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1706, 10
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MERCURE
GALANT
ZYON
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
OCTOBRE , 1
1706
DE
LA
VILLE
LYON
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
Cont
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainſi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols,quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VI.
1
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus
l'Avis qui a
eftémis depuistant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puis
que malgréles prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
canfe qu'ily en a
quantité
AULECTEUR.
de défigurez, étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
·n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, & que l'onemployera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
5
MERCVRE
GALANT
I
THEQUE
OCTOBRE , ON
1893
DE
LA
VILLE
E ne puis mieux commencer
ma Lettre que
par les trois éloges du
Roy , pronocez à l'Academie
Françoife le jour de la recep
tion de M' l'Abbé de Louvois ,
A iij
6 MERCURE
les
& de M' le Marquis de Saint
Aulaire. Ces M aprés avoir
donné felon l'ufage
loüanges dues à ceux dont ils
rempliffoient la place, au Corps
de l'Academie , & à Mª le
Chancellier Seguier , Fondateur
de cette fçavante Societé,
prononcerent , felon qu'il s'eft
toujours pratiqué en pareilles
occafions , des éloges du Roy.
M' l'Abbé Tallemant , qui fe
trouvoit alors Directeur de
l'Academie , repondit aux difcours
de ces deux M's & loüa
auffi Sa Majefté ;voicy ces trois
éloges . M' l'Abbé de Louvois
rs
GALANT 7
aprés avoir parlé de M le
Chancellier Seguier , dit.
Quelque gloire que l'Académie
fe fust acquife jufqu'alors , it lux
manquoit encore celle d'eftre honorée
de l'augusteprotection du Roy.
Vous l'obtintes , Meffieurs * dans
un temps où les projets de fes conqueftes
rendoient les moments de
fon attention plus précieux ; &
malgré les embarras infeparables
de la guerre , vous vous vites conduire
par ce Heros dansfon propre
Palais.
Cette protection , Meffieurs ,
ne fe bornapas à Vous , elle fefis
16729
A iiij
8 MERCURE
auffi fentir à tous les Gens de
Lettres. le Roy les mit bientoft
par fes liberalitez en estat de ne
fonger qu'à déployer tout leur genie
, & à faire fervir à l'utilité
publique les talents que le Ciel
leur avoit départis . Dèlà ces Académies
cèlebres , qui formées fur
le modelle de la voſtre , renferment
dans les differentes fciences ce que
la France produit de plus parfais .
De là ces decouvertes fameufes
qui rendront le regne de LOUIS
LE GRAND auſſi renommé,
quefes Exploits. De là tous les
Arts portez au plus haut point de
perfection. De là enfin cette magniGALANT
9
ficence royale employée à ramaffer
de tous les endroits de la terre les
monuments antiques confacrez à
l'Hiftoire , & à faire recueillir
de toutes parts ce nombre prodigieux
de Livres qui furpaffe de
beaucoup celuy que les Auteurs
a
donnent aux Ptolomées aux
Auguftes.
Sous de tels aufpices , Meffieurs
, que ne doitpas attendre le
Public de vos veilles & de vos
travaux ? Ils ne peuvent avoir de
plus digne objet,que l'honneur d'un
Prince , dont les actions doivent
fervir d'exemple à tous fes Succeffeurs.
Fe ferois trop temeraire
10 MERCURE
fi j'ofois aujourd'huy employer fur
un fujet fi relevé , les premiers
efforts d'une voix encore mal formée
, & qui refpondroit trop imparfaitement
à votre choix & à
mon zele.
Ce n'est pas que je n'euſſe des
avantages particuliers, pour tenter
unefi difficile entrepriſe .Je n'aurois
qu'à joindre à tout ce qu'en répand
la voix puplique , ce que j'en ay
peu recueillir par une tradition
paternelle. Ceux que
m'a donnez pour maiftres de mon
éducation , m'ont dés mon enfance
Templi l'efprit de toute fa gloire
qu'ils ont eu l'avantage de voir
la nature
GALANT 11
de plus prés , é , pour ainſi dire
jufques dans fa fource.
Mon Ayeul , déja placé dans
le Miniftere de la Guerre , a ví
monter fur le Throfne ce grand
Prince , avec toutes les perfections
d'une naiſſance auſſi heureuſe
qu'elle est augufte. Il afuivi defes
yeux les progrés étonnans d'un genie
fuperieur formé pour la plus
grande Monarchie. Témoin de
tousfes mouvemens ,juſqu'au jour
heureux qu'il commença de
gouverner
par luy-même , il luy areconnu
dés fes premieres années ,
une fageffe finguliere , avant l'experience
; unejuftice exacte , avant
12 MERCURE
La connoiffance des Loix ; une droiture
& une équité accomplie
avant qu'elle puft luy eſtre infpirée
; une grandeur d'ame & une
fermeté héroïque , avant mefme
que d'eftre éprouvée ; & toutes ces
vertus auffifoûtenuës dans la maturité
de l'âge , que parfaites dans
leur
commencement.
Que ne m'apoint raconté un Pere,
qui ne devoitpas moins fon intelligence
aux lumieres defon Maiftre,
quefon élevation àfabonté;qui, dépofitaire
defesplus grands deffeins,
a tousjours admire la précision de
fes ordres, la jufteffe desmoyens
qu'il luyprefcrivoit pour leur exe
GALANT 13
-
cution;qui dans lefecret defes Con
feils voyoit éclore les prodiges , que
le temps les conjonctures faifoient
enfuite éclatter à la veie de
toute la Terre ; & qui par l'accés
particulier dont il eftoit honoré
découvroit tous les jours dansfon
auguſte perſonne ces rares qualitez
qui luy ont acquis le nom de
GRAND avec tant de juftice.
Ce que l'un & l'autre voyoient
de fi furprenant dans ce fublime
Genie , ils le portoient avec eftonnement
dans leur Famille . Ils en
eftoient trop frappezpour pouvoir
s'en taire. Et ce que le fecret ne
leur permettoit pas de declarer, ils
14 MERCURE
le faifoientfentir par leur admiration.
Pourquoy donc ayant appris
, pour ainfi dire¸à parlerpar
les louanges de ce grand Prince
ce langage m'eſtant comme naturel
, nay-je pas aujourd'huy
plus defacilité à vous les expofer ?
Mais qu'il eft different , Meffieurs ,
de parlerfelon fon coeur des Grandeur
du Roy , ou de s'en expliquer
felonladignitéd'unfi auguſteſujet.
Si tous les François peuvent eftre
éloquents pour faire le recit des
actions qui ont fignalé la gloire
de fon regne les plus éloquents
ne le font pas encore affez pour
exprimer dignement & par des
GALANT I'
traits reffemblants le caractere de
fa grande ame , & cette égalité
conftante dans les differents évenements
de fa vie.
Ce ne peut eftre là le coup d'un
premiereffay ; mais le chef d'oeuvre
de l'Art , dont je viendray recevoir
les leçons dans vos fçavants
entretiens . En attendant que j'y
fois devenu digne difciple d'auffi
grands Maiftres , je rentre dans la
foule des Admirateurs de toutes
de ces merveilles, & je me contente
de faire des voeux pour la longue
confervation d'un Prince dont la
feule veuë nous raffure contre les
trop heureux efforts de fes En16
MERCURE
nemis. Sapieté feule ne doit-elle
pas flechir le Ciel en fa faveur ?
&ne voyons-nous pas qu'ils reçoit
desja dans la longue fuite de
fa Royale Famille , la recompenfe
promife aux Rois felon le coeur de
Dieu ?
Faffe donc le Seigneur que fa
fanté précieufe laiffe long- temps à
fes Peuplesle plaifir de vivrefous
fes.loix, qu'aprés avoir reftabli
la Paix & la tanquilité dans
fon Royaume , il n'ait plus qu'à
rendre heureux des Sujets , dont
a tousjours éprouvé le zele &
la fidelité.
il
Voicy comment M' le Mar
GALANY 17

quis de Saint - Aulaire entra
dans l'Eloge du Roy.
C'est par le moyen des Societez
fçavantes que les hommes ont trouvé
le fecret de mettre , pour ainfi
dire , l'efprit en commun : par
s'eft établi un commerce où l'intereft
chacun en retire paffe de beaucoup
le fonds qu'il y porte , où perfonne
ne perd la poffeffion n'y l'ufage
de ce qu'il donne , où le travailparticulier
dévient le profit de
que
tous.
Sans ce concours auffi agréablé
qu'utile , me
le
permettrez- vous ,
Meffieurs , de le dire , Vous ne
Octobre 1706. B
18 MERCURE
rempliriez pas fidignement les efperances
de ce fublime Genie , qui
par le fuccés de fes grandes vûës
prévoyant la gloire de ce Regne
vous en confia le précieux dépoft ,
fe repofafur vous du ſoin d'en
confacrer les monumens à la pofterité.
Les fleurs immortelles de l'éloquence
qu'il fit éclorre , & quifurent
enfuite cultivées de la même
main qui tenoit la balance de la
Juftice , eurent encore befoin de
l'abri dont voftre Augufte Protecteur
les favorife , pour dévenir
entre vos mains dignes de le couronner.
GALANT 19
Il ne falloit pas moins que l'af
femblage de tous les talens acquis
naturels pour parler d'un Roy
en qui toutes les vertus fe réuniffent
, & fi , loin de vos fçavants
Concerts, j'ofay faire entendre ma
foible voix lorfqu'il m'eftoit permis
de ne fuivre d'autres regles
celles de mon zele , daignez
Meffieurs , vous enfouvenir , mon
ambitionfe bornoit à celebrer quelqu'une
de ces vertus aimables , que
le grand nombre de celles qui font
plus éclatantes dérobe auxyeux
que
Public.
du
Vous le fçavez , Meffieurs
plus on l'approche , plus on l'admi
Bij
20 MERCURE
re, & ce point de vuefifatal à la ·
gloire des Princes les plus antez ,
ajoûte toujours quelque nouveau
luftre à la fienne.
Jamais il n'eft fi grand ni fi
refpectable que lorsqu'il fe laiffe
voir dépouillé de la
Royauté
ronne.
pompe de la
de l'éclat qui l'envi-
Quelques ennemis que la Fortune
luy fufcite , quelques obftacles
qu'elle oppofe à fes deffeins ,
fes effortsnefervent qu'à montrer
toutes les faces du Heros. Elle met
au jour des vertus qui demeuroient
oifives & inconnues , & dans fon
inconftance même elle eft conftanGALANT
21
e à fervir fa gloire.
Mr l'Abbé Tallement commença
l'Eloge du Roy par les
paroles fuivantes , en s'adref
fant aux deux nouveax Acade
miciens.
que
Venez , Meffieurs , mefler
vos voix avec les noftres dans le
Concert des louanges immortelles
nous devons à noftre auguste
Protecteur. Tous les évenemens de
fon regne fourniffent tousjours de
nouveaux fujets de l'admirer.
Les plus grandes Puiffances de
l'Europe l'ont veu plus d'une
fois triompher de leurs ains
projets & de leur union , & fi
22 MERCURE
>
*
trouver une
la Fortune femble aujourd'huy
favorifer l'injustice la Fermeté,
Ic Courage , & la Piete du Monarquefçauront
bien foutenir la
bonne caufe
beureufe iffue à tant de maux.
Quelle fureur eftonnante s'eft emparée
des Nations , l'envie & la
jalousie ont mis bas le mafque dont
elles avoient accouftumé defe couvrir;
on ne cherche pas mefme les
plus legers pretextes pour faire la
guerre & pour fe couronner , on
déthrone les legitimes Souverains,
la trahifon & la violence tiennent
lieu de droit
Peuples eftonnez ne fsachant àqui
de raiſon , & les
GALANT 23
obéir , voyent feulement chez eux
le pillage & l'impieté , & ceux
mefmes qui afpirent à les gouverner
acharnez à les ruiner & à les
perdre. Les uns difent qu'ils craignent
que la France ne foit trop
puiffante. Les autres ne font qu'exercer
une vieille haine & s'épuifentfans
aucune veritable venë
pour leur propre intereft. D'autres
enfin redoublant la crainte des
uns & aigriffant la rage
tres , cherchent à fe rendre maiftres
de l'Europe par le feul motif
de maintenir leur ambition demefurée
, & de fe faire des Royaumes
que lajustice & la raifon ont
des
au24
MERCURE
* "
tirez de leurs mains. Il femble
même
Dieu par
que
des fecrets
inconnus defa providence ait livré
le monde Chreftien au Demon du
defordre , & que
la bonne caufe
ait eflé enveloppée pour quelque
temps dans les juftes Decrets de fa
solere. Comment eft- il poffible de
refifter à tant de Puiffances & en
tant de lieux. L'Espagne quidepuis
plus d'un fiecle ne connoiffoit la
guerre quepar le foin qu'on prenoit
de la deffendre & de combattre pour
elle , voit aujourd'huy les Nations
eftrangeres jufques dans le fein.
defes Eftats , fafidelité captive
gemitfous lepoids d'unefoibleffe ,
dont
GALANT
25
dont fa longue letargie l'empêche
de fe délivrer. LOUIS LE
GRAND feul par toutesfortes
de fecours cherche à réveiller cette
ancienne bravoure Eſpagnole ,
foûtient cettefidelitéqu'on cherche
à corrompre par la force & par
les artifices. Les plus mauvais
fuccez ne l'étonnent ni ne l'abbatent.
De nouvelles Armées re- .
naiffent en peu de temps , fes or
dres pourvoyent à tout.
tout, Peut-on
croire que l'Eftre Souverain ne
foit enfin touché de tant de miferes,
ne vienne arrefter la fureur de
la Difcorde ,& ouvrir lesyeux .
tant de Nations qui courent à leur
Octobre 1796. C
à
26 MERCURE
perte dans le temps même qu'elles
croyent triompher. AimablePaix,
Fille du Ciel , divine Aftrée ,
Justice éternelle , defcendez des
Cieux , venez changer la face
de la Terre , venez rendre la tranquillité
à tant de Peuples en leur
rendant leurs veritables Maiftres;
venez enfin nous redonner encore
·ces beaux jours dont nous avons
accoûtumé de joüir fous le plus
juste , &fous le plus grand des
Rois.
La Sceance finit par la lecfit
M' l'Abbé Talleture
que
mant
, d'une
Epître
en Vers
,
adreffée
à M' de l'Academie
,
GALANT 27
& compofée par M' le Marquis
de Saint Aulaire. Ainfi ce
Marquis fit connoiftre , par le
difcours qu'il prononça , &
par l'Epitre dont je viens de
parler , qu'il eft auffi bon
Poëte , que bon Orateur . Vous
fçavez qu'il eft Lieutenant General
du Limouſin , & que
quoy qu'il fe foit toujours attaché
à fervir le Roy , ce qu'il
a fait utilement , il n'a pas
laiffé de faire fa cour aux Mu-
Les avec beaucoup de fuccés.
Je dois vous parler auffi de
M l'Abbé de Louvois , dont
on ne peut faire de trop grands
Cij
28 MERCURE
cet
éloges . Il eſt Grand - Vicaire
de M' l'Archevêque de Reims,
& ce Dioceſe étant un des
mieux reglez de France
Abbé merite quelques loüanges
de ce cofté- là , fans diminuer
celles qui font dûës au
Prelat qui luy en a confié le
foin. Cet Abbé a infiniment
d'efprit , & de cet efprit penetrant
qui fait d'abord concevoir
tout ce qu'ont de plus difficile
les ſciences aufquelles
on
s'attache . Il a de l'imagination
,
de la vivacité , du bon gouft ,
une grande droiture d'ame
beaucoup de prudence , de faGALANT
29
geffe & de Religion , & l'on
peut dire que toutes ces grandes
qualitez le rendent digne
des premiers honneurs de l'Eglife
.
Monfieur le Cardinal Loüis
Omo-Dei eft mort en quatre
heures de tems dans fa cinquantieme
année . Il étoit né au
mois de Mars de l'an 1657. &
Alexandre VIII . luy donna le
Chapeau de Cardinal en 1690 .
Il a laiffé vacant par fa mort
le titre Diaconat de Sainte
Maric in Porticu & plufieurs benefices
. Le corps de cette Eminence
fut porté le lendemain à
C iij
༢༠ MERCURE
Ï'Eglife de Saint Charles au
Cours, où il a efté inhumé dans
le tombeau du feu Cardinal
Omo- Dei fon oncle. Ce Cardinal
étoit d'une des meilleures
maifons du Milanois , où elle
eftoit déja établie dés le tems
des Princes Viſconti , Ducs de
Milan , & fous le regne des
Sforces . La maifon Omo - Dei
eftoit fort confiderable en Italie
, & les Chefs de cette maifon
occupoient les premieres
charges de l'Etat . Feu Monfieur
le Cardinal Omo - Dei
oncle de celuy qui vient de
mourir eftoit dans une grande
GALANT
31
confideration fous les derniers
Pontificats ; fur tout fous ceux
d'Innocent X. d'Alexandre
VII. de Clement IX. & de
Clement X. Il avoit pris foin
de l'education de fon neveu
& il l'avoit fait élever fous fes
yeux ; il en eut toute la fatisfaction
qu'il avoit lieu d'en efperer.
Ce Prelat profita des
leçons du Cardinal ſon oncle ;
il fit de grands progrez dans
les fciences divines & humaines
; & il paffa même dés les
premieres années de ſa jeuneſſe
pour un des meilleurs Jurif
confultes d'Italie. Il avoit ap-
C iiij
32 MERCURE
pris la Jurifprudence fous les
meilleurs Maiftres d'Italie. Il
fe paffoit peu d'affaires importantes
à la Cour de Rome où
le Cardinal Loüis Omo - Dei
n'euft une part confiderable.
Le feu Pape Alexandre VIII.
qui l'avoit honoré de la Pourpre
Romaine , le confultoit
fouvent & l'admettoit à des
audiences fecrettes qu'il donnoit
aux Miniftres étrangers
.
Ce Pontife mit mefme fous la
direction du nouveau Cardinal
Omo- Dei , fon neveu qui fut
Cardinal
. Ce jeune Prelat
profita
beaucoup du commerce de
GALANT 33
Monfieur le Cardinal Omo-
Dei ; & le Pape fon Oncle luy
recommanda fort en mourant.
de conferver toute fa vie d'étroites
relations avec ce Cardinal.
Le Pape Innocent XII.
qui fucceda à Alexandre VIII .
eut les mêmes fentimens d'eftime
& de confideration pour
Monfieur le Cardinal Omo-
Dei ; il luy confia la conduite
de plufieurs affaires importantes
qui fe pafferent fous fon
Pontificat, & le Cardinal Omo-
Dei fit voir dans toutes celles
dont il fut chargé qu'il étoit
tres propre pour la conduite
34 MERCURE
des negociations les plus difficiles
, & le Souverain Pontife
donna en mourant des marques
de la confideration & de
la confiance qu'il avoit pour
cc Cardinal ; puifqu'il le chargea
de l'execution d'une partie
de fes dernieres volontez , &
qu'il le pria de remettre des
papiers de la plus grande confequence
à Monfignor Pignatelli
fon parent , alors Nonce
en Pologne & qui a eſté depuis
honoré de la Pourpre
Romaine par le Pape qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife , &
qui luy donna auffi l'ArchevêGALANT
35
C
ché de Naples , qui vacqua par
la mort de Monfieur
le Cardinal
Cantelmi frere de M' le
Duc de Popoli . M " Omo-Dei
font alliez de la maiſon Pignatelli
, quoyque dans un degré
affez éloigné , & le feu Pape
traitoit toujours de parens ceux
de cette maiſon , qui eft auffi
álliée à celle des Urfins , & à celle
de Spinola , qui eft fortie de
celle de Viſconti , dont elle a
enfuite quitté le nom pour
prendre le nom de Spinola.
Monfignor
Philippucci
ancien
Votant de Signature &
Chanoine de Saint Jean de La
36 MERCURE
tran eſt mort âgé de plus de
80. ans. Le refus qu'il venoit
de faire du Chapeau de Cardinal
, & dont toutes les nouvelles
publiques ont parlé avec
tant d'éloges , fait beaucoup
plus d'honneur à ſa memoire ,
que s'il avoit accepté cette éclatante
dignité. Le Pape l'a envoyé
vifiter plufieurs fois pendant
fa maladie & s'eft voulu
charger du foin de fes funerailles.
Il luy en a fait faire de magnifiques
dans l'Eglife de Saint
Ignace ; & c'eft par ces honneurs
funebres que Sa Sainteté
a voulu marquer la confideraGALANT
37
tion qu'elle avoit toujours eu
pour M Philippucci ; M
Del Vico fon neveu avoit déja
eu la charge de Votant de fignature
& quelques autres benefices
, dont ce genereux Prelat
s'eftoit démis en mefme
temps qu'il refufa le Chapeau
de Cardinal , pour vivre d'une
maniere plus paifible dans la
Solitude de Macerata où il
avoit refolu de fe retirer . Monfignor
Philippucci avoit eſté
long - temps Avocat de la Rote
& il a paru avec éclat dans ce
Tribunal & dans plufieurs autres
de la Cour de Rome . Il
38 MERCUR K
fçavoit parfaitement la Jurifprudence
Canonique . Les Papes
Alexandre VII . Clement
IX. Clement X. Innocent XI .
Alexandre VIII . Innocent XII.
& celuy qui gouverne aujourd'huy
l'Eglife , fe font fouvent
fervis avec beaucoup de fruit
de fes lumieres & l'ont emploié
en diverſes affaires tres - importantes.
M' Philippucci a toujours
fait remarquer dans ſa
conduite une exacte probité ,
un defintereffement & un detachement
à l'épreuve des honneurs
les plus flateurs , & c'eſt
dans de tels fentimens qu'il a
GALANT 39
terminé fa vie. Le Pape a ordonné
aux nouveaux Cardinaux
d'affiſter à fes funerailles;
ce qu'ils ont fait . Sa Sainteté à
auffi fait prononcer une Oraifon
funebre de cet illuftre
deffunt.
Le Prince Lubomirski , Caftellan
& Grand General de la
Couronne eft mort à Rzeszou.
Ce Prince eftoit d'une des plus
illuftres familles de Pologne.
La maifon de Lubomirski eft
alliée à celles de Sobieski &
Wiefnowiski , & elle l'étoit autrefois
à celle des Jagellons , qui
ont regné tres - long- temps
40 MERCURE
dés
dans cette Monarchie . Le Prince
qui vient de mourir avoit
eu beaucoup de part aux troubles
de fon Païs , & il a fait tous
fes efforts pour les pacifier
le commencement & rétablir
le calme dans la Pologne . On
affure mefine que les dernieres
paroles qu'il a dites en moumarquoient
le regret
rant ,
qu'il avoit de n'y avoir pû
reüffir. Le Prince Lubomirski ,
avoit fait plufieurs campagnes
avec beaucoup de gloire. Il
avoit fervi fous le feu Roy de
Pologne dans les guerres que
ce Monarque a foutenues conGALANT
41
tre les Turcs. Il à auffi fervi
long - temps en Hongrie. Le
feu Roy Michel Wieſnowiski,
avoit efté fort lié avec le Prince
Lubomirski fon pere ; &
c'eft celuy- ci en partie qui fit
tomber la Couronne de Polofur
la tefte du premier aprés
l'abdication du Roy Cafimir.
La maifon de Lubomirski eft
fort étendue en Pologne , elle
y a formé diverfes branches ,
qui y font toutes fort puiffantes
& qui ont des établiſſemens
tres - confiderables dans ce
Royaume . Il y a à prefent dans
cette Ville un Prince Lubo-
D
Octobre
1706.
42 MERCURE
miski , qui eft neveu de celuy
dont je vous apprens la mort ;
il s'y diftingue par fes manieres
polies & par la dépenſe qu'il y
fait. Les Princes Lubomirski
font auffi anciens en Pologne
que l'illuftre famille des Jagellons
, & ils eftoient établis
dans ce Royaume avant mefme
que l'on y connuft des Rois,
& dans le temps que de fimples
Ducs gouvernoient cet état,
Leur maiſon a produit de
grands perfonnages dans les
armes & dans la politique ; &
la Republique de Pologne n'a
jamais trouvé de plus zelez
GALANT
43
deffenfeurs que dans les Princes
de cette maiſon.
La Princeffe Frederique , fille
unique du Duc Jean - George
de Saxe- Weyfensfelt , eft auffi
decedée. La mort de cette Princeffe
a caufé une grande afflic
tion dans la famille du Duc
Jean - George ; les efperances
qu'elle donnoit du côté de l'efprit
, & les avantages qu'elle
avoit reçus de la nature , rendent
cette perte encore plus
fenfible. La Maiſon de Saxe a
produit plufieurs autres branches
, fçavoir celles de Saxe-
. Hall , de Saxe- Merfbourg , de
Dij
44 MERCURE
Saxe- Naumbourg ou Zeits , de
Saxe-Weymar , de Saxe-Eyfenach
, & de Saxe- Gotha. Cette
Maifon defcend de celle de
Mifnie , qui tiroit fon origine
de Witikind , qui a donné naiffance
à pluſieurs autres grandes
Maifons de l'Europe . Albert
, dit l'Ours , Prince d'Anhalt
, en qualité de petit - fils de
Magnus , dernier Duc de la
Maifon de Billinghen , prit la
baffe- Saxe fur Henry le Superbe
, Duc de Baviere , qui difputa
l'Empire à Conrad III . Le
fils d'Henry s'y établit entierement
, aprés la mort d'Henry
GALANT 45
le Superbe. Le fils de celuy-cy ,
dit Henry , le Lion fut mis au
Ban de l'Empire , & ſes biens
furent confifquez à cauſe de
fes violences , vers l'an 1175.
Othon de Witilfpach eut la
Baviere , & le fils d'Albert
l'Ours garda la Saxe , à laquelle
joignit tout ce qui en fait
l'Electorat , & c'eft de luy que
defcendent les Ducs de Saxe
Lawembourg. En 142 3. l'Empereur
Sigifmond voulant recompenfer
les grands ſervices
de Frederic le Belliqueux , Marquis
de Mifnie , il luy donna
cet Electorat , vacquant par la
46 MERCURE
mort d'Albert IV . qui ne lait
fa point d'enfans. Eril V. Duc
de Saxe -
Lawembourg y prétendit
; mais il fut obligé de fe
contenter de la baffe - Saxe. La
haute demeura avec l'Electorat
à la Maiſon de Mifnie qui
y prétendoit comme deſcendue
de Witikind . Frederic le
Belliqueux a eu des fucceffeurs
qui font encore Ducs de Saxe.
Jean- Frederic fut dépoüillé de
1
Electorat de Saxe en 1548 .
Maurice fon coufin , arrierepetit-
fils de Frederic II . en fut
inveſti , & le tranſmit aux enfans
d'Augufte - Maurice fon
GALANT
47
frere. Le Roy Augufte , aprés
plufieurs generations , en eft
defcendu. M' Henry Meibo .
mius a fait un excellent ouvrafur
la Maifon de Saxe : il
eft intitulé H. Meibomii ad hif
ge
toricum Saxoniæ interioris introductio.
Celuy de feu M' Gregorio
Leti , qui a pour titre : della
Cafa fereniffima di Saffonia , eft
fort eftimé. Perfonne ne doute
que la Maifon de Saxe ne foit
une des plus anciennes de l'Europe
; elle a efté fort illuftrée
par les grands hommes qu'elle
a produits. Jean - Frederic qui
fut dépouillé par l'Empereur
?
48 MERCURE
Charlequint , à qui il faifoit la
guerre , comme chef de la Ligue
de Smalcalde , eſt un de
ceux qui luy ontfait plus d'honneur
. Maurice fon couſin &
qui fut inveſti de fon Electorat
fut un des plus grands Capitaines
de fon fiecle ; on luy reproche
avec juftice , d'avoir
manqué de reconnoiffance
pour fon bien faicteur . Eneffer,
de peu temps après avoir efté
invefti de l'Electorat
de Saxe ,
il fit la guerre à l'Empereur
Charles- quint , & il s'en fallut
peu qu'il ne le fift prifonnier
dans une Ville de l'Empire
off
GALANT 49

bù ce Prince foupoit.
M' le Comte de Fuenfalida
eft mort à fa maiſon de Campagne
, à fept lieuës de Madrid.
Le merite & les grandes
qualitez de ce Seigneur l'ont
fait fort regretter à la Cour
d'Eſpagne . C'eſtoit un des plus
grands Seigneurs de cette Monarchie
, & qui meritoit mieux
fa fortune par les grandes qualitez
dont la nature l'avoit orné
. Il eftoit doux , bien- faifant ,
genereux , & alloit toûjours au
devant des graces qu'il eftoit
en eftat de faire . Il eftoit d'une
des plus illuftres Maifons d'Ef-
|
Octobre 1706
.
E
to MERCURE
pagne
. Elle a efté feconde
en
grands
hommes
, & qui ont
toûjours
fignalé
leur fidelité
pour le fervice
des Rois leurs
Maiftres
. Une branche
de cette
Maiſon a efté autrefois établic
pendant
quelques
années à
Tyndaro
( en latin Tyndarus
, )
Bourg de Sicile , dans la Vallée
de Demona , entre les Villes
de Patty & de Melaffe , où il y
à une Tour & une Egliſe dediée
à Nôtre - Dame , appellée
Sainte - Marie de Tyndaro
;
c'étoit autrefois
une Ville Epifcopale
fous la Metropole
de
Sarragoffe
, dont Strabon parle
GALANT 51
allez avantageufement dans
fon 6 livre. M' le Comte de
Fuenfalida eftoit allié aux plus
grandes Maifons d'Eſpagne :
fçavoir,à celles de Velasco , Medinacéli
, Popoli ou Cantelmi ,
Spinola , de Los Rios , & plufieurs
autres de ce rang. La
mort de ce Seigneur a attiré
des regrets univerfels à Madrid
, & dans tous les lieux où
il eftoit connu ; fes manieres
polies & genereufes luy avoient
gagné tous les coeurs .
M' Methwin , Ambaffadeur
d'Angleterre à la Cour de Portugal
, mourut à Liſbonne au
E ij
2 MERCURE
mois de Juillet dernier. C'eft
une vraye perte pour la Cour
de Londres , laquelle eftoit redevable
à l'habileté de ce Miniftre
, du Traité d'Alliance
avec le Roy de Portugal ; d'autant
plus que les principaux
Membres du Confeil de ce
Prince avoient toûjours paru
oppofez à la guerre contre l'Ef
pagne , ayant fouvent reprefenté
que les Anglois & les
Hollandois n'eftoient déja que
trop puiffans , pour devoir faire
ombrage au Commerce des
Portugais ; que fi une fois ils
eftoient les Maiftres de quelGALANT
53
que Port d'Espagne , le Portugal
feroit comme fous la tutelle
de ces Nations maritimes ;
au lieu qu'on n'avoit rien à
craindre de la part des Efpagnols
, qu'on fçavoit eſtre plus
inclinez au repos qu'au travail .
M' Methwin , fçut par fes
prefens & par fes promeffes
gagner ceux qui avoient le plus
de credit fur l'efprit du Prince :
Peut- eftre qu'un autre , avec de
pareils fecours , auroit réüffi
comme luy ; puiſque l'argent
peut tout operer prés des ames
venales .
M' Methwin avoit efté em-
E iij
54 MERCURE
ployé fous le regne du Roy
Guillaume en d'importantes
negocations , & il y avoit cu
tout le fuccés qu'on pouvoit
attendre d'un habile Miniftre .
Il eftoit d'une ancienne Maifon
d'Angleterre , originaire
du Comté de Northumberland
. Son pere avoit eſté employé
dans les affaires fous les
regnes de Charles I. & de Charles
II. & fon ayeul avoit eu
beaucoup de part dans les bonnes
graces du fameux Duc de
Buckinquam , Favory de Jacques
I. & de Charles I. fon fils .
Ce Miniftre avoit déja comGALANT
mencé à élever le Comte de
Methwin , qu'il avoit attiré à
la Cour , lorfqu'il fuccomba à
l'âge de 32. ou 33. ans , fous
la malice de fes ennemis qui le
firent empoifonner. M' de Methwin
quitta la Cour dés qu'il
eut perdu fon Protecteur , & il
alla pleurer fa mort à la campagne
, où il fe retira , & où il
s'occupa à élever fa famille
pendant les troubles qui agiterent
l'Angleterre fur le milicu
du dernier fiecle . Son fils , pere
de celuy dont je vous apprens
la mort , ne parut à la Cour que
lorfque le Roy Charles II . fut
rétabli, E iiij
56 MERCURE
M ' le Coq , Licencié és Loix ,
Curé de la Paroiffe de S. Germain
de la Ville d'Orleans
prononça l'Oraiſon Funebre
de feu Monfieur le Cardinal de
Coiflin , Evêque de cette Ville,
& grand Aumônier de France ,
dans l'Eglife Royale de Saint-
Aignan d'Orleans , le Lundy
22. du mois de Mars dernier.
Cette piece d'éloquence qui reçut
alors de grands applaudiffemens
, vient d'eftre imprimée
à Orleans chez Jean Borde . Ces
paroles de l'Ecclefiaftique : Di
lectus Deo & hominibus , cujus
memoria in benedictione eft , ferGALANT
57

