
quife de Ragny , mariée en
1632. avec Mre François de
Crequy - Blanchefort
, Ďuc de
Lefdiguieres
, Chevalier des Ordres
du Roy , Pair de France
Gouverneur
de Dauphiné
ayeul de feu Mr le Duc de Lef
diguieres , mort de maladie à
Modene il y a quelques années!
La Maifon de Ragny la Madeleine
eft originaire de Bour
36 MERCURE
-
gogne où elle a toûjours tent
un rang tres confiderable. Mr
l'Abbé de la Madeleine
, qui
vient de mourir , avoit l'Ab
baye de Tironneau au Dioceſe
du Mans , & il en auroit eu fans
doute de plus confiderables
fifa modeftie ne l'euft caché
aux yeux des hommes. Il fe
communiquoit peu , & il avoir
paffé une partie de fa vie dans
la retraite
. Son amour pour
les belles Lettres luy faifoit aimer
la folitude. Il avoit une
belle Bibliotheque
, & lorfqu'il
avoit fatisfait aux devoirs de
fon eftat , la lecture faifoit fon
GALANT 37
unique plaifir & fon unique
Occupation . Il avoit une parfaite
connoiffance de l'Antiquité.
Madame la Princeffe de
Crouy eft morte en couche à
Mons , n'ayant encore que 22 .
ans. Elle étoit fille de M le
Marquis du Foreft , & de Dame
N... de Milandon foeur de
Madame la Princeffe de Raches
, & de feu Monfieur le
Comte de Milandon, qui avoit
perdu un bras au fervice du
Roy. Madame la Princelle
de Raches , & Madame la
Marquise du Foreft , font nié$
8 MERCURE
ces de Monfieur le Maréchal
de Joyeuſe , & fille d'une
de fes foeurs. La feconde de
ces Dames a été élevée Fille
d'honneur de feue S. A. R.
Mademoiſelle , & elle quitta
le fervice de cette Princeffe
pour époufer Monfieur le Marquis
du Forest Gentilhomme
Flamand , & d'une trés ancien
ne Maiſon , établie depuis
long-temps dans le territoire
de Douay , où font toutes les
terres de ce Marquis . Monfreur
le Prince de Raches , qui a
époufé la foeur de Madame la
Marquife du Foreft , cft auffi
GALANT 39
d'une des meilleures Maifons
de Flandre. Toutes fes terres
font dans le Haynaut. La Maifon
de Milandon eft auffi de
la même Province; elle cft al
hée aux plus illuftres Familles
des Pays -Bas. Madame la Prin
ceffe de Crouy qui vient de
mourir , avoit époufé depuis
un an ou environ , Monfieur le
Prince de Crouy , fils de Mon
fieur le Duc de Crouy Gouver
neur de Mons pour Sa Majefté
Catholique. La Maiſon de
Crouy eſt une des plus illuftres
des Pays- Bas , & des mieux alliées
; fon ancienneté & ſon ik40
MERCURE
luftration font connues de tout
le monde. Madame la Princeffe
de Crouy laiffe une fille unique
de fon mariage , & elle eſt
otre univerfellement regreti
tée , à caufe de fes belles qualitez
& de fes manieres nobles
& genereufes. Cette Dame faifoit
l'empreffement de tout le
Pays ; fa máifon étoit ouverte
à toute la Nobleſſe du Haynaut,
& l'on y avoit tous les
jours , des divertiſſemens nouveaux.
d
Mla Comteffe d'Althan
époufe de M' le Prince Ferdinand
Leopold de Lobcouvitz ,
GALANT 41
eft morte à Vienne , univerfellement
regrettée de tous ceux
qui la connoiffoient . La natu
re avoit joint en elle les avan
ges du corps à ceux de l'efprit.
-Elle étoit d'une naiffance trés
diftinguée , & elle paffoit pour
une des plus belles perfonnes
de la Cour de Vienne. La lecture
, à laquelle elle donnoit tous
les jours un temps confiderable
, l'avoit rendue fi habile
dans l'Hiftoire , qu'elle faifoit
connoiftre dés qu'on en parloit
, qu'elle en avoit remarqué
les plus beaux traits , &
qu'ils étoient toûjours prefens
Janvier 1707.
D
42 MERCURE
à fon efprit , ce qui luy don≈
noit lieu d'en rapporter mille
chofes curieuſes . Cette Comteffe
avoit fait une grande liaifon
avec Madame la Comteffe
d'Afpremont four de Monfieur
le Prince Ragotzi. Ces
deux Dames , qu'un parfait raport
d'humeurs & d'inclina
tions avoit prefque rendues infeparables
, étoient les deux
perfonnes de la Cour de Vienne
les plus accomplies , & on
peut affurer que cette Cour a
perdu un de fes principaux ornemens
par la mort de l'une
de ces Dames , & par le départ
GALANY 43
de l'autre , qui est allée joindre
depuis peu en Allemagne Mr
le Comte d'Afpremont fon
époux . Il est peu de Maifons
en Allemagne, fionen excepte
les Souveraines , auffi illuftres
que celle de Lobcouvitz, dont
Monfieur le Prince de Lob .
convicz , qui vient de perdre
fon époufe, eft le chef . Elle
étoit connue dans l'Empire
fous les Othons , & elle y te,
noit un rang confiderable,
Sous les Princes de la Maiſon
de Suabe de malheureux
Conradin , dernier Prince de
cette Maiſon Imperiale , &
Dij
44 MERCURE
qui eut la tefte tranchée à Naples
, avoit à faCour un Comte
de Lobcouvitz , en qui il avoit
une confiance trés particuliere,
& qui étoit regardé comme le
chef de fon Confeil . Ce fidelle
Miniftre n'abandonna
point
fon Maiftre , aprés avoir efte
pris avec ce Prince & conduit
à Naples , & il ne voulut point
profiter de la liberté qu'on lui
offrit tant qu'il vit que Conra
din étoit retenu dans les pri
fons , & il ne fortit de Naples
pour s'en retourner en fon
pays , que lorfqu'il cut vû périr
fon Maiftre fur un échaffauc
GALANT 45
On affure même qu'il écrivit
une fatyre trés forte contre ce
lui qui avoit donné ce violenc
confeil à Charles Duc d'An
jou & Roy de Naples love
Madame laComteffe Douar
riere de Martinits , née Com
teffe de Dietrichftein eft mort
te à Vienne ; elle avoit un ges
nie fuperieur , & elle eftoit en
core plus recommandable par
les hautes qualitez de fon efprit
que par l'éclat de fa naif
fance. Elle avoit donné des
marques en plufieurs ! occafions
du progrés qu'elle avoit
fait dans les fciences : elle s'ét
46 MERCURE
toit appliquée dés la jouneffe |
à l'étude des belles lettres , &
elle n'avoit pas eu lieu de fe
repentir du temps qu'elle y
avoit employé. Cette Dame
étoit en commerce avec tout
ce qu'il y avoit de perfonnes
fçavantes en Allemagne, & fes
relations s'étendoient même
au delà de l'Empire , puiſqu '
elle en avoit cude tres grandes
avec feuë Mademoiselle Scur
dery, qu'ona fi juftement nommóc
la Sapho du drac - feptiéme
fiecle. La maifon de Dietricht
ftein cft tres-connue en Alle
magne, le Cardinal de oc nom
GALANT 47
qui fut le Favori & le principal
Miniftre de l'EmpereurMa
thias , & qui fut enlevé & jetté
dans une étroite prifon par les
artifices des Archiducs de Gratz
& d'Infpruch , a fait beaucoup
d'honneur à cette maifon.
L'Empire fe trouva bien de
fon adminiftration , & lorf
qu'il cut abandonné le gou
vernement des affaires , on les
vit tomber en decadence B
dans la confufion où les jetta
la cruelle & longue guerre de
Boheme. Feu Mr le Comtede
Martinits époux de da Dame ;
dont je vous apprens la mort,
48 MERCURE
étoit d'une tres-ancienne maifon
d'Allemagne
.
&
Madame laComteffe Douairiere
de Noirkermes , Dame de
FOrdre inftitué par l'Imperatrice
Douairiere , eft auffimorre
à Vienne . Elle avoit efté dans
une grande confideration fous
le regne du feu Empereur ,
quoyque les chofes euffent un
peu changé à fon égard , elle
eft morte auffi confiderée qu'
elle l'avoit toujours efténde
tous ceux qui la connoiffoient;
c'est- à- dire de toute la Courde
Vienne , où elle eftoit des plus
diftinguées par la naiffance &
par
GALANT
49
J
1
1
par fon merite . La maiſon de
Noirkermes eft une des plus
qualifiées de l'Autriche, & elle
y étoit déja connuë fous le
regne de l'Empereur Ferdinand
II. & fous celuy de l'Empereur
Mathias fon predeceffeur;
ce fut mefme l'ayeul de
Monfieur le Comte de Noirkermes
qui difpofa l'Empereur
Mathias à faire élire Roy des
Romains
l'Archiduc
d'Infpruc,
connu depuis fous le nom de
Ferdinand II. Il rendit enfuite
de grands fervices à ce Prince
dans la guerre de Boheme , & il
fut l'un de ceux qui
contribue
Fanvier 1707.
E
to MERCURE
rent le plus au gain de la bataille
de Prague, dont le fuccés
fut fi malheureux pour l'Electeur
Palatin. La maifon de
Noirkermes eft alliée à celle
de Lambert & à plufieurs autres
de ce rang. Feu Mrle Comte
de Noirkermes , époux de la
Dame dont je vous apprens
la mort , avoit porté les armes
toute fa vie pour le fervice
du feu Empereur dans les
guerres de Hongrie ; il s'étoit
fort fignalé dans les troubles
qui ont fi long- temps agité ce
pays-là , & il remporta mefme
de grands avantages fur les re-
"
GALANT ST
belles en differentes occafions.
Le Pape a donné la Vicelegation
de Bologne à Monfi
gnor Comaro. Elle étoit vacante
parce que Sa Sainteté a
donne la Charge d'Inquifiteur
de Malte à Monsignor Giacomo
Caracciol , qui étoit cy- devant
Vicelegat de Bologne.
Celuy qui l'eft à prefem joint
à l'éclat de fa naiffance plufeurs
grandes qualitez qui le
rendent digne des premiers
poftes de l'Eglife.
La Maifon de Cornaro cft
des plus illuftres de Venife.
Elle a donné deux Doges à
#
E ij
52 MERCURE
cette Republique
. Marc Cornaro
en fut élû Doge vers le milieu
du quatorziéme
ficcle. Il
reconquit
la Candie revoltée .
Marc Carnaro , petit fils de ce
dernier , fut pere de Catherine
Reine de Chypre ; cette Princeffe
ayant époufé Jacques
baftard de Chypre , & en étant
reftée veuve, elle remit le Gou
vernement
de cet Etat à la Republique
par les confeils de
Georges
Cornaro
fon frere
qui , d'Elifabeth
Morofini
laiffa
plufieurs
enfans . André Cornaro
, Cardinal & Adminiſtra
→
teur de l'Archeveſché
de SpaGALANT
53
t
latro , & Louis Cornaro auffi
Cardinal & Archevefque de
Zara qui ont fait beaucoup
d'honneur à la Maifon Cornaro,
qui a auffi produit le celebre
François Cornaro , Evefque de
Brefce, frere de Marc Cornaro
auffi Cardinal. François avoit
d'abord efté attaché à la profeffion
des armes ; il fe trouva
en r509. à la bataille de la
Ghieraddada que les François
gagnerent fur les Venitiens ,
& il recueillit les debris des
troupes de la République r
quelque temps aprés il repris
"
Eiij
54 MERCURI
à la Terre-
Padouë fur les Imperiaux.Fran
çois ayant rendu ces bons cervices
à fa Patrie , cultiva les
Lettres pendant le loifir que la
Paix luy procura , & il fit enfuite
un voyage
Sainte. A fon retour la Repu
blique le nomma Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur Charlesquint
, & il fuivit ce Prince en
Allemagne, en Eſpagne & dans
les Païs - Bas ; & en 1527. le
Pape Clement VII . luy donna
te Chapeau de Cardinal . Marc
Cornaro fon frere , Evefque
de Padouë , fut mis dans le >
GALANT 55
S
E
College des Cardinaux par le
Pape Alexandre VI . Ce Cardinal
rendit enfuite de grands
fervices aux Venitiens , qu'il
reconcilia avec le Pape Jules
Second . Le Cardinal Marc Cor
naro fut auffi Evefque de Ver
fone & Patriarche de Conftantinople
; il eut auffi la qualité
d'Archi- Preftre de l'Eglife Romaine
, & il eut l'honneur de
Couronner les Papes Adrien
VI. & Clement VII . Il mourut
à Venife fous lePontificat de ce
dernier. Cornara- Pifcopia ( Lucrecia
Helena ) étoit de la Maifon
Cornaro , & fille aifnée de
E iiij
56 MERCURE
Jean- Baptifte Cornaro , Pro
curateur de Saint Marc , qui eft
la premiere Charge de la Republique
aprés celle de Doge .
Le merite de cette fçavante
fille & les qualitez extraordinaires
qui l'ont renduë celebre
dans toute l'Europe , luy ont
donné encore plus d'éclat que
la grandeur de fa naiffance.
Frederic Cornaro , Cardinal
dans le dernier fiecle , avoit
efté Evefque de Bergame
,
de Vicenſe & de Padouë ,
Grand Prieur de Chypre
, &
fut fait Patriarche de Venife en
1632. Urbain VIII. le mit
4
?
GALANT 57
dans le Sacré College.
Mr Falconieri -a eſté nommé
Auditeur de Rote
pour rem
plir la place vacante par le de
cés de Mr Mutti . Sa Sainteté
en donnant cette place à Mr
Falconieri , a eu égard aux fervices
qu'il arendus fous le dernier
Pontificat &fous celui- cy.
Le Pape Innocent XII . emplaya
Mr Falconieri en plufieurs
affaires d'une difcuffion
delicate , & ce Pontife eut lieu
d'eftre fatisfait de fa conduite
& de fon intelligence . Tous
les Auditeurs de Rote ont tél
moigné beaucoup de joye en
58 MERCURE
"
apprenant le choix que le Pape
vient de faire de Mr Falconieri
pour remplir la place d'Audi
teur , & ils ont efté tres-con→
tens d'avoir ce nouveau Con
frere , dont le merite eft connu
à Rome depuis plufieurs an
nées. Il est d'une ancienne fa
mille de Rome qui a donné
plufieurs Miniftres à cette
Cour , & plufieurs Officiers aux
troupes de l'Eglife. On vit à
Rome fous Clement VII. qui
étoit de la Maifon de Medi
cis , Jerôme Falconieri qui fut
dans une grande confideration
fous ce Pontificat
. Ce Pape
GALANT $9
• Pemploya en plufieurs nego,
tiations qui luy firent beaucoup
d'honneur. Celuy qui
donne lieu à cet article , a
efté élevé avec beaucoup de
foin. Fou Mr Falconieri fon
pere , cut une attention particuliere
à luy donner une bonne
éducation ; il luy choifi
dans ce deffein , les meilleurs
Maiſtres qu'il put trouver dans
F'Italie. Ces foins n'ont pas été
perdus , puifqu'en effet il eft
peu de Theologiens à Rome
auffi profonds que Mr Falco
nieri; il eft connu en plufieurs
Coursde l'Europe pouruntres
60 MERCURE
fçavant Canonifte , & il fe
paffe peu d'affaires importantes
en Italie qui regardent la Jurifprudence
, fur lesquelles il
ne foit confulté . Il joint à la
connoiffance
de la Theologie
,
celle des belles Lettres. Sa Biblioteque
eft tres- belle, & remplie
de Livres curieux , & les
Etrangers la vont ordinairement
vifiter quand ils font le
voyage de Rome. Il avoit de
grandes liaifons avec feu Mrle
Cardinal Noris qui a eſté un
des plus grands hommes du
dernier fiecle.
M' Aleffandro Zeno a efté
GALANT 61
1.
3
I
élû dans le grand Confeil de la
Republique de Venife , Baile ,
.
ou Ambaffadeur ordinaire à la
Porte Ottomane. Mr Zeno eft
d'une tres ancienne famille
Venitienne , & qui eft alliée aux
plus grandes maifons de la Republique
; fçavoir , aux Maifons
Cornaro , Morofini , Fofcarino
, & à plufieurs autres de
ce rang. Il a donné des preu
ves de fa prudence & de fon
habileté dans pluſieurs affaires
dont le Senat luy a confié la
conduite ; il ne faut pas d'autre
preuve des lumieres en fait de
Politique , qquuee le choix que le
62 MERCURE
Grand Confeil en a fait pour
l'Ambaffade de Conftantinople
, cet employ eftant l'un des
plus importans que donne la
Republique, à caufe de la fituation
de fes Etats qui confinent
avec ceux du G. S. & à caufe
de l'attention continuelle que
ces deux Puiffances ont fur les
actions de l'une & de l'autre.
Mr Zeno a efté élevé dans la
connoiffance des affaires. Feu
Mr fon pere que la Republique
avoit aufli employé dans
plufieurs affaires d'une difficile
difcuffion , l'y avoit fait entrer
de bonne heure ; il n'en faifoit
GALANT 63
aucune pour la Republique ,
fans y appeller fon fils , & fans
luy donner là- deffus d'impor-
1 tantes leçons . De maniere qu'il
en a fait un des plus habiles
1 Politiques qui foient aujourd'huy
dans l'Etat de Venife.
Avant que de quitter les Ar-
5 ticles étrangers , je crois y devoir
ajoûter celuy qui fuit.
Mylord Baltimore a époufé
depuis quelque temps à Lon-
-dres , la fille de Mr le Comte
de Rivers. Quelques raifons de
famille ont fait tenir fecret
ce mariage pendant quelques
mois , & il n'a efté déclaré que
64 MERCURE
lorfque ce Comte s'eft embarqué
fur la derniere Flotte que
l'Angleterre
a fait partir pour
Efpagne. Ce Mylord eſt d'une
des plus anciennes Maiſons
d'Angleterre & des mieux alliées
, elle y eftoit déja connuë
fous le regne d'Edouard III.
qui inftitua l'Ordre de la Jarretiere.
Un Seigneur de cette
Maiſon fe diftingua beaucoup
à la Cour d'Edouard IV. par
fa valeur & par la fidelité qu'il
avoit promiſe à ce Prince , au
préjudice du Roy Henry VI.
& il eut beaucoup
de part aux
guerres qui defolerent les MaiGALANT
65
盟
I
fons de Lancaftre & d'York.
Celle-cy , qui eftoit la cadette ,
dépouilla fouvent la premiere ,
& ces guerres ne finirent que
s par le mariage du Roy Henry
VII. auparavant Comte de
Richemont , & qui avoit efté
longtemps prifonnier du Duc
de Bretagne , il époufa la feule
heritiere quis reftoit du Roy
Edouard IV . Ce Prince avoit
auffi à la Cour un Seigneur de
la Maifon de Baltimore , qui
cut beaucoup de part aux affaires
qui fe pafferent fous ce
regne. La - Maifon de Mr le
Comte de Rivers n'eft pas
Fanvier 1707.
F
66 MERCURE
moins ancienne. Elle s'éleva
beaucoup fous le regne de la
Reine Elifabeth , qui fit de
grands biens au bifaycul de Mr
le Comte de Rivers. La nou÷
velle épouſe a beaucoup d'agréemens.
La Reine Anne a
voulu affiſter aux ceremonies
dece mariage, où elle a figné,
aindi que toute la Cour.
Extrait d'une Lettre de Duninkerque
du s. Janvier. "
left entre en ce Portune Friegatte
Angloife de dix -huit canons ,
n'en ayant que feize de montez
GALANT 67
ils n'eutrente
hommes d'équipage qui
fefont deffendus contre un de nos
Corfaires tres bien armé. Hs fe
deffendirent comme des Lions ; ils
tuerent dix des noftres ,
rent que cinq hommes tuez & peu
de bleffez. Son chargement veftoir
de differentes fortes de Marchandifes
; fçavoir, de grains , d'étain ,
de plomb ; le tout eftimé arvec
le Baftiment , environ quarante
mille livres.
Quelques jours aprés , un autre
de nos Corfaires trouva en fa
route un autre Baftiment auffi
Anglois, obargédediverfes Mar
shandifes , valant environ trente
Fij
68 MERCURE
mille livres , fur lequel ily avoit
foixante- cing hommes de recruë ›
pour differentes fortes de Troupes
comme Carabiniers , Cavaliers ,
•Dragons , & Fantaſſins , parmy
lefquels il y avoit fept on buit
•Officiers que le Corfaire a gardez
avec luy , n'ayant envoyé dans le·
Port que le Bastiment , lesfoixan
tescing hommes de Troupes , Ma
telots, & la Marchandiſe , bien
clouez dans le fond de cale , ne
leur donnant les vivres que par
un trou ; en forte que quatre on
cing Matelots n'ont pas laiſſé de
conduire beureufement ce Baſtiment
icy ; mais l'on me dit dans
GALANT 69
le moment que le Sieur de Combreugne
Lieutenant de Vaißean
du Roy , natifde cette Ville , &
tres - brave homme , commandant
la Dryade , Vaiffeau de Sa Ma
jefté de quarante canons , arriva
hier au foir dans la rade par un
grand brouillard , avec un prife
de Hambourg , chargée deballots ,
eftimée cent mille livres. On dir
• que la plupart font de toiles ; ceux
• qui l'ont amenée affurent que
Barentin eftfort prés d'icy Lavec
nne Bargue longue , & un fort
grand Navire de Hambourg
auffi chargé de ballots , vallant
plus de cent mille écusto blon
le
70 MERCURE
Le Roy a prêté quatre de fes
Fregates d'icy à des particuliers ;
fçavoir , la Dryade de quarante
par
Mt de
canons commandée
Combreugne ; le Tigre de trente
canons , commandépar MrJamin
Enfeigne de Vaiffeau du Roy ; le
Sorlingue de vingt-huit ou trente
canons , commandé
commandé par Mr de
Gourville
ayant fous luy en fe-
י
cond Mr de Ponloy ; &l'Heroi
ne de dix-huit canons , commandée
par Mr de Torcy , auffi Enſeigne
de Vaiffeau de Sa Majesté.
Le vingt-un Decembre le
Pere le Camus Jefuite l'un des
GALANT
RT71
Profeffeurs de Rhetorique du
College , prononça un diſcours
fort éloquent fur l'établiffe.
I ment & les progrés de l'Aca
domie Françoife . Mr le Cardinal
d'Eftrées , accompagné
d'un grand nombre de Prelats
& de plufieurs perfonnes qua
lifiées , y affifta. Le P. le Ca
mus parla avec beaucoup d'é
loquence fur la naiffance , les
progrés & l'état de perfection
ou l'Academic Françoifea cfte
portée, fous la protection que
le plus grand des Rois luy a
accordée. Le trait d'éloquence
que cet habile Orateur plaça
72 MERCURE
dans l'endroit de la naiffance
de cette Academie , fut tresapplaudi
, & ce qu'il dit du feu
Roy Louis XIII. qui donna
un établiffement folide à cet
te fçavante Compagnie en
16.35. où il luy accorda des
Lettres Patentes , fut trouvé
trés- curieux. Il jetta des fleurs
fur des tombeaux des premicrs
Academiciens: Mrs Godeau
, Gombaud , Giry , Chapelain
, Habent, l'Abbé de Ce
rify, Conrart , Cerizay , Malleville
, Faret , Defmarefts ,
Boifrobert , Bautru , Chatelet,
Silhon , Sirmond , &c. Mr
Conrart
GALANT 73
70
a
Comrart qui fut le premier Secretaire
de l'Academie , & qui
buy a efté fort utile dans fon
établiffement fut extremement
koué auffi merite t- il bien les
louanges que les Auteurs luy
donnent. Son recueil de lettres
eft une preuve de la delicateffe
de fon efprit & de fon
riche naturel. Les louanges de
Mr le Cardinal de Richelieu ,
premier Protecteur de l'Academie,
ne furent pas oubliées
& ce fut en cet endroit que
l'Orateur fe furpaffa , & qu'il .
s'attira le plus d'applaudiffemens.
Mr de Vaugelas à qui
Fanvier 1707.
G
74 MERCURE
cette Compagnie
doit tout , &
qui s'eft immortalifé
par fes
fournit un vafte
ouvrages ,
champ à l'éloquence
du Ple
Camus , auffi bien que Mr de
Voiture
, Mrs de Corneille
&
de Racine
& Mr le Chance →
lier Seguier . Il s'appliqua
d'une
maniere
particuliere
à louer
ce grand Magiftrat
, dont la
memoire
fera long- temps precieufe
à la France. Il fit voir
que le Roy ayant pris aprés luy
le titre de Protecteur
de l'A
cademie, rien ne pouvoit
eftre
plus glorieux
à la memoire
de
ce grand homme. Le P. le Ca
GALANT 75
mus parla enfuite des ouvraages
que certe fçavante Compagnie
a donnez au public depuis
fon établiffement; ce qu'il
raporta touchant leDictionnai- !
re fut tres-beau; il dir que ce li
vre eft un trefor de litteratu
re, & qu'il contient des regles
fur la langue Françoife qui feront
deformais invariables ; ce
qu'il dit auff fur les remar
ques de Mr de Vaugelas & fur
les obfervations que l'Academie
a jointes à ce livre, dont
elle a donné depuis peu une
nouvelle édition , fut tres applaudi
, & on ne peut traiter
C
Gij
76 MERCURE
cc fujet avec plus d'éloquence.
LeP.le Camus s'adreffa en finiſſant
à la Compagnie qui formoit
fon Auditoire , & il peignit
le caractere d'une partic
des perfonnes les plus confiderables
qui eftoient prefentes
, & il les loua par des traits
particuliers , qui luy firent
d'autant plus d'honneur , qu'
on ne put prefque pas douter
que ce fçavant Jefuite ne parlaft
alors fur le champ , puifqu'il
ne pouvoit fçavoir qui
feroient ceux qui compoferoient
fon Auditoire. Mr le.
Cardinal d'Eftrées loüa beauGALANT
.77
t coup cet Orateur , & il témoi
gna aux Peres qui l'accompagnerent
quand il fortit , qu'il
eftoit tres- fatisfait de ce difcours
, & qu'il y avoit treslong
- temps qu'il n'en avoit
oui d'auffi éloquent . Mr l'Archevefque
de Tours & Mr
Evefque de Bayonne , qui
-furent du nombre des auditeurs
, donnerent auffi de grandes
louanges au P. le Camus ,
qui en reçut pareillement
beaucoup des perfonnesi les
plus qualifiées qui entendirent
fondifcours , ou fe trouverenit
plufieurs Seigneurs de la Cour
G iij
78 MERCURE
d'Angleterre
qui y avoient effe
invitez.
Je dois adjoûter icy en vous
parlant des Maiftres de la langue
, que s'il fuffifoit d'avoir
de l'efprit , du merite , beaucoup
d'érudition , & d'avoir
fait imprimer plufieurs ouvrages
de differens caracteres, dont
on a fait plufieurs éditions a
vec l'applaudiffement du public
, Mr l'Abbé Bordelon
pourroit efperer d'avoir place
un jour dans cette Compagnie .
Son premier Volume de l'ouvrage
intitulé la Langue , a eſté
fi bien reçu,tant en France, que
GALANT 79
dans les pays étrangers , qu'il
n'a pû refufer, pour fatisfaire à
l'empreffement du public, d'en
faire un fecond volume . Il
vient d'eftre mis au jour. Je
vous parlay dans ma lettre du
mois d'Avril 1705. du premier
volume , & je vous entretins des
vingt-fept Traitez qu'il contient.
Le fecond Volume, fous
un feul Traité , c'eſt la Langue
de celuy qui fait attention , comprend
trente- neuf fujets beaucoup
plus confiderables que
teux qui font compris dans le
premier volume , les voicy. A
Giiij
80 MERCURE
I. Attentions fur les Sciences,
& les Sçavans..
II. Attentions fur les Auteurs
& les livres.
III. Attentions fur la Criti
que & la Satyre.
IV. Attentions fur la Philo
Sophie & les Philofophes.
V. Attentions fur l'Hiſtoire
les Hiftoriens
VI. Attentions fur l'Eloquence
& les Orateurs.
VII. Attentions für la Medecine
& les Medecins.
VIII.
Attentions fur la Chy
mie les
Chymiftes.
IX.
Attentions fur la Poëfte
&les Poëtes.
GALANT 8
X.
Attentions fur la Mufique
& les Muficiens
mes
XI Attentions fur les fem-
Atacles.
-XII . Attentions fur l'amour.
XIII. Attentions fur les fpe-
XIV. Attentions fur la de-
XV. Attentions fur les Ecclevotion
& l'hypocrifie
fiaftiques
XVI, Attentions fur les per
fonnes Religieufes.
XVII. Attentionsfür laMa
giftrature les Magiftars
XVIII. Attentions fur la
guerre & les guerriers.
82 MERCURE
XIX. Attentions fur laCour
lesCourtifans.
XX. Attentions fur les Publicains.
XXI . Attentions fur le mariage
& les gens marickla
XXII . Attentions fur laNo.
bleffe & les Nobles.
XXIII. Attentions fur l'orgueil.
XXIV. Attentions fur la
gloire & les grandeurs.
e
XXV. Attentions fur la fuperiorité
& la dépendance.
XXVI. Attentions fur les
richeſſes& la pauvreté.
XXVII. Attentions fur les
GALANT 83
amis & les ennemis .
XXVIII. Attentions fur la
credulité.
XXIX. Attentions für l'opinion
& la contame.
XXX. Attentions fur la pres
vention:
XXXI . Attentionsfur lafu
perftition
XXXII. Attentions fur la
retraite la folitude
XXXIII. Attentions fur
la connoiffance de foy- mefme.
XXXIV . Attentionsfur la
liberté.
XXXV. Attentions fur les
afflictions.
84 MERCURE
XXXVI . Attentions fur la
jeuneffe & les jeunes gens.
XXXVII . Attentionsfur la
vicilleffe & les vieillards.
XXXVIII. Attentionsfur
le commerce de la vie civile.
XXXIX. Attentions fur
differens fujets
Toutes ces attentions comprennent
des fentimens , des
maximes , des avis , des pratiques
, &c. traitez avec beau
coup de délicateffe & de folidité,
& onpeut direque tout y eft
nouveau ; auffi n'y trouverez
vous aucune citation , de maniere
que ce livre eft verita
GALANT 85
I
1
ment utile & agreable . Vous
fçavez que le premier Volume
eft augmenté d'une eftampe
fort curieufe & d'une lettre
critique fur ce qui a efté dit
pour & contre cet ouvrage.
Les deux Volumes fe vendent
chez Urbain Couftelier,
rue S. Jacques , & chez Claude
Prud'homme au Palais.
Je dois vous dire encore à
Poccafion de l'Academie Françoife
, dont je viens de vous
parler , que M de la Motte
paroit y fouhaiter une place
par la démarche qu'il vient de
faire. Il a fait imprimer un vo86
MERCURE
lume des Odes qu'il a compo
fées en divers temps . Il l'a dédié
à cette Compagnie , & a
mis un Ode à la tefte, à la place
d'Epitre Dédicatoire . Il a
luy-même prefenté cer Ouvrage
à cet illuftre Corps un
jour d'affemblée , & l'ayant
prié de reciter l'Ode qui l'a regardoit
, elle l'a écouté avec
beaucoup d'attention & de
plaifir , & les aplaudiffemens
qu'il a reçûs font d'un bon augure
pour luy . Je ne vous dis
rien de ce Livre , s'il tombe
entre mes mains , je vous en
voyeray un article qui vous fe
GALANT 87
ra connoître ce qu'il contient ,
& qui pourra vous faire fouhaiter
de le voir. M' de la
Motte a auffi donné au public
plufieurs Opera , qui en
ont été trés- bien reçûs .
Aprés vous avoir parlé de
deux Auteurs dont le genre
d'écrire eft different , & qui
peuvent à juste titre elperer
d'avoir place un jour dans
quelque Academie , l'un étanc
tout efprit au fentiment de
plufieurs perfonnes qui en ont
infiniment , & l'autre devant
eftre regardé comme une Biblioteque
vivante , jamais per88
MERCURE
"
fonne n'ayant lû davantage ,
n'ayant plus retenu , & n'ayant
fait un meilleur ufage de fa
lecture. On peut dire qu'il a
beaucoup de genie , & l'in
vention qui fe trouve dans
fes ouvrages en eft une preuve.
Aprés , dis - je , vous avoir
parlé de ces deux Auteurs ,
je dois vous entretenir de
M Moreau de Mautour , qui
eft de l'Academie des Medailles
& Infcriptions , depuis
qu'elle a été augmentée & mife
en regle. Il vient de donner
au public un Livre intitulé
Differtation fur une Figure de
18
GALANT 89
bronze trouvée dans un Tombeau,
qui reprefente une Divinité
des Anciens. Ce Tombeau fut
découvert l'an 1703. par un
Laboureur du Village d'Ablainfevelt
, fitué entre Bapaume
& Arras dans le Pays d'Artois
qui en creufant un foffe
fur le bord d'une terre en friche
, découvrit une efpece de
perit édifice ou monument ,
qui étoit comme un caveau
quarré , long & large de neuf
à dix pieds , foûtenu par quatre
piliers ronds de quatre
pieds ou environ de hauteur ,
& de trois de circonference.
Fanvier 1707.
H
90 MERCURE
Le tout étoit conftruit de
pierres quarrées égales de 16 .
à 17. poulces de largeur. Aprés
avoir détruit une partie de ee
Monument , qui fans doute
étoit un Tombeau , ce Laboureur
trouva dans le milieu une
groffe urne de terre grifâtre
avec fon couvercle qu'il brifa
par hazard d'un coup de pic ;
l'urne de forme ronde , étoit
prefque remplie de cendres ,
& il y avoit environ onze cens
Medailles de petit bronze du
Bas Empire , mêlées de quelques
-unes de Billon D'un
côté de Burne il y en avoit
GALANT 91
じん
une autre petite avec une lampe
fepulchrale de terre , dont
le deffus tomba par morceaux
au premier attouchement , &
de l'autre côté on trouva une
9
figure ou petite ſtatuë de bronze
de 13. à 14. pouces de hauteur
, qui repreſente un homme
nud avec une longue barbe
, des yeux d'argent , & deux.
cornes à la tefte , ce qui en fait
la fingularité.
M' Moreau de Mautour
raporte dans fa Differtation ,
Tavanture qui luy a fait tomber
cette figure entre les mains,
& cette avanture eft trés cu-
Hij
92 MERCURE
*
rieuſe. La figure eft de Bac
chus , & on l'a voit preſentement
dans fon cabinet ; elle
luy a donné lieu d'aprofondir
la matiere , touchant trois differentes
fortes de figures , que
l'on dit eftre toutes de Bacchus.
On ne peut faire voir
plus d'érudition qu'il y en a
dans cet ouvrage , qui fe vend
chez Pierre Cot, rue Saint Jacques
, à l'entrée de la rruueë du
Foin , à la Minerve.
Je viens à l'article de ceux
qui ont été nommez aux Benefices
qui vacquoienr dans le
temps de la derniere PromoGALANT
93 98
tion. Je ne repeteray point en
parlant de chacun de ceux qui
les ont obtenus , les mors de
le Roy a donné, &c. parce que
cette repetition feroit en
nuyeuſe , & je me contente
ray , aprés avoir dit le Roy a
donné , & c. en parlant du premier
qui aura efté nommé , de
dire feulement telle & telle
•Abbaye , &c.
Le Roy a donné l'Evêché
de Quimper à Mr. l'Abbé de
Ploëuc qui en étoit Grand Vicairc.
Ce choix a été fort aplau
dy , lavertu de cet Abbé étant
connue , & fa naiffance étant
94 MERCURE
"
trés diftinguée. Il eft de Bretagne
, & allié à plufieurs itluftres
Maifons de cettre Province
, fçavoir , à celles du
Chaftel & de Goulainės. Vincent
Baron de Ploëuc avoit
époufé en premieres nôces Anne
du Chatel , qui étoit de la
même Maiſon que les deux tenommez
Tannequil du Chaltel
, dont la memoire fera tou
jours précieufe aux gens de
bien & aux bons François.
Vincent Baron de Plocuc épou
fa en fecondes nôces Mauricette
de Goulaines , fille de
Claude Seigneur de Goulaines,
GALANT 95
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
& de Dame Jeanne de Boutteville.
Ce nouveau Prélat eft
auffi allié à la Maifon de Rieux,
l'une des plus anciennes & des
plus illuftres de Bretagne , parce
que Sebaftien Marquis de
Ploeuc époufa Dame Marie
de Rieux , fille de René de
Rieux Marquis de Sourdeac ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General au Gouvernement
de Bretagne , &
Gouverneur de Breft , & de
Dame Sufanne de Sainte Melaine
. J'aurois un trop grand
déral à vous faire , je vous
96 MERCURE
parlois des grandes alliances
que la Maifon de Ploëuc a prifes
avec les plus illuftres Maifons
de Bretagne , & des Provinces
voifines ; il fuffit de vous
parler icy de l'alliance du nouvel
Evêque de Quimper avec
feuë Dame Marianne- Renée
de lá Porte d'Artois , Marquife
de
Chafteaurenaud
, morte
huit ou neuf ans avant que
M' le Marquis de ChasteaurenaudLon
époux , ait été élevé
à la dignité de Maréchal de
France.
L'Abbaye de Beaulieu Diocefe
de Boulogne à Mr l'Evê
que
GALANT 97
1
que de Belley ; il eft de la Famille
de Meffieurs de Madot
de la Ville de Gueret dans la
Marche, Iha trois freres , dont
T'un a pris le party de la Rob
be , l'autre celuy de l'épée , &
le troifiéme qui eft l'aîné , a été
cy- devant Doyen de Dammartin,
& eft à prefent Theolo
gal de l'Eglife de Belley , Meffieurs
du Chapitre l'ayant nommé
à cette dignité aprés la
mort de Mr Garron grand
ferviteur de Dieu , Mr. de Bclley
l'a fait fon Grand Vicaire.
Monfieur de Meaux qui l'eſtimoit
beaucoup , Favoir voulu
Janvier 1707.
I
98 MERCURE
faire fon Official ; il eft d'au
tant plus propre à cet employ,
qu'il eft un des meilleurs Canoniftes
du Royaume. Monfieur
l'Evêque de Belley a été
élevé dans la Communauté de
Saint Sulpice ; l'efprit & les
maximes qu'il y a puifées le dé
couvrent dans la belle Ordonnance
qu'il vient de publier
contre le Janfenifme au fujet
de la Conftitution
que le Pape
donna en 1705. Ce Prélat y
-fait un précis trés- exact de
J'hiftoire du fait , & il y découvre
bien le veritable efprit des
perfonnes qu'il y combat . Il
2
HERQUE
DE
LA
LYON
VILLE
СТАЧИЛЕ
ינ
VILLE
GALANT
défend fous les peines du roit,
dans l'étendue de fon Dre
la lecture du nouveau Teftament
de Mons , de's Leatres Provin
ciales, du Adiroir delapietéChrêtienne
, & de plufieurs autres.
L'Abbaye de Beaulieu vacante
par le docés de Mr. l'Ab
Bé de Jagny , a efté donnée à
Mr Evêque de Belley , parce
que les revenus de fon Evêché
font tres - modiques , & qu'ils
ne répondent pas aux droits
honorifiques que les Empereurs
& les Rois de France ont
accordez en differens temps à
cet Evêché. Haft tres- ancien,
I ij
TOO MERCURE
Guichenon
, dans fon Hiftoire
de Brefle & de Bugey , remarque
aprés Chifflet , que ce Siege
fut transferé de Nyons à Bel-
-ley , & qu'Audax qui fut le pre
mier qui gouverna
cette Eglife
depuis la tranflation
, vivoit
en 412. En l'année 1175. Frederic
Barberouffe
donna à S.
Anchelme
Evêque de Belley ,
& à fes Succeffeurs
, la Seigneu
rie haute , moyenne & baffe ,
avec Souveraineté
dans la Ville
de Belley , pouvoir de la fortifier
, & plufieurs autres prero
gatives tres - honorables
. François
I. & Henry II. s'eftant
GALANT 101-
L
3
2
rendus maiſtres de la Savoye
confirmerent la donation de
Frederic , & Henry IV. en fit
de même aprés l'échange du
Marquifato de Saluces avec la
Province de Bugey , dont Bclley
eft la Gapitale . Guichenon
ajoûte que les Evêques de Belley
portent la qualité de Princes
du Saint Empire , & ils pren
nent cette qualité dans toutes
les Expeditions & Mandemens
qu'ils font pour leur Dioceſe,
Elle leur eft auffi donnée dans
les Actes publics , comme il pa
roift par un Arreft du Confeil ,
d'Etat rendu à Fontainebleau
102 MERCURE
le
le 8. d'Octobre 1693. & par
beaucoup d'autres qu'il feroit
inutile de rapporter icy lly al
auffi un livre imprimé par
même Guichenon en 1642 :
chez la veuve Mathurin Du
puis , rue Saint Jacques , avec !
Privilege du Roy , dont le titre
eft : Epifcoporum Bellicenfium ,
quier domini temporales civitatis
Bellieti & S.R. I. Principesfunt,
Chronographica feries, L'Epitre
Dedicatoire de ce Livre donne
ઠTEvêqueo de Belley , de cel
remps-là , la qualité de Prince !
de l'Empire , & on l'y trouve :
en ces termes.
1 3
Illuftriffimo & Reverendiſſimo
GALANT 103
Domino Domino Joanni de Paffe
laigue Epifcopo & Domino Belli
cenfiSacri Romani Imperii Prin↓
cipi , Abbati Beata Maria de
Hambeya , nec non Priori fancti
Victoris Nivernenfis. marts ,
L'Abbaye de la Garde Dien
Diocefe de Cahors , à Mr PEvêque
de Cahors . left Faine
de MrideBriqueville , Marquis
de da Luzerne , Maréchal des
Camps & Armées de la Mas
jefté, & premier Enfeigne d'une
ches Compagnies de fes Mouf
suetaires ; ce Seigneur a épou
fe Dame N... de la Chaife,
niece du R. Pere de la Chaife,
I
iiij
104 MERCURE
Confeffeur du Roy , & fille
de feu Mr le Comte de la Chaife
, Capitaine des Gardes de la
Porte , & Sénéchal de la Ville
de Lion , & foeur de Mr le
Marquis de la Chaife , prefentement
Capitaine des Gardes
de la Porte de Sa Majefte.
Ce Prelat a demandé cette Ab
baye par un motif defintèreffe
& fort édifiant ,
puifqu'encla
recevant il a donné la démiffion
de celle de Chantemerle
en Brie , qui eft d'un reve
nu pour le moins égal à ce
luy de l'Abbaye de la Gare
de - Dicu , qui fe trouva fi
GALANT ! 105
tuée dans le Diocefe de Ca- "
hors , a donné à ce Prelat un
moyen de s'imposer une gran
de neceffité de refider dans fon
Dioceſe, où il eft prefque tou
jours ; puiſqu'il ne vient que ·
rarement à la Cour , & quand
il cft obligé d'y faire quelque
voyage , ce n'eft que pour les
affaires de fon Diocefe , qui y
demandent abfolument fa pre
fence. Mr l'Evêque de Cahors
eft Docteur de Sorbonne &
l'un des plus habiles de cette
celebre Faculté .
- L'Abbaye de la Vieuville
vacante par la demiffion de
106 MERCURE
?
Mr l'Abbé d'Asfeld , a cfté
donnée à Mr l'Abbé d'Iliers
d'Entragues , Aumonier de
Sa Majefté. Cer Abbé eft ,
Docteur de Sorbonne ; il ai
efté élevé dans le Seminaire
de Saint Sulpice , & il a de
meuré dans la Communauté
, jufqu'à ce qu'il ait efté
nommé par le Roy pour
fuc
ceder à Mr. l'Evêque d'Auxer
re , à la charge d'Aumonier de
Sa Majesté. Je vous parlay a
lors fort amplement de Mrs
fes freres qui fe font tous dif
tinguez au fervice de Sa Majesté
. Je dois ajoûter à ce queje
GALANT 107
vous ay en dit que Jean de Bal
zac), Sieur d'Entragues , fervin
tres-urilement le Roy Char
les D contre les Anglois , &
qu'il n'épargna ni fes biens
ni fa perfonne contre les ennémis
de ce Monarque. Il époufa
Jeanne de Chabannes ,
fille de Robert de Chabannes,
fient de Charlus & d'Alix de
Bors; il en cut Robert & Rof
fec. Robert fieur d'Entragues
&c.Confeiller & Chambellan
du Roy étoit Senechal d'A
gendis ch588. il laiffa trois
filles ,Anne femme de Guillau
mal du nom , Vicomte de
108 MERCURE
Joïcufe,Marie qui époufaLouis
Maler Sieur de Graville, & Marcouffis
, &c . Gouverneur de Picardie
& de Normandie , Chel
valier de l'Ordre de S. Michel
& Amiral de France, & Philip :
pe , mariée à Louis ficur de
Mouffaux. Roffec fecond fils
de Jean continua la pofterité.
Mr l'Abbéd'Entragues eftiencore
plus diftingué par la vertul
que par l'éclat de fa naiffance .
L'Abbaye de Trionneau ,
à Mr l'Abbé de Choifeül
Beau-Pré. La maiſon de Choifeuil
dont cet Abbé cft forti
reconnoit pourtige Rainier!
GALANT 109
Idu nom , Sieur de Choyfcüil
, qui vivoit cn 1060. &
1080. & dont le nom s'eft
confervé en plufieurs Chartes
. Nicolas de Choifeüil fervit
avec beaucoup de gloire
fous les Rois Louis XII.
& François premier, & il mourut
le 31. Aouft 15.37 .
15:37. Laiffant
Ferry de Choifcüil premier
de ce nom, Sieur du Pleffis
& de Praflin , Chevalier de
l'Ordre du Roy , qui mourut
d'une bleffure receue à la ba
taille de Jarnac l'an 1569. il
n'étoit alors qu'en la trentehuitième
année de fon âge ,
Tro MERCURE
& il avoit eu d'Anne de Bethune
fon époufe , Vicomteffe
de Chavignon , & c . Charles
Marefchal de France , Gilles
mort fans enfans & Ferry fecond
du nom , qui a continué
la pofterité de l'illuſtre maiſon
de Choifeuil. L'Abbaye qui a
"efté donnée à Mr l'Abbé de
Choifeuil vacquoit par la mort
de Mr l'Abbé Ragny - la Magdeleine
: il eft frere de Mr le
Comte de Beaupré- Choifeuil
Marefchal des Camps & Armées
du Roy , & heritier pre-
Tomptif de Mr le Marefchal
de Choifeuil fon oncle à la
GALANT III
node de Bretagne. Mile Comte
deBeaupré - Choifeüil eftoit
cy-devant Colonel d'un Regiment
de Dragons , & il cft
Lieutenant General en Champagne.
Feur Mr le Comte de
Choifeüil auffi Maréchal des
Camps & Armées du Roy
avoit eu la même Charge. Il
a une foeur mariée à M le
Comte d'Ampilly de la maifon
de Sommieres . Cette Dame
eft diftinguée par fon merite
& par fon efprit . M' l'Abbé
de Choifeüil joint à une
illuftre naiffance , un efprit trescultivé
par les Sciences , une
112 MERCURE
S
grande pureté de moeurs , &
un coeur plein de bonté , qui
luy gague les bonnes graces
de tous ceux qui le connoiffent.
L'Abbaye de Chantemerle
vacante par la démillion de M
l'Evêque de Cahors , à M'FAbbé
de Grand- Combles Montenoy.
C'eft un Gentilhomme
d'une ancienne Nobleſſe , bien
allié ,& dont la modeftie feule
fait l'éloge ; mais comme il a
une infinité d'autres belles qualitez
ce feroit luy faire injuftice
de les taire toutes . Je diray du
moins qu'il a l'efprit univerGALANT
113
fel ; qu'il s'applique à l'étude
des plus beaux Arts , & des
Sciences les plus fublimes , &
qu'il en cultive un grand nombre
à la fois avec beaucoup de
fuccés. Il eft fils d'un Capitaine
d'Infanterie , qui a tresbien
fervi , & qui a joint à la
profeffion des armes l'étude des
belles Lettres , & d'une Damoi-
-felle d'une ancienne nobleffe
tous deux Penfionnaires du
Roy perit fils d'un Capitaine
de Cavalerie & d'Infanterie. ,
&c. qui pendant cinquante
années confecutives arendu
de grands fervices à l'Etat , fug
Janvier 1707.
7
K
114 MERCURE
tout pendant la minorité du
Roy , & arriere petit -fils d'un
Lieutenant Colonel de Cava-,
lerie, tous deux auffi alliez tresnoblement
, & fortis d'une longue
fuite d'aycux d'Epée , originaires
de l'Ornois fur la frontiere
de Lorraine , où la Terre ,
qui dans le temps de la fixation
des noms , leur a donné le leur,
qui eft de Grand , eſt ſituée , &
actuellement
poffedée par indivis
, par le Roy , & par un
Gentilhomme
de la parenté de
cet Abbé.
L'Abbaye de Fongaufier , à
Madame de Vertron. Le Roy
GALANT as
a accompagné de don qu'il a
fait à cette Dame des termes
les plus obligeans ; elle joint à
une naiffance confiderable un
merite generalement recon
nu & une prudence dont elle
adonné diverfes marques dans
les emplois qu'elle a cus dans
fa Communauté . Cette Dame
a un genic fuperieur , elle s'eft
fervic avec fuccés de la tranquillité
dont on jouit dans la
retraite pour cultiver fon efprit
. Une longue lecture & de
folides reflexions fur tout ce
qu'elle a lû , en ont fait, del'a
You de tout le monde, une des
K
ij
116 MERCURE
mieux éclairées perſonnes de
fon fexe..
Le Doyenné de Tarafcon, à
Mr l'Abbé de Buffi Rabutin
grand Vicaire d'Arles & Dépu
té à la derniere Affemblée du
Clergé tenue en 1705. Cet
Abbé fait voir par la fuperiorité
de fon genie , qu'il n'a
pas moins d'efprit que Mr de
Buffy Rabutin fon pere, & ils
joint à cela une vie édifiante
& des moeurs irreprochables
:
il eft frere de M la Com !
teffe de la Riviere . La maison
de Rabutin eft des plus anciens
nes du Duché de Bourgogne
,
GALANT 117
& elle tire fon nom d'un Château
fitué dans le Charollois ..
Maieul de Rabutin vivoit en
1147. & il fut garand d'un
Traité que fitGuillaume Comte
deMâcon avecPierre le venerable
Abbé de Clunyde la maifon
de Montboiffier. Il affifta auffi
à un Traité fait en
1149.entre
Ponce Evefque de Mâcon
& Renauld II . Sieur de Bugey
& de Breffe. La mere de Mr
l'Abbé de Rabutin étoit Dame
Louife de Rouville , fille de
Jacques Sieur de Rouville
Comte de Clinchamp & d'Ifa .
belle de Longueval Manican,
>
18 MERCURE
Le General Raburin qui com
mande les armées de l'Empereur
en Hongrie , eft de cette
maiſon.
Sa Majefté la auffi nommé
fur la prefentation de Mle
Duc d'Orleans , M' l'Abbé
de Pibrac , Maiftre de la Cha
pelle de Son Alteffe Royale ,
à l'Abbaye de Saint Benoit
fur Loire, que M le Chevalier
de Lorraine , avoit poffedée
avant Mr l'Abbé de Grancey,
par la mort de qui elle eftoir
vacante. Ce choix a efté fort
applaudi. Cet Abbé qui s'eft
démis en même temps de l'Ab
GALANT 89%
baye de Saint Memin eftgrand/
Vicaire & grand Doyen de
Bayeux ; il a eu cette derniere
dignité de Mr l'Abbé de Thoifr
qui en eftoit revêu avang
luy. I eftoit Deputé à la derniere
Affemblée generale du
Clergé , & il l'avoit eſté à celle
dé 1685. qui eftoit auffi generale.
Il defcend en droite ligne
du celebre du Faur- Pibrac
Chancelier de Pologne , & Fa
yori: d'Henri III. Il nous a
laiffé les fameux Quatrains qui
portent fon nom . Il a efté cnterré
dans l'Eglifendu grand
Coqvent dés Auguſtins de cero i
THU
120 MERCURE
T
Ville , & on voit aupres de lad
Sacriftic l'Epitaphe que luy a
fait dreffer Michel du Faur fon!
Fils. Il eftoit Prefident au Par-b
lement de Paris , & farmaifon
eft de Toulouſe . Il eftoit frere
du celebre Pierre du Faur
Evêque de Lavaur .
L'Abbaye de Beaugency , a
Mr l'Abbé de Châteauneuf-
Caftagnieres. El cft Confeiller
Glerc au Parlement de Paris
& frere de Mr de Châteauneuf-
Gaftagnieres ci - devant . Am- !
baffadeur Extraordinaire à lay
Porte Ottomane & enfuite en
Portugal, mais ou il ne fit pas
un
GALANT 120
un long féjour , le feu Roy de
Portugal s'étant declaré contro
les deux Couronnes , peu de
temps aprés fon arrivée. Mr de
Châteauneuf a efté auffi Confeiller
au Parlement de Paris . Ik
cft fils, de mefme que le nouvel
Abbé de Beaugency , de feu
Mr.de Caftagnieres, Prefident
en la Chambre des Compres
de Chambery , & l'un , desi
plus opulens Magiſtrats de
cette Ville-là . La Famille der
Caftagnieres eft ancienne enl
Savoye & alliée à tout ce qu'ib
ya de plus confiderable dans
le Pays. Mr. l'Abbé de Châ
*
Fanvier 1707.
L
122 MERCURE
teauneuf a auffi fervi la France
dans plufieurs negociations .
L'Abbaye de Saint Mefinin
à Mr l'Abbé de Chepy. Heft
frere de Mr de Chepy , cy-devant
Chambellan de feuë S..
A. R. Mr leur pere avoit efté
attaché au fervice de ce Prin
ce & à celuy de feuë S. A. R.
Gafton de France , oncle du
Roy. Mr l'Abbé de Chepy
joint à beaucoup d'efprit , d'és
rudition & de belles lettres ,
beaucoup de vertu & beau
coup de fageffe . Cet Abbé s'eft
appliqué aux Mathematiques
dans les premieres années de
t
GALANTA 123
fa vic , & il cloit fort lie avec
feu Mr le Marquis de Lhofpital
, qui eftoit un des plus
grands Geometres du dernier
ficoke . L'Abbaye de Saint Mef
min,pont Mr l'Abbé de Che
pycft à preſent titulaire a produit
de grands fujets. Deux
Religieux de cette Maifon fe
diftinguerent fort dans le pe
nultiéme fiecle , par leur mcrite
& par leur feience ; ils s'exercerent
beaucoup dans la Controverfe.
Les nouveautez qui
commencerent à affliger l'Eglife
dans ce fiecle , firent écla
ter lour zele. Ils prêcherent
"
Lij
124 MERCURE
•
ils écrivirent , & ils difputerent
fortement contre les Heretiques.
L'un de ces Religieux
eftoit de Bourgogne & d'une
naiffance affez obfcure ; l'autre
eftoit de Champagne , & connu
fous le nom de Frere Zozime
.
Le Roy avoit donné avant
la derniere promotion le Pricuré
des Bons Hommes de l'Ordre
de Grammont , & prés de
la ville d'Angers, à Mrl'Abbé
le Moine Docteur de la maifon
& Societé de Sorbonne ,
qui eft tres cftimé à caufe de
fon merite & de fon applica
GALANT 125
tion à fes devoirs . Mr le Car -
dinal de Noailles, a temoigné
en diverfes occafions l'eftime
qu'il en fait par les commiſfions
dont il l'a chargé dans
l'étendue de fon Diocefe. Cet
Abbé eft fils de feu Mr le
Moine Intendant de Brouage ,
qui eft generalement eftimé.
Ce Benefice vacquaio par la
demiffion volontaire de l'an
cien Titulaire , qui a eſté Precepteur
de Mr. l'Evelque de
Strafbourg, qui a rendu com,
pte
au Roy du merite de Mi
•Ï'Abbé le Moine , en demandant
pour luy à Sa Majesté le
ebonnóltog al ch coLiij colo
126 MERCURH
Benefice qu'il en a obtenu.
Je vous ay parlé dans ma
lettre du mois de Novembre
dernier de M ' l'Abbé deGamaches
, au fujet du Pricuré d'Arbois
Diocefe de Besançon, que
le Roy luy a donné . Comme
il y a beaucoup de chofes
dans cet article qui ne fe fons
pas
trouvées veritables
, je
crois devoir vous en envoyer
un nouveau .
Mr l'Abbé de Gamaches
eft fils de Mr le Marquis de
Gamaches Lieutenant ), Generál
des Armées de Sa Majefté ,.
que le Roy avoit choifi pour
eftre auprés de la perſonne de
&
GALANT 127
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , lorfque ce Prince
portoit la qualité de Duc de
Chartres , & qui l'a mis depuis
auprés de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , fous
les ordres duquel il a eu l'honneur
de fervit dans les deux
glorieufes Campagnes que ce
Prince a faites en Flandre &
ren Allemagne : & de Dame
Louife Madeleine de Lomenie
de Brienne , fille du dernier Secretaire
d'Etat de ce nom , qui
avoit époufé N. le Bouthillier
de Chavigny : c'eft par là que
Mr l'Abbé de Gamaches eft
Liiij
128 MERCURE
parent de Mrs de Chaviguy.
Mr le Marquis de Gamaches
pere de Mr l'Abbé de ce
nom , portoit autrefois celuy
de Comte de Cayeu , mais il a
pris depuis le nom de Marquis
de Gamaches , & il a donné
celuy de Comte de Cayeu à
fon fils , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , depuis la
mort de Mr le Comte de Saint
Vallery fon neveu , Guidon des
Gendarmes de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , qui étant
mort à la bataille d'Ochftet
a eu le fort de plufieurs de fes
anceftres qui font morts au
GALANT 129
fit d'honneur : Mr le Marquis
de S. Vallery fon pere, & frere
aifné de Mr le Marquis de Gamaches
, mourut en Italie il y
a quatorze ou quinze ans , ou
il fervoit en qualité de Briga
dier.
Mr. le Marquis de Gama
ches fe trouve le chef & l'aif
né de Filluftre maifon de
Rouault : je n'entreprendray
point d'en faire icy la genea
logie , parce que cela me meneroit
trop loin . Il faudroit
pour la prendre dans ſa fource
feuilleter les Archives
d'Angleterre , dont plufieurs
130 MERCURE
prétendent que les Seigneurs
Rouault font originaires, avec
d'autant plus de raifon , qu'ils
portent dans leurs armes des
feopards paffez & lampaffez de
Gueule. Je vous diray feulement
touchant leurs alliances
, qu'il y a peu de maiſons
diftinguées à qui celle de
Rouault n'appartienne
.
Mr le Marquis de Gamaches
eft fils de feu Mir le Marquis de
Gamaches Lieutenant General
des Armées du Roy , Chevalier
des Ordres de Sa Majesté &
de Dame Marie Antoinette de
Lomenic , fille de Mr le Com
GALANT 131
te de Brienne , Miniftre & Sccretaire
d'Etat , & foeur de Mr
l'Evêque de Coutances . Cette
Dame a toûjours efté eftimée
à caufe de fa vertu , & des rares
qualitez de fon coeur & de fon
efprit. Il n'eft pas furprenant
que Mlle de Cayeu , foeur de
Mr l'Abbé de Gamaches
eftant élevée par une perfonne
d'un fi grand merite, paffe aujourd'huy
pour une des plus
aimbles perfonnes de la Cour.
Mr l'Abbé de Gamaches
que le Roy vient de nommer
au Prieuré d'Arbois , acheve fa
Theologie , & pour s'y atta
132 MERCURE
cher avec plus d'application
il demeure avec Mr Leullier
Docteur de Sorbonne , Grand-
Maiftre du College du Cardinal
le Moine , & dont les inf
tructions font tres - utiles à
ceux qui veulent prendre le
party de l'Eglife . Mr l'Abbé
de Gamaches eft d'ailleurs un
tres - bon fujet , & qui ne veut
devoir qu'à luy- même , ce qu'il
pourroit tenir de fa naiſſance.
Le Roy a nommé à l'Abbaye
de Meffines en Flandre
, Dioceſe d'Ypres va
cante par la mort de Madame
de Créquy , Mlle de Ghif
GALANY 133
relle ,
Chanoineſſe Reguliere
de la même Abbaye , où l'on
n'eft point reçue fans faire des
preuves d'une ancienne nobleſfe.
La deffunte Abbeffe qui
eftoit de l'illuftre Maifon de
Créquy , a gouverné cette Abbaye
pendant prés de cinquante
ans , avec une fageffe & une
conduite digne de fon nom
elle a vêcu & elle est morte en
odeur de fainteté. Celle qui
remplit aujourd'huy
fa place
eft dans une grande eftime
pour fa vertu. La Maiſon de
Ghiftelle eft une des plus anciennes
& des plus illuftres des
134
MERCURE
Pays - bas Efpagnols. Mr le
Marquis de S. Floris , qui en
eft l'aîné , eft un homme tresaccompli.
Il parle neuf fortes
de langues. Les Etats d'Artois
l'ont fouvent député à la Cour.
Il a rendu de grands fervices à
cette Province , & le Roy en
a toûjours paru tres- content .
Il eſt univerſel : il a fait fes
études en Allemagne
à la follicitation
de Mr le Doyen du
Chapitre de Liege fon oncle ;
il a enfuite époufe Mlle d'Eftrec
, fille de M la Comteffe
d'Eftrec ; il a trois foeurs , l'at
née a efté mariée à Mr le Baron
GALANT 135
+
d'Eskelbeck , qui eft d'une des
premieres Maifons de Flan
dre , & des plus illuftres : la
feconde à Mr. le Marquis de
la Buffiere , qui eft d'une des
plus confiderables familles &
des plus qualifiées d'Ar
tois : & la troifiéme , à Mr le
Comte de Boffu , frere de feu
Mr le Prince de Chimay , &
oncle de celuy d'à- prefent. leur
nom eft Alface. L'Abbaye de
Meffines ayant efté autrefois
entierement ruinée par les
troupes fut rétablie
fon entier par une Abbeffe
و
en
du nom & de la famille de
136 MERCURE
Ghiſtelle , dont eſt celle à qui
le Roy vient de donner cette
Abbaye. Cette famille eft fi
ancienne qu'elle a fait bâtir la
petite Ville de Ghiſtelle , fituée
entre Nieuport & Bruges , il
y a plus de 800. ans.
Il n'y a plus à douter de la
verité de ce que je vous ay dit
dans plufieurs de mes Lettres ,
touchant l'Eau Minerale qui fe
trouve dans un Puits , fitué dans
le milieu du Jardin de Mr Billet
, puifque Mrs de l'Academie
des Sciences y ont fait une
attention toute particuliere
, &
*
GALANT 137
que ce docte Corps a commis
un de fes Membres pour fe
tranfporter fur les lieux afin
d'en faire l'Analyſe , & de luy
rendre compte de tout ce qui
peut regarder cette Eau , afin
de mettre fon rapport dans fes
regiſtres , ce qui a efté executé
de point en point. Voicy le
compte qui en a eſté rendu à
cette fçavante Compagnic
zib amics.A 2
Geld ÷ M #Ach ai
6 , aldus dosier ? €
anvier
1707.
M
138 MERCURE
EXTRAIT
DES MEMOIRES
DE MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
DES SCIENCES.