virent de texte & de divifion
l'Orateur . Il s'eft rendu , dit - il ,
agreable au Seigneur , en travaillant
à fa propre fanctification
; Dilectus Deo . Ses vertus
l'ont rendu aimable aux hommes
, tant dans fa vie particuliere
que dans fa vie publique ;
Dilectus hominibus . On trouve
de beaux traits dans ce Dif
cours ; en voici un que je ne
dois pas oublier. Aprés avoir
repreſenté le jeune Abbé de
Coiflin à fon entrée dans le
monde , ferme dans le chemin
de la vertu , malgré les tentations
delicates des dignitez
58 MERCURE
des richeffes , & de l'eftime
qu'on avoit pour luy , l'Orateur
continuë ainfi : Ah ! Meffieurs
, qu'une fi fage conduitefut
une vive cenfure , quoy que muette
, de la plupart des Courtifans ,
dont les uns ne confacrent à Dieu
que les rebuts du monde , les reftes
d'une vie ufée àfon fervice , &
les autres , religieux par intereft ,
ne ſe portent à
à la devotion que
lorfqu'eftant , pour ainſi dire , devenue
à la mode , elle leur fraye le
chemin pour gagner les bonnes
graces du Prince , qui est toujours
leurprincipale divinité. On trou
ve enfuite l'éloge de Ceſar du
GALANT 59
Cambout , Marquis de Coiflin,
Chevalier des Ordres du Roy
Colonel general des Suiffes &
des Grifons , pere de Monfieur
le Cardinal de Coiflin ; celuy du
Cardinal de Richelieu un de
fes grands oncles , celuy de feu
Monfieur le Chancelier Seguier
, fon ayeul ; & enfin , en
parlant de la grandeur de la
Maiſon de Coiſlin , on remarque
qu'elle eft alliée aux anciens
Ducs de Bretagne , aux
anciens Comtes de Dreux ,
aux Maiſons de Rohan , de
Lorraine & de Sully .
L'Orateur remarque dans le
30 MERCURE
2º. Point l'établiſſement que
ce Cardinal a fait prés de fa
Maifon de Meang d'une Communauté
de jeunesgens,formée
felon le defir & fur le modelle
de celle de S. Charles , toute entretenue
à fes frais , & élevée
fous fes yeux : on parle auffi de
la converfion de M' des Mahis ,
fameux Miniftre , que ce grand
Prelat procura par ſes ſoins ,
& de la fondation & de l'établiffement
de l'Hôpital general
d'Orleans , dûs à l'ardente
charité de ce Cardinal. Vous
nous l'aviez donné , dit l'Orateur
en finiſſant , Seigneur , dans vos
1
GALANT bi
mifericordes ; n'eft-ce pas dans vôtre
colere que vous le retirez de
nous?
Le Dimanche 19 de ce
mois , les Peres de la Communauté
du Mont - Valerien , firent
la ceremonie de dépofer
dans leur Eglife une petite portion
de la vraye Croix , qui leur
a efté donnée par M' le Curé
de Saint Sulpice : M ' l'Evêque
de Rofalie Officia avec beaucoup
de pompe , & il fit deux
Proceffions ce jour - là autour
de l'Eglife , où la Relique fut
portée folemnellement ; & M
l'Abbé de Gontaut- Biron , pa62
MERCURE
rent de Monfieur le Cardinal
de Noailles
, prononça un difcours
tres-éloquent fur le fujet
de la maniere qu'elle est écrite
dans un Livre intitulé : La devotion
à la Croix de Noftre- Seigneur
Fefus-Chrift ; in quo eftfalus
, vita & refurrectio noftra , &
imprimé chez Pierre Giffart ,
Libraire à l'Image Sainte Therefe.
L'Empereur Manuel Comnene
, qui gouverna l'Empire
d'Orient depuis l'an 1 143. jufqu'à
l'an 1 180. eftoit poffeffeur
de ce précieux trefor , & ce fut
cet Empereur qui ordonna que
GALANT ÜZG
la Fête de l'Exaltation feroit
celebrée par le peuple , en s'abf
tenant de toutes oeuvres ferviles
. On tranfporta dans la
fuite de Conftantinople en diverfes
Provinces de l'Europe ,
des morceaux de cette Croix ;
& ce fut aprés bien des revo ~
lutions que celuy dont il s'agit
icy échut à feuë Madame la
Princeffe Palatine , dont la pieté
égaloit la naiffance . Cette Princeffe
legua cette Relique à l'Abbaye
de S. Germain des Prez ,
par fon teſtament du 8. Mars
1683. Elle attefte dans ce tef
tament avoir vû cette portion
64 MERCURE
de la vraye Croix dans les flami
mes fans brûler , & Madame la
Princeffe de Brunſwick , fa fille,
a affuré que ce prodige arriva
en la prefence de plufieurs Princes
& d'un grand nombre de
perfonnes de qualité. Le Pere
Claude de Bretagne , Prieur de
l'Abbaye de Saint Germain des
Prez , du confentement de fa
Communauté , en donna enfuite
une partie à M Hugues
Jannon , Preftre ancien Obediencier
de l'Eglife Collegiale
de Saint Juft de Lyon, qui aprés
l'avoir cuë pendant plufieurs
années , la donna à ſa mort, qui,
re
GALANT 65
arriva en cette Ville dans la ruë
Caffette , àM' le Curé de Saint
Sulpice , qui l'a gardée pendant
un temps affez confiderable
pour fon uſage particulier , &
enfin plein d'un mouvement
de religion , il a voulu faire
rendre un culte public à cette
portion de la vraye Croix ; &
dans cette vûë il en a fait
prefent
aux Preftres du Calvaire au
Mont-Valerien à Paris , comme
un lieu convenable & confacré
depuis longtemps à faire
honorer les myfteres de la Paffion
de Jefus- Chriſt. M' Pirot
Grand Vicaire de Paris , für
Octobre 1706. F
66 MERCURE
commis par Monfieur le Car
dinal de Noailles , pour faire
la vifite de cette Relique ; ce
qu'il fit le Jeudy aprés midy
premier Juillet de la preſente
année , dans la Maiſon Preſbyterale
de Saint Sulpice , & il en
dreffa fon Procés verbal , qu'il
fit contrefigner par M ' Grolaire
, Preftre de Saint Sulpice ,
qui fut choifi pour Secretaire
en cet Acte. Le Livre dont je
viens de parler contient un récit
hiftorique de la diſtribution
qui a efté faite des parties de
vraye Croix en diverſes parties
de l'Europe , & de l'étala
GALANT 67
bliffement de la
Congregation
des Preftres du Mont - Valerien
commencé par Mr Hubert
Charpentier Preſtre de Meaux ,
avec diverfes Prieres & Litanies
compofées pour cette devotion.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Brienne , Ordre de S. Benoiſt
, Dioceſe de Lyon , à Madame
de la Barge , Religieufe
du même Ordre. Cette Dame
eft proche parente de M' de
Saint- Georges , Archevêque de
Lyon , & c'eft le témoignage
que ce Prelat a porté au Roy
en fa faveur qui a déterminé
Fij
68 MERCURE
Sa Majesté à luy donner cette
dignité . Ce choix a eſté entierement
applaudi dans tout le
Diocefe de Lyon , où le merite
de cette Dame eft fort connu ,
& où elle a donné plufieurs
marques des lumieres qu'elle
avoit pour la conduite d'une
Maifon Religieufe. Il falloit
une Abbeffe de ce merite & de
cette vertu pour confoler les
Dames de Brienne de la perte
qu'elles ont faite de leur Abbeffe
, dont le merite & la vertu
égaloient la naiſſance. Mª
de la Barge eft alliée à tout ce
qu'il y a de plus confiderable
GALANT 69
dans les Provinces de Lyonnois
, Forez , Baujollois , Auvergne
, & Bourbonnois
: mais
on peut dire qu'une naiſſance
illuftre eft le
moindre avantage
de cette Dame.
La Maiſon de la Barge eft
une des plus nobles & des plus.
anciennes de la Limagne d'Auvergne
, il y a prefentement un
Commandeur
de Malthe de
cette Maifon , & Mademoiſelle
de la Barge , fille d'une grande
vertu , & qui eft confiderée
dans le monde par fon merite
& par fon illuftre naiſſance , eſt
fa foeur. Cette Demoiſelle eft
70 MERCURE
proche parente de M˚ la Marquife
de Mioffens . La Maiſon
de la Barge eft auffi alliée à celles
de Foudray , Contenſon ,
Chalmazel - Talaru , Andrault
de Langeron , Damas du Rouffet
, Chardin de Genetines ,
d'Albon , & à pluſieurs autres
de terang. Elle eftoit fort confidcrée
dans la Province d'Auvergne
, dans
le
temps
que
le Conneftable
de Bourbon
qui
périt
au Sac de Rome
, eftoit
Proprietaire
de cette
Province
,
& dans
le temps
que les autres
Seigneurs
de la Maifon
de
Bourbon
en eftoient
les maîGALANT
71
tres . Cette Maiſon a donné il
y a prés de 300. ans pluſieurs
Comtes à l'Eglife de Lyon , &
qui en ont poffedé les premieres
dignitez ; leurs armes font
encore dans cette Eglife . Il y
a eu un Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , dans le temps
que cet Ordre eftoit le plus
confiderable ; celuy qui avoit
l'honneur de le poffeder eftoit
auffi Capitaine de Cent- hommes
- d'Armes . Me l'Abbeffe
de Brienne à plufieurs grand'-
Meres des Maifons du Palais ,
de Canillac , & de Montmoyen
: beaucoup d'autres auf72
MERCURE
fi que je ne nomme point , par
ce que le détail en feroit trop
long . M° la Comteffe de la Bargeeft
de l'illuftre Maiſon d'Albon
, dont les Chefs ont efté
Souverains du Dauphiné & ont
eu l'honneur de le donner à
nos Rois ; il y a eu une fille de
la Barge mariée dans la Maiſon
de Joyeuſe. M˚la Comteffe de
Montgon la doüairiere , eſt
foeur de feu M' le Comte de
la Barge ; elle a donné à la Maifon
de Montgon quantité de
belles alliances ; je dois ajoûter
icy qu'il y a eu plufieurs Chevaliers
de Saint Jean de Jerufalem
,
GALANT 73
falem , qui eft l'Ordre de Malthe
,dont il y en eut un qui ſe
diftingua beaucoup au fiege de
Rhodes. M' le Commandeur
de la Barge a eu l'honneur de
fervir le Roy pendant plus de
trente années avec beaucoup
de valeur .
M Efprit Joufleaume , Marquis
de la Bretefche , Vicomte
de Tiffange , Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Gouverneur de Poitiers , mourut
aux Sables d'Olonne le 28 .
Juillet . Il eftoit fils de Mr Loüis
Jouffeaume , Marquis de la Bretefche,
Lieutenant d'une Com
Octobre 1706. G
re
74 MERCURI
pagnie des Gardes du Corps
du Roy , Gouverneur & Lieutenant
general de la Ville de
Poitiers. Il nâquit en 1638 .
il entra dans les Moufquetaires
fi- toft qu'il fuft en âge
de porter les armes , & enfuite
dans la Cavalerie , où il fervit
jufqu'en 1674. que le Roy luy
donna un Regiment de Dragons
,, à la tefte duquel il fe diſtingua
dans plufieurs occafions
. En 1676. s'eftant trouvé
dans Maftrick lorfqu'il fut
affiegé , il y commanda en qualité
de Brigadier la moitiédes
troupes qui deffendoient cette
GALANT 75
Place ; & ce fut à ce fiege que
voulant reprendre le Baſtion
Dauphin dont les ennemis s’étoient
rendus maiſtres , il eut la
jambe gauche emportée d'un
coup de canon. Âu mois de
May 1678. il imagina & executa
la grande & hardie entre-
P fe fur la Ville & Citadelle
de Lewe en Brabant , pour laquelle
il obtint du Roy cinq
cens hommes de pied & cent
cinquante chevaux de la gar-
.nifon de Maftrick , avec lefquels
au moyen de certains
batteaux portatifs qu'il avoit
inventez pour faire des ponts
Gij
76 MERCURE
fa
fur l'avant-foffé & fur le foffe
de la Place , il emporta d'af
faut la Ville & la Citadelle ,
quoy qu'elle fuft deffenduë par
huit cens hommes de pied foûtenus
d'un Regiment de Cravattes
, & que ſa ſituation la
rendift prefque inacceffible , à
caufe des marais dont elle eft
environnée de tous coftez . Le
Roy en confideration d'une fi
belle expedition , l'honora du
Gouvernement de cette Place ,
qu'il conferva jufqu'à la Paix
de Nimegue. Il eut enfuite le
Gouvernement de Mayence &
celuy de Hombourg , avec
GALANT 77
la Lieutenance generale de la
Province de la Sarre. Il a rempli
tous ces emplois avec honneur
, & il eft mort l'un des
plus anciens Lieutenans generaux
des Armées du Roy , commandant
en cette qualité dans
la Province & fur les Coftes de
Poitou . Il avoit époufé Dame
Loüife Marie d'Abancour ,
fille aînée de M' d'Abancour
Lieutenant de Roy de la Ville
& Citadelle de Saint Quentin ,
'd'une famille confiderable dans
la Province de Picardie , dont il
n'a point laiſſé d'enfans . M' le
Marquis de la Bretefche fon
-
>
Giij
78 MERCURE
a
pere avoit eu 27. enfans ; ceux
qui font venus en âge de porter
les armes ont efté tuez ou
bleffez au ſervice du Roy. Louis
Jouffeaume l'aîné de tous ,
efté tué Sous - lieutenant au Regiment
des Gardes ; Pierre Jouf
feaume , Chevalier de la Breteſche
, a eu le même fort dans
le Regiment de Navarre où il
fervoit ; René Jouffeaume eft
mort Page de la Reine Mere du
Roy ; Louis Jouffeaume à prefent
l'aîné de la famille , eftoit
premier Capitaine du Regiment
de Dragons de la Bretefche.
Pendant le fiege de Maf
GALANT 79
trick il fe trouva à la tefte
d'un détachement de Dragons ,
& il entra le premier l'épée à
la main dans le Baſtion Dauphin
, que les ennemis avoient
occupé , & les en chaffa. Il fe
diſtingua encore dans l'expedition
de Lewe , s'eftant rendu
maistre du Baftion de la Citadelle
, où il entra le premier à
la tefte de fa troupe. Ses infir
mitez l'ont obligé de quitter le
fervice. Ita époufe Dame Charlote
le Mercier , d'une famille
confiderable dans le Parlement
de Bretagne , où elle a plufieurs
belles alliances. Il en a plufieurs
1
G iiij
80 MERCURE
enfans ; Efprit Jouffeaume ;
Comte de la Bretefche , Colonel
d'un Regiment d'Infanteric
, eft mort fans enfans de
Dame Marie- Madelaine Teftu,
fille deM' Teftu, Maiftred'Hôtel
ordinaire de la Maiſon de
S. A. R. Monfieur , frere unique
du Roy. Cette famille eft
connue dans Paris , & elle eft
alliée à plufieurs perfonnes diftinguées
dans la Robbe & dans
l'Epée. Felix Jouffeaume Chevalier
de la Bretefche , le plus
jeune de tous , eftoit Moufquetaire
pendant la Campagne que
fit Monfeigneur le Duc de
GALANT
81
Bourgogne en 1702. Il eut la
jambe gauche emportée d'un
coup de canon , lorſque l'Armée
ennemie fut pouffée juf
ques fous Nimegue ; il cft Che
valier de S. Louis , Gouverneur
& Lieutenant general de Poitiers.
La Maifon de la Bretefche
eft originaire de Bretagne ,
& depuis plus de quatre cens
ans elle eft établic en Poitou ;
elle eft alliée aux plus illuftres
Maifons tant de cette Provin
ce que des Provinces voifines ,
fçavoir à celles de Beaumanoir ,
de Lavardin , de du Pleffis - Believre
, du Pié- du - Fou ; & à
1
82 MERCURE
plufieurs autres également con
fiderables.
Dame Madeleine- Elifabeth
Charon de Menars , époufe de
M' Dreux Auguftin Dugué ,
Maistre des Requeftes , mourut
le 20. Septembre, âgée de trente-
un an & quelque mois . Elle
eftoit fille de Me Jean Jacques
Charon , Marquis de Menars
beau-frere de feu M' Colbert ,
aujourd'huy Preſident à Mortier
, & ci - devant Intendant
de Paris , & Surintendant de la
Maifon de la Reine , qui outre
fa dotte a bien voulu affurer
aprés fa mort à M' Dugué en
GALANT 83
faveur de ce mariage , s'il en
venoit des enfans , fa Charge
de Prefident à Mortier , fous
le bon plaifir de Sa Majeſté ,
qui leur a fait l'honneur de fr
gner
leur Contrat de mariage .
Il en eft venu trois filles qui
font en bas âge. Cette Dame
eſt univerſellement regrettée
de toutes les perfonnes qui
l'ont connue , tant à caufe de
fes vertus que de la modeſtie
finguliere qui luy eftoit naturelle.
Quoy qu'elle s'éloignaft
fort des vanitez & de tous les
plaifirs du monde , pour fe donner
toute entiere à la pratique
84 MERCURE
exacte des devoirs de fa Reli
gion , tant à l'égard de Dieu
que de fa famille , & dans celle
dans laquelle elle eftoit entrée,
elle ne laiffoit pas d'eftre fort
'confiderée de ceux dont le caractere
eftoit different du fien ,
& ils ne pouvoient s'empêcher
de rechercher fon amitié . Elle
aimoit tellement fes domefti
ques & les pauvres , qu'elle fe
privoit fouvent du neceffaire
pour les aider & pour les fecourir
dans leurs befoins ; elle
ne faifoit jamais de dépenfe
pour ſa perſonne qu'à regret ,
& que lors qu'elle s'y voyoir,
GALANT 85
Contrainte
par l'autorité
de
ceux aufquels
elle croyoit que
fon eftat & fa condition
l'obligeoient
de defferer . Je ne
m'etendray
pas icy fur la famille
de fon époux; on fçait qu'elle
eft confiderable
dans la Robbe,
& qu'elle eft alliée à plufieurs
perfonnes
diftinguées
tant dans
la Robbe dans l'Epée
. Il
y a eu trois Confeillers
d'Etat
de ce nom
fans compter
un
Sous - Doyen du Confeil d'Etat
du Roy , qui eftoit beau-frere
de Monfieur
le Chancelier
le
Tellier.M' Dugué eft neveu de
M' Dugué , Seigneur
de Baique
86 MERCURE

gnols , qui a depuis vingt-deux
ans l'Intendance de Flandre . Il
eft frere puiſné de M' Dugué
Maistre des Requeſtes dont je
vous parle. Le pere de ces deux
M" s'eft diftingué par fes rares
qualitez , tant dans le monde ,
où il a eu des amis du premier
rang , qu'aprés l'avoir quitté
pour paffer fa vie dans fa retraite.
Il quitta fa Charge de
Maistre des Requeſtes , dés l'âge
de trente-cinq ans , pour ſe
donner uniquement à Dieu ,
appliqué aux ſoins de l'éducation
de fes enfans , & à affifter
tous ceux qui avoient befoin
GALANT
>
de uy , de ſes conſeils , & de
fes biens qu'il a répandus abondamment
; de forte que ceux
qui vivoient de ſon temps &
qui l'ont connu ont affuré
qu'il avoit fait un fi grand nom
bre de charitez & d'oeuvres
pieufes dans les fix dernieres
années de fa vie , tant par diftribution
manuelle , & donations
entre-vifs , qu'il avoit dépenſé
plus de cinq cens mille livres ,
dans fon teftament , qui peut
fervir d'exemple à ceux qui
laiffent des enfans en bas
âge. Il ordonne que juſqu'à
leur émancipation , il fera mis
& MERCURE
entre les mains de deux,
Maiftres des Requeſtes qu'il
nomme Executeurs , tous les
mois cent livres fur chaque
part des biens de quatre enfans
qu'il laiffe , ce qui monquatre
mille
huit
te
par an
à
&
cens livres , pour eftre diftribuez
en aumônes felon qu'ils le
jugeront à propos , marquant
expreffement que s'eftoit pour
leur apprendre de bonne heure
les accoûtumer à faire abondamment
des charitez quand ils feront
plus grands , & qu'ils auront
la difpofition de leurs biens.
Vous ferez furpriſe de voir
GALANT 89
que je traite de Madame , dans
l'Article que vous allez lire ,
une perſonne de voſtre ſexe
qui n'a point eftéengagée dans
les liens du mariage. C'eft de
Madame la Ducheffe d'Epernon
dont je veux parler . Deux
raifons en font caufe . Premierement
, parce qu'elle defcendoit
des anciens Rois de Navarre
; & en fecond lieu , parce
que le Duché dont elle avoit
herité ne tombe point en quenouille
, & auffi parce que Henry
III . érigea Epernon en Duché
, en faveur de ſon favory
6 Octobre 1706.
90 MERCURE
Jean - Louis de la Valette . Ce
Privilege a efté particulier à
Mefdames les Ducheffes d'Epernon
, d'Angouleſme , &
d'Aiguillon , qui n'ont point
efté mariées.
Je viens à l'Article qui m'a
donné lieu de faire ces remarques.
Dame N..... de Goth de
Roüillac , Ducheffe d'Epernon ,
eft morte dans un âge tres - peu
avancé , dans le Convent des
Religieufes du Calvaire du Marais
, où elle s'eftoit retirée depuis
plufieurs années . Cette
Dame cftoit fille de feu Meffire
GALANT 91
, N.... de Goth de Rouillac
qui portoit la qualité de Duc
d'Epernon , & de Dame N...
d'Eſtampes de Valençay , tante
de M' le Comte de Valençay
d'aujourd'huy. La Maiſon de
Goth de Rouillac eft iffuë d'un
puifné de l'illuftre Maiſon d'Albert
, qui eft fortie , felon le
fentiment de plufieurs Auteurs
, des anciens Vicomtes
de Tartas , & les anciens Vicomtes
de Bigorre , dont la
Maiſon a produit des Rois de
Navarre , ont donné l'origine à
ceux- cy. Feu M ' le Duc d'Epernon
, pere de la Dame dont je
Hij
92 MERCURE
vous apprens la mort , fucce
da au Duché d'Epernon aprés
le decés du dernier Duc de ce
nom , qui cftoit de la Maifon
de Nógaret de la Valette , &
recueillit cette fucceffion com
me plus proche parent du côté
paternel , cftant d'une foeur de
Jean-Louis de Nogaret de la
Vallette , favory d'Henry III .
premier Duc d'Epernon , &
Gouverneur
de Provence
, qui
avoit efté mariée dans la Maifon
de Rouillac. Cette dernierë
Maiſon a eu l'avantage d'avoir
donné à l'Eglife Clement V.
qui avoit eſté auparavant
ArGALANT
93
chevêque de Bordeaux , & qui
transfera le Saint Siege à Avignon
, où il demeura jufqu'à
ce que le Pape Gregoire XI.
de la Maifon de Beaufort- Ca
nillac , l'un de fes Succeffeurs
le rétablit à Rome , à la perfua
tion de Sainte Catherine & de
Sainte Brigitte , qu'on difoit
qui avoient eu des revelations
fur ce fujet. Feu M ' d'Epernon-
Roüillac fçavoit parfaitement
l'Hiftoire , il a travaillé à celle
de l'augufte Maiſon de France
, & il a donné en plufieurs
occafions des preuves du zele
ardent qu'il avoit pour tout
94 MERCURE
ce qui la regardoit.
Madame la Ducheffe d'Epernon
qui vient de mourir , tiroit
moins d'avantages d'une fi
illuftre naiffance , que de fa ver,
tu & de fon merite. Sa vertu
avoit éclaté dans le mépris
qu'elle avoit fait des grandeurs
de la terre , pour s'aller confiner
dans une retraite & y paffer
fes jours les plus brillans
dans une meditation des veritez
éternelles ; cette vertu avoit
encore paru dans le defintereffement
que cette Dame avoit
marqué en plufieurs occafions
à l'égard de fes proches : elle
GALANT 95
a negligé de faire valoir fes
droits les mieux acquis , plûtoft
que de troubler la paix de
quelques familles qui luy touchoient
de prés ; & elle a mieux
aimé fe reduire au fimple neceffaire
que de contefter avec
des parens qu'elle aimoit . Toute
la France a admiré dans cette
conduite un rare exemple de
moderation
. Mais fi la vertu
de Madame la Ducheffe d'Epernon
luy avoit attiré beaucoup
d'admirateurs , fon merite
ne luy en avoit pas moins
procuré. Perfonne n'ignore
que cette Dame avoit pene
96 MERCURE
tré dans les Sciences les plus
abſtraites , avec un fuccés étonnant
, & qu'à l'âge de vingthuit
ans , peu de perfonnes à
Paris avoient fait un fi grand
progrés dans la Metaphyfique.
Le Pere Maliebranche ,
dont les principes font à la
portée de fort peu de gens ' ,
n'avoit pas de Difciples plus
habiles que cette Dame ; elle
parloit fur les grandes regles
qui font renfermées dans la
Recherche de la Verité , avec une
précifion & une folidité qui
perfuadoient tout le monde
qu'elle avoit fait une étude bien
férieufe
GALANT 97
férieufe de ce livre admirable ,
& qu'il n'y avoit rien dans la
plus fublime Geometrie qu'elle
n'cuft penetré. Un fçavoir
fi étonnant n'enorgüelliffoit
point Madame la Ducheffe d'Epernon
, & elle ne perdoit jamais
cette modeftie qui orne
ant les perfonnes du plus
grand merite & de la plus profonde
doctrine .
-M de Pringy dont la folidité
de l'efprit eft connue , &
dont les ouvrages ont remply
l'attente du Public , a écrit une
Lettre fur la mort de Madame
d'Epernon , dans laquelle
Octobre 1706.
I
98 MERCURE
?
on trouve un éloge parfait de
cette illuftre Défunte . Le ftile
en eft noble & concis , & la
lecture de cette Lettre que je
vous envoye a fait un extrême
plaifir à tous ceux à qui elle eft
tombée entre les mains. Cette
Lettre ; qui eft fort recherchée ,
eft adreffée à Madlle de Chaligny
, dont l'efprit fait beaucoup
de bruit.
Non , Mademoiselle , la douleur
le defefpoir où je fuis , ne
mepermettentpoint d'exprimer ma
perte. Le coup de Maistre de la
Mort vient d'eftre fait , toutes les
perfections de la nature , tous les
LYON
GALANT .99
grace affemble
dons de la
une même perfonne , ne parourent
plus à mes yeux : je ne verray de
ma vie la plus parfaite des creatures
, Madame la Ducheffe d'Epernon
, en qui le Ciel avoit mis
tout enſemble ce qu'on admire ,
ce qu'on laie , & ce qu'onfouhaite
: Elle avoit dans l'esprit , ce
merveilleux & cejuste qui étonnes
dans l'ame cette grandeur tellement
au-deffus des chofes humaines,
qu'elle fantifie en élevant ;
dans le coeur , ce bon , ce droit , qui
fe fait aimer auffi-toft que connoiftre
, & quife faifoit connoiftre
chez elle des le moment qu'on la
!
I ij
100 MERCURE
que
la
voyoit. Non , jamais vertu nefut
plus pure , ny plus entiere
fienne , jamais lumieres ne furent
plus étendues , jamais volonté ne
fut plus ardentepour la perfection,
jamais langue n'exprima la verité
en termesfiforts,fi précis, fi juftes
finobles, & fidoux. Enfin , jamais
efprit n'a efté auffi loin dans le
chemin de la verité , que cette il
luftre Dame. Helas : elle n'avoit
connu l'enfance que par l'excés
d'une vivacité qui l'a fit atteindre
dés cet âge aux Sciences les plus
élevées. Il n'y a point eu dans le
tiffu de fa vie de ce vuide affreux
qui nous reprouve. Tout eftoit
GALANT 101
plein dans fes oeuvres , un bien
fuccedoit à un autre bien. Une
vertu morale des plus exacte eftoit
chez elle le délaffement d'une vertu
chreftienne des plus parfaites ;
jamais un moment d'inaction , elle
avoit uneftabilité une conftance
dans le bien , qui ont fait que fa
vie s'est trouvée pleine , fon tra
vail accompli , & fonfalut achevé,
au milieu de fes jours . Ah!
mon Dieu , que vous répandez de
largeffes fur vos Elûs , & que
vos mifericordes font grandes ;
mais quand vous voulez affliger ,
quelle douleur ne caufez - vous
point dans une ame ! La mienne
Į iij
102 MERCURE
que
la
que vous avez éprouvée par les
plus cruels événemens , eft prête à
fuccomberfous la douleur
privation d'une Amie veritable
me caufe. Dieu de mifericorde en
la fauvant confolez - moy , faites
que mes regretsfoient moins cruels,
auffi-bienfont-ils fuperflus . Vous ,
ma chere Amie , qui partagiez
mon coeur avec elle , & qui meritez
que je vous adreſſe mes gemiffemens
, voftre grandeur d'ame
vous découvrant
ma perte plus
clairement que nul autre ne la voit,
trouvez bon que je vous dife :
contemplezfon merite & ma peine
dans ma douleur ; plaignez
GALANT 103
ma vie & pleurez fa mort.
Mr Pierre Mercier ancien
Recteur de l'Univerfité , ancien
Principal du College de
la Marche , & ancien Curé de
Saint Germain l'Auxerois , eft
mort âgé de 88. ans , dans de
grands fentimens de pieté &
aprés avoir rempli une longue
carriere avec beaucoup d'édifi
cation. M' Mercier eftoit un
Pafteur zelé & vigilant , ce font
les 2. qualitez les plus effentielles
à ceux qui font chargez de
la conduite des ames. Il eftoit
vif & ardent pour les befoins
de fon troupeau ; & il les pre-
I
iiij
104 MERCURE
venoit autant qu'il dépendoit
de luy. Il ne s'eft jamais voulu
repofer fur perfonne d'un foin
important ; & quand il n'a
pû s'en acquiter par luy même,
à caufe de fon grand âge & de
fes infirmitez , il s'est défait
de fa Cure . M' Mercier a donné
des marques de fon érudi
tion & de la pureté de fa doctrine
dans les Charges qu'il a
euës dans l'Univerfité de Paris .
L'honneur qu'il a reçû d'en
avoir efté le Chef, fait feul- fon
éloge ; il a foutenu avec beaucoup
de reputation dans ce
pofte , celle qu'il s'eftoit déja
GALANT 105
$
acquife d'un tres - Sçavant homme
& d'un Oratcur fort éloquent.
Les affaires qui arriverent
dans le cours de fon Rec
torat firent paroiftre dans tout
leur jour fa prudence & fon
habileté ; dans celles oùil falut
marquer de la fermeté il fit
voir toute celle qui luy étoit ne
ceffaire pour les terminer avec
fuccés. Les difficultez que
M' Mercier forma & fur lef
quelles il ne voulut jamais fe
relâcher , lorfqu'on voulut la
continuer dans le Rectorat firent
éclater fa moderation , &
celle- ci parû encore mieux dans
106 MERCURE
le refus qu'il a fouvent fait
des dignitez importantes dans
quelques Eglifes de Paris. La
mort de ce digne Paſteur a efté
pleurée par tous les gens de
bien, & fur tout par les pauvres
de la Paroiffe de Saint Germain,
dans le fein defquels il répandoit
la plus confiderable partic
de fon bien. Il leur a marque
en mourant que l'amour qu'il
avoit eu pour eux ne finiffoit
point avec la vie,puifqu'il a pris
des mefures pour leur faire
reffentir des marques de fa
charité aprés fa mort .
Mr de Rozel , frere aîné de
GALANT 107
FP
M les Marquis & Chevalier
de Rozel , Lieutenans generaux
des Armées du Roy , eft mort
dans une de fes terres en Touraine
, en la foixante-dix- huitiéme
année de fon âge. C'étoit
un Gentilhomme fort con
fideré par les bonnes qualitez
qu'on luy connoiffoit . Parmy
fes enfans qu'il a laiffez fe trouve
M de Verneuil de Rozel ,
Lieutenant- Colonel avec Brevet
de Colonel d'une Brigade
des Canonniers du Roy. L'au
tre eft appellé Mª l'Abbé de
Rozel à qui le Roy a donné
l'Abbaye de Nôtre - Dame de
108 MERCURE
Chatrice , & le Prieuré Com
mendataire de Sainte Madeleine
de Parthenay. Tous ceux qui
compofent la Maifon de Rozel
font dans une eftime generale.
M' l'Abbé de Rozel , qui eft
le feul Ecclefiaftique de cette
famille , ne fe fignale pas moins
par fa vertu & par fa pieté que
Mrs fes oncles & M' fon frere
leur valeur , & par les au par
tres talens militaires .
La Maifon de Rozel eft ori
ginaire de Normandie , oùfont
le Chafteau & la Terre de ce
nom. Leur genealogie eſt imprimée
dans les Nobiliaires de
GALANT 109
Touraine , par le Chevalier,
1'Hermite de Soliers . Il nous
apprend que laMaiſon de Rozel
eft originaire du Dauphiné,
& qu'elle s'établit en Normandie
il y a plus de deux cens ans ,
où elle a produit diverfes branches
.
M' le Chevalier de Kercado
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , qui avoit eſté
bleffé le vingt - fix d'Aouſt
d'un coup de canon , eſtant
à la tranchée devant Turin ,
mourut deux jours aprés.
9. Il eft de l'ancienne Maiſon
de Sénéchal de Bretagne , & qui
སྨོ
110 .
MERCURE
porte ce nom , parce que la
Charge de Grand- Sénéchal
de
Bretagne
a efté long - temps
dans cette Maifon. Mle Chevalier
de Kercado
joignoit
à
une illuftre naiffance
une valeur
éprouvée
dans les occaſions