οτ
VAN A LISE
Faite
par Mt Lemery
, Docteur
on Medecine , de L'EAU
MINERALE du Fauxbourg
S. Antoine , dans le
Jardin de feu Mr Billet, prés
la Croix - Faubin , à Paris,
Pour faire l'examen de cette
eau avec ordre & exactitude,jay
GALANT 139
efté fur les lieux afin de connoistre
parmoy-mefme l'endroit d'où l'on
tire cette eau , & pour eftre informé
de plufieurs circonstances neceffaires
à mon fajet . Je rappor
teray rey ce que j'en ay vú
que j'en ay appris .
ce
L'Eauminerale dont il eft queftion
, fe trouve dans un Puits ,
vers le milieu du Fardin de Mr
Billet. Ce Pairs eft profond de
trois toifes & demie; mais il n'y a
qu'environ trois pieds d'eau . Sous
cetre ran eft placée naturellement
une pierre creusée en maniere de
ehaudron par où l'eau entre dans
The Pants ; on ne peut découvrir
Mij
140 1
MERCURE
La fource plus avant. On a fait
des effodiations
au- deſſus , audeffous
& tout autour de ce
Puitspour voirfi l'on ne penetre
roit pointjufqu'àfon origine; mais
on n'a rien trouvé. On a fait di
vers Puits , un de vingt toifes au
deffus un autre à quarante
un autre àfoixante : mais on n'a
point rencontré
la mefme qualité
de l'eau. Au contraire , aucune des
eaux de ces Puits n'a efté bonne
à boire.
و
La fource de l'eau minerale paroift
intariffable ; car quelque
quantité qu'on en tire du Puits
elle eſt toujours de mefme hauteury .
-
GALANT 14
On m'a aſſuré qu'en toute faifon
l'on en pouvoit tirer jusqu'à foixante
muids chaque jour , fans
qu'il paroiffe qu'on en ait ofté.
On a remarqué que quand les
eaux qui font autour de cette
Source font hautes , fon eau nefe
bauffe jamais avec elles . Au contraire
elle ne paroift s'augmenter
qu'à mesure que les autres s'abbaiffent.
Cette can eft claire comme l'eau
de Fontaine , & à peu prés de
mefme gouft , excepté qu'elle tire
tant foit peufur le mineral ; elle
eft moins pefante à l'eſtomach que
L'eau de Fontaine , & elle paſſe
142 MERCURE
plus vite fans y laiffer de crudi
Tez ; elle ne change point de gouft
eftant gardée plufieurs jours ; mais
elle fait plus d'effet pour la Medecine
quand on la boit nouvellement
puifée. On l'employe dans
ta maison pour en boire à l'ordinaire
pour la fouppe & pour les
autres neceffitez du mefnage , comme
l'on fe fert ailleurs de l'eau
commune .
Cenx quife fontferois de cette
eau pour la Medecine ; enenfont
grand cas. On dit qu'elle pouffe
par les urines au premier jour
qu'on en boit , & qu'au fecond elle
pure tres-doucement par les felles
GALANT 143
fans qu'on en reſſente aucune tranchée
ni autre incommodité , ni
qu'elle empefche de vacquer àſes
affaires. On prétendque l'usage de
cette eau efttres- bon pour lafanté,
&l'on en rapporre un exemple
particulier en la perfonne de feu
Mr. Billet. Il a vécu jusqu'à
quatre- vingt - dix-huit
J
l'âge de
ans , fans maladie confiderable ,
dit on il prenoir de
parce que ,
cette eau deux verres le matin , à
jeun , à une heure loin l'un de
l'autre dés qu'il fe fentoit attaqué
de la moindre incommodité,
consinuoit à en prendre de mefore
cinq ou fix jours de fuisse. I
il
144
MERCURE
avoit quelquefois un peu de retenfion
d'urine , mais il s'en gueriſſoit
bien- toft par l'usage de ce
remede.
«L'eau minerale dont il s'agit n'eft
pas une découverte fi nouvelle
qu'on pourroit fe l'imaginer. On
la connoift depuis prés d'un fiecle.
deffunt Mrde la Broffe qui a esté
Intendant du Jardin du Roy , en
faifoit beaucoup d'eftime pour fes
vertus medecinales. Il luy donna
le nom d'eau fanative . On dit que
plufieurs Medecins fameux de
comme Mr Patin , Mr Paris
Mr Brayer & Mr Moreau l'a
woient en recommandation ; qu'ils
en
GALANT 145
en venoient boire fouvent , &
qu'ils en ordonnoient à leurs ma
lades.
Ce qui a fait que cette eau n'a
pas efté connue dans le public , eft
que feu Mr Billet qui n'eſt mort
que depuis huit mois , menoit une
&
wieferrée particuliere , ne
ne vouloit point que l'on divul
gaft les vertus de cette eau depeur
d'eftre incommodé par la quantité
des gens qui pouvoient en venir
demander ; mais Mr fon fils quin'eft
pas de la mefme humeur , à
cet égard , eftant bien aife d'obli
ger le public , en veut bien diftri
buer ou en laiffer prendre à ceux
Janvier 1707.
N
146
MERCURE
qui en voudront , & mesmefans
aucun intereft.
Quoique l'ufage ordinaire de
cette eau foit de n'en boire que
deux verres le matin , plufieurs
perfonnes en ont pris cinq ou fix
verres & s'en font bien trouvez
Je croy qu'on en peut uſer comme
des autres eaux minerales , une
-bouteille ou deux par jour.On continuë
ordinairement
à en prendre
fix jours de fuite ; mais on ne
doit point faire de regle generale
à ce sujet , les uns en peuvent
prendre plus long- temps , les autres
moins , fuivant leur temperamment
& l'effet du remede.
[ 2
GALANT 147
:\ On dira peut- effre qu'il n'eſt
-pas bien extraordinaire que de l'eau
beue le matin à jeun , lâche le
ventrefaffe
uriner. L'eau de
viviereproducet effet en plufieurs
perfonness mais il fera bien facile
à ceux qui boiront de l'eau de la
Source de feu Mr Billet de diftinguerfon
effet d'avec celuy de l'eau
de noire Aleft beaucoup plus
fenfible tant dans l'aperitif que
dans le purganf.
Wily On dit que les Plantes duFardin
de feu MrBillet fe reffentent
• de la bonté de fon eau car tes
· Arbres fruitiers 5 comme les Orangersqui
yfont en tres-grand nom-
Nij
148 MERCURE
bre ,les Refehers & mefme la
Vigne ,y ont une beauté particu
liere , & les fruits qu'ils produifent
font plus delicieux que ceux
qui ont cru aux environs on dit
auffis que le vin qu'on y fait eft
excellent , & que les legumes y
ont un gouft plus agreable qu'ail- leurs
p
La raison qu'on rapporte de tous
•ces bons effets , eft qu'on arrose en
Efte le jardin avec cette eau , qui
dit-on communique fa qualité
~ aux Plantes. On voir prefqu au
milieu du jardin de feu MrBillet
-un grand baffin qui peut contenir
environ foixante muids. On le
6%
2
GALANT 149
pen
rèmplit en Eſté , de l'eau minerale,
on la laiffe échauffer un
au Soleil , c'est avec quoy lowfair:
l'arrofement. MP4
Voilà ce que jay appris tou
chant l'Hiftoire de l'Eau fanative
de feu Mr Biller ; il me reste à
parler de l'Analife que j'en ay
faite.
-bought
ANALIS E.
xinII ob-voit
L'Esprit de Vitriol & les autres
Acides n'ont fait aucun trouble
ni changemement de couleur
ni fermentation dans noftre cau.
L'huile de Tartre faite par deffaillancey
a produit un blanc lairs .
Niij
150 MERCURE
teux qui a demeuré long- temps :
fufpendu avant que de ſe precipi
enfin au fond.
tens its eft d
du vaiffeau en maniere de Magifter
, ¿rj'ayreconnu que ce n'étoit
qu'un peu de terre argilleuſe,
5. L'eau minerale a fait rougir.
la diffolution de tournefol , ce qui
fait croire qu'elle contient un acide.
Elle n'a point noire la decoc
tion de Noix de galle , la diffolution
duſublimé corroſif ne la point
troublée , ni n'a en rien changéfa
couleur.is
is ve
Fay fait diftiler une quantité
de cette eau , & j'en ay bú plufieurs
verrées. Elle n'a eu le gouſt
ji VI
GALANT 151
que d'ean diftilée , & elle n'aproduie
chez moy aucun effet fenfible
autre que celui de l'eau com
mune.
tesر
J'en ay mis évaporer buit pins
pefant quinze livres de
mie , à feize onces la livre dans
une terrine de grais au feu de fable
; il m'eſt reſté aufond du vaiffeau
une matiere feche grife , pefant
trois dragmes moisfix grains,
fans odeur , un peu falée au goût,
avec un peu d'amertume . Fen ay
feparé une petite portion fur la
quelle j'ay verfe de l'esprit de Vitriol
; elle a jetté quelques bouil
lons differenciez tres -foibles.
جنوس
Niiij
152 MERCURE
Fay mis tremper le reste de la
matiere grife dans de l'eau chaude
je l'ay bien tanée pour en feparer
le fel , puisj'ayfiltré les lo
tions & je les ai mifes évaporer
fur le feu; il ne m'est resté que
vingt-quatre grains defel blanc ,
foible au goût , & qui ne m'a pas
paru plus falé que quand il eftoit
mélé avecfa matiere grife . Il n'a
point fermenté avec les acides ;
il n'a point petillé étant mis fur
des charbons ardens , & il n'a
rendu aucune fumée. Fayfaitfecher
ce qui eft demeuré aprés les
lations . C'à efté une terre grife
argilleufe pefant deux dragmes
GALANT 153
demie ,je l'ay mife calciner dans
un creufet à grand feu ; elle n'a
point jetté de fumées apparentes ,
mais elle a diminué d'un fcrupules
elle a un peu blanchi & elle eft
demeurée graiffeufe, argilleufe
alkaline.Fyay trouvépar le moien
du couteau aimanté quelques parti
cules de fer , mais éloignées l'une
de l'autre en tres-petite quantité.
Fay remarqué que la plufpart
des terres graffes contiennent
un peu de Vitrial , ce Vitriol
eftant ainfi calciné , quoiqu'avec
la terre , peut eftre reduit en fer.
Aprés avoir reflechi fur les experiences
que j'ai faites , il me
154 MERCURE
paroist que
l'eau minerale
de la
Source de feu Mr Billet , prend
fa qualité
d'un fel nitreux
mélé
avec une terre argilleuſe
on fulphureufe
. Au refte je ne tiens pas
la terre inutile pourfa vertu ; au
contraire
, je crois qu'eftant
intimement
mêlée avec lefel comme
elle l'eft , elle fait une maniere
de
favon
doux qui rend l'eau plus
capable de diffondre
e de fondre
les humeurs , qu'elle ne feroit ft
elle ne contenoit
que le fel tour feul.
LEMERY.
Là l'Academie Royale des
Sciences , le x 1. Decembre 1706.
GALANT ISS
Quoique l'experience ait affez
fait connoiftre les avan
tages confiderables, & les prerogatives
fingulieres que le
nouveau Thermometre de Mr
Nuguet a par deffus tous les
autrespil hiy manquoit neanmoins
de pouvoir eftre faci
lement tranfporté dans les païs
éloignez qui l'ont fouhaitté
jufqu'icy avec beaucoup d'em
preffement. Mr Nuguet vient
de remedier à cet inconve
nient, en trouvant le fecret de
racourcir ce Thermometre, des
deux tiers , & de le reduire à la
longueur d'environun pied ce
156 MERCURE
qui a dû furprendre beaucoup
les Sçavans du Royaume , qui
avoient jugé que la chofe é :
toit abfolument impoſſible.
L'Auteur a eu l'honneur de le
prefenter dans cet état à Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , qui a reçû cette nouvel
le machine tres - favorablement.
Cette feconde décou
verte ne doit pas eftre moins
glorieufe à Mr Núguet que la
premiere , non-feulement par →
ce que ce dernier Thermome
tre étoit beaucoup plus diffe
cile à reduire en pratique que
le premier, & qu'il a fallu pour
GALANT 157
y réüffir prendre des propoftions
toutés differentes ; mais
principalement,parce qu'en luy
confervant tous les
avantages
de l'autre , on en facilite la
communication
aux Royaumes
étrangers , & on en rend
l'ufage auffi aifé & auſſi univerfel
qu'on puiffe le defirer ,
pour faire une infinité d'ob-
Tervations importantes & d'experiences
exactes, aufquelles lès
autres Thermometres ne peuvent
eftre employez. Ce Thermometre
& celuy qué l'Auteur
a cy- devant rendu public , fe
vendent à Paris chez Pierre de
158 MERCURE
t
•
Ville, Emailleur du Roy, ruë
Saint Martin , vis-à- vis la rue
aux Ours.
Mr le Marquis de Montgeorges
Marefchal des Camps
& Armées du Roy , & Gapitaine
de la feconde Compagnie
des Grenadiers du Regiment
des Gardes Françoifes , s'étant
-démis volontairement de cette
Compagnie entre les mains de
Sa Majeſté , elle y a
nommé
Mr de Brillac, Capitaine dans
le mefme Regiments & comme
fa Compagnie demeuroit
vacante par cette promotion,
~ Sa Majefté en a pourvu Mr de
GALANT 159
Montgeorges, en luy donnanc
en mefme temps la permiffion
de la vendre, en confideration
de des fervices ; & parce qu'il
n'avoit rien tiré de celle des
Grenadiers , qui ne fe vend
point , & où l'on monte par
ancienneté . Cette Compagnie
a efté vendue à Mr de Villepau ,
Lieutenant dans le mefme Rei
giment , & qui l'a achettée a¬
vec l'agrément de Sa Majefté,
Mr le Marquis de Montgeorges
a toujours efté fort
attaché à ce Corps , où il a
cité Sous -lieutenant & Lieute
nant ; ileſt allié aux meilleures
160 MERCURE
maifons de Bretagne & de
Normandie. Il a fervi pendant
les dernieres Campagnes
avec beaucoup de diftinction ;
& Sa Majesté Catholique luy
a témoigné en plufieurs occafionsl'eftime
qu'elle avoit pour
luy.
Mr de Brillac eft frere de Mr
le Premier Prefident du Parle
ment de Rennes . Il eft d'une
tres- ancienne famille du Parlement
de Paris. Mrs de Brillac y
font connus depuis plufieurs
fiecles , & ils y ont poffedé des
Charges confiderables.Le nou、
yeau Capitaine de Grenadiers
GALANT 16F
de ce nom , s'eft diftingué dans
toutes les actions où il s'eft.
trouvé , & s'il n'avoit donné
de grandes preuves de fon courage
, il n'auroit pas efté mis
à la tefte des Grenadiers , nonobſtant
ſon ancienneté , puifque
l'on n'y met que des perfónnes
d'une valeur fouvent
éprouvée. Mt de Villepeau qui
a achetté la Compagnie qu'avoir
cy-devant Mr de Brillac ,
a fouvent donné des marques
de fon courage quoyqu'il
puiffe encore paffer pour jeu
ne; il a eu le bonheur de me
riter l'approbation
,& l'eftime
Fanvier 1707.
}
162 MERCURE
de tous les Officiers du Corps
où il a efté Sous - lieutenant
& enfuite Lieutenant . Il eft fils
de Mr le Comte de Villepau ,
Lieutenant de Roy de Heldin,
& l'un des plus anciens Offi
ciers des troupes de Sa Ma
jeſté.
On a frappé cette année à
la Monnoye des Médailles les
onze Jettons que l'on a coûtume
d'y fraper tous les ans ,
& dont plufieurs Treforiers
diftribuent le premier jour de
l'année , des bourfes remplies
de cent Jettons chacune, d'or
ou d'argent, felon le rang & lo
DELA VILLE
LYON
*
1883 *
GALANT 163
droit de ceux à qui ces Jettons
font donnez . Les Devifes ont été
faites par Mrs de l'Academie
Royale des Medailles & Infcriptions
, à l'exception de trois
qui font celles de Madame la
Ducheffe de Bourgogne , de
l'Artillerie & des Bâtimens . Celles
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne & des Bâtimens
font de Mr Oudinet , Garde du
Cabinet desMedailles de SaMajefté
, & celle de l'Artillerie a
efté faite par Mr Moreau de
Mautour , qui eft de l'Academie
des Infcriptions . A l'égard
des autres Devifes , comme el
1
O ij
164 MERCURE
les ont efté faites par la mef
me Academie en Corps , perfonne
ne peut fe les attribuer
en particulier, pas meſme ceux
qui donnent les premieres.
idées des Devifes , puifque
chacun difant fon fentiment ,
on y change, on y augmente,
ou l'on y retranche quelque
chofe , felon les avis de tous
les Academiciens
. Je crois que
yous remarquerez aisément ,
que le Jetton qui fuit celuy du
Trefor Royal dans l'eftampe
que je vous envoye , regarde
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Je ne vous donne point
GALANT 4165
l'explication de ces Devifes
l'application en doit eſtre aifée
lorfque les Devifes font juftes .
Cependant rien n'eft fi difficile
, & les Inventeurs fe forment
ſouvent des idées qui në
tombent pas toujours dans l'imagination
de ceux qui cherchent
à les expliquer , & ces
derniers y donnent quelquefois
un fens plus beau & plus
naturel que les Inventeurs mê
mes. Il fe trouve quelque fois
des fituations d'affaires qui rendent
ces Devifes difficiles à
trouver ; & c'eft alors que l'efprit
ayant beaucoup plus à
166 MERCURE
travailler , ceux qui ont l'avantage
de réüffir , acquierent
beaucoup plus de gloire.Comme
je ne vous envoye point
d'explication des Deviſes , à
caufe des raifons que vous venez
de lire , je ne vous dis
point ce que chaque Jetton reprefente
, puifque fi le Gra
veur a bien réüffi , & que fi fon
travail eft bon & net , vous le
remarquerez aifément. Vous
fçavez que la face droite des
Jettons ne contient que des
portraits.
Il eft mort depuis peu à Ver
failles , un homme âgé de dent
GALANT 167
cinq ans. Il avoit eſté Vigneron
auprés de Bar-fur- Seine. Monfieur
le Duc du Maine le nourriffoit
depuis deux ans pour
prolonger fes jours . Ce Prince
payoit auffi fon logement ; il
l'entretenoit & il luy donnoit
par jour trois livres de viande ,
un pain & une bouteille de vin
de Bourgogne. Il étoit né en
1601. il avoit efté marié en
162 1. & il avoit cfté 70. ans
avec fa femme. Il n'attendit
pas que l'année de fon veuvage
fuft finie pour ſe remarier ,
cette feconde femme mourut
dix ans aprés; il avoit alors cent
•
&
168: MERCURE
ans revolus . Il avoit beaucoup
de chagrin d'eftre veuf. Monfieur
le Duc du Maine l'a fait
enterrer & ce Prince a fait
prier Dieu pour luy.
M Jean- Baptifte d'Arnolet
de Loche- Fontaine , Prefi
dent en la Cour des Monnoyes,
cft mort il y a déja quelque
temps . Il avoit exercé cette
Charge pendant plufieurs an-)
nées avec beaucoup d'integrité
& avec la fatisfaction du public.
Il étoit entré fort jeune
dans la Magiftrature , & il s'étoit
formé aux affaires par l'ap- >
plication qu'il avoit euë au tra-
**
vail ,
GALANT 169
ail , & par le bon ufage qu'il
avoit fait des premieres années
de fa vie. Il avoit toujours eu
beaucoup d'inclination pour
les belles Lettres , & les liaifons
étroites qu'il a entretenuës jufqu'à
la mort avec Mr le Prefident
Coufin , fon Confrere ,
prouvent cette verité. Cette
tamille produiſit un fçavant
Religieux de l'Orde de Saint
François , fur la fin du dernier
fiecle . Il entra de bonne heure
dans la folitude , & il eut le
temps de fe perfectionner dans
la connoiffance de la Theolo
gie ; il la profeſſa long-temps
Fanvier 1707.
P
170 MERCURE
avec fuccés , & les Memoires
qu'il fournit fur les matieres
de la Grace à ceux de fes Confreres
qui affifterent
au Concile
de Trente , ne leur furent
pas inutiles.
M N... de Louet , Marquis
de Cauviffon , Lieutenant Ĝeneral
des Armées du Roy , &
Lieutenant General du haut
Languedoc , eft mort à Verfailles,
aprés quelques heures de
maladie. Il laiffe des enfans de
Dame N... de Louet de Cau →
viſſon , fa niece , qu'il avoit
époufée avec difpenfe . Elle
étoit fille de feu Mr le Marquis
GALANT 171
de Cauviffon , auffi Lieutenant
General en Languedoc, & frere
aifné de celuy qui vient de
mourir , & qui laiſſa de Dame
N... de l'Ile de Marivaux Mr
le Marquis de Cauviſſon, mort
depuis quelques années , revêtu
de la même Charge, & qui étoit
Colonel d'un Regiment d'Infanterie.
Celui- cy avoit épousé
Mlle de Biron , à prefent Marquife
d'Urfé , & Dame d'Honneur
de Madame la Princeffe
de Conty Douairiere . M's de
Cauviffon defcendent du celebre
Louet , Prefident au Parlement
de Toulouſe , & l'un des
>
rs
Pij
172 MERCURE
plus grands Jurifconfultes de
fon temps . Ila laiffé d'excellens
Ouvrages fur le Droit, qui portent
fon nom . Un de fes petitsfils
époufa l'heritiere de Cauviffon
Nogaret , qui étoit iſſuë
de ce fameux Nogaret qui donna
un fouflet au Pape Boniface
VIII. dans le quatorziéme fiecle.
Le pere de Mr le Marquis
de Cauviffon avoit eu la Charge
de Lieutenant General en
Languedoc aprés la mort de
Mr le Marquis d'Ambres , qui
étoit reveftu de cette mefme
Charge. Aprés la mort de Mr
de Duc de Montmorenci
, Ami
GALANT 173
al de France , qui eut la tefte
tranchée à Toulouſe aprés la
bataille de Caftelnaudary
, fous
le Regne précedent , le Roy
ofta la Charge de Lieutenant
General de Languedoc à Mr le
Duc de Ventadour , fon neveu
, & d'unique qu'elle étoit ,
il la divifa en trois , dont
Mr le Duc d'Arpajou en eut
une , Mr le Marquis d'Ambres
l'autre , & Mr le Comte de
Bioule de la Maiſon de Cardaillac
, cut la troifiéme. Mr le
Marquis de Cauviffon eftoit
Maréchal de Camp , & avoit
fervi toute favicavec beaucoup
de fuccés. P iij
174 MERCURE
Je dois vous parler icy d'uti
nouveau Brigadier que l'on
avoit oublié dans la Lifte que
je vous envoyai dans ma derniere
Lettre. C'eft Mr Deſcoftier
, Lieutenant de Roy de
Bergues Saint Winock. İl eſt
d'une des plus anciennes & des
plus qualifiées maiſons d'Anjou.
Il fert dés fa plus tendre
jeuneffe ; il a efté long- temps
Major du Regiment d'Orleans,
où il s'eft acquis l'eftime & la
confideration
des troupes par
fa valeur & par fon attachement
continuel au fervice. Ila
donné dans toutes les occaGALANT
175
"
fions où il s'eft trouvé , des
preuves d'un grand courage
& d'une grande intrepidité. Il
eft fort incommodé de fes
bleffures , peu d'Officiers en
ayant reçû autant que luy . Il a
efté Major de Charleroy .
Mr. l'Electeur de Cologne
ayant refolu de prendre les
Ordres facrez fans attendre
que le temps qui luy avoit cfté
accordé
par le Pape,fut expiré,
receutl'Orde
de Soudiacre
avec
une devotion
exemplaire
, au
mois de Juin dernier
, par Mr
l'Archevefque
de Cambray
dans l'Abbaye
de Loo , prés de
Piiij
176 MERCURE
la Ville de Lille , aprés en avoir
fait les fonctions pendant
plufieurs mois en differentes
Eglifes de la mefme Ville ; il
fut fait Diacre par Mr l'Evef
que de Tournay , le jour de la
Conception de la Vierge dans
l'Eglife des Recollets de cette
Ville ; & s'étant enfuite dif
pofé par un grand nombre de
bonnes oeuvres , & mefme par
de frequentes Predications à
recevoir l'Ordre de Preftrife ,
Mr l'Evefque de Tournay la
luy confera le jour de Noël
fuivant , dans l'Egliſe Paroiffiale
de Saint Maurice de Lille
GALANT 177
fa
Ce Prince refolut en mefme
temps de celebrer ſa premiere
Meffe le premier jour de cette
année dans l'Eglife des Peres
Jefuites de la meſme Ville ; il
écrivit à Mr l'Electeur de Baviere
, pour le prier d'y affifter,
& ce Prince luy répondit que
non -feulement il vouloit avoir
cette fatisfaction , mais meſme la
confolation de communièr ce jourlà
de fa main. Son Alteffe Electorale
de Cologne fit donner
part au Roy , par ſon Envoyé,
du jour qu'elle avoit pris pour
dire fa premiere Meffe , & fit
prier Sa Majefté de vouloit
4
178 MERCURE
bien nommer quelqu'un pour
affifter de fa part à cette
Ceremonie & elle envoya
pour cet effet fes ordres à
Mr le Prefident Rouillé qui
ſe rendit auffi - toft à Lille , & la
Ceremonie qui a beaucoup
édifié tout ceux qui l'ont vûë ,
s'eft faite de la maniere fuivante.
Vous trouverez de la
grandeur & de la pieté dans
tout ce qui regarde leurs Alteffes
Electorales de Baviere &
de Cologne . Ce détail auquel
je n'ay rien ajouté , & dont je
n'ay rien retranché , m'a eſté
envoyé par une perfonne d'une
GALANT 179
grande diftinction qui a bien
voulu fe donner la peine d'examiner
avec foin tout ce qui s'eft
paffé dans cette grande Ceremonie
, & toutes les circonftances
dont elle a efté accom
pagnée.
RELATION
De ce qui s'eft pafſé au ſujer
de la premiere Meffe qui a
efté celebrée par Monfieur
l'Electeur de Cologne, dans
l'Eglife des R. P. Jefuites de
la Ville de Lille, le 1. Janvier,
Monfieur l'Electeur de Colo
gne aprés avoir efté dés le matin
180 MERCURE
entendre la Meffe à la Chapelle
de Noftre- Dame de Grace , à une
lieuë de la Ville , fe rendit inco
gnito dans la maison où eftoit
Monfieur l'Electeur de Baviere ,
pour aller avec luypubliquement,
au lieu où la Ceremonie fe devoit
faire.
La marche fe fit par les prin
cipales rues de la Ville,& elle commençapar
troisCompagnies d'Ecoliers
des R.P.Jefuites, les uns vétus
à la Françoife , les autres à
la Romaine , les derniers à la
Hongroife ; ils eftoient tous à
cheval, chaque troupe avoit des
Officiers à fa tefte; chaque Com-
منوب
GALANT 181
pagnie eftoit de quarante Ecoliers.
Une Compagnie du Regiment
de Carabiniers
de fon Alteffe
Electorale de Baviere paroiffoit
enfuite avec fes Etendars , fes
tymballes fes trompettes.
Cette Compagnie eftoit fuivie
de deux Officiers Gardes - Selles
des deux Electeurs , à cheval ,
furvis de tous les gens
de livrée
des Ecuries des deux Cours meflez
enfemble.
On voyoit enfuite deux ca
roßes à fix chevaux , dans lefquels
eftoient les Gentilshommes
de bouche & quelques autres Gentilshommes
des deux Electeurs ;
182 MERCURE
deux autres caroffes à fix chevaux,
où eftoient les Gentilshom
mes de la Chambre , e encore
deux autres caroffes à fix chevaux
remplis des Miniftres des
deux Cours & de quatre Cha
noines de l'Eglife Cathedrale de
Liege , députez par le Chapitre
pour affifter à la ceremonie.
Ils eftoient fuivis par le Grand
Maréchal de la Cour de Colo-
2
gne à cheval , repreſenté par le
Comte d'Arco , qui avoit à fes
côtez deux Gentilshommes faifant
fonction de Maiſtres d'Hoftel
, ils eftoient tous trois couverts
; le premier portoit un bâGALANT
183
ton d'argent , & les deux autres
des bâtons noirs garnis d'Ivoire ;
Les deux Fourriers des deux Cours
paroiffoient enfuite à pied , & ils
eftoient fuivis des Valets de pied
des deux Electeurs fans diftinction
; des Trompettes de la Cour
de Cologne , & de celle de Baviere,
& des Tymballes de celle
de Cologne tous à cheval , la
Compagnie des Carabiniers de S.
A. E. de Cologne venoit enfuite
à pied , avec leurs pertuifannes .
Enfuite la Compagnie des Trabans
de Son Alteffe Electorale de
Cologne marchoit des deux côtez
du caroffe à fix chevaux ,
184 MERCURE
dans lequel eftoit ce Prince tenant
la droite , & veftu d'habits
d'Eglife de couleur rouge com
me Legat du S. Siege , & Monfieur
Electeur de Baviere à la
gauche veftu à l'ordinaire . Ces
Trabans eftoient precedez par les
tambours & les hautbois de la
Compagnie , ayant leur Lieutenant
à leur tefte le ponton à la
main.
On voyoit derriere eux à pied,
les deux Fourriers de la Chambre
des deux Electeurs , fuivis
des Pages de l'une & de l'autre
Cour.
Le Heraut d'Armes de BeechGALANT
185
tergaden paroiffoit enfuite feul ,
fans chapeau ; les trois He
raults d'Armes de Hildesheimb
de Ratifbonne & de Liege , le pre
mier au milieu , le fecond à la
droite , le dernier à la gauche
venoient aprés, puis le Herault
d'Armes de la maifon de Baviere
feul, & enfuite ceux de l'Ele
ctorat de Cologne de Baviere,
le premier à la droite & le dernier
à la gauche , & tous fans
chapeau.
Deux Gentilshommes de la
Chambre à cheval & teftes nuës
reprefentoient les deux grands
Chambellans des deux Electeurs
Janvier 1707,
186 MERCURE
le premier portant une Maffe
d'argent avec un Sceau , pour
marque de la Charge d'Archichancelier
d'Italie attachée à l'E
lectorat de Cologne, & l'autre un
Monde, qui eft la marque de la
Charge d'Archidapifer
annexée
à l'Electorat de Baviere.
Deux Gentilshommes de la
Chambre portoient refles nuës ,fur
des careaux de velours rouge
les Bonnets Electoraux des deux
Electeurs.
Enfuite les deux grands Maréchaux
des deux Cours portoient
des épées dans leurs fourreaux
la pointe en haut; lefouGALANT
187
reau de celle de l'Electeur de Cologne
eftoit de velours rouge,
celuy de celle de l'Electeur de Bavierede
velours bleu.
Tous ces Officiers precedoient
te caroße dans lequel eftoient les
deux Electeurs , à cofté duquel
marchoient les deux grands Efcuyers
& les Officiers des Gardes
du Corps des deux Princes.
La Compagnie des Gardes Archers
de Son Alteffe Electorale de
Cologne,à pied, marchoit enfuite,
une Compagnie du Regiment
de Carabiniers de S. A. E. de Bawiere
à cheval, fermoir la mar→
the
Qij
188 MERCURE
les
Les deux Electeurs eftant
ainfi arivez à l'Eglife , furent
reçus à la porte par la Communauté
des R. P. Jefuites ; Mr
'Evefque de Tournay eftant à
la tefte en Chappe & en Mitre,
leur prefenta l'Eau - benifte , &
accompagna jufqu'à l'Autel,
les deux plus jeunes Chanoines
de Liege portant la Robbe de
Monfieur l'Electeur de Cologne .
Lorfqu'ils furent arrivez au
prés de l'Autel , ils fe mirent
fur le mefme Prie-dieu , où aprés
avoir fait leur priere , ils fe pla
cerent l'un & l'autre , chacun
fur le Trône qui leur eftoit preGALANT
189
paré , élevé de trois degrez , celuy
de Monfieur l'Electeur de
Cologne , du cofté de l'Evangile
de damas blanc avec des bandes
de toile d'argent , & celuy de
Monfieur l'Electeur de Baviere
qui eftoit vis-à- vis du cofté de
l'Epitre de velours rouge, garni
de galon & de crefpines d'or.
S. A. E. de Cologne alla enfuite
, fuivie de fes Affiftans &
de fes Officiers à une Chapelle où
eftoient preparez fesOrnemensSa
cerdotaux , pendant qu'elle
refta, la Mufique chanta le Mo
tet , Dominus regnavit , de la
compofition de Mr de la Lans
190 MERCURE
de Maiſtre deMuſique de la Chapelle
du Roy.