il s'eftoit trouvé. Il a efté fort
regretté à l'Armée
& M' le Duc
d'Orleans
a même témoigné
prendre
beaucoup
de part à fa
mort. Un pareil témoignage
honore beaucoup
la memoire
de ce Chevalier
. La Maifon de
Kercado
eft alliée aux plus anciennes
de Bretagne
, & elle eft
connue
dans cette Province
GALANT III
с
depuis que les anciens Ducs
de Bretagne y commandoient
dans le 13 fiecle , où Alix heritiere
de Bretagne époufa Pierre
de Dreux , dit Mauclerc , la
Maifon de Kercado y eftoit
déja fort confiderée. Le Chef
de cette Maiſon poffedoit une
des principales Charges de cette
Cour , lors qu'Anne fille
unique de François II . dernier
Duc de Bretagne époufa Chatles
VIII. Roy de France . Il
fuivit même cette Princeffe
dans le Royaume. La Tradition
de cette Province porte
que ce fut un Preftre du nom
112 MERCURE
de Kercado qui procura la te
nuë du Concile qui fut affemblé
en Bretagne en 846. ou
47. dans lequel on ménagea la
Paix entre les François & Neomene
Comte de Bretagne , qui
prit enfuite le titre de Roy. On
appelle ce Concile le Concile de
Bretagne , parce qu'on ne fçair
pas préciſément en quel licu il
a efté celebré. Hugues Archevêque
de Lyon en convoqua
auffi un dans cette Province ,
où l'on vit un Preftre du nom
de Kercado .
M' le Marquis de Vaudreül
qui eft mort de maladie en ItaGALANT
113
fie , eftoit petit fils de feu M
le Preſident Roſe , Secretaire
du Cabinet , fils de M¹ le Marquis
de Coüay , & d'une fille de
M' le Prefident de Bailleul , &
frere de M° Portail , épouſe du
premier Avocat general dur
Parlement , fon unique heritiere.
M de Vaudreuil eftoit
Colonel d'Infanterie . Le Regiment
qui portoit fon nom
avoit efté à M' le Comte de
Montforçau , dont il avoit
long- temps porté le nom . M
de Vaudreuil avoit déja donné
en plufieurs occafions des marques
de fa valeur . Il a efté re-
Octobre 1706.
K
114 MERCURE
gretté de toute l'Armée. Sès
manieres polies & genereufes
luy avoient gagné le coeur de
tous les Officiers ;il ne trouvoit
aucune occafion de faire plaifir
, qu'il ne l'embraffaft avec
joye ; avec des manieres fi prévenantes
on trouve aifémeut le
chemin du coeur . M' de Vaudreüil
joignoit à un bon coeur
un efprit tres-cultivé ; on l'avoit
élevé dans le gouft des
bonnes chofes , & il s'y eftoit
porté de luy- même ; de forte
qu'un bon naturel joint à
une excellente éducation avoit
fait de ce jeune Officier , un
GALANT
115
des plus folides efprits de l'Armée
, & un de ceux qui raifonnoit
fur toutes chofes avec
le plus de reflexion .
La Lettre fuivante vous paroiftra
fort curieufe.
A Montpellier ce 7. Septembre
1706.
Je fus hier témoin d'une ceremo -
nie que je n'avoisjamais vûë ,
qui meparut fi belle que je nepuis
m'empêcher de vous en faire le
recit ; c'est la reception de M¹ le
Duc de Roquelaure à la Chambre
des Comptes & à la Cour des Ai-
Kij
116 MERCURE
des de Montpellier. Deux Confeillers
de la Cour des Aides vinrent
hier chez M' le Duc de Roquelaure
à dix heures du matin
querir ce Duc, qui avoit un habit
à manteau magnifique d'une étoffe
d'or mêlée de noir , & un bouquet
de plumes noires àfon cha
peau . Il fe mit dans une chaife :
qui eftoit entourée de vingt Gardes
habillez d'écarlate avec des
galons d'argent. Son Capitaine
des gardes lefuivoit dans une chaife
, & les deux Confeillers ne venoient
qu'apréseux.Ilyavoitgrand
nombre de Pages & de gens de livrée.
Ils eftoientfuivis deplus de
>
GALANT 117
à ba
200.
Gentilshommes & Officiers.
Il arriva ainfi au bas de l'escalier
du Palais , où une feconde dépu
tation des deux Doyens de la
Chambre fe trouva pour le rece
voir , pour le conduire à
·grande Chambre , toûjoursprecedé
par fes Gardes. Il trouva la Cour
affemblée , & quoy que cette ceremoniefuft
cenfee de voir eftre faite
à huis clos , la Salle eftoit prefque
pleine . M le Duc de Roquelaure
alla prendre laplace de Mª le Premier
Prefident , qui fe mit deux
places au deffous de luy ; quand
M le Duc de Roquelaure fut
placé , il s'affit , mit fon chapeaus..
118 MERCURE
enfuite prononça un difcours
tres-beau , plein d'efprit , de politeſſe
pour la Compagnie devant
qui il parloit , & plein de dignité;
il loua le Roy magnifiquement, &
montra combien l'on devoit redoubler
le zele l'attachement pour
•fon fervice ; enfuite dequoy M
le Premier Prefident fit un fort
beau difcours à M' le Duc de Roquelaure
, & luy dit des chofes
tres -flattenfes , tant en fon nom
que pour toute fa Compagnie . La
Ceremonie eftantfinie , M le Duc
de Roquelaure fe leva, & paffa
dane une autre Chambre fuivi de
soute la Cour les Prefidens alle- ¿
#
GALANT 119
E
vent prendre leur Robbe rouge ,
aprés luy en avoir demandé permiffion
: il demeura en attendant
en converfation ordinaire avec le
refte de la Compagnie. Les Prefi
dens revinrent , M le Duc
de Roquelaure retourna tenir
l'Audience , fur les bauts bancs
à la place que le Roy prendroit
s'ily eftoit en pareille ` occafion.
Ce Duc ordonna aux Huiffiers
d'ouvrir les portes , tout le monde
entra , & on plaida pour l'enregistrement
des Lettres de l'Academie
des Sciences que le
Roy a permis que l'on établift dans
la Ville de Montpellier. L'Avo
120 MERCURE
cat dans fa Plaidoirie loüa beaucoup
M le Duc de Roquelaure
& M le Procureur general qui
parla dans cette affaire , luy dit
auffi des chofes fort obligentes.
L'Audience finit enfuite , & M
le Duc de Roquelaure fortit avec
la même ceremonie & le même cortege
qu'il eftoit venu ; c'eſt- à- dire,·
les deux Doyens le recondui
firent àfa chaife ,& les deux autres
jufques chez luy. Demi - heure
aprés que M le Duc de Roque-
Laure fut rentré dansfon Hoftel ,
quatre Prefidens huit Confeillers
vinrent le haranguer & le
remercier de la part de toute la
que
Cour
GALANT 121
Cour de l'honneur qu'il leur avoit
fait, enfuite dequoy ce Duc donna
un difner
magnifique. Il y
avoit deux tables de vingt - cinq
couverts . Tout le monde a paru
tres - content de la maniere digne
polie dont M le Duc de Roquelaure
s'eft acquitté de toutes
les fonctions qui ont regardé cette
Ceremonie.
Le
Memoire fur
lequel je
vous ay parlé de Mr de Catelan
ne s'eftant pas trouvé juſte ,
j'ay cru vous devoir
envoyer
un nouvel
Article , dans lequel
vous
trouverez
des faits fort
curieux , qui regardent
la Mai-
Octobre 1706. L
122 MERCURE
fon , & vous trouverez dans
tout ce qui regarde fa genealogie
, des preuves inconteftables
de l'ancienneté de la Mai
fon de Mr le Rebours .
M' de Catelan de Sablonnieres
, à qui le Roy a donné
la Charge de Gouverneur du
Chasteau Royal des Thuilleries
, a auffi celle de Bailly &
Capitaine des Chaffes de la
Varenne des Thuilleries , Plaine
de S. Denis , de Genevilliers
& dépendances , qu'avoit eu
avant luy feu M' le Baron de
Beauvais , le deffunt Vicomte
de Marcilly , & Monfieur be
GALANT 123
Maréchal de Chulambert , qui
l'avoit euë de feu Monfieur le
Duc de Mortemar.
La famille de M de Catefan
eft originaire de Bretagne ,
& des plus anciennes. En l'année
1420. Olivier de Blois qui
fe difoit Comte de Ponthieu ,
ayant furpris & mis en prifon
Te Duc de Bretagne, & Richard
fon frere , Sire de Coaquin
Maréchal de Bretagne , affembla
plufieurs Gentilshommes
pour procurer la liberté au
Duc & à fon frere , parmi lefquels
il y avoit..... & Pierre
de Gatelan , qui font nommez
Lij
124 MERCURE
le 6.
dans le procés verbal qui furt
fait par ledit Seigneur Maréchal
le 18. May 1420 .
Philippes de Commines &
la Serre rapportent que
Octobre 1495. il y a eu une
Capitulation faite avec Ferdinand
Roy de Naples , dont les
ôtages donnez furent la Marche
d'Ardenne , la Chapelle
d'Anjou , Rocbertin , Catelan,
Genlis , & Yves d'Alegre.
L'aîné de la famille de Catelan
eſt encore en Bretagne , &
il a plufieurs enfans.
La Terre de Catelan paſſa
dans la Maifon de Carné au
GALANT 125
mois de Janvier 1689. par le
mariage de Renée de Catelan
avec Meffire François de Carné
Seigneur de Rovempel .
La mere de M' de Catelan
s'appelloit Sufanne Brachet ,
& eftoit d'une ancienne famil
le de Blois.
De Renaud Brachet qui vivoit
en 1400. font iffus les
Sts de Marolles , de la Boüache ,
& de la Milletiere .
La branche de Marolles eft
tombée dans la famille des
Beauxharnois .
De celle de la Boüache eft
M le Marquis de la Bouache ,
Liij
126 MERCURE
qui a un fils. Il eft proche pa
rent de M' le Duc de la Feüillade
, qui a eu une ou deux
ayeules de cette branche des
Brachets .
La branche de la Milletiere
a fini à Suzanne Brachet , dont
le pere eftoit M' de la Milletiere
Confeiller d'Etat , qui
cftoit fils de Meffire Ignace
Brachet , Seigneur de la Milletiere
, Maiftre des Requeftes ,
Confeiller d'Etat & Intendant
de la Maifon de Navarre , &
d'Antoinette Faye d'Efpeffes ,
foeur de Meffire Jacques Faye
Seigneur d'Efpeffes , & PrefiGALANT
127
dent à Mortier , qui eftoit fils
de Meffire Barthelemy Faye ,
& de Marie Viole fa coufine
l'une des Filles d'honneur de la
Reine Eleonore . Cette alliance
en a donné beaucoup d'autres
confiderables à Suzanne Brachet.
De Bonne Faye , mariée avec
André de Thurin font iffuës
Blanche de Thurin , mariée
avec le fieur Caille Juge Mage
des. Refforts de Lion.
De Jeanne de Thurin mariée
avec M Charles de Pierrevive ,
Seigneur de Lezigny , eft iffuë
Marie de Pierrevive , l'une des
L iiij
128 MERCURE
· Dames d'honneur de la Reine
Catherine de Medicis , & Gouvernante
du Roy Charles IX.
& d'Elifabeth de France , fa
foeur , depuis Reine d'Eſpagne,
qui époufa Meffire Antoine de
Gondy , Seigneur du Perron ,
duquel mariage font iffus tous
les Ducs & Cardinaux de Rets.
Marie de Thurin , ſoeur de
Blanche de Thurin , a efté mariée
avec Jean Cothereau , Seigneur
de Maintenon , qui a eu
deux filles ; Ifabeau Cothereau,
Dame de Maintenon , qui a
eſté mariée avec Jacques Dan-'
gennes , Seigneur de Ram
GALANT 129
bouillet , dont font iffus les
Marquis de Rambouillet , de
Maintenon , de Montluet , de
Poigny , & du Fargis.
Bone Cothereau , Dame du
Perrey , une des Dames d'honneur
de la Reine Eleonor d'Autriche
, femme de François L
avoit époufé Guillaume de
Beaune , Baron de Samblançay.
Louiſe Faye , fille de Mcffire
Sei-
Pierre Faye , Chevalier fire
gneur d'Efpeffes , & de Damoifelle
Meraude Patarin , a efte
mariée avec Meffire Claude de
Belliévre , Premier Prefident aut
130 MERCURE
Parlement de Dauphiné.
Marie Faye , fille de Meffire
Jacques Faye , Seigneur d'Efpeffes
, Prefident à Mortier , &
de Dame Françoife de Chaluette
, de l'ancienne . Maifon
de Cey de Florence , a efte
mariée avec Meffire René de
Thou , Chevalier , Seigneur de
Boncüil & de Cely , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Françoiſe Faye la foeur a cfté
mariée avec Meffire Charles
Guillen de Fienne , Chevalier ,
Vicomte de Fruges , Grand
Louvetier du Comte d'Artois.
GALANT 131
Damoifelle Helene de Bellievre
a efté mariée avec Meffire
Euſtache de Refuge , Seigneur
de Precy , Confeiller
d'Etat & Ambaffadeur en Suif
fe , en Hollande , & en Flandre.
Marie de Bellievre a efté
mariée avec Meffire Charles de
Harlay , Comte de Beaumont ,
Maistre des Requeftes ordinaire
de l'Hoftel.
Madelaine de Bellievre a efté
mariée avec Meffire Gabriel du
Puy - du- Fou , dont la fille a
a époufé Mr le Marquis de Mi
repoix , pere du dernier mort,
132 MERCURE
Anne Brachet , Dame de
Laleu , fille puifnée de fieur
Claude Brachet , & de Françoife
du Val avoit époufé le fieur
Germain Lerebour , Ecuyer ,
Seigneur de Bertranfoſſe , dont
eft iffu Meffire Germain Lere
bour , Ecuyer , Seigneur de
Chaufy , Monfontaine & autres
lieux , Prevoſt d'Orleans
qui avoit épousé avec difpenfe
Madelaine Brachet fa coufine ,
Dame de Pormorand . Il eut
pour fecond fils Meffire François
Lerebour , Chevalier , Seigneur
de Laleu , Ecuyer de la
Reine Marie de Medicis ,. &
GALANT 133
qui a poffedé les deux mêmes
Charges de Capitaine des Chaffes
qu'a eu M' de Catelan de
Sablonnieres .
Feu Mr de Fremont , Garde
du Trefor Royal , & pere de
Madame la Maréchale de Lorge
, eftoit proche parent de
Suzanne Brachet .
Mr de Catelan avoit épousé
Geneviève le Coigneux , foeur
de Mr le Prefident le Coigneux
, veuve de Mr le Prefident
Thoré , fils de Mr d'Hemery
, Surintendant des Finances
.
Il a eu trois foeurs mariées ,
134 MERCURE
Suzanne de Catelan avec feu
Meffire Alexis de Sainte- Maure
, Comte de Jonzac ; Lieutenant
general des Provinces de
Xaintonge & Angoumois
Gouverneur de Coignac , &
Brigadier des Armées du Roy ,
dont elle a laiffé quatre filles ;
L'aînée mariée à Meffire
Bouchard Defparbés , Comte
d'Aubeterre , Lieutenant gene.
ral des Armées du Roy.
La feconde avec Mr le Marquis
de Boncüil , Seigneur de
Metziar.
La troifiéme, avec Mrle Marquis
Darrés.
GALANT 135
Et la quatrième , avec Mr le
Comte de Chaffeneüil .
Antoinette de Catelan a efté
mariée avec feu Meffire Louis
de Maupcou , Capitaine &
Major du Regiment des Gardes
, & Gouverneur de la Ville
d'Ath , dont elle a un fils qui
eft Capitaine au Gardes , Major
general & Brigadier des Armées
du Roy.
Anne de Catelan a épousé
feu Meffire Joachim Comte
d'Eftain , dont elle a laiffé un
fils qui eft Enfeigne de Vaiffeau .
Mr de Thomaffin , Comte.
de Saint Paul , Prefident
136 MERCURE
re
Mortier au Parlement d'Aix ,
fils de feu M Jean - Baptiſte
de Thomaffin auffi Prefident
à Mortier au mefme Parlement
qui eftoit frere de
Mr l'Evefque de Siſteron , a
époufé N...... del Rieu
fille aînée de feu Mr Bernard
del Rieu , Confeiller du Roy ,
Secretaire de fes Maifons ,
Couronne & Finances , qui a
poffedé pendant 28. ans la
Charge de Maître d'Hôtel ordinaire
de Sa Majesté . Il avoit
ГС
époufé N... de-Montmor ,
fille de M Henry- Habertde-
Montmor , Confeiller d'EGALANT
137
tat , Doyen des Maîtres des
Requeftes , & de l'Academie
Françoife
recommandable
par fon efprit & par fon érudition.
Mr de Montmor avoit
époufé Henriete - de - Buade-
Frontenac , dont le pere eftoit
Chevalier des Ordres du Roy ,
& premier Maître d'Hôtel
de S. M. On ne peut avoir de
plus illuftres alliances qu'il
s'en trouve dans ces deux
Maifons ; celle de-Montmor
eſtant alliée à la Maiſon d'Eftrées
, la foeur de feu Mr de-
Montmor ayant épousé le feu
Marefchal de ce nom . Ils font
Octobre 1706
. M
138 MERCURE
auffi alliez aux Maifons de
Rochefort , de Matignon , &
de Bailleul . Du cofté des Fron
tenac , aux Maifons de Phelypeaux
, de Saint Luc , d'Humiere
, & de Beringhen. La
nouvelle épouſe a pour Oncles
Mr de Montmor Maître
des Requeſtes & Intendant de
Marſeille , Feu Mr l'Evefque
de Perpignan , & Mr de Bartillat
, Lieutenant general des
Armées du Roy. Cette Dame
eft tres- bien faite & elle a
beaucoup d'efprit .
M' le Pelletier Desforts
Intendant des Finances , fils de
GALANT 139
M' le Pelletier de Soufy , Directeur
general des Fortifications
Confeiller d'Etat au
Confeil Royal des Finances
frere de M le Pelletier Miniftre
d'Etat , & oncle de M' le
Pelletier Prefident à Mortier
a épousé Mlle de Bafville , fille
de Mr de Lamoignon , Scigneur
de Bafville & Intendant
de Languedoc , petite fille du
celebre Guillaume de Lamoignon
premier Prefident au
Parlement de Paris . La Lettre
fuivante , qui vous paroiſtra
fort naturelle , vous aprendra
les particularitea de ceMariage.
Mij
140 MERCURI
A Montpellier ce 2. Octobre
1706.
à
Vous prenez tant de part
tout ce qui regarde l'illuftre maifon
de Bafvile que je ne doute point que
vous nefoyez ravy d'aprendre ce
qui s'eſt paffe icy de plus remarquable
au fujet du mariage de
Madlle de Bafville avec M le
Pelletier Desforts. Apeine eut on
appris qu'il approchoit de cette
Ville que nos Marchands fe mirent
en eftat d'aller au devant de
luy. Leur équipage & l'ordre
avec lequel ils marcherent avoiens
GALANT 141
quelque chofe de guerrier ; ils
eftoient au nombre de cent , tous
bien montez en habits uniformes
, & leurs chapeaux étoient
ornez de cocardes , & l'on doit
dire à leur avantage qu'ils reffembloient
moins à des gens de négoce
qu'à des Troupes qui partentpour
l'ouverture d'une campagne , &
qui ne font encore ni encraffez
la pouffiere , ni hález du Soleil.
Cette Compagnie s'avança , au
bruit des Timbales & des Trom
pettes , environ deux lieues hors
de la Ville , dans un lieu ou Mr
te Duc de Roquelaure & Mr de
Bafvilefe rendirentaufft. Mª Des
par
142 MERCURE
forts n'eut pas plutoſt parû que
l'on commença à luy marquer la .
joye que l'on avoit de fon arririvée
, par une falve de plus de
deux cens coups de pistolets. Je
paffe legerement fur cette premiere
entrevue pour en venir à une plus
effentielle ; cependant je ne dois
pas oublier de vous dire ,
chemin par où Mr Desforts paffa
étoit bordé d'une double haye de
peuple qui s'y étoit rendu , moins
par curiofité , que pourfatisfaire
à l'ardeur d'un veritable zele ;
de maniere qu'il étoit affez diffi
cile defe faire un paffage au tra
travers de cette multitude emprefque
le
GALANT 143
fee ; les Caroffes ne laifoient pas
d'avancer toujours. On arriva
enfin chez Mr l'Intendant , où
Me Mllede Bafville , accompagnées
d'un grand nombre de
Dames , s'offrirent d'abord aux
yeux de Mr Desforts. Mlle de
Baville avoit eu pendant tout ce
jour- là , qui étoit le 8. du mois
paffé , des mouvemens de coeur continuels
; vous vous imaginez bien
fans doute , qu'ils redoublerent
dans ce moment ; pour moy je ne
puis vous dire que ce que j'ay vú.
Ces deux aimables perfonnes peuvent
feulsdire ce qui fe paffa dans
leur ame , & je crois même que
144 MERCURE
cela les embarasfoit beaucoup.
Mr Desforts parla le premier
e
grace ,
& s'énonça
avec tant de
qu'il charma tous ceux qui l'entendirent
, & l'on peut dire , fans
bleſſer la vertu de Mlle de Bafville
, qu'elle ne parut pas infenble,
l'on commença
à croire que
ce qui fait effentiellement
la douceur
du mariage
, fe trouveroit
dans celui- cy. Nos Confuls
entrerent
alors pourfaire compliment
a Mr Desforts
, & l'Auditeur
qui parla au nom de la Ville , s'en
acquitta avec un aplaudiffement
general
le lendemain
tous les
Corps & tous les Ordres Reli-