Monfieur l'Electeur de Cologne
eftant arrivé à l'Autel revestu
de fes habits Sacerdotaux entonna
le Veni Creator , pendant
que la Mufique continuade
chanter cette Hymne , il fit la
Proceffion autour de l'Eglife accompagné
de fes Affiftans.
Eftant revenu à l'Autel, il
chanta l'Oraifon du S. Efprit,
la Mufique commença enfuite
Introite. Mr l'Electeur de Cologne
ayant quitté la Chappe
vec laquelle il avoit fait la Proreffion
, avant de prendre la
GALANT 39r
Chafuble, s'approcha de Mrl'E
lecteur de Baviere , qui luy mir
fur la tefte une Couronne nuptiale
, & l'ayant receüe il prit
la Chafuble & commença une.
grande Meffe , ayant pendant
l'Introite Mr l'Evefque de Tournay
en Chappe à fa droite ,
un Archidiacre de l'Eglife de Lies
ge auffi en Chappe à fa gauche,
aprés quoy Mr. l'Evefque de
Tournay fe mit dans un fauteuil
auprés de l'Autel du cofté
de l'Evangile ; le Diacre
Sous-diacre eftoient deux Cha
noines de l'Eglife de Liege...
Monfieur l'Electeur de Bas
le
192 MERCURE
viere alla feul à l'offrande ; lorf
que Mr l'Electeur de Cologne
cur lavé fes mains aprés l'Offertoire
, les principaux Officiers
de fa maifon apporterent le baffin
, l'éguiere & la ferviette.
Pendant l'Evangile & pendant
l'Elevation fix Pages de
Mr l'Electeur de Cologne vin
rent auprés de l'Autel avec des
flambeaux de cire blanche.
Monfieur l'Electeur de Baviere
reçut la Communion de
la main de Monfieur fon frere ,
& avant qu'il fe retiraft de
l'Autel , un Gentilhomme de fa
Chambre luy prefenta fur une
Гоисонре
3
GALANT 193
foucouppe un gobelet d'ean & de
vin, dont il fit ordinaire
.
l'ufage
La Meffe eftant finie , la Mufique
entonna le Domine ſalvum
fac Regem , aprés quoy Mon
fieur l'Electeur de Cologne chanta
l'Oraifon pour le Roy , une
peur Monfieur l'Electeur de Baviere,
une pour luy mefme.
Il entonna enfuite le Te
Deum, & pendant que la Muftque
continua de le chanter, Monfieur
l'Electeur de Cologne ayant
quitté la Chafuble, Monfieur l'E
Jecteur de Baviere vint à l'Au- "
tel recevoir fa benediction . Les
principaux Officiers des deux
Janvier 1707 R
194
MERCURE
Cours luy baiferent la main &
regúrent auffi fa benediction. Il
fit enfuite le tour de l'Eglife
pour donner au peuple la fatisfaction
de luy baifer la main,
& de recevoir fa benediction ;
lorfqu'il fut de retour à l'Autel
, l'on chanta le Benedicamus
patrem , il chanta enfuite
l'Oraifon qui fe dit ordinairement
, ilfinit ainfi la Ceremonie
de l'Eglife.
Aprés qu'il eut quitté les Ornemens
Sacerdotaux , ilfortit de
l'Eglife avec Monfieur l'Electeur
de Baviere , & ilsfurent conduits
de la mefme maniere qu'ils l'avoient
efté en venant à l'Hoftel
GALANT 195
deVille , où le difne eftoit preparé
par les Officiers de Monfieur
Electeur de Cologne , la maison
qu'il habite n'eftam pas affezfpa
tieufe depuis l'incendie qui y ar
Tiva l'année derniere.
223
7
Les deux Electeurs furent com
plimentez en defcendant de ca-
Foffe par le Magiftrar , & plu-
Juurs décharges de Moufqueterie
furent faites par la Compagnie
des Arquebusters de la Ville , qui
eftoient rangez dans la Cour.
Il y avoit deux Chambres
preparées ou les deux Electeurs
devoient demeurerjufqu'au difné.
Il y avoit dans une des Salles.
Rij
-96 MERCURE
une Eftrade élevée de trois degrez
, fur laquelle eftoit une table
prefque quarrée , au deffus de
laquelle eftoit un Dais de velours
rouge . Ces deux Princes mangerent
feuls à cette table, eftant affis
dans des fauteuils de velours des
rouge, Monfieur l'Electeur de Cologne
avoit la droite , & ils furent
fervis l'un & l'autre par
leurs principaux Officiers.
Pendant le difné la Mufique
chanta plufieurs Airs François.
Les deux Electeurs ayant bû chacun
une fois , tous ceux pour qui
il y avoit des tables preparées ,
fe retirerent pour aller difner ; il
y avoit fix tables differentes qui
-GALANT 197
toutes furent magnifiquement fervies.
Le difné fini Meffieurs les
Electeurs remonterent en caroffe ,
allerent aux Vespres qui furent
chantées par la Mufique.
On tira le foir un Feu d'Artifice
devant l'Hoftel de Ville
toutes les maisons furent illuminées.
On avoit fait pendant l'a
Meffe trois décharges de Buetes
de l'Artillerie de la Place, ce
qui fut continue le foir.
Dans la marche qui fe fit de
l'Eglife à l'Hostel de Ville , un
Gentilhomme de Mr l'Electeur
de Cologne jetta plufiears pieces
d'argent au peuple.
Riij
198 MERCURE
Cet Electeur a fait frapper une
Medaille qui d'un cofté marque le
jour le lieu où il a ditfa premiere
Meffe, dans les termes qui
fuivent Jofephus Clemens
Deo litans Infulæ , Kalendis
Januarii in Templo P.P. So
cietatis Jefu . Au le revers eft
un Calice , au deffus duquel eft
une Hoftie , & au deffous font
deux mains qui fe joignent; ces
mots fe lifent autour , Pia concordia
Fratrum , pour marquer
La fainte union qui s'eft faite ce
jour -là entre les deux Electeurs
par la Communion que l'un a receuë
de l'autre.
DE
VILLE
$
HELDE
GALANT $99
Dans les mots lofen Ver
CLeMens Deo LItans, e
ceux , pla ConCorDIa
fratrVM
, fe trouvent heureuſes
ment les nombres neceffaires pour
marquer l'année où cetté ceremonie
s'eft faite.
•
Mr le Prefident Roüillé
dont je viens de vous parler ,
& qui a affifté de la part du
Roy à la ceremonie , dont
Vous venez de lire le détail
apprit peu de remps aprés que
le Roy avoit ajoûté une feconde
grace à la premiere qu'il
luy avoit accordée , en don-,
nant à fon fils une difpenfe
R iiij
200 MERCURE
d'âge pour cftre reçu Confeiller
à la premiere Chambre des
Requeſtes , fans avoir voix deliberative
; mais plufieurs perfonnes
ayant rendu à Sa Majefté
des temoignages tresavantageux
de ce jeune Magiftrat
, ce Prince vient de luy
donner une ſeconde difpenfe
,
par laquelle il peut dés -à - prefent
avoir voix deliberative.
On ne doit pas en eftree furpris
, tous ceux de cette maifon
eftant nez avec de l'efprit,
s'il m'eft permis de parler ainfi
, & s'eftant de bonne heure
par leur fageffe & par leur peGALANT
201
netration , rendus dignes de
poffeder les plus grandes Charges
& les plus hauts emplois.
La difpenfe dont je viens de
vous parler ayant eſté ſecllée ,
fut enregistrée au Parlement
au commencement de cette
Fannée, ce qui le fit avec applaudiffement.
Je dois vous dire à Focca
fion de la grace que le Roy
vient de faire à Mr de Cha-
-millart Miniftre & Secretaire
d'Etat , que vous avez dû remarquer
dans une infinité
d'occaſions à peu prés de cette
nature , que rien n'eft com
1
202 MERCURE
parable à l'attention du Roy
pour tout ce qui peut régarder
le bien d'Etat , & que fa
penetration là-deffus a quelque
chofe de fi merveilleux ,
qu'en plufieurs occafions il
ne penfe point comme les autres
hommes, & que la fuite
fait toujours connoiſtre qu'il a
penfe jufte , quand mefme les
apparences auroient efté contraires,
& que ceux qui fe mêlent
de parler en Politiques auroient
d'abord penfé autrement
; mais l'on doit confiderer
que ce Monarque qui
gouverne par luy-meſme deGALANT
203
puis 46. ans , & qui ne laiffoit
pas melme avant ce temps-là
de briller, dans les Confeils &
de s'appliquer aux affaires , a
des lumieres qui font inconnues
aux plus Politiques , &
qu'il a toujours des raifons
particulieres & fecrettes de faire
tout ce qu'il fait, qu'il n'eft
pas obligé de rendre publi
ques , & qu'il ne fait rien mê
me dans les chofes qui paroif
fent peu confiderables , fans
avoir le bien de l'Etat en veuë.
Il eſt conſtant que ceux qui
font chargez du foin, des af
faires de la guerre , & que ceux
9
204 MERCURE
A
qui ont foin d'agir, afin que les
coffres de Sa Majefté foient
toujours remplis pour la fou
tenir ; pour payer les charges
de l'Etat, & pour fubvenir aux
befoins journaliers , font tel
lement accablez fous le fardeau
des affaires, que l'on a vû
deux grands Miniftres qui étoient
en mefme temps char
gez de ces deux differens emplois
, fuccomber fous la pefanteur
de ce fardeau ; de maniere
que F'on auroit pû penfer
que c'étoit trop peu de
deux perfonnes pour remplir
ces deux vaftes & onereux emGALANT
205
T
plois , dans l'exercice defquels
on fait fouvent , quoy qu'innocemment
plufieurs mécon
tens , qui ne fe rendant point
juftice, ne confiderent pas que
tous ceux qui prétendent à
une chofe ne la peuvent tous
obtenir. Il en eft ainfi de tout
ce qui regarde les parties dif
ferentes de ces deux grands
emplois, dont le Roy a cru ju
dicieufement devoir charger
un feul Miniftre, lorfque tout
le public paroiffoit perfuadé
que deux Miniftres avoient
bien de la peine à en remplir
les devoirs , mais Sa Majeſte
206 MERCURE
qui ne veut rien , & qui ne
fait rien que ce qui cft utile
à l'Etat , & qui n'eft pas obligéé
de faire toujours connoiftre
les raifons fecrettes qui la
font agir , avoit jugé depuis
long - temps par une infinité
de raifons & de chofes qui s'étoient
pallecs , dont l'Etat auroit
pu fouffrir dans la fuite ,
& dont il auroit fouffert par
le paffe, fans la grande atten
tion que ce Monarque don
noit à toutes les affaires , &
les remedes qu'il apportoit
pour les empefcher de fouffrir
. Le Roy , dis - je , quoyque
GALANT 207
parfaitement convaincu du travail
immenfe dont feroit ac
cablé le Miniftre qui feroit en
mefme temps chargé des affaires
des Finances & de celles de
la guerre , avoit refolu longtemps
avant d'executer fon
deffein , d'en charger une même
perfonne lorfque l'ocea
fion s'en prefenteroit . Je dois
vous dire à ce fujet qu'un habile
Miniftre de la guerre eft
fouvent chargé de beaucoup
de chofes qui demandent qu'il
ait des fonds particuliers pour
l'execution de fes projets fecrets
; pour faire faire des Ma
208 MERCURE
gafins dans les lieux où les ennemis
ne doivent pas fçavoir
qu'il y en ait ; pour payer des
Efpions ; pour attirer dans le
parti de fon Prince des Commandans
ennemis , & pourune
infinité de chofes differentes
dont l'argent ne doit point être
ouvertement follicité chez
les Contrôleurs Generaux &
chez les Treforiers
, parce que
cela feroit capable de faire
manquer les affaires fecrettes
que l'on a en veuë. Un Miniftre
de la guerre a donc raifon
de demander de grandes fommes
au Miniftre des Finances ;
GALANT 209
mais on a fouvent fçu dans la
fuite que craignant d'en manquer
, ils en ont demandé plus
qu'ils ne leur en falloit pour
les entreprifes concertées : dé
fortes que de Miniftre des Finandes
ne voulant pas qu'on
huy imputaft d'avoir fait manquer
quelque entreprife , four
miffoit tout ce qu'on luy demandoit
, de crainte que l'on
ne fe plaignift de luy ; mais en
même temps les autres affaires
pour lefquelles on avoit
befoin d'argent , fou ffroient
beaucoup, ce qui ne feroit
arrivé file Miniftre de la guer
Janvier 1707 .
1
S
pas
210 MERCURE
"
re , voulant avoir toujours des
fonds de referve . n'avoit toujours
continué de s'en faire
donner , & n'avoit toujours
demandé que les Treforiers qui
payent les affaires courantes de
la Guerre cuffent toujours leurs
Caiffes remplies ; de maniere
que le Roy fe trouvoit fouvent
embaraffé entre le Miniftre
qui demandoit toujours , &
celuy qui fe plaignoit qu'on
luy faifoit tous les jours de
nouvelles demandes . Le dernier
promettoit qu'il ne laiffe
roit manquer de rien lorfqu'on
auroit un veritable befoin de
:
GALANT 211
pas
વે
fon
fecours , &
alleguoit que
l'argent qu'il donnoit
au de- là
des befoins qu'on en avoit,
pourroit
cftre d'une grande
utilité à l'Etat. Il alloit même
plus loin ; mais ce n'eft
moy d'entrer
dans ces miſteres
: enfin ne voulant pas que
rien luy fuft imputé , fi quelqu'entrepriſe
venoit à tourner
mal , il fatisfaifoit à tout ce
qu'on luy demandoit
aux dépens
de ceux qui pouvoient
en fouffrir. Le Miniftre
de la
Guerre de fon costé , ne vouloit
pas s'expofer
aux rifques
de manquer
d'argent , & pour
• Sij
212 MERCURE
cet effet il vouloit avoir
toujours des fonds de referve
·fans neanmoins faire connoitre
qu'il en avoit , & fa dépenfe
étoit immenfe dans la vûë
de faire toujours quelque cho
fe d'éclatant pour fa gloire.
Toutes ces chofes étant connuës
au Roy , ce Prince auffi
fage que moderé , & n'ayant
toujours pour point de vue ,
que le bien de l'Etat , travailloit
fouvent avec la prudence
qui luy eft ordinaire , à empefcher
ces Miniftres de fe
broüiller , de crainte que l'Etat
n'en fouffrift. Ils le fervoient
GALANT 213
bien les uns & les autres , &
tout ce qu'ils luy difoient fembloit
toujours regarder uniquement
le bien de l'Etat ,
quoiqu'il en fouffrift un peu ;
qu'il eut pû dans les fuites en
fouffrir davantage , & que cela
donnaft de l'occupation , du
chagrin & de l'inquietude à ce
Monarque . On peut juger par
là fi le deffein qu'il avoit con
çû de donner ces deux Emplois
la mefme perfonne n'étoit
pas prudemment imaginé ,
puifqu'il devoit eftre utile an
bien de l'Etat , & luy procurer
du repos. Ce Monarque avoit
214 MERCURE
lieu de croire que le Miniftre
des Finances l'étant auffi de la
Guerre , il fourniroit abondamment
tous les fonds dont
on auroit befoin pour la faire
avec éclat ; mais qu'étant en
meſme temps Miniftre des Finances
il n'en amafferoit point
pour les conferver dans des
où il feroit neceffaire
d'en fournir pour les autres befoins
de l'Etat. La chofe qui
T'embarroiffoit le plus, étoit de
trouver un homme capable de
foutenir en mefme temps:
poids de ces deux Emplois . Il
vouloit avoir un Miniſtre de la
temps
મ
lc
GALANT 215
Guerre qui fuft affable &
puifque la plus honnefte
grande partie de la Nobleffe
du Royaume eft fouvent obligée
de luy parler , & que
mefmerles perfonnes du premier
rang font fouvent dans
cette obligation , & qu'il cft fâ
cheux à tant de perfonnes difringuĉes
par leur fang&parleur
fervice de n'être pas du moins
reques agréablement , lorsque
l'on ne peut leur accorder ce
qu'elles demandent . Mr.de
Chamillart avoit fait voir dans
le maniment des affaires des
Finances, cette douceur & certe
216 MERCURE
affabilité qui renvoye mefine
fouvent contens ceux à qui on
n'accorde rien. Il écoute ; il
répond ; il donne des raifons ,
& le plaifir que l'on a de l'en
tretenir empêche du moins de
fentir vivement le chagrin que
l'on a de ne rien obtenir. Jus
gez par là combien on doit
eftre fatisfait del ce Miniftre
Jorfque l'on en obtient tout
ce que l'on fouhaite. Ce cas
ractere fi rare parmi les hom
mes qui font élevez au defus
des autres , & qui ont quelque
forte d'autorité en main , obli
gea le Roy à fe déterminér
pour
GALANT 217
pour luy , & à luy donner la
Charge de Secretaire d'Etat , à
laquelle le département de la
Guerre eft attaché , fans luy
ofter le maniement de fes Fi
nances. Comme le fardeau de
ces deux Emplois étoit grand
à fupporter, quelque éclatant
qu'il fuft , Mr de Chamillart
remencia Sa Majefté lorsqu'elle
luy déclara qu'elle l'avoit choifi
pour Miniftre de la Guerre. Il
s'en excufa fur le peu de lu
mieres qu'il avoit pour bien
remplir toutes les fonctions
d'un fi grand & fi penible Employ
; mais le Roy cut la bonté
Janvier 1707 .
T
218 MERCURE
de luy dire qu'il en partageroit
les peines avec luy , & qu'il
auroit foin de l'inftruire . Comme
on ne pouvoit repliquer à
des paroles fi obligeantes que
par une profonde foumiffion ,
Mr de Chamillart obéit aux
volontez du Roy . On doit remarquer
que la Guerre ayant
recommencé peu de temps
aprés , ce Miniſtre s'est trouvé
d'autant plus accablé d'affaires
que la France n'avoit jamais eu
tant d'ennemis à la fois . Cependant
rien n'a manqué de
tout ce qui l'a regardé. On
eft toujours entré en CamGALANT
219
8
pagne avec des Armées floriffantes
, & le refte n'a pas dépendu
de luy . On ne doit pas
s'étonner fi le Roy aprés avoir
chargé ce Miniftre de tant de
foins differens dans des temps
fi difficiles , vient d'accorder à
Mr le Marquis de Chamillart
fon fils , la furvivance de fa
Charge de Secretaire d'Etat ,
afin que commençant , dés à
prefent, à le foulager peu à peu,
il luy foit dans la fuite d'un
plus grand fecours lorfqu'il
aura appris fous luy le mêtier
qu'il doit faire. Ce Marquis
donne de grandes efperances ,
Tij
220 MERCURE
& il paroift avoir toutes les
qualitez neceffaires pour bien
remplir un jour un Employ
auffi pénible qu'il eft confiderable
. Il n'a pas encore dixhuit
ans accomplis ; mais l'on
peut
dire
que fon efprit en a
trente & c'est pourquoy
le
Roy qui en eft bien informé
luy vient d'accorder une furvivance
qui le mettra en état
de faire valoir les grands talens
qu'on trouve en luy ; toute la
France a aplaudy à ce choix , &
toute la Cour , à commencer
par Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , a cfté l'en feliciGALANT
221
ter ce qui eft d'un bon augure.
Le Vicaire General avec fes
Affiftans , le Provincial & le
Prieur des Auguftins Déchauffez
de Paris , furent prefentez
au Roy le Mercredy cinquiéme
Janvier , par Monfieur le Cardinal
de Noailles , dans le Cabinet
de Sa Majeſté.
Le Vicaire General porta
la parole , & dit au Roy
SIRE , nous venons remercier
voftre Majefté de la bonté qu'elle
a euë de penfer à nos penibles affaires
luy demander la continua
tion de fa protection ; l'affurer de
Tiij
222 MERCURE
nos voeux & de nos prieres pour
la confervation de fa facrée perfonne
, pour celle de la famille
Royale pour la profperité de
l'Etat.
le
Sa Majefté répondit , jay
fait tout ce que j'ay pú & tout ce
que j'ay cru devoir faire pour
rétabliſſement de la regularité de
voftre Ordre , c'eft prefentement à
vous à la maintenir ; ma protection
ne vous manquera point ;
voftre Ordre eft fort auftere & le
doit eftre ; auffi il en faut obferver
exactement les regles .Fefpere
Mr le Cardinal me rendra
de temps en temps , compte de
que
GALANT 223
voftre conduite , & je me feray
toujours un plaifir de vous proteger.
Je merecommande aux prieres
de voftre Maifon de Paris , &
celles de toutes les autres .
Son Eminence parla au Roy
des qualitez de chaque Pere , &
de l'exactitude avec laquelle ils
obfervent leur Regle.
1
Les Peres qui ont efté prefentez
auRoy font le PereTho-
•
mas , Vicaire General ; le Pere
Placide , Affiftant General &
Geographe du Roy ; le Pere
François , Affiftant General ; le
Pere Damafe , Provincial y le
Pere Leonard , Prieur du Con
T iiij
224 MERCURE
vent de Paris ; & le Pere Martial
, Secretaire General .
On doit remarquer que ces
Peres étant tous des principaux
de l'Ordre , & ayant
le Vicaire General à leur tefte,
ont parlé au nom de tout l'Ordre
, & qu'ainfi tout s'eft fait
felon les regles.
Le 6. de Janvier Mr Molagne
, Profeffeur de Mathematiques
de la Chaire fondée
par feu Mr de Foix de Candale
, Evefque d'Aire , dans le
College de Guyenne étably à
Bordeaux , fit prononcer
deux de fes Ecoliers en prepar
GALANT 225
fence des Maire & Jurats , &
de l'Univerfité de Bordeaux ,
dans la Chapelle du mefme
College , une Oraifon funebre
de feue Henriete de Foix de
Candale , Princeffe de Buch &
Comteffe de Monpont. Cet
Eloge fut recité par Mr. le
Berton de Bonomie d'Oleron,
& par Mr Pines de Cadillac :
ce dernier fit l'ouverture par
un beau Difcours fur les qualitez
perfonelles
de cette Princeffet,
le premier démontra
enfuite plufieurs Theorémes
,
& le dernier fit une nouvelle
Demonſtration
de la quarante
226 MERCURE
feptiéme du premier Livre des
Elemens d'Euclide , fans fe
fervir d'aucune propofition
d'Euclide , comme font les anciens
Commentateurs
de cet
Auteur , ni de la Doctrine des
Proportions comme font les
Modernes . Cette Demonftration
qui paroift la plus fimple
& par confequent la plus aifée
de toutes celles qu'on a vûës
jufqu'à preſent , a efté inventée
par Mr Molagne,
Vous attendez fans doute
avec impatience , la Relation
de Canada que depuis quatre
ou cinq ans je vous envoye
GALANT 227
la fin de chaque année. Cette
derniere m'a efté rendue un
peu plus tard que les autres.
Je la viens de recevoir , & je
fatisfait voftre curiofité .
De Québec le 24. Octobre
1706.
MONSIEUR ;
Le Vaiffeau de Roy , nommé le
Heros , que montoit l'année derniere
Mr le Comte d'Arquin , &
que nous vifmes devant cette Ville,
paroit encore cette année dans noftre
rade ; c'eft Mr le Chevalier de Saugeon
, Capitaine de haut bord qui
le commande ce Vaiffean eft ac228
MERCURE
compagné d'une a Fluße , montée par
un Capitaine Irlandois . La navigation
, qu'on appelle icy la traverlée
ou la traverſe de ces deux
Navires a efté de prés de trois mois,
c'est beaucoup , on en attribuë la caufe
à la Flute qui a efté fort gourmandée
de la mer dans la route . Nos
Marchands de Québec prétendent
s'en accomoder, & je crois que l'af
faire en eft déja faite ; fi cela eft ,
le Vaiffeau de Roy ne tardera pas
à mettre a la voile , pourvû que
Nord- oüeft fe mette de la partie.
Outre les deux Vaiffeaux dont je
viens de vous parler , il en eft arrivé
auparavant cinq autres , mais
.
le
a C'eft un Vaiffeau long , ayant les
Varangues plates , le ventre enflé & là
Poupe ronde , il fert ordinairement à
porter des vivres,
GALANT 229
Marchands ; ils s'en font retournez
prefqu'aufitoft que les Marchandifes
ont efté déchargées : c'eftoient des
vins , des huiles , dufel & quelques
étoffes.
Le
Les a Anglois , nos voisins , one
fait courir icy le bruit au commenment
de l'Automne , par moyen
de quelques Sauvages , qu'ils a_
voient pris des Navires François
venant en Canada ; & cela faifoit
quelque peine , en ce que la faifon
s'avançant , on n'apprenoit aucune
nouvelle du Vaiffeau de Roy , le
principal d'entre tous ceux qui viennent
icy tous les ans ; mais le bruit
s'eft trouvé heureufement faux. An
refte je ne doute point que les Anglois
ne faffent inferer dans leurs
a Les Anglois de la nouvelle Angleterre.
230 MERCURE
Gazettes ,ou dans celles de Hollan
de , ces fortes de nouvelles faites à
plaifir.
Ce que je vous marqueray , Monfieur
, cette année- cy , fera en peu de
mots , car le temps preffe. Mr de
Saugeon parle déja de mettre à la
voile pour fon retour , quoiqu'ilfoit
à peine arrivé.
Le bled eft à grand marché en Canada
, & avec cela nous avons la
Paix. Il s'eftformé à la verité quelques
petits partis de nos Sauvages
qui ont tenu les Ennemis en baleines
ils ont fait mefme quelques prifonniers
aprés en avoir tué un affez
bon nombre. On appellera cela , fi
vous voulez , petite guerre.
Les Anglois prifonniers des années
paffées , & que nous avions au
Montreal , defcendent actuellement
GALANT 231
pourse rendre à Québec , où an Brigantin
les attend ; il vient de a
Bafton. On eft convenu de l'échange
des leurs avec les noftres qu'ils ramenent.
La liberté eft entiere de
part & d'autre, Ceux des Anglois ,
hommes ou femmes , qui voudront
repaſſer chez eux , pafferont , la choſe
eft libre. Quelqu'uns ont fuccombé à
la tentation, Les Anglois qui font
à Québec ou aux environs , & ceux
des ɓ trois Rivieres qui font Catho
liques en l'un & l'autre endroit , &
deplus tous ceux qui font parmi nes
a Ville Capitale de la nouvelle Ang
gleterre.
b Ville où il y a un Gouverneur . Cette
Place eft également diftante de Québec
& de Montreal , de 3o . lieuë de part &
d'autre : Je croy le Pole élevé , aux trois
Rivieres , de 46. degrez , ou environ ,
232 MERCURE
Sauvages , foit que ces Anglois
foient Catholiques , ou non , ne veulent
point quitter la nouvelle France....
ils ont raison .
Il s'eft converti parmi les Anglois
prifonniers au Montreal, depuis
la derniere lettre que je vous
ay adreffée , dix ou douze perſonnes ,
entre lefquelles deux Angloifes fort
opiniâtres d'abord, font cependant
mortsCatholiques. De jeunes enfans
nouvellement convertis à la Foy ,
ont fait voir une conftance éton
nante. I
- On croit qu'il y a une espece de
neutralité entre le Gouverneur de la
Menade ( où Manhate pour par
ler regulierement ) & nous . La ville
de Manhate qui eft dans la nouvelle
York , eft fize fur une riviere
affez confiderable , ( que Sanfon
GALANT 233
༣༦
appelle riviere du Nord , )
non loin de fon embouchure dans la
mer , Elope , Orange & Corlard ,
font autant de places bâties le long
de cette riviere , en montant. Mylord
Cornbury eft Gouverneur de
Manhate , c'e le Comte de Cla
rendon , connu du temps de fen
Roy Jacques ; il eft coufin germain
de la Princeffe Anne de Danemark; .
ce Mylord eft petit fils da Chancelier
Hyde.
Mr de la Mothe - Cadillac Capitaine
, eft monté au Détroit avec
cent cinquante foldats , dont
plufieurs fe font mariez, & ont me,
né leurs femmes avec eux . Quelques
querelles fe font renouvellées , avant
qu'ily arrivaft, mais des querelles
de vieille datte ; & cela en-
*
Janvier 1707.
V
234 MERCURE
tre les Outaoüacs & les Miamis
établis en cet endroit . Il y a eu
quelques coups de fufils tirez, an
Pere Recollet y a perdu la vie , cela
eft facheux. Trois autres Religieux
y font monter avec Mr de la Mothe
pour remplacer les morts . Le
Detroit eft une riviere qui a environ
vingt-cinq lienes de long &
un quart de lieue de large . Au milieu
de cette riviere eft le Lac appellé
par Sanfon Lac des eaux de
mer , Lac Salé , & mieux par
les Modernes Lac de Ste Claire .
La riviere du Detroit eft bornée
au Nord par le Lac Huron où
mer douce , & au Sud par le Lac
Erié ou du Chat. L'endroit de la
riviere où le Fort du Détroit , eft
bati, a environ 50. à 60. pas de
large le Fort du Detroit eft ren-
1
GALANT 235
fermé dans un espace de terre ca.
pable de contenir une bonne garni
Jon ; il eft fur une éminence & feparé
de la Riviere par une pente
douce de 40. pas ouenviron ; ce qui
forme une espece de glacis nature!
Le Detroit eft éloigné de l'Equateur
de 42. degrez: il femble que
c'est là fa latitude à quelques minutes
prés.
Les Hurons font demeurez au
Detroit à l'arrivée de Monfieur de
la Mothe, Ces Sauvages paroi/-
fent affez des noftres.
Les Millilaguez nation Outaouaife
, au Nord du Lac des Hurons
, font defcendus au Montreal ,
où ils ont protefté n'avoir aucune
part à la querelle des Outaouacs,
au Détroit. Ces Sauvages ont ame
né trois ou quatre prifonniers qu'ils
Vij
236 MERCURE
ont fait à a Cataracoüi l'an paffé.
Ils ont promis d'amener le reste
l'annéeprochaine.
Babouchi ChefdesNipiffiriniens
on Nipiffingues qui cabanent vers
le bout de l'Ile de Montreal , eft
mort à la chaffe fort regretté des
fiens ; il avoit l'ame fi bonne : fes
freres l'ont pleuré. C'est dommage
que Babouchi foit allé fitoft au pais
des Ames , toute la nation Algonkine
en fera long- temps affligée.
Les offemens de Babouchi font aa
Cataroconi , ou comme on dit icy
Kataracoui , c'eft le lieu du Fort de feu
Mr le Comte de Frontenac. Ce Fort eft
au Nord du Lac Ontario & à l'entrée, y
arrivant du Montreal : il est éloigné de
cette ville d'environ 88. lieües . il paroit
eftre au 44. degré de latitude
Nord.
GALANT 237
Etuellement dans fa Cabane , reverez
de fes compatriotes , qui efperent
le voir à leur tour au pays
"des Ames ; ce pays n'eft autre chofe
, à entendre les Sauvages , que
les Champs Elyfiens du Poëte Vitgile.
Babouchi avoit deux femmes,
& c'eftoit- là fa devotion , comme
celle de bien d'autres Sauvages .
Ce grand Chefdes Nipiffing a eu
en mourant les plus beaux fentimens
du monde. On a remarqué
qu'il a toujours aimé les Mittigouch
, c'est à dire les François ,
& qu'il avoit exhorté les fiens
ne les abandonner jamais,
A l'occafion de la mort de ce
Chef des Sauvages de la nation
Algonkine,je vous diray icy, Monfieur,
en deux mots, les ceremonies
obfervées dans les enterremens &
238 MERCURE
fepultures des Sauvages . Lafemme
du deffunt fait la Biete qui eft d'ordinaire
d'écorce d'arbre : elle enveloppe
le mort de quelques peaux
de Caftors ou d'Ours , & le met de
dans ; enfuite les conviez le mettent
en ceremonie fur une espece
déchafaut foutenu de quatre ou fix
pieux , élever de buit ou dix pieds.