3
gieux
MERCURE 145
ht
gieux le haranguerent auffi . La
Societé Royale des Sciences nouvellement
établie en cette Ville ,
qui ne fait qu'un feul & mefme
Corps avec l'Academie Royale des
Sciences de Paris , & dont Mr.
de Bafville eft un des fix Academiciens
honoraires , luy fit auffi
compliment , & Mr Planfade
qui en eft Directeur , porta la parole.
Tout ce jour-là fut deſtiné à
de pareilles ceremonies & le
reſte du temps , jusqu'au jour de
la celebration du mariage , nefut
employé qu'en regales, fimphonies,
jeux & autres divertiffemens de
cette nature. Le Dimanche 12.) .
Octobre 1706. N
146 MERCURY
d'élola
ceremonie du mariage fut faite
dans le Choeur de la Cathedrale
par Mr Joubert , Grand-Vicaire,
qui fit aux nouveaux Epoux , un
difcours plein d'onction
quence fur l'amour mutuel qu'ils
fe doivent l'un à l'autre , le mot
folemnel fut prononce , la benediction
fut donnée , & l'on dit
enfuite la Meffe , pendant laquelle
il y eut une Muſique des plus
excellentes. La foule étoit fort
grande, les nouveaux Mariez
qui en attirerent tous les regards
en eurent auffi tous les coeurs.
On n'entendit de toutes parts que
des acclamations & des applanGALANT
147
differens continuels , on s'épuifa
generalement en louanges en
voeux, & de tous les spectateurs,
il s'en fit , fi je l'ofe dire , comme
autant de Preftres qui benirent
teur mariage. Ils eurent ce jourlà
le divertiffement , que nous appellons
, du Chevalet , qui eft
affez réjouiffant. Trois fontaines
de Vin coulerent jufques bien
avant dans la nuit , où le peuple
aprés s'eftre tassé à danfer
chanfons, alloit reprendre de nouvelles
forces pour mieux rentrer
en danfe. Ily eut fur lefoir aux
environs de l'Hostel de Mr l'Intendant
, une grande illumination
aux
Nij
148 MERCURE
& un tres-beau Feu d'artifice
le repas des noces fe fit enfuite
avec beaucoup de magnificence
l'heure d'aller coucher les Mariez
étant venue, les Dames def
habillerent la nouvelle épouse , les
hommes donnerent la Robbe de
Chambre à l'époux , ilsfurent
enfuite mis dans un lit magnifique.
Lors Venus le rideau tira ,
Et le monde fe retira ;
Et l'Amour feul , avec fa
mere ,
Vit tout le refte du myftere.
Fajouteray feulement que pendant
qu'on deshabilloit les Mariez,
GALANT 149
ily
eut
ily fous les feneftres de leur
appartement , un concert de flutes
douces qui jouerent l'Air tendre
d Amadis de Gaule , qui commence
par , Vous ne devez plus
attendre , &c. Le lendemainfur
le midy , qui fut l'heure de leur
tever , les Confuls allerent encore
faire compliment à Mr Desforts,
à Madame Desforts , à Mre à
Madame de Bafvillefur l'accompliffement
du mariage : les vifites,
les danfes & les concerts recom
mancerent tout de nouveau. Le
Mardy fuivant , Mr le Duc de
Roquelaure qui eft fplendide en
tout ce qu'il fait , leur donna
à
1
N iij
150 MERCURE
dîner avec autant de profufion
que de magnificence. Mr. le premier
President de la Cour des
Aides leur donna , deux jours,
aprés , un repas fort delicat. 'Il y
eut enfuite un grand Concert, &
les divertiffemens de cette foirée
finirentpar un Bal. Le Dimanche
fuivant Mrs Bonniers , freres
dont l'aîné eftTreforier de France,
leur donnerent à leur Chasteau
d'Alco, qui eft à deux milles d'icy,
une feſte nocturne des plus bril-
Lantes des plus magnifiques qui
ayent esté vûës en ce pays : tout
ce que nous avons icy de plus
qualifiéparmy les deux fexes , y
1GALANT 151
Fut invité. Ily eut une illumination
des mieux entenduë ; le Châtean
parut tout enfeu , & l'on y
comptoit plus de quatre milles lan
ternes aux Armes de Desforts
de Bafville , fans y comprendre
une infinité prodigieufe de méches
avec lesquelles on avoit figuré
leurs Chifres. Trois tables dont
la premiere étoit de vingt couverts
, lafeconde de quinze la
troifiéme de douzey furentfervies
avec autant de propreté que
de delicateffe e de fomptuofité.
A peine fut-on forty de table ,
qu'on vit paroiftre fur la Terraffe
de ce Chasteau , une trouppe de
Niiij
152 MERCURI
عوب
Payfans veftus de blanc , qui rés
galerent l'Affemblée de plufieurs
danſes rustiques au fon des Hau
bois desTambourins, qui ne fu
rent interrompus que par le bruit
éclatant des bombes & des petards,
quijettant tous les ſpectateurs dans
une furprife agreable, leur fit tour
ner les
yeux du cofté d'un Feu
d'artifice qu'on avoit refervé pour
la fin de cette fefte l'Artifice en
fut admirable , & la diverfité en
futfi grande , que ce ſpectacle divertit
pendant une heure entiere.
Il s'y trouva plus de dix mille
perfonnes qui en furent également
fatisfaites pendant toute la
I
GALANTM 1530
nuit la Campagne fut couverte de
monde , les Metairies voisines en
étoient remplies , & le vin ne fut
pas épargné pour boire à la fanté
des nouveaux Mariez, Mr &
Madame Desforts parurent tresfatisfaits
des plaifirs de cette nuit,
qui leur avoit efté uniquement
confacrée, je ne doute pas qu'ils
ne s'en fouviennent toute leur
vie ; auffi eft-il certain
que Mrs
Bonniers n'ont rien épargné pour
les bien divertir , & pour leur
donner des témoignages publics de
leur affection & de leur zele.
Il n'y eut point de divertiſſemens
publics pendant les dix joursfuis
154 MERCURE
vans ; mais il y eut deux Tables
ouvertes chez Mr. de Bafville
depuis l'arrivée de Mr Desfortss
jufqu'à fon départs c'est-à-dire ,
que ces Tables ont eftéfervies pen
dant plus de trois femaines ,
durant tout ce temps-là , on a tous
les jours efté diverty par des Concerts
nouveaux. Mr de Bafville
& Mr Desforts
ont paru penetrez
d'une vive joye , & l'on ne
Scauroit dire lequel des deux étoit
"leplus aife de Mr Desforts d'a
voir un Beau-pere d'un fi grand
merite,ou Mr de Bafville d'avoir
un Gendre fi accompli & fi avanté
à l'âge de vingt-fept ans. Il eft
GALANT 155
உல்
tres-bien fait ; il a de l'efprit infiniment
, beaucoup de probité , des
manieres douces & agreables, une
phifionomie heureuſe , & les inclinations
nobles & vertueufes ;
il est dans un pofte éclatant , &
la fortune n'a pas efté moins li
berale pour luy , que
la nature
Mlle de Bafvillejoint à toutes les
graces du corps , toutes les beauteż
de l'ame. Le zele ardent que je
me fuis toujours fenty pour cette
Maifon fi feconde en grands
Hommes, doit excufer la longueun
de ma Lettre. Je fuis , &c.
Mrs le Pelletier defcendent
du cofté maternel des deux ce156
MERCURE
lebres Pithou , natifs de la Ville
de Troyes , & d'un pere tresfçavant.
Pierre Pithou qui étoit
l'aîné fut élevé par les deux
plus habiles hommes de ce
temps-là , qui font Turnebes
& Cujas ; & il acquit dans leur
école une fi grande réputation
de doctrine & de probité , que
le Roy Henry III . ayant ré
folu d'envoyer en Guyenne
quelques - uns des principaux
Magiftrats du Royaume pour
'y remedier à quelques defordres
, choifit le docte Loyfel
avec Pierre Pithou , pour trai
ter dans le Parlement de Bor
GALANT 157
deaux d'affaires importantes
à la Couronne & à la tranquillité
publique. Ce grand homme
mourut à Nogent fur Seine
âgé de cinquante ans , deux
années aprés la reduction de
Paris , fous l'obéiffance d'Henry
IV. reduction qu'il avoit
ménagée par fa fage conduite ,
& dont il eut tout l'honneur.
Il mourut avec la réputation
d'un grand Hiftorien , d'un
docte Critique , d'un fçavant
Jurifconfulte , & d'un fubtil
& folide Philofophe, Il fut le
premier qui tira les plus beaux
monumens de l'Antiquité , &
*
158 MERCURE
qui les mit au jour pour Futi
lité de fa patrie.
Je ne vous dis rien de la Maifon
de Lamoignon , dont je
vais vous parler , en vous end
tretenant du mariage de Mr
de Lamoignon , Maiftre des
Requeſtes , & ci-devant Avocat
general , à qui le Roy vient
d'accorder la furvivance de la
Charge de Prefident à Mori
tier , que poffede Mr de Lamoignon
fon pere. Je vous envoye
un Madrigal que Mr de
Mautour , Auditeur des Comptes
, luy a adreffe fur ce
fujet.
GALANT. 159
Utile à ta Patrie , utile à ta famille,
Lorſque tu veux tranfmettre à la
Pofterité MIGH
Dans un digne boritier dont le me→
Frite brille
Ton efprit, tes vertus , ton nom ,
fogta dignité ;
Hluftre LAMOIGNON , tu fais
voir par ton zele , e
D'un Pere genéreux „ ď'un Mas
giftrat fidele ,
Et la tendreffe & l'équité.
Le même , à qui le Roy aaccordé
la furvivance de Prefi
dent à Mortier, vient d'épou
160 MERCURE
fer Madlle de Bergoigne , fille
unique de M de Bergoigne ,
Maitre des Comptes. M de
Lamoignon qui vient de l'époufer
, eft petit- fils du celebre
Guillaume de Lamoignon Premier
Prefident du même Parlement
, aprés avoir efté fucceffivement
Confeiller & Maitre
des Requeftes . Ce grand
Magiftrat , qui fut le Mecene
des gens de Lettres dans le dernier
fiecle , eftoit fils de Chrêtien
de Lamoignon , Prefident
à
ris , & qui fut un des plus celebres
difciples de Cujas , fous
er
au
Parlement
de
Pa#
GALANT 161
lequel il étudia à Bourges . Il
dil
fut fait Confeiller au Parlement
de Paris en 1573. en
1596. il eut une Charge de
Prefident aux Enqueftes , & en
1633. il parvint à celle de Prefident
à Mortier. Pierre de Lamoignon
qui eftoit fon frere
cadet , mourut fans poſterité à
l'âge de vingt - quatre ans , un
des efprits les plus délicats de
fon temps. Il fut pleure par
tous les Poëtes de fon fiecle ,
ils eftoient l'un & l'autre fils
de Charles de Lamoignon
,
fieur de Bafville , Confeiller
d'Etat ordinaire & Maistre des
Octobre 1706
. O
162 MERCURE
Requeftes , un des plus doctes
& des plus fages Magiftrats du
feiziéme fiecle . La Maifon de
Lamoignon eft des plus nobles
& des plus anciennes du Nivernois.
Pierre de Lamoignon ,
Seigneur de Poincy, vivoit fous
le regne de Saint Louis dans
le treiziéme fiecle. Ses defcendans
nous font connus jufques
à prefent , & on prouve la filiation
depuis ce Pierre jufqu'à
Pilluftre Prefident qui eft aujourd'huy
le Chef de cette
Maiſon . M' de Bergoigne Maître
des Comptes eft un Ma
giftrat tres - eftimé dans fa
GALANT 163
.
Chambre. Sa famille eft connue
à Paris depuis un grand
nombre d'années ; & elle a produit
divers fujets d'un grand
merite. Il y a eu plufieurs perfonnes
de ce nom dans les
Cours Superieures de cette Ville
, & fur tout à la Chambre
des Comptes. Celuy dont je
parle s'eft donné tous les foins
imaginables pour l'éducation
de M de Lamoignon fa fille. Il
y a parfaitement réüffi & il l'a
rendu une des plus aimables
perfonnes de Paris .
M
Les Vers fuivans ont efté faits
pour cette nouvelle Epouſe ,
O ij
164 MERCURE
par
le
même
M
Moreau
de Mautour
, qui
a fait
le Madri gal
que
vous
venez
de
lire
.
MADRIGAL. dos
Vous meritez , Iris , les dons de la
Fortune.
Vous meritez d'avoir LAMOIGNON
pour époux.
Gette Deeffe en vain par une erreur
commune ,
Paroift efire aveugle pour tous.
Son choix nousfaitbien voirqu'el
le a des yeux pour vous.
Quoy que les paroles que je
IGALANT 161
S
THEQUE
BIBLIA
DE
LYON
#1893*
efté
que
du
ous
fui-
Ia
164 MERCURE
pa
M
ga
Red
IGALANT 165
Vous envoye n'ayent pas efté
faites comme le Madrigal que
vous venez de lire, au fujer du
mariage dont je viens de vous
parler , il peut fort bien le fuivre
, & eſtre chanté devant la
nouvelle Epouſe.
CAIR NOUVEAU.
Que mon Iris eft belle ,
Que j'en fuis amoureux ;
L'Himen vanous unir d'une chaî
ne éternelle ,
Je fuis au comble de mes voeux
Et je vais eftre autant heureux,
5 Que mon Iris eft belle.
166 MERCURE
Comme on ne parle jamais
de mariages fans parler de
mort , les Articles fuivans fe
trouveront icy naturellement
placez.
M Gregoire de la Forge ,
Docteur en Theologie , Confeiller
, Aumônier , Predicateur
ordinaire du Roy , General de
tout l'Ordre de la Sainte Trinité
, Redemption des Captifs
& Superieur particulier de la
Maifon Royale de Fontainebleau
, y eft mort âgé de 58.
ans , aprés une longue maladie ,
durant le cours de laquelle il
a donné de frequentes marques
GALANT 167
de fa patience & de fa foûmiffionaux
ordres du Seigneur
Ce digne General s'eftoit acquis
l'eftime & la tendreffe de
tous les Religieux de fon Or
dre , par fa prudence & par la
douceur de fon gouvernement
.
Il y a environ deux ans que je
Vous envoyay une ample rela
tion de la vifite que ce General
fit en Espagne dans lesConvens
de fon Ördre. Il a eu l'avantage
d'avoir éteint pendant fon
adminiſtration un Schifme qui
divifoit il y avoit tres - longtemps
les Maifons de France
& d'Espagne de l'Ordre de la
.
168 MERCURE
Sainte Trinité ; & c'eft à fa fage
conduite que ce fuccés eft du.
Il a procuré d'autres avantages
à fon Ordre , dont le fouvenir
durera long-temps . Il joi
gnoit au zele qui l'animoit pour
le falut & la perfection de fes
freres une grande doctrine , &
il eftoit tres -fçavant dans la Jurifprudence.
On fit dans l'Eglife
des Mathurins quelques
jours aprés fa mort un Service
magnifique pour ce General où
plufieurs perfonnes de diftinction
furent invitées . Sa famille
qui eft de Lyon a produit d'excellens
hommes . Il avoit fuc
cedé
GALANY 169
Eede en la
Miniftrerie de Paris ,
qui eft une des plus
importantes
de
l'Ordre , à M '
Delaunay,
& il a eu pour
Succeffeur M
de Maflac , frere de
l'Avocat
au
Confeil . Ce choix
marque
le
merite de celuy qui vient
d'eftre mis en fa place. Vous
fçavez que dans
l'Ordre des
Mathurins , on dit
Miniftre ,
au lieu de dire
Superieur.
M Jean
Bertram ,
Ecuyer ,
ancien
Capitaine au
Regiment
de
Sourches , d'une
ancienne
famille de
Languedoc ,
Brigadier
d'Ingenieurs,
Chevalier de
l'Ordre
Royal de Saint Louis ,
Octobre
1706. P
170 MERCURE
Directeur des Fortifications att
département de Séne Frontiere
de Piémont ; mourut le 30.
Aouft , au fiege de Turin , âgé
de 39. ans , de cinq bleffures
mortelles , reçues la nuit du 26 .
au 27. en conduifant l'attaque
de la demi-lune & des contregardes
qu'il avoit emportées,&
où il établiffoit un logement ,
lorfqu'une bombe l'écrafa , &
donna lieu aux ennemis d'en
chaffer nos Troupes ; c'eſtoit le
vingt - troifiéme fiege , où il
fervoit le Roy avec l'habileté
& la valeur ordinaire qui luy
avoient attiré une approbation
GALANT 171
iniverfelle , & en même temps
l'eftime des Generaux. Deux
de fes freres ont péri avant luy
dans le même Corps , l'un au
fiege de Verceil , & l'autre à la
defcente du foffé de la Mirandole
,
que
Je
deffunt
commandoit
fous
M' de Lapara
, & où
il fut
bleffé
, ainfi
qu'au
fiege
de Barcelone
, fous
M' de Vendofme
, qui
l'honoroit
de fon
cftime
. Il avoit
épousé
Damlle
Madeleine
Harcoüet
, d'une
famille
de Poitou
, où le pere
&
les grands
peres
eftoient
Procureurs
du Roy
, & Officiers
des
Rois
& des
Reines
, depuis
Pij
172 MERCURI
deux fiecles ; & de laquelle
laiffe deux enfans en bas âge.
M' le Comte de Marchin ,
& non Marfin , dont je vous ay
appris la mort , Comte du Saint
Empire, Marquis de Clermont,
Baron de Dune & de Modave,
aprés avoir commandé la Compagnie
des Gendarmes Flamans
, fut fait fucceffivement
Brigadier , Maréchal de Camp,
Lieutenant general , Ambaffadeur
en Espagne, Chevalier des
Ordres du Roy , Maréchal de
France , & Gouverneur de Va
lenciennes. Il s'eft toûjours acquis
beaucoup d'eftime dans
GALANT 173
tous ces emplois , où il s'eft fair.
diftinguer par une tres grande
fageffe . Ayant non - feulement
toutes les qualitez neceffaires
à un homme de guerre , mais
auffi celles qui font l'honnefte
homme. Il avoit autant d'ef
prit que de valeur , il avoit efté
nommé Ambaffadeur auprés
de Philippe
V. peu de temps
aprés fon avenement à la Couronne
, & il paffa en Italie avec
ceMonarque avant que d'avoir
eu fa premiere Audience , qu'il
cut fur les Galeres avant que
Sa Majefté Catholique fiſt fon
Entrée à Naples . Il accompa-
P
iij
174 MERCURE
gna depuis ce Monarque dans
toutes les expeditions d'Italie
& Sa Majefté Catholique luy
donna l'Ordre de la Toifon en
confideration
des fervices qu'il
en avoit reçus , il fut quelque
temps aprés honoré de la dignité
de Maréchal de France ,
d'une maniere fort diftinguée
puiſqu'il fut le feul de fa
pro *
motion , & qu'il en porta luy→
même, fans le fçavoir , le Brevet
à Monfieur l'Electeur de
Baviere , fous les ordres duquel
il alloit fervir en Allema
gne , & cet Electeur luy donna
le premier le nom de Maré
GALANT 175
chal de France , en le faluant
en cette qualité.
Il eftoit fils de feu M ' le Comte
de Marchin , Liegeois , Licutenant
general des Armées du
Roy , qu'il avoit commandées
en chef en Catalogne , les engagemens
qu'il prit durant les
troubles qui arrivérent en France
pendant la minorité du Roi,
furent caufe qu'il ne parvint
point aux plus grandes dignitez
de la guerre , & aux honneurs
que la Cour luy avoit
deſtinez.
Le Roy d'Eſpagne le fit
Lieutenant general de fes Ar-
P iiij
176, MERCURE
mées dans les Pays - bas ; le Roy
d'Angleterre luy donna l'Ordre
de la Jarretiere , & le nomma
pour commander fes troupes
. Il remit dans fa Maiſon
la terre de Marchin au Pays
de Liege , que le Chapitre de
Liege poffedoit , & on luy érigea
cette Terre en Comté , il
avoit auffi dans le même Pays
la Terre de Modave , où il avoit
fait bâtir un Château. Sa Maifon
eft fortie de celle d'Antine,
des plus nobles & des plus illuftres
du Pays de Haſbaye
comme l'on peut voir dans Hemericour
, qui travailloit il y a
GALANT 177
plus de 300. ans à fon livre du
Miroir de la Nobleffe de Haf
baye.
-
La mere de M' le Maréchal
de Marchin eftoit de la Maifon
de Balzac d'Entragues
,
heritiere de Clermont & de
Dune en Guyenne. Ce qui
avoit donné lieu à M' le Ma
réchal d'écarteler fes Armes de
Balzac-d'Entragues . Il eſt mort
fans avoir efté marié.
Feu M' le Comte de Mar
chin fon pere , eftoit fils d'un
autre Comte de Marchin, frere
d'un Chanoine de Liege , dif
tingué par fon merite & par fa
178 MERCURE
naiffance. La maiſon de Marchin
eft tres- illuftre & elle eft
alliée aux plus confiderables
Maiſons des Pays-bas , où elle
eft connue depuis le temps des
derniers Ducs de Bourgogne.
Cette maiſon eft une branche
de celle d'Hantines , qui eft for
tie de celle des anciens Comtes
de Flandres.
La terre de Clermont qui
appartenoit à Monfieur le Maréchal
de Marchin , eftoit furnommé
Deffus , pour la diſtinguer
d'un autre qu'on nomme
Clermont-Deffous , qui apparte
noit à Mr le Comte de Cler
GALANT 179
mont - Narbonne qui avoit
époufé Dame Urfule de Soüillac
, tante paternelle de Mr le
Comte de Souillac .
Mr N ... Melchior de Vo
gué Grand Bailly du haut &
bas Vivarets & Valentinois , eft
mort de la jauniffe . Il avoit
épousé l'heritiere de la maiſon
de Champetiere qui defcend
d'une des branches de l'illuftre
maiſon de Moftier la Fayette
& qui eftoit foeur uterine de
M' le Marquis d'Alegre Lieute
nant general des Armées de Sa
Majefté dont il laiffe plufieurs
enfans , entr'autres Mle Mare
180 MERCURE
quis de Vogué cy - devant Ca
pitaine dans le Regiment du
Roy . M ' l'Abbé de Vogué qui
étudie en Sorbonne & Mlle de
Vogué, marié avec M' le Marquis
dePommerols neveu de M
l'Abbé Pommerols , nommé
par le Roy à l'Abbaye de Loca
Dieu , dont je vous ay ample
ment parlé dans ma Lettre
du mois d'Aouft dernier . Mr
le Marquis de Vogué eftoit
coufin germain de Mr le Cointe
de Vogué marié avec Madłe
de Villars , foeur du Maréchal
de ce nom , & qui fait profef
fion finguliere d'eftre attachée
GALANT 18
..
Madame la Maréchale fa belle-
four , vivant toujours avec
elle & ne la quittant jamais.
Mr le Marquis de Bonnelle ;
Brigadier des Armées du Roy,
Meltre de Camp du Royal
Rouffillon , fils aîné de Mr
le Marquis de Bullion Confeiller
du Roy en fes Conſeils ,
Prevoft de Paris , Lieutenant
general Gouverneur pour Sa
Majefté des Provinces du
Maine , du Perche & du Comté
de Laval , &c. dont je vous
appris la mort le mois dernier ,
fut élevé dans fa jeuneffe , avec
tous les foins poffibles ; il ré182
MERCURE
pondit parfaitement à une
bonne éducation & donna
d'heureux effais de ce qu'on
devoit attendre de luy à l'avenir.
Ses études finies il fit fes
exercices avec une grande attention,
il s'appliqua particulierement
aux Fortifications & à
lever des Plans. A quinze ans
il prêta ferment de la Lieutenance
de Roy du Pays Chartrain
de nouvelle creation : le
Roy luy dit : Je vous reçois ;
quoy que fortjeune : maisfongez
uniquement à eftre fage. Ces paroles
luy firent une fi forte impreffion
, qu'il s'étudia a fuivre
GALANT •
183
des ordres fi utiles pour luy
par une conduite toûjours fa
ge , & toûjours reguliere.
Il entra enfuite dans les
Moufquetaires noirs , où il fe
fit aimer de tous les Officiers.
Il fut peu aprés pourvû d'une
Compagnie de Cavalerie dans
le Regiment de Toulouſe , où
il fe fit fort eftimer pendant fix
ans qu'il y fervit . Il s'attacha à
Monfieur le Comte de Toulouſe
, & ce Prince a toûjours
eu beaucoup de bonté pour
luy.
Le Roy permit que M' de
Bullion fon pere traitât pour lui
184 MERCURE
duRegiment Royal Rouffillon ,
dont M' le Marquis de Praflin
eftoit Meftre de Camp. M' le
Marquis de Bonnelle fe rendit
auffi-toft en Italie, où eftoit ce
Regiment , & il ne perdit aucune
occafion de s'y diftinguer,
ce qu'il fit dés fa premiere
Campagne. Comme il commandoit
fous M' le Chevalier
dePlanfy l'escorte qu'avoit pris
Monfieur le Duc de Vendôme ,
pour aller reconnoître les ennemis
de prés; on apperçut trois
cens Cuiraffiers de l'Empereur
à une demi- lieuë de leur Camp,
il reçut ordre de les aller charGALANT
185
ger avec cent cinquante Maîtres
Efpagnols , & cinquante
François. Il courut à eux &
les attaqua fi bruſquement ,
qu'ils furent tuez , pris , ou
mis en fuite avant que le déta
chement , qui devoit le foûte
nir , le pût joindre. Ce fut un
heureux debut , & ce fuccés
augmenta
fon zele
fervice.zog
or
pour
le
La feconde Campagne,ayant
lecommandement
de huit
cent Chevaux à l'affaire de M
d'Albergotti , prés de la Mirandole
, & dans la belle retraitte
que fit M. de Murfé , il
Octobre 1706.
186 MERCURE
foûtint les efforts des Ennemis
fi à propos , & avec une contenance
fiaffurée , qu'il facilita à
l'Infanterie qui étoit fort pref
fée dans des chemins creux
les moyens de fe retirer . Cette
action fit voir qu'il n'avoit
pas moins de tefte que de
coeur. Etant allé à Milan , au
commencement de fa troifiéme
Campagne , pour les af
faires de fon Regiment , il apprit
qu'il étoit commandé
par M de Vaubecour pour
fuivre les Ennemis , qui avoient
enlevé dans fon quartier quelque
bagage & des chevaux :
GALANT 187
il prit auffi- toft la poſte pour
fe rendre à fon Regiment ;
mais les chevaux de pofte luy
ayant manqué avant que d'y
arriver , un Curé d'un quartier
, où il avoit fait obferver
beaucoup d'ordre & de diſcipline
, fut ravi de luy rendre
fervice par reconnoiffance
, en
luy preftant fon cheval . M ' le
Marquis de Bonnelle fit une
tres-grande diligence , avec ce
fecours , qu'il joignit M' de
Vaubecour , qui luy dit que
fon Regiment étoit contremandé.
M' le Marquis de Bonnelle
luy répondit , que puif.
Q ij
188 MERCURE
qu'il n'avoit point de troupes
à commander , il le ferviroit
au moins comme Aide de
Camp , étant trop proche des
Ennemis pour l'abandonner.
Ils marcherent enſemble , &
étant arrivez à la vûë des Allemans
, il propofa à Mª de
Vaubecour d'aller les reconnoiftre
de fort prés : il en reçût
l'ordre qu'il executa
fur fon rapport ils refolurent
d'attaquer les Ennemis . M' le
Marquis de Bonnelle ſe mit à
la teſte d'une petite troupe de
Cavaliers , & leur cria , point
de Moufquetons , Mrs , l'épée à
&
GALANT 189
la main , &battons les Ennemis.
En difant cela , il tourna la
teſte pour voir s'il étoit fuivi
& obey : dans l'inſtant même
il reçût un coup de feu dans
le col , à une ligne prés de la
jugulaire ; il tomba fur fon
cheval , qui fut tué en mefme
temps. Il refta fur la terre bai
gné dans fon fang , & fans
connoiffance : lorfqu'elle luy
fut revenue, il fe vit feul fur le
Champ de bataille ; il fe traîna
dansune haye proche, & banda
fa playe le mieux qu'il luy fut
poffible. Il y attendit la nuit ,
& ne voyant paffer perfonne
190 MERCURE
pour le fecourir ; il refolut de
quitter fes bottes , retourna
fon jufte au corps
, 'afin de
n'eftre pas fi aifement connu
pour Officier, & fe traîna fur les
genoux , & fur les mains avec
des peines incroyables , juſqu'à
un Village , où il nettoya ſa
playe , fe la fit bander & prit
un Payſan pour le conduire fur
un afne , à Pavie. Il y arriva
enfin , malgré la perfidie de
fon conducteur , qui cherchoit
à le livrer à des traîneurs Allemans
, qu'ils rencontrerent fur
leur chemin. Après avoir efté
penſé il ſe fit conduirà Milan ,
GALANT 191
où il fut reçû & traitté dans le
Palais par Monfieur & Madame
de Vaudemont , avec autant
de bonté que s'il avoit
cfté leur fils.
:
Cette bleffure fut longue à
guerir , & le Roy faifant attention
à la manicre & à l'occa→
fion où il l'avoit reçûë , le fit
Brigadier Je Suis content de
voftrefils , dit-il à fon pere , en
luy annonçant la grace qu'il
faifoit à Mr le Marquis de
Bonnelle , vous voyez auffi com→
me je l'avance plus que les autres,
cela doit l'encourager à continuer.
La grace que le Roy fit à Mr
192 MERCURE
le Marquis de Bonnelle , qui
n'étoit point party d'Italie de
puis qu'il y étoit allé , & les paroles
obligeantes du Roy le
& quoique fa
playe ne fut pas entierement
fermée , il retourna à l'armée
prés de Turin .
ranimerent
Sur la fin de la mefme Campagne
il acquit beaucoup
d'honneur à Alti. Le Convoy
qui venoit à noftre armée, étoit
attaqué par une nombreuſe
Cavalerie des Ennemis. Il fit
faire un brufque & prudent
mouvement à fa Brigade , &
prenant un chemin plus court,
mais
GALANT 193
mais plus dangereux , fur le
glacis de la Place , expofé à
tout le feu de la Garnifon , il
fut une des principales cauſes
du falut de ce Convoy. Il y
reçut un coup de fufil , qui luy
perça la cuiſſe aſſez prés de la
veine- cave. Cette bleffure à
demi guerie , l'obligea de venir
en France pour achever de fe
rétablir. Il y reçut beaucoup de
complimens fur ce qui luy
étoit arrivé ; mais il étoit naturellement
modefte , & rien
n'étoit capable de luy donner
de la vanité.
Sa bleffure traîna tout l'hy-
Octobre
1706 . R
194 MERCURE
ver , & on luy conſeilla , au
Printemps , d'aller aux Eaux de
Bourbon. Il s'y rendit, & aprés
y avoir efté dix jours feulement
, il apprit qu'on alloit
faire le Siege de Turin. Son
ardeur guerriere fe ralluma
auffi- toft , & négligeant fon
entiere guerifon, il partit pour
l'Armée , & fe trouva à l'ouverture
de la tranchée.
Pendant ce fiege il a fait
avec fa Brigade , des actions
d'une valeur finguliere , & ila
efté tué en chargeant les Ennemis
avec fon intrepidité
na
turelle. Il a efté fort regretté
,
GALANT 195
il avoit merité l'eftime des Generaux
, l'amitié des Officiers
& le coeur des Soldats .
Ceftune grande perte pour
une famille , qu'un Officier âgé
de vingt - fept ans feulement
capable de s'élever , qui avoit
le genie de la guerre , qui s'y
appliquoit entierement , que
voyoit tout , qui étoit actif à
tous les détails , qui étoit toû
jours aux tranchées dans le def
fein de s'inftruire , & qui levoit
quelquefois, à cheval, des Plans
qu'il deffinoit en croquis , fans
en eftre empêché par la grêle
des Moufquetades.
Rij
196 MERCURE
Il eftoit doux dans le Commerce
de la vie , égal , officieux ,
prévenant , defintereffe , & ami
fincere. Il avoit beaucoup de
reſpect pour ceux dont il tenoit
le jour. Il étoit tendre pour
fes freres & fes foeurs , qu'il
aimoit en pere. Il s'accommodoit
des vieux Officiers comme
s'il cuft efté de leur âge , & il
vivoit avec ceux qui estoient
du fien , fans faire aucun excés.
Il eft friand du coup de Moufquet
, difoit - on de luy , il n'a
qu'à vivre pour s'élever , & ce
ferapar la bonne voye . Il n'aGALANT
197
voit de paffion que pour le fervice
, & l'onppeeuutt dire quetant
de bonnes qualitez luy ont attiré
l'eftime du Public , dont il
eft aujourd'huy fort regretté.
FM de Fer , Geographe de
Sa Majefté Catholique , & de
Monfeigneur le Dauphin , s'at
tachant toûjours à prévenir les
defirs du Public , en luy donnant
des Cartes que la fituation
des affaires prefentes doit faire
rechercher , vient de mettre au
jour les Cartes , dont voicy les
titres : V
» Madrid . **
La Caftille vieille & nouvel
R iij
198 MERCURE
le , l'Eftramadura de Caftille &
de Leon .
Les Royaumes de Valence
& de Murcie .
Le Royaume d'Aragon .
Le Rouffillon , fubdivifé en
Cerdagne , Capfir , Conflans ,
Vals de Carol & de Spir : où fe
trouve encore le Lampourdan ,
faifant partie de la Catalogne.
M' de Fer demeure dans
l'Ifle du Palais , fur le Quay de
l'Horloge , à la Sphere Royale.
On vend auffi chez M ' Moullard
- Sanſon , Geographe ordinaire
du Roy , logé dans le
Cloiftre Saint Nicolas du LouGALANT
te
ΣΟΥ
LA
VILLE
vre , une Carte de l'America
meridionale , en deux fees
dediée à M ' l'Abbé Bignon .
Il n'y a point de figure plus
naturelle pour reprefenter le
Monde , quoy qu'on nous le
faffe voir de plufieurs manieres
differentes , que la figure du
Globe qui nous en donne une
jufte idée , & nous fait connoître
la proportion que fes parties
ont entr'elles ; mais l'éten
due des Globes ordinaires
ne permettant pas d'y décrire.
beaucoup de chofes , l'on eft
obligé de reprefenter en plufieursCartes
fes differentes par-
Rij
200 MERCURE
ties ; l'Amerique meridionale
eſt une de celles qui eſt la plus
détachée des autres , eſtant une
prefqu'Ifle . Les Mers de Nord ,
de Sud , & Magellanique
, la
baignent de tous côtez , & elle
ne tient à l'Amerique Septentrionale
, que par l'Ifthme de
Panama ; ce qui fait que l'on
divife le nouveau Continent en
Amerique feptentionale
& en
Amerique meridionale.
On a marqué fur celle cy le
rapport qu'elle a avec la Sphere
, celuy que fes parties ont
entr'elles & avec l'Hiftoire.
Par le rapport
que les par
GALANT 201
ties ont avec les Cieux,l'on con
noift que fa plus grande partic
eft fous la Zone- Torride , &
l'autre dans la Zone-Temperée
meridionale ou Ant-Arctique
; qu'au- deça de l'Equateur
elle eft fous le premier , &
fous le deuxième Climat Septentrional
de demi - heure , ou
le plus long jour d'Eſté eſt de
12. heures & demie fous l'un ,
& de 12. heures trois quarts
fous l'autre ,qu'au - delà de l'Equateur
, elle s'étend depuis le
premier jufque fous le douzié
me climat meridional de demiheure
, dont le premier a douze
202 MERCURE
-heure & en la fin au plus long
jour d'Elté , les autres à proportion
, jufqu'au douzième ,
qui en a dix huit en fa fin.
Par la Geographie naturelle
l'on trouve la fituation de fes
principales regions , qui font ,
la Terre- ferme , le Perou , l'Amazone
, le Chili , le Brefil , le
Paraguay , la Terre & les Illes
Magellaniques
, dont plufieurs
font fous -divifées en d'autres
de moindre étenduë.
4. Cette même Carte fait voir
les Dominations établies par
plufieurs Etats de l'Europe
celle des François fur la Cofte
GALANT 203
de la Guyane ; celle des Caftillans
qui poffedent le Perou , la
plus grande partie de la Terre
ferme , ou Nouvelle, Grenade ,
le Chili , le Tucuman
qui fait
partie du Paraguay
, où il y a
un Viceroy. Ces Regions ont
plufieurs Archevêchez
& Evêchez
, pour ce qui regarde le
gouvernement
Ecclefiaftique
.
L'Archevêque
de Lima qui a
pour Evêques fuffragans
Cufco,
Quito , Arequipa , Truxillo
, Guamanga
; l'Archevêché
de la Plata , qui a pour
gans Santa-Crux , Chiquago
Sant-Jago del Estero , Buenos-
Suffra204
MERCURE
Airez , Noftra Seniora de l'Af
fomption , Panama , Sant- Jago
del Eltramadura, & la Imperial;
l'Archevêché de Santa-Fé de
Bogota , qui a les Evêques de
Popayan , de Carthagene , &
de Santa-Martha , pour Suffra
gans. Elles ont plufieurs Audiences
ou Sieges de Juſtice ,
plufieurs Gouvernemens pour
la Milice.
&
La Domination des Portugais
s'étend fur toute la Cofte
du Brefil , qui eft divifée en
quatorze ou quinze Capitai
nies ou Gouvernemens où il y a
S. Salvador , Evêché Suffragane
GALANT 205
de Lifbonne en Portugal.
Dans le refte de l'Amerique
meridionale , c'est- à-dire , dans
une partie de la Guyane , dans
l'Amazone , dans le milieu du
Brefil , dans une partie du Paraguay
, dans la Terre & les Ifles
Magellaniques. Il y a plufieurs
Feuples naturels & libres.
Le Roy a donné le Regiment
de Maubec Cavalerie ,
vacant par la mort du jeune
Prince de Maubec , à M de
Chateaumorant frere de M
de Chateaumorant Capitaine
de Vaiffeau , de M³ de Chateaumorant
Brigadier des Ar206
MERCURE
mées du Roy , de Mr l'Abbé
de Chateaumorant qui demeure
dans la Communauté
de S. Sulpice & de MⓇ de Chateaumorant
Religieufe de Nôtre
Dame de Penthemon, dont
Me de Tourville fa tante eft
Abbeffe. Cette Dame vient
d'eftre nommée à l'Abbaye de
Moncé. Le nom de Mrs de
Chateaumorant eft Jobert. Ils
font d'une ancienne famille de
Limofin, tres- diftinguée & qui
a produit plufieurs perfonnes
de merite & de valeur. M de
Chateaumorant mere des Mrs.
dont je viens de vous parler
GALANT 207.
eft de la maifon de Cotentin &
foeur de feu Mr le Maréchal
de Tourville . J'ay fouvent parlé
de cette maifon & du rang
qu'elle a tenu dans le Royaume
depuis plufieurs ficcles.
Le nouveau Colonel dont je
vous parle a ſervi jufqu'à prefent
avec beaucoup de diftinction
. Il s'eft trouvé en plufieurs
occafions où il a donné des
marques qu'il avoit profité
avec fuccés des exemples domeſtiques
qu'il avoit dans fa
famille. Les fervices que Mrs
fes freres ont rendu, & rendent
tous les jours au Roy ,
208 MERCURE
font connus de toute la France,
& la memoire de Mr le Maréchal
de Tourville durera longtemps.
Ainfi quand le Roy
n'auroit pas eu égard à fon
propre merite , celui de fes
freres auroit pû déterminer ce
Prince à luy donner ce Regiment.
Sa Majefté a auffi donné
le Regiment de Sourches à M
le Chevalier de Saint Seinin
Lieutenant Colonel du Regiment
de Vaudreuil. Ce Chevalier
eft d'une des plus anciennes
maifons du Royaume. Elle eft
originaire de Languedoc &
GALANT 209

elle eft alliée aux meilleures
maifons de cette Province . Elle
a paffé enfuite dans le Dauphiné
, où elle a eu des emplois
d'une grande diftinction . Elle
a produit des perfonnes d'un
grand merite & d'une valeur
peu commune . Le nom de S.
Sernin eft fort celebre dans
l'ancienne Hiftoire de ces Provinces.
Un Seigneur de Saint
Sernin s'établit il y a prés de
deux fiecles dans la Ville de
S. David , en Latin Menevia
dans le Comté de Pembrock
avec Evêché fuffragant de
Cantorbery. On pretend que fa
Octobre 1706.
S.
210 MERCURE
pofterité y fubfifte fous un autre
nom , puis qu'il eft rare qu'en
Angleterre
on conſerve longtemps
le mefme. Le Chevalier
Saint Sernin à long- temps fervi
en qualité de Capitaine dans
le Regiment
de Montforeau
que Mr de Vaudreuil , dont je
vous ay appris la mort , acheta
dans la fuite . Mr de Saint Sernin
donna dans ce Corps de
frequentes
marques de fon
courage !
Mle Chevalier de Sourches
a obtenu le Regiment de Vaudreuil
, qui portoit autrefois le
nom de Montforeau . Ce Che
GALANT 211
valier eft fils de M' le Marquis
de Sourches , grand Prevoft de
l'Hôtel , & frere de M' le Comte
de Sourches , qui a épousé
depuis peu une riche heritiere
de Normandie . M' l'Abbé de
Sourches , Aumônier du Roy
& Docteur de Sorbonne , &
de M'Colbert. Le nom de MTS
de Sourches eft du Bouchet ;
cette Maifon eft des plus confiderables
de l'ffle de France.
M' le Marquis de Sourches ,
pere de M' le grand Prevoſt ,
eftoit Chevalier des Ordres du
Roy ; il avoit long- temps fervi ,
& il avoit eu des emplois d'une