On laiffe là pendant huit ou dix
jours deffécher au Soleil le
mort ; lequel temps expiré , il eft mis
dans une foffe avec fon arc, fes fleches
, fon Cafpitagan on Sac à Petun
, fa Chaudiere , &c. car ils
croyent que dans le pays des Ames ,
La chaudiere eft neceffaire pour y
faire cuire le Mahis ou Bled d'Inde
qui s'y trouve , & dont ils font ce
qu'ils appellent Sagamite, qui eft
une espece de Bouillic de bled de
corps
du
GALANT
239
Turquie mellé dans l'eau , nos Algonkins
nemment cela Mitaminabou.
a Taoüinetchefdes Algonkins qui
cabanent dans l'Ile de Montreal
au lieu appellé Lorette, eftant allé
en parti avec fes freres de la
mefme Nation , chez les Anglois b
faire coup , il a efté tué & deux
de fa Brigade bleffez. On l'a pleuré
dans fon village en chantant An
Hi, An Hi, Manes de Taouinet,
a Ce mot fignifie Loutre , chez les
Hurons, Les Sauvages prennent fouvent
des noms d'animaux , comme Outagami
fignifie Renard , Attiquamck poiffon
blanc ; Mahingan veut dire Loup, & c.
ou b Faire coup, ftile Canadien où Sauvage.
Tous les partis en ce pays-cy où
il y a quelque rencontre d'ennemis où
furpriſe d'habitations s'appellent coups.
240 MERCURE
efprit des Chefs venez pleurer ,
An Hi , An Hi.
Les Sauvages
du a Saut S.
Louis , ceux de Lorete
dans Pfle
de Montreal
&d'autres
encore , ont
fait plufieurs
partis en differens
temps pour empefcher
les deffeins de
nos ennemis ; il n'en eft revenu aucun
de bleßé de ceux du Montreal
,
ils ont au contraire
tous amené de
prifonniers.
Legrand
b Goyogoüen
de cLo
a Lieu de plufieurs Cabanes Iroquoifes
, à environ une lieuë & demie de
Montreal , c'eft-à -dire Ville - matie , ville
de l'Ile de Montreal
bIroquois de laNation dire des Goyon
goien au Sud du Lac Ontario.
c Miffion de Mis de S. Sulpice au
Sud de l'Ile Iefus . Cette Ifle eft contigue
à celle de Montreal , la Riviere des
Prairies entre deux,
Tete
GALANT 241
Tete , en l'Ile de Montreal accompagné
de deux Sauvages de fa Cabane
& de quelques autres du Saut
S. Louis a efté à a Orange pour excufer
un coup que de jeunes Sauvages
du Saut de S. Louis avoient
fait fur des ↳ Mehingans , auprès
d'Orange. Le Goïogoüen haran .
gua en prefence des Iroquois , &
Gouverneur d'Orange des
Loups ; ilfut écouté, & l'on convint
qu'on d enterreroit la Hache, aprés
que l'Arbre de paix feroit planté.
du
a Une des principales villes de la nouvelle
York aux Anglois.
b Mot Algonkin qui fignific Loup
ce font des Sauvages qu'on appelle Loups
amis & alliez des Anglois .
c Pieter Schuiler.
d Expreffion fauvage, c'est - à- dire
l'on feroit la paix .
Fanvier 1707 .
X
que
242 MERCURE
Les Anglois nos voisins ayant
tenté de gagner par promeßes &
d'attirer chez eux les Sauvages du
village de Lorete, qui font Hurons,
Iroquois , Algenkins , &c. LeGrand.
nom , Akoüeffan ou la Perdrix,.
& celuy qu'on appelle le Petit Anglois
, tous trois grands Chefs ,
ont refufe abfolument de les écouter
, &ont declaré hautement & liª
brement qu'ayant abandonné
leurs corps pour fervir de bouelier
à a Onnontio, ils ne vouloient
pas mettre ce Bouclier
entre les mains de l'Anglois...
Nous avons cependant jugé à propos
d'envoyer à Orange trois Saua
Nom que les Sauvages nos Alliez
donnent au Gouverneur General de la
nouvelle France .
GALANT 243
vages du a Saut S. Louis & deux
de Lorete , pour declarer aux ANglois
que tous les Sauvages Chreftiens
ne reconnoiffoient & n'écou
toient b qu'Onnontio .
LeCanalde la cChine vers le Sud.
Qüeft de l'fle de Montreal , dont l'entrée
pour ceux qui viennent des
grands Lacs & d'end Haut commence
à une petite ance , vulgairement
appellée le Port à l'Angliche,
s'eft trouvé rempli de l'eau dufleuve
S. Laurent au Printemps dernier.
Cecanal eft d'environ 25.
30. arpens . Le Lac S. Pierre qui
aprés d'une lieuë & demie de longueur
, & qui eft dans l'Ifle , entre
a C'est un village d'Iroquois à une
lieuë & demie de Montreal ; il eft en terre
ferme à la côte du Sud, en tirant un peu
X ij .
244 MERCURE
vers l'Oüeft. Celuy de Lorete eft dans
l'Ile de Montreal vers le Nord- Oüeft ,
b Les Algonkins appellent le Gouver
neur General de Canada : Kitchi Oxima
Simaganich, ce qui fignific Grand Chef
des Soldats.
c Le nom de la Chine qui eft une côte
au Sud Oueft de l'Ile de Montreal ,
vient de ce que Mr de la Salle qui a eſté
envoyé du Roy pour découvrir le Miffiffipi
, crût que de là on pourroit trouver
un chemin pour aller à la Chine
dans l'ancien monde. Le Lac S. Louis
que l'on voit de cette Chine & le Lac
des deux montagnes lui paroiffans comme
une mer vafte,il fe forma cette idée,
dOn appelle icy le Haut le cofté de
la fource du fleuve S. Laurent depuis
Quebec , d'où je vous écris , jufqu'aux
grands Lacs ; & mefme au de- là des
Grands Lacs , ce font les Lacs Ontario ,
Erie , Huron , celuy des Ilinois , le Lac
fuperieur, c. Le bas, c'eft depuis Quebec
jufqu'à la mer ; ou pour parler exa-
&tement , c'elt depuis les Grands Laca
jufqu'à Quebec & au delà,
GALANT 245
Ville- Marie, lieu de la refidence
du Gouverneur de l'Ile de Montreal
& la Chine , adonné lieu , il y a
bien des années à cette entreprise.
Ce Canal achevé fera tres - utile
pour le commerce & la traitea avec
les Sauvages d'en haut, qui éviteront
par-là le rifque dub Saut S.
Louis pour venir au Montreal , &
fera une route fure & aisée pour tout
a On fe fert de ce nom en *Canada
au bord de la Riviere des Prairies , qui
eft la Riviere des Outaouais.
pour fignifier l'échange des caftors &
autre Pelleterie des Sauvages , avec des
marchandifes
de France .
b C'eft une affez longue chute d'eau
formée par des cailloux ou roches dans
la grande Riviere. Elle commence à peu
prés, au lieu appellé Verdun dans l'ifle
de Montreal . L'Ile des Herons le rencontre
vers le milieu du Saut S. Louis.
X iij
146 MERCURE
se qui pourra nous venir des grands
Lacs & d'en haut . Quebec qui
fournit par fes Barques au Montreal
des marchandifes de France ,
છે qui reçoit de cette ville - cy des-
Caftors en échange , fentira quelque
jour l'utilité de ce Canal, auſi-bien
que tout le Canada en general, auffitoft
qu'on y aura mis la derniere
main.
L'hyver , Monfieur, l'hyver cetse
faifon cruelle , l'hyver, dis-je , a
efté modéré cette année en Canada,
mais les chaleurs ont efté exceſſives.
Qui le croiroit à Paris & en France
qu'on put avoirfi chaud en un pays
où l'on s'imagine que le nez gèle
de dix pas en dix pas En Efté le
Thermometre a monté jusqu'an 80.
degré . Il est vray qu'il n'eft pas de
lafaçon de few Mr Amontons.no
GALANT 247
Bre ami de l'Academie des Sciences.
Le Tube de Thermometre de cet
Academicien eft plus étroit que celui
d'Hubain , ou de de Ville .
On a trouvé à Montreal un Serpent
dans un`oeuf, que l'on a mis dans
une bouteille d'eau- de- vie ; on l'a
envoyé de cette maniere à Mr Sarrafin
, un de nos Chirurgiens Majors
, habile Anatomifte . Vous , Mr,
quifrequentezl'Academie des Sciences
, ne vous fouvenez- vous pas des
Difcours Anatomiques que Mr
de Tournefort à reçus d'icy , de
ce Mr Sarrazin & qu'il a lù en
pleine Academie , toute l'Affemblée
y applaudiffant ? Celuy du Caftor
eft d'un détail exačť rien n'eft
échapé , touty eft marqué avec une
précifion , une metteté & une jufteffe
defile que tous les gens de l'Art
j
Xiiij
248 MERCURE
n'atrappentpasfacilement, Sçavoir
bien diffequer & raifonner jufte fans
rien obmettre de ce dont on a fais
l'Anatomie , n'eft pas une choſe , à
mon avis , facile & qui fe rencontre
indifferemment dans le commun des
perfonnes du métier.
Le Canada fe peuple plus que
jamais. Noftre cofte du Nord eftprefwe
toute habitée à preſent , depuis
Québec jusqu'à l'Ile de Montreal,
Ily a des habitans à la riviere
Ouamachis , & encore à la riviere
du Loup , au Nord eüeft du a Lac
faint Pierre. Cela ira jufqu'à celle
a Ce Lac eft à trois lieuës au-deffus
de la Ville des trois Rivieres . Il a fept
lieues de long & quatre dans fon plus
/ large. Les trois Rivieres font à trente
lieuës de Québec, en montant le Fleuve
Saint Laurent,
GALANT 249.
de a Maskinongé , fi on a un peu
depatience. Nos Canadiens , fur
tout ceux de l'Ile de Montreal ,
qui eft la Touraine de la nouvelle
France , s'appliquent avec
courage àfaire des Torles , des Dro
guets, des Bas,&c. Les Moutons ,&
les Brebis fe multiplient , & parce
moyen on a des laines . Etqui a-t - il
de plus heureux qu'un Habitant
qui peut vivre en paix du lait de
fes Brebis, & qui de leur toifon voit
filerfes habits ?
b L'ancien Evefque de Québec
qu'on appelle icy tout court , Mon
Riviere au Nord- oüeft du Lac S
Pierre , dont l'embouchure dans ce Lac,
eft proche les lles de Richelieu , qu'on
appelle icy les les du Lac S. Pierre. "
b Monfeigneur de Laval , premie
Evefque de la nouvelle France
250 MERCURE
feigneur l'Ancien , fe porte à
merveille : il a quatre- vingt - cing
ans (fi je ne me trompe ) c'est un
grand vieillard , tout blanc , d'un
port majestueux , respectable aux
Sauvages comme aux François ;
vous le prendriez pour un Ambroife
ou un Athanafe ,fon exterieux go
fon abord impriment de la venera
tion . Monfeigneur l'Ancien eft d'un
grand fecours dans les conjonctures
prefentes ; Monfeigneur de a S. Vallier
demeurant toujours prifonnier
en Angleterre. Le premier dans un
figrand age , faisant presque toutes
Les fonctions de l'Epifcopat, & l'autre
comme un autre S. Paul , dans une
a Mr l'Abbé de Saint Vallier , cydevant
Aumônier du Roy , nommé à
I'Evefché de Québec en 1688. Mr de
Laval s'étant démis .
GALANT 251
prifon dure , fachcufe & longue ,
demeurant avec une conftance étonante
, foumis aux ordres du Seigneur
qui fait pourvoir à ce qui
paroit le plus abandonné , tont conf
pirant au bien de ceux qui l'aiment.
On a perdu cette année en Canada
un ancien Milionaire de Sa
Sulpice; c'eft Mr Barthelemy. Zes
Abbez de Fénelon , de Caylus &
d'Urfé , tous parens d'Archevefques
ou d'Evefques , ont traverse
avec luy des Contrées deferies &
immenfes pour gagner des ames à
Dieu, Mr Barthelemi s'appliqua
dés le commencement de fa Mion
à bienfçavoir la langue Algonkine,
Langue que prefque toutes les Nasiont
du Nord , en Amérique , parbent,
à quelques Dialectesprès. La
252 MERCURE
langue Hurone n'est point fi éten
duë, L'Ile de Montreal & celles
qui font adjacentes à l'Ouest & au
Nord, étoient au deffous de fon zele.
Les Nipiffiriniens , les Timiskaming
, les Outaoüacs , &c.
tous Sauvages qui parlent Algonkin
, l'écouterent comme un Oracle.
Kinté , Village Sauvage , an
Nord du Lac a Ontario fut quelque
temps le theatre de fes travaux
Avec Mr l'Abbé d'Urfé ; Mr Barthelemy
eftoit le pere des Algonkins :
toujours aimé , toujours respecté z
regretté également des François
& des Sauvages . Le Seigneur Pa
tiré du monde pour le faire jouir
d'une meilleure vie. Son principal
caractere eftoit la fincerité , quoique
d'un pays où cette qualité est fort
équivoque.
Ce mot fignifie , beau Lac,
GALANT 253
i
Voicy les promotions des Officiers
du détachement des troupes
de la Marine dans la nouvelle
France. Mr le Chevalier de
Longüeil , frete de Mr d'yberville
&fameux Officier de Marine , a la
place de Major de a Montreal
qu'occupoit cy-devant Mr de la Val
Liere , que vous avez vù mourir à
Verfailles l'année derniere . Mr de
Muis qui eft Capitaine & b Major
des troupes , eft Lieutenant de Roy
en l'Ile de c Cayenne , Mr du Mef
a Montreal fe prend icy , non pour
P'Ile de ce nom , mais pour la Ville de
l'Ifle.
b Major de Montreal , ou de Ville
Marie , & Major des troupes , font deux
emplois differens.
Ifle appartenante aux François ,
dans l'Amérique Méridionale , fur la
côte de la nouvelle Andaloufic. Cette
Ifle.cft au cinquiéme degré de latitude.
254 MERCURE
milà la place de Major qu'avoit Mr
de Muis . Mr de Repentigny , lefils,
& Mr de la Corne , tous deux Lieutenans
ont efté faits Capitaines.
Quant aux Officiers de Judicature ,
Mr Defchambault , cy- devant Procareur
du Roy, a eftèfait Lieutenant
General , de la Jurifdiétion de Montreal,
à la place deMrJuchereau , mort
Au Miſſiſſipy;& Mr Raimbault qui
faifoit auparavant l'Office de Gref
fier , eft à prefent Procureur du Roy.
Du Miffiffipy.
Ilfaut vous dire un mot du Miffilipi
, Pays conna fous le nom de
Loüifiane , qui fait partie de la
Floride ; une lettre de ce Pays découvert
, par Mrde la Salle & par
Mr d'Yberville , fous les ordres de
Loüis le Grand , marque qu'il eft
mort quelques perfonnes à la Mo.
GALANT 255
que
bile , qui eft le lien da Fort- Louis
& de la principale Habitation des
François en ce Pays. Vous fçavez
l'on a laiffe le Fort des Bilocchi
, & que la Mobile eft une
riviere affez large , dont l'embou
chure , dans le Golphe du Mexique,
eft au trentiéme degré de latitude, &
que c'est là où les Vaiffeaux que le
Roy envoye à Loüifiane , abordent.
Les Sauvages appellez Mobiliens ,
ne font pas fort éloignez du Fort-
Louis. Ils ont un Village proche de
la riviere qui porte leur nom ; &
au Nord- eft de leurs habitations fe
trouve une autre petite riviere , ce
quifait une espece de fourche en cet
endroit. Les Mobiliens font peæ
nombreux ; ils paroiſſent aſſez trai.
tables.
Nous avons fait, alliance, avec
256 MERCURE
le
35.
les Chicachas , nation confiderable.
Leur Villages font vers
degré de latitude Nord. Les Tamaroa
Sauvages , tres - connus dans
la Floride , font fort de nos amis.
Les Anglois envieux , fur tout ceux
de la Caroline , invitent par des
prefens , les Chaoüenons , Les
Alibamons & autres nations Sauvages
des environs de la Mobile ,
& de la riviere du S. Efptit , àfe
donner à eux ; mais ces Sauvages
nous connoiffant la plupart avant
eux , fçauront prendre le plus fur ,
en regardaut toujours le a François
comme leur pere.
Avant que de fermer ma lettre,
wous ne ferezpeut - etre pas faché de
Expreffion ordinaire des Sauvages,
Alliez des François ... le François ,
( au fingulier , ) pour dire les François .
...
GALANT 257
3
par
Sa Mufçavoir
que le Heros aura pour fon
retour dans fon Bord cinq cens hommes
, ou environ entre les Paffagers
font Mr de Galifet , Lieute
nant de Roy à Montreal ; ce Mr eft
fiere d'un Gentilhomme de mefme
nom , qui eftoit Lieutenant de Roy
à Saint Domingue & que vous
avez vù mourir à Paris en 17052
Mr de Muis , nommé
jesté à la Lieutenance de Roy dans
l'Ifle de Cayenne , je pense vous
avoir dit ce que c'est que cette
Ifle. Mr de Breslay , zelé Milionaire
de S. Sulpice , paffe auffi en
France. Ileft Deputé de la part de
la Nation Algonkine, & en patticulier
des Nipiling , auprès de
Kitchi okima Mittigouch , c'està-
dire , le grand chef des Fran-
Fanvier 1797,
Y
258 MERCURE
çois , pour paffer le a grand Lac
avec luy, Deux Sauvages Nipiffiniriens
, doivent l'accompagner »
& porter les prefens. Si vous etes
Verfailles dans le temps de l'Ambaſſade
Canadienne , vous verrez
entre ces prefens , un magnifique
colier de Porcelaine . De vons
marquer icy ce que c'eft que ces Coliers
de Sauvages , c'est ce que je ne
puis faire ; tout le monde dit que
Pon va mettre à la voile Le porteur
attend, & le Canot retourne
au Vaiſſeau pour la derniere fois.
D'ailleurs , Monfieur , vous devez
eftre inftruit pleinement de ses chofes
par mes premieres lettres. Je ne
fçaurois neanmoins m'empeſcher
d'ajouter encore icy une chofe , qui
a Le grand Lac , c'eſt la Mer , felon
le ftile des Sauvages,
GALANT 259
1
eft que Mr de Breslay a travaillé
tres- utilement au Canal de laChine
dont ie vous parle dans cette lettre.
C'eft un homme qui l'entend 3 èl a
sefté ci-devant Ingenieur à Dunkerque
, mais à preſent il met zout
fon genie à gagner des Sauvages à
Dieu... Mr d'Auteuil, Procureur
General da Confeil Souverain de la
nouvelle France , eft auffi un des
paffagers . De vous en dire davan- "
tage , ce feroit vous mettre en rifque
de ne recevoir aucune nouvelle de
moy. Des Vailleaux que nous ne
voyons icy qu'une fois l'année , ne
font pas de ces chofes indifferentes ;
il faut les ménager. Lefieur Balrafts
, Secretaire de Mr Raudot ,
noftre Intendant , traverse aui ba
mer & repaffe en France ; mais
Y ij
1
260 MERCURE
f
avec des bas de foye . a Il a donné,
dit-on , avant que de paſſer en Canada
, des Paffeports qui n'eftoient
paint legitimes , & cela l'emba.
raffe maintenant plus que jamais .
Je fuis ,
MONSIEUR ,
Vôtre tres-humble & tresobéïffant
ferviteur &
amy , S. * * *
a Bas de foye eft ce qu'on apelle lès.
fers au pieds .
Il paroift depuis peu un
Livre intitulé , Hiftoire de la
Sultane de Perfe & des Vifirs
Contes Turcs , compofez en lanGALANT
261
gue Turque par Chéc Zadé , &
traduits en François .
Chéc Zadé étoit Precepteur
d'Amurat II. Empereur Ottoman
, qui ayant remarqué que
ce jeune Prince avoit une trop
forte inclination pour le beau
fexe, compofa ce Livre, autant
pour le divertiffement du Prince,
que pour luy rendre les femmes
fufpectes , & luy faire connoiftre
qu'elles eftoient dangereufes,
afin d'empêcher qu'il
ne s'y attachaft trop fortement
. Le noeud de cette Hif
toire regarde le fils d'un Roy
qui promettoit beaucoup , &
262 MERCURE
qu'il mit fous la difcipline du
celebre Aboumafchar Mathematicien
, Philofophe & Aftrologue
, qui ayant connu par
l'horofcope qu'il tira de ce
Prince , qu'il étoit menacé d'un
terrible malheur pendant 40 .
jours fi pendant tout ce temps
il difoit un feul mot à qui que
ce fuft , luy défendit de parler
jufquà la fin des 40 jours .
Cette défenſe produifit un incident
qui fut fur le point de
luy faire perdre la vie . Le Roy
fon pere l'ayant fait venir devant
luy , & l'ayant interrogé
fur plufieurs chofes , il n'en
GALANT 263
put tirer une feule parole , ce
qui obligea le Roy qui eftoit
marié en fecondes nôces , de
l'envoyer chez la Reine fabelle
mere , qui fentoit pour luy
une paffion fi violente qu'elle
n'en pouvoit eſtre la maitreſſe.
Elle ne put s'empecher de luy
découvrir l'amour qu'elle fentoit
pour luy ; mais il ne fit
aucune reponſe . Elle pouffa la
chofe fi loin qu'elle luy prol'empoifonnement
de fon
pere en luy faifant voir la facilité
des expediens qu'elle
avoit trouvez pour l'execution
de cette entrepriſe , par le
pofa
264 MERCURE
moyen de laquelle il pourroit
monterefur le Trône . Ce Prin
ce voyant la fureur de ſa paſfion
, & qu'il commençoit à
avoir de la peine à fe débarraffer
de cette Princeffe , fe trouva
obligé de luy donner un
coup de poing dans les dents
qui la mit tout en fang , ce qui
changea tout d'un coup l'amour
de la Reine eu une haine
furieufe . Elle apella au fecours ;
elle fe lamenta ; le Prince fe
retira ; le Roy arriva , & elle
luy dit que le Prince avoit
voulu la forcer , & qu'il luy
avoit propofé de le faire mouGALANT
265
rir en luy promettant de l'époufer,
& en luy en faifant voir
les moyens. Le Roy refolut
.auffi - toft de faire mourir fon
fils ; mais il en fut detourné
par une hiftoire que luy raconta
fon premier Viſit , &comme
il en avoit 40. dont chacun luy
raconta chaque jour une hiftoire
pour empêcher l'effet de
ce qu'il avoit refolu , il differá
cette execution pandant 40 .
jours ; mais ce Monarque allant
tous les foirs chez la Reine
cette Princeffe luy racontoit
auffi une hiftoire par laquelle
elle détruifoit celle qui luy
Janvier 1707 .
Z
266 MERCURE
avoit efté raportée ce jour -là
par l'un de fes Vifirs , ce qui
fait 80. hiftoires , fçavoir 40.
raportées par les Viſirs , & 49 .
par la Reine, Le premier Tome
en contient 10. contées par
les Vifirs , & ro, par la Reine ,
ce qui doit tenir l'efprit du
Lecteur en fufpens jufqu'à la
fin du quatriéme Tome , où fe
verra le denouement de l'hif
toire qu'il eft bon de luy ca
cher , afin que la lecture des
quatre Volumes luy donne
plus de plaifir , & qu'il les life
avec plus d'avidité , afin d'être
éclairci du fort du Prince in-
१
GALANT 267
fortuné qui en fait le principal
fujet .
Il y a environ 25 ans que
M de la Croix Pétis , Secrecretaire
Interprete des Langues
Arabe , Turque , & Perfane
traduifit cet ouvrage étant en
core fort jeune , pour continuer
fes exercices en langue
Turque qu'il fçait parfaite
ment , s'étant perfectionné en
cette Langue , dans les voyages
qu'il a faits au Levant
ce qui luy a fait meriter une
Chaire de Profeffeur . On n'a'
mis que le nom de Pétis dans
la Preface l'Autcu ne cher-
羞
Z ij
268 MERCURE
chant point à fe faire connoi
tre par un ouvrage de la nature
de celuy dont il s'agit . Cependant
il eft conftant que
jamais Livre n'a commencé
d'une maniere plus capable
d'attirer l'attention du Lecteur
, & de faire fouhaiter d'en
voir la fuite. Jamais on n'a veu
tant d'incidens, tant de varieté,
& tant de chofes merveilleufes
enfemble , parmy lefquelles il
fe trouve une morale qui peut
eftre d'une grande utilité à
ceux qui reflechiffent fur ce
qu'ils lifent. Ce Livre ſe vend
chez la veuve de Claude BarGALANT
269
bin au Palais fur le Perron de
la Sainte Chapelle
.
L'Auteur a traduit prés de
60. Volumes d'Hiftoires & de
Sciences qu'il ne juge à propos
de faire imprimer que dans un
temps ou l'Empire des Letfera
plus à la mode que celuy
de Mars.
Il paroift auffi depuis peu
chez Claude Cellier Libraire
rue Saint Jacques , vis-àvis S.
Yves à la Toifon d'Or , un
Poëme intitulé : Les Voyages
dans Paris. Le but de l'Auteur
a cfté de faire voir la grandeur
de Paris , par une peinture in-
Z iij
270 MERCURE
genieufe & divertiffante
de
toutes les avantures
qui peuvent
arriver lors qu'on eft
obligé de traverfer cette gran-
Ville d'un bout à l'autre .
Pierre II. du nom Roy de
Portugal , mourut d'apoplexie
a Lifbonne , le 9 , du mois
dernier , dans la 57. année de
fon âge. Il eftoit fecond fils
de Jean IV . Roy de Portugal ,
qui remonta fur le Trône qu'avoient
autrefois occupé fes Anceftres
, & Alfonfe fon frere
aîné ayant eſté déclaré incapable
de gouverner
, il fur déclaré
Regent du Royaume
, le 12
"
GALANT 276
Novembre 1667. Il épouſa
pendant fa Regence la femme
de fon frere aîné qui avoit efte
déclaré impuiffant , Marie -Eli
fabeth - Françoife de Savoye ,
fille de Charles- Amedée de Savoyc,
Duc de Nemours, &d'Elifabeth
de Vendôme ; tante de
Monfieur le Duc de Vendôme ;
cette Princeffe qui eftoit Locur
de Madame la Ducheffe douairiere
de Savoye , laiffa une Princeffe
Infante de Portugal , qui
ne luy furvêcut que de quelques
années. Ce Prince eftant
encore Regent , fit la Paix avec
le Roy d'Eſpagne le 12. Fe-
3
Z iiij
272 MERCURE
vrier 1668. & par ce Traité il
affermit la Couronne dans fa
Maiſon. Il époufa en 1687.
en fecondes nôces Marie - Sophie-
Elifabeth de Neubourg ,
dont il a eu deux fils & quelques
Princeffes. L'aîné des Prin
ces eft celuy qui luy vient de
fucceder fous le nom de Jean
V. Cette Princeffe , qui mourut
il y a environ quatre ans ,
eftoit foeur de l'Imperatrice
Douairiere ; de la Reine Douairiere
d'Eſpagne ; de la Princeſſe
Sobieski , & de la Ducheffe de
Parme . Le Monarque dont je
Vous apprens la mort eftoit
GALANT 273
forti du mariage du Roy Jean
IV. dit le Fortuné, & de Loüife
fille de Jean Emmanuel Perez
de Gufman , Duc de Medina Sidonia;
le Roy Jean IV. mourut
à Lifbonne d'une retention d'u
rine le 6. Novembre 16'56 .
Il avoit cu trois fils , Theodofe
mort jeune , Alfonfe- Henry ,
Roy aprés fon pere , & mort
le 12 , Semptembre
1683. &
Dom Pedro qui vient de mourir.
Jean IV. eftoit le plus
proche heritier de la Couronne
; & il monta fur le Trône
de Portugal en 1640. Les Efpagnols
s'eftoient rendus maî
274 MERCURE
tres du Royaume aprés la mort
des Rois Dom Sebaſtien & du
Cardinal Henry ſon grand oncle
, l'an 1580. & ils garderent
cet Etat fous les regnes de Phi-
Hippes II . de Philippes III. &
Philippes IV . mais fur la fin
de l'an 1640. les Portugais qui
fe laffoient d'eftre gouvernez
par des Vicerois , & qui cftoient
tres- mortifiez de ce que le Portugal
n'eftoit qu'une Province
d'Espagne , couronnerent le
Duc de Bragance le 1. jour de
Decembre de l'an 1640. En
1643. il prit Salvatierra , & il
gagna une bataillé confideraGALANT
275
ble fur les Eſpagnols , prés de
Badajos l'année fuivante. En
1649. & en 1654. il remporta
auffi de grands avantages fur
les Hollandois dans le Brefil , &
il leur prit le Recif. Il eftoit
fils de Theodofe II . Duc de
Bragance , & d'Anne fille de
Jean Fernandés de Velafco ,
Connêtable d'Efpagne ; Theo
dofe avoit auffi eu de ce mariage
, Edouard qui fervit affez
longtemps en Allemagne , où
il fut arrefté l'an 1641. & conduit
de Ratisbonne au Châ
teau de Milan , où il mourut en
1649. Theodofe II. Conne
276 MERCURE
table de Portugal , mourut à
Villa-viciofa , le 29. Novembre
1630. Il eftoit fils de Jean
I. Conneftable de Portugal ;
celuy - cy traita de fes droits à
la Couronne de Portugal avec
Philippe II . Roy d'Eſpagne ,
qui le fit Chevalier de la Toifon
d'or en 1581. Il mourut.
l'année fuivante ; il laiffa de
Catherine , fille puifnée d'Edouard
de Portugal , Duc de
Guimaranez outre Theodofe
II. dont je viens de parler .
Edouard , tige des Ducs d'Oropeza
, Alexandre Archevêque
d'Evora , Philippe mort
GALANT 277.
•
jeune , Marie promiſe au Duc
de Parme , & Marie femme de
Jean Fernandés Pacheco. Jean
I. eftoit fils de Theodofe I. &
d'Ifabelle fille de Denis de Bragance
, Comte de Lemos , fa
premiere femme . Theodofe I.
prit une feconde alliance avec
Beatrix de Lancaftre , fille de .
Louis I. du nom , Grand Commandeur
de l'Ordre d'Avis , &
de Madelaine de Grenade , dont
il laiffa Jacques tué à la funefte
Bataille d'Alcaçar , en
1578. Elifabeth femme de
Michel de Menezés , premier
Duc de Camigna , morte fans
278 MERCURE
enfans . Theodofe I. eftoit fils
aîné de Jacques & d'Eleonor
de Gufman , fille de Jean Duc
de Medina Sidonia & d'Ifabelle
de Velafco ; ainfi il y a une
double alliance entre la Maifon
Royale de Portugal & cclle
de Velafco , dont Mr le Conneftable
de Caftille eft aujour
d'huy le Chef. Jacques eut
beaucoup de part aux bonnes
graces du Roy Emanuel qui le
defigna en 1498. Roy de Por
tugal , s'il mouroit fans enfans.
Ce Monarque luy donna en
513. le commandement
d'une
armée qu'il envoysen Afri
GALANT 279
-4
que. Jacques eftoit fils aîné de
Ferdinand II. du nom & d'E
leonore de Menezes , fille de
Pierres, Comte de Villareal.