Sij
212 MERCURE
grande diſtinction . M³ le Chevalier
de Sourches , qui vient
d'avoir le Regiment de Vaudreüil
, fert depuis quelques an
nées , & foûtient la réputation
de fon nom : il a déja donné
plufieurs marques de la valeur
qui paroift depuis fi long- temps.
hereditaire
à ceux qui portent
celuy de Sourches . Cette Maifon
eft connue en France deà
puis trois ficcles. Elle parut
la Cour d'Henry II . de François
II. de Charles IX. & de
Henry III. avec éclat , il y eut
même un Chevalier du Bouchet
qui fut fort confideré à la
GALANT 213
Cour du premier de ces Prin
ces. Henry du Bouchet , dont
la memoire doit eftre en veneration
à tous ceux qui s'attachent
aux Sciences , avoit raf
femblé une nombreuſe Biblio
theque ; il la mit comme en
depoft entre les mains des Chanoines
Reguliers de Saint Victor
à Paris , aufquels il legua
un revenu confiderable pour
l'entretien de cette Bibliothe-
& pour la fournir de li
que ,
rs
vres nouveaux ; & il fupplie
M's les Avocats generaux d'y
faire tous les ans une vifite.out
Le Regiment de Damas qu'a
214 MERCURE
¡
y
voit M' le Chevalier de Damas ,
a été donné à M❜le Chevalier de
Choifeüil , qui fert depuis plufieursannées
, & qui a fait voir
en plufieurs occaſions des preuves
de la valeur qu'on remarque
en tous ceux qui portent
Filluftre nom de Choiſeüil. Il
en a peu d'auffi diftinguez dans
le Royaume. La Maifon de
Choifeüil y eftoit déja connuë
dans l'onziéme fiecle. Rainier
I. de ce nom , S de Choifeuil
, vivoit en 1060. & 1080 .
fon nom s'eft confervé dans
plufieurs Chartes . Nicolas de
Choifeüil , S' de Praflain , l'un
GALANT 215
de fes defcendans fervit fous
les Rois Louis XII. & François
I.& mourut en 1537. laiffant
Ferry de ce nom , S de
Praflain & du Pleffis , Chevalier
de l'Ordre du Roy , qui
mourut, d'une bleſſure reçuë à
la Bataille de Jarnac en 1569.il
n'eftoit alors qu'en la trentehuitième
année de fon âge. Il
avoit cu d'Anne de Bethune ,
Vicomteffe de Chavignon fon
époufe , Charles Maréchal de
France, Gilles mort fans pofterité
, & Ferry II. du nom , qui
fut Comte du Pleffis , Baron de
Chitry , Chevalier de l'Ordre
216 MERCURE
du Roy & Lieutenant general
de la Cavalerie-Legere de France.
Cette Maiſon a produit, outre
Charles de Choifeüil , Maréchal
de France , Cefar Duc
deChoifeüil , Comte du Bleffis-
Praflin Chevalier des Ordres du
Roy , Maréchal de France
Gouverneur de l'Evêché de
Toul , Surintendant de la Maifon
& premier Gentilhomme
de la Chambre de feu Monfieur
frere unique du Roy. Cette
Maiſon a donné une illuftre
Prelat à l'Eglife de Tournay.
Il avoit efté auparavant Evef
que de Comminges , & il paffoit
GALANT 217.
foit pour un tres- fçavant hom
D
me.
Le Regiment de Foreſt vaccant
par la mort deM'leComte
de Polaftron , a efté accordé à
M'le Chevalier de Damas . Ce
Chevalier eft frere de M' le
Marquis d'Antigny , Gouver
neur de la Principauté de Dombes
, & de M le Comte du
Breül qui fait ſon ſéjour ordinaire
à Lyon. La Maiſon
de Damas eft une des plus qualifiées
du Royaume . M de
Rouffet , dont eſt M ' le Doyen
de Saint Jean de Lyon , en
font fortis. M le Marquis de
Octobre
1706 .
I
218 MERCURE
Thianges beau-frere de M° de
Montefpan
eft l'aîné de cette
Maiſon , qui eft tres -ancienne.
Ceux qui veulent pouffer leurs
conjectures
jufqu'aux temps fabuleux,
la font fortir de la Ville
de Damas , Capitale de Syrie, aujourd'huy
Phénicie , dans le
temps des premieres
Croifades
. Ils difent mefme que cette
Maiſon y étoit déja connuë
la Ville de Damas
lors
que
eftoit
occupée
par
les
Sarafins
, par
les
Tartares
, &
par
les
Soudans
d'Egypte
. Enfin
,
telle
que
foit
l'origine
de
la-
Maifon
de
Damas
, elle
eft
des
GALANT 219
plus qualifiées du Royaume.
M' le Chevalier de Damas fert
avec beaucoup de diſtinction
depuis plufieurs années ; il eft
frere de M' le Comte de Damas
Brigadier des Armées du
Roy & dont le merite eſt tres
connu .
a
Le Regiment de Dauphiné
vaccant par la mort de M
le Chevalier de Kercado
eſté auffi donné à M' le Chevalier
de Montviel , qui eft
de la mefme Maiſon que M
le Comte de Montviel ; il a
fervi long-temps dans la Cavalerie
, & il s'eft diftingué
Tij
220 MERCUR K
dans toutes les actions confiderables
qui fe font paffées depuis
quelques années en Italie.
Il eft fort confideré de M
le Duc de Vendôme , & ce
Prince s'eft expliqué en parlant
de luy dans des termes
tres avantageux. Ce nouveau
Colonel donna de grandes
marques de valeur à la bataille
de Luzzara où il fe trouva ;
le Roy d'Efpagne fut témoin
de fa bonne conduite , & en
porta un témoignage tres glorieux.
Ce Chevalier defcend
du cofté maternel & en ligne
collaterale de Michel Boudet
GALANY 221
Evefque de Langres , qui naquit
à Blois en 1479. dans
une famille noble & riche. Le
Roy Louis II . dont fon pere
eftoit Secretaire , le fit Confeiller
au Parlement & enfuite
Preſident en une des Chambres
de ce Parlement. Il quitta
la Magiftrature pour pren
dre une charge d'Aumônier
de la Princeffe Claude de France
que le Roy luy donna ; il fut
enfuite Doyen de l'Eglife de
Langres , & depuis élevé fur
le Siege de cette Eglife . Il fut
choifi pour mettre la premiere
pierre de l'Eglife de S. Victor,
Tiij
222 MERCURE
lorſqu'elle fut rebâtie en 1517.
M' de Montviel defcend auffi
de Jean de Boves , qui vivoit
au commencement du quatorziéme
fiécle, & qui compofa
plufieurs ouvrages.
M' le Marquis d'Anglure ,
frere de M' le Comte d'Eſtoge
Savigni , a vendu fon Regiment
qui portoit le nom de
Savigni , à M' de Bouffet Capitaine
de Grenadiers . Mr le
Marquis de Savigni a achetté
une charge de Lieutenant dans
la Gendarmerie. Il eft du cofté
paternel de l'ancienne Maiſon
de Savigni , originaire de Lor
GALANT 223
faine. Sa mere eft fille de feu
M' le Marquis de Rouville
Gouverneur
d'Ardres & Lieutenant
general des Armées du
Roy , & de Marie Dubofc ,
fille de M' Dubois d'Ennebout
Dubofc , Chevalier
de l'Ordre
du Roy , & qui avoit eſté auſſi
Gouverneur
d'Ardres . Il eftoit
de l'illuftre & ancienne Maifon
Dubofc de Normandie
qui a donné des Officiers à
la Couronne
de France & à
celle d'Angleterre
. M' de Savigni
qui vient d'entrer dans
la Gendarmerie
, eft un Offieier
connu par fes fervices.
Tiiij
224 MERCURE
M' de Bouffet , quoyque dans
un âge tres - peu avancé , a déja
donné des marques de fon
courage ; il eft de Languedoc ,
& fa mere qui demeure à
Touloufe , eft un des plus
beaux efprits de toute cette
Province. Ce nouveau Colonel
eft allié à tout ce qu'il y
a de plus confiderable à Montpellier
; il eft peu de Cavaliers
mieux faits que M' de Bouffet ;
il joint aux agrémens de fa
perfonne un efprit tres cultivé
; il a épuifé les queftions les
plus difficiles de la Scolaſtique,
& il a fouvent embarraffe les
GALANT 225
plus habiles gens dans la difpute.
Le Roy a donné le Regiment
de Royal- Rouffillon , à
Mr de Sommery. Il eft fils de
Mr le Marquis de Sommery
fous-Gouverneur de Meffeigneurs
lleess PPrriinncceess , & petitfils
de Mr le Marquis de Sommery
Gouverneur de Chambor.
Ces Mrs font de la maifon
de Johenne une des plus
illuftres de la Biſcaye & de
la Province de Bearn. Mrs de
Sommery font proches parens
de Mr l'Evêque de Rieux de la
maifon de Ruthie. Ce nouveau
226 MERCURE
Colonel eft petit- neveu de Mr
le Prefident de Menars dont
Mr le Comte de Sommery
avoit épousé la foeur qui l'étoit
auffi de feüc M° Colbert. Mr
le Marquis de Sommery pere
de celuy, dont je parle eft frere
de M° la Marquife de Mouffy
& de M˚ la Marquise de Monglaft
Chiverni.
Le Regiment de Rennepont
a efté auffi donné à Mr de Senlis
de Rennepont , frere deceluy
qui vient de mourir. Mrs
de Rennepont font d'une tres
ancienne Maifon de Picardie.
Ils font alliez à tout ce qu'il y
GALANT 227
à de plus confiderable
dans
cette Province
, fçavoir aux
Maifons de Mailli , d'Ailly ,
d'Auxi , de Fay, de Gremonville
& à plufieurs autres de ce rang
& de cette ancienneté
. Mrs de
Rennepont
ont toujours
efté
attachez à la profeffion
des armes
; leur famille a donné à
nos Rois plufieurs Officiers de
reputation
& d'une grande va,
leur. La maifon de Rennepont
ſe diftingua
fort
par fon zele
& par fa fidelité dans le temps
des gueres que le Roy Jean &
Charles V. fon fils foutinrent
contre les Anglois.
228 MERCURE
Mr de Beffey à eu le Regiment
de la Voupaliere. Il eft
d'une tres-ancienne maifon de
Poitou ; & il a l'avantage d'avoir
fervi le Roy depuis fa plus
grande jeuneffe avec un zele
& une exactitude qui luy ont
attiré plufieurs marques de
diftinction de laCour. La maifon
de Beſſey eft alliée à celle
de Lufignan ; il y a un Abbé de
ce nom & parent de celuy dont
je parle qui à beaucoup de vertu
& de merite. Il a paſſé une
partie de fa vie dans le Seminaire
de Saint Magloire. La
maiſon de Beffey a donné à l'E
GALANT 229
glife & à l'Etat des fujets d'un
grand merite. Ceux de ce nom
qui le font attachez à la profeffion
des armes s'y font difguez
par mille actions de valeur
qui leur ont attiré de grandes
marques de confideration
de nos Rois , & même des
Princes Etrangers
.
Mr de Baffompierrre a obtenule
Regiment de Grammont.
Ce nouveau Colonel porte un
nom tres -illuftre. Le Maréchal
de Baffompierre qui a paru à
la Cour avec tant d'éclat fous
le regne precedent,à fortilluſtré
cette maifon qui eft origi230
MERCURE
naire d'Allemagne . Elle a quitté
le nom qu'elle portoit pour
prendre celuy de Baffompierre.
Feu Mr l'Evêque de Xaintes
étoit de cette maiſon. Mr de
Baffompierre qui vient d'avoir
le Regiment de Grammont
fert depuis plufieurs années
avec beaucoup de diſtinction ;
il a donné des marques de fa
valeur aux Batailles de Luzzara
& de Freidlinghen ; & depuis
ce temps- là il n'a laiffé paffer
aucune occafion fans témoi
gner
fon
zele
pour
le fervice
de Sa Majeſté
. Il eft fort
aimé
dans
les troupes
, & il ne fe pre
GALANT 231
fente point d'ocafion de fare
plaifir aux Officiers qu'il ne
T'embraffe avec joye , & même
qu'il ne la previenne .Il eft petitneveu
de Mr le Baron d'Etelan
, connu par la delicateffe
de fon efprit & dont on trouve
de beaux traits dans la ma→
niere de bien penfer dans les ou
vrages d'efprit dufeu Pere Bouhours.
Le Regiment de Carabiniers
de Verac a efté accordé à M
de Montmorency
. Il eft de la
branche de Chateaubrun
, &
proche parent de M ' de Mont-
- morency - Neuvi - Paillou
·
232 MERCURE
mort depuis quelques années
en cette Ville , & qui avoit
époufé Mlle de Laubefpin
niéce de M' l'Evefque de Montauban.
Ce nouveau Colonel a
longtemps fervi dans la Cavalerie
, & il a donné en plufieurs
occafions des marques de fa
valeur. La branche de Montmorency
, dont il eft le Chef,
eft établie dans le Berry ; elle
eft fortie des anciens Seigneurs
Montmorency - Folleuſe ,
établis en Flandres , & connus
par les grandes dignitez qu'ils
ont poffedées dans les Paysbas,
de
GALANT 233
Les Seigneurs de Montmorency
font établis en France
depuis le commencement de
la Monarchie . Matthieu II. &
fon ayeul Matthieu le Grand ,
furent tous deux Connétables
de France . Ils eftoient iffus de
Bouchard S'de Montmorency
,
qui vivoit en 960. Ils prirent
des alliances dans les Maifons de
Chartres, de Beaumont , d'Angleterre
, & de Hainaut , Mathieu
cut 2. femmes , Gertrude
de Nefle , & Edme Dame de Laval
.Il eut du 2. lit Guy de Montmorency
, S de Laval , pere
de Guy marié premierement
à
Octobre 1706
. V
234 MERCURE
Ifabelle de Beaumont , d'où
vint Guy S¹ de Laval ; les filles
de cette branche furent alliées
aux Maiſons de Rohan , Ponthieu
, Montfort , Bourbon-
Vendôme , Rieux- la - Tremoille.
Guy époufa en fecondes
noces Jeanne de Brienne , d'où
vint André de Laval , pere de
Thibaut , tige des Seigneurs de
Boifdauphin .
Le Regiment de Sommery
a efté accordé à M' le Chevalier
de Pan , qui fert avec beaucoup
de diftinction depuis plufieurs
années ; il s'eft trouvé
dans les affaires les plus confiGALANT
235
derables de fon temps ; fçavoir
à Fleurus , à Nerwinde
& à Luzzara , & il a donné de
frequentes
marques de fa valeur
& de
l'experience qu'il a
dans la difcipline
militaire. It
eft d'une tres-ancienne maifon
& il eft allié aux plus anciennes
maifons de Normandie & de
Champagne. Ceux de ce nom
font connus dans le Royaume
depuis plufieurs
ficcles , & leur
maifon
eftoit déja établie
fous le regne de Philippe Augufte
ayeul de Saint Louis &
fous le regne de ce dernier
elle fut fort élevée .
V ij
236 MERCURE
Mr de Coulanges a obte
nu le Regiment de fon frere
qui a efté tué. M'S de Coulanges
font d'une tres-ancienne
Maifon , alliée à tout ce qu'il
y a de plus confiderable dans
les Provinces de Champagne ,
de Normandie & de Nivernois.
Mr de Coulanges connu
par fon efprit & par le talent
qu'il a pour la Poëfie
eft proche parent de celuy à
qui le Roy vient d'accorder
le Regiment de fon frere . Le
deffunt Colonel a donné des
marques de fa valeur dans
faction où il a efté tué ; &
GALANT 237
Monfieur le Duc d'Orleans en
parlé avantageuſement. Celuy
qui vient d'avoir fon Regiment
, s'eft trouvé dans la
mefme affaire , & il s'en tira
avec beaucoup de gloire. Il a
commencé à porter les armes
depuis la plus grande jeuneſſe .
Mr. le Marquis de Gaffé ,
fils de Mr le Comte de Gaffé
Lieutenant General des Armées
du Roy, a eu le Dauphin
Etranger. Ils font de la Maiſon
de Matignon , qui eft une des
plus illuftres du Royaume , &
dont je vous ay parlé dans plufieurs
de mes lettres . Mr le
238 MERCURE
rs
Marquis de Gaffé à qui le Roy
vient de donner le Dauphin
Etranger , eft neveu de M
les Evefques de Lizieux & de
Condom , & de feuë Me la
Comteffe de Marfan , auparavant
Marquife de Seignelay.
Il y a un grand nombre d'années
que la charge de Lieutenant
general pour le Roy de
la Baffe Normandie , eſt poſfedée
par les chefs de la Maifon
de Matignon . Le jeune
Marquis de Gaffé foûtient une
fi illuftre naiffance, par une valeur
connue de toute l'Armée.
Le Roy a accordé le ReGALANT
239
,
giment de la Reine à Mr de
Chamarand vacant par la
mort de Mr le Marquis de
Buzancy fon fils ; Mr de Chamarand
l'a vendu à Mr de
Cailar , frere de Mr de Cailar
qui a efté tué, & le Roy luy a
donné l'agrément pour achet
ter ce Regiment. C'eſt un
Gentilhomme tres- qualifié de
Languedoc , & proche parent
de l'Abbé , qui fur
une des premieres victimes de
la fureur des Fanatiques . Celuy
dont je parle fert le Roy
depuis un grand nombre d'années
, avec beaucoup d'appli
240 MERCURE
cation . Ii eft allié aux meilleures
Maiſons de Languedoc ,
& fa Maiſon y eft connue depuis
plufieurs ficcles . Elle a
toûjours tenu dans cette Province
un rang tres - diftingué ;
il en eft fouvent parlé dans les
Nobiliaires de Languedoc &
dans tous les Auteurs qui
ont écrit l'Hiftoire cette Province.
Sa Majefté a donné à Mr le
Marefchal deChoifeuil
, le gouvernement
de Valenciennes vacant
par la mort de Mr le
Maréchal de Marchin . Ce Mareſchal
avoit eu ce Gouvernement
GALANT 241
ment aprés la mort de feu Mr
de Magaloti Lieutenant General
des Armées du Roy.
La Maifon de Choifeuil eft
originaire de Bourgogne où
plufieurs de fes branches font
encore établies. Ferri de Choifeuil
qui vivoit dans l'onziéme
fiécle , eftoit déja dans une
grande confideration à la Cour
de France , fes Succeffeurs poffederent
dans la fuite les premieres
charges de la Couronne.
Mr le Marquis d'Alegre ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , a eu le Gouvernement
de S. Omer vacant

Octobre 17.06. X
24€ MERCURE
le
par
la
nomination
de
Mr
Marefchal
de
Choifeüil
à ce
luy
de
Valenciennes
. La
Maifon
de
Vogné
d'Alegre
eft
une
des
plus
illuftres
d'Aueft
alliée
aux
vergne
;
elle
y Maifons
de
Canillac
, Montmorin
, Chabanes
Curion
&
à plufieurs
autres
; elle
eſt
auffi
alliée
à plufieurs
grandes
Maifons
de
Provence
, fur
tout
à
celle
de
Remond
- de
Modene
.
Mr
le
Marquis
de
Pomerols
Chef
de
cette
Maifon
, a épou