Ferdinand II . eut le malheur de
tomber dans la difgrace du
Roy Jean II. qui luy fit couper
la tefte à Evora le 21. Juin
de l'an 1643. Ferdinand avoit
pris une feconde, alliance avec
Ifabelle fille de Ferdinand de
Portugal , Duc de Vifeo ; il en
eut Philippe , mort fans pofte
rité , Jacques , dont je viens de
parler , Denis , tige des Comtes
de Lemos , Alfonfe , Comman
deur de l'Ordre de Chrifty &
280 MERCURE
deux filles mortes jeunes. Ferdinand
II. eftoit fils de Ferdinand
I. Ducde Bragance , Marquis
de Villaviciofa , &c. Gouverneur
de Ceuta , mort en
1494. & enterré dans l'Egliſe
des Auguftins de Villaviciofa ,
qu'il avoit fondée , & deJeanne
de Caftro . Ferdinand laiffa de
cette Dame , outre Ferdinand
III. Jean Marquis de Montemajor
, Conneftable, de Portugal
, mort fans laiffer d'enfans
d'Elifabeth de Norogna fa
femme ; Alvarés , Comte d'O
livença , tige des Marquis de
Perreira ; Alfonfe , Comte de
GALANT 281
Faro qui a fait la branche des
Comtes d'Odemira , &c. Ferdinand
I. eftoit fils aîné d'AL
fonfe de Portugal & de Beatrix
de Pereira , fille & heritiere
d'Alvarés Pereira, Conneftable
de Portugal ; Alfonfe Comte
d'Ourem , qui a fait la branche
des Comtes de Vimiofa , eftoit
fils aîné d'Alfonfe , & celuy- cy
cftoit fils naturel de Jean I. Roy
de Portugal , qui l'avoit cu d'Agnés
Perez , une des plus belles
perfonnes de fon temps.
M'le Prince Louis - Guillaume
de Bade Maréchal de Camp
General des Troupes de l'Em-
Fanvier 1707.
A a
282 MERCURE
pereur & de l'Empire , eft
mort aprés une longue maladie
dans fon Château de Raftadt.
Il laiffe plufieurs enfans
de la Princeffe N ... de Saxe-
Lawembourg fon époufe . Il
eftoit fils aîné du feu Prince
Ferdinand Maximilien de Bade
& de la Princeffe Loüife Chretienne
de Savoye fille de Thomas-
François de Savoye Prin
ce de Carignan , Grand-Maître
de la Maifon du Roy &c,
& de Marie de Bourbon - Soiffons
. Le Prince dont je vous
aprens la mort étoit né à Paris
dans l'Hôtel de Soiffons en
GALANT 283
1654. & il avoit eu l'honneur
d'eftre nommé par le Roy fur
les fons de Baptême
; quoyqu'il
n'ait vêcu que cinquantedeux
ans , il n'a pas laiffé de
meriter la reputation d'un des
plus grands Generaux de l'Èurope
; ayant fouvent commandé
en chef avec beaucoup
de fuccez .:
Ce Prince fe rendit maiftre
de laBoffine en 1688.il battit les
Turcs l'année fuivante en trois
occafions differentes à Jagodi
na , à Neffa & à Vidin ; il
gagna la celebre Bataille de
Salankemen en 1691. & aprés
A a ij
284 MERCURE
cette grande Journée ou il ac
quit tant de gloire , l'Empe
reur luy donna le commandement
de fes Troupes fur le
Rhin ; il y a prefque toujours
fervi depuis.
Le Prince Ferdinand Maximilien
fon pere eftoit fils aîné
de Guillaume Prince de Bade
Chevalier de la Toifon d'Or
& Juge de la Chambre Imperiale
de Spire , & de fa premiere
femme qui eftoit de la maiſon
de Hohenzollern . Guillaume
eftoit fils d'Edouard le Fortuné
& celuy - ci eftoit fils de la Princeffe
Cecile , fille de Guftave
GALANT 285
I. Roy de Suede. Le Prince
Edouard de Bade fut nommé
le Fortuné à caufe des avantages
continuels qu'il remporta ,
& de la faveur qu'il cut auprés
des Empereurs fous lefquels il
vêcut. Edouard eftoit neveu
de Philibert qui fut tué à la
Bataille de Moncontour en
1969. & fils de Chriſtophle qui
ſe diſtingua dans fon fiecle par
un grand nombre d'actions
de valeur. Ce Chriſtophle étoit
fils de Bernard de Bade & de
Françoiſe de Luxembourg.
Bernard eftoit frere aîné d'Erneft
qui a fait la branche de
,
286 MERCURE
que
Bade - Dourlach. Il avoit enco
re pour frere Jacques Archevê
de Treves , mort en 15 II.
ils eftoient tous fils de Chriftophle
qui étoit fils aîné de Jacques
de Bade & de Catherine
de Lorraine fille de Charles I.
Duc de Lorraine & de Marguerite
de Baviere. Ce Chriſtophle
fit une convention avec
Philippes , Marquis d'Hochbergle
24. Aouft de l'an 1490 .
C'eftoit un teftament mutuel ,
par lequel fe reconnoiſſant
tous defcendus de la même famille
, ils fe donnoient leurs
biens reciproquement en cas de
*
GALANT 287
mort fans enfans . Ce Teftament
fut confirmé en 1499.
par l'Empereur Maximilien I.
Philippe mourut en 1503. &
ne laiffa de Marie de Savoye
fon époufe qu'une fille unique
nommée Jeanne , Marquife de
Rothelin & de Neufchaftel en
Suiffe , qui épouſa l'an 1504.
Louis d'Orleans I. Duc de Longueville,
&c.Chriftophle herita
des autres terres, Jacques de Bade
dont je viens de parler , def
ccndoit du celebre Herman de
Bade , qui fonda un Monaftere
à Backenaw en 1116. & dont
Bruno Evêque de Spire confir
288 MERCURE
ma la fondation ; Herman fils
de ce dernier augmenta enſuite
confiderablement cette fondation.
On a efté jufqu'à preſent
fort embaraffé fur l'origine de
l'illuftre Maiſon de Bade , les
uns la faifant defcendre des
Rois Goths , d'autres desUrfins,
& d'autres des Seigneurs de Ve
ronne. On dit que Frederic Barberouffe
honora de fon amitié
Herman de Veronne qui fuivit
ce Prince en Allemagne , & que
Frederic luy donna le Marquifat
d'Hochberg . Il y en à d'autres
qui prétendent qu'Hochberg
avoit des Marquis du
temps
GALANT 289
temps de l'Empereur Conrad
II. qui commença de regner en
1024. ils difent que la Maifon
de Bade vient des Comtes de
Vindoniffe , &
d'Altembourg,
& des Ducs de Zeringhen . Le
PrinceGuillaume de Bade ,ayeul
de celuy qui vient de mourir, étoit
un des plus fçavans Princes
de l'Europe . Haimoit les Sciences
& ceux qui les cultivoient .
Sa Maifon de Raftadt leur étoit
toûjours ouverte , & le titre
feul d'Homme de Lettres leur
y donnoit entrée .
MN.... de la Leigne
Marquis de Sainte- Hermine
Fanvier 1707 .
Bb
290 MERCURE
Lieutenant General , & Infpecteur
de la Cavalerie , & des
Dragons de l'Armée d'Allemagne
, mourut à Verſailles le
14. de Janvier , d'une fluxion
de poitrine. Il eftoit frere de
M' le Comte de Sainte- Hermine
qui a époufé Mlle de Putanges
; de M' l'Abbé de Sainte-
Hermine , auffi refpectable
par la vertu que par fa doctrine
, & de M la Comteffe de
Mailly , mere de M de la
Vrilliere & de Liftenoy. Il
eftoit petit-fils de Dame N...
d'Aubigné , fille du celebre
Agrippa d'Aubigné , Gouveres
GALANT 201
neur des Ifles d'Oleron , & d'une
fille iffuë de l'illuftre Maifon
de Lufignan . Je vous ay
fouvent parlé de Mr d'Aubi
gné , qui fut auffi recommandable
au commencement du
dernier ficcle , par la fidelité
qu'il garda jufqu'au dernier
foupir au Roy Henry le Grand
fon maiftre , que par les doctes
ouvrages qu'il nous a laiffez ,
& qui font autant de marques
de fa profonde érudition ; il
eftoit ayeul de Madame de
Maintenon & bifayeul de Mr
de Sainte - Hermine dont je
Vous apprens la mort. La Mai-
Bb ij
292 MERCURE
fon de la Leigne Sainte - Hermine
eft une des plus confiderables
du Poitou , où elle eftoit
connue dés le temps que cette
Province avoit fes Ducs particuliers
; c'eft- à- dire avant le fiecle
de Saint Louis , puifqu'Eleonore
de Guyenne qui époufa un
de nos Rois , eftoit Souveraine,
du Poitou . La Maiſon de Sainte-
Hermine eft alliée à celles
de Lufignan & de Villette , parce
que la feconde fille d'Agrippa
d'Aubigné époufale grandpere
de Mr le Marquis de Villette
, à celles de la Rochepofay
, qui a donné un Evêque à
GALANT 293
l'Eglife de Poitiers , & à plufieurs
autres de ce rang , qui
font originaires de Poitou , ou
qui font établies dans l'Anjou ,
& dans les Provinces voisines .
Mr le Marquis de Sainte- Hermine
que nous venons de perdre
, joignoit à l'éclat de fa
naiffance des qualitez perſonnelles
, qui le font
regretter de
tous ceux qui le connoiffoient ;
il avoit donné des marques de
fa valeur & de fa conduite ,
dans toutes les occafions où il
s'eftoit trouvé , & il avoit l'ef
prit auffi élevé que le coeur ;
il l'avoit cultivé par de longues
Bb iij
294 MERCURE
lectures & par de folides reflexions
fur tout ce qu'il avoit lû,
& fur tous les évenemens de la
vie.
Dame N... de Sublet d'Heudicourt
, épouſe de Mre N...
de Cordebeuf de Beauverger
Marquis de Mongon , eft morte
au commencement du mois
de Janvier. Elle eftoit allée en
Auvergne , où Mr de Mongon
s'eftoit rendu de l'Armée pour
y voir leur famille , & y regler
Ícurs affaires ; mais ayant efté
furprife d'une colique à Clermont
, elle y eft decedée. Elle
eftoit Dame du Palais de MaGALANT
295
dame la Ducheffe de Bourgogne
, dont elle eftoit fort confiderée
, ainfi que de toute la
Cour . Elle avoit époulé Mr
le Marquis de Mongon Licutenant
general , ci- devant Colonel
du Regiment de Cuiraffiers
, & Directeur general de
la Cavalerie en Italie. Il eft fils
aîné de feu Mr le Comte de
Mongon , d'une des meilleures
Maifons d'Auvergne . Mr
le Chevalier de Mongon , Capitaine
aux Gardes , & qui a
autant d'efprit que de valeur ,
eft frere de Mr le Marquis de
Mongon. M la Marquife de
Bb iiij
296
MERCURE
·
Mongon , qui vient de mourir,
eftoit fille de feu Mr le Marquis
d'Heudicourt , grand Louvetier
de France , & de D° Anne
de Pons,foeur de Mola Comteffe
de
Mioffens - Albret . La terre
de Pons eft en
Xaintonge ;
ceux qui la
poffedent prennent
la qualité de Sire. M la Marquife
de Mongon eftoit ſoeur
de Mr le Marquis d'Heudicourt
, Meftre de Camp , &
de Monfieur l'Abbé d'Heudicourt
, Docteur de Sorbonne
& Grand Vicaire de
Chartres ,
autant diftingué par la vertu
que par fa doctrine ; il demeu
GALANT 297
re dans la Communauté de S.
Sulpice . M de Mongon laiſſe
un fils , qui , bien que
2
dans
une
grande
jeuneffe
, eft déja
Meftre
de Camp
. La Maifon
de Sublet
eft
connue
en France
depuis
le regne
de François
I. &
Mr
Defnoyers
qui
eftoit
de
cette
maiſon
, eftoit
Secretaire
d'Etat
fous le
dernier
regne.
Il eftoit
bienfaiteur
de la maifon
du
Noviciat
des
Jefuites
dans
l'Eglife
defquels
on voit
fes
armes
. Cette
maiſon
a produit
plufieurs
autres
perfonnes
de merite
, qui
ont
rendu
de
grands
fervices
à nos Rois
.
298 MERCURE
Dame Perrette Meufnier ,
veuve de Mr Claude de Bullion
, Marquis de Longchefne
& d'Attilly, eft morte dans un
âge fort avancé . Elle avoit paffé
un long vcuvage dans l'e
xercice des vertus Chrétiennes;
elle étoit d'une ancienne famille
de Paris qui a donné plu
ficurs perfonnes de merite aux
Cours Superieures . Mr le Marquis
de Longchefne a laiffé dé
cette Dame Mr le Marquis de
Longchefne , qui a épousé
Dame N.... de la Ferté , fille
de feu Mr le Maréchal Duc de
la Ferté & feu Mr le Marquis
GALANT
d'Attilly qui a laiffé des
THEODE
99
offans
VILLE
DELAT
de Dame N.... de Beauveatr
du Rivau , fille de feu Mr le
Marquis de Rivau qui avoit été
Capitaine de la Compagnie des
Suiffes de feuë Son AlteffeRoyale
Monfieur Gafton de France .
Cette Dame a épousé en ſecondes
noces Mr le Comte de
Barville , Gouverneur du Fort
de Barreaux fur la Frontiere de
Dauphiné & de Savoye ; &
Dame N... de Bullion , épouſe
de M™ N.. de la Tour de Choifinet
, d'une illuftre Maifon
d'Auvergne. Feu Mr le Marquis
de Longchefne , époux de
300 MERCURE
la Dame dont je vous aprens
la mort , étoit fils de feu Mr
de Bullion , Surintendant des
Finances , & frere de feu Mr
de Bullion , Prefident à Mortier
au Parlement de Paris , &
pere de Mr le Marquis de Bullion
, Prevoft de Paris & Gouverneur
du Perche . La Maifon
de Bullion eft tres- ancienne &
fort illuftrée. Il en eft peu qui
ait raffemblé plus de dignitez ;
on y trouve des Officiers de
l'Ordre du Roy , des Surintendans
des Finances , des Prefidens
à Mortier au Parlement
de Paris , des Maistres des ReGALANT
301
n
queftes , des Gouverneurs de
Provinces , des Officiers Generaux
des Armées du Roy , &
plufieurs Officiers au Parlement
& aux autres Cours Supericures
de Paris .
Je dois ajouter à l'article que
vous trouverez dans ma Lettre
fur la mort de Mr le Marquis
de Cauviffon , que feu Mr le
Marquis de Nogaret - Cauviffon
, Lieutenant General de
Languedoc , neveu de celuy
qui vient de mourir & frere de
M la Marquife de Cauviſſon ,
avoit époufé Dame N ... de
Biron , qui eft Dame du Palais
302 MERCURE
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & qui fut une des
Dames nommées par Sa Majefté
pour aller recevoir cette
Princeffe auPont de Beauvoifin,
fur la Frontiere , lorfqu'elle
vint en France pour époufer
Monfieur le Duc de Bourgogne
en 1696. Me la Marquife
de Nogaret eft foeur de Me la
Marquife d'Urfé , Dame d'honneur
de Madame la Princeffe
de Conty Doüairiere . Je dois
encore ajouter au mefme article
, que le celebre Comte de
Dunois qui fit tant parler de
luy , fous le nom de Bâtard
GALANT 303
d'Orleans , pendant le Regne de
Charles VII. avoit épousé en
premieres noces une fille de la
famille de Mrs Louet , dont
étoit Mr le Marquis de Cauviſſon
, ainſi que je vous ay déja
dit , & dans laquelle étoit fondue
l'ancienne Maifon de Nogaret
par un mariage, à la charge
que les aînez porteroient le
nom de Nogaret .
Vous apprîtes par ma lettre
du mois d'Aouft de l'année
1705. que Mr Jouvenet,
Directeur de l'Academie Roya
le de Peinture & de Sculpture ,
avoit fait porter à Trianon
304 MERCURE
par ordre du Roy , les quatrè
grands Tableaux qu'il a faits
pour l'Eglife de S. Martin des
Champs ; ce Prince ayant fouhaitté
de les voir , fur le rapport
avantageux qu'on luy en
avoit fait . Sa Majefté en parut
pleinement fatisfaite, quoiqu'ils
ne fuffent pas encore
rout-à- fait achevez, & dit obligeamment
à Mr Jouvenet ,
qu'elle n'avoit rien vû de plus
beau Le public depuis ce tempslà
, eftoit dans l'impatience de
les voir placez dans l'Eglife
pour laquelle ils eftoient deftinez
. Quelques raiſons partiGALANT
305
· là
culieres en avoient retardé l'expofition
; mais ces difficultez
ont efté levées , & ils y ont
efté pofez la veille des Feftes
de Nocl . Depuis ce temps -
le concours du peuple , qui
fouhaittoit de voir ces Tableaux
a efté extraordinairement
grand dans cette Egliſe ,
&quoyque ces Tableaux
déja efté expofez il y a quelques
années dans la grande
Gallerie du Louvre le jour de
la Feſte de S. Loüis , le public
a temoigné autant d'empreffement
de les revoir , que s'ils
n'euffent point encore parus.
Fanvier 1707.
A
Cc
ayent
306 MERCURE
Tel eft le fort des belles chofes
que l'on voit toujours avec
plaifir , & que l'on ne fe
laffe point de voir. Vous fçavez
que ces quatre Tableaux ont
chacun 20. pieds de largeur
fur 12. de hauteur , & que
les fujets en font tirez de la
vie de Jefus-Chrift. Il chaffe
dans l'un les Marchands du
Temple ; il reffufcite le Lazare
dans l'autre ; dans le troifiéme
il eft à table chez le Pharifien
, où il pardonne à la femme
pechereffe les pechez qu'-
elle a commis ; & dans le dernier
, fes Difciples ayant par
GALANT 307
fon ordre jetté leurs filets dans
le Lac de Genezareth , le redirent
plein d'un grand nombre
de gros poiffons : le Peintre
a pris le moment que Jefus
- Chrift leur dit qu'ils euffent
à le fuivre , & qu'il les
feroit pefcheurs d'hommes.
Ces quatre grands Tableaux
parlent fi hautement du merite
fingulier de Mr Jouvenet , que
perfonne n'a refufé de luy rendre
fur ce fujet toute la gloire
qui luy en eſt dûë , & ſi
quelques - uns , fuivant leurs
gouftsou leurs connoiffances,
fe declarent pour l'un plus que
Cc ij
308 MERCURE
pour l'autre , ils conviennent
tous en general qu'on ne peut
traiter ces fujets avec plus de
nobleffe, plus de force & plus de
verité. On a déja gravé deux
de ces Tableaux ; il feroit à
fouhaitter pour la fatisfaction
publique & pour l'honneur de
la
Îa Nation que les deux autres
le fuffent auffi , pour faire voir
dans les pays étrangers à quel
degré de perfection les François
dans ces derniers temps
ont porté l'art de la Peinture .
Mr Jouvenet a peint auffi
à frefque depuis peu dans la
grande, voute de la nouvelle
GALANT 309.
R
Eglife des Invalides , douze
Tableaux de 30. pieds de
haut chacun fur 12. de larges
les Figures ont 14. pieds de
hauteur , & repreſentent les
douze Apôtres accompagnez
de Groupes d'Anges , portant
les inftrumens de leurs Martire.
Je laiffe à ceux qui con
noiffent la difficulté qu'il y a
de peindre de femblables ou
vrages , à en faire l'éloge qu'ils
meritent.
L'Article de la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bre
tagne fe feroit trouvé prefqu'au
commencement de ma Lettre,
310 MERCURE
j'avois eu plufieurs particu
laritez dont il m'a efté impof
fible d'eftre pleinement & feurement
informé avant quedavoir
employé tout le temps
neceffaire pour les ramaffer. Il
n'eft pas aifé d'eftre inftruit d'abord
de ce qui fe paffe en particulier
touchant un fait de cette
nature entre des perſonnes d'un
rang fi élevé , & d'ailleurs chacun
de ceux qui en peuvent eftre
témoins, eft fi occupé à remplir
fon devoir , qu'il feroit impoffible
à la mefme perfonne de
rapporter tout ce que j'ay ſçû .
Ainfi quoy que cet article air
GALANT
311
;
déja efté imprimé dans toutes
les nouvelles publiques , vous
ne laifferez pas de trouver la
grace de la nouveauté dans celuy
que vous allez lire.
Il y avoit déja plus de dix
jours que l'on comptoit que
Madame la Ducheffe de Bour
gogne pouvoit acoucher à tout
moment. La nuit du 7. au 8 .
de Janvier Monfeigneur le Duc
de Bourgogne étant couché
avec cette Princeffe , clle s'éveilla
à fix heures trois quarts du matin
, & l'état où elle ſe trouva
luy fit juger qu'elle ne feroit.
pas long-temps fans accoucher.
312 MERCURE
,
Elle cut de la peine à laiffer
lever le Prince fon époux , qui
fe leva neanmoins , & fe mit
en Robe de Chambre . Cette
Princeffe fonna ; Madame de la
Salle fa Garde vint , & ayant
remarqué que quelques fignes
qui devoient preceder l'accouchement
avoient paru , elle luy
donna les chofes dont elle avoit
befoin . Madame Quentin , premiere
femme de Chambre ,
s'étant levée avec toute la dili .
gence imaginable dés l'inſtant
qu'elle eut apris ce qui ſe paſfoit
, donna ordre qu'on allaſt
querir M Clement. On dit
chez
GALANT 313
*
chez luy qu'il étoit à la Meſſe
aux Recolets , où on l'envoya
chercher , & il fe rendit auffitoft
dans la Chambre de Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Madame la Ducheffe du
Lude , Dame d'honneur , qui
avoit donné de bons ordres
pour eftre avertie de tout ce
qui fe pafferoit,arriva un inſtant
aprés , & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne alla s'habiller
dans fon appartement . Peu de
temps aprés le départ de ce
Prince , la Princeſſe ſon épouſe
fentit une douleur affez vive.
Une Dame dont la vertu pou-
Fanvier 1707.
Dd
314 MERCURE
voit faire exaucer les prieres, &
Madame de la Salle luy tenoient
chacun une main. Elle
accoucha d'un Prince une minutte
tout au plus aprés fept
heures & demie. Madame la
Ducheffe du Lude alla auffi-toft
chez le Roy , & dit à Sa Majeſté
que la chofe étoit preffée , fans
luy dire
que Madame la Ducheffe
de Bourgogne étoit accouchée
d'un Prince. Sa Majefté
qui avoit jugé que fi cette
Princeffe accouchoit la nuit , il
Le perdroit beaucoup de temps
avant que les Officiers de fa
Garderobe fuffent avertis , &
GALANT 315
}
qu'ils euflent apporté les habits,
avoit donné ordre depuis dix
jours , qu'on les laiffaft fur une
chaife auprés de fon lit , de
maniere qu'elle fut habillée en
un inftant par Mr de Niers ,
l'un de fes premiers Valets de
Chambre , & par un Garçon
de la Chambre. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne qu'on
avoit auffi habille en tres peu
de temps , & qui avoit apris ce
qui s'étoit paffe , arriva en ce
moment ; il ſe jetta au col du
Roy , & dit à Sa Majeſté qu'il
luy étoit né un Prince . Ce Monarque
l'embraffa tendrement;
Dd ij
-316 MERCURE
ils fe rendirent à l'Appartement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , ainfi que tous les
Princes & toutes les Princeffes
qu'on n'avoit pû avertir
affez toft. A peine le Roy fut-il
entré dans la Chambre de Madame
la Ducheffe de Bourgo
gne, que fon premier foin fut
d'envoyer chercher Monfieur
le Cardinal de Janfon , & Mr
le Curé de Verfailles pour Ondoyer
le Prince qui venoit de
naître. L'impatience de Sa Majefté
parut grande en les attendant.
Ils firent neanmoins beaucoup
de diligence , & ayant
GALANY 317.
Ondoyé le Prince dés qu'ils
furent arrivez , Sa Majesté die
à haute voix, auffi-toft qué cette
Ceremonie fut finie , graces à
Dieu , le voila Chrétien , aprés
quoy elle embraffa Madame la
Ducheffe de Bourgogne &
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, & enfuite Madame la
Ducheffe de
Bourgogne ayant
embraffé le Prince fon époux ,
elle luy dit d'une maniere qui
marquoit autant de tendreffe
que de joye , Monfieur , je dois
се Prince à vostre pieté , & co
Prince luy répondit , Madame ,
& moyje le dois à Dieu , & à
Dd.iij
vous.
318 MERCURE
Pendant que Me Defperier
qui a la Charge de Remueuſe ,
qu'elle a exercée pendant l'enfance
de Meffeigneurs les Princes
, & de feu Monſeigneur le
Duc de Bretagne , emmaillota
le Prince que le Roy n'avoit
pas encore nommé , Mr de
Chamillart apporta le Cordon
de l'Ordre , que Sa Majesté mit
à ce Prince lorfque l'on cut
achevé de l'emmaillotter , tous
Les Enfans de France étant Chevaliers
nez. On trouva que co
Prince , qui eft beau de vilage ,
avoit les cheveux noirs , & plus.
longs que les enfans ne les ont
GALANT 319
ordinairement en naiffant. Sur
les huit heures & demie , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& le Prince fon fils , étant
en bon état , Madame la Maréchale
de la Mothe fe mit dans
la Chaife du Roy , & ayant le
Prince fur les genoux , Sa Majefté
dit à Mr le Maréchal de
Bouflers , Mr le Maréchalfaites
voftre charge , & conduisez
Monfieur le Duc de Bretagne
chez luy , & toute la Cour retentit
alors du nom de Monfeigneur
le Duc de Bretagne . Les
Gardes étoient par tout fous
les Armes , & la Chaiſe étoit
Dd iiij
320 MERCURE
précedée d'un détachement de
Gardes du Corps & de Cent-
Suiffes ; environnée d'un grand
nombre d'Officiers , & fuivie
de Madame la Ducheffe de
Ventadour; de Me de la Lande
Sous-Gouvernante , & de Me
d'Oquinquan , premiere Femme
de Chambre. La Cour fe
trouva tres- groffe fur le paffage
, le bruit de cette heureuſe
naiffance ayant mis tout Verfailles
en mouvement. Le Roy
ordonna beaucoup d'aumônes,
& le Grand Aumônier de
France en fut chargé felon l'ufage.
Quant à Monſeigneur le
GALANT 321
Duc de Bourgogne , outre les
liberalitez qu'il fait ordinaire
ment ce Prince donnant aux
pauvres tout ce qu'il a , délivra
ce jour-là un prifonnier qui
étoit dans les Prifons de Verfailles
pour une affez groffe
fomme , & qui avoit eu le bonheur
de faire prefenter un Placet
à ce Prince . Il va tous les
jours à la Meffe avant le Roy ;
: mais il y retourna avec Sa Majefté
le jour de la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
, afin d'affiſter au Te
Deum qui y fut chanté .
Je ne vous diray rien des
322 MERCURE
Réjouiffances qui furent faites
ce jour - là à Verfailles . Elles
auroient encore efté plus grandes
& de plus de durée , fi le
Roy n'avoit témoigné qu'il
fouhaitoit qu'il y eût de la mo
deration par tout où l'on en
feroit . Toutes les maifons de
Paris furent illuminées dés le
foir même , & toutes les rues
furent remplies de feux , quoy
que la nouvelle de la naiſſance
de Monfeigneur le Duc de
Bretagne ne fuft qu'à peine répandue
dans tous les Quartiers,
de maniere que perfonne n'avoit
eu le temps de fe préparer
GALANT 323
pour donner des marques plus
fingulieres de fa joye ; mais
l'on peut dire que pendant les
trois jours confecutifs qu'on
alluma des feux , ils furent toû
jours en augmentant. Les Horloges
publiques fonnérent pendant
ces trois jours ; ce qui ne
fe fait qu'en de pareilles occafions
,ou pour les Mariages des
Rois , & non pour les réjouiffances
qu'on fait pour des Conqueftes
de Places , & pour des
Batailles gagnées.
Le troifiéme jour le Te Deum
fut chanté dans l'Eglife Metropolitaine
; où tous les Corps
324 MERCURE
qui ont accoûtumé
d'affiſter
à de pareilles ceremonies
,
avoient efté invitez . Le foir du
même jour on tira un Feu d'artifice
devant l'Hoftel de Ville ,
dont la principale
Figure repre
fentoit l'Esperance
, pour marquer
que c'eſt par elle que l'on
attend une fuite heureuſe de la
naiſſance
de Monſeigneur
le
Duc de Bretagne. Quatre Cartouches
ornoient les quatre fa
ces du Theatre , dans lesquels
on lifoit les paroles fuivantes :
I.
Latis fpes addita Francis .
1/
GALANT 325
In te domus alta recumbit.
III.
Non deficit alter aureus
IV .
Nec
imbellem feroces proge
nerant Aquila Columbam
.
La façade de l'Hotel de
Ville cftoit illuminée , & il
y cut un magnifique Bal
où plufieurs perfonnes de diftinction
avoient efté invitées.
Ce Bal fut accompagné
d'une grande Collation ; outre
les feux de bois dont toute la
Ville fut remplie , il y eut des
Feux d'artifice dans plufieurs
326 MERCURE
Quartiers ; mais comme ce dé
tail me meneroit trop loin , je
vous parleray feulement d'un
feul , fait par un ſimple particulier
, afin que vous jugiez par
là de ce que peuvent avoir fait
ceux d'un rang plus élevé . Ce
particulier eft M Cadot , qui
loge dans la rue de l'Arbre- fec.
La machine de ce feu qui eftoit
fufpendu , alloit jufqu'au quatrième
étage de la maiſon la
plus haute , & il s'en falloit
douze pieds que le bas ne touchaft
à terre. Ce feu commen
ça à titer par le bas , & l'artifice
ne ceffa point de fortir en
VI
GALANT 327
abondance jufqu'au plus haut
de la machine . Il y avoit quatre
Devifes illuminées . La premiere
repreſentoit un Soleil dans fon
midy , avec ces paroles : Nec
pluribus impar ; dans la feconde
on voyoit un Dauphin entouré
de palmes & de lauriers , autour
defquels on lifoit les paroles
fuivantes : Portum juvat
ille fubire ; le Corps de la troifiéme
eftoit un Soleil levant
avec ces paroles : Laritiam pacem
que fero ; & la quatrième
avoit pour Corps une Toifon
d'or , au deffus de laquelle on
lifoit : Mitis amator,
328 MERCUREJe
ne vous diray rien da
vantage de ces quatre Devifes ,
dont l'application eft aiféc
faire .
Tous les Miniftres Etrangers
qui font icy s'emprefferent
de feliciter le Roy fur
l'heureuſe naiffance qui faifoit
le fujet de l'allegreffe
publique. Cependant je ne
vous parleray que de l'Audicnce
donnée à Monfieur l'Ambaffadeur
de Venife, parce qu'il
cut le plaifir de faire le premier
fon compliment au Roy,
& que vous ferez bien aife
d'apprendre en quoy confiftoir
GALANT 329
fon habit de ceremonie duquel
il cftoit vêtu le jour qu'il complimenta
Sa Majefté, qui fut le
dixiéme & le dernier jour marqué
pour les réjouiffances publiques.
Il avoit un pourpoint ;
des chauffes larges garnies de
rubans noirs ; un grand manteau
traînant en pointe , &
chamarré de dentelles noires ,"
ainfi que l'habit , & fon chapeau
eftoit orné d'un fort beau
tour de plumes . Il eut audience
de toute la Famille Royale ,
& même de Monfeigneur le
Duc de Bretagne , on trou
va beaucoup de grandeur dans
Fanvier 1707 .
Ee
330 MERCURE
cet habillement..
Je reviens aux réjouiffances
publiques qui ont efté continuées
pendant tout le mois de
Janvier: il eft vray qu'elles n'ont
pas efté generales comme elles
I'ont efté pendant les trois premiers
jours ; mais il ne s'eft
point paffé de jours qu'il n'y en
ait eu dans quelques quartiers
de la Ville. Monfieur le Cardinal
d'Eftrées ; Monfieur le Nonce
; Monfieur l'Envoyé de Genes
, & plufieurs autres , fe font
diftinguez en cette occafion
& les Comediens François ayant
donné la Comedie gratis , firent
illuminer ce jour - là la face de
leur Hoftel , & tirer beaucoup
d'artifice, & l'on en a vû chaque
jour l'air remply pendant touc
GALANT 331
le temps que je viens de vous
marquer
, de maniere
qu'il étoit
mal -aifé de mettre la tefte aux
feneftres
dans des lieux où la
vûë
vue eft un peu étendue
, fans
qu'elle
fuft frappée
de l'éclat
de quelques
fufées volantes
.