Françoiſe
Emanuelle
deVo
gné
, niece
de
Mre
Yves
d'Alegre
Lieutenant
General
des
GALANT 243
Armées du Roy, La Maifon
d'Alegres eft connue dans le
Royaume depuis les temps
les plus reculez. Sous Louis
VII. dit le Jeune , elle te
noit déja un rang confide
rable en France; & fous celuy
de Philippe Augufte fon fils
& de Louis VII I. fon petit
fils , les honneurs & les di
gnitez s'accumulerent dans
cette Maifon. Mr le Marquis
d'Alegre eft encore plus diftingué
par fon merite & par
fes fervices , qu'il ne l'eft par
le rang qu'il tient dans le
monde.
X ij
244 MERCURE
Sa Majefté a auffi donné
le Gouvernement de Caftillonet
petit Bourg , avec un
Fort dans la Guienne , à Mr
le Chevalier de Polaftron , frere
du Comte qui vient de mourir.
Il y a long- temps que ce
Gouvernement eft dans leur
famille , & Sa Majeſté a bien
voulu confentir qu'il y reftât
encore en confideration des
fervices de feu Mr de Polaftron
. Ce Gouvernement eft
dans un lieu & occupe un ter
rain dont la confervation eft
importante , à cauſe du voi ,
finage de la mer . On croir
GALANT 245
que c'eft de Caftilloner que
Jean de Caftillo celebre Jufifconfulte
Eſpagnol tira fon
nom . Il eftoit né à Madrid ,
mais on a crû que fes ayeux
eftoient fortis de Guienne pour
´s'aller habituer en Eſpagne
dans le temps que l'Univerfité
d'Alcala fut fondée par le Cardinal
Ximenés . Jean del Caf
tillo dont je viens de parler
vivoit au commencement du
dix -feptiéme fiécle , il eftoit
fils de Guillien del Caftillo
auffi Jurifconfulte celebre ;
it enfeigna d'abord le Droit
dans l'Univerfité d'Alcala , &
*.j
X iij
246 MERCURE
enfuite il exerça la Justice a
Grenade , à Seville & puis à
Madrid. Mr le Chevalier de
Polaftron fert le Roy depuis
plufieurs années avec beaucoup
de diftinction.
Le Roy a fait Mr le Vicomte
Dubofc Brigadier de
Cavalerie. Cet Officier a temps commanier a longle
Regiment
de Cavalerie du Tronc, &
a donné en diverfes occafions
des preuves de fa valeur . Il
eft d'une des plus anciennes
Maifons de Languedoc . Me
la Vicomteffe Dubofc fa mere
eft de la Maifon Dubofe de
+
GALANT 247
Normanville de la f Province
de Normandie, elle eft four
de Me de Maifons , mere de
Mr le Comte de Maifons de
la famille Dubofc de Normanville.
La branche de Maifons
eft fortie de la Maifon
de Normanville Dubofc , une
des plus anciennes & des plus
illuftres du Royaume. Mr le
Marquis de Normanville chef
de certe Maifon , eftoit allié
de Mr le Cardinal Nortfolk,
& de la famille de ce nom qui
eſt établie en Angleterre depuis
plufieurs fiécles .
Le premier foin du Roy
X iiij
248 MERCURE
a
eftant de couronner toutes les
actions de valeur , Sa Majeſ
té n'eut pas plûtoft appris que
Mr le Comte de Médavi avoit
battu Mr le Prince de Heffe-
Caffel , qu'elle le nomma Chevalier
de fes Ordres. Il a toûjours
fervi en Italie dans la
prefente guerre & dans la precedente
, & ce que je vous en
dirois me meneroit trop loin,
fi je vous parlois de toutes les
actions où il s'eft diftingué.
Il fuffit de vous dire qu'il n'a
plus qu'un pas à faire pour
parvenir aux premieres digni
tez de la guerre que l'on a
GALANT 249
है
déja vû briller dans fa famille.
Il vient encore de perdre de
fon fang devant Turin , ou
Mr l'Abbé de Grancey a efté
tué , ainfi que je vous l'ay marqué
dans ma derniere lettre.
Mr de Saint Pater qui s'eft
auffi fort diſtingué dans l'action
où l'Armée Heffienne a
efté entierement défaite , &
Mr le Marquis de Grancey qui
en a apporté la premiere nou
velle , ont eſté recompenfez
prefque fur le champ de ba
taille , puifque le Roy a fait
le premier , Lieutenant General
, & le fecond Maréchal de
250 MERCURE
Camp. Mr de S. Pator qui a
fervi dans la precedente guerre
d'Italie , eft d'une ancienne
Maifon de la Province du
Maine , & proche parent de
Mr le Maréchal d'Uxelles . Je
ne vous dis rien de Mr le Marquis
de Grancey; fon nom &
Les actions parlent affez . Ainfi
je paffe à Mr de Ceberet qui
a apporté le détail de l'action
dont Mr le Marquis de Grancey
a apporté la premiere nouvelle
, & dans laquelle il s'eft
auffi fort diftingué ; de maniere
que le Roy eftant fort
content de fes fervices , l'a
GALANT 251
nommé Brigadier , prefque
auffi - toft aprés fon arrivée. Il
eft fils de feu Mr de Ceberet
qui avoit une parfaite intelligence
dans la Marine , dont
il fut fait Intendant à fon retour
de Canada . Il avoit efté
long- temps Directeur du Commerce
des Indes. Il eft mort
à Dunkerque , honoré de tous
ceux qui le connoiſſoient. Il
époufa en Canada une Demoiſelle
des premieres Maifons
du Païs , dont il a eu Mr
de Ceberet que le Roy vient
de faire Brigadier. Cette Dame
qui vit encore , a beaucoup
252 MERCURE
d'efprit & de meritere
Le Dimanche 29. d'Aouft
M' l'Ambaffadeur
d'Eſpagne
à Rome , fit la fonction de donner
le Cordon de l'Ordre du
Saint Efprit à Monfieur le Cardinal
de la Trimoüille , dans
l'Eglife Nationale de S. Louis ,
en confequence de la commiſfion
que le Roy luy avoit en→
voyée. Cette ceremonie fe fit
avec beaucoup d'éclat , en prefence
d'un grand nombre de
perfonnes diftinguées.
Monfieur le Cardinal de la
Trimouille eft frere de M' le
Duc de Noirmoutier & de M
GALANT 253
1
la Princeffe des Urfins , & fils
du celebre Louis de la Trimoüille
, Vicomte de Thouars,
&c . Lieutenant general en Anjou
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , Gouverneur
de Charleville & du Montolympe
. Ce Duc porta le premier
le titre de Duc de Noirmoutier
; le Roy ayant érigé en
confideration de fes fervices le
Marquifat de Noirmoutier en
Duché en 1657. Ce Seigneur
avoit fervi fous le Maréchal de
Rantzau ; il s'eftoit trouvé au
fiege & à la prife de Rotwil ,
fut fait priſonnier au Combat
25.4 MERCURE
de Darling. Il avoit comman
dé fous feu M' le Maréchal de
Villeroy , auficge de la Mothe
en 1645. & avoit fervi avec
diftinction fous feu Monfieur
Gaſton de France , Duc d'Or
leans , en Flandres . Il mourut
comblé de gloire en 1666. à
Chafteauvillain. Il laiffa des
enfans de Dame Françoife du
Bouchet. Il eftoit petit fils de
Claude Baron de Noirmoutier
& de Mornac , quifervit le Roy
François II. & Charles IX
pendant les troubles de la Lis
gue , & qui mourut en 1966 .
Il fit la branche des Marquis &
* GALANT 255
des Ducs de Noirmoutier. IL
eftoit troifiéme fils de François
Comte de Benon , Baron de
Montaigu , qui accompagna le
Vicomte de Thouars fon pere
, lorsqu'il reçut l'Empereur
Charles - quint à Poitiers , en
1552. & Françoiſe du Bouchet ,
fille de Charles , S de Puy gref
fier. François Comte de Benon
eftoit fecond fils de François de
la Trimouille , Vicomte de
Thouars , Prince de Talmont ,
Comte de Taillebourg , Baron
de Royan , Lieutenant general
des Provinces de Poitou , Xain .
tonge , la Rochelle , & Che
256 MERCURE
valier de l'Ordre du Roy , qui
fe trouva à la Bataille de Pavie ;
il fut fait priſonnier , & ayant
payé fa rançon ,
il retourna en
Italie en 1528. avec le Seigneur
de Lautrec . Outre Claude Baron
de Noirmoutier , tige des
Marquis Duc de Noirmoutier.
François Comte de Benon laiffa
Charles de la Trimoüille
Seigneur de Mauleon & de Marande
, Abbé de S. Laon & de
Chambon prés de Thouars ; &
Georges Baron de Royan ,"
Senechal de Poitou , mort en
1584. duquel font defcendus
les Marquis de Royan . Voila
>
GALANT 257
precifement le temps auquel les
branches de Royan & de Noirmoutier
fe font feparées de la
Maifon de la Trimoüille.
Je vous envoye deux Extraits
de Lettres qui vous feront
connoître ce que M' le
Chevalier de Fourbin a fait depuis
qu'il s'eft mis en mer , avec
la petite Efcadre qu'il commande
, & dont on ne fçait point
la deftination.
Extrait d'une Lettre de Dunkerque
, du 15. Octobre.
Le 2. Fuin , eftant proche du
Octobre
1706 . Y
258 MERCURE
Texel , nous rencontrâmes une
Flotte de quinze ou feize Navixes
. Nous en primes huit , chargez
d'étain , de plomb , de draps
de tailes : le tout estimé trois
cent mille livres. Cette Prife fut
conduite icy , le 15. comme nous
eftionsprés du Dogrebanc , nous
appercúmes une Flotte au vent à
nous d'environ cinquante Voiles ,
convoyée par quatre Vaiffeaux de
guerre. Nous la joignîmes fur le
foir, lors que nous fumes
porté de l'attaquer , nous vîmes
paroître une Escadre de dix Vaiffeaux
ennemis , qui nous obligea
de nous retirer. Le 24. nous fiee
GALANT 259
mes , à la vue des Orcades , environ
fix lieues au large , une pe
titeprife Angloife chargée de bray,
de goudron , de planches , que
nous brulâmes , à caufe de leurpeu
de valeur. Le 28. nous arrivâmes
à Concal dans le Nord , où
nous ſpalmâmes ; nous en fortimes
le 2. Juillet pour retourner
croifer des Orcades , e
ay cote:
ayant dépaffe les terres de Fayer- Il
dItlandt; environ vingt lieues
au large , nous apperçumes deux
Vaiffeaux au vent à nous ,que nous
joignimes le lendemain matin . C'étoient
deux Vaiffeaux Hollandois,
l'un de cinquante canons qui alloit
Y ij
269 MERCURE
aux Indes , l'autre defeizefeu
lement , qui tenoit la route des Iles.
Dans le premier il y avoit fept...
caiffes d'or d'argent eftimées
cing cens mille livres ; & l'autre
portoit du vin & de l'eau - de- vie
pour la valeur de cinquante mille.
livres ; ces Vaiffeaux ont efté ame
nez au Port- Louis . Le 7. à la
hauteur du Cap de Claire , nous
joignimes un Dogre Hollandois ,
venant de Lisbonne , chargé de
citrons , d'oranges , & defel, &
nous le rançonnâmes pourfept mille
livres , aprés quoy nous allâmes à
Breftfpalmer prendre des vivres.
Nous enpartimes le 18. SepGALANT
261s
tembre , & fimes voile pour entrer
dans la Manche , d'où nous allá
mes croifer dans le Nord.
Le 24. nous rencontrames au
Septentrion du Texel une Efcadre
Angloife de neuf Vaißeauxfuperieurs
aux noftres , que nous crúmes
ne devoir pas attaquer. Le 2.3
Octobre à la pointe du jour nous
apperçumes une Flotte Hollandoi
fefous le vent à nous , compofée de
cinquante voiles , convoyez par
fix Vaiffeaux de guerre de cinquante
de quarante- quatre canons
. Sur les fept heures du matin
, M Bart commandant la Fre
gatte du Roy l'Heroine de feize
262 MERCURE.
pette
"canons , avec lequel je m'étois
embarqué
barqué eut ordre de M² de
Fourbin, qui luy cria avec la tromou
porte- voix , de joindre la
Sorlingue , autre Fregate du Roy
de vingt - huit canons , pour aller
enfemble attaquer celuy des Vaiffeaux
ennemis qui eftoit à la queue,
pendant qu'il iroit avec le reste de
fon Efcadre donnerfur les autres.
Mr Bartfit auffi- toft voile fur la
Fregate qui eftoit commandée par
Mr le Chevalier d'Hennequin
& ayant en même temps cargué
teurs baffes voiles pour attaquer le
Vaiffeau , l'enlevâmes ; ¿'énou
a
toitle Commandant nommé Har
GALANT 263
tembrouck. Feus l'avantage
d'entrerlepremier dans cel aiffeau.
Cette Lettre a efté écrite par
M du Piloy , ancien Officier de
Marine. 497 97
Vous trouverez quel'Extrait
fuivant entre beaucoup plus
dans le détail du Combat.
Je fuis perfuadé que vous au➡
rez appris d'ailleurs le combat qui
s'eft donné entre l'Escadre de M
de Fourbin fix Vaiffeaux de
guerre Hollandois , plus forts que
ceux du Roy , qui convoyaient une
Flotte de prés de foixante Voiles ;
mais nous ne formes arrivez
qu'hier icy , ayant efté. retenus
264 MERCURE
:
J
plufieurs jours par le mauvais
temps & par les vents contraires.
Ce fut le 2. de ce mois qu'on découvrit
cette Floste , environ trois
lieuës ſous le vent ; on ne fut pas
long-temps fans la joindre. Les
Vaiffeaux de guerre qui estoient au
vent des Marchands , fe mirent
en ligne & en palme pour attendre
ceux du Roy. M de Fourbin
fit fignal aux Vaiffeaux d'aborder
chacun le fien , le Com
bat commença fur les huit heures
du matin que le Commandantjoignit
le Commandant Hollandois ,
& le fit rendre. Le Brakoual qui
eftoit de l'avant , s'eftant abordé
avec
GALANT 265
avec le Commandant , il y eut
beaucoup de fracas entre ces deux
Vaiffeaux qui estoient encore à
bord du Commandant Hollandois
dans le temps que le feu il prit :
mais ils s'en retirérent , & le Commandant
Hollandoisfauta en l'air
deux heures aprés. Le Vaiffeau
que le Blakonal devoit combattre
eſtant venu avec un autre encore
fecours de celuy que le Salif
bury alloit aborder , il ne jugeapas
àpropos de le faire , ayant à effuyer
le feu de ces trois Vaiffeaux , dont
il a efté entierement defemparé ;
mais auffi il n'y a eu que peù de
monde tué , tous les coups ayant
Octobre 1706. Ꮓ
266 MERCURE
plus porté dans les mafts & manoeuvres
que dans le corps du Vaiffeau.
Il y a eu dans les autres
Vaiffeaux plufieurs Officiers tuez
ou bleffez. Outre le Vaiffeau brú
lé ily en a eu un autre de cinquanre
canons pris par le Sorlingue &
l'Heroine , qui a efté conduit icy ;
on dit qu'un autre a coulé à fonds
depuis le combat , dont voicy tout
Lefuccés.
Je fuis bien affuré que ce
qui fuit vous fera plaifir , &
que vous le lirez avec attention
, puifqu'il parle d'un Monarque
qui fe fait aujourd'huy
admirer de toute l'Europe , &
GALANT 267
dont les ennemis même ne peuvent
s'empêcher
de dire du
bien.
FRAGMENT
D'une Lettre de Madame la
Ducheffe d'Hanovre , à Madame
l'Abbeffe de Mau
buiffon fa tante.
Vous ne ferez pasfâchée defçavoir
qu'on peut comparer l'Armée
du Roy de Suede à des Moines
bien aufteres & bien reglez ,
qui nefontpas unpasfans les ordres
du Roy , quiprient Dieu avec luy
deux fois par jour , & qui n'ofent
Zij
268 MERCURE
approcher des femmes fans faire.
amande honorable couverts d'un
linceul , enface d'Eglife . Ils font
pourtant tous mariez ; mais leurs
femmes font en Suede:
Le Roy & toute l'Armée font
habillez d'un même drap bleu ,
avec des boutons de cuivre doré
les manches étroites , & le juftaucorps
coupéfelon la taille , une épée
à la vieille mode , avec une fangle
de cuir.
Le Roy eft toujours botté, &
fort fans bruit , par une porte de
derriere , monte à cheval peu accompagné
, fans que fes gens qui
font dans un Antichambre fçaa
GALANT 269
chent ce qu'il eft devenu . Il va vifiter
les Quartiers luy-même ,
comme on le craint & qu'on l'aime
, il eft obéi avec une exactitu
de admirable ; auffi ne donne-t-on
de Sauvegarde à perfonne , & per-
Sonne ne fe trouve inquieté dans
la Saxe. Il a declaré ce qu'il veut
avoir pour l'entretien de fon Ar
mée , & laiffe au Confeil du Roy
Augufte & des Etats du Pays à
trouver l'argent , comme auffi pour
l'entretien du Prince Electoral ,
pourfa mere, & pourfa grand':
re, felon qu'ils en voudrontfaire le
partage , dont Sa Majesté ne veut
pas fe mêler ; e il dit qu'il en
me-
Z iij
270 MERCURE
ufe plus humainement en cecy que
n'avoitfait le Roy Auguste , quand
il eftoit dans fes Etats . Ily aune
grande foule de gens qui viennent
pour le voir manger , & l'on ne
refufe la porte à perfonne . On ne
luy fert que huit plats en tout, &
il n'est qu'un demi - quart d'heure
àtable tout au plus. Ily a deux
jeunes Princes qui mangent avec
luy , un Duc de Mekelbourg , M.
Wirtemberg , & quelques Generaux
; mais en fortant de table
le Prince de Wirtemberg va manger
unefeconde fois avec les Gardes
du Roy , qui font tous gens
14 premiere qualité, &aufquels
de
de
GALANT 27!
A
il donne les Charges quand ily en
de vacantes . Il ne parle point à
table. Dans le particulier il eftoit
tres - familier avec l'Envoyé de
mon fils qu'il avoit en Suede ; il
parle fort agréablement de toutes
chofes ; mais il eft fort refervéfur
les affaires d'Etat, où Sa Majesté
fait paroître une tres-grande prudence.
Il a ôté la Garnifon de Lipfick
, afin qué la Foire n'en fuft pas
incommodée , & on croit que cette
Ville s'en trouvera bien ; car tou-
Les les chofes dont l'Armée Sueduoife
a befoin s'achetent à cette
Foire où les Marchands s'affemblent
de tous côtez.
Z iiij
272 MERCURE
M' le Marquis de Flamarens;
d'une des premieres maiſons
de Guyenne, eft mort de mala.
die à Burgos. Ha efté extremement
regreté de la Reine
d'Efpagne & de toute la Cour.
cette Princefle ayant donné
ordre à fes Medecins & à fes
Chirurgiens , de luy donner
tous les fecours qui dépendent
de leur Art , pendant tout le
cours de fa maladie. Elle ordonna
auffi aux Officiers de fa
bouche , de luy envoyer toutes
les chofes dont il pourroit
avoir befoin. Cette Princeffe ,
dont les grandes qualitez font
GALANT 273
encore au- deffus de la grandeur
de fon rang , donna des
ordres pour le faire enterrer
d'une maniere convenable
à fa
qualité , afin qu'il ne manqua
rien aux funerailles d'un Etran
ger de diftinction
éloigné de
fon Pays , & de ceux de fa Maifon
, & que tout répondit
à
l'eftime qu'elle en faifoit .
Il avoit reçû beaucoup de
marques de la bonté du Roy
d'Espagne
, qui luy avoit don
né une penfion de deux mille
écus , & l'avoit honoré de la
Clef d'or. Il
acompagna fa
Majefté à Naples , & à Milan, &
274 MERCURE
la fuivit en Espagne. Sa malheureufe
deftinée l'ayant forcé
pendant la premiere jeuneſſe ,
de fortir du Royaume , & de
chercher un azile ailleurs , il
porta toûjours par tout un
coeur François puifqu'aprés
s'eftre acquis l'eftime & la bien
veillance de plufieurs Cours de
l'Europe où il alla , il quita celle
de Vienne auffi - toft que les
Couronnes fe brouillerent ,
quoiqu'il y commandât un Regiment
& qu'il y fervit avec
diftinction. Mais quelque efperance
que cela luy pût donner
pour l'avenir , eftant en cheGALANT
275
min d'avoir de plus grands
emplois , il renonça à tout pour
ne pas fervir contre un Mo.
narque dont il eftoit né Sujet ;
& ne voulant jamais rien faire
qui fuſt indigne d'un homme
de condition , il eft demeuré
juſques à la mort , fidelle à fes
devoirs .
M Thiery le Rebours ;
Chevalier , ancien Maiftre des
Requêtes & Prefident Honoraire
au Grand Confeil , eft
mort âgé de 8 3. ans . Sa fàmille
, qui eft alliée à ce qu'il y a
de plus confiderable , tant dans
la Robbe que dans l'Epée , cft
276 MERCURE
*་
fi connuë fon ancienneté
par
& par les differents Emplois
que les anceſtres ont remply
avec honneur dans la Robbe ,
depuis plus de 300. ans que
cette maifon originaire de la
meilleure Nobleffe de Normandie
, eſt venue s'établir à
Paris , & j'en ay parlay en tant
d'occafions , queje crois qu'il
feroit inutile de vous en entretenir
plus amplement.
M' le Prefident le Rebours
a laiffé trois enfans , qui font
M' le Rebours , Intendant des
Finances , Madame Huguet de
Semonville & Madame de
GALANT 277
Martangis , époufe de Mª de
Martangis, ci - devant Ambaſſa
deur en Dannemarc , & fils de
feu M' Foullé de Prunevaux
,
Confeiller d'Etat. J'aurois
beaucoup de choſes à vous
dire de M' le Rebours , Intendant
des Finances , s'il m'étoit
permis de vous en parler. Il
fert avec autant d'activité que
de zele , & fait voir qu'il connoiſt
parfaitement les Finances
, quoiqu'il foit nouvellement
pourvû de la Charge
d'Intendant.
Mre Anne Louis Jules de
Malon , Chevalier Seigneur
278 MERCURE
de Bercy , Charenton , Conflans
, &c. Maiftre des Requê
tes , eft mort dans un âge affez
avancé. Il avoit eſté Intendant
de la Generalité
de Lyon pendant
quelques années , & on
s'y loua beaucoup de fon adminiftration
de la Juſtice. Il
laiffe plufieurs enfans de feuë
Dame N ... de Bretonvilliers,
fille de Mr de Bretonvilliers
,
Prefident de la Chambre des
Comptes , Mr le Marquis de
Bercy qui a époufé Melle des
Marefts , fille de Mr des Marefts
Directeur des Finances ,
& Mr le Chevalier de Bercy
L
GALANT 279
qui fert dans la Gendarmerie,
& quelques autres . Mr de Bercy
eftoit fils de feu Mr le Prefident
de Bercy , dont la mcmoire
doit eftre precieuſe à
plufieurs Maiſons Religieufes.
de cette Ville. Il a fait de
grands biens à celle des grands
Auguftins , &leur Eglife porte
des marques de la liberalité de
ce Magiftrat. Un des plus
beaux établiſſemens aufquels
feu Mr le Prefident de Bercy
ait contribué , cft l'Hôpital
des Enfans trouvez du Fauxbourg
Saint Antoine . Feuë
Me de Miramion fecondée de
280 MERCURE
pluſieurs autres Dames d'une
grande vertu , obtint pendant
la minorité du Roy, de la Reine
fa mere , le Chasteau de Bicêtre
, pour y mettre ces enfans
qui n'avoient point alors
d'établiffement
fixe. On y en
mena une partie ; mais l'air y
étant trop fubtil pour des
enfans , on les mit à Paris dans
le Fauxbourg S. Denis , où
les filles de la Charité en prirent
foin , mais dans la fuite ,
on leur acheta une maifon dans
le Fauxbourg S. Antoine &
l'on y bâtit une Eglife dont
la feuë Reine pofa la premiere
GALANT 281
pierre. Me la Chanceliere d'Aligre
& Mr le Prefident de Bercy
donnerent chacun vingt
mille livres . Me de Miramion
donna auffi une tres - groffe
fomme . Mr de Bercy dont je
vous apprens la mort , eft dédedé
aprés une longue maladie ,
dans le cours de laquelle il a
donné des marques de fa refignation
aux ordres du Ciel.
Son Teftament contient des
preuves éclatantes de fa vertu
& de fon équité. C'eſtoit un
tres-bon Juge.
M N... de Seglieres de
Bois- Franc , eft mort âgé de
Octobre 1706 . A a
282 MERCURE
plus de quatre-vingts ans . Il
eftoit d'une bonne & ancienne
famille fortie de la Marche.
Il avoit efté Surintendant &
Chancellier de la Maifon de
feue Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc d'Orleans . Mr
de Bois - Franc fon fils , eftoit
encore fort jeune lorſqu'il entra
dans les Charges de la
Robe , & il eft mort revêtu
d'une Charge de Maiſtre des
Requeftes . Il avoit époufé Dlle
N ... fille de feu M' de
Saucourt , qui eftoit grand
Maiftre de la Garde- Robbe
du Roy & grand Veneur de
GALANT 283
1283
France , & dans la fuite devenue
heritiere de la maifon ,
par la mort de fes deux freres.
M' le Marquis de Saucourt ,
· Colonel du Regiment de Ver .
mandois , & M le Chevalier
de Saucourt , Lieutenant des
Gendarmes de Monſeigneur
le Dauphin , tous deux tuez
à la journée de Fleurus . Mr de
Bois-Franc qui a laiffé plufieurs
enfans de Mlle de Saucourt ,
dont je vous aprens la mort,
avoit auffi cu de Mr de Bois-
Franc fon pere une fille qui
fut mariée à Mr le Marquis
de Gefvres , aujourd'huy Duc
A a ij
284 MERCURE
de Trême & Gouverneur de
Paris , & Mr l'Abbé de Bois- >
Franc Mr le Duc de Trême
en a eu plufieurs enfans , &
entre-autres Mr le Marquis de
Gefvres qui eft un jeune Seigneur
d'une grande efperance.
C'eft pour fon inftruction
particuliere que le Pere Lamy
Benedictin a compofé les nouveaux
Elemens où Entrées aux
Sciences , & l'on trouve à la
fin de cet ouvrage une nouvelle
Methode pour une Lo
gique. Feu Mr le Duc de Gêvres
, pere de Mr le Duc de
Trêmes , avoit épousé en ſeGALANT
285
condes noces Mlle de la Chenelaye
, petite fille de Me de
Saucourt , ainfi cette Ducheffe
eft proche parente de Me de
Bois Franc , & de feue Me la
Marquife de Gêvres fa belle
fille, ce qui forme une double
alliance entre la Maifon de
Gèvres & celle de Seglieres
de Bois- Franc. Tout le monde
connoift le merite de cette
jeune Ducheffe , par lequel elle
n'eft pas moins diftinguée que
par les agrémens de fa perfonne
,
, par fon rang & par
2
fa naiffance , qui eft des plus
confiderables de Bretagne .
286 MERCURE
Mr du Joncas , Lieutenant de
Roy de la Baftille , & Chevalier
de S. Louis , eft mort fubitement.
C'eft le premier Lieutenant
de Roy qu'il y a cu en
ce Château , & fa Majefté créa
cette Charge en fa faveur. Il
avoit efté Exempt des Gardes
du Corps , dans la Compagnie
de Duras ; & le Roy ayant demandé
un Officier au Maréchal
de ce nom pour luy donner
ce pofte , Mr de Duras luy
-prefenta Mr du Joncas. Sa Majefté
luy repliqua qu'il luy faifoit
plaifir de luy nommer cet
Officier , & qu'il y avoit déja
1
GALANT 287
penſé . Aprés la mort de Mr
de Befmeaux
, & avant que fa
Majefté cut nommé Mr de S.
Mars au Gouvernement
de la
Baſtille , Mr du Joncas s'appli
qua avec beaucoup de foin , à
examiner les raifons que plu
fieurs prifonniers détenus depuis
long- temps à la Baſtille ,
pouvoient avoir de demander
leur liberté ; & aprés qu'il en
cut reconnu la juftice , il s'employa
avec ardeur pour la leur
procurer , quoiqu'on luy eût
plufieurs fois reprefenté qu'il
fe priveroit luy- même d'un revenu
confiderable , & il répon
288 MERCURE
dit à ceux qui luy confeil
loient de ne pas trahir en cette
occafion fes propres intereſts ,
que le bien qui luy pouvoit revenir
en retenant ces prifonniers ,
ne pouvoit pas eftre mis en comparaifon
avec le prix de la liberté de
ceux qui eftoient en droit de la demander
, & qui avoient de tresjuftes
raisons pour l'obtenir ; &
que la perte qu'ils feroient en reftant
à la Bastille , eftant beaucoup
plus confiderable pour eux que
gain qu'il feroit en les y retenant ;
il n'y avoit aucune proportion entre
le préjudice que recevroientfes
interefts , dans la délivrance de ces
prifonniers
le
GALANT 289
prifonniers, & la perte de la liberté
de ces mêmes prifonniers.
Cette réponſe qui fut fçûë à la
Cour , y fut fort aplaudic , &
le Roy parla fort avantageufe
ment de Mr du Joncas . Cet Officier
eftoit aimé & eſtimé de
tous ceux qui le connoiffoient .
Ses manieres genereufes & défintereffées
, foûtenues d'une
grande probité & d'un coeur
tres - tendre pour les amis , lui
en avoient attiré un grand
nombre . Ileftoit d'ailleurs trespropre
pour la focieté , il avoit
beaucoup d'efprit & un grand
ufage du monde ; perfonne
Octobre
1706 . Bb
290 MERCURE
n'en fçavoit mieux que lui tou
tes les bien- féances aufquelles
il s'affujettiffoit plus que perfonne.
Il joignoit à de fi aima
bles qualitez , une longue experience
des affaires , & il avoit
cultivé fon efprit depuis fa plus
grande jeuneffe , par une lecture
continuelle . Il étoit difficile
, avec d'auffi heureuſes difpofitions
, de n'eftre pas fou
haité dans les focietezland
les plus
polies. Mr du Joncas eftoit de
Guyenne , & fa famille y eft
établie il y a déja long- temps ;
elle a produit plufieurs per
fonnes de mérite & de valeur ;
F
GALANT 291
mais il n'en eft point qui luy
ait fait plus d'honneur que ce
luis dont je vous aprens la
mort , & qui s'étoit diftingué
dans les Gardes du Corps , on
plufieurs occafions d'éclat
avant d'eftre nommé à la Lieu
tenance de Roy de la Baſtille,
La famille de Mr du Joncas eft
originaire de Provence , d'un
Village nommé Joncas , à une
lioiie d'Apt.
› Mr l'Abbé de Chamilly
eft mort dans un âge affez
avancé. Il laiffe plufieurs Ab ..
baycs vacantes ; fçavoir celles
d'Arbois & de la Charité en
Bb ij
292 MERCURE

Franche-Comté, & celle de
Beaulieu dans le Mayne. Il
avoit cu les deux premieres du
feu Roy d'Espagne , & lorf
que ce Prince eftoit maiſtre
de la Franche-Comté. Perfonne
n'ignore la confideration
que ce Monarque avoit
pour cet Abbé & pour Mr
le Maréchal de Chamilly fon
pere. Mr. l'Abbé de Chamilly
eftoit oncle de Mr l'Abbé de
Chamilly , Abbé de la Cou
ture au Mans , dont je vous
ay appris la mort il y a prés.
de deux ans. Celuy qui donne
lieu à cet article n'eftoit pas
GALANT 293
moins diftingué par fon merite
& par la vertu , que par
fa naiffance. Il eftoit tres appliqué
à fes devoirs , & il eft
mort dans une eftime generale.
La Maifon de Bouton-
Chamilly cft tres-ancienne &
tres - illuftre , & eft originaire
de Champagne ; elle eft alliée
aux plus grandes Maifons de
cette Province & de Bourgogne.
Mr l'Abbé de Chamilly
eftoit oncle de Mr le
Marquis de Chamilly , cy- devant
Ambaffadeur du Roy en
Dannemarc.met
Mr de Barneville , cy- de-
Bb iij
294 MERCURE
vant Lieutenant de Roy du
Chafteau Royal de Vincennes,
a cu la Lieutenance de Roy
de la Baftille. Feu Mr le Maréchal
de Bellefonds qui connoiffoit
fi bien le vray merite,
avoit cu plufieurs fois occafion
de connoiftre par luymefme
celuy de Mr de Barneville
, & il fut bien aife de
fe l'attacher & d'avoir fous
fes ordres à Vincennes un
homme de confiance ; il le
prefenta au Roy qui luy donna
fur le rapport de ce Maréchal
, la Charge de Lieute
nant de Roy de Vincennes
GALANT 295
ravec de grandes marques de
diftinction. Mr de Barneville
a long- temps fervi dans les
Gardes du Corps , & il y a
donné plufieurs marques de
fon courage. Il eft d'une an
cienne famille de Normandie ;
mais il tire moins d'avantages
de fa naiffance , quoyque tres.
confiderable , que de fon meritè
qui a determiné le Roy à
luy confier le poste que Sa
Majefté vient de luy donner.
Je crois ne pouvoir mieux
vous apprendre les nouvelles
d'Efpagne que par une fuite
de Lettres , ces fortes de nouvel
Bb iiij
296 MERCURE
les étant plus feures que tout
ce que l'on entend dire , dont
on n'a point de certitude , par
des écrits venus des lieux mêmes
où elles fe font paflées
ou du moins des environs de
ces lieux-là.
A Ocagna ce 20. Septembre
1706 .
M' de Mahoni Maréchal de
Camp, aprés s'eftre deffendu avec
beaucoup de vigueur dans le Château
d'Alicante pendant 27. jours,
efté obligé de capituler le 4.de ce
mois. Il eftforti avec quatre pieces
GALANT 297.
de canon , & deux mortiers ,
avec toutes les conditions honora
bles ; il a efté embarqué le 1 1. pour
eftre conduit à Cadix , avec le dé
bris defa Garnifon , qui ne confif
toit qu'en foixante-deux Napolitains
, trente- fix Dragons defon
Regiment , & trente fix François
reftant de cent , qui avoient efté levez
dans Alicante avant le fiege.
Rien ne fait mieux l'Eloge
de M de Mahoni que le petit
nombre de troupes qui eft forty
d'Alicante , & pour peu que
faffe de reflexion on
l'on y
trouvera
qu'il
eſt ſans
exemple
qu'un
Gouverneur
ait défendu
298 MERCURE
une place comme Alicante fans
avoir de Garnifon fur la fin
du fiege , car ce qui en eft forty
n'eftoit pas capable de défendre
aucune Place. C'eft
pourquoy les ennemis charmez
de fa valeur , & de fon
intrepidité au lieu de le punir
d'avoir tenu dans une place où
il ne reftoit plus de troupes
,
ce qu'il en reftoit dans la Place
devant eftre compté pour
rien , luy ont accordé une Capitulation
glorieufe pour
faire
honneur à la valeur , & comme
on doit rendre juſtice à fes Ennemis
mefmes, je dois dire que
GALANTLUE
299
t
autant
Milord Peterborough
jours fait obferver les pitulations
qu'il a faites
qu'il a pû en eftre le maiſtre.
La Lettre qui fuit eft d'un
des principaux Officiers de
l'Armée de M' le Maréchalde
Barwick.
Du Camp de Lairaxon dans la
Manche , le 27. Octobre.
Farrivay le 10. de ce mois à
Aranjuez , qui eft un Chafteau de
Plaifance du Roy d'Espagne , où
je trouvay ! Armée campée. Le
même ſoir les Ennemis allérent à
300 MERCURE
Jules ; ils fe jetterent le lendemain
du cofté de Quite, & defcendirent
le long de la riviere de Xucar.
Nous côtoyâmes leur armée juſques
à S. Clemente, & Pofo-Laurenté.
Nouspartimes de ce dernier
Camp le 25. au foir, nous mar
chames,aprés avoirpaffe le Xucar,
jufqu'à une lieue de l'endroit où
eftoient campez les ennemis , pour
leur donner bataille . Toute noftre
armée marchafans équipages toute
la nuit , & le 26. jusqu'à trois
heures aprés midy fur quatre colonnes
, fçavoir les foixante-dixfept
Efcadrons qui compofent noftre
Cavalerie ,fur la droite & la ganGALANT
301
che , & quarante-neufBataillons
qui compofent noftre Infanterie ,
aux 2. colonnes du centre , fous les
ordres de M³ de Heffy , Maréchal
de Camp. Ladroite étoit commandée
par M de Joffreville , & la
gauchepar à Mr de Legal. Cette
Cavalerie arriva 2. heures plutoft
que l'Infanterie , qu'elle attendit,
ce qui l'empêcha de ſe faifir du
Village d'Ouniefte ; les Ennemis
s'en emparerent & y appuyerent
la droite de leur armée , qui s'éten
doit fur leur gauche le long d'un
petitravin qu'unpetit ruiffeauformoit
devant eux. Ils avoient fur
leur derriere une feconde ligne qui
302
MERCURE
occupoit un petit rideau qui leur
rendoit le
pofte tresavantageux
.
Pendant qu'ils eftoient dans cette
fituation nous
arrivâmes , & nous
trouvâmes noftre
Cavalerie fur
la
droite fur la
gauche ,
nous
ayant laiffe le centre pour nous
pour
l'Artillerie que nous condui→
fions.
Comme nous fumes en prefence
,
Mylord affembla les Officiers
Generaux
Espagnols , &leur
ayant
témoigné la bonne
volonté
qu'il avoit
d'attaquer les
Ennemis
, qui nefont que
cinquantè Bataillons
&
cinquante
Efcadrons
,
bien
délâbrez , ils luy
dirent tous
qu'on ne
pouvoit pas les
forcer
GALANT 303
lors
que nous
dans le pofte où ils eftoient , fans
perdre plus defix àſept mille hommes
d'Infanterie ; mais qu'il fal
loit attaquer la gauche des ennemis
enflanc. On nous fit faire un
mouvement fur le champ ; mais le
tourfutfi grandque
arrivâmes auprés du petit ruiſſeau
nous n'avions pas plus d'une heure
de Soleil. Ainfi nous n'avions pas
affez de temps pour donner bataille.
Nous nous mêmes en bataille
fur deux lignes pour y paffer la
nuit , afin d'en venir aux mains
le lendemain , mais les ennemis fe
trouvant plus foibles , décampérent
la nuit, & fe jetterent dans
304 MERCURE
les montagnes qu'ils avoient fur
leur derriere ,frontieres du Royau
me de Valence , ce qui nous obli
gea de retrograder le mêmejour 2 6.
pour venir joindre nos équipages ,
qu'on avoit laiffez dans le Camp.
J'ajouteray cette particularité , qui
eft que lors que nous fumes enprefence
, nous avions marché pendant
plus de dix lieuës fans avoir
trouvé une goutte d'eau , de maniere
que lafoif mettoit les Soldats
hors d'état d'en venir aux mains.
Il y en eut même quelques - uns
qui moururent de foif, fur la fin
de la journée. Les Ennemis n'ont
pas laiffé de perdre environ quatre
GALANT 305
cens hommes , du nombre defquels
nous avons deux cens prifonniers ,
Nous leur avons pris auffi plus de
trois cens Chariots on Galeres ,
remplis de quantité de chofes dont
laperte les incommodera beaucoup.
Je crois que nous ne ferons en ce
Camp qu'aujourd'huyfeulement
car on vient de m'afſurer que Mylord
eft refolu de poursuivre les
ennemis en quelque endroit qu'ils
aillent. Nous fommes dans un
tres - bonpays de grains & de vins ;
mais auffi on dit que Valence eft le
plus pauvre pays du monde. Les
ennemis y auront beaucoup àfouffrir.
Nous fouffrirons moins qu'
Octobre 1706 .
800
Cc
306 MERCURE
eux , puifque nous avons noftre
derrière libre.
Les ennemis fe font fort affoiblis
, tantpar les deferteurs quepar
Le grand nombre de prifonniers
que les détachemens de Cavalerie
Espagnole font continuellement.
On compte qu'on leur apris depuis
que nous les pourfuivons , plus de
fix mille hommes , & leur armée
n'a reçu aucun renfort. Le Roy
n'eft plus avec nous depuis Velez ,
d'où il eft parti pour Madrid.
A Madrid , le 5. Octobre .
Le Roy d'Espagne arriva bier
GALANT 307
au foir en cette Ville , en bonne
fanté. Ily a efté reçu avec des démonftrations
de joye qui vont audela
de tout ce qu'on peut dire.
Nous aprenons par les dernie
res Lettres de Mrle Maréchal de
Berwik , du premier de ce mois ,
qu'il eftoit à Pofo-Rubio , au- delà
du Xucar, obfervant les ennemis
qui ont mis une autre riviere appellée
le Cabriel , entr'eux & lui,
& qu'il a fait un détachement
confiderable fous les ordres de Mr
d'Heffy , Lieutenant General ,
pour aller à Cuenca , où les ennemis
ont 2000. hommes. On attend
en cette Cour avec impatien-
Cc ij
308 MERCURE
ce , des nouvelles de cette entreprife
qui paroift eftre importante.
- Le Corps de Portugais qui eftoit
à Salamanque , s'eft non feulement
retiré , mais on aprend que ce
Corp's s'eft feparé , la Cavalerie
d'un cofté l'Infanterie de l'au>
tre.
Monfieur l'Ambaffadeur de
France , eft auffi arrivé en cette
Cour en parfaite fanté. Plufieurs
Espagnols à fon entrée , ont crié
Viva el Embaxador de Francia.
Je dois ajoûter ici , que l'on
avoit fait dreffer à Madrid
pour la reception du Roy, un
Arc de Triomphe fur lequel
duk
GALANT 309
toutes les Villes demeurées f
delles à fa Majefté Catholique ,
étoient repreſentées ; tous les
Corps eftoient venus pour la
complimenter à l'entrée de la
Ville ; mais les acclamations du
Peuple furent fi grandes , & les
cris de Vive Philppe V. furent
fi continuels , qu'il fut impoffi
ble aux Magiftrats qui eftoient
venus pour haranguer fa Majefté,
de le faire écouter ,de maniere
qu'ils furent obligez de
remmettre leurs Complimens à
un autre jour , tant il eftoit impoffible
d'eftre entendu ; le carillon
des cloches eftant joint
310 MERCURE
aux acclamations réitérées du
Peuple,qui fit des feux pendant
toute la nuit ; & il y eut un fi
grand nombre de feux d'artifice
, qu'il fembloit que chaque
particulier eût pris foin
d'en faire dreffer devant fon
logis . Toutes les maifons
étoient illuminées , & tous les
balcons remplis de flambeaux
de poing. Il y cut des concerts
de Mufique pendant toute
la nuit , dans toutes les rues
de Madrid , & des tables dreffées
où tous les paffans étoient
conviez de boire à la fanté de
Philippe V. Enfin , la joye fut
GALANT ZIE
fi grande & fi univerfelle dans
Madrid , qu'il faudroit un Vo
lume pour décrire tout ce qui
fe paffa pendant cette nuit , qui
parut plus brillante à tous fes
habitans , que le plus beau
jour.
>
Je paffe à de nouvelles expeditions
qui paroiffant devoir
eftre heureufes entretiendront
fans doute , tous les peuples
fidelles d'Espagne , dans
une joye pareille à celle que
l'on a vu éclater à Madrid.
A Madrid , ce 14. Octobre.
Le 9. la Ville de Cuenca fe
312 MERCURE
rendit aux armes du Roy , & on
y fit deux mille hommes prifonniersde
guerre , c'est - à - dire , les
cing Regiments de Humado , de
Portugal , du Brigadier d'Hollan
de , des Napolitains & des Allemans
qui enfaifoient la garnifon.
On a pris le canon & le bagage.
Les Rebelles qui avoient, tenté
pour la feconde fois de fe rendre
maiftres de Murcie , abandonnerent
l'entreprise , d'abord qu'ils
fûrent que
le Maréchal de Camp
D. Francifco Guttiercy de Medinilla
fe trouvoit aux environs ,
avec le détachement qu'il commandoit,
& fe retirerent precipitamment
GALANT 313
ment à Alicante. Cet Officier Ge- .
neral continua fa marche juſqu'à
ta Ville d'Origuela qui s'eftoit
mife en diffenfe . Il y entra l'épée
à la main , aprés une grande réfiftance
ce qui eft arrivé le 10..
du mois vers midy.
La Cavalerie qui avoit fervy
au fiége de Cuenca , s'eftoit mife
en marche vers Requena.
La Lettre qui fuit entre dans
un plus grand détail de la prife.
de Cuenca. Elle eft de M' le
Maréchal de Berwick.
Du Camp d'Almanza le 12 .
Octobre 1706 .
Nos Grenadiers s'eftant fai-
Octobre 1706.
Dd
314 MERCURE
fis d'une hauteur prés de Cuenca
par laquelle non-feulement on
oftoit aux Ennemis toute communication
avec l'Aragon ; mais
par où on pouvoit avec plus de
facilité attaquer la Place , la
Garnifon demanda à capituler,
Mr de Heffy ne voulut jamais
leur accorder d'autre condition que
celle de prifonniers de guerre.
Comme le Commandant & plu
fieurs autres Officiers eftoient deferteurs
des troupes du Roy d'Ef
pagne , ils craignirent que s'ils ne
fe rendoient , on ne les traitaft
comme ils le meritoient. Ainfi
aprés quelques allées & venuës
GALANT 315
its tomberent d'acord de fe rendre
prifonniers de guerre , à condition
qu'on ne leur feroit aucun mal ,
& quedans la fuite on les échangeroit.
La Garnifon eftoit compofée
de trois Regimens d'Infan
terie , d'un de Cavalerie , & de
mille hommes détachez de toute
l'armée. Mr de Dumada Maréchal
de Camp Espagnoly commandoit
, & avoit fous luy Mr.
de Palme Brigadier Hollandois.
Il за avoit auffi dans la Place
cinqpieces de canon de Campagne.
Cette Conquête affure toute la
partie de Caftille qui a voifine le
Tage. La Garnifon fortit le 10 ..
Dd ij
316 MERCURE
fera difperfee dans lesprifons
d'Andalousie
.
#
Partie de noftre armée , aux
ordres de Mr de Joffreville &
de Mr de Medinilla eft déja en
trée dans le Royaume de Valence,
& dans un jour ou deux nous
en ferons autant avec le refte sure
Je reçois dans l'inftant avis
Mr de Medinilla a emporté
que
Origuella l'épée à la main ; c'eſt
l'une des plus grandes & des plus
riches Villes du Royaume de Valence.
Tout y a efté pillé &faccagé,
& beaucoup de Moines
qui avoient les armes à la main
furent tuez.
GALANT 317
La Ville de Murcie , & un
Chasteau qui en eft fort éloigné,
ont efté fecourus par les troupes
du Roy , qui en ont fait lever
les
fieges
.
Je vous envoye une lettre de
Madrid , qui parle encore de la
mefme action . Vous fçavez que
pour eftre informé à fond de
tout ce qui s'eft paffé dans une
action confiderable , il en faut
voir plus d'une Relation .
A Madrid ce 9. Octobre .
Le 5. de ce mois , quifut le lens
demain que Sa Majesté Catholique
arriva en cette Capitale , la ville
& tous les Corps de Métiers , avec
Dd iij
318 MERCURE
toutes les Communautez, furent eff
Corps au Palais , pour la compli
menter & pour affurer qu'ils facrifieroient
tous jufqu'à la dernieregoutte
de leurfangpourfonſervice .Chacun
parla & harangua à son tour
& on remarqua dans le difcours de
tous ceux qui vinrent au Palais
un transport dejoye que l'on a peine
à exprimer , & l'on entendoit à tons
momens avec de grandes acclamations
, Vive , & vive long- temps
noftre cher Philippe V.
On vient d'apprendre par un Courrier
arrivé d'Andaloufie , que Mr le
Marquis de Villadarias afait un
détachement de cinq cens chevaux &
de douze Compagnies de Grenadiers
pour aller attaquer un Corps de mil.
le Portugais , Anglois & Hollandois
, qui s'eftoient avancezfur les
GALANT 319
Frontieres on leur a fait deux cens
trente prifonniers , tué centfoixante ,
& le reste a pris la fuite , & s'eft
diſperſe en differens Bourgs & Vil
lages , en mettant le feu dans tous
les lieux qui ne veulent pas contribuer
à leurfubfiftante .
du
Un Courrier depeché par Mr de
Barvvick , parti du Camp d'Iniesta
te 9. arrive Meredy en Cour , a rapporté
que Mr de Heffy qui avoit efte
détaché par ce Maréchal le 30 .
paffe , avec vingt -huit Compagnies
de Grenadiers , deux Regimens de
Dragons , deux cens cinquante chevaux
& quatre pieces de canon , a
efte joint le 3. de ce mois par les fept ·
bataillons François & le Regiment
de Cavalerie Espagnole , dont on a
parlé cy-devant , s'eft approché de.
Cuenca , & quay que les ennemis
D diiij
320 MERCURE
euffent renforce la Garniſon de plas
de quinze cens hommes , avecprés de
doaze cens hommes qui y eftoient auparuant
, ce Marquis fit fommer le
Gouverneur de fe rendre , finon qu'il
le feroit pendre à la Porte de la
Ville ; le Gouverneurfit réponſe fiérement
, qu'il prétendoit fe deffendre
jufqu'à la derniere extremité
, & qu'il avoit des mu
nitions de guerre & de bouche
pour long temps , avec une gar
nifon à ne point craindre le feu.
Sur cette réponse Mr de Helly fit
attaquer la Place
vigoureuſement
& fit ouvrir la tranchée la nuit da
4. aug. Ellefut conduite cettepremiere
nuitjusqu'à quatre- vingt toi➡
fes des paliffades , que le lendemain
6. le
Gouverneur fit ane fortie com
pofée de cent - cinquante hommes
GALANT 321
farprit quelques - uns de nos Travailleurs
& les mit un peu en defor
dre ; mais Don Antoine de la Ca
vella , Colonel du Regiment de Caª
valerie Espagnole , arriva fort &
propos pour tailler enpieces avec fon
Regiment , les cent cinquante hom
mes qui eftoient fortis de cette Place,
defquels il ne s'eft fauve que vingt
hommes , qui ont eſté poußez jufques
dans les Portes de la ville , le refte
azant efté tuez ou pris.
·
ſauvé
De lefeu des ennemis diminua, 7.
& le 8. à dix heures du matin les
afregez battirent la chamade , &fe
vendirent à difcretion . L'on a trouvé
dans cette Place cinq pieces de ca
non de fonte deux
mille
cinq cens
facs de farine , & plus de fix mille
facs d'avoine , & beaucoup d'autres
munitions de guerre & de bouche
322 MERCURE
Ce Courier ajoute que les Bour
geois avoient forcé le Gouverneur à
fe rendre , aimant mieux eftre fous
la domination de Philippe V. que
fous celle de l'Archiduc.
Je crois devoir ajoûter les
Nouvelles fuivantes à celles que
Vous venez de lire ..
Mi le Duc de Berwick a détaché
M' de Medinilla , avec quatrebataillons
& neufefcadrons ,
pour aller vers Murcie , que les
ennemis attaquoient de nouveau
; mais à fon approche ils fe
font retirez en diligence à Alicante.
Mr de Medinilla alla enfuite
à Origuela , qu'il emporta
le 10. l'épée à la main , & il l'abandonna
au pillage pour fervir
d'exemple. M de Jeoffreville
entra le 12. dans le Royaume de
GALANT 323

Valence , du cofté de Villena
avec dix bataillons & dix - huic
Efcadrons , & Mr de Berwick
devoit y entrer le 13 ou le 14.
avec quinze bataillons & trentetrois
escadrons. Mr de Heffy
devoit venir de Cuença le joindre
avec le refte de l'Armée ,
qui eftoit en tout de quarante
bataillons & de foixante efcadrons
.
Mr Terra , Chancellier de
: Son Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans , qui fait voir
l'attachement & l'amour qu'il
a pour ce Prince en faiſant les
<fonctions de Surintendant de
fes Finances , fans aucun intereft
, vient d'époufer Mlle de
Chaumont. Voicy ce qui regarde
fa Maifon
324 MERCURE
M
Antoine de la Motte - Hotdancourt
, Gouverneur de Corbie
, fils aîné de Philippe de la
Motte Houdancourt , & de N ..
Ribier , & frere aîné de Philippe
de la Motte Houdancourt
Duc de Cardonne , Pair &
Maréchal de France , Viceroy
de Catalogne , époufa Cathe .
rine de Beaujeu . Il mourut
âgé de quatre- vingt ans en 1672.
Il eut entre autres enfans Marie
Anne de la Motte , qui époufa
en premieres noces Mr le Comte
de Sufe , & en fecondes Mr de
Chaumont , d'où eftvenu Mile
de
Chaumont qui eft par confequent
niece de feu Mr le Maréchal
de la Motte . Ainfi elle
fe trouve parente de Mefdames
les Ducheffes de Ventadour ,
GALANT 325
de la Ferté & d'Aumont la
Douairiere . Auffices Ducheffes
ont-elles beaucoup contribué à
fon Mariage . Mr le Comte de la
Mote donna un magnifique fou
pé à toute l'illuftre parentée
la veille des époufailles qui ont
efté faites dans la Chapelle du
Prefbitaire de S. Sulpice , &
le foir du mefme jour , Mt Terra
donna auffi un grand foupé .
C'eft icy le lieu de vous parler
des Epoux , felon que j'ay
toûjours fait en pareilles occa
fions . C'est pourquoy m'étant
informé à une perfonne d'une
probité reconnue de ce que je
pourrois dire de Mr Terrat, elle
me repondit , je le crois fi honneste
homme, & j'en ay un figrand
nombre de preuves , que fi j'avois
326 MERCURE
un procés avec luy , je luy remette
vois tous mes interests de quelque
confequence qu'ilsfuffent , & je le
ferois juge de fa propre caufe , &
s'il prononçoit contre moy , je croivois
qu'il le feroit avec juftice , &
que j'aurois en tont de luy rien demander.
En effet j'ay fceu qu'il
eft fi fcrupuleux pour tout ce
qui regarde les intereſts d'autruy,
qu'avant de donner fon
avis fur aucune affaire , il de ,
vient , pour ainsi dire , l'Avocat
des Parties qu'il doit condamper
, & ne prononce qu'aprés
avoir cherché tout ce que
l'on peut dire à leur avantage ,
afin de rendre une exacte juf
tice à ceux mefmes qui ne font
pas bien inftruits de leurs propres
affaires. Quoyqu'il cache
*
GALANT 327
avec beaucoup de foin toutes
les charitez qu'il fait fuivane
le precepte de l'Ecriture , qui
dit qu'il faut que la main gauche
ignore ce que fait la main droite.
Les pauvres honteux de la Paroiffe
, à qui il fait de grandes
charitez , ne peuvent fouvent
garder le fecret qu'il leur impofe
, preffez par un defir violent
de faire connoiftre celuy
qui leur rachette fouvent la vie .
Il ne laiffe rien paroiftre au dehors
de toutes les qualitez qui
pourroient faire augmenter l'ef
time que l'on a pour luy , & il
vit en homme de fon rang ;
mais pourtant d'une maniere
fort reglée. La pieté a toûjours
efté hereditaire dans fa famille,
qui eſt originaire du Beaujo228
MERCURE
lois , où elle a procuré l'établiffement
de quelques maifons
Religieufes , & feu Mr Terrat
fon pere a beaucoup contribué
à l'établiffement d'une maifon
où l'on éleve de jeunes Ecclefiaf
tiques. Mr Terra qui vient d'é
poufer Mlle de Chaumont ,
eftant du caractere que je viens
de vous marquer , ne peut avoir
fait qu'un bon choix en époufant
Mlle de Chaumont , puifque
s'il ne l'avoit pas crue capable
de fuivre les inclinations
qui le portent àfaire tout le bien
que je viens de vous marquer,
il n'auroit pas fuivi en l'épou
fant , celle qu'il avoit pour elle ,
Il ne s'eft pas trompé , puifque
cette Dlle a l'efprit auffi
bien fait que le corps , & que
GALANT 329
fa vertu répond à fa naiffance.
Je dois vous parler des affaires
de Flandres , où l'on eſt
demeuré dans l'inaction depuis
la prife d'Ath. Il est vray que
cette prife eft avantageufe aux
Ennemis mais cependant fi
Pon confidere qu'ils ont perdu
leur premier Ingenieur devant
cette Place avec un grand nombre
de leurs meilleures troupes,
peut- eftre trouvera t-on qu'ils
l'ont bien achettée .. Ils avoient
pris des mefures pour affieger
Charleroy , & ils fe font donnez
de grands mouvemens pour
ce fiege. Cependant la chaleur
qu'ils faifoient paroître pour
cette entreprife.s'eft rallentie
tout à coup dés qu'ils ont fçû que
Mrde Vendôme faifoit raffem-
Octobre 1706
. Ee

&
330 MERCURE
bler fon armée , & qu'il avoit
pour cet effet fait fortir toutes
les troupes qui estoient dans les
Quartiers de rafraîchiffement ,
de maniere que la Campagne
paroift finie, & que l'on n'entendra
plus parler pendant l'hiver
que de ce que feront les partis
de part & d'autre. Vous trouverez
à ce sujet une action furprenante
dans la Lettre que je
vous envoye.
A Tournay le 19. Octobre.
Noftre Lieutenant de Roy Mr
Dolet fit hierune action d'une gran
de vigueur eftant averti ; que quelques
Officiers de la garnison de Menin
alloient ordinairement dans le
cabaret du Faubourg , ily envoya
GALANT 331
quinze Dragons de fa Compagnie
qui prirentfi bien leurs mefares qu'ils
entrerent en plein jour , & tuerent
fix de ces Officiers qui voulurent ſe
deffendre , & en prirent quatre autres
, effayant le feu de la garnison
qui eftoit auxpalliffades , fans qu'on
puft les joindre. Nous les avons vûs
rentrer icy fur les fept heures du foir
leurs chevaux tout en nage , & les
prifonniers en croupe.
Il y a fi long-temps que Mr le
Marquis de Saint - Poüange eft
valetudinaire , que vous ne ferez
pas furpriſe d'apprendre la
mort. 11 touchoit en même
temps à deux grands Miniftres ,
puifqu'il eftoit le cinquième fils
de Jean - Baptifte Colbert , Seigneur
de S. Pouange & de Vil-
Eeij
332 MERCURE
lacerf, qui avoit épousé Clau
de le Tellier , foeur de feu Mre
Michel le Tellier , Chancelier
de France Mr de S. Poüange ,
dont je vous apprens la mort ,
a fait une tres - grande figure
pendant le Miniftere de feu Mr
le Marquis de Louvois , puifqu'il
faifoit fous ce Miniftre les fonc
tions d'Intendant general des
Armées de Sa Majesté , & qu'il
fe repofoit fur luy d'un grand
nombre de détails qui deman
doient de grands foins . Feu Mr
de S. Poüange fçavoit parfaite
ment l'eftat de toutes les Troupes
du Roy ; il connoiffoit la va
leur & le merite de chaque Of
ficier en particulier , & l'on peut
dire qu'aprés les Miniftres il fe
trouve peu de perſonnes parmy
GALANT 333
celles qui ont efté employées
pour le fervice du Roy , qui
aye fait à la Cour une plus belle
belle figure que ce Marquis , &
qui s'y foient faits plus d'amis de
la plus grande confideration . H
avoit efté fucceffivement Secretaire
des Commandemens & Fi
nances de la feue Reine , Secretaire
du Cabinet du Roy , &
grand Treforier des Ordres de
Sa Majefté , qui luy donna cette
derniere Charge lorfque le mau
vais eftat de fa fante l'obligea
de quitter les férvice qu'il luy
rendoit dans fes Armées . Il ne
laiffe qu'un fils de Dame Marie
de Berthemet , qui eft Mestre de
Camp de Cavalerie , & à qui le
Roy vient de donner une partie
de la penfion qu'avoit feu fon
18
334 MERCURE
pere . Sa Majesté a nommé en
même temps Mr de Chamillart
Miniftre & Secretaire d'Etat , à
la Charge de grand Treforier de
fes Ordres . Comme ce Monarque
ne fait rien qu'aprés de ferieufes
reflexions , on connoî
troit fi on pouvoit lire dans fon
coeur , & fi on eftoit in ſtruit de
beaucoup de chofes , dont il a
fenl connoiffance , qu'il ne fait
rien qu'avec autant de juſtice
que de raiſon .
Je vous ay mandé le mois der
nier , que le Pape avoit préconifé
. l'Evefché d'Alexandrie
dans l'Etat de Milan , pour le
Pere Francefco Caffinara , Chanoine
Regulier de S. Paul . Je
me fuis trompé, il faut dire Gat -
tinara. I eft Barnabite Mila
GALANT 335
nois , Clerc Regulier de la Congregation
de S. Paul . Il eftoit
Provincial de Lombardie , &
l'un des premiers Predicateurs
d'Italie. Depuis que le Pape
Clement XI . eft affis fur la
-Chaire de S. Pierre , il a nommé
tous les ans un Barnabite à

l'Epifcopat : c'eft comme un tribut
qu'il exige de cette Congregation
, qui a toûjours cité appellée
en Italie le Seminaire des
Evèques. Vous devez croire que
les Barnabites pavent avec plaifir
ce Tribut au S. Siege . Ils ont
le plaifir de voir que tous les
Evêques qui font fortis de leur
Congregation , ont rendu de
tres- grands fervices à l'Eglife.
Les Villes de Mantouë , Pavie,
Novarre , Alexandrie , Vinti336
MERCURE
mille , Noli & Alerja , ont au
jourd'uy des Evêques tirez de
cette Congregation . Mr le Cardinal
Morigia , qui eſt du même
Ordre , a efté Archevêque de
Florence.
Il paroift à Rome une Oraifon
Funebre du feu Cardinal
Omodei , oncle de celui dont
je vous ay parlé au commencement
de ma Lettre , qui fut prononcée
autrefois par le P. Charles
de Aquino Jefuite . L'Auteur
fait voir dans ce difcours
funebre , que ce Grand Cardinal
eftoit recommandable par
la nobleffe de fes Anceſtres , &
qu'il l'a encore plus efté par far
propre vertu ; & que la Pourpre
dont il fut revêtu , ne fut
que la recompenfe d'une probité
GALANT 337
bité & d'une fageffe encore plus
éclatante que fa dignité. Ce
Cardinal eftoit frere de Mr le
Marquis de Caftel Rodrigo ,
dont il eft fouvent parlé dans
les Relations des Guerres précedentes.
Vous attendez fans doute, que
je vous parle de Monfieur le
Duc d'Orleans ; & quoique fa
bleffure ne vous inquiete plus ,
yous vous faites un plaifir d'ap.
prendre des nouvelles de la
fanté de ce Prince . Je ne puis
m'empêcher de vous dire , en
commençant l'article que vous
attendez de moy , que la gloire
coûte beaucoup aux uns & peu
aux autres . Toutes les Hiftoires
font remplies de la gloire des
Generaux d'armées , dont les
Octobre 1706 . Ff
338 MERCURE
P
Batailles ont efté gagnées en
leur nom par les Troupes qu'ils
commandoient , fans qu'ils
ayent contribué en rien au gain
de ces Batailles , & qu'ils fe
foient expofez aux moindres périls
. Il eft d'autres Generaux à
qui la gloire coûte plus cher
puifqu'ils ne s'en couvrent
qu'au dépens de leur fang , &
qu'ils n'en jouiffent qu'au milieu
des plus mortels chagrins.
Cependant , cette fatale gloire
leur doit eftre plus fenfible , de
quelques malheurs dont elle foit
accompagnée , que la gloire qui
n'eft dûë qu'à la feule valeur des
Troupes , & à laquelle on a fouvent
vu plufieurs Generaux n'avoir
de part qu'à cauſe de l'avantage
qu'ils avoient de comGALANT
339
mander des Troupes accoutu
mées à vaincre.Celles que Monfieur
le Duc d'Orleans commandoit
dans l'affaire des Lignes
de Turin , auroient non
feulement eu le même avantage
à caufe de la valeur qu'elles
avoient toûjours fait voir en
combatant ; mais auffi , parce
qu'elles eftoient animées par lá
prefence de ce Prince , qui s'expofoit
par tout où le péril étoit
le plus grand . Auffi n'a - t- il efté ,
je ne dis pas vaincu , puifque il
n'a point quité le champ de bataille
tant qu'il a pû tenir fon
épée ; mais forcé par le nombre
, une armée entière s'étant
ouvert un paffage au milieu
d'un quartier de huit mille hom
mes feulement , pour fecourir
Ffij
340 MERCURE
t
une Place affiegée , dont la gar
nifon fit en même temps une
fortie , pour feconder des Troupas
déjà trop nombreuſes pour
l'execution qu'elles avoient à
faire. Ce qui fe paffa enfuite
n'a rien eu
d'extraordinaire
puifque l'on a toûjours aban
donné quelques
équipages &
quelques canons , lorfque l'on
a efté obligé de lever un Siege 3
mais les Alliez ont remply tou.
tes les nouvelles publiques , d'un
nombre infiny
d'exagerations &
de faufletez , qu'il a fallu prés
d'un mois pour découvrir à
caufe de la difficulté qui s'eft
• trouvée d'avoir des nouvelles
par d'autres que par les Enne
mis. Ils ont affûré que les bagages
de toute l'armée avoient
f
GALANT 340
efté pris, & même ceux de Monfieur
le Duc d'Orleans avec
toute fa Maiſon qui eftoit à Pavie.
Ils ont dit que leurs Troupes
eftoient entrées dans Cafal ,
prefque auffi -toft que dans Turin;
& pour appuyer ce menfon.
ge , ils ont raporté des hiftoi
res fabuleuses. Ils ont ajoûtéqu'-
ils y avoient trouvé beaucoup
de nos malades & de nos bleffez ,
les Equipages d'une partie de
l'Armée , & quantité de munitions
& de provifions Enfin ils
ont pris dans leurs écrits , beaucoup
de poftes dont ils ne fe
fontspas feulement approchez ;
le temps a fi viſiblement détruit.
toutes ces fauffetez que ' perfonne
ne les ignore plus. La
pluſpart des équipages , fe font
Ff iij
342 MERCURE
trouvez en divers endroits ou
les Domestiques des Officiers
avoient pris foin de les conduire
; & il eft de notorieté pu
blique , que les équipages &
la Maiſon de Monfieur le Duc
d'Orleans font arrivez à Lyon
il y a prés de trois ſemaines , &
que les Ennemis , loin d'eſtre
entrez dans Cafal , ne fe font
pas feulement prefentez devant
cette Place . On doit juger par
toutes ces chofes , de la foy que
l'on doit ajoûter à tous leurs
écrits , qui ne font rendus pu
blics que pour éblouir fur tout,
les Peuples de Hollande &
d'Angleterre, que les avantages
des Alliez ne rendent pas plus à
leur aife , & qui font tellement
épuifez , qu'au milieu des feux
GALANT 343
de joye de Londres , ' on vient
de prefenter des adreffes à la
Princeffe de Dannemanc , par
lefquelles on luy fait connot
tre l'épuifement d'argent ou
fe trouve l'Angleterre , & le
pitoyable état où elle fera dans
peu fi la guerre continue. Je
n'avance rien qui ne foit veritable
, & ce font des faits publics
& connus. En effet , ces deux
Nations font aux abois à caufe:
de leur commerce ; comme elles
en ont beaucoup plus que la
France , elles ont infiniment
plus de Vaifleaux en mer , ce
qui fait qu'on leur en prend du
moins dix contre un qu'elles
nous prennent , & que nous
avons abondamment en France ,
pas le moyens de nos prifes , tou
344 MERCURE
j
tes les chofes que nous achete
rions des Anglois & des Hollandois
, fi nous eftions en paix.
Que fait au commerce de ces
Nations la levée du fiege de Tu
rin ? Le Duc de Saroye même
n'en eft pas plus puiffant qu'il
eftoit avant ce fiege . Ce n'est
pas une conquefte qu'il a faite
mais un malheur qu'il a évité.
Il fe retrouve aujourd'huy au
milieu d'une partie de fes Etats ;
mais toutes ces Places eftant démolies
, il ne poffede qu'un pays
ruiné , dont il ne peut s'affurer
d'eftre maiftre long- temps , puifque
dés que nos Troupes feront
rentrées en Italie , ces Places
feront toûjours à ceux qui feront
maiftres de la campagne.
Tous les avantages remportez,
GALANT 345
de ce cofté-là par les Alliez , ne
font pas que l'Allemagne foit
dans un meilleur eftat . Les Mécontens
battent tous les jours
les Troupes Imperiales , & prennent
fouvent des Places . Le Roi
de Suede donne de l'inquietude
aux Allemans , & Mr le Maréchal
de Villars leur en donneroit
beaucoup pour peu que fon
Armée vint à groffirmais ce qui
doit le plus inquieter les Princes
d'Allemagne , eft le caracte
re de l'Empereur , qui pour peu
qu'il foit en eftat de fe faire
craindre, gouvernerà toute l'Al
lemagne arbitrairement , felon
le projet qu'il en a formé. Je ne
dis rien de ce que fouffrent les
Alliez du cofté d'Espagne !
aprés avoir dépensé des centai
346 MERCURE
e
C
q
q
d
to
с
qu
m
nes de millions pour affujettir
ce Royaume. Leurs Armées qui
font fi affoiblies qu'elles ne meritent
plus le nom d'Armées , &
quand le fecours d'Angleterre
qui n'eft pas encore preft d'arriver
, paroiftroit bien toft , il
n'eft plus poffible qu'il mette
les Alliez en eftot de retourner
à Madrid , la fidelité Caftillane
s'eftant trop fait connoître
pour leur permettre cet exploit.
Cependant les Flottes que l'Angleterre
a mife cette année , ou
voulu mettre en mer , l'ont telle .
ment épuisée d'argent & d'hommes
, puifqu ' en eft plus mort
depuis l'embarquement qu'il9
n'en auroit péri dans une bataille
perdue qu'il eft impoffible
qu'elle puiffe de plus d'un fiecle
to
Y
tr
V
tu
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X1
1
347 GALANT
reprendre l'eftat floriffant ou
elle a éfté autrefois. Auffi n'eftce
pas ce que fouhaitent ceux
qui regnent aujourd'huy , puifqu'ils
en auroient tout à craindre
s'ils ne trouvoient moyen de
la tenir abbatuë, en l'épuifant de
toutes manieres. Je ne voulois en
commençant cet article , parler
que de ce qui regarde l'Italie ;
mais il y a tant de liaiſon entre
tous les Etats dont je viens de
vous entretenir , que je me fuis
trouvé infenfiblement engagé à
vous dire quelque chofe de la fituation
des affaires prefentes. Je
reviens à Mr le Duc d'Orleans ,
qui devoit faire tout le fujet de
cet Article. Sa bleffure donne
lieu de faire beaucoup de reflexions
qui luy font toutes glos
348 MERCURE
rieufes. La douleur qu'elle luy
fit fouffrir d'abord , ne l'empê
cha pas un moment d'agir , &
de fe faire informer de tout ,
afin de donner fes ordres. Ce
Prince a fupporté fes douleurs
avec une conftance incroyable ,
& il ne luy eft pas échappé la
moindre plainte , dans le temps
même que l'on trouvoit fa bleffure
dangereule. A peine cut- il
découvert qu'on cherchoit à le
guerir fans luy faire fouffrir
tout ce que l'art des Chirurgiers
a coûtume de faire endurer
en de pareilles occafions ,
qu'il ordonna que l'on n'épargnaft
rien de tout ce qui pou
voit contribuer à fa guerifon : ce
pendant il agiffoit toûjours pour
faire preparer toutes les chofes
GALANT 349
fes neceffaires pour fe remettre
en Campagne . Il entroit dans
tous les détails , & oublioit le
paffé pour mieux penfer à l'avenir,
Il a voulu voir toutes
les Troupes par luy- même , afin
d'être mieux affuré de leur nombre
, de leur bonté , & fur tout
de leur bonne volonté , & vou.
lant donner l'exemple aux Officiers
qui ont de grands équipages
, qui embaraſſent & affament
les Armées , il a renvoyé
à Paris prefque toute fa Maiſon ,
& ne s'eft refervé qu'un équipage
fort leger . Toutes les mefures
qu'il prend , & toutes les peines
qu'il fe donne font efperer
qu'il obligera bien- toft la Fortune
à reprendre le bon party.
En vous parlant le mois der
Octobre 1706.
G g
350 MERCUR
K
nier de ceux qui ont efté tuez
ou faits prifonniers à l'affaire
des lignes de Turin , j'ay oublié
de vous parler de Mr de la Bretonniere
, qui commande la Cavalerie
de l'Armée de Piémont,
& qui merite bien qu'on luy rende
en public la juftice qui luy
eft dûë , ainsi qu'on luy a renduë
auprés du Roy , commevous
verrez dans la fuite de cet Article.
Cet Officier General eftoit
fort malade, lorfqu'il eut fçeu que
les ennemis paroiffoient ; mais
il oublia fon mal auffi toft qu'il
eut appris cette nouvelle , &
craignant que l'on n'engageaft
quelque action fans luy , il n'écouta
plus que l'impatiente ardeur
de combatre. Il monta à
cheval , & fe mit à la tefte des
GALANT 351
Cuiraffiers , avec lefquels il repouffa
deux fois les ennemis ,
quoy qu'il fuft encore tres- foible.
Son cheval fut tué ſous luy ,
& fon fils Capitaine au Regiment
de Bouzols , l'ayant apperçu
au milieu des ennemis , cria ,
à moy, gens de bonne volonté , &
accompagné de dix ou douze
Cavaliers feulement , il alla enlever
Mr de la Bretonniere, qui
eftoit entre les mains des ennemis
& il luy donna un autre
cheval qui fut auffi tué. Ils furent
enfin obligez de plier fous
le grand nombre , ce qui n'empêcha
pas que ce jeune Cavalier
ne fift une retraite honorable
, quoy que tous ceux qui
l'avoient accompagné fuffent
tuez ou bleffez, Mars Mr de la
Gg ij
352 MERCURE
Bretonniere le pere demeura
prifonnier , & le bruit de fa
mort s'eftant répandu , Monfieur
le Duc d'Orleans marqua
publiquement
le chagrin que la
perte d'un auffi brave homme
luy caufoit ; mais ayant fçu que
fa mort n'eftoit pas veritable , il
marqua dans les Lettres qu'il
écrivit au Roy , combien il eftoit
content d'une action où il avoit
fait voir autant de valeur que de
zele pour le ſervice de Sa Majefté
, & depuis quelques jours
Mr le Comte d'Eftain s'eftant
trouvé à la Cour , a parlé de cette
action à Monseigneur le Dauphin
, qui a donné beaucoup de
loüanges à Mr de la Bretonniere.
Je viens d'aprendre que My
GALANT
353
des Clos ayant efté tué dans la
même affaire de Turin , le Roy
a donné le Regiment de ce Colonel
, à Mr du Palais , frere
du Commandeur de ce nom qui
eft Capitaine de Vaiffeau.
Je vous envoye encore un
Extrait de Lettre de Dunkerque
du 22. de ce mois dans lequel
vous verrez que les Hollandois
n'ont pas remené la
Flotte qui avoit esté ataquée
par Mr de Fourbin , toute entiere
dans leurs Ports.
Une Fregate du Roy de 22. canon
commandée par Mi de Blanques ,
•Sortie depuis peu de ce Port pour fon
premier voyage , eftant toute neuve
& fort bonne a pris trois Fluttes
fort grandes & fort longues de la
Flotte marchande difperfée par Mr
G g iij
354 MERCURE
de Fourbin . L'une eft chargée de
Mats , l'autre de Goudron & la
plusgrandepartie de la charge de la
Toifieme confifte en bois de Norvege...
Un Prince d'une des plus auguftes
Maifons d'Allemagne , &
du premier College de l'Empire
fe trouvant au Pays - Bas & voul
lant paffer en Italie fous le nom
de Marquis de Franchimont
a pris fa route par la France ;
comme la plus agreable & la
plus feure. Je m'imagine que
vous direz d'abord en lifant ces
lignes que ce Prince a changé
de refolution , & qu'il ne doit
plus aller en Italie ; mais commeil
n'a quitté ce deffein que
fur la fin de fon fejour en France
, je dois en Hiftorien fidelle
mettre à la tefte de la relation
GALANY
355
1
que vous allez lire le fujet qui
l'a engagé de venir en France ,
& je vous marqueray à la fin de
la mefme relation ce qui l'a
empêché de paffer en Italie felon
le deffein qu'il avoit formé
de faire ce voyage . Je pourfuis
ma relation à peu près felon
l'ordre que les chofes fe font
paffées , car fuppofé que je raporte
en quelques endroits des
faits qui auront efté precedez
par d'autres , je crois que vous
trouverez cette faute legere
pourveu que tous les faits
foient veritables , & c'eft dequoy
je puis vous affurer.
Le Roy ayant eſté informé du
deffein de ce Prince Sa Majefté
auroit bien voulu qu'on luy
euft rendu dans fon Royaume
356 MERCURE
ž
> car
les honneurs qui luy font dûs
dans fes Etats , ainfi que dans
tous ceux des autres Souverains
mais les inftances preffantes &
reïterées de ce Prince de joüir
d'un entier & parfait incognito
ont engagé Sa Majesté à y confentir
mais Monfieur le Marquis
de Franchimont
je dois fouvent me fervir de ce
nom pour vous parler de ce
Prince , s'eftoit bien propofé ,
puifqu'il devoit paffer par Paris
& y faire quelque féjour
de fe fervir de l'heureuſe occafion
qu'il avoit de faluer le Roy,
& de fe confirmer par luy - même
de ce qu'il n'avoit encore
appris que par la renommée des
grandes qualitez de Sa Majesté ,
qui tire moins d'éclat de fa CouGALANT
357
ronne
que
de fon merite perfonnel.
C'est dans ces termes que
ce Prince en a parlé après avoir
eu fa premiere Audience . Elle
luy a efté donnée dans tout
l'incognito qu'il a demandé ;
mais il n'a efté , felon le rapport
de ce Prince , qu'à l'exterieur , -
pour le public , puiſqu'on ne
peut rien ajoûter aux marques
de generofité , de bienveillance ,
& de bonté , que Sa Majeſté a
fait voir dans le charmant accüeil
qu'elle luy a fait . Ce Prince
a efté reçu dans le Cabinet
du Roy, où Monſeigneur le Dauphin
& Meffeigneurs les Ducs
de Bourgogne & de Berry , s'étoient
rendus. Le Roy en répondant
à ce que Mr le Marquis
de Franchimont luy témoigna
358 MERCURE
1
de joye , de refpect & d'attachement
, luy dit , outre plufieurs
chofes obligeantes , en
luy montrant les Princes fes
fils , qu'il eftoit dans fa famille ,
dont il prétendoit bien eftre aufft , à
quoy Sa Majesté ajoûta qu'il
ne l'avoit pas encore toute vûë
& qu'il Palloit mener à Mada.
me la Ducheffe du Bourgogne.
En effet les Princes eftant fortis
les premiers du Cabinet , on
alla à l'Appartement de cette
Princeffe . Elle eftoit au milieu
d'un Cercle des plus brillans , &
compofé des premieres Dames
de la Cour, Elle reçut le compliment
de Monfieur le Marquis
de Franchimont , avec l'agré
ment qui luy eft naturel , & elle
répondit avec tout l'efprit qu'
GALANT 359
on luy connoîr . Ce Prince eftant
forti avec le Roy pour retourner
dans le cabinet de S. M. & traverfant
la galerie, ceMonarque connoiffant
fon bon gouft & la jufteffe
de fon difcernement , voulant
luy faire remarquer quelques
beauxmorceaux de Peintu
re & de Sculpture , ce Prince ,
fans y porter feulement les yeux ,
répondit , qu'il eftoit fi remply de
La prefence de Sa Majesté , qu'il në
voyoit qu'elle. Il ne vit en effet ce
jour là rien des beautez de Verfailles
, & il retourna à Paris ,
aprés avoir vu les Princeffes .
Madame fit à ce Prince un accüeil
où le fang & les manieres
graticufes fembloient difputer à
qui paroiftroit davantage. Madame
la Ducheffe dOrleans
360 MERCURE
n'oublia rien pour bien marquer
la confideration & l'eftime parfaite
qu'elle avoit pour ce Prince.
Il alla quelques jours aprés
à Meudon , où Monfeigneur l'avoit
invité , & où il lereçut avec
lesdemonftrations d'une eftime ,
& lestémoignages d'une amitié fi
fincere & fi tendre , que le ceremonial
& l'incognito y eftoient
également confondus . Monfeigneur
le fit entrer dans fa Caléche
, pour voir les Jardins & il
les trouva fi beaux , auffi bien
que les Appartemens , qu'il
dit Qu'un Prince privé de fes
Etats trouveroit une espece de confolation
à eftre fimplement Concierge
d'une fi charmante & fi
belle Maifon. Il y eut le foir
un très grand foupé , qui fut fuivi
GALANT 361
wi, d'un concert , ou les Mulciens
du Roy fe firent admirer.
Monfieur le Marquis de Franchimont
a auffi rendu wifite à
Madamela Princeffe . Ily avoit
peu de temps qu'il eftoit dans
le lieu où Madame la Princeffe
le reçut , lorfque Monficar
le, Prince y entra. La converfationdevint
generale , & fut
tres, agreable. Liefprity brilla
de part & d'autre , & ils fe féparerent
fort contens les uns
des autres. Monfieur le Marquis
de Franchimont ayant effé
reçu avec tout l'agrément imaaginable
, & y ayant paru tresfenfible
, Monfieur le Prince fit
avoir en cette occafion qu'on ne
peut donner trop de marques
d'eftime à un Prince qui n'eſt
Octobre 1706. Hh
A
362 MERCURE
pas moins recommandable par
les rares qualitez , & par fon ef
prit que par fa naiffance.
XUS
Le jour que le Prince dont je
vous parle alla voir les Jardins
& les eaux de Verfailles , il fe
rendit en arrivant dans l'Appartement
de Monfieur le Com
te de Touloufe , qui luy avoit
efté preparé , d'où il paffa dans
les Jardins . Il trouva quatorze
Roulettes , dans lesquelles il fut
conduit avec plufieurs Gentils-
-hommes de fa fuite , dans tous
des endroits où il y avoit quel
•que chofe digne de fa curiofité.
Mr Lambert , Controlleur des
Baftimens , l'accompagna par
tout , & répondit à toutes les
questions que le Prince luy fic
qui furent trouvées tres -juftes .
GALANT 363
On remarqua fon bon gouft ,
n'ayant donné des louanges qu'
aux chofes qui en meritoient le
plus . L'Orangerie fur fur tout
admirée, comme un Chef d'ocu
vre d'Architecture qui n'a point
de pareil dans le monde . Le
Prince fut reconduit dans le
même Appartement où il avoit
efté amené en arrivant , & s'en
retourna l'efprit tout remplyde
tout ce qu'il venoit de voir.
Il n'a pas efté moins furpris
desbeautez de Marly, On avoir
mis des meubles d'hiver trese
magnifiques dans l'Apparte
ment de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , pour l'y recevoir,
le jour qui avoit efté marqué
pour luy faire voir toutes les
beautez de ceChâteau . Lorsqu'il
Hhij
364 MERCURE
entra dans le Jardin il trouva
une grande Caléche découver
te , dans laquelle le Roy fe promeneordinairement
. Il fut char
me de tout ce qu'il vit en ce lieu
delicieux , & dit , qu'il ne pouvoir
affez admirer tant de marques fom
pincufes de la grandeur , de la puiffance
, du genie, & du gouſt exquis
du Roy
A
On doit remarquer qu'on venoit
de luy dire que Sa Majefte
avoit elle - même imaginé tout
ce qu'il y a de plus confiderable
à Marly , ce qui fut caule que ce
Prince s'attacha encore avec
plus d'attention à examiner toures
les beautez de ce lieu , & je
puis affurer avec verité que fans
fçavoir directement ce qui plaifoit
le plus à Sa Majefté , ce qui
GALANT 365
eftoit le plus eftimé par les plus
habiles connoiffeurs , fut ce qui
arrefta le plus long- temps fes
yeux , & qu'il loüa davantage .
Enfin aprés qu'il eut bien confideré
tout ce qui fe trouve de
plus beau dans ce lieu tout charmant
, Mr des Jardins , Controlleur
de Marly , qui le conduifoit
par tout , fuivant l'ordre qu'il
en avoit reçu de Sa Majefté , &
qui éclairciffoit fa curiofité fur
les chofes dont il fouhaitoit d'être
informé , le conduifit infenfiblement
jufqu'à l'Appartement
de Monfieur le Duc du
Maine , où ce Prince trouva une
collation préparée , & dreffée
par les Officiers du Roy , qui
s'eftoient rendus exprés à Marly
pour cet effet . Elle eftoit ma-
Hh iij
366 MERCURE
gnifique. Le Prince ſe mit à raz
Ble avec une partie des perfon
nes les plus qualifiées de la fuite.
Il y demeura peu , & certe collation
dont la magnificence &
Farrangement charmoient aufant
les yeux que les mets en
fatisfaifoient le gouft , fut aban
donnée à une infinité de gens ,
qui fur le bruit que ce Prince
devoit aller à Marly ce jour- là ,
s'y cftoient rendus, plutoft pour
le voir , ayant oui parler de fon
efprit & de fes manieres agréables
, que pour voir les beautez.
d'un lieu qui n'eftoient pas inconnues
à la plus grande partiede
ceux qui s'y rendirent . A
peine ce Prince fut- il forti de ta>
ble que l'on vit arriver l'Ecuyer
de Mr de Chamillart . Je dois.
GALANT 367
vous dire icy pour l'éclairciffe
ment de la fuite , ce qui s'eftoit
paffé la veille, Mr de Chamillart
avoit eſté rendre vifite à Mon
freur le Marquis de Franchi
mont, & ce Marquis lui avoit dit
dans la converfation , qu'un des.
habitans de la Ville où il faifoit
depuis quelque temps fon fejour
ordinaire, avoit prés de la même
Ville une maifon de campagne
affez belle . Ilajoûta , qu'aimant
la vie folitaire , il s'y retiroit
fouvent pour paffer quelques
jours hors de la foule & du tus
multe ; & que le proprietaire de
cette maifon fçachant qu'il ve
noit en France , & eftant Sujet
du Roy, luy avoit témoigné qu'il
avoit une extrême paffion d'avoir
des Lettres de Nobleffe . Le
368 MERCURE
Prince avoit fait fimplement ce
recit à Mr de Chamillart , en
lui marquant neanmoins , qu'il
fouhaiteroit d'obtenir du Roy
ces Lettres de Nobleffe , & la
converfation n'avoit pas elté
pouffée plus loin là - deffus. Cependant
l'Ecuyer de Mr de
Chamillart le demandoit pour
lui donner ce qu'il n'avoit qu'apeine
eu le temps de foulraiter.
La furpriſe du Prince fut extrê
me , moins à caufe de ce qu'on
lui envoyoit que de la prompte
expedition , & il avoüà qu'elle
lui avoit fait plus de plaifir ,
que tout ce qu'on auroit pû lui
donner de plus grand prix , efti
mant mille fois plus l'attention
que l'on avoit euë , à remplir fi
promptement fon defir , que ce
GALANT 369
2
qu'on lui envoyoit . Je ne vous
raporte que le fens de ce que ce
Prince dit ; mais les termes dont
il fe fervit en parlant du plaifir
que le Roy lui venoit de faire,
furent fi vifs & fi expreffifs , que .
tous ceux qui l'entendirent furent
également charmez & touchez
.
Ce Prince effant à S. Cloud,
trouva à l'entrée du jardin , la
Caléche de Mademoiſelle, qu'on
lay offrit de la part de cette
Princeffe pour voir les jardins,
Il monta dans cette Caléche ,
avec trois perfonnes des plus
qualifiées de fa fuite , & fur conduit
dans les plus beaux endroits
des jardins dont il fut
charme . H admira fur tour , la
Cafcade qu'il trouva de la plus
37° MERCURE
grande beauté: Ce Prince fut &
peine defcendu de la Caléche
que Mademoiselle luy avoit faic
donner , qu'il envoya une perfonne
de diftinction de fa fuite ,
pour remercier cette Princeffe
de fes honneftetez , & pour luy
faire compliment fur toutes les
beautez qu'il venoit de voir .
J'ay oublié de vous dire , que
Le Prince dont je vous entre
tiens, avoit vû à Verfailles dans
le Cabinet apellé des Curiofitez,
où il y a une belle & longue
fuite de Medailles d'or, une Me
daille où il eftoit reprefenté , &
qui a efté frapée à Aufbourg.
Ce Prince fut furpris du merveilleux,
amas de toutes les chofes
qu'il vit dans ce Cabinet , &
il admira la richeffe & le bon
GALANT 371
goût qu'il trouva dans tout cet
affemblage , dans lequel il remarqua
beaucoup de pieces tresrares.
Il me faudroit faire un
Inventaire de ce Cabinet , fi je
voulois vous parler de tout ce
qui s'y paffa ; mais mon but n'eſt
que de marquer dans cette Relation
la plus grande partie des
Heux où ce Prince a efté ; &
comme il a infiniment d'efprit ,
de raporter tout ce qu'il a dit
de fpirituel , & les louanges
fines & délicates qu'il a données
au Roy , par raport à ce qu'il
a vû.