Vous vous fouvenez que dans
les mois d'Aouft & de Septembre
on fit des prieres publiques
dans Paris ; le principal motif
de ces prieres , fuivant le Mandement
de Monfeigneur l'Archevefque
de Paris , étoit pour
obtenir de Dieu par l'intercef-
#fion des Saints Patrons de la
France , l'heureux accouchement
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , la Chaffe de Ste
Geneviève fut découverte , &
toutes les Eglifes & les Paroif-
!
Ee ij
332 MERCURE
fes de Paris & des environs y
vinrent avec une affluence &
une pieté dont tout le monde.
fut temoin. Dieu qui a toujours
reçu favorablement les
voeuxqui luy ont efté faits au
nom de la ville de Paris par l'entremiſe
de fa fainte Patrone , a
femblé vouloir nous marquer
visiblement qu'elle devoit à fa
puiffante interceflion le Prince
que Madame la Ducheffe de
Bourgogne vient de mettre au
monde; puifque non feulement
depuis ces prieres publiques ,
cette Princelle a joui de la
parfaite fante que nous avions
demandée pour elle ; mais que
par un effet tout particulier de
la Providence , elle eft accouchée
de la maniere du monde
>
1
GALANT 333
1
la plus heureufe, au milieu de
POctave de la Fefte de Ste Geneviève
, comme fi Dieu euft
voulu faire fentir à la France
que c'eftoit à l'interceffion de
cette grande Sainte , qu'elle devoit
la naiffance du Prince qu'-
elle avoit tant defiré . C'eſt
pourquoy les Chanoines Reguliers
dépofitaires de fes preticu
fes Reliques , ayant cru en de
voir rendre à Dieu des actions.
de graces publiques , ils choifirent
pour cette folemnité le
10 Janvier , jour auquel on ce
lebre l'Octave de la Fefte de
Ste Genevieve ; ils chanterene
le Te Deum fur les cinq heures
du foir ; Mr l'Abbé de Ste Geneviève
y officia Pontificales
ment , & il eut la joye de voir
334 MERCURE
tout le grand peuple qui fe
trouva à cette ceremonie , fe
faire un devoir, comme luy , de
continuer de demander à Dieu
par les merites de Ste Gene-"
viéve la confervation de la perfonne
facrée de Sa Majefté &
de toute la Famille Royale .
Le 22. du mefme mois Mrs.
les Theologiens & Philofophes
du College Royal de Navarre ,
donnerent des marques de la
joye que leur caufoit la naif
fance d'un Prince qui faifoit le
fujet de l'allegreffe publique ,:
par un Feu accompagné d'un
grand nombre de fufées volantes
, & du bruit de quantité de
boëtes ; & la joye que temoigha
en cette occafion toute la
Jeuneffe de ce College ; ainfi
GALANT 335
que la fincerité de fon zele
pour toute la Famille Royale ,
ne furent pas ce qui éclata le
moins dans cette Fefte. Ils ne
firent en cela que fuivre les fentimens
que leur infpire Mr Morus
, leur Principal , ancien Re
&teur de l'Univerfité , & dont la
profonde érudition' , la grande
pieté & le devouement entier
à Sa Majefté , fe font univerfellement
remarquer . Il alluma
luy - mefme le Feu qui devoit
eftre le fymbole de fon ardeur
& de celle des Ecoliers qui
font fous fa conduite
Il s'eft fait un grand mouve
ment dans la Compagnie des
Gendarmes de la Garde, Vauluire
, premier Enfeigne eft monté
à la Charge de Sous - Lieute336
MERCURE
nant qu'avoit feu Mr le Prince
Maximilien fils de Mr de Soubize
; Mr de Valbelle , neveu de
Mr de Saint Omer , a eu l'Enfeigne
qu'avoit Mr de Vaului
re , & Mr Dubois la Roche ,
frere de Mr Vauluire , eſt devenu
Guidon à la place de Mr
de Valbelle.
Dor
Vous me demandez les noms
de ceux qui font aujourd'huy
Infpecteurs de la Cavalerie &
des Dragons ; les voicy . Mr le
Comte du Bourg eft Infpecteur
de la Cavalerie en Alemagne :
Mrs de Souternon , de Magnac
& de Beauvau , ont la meſme
infpection en Flandre ; Mrs de:
Mongon & de Broglio en Italie
& Mrs le Chevalier de Pourieres
& de Bouteville ont celle de
Dragons.
Le
GALANT 337
Le trifte fort de nos Troupes
d'Italie pendant la derniere
Campagne a beaucoup contribué
a faire connoiftre l'intrepi
de valeur de Son Altefle Royale
Monfieur le Duc d'Orleans
puifque ce Prince s'eft couvert
d'une gloire immortelle pendant
que les Ennemis cueilloient
des Lauriers qui leur
eftoient beaucoup plus avantageux
que glorieux , ne les devant
qu'a leur grande fuperio
1 rité , ayant attaqué huit mille
hommes, avec toute leur armée.
Cependant Son Alteffe Royale
en fit un fi grand carnage qu'il
les fit repentir plus d'une fois
pendant le combat de les avoir
attaquez, Le Roy ayant fçu l'étonnement
où ils ont efté d'a
Ff
Fanvier 1707.
338 MERCURE
voir vea ce Prince tout couvert
de fon fang continuer de
combattre , & d'animer les
Troupes fans vouloir le retirer ,
a cru qu'il ne pouvoit faire un
meilleur choix , & plus capable
de les intimider que celuy
de Son Alteffe Royale , pour
commander encore en Italie
pendant la Campagne prochaine.
En effet jamais General
d'armée n'a temoigné plus d'ardeur
de retourner au combat
aprés avoir eu du defavantage.
A peine ce Prince fut- il de
retour fur nos frontieres qu'il fe
donna tous les mouvemens ima-.
ginables pour rentrer en Italie
avant l'hiver , & quoy que la
guerifon de fa playe fuft encore
incertaine il ne laiffoit
•
3
GALANT 339
pas d'agir aprés avoir donné
fes ordres & de tout voir
par luy mefme comme s'il cut
efté dans la plus parfaite fantés
mais enfin il fut jugé à propos
de ne pas rifquer de rentrer en
Italie à caufe de la mauvaiſe
faifon qui nous auroit plus fait
la guerre que les Ennemis mêmes
. Ce Prince fut donc rapellé
à la Cour , où il fut reçeu en
Vainqueur . Auffi peut - on dire
que fon courage avoit triomphé
, quoy que le pepeu de Trou
pes dont il eftoit accompagné
lorfqu'il fut attaqué euft efté
obligé de ceder à la force Ce
Prince avoit toujours efperé
depuis fon rétour que le Roy le
renvoyeroit dans un Pays où
il avoit fait connoiftre que rien
Ffij
340 MERCURE
n'eftoit capable d'ébranler for
courage , & où il eſperoit en
donner de nouvelles marques
avec plus de fuccez . Dans cette
penfée il n'a point ceffé depuis
fon retour de chercher tous les
moyens de faire une Campagne
plus heureufe que la premiere,
Il a veu tous les Officiers de
reputation qui ont commandé
en Italie ; il a eu des conferences
avec eux ; il s'eft fait inftruire
de beaucoup de choſes ,
& il leur a demandé des avis .
Enfin il n'a point ceffé d'agir au
milieu du féjour du repos . On
ne doit pas s'eftonner aprés cela
que le Roy l'ait nommé pour
commander en Italie pendant
la Campagne prochaine. A
peine Sa Majesté eut elle de
GALANT 341
1
claré ce choix que toute la Cour
yaplaudit , & qu'un nombre
infini d'Officiers alla groffir la
fuite de ce Prince , & luy marquer
fa joye . Elle a efté univerfelle
à la Cour & à la Ville. Je
ne dois pas onblier icy une
chofe digne d'eftre remarquée .
Mr le Comte de Chaſtillon Premier
Gentilhomme de la Cham .
bre de ce Prince , & qui en
avoit obtenu l'agrément de vendre
cette Charge pour des raifons
que Son Alteffe Royale
aprouva , ayant fçû qu'elle avoit
efté nommée pour retourner en
Italie , & ne pouvant fe refoudre
avoir partir un Prince qu'il
aime tendrement , fans l'accompagner,
afin de combattre encore
auprés de fa perfonne , &
Ff iij
342 MERCURE
>
d'expofer luy & fon fils comme
ils ont déja fait , tout leur fang
pour parer les coups qui pourroient
tomber fur luy. Mr le
-Comte de Chatillon dis - je
ayant fçu qu'il devoit retourner
en Italie , alla auffi - toft
le prier avec les plus fortes inf
tances de luy permettre de garder
fa Charge Rien n'eft plus
beau & plus fincere , puifque
·lorfqu'il s'agit d'expofer fa vie ,
& que l'on pouroit s'en empêcher
, tout ce que l'on fait pour
l'obtenir eft de bonne foy .
Vous fçavez que lorsque le Roi
déclara que Monfieur le Duc
d'Orleans iroit fervir en Italie ,
S. M. dit auffi qu'elle avoit
-nommé Mr le Maréchal de
Teffé pour fervir fous ce Prin-
·
7
GALANT 343
ce. Ceux dont l'efprit eft capable
de faire de juftes reflections
ſe repreſenterent auffi - toft tout
ce que ce Maréchal a fait depuis
qu'il a commencé à fervir, & ils
trouverent que pendant tout le
temps qu'il a commandé les
Dragons en qualité de Colonel
General , il a fait une infinité
d'actions de la plus haute valeur
& de la plus grande intrepidité ,
de forte qu'il devoit plutoft travailler
à moderer fon courage
qu'à l'exciter. Les mêmes ayant
repaffé dans leur efprit toutes
fes campagnes d'Italie , trouverent,
qu'outre de grands & continuels
avantages qu'il y avoit
remportez , on luy devoit le gain
de la fameufe Bataille de Luzzarai
ainfi que la confervation de
344 MERCURE
,
*
Mantouě , dont il avoit foutent
le Blocus pendant un Hyver
entier
, ayant fait fubfifter fa
Garniſon aux dépens des Ennemis
qu'il combattoit tous les
jours par de frequentes forties ,
à la tefte defquelles on le voyoit
fouvent , & dont le commandement
qu'il avoit pouvoit le dif
penſer , ainfi que le Roy le remarqua
fort justement en ce
temps - là . La Lettre que je vous
écrivis alors contient un Volume
entier , puifque l'on y trouve
le Journal de ce Blocus , &
ce Volume ayant efté fort recherché
, & fort applaudy , ne
peut tirer fa gloire que des actions
de ce Maréchal . On he
peut rien ajoûter à la longue &
glorieufe marche qu'il fit en Ef
GALANT 345
ceux
pagne pour aller au fecours de
Badajos qui étoit fort preffé. Il
en fit lever le fiege aux Ennemis,
les pourfuivit , les battit en partie
& leur enleva tous leurs
Equipages . S'il s'eft trouvé dans
des occafions où la fortune luy
a efté moins favorable
qui ont plus de penetration
que les autres , & ceux qui fçavent
à fond la verité de tout ce
qui s'eft paffé , n'ignorent pas
que l'on ne luy peut rien impu
ter là - deffus , Quant au fiege de
rcelones , on ne le doit
pas
regarder comme une affaire ordinaire
, & il faut quelques fois
des fiecles entiers pour en trouver
de femblables. Si Mr le
Maréchal de Teffé n'avoit eu à
combattre qu'une armée beau❤
346 MERCURE
coup plus nombreuſe que la
fienne , ou une Place à emportes
bien fortifiée , & bien munie
de toutes chofes , il auroit pris
fes mesures pour pour réuffir glorieufement
, & le pallé doit faire
juger qu'il auroit pu réuffir ;
mais il eft des conjonctures contre
lefquelles on ne peut prendre
de mefures affez juftes.
Que peut faire un General qui
fe trouve devant une Place ou
tout eft armé ; bù tout travaille
pour en reparer les bréches , &
dont la Garniſon peut cftre tous
les jours rafraîchie par des milliers
d'hommes ? C'eſt l'état où
étoit Barcelone ; mais tout cela
n'auroit pas efté capable d'empêcher
fa prife , fi tout le Pays
ne s'étoit trouvé generalement
GALANT 347
T
armé , craignant que fa revolte ,
ayant efté trop loin , il n'en fut
puni aprés la conquefte de Barcelone
; de forte que les Revoltez
defcendoient des Montagnes
comme des Torrens , & qu'il
fembloit que des Legions fortoient
de terre derriere leCamp
des François pour les environ-,
ner de toutes parts , de maniere
que fi Mr le Maréchal de Teffé
avoit fait avancer des troupes
pour donner un affaut general ,
les Ennemis fe feroient en même
temps avancez de tous côtez
dans fon Camp , & luy auroient
livré des affauts fans qu'il puft
leur oppofer de troupes ; hé
que feroit -il arrivé fi pendant
ce temps les troupes de la Ville
forties par la bréche avoient en
348 MERCURE
>
mefme temps achevé d'innonder
fon Camp? Tout cela n'étoit
pas encore capable d'engager
Mr le Maréchal
de Teffé à
fever le fiege , & il fe feroit expofé
aux perils les plus évidens
pour acquerir
une plus grande
gloire , fi le Roy d'Espagne
dont on luy avoit confié la perfonne
, n'avoit point efté dans
fon Camp. La confervation
de
ce Monarque
devoit eftre fon
principal
but , & en le confervant
il a plus fait que s'il avoit
remporté
la victoire la plus fignalée
. D'ailleurs
, le Confeil
de Guerre
où l'on fit venir
quantité
d'Officiers
qui n'avoient
pas coûtume
d'y entrer,
refolut , à la referve d'une voix
feule , qu'il faloit lever le fiege ,
&
GALANT
349
&
conferver le Roy
d'Efpagne
qui n'étoit pas mefme encore
en pleine feureté aprés la levée
de ce fiege , & fur qui des Sommetans
, c'est- à - dire des Barba .
res qui n'habitent
qu'au fommet
des Montagnes , d'où ils
prennent leur nom , curent la
hardieffe de tirer .
On doit ajouter à toutes ces
chofes ce que je devais vous
marquer
pluftoft ; c'eſt que la
mort de Mr de Lapara avoit
rompu toutes les mefures qui
avoient efté prifes pour faire
avancer le fiege de Barcelone ;
de forte qu'il falut beaucoup de
temps pour rétablir les pertes
que cette mort avoit caulées
ce qui donna le temps aux Catalans
, qui n'étoient pas encore
Gg Janvier 1707.
350 MERCURE
armes ,
tous revoltez , de prendre les
& d'harceler Mr de
Teffé dans fon Camp , d'une
maniere qui l'empêchoit fouvent
d'avancer contre la Place,
de crainte que ces Revoltez no
fe faififfent du terrain qu'il auroit
efté obligé d'abandonner
pour avancer.
Tout ce que vous venez de
lire doit vous faire aplaudir au
choix du Roy, & doit vous faire
voir dequoy Mr le Maréchal
de Teffé eft capable . D'ailleurs
il est neceffaire de connoiſtre
l'Italie pour y fervir avec avantage
, à caufe du grand nombre
de rivieres & de ruiffeaux dont
ce Pays eft coupé , & il v a lieu
de croire que Mr de Teffé le
connoiffant parfaitement , à
GALANT 351
caufe du long fejour qu'il y a
fait , y fervira plus utilement
qu'un autre. Tout ce que je
viens de vous dire de ce Maréchal
, peut eftre cru aisément
puifque je n'ay rapporté que
des faits dont j'ay mefme fuprimé
une grande partie , n'ayant
pas eu deffein de faire icy fon
Hiftoire & ayant commencé
cet article. fans avoir refolu de
le faire , & fans m'y eftre préparé.
Cependant il ne me paroift
pas hors de propos , à cauſe
des raifons qu'il eft aifé de s'imaginer
; la verité feule m'a fait
parler, n'ayant point l'honneur
de connoiftre ce Maréchal , nyny
d'en eftre connu .
>
Mr le Duc de Beauvilliers
ayant perdu fes deux fils il y a
Gg ij
352 MERCURE
quatorze ou quinze mois , &
n'ayant plus d'enfans mâles ,
vient de faire une action bien
loüable & qui merite que la
pofterité en conferve la memoire.
Il a paru en cette occafion
, digne & genereux frere ,
& il a travaillé
à perpetuer
fa
famille , ainfi que doivent faire
tous ceux qui font d'une naiffance
diftinguée
, & s'eft privé
d'un bien qu'il auroit pu conferver.
Feu Mr le Duc de Saint
Aignan fon pere , avoit époufé
en fecondes noces Mlle de Rancé
, d'une noble & ancienne
maiſon prés de Chaſtillon fur
Indre , dont les Armes font de
Gueules au chef d'or , chargé
d'un Lion paffant d'azur . Cette
Demoiſelle
joüiffoit de la Terre
GALANT 353
> &
de Rancé . Il a eu trois enfans
de ce mariage , qui font Mr le
Chevalier de Saint Aignan au
jourd'huy Duc de ce nom
qui auroit efté Chevalier de
Malthe fans la mort des deux
fils de Mr le Duc de Beauvillier
; Mr l'Abbé de Saint Aignan,
prefentement en Licence
& qui a efté élevé dans le Seminaire
de Saint Sulpice , où il
eft encore. C'eft un modele de
pieté ; il est tres - babile Theologien
, & fut fait Preftre dans
l'Ordination de Noël dernier';
& Mlle de Saint Aignan , qui
avoit épousé Mr de Marillac ,
quia efté tué à la bataille d'Hochftet
; il defcendoit du Garde
des Sceaux & du Maréchal de
!
France de ce nom.
laiffé d'enfans .
il n'a point
G g iij
354 MERCURE
Quant à ce qui regarde la
maiſon de Saint Aignan dont je
vous ay fouvent parlé , je vous
en diray aujourd'huy peu de
chofe . Emeri de Beauvillier ,
Bailly & Gouverneur de Blois,
Baron de la Ferté- Hubert , & c.
épousa Louiſe de Huffon- Tonnerie
, qui fucceda avec fes
foeurs Anne & Madeleine , aux
biens de fes neveux Claude, tué
à la bataille de Pavie en 1525.
& Louis mort fans poftérité en
1537. elle eut le Comté de S.
Aignan qu'elle porta dans la
maifon de Beauvillier , & fut
mere de René de Beauvillier
qui épousa Anne de Clermont-
Tallart , fille d'Antoine fecond
Vicomte de Clermont , Bailly de
Viennois , & c. & de Françoiſe
GALANT
355
de Poitiers , foeur de Diane de
Poitiers , Ducheffe de Valentinois.
René fut pere de Claude
de Beauvillier , Comte de Saint
Aignan, Gouverneur d'Anjou,
&c. qui époufa en 1560. Marie
Babou la Bourdaifiere , premiere
fille de Philibert Babou , & foeur
de Philibert , Cardinal de la
Bourdaifiere, & de Jean , Grand
Maistre de l'Artillerie de Fran
ce ; de Claude de Beauvillier
fortit Honorat de Beauvillier ,
Comte de Saint Aignan
Mestre de Camp de la Cavalerie
legere de France & Lieutenant
General de Berry , qui
prit alliance avec Jaqueline de
la Grange , fille de François de
la Grange , Sieur de Montigni
& Maréchal de France , & de
356 MERCURE
>
Gabrielle de Crevant . Il en eut
François & Anne Emerie , Dame
d'Atour de la Reine Marie ..
Therefe d'Autriche ,alliée avec
Hyppolite de Bethune ; François
de Beauvillier premier
Duc de Saint Aignan , Comte
de Seri , Chevalier des Ordres
du Roy , premier Gentilhomme
de fa Chambre , & Gouverneur
de : Touraine & du Havre de
Grace . Ilfe trouva à la retraite
de Mayence fous le Cardinal
de la Vallere en 1635. il fut
bleffé au vifage au combat de
Vaudrevange l'année fuivantes
il le fut à la cuiffe au fiege de
Dole il fe trouva à la reprise
de Corbie , & il fe fignala enfuite
au fieges de Landrecy , de
Maubeuge , de Chimay , d'Yvoi
GALANT 357
& de Gravelines en 1644. où il
fervit en qualité de Marefchal
de Camp .
Mile Chevalier de S. Aignan,
aujourd'huy Duc de ce nom , qui
fait le fujet de cet Article , vient
d'époufer Mlle de Befmaux
fille unique de Mr le Marquis
de Befmaux , Cornette des Chevaux-
legers de la Garde , & de
Dame N... Colbert de Villacerf,
fille de feu Mr. de Villacerf
, premier Maitre d'Holtel
de la Reine , & enfuite de Ma
dame la Dauphine , & Surintendant
des Bâtimens ; & petite-
fille de Mr de Befmaux , qui
avoit efté Capitaine des Gardes
de Monfieur le Cardinal Mazarin
, & Gouverneur de la Baf
tille. Il eftoit de la maifon de
358 MERCURE
"
Montlezun , dont les anciens
Comtes ont éfté Comtes de Pardeac
en Gafcogne, prés d'Auch.
On affure que Mile de Befmaux
n'avoit qu'un an & demi
Forfqu'elle entra dans un Convent
; qu'elle n'en a que feize ,
& qu'elle n'eft fortie du Convent
que pour fe marier . Ainfi
F'on peut dire que n'ayant encore
nulle connoiffance du mon.
de , c'est une cire molle que l'on
maniera comme l'on voudra ;
mais comme elle eft en de bonnes
mains , & qu'elle ne verra
que de bons exemples , il y a
tout lieu de croire qu'elle ne
pendrra que de bonnes impreffions.
Quant à Mr le Duc de
Saint- Aignan , il eſt bien fait ,
& il a toutes les qualitez necefGALANT
359
faires pour bien remplir tous
les devoirs d'un homme de naiffance
, & d'un brave & parfaitement
honnefte homme . S'il
n'avoit pas toutes ces qualitez
Mr le Duc de Beauvillier n'auroit
pas répandu fur luy fes graces
à pleines mains , comme ce
Duc vient de faire . Outre qu'il
s'eft démis en fa faveur du Du,
ché de Saint - Aignan , qui vaut
cinq cens mille livres , il luy a
acheté un Regiment. Il loge
les nouveaux Epoux dans fon
Hoftel ; il leur fournit des équipages
& leur donne fa table
pendant un an , afin qu'ils puiffent
amaffer une année de leur
revene , & l'avoir devant eux
lorfqu'ils s'établiront . Madame
la Ducheffe de Saint - Aignan
360 MERCURE
fut prefentée au Roy le lendemain
, de la ceremonie de fon
mariage , par Me la Ducheffe
de Beauvillier accompagnée
>
de Me la Ducheffe de Mortemar
; de Meſdames de Livry
mere & belle - fille , de Me de
Villacerf, & de Me la Marquife
de Sommery. Le Roy les reçut
d'une maniere tres - obligeante ,
& leur parla avec l'agrément
qui accompagne tout ce que
fait & tout ce que dit ce Monarque.
Cette nouvelle Ducheffe
prit le lendemain le Tabouret
au fouper du Roy,
Il me reſte fi peu de temps ,
& fi peu de place pour achever
ma Lettre , que je me trouve
obligé de refferrer beaucoup les
articles dont j'ay à vous parler ,
&
GALANT 361
& fur tout celuy d'Efpagne ,
Vous en avez vû des nouvelles
fort étendues pendant tout le
mois , dans toutes les nouvelles
publiques qui me laiffent aujourd'huy
peu de chofe à vous
apprendre de nouveau . Cependant
je crois devoir continuer
comme j'ay commencé à vous
envoyer les Léttres de Madrid
qui parlent des affaires courantes
, & quoy qu'elles foient beaucoup
plus fuccintes que les Re-
I. tions qui contiennent les mêmes
nouvelles , je ne laiffe pas
de vous les envoyer , parce
que l'on peut compter feurement
fur ce qu'elles rapportent ,
& qu'elles peuvent donner lieu
de juger du vray ou du faux de
tout ce qui fe debite de plus
Janvier 1707.
Hh
362 MERCURE
étendu. Je ne vous parlay point
de la priſe d'Alcantara dans ma
derniere Lettre , parce qu'elle
venoit de partir , lorfque les
nouvelles en arriverent icy ;
vous la trouverez dans les deux
Lettres fuivantes .
A Madrid le 17. Decembre
1706.
Un Officier Espagnol qui eft ar
rivé il y a deux heures d'Alcantara
, a apporté la nouvelle au Roy
Eſpagne que cette place avoit eſté
furprife par le Marquis de Bey le
Is. de ce mois à la pointe du jour
par efcalade. Ce Marquis n'avoit
que 800 hommes d'Infanterie , &
ily en avoit 600. dans la place.
Il n'y a eu que douze Eſpagnols ruer
GALANY › 363
dans cette action & 30. Portugais
ceux qui reftoient ayant mis bas
les armes & demandé quartier, ont
efté faits prifonniers de guerre avec
leGouverneur& tous les Officiers . Le
peu de Cavalerie qu'il y avoit dans
la place s'eft fauvé par le pont.
Cette nouvelle a donné icy une treś •
grande joye . Elle eft importante de
tonte maniere. On a treavé dans
"Alcantara toute l'Artillerie qui y
-avoit eftè prife au mois d'Avril
dernier. Il y avoit quelques pieces
de canon &un mortier du Roy.
Les fecondes nouvelles que
l'on reçoit d'une expedition
eſtant ordinairement plus étendues
& plus veritables , parce
que ceux qui les mandent ont
eu plus de
temps pour s'en informer,
vous trouverez dans la
Hhij
364 MERCURE
lettre qui fuit plus de circonftances
touchant la prife d'Alcantara
, qu'il n'y en a dans celle
que vous venez de lire.
A Madrid ce 27. Decembre,
Nous avons appris par deux differens
Courriers dépefcher par le
Marquis de Bey , d'Alcantara ,
qu'il avait pris cette place par efcalade
le 15. de ce mois à la pointe
du jour , avec perte de 12. foldats
feulement ; que ce Marquis
n'avoit que 800. hommes d'Infan
serie , & qu'il y en avoit prés de
dans la place , dont il en a·
voit efté tué 150. & 960. faits
prifonniers de guerre , avec le Gouverneur
& tous les Officiers, & que
le refte s'eft fauvepar le pons, Qu
900 .
GALANT 365
*
on a trouvé dins la Place mille
quintaux de poudre , deux mile
quintaux de balles de mousquet 38.
-pieces de canon & un convoy de 200.
charettes qui y eftoient arrivées
deux jours auparavant, chargées
de farine, de cevade & de quelques
provifions.
- Le Roy d'Efpagne a reglé l'état
de fes troupes pour la campagne
prochaine à 49. Bataillons y compris
fes Gerdes Efpagnoles & Vuallones
, & à 120 , Efcadrons . On ne
compte point dans ce nombre les 8.
-Regimens Provinciaux de Galice ,
& les 10. d'Andalousie . Les tronpes
de France qui estoient de 30 .
Bataillons de 24. Efcudibus ,
viennent d'eftre augmentées de trois
Bataillons qui ont marché en Navarre
, elles leferont encore plus
Hhij
366 MERCURE
confiderablement. Les ordres ont efte
donnez dans les Provinces pour les
recruës d'Infanterie, & l'argent delivré
pour la remonte de la Cavalerie.
On travaille fortement à s'af
feurer des fonds pour foutenir cette
depenfe , & on efpere qu'ils ne man
queront pas.
Le Duc d'Hijar Viceroy de Ga
lice ayant demandé fon congé , Sa
Majefté Catholique a nommé pour
luy fucceder le Marquis de Rif
bourg qui la commandé pendant
toute cette année à Badajoz & en
Efremadure en l'abſence du Marquis
de Bey
A Madrid le 6. Janvier 1707.
Quoyqu'on ait eu de plufieurs
endroits la confirmation que les
GALANT 367
Troupes ennemies débarquées à
Lisbonne devoient paffer dans le
Royaume de Valence , on n'a point
appris que de nouveaux vaiſſeaux
Anglois ou Hollandois ayent paffé
le Détroit, & l'on écrit des frontie
res de Valence qu'il n'eftoit point
arrivé de recrues en ce pays - là,
comme on l'avoit dit ; mais feulement
des armes, des habits, & beau
coup d'autres choſes neceffaires pour
des Troupes , tant Cavalerie qu’-
Infanterie.
1
Le Marquis de Saluzzo, Maréchal
de Camp qui commande les
Troupes d'Espagne en Navarre , est
entrée en Arragon , & a forcé la ville
d'Exea, qu'il a pillée & faccagée
, aprés avoir tué un aſſez grand
nombre de Rebelles , & fait 3.50%
prifonniers, parmi lesquels fe iron.
368 MERCURE
ve le fils de Don Antonio Luzan ,
Gouverneurd'Arragon pour l'Archiduc.
Nous apprenons par des lettres
de l'Ile de Tenerife que le 6. de
Novembre dernier , une Efcadre
Angloise de 13. vaiffeaux de guerre
parut devant le Fext de Ste Croix ;
que deux vaiffeaux s'approcherent
du Fort , tirerent deffus près de 200.
coups de canon dans le deffein' , fans
doute , de faire revolter les habitans
de l'Ifle ; que le Fort répondit
de toute fon Artillerie , & que
le
Commandant Anglois voyant le peu
•d'effet de fon canon écrivit au Gou-
·verneur pour l'engager à reconnoif.
tre l'Archiduc: mais que la répon
Je du Gouverneur luy ayant ofté l'ef
perance de réuir par cette voye ,
non pas que par la force , & que
GALANT 369
·les habitans ayant parufur les rem
paris avec des cris redoublez de Vive
Philippe V. l'Efcadre avoit
diſparu la nuit fuivante , & avoit
pris à ce que l'on croit la route de
l'Amerique.
Voicy ce que porte un Lettre
de Bayonne touchant la prile
d'Exea .
A Bayonne le 29. Decembre
1706 .
Le Prince de Tferclaës , Vice-
Roy de la baute Navarre , écrit à
Mr le Duc de Gramont du 24 de
ce mois , que le Marquis de Saluzo
qui commande un petit corps de trou
pes fur les frontieres de l'Aragon ,
avoit pris la petite Ville d'Exea
fur les Rebelles ; qu'il avoitfait
370 MERCURE
Paffer la Garnifon au fil de l'épée
avec une partie des habitans qui
avoient perfifté dans leur rebellion ;
& que le fils du Gouverneur de
l'Aragon pour l'Archiduc , y avoit
efté fait prifonnier.
Je crois devoir ajouter icy
des particularitez qui font dans
quelques Relations , & qui me
paroiffent dignes de voſtre curiofité.
Monfieur le Marquis de
Saluzzo ayant fait , fommer le
Gouverneur d'Exea , ce Gouverneur
luy fit dire qu'il alloit
luy répondre par la bouche des
moufquets. Il crut devoir faire
cette réponſe , parce que fes
troupes fe trouvoient augmen
tées de fix cens Miquelets qui
venoient d'entrer dans la Place.
Ils tirerent d'abord fur les trouGALANT
370
pes de Sa Majesté Catholique.
Mr le Marquis de Saluzzo fic
auffi- toft avancer quatre pieces
de Canon qui commencerent à
tirer à une heure aprés midy ,
& s'étant enfuite avancé à la
faveur de la nuit , il s'aperçut
qu'il y avoit une bréche confiderable.
Il envoya auffi - toft
quelques Pionniers bien foutenus
, pour aplanir cette breche,
de maniere que tout s'étant
trouvé en eftat le lendemain au
point du jour , on donna un
affaut à la Place , & les Rebelles
ayant mal foutenu leur fierté,
auffi bien que le Gouverneur ,
furent forcez aprés quelque refiftance
, & ils perdirent environ
trois cens hommes . On fit
quartier à tous ceux qui mirent
372 MERCURE
les armes bas son fit quatre cens
Miquelets prifonniers : la Ville
fut pillée & prefque toute brûlée
, excepté les Eglifes & les
Communautez Religieufes . Il
y a cependant cu un Convent
brûlé , l'opiniaereté de ceux
qui le deffendoient en ayant
efté caufe , & l'on en a pris
quatre que l'on prétend punir
exemplairement. Les Religieufes
ont efté envoyées à Pampe-,
lune, auffi bien que les effets
quiont efté fauvez de l'embrafement
, confiftant en grains , laines
& huiles. Le Commandant
fut tué au commencement de .
l'action.
Le Gouverneur de Sarragoffe
ayant eu avis que les Efpagnols
alloient faire le fiege .
d'Exca ,
GALANT 373
"d'Exea , offrit double folde , &
trois mois de paye d'avance , à
tous ceux qui voudroient aller
fe jetter dans cette Place pour
la deffendre ; mais perfonne ne
de prefenta , & le frere & le fils
de ce Gouverneur furent obligez
d'y aller feuls. Le premier
y a cfté tué , & le fecond
y a
efté fait priſonnier
de guerre.
Les Alliez n'ayant
remporté
depuis
long-temps aucun avantage
dans le Royaume
de Valence
& dans celuy d'Aragon
,
ont beaucoup
exageré
l'affaire
arrivée
à Mr le Chevalier
Michel
de Pons ; voicy le fait. Ce
Chevalier
étant
malheureuſement
tombé
dans une embufcade
fe trouva enveloppé
par un
Corps d'Ennemis
trois fois auffi
Ii
Fanvier 1707.
374 MERCURE
*
fort que celuy qu'il commandoit
. Il fit connoiftre à fes Troupes
qu'il falloit vaincre ou mourie
plutoft que de fe rendre lâchement
prifonniers de guerre.
Elles furent de fon fentiment ,
& elles fuivirent fon exemple ,
de maniere qu'elles fe firent jour
au travers des ennemis dont elles
firent un grand carnage.
C'eſt un fait conftant que les
troupes qui remportent de femblables
avantages dans de pareilles
avantures , ont toûjours
efté regardées comme victorieufes.
En effet , c'eſt dérober aux
Ennemis une victoire qu'ils tiennent
entre leurs mains , que de
s'en échaper par la force de leur
courage & par celle de leurs armes
, Les Alliez fe trouverent
GALANT
375
bien furpris , de voir leur proye
échapée & la terre couverte de
ntorts , fans qu'il leur reftaft de
toute cette action , qui ne leur
a pas fait gagner un pouce de
terre , que la honte d'avoir eſté.
forcez par des Troupes beaucoup
inferieures à leur Corps.
Voicy encore une Lettre de
Madrid , par laquelle vous apprendrez
la fuite des affaires.
d'Efpagne.
A Madrid ce 17. Janvier 1707.
Des Lettres que nous recevons de
Navarre nous apprennent que le
Comte d'Ayanz , Maréchal de
Camp , qui commande pour le Roy
d'Eſpagne à Sanguefa , avoit pris
&faccage deux petites Villes d'AI
ij
376 MERCURE
le
Tagon nommées Uncastillo & Luftea,
dont les habitans foutenus par quel.
ques Miquelets , inquiétoient cette
frontiere-là , & y faifoient mille
defordres. Le Marquis de Risbourg
eft arrivé de Badajos , & fe difpofe
àpartir pour fon nouvel Employ de
Galice. Il a eu des avis , qu'il croit
furs , que les troupes Angloifes defcendues
à Lisbonne avoient efté rembarquées
, & étoient parties pour
Royaume de Valence. On n'aprend
point cependant par les Lettres de
Cadiz & d'Andaloufit , qu'aucune
Efcadie Angloife on Hollandoife
aye nouvellement paffé le Détroit.
On mande au contraire par des
Lettres du deux , qu'un Patron de
Barque Genoife , nouvellement arrivé
, auroit que la mort du Roy
Dom Pedro avoit faitſuſpendre le
GALANT 377
*
départ des troupes Angloifes de Lif
bonne , &il eſt aſſez vray ſemblable
que dans une pareille conjoncture les
Miniftres des Alliez autont voulu
fe fervir de la prefeuce de ces troupes
pour faire prendre au nouveau
Gouvernement des refolations convenables
aux interefts de la Ligue,
Mr de Goffreville part aujour
d'huy pour se rendre fur la frontiere
de Caftille du cofté d'Aragon pour
y faire les difpofitions convenables.
Mrle Maréchal de Bervvik a fait
marcher du mefme cofte le Regiment
de Cavalerie d'Helché , & il compte
d'aller bien tot luy mesme à
Molina & autres lieux voifins ,
pour reconnoistre des fituations ,
juger de ce qu'on peut faire de mieux
lorfque le temps fera venu de porter
tout de bon la guerre en Aragon.
I i iij
378 MERCURE
Je dois ajoûter icy que la
Ville d'Uncaftillo dont il eſt
parlé dans cette Lettre , a efté
abandonnée par les feditieux
qui l'occupoient , qu'elle a efté
enfuite pillée , & que l'on y a
mis le fcu , les habitans qui n'en
eftoient past fortis ayant efte
defarmez . Il y avoit dans Luftea
, dont il eſt parlé dans la
même Lettre , mille Miquelets ,
qui témoignerent d'abord vouloir
faire une vigoureuſe refifſtance
. Ils avoient quatre coulevrines
dont ils firent grand
feu ; mais le voyant vivement
attaquez ils fe retirerent avec
précipitation . On prit les cou-
Jevrines , quelques munitions
& un Drapeau , & le pofte fut
pillé on fic quelques prifonGALANT
379
niers , & onne perdit pas unfeul
homme en cette occafion . Lafuite
a fait voir que ce chaſtiment
eftoit neceffaire , puiſqu'il a efté
caufe que plufieurs lieux voifins
fe font foumis à la clemence
du Roy , du nombre defquels
font Falarduës & Malpica, dont
les habitans ont eſté traitez avec
beaucoup de douceur.
Je vous envoye une Lettre
qui ne vient pas d'Espagne ;
mais dont les nouvelles ont eſté
tirées de plufieurs Lettres vcnuës
de Madrid.
Mr le Maréchal de Bervvik
mande qu'il eft tres-content des Ef
pagnols que les Caftillans envoyent
de tous les Bourgs & Villages des
Deputez au Roy pour luy marquer
380 MERCURE
#
que lears biens & leurs vies font à
Sa Majesté Catholique. On porte
de tous coftez dans les Magazins , des
munitions pour la fubfiftance de l'armée.
Tous les Soldats font habil.
tez, payez & nourrison compte
quarante -huit bataillons & quinze
mille chevaux's il n'y manque pas
un ardillon. Les Regimens Efpagnols
& les Irlandois font complets ;
left venu des Deferteurs enfi grand
nombre au
que les Regimens étant recrutez,
on enforme un Regiment nouveau
, & on envoye ce qu'ily a de trop
à Bayonne pour recruter les Batail.
lons Irlandois qui fervent en Italie.
On crie , vive le Maréchal de
Bervvik , quand il paffe dans les
rues ; il tient table ouverte , & les
Grands le vifitent fouvent.
Il paroift par toutes les Let-
•
GALANT 281
zres qui viennent de Madrid ,
que le Roy d'Espagne aura cinquante
mille hommes ; qu'il ou
vrira de bonne heure la Campagne
, & qu'il fe mettra à la
tefte de les troupes . D'ailleurs
toutes les Lettres parlent auffi
de la grande union qu'il y a entre
ce Monarque , les Grands ,
& le Peuple. Rien ne marque
mieux l'affection des Grands ,
que la maniere dont ils ont cefebré
la naiffance de ce Prince,
plufieurs Grands ayant couru,
avec lui & fait voir leur adreffe
dans le Caroufel qui s'eft fait à
Madrid à l'occafion de cette
naiffance,
Je vous envoye un Extrait
d'une Lettre de Dunkerque
,
qui doit vous faire plaifir.
382 MERCURE
t
A
{
Le Barentin a amené une prife
Angloife de 24. canons eftimée 450.
mille 1. & l'on a trouvé 150, mille
piaftres cachées au pied du grand
mats ; il y avoit auff dans ce Bàtiment
300. pipes de vin de Canarie
& d'autres marchandifes. Ce
feul Vaiffeau a fait en fa derniere
courfe ponr 200. mille écus de prifes.
Le Sorlingue & l'Ameriquaine
de compagnie , avoient amene icy
trois jours auparavant , une priſe
Hollandoife chargée de poivre , de
Cacao, de canelle, de toiles & d'autres
marchandifes , eftimées cent
mille écus, &un autre eftimée vingt
mille livres,
Je dois vous dire pour rendre
justice à la verité que l'article
que vous allez lire n'est
pas de moy . Il eſt d'un homme'
GALANT : 383
7
de confideration & d'un grand
poids , & qui nonobftant fes
grands emplois & les affaires
politiques où il a efté employé ,
n'a jamais ceffé de faire voir
l'attachement particulier qu'il
a toujours eu pour les beaux
Arts, & fur tout pour le Deffein
& pour la Peintures pour qui
l'on peut dire qu'il a conçu de
l'amour dés le berceau .
Mr Manfard toujours attentif
à maintenir en vigueur les
chofes qui peuvent contribuer
à la gloire du regne du Roy, &
qui font fous fes ordres , alla le
7. de ce mois à l'Academie de
Peinture & de Sculpture pour
diftribuer les prix aux jeures
Etudians , & pour exhorter
( comme il fait de temps ca
384 MERCURE
temps ) lés Academiciens à continuer
les foins & les études qui
les rendent habiles , & qui foutiennent
l'honneur de la Compagnie
.
Aprés la mort de Mr de Villacerf
, l'Academie n'euſt pas
plutoft choifi Mr Manfard pour
fon Protecteur , qu'eftant par
luy- mefme fuffisamment informé
de quelle confequence il eſt
pour un Estat d'y faire Aeurir
des Arts , il refolut non - feulement
de les maintenir dans le
degré où les avoient mis ceux
qui l'avoient precedé dans fa
charge ; mais de les porter , s'il
étoit poffible , au dernier point
de perfection . Il fçavoit que la
Peinture eftoit le fondement
des beaux Arts , comme elle
eft
GALANT 385
I
eft l'amour & l'admiration
des grands Princes & des gens
d'efprit . Et pour ne pas voir fa
protection infructueuse , il fit
pourvoir l'Academie de tout ce
qui eftoit de l'utilité & de la
bienséance d'un Corps ficelebre ,
& il a rendu depuis peu le lieu
où elle fe tient auffi magnifique
qu'avantageux pour le progrés
de la Peinture.
Mais pour ne s'en point renir
aux aparences exterieures ,
quoy que capables d'elles - mef
mes de mettre le genie en mou -`
vement , il a voulu que celuy des
Statuts de l'Academie qui établit
la diftribution des Prix , füt
obfervé tres- regulierement . On
les donne tous les trois mois
aux jeunes Etudians ; fçavoir
Fanvier 1707. Kk
386 MERCURE
deux pour la Peinture & deux
pour la Sculpture ; & comme
la maniere de les diftribuer fait
d'autant plus d'effet fur les efprits
, qu'elle eft infinuante &
accompagnée de raifonnement,
Mr Manfard fe fert de ce motif
pour exciter autant qu'il luy
cft poffible les talens de ceux
qui l'écoutent. Il examine les
deffeins avec exactitude ; il en
fait appercevoir les beautez &
les deffauts , & par le poids de
fes paroles il infinuë de la perfeverance
aux plus forts & releve
le courage des plus foibles;
mais toujours en faisant voir
la difference de ce qu'il y a de
plus ou de moins loüable dans
l'Ouvrage , fans avoir aucun
égard à l'âge ni aux recomman
GALANT 387
dations en voicy un exemple.
Le jeune Coypel âgé feulement
de 12. ans , cftant appellé
dans fon rang pour recevoir le
Prix qu'il avoit merité, fe pres
fenta devant Mr le Surinten
dant , fon Deffein à la main , &
chargé de tous les fuffrages de
l'Academie : La petite taille du
jeune homme, & la grande ma
niere qu'on voyoit éclore dans
ce Deffein , furprirent Mr Manfard
, & luy donnerent occafion
de parler tres - ferieuſement à
la Compagnie fur le choix qu'
on devoit faire des jeunes Etudians.
Il dit , que pour approfondir tous
tes les connoiffances que demande
la Peinture , pour en bien connoiftra
toutes les parties , &pour rendrefa
Kk ij .
388 MERCURE
cile le chemin qui conduit à la per.
fection de ce bel Art, il falloit que
les particuliers qui compofent le
Corps de Academie fullent capables
d'en developper les difficultez ,
& d'en enfeigner les veritables principes
, & que cela ne s'executeroit
jamais tant qu'on recevroit pour
Academiciens des Afpirans fans genie,
& pour Ecoliers de jeunes etudians
, qui ne donnent aucune efperance
de réafir dans un Art fi beau ,
mais fi difficile. Il exhorta donc
la Compagnie d'examiner à l'avenir
avec plus d'exactitude les
Sujets qui fe prefenteroient ,
pour eftre admis dans le Corps
des Academiciens , ou pour def.
finer d'aprés le modelle , ou pour
concourir aux Prix qu'ils ne meriteroient
jamais , faute de ge
GALANT 389
nie ou de pratique fuffifante .
Le 25. de ce mois Mr le Marquis
de Gondrin , fils de Mr le
Marquis d'Antin & de Julie
d'Uzés , fille de feu Mr le Duc
d'Uzés , époufa Marie- Victoire-
Sophie de Noailles , fille de Mr
le Maréchal Duc de Noailles ,
& de N ... de Bournonville La
ceremonie des époufailles fe fic
dans la Chapelle de l'Archevêché
par Mr le Cardinal de
Noailles , oncle de la Mariée
en prefence de trente perfonnes
du premier rang , parens & alliez
des nouveaux époux , que
Son Eminence traita magnifiquement
aprés la ceremonie.
Mr le Maréchal de Noailles
donni le foir un grand foupé à
la même compagnie , qui fut
Kkij
390 MERCURE
precedé d'un tres - beau Concert
de voix & d'inftrumens .
Les Epoux furent mis au lic
aprés le foupé , & Madame la
Princeffe d'Epinoy donna la
chemiſe à la Mariée . Le lendemain
la même Compagnie alla
dîner chez Mrle Cardinal d'Etrées
, où elle avoit efté invitée
par fon Eminence , & elle
alla enfuite chez Mr le Bailly
de Noailles , où il y eut un grand
repas . Les Epoux partirent de
là pour fe rendre à Versailles , où
Madame la Marquife de Gondrin
devoit prendre poffeffion
de la place de Dame du Palais
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , qui luy a efté donnée
.
P
Mr le Marquis de Gondrin eft
GALANT 391
bien fait , & il a beaucoup de valeur
& d'efprit. Mllede Noailles
eft jeune , grande , fpirituelle ,
& bien faite. Elle a cinq fours,
toutes avantageufement , mariées
, & l'on ne doit pas s'en
étonner , puifqu'elles font filles
de Madame la Maréchale de
Noailles , dont l'exemple, fuffic
pour infpirer des fentimens de
vertu , & tout ce qui peut rendre
une fille parfaite . Je n'ay
pas cru devoir entrer dans les
Genealogies des Maifons dont
J'aurois pû vous parler à l'occafion
de ce mariage , vous en
ayant déja parlé plufieurs fois
fort amplement & d'ailleurs
ces Maifons font fi connues
qu'il fuffit de nommer ceux qui
en pottent les noms , pour que
!
392 MERCURE
chacun s'en repreſente aufſi- toft
la grandeur.
Ce que je vous ay dit dans ma
derniere Lettre touchant les
nouveaux Brigadiers faits par le
Roy n'étant pas tout - à - fait jufte
en quelques endroits , on trouvera
la verité dans ce qui fuit .
Mr Daulet a efté Capitaine
des Grenadiers de Navarre ";
'd'où il fut tiré pour eftre Major
de Philifbourg ; il eft prefentement
Lieutenant de Roy à
Tournay.
Mr de Mouron Lieutenant de
Roy de Lille , a efté long temps
Major d'un Regiment d'Infanteric
.
Mr du Coudray , Lieutenant
de Roy de Dunkerque , l'a efté
de Cafal.
GALANT 393
Mr de Gibaudiere , Lieutenant
de Roy de Bayonne , a longtemps
fervi dans le Regiment de
Normandie , & il eft originaire
de cette Province.
Mr de la Ferriere , Gouver
neur de Belle - Ifle , eftoit Lieutenant
- Colonel du Regiment
de Vermandois Infanterie , lors
qu'il fut fait Gouverneur de
Belle - Ifle.
Mr de Champereux , Lieutenant
de Roy de Valenciennes
a fervi toute fa vie dans
le Regiment de Picardie .
>
On a mis le nom de Hautereux
, au lieu de celuy de Hauterive
.
Quoy que la reputation du
Pere Don Bernard de Montfaucon
foit parfaitement bien
394 MERCURE
établie parmy les Sçavans , &
que l'on fçache tres - bien que
cet habile homme n'a eu befoin
d'aucun fecours pour la publi
cation qu'il a faite des oeuvres
de Saint Athanafe il y a prés de
quatre années , & que ce fçavant
Religieuxa enrichies d'excellens
Commentaires où il a
remply plufieurs Lagunes que
l'on trouvoit dans les anciennes
Editions , & où enfin il a reftirue
plufieurs paffages dont les
anciens Interprettes n'ont jamais
bien compris le veritable
fens , je dois dire icy que bien
que Mr l'Abbé Pinard foit un
tres -habile homme , il n'a aucune
part à cet ouvrage , &
qu'il a luy- mefme declaré qu'il
étoit entierement du au Pere de
Montfaucon.
GALANT 395.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé étoit le Cachet. Plufieurs
l'ont cherché , & en ont meſme
donné des explications ; mais il
a efté trouvé par peu de perfonnes.
Voicy les noms de ceux
qui ont deviné jufte . Meffieurs
les Abbez de la Terriere ; de
Sainte Cecile , & l'Abbé moitié
François & moitié Efpagnol ;
le Secretaire du Roy de la ruë
S. Antoine ; du Coudray , & de
1'Epine ; Don Zelut , Seigneur
de la Rade Saint Jean ; le fils de
Don Gabriel , il Signor Bazini
di Bolonia ; Melliti di Sameria ;
le refpectueux François . Miles
Greffet & Vaerturd ; Mlle de
la Houffaye , du Quay neuf, &
fon époux ; Marie Julienne ; la
jeune Muſe renai@fante ; la char396
MERCURE
mante Sapho du petit Paris de
la ruë de la Verrerie ; la belle
Gafconne du Fauxbourg Sainc
Germain ; la plus jeune des belles
Dames de la rue des Bernardins
; & l'Infante de la rue Saint
Honoré .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
Janvier 1707.
LI
398 MERCURE
fur
Il feroit difficile de vous rien
dire aujourd'huy de pofitif fur
les affaires de la guerre , quoy
que toutes les nouvelles publiques
foient remplies d'articles
fur ce fujetimais tout ce qu'elles
rapportent n'eft fondé que
des on dit , on croit , on eftperfuadé,
&c. Il ne laiffe pas de fe paffer
beaucoup de chofes pendant ce
temps d'inaction , dans le Cabinet
des Souverains qui ont
part à la guerre prefente . Cependant
il ne paroift pas que
l'on y puiffe faire aucun plan
fans fe propofer de le changer ,
s'il eft à propos , lorsque l'on
aura fçu les deffeins du Roy de
Suede , que je ne crois connus
que de Sa Majefté Suedoife , de
fon premier Miniftre , & des
GALANT 399
Souverains liguez avec luy. Si
lorfque le Tonnerre gronde on
étoit averty du lieu où il doit
tomber , on ſe garentiroit de fes
coups. Il y a lieu de croire que
les deffeins du Roy de Suede ne
le manifeſteront que par la marche
& felon toutes les apparences
il établira auparavant le
Roy Staniflas fur le Trône qu'il
luy a procuré , & les Polonois
ne fouffriront pas long - temps
que les Mofcovites leur donnent
des fecours qui acheveroient dé
ruïner leur Etat . Ils ouvriron
les yeux, & verront que le Czar
ne fouhaite que la guerre foit
continuée en Pologne , qu'afin
que pendant que les troupes du
Roy de Suede y feront occupées,
ce Monarque ne tourne pas fes
Llij
400 MERCURE
Armes du cofté de la Livonie
pour y reprendre les Places qui
luy appartiennent , & qui font
occupées par les Mofcovites . Je
le dis encore une fois , les Polonois
ne feront pas affez dupes
pour donner dans de femblables
paneaux , hé que pourroient- ils
faire , n'étant foutenus que par
les Mofcovites ? qui aidez d'une
groffe armée de Saxons n'ont
pû rendre le Roy Augufte entierement
maitre de la Pologne .
On. doit donc compter que les
affaires feront bien toft terminées
de ce cofté la . Cependant
toutes les Puiſſances Souveraines
qui font en guerre, font faire
les preparatifs neceffaires pour
l'ouverture de laCampagne prochaine
, mais malheureufement
GALANT 401
•
pour l'Empereur , elle eſt toujours
ouverteen Hongrie , & les
Mécontens ne laiffent pas à fes
troupes letemps de refpirer. Il
n'y a meſme prefque plus lieu de
douter que les Turcs feront biensoft
de la partie. En effet les
avanics faites à la Porte Ottomane
au Miniftre de l'Empe
reur qui eftoit venu chargé de
prefens , doivent le faire croire,
& perfonne n'en peur juger autrement
fur de fi fortes appas
rences . Il faut bien que l'Em-→
pereur en fait perfuadé , puif
qu'il fait revenir d'Italie fix Re
gimens de Cavalerie , dans le
temps que Mr le Prince Eugene
dit qu'il a befoin de 15000 .
hommes, fans quoy il ne peut
avoir d'armée en campagne . Les
Lli
402 MERCURE
4
raifons en font plaufibles ; il a
fait la guerre pendant tout
l'hiver dans un pays où il a toujours
plû , & qui d'ailleurs eft
fort marécageux , de maniere
qu'il a perdu une partie de fon
armée, tant à caufe des fatigues
que fes Troupes ont fouffertes
pendant une fi mauvaiſe ſaiſon,
que parce qu'il en a auffi perdu
confiderablement , tant aux
Sieges des Châteaux qu'il a pris,
qu'aux Sieges de ceux dont il n'a
pû s'emparer, & qu'il vient de
lever , de maniere qu'il ne luy
refte guere de Troupes au delà
de celles qui luy font neceffaires,
pour garder des Places ,
où les grandes fommes qu'on
en antirées sont empefché les
peuples de prendre dans le coeur
GALANT 403
le parti des Alliez . Si leur conqueftes
en Italie font caufe qu'-
ils n'ont plus affez de Troupes
pour mettre une armée en campagne
, les pertes que nous avons
faites ont produit un effet
contraire . Elles ont fait grof
fir l'armée deMr le Comte deMe
davi , qui dans le mefme temps
en a tiré des Poftes qu'il n'a
pas jugé à propos de garder ,
& qu'il a fait démolir . D'ail
leurs les Alliez ont fait tant de
malheureux par les contribu
tions qu'ils ont exigées : meſme
des Etats qui estoient demeurez
neutres, & de ceux des Princes
qui n'avoient fouffert que
parce qu'ils n'avoient pas vous
la fe détacher de leurs interefts .
Tous ces malheureux , dis- je ,
404 MERCUR
E
par
outrez de le voir accablez
une main qui les devoit ſecou -
rir, ont mieux aimé prendre parti
dans les Troupes de Mr de
Medavy , que de fervir ceux qui
les opprimoient. Ainfi ce General
a une armée de plus de
22000. hommes, qui groffit tous
les jours, & qui fe trouvera encore
plus forte & plus capable
de prefter la main à nos Troupes
, lorfqu'elles rentreront en
Italie , où les Alliez ne doivent
pas attendre un grand fecours
des Allemans . Les Cercles de
l'Empire font épuifez qu'ils
avoient mefme refolu de ne
point faire cette année de nou .
velles levées , alleguant que
pour des interefts particuliers ,
on a laiffé perir leurs Troupes
GALANT 405
pendant deux hyvers , & furtout
dans les lignes de Stołhofen,
où elles ont efté empoiſonnées
par la puanteur des eaux.
Les Puiffances qui compofent
ces Cercles fe font attirez in- .
confiderement les maux qu'elles
fouffrent. Le démêlé de l'Empereur
pour la Couronne d'Efpagne
ne regardoit point l'Al
lemagne, & le Confeil de Vienne,
par prieres, par menaces &
par prefens , a fçû les engager
dans une guerre qu'elles font
obligées aujourd'huy de foutenir
feules , toutes les forces que
les pays hereditaires peuvent
fournir à l'Empereur , ne luy
fuffifant pas pour tenir telle aux
Mécontens.
Quant à ce qui regarde les
406 MERCURE
affaires de Flandre , tout y pa
roift dans une grande tranquillité
, à l'égard des mouvemens
de guerre , mais quant à ce qui
regarde les contributions , les
levées & les autres chofes que
l'on demande aux pays nouvel,
lement conquis , on n'a jamais
vû de plus grands defordres &
de plus grands chagrins parmi
les peuples, que les Troupes des
Alliez qui ne font point payées,
volent en plein jour , ce qui a
rendu plus que jamais les coeurs
de ces peuples Espagnols &
François Les Hollandois qui
ont voulu la guerre font bien
embarraffez , & leur chagrin eft
grand de voir que les Anglois
font dans toutes les places conquifes
le commerce qu'il leur
1
GALANT 407
ont ofté Ils font fafchez de fe
voir environnez d'un peuple , qui
toft ou tard porterade plus grandes
atteintes à leur commerce.
Il a déja beaucoup fouffert depuis
l'ouverture de la guerre
prefente , puifque leurs fonds é
tantépuifés ils n'en peuvent foûtenir
le poids, & que les Anglois
paroiffent en état de n'agir plus
que felon leur volonté, les fonds
qui viennent d'eftre accordez
par le Parlement d'Angleterre
devant rendre les Anglois fifuperieurs
aux Hollandois , tant
fur mer que fur terre , que ces
derniers feront obligez d'en recevoir
la Loy. Ainfi les Politiques
de Hollande & les plus
fenfez voudroient bien pouvoir
parvenir à une bonne paix. L'af
408 MERCURE
faire de la fucceffion du feu
Princed Grangeles inquieteauf
fi beaucoup L'Electeur de Brandebourg
eft puiffant ; il a des
Alliez qui le font auffi , & felon
toutes les apparences , il n'abandonnera
pas cette affaire fans
qu'il en coûte quelque chofe de
confiderable aux Hollandois .
Enfin les avantages remportez
par leurs Alliez doivent leur
coûter cher , & rien ne leur fe ,
roit fi neceffaire que l'amitié &
la protection de la France .
:: Perfonne n'ignore le bon état
où le trouvent les affaires d'Efpagne
, & felon toutes les ap- ар
parences les premieres expedi
tions fe feront de ce cofté- là.
Le grand fecours des Anglois ,
fi long- temps promis , fi vanté ,
&
GALANY 409
& fi peu confiderable , & enfin
arrivé en Portugal
Portugal , ne peut
eftte faffifant pour fournir des
Troupes par tout où les Alliez
en ont, beſoin du cofté d'Elpaghe
. S'il demeure en Portugal ,
comme Sa Majelle Portugaife
le fouhaite , les Alliez acheveront
bien - toft de perdre le
Royaume de Valence , & celuy
d'Aragon , & la Catalogne ne
tiendra pas aprés ces expeditions
. Si au contraire les troupes
Angloifes quittent le Portugal
, les Etats dont je
>
de vous parler pourront eftre
deffendus un peu plus longtemps
fans que les Alliez en
puiffent néanmoins empêcher
la perte mais auffi le Royaume
de Portugal demeurera fort
Mm
Janvier 1707.
410 MERCURE
expofé aprés le départ des trou
pes Angloifes , puifque les Efpagnols
pourront ailément y entrer
, & qu'Alcantara n'en eft
qu'à quarante lieuës .
Ma Lettre eft fi remplie que
je me trouve obligé de referver
plufieurs articles fur differens
fujets , mais quoy qu'ils ne doi
vent pas vous paroiftre, nouveaux
lors que je vous en par
leray ; je fuis perfuadé que je
ne laifferay pas de vous appren.
dre beaucoup de chofes nouvelles
touchant ces articles refervez.
Je luis , Madame , voſtre ,
& c.
A Paris ce 31. Janvier 1707.
AVIS .
Le Mercure de Février ſe
vendra le 4. de Mars. Ceux qui,
"
GALANT 4 ! 1
envoyent
des Articles dans des
lettres dont le port n'eft point
affranchy
, font avertis de nouveau
que leurs Articles
ne fcront
point employez
, à moins
qu'ils ne viennent
des Armées
de Sa Majefté , dont toutes les
Relations
feront reçues fans
que le port foit affranchy
.
LYON
f 2 .
Mm ij
TABLE .
PRelude , qui contient des faits dignes
deftre remarquez , S
Difcours prononcé par Mr le Prieur de
Sorbonne , 18
T
231
Premier Article des Morts ,
Vice- Legation', & place d' Auditeur de
Rote données par le Pape,
Nomination d'un Baile
ST
où Ambaſſadeur
ordinaire de Venife , à la Porte
Ottomane ,
Mariage Etranger,
60
63
66
Extrait d'une Lettre de Dunkerque ,
contenant plufieurs prifes ,
Difcours prononcé par le Pere le Camus,
Jefuite , fur l'établiſſement de l'Aca
demie
Françoife ,
Ouvrage intitulé , la Langue ,
Odes de Mr de la Motte ,
70
78
85
87
Differtation fur une Figure de Bronze ,
trouvée dans un Tombeau ,
Benefices donnez dans la derniere Promotion
, 92
Raport fait à l'Academie des Sciences ,
par Mr Lemery, pour faire l'Analife
TABLE.
de l'Eau Minerale qui se trouve dans
un Puits fitué dans le Jardin de Mr
Billet au Fauxbourg S. Antoine, 136
Article touchant le nouveau Thermome
tre de Mr Nuguet , qui peut eftre
'transporté,
Mouvement fait dans le Regiment des
Gardes
15.5.
16.6. Second Article des Morts
Brigadier oublie dans la Lifte des Brigadiers
, du Mercure de Decembre, 174
Ceremonie obfervée lorsque S. A. E. de
Cologne areçu l'Ordre de Pretrife, 175
Difpenfe donnée au fils de Mr le Prefident
Rouille
199
Article curieux , touchant la furvivance
de la Charge de Secretaire d'Etat ,
laquelle le département de la Guerre eft
attaché , accordée à Mr le Marquis
de Chamillart, 201
Le Vicaire General des Auguftins déchauffez
& fes Affiftans , font préfentez
au Roy ,
221
Difcours prononcé dans le College de
Guyenne à Bordeaux, 224
TABLE.
Journal de cequi s'eft paffe en Canada ,
depuis l'année derniere, 227
Hiftoire de la Sultane de Perfe , & des
Vifirs , Contes Turcs,
Les Voyages dans Paris,
Troifiéme article des Morts ,
260
269
270
Addition à l'Article de la mort de Mr
1.30% de Cauviffon,
Tableaux de MrJouvenet , expofez a S.
Martin des Champs , 303
309
Article contenant tout ce qui s'eſt paſſe,
concernant les Couches de Madame la
Ducheffe de Bourgogne, & les rejouiffances
faites pour la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne ,
Noms des Infpecteurs de la Cavalerie
& des
Dragons,
336
Nomination de S. A. R. Monfieur le
Ducd'Orleans , pour aller commander
en Italie , & de Mr le Maréchal de
Teffe , pour fervir fons ce Prince, Ces
article contient des chofes qui meritent
que l'on y fale attention,
Mariage deMr leDuc deS. Aignan, 3,5 1
337
TABLE .
Nouvelles d'Espagne , contenuës en plufieurs
Lestres, 360
Extrait d'une feconde Lettre de Dun-
Kerque ,
382
Prixdiftribuez parMr Manfard, à l'Academie
de Peinture & de Sculpture , 38 3
Mariage deMrle Marquis de Gondrin ,
290
Article touchant les nouveaux Briga .
diers, dont on a parlé le mois paſſ", 39 2
Autre qui regarde la derniere Edition de
S. Athanafe,
Article des Enigmes
393
366
Affaires generales de la guerre, 398
Conclufion touchant les articlrs refervez,
Avis important,
410
ibid.
Avis pour placer la Figure.
L'Eftampe des Jettons doit
regarder la page 162 .
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