Je dois ajoûter encore , que
Mr le Maréchal de Bouflers , qui
a l'honneur d'en eſtre connu , l'a
traité à dîné à Verfailles avec
beaucoup de magnificence. ✨ ✨-
372 MERCURE
En partant de Verfailles pour
Paris , il donna ordre qu'on le
menât à l'Eglife des Invalides.
Il avoit déja vu une fois ce fu
perbe Temple, & il avoit eſté
fi éblouy de tout ce qu'il y avoit
vû , & fur tout de la beauté de
l'Architecture , cette Eglife
eftant un Chef d'oeuvre en qe
genre, de maniere que fa curiofité
ne fe trouvant pas fatisfaite
, il s'eftoit propofé d'y retourner.
Il fut encore plys
charmé que la premiere fois , de
tout ce qu'il vit en ce lieu de
forte qu'il témoigna le jour
même à Mr Manfard , de plaifir
qu'il avoit pris à voir ce
Chef-d'oeuvre ; & Mr Manfard
l'affeura qu'il lui envoyergit
bien -toft un defloin , que ce
A $
Prince
GALANT 373
Prince qui connoiffoit la grande
habileté ,
fouhaitoit depuis longtemps
, & dont il lui avoit parlé
à
Versailles le jour que le Roy
lui donna fa premiere Audiance.
Cela fe paffa le jour que Mr
Manfard alla le falüer à Paris ,
dans le lieu qu'il avoit choifi
pour fa demeure.
Ce Prince ayant fait demander
une Audiance particuliere
au Roy, on ſçût aprés cette Audiance
qu'il n'iroit point en Italie.
On n'en publia pas les raifons
, mais il fuffit de connoî
tre la prudence , la ſageſſe & la
penetration du Roy , fur toutes
les chofes qui peuvent arriver
pour les deviner : & l'on doit
juger que la confervation de ce
Prince y entre pour beaucoup .
Octobre 1706. Ii .
374 MERCURE
En effet , on doit tout craindre.
d'une Puiffance naturellement
violente , & il eft dangereux de
tomber entre les mains des
Princes qui veulent tout ce
qu'ils peuvent , & qui ne font
pas portez à faire du bien .
Mr le Marquis de Torcy a
donné à ce Prince , de la part
de Sa Majefté , une Croix de
Diamans brillans de trente à
quarante mille écus . Ce Marquis
s'eft acquité de cette commiffion
, avec la maniere gracieufe
, l'efprit & cet air infinuant
qui lui font fi naturels ,
& qui font fi neceffaires à un
Miniftre pour le bien des affaires
de fon Maistre . Le Prince
dit mille chofes obligeantes &
fpirituelles , en recevant le preGALANT
375
fent du Roy , & fit une allufion
ingenieufe de fon coeur au diamant
, par raport à la fermeté.
Cette allufion renferme " tant
d'efprit , & donne une idée de
tant de chofes , qu'il eft plus
aifé de les imaginer que d'en
faire le recit . Mr de Torcy
traita pour la troifiéme fois ,
Monfieur le Marquis de Franchimont
, le jour qu'il lui donna
le prefent du Roy ; & comme
ce Marquis aime beaucoup la
Mufique , le foupé fut précedé
d'un grand concert . Ce Prince
fut enfuite conduit par Mr le
Marquis de Torcy qui en avoit
l'Ordre du Roy , dans le Cabi
net de Sa Majefté , ou ce Monarque
entre tous les jours aprés
fon foupé, & dans lequel il n'en-
Ii ij
376 MERCURE
$
are jamais à cette heure là , que
des Princes & des Princeffes de
la Famille Royale. Cet honneur
fait affez connoiftre , que
ce Prince eſt regardé comme
ceux qui en font auffi at-il
eſté tres- touché de cet honneur,
& il parut même qu'il y eftoit
plus fenfible qu'au prefent qu'il
avoit reçu ce jour -là . Le Roy
invita ce Prince à la Chaſſe du
Cerf, où Sa Majesté devoit aller
le lendemain . Le jour marqué
, Mr le Marquis de Livry,
Premier Maitre d'Hoftel du
Roy, luy fit fervir un grand déjeuné
dans l'Apartement de Mr
le Duc de Grammont , que le
Roy avoit donné ordre de men
bler pour ce Prince . A peine
fut il forty de table , que Me le
GALANT 377
Marquis de Torcy & Mr le Marquis
de Bereinghen , Premier
Ecuyer du Roy, levinrent prendre
dans cet Apartement pour
le conduire à Marly, dans un des
Carroffes de Sa Majesté . Mr le
Baron de Beleiſf , l'un des Gentilshommes
de la Chambre de
ce Prince , occupa la quatrième
place qui reftoit à remplir dans
ce Carroffe. On arriva bien- toſt
au rendez- vous de la Chaffe qui
fe fit aux environs de Marly, &
où ce Prince cut beaucoup de
plaifir A peine la Chafle fatelle
finie , que le Roy entra dans
Je Château . Ce Prince qui avoit
efté à la Chaffe avec Sa Majesté,
devoit defcendre à l'Apartement
de Monfeigneur le Dau
phin qu'on luy avoit preparél ;
I i
uj
378 MERCURE
mais il alla d'abord joindre le
Roy & ne quita Sa Majesté
qu'aprés en avoir pris congé. Il
feroit difficile de bien exprimer
ce qui fe paffa en cette ocafion .
Un adieu muet , fucceda aux paroles
, & en dit encore plus . Ce
Prince embraffa le Roy , qui ré
pondit à cet embraffement de
la maniere du monde la plus
tendre : les mouvemens qui agiterent
leurs coeurs en ce moment
, pafferent jufqu'à leurs
yeux, & jamais filence éloquent
n'a tant dit , & n'a tant fait
comprendre de chofes en même
temps . Enfin , la féparation fe
fit fans que la parole pût revenir
à l'un ny à l'autre , & fi les
bontez & la tendreffe du Roy
parurent en ce moment redou

-
GALANT 379
blées pour ce Prince , on remarqua
de fon coſté un refpect , un
attachement & une fenfibilité
pour ce Monarque au delà de
toutes fortes d'expreffions
... Le foir du même jour Mr le
Maréchal de Noailles traitance
Prince à foupé , le repas fut
grand & bien entendu , la compagnie
choifie , & le divertiffement
qui fucceda au foupé plut
au Prince qui faifoit le fujet de
Ja Fefte , puifqu'il confiftoit en
aunotres - beau concert , dans lequel
les Muficiens s'efforcérent
de faire de leur mieux , pour
donner plus de plaifir à un Prince
qui a beaucoup de gouft pour
la Mufique , & qui fe plait à
Kentendre. 158 a
Mr le Marquis de Torcy fe
380 MERCURE
trouva à ce repas , & il avoit
auffi efté de celuy de Mr le Maréchal
de Bouflers , parce que
ces deux Maréchaux avoient
mangé chez luy , avec Monfieur
le Marquis de Franchimont . Mr
le Duc de Duc de Beauvilliers
avoit fplendidement traité ce
Marquis quelques jours aupara
vant.
Pendant le fejour qu'il a
fait icy il s'elt attiré l'amour ,
Feftime , & la veneretion de
tous ceux qui l'ont ouy par
ler ; j'ay entendu dire à cette
occafion par un homme de diftinction
qui fe fentit touché au
départ de ce Prince , qu'il feroit
fouhaiter de ne le voir jamais
fans eftre enpouvoir de le voir tou
Jears.
GALANT 381
Monfieur le Prince ayant invité
Monfieur le Marquis de
Franchimont d'aller à Chanilly
, ce Marquis fe fit un plaifir
de voir un fi beau lieu , &
comme , il eft fur la route par
laquelle il devoit paffer pour
retourner au lieu de fa refidence
ordinaire , H y allá en fortant
de Paris. Il y arriva le 26. de ce
mois à une heure aprés midy.
Vous pouvez vous imaginer l'ac
cueil que luy fit d'abord Son
Alteffe Sereniffime , il eft pet
de Princes au monde plus gracieux
, & qui reçoivent mieux
ceux qui le vont voir , chacun
felon leur rang. Peu de temps
après près l'arrivée de Monfieur le
Marquis de Franchimont , le
dine fut fervis je ne vous dis
382 MERCURE
point qu'il eftoit magnifique
& que la délicateffe des mets
répondoit à l'abondance; le nom
de Monfieur le Prince , dit tour.
Ledîné eftant fini , Monfieur le
Marquis de Franchimont vit les
appartemens du Château où tout
Jui parut digne du goût du grand
Prince à qui ils doivent tous les
ornemens qui les font admirer.
Ce Marquis fut enfuite conduit
dans les Jardins & dans tous
les dehors où il vit quantité de
canaux , de fontaines , & de jets
d'eau , dont la beauté luy fit un
extrême plaifir . Il y eut un tresbeau
concert de musique au retour
de cette promenade , & ce
Concert dura jufqu'à l'heure du
foupé que je ne puis comparer
qu'au diné qui avoit efté fervi
}
GALANT 383
=
le même jour . Il y eut le lende
main grande chaffe , où Monfieur
le Marquis de Franchimont
prit beaucoup de plaifir.
Ce Marquis continua fa route
ce jour- là , & quitta Chantilly
encore plus remply des manieres
engageantes de Monfieur le
Prince, que de fa magnificence,
& des plaifirs qu'il avoit pris en
ce lieu, quoy que tout euft contribué
à luy en donner . Je n'ay
pas crû devoir entrer dans au
cuns détails , pour ne pas bleſ
fer la modeftie de Monfieur le
Prince , qui ne fouffre qu'à pei
ne qu'on luy rende là - deffus là
juftice qui luy est dûë , & je ne
Vous en aurois point parlé , fi
je ne m'eftois trouvé engagé de
faire connoiftre pour la gloire de
384 MERCURE
la France, & pour celle de Mr le
Marquis de Franchimont , de
quelle maniere il y a efté reçû , eil
combien on s'eft efforcé à l'exemple
du Roy , de chercher
tous les moyens de le divertir ,
& de luy marquer que l'on fçait
ce qui eft dû à fon merite & à
fa naiffance.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit l'Ecriture , & comme
beaucoup de gens ont cru que
c'eftoit l'Imprimerie , il a eſté
deviné par , Mrs de Sintes de
Dunkerque de la Pafturelle de
la Cour du Palais : Veartuod & fa
chere époufe : Bazini di Bolenia
Melliti di Sanneria les deux
Amis infeparables de Bourges
le Breton & Chanfrin , & leur
bon amy Begué le Purite , de
Dunkerque
GALANT 385
Dunkerque : l'Infortune François
. Mlles Manon de l'Aigle :
la plus jeune des belles Dames
de la rue des Bernardins : Gogo
deux mille , & l'Imperatrice des
brigues.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle . Elle eft de Mr L. R.
P. B.
ENIGME.
Quels que foient les appas d'un vi-
Sage charmant.
Fajoûte neanmoins aux beautezd'u
ne Dame,
Si je me montre un peu je confume
un Amant ,
Etfije paroift trop bien fouvent on
me blame,
Octobre 1706. Kk
386.MERCURE
Souvent je fuis contraintpour éviter
du mal,
Dans un petit Palais entouré de co–
rail ,
D'exprimer mon fardeau par un
bouton de rofe
Je fens au moindre coup une extrême
douleur ,
Quand par hazardje fuis tout rem
pli d'une chofe ,
Dont je voudrois n'avoir que
couleur.
la
La Chanfon que je vous envoye
eft d'un fort habile Maître .
AIR NOUVEAU.
Coule , Jus precieux , pour l'objet qui
m'enflame ,
Qu'il comble mes defirs , qu'il l'enGALANT
387
gage à fon tour,
Chaffe la raison de fon ame ,
Ny laiffe regner que l'Amour ;
Tu triomphes ! fon coeur jufqu'alors
inflexible ,
Soupire & fent de tendres feux ,
Fe l'entens , je le voy ! Ciel ! que je
fuis heureux ,
Si c'est pour may qu'il eft fenfible.
Rien n'eftant fi précieux que
la vûë , & de fi rare que de trouver
des gens qui la rendent ou
qui la confervent ; le public eft
fort obligé à Mr de Woolhouse ,
Oculifte Anglois , & Gentilhomme
attaché au fervice du
Roy d'Angleterre , de ce qu'il
veut bien faire fon ſéjour à Paris
. Il loge au Faubourg Saint
Germain , rue Saint Benoift , à1
Kk ij
388 MERCURE
I'Hoftel de Noftre- Dame , proche
les murs de l'Abbaye , où it
donne audience au public tous
les matins depuis fept heures
jufqu'à onze , & les aprés midy,
depuis deux heures jufqu'au
foir. Il reçoit & guerit les pauvres
par charité.
Les nouvelles prifes faites par
Mrle Chevalier des Augers font
trop de bruit pour ne vous en pas
mander des nouvelles . Voicy
l'Extrait d'une Lettre de la Rochelle
qui pourra fatisfaire vôtre
curiofité jufqu'a l'arrivée
d'un plus grand détail .
Un petit Baftiment de Bordeaux
party de la Martinique le 1. Septembre
nomméle S. Paul, vient d'arriver
en relàche à Chédebois , par lequel
on écrit en ces termes à un Marchand
GALANT 389
de la Rochelle. Ace moment arrive
au Fort S. Pierre une Caytche dont
le maistre nous dit qu'il avoit quitté
Efcadre de Mr le Chevalier des
Augers à la Grenade en toute feureté,
laquelle avoit fait pour quinze millions
de prifesfur les Anglois , outre
les deux prifes Hollandoifes dont je
vous ay parlé , dans l'une defquelles
s'eft trouvé une Caiffe de pierreries
eftimée huit millions .
Les trois Vaiffeaux de guerre,
dont l'un a efté pris , l'autre cou
lé à fond , & l'autre brûlé par
Mr le Chevalier de Fourbin ,
auffi bien que les deux qui ont
été pris par Mr des Augers avant
qu'il fit la groffe prife fur les Anglois
, dont il eft parlé dans la lettre
que vous venez de lire , chagrine
beaucouples Hollandois ,
Kk iij
390 MERCUR E
Ja perte des Vaiffeaux de guerre
n'étant pas aisément reparée. La
flote d'Angleterre partit enfin
le 11. de ce mois , aprés avoit
cu les vents contraires pendant
quatre mois, durant lefquels elle
a plus fouffert que fi elle avoit
perdu quatre batailles . Les vivres
fe font confommez inutilement
; les Matelots ont eſté
payez fans fervir : il a fouvent
falu jetter des chevaux à la mer,
& les maladies ont emporté
beaucoup de Soldats . Enfin
l'Angleterre fouffrira long
temps de la dépense qu'elle a
faite Pour cette Flotte , qui
quand elle arriveroit à bon
port , ne luy ferviroit qu'à for
tifier de fept ou huit mille hommes
l'Armée des Alliezen EſpaGALANT
39T
gne , où les affaires de Philippe
V. font dans une bonne fituation
, les Troupes de ce Monar
que eftant entrées par quatre
endroits dans le Royaume de
Valence . On fait de grands preparatifs
à Madrid pour y recevoir
la Reine d'Efpagne. Le Roi
en partit le 19. de ce mois pour
aller par Segovie au devant de
cette Princeffe . On luy avoit apporté
un peu avant fon départ
les Drapeaux des 2000. hommes
qui ont efte faits prifonniers
de guerre à Cuença , avec
une Lifte des Officiers , dont le
nombre eft tres - confiderable.
La prife de Majorque , dont les
Alliez font tant de bruit , & out
ils ont jetté feulement deux cens
hommes , ne doit pas inquietter
392
MERCURE
les Efpagnols
, puifque ce Pofte
n'a aucunes
Fortifications
.
Je vous ay deja parlé des affaires
d'Italie
. Les ennemis
continuent
toûjours
à remplir
leurs
Nouvelles
de Victoires
imaginaires
, puifqu'elles
ne parlent
que de la prise de Pizighitone
,
quoy qu'ils en ayent
levé le
fiege . Ils ont envoyé
des Incendiaires
qui ont mis le feu à
un des Magafins
d'Alexandrie
,
& l'autre
eftoit fur le point
d'avoir
le même fort lors qu'on
a découvert
le Sauciffon
. Mr
le
de Colmenero
a fait rompre
Pont qui communique
de la
Ville au Fauxbourg
, & prétend
fe bien défendre
, s'il eſt
attaqué
. Les Ennemis
font devant
Tortofe
. Mr de Médavy
a
GALANT 393
rompu tous leurs grands deffeins
, en faifant détruire les
Fortifications des petits Poftes
pour groffir fon armée , ainfi
que les Garnifons des Places
que les ennemis avoient deſſein
d'attaquer. Je fuis , Madame ,
voftre , & c .
AParis , ce 31. Oftobre 1706:
AVIS .
On vendra le Mercure du
mois prochain , le 3. du mois de
Decembre.
THEQUE
LYON
DE.
1893***
VILLE
TABLE.
P
Relude , contenant plufieurs
Eloges du Roy , prononcez dans
une celebre affemblée
Article contenant plufieurs morts
Etrangeres ,
>
S
29
Oraifonfunebre de Monfieur le Cardinal
de Coiflin imprimée à Orleans
,
56
61
Ceremonie faite au mont- Valerien
à Poccafion d'une portion de la
vraye Croix ,
Abbaye donnée par le Roy ,
Second article des morts ,
67
73
115
Lettre touchant une Ceremoniefaire
à la Chambre des Comptes de
Montpellier ,
Second article touchant Mr de Ca
telan , nommé par Sa Majesté
Gouverneur du Chateau Royal
des Thuilleries 121
TABLE .
Mariages ,
Troifiéme article des morts
Cartes nouvelles ,
135
166
197
Regimens donnez par le Roy , 205
Gouvernemens donnez par Sa Majefté
ainfi que
plufieurs
dignitez
& titres d'honneur
Extraits de Lettres de
Dunkerque
240
257
Lettre tres curieufe , écrite par Madame
la
Ducheffe d'
Hanovre , 267
Quatrième article des morts , 272
Lieutenance de Roy de la Baftille
donnée par Sa Majesté ,
Nouvelles
d'Espagne
dans plufieurs Lettres ,
Second article de
mariages ,
Affaires de Flandre .
293
contenues
296
323
330
Cinquième article des morts , & charde
grand Treforier des Ordres de
Sa Majesté donnée à Mrde Chá
1
TABLE.
millart.
334
Addition à quelques Articles de Rome,
qui eftoient dans le dernier
Mercure.
334
Article des affaires d'Italie , dans
lequel on trouve lafituation des
affaires de tous les Alliez 337
Belle action de Mr de la Bretonniere.
Regiment donné,
kerque.
349
352
Autre extrait d'une Lettre de Dun-
353
Relation de tout ce qui s'eft paffe en
354
384
Francependant leféjour que Monfieur
le Marquis de Franchimont
ya fait.
Article des Enigmes ,
Demeure de Mr de Woolhouse , 387
PrifesfaitesparMr des Augers , 388
Nouvelles de divers endroits , 389
L'air , Que mon Iris , page 165 .
L'air Conle,
Jerofeux, page 386.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le